Corpus Reporterre Downloaded and encoded by Olivier Kraif Reporterre - Le média de l'écologie 2015 fr Lectures pour 2015 : Décroissance et combat contre les multinationales ! Jean-Pierre Tuquoi (Reporterre) Reporterre 2015/01/02 Jean-Pierre Tuquoi (Reporterre) (2 janvier 2015) Lectures pour 2015 : Décroissance et combat contre les multinationales !. Reporterre. fr

Lectures pour 2015 : Décroissance et combat contre les multinationales !

Deux livres inspirants pour démarrer l’année : dans Vivre la simplicité volontaire. Histoires et témoignages, des interviews de décroissants variées et passionnantes, relatant leur expérience. Et avec Les usurpateurs. Comment les entreprises transnationales prennent le pouvoir, Susan George dresse un réquisitoire convaincant de la mainmise des groupes transnationaux sur nos sociétés.

Suggérons de démarrer l’année avec un livre. Pas n’importe lequel mais celui coédité tout récemment par les éditions Le pas de côté et l’Echappée. Son titre est explicite : Vivre la simplicité volontaire. Histoires et témoignages. Sont donc réunies dans l’ouvrage - très bien présenté - une cinquantaine d’interviews de décroissants parus dans le journal qui en est la bible officielle : La Décroissance. Elles sont passionnantes.

Refus de l’absurdité consumériste

Qu’ils résident dans une grande ville ou qu’ils habitent à la campagne, qu’ils soient jeunes ou vieux, issus de milieu populaire ou pas, tous les interviewés se rejoignent dans un refus de la société de consommation dans ce qu’elle peut avoir d’absurde et de vain : la course pour obtenir plus d’argent, plus d’objets matériels, plus de pouvoir et de reconnaissance…

Ce qu’ils récusent au plus profond d’eux-mêmes, c’est la dictature extérieure qui pousse à consommer et consommer encore comme si c’était une fin en soi, voire un passeport pour le bonheur.

L’intérêt de l’ouvrage vient de la diversité des témoignages et des expériences. Chaque objecteur de croissance place le curseur de la sobriété heureuse où il l’entend, selon son histoire personnelle, ses attaches familiales, son âge, son habileté manuelle, son lieu de vie. Il n’y a pas de règle imposée.

Certains des décroissants sont intégrés dans la société. Ils exercent un métier – cadre dans une multinationale, prêtre, agent immobilier - alors que d’autres occupent ses marges ou vivent en communauté. Quelques-uns possèdent une voiture tandis que d’autres sont d’une frugalité de moine trappiste ; certains utilisent un téléphone portable, d’autres refusent ce symbole d’une modernité qu’ils jugent agressive.

Il y a les végétariens et ceux qui apprécient la viande ; ceux en quête de solitude et ceux que les contacts humains épanouissent, les militants et les contemplatifs, les intégristes, qui vitupèrent internet et la radio, et les décroissants plus souples…

Un plus, pas un moins

Le rapport à l’argent est un autre marqueur. Une décroissante interrogée raconte qu’elle a choisi de donner à des associations caritatives tout ce qu’elle gagne au-delà du SMIC et dont elle n’a que faire tandis que le rêve de son compagnon, tout décroissant qu’il est, est de devenir propriétaire de l’appartement qu’occupe le couple.

Un autre couple, champion de l’autarcie, installé à la campagne, dans le Sud-ouest de la France, raconte avec un brin de fierté avoir passé « 53 jours sans dépenser un euro ». « Et on a très bien mangé », ajoute-t-il.

C’est d’ailleurs une caractéristique chez les décroissants. Tous disent vivre la simplicité volontaire non comme un manque ou une astreinte mais au contraire comme un plus qui enchante leur vie et lui donne du sens. Ils se rejoignent pour dire que leur vie d’objecteur de croissance est plus enrichissante que celle qu’ils menaient auparavant. La lecture, les discussions, la pratique d’un instrument de musique, expliquent-ils, remplacent avantageusement les soirées télé. Et les ballades à vélo les voyages en avion à l’autre bout de la planète.

De la plongée dans ce livre, de ce voyage en décroissance on ressort avec le sentiment qu’un autre monde aux contours imprécis mais d’une richesse prodigieuse se déploie sans bruit à l’écart de l’autre monde, celui dans lequel nous baignons, le monde des déficits budgétaires et de l’oligarchie, des guerres et du réchauffement climatique.

Livre de combat

Faut-il abandonner celui-ci pour rejoindre celui-là ? Ce fut la démarche de la majorité des personnes interviewées dans les colonnes de La Décroissance. Ce ne sera pas celle de la militante altermondialiste Susan George, se dit-on une fois refermé son dernier ouvrage, le 17e publié en France : Les usurpateurs. Comment les entreprises transnationales prennent le pouvoir.

Il s’agit d’un livre de combat. Son adversaire ce sont les entreprises transnationales (ETN) que l’écrivaine franco-américaine accuse de vouloir régenter nos vies et régner sur le monde. A l’appui de sa démonstration Susan George n’apporte guère de pièces originales.

La prégnance des multinationales sur le commerce mondial, leur lobbying pour peser sur le pouvoir politique à Washington comme à Bruxelles, leur inventivité pour esquiver le paiement d’impôts ici ou là, leur capacité à acheter les consciences des plus grands scientifiques, bref tout ce qui contribue à la mainmise des grands groupes transnationaux sur nos sociétés a été dénoncé mille et une fois.

Mais le plus souvent de façon éparse, sans vision globale. Le mérite de Susan Georges est de réunir toutes les pièces du procès, de les ordonner avant de les exposer en pleine lumière.

Il reste que croiser le fer avec les entreprises transnationales est un engagement sur la durée. L’issue du combat est incertaine. Ne vaut-il pas mieux se mettre en marge de la société de consommation et privilégier la sobriété heureuse ?

- Vivre la simplicité volontaire. Histoires et témoignages, Coordonné par Cédric Biagini et Pierre Thiesset, Préface de Vincent Cheynet et Bruno Clémentin, Co-éditiion Le pas de côté et L’Echappée, 278 p., 20 €.

- Les usurpateurs. Comment les entreprises transnationales prennent le pouvoir, Susan George, Ed. Seuil, 183 p., 17 €.

Dix résolutions pour changer de direction en 2015 Lorène Lavocat (Reporterre) Reporterre 2015/01/02 Lorène Lavocat (Reporterre) (2 janvier 2015) Dix résolutions pour changer de direction en 2015. Reporterre. Quotidien fr

Dix résolutions pour changer de direction en 2015

Pour 2015, Reporterre vous propose dix résolutions facilement applicables dans notre vie quotidienne, résolument écologiques et porteuses d’espoir pour notre planète.

1. Je change de banque

Pourquoi ? Choisir à quoi sert et où va mon argent est un geste à la fois simple et décisif. L’argent est, parait-il, le nerf de la guerre. Et les banques financent bien trop souvent des activités nocives pour les humains et la planète.

Comment ? Depuis quelques années, de nombreuses associations ont mis en place des guides de finance responsable. De La Nef à Terre de liens, les alternatives au système bancaire classique sont légion !

2. Je ralentis

Pourquoi ? "Course suicidaire et inconsciente", selon Edgar Morin, le système capitaliste nous impose le diktat de l’urgence et de l’immédiateté : « Time is money ». Dans notre construction collective d’un autre futur, la guerre du temps est un aspect fondamental. Car, bonne nouvelle, nous pouvons prendre le temps de vivre !

Comment ? Slow food, citta slow, slow sex... le mouvement Slow, apparu en Italie à la fin des années 1980, touche aujourd’hui toutes les dimensions de la vie. Avec une idée commune : lutter contre l’accélération générale et prendre du recul. Et pour commencer, vous pouvez visionner le documentaire « L’urgence de ralentir », diffusé sur Arte en septembre 2014.

3. Je ne vais plus au supermarché (surtout si c’est Auchan)

Pourquoi ? Des produits négociés au rabais auprès des agriculteurs ou qui ont fait des centaines de kilomètres. Des grandes surfaces qui détruisent les commerces de proximité et artificialisent nos territoires. Des groupes qui pratiquent l’évasion fiscale. Bref, on peut - et on doit - se passer de la grande distribution.

Comment ? Marché, Amap, épicerie solidaire ou coopérative. Les alternatives ne manquent pas. Le tout tient en deux mots : circuit court.

4. Je propose à mes collègues d’aller ensemble au boulot

Pourquoi ? Des milliers de personnes prennent chaque jour leur voiture, seule, pour aller au boulot. La voiture individuelle, c’est du passé, apprenons à partager. Si chacun emmenait dans son véhicule des collègues (ou d’autres) on pourrait lutter contre la pollution de l’air, et… apprendre à mieux se connaître.

Comment ? La plateforme française du covoiturage, c’est bien entendu Covoiturage.fr. Mais il existe bien d’autres sites, par région. Certaines entreprises proposent leur propre service.

5. Je récupère, je réemploie

Pourquoi ? La gestion des déchets sera l’un des grands défis du XXIe siècle. Nous produisons beaucoup, nous jetons trop. Ce problème touche l’alimentaire, mais aussi les objets. Plutôt que de mettre à la benne, on peut faire marcher sa créativité pour réutiliser ou réemployer ces matériaux.

Comment ? Apprendre à réparer votre grille-pain ou votre ordinateur, transformer un t-shirt en sac-à-main ou un chariot en canapé… de nombreux ateliers comme les repair’ cafés vous apprennent à bricoler et à créer à partir de vos vieux objets. Un leitmotiv : nos déchets sont des ressources.

6. Je sème la non-violence

Pourquoi ? Notre société se structure autour de rapports de force souvent très violents. Au niveau politique, économique mais aussi individuel, c’est la loi du plus fort. Alors quelle meilleure forme de résistance que de répondre à la violence par la non-violence ?

Comment ? Ne pas donner de fessées, communiquer de manière non-violente, jeûner, devenir un clown-activiste. À chaque instant, nous pouvons modifier notre relation aux autres et nous jouer des rapports de pouvoir classiques.

7. J’apprends à cuisiner sans viande

Pourquoi ? L’élevage produit 15 % des émissions de gaz à effet de serre. Pourtant, on a du mal à imaginer un repas sans viande. Triste, monotone et sans saveur. Mais l’alimentation végétale peut être variée, équilibrée et originale.

Comment ? En apprenant à faire des rôtis de carottes, des mousselines de lentilles ou des chips d’algues. Les livres de recette pullulent, de même que les sites. Et vous pouvez aussi prendre un cours de gastronomie végétale !

8. J’apprends à coopérer

Pourquoi ? Contre la compétition, prônons la coopération. Aujourd’hui, on gagne parce qu’un autre perd. Et pour faire évoluer les mentalités, mieux vaut commencer tôt. Or notre système éducatif ne favorise pas la coopération. Notes, classement… les enfants sont sans cesse comparés les uns aux autres.

Comment ? Heureusement, la pédagogie alternative propose une approche différente de l’enseignement. Et les jeux coopératifs, où il s’agit de gagner tous ensemble, se développent comme alternative au Monopoly.

9. Je m’engage au niveau local ET global

Pourquoi ? Parce que changer nos gestes quotidiens ne suffira pas à faire pencher la balance du côté de l’écologie. Nous pouvons mettre des éoliennes dans nos jardins… mais s’il reste des centrales nucléaires, l’épée de Damoclès radioactive sera toujours là. Nous pouvons cultiver un potager biologique… mais si la Politique agricole commune ne change pas, l’agriculture intensive restera majoritaire.

Comment ? L’engagement politique, dans un parti, dans un syndicat, une association ou un collectif, reste un bon moyen de peser dans les décisions des puissants. Les causes à défendre ne manqueront pas en 2015 : lutte contre le Tafta, changement climatique… à vous de choisir et de vous impliquer !

10. Je soutiens Reporterre

Pourquoi ? Parce que l’écologie a besoin d’un média quotidien indépendant et libre. Et parce que pour être indépendant et libre, l’équipe de Reporterre a besoin des dons de ses lecteurs.

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Conseil aux promoteurs de projets inutiles : mettez du gazon et le Conseil d’État vous félicitera François de Beaulieu Reporterre 2015/01/02 François de Beaulieu (2 janvier 2015) Conseil aux promoteurs de projets inutiles : mettez du gazon et le Conseil d’État vous félicitera. Reporterre. Tribune — Grands projets inutiles fr

Conseil aux promoteurs de projets inutiles : mettez du gazon et le Conseil d’État vous félicitera

Un projet de supermarché portant atteinte à des terres agricoles et aux petits commerces locaux. La CNAC (Commission nationale d’aménagement commercial) donne un avis défavorable. Mais là, surprise : le Conseil d’État casse cet avis et donne raison aux bétonneurs, au motif que ceux-ci ont prévu... de mettre du gazon !

Les magasins Super U et Monsieur Bricolage ont fait le projet d’une implantation dans la périphérie de Daoulas (Finistère). Cette implantation portait une atteinte importante à des terres agricoles et un réseau de talus de grande qualité, coupait en deux les terrains d’une exploitation agricole, et déstabilisait directement les petits commerces du bourg de cette commune rurale.

Une association locale et Bretagne Vivante-SEPNB avaient obtenu gain de cause en attaquant la décision prise par la Commission départementale d’aménagement commercial (CDAC) auprès de la Commission nationale (CNAC). Les deux enseignes ont saisi le Conseil d’État qui vient de leur donner raison (jugement du 29 décembre 2014).

Du point de vue de la jurisprudence, la décision est étonnante puisque dans plus de 90 % des cas, le Conseil d’Etat confirme les décisions de CNAC.

- Voir l’avis du Conseil d’État annulant la décison de la CNAC :

S’il y a du gazon, alors c’est bon...

Du point de vue de la maîtrise de la protection légale des enjeux environnementaux, la décision est assortie d’un argument qui en dit long sur l’inculture écologique des « élites » françaises :

« Que, par ailleurs, les pétitionnaires ont prévu des mesures afin, notamment, de recouvrir de gazon près du tiers de la superficie totale du projet ; [...] que, par suite, la commission nationale a fait une inexacte application des dispositions rappelées ci-dessus en estimant que la réalisation du projet méconnaissait l’objectif de développement durable. »

À ce rythme-là, Jean-Marc Ayrault n’a aucun souci à se faire pour son bel aéroport de Notre-Dame-des-Landes : la création de terrains de football pour la Coupe du monde féminine de la FIFA en 2019 va couvrir largement les surfaces d’espaces naturels imposés par les mesures conservatoires habilement calculées par ses amis des bureaux d’études.

« Protégée » par les avions, une communauté renoue en Corse avec la nature Michel Bernard (Silence) Reporterre 2015/01/02 Michel Bernard (Silence) (2 janvier 2015) « Protégée » par les avions, une communauté renoue en Corse avec la nature. Reporterre. Nature fr

« Protégée » par les avions, une communauté renoue en Corse avec la nature

En Corse du Sud, dans la région de Bonifacio, une petite communauté paysanne mène discrètement depuis trente ans une vie simple et en lien avec la nature, protégée des pressions immobilières par un couloir aérien.

Reinhard Treder, sa compagne Maria et son fils arrivent dans la région en 1983 après quelques expériences communautaires antérieures. Les premiers terrains sur lesquels ils s’installent leur sont prêtés. Ils ne sont pas constructibles car ils se trouvent dans l’axe de l’aéroport de Figari Sud-Corse : des avions passent régulièrement au-dessus de leur têtes. « Deux univers cohabitent, mais un seul connaît l’existence de l’autre ».

D’énormes éboulements de granit ont laissé, en bordure des champs, un paysage chaotique avec quelques grottes. C’est dans ces grottes et quelques cabanes que s’installent différentes personnes, au départ majoritairement allemandes. Le nombre de personnes qui vit sur place varie avec le temps et selon les saisons (pas plus d’une douzaine au creux de l’hiver).

Après quelques années de tâtonnement, en 1994, le groupe décide de fonctionner en communauté et de partager ses ressources : il s’agit de « bien vivre ensemble dans le partage des biens ». Ils défrichent et mettent en culture plusieurs potagers dissiminés entre les blocs de granit, et entretiennent quelques prairies pour une surface totale de huit hectares. Leur vie est sobre : ils ont l’eau courante mais pas l’électricité. Quelques activités externes à la communauté permettent de disposer du peu d’argent que nécessite un tel mode de vie.

- Reinhard Treder -

Une communauté paysanne

La situation du foncier au départ est assez floue. Une procédure est engagée contre eux qui se terminent par une expulsion en 2008. Il est heureusement possible de se réinstaller sur une parcelle voisine et la générosité des habitants des villages, des voisins et de l’association Droits Paysans leur permet de reconstruire un lieu de vie paisible.

Aujourd’hui, six personnes vivent sur place à l’année. Reinhard Treder, âgé de 73 ans, est la mémoire du lieu. Andy, paysagiste, allemand, 46 ans, travaille à l’extérieur et vit ici depuis 7 ans. Jule, allemande, 34 ans, avec son fils Kisaja, 12 ans, se sont installés il y a quatre ans. Elle est apprentie chamane et seule végétariene. Elise, 30 ans, et Romain, 29 ans, en couple depuis sept ans, sont arrivés en février 2014 initialement pour un stage en wwoofing (1) et ont décidé de rester. Elise développe une activité de bijouterie. Les conversations se tiennent en français, allemand et anglais.

Des cercles de parole se déroulent une fois par semaine. C’est l’occasion de dire son humeur, de parler de ce qui fonctionne et de ce qui coince, d’organiser le planning de travail. Les repas sont un autre moment collectif. Sinon, chacun dispose de temps et d’espace privés.

- Jule et Elise -

Tous les travaux agricoles sont faits à la main : fauchage du foin, tonte des brebis, préparation du sol et des espaces de culture, bois de chauffage, moulure du grain pour la farine et fabrication hebdomadaire du pain… Les chantiers les plus importants, comme le nettoyage de la bergerie ou le défrichage d’une nouvelle parcelle, se font collectivement.

Randonner, aller à la rivière, à la plage, faire du bateau sont aussi des moments collectifs. Ici, la notion de « travail » n’a pas de raison d’être : il y a des tâches à faire tous les jours. Il n’y a pas de vacances, car peut-être sont-ils tout le temps en vacances.

Une vie entre les arbres et les rochers

Il y aujourd’hui des cabanes, une yourte, une caravane et une kerterre (2). Kisaja dispose de sa propre cabane perchée dans un arbre. Jule, sa mère, vit dans la yourte en hiver et dans une grotte en été. Une cabane sert de salon et de cuisine pour tous, les autres ont des chambres privées.

Outre les huit hectares dont il est officiellement locataire, le groupe entretient près de cinquante hectares de prairies et y garde des troupeaux de brebis et de vaches. Au fil des ans, les sols des potagers ont été enrichis et les arbres fruitiers se sont multipliés, offrant quantité de fruits. Une cave permet le stockage de nombreuses conserves pour passer la saison hivernale. Les essaims d’abeilles ont été détruits par le varroa et ils vont essayer de recommencer à implanter des ruches. Dans le temps, le nombre de bêtes (brebis, canards, poules) a varié.

On observe quelques concessions à la technique moderne : un capteur photovoltaïque permet de recharger un téléphone portable. Un groupe électrogène au fioul alimente quelques machines-outils spécialisées, dont un tour à bois. Andy est le seul à disposer d’un véhicule à moteur.

- Reinhard, Romain, Andy, Elise et Jule -

L’expérience montre qu’une vie simple, en lien avec la nature, est possible. « Le monde du bruit et de la vitesse a permis localement le maintien d’un monde lent et silencieux, entre deux avions. » (3) Il y a toutefois une grande différence d’activités entre l’été, riche en visites, et l’hiver, qui reste rude. L’expérience a su se renouveler au fil du temps et est toujours prête à accueillir de nouveaux volontaires.

• Francischu, route de Bonifacio, 20131 Pianottoli-Caldarello, tél : 06 47 46 23 99

NOTES

(1) Wwoof : réseau international de volontaires pour travailler dans des fermes biologiques. Les stagiaires travaillent à mi-temps en échange du gîte et du couvert, sans autre rémunération. www.wwoof.fr

(2) Construction circulaire en forme de dôme, dont la structure porteuse est en roseaux ou en bambou, lestée de terre. Le premier essai n’a pas fonctionné : le poids de la pluie après un orage avait provoqué l’effondrement du toit.

(3) Seulement trois ou quatre en dehors de la période touristique, mais jusqu’à une trentaine en été.

« La planète ne peut pas continuer ainsi. De gré ou de force, nous devons changer notre attitude » Entretien avec Jean-Paul Guevara Reporterre 2015/01/03 Entretien avec Jean-Paul Guevara (3 janvier 2015) « La planète ne peut pas continuer ainsi. De gré ou de force, nous devons changer notre attitude ». Reporterre. fr

« La planète ne peut pas continuer ainsi. De gré ou de force, nous devons changer notre attitude »

Depuis dix ans, la Bolivie porte une vision de la lutte contre le changement climatique fondée sur les droits de la Terre-Mère et sur la dette écologique des pays industrialisés. Cette voix est-elle crédible, alors que le pays exploite des ressources minières ou gazières, très polluantes ? Rencontre avec l’ambassadeur de l’Etat plurinational de Bolivie en France, Jean-Paul Guevara.

Reporterre - La conférence sur le climat s’est déroulée au Pérou en décembre dernier. Êtes-vous optimiste en ce qui concerne les négociations de 2015 ?

Jean-Paul Guevara - Nous sommes des « optimistes bien informés ». Certains disent que les optimistes sont ceux qui manquent de connaissances, et que les pessimistes le sont parce qu’ils savent ce qui va se passer. Pourquoi sommes-nous optimistes ? Parce que, qu’on le veuille ou non, les changements vont se produire. La planète ne peut pas continuer ainsi. Donc, de gré ou de force, nous devons changer notre attitude.

- Jean-Paul Guevara -

Cela fait des années que la Bolivie porte un discours alternatif sur la lutte contre le changement climatique...

Notre position est claire. D’abord, il faut reconnaître que nous avons tous une responsabilité historique face au changement climatique. Mais cette responsabilité est plus forte pour les pays industrialisés, parce que ce sont eux qui ont le plus pollué. Et parce que ce sont eux qui ont l’argent, de l’argent accumulé grâce à l’exploitation des ressources naturelles et des peuples du Sud.

Ensuite, il s’agit de refuser la marchandisation de la nature. Nous rejetons l’idée d’une croissance verte, parce que ça ne résoudra pas le problème. Einstein disait :« On ne résout pas un problème dans les termes qui lui ont donné naissance ».

Votre discours n’est-il pas marginal sur la scène internationale ?

C’est certain, notre point de vue n’est pas écouté par beaucoup de gouvernements. Mais ce sont ceux qui ne veulent rien changer. Ils veulent juste discuter de comment maintenir leurs modes de vie. Mais les peuples ne sont plus d’accord avec cette attitude. Je pense que la majorité des populations est d’accord avec ce que dit la Bolivie.

Quelle est votre proposition principale pour la lutte contre le réchauffement climatique ?

Nous défendons un indice qui permettrait de répartir l’effort de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Il faut diminuer ces émissions de 40 % à 70 %. Mais on ne peut pas dire : nous avons tous une responsabilité égale dans la lutte contre le changement climatique.

Car que s’est-il passé hier, et avant-hier ? Certains ont plus pollué que d’autres. L’indice que nous proposons prend en compte l’histoire et la situation actuelle, pour que les pays industrialisés contribuent plus à l’effort global.

En Bolivie, de nombreuses industries minières et pétrolières ont un impact très nuisible sur l’environnement. N’y a-t-il pas contradiction entre la politique intérieure d’Evo Morales, et son discours écologiste à l’étranger ?

Cette vision résulte d’un manque d’information. La Bolivie n’est ni un musée, ni une réserve naturelle. L’histoire de la Bolivie est celle du pillage de nos richesses par les Européens. L’industrialisation de l’Europe n’a été possible que par l’exploitation des mines d’argent de Potosi.

- La « montagne riche », source de mines d’argent, au-dessus de Potosi. -

Aujourd’hui, on nous annonce que nous n’avons pas le droit d’exploiter nos ressources, pour des raisons soi-disant écologiques. Je ne suis pas d’accord. Nous respectons la Terre-Mère et nous avons un mode de vie bien plus harmonieux, bien plus respectueux de la nature que les civilisations occidentales. Nous avons gardé la mémoire de nos ancêtres. Leur logique n’était pas celle d’une croissance, d’une accumulation sans fin. C’est ce que nous appelons le bien-vivre (buen vivir).

Bien sûr, nous profitons de nos richesses maintenant, mais nous les exploitons dans le but d’améliorer les conditions de vie des Boliviens. Ne pas exploiter les mines pour sauvegarder la nature, mais en laissant des milliers de personnes dans la misère ? Ce n’est pas possible.

Pourtant ces richesses vont bientôt s’épuiser ?

La clé n’est pas la croissance durable, mais la redistribution des richesses. Il y a aujourd’hui suffisamment de ressources et de nourriture pour tout le monde. Le problème est que c’est très mal réparti, que c’est capté par une minorité.

Mais l’exploitation des mines en Bolivie ne discrédite-t-elle pas le discours écologiste du gouvernement d’Evo Morales ?

Non, ceux qui disent cela préfèrent pointer ce qui ne va pas chez leurs voisins que de faire le ménage chez eux. Ils se focalisent sur ce qui ne va pas chez nous plutôt que de voir tout ce que nous avons accompli. Notre impact sur l’environnement est minime par rapport à d’autres pays.

En plus, les Boliviens ont un mode de vie très sobre, très économe en énergie et en ressources naturelles. Ceux qui gaspillent sont en Europe et en Amérique du Nord. Les pays riches polluent en gaspillant et cherchant l’accumulation, nous nous polluons par nécessité d’une certaine manière, pour sortir de la pauvreté. On ne peut pas comparer notre situation à celle des pays riches.

- Propos recueillis par Lorène Lavocat

Marketing vert ou vrai circuit court paysan : dans le Nord, deux visions de l’agriculture s’affrontent Bernard Krieger (Reporterre) Reporterre 2015/01/03 Bernard Krieger (Reporterre) (3 janvier 2015) Marketing vert ou vrai circuit court paysan : dans le Nord, deux visions de l’agriculture s’affrontent. Reporterre. fr

Marketing vert ou vrai circuit court paysan : dans le Nord, deux visions de l’agriculture s’affrontent

Dans le Nord, la firme O’Tera, liée à la « galaxie Mulliez », implante des supermarchés se revendiquant du circuit court. Du pur marketing, dénoncent des associations et agriculteurs locaux, qui ont créé leur propre supermarché en vente directe, Talents de ferme.

- Prisches (Nord), correspondance

Fin octobre, un nouveau magasin de produits agricoles, à l’enseigne O’Tera, s’est ouvert à Saint André, près de Lille. Avec 800 mètres carrés de surface de vente, il s’agira du troisième dans la métropole lilloise, depuis 2007. Le but : capter la clientèle urbaine. Et pour cela, ses propriétaires mettent en avant un engagement dans les « circuits courts », qu’ils disent vouloir « démocratiser », affirmant entretenir d’excellentes relations avec les producteurs locaux qui les fournissent. Pas si simple.

Pur marketing

Si vous parlez d’O’Tera à Antoine Jean, porte-parole régional de la Confédération Paysanne, il voit rouge. Pour lui, c’est de la « concurrence déloyale », au détriment des agriculteurs qui pratiquent la vente directe. Il n’y voit qu’un pur concept marketing, truffé de mensonges, un faux nez de la grande distribution et plus particulièrement du groupe Auchan et de la « galaxie Mulliez ».

« Ils ne cachent pas leur envie de s’étendre dans la région et dans toute la France en surfant sur la vague des circuits courts, des produits fermiers et du manger local... Ce sont des prédateurs, ils sont là pour faire du business. Les producteurs et consommateurs, ils s’en foutent. Tout ce qu’ils veulent, c’est s’accaparer un marché ».

Antoine Jean rappelle deux épisodes récents. D’abord, les pressions qui ont abouti à faire retirer, en 2012, le mot « ferme » figurant sur les premières enseignes. Le syndicat jugeait alors l’expression abusive. Ensuite, il cite l’exemple de ces agriculteurs qui ont lancé, cet été, Talents de Fermes.

- Antoine Jean -

Riposte des agriculteurs à O’Tera

Cette initiative, à distinguer du combat de la confédération paysanne, n’en est pas moins une riposte directe à un projet du réseau O’Tera. Emmanuelle Lambin, agricultrice à Wambrechies avec son mari (horticulture, maraîchage…) et présidente régionale du CIVAM (Centre d’initiative pour valoriser l’agriculture en milieu rural) l’explique :

« Ils voulaient s’implanter à Wambrechies, près de Lille, en 2009. On s’est mobilisés. Une association baptisée « L’Union fait la ferme » s’est créée et a porté le projet. Il a muri pendant cinq ans. Au début, nous étions six agriculteurs pratiquant la vente directe. Maintenant, nous sommes douze, du Nord, avec un artisan boulanger… La grande distribution, qui a fait disparaître le petit commerce, veut maintenant s’accaparer et contrôler la vente des produits agricoles. Nous, on montre que les agriculteurs savent produire et vendre. Pas question d’être dépendants d’un système qui finit toujours par imposer ses conditions et ses prix… »

Talents de Ferme s’est ouvert le 19 août dernier. Il s’agit d’un « un point de vente collectif » de 300 m2, géré par une SARL. Les producteurs (dont un en bio) se relaient pour tenir le magasin qui propose fruits, légumes, produits laitiers, viandes et pains. Le projet a créé douze emplois (six équivalents temps plein).

« Concept et vision d’entreprise »

Qu’en dit-on du côté d’O’Tera ? Charles D’Hallendre s’occupe de la communication du réseau et répond volontiers aux sollicitations des médias… Son premier argument : l’écho rencontré auprès des consommateurs : « Ils sont libres de venir ou pas. S’ils viennent, c’est qu’ils sont contents ». Il reconnaît que l’initiateur du réseau O’Tera est le fils du fondateur de Décathlon/Oxylane, une des filiales de cette « galaxie Mulliez » et que ce concept des « fermes urbaines » a été inspiré par un voyage professionnel dudit fondateur aux Etats-Unis.

Il se défend cependant de tout lien juridique avec le groupe familial et assure que le réseau a pris ses distances vis-à-vis de la grande distribution. « Nous fonctionnons comme des indépendants. Ici, c’est le producteur qui fixe son prix, pas nous. Sa quantité correspond à sa capacité à produire. On ne les met pas en concurrence dans nos magasins. On ne sollicite pas forcément les gros agriculteurs et nous n’avons pas de centrales d’achat. 50 % de nos produits sont locaux ou régionaux. Mais, comme nous avons besoin de 500 références en permanence, on va chercher plus loin ce qu’on ne trouve pas localement, comme les bananes. »

Charles D’Hallendre explique qu’O’Tera ne vend pas de produits bios non plus. Il les juge « rares et chers » et ajoute qu’il y a déjà des surfaces spécialisées dans ce domaine. Sur la question des relations avec les producteurs travaillant pour l’enseigne, il revendique une totale transparence : « Les sourires et témoignages de satisfaction, sur les sites et dans nos magasins, sont vrais. Vous pouvez vérifier… » Il reconnaît une « vision d’entreprise » et affirme qu’il n’y a rien d’anormal à vouloir étendre un concept qu’il considère « gratifiant » pour les consommateurs et les producteurs.

- Les agriculteurs de Talents de Ferme -

Reconnecter les consommateurs à la nature

Grande distribution s’habillant de vert ou agriculteurs reconquérant leur filière ? Pour ceux-ci, l’heure est à la reconquête du consommateur. « Les urbains, dit Emmanuelle Lambin, de Talents de ferme, ont perdu le rythme des saisons et celui de la nature. Avec l’agriculture industrielle mondialisée, hors-sol, ils ont été habitués à avoir tout, tout de suite, tout le temps. Avec d’énormes moyens, la grande distribution les entretient dans cette illusion d’abondance et de facilité ».

Leur combat économique est donc aussi… pédagogique. « Quand un légume n’est pas présent sur les étals, on explique pourquoi… Dans le magasin, on affiche les prochains arrivages. Si on ne fait pas de libre service, c’est pour avoir ce contact avec les gens et montrer notre différence. » Leur espoir : le bon sens retrouvé des consommateurs.

La lutte est utile ! Nous avons remporté une manche contre le géant Decathlon Collectif « pour un site préservé entre Loire et forêt » Reporterre 2015/01/03 Collectif « pour un site préservé entre Loire et forêt » (3 janvier 2015) La lutte est utile ! Nous avons remporté une manche contre le géant Decathlon. Reporterre. Tribune — Luttes fr

La lutte est utile ! Nous avons remporté une manche contre le géant Decathlon

Les habitants de Saint-Jean de Braye, près d’Orléans, se battent contre la destruction de seize hectares de terres par une zone commerciale. Ils ont remporté une victoire juridique quant à l’autorisation accordée pour la création du magasin Decathlon. C’était pot de terre contre pot de fer ! Et il se pourrait bien que le gobelet de terre désintègre un jour le pot de béton...

« Résister contre Decathlon, contre la famille Mulliez, vous n’avez aucune chance... C’est le pot de terre contre le pot de fer ! » Voilà ce que nous entendions souvent lors de nos manifestations contre ce projet de zone commerciale. Notre collectif « pour un site préservé entre Loire et forêt » conteste en effet la création d’un « Village Oxylane – Decathlon » qui détruirait 16 hectares de zones humides, naturelles et cultivées, près d’Orléans.

Ni notre projet alternatif agricole rédigé avec Terre de liens, ni nos contributions sérieusement argumentées aux différentes enquêtes publiques, ni notre pétition réunissant plus de 1600 signatures n’avaient freiné l’avancement de ce dossier. Remettre en cause le bienfondé de cette zone commerciale était tout simplement impensable pour nos élus.

Victoire juridique

Nous avons donc utilisé la voie des recours : devant le tribunal administratif d’une part, pour contester la déclaration d’intérêt général et la modification du PLU, dont l’instruction est encore en cours ; devant la Commission Nationale d’Aménagement Commercial (CNAC) de l’autre, pour contester l’autorisation accordée au niveau départemental pour la création du magasin Decathlon.

Suivant les précieux conseils d’associations amies ayant déjà déposé ce type de recours, avec le soutien de conseillers régionaux et d’un avocat, nous avons transmis à cette commission un rapport complet expliquant en quoi ce projet était inutile et nocif sur ce territoire.

- Un visiteur sur le site visé par le projet Oxylane -

Le 12 novembre dernier, la commission nous a donné raison. Le gobelet de terre a gagné ! La commission vient de publier ses motivations. Les quatre arguments qui ont particulièrement retenu son attention sont : l’artificialisation d’espaces naturels, le risque de création de friche commerciale au sud de l’agglomération, l’absence de desserte en transport en commun et la destruction du paysage de cette entrée de ville.

Plus d’ouverture prévue fin 2015 !

Decathlon dispose désormais d’un délai de deux mois pour saisir la cour administrative d’appel. Si l’arrêt rendu 12 à 18 mois plus tard annule la décision de la CNAC, cela n’équivaut pas à une autorisation. La CNAC devra à nouveau examiner le dossier. Plus d’ouverture prévue fin 2015 !

Si elle ne fait pas appel, la société pétitionnaire pourra redéposer un nouveau dossier qui doit prendre en compte les conclusions de la CNAC, ce qui s’annonce un brin compliqué...

Le magasin phare du projet « OXYLANE » n’a donc pas le droit d’ouvrir. Néanmoins un panneau a été installé sur le site indiquant que le permis d’aménager a été délivré le 10 décembre 2014, et que les travaux pourront bientôt commencer...

Fort de notre première victoire, nous allons bien sûr déposer un recours contre ce permis d’aménager précipité. En espérant gagner les manches suivantes jusqu’à ce qu’un jour le gobelet de terre que nous représentons désintègre totalement leur pot de béton !

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Ségolène Royal s’est opposée à l’enfouissement des déchets nucléaires Barnabé Binctin (Reporterre) Reporterre 2015/01/05 Barnabé Binctin (Reporterre) (5 janvier 2015) Ségolène Royal s’est opposée à l’enfouissement des déchets nucléaires. Reporterre. Enquête — Déchets nucléaires fr

Ségolène Royal s’est opposée à l’enfouissement des déchets nucléaires

Le gouvernement a tenté d’imposer le projet d’enfouissement de déchets nucléaires Cigéo, en le passant en catimini dans le projet de loi sur la croissance économique. Il faut croire que le temps altère la mémoire : il y a vingt-cinq ans, la ministre de l’Ecologie actuelle se battait contre un tel projet dans son territoire des Deux-Sèvres…

En décembre, le gouvernement a tenté d’imposer le projet Cigeo d’enfouissement des déchets nucléaires dans la loi de finances, reculant devant la bronca d’EELV. Un énième coup de force du gouvernement manifestement décidé à en favoriser l’ouverture. Alors que la ministre de l’Ecologie était naguère une opposante farouche à l’enfouissement des déchets. C’était, il est vrai, dans son département...

Petit retour en arrière. En 1979, l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (ANDRA) est créée au sein du Commissariat à l’Energie atomique (CEA). Son objectif : trouver une solution industrielle pour gérer des déchets nucléaires dont le volume ne peut alors qu’augmenter, à cette époque consacrant l’ouverture successive de dizaines de réacteurs nucléaires en France – les deux premiers réacteurs de Fessenheim ayant été mis en service en 1977.

- Le siège du Centre CEA de Saclay -

L’option de l’enfouissement en profondeur est rapidement privilégiée. En 1983, l’ANDRA sélectionne vingt-huit sites géologiques favorables à des études pour l’installation d’un centre de stockage souterrain. Parmi eux, Neuvy-Bouin dans les Deux-Sèvres, où le Bureau de Recherches Géologiques et Minières est chargé de l’étude.

- Télécharger le document du BRGM (1986) à propos du site de Neuvy-Bouin :

Quand la paysannerie s’oppose aux déchets nucléaires

En mars 1987, le site figure parmi les quatre finalement retenus dans la phase suivante de l’expérimentation. L’annonce rencontre presque immédiatement une forte opposition des citoyens locaux. Deux associations se créent, le CIAD (Comité intercommunal d’action et de défense) et le GRANIT – en référence à la nature géologique du sol dans cette région [à Bure, il s’agit d’argile, ndlr].

Dans cette région de bocage, la mobilisation se structure autour de la paysannerie. « C’était de véritables jacqueries », raconte Michel Marie, porte-parole du CEDRA (collectif contre l’enfouissement des déchets radioactifs) à Bure, qui participait à l’époque à la coordination nationale des collectifs locaux opposés à ces projets d’infrastructure.

Une caravane est installée sur le site même des travaux avec une occupation permanente qui n’est pas sans rappeler le phénomène des ZAD aujourd’hui. Un système de surveillance par réseau téléphonique est mis en place avec les moyens technologiques de l’époque.

« Il y a eu quelques grosses manifestations locales, la lutte était très bien organisée. Le blocage était tel que les CRS et les engins de construction ne pouvaient pas passer », raconte Jean Collon, qui prend alors part au mouvement.

- Schéma du projet Cigéo -

Ségolène Royal rallie l’opposition

Le canton devient même un exemple des progrès de l’écologie politique dans les urnes, comme l’atteste ce reportage de mai 1981 qui analyse le score d’Antoine Waechter aux élections présidentielles. Un mois plus tard, Ségolène Royal est élue députée pour la première fois dans la circonscription, où elle est parachutée par François Mitterrand.

Elle prend alors clairement position contre le projet d’enfouissement. « Elle soutenait la lutte. Je revois encore cette jeune femme, tout droit sortie de l’ENA, participer aux manifestations… », se souvient Jean Collon. Il y a un mois, dans une lettre ouverte au sujet du barrage de Sivens, l’ancien député européen Didier Anger rappellait à Ségolène Royal leur « intervention commune à Neuvy-Bouin […] contre l’enfouissement profond de déchets nucléaires ».

Après trois ans de lutte intense, le Premier Ministre, Michel Rocard, adopte un moratoire en 1990. L’année suivante, la loi Bataille se veut une réponse politique et législative à l’échec des premières expérimentations de l’ANDRA. Mais le site de Neuvy-Bouin ne sera dès lors plus inquiété, la prospection s’orientant à la fin des années 1990 vers le site de Bure.

Victime ou intéressée ?

Cette rétrospective historique relance le débat sur la nature des convictions de la ministre de l’Ecologie sur le sujet de l’enfouissement des déchets. En juin dernier, un premier épisode qui avait vu l’introduction d’une disposition en faveur de Cigéo dans le projet de loi de transition énergétique, après sa présentation, avait semé le doute : « victime ou menteuse » dans l’histoire, interrogeait alors Reporterre.

Le retrait de l’article, quelques heures plus tard, laisse à penser que la ministre aurait plutôt été victime d’un arbitrage défavorable en premier lieu, arbitrage qu’elle aurait renversé par la suite. Une thèse qui permet aujourd’hui d’interpréter le cavalier législatif sur Cigéo dans la loi Macron comme la manifestation d’intérêts contraires au sein du gouvernement. La ministre de l’Ecologie n’ayant pas la main sur le texte, le champ est donc libre pour les partisans du centre d’enfouissement.

Pourtant, comme le révèle un article du Canard Enchaîné daté du 4 juin 2014, la ministre de l’Ecologie ne semble pas toujours aussi convaincue sur Cigéo qu’elle ne s’en revendique auprès des acteurs environnementaux.

Interrogée sur le sujet lors d’une question au gouvernement le 27 mai dernier, elle avait ainsi laissé la sous-ministre de l’Economie numérique, Axelle Lemaire, répondre à sa place que : « Mme Royal réaffirme l’attachement du gouvernement au respect des principes établis par la loi de 2006 sur les déchets radioactifs ; cet attachement concerne aussi la concrétisation du projet de stockage réversible en couche géologique profonde ».

Un double-jeu qui, ne venant pas de sa propre bouche, alimente la controverse : Mme Royal est-elle en minorité sur la question au sein du gouvernement, incapable d’emporter l’arbitrage ? Ou a-t-elle finalement revu ses positions sur le dossier, se défaussant de cette responsabilité en faisant passer la disposition dans une autre loi ?

Pour imposer le site de déchets nucléaires Cigéo, l’Andra aurait dissimulé une source géothermique Émilie Massemin (Reporterre) Reporterre 2015/01/05 Émilie Massemin (Reporterre) (5 janvier 2015) Pour imposer le site de déchets nucléaires Cigéo, l’Andra aurait dissimulé une source géothermique. Reporterre. Enquête — Déchets nucléaires fr

Pour imposer le site de déchets nucléaires Cigéo, l’Andra aurait dissimulé une source géothermique

L’Andra, dont la mission est d’informer le public, aurait caché l’existence d’une ressource en géothermie sous le site envisagé pour Cigéo, centre d’enfouissement de déchets nucléaires. Ce potentiel énergétique remet pourtant en cause le site. L’Agence de gestion des déchets radioactifs était assignée lundi au Tribunal de Nanterre par les associations d’opposants.

C’est l’aboutissement de plus de treize années de travail pour les opposants au projet de Centre industriel de stockage géologique (Cigéo) de Meuse/Haute-Marne. Ce lundi à 15 h, le tribunal de grande instance de Nanterre (Hauts-de-Seine) examinera l’assignation en responsabilité pour faute déposée contre l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra) par le réseau Sortir du nucléaire et les associations Burestop 55, Mirabel Lorraine nature environnement, Les habitants vigilants du canton de Gondrecourt-le-Château, le Cedra 52 et l’Asodedra.

Ces associations accusent l’Andra d’avoir délibérément dissimulé une ressource en géothermie dans le sous-sol de Bure, afin de ne pas compromettre l’installation de Cigéo sur le site.

Le début de l’affaire remonte à 2002. André Mourot (aujourd’hui décédé), ingénieur géophysicien et membre du Comité local d’information et de suivi (Clis) du laboratoire de Bure, découvre des inventaires du Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) établissant l’existence d’une ressource géothermique sous le site du futur Cigéo.

Or, la règle fondamentale de sûreté n°III-2-f, adoptée le 10 juin 1991 par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), est très claire : « Les sites retenus [pour le stockage définitif de déchets radioactifs en formation géologique profonde] ne devront pas présenter d’intérêt particulier du point de vue [de la géothermie et du stockage de chaleur]. » Le Guide de sûreté qui la remplace le 12 février 2008 reprend les mêmes termes.

Boîte de Pandore

Cela relève du bon sens : « On ne fait pas d’enfouissement dans un secteur où se trouve une ressource quelconque, parce que nos descendants, ayant oublié l’existence d’un tel dépotoir souterrain, risqueraient d’aller chercher cette ressource et de tomber sur la boîte de Pandore, explique Michel Marie, membre du Cedra 52 et du Clis. On imagine les conséquences. »

Ce risque est d’autant plus important que Cigéo a pour vocation de stocker des déchets radioactifs de haute activité (HA) et de moyenne activité à vie longue (MA-VL). De l’iode 129 par exemple, hautement radioactif et dont la période d’activité est de seize millions d’années...

L’Andra ne pouvait ignorer l’existence de cette ressource, estime André Mourot dans une note présentée au Clis en décembre 2002. Et pour cause : c’est la même personne, l’hydrogéologue C. Maiaux du BRGM, qui a cosigné le document Les possibilités de réalisations géothermiques dans le département de la Meuse. Inventaire en 1981, et le rapport Antéa « Département de la Meuse, synthèse des données hydrogéologiques préliminaires » de 1994, lequel a servi à la réalisation du référentiel géologique de l’Andra et admet des caractéristiques du sous-sol compatibles avec une ressource en géothermie, d’après l’ingénieur.

- Présentation des recherches de l’ANDRA à l’espace information du laboratoire de Bure -

Aucune exploration sérieuse avant le choix du site

L’Andra, qui a connaissance de la règle fondamentale de sûreté, n’a pas non plus cherché une ressource géothermique dans les règles de l’art avant de fixer son choix sur Bure en 1994, souligne Michel Marie. « Il y a eu une dizaine de forages au total, calcule-t-il. Mais ils étaient peu profonds aux dires des géologues, 600 mètres de profondeur environ. Or, la géothermie se situe bien plus profondément. A l’époque, on disait qu’il fallait trois forages profonds, qui traversent toutes les couches géologiques sur 1.700 mètres pour découvrir la ressource. »

Alertées par André Mourot, les associations d’opposants au sein du Clis de Bure réclament un forage profond dès 2003. « Pendant trois ans et demi, l’Andra nous a affirmé, sans preuves, que l’eau ne serait pas assez chaude, que ceci, que cela, se souvient Antoine Godinot, docteur en géologie et membre du Clis. Nous avons découvert ensuite qu’ils attendaient, pour donner suite à notre demande, la loi de 2006. »

Cette loi relative à la gestion durable des matières et déchets radioactifs, adoptée le 28 juin 2006, prévoit la création d’un centre de stockage géologique en profondeur sur un site ayant fait l’objet d’études au moyen d’un laboratoire souterrain, autrement dit le laboratoire de Meuse/Haute-Marne de l’Andra.

Frédéric Plas, directeur de la recherche et du développement à l’Andra, affirme au contraire que l’Andra n’a jamais dissimulé l’existence d’une ressource géothermique à l’aplomb de Bure. « Il en est fait mention dans le dossier de 2005, dit-il à Reporterre. Pour ce dossier, nous avions effectué une série de forages jusqu’au Dogger, qui nous ont permis de récolter des données sur le gradient géothermal. Ce dernier est tout à fait banal par rapport à ceux qu’on peut rencontrer dans la plupart des sites du Bassin parisien. Nous en avons conclu que nous n’avions pas détecté de ressource géothermique exceptionnelle à cet endroit-là. »

Des résultats sciemment sous-estimés

Un forage profond est finalement commandité par l’Andra, en 2008. Mais les résultats n’ont pas été clairement expliqués aux membres du Clis, dénonce Antoine Godinot. « Pour exploiter une ressource en géothermie, on extrait l’eau chaude des profondeurs de la roche grâce à un forage, explique le géologue. Quand on effectue un forage de recherche pour évaluer le potentiel en géothermie d’un sous-sol, il faut mesurer la transmissivité, c’est-à-dire la facilité avec laquelle l’eau circule dans la roche. Si ce paramètre est bon, cela veut dire qu’avec une bonne pompe, on pourra tirer 200 mètres cubes d’eau par heure. »

Ce que l’Andra n’a pas pris en considération. « Elle a glissé le chiffre de la transmissivité, 1,1.10-3 m²/seconde, ce qui est un bon résultat. Mais évidemment, personne n’a rien compris et c’est normal, parce que c’est un terme de spécialistes, poursuit Antoine Godinot. Puis ils ont dit qu’ils n’avaient pu obtenir qu’un débit de 5 m3/heure, alors qu’il en aurait fallu 150 pour que le sous-sol soit exploitable. Cela, c’est compréhensible pour tout le monde. »

En lisant le rapport de test des opérateurs ayant effectué le forage, Antoine Godinot découvre d’autres faiblesses : la boue artificielle utilisée pour le forage n’a pas été retirée avant les tests et de la roche argileuse est tombée de la paroi du forage au fond du trou, ce qui a pu gêner les mesures.

Frédéric Plas conteste point par point les critiques émises à l’encontre du forage de 2008 : « Le programme de ce forage a été établi par un consortium de 22 laboratoires, dont des laboratoires de recherche du CNRS et l’IRSN. Les techniques utilisées sont classiques. Les boues artificielles n’ont pas été utilisées pour masquer les résultats, mais parce que vous ne pouvez pas faire un forage à 2000 m de profondeur sans mettre de boue. L’interprétation des résultats tient compte de la présence de cette boue. » Pour ce qui est du tubage insuffisant du forage, « il faut laisser un découvert pour bien mesurer la transmissivité. Effectivement, la formation s’est un peu desquamées dans une des trois zones de test, et des petites particules argileuses sont tombées dans le forage. Mais c’est un incident presque normal, un aléa des forages scientifiques ».

Le directeur de la recherche et du développement admet tout de même qu’il pouvait y avoir une ambiguïté dans la présentation des résultats au Clis : « Vis-à-vis d’une ressource exceptionnelle, le gradient géothermal et la transmissivité sont des données nécessaires et suffisantes pour évaluer le potentiel d’un sous-sol. Quant au 5 m3/heure de débit, il correspondait seulement au débit de la pompe. En aucun cas il ne s’agissait du débit pompable dans le sous-sol. Les termes utilisés par l’Andra pouvaient le laisser penser, ce que nous regrettons. Nous nous en sommes expliqués. »

Les associations parviennent à introduire le doute au sein du Clis, pourtant favorable au projet Cigéo. Le comité fait appel à un expert suisse, Geowatt, pour une contre-expertise. Ses conclusions vont dans le sens des associations. « Compte tenu des données et informations disponibles, nous sommes d’avis que les ressources géothermiques au Trias dans la région de Bure peuvent aujourd’hui être exploitées de manière économique avec l’emploi de techniques et de matériel appropriés », peut-on lire dans son rapport.

De l’absence de ressource... à l’absence de ressource « exceptionnelle »

L’Andra a donc menti. Les associations lui adressent une lettre le 17 décembre 2012, dans laquelle elles réclament une indemnisation pour « sous-estimation du potentiel géothermique du site de Bure ». Dans sa réponse du 30 janvier 2013, l’Andra « réaffirme qu’il n’existe pas de ressource géothermique présentant un intérêt exceptionnel dans la zone qu’elle étudie pour l’implantation de Cigéo » - le lecteur relèvera le glissement sémantique de « pas de ressource » à « pas de ressource exceptionnelle ».

Elle reconnaît seulement avoir utilisé « un raccourci qui pouvait porter à confusion quant à la production que pourrait donner une utilisation industrielle locale » en présentant le débit plutôt que la transmissivité.

Cette réponse ne satisfait pas les associations, déterminées à poursuivre leur action en justice. Mais les règles fondamentales de sûreté de 1991 ne sont pas contraignantes, et pas davantage le Guide de sûreté de 2008 – les associations ne peuvent donc pas attaquer l’Andra sur le choix du site. D’autant moins que le projet n’est pas encore validé, puisque l’Andra n’a prévu de déposer sa demande d’autorisation de création qu’en 2017.

- "Bure Zone Libre". Maison de la résistance contre Cigéo. -

Il faut donc biaiser, et assigner l’Andra pour dissimulation d’informations. « C’est une question très simple qui a déjà été résolue par la jurisprudence antérieurement : quand vous divulguez une information, la première chose à faire est qu’elle soit correcte, explique Me Étienne Ambroselli, avocat des associations. Là, c’est pire : vous avez un établissement qui a obligation par sa mission statutaire fixée par le législateur, d’informer le public sur ces sujets extrêmement complexes. Nous sommes donc face à un manquement à une obligation statutaire d’information. » Le 3 mai 2013, les associations assignent donc l’Andra en responsabilité pour faute.

Des positions qui évoluent

L’avocat se veut optimiste quant au dénouement du procès. « Quand nous avons assigné cet établissement il y a plus d’un an, c’était une action inédite, assez difficile à faire comprendre. Mais les choses se sont beaucoup simplifiées depuis, analyse l’avocat. L’Andra a dû reconnaître sa faute, sous pression de ce recours et suite au rapport Geowatt. »

Autre signe positif de prise de conscience, le discours de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) évolue. « En 2009, l’IRSN affirmait l’absence de potentiel géothermique exploitable à l’aplomb de Cigéo. Aujourd’hui, elle reconnaît que ce potentiel existe et qu’il faudra faire des études spécifiques sur les risques de perforation en raison de ce potentiel. »

Dans sa fiche « Potentiel géothermique du site de Meuse/Haute-Marne », l’IRSN indique ainsi que « dans l’hypothèse de l’oubli de la présence du stockage, il ne peut être exclu que ce potentiel puisse conduire dans le futur à la réalisation de forages venant traverser l’installation. L’IRSN estime que ce type de situation doit faire l’objet d’une analyse spécifique, au titre de la démonstration de sûreté de Cigéo, afin d’apprécier notamment son incidence sur les capacités de confinement du stockage ».

François Besnus, directeur des déchets et de la géosphère à l’IRSN, explique à Reporterre que « la ressource en géothermie est exploitable. Mais actuellement, est-il intéressant de l’exploiter d’un point de vue économique ? Notre conclusion est que non ». Il souligne deux faiblesses de la ressource : le gradient de température, qui n’est pas meilleur qu’ailleurs, et la très forte salinité de l’eau, qui obligerait les exploitants à la réinjecter dans le sol, une technique coûteuse et compliquée. « Cette ressource ne présente pas de caractère exceptionnel », conclut-il.

« Pour autant, on ne peut pas gommer d’un trait le risque d’une intrusion dans le futur, avertit-il. Nous avons aujourd’hui une certaine vision du sous-sol, qui peut évoluer. La présence de géothermie est un risque, mais l’incertitude est encore plus grande pour des ressources encore plus profondes et peut-être encore insoupçonnées. » Dans cette perspective, l’Andra est obligée, géothermie ou non, d’étudier plusieurs scénarios d’intrusion, qu’elle devra présenter à l’IRSN avant de déposer sa demande d’autorisation de création. « Ces études devraient être effectuées dans un cadre pluraliste, où l’Andra et l’IRSN joueraient un rôle moteur mais où le BRGM, les universitaires, les associations et la société civile... auraient également leur mot à dire », souhaite François Besnus.

L’Andra se veut rassurant sur le sérieux avec lequel elle mène ces études de sûreté. « Notre démarche est simple : tous les évènements, même peu probables, sont considérés comme certains, explique Frédéric Plas. Nous étudions toutes les possibilités d’intrusions, qu’elles s’arrêtent au-dessus du stockage, le traversent ou même traversent un déchet. Nous envisageons ensuite les conséquences pour la sûreté des hommes et de l’environnement. Ce travail avait déjà été fait dans le cadre du dossier de 2005, nous le reprenons depuis le début. » « Cigéo ne sera pas autorisé si l’Autorité de sûreté nucléaire estime que les risques ne sont pas suffisamment pris en compte », complète Annabelle Quenet, de l’Andra.

Des pressions

Mais la pression du gouvernement reste forte, comme en témoignent les tentatives de passages en force dans la loi de transition énergétique puis dans la loi Macron. « Qu’il y ait des pressions politiques, c’est évident, mais ces pressions viennent aussi des corps de métier.

L’Andra reste une émanation du CEA [Commissariat à l’énergie atomique], et tous ces gens se connaissent très bien et cherchent une solution aux déchets nucléaires. Il faut la trouver coûte que coûte pour que le nucléaire reste une ressource énergétique acceptable », observe Me Étienne Ambroselli.

- Blocage de camions vibrateurs de l’Andra, juin 2010 -

Si les associations gagnaient, elles toucheraient entre autres 3.000 € d’indemnisations chacune en réparation des préjudices subis. Mais pour l’avocat, là n’est pas l’essentiel : « L’intérêt de cette procédure, c’est qu’on a poussé l’Andra dans ses retranchements. Avant, elle niait l’existence d’un potentiel géothermique, maintenant elle l’accepte. Elle admet même l’éventualité qu’il puisse y avoir un forage dans le futur Cigéo. Quelle que soit l’issue de ce procès, le débat se porte maintenant sur la sûreté de Cigéo en présence d’une ressource géothermique qui n’est plus niée par personne. »

« Contrer le projet »

Pour Laura Hameaux, du réseau Sortir du nucléaire, les enjeux de ce procès sont multiples : « Le premier est de faire reconnaître officiellement et juridiquement les manquements de l’Andra. Montrer publiquement que l’Andra a menti, et par là même porter atteinte à sa crédibilité en tant que gestionnaire. Le second est de faire reconnaître le travail des associations sur ce dossier depuis maintenant treize ans. Et le dernier objectif est de clairement mettre des bâtons dans les roues de l’Andra et de contrer le projet. »

Les responsables du dossier à l’IRSN et à l’Andra, en congé ces deux dernières semaines, n’ont pas pu répondre à nos questions.

A l’issue de l’audience, l’avocat des associations, Me Étienne Ambroselli a indiqué à Reporterre qu’il était « raisonnablement confiant » sur le jugement. « L’Andra n’était pas là, ce qui selon moi trahit un certain embarras. Elle était représentée par son conseil, qui a plaidé de manière assez courte sans répondre à nos accusations. » Pour l’avocat, le gestionnaire des déchets nucléaires est « au pied du mur » : « Elle ne peut plus nier la présence d’une ressource géothermique. Elle en est réduite à faire des démonstrations ubuesques aux juges, en osant affirmer que perforer un déchet radioactif génère cent fois moins de radioactivité que la radioactivité naturelle, selon un dossier de 2005 qui n’en parle même pas... »

La décision des magistrats sera rendue le 26 mars, à 14 h.

Grèce : rendons-leur la démocratie ! Reporterre 2015/01/05 (5 janvier 2015) Grèce : rendons-leur la démocratie !. Reporterre. Tribune — Grèce fr

Grèce : rendons-leur la démocratie !

Effrayés par la possible victoire de Syriza, parti qui remet en cause les politiques d’austérité, l’Union européenne, les dirigeants européens et le FMI s’immiscent dans la campagne. Une pétition est lancée pour leur dire : cessez votre chantage et votre ingérence dans la campagne électorale grecque ! Laissez le peuple décider !

Dans un contexte où les mauvais coups se multiplient en Grèce (corruption de députés, désinformation, restriction des libertés démocratiques…) pour empêcher la victoire possible du mouvement de gauche Syriza aux élections législatives prévues le 25 janvier, voilà que le FMI annonce la suspension de son « aide » et que le commissaire européen à l’économie Pierre Moscovici s’adresse directement aux électeurs grecs pour leur dire dans quel sens voter.

Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne, déclare quant à lui qu’il "n’aimerait pas que des forces extrêmes arrivent au pouvoir" à Athènes. En Allemagne, le ministre des Finances Wolfgang Schaüble réaffirme au passage qu’il n’y a "aucune alternative" aux réformes conduites en Grèce. Les agences de notation commencent à menacer de dégrader – est-il encore possible ! - la note de l’économie grecque.

Dans la presse européenne, on s’emploie à diffuser la peur du changement afin de dissuader les peuples de l’Union de se tourner vers des formations politiques progressistes proposant le même type de rupture économique que Syriza.

- Alexis Tsipras, leader de Syriza -

Il est vrai qu’une victoire de Syriza en Grèce pourrait remettre en cause pour l’ensemble de l’Union européenne les politiques d’austérité imposées par la Troïka (banque européenne, commission européenne et FMI) aux peuples contre leur volonté : comme le montrent les manifestations massives au Portugal, en Espagne et plus récemment en Italie, ou la grève générale en Belgique, ne passe plus l’injonction de rembourser aux détenteurs de capitaux des dettes illégitimes au prix de la destruction d’un modèle social qui permettait d’atténuer les maux du capitalisme et de pointer qu’une autre logique est possible.

Devant cette menace pour leurs intérêts – l’exemple islandais les inquiète encore - les serviteurs de la finance en Europe sont prêts à tous les chantages pour confisquer la démocratie en Grèce et ailleurs. Eux qui laissent museler les libertés dans la Hongrie de Victor Orban au nom du respect du suffrage universel trouvent cette fois légitime de s’ingérer dans la vie politique intérieure d’un État : la préservation des intérêts des banques et des multinationales leur est plus importante que la défense des libertés !

C’est au peuple grec, père de la démocratie mais aujourd’hui martyr de l’austérité, de décider souverainement de son avenir.

Nous, citoyens et citoyennes d’Europe, exigeons des institutions financières internationales, des agences de notations comme des autorités européennes qu’elles cessent immédiatement leurs pressions indignes. Ce n’est pas aux institutions européennes actuelles et à la finance de dicter aux peuples ce qu’ils doivent voter ! L’austérité est un choix politique qu’ils doivent pouvoir rejeter démocratiquement ! Nous faisons chorus avec les dirigeants de Syriza pour dire que le problème de la Grèce est celui de toute l’Europe et que ce qui s’y joue pourrait sonner le début d’une nouvelle aventure européenne.

Nous, citoyens et citoyennes d’Europe disons au peuple grec : n’ayez pas peur, comptez sur nous, nous sommes à vos côtés. Notre Europe n’est pas la leur ; elle est la vôtre.

Signataires :

Christophe Aguiton, militant associatif et syndicaliste Françoise Alamartine, EELV Loïc Annoot, Les plumés de l’austérité 93 Paul Aries, rédactreur en chef mensuel les Z’indigné(e)s Clémentine Autain, porte-parole d’Ensemble ! Benjamin Ball, Les désobeissants Alain Bascoulergue, journaliste retraité Francine Bavay, EELV Julien Bayou, conseiller régional Idf EELV Delphine Beauvois, auteure de livres jeunesse et féministe Esther Benbassa, senatrice EELV du Val-de-Marne Fatima Benomar, les efFRONTé-e-s Bruno Bessières, Association des communistes unitaires, Ensemble !, Front de gauche Martine Billard, ancienne députée de Paris, PG Thierry Bonus, militant syndical Michel Bourgain, maire de l’Île-Saint-Denis Joseph Boussion, Nouvelle Donne Jacques Boutault, maire EELV de Paris 2e, Judith Butler Leïla Chaibi, PG Laura Chatel (secrétaire fédérale des Jeunes Ecolos) Luc Chatel, journaliste et éditeur Fethi Chouder, PG93 Eric Coquerel, coordinateur politique du PG, conseiller régional Ile de France Alexis Corbière secrétaire national du Parti de Gauche Mathieu Colloghan, peintre et dessinateur Philippe Corcuff, politiste Sergio Coronado, député EELV Emmanuelle Cosse, secrétaire nationale d’EELV Simon Cottin-Marx, co-rédacteur en chef de Mouvements Alain Coulombel, conseiller régional EELV Pierre Cours-Salies, professeur Paris 8, membre de la FASE (Ensemble !-Fdg) Sonia Dayan-Herzbrun, Sociologue Philippe Derudder, économiste Véronique Dubarry, ajointe à la mairie l’Île-Saint-Denis, EELV93, Les plumés de l’austérité 93 Héloïse Duché, militante féministe, Frédéric Durand, président du groupe FdG à Plaine Commune Eric Fassin, sociologue, Université Paris-8 Michel Feher, philosophe Fabrice Flipo, philosophe Guillaume Floris, syndicaliste Bruno Gaccio, Nouvelle Donne Gilles Garnier, Responsable Europe du PCF Raquel Garrido secrétaire nationale du PG Elisabeth Gautier, Transform ! Europe/Espaces Marx Jean-Marie Gleize, écrivain Jérome Gleize, conseiller de Paris EELV Pierre-François Grond, Ensemble !-FdG Janette Habel, universitaire Kaddour Hadadi, Hk et les saltimbanks Magalie Houziaux, Vivre mieux ensemble à Aulnay (93), Les plumés de l’austérité Benjamin Joyeux, écologiste européen, Conseil Fédéral d’EELV Wandrille JUMEAUX, EELV Pierre Khalfa, coprésident de la fondation Copernic Pierre Larotourou, coprésident de Nouvelle Donne Sandra Laugier, philosophe Pierre Laurent, Secrétaire national du PCF, Président du Parti de la gauche européenne Stéphane Lavignotte, pasteur, Christianisme social Bénédicte Lefebvre, Fondation Copernic Mathurin Levis, membre du Bureau National du Mouvement des Jeunes Socialistes François Longérinas, militant PG écologiste et autogestionnaire Isabelle Lorand, Chirurgienne, Pcf Michael Löwy, sociologue, Directeur de Recherche Emérite, CNRS Elise Lowy, EELV Noël Mamère, député écologiste Philippe Mangeot, Vacarme Philippe Marlière, politologue Myriam Martin, porte-parole Ensemble !-Fdg Luis Martinez Andrade, Sociologue Christiane Marty, féministe, Fondation Copernic Ramon Martinez, Ensemble Aubervilliers Caroline Mecary, Fondation Copernic Jean-Luc Mélenchon, député européen Roland Mérieux, Ensemble. Corinne Morel Darleux, conseillère régionale Rhône Alpes (FdG-PG) Arno Munster, philosophe Albert Ogien, sociologue André Pacco, Ensemble Auxerre Francis Parny, PCF, Vice-pdt du Conseil régional d’IDF Willy Pelletier, sociologue, Fondation Copernic Jean-François Pellissier, conseiller régional IdF, porte-parole d’Ensemble !-FdG Sylvain Pattieu, maître de conférences en histoire et écrivain Philippe Pignarre, éditeur Claude Poliak, sociologue, PG. Xavier Renou, Les désobeissants Anne Sabourin, Représentante du PCF au Parti de la gauche européenne Christian Salmon, écrivain Benoit Schneckenburger, philosophe Danielle Simonnet , secrétaire nationale du PG, conseillère de Paris. Francis Sitel, politiste, ContreTemps. Philippe Sultan, Fondation Copernic François Taillandier, écrivain Azzedine Taïbi, maire (PCF-FdG) de Stains (93). Jacques Testart, directeur de recherches honoraire de l’Inserm Sylvain Thevoz, conseiller municipal, Genève Marie-Pierre Thoubas, porte-parole Ensemble !-Fdg Jean-Luc Touly, Conseiller régional Île-de-France et responsable eau de la Fondation France Libertés Danielle Mitterrand Catherine Tricot, rédactrice en chef de Regards Eleni Varikas, professeure Emérite Paris 8 Victor Vauquois, responsable relations extérieures des jeunes écologistes Christian Vélot, scientifique Christophe Ventura, Mémoire des luttes Marie-Christine Vergiat, députée européenne FdG Patrick Viveret, philosophe Louis Weber, Fondation Copernic Francis Wurtz, PCF, député européen honoraire

EDITO - Ils sont fous, ils sont nuls, et ils continuent. Bonne année quand même ! Hervé Kempf (Reporterre) Reporterre 2015/01/05 Hervé Kempf (Reporterre) (5 janvier 2015) EDITO - Ils sont fous, ils sont nuls, et ils continuent. Bonne année quand même !. Reporterre. Édito — fr

EDITO - Ils sont fous, ils sont nuls, et ils continuent. Bonne année quand même !

Si nous n’avions pas l’optimisme solidement chevillé à l’esprit, il faut bien avouer que ce début d’année 2015 nous remplirait d’inquiétude. Pas tant par les événements que par la manifeste incapacité des dirigeants à penser le monde de façon rationnelle.

Le gouvernement de MM. Hollande et Valls annonce ainsi à grands coups de trompe que l’année 2015 sera importante, qu’elle verra se dérouler à Paris la grande conférence sur le climat, la COP 21, qu’il va tout faire pour sa réussite, que "c’est une question de survie" (Ségolène Royal sur RTL le 4 janvier). La conclusion logique de ceci est qu’il faut chercher à réduire les émissions de gaz à de serre.

Mais dans le même temps, le président de la République annonce que "quand les recours seront épuisés, le projet [de Notre-Dame-des-Landes] sera lancé" (ce matin sur France Inter). Hier, le secrétaire d’Etat à la réforme territoriale Vallini affirmait dans Le Dauphiné libéré que « pour que la France reste la France, nous devons continuer à construire des aéroports, des barrages, des autoroutes, des lignes de TGV, des équipements de tourisme ». Et récemment, Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères et grand ordonnateur de la conférence sur le climat de la COP 21, estimait que la création d’un méga-centre commercial dit Europa City, près de l’aéroport de Roissy était un "projet majeur" qui "structurera notre territoire et contribuera à sa vitalité économique" (Le Journal du Dimanche du 21 décembre 2014).

Aéroports, autoroutes, centres commerciaux, barrages, au nom de la sacro-sainte "croissance" : voici donc le programme que nous proposent les "dirigeants", obstinés à ne pas changer de cette voie qui nous jette déjà dans le mur, puisque le changement climatique, la misère, le chômage ne sont pas des perspectives pour demain mais la réalité d’aujourd’hui, de plus en plus perceptible, de plus en plus douloureuse.

Il va nous falloir, cette année, faire face à ce double discours permanent, qui va d’autant plus s’amplifier que la grande sérénade du "tous unis pour le climat" va s’enclencher : attendez-vous à subir une opération de "greenwashing" jamais vue, où les grandes entreprises et les politiciens de tout poil vont proclamer que les "solutions" sont de leur côté, sous le magnifique étendard de la "croissance verte".

Les Hollande, Valls, Vallini, Fabius, sont réputés "socialistes". Mais l’UMP et le Front national ne nous chantent pas une autre chanson : tous ressentent la même flamme pour les aéroports, barrages, TGV et centres commerciaux, sans omettre à l’occasion de jurer qu’il faut agir contre le changement climatique.

En fait, sur l’essentiel, PS, UMP et FN sont d’accord, et l’écologie est la seule force d’opposition véritable à l’organisation concertée de la destruction du monde au service du capitalisme.

Thomas Piketty en état d’hébétude intellectuelle

Plus ennuyeux peut-être encore est le fait que ceux qui devraient avoir quelques lumières sont dans le même état d’hébétude intellectuelle que les porte-flingues de l’oligarchie. Car les économistes critiques ne parviennent pas davantage à imaginer d’autres issues que la voie unique des dominants. Thomas Piketty refuse la Légion d’honneur. Fort bien. Mais comment justifie-t-il cette décision honorable ? En jugeant que les gouvernants "feraient bien de se consacrer à la relance de la croissance en France et en Europe." Misère ! Alors même que dans son livre Le capital au XXIe siècle, il expliquait fort pertinemment que "la croissance, en dehors de périodes exceptionnelles ou de phénomènes de rattrapage, a toujours été relativement faible, et que tout indique qu’elle sera sans doute plus faible encore à l’avenir" (p. 125).

Quant à nos amis d’Alternatives économiques, ils en sont à juger que la baisse du prix du pétrole est une "bonne nouvelle" dans une analyse tout entière orientée vers l’imploration du retour de la croissance. Totalement oublieux du fait pourtant simple qu’un faible prix du pétrole signifie une plus grande consommation de ce combustible fossile, et retarde donc encore le moment difficile de passer à une économie décarbonée pour prévenir l’aggravation du changement climatique.

L’incapacité des critiques du système à sortir de l’ornière croissanciste et productiviste est peut-être plus inquiétante encore que l’obstination des valets du néo-libéralisme.

Tant pis. Continuons à lutter, à réfléchir, à discuter, pour contrebattre les idées mortifères du siècle passé. C’est le meilleur voeu que je puisse vous faire, en vous assurant que Reporterre accompagnera vigoureusement ce travail pour accoucher d’un autre monde.

Quand la biologie de synthèse piège la lessive écolo Ecover Marie Astier (Reporterre) Reporterre 2015/01/06 Marie Astier (Reporterre) (6 janvier 2015) Quand la biologie de synthèse piège la lessive écolo Ecover. Reporterre. OGM fr

Quand la biologie de synthèse piège la lessive écolo Ecover

Une marque de lessive écolo pourrait introduire dans ses produits des organismes synthétiquement modifiés, sorte de descendants des OGM. C’est la biologie de synthèse, qui transforme des organismes vivants en modifiant leur information génétique. Enquête sur une technique en plein essor, mais qui avance souterrainement.

Imaginez un produit qui aurait la même utilité que l’huile de palme, mais qui ne poserait pas de problèmes écologiques, et serait en plus moins cher… C’est le petit miracle qu’a su vendre une start’up américaine, Solazyme, à l’un des plus grands fabricants de lessive bio dans le monde, Ecover.

La marque écolo s’est laissée séduire par l’huile d’algue, un produit obtenu grâce aux dernières avancées des biotechnologies. Solazyme modifie les gènes de micro-algues pour leur faire produire différentes sortes de carburants et d’huiles, introduites ensuite dans la composition de produits cosmétiques, alimentaires ou industriels. C’est un exemple de ce que l’on appelle la biologie synthétique.

Difficile d’en donner une définition précise, car « c’est une discipline émergente, issue de la convergence entre les mathématiques, la biologie, la physique et l’informatique », explique Dominique Zeliszewski, en charge de la communication scientifique au Génopole d’Evry, un des principaux centres de recherche de génie génétique en France.

« C’est l’idée de modifier les organismes vivants en modifiant leur information génétique. Cela peut aller jusqu’au remplacement complet du génome, d’où le terme de synthétique », précise Michel Morange, professeur de Biologie à l’ENS mais aussi spécialiste de l’histoire et de la philosophie des sciences.

Quarante milliards de ventes en 2020

Les organismes synthétiquement modifiés sont en quelque sorte les descendants des OGM (organismes génétiquement modifiés). Avant, il s’agissait de prendre certains gènes d’un organisme pour les intégrer dans un autre. « C’était du bricolage », plaisante Dominique Zeliszewski. Désormais, ces gènes sont modélisés par ordinateur, fabriqués, puis insérés dans un organisme vivant.

- La marque Ecover -

Par exemple, Sanofi a réussi à produire une molécule très efficace contre le paludisme, l’artémisinine. Elle n’est plus extraite des plantes mais produite par des bactéries modifiées par biologie de synthèse. Ce procédé permet notamment de baisser le coût des médicaments.

Les applications sont infinies : biocarburants, matériaux plastiques, textiles, des bactéries qui détectent les pollutions ou captent les métaux lourds pour dépolluer... « Cela permet de créer des systèmes qui n’existent pas dans la nature, comme des usines cellulaires. Elles pourraient remplacer les usines chimiques ! » s’enthousiasme la scientifique.

L’un des projets les plus ambitieux est celui du chercheur américain, Craig Venter. Il l’a intitulé « le châssis ». « C’est un être vivant très simple et artificiel, expose Michel Morange. Sur cette base, on pourrait brancher des gènes à la demande pour répondre à des besoins précis. »

Beaucoup de start’up se sont lancées, imaginant un gigantesque marché. « Les analystes financiers annoncent près de quarante milliards de dollars de ventes en 2020 », affirme Jim Thomas, de l’ONG de veille des technologies ETC Group.

Au départ, la biologie synthétique espérait faire face à l’épuisement des ressources pétrolières grâce aux biocarburants. Mais les coûts de fabrication sont encore trop élevés, ces entreprises se sont donc rabattues sur les produits à forte valeur ajoutée comme les cosmétiques ou les produits d’entretien. Solazyme s’inscrit dans ce mouvement.

Marketing vert et « agressif »

Sauf que beaucoup de ces entreprises de la biologie de synthèse évitent soigneusement de revendiquer leur appartenance au domaine des biotechnologies. Une façon de ne pas faire peur aux consommateurs. « Quand il s’agissait de produire du pétrole, cela importait peu. Mais maintenant qu’ils se tournent vers les produits de grande consommation, ils veulent éviter d’être associés aux OGM », avance Jim Thomas.

Solazyme revendique la « durabilité » et la naturalité de ses produits. Son slogan : « Micro-algues. Macro-solutions. Chez Solazyme, nous transformons les microalgues, les plus petits des organismes vivants, en solutions pour les plus gros problèmes du monde. »

Une communication très contrôlée selon Jim Thomas : « Solazyme a commencé et a levé des fonds en disant qu’elle faisait de la biologie de synthèse. Puis vers 2009, elle a décidé de ne plus utiliser le mot. Ils ont refusé de confirmer que leur huile d’algue est produite avec cette technique… Mais il n’y a pas d’autre solution pour en fabriquer ! »

Un marketing auquel Ecover s’est apparemment fait prendre. Au printemps dernier, 6.000 bouteilles de lessive contenant le produit de Solazyme ont été commercialisées, puis retirées devant les protestations des ONG, exprimées dans une lettre à la direction d’Ecover. La marque de lessives écolos a promis d’engager un processus de concertation avant d’envisager d’utiliser à nouveau le produit.

« Nous avons été surpris qu’Ecover s’intéresse à cette huile d’algue. C’est pourtant une entreprise écolo, raconte Dana Pearls des Amis de la Terre États-Unis. Il y a beaucoup de pression pour abandonner l’huile de palme, ils recherchent des solutions alternatives. »

« Nous savons que ces entreprises ont des stratégies marketing agressives orientées vers les fabricants de produits d’entretien et l’industrie verte, complète son collègue Jeff Conant. Solazyme propose une grande gamme de produits et une bonne partie sont présentés comme écologiques. En tant que nouvelle industrie, ils recherchent des applications qui leur donnent une bonne image. »

Déforestation et disparition des petits producteurs

Mais ces produits ne sont pas si écologiques que cela, selon l’ONG. Pour produire de l’huile, les algues doivent manger du sucre de maïs ou de canne. Des cultures souvent produites à partir de semences OGM, nécessitant de nombreux engrais chimiques et de pesticides, accusées d’employer des ouvriers agricoles dans des conditions de quasi esclavage et d’accélérer la déforestation en Amazonie.

« L’huile d’algue n’est donc pas plus durable que l’huile de palme, insiste Jeff Conant. Ecover est basée en Belgique, elle devrait donc avoir une politique contre les OGM. Ils nous ont répondu que ce n’est pas un problème, car il ne se retrouvent pas dans le produit final », déplore-t-il.

Si la biologie de synthèse se développe à grande échelle, Jim Thomas craint lui les conséquences sur l’agriculture mondiale : « Les entreprises du secteur se sont mises à produire les molécules de la vanille, du patchouli, du vétiver, de l’orange, du pamplemousse ou d’épices comme le safran… Souvent, ce sont des productions qui sont encore assurées par de petits producteurs, qui comme dans le cas de la vanille travaillent en accord avec la préservation de la biodiversité locale. Ils vont être détruits par les produits concurrents issus de la biologie de synthèse. »

La diversité de ces cultures pourrait être remplacée par quelques monocultures de sucre de canne et de maïs. « C’est déjà ce qui s’est passé pour l’artémisinine. L’usine de Sanofi produit un tiers des besoins mondiaux. Résultat, en seulement un an, les surfaces plantées ont diminué de deux tiers… Ce sont des petits producteurs du Vietnam ou du Mozambique qui abandonnent leurs terres », raconte-t-il.

Les mêmes risques que pour les OGM

Et ce n’est pas tout. Les risques sont les mêmes que pour les OGM, selon Michel Morange. D’abord pour la santé : « Les algues pourraient produire des huiles pathogènes, par exemple... » Puis pour les écosystèmes. « Ils pourraient contaminer d’autres organismes vivants et aboutir à un appauvrissement de la biodiversité », craint-il. « Il faut aussi savoir que ces algues se reproduisent très rapidement, on ne sait pas quel impact elles auraient si elles se répandaient dans l’environnement », ajoute Jim Thomas.

Des risques minimes et déjà pris en compte par les chercheurs, selon Dominique Zeliszewski : « Ces organismes modifiés perdent leur avantage sélectif dans la nature, ils ne résistent pas. Par exemple, une algue qui produit beaucoup d’huile est en contrepartie obligée de limiter sa croissance. »

Selon elle, « La modélisation des gènes par ordinateur apporte une fiabilité supplémentaire par rapport aux OGM. Il s’agit de biotechnologies, le processus de contrôle est donc le même. La commission européenne a émis des recommandations éthiques. En France, nos projets sont soumis au Haut Commissariat aux biotechnologies. »

Michel Morange estime qu’au contraire, « plus on est efficace, plus les risques sont grands. C’est un argument pour mettre de nouvelles règles. »

Une technologie appropriée par quelques multinationales ?

Et puis, comme pour leurs grands frères les OGM, ces technologies sont brevetées… Des brevets pour l’instant souvent déposés par des entreprises de biotechnologies de taille modeste. Mais beaucoup sont financées par les mêmes firmes que celles qui s’intéressent aux OGM. Le plus puissant partenaire de Solazyme est ainsi la multinationale Unilever, notamment pour ses produits cosmétiques des marques Dove et Brylcreem.

« L’argent servant au développement de la biologie synthétique provient du Département de l’énergie des États-Unis, d’acteurs majeurs du secteur énergétique – BP, Shell, ExxonMobil – , de grandes entreprises chimiques – dont BASF et DuPont –, ainsi que de géants de la foresterie et de l’agroalimentaire – tels que Cargill, ADM, Weyerhaeuser et Syngenta », détaille ETC Group dans son rapport sur la biologie de synthèse.

Pour les ONG, le risque est donc que cette nouvelle technologie soit appropriée par quelques multinationales. « Ces entreprises ne partagent pas leur technologie et elles nous demandent de les croire sur parole qu’il n’y a aucun risque », déplore Dana Pearls des Amis de la Terre.

« Dans le cas des OGM, beaucoup de plantes transgéniques ont plutôt été développées pour l’argent que pour l’intérêt commun, relève Michel Morange. Et avec la biologie de synthèse, on pourrait prendre des brevets sur des êtres vivants naturels modifiés par l’homme, voire même sur des êtres vivants créés par l’homme. » Mais si l’homme crée des êtres vivants, cela veut-il dire qu’il prétend avoir la réponse à la question ’qu’est-ce que la vie’ ? « Oui », répond dans un sourire le biologiste-philosophe, en admettant qu’il s’agit d’une vision très techniciste de la nature.

- Solazyme et Unilever -

Une concertation encore floue chez Ecover

Il n’est pas assuré qu’Ecover se pose cette question philosophique… La firme donne très peu d’informations sur le processus de concertation promis aux ONG. « Sur le papier, la démarche de l’huile d’algue est séduisante. Plein d’entreprises l’utilisent déjà dans la cosmétique comme Unilever ou Esthée Lauder. Mais nous voulons savoir si c’est vraiment plus écologique, et si c’est sans risque pour le consommateur », explique simplement Loïs Chauteau, directeur général d’Ecover France.

De son côté, le représentant des ONG Jim Thomas est plutôt inquiet. « Lors de notre premier contact, Ecover a été très compréhensif… Puis d’un coup, ils sont apparus beaucoup plus sur la défensive. Comme si Solazyme avait fait pression sur eux. » Ecover leur a même proposé que les discussions soient menées par Solazyme. « On leur a répondu que ce n’était pas du tout approprié ! »

Un second processus de discussion devrait commencer dans les mois à venir. Mais selon les informations de Jim Thomas, elle serait présidée par l’organisation britannique Forum for the Future. « Elle a déjà produit des rapports favorables à la biologie de synthèse, elle n’est pas du tout impartiale », déplore-t-il.

Chez Ecover, on tente de rassurer. « On ne lancera pas quelque chose qui ne correspond pas à notre démarche », promet Loïc Chauteau. Si Ecover décide finalement d’utiliser cette huile d’algue, « elle serait la première entreprise à afficher publiquement qu’elle utilise des produits de la biologie de synthèse », note Jim Thomas.

Participation des citoyens : volonté politique ou enfumage médiatique ? Françoise Verchère, Daniel Ibanez et Florent Compain Reporterre 2015/01/06 Françoise Verchère, Daniel Ibanez et Florent Compain (6 janvier 2015) Participation des citoyens : volonté politique ou enfumage médiatique ?. Reporterre. Tribune — fr

Participation des citoyens : volonté politique ou enfumage médiatique ?

Le président de la République a dit vouloir réformer la participation des citoyens à la définition des grands projets. Mais la première discussion sur le sujet commence... en excluant les principaux mouvements concernés !

Le 27 novembre dernier devant la conférence environnementale, le Président de la République déclarait : « Sivens exige donc d’accomplir des progrès supplémentaires dans la participation des citoyens dans l’élaboration de la décision publique. ... Tout doit être fait pour que, sur chaque grand projet, tous les points de vue soient considérés, que toutes les alternatives soient posées, que tous les enjeux soient pris en compte, mais que l’intérêt général puisse être dégagé... J’ai demandé au gouvernement d’engager un chantier sur la démocratie participative de manière à ce que, sur les grands projets, nous puissions avoir toutes les garanties, et qu’il ne puisse plus y avoir de contestation avec des formes inacceptables de violence. ... Les parties prenantes seront entendues et le Conseil national de la transition énergétique (sic) sera associé à cette réflexion. »

Il ajoutait : « Cette transparence est la première condition de la démocratie participative. Permettre aux citoyens d’entrer dans une forme d’égalité d’arguments, ce qui ne veut pas dire que toutes les idées se valent et que les opinions sont équivalentes. Non, il y a de l’expertise, de la science ! Mais il doit y avoir aussi de la contradiction. »

Cette déclaration a été interprétée comme une volonté politique d’associer les citoyens au processus de décision et d’imposer la nécessaire transparence.

Ce mardi 6 janvier, se réunit le Conseil national de la transition écologique (CNTE) avec à l’ordre du jour une discussion « sur la démocratie participative dans le domaine de l’environnement. »

Mais où est l’étape de l’écoute des "parties prenantes" ? Les discussions s’engagent alors que les mouvements citoyens d’opposition aux projets inutiles n’ont même pas été contactés.

Pire encore, les signes envoyés par l’État n’ont rien à voir avec les propos tenus par M. Hollande. Lundi matin sur France Inter, le Président de l’écoute déclarait à propos de Notre Dame des Landes : « Quand les recours seront épuisés, le chantier sera lancé ».

En Savoie, cinq opposants ayant déployé une banderole dénonçant le "Lyon-Turin Aberrant, Inutile, Coûteux et Dangereux" se sont retrouvés au poste de gendarmerie pour deux heures avec menaces de poursuites judiciaires du procureur de la République.

Les condamnations prononcées à Nantes sont d’une sévérité exceptionnelle, pour accréditer l’idée que l’opposition est le fait de quasi terroristes, violents et voyous.

Le refus de l’expertise citoyenne

- Contre le Lyon Turin, en 2013 -

En réalité, les déclarations sur la libre expression, le droit à la contestation et à l’opposition sont contredites par le refus de rouvrir les dossiers sur le fond. Refus de l’expertise citoyenne, refus de reconnaître les conflits d’intérêts, refus de revenir sur les erreurs voire les manipulations qui ont amené à déclarer « l’utilité publique ». Le silence des autorités ne peut que mener à la désespérance et à ses expressions quelles qu’en soient les formes. Car c’est le refus du débat sur le fond qui a entraîné la nécessité de résistance sur le terrain, à Notre-Dame-des-Landes, à Sivens, à Roybon. Le mépris est une arme aussi implacable que la répression.

Nous sommes pour la transparence de la décision publique dans l’intérêt général et sans conflit d’intérêts.

Si la volonté politique exprimée par François Hollande est réelle, alors il faut rompre avec les pratiques actuelles, alors il faut que la transparence, l’indépendance et l’impartialité soient affirmées comme des règles incontournables.

- Les conflits d’intérêts doivent être déclarés par la publication in extenso des curiculum vitae des membres des commissions. - Les mouvements citoyens doivent être présents à tous les niveaux de l’élaboration de la décision, et leur expertise reconnue. - Chaque question doit faire l’objet d’une réponse étayée, - Chaque dossier doit être passé au crible d’analyses poussées pour éviter a posteriori les surestimations de fréquentation ou les sous-évaluations de coûts comme l’a montré la Cour des Comptes pour les grands investissements de transports. - Chaque élu doit voter en ayant été pleinement éclairé, y compris sur les hypothèses économiques et financières qui fondent « l’intérêt socio-économique » d’un projet. - Les marchés avec des agences de communication et de lobbying, financés par l’argent public doivent être proscrits, car l’utilité publique ne se démontre pas par de la communication mais par la preuve de son intérêt social.

Ce sont de premières pistes, mais la règle est simple : le doute ne peut pas exister sur les conflits d’intérêts et sur le processus de décision. C’est là d’ailleurs, la stricte application des recommandations du ministère de la justice, de la communauté européenne et du Conseil d’Etat.

Les mouvements d’opposition doivent être reconnus comme légitimes, pas seulement dans les déclarations mais dans les faits : cela implique leur participation à la définition des objectifs, le libre accès à toutes les informations, et la confrontation honnête de leurs propositions alternatives avec les projets des maîtres d’ouvrage. A l’heure où, au nom de l’emploi et du développement, on parle surtout simplification du droit de l’environnement (y compris par ordonnance avec l’article 28 de la loi Macron) nous affirmons que les mouvements citoyens sont porteurs de véritables alternatives, créatrices d’emplois et d’intérêt général et que rien n’est possible sans eux.

Dossier GPII : Grands projets inutiles imposés Reporterre Reporterre 2015/01/06 Reporterre (6 janvier 2015) Dossier GPII : Grands projets inutiles imposés. Reporterre. fr

Dossier GPII : Grands projets inutiles imposés

- Participation des citoyens : volonté politique ou enfumage médiatique ?, Françoise Verchère, Daniel Ibanez et Florent Compain, 6 janvier 2015.

- Pour imposer le site de déchets nucléaires Cigéo, l’Andra aurait dissimulé une source géothermique, Émilie Massemin (Reporterre), 5 janvier 2015.

- La lutte est utile ! Nous avons remporté une manche contre le géant Decathlon, Collectif « Pour un site préservé entre Loire et Forêt », 3 janvier 2015.

- Conseil aux promoteurs de projets inutiles : mettez du gazon et le Conseil d’État vous félicitera, François de Beaulieu, 2 janvier 2015.

- En Belgique aussi. À Bruxelles, une ZAD s’organise contre un projet de méga-prison, Grégoire Comhaire (Reporterre), 20 décembre 2014.

- Trop d’aéroports inutiles, constate la Cour des comptes européenne, 17 décembre 2014.

- Une ZAD voit le jour au milieu des champs près d’Agen, Emmanuel Daniel (Reporterre), 16 décembre 2014.

- Le projet absurde qui détruirait la baie de Fort-de-France, ASSAUPAMAR, 11 décembre 2014.

- À Notre-Dame-des-Landes, un atelier citoyen... parce que nous sommes tous des experts, Ivan Fouquet, 10 décembre 2014.

- Appel d’un paysan d’Agen pour empêcher la destruction de 600 hectares de terres agricoles, Joseph Bonotto et Jean-Christophe Robert, 9 décembre 2014.

- Projets inutiles, la victoire est possible : le récit de la Rencontre de Reporterre, Lorène Lavocat (Reporterre), 5 décembre 2014.

- Les grands projets inutiles, signes d’une démocratie malade, Clément Mabi, 4 décembre 2014.

- Les mots et techniques de communication du pouvoir pour imposer les projets inutiles, Groupe Marcuse, 29 novembre 2014.

- À Strasbourg, l’opposition contre l’autoroute inutile reprend de la vigueur, Gaspard Glanz (Reporterre), 29 novembre 2014.

- Paris aussi souffre des projets inutiles : des supermarchés, Antoine Lagneau (Les Amis de Reporterre), 28 novembre 2014.

- A Roybon, en Isère, le massacre de la forêt a commencé, Andrea Barolini (Reporterre), 26 novembre 2014.

- Au Costa Rica, une formidable mobilisation a fait échouer le plus grand projet de mine d’or d’Amérique Latine, Cécile Raimbeau (Reporterre), 24 novembre 2014.

- On peut stopper les projets inutiles : la station de ski d’Elancourt, près de Paris, est abandonnée, Flora Chauveau (Reporterre), 6 novembre 2014.

- La logique folle des casseurs de la montagne : pour sauver les glaciers, accélérons le processus qui les détruit, Matthieu Stelvio (Le bruit du vent), 3 novembre 2014.

- LA CARTE des résistances aux projets inutiles, Vladimir Slonska-Malvaud (Reporterre), 1 novembre 2014.

- À Nonant-le-Pin, l’échec de l’occupation révèle les ambiguïtés de la lutte contre la décharge, Barnabé Binctin (Reporterre), 25 octobre 2014.

- Où en sont les projets de LGV Bordeaux-Bayonne et Bordeaux-Toulouse ?, une question à Denise cassou, 24 octobre 2014.

- En Charente-Maritime, Vinci veut construire un hyper-incinérateur... hyper inutile, Paul Delègue, 22 octobre 2014.

- Center parcs 1 - démocratie 0. Dans l’Isère, le béton veut détruire deux cents hectares de forêt, Andrea Barolini (Reporterre), 21 octobre 2014.

- A Décines, on a trinqué pour l’arrêt du Grand Stade, Guillaume Gamblin (Reporterre), 21 octobre 2014.

- Manifestation contre la désastreuse centrale à biomasse de Gardanne, Pierre Isnard-Dupuy (Reporterre), 6 octobre 2014.

- DOSSIER : La bataille pour sauver la zone humide du Testet, Reporterre, 6 septembre 2014.

- Le grand stade de Lyon s’impose par la force… malgré la justice, Barnabé Binctin (Reporterre), 3 septembre 2014.

- Près de Paris, le maire d’Elancourt veut édifier… une station de ski, Flora Chauveau (Reporterre), 24 juillet 2014.

- L’attaque judiciaire contre l’opposant au Lyon-Turin fait long feu, Barnabé Binctin (Reporterre), 12 juillet 2014.

- Nous serons cent mille contre les projets inutiles, Convergence des luttes, 7 juillet 2014.

- En Malaisie, un barrage inutile menace la survie de peuples indigènes, Aude Vidal, 21 juin 2014.

- Dans le Jura, l’opposition au Center Parc s’organise, Daniel Bordur (Factuel.info), 28 mai 2014.

- Lyon Turin : la Commission européenne réaffirme son soutien, Camille Martin (Reporterre), 23 mai 2014.

- La déclaration finale du 4e Forum des grands projets inutiles, Forum contre les grands projets inutiles imposés, 20 mai 2014.

Enquêtes sur les ports :

. Le tourisme maritime, une croissance bleue vraiment pas verte, Bénédicte Martin (Reporterre), 6 juin 2014.

. Les ports européens sont devenus un problème environnemental, Lorène Lavocat (Reporterre), 4 juin 2014.

. Un port de plaisance menacé de bétonnage dans les Yvelines, Mathilde Gracia, (Reporterre), 26 mai 2014.

. En Italie, un projet de port inutile dégrade la côte romaine, Andrea Barolini (Reporterre), 9 mai 2014.

- Les partis ont-ils leur place dans les luttes de terrain ? La question déchire le mouvement européen contre les GPII, Barnabé Binctin (Reporterre), 17 mai 2014.

- Une victoire à Lyon : la justice donne raison aux opposants du Grand Stade, Barnabé Binctin (Reporterre), 16 mai 2014.

- Révélation sur le Lyon Turin : les marchandises n’y passeront pas, Andrea Barolini (Reporterre), 15 mai 2014.

- La lutte européenne contre les grands projets inutiles s’élargit au gaz de schiste et aux projets miniers, Barnabé Binctin (Reporterre), 13 mai 2014.

- L’Europe ? Elle est à Rosia Montana… contre les grands projets inutiles, Barnabé Binctin (Reporterre), 10 mai 2014.

- Sotchi, la ville des Jeux Olympiques, ville fantôme, Buzzly, 6 mai 2014.

- Le projet inutile d’Arena, promu par Vinci à Dunkerque, est abandonné, Arena Non Merci, 30 avril 2014.

- La contestation du projet inutile d’Arena, à Dunkerque, se renforce, Didier Harpagès, 18 mars 2014.

- Nous avons publié en mars et avril 2014 une série d’enquêtes sur les GPII : . La folie des grands projets inutiles en Europe, Barnabé Binctin, 19 mars 2014. . L’aéroport espagnol de Ciudad Real n’est plus qu’un décor de cinéma, Sara Acosta Langa, 20 mars 2014. . Le projet de gare à Stuttgart voit son coût exploser, Olivier Mary, 21 mars 2014. . L’incroyable gaspillage du projet ferroviaire Lyon-Turin, Andrea Barolini, 24 mars 2014. . Le Lyon-Turin est un faux-ami écologique, Andrea Barolini, 26 mars 2014. . Le Lyon-Turin, nouveau terrain de jeu de la mafia, Andrea Barolini, 2 avril 2014

Autres dossiers

- Center Parcs et Roybon.

- Notre Dame des Landes.

- La carte de France des projets inutiles, Lorène Lavocat, 22 mars 2014.

- Le Dossier de la ferme-usine des Mille vaches.

L’effacement de tout dans le silence radieux Hervé Kempf (Reporterre) Reporterre 2015/01/06 Hervé Kempf (Reporterre) (6 janvier 2015) L’effacement de tout dans le silence radieux. Reporterre. Culture et idées fr

L’effacement de tout dans le silence radieux

Le livre d’Antoine Volodine, Terminus radieux, est écologique, ou ne l’est pas, peu importe. Mais c’est une œuvre puissante et passionnante.

Si l’on disait à Antoine Volodine, l’auteur de Terminus radieux, que son livre relève de la littérature écologique, il serait sans doute fort étonné et récuserait ce qualificatif. Et il aurait raison. Vouloir catégoriser une oeuvre aussi forte serait lui faire une sorte d’injure. Quant à parler de littérature écologique, c’est une forme d’excès de langage puisqu’un tel genre n’existe pas, la préoccupation écologique inspirant assez peu les écrivains, en dehors de la science fiction. C’est étrange, mais c’est ainsi. Au demeurant, l’inappétence des écrivains pour la question reflète sans doute le désintérêt profond de la société pour cette si empoisonnante crise écologique.

Soit donc, une Sibérie mythique : Volodine nous y entraîne dans une époque de post-soviétisme où, après la chute de la civilisation capitaliste, le retour de l’URSS, et le deuxième effondrement de celle-ci suite à une série de catastrophes nucléaires, des communautés survivent dans les décombres de koklhozes radioactifs. C’est la fin du monde, imprégné de radioactivité, où des personnages solidement campés oscillent entre rêve et réalité. L’univers est devenu comme halluciné, et la station du Terminus radieux vit sous l’emprise d’un ancien prisonnier du goulag devenu un chamane explorant les consciences et les univers parallèles. Dans ces vies incertaines une flore infinie semble seule vraiment vivante, dans une taxonomie poétique qui contredit subtilement un livre qui décrit la fin de tout.

Les six cent pages se lisent d’une traite, à la suite de personnages dont le destin improbable suscite la curiosité, qui explore dans l’humour noir la métaphysique d’une chute qui n’est pas désespérée mais conduit à l’effacement sous la neige silencieuse.

Pas un livre écologique, et peu importe. Un fort, très fort livre, en tout cas.

- Terminus radieux, Antoine Volodine, Seuil, 624 p., 22 €.

Avec l’épicerie mobile P’tit Gibus, les paysans associent travail à la ferme et vente directe Sophie Chapelle (Campagnes Solidaires) Reporterre 2015/01/06 Sophie Chapelle (Campagnes Solidaires) (6 janvier 2015) Avec l’épicerie mobile P’tit Gibus, les paysans associent travail à la ferme et vente directe. Reporterre. Économie fr

Avec l’épicerie mobile P’tit Gibus, les paysans associent travail à la ferme et vente directe

En région Centre, une forme innovante de commercialisation en circuits courts a vu le jour. Portée par des producteurs désireux de garder le contact direct avec leur clientèle, tout en se réservant du temps de travail sur leurs fermes, l’aventure de P’tit Gibus ne fait que commencer !

Le projet de P’tit Gibus remonte à 2011. Au départ, trois producteurs au Sud de la Touraine soulèvent le problème de la distribution de leurs productions. Ils contactent d’autres paysans tous soucieux de vente directe.

Parmi eux, Michel Galopin, éleveur-fromager. « Notre premier objectif était de mutualiser la commercialisation en embauchant une personne avec un roulement de producteurs », explique-t-il. « Nous voulions garder le contact direct avec nos clients tout en n’étant pas là à chaque fois. »

Leur projet de départ est une épicerie paysanne mobile. « Nous pensions à un bus qui allait vendre dans les villages où il n’y a plus d’épiceries, d’où le nom de P’tit Gibus. » Mais la crainte de devoir passer beaucoup de temps sur les routes pour pouvoir faire du chiffre les amène à faire évoluer le projet.

Constitués en association collégiale, les producteurs cherchent des lieux dans l’agglomération de Tours afin de rationaliser les déplacements. L’agglomération leur propose finalement un emplacement abrité. « Nous avons acheté un camion, fabriqué une remorque pour mettre les produits des dix producteurs et développé notre site internet pour les commandes en ligne, précise Michel Galopin. Notre gamme couvre toute l’épicerie : huile, miel, fromages de chèvres ou de vaches, lait, canards, poulets, pains, farines, madeleines... L’idée c’est que le client puisse trouver tout ce qu’il cherche. »

Le P’tit Gibus a embauché une salariée qui se charge de récupérer les produits sur les fermes et assure la vente aux côtés d’un producteur. L’association livre désormais sur commande et dispose d’un emplacement dans la ville de Saint Cyr. « Nous voudrions vendre sur les marchés mais cela implique d’être inscrit au registre du commerce et de perdre le statut associatif. Tout n’est donc pas réglé », observe Michel Galopin. Qui a fait le choix, comme l’ensemble des membres de l’association, de multiplier les débouchés.

« Nous n’avons pas d’emprunt et nous nous développons doucement. Les emplois du temps de chacun des producteurs sont assez chargés et notre manque de disponibilité est un problème. Créer une synergie est un véritable enjeu mais notre volonté d’avancer collectivement reste intacte. »

Plus d’infos sur le site officiel de P’tit Gibus.

Campagnes Solidaires n°302 Reporterre 2015/01/07 (7 janvier 2015) Campagnes Solidaires n°302. Reporterre. fr

Campagnes Solidaires n°302

Le numéro de janvier 2015 de Campagnes Solidaires est disponible. Dossier : Envie de paysans.

Sommaire

Dossier Envie de paysans, envie d’Amis ! (les Amis de la Confédération paysanne)

Vie syndicale Rencontres, communiqués, actions... Le Tafta, de rencontres en manifs

Actualité

Viticulture : Un colloque fructueux OGM : Les cultures reculent (un peu) en Europe Lait : Le rêve chinois des laitiers bretons Agro-industrie : Dans la Beauce, un silo suscite la colère Grands projets inutiles et imposés : Après les 1 000 vaches, une bulle touristique de 1 000 cottages Porc : Beaucoup de mesures, peu de plus-values

Points de vue

Stéphane Brélivet, paysan dans le Finistère : « On peut faire évoluer le modèle breton actuel en une génération »

Agriculture paysanne

Alsace La transition énergétique à hue et à dia

Initiative

Bourgogne : Fruimalin, comme son nom l’indique

Internationales

Pérou : Un sommet des peuples pour changer le système, pas le climat ! Via campesina : « Quand une femme avance, aucun homme ne recule ! »

Terrains

Ariège, Aveyron, Gironde

Initiative

Les « petites paysanneries », un sujet d’étude et d’avenir

Annonces

Culture

De l’agro-extractivisme au péril de la dette

Action

Petits ruminants : Journée d’action face à l’obligation d’identification électronique

Des villes d’Australie visent l’autonomie énergétique Territoires Energéthiques Reporterre 2015/01/07 Territoires Energéthiques (7 janvier 2015) Des villes d’Australie visent l’autonomie énergétique. Reporterre. Énergie fr

Des villes d’Australie visent l’autonomie énergétique

Cinq villes australiennes se sont lancées dans le concours Zero Net Energy Town. Objectif : devenir la première cité de l’île-continent à énergie positive, c’est-à-dire produisant elle-même tous ses besoins à partir d’énergies renouvelables. Un enjeu vital pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, alors que des incendies ravagent le sud du pays.

Voilà un concours de très bon aloi, qui mobilise fortement beaucoup de communes australiennes, jusqu’aux deux plus grandes, Sydney et Melbourne, qui ne sont pas en reste. On en rêve chez nous, quand on voit le mal que se donne le CLER (Réseau pour la transition énergétique) pour mobiliser les communes et collectivités françaises.

Walcha, Manilla, Tenterfield, Uralla et Bingara tentent de devenir une "ville à zéro énergie", Zero Net Energy Town. Honnêtement, c’est sans doute plus facile en Nouvelle-Galles du Sud que dans le nord de la France ou de l’Europe. Encore faut-il le tenter, mobiliser la population, dans un contexte de politique énergétique pas vraiment favorable.

Ce sont cinq bourgades « champignons », de quelques milliers d’habitants, situées à plusieurs centaines de kilomètres au nord de Sydney, en retrait de la côte est de l’Australie. Elles sont nées au milieu du XIXe siècle, et il y règne une atmosphère du far-west américain.

L’Etat de Nouvelle-Galles du Sud et l’Université de New England soutiennent leur démarche, avec le concours de dix-huit entreprises d’ingénierie spécialisées dans la mise en place de production d’énergies renouvelables et les économies d’énergie. Rien de très original, mais une volonté de tout faire, bien à fond.

L’adhésion des populations semble massive, et l’objectif est clairement d’établir des modèles reproductibles dans tout l’Etat et même toute l’Australie. Mais il y a une sérieuse concurrence, notamment dans les Etats d’Australie du sud et de Victoria, plus avancés.

Nouveau modèle énergétique

C’est en fait, en Australie, comme dans bien des pays, un nouveau modèle énergétique qui émerge, fondé sur une étroite symbiose entre production et consommation locales, particulièrement adapté à de grands espaces de faible densité qui nécessitent, sinon, de longs réseaux électriques coûteux à établir et à entretenir, sans parler des pertes en ligne.

Bien sûr, ceci ne fait pas l’affaire des grandes sociétés productrices et distributrices d’électricité, ni des grands producteurs de charbon, abondant en Australie, et largement utilisé pour la production centralisée d’électricité. Ces lobbies ont réussi à porter leurs hommes au gouvernement fédéral australien, à Canberra, avec un premier ministre, Tony Abbott, qui refuse l’idée de réchauffement climatique, malgré l’évidence des terribles sécheresses et canicules qui ont frappé le pays ces dernières années. En ce mois de janvier, de forts incendies ravagent le sud du pays.

Que ne ferait-on pas pour préserver les petits intérêts des copains ? Heureusement, il y a là-bas quelques contre-pouvoirs régionaux et locaux qui ne lâchent rien et parviendront certainement à tirer parti des abondantes ressources renouvelables de l’Australie.

Bonne chance au challenge ZNET : Zero Net Energy Town.

Une étude égyptienne montre les dangers d’une alimentation aux OGM Lorène Lavocat (Reporterre) Reporterre 2015/01/07 Lorène Lavocat (Reporterre) (7 janvier 2015) Une étude égyptienne montre les dangers d’une alimentation aux OGM. Reporterre. OGM fr

Une étude égyptienne montre les dangers d’une alimentation aux OGM

Dans la continuité des travaux du professeur Séralini, une équipe de biologistes égyptiens vient de publier une étude. Conclusion : une alimentation à base de produits génétiquement modifiés présente des risques pour la santé. Il reste à en déterminer la cause.

Avec peu de moyens et encore peu d’écho, dans divers endroits du monde, des scientifiques poursuivent la quête du professeur Seralini. Enjeu : déterminer si, oui ou non, les OGM (organismes génétiquement modifiés) sont toxiques. « Nous avons inspiré beaucoup de travaux à travers le monde », constate le chercheur de Caen.

Une équipe de biologistes égyptiens vient ainsi de publier une nouvelle étude sur la question. Ses conclusions : une alimentation à base de produits génétiquement modifiés présente des risques pour la santé.

Publiée dans le Turkish Journal of Biology, elle a été menée sur soixante rats albinos (Wistar). C’est moins que les deux cents animaux étudiés par Gilles-Eric Seralini dans son étude publiée en septembre 2012. Pour autant, cela ne discrédite pas l’étude égyptienne, d’après le scientifique : les industries agro-alimentaires comme Monsanto utilisent des lots de vingt rats nourris aux OGM pour montrer l’innocuité de leurs produits, et « sans détails histologiques », précise-t-il.

En effet, c’est une des originalités de l’étude : les chercheurs égyptiens se sont concentrés sur un examen poussé des différents tissus organiques. Pendant trois mois, ils ont alimenté trente rats avec des OGM commercialisés pour nourrir le bétail : un tiers de soja, deux tiers de maïs. D’autres rongeurs ont reçu une ration de blé non génétiquement modifié. « Les chercheurs ont préféré recourir à un régime contrôlé à base de blé, car les régimes à base de maïs et soja sont là-bas très souvent contaminés », précise le professeur Seralini. D’autres chercheurs sont plus sceptiques sur ce point.

Résultat ? Lésions du rein et du foie, altération de l’ADN, baisse de la qualité du sperme... La liste des effets nocifs inquiète par sa longueur. Les chercheurs ne parlent pas de tumeur, mais bien de toxicité et de génotoxicité... autrement dit la capacité d’une substance à endommager l’ADN.

Il est cependant impossible d’affirmer que la modification génétique est à l’origine de la nocivité des aliments. Car les effets négatifs pourraient être dus aux résidus de pesticides, présents en nombre dans les cultures OGM. De récentes études ont d’ailleurs démontré la toxicité de ces intrants chimiques.

Impossible également de dire si les maladies observées sont chroniques, de longue durée et permanentes, car l’expérience n’a pas duré assez longtemps. « Une étude à quatre-vingt dix jours n’est pas assez longue pour montrer des pathologies chroniques, entre un et deux ans sont nécessaires chez le rat. Mais les industriels n’ont pas fait mieux », indique Gilles-Eric Seralini.

Ce travail vient en tout cas confirmer la nécessité d’une étude de grande ampleur sur le risque pour la santé de la consommation d’OGM.

Référence : « Biological impact of feeding rats with a genetically modified-based diet » (L’impact biologique sur les rats d’une alimentation à base d’OGM), Hanaa Oraby, Mahrousa Kandil, Nermeen Shaffie, Inas Ghaly, Turkish Journal of Biology (2014).

Horreur, amitié, détermination Actu Environnement, Altermondes, Arrêt sur images, Basta, Factuel, Global Magazine, Huffington Post, Kaizen, Inf’Ogm, JNE, Libération, Mediapart, Politis, Regards, Reporterre, Rue 89, Terra Eco, We Demain. Reporterre 2015/01/07 Actu Environnement, Altermondes, Arrêt sur images, Basta, Factuel, Global Magazine, Huffington Post, Kaizen, Inf’Ogm, JNE, Libération, Mediapart, Politis, Regards, Reporterre, Rue 89, Terra Eco, We Demain. (7 janvier 2015) Horreur, amitié, détermination. Reporterre. Tribune — fr

Horreur, amitié, détermination

C’est l’horreur qui nous a saisis, ce matin, quand l’incroyable nouvelle est survenue : un attentat sanglant contre Charlie Hebdo, des hommes armés, douze morts, près de vingt blessés. L’horreur, qui nous abasourdit. Et nous laisse sans mots.

L’amitié, ensuite, pour ceux et celles que nous connaissons et que nous aimons, et pour ceux et celles que nous ne connaissons pas. La douleur pour les morts, la désolation pour les blessés, l’amitié et le désir de réconfort pour leurs proches, leurs amis, leurs enfants. Comment vous dire qu’on est avec vous, avec notre tendresse et notre impuissance ? Mais nous sommes avec vous, de tout notre cœur.

Et puis la détermination. Ce sont des journalistes qu’on a voulu tuer, c’est la presse qu’on a voulu abattre, c’est la liberté qu’on a voulu détruire. Eh bien, nous le disons : nous ne céderons pas. Dans les temps difficiles d’aujourd’hui, et les jours sombres qui se profilent, il est vital que la liberté continue, s’exprime, s’affirme. Nous continuerons notre travail d’information et de témoignage, avec encore plus de détermination et d’énergie que jamais.

Une nouvelle ZAD s’oppose à un incinérateur en Charente-Maritime Clément Barraud (Reporterre) Reporterre 2015/01/07 Clément Barraud (Reporterre) (7 janvier 2015) Une nouvelle ZAD s’oppose à un incinérateur en Charente-Maritime. Reporterre. Reportage — Grands projets inutiles fr

Une nouvelle ZAD s’oppose à un incinérateur en Charente-Maritime

Depuis le 31 décembre, une quinzaine de zadistes occupe le site du projet d’hyper-incinérateur d’Echillais, près de Rochefort. Ils sont soutenus par des habitants des communes concernées, qui contestent le plan de la compagnie Vinci.

À l’origine de cette nouvelle Zone à défendre (Zad), quatre jeunes du département qui suivent depuis plusieurs mois ce dossier contesté par une large part de la population locale. Dans la petite commune d’Echillais, située à quelques kilomètres de Rochefort, Vinci doit construire un incinérateur de 41 mètres de haut juste en face du pont du Martrou, qui passe au-dessus de la Charente. Porté par le Syndicat Intercommunautaire du Littoral (SIL), qui regroupe 97 communes de Charente-Maritime, il suscite la colère d’habitants et d’élus du territoire.

Ces dernières semaines, la perspective du début imminent des travaux a précipité la création de la ZAD. « En 24 heures, après avoir discuté avec les membres de l’association Pays Rochefortais Alert’ (PRA) qui luttent contre l’incinérateur au niveau local, on a décidé de s’installer sur le site », résume Sophie, qui a fait partie du groupe initial, avec trois autres personnes de la région. Dans la nuit du 30 au 31 décembre, accompagnés d’autres amis, ils se rendent sur le site retenu pour le projet, juste à côté de l’actuel incinérateur.

- Construction, avec en arrière-plan la cheminée de l’incinérateur actuel. -

Le 31, un huissier est venu constater l’occupation illégale du site [1], avant une visite de la sous-préfète. Les forces de l’ordre, elles, se font plutôt discrètes. « Des gendarmes sont venus plusieurs fois, mais les relations sont bonnes pour l’instant, assure Camille (pseudonyme). Tout se passe dans le calme. La nuit du nouvel an, le responsable de l’incinérateur actuel est même venu nous souhaiter la bonne année ! »

Elan de générosité

Dans le froid, les premières tentes ont été montées sur le bitume, au beau milieu des 22 000 m² de terrain. « Les premières nuits, il faisait jusqu’à – 7 degrés », raconte Camille. Il est le seul à avoir déjà mis les pieds sur une ZAD, à Notre-Dame-des-Landes. Très vite, deux barricades et un point de restauration sont installés. Un grand élan de générosité s’est alors mis en place.

« Les membres de PRA nous ont donné des couvertures, de la nourriture, du matériel pour construire les premières cabanes… Tout le monde est très solidaire », se réjouit Damien, 22 ans. En fin de semaine, quelque cinquante personnes se sont rendues sur la zone pour soutenir les occupants.

Sur place, l’occupation s’organise dans la bonne humeur. « Nous sommes totalement pacifiques, explique Camille. L’idée est de montrer notre désaccord avec ce projet, sans violence et sans gêner le fonctionnement de l’incinérateur actuel. » De fait, dimanche, un point d’information et un dortoir ont été construits par les zadistes et des habitants des communes environnantes.

« On est agréablement surpris par le soutien des gens du coin, lance Anthony, cuisinier. Dans l’ensemble, on ne connait pas les autres ZAD, donc on a improvisé au début, on ne savait pas trop si ça allait prendre mais on sent que c’est bien parti pour durer. Les gens arrivent de plus en plus, et tout le monde est motivé ! »

Une mobilisation rare dans un département qui n’a pas l’habitude de voir ce type de soulèvement. « On ne peut pas dire qu’il y ait ici une forte envie de contester l’ordre établi… », estime Jean-Joël Gaurier, membre de PRA et de France Nature Environnement. La surprise n’en est que plus grande de voir une ZAD éclore à quelques encablures des bassins à huîtres.

À l’entrée du site, près de la première barricade, des petits personnages en cire attirent l’œil des passants. « Le petit peuple de la terre d’ici dit non au Vincinérateur », peut-on lire sur un écriteau. Cette création est l’œuvre de Frédéric, artiste et membre d’une compagnie de théâtre. « Je suis originaire d’ici, c’est inacceptable de laisser une telle chose se faire, il n’y a que Vinci qui a un intérêt à ce que ce projet se fasse… »

Santé publique

Lancé en 2007, le projet de centre de valorisation multi-filières vise à remplacer les incinérateurs d’Echillais et de Saint-Pierre d’Oléron. Prévu pour brûler jusqu’à 75 000 tonnes de déchets par an, cet hyper-incinérateur coûterait officiellement 85 millions d’euros, probablement autour de 100 millions selon PRA.

Le futur centre aurait également des conséquences sur l’environnement, à cause des rejets de dioxine dans l’air. « C’est une question de santé publique, confirme Guy Joumas, membre de PRA. Nous ne voulons pas de quelque chose qui est dépassé. La ZAD est nécessaire pour se faire entendre, et ces jeunes connaissent très bien le dossier… »

Comme pour les autres « projets inutiles et imposés », l’absence de concertation est pointée du doigt par les opposants. Selon Roland Lopez, élu d’opposition à Echillais et également membre du SIL, « il y a un déni de démocratie dans cette affaire. La population n’a pas été avertie, l’enquête publique a été complètement bafouée. »

L’association PRA, créée en 2013, milite pour une autre gestion des déchets, à la source. Même Ségolène Royal, ministre de l’Ecologie et ancienne présidente de la Région Poitou-Charentes, a exprimé à plusieurs reprises son hostilité envers ce type d’infrastructures et demandé une « remise à plat » du projet.

Pourtant, une autorisation d’exploitation a été délivrée par arrêté préfectoral, le 15 octobre dernier, ouvrant la voie à un possible début des travaux. Sur place, cette éventualité n’effraie personne, à l’image de Camille : « D’autres zadistes de Sivens et Notre-Dame-des-Landes vont venir en renfort, on va rester ici ! »

Pour réduire le chômage, il faut relancer les 35 heures Barbara Romagnan Reporterre 2015/01/07 Barbara Romagnan (7 janvier 2015) Pour réduire le chômage, il faut relancer les 35 heures. Reporterre. Tribune — Économie fr

Pour réduire le chômage, il faut relancer les 35 heures

Une commission d’enquête de l’Assemblée nationale vient de montrer que la loi des 35 heures a eu des effets positifs pour l’emploi. Il faut relancer cette démarche de réduction du temps de travail, assure la députée PS frondeuse Barbara Romagnan.

À l’initiative du groupe UDI, l’Assemblée nationale a créé une commission d’enquête visant à mesurer l’impact économique, financier, social et sociétal des politiques de réduction du temps de travail et particulièrement des lois Aubry.

Une commission d’enquête est composée de trente membres répartis au prorata du poids des groupes politiques dans l’hémicycle et siège pendant six mois. Pour mener ce travail, nous avons auditionné environ quatre-vingt personnes et nous sommes rendus à Berlin. Nous avons pu également nous appuyer sur les ressources de plusieurs administrations et institutions de recherches nationales et internationales.

Baisse du chômage

Les travaux de l’OFCE et de la DARES montrent que les 35 heures ont permis la création d’environ 350 000 emplois nets au moment où elles ont été mises en œuvre. Le taux de chômage, selon le Bureau International du Travail est alors passé de 11,8 % en 1998 à 8,8 % en 2001. On a constaté une augmentation de sept points du taux d’emploi de la catégorie des 50-64 ans (8 points chez les femmes, 5 points chez les hommes).

Ainsi, des personnes qui auparavant auraient été mises au chômage ont été maintenues dans l’emploi et des chômeurs de longue durée ont pu retrouver un emploi.

Cela est d’autant plus notable qu’on ne peut imputer la baisse du chômage à une diminution de la population active, puisque celle-ci est passée de 25,5 millions de personnes en 1997 à 26,6 millions en 2002, soit une augmentation d’1,1 million.

Sur cette période, l’économie française a créé deux millions d’emplois nets, alors que pendant le siècle précédent elle en avait créé trois millions. Ces créations se sont traduites par une augmentation sans précédent du nombre d’heures travaillées. Il ne faut en effet pas confondre la durée individuelle du travail et le nombre total d’heures travaillées dans l’économie française. Ainsi, la France n’a jamais autant travaillé que dans la période où la durée du travail a été réduite.

Cela s’est fait sans préjudice pour les finances publiques et la compétitivité des entreprises, puisque la France avait alors conservé son excédent commercial, son rang parmi les économies exportatrices, et a présenté des comptes sociaux à l’équilibre.

- Martine Aubry -

Un succès pas dû à la seule croissance

Certains veulent expliquer ce succès par la croissance. Elle y a participé, bien sûr, mais ne saurait suffire à expliquer ce gain d’emplois. Dans la période 1997-2002, la croissance française a certes été supérieure d’un point à ce qu’elle a été dans les quatre années précédentes et dans le quinquennat qui a suivi. On pourrait croire que la France a bénéficié d’une croissance mondiale particulièrement favorable.

Or, la croissance mondiale a été plus élevée pendant les années Balladur et Juppé (3,7 %) et les années Raffarin et Villepin (4,5 %) que sous le mandat de Lionel Jospin (3,4 %). Ce n’est pas non plus la croissance européenne qui explique la situation française, mais au contraire la croissance française qui explique largement la petite accélération repérée alors au niveau européen.

D’autres considèrent que les baisses de cotisations sont la cause des créations d’emplois. Or, la baisse des cotisations est une politique qui a été largement pratiquée, auparavant et par la suite, sans jamais donner de résultats équivalents en termes d’emploi.

Surtout, cela n’a pas de sens d’isoler les différentes composantes des lois Aubry qui forment un tout. C’est un ensemble où réduction du temps de travail, allègement des cotisations, modération salariale (sur dix-huit mois en moyenne) permettaitent de privilégier l’emploi plutôt que la hausse des rémunérations individuelles, de manière à ne pas compromettre la compétitivité des entreprises.

Des limites

Malgré la réussite globale des 35 heures, on ne peut oublier que près de la moitié des salariés français est restée en dehors de ce mouvement en ne bénéficiant pas de la RTT (Réduction du Temps de Travail), notamment dans les entreprises de moins de vingt salariés.

Ensuite, parmi les salariés les moins qualifiés (surtout les femmes sans enfant), certains ont souffert du développement de la flexibilité que la loi sur les 35 heures a rendue possible.

S’agissant des cadres, le jugement exprimé à l’égard des 35 heures est ambivalent : s’ils ont en général apprécié la plus grande liberté de gestion de leur temps, au travail comme dans la vie privée, la disponibilité permanente qui a résulté, pour certains, de la mise en place du forfait jour, neutralise en partie les bénéfices de la RTT. Enfin, le secteur hospitalier a connu des difficultés spécifiques notamment en raison de recrutements trop tardifs (mais justifiés par les besoins en formation).

Une loi vidée de son contenu

Après 2002, les gouvernements ont renoncé à soutenir l’emploi par la RTT, et n’ont plus demandé à évaluer ses effets. Ils ont dispensé également les entreprises de moins de vingt salariés de la RTT et ont facilité le recours aux heures supplémentaires, notamment en faisant passer le contingent d’heures supplémentaires autorisées de 130 en 2002 à 190 en 2003-2004 – puis à 220 heures en 2008 en les exonérant de cotisations.

Cette politique n’a pas créé d’emplois, ni même augmenté le nombre d’heures supplémentaires accomplies par les salariés en poste mais a coûté, pour les seules exonérations accordées par l’article 1 de la loi TEPA, plus de 4,5 milliards d’euros par an. Ce faisant, les 35 heures ont été largement vidées de leur contenu et de leur potentiel créateur d’emplois, sans que pour autant disparaissent la flexibilité et les exonérations de cotisations aux entreprises.

Reprendre cette initiave pour mieux répartir le travail et ses revenus

Ce que montre le travail de la commission d’enquête est que les 35 heures, malgré des limites signalées plus haut, ont été bonnes pour l’économie, pour l’emploi, qu’elles ont stimulé la négociation sociale et participé d’une meilleure conciliation entre la vie professionnelle et la vie privée, singulièrement familiale.

Ce que l’on peut discuter aujourd’hui, c’est l’opportunité de reprendre cette initiative. C’est ce que je défends.

Le contexte économique mondial et national actuel diffère grandement de celui de la fin des années 90, notamment du fait de la croissance quasi-nulle, du poids pris par l’endettement public et de la place réduite des économies européennes dans le marché mondial. Néanmoins, la réduction du temps de travail est une tendance de fond à l’œuvre depuis deux siècles. Elle n’est pas une singularité française, loin de là.

En effet, aujourd’hui, contrairement à une idée reçue largement entretenue, le temps de travail hebdomadaire moyen en France est parmi les plus élevés des pays développés d’Europe : 37,5 heures pour notre pays, 36,5 heures au Royaume-Uni, 35,3 heures en Allemagne et en Suisse, 33,5 heures au Danemark et 30 heures aux Pays-Bas. A contrario, elle dépasse 40 heures en Europe de l’Est et 50 heures en Turquie.

La question qui se posera à nous, dans l’avenir, est celle de la distribution des gains de productivité : choisirons-nous d’en faire profiter seulement les actionnaires, seulement ceux des salariés qui sont déjà en emploi, en leur demandant toujours plus de travail, ou utilisera-t-on ces gains pour répartir autrement le travail et ses revenus, comme cela s’est fait à chacune des grandes étapes du progrès social au cours des derniers siècles ?

Fournier, précurseur de l’écologie Simon Charbonneau Reporterre 2015/01/08 Simon Charbonneau (8 janvier 2015) Fournier, précurseur de l’écologie. Reporterre. Culture et idées fr

Fournier, précurseur de l’écologie

Il y a de temps à autres des publications qui sortent de l’ordinaire car elles nous rappellent les moments importants et les occasions perdues de notre jeunesse. C’est le cas de l’ouvrage consacré à Pierre Fournier, précurseur de l’écologie paru aux éditions Buchet-Chastel tout récemment dans la collection Les Cahiers Dessinés en 2011. Pour les vieux militants, ce sont les balbutiements de la cause écologique dans le contexte des « trente glorieuses » qu’ils revivent à la lecture de cet ouvrage écrit par sa femme Danielle et par Patrick Gominet. Pour la jeune génération de militants écolos, lire ce témoignage revient à découvrir que la crise écologique aujourd’hui abondamment médiatisée ne date pas d’hier et qu’au début des années 70, tout avait déjà été dit sur cette question par une minorité de militants contestataires de l’ordre économique dominant. Mais à l’époque, ce cri de révolte contre la destruction de la nature était resté inaudible, surtout à partir des années 80 avec le triomphe du libéralisme économique.

Pierre Fournier est le représentant de la génération de 68 qui est celle du baby-boum, mais aussi celle de la société de consommation et de ses ravages. Décédé prématurément d’une crise cardiaque en 1973 à l’âge de 35 ans après avoir lancé le premier hebdomadaire écologiste La Gueule Ouverte, Fournier collabore dès 1966 comme dessinateur journaliste à l’hebdomadaire satirique bien connu de ma génération, Hara-Kiri, devenu ensuite Charlie Hebdo.

Dans le contexte post soixantehuitard marqué par un gauchisme dominant, l’irruption de la question écologique dans la société industrielle bouleversait toutes les représentations idéologiques héritées du XIX ième siècle. De sensibilité politique plutôt droitière, Fournier consacrait ses chroniques à la critique du Progrès dans un journal gauchiste dirigé par des personnes de sensibilités anar comme Cavanna et Bernier dit le professeur Choron. D’où ses critiques sans concessions des positions de la Droite comme de la Gauche et son rejeton gauchiste.

Ses chroniques étaient consacrées à tous les aspects de la crise écologique, de l’énergie nucléaire à l’agriculture industrielle avec sa cohorte de pesticides en passant par l’urbanisation et la démographie galopante. Il ne s’agissait rien moins que de jeter les bases d’une « révolution écologique ». Sans que le terme de « décroissance » ait été employé, tout le discours de Fournier y aboutissait. Quand on relit ses chroniques à quarante ans de distance, on ne peut qu’être frappé par leur totale actualité et par le regret que cette voix solitaire n’ait pas à l’époque rencontré davantage d’échos, cela nous aurait évité de nous retrouver aujourd’hui dans une situation globale, beaucoup plus dégradée et peut être irréversible.

Ce regret est d’autant plus fort que Pierre Fournier avait également jeté les bases du mouvement écologiste par son militantisme antinucléaire. Les chantiers nucléaires de Fessenheim et de Bugey devaient connaître en effet les premières manifestations antinucléaires. En 1972, eu lieu sur le site de la centrale nucléaire de Bugey, la plus grande manifestation d’opposants au nucléaire civil et militaire réunissant plus de 15.000 personnes, jeunes pour la majorité. Y ont collaboré des personnalités comme le mathématicien Grothendieck, médaille Fields, Jean Pignero représentant de l’APRI ainsi que le professeur Lebreton déjà critique de la croissance et d’autres noms bien connus des ex jeunes des années post soixante-huit.

Cet événement politique majeur fondateur du mouvement écolo, est malheureusement resté à peu près ignoré des Français car sévèrement censuré par la plupart des médias. Dans cet ouvrage, des correspondances au vitriol de Pierre Fournier aux rédactions de quotidiens comme Le Monde sont d’ailleurs citées.

Le militantisme de Pierre Fournier devait être brutalement interrompu par sa mort qui a représenté une perte de leadership irremplaçable pour le mouvement écolo, d’autant plus que son positionnement très radical, s’il était resté en vie, l’aurait mis à l’abri des tentations de la politique et de toute forme de récupération politicienne comme celle du Grenelle.

L’ouvrage consacré à Pierre Fournier, outre l’actualité de ses chroniques, présente aussi un intérêt par les dessins de l’auteur et les photos qui vous remettent dans le bain de l’époque où l’on constate que dans ces réunions et ces manifestations, l’âge moyen des militants ne dépassait pas de trente ans. D’ou une nostalgie certaine à la lecture de cet ouvrage consacré à une personnalité hors du commun, à laquelle sa femme Danielle a voulu rendre justice pour qu’elle ne tombe pas dans l’oubli. Nostalgie mais aussi une colère rentrée face à une société qui est restée aveugle vis-à-vis de la gravité d’une question dont l’enjeu est la survie, non pas de la planète comme on l’entend souvent dire, mais de l’humanité.

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A lire le livre beau et utile : Pierre Fournier, précurseur de l’écologie (Les Cahiers dessinés).

Ils continuent ! Reporterre 2015/01/08 (8 janvier 2015) Ils continuent !. Reporterre. Tribune — fr

Ils continuent !

L’équipe de Charlie Hebdo se réunit pour préparer le prochain numéro.

Des nouvelles de Charlie Hebdo, données par Luce Lapin, chroniqueuse sur les animaux au journal, et qui, par miracle - elle se trouvait dans un bureau à côté pour finir un travail urgent - a échappé au massacre. L’équipe du journal se réunit aujourd’hui jeudi pour préparer le prochain numéro.

Ne pas avoir peur ! Camille Martin (Reporterre) Reporterre 2015/01/08 Camille Martin (Reporterre) (8 janvier 2015) Ne pas avoir peur !. Reporterre. fr

Ne pas avoir peur !

Des dizaines de milliers de personnes hier, place de la République à Paris. Plus de dix mille à Rennes, nous dit notre correspondante Julie Lallouet-Geffroy. Des dizaines de milliers aussi à travers la France, à Marseille, à Lille, à Lyon, à Toulouse,...

Parmi les slogans :

- Même pas peur :

- Liberté d’expression :

- Charlie, avec nous :

- Pas d’amalgame :

Charlie Hebdo : un journal intimement lié à l’écologie Barnabé Binctin et Lorène Lavocat (Reporterre) Reporterre 2015/01/08 Barnabé Binctin et Lorène Lavocat (Reporterre) (8 janvier 2015) Charlie Hebdo : un journal intimement lié à l’écologie. Reporterre. fr

Charlie Hebdo : un journal intimement lié à l’écologie

Né en 1970 dans le sillon rebelle de « Hara-Kiri », « Charlie Hebdo » n’est pas qu’un journal satirique, irrévérencieux et libertaire. Il a été, et continue d’être, l’un des espaces d’expression privilégiés de l’écologie. « Une écologie gaie, utopiste et inventive », comme la décrit François Camé, ancien directeur de l’information de l’hebdomadaire.

Gébé, Reiser, Fournier, Nicolino... autant de figures rieuses, de plumes acérées, de crayons décapants qui ont prêté leur talent à la cause écologiste. Autant de journalistes passés chez Charlie.

Le porte-voix de l’écologie balbutiante

L’écologie entre à Charlie Hebdo à la fin des années 1960 avec Pierre Fournier (http://www.reporterre.net/Fournier-precurseur-de-l-ecologie). Dessinateur et chroniqueur, mais aussi militant écologiste de la première heure. « Il est arrivé avec ses rêves, contre le nucléaire et pour le végétarisme », se rappelle Danielle Fournier, sa compagne. « Tout le monde se moquait de lui, mais on l’écoutait, il était respecté ». Cabu croque alors la famille Fournier en mangeurs de carottes.

Peu à peu, ses idées trouvent leur place dans les pages grandes ouvertes de Charlie Hebdo. « Cavanna et Choron lui ont donné carte blanche, il faisait ce qu’il voulait », poursuit-elle. L’équipe soutient un vigneron bio, l’un des premiers, et fait venir d’Aquitaine des caisses de Bordeaux sans pesticide. Alors que la cause environnementale sort à peine des nimbes post-soixante-huitardes, Charlie Hebdo se positionne comme le porte-voix de la lutte anti-nucléaire, de l’énergie solaire ou de la critique de la surconsommation. Sous l’impulsion enthousiaste de Fournier, toute l’équipe, même les moins convaincus comme Wolinski, se met à parler d’environnement.

En 1972, l’hebdo donne naissance au premier journal d’écologie politique : La Gueule ouverte. Après le décès de Pierre Fournier, en 1973, c’est Isabelle Monin, alors compagne de Cabu, qui prend les rênes du mensuel.

Antinucléarisme

Charlie Hebdo prend alors une part très active à la lutte contre le nucléaire, lutte fondatrice du mouvement écologiste. « C’est un lien historique, un lien fraternel qui nous lie à Charlie Hebdo », explique Philippe Brousse, directeur national du Réseau Sortir du Nucléaire. « Des milliers de personnes ont été sensibilisés par Charlie Hebdo, et avant par Hara Kiri. Charlie fut un des acteurs essentiels de la mobilisation contre le nucléaire ».

Une implication qui prend date dès l’origine du mouvement, telle qu’en témoigne cette anecdote de Danielle Fournier : « Pour la manifestation contre la centrale du Bugey en 1971, Charlie Hebdo avait affrété des cars depuis Paris. Les trois-quarts des manifestants étaient des lecteurs du journal ».

Le journal accompagne le mouvement sur toute la fin du XXe siècle. Lorsque le réseau Sortir du Nucléaire se constitue, en 1997, son directeur se souvient des nombreuses participations de Charb, qui publie gracieusement ses dessins dans différentes publications du mouvement. « C’était des contributions volontaires, Charb dénonçait la menace nucléaire, comme Charlie Hebdo a toujours dénoncé toute forme d’extrêmisme de la folie humaine ».

En 2010, Cabu et d’autres dessinateurs de Charlie soutiennent une action contre le nucléaire militaire par leurs croquis. Quant à Fabrice Nicolino, il a rédigé il y a deux ans un Hors-Série de Charlie intitulé L’escroquerie nucléaire.

La même année, Charlie Hebdo a été un des premiers à aborder longuement le projet de Cigéo, projet d’enfouissement des déchets nucléaire à Bure (Meuse). Cette fois, c’est un autre journaliste, Antonio Fischetti, qui se déplace et fouille, fouine, dérange, comme le journal sait si bien le faire.

Michel Marie, porte-parole du CEDRA (collectif contre l’enfouissement des déchets radioactifs), raconte : « IL est venu passer trois jours sur place, très investi. Ce n’était certes pas le premier coup fumant au niveau national, mais l’article a fait causer, ce n’était pas que de la caricature, il y avait un vrai dossier de fond. C’est d’ailleurs comme ça que Charlie Hebdo a toujours su faire bouger les consciences, notamment sur le nucléaire ».

Une vision joyeuse et drôle de l’écologie

Comme ça, c’est-à-dire en mêlant l’aigre-doux du crayon et l’impertinence de la réflexion. Depuis ses origines, Charlie Hebdo défend l’écologie à coup de satires et de chroniques décapantes. Un ton décalé qui déborde de L’An 01, bande dessinée et film nés de l’imagination utopiste et libertaire de Gébé, critique joyeuse du productivisme et de la société de consommation. Avec une devise : « On arrête tout, on réfléchit, et c’est pas triste ».

Un ton qui séduit les journalistes comme François Camé. « L’écologie peut être vue comme lamentablement triste et conne, mais aussi comme gaie et inventive », explique celui devenu, en 1996, directeur de l’information de l’hebdomadaire, avant de le quitter en 1999, en conflit avec le directeur du journal, Philippe Val. « Charlie Hebdo a toujours porté une vision résolument positive et humaine ». Avec une arme, irremplaçable : être drôle. « Il faut traiter et défendre nos convictions, nos idées, nos engagements avec humour », dit François Camé. « Sinon, on devient vite des sales cons sectaires et dangereux ».

Et puis, toutes les semaines, depuis 2010, Fabrice Nicolino assurait une chronique d’écologie dans le journal. Sa chronique parue hier s’intitulait « Inondations à tous les étages ». Il prépare la prochaine discrètement - on l’attend !

A la menace, les écologistes répondent par la démocratie Barnabé Binctin et Lorène Lavocat (Reporterre) Reporterre 2015/01/09 Barnabé Binctin et Lorène Lavocat (Reporterre) (9 janvier 2015) A la menace, les écologistes répondent par la démocratie. Reporterre. fr

A la menace, les écologistes répondent par la démocratie

Après l’abasourdissement, des questions émergent de nos larmes : que répondre à l’horreur ? Que dire, que faire face à la barbarie et l’obscurantisme ? Comment résister aux sirènes trompeuses de la peur et de la haine ? Avancer avec prudence, ne pas se tromper de combat... et proposer un autre modèle de société, répondent les mouvements de gauche-écologiste.

Appels au rétablissement de la peine de mort, attaques contre les mosquées, etc. Au lendemain de l’attaque contre Charlie Hebdo, un risque se fait jour ; celui d’une descente vers les pans glissants de la violence et de la xénophobie. « Oui, la France pourrait être submergée par un flot tumultueux de passions et de haine », prévient Jean-Luc Mélenchon, membre du Parti de gauche. Le risque, pour Barbara Romagnan, députée PS frondeuse, serait ainsi de tomber dans le piège qui se tend : « Il ne faut pas entrer dans la logique de ceux qu’on dénonce. Non, la France n’est pas en guerre ».

Pourtant, les dizaines de milliers de personnes réunies spontanément partout en France crient le contraire : « Vive la France unie ! ». Pierre Larrouturou, co-fondateur de Nouvelle Donne, garde confiance : « Notre pays est solide, la République aussi ». Présent aux manifestations du mercredi puis du jeudi soir, Christophe Najdovski, conseiller municipal écologiste à la Ville de Paris, voit dans ces hommages collectifs une « saine réaction » : « Alors que le peuple dit de gauche sombrait dans l’atonie, ces rassemblements montrent qu’il reste une vraie capacité de mobilisation ».

Afin d’éviter tout dérapage, un maître mot : la prudence. « Il nous faut aussi respecter un temps pour le deuil et l’humilité », rappelle Julien Bayou, porte-parole d’Europe-Ecologie-les-Verts. « Attention aux mots, attention aux discours, pour ne pas enclencher une logique de guerre civile », insiste Jean-Luc Mélenchon. « La première vertu, c’est le discernement, car on est sur une ligne de crête ».

"Les vrais combats sont sociaux et écologiques"

A l’heure où certaines peurs pourraient être savamment instrumentalisées, les responsables politiques veulent désamorcer les amalgames. « Il ne faut pas se tromper de combat. Une guerre contre le terrorisme, oui, peut-être, mais les vrais combats sont sociaux et écologiques, ce sont d’abord le chômage et le changement climatique » nous assure Pierre Larrouturou. De son côté, Jean-Luc Mélenchon réfute le terme-même de terrorisme : « C’est un assassinat politique. Il ne s’agit pas d’un choc de civilisation, mais bien d’obscurantisme ».

Toutefois, l’urgence de la situation impose une certaine fermeté face aux actes commis. Pas question de faire preuve de laxisme, pour Christophe Najdovski, mais bien plutôt d’ « esprit de responsabilité, en pareilles circonstances exceptionnelles ». Exemple ? Le plan Vigipirate. « Il est absolument nécessaire, estime Julien Bayou. Il faut pouvoir faire face, en arrêtant d’abord les terroristes puis en les menant en justice ».

Beaucoup redoutent cependant une recrudescence de lois liberticides en effet-rebond : « J’ai une crainte : que cette tragédie serve de prétexte à des lois liberticides. Nous n’avons pas besoin d’une énième loi anti-terroriste », s’alarme Barbara Romagnan. « Il faut se concentrer sur la défense des libertés publiques. Le délire sécuritaire n’est pas la réponse ». D’autant que leur efficacité est sérieusement remise en cause : « Les mesures ultra-sécuritaires se sont accumulées ces dernières années sans que rien ne change » rappelle Julien Bayou.

On insiste au contraire sur l’amélioration du travail de prévention. Dans les rangs d’EELV, on veut répondre par le modèle norvégien, en paraphrasant pour l’occasion Fabian Stang, maire d’Oslo à l’époque des attentats d’Anders Breivik : « La punition sera plus de générosité, plus de tolérance, plus de démocratie ».

Concrètement ? Une mesure comme le vote des étrangers devrait être exhumée du carton des promesses présidentielles, à l’heure où une partie de la population peut se sentir « déconsidérée » poursuit Julien Bayou. « Ce n’est pas une réponse unique, mais une partie du désarroi actuel vient clairement de ce sentiment de ’citoyens de seconde zone’ ». Même son de cloche du côté de Pierre Larrouturou : « Ce n’est pas en ostracisant une partie des Français qu’on réglera le problème ».

Place de la République, Marie Toussaint, militante de la nouvelle génération d’écologistes, place la cohésion sociale comme la première des priorités : « L’intégration de tous est un principe fondamentalement écologiste. Quand on se bat pour que tout le monde puisse vivre sur la planète, on se bat certes pour la préservation des ressources, mais aussi pour le vivre-ensemble », prônant l’empathie comme valeur cardinale.

La racine : une société qui fabrique des malades

« En novembre prochain, ce sera les dix ans de la dite ’crise des banlieues’ de 2005 », se rappelle-t-elle. Un signal que le vivre-ensemble était en danger. Malgré tout, « on a continué d’y répondre par un discours sécuritaire, alors que le problème est ailleurs : ce sont les inégalités ».

« Notre société fabrique des malades », s’exaspère Barbara Romagnan. Un avis partagé par Pierre Larrouturou : « Ce qu’exprime aussi cette attaque, c’est la souffrance, profonde, anthropologique qu’il y a dans notre société. Et c’est en grande partie notre système capitaliste qui la crée ». Lui pointe aussi la responsabilité de ceux qui nous gouvernent. « Les dirigeants actuels, incapables d’agir, font preuve de médiocrité, de mensonges ».

La réponse à la barbarie passe donc aussi par un changement de modèle. « Il faut un changement politique, avec plus de convivialité, plus de vivre-ensemble », poursuit le co-fondateur de Nouvelle Donne. Une autre société fondée sur l’écologie. « L’écologie nous permet de penser le monde différemment, notamment sur la croissance et l’hyper-consommation, dit Barbara Romagnan. Elle nous propose plus d’harmonie, avec la nature, mais aussi avec les autres. Elle est donc plus que jamais nécessaire ».

De son côté, Nicolas Hulot nous écrit : « Ce drame nous ramène à l’essentiel : l’humain. Soudain l’on se regarde, enfin nous ne sommes plus des ombres invisibles qui déambulent sur les trottoirs, mais des êtres sensibles et vulnérables. Cette tragédie pulvérise les futilités où nous nous engluons de jour en jour. » Alors, que faire ? « A la haine opposer l’amour, à la folie, la raison. L’écologie est un esprit universel qui, sur une vision du progrès et du sens, nous unit au delà des différences, qui fait de la diversité le plus précieux des patrimoines. L’écologie est un rappel inlassable de notre communauté d’origine et de destin. »

La pensée écologique. Une anthologie Reporterre 2015/01/09 (9 janvier 2015) La pensée écologique. Une anthologie. Reporterre. fr

La pensée écologique. Une anthologie

La pensée écologique. Une anthologie, de Dominique Bourg, Augustin Fragnière. Pour connaître l’évolution des questions environnementales sur près de deux siècles et découvrir la tradition de pensée que ces questions ont fini par susciter.

À quel moment la conscience écologique, celle d’un tournant destructeur dans nos relations à la nature, apparaît-elle ? À la fin des années soixante, comme cela est généralement admis ? En réalité, dès le XIXe siècle.

Cette anthologie retrace la généalogie de la conscience du caractère problématique de nos relations à la nature, avec des écrits forts et originaux, de culture européenne, américaine ou même japonaise, souvent méconnus.

Il y est tout autant question d’amour de la nature, de sciences, de peurs et d’apocalypse que d’analyses diverses. Cette première saga environnementale débouche sur la formation progressive d’un courant de pensée original, la pensée écologique.

Tout en s’appuyant sur le constat étayé scientifiquement de la dégradation du système qui nous fait vivre, cette pensée incite à la réorganisation du domaine du pensable et de la société. La pensée écologique n’est donc ni l’écologie scientifique, ni un mouvement social et politique protestataire. Elle s’est confrontée à de grandes questions, constituant ainsi au cours de son histoire un corpus aussi riche et cohérent que profond, dont cet ouvrage donne un aperçu.

Ce livre comporte une centaine d’extraits choisis de textes fondateurs de la pensée écologique et de nombreuses introductions thématiques et notices biographiques.

La pensée écologique. Une anthologie, Dominique Bourg, Augustin Fragnière, PUF, 896 p., 30 €.

Sivens : le ministère de l’Agriculture n’est pas favorable au barrage Hervé Kempf (Reporterre) Reporterre 2015/01/09 Hervé Kempf (Reporterre) (9 janvier 2015) Sivens : le ministère de l’Agriculture n’est pas favorable au barrage. Reporterre. Sivens fr

Sivens : le ministère de l’Agriculture n’est pas favorable au barrage

Un document révélé par Reporterre atteste que le gouvernement ne soutient pas le projet de barrage de Sivens et envisage son abandon. Aujourd’hui 9 janvier, une réunion de discussion se tient à Toulouse sur le projet.

Le ministère de l’Agriculture, de l’agroalimentaire et des forêts (MAAF) ne soutient pas le projet de barrage de Sivens et envisage sérieusement son abandon : c’est ce que révèle un document exclusif dont Reporterre a obtenu copie. Il s’agit de la réunion du 22 décembre du Comité de direction du ministère, qui réunit les directeurs des différents branches de cette administration.

Voici ce qu’écrit le compte-rendu du comité de direction : « La Commission a transmis une mise en demeure à la France, dont la réponse (NAF) sera à faire pour fin janvier 2015. Au-delà de ce projet, qui n’est pas soutenu par le MAAF en l’état et qui sera, quoiqu’il en soit, au minimum revu si ce n’est abandonné [souligné par Reporterre], la jurisprudence qui en ressortira peut avoir des incidences importantes sur le positionnement général de la Commission concernant les retenues d’eau et donc plus globalement sur la doctrine en matière de gestion quantitative de l’eau en agriculture. »

- Télécharger le document :

Un avis à prendre en compte, alors qu’une nouvelle réunion de discussion entre les parties prenantes se tient aujourd’hui à Toulouse, sous l’égide du ministère de l’Ecologie.

Chronique - Le jour d’après Noël Mamère Reporterre 2015/01/09 Noël Mamère (9 janvier 2015) Chronique - Le jour d’après. Reporterre. fr

Chronique - Le jour d’après

- Noël Mamère -

L’émotion qui nous submerge après la tuerie de Charlie Hebdo ne doit pas nous empêcher de penser et de regarder en face les maux qui gangrènent notre société. Les assassins qui ont agi hier, méthodiquement, froidement, en professionnels du crime, ne s’en sont pas pris aux "islamophobes" patentés mais à l’esprit français.

En ciblant l’un des derniers sanctuaires de la dérision et de la lutte contre toutes les formes de “préjugés”, ils ont voulu détruire ce qui constitue la marque, l’ADN de l’esprit français : la liberté d’expression. Un acte nourri d’une telle charge symbolique peut ête comparé, sans exagération, avec le 11 septembre des Américains. Et c’est bien ainsi que le vivent toutes celles et ceux qui, de Paris a Toulouse, de Marseille a Lyon, sont descendus dans la rue aux cris de "Je suis Charlie" et "Même pas peur".

Nous l’avons ressenti avec force, place de la Réepublique, dans une sorte de communion silencieuse, serrés les uns contre les autres, émus aux larmes lorsque ce jeune homme a escaladé la statue de Marianne pour ceindre son bras du bandeau noir du deuil, frissonnant quand le "Je suis Charlie" montait comme une vague inondant la foule, tremblant quand les premières voix ont entonne La Marseillaise ( eh oui !) ... L’onde de choc est violente. Il y aura bien un avant et un après 7 janvier 2015. Et c’est justement a cet "après" qu’il faut nous attacher maintenant.

Car, contrairement a ce que pensent les bourreaux de la libre pensée, la détermination à défendre cette valeur essentielle de notre pacte républicain ressort renforcée de l’épreuve. Pour ceux qui auraient pu se « soumettre » par peur des représailles, cet acte barbare leur a demontré, au contraire, que la liberté ne se négocie pas et que l’heure est plus que jamais à la défendre.

Non, et nous le savons bien, instruits par le climat pourri qui empoisonne notre pays, les premières victimes des effets de ce drame vont être les musulmans de France. Déjà la cible de nombreux contempteurs, proie facile pour tous ceux qui font commerce de la peur et du rejet de l’autre, ils risquent de se retrouver très vite enfermés dans la spirale de l’amalgame selon lequel la religion musulmane ne serait pas compatible avec « nos » valeurs ; derrière chaque musulman se cacherait un terroriste en puissance.

Le risque est d’autant plus grand que nous entendons déjà ce discours, du « grand remplacement » de Renaud Camus au « peuple dans le peuple » de Zemmour, pour ne pas parler de Houellebecq et des « sorties » malodorantes de quelques politiques cyniques, qui instille jour après jour, comme un poison, l’idée que nous serions menacés par un ennemi de l’interieur. Le délai de deuil passe, les langues vont se délier et les marchands de haine se réveiller, sur le thème : « On vous l’avait bien dit ».

Les monstres du 7 janvier n’auront réussi qu’à renforcer la stigmatisation de ceux qui sont censés croire au même Dieu qu’eux. Les musulmans vont être sommés de se justifier, de dire haut et fort qu’ils n’ont rien à voir avec ces gens-la, lesquels n’ont rien à voir avec le Dieu au nom duquel ils commettent leur meurtre. Cette injonction qui ne va pas tarder ne peut que placer des citoyens français ou résidents, par ailleurs musulmans, dans une situation insupportable qui nourrira ce sentiment de mépris et de rejet déjà très fortement ressenti par beaucoup dans notre pays.

- Sur la statue de la République, à Paris -

Derrière l’unité de façade, proclamée haut et fort par tous les responsables politiques de ce pays, se profile la division dans une atmosphère irrespirable dont nous connaissons déjà les bénéficiaires. On ne peut pas se résoudre à cette idée. Les jours et les mois qui viennent seront d’autant plus difficiles que s’annoncent des échéances électorales propices au retour des vieux démons. L’heure est donc au courage politique qui consiste à ne rien céder de l’essentiel, à ne pas sombrer dans la paranoïa du terrorisme partout qui justifierait toutes les réductions de nos libertés, les mises a l’index et les stigmatisations.

L’ordre et l’autoritarisme ne peuvent être les réponses à la profonde crise morale et civique que nous traversons. L’heure est a la lutte contre tous les intégrismes, sous quelque forme qu’ils se présentent, contre tous les fanatismes, à commencer par les religieux et sans doute a l’aide que nous devons apporter à tous ceux qui vont se sentir à la marge, en raison de leur religion, de leur origine, de leur couleur de peau, de leur orientation sexuelle pour leur dire que ce pays est le leur, qu’ils y ont toute leur place et qu’ils en sont l’une de ses richesses. Ce n’est pas de l’angélisme, mais du simple bon sens, si nous ne voulons pas que notre pays enfante d’autres monstres. C’est en luttant contre les marchands de haine que nous rendrons notre pays plus grand et plus respectable.

La paix et la liberté d’expression Marie Astier et Lorène Lavocat (Reporterre) Reporterre 2015/01/09 Marie Astier et Lorène Lavocat (Reporterre) (9 janvier 2015) La paix et la liberté d’expression. Reporterre. fr

La paix et la liberté d’expression

Ecouter ici :

Reportage radio réalisé sur la place de la République, lors du rassemblement du 7 janvier au soir, en hommage aux journalistes et aux policiers assassinés dans la rédaction de Charlie Hebdo.

Musique : « Je suis venu vous voir », de Mano Solo, fils de Cabu.

Bernard Maris devait recevoir la Légion d’honneur des mains de Nicolas Hulot Camille Martin (Reporterre) Reporterre 2015/01/09 Camille Martin (Reporterre) (9 janvier 2015) Bernard Maris devait recevoir la Légion d’honneur des mains de Nicolas Hulot. Reporterre. fr

Bernard Maris devait recevoir la Légion d’honneur des mains de Nicolas Hulot

Bernard Maris, journaliste et économiste assassiné dans les locaux de Charlie Hebdo le 7 janvier, devait se voir remettre la Légion d’honneur par Nicolas Hulot, nous indique celui-ci.

La cérémonie avait été initialement prévue le 6 janvier au soir sur la péniche de Gérard Feldzer, ami de M. Hulot. Mais des contraintes logistiques ont conduit à reporter l’événement.

Bernard Maris était membre du conseil scientifique de la Fondation Nicolas Hulot pour la nature et l’homme. Celle-ci place un hommage à l’économiste à la Une de son site.

Hommage à Tignous, le tendre, le teigneux Thierry Salomon Reporterre 2015/01/10 Thierry Salomon (10 janvier 2015) Hommage à Tignous, le tendre, le teigneux. Reporterre. Tribune — fr

Hommage à Tignous, le tendre, le teigneux

Mots d’Adieu à Tignous, la « teigne » en occitan, compagnon et ami de négaWatt. Tignous le teigneux, Tignous le tendre, formidable dessinateur, curieux de tout, convaincu d’écologie, assassiné par des balles atroces. Avec le grand Duduche, Charb et Wolinski, il s’en est allé rejoindre Coluche et Reiser au paradis des gribouilleurs.

Tignous, rencontré au Festival du Vent à Calvi, était devenu un ami. Fabrice Nicolino, gravement blessé, suivait très attentivement les actions et idées de négaWatt. Et tous deux nous avaient fait l’amitié d’une grande double page dans Charlie Hebdo lors de la sortie du Manifeste négaWatt.

Alors, pour eux, ces quelques mots d’adieu à Tignous.

Au lumineux Festival du Vent, à Calvi, une pièce équipée d’une large table était rituellement réservée à une bande de joyeux loustics lourdement armés de feutres et de rames de papier.

C’était le royaume de gribouilleurs modestes et géniaux, une caverne enfumée où leur talent, allié à la magie de la baie de Calvi et à la Piétra, la goûteuse cervoise corse, a permis chaque nuit un petit miracle. Tous les matins, en effet, les festivaliers avaient le bonheur de découvrir avec le premier café la production nocturne de ces artistes de la pointe acérée et du clavier pas du tout tempéré.

A chacun de mes séjours au Festiventu, cette bande de garnements me stupéfiait par leur habileté à croquer un évènement du Festival, le relier à l’actualité, mélanger provoc’ rabelaisienne et traits de génie.

Parmi eux, Tignous, la « teigne » en occitan, nom de plume si joliment choisi. Mais une teigne qui n’avait d’autre férocité que dans son coup de crayon. Un dessinateur curieux de tout, convaincu d’écologie, passionné par le concept de négaWatt que je m’efforçais, à sa demande, de lui expliquer avec le secret espoir qu’il en résulte quelques formidables dessins.

Quelques années plus tard, après la publication chez Actes Sud du Manifeste négaWatt, l’équipe de Charlie Hebdo décida de publier une double page autour de ce pacifique pavé. Le journaliste d’investigation Fabrice Nicolino, inlassable pourfendeur des hypocrisies de notre société et de notre bidoche, se chargea de décrypter l’ouvrage et tout naturellement Tignous réalisa les illustrations.

Aujourd’hui, ce maudit 7 janvier, victime de pervers cinglés, Fabrice Nicolino est grièvement blessé. Et Tignous, Tignous le teigneux, Tignous le tendre, papa de quatre enfants, a été assassiné par des balles atroces.

Avec le grand Duduche, Charb et Wolinski, il s’en est allé rejoindre Coluche et Reiser au paradis des gribouilleurs. En nous laissant bien plus que tristes : épouvantés. Mais là-haut, quelle sacré bande ! Dieu, s’il existe, a intérêt à avoir un sacré sens de l’humour. Quant à Allah, tout Akbar qu’il soit, les assassins de la liberté lui ont rendu aujourd’hui un très mauvais service : puisque qu’il déteste les caricatures, il va être servi !

TIGNOUS AVAIT DESSINE DANS REPORTERRE EN... 1989

Eh oui, Reporterre existait dans une première formule, sur papier, en 1989, et Tignous y avait publié un dessin dans le numéro de juillet-août :

A Sivens, la discussion est bloquée Lorène Lavocat (Reporterre) Reporterre 2015/01/10 Lorène Lavocat (Reporterre) (10 janvier 2015) A Sivens, la discussion est bloquée. Reporterre. Grands projets inutiles fr

A Sivens, la discussion est bloquée

Les associations écologistes ont rencontré vendredi 9 janvier à Toulouse les experts du ministère de l’Ecologie. Objectif : trouver une alternative consensuelle au barrage contesté de Sivens. Mission apparemment impossible.

La possibilité d’un consensus s’éloigne chaque jour un peu plus. La FNSEA (Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles) continue de revendiquer un grand barrage hydraulique sur le site du Testet. Le Collectif d’opposants, France nature environnement et la Confédération paysanne refusent un ouvrage au niveau de la zone humide.

Au milieu, les experts mandatés en novembre par Ségolène Royal, sommés de rendre un rapport à la Ministre la semaine prochaine. Que vont-ils pouvoir proposer ? « Deux scénarios se profilent, explique Ben Lefetey, du Collectif pour la sauvegarde du Testet. Grosso modo, faire un barrage plus petit en amont, ou développer les retenues collinaires proches du site. »

Construire ou optimiser l’existant ?

Première possibilité : construire une retenue plus modeste en amont, avec une capacité réduite, de 750 000 m3, contre les 1,5 million prévu initialement. Moins cher et mieux dimensionné, disent les experts. Problème : cela signifie construire à nouveau sur le cours même du Tescou, à 300 mètres de la zone fragile.

Seconde option : créer plusieurs retenues, sur des cours d’eau adjacents au Tescou. Un scénario « plus acceptable » pour les opposants, qui proposent quant à eux une autre vision. « Il nous faut déjà optimiser l’existant. De nombreuses retenues collinaires sont sous-exploitées dans la zone », précise Ben Lefetey.

Derrière ce débat se cache une querelle de chiffres : quels sont les besoins en eau des agriculteurs ? 750 000 m3, selon les experts. « Pour nous, les comptes ne sont pas bons », réplique Jean-Claude Huc, patron de la FNSEA à La Dépêche. Il faudrait selon lui a minima 1 million de m3. » De leur côté, les opposants au barrage ont fait leur calcul, en se basant sur une hypothèse d’économies d’eau : entre 350 000 et 480 000 m3. Ainsi, les estimations vont du simple au double.

« Il y a un tel écart entre nous et la FNSEA que tout accord semble impossible », conclut Ben Lefetey. En décembre, Ségolène Royal affirmait pourtant vouloir parvenir à « une solution qui ne fasse ni perdants, ni gagnants ». La ministre doit donner son arbitrage autour du 20 janvier. Elle a prévenu : « À un moment, je pourrais dire ce qui me semble être la meilleure solution. Mais c’est à chacun de prendre ses responsabilités. Tout le monde a reconnu qu’il fallait un ouvrage car il faut donner de l’eau aux agriculteurs. Il faut aussi un ouvrage qui ne soit pas surdimensionné pour permettre de mobiliser des fonds européens. »

En attendant la réponse du ministère - qui n’a pas répondu à nos questions -, les zadistes occupent toujours les arbres sur la zone humide du Testet. « Il y a encore des menaces, et pas mal de pressions », confie Ben Lefetey. Depuis la tentative violente d’intimidation menée fin décembre par les pro-barrages, le statu quo semble installé.

Liberté d’expression ? Ils avaient protesté nus contre l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, la justice les poursuit Isabelle Rimbert (Reporterre) Reporterre 2015/01/10 Isabelle Rimbert (Reporterre) (10 janvier 2015) Liberté d’expression ? Ils avaient protesté nus contre l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, la justice les poursuit. Reporterre. Libertés fr

Liberté d’expression ? Ils avaient protesté nus contre l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, la justice les poursuit

Condamnés en 2013 à quinze jours de prison avec sursis pour s’être promenés nus devant les forces de l’ordre, deux militants anti-aéroport de Notre-Dame-des-Landes ont comparu en appel. « Il y a un problème de liberté d’expression par rapport à un acte symbolique », martèle leur avocat. « Outrage », ou « geste poétique » ?

Actualisation : Erwan et Elise ont été relaxés par le tribunal le 18 février 2015.

- Rennes, reportage

Soutenus par une centaine de militants bravant le froid matinal, Erwan et Elise, les « Camille à poil », comparaissaient mercredi 7 janvier devant la cour d’appel de Rennes. En mars 2013, le tribunal de Saint Nazaire les avait condamnés à quinze jours de prison avec sursis pour s’être dénudés devant les gendarmes en novembre 2012, lors de la vaine tentative d’évacuation de la Zad de Notre-Dame-des-Landes.

"Problème de liberté d’expression"

L’avocat des prévenus a axé sa plaidoirie sur la définition, imprécise selon lui, de l’outrage par l’article 433.5 du code pénal, et le fait que cet article n’a jamais été soumis au contrôle du conseil constitutionnel. « Un outrage qui est mal défini vient sanctionner un délit d’opinion », a plaidé l’avocat. « Les éléments constitutifs de l’outrage par geste sont flous, la définition légale du délit n’est pas claire. De plus, l’outrage est-il dans le geste ou dans le ressenti de la personne qui se sent outragée ? »

- Erwan et Elise avec leur avocat -

Selon la jurisprudence, le lancer d’œufs, le renvoi de bombes lacrymogènes ou les crachats ont été qualifiés d’outrage. Pas la nudité, a ajouté l’avocat qui met en avant la portée symbolique du geste, évoquant au passage le célèbre tableau de Delacroix, dans lequel la Liberté guidant le peuple avance dépoitraillée.

« Il s’agit d’une condamnation pour l’exemple, et il y a un problème de liberté d’expression par rapport à un acte symbolique », a-t-il martelé. Pour lui, il y a là matière à une QPC, question prioritaire de constitutionnalité, procédure juridique de contrôle de constitutionnalité sur une loi promulguée.

Procès politique

Ces arguments ont été jugés « de faible portée » par l’avocat général, pour qui l’article en question est « conforme à la constitution », et ne donne pas lieu à une QPC. Au terme du délibéré, le président de la cour a donné raison au parquet, refusant de soumettre la question à la cour de cassation « faute de caractère sérieux ».

Interrogés à la barre, Erwan et Elise ont réfuté le caractère outrageant de leur geste, renvoyant la cour aux vidéos dans lesquelles on les voit déambuler tranquillement, « sans provocation, sans intention d’outrager ni attitude irrespectueuse ».

Elise a réaffirmé le fait que, si elle « ne se sent pas capable de porter des banderoles, ou de lancer des projectiles », la nudité est pour elle un moyen d’expression poétique qui lui permet de représenter la fragilité de la nature. Erwan, en larmes, a également asséné à la cour : « J’ai énormément de mal à comprendre que nous soyons traités comme des criminels pour avoir simplement enlevé nos vêtements, alors que d’autres n’auront pas à répondre d’actes bien plus graves », évoquant les mutilations par flashball et la mort de Rémi Fraisse.

- Erwan entouré de clowns -

L’avocat général a demandé la confirmation de la peine prononcée par le tribunal de Saint-Nazaire, et l’avocat des prévenus a requis la relaxe.

A la sortie du tribunal, Elise s’est dite « agréablement surprise par le fait d’avoir été écoutée, contrairement à la première audience, mais un peu déçue que la question de constitutionnalité n’ait pas été retenue ». Erwan, lui, ne se sent « pas naïf sur le caractère très politique de cette affaire », et regrette « que l’on n’ait pas saisi l’occasion de ce procès pour reparler de la criminalisation des militants ».

Un procès politique de plus dans le dossier de Notre-Dame-des-Landes ? Rendez-vous le 18 février, date du rendu de la décision de la cour d’appel de Rennes.

DOSSIER - Répression des luttes écologiques et violences policières Par Julien villalard Reporterre 2015/01/10 Par Julien villalard (10 janvier 2015) DOSSIER - Répression des luttes écologiques et violences policières. Reporterre. fr

DOSSIER - Répression des luttes écologiques et violences policières

- Liberté d’expression ? Ils avaient protesté nus contre l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, la justice les poursuit, Isabelle Rimbert (Reporterre), 10 janvier 2015.

- La FDSEA entretient un climat de violence et menace les opposants au barrage, Christophe Curvale, 30 décembre 2014.

- Au Testet, les pro-barrages tentent l’opération « Manche de pioche » et menacent Reporterre, Grégoire Souchay (Reporterre), 19 décembre 2014.

- Dans le monde, les défenseurs de la terre sont persécutés, Isabelle Kawka, 19 décembre 2014.

- La justice s’acharne sur la Confédération paysanne. Un paysan assume : « Voilà pourquoi j’ai démonté les Mille vaches », Julie Lallouët-Geffroy (Reporterre), 12 décembre 2014.

- Ils défendaient la forêt, ils ont été assassinés. A Lima, leurs femmes témoignent, Malika Peyraut (Les Amis de la Terre), 6 décembre 2014.

- Testet et Rémi Fraisse : les gendarmes mentent encore, Ben Lefetey, 4 décembre 2014.

- À Nantes, une calme manifestation contre la violence de l’État, Nicolas de La Casinière et Isabelle Rimbert (Reporterre), 24 novembre 2014.

- « Contre la contestation des projets inutiles, l’État permet une justice d’exception », Entretien avec Stéphane Vallée, 22 novembre 2014.

- Pour le droit à refuser les grands projets inutiles... sans subir les violences policières, Collectifs Locaux, 21 novembre 2014.

- Non violent malgré tout, Vincent Liegey, 20 novembre 2014.

- Arrêtons d’enseigner la liberté à l’école !, Françoise Verchère, 18 novembre 2014.

- Brève : Un policier à propos de Rémi Fraisse : « Il l’avait bien mérité » (à 5’29"), 16 novembre 2014.

- A Toulouse, Rennes et Rouen, la mobilisation contre les violences de l’Etat et les projets inutiles se poursuit, Emmanuel Daniel, Julie Lallouët-Geffroy et Grégoire Souchay (Reporterre), 14 novembre 2014.

- Cet homme est-il un « casseur » ? Non, c’est un policier, Vladimir Slonska-Malvaud (Reporterre), 3 novembre 2014.

- Plus jamais ça, Pierre larrouturou, 1er novembre 2014.

- Reporterre sur Nova - Un écologiste est mort, tué par la police. Tristesse et dégoût, la chronique de Barnabé Binctin, 31 octobre 2014.

- La grenade « offensive » qui aurait tué Rémi Fraisse au cœur de la polémique, Gaspard Glanz et Camille Martin (Reporterre), 30 octobre 2014.

- EXCLUSIF - Testet : Rémi Fraisse a été touché par une grenade, Isabelle Rimbert (Reporterre), 27 octobre 2014.

- Contre les militants de Notre Dame des Landes, la justice devient folle, Nicolas de La Casinière (Reporterre), 18 juillet 2014

- En dix ans, 900 défenseurs de l’environnement ont été assassinés, Elisabeth Schneiter (Reporterre), 17 avril 2014.

- Le mouvement écologiste, nouvel ennemi intérieur, Hervé Kempf (Reporterre), 19 mars 2014.

- Les écologistes, une menace à surveiller selon le gouvernement du Canada, Hugo de Grandpré, 19 février 2012.

- En Espagne, le gouvernement veut criminaliser la résistance à sa politique, Luis Giménez San Miguel (Publico), 18 avril 2012.

- Matraque durable, Hervé Kempf, 26 octobre 2011.

- En Amazonie, les tueurs assassinent des écologistes luttant contre la déforestation, 24 juin 2011.

À toi Fabrice, le journaliste, le militant, l’ami. Tiens bon Annie Thébaud Mony Reporterre 2015/01/10 Annie Thébaud Mony (10 janvier 2015) À toi Fabrice, le journaliste, le militant, l’ami. Tiens bon. Reporterre. Tribune — fr

À toi Fabrice, le journaliste, le militant, l’ami. Tiens bon

L’association Henri-Pézerat, qui a pour but le soutien aux luttes pour la santé en lien avec le travail et l’environnement, et dont Fabrice Nicolino est un militant actif, lui adresse son soutien. « Nous devons résister ensemble à ceux qui veulent nous faire peur, et, ce faisant, nous faire taire. Tiens bon, Fabrice. Nous sommes avec toi. »

Tu étais à Charlie, ce mercredi 7 janvier 2015, face au crime qui t’a blessé et qui a tué tes frères de journalisme, de ce journalisme d’investigation libre, impertinent, insolent, fraternel, dont nous avons tant besoin. Vous avez toujours eu à cœur de produire des informations rigoureuses, refusant les apparences, les faux-semblants.

Vos seules armes : cette rigueur justement, alliée à l’humour, la dérision, mais aussi l’exigence d’une information qui refuse les apparences pour aller au cœur de réalités que tant et tant de politiques, de journalistes ou de citoyens ne veulent pas voir...

Dans nos sociétés dominées par le terrorisme financier, la violence des inégalités, le mépris et l’arrogance des puissants, votre vigilance de journalistes sans concession devient une menace pour tous ceux qui veulent faire régner la peur. Quelles mains ont armé ceux qui ont tué ? Ils s’en sont pris à ce symbole de liberté que vous représentez.

Pourquoi Charlie, dans cette impasse du 11e arrondissement, et non les symboles de l’impiété la plus absolue qui est celle de riches empires financiers tellement plus radicalement méprisants à l’égard des valeurs fondamentales de justice, de fraternité et de dignité que toutes les caricatures de Cabu, Wolinski, Charb et les autres ?

Aujourd’hui, tu es vivant mais blessé et nous tous qui t’aimons, nous sommes avec toi. Car la blessure est non seulement physique, mais elle est celle, profonde, d’une souffrance de ce crime qui, atteignant tes amis, tes frères, te blesse toi aussi cruellement au plus profond de toi.

C’est aussi la souffrance doublée de sidération qui nous a tous bouleversés en apprenant cette terrible nouvelle. Il y a en nous tous aujourd’hui une interrogation lancinante : comment en est-on arrivé là ?

Ce crime nous oblige à regarder en face le monde, la société dans laquelle nous vivons. Non, il n’est pas possible de se débarrasser des lourdes questions que fait surgir ainsi la mort des nôtres. A qui profite ce crime ?

L’association Henri-Pézerat a pour but le soutien aux luttes pour la santé en lien avec le travail et l’environnement. Tu en es l’un des militants les plus actifs. Nous devons résister ensemble à ceux qui veulent nous faire peur, et, ce faisant, nous faire taire.

Tiens bon, Fabrice. Nous sommes avec toi. Il te faut soigner tes blessures, prendre le temps nécessaire pour le faire. Nous sommes de tout cœur avec toi et les tiens, pour te soutenir dans cette autre forme de lutte pour retrouver ce qui nous est indispensable à tous, ta capacité à nous faire réfléchir, lucidement, à ce que nous ne devons pas accepter, à ce à quoi nous ne devons pas nous habituer.

Pour tous,

fraternellement,

Annie

DOSSIER : Notre-Dame-des-Landes Reporterre 2015/01/10 (10 janvier 2015) DOSSIER : Notre-Dame-des-Landes. Reporterre. Notre-Dame-des-Landes fr

DOSSIER : Notre-Dame-des-Landes

Depuis janvier 2015, tous les articles publiés sur ce sujet sont rangés dans l’onglet « Notre Dame des Landes » de la page Dossiers, ligne sous la bannière en page d’accueil du site. C’est ici.

- Liberté d’expression ? Ils avaient protesté nus contre l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, la justice les poursuit, Isabelle Rimbert, 10 janvier 2015.

- À Notre-Dame-des-Landes, un atelier citoyen... parce que nous sommes tous des experts, Ivan Fouquet, 10 décembre 2014.

- BREVE - Manuel Valls réaffirme le 1 décembre 2014 « la détermination de l’Etat » pour construire l’aéroport et annonce 75 millions d’euros pour les infrastructures routières. Il dit aussi être déterminé à procéder à l’expulsion de la Zad dès que les recours le permettraient.

- Notre-Dame-des-Landes : la décision du Conseil d’État n’est pas surprenante, l’important, ce sont les recours sur l’eau et les espèces, Raphaël Romi, 29 novembre 2014.

- Notre Dame des Landes : Valls veut toujours l’aéroport, Camille Martin (Reporterre), 5 novembre 2014.

- A Notre Dame des Landes et ailleurs, la fausse promesse de l’emploi pour pouvoir tout saccager, Jean Petit, 17 octobre 2014.

- Notre Dame des Landes : l’Etat n’a rien abandonné et veut réaliser le barreau routier, France Bleu Loire Océan, 9 octobre 2014.

- Notre Dame des Landes : l’Etat lance un appel d’offre pour le marché de la « compensation », Nicolas de La Casinière (Reporterre), 25 septembre 2014.

- A Nantes, la justice reconnait enfin l’inanité des poursuites contre les militants anti-aéroport, Nicolas de La Casinière (Reporterre), 19 juillet 2014.

- Contre les militants de Notre Dame des Landes, la justice devient folle, Nicolas de La Casinière (Reporterre), 18 juillet 2014.

- Notre-Dame-Des-Landes, un aéroport de plus ? Non, deux de trop !, Thierry Brulavoine (Mouvement des Objecteurs de Croissance), 17 juillet 2014.

- Notre Dame des Landes : AGO doit rembourser les subventions, affirment les opposants, CEDPA, 11 juillet 2014.

- A Notre Dame des Landes : « Vivons l’instant présent », Flora Chauveau (Reporterre), 8 juillet 2014.

- A Notre Dame des Landes, un week-end de partage et d’enthousiasme, Marie Astier et Vladimir Slonska-Malvaud (Reporterre), 7 juillet 2014.

- EDITO - La Zad n’est qu’un commencement, Hervé Kempf (Reporterre), 5 juillet 2014.

- EXCLUSIF - Tout connaitre de la Zad de Notre Dame des Landes avec la carte interactive, Camille Martin (Reporterre), 3 juillet 2014.

- L’Etat a encore grossièrement menti, Nicolas de la Casinière (Reporterre), 26 juin 2014.

- Notre Dame des Landes : bonne mobilisation, l’expulsion n’a pas eu lieu, Nicolas de La Casinière (Reporterre), 23 avril 2014.

- La Commission européenne siffle la fin de partie pour l’aéroport de Notre Dame des Landes, Hervé Kempf (Reporterre), 18 avril 2014.

- Le tribunal nantais assomme les manifestants anti-aéroport et laisse courir la police, Nicolas de La Casinière (Reporterre), 10 avril 2014.

- File la laine, file les jours sur la Zad, Presqu’ïle Gazette, 8 avril 2014.

- L’UMP a usé et abusé de lobbying pour sauver les aéroports inutiles, Roman Bernier (Reporterre), 4 avril 2014.

Mercredi 26 mars 2014

- 26 mars 2014 - L’Acipa est satisfaite de l’accord passé à Nantes entre le PS et EELV. « L’accord politique conclu entre EELV et le PS pour le second tour des élections municipales renforce de fait celui de 2012 puisque tous les recours juridiques déposés actuellement – notamment ceux concernant la loi sur l’Eau et les espèces protégées déposés ces dernières semaines – sont pris en compte et deviennent donc suspensifs, indique l’association. La vie va pouvoir encore continuer sereinement sur la zone pendant plusieurs mois supplémentaires. » . Lire le texte de l’accord EELV-PS à Nantes. Le passage concernant le projet d’aéroport indique : « Nos divergences sur le projet d’aéroport de Notre-Dame des Landes sont anciennes et connues. Elles demeurent. Nous prenons acte ensemble de l’orientation du gouvernement de ne pas débuter les travaux avant l’épuisement de tous les recours juridiques actuellement déposés. ».

- Le géant Vinci poursuit l’association Agir pour l’environnement, Agir pour l’Environnement, 25 mars 2014.

- C’est le printemps ! Promenons-nous, dans les bois, Isabelle Rimbert (Reporterre), 22 mars 2014.

- La manifestation de Nantes le 22 février 2014 : . Saccage au centre de l’information, Nicolas de La Casinière, 4 mars 2014. . La véridique et surprenante histoire de la manifestation de Nantes, Hervé Kempf (Reporterre), 1 mars 2014. . Une manifestation regénérante, Des opposants au projet d’aéroport et partisans de la Zad, 27 février 2014. . EDITO - Le mirage de la violence, Hervé Kempf (Reporterre), 24 février 2014. . La manifestation de Nantes, regard décalé, Isabelle Rimbert (Reporterre), 23 février 2014. . Des casseurs, mais aussi des tracteurs, Barnabé Binctin et Hervé Kempf (Reporterre), 22 février 2014.

- Le livre d’Hervé Kempf : Notre Dame des Landes, 27 février 2014.

- La BAC attaque ! Les clowns à Notre Dame des Landes, Isabelle Rimbert (Reporterre), 22 février 2014.

- Des rappeurs chantent pour Notre Dame des Landes, Barnabé Binctin (Reporterrre), 21 février 2014.

- La préparation de la manifestation du 22 février à Nantes s’accélère, Geneviève Coiffard-Grosdoy, 17 février 2014.

- Les Naturalistes en lutte ont changé la donne, Isabelle Rimbert (Reporterre), 15 février 2014.

- A Nantes, le 22 février, manifestation : « L’aéroport, c’est toujours non ! », Collectif d’associations nationales et de syndicats, 15 février 2014.

- La richesse de Notre Dame des Landes en amphibiens et reptiles est remarquable, Jacques Castanet (Société herpétologique de France), 14 février 2014.

- Bon sang ! On a oublié le brouillard, Jacques Bankir, 12 février 2014.

- Notre Dame des Landes : les précipitations actuelles remettent en cause le projet d’aéroport, Camille Martin (Reporterre), 10 février 2014.

- La géologie de Notre Dame des Landes rend très difficile la construction d’un aéroport, Nicolas de La Casinière (Reporterre), 1 février 2014.

- Des artistes s’engagent pour Notre Dame des Landes, Isabelle Rimbert (Reporterre), 25 janvier 2014.

- Biotope connaît le résultat des études avant de les mener, Naturalistes en lutte, 20 janvier 2014.

- Sur la Zad de Notre Dame des Landes, la cabane des 100 noms détruite par le feu, Les 100 noms, 9 janvier 2014.

- L’Union internationale pour la conservation de la nature prend position sur Notre Dame des Landes, UICN, 9 janvier 2014.

- Les études environnementales de l’Etat sont très insuffisantes, affirment les Naturalistes en lutte. Voir ici leur analyse complète. C’est sur la base de ces études incomplètes que les arrêtés préfectoraux du 21 décembre ont été pris.

- Clown activisme sur la ZAD, stage du 28 décembre 2013 au 5 janvier 2014.

- La porte-parole du gouvernement affirme qu’« il est temps de passer aux travaux », BREVE, 26 décembre 2013.

- Le leader des Bonnets rouges, Christian Troadec, appelle à manifester contre le projet d’aéroport de Notre Dame des Landes, BREVE, 23 décembre 2013. . Mais le mouvement des Bonnets rouges est divisé sur le projet d’aéroport.

- La publication des arrêtés soude les opposants, Nicolas de La Casinière (Reporterre), 21 décembre 2013. . Arrêtés préfectoraux à télécharger sur cet article.

- L’Etat tergiverse, la mobilisation se prépare, Nicolas de La Casinière (Reporterre), 17 décembre 2013.

- A Notre Dame des Landes, on renouvelle la démocratie, Emmanuel Daniel (Reporterre), 17 décembre 2013.

- L’Etat ré-ouvre les hostilités, Camille Martin (Reporterre), 16 décembre 2013.

- Notre Dame des Landes, une école de la liberté, Emmanuel Daniel (Reporterre), 16 décembre 2013.

- Vinci condamné à payer mille euros - Le 10 décembre, le tribunal de Grande Instance de Saint Nazaire a débouté la société AGO Vinci dans sa procédure pour expulser Virgile Mazery, paysan apiculteur dont les ruches participent depuis plusieurs années à la biodiversité sur la zad de Notre-Dame- des-Landes. Le tribunal condamne AGO Vinci à verser mille euros à Virgile Mazery et à payer les frais de justice. Surtout le tribunal réfute la qualification de trouble illicite pour l’occupation de la parcelle par l’apiculteur, ses ruches et ses abeilles. Selon le COPAIN 44 (Collectif des organisations professionelles agricoles indignées par le projet d’aérport), « par ce jugement, comme par l’annulation de l’ordonnance sur requête concernant les semis collectifs du 5 octobre, le tribunal légitime notre action d’occupation, de protection et d’entretien des terres de la zad » - Source : courriel à Reporterre.

- Le préfet de région Pays-de-Loire a convoqué pour vendredi 13 décembre au matin le Comité de suivi des engagements de l’Etat et des collectivités locales pour l’Aéroport du Grand Ouest. Ordre du jour : « Un point complet de la mise en oeuvre des recommandations de la commission du dialogue ; une information détaillée de l’instruction des dossiers ’lois sur l’eau’ et ’espèces protégées’ ». - Source : Reporterre.

- Un aéroport construit vendredi 22 novembre devant le siège de la société Vinci, à Rueil-Malmaison - enfin, un aéroport…

- Dans le cadre de la manifestation-happening organisée par le Collectif IDF-Notre Dame des Landes (Photo : Twitter, @romaintoublant) -

- Pourquoi Notre Dame des Landes aujourd’hui est-il un modèle pour l’agriculture de demain ?, François de Beaulieu, 15 novembre 2013.

- Lutins et armée des arbres inaugureront l’éco-autoroute verte le 23 novembre, Les lutines et lutins en lutte, et l’Armée des arbres, 14 novembre 2013.

- Marché public irrégulier, le gouvernement sommé d’enquêter, Hervé Kempf (Reporterre), 7 novembre 2013.

- Le contrat de l’enquête publique qui viole le code des marchés publics, Nicolas de La Casinière (Reporterre), 29 octobre 2013.

- Pourquoi vis-tu sur la ZAD ?, 23 octobre 2013.

- Zadistes et Acipa craignent une provocation policière à Notre Dame des Landes, zadnadir.org, le 22 octobre 2013.

- Pour sauver les espèces à Notre-Dame-des-Landes, les citoyens doivent faire entendre leur voix, Les Naturalistes en lutte, le 22 octobre 2013.

- Manifestation anniversaire du début des expulsions sur la ZAD de Notre Dame des Landes, le 19 octobre 2013 à Nantes.

- Plus déterminé-e-s que jamais !, Assemblée générale du mouvement, le 16 octobre 2013.

- Le gouvernement repart à l’assaut, Camille Martin (Reporterre), le 9 octobre 2013.

- Peut-on craindre que la police réintervienne à Notre Dame des Landes ?, Françoise Verchère, le 9 octobre 2013.

- 25 hectares semés à Notre Dame des Landes pour faire reculer le béton, Geneviève Coiffard-Grosdoy, le 8 octobre 2013.

- Le rapporteur du Conseil d’État a proposé le 2 octobre le rejet des requêtes posées par le Cedpa, une association d’élus opposants, le 3 octobre 2013.

- Le bruit n’est pas une raison de faire un aéroport à Notre Dame des Landes, montre une étude scientifique, CédPa, le 26 septembre 2013.

- Le ministre de l’écologie Martin : « Notre Dame des Landes devra se faire », Marine Jobert (Le Journal de l’environnement), le 25 septembre 2013.

- A Rennes, 10 septembre, soutien aux paysans qui font appel d’un jugement, Collectif 35 contre l’aéroport de NDDL et COPAIN 35 et 44, le 9 septembre 2013.

- A Strasbourg, la France viole de nouveau le droit de manifester, Louis-Benoit Greffe, le 9 septembre 2013.

- Notre Dame des Landes : les députés européens n’enquêteront pas sur place, Hervé Kempf (Reporterre), le 6 septembre 2013.

- Le week-end à Notre Dame des Landes, des lumières dans le ciel et de l’espoir, Barnabé Binctin (Reporterre), le 5 août 2013.

- A Notre Dame des Landes, « Tous Camille », portraits photo des zadistes et autres opposants, Isabelle Rimbert, le 30 juillet 2013.

- Rassemblement des 3 et 4 août, Acipa et la Coordination des opposants, le 27 juillet 2013.

- Le gouvernement prêt à prendre le temps, Ouest France, le 3 juillet 2013.

- Les bétonneurs de Notre Dame des Landes voudraient que Nantes héberge l’Agence nationale de la biodiversité, Ouest France, le 27 juin 2013.

- De Notre Dame des Landes à Istanbul, un même combat, Collectif francilien de soutien à Notre-Dame-des-Landes, le 24 juin 2013.

- Une route définitivement fermée, Ouest France, le 21 juin 2013.

- ZAD partout. Zone A Défendre à Notre-Dame-des-Landes, Collectif, livre aux éditions de L’Insomniaque, le 21 juin 2013.

- La résistance aux forages se poursuit, Quelques emmerdeureuses, le 18 juin 2013.

- L’Etat veut enclencher les travaux en septembre, CeDPA, le 14 juin 2013.

- Encore un chiffre extravagant ! Sur le nombre d’emplois prévus, cette fois, Sophie Caillat (Rue89), le 11 juin 2013.

- Notre Dame des Landes : de la chaîne à la victoire, Hervé Kempf, le 6 juin 2013.

- L’Europe lance une procédure contre la construction de l’aéroport de Berlin, PressEurope, le 7 juin 2013.

- A Toulouse, Vinci poursuit les occupants de sa maison abandonnée, Squat Vinci, le 30 mai 2013.

- Quand Vinci s’interroge sur l’acceptabilité, La Lettre à Lulu, le 29 mai 2013.

- Retour sur six mois de résistance, Marcel Thébault, le 23 mai 2013.

- Un paysan condamné pour refus d’ADN, JL Voitou, le 22 mai 2013.

- Sur l’aéroport de Nantes, les compagnies low-cost surexploitent les travailleurs précaires, La Lettre à Lulu, le 21 mai 2013.

- Le premier ministre fait un cadeau administratif aux bétonneurs, Camille Martin (Reporterre), le 9 mai 2013.

- Les promoteurs de l’aéroport de Notre Dame des Landes organisent des Assises de la biodiversité, Assises de la biodiversité, le 1 mai 2013.

- Les gendarmes se sont retirés de la ZAD, Le Télégramme, le 20 avril 2013.

- Le gouvernement français se fiche de l’Union européenne, Camille Martin (Reporterre), le 19 avril 2013.

- Un paysan en garde à vue, Copain, Confédération paysanne, le 16 avril 2013.

- « Il faut deux ans d’études », dit le Conseil national de protection de la nature, Conseil national de protection de la nature, le 16 avril 2013.

- Violents heurts avec la gendarmerie, le 15 avril 2013.

- Pluie et plantations à Notre Dame des Landes pour « semer la Zad », Le Parisien, le 13 avril 2013.

- Sème ta Zad !, zad.nadir.org, le 11 avril 2013.

- Une bataille gagnée, pas encore la victoire, le 10 avril 2013.

- Vinci : le journaliste russe qui avait dénoncé la corruption de l’autoroute de Khimki vient de décéder, Le Courrier de Russie, le 10 avril 2013.

- Les rapports des commissions d’experts sont en ligne, les voici, Reporterre, le 9 avril 2013.

- Vinci et corruption en Russie : Hollande a promis d’interroger la multinationale, Camille Martin (Reporterre), le 9 avril 2013.

- A Bellevue, la bataille continue, Copain 44, le 4 avril 2013.

- Pour Vinci, les autoroutes favorisent le maraîchage..., Fondation Vinci, le 2 avril 2013.

- La Commission de dialogue repousse son rapport à la mi-avril, Politis, le 30 mars 2013.

- Humain ou journaliste ?, reportage, Hervé Kempf, le 28 mars 2013.

- Montebourg à Ayrault : « Tu fais chier la Terre entière avec ton aéroport de Notre Dame des Landes dont tout le monde se fout », Le Télégramme de Brest, le 27 mars 2013.

- Ca lui a pris du temps, mais le WWF prend position, WWF France, le 25 mars 2013.

- L’OCDE désapprouve le projet d’aéroport, Camille Martin (Reporterre), le 21 mars 2013.

- Un livre de Jacques Auxiette en faveur de l’aéroport, le 21 mars 2013.

- Attention, les travaux pourraient démarrer sur le barreau routier, Des membres du Collectif de lutte contre l’aéroport de NDDL, le 20 mars 2013.

.....................................

- Récit de la bataille de Notre Dame des Landes du 26 novembre 2012 au 15 mars 2013

- Récit de la bataille de Notre Dame des Landes du 16 octobre 2012 au 25 novembre 2012.

- Les soutiens à ceux de Notre Dame des Landes.

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- Dans l’aéroport fantôme de Mirabel, temple des grands projets inutiles, Richard3, le 15 mars 2013.

- A Vannes, le tunnel construit par Vinci lui serait outrageusement profitable, Isabelle Johancik, Ouest France, le 7 mars 2013.

- Le préfet s’oppose au projet d’aéroport... à Toulouse, Hervé Kempf, le 6 mars 2013.

- Elise et Erwan condamnés par le tribunal, ils font appel, Ouest-France, le 5 mars 2013.

- L’occupation de la ferme de Bellevue condamnée par le tribunal, AFP, le 28 février 2013.

- Le mystère des 911 millions, Hervé Kempf, le 24 février 2013.

- France Bleu Loire Océan : des journalistes dénoncent une publicité pro-aéroport Notre Dame des Lan, AFP, le 24 février 2013.

- Foin de la Commission de dialogue, l’Etat lance déjà les marchés de travaux, Reporterre, le 20 février 2013.

- Des données oubliées pour gonfler artificiellement les estimations du trafic aérien, Nexus, le 19 février 2013.

- Le procès de la liberté, Hervé Kempf, le 13 février 2013.

- Les opposants remportent une victoire judiciaire, Erwan Le Moigne et Etienne Boittin, le 1 février 2013.

- Le PDG d’une entreprise de Loire-Atlantique juge que Notre Dame des Landes ne sera pas rentable, Jean-Marie Ravier, le 31 janvier 2013.

- La Ferme de Bellevue s’adresse à François Hollande, Ferme de Bellevue, le 30 janvier 2013.

- En Italie, un chantier de LGV arrêté. La mafia en tirait les ficelles, Comité NoTav Firenze, le 28 janvier 2013.

- En Allemagne, la bataille contre la gare de Suttgart continue, Eva Deront (Reporterre), le 23 janvier 2013.

- Près d’Orléans, Decathlon veut bétonner des terres cultivées, Collectif Pour un site préservé entre Loire et forêt, le 21 janvier 2013.

- Notre Dame des Landes : jugés pour avoir scotché des affiches, Solen et Cédric, le 15 janvier 2013.

- Etat des lieux par les agriculteurs de la zone, Marcel Thebault, le 11 janvier 2013.

- La carte de vœux du Musée des Beaux-Arts de Nantes évoque Notre-Dame-des-Landes, Interpro, le 9 janvier 2013.

- A Berlin, le projet d’aéroport patauge dans les grandes largeurs, Les Echos, le 8 janvier 2013.

- Des socialistes demandent au gouvernement de sortir de l’impasse de Notre Dame des Landes, Laure Pascarel, Nicolas Pagnier, Fabienne Bidou, Denis Vicherat, le 5 janvier 2013.

- Comment Camille et Geneviève ont quitté Notre Dame des Landes, Breizh Journal, le 4 janvier 2013.

- REPORTAGE : Retour à Notre Dame des Landes, Hervé Kempf, le 4 janvier 2013.

- Des enfants, par milliers, à Notre Dame des Landes, Serge Quadrupanni, le 4 janvier 2013.

- L’étrange fugue de Camille et Geneviève à Notre Dame des Landes, Breizh Journal, le 3 janvier 2013.

- Autissier, Lepage et Cohn-Bendit pour un référendum régional, le 4 janvier 2013.

- Plus d’un million d’euros dans les poches du PDG de Vinci en 2012, Reuters, le 1 janvier 2013.

- Lettre ouverte aux journalistes en général et à Raphaël Stainville (Figaro) en particulier, Un parasite ultra-gauchiste, chômeur boueux et puant, casseur décérébré et délinquant congénital, le 30 décembre 2012.

- Auxiette annule l’appel d’offres de propagande, mais en a-t-il le droit ?, Sven Jelure, le 24 décembre 2012.

- L’Etat coincé par les concessions à Vinci, Corinne Lepage, le 24 décembre 2012.

- Notre Dame des Landes, même les patrons doutent, Ouest France, le 24 décembre 2012.

- L’aéroport de Tours est largement subventionné, La nouvelle république, le 22 décembre 2012.

- Lancement d’une bière anti-aéroport Notre Dame des Landes, Confédération Paysanne des Côtes d’Armor, le 22 décembre 2012.

- Un méga-projet inutile à côté de l’aéroport de Chateauroux, Europe Ecologie Les Verts Indre, le 21 décembre 2012.

- Dominique Voynet se défend d’avoir soutenu le projet d’aéroport, le 20 décembre 2012.

- Jean-Marc Ayrault a signé une pétition pour sauver les zones humides, Reporterre, le 19 décembre 2012.

- Les noues pourries -

- Comment répondre à l’appel d’offres de communication, Nantes révoltée, le 18 décembre 2012.

- Vinci et Notre Dame des Landes : mythes et intox, FNAUT Pays de Loire, le 18 décembre 2012.

- Notre Dame des Landes, Florange, et partout : c’est la même lutte, CQFD, le 17 décembre 2012.

- Lobbying pro-aéroport : voici l’appel d’offres, le 15 décembre 2012.

- L’avis de l’autorité environnementale passe à la trappe !, Ouest-France, le 14 décembre 2012.

- Lettre d’un zadiste emprisonné, Cyril, le 14 décembre 2012.

- En Belgique, encore des subventions pour soutenir le trafic aérien, Trend.be, le 14 décembre 2012.

- Le conseil général de Loire Atlantique soutient les « habitants atypiques » (en 2009), CAUE de Loire-Atlantique, le 12 décembre 2012.

- L’Etat interdit le transport de matériaux de construction, République française, le 10 décembre 2012.

- L’aéroport serait une pompe à autos, FNAUT Pays de Loire, le 8 décembre 2012.

- A Nantes, les autorités laissent le bruit empoisonner la vie des habitants, Collectif Anti Bruit Nantes Erdre, le 6 décembre 2012.

- Une opération policière coûteuse et intenable dans la durée, Le Télégramme, 5 décembre 2012.

- L’opération policière est une des plus importantes jamais menées, Collectif de lutte contre l’aéroport de Notre Dame des Lande, le 4 décembre 2012.

- Notre Dame des Landes : l’Etat a manipulé les chiffres : voici comment, Hervé Kempf, le 3 décembre 2012.

- Un médecin « estomaquée » par les blessures subies par les manifestants, Olivier Quarante, le 3 décembre 2012.

- Selon des experts aéronautiques, "Notre Dame des Landes est totalement inutile, Pierre Sparaco et Jacques Bankir, le 1 décembre 2012.

- La bataille des barrages de la Loire, une autre victoire écologiste, Roger Cans, le 1 décembre 2012.

- Les défenseurs de l’aéroport passent à l’offensive, Olivier Razemon, le 1 décembre 2012.

- Dialoguons ! Voici nos propositions, le 30 novembre 2012.

- Jean-Marc Ayrault nomme la « commission du dialogue », Matignon, le 30 novembre 2012.

- Les grands projets inutiles s’introduisent dans le débat sur la transition énergétique, Agir pour l’environnement, le 30 novembre 2012.

- La presse est bienvenue, Acipa, le 30 novembre 2012.

- Témoignage d’un opposant dévêtu, gazé par les gendarmes, Baptiste Lieutier, le 29 novembre 2012.

- La belle histoire des Perches... contribution au dialogue de Notre Dame des Landes, Antaka, le 28 novembre 2012.

- Il faut sauver les terres agricoles, Marie-Paule Nougaret, le 28 novembre 2012.

- Même la police en a marre, Rue89, le 27 novembre 2012.

- Les gendarmes se déguisent en « opposants », Ouest France, le 27 novembre 2012.

- Un dialogue sans discussion, ce n’est pas un dialogue, Arnaud Gossement, le 26 novembre 2012.

- Le texte des communiqués du Premier ministre et des ministres de l’écologie et de l’agriculture, le 25 novembre 2012.

- ITV commune Jean-Luc Mélenchon et Pascal Durand : pourquoi soutenez-vous la lutte de Notre Dame des Landes, le 24 novembre 2012.

- Ca commence à tanguer au sein du PS, le 24 novembre 2012.

- Le point sur le complexe dossier juridique, romandie.com, le 23 novembre 2012.

- A Notre Dame des Landes, la reconstruction a bien commencé, Eva Deront, le 21 novembre 2012.

- La manifestation du 17 : des images de la bonne humeur, Jean-Paul Mathelier, le 21 novembre 2012.

- Chateauroux, un immense aéroport presqu’inutilisé, Kyriandiane, le 21 novembre 2012.

- Ces aéroports qui coûtent cher et ne servent presque à rien, Basta, le 21 novembre 2012.

- Le pari perdu des grandes infrastructures de transport, Julien Milanesi, le 20 novembre 2012.

- Notre Dame des Landes s’est invitée au colloque André Gorz, Geneviève Azam, le 19 novembre 2012.

- Un reporter à Notre Dame des Landes, Hervé Kempf, mise en ligne le 16 novembre 2012, actualisé le 18..

- Au Mexique aussi, des luttes populaires contre des projets inutiles, 18 novembre 2012.

- Les journalistes différemment considérés à Notre Dame des Landes, Acipa // ZAD-NDDL, 17 novembre 2012.

- Chic, un nouvel aéroport, plein de fric en l’air, FNAUT Pays de Loire, 17 novembre 2012.

- Contre les expulsions, à Notre Dame des Landes... et ailleurs, CREA, 15 novembre 2012.

- EELV décrète la mobilisation pour Notre Dame des Landes, EELV, 14 novembre 2012.

- Les buts et l’esprit de la manifestation de Notre Dame des Landes le 17 novembre, Assemblée d’organisation de la manifestation du 17 novembre et ACIPA, le 14 novembre 2012.

- Réduire les émissions de gaz à effet de serre implique de réduire le trafic aérien, montre une étude, par Virage Energie Climat, 14 novembre 2012.

- Un vigile agressé ? Cà ressemble si fort à une provocation..., par Fabrice Nicolino, 14 novembre 2012.

- Notre Dame des Landes est le creuset d’un nouveau cycle de luttes, par Geneviève Coiffard-Grosdoy, mise en ligne le 12 novembre 2012.

- A Paris, 1.500 manifestants contre l’aéroport de Notre Dame des Landes, par Eva Deront (Reporterre), mise en ligne le 11 novembre 2012.

- Chateauroux, un aéroport immense au centre de la France, par Kyrandiane, mise en ligne le 9 novembre 2012.

- La raison cachée de l’intérêt de Vinci pour l’aéroport, Claude Layalle, mise en ligne le 8 novembre 2012.

- Pour l’Etat, « la consigne, c’est de mettre le paquet », Breizh Journal, mise en ligne le 8 novembre 2012.

- Manifestation de soutien, annoncée pour le 10 novembre à Rennes, mise en ligne le 8 novembre 2012.

- ITV Vidéo : Stéphane Hessel demande à Jean-Marc Ayrault de reconsidérer sa position, Reporterre, le 5 novembre 2012.

- Notre-fric-des-Landes, Hervé Kempf, 3 novembre 2012.

- Deux pilotes critiquent le projet de Notre Dame des Landes, Ouest France, 6 octobre 2009 (posté sur Reporterre le 3 novembre 2012.

- Le trafic des grands aéroports européens stagne ou recule, Roissymail, le 2 novembre 2012.

- Lettre à un ancien camarade devenu président, Patrick Warin, le 1 novembre 2012.

- Mme Rossignol, secrétaire à l’environnement du Parti socialiste, muette sur Notre Dame des Landes, Reporterre, le 1 novembre 2012.

- Le sous-préfet bio applique la loi, mais est-elle légitime ?, Sophie Verney-Caillat (Rue 89), le 1 novembre 2012.

- VIDEO- Derrière la bagarre, les gens calmes de Notre Dame des Landes, Myriam Thiebaut, 31 octobre 2012.

- Une femme de 65 ans molestée par les gendarmes, Geneviève Coiffard-Grosdoy, mise en ligne le 27 octobre 2012.

- Les clowns félicitent le gouvernement saucialiste et saluent le silence de la presse, Brigade activiste des clowns, le 25 octobre 2012.

- Une cause nationale, Hervé Kempf, le 21 octobre 2012.

- Récit de la transition écologique selon M. Hollande, ZAD, 17 octobre 2012.

- La transition écologique a commencé le 16 octobre à Notre Dame des Landes, ZAD, 16 octobre 2012.

- Montebourg pour la remise à plat du projet d’aéroport de Notre Dame des Landes, Camille Martin (Reporterre), 16 octobre 2012.

- Hollande et les jeunes, Hervé Kempf, 13 octobre 2012.

- Les grévistes de la faim sont alités, Le Télégramme, 25 avril 2012.

- Une élue du Parti de Gauche en grève de la faim contre l’aéroport Notre Dame des Landes, AFP, 19 avril 2012.

- Le projet d’aéroport de Notre Dame des Landes est une aberration économique, Mouvement politique d’éducation populaire (M’PEP), 24 janvier 2012.

- Les enjeux de Notre Dame des Landes, Jean Clemancey et Geneviève Lebouteux, lemonde.fr, 30 novembre 2011.

- Notre-Dame-des-Landes : 3.000 manifestants à Paris, Le Télégramme, 13 novembre 2011.

- L’analyse économique des contre-expert du cabinet d’études néerlandais CE Delft, publiée par le Cédpa, octobre 2011.

- Ségolène Royal veut un moratoire, Le Télégramme, 3 octobre 2011.

- Vinci, bétonneur mondial, est partout, 7 juillet 2011.

- François Bayrou, pourquoi êtes-vous opposé au projet d’aéroport de Notre Dame des Landes ?, 9 février 2010.

- A Nantes, le projet de grand aéroport reste contesté, Hervé Kempf (Le Monde), 11 août 2009.

- (Photo lemonde.fr) -

- Occupation burlesque de l’aéroport de Nantes, Camp Action Climat, 9 août 2009.

- (Photo Nantes Indymedia) -

- Comment fonctionne le camp autogéré de Notre Dame des Landes, Camp Action Climat, 6 août 2009.

- A Nantes, des tritons, pas des avions !, Geneviève Lebouteux, 29 avril 2009.

« L’écologie aide à penser la place de l’Islam en France » Entretien avec Stéphane Lavignotte Reporterre 2015/01/10 Entretien avec Stéphane Lavignotte (10 janvier 2015) « L’écologie aide à penser la place de l’Islam en France ». Reporterre. Entretien — Culture et idées fr

« L’écologie aide à penser la place de l’Islam en France »

Ecologiste et pasteur protestant, Stéphane Lavignotte invite à se détourner des simplifications abusives et à rappeler la supériorité de l’amour sur la haine. « Les assassins ont fait quelque chose de monstrueux. Mais ils restent des humains. »

Ecologiste, pasteur et citoyen impliqué dans la vie de l’Ile-Saint-Denis (93), la commune où il réside, Stéphane Lavignotte a publié récemment un ouvrage intitulé Les religions sont-elles conservatrices ? (éd. Textuel). Il est ancien membre d’Europe Ecologie Les Verts et aujourd’hui membre du mouvement Ensemble.

Cet entretien a été réalisé dans la matinée du 9 janvier, avant le dénouement de la prise d’otages porte de Vincennes et l’issue de la traque aux assassins des journalistes de Charlie Hebdo.

Reporterre - Peut-on et doit-on avoir une lecture religieuse de ce qui s’est passé ces derniers jours, avec l’assassinat de la rédaction de Charlie Hebdo ?

Stéphane Lavignotte - Pour comprendre ce qui s’est passé, nous avons besoin d’une analyse des religions, de leur histoire. Mais ça ne suffit pas. La religion prise seule n’explique rien. Il y a aussi des questions de classes, de discrimination, d’exclusion. Et puis il y a la dimension individuelle, propre à ces assassins. Qu’est-ce qui fait qu’ils en viennent à tuer ?

Beaucoup de musulmans disent que tout cela n’a rien à voir avec l’Islam, et c’est complètement légitime. De la même manière, quand Nathalie Kosciusko-Morizet parle d’écologie, pour moi, militant écologiste, ça n’a rien à voir avec de l’écologie, parce que c’est en contradiction avec nos valeurs. Pourtant, d’un point de vue plus global et plus sociologique, il y a une autre réalité, celle d’une position libérale sur l’écologie.

C’est la même chose avec l’islam. D’un point de vue propre à la communauté religieuse, c’est un geste très fort de dire : "Vous n’avez rien à voir avec nous, vous défigurez notre religion". Mais dans l’analyse sociologique et politique, il y a bien sûr un lien avec l’islam : ce sont des courants réactionnaires, autoritaires, violents. La question du terme « fascisme » se pose.

Mais n’est-il pas dangereux d’emmener le débat vers la question religieuse ?

En politique, on peut faire du simplisme, mettre des gens dans des boîtes, marquer des camps. Mais faire de la politique, ça peut aussi signifier sortir de l’hystérie permanente, faire le pari de l’intelligence des Français. Pour moi, c’est un pari possible et nécessaire.

Ce pays se targue d’être le pays des Lumières, mais pourtant, dès qu’il parle de religion, il n’a plus que des émotions, que des tripes. Non, ce n’est pas dangereux de parler de religion. Il faut passer à un autre niveau de complexité dans le discours public, ne pas simplifier. La situation est complexe, il ne faut pas le nier. Je ne suis pas sûr, par exemple, que les logiques d’union nationale et la mise en scène guerrière qu’on utilise actuellement nous permettent vraiment de réfléchir.

Si les médias regardaient vraiment avant de parler, ils ne parleraient pas de l’Islam avec un grand « i », mais de la diversité des courants religieux. Ils ne diraient pas non plus qu’on n’entend pas les musulmans, alors qu’ils ne les écoutent pas...

"Tu es avec les infidèles ! - Je suis juste un musulman. - Tu es avec les terroristes !"

Vous semblez sceptique sur le concept d’union nationale, à l’image d’une certaine gêne présente dans plusieurs courants de gauche.

Je dis qu’il faut se méfier de tout ce qui, dans l’action d’union nationale, pourrait nous empêcher de tenir des débats et de se poser les vraies questions. Nous ne devons pas entrer dans une logique de guerre de la démocratie contre la barbarie, dans une logique de clans, avec les bons contre les méchants. La vraie question, c’est de comprendre ce qui ne marche pas dans notre démocratie.

Après, sur la pertinence politique de cette union nationale, j’ai arrêté de donner une position sur cette question, car je n’arrive pas à savoir. J’oscille sans cesse entre deux sentiments ; un jour, je me dis qu’il n’est pas question de faire cause commune avec ceux qui ont amassé le petit bois pour le Front National et pour les religieux intégristes, qu’il n’est pas question de manifester avec eux. Et le lendemain, je me dis que ce sont des libertés républicaines...

En fait, je balance en permanence entre l’idée d’une minorité active qui veut affirmer les choses de manière radicale pour faire bouger la majorité, et une dimension plus chrétienne qui veut aimer les ennemis et croit toujours – mais de moins en moins quand même – que le Parti Socialiste pourrait changer.

C’est donc que les religions, et plus largement le religieux, peuvent selon vous encore nous aider à répondre à la situation…

Je pense que dans toutes les religions, il y a des ressources d’écoute, de décentrement. Tout le monde, croyant ou laïc, peut s’y référer. Dans les Évangiles, Jésus se confronte avec ces boîtes dans lesquelles on nous met, notamment celle qui distingue les purs des impurs. Il passe son temps à « dés-étiqueter ».

Et puis il y a la non-violence. En 1957, Martin Luther King écrivait : « Aimez vos ennemis ». Aimer, ce n’est pas apprécier. Aimer, c’est une action volontariste, porteuse d’un pouvoir créatif, pour ne pas se laisser envahir par la haine. Pour sortir des situations de blanc et noir, de méchants contre gentils. Les assassins ont fait quelque chose d’inhumain, de monstrueux. Mais ils restent des humains. Si on a une action d’amour envers ces gens-là, on peut les transformer. Ce n’est pas de l’utopie, c’est un mode d’action de non-violence.

La non-violence, c’est une des valeurs fondamentales de l’écologie. Que peut apporter l’écologie dans le contexte actuel ?

L’écologie a beaucoup de choses à nous apprendre, car elle pense en termes d’écosystème. Elle nous permet d’aborder la complexité des situations, la complémentarité des choses, et surtout la diversité. La France a une culture unitaire, catholique au départ, puis républicaine, alors que l’écologie, c’est aussi le mouvement des femmes, c’est le mouvement régionaliste, etc. C’est donc une pensée de la diversité au cœur du modèle républicain universaliste. C’est notamment dans ce cadre-là que l’écologie peut aider à penser la place de l’Islam en France.

Pourtant, les écologistes ont souvent du mal avec le sentiment religieux. Comment expliquer ce paradoxe ?

C’est vrai, même si plusieurs écologistes ont pensé la diversité des religions, comme André Gorz dans les années 1960, à un moment plus méconnu de sa réflexion sur la chrétienté. Mais les écologistes ne sont pas un isolat dans la société : d’une certaine manière, ils évoluent en partie comme le reste de la société.

Ensuite, je pense qu’une partie importante de l’écologie politique a été nourrie depuis trente ans par des réflexions de l’extrême-gauche – et je milite comme écologiste avec des personnes issues de l’extrême-gauche au sein du mouvement Ensemble, donc je n’ai aucun problème avec ça – souvent ancrées dans une pensée athée, voire anti-religieuse.

Mais pour moi, la principale raison est sûrement l’institutionnalisation du mouvement écologiste. Avec 1992 et la grande victoire politique aux élections régionales qui a donné un grand nombre d’élus s’est développé le slogan du « Il est temps d’être sérieux ». Cela veut dire qu’il est temps de rompre avec les côtés hippie et yé-yé des années 1970, qui apportaient cet esprit spirituel, cet esprit baba-cool, cet esprit oriental.

L’exemple de la question des drogues est intéressant : nous avons fait avancer le sujet, ces dernières années, mais uniquement sur des arguments sérieux, de réduction des risques pour la santé, etc. Alors que dans les années 1970, c’était aussi une manière de se mettre en décalage avec la réalité dominante, une manière de découvrir une autre réalité intérieure…

- Propos recueillis par Barnabé Binctin et Lorène Lavocat

Hulot triste Reporterre 2015/01/10 (10 janvier 2015) Hulot triste. Reporterre. Tribune — fr

Hulot triste

L’hommage de Nicolas Hulot à Charlie Hebdo

Dessin de D. Merveille envoyé à Reporterre par Nicolas Hulot, avec l’accord du dessinateur.

« Pour empêcher le risque de la logique guerrière : la citoyenneté terrienne » Entretien avec Patrick Viveret Reporterre 2015/01/12 Entretien avec Patrick Viveret (12 janvier 2015) « Pour empêcher le risque de la logique guerrière : la citoyenneté terrienne ». Reporterre. Entretien — fr

« Pour empêcher le risque de la logique guerrière : la citoyenneté terrienne »

Le choc du 7 janvier et les rassemblements de dimanche marquent un tournant qui pousse à la réflexion. Pour le philosophe Patrick Viveret, il faut faire face aux logiques de mal-être qui empoisonnent la situation actuelle. Enjeu : repenser le dialogue entre modernité et tradition, en réouvrant la question spirituelle.

Acteur du mouvement altermondialiste, penseur des nouveaux indicateurs de richesse, analyste de la psychologie collective, Patrick Viveret pose un regard original sur les tourments du monde. Nous l’avons rencontré dimanche, à Paris, à l’orée d’une marche historique.

Reporterre - Pourquoi avez-vous participé au rassemblement d’hier ?

J’ai participé à la manifestation citoyenne pour la liberté, la fraternité et contre les logiques meurtrières. Mais je ne participe pas au détournement de cette manifestation par un certain nombre d’acteurs. Je plaide pour que les organisations citoyennes soient le plus loin possible du cortège des officiels.

La récupération de cette marche par les partis politiques, ou la présence de chefs de gouvernement connus pour leurs atteintes à la liberté, ne vous a-t-elle pas fait hésiter ?

J’ai des amis qui n’ont pas participé à la manifestation parisienne, parce que c’est sur Paris que le problème se pose surtout. C’est là que se trouvait le risque d’instrumentalisation de la manifestation par des acteurs d’États qui sont aux antipodes des valeurs que défendaient Charlie Hebdo et de celles portées par les gens qui ont manifesté hier.

Je comprends la position de non participation, car cela fait partie de l’exigence de la pratique de la liberté et de la qualité démocratique de se comprendre, même quand on a des choix différents.

Mais je pense que pour la très grande majorité des gens qui étaient là, les choses étaient claires. Ils sont venus dans le même esprit que les manifestations qui ont eu lieu ces derniers jours : une manifestation citoyenne pour la liberté et contre les logiques d’intolérance. C’était important d’être là, avec ces personnes. C’est la partie positive, l’émergence d’un mouvement citoyen mondial.

Mais en même temps, il fallait dénoncer l’instrumentation de cette manifestation par une autre logique contradictoire, qui est une logique d’embrigadement, de guerre de civilisation. Pour l’avenir, il va être essentiel de distinguer ces deux approches.

Peut-on parler d’unité nationale, d’unité républicaine ?

Ce n’est pas la même chose de parler d’unité nationale et d’unité républicaine. L’unité républicaine, c’est une unité citoyenne sur la défense des valeurs de la République. C’est associer étroitement les exigences de liberté, d’égalité et de fraternité. De liberté parce que l’on est face à une attaque contre la liberté de conscience. De fraternité parce que les logiques fanatiques s’opposent à cette fraternité.

Mais aussi une logique d’égalité parce que si l’on regarde les causes profondes des replis identitaires qui donnent naissance à des fondamentalismes identitaires, il y a ce que Joseph Stiglitz, mais aussi Bernard Maris qui a été tué, appellent le fondamentalisme marchand [c’est-à-dire la volonté de transformer tous les liens sociaux en rapports marchands - NDLR]. C’est-à-dire cette logique de l’oligarchie et du capitalisme financier, qui en détruisant les bases même du lien social, des identités et des cultures, ouvrent la voie à des fondamentalismes identitaires.

Quand on parle d’unité nationale c’est beaucoup plus confus. C’est la France comme puissance. Or c’est un ensemble très ambivalent : pour partie, c’est le pays qui défend les valeurs de la République, mais pour une autre partie, c’est un pays dans l’héritage d’un empire colonial, qui défend des intérêts de puissance, qui est l’un des premiers vendeurs d’armes au monde. Par exemple quand on regarde l’intervention française en Centrafrique, on est davantage dans la défense d’intérêts coloniaux que de valeurs républicaines.

Quand on passe de l’unité républicaine à nationale, on introduit une confusion. Et elle est d’autant plus grande quand invite des acteurs de pays étrangers qui sont aux antipodes de ces valeurs, qui sont même parmi les causes de l’émergence de ces fondamentalismes identitaires. Là on est dans le détournement.

Le Front national, une partie de la droite et même une partie des forces qui soutiennent le gouvernement, jouent sur les deux tableaux. Ils cherchent à utiliser la logique de défense républicaine dans une logique de guerre de civilisation, comme ce que l’on a pu voir aux États-Unis après le 11 septembre : repli identitaire, Patriot Act [loi adoptée en 2001 autorisant notamment les services de renseignement américains à accéder aux données des citoyens et entreprises sans autorisation - NDLR], montée des peurs et in fine un terreau qui favorise les postures fanatiques.

Vous dites que le fondamentalisme capitaliste détruit les liens sociaux créateurs d’identité. Est-il responsable, par réaction, du fondamentalisme religieux, qui recrée des identités communes ?

C’est une cause majeure, mais ce n’est pas l’unique cause. Il y a une responsabilité directe du capitalisme financier dans l’émergence des fondamentalismes identitaires, qui peuvent être des fondamentalismes religieux comme le fondamentalisme islamiste, ou d’autres types comme celui du FN qui est plus de l’ordre du chauvinisme.

Le capitalisme financier, c’est la captation de richesse. Mais il y a toujours eu dans l’histoire d’autres formes de captation. Un combat pour l’émancipation, pour la liberté, c’est un combat contre toutes les formes de captation : de richesse, de pouvoir, de sens. Il est important d’articuler ces différents combats. Parce que sinon, il y a toujours un moment où l’on risque de pratiquer l’indignation sélective. Cela a été le drame d’un certain nombre de mouvements d’extrême-gauche, qui refusaient de condamner les Khmers Rouges au motif qu’ils luttaient contre les États-Unis.

Donc aujourd’hui, c’est le capitalisme financier qui produit le plus de causes destructrices, mais pour autant il ne faut pas en faire une cause exclusive, et dire que tout ce qui est anti-capitaliste est bon à prendre.

Quelles sont les autres causes de l’émergence des fondamentalismes identitaires ?

Il faut poser la question spirituelle, on ne peut plus rester dans une situation où l’on fait cadeau au fait religieux du terrain spirituel. Parce que des crimes spirituels et éthiques n’ont cessé d’être commis au nom des religions dans l’histoire de l’humanité. Pour faire face à ces logiques de fermeture, toutes les religions doivent réfléchir à comment se rouvrir. Certains philosophes de l’Islam commencent à le dire. Les traditions juive et chrétienne doivent aussi le faire en réponse à leurs intégrismes.

En ce moment, on est dans une phase très importante de renouveau des questions spirituelles, des enjeux de sens. C’est positif, mais au nom de ce renouveau il faut interpeller les religions. C’est ce que j’appelle l’interpellation spirituelle du fait religieux.

Prenons par exemple la fameuse histoire présente dans les trois religions du Livre : le sacrifice d’Isaac. Une interprétation religieuse est issue de la peur, elle fait du sacrifice d’Isaac un test d’obéissance d’Abraham à Dieu. L’autre interprétation est de progression spirituelle : elle dit « tu te trompes sur la nature même du divin, qui te demande d’être dans l’amour et pas dans la peur et le sacrifice. »

C’est la question de la nature du divin. Ce n’est pas la même chose de le situer du côté de l’amour ou du côté de la pleine puissance. Cela entraîne des tas de conséquences concrètes, des postures qui sont éthiquement et spirituellement insoutenables dans le rapport aux femmes, par exemple.

Donc après une période où les questions spirituelles étaient renvoyées dans la sphère privée, je trouve positif qu’elles redeviennent des questions collectives. Mais cette ouverture là permet aussi de reposer des questions spirituelles et éthiques aux grandes traditions religieuses.

Et là, on se rapproche d’une laïcité à la Jaurès, qui était une laïcité ouverte avec des exigences très fortes du point de vue de la liberté et de la tolérance, plutôt que d’une laïcité à la Combes, qui était sur une posture où toutes les questions du sens étaient renvoyées en dehors de l’espace public.

Après ces attentats, après ce rassemblement historique, certains politiques parlent de nouvelles lois antiterroristes, le FN parle de peine de mort et de fermeture des frontières. Comment y répondre ?

Il y a un vrai risque de voir se développer en France et en Europe ce qui s’est passé aux États-Unis après le 11 septembre (NDLR : Valérie Pécresse, notamment, propose déjà un Patriot Act à la française). Donc il faut réussir ce que j’appelle la mutation qualitative de la démocratie. On n’est pas simplement sur une démocratie qui se contente de démilitariser la lutte pour le pouvoir et de faire prévaloir la loi du nombre. On a besoin d’une démocratie qui renvoie à la citoyenneté, qui va considérer que des lanceurs d’alerte par exemple, même s’ils sont minoritaires, ont une légitimité qui vient de la qualité de ce qu’ils disent et pas de leur nombre.

Un des autres enjeux est le changement de rapport au pouvoir lui-même. En faire une création démultipliée par la coopération. Alors que quand on en fait un pouvoir de conquête, le couple qui se met en place est un couple de domination et de peur.

Donc il y a un mouvement citoyen, il est mondial, il y a eu des manifestations dans le monde entier. La citoyenneté terrienne devient un objectif stratégique pour empêcher ce qui nous pend au nez : le risque de la logique guerrière. On retrouve cela autour de la question climatique. Il y a un mouvement citoyen mondial en émergence autour de la question des biens communs de l’humanité.

Il faut travailler à la reliance de ces mouvements à l’échelle mondiale. Il y a un vrai enjeu de la mondialité, qui considère que le terrain mondial est le terrain d’un conflit majeur avec les forces de la globalisation financière ou des fondamentalismes, incapables de traiter la question mondiale, pas plus que la question écologique, que la question sociale, que les risques de destruction par arme massive, ou de l’alternative entre dialogue et choc de civilisation.

Qu’entendez-vous par mondialité ?

C’est prendre au sérieux qu’il y a un peuple de la Terre, une seule humanité. Que la famille humaine risque la sortie de route. Elle a même l’embarras du choix dans la façon dont elle va finir sa propre histoire - elle peut détruire ses écosystème nourriciers, elle peut se détruire par les armes de destruction massive, le cocktail explosif de l’inégalité et de la misère -, tous ces éléments peuvent conduire l’humanité à se perdre.

Donc la mondialité c’est l’alternative à l’immonde. C’est tout ce qui fait que malgré ses différences, le peuple de la Terre est Un et qu’il est confronté à la question du risque de sa perte, ou au contraire de la possibilité de franchir un saut qualitatif dans sa propre humanisation, de grandir en humanité comme le dit Edgar Morin.

Est-ce cela que vous voulez dire quand vous proposez de remettre du bonheur et de l’amour dans les relations politiques ?

Au cœur de tout ce que l’on dénonce, il y a un couple formé par la démesure et le mal-être. La démesure est celle du capitalisme financier, de l’économie spéculative par rapport à l’économie réelle. C’est la démesure dans le creusement des inégalités sociales. C’est la démesure sur le plan écologique avec la mise en cause des écosystèmes nourriciers.

La démesure, de la même façon que chez un individu, mène au mal-être sociétal. L’alternative est donc de type sobriété heureuse. Il faut apporter une réponse en terme de buen vivir, de bien vivre. Sinon, on restera sur des logiques qui reproduiront de la prédation, de la domination, etc. Ce qui a été souvent le drame des révolutions. Si on ne s’attaque pas aux causes de la démesure, on peut renverser les dominants mais on reste dans des logiques de domination.

Mais comment mettre en place cette alternative ?

Par un mouvement citoyen mondial qui se fixe pour objectif la transition vers des sociétés du bien vivre. Montrer qu’il est possible de vivre, de consommer, de se comporter autrement. C’est de l’ordre de l’augmentation de la qualité même de l’art de vivre. On va s’organiser, nous, pour vivre autrement et se faire mutuellement du bien.

Quel est le lien entre l’écologie et ce besoin de renouveau de spiritualité ?

La spiritualité fait son retour par l’écologie parce qu’à partir du moment où l’écologie repose la question de la reliance à la nature et l’univers, elle ouvre dans l’espace sociétal des questions qui avaient été fermées par une posture qui excluait la question de la nature - la posture de Descartes et de Bacon. En rouvrant cette question, l’écologie a aussi réouvert la question spirituelle. C’est dire nous sommes des êtres reliés, et l’on ne peut pas réduire la question de l’existence à ce que nous savons du côté du visible. Il faut aussi poser la question de notre rapport à l’invisible. On est sur le terrain des grands enjeux spirituels. Le problème est que la modernité, considérant que ces questions disparaîtraient un jour d’elles-mêmes, a laissé à la religion le monopole des questions spirituelles.

Donc le mouvement citoyen mondial en émergence rouvre aussi les questions spirituelles. En même temps, un enjeu passionnant est de trouver les façons nouvelles de créer un dialogue entre modernité et tradition, en gardant le meilleur de chacun.

La modernité, c’est l’émancipation, la liberté de conscience, les droits humains et en particulier les droits des femmes. Mais sans le pire de la modernité qui est la chosification du vivant, de la nature, des humains et donc la marchandisation intégrale.

La tradition, c’est la reliance à la nature, aux enjeux écologiques, au lien social, aux questions spirituelles. Mais la part d’ombre de la tradition est que souvent cette reliance se fait sous des formes de dépendance. Le lien social se transforme en contrôle social, le sens se transforme en sens identitaire, etc.

Ce dialogue exigeant entre tradition et modernité permet d’entendre ce qu’il y a de meilleur de chaque côté. Cela, les mouvements citoyens peuvent et doivent le porter. Par exemple au prochain forum social mondial de Tunis, il y aura des acteurs qui sont pétris aussi bien de tradition que de modernité. Il y a plein de sujets de divergence, et il y a une opération de « tri sélectif » à faire des deux côtés.

Les événements de ces derniers jours ont provoqué énormément de discussions, dans les familles, à l’école, entre collègues. Quels conseils donneriez-vous pour que tous ces débats soient de qualité ?

En pratiquant ce que l’on appelle la « construction de désaccord ». C’est-à-dire différencier ce qui est de l’ordre du malentendu et ce qui est de l’ordre du véritable débat.

Ensuite, ce mouvement citoyen est traversé par une quantité de débats, de divergences. Il doit donc construire une conflictualité non-violente, comprendre que le conflit, non seulement n’est pas la violence, mais qu’il est l’alternative à la violence. La violence se produit d’autant plus que des conflits n’ont pas été détectés à temps. Il faut donc définir la démocratie comme l’art de transformer les ennemis en adversaires. Ne plus être dans l’éradication des ennemis. Ce sera décisif pour ce mouvement citoyen en émergence.

- Propos recueillis par Marie Astier et Hervé Kempf

EDITO - Allons enfants de la fratrie Hervé Kempf (Reporterre) Reporterre 2015/01/12 Hervé Kempf (Reporterre) (12 janvier 2015) EDITO - Allons enfants de la fratrie. Reporterre. Édito — Libertés fr

EDITO - Allons enfants de la fratrie

"Pour tous les enfants de la terre Chantons amour et liberté. Contre toutes les haines et les guerres L’étendard d’espoir est levé L’étendard de justice et de paix."

On avait réfléchi, hésité, discuté. Et puis, comme l’a dit Jean-Pierre, « On ne choisit pas toujours ses amis, fussent-ils des amis d’un jour. Il faut distinguer l’essentiel de l’accessoire ». Et on a été au rassemblement de dimanche. L’essentiel, c’était de manifester, au sens propre du terme, que la liberté est le coeur de l’existence humaine, et l’essence de cet être commun que l’on appelle la France.

Ce sentiment, on l’a senti vibrer, tout au long de l’après-midi, dans le silence et dans la gravité qui frissonnaient au long des boulevards et des places, on l’a lu sur les milliers de panonceaux, on l’a entendu dans la douceur étrange avec laquelle les gens se parlaient, dans la bonne humeur, le soir place de la Nation.

C’était gai, c’était jeune, c’était vieux, c’était tous.

Et puis, plusieurs fois, cette Marseillaise. Des mots étranges, cette musique si familière, ce symbole si puissant. Et la foule chantait, plusieurs fois, pour dire ce que les paroles du chant de 1792 ne disent pas. Pour dire que l’on veut changer d’époque.

Alors, si je voulais retenir une idée, un acte, une marque que cette journée du 11 janvier est un vrai tournant, c’est que l’on change ces paroles, que l’on abandonne les étendards sanglants aux assassins, qu’on arrête de croire qu’il peut y avoir un sang impur, que l’on ensemence les sillons de la paix dans laquelle, durant un dimanche illuminé, des millions d’êtres humains ont voulu communier.

Cette nouvelle Marseillaise, elle existe, elle a été chantée. Ecoutons :

la nouvelle marseillaise par makdamassakr

La Marseillaise

Pour tous les enfants de la terre Chantons amour et liberté. Contre toutes les haines et les guerres L’étendard d’espoir est levé L’étendard de justice et de paix.

Rassemblons nos forces, notre courage Pour vaincre la misère et la peur Que règnent au fond de nos cœurs L’amitié la joie et le partage.

La flamme qui nous éclaire, Traverse les frontières Partons, partons, amis, solidaires Marchons vers la lumière.

2005, Graeme Allwright - Sylvie Dien Texte libre de droit, offert par les auteurs, à distribuer sans modération.

Diffusée aussi par Julien Bayou

Ce soir, je suis Charlie Marie Astier (Reporterre) Reporterre 2015/01/12 Marie Astier (Reporterre) (12 janvier 2015) Ce soir, je suis Charlie. Reporterre. fr

Ce soir, je suis Charlie

Ecouter, simplement :

TAFTA. L’accord du plus fort Reporterre 2015/01/12 (12 janvier 2015) TAFTA. L’accord du plus fort. Reporterre. fr

TAFTA. L’accord du plus fort

TAFTA. L’accord du plus fort, Thomas Porcher et Frédéric Farah. Un livre qui présente les enjeux de TAFTA et en identifie les risques potentiels, afin que les citoyens s’approprient ces questions et exigent un vrai débat démocratique.

Aujourd’hui à Bruxelles et aux États-Unis, se joue la signature d’un traité qui risque de changer radicalement la vie de centaines de millions de citoyens américains et européens.

Son nom, TAFTA. Son but, abaisser le plus possible les barrières du commerce – notamment les normes – entre nos deux continents pour faciliter les échanges.

Les négociations ont déjà commencé et portent sur des règlementations concernant l’ensemble de notre vie (alimentation, santé, droits sociaux,…). Pourtant, elles se font sans nous, sans nos élus, mais avec des représentants des multinationales.

Ce livre présente les enjeux de TAFTA et en identifie les risques potentiels, afin que les citoyens s’approprient ces questions et exigent un vrai débat démocratique.

Thomas Porcher est docteur en économie de l’université Panthéon-Sorbonne, professeur associé à l’ESG-MS et chargé de cours à l’université Paris-Dauphine. Il est notamment l’auteur du Mirage du gaz de schiste (Max Milo, 2013).

Frédéric Farah est diplômé de Sciences-po Paris, professeur de sciences économiques et sociales et chargé de cours à l’université Paris Sorbonne-Nouvelle. Il a contribué à l’ouvrage collectif Regards sur un XXIè siècle en mouvement (Ellipses, 2012).

TAFTA. L’accord du plus fort, Thomas Porcher et Frédéric Farah, Ed. Max Milo, 64 pages, 6,90 €.

Consulter par ailleurs notre DOSSIER - Traité transatlantique de libre-échange, dit TAFTA

La marche de dimanche : une formidable intelligence collective Pascale Solana (Reporterre) Reporterre 2015/01/12 Pascale Solana (Reporterre) (12 janvier 2015) La marche de dimanche : une formidable intelligence collective. Reporterre. Reportage — fr

La marche de dimanche : une formidable intelligence collective

Dimanche, nous étions des fourmis. Animés par une intelligence collective et par le désir de s’unir aux autres pour faire corps.

- Paris, reportage

Dimanche 14 h. Rue de la Roquette, face à la place Léon Blum, à mi chemin entre République, le départ de la manifestation et Nation, le point d’arrivée. Impossible d’aller plus loin. Les chefs d’Etat doivent passer ici. Policiers suréquipés. L’un d’eux, visiblement très fatigué, répond pour la énieme fois que « non, on ne peut pas traverser le carrefour ». Et non, il ne connaît pas le nom des rues adjacentes car il arrive de province ce matin.

Les gens repartent, décidés à rallier République ou bien Nation. Familles, couples, groupes d’amis, les voici qui se dispersent dans les rues parallèles pour tenter de rejoindre l’un des points de la manifestation. Rue Petiot, Chemin Vert, avenue Parmentier. Re-barrage. Pas moyen d’avancer encore. On attend les officiels.

Qu’importe, les gens repartent pour trouver une autre voie. Jamais vu autant de monde dans les rues de Paris, y compris les petites. Et puis il y a quelque chose d’inhabituel. Pas de bruit. Oui, mais quoi d’autre ? Une sorte de sérénité. Certes, mais autre chose encore. Ah, mais bien sûr, il n’y a pas de voiture. Pas de moto. dans les petites rues comme dans les grandes. Rien d’autres que des femmes, des hommes et des enfants qui marchent et se dirigent quelque part.

Ils marchent, un peu dans tous les sens mais l’air très décidé, plans et portables à la main. « T’es où ? J’arrive ». Petite averse. Ils continuent, à l’image d’une fourmilière. Observé un à un ou en petits groupes, on ne perçoit pas la direction de leur mouvement. Ils donnent l’impression de faire partie d’un gigantesque organisme riche de vie et de diversité que meut une formidable intelligence collective. Chaque membre en est empreint et cherche le point de rassemblement, conscient d’être ensemble. On sent les interactions lorsque les regards s’échangent. Et ce quelque chose qui les conduit ce jour là à rejoindre, à s’unir aux autres pour faire corps. Et nous voici remontant vers le métro Père Lachaise où toutes les énergies débouchant des rues adjacentes se retrouvent dans le calme boulevard de Menilmontant.

Applaudissement en vagues. Incroyable inventivité des messages, pancartes et autres signes fabriqués maison. « Je suis Charlie, flic, juif », « Je suis la liberté », « Libre comme l’art », « Même pas peur ». Crayons dans les chignons, châles tricotés au crochet en bleu-blanc rouge sur les épaules, « liberté » brodé au point de croix en vitesse épinglé sur l’anorak, love ici, paix là, liberté d’expression, drapeau bleu blanc rouge.

20h. Un hélico dans le ciel. Dans les différentes artères, le grand organisme tout rassemblé, se concentre et se dilate enfin dans sorte de grande respiration qui va durer plusieurs heures jusqu’à la nuit.

Pour éviter le réchauffement, il faut laisser dans le sol la moitié des réserves en énergie fossile Émilie Massemin (Reporterre) Reporterre 2015/01/12 Émilie Massemin (Reporterre) (12 janvier 2015) Pour éviter le réchauffement, il faut laisser dans le sol la moitié des réserves en énergie fossile. Reporterre. Climat fr

Pour éviter le réchauffement, il faut laisser dans le sol la moitié des réserves en énergie fossile

Des chercheurs britanniques ont étudié le « budget carbone » de la planète. Conclusion : il faut renoncer à exploiter une grande partie de nos ressources en combustible fossile pour espérer limiter le réchauffement atmosphérique à 2°C à la fin du siècle.

Dans un article publié jeudi 8 janvier dans la revue Nature, les chercheurs britanniques Christophe McGlade et Paul Ekins se sont penchés sur ce « budget carbone » et leurs résultats sont clairs : un tiers de nos réserves de pétrole, la moitié de nos réserves de gaz et plus de 80 % de nos réserves de charbon devront rester sous terre pour atteindre cet objectif. Un défi crucial à relever, alors que le prix du baril, à environ 50 dollars, n’a jamais été aussi bas depuis le printemps 2009.

« Limiter le réchauffement dû aux seules émissions anthropiques de dioxyde de carbone (CO2) à moins de 2°C relativement à 1861-1880, avec une probabilité supérieure à 50 %, nécessitera que les émissions cumulées de toutes les sources anthropiques de CO2 soient respectivement comprises entre 0 et environ 1 210 gigatonnes (Gt) de carbone (4 440 Gt de CO2) depuis cette période. »

Dans son cinquième Rapport d’évaluation, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) ne laisse pas de place au doute : notre « budget carbone », c’est-à-dire la quantité de carbone que nous pouvons encore rejeter dans l’atmosphère tout en restant sous la limite des 2°C de réchauffement à la fin du siècle, s’amenuise.

De plus en plus de gaz à effet de serre

Il semble d’autant plus réduit que nous émettons de plus en plus de gaz à effet de serre. En 2011, à l’échelle mondiale, nous avions déjà émis 515 Gt de ce budget. Nous avons relâché dans l’atmosphère 8,3 Gt de carbone par an en moyenne entre 2002 et 2011, par l’utilisation de combustibles fossiles et la production de ciment. Rien qu’en 2011, c’est 9,5 Gt de carbone qui ont été libérées au-dessus de nos têtes, soit 54 % de plus qu’en 1990.

Le calcul est vite fait : sachant qu’il nous reste 695 Gt de carbone à « dépenser » si nous restons au niveau d’émissions de 2011, nous pourrons encore émettre du carbone pendant 70 ans maximum. Mais en réalité, nous disposons de beaucoup moins de temps car notre rythme d’émissions augmente toujours et est déjà plus élevé qu’en 2011.

Sans compter que nos émissions de gaz à effet de serre ne se limitent pas aux secteurs de l’énergie et du bâtiment : la déforestation et d’autres changements de l’utilisation des sols par l’homme ont aussi libéré quelque 180 Gt dans l’atmosphère entre 1750 et 2011, toujours d’après les données du Giec.

Agir vite

Il faut donc agir, et vite, en particulier en réduisant au maximum notre recours aux combustibles fossiles. Pour cela, deux chercheurs de l’Institute for Sustainable Resources (Institut des ressources durables) de Londres, Christophe McGlade et Paul Ekins, ont établi un inventaire régional de nos réserves et ressources en pétrole, gaz et charbon, et évalué la quantité d’émissions de carbone potentielles qu’elles renferment. Ils ont ensuite estimé la quantité de ces combustibles que nous devrions laisser sous terre, pour limiter le réchauffement à 2°C à la fin du siècle.

Ils présentent ce travail dans leur article « The geographical distribution of fossil fuels unused when limiting global warming to 2 °C » (« La répartition géographique des combustibles fossiles inutilisés, quand le réchauffement climatique est limité à 2°C »), publié le 8 janvier dans la revue Nature. Et leurs résultats sont édifiants : un tiers de nos réserves de pétrole, la moitié de nos réserves de gaz et plus de 80 % de nos réserves de charbon devront rester inutilisés pour rester dans cette limite des 2°C.

Comment s’y prennent-ils ? Tout d’abord, ils dressent l’inventaire des ressources en pétrole, gaz et charbon (tableau 1 ci-dessous : a) pour le pétrole, b) pour le gaz et c) pour le charbon). A ce stade, il est important de préciser la distinction qu’ils font entre une « ressource » en combustible fossile, qu’ils définissent comme « la quantité de pétrole, de gaz et de charbon restante qui est recouvrable tout le temps avec une technologie actuelle ou future, sans tenir compte des conditions économiques actuelles », et la réserve, qui est pour eux « un sous-ensemble des ressources qui sont définies comme étant recouvrables sous les conditions économiques actuelles et ayant une probabilité spécifique d’être produites ».

La quantité d’émissions potentielles de carbone qu’elles renferment est phénoménale : presque 11 000 Gt de carbone pour l’ensemble des ressources, 2 900 Gt rien que pour l’ensemble des réserves. « La disparité entre les ressources et réserves existantes et la quantité maximale de carbone qui peut être émise pour éviter un réchauffement supérieur à 2°C est donc importante », soulignent les auteurs.

Déterminer ce qui est utilisable

Mais alors, comment déterminer ce qui peut être utilisé ou non ? En utilisant un modèle d’évaluation intégré baptisé TIAM-UCL, Christophe McGlade et Paul Ekins se concentrent sur un scénario de hausse à 2°C (tableau 3 ci-dessous) et s’attachent à évaluer les productions cumulées de pétrole, de gaz et de charbon compatibles avec cette hausse.

Ce ne sont que des propositions, précisent-ils : « Les résultats générés en utilisant TIAAM - UCL sont un produit de la solution économiquement optimale, et d’autres répartitions régionales de réserves « non brûlables » sont possibles en restant dans la limite des 2°C (mais avec une protection sociale plus basse). » Les chercheurs distinguent deux sous-scénarios, incluant ou non le déploiement d’une technologie de capture et de stockage de carbone (CCS en anglais) à partir de 2025.

Préserver

Globalement, dans l’hypothèse où nous ne disposerons pas d’une technologie de CCS en 2025, nous devrions renoncer à 449 milliards de barils de pétrole d’ici 2050, soit 35 % de nos réserves actuelles. A lui seul, Moyen-Orient devrait renoncer à extraire 264 milliards de barils de son sous-sol, soit 38 % de ses réserves actuelles.

Plus de la moitié (52 %) de nos réserves de gaz devront rester enfouies sous la roche, soit 100 millions de millions de mètres cubes. Là encore, le Moyen-Orient possède près de la moitié (47 %) des ressources non utilisables de notre planète. Mais le renoncement le plus grand devra concerner le charbon : ce sont quelque 887 Gt de houille et de lignite qui devront rester enfouies dans nos mines, soit 88 % de nos réserves actuelles.

Le déploiement d’une technologie de CCS ne permet pas des gains bien importants. Plus de 431 milliards de barils de pétrole devraient quand même rester sous terre d’ici 2050, soit 33 % de nos réserves actuelles. Nous devrions aussi abandonner 95 millions de millions de mètres cubes de gaz, soit 49 % de nos réserves, et 819 Gt de charbon, 82 % de nos réserves.

Les cas particuliers du Canada et du Venezuela

Les chercheurs poussent l’analyse encore plus loin pour les cas particuliers du Canada et du Venezuela. « L’exploitation minière à ciel ouvert de bitume naturels au Canada devrait bientôt tomber à des niveaux négligeables après 2020 dans tous les scénarios, parce qu’il est beaucoup moins économique que les autres procédés de production, affirment-ils. Quand le CCS n’est pas disponible, toute la production de bitume cesse en 2040. (…) Près de 99 % de notre estimation de ses ressources (640 milliards de barils), serait non utilisable. »

Idem au Venezuela, la production cumulée devrait être de 3 milliards de barils, ce qui signifie que près de 95 % de ses réserves d’extra-lourd et 99 % de ses ressources ne sont pas brûlables, même lorsque le CCS est disponible.

Pas touche aux combustibles fossiles présents dans le Cercle arctique, ajoutent les chercheurs. « Nous estimons qu’il y a 100 milliards de barils de pétrole (y compris de gaz naturel liquide) et 35 milliards de mètres cubes de gaz dans les sous-sols du cercle polaire qui ne devraient pas être produits à partir de 2010. (…) Ces résultats nous indiquent que toutes les ressources arctiques devraient être classés comme non-utilisables », indiquent-ils.

Les leçons à tirer

Au-delà de l’avalanche de chiffres, la leçon de ses travaux est claire : il nous faut renoncer à une grande partie de nos ressources en combustible fossile d’ici 2050 si nous voulons nous laisser une chance de rester sous la barre des 2°C de réchauffement.

« Bien qu’il y ait déjà eu des craintes sur la rareté des combustibles fossiles, dans un monde de contraintes climatiques ce n’est plus une préoccupation pertinente », affirment les chercheurs. Qui enfoncent le clou :

« Nos résultats montrent que les instincts des responsables politiques d’exploiter rapidement et complètement leurs combustibles fossiles territoriaux sont, dans l’ensemble, en contradiction avec leurs engagements à l’égard d’une limite de la hausse de la température à 2°C. »

Changement climatique : le Bangladesh a déjà les pieds dans l’eau Julie Lallouët-Geffroy (Reporterre) Reporterre 2015/01/13 Julie Lallouët-Geffroy (Reporterre) (13 janvier 2015) Changement climatique : le Bangladesh a déjà les pieds dans l’eau. Reporterre. Reportage — Climat fr

Changement climatique : le Bangladesh a déjà les pieds dans l’eau

D’ici un siècle, un quart du territoire du Bangladesh devrait être sous les eaux. Habitué aux inondations, cyclones et tempêtes, le pays ne peut que constater la multiplication de ces phénomènes. Un reportage saisissant.

Sur une petite île au nord du Bangladesh, près de Gaibandha, Anwar étudie ses cours de physique les pieds dans l’eau. Sa famille vit ainsi depuis plusieurs jours, elle a l’habitude. « Ça arrive souvent, quelques semaines, parfois ça peut durer un mois, alors on attend », explique le jeune homme. Nous sommes en pleine mousson, la saison des pluies qui court de juillet à septembre.

La maison a pourtant été sur-élevée pour éviter les inondations, mais ce n’est pas suffisant. L’eau est chaude et pâteuse. Pleine de boue, on s’enfonce en marchant. La rivière monte jusqu’aux genoux dans la cour de la maison, pas de galets ou de roches pour avoir une assise.

En quelques jours, quatre mille hectares, quinze villages et deux mille personnes ont été impactés. Les écoles sont fermées, les cultivateurs ne peuvent pas travailler. La vie s’arrête. Et pourtant, le niveau des trois rivières qui enserrent la région n’a augmenté que de quelques centimètres, mais dans les terres, ça devient trente centimètres. Le pays est plat et bas. Les deux tiers du territoire sont à moins de cinq mètres au-dessus du niveau de la mer.

Le pays de l’eau

Une légère variation du niveau de la mer a un fort impact dans les terres. On appelle le Bangladesh « pays de l’eau », car elle ne se contente pas de border le territoire sur son flanc sud avec l’océan Indien. Les glaces de l’Himalaya s’y déversent aussi par le Nord.

Au Centre-Sud, trois grands fleuves forment un delta : le Gange, le Brahmapoutre et le Meghna. Le delta a un fort débit, en particulier pendant la mousson. Il a déjà atteint 180 000 m3/seconde : par comparaison, le débit maximal du Rhône a été atteint en décembre 2013 avec 11 500 m3 par seconde.

Un débit aussi fort se traduit évidemment par des inondations, mais aussi par l’érosion. Des pans de terres sont emportés par le flot. La sédimentation recrée des îlots au milieu des bras de fleuves, la population y installe sa maison de tôle, mais pas de quoi compenser les pertes. Chaque année, 60 000 hectares de terres disparaissent et 50 000 personnes abandonnent leur logement et migrent ailleurs.

Les inondations, les cyclones et les tempêtes sont monnaie courante. En moyenne, un gros cyclone tous les trois ans. Mais depuis une dizaine d’années, ces phénomènes sont plus fréquents et plus intenses. Pas d’assurance pour rembourser les dégâts, ici les habitants perdent bien plus que leur maison.

À chaque fois, ils repartent de zéro. La récolte de riz est perdue, les investissements pour la lancer aussi, les terres inutilisables, la maison à reconstruire. En se déplaçant dans la région, c’est flagrant. On aperçoit des maisons désossées, où il ne reste que le squelette de bois, les plaques de tôle ont été emportées pour re-créer un foyer un peu plus loin.

« J’ai déménagé huit fois à cause des inondations »

C’est ce qu’a fait Zariul. « En quarante ans, j’ai déménagé huit fois, d’abord tous les dix ans. Mais les trois dernières fois, c’était tous les cinq ans. Toujours à cause des inondations ». Déplacer sa maison signifie recommencer une nouvelle vie. « Se déplacer coûte très cher. Quand il faut partir, je perds mes terres, mes économies. On devient de plus en plus pauvre. On est huit dans la famille, je ne sais pas comment on va survivre. »

Dans le nord du pays, de nombreuses familles connaissent cette situation. Des ONG sont sur le terrain pour les épauler sur plusieurs fronts, comme Friendship (Amitié) qui a mis en place un bateau-hôpital où consultations et opérations sont gratuites. C’est chez le médecin que nous avons rencontré Zariul avec son petit-fils, Alamin. Il a dû faire la queue à terre avant de pouvoir monter à bord, là aussi les pieds dans l’eau.

Sur le bateau, les consultations s’enchaînent et la liste des maladies observées s’allonge. Pour la plupart, elles sont liées à l’eau, polluée et par endroit salée. La population l’utilise pour cuisiner, se laver, boire ; de quoi provoquer maladies de peau, éclampsie chez les femmes enceintes, diarrhées, hypotension artérielle et cancers.

Avec la montée du niveau de la mer, non seulement l’eau sera encore plus envahissante mais elle sera, et est déjà, salée. La salinité accroît toutes ces maladies, empêche la culture du riz, l’activité qui permet à des milliers de personnes de vivre. Un des enjeux fondamentaux est de réussir à traiter cette eau à grande échelle.

Plusieurs ONG et agences de développement s’y attellent avec des systèmes de traitement des eaux, de désalinisation, mais ils ponctionnent l’eau des nappes phréatiques, moins polluées et donc moins coûteuses à traiter. Ces nappes se vident dangereusement : deux à trois mètres de moins chaque année.

À cela s’ajoute la pédagogie côté population. Difficile de convaincre une famille pauvre d’acheter de l’eau potable pour préserver sa santé sur le long terme, alors que l’eau non-traitée est à portée de main. Les dégâts de l’eau salée ne sont pas immédiats.

Anticiper le réchauffement climatique

Des centaines de programmes sont mis en place dans le pays : formation des habitants pour réagir en cas de cyclones, constructions de refuges, consolidation des logements. L’État aurait investi ces trente dernières années dix milliards de dollars pour anticiper le réchauffement climatique avec la construction de digues et de polders.

Les enjeux à venir sont énormes. Avec une population de 160 millions de personnes, qui s’accroît de 6 % par an, 78 millions d’habitants devraient migrer d’ici 2020. Mais pour aller où ? Dacca, la capitale ? La ville est déjà saturée avec ses presque vingt millions d’habitants. Autre option, l’émigration clandestine vers l’Inde et le Myanmar. La corruption risque de monter en flèche, mais aussi la délinquance, les vols et le rackets.

Ainun Nishat est chercheur, spécialiste du changement climatique à l’université Brac de Dacca, la capitale. Cette université privée est sous l’égide de la plus importante ONG au monde : Brac. « Les abris anti-cycloniques sauvent des vies, mais ça ne suffit pas. Pour faire face au réchauffement climatique, dont l’Occident est responsable, il faut se préoccuper des inondations, des tempêtes, de l’érosion, de l’eau potable, des migrations, de l’agriculture. Pour cela, il nous faut de l’argent et de la technologie. »

L’ambition de la COP21

Le réchauffement climatique va coûter entre 2 et 10 % du PIB du pays, selon les scénarios, d’ici 2100. Pour faire face, le Bangladesh devra investir entre 41 et 73 milliards de dollars. C’est ce qu’explique un rapport de la banque asiatique de développement, publié en juin dernier.

En 2010, un fonds vert a été créé à la suite des négociations pour le climat de Cancun. L’ensemble de la communauté internationale devait verser dans la cagnotte 100 milliards par an pour financer les infrastructures nécessaires aux pays les plus vulnérables. Aujourd’hui, 34 milliards ont été récoltés mais rien n’a été distribué.

Le Bangladesh ne peut pas attendre, le gouvernement a donc créé une enveloppe spécifique : 100 millions de dollars par an, de sa poche. La Banque mondiale gère de son côté un fonds doté de 180 millions de dollars par an, alimenté par des États comme le Royaume-Uni, la France, la Suède ou le Canada. « Le Bangladesh, qui est un pays pauvre, donne plus d’argent que les pays riches », appuie Ainun Nishat.

Il fera partie de la délégation qui se rendra à la COP 21, les négociations internationales sur le climat, à Paris en 2015. Il espère qu’un accord global sera trouvé sur les niveaux d’émission de gaz à effet de serre, le financement des programmes d’adaptation au changement climatique, mais aussi que l’Inde et la Chine seront parties prenantes. Comme il dit : « Je croise les doigts pour que ça marche. »

Histoire de l’écologie en Bretagne Reporterre 2015/01/13 (13 janvier 2015) Histoire de l’écologie en Bretagne. Reporterre. fr

Histoire de l’écologie en Bretagne

Histoire de l’écologie en Bretagne, de Tudi Kernalegenn

Terre et mer, la Bretagne est sensible à la nature et s’en nourrit depuis son origine. Très vite, la prise de conscience de cette nature et de la nécessité de la préserver donne naissance à des associations dynamiques comme la Ligue de protection des oiseaux (LPO), la SEPNB-Bretagne Vivante ou Eaux et rivières de Bretagne.

Menacée par le tout nucléaire, à Plogoff ou au Carnet, c’est toute la Bretagne qui se réveille pour contester les choix énergétiques du gouvernement.

Confrontée aux drames qui nous viennent de la mer comme les marées noires et les algues vertes, les écologistes s’interrogent sur nos comportements à terre. Face aux défis de l’aménagement du territoire, ils refusent les grands projets inutiles, tel le projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes.

Dès les années 70, les écologistes conscients des enjeux, entrent en politique, jusqu’à s’inscrire aujourd’hui dans de nombreux exécutifs et réaliser des scores importants partout en Bretagne.

Ce livre synthétique et très illustré, notamment avec une dizaine de cartes inédites (B5), permet une approche didactique de l’histoire de l’écologie en Bretagne, de l’agriculture biologique à la protection du littoral en passant par les enjeux du développement durable.

Histoire de l’écologie en Bretagne, Tudi Kernalegenn, Cartes : Mikael Bodlore-Penlaez, Préface de Denez L’Hostis, Éditions Goater, 184 pages, tout en couleur, 14 €.

Lettre ouverte à Charlie Hebdo Patrick Flouriot Reporterre 2015/01/13 Patrick Flouriot (13 janvier 2015) Lettre ouverte à Charlie Hebdo. Reporterre. Tribune — fr

Lettre ouverte à Charlie Hebdo

Les attentats vont-ils favoriser le recul des libertés ? Peut-on résumer ces événements à une lutte de la liberté contre le fanatisme, des Lumières (sous-entendues cartésiennes) contre l’obscurantisme (sous-entendu religieux) ? Non. « Les mondes musulmans ont terriblement besoin d’une main tendue, face aux terroristes qui prétendent confisquer leur parole. »

Ce qui a déclenché cet attentat est le droit au blasphème, considéré à juste titre par les Occidentaux comme le fer de lance de la liberté d’expression. La civilisation occidentale, dans son élan universaliste, présuppose que la fin du sacré religieux vaut pour tout le monde. Est-ce respectable ? Oui. Mais atteignons-nous notre but, qui devrait être de vivre libres, et tous libres, en défendant haut et fort le droit au blasphème ? Cela reste à prouver.

Ainsi Charlie Hebdo, qui lutte pour ce droit, mais aussi et surtout contre l’absurdité générale, risque de faire l’expérience absurdissime de servir d’étendard à tout ce que le monde compte de va-t-en-guerre contre l’islam ; de justifier des lois liberticides, une hausse des budgets militaires ; de conforter dans ses idées rances la foule de plus en plus nombreuse qui vote pour les extrêmes. Ça fait cher le droit de blasphème. Très cher.

Car enfin, l’essentiel est-il de dénoncer l’obscurantisme au sens large, y compris celui qui mijote dans nos villes, nos campagnes, ou de dénoncer l’obscurantisme islamique comme s’il s’agissait d’une vitrine de tous les fanatismes ?

Bien sûr, le fanatisme islamique a ses tueurs, qu’il faut combattre sans pitié. Mais arrêtons de présenter les terroristes comme des décérébrés, ex-vendeurs de shit ayant succombé au plaisir égotiste de faire la Une des journaux, même si, à l’occasion, cela les représente bien à titre individuel.

Ces tueurs-là sont, entre autres, le poison qui sourde d’un sentiment diffus, mais tenace : le sentiment, au sein de l’immense majorité des musulmans qu’on leur manque de respect en caricaturant leur croyance.

Et en effet, nous imposons notre liberté de blasphème à des sociétés qui ne veulent pas - ou pas encore - l’accepter. Est-ce un crime de ne pas avoir fait la Révolution française ? Dans une écrasante majorité, ces musulmans ne prennent pas les armes pour autant, fort heureusement. Mais tant que ce sentiment de manque de respect durera, il y aura des fous pour commettre des massacres.

So what ? Mourir pour des idées... Ou avancer dans la compréhension entre les peuples ? La liberté et le respect de nos différences sont-ils irréconciliables ? Avons-nous, en fait, un autre choix, si nous voulons faire progresser la paix, l’amitié et surtout, la liberté ?

La rédaction de Charlie Hebdo a aujourd’hui une occasion historique : celle de faire le premier pas dans le sens d’un apaisement, malgré le drame qui vient de se passer. Vous avez aujourd’hui beaucoup de monde à vous suivre : la direction que vous prendrez sera symbolique et cruciale. Quant aux mondes musulmans, ils ont terriblement besoin d’une main tendue, face aux terroristes qui prétendent confisquer leur parole.

Hissez les couleurs de la liberté d’expression drapée dans sa dignité contre le fanatisme islamique décérébré, et vous participerez à coup sûr à une confrontation de civilisations qui ne servira aucunement la liberté et la rigolade.

Partez à la rencontre des musulmans du monde, en Mauritanie, au Maroc, en Indonésie, à Gaza, en Iran ou en Syrie, dans ces pays qu’on présente maintenant dans les médias comme les frontières barbares alors qu’ils sont d’exceptionnelles civilisations ; dessinez avec leurs caricaturistes, ouvrez-leur vos colonnes ; brocardez et moquez - moderato d’abord, car la liberté d’expression, cela s’apprend.

Riez avec les musulmans en terre d’islam. Quand vous aurez réussi à faire rire leurs grenouilles de bénitier, alors, oui, vous aurez fait avancer la compréhension entre les peuples, la paix, donné un exemple fondateur et fait reculer l’obscurantisme. Et oui, ce jour-là, vous aurez hissé haut le drapeau de la Liberté : celui d’un monde plus humain.

En Grèce, on transforme un camp militaire en potager collectif Marie Astier (Reporterre) Reporterre 2015/01/13 Marie Astier (Reporterre) (13 janvier 2015) En Grèce, on transforme un camp militaire en potager collectif. Reporterre. Grèce fr

En Grèce, on transforme un camp militaire en potager collectif

À Thessalonique, un jardin autogéré, le Perka, s’est installé sur un ancien camp militaire. On y cultive des légumes en bio, et on vit l’expérience enthousiasmante d’une communauté diverse mais unie.

- Thessalonique (Grèce), reportage

Ils ont décidé d’appeler leur jardin « PERKA », une contraction des mots « cultures périurbaines » en grec. Les fleurs y profitent des douces températures de la fin d’automne. Les salades poussent encore, mais les tomates et les poivrons flétrissent. Certaines parcelles ont déjà été retournées pour les semis d’hiver. Des bâtiments bas et allongés, à l’abandon, entourent la série de potagers et servent de remises aux outils de jardin. Un rappel qu’ici, on se trouve sur un ancien terrain militaire.

L’idée de ce jardin communautaire est venue d’un groupe d’habitants de Thessalonique qui achetait déjà les légumes en direct aux producteurs, à la manière des AMAP en France. L’appel lancé sur internet réunit quarante personnes, la première assemblée a lieu au printemps 2011. Avant de se mettre à cultiver, pendant plusieurs mois tout le monde discute : comment s’organiser ?

Occuper le terrain

L’assemblée se met d’accord sur une série de principes. Les intrants chimiques sont bannis, la culture doit être biologique. Seules les variétés paysannes, libres de toute propriété intellectuelle sont autorisées. Les décisions sont prises par l’assemblée et par consensus, on ne vote pas. Enfin, on ne peut pas faire d’aménagements permanents sur une parcelle, car cela empêcherait qu’elle soit utilisée pour un autre usage ensuite.

Mais surtout, il faut trouver un lieu pour s’installer. L’assemblée de Perka rencontre l’association culturelle du quartier de Karatasiou. A dix minutes du centre de Thessalonique, elle a décidé d’investir cet immense terrain abandonné depuis le début des années 2000. Le gouvernement en a chassé l’armée. Depuis, il fait l’objet d’une bataille juridique entre les ministères de l’armée et des finances, ce qui lui permet d’échapper temporairement à l’appétit des promoteurs immobiliers.

- Une partie de l’ancien terrain militaire à l’abandon -

« L’association a aménagé un centre culturel et organise des événements ici. Ils veulent faire connaître le parc aux habitants pour que l’endroit reste ouvert et accessible », raconte Zora, une des fondatrices de Perka. Pour l’association de quartier, installer un jardin partagé est un excellent moyen de poursuivre l’occupation du lieu.

Aujourd’hui, six jardins collectifs Perka sont dispersés sur l’ancienne base militaire et rassemblent environ deux-cents jardiniers. Un collectif vegan, et un autre qui fait la cuisine pour les migrants ont également investi des parcelles. Tous doivent adhérer aux principes fondateurs, mais ensuite libre à eux de s’organiser différemment au sein de chaque assemblée.

Des abeilles sont installées sur un toit. Un poulailler est en cours de construction. Pour organiser des projections et d’autres événements, un des bâtiments a été réhabilité en salle commune, appelée « la serre » : « C’est l’endroit où l’on fait pousser les idées », traduit Zora.

Peu à peu, le lieu s’est mis à accueillir des événements : un festival d’échanges de graines ou des stages de permaculture. Un jour, sur la proposition d’un vieux crétois, un four à pain traditionnel a été construit collectivement.

« C’est aussi un acte politique »

Beaucoup de jardiniers sont retraités ou chômeurs, comme Nikos, sans travail depuis un an. Le plus important pour lui c’est de « garder une activité » : « Venir ici me permet de participer à la société, de rencontrer des gens », confie-t-il. « Mais c’est aussi un acte politique. Le gouvernement nous a rendu la vie si difficile... » Parfois, il donne une partie de sa récolte aux centres sociaux, qui distribuent de la nourriture à ceux qui ne peuvent plus se payer à manger.

« Perka est un lieu qui permet de rassembler des personnes qui ne sont pas très actives politiquement, c’est un endroit où l’on échange et on construit une communauté », estime Giorgos, présent depuis le début à Perka.

- Natasha, Zora et Giorgos (de gauche à droite) -

Sur le bord des parcelles, les cailloux s’entassent. « La terre est pleine de pierres, elle est très difficile à cultiver ici », explique Natasha, elle aussi fondatrice de Perka. Les plus assidus arrivent quand même à entretenir des potagers luxuriants.

Mais avec Giorgos et Natasha, il l’admettent, leurs parcelles ne sont pas toujours très bien entretenues. Les trois jeunes travaillent ou ont des engagements militants ailleurs et n’ont le temps de passer que le week-end. « Il y a deux mondes parallèles, reconnaît Natasha. Les personnes comme les retraités qui viennent chaque jour, dès l’aube, s’occuper de leur jardin et ceux qui participent autrement, par exemple en organisant des événements ou en s’occupant du site internet. »

« Il y a des gens de cultures, d’origines sociales et d’âges différents qui sont plus ou moins familiarisés avec la prise de décision collective », poursuit Giorgos. « C’est pourquoi on doit discuter de tout cela en assemblée », complète Zora.

Une unité nécessaire, car il ne faut pas oublier qu’ils sont des occupants illégaux. « Au début, l’armée et la police pensaient que nous étions juste des hippies et nous ignoraient, raconte Natasha. Mais au bout d’un an, l’armée est venue poser un cadenas et un avertissement. On les a retirés. Une semaine plus tard c’est la police qui est venue, elle a arrêté des femmes et des enfants, c’était ridicule ! »

L’avocat de l’association culturelle du parc a porté plainte. Aujourd’hui, l’armée comme la police les laisse tranquille. En attendant le jour où le tribunal décidera qui est le propriétaire : « Quel que soit le ministère qui gagne, ils voudront forcément construire ici », craint Giorgos. Ce n’est pas pour autant qu’ils comptent abandonner leur terrain. « Ce jour là, nous seront à nouveau unis », assure Natasha.

Le Parlement européen va décider de nouvelles règles sur les OGM Philippe Desfilhes (Reporterre) Reporterre 2015/01/13 Philippe Desfilhes (Reporterre) (13 janvier 2015) Le Parlement européen va décider de nouvelles règles sur les OGM. Reporterre. OGM fr

Le Parlement européen va décider de nouvelles règles sur les OGM

Tous les mois, Reporterre suit la séance plénière du Parlement européen. Un lieu où se tranchent de nombreux dossiers environnementaux. Cette semaine, les OGM et la pêche.

A suivre ce mois-ci à Strasbourg...

Tous les mois, les 751 députés européens se réunissent en séance plénière à Strasbourg pour voter les textes préparés en Commission. Ces quatre jours constituent le temps fort du travail parlementaire. Le lundi, la séance plénière ne commence qu’à 17 h après une réunion des groupes politiques qui rappellent leurs positions sur les points importants de la semaine à venir. Les mardi, mercredi et jeudi, le moment le plus important de chaque plénière est la séance de vote qui débute à 12 h. Les votes sont suivis de conférences de presse où les députés expliquent leurs prises de décision sur tel ou tel sujet.

Reporterre publiera chaque lundi de séance plénière ce qu’il lui paraît important dans les domaines de l’agriculture, de la pêche, de l’alimentation, de la santé, des transports, de l’énergie, etc ... Cette synthèse s’appuie sur le travail réalisé par la délégation des député-e-s Europe Ecologie au Parlement européen.

Les OGM en discussion.

Lundi 12 janvier, la séance a commencé par une minute de silence puis par les prises de parole des présidents de groupe suite aux attaques contre le siège de Charlie Hebdo.

Mardi 13 janvier, les députés se prononceront le matin sur la renationalisation de la procédure d’autorisation des OGM et l’après-midi sur plusieurs dispositions relatives à la pêche.

S’il est voté, le texte sur les OGM ouvrira une brèche dans la défense contre les organismes génétiquement modifiés.

D’une part, il accorde une place nouvelle et démesurée aux entreprises de biotechnologie dans le processus d’autorisation d’un OGM. D’autre part son manque de clarté ouvre la porte à des attaques en règles de ces multinationales contre les pays qui auront interdit la culture d’un de leur OGM.

Les nouvelles dispositions relatives à la pêche en Méditerranée et en mer Noire examinées l’après-midi entendent incorporer dans le droit européen de nouvelles recommandations sur les conditions de pêche de poissons pélagiques (harengs, sardines, ...), du corail rouge et des requins.

Les députés examineront aussi les accords de pêche UE-Seychelles qui posent la question de la sur-exploitation du thon dans cette région du monde.

Les séances du mercredi 14 janvier et du jeudi 15 janvier seront principalement consacrées aux affaires internationales, notamment à la situation en Ukraine et en Egypte.

Il soigne ses bêtes avec des plantes, et elles s’en portent mieux ! Flora Chauveau (Reporterre) Reporterre 2015/01/14 Flora Chauveau (Reporterre) (14 janvier 2015) Il soigne ses bêtes avec des plantes, et elles s’en portent mieux !. Reporterre. Animaux fr

Il soigne ses bêtes avec des plantes, et elles s’en portent mieux !

Chaque année, de plus en plus d’éleveurs optent pour des soins doux aux animaux. La médecine vétérinaire à base de plantes permet en effet de prévenir les maladies et renforce la santé des troupeaux. Mais la législation n’est pas favorable aux techniques alternatives.

- Châteaubriant (Loire-Atlantique), reportage

Gildas Laurant sort de sa réserve des flacons et un bidon d’un liquide orangé, qu’il pose sur la table installée dans la cour de sa ferme. Ces récipients renferment des préparations à base de plantes, que le jeune agriculteur utilise pour soigner ses charolaises. Il a repris la ferme de son père il y a trois ans, une exploitation traditionnelle blottie dans le bocage, près de Châteaubriant.

Les flacons : une partie de la méthode

De l’huile essentielle de lavande en guise de vermifuge, de l’eucalyptus pour les problèmes respiratoires, du ravinsara pour booster un veau un peu faible. L’éleveur castelbriantais achète ses préparations au Comptoir des plantes médicinales, une boutique en ligne de compléments alimentaires à base de plantes, pour les animaux. L’entreprise conseille également les éleveurs dans l’utilisation de leurs produits.

Car la phytothérapie et l’aromathérapie – respectivement le traitement par les plantes et par les huiles essentielles – c’est toute une science. Gildas Laurant ne s’est pas lancé seul dans l’aventure. Il est allé de stage en stage pour apprendre la médecine vétérinaire alternative. En Loire-Atlantique, le Gab (Groupement d’agriculteurs biologiques) et le Civam (Centre d’initiatives pour valoriser l’agriculture et le milieu rural) en organisent régulièrement.

Les flacons et les bidons de mélanges végétaux et d’huiles essentielles ne sont qu’une partie de la méthode. « 95 % du temps, j’apprends aux éleveurs à ne pas utiliser ces produits ni les médicaments ! », s’exclame Gilles Grosmond, vétérinaire et conseiller technique pour le Comptoir des plantes, qui anime régulièrement des formations destinées aux éleveurs. Tout se joue sur le renforcement du système immunitaire des animaux, afin qu’ils se protègent eux-mêmes des maladies.

- Des compléments alimentaires utilisés par Gildas Laurant : lavandin, tea tree… -

Ainsi, les vaches de Gildas peuvent aller et venir à leur guise entre les stabulations et le pré. « Le but est d’éviter le confinement, explique-t-il, contre la prolifération de parasites ou de maladies. » La porte des champs est ouverte y compris l’hiver et il n’est pas rare que des veaux naissent dans l’herbe humide et dans le froid. « Ceux-là résistent mieux, en général ! »

Une méthode qui dérange

Mais la méthode ne plaît pas à tout le monde. « On dérange », souffle Jérôme Dubois, vétérinaire à Rougé (Loire-Atlantique). Dans son cabinet, il soigne les animaux avec des mélanges de sa propre fabrication, à base d’extrait de plantes fraîches.

Il faut dire que la législation qui entoure l’aromathérapie et la phytothérapie est assez complexe. Pour pouvoir les utiliser, les éleveurs faisaient passer les huiles essentielles pour des additifs alimentaires sensoriels de type aromatique, destinés à donner du goût aux rations des animaux. Dans les faits, bien sûr, leur utilisation était thérapeutique.

Mais en mars 2013, un règlement de l’Union Européenne retire du marché de l’alimentation animale plus de 250 huiles essentielles (dont l’huile essentielle de chardon, de curcuma, d’aubépine, de pâquerette, etc.).

Quelques mois plus tard, en août 2013, l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) publie une note sur le statut juridique des médicaments. Elle y rappelle que les produits utilisés pour un usage thérapeutique sont considérés comme des médicaments vétérinaires. Or, pour être vendus, ils doivent être validés par une autorisation de mise sur le marché (AMM).

- Voir la note de l’Anses :

« Rien n’était nouveau, dans cette note, explique Sylvie Dartois, de l’Institut technique d’agriculture biologique (Itab). Mais le ton était menaçant et on a senti la crispation des éleveurs. »

L’autorisation de mise sur le marché coûte cher. « Très peu de produits à base de plantes en ont une », dit Sylvie Dartois. Le vétérinaire peut tout de même prescrire des préparations à base de plante sans AMM, à condition d’attendre un certain nombre de jours avant de commercialiser le produit animal. Ce délai s’élève à sept jours pour la vente du lait et 28 jours pour la vente de la viande. En agriculture bio, les temps sont doublés : 14 jours pour le lait, 56 pour la viande.

- Gilles Grosmond, vétérinaire au Comptoir des plantes, également auteur du livre Santé animale et solutions alternatives, aux éditions France Agricole. -

De plus en plus d’adeptes

Pour Sylvie Dartois, le problème de cette lourde règlementation, c’est qu’elle limite considérablement la recherche. « Il n’y a pas de transmission de savoirs. Comme c’est plus ou moins légal, ceux qui la pratiquent n’en parlent pas. »

Pourtant, la médecine par les plantes gagne des adeptes, y compris chez les éleveurs dits conventionnels. « Les antibiotiques sont chers », explique Jérôme Dubois, le vétérinaire de Rougé.

Le succès de ces méthodes se transmet de bouche à oreille. « Les clients sont curieux, ils veulent essayer, parce qu’ils ont vu que les animaux soignés par les plantes n’étaient plus les mêmes ! »

Le Parlement européen facilite l’autorisation des cultures d’OGM Philippe Desfilhes (Reporterre) Reporterre 2015/01/14 Philippe Desfilhes (Reporterre) (14 janvier 2015) Le Parlement européen facilite l’autorisation des cultures d’OGM. Reporterre. OGM fr

Le Parlement européen facilite l’autorisation des cultures d’OGM

Les députés européens ont adopté mercredi une directive facilitant les autorisations de cultures transgéniques. Elles ne seront plus décidées au niveau communautaire, mais par chaque Etat. Et les entreprises pourront attaquer les interdictions.

C’en est fini de la directive 2001/18 qui présidait depuis quatorze ans à l’autorisation de tout nouvel organisme génétiquement modifié (OGM) et dont les difficultés d’application bloquaient de facto les cultures transgéniques en Europe - le seul OGM cultivé dans l’Union est le maïs MON 810, autorisé en 1998 dans le cadre d’un précédent texte européen. Les députés européens ont en effet voté mercredi 13 janvier à Strasbourg à une très large majorité (480 voix contre 159) une nouvelle directive dont on peut craindre qu’elle soit beaucoup plus favorable aux OGMs .

Dite « de renationalisation des procédures d’autorisation des OGMs », la nouvelle directive est pourtant en apparence plus sévère que sa devancière car elle prétend « faciliter » les interdictions nationales. Auparavant en effet, pour interdire la culture d’une variété transgénique autorisée en Europe, un pays devait démontrer au moyen « de nouvelles preuves scientifiques » que ces plantes présentaient un risque pour la santé humaine ou animale et décréter un moratoire. En France, les moratoires étaient régulièrement déboutés par le Conseil d’Etat. Désormais, d’autres raisons pourront être invoquées, comme « des objectifs de politiques agricoles, environnementales, publiques » ou simplement « des impacts socio-économiques ».

Mais, et c’est là que le bât blesse pour les opposants aux OGMs, ces raisons devront avoir été négociées au préalable entre l’Etat qui veut interdire l’OGM sur son territoire et l’entreprise de biotechnologie qui fait la demande d’autorisation. « Pour la première fois en Europe, quelque soit le domaine concerné, des Etats devront demander une autorisation à des entreprises pour pouvoir interdire un de leur produit sur leur territoire. C’est inacceptable ! », s’insurge José Bové, député Verts-ALE.

La nouvelle directive accorde une place démesurée aux entreprises de biotechnologies. « Ce n’est plus l’EFSA (Autorité européenne de Santé des Aliments), la Commission ou le Conseil qui décidera de la culture d’un OGM ou d’un groupe d’OGM sur un territoire donné, mais les entreprises semencières elles-mêmes », dénonce l’eurodéputé.

De surcroît, le manque de clarté du texte ouvre la porte à des attaques des entreprises semencières contre les interdictions nationales, par exemple pour distorsion de concurrence dans le marché intérieur, atteinte aux règles de l’OMC (Organisation mondiale du commerce) ou encore devant des tribunaux arbitraux tels que prévu dans le traité TTIP ou le CETA (accord de commerce entre le Canada et l’Union européenne). « Quel sera le poids juridique des raisons autres que ’scientifiques’ mises en avant par un Etat pour interdire un OGM sur son territoire ? », s’interroge-t-il.

Ce n’est pas tout. La nouvelle directive placera les Etats membres dans une situation « schizophrénique » quand une demande d’autorisation d’un nouvel OGM leur sera présentée. « Comment pourront-ils faire valoir leur opposition à l’autorisation au niveau européen alors qu’ils disposeront des outils pour prendre une décision au niveau national ? », s’interroge Eric Meunier, d’Inf’OGM. Et ne risque-t-on pas d’assister à d’autres marchandages et arrangements dans les coulisses du Parlement où les négociations ne sont pas toujours de la plus grande transparence ?

Avec cette nouvelle directive, la Commission Juncker fait aboutir un projet muri de longue date. « C’est l’ex-commissaire européen John Dalli, sous l’ère Barroso, qui est à l’initiative de cette nouvelle directive. Sous couvert de la possibilité donnée aux Etats d’interdire les cultures sur leur sol, l’objectif est de débloquer politiquement la situation et de donner aux OGMs un élan nouveau en Europe », analyse Eric Meunier.

Les semenciers, par la voix de Marc Richard-Molard, délégué permanent de Initiatives Biotechnologies Végétales (IBV est la plate-forme qui fédère l’interprofession semencière et les organisations professionnelles impliquées dans le développement des semences « performantes et innovantes ») ne cachent pas leur satisfaction : « A cause du dissensus permanent qui existait au sein du Conseil des chefs d’Etat, la directive 2001-18 n’avait permis la mise sur le marché d’aucun OGM (à part de manière très brève l’Amflora). Cette situation n’était pas satisfaisante pour les pays européens favorables à la culture des OGM, la Grande-Bretagne ou les Pays-Bas notamment, mais le nouveau texte va changer les choses », dit-il à Reporterre.

Citée par le journal The Guardian, Sarah Cundy, la directrice de la politique britannique en matière d’OGM, s’est déjà déclarée en faveur d’une mise en culture rapide d’OGMs dans son pays. « Nous espérons voir le maïs 1507 être autorisé très rapidement désormais. La nouvelle directive devrait permettre aussi le développement de nouvelles semences innovantes beaucoup plus rapidement que par le passé », s’est-elle félicitée dès que le résultat du vote a été connu. Les pro-OGM ont malheureusement remporté hier une bataille importante.

EDITO - Je ne suis pas en guerre Hervé Kempf (Reporterre) Reporterre 2015/01/14 Hervé Kempf (Reporterre) (14 janvier 2015) EDITO - Je ne suis pas en guerre. Reporterre. Édito — fr

EDITO - Je ne suis pas en guerre

Cela vient sans doute d’avoir été biberonné (entre autres lectures) à Charlie Hebdo du temps où ce journal n’était pas obsédé par l’Islam, mais la vision de l’Assemblée chantant d’une voix mâle La Marseillaise pour répandre un sang impur, l’écoute de l’applaudissement à tout rompre de la police, la lecture du discours de Manuel Valls ponctué de « barbarie », « guerre » et autres mesures exceptionnelles contre le terrorisme, tout cela soulève un sentiment à mi-chemin entre le malaise et le haut-le-coeur. Comme si la classe politique et médiatique volait l’expression populaire de dimanche, qui mettait d’abord en avant la liberté d’expression, les crayons, la parole.

Tous ces gens, dimanche, voulaient-ils seulement des policiers, des soldats dans les rues, de l’ordre, de l’autorité, de l’épuration, de la guerre ? Et bien, si c’était cela, je ne serai pas d’accord avec eux.

Immense malaise de n’entendre quasiment que les mots de police, de traque, de renseignement, de prison, d’isolement, de protection. Immense malaise de voir dix mille soldats déployés, en plus de ceux qui trainent dans les rues déjà depuis des années. Ils ne sont pas là pour protéger quoi que ce soit - ont-ils empêché les assassinats du 7 janvier ? -, mais pour nous habituer à trouver normal qu’il y ait des soldats dans les rues. Comme dans... un Etat militaire, un Etat policier.

Immense malaise de l’absence presque totale de réflexion, au sens de retour sur soi. Comme s’il ne s’agissait que d’un péril extérieur, étranger, indicible. Immense malaise devant l’incapacité à poser cette question simple : qu’est-ce qui a conduit MM. Kouachi et Coulibaly à commettre de tels actes ? L’incapacité à oublier deux faits simples : ces hommes étaient français. Ils sont nés du sein de cette nation que l’on célèbre avec des mots vengeurs. Et puis cet autre fait simple, que rappelait Stéphane Lavignotte : « Les assassins ont fait quelque chose d’inhumain, de monstrueux. Mais ils restent des humains. » Oui, ce sont des humains, et l’on n’entend presque rien, ces jours-ci, qui nous aident à réfléchir à ce qui pousse des humains à commettre de tels actes.

Je ne sais pas. Mais je sais que nous ne saurons pas si, en nous obsédant sur les policiers, la guerre, les prisons, nous ne parlons pas d’écoles, de villes, de culture. De racines, de déracinement, d’exclusions, de solitude, de lien social.

Et quand j’entends l’unanimité de ces politiciens qui parlent de guerre - Manuel Valls : « La France est en guerre contre le terrorisme, le djihadisme et l’islamisme radical » -, je rappelle qu’il y a une autre guerre, décrite sans fard par le milliardaire Warren Buffet : « Tout va très bien pour les riches dans ce pays, nous n’avons jamais été aussi prospères. C’est une guerre de classes, et c’est ma classe qui est en train de gagner. » Vraiment, n’y a-t-il rien à voir, pas un fil d’explication, entre le crime de MM. Kouachi et les politiques prônées par MM. Bolloré, Arnault, Pinault, Dassault, Mulliez,... ? Rien à voir entre la poussée de « l’islamisme radical » et le fait que 85 personnes possèdent autant que trois milliards d’autres humains ? Rien à voir entre la poursuite obstinée des politiques néo-libérales et la déshérence de l’école, des systèmes de santé, des quartiers ?

Il y a une guerre des riches contre le peuple. Et il faut poser la question inconvenante de savoir si une partie du peuple ne répond pas d’une façon que n’avaient pas prévue les traités révolutionnaires.

Et puis, entendre ces députés blancs, mâles, français, faire comme si on nous faisait la guerre. Mais, au fait, qui fait la guerre à qui ? Qui a commencé dans ce jeu fou ? Qui a des troupes au Mali, au Centrafrique, en Irak ? Qui n’a rien dit quand l’Etat d’Israël a mené une guerre sans pitié à Gaza, en juillet dernier, tuant 1 800 Palestiniens dont 65 % de civils ? Qui est intervenu en Libye en 2011 ? Et combien de personnes les drones de M. Obama ont-ils tué ? Etc. dans cette liste sans fin : il ne s’agit pas ici, en deux phrases, de désigner les coupables et les victimes, mais de rappeler qu’il est impossible de déterminer dans les guerres qui a raison et qui a tort, puisque les torts sont partagés.

Eh bien, il faut pouvoir dire : non, je ne suis pas en guerre ; non, je ne considère pas que le problème islamique est le plus important de l’époque ; non, je n’admets pas une unanimité qui couvrirait une inégalité stupéfiante ; non, je ne ne pense pas que nous avons besoin de plus de policiers et de prisons.

Et oui, je peux dire : Nous voulons la paix ; nous considérons que l’essentiel aujourd’hui est la crise écologique ; nous ne retrouverons l’unité que quand les inégalités seront réduites ; nous avons besoin de plus d’artistes et d’écoles.

Un livre d’histoires révolutionnaires - qui se passent aujourd’hui Emmanuel Daniel (Reporterre) Reporterre 2015/01/14 Emmanuel Daniel (Reporterre) (14 janvier 2015) Un livre d’histoires révolutionnaires - qui se passent aujourd’hui. Reporterre. fr

Un livre d’histoires révolutionnaires - qui se passent aujourd’hui

Larzac, CPE, Notre-Dame-des-Landes, free parties... Dans le livre Constellations, le collectif Mauvaise troupe revient sur les luttes qui ont marqué la dernière décennie, afin qu’elles ne tombent pas dans l’oubli. Mais à travers ces histoires de résistances, il nous fait également découvrir d’autres manières de vivre.

« De ce début de siècle, nous avons encore le souvenir. De ses révoltes, de ses insoumissions, nous sommes nombreux à ne rien vouloir oublier. Nous savons pourtant que nous vivons dans un monde qui s’en emparera, nous en dépossèdera afin que des enseignements n’en soient jamais tirés et que rien qui ne soit advenu ne vienne repassioner les subversions à venir. »

Pour éviter que ces souvenirs ne soient ensevelis sous le poids de l’histoire officielle, le collectif Mauvaise troupe a pris la plume et raconte dans Constellations, Trajectoires révolutionnaires du jeune XXIe siècle, la dernière décennie du point-de-vue des insoumis.

Faire vivre la mémoire des luttes, pas simplement par nostalgie, mais aussi pour apprendre des erreurs et emprunter à notre passé récent des pistes pour affronter le présent. De squats en carnavals, de fermes autogérées en ZAD, de manifs sauvages en places occupées, de contre-sommets en luttes paysannes, Constellations nous invite à découvrir l’univers de ceux qui résistent « à l’anéantissement des territoires », à « l’isolement et l’exploitation ».

Un livre d’histoires révolutionnaires

Pendant de longs mois, Constellations m’attendait sagement sur mon bureau. J’ai mis du temps à l’ouvrir et à m’y plonger. Ses presque 700 pages m’inpressionnaient. Elles lui donnent un caractère austère, des faux airs de publication scientifique ou d’encyclopédie.

Pourtant, les auteurs se défendent d’avoir écrit un livre d’histoire. Ils ne prétendent pas délivrer la vérité et assument leurs partis pris et leur absence de neutralité. Ils présentent l’ouvrage comme un livre d’histoires : « Elles parlent de jardins, de serveurs web, de stratégies, de fictions, de bouteilles incendiaires, de complicités, de zones à défendre, de free parties, d’assemblées, de lieux collectifs... Des histoires à vivre debout et à donner du souffle. »

Le livre est découpé en quatre parties, laissant au lecteur le choix d’entamer son immersion comme il le souhaite. Pour ma part, je l’ai dévoré d’une traite. Il a egayé ma fin d’année 2014 comme un calendrier de l’avent accompagne celle d’un chrétien. Chaque jour j’ouvrais avec gourmandise un chapitre, découvrant un pan méconnu de ce début de siècle.

Malgré sa taille et le jargon militant omniprésent, Constellations reste abordable. Les multiples entrées et les nombreuses notes de bas de page permettent à chacun d’entrer à son rythme dans l’univers radical des auteurs. Ce livre est précieux pour quiconque s’intéresse à la « question révolutionnaire ». Les néophytes de la révolution en actes y découvriront des luttes et des formes de vie éloignées de leur quotidien. Ils comprendront mieux les motivations et la façon de penser de ceux qui ont décidé de ne plus subir leurs existences, quitte à se mettre en marge d’un « monde invivable ».

Au fil des histoires, on saisit les rapports complexes de ces rebelles à la politique, à l’amour, à l’argent, à la violence. Quant à ceux qui ont décidé de vivre leurs rêves au présent, ils trouveront matière à alimenter leurs réflexions, à s’interroger sur leurs pratiques et pourront revivre des événements auxquels ils ont pris part.

Un narrateur collectif, « Le choeur », donne une cohérence à ce recueil « d’expériences singulières ». Il introduit les différents chapitres, partage un vécu ou une analyse collective, interroge des acteurs de ces « révolutions moléculaires ». Mais, régulièrement, le Choeur s’efface pour laisser la place à des récits, des fictions ou des correspondances de personnes extérieures à leur collectif afin de mieux rendre compte de la complexité de la constellation révolutionnaire.

Et l’écologie dans tout ça ?

Les luttes liées à l’écologie sont nombreuses dans ce livre. On y retrouve également des critiques de la civilisation industrielle et de la métropolisation du monde, thèmes chers aux militants écologistes. Pourtant, le mot écologie est peu employé.

Probablement parce que la grille de lecture des auteurs n’est pas celle-là. Ils n’entendent pas défendre l’environnement ou éviter l’apocalypse. Pour eux, la défense de leurs lieux de vie fait partie intégrante de leurs existences. Vivre et lutter participent d’un même mouvement. Ils entendent « arracher des mains du pouvoir les lieux dont nous avons besoin », « habiter sans réserve » des « territoires vécus ». Il est moins question d’une lutte contre la destruction de l’environnement que d’une lutte pour l’existence qui implique nécessairement un souci du vivant.

En fin d’ouvrage, à travers l’interview d’un collectif barcelonais impliqué dans le mouvement du 15 M (aussi appelé « indignados »), les auteurs tentent de « trouver des pistes partielles » permettant de faire tenir ensemble les différentes formes de vie et de lutte évoquées au fil des Constellations. Et c’est l’imaginaire de la Commune, terme qui imprègne les discours et les écrits des révolutionnaires d’aujourd’hui, qui est utilisé pour penser les conditions nécessaires à un « bouleversement social ». Certes, l’ouvrage ne livre pas les clés de la prison capitaliste, mais révèle des brèches dans lesquelles s’engouffrer pour goûter à la liberté.

A noter également que le texte du livre est librement disponible sur internet. Le collectif invite d’ailleurs ses lecteurs à enrichir le texte de leurs récits et de leurs expériences et leur donne rendez-vous dans la rue, dans les cafés, les facs, les squats, les ZAD... afin de « (re)partir à l’assaut de l’histoire ».

Constellations, Trajectoires révolutionnaires du jeune XXIe siècle, Collectif Mauvaise troupe, Editions de l’Eclat, 704 pages, 25.00 €.

L’enfance misérable des frères Kouachi Eloïse Lebourg (Reporterre) Reporterre 2015/01/15 Eloïse Lebourg (Reporterre) (15 janvier 2015) L’enfance misérable des frères Kouachi. Reporterre. Enquête — Écologie et quartiers populaires fr

L’enfance misérable des frères Kouachi

Quelle était l’enfance de Chérif et Saïd Kouachi, les deux hommes qui ont assassiné les journalistes et les policiers à Charlie Hebdo ? Une enfance misérable, de père absent et de mère prostituée, dans un immeuble populaire du 19e arrondissement de Paris. Evelyne les a connus, elle témoigne. Un document exclusif de Reporterre

Elle en rêvait, de son logement social. Elle pose donc meubles, enfants, mari, dans un F4 du 156 rue d’Aubervilliers, à Paris. Avec son CAP de comptabilité, Evelyne s’en va chaque matin travailler tout près de la cité, en plein 19e arrondissement. Nous sommes dans les années 1980. La mixité sociale n’est encore qu’une théorie, un concept.

« Ici, nous vivions entre pauvres. Et encore, la plupart des gens, une fois passées quelques années, partaient ailleurs. Le quartier craignait vraiment. Nous avons décidé de rester pour changer notre environnement nous-mêmes, nous les locataires du 156. Nous voulions sauver notre quartier. »

Un enfant comme les autres

Alors, Evelyne crée des associations. L’une d’elles, Jeunes et locataires, voit le jour dans les années 1990. Son but est de sortir les enfants, de leur faire découvrir autre chose « que le ghetto ». Son association est une des rares à traverser le temps, elle existe pendant plus de dix ans. Elle parvient à dégoter quelques subventions, alors elle prend la main des gamins du quartier et les emmène ailleurs. Un goûter dans un parc, une sortie dans un beau quartier de Paris, et même un jour : Eurodisney.

On la prévient, dans la bande des enfants, l’un est particulièrement coquin, voire turbulent. Il s’appelle Chérif. Il se balade toujours avec son grand frère Saïd, plus discret. À croire que le plus petit est l’aîné. Saïd pleurniche tout le temps, et suit toujours son cadet. Evelyne surveille le cadet « comme du lait sur le feu ».

« J’adorais cet enfant. Il suffisait qu’on le cajole, qu’on le prenne dans les bras pour qu’il se calme. Moi, je l’ai trouvé touchant, ébahi comme tous les autres par la bande à Mickey. » Un enfant comme les autres, qui croit en la magie de Disney, et qui se calme dès qu’on l’apaise. « On les emmenait au cinéma, Chérif adorait y aller. »

Mère en détresse

Sa mère n’a pas d’argent pour payer la cantine, et elle n’est pas du genre à demander de l’aide. Evelyne qui aide tout le monde à faire ses papiers, ne l’a jamais vue dans son bureau. On ne sait rien du père, et peut-être même les enfants ont-ils des pères différents. Ils ont toujours vécu ici, nés en 1980 et 1982. Deux des cinq enfants ont déjà été placés ailleurs par les services sociaux, quand Evelyne suit Cherif et Saïd.

Quelques mois après la sortie à Eurodisney, Chérif rentre de l’école comme chaque midi. Accompagné comme toujours de son grand frère, il découvre ce midi-là, en plein milieu de l’appartement, sa maman morte. Morte de quoi ? Elle aurait avalé trop de médicaments. Pour beaucoup, il s’agit d’un suicide.

Finalement, tout le monde connaissait le quotidien de cette mère célibataire. Et les langues des habitants du quartier finissent par se délier. Elle ne parvenait plus à subvenir aux besoins de ses cinq enfants, elle avait fini par faire le trottoir pour arrondir les fins de mois. Elle serait morte, selon la gardienne qui était la seule qui lui parlait, enceinte d’un sixième enfant.

Les enfants sont orphelins, Saïd a douze ans, Chérif a dix ans. Ils quitteront le 156, pour passer leur adolescence, en Corrèze, dans un établissement de la Fondation Claude Pompidou

"On aurait dû aider cette maman"

Evelyne l’a reconnu sur sa télé mercredi 7 janvier. « J’ai appelé mon gendre, qui lui aussi a grandi dans le quartier. Il m’a bien confirmé. J’ai pleuré. Je me suis dit que je suis responsable. J’aurais dû aider cette maman. On n’aurait jamais dû emmener les enfants à Eurodisney, avec cet argent-là, on aurait dû aider cette maman. Chérif avait une dizaine d’années, pas plus. Finalement, à n’avoir rien vu, nous avons tué cette mère et avons été incapables de sauver ses enfants. »

Evelyne est inconsolable devant sa télévision. « Chérif était un enfant comme les autres. Mais il n’aura pas reçu d’amour… Il a trouvé dans le fanatisme religieux, la famille qu’il n’a jamais eue. Ils ont su lui monter la tête. En même temps, c’est facile de s’en prendre à des gamins aussi isolés et fragiles. Personne n’était là pour le remettre dans le droit chemin. »

"S’il avait eu une enfance heureuse, serait-il devenu terroriste ?"

Evelyne tient pour responsable la politique de la Ville. « Le but était de parquer là les pauvres. Et personne ne s’en occupait. Les assistantes sociales démissionnaient une à une. Elles avaient trop de boulot par chez nous, elles préféraient se faire muter ailleurs. Alors chaque mois, on avait une nouvelle personne qui reprenait notre dossier, et au final, on n’avançait pas. »

Evelyne en veut aussi beaucoup au manque d’encadrement des enfants. « Il n’était pas rare que l’on voit des enfants de cinq-six ans traîner devant l’immeuble à minuit. Chérif lui, était comme abandonné. Je me souviens d’un jour durant lequel nous organisions un goûter. Nous n’avions pas de local, alors nous allions dans les caves. Je suis remontée chercher des gobelets, et là, j’ai vu un gardien demander à Chérif, qui était tout maigrelet, de se mettre à genoux pour demander pardon, parce qu’il avait fait une bêtise. Comme il n’avait pas de papa, et une maman absente, il était un peu le souffre-douleur. Enfin, je ne voudrais pas que vous pensiez que je le défends. Mais je veux dire, s’il avait eu une enfance heureuse, serait-il devenu un terroriste ? »

Elle raconte aussi, pour expliquer le contexte de désarroi, l’histoire d’un autre jeune, habitué de la brigade des mineurs, qu’elle faisait dormir chez elle, parce qu’il était battu par sa maman. Un jour, il fugue, les premières nuits, il dort sur le toit. Evelyne finit par le ramasser, lui faire passer une nuit dans le lit de son fils. Le matin, elle le dépose à la police. C’est un habitué, quatre fois qu’il vient. La première fois, à cause d’une brûlure au troisième degré causé par un fer à repasser. Evelyne se met en colère : « Combien de fois devrai-je vous l’amener avant que vous le retiriez de sa mère ? »

Mais le policier veut d’abord savoir comment l’enfant a vécu pendant ces huit jours d’errance. Il comprend tout, quand l’enfant parle d’un monsieur. « Les enfants étaient tellement laissés à l’abandon que le 156 était devenu un repère de pédophiles. Ils passaient le soir, les gamins étaient livrés à eux-mêmes sur le parking. Les parents ne les cherchaient pas… »

"Nous étions entourés de violence"

Evelyne en a marre : « Nous avions quatre centres sociaux dont La maison des copains de La Villette, Action fraternelle, ou encore Espace 19, mais les éducateurs, salariés, n’étaient pas plus âgés que les délinquants et leur donnaient rendez-vous dans les cafés à fumer des clopes et boire des verres. Moi, j’appliquais la méthode bénévole de la ’maman’ et je n’ai jamais eu de problème avec ces jeunes. Sont-ils totalement responsables de ce qu’ils deviennent ? Délinquants, drogués, et pour les frères Kouachi, ces monstres incompréhensibles ? »

Marise (prénom modifié) se pose la même question. À l’époque, elle aussi habite le quartier. Militante, elle multiplie les associations pour venir en aide aux quartiers difficiles. « J’ai vécu de bons moments. Mais avant les années 90, et la prise de conscience que la mixité sociale était indispensable, nous ne parlions pas de ça lors de nos réunions politiques. (NDLR : Marise a d’abord été militante au PC, puis au PS). La société délaisse les pauvres, les met en colère, les rend violents, puis parfois haineux. »

« Les seuls qui acceptaient de vivre au 156 étaient les sans-abris. Nous étions entourés de violence. » Evelyne renchérit. « Je me souviens de ces gamins dont le père était toujours saoûl, et s’endormait avant que les enfants ne rentrent de l’école. Il fermait à clef, les enfants dormaient dans les escaliers. Nous faisions des signalements, mais même les professeurs ne disaient rien… C’est une société entière qu’il faut condamner d’avoir laissé grandir des enfants dans une telle misère. »

"Terreau fertile"

Evelyne, chrétienne qui pense qu’il faut savoir rire de tout, savait que doucement l’islam gagnait dans le quartier. « Je voyais de plus en plus de femmes porter le voile, puis avoir des propos de moins en moins laïcs. » Marise acquiesce : « Au début, dans les années 90, un des pratiquants de la mosquée de la rue de Tanger faisait partie du Conseil de Quartier. On l’aimait beaucoup, il était très laïc, très ouvert. Nous faisions nos réunions dans la mosquée. Je trouvais cela formidable. Puis notre ami, un jour nous a dit qu’il quittait la mosquée, qu’il ne se retrouvait plus dans les paroles de l’imam. Dès lors, la porte de la mosquée nous est restée à jamais fermée, et nous voyions le changement dans le comportement. Les salafistes ont petit à petit pris possession des lieux, jusqu’à l’arrestation de la cellule des Buttes Chaumont. »

Marise pense que l’intégrisme ne peut prendre racine que sur ce genre de terreau fertile où la précarité et l’abandon ont pris la place normalement nécessaire de l’intégration. « Mais je suis optimiste, depuis l’avènement de la mixité sociale, les choses vont mieux. Je reste persuadée que la mixité était la bonne solution. En revanche, ces enfants nés dans le triple abandon, d’une société, parfois de racines, et encore pire d’éducation, n’ont pas pu apprendre les limites, pas pu s’intégrer… Et ils ont trouvé refuge dans la délinquance, la violence, la prison, et parfois dans l’intégrisme religieux. Il reste cependant de nombreuses structures à créer pour prévenir, intégrer, encadrer. Tenez, pour l’intégration, moi j’aime beaucoup animer l’atelier tricot au Centre Social Riquet mais je dis aux femmes d’arrêter de parler une langue entre elles que je ne comprends pas, j’ai l’impression qu’elles parlent de moi. Ça les fait rire. Mais finalement, parler le même langage quand on est ensemble, c’est plus simple non ? »

Pour Marise, « nous sommes responsables de ne pas avoir offert une jeunesse équilibrée à ces mômes, en n’ayant jamais vu la souffrance de leur mère, leur désarroi d’orphelins… Mais ce n’est pas une excuse pour tuer les autres et ne pas avoir le recul face à l’absurdité du fanatisme… »

Evelyne, elle, qui a pris sa retraite et vit maintenant dans la région Centre, concède : « Je ne devrais pas le dire, vous allez me prendre pour une folle, mais quelque part, moi ces gamins-là, je les plains… »

Opération Mains propres sur la santé publique : stop à la corruption Michèle Rivasi Reporterre 2015/01/15 Michèle Rivasi (15 janvier 2015) Opération Mains propres sur la santé publique : stop à la corruption. Reporterre. Tribune — Santé fr

Opération Mains propres sur la santé publique : stop à la corruption

Un appel est lancé pour lever l’opacité qui règne dans le monde de la santé publique, gangrené par les intérêts privés qui viennent heurter l’intérêt général. On ne compte plus les hauts fonctionnaires en lien avec l’industrie pharmaceutique. Il est temps de refonder la santé sur l’intérêt général.

Fin décembre étaient révélées les pratiques de Sanofi pour favoriser son antidiabétique Lantus aux Etats-Unis. Des centaines de médecins jouant les « agents doubles » ont reçu des dizaines de milliers d’euros pour la promotion de l’insuline star de la firme pharmaceutique française.

Corruption

Les scandales sanitaires actuels (du Médiator au Sofosbuvir) nous permettent de tirer deux enseignements : l’impérieuse nécessité d’ouvrir le système pour donner davantage de place aux avis contradictoires (lanceurs d’alerte, praticiens, patients, associations) tout en légalisant les actions de groupe (actions en justice qui permettent à un grand nombre de personnes d’engager ensemble une seule procédure en justice afin d’obtenir réparation d’un préjudice) ; l’urgence de lutter contre la porosité actuelle constatée entre les « évaluateurs » et les « évalués », les contrôleurs et les contrôlés.

En février 2014, le premier rapport de la Commission européenne sur la corruption citait parmi les secteurs les plus vulnérables à la corruption la santé tandis que Mediapart révélait en 2011, 28 liens d’intérêts parmi les 30 membres de la commission d’autorisation du médicament.

L’opacité la plus totale règne dans le monde de la santé publique. Les intérêts privés viennent heurter l’intérêt général. Nous ne sommes toujours pas sortis de la collusion entre l’Etat et les groupes pharmaceutiques comme l’illustre les dernières affaires Cahuzac et le scandale du Médiator.

La corruption dans la santé fait perdre dix milliards d’euros

Cela a des conséquences lourdes sur nos finances publiques. Les Français sont les plus gros consommateurs de médicaments en Europe (entre 50 % et 100 % de plus que nos voisins les plus proches).

En luttant contre cette surconsommation et cette surfacturation par une meilleure prescription, l’assurance-maladie pourrait réaliser au moins dix milliards d’euros d’économies c’est-à-dire annuler son déficit chronique et ce sans dommage pour la santé publique, bien au contraire.

Comme l’a montré Serge Rader (pharmacien, lanceur d’alerte) dans son étude comparative du prix du médicament entre la France et l’Italie, le coût des médicaments en ville et à l’hôpital s’élève pour 2013 à 18 milliards d’euros chez nos voisins transalpins contre 34 milliards pour la France, soit 70 % de plus à populations égales pour les mêmes résultats sanitaires (avec une espérance de vie de sept mois supérieure en Italie).

De plus, les prix hors taxes des génériques sont supérieurs en France de 30 % en moyenne à ceux pratiqués en Italie.

- Jérôme Cahuzac -

Privatisation et conflits d’intérêt

Le vrai risque aujourd’hui est une privatisation rampante du système de santé publique liée notamment à la dégradation du système hospitalier, conduisant à la perte d’équité dans le traitement et l’accès aux soins.

Le conflit d’intérêt est défini comme tel : « C’est une situation d’interférence entre une mission de service public et l’intérêt privé d’une personne qui concourt à l’exercice de cette mission, lorsque cet intérêt, par sa nature et son intensité, peut raisonnablement être regardé comme de nature à influencer, ou paraître influencer l’exercice indépendant, impartial et objectif de ses fonctions ».

Un examen des liens d’intérêts des ministres de la santé montre qu’ils ont depuis Claude Evin quasiment tous été, soit avant leur entrée en fonction, soit après, en lien avec des laboratoires pharmaceutiques.

Le cas emblématique le plus récent est celui de Nora Berra (secrétaire d’Etat chargée de la Santé de 2010 à 2012) qui a travaillé dix ans pour les firmes pharmaceutiques (de 1999 à 2009) auprès de trois laboratoires (Boehringer Ingelheim, Bristol-Myers Squibb, Sanofi Pasteur). Comment être indépendant moins d’un an après avoir quitté l’industrie pharmaceutique ?

Hauts fonctionnaires et industrie

Chez les hauts fonctionnaires, c’est toujours le même schéma. Une dizaine d’années passées dans les cabinets ministériels avant d’aller dans les laboratoires. Il va de soi que tout ce beau monde est repéré à l’avance par l’industrie pharmaceutique.

Le cas de Jacques de Tournemire est parlant. Il a été conseiller au cabinet du ministre Mattei puis à Matignon dans le cabinet Villepin. Ensuite, il bascule dans le privé comme directeur des opérations de lobby pour Pfizer à Bruxelles, puis vice président Pfizer France avant de devenir consultant pour les grandes firmes pharmaceutiques.

Les parlementaires sont également « gratifiés » par divers groupe à l’instar du Club Hippocrate, financé par GSK, Générale de Santé et Malakoff Médéric dont le patron est le frère de Nicolas Sarkozy.

L’industrie pharmaceutique a l’habitude de recruter les interlocuteurs qu’elle côtoie dans les agences sanitaires. C’est le cas pour Philippe Lamoureux, nouveau directeur général du Lobby européen du médicament (LEEM) après avoir été secrétaire général de l’Agence du Médicament au ministère de la Santé.

Les conflits d’intérêts touchent aussi l’Agence européenne du médicament : au terme de son mandat fin 2010 de directeur exécutif de l’EMA, Thomas Lönngren a en effet été autorisé à exercer des activités de conseil auprès de cinq entreprises privées notamment sur les questions du développement de nouveaux médicaments et les délais de mise sur le marché.

Enfin, les liens avec l’industrie pharmaceutique concernent aussi les associations à l’instar de la Société française de cardiologie financée par Sanofi-Aventis.

Il convient de construire un mur parfaitement étanche entre les intérêts privés et la décision publique dans le domaine de la santé. Cette dernière doit être fondée uniquement sur l’intérêt général, la transparence et les principes qui fondent le service public pour les usagers : gratuité et égalité d’accès.

Il jouait du piano pour la liberté Barnabé Binctin (Reporterre) Reporterre 2015/01/16 Barnabé Binctin (Reporterre) (16 janvier 2015) Il jouait du piano pour la liberté. Reporterre. fr

Il jouait du piano pour la liberté

Il ne joue pas du piano debout, mais le message est le même, un message de paix et de liberté. Improvisé, nocturne et ouvert à tous, le concert de l’artiste allemand Davide Martello donne une autre note à la commémoration, place de la République.

22 h, mercredi 14 janvier. Une semaine exactement après le massacre de Charlie Hebdo. Encore trop tôt pour prendre du recul, les journées sont longues, épuisantes. En quittant le bureau, des pas vagabonds nous mènent vers la place de la République. Trajectoire presque inconsciente, comme portée par le poids des mots qui imprègnent l’esprit occupé : partout des hommages, partout des récits, partout des souvenirs, partout des questions. Et celle-ci, parmi d’autres : qu’est donc devenue cette place de Paris, lieu principal de la dite “insurrection républicaine”, squattée depuis une semaine par les camions-télé des plus grandes chaines d’informations mondiales, espace d’expression populaire chaque jour réapproprié et plus que jamais symbole des libertés. Qu’est devenue la place de la République, une semaine après le drame ?

Ce mercredi soir, elle est un eldorado de musique. Un piano, des touches bleues fluorescentes, dix doigts défilant sur le clavier, et la lancinante mélodie comme force de rassemblement. Une force irrésistible. Une quarantaine de badauds, des jeunes et des vieux, des grands et des petits, des gens avec des écharpes et d’autres avec des bonnets, des chiens en laisse et des chiens sans laisse. Certains s’improvisent photographes et tournent autour de la scène improvisée sur le bitume, à quelques mètres de la statue où se mêlent crayons en carton, brassard noir et innombrables pancartes « Je suis Charlie ».

L’air est envoûtant, calme. Éveille une nostalgie douce et commémorative. La petite foule fait corps, silencieusement, autour de la musique. C’est un moment serein. Entre chaque morceau, un spectateur s’avance et glisse un mot, une pièce ou un sourire. L’homme continue de jouer, après s’être frictionné les mains. Cela fait dix minutes, vingt minutes, trente minutes. Il n’y a plus de température.

Un journaliste de NBC nous révèle l’identité du musicien. Davide Martello. Il l’a reconnu, deux ans après l’avoir rencontré sur la place Taksim. Fasciné, il raconte comment les notes avaient éteint subitement les violences qui animaient alors la place d’Istanbul, épicentre des contestations turques au printemps 2013.

L’artiste s’est aussi retrouvé à Kiev et à Donietsk, ou à Cologne, lors d’une démonstration de hooligans. A chaque fois, son piano qu’il promène à vélo désamorce la tension ambiante. « La musique permet d’apaiser, elle interpelle », nous dit-il simplement.

Arrivé dans la journée en provenance de Berlin, le pianiste cosmopolite a joué toute la soirée, pendant quatre heures. « Tout le monde ne parle que de ça, dans le monde entier », glisse-t-il comme pour justifier sa présence dans la capitale. Après plusieurs rappels, le froid finit par avoir raison de ses mains nues. Un enfant supplie un dernier morceau. Imagine, de John Lennon.

Vidéo Imagine from Reporterre on Vimeo.

L’homme enfourche sa bicyclette et repart avec son piano, dans la nuit. Demain, il faudra recharger l’instrument, alimenté par des panneaux solaires. Afin de pouvoir rejouer, même heure, même place. Le deuil offre souvent des moments de très grande beauté. C’est ainsi que hier soir, Charlie a rencontré l’esprit de Gandhi dans les mains de Beethoven.

Voir aussi : Le petit reportage-vidéo réalisé justement par la chaîne NBC, hier soir

DOSSIER : Peut-on sortir du nucléaire ? Reporterre Reporterre 2015/01/16 Reporterre (16 janvier 2015) DOSSIER : Peut-on sortir du nucléaire ?. Reporterre. Nucléaire fr

DOSSIER : Peut-on sortir du nucléaire ?

- Mme Royal, vous avez fumé ou quoi ? La relance du nucléaire est... une fumisterie, Stéphane Lhomme, 16 janvier 2015.

- Pour imposer le site de déchets nucléaires Cigéo, l’Andra aurait dissimulé une source géothermique, Émilie Massemin (Reporterre), 5 janvier 2015.

- Ségolène Royal s’est opposée à l’enfouissement des déchets nucléaires, Barnabé Binctin (Reporterre), 5 janvier 2015.

- Les drones c’est pas nous ! Mais la fermeture de Fessenheim, Mme Royal, ça peut être vous, Isaberlle Attard, Clémentine Autain, Julien Bayou, Noël Mamère, Corinne Morel Darleux, 17 décembre 2014.

- Face aux drones de La Hague, la ridicule impuissance de l’Etat nucléaire, CRILAN, 25 novembre 2014.

- Les déchets nucléaires, ça pue, quand le gouvernement traficote en douce, chronique sur Radio nova, Barnabé Binctin (Reporterre), 22 novembre 2014.

- Déchets nucléaires : le gouvernement essaye encore de tricher, Barnabé Binctin (Reporterre), 20 novembre 2014.

- Fukushima ne vous a pas suffi ? Il faut fermer Fessenheim, Réseau Fukussenheim, 19 novembre 2014.

- C’est une première : un exploitant nucléaire condamné financièrement par la justice, Émilie Massemin (Reporterre), 18 novembre 2014.

- La France va servir de poubelle nucléaire à Monaco, Martin Leers et Louis Germain (Le Journal de l’énergie), 12 novembre 2014.

- En Turquie, la contestation contre le nucléaire prend forme, Clément Beulinck (Reporterre), 4 novembre 2014.

- Une visite au Salon où le nucléaire rêve d’un avenir plein de neutrons, Barnabé Binctin (Reporterre), 16 octobre 2014.

- Back in seventies : pour Manuel Valls et le troisième âge, le nucléaire est « l’énergie de l’avenir », Barnabé Binctin (Reporterre), 15 octobre 2014.

- Pendant que la France consacre le nucléaire, l’Allemagne réussit la transition énergétique, Amory Lovins, 15 octobre 2014.

- Loi sur la transition énergétique : magie du verbe, mystère des chiffres, David Dornbusch, 13 octobre 2014.

- Auto électrique : la grande arnaque, Barnabé Binctin (Reporterre), 4 octobre 2014.

- La bataille de l’Île de Sein contre EDF pour l’autonomie énergétique, Lorène Lavocat (Reporterre), 3 octobre 2014.

- La loi de transition énergétique consacre la souveraineté du nucléaire en France, Marie Astier et Barnabé Binctin (Reporterre), 1er octobre 2014.

- En Alsace, la CGT Equipement demande la fermeture de la centrale de Fessenheim, Hervé Kempf (Reporterre), 29 juillet 2014.

- Ne rêvez pas, Mme Royal, le prix de l’électricité ne peut qu’augmenter, Benjamin Dessus, 24 juillet 2014.

- Comment la loi de transition énergétique démantèle le droit nucléaire, Guillaume Blavette, 1er juillet 2014.

- Le stupéfiant coup de force du gouvernement pour imposer l’enfouissement des déchets nucléaires, Barnabé Binctin (Reporterre), 20 juin 2014.

- Loi de transition énergétique : l’Etat satisfait EDF et le nucléaire, Hervé Kempf (Reporterre), 19 juin 2014.

- Pour l’UDI, « réduire le nucléaire à 50 % de la production est utopique », Barnabé Binctin (Reporterre), 18 juin 2014.

- « Les écologistes ne voteront pas une loi qui n’inscrirait pas la réduction du nucléaire à 50 % en 2025 », Entretien avec Denis Baupin, 17 juin 2014.

- Le nucléaire coûte de plus en plus cher, selon la Commission d’enquête parlementaire, Barnabé Binctin (Reporterre), 11 juin 2014.

- Le « Salon mondial du nucléaire » se tiendra en octobre près de Paris, Barnabé Binctin (Reporterre), 10 juin 2014.

- En Allemagne, le débat sur l’énergie s’aiguise entre citoyens et grande industrie, Isabelle Böhnke (Reporterre), 10 mai 2014.

- A Taïwan, de puissantes manifestations repoussent le projet de centrale nucléaire, Clément Robin (Reporterre), 29 avril 2014.

- Les six enjeux « sans précédent » du nucléaire français, Philippe Collet (Actu Environnement), 18 avril 2014.

- Les nucléaristes veulent discrètement relancer le surgénérateur, Pierre Péguin, 29 mars 2014.

- Travail dans le nucléaire : CDD de six mois pour traiter les déchets radioactifs, Camille Martin (Reporterre), 21 mars 2014.

- Entre facture astronomique et EPR pataugeant, il est temps de programmer l’arrêt des réacteurs, Réseau Sortir du nucléaire, 4 mars 2014.

- L’Etat français se prépare à l’accident nucléaire, Hervé Kempf (Reporterre), 5 février 2014.

- La sortie du nucléaire est un objectif moral incontournable, Nicolas Hulot, 14 novembre 2011.

- Pourquoi une chaîne humaine contre le nucléaire le 11 mars prochain ?, 13 novembre 2011.

- Produire l’électricité... mais pour quels besoins ?, 13 novembre 2011.

- Polémique : Le patron d’EDF invente des emplois nucléaires, selon Denis Baupin, le 9 novembre 2011.

- Coût du nucléaire, où en est-on ?, le 5 novembre 2011.

- Hollande, Aubry, Montebourg et le nucléaire - c’est le grand flou, le 11 octobre 2011.

- Quelle est la philosophie du scénario Negawatt de transition énergétique ?, le 30 septembre 2011.

- Contre un EPR à Penly, le 29 septembre 2011.

- Coût de la sortie du nucléaire : halte à l’intoxication du Figaro !, le 23 septembre 2011.

- Peut-on être un parti de gouvernement et vouloir sortir du nucléaire ?, le 14 septembre 2011.

- Le Parti socialiste vous paraît-il prêt à sortir de l’énergie nucléaire ?, le 7 septembre 2011.

- « Il y a une forte probabilité d’accident nucléaire en Europe », le 6 août 2011.

- Une énergie sale, le 7 juillet 2011.

- Énergie : décadrer le débat, d’urgence, un pas de côté !, le 5 juillet 2011.

- Pourquoi faut-il économiser l’électricité si l’on veut sortir du nucléaire ?, le 30 juin 2011.

- Quels sont les trois types de sobriété ?, le 25 juin 2011.

- Quel est le vrai coût de l’énergie nucléaire ?, le 14 juin 2011.

- Les axes d’une politique de transformation énergétique, le 5 juin 2011.

- Pourquoi les centrales nucléaires ne sont-elles pas assurées ?, Marco Morosini, le 8 avril 2011.

- Le nucléaire va faire monter le prix de l’électricité, le 28 mars 2011.

- Il est temps d’en discuter sérieusement : comment sortir du nucléaire ?, le 18 mars 2011.

Les citoyens européens consultés rejettent massivement la clause d’arbitrage du traité transatlantique de libre échange Elisabeth Schneiter (Reporterre) Reporterre 2015/01/16 Elisabeth Schneiter (Reporterre) (16 janvier 2015) Les citoyens européens consultés rejettent massivement la clause d’arbitrage du traité transatlantique de libre échange. Reporterre. Europe fr

Les citoyens européens consultés rejettent massivement la clause d’arbitrage du traité transatlantique de libre échange

150 000 citoyens se sont exprimés négativement sur le traité TAFTA en négociation entre l’Europe et les Etats-Unis. Reconnaissant cette opposition, la Commission européenne maintient cependant le cap de la négociation.

Le 13 janvier, la Commission européenne a publié les résultats de la consultation publique sur le règlement des différends investisseur-État (RDIE, ou ISDS en anglais) dans le contexte des négociations commerciales UE-États-Unis, TTIP ou TAFTA, alias traité transatlantique de libre échange.

« S’il fallait une nouvelle preuve que la négociation du traité de libre-échange transatlantique se fait sans, et contre les citoyens européens, il n’y a qu’à lire les conclusions de la Commission européenne après la consultation publique sur le mécanisme très contesté de règlement privé des différends états-investisseurs », juge le député européen Yannick Jadot.

L’été dernier, en réaction face à la montée de l’opposition au TAFTA et plus particulièrement à la clause sur l’arbitrage, la commission avait lancé cette consultation. Elle avait prévenu qu’une consultation publique n’est pas un sondage, et encore moins un référendum.

Malgré la langue de bois dans laquelle il était rédigé, environ 150 000 personnes ont répondu à ce questionnaire long, alambiqué et fastidieux. À aucun endroit, celui-ci ne posait clairement la question de savoir si le citoyen était pour ou contre l’inclusion du mécanisme ISDS dans le projet de traité, ce qui était pourtant le sujet. À aucun endroit on ne proposait d’autres solutions, telle que le règlement par les tribunaux des pays européens.

Pourtant, la consultation a recueilli le nombre le plus élevé de réponses jamais reçues lors d’une consultation publique de l’UE. Et il prend encore plus de signification si on le compare au taux de participation très bas aux élections européennes. L’appropriation de cette consultation par les citoyens s’explique probablement par l’absence de mécanisme démocratique permettant de faire valoir leurs inquiétudes et questionnements à l’égard du grand marché transatlantique.

97 % des personnes qui ont répondu à la consultation ont rejeté la perspective d’un mécanisme de règlement des différends dans l’accord transatlantique comme dans ceux déjà conclus, tels que l’accord UE-Canada. « La consultation montre clairement l’existence d’un énorme scepticisme par rapport à l’instrument RDIE », a reconnu la commissaire européenne au commerce, Cécilia Malmström. L’une des craintes des opposants est qu’un tel mécanisme supranational entraîne une vague de procédures des multinationales américaines contre certaines législations nationales européennes, non conformes à leurs intérêts commerciaux.

Fin juillet, Karel de Gucht avait déclaré aux membres du Parlement européen que les multiples réponses identiques reçues via ces outils seraient considérées comme une réponse unique. Cela est scandaleux, car chaque réponse a bien été entrée dans le système par une personne différente. Cette attitude méprisante avait conduit les associations AITEC et Attac France à adresser une lettre ouverte à la Secrétaire d’État au Commerce extérieur Fleur Pellerin.

En publiant les résultats, la Commission européenne a indiqué que « toutes les réponses seraient également prises en considération » mais, comme M. de Gucht, elle considère que sur 150.000 réponses reçues, 97 % étaient semblables et adressées depuis des plates-formes citoyennes. Elle indique qu’elle continuera ses consultations avec les autres institutions de l’UE et les parties prenantes, dont les citoyens ne font pas partie.

Pour Paul de Clerck, responsable de la campagne sur le commerce aux Amis de la Terre Europe, « La Commission européenne montre son mépris total de ceux qui se sont mobilisés en masse pour exprimer leur opposition à un traitement de faveur pour les investisseurs dans les négociations UE-États-Unis en cours. Cette annonce est une preuve de plus que les négociations du TTIP sont un cheval de Troie dangereux des multinationales, au détriment de la protections essentielle des personnes et de l’environnement. »

Le collectif Stop TAFTA dénonce le mépris de la Commission face à la mobilisation des populations européennes pour refuser les privilèges accordés aux investisseurs dans le projet d’accord UE-États-Unis.

En septembre dernier, la Commission avait déjà refusé d’enregistrer l’ICE, initiative citoyenne européenne, soutenue pourtant par les signatures de plus d’un million de citoyennes et de citoyens européens, demandant que la Commission européenne mette fin aux négociations sur TAFTA, et qu’elle ne conclue pas le CETA.

DOSSIER - Traité transatlantique de libre-échange, dit TAFTA Reporterre Reporterre 2015/01/16 Reporterre (16 janvier 2015) DOSSIER - Traité transatlantique de libre-échange, dit TAFTA. Reporterre. fr

DOSSIER - Traité transatlantique de libre-échange, dit TAFTA

On l’appelle Traité de libre-échange transatlantique, TAFTA, TTIP, et d’autres noms encore. Tout est fait pour qu’on n’y comprenne rien et que le citoyen ne s’y intéresse pas. Voici les faits.

- Les citoyens européens consultés rejettent massivement la clause d’arbitrage du traité transatlantique de libre échange, Elisabeth Schneiter (Reporterre), 16 janvier 2015.

- L’adoption du traité transatlantique affaiblirait les normes sur les pesticides, selon l’association Générations futures, Brève, 9 janvier 2015.

- Le TAFTA aurait un effet nuisible sur l’économie européenne, démontrent deux études, Elisabeth Schneiter (Reporterre), 19 décembre 2014.

- A Lille, convergence des luttes contre le TAFTA, le gaz de couche et les Mille vaches, Didier Harpagès (Reporterre), 14 octobre 2014.

- Nous refusons le traité transatlantique, qui est une attaque contre la démocratie, Julien Bayou, Pierre Larrouturou, Anne Le Strat, Vincent Liegey, Noël Mamère, Corinne Morel Darleux, Myriam Martin, Barbara Romagnan, 11 octobre 2014.

- Si le TAFTA est adopté, la transition énergétique sera impossible, Thomas Porcher et Frédéric Farah, 9 octobre 2014.

- Par le TAFTA et le CETA, l’Europe ouvre la porte aux OGM, Elisabeth Schneiter (Reporterre), 2 octobre 2014.

- « Le TAFTA veut placer les profits avant l’intérêt des peuples », entretien avec Glyn Moody, 26 septembre 2014.

- L’Europe impose à l’Afrique un traité pire que le TAFTA, Jean Gadrey, 30 juillet 2014.

- Le TAFTA est déjà utilisé pour affaiblir la réglementation europénne sur l’environnement, Les Amis de la Terre, 18 juillet 2014.

- La communauté urbaine de Dunkerque a adopté à l’unanimité une motion de rejet du projet de traité TAFTA. Le vote a eu lieu le 10 juillet 2014.

. Texte de la motion à télécharger ici : . Vote au conseil : voir video à 3 h 23’ 09’’’ : http://youtu.be/CthHtqaCF-8

- Citoyens, il est temps de stopper l’odieux traité transatlantique !, Collectif Stop Tafta, 12 juillet 2014.

- Les Etats-Unis offrent vingt mille dollars aux meilleurs propagandistes du TAFTA, Camille Martin (Reporterre), 30 juin 2014.

- Dans le document de négociation du traité Tafta, l’Union européenne propose de libéraliser complètement l’énergie et les matières premières (19 mai 2014)… . document (en anglais) à télécharger :

- A Bruxelles, la police protège les banquiers et arrête 250 opposants au traité TAFTA, Baptiste Camille (Reporterre),15 mai 2014.

- A Washington, on braque la lumière sur les négociations commerciales secrètes, Elisabeth Schneiter (Reporterre), 30 avril 2014.

- Le conseil municipal de La Grande Synthe (Nord) a déclaré la commune « Zone Hors Traité Transatlantique », indique mardi 15 avril à Reporterre son maire (PS), Daniel Carême. La ville de Sevran (Seine-Saint-Denis) a pris la même décision, se déclarant le 11 avril « zone hors partenariat transatlantique de commerce et d’investissement ».

- Les candidats aux élections européennes sont priés de s’engager sur le TAFTA, Corporate Europe Observatory, 14 avril 2014.

- Accord transatlantique : la Commission Européenne piétine le débat démocratique, Attac France, 1er avril 2014.

- La ville de Niort se déclare contre le Traité transatlantique, Mairie de Niort, 11 mars 2014.

- Besançon se déclare contre le Traité transatlantique, Daniel Bordur (Reporterre), 6 mars 2014.

- La mobilisation contre le Traité transatlantique monte en puissance, Elisabeth Schneiter (Reporterre), 20 février 2014.

- Le conseil régional d’Ile-de-France s’oppose au Grand marché transatlantique, Camille Martin (Reporterre), 15 février 2014.

- Pourquoi s’opposer au projet de traité de libre échange entre l’Europe et les Etats-Unis ?, Michèle Rivasi, 31 janvier 2014.

- Ces merveilleux traités qui transfèrent le pouvoir des Etats aux multinationales, Manuel Perez-Roche et Stuart Trew, 25 janvier 2014.

- La Commission européenne organise la propagande en faveur du traité de libre-échange avec les Etats-Unis, Elisabeth Schneiter (Reporterre), 18 décembre 2013.

- Traité de libre-échange : Wikileaks révèle l’accord secret visant à protéger les intérêts des multinationales, Elisabeth Schneiter (Reporterre), 19 novembre 2013.

- L’Accord de libre-échange transatlantique : négocié dans le secret pour abaisser les protections environnementales, Hélène Cabioc’h (Attac) et Amélie Canonne (Aitec), 19 juin 2013.

- Les Verts et le Parti de gauche opposés au traité de libre échange avec les Etats-Unis, Verts au Parlement européen // Parti de Gauche, 15 juin 2013.

- L’accord de libre-échange États-Unis/Europe menace l’environnement et l’alimentation, Confédération Paysanne, 28 mai 2013.

Mme Royal, vous avez fumé ou quoi ? La relance du nucléaire est... une fumisterie Stéphane Lhomme Reporterre 2015/01/16 Stéphane Lhomme (16 janvier 2015) Mme Royal, vous avez fumé ou quoi ? La relance du nucléaire est... une fumisterie. Reporterre. Tribune — Énergie fr

Mme Royal, vous avez fumé ou quoi ? La relance du nucléaire est... une fumisterie

La ministre de l’Ecologie annonce une nouvelle génération de réacteurs nucléaires et tous les zélateurs de l’atome s’enflamment. Oubliant que M. Sarkozy faisait déjà ces annonces en 2008... En fait, l’industrie nucléaire s’enfonce dans la crise.

Il a donc suffit d’un effet d’annonce de Mme Royal - « Il faut programmer la construction d’une nouvelle génération de réacteurs qui prendront la place des anciennes centrales lorsque celles-ci ne pourront plus être rénovées » - pour que les zélateurs habituels de l’atome s’enflamment et titrent ici où là sur le « grand retour de l’atome »... annoncé depuis quinze ans mais jamais au rendez-vous.

En 2008, déjà...

Rappelons donc que, le 25 septembre 2008, alors Président de la République, M Sarkozy s’autorisait déjà exactement ce même effet d’annonce sans lendemain : « Le remplacement de nos centrales nucléaires par les centrales de la nouvelle génération sera accéléré » (1).

Jamais avare de vaines déclarations, M. Sarkozy avait même annoncé quelques mois plus tard le choix du site de Penly pour un second EPR en France : « Le président de la République confirme le lancement à Penly, en Seine-Maritime, de la réalisation d’une deuxième centrale nucléaire de type EPR en France » (2). Tout ceci a été abandonné entre temps.

Ridicule

Six ans et demi plus tard, non seulement les rêves des nucléocrates n’ont pas progressé d’un pouce, mais la situation de l’atome hexagonal s’est tellement dégradée que l’annonce de Mme Royal n’est plus seulement vaine (comme celles de M. Sarkozy), elle est aussi totalement ridicule.

Ainsi, après avoir atteint 87 euros et 82 euros à la bourse de Paris, les cotations d’EDF et d’Areva se sont effondrées à 21 euros et 9 euros, respectivement 75 % et 90 % de pertes. Un véritable « triomphe ». Il est désormais de notoriété publique qu’Areva est en situation de faillite, plombée entre autre par le chantier catastrophe de l’EPR finlandais et par l’affaire de corruption Uramin, mais aussi par le marché mondial du nucléaire, en totale déconfiture.

Un « joli » bilan pour Mme Lauvergeon qui a pourtant été encensée par la presse pendant ses années de règne, surnommée « la femme la plus puissante du monde » ou « Atomic Anne », et félicitée pour avoir remis l’industrie nucléaire « sur les bons rails » : il s’agissait en fait d’une voie de garage, avec probablement une dérivation vers la case prison si la justice n’est pas empêchée de faire son travail.

La situation d’EDF est à peine moins dramatique, elle-même plombée par son propre chantier EPR de Flamanville (Manche) mais aussi par la production de plus en plus massive d’électricité renouvelable en Europe : après avoir raillé si longtemps ces énergies renouvelables prétendues « négligeables », les atomistes se plaignent désormais de leur production trop massive… et trop bon marché !

L’heure des comptes

Et ce d’autant plus que, pendant ce temps, le coût du nucléaire a explosé : pour pouvoir prétendre que l’électricité nucléaire était « bon marché », et même « la moins chère du monde », les nucléocrates ont repoussé dans le temps les lourdes factures inhérentes à cette industrie. Mais l’heure des comptes a sonné.

Ainsi, les augmentations du prix de l’électricité en France se succèdent à un rythme effréné et ne sont pas près de s’arrêter. Et encore, EDF a à peine entamé le programme pompeusement appelé « grand carénage » qui consiste à dépenser - et non à « investir » comme le prétend EDF, terme malheureusement repris tel quel par de nombreux médias - pour rafistoler à grands frais les réacteurs en commençant par les plus délabrés.

Annoncé à 55 milliards, le coût de ce programme sera probablement de 100 ou 150, voire 200 milliards : dans le nucléaire, les factures réelles sont toujours beaucoup plus lourdes qu’annoncé, comme le démontre ce pauvre réacteur EPR dont le coût est passé de 2,8 milliards au départ à près de 10 milliards aujourd’hui, en attendant les factures finales pour Areva et EDF.

Une industrie à l’agonie

L’industrie nucléaire française va avoir de grandes difficultés pour simplement survivre, il est donc totalement improbable de la voir construire de nouveaux réacteurs, ce dont elle s’avère d’ailleurs totalement incapable techniquement tant en Finlande qu’à Flamanville, mais aussi financièrement.

La construction du parc nucléaire actuel a été décidée au début des années 70 par quelques personnes, sans même l’aval de l’Assemblée nationale, et elle a été financée par l’argent public qui coulait encore à flots à l’époque (c’était encore la période dite des « Trente glorieuses »). Les « élites » actuelles n’hésiteraient absolument pas à rééditer le même coup de force antidémocratique mais, cette fois, les caisses sont vides...

Les déclarations de Mme Royal sont donc parfaitement vaines et ridicules, il n’y aura pas de nouveau parc nucléaire. EDF va juste essayer de faire durer le plus longtemps possible les réacteurs actuels… probablement jusqu’à ce que l’un d’entre eux devienne le Fukushima français.

Notes :

(1) L’effet d’annonce de M Sarkozy en 2008, qui semble avoir fait aujourd’hui l’objet d’un « copier coller » de la part de Mme Royal :

Sarkozy veut accélérer le remplacement des centrales nucléaires

AFP - 25 septembre 2008 - Le président Nicolas Sarkozy a annoncé jeudi à Toulon son intention d’accélérer le remplacement des centrales nucléaires « par les centrales de la nouvelle génération ». « Le remplacement de nos centrales nucléaires par les centrales de la nouvelle génération sera accéléré », a déclaré le chef de l’Etat dans un discours sur la situation économique, après avoir assuré que le gouvernement allait « développer massivement les programmes de recherche dans les nouvelles sources d’énergie » et « les technologies propres ».

M. Sarkozy avait annoncé début juillet la construction, en France, d’un deuxième réacteur nucléaire de troisième génération EPR dont la construction pourrait démarrer en 2011. Un premier EPR est actuellement en chantier à Flamanville (Manche, ouest) et doit entrer en service en 2012.

(2) L’annonce gratuite de M. Sarkozy en janvier 2009. Il n’a plus jamais reparlé de ce projet qui a été enterré depuis par EDF. A noter que la construction devait « commencer en 2012 »… :

Sarkozy confirme la construction d’un 2e EPR à Penly

AFP - 29 janvier 2009 - Le président Nicolas Sarkozy a annoncé jeudi soir par un communiqué la construction d’une deuxième centrale nucléaire EPR à Penly (Seine-Maritime), confirmant les informations du site internet du Figaro.

Le chef de l’Etat confirme aussi que GDF Suez sera associé minoritaire du projet conduit par EDF. « Le président de la République confirme le lancement de la réalisation d’une deuxième centrale nucléaire de type EPR en France », indique un communiqué de l’Elysée.

« L’Etat valide le projet d’EDF de réaliser cette centrale sur le site de Penly, en Seine-Maritime », lit-on ensuite : « EDF réalisera cet équipement dans le cadre d’une société de projet dont il aura la majorité. GDF SUEZ sera associé à ce projet. D’autres partenaires désireux de partager l’investissement et l’approvisionnement électrique seront invités à y participer ».

L’Elysée précise qu’EDF « déposera dans les prochaines semaines un dossier sur ce grand projet à la commission nationale du débat public, en vue de commencer la construction en 2012 et de raccorder la centrale au réseau en 2017 ».

Enfin, « dans la perspective du développement ultérieur de la filière, l’Etat reconnaît la volonté de GDF SUEZ d’assumer la maîtrise d’ouvrage et l’exploitation de l’EPR suivant », c’est-à-dire le troisième du genre.

(3) Complément d’information : Les précisions de Mme Royal.

Le préfet employé par un trust immobilier dicte la loi contre l’environnement Marie Astier (Reporterre) Reporterre 2015/01/16 Marie Astier (Reporterre) (16 janvier 2015) Le préfet employé par un trust immobilier dicte la loi contre l’environnement. Reporterre. Politique fr

Le préfet employé par un trust immobilier dicte la loi contre l’environnement

Pendant que tout le monde regarde ailleurs, le projet de loi dit Macron avance tranquillement à l’Assemblée nationale. Plusieurs de ses dispositions visent à affaiblir la réglementation protégeant l’environnement. En s’appuyant sur le travail d’un haut fonctionnaire employé par le troisième groupe mondial de l’immobilier commercial...

C’est un simple article, qui pourrait à lui seul bouleverser le droit de l’environnement. Plus précisément, il s’agit de l’article 28 du projet de loi Macron.

Son objectif est une « modernisation du droit de l’environnement », dit le gouvernement dans l’exposé des motifs du projet de loi. Surtout, il voudrait réduire le délai d’obtention d’un permis de construire à moins de cinq mois, pour relancer les secteurs de l’immobilier et du bâtiment.

Une modernisation urgente, apparemment, puisque l’article prévoit qu’elle se fera par ordonnance. Le procédé autorise le gouvernement à écrire des lois sans passer par le Parlement.

Que contiendront ces ordonnances ? L’étude d’impact de la loi nous renseigne sur le sujet. Dans l’explication de l’article 28, il est précisé qu’il servira à mettre en œuvre, entre autres, les mesures conseillées par « la mission sur l’accélération des projets de construction. » Une mission « confiée au Préfet Jean-Pierre Duport », ajoute le texte.

L’ancien préfet travaille pour Unibail-Rodamco

Ce haut fonctionnaire a un CV bien fourni : il a été préfet de Seine-Saint-Denis puis de Paris, président de Réseau Ferré de France, directeur de cabinet de Chevènement quand il était à l’Intérieur, etc.

Surtout, fort de cette expérience dans l’urbanisme public, il est désormais conseiller spécial du Président d’Unibail-Rodamco.

Cette entreprise est le « premier groupe européen côté d’immobilier commercial », indique-t-elle sur son site internet. C’est aussi le troisième groupe mondial du secteur : il gère des centres commerciaux, des centres des congrès et des immeubles de bureau.

Parmi les projets en développement, on trouve la rénovation du forum des Halles à Paris, ou, tiens, le projet de centre commercial de Val Tolosa, dont Reporterre vous a déjà parlé. Les opposants à Val Tolosa ont même été invités lors de notre rencontre sur les grands projets inutiles.

Celui qui va être le principal inspirateur de la réforme du droit de l’environnement est donc salarié de l’un des principaux promoteurs et gérant d’immobilier commercial en Europe. Un exemple de plus des conflits d’intérêt qui infestent la haute fonction publique, et rappelle, entre autres, l’exemple du préfet Hagelsteen devenu employé de luxe chez Vinci.

La participation du public supprimée ?

Les promoteurs immobiliers ont bien fait en recrutant M. Duport. Car l’article 28 du projet de loi Macron pourrait effectivement leur simplifier la vie. Concrètement, il pourrait par exemple aboutir à ce que, pour certains projets immobiliers, il ne soit plus possible de faire appel une fois d’un décision du tribunal administratif. Par ailleurs, pour les permis de construire, en cas de recours, le dossier serait transmis au préfet alors qu’actuellement c’est le maire qui prend les décisions.

Mais surtout, le processus des enquêtes publiques serait modifié... « Dans certains cas, la participation du public pourrait être tout bonnement supprimée », craint l’avocat Arnaud Gossement, qui a consacré plusieurs articles de son blog à l’article 28. La consultation publique pourrait notamment être limitée « quand le projet est déclaré d’intérêt public », explique l’avocat.

Mais surtout, ce qui met le juriste en colère, c’est que « cette réforme n’est pas née au ministère de l’Ecologie, elle est née à Matignon, quand Manuel Valls est arrivé. (…) Elle est totalement démagogique, elle dit aux constructeurs échaudés par la loi ALUR [loi Duflot – pour l’accès au logement et un urbanisme rénové - NDLR] ’vous voyez on va faire quelque chose’. Sauf que le gouvernement oublie que 85 % du droit de l’environnement est fait par l’Union européenne. »

Les députés n’ont pas pu lire le rapport... qui fonde le projet de loi

Outre le contenu de la réforme, la procédure choisie par le gouvernement fait aussi grincer des dents. Le procédé des ordonnances pose un vrai « problème démocratique », déplore Arnaud Gossement. Car le rapport de M. Duport n’a pas été encore rendu. Certains le croient prévu pour avril, d’autres pour mars. Ce qui est certain, c’est qu’il sortira après l’examen du projet de loi par les parlementaires, qui a déjà commencé en commission et devrait se poursuivre fin janvier en séance publique.

Pour le juriste, cela revient à demander aux parlementaires de voter un texte dont ils ne connaissent même pas le contenu : « Le gouvernement veut un chèque en blanc pour traduire le rapport Duport en mesures juridiques. » Le procédé pourrait même être anticonstitutionnel. « Les ordonnances sont normalement réservées à des domaines techniques et doivent être très précises », poursuit-il. Or l’article 28, au contraire, ratisse large.

La député socialiste Sabine Buis s’insurge elle aussi de la méthode choisie par le gouvernement. Elle a déposé un amendement demandant la suppression de cet article du projet de loi. « On ne peut pas s’asseoir sur la démocratie ! Je suis gênée de savoir qu’il n’y aura pas de débat parlementaire alors que ceux qui prennent les coups sur le terrain, dans ces projets, ce sont les élus », insiste la représentante du département de l’Ardèche.

« J’étais vraiment contente quand j’ai entendu le discours du Président de la République à la conférence environnementale, se rappelle-t-elle. Il disait que le chantier sur la démocratie participative est fondamental. Je déplore qu’il ait fallut le drame de Sivens pour s’en rendre compte, mais j’ai cru qu’ils avaient enfin saisi l’importance du sujet. Et là, je me rends compte qu’il n’y aura pas de chantier. Ils considèrent qu’il est réglé simplement avec cet article 28... »

- François Hollande -

L’élue se doute qu’elle n’arrivera pas à faire supprimer cet article 28 lors des discussions en commission, commencées lundi 12 janvier et qui doivent se terminer dimanche. Pour apaiser la critique, le gouvernement a préféré négocier un amendement dit « de repli » : « Il propose que les ordonnances soient rédigées par le Conseil national de la transition énergétique ». Ce conseil doit être consulté sur les projets de loi concernant l’environnement ou l’énergie. « Mais ce n’est pas du tout leur job d’écrire des textes de loi », conteste la députée.

« Ils ont réunit le conseil en urgence il y a quelques jours, confirme Arnaud Gossement, mais en réalité c’est le rapport Duport qui sera pris en modèle. »

Sabine Buis attend donc la discussion en séance publique, à partir du 26 janvier, pour contester à nouveau l’article. Car selon elle, « l’erreur commise par ce projet de loi c’est de croire que l’on fera plus de croissance en s’asseyant sur l’environnement et la démocratie. »

ON ATTEND L’EXPLICATION DE MATIGNON

La société Unibail n’a pas répondu à nos questions.

Quant au service de communication du Premier ministre, il nous promet par courriel une réponse : "Bonjour, Nous accusons réception de votre demande. Nous ne manquerons pas de revenir vers vous dans les meilleurs délais. Bien cordialement. Service Communication. Cabinet du Premier ministre".

UN SOCIALISTE... QUI CACHE SON NOUVEL EMPLOYEUR

Le 24 janvier prochain, l’Institut Tribune Socialiste, qui s’inscrit dans la lignée du PSU (Parti socialiste unifié, qui était, dans les années 1970, un parti à gauche du PS de l’époque, qui était alors beaucoup plus à gauche qu’il ne l’est aujourd’hui), cet institut, donc, organise une journée de réflexion sur la démocratie :

Très bien. La journée est animée par Marie-Christine Blandin, sénatrice écologiste et personne très estimable, et rassemble des personnes tout aussi estimables. Et puis, également, M. Duport :

-

Dont la présentation n’indique pas qu’il est présentement employé par Unibail-Rodamco. Cela serait pourtant un éclairage fort utile pour les auditeurs. Qui pourraient ainsi réfléchir concrètement à la différence entre démocratie et oligarchie...

DOSSIER : La bataille pour sauver la zone humide du Testet Reporterre Reporterre 2015/01/17 Reporterre (17 janvier 2015) DOSSIER : La bataille pour sauver la zone humide du Testet. Reporterre. Sivens fr

DOSSIER : La bataille pour sauver la zone humide du Testet

Dans le Tarn, le projet de barrage de Sivens menace d’engloutir plus de trente hectares de forêts et de zone humide pour un gain économique dérisoire. La résistance ne cesse de monter depuis l’automne 2013.

- Sivens : projet initial abandonné, mais rien n’est fini, Grégoire Souchay (Reporterre), 17 janvier 2015.

- A Sivens, la discussion est bloquée, Lorène lavocat (Reporterre), 10 janvier 2015.

- Le ministère de l’Agriculture n’est pas favorable au barrage, Camille Martin (Reporterre), 9 janvier 2015.

- La FDSEA entretient un climat de violence et menace les opposants au barrage, Christophe Curvale, 30 décembre 2014.

- Au Testet, les pro-barrages tentent l’opération « Manche de pioche » et menacent Reporterre, Grégoire Souchay (Reporterre), 19 décembre 2014.

- À la ZAD du Testet, on n’oublie pas l’essentiel : on sème, Grégoire Souchay (Reporterre), 8 décembre 2014.

- Testet et Rémi Fraisse : les gendarmes mentent encore, Ben Lefetey, 4 décembre 2014.

- Éloge de la ZAD, Des Zadophiles non fanatiques de Nantes, Grenoble, Carcassonne et d’ailleurs, 27 novembre 2014.

- Le père de Rémi Fraisse : « J’ai fait un rêve, Rémi », 26 novembre 2014.

- Alternatives au barrage de Sivens : elles existent, bien sûr !, Marie Astier et Philippe Desfilhes (Reporterre), 25 novembre 2014.

- A l’université de Toulouse, un campement contre le barrage de Sivens et les violences de l’Etat, Grégoire Souchay (Reporterre), 20 novembre 2014.

- Voici comment l’Europe en est venue à la procédure d’infraction sur le barrage de Sivens, Catherine Grèze, 20 novembre 2014.

- Est-il vrai que les agriculteurs autour de la zone du Testet sont en faveur du barrage ?, une question à Brigitte Laurent, 19 novembre 2014.

- La société civile lance une commission d’enquête indépendante sur le décès de Rémi Fraisse, Lorène Lavocat (Reporterre), 15 novembre 2014.

- Testet : voilà ce que disent les agriculteurs pro-barrage, Grégoire Souchay (Reporterre), 15 novembre 2014.

- La mort de Rémi Fraisse était immédiatement connue des gendarmes, Grégoire Souchay (Reporterre), 14 novembre 2014.

- Au Testet, zadistes ou pas, « Voici pourquoi nous sommes là », Isabelle Rimbert (Reporterre), 13 novembre 2014.

- Une journée sur la Zad urbaine de Rouen - expulsée vendredi matin, Emmanuel Daniel, 7 novembre 2014.

- À Rouen, la ZAD urbaine s’installe dans le paysage, Emmanuel Daniel, 6 novembre 2014.

- Une ZAD s’est installée durant la nuit en plein Rouen, Emmanuel Daniel, 5 novembre 2014.

- « J’ai vu les gendarmes emporter le corps de Rémi Fraisse », Camille Martin (Reporterre), 1er novembre 2014.

- La Zad du Testet apprivoise les journalistes et essaye la cacatapulte, Grégoire Souchay (Reporterre), 1er novembre 2014.

- « Notre nom est Rémi », Isabelle Rimbert (Reporterre), 1er novembre 2014.

- Les proches de Rémi Fraisse témoignent : « Il n’a pas mesuré ce qui l’attendait », Grégoire Souchay (Reporterre), 29 octobre 2014.

- Testet - Thierry Carcenac annonce la suspension des travaux, « Ça vous regarde » et Reporterre, 29 octobre 2014.

- Delphine Batho : au Testet, « il faut rétablir le moratoire sur les travaux », Barnabé Binctin (Reporterre), 28 octobre 2014.

- Tristesse et colère après la mort d’un jeune écologiste au Testet, Grégoire Souchay (Reporterre), 28 octobre 2014.

- EDITO - Un crime du pouvoir socialiste, Hervé Kempf (Reporterre), 27 octobre 2014.

- EXCLUSIF - Testet : Rémi Fraisse a été touché par une grenade, Isabelle Rimbert (Reporterre), 27 octobre 2014.

- Testet : le rapport d’experts confirme les arguments des opposants au barrage, Camille Martin (Reporterre), 27 octobre 2014.

- Testet : Le Collectif appelle au calme, Collectif pour la Sauvegarde de la Zone Humide du Testet, 26 octobre 2014.

- Drame au Testet : un mort. Premier récit, Grégoire Souchay et Isabelle Rimbert (Reporterre), 26 octobre 2014.

- Un mort dans la nuit au Testet, Camille Martin (Reporterre), 26 octobre 2014.

- Une transhumance a parcouru le Tarn contre le barrage de Sivens et l’agriculture productiviste, Grégoire Souchay (Reporterre), 25 octobre 2014.

- Tout savoir sur le Testet, si on a loupé les épisodes précédents, Grégoire Souchay (Reporterre), 20 octobre 2014.

- Testet : ils en sont à 50 jours de grève de la faim. But : obtenir un débat public, Grégoire Souchay (Reporterre), 16 octobre 2014.

- Choses vues au Testet, Hervé Kempf (Reporterre), 13 octobre 2014.

- Pourquoi occupez-vous un arbre sur la zone du Testet ?, une question à Claire, 10 octobre 2014.

- EXCLUSIF - Au Testet, l’Etat piétine la loi sur l’archéologie, Grégoire Souchay (Reporterre), 30 septembre 2014.

- Un journaliste de Reporterre molesté par la police à Albi, Hervé Kempf (Reporterre), 23 septembre 2014.

- Carnage et désolation : choses vues au Testet, Isabelle Rimbert (Reporterre), 20 septembre 2014.

- Testet : les lycéens se révoltent contre le massacre de la nature et la violence policière, Grégoire Souchay (Reporterre), 17 septembre 2014. - Testet : à la violence de l’Etat, les résistants opposent... la générosité, Emmanuel Daniel (Reporterre), 15 septembre 2014.

- Testet : le défrichement a été mené sans autorisation, Grégoire Souchay, (Reporterre), 12 septembre 2014.

- La bataille du Testet racontée par Hervé Kempf sur Radio Nova (11 septembre 2014) : à écouter ici :

- « Mme Royal, nous vous demandons un arrêt des travaux au Testet », Isabelle Attard, Geneviève Azam, José Bové, Guillaume Cros, Pierre Larrouturou, Corrine Morel Darleux, Noël Mamère, Laurent Pinatel, François Simon, Vincent Liegey, 11 septembre 2014.

- Les enterrés du Testet, pacifiques et courageux, face à la violence de l’Etat, Grégoire Souchay et Emmanuel Daniel (Reporterre), 9 septembre 2014.

- M. Valls prétend que le barrage de Sivens servira à installer de jeunes agriculteurs, Grégoire Souchay (Reporterre), 9 septembre 2014.

- Testet : le massacre des arbres continue mais la résistance populaire grandit, Grégoire Souchay (Reporterre), 6 septembre 2014.

- Ségolène Royal ne connait pas le dossier du Testet et s’en lave les mains, Barnabé Binctin (Reporterre), 5 septembre 2014.

- La carte de la zone au 3 septembre 2014 -

- Au Testet : « Ils m’ont écrasé la tête sur le bitume en me disant que je n’étais qu’une merde », Nad’, 3 septembre 2014.

- Au Testet, deuxième jour du déboisement, la police redouble de violence, Grégoire Souchay (Reporterre), 3 septembre 2014.

- Au Testet, la police stimule la croissance en coupant les arbres, Grégoire Souchay (Reporterre), 2 septembre 2014.

- Les soutiens se multiplient pour sauver la zone humide du Testet, Grégoire Souchay (Reporterre), 1er septembre 2014.

- Les opposants au barrage du Testet résistent aux forces de l’ordre, Barnabé Binctin (Reporterre), 27 août 2014.

- Au Testet, la police a expulsé les opposants, Grégoire Souchay (Reporterre), 17 mai 2014.

- Week-end ludique pour sauver la zone humide du Testet, 25 avril 2014.

- Au Testet, la Zad vit et palpite dans la bonne humeur, Grégoire Souchay (Reporterre), 5 avril 2014.

- Course contre la montre pour sauver la zone humide du Testet, Grégoire Souchay (Reporterre), 3 mars 2014.

- La ZAD du Testet, dans le Tarn, est expulsée, l’occupation continue, Camille Martin, (Reporterre), 27 février 2014.

- Une nouvelle Zad est ouverte dans le Tarn contre un barrage destructeur, Grégoire Souchay (Reporterre), 14 février 2014.

- Dans le Tarn, les citoyens font barrage pour sauver une zone humide, Grégoire Souchay (Reporterre), 28 novembre 2013.

Les peuples indigènes sont les meilleurs protecteurs de la nature Lucille Escartin (Survival International) Reporterre 2015/01/17 Lucille Escartin (Survival International) (17 janvier 2015) Les peuples indigènes sont les meilleurs protecteurs de la nature. Reporterre. Tribune — Nature fr

Les peuples indigènes sont les meilleurs protecteurs de la nature

À travers le monde, des politiques de conservation de zones naturelles sont souvent un alibi pour accaparer les terres et exploiter les forêts. Il est temps de repenser la « conservation », en l’associant aux peuples indigènes qui restent les meilleurs défenseurs du monde naturel.

« La guerre la plus juste de toutes est certainement la guerre contre les sauvages, même s’il se pourrait bien que ce soit aussi la plus terrible et la plus inhumaine. Le rude et fier colon qui arrache le sauvage à sa terre s’acquitte d’une dette envers l’homme civilisé... Il est d’une importance capitale que l’Amérique, l’Australie et la Sibérie sortent des mains des propriétaires indigènes rouges, noirs et jaunes, et qu’elles deviennent le ferment des races qui dominent le monde », Theodore Roosevelt, The Winning of the West : Book IV (1896).

Diversité humaine et diversité biologique ne sont pas incompatibles

Depuis son origine, la ‘conservation de la nature’ a toujours privilégié la protection de l’environnement naturel contre une activité humaine prétendument destructrice. Cet acharnement s’est matérialisé par la création d’espaces protégés dans le monde entier.

Qu’il s’agisse des parcs naturels de Yosemite et Yellowstone aux Etats-Unis au XIXe siècle ou encore des nombreuses aires protégées actuelles, cette volonté de préserver sous cloche une ‘nature sauvage’ a provoqué l’expulsion d’un grand nombre de populations. Parmi elles, les peuples indigènes, qui payent très cher cette volonté de rendre les espaces protégés vierges de toute présence humaine. Pourtant, la diversité humaine et la diversité biologique sont loin d’être incompatibles.

Les peuples indigènes sont étroitement liés à l’environnement et au territoire dont ils dépendent, dont ils prennent soin et dont ils tirent tous leurs moyens de subsistance depuis d’innombrables générations. Lorsqu’ils en sont séparés, toutes leurs traditions, leurs savoirs, leurs croyances et par-là même leur identité disparaissent.

Une « préservation » qui chasse les hommes

Dans la plupart des cas, la conservation, telle qu’elle est pensée aujourd’hui, ne fonctionne pas : non seulement elle ne parvient pas à protéger l’environnement mais elle nuit aux peuples.

Son échec s’explique par le fait que l’image positive qu’elle véhicule dans les pays industrialisés est loin de correspondre à celle qui est perçue sur le terrain : au niveau local, elle est simplement vue comme une autre forme de colonialisme, qui tire avantage de l’accaparement des terres, du tourisme de masse (commercialisé sous un label ‘éco’), de la chasse aux trophées, de la production de biocarburants, et même de l’exploitation forestière et minière.

Au Cameroun, les ‘Pygmées’ baka qui sont expulsés de leurs terres au nom de la conservation sont réprimés en tant que braconniers sur leurs propres terres et victimes de graves abus de la part de gardes forestiers qui bénéficient du soutien financier d’une grande organisation de conservation.

En Inde, les peuples tribaux qui ont toujours coexisté avec les tigres sont soumis à d’énormes pressions pour quitter leurs territoires au nom de la protection des tigres. Les réserves de tigres ne sont qu’un alibi à l’accaparement de terres et à l’exploitation forestière.

- Bushman. Sur le t-shirt : « Nous ne sommes pas des braconniers, nous chassons pour survivre. » -

Au Botswana, les Bushmen ont été expulsés de leurs terres du désert du Kalahari pour prétendument préserver la faune. Pourtant, la ‘zone de conservation’ de laquelle ils ont été évincés s’ouvre à l’exploitation diamantifère, au tourisme de luxe et à la fracturation hydraulique. Et rien ne prouve que la chasse que pratiquent les Bushmen soit néfaste pour la faune du Kalahari.

Il en va de même en Asie du Sud-Est, où en Thaïlande, un demi-million de personnes sont menacées d’expulsion au nom de la protection des forêts et des bassins fluviaux.

Imposer un modèle dominant

Si ces expulsions ont lieu, c’est parce que le modèle dominant de la conservation s’appuie sur la création de zones protégées non habitées, telles que des parcs nationaux, des sanctuaires et des réserves naturelles. Une telle conception repose largement sur l’hypothèse selon laquelle les populations autochtones sont incapables de gérer leurs terres de façon ‘durable’, pratiquent la sur-chasse, le sur-pâturage, et épuisent les ressources de leurs terres.

Mais cette conception résulte également de la volonté, éminemment raciste, de plusieurs gouvernements d’intégrer, de moderniser et de contrôler les peuples indigènes de leurs pays.

Les réglementations nationales sont donc conçues pour imposer l’expulsion des populations autochtones et les forcer à adopter de nouveaux modes de vie, une agriculture plus intensive, à se sédentariser et à renoncer à la propriété collective de leurs terres dans l’espoir qu’elles se fondront un jour dans la société nationale dominante.

Les peuples indigènes, meilleurs défenseurs du monde naturel

Au lieu de valoriser et de tirer profit de l’étroite relation que les peuples indigènes entretiennent avec leur environnement, on préfère les expulser. Lorsque des habitats forestiers sont dégradés ou que des espèces ont disparu, on incrimine généralement les peuples indigènes pour lesquels la nature est leur ‘chez soi’, au lieu de dénoncer les véritables coupables tels que les braconniers, les bûcherons clandestins ou bien l’industrie du tourisme – tous ayant de puissants alliés – sans parler des programmes de développement comme l’agroforesterie, les mines ou les barrages.

Bien entendu, la protection de l’environnement représente un enjeu fondamental pour la planète et pour tous les êtres vivants. Or, l’expulsion des peuples indigènes des zones protégées dans le but d’y préserver la faune peut s’avérer nocive pour le maintien de la biodiversité. En Amazonie par exemple, il a été prouvé que là où les peuples indigènes ont pu conserver leurs territoires, la forêt est mieux protégée que nulle part ailleurs. (1)

La conservation nécessite un changement radical, elle peut – et elle doit – être pensée différemment, conformément au droit international, et prévoir toutes les mesures nécessaires pour garantir la survie des peuples indigènes. Elle doit s’appuyer sur leur expérience et leur expertise car ils savent, mieux que quiconque, prendre soin de leur environnement. Ils sont les meilleurs défenseurs et les meilleurs gardiens du monde naturel.

Note

1 - . Compas, Sacred Natural Sites : Conservation of Biological and Cultural Diversity ; . G. Oviedo & L. Maffi, Indigenous and Traditional Peoples of the World and Ecoregion Conservation (WWF & Terralingua, 2000). . C. Nolte et al., "Governance regime and location influence avoided deforestation success of protected areas in the Brazilian Amazon", PNAS, 2013. . D. Nepstad et al., “Inhibition of Amazon Deforestation and Fire by Parks and Indigenous Lands”, Conservation Biology, 2006. . G. Oviedo, "Community Conserved Areas in South America Parks", International Journal for Protected Area Management, 2006.

Sivens : projet initial abandonné, mais rien n’est fini Grégoire Souchay (Reporterre) Reporterre 2015/01/17 Grégoire Souchay (Reporterre) (17 janvier 2015) Sivens : projet initial abandonné, mais rien n’est fini. Reporterre. Grands projets inutiles fr

Sivens : projet initial abandonné, mais rien n’est fini

Ce lundi 19, écologistes et partisans d’un barrage à Sivens se réunissent à Albi, dans le Tarn. Vendredi, la ministre de l’Ecologie, Ségolène Royal, avait annoncé que « la réalisation du projet initial de barrage à Sivens n’est plus d’actualité. » Mais l’idée d’infrastructure n’est pas abandonnée.

Après deux mois de tergiversations, de tentatives de conciliations de points de vues contradictoires, de pressions de la part des tenants du projet de barrage, le ministère de l’Ecologie a donc fini par trancher a minima. La situation était pourtant bloquée depuis le 19 décembre dernier, lorsque les responsables agricoles locaux avaient quitté la table des négociations arguant que « seul le projet initial pourra répondre à tous les besoins ».

Mais ce 16 janvier 2015, c’est désormais acté : le projet initial de barrage de 1,5 millions de mètres cube d’eau et d’un coût de 8,4 million d’euros « n’est plus d’actualité ». Ce communiqué du ministère de l’Ecologie fait suite à la remise, le 16 janvier, d’un second rapport d’expertise sur le « projet de territoire du bassin du Tescou ».

Ce rapport propose deux scénarii alternatifs au projet initial :

- soit « un réservoir réduit sur le site de Sivens, de préférence celui situé 330 m en amont du projet initial » d’un volume de 750 000 m3 (à 10% près), soit la moitié du volume prévu à l’origine ;

- soit un assemblage entre plusieurs retenues latérales dont une en amont du site de Sivens, toujours sur le Tescou, et une retenue collinaire sur le ruisseau de Bayssière, en aval (page 56-57 du rapport).

- La retenue envisagée ne limiterait que modérément l’emprise sur le milieu -

Les experts ont pris leurs précautions en soulignant que « les impacts [d’un nouvel ouvrage] sur l’hydrologie, les milieux aquatiques et naturels ont été étudiés, semblent localisés et réduits, mais doivent être développés dans une étude d’impact complète ».

Seulement vingt-deux agriculteurs intéressés par le barrage

Ce rapport permet également d’en savoir plus sur les potentiels bénéficiaires du projet. Sur 180 lettres envoyées à des exploitants locaux, les experts n’ont eu qu’une trentaine de réponses. Parmi elles, seuls 22 exploitants, qu’ils soient ou non déjà équipés d’une retenue collinaire, se déclarent demandeurs d’une allocation de ressource supplémentaire.

Dans son communiqué, la ministre a indiqué avoir « examiné ces propositions avec le président du Conseil général du Tarn, Thierry Carcenac, et les ai validées. » Elle ajoute : « Le président du conseil général m’a fait part de son intérêt pour ces nouveaux projets qui reconnaissent le besoin d’eau pour l’irrigation dans le bassin et m’a indiqué sa volonté d’organiser un débat dès la prochaine session de l’assemblée départementale sur la base de ces deux scénarios. La réalisation du projet initial n’est de ce fait plus d’actualité. »

À cette annonce, la FDSEA du Tarn a réagi par la voix de Philippe Jougla : « Rayer d’un trait de plume le projet pose des soucis : qui va payer les entreprises contractées ? Et ça veut dire qu’on est reparti pour quatre ou huit ans d’études, sans aucune garantie qu’il n’y ait pas encore une fois des zadistes ».

Le Conseil général du Tarn, fidèle à son analyse, n’a vu dans le rapport qu’une « reconnaissance sans ambiguïté d’un réel besoin en eau dans la vallée du Tescou » et une confirmation qu’« un ouvrage sur le site de Sivens est nécessaire ».

Chez les opposants, on se garde bien de crier victoire. « D’abord parce qu’après tout ce qui s’est passé et la mort de Rémi Fraisse, ça ne pourra jamais être une réelle victoire », explique Ben Lefetey, porte parole du collectif Testet. Ensuite, parce que pour l’heure rien n’est assuré en ce qui concerne la suite des évènements : « Tout dépendra de la capacité des promoteurs du barrage à jouer le jeu du dialogue ».

Néanmoins, il se déclare « satisfait que l’abandon du projet soit enfin annoncé publiquement ». Si « les experts ont réalisé un travail sérieux et entamé une vraie démarche de compréhension du territoire dans son ensemble », il estime que ceux-ci « sont allés un peu vite en besogne » avec leurs deux scénarii, qui « sous-estiment fortement le potentiel des réserves en eau dans les retenues collinaires existantes », selon lui.

Sur la zone et dans la ZAD, cette annonce va certainement susciter de nombreux questionnements. L’éventualité d’une digue, même réduite, à 330 mètres de la zone actuelle du chantier, semble difficilement acceptable compte tenu de l’installation massive et durable des zadistes. Certains voient déjà là une « entourloupe de plus » ou une « tentative de faire passer le projet en force dans quelques mois ». Moins nombreux, mais toujours aussi déterminés, les zadistes appellent à nouveau ce samedi à une nouvelle journée de consolidation des campements existants et de construction de nouvelles cabanes.

Huit mois d’étude puis huit mois d’enquête publique

Pour eux, le péril du chantier s’éloigne désormais considérablement. Quelle que soit la solution envisagée, les experts préconisent huit mois de travail pour les études puis la même durée pour une éventuelle nouvelle enquête publique en cas de construction d’un nouvel ouvrage.

Par ailleurs, des travaux de réhabilitation de la zone humide sont prévus sur les portions qui n’ont pas été les plus endommagées, même si, comme le fait remarquer Camille, « sur toute la longueur de la digue, tant qu’il y aura un mètre d’argile tassée sur le sol, plus rien ne pourra repousser pendant des années ».

La crainte majeure des occupants demeure toujours et encore l’expulsion des lieux, demandée sans cesse par les organisations agricoles pro-barrage et par le Conseil Général du Tarn. Comme à Notre Dame des Landes, la bataille pour la sauvegarde de la zone humide du Testet n’est pas terminée. Mais un chapitre de son histoire s’est achevé.

Mes si chers amis d’ici et d’ailleurs Fabrice Nicolino Reporterre 2015/01/17 Fabrice Nicolino (17 janvier 2015) Mes si chers amis d’ici et d’ailleurs. Reporterre. Tribune — fr

Mes si chers amis d’ici et d’ailleurs

« La tragédie qui nous a frappés a réussi l’impossible : créer de l’harmonie avec les gestes et les mots de millions de personnes anonymes. Le grand fleuve rentrera dans son lit, mais on se souviendra que la crue régénératrice n’est jamais loin de l’étiage. »

Je vais aussi bien que possible dans une telle situation. Après une grosse perte de sang, deux transfusions et une opération longue, retour au calme. J’ai reçu des balles dans chacune de mes jambes, j’ai une plaie à la hanche et une autre à l’épaule. Et pas mal d’éclats dans le corps, qui n’en repartiront pas. Ils rejoignent ainsi l’éclat d’une bombe fichée dans mon pied gauche depuis le 29 mars 1985. Ce jour-là - fatalitas ! -, j’ai été victime d’un attentat au cinéma parisien le Rivoli-Beaubourg.

Retour au présent : à la vérité, je n’ai vraiment recommencé à écrire un peu que ce 15 janvier 2015. Et je n’ai pu parcourir mes mails que ce même jeudi, huit jours après la Grande Tuerie. J’ai reçu pour l’heure près d’un millier de messages par toutes les sources possibles, et le bien que m’ont fait ceux que j’ai pu lire - une cinquantaine - défie déjà tout commentaire. Je vous le demande sans fausse honte : continuez ! Oh oui, continuez ! La quasi-totalité expriment une chaleur et une amitié dont j’ai désormais un besoin quotidien.

Je n’ose penser

Coupé de l’extérieur – sans journaux, longtemps sans télé ni téléphone -, je ne sais que les très grandes lignes de ce qui s’est passé. Ce qui suit pourrait donc tomber à plat, mais dans ce cas, vous me pardonnerez. Première évidence : la réaction si spectaculaire de la société française est évidemment un puissant baume pour les blessures du corps et de l’âme. Je n’ose penser à mon état si les manifestations de solidarité n’avaient rassemblé que quelques milliers de personnes.

Bien entendu, à cette hauteur de mobilisation, le malentendu est partout. Des gauchistes antisionistes ont défilé avec des Juifs à Kippa, des pieux musulmans avec des cathos anti-mariage gay, des sarkozystes et des zemmouristes avec des mélenchonistes. Et c’est vraiment ce qui pouvait arriver de mieux. Un tel déferlement crée nécessairement un substrat, au sens agricole, un compost sur lequel pousseront les réponses que nous saurons formuler ensemble.

Nul ne peut connaître le résultat de tels ébranlements, qui touchent à l’intime des cœurs. Mais on peut du moins dire que sans ces fondations, sans cette fondation, rien n’aurait pu germer demain sur la terre dévastée de ce si petit pays de France. Nous sommes désormais face à une possibilité. Ce qui fait peu, mais surtout beaucoup.

Les contours du Grand Partage

Vous le savez, je tiens la crise écologique, si dramatique, comme le cadre neuf dans lequel penser notre avenir commun, aussi compromis qu’il puisse paraître. Sous ma plume, il ne s’agit pas d’une formule, mais d’une conviction définitive. Elle implique, et je ne vais pas plus avant sur ce terrain instable, une politique révolutionnaire.

Et démocratique, cela va de soi. Il faut définir les contours du Grand Partage. Partage de l’espace et des ressources, évidemment. Mais à condition d’y inclure nos frères les animaux, dont le sort maudit ne cesse d’aggraver celui de la psyché humaine. Hors ce cadre-là, selon moi, il ne peut y avoir que ravage, destruction du monde, mortels affrontements.

Depuis que je suis hospitalisé, et dès que j’ai pu m’adresser à mes soignants, je me suis mis à parler. Ceux qui me connaissent savent qu’il s’agit chez moi d’une maladie chronique, qui ne disparaîtra qu’à ma mort. La plupart, depuis les aides-soignants jusqu’aux chirurgiens, passant par les infirmières – et infirmiers – m’ont paru admirables. Écrivant cela, je ne veux pas les désigner comme des êtres hors du commun. Ils ne le sont pas.

Le bonheur des nuits d’insomnie

Mais leur comportement réel, dans le quotidien sinistre des services de réanimation, montre qu’il est possible de vivre comme des hommes, dans le respect de ces valeurs essentielles sans lesquelles la vie perd à jamais ses repères. J’ai été heureux, au milieu des nuits de l’insomnie, de parler de la campagne d’avant du côté de Monpazier (Périgord), du sort des cités oubliées dans tant de villes détruites, de mes copains d’enfance et d’adolescence - Arabes, Juifs, Portugais ou Blacks - de Villemomble, Montfermeil, Noisy-le-Sec, Gagny, Bondy. La Seine-Saint-Denis de jadis annonçait la suite, sans que nous en ayons la moindre conscience.

Mais j’ai aussi suivi comme un cours accéléré d’écologie, au sens que je donne à ce mot transformateur. À propos du crime global qu’est l’agriculture industrielle, des folies de l’agroalimentaire, des délires de la chimie de synthèse, de ces maladies créées par l’exposition à tant de toxiques, du terrifiant problème posé par le stress hydrique – une raréfaction des ressources en eau -, du climat.

Le monde inquiet des questions angoissées

Je vous le jure : j’ai davantage écouté que parlé. Car ce sont eux qui racontaient, montrant à quel point la société française sait être loin des misérables clichés déversés chaque jour par ses « élites » politiques et médiatiques. Il existe un espace inexploré, considérable, où de nouvelles questions, centrales, pourraient enfin être débattues. En somme, ces quelques urgentistes rencontrés ici m’ont paru comme les représentants d’un monde inquiet, qui cherche des réponses à des angoisses désormais évidentes.

Et c’est bien pourquoi je vomis notre classe politique. Aucun de ses membres ne saura se mettre au service de notre peuple et de l’humanité. Chacun joue sa partition attendue. Hollande prend la voix grave, espérant regagner quelques points de popularité, ce qui est d’ores et déjà acquis. Sarkozy, fidèle d’entre les fidèles à lui-même, essaie de se placer sur la photo. Valls peaufine son personnage bien connu de Clemenceau.

La plus merveilleuse des nouvelles

Et pourtant, l’espace existe. Il n’y a aucun doute qu’un politicien qui romprait avec l’ancien crèverait le plafond, et l’écran. Je vous parlais à l’instant de compost. Le soulèvement moral de notre peuple – pas tout le peuple, ne délirons pas – est la plus merveilleuse des nouvelles. Ce mouvement des profondeurs ne saurait disparaître tout à fait, et il ne pourra, en toute hypothèse, conserver des formes aussi belles. Considérons que s’est ouverte une fenêtre, que des forces hostiles tenteront de refermer au plus vite. Ce serait donc l’heure idéale du tournant, mais je redoute que l’occasion historique d’avancer dans la seule direction possible – la fin de la tragédie écologique – ne soit encore gâchée par la petitesse des idées et des caractères.

Malgré cela, avançons, mes si chers amis. Premier impératif catégorique : luttons contre toutes les formes de régression, au premier rang desquelles le racisme, qui trouvera là de primordiales raisons de flamber. Sur ce terrain si difficile, parlons à tout le monde, sans exclusive, car le feu est aux portes. Cela signifie pour moi rechercher l’unité la plus large, y compris - par définition - avec des groupes et personnes éloignés du combat pour la vie.

Et nous fûmes 100 000 en arrivant aux portes

Parallèlement – et en même temps –, considérons avec ceux qui le souhaitent la stupéfiante gravité de la crise écologique mondiale. Dans ce cadre très général, il faudra tout à la fois ouvrir en grand nos yeux, nos oreilles et notre cœur. Jamais la situation n’a été aussi favorable à notre cause, et il me semble possible de réunir à terme, dans un réseau dense, 100 000 d’entre nous. Ce serait un véritable tsunami. Une telle masse critique pourrait entraîner dans une autre direction la société tout entière. Vous n’y croyez pas ? Moi, si.

Franchement, qui aurait pu imaginer cette « insurrection des consciences » réclamée depuis si longtemps par mon cher grand ami Pierre Rabhi ? Qui ? Personne. Nul ne savait qu’il existe encore dans ce pays une société vivante et fraternelle. Amorphe en apparence, gorgée de pub et de télé, se battant à l’occasion pour un téléphone portable, obsédée par les écrans plats et les bagnoles dernier cri, la France vient de montrer le visage du bonheur commun. À la stupéfaction générale. La tragédie qui nous a frappés a réussi l’impossible : créer de l’harmonie avec les gestes et les mots de millions de personnes anonymes. Le grand fleuve rentrera dans son lit, mais on se souviendra que la crue régénératrice n’est jamais loin de l’étiage.

La meilleure part de nous vient de montrer ce qu’était la beauté. Ce qu’était la Beauté.

PS : Comme vous l’imaginez, j’enterre mes morts. Cela me prendra bien des mois. J’aimais personnellement certains des assassinés. Je clame à toutes les familles de tous les disparus que je les serre contre ce qui me reste de cœur.

Fabrice Nicolino : « Un abrazo pour tous les lecteurs de Reporterre » Camille Martin (Reporterre) Reporterre 2015/01/18 Camille Martin (Reporterre) (18 janvier 2015) Fabrice Nicolino : « Un abrazo pour tous les lecteurs de Reporterre ». Reporterre. fr

Fabrice Nicolino : « Un abrazo pour tous les lecteurs de Reporterre »

Il a la pêche, le camarade ! Il nous écrit, et salue bien tous les lecteurs du quotidien de l’écologie.

Samedi 17 janvier

Fabrice nous écrit : « Je sors peu à peu des ombres. Les nouvelles optimistes données par Reporterre étaient un peu prématurées, mais du moins prémonitoires. Je vais mieux, mais le séjour à l’hosto sera long, suivi d’une rééducation qui s’annonce d’ampleur. Le bonheur, au milieu de cela, c’est d’être vivant.

Reporterre aura été l’ami dont j’avais tant besoin dans ma nuit, et je constate une fois encore quelle bénédiction représente la création de cet étrange outil. (...) Je suis fier d’apporter, de temps en temps, ma petite pierre à l’édifice. Je me sens Reporterre, et tu peux compter sur moi dès que ce sera possible. (...)

Un abrazo pour toi et Barnabé et Lorène, et les autres et tous les lecteurs de Reporterre. »

Vendredi 16 janvier

Fabrice a repris la plume : à lire : Mes si chers amis d’ici et d’ailleurs.

Mardi 13 janvier, 9 h 00

Fabrice va bien ! Il a recommencé à lire depuis avant-hier - des romans -, et à écrire depuis qu’hier, il a récupéré son ordinateur. Il a donc une jambe bien amochée, la gauche, mais il remarchera. Cela prendra du temps, il faudra de la rééducation, mais il remarchera.

Il a commencé à lire les messages qui lui sont adressés (par exemple à l’adresse planete @ reporterre.net ), ils lui font énormément de bien, ils l’aident. Il remercie toutes celles et tous ceux qui lui ont écrit.

Il a aussi été heureux de la forte mobilisation de dimanche, de voir les gens se lever, réagir à ce qui se passe, ne pas rester amorphes. Il dit qu’il existe « une masse critique de gens à mobiliser » pour changer profondément le monde.

Fabrice sera présent dans le numéro de Charlie Hebdo de mercredi, par un texte que l’on peut lire sur son blog Planète sans visa, sa Déclaration d’intention, qui date de 2007.

Jeudi 8 janvier, 17 h 10

La compagne de Fabrice Nicolino, Marine, nous indique qu’il est réveillé. "Il est douloureux, mais il est là. Il prend conscience de ce qui s’est passé. Tout est encourageant. Il a besoin de se reposer".

Fabrice restera immobilisé un certain temps.

Les messages d’amitié arrivent par dizaines sur la boite planete @ reporterre.net Nous les transmettrons à Fabrice dès qu’il sera pleinement rétabli.

Jeudi 8 janvier, 9 h 00

Dans le bouleversement de la journée de mercredi 7 janvier, dans l’effroi qui a suivi l’attentat à Charlie Hebdo, puis dans l’effort pour unir douze medias pour réagir en commun, nous avons toujours eu une inquiétude particulière pour notre ami et collaborateur Fabrice Nicolino.

Une bonne nouvelle, que nous transmet dans la nuit sa compagne, Marine : "J’ai de bonnes nouvelles. Le pronostic vital n’est plus engagé. ’Il a eu de la chance’, a dit six fois le chirurgien. Il reste sous étroite surveillance médicale et de la sécurité. Je vous tiens au courant dans les temps prochains".

Fabrice a été grièvement blessé à la jambe.

Vous pouvez envoyer des témoignages à Fabrice sur notre adresse planete @ reporterre.net, que nous lui transmettrons, dès qu’il sera rétabli, ou sur le blog de Fabrice, Planète sans visa.

GRECE - A Skouries, la quête de l’or détruit la nature Marie Astier (Reporterre) Reporterre 2015/01/19 Marie Astier (Reporterre) (19 janvier 2015) GRECE - A Skouries, la quête de l’or détruit la nature. Reporterre. Reportage — Grèce fr

GRECE - A Skouries, la quête de l’or détruit la nature

En Grèce, l’entreprise Hellas Gold détruit la montagne pour ouvrir la mine d’or de Skouries. Des habitants luttent pour contrer ces firmes toutes-puissantes. La possible victoire de Syriza, dimanche 25 janvier, pourrait leur redonner espoir. C’est notre premier reportage d’une semaine où Reporterre va accompagner le peuple hellène.

- Aristoteles (Grèce), reportage

Au volant de sa vieille Fiat jaune, Maria Kadoglou parle, parle, parle. Direction Megali Panagia, le village le plus proche de la forêt de Skouries, celui où la contestation contre la mine a commencé. Dans ce petit bout de Chalcidique, l’exploitation minière existe depuis plus de deux mille ans. « Mais ils veulent creuser une mine à ciel ouvert. C’est nouveau ici. Et ils veulent la mettre au sommet de la montagne d’où vient toute l’eau de la région ! »

L’automobile s’éloigne de Thessalonique pour s’avancer dans le paysage de basses montagnes. Les départementales sont de plus en plus cabossées. « Ils ont commencé à couper les arbres en mars 2012. A partir de là, ils ont mis des barrières et des gardes partout dans la forêt. » Son ton est doux, parfois déterminé, parfois désabusé. « Ayez toujours en tête qu’il y a un peu plus de deux ans, tout n’était que forêt à Skouries », insiste-t-elle.

- Bientôt, ici, seront entreposés les déchets de la mine -

Son engagement dans la lutte anti-mine remonte à 1997. A l’époque, elle protestait contre l’expansion industrielle de la mine souterraine d’Olympias, un peu au nord de la forêt de Skouries. Un premier combat remporté. En 2002, le gouvernement refuse le permis environnemental à la compagnie de l’époque, TVX Gold, qui quitte la Grèce. L’État rachète la concession pour la revendre 11 millions d’euros à Hellas Gold, alors qu’elle est évaluée à plus de 400 millions d’euros.

La compagnie appartient à 95 % à Eldorado Gold, une entreprise minière canadienne et à 5 % à AKTOR, la principale entreprise de Bâtiment et Travaux Publics en Grèce. Hellas Gold promet la création d’au moins 1.600 emplois directs, 5.000 en indirect. C’est le plus gros investisseur étranger en Grèce. En pleine production, le pays deviendrait le principal producteur d’or en Europe, la valeur de ce trésor souterrain serait de 20 milliards d’euros.

Village divisé

La petite voiture stoppe sur la coquette place principale de Megali Panagia. A la fois village minier et agricole, la population est divisée. « Il y a des cafés pour et des cafés contre la mine », décrit Yiorgos Tarazas, apiculteur et habitant du village. On monte dans son fourgon rouge bringuebalant. « Ici, ça a toujours été comme ça. Les jeunes se disent qu’il n’y a pas besoin de faire des études, la mine donne du travail, regrette-t-il. Quand les parents sont contre la mine, ils ne le disent pas, de peur que leurs enfants perdent leur travail. »

- Barrières autour du site -

Lui-même a été contacté par Hellas Gold : « Ils ont d’abord proposé du boulot aux opposants, les meilleurs postes, avec de gros salaires. Certains ont accepté, d’autres non. Ils ont beaucoup d’argent, ils ont le pouvoir. »

La fourgonnette emprunte une artère au bitume tout neuf, construite par la mine. Au bout, la forêt a été arrachée pour laisser place à une immense clairière. Tout autour, des barrières de deux mètres de haut délimitent la zone. Les murs de béton d’une usine commencent à s’élever. C’est là que la terre extraite du puits sera traitée.

Bois de chauffage

Le puits, justement, se dessine déjà quelques centaines de mètres plus loin. La forêt a laissé place à une immense étendue de terre brune et stérile parcourue par les pelleteuses. Impossible de la saisir d’un seul regard. Cet immense trou fera 700 mètres de diamètre sur 220 mètres de profondeur. « Pour le construire, ils pompent toute l’eau sous la montagne ! », s’insurge l’apiculteur. Dans la forêt alentour, sur le chemin, des tas de bois s’empilent, résultat des nombreuses coupes de la mine. Il est vendu jusqu’à Thessalonique comme bois de chauffage.

- Lieu du futur puits à ciel ouvert -

Troisième étape, le lieu où seront jetés les déchets de la mine. Seuls 2 % de la roche extraite seront gardés, c’est la pierre qui contient le mélange d’or et de cuivre. 98 % seront jetés, entreposés dans deux immenses barrages. Le rapport technique du projet de Skouries indique que les conséquences sur le paysage seront « majeures, permanentes et irréversibles ». (p.93)

« Tout cela pour sortir moins d’un gramme d’or par tonne... » déplore Yiorgos. 0,83 grammes par tonne, indique exactement le site internet d’Hellas Gold.

« Ici c’est la guerre »

Enfin, le fourgon rouge arrive à la maison de Yiorgos Kalivas, dernier habitant de la forêt de Skouries. « Kalivas, cela signifie cabane », explique-t-il dans un sourire. Ses cheveux sont gris, ses gestes lents mais précis. Sa petite maison blanche apparaît au milieu des châtaigniers. Devant, en plein soleil, de grandes bâches sont recouvertes de noix. Yiorgos les retourne soigneusement pour les faire sécher. Le paysan a planté ses noyers il y a bientôt trente ans. « Ici, mon père et mon grand-père ont travaillé et vécu », raconte-t-il.

Un peu plus loin, sur le bord du chemin, une petite source coule doucement. « Elle est en train de se tarir, déplore Elli, une amie de Yiorgos venue le visiter. Ils assèchent la montagne. »

- Elli et Yiorgos -

« Sous la dictature [1967-1974], une loi nous a classés territoire minier, explique-t-elle. Si un sous-sol contient des ressources naturelles, on ne peut pas installer d’autres activités dans la zone. Nous vivons pour une utopie, on espère pouvoir redévelopper l’agriculture ici. Environnement cela signifie ’ce qu’il y a autour de nous’ : ne peut-on pas apprendre à le respecter ? »

Le visage fermé, Yiorgos poursuit : « Ici, c’est la guerre... Une guerre contemporaine d’un nouveau genre avec des machines, de l’argent. Cette entreprise et l’État viennent chez nous pour tout détruire. Une fois, quarante mineurs ont battu deux femmes, dont Elli. Une autre fois à la fin d’une manifestation, la police a attaqué et cassé les jambes d’une femme de soixante-deux ans. »

« Traités comme les Indiens d’Amérique »

Vingt kilomètres plus loin, quelques heures plus tard, rendez-vous à Lerissos. Ce village sur la côte est le plus fortement opposé à la mine. « Ici, 99 % des gens sont contre », affirme Mary, l’une des représentantes du collectif d’habitants. La cité balnéaire vit du tourisme, de l’agriculture et de la pêche. « Qui aura encore envie de venir en vacances ici avec cette énorme mine à quelques kilomètres ?, s’interroge Mary. Tout cela pour que dans vingt ans ils repartent et nous laissent leurs déchets et leur pollution. »

- Sur le site de la mine -

Fin 2012, plus de 15.000 personnes défilaient à Thessalonique contre la mine. A part sur quelques sites internets alternatifs, l’écho médiatique a été nul. Par surprenant, selon les opposants : AKTOR, qui possède 5 % d’Hellas Gold, appartient à la famille Bobolas, qui est aussi actionnaire de la première chaîne de télé grecque et propriétaire de nombreux journaux et sites internet d’information.

Alors certains en sont venus à la violence. Une nuit de février 2013, un petit groupe d’hommes s’introduit sur le chantier et brûle tout. Le gouvernement réagit immédiatement, saisit la brigade antiterroriste. Les médias nationaux sont forcés de s’emparer du sujet. La police débarque à Lerissos, prend les empreintes de quasiment tout le village. Entre les manifestations et cette action, plus de 350 personnes ont été inculpées pour des motifs divers, allant d’entrave à la circulation à organisation terroriste.

« On a l’impression que cet État ne sert que les intérêts des multinationales et des gros investisseurs. L’État, l’Europe, les businessmen ont créé cette crise, pour que l’on ne se batte plus pour notre dignité et que l’on accepte la destruction de notre environnement », lâche Melachrini, autre habitante du village.

« Le Premier Ministre a affirmé que ce projet serait mené à bout, quel qu’en soit le prix. Dans un certain sens, nous sommes traités comme les Indiens d’Amérique par les colons, ajoute Lola, qui vit ici depuis ses seize ans. Mais nous devons continuer, Hellas Gold doit vivre sous la pression des citoyens. »

Mères de famille dans ce village conservateur, elles ne s’attendaient pas à se retrouver un jour dans un tel combat.

- Usine Hellas Gold -

« Ces gens-là... »

« Ah oui, ces gens-là… Il faut bien en parler », déplore Eduardo Maura, vice-président d’Eldorado Gold. Son bureau athénien est situé dans son grand immeuble vitré à deux pas de l’Assemblée nationale grecque. Avant la visite prévue à Skouries et sur les autres sites miniers, il veut nous rencontrer. « Sur les seize villages de la municipalité d’Aristoteles, onze sont favorables à notre projet, affirme-t-il. Les autres ont une position idéologique. S’il pensent que l’on devrait retourner vivre dans la forêt, nous ne pouvons plus rien pour eux. »

Le directeur de la communication, Kostas Georgantzis, joue les guides, rendez-vous un matin à Stratoni. Ce village créé par l’industrie minière abrite le siège local d’Hellas Gold en Chalcidique. On embarque dans un 4x4 blanc immaculé.

Stratoniki, Neochori, Paleochori… La route jusqu’à Skouries traverse une série de villages de tradition minière. Kostas désigne fièrement les trottoirs neufs, les jeux pour enfants et les plantations de jeunes arbres le long des rues : « Vous voyez, nous avons une politique de responsabilité sociale d’entreprise. Les mairies nous demandent et nous leur donnons l’argent pour les travaux. L’année dernière, cela représentait 5 millions d’euros. »

- L’un des nombreux cours d’eau de la forêt de Skouries -

« Il n’y a plus d’obstacle »

Première étape, l’usine au sommet de la montagne. Elle est déjà bien avancée, malgré le fait qu’Hellas Gold n’ait pas de permis de construire. « On peut tout construire sauf le toit, c’est légal », affirme Kostas. L’obstacle, c’était la loi de protection des forêts, qui interdit d’y construire des usines. Mais elle a été modifiée par le parlement cet été. « Maintenant, il n’y a plus d’obstacle », se félicite le communiquant. Le WWF Grèce, qui suit le projet de près, accuse lui le gouvernement d’avoir fait passer une loi spécialement pour Eldorado Gold et le projet de Skouries.

Kostas ne se départit presque jamais de son sourire affable.

L’eau ? Si elle est pompée, c’est que comme pour toute construction, il faut bien drainer autour du futur puits de mine. La pollution ? Pas de risque, les usines sont en circuit fermé, l’eau est nettoyée. « Ce que nous rejetons, c’est plus propre que ce que nous pompons », affirme-t-il. Le barrage contenant les déchets de la mine ? Il est construit pour résister aux tremblements de terre, bien sûr. Et les déchets qui y seront rejetés sont « inertes », assène-t-il.

Le cyanure pour extraire l’or ? « Nous n’en utiliserons pas, promet-il. Nous userons d’un procédé qui s’appelle le flash smelting, ’cinquante autres mines dans le monde l’utilisent. » Pas de quoi convaincre les opposants, qui rappellent que le flash smelting est utilisé pour extraire le cuivre, son efficacité n’est pas encore prouvée pour les mélanges cuivre-or comme à Skouries…

Quant à la forêt : « Tout sera replanté ! » Pour preuve, il nous emmène à la « nursery » : à perte de vue, les jeunes pousses s’alignent dans des pots de plastique noir. « Il y a quatre millions de plants. Uniquement des essences locales », explique un employé.

Seul moment où il hausse le ton pour prendre un air coléreux : quand on évoque les violences policières. « La guerre c’est dans leurs têtes, qui parle de guerre ? Nous sommes les victimes. Ils ont brûlé notre usine, nos voitures. Je ne peux plus mettre les pieds à Lerissos depuis deux ans et demi parce que c’est dangereux pour moi. Les personnes qui travaillent pour nous et vivent à Lerissos ne peuvent plus mettre les pieds dehors. Nous avons toujours été ouverts à la discussion, ce sont eux qui ne veulent pas négocier. »

L’homme des montagnes

En face, les opposants l’admettent, leur contestation faiblit depuis quelque temps. Les villages sont moins unis qu’au plus fort de la lutte. « Yiorgos sent cela et il est perdu », raconte Francesco. Le jeune italien est photojournaliste. Ému par l’histoire du vieux résistant, il revient le voir pour la deuxième fois. « Ils traitent la Grèce comme un pays du tiers monde, lâche-t-il dégoûté, en évoquant l’État et les investisseurs. Vous n’avez plus de ressources humaines, vous n’avez plus d’industrie, alors il vous reste vos ressources naturelles... »

Il observe Yiorgos qui s’allume une cigarette. « Il pense à s’en aller. Les villageois poussent beaucoup pour qu’il reste. S’il s’en va, cela sonnera comme le début de la retraite », constate-t-il l’air abattu. Le vieil homme chantonne des chansons italiennes romantiques accompagné par ses vieux disques grésillants.

Va-t-il partir ? Yiorgos rit. Il évoque un western américain des années 70, Jeremiah Johnson. Robert Redford y joue le rôle d’un ancien militaire, faisant le choix de vivre retiré dans les Rocheuses. « Je suis comme lui, un homme des montagnes. Rester ici, c’est ma façon de résister. »

- Drapeau save Skouries, Chez Yiorgos -

Depuis le passage de Reporterre en octobre, Yiorgos a dû quitter sa maison. Les travaux dans la montagne, alliés à de fortes pluies, ont permis à l’eau de raviner et de détruire la route qui mène jusque chez lui.

La possible victoire de Syriza donne de l’espoir aux militants anti-mines. Parmi eux, il y a d’ailleurs plusieurs membres du parti. Des députés se sont prononcés contre l’ouverture de la mine de Skouries. « Ce sera donc toujours mieux qu’actuellement, estime Maria Kadoglou. Mais c’est à nous de maintenir la pression, rien ne viendra spontanément du gouvernement. Si Syriza arrive au pouvoir, on sera peut-être juste un peu plus écoutés. »

Dossier : Charlie Hebdo Par Camille Martin (Reporterre) Reporterre 2015/01/19 Par Camille Martin (Reporterre) (19 janvier 2015) Dossier : Charlie Hebdo. Reporterre. fr

Dossier : Charlie Hebdo

Le mercredi 7 janvier 2015, deux assassins abattaient froidement huit journalistes de Charlie Hebdo, deux autres personnes, et deux policiers. L’effroi puis la solidarité saisissaient le pays. Voici nos reportages et témoignages, un regard d’amitié et d’écologie sur ce drame.

- Le paysan irakien…et Charlie, Jean-Claude Ray, 19 janvier 2015.

- Mes si chers amis d’ici et d’ailleurs, Fabrice Nicolino, 17 janvier 2015.

- L’enfance misérable des frères Kouachi, Eloïse Lebourg, 15 janvier 2015.

- Pourquoi, comme paysan et syndicaliste, êtes-vous concerné par l’attentat contre Charlie Hebdo ?, une question à Laurent Pinatel, 15 janvier 2015.

- Il jouait du piano pour la liberté, Barnabé Binctin, 15 janvier 2015.

- EDITO - Je ne suis pas en guerre, Hervé Kempf, 14 janvier 2015.

- Lettre ouverte à Charlie Hebdo, Patrick Flouriot, 13 janvier 2015.

- « Pour empêcher le risque de la logique guerrière : la citoyenneté terrienne », Entretien avec Patrick Viveret, 12 janvier 2015.

- Un grand moment... La Bourse de Paris rend hommage à Charlie Hebdo, video, 12 janvier 2015..

- EDITO - Allons enfants de la fratrie, Hervé Kempf, 12 janvier 2015.

- Ce soir, je suis Charlie, Marie Astier, 12 janvier 2015.

- La marche de dimanche : une formidable intelligence collective, Pascale Solana, 12 janvier 2015.

- « L’écologie aide à penser la place de l’Islam en France », entretien avec Stéphane Lavignotte, 10 janvier 2015.

- À toi Fabrice, le journaliste, le militant, l’ami. Tiens bon, Annie Thébaud Mony, 10 janvier 2015.

- Hommage à Tignous, le tendre, le teigneux, Thierry Salomon, 10 janvier 2015.

- L’hommage de Nicolas Hulot à Charlie Hebdo, 10 janvier 2015.

- A la menace, les écologistes répondent par la démocratie, Barnabé Binctin et Lorène Lavocat, 9 janvier 2015.

- Charlie Hebdo : un journal intimement lié à l’écologie, Barnabé Binctin et Lorène Lavocat, 9 janvier 2015.

- Bernard Maris devait recevoir la Légion d’honneur des mains de Nicolas Hulot, Camille Martin, 9 janvier 2015.

- Le jour d’après, Noël Mamère, 9 janvier 2015.

- La paix et la liberté d’expression, Marie Astier et Lorène Lavocat, 9 janvier 2015.

- Merci de vous être battus, on continue le combat, Barnabé Binctin, la chronique de Reporterre sur Radio Nova.

- Fabrice Nicolino : « Il a mal, mais il est là », Camille Martin, 8 janvier 2015.

- Ne pas avoir peur !, Camille Martin, 8 janvier 2015.

- Ils continuent !, 8 janvier 2015.

- Horreur, amitié, détermination, texte publié en commun par plus de quinze médias, 7 janvier 2015.

- Fournier, précurseur de l’écologie, Simon Charbonneau, 5 novembre 2011.

- Cavanna, Pourquoi le désastre écologique ne nous révolte-t-il plus ?, 21 octobre 2011.

- Bernard Maris, Le capitalisme est-il animé par l’envie de mourir ?, 11 mars 2009.

La femme qui parle à l’oreille des animaux Célia Fontaine (Reporterre) Reporterre 2015/01/19 Célia Fontaine (Reporterre) (19 janvier 2015) La femme qui parle à l’oreille des animaux. Reporterre. Animaux fr

La femme qui parle à l’oreille des animaux

Si aux Etats-Unis les « animal communicators », c’est-à dire les interprètes animaliers, sont souvent appelés à la rescousse par les propriétaires, éleveurs ou dresseurs afin de résoudre des problèmes liés à leur animal, la profession reste très confidentielle en France. Éclairage sur la "communication intuitive" qui lie empathie avec les animaux et respect de la nature.

Anna Evans est docteur vétérinaire depuis 1982. D’abord intéressée par la chirurgie orthopédique, elle se forme à l’homéopathie (élève du Dr Hartman, lauréat du prix Albert Schweitzer pour ses recherches novatrices en homéopathie) et l’acupuncture vétérinaire aux Etats-Unis, et s’intéresse particulièrement aux thérapies alternatives. Jusqu’à créer la Communication Intuitive, une méthode de communication psychique avec les animaux qu’elle enseigne désormais au grand public.

Une expérience inédite

Nous l’avons rencontrée en marge d’une session privée avec Etan, un chat appartenant à Vilma, architecte parisienne.

« A l’origine, je suis partie d’une expérience inédite pour en faire un objet de recherche », explique d’une voix douce et souriante la vétérinaire. « J’ai été fascinée par la lecture d’un livre de J. Allen Boone écrit dans les années 50 (Des Bêtes et des hommes, ndlr) relatant de véritables échanges non verbaux avec les animaux. Appliquant la méthode suggérée, j’ai tenté de communiquer avec un chien, Fiorino. Quelle ne fut pas ma surprise de constater que je pouvais recevoir en retour à mes questions, des réponses qui ne pouvaient provenir que de l’animal que j’avais en face de moi ! »

Le félin saute prestement sur les genoux d’Anna Evans, puis se place à côté d’elle et la regarde droit dans les yeux. Une communication silencieuse s’amorce entre les deux êtres qui se connaissent maintenant bien pour avoir été plusieurs fois en contact. Silence.

Après quelques instants, Etan sort de sa torpeur, commence à s’agiter, les oreilles légèrement en arrière, ses pupilles d’un noir de jais dilatées. Il détale d’un coup du canapé pour se retrouver à l’autre bout de l’appartement.

- Anna Evans et la chat Etan -

Sa propriétaire explique qu’après avoir assisté à un premier stage pour apprendre à communiquer avec les animaux, elle a demandé à quelqu’un rencontré sur place de communiquer avec son chat : « Etan a dit qu’il avait quelque chose entre les omoplates. J’ai donc regardé et j’ai effectivement senti une petite boule à cet endroit précis. Au départ, je pensais que c’était du muscle mais dans le doute, je l’ai emmené chez le vétérinaire. Celui-ci a diagnostiqué un fibrosarcome, un cancer normalement fatal. »

Les deux femmes discutent de l’état du chat : après un traitement homéopathique, un passage total à la nourriture crue, et de nombreux échanges non verbaux, la tumeur a commencé à réduire et n’a pas bougé depuis. Etan a miraculeusement survécu. A douze ans, il est maintenant en pleine forme.

Un langage de perceptions

« Après Fiorino, j’ai pu converser avec d’autres animaux, mais mon esprit rationnel et cartésien voulait prouver à tout prix que ce n’était pas possible et que tout cela était le fruit de mon imagination. J’avais besoin de me rassurer ! C’est ce défi qui a fini par devenir sujet de recherche, au départ personnel, avant d’être exposé quelques années plus tard en public et face à quelques journalistes. Etonnamment, je reçu un accueil intéressé et l’on ne m’a pas reléguée dans la case « élucubrations », puisqu’il était possible de prouver, par le comportement a posteriori de l’animal, que l’échange avait bien lieu », poursuit la scientifique.

Le langage animal est composé de perceptions : informations visuelles (images), sonores, ressentis physiques, odeurs ou goûts. En se mettant sur la même longueur d’onde « alpha » que l’animal, c’est-dire en mettant volontairement le corps et l’esprit dans une forme de méditation qui dépasse le mental, il est possible d’avoir un échange entre les consciences humaines et animales : on peut alors percevoir ces images, sensations, etc., provenant de l’animal, et également en émettre à son intention.

« Notre cerveau droit, intuitif, enregistre les informations reçues, et le cerveau gauche, logique, est celui qui analyse. L’échange entre les deux fait appel à une capacité psychique, naturellement disponible et que nous possédons tous, mais qui a été laissée de côté, oubliée. La majorité d’entre nous ignore en être dotée, mais tout le monde est capable de réveiller cette capacité et cette intuition, et peut utiliser cette route pour communiquer avec d’autres espèces », affirme Anna Evans.

« Résonance empathique »

Les animaux sont encore trop souvent sous estimés car nous ne connaissons pas leur rôle dans les équilibres naturels, or toutes les espèces ont leur partition à jouer dans la biodiversité. Exploités sans gratitude pour ce qu’ils donnent, voyant leur milieu de vie réduit à une peau de chagrin, empêchés de satisfaire leurs besoins sociaux ou psychologiques, la majorité d’entre eux souffre de ce que nous leur faisons vivre sans pouvoir nous l’exprimer.

Prenons l’exemple de l’élevage intensif : il est maintenant scientifiquement établi que les animaux ressentent la douleur physique et émotionnelle. La production du lait impose que le veau soit séparé de sa mère à un jour, ce qui induit non seulement un stress immense de part et d’autre, mais implique de maintenir en vie chimiquement le jeune veau en lui imposant médicaments et lait reconstitué, ce qui ne comble aucunement ses besoins affectifs. Se nourrir de ces animaux en souffrance, c’est absorber dans notre corps et notre psychisme de la viande et du lait empoisonnés, remplis de toxines et de désespoir.

Nous savons aussi que les animaux (du moins les animaux supérieurs) sont capables de raisonner, de prendre des décisions, et pour certains (les porcs notamment) il a été établi qu’ils ont conscience d’eux-mêmes, au même titre que nous. En communiquant avec le bétail, nous pouvons mesurer de façon précise la souffrance liée aux conditions de vie que nous leur imposons. Leur stress résonne en effet de façon forte, et certains éleveurs qui ont fait l’expérience de la « résonance empathique » avec leurs bêtes se retrouvent eux aussi en situation de détresse psychologique.

« Quand on réalise que cette faculté dormante que nous avons tous peut être rendue opérationnelle, et que l’on fait directement cette expérience, la vision de la vie change totalement, on devient plus relié à soi-même et aux autres êtres vivants. La prise de conscience opérée marque par la suite un changement de perspective sur la nature et le monde animal », explique Anna Evans.

Défis environnementaux

Forte de plus de vingt ans d’expérience en la matière, Anna Evans crée début 2013 sa « Fondation pour la vie animale ». Elle a pour objectif de « participer au développement et au respect du bien-être animal notamment en favorisant des comportements humains appropriés et en protégeant son biotope ».

L’idée est de développer chez l’être humain une prise de conscience de la richesse et de la générosité du monde animal et du soutien que ce dernier peut lui apporter sous des formes multiples. La Fondation Anna Evans propose ainsi des formations pour les jeunes et le grand public, des solutions d’éducation professionnelle, pour permettre à ceux qui le souhaitent de retrouver leur capacité à se reconnecter à la nature et de mieux vivre en harmonie avec elle.

Anna Evans veut « nous rendre opérationnels face aux défis environnementaux contemporains » : « N’ayons pas peur des grands projets. Souvenons-nous que l’Arche de Noé a été construite par des amateurs et le Titanic par des professionnels », conclue-t-elle dans un sourire.

Le paysan irakien… et Charlie Jean-Claude Ray Reporterre 2015/01/19 Jean-Claude Ray (19 janvier 2015) Le paysan irakien… et Charlie. Reporterre. Tribune — fr

Le paysan irakien… et Charlie

Il y a un lien entre l’expansion du djihadisme et les politiques menées par les Etats-Unis au Moyen-Orient. Entre le fondamentalisme du marché, selon l’expression de Joseph Stiglitz, et le fondamentalisme islamique. Illustration avec cette histoire irakienne.

Mohammed est un paysan irakien, pauvre comme tous les paysans des pays « en développement ».

Mohammed cultive du blé. Il s’agit du même blé cultivé depuis quatre millénaires, car c’est là, dans le croissant fertile, entre Tigre et Euphrate qu’a été inventée l’agriculture. Ce blé n’est pas très productif, mais il suffit pour que Mohammed évite la misère. Pas la pauvreté, mais ça, il est habitué.

Ce blé possède un petit épi, mais une grande tige. S’il offre un faible rendement, il a un mérite : sa hauteur empêche les mauvaises herbes de se développer car elle les prive de la lumière nécessaire à leur photosynthèse. Ce blé ancestral a un autre mérite : on peut resemer une partie de sa production sans diminution ultérieure du rendement.

Tout allait bien jusqu’à la deuxième guerre d’Irak, en 2003. Ou plutôt, tout n’allait pas plus mal. Et puis, les Etats-Unis et leurs alliés ont occupé le pays. La guerre leur avait coûté cher, il fallait bien rentrer dans les fonds investis. Alors, Paul Bremer, le responsable US du pays, a édicté un certain nombre de lois destinées à « faire entrer l’Irak dans le marché mondial ».

Une de ces lois, parmi la centaine d’autres, concerne notre paysan Mohammed. Elle lui interdit désormais d’utiliser des semences « non homologuées », « non inscrites dans le marché mondial ». Il doit donc acheter non seulement ces semences, mais aussi les herbicides qui les accompagnent. Car ce blé nouveau, issu de la révolution verte, offre des tiges courtes et de gros épis, aux rendements généreux… mais sa petite taille laisse de la lumière aux adventices qu’il faut combattre. Ce n’est pas un hasard si l’herbicide indiqué est le plus souvent américain, élaboré par Monsanto, le Round Up à base de glyphosate…

Ah j’oubliais : c’est un hybride qu’on ne peut resemer, comme toutes les semences disponibles actuellement sur le marché mondial…

Aujourd’hui, Mohammed ne peut plus se payer ni la semence, ni l’herbicide. Il est ruiné.

Quel choix lui reste-t-il ? On lui a fait deux propositions.

Un passeur peut, pour une forte somme, le mettre sur un « bateau » pour l’Europe, avec probablement une chance sur trois de se noyer dans la Méditerranée, sans garantie de trouver du travail.

L’autre option le fait hésiter. Un djihadiste lui a proposé une ceinture d’explosifs à déclencher sur le marché local. On lui garantit en échange de s’occuper de sa famille…

On comprend son hésitation.

À sa place, quelle option choisiriez-vous ?

Autre question difficile : qui est responsable du terrorisme ? Mohammed s’il accepte, le djihadiste,… ou l’occupant qui a édicté les lois ?

L’entrée de l’Irak dans le « Marché total », avec toutes ses conséquences, n’est rien d’autre que la manifestation d’un autre fondamentalisme s’opposant au fondamentalisme djihadiste. Aucun des deux ne peut être excusé.

Ces questions devraient nous travailler en cette période troublée.

Comment faire joyeusement pousser nature et idées sur du béton pollué Flora Chauveau (Reporterre) Reporterre 2015/01/20 Flora Chauveau (Reporterre) (20 janvier 2015) Comment faire joyeusement pousser nature et idées sur du béton pollué. Reporterre. Reportage — fr

Comment faire joyeusement pousser nature et idées sur du béton pollué

Le Transformateur, ancienne friche industrielle, située à Saint-Nicolas-de-Redon (Loire-Atlantique), est le théâtre d’ateliers et d’expérimentations artistiques, paysagères, pédagogiques, potagères et autres. La philosophie d’ici : rien ne se perd, rien ne se créé, tout se transforme, au rythme des saisons.

- Reportage, Saint-Nicolas-de-Redon (Loire-Atlantique)

Le long du canal de Nantes à Brest, sur les pré-marais de Saint-Nicolas-de-Redon, se dresse une friche industrielle de plus de cinq hectares. Une ancienne menuiserie qui, en son temps, a fabriqué des centaines de caisses à bouteilles, avant que l’utilisation du plastique ne vienne miner cette industrie.

Depuis près de dix ans, cet endroit a été investi par de nombreux visiteurs, attirés ici par l’idée de faire quelque chose d’une usine en ruine. Un potager partagé a poussé, à l’extrémité sud. Un atelier d’éco-construction, animé par l’association Noria et compagnie, s’est installé du côté des anciens bureaux.

L’immense dalle de béton a été percée de trous, où pousse maintenant la végétation. Des vaches nantaises pâturent tranquillement, abritées dans un ancien bâtiment de production transformé en étable. Une association d’environ quatre-vingts adhérents gère les lieux : Les Amis du Transformateur.

Inondations à répétition

Tout commence en 2001. L’ancienne menuiserie, transformée un temps en usine de matériel agricole, est à l’abandon depuis déjà six ans. Il faut dire que les inondations annuelles perturbent la production. Les bâtiments sont situés dans le lit de la Vilaine et en subissent périodiquement les crues. Celles de 1999, 2000 et 2001 sont particulièrement fortes.

- L’adage du Transformateur, inscrit sur les murs des anciens bureaux de l’usine. -

Que faire de cette ancienne usine ? La déconstruire puis évacuer les matériaux industriels qui finiront enfouis sous terre ? Les maires de Saint-Nicolas et de Fégréac, une commune limitrophe, réfléchissent ensemble à une autre solution. Un homme, Gabriel Chauvel, se montre fort intéressé par le lieu. Originaire de Saint-Nicolas, il est enseignant à l’École supérieure du paysage de Versailles.

« Je cherchais des exercices pratiques pour mes élèves », raconte-t-il. Or, le département était en train de négocier l’acquisition du site. « Ils voulaient tout démolir pour réinstaller la nature. Moi, je rentrais de la Ruhr en Allemagne, j’avais vu tout le potentiel paysager des friches industrielles. Pour que la nature s’installe, pourquoi ne pas laisser en l’état l’ancienne usine ? »

- Au sud des bâtiments, un jardin partagé a été aménagé. Il n’est pas rare d’y trouver des pièces de l’ancienne industrie. -

Etudiants versaillais

Durant deux ans, en 2003 et 2004, des étudiants en quatrième année à l’école de Versailles viennent à Saint-Nicolas effectuer ce qu’ils appellent des ateliers pédagogiques régionaux. Entre-temps, le Conseil général de Loire-Atlantique rachète le site et décide de le classer en espace naturel sensible.

Bien étrange, cette appellation : rares sont alors les coins de nature dans cet espace de béton. « Le but était d’assurer sa non constructibilité », écrit Pauline Herbet, ancienne étudiante à l’université Rennes 2 qui a réalisé un mémoire sur l’histoire du site. Le Conseil général se base sur un article du code de l’urbanisme, qui atteste sa compétence pour mettre en œuvre une politique de protection, de gestion et d’ouverture au public des espaces naturels sensibles, notamment les champs d’expansion des crues.

Les élèves de l’école de Versailles proposent un plan d’aménagement et commencent des travaux expérimentaux sur place. Ce sont eux qui donnent le nom de Transformateur : « Ce n’était pas tant en référence au passé de l’usine, qui a accueilli trois transformateurs électriques, mais plutôt à son futur, explique Anne-Marie Moutault, actuelle présidente de l’association des Amis du Transformateur. Ils voulaient mettre en œuvre l’idée de Lavoisier : rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. »

- Claude Lebreton, adhérent à l’association des Amis du Transformateur, et Anne-Marie Moutault, la présidente. -

Tout est conservé sur place

Les matériaux les plus polluants sont évacués. Tout le reste est conservé sur place, utilisé pour construire des digues destinées à protéger les habitations qui jouxtent le site. Les matériaux servent aussi à créer des œuvres d’art, à aménager l’espace. Des dizaines de personnes passent par le Transformateur, pour toutes sortes d’ateliers, de visites et de fêtes.

Héloïse Chaigne est passée par là en 2009. Elle était alors à l’école de Versailles et a voulu faire son stage de première année dans cet endroit. « J’ai passé deux semaines au Transformateur, raconte-t-elle. Nous avons planté des arbres dans des tranchées creusées dans la dalle de béton. On a aussi fait du plessage, tresser les haies pour les entretenir, et de la taille forestière avec des habitants du coin. » Elle reste marquée par son passage ici, les rencontres, le travail des hommes pour orienter la nature afin qu’elle envahisse d’elle-même le site.

- La vaste dalle de béton a été percée de trous pour que la végétation s’y développe. Des vaches y pâturent. -

Mousse et graff sur les murs

Après presque dix ans de petits chantiers, l’ancienne usine a un peu changé : des arbres, des ronces, de la mousse ont poussé sur le béton, des graff sont venus colorer les murs. Une transformation lente : « Nous n’avons pas un gros budget, indique Anne-Marie Moutault. On fait avec le temps et nos petits moyens. C’est aussi ça, la philosophie du Transformateur. » Aller à contre-courant de la tendance à tout transformer, très vite.

La réhabilitation du site ne plaît pas à tout le monde. « Certains trouvent que ça n’a pas de sens. » L’aménagement questionne, comme ce cube de béton, qui a été rempli jusqu’au plafond par des ordures laissées sur place : vieux tuyaux en plastique, pneus de vélos, entonnoir, bidons, etc. C’est en fait une œuvre d’art qui dénonce le gaspillage et la pollution.

- Une vache de race nantaise, peu sensible à l’art du graff qui orne le mur de son abri. -

« Notre association n’est pas ouvertement militante, indique Anne-Marie Moutault. Chacun d’entre nous a son propre engagement personnel. Mais le Transformateur, c’est tout de même l’idée qu’un terrain industrialisé ne peut pas redevenir une terre agricole, sa vocation initiale. »

- Le site comporte aussi une partie boisée. Un artiste est passé par là. -

Les ZAD sont-elles l’avant-poste d’une nouvelle bourgeoisie ? Pierrette Rigaux Reporterre 2015/01/20 Pierrette Rigaux (20 janvier 2015) Les ZAD sont-elles l’avant-poste d’une nouvelle bourgeoisie ?. Reporterre. Tribune — Grands projets inutiles fr

Les ZAD sont-elles l’avant-poste d’une nouvelle bourgeoisie ?

« Avant et arrière-gardes, ces deux composantes encerclent les ZAD, et tout en l’ignorant, forment deux appendices du même animal : le Parti du Progrès, alias le capitalisme nouvelle vague... »

« Les classes moyennes [...] ne sont donc pas révolutionnaires, mais conservatrices ; bien plus, elles sont réactionnaires : elles cherchent à faire tourner à l’envers la roue de l’Histoire. Si elles sont révolutionnaires, c’est en considération de leur passage imminent au prolétariat : elles défendent alors leurs intérêts futurs et non leurs intérêts actuels ; elles abandonnent leur propre point de vue pour se placer à celui du prolétariat. » (Manifeste du Parti Communiste, 1848)

« Il réfléchit et commence à comprendre. » (Kashima paradise,1973)

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Après avoir annoncé d’une seule voix la création d’un « nouveau Sivens » à Roybon, dernièrement la presse a tenté de comprendre qui étaient ces zadistes de Chambaran. Qui sont-ils, d’où viennent-ils, que veulent-ils ? Malgré le regain de tension avec certains habitants, elle s’est peu penchée sur une autre question, non moins cruciale : qui sont les « pro » ?

Qui sont ces locaux qui soutiennent les chantiers du Center Parcs à Roybon, du barrage à Sivens, ou de la LGV Lyon-Turin du côté de la Maurienne, pour ne prendre que des exemples médiatiques et récents. Ce que les journalistes ne font pas, faisons-le nous-mêmes : essayons de comprendre.

Allons-y. Hypothèse n°1 : ce sont tous des fascistes, des mafieux, des ripous ? Non, on conviendra que c’est un petit peu plus compliqué. Alors prenons les choses autrement, commençons par nous demander ce qu’ils ne sont pas, et par définir les forces en présence dans le conflit des nouvelles ZAD.

Ce texte propose de profiter du répit relatif dont nous disposons, suite à la mort d’un camarade, et grâce aux demi-victoires juridiques des écologistes et des légalistes, pour forger notre analyse et notre discours politique. Car d’autres ne nous attendront pas pour parler à notre place.

1. Le Parti du Progrès progresse partout

Revenons un instant dans les années 80 : après une phase de grandes luttes sociales, le reflux politique impose de trouver de nouvelles formes de subversion. À la marge du système, des militants et des artistes ouvrent des brèches dans les grandes villes en voie de désindustrialisation, où les bâtiments vides ne manquent pas : c’est l’expansion du mouvement des squats politiques et culturels.

C’est aussi le début d’un processus qui portera, vingt ans plus tard, à l’implantation d’une nouvelle bourgeoisie dans les faubourgs. Le modèle de la gentrification des quartiers populaires est bien connu aujourd’hui, et peut être résumé comme ceci : Squat et modes de vie alternatifs -> Abandon des luttes sociales et populaires, prédominance de la culture, de l’écologie et de la technologie attirant la petite bourgeoisie -> Flambée immobilière et embourgeoisement.

Ces forces sont hétérogènes, le phénomène n’est pas linéaire, et les groupes sociaux qui y participent sont parfois concurrents, voire opposés. Mais chaque phase est sous-tendue par un même fil rouge, une même idéologie (d’après moi, celle de la cybernétique, de la gouvernance, c’est-à-dire de l’organisation optimale du corps social, sous des formes différentes telles que l’ingénierie sociale, ou l’écologie).

Résultat du processus : l’émergence d’un nouveau groupe social à fort capital immatériel, qui engage une guerre de classe dans l’espace, puis l’emporte à la fois géographiquement et politiquement.

Cette classe sociale qui émerge puis s’impose (à Grenoble, nous l’appelons parfois ironiquement celle des « écotechs »), c’est ce que nous pourrions définir comme « le nouveau Parti du Progrès », ou plus précisément, « la nouvelle avant-garde du P.d.P. ». Elle se nourrit de culture (de gauche, libérale), d’écologie (soft) et de (high) technologie, de préférence au sein de la métropole.

Elle est individualiste, mais dit le contraire, et sait défendre ses intérêts de classe. Son progrès est celui de la croissance verte et du capitalisme 3.0., celui qui assure la continuité du système et ne réserve au peuple que chômage et consommation factice. Elle a déjà gagné beaucoup de terrain dans les grandes villes, et repoussé les pauvres dans les campagnes rurbaines.

Imaginons un instant – pure fiction – qu’une partie de cette avant-garde, déjà un peu à l’étroit en ville, commence à s’étendre au-delà des métropoles, et que certains conflits – au hasard, par exemple, les nouvelles luttes locales et parmi elles les ZAD – leur serve d’avant-poste pour s’implanter dans les territoires périphériques.

2. Prospective zadiste

Imaginons. Comme les salles de spectacle et les casabio ont fleuri en ville sur les pas des gentrifieurs, les réseaux de petits agronomes bio et de néo-ruraux entreprenants apparaissent dans certains territoires périphériques, mais stratégiques (comme dans les quartiers populaires, l’avant-garde choisit les zones où le potentiel de fructification de son capital est le plus fort), et transforment les structures économiques et sociales locales.

La chose est banale, et déjà en cours. Des héritiers gentrifiés, chassés des villes, des écotechs attirés par l’image du retour à la terre et les prix du foncier, parsèment pour le moment ces zones périphériques. Ils sont d’ailleurs généralement mal accueillis, même après des années, par les communautés post-agricoles auprès desquelles ils s’installent. C’est la guerre de basse intensité entre purin d’ortie et agro-chimie.

- Au Testet -

Ces gentrifieurs des champs sont plutôt sensibles à l’écologie, mais aussi au développement personnel, entretiennent parfois des rapports fétichistes à la nature, sont empreints de libéralisme postmoderne (chacun fait ce qu’il veut, tout dépend du point de vue), et votent volontiers pour une démocratie plus efficace. Mais surtout : ils ont renoncé à la lutte politique antagoniste, sauf par procuration. Ce qui est pratique, puisque ça permet d’être à la fois zadiste et au hammam.

Les ZAD sont les avant-postes par lesquels ces catégories pourraient acquérir enfin une légitimité locale. Même si leur position dans les ZAD est secondaire, restreinte soit à une partie de la contestation légale (que nous leur laissons bêtement), soit au soutien indirect via internet – moi aussi, je suis zadiste ! – elles pourraient en tirer profit, et obtenir une position dominante après le conflit.

Par exemple, simple hypothèse, en gagnant des recours juridiques, et en s’emparant du leadership politique, aidés par le manque de discours de notre côté. Elles pourraient même avoir intérêt à ce que l’occupation ne dure pas trop.

Ces manipulateurs prolongeraient ainsi leur guerre de classe dans l’espace pour préserver et préparer, en marge des métropoles dont ils sont issus et dont ils tirent leur richesse (télétravail, laboratoires sociaux et économiques), leur futur cadre de vie.

3. Ce qui nous attend, et ce que nous voulons

Que la petite bourgeoisie s’allie un temps au peuple dont elle est issue pour se forger une position dominante, n’est pas une première. Mais revenons à nos moutons : ce petit détour permet à présent de répondre à notre question initiale : qui sont les « pro ».

C’est par opposition à cette partie du mouvement que nous avons définie ensemble comme la nouvelle avant-garde du P.d.P., que nous pouvons définir l’alliance hétérogène des « pro », à Roybon, à Sivens, ou en Maurienne : vieux souteneurs de l’industrie, agriculteurs forcés à l’intensif depuis cinquante ans et ne voyant plus d’autre voie, commerçants sans plan B, suivis d’une partie de leur main-d’oeuvre prolétaire, et des partis qui les représentent ; ils forment l’arrière-garde du Parti du Progrès, ceux qui ont nourri la France d’après-guerre, mais qui ont loupé le virage des années 80, de l’innovation et de l’information.

Ils ne sont pas fascistes, même si la xénophobie les traverse allègrement ; même pas forcément de droite, mais certainement tous productivistes. Laissés pour compte de la mondialisation, pas rentables, tout autant sous perfusion de subventions étatique que les allocataires RSA qu’ils montrent du doigt, ils vomissent les réformes sociétales et les taxes.

Et s’ils se mobilisent, c’est parce qu’ils sentent bien que, derrière les zadistes, les peluts, les anti-tout, il y a le nouveau modèle des dominants, intellos, verts et technophiles, avec un vrai projet de société, leur relève en quelque sorte, qui va s’approprier leur territoire. Ce sont ces « extérieurs » qui représentent une menace réelle pour les pro.

Avant et arrière-gardes, ces deux composantes encerclent les ZAD, et tout en l’ignorant, forment deux appendices du même animal : le Parti du Progrès, alias le capitalisme nouvelle vague.

Nous, les anarchistes, les militants, les zadistes, nous sommes, pour l’instant, les mercenaires aveugles (et gratos) du P.d.P. On défriche, on ouvre une brèche, et on la tient un temps, comme dans les villes depuis vingt ans. Et contrairement à ce que nous laisse supposer la situation aujourd’hui, « pro » et « anti » peuvent très rapidement s’entendre sur plusieurs points :

- Un point technique d’abord : les écotechs expliqueront aux pécores qu’il faut opter pour un projet alternatif et durable ; qu’il faut plus de zones compensatoires, plus de CNDP ; ils négocieront via la FRAPNA, la FNSEA ou d’autres (tiens, c’est le cas en ce moment même, sous l’égide du gouvernement), et s’entendront sur un modus vivendi.

Souvenons nous que EELV a soutenu le TAV [Lyon Turin] jusqu’en 2011, puis changé de camp pour réclamer, depuis, une autoroute maritime à la place d’une autoroute ferroviaire. Techniquement, tout devient possible.

- Pragmatique : les zadistes sont encombrants et ingouvernables. Bref, pro et anti diront bientôt, et à l’unisson : « Foutez le camp, on est chez nous », ou des variantes de gauche : « Maintenant, il faut laisser place à la démocratie ». Ségolène Royal, dans Le Monde du 22/12/14 : « Quand une solution sera trouvée, il faudra que les occupants partent. » Nous sommes prévenus.

On sait ce qui nous attend. À ce moment là, on sera seuls contre les réacs, les flics et les légalistes. Once again. Inutile de patienter poliment, de se forger une image médiatique de gentils jeunes, ou d’adorateurs des merveilles de Gaïa, on ne se fera balayer que plus rapidement.

Si on rentre sur le champ de bataille de l’opinion publique, c’est toujours par tactique, non pour la gagner. Entre un front et l’autre, notre position est courageuse, mais glissante. Pour rester offensive, elle doit chercher la stratégie qui nous permette de gagner la bataille politique, derrière la bataille géographique.

La ligne de crête que l’on doit voir dès maintenant dans le brouillard, entre pro et anti, c’est celle où l’on assume nos ambitions : la ZAD est un moyen de faire face au capitalisme, à l’industrie des flux, aux avant-postes de la métropole, auxquels nous opposons nos forces, en mettant en pratique notre idée du commun, la fusion de la vie collective et de la lutte politique. Chacun peut nous rejoindre, mais qu’ils sachent que nous ne serons ni les sauveurs de la France périphérique, ni les larbins des bourgeois métropolitains.

Si, la plupart des cancers sont dus aux facteurs environnementaux et au mode de vie Centre international de Recherche sur le Cancer Reporterre 2015/01/20 Centre international de Recherche sur le Cancer (20 janvier 2015) Si, la plupart des cancers sont dus aux facteurs environnementaux et au mode de vie. Reporterre. Pollutions fr

Si, la plupart des cancers sont dus aux facteurs environnementaux et au mode de vie

Voici deux semaines, un article paru dans Science prétendait que les cancers découlaient surtout du hasard. Le Centre international de recherche sur le cancer répond en soulignant les faiblesses méthodologiques de cette étude. Il rappelle que la majorité des cancers les plus fréquents sont liés aux expositions environnementales, et donc en principe évitables.

Le Centre international de Recherche sur le Cancer (CIRC), agence de l’Organisation mondiale de la Santé spécialisée sur le cancer, entend faire connaître son profond désaccord avec la conclusion d’un rapport scientifique sur les causes du cancer chez l’homme, publié dans la revue Science le 2 janvier 2015 par les Dr Cristian Tomasetti et Bert Vogelstein.

Cette étude, qui a reçu une large couverture médiatique, compare le nombre de divisions des cellules souches sur la vie entière dans un grand nombre de tissus différents avec le risque de cancer sur la vie entière et suggère que des mutations aléatoires (en d’autres termes, la “malchance”) seraient “les principaux contributeurs à l’ensemble des cancers, souvent plus importants que les facteurs héréditaires ou les facteurs environnementaux extérieurs”.

Conséquences graves sur la recherche

Pour de nombreux cancers, les auteurs mettent plus l’accent sur la détection précoce de la maladie que sur la prévention de sa survenue. Si cette position était mal interprétée, elle pourrait avoir de sérieuses conséquences négatives, à la fois pour la recherche sur le cancer et pour la santé publique.

Les experts du CIRC pointent une grave contradiction avec le vaste champ de données épidémiologiques, ainsi qu’un certain nombre de limites méthodologiques et des biais dans l’analyse présentée dans le rapport.

“Nous savions déjà que pour un individu, il existe une part de hasard dans le risque de développer tel ou tel cancer, mais cela a peu à voir avec le niveau de risque de cancer dans une population”, explique le Dr Christopher Wild, Directeur du CIRC. “Conclure que la malchance est la principale cause des cancers serait trompeur et peut gravement obérer les efforts entrepris pour identifier les causes de la maladie et la prévenir efficacement”.

Les cinquante dernières années de recherche épidémiologique internationale ont montré que la plupart des cancers qui sont fréquents dans une population sont relativement rares dans une autre et que ces tendances varient dans le temps. Par exemple, le cancer de l’œsophage est fréquent chez les hommes en Afrique de l’Est, mais rare en Afrique de l’Ouest.

Le cancer colorectal, qui était rare autrefois au Japon, a vu son incidence quadrupler en seulement vingt ans. Ces observations sont caractéristiques de nombreux cancers fréquents et viennent renforcer l’idée selon laquelle les expositions environnementales et liées au mode de vie ont un rôle majeur dans l’apparition des cancers, par opposition à la variation génétique ou au hasard (la “malchance”).

Limites méthodologiques

En outre, les experts du CIRC pointent un certain nombre de limites méthodologiques dans le rapport lui-même. Il s’agit notamment de l’accent mis sur les cancers très rares (par exemple l’ostéosarcome, le médulloblastome) qui, pris ensemble, ne représentent qu’une petite part du fardeau de l’ensemble des cancers.

Le rapport exclut aussi, en raison de l’absence de données, les cancers fréquents pour lesquels l’incidence diffère sensiblement entre populations et dans le temps. Cette dernière catégorie comprend certains des cancers les plus fréquents dans le monde, comme ceux de l’estomac, du col de l’utérus et du sein, chacun étant connu pour être associé à une infection virale ou à des facteurs liés au mode de vie et à l’environnement.

De plus, l’étude se concentre exclusivement sur la population des Etats-Unis comme mesure du risque sur la vie entière. La comparaison de différentes populations aurait clairement donné des résultats différents.

Bien que l’on sache depuis longtemps que le nombre de divisions cellulaires augmente le risque de mutation et, par conséquent, de cancer, la majorité des cancers les plus fréquents qui surviennent dans le monde sont fortement liés aux expositions environnementales et au mode de vie.

La moitié des cancers sont évitables

Ces cancers sont donc en principe évitables ; sur la base de nos connaissances actuelles, près de la moitié de tous les cas de cancer dans le monde peuvent être évités.

Ceci est étayé dans la pratique par des données scientifiques rigoureuses, qui montrent que l’incidence du cancer diminue à la suite d’interventions préventives. On notera entre autres la diminution des taux de cancer du poumon et des autres cancers associés au tabac après réduction du tabagisme, et la baisse du carcinome hépatocellulaire chez les personnes vaccinées contre le virus de l’hépatite B.

« On ne peut pas imputer les lacunes de nos connaissances en matière d’étiologie du cancer simplement à la ‘malchance’ »,clarifie le Dr Wild. « La recherche des causes des cancers doit se poursuivre tout comme les investissements dans des mesures de prévention pour les cancers dont on connait les facteurs de risque. Ceci est particulièrement important dans les régions les plus défavorisées du monde, qui font face à un fardeau croissant de cancer avec des ressources limitées à consacrer aux services de santé. »

A la découverte de l’agriculture familiale Lorène Lavocat (Reporterre) Reporterre 2015/01/20 Lorène Lavocat (Reporterre) (20 janvier 2015) A la découverte de l’agriculture familiale. Reporterre. fr

A la découverte de l’agriculture familiale

Le documentaire Ceux qui sèment sort ce mardi 20 janvier en avant-première à Montpellier. Réalisé par quarante étudiants agronomes partis aux quatre coins du monde, le film propose un portrait coloré et contrasté de celle qui nous nourrit tous aujourd’hui : l’agriculture familiale.

Quel est le point commun entre un paysan indien qui cultive riz, haricot, et mangue, le tout à la main, et un éleveur porcin en Bretagne ? Ils travaillent en famille, et travaillent pour leur propre compte. L’agriculture familiale produit 60 à 80 % de l’alimentation mondiale, et représente 40 % des actifs mondiaux... Lutte contre la pauvreté, souveraineté alimentaire, protection de l’environnement. Elle est au centre de tous les enjeux sociaux, économiques et écologiques actuels. Dès lors, pas étonnant que la FAO ait décrété 2014 « année de l’agriculture familiale. »

Pourtant, difficile de la définir, tant elle est variée. Éleveurs ou maraîchers, pratiquant une agriculture de subsistance ou d’exportation, certains paysans vivent dans l’extrême-pauvreté tandis que d’autres connaissent l’abondance.

Quarante étudiants agronomes de Montpellier Sup’Agro ont voulu montrer l’agriculture familiale dans sa complexité et sa diversité. Des Andes aux forêts tropicales du Cameroun, ils nous proposent un voyage plein d’espoir. Car oui, les paysans sont notre avenir et celui de notre planète.

Mardi 20 janvier 2015 à 18H00

Projection suivie d’un débat en présence des étudiants et du réalisateur, Pierre Fromentin.

Amphithéâtre Philippe Lamour - Entrée libre Campus de La Gaillarde de Montpellier SupAgro

2, place Pierre Viala à Montpellier

Voici le site de l’association : Agriculture familiale

En Grèce, « au nom de la croissance, on détruit l’environnement » Marie Astier (Reporterre) Reporterre 2015/01/20 Marie Astier (Reporterre) (20 janvier 2015) En Grèce, « au nom de la croissance, on détruit l’environnement ». Reporterre. Reportage — Grèce fr

En Grèce, « au nom de la croissance, on détruit l’environnement »

« Au nom de la croissance, c’est très facile de détruire l’environnement », dit Kamilo, habitant de Vovousa. Ce village grec lutte contre un projet de barrage hydroélectrique qui détruirait l’exceptionnel Parc national du Pindus Nord.

La Grèce revient dans les radars des médias. La cause ? Les élections du 25 janvier, qui pourraient ébranler l’Europe des néo-libéraux. La classe dirigeante craint la victoire du parti de gauche Syriza, qu’espèrent au contraire partis de gauche et écologistes.

A l’automne dernier, Reporterre s’est donné deux semaines pour aller voir les Grecs. Aller s’asseoir à la terrasse d’un « kafeneio » pour écouter leurs histoires, leur quotidien, leurs indignations et leurs espoirs. Ils nous ont raconté que quand ils ne sont pas au chômage, leur salaire a diminué d’au moins un tiers. Un tiers, c’est aussi la proportion d’entre eux qui n’ont plus de couverture sociale. Certains ont découvert l’angoisse du frigo vide et de la soupe populaire.

Et du côté de l’écologie ? Ce n’est pas brillant, on vous prévient.

- Reportage, Vovousa (Grèce)

L’eau claire court sur les galets au son d’un bouillonnement léger et continu. Sur les rives du torrent, de hauts pins s’ancrent dans le sol noir. Quelques rayons de soleil passent entre les cimes, qui culminent à plus de trente mètres. Certains arbres font plus de deux mètres de diamètre et atteignent les 400, voire les 700 ans.

Les paysages idylliques de plages grecques surplombées de maisons blanches sont bien loin. Ici, à perte de vue, des montagnes recouvertes d’une forêt multicolore en cette fin d’automne. Le vert foncé des résineux se mêle au camaïeu de rouge-orangé des hêtres feuillus.

Nous sommes dans le parc naturel national du Pindus Nord, au Nord-Ouest de la Grèce, non loin de la frontière albanaise. Certaines montagnes y culminent à plus de deux mille mètres. Elles abritent, au cœur du parc, la forêt de Valia-Kalda.

Biodiversité exceptionnelle

Le lieu est presque unique en Europe, car il abrite des grands mammifères en abondance : l’ours brun, le loup, le lynx, le chamois, etc. « Nous sommes l’un des principaux lieux de conservation de l’ours brun en Europe, explique Antonis, garde pour le Parc National. Il vient hiberner chez nous car il y a très peu d’hommes l’hiver. » C’est un des derniers espaces quasiment intouché par l’homme en Europe.

- Antonis, le garde -

Le garde s’arrête devant un pin dont l’écorce est percée d’un large trou : « Ici, nous avons huit espèces de pics, dont le plus gros d’entre eux, le pic noir. » Au niveau ornithologique aussi, cet écosystème est exceptionnel. On y observe l’aigle royal, l’aigle impérial, l’épervier, le faucon lanier et même « un couple de vautours percnoptères », annonce fièrement Antonis. Côté flore, nombre de variétés endémiques sont également recensées.

« Nous avons un écosystème très particulier lié au pin noir et à la roche noire du sol, la serpentine. Tout est irrigué par la rivière, c’est comme son sang. Si elle disparaît, la vie ici aussi », s’inquiète le naturaliste. Il désigne un gros rocher au milieu de la rivière : « C’est là qu’ils veulent commencer leur projet... »

Un « grand projet »

Ce « projet » vise à construire un barrage sur ce torrent, l’Aoos, pour installer des pompes et des tuyaux qui remonteront l’eau de 400 mètres de haut, via neuf kilomètres de conduite dans la montagne pour atteindre le lac, à la source de la rivière. Ensuite, cette eau chutera de 700 mètres pour atteindre la ville de Loannina, capitale de la province de l’Epire. Deux à trois petites centrales hydroélectriques seraient construites le long de la descente d’eau.

« C’est un grand projet », se félicite Stavros Kaloyannis, le député conservateur de la zone. Avec lui, deux entreprises portent le projet : Terna, une filiale de la plus grosse entreprise de BTP en Grèce, détenue par le magnat des médias, Fotis Bobolas, et DEI énergies renouvelables, une filiale de la compagnie nationale d’électricité désormais privatisée.

Mais face aux grands projets de la ville, un petit village s’est toujours dressé : Vovousa, à plus d’une heure et demi de route de Loannina, compte une quarantaine d’habitants à l’année. Des vieux, et quelques jeunes qui vivent de la coupe du bois l’hiver et du tourisme l’été.

« Avant, le bois était vendu à la compagnie nationale d’électricité pour fabriquer des poteaux, raconte Dimitris, originaire du village. Mais ils ont trouvé moins cher en Russie, alors maintenant le pin sert à fabriquer des meubles, des fenêtres, des parquets. » Le jeune homme travaille à Loannina mais revient tous les week-ends à Vovousa, affrontant de nuit, à quarante kilomètres heure, les petites routes sinueuses et mal entretenues.

« La voix de l’Aoos »

« C’est un village unique en Grèce, souligne-t-il, le seul qui est traversé par une rivière et qui a donc un pont pour relier les deux parties du village. » Car, à l’inverse de ce que l’on peut observer en France, « les villages en Grèce sont toujours construits d’un seul côté de la rivière, ou alors ce sont deux villages ennemis qui se font face chacun sur une rive », détaille Dimitris.

- Dimitris -

La rivière a même donné son nom au village : Vovousa signifie « la voix de l’Aoos. » A la terrasse de l’auberge, un vieil homme, Athanasios, sirote un café en regardant l’eau couler. « En ce moment, il manque environ un tiers de l’eau par rapport à avant, note-t-il. Et l’été, c’est même la moitié. »

Car un premier barrage hydroélectrique, qui va pomper directement aux sources de l’Aoos, réduit déjà le débit depuis trente ans. « Depuis, la rivière a moins de débit et l’eau est moins propre qu’avant, déplore Dimitris. On peut y voir des traces vertes. Chaque année, c’est pire. S’il ne pleut pas ou ne neige pas assez l’hiver, il n’y a pas assez de débit pour laver la rivière. Et l’été, certains jours, il n’y a pas assez d’eau pour aller jusqu’à la frontière avec l’Albanie. » Or, c’est en Albanie que la rivière effectue la majeure partie de sa course.

Le député Stavros Kaloyannis enjoint quant à lui ses concitoyens à plus de solidarité avec les habitants de Loannina. Car l’eau de l’Aoos servira à nettoyer le lac de la ville, très pollué après avoir servi pendant des années de déversoir aux eaux usées. Elle permettra aussi d’irriguer les champs dans la plaine, ou encore tout simplement d’alimenter en eau claire et potable la cité. Enfin, les petites usines hydroélectriques permettront de faire baisser le prix de l’électricité pour tout le monde, affirme l’élu.

« Ce n’est rien du tout, c’est juste un petit tuyau dans la montagne, le projet a été approuvé par dix différents ministères, poursuit-il. Il est même porté par DEI énergies renouvelables, c’est un projet environnemental ! »

- Athanasios -

« Dans la Grèce en crise, vous pouvez faire ce que vous voulez »

Pourtant, le Parc National du Pindus Nord a été consulté et a rendu un avis négatif. « Mais dans la Grèce en crise, vous pouvez faire tout ce que vous voulez », craint Antonis. « Les entreprises ne demandent pas et elles vont prendre l’eau. Elles disent que cela apportera beaucoup à l’économie de la zone, mais c’est faux, car ici nous vivons du tourisme et de la forêt, et ils vont la détruire. »

Rien que la construction risque de faire des ravages, selon Dimitris : « Je suis ingénieur civil. Ils veulent mettre des conduits au milieu d’un parc naturel national. Pour cela, c’est certain, ils doivent couper la forêt, tracer des routes… Ce ne sera pas juste quelques tuyaux au milieu des arbres. »

Puis même une fois construit, l’utilité de cette déviation d’eau n’est pas prouvée selon les villageois. Un professeur de l’université de Loannina explique que l’eau de l’Aoos n’a pas la même composition que celle de Loannina, elle risquerait de détruire l’écosystème du lac, plutôt que de le nettoyer.

- Le pont du village de Vovousa -

« En plus, dans l’Union Européenne, il est illégal de prendre l’eau d’un bassin versant pour l’amener vers un autre, affirme le garde Antonis. Les usines hydroélectriques produiront très peu, et il n’y a pas besoin de plus d’énergie. » Quant aux autres besoins agricoles, Dimitris les balaye d’une phrase : « L’Aoos ne peut pas donner plus d’eau ».

Ce qui compte, c’est le chantier

En fait, tous les villageois l’admettent, ils n’ont pas vraiment compris pourquoi le député Stavros Kaloyannis tient tant à ce projet. « Quand on a montré que cela ne nettoierait pas le lac, il a dit qu’en fait ce serait pour les citoyens de Loannina », raconte Kamilo, lui aussi originaire de Vovousa et cousin de Dimitris. « Quand on a dit qu’il n’y avait pas besoin d’usines hydroélectriques, il a répondu qu’elles seraient toutes petites. Mais dans ce cas pourquoi les construire ? », s’interroge-t-il encore.

Antonis, le garde du Parc, a une petite idée : « Ils veulent cette eau parce qu’elle est très pure. Ils la mettront en bouteilles pour la vendre aux gens. Deux des principales usines d’eau en bouteille de Grèce sont installées dans la zone. »

Autre possibilité, l’eau en elle-même n’aura pas vraiment d’utilité. Ce qui compte, c’est le chantier. En temps de crise, les entreprises de Bâtiment et Travaux publics tournent au ralenti. Toute construction est bonne à prendre, d’autant plus si elle est compliquée, en pleine montagne et annonce des travaux de longue durée...

- Vue du Parc et des montagnes -

Et puis, selon les villageois, Stavros Kaloyannis aurait un intérêt particulier à voir ce projet réalisé. « Il est ingénieur civil, comme son père. C’est leur propre cabinet qui a réalisé l’étude pour ce projet. S’il est réalisé, ils gagneront sans doute une grosse somme d’argent », soupçonne Kamilo. Stavros Kaloyannis, lui, nie en bloc tout intérêt financier.

« Au nom de la croissance, c’est très facile de détruire l’environnement »

« En fait, il ressort régulièrement ce projet, poursuit Kamilo. Jusqu’ici on a réussi à le repousser. Mais la crise a dû leur paraître un contexte favorable pour le remettre sur la table. »

Cette fois-ci, la bataille pour protéger la rivière risque d’être rude, redoute Antonis. « Aujourd’hui, au nom de la croissance et de l’économie, c’est très facile de détruire l’environnement. Nous avons ce genre de problèmes dans toute la Grèce... » Les habitants de Vovousa ont créé une association, Protect Aoos, et organisent depuis l’été dernier un festival annuel, pour populariser leur rivière et leur village.

Une action juridique, soutenue par le WWF Grèce, est lancée devant le Conseil de l’Europe. L’audience a été reportée en février, car le gouvernement grec n’a pas produit l’étude d’impact sur les conséquences de la construction du dispositif.

L’été dernier, Dimitris a organisé une grande course de VTT dans la montagne, un succès. La perspective de la victoire de Syriza aux prochaines élections ne change pas grand-chose selon Kamilo : « On va entrer dans une période de forte instabilité politique », estime-t-il. La seule solution, pour lui c’est d’agir au niveau local : « On veut surtout convaincre les habitants de Loannina du fait que c’est un mauvais projet. » Pour leur faire entendre la voix de la rivière.

Liberté d’expression ? Il faut aider les médias libres Médias libres Reporterre 2015/01/21 Médias libres (21 janvier 2015) Liberté d’expression ? Il faut aider les médias libres. Reporterre. Tribune — fr

Liberté d’expression ? Il faut aider les médias libres

Une quarantaine de médias indépendants, dont Reporterre, dénoncent la politique d’étouffement des médias libres menée par les pouvoirs publics, et demandent la refonte du « système des aides publiques à la presse, qui favorise les grands groupes industriels et privés. » « Il ne suffit pas de se déclarer défenseur de la liberté d’expression pour la protéger. »

Depuis l’attentat contre la rédaction de Charlie Hebdo, les appels se multiplient pour défendre la liberté d’expression dans notre pays. Nous, représentants de médias indépendants, alternatifs et citoyens, ainsi que des associations les défendant, sommes pleinement solidaires de cette mobilisation, à la hauteur des attaques meurtrières contre la liberté d’expression et de la presse.

Elles viennent nous rappeler que ces libertés, fruits de longs combats, ne sont jamais définitivement acquises, qu’elles sont encore une réalité minoritaire à travers le monde, qu’il faut toujours lutter pour les acquérir ou les préserver. Mais ces libertés – assurées en France par la loi de 1881 – restent déclaratives si elles ne sont pas accompagnées des conditions nécessaires pour les transformer en droits réels.

Politiques d’étouffement

Si le terrorisme tente aujourd’hui de menacer l’idée même de liberté d’expression, celle-ci est aussi attaquée quotidiennement par les politiques d’étouffement menées depuis si longtemps par les pouvoirs publics.

Avant même cette attaque, Charlie Hebdo était menacé de disparition faute de moyens financiers. Des journaux indépendants meurent chaque jour dans une indifférence quasi générale. En un an seulement, le trimestriel Friture Mag a suspendu ses parutions papier, le mensuel Le Ravi a été placé en redressement judiciaire, le magazine Zélium a dû faire appel à une campagne de financement participatif pour reparaître en kiosque, la survie de Siné Mensuel dépend d’une souscription en cours… Des radios associatives, comme Radio Clapas, s’apprêtent elles aussi à mettre la clef sous la porte.

Les raisons ? Un étranglement financier généralisé à tout le secteur associatif et l’absence de reconnaissance officielle des médias du Tiers Secteur, ceux qui ne sont ni publics ni commerciaux mais tout simplement citoyens.

Cet appel, rassemblant des médias indépendants, alternatifs, citoyens, ainsi que des associations les défendant, tous désireux de faire vivre une information libre, affirme sa fraternité et sa détermination après l’attaque contre des journalistes de Charlie Hebdo.

Réformes de fond

Mais, au-delà de l’émotion, il faut plus que jamais :

- Refondre totalement le système des aides publiques à la presse, qui favorise les grands groupes industriels et privés. - Renforcer le fonds de soutien à l’expression radiophonique (FSER). - Ouvrir des canaux de diffusion locaux et nationaux aux télévisions associatives et des financements associés.

- Réorienter les aides à la diffusion dans les kiosques, eux-mêmes en grande difficulté, et réfléchir à d’autres moyens de distribuer nos productions en lien avec les professionnels de la distribution. - Reconnaître les médias citoyens comme étant d’intérêt général et valoriser leur compétence en matière de formation professionnelle et d’éducation populaire.

- A plus long terme, développer un travail législatif, comparable à ce qui a été fait en Argentine ou dans d’autres pays avec une re-répartition globale du spectre médiatique entre secteur public, secteur privé et secteur associatif, tout en luttant contre la concentration financière et industrielle des médias.

Nous ne revendiquons pas des subventions individuelles pour chacun mais la reconnaissance de droits et acquis sociaux et culturels collectifs pour promouvoir la liberté d’expression et le pluralisme. Il ne suffit pas de se déclarer défenseur de la liberté d’expression pour la protéger. Seules des réformes de fond pourront attester de la sincérité de cet engagement.

Aussi, nous demandons à être reçus d’urgence par la Ministre de la Culture et de la Communication pour faire valoir le point de vue des médias libres et citoyens sur les réformes qu’elle dit maintenant vouloir engager.

Les 43 signataires : Acrimed, Act Médias, Adiu Sud Gironde, Altermondes Informations, Cassandre/Hors Champ, Citizen Nantes, Com’etik Diffusion, Demosphère Ariège, Et faits Planète, Fakir, Fokus 21, Fréquence Mistral, Friture Mag, La Lettre à Lulu, Le Lot en Action, Les Antennes, Les Pieds dans le PAF, Lalorgnette.info, Le Sans-Culotte 85, Le Ravi, Les Films du Crime et du Châtiment, Librinfo74.fr, Lutopik, Lyon Média City, Lyon Bondy Blog, MédiasCitoyens, Montpellier journal, Le Nouveau Jour J, O2Zone TV, Philippe Merlant (Université populaire pour une information citoyenne), Plus Belles les Luttes, Pourparlers.info, Radio Calade, Radio Couleurs FM, Radio d’Ici, Radio MNE, Rencontres Médiatiques, Reporterre, Rézonances TV, Riv’Nord, Sisyphe Vidéo, Télà, Télé Sud Est, Zélium.

À Bure, une fleur de résistance s’épanouit contre les déchets nucléaires Emmanuel Daniel (Reporterre) Reporterre 2015/01/21 Emmanuel Daniel (Reporterre) (21 janvier 2015) À Bure, une fleur de résistance s’épanouit contre les déchets nucléaires. Reporterre. Reportage — Déchets nucléaires fr

À Bure, une fleur de résistance s’épanouit contre les déchets nucléaires

Pour s’opposer à l’enfouissement des déchets radioactifs à Bure, dans la Meuse, des militants ont créé la « maison de la résistance à la poubelle nucléaire ». Un lieu pour faciliter la lutte et l’organisation mais aussi pour mettre en pratique d’autres modes de vie, à contre-courant de la « société nucléarisée ».

- Bure (Meuse), reportage

Une église, pas de commerces, et soixante-dix habitants qui ne sortent de chez eux que pour prendre leur voiture. Bienvenue à Bure, un village quasi fantôme, à la frontière de la Meuse et de la Haute-Marne. Ce n’est pas un hasard si cette zone faiblement peuplée et à la population vieillissante a été choisie pour recevoir, enterrés à 500 mètres de profondeur, les déchets radioactifs de France et de Navarre.

Pour s’y opposer, il y a dix ans, le réseau Sortir du nucléaire et l’association Bure Zone libre ont acheté un corps de ferme de 600 m² à Bure. La « Maison de la résistance à la poubelle nucléaire » est née. L’idée était de proposer aux militants un pied à terre pour pouvoir s’organiser et s’opposer efficacement au projet.

- Le dortoir -

Organisation et alternatives

« Quand les gens venaient de loin, ils n’avaient aucun endroit pour se réunir ou rester dormir après les manifestations », explique Sidonie [parmi la dizaine de militants rencontrés, la plupart disent s’appeler Michel ou Michèle pour préserver leur anonymat. Afin de faciliter la lecture, les prénoms ont été changés], cheveux bruns coupés courts et regard pétillant, régulièrement présente depuis trois ans.

Progressivement, la bâtisse a été retapée par les visiteurs et les soutiens locaux. Deux « occupants permanents » qui tournent tous les six mois environ habitent le lieu et un dortoir d’une vingtaine de places abrite les activistes et les curieux qui viennent pour quelques jours ou quelques semaines. Les dons et les efforts des visiteurs ont transformé la vieille ferme en lieu de vie confortable. Une salle spacieuse accueille également les activités militantes (réunions, projections de film…).

Un peu partout, des cartes, des magazines, des films, des livres et des prospectus divers font de la Maison de la Résistance un « point d’info » sur l’énergie nucléaire et plus particulièrement sur le projet Cigeo (Centre industriel de stockage géologique, nom donné au projet d’enfouissement des déchets).

Le lieu a aussi pour but de prouver par l’exemple que le nucléaire ne constitue pas un horizon indépassable et qu’il existe des alternatives. Un chauffage au bois assure une chaleur confortable dans les pièces à vivre, un panneau thermique installé sur le toit contribue à chauffer l’eau, tandis qu’une éolienne construite sur place avec l’association Tripalium produit une partie de l’énergie consommée.

Un abonnement à Enercoop (fournisseur d’énergie alternatif) fournit le reste. Régulièrement, des chantiers participatifs et des ateliers (isolation du dortoir, construction de l’éolienne, stage de « grimpe »…) sont organisés. C’est l’occasion de partager des savoirs et d’attirer de nouvelles personnes.

A la Maison de la résistance, on croise des profils variés. Militants associatifs multicartes, zadistes en transit, opposants locaux de longue date et riverains à la recherche d’informations ou de convivialité. « Pour moi, ce qui se passe à Bure est l’une des deux choses les plus graves en France avec les migrants à Calais, explique Fatima, de retour en Meuse après un passage sur la ZAD du Testet. C’est plus grave qu’un projet d’aéroport ou de barrage. Un aéroport, tu casses le bitume et c’est reparti. Là, les déchets restent actifs pendant 100 000 ans », dit-elle.

Quant à Sidonie, elle a décidé de venir à Bure quand elle a découvert les conditions de travail dans les mines d’uranium au Niger. « C’est impossible d’avoir un impact là-bas, alors j’ai décidé d’agir ici », raconte-t-elle. Une troisième est arrivée « un peu par hasard », sur les conseils de la famille lors d’un tour de France en vélo. Si c’est la question du nucléaire qui les a majoritairement amenés là, d’autres motifs les poussent à rester ou à revenir.

Bienvenue en zone libre

Tous mettent en avant la convivialité du lieu. Il faut dire que l’ambiance est bonne à la Maison de la résistance. Les repas, préparés à plusieurs, se terminent souvent sur des airs de guitare et des chants, de préférence révolutionnaires. La grande table du salon se transforme alors en percussion géante. Les meubles, les mains ou les couverts deviennent des instruments de musique. Bien sûr, chaque nouvel arrivant a droit à une visite détaillée du lieu. Et quand la nuit tombe, les gens de passage se voient proposer de rester dormir plutôt que de reprendre la route. « On s’y sent vite chez soi », résume Fatima.

La maison n’est pas qu’un point de rendez-vous entre militants anti-nucléaires. Elle sert aussi de lieu d’expérimentation d’une forme de vie collective basée sur l’autogestion. Les visiteurs sont invités à prendre part aux tâches quotidiennes et aux travaux du moment.

Pendant mes quelques jours sur place, j’ai par exemple aidé à ranger l’atelier et à monter un échafaudage afin de repeindre un mur. Certains réguliers travaillent à l’extérieur ou font des saisons, d’autres vivent du RSA (revenu de solidarité active). Mais personne ne chôme. Entre activités militantes, préparation des repas, travaux dans le jardin et la maison, chacun s’active sans qu’aucun chef ne vienne donner d’ordre.

Un peu partout dans la maison et sur sa façade, on peut lire l’inscription « Bure Zone Libre ». Zone libérée du nucléaire bien sûr, mais aussi « de son monde », souligne Archibald, visiteur fréquent venu d’Alsace, en référence au slogan des opposants à l’aéroport de Notre-Dame des Landes.

« Une société nucléarisée ne peut pas être démocratique, poursuit-il. Elle ne peut pas fonctionner sans secrets d’État, corruption et conflits d’intérêts. On ne veut plus de toutes ces choses. » Pour beaucoup ici, le scandale nucléaire n’est qu’une conséquence de l’accaparement des pouvoirs par quelques-uns. La maison de Bure se veut un exemple en actes de comment pourrait fonctionner une société libérée du joug de l’oligarchie, comme l’explique Francis, mèche brune dépassant de son chapeau : « On recherche l’autonomie, l’autogestion et on essaie de se libérer du diktat de la consommation. »

Apéro et nucléaire

Pendant les repas, on discute OGM, péril fasciste, risque de récupération des initiatives locales ou souvenirs de soirées arrosées pendant les vendanges. Mais la question nucléaire occupe une large place dans les conversations. Une militante raconte avec moult détails la tentative de passage en force de l’Etat sur le dossier Cigeo.

D’autres commentent l’absurde document produit par l’ANDRA (Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs) qui se demande dans quelle langue signaler aux populations qui habiteront le territoire dans des dizaines de milliers d’années la présence d’un danger en sous-sol.

Aucun scientifique spécialiste du nucléaire n’habite la maison mais ses habitants connaissent bien leur sujet. Trop parfois : « C’est tellement scandaleux que par moments, on est obligés de prendre ça à la rigolade sinon on deviendrait dingues », me glisse Sidonie.

Actions et différentes formes de lutte

La maison de la résistance à la poubelle nucléaire entend aussi être une « épine dans le pied de l’ANDRA », dont les infrastructures déjà existantes sont situées à quelques coups de pédale de là. La maison est un espace propice à l’organisation des activistes. Elle a notamment facilité la tenue de l’assemblée du Grand t’Est, à l’origine du projet Bure 365 qui invite les militants de France et d’ailleurs à mener des actions décentralisées contre CIGEO pendant une année.

Certains, qui s’adonnent à la désobéissance civile, préfèrent rester discrets sur les actions qu’ils mènent. Mais d’autres évoquent volontiers leurs activités récentes : occupation de rond-points, perturbation des visites des installations par des clowns activistes, mise en lumière des failles techniques ou juridiques du dossier, ou travail de sensibilisation auprès des habitants de Bure. « La maison est ce que les gens en font. Et chacun choisit les modes d’action qui lui correspondent », résume Archibald.

Cela fait près de vingt ans que la mobilisation dure. Elle a connu des pics et des périodes d’essoufflement. Alors que le début théorique des travaux, prévu en 2017, approche, les militants s’interrogent. Fatalement, l’option ZAD est évoquée. « Vu le fric en jeu et la puissance du lobby nucléaire en France, ils iront au bout. Il faudra s’opposer physiquement au projet », estime un quadragénaire, cheveux longs attachés dans le dos et une bonne expérience des zones de lutte dans son baluchon.

Il imagine bien des formes d’opposition radicales se multiplier sur le terrain dans les années à venir. « Il y a une forte chance qu’il y ait une ZAD ici, confirme Archibald. Mais ce n’est pas une fin en soi. On ne fait pas une ZAD pour faire une ZAD. Ça n’a pas de sens de rentrer en désobéissance civile si tu n’as pas exploré les autres voies. Néanmoins si tous les autres moyens échouent, on bloquera le chantier. »

- L’éolienne construite sur place avec l’association Tripalium -

Sidonie rappelle que le projet est tellement cousu de fil blanc « qu’il pourrait capoter à tout moment. On est aussi là pour pointer ses faiblesses. S’il n’y avait pas eu de mobilisation, il y aurait déjà des déchets à Bure ». Pour autant, comme la plupart des personnes rencontrées, elle refuse d’opposer les actions sur les terrains légal et administratif et l’action directe. « Si tu vois quelqu’un se faire agresser dans la rue, tu ne peux pas te contenter de prendre des photos et d’appeler un avocat, illustre-t-elle. Tu dois t’interposer. Quand on veut s’opposer à un projet, c’est la même chose, on doit faire les deux. »

Néanmoins, pour elle, le devenir de la lutte repose d’abord sur la « prise de conscience qu’on a le droit de dire non et qu’on peut décider de ce qui se passe chez nous. On ne pourra pas gagner cette lutte si les gens du coin ne sont pas impliqués ».

La difficile mobilisation des locaux

Au mieux résignés, au pire indifférents. Voilà comment me sont apparus les habitants de Bure lorsque j’ai frappé à leur portes. « Qu’est ce que vous voulez qu’on y fasse ? C’est trop tard », me lâche un agriculteur. « Maintenant, ils ne reviendront plus en arrière. J’espère juste que ce sera entretenu par l’État et pas privatisé car on sait comment ça finit », déclare une des ses voisines qui s’est opposée au projet pendant quinze ans avant de baisser les bras.

« On sait que c’est de la merde avec un M majuscule qu’ils vont enfouir là. Mais il faut bien que ça aille quelque part. Tout ce que j’espère c’est que les générations futures seront au courant de ce qu’il y a là dessous », dit, maussade, un ancien conseiller municipal de la commune. Sur la quinzaine de personnes interrogées, aucune ne croit à l’abandon du projet.

Il faut dire que les partisans du nucléaire ont bien prévu leur coup. « Ils ont choisi ce lieu car il n’y a personne », croit savoir Fatima. Pour Francis, un autre élément est entré en ligne de compte dans le choix du site : « Ils l’ont placé à cheval entre les départements de la Meuse et de la Haute-Marne, afin de pouvoir arroser les élus de chaque territoire. »

En effet, ce projet estimé à trente-cinq milliards d’euros est la promesse pour des collectivités locales en souffrance de voir affluer de l’argent frais afin de financer de nouveaux équipements et créer quelques emplois. « Certains habitants ont peur d’afficher leur opposition car ils ont vendu leurs terres à l’ANDRA », ajoute Sidonie.

Dans ces conditions, pas facile de mobiliser les locaux. « Ils nous disent qu’ils ont envie de participer mais ils ne savent pas comment », déclare Michel, arrivé il y a quelques semaines et qui entend passer le plus clair de son temps à remobiliser les habitants. Il attend avec impatience que les travaux de la salle « multi activité » soient terminés afin de pouvoir recevoir les habitants. Car il n’y a « aucun lieu de rencontre dans le village. On est obligés de frapper chez eux, mais on n’a pas envie de les emmerder. »

C’est pourquoi Sidonie veut « faire redémarrer une vie culturelle » pour lutter contre la « tristesse qui s’est installée dans le coin », afin que les gens retrouvent l’envie de « défendre leur territoire ». Les résidents de la Maison de la résistance en sont persuadés, ce combat ne pourra être gagné sans le soutien des premiers concernés : « Ce ne sera qu’avec les gens d’ici qu’on va pouvoir faire dégager l’ANDRA, pense Michel. Le jour où ce seront eux qui occuperont cette maison, on aura gagné. »

Reporterre censuré par France 24 Emmanuel Daniel (Reporterre) Reporterre 2015/01/21 Emmanuel Daniel (Reporterre) (21 janvier 2015) Reporterre censuré par France 24. Reporterre. fr

Reporterre censuré par France 24

C’est beau, les odes à la liberté d’expression en l’honneur de Charlie Hebdo. Mais quand vous ne dites pas ce qui convient à la télévision, la télévision vous censure. Enfin, France 24, qui a carrément balayé les propos de notre reporter.

Je vais vous raconter l’histoire d’une absurde censure. Le récit commence mercredi 14 janvier en début d’après-midi. Mon téléphone sonne. A l’autre bout du fil Hervé Kempf, rédacteur en chef de Reporterre. Il m’explique que France 24 cherche un interlocuteur pour parler des ZAD (zones à défendre) en direct à la télévision. Personne d’autre à Reporterre n’est disponible. N’étant pas trop à l’aise face caméra et ayant quelques problèmes avec le journalisme télé, je ne promets rien, si ce n’est d’en discuter avec l’équipe de France 24.

Quelques minutes plus tard, la journaliste de la chaîne m’appelle et me fait part de sa difficulté à trouver un intervenant. Je lui demande des précisions sur le déroulement de l’interview. Elle m’explique qu’un reportage d’environ cinq minutes sera diffusé, suivi d’une interview avec l’invité du jour. Elle m’envoie le script du reportage. A la lecture de celui-ci, la moutarde me monte au nez : comme la plupart de ceux diffusés à la télé, il est caricatural et réducteur. Il ne permet pas de comprendre ce qui se vit et se joue sur les ZAD. Je la rappelle en lui disant tout le mal que je pense du travail de leur journaliste et lui explique que j’accepte d’intervenir, si elle ne trouve pas d’autres volontaires, afin d’apporter un autre point de vue.

Le lendemain, je traverse Paris en métro jusqu’à Issy les Moulineaux, siège de la chaîne. J’arrive à l’heure indiquée et refuse de me faire maquiller, ce qui me laisse du temps pour discuter avec une journaliste du JT. Je lui dis une nouvelle fois ce que je pense du reportage. Elle me répond : « Tu auras l’occasion de le dire à l’antenne ». Ca tombe bien, c’est pour cela que je suis venu !

Portant l’une de mes rares chemises, je rentre sur le plateau, tremblant à l’idée de passer en direct à la télévision pour la première fois de ma vie. Une fois le film d’environ cinq minutes diffusé, le journaliste se tourne vers moi. Il commence l’interview en faisant remarquer que j’ai levé les yeux au ciel en regardant le reportage.

Je lui répète ce que je disais à sa collègue la veille, en substance : ce que l’on vient de voir est le type de reportage moyen que l’on peut retrouver à la télévision. Il donne une image réductrice et caricaturale des occupants des ZAD et ne permet pas de saisir ce qui se passe là bas en termes de relations humaines, de façons de vivre et de s’organiser collectivement.

J’explique ensuite que les opposants au barrage ne luttent pas seulement contre un grand projet inutile et imposé, mais contre l’idéologie qui a présidé à la construction de ce barrage et des autres projets contestés ailleurs en France. Aspect totalement absent du reportage. Dans le reportage, on parle des riverains favorables au barrage. Je rappelle également que nombreux sont les riverains à s’y opposer.

Je sors du plateau sans avoir pu réellement développer les idées que j’étais venu défendre, faute de temps. A peine la porte du studio franchie, le rédacteur en chef du JT vient à ma rencontre et me reproche d’avoir critiqué le travail de son reporter, précisant néanmoins qu’il avait apprécié le reste de ma prise de parole.

Le reporter en question est présent à ses côtés, je propose d’en discuter directement avec lui. Nous échangeons pendant une vingtaine de minutes sur notre vision du journalisme et la façon de le pratiquer sur les ZAD. Je précise d’emblée que mes critiques ne le visaient pas personnellement. C’est le journalisme à la va-vite, qui prétend pouvoir comprendre et rendre compte en quelques heures de relations humaines et politiques complexes qui me pose problème. Son reportage n’est qu’un exemple de l’incapacité des journalistes à réaliser du bon travail en peu de temps. Sans connaître le terrain ni les codes de la ZAD, en 48h (temps qu’il a passé sur place, ce qui est déjà beaucoup pour un journaliste télé), il est impossible d’en saisir le fonctionnement, les particularités et de gagner la confiance de personnes qui depuis longtemps ne croient plus à l’indépendance des « merdias » de masse. Avant de prendre congé, je vais saluer le rédacteur en chef en me disant que tout est rentré dans l’ordre, chacun repartant avec une meilleure compréhension de la façon de penser de l’autre.

Quelques jours plus tard, je me connecte sur le site de France 24 et voit que mon intervention n’est pas disponible, alors que c’est le cas pour les autres invités de l’émission Focus à laquelle j’ai participé. J’envoie un courriel à l’employée de France 24 qui m’a démarché. Pas de réponse. Je rappelle le lundi, elle me dit qu’il doit s’agir d’une erreur. Et mardi matin, un courriel laconique de sa part vient éclaircir la situation :

« L’émission comprenant votre interview n’a pas été mise en ligne, sur demande de notre rédacteur en chef, en raison des critiques que vous avez émises à l’égard de notre travail. Excusez-moi pour cette explication un peu tardive. »

Ce à quoi je m’empresse de répondre :

« Merci pour cette explication. Je m’en doutais un petit peu à vrai dire. Pourriez-vous transmettre ceci au rédacteur en chef svp : Dans le focus consacré à Sivens, le reporter fait passer les zadistes pour des apprentis dictateurs car ils souhaitent contôler les images tournées sur leur lieu de vie (ce qu’ils ne font même pas au final). Que cette pratique dérange, je le comprends parfaitement, et j’en ai parlé longuement avec le reporter. Mais si cela vous pose tant de problèmes, pourquoi reproduisez-vous la même chose chez vous ? Petit rappel des faits : Vous m’invitez à donner mon avis en direct. Je traverse Paris pour parler pendant 4 minutes chrono sur un sujet qui en mériterait beaucoup plus. Avant de venir, je dis clairement à la préparatrice d’émission ce que je pense du script du reportage et précise que c’est uniquement pour apporter un autre point de vue que j’accepte de venir faire le pitre à la télévision. Une fois sur place, on me demande mon avis, je le donne. Et on me reproche ensuite de l’avoir donné en toute franchise !

Que mon manque de tact et de corporatisme vous ai titillé, je le comprends. Je m’énerve parfois moi-même. Par contre, que vous censuriez mes propos pour protéger votre image et la sensibilité de votre journaliste est journalistiquement inacceptable (bien qu’humainement louable). En cette période où la liberté d’expression semble être une préoccupation pour des millions de Français et l’ensemble des salles de rédaction, votre geste me paraît pour le moins déplacé. Je vous serai donc gré de publier mon passage en plateau après le reportage, comme vous le faîtes pour toutes les autres émissions Focus où des "experts" interviennent. Non pas pour me faire plaisir mais par déontologie et au nom d’une certaine idée de la liberté."

Quelques heures plus tard, la réponse du rédacteur en chef, Alberic de Gouville, tombe :

« Merci pour vos leçons de déontologie, j’en prends note. Néanmoins, étant donné que vous considérez vous-même être venu « faire le pitre », nous n’avons pas jugé nécessaire de mettre en ligne votre intervention. Si vous considérez qu’il s’agit de censure, libre à vous. Sachez simplement que, chaque jour, nous prenons des décisions concernant la mise en ligne, ou non, des interventions de nos invités, reportages et correspondances. Cela relève de la responsabilité éditoriale de notre chaine.

Je ne regrette aucunement d’avoir personnellement insisté pour que quelqu’un ayant votre profil soit invité. Votre intervention, sur le fond, était d’ailleurs intéressante , et ne me semblait pas être celle d’un « pitre ». Néanmoins, vous comprendrez que le masochisme a des limites et qu’il n’est pas question que tourne en boucle sur le net l’intervention d’un invité qualifiant notre travail de ’moyen’. »

Alberic de Gouville l’a très bien compris, par « faire le pitre », j’entendais simplement braver ma timidité pour me montrer à la TV. Ceci mis à part, le reste de sa réponse a le mérite d’être honnête : Ce n’est pas la pertinence de mon intervention qui pose problème, mais le fait que j’ai critiqué le reportage. Il n’est pas opposé à une certaine radicalité des propos, tant qu’elle ne concerne pas sa chaîne, ses journalistes ou la façon dont ils travaillent. Sur France 24, vous êtes libres de tout dire, tant que cela ne concerne pas France 24.

Si Alberic de Gouville décide finalement de diffuser l’interview in extenso, nous serons heureux de la publier ici pour que les lecteurs puissent juger par eux-mêmes du bien-fondé de la décision de France 24 de censurer mes propos.

En Grèce, les capitalistes privatisent sauvagement la nature Marie Astier (Reporterre) Reporterre 2015/01/21 Marie Astier (Reporterre) (21 janvier 2015) En Grèce, les capitalistes privatisent sauvagement la nature. Reporterre. Reportage — Grèce fr

En Grèce, les capitalistes privatisent sauvagement la nature

En Grèce, rien n’est réglé. Le pays est dans une crise économique profonde, la « troïka » demande encore plus d’efforts financiers au gouvernement. Plages, forêts, îles, tout est à vendre aux spéculateurs et aux millionnaires qui veulent leur coin privé.

- Athènes, reportage

Qu’est-ce qui vous ferait plaisir ? Une plage sur l’île de Rhodes ? Ou une propriété en bord de mer non loin de Thessalonique, reconnue pour sa « beauté naturelle » ? A moins que vous ne préfériez ce terrain entre mer et forêt à Corfou, une île qui accueille « plus de 700.000 touristes par an » ?

Voici quelques-uns des terrains disponibles dans le catalogue du TAIPED, ou « Fonds de mise en valeur du patrimoine privé de l’Etat ». Ce fonds est une compagnie privée, créée par l’État grec. Il y transfère toutes sortes de propriétés publiques : les ports régionaux et même le Pirée d’Athènes, les compagnies d’eau d’Athènes et de Thessalonique (les deux plus grandes du pays), les autoroutes, des sites culturels tels que des châteaux ou des lieux archéologiques, les trains publics, la Poste hellénique, les équipements olympiques datant des jeux de 2004… ou encore toutes sortes de terrains à travers la Grèce, de préférence des propriétés situées en bord de mer, idéales pour la construction de complexes touristiques.

- Capture d’écran le 9 décembre 2014 -

A vendre au plus offrant

N’importe qui peut-il acheter ce qui se trouve dans ce catalogue ? « Bien sûr, si vous avez l’argent ! », s’exclame Maria Karamanov. Conseillère d’État, elle préside aussi la Chambre pour l’environnement et le développement durable, une association de protection du patrimoine grec, culturel et naturel.

« Le gouvernement a l’opinion que toute propriété gouvernementale est une propriété à vendre. Le but du fonds est de vendre aussi vite que possible tous ces biens », déplore-t-elle. Des appels à investisseurs sont lancés pour chaque bien, qui est vendu au plus offrant. L’argent ainsi récolté va directement au paiement de la dette grecque, « un trou noir » pour Maria Karamanov, qui critique également le fonctionnement peu transparent de ce fonds. Les demandes d’interviews de Reporterre aux responsables en ont d’ailleurs été refusées.

Parmi les terrains en vente, celui de l’ancien aéroport d’Hellinikon, à quelques kilomètres du centre d’Athènes. A l’abandon depuis bientôt dix ans, la zone s’étend sur 3,5 kilomètres de côtes. Avant la crise, elle devait devenir un grand parc métropolitain, alors qu’Athènes est l’une des villes comptant le moins d’espaces verts en Europe.

Désormais, le terrain va être vendu à un fonds d’investissement, Lamda Development, dont les capitaux viennent d’Abu Dabi, de Chine et d’Europe. En projet, une marina de luxe pour touristes et des centres commerciaux, peut-être même une île artificielle. Le projet va ainsi privatiser tout un littoral très fréquenté des populations alentours.

- A Stratoni, en Chalcidique -

Golf et aéroport privé

Autre exemple à Corfou, une île déjà bien grignotée par les hôtels à touristes. Là-bas c’est une zone humide, lieu de passage des oiseaux migrateurs, qui est mise en vente. Les associations de protection de l’environnement soupçonnent un projet d’hôtel « classique ».

Mais ailleurs ce sont des villas de luxe, voire des villages privés avec golf et aéroport qui sont envisagés. « C’est la nouvelle tendance du tourisme en Grèce », déplore George Chasiostis, responsable juridique au WWF Grèce. Comme à Kyparisia, dans l’ouest du Péloponnèse. Sa plage est un lieu de reproduction pour les tortues de mer. Lundi, un avis du conseil de l’Europe enjoignait même la Grèce de protéger leur habitat.

« Investissements stratégiques »

Additionnées, les superficies de tous ces terrains ne représentent pas tant que cela. « Mais ce sont des zones très précieuses, précise George Chasiostis. Beaucoup sont des aires protégées : des zones Natura 2000 [comme à Corfou - NDLR], des forêts où des littoraux. »

Ainsi, il ne s’agit pas que de vendre ces terrains. Il faut aussi y faciliter la construction, normalement limitée dans ces zones sensibles. Ce programme de ventes s’accompagne d’un programme législatif.

Première étape, la loi dite d’« accélération et de transparence des investissements stratégiques », adoptée en 2010. Elle met en place une procédure spéciale, qui oblige les autorités à examiner certains dossiers d’investissement en priorité.

« Chaque investisseur est invité à présenter un programme d’aménagement pour la zone qu’il achète, explique Maria Karamanov. Cela l’autorise à faire beaucoup plus de choses que ce qui est normalement autorisé sur ces zones. Et les permissions sont données beaucoup plus rapidement par les ministères. »

« Construire sur une plage va devenir plus facile que de construire partout ailleurs en Grèce, c’est choquant ! », se lamente George Chasiostis.

Deuxième étape, les lois environnementales sont peu à peu modifiées. Votée cet été, la loi Forêt permet désormais de construire des hôtels ou des usines en forêt, ce qui était strictement limité auparavant. Autre recul, les terres brûlées étaient autrefois totalement protégées, afin de permettre à la forêt méditerranéenne de repousser. Désormais, on peut construire sur ces terres.

Privatisation des plages

Aussi proposée cet été, la loi Littoral a provoqué un tel tollé dans l’opinion qu’elle a été pour l’instant repoussée. Avant peut-être de repasser cet hiver, à un moment où l’on passe moins de temps à la plage…

Parmi les dispositions envisagées, permettre les constructions jusqu’à dix mètres du front de mer, alors qu’elles sont limitées à cinquante mètres pour l’instant. Mais surtout changer le statut juridique des littoraux : « Ils pourraient être achetés et vendus, cela serait comme une privatisation des plages », s’inquiète George Chasiostis.

Une aberration selon Maria Karamanov. « Les côtes ont toujours été protégées en Grèce parce que l’on considère que c’est un bien commun et que personne ne peut les vendre ou y construire comme il veut », explique-t-elle.

Si bien que selon elle, ces dispositions seraient mêmes inconstitutionnelles. L’article 24 du texte fondamental grec indique que « La protection de l’environnement naturel et culturel est une obligation de l’État et un droit de chacun », rappelle la juriste. Mais peu importe aux politiques et aux investisseurs, déplore George Chasiostis : « Ils veulent se débarrasser de la législation environnementale car ils ne peuvent pas imaginer d’autre façon de développer le pays. »

« Je suis très inquiète pour mon pays », poursuit la conseillère d’État. Ce n’est pas la crise qui la préoccupe, car elle passera comme les autres selon elle. « Mais après, la Grèce n’aura plus rien à voir avec celle que l’on connaît aujourd’hui. Du point de vue culturel, environnemental, et même de nos modes de vie. Il y a des choses plus importantes que l’économie à préserver pour les générations futures », insiste-t-elle.

Un Notre-Dame-des-Landes résiste aux portes d’Athènes Marie Astier (Reporterre) Reporterre 2015/01/22 Marie Astier (Reporterre) (22 janvier 2015) Un Notre-Dame-des-Landes résiste aux portes d’Athènes. Reporterre. Reportage — Grands projets inutiles fr

Un Notre-Dame-des-Landes résiste aux portes d’Athènes

Près d’Athènes, une ancienne base militaire et un aéroport abandonné sont bradés par l’État à un grand groupe de tourisme. Contre le béton destructeur du littoral, les riverains occupent le site d’Hellinikon et le cultivent. Et, alors qu’un tiers des Grecs n’ont plus de couverture maladie, ils organisent un centre de santé gratuit. Reportage au cœur d’une lutte cruciale de la Grèce d’aujourd’hui.

La Grèce revient dans les radars des médias. La cause ? Les élections du 25 janvier, qui pourraient ébranler l’Europe des néo-libéraux. La classe dirigeante craint la victoire du parti de gauche Syriza, qu’espèrent au contraire partis de gauche et écologistes.

A l’automne dernier, Reporterre s’est donné deux semaines pour aller voir les Grecs. Aller s’asseoir à la terrasse d’un « kafeneio » pour écouter leurs histoires, leur quotidien, leurs indignations et leurs espoirs. Ils nous ont raconté que quand ils ne sont pas au chômage, leur salaire a diminué d’au moins un tiers. Un tiers, c’est aussi la proportion d’entre eux qui n’ont plus de couverture sociale. Certains ont découvert l’angoisse du frigo vide et de la soupe populaire.

Et du côté de l’écologie ? Ce n’est pas brillant, on vous prévient.

- Athènes, reportage

Une bande de terre est fraîchement retournée, les alignements des plants déjà dessinés. Dans chaque trou, Anna Karapa dépose un peu de fertilisant et une jeune pousse. Puis un autre jardinier passe derrière pour arroser. Ce dimanche, on plante des choux pour l’hiver.

« Ici tout est bio, et tout est commun. On décide des plants de culture ensemble et la parcelle n’est pas divisée entre chaque jardinier », explique cette architecte. Cela fait trois ans et demi que, tous les dimanches, ils sont une quinzaine de permanents, une trentaine en comptant les soutiens de passage, à cultiver ces 2.500 mètres carrés de terre.

Car ici, l’activité agricole est avant tout symbolique : on n’est pas seulement dans un jardin partagé, mais sur une terre occupée et âprement disputée. Elle est située sur une ancienne base militaire américaine, et jouxte l’ancien aéroport d’Athènes. En tout, 6,2 millions de mètres carrés et 3,5 kilomètres de côtes situés sur la commune d’Hellinikon, à quelques kilomètres seulement du centre d’Athènes.

Villas de luxe, casino et gratte-ciel

Le tout est à l’abandon depuis plus de dix ans. En 2004, quelques installations pour les jeux olympiques y ont été construites, puis aussitôt délaissées une fois les festivités terminées. Un moment, il a été question d’y installer un grand parc métropolitain. Athènes manque cruellement d’espaces verts, c’est l’une des villes les moins bien loties d’Europe.

Mais la crise a eu raison de cette idée. Le terrain a été transféré au TAIPED, le fonds créé par l’État grec pour privatiser toutes sortes de biens (dont des terres à haute valeur naturelle). Il est en bonne voie pour être vendu au fonds d’investissement Lamda Development, membre du groupe Latsis, du nom de son propriétaire Spiros Latsis. Ce milliardaire est l’homme le plus riche de Grèce. Le groupe grec est accompagné dans son projet par un promoteur d’Abu Dhabi et par le Chinois Fosun – qui, en France, est en train de racheter le Club Med.

Ces riches investisseurs ont convaincu l’État grec grâce à un projet touristique ambitieux : des villas de luxe, un casino, un gratte-ciel qui deviendrait le symbole de la capitale grecque, une marina et une plage réservée aux touristes fortunés. Le tout est assorti de la promesse de sept milliards d’euros d’investissement et de la création de plusieurs dizaines de milliers d’emplois.

La vidéo de promotion parle carrément d’« une nouvelle ère pour la Grèce ».

Une riviera espagnole

« Nous croyons que ce terrain devrait appartenir aux citoyens avec un parc et des aménagements, pour répondre à de vrais besoins sociaux », rétorque Panos Totsikas. Il est assis à l’ombre des arbres, dans le petit salon d’extérieur que se sont installés les jardiniers. « Ils veulent suivre le modèle de la riviera espagnole, en construisant de grands buildings. On a vu ce que ça a donné, ils ont détruit la côte, dénonce -t-il. Architecte lui aussi, il fait partie du Comité en faveur du Parc métropolitain. On ne croit pas que c’est un bon moyen de développer le tourisme, la preuve, en Espagne les hôtels ne sont pas pleins. »

En signe d’opposition à la vente, des habitants de la zone ont déjà commencé à créer leur parc métropolitain. Des associations sportives récupèrent les anciennes installations olympiques, des oliviers ont été plantés un peu plus loin : les 1 500 arbres ont désormais deux ans et mesurent un mètre de haut.

En soutien, l’ancien maire de la commune a donné des terrains et des bâtiments. Au jardin partagé, donc, mais aussi à la clinique sociale d’Hellinikon. Elle ne fonctionne qu’avec des bénévoles, qui sont plus de deux cents, et soigne gratuitement plus de cent patients par jour. Elle répond à une urgence sociale : aujourd’hui un tiers des Grecs n’ont pas les moyens de se faire soigner et n’ont plus de couverture maladie.

Au final, c’est l’État grec qui paiera

Anna désigne les dernières plantes d’été : les tomates ont séché sur pied, les aubergines et les poivrons produisent quelques derniers tout petits fruits. « Cet été, nous passions deux heures par jour à arroser. La terre est pauvre, il faut mettre beaucoup de fertilisants pour faire pousser quelque chose, admet Anna. Mais nous voulons démontrer qu’ici, en plus de planter des arbres, nous pouvons cultiver et nourrir Athènes. » Mais il arrive aussi que la récolte soit abondante : les jardiniers se la répartissent, et en donnent aux services sociaux de la mairie pour les plus pauvres.

Le regard de la cinquantenaire se perd au-delà des grilles du jardin. Derrière, une route où les voitures ne circulent plus, bordée de terrains vagues. « La zone sera vendue 83 euros du mètre carré, alors que le terrain constructible atteint ici les 2.000 euros du mètre carré ! » s’indigne Anna. Le TAIPED a accepté l’offre de Lamda Development à 915 millions d’euros, « alors que le tout a été évalué à 11,5 milliards d’euros », renchérit Panos.

- Anna Karapa -

Paradoxalement, l’État grec devra payer pour vendre ce terrain. « Le contrat stipule qu’il doit retirer tous les aménagements actuels, dont la tour de contrôle de l’aéroport qui se trouve toujours ici », explique Panos. « Et il devra payer les routes, les réseaux, toutes les infrastructures », complète Anna. Total de la facture annoncée : 2,5 milliards d’euros sortis des caisses publiques grecques. Quant au profit de la vente, il ira directement au remboursement des créanciers du pays.

Autre preuve que le contrat est totalement défavorable à l’État grec, selon Anna, une clause prévoit que si des vestiges archéologiques sont découverts pendant les travaux, c’est lui qui indemnisera les investisseurs qui ne peuvent pas construire ce qu’ils avaient prévu. Ce qui risque probablement d’arriver, car une cité antique s’élevait autrefois dans la zone.

Comment les dirigeants grecs peuvent-ils valider un tel contrat ? Panos rigole : « Voyons, ils sont corrompus, comme en France, vous devriez le savoir ! C’est comme cela que ça marche, c’est le capitalisme ! »

Syriza pourrait changer la donne

C’est d’ailleurs parce qu’elle ne croit plus aux politiciens que Varinia Popoli a décidé de s’impliquer dans ce jardin, ainsi que dans la clinique. Hôtesse de l’air chez Olympic Airways, elle a été mise à la retraite d’office lors de la privatisation de la compagnie. Elle n’a pourtant que cinquante ans. « Je crois que les gens doivent commencer à s’occuper des choses eux-mêmes et ne pas attendre que ça arrive d’en-haut. (…) J’ai du temps libre, je veux en faire quelque chose », sourit-elle.

Mais dans le voisinage, beaucoup d’autres préfèrent croire aux promesses d’emploi de Lamda Development. Le nouveau maire, élu au printemps dernier, est d’ailleurs favorable à la vente du terrain. Son prédécesseur défendait au contraire le projet de parc.

« Mais nous avons de nouveaux soutiens », tempère Panos. L’élue de toute la région d’Athènes, l’Attique, appartient au parti de gauche radicale Syriza. Elle s’est prononcée en faveur du parc métropolitain. Le collectif demande à son parti de prendre position, et de s’opposer à la vente s’il gagne les élections.

Autre espoir pour les militants, les procédures judiciaires lancées ont permis de suspendre la vente. Pour être finalisé, le contrat doit attendre les décisions de la justice.

Les jardiniers ramassent leurs outils, se lavent les mains à la fontaine et se préparent à partir. Les pousses fraîchement plantées commencent à s’épanouir au soleil de la mi-journée. « Dimanche prochain, on attaque les laitues », annonce Anna.

2015, année du climat, année Alternatiba ! Nathalie Delhommeau (Reporterre) Reporterre 2015/01/22 Nathalie Delhommeau (Reporterre) (22 janvier 2015) 2015, année du climat, année Alternatiba !. Reporterre. Tribune — Alternatiba fr

2015, année du climat, année Alternatiba !

Loulou JEDI dessine pour vous les prévisions climatiques 2015 ! Elle vous présente la carte du Tour Alternatiba, initiative citoyenne qui, sur cinq mille kilomètres, du 5 juin à Bayonne au 26 septembre à Paris, fera fleurir les alternatives aux changement climatique sur 180 étapes en France et en Europe ! Alors que les Etats, profitent du brouillard onusien pour geler les négociations de la COP21, regonflons une citoyenneté qui fait grise mine !

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Faites comme Loulou, soutenez le Tour Tandem Alternatiba En selle pour le Climat !

Loulou Jedi s’en prend aux énarques des cabinets

samedi 27 décembre 2014

Les lanceurs d’alerte et citoyens actifs ont fait avancer les civilisations, souvent au détriment de leur liberté et de leur vie, harcelés et embastillés par les gardiens de l’Ancien Régime. L’histoire se reproduit face aux enjeux climatiques. Loulou Jedi propose de bâtir pour les nouveaux gardiens de l’Ancien régime, énarques des cabinets ministériels, une ferme des 1000 c...

Loulou Jedi dit tout sur Tina, vieille star du X

samedi 22 novembre 2014

«

»

"Il n’y a pas d’alternative", Il n’y a pas d’alternative", Il n’y a pas d’alternative" : dans cet écolo-coaching, Loulou JEDI démontre qu’il est plus que temps de cesser de se répéter cette petite musique tatchérienne et analyse les raisons du blocage de nos "élites" sur ce tube international "oil fashion".

Loulou Jedi n’y va pas par quatre chemins : la COP est pleine !

samedi 18 octobre 2014

Dans cet écolo-coaching destiné à faire de nous des parfait(e)s écologistes, Loulou JEDI analyse les acteurs et enjeux de la méga-conférence sur le climat (COP21) qui aura lieu à Paris en décembre 2015.

Sa stratégie est double cream : utiliser ce court term objective pour faire entrer la France dans la Sobriété heureuse, la SbH, en nous évitant la honte internationale.... Car "la pente est raide mais la route est droite", comme disait l’inestimable Raffarin.

Loulou Jedi déjante l’écologie ! Premier cours d’écologitude

Samedi 4 octobre 2014

Déjantée ? Oui, déjantée. Voici l’écologie comme on ne vous l’a jamais racontée.

Sobriété heureuse (SbH), écologitude progressive et collective : Loulou JEDI écolo-coache sur Reporterre pour vous reconnecter avec le Cosmos et la Nature qui vous entoure !

Une stratégie double cream, pour s’installer cérébralement le logiciel du XXIe siècle avant la méga-conférence sur le climat ( COP21) qui aura lieu à Paris en décembre 2015.

Régulièrement sur Reporterre, retrouvez Loulou JEDI !

À la fac de Bordeaux, les étudiants choisissent l’option jardin Baptiste Giraud Reporterre 2015/01/22 Baptiste Giraud (22 janvier 2015) À la fac de Bordeaux, les étudiants choisissent l’option jardin. Reporterre. fr

À la fac de Bordeaux, les étudiants choisissent l’option jardin

Sur le campus de l’université de Bordeaux, l’association AOC (Appellation Origine Campus) cultive son jardin et sème des graines de nature et de vivre ensemble. Un idéal de campus pour le XXIe siècle ?

- Bordeaux, correspondance

C’est en 2011 que le campus de Pessac, à côté de Bordeaux, a vu pousser son premier jardin partagé. Il est né de la motivation d’étudiants en droit réunis dans l’association AOC, pour Appellation Origine Campus. On le trouve niché dans un coin du domaine universitaire, au fond d’une de ces grandes étendues d’herbe qui entourent les bâtiments.

Dès le départ, l’ambition d’AOC était multiple. D’abord, permettre à ceux qui n’en ont pas les moyens de s’alimenter en fruits et légumes. Il suffit d’adhérer à l’association et de participer au jardinage pour bénéficier de la production.

Une démarche environnementale aussi : le jardin fournit, par définition, des fruits et légumes locaux et de saisons, sensibilisant aux questions d’origine et de conditions de production des aliments.

Enfin, les initiateurs ont souhaité « partager le campus, ce bel espace, qu’il soit ouvert à tous, étudiants comme voisins », comme l’explique à Reporterre Lucas Bento, président et co-fondateur de l’association. On y trouve donc des étudiants, profs, personnels de l’université, habitants des alentours ou même du centre ville. Ces derniers temps – avant la pause hivernale –, une petite dizaine de personnes faisaient vivre ce lopin de terre, un noyau dur de cinq ou six jardiniers, plus quelques autres qui participent à tour de rôle.

Un jardinage collectif

Ils se réunissent le dimanche pour jardiner, ensemble. Car pas question de répartir les parcelles en fonction des adhérents : « Chacun va pas faire sa patate dans son coin », rigole Lucas. C’est l’ensemble du groupe qui s’occupe des buttes, et, à la fin, la récolte est partagée en fonction des goûts et préférences de chacun.

Dans ce jardin collectif, les connaissances et savoir-faire sont eux aussi partagés. « En majorité, les gens qui viennent ont une sensibilité pour la terre, mais ne s’y connaissent pas beaucoup non plus. Par contre ils ont une vraie volonté d’apprendre », explique Lucas.

Fred, étudiant en portugais, a rejoint l’équipe il y a un an pour renouer le « contact avec la terre », présent dans sa famille d’origine rurale et qu’il avait perdu. Il apprécie ce fonctionnement où « on est libre de s’impliquer ». « Celui qui veut apprendre demande. Au début, on reste dépendant de la connaissance des autres, puis on devient indépendant. »

Au départ, la terre n’était pas bonne, constituée de remblais issus de la construction du tramway, chargée de cailloux. Mais petit à petit, les jardiniers en ont fait quelque chose de riche et vivant, utilisant notamment du compost, du fumier, des engrais verts ou encore la technique des « lasagnes ».

A l’autre bout du campus, L’astragale et la fourmi a monté son jardin il y a deux ans. L’objectif premier de cette association vieille d’un cinquantaine d’années est de proposer des sorties naturalistes, du nettoyage des plages à la découverte de la faune et la flore. C’est avec l’arrivée d’un étudiant québecois que le projet de jardin démarre. Un terrain est trouvé dans l’enceinte d’une annexe de la fac, et les étudiants s’en occupent rapidement. Ils plantent des arbres fruitiers, expérimentent différents types de buttes, des associations de cultures, fabriquent un hôtel à insectes.

Créer du lien sur le campus

Pour les membres d’AOC comme de L’astragale et la fourmi, faire connaître ces jardins et renouveler les jardiniers avec le plus de diversité possible est une nécessité. Ils profitent notamment des évènements qui ont lieu sur le campus pour attirer du monde, organisant des visites de leurs potagers.

L’étape suivante serait de créer des liens entre ces initiatives – auxquelles il faut rajouter les deux jardins étudiants internes à l’école d’architecture et l’école d’agronomie de Bordeaux. L’idée est donc venue à Emeric, de L’astragale et la fourmi, de créer des Incroyables comestibles Campus. Faire des plantations dans des lieux visibles afin que ceux qui y passent puissent se servir constituerait en outre un bon moyen de faire connaître les jardins existants et d’y faire venir les gens.

En fin de compte, si les récoltes sont loin de permettre une autonomie, ces jardins campus font au minimum croître le lien social, dans un espace qui en manque souvent. « On est devenus de vrais potes, grâce au jardin », nous dit la bande d’AOC, « c’est pas juste un jardin, pas qu’un lieu de production. C’est un lieu de vie. » Sans oublier, ajoute Emeric, que « ce qu’on veut c’est expérimenter. Notre but c’est pas de nous nourrir, c’est d’apprendre. » Créer des liens, apprendre, renouer le contact avec la terre : un idéal de campus pour le XXIe siècle ?

Contre le pesticide Roundup, ils ont choisi d’agir dans un hypermarché Lorène Lavocat (Reporterre) Reporterre 2015/01/23 Lorène Lavocat (Reporterre) (23 janvier 2015) Contre le pesticide Roundup, ils ont choisi d’agir dans un hypermarché. Reporterre. Reportage — Pesticides fr

Contre le pesticide Roundup, ils ont choisi d’agir dans un hypermarché

Face à l’inaction politicienne, ils ont choisi d’agir. Peu nombreux mais déterminés, de façon non-violente, ces désobéissants en combinaisons blanches grimpent sur les caisses de supermarché en brandissant des banderoles. Leur exigence : le retrait de la vente du dangereux Round Up. Le but : attirer l’attention sur le problème de santé publique que sont les pesticides.

- Bagnolet (Seine-Saint-Denis), reportage

Rendez-vous devant les portes vitrées géantes du centre commercial Bel-Est, à Bagnolet. Un petit groupe s’avance, les regards aux aguets. Ils sont une dizaine à peine, âgés de vingt à trente ans. Des sacs à dos remplis de tracts et de déguisements, masques à gaz en plastique, combinaisons blanches. Dans la « vraie » vie, ils travaillent avec des enfants, dans des associations ou comme artistes. Mais aujourd’hui, ils sont désobéissants. Ils viennent mener une action contre les pesticides, en bloquant les caisses d’un supermarché Auchan.

Créé en 2006, le Collectif Roundup Non Merci combat le produit-phare de Monsanto par des actes de désobéissance civile. « Notre objectif, c’est de faire pression sur la grande distribution pour qu’elle retire les produits phytosanitaires de ses rayons », explique Rémi, qui coordonne l’action du jour. Après Castorama et Carrefour, c’est donc à Auchan de subir ce lobbying citoyen.

Il est 15h quand la petite bande pénètre dans les rayons du supermarché. Chacun se disperse. L’un observe innocemment la liste des ingrédients d’un pot de crème fraîche, quand l’autre se penche pour vérifier avec minutie l’état d’une orange. Certains sont partis remplir un chariot de produits contenant du glyphosate, la substance active et toxique de nombreux pesticides. Quelques minutes d’attente plus tard, tout le monde se retrouve l’air de rien aux caisses. Et là, commence le bazar....

- DIAPORAMA En son et en images (3’05’’) :

Son-diaporama Action Round-Up Bagnolet Janvier 2015 from Reporterre on Vimeo.

Une heure plus tard, les Désobéissants ont obtenu ce qu’ils cherchaient : pas mal de bruit, une entrevue avec le directeur du magasin, et une interpellation de la direction nationale d’Auchan. Pour autant, rien n’est acté. Aucun engagement de la part du supermarché, aucun rendez-vous pris avec les dirigeants de l’entreprise.

Alors, tout ça pour ça ? « C’est une première étape », précise Rémi, qui n’exclut pas de revenir "visiter" le centre commercial si les promesses ne sont pas tenues. Pour Gaëtan, « l’action permet aussi de sensibiliser les consommateurs, même si le but premier, c’est d’obtenir des résultats concrets ».

Le Collectif Roundup Non Merci compte déjà sur son tableau de chasse une antenne parisienne de Castorama, qui a accepté de retirer les pesticides incriminés de ses rayons l’année dernière. (Lire à ce propos : Les vigiles de Castorama molestent des militants opposés au Roundup)

« Leclerc en Bretagne ou l’enseigne de jardinage Botanic ne vendent plus de Roundup depuis plusieurs années », indique Rémi. Il espère désormais pousser les géants de la grande distribution à se mettre autour de la table pour décider d’un retrait unilatéral des produits contenant du glyphosate. Car pour lui, les entreprises doivent prendre les devants sur la loi.

La réduction des pesticides remise aux calendes grecques

La loi du 23 janvier 2014 bannit en effet l’utilisation et la commercialisation des produits phytosanitaires pour les espaces verts et les particuliers... à l’horizon 2022. Trop tard, estiment les militants écologistes. « D’ici là, un changement de majorité peut remettre en question cette interdiction », craint Romain, membre du collectif. « Et de toute façon, quand on connaît les risques liés à l’usage des pesticides, on ne peut pas attendre huit ans de plus ! »

Baisse de la fertilité, risque de cancer accru... ces produits ne tuent pas que les mauvaises herbes. Une question de santé publique, puisque 45 % des Français pratiquent le jardinage. Un problème environnemental aussi : les substances phytosanitaires, utilisées massivement dans l’agriculture, épuisent les sols et polluent les cours d’eau.

En 2008, les participants au Grenelle de l’environnement ont adopté un plan Ecophyto, censé nous débarrasser de cette menace. L’idée initiale : diminuer de 50 % l’utilisation des pesticides d’ici à 2018. Nous sommes en 2015, et le bilan n’est guère satisfaisant. « Le plan n’a pas produit la moindre réduction de la dépendance de notre système agricole aux pesticides », pointait en juillet dernier François Veillerette, de Générations futures, sur Reporterre. La raison ? « Le lobby de l’agriculture intensive ne veut aucune réglementation », estime François Veillerette.

Le ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll, devrait présenter une nouvelle version de ce plan fin janvier. Mais parmi les Désobéissants, peu croient encore à la volonté de nos gouvernants. Face à l’inaction politicienne, ils préfèrent l’action politique directe. « Chacun doit faire sa part pour changer le monde », avance Tristie, artiste itinérante. « Pour moi, le moyen le plus efficace dont les citoyens dispose, c’est l’activisme non violent. »

Actualisation le 27 janvier : Suite à cette action, le magasin Auchan de Bagnolet a décidé de retirer le Roundup de ses rayons.

Complément d’information :

- Le site du Collectif Roundup Non Merci - Le site du Collectif des Désobéissants

CHRONIQUE - Quand l’esprit zapatiste souffle sur la Drôme Corinne Morel Darleux Reporterre 2015/01/23 Corinne Morel Darleux (23 janvier 2015) CHRONIQUE - Quand l’esprit zapatiste souffle sur la Drôme. Reporterre. Luttes fr

CHRONIQUE - Quand l’esprit zapatiste souffle sur la Drôme

Un concert de soutien aux Zapatistes dans le Diois. Ah bon ? Parce qu’on a jamais eu autant besoin d’internationalisme, plongée dans la langue vivante et libre du Zapatisme qui résonne encore aujourd’hui.

La neige n’est toujours pas là dans le Diois (voir chronique précédente). Les mushers avec leurs chiens de traîneaux, sinistrés par ce début de saison sur le Vercors et son vert plateau, se déplaceront finalement le mois prochain dans le Jura pour participer aux Championnats de France.

Pour les aider, samedi prochain, il y aura un concert de soutien à Chapias. Oui, vous avez bien lu. Chapias, un hameau du Diois avec ses bals folk, ses yourtes et ses tipis, repaire de champions mushers et quasi homonyme du Chiapas, lieu de la révolte menée par l’Armée zapatiste de libération nationale il y a vingt ans. Coïncidence, hasard de l’homonymie ? Pas seulement...

Pas du folklore

Pourtant je dois avouer qu’en septembre dernier, quand ma copine Nath est venue nous voir pour qu’on aille à son concert de soutien, aux Zapatistes celui-là, j’ai d’abord été perplexe. Parce que je ne voyais pas trop le lien, et si c’est juste pour s’exalter du côté exotique du sous-commandant Marcos qu’on ne voit ici que sur les tee-shirts de consommation de masse vendus l’été sur le marché, à côté du Che et de Bob Marley... Mais j’avais tort. Ce n’était pas du folklore.

Car depuis des années, sur le Diois, des initiatives se multiplient pour mieux faire connaître le mouvement zapatiste : expos, concerts, films, conférences, ce concert de soutien avec Joke et Izmo en lien avec le Caracol de Marseille, ou encore les « Rencontres zapatistes dans le Diois » de février 2014.

L’émission de la radio libre locale Rdwa sur le concert commençait justement par cette question : « C’est quoi être zapatiste en 2014 dans le Diois ? » La question peut paraître incongrue, et pourtant. Dès qu’on creuse un peu, l’actualité du mouvement et sa résonance locale ont de quoi faire réfléchir. Alors c’est ce que j’ai fait.

Aux racines du TAFTA et de la démocratie communale

Commençons par le commencement : en 1994, le soulèvement mexicain a démarré avec le refus du traité de l’Alena, accord de libre-échange nord-américain entre États-Unis, Canada et Mexique, qui menaçait de réduire à néant les cultures vivrières des peuples indigènes.

L’Alena est en quelque sorte l’ancêtre du Tafta (ou TTIP), ce nouveau traité de libre-échange qui est en projet actuellement, cette fois entre l’Union européenne et les États-Unis. Et contre lequel les rencontres de l’écologie à Die accueilleront justement une conférence gesticulée le week-end prochain. Voilà déjà un premier lien qui traverse les kilomètres et les années.

Le mouvement zapatiste, face à la répression qui s’abat après sa tentative d’offensive militaire, se replie alors dans les montagnes et décide de s’auto-organiser en tentant d’inventer d’autres formes de démocratie non-étatique, fondée sur la réappropriation de la chose publique et de la politique.

Ils installent des communes autonomes dans le Chiapas, un territoire qui regroupe plus de trois millions de personnes sur une surface équivalente à la Belgique. Là, ils mettent en place des « mandats temporaires et rotatifs, pour que tous et toutes apprennent et puissent effectuer ce travail. Parce que, nous autres, nous pensons qu’un peuple qui ne contrôle pas ses dirigeants est condamné à être leur esclave et que nous luttons pour être libres, pas pour changer de maître tous les six ans ».

Dans son livre [1], Jérôme Baschet use à ce sujet d’une belle formule : « Disperser le pouvoir ». Nous sommes, dans le Diois, à une poignée de kilomètres de Saillans, qui avait créé la surprise au moment des municipales l’an dernier en installant à la mairie une liste 100 % citoyenne et qui continue, malgré les difficultés, à inventer d’autres formes de participation et de démocratie.

Au Chiapas, selon Jérome Baschet, « ceux qui occupent les fonctions municipales sont élus par leurs communautés pour des mandats de deux ou trois ans, révocables à tout moment et conçus comme des “charges”, c’est-à-dire des services rendus ne faisant l’objet d’aucune rémunération ». De quoi nous inspirer ?

Gramscien en diable et diablement rafraîchissant

L’effort se focalise alors au Chiapas sur la santé, l’éducation, et l’affirmation du bien-vivre pour dessiner les contours d’un monde post-capitaliste. Il faut lire à ce sujet la définition du capitalisme qui est donnée par les zapatistes dans la sixième déclaration de la forêt Lacandone en 2005, la Sexta. Vraiment.

En fait, je crois que c’est une des plus jolies définitions que j’ai lues du capitalisme qui marchandise tout et de la mondialisation néolibérale qui « veut qu’il n’y ait plus qu’une seule nation ou pays : le pays de l’argent, le pays du capital ». Et franchement, les mots pour le dire dans cette déclaration de la forêt Lacandone, eh bien c’est Gramscien en Diable, et diablement rafraîchissant :

« Le capitalisme est un système social, autrement dit la façon dont sont organisées les choses et les personnes, et qui possède et qui ne possède pas, qui commande et qui obéit. Dans le capitalisme, il y a des gens qui ont de l’argent, autrement dit du capital, et des usines et des magasins et des champs et plein de choses, et il y en a d’autres qui n’ont rien à part leur force et leur savoir pour travailler ; et dans le capitalisme commandent ceux qui ont l’argent et les choses, tandis qu’obéissent ceux qui n’ont rien d’autre que leur force de travail.

Alors, le capitalisme ça veut dire qu’il y a un groupe réduit de personnes qui possèdent de grandes richesses. Et pas parce qu’ils auraient gagné un prix ou qu’ils auraient trouvé un trésor ou qu’ils auraient hérité de leur famille, mais parce qu’ils obtiennent ces richesses en exploitant le travail de beaucoup d’autres. Autrement dit, le capitalisme repose sur l’exploitation des travailleurs, un peu comme s’il les pressait comme des citrons pour en tirer tous les profits possibles. Tout ça se fait avec beaucoup d’injustice parce qu’on ne paye pas aux travailleurs correctement leur travail, sinon qu’on leur donne juste un salaire suffisant pour qu’ils puissent manger et se reposer un peu et que le jour suivant ils retournent au presse-citron, à la campagne comme en ville. »

Nous, militants politiques, avons plus que jamais besoin, comme je le lisais récemment dans une contribution de militants du Parti de Gauche, d’une « langue vivante, débarrassée des codes militants », ou encore de perdre l’habitude des « mots-écran » et des discours qui virent au « catéchisme (laïc) qui glisse sur les consciences » pour trouver « des mots justes qui touchent enfin ceux à qui ils s’adressent ».

La déclaration de la forêt Lacandone est dans ce sens un modèle du genre, surprenant et séduisant. Il y est question de choses très sérieuses avec des mots simples, un brin de poésie et un sens de l’humour parfois assez délirant, car comme le dit le sous-commandant Marcos : « Si vous me permettez de vous donner un petit conseil : vous devriez cultiver un tant soit peu votre sens de l’humour, pas seulement par souci de votre santé mentale et physique, mais aussi parce que sans aucun sens de l’humour vous ne comprendrez pas le Zapatisme. Or qui ne comprend pas, juge ; et qui juge, condamne ».

On retrouve ce sens étonnant de la dérision révolutionnaire dans un passage où les zapatistes en appellent à une grande rencontre internationale, à organiser toutefois près d’une grande prison afin de pouvoir continuer après arrestation. Ou encore dans cette manière de s’adresser à nous :

« Et nous voulons dire aux frères et aux sœurs de l’Europe sociale, autrement dit l’Europe digne et rebelle, qu’ils ne sont pas seuls. Que nous nous réjouissons de leurs grands mouvements contre les guerres néolibérales. Que nous observons attentivement leurs formes d’organisation et leurs formes de lutte pour en apprendre éventuellement quelque chose. Que nous cherchons un moyen de soutenir leurs luttes et que nous n’allons pas leur envoyer des euros, pour qu’après ils soient dévalués à cause de l’effondrement de l’Union européenne, mais que nous allons peut-être leur envoyer de l’artisanat et du café, pour qu’ils les commercialisent et en tirent quelque chose pour les aider dans leurs luttes.

Et que peut-être que nous leur enverrons du pozole, ça donne des forces pour résister, mais qu’après tout il est possible que nous ne le leur envoyions pas, parce que le pozole c’est quelque chose bien de chez nous et qu’il ne manquerait plus qu’ils attrapent mal au ventre et qu’après, leurs luttes s’en ressentent et qu’ils soient vaincus par les néolibéralistes. »

Internationalisme des luttes paysannes et écolos

Cet air zapatiste qui souffle sur le Diois peut également s’expliquer par une ambiance commune de luttes paysannes et écolos. Ceux d’entre vous qui suivent les ZAD (zones à défendre) et les mobilisations contre les GPII (grands projets inutiles et imposés) savent sans doute que la Fédération de la pêche de la Drôme a déposé plainte contre le projet décrié de Center Parcs en Isère, à Roybon dans la forêt des Chambaran.

Ce projet menace en effet, entre autres, la ressource en eau de la Drôme. Eau qui sert aux pêcheurs, mais aussi aux paysans. Or les luttes paysannes, notamment pour l’accès aux terres comme dans de nombreux pays d’Amérique du Sud, sont également au cœur du mouvement zapatiste. Et là encore, on peut dire que les mots ne prennent pas de détours au Chiapas :

« Autrement dit, à la campagne, il se passe aujourd’hui la même chose que sous Porfirio, mais la seule différence c’est qu’au lieu d’hacendados, de grands propriétaires terriens, maintenant ce sont des entreprises étrangères qui foutent dans la merde les paysans. »

Le mouvement n’est pas non plus étranger à la lutte contre les GPII et c’est ainsi que nous avions reçu en 2012 un courrier de soutien aux opposants à l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes signé par le Mouvement Agraire Indigène Zapatiste (MAIZ) et l’Alliance Mexicaine pour l’Autodétermination des Peuples (oui, l’AMAP, une autre jolie homonymie) mais aussi de divers mouvements d’Oaxaca, dont le soulèvement des enseignants et l’expérience de quelques mois d’Assemblée Populaire des Peuples en 2006 ont également fait l’objet de rencontres ici, à Luc-en-Diois, et d’une exposition dans une grange à Barnave en 2010 dont je garde un très joli souvenir.

Aussi quand Jérome Baschet parle de « mettre en dialogue les anticapitalismes du Nord et du Sud », le Diois peut légitimement et fièrement se sentir visé. (Voir aussi l’action de l’association drômoise Babel Amaz’Andes sur la région de Lago agrio en Equateur contre Chevron.)

Pour une autre constitution, par et pour le peuple

Ne faisons pas preuve d’angélisme pour autant. La Sexta de 2005 ne dissimule d’ailleurs pas les difficultés que pose l’autonomie des communes en termes d’égalité sur le territoire, ou la place encore insuffisante des compañeras dont « il faut qu’elles participent plus aux responsabilités de la lutte »... Sans céder à la tentation du repli ou de la sécession indigéniste, ni occulter le délicat rapport à la branche « politico-militaire » du mouvement, qui pose la question pour le mouvement zapatiste de se munir de moyens d’autodéfense à la mesure des périls auxquels ses participants sont exposés.

Elle aborde, avec ses propres mots, des questions qui nous sont proches et ne peuvent que nous interpeller. Celle des inégalités et de l’exploitation sociale : « Le Mexique n’est plus que le pays où naissent, durent un moment et puis après, meurent, ceux qui travaillent pour enrichir des étrangers, principalement des gringos riches », le refus des logiques de privatisation et de marchandisation, et surtout l’importance de poursuivre, sans abandonner le champ politique, en élargissant le mouvement. Et – oh tiens – en lançant une nouvelle constitution :

« Nous disons que la politique ne sert à rien ? Non, ce que nous voulons dire, c’est que CETTE politique-là ne vaut rien. Elle ne vaut rien parce qu’elle ne tient pas compte du peuple, qu’elle ne l’écoute pas, qu’elle ne pense pas à lui et parce qu’elle vient le trouver seulement en période d’élections. »

« Nous invitons les indigènes, les ouvriers, les paysans, les professeurs, les étudiants, les ménagères, les habitants des quartiers, les petits propriétaires, les petits commerçants, les micro-chefs d’entreprise, les retraités, les handicapés, les prêtres et les bonnes sœurs, les chercheurs, les artistes, les intellectuels, les jeunes, les femmes, les vieillards, les homosexuels, les lesbiennes et les enfants, garçons et filles, à participer directement, de manière individuelle ou collective, à la construction d’une autre façon de faire de la politique et d’un programme de lutte national et de gauche, et à lutter pour une nouvelle Constitution. »

Entre la luz y la sombra, nous (ne) sommes (pas) tous Marcos

Le 24 mai 2014, le sous-commandant Marcos a annoncé sa propre fin, la fin de l’hologramme et du mythe au passe-montagne, ce formidable pied-de-nez à l’incarnation politique, destiné à distraire l’ennemi :

« Ainsi avons-nous décidé que Marcos cesse d’exister aujourd’hui ». Un long texte écrit « entre ombre et lumière », dans cette langue fleurie et imagée où il est aussi question – oh tiens encore – de celles et ceux qui crient « Nous sommes tous Marcos » ou « Nous ne sommes pas tous Marcos » et qui s’achève sur l’image de Marcos murmurant des post-scriptum, accompagnés de rires, et allumant son ultime pipe sous les applaudissements.

Dans le Diois, on n’a pas de barbu en passe-montagne à la pipe, surtout on n’a pas d’hélicoptères d’assaut tournoyant au-dessus des montagnes ni de villages envahis par des forces militaires. Mais du ¡Ya basta ! Et de l’envie d’alternatives qui s’inventent au quotidien oui, il y en a, plein. Et des concerts de soutien aussi, parce qu’on aime bien.

Ne regardons ni vers le haut, ni vers le bas. Regardons-nous en face, avec un regard compañero.

« Ceux qui soupirent et regardent vers l’en haut peuvent toujours continuer à se chercher un leader ; ils peuvent toujours penser que, cette fois, on va respecter le résultats des élections ; que, maintenant, Slim va soutenir la gauche parlementaire ; que, maintenant, il va enfin y avoir des dragons et des batailles dans la série Game of Thrones ; que, maintenant, dans la série télé The Walking Dead, Kirkman va enfin rester fidèle à la BD ; que, maintenant, les outils fabriqués en Chine ne vont plus se casser la première fois qu’on s’en sert ; et que, maintenant, le football va enfin redevenir un sport et non un business. »

« Avec la Sexta, nous avons enfin trouvé des gens qui nous regardent en face et nous saluent et nous enlacent fraternellement, et c’est comme ça qu’on se salue et qu’on s’enlace. Avec la Sexta, nous vous avons enfin trouvés, vous. Enfin des gens qui comprenaient que nous ne cherchions ni berger pour nous servir de guide ni troupeau à conduire à la terre promise. Ni maîtres ni esclaves. Ni caudillos ni masses écervelées. »

« C’est notre conviction et notre pratqiue : pour se rebeller et pour lutter, il n’y a nul besoin de chefs, ni de caudillos, ni de messies, ni de sauveurs. Pour lutter, il faut juste un peu de courage, une pointe de dignité et beaucoup d’organisation. »

Sous-commandant Marcos, mai 2014.

Terrorisme : et si on cherchait les causes du côté du changement climatique ? Barnabé Binctin (Reporterre) Reporterre 2015/01/23 Barnabé Binctin (Reporterre) (23 janvier 2015) Terrorisme : et si on cherchait les causes du côté du changement climatique ?. Reporterre. Climat fr

Terrorisme : et si on cherchait les causes du côté du changement climatique ?

2015 devait être l’année du climat, elle est pour l’instant celle du terrorisme, qui inonde médias et vie politique depuis les attentats de Paris. Mais le terrorisme est-il étranger à l’enjeu climatique ? Des chercheurs montrent les interdépendances entre réchauffement climatique et développement du terrorisme.

Après un Conseil européen des Affaires étrangères exceptionnel, qui s’est tenu lundi 19 janvier à Bruxelles, puis l’annonce, mercredi 21, d’un plan anti-terroriste par le premier ministre Manuel Valls, la lutte contre le terrorisme occupera aujourd’hui l’agenda du Forum économique mondial de Davos.

François Hollande, « l’homme de Davos 2015 » selon La Tribune, doit y intervenir. Il y parlera, du terrorisme et du climat. Terrorisme ET climat ?

Du changement climatique à la violence politique

Plutôt que d’appréhender distinctement ces deux enjeux, un champ de recherche émergent révèle les interdépendances entre ces deux phénomènes. « Dans les années 80, nous n’aurions pas fait référence à l’enjeu climatique pour évoquer les questions de stabilité ou de sécurité géopolitique. Mais désormais, cette liaison entre conflit et réchauffement climatique est de plus en plus documentée » expliquait Nicolas Hulot, en novembre dernier, lors d’une conférence à l’Institut des Hautes études de défense nationale, conférence intitulée « Climat, facteur majeur d’instabilité ! »

L’impact du réchauffement climatique, tant en termes d’instabilité intérieure que de conflits internationaux, est maintenant reconnu. Le cinquième rapport du GIEC expliquait ainsi, dans son second volet, que « le changement climatique va accroître indirectement les risques de conflit violent de type guerre civile, violence interethnique et violentes manifestations », tandis que Maplecroft, une société d’analyse des risques mondiaux, écrivait en décembre, à l’occasion de la sortie de son Atlas 2015 consacré au changement climatique, que « le commerce mondial et l’armée considèrent maintenant le changement climatique comme un impératif crucial dans la gestion des risques ». Une prise de conscience qu’avait amorcé le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki Moon, en 2007, quand il avait présenté la crise du Darfour comme une conséquence du réchauffement climatique.

L’exemple de la Syrie

Un « catalyseur de conflit », voilà le rôle du changement climatique selon Nicolas Hulot, qui prend l’exemple de la Syrie, où plusieurs recherches rapportent la guerre civile ouverte en 2011 aux graves sécheresses ayant frappé le pays les quatre années précédentes. Des sécheresses dans l’aire méditerranéenne qui sont le fruit du réchauffement climatique, selon un rapport de la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA) : « la magnitude et la fréquence de la sécheresse sont trop importantes pour être uniquement expliquées par les variations naturelles ».

- Les déficits de pluie (rouge) vont en s’accentuant depuis cinquante ans dans la région méditerranéenne (NOAA) -

Difficile d’en conclure pour autant la seule responsabilité du réchauffement climatique dans le conflit syrien : « Cela doit être compris dans un contexte plus global, où le terrain était déjà miné par des réformes agraires désastreuses. De plus, le climat politique et social était particulièrement tendu », indique Ingrid Metton, avocate pénaliste et diplômée du Centre d’études sur le terrorisme au John Jay College of Criminal Justice.

La superposition des deux cartes ci-dessous est néanmoins frappante : la zone aujourd’hui contrôlée par l’Etat Islamique correspond aux territoires les plus dramatiquement touchés par les sécheresses.

Assez pour établir une corrélation directe entre réchauffement climatique et terrorisme ? « L’avènement de Daesh n’est pas directement lié au réchauffement climatique, mais celui-ci a créé le terreau propice. C’était une condition nécessaire, mais non suffisante », écrit à Reporterre Charles B. Strozier, professeur d’histoire à l’Université de New-York et fondateur et directeur du Centre d’études sur le terrorisme.

Il est un des premiers à avoir fait le lien entre ces deux objets d’étude : « J’ai travaillé sur le terrorisme et les violences politiques depuis 25 ans, mais c’est avec la guerre en Syrie que j’ai réalisé que des changements radicaux dans notre environnement pouvaient provoquer une poussée du terrorisme ».

Réchauffement climatique, sécheresse, explosion de la crise, avènement de Daesh, instauration du terrorisme : la chaîne de causalité est longue. « Il y aura toujours une relation très ténue entre le réchauffement climatique et le terrorisme », dit le chercheur. Attention aux conclusions hâtives : le terrorisme ne reste qu’une des conséquences possibles du dérèglement climatique, rappelle-t-il.

Pour Nicolas Hulot, le changement climatique est un « facteur aggravant, qui ajoute de l’injustice à l’injustice, de la pauvreté à la pauvreté, de la souffrance à la souffrance ».

Mais le problème est « étudié depuis peu », constate un rapport de l’IRIS (Institut de relations internationales et stratégiques) sur le climat et les enjeux de sécurité publié en juin 2014 : « Le dérèglement climatique conserve sa caractéristique de multiplicateur de menaces mais reste considéré comme un paramètre parmi d’autres et il paraît prématuré, voire infondé, de le désigner comme cause fondamentale de violences ».

Toutefois, l’accélération du réchauffement climatique prévue dans les années à venir pourrait bien nourrir davantage le phénomène terroriste. « Il n’est plus possible d’envisager l’évolution de ces organisations extrémistes sans prendre en compte l’aspect climatique », expliquait récemment sur France 24 Duncan Dupledge, chercheur associé à la Royal United Services Institute for Defense and Security de Londres. En octobre dernier, le Pentagone publiait ainsi un rapport qualifiant le réchauffement climatique de « menace immédiate » pour la sécurité intérieure et d’allié potentiel pour les groupes terroristes.

Mais cette question reste « principalement analysée par des chercheurs anglo-saxons », note le rapport de l’IRIS, peu de chercheurs francophones s’y étant encore intéressés.

La question est aussi difficile en raison de son aspect transversal : « Il y a un cloisonnement entre les scientifiques d’un côté, qui se sont un peu perdus dans les détails visant à prouver l’existence du réchauffement climatique – ce qui est désormais une évidence – et les chercheurs en sciences sociales, habituellement réticents à spéculer, et donc mal à l’aise avec la problématique du climat. De la même manière que la guerre ne doit pas être laissée aux seuls généraux, le changement climatique est trop important pour être abandonnée aux climatologues », analyse Charles B. Strozier.

Repenser la politique de défense à partir des risques climatiques

C’est dans le sens de cette démarche qu’un Livre vert de la Défense a été publié l’an dernier, sous la direction de Leila Aïchi, vice-présidente de la commission des Affaires étrangères et de la Défense au Sénat. L’intention est simple : aborder la politique de défense selon les risques que fait courir le réchauffement climatique. Une vision préventive inspirée du concept de « Green defense ».

La nécessité s’est fait jour aux yeux de la sénatrice EELV lorsqu’elle a travaillé sur la piraterie somalienne : « On y répondait par une approche extrêmement sécuritaire, en augmentant le nombre de bateaux par exemple. Mais on ne solutionnera pas le problème si l’on ne comprend pas que 95% des pirates sont d’anciens pêcheurs paupérisés par la raréfaction des ressources halieutiques. Et ça, c’est la crise écologique, que ce soit par le biais de l’acidification des océans engendré par le réchauffement climatique, par le problème de la surpêche ou bien par encore la pollution des eaux… »

Un changement de paradigme qui constitue, selon elle, « un vrai sujet de réflexion », mais difficile à porter : « Le monde de la Défense ne voit pas du tout l’approche environnementale comme une dimension stratégique » dit-elle à Reporterre. « Les liens entre climat et terrorisme sont complexes et ne peuvent être appréhendés que dans la durée. Mais le temps politique s’accommode mal du temps de l’écologie. Si bien qu’on réfléchit à l’envers : et de la façon dont on envisage les réponses pour l’instant, le terrorisme n’a pas fini de s’exprimer… »

Car si le problème du climat a bel et bien pénétré les consciences du XXIe siècle, on ne peut pas en dire autant de ses répercussions. « Faire du recyclage, c’est bien, mais il faut que chacun pense à l’image d’ensemble. Echouer à réduire les émissions de gaz à effet de serre, c’est involontairement permettre à Daesh, Al-Quaida, Boko Haram, les Shebab ou à d’autres groupes extrêmistes de grandir. Lorsque nous réfléchissons au réchauffement climatique, il faut en comprendre tous les enjeux de notre monde interconnecté » écrivait ainsi Charles B. Strozier dans une tribune du Huffington Post.

Mais pourquoi oublie-t-on encore les dangers du réchauffement climatique ? « Car ici, la souffrance n’est pas directement palpable. C’est une souffrance qui peut paraître abstraite, loin dans le temps, loin dans l’espace », selon Nicolas Hulot. A l’inverse, le terrorisme, lui, peut sévir en plein cœur des lieux de pouvoir, comme l’ont rappelé les attentats parisiens. Et soulever ainsi des grandes vagues de solidarité, ainsi qu’un mouvement d’union nationale. « Dans un monde binaire, il est plus facile d’identifier un ennemi commun », tranche Leila Aïchi.

Mais alors, tous unis contre le terrorisme… tous unis contre le réchauffement climatique ? Il y a plus de dix ans, David King, alors conseiller scientifique de Tony Blair, estimait déjà que le changement climatique était une menace bien plus importante que le terrorisme. Il n’a pas vraiment été entendu. Et le terrorisme continue...

Quelles alternatives pour la transition énergétiques ? A Rouen le 23 janvier Reporterre 2015/01/23 (23 janvier 2015) Quelles alternatives pour la transition énergétiques ? A Rouen le 23 janvier. Reporterre. fr

Quelles alternatives pour la transition énergétiques ? A Rouen le 23 janvier

Quelles alternatives pour une transition énergétique solidaire face à l’urgence climatique ? Café-débat sur la transition énergétique, avec Bernard Laponche le vendredi 23 janvier à Rouen.

Quelles alternatives pour une transition énergétique solidaire face à l’urgence climatique ?

Café-débat sur la transition énergétique avec Bernard Laponche

A l’heure où les prix de l’énergie s’envolent, où les ressources fossiles s’épuisent, où le dérèglement climatique menace, il est urgent de changer de modèle énergétique.

Grâce à une consommation plus sobre, plus efficiente, on peut aujourd’hui se passer des énergies d’hier qui nous exposent à des risques considérables. Non seulement cela est possible mais c’est nécessaire. Une multitude de solutions existent déjà. Des expériences sont à l’œuvre et prouvent que l’on peut vivre mieux en consommant autrement et surtout beaucoup moins.

Vendredi 23 janvier 2015 à 18 h 30 au café des Augustins Place Saint Marc à Rouen

Venez discuter de tout cela avec nous. Bernard Laponche, acteur historique de la transition énergétique, sera à nos côtés pour témoigner de son expérience et répondre à vos questions

Groupe de Travail « énergies », avec le soutien de Haute-Normandie Nature Environnement et du Collectif STOP-EPR ni à Penly ni ailleurs

La forêt n’est pas une marchandise Sylvain Angerand (Les Amis de la Terre) Reporterre 2015/01/24 Sylvain Angerand (Les Amis de la Terre) (24 janvier 2015) La forêt n’est pas une marchandise. Reporterre. Tribune — Économie fr

La forêt n’est pas une marchandise

L’apparente disponibilité de la forêt est un leurre. La forêt est un écosystème dont le bois est une ressource, certes renouvelable, mais limitée, et on ne peut penser uniquement la forêt en termes de rentabilité. Décryptage des Amis de la Terre qui alertent sur la diminution du gisement et les arbitrages à faire dans le cadre d’une transition écologique.

À en croire les chiffres qui circulent, la forêt française serait en danger… de sous exploitation. Le Grenelle de l’Environnement a ainsi fixé à 21 millions de mètres cubes (Mm3) la quantité de bois supplémentaire à mobiliser à l’horizon 2020, un chiffre confirmé depuis par les Assises de la Forêt en 2014.

Même le scenario Afterres 2050 – qui constitue le volet territorial du scénario de transition énergétique Negawatt – suggère la possibilité d’augmenter les prélèvements en forêt d’environ 60 Mm3 aujourd’hui à près de 110 Mm3 en 2050. La disponibilité biologique des forêts françaises étant aujourd’hui de l’ordre de 130 Mm3 aujourd’hui, il n’y aurait aucun risque de surexploitation.

Mais pour les Amis de la Terre, ces chiffres masquent une réalité plus complexe. De nombreux rapports alertent déjà sur le déficit de bois en Europe : il irait de 230 Mm3 (1) à 400 Mm3 de bois à l’horizon 2020 (2). Sur le banc des accusés : le développement des usages énergétiques du bois pour le chauffage, la production d’électricité et peut-être demain d’agrocarburants. En mai 2014, les Amis de la Terre Europe ont publié un rapport alarmant (3) : il estimait qu’à l’horizon 2030, presque 40 % de l’espace productif forestier européen pourrait être mobilisé pour ce type d’usage.

Pour répondre à cette demande, les entreprises mobilisent une quantité croissante de bois d’éclaircie, de petits bois, de rémanents liés à l’abattage ou encore des sous-produits du bois issus du sciage. Même les souches et les brindilles, si importantes pour la fertilité des sols, intéressent les exploitants forestiers !

Jusqu’à présent ces gisements étaient le monopole des industriels de la trituration (industrie du papier et des panneaux) qui voient d’un très mauvais œil la concurrence nouvelle des énergéticiens. Non seulement, il faut partager mais en plus le gisement diminue avec la crise que connaissent les industriels du sciage.

Car en forêt, tout est lié : pour produire 1 m3 de sciage, il faut transformer environ 2 m3 de grumes de qualité, elles-mêmes issues de la découpe d’environ 4 m3 de bois en forêt ; autrement dit, à 1 m3 de sciage correspondent 3 m3 de « déchets » valorisables pour des usages énergétiques ou industriels. (4)

Les forêts soumises à la rentabilité ?

Or les scieries françaises vont mal, en particulier les petites scieries de bois feuillus qui jouent un rôle si important en milieu rural : en vingt-cinq ans, la production de sciages a diminué d’environ 25 %. Une crise si profonde aujourd’hui que des bois de qualité (bois d’oeuvre) qui pourraient être valorisés en sciage partent en fumée dans les cheminées comme le note une étude du ministère de l’Economie (5) :

« Près de 28 % de la récolte de bois d’œuvre n’est pas destinée à la première transformation. C’est un fait : de plus en plus de billes, notamment en hêtre, prennent la direction des industries de la trituration ou sont transformées en bois de chauffage. ».

Le risque est alors d’orienter la gestion des forêts françaises uniquement vers ce qui est économiquement rentable aujourd’hui – le bois d’industrie et d’énergie – et d’abandonner la tradition sylvicole de production de bois de qualité. Les impacts environnementaux et sociaux seraient catastrophiques.

Car, avec une sylviculture proche de la nature, gérer une forêt pour produire des gros bois de qualité entraîne une augmentation du volume de gros bois mort, indispensable à de nombreuses espèces animales et végétales.

À l’inverse, une monoculture de bois, avec des coupes très rapprochées, est compatible avec une valorisation énergétique ou industrielle, mais ne procure pas les mêmes bénéfices écologiques. En terme d’aménagement du territoire et d’emplois, les conséquences peuvent aussi être lourdes : mieux vaut un maillage de nombreuses petites scieries en milieu rural qu’une grosse usine de transformation.

Pour les Amis de la Terre, l’enjeu est donc de « re-politiser » la forêt, c’est-à-dire d’ouvrir le débat aux citoyens et d’intégrer cette réflexion dans le cadre d’une transition vers des sociétés soutenables. La forêt, ça n’est pas que du bois, mais avant tout un écosystème dont le bois est une ressource, certes renouvelable, mais limitée. Des arbitrages sont donc indispensables entre les usages mais aussi les orientations de gestion. Aux arbres, citoyens !

Un autre défi pour Syriza : stopper le saccage écologique de la Grèce Marie Astier (Reporterre) Reporterre 2015/01/24 Marie Astier (Reporterre) (24 janvier 2015) Un autre défi pour Syriza : stopper le saccage écologique de la Grèce. Reporterre. Grèce fr

Un autre défi pour Syriza : stopper le saccage écologique de la Grèce

En Grèce, le parti Syriza est bien parti pour gagner les élections de dimanche. Mais si ce mouvement est prêt à rompre avec la politique néo-libérale, il n’a pas vraiment intégré l’écologie dans son programme. Toutes les luttes écologiques en Grèce en attendent cependant du mieux.

La semaine dernière, Alexis Tsipras a fait le choix de se confronter à ses jeunes électeurs via une interview sur Twitter. Ses promesses : mettre en place un système fiscal plus juste, améliorer le système de santé, combattre la corruption. Mais presque pas un mot d’environnement ou d’écologie.

« On avait placé beaucoup d’espoir dans cet événement sur Twitter, regrette Dimitris Ibrahim, directeur de campagne chez Greenpeace Grèce. Mais on n’a pu lire que des remarques générales et aucun engagement concret. »

Parmi les déclarations du leader de Syriza, Dimitris Ibrahim retient tout de même celle sur le programme de privatisation de l’État grec. Le TAIPED, le fonds qui porte ce programme (nous vous en parlions ici), est « générateur de scandales », a dénoncé le candidat de la gauche radicale, ajoutant que ce dispositif n’avait pas permis de résorber la dette grecque comme promis.

Ecologie : "rien ne viendra spontanément du gouvernement"

Dans l’opposition à certains grands projets inutiles, Syriza rejoint aussi la cause écolo. Le plus important en Grèce actuellement est celui de la mine d’or de Skouries, dans le nord du pays : « Sur Twitter, Tsipras a dit que ce projet est mauvais pour l’environnement, donc il appliquera la loi », note le directeur de Greenpeace Grèce. « Mais c’est moins engageant que la position officielle qu’ils avaient jusqu’ici, qui était d’affirmer qu’ils annuleront le contrat ».

Sur le terrain, les opposants à la mine espèrent la victoire de Syriza, certains membres du parti font même parti du collectif anti-mine. « Mais c’est à nous de maintenir la pression, rien ne viendra spontanément du gouvernement. Si Syriza arrive au pouvoir, on sera peut-être juste un peu plus écoutés », confie à Reporterre Maria Kadoglou, militante de Mining Watch.

Autre grand projet inutile, celui d’équipements touristiques de luxe à Hellinikon, tout près d’Athènes. Des élus de Syriza ont pris position contre le projet. Officiellement, le parti a promis d’annuler le contrat de vente aux investisseurs privés.

Au Parlement, la responsable politique du WWF Grèce, Theodota Nantsou, a suivi de près les positions de ses élus : « Ils se sont prononcés contre plusieurs projets de loi très mauvais pour l’environnement. Celui sur le littoral, celui sur la forêt... Pour ce dernier, on a même réussi à faire changer le texte, on a gagné. Les débats au Parlement ont été très intenses. »

Mais attention, insiste Dimitris Ibrahim chez Greenpeace, « On ne peut jamais suivre la position officielle de Syriza, parce que c’est un parti multiculturel, avec beaucoup de membres qui disent des choses contradictoires. »

Le WWF a envoyé un questionnaire à tous les partis candidats aux élections. Syriza n’a pas répondu, comme la majorité des organisations politiques. Le parti aurait d’ailleurs peiné à répondre, selon l’ONG, car il n’a pas de réflexion globale sur les politiques environnementales. « Nous demandons que le cadre politique prenne en compte les questions d’environnement. Il ne s’agit pas juste de créer des parcs nationaux ou de protéger les oiseaux, explique Theodota Nantsou. Et sur cela, Syriza ne dit rien. »

Elle poursuit : « Le parti a eu une rencontre avec les chasseurs, mais pas avec les associations environnementales. L’environnement est totalement absent du débat politique ! »

Syriza favorable au charbon

- Centrale au lignite à Amyndeo -

Surtout, les deux ONG sont unanimes : le problème est du côté de la politique énergétique. C’est « la plus grosse déception », pour Dimitris Ibrahim de Greenpeace : « Syriza est pour la construction de deux centrales à charbon supplémentaires, en plus au lignite, qui est le charbon le plus polluant. Si on fait cela, la Grèce sera dépendante de cette énergie jusqu’en 2050. C’est un scénario catastrophique, et Syriza le soutient. »

Pourtant, « à la conférence climat de Copenhague, en 2009, j’ai rencontré Alexis Tsipras, se rappelle le militant écolo. Il a une véritable conscience écologique. Mais à l’époque, Syriza faisait 3 %. Maintenant qu’il est devenu un leader politique, il doit mettre de l’eau dans son vin. »

Alliance avec les Verts

« Syriza est-il écolo ? Pour l’instant la réponse est non », reconnaît Stéphane Sitbon-Gomez. Le conseiller politique de Cécile Duflot a suivi la Grèce et l’Espagne de près lors de son passage au Parti des Verts européens. « Pendant la campagne en Grèce, on ne l’a pas entendu parler d’écologie ».

Mais dans le même temps, le parti des Verts grecs est pour l’instant le seul avec lequel Syriza a conclu une alliance. « Alors qu’électoralement, Tsipras n’a pas besoin des Verts, rappelle le conseiller. Ils font à peine 0,5 % en Grèce. Donc c’est un choix d’orientation politique. Tsipras se rend compte qu’il ne peut pas se positionner seulement du côté de la gauche radicale »

- Alexis Tsipras et ses alliés écologistes -

Mais bien avant cet accord, le parti des Verts européens, ainsi qu’EELV en France, soutenaient déjà Syriza. « Il y a eu un débat, reconnaît le bras-droit de Cécile Duflot. Est-ce qu’on attend qu’ils gagnent les élections et on discute après ou est-ce qu’on considère qu’il faut les soutenir dès aujourd’hui ? On a fait le choix de soutenir. »

Il fait le rapprochement avec les gouvernements de gauche en Amérique Latine : « Au Brésil, les Verts ont soutenu Lula, et dans les années suivant son élection il a mené une politique ultra-productiviste. Alors qu’à l’inverse, en Bolivie et en Ecuador, il n’y avait pas d’écolos dans le gouvernement et le questionnement écologique s’est fait autour de la notion de ’buen vivir’, bien vivre. » Donc si Syriza est élu, impossible de savoir s’il prendra un virage écolo.

"Pas d’autre politique possible que la transition écologique"

Mais les Verts européens ont décidé de parier sur ce parti de gauche radicale issu de la tradition productiviste car « c’est une possibilité de changement pour l’Europe, espère Stéphane Sitbon-Gomez. En 2012, on espérait que l’élection de Hollande ferait évoluer les politiques européennes. Après cette occasion ratée, Syriza en apporte une nouvelle. »

Pour lui, Alexis Tsipras sera bien forcé de choisir la troisième voie de l’écologie : « Il va être très rapidement obligé de présenter une politique qui tient la route. Or la politique traditionnelle de la gauche keynésienne, de relance par la consommation, ne marche pas. Donc je ne vois pas d’autre politique possible pour la Grèce aujourd’hui qu’une politique de transition écologique. En tout cas c’est ce que je pense en tant qu’écologiste », lâche-t-il dans un sourire.

Une nouvelle Zad lutte à Marseille contre la destruction d’un jardin public Pierre Isnard-Dupuy (Reporterre) Reporterre 2015/01/24 Pierre Isnard-Dupuy (Reporterre) (24 janvier 2015) Une nouvelle Zad lutte à Marseille contre la destruction d’un jardin public. Reporterre. Reportage — Grands projets inutiles fr

Une nouvelle Zad lutte à Marseille contre la destruction d’un jardin public

Pour défendre un square public contre sa privatisation et sa « bétonnisation », un collectif de riverains marseillais et des élus se mobilisent autour d’une toute nouvelle ZAD.

- Marseille, reportage

« Je m’appelle Michel. On s’appelle tous Michel », chante avec quelques accords de guitare "Michel 55" pour motiver la dizaine de militants qui se réchauffe autour d’un feu de platane. Ce vendredi 23 janvier, l’hiver s’installe avec un mistral glacial et « la ZAD de Marseille se réveille de sa première nuit d’occupation du parc Michel Lévy ».

C’est ce qu’affirment les tout nouveaux zadistes par textos et sur internet pour mobiliser. Le parc se trouve rue Pierre Laurent, à proximité de la place Castellane, dans le 6e arrondissement de la grande métropole. Avec ses 20 000 habitants au km², sa densité de population est comparable à celle de Paris, alors que pour l’ensemble de Marseille, on compte 3 500 habitants au km². Hormis la maigre verdure autour Notre-Dame-de-la-Garde et le square Michel Lévy, il n’offre aucun espace vert à ses 42 000 habitants.

Le square est décrit par ses anciens usagers comme un lieu de mixité générationnelle et sociale. "Michèle 96" se mobilise avec sa mère et sa fille de huit ans. Enfant, elle fréquentait déjà le parc. En souriant, elle raconte que ce lieu déjà « bien trop petit » réunissait « les minots qui cassaient les pieds aux papés et les papés qui cassaient les pieds aux minots ». D’un côté il y avait le boulodrome et de l’autre côté les jeux pour enfants avec un circuit sur lequel « beaucoup d’enfants du quartiers ont appris à faire du vélo » témoigne Muriel Wolff une autre riveraine, coordinatrice du collectif Michel Lévy.

Pour elle le square représente « un lieu de vie, un poumon vert ». A l’heure de la sortie des écoles il se remplissait de parents et enfants venus partager le goûter. Le centre d’animation Tempo, hébergé en son sein, proposait des activités aux enfants. Son bâtiment est aujourd’hui voué à la destruction, suspecté de contenir de l’amiante. Ce qui n’a pas empêché qu’on « laisse les gamins y venir pendant trente ans » commente Michèle 96.

- Le square... avant -

La vie au square s’est arrêtée le 3 juin 2013, quand les services municipaux ont cadenassé ses grilles. Il devait définitivement fermer ses portes pour laisser place à un immeuble de 49 logements sociaux et 300 places de parking en souterrain. La mairie du 4e secteur (6e et 8e arrondissement) veut céder le terrain au bailleur Unicil. En contrepartie, une fois les travaux réalisés, un tiers de sa surface sera rétrocédé pour un usage public.

Le collectif Michel Lévy et les élus d’opposition de la mairie de secteur se sont mobilisés, engageant des recours en justice. Mais ces recours sont épuisés, et les travaux ont commencé au début de cette semaine. Les responsables du chantier ont annoncé au riverains et aux opposants le désamiantage du bâtiment du Tempo. Mercredi 21 janvier, le bâtiment n’a toujours pas été traité, mais les ouvrier ont abattu une partie des arbres, cyprès et platanes, une pelleteuse saccage les aménagements.

Dans la précipitation, le collectif Michel Lévy a organisé un rassemblement jeudi 22 janvier en début de soirée. Une cinquantaine de personnes étaient présentes. Dans son écharpe d’élu bleu et blanche, couleurs de Marseille, Hervé Menchon conseiller d’opposition du 4e secteur (EELV) y a fait part de sa « très grande colère parce qu’ici c’est la qualité de vie des marseillais que l’on enterre aujourd’hui. Un parc c’est un équipement public, comme une école ».

Même constat pour Marie-Françoise Palloix conseillère d’opposition du 4e secteur (Front de Gauche) : « Pour planter du béton, il n’y a pas de problèmes. Ça pousse comme du chien-dent. Vous aviez ici des arbres centenaires qui offraient beaucoup de verdure. Ici, c’est un quartier déjà sinistré en matière d’équipements publics ». L’ensemble des intervenants dénoncent un bien public livré au profit privé. Muriel Wolff pointait l’instrumentalisation mise en œuvre par la mairie : « Il y avait des problèmes d’insécurité dans le parc liés à des bandes qui venaient la nuit faire du trafic de drogue ou brûler les jeux pour enfants. Plutôt que de régler les problèmes, on abat les arbres. Quant on veut tuer son chien on dit qu’il a la rage ! »

En fin de rassemblement l’occupation sous forme de ZAD a été décidée. Gérald annonce l’objectif : « Il y a encore sept arbres centenaires à sauver ». Patrick rappelle qu’il y a encore sur pied « un micocoulier classé arbre remarquable ». Ils sont une poignée à installer leur tente. Au petit matin et durant toute la journée, David Escalier interpelle les passants de la rue Pierre Laurent du haut du micocoulier qu’il occupe : « Bonjour, vous savez ce qu’on fait là ? » Il détaille les raisons de l’occupation et demande à ses interlocuteurs de soutenir, de participer. A l’arrivée des ouvriers du chantier, les bûcherons repartent. Les autres s’occupent des aménagements nécessaires au chantier au abord de la rue comme l’édification d’une palissade.

La ZAD Michel Lévy est soutenu par le collectif Laisse Béton qui rassemble douze associations contre le bétonnage de Marseille, ainsi que les Amis de la Terre et Greenpeace Marseille. Son assemblée générale s’est réuni à 17 h vendredi. Une cinquantaine de personnes sont à nouveau présentes. Enfants avec leurs parents, personnes âgées du quartier, militants de tout âge venus du centre-ville, ils se rassemblent debout autour du feu. Des discussions, ressort la nécessité de mobiliser davantage tout en gardant le lien privilégié avec les riverains et de continuer à leur proposer l’usage du lieu. Un repas partagé de quartier s’organise pour le dimanche 25 janvier. Des tracts seront distribués dans les manifestations du week-end.

Déficit d’espaces verts

En 2009 la ville de Marseille était donnée bonne dernière sur les vingt plus grandes villes française dans le palmarès de la superficie des espaces verts dressé par L’Express. 7,6 m² par habitant contre 68 m² pour Strasbourg, en tête. Et depuis la ville n’a cessé d’encourager la « bétonnisation » de son territoire. Par une politique agressive, sans prendre en compte de l’avis des habitants, de l’opposition et des collectifs et associations, elle favorise les promoteurs et fait couper des arbres.

En juin 2013 les platanes et érables de la place de Lenche (2e arrondissement) ont été abattus par surprise, alors qu’ils ombrageaient l’une des places les plus courues du quartier du Panier, qui fait le prestige touristique de Marseille. En 2008, la ville a accordé un permis de construire à la société Q Park pour la construction d’un parking de 600 places. Il amputerait d’un tiers de sa surface et de ses grand arbres le parc Longchamp (4e arrondissement). La mobilisation du collectif SOS Longchamp est parvenue à faire ajourner le projet. Dans son livre noir, intitulé La peste bétonnière à Marseille, paru en juin 2013, le collectif Laisse Béton a recensé près de 30 projets prédateurs de verdure.

Ni la mairie de Marseille, ni la mairie du 6e arrondissement n’ont répondu aux appels de Reporterre.

Le peuple de Lannion unanime contre un projet ravageur d’extraction de sable Julie Lallouët-Geffroy (Reporterre) Reporterre 2015/01/24 Julie Lallouët-Geffroy (Reporterre) (24 janvier 2015) Le peuple de Lannion unanime contre un projet ravageur d’extraction de sable. Reporterre. Reportage — Grands projets inutiles fr

Le peuple de Lannion unanime contre un projet ravageur d’extraction de sable

Des milliers de personnes sont attendues ce samedi matin à Lannion, dans les Côtes d‘Armor, pour s’opposer à un projet d’extraction de sable dans la baie. Ils dénoncent les dangers de ce projet sur l’emploi et l’environnement, mais aussi le déni de démocratie.

- Trébeurden (Côtes d’Armor), reportage

Impossible d’ignorer la manifestation organisée ce samedi 24 janvier, les banderoles foisonnent le long des routes et sur les ronds-points, les vitrines des commerces sont recouvertes d’affiches : une large part de la population se réunit pour se faire entendre, défendre la baie de Lannion, sa biodiversité et son équilibre économique.

A l’heure où la sauvegarde de l’emploi semble être une priorité, Philippe Priser, marin-pêcheur à Trébeurden, dans la baie de Lannion, craint de devoir mettre la clef sous la porte : « Le secteur de la pêche va mal, on a de nombreuses contraintes à respecter, comme la récente réglementation de l’Europe sur les bars, on fait des efforts ; et de l’autre côté, on va accorder une concession à une société privée qui va détruire la baie de Lannion et nos emplois. » Incompréhensible pour ce marin qui connait la baie comme sa poche, car il s’agit de son lieu de travail.

Chaque jour, il va en mer, comme une centaine d’autres pêcheurs, en quête de bars et autres poissons prédateurs. Petit pêcheur côtier, il rentre au port avec cinquante kilos de poissons par jour, dont 80% proviennent de la future zone d’extraction (LIEN carte de la pêche dans la baie. Pour lui, la cohabitation avec une activité d’extraction de sable est impossible. « Je n’ai rien contre les sabliers, mais pas ici, parce qu’ils vont détruire la baie et notre travail. »

Le projet est porté par la Compagnie Armoricaine de Navigation (CAN), filiale du groupe agroalimentaire Roullier. Il vise à extraire 400 000 m3 de sable coquillier pour le vendre aux agriculteurs afin qu’ils puissent amender les terres, optimiser leur teneur en acidité et mieux structurer ces sols.

Les treize communes concernées sont opposées à l’extraction de sable

L’enquête publique a été lancée en 2010, les treize communes impactées ont toutes affirmé leur opposition à cette activité ; le commissaire enquêteur a quant à lui émis un avis favorable sous réserve d’aménagements.

Hier vendredi, à la veille de la manifestation, la CAN a expliqué être prête à revoir sa copie, elle propose de n’extraire que 250 000 m3 par an et de cesser l’exploitation du site de mai à août pour la reproduction des poissons.

Pour Odile Guérin, géologue et élue à la mairie de Trébeurden, une des communes concernées, « il n’y a pas d’aménagement possible, ce n’est pas une question de quantité, l’extraction de sable va détruire la baie et l’activité économique, de la pêche au tourisme, en passant par le nautisme ou la plongée. » Le président du collectif Peuple des dunes en Trégor, Alain Bidal, renchérit : « L’Etat finance des zones naturelles protégées, et sur ce dossier, il se positionne en faveur d’un projet qui va détruire ces mêmes zones protégées. »

- Alain Bidal -

Le sable coquillier tant convoité se situe sur une dune sous-marine située à cinq kilomètres de la côte. Pour le récupérer, un bateau irait l’aspirer, détruisant ainsi l’habitat de nombreux poissons, provoquant leur fuite. Cette zone est particulièrement prisée par les lançons, des poissons minuscules qui se trouvent à la base de la chaîne alimentaire, et qui vivent dans et sur le sable. « Plus de sable, plus de lançons, plus de poissons : bref un désert », assène le marin Philippe Priser.

La côte serait également fragilisée selon la géologue Odile Guérin. De par sa nature géologique, « la côte est particulièrement sensible à l’érosion. Retirer du sable va creuser le sol, accroître la houle et donc l’érosion. »

Le risque d’un désert sous-marin

Autre conséquence, selon Alain Bidal : « Le bateau va relâcher des particules qui vont rester en suspension avant d’aller se déposer au gré des courants, elles vont donc inévitablement terminer leur course dans les zones Natura 2000, qui encadrent la zone d’extraction, à moins de deux kilomètres. Lorsque ces particules retombent, elles asphyxient la faune et la flore. Nous allons nous retrouver avec des paysages lunaires, où il n’y aura plus rien. »

Il dénonce l’enquête publique, la jugeant bâclée. L’obstination de l’Etat l’énerve : « tout le monde est contre ce projet : les élus, les habitants, les naturalistes, les pêcheurs, le secteur touristique, les commerçants ; mais le dossier suit son cours dans les cabinets ministériels : je ne comprends pas. »

Déni de démocratie

Les arguments contre le projet s’attaquent à tous les fronts : écologique, économique et politique ; Ségolène Royal, la ministre de l’Ecologie, a même pris position contre cette activité. Pourtant, un avis favorable à l’extraction semble se dessiner, selon le président du collectif qui regroupe une cinquantaine d’associations.

« Cette activité ne sert que les intérêts d’une entreprise privée au détriment de toute une région ; elle ne correspond à aucun besoin », explique Odile Guérin. « On estime que les agriculteurs ont besoin de 100 000 m3 de sable pour amender leur sol, pas 400 000 m3. Où va aller le reste ? A l’exportation probablement, mais ce n’est pas dit. » Elle s’étonne du découpage des sites Natura 2000, « la zone située entre ces deux sites coïncide parfaitement avec celle où se trouve le sable coquillier que le groupe Rouiller veut extraire. Etonnant, non ? »

- Odile Guérin -

Contre le déni de démocratie, tout casser ?

Pour le président du collectif Peuple des dunes en Trégor, Alain Bidal, « tout ceci est absurde, nous sommes en plein déni de démocratie. » A la différence des conflits autour du projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes, le barrage de Sivens ou le Center park de Roybon, les élus locaux sont unanimement opposés au projet. « Et pourtant, ses promoteurs continuent », dit Alain Bidal. « Ils vont trop loin, ils vont déclencher la colère de la population, et ça, ils devront l’assumer. »

Ce ras-le-bol, ce sentiment de ne pas être entendu est partagé par le marin-pêcheur, Philippe Priser. « Cela fait quatre ans qu’on fait attention pour qu’il n’y ait pas de débordements et quand on voit le résultat, on se rend compte que ceux qui ont raison, ce sont les bonnets rouges. C’est en cassant tout, qu’ils ont réussi à faire plier le gouvernement. Alors s’il le faut ; et bien, c’est ce qu’on fera. »

Plus de 4 000 personnes sont attendues ce samedi dans le centre-ville de Lannion, parmi elles, des habitants, écologistes, professionnels du tourisme, du nautisme, pêcheurs, mais aussi de nombreux élus, dont Christian Troadec, maire de Carhaix et leader des bonnets rouges.

Pour que les rébellions deviennent révolutions Emmanuel Daniel (Reporterre) Reporterre 2015/01/25 Emmanuel Daniel (Reporterre) (25 janvier 2015) Pour que les rébellions deviennent révolutions. Reporterre. fr

Pour que les rébellions deviennent révolutions

Les livres ouvertement révolutionnaires sont rares. À nos amis, la dernière livraison du Comité Invisible, en est assurément un. L’ouvrage revient avec enthousiasme sur les mouvements populaires qui ont secoué le monde ces dernières années tout en en pointant les insuffisances. Les auteurs proposent des pistes pour « s’extraire de l’impasse du présent » et violer la loi d’airain des révolutions manquées.

Ils les avaient annoncées, elles sont arrivées. « Elles », ce sont les insurrections. « Ils », ce sont les membres du Comité invisible qui écrivaient il y a sept ans L’insurrection qui vient.

Effectivement, du Caire à Rio, de Madrid à Athènes, d’Istambul à Kiev, les rues se sont embrasées, les populations se sont soulevées. « Occuper des places en plein cœur des villes, y planter des tentes, y dresser barricades, cantines ou baraques de fortune, et y tenir des assemblées relèvera bientôt du réflexe politique élémentaire, comme hier la grève », prédisent ces anonymes dans leur nouvelle livraison intitulée À nos amis.

La Commune comme façon d’être au monde

Avec jubilation, ils décrivent « la joie palpable qui débordait des places occupées », « la joie qui s’attache à toute commune ». Car pour eux, le mouvement des places marque un retour en force de l’idée de Commune qu’ils ne présentent pas seulement comme une manière de lutter ou une forme d’organisation politique mais comme « une façon d’être au monde » ou encore comme « la participation à une puissance collective à même de dissoudre le sentiment d’affronter le monde seul ».

Ils voient dans ces rassemblements bien plus qu’un moyen de dire sa colère : « La commune est l’organisation de la fécondité. Elle fait naître toujours plus que ce qu’elle revendique. C’est cela qui rend irréversible le bouleversement qui a touché les foules descendues sur toutes les places et les avenues d’Istanbul.

Des foules forcées pendant des semaines à régler par elles-mêmes les questions cruciales du ravitaillement, de la construction, du soin, de la sépulture ou de l’armement, n’apprennent pas seulement à s’organiser, elles apprennent ce que, pour une grande partie, on ignorait, à savoir : que nous pouvons nous organiser, et que cette puissance est fondamentalement joyeuse ».

Joyeuse et durable car « les insurrections se prolongent » dans les villes et les quartiers une fois les places désertées, sous la forme de « mises en commun et d’auto-organisation ».

- Place Tahrir, au Caire -

Vivre sans être gouverné

Ils égrainent les descriptions et exemples récents en les replaçant dans une perspective historique, rappelant ainsi que ce qui s’est joué ces dernières années est une réminiscence à la fois du désir et du potentiel humain à vivre sans être gouverné : « Des collectivisations en Aragon en 1936 aux occupations de places les dernières années, les témoignages du même ravissement sont une constante dans l’Histoire : la guerre de tous contre tous n’est pas ce qui vient quand l’Etat n’est pas là, mais ce qu’il organise savamment tant qu’il existe. »

Sauf que, « les insurrections sont venues, pas la révolution ». Les mouvements populaires semblent partout « s’étrangler au stade de l’émeute », constatent-ils. Ils présentent l’ouvrage comme une « entreprise d’élucidation » qui entend donner des pistes pour « s’extraire de l’impasse du présent » en trouvant un « langage à même de dire à la fois la condition qui nous est faîte et le possible qui la fissure ».

Plutôt que de chercher des excuses historiques ou scientifiques, ils s’attachent à mettre en lumière « les points d’appuis dont l’ennemi dispose en nous-mêmes et qui déterminent le caractère non fortuit, mais déterminé, de nos échecs ». Afin de dépasser la loi d’airain des révolutions manquées, le Comité invisible s’adresse à ses amis, à tous ceux qui sont prêts à « construire une force révolutionnaire ». Mais ils ne s’embarrassent pas de politesses. Leurs « amis » en prennent pour leur grade.

Violence ou pacifisme : un faux combat

Ils renvoient dos à dos les pacifistes pour qui « la mise au ban de la guerre n’exprime au fond qu’un refus infantile et stérile d’admettre l’existence de l’altérité » et les radicaux, partisans de la violence pour la violence, qui ont privatisé la révolution à des fins de « valorisation personnelle » et « semblent comme voués à une sorte d’auto-sabordage permanent ».

Ils s’en prennent aussi à la démocratie directe qui « dans son formalisme est d’abord une affaire d’angoissés ». Pour eux les « fétichistes » des assemblées tentent de masquer derrière les procédures et l’obsession de la prise de décision leur absence de confiance en eux et en les autres.

Comme dans L’insurrection qui vient, les auteurs usent du ton péremptoire et donneur de leçons de ceux qui ont compris avant les autres, mieux que les autres. Tel qu’ils s’expriment, ils ne laissent que peu de place à la discussion. Ceux qui ne seraient pas d’accord avec eux sont au choix des imbéciles, des lâches ou des flippés. Mais cette arrogance est ici moins dérangeante que dans leur précédent ouvrage.

Car les leçons qu’ils délivrent, ils se les adressent en partie. Le procès fait aux radicaux peut être perçu comme une critique faite à L’insurrection qui vient. En effet, certains passages de cet ouvrage présentant la violence comme loisir ou exutoire, donc comme fin en soi, m’avaient laissé le sentiment de messages codés compréhensibles uniquement des inconditionnels de l’émeute.

Ici, l’appétence pour la castagne est moins présente. Les auteurs vont même jusqu’à ériger le tact en « vertu révolutionnaire » en se refusant à opposer dogmatiquement « les ‘radicaux’ aux ‘citoyens’, les ‘révoltés en actes’ à la population passive ». Leur implication dans le mouvement mondial des places, qui a réussi l’exploit de rassembler largement au-delà des cercles d’insurgés professionnels, n’est sûrement pas étranger à cette volonté affichée de « ménager les devenir-révolutionnaires ».

Un texte poétique et politique

Ce texte est à l’image des mondes qu’ils défendent, à savoir « sensible », poétique autant que politique. Les auteurs s’adressent moins à nos synapses qu’à nos tripes, moins à notre raison (ankylosée par des décennies de société du spectacle et de consommation) qu’à ce que nous ressentons au plus profond de nos êtres.

Cela ne les empêche pas de proposer une critique éclairante de l’ordre néo-libéral qui utilise « la gestion de crise comme technique de gouvernement ». Ils dressent un portrait de l’ennemi qui n’est plus incarné par le Pape ou le Président mais par des infrastructures et des réseaux. Un pouvoir diffus organisé « sur un plan horizontal, fragmenté » et non sur un « plan vertical et hiérarchique ».

Pour eux, le pouvoir est maintenant territorial, partout et d’abord en nous-mêmes, nous enfants de l’Internet qui par notre culte de la transparence rendons possible la société du contrôle et de la surveillance total.

Appel à ceux qui s’organisent

Mais plus qu’un habile exercice de style, ce livre est un appel, traduit en huit langues et diffusé sur quatre continents. Un appel non pas à prendre le pouvoir mais à tisser des réseaux denses de relations entre les personnes, à « se lier stratégiquement aux autres zones de dissidences » et à s’organiser pour « accroître notre puissance ».

Ils accordent autant d’importance « aux détails les plus quotidiens, les plus infimes de notre vie commune » qu’à la question technique. Bloquer, saboter, détruire les machines, les flux et les infrastructures mais aussi comprendre et maîtriser les techniques qui permettent au monde de tenir debout afin de ne plus dépendre de l’ordre néolibéral qui se pose comme seule alternative au chaos et à la misère : « Tant que la perspective d’un soulèvement populaire signifiera pénurie certaine de soins, de nourriture ou d’énergie, il n’y aura pas de mouvement de masse décidé. »

Ils reprennent et approfondissent ce qu’ils disaient déjà dans L’insurrection qui vient. Mais la même chose dite à deux périodes différentes n’est pas entendue de la même façon. Ils peuvent maintenant étayer leur jargon situationniste d’exemples récents et concrets et jouir de la crédibilité qui auréole ceux à qui l’histoire a donné raison.

Quand ils parlaient de « L’insurrection qui vient », ils faisaient un pari. Ici, ils sont moins dans la prospective et la prophétie que dans l’inventaire des moyens à mettre en œuvre afin de remporter ce pari. Et même si les pistes qu’ils donnent sont parcellaires, ils arrivent à susciter le désir de les explorer par nous-mêmes.

Certes, ils interprètent parfois la réalité de manière à servir leur démonstration comme lorsqu’ils disent qu’Acab (All cops are bastards, « Tous les flics sont des bâtards ») est aujourd’hui un lieu commun ou que les affrontements avec les CRS sont devenus un jeu grand public apprécié de tous. Mais l’ensemble reste convaincant. Ou, plutôt, grisant.

Parce qu’il aiguise notre envie de vivre pleinement dès aujourd’hui, ce livre est à mettre entre les mains de tous ceux qui, autour de nous, partagent ce « dégoût pour la vie qu’on nous fait vivre ».

À nos amis, Comité Invisible, Editions La Fabrique, 250 pages, 10 euros.

Grèce : l’espoir est revenu, Syriza a gagné Julien Bayou Reporterre 2015/01/26 Julien Bayou (26 janvier 2015) Grèce : l’espoir est revenu, Syriza a gagné. Reporterre. Tribune — Grèce fr

Grèce : l’espoir est revenu, Syriza a gagné

Dimanche, le parti de gauche Syriza a remporté les élections en Grèce, avec 36 % des voix. Reportage à Athènes en liesse : la Grèce recommence à espérer. Et l’Europe avec elle.

- Athènes, correspondance

00h01 dans la nuit du samedi au dimanche :

Ambiance surréaliste dans ce bar du quartier anar d’Exarchia d’Athènes. Bar kidnappé par deux équipes, pas des footeux, mais des militants motivés venus de toute l’Europe pour soutenir Syriza, la coalition qui rassemble gauche radicale et écologistes, favorite des élections grecques.

D’un côté les franco grecs, de l’autre des greco italiens.

Le concours de chant est lancé : l’Internationale, d’Avanti Populo, de Bella Ciao... c’est la veille du jour J et à cette heure, nous sommes tous grecs.

Tous Grecs pour soutenir l’alternative en Grèce, pays et peuple martyrisés par les politiques d’austérité imposées, au nom de la « responsabilité », par l’Europe.

Tous Grecs aussi parce c’est de la Grèce que viendra peut-être la réorientation de ces politiques européennes et de cette orthodoxie qui s’impose partout comme un lent poison et mine le sentiment pro-européen.

Tous Grecs aussi parce que l’ovni Syriza donne à espérer aussi pour la constitution en France d’un ovni similaire qui coalise appareils et aspirations citoyennes autour d’une alternative au « il n’y a pas d’alternative ».

A la table des « franco-grecs », des militants écolos, jeunes écolos, des socialistes un brin remontés, appelons les « effarés, critiques », des communistes... tous venus soutenir cette coalition de dizaines de partis, des communistes aux écologistes, qui incarne désormais la lutte contre l’austérité en Grèce, mais aussi en Europe.

Sur le tard arrivent Pierre Larrouturou et Isabelle Attard de Nouvelle Donne et Raquel Garrido du Parti de Gauche. Ça y est, l’autre gauche française est au complet, réunie le temps d’un soir. Ce n’est pas le moindre des tours de force d’Alexis Tsipras et de Syriza. En fait c’est un mélange de jour J et de jour le plus long,

En plus calme évidemment. Dans un bureau de vote visité à l’heure de la sieste, on vote paisiblement, loin du chaos et de l’effroi agité par la Troïka – ici on dit Catastroika – les institutions de tutelle le Fonds Monétaire Internationale, la Commission Européenne et la Banque Centrale Européenne. Les électeurs doivent enjamber les fils du flot de caméras de tous pays qui gênent ici et là.

Sur la place Syntagma du Parlement grec, au stand de Nouvelle Démocratie, le parti du Premier Ministre (sortant !) conservateur Samaras, on s’affiche moyennement confiant : « Les gens sont fâchés c’est vrai, mais on compte sur la peur de l’incertitude Syriza ».

C’est beau la démocratie de la peur, non ?

Arrive enfin l’heure des premières estimations. Syriza est devant, mais en fait, loin devant : dix points dans la vue de Nouvelle Démocratie, la majorité absolue des 151 députés en ligne de mire.

J’enchaîne les directs pour LCI , Itélé, BFM et grapille des infos de France : l’ensemble de la classe politique « vole au secours de la victoire », comme l’avait prédit un des militants socialistes de ma délégation. Tel ministre explique même que c’est un peu la victoire de Hollande ce soir, en gros.

Petit haut le cœur devant la politique à la papa qui s’accommode de tout, change d’avis comme de chemise, l’important étant de rester vaguement à flot.

A l’inverse, la personnalité de Tsipras, quarante ans à peine, qui a toujours martelé le même discours anti-austérité, est pour beaucoup dans le succès de Syriza.

Cela dit Hollande serait bien inspiré de soutenir Tsipras. Nous aurons besoin nous aussi de desserrer l’étau de l’orthodoxie budgétaire européenne. Si possible pour, comme Syriza, soutenir le droit des citoyens à manger, se chauffer, se nourrir, se soigner, plutôt que de dilapider les marges de manœuvre en baisses de cotisations aveugles pour les entreprises.

C’est le programme de Syriza : « Refaire de la Grèce un pays civilisé » et lancer un « plan humanitaire » de soutien aux Grecs : électricité, santé, alimentation, couverture maladie.

Mais pour y parvenir, le « jour d’après », on le sait, sera crucial : pour appliquer son programme, Tsipras aura besoin de soutien à travers l’Europe. Ceux qui se disent de gauche, comme Hollande ou Renzi, doivent le soutenir. Ils seront jugés sur pièce.

Les scènes surréalistes se succèdent : à la télé, la BBC montre Tsipras annonçant « plus de solidarité et de coopération en Europe » et un bandeau contradictoire, « le premier ministre actuel dit que les mesures d’austérité fonctionnent ».

Le pays qui devait couler l’Europe il y a quatre ans est à nouveau sous les projecteurs du monde entier. Mais cette fois, c’est lui qui réanime le sentiment européen.

On sent une fierté qui monte, une dignité qui revient. Sur la place où j’ai vu il y a trois ans la manifestation la plus violente de ma vie, celle du désespoir contre le plan d’austérité qui baissait les salaires et les retraites, on chante, on boit, on achète des drapeaux grecs... sur fond de concert de klaxons.

On reste prudent. La victoire est acquise, mais place de l’Université, on vise le triomphe : la majorité absolue, l’essai transformé, le Graal des 151 sièges.

Les chants sont militants : c’est « Bella ciao », on lâche rien des HK et les saltimbanques (en français dans le texte) ou cette complainte qui rend hommage à un militant irlandais mort sous les coups anglais. Et « power to the people » of course. A nouveau, la foule entonne l’Internationale, en grec, italien, français, en allemand...

Enfin, vers 22 heures, Tsipras arrive à la tribune montée, pour l’occasion, place de l’Université. On ne sait toujours pas s’il a la majorité absolue. Peu importe : il parle comme un Premier ministre, et déroule un programme sur quatre ans. Un Premier ministre un peu particulier tout de même qui programme un petit « Rock the casbah » et un feu d’artifice entre deux prises de parole.

- Alexis Tsipras -

Foule en liesse...

On attendait soit une victoire soit un triomphe, et dans tous les cas un « jour d’après » aussi crucial que compliqué.

A 3 h du matin et à 93 % du dépouillement, le ministère de l’Intérieur n’annonce que 149 sièges, pas de quoi constituer une majorité sans autre soutien. La victoire est belle mais demain est incertain.

- Les chiffres des résultats de l’élection

Aux Etats-Unis, les nouvelles variétés d’OGM sont tolérantes à plusieurs pesticides Benjamin Sourice Reporterre 2015/01/26 Benjamin Sourice (26 janvier 2015) Aux Etats-Unis, les nouvelles variétés d’OGM sont tolérantes à plusieurs pesticides. Reporterre. OGM fr

Aux Etats-Unis, les nouvelles variétés d’OGM sont tolérantes à plusieurs pesticides

Les firmes de biotechnologie agricoles commercialisent aux Etats-Unis de nouvelles variétés d’OGM capables de tolérer plusieurs pesticides à la fois.

Bienvenue dans la nouvelle ère des OGM ! Le ministère états-unien de l’Agriculture (USDA) et l’Agence pour la protection de l’Environnement (EPA) des Etats-Unis sont en passe de donner leur accord pour la commercialisation et la mise en culture d’une « nouvelle génération » d’OGM destinés aux agriculteurs. Semences miracles ou plantes à haut rendement capables de pousser sans eau, penserez-vous ? Rien de cela !

La première génération de plantes génétiquement modifiées commercialisées pour l’agriculture, depuis bientôt vingt ans, consistait surtout en deux types de transgènes intégrés à la majorité des cultures GM (maïs, soja, coton, colza...) : un transgène de production d’un insecticide par la plante ou un transgène de tolérance à un herbicide, le plus souvent le Roundup de Monsanto (70 % des cultures américaines).

La seconde génération consiste, elle, à combiner ces modifications dans une même plante, en « empilant les traits », jusqu’à obtenir un OGM capable de produire jusqu’à six insecticides et tolérer au moins deux herbicides différents (technologie Smartstax).

Mises sur le marché

Jeudi 15 janvier 2015, Monsanto obtenait ainsi le feu vert du Ministère de l’Agriculture (USDA) pour la commercialisation de semences OGM nommées Roundup Ready Extend destinées à tolérer un mélange de deux herbicides combinés : le Roundup et le Dicamba. Si la combinaison de deux herbicides dans une formule unique est une nouveauté, le Dicamba est une molécule ancienne, de la classe des herbicides provoquant des perturbations hormonales chez la plante, et commercialisée depuis 1967.

Il semblerait bien que la mode soit à faire du neuf avec de l’ancien dans le secteur des biotechnologies : Dow AgroSciences cherche également à mettre sur le marché des OGM tolérants le 2,4-D, un des ingrédients de l’Agent orange, un défoliant militaire utilisé pendant la guerre du Vietnam.

Pour Robin Mesnage, chercheur au King’s College de Londres :

« Le Dicamba est connu pour son fort potentiel de dispersion, or malgré son ancienneté, les scientifiques savent relativement peu de chose des effets de ces pesticides sur l’homme aux doses retrouvées dans l’environnement. Cette classe de pesticides agit comme des hormones, mais ces molécules ne sont jamais testées comme des perturbateurs endocriniens potentiels. Par ailleurs, ces pesticides sont toujours testés séparément alors que leur usage en mélange devient la norme. »

Quant à l’empilement des traits de production d’insecticide, la revue de référence Nature Biotechnology publiait le 19 janvier 2015 une étude indiquant que les différentes toxines produites par les OGM de seconde génération n’étaient pas assez différentes pour que la stratégie de combinaison soit réellement efficace. En réalité, les « différences » minimes qui existent servent surtout aux entreprises pour déposer des brevets et payer moins de royalties à la concurrence.

Les « super mauvaises herbes » envahissent les champs

Ces nouveaux OGM doivent répondre au fléau que subissent les cultivateurs américains : le développement, chez les parasites ciblés, de résistances aux pesticides, insecticide ou herbicide, associés aux OGM.

Ainsi, en Inde ou aux États-Unis, « la bataille contre les insectes ravageurs est en train d’être perdue » suite aux mutations leur permettant de résister à l’insecticide Bt des plants de coton OGM. Même phénomène avec le développement de l’amarante résistante au glyphosate, molécule dite « active » du Roundup, dans les champs de soja et maïs GM américains.

Des chercheurs répertorient aujourd’hui plus de trente espèces de « super mauvaises herbes » résistantes au glyphosate sur le territoire national. Selon le cabinet Stratus, spécialisé dans l’audit de l’agrobusiness, depuis 2012 le phénomène est hors de contrôle, et touche plus de 50 % des agriculteurs américains, et jusqu’à 92 % dans l’État céréalier de Georgie pour le seul glyphosate. De nombreuses autres molécules sont aussi affaiblies par l’expansion galopante des résistances naturelles.

- Evolution des espèces résistantes aux herbicides © International Survey of Herbicide Resistant Weeds, 2015 -

Ces « super weeds » sont le résultat direct et prévisible d’une surexposition des adventices aux différents herbicides. Depuis 1995, l’Agence de protection de l’environnement compilait des données sur l’usage et les quantités de pesticides, cet effort statistique a été opportunément stoppé en 2007…

Il est pourtant certain que le premier réflexe agricole face aux résistances a été d’augmenter les doses épandues dans les champs d’OGM, contrairement aux promesses des producteurs d’OGM d’en réduire l’usage.

Il faut dire que les semenciers OGM, tel Monsanto, Dupont, Dow et Pioneer Hi-Bred, sont aussi les leaders mondiaux de la production de pesticides.

Vers un cartel des producteurs d’OGM et de pesticides ?

Longtemps concurrentes, s’affrontant dans une course aux brevets sur les semences ou devant les tribunaux pour des querelles de propriété intellectuelle, ces entreprises font désormais front commun pour résoudre le problème des « super weeds » ! Leur solution : des « OGM de seconde génération » combinant différentes modifications génétiques de tolérance aux herbicides.

Dupont signait ainsi en mars 2013 un accord de 1,3 milliard de dollars avec Monsanto pour utiliser ses sojas transgéniques tolérants aux herbicides à base de glyphosate et/ou de Dicamba. De nombreux accords similaires permettent désormais aux semenciers de puiser, contre royalties, dans une véritable banque de gènes mutualisés afin de créer des plantes transgéniques à partir de brevets détenus par différentes compagnies.

Après deux décennies de stratégie de monopolisation du marché, en partie gagnée par Monsanto, les entreprises du secteur semblent désormais opter pour la coopération, si ce n’est une stratégie d’entente pouvant déboucher sur un véritable cartel dans le secteur des biotechnologies au profit des sociétés américaines.

Pour Bill Freeze, du Center for Food Safety, la mise sur le marché prochaine des OGM résistants au Dicamba associé au Roundup serait « le fruit d’une stratégie de l’industrie des pesticides pour augmenter les ventes de leurs herbicides toxiques » ; il ajoute que l’évolution actuelle des biotechnologies « rend l’agriculture américaine plus dépendante que jamais de la chimie. »

Pour le Dr Marcia Ishii-Eiteman du Pesticide Action Network USA, la décision de l’USDA « n’est que la dernière manifestation du mépris du ministère de l’Agriculture face aux préoccupations des exploitants et de leur allégeance aux multinationales des pesticides. »

La France n’est pas à l’abri de voir arriver ces « nouveaux » OGM. En pleine négociation du projet de Traité transatlantique Europe-Etats-Unis (TAFTA ou TTIP), le ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll déclarait en avril 2014 être « favorable à un débat démocratique » sur les « OGM de seconde génération ».

Appuyant son idée sur un OGM pseudo miraculeux, le « Riz doré », peut-être notre ministre n’avait-il pas en tête la réalité de ces éponges à pesticides que l’industrie voudrait mettre dans nos champs et nos assiettes ?

Débat sur le climat avec Alternatiba Gironde le 27 janvier Reporterre 2015/01/26 (26 janvier 2015) Débat sur le climat avec Alternatiba Gironde le 27 janvier. Reporterre. Climat fr

Débat sur le climat avec Alternatiba Gironde le 27 janvier

Conférence-Débat : Climat, et moi et moi et moi ! Avec Alternatiba Gironde, le 27 janvier à Bordeaux.

Pour commencer la mobilisation climat pour 2015, Alternatiba Gironde organise cette soirée débat pour faire le point sur les négociations climat, après la conférence de Lima (COP 20) et avant la conférence « décisive » de Paris (COP 21).

Le témoignage d’associations présentes à Lima en décembre 2014 (Coline Billon du MOCCIC et Txetx Etcheverry d’Alternatiba) nous permettra de prendre les dernières nouvelles des négociations climatiques.

Un débat sera ensuite animé pour organiser l’implication citoyenne afin que 2015 marque le début de la résolution effective du problème que nous avons avec le climat (partie et Moi, et Moi, et Moi ! de la soirée).

Alors que l’année 2014 vient d’être déclarée année la plus chaude jamais mesurée, alors que les négociations stagnent en eaux troubles, voici l’occasion de s’informer et s’impliquer de façon conviviale sur l’un des plus graves problèmes que l’humanité doit résoudre.

Merci de réserver cette soirée et d’en parler autour de vous !

Le 27 janvier 2015 de 19h30 à 23h30, à l’Athénée de Bordeaux, Place St Christoly 33000 Bordeaux

Sauver les oiseaux devant son ordinateur Mahaut Herrmann (Reporterre) Reporterre 2015/01/26 Mahaut Herrmann (Reporterre) (26 janvier 2015) Sauver les oiseaux devant son ordinateur. Reporterre. Animaux fr

Sauver les oiseaux devant son ordinateur

Deux fois par an, un comptage des oiseaux « ordinaires » est organisé. Tout le monde peut y participer. Un moyen très utile pour connaître l’état de la biodiversité du pays.

Un Troglodyte mignon, deux Mésanges nonnettes, une Sittelle torchepot , et même un Martin-pêcheur… Ce sont quatre des vingt-quatre espèces que Nathalie a observé dans son jardin de l’ouest lyonnais ce week-end. Comme elle, des milliers d’observateurs ont participé samedi 24 janvier et dimanche 25, en France, en Grande-Bretagne et en Espagne, à la protection de la biodiversité devant leur ordinateur… ou presque. Comment ? En prenant part à un des deux week-ends annuels de comptage des oiseaux de jardins.

En France, les deux comptages ont lieu en janvier et en mai, et alimentent un observatoire commun du Muséum d’histoire naturelle et de la LPO-Agir pour la biodiversité. Il s’agit d’observer deux périodes critiques du cycle de vie des oiseaux : la reproduction, et la survie à la mauvaise saison.

La biodiversité "ordinaire" décline

« Il y a là un paradoxe », souligne Cyrille Frey, chargé d’études à la LPO-Rhône. « Les espèces les plus menacées se portent légèrement mieux parce qu’on a fait beaucoup d’efforts en leur faveur, et c’est la biodiversité ordinaire qui se met à disparaître le plus vite, signe que toute la vie est en danger autour de nous. Même le Moineau domestique est en difficulté dans certaines régions, et dans plusieurs pays d’Europe. Or, la nature ordinaire, cela commence pour beaucoup de Français par leur jardin. C’est là qu’ils peuvent être à la fois témoins du déclin de la biodiversité, et acteurs de sa protection. »

CE comptage participatif n’est pas réservé aux ornithologues chevronnés. Le Muséum et la LPO mettent en place des outils conviviaux sur le site Oiseaux des jardins. « Il n’y a pas besoin d’être un spécialiste », explique Cyrille Frey. « On s’intéresse à des espèces témoins faciles à identifier. »

Vous avez vu un oiseau et vous ne savez pas l’identifier ? Le site internet propose des fiches illustrées d’identification des oiseaux ciblés, une pour le temps fort de janvier et une pour celui de mai. Pour saisir ses observations, c’est tout aussi simple : il suffit de cliquer sur les planches illustrées représentant les oiseaux observés.

Pas besoin d’avoir un jardin privé pour participer. Un parc public ou un balcon sont aussi des lieux concernés par l’enquête. « C’est une occasion pour les citoyens de se mobiliser pour découvrir la biodiversité qui les entoure et dont ils n’ont pas toujours conscience. »

Une fois les données envoyées, que se passe-t-il ? Les observations recueillies servent à la mise en place d’un indicateur. « Il ne s’agit pas d’un dénombrement absolu des oiseaux communs de France », insiste Cyrille Frey. « Nous voulons voir comment cette photo de la réalité va évoluer dans le temps. En fonction des espèces dont on va observer le déclin, nous allons pouvoir déduire les dysfonctionnements des écosystèmes. » D’où l’importance d’un suivi dans la durée. « Le Moineau domestique manque de plus en plus de cavités dans nos bâtiments rénovés. Le Chardonneret élégant, lui, a besoin de graminées sauvages dont il se nourrit et qui lui font défaut. Grâce à ces comptages, nous pouvons proposer des actions adaptées comme la préservation des « herbes folles » ou la pose de nichoirs », ajoute Cyrille Frey.

- Fauvette à tête noire -

La mobilisation française est toutefois de faible ampleur par rapport à ce qui se passe en Angletererre. « Au niveau national, les bénévoles des différentes structures participantes ont permis, en 2014, un recensement sur trois mille jardins », indique Romain Chazal, bénévole à la LPO-Rhône. À titre de comparaison, la Royal Society for the Protection of Birds, équivalent britannique de la LPO, indiquait dimanche soir que plus de 100 000 jardins avaient déjà envoyé les résultats de leurs comptages, et que plus de trois millions d’oiseaux avaient été comptés.

Il faut dire que la RSPB revendique plus d’un million d’adhérents, contre moins de cinquante mille pour la LPO France. Mais le Royaume-Uni fait figure d’exception dans l’Europe ornithologique.

Dimanche soir, cinquante-deux jardins avaient transmis des données à la LPO Rhône. Ils étaient 31 en 2013 et 48 en 2014. Salariés et bénévoles de la LPO, dans le Rhône et dans toute la France, donnent rendez-vous en mai pour le deuxième week-end de comptage de 2015. Ils espèrent augmenter encore le nombre de jardins participants.

En attendant, ils rappellent que le site Oiseaux des jardins est ouvert en permanence et que, même s’ils ont manqué les deux week-ends ciblés, les observateurs peuvent transmettre leurs données tout au long de l’année.

Mumford, un pionnier méconnu de la pensée écologique Jean-Pierre Tuquoi (Reporterre) Reporterre 2015/01/26 Jean-Pierre Tuquoi (Reporterre) (26 janvier 2015) Mumford, un pionnier méconnu de la pensée écologique. Reporterre. Culture et idées fr

Mumford, un pionnier méconnu de la pensée écologique

L’œuvre de l’immense intellectuel que fut Lewis Mumford semble aujourd’hui oubliée. La revue Notes et Morceaux choisis tente de réparer cette injustice en consacrant un numéro à celui que l’on a pu présenter comme « le philosophe de l’environnement », « l’un des derniers grands humanistes du 20e siècle », engagé et clairvoyant. Sa pensée féconde a exploré la place de l’homme et de la société face à la technique.

Il est grand temps de redécouvrir Lewis Mumford. Vingt-cinq ans après sa disparition, l’immense intellectuel qu’il fut parait condamné à un purgatoire sans fin. Sans doute cet oubli ne concerne pas les Etats-Unis, où il a vécu et où son œuvre continue à être débattue, mais les autres pays dont la France, où il est oublié. Seule une poignée de fidèles entretient la flamme du souvenir dans des revues et des articles savants à la diffusion confidentielle. Le filtre du temps a été moins injuste pour Ivan Illitch, Herbert Marcuse, Marshall McLuhan et quelques autres de ses contemporains...

Il y a là une injustice que le dernier numéro de l’excellente revue Notes et Morceaux choisis s’efforce de réparer. C’est que Lewis Mumford, souvent catalogué historien des sciences et des techniques, est de la race des penseurs exceptionnels. Il est « l’un des derniers grands humanistes du 20e siècle », a dit de lui le philosophe argentin Christian Ferrer tandis que Charles Jacquier, qui lui a consacré il y a quelques années un magnifique texte dans la revue Agone, le présente comme le « philosophe de l’environnement ».

Clairvoyance et engagement

Mumford (1895-1990) c’est d’abord un puits de sciences, un homme d’une culture encyclopédique mise au service d’un engagement aussi ferme que clairvoyant tout au long de sa longue vie. Dès le début des années trente, annonciatrices de catastrophes pour le monde dit civilisé, mais fécondes pour le jeune intellectuel issu de la classe moyenne new-yorkaise qu’il est, Mumford voit juste.

Contre Franco il appelle à une intervention armée en Espagne. Ce qu’il préconise également contre l’Allemagne nazie dont il mesure, avant la majorité de ses compatriotes, la menace monstrueuse qu’elle représente. Vis-à-vis de l’Union soviétique, il n’est pas moins sévère même si, durant un moment, le projet porté par la révolution bolchévique l’a séduit.

« Trop d’erreurs ont été commises au cours de la révolution russe, et incorporées dans une sorte d’orthodoxie, pour que cet exemple soit d’une quelconque utilité », écrit-il en 1935 avant de conclure : « On ne peut pas lutter contre le fascisme à la manière de la révolution russe (…) Ces deux mouvements s’appuient sur un profond mépris de la vie humaine, de l’autonomie de l’individu et du groupe ainsi que des libertés essentielles de la vie civilisée. »

Cette condamnation sans appel du système soviétique n’évitera pas à Mumford d’être attaqué comme « organisateur communiste » au début des années 1950 - en pleine période de la guerre froide - par le sénateur McCarty et ses émules. C’est qu’entre-temps Mumford s’est hissé au premier rang des pourfendeurs de la bombe atomique et du système qui l’a enfantée. Il ne fait guère de doute à ses yeux que l’utilisation de l’arme nucléaire constitue « la capitulation la plus servile de la démocratie ».

La suite de son engagement sera de la même veine. Mumford milite, la plume à la main, contre l’intervention américaine au Vietnam. Au printemps 1965, dans une lettre ouverte au président Lyndon Johnson, il dénonce ses « tactiques totalitaires et [sa] stratégie nihiliste ». Dans le même mouvement, pour « réveiller les somnambules » comme il dit, il prononce devant l’Académie américaine des arts et des lettres qu’il préside un discours peu consensuel.

« Quel code de lois et quel code moral donnent aux Etats-Unis le droit d’exercer leur autorité politique et leur contrainte militaire dans un pays étranger comme le Vietnam, lance-t-il. De toute évidence, notre volonté n’a pas plus de raison de l’emporter au Vietnam que les missiles de l’Union soviétique n’en ont de s’installer à Cuba. »

Ce qui fait l’homme, c’est le partage

Mais Mumford ne fut pas qu’un intellectuel engagé. Il est également – et surtout ? – l’homme d’une pensée féconde sur la place de l’homme et de la société face à la technique. Pour lui, ce qui distingue l’être humain de l’animal ce n’est pas tant la capacité à forger des outils que notre capacité à partager les connaissances et les idées grâce au langage.

« L’homme, écrit-il dans les années 1970, est un animal techniquement ingénieux qui fabrique des outils, façonne des ustensiles, construit des machines [mais surtout] c’est un être tourmenté par ses rêves, qui pratique des rites, invente des symboles, parle, élabore des langages, s’organise, préserve ses institutions […] et ses réalisations techniques seraient restées dérisoires s’il n’avait possédé au plus haut point ces autres qualités souveraines.

L’homme, résume Mumford, est la réalité fondamentale et non ses moyens techniques d’expression. »

Va suivre (en particulier dans son livre Le mythe de la machine) une dénonciation sans appel du culte de la technologie, de la course à la perfection technique et du coup à l’obsolescence programmée (quoique le terme n’apparait pas dans son œuvre), alimenté par le recours effréné au crédit bancaire et à la publicité.

Si l’on en est arrivé à abdiquer notre sens critique face aux « manipulateurs [et] aux conditionneurs d’une technique autoritaire », analyse Mumford, c’est par paresse intellectuelle et par confort :

« D’après les termes du contrat social démocratico-autoritaire, chaque membre de la communauté peut prétendre à tous les avantages matériels (nourriture, logement, transports rapides, communication instantanée, soins médicaux, divertissements et éducation) mais à une seule condition : que l’on accepte tout ce qui est offert, dûment transformé dans les proportions exactes qu’exige le système, et non la personne. »

Autrement dit, « si l’on choisit le système, aucun autre choix n’est possible ». Et Mumford de conclure, tout en nuance : « Je ne voudrais surtout pas nier que cette technique a créé de nombreux produits admirables, ni les dénigrer (…) Je souhaite simplement suggérer qu’il est temps de faire le compte des coûts et des inconvénients humains, pour ne rien dire des dangers, auxquels nous expose notre adhésion inconditionnelle au système lui-même. »

Ces lignes ont été écrites il y a plus de cinquante ans. Force est de constater qu’elles n’ont rien perdu de leur pertinence.

Orwell et Mumford, La mesure de l’homme, Notes et morceaux choisis n°11, Ed. La lenteur, 168 p., 10 euros

Et pendant ce temps, à Paris, la loi Macron protège les entreprises contre les journalistes et les lanceurs d’alerte Baptiste Giraud (Reporterre) Reporterre 2015/01/26 Baptiste Giraud (Reporterre) (26 janvier 2015) Et pendant ce temps, à Paris, la loi Macron protège les entreprises contre les journalistes et les lanceurs d’alerte. Reporterre. Économie fr

Et pendant ce temps, à Paris, la loi Macron protège les entreprises contre les journalistes et les lanceurs d’alerte

Deux décisions favorables aux grandes entreprises viennent d’être prises coup sur coup par les députés socialistes. L’une introduit le « secret des affaires » dans le droit français. L’autre repousse l’adoption d’un « devoir de vigilance des sociétés-mères » qui aurait permis de poursuivre les entreprises dont les sous-traitants à l’étranger portent atteinte aux droits fondamentaux.

Le projet de loi Macron n’en finit pas de révéler des mesures passées inaperçues. Au milieu du marathon parlementaire, un amendement du rapporteur socialiste du texte, Richard Ferrand, introduisant dans le droit français la notion de secret des affaires, a été adopté la semaine dernière en commission. Il permettrait de faire condamner les personnes divulguant des informations considérées comme secrètes. Il a toutes les chances d’être adopté cette semaine, alors que la loi Macron est discutée en séance plénière de l’Assemblée nationale.

Selon le texte, trois catégories d’information seraient protégées :

1) Celle qui « ne présente pas un caractère public », c’est-à-dire qui n’est pas « généralement connue ou aisément accessible à une personne agissant dans un secteur ou un domaine d’activité traitant habituellement de ce genre d’information ».

2) Celle qui constitue « un élément à part entière du potentiel scientifique et technique, des positions stratégiques, des intérêts commerciaux et financiers ou de la capacité concurrentielle de son détenteur et revêt en conséquence une valeur économique ».

3) Enfin celle qui « fait l’objet de mesures de protection raisonnables, compte tenu de sa valeur économique et des circonstances ».

L’atteinte au secret des affaires serait puni de trois ans d’emprisonnement et 375 000 € d’amende, voire « sept ans d’emprisonnement et 750 000 € d’amende lorsque l’infraction est de nature à porter atteinte à la souveraineté, à la sécurité ou aux intérêts économiques essentiels de la France ».

La volonté d’inscrire le secret des affaires dans la loi n’est pas nouvelle. En 2012, l’ancien député UMP Bernard Carayon, avait déposé une proposition de loi portant exclusivement sur ce sujet. Acceptée par l’assemblée nationale, celle-ci avait été rejetée in extremis au Sénat après le changement de majorité.

Mais depuis, certains députés socialistes ont changé de position. Dès octobre 2012, Pierre Moscovici organisait une réunion à Bercy pour remettre le projet sur la table. Puis en juillet 2014 une proposition de loi socialiste était rédigée, signée notamment par Bruno Le Roux et Jean-Jacques Urvoas. Aujourd’hui, c’est donc à travers le projet de loi Macron que le secret des affaires fait son retour, dans la section intitulée « Faciliter la vie de l’entreprise ».

Secret sur le gaz de schiste !

« Ils sont allés trop vite », affirme l’eurodéputée Michèle Rivasi. Une directive européenne est en préparation sur le sujet, impliquant le travail de plusieurs commissions, de la Commission et du Conseil européens. « Le secret des affaires est un nouveau concept au niveau européen, sauf que ce concept est très vague », explique-t-elle, craignant qu’il ne laisse « trop de marge de manœuvre aux multinationales ».

William Bourdon, avocat du lanceur d’alerte sur l’évasion fiscale Antoine Deltour et fondateur de l’association Sherpa considère lui aussi que le texte « laisse trop de place à la subjectivité des entreprises et à l’instrumentalisation ».

Pour Michèle Rivasi, « il faut exclure [du secret des affaires] les données qui concernent l’environnement et la santé », ce qui n’est pas la cas dans la proposition actuelle. Elle donne l’exemple de la fracturation hydraulique :

« Aujourd’hui, une entreprise européenne doit donner la liste des ingrédients qui entrent dans la composition de son cocktail pour la fracturation, tandis que les entreprises américaines sont protégées par le secret des affaires et ne sont pas obligées de donner ces ingrédients. »

Les lanceurs d’alerte fragilisés

Par ailleurs, le texte fragiliserait le droit des lanceurs d’alerte et des journalistes, comme l’explique le député écologiste Jean-Louis Roumégas qui a suivi le travail en commission : « Je ne suis pas contre le principe [du secret des affaires], mais je pense qu’il faut l’encadrer, notamment pour ne pas qu’on puisse l’opposer aux lanceurs d’alerte et pour éviter les procédures dissuasives cherchant à empêcher la presse de travailler ». Selon Transparency International, « si le secret des affaires avait existé, Irène Frachon à l’origine du scandale du Mediator aurait pu être sanctionnée ».

L’amendement prévoit bien des exceptions au secret des affaires, notamment dans le cas où les faits sont « susceptibles de constituer des infractions aux lois et règlements en vigueur ». Mais cela ne suffit pas selon William Bourdon : « Cette disposition n’est pas satisfaisante car il peut y avoir atteinte à la santé sans infraction à la loi ni au règlement. » Pour lui, la disposition juridique adéquate consisterait à fonder les exceptions sur « le vrai critère moderne » qu’est « l’atteinte à l’intérêt général ».

Michèle Rivasi relève un autre aspect négatif du secret des affaires : « En permettant à une entreprise d’attaquer un ancien salarié qui divulguerait des informations auprès de son nouvel employeur, il peut empêcher la mobilité des travailleurs et freiner l’innovation. »

Il y a donc un débat à avoir sur la durée pendant laquelle un ancien employé est soumis à ce secret. Le texte actuel n’en fait aucune mention. « Les États sont portés par des industriels qui veulent garder leurs connaissances, or il faut permettre la circulation des connaissances », explique l’eurodéputée.

Le CCFD, Sherpa et Transparency International dénoncent aussi l’amendement déposé par Bernadette Laclais et adopté en commission : il élargit les exceptions à l’obligation de publier les comptes à toutes les entreprises, « quelles que soient leur forme, leur activité et leur importance », alors que seule une minorité d’entre-elles pouvait auparavant en bénéficier. L’obligation n’existe donc plus pour aucune entreprise.

« Responsabiliser » les entreprises

Dans le même temps, une proposition de loi sur le devoir de vigilance des entreprises était étudiée, suscitant une forte attente chez des associations comme Sherpa, le Collectif Ethique sur l’étiquette, Indecosa CGT et Peuples Solidaires-ActionAid.

Selon l’exposé des motifs, son objectif était « d’instaurer une obligation de vigilance des sociétés mères et des entreprises donneuses d’ordre à l’égard de leurs filiales, sous-traitants et fournisseurs. Il s’agit de responsabiliser ainsi les sociétés transnationales afin d’empêcher la survenance de drames en France et à l’étranger et d’obtenir des réparations pour les victimes en cas de dommages portant atteinte aux droits humains et à l’environnement. »

Cette mesure constituerait un outil juridique important face à des entreprises dont les sous-traitants sont reconnus coupables de mauvais traitements envers leurs salariés. Il reviendrait alors à l’entreprise de montrer qu’elle a été vigilante sur les agissements du sous-traitant.

Les quatre associations mentionnées avaient notamment porté plainte contre Auchan suite à l’effondrement du Rana Plaza au Bangladesh et contre Samsung pour travail forcé d’enfants en Chine. Or les deux plaintes viennent d’être classées sans suite.

- L’effondrement du Rana Plaza au Bangladesh en 2013 -

« Face à cette mauvaise volonté manifeste de la justice de lutter contre ces atteintes graves de multinationales françaises aux droits humains fondamentaux, nos organisations pointent l’urgence de voter la loi sur le devoir de vigilance pour prévenir de futurs drames sociaux ou environnementaux », annonce le collectif d’associations dans son communiqué de presse.

Entreprises 2 – Intérêt général 0

Mais la proposition de loi sur le devoir de vigilance a été rejetée mercredi 21 janvier en commission, le PS et l’UMP votant contre. « Les socialistes disent que ce texte n’est pas assez souple, qu’il faudrait attendre les directives européennes », déplore Danielle Auroi, députée écologiste et rapporteur du projet de loi. La proposition de loi sera tout de même présentée à l’Assemblée le 29 janvier, dans la niche parlementaire des écologistes.

Dominique Potier, député de Meurthe et Moselle, qui a été à l’initiative de la proposition de loi avec Danielle Auroi, détaille : « Il n’y a pas eu d’accord entre le parlement et le gouvernement. La proposition de loi avait deux faiblesses : un manque de sécurité par rapport à la constitution et la portée européenne. On s’emploie à trouver une solution d’ici jeudi [débat de la proposition de loi en séance publique, dans la niche écolo], afin d’amender la proposition ou en déposer une nouvelle. »

Quant aux associations, elles nous ont fait part de leur déception alors qu’un important travail avait été effectué sur le sujet, notamment à travers la plate-forme « Responsabilité sociétale des entreprises ». « On avait senti venir le trouble, les équipes de Macron avaient lancé une contre-proposition très très faible, alors que c’est un projet sur lequel les socialistes ont beaucoup travaillé », explique Mathilde Dupré, chargée de plaidoyer au CCFD.

L’argument du risque d’inconstitutionnalité, utilisé pour rejeter le texte, ne la convainc pas du tout : « Nous craignons que ce soit un argument plus politique que technique. Il aurait été possible de clarifier ces points par amendement. » Pour elle, ce qui dérange Bercy (qui n’a pas donné suite à nos appels), « c’est l’objet même de la proposition de loi, c’est-à-dire la possibilité d’engager la responsabilité de la société-mère en cas de manquement d’une entreprise ».

« Des parlementaires ont annoncé une nouvelle version du texte, à examiner en mars, mais nous sommes très sceptiques parce que les retours que nous avons ne sont pas à la hauteur », ajoute-t-elle.

Même constat pour Marie-Laure Guislain, responsable du contentieux chez Sherpa : « Il s’agit d’un mouvement de surprotection des acteurs économiques. On se demande aujourd’hui qui fait la loi : le gouvernement s’est contenté de reprendre les termes proposés par le Medef et l’AFEP [Association française des entreprises privées] composée des entreprises du CAC 40. »

Deux propositions de loi, deux attitudes différentes de la part de la majorité socialiste. « On est en droit de se demander si ce n’est pas une déclaration d’amour trop précipitée envers les entreprises », conclut William Bourdon.

Réparation citoyenne : la parade à l’obsolescence programmée Lorène Lavocat (Reporterre) Reporterre 2015/01/27 Lorène Lavocat (Reporterre) (27 janvier 2015) Réparation citoyenne : la parade à l’obsolescence programmée. Reporterre. Économie fr

Réparation citoyenne : la parade à l’obsolescence programmée

Le lave-linge qui tombe en panne quelques semaines après la fin de la garantie, les chaussures trouées au bout d’une saison... Que faire face à l’obsolescence programmée des produits ? Faire appel à l’expertise citoyenne ! Damien Ravé a créé Commentréparer.com, un site web participatif pour apprendre à restaurer, dépanner, ou raccommoder nos objets.

Pas bricoleur pour un clou. Damien Ravé n’a ni le bleu de travail, ni les mains calleuses du bidouilleur passionné. Sorti d’une école de marketing, il est plutôt du genre geek. Et il est à l’origine de Comment réparer, un site web participatif pour apprendre à restaurer, dépanner, ou raccommoder nos objets.

« Mon grand-père était un bricoleur de génie, et tout le monde savait trafiquer dans ma famille... sauf moi ! », se rappelle Damien Ravé. Un vilain petit canard qui préfère le clavier au fer à souder. En 2011, il tombe sur un documentaire d’Arte « Prêt à jeter ou l’obsolescence programmée ». Le film montre comment les industriels cherchent à réduire la durée de vie d’un produit ou de ses composants pour accélérer la consommation. Pour notre web-designer, c’est le déclic. Et l’éternelle question : qu’est-ce que je peux faire ?

« J’avais des appareils en panne, et je me suis demandé ce que je ferais si mon grand-père n’était pas là. » Direction la toile. Il surfe sur les forums, épluche le web. À chaque fois, c’est le même constat : « Rien n’est fait pour les débutants, les sites ne sont pas accueillants, trop techniques. Ils prennent un peu de haut ceux qui ne savent pas. »

Lui par contre sait faire des sites internet. Ni une ni deux, il décide de créer un espace pour « répondre aux questions des novices ».

Solidarité et expertise citoyenne

Lancé en 2011, le site Commentreparer.com marche comme un forum. Chacun peut venir poser sa question. Que faire avec un lave-linge qui essore tout le temps ? Pourquoi un tabouret de bar grince-t-il ? Comment rattraper des griffures de chat sur un canapé en cuir ? D’autres particuliers proposent astuces, conseils ou pistes de solutions. Peu de réparateurs professionnels, le forum fonctionne grâce à l’expertise citoyenne.

Chaque mois, près de 300 000 personnes visitent le site. « Il y a un petit noyau dur de contributeurs réguliers, des passionnés du bricolage, mais 99 % viennent juste chercher une réponse », indique Damien Ravé.

Xavier Renard fait partie de ces férus de la réparation. Homme au foyer, il répond tous les jours aux questions des internautes. Bénévolement. « En fonction des demandes, je fais parfois plusieurs heures de recherche, pour des inconnus », dit-il. Vivant en Alsace, il lui arrive de se déplacer dans toute la région pour résoudre un problème ardu.

Cuisiner, ferronnier d’art... Xavier Renard a eu plusieurs vies, avec une constante : il s’est toujours formé sur le tas, en autodidacte. Depuis qu’il a quitté le monde professionnel, animer le forum lui permet « de se créer un réseau, de faire des rencontres ». Surtout, bidouiller est une seconde nature, « une addiction », avoue-t-il.

« Les gens en ont marre d’être pris pour des pigeons »

Des Repair’cafés aux Fab Lab, la réparation a le vent en poupe. Un regain d’intérêt constaté sur le site. Damien Ravé y voit « un effet de la crise et une sensibilisation écologique croissante ». Autre facteur d’après lui, « les gens en ont marre d’être pris pour des pigeons ». Le lave-linge qui tombe en panne quelques semaines après la fin de la garantie, les chaussures trouées au bout d’une saison.

Pour autant, le Do it yourself (fais-le toi-même) reste un phénomène plus que marginal. « Les recherches sur Google concernant le mot réparation ne cessent de diminuer », observe Damien Ravé. Les consommateurs préfèrent acheter que bricoler.

« Avec l’électronique, les appareils se sont complexifiés, personne ne sait plus rien faire aujourd’hui » , estime quant à lui Xavier Renard. « Tout est fait pour nuire à la réparation. »

Informer et former les citoyens contre l’obsolescence programmée

Mais Damien Ravé refuse d’accabler le système de production : « Les entreprises ne sont pas seules responsables de l’obsolescence rapide des produits. » Il souligne que les consommateurs acceptent... et même encouragent « la stratégie commerciale de course aux prix les plus bas ». Autrement dit, en plébiscitant des objets moins chers, en guettant les nouveautés, nous favorisons l’essor de produits peu durables.

L’expert en marketing numérique est devenu un ardent défenseur de la récup’. Dans la lignée de Commentreparer.com, il vient de lancer deux petits frères : J’en fais quoi.net et Produits durables.fr. Le premier pour donner des idées de réemploi : transformer un vieux tambour de lave-linge en abat-jour. Le second vise à constituer une base de données collaboratives des produits les plus durables. Car pour Damien Ravé, « la lutte contre l’obsolescence passe d’abord par l’information et la formation des citoyens ».

NB : Xavier Renard lance un Repair Café dans le secteur de Marckolsheim (Bas-Rhin). Si vous êtes intéressé, vous pouvez le contacter par courriel : reparerpourmoinsjeter@hotmail.fr

Animaux enfermés, images interdites Brigitte Gothière et Caroline Lanty Reporterre 2015/01/27 Brigitte Gothière et Caroline Lanty (27 janvier 2015) Animaux enfermés, images interdites. Reporterre. Tribune — Animaux fr

Animaux enfermés, images interdites

Le droit à la vie privée de l’exploitant agricole est un rempart juridique qui empêche la diffusion d’images dénonçant les conditions de vie des animaux. Mais les associations n’acceptent pas cette atteinte au droit à l’information, qui dénie la possibilité de dénoncer les dérives de l’agro-business.

L’article 9 du Code civil et l’article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme proclament le droit pour toute personne au respect de sa vie privée. Cette protection s’étend aux correspondances, au domicile du particulier, au siège social et aux locaux professionnels.

Un droit à la vie privée si bienvenu

Les locaux d’élevage bénéficient donc d’une protection au titre de la vie privée de l’exploitant. Le quotidien des animaux qui y sont détenus « relèvent de la vie privée et doit rester dans la sphère privée ».

Aussi, hors les images autorisées par l’exploitant, souvent si prompt à montrer des animaux heureux, gambadant dans les verts pâturages, bien soignés, bien nourris, toute autre image est interdite.

Interdite car seul l’exploitant peut autoriser la diffusion d’images provenant de son exploitation et toutes celles prises, sans qu’il ait pu donner son accord, doivent être interdites de diffusion.

Les associations de protection animale qui diffusent des images prises à l’insu de l’exploitant, pour dénoncer les conditions de vie des animaux, sont régulièrement condamnées à une interdiction de diffusion desdites images, ainsi qu’à des dommages-intérêts et des frais de procédure, lourds pour des budgets souvent contenus et dont chacun préférerait qu’ils ne profitent pas à ceux que l’on dénonce !

Tel est aujourd’hui l’état du droit et la position d’une majorité de tribunaux de première instance et de cours d’appel : l’éleveur protégé au titre du droit à la vie privée, l’association condamnée pour avoir porté à la connaissance du public des images « non autorisées » mais traduisant la triste réalité de l’animal détenu dans un élevage.

- Lapins morts dans un élevage industriel -

Cachez ces animaux que je ne saurais voir

Consciente du questionnement croissant du public sur le sort des animaux, y compris ceux destinés à la consommation humaine, l’industrie agroalimentaire veille, avec une vigilance sans cesse accrue, aidée en cela par de puissantes agences de com’ et de « gestion de crise », à cacher les images de l’élevage, les images des trop longs transports et les images des dernières heures en abattoir.

Ces conditions de vie misérables choquent la majorité d’entre nous, lorsqu’elles parviennent à être portées à notre connaissance. Or, tout est fait pour nous en « préserver ». Remercions donc tous ceux qui érigent ces parois opaques entre nous et ces animaux nés, élevés et abattus…

L’ignorance est un état confortable. Ne pas savoir nous exonère de toute action. Ne sachant pas, comment pourrions nous agir ?

Crois en moi… Aie confiance… Que je puisse veiller sur toi ...

Mieux encore, pourquoi les associations devraient-elles s’inquiéter du sort des animaux d’élevage, alors que, nous dit-on, des services de l’Etat (ministère de l’agriculture et ses services) sont spécialement dédiés et habilités à constater les irrégularités, et à assurer la mise en œuvre de mesures correctives et conformes à la réglementation applicable.

Les animaux ont leurs protecteurs d’Etat, leur « service de protection dédiée », et sont donc protégés comme il se doit.

Mais, à y regarder de plus près, la vigie d’Etat connaît quelques faiblesses… L’Office alimentaire et vétérinaire européen épingle la France à chaque visite tandis que le Syndicat national des inspecteurs en santé publique vétérinaire (SNISPV) tire la sonnette d’alarme depuis plus de dix ans. « Oui, nos effectifs sont inférieurs aux normes européennes, qu’on considère trop élevées », répond le Directeur général de l’alimentation (DGAL) interrogé par l’AFP en janvier 2014.

Si les services de l’Etat connaissent de telles défaillances, si l’industrie agroalimentaire refuse toute transparence sur les lieux d’élevages et d’abattage en France, des associations de protection animale ont décidé, publiquement, de « nommer et de dénoncer » (to name and shame) des élevages en infraction avec la législation et des animaux en grande détresse aux fins de prise de conscience large.

Si le droit à l’information et la protection des animaux « de consommation » sont très favorablement accueillis dans leur principe, leur mise en œuvre soulève de délicats problèmes juridiques.

Résumons simplement :

1. L’exploitation agricole est un élément de la vie privée de l’exploitant.

2. Seules les images autorisées par l’exploitant sont autorisées, celles prises, à son insu, par ses salariés, ses fournisseurs ou autre sont interdites.

3. Les associations, destinataires de ces images, ne peuvent les diffuser, car prises sans que l’exploitant ait pu s’y opposer.

4. Il est fort peu probable qu’une exploitation diffuse de sa propre initiative des images montrant qu’elle ne respecte pas la réglementation, des images montrant des animaux blessés, mal en point ou agonisants ou des images montrant que des actes de maltraitance sont commis sur des animaux.

5. Il est tout aussi peu probable que les services de contrôle de l’Etat, lors de leur inspection, constatent ces comportements répréhensibles, les exploitants étant souvent prévenus d’une inspection. Et il y a peu de chances pour que les comportements de maltraitance soient exercés en présence des services de contrôle… chacun peut le comprendre…

Les actes de violence, quel qu’en soit l’auteur et quelle qu’en soit la victime, se réalisent à l’abri des regards et non en place publique.

Ne pas se résigner

Les associations ne se résigneront pas à rester de simples spectateurs silencieux d’une réalité qu’elles se sont donnée pour objet de dénoncer, aux termes de leurs statuts.

La justice, par les récentes décisions rendues, dit aux associations : « Ces signalements de mauvais traitements que vous recevez, vous ne pouvez les diffuser car ils portent atteinte à la vie privée de l’éleveur. » Aux animaux concernés, on dénie tout droit à voir leurs conditions de détention questionnées et sanctionnées lorsqu’elles sont non conformes.

L’animal est absent de la réflexion et n’est pas dans le périmètre de protection du droit. Les associations ne sauraient s’y résoudre.

Le droit au respect de la vie privée n’est pas un droit absolu. L’état de la jurisprudence française, tend à conférer aux prérogatives de chacun, un contenu raisonnable préservant les intérêts contradictoires en conflit.

Les associations ne se satisfont pas de positions conciliant ou préservant les « intérêts contradictoires en conflit ».

Les associations, peu adeptes du grand écart, espèrent pouvoir faire primer la liberté d’expression et d’information, sur le principe de respect de la vie privée d’un exploitant en infraction avec la réglementation ou détenant des animaux dans des conditions contraires à l’éthique.

« La résignation, c’est se soumettre au silence pour ne plus déranger. » Les défenseurs des animaux entendent encore déranger.

L’An 01 Reporterre 2015/01/27 (27 janvier 2015) L’An 01. Reporterre. fr

L’An 01

« On arrête tout et on réfléchit » : l’utopie joyeuse du Charlie Hebdo des années 1970 au cinéma à Paris mercredi 28 janvier.

A l’invitation de Jacques Boutault, maire du 2è arrondissement de Paris

Agir Pour l’Environnement, en partenariat avec Reporterre, vous convient à une projection exceptionnelle du film « L’an 01 » :

✔️ DATE : mercredi 28 janvier 2015 à partir de 20h ; ✔️ LIEU : à la salle Jean Dame, 17 rue Leopold Bellan, 75002 Paris ; ✔️ MÉTROS : Sentier (ligne 3) ou Réaumur-Sébastopol (lignes 3 et 4) ; ✔️ ENTREZ LIBRE : dans la limite des places disponibles ; ✔️ GRATUIT : participation libre à la sortie ; ✔️ Projection suivie d’une présentation de l’exposition "Prise de Terre, des dessins pour l’écologie"

— ■ Pourquoi cette soirée ?

Je, tu, il-elle, nous, vous, ils-elles sont... Charlie. Face à l’horreur, par centaines de milliers, des citoyens ont exprimé leur solidarité avec les victimes des attentats de Charlie Hebdo. Mais cette popularité posthume cache mal les ambiguïtés de soutiens qui auraient fait sourire Cabu, Tignous, Charb, Honoré, Oncle Bernard et sa bande.

Ecologistes de la première heure, les dessinateurs de Charlie ont toujours eu la dent dure contre les lobbies militaro-industriels. Productivistes agricoles, nucléaristes, bagnolards, viandards à bandoulière... ils furent nombreux à subir le ton sarcastique des journalistes de Charlie Hebdo ; ceux-là mêmes qui aujourd’hui brandissent comme un seul homme le « Je Suis Charlie ».

Mais qui est vraiment Charlie ? En 1973, le dessinateur et fondateur de Charlie Hebdo, Gébé, réalise un film qui fera date pour son impertinence et son caractère utopique pleinement assumé : L’an 01.

Ce film est emblématique de la contestation des années 70 et questionne des thèmes aussi variés que l’écologie, le refus de l’autorité ou le rejet de la propriété privée et du travail.

Après l’attentat contre Charlie Hebdo, il faut avant tout assumer cet héritage et le faire vivre.

■ SYNOPSIS

"On arrête tout et on réfléchit." Avec l’esprit de mai 68 d’après la bande dessinée de Gébé, ce film raconte l’abandon joyeux, utopique et à contre-courant de l’économie de marché et de la recherche de productivité à tout prix. C’est le premier jour de l’an 01. Ce film de Jacques Doillon, Gébé, Alain Resnais et Jean Rouch est une illustration de l’esprit de contestation qui agita les années 1970, sur les sujets très variés de l’écologie, du refus de l’autorité, de l’expression de l’amour libre, du rejet de la propriété privée et du travail...

Avec notamment Cabu, Wolinski, Cavana, Coluche, Patrice Leconte...

La Fondation de l’écologie politique optimiste sur le changement climatique Philippe Desfilhes (Reporterre) Reporterre 2015/01/27 Philippe Desfilhes (Reporterre) (27 janvier 2015) La Fondation de l’écologie politique optimiste sur le changement climatique. Reporterre. Climat fr

La Fondation de l’écologie politique optimiste sur le changement climatique

Le 27 janvier, la Fondation de l’écologie politique présente Paris Climat 2015-20 ans après, un recueil d’essais de prospective climatique (optimiste), destiné à nourrir le débat sur le changement climatique de façon originale et efficace.

La philosophe de la nature et de l’environnement Catherine Larrère, Présidente du Conseil de surveillance de la Fondation de l’Ecologie Politique, et Silvia Marcon, sa directrice, dévoileront ce matin à 11h, lors d’une conférence qui se tiendra au Palais Brongniart, une publication baptisée « Paris Climat 2015 - 20 ans après ».

Textes d’anticipation optimiste

L’ambition de cet ouvrage collectif ? Nourrir le débat sur le changement climatique de façon originale et efficace. « Nous avons demandé à des auteurs d’horizons très différents de se projeter en 2035 avec comme postulat que la COP 21 (la Conférence des Nations-Unies sur les changements climatiques qui se tiendra à Paris du 30 novembre au 11 décembre 2015, NDLR) a été un succès et a débouché sur la signature d’un accord contraignant », explique Silvia Marcon.

Cinq des auteurs de la publication seront là pour débattre avec la salle. Les titres de leurs essais de politique-fiction sont éloquents : « Le kiwi qui en avait marre de faire le tour du monde », par l’écologue Marc Barra ; « Faire de la finance sans faire fi du carbone », par Anne-Catherine Husson-Traore, spécialiste de la finance éthique ; « Le jour où les Etats ont mis fin à la domination du marché », par l’économiste Thomas Porcher ; et « Paris-Vanves, commune en transition écologique », un texte co-écrit par les économistes Lucile Schmid et Marc Linpinski.

« Tous ont fait appel à leur imagination et à leurs connaissances pour écrire des textes qui montrent que dans certains domaines des changements importants sont possibles alors que dans d’autres, malheureusement, malgré un virage politique, nous subirons encore en 2035 les effets des atteintes à l’environnement que nous connaissons déjà aujourd’hui », poursuit Silvia Marcon.

Les sujets abordés par les différentes contributions sont multiples : la place que nous réservons au vivant, nos modes de consommation et de production, la gouvernance des Etats et celle des entreprises, les conséquences sociales du changement climatique ou encore l’engagement citoyen.

Porter dans le débat l’écologie politique

« Cette publication répond parfaitement aux objectifs de la Fondation qui sont de porter les thématiques de l’écologie politique dans le débat public et de donner aux citoyens les moyens de se faire une opinion et de prendre position sur des questions qui prennent et vont prendre de plus en plus d’importance dans leurs vies », souligne Catherine Larrère.

La tenue de la COP 21 à Paris tombe à pic. Adossée à Europe Ecologie - les Verts (EELV), la Fondation de l’Ecologie Politique a vu le jour à la fin de 2012, rejoignant cinq autres fondations de même statut juridique (lire ci-après « La Fondation de l’Ecologie Politique en quelques lignes »).

Mais elle n’a commencé à fonctionner opérationnellement qu’en septembre-octobre 2013. « Nous sommes les « petits nouveaux ». La COP va nous aider à trouver nos marques en nous permettant de débattre des questions climatiques tout en commençant à développer d’autres thématiques », se félicite la Présidente.

Au programme de 2015, la publication des premières « notes ». Ces textes courts aux angles précis sont très attendus car ce sont l’un des fondements du travail des fondations politiques (la collection a été inaugurée par une contribution de l’économiste de l’environnement Eloi Laurent sur la question des inégalités environnementales). Des écrits sur l’histoire de EELV et des autres mouvements politiques écologistes seront également publiés, cette fonction mémorielle étant l’une des autres raisons d’être d’une fondation politique.

Indépendance

L’action ne se limitera pas à la production de contenus intellectuels. Des contacts ont été pris avec Carolyn Carlson pour organiser cette année à Paris un spectacle de danse sur le thème du climat. « Nous sommes très sensibles aussi à l’aspect culturel des choses. Le plasticien Alain Fleischer a été sollicité dans le but d’organiser une exposition sur le thème du changement climatique également », indique Catherine Larrère.

Cette exposition intégrera des contributions d’internautes. Ceux-ci pourront en effet enrichir la prospective climatique de « Paris Climat 2015 – 20 ans après » sur la page dédiée à cet exercice sur le site de la Fondation.

Il s’agit pour la nouvelle fondation d’assoir sa légitimité. « Même si elles sont adossées à des partis, les fondations politiques doivent être indépendantes financièrement et intellectuellement et libre de développer leurs propres thématiques », rappelle Kathrin Glastra, du bureau bruxellois de la Fondation Heinrich Böll (affiliée aux « Grünen » allemands, la FHB compte quinze bureaux dans le monde et collabore avec des ONG dans plus de cinquante pays !). « Nous nous sommes pas un « think tank », notre vocation n’est pas de fournir des éléments de langage à EELV », assure Catherine Larrère.

C’est à sa capacité à prendre du recul et à animer le débat public en fournissant un travail de fond que sera jugée la fondation. A cet égard, la qualité de la collection d’essais de prospectives climatiques « optimistes » publiée aujourd’hui est rassurante.

LA FONDATION DE L’ECOLOGIE POLITIQUE EN QUELQUES LIGNES

Elle a été reconnue d’« utilité publique » par un décret du ministère de l’Intérieur en date du 2 novembre 2012. Adossé à EELV – les Verts, elle rejoignait cinq autres fondations de même statut juridique, la Fondation Jean Jaurès, liée au PS, la Fondapol, proche de l’UMP, la Fondation Gabriel Péri, affiliée au PCF et la Fondation Res Republica, qui émane du MRC de Jean-Pierre Chevènement.

Ses instances de gouvernance c’est-à-dire son conseil de surveillance, son conseil scientifique et son directoire ont été mis en place entre mars et juin 2013 et son travail a débuté en septembre-octobre 2013.

L’équipe opérationnelle est constituée d’une directrice (Silvia Marcon, ex-responsable des relations institutionnelles de WWF France), de deux chargés de mission et d’un stagiaire. Elle partage ses locaux avec des associations écologistes dans le 13e arrondissement de Paris et dispose d’un budget prévisionnel de 500 000 euros pour 2015.

PARIS CLIMAT 2015 : 20 ANS APRÈS

Collection d’essais de prospective climatique (*optimiste)

Palais Brongniart, Petit Amphithéâtre, Le 27 janvier 2015, 11h00/13h00 28, Place de la Bourse, 75002 Paris

- Toutes les informations ici

DOSSIER : La Grèce tourne la page Reporterre 2015/01/27 (27 janvier 2015) DOSSIER : La Grèce tourne la page. Reporterre. fr

DOSSIER : La Grèce tourne la page

La Grèce revient dans les radars des médias. La cause ? Les élections du 25 janvier, qui pourraient ébranler l’Europe des néo-libéraux. La classe dirigeante craint la victoire du parti de gauche Syriza, qu’espèrent au contraire partis de gauche et écologistes.

A l’automne dernier, Reporterre s’est donné deux semaines pour aller voir les Grecs. Aller s’asseoir à la terrasse d’un « kafeneio » pour écouter leurs histoires, leur quotidien, leurs indignations et leurs espoirs. Ils nous ont raconté que quand ils ne sont pas au chômage, leur salaire a diminué d’au moins un tiers. Un tiers, c’est aussi la proportion d’entre eux qui n’ont plus de couverture sociale. Certains ont découvert l’angoisse du frigo vide et de la soupe populaire.

Et du côté de l’écologie ? Ce n’est pas brillant, on vous prévient.

- Voir la carte interactive de Reporterre sur la Grèce ici

- « Le programme de Syriza est beaucoup plus écolo que celui de la droite et des socialistes », Entretien avec Orestes Kolokourismardi 27 janvier 2015.

- l’espoir est revenu, Syriza a gagné, Julien Bayou, 26 janvier 2015.

- Syriza et l’écologie : peut mieux faire, beaucoup mieux, Marie Astier (Reporterre), 23 janvier 2015.

- Un Notre-Dame-des-Landes résiste aux portes d’Athènes, Marie Astier (Reporterre), 22 janvier 2015.

- « Au nom de la croissance, on détruit l’environnement » : à Vovousa, un projet hydraulique au beau milieu du Parc national, Marie Astier (Reporterre), 20 janvier 2015.

- Les promoteurs de la mine d’or de Skouries font la guerre aux hommes et à la nature, Marie Astier (Reporterre), 19 janvier 2015.

- On transforme un camp militaire en potager collectif, Marie Astier (Reporterre), 13 janvier 2015.

- Rendons-leur la démocratie !, 5 janvier 2015.

- Une expérience autogérée au cœur de Thessalonique, Marie Astier (Reporterre), 15 décembre 2014.

- Athènes, dans le café anarchiste qui construit une société nouvelle, Marie Astier (Reporterre), 11 décembre 2014.

- Les capitalistes privatisent sauvagement la nature, Marie Astier (Reporterre), 10 décembre 2014.

- Pourquoi êtes-vous contre le traité TAFTA ?, Sissy Vovou, 14 octobre 2014.

- Des jeunes inventent leur mode de vie, Juliette Kempf (Reporterre), 10 février 2014

- A Athènes, des jeunes redécouvrent les maisons d’argile, Juliette Kempf (Reporterre), 26 août 2013.

« Le programme de Syriza est beaucoup plus écolo que celui de la droite et des socialistes » Entretien avec Orestes Kolokouris Reporterre 2015/01/27 Entretien avec Orestes Kolokouris (27 janvier 2015) « Le programme de Syriza est beaucoup plus écolo que celui de la droite et des socialistes ». Reporterre. Entretien — Grèce fr

« Le programme de Syriza est beaucoup plus écolo que celui de la droite et des socialistes »

Syriza a gagné et s’est allié avec les Verts, qui ont pour la première fois un député au parlement grec. Pour Orestes Kolokouris, écologiste grec, Syriza s’orientera vers une politique écologique si la société civile fait pression dans ce sens.

Orestes Kolokouris fait partie de la rédaction du journal écolo Oikotrives, distribué une fois par mois en même temps que le journal officiel de Syriza. Il a été candidat sur la liste de Syriza dans la circonscription du Pirée, mais à une position non éligible. Il est membre du parti des Verts en Grèce. Un tout petit parti, le seul avec lequel Syriza avait conclu une alliance électorale.

Orestes Kolokouris estime que Syriza peut s’orienter vers une politique écologique, à condition que la société civile fasse pression sur le nouveau gouvernement dans ce sens.

- Orestes Kolokouris -

Reporterre - En tant qu’écologiste, comment réagissez-vous à la victoire de Syriza ?

Orestes Kolokouris - C’est historique, il y a une semaine encore, on n’imaginait pas qu’ils auraient une vraie majorité. Puis ces derniers jours, on y a cru. Finalement, ce n’est pas une majorité absolue, mais elle est quand même très large. C’est une victoire importante aussi pour les Verts car c’est la première fois que l’on a un député au Parlement, Georges Dimaras.

Maintenant, on attend de connaître la composition précise du gouvernement. Il y a des réactions mixtes dans notre parti [Les Verts - NDLR] car Syriza a besoin de deux sièges de députés de plus pour avoir la majorité et former un gouvernement. Il s’est allié avec le parti des Grecs Indépendants, qui sont des souverainistes de droite eux aussi opposés aux mémorandums de l’Europe [Ces textes dictés par Bruxelles au gouvernement grec, qui indiquent la politique qu’il doit mener - NDLR].

Quant au programme de Syriza, il est beaucoup plus écolo que les politiques de la droite et des socialistes de ces dernières années, notamment parce qu’il s’oppose aux mémorandums de l’Union européenne. Mais on aimerait une politique écologique beaucoup plus poussée. Par exemple sur l’extraction des hydrocarbures en mer : la majorité de la société est pour, Syriza n’est pas clair sur la question et nous on veut jouer un rôle pour que le gouvernement n’approuve pas ce genre de projets anti-écologiques.

On n’a pas parlé d’écologie pendant la campagne électorale. Cela veut-il dire que ce sujet n’intéresse pas les Grecs ?

Ce n’est pas le seul sujet que l’on n’aborde plus, on a aussi oublié la question des droits humains. On ne parle plus que d’économie et de dette...

Mais je crois que l’écologie et les droits humains font partie des centres d’intérêt de la population. Il y a eu des mobilisations très importantes contre les ventes de terres publiques, ou l’extraction d’or à ciel ouvert à Skouries. Il y a quelques mois quand le gouvernement de droite a voulu changer les lois sur le littoral et la protection de la forêt, la société civile s’est beaucoup mobilisée. Donc il y a encore une société civile qui s’intéresse à ces sujets.

Syriza a-t-il déjà montré des signes d’intérêt pour la question écologique ?

Oui, dans tous ces cas comme la loi Littoral, la loi sur la forêt : il s’y est opposé. Parmi les activistes écolos on trouve souvent des membres de Syriza. En revanche, les écologistes ne sont pas majoritaires dans le parti.

Sur ces sujets de protection des terres, des forêts, du littoral, la position de gauche est plus ou moins unanime et claire : maintenir les protections environnementales. Mais sur d’autres questions, comme l’extraction de pétrole ou l’utilisation du charbon, le parti est divisé. Car en Grèce, la majorité de l’énergie vient du charbon, et la gauche doit faire face au lobby des syndicalistes de l’entreprise d’électricité nationale.

Les chasseurs aussi ont fait une campagne il y a deux semaines contre Syriza : ils ont dit que le parti va interdire la chasse et Alexis Tsipras a été obligé de les rencontrer et d’affirmer que tout va bien avec les chasseurs.

Donc le problème n’est pas juste de savoir si Syriza est écolo. Il faut aussi qu’il soit soutenu et poussé par la société civile vers une telle politique. Surtout que s’il veut mener une politique écolo, Syriza va devoir se battre contre les lobbies. Certains ont même commencé à s’intégrer dans l’appareil du parti.

Quels lobbies ?

Les chasseurs, les syndicalistes de l’électricité, les industries de fourrure dans le nord de la Grèce aussi, qui s’intègrent parmi les cadres du parti.

Mais il y a aussi des lobbies extérieurs au parti, sans doute plus puissants et qui vont tenter de peser sur sa politique ?

Il y a les entreprises pétrolières, bien sûr, mais aussi tous les secteurs. L’agriculture avec les vendeurs de pesticides, ou l’immobilier. Par exemple il y quelques mois Syriza a gagné la région de l’Attique. Un homme d’affaires, Dimitris Melissanidis, qui est armateur et président du club de foot d’Athènes, veut construire un stade pour l’équipe. Cela a fait débat au sein de Syriza, avec certains qui étaient favorables à la construction et d’autres, poussés par le mouvement militant, qui s’y opposaient.

Cette fois, les écologistes ont gagné le débat interne. Mais il y a d’autres cas où ce sont les constructeurs de méga-projets qui gagnent. Ce débat montre que la société civile peut pousser les idées écolos dans le parti.

Des négociations sont en cours. Les Verts ont-ils une chance d’entrer au gouvernement, puisqu’ils sont le seul parti ayant conclu une alliance officielle avec Syriza ?

Ils parlent d’un secrétaire d’État ou quelque chose comme cela, mais il est trop tôt pour répondre. Notre alliance n’est pas seulement faite pour entrer au gouvernement, elle peut aussi passer par certains projets de loi.

C’est vraiment l’alliance d’un gros parti et d’un petit parti avec un seul député. On est trop faibles pour demander plus aujourd’hui.

Syriza n’est pas très clair sur ses positions sur un certain nombre de sujets écologiques. Notamment, il appuie la construction de deux centrales à charbon dans le nord du pays…

C’est l’un des principaux points sur lesquels on s’est mis d’accord quand on a conclu notre alliance avec Syriza : établir un plan sur vingt ans pour sortir du charbon. Cela reste à voir, mais Syriza s’est engagé à mener cette politique.

Il y a aussi d’autres dossiers, des luttes écologiques symboliques en Grèce, comme celle de la vente de l’ancien aéroport d’Hellinikon, ou celle de la mine d’or de Skouries, dont vous parliez. Là-dessus, quelle est la position de Syriza ?

Sur une question au centre du débat comme Hellinikon, je crois que la politique de Syriza est très claire : ils vont stopper la vente. Pour Skouries, c’est plus difficile à dire.

Et puis il y a deux ou trois autres sujets où seules quelques associations environnementales sont mobilisées et là c’est plus compliqué de dire quelle sera l’attitude du nouveau gouvernement. C’est notamment le cas pour les extractions de pétrole à l’ouest de la Grèce.

Comment l’écologie peut-elle être aussi une réponse à la crise sociale que vit la Grèce ?

On parle de transformation sociale et écologique dans tous les domaines.

En agriculture, il y a déjà des gens qui créent des produits de qualité, qui changent de mode de production, qui constituent des coopératives. Par exemple sur l’huile d’olive, il y a des organisations de producteurs qui font des produits de très bonne qualité. Il y a aussi tout un mouvement proche des AMAP, qui privilégie la vente directe.

Sur d’autres secteurs aussi comme l’industrie, il y a une innovation citoyenne très importante : des gens créent des produits et les vendent dans les marchés de manière plus solidaire. Il y a beaucoup d’initiatives comme cela en Grèce. Des groupes de jeunes qui produisent des vêtements, un mouvement de commerce équitable qui pousse des produits originaux.

Il y a même des pharmaciens qui ont créé leur propre coopérative pour produire des produits para-médicaux comme des crèmes.

Syriza s’inscrit dans la tradition de la gauche keynésienne, qui veut relancer la croissance par la consommation. N’y a-t-il pas une contradiction entre chercher la croissance pour sortir de la crise et promouvoir une politique écologique ?

Il y a des contradictions, mais on n’en est pas à se poser ces questions là. L’effondrement de la classe moyenne, la situation critique que vit la Grèce en ce moment ne nous a pas permis de penser à cela. Il faut réagir à la politique néolibérale avant tout.

Mais sinon dans Syriza il y a de tout : des néo-communistes, de la gauche alternative… Le problème est que ces nouveaux mouvements sociaux n’ont pas une influence importante en Grèce.

Nous on dit que c’est la seule façon de faire avancer les choses, mais on ne peut pas seulement imaginer notre propre paradis alternatif.

La priorité de Syriza, c’est de combattre la pauvreté, les injustices. On est tous d’accord pour cela : comme remettre l’eau et l’électricité à des gens qui ne peuvent plus payer. Ce n’est pas un projet écologiste en soi. C’est un projet humaniste, tout simplement.

- Propos recueillis pas Marie Astier

DERNIERE MINUTE

Actualisation mardi 27 janvier 2015 à 10h30

Les Verts ont un vice-ministre de l’environnement, Giannis Tsironis.

Ils ont conclu avec Syriza un accord en 22 points. En voici quelques-uns :

1. La protection des biens communs (eau, littoral, forêt,etc.) 2. La sortie des énergies fossiles d’ici vingt ans. 3. L’orientation de l’agriculture vers une production de qualité, en bio. 4. La promotion d’un tourisme durable. 5. La rénovation énergétique des logements. 6. Une exploitation minière uniquement souterraine, avec des conditions environnementales fortes (cas de Skouries). 7. Développement du train. 8. Une réforme des plans de gestion des déchets pour aller vers la réduction, la réutilisation et le recyclage. 9. La réforme du système électoral vers la proportionnelle. 10. Une politique de pêche durable.

EDITO - La priorité politique de la Grèce est de desserrer l’étau de la dette Marie Astier (Reporterre) Reporterre 2015/01/28 Marie Astier (Reporterre) (28 janvier 2015) EDITO - La priorité politique de la Grèce est de desserrer l’étau de la dette. Reporterre. Édito — Grèce fr

EDITO - La priorité politique de la Grèce est de desserrer l’étau de la dette

Syriza a surpris en s’alliant avec un parti souverainiste plutôt qu’avec un parti libéral. Mais c’est que la priorité absolue pour redonner de l’air au pays est de se libérer du poids d’une dette injuste. Il faut donc être ferme dans la discussion avec Bruxelles.

Dimanche soir, Syriza, et son jeune leader Alexis Tsípras, incarnaient l’espoir. L’espoir d’une alternative face à la politique néo-libérale de la troïka ; l’espoir que les peuples européens puissent reprendre leur destin en main face au fatalisme de la crise ; l’espoir d’une nouvelle génération au pouvoir, face à la corruption et à l’oligarchie ; l’espoir d’une réponse à la pauvreté, aux inégalités, à la catastrophe sociale qui se poursuit en Grèce ; l’espoir – peut-être - d’un renouveau politique qui intégrerait la question écologique.

Puis, lundi en fin de matinée, l’espoir est tombé d’une marche : on apprend que Syriza fait alliance avec un petit parti de la droite souverainiste, les Grecs indépendants. Certes, Alexis Tsípras l’avait déjà laissé entendre pendant la campagne. Certes, il fallait bien faire alliance puisqu’il manque deux sièges à Syriza pour avoir la majorité absolue au Parlement. Mais c’est un peu comme si Mélenchon formait un gouvernement avec Nicolas Dupont-Aignan.

Un choix qui fait mal aux mouvements de gauche qui s’étaient rassemblés derrière Syriza, tel que le Parti de gauche, Parti communiste, Europe Écologie Les Verts, et quelques frondeurs du PS en France. Alors qu’ils avaient trouvé à travers ce soutien un élan commun, voici que le nouvel héros choisit de s’allier avec un parti de la droite dure…

Alexis Tsípras avait un autre allié possible : To Potami, « la rivière » en grec, étiqueté centriste. Lui aussi prône un profond renouveau de la classe politique en Grèce. Mais il est pro-européen et proche de la vision néo-libérale de la troïka. To Potami n’était pas compatible avec la rupture voulue par Tsípras.

A travers cette alliance - que certains qualifient déjà de « contre-nature » - Syriza affirme sa priorité : dire non à l’austérité, seul dénominateur commun avec le parti des Grecs indépendants. Et redéfinit le clivage politique : le refus des politiques européennes néo-libérales compte plus que les étiquettes surannées de la gauche et de la droite.

Attendons de voir avant de condamner. Alexis Tsípras engage de sévères négociations avec les créanciers de la Grèce. C’est le premier dirigeant européen, qui plus est d’un petit pays, qui engage un rapport de force avec les responsables de la troïka. Et objectivement, c’est là qu’est la priorité : se dégager de la pression étouffante du dogme néo-libéral et de la pression d’une dette injuste.

La victoire de Syriza, en Grèce, est aussi celle d’un peuple qui a refusé de remettre les partis traditionnels au pouvoir. Mais les lobbies, l’oligarchie et les investisseurs étrangers, eux, sont toujours là. Les citoyens grecs doivent continuer la mobilisation : l’espoir est devant eux, puisqu’ils sont l’espoir.

Les Verts européens coalisés contre le projet Lyon-Turin et ses conflits d’intérêt Baptiste Giraud (Reporterre) Reporterre 2015/01/28 Baptiste Giraud (Reporterre) (28 janvier 2015) Les Verts européens coalisés contre le projet Lyon-Turin et ses conflits d’intérêt. Reporterre. Grands projets inutiles fr

Les Verts européens coalisés contre le projet Lyon-Turin et ses conflits d’intérêt

L’offensive contre le projet ferroviaire du Lyon Turin est lancé au Parlement européen par des députés écologistes de France et d’Italie. Outre le gaspillage représenté par ce projet, les élus s’inquiètent des conflits d’intérêt chez les promoteurs du projet, et de la présence de la mafia.

Le gigantesque projet de ligne ferroviaire Lyon-Turin suscite toujours la mobilisation et l’opposition. Pas moins de six élus écologistes se sont réunis pour donner une conférence de presse lundi 19 janvier. Les députées européennes (Michèle Rivasi, Karima Delli et l’italienne Monica Frassoni, co-présidente du Parti Vert Européen), la secrétaire nationale d’EELV Emmanuelle Cosse, le député des Bouches du Rhône François-Michel Lambert, et le conseiller régional Rhône-Alpes Jean-Charles Kohlhaas étaient aussi accompagnés de deux militants de terrain, Daniel Ibanez, membre de la Coordination des opposants au Lyon-Turin, et Paolo Prieri du mouvement italien No-TAV. Noël Mamère est aussi passé dire un mot au milieu de la discussion.

Avec des élus de la GUE (gauche unitaire européenne), du mouvement Cinq étoiles, et la société civile, ils veulent constituer une « task force », un groupe coordonné qui interpelle la Commission européenne et les gouvernements français et italien.

Cette conférence de presse intervient alors que les réponses à plusieurs recours déposés devant le médiateur européen et l’Office européen de lutte antifraude (OLAF) par Karima Delli et Michèle Rivasi doivent prochainement être annoncées. Il reste également un mois aux gouvernements français et italien pour déposer un dossier de subvention au titre du mécanisme d’interconnexion en Europe (MIE), avant le 27 février.

Le projet, déjà évoqué sur Reporterre, consiste à relier Lyon à Turin par une voie à grande vitesse, nécessitant notamment le creusement d’un tunnel « de base », c’est-à-dire à basse altitude, long de 57 km. Il permettrait de relier Paris à Milan en 4h15 sans arrêt contre 5h15 aujourd’hui explique Daniel Ibanez.

Ses promoteurs affirment qu’il permettrait de transférer le transport des marchandises vers le rail. Un transfert par ailleurs indispensable, comme l’a notamment dit Jean-Charles Kohlhaas en rappelant que « dans la vallée de l’Arve (Mont-Blanc), on a commencé l’année avec huit jours d’alerte à la pollution aux particules fines ».

Un projet truffé de manquements à la loi

Or les opposants n’en finissent pas de compter les irrégularités qui entachent le fonctionnement de la société Lyon Turin Ferroviaire (LTF), filiales des réseaux ferrés français et italien chargée des études préparatoires.

- La conférence de presse -

Le recours déposé par Karima Delli et Michèle Rivasi devant l’OLAF montre que le président de LTF, Hubert du Mesnil, se trouve en situation de conflit d’intérêt dans cette affaire. Il préside en effet le conseil d’administration de l’Institut de la Gestion Déléguée (IGD), dont font partie de hauts dirigeants des entreprises Eiffage et Spie Batignolles, à qui a été attribué le marché de la ligne Lyon-Turin…

Les mêmes relèvent encore que le montant attendu d’un marché public, pour les travaux de reconnaissance, a été divulgué dans la presse avant son attribution, ce qui est contraire à la loi. Ou encore, avec Daniel Ibanez, qu’il ne s’agit pas de travaux de reconnaissance, mais bel et bien « d’un démarrage d’un ’chantier’ pour des travaux définitifs ».

« Expliquez-moi ça ! Pourquoi il n’y a pas plus de contrôle ? »

Saisie, l’OLAF devrait prochainement annoncer si elle décide de mener une enquête. Les informations ont aussi été transmises au Pôle financier, à Paris, ainsi qu’au médiateur européen. « Je dis à la Commission, expliquez-moi ça ! Pourquoi n’y a-t-il pas plus de contrôle ? » s’agace Michèle Rivasi.

Ces nombreuses irrégularités interviennent alors que la présence de la mafia italienne, en l’occurrence l’organisation Ndrangheta, est avérée. LTF a fait appel dans les années 2000 aux sociétés Italcoge et Martina, liées à la mafia.

Coûts en hausse…

De l’argent dépensé sans contrôle donc, alors que les financements demeurent flous. Pour ce qui est des frais d’études et de reconnaissance, les 320 millions d’euros initialement prévus sont devenus 900 millions en 2010, comme l’avait signalé la Cour des comptes dans un référé en août 2012. L’Union européenne devait en prendre en charge la moitié, au titre de frais d’études : qu’en sera-t-il s’il s’agit en partie de travaux définitifs ?

Mais la principale incertitude réside dans le financement du chantier en lui-même. Pour l’ensemble du projet, les prévisions sont passées de 12 milliards d’euros en 2002 à 26,1 milliards, « pour l’instant » précise Karima Delli.

… et financements introuvables

Qui pour payer tout cela ? Les promoteurs tablent sur une participation importante de l’UE, grâce au plan Juncker d’une part et au mécanisme d’interconnexion en Europe (MIE) d’autre part, permettant de financer 40 % du coût du tunnel. Mais ces deux sources de financement ne sont pas cumulables et ont peu de chances d’être obtenues, d’après les élus présents. Eux feront tout contre, en tout cas.

Dans tous les cas, il reste à trouver les financements restants, de la part des États français et italien. Si 40 % du coût du tunnel était subventionné (40 % de 12 milliards d’euros = 4,8 milliards), il resterait 7,2 milliards à débourser pour le tunnel, plus 14 milliards pour le raccordement au réseau existant jusqu’à Lyon d’un côté et Turin de l’autre.

« Ces financements ne sont pas disponibles », clament les opposants. Même la cour des comptes le dit à demi-mot, « déjà très difficile auparavant, la recherche d’un montage financier est encore plus difficile dans le contexte actuel ».

La fiscalité plus urgente que les infrastructures

Pour Jean-Charles Kohlhaas, c’est toute la logique de ces grand travaux qui ne tient pas. « Ce ne sont pas les infrastructure qu’il faut en premier, c’est une politique. » Ses accusation vont même plus loin : « On continue d’empoisonner les populations locales à dessein en favorisant la route, pour justifier ce grand projet à long terme. » Tant que le levier politique n’est pas utilisé, à travers la réglementation et la fiscalité, les infrastructures alternatives ne serviront à rien.

« Le secteur routier est un des rares secteurs qui a eu une augmentation des subventions publiques l’année dernière en Italie », témoigne pour sa part Monica Frassoni, eurodéputée italienne et co-présidente du Parti Vert européen. En France, l’écotaxe a été abandonnée et rien pour la remplacer, alors que « les transporteurs routiers bénéficient de subventions et réductions », ajoute Jean-Charles Kohlhaas.

Pour aller dans le sens inverse, la solution est simple : « Une fiscalité écologique européenne, avec le principe du pollueur-payeur », explique Michèle Rivasi. Et si l’homogénéisation européenne ne vient pas, « il faudra une taxe française, alors que 18 pays européens en ont déjà une », poursuit l’eurodéputée.

Quant aux infrastructures existantes, selon les chiffres récoltés par Daniel Ibanez (disponibles ici), elles sont loin d’être dépassées. La ligne ferroviaire actuelle qui passe par le tunnel du Mont-Cenis n’est utilisée qu’à 15 % de ses capacités. Elle a vu passer 3,4 millions de tonnes seulement en 2012 contre 9,8 millions en 1983.

Alors que des études montrent que 22,5 millions de tonnes pourraient transiter par cette voie, qui a bénéficié d’aménagements récemment. Cela équivaut à 1,2 millions de camions circulant sur les routes et dont les marchandises pourraient aujourd’hui être transportées par le rail, d’après Ibanez.

Pour l’italienne Monica Frassoni, « l’objectif, dans les prochains mois, c’est de bloquer ce projet ». Même si, pour François-Michel Lambert, « cela ressemble à un projet qui sera acté dans le prochain quinquennat. Cela fait dix fois que la décision doit être prise, et toujours rien ».

Seul le retrait de l’amendement « Secret des affaires » est acceptable, affirme la profession des journalistes Par Hervé Kempf Reporterre 2015/01/28 Par Hervé Kempf (28 janvier 2015) Seul le retrait de l’amendement « Secret des affaires » est acceptable, affirme la profession des journalistes. Reporterre. fr

Seul le retrait de l’amendement « Secret des affaires » est acceptable, affirme la profession des journalistes

La loi Macron veut restreindre la liberté d’information. Journalistes et citoyens s’insurgent.

Seul le retrait de l’amendement “secret des affaires” est acceptable

Une délégation du collectif de journalistes « Informer n’est pas un délit » a été reçue à Bercy, ce jeudi, par le ministre de l’Economie Emmanuel Macron. Même si l’échange a été positif et nos arguments écoutés, le problème demeure à la racine du texte, dans la définition même du « secret des affaires » qui figure dans un amendement au projet de loi sur la croissance et l’activité.

Les “amendements à l’amendement” évoqués par le ministre lors de ses vœux à la presse ne résoudront rien. Le gouvernement est en train d’élaborer un fourre-tout législatif dont la liberté d’informer sortira inévitablement perdante tout comme les sources, les lanceurs d’alertes et les représentants des salariés.

Nous, représentants des sociétés de journalistes de nombreux médias de la presse écrite, web et audiovisuelle, prenons acte de la volonté d’Emmanuel Macron de « garantir la liberté de la presse, la liberté d’information et la liberté d’investigation ».

Seulement voilà, la liberté d’informer sans accès à l’information n’a pas de sens.

D’ailleurs, lors de l’entretien qu’il nous a accordé ce matin, le ministre de l’Economie a reconnu « deux problèmes » :

1. L’absence totale de concertation avant l’introduction en catimini dans la loi Macron de l’amendement sur le « secret des affaires ». « Ce n’est pas ma méthode », a fait savoir le ministre.

2. Le texte soumis à discussion à l’Assemblée nationale est susceptible d’entrer en contradiction avec l’actuelle loi sur la protection des sources des journalistes. Ce qui rend indispensable la nécessité d’une approche harmonisée de la question. « C’est aussi un problème qu’il faut prendre en compte », a convenu M. Macron.

Si nous comprenons qu’il faille légiférer sur la protection des entreprises contre l’espionnage industriel, rien n’oblige à le faire dans la précipitation au risque d’ouvrir la voie à des dérives liberticides pour l’information du public.

C’est un enjeu trop important pour l’appréhender sans solliciter une concertation citoyenne, pluraliste et contradictoire comme c’est l’usage pour n’importe quel texte de loi.

Nous réitérons donc notre demande ferme de retrait de l’amendement sur le « secret des affaires ». C’est l’étape indispensable pour pouvoir engager une réflexion apaisée à la hauteur des enjeux, tant du côté des entreprises que de l’information.

Nous avons sollicité une audience auprès du chef de l’Etat, qui s’est publiquement engagé à plusieurs reprises en faveur de la liberté d’informer et d’une meilleure protection des sources des journalistes, afin de lui faire part de notre détermination à ne pas accepter ce texte et de l’urgence d’une concertation digne de ce nom.

- Le Collectif des signataires contre l’amendement “Secret des affaires”

"Secret des affaires" : informer n’est pas un délit

Il y a un loup dans la loi Macron. Le projet de loi actuellement discuté à l’Assemblée nationale contient un amendement, glissé en catimini dans le texte, qui menace d’entraver le travail d’enquête des journalistes et, par conséquent, l’information éclairée du citoyen. Sous couvert de lutte contre l’espionnage industriel, le législateur instaure comme nouvelle arme de dissuasion massive contre le journalisme un « secret des affaires » dont la définition autorise ni plus ni moins une censure inédite en France.

Selon le texte, le « secret des affaires » recouvre « une information non publique, qui fait l’objet de mesures de protection raisonnables » et qui a « une valeur économique ». Notre métier consistant a révéler des informations d’intérêt public, il sera désormais impossible de vous informer sur des pans entiers de la vie économique, sociale et politique du pays.

Le texte, qui a été préparé sans la moindre concertation, laisse la libre interprétation aux seules entreprises de ce qui relèverait désormais du « secret des affaires ». Autrement dit, avec la loi Macron, vous n’auriez jamais entendu parler du scandale du Médiator ou de celui de l’amiante, de l’affaire Luxleaks, UBS, HSBC sur l’évasion fiscale, des stratégies cachées des géants du tabac, mais aussi des dossiers Elf, Karachi, Tapie-Crédit Lyonnais, ou de l’affaire Amésys, du nom de cette société française qui a aidé une dictature à espionner sa population. Et on en passe… La simple révélation d’un projet de plan social pourrait, en l’état, elle aussi, tomber sous le coup de la loi Macron.

Avec ce texte, un juge saisi par l’entreprise sera appelé à devenir le rédacteur en chef de la nation qui décide de l’intérêt ou non d’une information. Une disposition spéciale prévoit même que la justice puisse empêcher la publication ou la diffusion d’une enquête. Dans le cas où le journaliste viole ce « secret des affaires », il encourt 3 ans d’emprisonnement et 375 000 euros d’amende. La mise est doublée en cas d’atteinte à « la souveraineté, à la sécurité ou aux intérêts économiques essentiels de la France ». Une triple notion suffisamment vague pour autoriser toutes les dérives liberticides.

Même tarif pour les lanceurs d’alerte, les fameuses sources sans lesquelles certaines affaires ne sortiraient pas. Ce texte inacceptable est mis au vote alors même qu’une loi prévoyant le renforcement de la protection des sources des journalistes a été discrètement enterrée l’été passé.

Nous, journalistes, refusons de nous contenter de recopier des communiqués de presse pour que vous, citoyens, restiez informés. Et comme disait George Orwell : « Le journalisme consiste à publier ce que d’autres ne voudraient pas voir publié : tout le reste n’est que relations publiques ». C’est pourquoi nous demandons le retrait pur et simple de ce texte.

Protégeons la presse et les lanceurs d’alerte !

La mobilisation marche ! Le ministre des finances Michel Sapin vient d’annoncer sur RTL que la loi sur le secret des affaires serait amendée pour protéger les lanceurs d’alerte ! Mais restons vigilants et continuons à nous mobiliser et mobiliser autour de nous car il en va de notre démocratie ! L’ensemble des journalistes viennent de condamner unanimement cette loi dangereuse.

Alors que la France en deuil finit seulement d’enterrer ses victimes des attaques terroristes, alors que toute la population a manifesté en masse pour défendre la liberté de la presse, nos députés préparent en catimini un amendement qui met en danger cette même liberté d’informer !

Au prétexte de protéger les entreprises françaises contre l’espionnage industriel, ils risquent de museler les lanceurs d’alerte et les journalistes en créant la notion de "secret des affaires".

Bien sûr il est légitime de lutter contre l’espionnage industriel, bien sûr il y a des failles juridiques à combler. Mais en l’état, le texte présenté aux députés constitue une incroyable atteinte à la liberté d’informer et risque d’amener nombre de journaux ou de lanceurs d’alerte à s’auto-censurer.

Le scandale du Médiator n’aurait sans doute jamais vu le jour sous une telle loi. Irène Frachon qui l’a percé à jour aurait risqué trois ans en prison et 375 000 euros d’amendes pour violation du secret professionel. Les salariés de Continental qui dénonçaient leur licenciement alors que l’entreprise était rentable auraient risqué la même peine.

Plus récemment, les journalistes du Point ou de Marianne n’auraient pu révélé ce qui ressemble à la plus grande fraude électorale dans l’affaire Bygmalion. Quant aux enquêtes de Greenpeace sur le coût et les dangers du nucléaire, ou celles de l’UFC Que Choisir sur la toxicité des objets de notre quotidien, il vaut mieux tout simplement les oublier.

Ce projet s’il était adopté par les députés condamnerait définitivement au silence les lanceurs d’alerte qui en exposant des scandales se mettent en danger pour nous informer et lutter contre la corruption, sauvegarder l’environnement ou défendre notre santé.

Il y a seulement quelques jours, aux cris de "Nous sommes Charlie", nous étions des millions à manifester pour rendre hommage à ceux qui sont morts parce qu’ils étaient journalistes ou dessinateurs. Comme nous le disait le dessinateur Luz, lors de l’hommage rendu à Charb : "Je suis Charlie, nous sommes Charlie. Vous êtes Charlie… Prouvez-le !". Aujourd’hui, prouvons notre attachement à liberté d’expression, et défendons le droit d’informer en signant cette pétition.

Erri De Luca : « On m’accuse de délit d’opinion » Andrea Barolini (Reporterre) Reporterre 2015/01/28 Andrea Barolini (Reporterre) (28 janvier 2015) Erri De Luca : « On m’accuse de délit d’opinion ». Reporterre. Grands projets inutiles fr

Erri De Luca : « On m’accuse de délit d’opinion »

Accusé « d’incitation au sabotage », l’écrivain italien Erri De Luca comparait aujourd’hui devant le tribunal de Turin. Opposé au projet Lyon Turin, De Luca dit à Reporterre : « On m’accuse d’un délit d’opinion ».

« Le Lyon-Turin doit être saboté. C’est pour ça que les cisailles étaient nécessaires. Il ne s’agit pas de terrorisme. Elles sont nécessaires pour faire comprendre que la ligne à grande vitesse est un ouvrage nuisible et inutile. Le dialogue avec le gouvernement a échoué, les tentatives de médiation ont échoué : il ne reste donc que le sabotage ».

Ces mots ont été prononcés par l’écrivain italien Erri De Luca le 1 novembre 2013, dans une interview au Huffington Post. Ce mercredi 28 janvier, il sera jugé en Italie suite à une plainte déposée par la société Lyon-Turin Ferroviaire (LTF) de Chambéry. Il devra se présenter devant les juges de Turin Andrea Padalino et Antonio Rinaudo sous l’accusation d’incitation au sabotage.

"On m’accuse d’un délit d’opinion"

« Du moment que je suis poursuivi pour avoir incité à commettre des délits, explique-t-il au téléphone à Reporterre, j’aimerais bien savoir quels sont ces délits et qui sont les personnes incitées. Mais je serai déçu, car les témoins contre moi qui seront présents au tribunal, un fonctionnaire de la préfecture de police et des représentants de la LTF, ne seront pas capables de me donner une réponse ».

Quant au jugement, Erri De Luca n’est pas optimiste : « On m’accuse d’un délit d’opinion. Il s’agit d’un procès issu d’une plainte déposée par une société privée qui n’aurait pas dû être prise en compte par les magistrats. Je crains donc qu’il y aura une volonté de condamnation et de censure contre la liberté d’expression ».

L’auteur de Montedidio, de Trois chevaux ou du Poids du papillon, vit dans la campagne romaine, loin du Val de Suse. Il a cependant toujours été au côté des « No TAV », les militants qui luttent contre le projet de liaison ferroviaire Lyon-Turin.

Comme ces activistes, il considère absurde de dépenser 26 milliards d’euros pour un chantier qui a déjà attiré des entreprises liées à la mafia, et qui risque d’être désastreux pour l’environnement à cause de la présence d’uranium et d’amiante dans la montagne.

Après la mise en accusation de l’écrivain, son avocat, Gianluca Vitale, avait déclaré à la presse italienne que « les mots d’un intellectuel ne peuvent pas être un délit. Le juge a décidé de mener un procès, mais il s’agit d’un procès contre les mots. Nous allons démontrer qu’il n’y a eu aucune incitation au sabotage ».

De son côté, la société LTF a salué avec satisfaction la décision du parquet de Turin de poursuivre De Luca, en se plaignant de plusieurs actes de sabotage subis dans les dernières années.

Hier, le même tribunal a condamné quarante-sept opposants au chantier de la ligne à grande vitesse à des peines de prison pour des heurts avec la police italienne en 2011. Un total de 150 années de prison leur ont été infligées. Six militants ont été acquittés. En décembre, quatre autres opposants avaient été condamnés à trois ans et demi de prison par la Cour d’assise.

Par contre, il y a quelques semaines, dans un autre procès, trois anarchistes - Lucio Alberti, Graziano Mazzarelli et Francesco Sala, âgés de 24, 23 et 26 ans - ont été acquittés : ils étaient accusés de terrorisme (les juges enquêteurs, qui avaient demandé une condamnation, étaient Andrea Padalino et Antonio Rinaudo).

Le poète italien s’était déjà exprimé plusieurs fois, publiquement, contre le Lyon-Turin en apportant sa solidarité aux opposants. Dans une conférence à l’université Statale de Milan il avait dit qu’« être inculpé de résistance, c’est comme obtenir une médaille de la valeur civile ».

« Il y a certainement des limites à la liberté d’expression, nous explique De Luca, qui sont imposées par la loi. Il s’agit de la calomnie et de la diffamation. Mais je ne suis coupable ni de calomnie, ni de diffamation. Je me suis exprimé librement contre le projet et j’ai exprimé mon soutien à la population du Val de Suse, qui est opprimée par cet ouvrage et par l’occupation militaire de la vallée ».

- Dans le Val de Suse -

Voici quelques jours il a déclaré au quotidien Corriere della Sera : « Si mon opinion est un délit, je vais continuer à le commettre. Je subis un abus de la part de ceux qui veulent détruire ma liberté d’expression. Moi, au pire, je peux être coupable d’incitation à la lecture, et, en étant optimiste, d’incitation à la formation d’opinion. Je ne suis qu’un écrivain. L’alpiniste Reinhold Messner faisait de l’incitation à l’escalade, mais on ne peut pas le considérer responsable des morts en montagne ! Même la Marseillaise dit ‘Aux armes citoyens’, mais je ne crois pas que cela scandalise les Français ».

Si Erri De Luca est jugé coupable par le tribunal de Turin, il encourt entre un et cinq ans de prison : « Si je suis condamné, j’irai en taule, dit le romancier napolitain, mais dans ma carrière et dans ma vie j’ai défendu à de nombreuses reprises les mots des autres. Je suis bien entrainé, et je vais défendre aussi les miens ».

- Actualisation : La prochaine audience aura lieu le 16 mars

CHRONIQUE - La clé de l’avenir de la Grèce est solaire Noël Mamère Reporterre 2015/01/29 Noël Mamère (29 janvier 2015) CHRONIQUE - La clé de l’avenir de la Grèce est solaire. Reporterre. Grèce fr

CHRONIQUE - La clé de l’avenir de la Grèce est solaire

« La victoire de Syriza est un tournant et une bonne nouvelle pour l’Europe. » Mais « la transition suppose de remettre en cause non seulement la Commission européenne, ses traités et ses pratiques, mais aussi le modèle de développement qui a présidé à ses dérives. »

- Noël Mamère -

La victoire de Syriza est un tournant et une bonne nouvelle pour l’Europe. Le peuple grec a montré qu’il refusait la punition infligée par une Troïka irresponsable, qui a plongé dans la misère et la régression sociale des millions de familles, privatisé des services publics stratégiques, abaissé les salaires et les pensions des retraités, créé une situation humanitaire alarmante sur les plans alimentaire et sanitaire…

Ce peuple, saigné à blanc, a répondu démocratiquement en chassant la « Nouvelle Démocratie » et le Pasok pour avoir été, durant quarante ans, les agents d’un régime corrompu, clientéliste, affairiste, puis les serviteurs zélés d’une politique des mémorandums imposés de l’extérieur.

Tournant écologiste ?

Mais ce triomphe de la gauche grecque est-il aussi un tournant pour l’écologie ? Cette question mérite d’être débattue. Certes les écologistes grecs - le Parti Vert - sont des partenaires de Syriza, mais comme on l’a vu en France, les accords d’avant élection ne tiennent pas nécessairement lieu de feuille de route le jour où il faut les mettre en œuvre. D’autant que les Verts ne comptent en Grèce qu’un seul député et qu’ils ne pèsent pas plus de 0 ,5 % dans l’électorat.

Alexis Tsipras est le leader d’une formation de culture keynésienne, qui parle en permanence de croissance, mais qui ne dit pas grand-chose sur sa nature. Dans le cas de la Grèce, confrontée depuis des années à la récession sans fin, cela peut se comprendre. Se chauffer, avoir de l’électricité, répondre aux besoins de première nécessité, sont autant de questions d’urgence.

Mais la transition ne peut se réduire à une dimension humanitaire ; elle ne peut être seulement politique, sociale et économique ; elle ne peut se contenter de remplacer un système vermoulu et à bout de souffle, par un système productiviste renationalisé.

La transition suppose de remettre en cause non seulement la Commission européenne, ses traités et ses pratiques, mais aussi le modèle de développement qui a présidé à ses dérives.

Mouvement social et environnemental

Or, la Grèce possède des atouts écologiques non valorisés qui peuvent être décisifs : la mer, le soleil, le vent, sont des puissants ingrédients des énergies renouvelables. Il serait par exemple inconcevable de développer deux centrales à charbon, figurant dans le programme de Syriza, alors que l’on peut dynamiser une économie verte, moteur d’une stratégie audacieuse de transition énergétique.

Les questions d’extraction des hydrocarbures dans les fonds marins, de l’exploitation des mines d’or ou encore la destruction du littoral par des mégas projets touristiques, seront des enjeux centraux dans les mois à venir. Si l’attention reste pour le moment centrée sur l’urgence sociale et la dette, la nécessité d’une reconstruction du pays passera nécessairement par ces débats sur la transition énergétique.

De leur issue dépendra le rapport de forces qui s’exercera sur le terrain comme dans les coulisses du pouvoir. On en connaît déjà les acteurs : lobbyistes du pétrole, du charbon, armateurs et promoteurs, affairistes en tout genre, contre société civile.

Ce combat là ne peut se réduire à la Grèce. Pour les écologistes, le contenu et la forme de la solidarité internationale passe d’abord par le soutien résolu au mouvement social et environnemental.

Avec Patrick Viveret, Un coup de pouce pour Alternatiba ! Reporterre 2015/01/29 (29 janvier 2015) Avec Patrick Viveret, Un coup de pouce pour Alternatiba !. Reporterre. Climat fr

Avec Patrick Viveret, Un coup de pouce pour Alternatiba !

Alternatiba lance Le Tour « 5000 kilomètres pour le climat » ! Et ils ont besoin de vous. Alors comme Patrick Viveret, donnez un coup de pouce pour le climat !

- Cliquez ici pour voir la video où Patrick Viveret explique pourquoi il soutient Alternatiba :

Le Tour Alternatiba « 5000 kilomètres pour le climat » !

Vous aussi contribuez à rendre possible le Tour Alternatiba ! La grande mobilisation populaire pour relever le défi du changement climatique aux travers des alternatives !

Du 5 juin au 26 septembre, un vélo 4 places va parcourir 5 000 kilomètres, de ville en village, pour montrer que les alternatives existent, qu’elles sont simples, concrètes, efficaces, et qu’en plus elles contribuent à construire un monde meilleur !

Tout au long des 180 territoires-étapes, le Tour Alternatiba sera l’outil de diffusion massif et de popularisation des alternatives, car le changement climatique est l’affaire de tous, et que l’avenir de nos enfants en dépend !

Pour rassembler les 61 340 euros des frais logistiques de ce Tour Alternatiba (détails ici), nous lançons un grand financement participatif. Nous avons besoin de vous tous, de tout ceux qui croient en les alternatives, dès maintenant.

Vous aussi, donnez votre coup de pouce pour le climat, et financez votre part de colibri du Tour Alternatiba !

- Pour aider le Tour Alternatiba : c’est ici !

En prison, des animaux pour rester humains Célia Fontaine (Reporterre) Reporterre 2015/01/29 Célia Fontaine (Reporterre) (29 janvier 2015) En prison, des animaux pour rester humains. Reporterre. Reportage — Animaux fr

En prison, des animaux pour rester humains

Depuis six ans, une association pratique la médiation animale en milieu carcéral pour permettre aux détenus de se relier au vivant et les aider à réorienter leur vie. Une démarche surprenante qui fait ses preuves et qui commence à se développer.

Le tableau est aussi surprenant qu’attendrissant : un détenu encadre délicatement de son bras tatoué une petite gerbille prénommée Vanille. Sunny, un Golden Retriever de onze ans, est couché aux pieds d’un autre prisonnier au visage invisible. Plus loin, une tourterelle se pose avec confiance sur l’épaule d’un homme de dos.

Ces images ont été réunies dans un ouvrage paru début décembre 2014, intitulé « Des animaux pour rester des hommes ». L’auteur, Patricia Arnoux, a fondé l’association Evi’dence en 2007 et pratique la médiation animale en milieu carcéral depuis six ans à la maison d’arrêt de Strasbourg.

« J’ai voulu dans ce livre partager un peu de ma passion et de mon métier, au travers de clichés et de citations recueillies pendant les séances avec les détenus. Pour eux, l’animal représente un médiateur neutre, un compagnon constant, une source d’affection permanente, et souvent leur seul but de vie », explique Patricia Arnoux.

La maison d’arrêt de Strasbourg, pionnière en médiation animale

Aujourd’hui, une vingtaine de petits animaux de refuge, qui ont été abandonnés, blessés ou maltraités, ont élu domicile au quartier des moeurs de la maison d’arrêt. « Ils reprennent tout doucement confiance en l’homme, et les détenus, de leur côté, se reconnectent avec leur part d’humanité, surtout ceux en isolement pour qui ces animaux sont leur seul contact. C’est donc une double reconstruction, qui permet de tisser des liens très forts entre êtres vivants et sensibles », poursuit la jeune femme par téléphone.

Il faut être intervenant en médiation animale (IMA) pour pouvoir organiser l’interaction entre le détenu et l’animal, avec des règles précises à respecter. L’animal devient, pour chaque détenu, un être vivant unique avec lequel il noue un lien singulier, qui permet le retour à une vie sociale avec ses symboles et rituels. Ce sont ainsi des détenus dits « référents » qui s’occupent des soins des animaux à demeure (nourriture, nettoyage des cages, etc.) et le bien-être des protégés à plume ou à poils est une priorité.

Lors des séances, des exercices adaptés à chaque groupe de détenus sont proposés, et l’animal le plus approprié est choisi, en fonction de ses caractéristiques spécifiques, « afin de déclencher et faciliter les conditions de réussite de reconstruction personnelle, de travail sur soi en vue de préparer la réinsertion professionnelle et comportementale des personnes détenues », peut-on lire sur le site de l’association Evi’Dence.

Les agents pénitentiaires ont d’abord émis quelques réserves lorsqu’ils ont vu arriver pour la première fois Patricia et son Golden Retriever dans la maison d’arrêt, il s’agissait d’une première en France. Ils ont par la suite été agréablement surpris de constater que les jeunes participant à la première séance se sont tenus calmes et attentifs pendant cinquante minutes d’affilé, un exploit.

Une pratique qui a fait ses preuves

Les avantages de la médiation animale sont nombreux : l’animal facilite dans un premier temps le contact avec le personnel pénitentiaire, et contribue à faire baisser certaines tensions au sein du groupe. Il aide le détenu à retrouver l’apaisement (par le toucher, la parole) et une confiance mise à mal, et à canaliser son agressivité en recréant un lien affectif avec un être vivant en qui le détenu peut avoir entière confiance (l’animal ne porte pas de jugement, il n’est pas rancunier).

Il est source d’apprentissage et représente un excellent moyen de socialisation, de communication, qui incite au respect de l’autre, au partage, à la patience.

S’occuper d’un petit animal vulnérable permet aussi aux prisonniers sensibles à l’endoctrinement de s’extirper d’influences néfastes et de se responsabiliser. Certains renouent avec leur famille par le biais d’un hamster, d’un furet, d’une perruche ou d’un chat, ce qui permet par la suite une meilleure réintégration familiale. Enfin, la volonté d’adopter un animal peut être une stimulation pour la sortie et la réinsertion.

Essaimage en France

Aujourd’hui, une dizaine d’établissements pénitentiaires ont choisi la médiation animale pour permettre aux détenus de se relier au vivant et les aider à réorienter leur vie.

Dans le documentaire de Florence Gaillard, « L’animal et le prisonnier », une poignée de détenus de Fleury Mérogis s’épanche sur les raisons qui les ont poussés à commettre des crimes, des délits. Allongés sur l’encolure ou la croupe d’un cheval thérapeute, les yeux fermés, au son d’une musique apaisante, les durs à cuire baissent la garde, les émotions se débloquent.

Une cinquantaine de ces détenus de la maison d’arrêt de l’Essonne ont testé l’équithérapie de 2011 à 2013, à l’initiative du service pénitentiaire d’insertion et de probation (SPIP) du 91 et grâce au financement de la fondation A et P Sommer.

- Sonia Boros -

« L’une des spécificités du cheval est le travail qu’il permet de faire sur les émotions et le lâcher-prise », explique Sonia Boros, qui a ouvert son centre So’Equithérapie en 2009 et qui intervient auprès des détenus de Fleury. Cet animal sensible agit en effet comme un miroir face au détenu, le mettant face à ses émotions, et a des facultés exceptionnelles pour détecter les incohérences émotionnelles chez les humains.

Sonia Boros travaille également avec des jeunes délinquants (16-18 ans), et a pour projet en 2015 d’intervenir auprès des personnes condamnées à des peines de travaux d’intérêts généraux (TIG).

Par ailleurs, le Centre Régional pour Hommes de Rennes/Vezin-le-Coquet (CPH) et le Centre Pénitentiaire pour Femmes de Rennes ont bénéficié des prestations d’Umanima. L’Association de Médiation Animale pour le Développement, l’Eveil et l’Interaction Sociale Amadeïs intervient auprès des adolescents délinquants du Centre Éducatif Fermé de l’Orne.

Quel financement ?

Actuellement, le ministère de la justice et les différents services pénitentiaires concernés, injoignables, ne se bousculent pas pour répondre aux demandes de financement des associations en médiation animale. Les services pénitentiaires d’insertion et de probation (SPIP) sont ouverts à la démarche, mais renvoient à la fondation A et P Sommer qui font des appels à projets.

« Nous avons le soutien total de la Garde des Sceaux Christiane Taubira, mais chaque année, il est vraiment très difficile de s’assurer d’un budget pour mener à bien nos missions. C’est la direction interrégionale des services pénitentiaires qui gère normalement les demandes de subvention, mais lorsque l’on soumet une demande, on nous renvoie au ministère de la justice, qui nous renvoie à la direction interrégionale... Personne ne répond au final », s’inquiète Patricia Arnoux. Des demandes de soutien ont été faites à la ville de Strasbourg, au ministère de la Justice, des appels au don ont été lancés, sans grand succès.

En attendant, le député socialiste Christophe Premat demande dans sa question écrite du 6 janvier 2015 si la médiation animale pourrait être expérimentée un peu plus par les centres pénitentiaires français dans le prolongement de l’esprit de la loi pénale votée au printemps 2014. La question du financement sera sans doute abordée dans la réponse donnée par le ministère de la Justice.

Le mot de la fin sera pour Patricia Arnoux : « En sept ans, il n’y a jamais eu aucun débordement. Même la semaine dernière, lorsque nous avons tous évoqué ensemble le drame des attentats de Paris : des personnes incarcérées pour assassinat, pour viol, ou autres méfaits graves, d’origines variées et de confessions religieuses différentes, ont pu discuter de ces tragiques évènements avec entrain mais respect, tout en s’occupant des animaux. Tous se sont dits aussi choqués que moi... Je crains cependant que la haine et la colère des autres citoyens fasse remonter des critiques contre mon action auprès des détenus.

« Comment peux tu croire encore en l’humain ? » ou « Comment peux tu t’occuper de ces malfrats ? », m’a-t-on demandé. Je réponds que je suis dans une démarche de non-jugement et que je souhaite aider des êtres humains à rester des Hommes... en croyant à la Vie et non à la haine... »

Les fast-food bio ont la patate savoureuse Marie Astier et Barnabé Binctin (Reporterre) Reporterre 2015/01/29 Marie Astier et Barnabé Binctin (Reporterre) (29 janvier 2015) Les fast-food bio ont la patate savoureuse. Reporterre. fr

Les fast-food bio ont la patate savoureuse

Bio et burger. Antinomiques ? En tout cas, le restaurant Bioburger tente ce mariage paradoxal en offrant aux travailleurs pressés la rapidité du fast-food, avec la qualité bio en plus. Les fast-food du futur seront-ils tous bio ?

Midi, ouverture des portes. Déjà, les premiers clients se présentent au comptoir. Le menu y est affiché : burger, frites ou salade, boisson et/ou dessert. Passez votre commande et payez. Trois minutes plus tard, votre plateau est prêt. Emportez le tout dans un sachet de papier brun, ou prenez place dans la salle aux chaises colorées et tables de bois clair.

Bienvenue chez McDonalds… Euh, non chez Bioburger ! Car ici, du ketchup aux cornichons en passant par le pain, la viande et les patates, tout est bio. “On a choisi de servir du bio car pour nous, c’est synonyme de qualité et de traçabilité”, explique Louis Frack, co-fondateur de Bioburger avec son collègue de promo Anthony Darré.

- Louis Frack -

“Tous les deux, à l’école de commerce, on passait beaucoup de temps à décider de ce qu’on allait manger le midi, raconte-t-il. Cela nous arrivait de temps en temps d’aller chez McDo. Un jour, alors qu’on y avait mangé la veille, on a eu encore envie de frites et de hamburgers, mais de qualité. Et on s’est dit, pourquoi pas en proposer ?”

Mariage paradoxal

Les deux compères passent toutes leurs études à peaufiner leur business plan. Une fois leur diplôme en poche, ils ouvrent leur première échoppe à burgers, passage Vivienne dans le troisième arrondissement de Paris, un quartier plein de travailleurs affamés le midi. “Le mariage paradoxal du burger et du bio a fonctionné tout de suite, on a eu quatre-vingt-cinq clients le premier jour !”, se rappelle Louis Frack.

Au choix, les classiques burger au cheese ou au bacon. Mais vous pouvez aussi demander un king, avec double ration de viande. Ou vous laisser surprendre par un veggie, avec un steak de tofu “à la provençale”... Le tout accompagné de frites et arrosé de citronnade faite maison ou de limonade équitable. Sans oublier les cookies, muffins ou brownies eux aussi cuisinés sur place. “Même les sauces sont faites maison”, assure notre hôte.

Trouver les bons approvisionnements leur a demandé de nombreux ajustements. Désormais, le pain est préparé spécialement pour eux par un boulanger du quartier et le fromage vient de la Ferme des Bazougers, en Mayenne. La viande et les légumes, en revanche, sont achetés à des intermédiaires.

Qualité-rapidité-prix

Et combien tout cela coûte-t-il ? 11 euros le menu avec burger, frites, boisson ; 13 euros si vous y ajoutez un dessert. Ce n’est pas cher selon les fondateurs, qui se comparent aux autres enseignes de burgers “qualitatifs” à Paris : “Ils sont plutôt aux alentours de 14 euros et ne proposent pas de bio !”

Car l’un des leitmotifs de ce fast food bio est de proposer le “meilleur rapport qualité-rapidité-prix” de Paris. Pour tirer les prix vers le bas, “on fait de grosses commandes pour ne pas payer les frais de port, explique Louis Frack. Et on accepte d’avoir une marge moins forte que celle de nos concurrents. On parie sur le volume.”

Côté rapidité, tout a été également calculé. Les frites sont précuites le matin, le système de caisse est “bien fichu”, la chaîne de préparation du plateau est même classée top secret. “On s’est inspiré de McDo”, reconnaît-il.

Un pari

Un pari qui selon lui permet “de faire manger bio à des gens qui ne paieraient pas plus cher pour ça. On redynamise l’image de l’agriculture bio en lui enlevant son côté régime. Nos clients peuvent se faire plaisir en prenant soin d’eux et de l’environnement. Il y a même des gens qui s’en fichent que ce soit bio : ils viennent parce que c’est rapide, bon et pas cher.”

Véridique ? Reporterre a goûté : le burger est fondant, le fromage goûteux. Les frites sont loin des bâtons insipides de Mc Do, quoiqu’un peu trop petites et molles. Pas pratique pour tremper dans le ketchup (maison, on le rappelle).

Mais sur l’ensemble, il n’y a guère de débat : la présentation générale est bien plus appétissante que dans les chaînes bien connues de hamburgers fast-food, et niveau papilles, le Big Mac souffre difficilement la comparaison.

Problème, en débarassant son plateau dans les poubelles de recyclage à la disposition de chacun, un petit creux se fait persistant. A l’entrée de la bouche de métro, la grande pancarte publicitaire de McDo qui annonce un menu spécial déjeuner à moins de cinq euros laisse soudain songeur sur la réelle “compétitivité” de l’offre bio…

Alors, les bioburgers pourraient-ils supplanter le restaurant historique des hamburgers dans l’imaginaire collectif ? On a posé la question à notre voisin de table, Brice :

En tout cas, de l’appétit, les fondateurs de Bioburger en ont. Après trois ans d’existence, ils comptent désormais deux restaurants qui servent en moyenne 430 burgers par jour, fonctionnent avec vingt salariés soit douze équivalents temps plein.

En 2015, ils espèrent ouvrir deux autres adresses à Paris. Avant d’aller, pourquoi pas, explorer d’autres villes, voire même d’ouvrir leur propre franchise... McDo n’a qu’à bien se tenir, lui dont les résultats sont d’ailleurs en baisse sur les derniers mois..

Comment se protéger des ondes électromagnétiques Lorène Lavocat (Reporterre) Reporterre 2015/01/29 Lorène Lavocat (Reporterre) (29 janvier 2015) Comment se protéger des ondes électromagnétiques. Reporterre. fr

Comment se protéger des ondes électromagnétiques

Les députés discutent aujourd’hui d’un texte de loi sur les ondes électromagnétiques. Peu de changements à attendre, alors que les soupçons de dangerosité de ces ondes « possiblement cancérogènes » subsistent. Mais avec des techniques simples et un diagnostic, il est possible de s’en prémunir au quotidien.

Depuis 2012, la proposition de loi écologiste sur les ondes électromagnétiques languit dans le labyrinthe parlementaire. Détricotée par le Sénat en juin dernier, elle revient jeudi 29 janvier devant les députés.

Ultime chance pour Laurence Abeille, rapporteuse du texte, de faire voter une loi sur les ondes, même a minima. « Le texte a été affaibli par le Sénat », confirme-t-elle. Mais ce sera une première pierre, permettant d’inscrire l’idée d’une sobriété en matière d’expositions aux ondes. »

Même si le texte est adopté, il faudra attendre encore plusieurs mois avant que les décrets d’application le rendent effectif.

Diagnostics de pollution électromagnétique

Les politiques traînent des pieds, les recherchent patinent... mais le doute subsiste quant à la dangerosité de ces ondes. Elles seraient « possiblement cancérogènes » d’après le Centre international de recherche sur le cancer (Circ). Et la liste des effets biologiques probables ne cesse de s’allonger. Trouble du sommeil, migraine, baisse de la fertilité, palpitations. Alors que peut-on faire ?

- Laurent Le Guyader, expert en diagnostic électromagnétique -

« Chacun, à son échelle individuelle, peut se prémunir des ondes », explique Laurent Le Guyader. Lui effectue des diagnostics de pollution électromagnétique. Il se rend chez les particuliers, mesure les champs électriques et magnétiques, puis propose des conseils pratiques pour limiter l’exposition.

Des services qui ne s’adressent pas uniquement aux électrosensibles : « Certaines personnes dormaient mal ou avaient des maux de tête inexpliqués », se souvient-il. « Après un état des lieux poussé et quelques changements d’aménagement, tout s’’est arrangé. » Petit tour d’horizon des solutions.

Peut-on échapper aux ondes ?

Non, car les ondes, liées aux champs électromagnétiques, sont présentes partout dans notre environnement. Notre atmosphère, la polarisation de la terre sont à l’origine de champs électriques et magnétiques. Il s’agit donc d’un phénomène naturel. En revanche, les activités humaines, notamment la transmission d’informations (par téléphone, internet, radio), émettent massivement des rayonnements.

- Les ondes électromagnétiques proviennent des champs électriques et magnétiques. Source OMS -

Un tour sur carto-radio est à ce propos très édifiant. Le site recense les stations radioélectriques, et propose une carte des antennes relais et autres installations. A Paris, les locaux de la Ruche, par exemple, où Reporterre travaille, sont cernés par des émetteurs.

Pour échapper à ces radiofréquences, aller à la campagne ne suffit pas forcément. « Les antennes relais sont souvent bien plus puissantes hors des villes, puisqu’elles sont moins nombreuses et doivent émettre plus loin », indique Laurent Le Guyader. La commune de Saint-Julien-en-Beauchêne, dans les Hautes-Alpes, espère créer une zone blanche, sans aucune radiofréquence.

Pour autant, pas de panique, « il est tout à fait possible de diminuer de manière significative notre exposition aux champs électromagnétiques », insiste notre diagnostiqueur.

Quelles sont les sources principales d’émission d’ondes chez moi ?

Laurent Le Guyader se déplace avec une série d’instruments aux allures extra-terrestres. Ils permettent de mesurer et d’identifier les sources de pollution électromagnétique. Le champion reste le four à micro-ondes, mais « tous les appareils électriques avec transformateurs, comme les radio-réveils ou les chaînes hi-fi, créent un champ électrique important », observe-t-il.

Sur la sellette, il y a bien sûr la box internet - elle ne pose problème que si la wifi est activée -, mais aussi le téléphone fixe sans fil, dont la station de base envoie des ondes en continu. L’effet est double : l’appareil émet tant qu’il est sous tension, soit 24h sur 24, mais aussi, de manière plus importante, lors des communications.

Heureusement, un geste simple permet de supprimer la plupart des nuisances : débrancher ! « Mettre hors tension les appareils dès qu’on ne les utilise plus, la nuit surtout, permet de réduire les émissions », explique Laurent Le Guyader. Problème : les voisins. « Les ondes traversent les murs », précise-t-il.

Il est aussi possible de protéger sa pièce à l’aide de laiton ou d’un autre élément conducteur. « Une couverture de survie sous le lit permet de s’isoler des ondes des locataires du dessous. » Pourtant, difficile de tapisser sa chambre de papier aluminium ! De plus, selon Laurent Le Guyader, si on se protège des ondes venant du voisin du dessous, avec un écran posé sous le lit, on risque d’augmenter la quantité des ondes qui pourraient venir du dessus, et qui feront un aller retour à travers le lit. Idée à retenir : toute protection doit faire l’objet d’une vérification d’efficacité par un deuxième diagnostic.

Sans vivre reclus dans une boîte de laiton, priorité à votre cerveau : aménager votre intérieur pour que les sources de pollution soient loin des têtes de lit ou des fauteuils où vous restez longtemps.

« Une de mes clientes avait des migraines tous les samedis », raconte Laurent Le Guyader. La dame passait ses fins de semaine à bouquiner dans son salon. « Un jour, tout s’est guéri : elle avait juste changé de place son canapé ! » Rapide analyse : la box et la base de son téléphone étaient situées juste derrière le mur mitoyen du sofa.

Comment diminuer l’exposition quand je téléphone ?

Côté téléphone fixe, préférez les filaires, et les appareils récents, qui disposent d’une fonction « éco dect + ». « Grâce à ce mode, la base s’arrête presque d’émettre dès que le combiné y est reposé, et en communication, la puissance d’émission varie en fonction de la distance entre le combiné et sa base. »

Ensuite, décryptez les étiquettes ! Les fabricants de téléphone doivent impérativement indiquer le Débit d’absorption spécifique (DAS) de leur appareil neuf. Il donne une indication de l’impact de ces engins sur notre corps, et notamment notre cerveau. En France, il doit être inférieur à 2 Watt par kilogramme (W/kg) - une valeur qui ne vaut qu’en position de téléphone collé à l’oreille.

Oreillette ou pas ? « C’est mieux, surtout si elles sont à fil. » Mais elles pourraient quand même laisser passer les rayonnements. L’idéal, ce sont les oreillettes à tube, qui marchent un peu comme des stéthoscopes.

Enfin, des petits réflexes à avoir : préférer les textos aux appels, attendre que la communication soit établie pour coller le combiné à son oreille, et ne pas passer de coups de fil dans des zones mal couvertes.

Il est aussi déconseillé de téléphoner dans un mobile en mouvement (train, voiture), parce que le téléphone dégage alors beaucoup d’ondes pour établir la communication avec un nouveau relais plus proche, et ce, d’autant plus souvent que l’on se déplace vite.

Comme Laurent Le Guyader, ils sont une petite dizaine en région parisienne à effectuer des diagnostics. Certains travaillent en lien avec des collectivités, d’autres sont des militants passionnés. Comptez entre 50 et 200 € pour un état des lieux poussé de votre logement. Pour prendre nos précautions, en attendant que nos dirigeants agissent enfin.

CE QUE CONTIENT LE TEXTE DE LOI

Le texte voté au Sénat, et qui sera débattu jeudi 29 janvier à l’Assemblée Nationale, prévoit :

- un objectif de sobriété en matière d’exposition aux ondes ; - des mesures de concertation lors de l’installation d’équipements radioélectriques ; - l’obligation, pour les écoles primaires, de la désactivations des accès sans fil quand ils ne sont pas utilisés ; - des mesures de sensibilisation ; - une obligation de transparence de la part des fabricants, qui devront indiquer le débit d’absorption spécifique (DAS) de leurs produits. Le DAS donne une idée de la puissance et de l’impact sur notre corps (notamment notre cerveau) des ondes émises par un appareil ; - l’interdiction de la publicité pour les tablettes pour les moins de 14 ans ; - l’obligation de fournir des oreillettes adaptées aux moins de 14 ans ; - un rapport sur l’électro-hypersensibilité ; - un recensement des points atypiques, où le niveau d’exposition est très élevé, sur notre territoire.

« Mettre moins de pesticides, cela ne marche pas. Il faut changer les systèmes de culture » Entretien avec François Veillerette Reporterre 2015/01/30 Entretien avec François Veillerette (30 janvier 2015) « Mettre moins de pesticides, cela ne marche pas. Il faut changer les systèmes de culture ». Reporterre. Entretien — Pesticides fr

« Mettre moins de pesticides, cela ne marche pas. Il faut changer les systèmes de culture »

En 2008, le plan « Ecophyto » prévoyait de baisser l’usage des pesticides tout en conservant une agriculture économiquement performante. Une nouvelle mouture est présentée aujourd’hui par le gouvernement. Entretien avec François Veillerette, porte-parole de Générations futures : les solutions sont là, il manque la volonté politique de les mettre en œuvre.

Peut-on réduire l’usage des pesticides tout en conservant une agriculture économiquement performante ? Oui, et c’est même l’objectif du plan « Ecophyto », mis en place par le gouvernement en 2008. Mais il tarde à porter ses fruits. Ce vendredi, Stéphane Le Foll dévoile donc une nouvelle mouture, qui s’appuie sur le rapport du député de Meurthe et Moselle Dominique Potier. Il maintient l’objectif d’une réduction des pesticides de 50 % en France, mais reporte l’échéance de 2018 à 2025.

Ce nouveau dispositif sera-t-il plus efficace que le précédent ? François Veillerette, porte-parole de l’association Générations Futures, spécialiste des pesticides, a peu d’espoir…

Reporterre - Quel bilan faites-vous du précédent plan Ecophyto ?

François Veillerette - Cela fait longtemps que l’on dit que le bilan est mauvais. L’année dernière, le ministère de l’agriculture a prétendu qu’il y avait une baisse de 5 % de l’utilisation des pesticides. En fait, on a prouvé que c’était une baisse cosmétique : ils avaient fait les calculs avec des données incomplètes ! Cette année, une hausse de 9 % est annoncée. Donc chaque année soit l’utilisation de pesticides stagne, soit elle augmente...

Ce n’est pas dû tant à un manque de moyens financiers qu’à un manque de moyens politiques pour faire changer les pratiques. Aujourd’hui le discours est seulement basé sur l’appel au volontarisme. Un agriculteur qui ne veut pas changer ses pratiques, rien ne l’y oblige.

Alors comment faire pour diminuer de façon significative l’utilisation des pesticides en France ?

Il existe trois niveaux d’action pour diminuer les pesticides. Le premier, c’est optimiser techniquement l’usage des pesticides, avoir de meilleures machines pour calculer très précisément les doses par exemple. Cela permet de réduire de 10 à 15 %.

Ensuite, on peut changer tout ou partie des produits utilisés, comme remplacer ceux issus de la chimie de synthèse par des produits de bio-contrôle. Stéphane Le Foll en fait la promotion, et c’est effectivement une marge de progrès intéressante. Mais là aussi, on reste sur des mesures marginales, avec une diminution de 10 à 15 % de l’usage des pesticides.

Sauf que l’objectif d’Ecophyto c’est moins 50 %. Se contenter de mettre moins de pesticides, cela ne marche pas. Il faut changer les systèmes de culture.

C’est le troisième niveau d’action. On peut développer le bio. L’objectif officiel est d’atteindre les 20 % - on est en est à 4 % des surfaces agricoles. Mais cela ne suffit toujours pas, parce que si on ne change pas les pratiques sur les 80 % qui restent, on n’y arrivera pas.

Donc il faut développer le bio, et aussi aller vers les systèmes de production intégrée.

Qu’est ce que c’est ?

Ce sont des systèmes de culture conçus au niveau de l’exploitation : on regarde toute l’exploitation, toutes les productions, toutes les cultures. On rend le système plus résilient, plus solide face aux agressions. Notamment on fait des rotations plus longues, pour que les cultures reviennent moins souvent au même endroit donc que les ravageurs s’installent moins sur les parcelles.

On choisit aussi des semences qui résistent mieux aux maladies et aux insectes. Puis il y a la façon de mettre en œuvre ces variétés : on sème moins dense pour les céréales par exemple. On remet des haies et des bandes enherbées pour offrir le gîte et le couvert aux insectes utiles. On réduit les engrais, c’est-à-dire la fertilisation azotée, parce que cela favorise les maladies.

Tout cela mis bout à bout, cela permet d’avoir des systèmes qui produisent bien. Dans l’Eure et en Picardie, il y a de gros réseaux de fermes en grandes cultures qui appliquent ces principes. Des fermes importantes, de 200 hectares environ. Ils utilisent 50 % à 60 % de pesticides en moins et quatre années sur cinq, ils dégagent plus de revenus que leurs collègues en conventionnel.

On sait qu’il va y avoir une petite baisse de rendement, d’environ 10 %. Mais il ne faut pas confondre rendement et rentabilité. Un système intégré demande moins de produits phytosanitaires, c’est donc moins cher de produire.

Et les grandes cultures c’est 70 % de l’utilisation des pesticides en France. Donc on a les solutions.

Est-ce que le nouveau plan Ecophyto, qui s’appuie sur le rapport du député Dominique Potier, va dans ce sens ?

On n’a pas encore le plan définitif, mais on en connaît les grandes lignes. Est-ce qu’il va réussir à emmener la profession agricole vers ce type de production intégrée ? Quand je regarde l’ensemble des points du rapport, je ne suis pas sûr que cela produise le résultat escompté.

Le précédent plan ne comprenait pas de mesures contraignantes, et il n’y est pas arrivé. Surtout que pour l’instant, le discours de la profession, des coopératives agricoles, ce n’est pas un discours de personnes qui se sentent partie prenante du plan Ecophyto.

Il y manque plusieurs choses. D’abord, on avait proposé des objectifs dans le temps, par culture et par région. Que l’on dise vous avez le droit à cinq traitements par an, puis que l’on diminue à quatre, trois, deux, etc.

Ensuite, il faudrait que ce soit lié à une fiscalité : si l’agriculteur ne diminue pas, il paye et cela alimente un fonds destiné à aider ceux qui en revanche, prennent le risque de réduire les pesticides et d’aller vers un autre système agronomique.

C’est comme pour les déchets. Dans la grande majorité des communes, tout le monde paye pareil, alors qu’il y en a qui trient et d’autres non. Mais dans les communes où les habitants payent en fonction de la quantité de déchets qu’ils produisent, on se rend compte que tout le monde se met à trier. C’est le système de la carotte et du bâton.

Il faut donc un niveau de contrainte fiscale, et le nouveau plan n’en introduit pas.

Aujourd’hui on constate que le plan ne marche pas, que la profession n’a pas joué le jeu. Est-ce que l’on recommence et que dans dix ans on se revoit pour dire que ça n’a pas marché ? C’est notre dernière chance, même le rapport Potier le dit, alors il faut s’en donner les moyens.

Quelles sont les conséquences, si cela ne marche pas ?

Si on continue comme maintenant et que l’on ne change rien, les conséquences sont connues. On continue d’avoir une eau polluée aux nitrates. On continue d’avoir des pesticides dans l’air avec des problèmes de voisinage en zone rurale et des gens qui ne peuvent pas ouvrir leurs fenêtres. On continue d’avoir des résidus dans les aliments. On continue à exposer les agriculteurs à un risque de santé professionnel et l’ensemble de la population à un risque sanitaire.

Des rapports de l’Inserm [Institut national de la santé et de la recherche médicale - NDLR] montrent les gros dangers des pesticides pour la santé et l’on ne fait rien.

Le problème c’est qu’au niveau européen, le cadre n’est pas assez contraignant. La directive sur les pesticides de 2008 prévoit que les États membres définissent des plans d’action nationaux pour montrer comment ils vont réduire les risques liés aux pesticides. Mais elle n’indique aucun chiffre.

Aujourd’hui il y a des pays européens où il n’y a pas encore de plan, d’autres où il n’y a pas d’objectifs chiffrés. Sur ce sujet il faudrait plus d’Europe, plus d’ambition. Parce qu’ensuite la FNSEA et le lobby agro-industriel ont beau jeu de dire qu’il y a distorsion de concurrence, ce manque de cadre européen leur donne un argument.

La FNSEA dit que si on réduit les pesticides on va y perdre du point de vue économique. Alors qu’au contraire, si on change les systèmes de culture, on est plus performant économiquement !

- Propos recueillis par Marie Astier

À Marseille, ZAD expulsée, arbres coupés Pierre Isnard-Dupuy (Reporterre) Reporterre 2015/01/31 Pierre Isnard-Dupuy (Reporterre) (31 janvier 2015) À Marseille, ZAD expulsée, arbres coupés. Reporterre. Reportage — Grands projets inutiles fr

À Marseille, ZAD expulsée, arbres coupés

La première « ZAD urbaine de France » aura tenu huit jours : vendredi, les CRS sont venus expulser les occupants du parc Michel Levy, à Marseille. Les arbres sont coupés, le béton poussera bientôt sur un des rares poumons verts de la ville.

- Marseille, correspondant

« Ce sont les arbres des enfants qu’ils sont en train d’abattre ». Michèle est amère. Il est bientôt midi, vendredi 30 janvier, et les zadistes du parc Michel Lévy se rassemblent à proximité de la rue de Lodi, à deux pas du lieu qu’ils occupaient. Durant huit jours, ils ont rouvert le parc Michel Lévy aux habitants du quartier de Lodi dans le 6e arrondissement de Marseille. Jour et nuit, ils se relayaient pour occuper ce lieu, revendiqué comme « première ZAD urbaine de France ».

Le parc commençait à retrouver son usage public perdu depuis sa fermeture en juin 2013. Des enfants du quartiers venaient y jouer. Le 28 janvier, mercredi après-midi, des activités « construction de tipi et peinture, encadrées par des animateurs BAFA solidaires du mouvement » leur ont été proposées, nous apprend Patrick, du collectif Michel Lévy.

Un boulodrome et un potager étaient en cours d’aménagement. Des chênes, en remplacement des arbres abattus ont été replantés. Tout ceci pour tenter d’empêcher le projet de la mairie du 4e secteur (6e et 8e arrondissements) : celle-ci préfère céder le parc à la société Unicil pour la construction de 47 logements et 300 place de parking, détruisant le seul espace vert d’un quartier déjà entièrement bétonné.

Vendredi à 6 h, un huissier de justice accompagné de CRS serait venu remettre l’ordonnance d’expulsion prononcée par le Tribunal de Grand Instance de Marseille deux jours plus tôt. Mais au Collectif, on dit ne pas avoir reçu ce document.

Quoi qu’il en soit, vers 9h45, les CRS et « 25 en civils de BAC » [brigade anti-criminalité], selon Gérald, surgissent au pas de course sur la ZAD. Devant la vague bleue, la trentaine de militants présents n’ont pas résisté.

La rue Pierre Laurent, dans laquelle se trouve l’entrée principale du parc, a été entièrement bouclée. Les voitures de la BAC et six fourgons de CRS y stationnaient. Sur la rue de Lodi on dénombrait dix fourgons.

Une fois les militants expulsés, le chantier a repris immédiatement. Le micocoulier, classé arbre remarquable, a été sa première victime.

David Escalier, qui y a passé quelques jours et quelques nuits, l’observe tomber. Son sac est encore attaché en haut de l’arbre. Ni lui, ni personne d’autre ne pourra récupérer les affaires laissées sur place. Un camion benne se gare en contrebas. Des ouvriers y jettent matériel de cuisine, tentes et tout ce qu’ils trouvent d’objets ayant appartenu aux zadistes. Les tronçonneuses rugissent jusque vers 13 h. Désormais, plus une cime ne fait de l’ombre sur le parc Michel Lévy.

Le collectif Laisse Béton et le collectif de riverains Michel Lévy se battent depuis huit ans contre la privatisation et la bétonnisation du parc. Durant toutes ces années, la mairie de secteur n’a pas daigné dialoguer. Durant la semaine d’occupation du parc, ni la mairie de secteur, ni les services concernés de la mairie centrale, ni Unicil propriétaire du terrain depuis le 8 décembre 2014 et commanditaire des travaux, n’ont répondu aux sollicitations des militants.

La discussion... quand tout est fini

Vendredi, les zadistes ont décidé de se rendre au siège d’Unicil pour provoquer une entrevue. Ils se sont retrouvés à 14 h devant l’imposant siège de la société, place de la Péfecture. L’entrée principale du bâtiment était déjà barrée par des policiers à VTT ou en tenue anti-émeute.

« On passe par le rue Armény ». Une vingtaine courent dans cette rue et s’engouffrent par une autre porte du bloc abritant le siège d’Unicil. Très vite, quatre policier les rattrapent dans un hall et leur interdisent l’accès aux étages. Patrick, Gérald et David : « On ne partira pas tant que l’on ne sera pas reçu pour discuter ». Pour David, Unicil et Eiffage qui mènent les travaux sont « coupables de déforestation sur un poumon vert de Marseille ».

Gérald rappelle l’intérêt du parc pour le quartier : « Pour jouer, les enfants sont obligés d’aller au parc du 26e Centenaire ou au Cours Julien où c’est complètement engorgé. Il n’y a plus d’espace vert pour les enfants après l’école. Des vieux sont restés cloîtrés tout l’été chez parce qu’ils ne pouvaient plus aller à l’ombre sous un arbre. Ça devient invivable ». Les forces de l’ordre ne prêtent pas attention à ces discours et leur demandent de sortir. Un sit-in s’organise jusqu’à que Jean-Luc Bondon, directeur de la maîtrise d’ouvrage chez Unicil, accepte de discuter sur le parvis du bâtiment.

Légalité contre légitimité

Au soleil de la place de la préfecture, il assume l’action de son entreprise : « Cette opération a huit ans d’âge. Ce permis a été attaqué en justice en 2008, les recours nous ont donné raison ».

Gérald répond : « Il n’y a pas eu de concertation ». David reprend les éléments du dépôt de plainte d’Unicil : « Atteinte au droit de propriété, entrave à la liberté de travail, dégradation et détérioration d’un bien appartenant à autrui ». Il assume les deux premiers mais remet en cause le troisième : « Vous avez déposé plainte pour quelle dégradation ? Excusez-moi, le tractopelle présent sur le chantier, il n’a pas une rayure et on a nettoyé le terrain ».

Pour justifier le dépôt de plainte le responsable d’Unicil se retranche derrière « l’incursion » faite sur le terrain appartenant à sa société. Sur le fond du dossier, il argumente : « Ne faites pas de misérabilisme, Marseille a besoin de logements ». Pourtant la cité phocéenne compte 7 % de logements vacants soit 30 000, selon l’estimation de la fondation Abbé Pierre en mai 2014.

Complément d’info : Voir les reportages video réalisés par Fokus 21.

Avec Noël Mamère, un coup de pouce pour Alternatiba ! Reporterre 2015/01/31 (31 janvier 2015) Avec Noël Mamère, un coup de pouce pour Alternatiba !. Reporterre. Climat fr

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« On peut réduire fortement la quantité de pesticides. J’ai réussi ! » Emilie Massemin (Reporterre) Reporterre 2015/02/02 Emilie Massemin (Reporterre) (2 février 2015) « On peut réduire fortement la quantité de pesticides. J’ai réussi ! ». Reporterre. Reportage — Pesticides fr

« On peut réduire fortement la quantité de pesticides. J’ai réussi ! »

Le réseau Déphy, un des piliers du plan Écophyto de 2008, rassemble plus de 1.900 exploitations agricoles volontaires pour réduire leur utilisation de produits phytosanitaires. Antoine Lambert, agriculteur dans l’Eure, raconte à Reporterre les satisfactions et les difficultés liées à cette démarche.

- Fours-en-Vexin (Eure), reportage

De chaque côté de la route, les vastes parcelles, mi-vertes, mi-brunes, s’étendent à perte de vue sous le ciel gris et pluvieux de janvier. « A gauche, vous avez dix hectares de blé, plantés à la fin du mois d’octobre dernier, désigne Antoine Lambert. A gauche, il y a cinq hectares de colza, semés un peu plus tôt, les 20 et 25 août. » L’agriculteur, âgé de 45 ans, a rejoint son père en 1994 sur cette exploitation de 140 hectares, située sur la commune de Fours-en-Vexin dans l’Eure. Il y travaille seul depuis 2001, et continue à y cultiver du blé, de l’orge de printemps, du colza, des pois et des betteraves sucrières en grandes cultures, pour l’export. Le paysage n’a plus de secrets pour lui : « C’est le Vexin bossu ! Mes terres sont très hétérogènes, argileuses à certains endroits, traversées de sources sur les coteaux et assez sableuses ailleurs. »

Dans ce contexte peu favorable, il semblait difficile de diminuer l’utilisation de produits phytosanitaires. Pourtant, Antoine Lambert est parvenu à la réduire de moitié en mettant en œuvre des principes de l’agriculture intégré,e comme la rotation des cultures et le mélange des variétés.

Un petit tour au hangar où s’entassent 300 tonnes de grains de blé, et Antoine Lambert nous entraîne au chaud chez lui pour nous raconter son histoire. Très vite, il a compris que sur des terres aussi difficiles, une politique du « produire plus » n’est pas tenable. « Le seul moyen d’optimiser mes marges était de réduire mes coûts, en diminuant mon utilisation de produits phytosanitaires. Je me suis engagé dans cette démarche pour des raisons purement économiques ! Il faut dire qu’à l’époque, on ne voyait pas l’environnement comme aujourd’hui. »

Etudier ensemble les alternatives

Le véritable déclic a lieu en 2005, quand l’agriculteur se retrouve confronté à des problèmes de résistances en tous genres. « Je n’arrivais plus à me débarrasser du vulpin, une mauvaise herbe qui envahissait mes parcelles de blé. Je dépensais jusqu’à 100 € de désherbant par hectare, sans arriver à en venir à bout, se souvient-il. Je ne pouvais plus continuer comme ça. » Il rejoint un groupe de travail sur les méthodes alternatives aux pesticides, animé par l’ingénieur agronome Bertrand Omon de la chambre d’agriculture de l’Eure. La vingtaine d’agriculteurs qui y participent échangent sur leurs difficultés, écoutent les conseils en agronomie de chercheurs et d’ingénieurs agronomes.

Le groupe étudie des principes d’agronomie comme alternatives aux produits phytosanitaires. Ce qui a conduit par exemple Antoine Lambert a repousser la date de semis du blé pour limiter le désherbage. « Les graines de ’mauvaise herbe’, qu’on appelle une adventice, sont présentes dans la terre. Quand on travaille le sol, on les met en condition de germer, indique-t-il. Or, chaque plante a sa période optimale de levée ; pour le vulpin, c’est à la fin de l’été. L’idée, c’est donc de travailler le sol et de semer le blé le plus tard possible, à l’automne, pour être en décalage avec la période optimale de levée du vulpin. » Il observe que cela permet aussi de limiter le recours aux insecticides, puisque les attaques de pucerons sont plus fortes quand on sème dans la chaleur de l’été.

Autre astuce, cultiver moins serré pour limiter les apports d’engrais azotés, ou choisir des variétés résistantes à tel ou tel problème comme la maladie ou la « verse » (quand la tige se couche). Au fur et à mesure de ses expériences, le groupe de travail va jusqu’à imaginer de véritables systèmes de culture basées sur la rotation des cultures sur plusieurs années : d’abord du blé, puis des pois... Avec pour objectif, de limiter au maximum la levée des mauvaises herbes tout en diminuant les doses de pesticides.

Pas de recette miracle

Mais ces techniques n’ont rien de recettes miracles, prévient l’agriculteur. Quand on sème le blé trop tard, les jours sont plus courts, pluvieux. « On a moins de jours pour travailler, on prend le risque de semer dans de mauvaises conditions. Et que la plante pousse mal... » Idem pour le choix des variétés : certains blés résistent aux maladies mais sont sensibles à la verse, et inversement. « La meilleure solution est de mélanger les variétés, estime Antoine Lambert. Cela permet de compenser les défauts. Mais certains clients ne veulent acheter que des récoltes pures, d’une seule variété, pour faire leurs propres mélanges. » Quant aux systèmes de cultures, leur efficacité est intimement liée à la nature du sol : ils ne sont pas transposables d’une exploitation à l’autre et sur sa seule exploitation, Antoine Lambert a dû adopter quatre systèmes de culture différents ! Il faut une solide connaissance de ses terres et le plus grand doigté à l’agriculteur pour actionner à bon escient les différents leviers dont il dispose, dès lors qu’il cherche à sortir du « tout chimique ».

Les coquelicots résistent à tout

« Forts de cette expérience, nous avons décidé d’intégrer le réseau Déphy du plan Écophyto, en 2011 », se souvient l’agriculteur. Pour la première fois, les membres du groupe de travail s’engagent pour cinq ans et doivent se fixer des objectifs chiffrés, individuels et collectifs. Ils décident de diminuer de moitié les quantités de pesticides qu’ils appliquent. D’autres obligations leur incombent : communiquer sur leur démarche en organisant des réunions d’information et des portes ouverts, et transmettre leurs résultats technico-économiques. En contrepartie, Bertrand Ormon est embauché à mi-temps, comme animateur du réseau Déphy de l’Eure.

Quatre ans après, Antoine Lambert est un peu sceptique. « Chez nous, ça a fonctionné parce que nous étions un groupe déjà constitué et habitué à travailler ensemble. Nous avons tous atteint nos objectifs, analyse-t-il. Mais quand nous avons visité d’autres exploitations membres du réseau Déphy, nous nous sommes rendus compte que certaines avaient des objectifs de réduction des phytosanitaires très limités. » Pour l’agriculteur, le plan Écophyto promeut « de bonnes idées », mais pèche dans sa mise en œuvre. « Déphy n’a pas eu suffisamment de moyens. Quant aux conseillers recrutés à mi-temps pour accompagner les agriculteurs du réseau, combien sont réellement compétents en matière d’agriculture intégrée ? Il faut aussi prendre en considération la résistance au changement et trouver des moyens de motiver les agriculteurs. »

Pourtant, la réduction des pesticides est un enjeu de taille, estime Antoine Lambert, en particulier en matière de santé publique. « En discutant avec les autres, j’ai réalisé qu’on nous parlait davantage de protection de l’environnement que de notre santé, observe-t-il. Alors que des agriculteurs qui n’arrivent pas à l’âge de la retraite, ce n’est pas rare dans nos campagnes. » C’est pourquoi il adhère en 2011 à l’association nationale Phyto-victimes, dont il devient administrateur.

Le chemin vers une réduction maximale des produits phytosanitaires est encore semé d’embûches. « Depuis deux ans, je suis en difficulté, avoue l’agriculteur. Une partie de ma ferme est envahie de coquelicots, qui résistent à tout. Et je suis confronté à de nouveaux problèmes de résistance au vulpin, quel que soit le système de culture que j’adopte. C’est une course sans fin ! » Mais il est plus déterminé que jamais à continuer à chercher une alternative au « tout chimique », sans pour autant se convertir au bio. « Dans notre idée, nous voulons développer une agriculture durable et accessible au plus grand nombre. »

« On a beau être enfermé, on n’est pas protégé » Émilie Massemin (Reporterre) Reporterre 2015/02/02 Émilie Massemin (Reporterre) (2 février 2015) « On a beau être enfermé, on n’est pas protégé ». Reporterre. Reportage — fr

« On a beau être enfermé, on n’est pas protégé »

Les résidences fermées se multiplient à travers la France. Ghettos de riches ? Pas seulement : le mouvement d’enfermement gagne toutes les classes sociales. Reportage à Étiolles, en Essonne.

- Étiolles, Essonne, reportage

Dix minutes que vous êtes planté devant le portillon automatique. Vous ne connaissez pas le digicode, et vos grands gestes en direction du bureau du vigile n’ont pas encore attiré son attention. Gêné, vous feignez d’ignorer les deux caméras de vidéosurveillance installées en évidence sur un mât, à quelques mètres de là.

À côté de vous, les conducteurs actionnent l’ouverture de la barrière grâce à leurs badges, et vous jettent au passage un regard intrigué. Le dispositif de sécurité, imposant et bien rodé, contraste avec la beauté du lieu, les pelouses en pentes douces et l’impression de calme qui émane des arbres immenses aperçus derrières les murs.

- Les Bois du Cerf comptent 59 villas, 17 résidences et 18 immeubles. -

Bienvenue aux Bois du Cerf, vaste ensemble de 42 hectare abritant quelque 250 logements, une des quatre résidences privées et fermées d’Étiolles. Dans ce village de charme, où nichent 3 284 âmes entre Évry et la forêt de Sénart en Essonne, 38 % des 1 300 logements étaient construits dans des ensembles résidentiels clos en 2012, d’après le dernier Plan local d’urbanisme (PLU).

Étiolles illustre de manière presque caricaturale une tendance à la fermeture des résidences, des impasses et de cours d’immeuble, partout en France, depuis les années 2000. Barrières, digicodes, badges... Comment expliquer cette propension à l’enfermement ? La sécurité, ou autre chose ?

La question est délicate, moins d’un mois après les attentats de Paris et de Montrouge qui ont décimé la rédaction de Charlie Hebdo et causé la mort de dix-sept personnes, alors que d’autres interrogations pressantes, douloureuses, secouent la société française : comment sortir de l’entre-soi et recréer du lien après de tels événements ?

« Stressant pour les voleurs »

Yves habite aux Bois du Cerf depuis huit ans. Il balaie ces questions d’un revers de la main. Pour cet ancien rhumatologue, en vigie dans le bureau du gardien, les habitants choisissent la résidence pour « son cadre fantastique, silencieux, avec ses 17 hectares de forêt, quadrillés d’allées cavalières et de statues. C’est charmant ! »

Si on lui cause sécurité, le retraité réplique en parlant de « fantasme », l’œil amusé sous son bonnet de laine : « N’importe qui de déterminé à commettre un cambriolage peut le faire. Même si le contrôle à l’entrée, les rondes de la police municipale et les caméras ont un impact réel en stressant les voleurs. » Finalement, pour lui, la résidence ne diffère en rien « d’un ensemble d’immeubles avec un code et un gardien ».

Près de lui, le vigile, employé d’une société privée, assure que son action n’a « rien de policier. J’assure la surveillance des biens et des personnes, et la lutte contre des mauvaises habitudes qui se perpétuent : les gens qui roulent un peu vite par exemple... »

Même haussement d’épaules chez Cloé, 22 ans, au détour du pavillon où elle habite depuis 19 ans avec ses parents et son petit frère. « Mes parents ont choisi les Bois du Cerf pour le confort plus que la sécurité, affirme-t-elle. C’est sympa quand on est petit, avec les tennis, la piscine, l’école et le collège juste à côté... » Ses amis, qu’elle invite régulièrement, ne sont guère impressionnés par le dispositif de sécurité : « Aujourd’hui, dans le coin, les résidences fermées sont devenues banales. »

- Aux Bois du Cerf, les habitants bénéficient de six courts de tennis et d’une piscine. -

La création d’une communauté

Marie s’est réfugiée au chaud dans la villa de son amie Françoise, retraitée comme elle. Le thé servi, la conversation glisse sur leurs sentiments doux-amers pour les Bois du Cerf, où elles habitent depuis les années 1965-1970.

« Au début, c’était une résidence Air France, explique Marie, ancienne hôtesse de l’air. Quand je l’ai visitée, je l’ai trouvée super : la fête, la piscine, le tennis... » Une véritable communauté s’était créée, entre les murs et peut-être grâce à eux. Mais l’ambiance a changé, remarquent les deux femmes. Les grandes fêtes d’antan ont laissé place à un « dortoir », soupire Françoise. « Et nous ne sommes pas aimés dans le village, parce que nous restons entre nous. »

La sécurité au sein de la résidence les préoccupe davantage. Quand Marie s’est installée aux Bois du Cerf, l’ensemble n’était pas fermé. Puis un gardien a été installé à l’entrée, avec sa femme et ses enfants, avant d’être remplacé par un vigile. La barrière automatique a été installée une quinzaine d’années plus tôt, mais Françoise n’est pourtant pas tranquille : « On a beau être enfermées, on n’est pas protégées. J’ai été agressée dans mon garage, par des individus qui m’ont pris mon sac. »

« Je pense qu’on ferme les résidences parce qu’il faut se protéger, conclut Marie. Quand je me suis installée, j’ouvrais le matin, je fermais le soir. Aujourd’hui, quand je vais sortir les poubelles, je ferme. Certains disent que je dramatise, mais je ne fais que constater. »

Des HLM super-sécurisés

400 mètres plus loin, nouvelles grilles, nouveau décor. Les deux immeubles des Écureuils, une des résidences HLM toutes neuves de la commune, abritent une micro-crèche et 42 logements. On y accède par un portillon muni d’un digicode, ou par un portail automatique pour les voitures pourvues de badges magnétiques. Les immeubles sont équipés d’un premier digicode qui permet d’accéder à un sas, où se trouvent un autre digicode et des interphones.

Sur le parking, Jean-Marc s’active. Il doit emménager deux jours plus tard. « Je n’ai pas choisi cette résidence parce qu’elle était fermée, mais c’est un plus par rapport à la sécurité des voitures, admet l’informaticien. Étiolles ne craint pas du tout. Mais à Grigny, d’où je viens, on ne peut pas laisser son véhicule dehors. »

- Le HLM des Écureuils compte 42 logements, répartis entre deux immeubles cernés de grilles. -

Josselin, cariste en intérim, est installé aux Écureuils depuis un an et demi. « Ce n’est pas pratique, l’interphone est situé après le premier digicode. Les visiteurs sont obligés de nous appeler avec leurs portables, râle-t-il. La Poste n’arrive pas à nous joindre et ne nous livre pas ! »

Pour autant, il comprend tout à fait qu’on en vienne à fermer les résidences. « Tous les nouveaux HLM sont bâtis comme ça. En région parisienne, il y a trop de problèmes. À Corbeil-Essonne, où c’est vraiment le bazar, cela permet d’éviter les cambriolages. Au moins, les halls ne sont pas squattés. »

Nathalie entrouvre sa porte. Elle aussi trouve cette clôture « sécurisante » : « C’est bien pour les enfants. Mais je n’étais pas du tout inquiète dans mon ancien logement de Corbeil-Essonne, qui n’était pas fermé. Je n’ai rien changé à mes habitudes. »

Riches, pauvres, mêmes barrières

Les Bois du Cerf, les Écureuils : ces résidences, aux deux extrémités de l’échelle sociale, se retranchent derrière les mêmes grilles. Il devient difficile de qualifier comme par le passé un pâté de maisons de « ghetto de riche », sur le simple critère d’une barrière à l’entrée.

Il serait également hasardeux d’établir un lien entre la richesse des habitants d’Étiolles (le village tenait en 2011 la 64e place des communes françaises où les revenus nets déclarés par foyer fiscal sont les plus élevés, d’après les chiffres de l’INSEE) et la réticence de la commune à construire les 280 logements sociaux imposés par la loi (ils ne sont aujourd’hui que 130), et la présence d’autant de résidences fermées.

- Le miroir de la Pompadour, lieu de promenade pour les habitants des Bois du Cerf. -

Pourquoi toutes ces barrières ? Laurence Barraud, derrière son bureau de l’agence immobilière « Demeures d’Étiolles et d’ailleurs », l’atteste : si « 45 à 50 % des Étiollais habitent dans des résidences fermées » d’après ses calculs, ils ne sont pas des obsessionnels du triple verrou. Aucun des clients venus la voir n’a explicitement réclamé une barrière à l’entrée de sa résidence.

« Au contraire, les logements les plus demandés sont les petites maisons traditionnelles du cœur du village, affirme-t-elle. Certains ne veulent pas entendre parler de résidence sécurisée ! Et je ne comprends pas pourquoi les promoteurs de HLM s’entêtent à fermer les ensembles, c’est détestable. » Alors, on ouvre les barrières ?

« LES GENS FERMENT PARCE QUE TOUT LE MONDE LE FAIT »

- Quelque 700 Étiollais habitents derrières les grilles de la résidence des Bois du Cerf. -

La tendance à la fermeture prend de l’ampleur en France depuis les années 2000, et suscite de nombreuses interrogations. « Il existe un intérêt fort pour cette question des gated communities [communautés fermées] alors que dans les centres-villes, les accès aux cours et aux espaces collectifs des immeubles se sont fermés sans que cela suscite autant d’émotion, observe Éric Charmes, directeur du laboratoire de recherches interdisciplinaire « Ville, Espace, Société » de l’Université de Lyon, et auteur en 2011 de l’article « Les gated communities : des ghettos de riches ? ».

Cette crispation tient à l’idée que les résidences fermées seraient l’apanage des riches, qui chercheraient à bâtir un « entre-soi » à l’abri des pauvres. Certaines résidences, comme la Villa Montmorency à Paris et le domaine de Terre-Blanche dans le Var, renforcent cette image.

- Au cœur des Bois du Cerf, 17 hectares de forêts quadrillées d’allées cavalières et ornées de statues. -

Mais la réalité est plus complexe, poursuit Éric Charmes : « Je critique la notion de ghetto de riches mise en avant dans les médias. Ce phénomène de fermeture se retrouve aussi dans la résidentialisation des logements sociaux. Aux États-Unis, une enquête a révélé que les ensembles résidentiels fermés étaient occupés par toutes sortes de ménages, aisés ou modestes, propriétaires ou locataires. »

François Madoré, professeur à l’Institut de géographie de l’Université de Nantes et auteur de l’article « Ensembles résidentiels fermés en France et montée d’un ordre sécuritaire », défend la même thèse. « Je n’accorde pas de signification socio-politique majeure à la fermeture des résidences, d’autant moins qu’elle se banalise. De plus, les stratégies de sélection sociale ne se construisent pas à l’échelle de l’ensemble résidentiel, qui n’est pas doté de pouvoirs politiques, mais à celle de la commune, par la municipalité. »

La norme

En revanche, ces fermetures en disent long sur nos manières d’habiter la ville. « Les promoteurs qui bâtissent des résidences fermées arguent qu’il est plus facile pour les habitants de se les approprier, que les biens sont en sécurité et que les enfants sont moins menacés par la circulation routière, explique François Madoré. Du côté des résidents, les avis sont variés, de ceux qui apprécient une rue plus tranquille à ceux qui rejettent un dispositif qu’ils jugent inutile et carcéral. »

Pour Éric Charmes, les barrières servent à « réguler les comportements collectifs. C’est une manière de limiter l’accès à la piscine aux résidents, ou de signifier aux jeunes qui traînent qu’ils ne sont pas les bienvenus. »

Puis, avec la banalisation du contrôle à l’entrée, la barrière et le digicode deviennent une norme, un standard : « Un immeuble qui n’a pas de digicode à l’entrée, cela devient problématique en termes de standing. Les gens ferment parce que tout le monde le fait. »

Les opposants aux projets inutiles se coordonnent pour faire avancer la démocratie Marie Astier (Reporterre) Reporterre 2015/02/02 Marie Astier (Reporterre) (2 février 2015) Les opposants aux projets inutiles se coordonnent pour faire avancer la démocratie. Reporterre. Grands projets inutiles fr

Les opposants aux projets inutiles se coordonnent pour faire avancer la démocratie

Réunie à Bagnolet, la Coordination des opposants aux grands projets inutiles s’est concentrée sur le chantier de la démocratie participative. Celui-ci a été lancé par François Hollande, mais suit une logique administrative, à l’écart des citoyens.

Notre-Dame des Landes, le barrage de Sivens, le Center Parcs de Roybon, la ferme des 1.000 vaches, etc. Samedi 31 janvier, les opposants à tous ces Grands projets inutiles et imposés (GPII) ont laissé de côté le terrain local pour une journée de réunion à Bagnolet (Seine-Saint-Denis). C’est la deuxième fois qu’ils se retrouvent dans la capitale pour tenter de fédérer les luttes. « Le but est de sortir la tête de l’eau de nos luttes locales pour agir au niveau national », explique Ben Lefetey, porte-parole du collectif d’opposition au barrage du Testet.

A l’ordre du jour : « Le chantier de la démocratie participative » annoncé par le président de la République en novembre dernier lors de la conférence environnementale.

"Tout doit être fait pour que sur chaque grand projet, tous les points de vue soient considérés, que toutes les alternatives soient posées, que tous les enjeux soient pris en compte et que l’intérêt général puisse être dégagé", avait alors insisté François Hollande. Il disait ainsi vouloir éviter de un nouveau « drame national » comme la mort de Rémi Fraisse au Testet.

« Le risque est que ça décide dans les cabinets ministériels »

Sauf que pour l’instant, « le gouvernement n’a fait signe à aucun de nous, déplore Françoise Verchère, co-présidente du Collectif des élus doutant de la pertinence de l’aéroport de Notre-Dame des Landes. Cela s’annonce mal, si la rénovation de la démocratie participative est faite par ceux qui nous ont mis dans le pétrin... » « Le risque est que ça se décide dans les cabinets ministériels, loin du terrain », poursuit Ben Lefetey.

Un vrai risque, puisque le gouvernement a décidé que c’est le Conseil national de la transition énergétique (CNTE) qui plancherait sur la réforme. L’instance rassemble certes des élus locaux, des parlementaires, des syndicats et des associations environnementales, mais aucun représentant de la coordination des GPII n’y est présent.

Et même le CNTE pourrait être marginalisé par l’exécutif. Car comme Reporterre l’a relaté, l’article 28 de la loi Macron compte donner la possibilité au gouvernement de prendre les mesures par ordonnances. La réforme de la démocratie participative se ferait donc sans débat parlementaire... Raison pour laquelle cet article de la loi Macron est pour l’instant très critiqué à l’Assemblée Nationale.

Des propositions de terrain

Collectivement, les opposants aux Grands projets inutiles ont donc décidé de ne pas attendre l’invitation de l’exécutif. « On va faire des propositions pour éviter de se retrouver dans la situation de blocage que l’on connaît un peu partout, expose Françoise Verchère. On va lister les dysfonctionnements constatés sur chacune de nos luttes, pointer les défauts des procédures, puisqu’à nous tous on en a déjà exploré toutes les failles ! »

Par exemple, les enquêtes publiques, étape cruciale de la consultation des citoyens, peuvent être améliorées. « Pour le barrage de Sivens, il manquait dans le dossier deux documents essentiels : le rapport défavorable au projet de l’ONEMA [Office national de l’eau et des milieux aquatiques-NDLR] et le document d’origine, celui qui explique pourquoi les élus ont décidé de construire le barrage, raconte Ben Lefetey. S’il y avait eu un désir sincère de débat avec le public, il aurait fallu mettre ces documents sur la table ! »

Les mots d’ordres sont donc : plus de transparence dans les procédures (pour bien informer tous les publics concernés), plus d’indépendance de ceux qui décident de leur mise en œuvre (pour notamment éviter les conflits d’intérêts) et plus de place aux citoyens (pour notamment prendre en compte les contre-expertises qu’ils peuvent fournir).

« Un vrai changement culturel chez les élus »

L’ensemble des propositions, accompagnées d’exemples précis de bonnes pratiques, seront bientôt sur le bureau du Président de la République et de tous les ministères concernés.

« Plus un projet est discuté en amont, plus on évite les crises », assure le représentant des anti-barrage. Mais cela ne suffit pas : « Il faut aussi un vrai changement culturel parmi les élus, qu’ils aient sincèrement envie de partager le processus de décision. »

Pour faire valoir leurs propositions, les membres de la coordination comptent bien accentuer la pression au niveau national. Les propositions seront accompagnées de mobilisations sur le terrain partout en France. « On veut éviter de nouveaux projets inutiles et imposés, explique le militant. Sinon on peut passer toute notre vie à lutter contre ce type de projets. »

TAFTA : la Commission européenne reste sourde à l’expression des citoyens Thomas Porcher et Frédéric Farah Reporterre 2015/02/02 Thomas Porcher et Frédéric Farah (2 février 2015) TAFTA : la Commission européenne reste sourde à l’expression des citoyens. Reporterre. Tribune — Économie fr

TAFTA : la Commission européenne reste sourde à l’expression des citoyens

Les négociations reprennent ce lundi à Bruxelles sur le traité de libre-échange transatlantique, dit TAFTA. Mais la Commission fait comme si l’opposition massive des citoyens européens qui se sont exprimés n’existait pas. Et continue à vouloir imposer la prééminence du droit des affaires sur le droit des Etats.

Pour essayer de sortir de l’embarras et de la controverse grandissante liée au tribunal d’arbitrage présent dans les négociations sur le TAFTA, la Commission de Bruxelles a organisé une consultation de mars à juillet 2014 sur internet. Elle a ainsi cherché à prendre le pouls de l’opinion sur douze points clefs : les liens entre le tribunal d’arbitrage et les tribunaux des Etats membres, l’expropriation, le traitement juste et non discriminant réservé aux investisseurs, etc. Il s’agissait pour elle de montrer que ce traité ne se faisait pas en catimini mais en lien avec la société civile.

Cette dernière croyait alors avoir trouvé la martingale pour enfin lire une réponse conforme à ses vœux. Alors, férue de démocratie participative, elle a cédé aux charmes de l’e-démocratie. Le compte rendu de cette consultation a été présenté lors d’une conférence de presse de la Commissaire au commerce C. Malmstrôm. Plus de 90 % des 150 000 participants (principalement d’Autriche, d’Allemagne et du Royaume Uni) ont exprimé leur hostilité à ce mécanisme . Le rapport de la Commission indique que la plupart des participants ont vu dans ces tribunaux arbitraux une menace pour la démocratie et la conduite des politiques économiques.

Des réponses aussi nettes auraient dû conduire la Commission à comprendre que ce mécanisme devenait intenable. Mais, là encore, il fallait étouffer les voix des mécontents. La commissaire a expliqué qu’il ne s’agissait pas d’un référendum, autrement dit, personne à Bruxelles ou ailleurs n’était lié par le résultat. L’argument a été renforcé par la délégitimation de la consultation elle-même par la Commission, qui explique que seulement 3.000 réponses pouvaient être prises en considération, le reste était considéré hors sujet.

La conclusion portée par Bruxelles et les chancelleries en la matière consiste à bricoler une réponse pour rendre les tribunaux d’actualité : possibilité de faire appel, épuisement des recours nationaux avant de se rendre auprès de cette cours, amendes aux entreprises en cas d’abus de la procédure.

Mais lorsqu’il s’agit d’entendre les voix des lobbies si représentés à Bruxelles, bien peu de choses apparaissent hors sujet.

La consultation vient s’ajouter ainsi aux autres tentatives conduites sans succès par les citoyens pour faire entendre leur voix. Car la commission de Bruxelles n’est jamais à court d’arguments ou de subterfuges pour évacuer les critiques. Les mésaventures de la pétition conduite par les citoyens l’attestent.

Le traité de Lisbonne, pour offrir des éléments de démocratie directe à des citoyens à même d’attester du caractère démocratique des institutions européennes, prévoit une démarche d’initiative citoyenne. Plus d’un million de citoyens de 24 pays et de 320 organismes non gouvernementaux ont signé une pétition en moins de deux mois. Cette dernière réclamait un moratoire des négociations sur le traité TAFTA et la remise en cause du traité équivalent avec le Canada. Le 4 décembre, elle a été présentée à la commission.

Mais la Commission au moyen d’une argutie juridique a expliqué que la pétition peut être recevable qu’à condition de porter sur un acte légal de l’Union et non sur un mandat de négociation. De ce fait, le souci de plus d’un million de citoyens peut être ainsi liquidé à peu de frais.

Pétitions, consultations ne trouvent guère grâce aux yeux de la Commission tout comme le référendum qui a perdu toute légitimité auprès des autorités européennes, de peur de revoir une défiance s’exprimer à nouveau comme dans le cadre du traité constitutionnel de 2005.

Pourtant, les tribunaux arbitraux organisent un transfert de souveraineté significatif au profit d’une justice privée, consacre la prééminence du droit des affaires sur tout autre droit, génère une pression significative sur la production de normes de la part des Etats au nom de la clause qui consiste à offrir aux investisseurs un cadre réglementaire stable,…

Les citoyens s’en inquiètent, jouent le jeu démocratique, mais ne sont pas entendus. Par cette surdité démocratique, la Commission montre, encore une fois, que les dés sont jetés et que la voix des citoyens est, au final, bien peu de chose.

Le 4 février, débat sur la répression des luttes environnementales Reporterre 2015/02/03 (3 février 2015) Le 4 février, débat sur la répression des luttes environnementales. Reporterre. Grands projets inutiles fr

Le 4 février, débat sur la répression des luttes environnementales

Luttes environnementales et sociétales actuelles, champs d’expérimentation des répressions policières et judiciaires ? La Coordination des opposants à Notre-Dame-des-Landes vous invite à une soirée table ronde/débat, le 4 février à 20h30 à la Chapelle sur Erdre (Loire-Atlantique).

Depuis la manifestation du 22 février 2014 à Nantes, de nombreux événements ont marqué les esprits, mêlant violence et répression, interprétations médiatiques et réactions citoyennes.

Ce mélange des vécus, cette profusion d’informations, dont les sources sont souvent à requalifier, ont de réelles répercussions sur nos opinions personnelles.

C’est dans un souci de transparence et de vérité, pour permettre à chacun de participer à un débat citoyen éclairé, que la Coordination des organisations des opposants à Notre-Dame-des-Landes prépare depuis octobre une soirée débat, sous forme de table ronde, dont la pierre angulaire sera la prise de parole d’invités afin de se créer une culture commune

Au-delà des clivages institutionnels, la problématique sous-jacente aux luttes environnementales actuelles est de devoir subir la répression policière et judiciaire. En sont-elles un champ d’expérimentation ? Comment s’articulent dans ce contexte le respect des libertés individuelles, la protection des citoyens et les mesures de répression ?

Si notre démarche a débuté en septembre par une lettre ouverte aux députés et sénateurs) à l’occasion d’une loi « anti-terroriste » votée en novembre 2014, elle a été bousculée par les événements graves qui marquent cette fin d’année et ce mois de janvier endeuillé.

Ce contexte pose à nouveau la question : « Plus de sécurité contre moins de liberté ? » et mérite d’être mis en lumière par ces trois interventions suivies d’un débat citoyen : - Laurence Blisson, Secrétaire générale du Syndicat de la Magistrature. - Un(e) membre de la Ligue des Droits de l’Homme. - Luc Douillard, Obslab-Nantes, soutien aux blessés par la police.

Cette table ronde du 4 février 2015 sera animée par le journaliste, Nicolas de La Casinière.

Mercredi 4 février à 20h30 Salle Jean-Jaurès – rue Jean-Jaurès La Chapelle sur Erdre. 20h30

Organisation : coordination des organisations opposées à Notre Dame des Landes Contact : acipa.info@free.fr Se rendre Salle Jean Jaurès La Chapelle sur Erdre : informations, cliquez ici

Derrière les rails de la gare d’Aix, le potager prospère Joséphine Christiaens (L’Âge de faire) Reporterre 2015/02/03 Joséphine Christiaens (L’Âge de faire) (3 février 2015) Derrière les rails de la gare d’Aix, le potager prospère. Reporterre. Nature fr

Derrière les rails de la gare d’Aix, le potager prospère

La gare d’Aix a désormais son oasis : un jardin géré par un collectif d’associations, où les passants peuvent s’initier aux techniques de culture écologiques. Voyageurs, conducteurs de train, adolescents viennent y flâner.

Aix-en-Provence, deux minutes d’arrêt ! A deux pas des quais, un petit coin de verdure attise la curiosité des voyageurs. Cachées dans les feuillages, il y a des tomates, des aubergines… « Regardez comme celle-ci est superbe ! Il est temps de la cueillir », lance Brigitte.

Et Gilles de se lancer dans une visite guidée : « Ici, la bourrache attire les abeilles qui pollinisent ensuite ces courgettes. Tomates et basilic sont sous l’ombrage mouvant des haricots grimpants enroulés au palissage. Là-bas, on a mis les tomates pour qu’elles aient le soleil dans l’après-midi. Et puis on a planté quelques vivaces, comme cette cardère que nous voulons multiplier. »

Brigitte anime la vie du jardin, tandis que Gilles contribue à l’entretien et au design. Tout en discutant des nouveaux plans d’agencement du lieu, les deux complices dégustent une carotte tout juste déterrée : « Ça c’est de la carotte, de la vraie ! »

Un conducteur de train s’approche et vient bavarder quelques instants. « Alors, comment va notre petit potager ? Ça m’a redonné envie de cultiver un peu de légumes dans mon jardin. Et puis c’est sympa comme endroit, pour les voyageurs. »

D’autres membres du personnel de la gare viennent, le temps d’une pause, humer quelques fleurs... Pour mettre la main à la pâte ou tout simplement s’accorder un moment de détente au pied d’un arbre, tout le monde a accès au jardin. « La gare permet de faire participer tout le monde, et pas que les écolos ! On a vraiment envie que les gens puisse expérimenter le « rapport » avec la terre, la nature », dit Brigitte.

Plus tard dans la journée, une bande de jeunes s’installe au soleil, sur les petits bancs en pierre. « C’est super comme endroit, dit l’un d’entre eux. Quand on attend quelqu’un ou qu’on a juste envie de traîner un peu à la gare, ça fait plaisir de pouvoir se poser ici. Ça change des gares habituelles et ce serait chouette de faire ça un peu partout ! »

- Dans le jardin de la gare, chacun peut faire une pause, « traîner » au soleil, découvrir l’agro écologie… Et pourquoi pas, goûter les légumes. -

« Même en ville, un sol vivant »

A l’origine du Gar’den, un projet intitulé « Gare à toi », dont l’objectif était d’« ouvrir la gare à la ville », grâce à la collaboration entre un groupe d’étudiants et diverses associations. C’est dans le cadre de forums ouverts (méthode de réunion participative, favorisant la réflexion collective), réunissant des adhérents de nombreuses organisations, que l’idée a émergé.

Gérée par l’association E-quilibres et animée par le collectif Pays d’Aix en Transition, qui a déjà lancé une douzaine de jardins collectifs dans la région, l’initiative est soutenue par la fondation SNCF, et notamment la branche « Gares et Connexions ».

« C’est un succès auprès des clients, du comité de quartier et des agents SNCF, résume Eric Chave, gestionnaire de la gare. Le jardin donne une image atypique de la gare, dans la lignée des autres aménagements réalisés, comme l’installation des pianos et autres expositions. »

Compostage, paillage forestier, arrosage goutte à goutte, végétation étagée, récupération et redistribution des graines pour pérenniser certaines plantes en voie de disparition… La conduite du jardin a été étudiée pour faire découvrir aux passants des techniques écologiques.

« L’idée, c’est de montrer que même en étant en ville, on peut bénéficier d’un sol vivant, explique Brigitte. Les gens sont massivement coupés de la nature, et on veut les amener à renouer le contact avec elle ! » Au Gar’den, on ne sème pas pour récolter soi-même, mais pour donner envie de produire localement et en abondance.

Une douzaine de bénévoles réguliers se relaie pour prendre soin des plantations, et les associations partenaires se partagent l’organisation d’animations. Les nouvelles idées ne manquent pas : amélioration du design pour créer un véritable « nid végétal », ateliers cuisine, préparation d’une ratatouille solaire… « Il est important de garder le contact avec des choses essentielles et simples, souligne Gilles. Il n’est pas question de retourner à « l’âge de fer », mais de jouer avec toutes les possibilités que la nature nous offre. »

Festival du film d’environnement 2015 : tournez ! Pascale Solana (Reporterre) Reporterre 2015/02/03 Pascale Solana (Reporterre) (3 février 2015) Festival du film d’environnement 2015 : tournez !. Reporterre. fr

Festival du film d’environnement 2015 : tournez !

Le Festival du film d’environnement se déroule jusqu’au 10 février en Ile-de-France.

Le 32 eme festival international du film d’environnement se déroule du 3 au 10 février. Comme chaque année ce sera l’occasion pour les Franciliens d’assister chaque jour à des projections en accès libre suivies pour certaines de débats ou de rencontres avec les réalisateurs dans quatorze salles d’Ile de France.

Au total, 101 films et 20 webdocumentaires venus de 41 pays classés en cinq thématiques. Le réchauffement climatique d’abord, qui sera l’objet de deux grands débats et d’une sélection de films pour comprendre l’ampleur du problème mais aussi les solutions qui se mettent en place.

Le Fife explore également les thèmes du lien de l’homme à l’animal, de l’anthropomorphisme à la peur, les enjeux de l’eau, les rapports entre santé et environnement, la redécouverte sous forme de balades des paysages urbains, et enfin les initiatives citoyennes.

Neuf prix dotés de 1 000 à 10 000 euros seront décernés par un jury composé de personnalités du monde des arts et de l’environnement réuni sous la présidence de Martin Provost. Le cinéaste et écrivain, qui a grandi au bord de la mer, explique comment au fil du temps, il a vu les choses se transformer comme le fait de devoir aller toujours plus loin pour pêche. Il craint que « le monde qu’[il] a eu la chance de connaître jeune [ne soit] mort ».

Même implication chez Emily Loizeau, membre du jury. Partagée entre ville et nature, la chanteuse évoque ses séjours réguliers dans les Cévennes où elle a découvert aux contact de ses voisins agriculteurs « qui font évoluer le paysage » les dangers de l’exploitation du gaz de schiste. Elle s’inquiète pour l’avenir de cette belle région qui risque d’être gâchée : « Jusqu’où ira-t-on pour exploiter les dernières ressources de la terre ? ». Cette citadine et jeune maman rêve de « moins de voitures dans Paris » et de « décisions politiques courageuses » parce que pour l’heure, « l’industrie nous gouverne ».

Pessimiste la sélection 2015 ? Ni plus, ni moins que les précédentes. Ces documentaires montrent surtout la complexité croissante des questions environnementales. « Quelle que soit la situation, même la plus sombre, il y a toujours quelque chose de positif qui émerge, ou bien une résistance » insistent les responsables de la sélection. Comme Sovereignty Dreaming, « La Révolte des rêves » de Vanessa Escalante (mercredi 4) qui raconte la lutte de femmes aborigènes en Australie pour empêcher l’enfouissement de déchets nucléaires sur une terre sacrée. Mais pour résister il faut connaître l’ennemi.

Ce à quoi s’est attelé la journaliste-réalisatrice Laure Noualhat dans Climatosceptiques-la guerre du climat (5 février). Son investigation au cœur du lobby des climatosceptiques montre les méthodes employées pour influencer l’opinion publique ou comment on parvient à rendre médiatiquement valable ou acceptable ce qui est scientifiquement faux.

Mais il y a aussi dans cette sélection 2015, des films résolument tournés vers l’espoir comme le documentaire de Marie-Monique Robin Sacrée croissance (mercredi 4) avec ces expériences concrètes qui dessinent la société post-croissante. 93 minutes ravigorantes et instructives avec ces regards alternatifs d’économistes sur la croissance. Ou encore, plus modeste mais tellement frais, Anaïs s’en va-t-en guerre (dimanche 8) qui raconte les difficultés et l’énergie d’une jeune femme bien décidée à devenir productrice de plantes médicinales en Bretagne. Les amateurs des spectacles nature trouveront leur compte et pourront voir en avant-première L’Envol (dimanche 8), le retour vers la liberté du plus grand aigle d’Europe.

Titres, dates et lieux des programmations sur Festival FIFE. Jusqu’au 9 février, les internautes peuvent voter sur ce site pour élire le gagnant du concours du webdocumentaire.

En Auvergne, un absurde projet de golf dévore des terres agricoles Fédération Allier Nature Reporterre 2015/02/03 Fédération Allier Nature (3 février 2015) En Auvergne, un absurde projet de golf dévore des terres agricoles. Reporterre. Tribune — Grands projets inutiles fr

En Auvergne, un absurde projet de golf dévore des terres agricoles

À Montcombroux-les-Mines, dans l’Allier, ont démarré les travaux d’un projet démentiel : un golf, que l’on ne peut qualifier autrement que d’idiot, est en train d’artificialiser 300 hectares de terre, dont des terres agricoles. Un projet similaire dans la région s’est soldé il y a quelques années par un fiasco complet.

Ce projet d’aménagement touristique, porté dans un premier temps par des japonais, ensuite par des hollandais, est ancien. Il est situé sur le territoire d’une petite commune de 350 habitants, Montcombroux-les-Mines, à l’Est du département de l’Allier.

En 2007, la SARL Société Montcombroux Golf dépose un dossier de demande d’autorisation. Ce dossier est complété en 2010, soumis à enquête publique l’année suivante, puis examiné par le CODERST de l’Allier le 30 septembre 2011. Il est finalement autorisé par le Préfet de l’Allier le 10 novembre 2011.

Le périmètre du projet s’étend sur plus de 300 hectares dans la vallée du Haut-Roudon. Il prévoit notamment :

- trois hameaux de 275 villas et 136 appartements (41 000 m2 au total) ; - un hôtel de 4 500 m2 (96 chambres) avec parking ; - un parcours de golf de 27 trous (3 boucles de 9 trous) ; - un réseau d’arrosage du golf ; - un parking de 200 places ; - un restaurant, un clubhouse, des villas, bureaux et appartements, une piscine couverte… (3 600 m2 au total) ; - un centre équestre (400 m2) ; - 4 retenues d’eau (environ 110 000 m3 au total).

Coût annoncé : 120 millions d’euros H.T. (fonds privés).

Tout cela pour un « tourisme » éclectique, à une 1 h de route de Moulins et de Vichy, et à 1 h 50 de Clermont-Ferrand !

Travaux commencés, villas mises en vente

Sur ce domaine du château de Montcombroux d’où on entend les cloches des vaches Salers des troupeaux voisins, trois années après l’autorisation, le massacre a commencé cet automne 2014 avec les premiers travaux, ceux de déboisement. 15 hectares doivent être défrichés. Sur les 300 hectares du périmètre, 75 % sont en zone agricole. 30 hectares sont des terres cultivées.

- Sur la zone -

Eu égard à la présence de plusieurs centaines de différentes espèces végétales et animales, les services de l’Etat ont été interpellés en décembre 2014 pour connaître la réalité de la procédure devant le Conseil national de la protection de la nature et des dérogations à l’interdiction de destruction des espèces ou habitats protégés, répertoriés au niveau des directives européennes (« Oiseaux sauvages » et « Habitats »), nécessaires à l’exécution des travaux. Il est toujours attendu la réponse de la Direction départementale des territoires (DDT) de l’Allier…

La DREAL auvergne vient également d’être saisie sur ce point et d’être interrogée quant au respect des dispositions de l’arrêté préfectoral interdisant la réalisation des défrichements dans les secteurs d’intérêt batrachologique et chiroptérologique entre novembre et juillet (période d’hibernation et de reproduction).

Non seulement les travaux de déboisement ont débuté mais des villas sont déjà mises en vente par la société alors, pourtant, que les permis d’aménager n’ont pas encore été délivrés voire même déposés !

Herbicides et gazon plutôt que maraîchage

Ce projet est soutenu par les élus locaux, par le Conseil général de l’Allier et son Président. Ni la SAFER ni la Chambre d’agriculture de l’Allier ne sont intervenues pour la défense du monde paysan.

En 2011, les autorités administratives et le commissaire-enquêteur avaient minimisé les arguments du mouvement associatif de protection de l’environnement, dont ceux relatifs à la réduction des espaces naturels et agricoles, à l’atteinte à la biodiversité, à l’intérêt écologique du site qui est une tête de bassin de plusieurs cours d’eaux, en particulier le Roudon, qualifié de ruisseau alors que ce petit affluent de la Loire traverse plusieurs communes avant son confluent à Diou, et de plusieurs affluents de la Besbre.

La lecture des commentaires du commissaire-enquêteur est très instructive : dans son rapport, on note par exemple, à plusieurs reprises, ses arguments contre ceux qui préconisent pour ces 300 ha le maraîchage ou l’agriculture, notamment en bio : « Ce qui ne semble pas être une tendance ni l’usage dans cette région. » !

Par contre, l’arrosage intense de pelouses, l’usage massif d’herbicides pour ne laisser pousser que l’herbe souhaitée, de taupicide et autres répulsifs pour préserver le sacro-saint gazon, ça c’est une tendance et un usage dans cette région !

La déconfiture du golf de Serbannes, dans la forêt de Montpensier, pourtant immédiatement au sud de l’agglomération Vichyssoise, n’a pas servi de leçon. En effet, un projet assez semblable avait été autorisé en 2004 (un golf, 13 lotissements, 325 villas avec piscine). Une seule villa aura finalement été construite… celle de démonstration… Elle est aujourd’hui quasiment en ruine.

Bulldozers, excavatrices et autres engins reprennent leurs œuvres de conquête salvatrice contre une nature qui doit être domestiquée !

Un collectif, composé de citoyens et militants associatifs, vient de se créer, le 6 janvier 2015. Différentes actions ont été décidées, notamment interpeller élus et décideurs sur le mode de développement qu’ils souhaitent voir mis en œuvre dans le département.

L’Âge de faire n° 94 Reporterre 2015/02/03 (3 février 2015) L’Âge de faire n° 94. Reporterre. fr

L’Âge de faire n° 94

L’Âge de faire de février est disponible ! DOSSIER : Le travail en question. Revenu inconditionnel, partage des emplois… Des pistes pour prendre du recul sur le sacro-saint turbin et la place qu’il occupe dans nos vies.

Au sommaire ce mois de février : le travail en question. Revenu inconditionnel, partage des emplois… Des pistes pour prendre du recul sur le sacro-saint turbin et la place qu’il occupe dans nos vies. Egalement TGV LYON TURIN, un reportage à Carcassonne, où dix-neuf ouvriers de l’ancienne usine Pilpa ont créé une Société coopérative de production. Ils fabriquent des glaces artisanales à partir de fruits de la région et de lait entier.

L’Âge de faire n° 94

Sommaire complet :

TGV LYON TURIN Daniel Ibanez, l’un des plus farouches opposants au projet de ligne à grande vitesse, publie un livre dans lequel il démonte ce projet « pharaonique ».

VOUS AVEZ DIT ANTHROPOCÈNE ? Le récit scientifique selon lequel l’espèce humaine exerce une influence décisive sur la planète est porteur d’idéologie. Décryptage avec l’historien C. Bonneuil.

DOSSIER : LE TRAVAIL EN QUESTION Revenu inconditionnel, partage des emplois… Des pistes pour prendre du recul sur le sacro-saint turbin et la place qu’il occupe dans nos vies.

CHALEUR HUMAINE AU COMPTOIR Une maman et son petit, des ados avec leurs éducateurs, un bénévole qui fait le service en anglais… A Besançon, le Café des pratiques est un joyeux mélange

REPORTAGE Ils s’étaient fait « manger par le capital ». Dix-neuf ouvriers de l’ancienne usine Pilpa ont créé une Société coopérative de production. Ils fabriquent des glaces artisanales à partir de fruits de la région et de lait entier. Reportage à Carcassonne.

• Mains propres sur la santé / Macron neutralise le Code de l’environnement • L’euro dans le piège de la déflation / Ça roule pas fort pour les routiers • New York : une ferme sur les toits / A Bruxelles, le jardin des sans-papiers • Coup double : deux journaux au lieu d’un pour nos abonnés ! • Lire, écouter, voir : doc actif contre stock radioactif • Faudra-t-il cultiver sa terre pour se nourrir ? • Repair Café : l’entraide et le tournevis – Le thé d’Aubrac • La chronique ayurvédique – Le « champ commun » où poussent les projets • Des communes visent le zéro déchet – L’incinérateur embrase Echillais • Fiche pratique : les instruments de la nature • Fiche pratique : du feng shui dans mon appart’ • Forum des lecteurs • Agenda, annonces, le coin des diffuseurs

« Les arts martiaux sont une écologie corporelle » Entretien avec Roger Itier Reporterre 2015/02/03 Entretien avec Roger Itier (3 février 2015) « Les arts martiaux sont une écologie corporelle ». Reporterre. Entretien — Culture et idées fr

« Les arts martiaux sont une écologie corporelle »

Si on vous dit kung-fu ? Vous pensez Fureur du dragon, Bruce Lee et coup de pied retourné dans la tête d’un méchant ! Mais Roger Itier, vice-champion du monde, parle d’écologie corporelle et insiste sur la paix. Coordonnateur fédéral des arts martiaux de Chine, il explique comment le kung-fu aide à se comprendre dans une dimension physique et psychique pour mieux vivre ensemble.

Reporterre - Quelle est votre définition des arts martiaux et quel lien faites-vous avec le vivre ensemble ?

Roger Itier - C’est une école de vie et comme le nom l’indique, une forme d’art, avec l’idée de partage et de transmission d’une expression artistique, d’une vision du monde selon des critères et des symboles. Les arts martiaux ne jouent ni la guerre, ni la paix, mais la pacification. On y apprend des techniques de combat pour prévenir la guerre !

Ces techniques corporelles, millénaires pour le kung-fu, sont nées des champs de bataille et avaient pour objectif de vaincre l’adversaire. Mais elles ont évolué vers le développement personnel. Sublimées, elles sont devenues un art de pacification voire de connaissance de soi, de cheminement spirituel.

Une bonne connaissance corporelle de soi vise l’harmonie. Une recherche d’équilibre qui concerne le corps et l’esprit. Ainsi l’équilibre physique, mental et émotionnel trouvé par l’individu se prolonge dans le collectif, par l’exemple de la maîtrise notamment. Et pour revenir à la question de départ, dans mes cours, je décline le triptyque républicain à ma façon !

- Roger Itier -

Le triptyque républicain dans les arts martiaux d’Asie… c’est-à-dire ?

Dans les cours, je complète volontiers les références traditionnelles des arts martiaux asiatiques, le confucianisme, le taoïsme et le bouddhisme, par des références culturelles qui me tiennent à cœur comme les valeurs républicaines de la France ! « Liberté, égalité, fraternité » symbolisent une façon d’être que l’on peut vivre concrètement dans les arts martiaux.

Prenez la « liberté ». Vous travaillez votre corps pour faire en sorte que tous ses constituants vous donnent force et fluidité dont découle la liberté de mouvement. Cela demande de dépasser par un travail physique et mental les facteurs limitant au niveau de la souplesse, des muscles, du rythme cardio-vasculaire, de la résistance. Mais cette aisance du corps est modérée par « l’égalité ». Comme dans le triptyque républicain, je suis libre mais dans l’égalité de mes droits avec l’autre, sans quoi vivre ensemble est difficile !

Dans le corps comment traduisez-vous l’égalité ?

Par l’équilibre recherché des postures et des mouvements : haut-bas du corps, du sommet du crâne au coccyx, avant-arrière pour l’équilibre frontal, gauche-droite pour le latéral. Il faut savoir placer la force à bon escient, être relâché ou concentré au bon moment, utiliser le bon timing du mouvement dans une efficience du geste.

Repousser ou donner un coup de poing demande de l’équilibre au moment de la réalisation du mouvement et surtout de l’impact. L’équilibre est atteint quand on parvient à aligner les segments corporels dans la bonne posture. Et on ajuste au fur et à mesure via nos capteurs sensoriels et notre mental.

Au niveau du corps, on trouve cette « égalité » quand on est en équilibre de forces, de poids, de masse. La liberté en découle ! Mais l’addition de ces deux concepts ne suffit pas. Au niveau du corps comme d’une nation, être libre et dans l’égalité avec les autres ne suffirait pas pour constituer un beau mouvement, une organisation ! La fraternité manque.

Pour moi, dans le corps, cela se traduit par la connivence, la concordance, chaque portion du corps collabore et se passe le relais pour réaliser le bon geste tandis que l’intention donnée par l’esprit guide le mouvement avec attention.

En quoi le fait de mieux se connaître soi-même permet-il de vivre avec les autres ?

C’est un préalable. Comment envisager l’autre si on ne se connaît pas soi-même. L’autre est une partie de soi qui s’inscrit dans un cercle plus large, l’humanité, même si les gens sont différents, et heureusement, nous avons des liens communs : on habite sur la même terre, on a deux bras, deux jambes, une tête, un buste !

Les arts martiaux, permettent de s’améliorer en travaillant le physique, l’esprit et l’émotionnel qui confère la stabilité. On distingue deux approches. Les styles internes comme le qi-gong ou taï-chi sont plus tournés vers l’intériorité, la respiration. Ils font échos au style externe communément appelé kung-fu, avec ses mouvements basés sur la rapidité et la force, et où le physique est très important.

Les jeunes vont être plus sensibles aux styles externes, les plus âgés, les quadras, vont s’orienter vers l’interne. L’exalté gagnera à compléter sa pratique avec des formes internes, pour gagner en contrôle de soi et de son corps, non pas par la force d’ailleurs, mais par la tranquillité et l’apaisement !

On peut dompter son corps en le fatiguant par exemple, et le contrôler par la douceur. Un introverti, gagnera a explorer le kung-fu ! La porte d’entrée diffère selon les styles et les individus mais les voies se rejoignent. L’homme y est appréhendé dans sa globalité, avec un QI, mais aussi un QP et un QE ce qui fait de lui quelqu’un d’équilibré en toutes choses. Je rapprocherais les arts martiaux d’une forme d’écologie corporelle !

DR

Pouvez-vous préciser ?

C’est une façon d’utiliser avec respect les ressources naturelles de son corps, de les économiser dans un but d’efficacité. De dépenser un minimum d’énergie et de rechercher un maximum de cohérence à tous les niveaux.

A noter aussi que les arts martiaux surtout chinois cultivent un lien étroit avec la nature, par l’observation des animaux, des constituants du paysage qui ont inspiré les techniques. Les postures font écho au vivant.

La symbolique des cinq éléments dans la création de l’univers taoïste, terre, feu, métaux, eau, bois a imprégné les arts martiaux qui voient dans la naissance et la mort, non pas un début et une fin, mais deux pôles toujours traversés par la vie.

- Propos recueillis par Pascale Solana

Aller plus loin

- Le concept d’"écologie corporelle" a été initié par Pol Charoy et Imanou Risselard. Voir notamment le livre qu’ils ont écrit, Wutao, pratiquer l’écologie corporelle (ed. Guy Tredaniel).

- Conférence « Les valeurs martiales au quotidien » le 27 mars à 19.30 au centre tao Paris, 144 bd de La Villette, 75019 Paris.

- Le qi gong pour la femme enceinte, de Roger Itier, Ed. EM

- Le tai chi pour la femme enceinte, de Roger Itier, Ed. EM

Sivens : les milices pro-barrage agissent dans l’impunité alors que l’expulsion de la Zad se dessine Camille Martin (Reporterre) Reporterre 2015/02/03 Camille Martin (Reporterre) (3 février 2015) Sivens : les milices pro-barrage agissent dans l’impunité alors que l’expulsion de la Zad se dessine. Reporterre. Grands projets inutiles fr

Sivens : les milices pro-barrage agissent dans l’impunité alors que l’expulsion de la Zad se dessine

Le 11 février au plus tôt, le tribunal d’Albi rendra sa décision sur l’ordonnance d’expulsion de la Zad de Sivens. Sur le terrain, les milices pro-barrages entretiennent un climat de violence, sous l’oeil indifférent de la gendarmerie. Mais le préfet cherche l’apaisement, et devrait rencontrer les occupants jeudi 4.

Actualisation mercredi 4 février :

Mardi, le tribunal de grande instance d’Albi a à son tour demandé le report de l’audience sur demande des occupants. Celle-ci a été fixée à vendredi 10 heures 30. Sauf surprise, aucune intervention policière ne semble attendue sur le site durant cette semaine. Par ailleurs, la semaine dernière, le Préfet du Tarn a envoyé pour la première fois une lettre aux occupants, proposant de les rencontrer "dans un lieu neutre". La réunion devrait avoir lieu ce jeudi dans la journée. Dans un communiqué les occupants, tout en maintenant une grande vigilance sur l’avenir du projet, précisent : "Dans le contexte du 1er février, avec le laisser-faire et le laxisme dont ont fait preuve les gendarmes face aux exactions des extrémistes sur la population opposée au barrage (sorte de "Mexicanisation" comme on a pu l’entendre des victimes), avec la procédure d’expulsion enclenchée, on apprécie les gages d’apaisement et le ton conciliant du "chef de cabinet" du Préfet."

- Toulouse, correspondance

« Ce qui se passe est hallucinant » ! Les opposants au barrage de Sivens ne reviennent toujours pas de ce qui s’est déroulé ce dimanche 1er février. Durant toute la journée étaient prévues des activités naturalistes et conviviales sur la zone du Testet, à l’occasion de la Journée mondiale des Zones Humides. Le Collectif Testet et l’association naturaliste APIFERA organisaient l’évènement. Sauf que, dès le matin, des groupes d’agriculteurs et de riverains étaient présents et barraient tous les accès à la zone.

« On sentait une pression qui montait depuis plusieurs semaines mais on ne s’attendait pas à ça », raconte Paul, présent sur place : « Ils ont bloqué les routes, et patrouillaient en quad sur tous les chemins donnant accès à la zone ». Ils, ce sont les pro-barrages, ou plus clairement « anti-zadistes ». Rassemblant agriculteurs favorables au projet, riverains et militants locaux d’extrême droite, ils se rassemblent en demandant le départ de la zone des « peluts », patois de « pelés », désignation péjorative et injurieuse à l’intention de celles et ceux qui ne « sont pas du pays » - les zadistes et leurs soutiens.

Ces riverains ne parviennent pas à concevoir que des habitants « du cru » soient contre le projet de barrage. Durant toute la journée, les accès à la ZAD ont été bloqués, pour une part par ces groupes et d’autre part par les gendarmes. Ces derniers semblaient d’ailleurs s’accommoder de ces opérations pourtant illégales, discutant avec les bloqueurs de manière cordiale sans leur intimer l’ordre de partir.

Des milices violentes et menaçantes

Pourtant, les motifs d’interpellation ne manquent pas. Dès le matin, un opposant a découvert sa voiture, garée à proximité de la zone, les quatre pneus crevés. Plus tard dans la journée, alors qu’une réunion de crise s’organisait chez un particulier à Gaillac, une petite dizaine d’anti-zadistes ont débarqué et tenté de forcer l’entrée, armés d’armes de fortune, barre de fer, pioche, masse… Plus loin, d’autres opposants ont découvert le pare-brise de leur camionnette défoncé à coup de masse.

L’organisation de ce groupe ne laisse aucun doute si l’on en juge par l’habillage commun, treillis militaire ou un sweat-shirt portant l’inscription : « Club anti PLP, soutien aux gendarmes de Sivens ».

Même un élu, agriculteur, producteur de céréales et irrigant, a fait les frais de ces milices. Patrick Rossignol, maire de la commune de Saint-Amancet, a fait partie de ces élus locaux qui ont mis en garde sur de possibles dérives violentes début septembre lors du déploiement massif des forces de l’ordre pour protéger le chantier.

Ce dimanche, il venait sur place pour s’informer sur la zone humide et « apporter quelques vivres aux occupants ». Comme les autres, et malgré sa qualité d’élu, on lui a barré le passage. Il s’est retrouvé ensuite à Gaillac avec les opposants et a assisté à l’arrivée de ce groupe « habillé de treillis militaire et avec des barres de fer et des manches de pioche ». Tentant de rejoindre son véhicule après la réunion, il découvre avec stupeur « le pare-brise et les vitres latérales totalement explosés. On voyait même clairement les marques des barres de fer ». La raison ? « Il semblerait qu’ils aient pris en photo mon véhicule quand j’ai tenté de me rendre sur la zone. »

Une inaction coupable de la gendarmerie locale

Alors que Patrick Rossignol se rend à la gendarmerie de Gaillac pour porter plainte, comme d’autres, le même groupe, toujours aussi équipé, revient et tente de nouveau d‘agresser physiquement les opposants au barrage attendant leurs camarades à l’intérieur de la gendarmerie. Les personnes sur place témoignent « du calme conservé tout le long par les opposants au barrage pour justement éviter que la situation dégénère ». Un journaliste pour un média indépendant s’est alors fait arracher son appareil photo, piétiné et détruit. Une journaliste toulousaine a eu plus de chance et est parvenue à sauver son micro qu’un gros bras tentait de lui arracher des mains.

Tous ces événements se déroulaient devant le commissariat lui-même. Lorsqu’une des personnes a alerté les gendarmes, ceux-ci ont répondu : « Mais non, ils n’ont rien dans les mains ».

Devant la montée de l’hostilité manifestée par le groupe de miliciens, les gendarmes ont fini par sortir, pour séparer les groupes, récupérer une des barres de fer lancée contre la grille du bâtiment… et laisser partir les miliciens pro-barrage comme si de rien n’était. « Comment est-il possible d’avoir des groupes armés et équipés ainsi qui patrouillent dans les rues de Gaillac sans que la police n’intervienne ? » interroge un opposant.

Ce comportement de la gendarmerie a fait réagir des citoyens participants à la coordination et opposants au barrage de Sivens, le Parti de Gauche Tarn et le NPA 81 dans un communiqué : « Pro-barrages et gendarmes, même combat ? ».

Sur ce comportement récurrent des milices et de la gendarmerie, les syndicats d’agriculteurs pro-barrage ne disent mot, ou plutôt avertissent comme toujours que si le projet ne se fait pas et la ZAD n’est pas évacuée, ils ne seront pas en mesure de retenir des velléités violentes de certains agriculteurs et déplorent que l’Etat n’intervienne pas plus rapidement. S’ils n’appuient pas ouvertement ces comportements, ils ne les remettent en cause à aucun moment et nous avons pu observer une certaine bienveillance de la part des responsables agricoles sur de telles actions d’intimidation en décembre dernier.

Ce lundi soir, la Fédération régionale des Syndicats d’Exploitants Agricoles de Midi-Pyrénées annonçait par communiqué un nouveau pas dans leur mobilisation en faveur du projet : « Tant que l’Etat ne sera pas capable de faire respecter sa volonté et le droit à Sivens, il ne sera pas accepté un quelconque contrôle par les agents de l’Etat en Midi-Pyrénées ».

Expulsion de la ZAD attendue dans les prochaines semaines

Parallèlement, la sortie de crise n’est toujours pas claire en ce qui concerne le projet en lui-même. Les occupants de la zone maintiennent toujours leur revendication d’un abandon total du projet. La semaine dernière, un huissier est venu sur la zone du Testet constater l’occupation et notifier les occupants de l’illégalité de leur présence.

Lundi 2 février après-midi, une première audience avait lieu concernant l’expulsion de la ferme de la Métairie Neuve. Me Dujardin, avocate des occupants, nous indiquait que « l’audience a été renvoyée au 11 février, afin que tout le monde puisse disposer d’un avocat et constituer sa défense ». Selon elle, « sans qu’on ne soit sûr de rien, il semble que la justice ne soit pas aussi expéditive qu’elle l’a été à l’automne dernier où elle refusait systématiquement les renvois de jugement ».

Ce mardi 3 février, une nouvelle audience se déroule à Albi concernant les autres parcelles occupées sur la zone, notamment à proximité du lieu de la mort de Rémi Fraisse. Si beaucoup craignent une expulsion rapide dès le rendu du jugement à la mi-février, la ministre de l’Ecologie, Ségolène Royal, ainsi que le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve ont déclaré que celle-ci interviendrait dès le vote le 6 mars prochain de la décision du Conseil Général concernant l’avenir du barrage de Sivens.

Les conseillers généraux devront alors trancher entre les deux scénarios, élaborés par les experts dans la précipitation entre le mois de décembre et de janvier, et qui nécessiteront dans tous les cas des études supplémentaires et probablement une nouvelle enquête publique. Hasard du calendrier : cette décision interviendra une semaine avant les élections départementales. Dans ce département du Tarn, l’enjeu de Sivens sera certainement central pour en déterminer l’issue.

« Sans le cannabis, aujourd’hui, je serais mort » Entretien avec Bertrand Rambaud Reporterre 2015/02/04 Entretien avec Bertrand Rambaud (4 février 2015) « Sans le cannabis, aujourd’hui, je serais mort ». Reporterre. Entretien — fr

« Sans le cannabis, aujourd’hui, je serais mort »

Le Sénat débat mercredi 4 février d’un projet de loi porté par les écologistes visant à autoriser l’usage et la vente contrôlée du cannabis. Malade du sida, Bertrand Rambaud explique l’enjeu de santé publique que représente le cannabis médical.

Bertrand Rambaud est atteint du VIH depuis près de trente ans. Seul le cannabis parvient à soulager ses douleurs et l’aide à supporter la trithérapie. En juin dernier, il a été condamné pour l’usage du stupéfiant, mais... dispensé de peine. Défendu par Me Joseph Breham, il a décidé de faire appel de cette décision. Président de l’UFCM-iCare, il se bat pour faire reconnaître la plante comme un remède naturel et un médicament de phytothérapie, dans l’attente de son procès en deuxième instance.

- Bertrand Rambaud -

Reporterre - Vous vous battez devant la justice pour la reconnaissance du cannabis thérapeutique. Comment en êtes-vous arrivé là ?

Bertrand Rambaud - Je suis séropositif depuis 1984. Il y a une quinzaine d’années, avec les traitements, je ne parvenais plus à m’alimenter. Je n’arrivais plus à dormir, j’avais perdu 25 kilos. J’ai rencontré des cultivateurs allemands qui m’ont parlé de cannabis thérapeutique. En France, on commençait à peine à en entendre parler. J’avais déjà tout essayé, alors pourquoi ne pas tenter ça ? Le résultat, c’est que ça m’a permis de reprendre du poids et donc de recommencer mes traitements.

En fait, je suis intolérant aux antirétroviraux et le cannabis me permet de supporter les effets secondaires. Sans le cannabis, je ne peux plus prendre les antirétroviraux. D’ailleurs, quand la police m’a arrêté et est venue saisir mes plants de cannabis, j’ai dû arrêter dans la foulée de prendre les médicaments contre le VIH. J’ai de nouveau perdu 14 kilos et il a fallu chercher un autre traitement…

Le cannabis est donc un médicament qui vous permet de supporter les autres traitements ?

C’est un des médicaments qui me permettent de respirer aujourd’hui. D’ailleurs, j’ai trois attestations de médecins, dont deux professeurs spécialistes du VIH, qui expliquent que sans le cannabis aujourd’hui, je serais mort.

J’en suis à ma dix-septième trithérapie... Les nutritionnistes et les toxicologues qui me suivent disent que mon organisme est empoisonné par les produits chimiques. Or, ce sont tout de même ces produits qui me permettent de rester en vie. La plante de cannabis, grâce à ses vertus anti-oxydantes et anti-douleur, me permet en fait de prendre ces traitements agressifs. C’est un paradoxe. Et pour moi, le cannabis thérapeutique ne peut être qu’un cannabis naturel.

C’est-à-dire ?

Le cannabis naturel, c’est utiliser la plante entière comme un médicament, un médicament qui est beaucoup plus abouti qu’une extraction de plusieurs cannabinoïdes qu’on mettrait ensemble. Cela signifie qu’on parle de la plante en tant que telle, et non d’un médicament composé à partir d’une molécule du cannabis et fabriqué en laboratoire.

Le problème actuel pour les laboratoires pharmaceutiques, c’est qu’ils ne peuvent pas breveter le cannabis tel qu’il existe naturellement. Il y a plus de 400 composants dans la plante, donc ils sont obligés de procéder par extraction pour produire des médicaments.

Et puis le cannabis naturel, c’est aussi échapper aux problèmes liés au marché noir. Le cannabis que l’on consomme médicalement ne peut pas être coupé et mélangé avec d’autres produits, et vendu au bas d’une tour par quelqu’un qui n’est là que pour se faire de l’argent. Et malheureusement, aujourd’hui, en dehors du marché noir… Pour ceux qui ont les moyens, c’est la prescription dans d’autres pays européen, où c’est légal comme en Allemagne ou aux Pays-Bas, et pour les gens qui ont moins de moyen, c’est l’auto-production.

Qu’attendez-vous du projet de loi sur l’usage contrôlé du cannabis qui arrive aujourd’hui au Sénat ?

Je n’ai pas eu les détails du projet de loi, mais il est temps de reconnaître le cannabis médical. Il faut sortir de cette hypocrisie dans la politique française concernant son usage, où l’on entretient l’amalgame entre le cannabis récréatif et le cannabis médical. Tout part de là, et aujourd’hui, on se sert de cet amalgame pour interdire le cannabis au prétexte que c’est un produit dangereux.

Et pendant ce temps-là, nous sommes de nombreux malades à attendre l’autorisation du cannabis thérapeutique. Entre la sclérose en plaques, le VIH et toutes les maladies neurodégénératives, on doit être plus d’un million de patients qui espèrent un traitement à base de cannabis pour se soulager et continuer à vivre.

- Propos recueillis par Barnabé Binctin et Lorène Lavocat

Près d’Agen, une Zad pour que « les bulldozers n’aillent pas plus vite que la justice » Emmanuel Daniel (Reporterre) Reporterre 2015/02/04 Emmanuel Daniel (Reporterre) (4 février 2015) Près d’Agen, une Zad pour que « les bulldozers n’aillent pas plus vite que la justice ». Reporterre. Reportage — Grands projets inutiles fr

Près d’Agen, une Zad pour que « les bulldozers n’aillent pas plus vite que la justice »

Près d’Agen, la guerre qui oppose l’économie à l’écologie est livrée autour d’un projet de zone d’activité. Les promoteurs y voient la promesse d’emplois, les opposants un gaspillage de terres agricoles et un déni de démocratie. Une ZAD a vu le jour sur le terrain d’un des agriculteurs concernés tandis que des procédures judiciaires sont en cours.

- Agen, reportage

Agen est économiquement sinistrée et déplore un taux de chômage de 18,6 %. Les élus de l’agglomération ont trouvé la parade : le Technopole Agen Garonne (TAG). Cette zone d’activité économique « haute qualité environnementale » viendrait selon eux créer 4000 emplois en vingt ans. Le chantier, dont le coût estimé est de 65 millions d’euros, devrait commencer à l’été 2015 sur la commune de Sainte-Colombe-en-Bruilhois.

Mais il y a un hic : le technopole viendrait recouvrir de béton 220 hectares de terres agricoles particulièrement fertiles. Une dizaine d’agriculteurs et une vingtaine d’habitations sont concernées. Depuis 2010, l’association Très grande vigilance en Bruilhois et en Agenais a été créée pour s’opposer au projet.

Des élus EELV, la Confédération paysanne, le Modef (Mouvement de défense des exploitants familiaux) et même la FDSEA (branche départementale du syndicat agricole majoritaire), ont rejoint le mouvement. Et, depuis le 13 décembre, des zadistes occupent légalement le terrain d’un des agriculteurs menacé d’expropriation (voir encadré ci-dessous).

- Sur la Zad de Sainte-Colombe-en-Bruilhois -

Le syndrome de l’élu bâtisseur

Pour justifier la création du TAG, l’agglomération assure que la dizaine de zones d’activités entourant Agen sont saturées. Jean-Marc Gilly, maire d’Estillac, favorable au projet, explique que dans l’Agropole, la zone économique située sur sa commune, « tout est plein. Il y a urgence à ouvrir des terrains économiques ». Pour lui, l’Agropole est un « succès » qui assoit la légitimité du projet de TAG.

Bernard Péré, conseiller régional EELV relativise : « Il a fallu vingt ans pour remplir soixante-dix hectares de l’Agropole alors que la situation économique était tout autre. Combien en faudra-t-il pour remplir 200 hectares ? »

Pour lui, le projet est surdimensionné. « J’espère qu’on sera un jour en nécessité de construire de nouvelles zones pour faire face au développement économique, mais pour l’instant, j’aurais préféré qu’on optimise au fur et à mesure ce qui existe déjà. »

Il s’appuie sur un rapport du cabinet CODE, rendu en 2009, qui estime que 55 ha sont encore à commercialiser sur les zones existantes et que 290 ha peuvent être dégagés dans l’agglomération en requalifiant l’existant. « Les promoteurs du projet pensent que les infrastructures créent de l’emploi. Je pense plutôt que c’est en fédérant les acteurs économiques et en mutualisant que l’on crée de l’activité », dit l’élu.

À l’instar des opposants, le Conseil général demandait, lors de l’enquête d’utilité publique, une « étude détaillée des disponibilités foncières sur le territoire et notamment sur les espaces à proximité des pôles économiques existants ». Sans s’opposer au projet, son président, Pierre Camini, a émis « des réserves sur la taille et le calendrier de réalisation prévisionnel de cette zone ».

Un an plus tard, il estime avoir été entendu : « J’avais milité pour un phasage, en cela on a été suivi. Le déploiement sera progressif en fonction de l’activité. Je n’avais pas d’opposition de fond à ce que le technopole se fasse. Je mettais un bémol sur la communication de l’Agglo. Ils voulaient tout aménager tout de suite alors que c’est ridicule. Je ne crois pas à un aménagement de 200 hectares dans les cinq ans qui viennent ».

La première tranche de 60 hectares doit être livrée à l’été 2016. Le calendrier prévoit ensuite un aménagement en cinq phases qui devrait s’étaler jusque 2029 et au-delà. Mais ce phasage ne répond pas aux attentes des opposants qui réclament toujours un aménagement de l’existant.

« C’est le même débat que pour la LGV où l’on veut construire du neuf alors qu’il y a des lignes à rénover. C’est le syndrome des élus qui veulent montrer qu’ils font des choses. Ils veulent du visible, des nouveaux projets, et les intégrent sur une carte sans se soucier de la réalité du territoire et des gens qui vivent dessus », dénonce Christian Crouzet, porte-parole de la Confédération Paysanne 47.

Une projet démesuré

On pourrait s’étonner du fait que Serge Bousquet-Cassagne, président de la Chambre d’agriculture, soutienne ce projet gourmand en terres agricoles. Mais il le justifie au nom de l’emploi : « En tant qu’agriculteur, voir des terres s’artificialiser me plaît moyennement. Mais on est aussi des citoyens. Demain, les écoles se videront des gosses s’il n’y a plus d’ouvriers. Je défends l’avenir de mes enfants et de la ruralité en laissant faire cette zone », plaide cet agriculteur fort en gueule. Il s’insurge contre « ces écolos qui sont contre tout », « vivent dans un monde de Bisounours » et « veulent laisser mourir le département ».

Suzanne, riveraine et opposante de la première heure fait partie de ces écolos "Bisounours" et dénonce les arguments des défenseurs du TAG : « Ils partent de problèmes réels mais apportent de fausses solutions. Bien sûr que l’emploi est un enjeu. Mais il y a d’autres moyens d’y faire face », pense-t-elle.

Les opposants craignent qu’en voulant relancer l’industrie, les élus pénalisent l’agriculture : « Il ne faut pas oublier que l’emploi agricole existe. C’est la première force économique du territoire. Il est très difficile pour les jeunes de s’installer. Et il y a peu de foncier disponible. Dès qu’il y en a qui se libère, les gens sautent dessus. Que les pouvoirs publics créent des réserves foncières d’accord. Mais qu’ils les mettent à disposition des jeunes agriculteurs », défend Jean-Luc Poli de la FDSEA. Christian Crouzet renchérit : « L’agriculture péri-urbaine est créatrice d’emplois de proximité à faible impact environnemental. C’est ce qu’ils veulent non ? »

Il ajoute que « si on continue à détruire des terres agricoles de qualité, on va faire travailler les jeunes agriculteurs qui veulent s’installer sur des terres ingrates, et dans un contexte de concurrence, ce sera compliqué pour eux. Il faut que les élus locaux prennent en compte cette réalité ».

En outre, les opposants doutent de la réalité des créations d’emplois. L’Agglomération s’est engagée à ne pas délocaliser d’entreprises locales pour les installer sur la nouvelle zone. Pourtant, Bruno Dubos, le maire de Foulayronnes, annonce qu’une des entreprises de sa commune a été contactée par l’agglomération afin de délocaliser son activité.

« Mon inquiétude est que ce projet débouche sur un transfert de richesses d’une commune à l’autre. Je me demande s’il ne va pas falloir prendre du recul », réfléchit l’élu qui pourtant n’était pas opposé au projet au départ. Surtout que ce démarchage d’entreprises locales n’est pas un cas isolé. « Je ne suis pas le seul élu de l’agglomération à être dans cette situation », affirme Bruno Dubos.

Un peu plus loin, à Pont-du-Casse, un membre de la coopérative De Sangosse affirme également que son entreprise a été approchée dans le même but. « Ils n’arrivent pas à remplir la zone alors ils démarchent des locaux pour justifier sa création », analyse-t-il.

Une situation anticipée par le Conseil général pendant l’enquête publique : « La superficie de cette zone [...] pourrait amener des entreprises endogènes à se déplacer sur ce site en générant des friches industrielles sur d’autres sites de l’agglomération d’Agen ». Contactée à plusieurs reprises, l’agglomération n’a pas donné suite à mes demandes d’entretien. Elle a néanmoins annoncé à Sud-Ouest qu’une entreprise avait déjà signé un compromis de vente et qu’une autre était en pourparlers.

Artificialisation à marche forcée

Les opposants dénoncent en premier lieu l’artificialisation des terres agricoles liées au projet. Selon le ministère de l’Ecologie, la progression des surfaces artificialisées est quatre fois plus rapide que la croissance démographique. Rien que dans le département, 17 900 hectares agricoles ont disparu entre 2000 et 2010. Des chiffres qui ne semblent pas émouvoir le président de la Chambre d’agriculture.

« Nous sommes face à des écolos qui sont dans le déni de réalité et souhaitent qu’on ne touche pas à la nature. Mais la nature est faite pour que les hommes qui sont là la domptent et la façonnent. » Il argue qu’il existe au bas mot 20 000 hectares de friches agricoles sur le département. « Alors, qu’est ce que vous voulez que représentent deux-cents hectares de terres qui vont entre guillemets s’artificialiser ? Ça va produire autre chose que des légumes, des boulons par exemple », raille-t-il.

Un argument qui fait bondir Jean-Luc Poli de la FDSEA : « Justement ! Quitte à artificialiser, autant le faire sur des terres médiocres et inutilisées plutôt que d’exproprier des agriculteurs en activité et d’utiliser des terres alluviales de Garonne, de première catégorie et de haute qualité agronomique. »

L’agglomération assure que les exploitants concernés par la zone sont dédommagés ou se voient proposer d’autres terres à proximité. Jean-Luc Poli affirme « qu’ils n’arrivent pas à retrouver du foncier pour tous ceux qui vont être expropriés. Pour ceux qui veulent arrêter leur activité, ce n’est pas un problème, mais pour les autres ? »

« Il y a une concurrence pour les terres au niveau planétaire, les Chinois achètent des terres en Afrique et nous on les gaspille », dénonce Christian Crouzet. Surtout que les 220 hectares en question ne sont pas n’importe quelles terres. « C’est un trésor que l’on a sous nos pieds », dit-il.

Jean-Christophe Robert, président de Filière Paysanne, association engagée dans la préservation des terres agricoles, rappelle que ces terres reposent sur une des plus importantes nappes phréatiques du département et met en évidence un paradoxe : « À Sivens on veut construire un barrage pour irriguer des champs, et ici on veut artificialiser des terres qui sont naturellement irriguées. »

Incertitudes autour de la LGV

Le technopole est partout présenté comme étant un élément d’un projet plus global qui comprend le passage de la ligne LGV, la création d’une nouvelle gare et de ses infrastructures ainsi qu’un nouvel échangeur autoroutier, un pont et un barreau routier.

Pour les défenseurs du TAG, ces infrastructures rendraient la zone facilement accessible par train et par route, dynamiseraient l’économie et, regroupées sur un seul espace, elles limiteraient les nuisances et l’emprise au sol.

« C’est un projet d’aménagement et de développement global », explique le président du Conseil général. Sauf que les infrastructures sur lesquelles s’adossent le projet sont remises en question, et notamment la ligne LGV Bordeaux-Toulouse. « La pertinence de ce projet est, dans les circonstances actuelles, très incertaine », déclarait la Cour des comptes dans un rapport récent.

Lors de l’enquête d’utilité publique, le président du Conseil général faisait également valoir que le nouvel échangeur autoroutier en projet « ne trouvera sa pleine utilité que lorsque la gare LGV sera en service, l’échangeur actuel n’étant pas saturé ». Quant au barreau routier et au pont, le Conseil général indiquait, toujours dans l’enquête d’utilité publique, que « aussi bien la contrainte financière liée aux capacités budgétaires des collectivités que les nécessités techniques rendent l’objectif d’une réalisation à court terme peu réaliste, sinon complexe ».

Malgré tout, Pierre Camani affirme aujourd’hui que « cela ne remet pas en cause l’économie du projet ». Dans leurs prises de paroles, les défenseurs du projet s’expriment toujours comme si la réalisation de ces infrastructures étaient évidente et continuent de s’en servir pour justifier la pertinence du TAG.

En outre, si toutes ces infrastructures voyaient le jour, c’est selon les opposants près de six-cents hectares qui seraient artificialisés selon les opposants. L’agglomération conteste le chiffre mais, à ma connaissance, n’en propose pas d’autres.

Une concertation pour la forme

Le projet de TAG est passé à travers tous les filtres administratifs et a reçu le blanc-seing de toutes les autorités compétentes. Des réunions de concertation ont également été organisées. Mais les opposants dénoncent un « simulacre de démocratie ». « Lors d’une réunion publique, on nous a dit : ‘Le projet est acté, on va vous l’expliquer’, se rappelle Suzanne. Je n’ose même pas appeler ça de la concertation. »

Néanmoins, les opposants ont joué le jeu de l’enquête d’utilité publique. Des dizaines de contributions ont été déposées comprenant notamment des propositions alternatives. Mais comme le conclut le commissaire enquêteur : « Aucune des remarques formulées lors de l’enquête publique ne remet en cause le projet. »

« Comme d’habitude, l’enquête d’utilité publique va dans le sens de ceux qui la demandent », note Bernard Péré. Quant à la concertation, pour lui, « il n’y en a pas eu. Il y a concertation quand les propositions alternatives sont étudiées avec autant de sérieux que la proposition initiale. Ici, elles ont été ignorées au mieux, sinon ridiculisées ».

Conflits d’intérêts

La bataille autour du projet de TAG se joue aussi sur le terrain judiciaire. Les opposants soupçonnent les élus de Sainte-Colombe-en-Bruilhois d’avoir tiré personnellement profit des opérations foncières réalisées dans le cadre du projet.

« Le PLU [plan local d’urbanisme] fait l’objet d’un contentieux pour prise illégale d’intérêts : au gré des opérations d’urbanisme, un certain nombre de conseillers ont rendu leur terrains constructibles alors que des habitants ont vu leur terrain devenir non constructibles », raconte Etienne Tête, avocat qui suit le dossier (et par ailleurs conseiller régional EELV).

La municipalité n’a pas donné suite à mes sollicitations afin de « ne pas alimenter la polémique ». À noter qu’ils n’ont pas non plus voulu me communiquer le dossier de l’enquête d’utilité publique, probablement afin de « ne pas alimenter la polémique ».

Mais ce n’est pas tout. La procédure elle-même est mise en cause. « Les élus municipaux ont cru que pour ne pas être considérés comme intéressés, il suffisait de ne pas participer au vote. Je n’ai jamais vu ça ! Mais comme ils sont tous partie prenante d’un système mafieux, ils n’étaient pas assez nombreux pour atteindre le quorum [nombre de présents nécessaires pour que le vote soit valide] ».

En plus de la procédure au pénal pour prise illégale d’intérêts, l’annulation du PLU est donc demandée. La déclaration d’utilité publique est également attaquée. En cause, le caractère démesuré du projet et la non prise en compte des alternatives.

Mais outre la bataille juridique, c’est une bataille idéologique qui est en cours. D’un côté les porteurs du projet défendent l’emploi et ne voient réglementations et terres agricoles que comme des obstacles à la croissance. De l’autre des opposants qui, non sans se soucier du dynamisme économique de leur territoire, refusent que l’écologie soit sacrifiée sur l’autel de l’emploi.

JOSEPH BONOTTO, L’IMPROBABLE ZADISTE

- Au centre, Joseph Bonotto -

« Je me sens moins seul, heureux, soulagé », déclare Joseph Bonoto, 64 ans, solide gaillard au ton bourru, à la nuée de journalistes qui l’entourent. Et pour cause, une soixantaine de personnes ont répondu à son appel à occuper la dizaine d’hectares de terres qui lui appartiennent et qui sont menacées par le projet de TAG. Sur son terrain, des élus, des responsables syndicaux mais aussi des zadistes, venus des alentours ou d’autres zones de lutte pour donner un second souffle à la mobilisation qui peinait jusque là à décoller.

L’affaire avait pourtant bien commencé. Dès 2010, l’association TGV BA (Très Grande Vigilance en Bruilhois et en Agenais) qui réunit une vingtaine de propriétaires concernés par le projet de Technopole, est créée. Mais le collectif d’opposants devient peu à peu une coquille vide.

« Les propriétaires ont progressivement accepté le rachat de leurs terres. L’agglo est d’abord allé voir les plus fragiles : un agriculteur avec un enfant handicapé, un couple en instance de divorce... », raconte Joseph Bonotto qui dénonce des « procédés écœurants ».

Deux ans plus tard, les offres de rachat ou de compensation ont eu raison de la plupart des opposants. Avec sa femme, ils se retrouvent seuls ou presque à lutter. La grande gueule de Joseph Bonotto n’arrange pas les choses. Un voisin me dit qu’il « soutient la lutte mais pas le personnage ».

Dans le voisinage, l’ambiance n’est pas à la révolte. Même si parmi la quinzaine de riverains que j’ai pu rencontrer, tous sont opposés au projet, la plupart semblent s’être fait une raison. « Ils ne feront pas marche arrière », résume une cinquantenaire.

Les Bonotto, eux, ne renoncent pas. Faute de trouver suffisamment de soutien dans la commune, ils font appel à Filière Paysanne qui a déjà sauvé des terres agricoles du bétonnage dans d’autres départements. C’est son président, Jean-Christophe Robert, qui souffle l’idée d’un appel à occupation. Quinze jours plus tard, les zadistes débarquent et le premier tipi est monté, légalement, sur les terres de l’agriculteur.

Zadiste inattendu

Pourtant, Joseph Bonotto n’a rien d’un révolutionnaire. Pendant trente ans, il a été un entrepreneur dans le négoce de fruits et légumes avant de devenir agriculteur il y a une vingtaine d’années. Sur ses douze hectares de terre, il employait une dizaine d’ouvriers agricoles qui logeaient dans des maisons qu’il avait fait construire pour louer afin de « palier aux aléas du métier d’agriculteur ».

Dès l’annonce de l’occupation, les promoteurs du projet ont dit que les zadistes étaient manipulés par Joseph Bonotto en rappelant qu’il y a peu, celui-ci voulait lui-même bétonner en devenant « promoteur de ses terres ». Il est vrai que sa position est ambigüe.

Interrogé par les zadistes au cours d’une assemblée, il ne nie pas et explique que « comme beaucoup d’agriculteurs, je voulais me protéger des aléas du métier et préparer ma retraite. À l’époque j’étais seul, je faisais ce que je pouvais pour défendre mes intérêts. Aujourd’hui, la donne est différente, je ne suis plus seul à décider », précise-t-il, en assurant que les occupants seraient associés aux discussions futures.

Recontacté quelques semaines plus tard, il précise : « J’ai fait une première proposition à l’agglo de garder mes terres, elle a été refusée. Une deuxième qui était de garder six hectares et de leur vendre le reste : refusée également. Là, l’avocat m’a dit qu’il fallait négocier, qu’il ne savait plus quoi demander, alors je leur ai dit : laissez-moi mes terres, je vais les vendre moi-même pour qu’on les lotisse ».

Aujourd’hui, en cas d’abandon du projet, il s’engage à garder les terres agricoles : « Je garde les trois hectares autour de ma maison et je donne les sept autres pour faire des jardins partagés ou un projet agricole alternatif ».

Deux des personnes qui faisaient partie des premiers occupants ne doutent pas de sa bonne foi. Les zadistes eux aussi sont confiants. « On reste vigilants, mais je doute qu’il ait envie de se mettre des zadistes à dos », glisse un occupant.

Pour l’instant, Joseph Bonotto est toujours propriétaire de ses terres et la ZAD continue de s’installer dans la légalité. Trois tipis, une tente, une caravane et un hangar isolé et aménagé ont poussé sur la zone. Suzanne, opposante d’une soixantaine d’années, se réjouit qu’une ZAD prenne racine à Sainte-Colombe en Bruilhois afin que « bulldozers n’aillent pas plus vite que la justice ».

De la désintégration du tissu social et des moyens d’y remédier Elena Varécy Reporterre 2015/02/05 Elena Varécy (5 février 2015) De la désintégration du tissu social et des moyens d’y remédier. Reporterre. Tribune — fr

De la désintégration du tissu social et des moyens d’y remédier

« Le fond du problème, ce n’est pas l’intégration de tel ou tel en fonction de ses origines, de ses appartenances, mais bien l’intégration (...) de tous les Français à leur République déficiente. Car ce à quoi nous assistons c’est à un processus de désintégration du tissu social sous les coups d’une économie néo-libérale laissée toute-puissante. »

Qui pleurer, on sait.

Malheureusement, on sait.

Maintenant, on se demande, il est question de : « Et maintenant ? ».

Il était temps. Aura-t-il fallu « ça » ? Est-ce que « ça » suffira ? Est-ce qu’avec le recul on pourra dire qu’au moins, « ça » aura servi à « ça » ?

« Ça », le deuxième « ça », c’est le changement, le vrai, ce que certains nomment la « Transition ». On objectera : quel rapport ? Oui, quel rapport, c’est bien lointain tout ça, c’est limite tiré par les cheveux, quel peut donc bien être le lien entre les attentats et la Transition ?

Avec Hugo

Il est pourtant évident. Il se nomme reconnexion. L’enjeu, c’est de recoller au réel. Ou pas. C’est de sortir du délire qui nous ronge en fait massivement, depuis longtemps, et qui se manifeste sporadiquement mais quand même, de plus en plus souvent. La vraie question, c’est de déterminer, c’est-à-dire de dessiner et de décider, le scénario d’après les spasmes et la douleur.

Récemment, le Un a publié, dans le dossier « Que dire à nos enfants ? », la réflexion de Victor Hugo après la visite d’un bagne voici plus de 150 ans. Il est à supposer que cette publication signifie la recherche, dans notre passé, auprès d’un grand esprit doublé d’une plume magistrale, de ressources pour comprendre et agir après les évènements du 7 janvier 2015. On s’appuiera donc sur ce magnifique poème pour proposer notre propre éclairage de cette crise et, partant, des issues possibles.

Pédagogie et service public de santé

Le propos principal de ce texte repose sur une foi immense dans le progrès permis grâce à l’usage de la raison, laquelle trouve - enfin... doit trouver - un lieu et des temps de développement à l’école. D’où, d’emblée, des vers ayant valeur d’adages comme :

« Chaque enfant qu’on enseigne est un homme qu’on gagne. / (...) Où rampe la raison, l’honnêteté périt. »

Soit. C’est un fort acquis philosophique des Lumières que la République française a ensuite repris à son compte pour faire de l’Education Nationale l’un de ses piliers.

Toutefois, il est frappant de constater combien la crise actuelle n’est appréhendée qu’en termes rationalistes. Il est normal de réfléchir dans son cadre de pensée habituel. Or le cartésianisme est le nôtre. Il est tout aussi légitime de vouloir se rassurer, rester comme on dit dans sa « zone de confort ».

Cependant, vouloir expliquer rationnellement certains passages à l’acte, en particulier par la recherche de causes sociologiques, peut s’avérer limité et faux. On ne peut en effet écarter l’hypothèse d’actions irrationnelles proprement humaines, comme il s’en déroule d’ailleurs tous les jours depuis longtemps et sans doute pour encore longtemps. Voir, entre autres, le nombre de femmes gisant sous le coup de violences conjugales avec le chiffre effarant d’un décès tous les trois jours dans un pays réputé développé, civilisé, etc.

Certes, cette dimension incontrôlée, incontrôlable, dérange car elle fait descendre l’humain de son piédestal, complexifie le regard et donc la solution. Mais oui, enfin non : la raison et l’éducation ne peuvent pas tout. On ne pourra jamais empêcher une certaine folie d’opérer.

Donc, oui à la pédagogie, mais oui aussi au service public de santé qui peine, comme tous les services publics en général. Et oui à la pédagogie à condition de redonner aux enseignants et à tous les travailleurs du système éducatif un niveau de vie, un statut social et une autorité à la hauteur de leur ardue et noble mission.

Ne plus se considérer hors

Les alexandrins s’enchainent, péremptoires et superbes. On tombe alors sur :

« La nuit produit l’erreur et l’erreur l’attentat. / Faute d’enseignement, on jette dans l’état / des hommes animaux, têtes inachevées, / tristes instincts qui vont les prunelles crevées, / aveugles effrayants, au regard sépulcral, / qui marchent à tâtons dans le monde moral. »

S’élever. Et même plus : s’extraire. Il s’agirait - par l’éducation et la culture dans son ensemble - d’échapper à notre part animale, synonyme de pulsions négatives et d’inachèvement.

L’idée, devenue rengaine, triste, fausse et fatale rengaine, d’une humanité se considérant à part. Comme si on devenait véritablement humain en se coupant d’une chose sale, incarnée par d’autres êtres vivants au passage exploités parce qu’inférieurs.

Tout ce montage intellectuel est bien joli, séduisant, profitable d’un certain point de vue, mais il est erroné et coupable. Coupable vis-à-vis de tous ces êtres massivement martyrisés de bout en bout, de leur conception à leur mise à mort. Que l’on songe à la fécondation artificielle des vaches pour obtenir des bêtes à viande et du lait. Que l’on songe aussi à l’ignominie, bien indigne de notre condition prétendue « au-dessus », des abattoirs.

A bien y réfléchir, on se demande comment la terre peut encore tourner, comment encore respirer l’air dans la mince, si mince couche d’atmosphère où se déroulent à chaque seconde de véritables atteintes au vivant. Et ne nous y trompons pas : l’espèce qui commet ces crimes ne peut moralement, psychologiquement, en sortir indemne.

Car si on laisse opérer ainsi l’industrie de la barbarie, alors c’est sûr, la violence est permise ailleurs ; elle pourrait même revenir sous des formes massives, connues et à juste titre déplorées contre l’humain lui-même.

Négliger notre part animale, c’est continuer dans l’impasse. C’est ne pas se voir comme nous sommes. C’est à tout prix vouloir gommer l’évidence quitte à s’amputer. C’est être fou à force de fantasmes. C’est crever d’un bien sombre idéalisme. C’est être de plus en plus connecté mais hors sol, profondément hors sol. C’est renoncer par peur. C’est ne pas être à la hauteur. C’est ne pas affronter ce qui est aussi notre richesse, comme si les instincts n’étaient pas également des émotions, de la spontanéité et de la créativité. C’est une hérésie.

Bien sûr que trop de rationalité conduit à pure folie. Il est temps, il est grand temps, de recoller au réel et de fermement décider, tant pis, de ne pas être à l’image décrétée par quelques philosophes enfermés dans leur appréhension limitée, rigide, voire psychotique, de la réalité.

Changer de regard, changer de pratiques, ne plus se considérer hors, au-dessus. Cette piste peut s’appliquer à tous les domaines, chez tout un chacun et dès à présent, très simplement. Une chose est certaine : nous sommes trop loin, sur les plans physique et mental, de la nature.

Et plus nous nous en éloignons, plus nous nous perdons, nous perdons nos repères, ce que nous sommes, situation anxiogène par excellence. Et plus nous nous détruisons. Et plus nous détruisons alentour. Sûr que s’éloigner du vivant ne peut produire rien d’autre que du mortifère, du fatalement mortifère. Comme il semble loin le temps des premiers congés payés, des premiers émerveillements sains face à la mer ! Nous sommes désormais dans nos villes, face à nos écrans.

A-t-on pour autant écarté le danger du néant ? Rien n’est moins sûr et rien de tel que contempler, vraiment contempler, l’horizon pour sortir d’une posture blasée, gavée et en même temps affamée, en un mot morte, finie, achevée.

Assumer le passé

Le poème se poursuit enfin avec un renversement de la culpabilité. Car logiquement, si la faute ne revient pas aux ignorants, alors elle incombe à la société qui les a laissés en l’état :

« Je dis qu’ils ont le droit, du fond de leur misère / de se tourner vers vous, à qui le jour sourit, / et de vous demander compte de leur esprit ».

Soit. Sauf qu’une question à se poser, c’est à qui, exactement, « sourit le jour » dans la France de 2015. Car non seulement la misère - terme d’ailleurs inadapté pour appréhender la réalité des attentats de janvier - ne peut justifier le crime, mais en plus reste à savoir qui forme le bataillon des « dépouillés » dont parle Victor Hugo. Certainement pas que les couches de la population française issues de l’immigration.

Il est évident que des erreurs ont spécifiquement été commises par notre République à leur encontre. Car la République, c’est aussi la colonisation et l’utilisation de main d’oeuvre bon marché pour reconstruire le pays pendant les dites « Trente Glorieuses ».

- Place de la République à Paris, le 7 janvier 2015 -

Tant que l’on ne le reconnaitra pas officiellement avec assez de force et de sincérité, tant que l’on n’intègrera pas culturellement de tels errements, on ne sera pas crédibles et on justifiera la haine qui se transmet de génération en génération. Il faut quand même regarder les choses en face et constater que ce malaise historique produit des clivages visibles aujourd’hui dès l’école maternelle dans ce qui est censé être le creuset de la République.

Reconnaître ne signifie pas rétrograder mais assumer notre passé, ce qu’être une République mais aussi une grande puissance veut dire ; une République qui n’a pas plus que les autres à rougir de raisonner en termes géopolitiques. Cela s’appelle le pragmatisme et non, on ne peut pas prétendre se maintenir à un haut niveau mondial en jouant, encore de nos jours et sans doute demain, les enfants de chœur.

Surtout quand d’autres Etats ou groupes jouent bien ce jeu strictement politique. Il faut reconnaître la réalité du pouvoir et considérer que souvent le positionnement international de la France est quand même fondé sur des valeurs indiscutables.

Peu importe si elles sont universelles ou pas car ce qualificatif suscite le rejet au nom d’un hyper-relativisme créant à son tour bien de confusion dans les esprits. Il s’agit de valeurs humaines tout simplement, savoir si se battre pour maintenir l’intégrité des corps et la liberté des esprits est un combat ou pas. Evidemment que oui.

Processus de désintégration

Mais cela n’excuse et n’explique pas tout. Surtout, cela ne suffit plus car l’enjeu est bien de sortir d’une grille d’analyse quasi ethnicisante de la crise que nous n’en finissons plus de traverser. Le fond du problème, ce n’est pas l’intégration de tel ou tel en fonction de ses origines, de ses appartenances, mais bien l’intégration des Français, de tous les Français, à leur République déficiente.

Car ce à quoi nous assistons - il suffit de lire les récits réguliers et bien sentis de la journaliste et femme de lettres Florence Aubenas -, c’est à un processus de désintégration du tissu social sous les coups d’une économie néo-libérale laissée toute-puissante, en totale roue libre.

Cela fait belle lurette qu’il n’y a plus de pilote dans l’avion, ou alors pas ceux que l’on croit et que l’on nous présente : le personnel politique. Et dans cette casse, tous sont responsables, gauche et droite confondues. Tous ceux qui se succèdent au gouvernement depuis des décennies. Ces décennies du mensonge, de l’incurie, des renoncements grands et récurrents.

On nous a parlé du chômage conjoncturel puis structurel. On nous a parlé de précarité puis de pauvreté. C’est une véritable honte, doublée d’une trahison. Les gouvernants ont bien de la chance, en un sens, que les classes moyennes soient (encore) bien élevées car sinon tout deviendrait ingérable et l’inconsistance de l’édifice manifeste.

Mais il ne faudrait pas non plus aller trop loin dans leur épuisement. D’expérience, on sait certains cocktails explosifs. Il serait peu judicieux de compter trop longtemps sur la peur, le silence et l’apparente résignation des « bons élèves de la classe ». Même la tête basse, tous restent des Français et la révolte n’est jamais loin. Ce n’est pas une légende : c’est juste une donnée historique qu’il ne faudrait pas négliger.

Par conséquent, dans des conditions et un climat à ce point nihilistes, le démocratique et le social de notre République étant en panne bien que constitutionnellement consacrés, c’est sans surprise qu’il souffle sur l’indivisible et le laïque un vent mauvais.

Certes, l’intégrité territoriale compte tout autant que maintenir un espace public - incarnation du politique - areligieux. Mais il va falloir ne pas être dupes et ne plus vouloir duper. Le défi est bien de remettre l’économie à sa place, soumise au politique et à l’humain.

Le défi est un changement de paradigme que l’on peut, si l’on veut, appeler « l’économie alternative ». Il ne faut pas avoir peur. Cela signifie juste de revenir les pieds sur terre. Il est certain que cette révolution présente une dimension spirituelle. Mais le propos est surtout de savoir si le XXIe siècle sera humaniste ou pas, l’humain étant inclus dans la nature et non plus comme exilé en son centre.

Qui pleurer, on sait. On situe.

Quoi pleurer, on sait moins, c’est plus diffus.

C’est énorme. Surtout, on voudrait ne pas voir. Le labeur est trop colossal. Et pourtant il le faut, au risque de commettre le crime suprême, celui de n’avoir rien fait de notre humaine condition.

« Vivre ensemble, c’est reconnaître l’autre comme différent » Entretien avec Stéphane Gatignon Reporterre 2015/02/05 Entretien avec Stéphane Gatignon (5 février 2015) « Vivre ensemble, c’est reconnaître l’autre comme différent ». Reporterre. Entretien — Écologie et quartiers populaires fr

« Vivre ensemble, c’est reconnaître l’autre comme différent »

Mixité sociale et vivre-ensemble, les valeurs de la République à l’épreuve du quotidien, la responsabilité du politique et le poids du religieux… Toutes ces questions se reposent avec acuité. Que faire et comment ? Stéphane Gatignon, maire de Sevran depuis quatorze ans, est confronté chaque jour à ces interrogations. Une réflexion riche, pour préparer la Rencontre de Reporterre de ce soir.

Maire écologiste Sevran, l’une des communes les plus pauvres de France situées en Seine-Saint-Denis, Stéphane Gatignon est connu pour ses prises de position publiques sur la « banlieue ». Il avait notamment mené une grève de la faim devant l’Assemblée nationale en 2012 pour dénoncer les inégalités territoriales.

Depuis les attentats de janvier, c’est sur l’absence de moyens pour ces territoires et l’enjeu de rénovation urbaine, qu’il interpelle les responsables politiques.

« Tous nos chantiers vont s’arrêter avec la fin de nos conventions ANRU, au 1er janvier 2015, nous explique-t-il. Cela représente neuf millions d’euros de chantier en cours, plus de cent salariés et plusieurs entreprises qui vont fermer… »

Y a-t-il une crise du vivre-ensemble dans la société française ? Pour préparer la rencontre de ce jeudi, Reporterre a interrogé l’élu de terrain.

- Stéphane Gatignon -

Reporterre - La société française a subi en janvier une secousse très violente, à la suite des attentats de Charlie Hebdo. Elu de terrain, quel regard portez-vous sur la séquence qui s’en est suivie ?

Stéphane Gatignon - Toutes ces manifestations, le phénomène du « Je suis Charlie » et de l’union nationale, cette impression d’une France meurtrie, tout cela pose d’importantes questions à notre société, autour des valeurs de la République, autour de la laïcité et du cosmopolitisme.

La crise ne s’ouvre pas, ce qui vient de se passer là n’est que le reflet d’une crise plus profonde. Je crois que la réaction des Français consiste aussi à demander au politique ce qu’il veut construire, autour de quel message. Quand on parle de la République, les Français attendent que le politique en redéfinisse ce qui en est le socle commun.

Il faut délivrer un nouveau discours pour restructurer un pays qui traverse une profonde crise de société, avec une société en rupture, une société bloquée. Une crise qui n’est rien d’autre, au fond, qu’une crise de civilisation.

- Pendant la grève de la faim en 2012 -

Crise de civilisation ?

Absolument. Je pense que le monde urbain dans lequel on entre nous plonge dans une crise de civilisation. En 2013, on a franchi ce cap où plus de la moitié de la population mondiale habite désormais dans des villes, et on estime qu’en 2030, près de 80 % des gens sur Terre vivront en zone urbaine.

Or, le monde urbain n’est pas le monde rural qu’on a pu connaître, et cela modifie profondément la structuration de la société, jusque sur des questions aussi essentielles que celle de la nation.

La nation française, au départ, on l’a construite à partir de peuples qui cohabitaient mais qui avaient des territoires propres, que ce soient les Occitans, les Bretons, les Basques, etc. Cette nation française s’est constituée de peuples différents, qui, jusqu’à il y a encore moins de cent ans, parlaient des dialectes différents du français. Il suffit de voir les tests de langue de ceux qui allaient à l’armée : même après la guerre de 14, il y avait énormément de jeunes troufions qui ne parlaient pas français.

On a constitué notre nation dans un monde rural, qui est un monde où l’on se côtoie moins, et ces différents peuples se côtoyaient moins. Aujourd’hui, le monde urbain change la donne, on est les uns sur les autres. Cela a des conséquences à tous les niveaux.

Par exemple sur l’agriculture : tu produis où, pourquoi, comment, etc. La civilisation urbaine enclenche une évolution sur la question de la production et sur la question de l’accumulation du capital. Et cela a fondamentalement changé tous les rapports, que ce soit les rapports de classe, les rapports sociaux, les rapports entre religions, etc.

De même, tout ce qui est autour de la question du réchauffement climatique et les enjeux écologiques y sont liés. C’est tout cela qu’il faut appréhender.

- Les Beaudottes à Sevran -

Crise de civilisation, ou choc de civilisations ?

Non, ça n’a rien à voir ! Mon discours est contre le choc des civilisations, puisque je dis qu’il faut appréhender tout le monde, discuter et construire ensemble. Aujourd’hui, il n’y a pas les musulmans face au Saint-Empire. D’ailleurs, souvenons-nous que le Saint-Empire est issu du monde romain, et que celui-ci était païen…

Ma première action, au lendemain des attentats, a été d’appeler les responsables religieux de ma commune – le curé, l’imam, le rabbin, le moine bouddhiste, etc. – et de les réunir pour une discussion collective. Le rassemblement est la première des gestions de crise.

Mais en interpellant aussitôt des responsables religieux, ne prend-on pas le risque de donner à la crise une essence religieuse ?

Non, il s’agit de reconnaître des niveaux de responsabilité. Ce n’est pas une crise religieuse, mais en même temps, le religieux, il est là, il existe. L’Eglise, elle est pleine. La Mosquée, elle est pleine. Il y a quinze ans, on aurait pu réunir les partis politiques et les syndicats. Mais aujourd’hui, ils pèsent beaucoup moins que les responsables religieux.

Et dans une société où tout s’effondre, dans une société qui refoule les gens, oui, la parole vient aussi de ces gens qui sont en responsabilité et qui ont du monde dans leur lieu de prière. Ce sont eux qui peuvent porter le message du vivre-ensemble.

C’est vrai qu’il y a des crispations religieuses. La question de la Syrie, elle est réelle, ça inquiète. La communauté kurde est importante chez nous. Certains ont leur fils qui se bat aux alentours de Kobané, ils vivent ça au quotidien et nous, on le vit avec eux.

Les problèmes du religieux sont partout et en France, ils ne se résument pas à l’Islam. Ici, notre problème n’est pas le monde musulman. Le dernier problème de sécurité publique en Seine-Saint-Denis, il y a deux ans, c’est l’effondrement d’un plafond dans une église évangéliste à Stains. Les lieux de prière ne sont pas conformes, ce sont de petits groupes, avec beaucoup d’argent, et tout cela est très difficile à gérer.

Un autre problème est le massacre des Tamouls par les Cinghalais. Quand certains, parce qu’ils sont hindous, se font massacrer par d’autres qui sont bouddhistes, c’est un autre fait religieux qu’on vit au quotidien. Et je rappelle, au passage, que les tigres tamouls sont considérés comme une organisation terroriste…

Et d’ailleurs, qui est en train de régler ce problème ? Le Pape. Il a été deux jours au Sri Lanka et c’est lui qui accompagne les discussions. Qui a rapproché les Etats-Unis et Cuba ? Le Pape. Moi, je suis un vrai anti-religieux, athée, mais tout cela nous renseigne aussi sur l’absence du politique. Les rapports de force ont évolué dans la société, ce qui fait le lien a changé. Le politique est désacralisé, les gens en sont désabusés. Et donc les gens se retournent vers le religieux.

Vous en appelez au dialogue inter-religieux, en fait ?

Ce n’est pas tant une question de religion que de cosmopolitisme, de la place de chacun dans la société. Et cette question se pose justement au niveau civilisationnel puisqu’à l’avenir, les zones urbaines vont accueillir de plus en plus de gens différents.

On peut mettre des murs partout autour de la France, ça ne changera rien, il y aura des réfugiés qui fuient les guerres. Bientôt nous aurons les réfugiés climatiques. Quand il y aura 100 millions de Bangladais sous l’eau, qui migreront vers l’Inde, l’Europe aura des reports. Il va falloir anticiper cela.

La question du cosmopolitisme touche tout, et particulièrement la question des communautarismes qu’on nous renvoie habituellement. Il y a une confusion fondamentale entre communautés religieuses et communautés ethniques. C’est profondément différent.

En France, on a du mal à accepter qu’on a des communautés religieuses et des communautés ethniques qui ne sont pas les mêmes. On a aussi du mal à accepter que tout le monde fonctionne comme ça : si tu es Français et que tu vas vivre demain au Bangladesh, qu’est-ce que tu fais en arrivant ? Tu vas chercher à rencontrer des Français, pour discuter avec eux et essayer de comprendre comment tu peux t’insérer dans la société.

Sauf qu’en effet, il ne faut pas que les gens restent entre eux, car c’est là que ça devient du communautarisme. Il faut faire discuter ces communautés entre elles. On a tous un rôle à redéfinir avec chacun, et le vivre-ensemble, c’est ça. C’est reconnaître l’autre comme différent : on vient tous avec notre propre histoire, notre propre culture, notre propre philosophie, notre propre religion, etc. Mais il faut se construire un ensemble, et c’est cela la construction du XXIe siècle.

Vous évoquiez le décrochage du politique, mais on imagine qu’un maire a encore un rôle important à jouer dans cette entreprise du vivre-ensemble…

Il faut constituer des choses pour que les gens travaillent ensemble, organiser des activités communes à l’échelle de la ville afin d’ouvrir à d’autres perspectives que celles du communautarisme.

Pourquoi on a fait des jardins partagés ? Parce que le jardin, c’est simple. C’est le lieu où on a encore beaucoup de primo-arrivants, car les gens retrouvent un rapport à la terre qui est supprimé quand tu habites dans une tour HLM.

Et puis, un jardin permet de se rendre compte qu’aux quatre coins du monde, tu cultives les fruits de façon totalement différente. Il y en a plein qui font monter les salades, nous, en France, on ne fait pas ça. Et en même temps, le besoin de cultiver est le même partout.

Le jardin, c’est le lieu du débat. Tu reviens sur l’espace public avec des gens venus des quatre coins du monde. J’avais vu ça en Allemagne de l’Est : les jardins en bas des cités étaient le lieu de la discussion. A l’époque, il y avait une forme d’oppression avec la Stasi, on se méfiait de tout, sauf dans le jardin, là, c’était la liberté.

A l’heure où les discours sécuritaires refont surface, est-ce suffisant de parler de jardin partagé et de lien social ? Vous-même, il y a trois ans, vous aviez défrayé la chronique en appelant aux Casques bleus pour ramener le calme dans votre commune…

Un mot là-dessus. Ça faisait longtemps que j’évoquais le sujet, et il fallait faire bouger les choses parce que la situation était devenue invivable. Les Casques Bleus, ce n’est pas du sécuritaire puisque c’est fait pour ramener la paix, justement. Je n’ai pas appelé l’armée. Les Casques Bleus, ce sont des gens qu’on envoie dans les quatre coins du monde pour empêcher la guerre, c’est différent.

N’est-ce pas le rôle de la police municipale ? Y êtes-vous opposé ?

Je pense qu’on n’a plus guère d’autres choix en ce moment, mais j’y suis opposé dans l’absolu. En Seine-Saint-Denis, il y a quarante villes, et quarante polices municipales qui font des choses différentes. Le problème de la sécurité, c’est que les collectivités locales mettent énormément d’argent là-dedans, au lieu d’harmoniser et de regrouper à l’échelle régionale ou métropolitaine. Je n’invente pas l’eau chaude, ça se fait ailleurs. Cela permettrait d’avoir une police avec les mêmes règles, les mêmes devoirs et les mêmes moyens partout.

- Jardin des Beaudottes -

Je suis pour la territorialisation de la police, c’est-à-dire la fusion des polices qui permet d’équilibrer le territoire. Aujourd’hui, la police est un symbole de l’absence totale d’égalité des territoires. Les riches ont leur super-police et les pauvres ont leur gueux en petite police.

Chez nous, à Sevran, la « République une et indivisible » ne veut rien dire. C’est la balkanisation permanente, tant en terme de richesse qu’en terme de population. C’est un problème de décrochage du politique. En Seine-Saint-Denis, l’Etat ne tient plus rien. Le pouvoir politique s’est totalement affaissé. Les gens sont livrés à eux-mêmes. La plupart des élus ont rompu avec le terrain, ils ne le suivent plus car c’est trop compliqué, et d’ailleurs, ils ne correspondent plus à la population.

Comment comprendre l’évolution de la société, et ce dans toutes ces ruptures, si le monde politique est décroché du terrain, si le monde syndical est décroché du terrain, si les institutions et les services de l’Etat sont décrochés du terrain…

Que peut l’écologie dans un tel contexte ?

Elle doit être au cœur du nouveau projet républicain, au cœur de la société urbaine. Parce que c’est l’écologie qui doit redéfinir les rapports humains et les rapports de production, à l’intérieur de cette civilisation urbaine. C’est elle qui doit définir comment on abandonne le productivisme, comment on retravaille sur l’industrie, etc. La République d’aujourd’hui doit être cosmopolite, écologique et sociale.

- Propos recueillis par Barnabé Binctin

Rencontre de Reporterre : Et maintenant ? Vivre ensemble pour libérer l’avenir Reporterre 2015/02/05 (5 février 2015) Rencontre de Reporterre : Et maintenant ? Vivre ensemble pour libérer l’avenir. Reporterre. fr

Rencontre de Reporterre : Et maintenant ? Vivre ensemble pour libérer l’avenir

Jeudi 5 février à 19 h à Paris, 72 rue du Faubourg Saint Martin.

Depuis le 7 janvier, on a eu l’union nationale et la solidarité internationale. Puis les premières mesures d’urgence pour répondre à la menace du terrorisme. Mais tout le monde le sait, ça ne va pas. Le traumatisme est plus profond.

Un traumatisme qui, derrière l’apparence de l’unanimité, nous rappelle combien les fractures sont béantes : entre riches et pauvres, entre centres-villes et périphéries, entre villes et campagnes, entre zones favorisées par la mondialisation, et les autres, entre jeunes et vieux, entre ceux qui seraient d’ailleurs et ceux qui seraient d’ici.

Un traumatisme qui fait rejaillir l’échec du vivre-ensemble. Chacun a son coupable, chacun a ses certitudes sur les responsabilités de l’échec, et pourtant, personne ne discute véritablement.

Nous, on ne sait pas plus que quiconque. On sent, on ressent, on s’interroge. Mais on pense qu’il y a besoin de recréer une parole collective. D’évoquer des regards, des expériences, des envies différentes. De partager des constats et des pistes pour la suite.

Alors, le temps d’une soirée, on arrête tout, comme le dit si bien L’An 01, et on se parle. Sans prétention, loin des discours péremptoires, juste pour libérer la parole, et l’avenir qu’elle imagine.

Jeudi 5 février, un mois après, il y aura des témoignages et des acteurs de terrain, il y aura des idées et des paroles, avec Patrick Viveret, Mohamed Mechmache, et bien d’autres, dans une discussion animée par Hervé Kempf et Elise Aubry.

Infos pratiques : - Jeudi 5 février 2015, 19h - 21h - Salle des mariages de la mairie du Xe arrondissement, 72 rue du Faubourg St Martin, 75010 Paris. - Métro : Château d’eau (ligne 4). Bus : Château d’eau (38, 39, 47), Strasbourg Magenta (56, 65) - Entrée libre.

Pour préparer la rencontre :

- Patrick Viveret : « Pour empêcher le risque de la logique guerrière : la citoyenneté terrienne »

- « Monsieur, ils ne nous aiment pas »

- « On a beau être enfermé, on n’est pas protégé »

- Ibrahima Coulibaly : Le terrorisme découle aussi de la politique de la Banque mondiale

- Stéphane Lavignotte, « L’écologie aide à penser la place de l’Islam en France »

- En prison, des animaux pour rester humains

« Les arts martiaux sont une écologie corporelle »

Le halal se met au bio Baptiste Giraud (Reporterre) Reporterre 2015/02/05 Baptiste Giraud (Reporterre) (5 février 2015) Le halal se met au bio. Reporterre. Alimentation fr

Le halal se met au bio

Les consommateurs musulmans se préoccupent de plus en plus de leur alimentation. La production de viande à la fois halal et respectueuse du vivant se développe. Visite chez des pionniers des Lilas.

« On veut que ce soit bio, halal et excellent. Je veux que mon client se régale. Je veux qu’il mange top ! » Ainsi parle Karim Loumi, l’un des deux « jumeaux » de la boucherie éponyme, située aux Lilas (Seine-Saint-Denis) (leur site). Lui et son frère sont fiers de se présenter comme les premiers bouchers halal et bio de France.

La passion de la boucherie à la française

« J’étais attiré par la viande, les carcasses », raconte Karim. « Quand je passais devant une boucherie française, je me disais, pourquoi nous on n’a rien ? On n’a rien ! » En cause, la mauvaise qualité de la viande certifiée halal, le manque de contrôle sur l’origine et le travail des bouchers. « Les boucheries halal étaient souvent dégueulasses ». Passionnés par la culture de la boucherie à la française, où « on détaille énormément les pièces de viande », les deux frères se forment à l’École professionnelle de la boucherie (EPB).

Ils y rencontrent des enfants d’éleveurs qui leur montrent l’importance de l’élevage en agriculture biologique. « Pour moi, bio ou pas bio, cela ne voulait rien dire. Puis on m’a expliqué que dans l’élevage industriel, les bêtes mangent de la mauvaise nourriture, pour que l’élevage coûte moins cher. Dans le bio, ce n’est pas possible, il faut que l’animal mange bio et soit respecté. »

Après leur diplôme, les deux frères ouvrent rapidement leur boutique, en 2010 : « On voulait commencer à faire de la qualité. On prenait la meilleure qualité qui nous était proposée en halal. » Le marché halal bio est alors inexistant.

Malheureusement, les prix qu’ils affichent alors sont bien plus élevés que ceux des autres boucheries. Karim et Slim gardent un mauvais souvenir de ces débuts où leur démarche n’était pas comprise.

Vendre de la viande de qualité, malgré la difficulté à trouver un public

Néanmoins, les jumeaux trouvent petit à petit leur clientèle. Dans les premiers temps, 95 % de leur clientèle n’était pas musulmane. Depuis, « des gens ont découvert notre boutique et apprécient notre viande. Aujourd’hui nous avons autour de 40 % de non-musulmans. Nos clients sont de toutes les religions et toutes les nationalités. » Autre particularité, la clientèle du quartier représente une minorité : les gens viennent de tout Paris, de Seine-et-Marne, des Hauts-de-Seine, d’Essonne, et même de Lille, Bordeaux ou Lyon.

Les jumeaux cherchent constamment à améliorer et diversifier leur étal. D’abord avec de la viande d’origine française, puis des produits fermiers, des races d’exception. Quand ils se sont lancés dans le bio, il y a deux ans, c’est avec l’entreprise Bionoor et sa marque Tendre France.

« Bionoor a été le premier, ce qu’il fait est excellent. » Mais les deux frères veulent proposer une viande toujours meilleure, sans être liés à un fournisseur : « J’ai envie d’aller voir moi-même mon éleveur, d’être en relation directe avec lui. »

Aujourd’hui, Karim et Slim commandent donc directement des bêtes à des éleveurs respectant presque tous le cahier des charges Ecocert de l’agriculture biologique. « Par exemple, j’ai une limousine qui vient mardi. Les éleveurs m’ont appelé pour me dire qu’ils avaient une bête d’exception et me la proposer », raconte Karim. Les bêtes choisies sont ensuite emmenées dans un abattoir halal, et les bouchers récupèrent la carcasse à la sortie.

« La grand-mère a dit à tout le monde : "Maintenant vous mangez bio !’’ »

Ici, « halal » a un sens plus fort qu’ailleurs : « Pour moi, la viande halal doit être bio, ou au moins fermière ». Afin de respecter l’animal, et pour des questions de santé. « Il y a beaucoup de gens qui attrapent des cancers à cause de la malbouffe. Il faudrait qu’on mange mieux. Le problème est que ce ne sont pas des choses qu’on ressent à court terme. Moi je le vois bien, si je vais manger au fast food, je vais me sentir mal pendant trois ou quatre jours. Même acheter du halal dans une boucherie de mauvaise qualité, ça ne m’intéresse pas. »

« J’ai des clients qui louent un camion pour venir depuis Bordeaux. Ils sont douze familles. Une de leurs tantes a eu un cancer à cause de la malbouffe, alors la grand-mère a dit à tout le monde : ’Maintenant vous mangez bio !’, et chez nous il est très important de respecter ce que demandent les parents. »

Des bouchers qui prônent une limitation de la consommation de viande

Plus étonnant encore, ces bouchers ne poussent pas à la consommation : « On le dit aux gens, il ne faut pas manger trop de viande. Deux fois par semaine c’est le maximum. Donc autant manger un truc de ouf ! Personnellement j’adore le bœuf, mais je sais que ce n’est pas bon pour la santé d’en manger tout le temps parce que c’est gras. Alors, manger une bonne entrecôte une fois par mois, c’est top ! »

« Nous sommes des bouchers qui travaillons de manière traditionnelle, on vend du bio halal, et le but c’est aussi de dire aux gens que l’heure est grave. »

D’autres initiatives habitées par le même esprit se développent en Europe. En Belgique, l’association Green Halal cherche à « promouvoir une alimentation halal, saine, 100 % naturelle ou biologique, et éthique telle que préconisée par le Coran et la Sunna, en soutenant : l’agriculture paysanne, l’abattage personnalisé et éthique pour le bien-être animal, les petits producteurs locaux ».

Ils développent un discours critique envers le halal d’aujourd’hui : « Ce qui devrait être un élément, une valeur de contraste par rapport au monde moderne de consommation effrénée qui nous entoure est devenu une industrie plus que florissante au point de vue économique et désastreuse au niveau environnemental ».

En se fondant sur des arguments religieux, les frères Loumi, l’association Green Halal et beaucoup d’autres musulmans européens participent donc au renouvellement des modèles alimentaires pour aller vers plus d’éthique et de santé.

UN MARCHÉ ENCORE RÉDUIT MAIS EN DÉVELOPPEMENT

- Tendre France -

Globalement, la filière du bio halal reste minuscule. Les fournisseurs de viande bio que nous avons contactés n’ont pas connaissance de l’existence de ce marché, ou bien le considèrent comme minime.

« Le bio est déjà un micro-commerce, alors si on prend une micro-filière dans une micro-filière, ça ne représente vraiment plus grand chose », nous indique-t-on par exemple au Comptoir des viandes bio.

Mais, selon l’anthropologue Florence Bergeaud-Blackler, « même s’il s’agit d’un marché de niche ultra réduit, les consommateurs de halal se distribuent dans toutes les classes sociales. Il y a donc des musulmans très bien intégrés qui partagent les goûts culinaires des autres Français, qui reflètent les goûts français. »

Manon Istasse, anthropologue elle aussi, nous explique que cette mobilisation au sujet de la consommation de viande est une spécificité de l’Islam européen : « C’est le contexte de sociétés de surabondance et d’insécurité alimentaire qui fait prendre conscience aux musulmans nés ici de la situation faite aux animaux ».

« Au Maghreb, on ne mangeait pas de viande tous les jours. C’est en arrivant en France que les gens se sont mis à en manger beaucoup. Aujourd’hui, les enfants de la génération de migrants nés au Maghreb prennent de la distance par rapport au modèle alimentaire de leurs parents », explique-t-elle.

Karim Loumi confirme cette vision des choses : « L’ancienne génération maghrébine n’est pas convaincue. Les gens ont mangé de la viande toute leur vie, on ne peut pas leur enlever ça de la tête. Nous travaillons plutôt avec la nouvelle génération, les 30-35 ans. Eux sont intéressés par le bio halal. »

Tout comprendre de la guerre entre semences contrôlées et paysannes Jean-Pierre Tuquoi (Reporterre) Reporterre 2015/02/05 Jean-Pierre Tuquoi (Reporterre) (5 février 2015) Tout comprendre de la guerre entre semences contrôlées et paysannes. Reporterre. Nature fr

Tout comprendre de la guerre entre semences contrôlées et paysannes

Dans Semences paysannes, plantes de demain, Robert Ali Brac de la Perrière pose de manière claire et solide les problématiques liées aux semences et à la mainmise d’une poignée de semenciers sur un marché mondialisé. Et raconte les combats engagés et la résistance. La bible des semenciers paysans.

Les grandes firmes semencières internationales n’ont pas bonne presse. Monsanto, Pioneer, Syngenta, Limagrain… Autant de noms qui évoquent confusément des groupes qui n’ont pour objectif que de ligoter le monde agricole en lui imposant - au nom bien entendu du progrès de l’humanité -, des semences sélectionnées par eux, produites par eux, et commercialisées par eux.

Mais quelle est la réalité de cette image ? Comment une poignée de semenciers a-t-elle pu prendre le contrôle d’un marché mondialisé ? Pourquoi l’impuissance des Etats et les institutions internationales spécialisées – telle la FAO ? Des îlots de résistance existent-ils ? De quel poids pèsent-ils ?

La bible des semenciers paysans

C’est à toutes ces questions que répond Robert Ali Brac de la Perrière dans son ouvrage. Il le fait en militant – l’aventure du Réseau semences paysannes, d’Inf’OGM, de l’ONG Grain, c’est aussi la sienne – mais surtout en spécialiste des ressources génétiques, maîtrisant sur le bout des doigts les multiples aspects d’un dossier qui mêle la génétique et le droit, les institutions internationales et les expériences locales - sur fond de gros sous.

Tout y est. Comme le dit dans la préface, Antonio Onorati, le président de Crocevia, l’une des plus anciennes associations italiennes de coopération internationale, Robert Ali Brac de la Perrière « pose de manière claire les problématiques liées aux semences, aux droits de propriété, à l’innovation, au génie génétique ou à la transition vers l’agroécologie ».

Son livre c’est un peu la Bible des semenciers paysans.

Plutôt que de résumer cet ouvrage de référence, aussi dense que solide dans l’argumentation, on se bornera ici à extraire quelques idées forces, de celles qui permettent de faire le point sur un dossier dont les aspects techniques masquent trop l’enjeu politique.

Savoir quelle plante appartient à quel industriel

D’abord un constat : l’évolution des plantes a accompagné depuis la nuit des temps celle des communautés humaines. Autrement dit, une variété ancienne de blé, pour prendre cet exemple, résulte du travail non pas d’un individu mais d’une communauté paysanne dont le savoir-faire en matière de sélection, de multiplication a abouti au fil des générations à adapter telle céréale à un environnement bien précis. La variété est devenue un bien collectif.

Avec l’avènement de la société industrielle, une ère nouvelle commence. La variété de fruit, de légume ou de céréale change de statut et devient la propriété non plus d’une collectivité humaine mais de celui - individu ou entreprise -, qui l’aura modifiée et « améliorée » pour « produire le plus possible [et] pour le plus grand nombre possible de consommateurs ».

Ce sont les semenciers qui, en s’appuyant sur le patrimoine végétal créé par les générations d’agriculteurs, vont faire ce travail. Mais ce ne sont pas des mécènes. Ils ne travaillent pas gratuitement. En contrepartie de l’effort de sélection consenti l’Etat va garantir à l’obtenteur « une protection industrielle, un droit de propriété privée sous forme d’un monopole d’exploitation » pendant des années.

Il faut bien que l’industriel s’y retrouve : « Il est important dans une économie capitaliste de savoir ce qui appartient à qui. Savoir quelle plante appartient à quel industriel permet à chacun d’investir dans le développement d’un produit agricole en étant assuré d’être protégé de la concurrence et espérer un retour sur investissement. »

La mort des variétés anciennes

Voilà comment depuis 1949 en France ne peuvent plus être commercialisées que les variétés inscrites dans un catalogue officiel et que, pour y figurer, elles doivent être « distinctes, homogènes et stables » (c’est le fameux DHS) – trois critères qui par nature ne sont pas ceux des variétés dites anciennes ou paysannes ainsi condamnées à mort ou à dormir dans des banques semencières. C’est donc une sorte d’eugénisme que les pouvoirs publics ont institué au sortir de la guerre – le cas de la France n’a rien d’exceptionnel.

Depuis, c’est peu dire que le mal n’a fait qu’empirer. Des centaines de variétés anciennes ont été éliminées au profit de « variétés élites » incontestablement plus productives mais fragiles et inséparables d’un environnement agricole spécifique qui fait la part belle aux engrais chimiques, aux traitements biocides et à l’irrigation.

L’apparition des « hybrides » - dits F1 - s’inscrit dans cette histoire. Ils ont pour caractéristique d’être d’une homogénéité remarquable. Leurs caractères sont uniformes. En revanche, à la génération suivante (F2) cette homogénéité est condamnée à disparaitre du point de vue génétique et il faut pour la retrouver revenir à la souche parentale. Ce qui en clair signifie que l’agriculteur qui serait tenté de récupérer des semences de l’année ne peut pas, sauf à voir dégringoler son rendement. Il est contraint de se tourner vers son marchand de semences, dont il devient un client captif.

L’hybridation : technique d’expropriation

Mise en œuvre il y a près d’un siècle l’hybridation domine le monde de la sélection des plantes. Au catalogue ne figurent plus, par exemple, que des maïs hybrides. Les autres ont été éliminés. Leur commercialisation est interdite.

Les défenseurs de l’hybridation voient en elle un outil d’amélioration des rendements spectaculaire. D’autres – et Brac de la Perrière est de ceux-là – l’analysent comme « une technique d’expropriation » dont le monde paysan a fait les frais quasiment partout dans le monde.

Le recours aux hybrides renvoie à sa façon à l’obsolescence programmée qui fait que les consommateurs sont contraints de renouveler leur parc d’instruments ménagers, d’ordinateurs. Les hybrides participent de ce mouvement.

Libérer les semences anciennes

Mais l’auteur ne se contente pas d’instruire le procès des semenciers. Dans des pages plus réjouissantes, il raconte les combats engagés et les batailles gagnées par ceux qui ne se résignent pas à l’appauvrissement du patrimoine végétal.

Qu’il s’agisse de ressusciter des variétés de céréales anciennes, d’assouplir les règles de commercialisation pour des légumes oubliés, d’obtenir que les paysans puissent échanger leurs semences comme naguère, une forme de résistante se développe sur tous les continents, dans les enceintes internationales aussi bien que dans des communautés villageoises.

Aujourd’hui enfermées dans des banques semencières aussi cadenassées que des coffres-forts les variétés anciennes seront peut-être libérées un jour.

Semences paysannes, plantes de demain, de Robert Ali Brac de la Perrière ; Préface d’Antonio Onorati, Ed. Charles Léopold Mayer, 226 pages, 20 euros.

Lutopik n°6 Reporterre 2015/02/06 (6 février 2015) Lutopik n°6. Reporterre. fr

Lutopik n°6

Dans le numéro 6 de Lutopik, un dossier original : Place aux vieux !

Dans une société qui cultive la performance et la jeunesse comme des plantes sacrées, les personnes âgées sont bien souvent laissées de côté. Nous avons eu envie d’aller à leur rencontre, en établissement ou chez eux, découvrir leur réalité et leurs projets.

Car il faut bien se préparer, avec un peu de chance, la vieillesse nous arrivera tous ! Voici l’introduction du dossier de notre dernier numéro, intitué "Place aux vieux !", dont voici le sommaire :

Sommaire du dossier :

« Les vieux pourraient rendre la société plus douce et plus équilibrée » - Entretien avec Serge Guérin

Internet : s’y mettre ou ne pas s’y mettre ? Immersion dans un cours d’informatique

A l’ombre des Ehpad - Reportage en maison de retraite

Tous les âges à tous les étages Enquête sur les nouveaux habitats coopératifs

Les Babayagas : une tentative de collectif

Les seniors pris pour cible - Enquête sur la silver économie

Comme sur des roulettes - Rencontre avec un Géo Trouvetou nonagénaire

Aidants pour dépendants - Témoignages des proches de malades d’Alzheimer

Pour une société « sans miroir assassin » - Entretien avec Suzanne Weber

La mort douce et choisie : un droit à conquérir - Enquête sur l’euthanasie

- Caroline Pageaud -

Sommaire du numéro 6 :

- Alternatiba, un village itinérant pour le climat

- Dossier Place aux vieux !

- Portfolio : tempête de sable au désert blanc

- Retour vers la consigne

- Brèves lues dans la presse

- A Rouen, l’éphémère Zad urbaine

- Les billets d’humeur de Prince Ringard

- Retour sur Lutopik #5 : le Bec Hellouin en débat

- Nouvelle : L’art de vivre, par Antoine Delahaye

- BD : Monstre Côtelette

« Monsieur, ils ne nous aiment pas » Jimmy Markoum Reporterre 2015/02/06 Jimmy Markoum (6 février 2015) « Monsieur, ils ne nous aiment pas ». Reporterre. Tribune — fr

« Monsieur, ils ne nous aiment pas »

Un mois après « les événements », et alors que le malaise est toujours grand dans le pays, plongée dans une classe d’un lycée de banlieue. Pour préparer la Rencontre de Reporterre.

Je suis professeur d’histoire-géographie dans un lycée de Seine-Saint-Denis. Face au matraquage politique et médiatique qui cible encore une fois nos élèves, j’aimerais donner à entendre le sens de leurs paroles, paroles rarement écoutées mais ô combien instrumentalisées par ceux-là mêmes qui jamais ne franchissent le périphérique.

Au lendemain des attentats survenus le 7 janvier dans les locaux de Charlie Hebdo, j’ai commencé chacune de mes heures de cours par la question suivante : « Que pensez-vous de ce qui s’est passé hier ? » Les premières minutes laissent place au silence. Je leur précise alors que je n’ai pas d’a priori, que je suis prêt à tout entendre, à discuter de tout avec eux si tant est que l’on se respecte, qu’il n’y a pas de réponse attendue.

Après quelques secondes encore lourdes d’hésitation, quelques élèves finissent par prendre la parole : « C’est trop triste Monsieur, des gens sont morts », « Oui, mais ils ont caricaturé le prophète, ça se fait pas, ils ont provoqué Monsieur », « Oui, c’est vrai Monsieur, y’en a marre que les musulmans, les Noirs, les Arabes, ils sont toujours mal vus. Mais en même temps, ce sont pas des musulmans les terroristes car dans l’islam Monsieur, c’est mal de tuer des gens ». Rapidement, les prises de parole reviennent toutes à la même chose. Certains condamnent fermement l’attentat. D’autres qui le condamnent tout autant ne peuvent s’empêcher pourtant de le justifier.

Au bout de vingt minutes, et après avoir noté tous leurs arguments au tableau, y compris les pires, je prends la parole pour essayer de désamorcer les malentendus. Je leur explique ce qu’est Charlie Hebdo et qui sont les gens qui ont été tués (certains me parlaient du dessinateur « Charlie » qui aurait été assassiné), je leur explique qu’un journal satirique cherche à faire réfléchir, réagir en se moquant de certaines réalités sociales parfois jusqu’à la provocation. Je leur explique qu’une caricature est un dessin à ne pas prendre au premier degré. Je leur montre d’autres caricatures de Charlie Hebdo sur le pape ou les juifs pour montrer qu’ils ne ciblent pas que les musulmans. « Oui, mais Monsieur, se moquer des religions, c’est pas bien, quelle que soit la religion. »

Je leur explique alors ce qu’est la liberté d’expression et comment elle a été acquise de haute lutte depuis les principes affirmés dans la Déclaration des droits de l’homme et du Citoyen de 1789 jusqu’à aujourd’hui. Je leur parle des prisonniers politiques actuels en Syrie qui simplement pour avoir critiqué le président Bachar Al-Assad se retrouvent torturés à mort dans les geôles du dictateur. « Oui, mais Monsieur, la liberté d’expression a des limites. »

Je leur démontre, caricatures à l’appui, que nous ne sommes pas tous heurtés par les mêmes dessins et qu’ainsi, il est impossible de fixer des limites alors que nous ne ressentons, ne comprenons pas tous la même chose devant un même dessin. Moues dubitatives. Je recours alors à l’argument de la juste proportion, j’explique qu’ils ont le droit de ne pas être d’accord avec la ligne éditoriale de Charlie Hebdo mais qu’alors, ils peuvent répondre par la plume ou le crayon, pas par la kalachnikov, ou encore, qu’ils peuvent recourir à la loi en portant plainte pour incitation à la haine raciale. « Oui, mais Monsieur, la loi et les juges, ils sont toujours contre les musulmans. Regardez, pourquoi Dieudonné a été condamné et pas Charlie Hebdo ? De toute façon, la loi, elle est toujours contre les pauvres. Regardez Sarkozy, il a plein d’affaires sur le dos, il peut faire ce qu’il veut, il sera jamais condamné. C’est comme tous les ministres qui payent pas leurs impôts. La loi, elle n’est pas pareille pour tout le monde, vous savez bien Monsieur. »

Poussé dans mes retranchements, je leur explique alors que la loi nous protège tous également, et que sans elle, règnerait « la loi de la jungle » et qu’alors, si je décidais de tuer un élève qui m’insupportait, je pourrais le faire s’il n’y avait pas la loi pour m’en empêcher. Tout le monde pourrait alors s’entretuer pour un oui ou pour un non. Je me heurte alors à un silence pesant, les élèves savent qu’ils ne peuvent « gagner » face au prof. Mais, je sens bien que rien n’a changé dans leur esprit.

Bien que cette contre-argumentation systématique me laisse sur les rotules, je poursuis en changeant de stratégie. Si je ne peux passer par les arguments rationnels, alors je pense pouvoir les toucher autrement. Je leur explique qu’aujourd’hui, des dizaines de personnes comme eux et moi sont accablées par la perte d’un être cher, qu’il aurait pu s’agir d’un membre de leur famille, voire même de leur père ou de leur mère. Je soulève une vague d’indignation. « Ne dites pas ça Monsieur, c’est pas vrai, ils sont pas journalistes mes parents. »

Je leur explique alors que le policier Ahmed Merabet ou la policière (Clarissa Jean-Philippe dont le nom n’était pas encore connu) tuée à Montrouge le matin même dans une fusillade, un père et une mère de famille, n’étaient pas non plus des journalistes, mais que les terroristes ne font pas de distinction entre les gens, qu’ils cherchent juste à terroriser, à faire régner la peur, et qu’un membre de leur famille aurait très bien pu se retrouver au mauvais endroit, au mauvais moment. Je regagne leur attention même si le principal problème, c’est qu’ils se sentent pour beaucoup étrangers à ce qu’il se passe.

Je leur pose alors une ultime question : « Qui d’après vous a le plus à perdre dans toute cette histoire une fois qu’on aura rendu hommage aux victimes de ces terroristes ? » Quelles que soient leurs origines ou leur confession, ils me répondent unanimes « Ben les musulmans Monsieur ». « Que va-t-il se passer d’après vous maintenant ? ». « Ils vont dire qu’on est tous des terroristes, des sauvages, qu’on n’est pas dans notre pays. Ils vont nous arrêter pour un oui ou pour non encore plus qu’avant, partout dans le métro, la rue, en voiture avec nos parents. »

Une élève qui n’a pas encore parlé lève la main et me dit les yeux un peu embués par l’émotion : « Moi, j’ai peur Monsieur. » Un autre ajoute : « Ils ont déjà attaqué des mosquées et déchiré des corans ». « Qui ils ? » demandé-je. « Ben les Français Monsieur ! Ils nous aiment pas. »

« Pourquoi, t’es quoi toi ? » Il bégaye un peu embarrassé : « Vous comprenez ce que je veux dire Monsieur, je suis pas un blanc, je suis pas un pur Français, j’ai des origines. » Je lui réponds alors sur le ton de la plaisanterie : « Mais si tu vas au Congo, tu seras un blanc toi aussi. Ca ne veut rien dire. Beaucoup de Français ont un ancêtre étranger. Et puis, un Antillais est français depuis très longtemps, il n’est pas issu de l’immigration et pourtant il est noir. Il n’y a pas de ’Français purs’. Vous êtes Français, quelles que soient vos origines. A vous de le revendiquer ! »

« Oui, mais les Français sont racistes Monsieur, ils ne nous aiment pas ». « Mais toi et moi, je te le répète, on est Français. Sommes-nous racistes ? Non. Alors il y a beaucoup de Français qui ne sont pas racistes. A vous de lutter contre ces racismes, tous les racismes y compris ceux qui visent les Roms ou les Juifs. » « Oui, mais Monsieur, regardez la télé, on parle toujours de l’antisémitisme, mais nous aussi on en a marre d’être victimes du racisme. Pourquoi les gens à la télé, ils défendent toujours les juifs et jamais les musulmans. Regardez, ils disent même pas que le policier qui a été tué à Charlie Hebdo était un Arabe ».

La sonnerie retentit. Un élève lève la main pour prendre la parole : « Monsieur, c’est vrai que c’est horrible cette tuerie, ça fait mal au cœur, mais on en a marre. »

DOSSIER : Changement climatique Reporterre Reporterre 2015/02/06 Reporterre (6 février 2015) DOSSIER : Changement climatique. Reporterre. fr

DOSSIER : Changement climatique

- Les puits abandonnés de gaz de schiste sont une source importante de gaz à effet de serre, Elisabeth Schneiter (Reporterre), 6 février 2015.

- Urgence méthane, le gaz oublié, Benjamin Dessus, 31 janvier 2015.

- EDITO - Ils sont fous, ils sont nuls, et ils continuent. Bonne année quand même !, Hervé Kempf (Reporterre), 5 janvier 2015.

- « La planète ne peut pas continuer ainsi. De gré ou de force, nous devons changer notre attitude », Entretien avec Jean-Paul Guevara, ambassadeur de la Bolivie, 3 janvier 2015.

- Historiette de Noël pour Premier ministre en mal de logique, Camille Martin (Reporterre), 22 décembre 2014.

- À Lima, l’opposition entre pays riches et pays pauvres a empêché un vrai accord, Emilie Massemin (Reporterre), 14 décembre 2014.

- Les réfugiés climatiques sont les victimes d’un processus politique, François Gemenne, 13 décembre 2014.

- A Lima s’est déroulée la plus grande manifestation jamais vue en Amérique latine pour le climat, Malika Peyraut (Les Amis de la Terre), 13 décembre 2014.

- CHRONIQUE - Climat : les dirigeants mentent, Noël Mamère, 12 décembre 2014.

- Les articles sur la Conférence de Lima, en décembre 2014, sont rassemblés ici.

- À Lima, les multinationales s’activent dans les coulisses de la négociation climatique, Malika Peyraut (Les Amis de la Terre), 11 décembre 2014.

- À Paris, une action en écho de la Marche des peuples pour le climat, Barnabé Binctin et Lorène Lavocat (Reporterre), 11 décembre 2014.

- Des artistes se lancent dans la lutte contre le changement climatique, Pascale Solana (Reporterre), 10 décembre 2014.

- Climat tendu à Lima entre pays développés et pays en développement, Emilie Massemin (Reporterre), 9 décembre 2014.

- La grande oubliée de la lutte contre le changement climatique : l’éducation, Printemps de l’éducation, 8 décembre 2014.

- Le changement climatique augmente les risques de crises politiques dans le monde, Elisabeth Schneiter (Reporterre), 8 décembre 2014.

- Une victoire non-violente pour le climat : la Société générale abandonne Alpha Coal, Barnabé Binctin (Reporterre), 6 décembre 2014.

- Une mobilisation populaire pour relever le défi climatique, Jon Palais (Alternatiba), 3 décembre 2014.

- A Lima, l’homme qui avait touché le monde entier est écarté de la négociation climatique, Malika Peyraut (Les Amis de la Terre), 3 décembre 2014.

- A Lima, les pays du monde entier décollent pour la COP21 de Paris, en 2015, Emilie Massemin (Reporterre), 1 décembre 2014.

- Comment se présente la négociation climatique au début de Lima ?, Laurence Tubiana, 1 décembre 2014.

- Le jeûne pour le climat prend de l’ampleur, Olivia Desmoines, 1er décembre 2014.

- Climat : échec à Paris des négociations sur les gaz HFC, Emilie Massemin (Reporterre), 22 novembre 2014.

- Cette semaine, les Etats peuvent faire un grand pas dans la lutte contre le changement climatique, Maxime Beaugrand et Durwood Zaelke, 17 novembre 2014.

- Le mouvement pour une justice poursuivant l’écocide prend de l’ampleur, Aline Aurias (Reporterre), 14 novembre 2014.

- Les jeunes se bougent pour le climat, REFEDD, 13 novembre 2014.

- Climat : La Chine s’engage à plafonner ses émissions, Camille Martin (Reporterre), 12 novembre 2014.

- Au Bangladesh, « Nous nous adapterons au réchauffement climatique, au prix de notre humanité », entretien avec Nandan Mukherjee, 12 novembre 2014.

- Pourquoi le climat est-il un enjeu de solidarité internationale ?, une question à Josie Riffaud, 12 novembre 2014.

- BREVES : Le GIEC publie son rapport de synthèse. Les concentrations de gaz à effet de serre dans l’atmosphère ont atteint les niveaux les plus élevés depuis 800 000 ans, alertent les experts. . Rapport du GIEC (en anglais). . Site pédagogique indiquant les éléments essentiels.

- Climat : les Européens scellent un accord médiocre et décevant, Maxime Combes, 24 octobre 2014.

- Climat : Thomas Piketty appelle les Européens à un choix fort, Camille Martin (Reporterre), 23 octobre 2014.

- Sauver l’île Hans pour préserver le monde, Emmanuel Hussenet, 7 octobre 2014.

- A New York, une manifestation pour le climat et contre le capitalisme, Jon Palais, 24 septembre 2014.

- L’armée, ça sert aussi à faire la guerre au climat, Ben Cramer, 24 septembre 2014.

- Arrestation et contrôle d’identité. Délit ? Lutter pour le climat avec un vélo, Barnabé Binctin (Reporterre), 23 septembre 2014.

- Pourquoi êtes-vous contre l’« Alliance globale pour une agriculture intelligente face au climat » ?, Maureen Jorand, 23 septembre 2014.

- Marche pour le climat : succès à Paris, triomphe à New York, Barnabé Binctin (Reporterre), 22 septembre 2014.

- Marche pour le climat, 21 septembre 2014, partout dans le monde, et à Paris à 14h.

- Les émissions mondiales de CO2 ont encore augmenté en 2013. Au rythme actuel, l’humanité aura épuisé dans 30 ans son quota restant d’émissions de CO2 pour limiter à 2°C le réchauffement planétaire, explique un rapport du Global Carbon Project (21 septembre 2014).

- Les dix mesures à prendre pour sauver le climat, Climate Space, 20 septembre 2014.

- Marcher ensemble, aux quatre coins de la terre, pour sauver le climat, Barnabé Binctin (Reporterre), 18 septembre 2014.

- Pour la première fois, une étude établit le lien entre changement climatique et émergence d’une maladie, IRD, 18 septembre 2014. - Climat : il faut interdire l’avion !, Pierre-Emmanuel Neurohr, 5 septembre 2014.

- CHRONIQUE - Mille milliards pour sauver les banques. Et rien pour le climat ?, Pierre Larrouturou, 4 septembre 2014.

- Climat : le Bourget doit être la conférence du peuple. Faisons entendre nos voix !, Yann Fiévet, 23 juillet 2014.

- Les négociations sur le climat sont reparties du bon pied, Hervé Kempf (Reporterre), 15 juillet 2014.

- Les organisations d’entreprise se préparent à la conférence sur le climat du Bourget en décembre 2015, 3 juillet 2014.

- Un jeûne international est lancé pour alerter sur le changement climatique, Flora Chauveau (Reporterre), 2 juillet 2014.

- Les marchés financiers spéculent sur les catastrophes que provoquera le changement climatique, Philippe Desfilhes (Reporterre), 27 juin 2014.

- Alternatiba va bien et s’interroge sur le climat, Hervé Kempf (Reporterre), 25 juin 2014.

- Paris doit être le Seattle du climat, Campagne contre le Changement Climatique, 18 juin 2014.

- Du charbon déversé devant la Société générale, accusée de crime contre le climat, BIZI, 2 juin 2014.

- « Il faut diviser par trois les émissions mondiales de gaz à effet de serre », Entretien avec Hervé Le Treut, 5 mai 2014.

- L’appel de Jimmy Carter et Mary Robinson pour le climat, Jimmy Carter et Mary Robinson, 22 avril 2014.

- Desmond Tutu : « Pour sauver le climat, il faut boycotter les compagnies d’énergie fossile », Desmond Tutu, 15 avril 2014.

- Contre le changement climatique, le GIEC recommande une politique massive d’économies d’énergie, Olivier Mary (Reporterre), 14 avril 2014.

- Changement climatique : les victimes témoignent (rapport du Groupe II du GIEC), Olivier Mary (Reporterre), 28 mars 2014.

- Le sommet européen refuse de s’engager sur le climat, Olivier Mary (Reporterre), 20 mars 2014.

- Les émissions africaines représentent de 5 à 20 % de la pollution atmosphérique mondiale, CNRS, 12 mars 2014.

- Les Indiens du Panama rejettent le mirage de la finance carbone, Cécile Raimbeau (Reporterre), 8 mars 2014.

- Les tempêtes font reculer le littoral européen et perdre des terres, Olivier Mary (Reporterre), 5 mars 2014.

- Pour 73 % des Français interrogés, le changement climatique représente une menace pour l’avenir, Reporterre, 25 février 2014.

- Quel sera l’effet du changement climatique sur la production agricole ?, Jean-François Soussana, 18 février 2014.

- Comment le changement climatique va-t-il affecter les côtes françaises ?, Eric Chaumillon, 14 février 2014.

- Aux Etats-Unis, les fuites de méthane durant la production et la distribution de gaz sont 50 % plus élevées que ne l’indiquent les estimations officielles, selon une étude de l’université Stanford (en anglais). . Voir aussi, également en anglais.

- Les Etats-Unis ont espionné chefs d’Etat et négociateurs pendant la conférence sur le climat de Copenhague, par John Vidal et Suzanne Goldenberg (The Guardian), le 4 février 2014.

- L’Europe reste aux abonnés hésitants, par Olivier Mary (Reporterre), le 22 janvier 2014.

- Les mers côtières absorbent beaucoup de gaz carbonique, révèle une étude scientifique - 10 janvier 2014.

Les régions côtières de l’océan global, qui par le passé étaient vraisemblablement des sources de dioxyde de carbone (CO2) pour l’atmosphère, absorbent aujourd’hui des quantités considérables de ce gaz à effet de serre. Des chercheurs ont en effet estimé que l’océan côtier, qui aurait pu émettre jusqu’à 150 millions de tonnes de carbone par an il y a un siècle, en absorbe maintenant environ 250 millions de tonnes, dans une étude publiée par Nature. « L’océan côtier agit comme un ’puits’ pour le CO2 émis par les activités humaines, et pourrait donc modérer le réchauffement global en absorbant des quantités significatives de ce gaz », suggère James Bauer, professeur à l’Université d’Etat d’Ohio aux Etats-Unis, qui coordonnait l’étude. L’article de Nature suggère que la croissance des plantes microscopiques, qui absorbent le CO2, est stimulée par un apport massif de fertilisants d’origine agricole depuis la fin de la seconde guerre mondiale.

- Biarritz sous l’eau, vous croyez que c’est normal ?, Bizi, 9 janvier 2014.

- Inondations, froid polaire, Europe chaude : le climat vous souhaite une bonne année, Camille Martin (Reporterre), 7 janvier 2014.

- États-Unis : les émissions de méthane, notamment liées au gaz de schiste, sont très importantes, selon un article scientifique paru dans les PNAS sous la signature de Scott Miller et al. : « Anthropogenic emissions of methane in the United States ». Le méthane est un gaz à effet de serre très puissant. Depuis plusieurs années, des scientifiques ont montré que l’exploitation du gaz de schiste aux Etats-Unis était à la source d’importants volumes de méthane, donc accroit l’effet de serre. Cependant, les émissions analysées par les scientifiques menées par Scott Miller comprennent aussi les dégagements provenant de l’agriculture, l’élevage ou l’exploitation du charbon. (29 novembre 2013).

- La pression pétrolière s’accroit sur l’Arctique, fragilisé par le changement climatique, Olivier Mary (Reporterre), 27 novembre 2013.

- Le changement climatique menace la santé des océans, Olivier Mary (Reporterre), 25 novembre 2013.

- La fin pitoyable d’une conférence sur le climat vampirisée par les multinationales, Hervé Kempf (Reporterre), 22 novembre 2013.

- A Varsovie, des jeunes gonflés à bloc venus de Bruxelles pour le climat, Grégoire Comhaire (Reporterre), 20 novembre 2013.

- Un clown dans le train climatique, Inclownito (Reporterre), 20 novembre 2013.

- Le train du climat part ce soir pour Varsovie, où la Chine invite les pays riches à respecter leurs engagements financiers, Grégoire Comhaire et Camille Martin (Reporterre), 15 novembre 2013.

- Marché ou lutte contre la finance : l’enjeu caché de la Conférence Climat à Varsovie, Hervé Kempf (Reporterre), 12 novembre 2013.

- Le typhon qui a ravagé les Philippines, une puissance monstrueuse, Olivier Mary (Reporterre), 11 novembre 2013.

- Que peut-on attendre de la conférence sur le climat qui s’ouvre à Varsovie ?, Alix Mazounie (RAC), 11 novembre 2013.

- Le changement climatique affectera l’Aquitaine, le vin de Bordeaux, et les centrales nucléaires, Olivier Mary (Reporterre), 8 novembre 2013.

- Un train vers Varsovie : des jeunes relancent le mouvement citoyen pour le climat, Grégoire Comhaire (Reporterre), 6 novembre 2013.

- Emissions record de CO2 en 2012, mais la croissance se ralentit, Camille Martin (Reporterre), 1 novembre 2013.

- L’Allemagne bloque la lutte contre le changement climatique pour protéger son industrie automobile, Marie-Paule Nougaret (Reporterre), 31 octobre 2013.

- L’Europe pas trop mal sur les gaz à effet de serre mais à la peine sur les économies d’énergie, Gazette des communes, 25 octobre 2013.

- Pour éviter de réduire les émissions de CO2, Bill Gates et les milliardaires rêvent de géo-ingénierie, Clive Hamilton, 22 octobre 2013.

- Le ministère de l’Intérieur se prépare aux migrants climatiques, Camille Martin (Reporterre), 21 octobre 2013.

- L’efficacité énergétique dans le monde ne progresse plus beaucoup, Ademe, 18 octobre 2013.

- En Inde, un cyclone et un miracle, François Gemenne, 15 octobre 2013.

- La bombe climatique cachée dans le rapport du GIEC, Benjamin Dessus, 3 octobre 2013.

- Un cargo franchit pour la première fois le passage du Nord-Ouest, en Arctique, Radio Canada, le 30 septembre 2013.

- Assez de fatalisme climatique !, Hervé Kempf (Reporterre), 28 septembre 2013.

- La température va fortement monter durant le siècle si rien ne change, avertit le GIEC, Denis Delbecq (Reporterre), 27 septembre 2013.

- Quel est l’effet du changement climatique en Ouganda ?, Alyssa Boulares, 27 septembre 2013.

- Voici comment travaillent les scientifiques du GIEC, Marie Astier (Reporterre), 26 septembre 2013.

- Hervé Le Treut : « Le changement climatique risque d’être irréversible », Reporterre, 25 septembre 2013.

- Le froid en Arctique a été plus rigoureux en 2013 qu’en 2012, Emmanuel Hussenet, le 24 septembre 2013.

- Pause dans le réchauffement global : l’explication par l’océan Pacifique. Une présentation plus fouillée en anglais dans Science News. Le 28 août 2013.

- Des millions de réfugiés climatiques attendent un statut, Nolwenn Weiler (Basta Mag), 26 août 2013.

- 4°C de réchauffement en France dans le siècle si on n’agit pas, CNRS, 4 juin 2013.

- La France organisera la conférence sur le climat à l’aéroport du Bourget, Ministère de l’Ecologie, 23 mai 2013.

- Pour stopper la destruction de l’environnement, une loi européenne sur l’écocide - le crime contre la nature, Arrêtons l’Écocide en Europe, 13 mai 2013.

- Quelle stratégie pour relancer la bataille climatique ?, Hervé Kempf (Reporterre), 10 mai 2013.

- Quel lien entre le changement climatique et la guerre ?, François Gemenne, 9 mai 2013.

- 2012 a été une des dix années les plus chaudes jamais enregistrées, Organisation météorologique mondiale, 7 mai 2013.

- Le climat change trop vite pour les poissons d’eau douce, CNRS, 7 mai 2013.

- Cette semaine, la planète approche le seuil des 400 ppm de CO2 dans l’atmosphère, Hervé Kempf (Reporterre), 5 mai 2013.

- Climat : la déclaration du Forum social mondial, « Changer le système, pas le climat », Espace Climat, 26 avril 2013.

- L’empreinte carbone par habitant des Français a augmenté de 15 % en 20 ans, Vincent Di Grande (Libération), 25 avril 2013.

- Le changement climatique va redessiner la carte des vignobles mondiaux, 20 Minutes, 8 avril 2013.

- Un tribunal international des crimes climatiques est nécessaire, Georges Menahem, 5 avril 2013.

- Le froid printanier s’explique par le changement climatique, The Guardian, 1er avril 2013.

- Le GIEC pourrait ouvrir la porte à la géo-ingénierie, Hervé Kempf (Reporterre), 30 mars 2013.

- Tunis : un Appel international pour le climat lancé au Forum social mondial, Logoklima, 29 mars 2013.

- Négliger le changement climatique conduit à la guerre, Harald Welzer, 26 mars 2013.

- Voici le CO2... comme vous ne l’avez jamais vu, Sophie d’Anhalt (L’Expansion), 20 mars 2013.

- Changement climatique, pandémies et guerre nucléaire : les trois spectres de l’avenir proche, Immanuel Wallerstein, 15 mars 2013.

- Le rôle de l’aviation dans le changement climatique toujours plus important, Réseau Action Climat France, 7 mars 2013.

- Les médecins de Paris s’alarment de la pollution atmosphérique, Appel des médecins de Paris, 5 mars 2013.

- Appel pour coordonner les luttes contre le changement climatique, 13 février 2013.

- L’Atlantique nord absorbe de moins en moins de C02, Ifremer, 7 février 2013.

- Climato-sceptiques et partisans du gaz de schiste font alliance à l’Académie des sciences, Camille Martin (Reporterre), 22 janvier 2013.

- A Bruxelles, élargir le périphérique serait mauvais pour le climat, Inter Environnement Bruxelles, 21 janvier 2013.

- L’exploitation du gaz de schiste dégage plus de méthane qu’on ne pensait, Valéry Laramée (Journal de L’Environnement), 5 janvier 2013.

- Pour prévenir le changement climatique, les écologistes doivent cibler les compagnies pétrolières, Bill McKibben, 22 décembre 2012.

- Climat : Hollande s’engage, Présidence de la République, 4 décembre 2012.

- Climat : la solution passe par un partage mondial, Jean Sireyjol (Taca), 27 novembre 2012.

- Réduire les émissions de gaz à effet de serre implique de réduire le trafic aérien, montre une étude, Virage Energie Climat, 14 novembre 2012.

- Muette sur le climat, Hervé Kempf (Le Monde), 12 novembre 2012.

- Le premier prisonnier climatique est libéré : « Je souhaite me battre avec des hommes et des femmes lucides », Pierre-Emmanuel Neurohr, 8 novembre 2012.

- Croissance : émissions de CO2 et PIB font la paire, 20 Minutes, 9 octobre 2012.

- Le climat n’est pas une priorité du gouvernement, Volodia Opritchnik, 4 octobre 2012.

- Le premier détenu climatique de France, Alexandre Faro // Parti de la Résistance, 7 septembre 2012.

- Le changement climatique va lourdement peser sur les ressources alimentaires, Oxfam, 5 septembre 2012.

- Les jeunes se fichent du changement climatique (... aux Etats-Unis), Brett Israel (Courrier International), 4 septembre 2012.

- La banquise arctique a fondu en 2012 plus vite que jamais, Sciences et Avenir, 30 août 2012.

- Il arrête un avion pour lutter contre le changement climatique, Parti de la résistance, 7 août 2012.

- Cachez ce changement climatique que je ne saurais voir, Pierre Barthelemy, 1er juin 2012.

- L’Europe n’est plus la bonne élève du climat, Stéphanie Senet (Journal de l’environnement), 31 mai 2012.

- Croissance et climat : la schizophrénie politique, Attac France, 24 mai 2012.

- Le lourd poids en CO2 des courses quotidiennes, Joel Cossardeaux (Les Echos), 16 mai 2012.

- Le niveau de la mer peut monter très rapidement lors d’une période de réchauffement, CNRS / IRD, 30 mars 2012.

- Sécheresses et inondations, annonce le GIEC, AFP, 29 mars 2012.

- Parce que le climat, c’est urgent, vélorution à Bordeaux le 24 mars, Taca, 22 mars 2012.

- Le fer océanique limite le changement climatique, Enerzine, 21 mars 2012.

- A cause du réchauffement, le taux d’alcool dans le vin augmente, Marielle Court (Le Figaro), 20 mars 2012.

- Qu’est-ce que la dette climatique ?, Mutthiah Yogananthan, 17 mars 2012.

- Les catastrophes climatiques vont se multiplier en Asie, juge la Banque asiatique de dévelpppement, AFP, 14 mars 2012.

- La fonte des glaciers alpins s’accélère, Gerhard Krinner, 28 février 2012.

- L’armée canadienne s’inquiète des effets géostratégiques du changement climatique, Le Devoir, 28 février 2012.

- La bibliothèque du climat est lancée, Réseau Action Climat, 27 janvier 2012.

- Eh, stupides candidats, vous oubliez le changement climatique !, Jean Sireyjol, 18 janvier 2012.

- Le pergélisol russe a commencé à fondre, Vladimir Petrov, 29 décembre 2011.

- Le méthane du Grand Nord menace le climat, Murielle Court (Le Figaro), 29 décembre 2011.

- Les musulmans à l’épreuve du réchauffement climatique, Nabil Ennasri, 20 décembre 2011.

- Quel avenir pour les stations de montagne face au changement climatique ?, Dominique Cael, 13 décembre 2011.

- Durban, un sommet qui touche le fond, Les Amis de la Terre, 12 décembre 2011.

- Ce qui s’est décidé à Durban, AFP, 11 décembre 2011.

- Les pays développés tentent à Durban d’échapper à leurs obligations, Attac, 9 décembre 2011.

- Le changement climatique augmente les risques de famine, Oxfam, 29 novembre 2011.

- Les agrocarburants et la consommation de viande aggravent le réchauffement climatique, Ouest France, 29 novembre 2011.

- La discussion sur le climat va s’ouvrir à Durban, Attac France, 25 novembre 2011.

- Sécheresses et inondations sont l’effet du changement climatique, dit le GIEC, AFP, 19 novembre 2011.

- 28 % des émissions françaises de CO2 ont leur source en Russie, Audrey Garric (lemonde.fr), 10 novembre 2011.

- Climat : je n’irai pas à Durban, Claude-Marie Vadrot, 8 novembre 2011.

- Un climato-sceptique reconnait avoir eu tort, Denis Delbecq, 26 octobre 2011.

- Les forêts de plaine fragiles face au changement climatique, CNRS, 25 octobre 2011.

- Chaque Français émet 9 t de CO2 par an, et non pas 6,7 tonnes, Commissariat général au developpement durable, 9 octobre 2011.

- Les émissions mondiales de CO2 ont bondi de 5,8 % en 2010, Philippe Collet (Actu Environnement), 27 septembre 2011.

- Je serai envoyé en prison, Pierre-Emmanuel Neurohr, 25 septembre 2011.

- Emission record de CO2 en 2010, Jérôme Albert (developpement-durable-entreprise.fr), 31 mai 2011.

- Nier le réchauffement climatique est criminel, Florence Leray, 14 avril 2011.

- Les riches émettent davantage de CO2 que les pauvres, Benjamin Dessus, 18 février 2011.

- Le changement climatique affectera surtout le sud de l’Europe, Publico, 3 février 2011.

- Retour sur Cancun, Jean Sireyjol, 28 décembre 2010.

- La Bolivie va attaquer la décision de Cancun en justice, AFP, 16 décembre 2010.

- Il est impossible de prévenir le changement climatique si la croissance économique continue, Michel Husson, 16 décembre 2010.

- Cancun laisse le Protocole de Kyoto en coma artificiel, Les Amis de la Terre, 13 décembre 2010.

- Pour fêter l’accord sur le climat, une inauguration d’autoroute, Stop Autoroutes, 13 décembre 2010.

- Cancun officialise Copenhague, Attac, 13 décembre 2010.

- Accord sur le climat à Cancun, AFP, 11 décembre 2010.

- La Bolivie radicalise la négociation climatique, Hervé Kempf, 10 décembre 2010.

- Cancun, le symbole du désastre écologique, Claude-Marie Vadrot, 8 décembre 2010.

- Cancun, le point du 6 décembre sur les négociations, Attac, 7 décembre 2010.

- Cancun, le point du 5 décembre sur les négociations, Geneviève Azam, 6 décembre 2010.

- Cancun, affluence décevante, mais on ne baisse pas les bras, Bizi !, 6 décembre 2010.

- Climat : comment éviter le scénario du pire, Bizi !, 3 décembre 2010.

- Climat : pour une distribution planétaire des droits au CO2, Jean Sireyjol, 2 décembre 2010.

- Cancon, pas Cancun, Hervé Kempf, 1er décembre 2010.

- Cancun : pas de progrès possible sans justice climatique, Attac, 29 novembre 2010.

- Du 10 au 17 octobre, semaine internationale d’actions pour la justice climatique, Maxime Combes, 11 octobre 2010.

- Le sable de Cancun, Hervé Kempf, 29 septembre 2010.

- OGM et changement climatique : le bluff, Inf’OGM, 15 septembre 2010.

- Que pensez-vous des climato-sceptiques ?, Emmanuel Le Roy Ladurie, 1er septembre 2010.

- Le réchauffement de la planète se poursuit, Taca, 5 juin 2010.

- Climat : sortir des incantations, Maximes Combes, 3 juin 2010.

- Afrique : face au climat, il faut soutenir l’agriculture, FAO, 4 mai 2010.

- Climat : les scientifiques se rebiffent, 31 mars 2010.

- Le climat entre imposteurs et sophistes, Olivier Godard, 19 mars 2010.

- Quand les climato-sceptiques inventent les erreurs du GIEC..., Sylvestre Huet, 9 mars 2010.

- Décryptage du climato-scepticisme : anxiété et manipulations, Julien Cochard, 25 février 2010.

- « Claude Allègre ment allègrement », Jean-Louis Fellous, 24 février 2010.

- La loi sur le climat passera-t-elle cette année aux Etats-Unis ?, Jane Leggett, 20 février 2010.

- Allègre, vraiment n’importe quoi. Les preuves., Sylvestre Huet, 19 février 2010.

- Pour une contribution climat universelle, Jean Sireyjol, 16 février 2010.

- Rebondir après Copenhague : les nouvelles directions, Bernard Cassen, 12 janvier 2010.

- COPENHAGO BLOGO -, Hervé Kempf, 21 décembre 2009.

- Evo Morales propose un référendum mondial sur le climat, La Revolucion Vive, 18 décembre 2009.

- Copenhague : les dossiers de la négociation, Climate Action Network, 15 décembre 2009.

- Le climat, la dette, l’âme, Hervé Kempf, 14 décembre 2009.

- L’OMC aggrave la crise climatique, Raphaël Kempf, 13 décembre 2009.

- Copenhague est à côté de la plaque, Fabrice Nicolino, 11 décembre 2009.

- Copenhague : où en est-on ? où va-t-on ?, Anne Chaon, 9 décembre 2009.

- Que veulent faire les écologistes à Copenhague en décembre ?, José Bové, 7 décembre 2009.

- Copenhague est le sommet du capitalisme vert, Aurélien Bernier, 6 décembre 2009.

- Une grève de la viande est lancée... pour le climat, 5 décembre 2009.

- L’OMC aide-t-elle à lutter contre le changement climatique ?, Raphaël Kempf, 29 novembre 2009.

- Himalaya : le recul des glaciers pèse sur l’avenir de l’Asie, Hervé Kempf, 26 novembre 2009.

- Viande, culture et climat, Hervé Kempf, 9 novembre 2009.

- Des tonnes de CO2 un jour, des grammes un autre..., Jean Sireyjol, 7 novembre 2009.

- Il ne faut pas dépasser 350 ppm de CO2 dans l’atmosphère !, 350.org, 20 octobre 2009.

- Pique nique à Bordeaux pour sauver le climat, Taca, 3 octobre 2009.

- Mobilisation mondiale sur le climat le 21 septembre, Avaaz, 20 septembre 2009.

- Tartufferie climatique, Hervé Kempf, 13 septembre 2009.

- Où en est la négociation climatique à moins de cent jours de Copenhague ?, Karine Gavand, 9 septembre 2009.

- Pourquoi se mobiliser pour Copenhague ?, Antoine Gaudry, 3 septembre 2009.

- Relocalisons Copenhague !, 22 août 2009.

- Les centrales solaires dans le désert pourraient encore réchauffer le climat, Olivier Danielo, 11 août 2009.

- Le climat au G 8 : les pays riches trop prudents, Greenpeace, 10 juillet 2009.

- Emissions mondiales de CO2 : toujours à la hausse, DD Magazine, 2 juillet 2009.

- Les leçons du froid, Denis Baupin, 13 janvier 2009.

- L’Europe laisse le climat au bon vouloir du marché, Attac France, 16 décembre 2008.

- De quoi va-t-on discuter à la conférence sur le climat de Poznan ?, Pierre Radanne, 30 novembre 2008.

- Quelles seront les conséquences du changement climatique pour l’Afrique ?, André Okombi Salissa, 30 novembre 2008.

- L’Europe faiblit sur le climat, Les Amis de la Terre, 27 novembre 2008.

- Les shadoks luttent contre le changement climatique, Les Verts, 18 janvier 2008.

- Les constructeurs automobiles sapent la lutte contre le changement climatique, Greenpeace, 17 janvier 2008.

Les puits abandonnés de gaz de schiste sont une source importante de gaz à effet de serre Elisabeth Schneiter (Reporterre) Reporterre 2015/02/06 Elisabeth Schneiter (Reporterre) (6 février 2015) Les puits abandonnés de gaz de schiste sont une source importante de gaz à effet de serre. Reporterre. Climat fr

Les puits abandonnés de gaz de schiste sont une source importante de gaz à effet de serre

Des chercheurs de l’Université de Princeton ont découvert une source très importante de méthane, l’un des plus puissants gaz à effet de serre : les puits abandonnés de pétrole et de gaz.

Comparé avec le CO2, le méthane est terriblement puissant. 86 fois plus efficace pour retenir la chaleur que le CO2 sur une période de vingt ans, et l’Environmental Defense Fund, une des grandes associations environnementales américaines, estime que le méthane est responsable d’environ 25 % du réchauffement climatique d’origine humaine.

Il y a entre 300 et 500 000 puits de pétrole et de gaz abandonnés en Pennsylvanie, et environ 3 millions aux États-Unis. Certains d’entre eux pourraient être la source de fuites d’importantes quantités de méthane, une source potentielle passée inaperçue jusqu’à présent. Les émissions provenant de ces puits ne sont pas inclues dans la plupart des bases de données gouvernementales du secteur du pétrole et du gaz, ni dans les textes de réglementation.

Une source importante jusqu’alors ignorée

C’est en travaillant sur la possibilité de stocker le dioxyde de carbone en l’injectant sous terre, et en cherchant comment empêcher le dioxyde de carbone de s’échapper d’un stockage souterrain, que Mary Kang, alors doctorante en génie civil et environnemental à Princeton, a commencé à examiner les émissions de méthane provenant de vieux puits. « J’ai cherché des données, mais il n’y en avait pas », a déclaré Kang, maintenant chercheur postdoctoral à Stanford.

Après avoir testé un échantillon de puits de pétrole et de gaz naturel abandonnés dans le nord-ouest de Pennsylvanie, les chercheurs ont constaté des fuites d’importantes quantités de méthane sur presque tous les anciens puits. Ils pensent que leur contribution globale à l’effet de serre pourrait être significatif, et qu’il faut donc les mesurer, en Pennsylvanie, et dans les autres États qui produisent depuis longtemps du pétrole et du gaz, comme la Californie et le Texas.

« C’est une source de méthane qui ne devrait pas être ignorée », a déclaré Michael Celia, professeur de génie civil et environnemental à Princeton. « Nous devons déterminer son impact à l’échelle du pays. »

Identifier les puits abandonnés

Alors que les entreprises de pétrole et de gaz travaillent à minimiser la quantité de méthane émise par leurs opérations, presque aucune attention n’a été accordée aux puits qui ont été forés il y a des décennies. Ces puits, dont certains remontent au 19e siècle, sont généralement abandonnés et non enregistrés sur les registres officiels.

Les scientifiques ont constaté que même les puits qui avaient été bouchés avec du ciment émettent du méthane, car le ciment a une durée de vie moyenne de trente ans et que certains de ces puits ont plus de cinquante ans.

Dans un article publié le 8 décembre dans les Actes de l’Académie nationale des sciences, les chercheurs décrivent comment ils ont étudié dix-neuf puits dans les comtés McKean et Potter au nord-ouest de la Pennsylvanie. Les puits choisis avaient tous été abandonnés, et il n’y avait aucun dossier sur l’origine des puits, ni sur leur état. Un seul des puits était sur la liste officielle des puits abandonnés.

Certains des puits, qui peuvent n’être qu’un simple tuyau émergeant du sol, se trouvent en forêt, parfois sur des terrains privés. Le manque de documentation rend très difficile de dire quand les puits ont été forés à l’origine ou si quelque chose a été fait pour les boucher. « Ce qui m’a surpris, a déclaré Celia, c’est que nous avons découvert que chaque puits émettait un peu de méthane. »

Pour mener cette recherche, l’équipe a placé des boîtiers appelés chambres de flux sur le sommets des puits. Ils en ont également placé à proximité pour mesurer les émissions de fond du terrain et s’assurer que le méthane a été émis par les puits et non la région environnante.

Bien que tous les puits aient enregistré un certain niveau d’émission de méthane, environ 15 % des puits montrait un niveau nettement plus élevé – jusqu’à mille fois plus. Pour Denise Mauzerall, professeur à Princeton et membre de l’équipe de recherche, il est essentiel d’identifier les puits les plus polluants et de les capter.

10 % du méthane de la région

Sur la base des données recueillies, les chercheurs estiment que les émissions provenant de puits abandonnés représentent l’équivalent de 10 % du méthane provenant des activités humaines en Pennsylvanie - environ la même quantité que la production de pétrole et de gaz actuelle. Aussi, contrairement aux puits en activité, qui ont des durées de vie productives de 10 à 15 ans, les puits abandonnés peuvent continuer à laisser fuir du méthane pendant des décennies.

Le Département de la protection de l’environnement de Pennsylvanie a bien un programme pour brancher les puits abandonnés, mais pas pour reboucher les puits qui l’avaient déjà été. Il ne dispose pas non plus du personnel et ni de l’équipement nécessaire pour gérer des centaines de milliers de puits.

La technologie pour capturer le méthane et l’utiliser existe (la compagnie norvégienne Statoil a des solutions). Mais, les raisons de capturer le méthane des puits en activité et des autres sont plus environnementales que financières... Le 18 septembre dernier, seize des plus grandes associations environnementales ont écrit au Président Obama pour le pousser à imposer une réglementation nationale des émissions de méthane, comme il l’avait annoncé en mars 2014. Sans réponse pour l’instant.

L’OPA du Front National sur l’écologie ? Une mascarade Barnabé Binctin (Reporterre) Reporterre 2015/02/06 Barnabé Binctin (Reporterre) (6 février 2015) L’OPA du Front National sur l’écologie ? Une mascarade. Reporterre. Enquête — Politique fr

L’OPA du Front National sur l’écologie ? Une mascarade

Le Front National tente de se reverdir par une opération com’ bien huilée, avec le lancement du Collectif Nouvelle Ecologie. Mais, du nucléaire au climat en passant par la voiture, un examen des positions du parti montre la vacuité de son positionnement « écologique ». Enquête sur une imposture.

L’année 2015 semble repartir sur les mêmes bases que la précédente. Alors que, dimanche 8 février, le Front National pourrait remporter l’élection législative dans le Doubs, le parti de Marine Le Pen a déjà défrayé la chronique dans les médias, avec Steeve Briois, récompensé du prix Trombinoscope d’« élu local de l’année ». Un choix polémique justifié par « la propulsion visible du Front National non plus seulement dans le débat politique mais sur le plan électoral » selon le jury de journalistes.

Or, si l’année 2014 a été marquée par les résultats électoraux à la hausse du Front National – de la conquête d’une dizaine de villes à son entrée au Sénat, en passant par son arrivée en tête aux élections européennes (schéma qui pourrait par ailleurs se reproduire lors des prochaines élections, départementales, en mars prochain) – elle l’aura aussi été par le traitement médiatique favorable au parti d’extrême-droite, comme Reporterre l’avait déjà analysé ici et là. A ce jeu, la couverture de la soi-disante mue écologique du FN fin 2014 confirme la tendance : le FN a réussi son dernier grand coup de com’ de l’année.

- Capture d’écran -

« Le Front national se met au vert », « Ecologie : le Front national se met au recyclage », etc. Du Figaro à Libération, les principaux titres ont évoqué le lancement, le 9 décembre dernier, du collectif « Nouvelle écologie », quatrième cercle de réflexion thématique initié par le Rassemblement Bleu Marine. Parfois avec dérision, comme dans une chronique de France Inter, parfois beaucoup moins, comme avec le journal patronal L’Opinion.

« C’est la force de sa stratégie : elle brouille les cartes, et une fois de plus, elle reste au centre du jeu médiatique », constate Erwan Lecoeur, sociologue spécialiste du Front National. Seul The Guardian, outre-manche, a dans sa relation des faits rapporté les critiques émises par les écologistes à l’encontre de cette entreprise de récupération.

En fait, comme l’avoue Philippe Murer, président de ce nouveau collectif et interrogé par Reporterre, « les journalistes ont raconté n’importe quoi sur ce que l’on faisait ». Alors, le Front National porterait-il des revendications écologistes ? Reporterre est entré dans la boîte noire d’un discours frontiste maquillé de vert.

- Philippe Murer (capture d’écran) -

Un phénomène pas vraiment nouveau

L’intérêt du Front national pour ces sujets participe de la stratégie de dédiabolisation du parti d’extrême-droite : « L’écologie va lui apporter une image adoucie, car en tant que valeur, c’est une notion qui fait consensus au sein de la population. Pour gagner 2017, Marine Le Pen a besoin d’un apport supplémentaire. Et elle se dit que l’écologie va lui donner un capital sympathie en tant que personne qui aime la nature et les petits oiseaux », poursuit Erwan Lecoeur.

La récupération, par ce mouvement politique, d’une pensée dite écologiste n’est pas récente. L’historien Stéphane François rappelle, dans Les Inrockuptibles, que « l’écologie apparaît dans des programmes du FN au début des années 1990, dans une optique identitaire, sous l’impulsion de Bruno Mégret ». Celui-ci déclarait même en novembre 1996, lors d’un colloque à Lyon, que « le Front National est le seul mouvement authentiquement écologiste de France ».

Plus récemment, le passage au bureau national du Front national de Laurent Ozon a poursuivi la construction de cette nationale-écologie. Un terme que refuse Philippe Murer : « L’étiquette me dérange. C’est trop réducteur et ne dit rien sur la réflexion qui est menée ». Une pensée construite sur l’idée d’un ordre naturel qui justifie le repli sur soi : « C’est un dérivé de la deep ecology. Le sentiment écologique se résume à l’idée de puissance et d’âge d’or de la nature : sa conservation nécessiterait alors un retour aux racines d’antan », analyse Erwan Lecoeur.

C’est ce qui peut expliquer, par ailleurs, les tentatives d’infiltration de groupuscules d’extrême-droite au sein des luttes écologistes, au motif de la défense d’une « identité » : « Pour cette famille politique, la société fonctionne comme un organisme vivant. Elle a ses règles immuables, comme les règles de la nature. Si vous introduisez trop d’immigrés ou que vous autorisez les couples homosexuels, pense-t-elle, vous introduisez du désordre. Il y a des différences d’espèce dans le règne des humains comme dans le règne des animaux », expliquait alors le politologue Jean-Yves Camus à Reporterre.

L’écologie, loin d’être une priorité

Si l’appropriation de ces enjeux n’est donc pas nouvelle, l’écologie reste pourtant un sujet particulièrement dévalorisé au Front National. En 2012, elle reste au second plan dans le programme présidentiel de Marine Le Pen, dépourvu de cohérence et de chiffres en la matière. La donne a-t-elle changé depuis ?

Un petit tour sur le site internet du Front National laisse à penser le contraire. Difficile d’y trouver trace de préoccupation écologiste. Dans la rubrique Actualités, on cherche du côté des mots-clés, à droite, où la liste fait apparaître les cinquante « les plus utilisés ». On y retrouve les principaux thèmes du débat politique – « Justice », « Santé », « Emploi », « Fiscalité », etc. – aux côtés des grands classiques du discours d’extrême-droite – « Immigration », « Insécurité », « Mariage homosexuel », « Fondamentalisme », etc. – auxquels s’ajoutent aussi certaines références plus orientées, telles que « Halal », « Roms », « Islam radical » ou « Algérie ». Mais ni « Ecologie », ni « Environnement », ni « Réchauffement climatique ».

- Les mots clefs les plus utilisés sur le site du Front National -

Pourtant, le mot-clé « Ecologie » existe bel et bien, et une page lui est entièrement dédiée. Elle recense tous les communiqués fléchés sur ce thème. Depuis le lancement du collectif il y a deux mois, le parti a publié trois communiqués étiquetés « écologie ». C’est maigre. Mais c’est toutefois une nette amélioration.

Avant le 9 décembre 2014 ? Il faut remonter au 25 novembre 2014, et un communiqué de presse de Wallerand de Saint-Just, secrétaire de la Fédération parisienne du FN. Tout est dans le titre : « Non à l’utilisation de l’écologie par Anne Hidalgo comme arme de destruction massive de l’économie et de la vie parisienne ». Si l’on passe outre l’interview à BFM TV de Florian Philippot en date du 31 octobre – dans laquelle ce dernier développe les positions du FN sur des dossiers d’actualité écologique : arrêter l’écotaxe, poursuivre le nucléaire et remettre sur pied le projet de barrage de Sivens… – le communiqué précédant date… du 12 septembre 2013. Et cette fois, c’est Marine Le Pen qui s’exprime, évoquant une « secte Verte » qui ferait régner sa loi dans le combat contre la pollution au détriment du pouvoir d’achat des Français...

Cinq communiqués sur l’écologie en dix-huit mois alors que le parti publie près de dix textes chaque jour. C’est peu. Et rien sur le climat, rien sur la biodiversité, rien sur les derniers sujets à l’agenda politique, tels que le plan Ecophyto sur les pesticides ou la loi sur les ondes électromagnétiques. Et ni le communiqué de presse de Steeve Briois sur les aéroports fantômes, ni celui de Florian Philippot sur les concessions autoroutières, par exemple, n’évoquent l’enjeu environnemental de ces infrastructures…

Une obsession : l’automobile

En fait, l’écologie au FN semble se réduire à l’enjeu automobile. Dans le dernier communiqué publié, qui se veut une réaction à la feuille de route sur l’écologie présentée mercredi par le Gouvernement, Philippe Murer se concentre exclusivement sur la critique des mesures favorables à la voiture électrique – développant un long plaidoyer pour la voiture à hydrogène. Mais pas un mot sur la COP 21 et la fin des aides à l’export pour les projets liés au charbon.

L’avant-dernier communiqué pourfend, lui, la politique de la mairie de Paris à l’égard des automobilistes. Dans une déclaration intitulée « Pic de pollution à Paris, l’écologie comme paravent de l’incompétence municipale », Wallerand de Saint-Just, trésorier du FN, appelle à une « augmentation significative du nombre des de [sic] places de stationnements, permettant ainsi aux résidents de se garer facilement, sans tourner des heures, et donc polluer pendant des heures… ». Car oui, c’est bien « en fluidifiant le trafic et le stationnement que l’on luttera efficacement contre la pollution ».

Schizophrénie ou ineptie ? Si le FN entend lutter contre la pollution au nom de l’écologie, il s’insurge dans le même temps contre les mesures politiques prises à l’encontre du diesel, considérées comme punitives et vécues comme une entrave au pouvoir des automobilistes. Ainsi, le 8 décembre dernier, la Fédération du FN de Paris publiait un communiqué à la suite des annonces d’Anne Hidalgo sur le sujet : « La situation ne faisant qu’empirer malgré tout, nous affirmons que c’est la guerre dogmatiquement faite à l’automobile depuis des années qui aggrave la pollution parisienne ».

Non seulement, l’écologie est un sujet quasiment absent du logiciel politique du parti. Mais de surcroît, à l’image de cet intérêt monomaniaque qu’il porte à la voiture, les rares fois où l’écologie mobilise une prise de position au Front national, celles-ci sont clairement anti-écologistes.

De quelle écologie parle-t-on ?

Mais alors, comment parler d’écologie après tant de virulence à l’égard des écologistes ? Le Front National a trouvé la recette : vider le concept de sa substance théorique, invoquer la désidéologisation de ces problématiques et surtout dénoncer la « dictature » des partis politiques traditionnels. Ainsi, lorsqu’Eric Richermoz, secrétaire général du nouveau collectif, annonce « la fin du monopole insolent d’EELV et de la gauche sur l’écologie » lors de la conférence de presse du 9 décembre 2014 (visionnable ici, à 29’27), un tonnerre d’applaudissements se déclenche dans la salle, remplie d’une bonne centaine de personnes, visiblement pas tous journalistes…

- Éric Richermoz et Philippe Murer au lancement du Collectif Nouvelle Écologie. Capture d’écran -

On prétend devenir plus écologiste que les écologistes, en dénigrant leur « vernis écologique » pour mieux promouvoir une « écologie nouvelle ». « Une écologie de bon sens, qui ne tombe pas dans les travers de l’écologisme politique actuel, une écologie réaliste, basée sur un travail rigoureux et sans a priori idéologique », détaille l’étudiant en master de finance à l’IESEG.

Le Front National élabore ainsi son discours sur l’écologie, promouvant la transition énergétique, glosant sur l’obsolescence programmée, dénonçant le court-termisme, prônant la relocalisation et les circuits-courts, s’opposant aux projets de la ferme-usine des Mille vaches ou de Notre-Dame-des-Landes.

A l’issue de son discours d’inauguration du collectif (consultable ici), Marine Le Pen répond même à quelques journalistes en dénonçant la pollution visuelle et ces « entrées de ville complètement défigurées par la multiplication des panneaux publicitaires ». Et lorsqu’un journaliste lui demande si l’environnement peut être une priorité au même titre que l’emploi ou l’immigration dans le programme du FN, elle disserte habilement sur la transversalité de l’écologie.

- Ecouter l’extrait des propos de Marine Le Pen :

Problème ? Les professions de foi camouflent de profondes contradictions. Le discours ne résiste en réalité pas à l’épreuve de la cohérence. Sur les principaux champs de l’écologie politique, les positions défendues trahissent d’irréconciliables paradoxes que soulignent le tableau ci-dessous, non-exhaustif :

Un autre thème important n’a pas été évoqué lors de cette présentation programmatique : l’agriculture. Officiellement, le parti se présente comme un défenseur des petits paysans face à l’agriculture intensive. « L’agriculture de conservation est une bonne piste », assure Philippe Murer, qui raconte mettre du savon de Marseille dans son jardin pour tuer les pucerons. « C’est cent fois moins cher ».

Pourtant, le Front National a soutenu avec force les bonnets rouges. Et ne se cache pas sur l’écotaxe : « Nous sommes absolument contre. C’est une aberration sociale qui fait détester l’écologie. Il faut arrêter les taxes qui tapent sur les petits. En ce sens, les manifestations des bonnets rouges ne sont pas étonnantes, et nous comprenons la détresse de ces agriculteurs victimes du système », nous confiait ainsi Eric Richermoz.

Autre sujet d’antagonisme : le climat. Le FN s’est longtemps caractérisé par des positions climato-sceptiques. Ainsi, en 2010, Jean-Marie Le Pen organisait-il un colloque intitulé « Le réchauffement climatique, mythe ou réalité » au cours duquel fut dénoncé la « manipulation [du] prétendu réchauffement climatique ».

Marine Le Pen cherche aujourd’hui à se distancier de cet héritage. Mais si elle reconnaît officiellement l’enjeu du dérèglement climatique, elle n’a pas résolu pour autant la question du plan d’action pour y faire face. Ses responsables politiques dénoncent surtout l’inefficacité des outils internationaux : « Regardez la conférence de Lima, qui est un nouvel échec. Regardez le protocole de Kyoto, qui n’a jamais marché… Le supranational n’apporte aucun résultat, le vrai levier d’action, c’est la nation », affirme Philippe Murer.

Comment mettre en place une politique commune de lutte contre le changement climatique, alors que ses conséquences ne connaissent pas de frontières ? « Par une coopération entre Etats », nous répond Florian Philippot. Mais le sujet est visiblement sensible. Alors que l’on insiste en interrogeant la possibilité de mener une politique globale en la matière tout en se retirant de l’Union Européenne et de toute construction collective, un militant nous interpelle brusquement dans la salle de la conférence de presse :

- Ecouter Michel Bogé :

L’homme, Michel Bogé, est un ancien membre de Nature et Progrès – dont il est parti à cause des « gauchistes » - et gérant-fondateur de La Boutique de l’écologie, à Paris. Il se présente comme un spécialiste de l’agriculture biologique, pratiquant une « écologie spiritualiste ». Au fil de la discussion, il se révèle toutefois beaucoup moins expert sur la question du changement climatique :

- Ecouter Michel Bogé :

Dans les faits ?

Ne pas répondre à la question au motif que l’on ne connaît pas le dossier : c’est une autre parade dont le FN s’est fait spécialiste. Ainsi de Florian Philippot, lorsqu’on l’interroge sur le projet de Center Parc à Roybon :

- Ecouter Florian Philippot sur le Center Parc de Roybon :

Des votes systématiquement anti-écolos

Sur le terrain, ses élus ont pourtant plusieurs fois manifesté leur soutien au projet. Après avoir manifesté, aux côtés du Parti Socialiste - qui, à l’occasion, n’a pas rechigné à défiler avec les élus d’extrême-droite -, le dimanche 7 décembre, tel que l’indique le site officiel de la Fédération FN d’Isère –, le Front National a ainsi voté le vœu de soutien au Center Parc de Roybon lors de la délibération du Conseil Régional de Rhône-Alpes, le vendredi 12 décembre. Finalement rejeté, ce texte déposé par le groupe de l’Union de la droite et du Centre a obtenu l’adhésion totale des quinze conseillers régionaux FN.

Ce cas est loin d’être isolé. En réalité, malgré le mot d’ordre de l’« écologie pragmatique », les élus FN multiplient les votes à l’encontre de toute écologie concrète, dans toutes les institutions dans lesquelles ils siègent.

A Strasbourg, les trois députés européens du FN avaient ainsi voté contre l’interdiction du chalutage en eaux profondes, en décembre 2013. Et en décembre 2014, les eurodéputés frontistes, désormais au nombre de vingt-quatre, ont participé à l’acceptation d’un texte de la Commission européenne en faveur des sables bitumineux.

A l’assemblée nationale, les deux députés FN se sont fait remarquer par leur silence au moment des débats sur la loi de transition énergétique : « Ils n’ont pris la parole ni en plénière, ni lors des travaux de la commission spéciale, alors que Gilbert Collard en était membre », souligne Denis Baupin, député EELV. Il rappelle au passage les deux seuls amendements déposés par le FN sur la loi : l’un pour supprimer le facteur 4 sur les gaz à effet de serre (c’est-à-dire la division par 4 des émissions du pays d’ici 2050), l’autre pour supprimer l’objectif de réduction de 50 % du nucléaire...

Par ailleurs, Bastamag avait recensé au printemps de nombreuses contradictions au sein des conseils régionaux, où les élus Front National ont pu s’exprimer contre les transports collectifs ou des programmes forestiers tout en faisant des propositions en vue de nouvelles voies de circulation.

Comment justifie-t-on un tel décalage en interne ? Par le fait que l’écologie ne saurait être une contrainte pour les citoyens : « Il nous faut proposer une écologie qui rime avec emploi et innovation, plutôt qu’avec appauvrissement et punition », explique Eric Richermoz.

"Quand vous marchez, vous écrasez des fourmis"

Une écologie adepte du nucléaire, pleine de voitures circulant au milieu de grands projets inutiles et imposés : voilà l’écologie du Front National, une écologie pra-gma-ti-que. « Quand vous marchez, vous écrasez des fourmis. C’est triste, et il faut essayer de ne pas détruire l’environnement, mais c’est inévitable. Il faut être raisonnable et trouver un juste milieu », assure Philippe Murer.

Mais l’écologie est surtout un outil au service de son combat nationaliste. La préoccupation pour le bien-être animal ? Clairement affichée dans le projet de Marine Le Pen, il est un alibi au discours islamophobe. Le prétexte de lutte contre la souffrance animale dans le rituel d’abattage halal n’est qu’un atout supplémentaire au discours de stigmatisation des musulmans.

Et l’attachement à la transition énergétique ? Un argument pour marteler une fois encore la nécessaire sortie de l’Euro et la souveraineté nationale. Avec son livre publié chez Fayard en avril dernier – La Transition énergétique. Une énergie moins chère, un million d’emplois créés – Philippe Murer défend un programme d’investissement de 1.500 milliards d’euros sur vingt ans pour réussir la transition vers les énergies renouvelables, transition qui doit permettre de réaliser dans le même temps 65 milliards par an d’économies.

- Logo du Collectif Nouvelle Ecologie. Capture d’écran sur le site -

Et comment trouver cet argent ? En reprenant la main sur la banque centrale et sur notre monnaie. Pour Philippe Murer, le Front national serait le seul parti à pouvoir réussir la transition énergétique en France. Et le moyen d’y parvenir, c’est le protectionnisme et la sortie des traités européens. Ce qui donne, dans la bouche de Marine Le Pen : « Quand on est mondialiste, on ne peut pas être sérieusement écologiste ». C’est le patriotisme écologique : « Quand on est écolo, on est patriote et quand on est patriote, on est écolo ! » renchérit Eric Richermoz.

On pourrait voir, dans ce greenwashing soudain du FN, une nouvelle preuve que l’enjeu écologique est désormais un objet politique reconnu. Mais, la démarche traduit aussi les risques qui menacent une pensée de l’écologie politique qui n’a pas encore verrouillé auprès du grand public son positionnement et ses grands combats. Conséquence ? Les discours sur l’écologie dépolitisée profitent à ceux qui, à l’image de Michel Bogé, vous expliquent que l’on peut « être écolo de l’extrême-gauche à l’extrême-droite ».

Le Front National n’a d’écologie que le nom qu’il prête à sa démarche, mais l’imposture pourrait entretenir la confusion. C’est désormais un long travail de veille et de déconstruction qu’il faut poursuivre pour rappeler combien l’écologie au Front national n’est qu’un oxymore politique.

« Choisir d’être heureux est un acte de résistance politique » : la Rencontre de Reporterre sur le vivre ensemble Lorène Lavocat et Eric Coquelin (Reporterre) Reporterre 2015/02/07 Lorène Lavocat et Eric Coquelin (Reporterre) (7 février 2015) « Choisir d’être heureux est un acte de résistance politique » : la Rencontre de Reporterre sur le vivre ensemble. Reporterre. Tribune — fr

« Choisir d’être heureux est un acte de résistance politique » : la Rencontre de Reporterre sur le vivre ensemble

Belle, belle ambiance lors de la Rencontre de Reporterre de jeudi 5 février : témoins, public, « sage », toutes et tous ont partagé paroles et émotions lors de l’Assemblée du village, un mois après les attentats qui ont bousculé la société. Face aux logiques guerrières, le désir de se comprendre. Ecoutez...

Il y a mois, le 7 janvier, l’improbable, l’horreur, la stupéfaction. Deux assassins, dix-sept morts, et un pays tout entier sous le choc. Les « événements » mettent à vif les plaies profondes dont souffre notre société.

Après le trop-plein d’émotions, une nécessité se fait jour, urgente : se parler, se retrouver. Nous avons, comme d’autres ressentis le besoin de recréer une parole collective. Le jeudi 5 février, nous étions donc cent cinquante dans la belle salle des mariages de la Mairie du 10e arrondissement de Paris. Assis sur les banquettes en velours rouge ou sur les marches en bois clair, les uns contre les autres.

Une Rencontre de Reporterre préparée à la hâte, avec deux objectifs : activer la réflexion et libérer la parole. Des témoins de terrain livreraient leur regard, et une discussion impliquant chacun suivrait. Voici ces sept témoignages à ré-écouter, et des dizaines d’idées à faire fleurir pour nourrir le Vivre ensemble.

Sonia Bensaïd : « Nous sommes comme les autres, tout ce qu’on demande c’est que les autres nous acceptent »

Sonia Bensaïd travaille comme professeur d’anglais au lycée Feyder d’Épinay-sur-Seine (93). Un établissement souvent accaparé par des guerres de gang. Elle raconte les réactions des élèves après les attaques contre Charlie Hebdo : le choc, comme partout ailleurs, puis la crainte et le refus de l’amalgame.

- Ecouter Sonia ici :

Mohamed Mechmache : « On nous voit comme un réservoir de coupables, mais on est pas le problème, on est une partie de la solution »

Fondateur du collectif AC Le feu et ancien candidat écologiste aux élections européennes, Mohamed Mechmache est l’un des « porte voix » des quartiers populaires. AC Le Feu est né en 2005, au lendemain des révoltes sociales. « Aucune des leçons n’en a été tirée », explique-t-il. « Et le résultat, nous l’avons vu le 7 janvier. »

- Ecouter Mohamed ici :

Johanna Gutierrez Benamrouche : « L’envie d’aller l’un vers l’autre est là, il faut juste créer les opportunités »

Johanna Gutierrez Benamrouche travaille comme coordinatrice socio-culturelle pour l’association Socrate, qui permet de mettre en relation des jeunes « qui ne se seraient jamais rencontrés autrement. » Le principe : des lycéens issus de tous milieux accompagnent des collégiens ou des écoliers des quartiers populaires. L’association est située tout prêt de la Porte de Vincennes, où a eu lieu la prise d’otage du 9 janvier. Elle décrit comment les jeunes ont réagi, « comme des éponges », aux événements et aux rumeurs.

- Ecouter Johanna ici :

Éloïse Lebourg : « Pour vivre ensemble, il faut avant tout arrêter de catégoriser les gens »

Journaliste à Clermont-Ferrand, elle est l’auteure pour Reporterre de l’article sur l’enfance des frères Kouachi. « On oublie de dire qu’ils étaient Français, comme nous. » Elle réalise actuellement un documentaire sur les gens de la rue, avec qui elle tient un blog. Une expérience qui change profondément son regard sur notre société : « Nous sommes tous pareils malgré nos parcours différents. »

- Ecouter Eloïse ici :

Yahia Adane : « Nous sommes tous des briseurs d’impasse en puissance »

Yahia Adane est directeur et éducateur de l’Association d’éducation populaire Charonne-Réunion, dans le 20e arrondissement de Paris. Chaque mercredi, les animateurs de l’association investissent une place du quartier, avec des ateliers, des jeux, pour favoriser la dialogue des cultures et des générations. Il faut susciter la rencontre, « briser les impasses », dirait Saint-Augustin.

- Ecouter Yahia ici :

Adeline Besson : « Le vivre ensemble commence à l’école, en remettant l’élève au centre du projet pédagogique »

Professeure d’arts-plastiques dans un collège d’Aubervilliers, Adeline Besson travaille avec d’autres enseignants à la création d’un établissement polytechnique et coopératif, au sein de l’Éducation Nationale. L’idée : parler à nouveau de pédagogie, réfléchir à une organisation plus horizontale, et surtout, donner la parole aux élèves.

- Ecouter Adeline ici :

Patrick Viveret : « Il y a deux dérèglements climatiques : le réchauffement, et la glaciation, quand la peur et le repli identitaire prennent le dessus »

Patrick Viveret a accepté d’être le « grand sage » de la Rencontre. Philosophe, essayiste altermondialiste, il est un fervent défenseur de la sobriété heureuse, du convivialisme, et de toutes les « expressions concrètes de la fraternité. » Tout au long de la soirée, il a semé des graines de réflexion et des raisons d’espérer. Car « la curiosité peut prendre le pas sur la peur. »

- Ecouter Patrick ici :

Libérer la parole

L’équipe de Reporterre est animée par l’utopisme. La parole ne devait pas être aux seuls sage et témoins, mais il fallait que nous la prenions toutes et tous, dans cette assemblée de village, pour s’écouter et réfléchir ensemble.

L’annonce de cette initiative décalée a fait s’éclipser une partie des cent cinquante assistants, mais les quelques quatre-vingt participants aux groupes de parole ont pu plancher sur l’épineuse question : par quoi commenceriez -ous pour améliorer le Vivre ensemble, au quotidien, près de chez vous ? Deux mesures à faire jaillir, à l’aide de post-it colorés et de débats animés.

Une demi-heure plus tard, des envies par paquets, qui tiennent en quelques mots : favoriser l’échange, la connaissance inter-culturelle et la convivialité.

Voici donc un florilège des idées qui ont germées :

- « L’inclusion commence par changer son regard, déconstruire ses préjugés et donner sa chance aux autres »

- « Faire découvrir aux jeunes des professions qui leur sont lointaines (paysan) : les stages en entreprise sont un bon moyen d’aller se confronter à d’autres mondes. »

- « Le plus important, c’est de se rencontrer, de rire ensemble. »

- « Installer des bancs publics pour créer le dialogue. S’assoir sur des bancs avec des inconnus. »

- « Multiplier les repas entre voisins, où chacun amène sa spécialité, ou toute autre rencontre de quartier et fête populaire. »

- « Dans le métro, à côté du sticker pickpocket, porter un sticker "votre voison vous veut du bien" ».

- « Pour se rencontrer entre voisins, on peut créer des lieux de rencontre dans l’immeuble, comme une étagère à livres collective. »

- « Demain, à 11h, tout le monde s’arrête et on se parle (skype exclu), même si on ne se connaît pas. Et on s’écoute. On peut faire ça tous les mois, pendant une heure. »

- « Expérimenter des moments de non hiérarchie dans l’entreprise. »

- « Organiser des ateliers d’écoute... et de silence. »

- « Fermer toutes les télévisions »

- « Sourire aux gens trois fois par jour »

- « Rouler en tandem, avec une place libre, à proposer à un inconnu ! »

- « Occuper l’espace public, organiser des grands jeux dans la ville, où tout le monde peut participer. »

- « Encourager la connaissance interculturelle dans les écoles »

- « Placer des micros dans les rues, et diffuser le tout sur une radio libre. »

L’assemblée du village

21h, la salle des mariages ressemble à une place de village. Des rires discrets, des chuchotements bruyants. On pourrait rester là toute la nuit. Mais il faut rendre la salle à la Mairie. Le mot de la fin revient à Patrick Viveret : « On l’a compris, l’alternative est du côté du Buen vivir et de la sobriété heureuse. Choisir d’être heureux est aujourd’hui un acte de résistance politique. »

CHRONIQUE - La décroissance se lève à l’est Vincent Liegey Reporterre 2015/02/07 Vincent Liegey (7 février 2015) CHRONIQUE - La décroissance se lève à l’est. Reporterre. fr

CHRONIQUE - La décroissance se lève à l’est

« Comment critiquer la surconsommation dans des sociétés qui l’attendent toujours ? » Et pourtant, la question trouve un terrain fertile à Budapest, qui accueillera la prochaine Conférence internationale sur la décroissance.

J’ai participé les 24 et 25 janvier à l’organisation d’une rencontre régionale sur la décroissance dans les « pays de l’est » (Nemnövekedés). Une centaine de personnes d’une vingtaine de nationalités ont participé à ces deux journées à Budapest.

Décroissance ou austérité ?

La première journée s’est tenue dans un bâtiment inoccupé le long du Danube avec une vue imprenable sur les collines de Buda. On a commencé par des échanges ouverts en plénière sur la réception de la décroissance dans des sociétés post-socialistes. Il n’est pas toujours facile de critiquer la société de (sur)consommation dans nos sociétés occidentales. Alors comment amener ces réflexions dans des sociétés qui l’attendent toujours ? Le changement de régime devait amener croissance, prospérité et liberté de consommer... Vingt cinq ans plus tard, c’est plutôt désillusions, austérité et précarité. Comment rendre la décroissance désirable dans un tel contexte ? Comment distinguer décroissance choisie et récession subie ? Ainsi, la première des décroissances doit être celle des inégalités. Les débats se sont vite orientés vers des propositions telles que le revenu de base, le revenu maximal, l’économie de la réciprocité.

Pour un basculement des perceptions

Autre sujet intéressant, en particulier vu depuis nos sociétés occidentales, comment donner une image positive à toutes ces productions locales, ces échanges, ces solidarités principalement contraints par la survie ? Comment les mettre en relation avec l’émergence d’alternatives concrètes et montrer qu’elles n’appartiennent pas au passé mais sont signes d’espoirs ?

Des savoir-faire, des liens sont toujours présents dans ces sociétés, ils peuvent servir de bases et de leviers pour des transitions vers plus de soutenabilité et de convivialité.

Enfin, l’après-midi était consacré à des réflexions en petits groupes sur des sujets comme décroissance et éducation ou encore, comment mettre en réseaux les alternatives concrètes ? De même, quelles stratégies et démarches politiques mettre en place dans des contextes de dépolitisation et de désillusions totales ?

Contextes différents mais problèmes similaires

La journée s’est terminée par une rencontre publique, d’abord autour du livre de Nicolas Sersiron, Dette et extractivisme, puis un débat sur les limites physiques et culturelles de la croissance et le que faire ensemble.

Ce type de rencontres, dans d’autres contextes culturels, historiques, sociaux et politiques que celui des sociétés de l’ouest européen montrent à quel point nous avons à apprendre les uns des autres. En effet, nous faisons face à des problématiques similaires dans des contextes différents. Toutefois, des réflexions similaires et des solutions proches émergent.

En Hongrie aussi, la transition est en marche

- Café Szimpla -

La deuxième journée était consacrée à des visites d’alternatives. Le matin, nous avons été accueilli au marché du Szimpla. Le Szimpla est l’un de ces fameux bars de la vie nocturne mais aussi culturelle, militante et alternative de Budapest dans des bâtiments en ruine. Chaque dimanche est organisé un marché en vente directe pour des producteurs locaux. Nous sommes allés à la rencontres de ces producteurs.

L’après-midi, nous étions accueilli au Noha Studio, lieu qui concentre une quinzaine d’ateliers de recyclage et d’auto-réparation, d’artisanat et de rencontres, aussi bien poterie, qu’imprimerie, couture ou encore atelier théâtre pour enfants. Enfin, nous nous sommes installés dans l’atelier vélo et low-tech Cyclonomia pour discuter de futures projets et coopérations autour de la décroissance dans la région.

Décroissance, la tête et les mains

Mais le plus intéressant dans cette aventure, outre la qualité et la richesse des rencontres et des discussions, est la manière dont tout cela a été organisé en partenariat avec plusieurs collectifs et alternatives.

Ainsi, les lieux d’accueil ont été mis à disposition gratuitement contre des services rendus par les organisateurs (exemple du bâtiment inoccupé du premier jour ou une assistance en transport low-tech pour vider des gravas fournie par Cyclonomia et ses remorques et vélo-cargos). De même, la nourriture était fournie par une ferme en biodynamie partenaire de cette rencontre. Ainsi, cette organisation s’est faite avec un budget très faible mais avec beaucoup de créativité, de partage, de convivialité et de solidarité. Mettre en pratique ses idées est l’une des forces de ce types de rencontres comme on l’observe entre autres lors des Alternatibas.

La Grande Transformation

Comme partout ailleurs dans le monde, à Budapest, dans les pays de l’Est, en Europe centrale et dans les Balkans, on rencontre des dynamiques citoyennes merveilleuses et créatives malgré des situations économiques, sociales et politiques déprimantes. Budapest est la ville du grand Karl Polanyi, l’auteur encore trop peu connu de La Grande Transformation.

Lors de cette rencontre, qui en appelle d’autres puisque Budapest se porte candidate à l’organisation de la prochaine conférence internationale sur la décroissance, nous avons apporté une nouvelle pierre à ce qui pourrait une nouvelle grande transformation, basée sur la décroissance ou réflexions proches, pour de nouveaux mondes soutenables et souhaitables. De plus, et pendant que les élections se déroulaient en Grèce voyant l’arrivée de Syriza, ces rencontres montrent à quel point les problèmes auxquels nous faisons face sont universels et nous incite à plus de dialogues et d’échanges sur le que faire.

La loi Macron porte un nouveau coup à la protection de l’environnement Baptiste Giraud (Reporterre) Reporterre 2015/02/07 Baptiste Giraud (Reporterre) (7 février 2015) La loi Macron porte un nouveau coup à la protection de l’environnement. Reporterre. Politique fr

La loi Macron porte un nouveau coup à la protection de l’environnement

Articles 28, 29, 54… Plusieurs dispositions de la loi Macron s’attaquent directement à la protection de l’environnement, et affaiblissent le droit en la matière. Les écologistes n’ont pas su s’organiser pour faire reculer le gouvernement, qui applique toujours davantage le dogme néo-libéral à l’environnement.

C’est l’article 28 du projet de loi Macron qui mobilise le plus les critiques. Comme Reporterre l’a déjà écrit, il vise à permettre au gouvernement de simplifier le droit de l’environnement par ordonnances, sans consultation des élus, afin d’accélérer « l’autorisation des projets de construction et d’aménagement et de favoriser leur réalisation ».

Chez EELV comme dans les associations écologistes, on partage au moins le constat du gouvernement : « Nous sommes pour la modernisation du droit de l’environnement car les procédures se sont bureaucratisées », explique Denis Baupin, député écologiste parisien. « Par exemple, malgré des avis défavorables, de mauvais projets se poursuivent. Les procédures actuelles ne garantissent pas que les avis défavorables soient écoutés. »

« Il y a urgence », renchérit Morgane Piederrière, de France Nature Environnement (FNE). « Les processus de participation du public ne sont pas satisfaisants et cela crée de la tension. Les observations du public ne sont pas forcément prises en compte, sans que cette absence de prise en compte soit justifiée. Nous demandons qu’une réponse soit faite à l’avis du public consulté. Nous demandons aussi que soit organisée une contre-expertise. Sur des projets comme celui du barrage de Sivens, cela aurait évité que la situation dégénère. »

Légiférer par ordonnances tout en prônant la démocratie participative

Les choses se compliquent dès que l’on aborde la manière de faire évoluer le droit de l’environnement. « Notre objectif c’est l’abandon de cet article », dit clairement Denis Baupin pour EELV. Alors que Morgane Piederrière explique que pour FNE, « nous ne sommes pas contre le fait de prendre des ordonnances si c’est le ministère de l’Écologie qui les écrit, et que le CNTE [Conseil national de la transition écologique, instance consultative en place depuis 2013] donne son avis. » Un amendement demandant à ce que les ordonnances soient approuvées par le CNTE a en effet été adopté.

- Denis Baupin -

Cette question de méthode révèle les incohérences du discours gouvernemental. « Le projet de loi pour la croissance et l’activité tend à traduire l’objectif du Gouvernement de mener rapidement et dans la concertation la modernisation du droit de l’environnement pour le rendre plus lisible, mieux proportionné et plus efficace », peut-on lire dans la feuille de route issue de la conférence environnementale rendue publique mercredi 4 février par Manuel Valls et Ségolène Royal. La ministre de l’Écologie s’est par ailleurs engagée à ce que soit ajouté un amendement garantissant le principe de « non-régressivité » du droit de l’environnement.

« C’est complètement contradictoire », selon Denis Baupin. D’autant plus que l’article possède une « fragilité constitutionnelle : le droit de l’environnement ne peut se faire que par la loi, c’est écrit dans la constitution ». Passer par des ordonnances consiste justement à permettre au gouvernement d’écrire le droit sans que les législateurs (les députés et sénateurs) ne donnent leur avis.

Même analyse pour Florent Compain, président des Amis de la Terre : « Alors que François Hollande vient de lancer le chantier de la démocratie participative, ce passage par ordonnances est tout sauf de la démocratie participative ». Autre argument, avancé par l’avocat Arnaud Gossement : le recours aux ordonnances ne fera que compliquer et ralentir la procédure :

- Ecouter Arnaud Gossement :

Des lois fourre-tout qui compliquent le travail de pression des associations

Quant à la possibilité de consulter le CNTE, il s’agit selon Florent Compain d’un « simulacre de démocratie ». Il rejoint en cela Arnaud Gossement : « Chacun sait que le CNTE jouera un rôle particulièrement limité. [...] Ce sont principalement les conclusions du futur rapport de M. Duport (mission pilotée par Matignon) et l’avis du Conseil national de l’industrie (Bercy) qui inspireront la rédaction des ordonnances à venir » (à lire sur son blog). « L’avis du CNTE c’est quoi ? Les huit associations qui en font partie ne pèsent rien », renchérit Florent Compain.

Cependant, même si elles sont opposées à cet article 28, les associations avouent ne pas être en mesure de porter le fer. « Globalement, on n’a pas les moyens de faire campagne à chaque fois. C’est le gros problème de ces lois fourre-tout : elles touchent à cinquante mille sujets. Alors il y a une cristallisation sur quelques-uns et le reste passe à la trappe », analyse Florent Compain.

28, 54, et le numéro complémentaire… le 29

Outre l’article 28, certains évoquent le 54. Il permet à l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) de vendre « des prestations de conseil et des missions d’appui technique » aux autorités nucléaires d’autres pays. Selon Florent Compain, il s’agirait pour le gouvernement de faciliter l’exportation du nucléaire français, qui devrait faire l’objet d’une opération de communication au moment de la COP21.

En réalité cet article fait bondir au sein même de l’ASN, selon les informations du Journal de l’environnement qui cite un responsable de l’autorité : « L’État nous demanderait de certifier les réacteurs qu’Areva proposerait à l’international, ce qui est tout à fait contraire à la doctrine française en la matière ».

La doctrine en question, présentée sur le site de l’ASN, dit bien que chaque pays se lançant dans un programme nucléaire doit se doter de sa propre « Autorité de sûreté qualifiée et indépendante ». « On ne peut sous-traiter [la sûreté] à un gendarme étranger », explique le responsable interrogé par le Journal de l’environnement.

Là encore, les députés écologistes ont déposé un amendement pour demander la suppression de l’article. Selon eux (dans l’exposé des motifs), le texte aurait pour but de « permettre à l’ASN d’être rémunérée par les industriels potentiellement exportateurs pour ses examens de conformité. Cela place donc l’Autorité en position de cliente des entreprises qu’elle contrôle sur le territoire français. »

Chez France Nature Environnement, on insiste aussi sur l’article 29. Il vise à réduire considérablement les situations dans lesquelles une construction déclarée illégale pour cause de manquement dans l’attribution du permis de construire doit être démolie.

Là encore, selon Denis Baupin, « l’article est fragile constitutionnellement car c’est une incitation à ne pas respecter les règles ». EELV et FNE demandent sa suppression. Morgane Piederrière raconte que « l’article avait été réécrit en commission d’une manière qui était plus satisfaisante, mais un amendement a été déposé depuis par les rapporteurs, visant à rétablir la version originale... »

Sur tous ces points, le député Baupin reconnaît que la probabilité de gagner est faible. « Mais si le ministre a fait preuve de souplesse dans certains domaines, comme la rémunération des professions réglementées ou le secret des affaires, il pourrait avoir la même lucidité sur le droit de l’environnement. Il faut se mobiliser pour. »

L’article 28 a finalement été adopté vendredi 6 février tard dans la soirée. Le principe du non-régressivité du droit de l’environnement n’a pas été retenu, au motif que cette notion n’était pas suffisamment bien définie. Néanmoins, un amendement de la députée PS Sabine Buis garantissant que l’avis du parlement serait pris en compte dans la rédaction des ordonnances a été adopté, contre l’avis du gouvernement semble-t-il : « Le Parlement est informé et consulté au cours du processus d’élaboration des ordonnances prévues et des travaux organisés au sein du Conseil national de la transition écologique, au moyen notamment de la mise en place d’un comité de liaison composé de parlementaires ».

Par ailleurs, Denis Baupin a déclaré avoir « fait inscrire des garanties de protection de l’environnement et la priorité donnée aux projets de transition énergétique ainsi que la modernisation des procédures de concertation ». « Grâce à nos amendements, les ordonnances de l’article 28 de la loi Macron sont un peu mieux encadrées. Mais la procédure reste inacceptable ».

Complément d’information :

. Le point de vue critique de la Fondation Nicolas Hulot

. Jean-Claude Boual, "Loi Macron : une nouvelle menace pour les associations et la vie démocratique", pour le Collectif des associations citoyennes, sur Bastamag.

Plongée au coeur de Las Vegas, Babylone décadente Pascale Solana (Reporterre) Reporterre 2015/02/07 Pascale Solana (Reporterre) (7 février 2015) Plongée au coeur de Las Vegas, Babylone décadente. Reporterre. fr

Plongée au coeur de Las Vegas, Babylone décadente

Las Vegas Méditation, documentaire de Florent Tillon, vous fait sentir le fond. Ne cherchez ni espoir, ni résistance, il n’y en a pas. « Même le livreur de pizza sait que sa ville n’a aucun avenir. Las Vegas est un camp de concentration existentiel et y être écolo n’a pas de sens »

C’est un film à ne pas rater. Une plongée fascinante au cœur de Las Vegas, monstrueuse Babylone décadente, qui cristallise les capacités de destruction du mode de vie de l’homme du XXe siècle. En surface, ambiance Mad Max avec courses de motos hurlantes, fantastiques chevauchées d’hommes désoeuvrés au milieu de palaces, de casinos et d’hôtels inachevés. Ces constructions sont restées figées depuis la crise de 2008. Des milliers d’habitants sont déjà partis.

On voit des rues privatisées, des pavillons standardisés au milieu de pelouses irriguées protégés de petites barrières blanches. Un peu plus loin, en sous-sol, dans des souterrains, d’autres hommes, exilés économiques et environnementaux, vivent dans les tunnels situés sous des pistes d’atterrissage de l’aéroport tels des rats au milieu des cafards.

Tout cela est-il bien réel ? Oui, non, enfin oui. Comme les habitants de Las Vegas, le spectateur perd peu à peu ses repères. Comme lors du massacre perpétué par un dément dans un cinéma de la région : il a déchargé son arme sur les premiers rangs, la salle a d’abord applaudi, pensant continuer à vivre le spectacle, explique la voix off. Ailleurs, dans un fast-food, les obèses peuvent manger sans limite, gratuitement.

Est-ce de la science fiction ? Oui. Et non, puisque c’est réel. Le traitement du documentaire, à la fois littéraire, artistique, musical, joue l’ambiguïté et c’est ce qui en fait son originalité. Dans cette chronique d’une mort par asphyxie progressive, indolore, et où les hommes ne sont plus heureux, deux jeunes personnages sont nos fils conducteurs. Ils parlent comme des héros de romans désabusés, ne trouvent plus de sens à leur vie, aspirés par la musique de leur groupe punk Read Neon.

Las Vegas « la plus américaine des villes » se dessèche à force d’avoir barré et détourné ses rivières dès les années 30 et meurt pour cause d’épuisement de ressources naturelles. Las Vegas Méditation, le documentaire de Florent Tillon, vous fait sentir le fond. Ne cherchez ni espoir, ni résistance, il n’y en a pas. « Même le livreur de pizza sait que sa ville n’a aucun avenir. Las Vegas est un camp de concentration existentiel et y être écolo n’a pas de sens » expliquait le réalisateur lors de l’ouverture du Festival du film d’environnement, qui a sélectionné le documentaire. Une Meditation dont on ressort avec l’idée qu’il faut se tirer de là et changer de modèle au plus vite.

- Las Vegas Meditation, de Florent Tillon, 90 mn, projeté dimanche 8 et lundi 9. Voir infos ici.

Pour Manuel Valls, l’environnement, ça vaut quinze minutes Baptiste Giraud (Reporterre) Reporterre 2015/02/09 Baptiste Giraud (Reporterre) (9 février 2015) Pour Manuel Valls, l’environnement, ça vaut quinze minutes. Reporterre. Politique fr

Pour Manuel Valls, l’environnement, ça vaut quinze minutes

Travaillant son écolo attitude en vue de la COP 21, le gouvernement annonçait sa feuille de route pour 2015 par une conférence de presse de Manuel Valls et Ségolène Royal. Résultat : quinze minutes accordées par le Premier ministre à l’écologie, et une obsession : faire rimer écologie avec économie.

Mercredi 4 février – Hôtel de Roquelaure, siège du ministère de l’Écologie. Dans la salle de presse, une estrade à moquette bleue, fond bleu, drapeaux, le tout bordé de deux énormes télés proposant une image fixe : « Conseil national de la transition écologique » au-dessus d’un paysage où quelques éoliennes s’alignent sous le ciel bleu, en bas la mention « #VOTREÉNERGIE » pour les twittos.

La conférence de presse censée dévoiler la « feuille de route 2015 issue des trois tables rondes de la Conférence environnementale » (voir les dix mesures phares), prend un peu de retard, on attend les ministres qui présentent au même moment ce document au Conseil national de la transition écologique (CNTE). Après un quart d’heure d’attente, Valls et Royal arrivent et le premier ministre prend la parole.

« Il n’y a pas de temps à perdre »

« Nous avons réaffirmé une ambition commune. Bâtir le modèle environnemental français, qui entraîne le pays et puisse rayonner en Europe et dans le monde. Le chef de l’État l’a souligné, c’est pour nous une très grande responsabilité. La France doit montrer l’exemple. Face à l’urgence écologique, nous devons prendre les décisions qui s’imposent. Celles qui permettront d’enrayer le réchauffement. Il n’y a pas de temps à perdre. Il faut agir maintenant. Agir réclame de la méthode. Dialogue et concertation sont plus que jamais nécessaires. Toutes les décisions annoncées aujourd’hui, prises aujourd’hui, ont ainsi été pensées, mûries, dans l’écoute des positions des uns et des autres. C’est essentiel, c’est exceptionnel d’ailleurs dans notre société française, et pourtant c’est le seul moyen d’avancer ensemble. Trop souvent les sujets divisent, notamment au niveau local. »

Il présente la feuille de route organisée autour de trois points. D’abord, la « mobilisation nationale vers la COP21 des pouvoirs publics, des entreprises et de la société dans son ensemble ». « Nous avons fait de 2015 l’année de la lutte contre le dérèglement climatique. La France fera tout pour obtenir un accord en décembre, et cet accord doit être le plus ambitieux possible ».

La mesure phare consiste en la « suppression de l’assurance des crédits à l’export des centrales à charbon sans stockage de CO2 ». Manuel Valls annonce aussi un « verdissement de la fiscalité », « en taxant plus la pollution et moins la production ». Le comité pour une fiscalité écologique sera prochainement relancé.

Deuxième point, les transports durables. « Il faut réinventer nos modes de déplacement ». Valls parle de relance du fret ferroviaire, annonçant l’organisation d’une conférence sur la logistique au premier semestre de l’année.

« Enfin troisième point, et je ne veux pas faire long », l’environnement et la santé. Le premier ministre veut « lutter contre la pollution de l’air », notamment en sortant du « réflexe diesel ». Pour cela, il annonce la création d’un « certificat qualité de l’air » autrement appelé « pastille verte » qui identifiera les véhicules selon leurs émissions de CO2 et permettra de différencier les droits des automobilistes.

Par ailleurs, une prime à la conversion des diesel polluants allant jusqu’à 10 000 € pour l’achat d’une voiture électrique sera versée. Valls cite également le travail de Stéphane Le Foll pour la réduction de l’utilisation des pesticides.

Des « écogestes » pour les fonctionnaires

A cela s’ajoute le « plan administration exemplaire pour la transition écologique » : « La ministre souhaite, elle a bien raison, que l’ensemble des ministères ciblent de manière prioritaire les économies d’énergie, transports verts, la réduction de déchets et la préservation de la biodiversité ». Ce plan prévoit un certain nombre d’« écogestes » allant de l’achat de papier recyclé à la mise en place d’un site de covoiturage pour le personnel des ministères.

« J’étais la semaine dernière en Chine, j’ai pu constater avec quel engagement et quel degré d’expertise les entreprises françaises offraient des solutions en matière d’énergie, de transport durable et de recyclage, et la France est à la pointe de ces enjeux. Elle doit continuer de progresser, c’est une formidable source de transformation de notre modèle économique, de croissance et d’emploi. […] Cette feuille de route nous permet de préparer une économie et une croissance respectueuses de l’environnement. Nous avons la conviction que écologie et économie ne sont pas contradictoires, bien au contraire, et c’est bien de le souligner. »

La messe est dite. Le premier ministre laisse à Ségolène Royal la tâche de répondre à quelques questions avant de prendre congé. Quinze minutes de conférence de presse, dont cinq de questions des journalistes. Voilà ce que mérite l’écologie pour Manuel Valls.

Partie en même temps que son premier ministre, Ségolène Royal reparaît quelques minutes après dans la salle d’où ne sont pas encore partis les journalistes. Comme pour s’excuser, elle répond largement aux questions des journalistes qui l’entourent de leurs micros.

« La voie de la transition écologique et de l’exemplarité en vue de la COP21 »

Dans la foulée, des membres d’associations siégeant au CNTE attendent sur le trottoir, devant le ministère, que les journalistes les interrogent. Un représentant de la Fondation Nicolas Hulot pour la nature et l’homme détaille les points positifs obtenus à force de lobbying. Selon le communiqué de la Fondation, cette feuille de route « place la France sur la voie de la transition écologique et de l’exemplarité en vue de la COP21 ».

- Ségolène Royal -

Un peu plus tard dans l’après-midi, le député EELV et membre du CNTE Denis Baupin se « réjoui[t] de la volonté forte affichée par le Premier Ministre et la Ministre de l’écologie de tenir les engagements pris lors de la 3e conférence environnementale en novembre dernier ». Il qualifie l’annonce de la mise en place du certificat qualité de l’air d’« excellente nouvelle ».

Enfin il salue les « avancées en matière de santé environnementale : action contre les insecticides néonicotinoïdes mis en cause dans la surmortalité des abeilles, réduction des risques liés aux pesticides, perturbateurs endocriniens, etc. »

La veille pourtant, le sénateur écologiste Joël Labbé qui défendait en séance une proposition de résolution pour un moratoire européen sur ces insecticides néonicotinoïdes s’était agacé après que les appareils politiques, dont le PS, avaient « verrouillé les votes ». Stéphane Le Foll s’était notamment opposé à cette résolution.

Par communiqué de presse, le NPA fait entendre un autre discours : « Atomic-Royal espère nous fourguer ses voitures électriques qui sont une aberration écologique, mais un bon plan pour les industriels de la filière. Jusqu’à ce que, comme pour le diesel, elles soient rejetées et remplacées, histoire de lancer d’autres fabrications. Les exportations de centrales à charbon « performantes » pourront continuer à être subventionnées. […] L’ampleur de la crise écologique et sociale impose de changer de logique économique. Or, le gouvernement Hollande-Valls-Royal défenseur du capitalisme, comme les précédents, est incapable de préparer la sortie des énergies fossiles autrement que par un renforcement du nucléaire. »

Cinquante Alternatiba auront lieu cette année Coordination européenne des Alternatiba Reporterre 2015/02/09 Coordination européenne des Alternatiba (9 février 2015) Cinquante Alternatiba auront lieu cette année. Reporterre. Tribune — Alternatiba fr

Cinquante Alternatiba auront lieu cette année

Le mouvement des Alternatiba a fait le point ce week-end sur sa dynamique. L’année sera marquée par le tour en tandem et près de cinquante Alternatiba en France et à l’étranger, dans la perspective de la conférence sur le climat de décembre à Paris.

La 5e Coordination européenne des Alternatiba - Villages des alternatives au changement climatique - s’est tenue ces samedi 7 et dimanche 8 février 2015 à Saint-Quentin-en-Yvelines en présence de 52 délégués de 33 Alternatiba déjà réalisés ou en cours d’organisation. Les quatre premières réunions de Coordination s’étaient tenues à Nantes en février 2014, à Bayonne en juin, à Paris en août et à Lille en octobre.

L’assemblée a travaillé à la préparation du Tour Alternatiba, importante mobilisation citoyenne sur le climat qui touchera 186 territoires différents du 5 juin au 26 septembre 2015. Il s’agira de réaliser à vélo - derrière des quadruplettes et des triplettes, symboles de la transition écologique et de la solidarité, de la justice sociale - 5 000 km de Bayonne à Paris, en traversant six Etats européens.

Un certain nombre d’outils sont en train d’être travaillés, en collaboration avec le Collectif pour une transition citoyenne, pour en faire également une opération de promotion massive des alternatives sociales et écologiques au changement climatique : livret des alternatives, pacte de la transition destiné aux élus, et autre pacte de la transition destiné aux citoyens.

Cette Coordination a également fait l’état des lieux des Alternatiba en cours de préparation pour cette année 2015. De Marseille aux Abers en Bretagne, de Bilbao à Genève, du Limousin à Strasbourg, plus de cinquante Alternatiba se tiendront de juin à octobre 2015, mobilisant des centaines de milliers de citoyens face à l’urgence climatique.

Une force collective, joyeuse, déterminée et active est ainsi en train d’émerger. Elle entend contribuer à mettre en route la transition nécessaire pour limiter le dérèglement climatique en cours d’aggravation et d’accélération, sans plus attendre ce fameux accord contraignant, ambitieux, efficace et juste qui n’arrive jamais, malgré vingt années successives de conférences internationales de l’ONU sur le climat.

La Coordination s’est poursuivie le dimanche pour réfléchir à la participation d’Alternatiba à la COP21 qui se tiendra à Paris en décembre 2015. Il a été décidé d’organiser un Village mondial des alternatives à un moment et dans un lieu restant à déterminer. Il y aura d’autres initiatives Alternatiba sur Paris pendant la COP21.

En outre, deux cents représentant-e-s des différents Alternatiba seront mobilisés durant toute la COP21, pour aider à la mobilisation citoyenne qui se déploiera pendant ces deux semaines sur Paris. Ils seront installés dans la commune de l’Ile-Saint-Denis.

Enfin, un premier tour de table a lancé une réflexion qui doit se poursuivre désormais au sein de chaque Alternatiba, et qui sera prolongée lors de la prochaine Coordination : quelles suites donner à cette dynamique collective après la COP21, et dans les années à venir ? Comment continuer à renforcer la transition sociale et écologique et construire un mouvement pour la justice climatique ?

La prochaine Coordination Européenne des Alternatiba aura lieu à Bordeaux le samedi 25 et le dimanche 26 avril.

Il y a bio et bio. Voici comment s’y retrouver dans les labels d’agriculture biologique Sonia (Lutopik) Reporterre 2015/02/09 Sonia (Lutopik) (9 février 2015) Il y a bio et bio. Voici comment s’y retrouver dans les labels d’agriculture biologique. Reporterre. Quotidien fr

Il y a bio et bio. Voici comment s’y retrouver dans les labels d’agriculture biologique

Si le label AB domine largement les rayons alimentaires bio des magasins, il n’est pas le seul à signaler des produits issus de l’agriculture biologique. D’autres, moins connus mais plus exigeants, défendent une agriculture plus humaine, plus écologique et plus autonome face aux lobbies agro-alimentaires. Présentation des différents labels de l’agriculture bio en huit questions/réponses.

Quels sont les labels de l’agriculture biologique ?

En France, on dénombre trois labels nationaux dédiés à l’agriculture biologique : le label européen et sa déclinaison française AB, Nature & Progrès, et Bio Cohérence. A ceux-là s’ajoutent plusieurs labels régionaux ainsi que Demeter, qui est un peu à part puisqu’il certifie les productions agricoles répondant aux règles de la biodynamie. Le plus répandu des trois est le label européen.

Plus de 26.500 producteurs et presque 12.600 transformateurs, distributeurs et importateurs affichent sur leurs produits la feuille étoilée, souvent assortie du sigle AB (mais dont l’inscription n’est plus obligatoire). Il est géré par le ministère de l’Agriculture, à travers l’Agence Bio et l’Inoa, l’Institut national de l’origine et de la qualité.

Si c’est le principal, ce n’est pas le plus ancien. La mention Nature & Progrès est née en 1972, treize ans avant AB. Elle est portée par une association qui regroupe des producteurs et des consommateurs militant pour un « modèle agricole alternatif à l’agro-industrie, à même de préserver la fertilité naturelle des sols, d’assurer l’autonomie des paysans et une alimentation saine à portée de tous ».

Quant au petit dernier, Bio Cohérence, il a vu le jour en 2009, en réaction à la nouvelle réglementation du label européen qui diminuait les exigences de l’agriculture biologique, par exemple en faisant passer le taux d’OGM autorisé de 0,1 à 0,9 %. Il dépend de l’association du même nom, constituée d’associations et syndicats tels que la Fnab, la Fédération nationale d’agriculture biologique, le réseau des magasins Biocoop, etc.

Sont-ils tous aussi bio ?

Aujourd’hui, c’est un règlement européen qui définit le cahier des charges et les critères de l’agriculture biologique, laquelle consiste avant tout à ne pas utiliser de produits chimiques de synthèse. C’est la définition officielle de la « bio », et toute marchandise non certifiée par le label européen ne peut donc pas être vendue en tant que production biologique.

Mais pour les autres organismes, c’est insuffisant. « La définition officielle se limite à une dimension technique qui ne questionne ni l’industrialisation de la bio, ni ses répercussions sociales et écologiques », dénonce ainsi Nature & Progrès en préambule de sa charte.

Sur la même longueur d’ondes, Bio Cohérence milite pour « une agriculture biologique plus cohérente, dans un souci de pérennité des structures et de cohérence agronomique ». Cependant, Bio Cohérence reconnaît tous les critères de l’Agence Bio et ne labellise que des produits déjà estampillés AB, tandis que Nature & Progrès ne le demande pas à ses producteurs ou distributeurs (environ 40 % des mentions Nature & Progrès n’ont pas le label AB).

Outre des exigences écologiques supérieures à celles du règlement européen, Bio Cohérence et Nature & Progrès ont la particularité de prendre en compte les aspects sociaux : ils plaident pour une juste rémunération et un droit du travail respecté. Ils interdisent par exemple la vente en supermarchés, pour ne pas faire le jeu de l’industrialisation de l’agriculture biologique.

Quelles sont les principales différences de cahiers des charges ?

Quasiment tous les critères du label AB figurent aussi dans les cahiers des charges de Bio Cohérence et Nature & Progrès. Mais eux vont plus loin sur de nombreuses normes, notamment en ce qui concerne les OGM puisqu’ils limitent le taux à 0,1 % en cas d’intrusion accidentelle.

Ils interdisent également la mixité bio et non bio sur une même exploitation, ce que permet le label AB à condition qu’il s’agisse d’espèces ou de variétés différentes, ainsi que l’utilisation de farines de sang comme amendements pour la terre.

Nature & Progrès interdit aussi, entre autres, l’huile de palme, même bio, car ils estiment qu’elle n’est pas produite dans des conditions sociales et écologiques satisfaisantes. L’association encourage également l’utilisation de semences non inscrites au catalogue officiel, pour promouvoir l’autonomie des paysans face à l’industrie semencière.

Qui attribue les labels ?

Là encore, les labels présentent des divergences. AB et Bio Cohérence reposent sur le système de la certification par un tiers indépendant, le seul mode reconnu par le règlement européen. En France, il existe aujourd’hui huit organismes certificateurs pour l’agriculture biologique : Ecocert, Qualité France, Agrocert, Certipaq Bio, Certisud, Certis, Qualisud et Bureau Alpes Contrôle. Ce sont eux qui délivrent les labels après avoir vérifié que la production, la transformation ou la commercialisation répond bien au cahier des charges de l’agriculture biologique.

Ils sont rémunérés par le demandeur du label, à qui ils doivent rendre visite au minimum une fois par an. Ce contrôle annuel se fait sur rendez-vous, et porte essentiellement sur une vérification des documents administratifs : factures des semences, des aliments, des engrais, des produits phytosanitaires, etc. Si le contrôleur a un doute, il peut parfois procéder à un contrôle inopiné, voire effectuer des prélèvements pour analyse. Mais ces derniers, coûteux, sont assez rares.

De son côté, Nature & Progrès a opté pour un « Système participatif de garantie » (SPG) qui implique les producteurs et les consommateurs dans la labellisation. Cette pratique, qui existe dans d’autres pays et est reconnue par certains organismes internationaux (IFOAM, FAO) ne l’est pourtant pas à l’échelle européenne.

Chaque année, au moins deux adhérents de Nature & Progrès (un consommateur et un producteur) rendent visite aux agriculteurs du réseau. Ils contrôlent que le travail est fait selon la charte de l’association mais surtout, ils échangent sur les pratiques de production et les conditions de travail afin de faire progresser tous les membres de l’association.

Qui contrôle les certificateurs ?

Les huit organismes certificateurs sont accrédités par le Cofrac, le Comité français d’accréditation, et agréés par l’Inao. S’il se veut indépendant, le Cofrac est pourtant sujet aux conflits d’intérêts puisque William Vidal, président d’Ecocert (qui détient 70 % du marché de la certification bio), siège au Conseil d’administration du Cofrac.

Donnent-ils tous le droit aux aides de l’agriculture bio ?

Seul le label AB étant reconnu par l’Europe, les autres ne donnent pas droit aux aides de la PAC pour la conversion et le maintien en agriculture biologique, ni au crédit d’impôt en faveur de l’agriculture biologique (d’un montant de 2.500 € en 2014).

Quel est l’intérêt pour un professionnel d’adhérer à un autre label que AB ?

Bien qu’ils ne donnent pas droit à des aides, ni même à la mention « biologique » sur leurs produits, des labels comme Demeter ou Nature & Progrès intéressent les agriculteurs et les transformateurs (530 pour le premier et 840 pour le second).

Geoffroy Raout, coordinateur interne chez Nature & Progrès, explique cet engouement par le fait que « c’est l’envie d’afficher une marque de garantie et de s’identifier à un courant commercial qui correspondent vraiment à leurs pratiques ». Bio Cohérence compte aujourd’hui 300 producteurs adhérents.

Combien ça coûte ?

S’il est un secteur où le principe du pollueur-payeur n’est pas mis en place, c’est bien l’agriculture. L’usage de produits chimiques n’est pas taxé et la labellisation bio est payante. Le contrôle annuel réalisé par Ecocert, principal organisme certificateur en bio, pour obtenir le label AB coûte entre 350 et 850 € en fonction de la surface et du type de produit. Certaines régions remboursent tout ou en partie la certification pour ce label, mais le prix peut être dissuasif pour les petits agriculteurs.

Pour adhérer à Bio Cohérence, il faut ajouter 120 € en plus de la certification AB et 0,1 % du chiffre d’affaires dès la deuxième année. Refusant « la logique marchande » et basée sur le volontariat, la labellisation Nature & Progrès est un peu moins chère. L’adhésion inclut l’enquête annuelle et tourne autour de 285 €, une somme qui peut être revue à la baisse dans les régions où l’association est bien implantée et dispose de nombreux bénévoles pour se rendre chez les producteurs. à compter de la seconde année, les labellisés s’engagent également à verser 0,3% de leur chiffre d’affaires à l’association.

STÉPHANIE A TROQUÉ SON LABEL AB POUR NATURE ET PROGRÈS

Stéphanie est éleveuse de poules pondeuses en Bourgogne. Elle fait des œufs bio, qui étaient jusqu’à récemment labellisés AB. Pour cela, elle achetait des poulettes non bio et les convertissait pendant dix semaines avec de l’aliment bio.

Mais depuis janvier 2014, la conversion d’une poulette non bio est interdite. Pour conserver son label AB, Stéphanie aurait dû immédiatement faire abattre ses 600 poules et acheter des poulettes bio ou des poussins de 1 jour (les poussins bio n’existent pas en France. Pour obtenir des poules bio, il faut acheter des poussins conventionnels et les nourrir en bio dès leur deuxième jour).

« Mais les poulettes bio disponibles ne sont pas adaptées à ici et élever des poussins, ce n’est pas le même métier et ça demande du temps », explique-t-elle.

Face à la menace de la fermeture de son activité, l’agricultrice a renoncé à son label AB et s’est tournée vers Nature & Progrès. « Eux prennent en compte l’aspect humain et financier, ils ont une démarche plus humaine, ne se contentent pas de cocher les cases d’un cahier des charges ».

En dialoguant avec eux, Stéphanie a choisi d’adhérer au réseau, qui lui laisse six mois pour se mettre à l’élevage de poussins de 1 jour. Pour entrer dans le label, elle devra aussi nourrir ses poules avec des aliments provenant au moins à 50 % de son exploitation car Nature & Progrès est très attaché au « lien au sol ».

Ses 20 ha de céréales ne seront donc plus vendues à une coopérative mais utilisées directement pour son élevage. « Ce n’est pas un mal car ça devrait faire baisser les charges », se réjouit-elle.

Elle réalisera aussi des économies sur la labellisation : alors qu’elle payait 600 € annuels à Qualité France pour être certifiée AB, elle s’acquittera désormais de 180 €. Le seul inconvénient de ce changement, c’est qu’elle ne pourra plus inscrire « œufs bio » sur ses boîtes ni apposer le tampon 0 sur ses œufs, synonyme de bio.

Ils seront désormais notés 1, qui correspond aux œufs de poules élevées en plein air et ses boîtes porteront la mention alambiquée : « Poules élevées en plein air, nourries avec de l’alimentation issue de l’agriculture biologique ».

Face au climat, la Pologne engluée dans le charbon Barnabé Binctin (Reporterre) Reporterre 2015/02/09 Barnabé Binctin (Reporterre) (9 février 2015) Face au climat, la Pologne engluée dans le charbon. Reporterre. Reportage — Énergie fr

Face au climat, la Pologne engluée dans le charbon

Une nouvelle conférence diplomatique sur le changement climatique s’ouvre lundi 9 février à Genève. Objectif : élaborer un texte qui servira de base à la négociation durant l’année. Rien de simple, alors que les pays ont des politiques énergétiques totalement différentes. Exemple : la Pologne, qui continue de consommer massivement du charbon. Reportage en Silésie, au cœur de l’industrie charbonnière.

- Katowice, reportage

Aussi loin que la vue le permet, l’horizon est tacheté d’épais nuages laiteux. Échappés des longues cheminées rouges et blanches qui entourent la ville, ils forment comme une forteresse dont les chevalements constitueraient les donjons. La nuit venue, l’air exhale une odeur persistante de fumée. À n’importe quelle heure de la journée, le charbon éveille vos sens : bienvenue à Katowice, l’empire du carbone.

S’il est un « trésor national » en Pologne, la Silésie en est son royaume et Katowice, le fief historique. Mais néanmoins jeune : le plus vieux bâtiment de la ville, une Eglise au style néo-roman édifiée au milieu du XIXe siècle, rappelle qu’il n’y a pas d’autre passé, ici, que le charbon. Depuis le début de son exploitation, près de quinze mines ont été ouvertes au sein même de la ville, qui en compte aujourd’hui encore trois en activité.

- À Katowice -

Une ressource au cœur de l’industrie énergétique

Dixième ville de Pologne avec 300 000 habitants, Katowice est une des conurbations les plus importantes d’Europe si l’on tient compte de son agglomération. Ce bassin de vie s’est construit sur l’activité de l’industrie charbonnière : la trentaine de mines qu’exploite encore aujourd’hui la Pologne se situe presque exclusivement dans cette région du sud du pays.

Près de 80 millions de tonnes de charbon ont été extraites en 2013. Cette production, dont 15 % est exportée, doit permettre de couvrir la demande énergétique polonaise, qui repose pour plus de la moitié sur cette ressource. Selon une étude de la Fondation Heinrich Böll parue l’année dernière (voir p.16 de l’étude), le charbon concentre 54 % du mix énergétique polonais (47 % provenant de la houille et 7 % du lignite).

Le charbon approvisionne les entreprises de chauffage urbain ainsi que les industries à haute intensité énergétique, mais il est surtout la source quasi-unique d’électricité polonaise, dont il fournit 92 %. À une centaine de kilomètres de Katowice, la centrale de Belchatow est la première centrale thermique d’Europe et la troisième plus importante au monde. Installée à côté d’une immense mine de charbon à ciel ouvert, la centrale fournit 20 % de la production électrique polonaise grâce à une puissance de production de plus de cinq gigawatts.

Première source énergétique, le charbon est aussi un vivier d’emplois. Dans un pays marqué par près de 15 % de chômage – chiffre qui double presque chez les plus jeunes – la Silésie fait figure d’exception. « À Katowice, le chômage n’a jamais dépassé 8,5 % et il tourne aujourd’hui autour de 5 % », se vante un fonctionnaire de la ville.

- Chevalement à Katowice -

Avec 110 000 mineurs encore en activité, cette réussite découle de l’exploitation du charbon : « Un emploi dans les mines, c’est au moins cinq emplois indirects », avance ainsi Ryszard PŁaza, vice-président du syndicat des mineurs locaux.

Bénéficiant d’un salaire avoisinant 1200 euros en moyenne, les mineurs jouissent d’un traitement très favorable : « Ils sont mieux payés que le reste de la population – environ deux fois la moyenne nationale – et bénéficient de retraites très confortables », explique Beata Maciejewska du Zielony Instytut, sorte de think tank écologiste polonais.

À moyen terme, les réserves exploitables, estimées à 3,7 milliards de tonnes de charbon, représentent près de cinquante ans d’exploitation au rythme actuel.

Le pouvoir du charbon

Dans ce contexte, difficile d’aborder sereinement l’idée d’une transition écologique des systèmes énergétiques. « Jobs, jobs, jobs… le chantage à l’emploi est d’autant plus important en Pologne qu’on ne fait jamais le lien entre l’environnement et son potentiel d’emplois. Les écologistes sont considérés comme un frein au développement du pays », souligne Bartlomiej Kozek, journaliste indépendant.

Le pouvoir du charbon est d’autant plus grand qu’il s’appuie sur une architecture institutionnelle qui favorise les conservatismes, avec un Etat très centralisé : « La transformation du secteur électrique s’est imposée à l’agenda des nouvelles démocraties est-européennes, mais la prégnance des héritages industriels et le caractère massif et concentré de l’emploi dans ce secteur ont fortement contribué à réduire la dynamique de changement », écrit François Bafoil dans Accès à l’énergie en Europe, dans un chapitre lié aux transformations des secteurs énergétiques.

Pourtant, avec treize mines dont la fermeture est prévue d’ici 2030 et une baisse prévue de la part dans le mix énergétique, le secteur du charbon voit son règne menacé. Mais, à certains endroits de la Silésie comme à Walbrzych, une économie souterraine d’exploitation illégale de charbon s’est constituée ces dernières années, comme le révélait une enquête du Washington Post, il y a deux mois.

- "Familok" à Nikiszowiec -

D’autres parades se mettent en place pour maintenir l’héritage du charbon. À vingt kilomètres de Katowice, Nikiszowiec s’est ainsi transformée en ville-musée. Les « familok » – ces grands corps d’habitations en brique rouge, équivalents polonais des corons du Nord – font l’objet de toutes les attentions politiques. Désignés officiellement monuments historiques de Pologne, ils voient se développer une activité touristique autour de leur préservation, et de nombreux cinéastes profitent du décor pour y tourner leurs films.

Joana Budny, coordinatrice de l’association Congress of Heritage protection Upper Silesia, ne jure que par la « revitalisation » de ces territoires où un tiers de la population travaille encore dans les mines. Un doux euphémisme pour ne pas trahir l’angoisse que représente le début de la fin du pouvoir du charbon : « Que fait-on des gens ? Quelle intégration sociale va-t-on proposer à tous ces travailleurs ? Cela ne peut pas être une simple variable d’ajustement », s’inquiète-t-elle autour d’une bière chaude, spécialité locale.

Le temps du changement

Car une transition énergétique s’opère, bon gré mal gré. Certes, face à une conscience collective encore largement serinée au charbon, la classe politique polonaise reste elle aussi majoritairement favorable à l’exploitation du combustible. « Les responsables politiques n’ont aucune idée de ce que signifie l’économie verte ou la transition énergétique en Pologne », explique Genowefa Grabowska, ancienne députée européenne. « Ce qui explique l’absence de vision cohérente sur une politique autour des énergies renouvelables, notamment. »

Aujourd’hui, les énergies renouvelables ne représentent que 5 % dans le mix énergétique polonais. Une faiblesse qui s’explique en partie par l’absence d’un cadre règlementaire en la matière : « Il n’existe aucune loi sur les énergies renouvelables ! Et donc aucun objectif dans leur développement… », s’indigne Beata Maciejewska. Un projet de loi sommeille dans les bureaux du Parlement, sans cesse repoussé, mais qui pourrait toutefois arrivé plus vite que prévu en ce début d’année 2015.

- Au musée de Nikiszowiec -

Une réforme accélérée par un ensemble de contingences, ces derniers mois : alors que plusieurs accidents industriels ont remis en cause la sûreté des installations, la concurrence sur la matière première a vu la Pologne importer du charbon, notamment de la Russie, soulevant un vaste mouvement de protestation.

Fin octobre, l’Union européenne a par ailleurs redéfini les objectifs du paquet-climat, fixant à 40 % l’objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Pour la Pologne, Etat-membre depuis dix ans, cela ressemble à une gageure alors que sa production d’électricité à base de charbon conduit à l’émission de plus de 130 millions de tonnes de CO2 par an.

Mais la transition énergétique est loin d’être actée : le pays lorgne sur le nucléaire, et sur les gaz de schiste...

Comment faire de l’argent avec la disparition de la biodiversité... Baptiste Giraud (Reporterre) Reporterre 2015/02/09 Baptiste Giraud (Reporterre) (9 février 2015) Comment faire de l’argent avec la disparition de la biodiversité.... Reporterre. Économie fr

Comment faire de l’argent avec la disparition de la biodiversité...

Nature, le nouvel eldorado de la finance, le documentaire de Sandrine Feydel et Denis Delestrac, montre comment le marché de la « préservation » de la nature se développe partout dans le monde, consistant à faire de l’argent sur la disparition de la biodiversité. A voir jusqu’au mardi 10 février.

« Et si les marchés économiques et financiers parvenaient à sauver la planète ? » Mais oui tiens, au fond : après l’échec des sommets internationaux, le manque de volonté des dirigeants politiques, la force de frappe trop faible des militants et ONG, pourquoi ne pas faire confiance à la cupidité des entreprises pour sauver notre planète, et nous avec ?

Le documentaire de Sandrine Feydel et Denis Delestrac étudie cette proposition, en enquêtant sur plusieurs cas. Par exemple, celui de la « mouche des sables amoureuse des fleurs » : il y a un siècle, elle vivait notamment dans un espace d’une centaine de kilomètres carrés autour de la ville de Colton, en Californie. Mais depuis, 95 % de son habitat a été détruit ou rendu inhospitalier, au point que l’insecte est devenu la première mouche en voie d’extinction des États-Unis.

Pour protéger la population restante, toute activité de construction autour de Colton a été gelée en 1993. Cette fameuse mouche étant protégée, l’ensemble des lieux où elle vit sont désormais soumis à un contrôle strict : la législation étasunienne ne permet à un promoteur d’y construire que s’il contribue dans le même temps à la sauvegarde de la mouche.

Des actions pour autoriser à détruire l’environnement

Une entreprise a donc eu l’idée d’acheter les 130 hectares de Colton sur lesquels vit une partie des mouches restantes, et de se constituer en « bio-banque ». Concrètement, elle ne touche pas aux terrains, permettant la survie de l’espèce. En revanche, elle émet des actions qui correspondent à une certaine part du territoire des mouches. Les promoteurs souhaitant détruire un de leurs habitats situé en un autre endroit du pays doivent alors acheter en contrepartie des actions de la bio-banque. Ainsi, l’établissement a par exemple vendu une action équivalant à 4 000 m² pour 250 000 dollars.

La mouche devient un investissement financier. Et plus l’espèce sera menacée, plus le prix des actions augmentera. C’est la vieille loi économique de l’offre et de la demande : si l’offre est plus faible que la demande, les prix explosent. Ici, le nombre de mouches représente l’offre, tandis que les promoteurs souhaitant construire là où elles vivent – et donc tuer ces populations – constituent la demande.

À partir de ce raisonnement, toute la nature, menacée ou non, acquiert subitement une valeur économique. Les abeilles ? Un calcul établit que leur travail de pollinisation vaut deux cent milliards de dollars, soit le prix que coûterait de polliniser mécaniquement la totalité des fleurs sur terre.

Ni une ni deux, face à ce constat, des entreprises s’imaginent déjà empocher le pactole tout en se présentant comme protectrices des abeilles. Elles constituent des ruchers mobiles géants qu’elles louent aux agriculteurs situés dans des zones dépeuplées en abeilles. Où est le mal ? Leurs ruchers permettent de préserver l’espèce, et leur modèle économique est parfaitement viable.

Plus l’environnement sera rare, plus il vaudra cher

Partout dans le monde le marché de la « préservation » de la nature se développe. Des bio-banques vendent des droits à détruire l’environnement, lesquels droits deviennent des objets de spéculation comme les autres.

« Connaître le prix de la nature c’est lui reconnaître de la valeur : aujourd’hui dans le système tel qu’il fonctionne, ce qui n’est pas compté ne compte pas », explique dans le documentaire l’ancien ministre écologiste Pascal Canfin. Nous serions donc condamnés à donner un prix à la nature, afin que des entreprises s’intéressent à elle et la protègent ?

Ce raisonnement oublie la logique même de l’économie : la rareté. Ne rapporte que ce qui est rare, ou que l’on fait apparaître comme rare et désirable. Les entreprises et autres bio-banques qui se lancent dans l’économie de la nature ont donc tout intérêt à ce qu’elle devienne le plus rare possible.

Éthiquement insupportable, le fait de se faire de l’argent sur la disparition de la biodiversité se révèle également totalement inefficace. C’est néanmoins comme cela que fonctionne le marché du carbone ou le marché des forêts que des multinationales se font une fierté de replanter aux quatre coins du globe.

La machine économique et financière est lancée : elle a déjà commencé à s’attaquer à la nature. Le premier pas dans la lutte est d’en prendre conscience, et ce documentaire y aide grandement.

Nature, le nouvel eldorado de la finance, documentaire de Sandrine Feydel et Denis Delestrac, 87mn.

Visionnable sur Arte.tv jusqu’au mardi 10 février.

L’aéroport de Notre-Dame-des-Landes est incompatible avec la biodiversité, jugent des scientifiques Marie Astier (Reporterre) Reporterre 2015/02/10 Marie Astier (Reporterre) (10 février 2015) L’aéroport de Notre-Dame-des-Landes est incompatible avec la biodiversité, jugent des scientifiques. Reporterre. Nature fr

L’aéroport de Notre-Dame-des-Landes est incompatible avec la biodiversité, jugent des scientifiques

Le Conseil scientifique du patrimoine naturel et de la biodiversité vient de rendre un avis négatif sur les impacts du projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. C’est le troisième rapport de ce type.

Et encore un. Un avis scientifique de plus qui estime qu’en l’état actuel, le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes n’est pas compatible avec la préservation de la biodiversité.

Cette fois-ci c’est le Conseil scientifique du patrimoine naturel et de la biodiversité qui s’exprime. Cet organe indépendant, bien que rattaché au ministère de l’Ecologie, rassemble des experts de l’environnement venant à la fois des sciences dures (naturalistes, agronomes,etc) et des sciences sociales (sociologues, philosophes, etc).

Les 1.400 hectares sur lesquels s’étendrait l’aéroport, qui sont pour 98 % une zone humide, « abritent des cortèges floristiques et faunistiques remarquables, présentant une grande valeur patrimoniale », note-t-il dans un avis publié le 2 février.

Le projet d’aéroport prévoit donc une « compensation » : de nouvelles zones humides seraient créées dans les environs de l’aéroport. Mais le Conseil se montre très dubitatif face à cette solution car « les bilans de telles opérations de compensation sur des zones humides restent très insatisfaisants. »

En clair, on ne pourra pas recréer ailleurs une zone humide aussi riche en biodiversité et en services écologiques que celle de Notre-Dame-des-Landes. Le conseil « émet donc un avis défavorable à la destruction de cet ensemble très original par la réalisation de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes ».

Une zone humide « pas compensable »

Cette conclusion ravit le Collectif d’élu-e-s doutant de la pertinence du projet d’aéroport de Notre Dame des Landes. C’est une preuve de plus que « le choix du site de Notre-Dame-des-Landes, fait dans les années 70, n’était pas pertinent compte tenu des problèmes environnementaux qu’il pose », expliquent-ils dans une lettre adressée à la ministre de l’environnement Ségolène Royal.

« Le Conseil n’a pas fait dans la dentelle pour dire non, c’est inhabituel pour des scientifiques », se félicite également François de Beaulieu, naturaliste et historien breton, actif dans la lutte contre l’aéroport.

Selon lui, cet avis vient enfoncer le clou, après toute une série de rapports et d’avis qui émettent de fortes réserves :

- La conclusion de l’enquête publique sur le respect de la loi sur l’eau, à l’été 2012. Elle est favorable à la construction de l’aéroport, mais à condition que la méthode de compensation soit validée par un comité d’experts. - Ce comité d’experts rend un rapport en avril 2013, moins d’un an plus tard. Il émet de nombreuses réserves sur la possibilité de compenser la destruction de la zone humide. « Ces réserves devraient être levées pour que le projet puisse être poursuivi », conseillent les experts. - Puis c’est au tour du Conseil National de protection de la nature de se prononcer. Il reprend les mêmes réserves, et demande un délai de deux ans pour effectuer des études. - Enfin arrive aujourd’hui l’avis du Conseil scientifique de la biodiversité. Après avoir invité l’un des auteurs du rapport des experts, Ghislain de Marsily, il se prononce sans ambiguïté contre la destruction de la zone humide.

« Cela confirme ce que disent tous les experts et les opposants à l’aéroport : la zone humide de Notre-Dame n’est pas compensable », estime François de Beaulieu. Seul problème, « aucun des avis de ces conseils n’a de valeur légale, le préfet ou le gouvernement peuvent s’asseoir dessus », déplore le naturaliste.

Éviter de détruire, la meilleure solution

Virginie Maris, philosophe de l’environnement et membre du Conseil, précise : « L’avis ne se prononce pas sur le projet d’aéroport », mais juste sur la préservation de la zone humide. Avec ses collègues, ils s’intéressent depuis quelque temps à la « compensation écologique ». « Et on a des réserves », explique-t-elle. Pour preuve, une fiche rédigée par le Conseil pour la ministre Ségolène Royal, qui l’avertit « d’une grande incertitude quant aux succès de restauration des milieux naturels » et lui rappelle que « la meilleure façon de ne pas perdre de biodiversité reste l’évitement. » En d’autres termes, l’état de nos connaissances scientifiques ne nous permet pas de détruire puis recréer des écosystèmes. Il vaut mieux tout simplement les préserver.

Alors, cet avis peut-il servir aux opposants à l’aéroport ? Au moins, « il apporte la preuve que le ministère a été averti des conséquences d’une destruction », estime la philosophe. « Il peut être utilisé pour les recours devant le tribunal administratif, ajoute François de Beaulieu. Cela montre qu’on a des arguments scientifiques très forts. »

Ce sera donc une pièce de plus dans le dossier des opposants. Ils contestent les arrêtés pris par le préfet sur la loi sur l’eau et les espèces protégées. Rendez-vous devant le tribunal administratif de Nantes fin février ou début mars.

L’appel des chimpanzés du futur contre le techno-totalitarisme Pièces et main d’œuvre Reporterre 2015/02/10 Pièces et main d’œuvre (10 février 2015) L’appel des chimpanzés du futur contre le techno-totalitarisme. Reporterre. Tribune — fr

L’appel des chimpanzés du futur contre le techno-totalitarisme

« Ceux qui décideront de rester humains et refuseront de s’améliorer auront un sérieux handicap. Ils constitueront une sous-espèce et formeront les chimpanzés du futur. » Kevin Warwick, 2002, cybernéticien. Les « chimpanzés du futur » lancent un appel : « Les transhumanistes n’ont qu’une idée : la technologie. Nous, chimpanzés du futur, n’avons qu’une technologie : les idées. »

Frères humains, sœurs humaines,

Vous avez entendu parler du transhumanisme et des transhumanistes ; d’une mystérieuse menace, groupe fanatique, société de savants et d’industriels, discrète et puissante, dont les menées occultes et l’objectif affiché consistent à liquider l’espèce humaine pour lui substituer l’espèce supérieure, « augmentée », des hommes-machines. Une espèce résultant de l’eugénisme et de la convergence des nanotechnologies, des biotechnologies, des neurotechnologies et des immenses progrès de la science.

Vous avez entendu l’ultimatum, cynique et provocant, de ce chercheur en cybernétique, Kevin Warwick : « Il y aura des gens implantés, hybridés, et ceux-ci domineront le monde. Les autres qui ne le seront pas, ne seront pas plus utiles que nos vaches actuelles gardées au pré. » (1) Et encore : « Ceux qui décideront de rester humains et refuseront de s’améliorer auront un sérieux handicap. Ils constitueront une sous-espèce et formeront les chimpanzés du futur. » (2)

- Kevin Warwick -

Réel danger

Et vous vous êtes demandé s’il fallait prendre ces esbroufes au sérieux, ou s’il ne s’agissait que de science-fiction et de l’expression boursouflée de l’orgueil technocratique.

Hélas, le danger est véritable, et l’Humanité affronte une tentative d’extinction, fomentée par et pour une faction égoïste, implacable et toute-puissante, lasse de partager ce monde résiduel avec des masses de bouches inutiles et toujours plus nombreuses.

Comment en sommes-nous venus là, et que devons-nous faire ?

Au début, il y avait les poètes.

Rimbaud : « J’ai créé toutes les fêtes, tous les triomphes, tous les drames. J’ai essayé d’inventer de nouvelles fleurs, de nouveaux astres, de nouvelles chairs, de nouvelles langues. J’ai cru acquérir des pouvoirs surnaturels. Eh bien ! je dois enterrer mon imagination et mes souvenirs ! Une belle gloire d’artiste et de conteur emportée ! »

Ducasse : « C’est un homme ou une pierre ou un arbre qui va commencer le quatrième chant. »

Puis les artistes futuristes, Français, Italiens, Soviétiques ; Marinetti, Maïakovski, Apollinaire et tant d’autres, chantres de la violence et de la vitesse ; clairons et rescapés de la Grande Guerre industrielle et mondiale, exaltèrent dans la technologie le vrai moyen de « changer la vie » et de « transformer le monde ». Ils firent la guerre aux vieilleries poétiques, au soleil et à la lune ; ils glorifièrent les aéronefs, les barrages, les moteurs, l’électricité, les Titanic, les Métropolis, les armées blindées, les stades gigantesques. Et les robots, les masses mécanisées.

Ils propagèrent les deux grands mouvements de l’époque : la technologie et le totalitarisme. Deux mouvements convergents. Deux aspects d’un même mouvement d’ingénieurs des hommes et des âmes, visant la fabrique de l’homme nouveau, de l’Übermensch nazi à l’Homme d’acier communiste en passant par toutes les variétés de surhommes et de Supermen, pour aboutir au cyborg ; à l’homme bionique des laboratoires transhumanistes, « hybridé » d’implants et d’interfaces.

Dès les années Trente, le national-révolutionnaire Ernst Jünger, critiquait le racisme biologique et grossier des nationaux-socialistes, pour lui opposer l’avènement d’un nouveau type d’humanité : Le Travailleur - en tchèque, le robot.

Régression sociale et humaine

Ces progressistes au plan technologique sont des régressistes au plan social et humain, des partisans de la pire régression sociale et humaine ; ce qu’en langage commun on nomme des réactionnaires. Le nazisme, le fascisme et le communisme n’ont succombé que face au surcroît de puissance technoscientifique des Etats-Unis. Mais l’essence du mouvement, la volonté de puissance technoscientifique, s’est réincarnée et amplifiée à travers de nouvelles enveloppes politiques. Le laboratoire est florissant d’où s’est enfuie la créature immonde.

Dès 1945, Norbert Wiener mettait au point la cybernétique, la « machine à gouverner » et « l’usine automatisée », qu’IBM implante aujourd’hui sous le nom de « planète intelligente ». C’est-à-dire la fourmilière technologique ubiquitaire, avec ses rouages et ses connexions, ses insectes sociaux-mécaniques qui se nommaient eux-mêmes, jadis, des zoon politikon, des animaux politiques.

Pour les transhumanistes et les collabos de la machine, l’humain est l’erreur. L’humain est faible et faillible, l’humain est fini. L’humain leur fait honte. Ils aspirent à la perfection, au fonctionnement infaillible et à l’infinité du système technologique ; à se fondre dans cette totalité autonome.

Les transhumanistes trouvent des soutiens partout. Ils s’expriment dans les émissions de radio et dans les journaux de référence. « L’homme augmenté, c’est déjà demain », proclame l’hebdomadaire citoyen qui se réjouit du fait accompli. « Un autre transhumanisme est possible », déclare l’Association française transhumaniste. On n’arrête pas le progrès et la gauche est pour le progrès. Être de gauche, c’est réclamer le droit et les moyens de l’hybridation homme-machine pour toussétoutes ; d’un service public de l’eugénisme, nouvelle branche de la sécurité sociale.

La machine n’a pas gagné

Cependant, nous les chimpanzés du futur, nous n’avons pas perdu, et la machine n’a pas gagné. L’Humain reste une bataille en cours tant qu’il ne s’abandonne pas, et il ne s’abandonne pas tant qu’il pense les choses et les dit avec des mots. Nommer une chose, c’est former une idée, et les idées ont des conséquences inévitables. Nous devons garder les mots et nommer les choses du mot juste. Nous devons former des idées avec leurs conséquences inévitables.

Les transhumanistes n’ont qu’une idée : la technologie. Nous, chimpanzés du futur, n’avons qu’une technologie : les idées. Cependant les idées sont plus actives, plus rapides, plus performantes que n’importe quelle technologie ; plus véloces et puissantes qu’Internet et l’électricité.

Nous disons : le transhumanisme est un nazisme en milieu scientifique. C’est ce techno-totalitarisme, ce « fascisme » de notre temps que nous combattons, nous, animaux politiques. Et nous vous appelons à l’aide.

Sauvons les mots.

Brisons les machines.

Notes

1 - cf. Magazine Au fait, mai 2014

2 - Libération, 12/05/02

Les glaneurs de plus en plus nombreux dans les villes Lorène Lavocat (Reporterre) Reporterre 2015/02/10 Lorène Lavocat (Reporterre) (10 février 2015) Les glaneurs de plus en plus nombreux dans les villes. Reporterre. Reportage — Économie fr

Les glaneurs de plus en plus nombreux dans les villes

De plus en plus de « glaneurs » récupèrent les denrées alimentaires dans les poubelles des supermarchés ou aux étals des marchés. Nécessité économique et recherche d’autonomie alimentaire, cette démarche est aussi une réaction au gaspillage de nos sociétés. Reportage à Montpellier, aux portes d’un supermarché et dans un marché de la ville.

- Montpellier, reportage

4h du matin, l’immense parking de Carrefour est vide. Petit à petit, un petit groupe se forme dans l’ombre du supermarché. Des femmes, des hommes, entre quarante et soixante ans. Derrière eux, une porte menaçante, hérissée de barbelés, interdit l’accès à leur trésor : les poubelles. Retraités, chômeurs, femmes au foyer, ils viennent chaque semaine récupérer ce qui va être jeté. Par nécessité plutôt que par choix.

Beaucoup d’ailleurs préfèrent rester anonymes. « Si mon fils l’apprenait, j’en mourrais de honte », lâche Rose*. Ils bavardent en attendant que l’employé du magasin libère sa marchandise. « On se connaît bien maintenant, c’est toujours les mêmes qui viennent », explique Marianne.

La porte s’entrouvre, l’employé laisse rouler trois bennes. Chacun s’empare d’une poignée avec précipitation. Ici, il y a un accord tacite. Les glaneurs nocturnes peuvent fouiller les déchets du magasin. En échange, ils amènent les poubelles sur le bord de la route, juste avant le passage des éboueurs. La discrétion est de mise.

Armés de gants en plastique ou de lampe torche, ils extirpent quelques morceaux de viande, pour les chiens, des boîtes de poisson cuisiné et quelques yaourts. Mauvaise pêche. « Il y a de moins en moins de choses », déplore René. En cause, d’après eux, l’augmentation du nombre de glaneurs. « A un moment, on était une soixantaine, le directeur du Carrefour a pris peur, et il a cherché d’autres moyens pour liquider ses invendus », explique Josette. Dons à des associations, compacteurs, méthanisation.

D’après une étude du Cerphi réalisée en 2010, cette crainte d’un « durcissement des conditions de glanage », est très répandue parmi les habitués. Car ils tirent des poubelles une part importante de leur alimentation quotidienne.

Quelques heures plus tard, autre lieu, autre ambiance. A l’ombre des platanes, le marché des Arceaux regroupe chaque samedi à Montpellier près de 80 échoppes, dont une majorité de producteurs. Vers 13 h, les moteurs vrombissants des camions de nettoyage donnent le signal du départ.

Une quinzaine de glaneurs avancent de stand en stand. Ils échangent des sourires contre quelques légumes abîmés. Un cageot de pommes tachées, trois carottes flétries, quelques croissants un peu secs. Certains donnent un coup de main aux vendeurs pour ranger, d’autres partagent leur butin avec les passants.

- Ecoutez et accompagnez pendant quatre minutes les glaneurs des Arceaux... :

reportage récup HD from Reporterre on Vimeo.

Le droit de glanage ressuscité

Depuis le 2 novembre 1554, « le droit de glaner est autorisé aux pauvres, aux malheureux, aux gens défavorisés, aux personnes âgées, aux estropiés, aux petits enfants. Sur le terrain d’autrui, il ne peut s’exercer qu’après enlèvement de la récolte, et avec la main, sans l’aide d’aucun outil ». Aujourd’hui en ville, ce droit aux airs désuets trouve une seconde vie, teintée de social et d’écologie, dans les poubelles des grandes surfaces ou à la fin des marchés.

Le glanage alimentaire, ou « récup’ » (pour récupération), a le vent en poupe. Avec deux motivations principales : l’autonomie alimentaire et la résistance à l’hyper-consommation. « Cette pratique nourrit, et plutôt bien », constatent les chercheurs du Cerphi. « Elle permet de conserver ou de retrouver l’idée du choix alimentaire, et permet aux personnes de s’émanciper d’une alimentation dite de pauvres, strictement contrainte et limitée qualitativement. » A la fin des marchés, point de tyrannie du porte-monnaie : kakis, fraises ou figues, tout est permis.

- Marché des Arceaux à Montpellier -

Une démarche sociale donc, mais aussi environnementale. « Le gaspillage étant perçu comme de moins en moins supportable, le glanage s’en trouve légitimé », ajoutent les chercheurs. Car les chiffres donnent le tournis. D’après la FAO, près d’un tiers des terres cultivées dans le monde servent à produire de la nourriture perdue. Le documentaire Global Gâchis montre qu ’« avec ce que l’Europe jette chaque année, on pourrait nourrir 1 milliard d’humains, soit l’intégralité des personnes qui souffrent de malnutrition dans le monde. »

Et en France, chaque foyer met à la poubelle 20 kg de nourriture encore consommable chaque année. Face à cette gabegie, le gouvernement a donc annoncé vouloir diviser le gaspillage par deux d’ici à 2025.

Depuis octobre dernier, c’est d’ailleurs la mission spéciale de Guillaume Garrot, ex-ministre délégué à l’agroalimentaire. Il espère entre autres clarifier les règles pour les dons aux associations, généraliser le doggy bag ou réfléchir aux dates limites de consommation.

Mais sur le marché des Arceaux, ce volontarisme soudain fait sourire : « Ça fait des années que je fais de la récup », indique Myriam. « Parce que je n’ai pas beaucoup de sous, mais aussi par militantisme, comme ça je ne produis plus de déchets. »

Mixité et convivialité

Elle se rend toutes les semaines aux Arceaux. Elle connaît les producteurs et retrouve les glaneurs réguliers, devenus des amis. « C’est l’occasion de se voir », dit-elle. « D’ailleurs, ça se finit souvent en pique-nique partagé. » Pour les chercheurs du Cerphi, Myriam pratique « un glanage de substitution » : « Il remplace l’achat et constitue la source principale d’approvisionnement pour l’alimentation. » D’autres récupèrent de manière ponctuelle, en complément des achats ou de l’aide alimentaire.

Qui sont les glaneurs ? « Il n’y a pas de profils types », estime Mika, ardent militant de l’autonomie alimentaire. Derrière les camions, la tête dans les cagettes, les étudiants côtoient les retraités dans le besoin. « Le glanage peut être un facteur de lien et de relations de convivialité », observe l’étude du Cerphi. « Et cette mixité sociale est favorable à l’estime de soi. » Un partage favorisé par l’essor d’associations anti-gaspi, comme Food not bombs ou Disco soup.

Des associations qui cherchent à dépasser la délicate question de la répartition et de l’équité. Qui doit être prioritaire : ceux qui sont le plus dans le besoin, ceux qui n’ont pas accès à l’aide alimentaire ? Un problème d’autant plus délicat que la ressource a tendance à se raréfier, notamment auprès des supermarchés. Malgré l’abondance des déchets, nombre de commerces préfèrent jeter que donner, ou donner à des organisations caritatives plutôt que mettre à disposition de tous. Certains verrouillent leur poubelle, d’autres broient les invendus.

Un défi avant tout collectif

Pour tous ces militants de la réduction des déchets, un paradoxe se pose. Les produits tirés des poubelles des grandes surfaces entrent bien souvent dans la catégorie « malbouffe », honnie des écolos. « On ne mange des gâteaux industriels que quand ils sortent de la benne à ordures », plaisante une glaneuse. Ne pas gaspiller pour préserver nos ressources passe avant le fait de bien manger...

En ramassant gratuitement plutôt qu’en achetant à des producteurs, les glaneurs cessent pourtant de soutenir le maintien d’une agriculture paysanne. « On ne peut pas départir la récup’, de l’achat à des paysans et de l’autoproduction », estime Mika. « Sinon, sur le long terme, on devient comme des parasites. Il faut soutenir la production locale, et avoir une réflexion globale sur la manière dont on se nourrit. »

Pas d’inquiétude pour Soizic, productrice de porcs, car « il y aura toujours des personnes pour acheter. » Souvent, les glaneurs travaillent pour des maraîchers ou des éleveurs, en échange d’un jambon ou d’un panier de légumes. « C’est un échange de bons procédés », explique Philippe, producteur.

D’ailleurs, « l’idée d’un accroissement exceptionnel et immaîtrisable du nombre de glaneurs nous semble de l’ordre du fantasme », indiquent le Cerphi. La pratique demeure en effet marginale. La récup’ reste avant tout envisagée « comme une pratique humiliante et stigmatisante », notent les chercheurs.

Autre facteur limitant, le temps. Il faut être disponible au bon moment... et cuisiner les produits, souvent abîmés ou périssables. « Ce temps, moi j’ai choisi de le prendre », explique Mika. « J’ai accepté d’avoir moins d’argent, parce que je travaille moins, mais de m’impliquer d’avantage dans des actions de récup’. » Le glanage, ce n’est pas seulement fouiller les poubelles et marauder dans les allées des marchés. C’est aussi un choix de vie.

Un acte individuel qui ne doit pourtant pas faire oublier la dimension collective de la lutte anti-gaspi. Les chiffres alarmants se focalisent sur la responsabilité des consommateurs. Certes, ils produisent en France plus de 40 % des déchets alimentaires.

Mais le défi est avant tout collectif : le gaspillage interroge notre système de production et de distribution. Les supermarchés surchargent leurs rayons pour attirer le chaland, quand les industries agroalimentaires réduisent opportunément les dates limites de consommation pour accélérer l’achat. Le droit au glanage ne suffira pas à résoudre le problème.

* Les prénoms des glaneurs ont été modifiés

- Pour aller plus loin, voir le documentaire Taste the waste.

Nos luttes peuvent-elles rester non-violentes ? Emmanuel Daniel (Reporterre) Reporterre 2015/02/10 Emmanuel Daniel (Reporterre) (10 février 2015) Nos luttes peuvent-elles rester non-violentes ?. Reporterre. Culture et idées fr

Nos luttes peuvent-elles rester non-violentes ?

À 85 ans, le philosophe Günther Anders a renoncé à la non-violence et prôné la légitime défense face au péril nucléaire. Son livre La violence : oui ou non, une discussion nécessaire, paru d’abord en 1987, regroupe les interviews et textes chocs d’Anders ainsi que les multiples réactions que les propos de cet intellectuel respecté ont suscitées. Vingt-cinq ans plus tard, le débat reste ouvert.

Peut-on comparer les dirigeants actuels des pays détenteurs de l’arme atomique à Hitler ou Himmler ? Günther Anders lui en tout cas n’hésite pas. Ce philosophe, un des « pères spirituels » des écologistes allemands, juif qui a fui l’Allemagne en 1930, va même plus loin. Il parle des morts du nazisme comme d’une « répétition générale de ce qui nous attend ». « Les Hitler d’aujourd’hui sont incomparablement plus dangereux qu’Hitler lui-même du fait que les armes qu’il ne faudrait plus qualifier d’armes leur sont tombées entre les mains. »

Les armes dont il parle ici sont les armes nucléaires. À cause d’elles, « des millions d’hommes, toutes les vies sur terre, c’est-à-dire aussi les vies à venir, sont menacées de mort. Pas par des gens qui voudraient directement les tuer, mais par des gens qui s’accommodent de ce risque ». « Si l’on a pu tuer les 140 000 habitants d’Hiroshima avec une petite bombe, aujourd’hui on peut, en utilisant seulement un dixième des missiles qui sont prêts, tuer toute l’humanité et même plusieurs fois ». Face à cet « état d’urgence », il revendique le droit à la « légitime défense ».

Quelques mois après la catastrophe de Tchernobyl, dans un entretien accordé au magazine écologiste Natur, il fait une déclaration qui va chambouler la sphère militante et intellectuelle allemande : « Bien que je sois très souvent vu comme un pacifiste, je suis aujourd’hui arrivé à la conviction que l’on ne peut plus rien atteindre avec la non-violence », qu’il décrit comme « une renonciation à l’action ».

Pour cet intellectuel, critique de la technique, une seule stratégie s’impose face aux risques que nous fait courir « l’État nucléarisé » : « Menacer en retour et […] neutraliser ces politiques qui, sans conscience morale, s’accommodent de la catastrophe, quand ils ne la préparent pas directement ».

La violence : oui ou non, une discussion nécessaire réunit l’entretien en question et des dizaines de réactions d’intellectuels et d’inconnus qu’il a suscitées, ainsi que des textes postérieurs d’Anders sur le sujet.

Ermites de masse

Avec ces prises de paroles, Anders fait ses adieux au pacifisme. Il compare les actes de non-violence à des « happenings », des « comme si », une sorte de « théâtre » joué par des « comédiens » par « peur d’agir réellement ». « Il est absurde de jeûner contre la guerre nucléaire. Cela ne produit qu’un effet sur le jeûneur, à savoir la faim, et peut-être la bonne conscience d’avoir fait quelque chose », illustre-t-il.

Pour lui, l’action non-violente ne se justifie plus car la répression s’abat sur des « manifestants aussi pacifiques que des processionnaires de la Fête-Dieu » comme sur « d’authentiques soldats vietnamiens ». Il se moque d’ailleurs des militants non-violents qui s’insurgent d’être frappés par des policiers et qui diraient : « Par pitié, nous simulons seulement la résistance ! Nous ne combattons que comme des comédiens ! »

Quitte à être violentés et arrêtés, autant que ce soit « pour de véritables délits de notre part », dit-il. Mais c’est surtout l’inefficacité des actions pacifiques face au péril nucléaire qui motive son mépris affiché pour la non-violence. Faisant référence à l’Allemagne nazie et à Hitler, il demande : « Aurait-il fallu se contenter de manifestations pacifiques ? Avait-on le droit de s’en contenter ? »... Ou aurait-il été légitime d’assassiner le responsable des massacres à venir ?

Même le sabotage ne trouve pas grâce à ses yeux. Au contraire, « les seigneurs de l’industrie » l’espèrent car ce n’est qu’une « variante de leur obsolescence programmée [en anglais dans le texte] ». Ou encore : « C’est comme si une femme attaquée par son mari armé d’un couteau de poche le menaçait de détruire le couteau ». Pour lui ce n’est pas les outils qu’il faut détruire mais ceux qui les font construire. « C’est pourquoi la menace qui pèse sur la vie est la seule menace sérieuse », indique-t-il froidement.

Les non-violents ne sont pas les seuls à en prendre pour leur grade. Il s’attaque aussi dans cette interview aux médias de masse et notamment la télévision qui distribue au peuple une « opinion à la petite cuillère », tuant ainsi tout possibilité de démocratie qui nécessite selon lui « qu’on dispose du droit d’exprimer son opinion propre ».

Chose impossible depuis que les médias de masse ont « inventé ’l’ermite de masse’. Il est isolé devant sa radio ou devant sa télévision, mais mange malgré tout la même nourriture pour les oreilles et la même nourriture pour les yeux que les autres. Bref, il ne sent pas que ce qu’il consomme en soliste est le repas commun de millions d’hommes ». Il règle au passage son compte à l’espoir « qui n’est qu’un mot pour dire qu’on renonce à l’action personnelle » et qu’on « abandonne l’amélioration à une autre instance ».

Se compromettre avec les ânes

La plupart des réactions publiées dans le livre désapprouvent les propos de l’essayiste sur l’espoir et la violence. Le Prof. Dr. Ulrich Klug lui demande « où est alors l’indispensable preuve qu’une action non-violente n’atteint plus son objectif ici et maintenant et que, pour cette raison, l’emploi de la violence est devenu nécessaire ? ».

Certains doutent également que le meurtre de quelques dirigeants ou ingénieurs ralentisse d’une quelconque façon l’avancée meurtrière des tenants du progrès. « Ils renforceront la politique agressive d’armement qu’ils exercent contre leur propres concitoyens. Dans le champ de la violence, ils sont toujours en position de force, ils finissent toujours par être les plus forts », pense le Prof. Dr. Robert Jungk.

D’autres n’excluent pas par principe la violence mais considèrent que les conditions ne sont pas réunies. Eckart Spoo pense par exemple que c’est uniquement lorsque l’inefficacité des actions non-violentes « est devenue publiquement évidente et largement comprise, que la résistance ayant recours à la force peut promettre des résultats ». S’appuyant sur l’exemple des Grandes révolutions il estime qu’« un critère important pour ou contre l’emploi de la violence dans le combat contre une injustice dominante, c’est de savoir si l’on dispose ou non d’une base massive ».

On reproche également à Anders de se « compromettre avec les ânes » qui prônent la guerre pour avoir la paix. Enfin, on l’accuse d’envoyer des jeunes au casse-pipe et de faire preuve d’une radicalité facile, caché derrière l’excuse de son grand âge.

Malgré les critiques, Anders ne désarme pas. Faisant encore une fois référence au IIIe Reich, il compare « ceux qui ne résistent pas aujourd’hui avec ceux qui n’ont pas résisté hier ». Il met en avant la Résistance française comme modèle dont il faudrait s’inspirer.

« Nous parlons depuis le début de gens dépourvus de tout pouvoir, en état d’urgence, et qui, s’ils veulent survivre, ne peuvent pas se permettre de renoncer à faire usage de la violence ; de gens pour lesquels par conséquent la légitime défense ou du moins la tentative de sauver l’humanité en commettant des actes violents constitue un devoir ».

Néanmoins, s’il s’obstine sur la voie de la violence, il ne le fait pas par plaisir : « Ceux qui m’obligent à briser le tabou du meurtre peuvent être certains que je ne leur pardonnerai jamais ».

Un débat toujours d’actualité

Il est surprenant que cet érudit montre tant de fascination pour la violence alors même qu’il a vécu les années de plomb et pu constater l’inefficacité des Fractions armées rouges. Mais, comme le suggèrent plusieurs des réponses publiées dans le livre, peut-être que les propos d’Anders ne doivent pas être pris au pied de la lettre.

Un lecteur y voit « un appel au devoir adressé à tout individu, un appel à la désobéissance (totale ?) contre les puissants de cet Etat », un appel par exemple à ne pas payer ses impôts. Peut-être s’agit-il d’une provocation de celui qui voit l’exagération comme un outil philosophique au même titre que le microscope pour le virologue.

Peut-être veut-il simplement nous réveiller et pointer les limites de la non-violence face à un Etat qui fonde sa domination sur le recours à la violence. Mais peut-être s’agit-il réellement de la seule issue entrevue par un homme désillusionné de 85 ans, fatigué d’observer avec impuissance la marche infernale du progrès technique.

Quoi qu’il arrive, la plume d’Anders ne laisse pas indifférent. Elle s’enfonce profondément dans nos tripes et chatouille nos certitudes. Elle a le mérite de rappeler l’évidence oubliée : les puissants, via le nucléaire, menacent l’humanité entière.

Les réactions d’autres penseurs et d’inconnus rendent cet ouvrage intellectuellement stimulant. D’une page à l’autre, on navigue entre des opinions aussi contradictoires que convaincantes. Je me suis surpris à poser le livre à plusieurs reprises, décontenancé, ne sachant plus avec qui j’étais d’accord.

Quoi qu’on pense de la violence, l’éditeur du livre a raison, il s’agit d’une « discussion nécessaire ». Le débat que Gunthers a (r)ouvert en 1987 n’est toujours pas clos aujourd’hui. Et plus que jamais, après la mort de Rémi Fraisse et la catastrophe de Fukushima, la question se pose.

Face aux violences d’État et à la menace nucléaire, nos luttes peuvent et doivent-elles rester non-violentes ? Loin d’apporter une réponse définitive, ce livre fournit néanmoins quelques précieuses pistes.

La violence : oui ou non - Une discussion nécessaire, Günther Anders, Editions Fario, 161 p., 17 €

Loi sur la transition : « Inacceptable ! », s’insurge Chanteguet Entretien avec Jean-Paul Chanteguet Reporterre 2015/02/11 Entretien avec Jean-Paul Chanteguet (11 février 2015) Loi sur la transition : « Inacceptable ! », s’insurge Chanteguet. Reporterre. Énergie fr

Loi sur la transition : « Inacceptable ! », s’insurge Chanteguet

Laminé par le Sénat, le projet de loi sur la transition énergétique renvoie la réduction du nucléaire aux calendes grecques et annule la fermeture du réacteur de Fessenheim. Le texte est « inacceptable » selon le président (PS) de la commission du Développement durable à l’Assemblée nationale, Jean-Paul Chanteguet. Il ne votera pas le texte en l’état, précise-t-il sur Reporterre.

Cela devait être l’un des grands textes écolos du quinquennat de François Hollande. Mais malgré plus de deux ans de débat, le texte a été laminé durant son passage au Sénat. Le projet de loi en ressort tellement affaibli qu’il devient « inacceptable » dénonce le député PS Jean-Paul Chanteguet. Si le gouvernement présente le texte en l’état devant l’Assemblée Nationale, le socialiste affirme qu’il ne le votera pas.

Reporterre - Vous avez déclaré que le texte sorti de la commission des affaires économiques du Sénat est « inacceptable ». Pourquoi ?

Jean-Paul Chanteguet - Le texte voté par la commission du Sénat est inacceptable parce qu’il ne reprend pas les engagements forts du Président de la République. Par exemple celui de réduction de la part du nucléaire dans la production d’électricité de 75 % aujourd’hui à 50 % d’ici 2025. Dans le texte du Sénat, il n’est plus question d’atteindre cet objectif. A la place de la date de 2025, il est précisé « à terme » : cela signifie que l’objectif pourrait être atteint un jour, mais à un horizon incertain.

Toujours sur le nucléaire, les amendements votés par la commission des affaires économiques du Sénat relèvent le plafond de la capacité totale d’électricité nucléaire de 63,2 Gigawatts dans le texte initial à 64,85 Gigawatts dans celui du Sénat. Ce plafond est augmenté précisément de la puissance de l’EPR de Flamanville. Si bien que quand il sera ouvert, il ne sera pas nécessaire de fermer deux autres réacteurs nucléaires.

Cela, ce sont des engagements du Président de la République. Mais le Sénat a aussi modifié les conditions de création des parcs éoliens terrestres. Il rétablit la nécessité d’avoir au minimum cinq mâts éoliens minimum par parc et l’obligation de créer des zones de développement de l’éolien. C’est un retour en arrière, car ces mesures avaient été supprimées par la loi Brottes, qui avait permis de relancer le développement de l’éolien terrestre.

Pourquoi vous référez-vous aux engagements du Président de la République ?

Parce que dans ce domaine là, ce sont les engagements les plus ambitieux de l’exécutif. Je ne peux pas me référer à d’autres engagements, il n’en existe pas d’autres. Personne d’autre au gouvernement n’a dit qu’il souhaitait se désengager du nucléaire dans les 30, 40 ans qui viennent.

Ce qui sauvait la loi à vos yeux et à celle de nombreux acteurs du monde de l’écologie, c’était ces grands objectifs que consacrait la loi : réduction de la place du nucléaire dans le mix énergétique, mais aussi diminution de la consommation d’énergie de 50 % d’ici 2050 et réduction de 40 % des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030. Que reste-t-il de ces deux derniers objectifs ?

Il ne reste que l’objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Il devient l’objectif principal et on perd de vue celui de réduction de la consommation d’énergie finale. Dans le texte de l’Assemblée nationale, cet objectif prenait la forme d’un engagement, alors que le texte du Sénat se contente de dire que l’on « poursuit » cet objectif. C’est beaucoup moins contraignant, cela change considérablement le sens, sinon d’ailleurs le Sénat n’aurait pas modifié cet article.

Donc en fait, le texte tel que modifié par le Sénat consacre le fait qu’il n’y aura pas de transition énergétique ?

Oui, on maintient le modèle énergétique actuel et on va même jusqu’à le renforcer : on donne encore plus de place au nucléaire. Ce projet de loi reste organisé autour du modèle centralisé de production et de distribution d’électricité. [Alors que les acteurs qui souhaitent une transition énergétique prônent un modèle décentralisé, adapté aux énergies renouvelables. Le modèle centralisé est lui adapté au nucléaire. - NDLR]

D’ailleurs la ministre de l’Ecologie, quand elle a présenté son texte, a bien dit qu’elle présentait un nouveau ’modèle’ énergétique, pas une ’transition’ énergétique. Le Conseil National de la Transition écologique le lui a fait remarquer. On a alors changé le titre du texte en « projet de loi relatif à la transition énergétique pour la croissance verte », sans modifier le contenu du texte.

Quelle différence entre ’modèle’ énergétique et ’transition’ énergétique ?

La transition énergétique va bien au-delà du modèle énergétique. La transition englobe la dimension du logement, du transport, de l’économie circulaire, alors que lorsque l’on parle de nouveau modèle énergétique on se situe uniquement sous l’angle de la production énergétique, en occultant la question de la consommation. On agit uniquement sur l’offre et pas sur la demande.

Le gouvernement peut-il laisser passer le texte en l’état, sans les engagements du Président de la République ?

Je ne sais pas s’il peut laisser passer cela, mais je lui conseille de ne pas le faire. Je fais partie de ceux qui considèrent que ce texte est déjà très en retrait, et que si les engagements du Président de la République n’étaient pas respectés, ce texte ne devrait pas être adopté. Si le texte revient devant l’Assemblée Nationale en l’état, je ne pourrai que voter contre.

Justement, quelles sont les étapes suivantes pour le texte, a-t-il une chance d’être à nouveau modifié dans le sens que vous souhaitez ?

Le Sénat ne modifiera qu’à la marge le texte voté par la Commission des affaires économiques. Il ne reviendra pas sur la modification des objectifs en terme de nucléaire. Le projet de loi va ensuite aller en commission mixte paritaire, composée de députés et sénateurs. Là, on peut envisager deux hypothèses. Première solution, les parlementaires se mettent d’accord : le texte revient à l’Assemblée nationale et au Sénat, il est voté et adopté définitivement. Dans ce cas, on peut craindre que les engagements du Président de la République ne soient pas repris.

Deuxième hypothèse, députés et sénateurs ne tombent pas d’accord : dans ce cas le texte revient à l’Assemblée nationale en 2e lecture, puis en 2e lecture Sénat, puis en 3e et dernière lecture à l’Assemblée nationale qui aura le dernier mot.

Quelle est la plus forte probabilité selon vous ?

J’ai cru comprendre que certains, au niveau du gouvernement, souhaitent qu’il y ait un accord en commission mixte paritaire.

Parce qu’ils veulent que le texte soit voté rapidement…

C’est cela. Mais moi aussi je souhaite qu’il soit voté rapidement ! Seulement pas dans n’importe quelles conditions…

- Propos recueillis par Marie Astier

L’écologie kidnappée Par Julien villalard Reporterre 2015/02/11 Par Julien villalard (11 février 2015) L’écologie kidnappée. Reporterre. fr

L’écologie kidnappée

L’écologie kidnappée, de Georges Guille-Escuret, un essai qui récapitule les conditions d’existence de l’écologie, montrant que, depuis sa naissance jusqu’aujourd’hui, elle a subi d’incessantes tentatives de kidnapping.

Les angoisses croissantes du XXe siècle devant le devenir de la nature et de ses locataires humains se sont rassemblées en un mouvement qui a récupéré le nom d’une science, l’écologie, avant d’en « corriger » le contenu.

Espérant un soutien concret à leurs projets, voire une augmentation des budgets, les chercheurs n’ont opposé qu’une faible résistance à cet emballement. Trente ans plus tard, un constat consternant s’impose : l’écologie, née du darwinisme avec la mission de produire des synthèses, subit un étouffement, alors même que sa nécessité s’avère effectivement criante.

Des principes moraux se substituent d’autorité aux règles de méthode, la vision pernicieuse d’une prétendue « place de l’homme dans la nature » bloque l’urgence vitale d’une écologie humaine complète, et une mosaïque de « sciences de l’environnement » confie l’exercice de la synthèse à un « bon sens » ivre de nostalgies.

Cet essai récapitule les conditions d’existence de l’écologie, montrant que, depuis sa naissance jusqu’aujourd’hui, elle a subi d’incessantes tentatives de kidnapping. Seule science de la vie à pouvoir aborder des faits sociaux, elle attire irrésistiblement le désir de fixer les lois de la société depuis la nature.

Docteur en biologie et en anthropologie, Georges Guille-Escuret est directeur de recherche au CNRS (Centre Norbert Elias, Marseille). Il a utilisé sa double formation pour préciser les conditions méthodologiques d’une coopération durable entre l’écologie et les sciences sociales. Il est l’auteur de huit livres, dont les trois volumes d’une récente Sociologie du cannibalisme (Puf, 2010-2013).

- L’écologie kidnappée, Georges Guille-Escuret, PUF, 360 p., 23.00 €

Climat : urgence méthane, le gaz oublié Benjamin Dessus (Reporterre) Reporterre 2015/02/11 Benjamin Dessus (Reporterre) (11 février 2015) Climat : urgence méthane, le gaz oublié. Reporterre. Tribune — Climat fr

Climat : urgence méthane, le gaz oublié

Le 14 janvier dernier, Obama a annoncé un programme de réduction de 40 % des émissions de méthane des Etats-Unis d’ici 2025. Un pavé dans la mare qui projette sur le devant de la scène le rôle de ce puissant gaz à effet de serre. Mais en France et en Europe, les gouvernements font l’autruche.

Pourtant, au fil des rapports successifs du GIEC l’importance de ce gaz n’a cessé de s’affirmer. C’est ainsi que dans son rapport de 2013 le GIEC rend le méthane (et les gaz qui découlent de sa présence dans l’atmosphère) responsable à 33 % [1] du forçage radiatif (le flux de chaleur supplémentaire) que l’activité humaine a engendré depuis le début de l’ère industrielle jusqu’à aujourd’hui, derrière le gaz carbonique (56 %).

De même, la valeur du pouvoir de réchauffement global (PRG) d’une émission ponctuelle de méthane à horizon de cent ans [2] proposée par le GIEC est passée en moins de vingt ans de 21 à 34 (et à horizon de vingt ans de 72 à 86). [3]

Silence radio en France et en Europe

Si aux Etats-Unis, les pouvoirs publics ont pris le risque de cette initiative qui met vent debout un lobby pétrolier et gazier montré du doigt comme responsable d’une part rapidement grandissante des émissions de ce gaz du fait de sa frénésie de forages de pétrole et gaz de schiste, c’est qu’il y a urgence.

Au rythme actuel, les émissions de méthane aux Etats-Unis pourraient augmenter de 25 % d’ici 2025, de quoi ruiner d’avance les efforts de réduction drastique des émissions de gaz carbonique que le gouvernement des Etats-Unis a déjà bien du mal à amorcer…

En Europe et en France, rien de tout cela aujourd’hui. L’omerta sur le méthane se maintient comme si des intérêts puissants s’y employaient. Pas un mot par exemple du méthane dans la loi sur la transition énergétique française, alors que les émissions de CH4 liées au secteur énergétique (émissions fugitives et déchets organiques) comptent pour plus de 40 % des émissions.

Rien dans le « paquet climat » de la commission de Bruxelles , malgré la mise en garde du parlement européen [4] de février 2014 qui souligne « qu’il n’a pas suffisamment été tenu compte de l’incidence du méthane (CH4) sur le réchauffement climatique compte tenu du fait que son potentiel de réchauffement de la planète (PRP) est 80 fois supérieur à celui du CO2 sur une période de quinze ans, et 49 fois, sur une période de quarante ans », et invite la Commission « à mieux analyser l’incidence du méthane en lien avec les politiques de réduction des émissions de gaz à effet de serre, à évaluer les possibilités et à proposer un plan de réduction des émissions de CH4 adapté aux différentes situations de certains secteurs et États membres ».

Focalisation sur le long terme dangereuse

Le sujet semble tabou jusque dans la communauté scientifique. A preuve le rapport de l’académie [5] des technologies qui conclut à propos du choix d’une valeur de PRG pour le méthane : « Le fait de changer sans précaution ce coefficient d’équivalence pour pouvoir parler, notamment au niveau des négociations internationales de tonnes équivalent CO2, modifierait l’équilibre des politiques comparées des différents pays ayant ratifié le protocole de Kyoto et pourrait s’avérer contreproductif… »

Cette mise en garde est justifiée aux yeux des auteurs par le fait que les émissions de CO2 ont un caractère semi pérenne (décroissance puis quasi stabilisation à 40 %), alors que celles de méthane disparaissent au bout d’une quinzaine d’années. Mais cette focalisation sur le long terme est dangereuse.

En effet, depuis vingt ans, à force de regarder à cent ans devant soi, on est insidieusement passé de l’horizon 2095 à l’horizon 2115, alors que pendant ce même temps l’horizon des ennuis annoncés s’est rapproché de 2100 vers 2050 ou 2060.

C’est bien ce que signale le dernier rapport de la banque mondiale en prévoyant une élévation de la température du globe de deux degrés autour de 2050 si la politique climatique mondiale « business as usual » que nous connaissons depuis vingt ans se poursuit…

Dans le cas de l’Europe des 28 par exemple, les émissions de CO2 ont été de 3400 Millions de tonnes (Mt) en 2014 et celles de CH4 de 18 Millions de tonnes. Si par exemple, par absence de politique de réduction, ces émissions de CH4 se poursuivaient à l’identique pendant les trente-cinq années qui viennent, leur influence sur le climat de 2050 serait identique à celle de 1170 Mt de CO2, 34 % des émissions de CO2 actuelles.

Mettre à l’ordre du jour une politique volontariste

L’autre argument souvent mis en avant est celui des disponibilités financières. Tout argent dépensé pour réduire les émissions de méthane viendrait, disent-ils, réduire d’autant le budget qu’on pourrait consacrer à l’objectif prioritaire, la réduction du CO2. Mais ce raisonnement du « gâteau à partager » cher aux économistes n’est pas justifié pour au moins deux raisons.

La première est que les principaux émetteurs de CH4 ne sont pas les mêmes que ceux de CO2. L’agriculture et ses déchets sont les principaux responsables des émissions de méthane, alors que c’est le secteur énergétique qui est le principal des émissions de CO2. Une politique de réduction touchant les deux gaz élargit donc la base des contributeurs potentiels : le « gâteau grossit » !

La seconde est qu’il n’y a aucune raison d’imaginer que les coûts unitaires des réductions des deux gaz soient équivalents pour un objectif climatique déterminé.

L’ensemble de ces points justifie de mettre enfin sérieusement à l’ordre du jour, en France et plus largement en Europe cette question d’une politique volontariste de réduction des émissions de méthane, dans un contexte a priori moins tendu qu’aux Etats-Unis où une telle politique est stigmatisée comme antinomique de la relance économique liée à l’explosion de l’activité du pétrole et gaz de schiste.

D’autant qu’il y a du grain à moudre, et du grain pas cher, aussi bien en France que dans l’ensemble de l’Europe ! [6]

Réduire d’un tiers en quinze ans

En France l’élevage est responsable à lui seul de 1,8 Mt des 2,4 Mt de CH4 émis en 2013 : 1,3 Mt du fait de la fermentation entérique des animaux d’élevage, et 0,5 Mt du fait des déjections animales (lisiers, fumiers, fientes). L’essentiel du reste provient de la mise en décharge des déchets organiques (0,45 Mt).

S’il est possible de faire évoluer sensiblement les émissions de CH4 dues à la fermentation entérique des animaux d’élevage en jouant sur leur alimentation, il est beaucoup plus aisé de réduire les émissions dues au traitement des ordures ménagères et aux déjections animales.

Plusieurs technologies sont en effet disponibles qui fournissent du méthane valorisable soit par injection sur le réseau gazier soit sous forme électrique. La France pourrait donc réduire ses émissions d’un bon tiers en quinze à vingt ans.

Programme ambitieux

Il en est de même en Europe où l’agriculture compte pour 9 Mt, les déchets ménagers pour 6 Mt, les émissions fugitives pour 2,6 Mt. Les situations sont très contrastées selon les pays. Les émissions de CH4 par habitant dues aux déchets par exemple varient de 6,8 kg en Allemagne et 7,4 en France à 12 kg en Italie et au Royaume-Uni et 13 en Espagne.

C’est ainsi que le simple alignement d’ici 2030 des émissions des déchets sur la performance allemande permettrait d’éviter 2,1 Mt d’émissions de CH4 ou 160 Mteq CO2 à horizon 2050 (5 % du CO2 UE) pour un coût moyen inférieur à 10 € par tonne de CO2.

Au moment où la France se prépare à accueillir à Paris une prochaine conférence des parties à la conférence sur le climat qui est présentée à juste titre comme celle de la dernière chance, notre pays s’honorerait en prenant l’initiative d’un programme ambitieux de réduction de ses propres émissions de méthane.

Et en proposant dans les plus brefs délais à ses partenaires européens la définition d’un programme concerté de réduction d’une ampleur comparable à celle que propose le président des Etats-Unis aujourd’hui.

Les nouveaux entrepreneurs prospèrent en vélo Benjamin Belliot-Niget (Reporterre) Reporterre 2015/02/12 Benjamin Belliot-Niget (Reporterre) (12 février 2015) Les nouveaux entrepreneurs prospèrent en vélo. Reporterre. Économie fr

Les nouveaux entrepreneurs prospèrent en vélo

Les sociétés confrontées au déplacement urbain délaissent de plus en plus la voiture pour le vélo. Coursiers, plombiers, glaciers ou encore infirmiers libéraux, ces cycloentrepreneurs voient là un gain de temps et d’argent, et défendent une certaine vision de la ville.

En 2009, Arane Dumont décide qu’il est temps de ne plus être un plombier comme les autres. « La difficulté à trouver des places lors des interventions, la perte de temps, les PV, ça m’a vraiment amené à un ras-le-bol de la voiture », explique le Toulousain. Avec deux amis, il lance le collectif des Zecoplombiers, artisans intervenant à vélo au cœur de la ville rose.

D’après l’Ademe, plus de la moitié des trajets urbains font moins de trois kilomètres (zone de pertinence du vélo). Alors que seuls 3 % de ces déplacements se font en pédalant ! Nombre de sociétés regardent le vélo comme un véhicule efficace.

Au premier rang d’entre eux, les coursiers, dont l’efficacité n’est plus à prouver dans des villes comme Paris. Viennent ensuite les sociétés de livraison, qui résolvent à moindre coût l’enjeu du « dernier kilomètre », considéré comme étant le plus coûteux (la faute aux centre-villes engorgés et bondés).

- Arane Dumont -

Et il y a cette large catégorie d’entrepreneurs pour qui l’acheminement n’est pas forcément la finalité. Les Zecoplombiers n’y sont pas seuls, on s’en rend compte avec le collectif Boîtes à vélo, fondé fin 2013. Un glacier, un infirmier, un peintre en bâtiment, des cafetiers itinérants et bien d’autres, tous pédalant à Nantes.

Un atout en zone urbaine dense

« Le vélo n’a pas d’intérêt dans les villes de taille moyenne. Nous, on agit sur l’île de Nantes où la densité urbaine justifie l’usage du vélo, avec 18 000 habitants pour quatre kilomètres carrés », explique Céline Emoulou-Zoa qui livre des paniers bio pour Croquinelle.

A Rennes, Sébastien Le Menac’h fait le même constat. Sa SCOP Toutenvélo propose, entre autres, des déménagements intra-muros faits entièrement à vélo. « Tant qu’on reste dans l’hypercentre, il y a un vrai gain de temps : avec les remorques on se faufile partout. Sur une heure de temps, on gagne quinze minutes comparé au camion », constate-t-il. Cela dépend aussi de la qualité des aménagements cyclables décidés par les villes, que le Rennais juge corrects chez lui, malgré la rudesse du pavé breton.

Le gain de temps n’est pas le seul avantage de cette mobilité douce. « Les frais n’ont aucune commune mesure avec la voiture. Nos vélos électriques valent 3 000 euros, un coût très vite amorti. Derrière, pour le client, on n’est pas forcément moins cher qu’un autre sur la main d’œuvre. Mais on facture le déplacement à 15 euros là où d’autres sont à 50 », garantit Arane Dumont.

A Toutenvélo, grâce à ces économies, on se dit 40 % moins cher qu’un déménageur classique. Contrepartie du biclou : le périmètre d’action forcément restreint limite le nombre de clients potentiels. Pas forcément une contrainte selon les Zécoplombiers. « Moins il y a de distance, mieux on se porte. Si on voulait se développer, au lieu d’élargir le périmètre, on créerait plusieurs équipes autours de plusieurs pôles, comme pour quadriller la ville. »

- Un déménagement de Toutenvélo à Rennes -

L’entrepreneur, acteur de la ville de demain

Cette stratégie entrepreneuriale fait écho à une philosophie plus globale, empreinte d’écologie. Les Nantais de Croquinelle font dans l’alimentation durable, les Rennais de Toutenvélo insistent sur le caractère non-polluant, les Zecoplombiers promeuvent les dispositifs d’économies d’eau.

A écouter Arane Dumont, c’est surtout d’une vision de la cité dont il est question. « On défend une ville à échelle humaine : on fait plus facilement des rencontres à vélo. Une ville avec une facilité de circulation, une ambiance sonore... L’étalement urbain, ce n’est pas le futur. Il faut relocaliser la ville, quartier par quartier. »

Notre-Dame-des-Landes : Nous plantons, ils se plantent ! Reporterre 2015/02/12 (12 février 2015) Notre-Dame-des-Landes : Nous plantons, ils se plantent !. Reporterre. Tribune — Notre-Dame-des-Landes fr

Notre-Dame-des-Landes : Nous plantons, ils se plantent !

Face à la tentation du passage en force du gouvernement, toutes les composantes de la lutte de Notre-Dame-des-Landes réaffirment ensemble leur volonté de continuer le combat. « Ce mouvement porteur d’un immense espoir, laisse augurer de la possibilité de choisir d’autres manières de vivre, d’habiter, de travailler et de cultiver. Elles sont déjà à l’œuvre et ne se laisseront pas écraser. »

Nous, paysan-ne-s, associations, élu-e-s, occupant-e-s de la ZAD, naturalistes en luttes, réaffirmons notre détermination à mener à leur terme l’ensemble des combats que nous avons engagés contre le projet d’aéroport, que ce soit sur le plan juridique ou sur celui de la résistance sur le terrain.

Le gouvernement s’est engagé l’an dernier à ne pas « débuter les travaux avant l’épuisement de tous les recours juridiques déposés ». Son premier ministre préjuge depuis plusieurs semaines que ces recours seront perdus : il avance de manière répétée que les travaux démarreront quoi qu’il arrive au second semestre 2015.

Il revient ainsi sur les engagements pris en laissant entendre qu’il n’attendra pas effectivement l’épuisement des recours, qui est pourtant censé inclure l’ensemble des appels et pas seulement le passage en première instance.

De plus des pressions continuent sur certain-e-s des plus anciens habitant-e-s de la zone comme en témoigne la nouvelle assignation au tribunal pour demander l’expulsion de la famille Herbin.

Face à ces menaces et cette volonté affichée de passage en force nous voulons rappeler que le combat juridique a toute son importance. Contrairement au gouvernement, nous ne présageons pas de l’issue des recours. Nous savons par contre que nous avons des arguments de poids et que nous irons jusqu’au bout de cette bataille juridique.

Ce que nous savons aussi, c’est que ce qui se vit et s’enracine sur le terrain, dans les villages et dans les champs sera décisif. Comme nous l’affirmons depuis plus de deux ans, nous irons aussi jusqu’au bout de cette bataille là. A ce titre, nous, paysan-e-s, associations, élu-e-s, occupant-e-s de la ZAD, naturalistes en luttes affirmons ici :

- Que l’occupation de la ZAD continue, que les cultures et habitats se densifient et s’envisagent dans le long terme (comme en témoignent les plantations d’arbres d’aujourd’hui et de multiples autres projets).

- Que nous résisterons ensemble dans toute notre diversité sur les terres de Notre-Dame-des-Landes et bien au-delà face à toute tentative d’attaque de la ZAD et de démarrage des travaux. Nous l’avons déjà fait face à l’opération César en 2012. Nous sommes aujourd’hui plus fort-e-s encore grâce à l’énergie accumulée par le mouvement dans la région et ailleurs, et le soutien de plus de 200 comités locaux.

- La multiplication actuelle des résistances face à des projets aussi inutiles que nuisibles nous conforte dans le fait qu’un grand mouvement s’est lancé dans la population face à l’aménagement marchand du territoire, à la privatisation du vivant, ou encore à la disparition des terres agricoles. Ce mouvement porteur d’un immense espoir, laisse augurer de la possibilité de choisir d’autres manières de vivre, d’habiter, de travailler et de cultiver. Elles sont déjà à l’œuvre et ne se laisseront pas écraser.

Signataires :

CéDPA, ADECA, COPAIN 44, ACIPA, des occupant-e-s de la ZAD, Naturalistes en lutte, Union Syndicale Solidaires, NPA, ATTAC, EELV, Ensemble, Les Objecteurs de croissance...

Pour sauver le climat, ils s’attaquent à la finance Emilie Massemin (Reporterre) Reporterre 2015/02/12 Emilie Massemin (Reporterre) (12 février 2015) Pour sauver le climat, ils s’attaquent à la finance. Reporterre. Climat fr

Pour sauver le climat, ils s’attaquent à la finance

Vendredi et samedi auront lieu les premières journées mondiales de désinvestissement. L’objectif : faire pression sur les institutions publiques et les banques, pour qu’elles cessent de financer l’industrie des combustibles fossiles.

Banques, universités, collectivités locales et même Églises, les institutions sont nombreuses à financer le changement climatique en investissant leurs fonds dans l’industrie des combustibles fossiles. Pour les pousser à désinvestir et à placer leur argent dans les énergies renouvelables, le mouvement Fossil Free organise les « Global Divestment Days » (journées mondiales de désinvestissement), vendredi 13 et samedi 14 février.

Plusieurs centaines d’événements sont prévus, sur six continents : sit-in et flashmobs d’étudiants aux États-Unis et au Royaume-Uni, retraits massifs dans les banques finançant le projet charbonnier Alpha Coal en Australie, rassemblement et bougies au Vatican...

Cette mobilisation mondiale est portée par le mouvement 350.org. Ce dernier est fondé en mars 2008 aux États-Unis, par le journaliste et auteur écologiste Bill McKibben et une poignée d’étudiants ayant suivi ses cours. Pourquoi 350 ? « Parce que les scientifiques ont établi que la concentration de CO2 dans l’atmosphère ne devait pas dépasser 350 parties par million si nous voulons rester dans une zone ’sécurité climatique’ », explique Emma Biermann, coordinatrice européenne à 350.

- Bill McKibben -

Laisser 80 % des réserves fossiles sous terre

Mais en 2012, c’est un autre chiffre qui lance la campagne mondiale de désinvestissement de 350. « Nous avons cinq fois plus de pétrole, de charbon et de gaz en réserve, que ce que les scientifiques pensent qu’il est sûr de brûler. Nous devrions garder 80 % de ces réserves sous terre pour échapper à ce destin », écrit Bill McKibben dans un article fondateur publié cette année-là par le magazine Rolling Stones. Il entame ensuite une tournée de sensibilisation dans vingt-deux villes américaines.

De nombreux étudiants se mobilisent alors pour « purger » les universités de leurs investissements carbonés. A Stanford, Sophie Harrisson et ses amis entament une campagne Fossil Free Standford dès 2012. « Nous avons commencé par organiser une manifestation étudiante, puis nous avons proposé un référendum : 75 % des étudiants ont dit oui au désinvestissement, se souvient la jeune femme. Nous avons également travaillé avec nos professeurs. Trois-cents d’entre eux ont envoyé une lettre à l’université l’appelant à retirer ses investissements de l’industrie fossile. »

L’université qui vivait de la destruction de la planète

Ses condisciples se montrent sensibles à la cause : « Les étudiants savent que le changement climatique est une crise grave, ils essaient de faire du vélo, de moins utiliser la voiture, mais veulent aussi mener une action plus politique. Ils trouvent horrible que leur éducation soit financée par des investissements qui détruisent l’avenir et la planète. »

L’administration de Stanford est plus lente à réagir mais accepte finalement d’arrêter d’investir dans le charbon, en mai 2014. « C’est une excellente première étape, se réjouit Sophie Harrisson. Mais nous continuons la mobilisation pour que l’université se désinvestisse aussi du pétrole et du gaz. »

L’Université de Concordia, à Montréal au Canada, saute également le pas. Actuellement, 10 à 15 % de ses 100 millions de dollars d’investissements sont placés dans le secteur des combustibles fossiles, mais elle a entamé un désinvestissement partiel.

« Il y a environ 18 mois, des leaders étudiants m’ont approché pour entamer une discussion sur le désinvestissement, raconte Bram Freedman, président de la fondation de l’Université Concordia. Nous avons convenu de former un groupe de travail mixte composé de représentants de la Fondation et de leaders étudiants. Nous y avons échangé au sujet des préoccupations des étudiants ainsi que des obligations de la Fondation en tant que fiduciaire. Celle-ci doit en effet maximiser le rendement du capital investi pour être en mesure de financer des bourses d’études et de subsistance, de même que la recherche à Concordia. »

L’Université convient finalement d’allouer 5 millions de dollars de son fonds de dotation à la création d’un fonds de placement durable. « Il s’agit d’un projet pilote, et nous surveillerons le rendement du capital avant de prendre d’autres décisions, précise le président de la fondation. Concordia suit depuis quelques années les débats et les discussions entourant les combustibles fossiles. Nous avons donc jugé qu’il fallait joindre le geste à la parole. »

La campagne fait lentement bouger les mentalités. En août dernier, le Conseil oecuménique des Églises décide de se défaire de ses titres dans les combustibles fossiles. Puis c’est au tour de la Fondation des frères Rockefeller de retirer ses actions de ce secteur et de rejoindre la coalition Global Divest-Invest, un groupe d’investisseurs désireux de lutter contre le changement climatique - alors même que le groupe avait bâti sa fortune sur le pétrole. Des villes entières suivent le mouvement, comme Seattle et San Francisco.

180 institutions sur la voie du désinvestissement

En tout, ce sont quelque 650 personnes et 180 institutions qui ont détourné leurs investissements de l’industrie des combustibles fossiles. « Cela représente environ cinquante milliards de dollars », calcule Nicolas Haeringer, chargé de mission en France pour 350. La somme est considérable. Mais pèse-t-elle réellement sur les finances des géants de l’industrie fossile ?

« Si l’ensemble des réserves identifiées en gaz, pétrole et charbon étaient exploitées au cours actuel, cela représenterait un profit potentiel de 27 trillions de dollars pour les différentes sociétés, poursuit Nicolas Haeringer. Le désinvestissement est donc une goutte d’eau dans l’océan... »

L’objectif de la campagne Fossil Free n’est pas de s’attaquer directement au poids et à la santé économiques du secteur fossile. C’est plutôt sa réputation qui est visée : « Nous essayons de reproduire ce qui s’est passé avec l’industrie du tabac, précise le salarié de 350. Le tabac est toxique pour la santé, c’est une évidence, et il est assez rapidement devenu politiquement et socialement toxique d’investir dans cette industrie. Nous voulons que grâce à cette campagne, il devienne également politiquement, socialement et moralement aberrant d’investir dans le secteur fossile. »

« Un secteur voué à disparaître »

Si les investissements dans le secteur fossile devenaient à ce point décriés, ils seraient forcément moins rentables, estime Nicolas Heringer : « D’une part, ils seraient néfastes pour l’image des banques, des fonds de pension et des institutions. D’autre part, il est aberrant d’investir dans un secteur voué à disparaître, puisque la seule solution à terme est de renoncer à l’exploitation de ces matières premières. »

Pour Yannick Jadot, eurodéputé Europe Écologie – Les Verts, les élus ont également leur rôle à jouer dans cette mobilisation : « Ils doivent mettre en œuvre des politiques qui permettent de limiter le réchauffement climatique à 2°C, en purgeant les marchés carbone et en adoptant des normes d’efficacité énergétique par exemple. Il faut également favoriser la transparence dans l’épargne et les placements. » Les élus écologistes européens ont rencontré des acteurs de 350 la semaine dernière, « pour coordonner leurs actions au niveau européen ».

Pas encore de changement structurel...

Mais Yannick Jadot est lucide sur le chemin qu’il reste à parcourir : « Les investissements dans le secteur des énergies fossiles représentent deux mille milliards d’euros en Europe. Une partie des acteurs, banques et fonds de pension, se retirent des projets les plus polluants pour des raisons d’image. Mais il n’y a pas encore de changement structurel. Les banques continuent à jouer la rentabilité à court terme en réinvestissant dans l’économie existante, en grande partie basée sur les énergies fossiles. »

La baisse des prix du pétrole pourrait cependant renforcer la dynamique du mouvement. Qui n’entend pas s’arrêter là. « Il ne s’agit pas d’être dans l’autosatisfaction mais de saisir cette opportunité, prévient Nicolas Haeringer. Il faut montrer qu’il existe d’autres investissements plus porteurs d’avenir, le solaire et l’éolien par exemple. Notre revendication est double : qu’il y ait désinvestissement, et que l’argent soit réinvesti dans les énergies renouvelables. Nous ne voulons pas de fausses solutions, donc nous essayons aussi de peser sur la question du réinvestissement. »

Qu’en est-il en France ?

En mai 2014, l’association basque Bizi !, les Amis de la Terre et Attac lancent une campagne contre la Société générale, impliquée dans le financement du projet Alpha Coal. Embarrassée par cette mobilisation, la banque française se retire du projet en décembre 2014.

Le début d’une prise de conscience ? Il semblerait, puisqu’en novembre 2014, dans son discours inaugural de la Conférence environnementale, François Hollande annonce que la France supprimera « tous les crédits à l’export accordés aux pays en développement dès lors qu’il y a utilisation du charbon (…) et [fera] en sorte que les subventions aux énergies fossiles soient supprimées à terme ».

Les 13 et 14 février, journées mondiales du désinvestissement, 350, Attac et les Amis de la Terre lanceront en France leur campagne visant le retrait des énergies fossiles du Fonds de réserve pour les retraites et des banques françaises.

« Le Fonds de réserve pour les retraites, qui dépend de la Caisse des dépôts, place 921 millions d’euros dans les deux-cents compagnies les plus polluantes de la planète dans les secteurs du pétrole, du gaz et du charbon, souligne Nicolas Haeringer. Nous allons lancer une pétition et mener des actions symboliques pour que cet argent soit réinvesti dans les énergies renouvelables. »

- Le rapport de l’Observatoire des multinationales sur ce Fonds

D’autres initiatives citoyennes pourraient émerger. Jean Merckaert, rédacteur en chef de la revue jésuite Projet, a contacté 350 la semaine dernière pour réfléchir aux actions qu’ils pourraient mener au sein de l’Église française.

« Des discussions ont lieu à ce sujet lors de réunions épiscopales, rapporte-t-il. Ce mouvement est en grande cohérence avec la pensée chrétienne, d’une Terre qui nous a été confiée mais ne nous appartient pas et dont il faut prendre soin. Seulement, quand on demande à un catholique ce qu’il fait pour protéger la planète, il dit qu’il trie ses déchets. C’est bien, mais on est loin du compte. Avec le désinvestissement, on est dans le dur du sujet. 350 peut nous faire bénéficier de ses ressources et de son savoir-faire. »

La longue lutte de Bure contre les déchets nucléaires Par Julien villalard Reporterre 2015/02/12 Par Julien villalard (12 février 2015) La longue lutte de Bure contre les déchets nucléaires. Reporterre. Déchets nucléaires fr

La longue lutte de Bure contre les déchets nucléaires

« Notre colère n’est pas réversible. Enfouir les déchets atomiques : le refus ». Un ouvrage retraçant toutes les luttes contre l’enfouissement des déchets radioactifs depuis 1987.

Notre colère n’est pas réversible - Enfouir les déchets atomiques : le refus - Le Collectif meusien contre l’enfouissement des déchets radioactifs, BURESTOP 55, édite ce livre à l’occasion de ses 20 ans. Il rassemble toutes les périodes de l’opposition, des années 1987 à nos jours, sur plus de 50 sites en France.

Des milliers de gens, d’élus, d’experts refusent le stockage sous terre des déchets nucléaires à vie longue, qu’ils soient à faible, moyenne ou haute activité.

De façon chronologique, ce livre déroule un long fil rouge retraçant entre autres le refus sans concession des années 1987/1990, l’opposition aux « labos » qui a suivi, les échecs retentissants de la mission granite en 2000 et, en 2008/2009, le rejet des déchets FAVL. Ou encore le fiasco du débat public Cigéo de 2013...

Photographies, contexte médiatique, extraits d’archives officielles et paroles d’experts apportent leur éclairage.

240 pages pour se souvenir, ou découvrir un mouvement collectif peu commun, mais aussi pour nourrir la lutte et préparer l’avenir.

Car le projet de stockage souterrain Cigéo - s’il cherche à s’imposer dans la région de BURE (Meuse/Haute-Marne) - n’est toujours pas construit.

Passeurs solidaires depuis presque 30 ans d’une extraordinaire et longue lutte (dont nous sommes pour bon nombre acteurs), notre histoire continue...

Notre colère n’est pas réversible. Enfouir les déchets atomiques : le refus, Bure Stop 55, 240 pages, 8 euros, à commander ici.

Pour la décroissance des armements Ben Cramer Reporterre 2015/02/13 Ben Cramer (13 février 2015) Pour la décroissance des armements. Reporterre. Armée fr

Pour la décroissance des armements

La militarisation du monde est la cause principale de la détérioration de nos environnements, sur terre, en mer et dans l’espace. Notre planète, qui mérite des soins intensifs, est de plus en plus abîmée par ceux-là mêmes qui s’en font les défenseurs auto-proclamés : les forces armées.

Limiter les dégâts des armes de tout calibre. Contrer la démesure, dans la répartition internationale de la menace de mort du complexe militaro-industriel, un complexe qui détourne nos ressources vitales, accapare nos territoires et militarise nos esprits. Intégrer le mot d’ordre de « Halte à la Croissance » dans le domaine de l’armement, à une époque où les écosystèmes sont victimes de reconfigurations stratégiques sur fond de dérèglement et manipulation climatiques. Concevoir la sécurité écologique en neutralisant la nocivité des préparatifs de guerre en temps de paix. Tout cela dépendra de la façon dont agiront en tandem écologistes et pacifistes, sans chercher à savoir qui est le mieux placé ou le mieux armé pour « sauver » la planète.

Penser l’écologie, c’est mieux évaluer jusqu’à quel point la crise écologique - y compris l’urgence climatique - est liée au déficit des exigences de paix.

Ben Cramer, initié à la polémologie, a co-animé en 2008 le premier débat au Parlement européen sur le thème de « Sécurité Collective et Environnement ». Journaliste, ce petit-fils d’officier théoricien de la stratégie navale des Pays-Bas, enseigne la géopolitique du développement durable à l’Université à Paris.

- Guerre et paix... et écologie, par Ben Cramer, éd. Yves Michel, 174 p., 13 €.

Plats cuisinés : l’origine de la viande sera étiquetée, décident les députés européens Philippe Desfilhes (Reporterre) Reporterre 2015/02/13 Philippe Desfilhes (Reporterre) (13 février 2015) Plats cuisinés : l’origine de la viande sera étiquetée, décident les députés européens. Reporterre. Animaux fr

Plats cuisinés : l’origine de la viande sera étiquetée, décident les députés européens

Tous les mois, Reporterre suit la session plénière du Parlement européen. Cette semaine, les députés de Strasbourg ont décidé l’étiquetage de la viande utilisée dans les aliments transformés.

Les députés européens ont voté mercredi 11 février 2015 une résolution qui demande à la Commission de rendre obligatoire l’étiquetage d’origine de la viande utilisée dans les aliments transformés (lasagnes, pizzas, nuggets de poulet, etc.), comme cela existe déjà pour les aliments non-transformés.

« La traçabilité de la viande fraiche entrera en application en avril 2015. Suite au scandale des lasagnes au cheval, il faut aller plus loin et la Commission ENVI (Environnement, santé publique et sécurité alimentaire) a de sa propre initiative proposée cette résolution qui demande que l’étiquetage concerne aussi les aliments transformés », explique José Bové, eurodéputé du groupe des Verts/ALE.

Cette résolution était soutenue par les producteurs de viande et les consommateurs : 90 % des citoyens européens estiment en effet important de savoir d’où viennent les aliments qu’ils consomment. Elle a été adoptée à une large majorité (460 voix pour, 204 contre, 34 abstentions) mais les députés du PPE (le Parti Populaire Européen qui réunit des partis de droite et de centre droit dont l’UMP) ont voté contre.

« C’est la première fois que le PPE se retrouve aussi isolé. Il faudra essayer de comprendre le pourquoi de leurs amendements, car il est aberrant d’essayer d’empêcher une résolution qui profite à toute la filière, et notamment aux transformateurs qui ont été durement touchés économiquement par le scandale Findus », poursuit l’eurodéputé.

Les plats cuisinés sont les principaux produits concernés. En ligne de mire, le fameux « minerai de viande », comme l’appelle les professionnels de la transformation dans leur jargon. On a retrouvé dans certains plats industriels des traces de viande provenant de 17 pays de la Communauté différents ...

« Etiqueter l’origine de la viande utilisée comme un ingrédient permettra aussi de lutter contre les trafics car il existe une véritable mafia des déchets de viande, avec des sociétés intermédiaires domiciliées à Malte ou à Chypre qui opèrent avec des produits qui passent par la Hollande et la Belgique et dont à l’arrivée on ne connaît plus la provenance », dénonce José Bové.

La balle est désormais dans le camp de la Commission. Aucun délai ne lui incombe pour transformer la proposition en règlement ou en directive (une directive s’adapte pays par pays alors qu’un règlement s’impose à tous les Etats de la même manière). « Il faudrait que cela soit fait le plus vite possible. Cela sera un excellent test pour voir si la nouvelle Commission se préoccupe vraiment des consommateurs ! »

A Genève, les négociations sur le climat accouchent d’un texte volumineux et fourre-tout Emilie Massemin (Reporterre) Reporterre 2015/02/14 Emilie Massemin (Reporterre) (14 février 2015) A Genève, les négociations sur le climat accouchent d’un texte volumineux et fourre-tout. Reporterre. Climat : de COP en COP fr

A Genève, les négociations sur le climat accouchent d’un texte volumineux et fourre-tout

Mission accomplie. Vendredi 13 février à Genève, 195 États ont adopté un premier texte de négociations en vue de l’accord de Paris sur le climat, espéré pour décembre prochain. Mais le texte est beaucoup plus volumineux qu’escompté. Et les négociations sur le fond n’ont pas réellement commencé.

- Genève, reportage

« Pouvons-nous considérer que le texte de négociation que vous avez livré aujourd’hui à Genève est celui sur lequel nous entamerons des négociations substantielles ? » Il est 15 h, vendredi, dans l’immense salle de l’Assemblée du Palais des Nations à Genève. Personne ne bouge du côté des négociateurs des 195 États-parties de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC). Daniel Reifsnyder, co-président états-uniens des débats, met fin au (faux) suspense d’un coup de marteau définitif : « N’entendant aucune objection, il en est ainsi décidé ! »

- Daniel Reifsnyder et Ahmed Djoghlaf -

La conférence de Genève, qui s’est déroulée du dimanche 8 au vendredi 13 février, a rempli sa mission. Les négociateurs se sont mis d’accord sur un brouillon qui contient tous les éléments du futur accord de Paris, promis pour la COP21 en décembre prochain. Objectif, limiter à 2°C le réchauffement de la planète, et aider les pays en développement à s’adapter aux bouleversements climatiques.

Un bébé obèse : 86 pages au lieu de 30...

Mais ce premier rendez-vous de l’année a accouché d’un bébé beaucoup plus gros que prévu : quatre-vingt six pages, au lieu de la trentaine espérée. Le texte qui a servi de base de travail aux négociateurs est « L’Appel de Lima pour une action climatique », adopté à l’issue de la COP20 au Pérou en décembre 2014. Les délégations devaient commencer à le simplifier et à le clarifier en cette semaine de février.

Finalement, le processus inverse s’est produit. Chaque État a pu rajouter à l’ébauche de Lima toutes les propositions qui lui tenaient à cœur sur les objectifs de l’accord, la réduction des émissions de gaz à effet de serre, l’adaptation au changement climatique, les modes de financement... sans les expliquer, ni les négocier. Le texte final a le mérite d’être exhaustif, en ce qu’il reflète toutes les positions des parties. Mais il ressemble aussi à « une shopping-list où se côtoient des paragraphes antagonistes et les doublons », analyse Pierre Radanne, président de l’association 4D (Dossiers et débats pour le développement durable). « Rien n’a été retiré ou regroupé. Les discussions sur le fond ne commenceront qu’à Bonn. »

Un fouillis sans idées nouvelles

Difficile d’y voir clair dans un tel fouillis. « Aucune idée nouvelle n’a véritablement émergé, en dépit de rajouts intéressants sur les droits humains et la sécurité alimentaire, observe Célia Gautier du Réseau Action Climat (Rac). Un débat s’annonce aussi sur les objectifs de long terme de l’accord : certains pays veulent qu’on se fixe des objectifs qui dépassent largement l’année 2030, que les combustibles fossiles soient rapidement abandonnés, d’autres ne veulent pas en entendre parler. »

Des point de convergence émergent tout de même, fragiles. « Tout le monde semble d’accord sur le fait que chaque État devra rendre une contribution nationale, et que ces dernières devraient être révisées régulièrement, remarque Céline Ramstein, chef de projet à l’Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri). Mais aucun arbitrage n’a encore été conclu. »

« Nous avons manqué une occasion d’aborder les questions de fond »

L’exercice n’a pas convaincu la délégation de l’Union européenne (UE), qui confie son « sentiment de frustration ». « Il reste dix mois à peine avant la COP de Paris et nous avons encore énormément de travail. Nous avions pour objectif d’adopter un texte d’une quarantaine de pages et il a plus que doublé. Nous avons aussi manqué une occasion d’aborder les questions de fond, déplore Ilze Pruse, chef de la délégation lettone à l’UE. Il est impératif de réduire le nombre d’options sur la table. »

Sa binôme Élina Bardram, chef de la délégation de la Commission européenne, nuance le propos : « La réunion de Genève est importante, en tant qu’étape pour sécuriser les États-membres. » Une analyse partagée par la quasi-totalité des participants, qui saluent « l’esprit de Genève » et le retour de la confiance entre les États. « C’est un tournant extraordinaire dans la manière de travailler ensemble, va jusqu’à déclarer le co-président algérien Ahmed Djoghlaf, en français et avec une certaine émotion, lors de la plénière de clôture. Nous avons confiance, nous serons en mesure d’écrire la nouvelle page de notre histoire commune. »

Confiance, conciliabules et cafés

Comment expliquer que la conférence de Genève laisse une impression si positive, alors qu’elle n’a pas permis d’avancer dans le nettoyage du texte ? Parce que, pendant ce round d’observation, « les négociateurs ont la possibilité d’exprimer leurs positions et de comprendre les difficultés des uns et des autres, sans pression », estime Teresa Ribera, directrice de l’Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri). Le bar Serpent, vaste espace composé de moquettes et de fauteuils confortables éclairé par une immense baie vitrée, témoigne de cet état d’esprit. Les délégués circulent entre les tables, se saluent avec chaleur et tiennent leurs conciliabules à voie basse. « Comme il ne se passe pas grand-chose, ils prennent des cafés et discutent, s’amuse Alix Mazounie, du Rac. Dans ce cadre informel, de nouvelles idées surgissent. »

C’est l’occasion aussi de faire connaissance avec les coprésidents, Daniel Reifsnyder et Ahmed Djoghlaf, fraîchement désignés. « Les deux nouveaux co-présidents ont hésité à se lancer dans la rationalisation du texte, ils ont senti que les négociateurs n’étaient pas prêts alors ils n’y sont pas allés, décrypte Céline Ramstein, chef de projet à l’Iddri. En prenant cette décision, ils ont réussi leur examen de passage et ont été acceptés. S’ils avaient tenté de passer en force, cela aurait pu très mal se passer. La confiance est un ingrédient crucial des négociations. »

Le spectre de Copenhague

Ce n’est pas Tosi Mpanu-Mpanu, expert en développement durable et finance climatique et délégué de la République démocratique du Congo, qui la détrompera. « J’ai pitié des traducteurs quand je pense aux quatre-vingt-six pages ! Mais la confiance était tellement émoussée depuis Copenhague que le texte devait être retravaillé par les États eux-mêmes, en toute transparence. L’an dernier, nous avions laissé les anciens co-présidents préparer le brouillon sans nous, et certains ne se reconnaissaient plus dans le résultat. »

Les quatre-vingt-six pages de Genève ne seront pas retravaillées avant les négociations de Bonn, en juin, où elles devraient commencer leur cure d’amaigrissement. Mais d’ici-là, la route est longue et il ne faut pas perdre de temps. « Il reste beaucoup de travail, admet Laurence Tubiana, ambassadrice de la France pour les négociations climatiques. Deux consultations informelles auront lieu en mars et en mai à Paris et à Lima. De nombreux meetings régionaux sont prévus en Afrique, en Amérique du Sud et en Méditerranée. La première chose à faire sera de voir si les pays peuvent regrouper leurs propositions. Fin juin, le texte ne devra plus présenter que de grandes options. » Les premières contributions nationales, Union européenne en tête, auront à ce moment été dévoilées et susciteront des réactions.

- Christiana Figueres -

Mission impossible, nouveau désastre type Copenhague à l’horizon ? Tout est fait pour l’éviter. Les négociateurs se sont mis d’accord sur deux sessions de négociation supplémentaires, du 31 août au 4 septembre et du 19 au 23 octobre à Bonn, pour se donner les moyens d’être fin prêts à Paris. « Cela nous coûtera 5,8 millions de dollars, a malicieusement souligné Christiana Figueres, secrétaire exécutive de la CCNUCC. Nous en appelons à votre contribution ! » Quant à Laurence Tubiana, elle refuse d’envisager la possibilité d’un nouvel échec : « Certes, les négociations vont être difficiles. Les principaux points d’achoppement, différenciation, finance, sont toujours là. Mais aujourd’hui, les gens veulent en finir. Mais à nous de faire monter la pression politique pour que les négociateurs accélèrent. »

Vous n’aimez pas le gaz de schiste ? Vous n’allez pas aimer le gaz de couche Collectifs conte l’exploration des gaz de couche Reporterre 2015/02/14 Collectifs conte l’exploration des gaz de couche (14 février 2015) Vous n’aimez pas le gaz de schiste ? Vous n’allez pas aimer le gaz de couche. Reporterre. Tribune — Mines et Gaz de schiste fr

Vous n’aimez pas le gaz de schiste ? Vous n’allez pas aimer le gaz de couche

L’entreprise EGL explore le sous-sol français à la recherche de gaz de couche, les citoyens se mobilisent. L’opacité qui entoure ces activités technologiques, la pollution des nappes phréatiques et de l’air attachée à cette industrie et les émissions dans l’atmosphère de méthane - puissant gaz à effet de serre - sont autant de facteurs d’alerte pour les opposants à ces projets.

Situation en Lorraine

EGL est titulaire de trois permis : Bleue Lorraine, Bleue Lorraine Nord et Bleue Lorraine Sud. Seul le premier a donné lieu à autorisation de forages, sur quatre sites ; les forages ont déjà démarré à Tritteling (depuis mars 2013) et à Pontpierre, deux autres sont prévus à Loupershouse et Freybouse. Un quatrième permis (dit des Trois-Evêchés) est en demande par la même société.

Sur le forage de Tritteling, la foreuse est restée en place 350 jours au lieu des 35 à 45 jours prévus, une première panne qui a duré trois semaines (oct/nov 2013), a généré le passage de centaines de citernes par le village, (convoyage « d’eaux industrielles »), la seconde (9 sept 2014, durée d’une semaine) a donné lieu à « infos communales » de trois lignes. Aucune information sur les pannes du 17 octobre (une semaine) et du 1er décembre (quelques jours).

Situation dans le Jura

EGL a basé sa demande sur les recherches faites dans les années 1950. Des forages ont alors été effectués, permettant de trouver des couches imperméables de ... 1 mètre d’épaisseur ! Du reste, à l’époque et avec les moyens existants, il y a systématiquement eu de l’eau dans le gaz !

Depuis 2007, EGL est titulaire du permis dit de « Lons-le-Saunier » pour de la recherche de gaz en couche de charbon. La compagnie a demandé une prolongation pour cinq ans sur la moitié de la surface initiale. Nous sommes donc toujours dans l’attente d’une décision définitive...

Situation à Gardanne

Le premier PERH est clos mais une demande de renouvellement a été faite, actuellement en cours d’instruction. Aucun travail sur le terrain n’a été entrepris au cours de la période du premier permis de recherche. Donc aucun forage en cours.

Les habitants de Gardanne et du Pays d’Aix sont très inquiets car l’ex-bassin minier est devenu le terrain de jeu et d’expérimentation des multinationales : incinérateur biomasse, gaz de charbon… et boues rouges. Ils sont inquiets pour leur environnement et leur santé.

Situation dans le Nord/Pas-de-Calais

La société Gazonor détient deux permis de recherche. Cette société exploite déjà le gaz de mine sur sa concession historique. Gazonor affiche ses objectifs : étendre la concession aux deux permis pour exploiter le gaz de couche, gaz qui alimenterait de petites unités de production d’électricité réparties sur tout ce territoire.

La société EGL réalisera les deux forages d’exploration déjà autorisés à Avion et Divion. La société EGL a pourtant largement montré en Lorraine son incapacité à obtenir des résultats et son opacité en termes de gestion des incidents et accidents, sur le forage de Tritteling.

Aussi, nous refusons de voir EGL venir jouer à l’apprenti-sorcier dans notre région où la géologie lui est moins favorable qu’en Lorraine (couches de charbon beaucoup plus fines, terrains très plissés...) et où l’exploitation du charbon a déjà laissé des cicatrices indélébiles.

Nous ne comprenons pas le soutien de nombreux élus locaux à cette exploitation polluante et nous affirmons notre opposition aux conclusions de la mission régionale qui - après un simulacre de concertation - préconise la relance de l’activité gazière, notamment sous prétexte de créations importantes d’emplois.

Stop à l’ébriété énergétique !

L’extraction du gaz de couche ne sera, même en cas de succès, que de courte durée ; il est du devoir de tous les citoyens et de leur gouvernement de développer des solutions à long terme, évitant la catastrophe du changement climatique qui nous concerne déjà tous, et, de ne pas céder aux lobbies pétroliers pour qui ne comptent que les profits immédiats.

En novembre 2014, le dernier rapport du GIEC (groupe d’experts indépendants sur le climat) était plus alarmant encore que le précédent, avec des prévisions de dépassement des 2°C de réchauffement de la planète en 25 ans si nous continuons dans cette voie d’ébriété énergétique.

Les phénomènes extrêmes et violents sont déjà perceptibles : inondations dans le sud de la France, montées des eaux, ouragans violents qui se succèdent sur la planète.

Les scientifiques s’accordent sur le fait qu’il faudrait laisser sous terre deux tiers des hydrocarbures déjà connus ; l’heure n’est donc plus à forer pour en découvrir d’autres.

Les collectifs réaffirment donc leur opposition à ces forages de recherches sur le gaz de couche.

Ni ici ni ailleurs, ni aujourd’hui ni demain.

SIGNATAIRES :

Collectif Houille-ouille-ouille 59/62 (59-62), Collectif gazhouille 62 (62), Collectif « stop gaz de schiste 39 » (39), Collectif stop gaz d’hydrocarbures de Lorraine et d’Alsace (54-57-67-68), Collectifs Hautes Cévennes et Auzonnet, Céze et Ganière (30), CVGG (collectif vigilance gaz de GARDANNE PAYS D’AIX), (13), Collectif Causse Méjean - Gaz de Schiste NON ! (48), Les Dindons de la Farce (France), Collectif Stop au Gaz de Schiste Anduze (30), Collectifs Isérois Stop GHRM (38), Collectif du Grand Valentinois (26), Collectif 07 Stop au Gaz et Huile de Schiste collectif CAMIS’GAZ « permis plaine d’Alès » (30), Collectif « Non gaz de schiste » Florac (48), Collectif Hainaut 59( 59), Collectif Citoyen du Narbonnais Non Gaz et Pétrole de Schiste (11), Collectif gaz de schiste Non merci - Clapiers (34), Collectif de Campagnan St Pargoite (34), Collectif Garrigue Vaunage (30), Collectif montpellier littoral contre les gaz et huile de schiste (34), Collectif du minervois non au gaz de schiste (11), Collectif Gignac et Environs (34), Collectifs Montpeyroux, Arboras, Aniane (34), Collectif citoyen de Pézenas, Castelnau de Guers (34), Collectif du Céressou (34), Collectif stop gaz de schiste 69 (69), Collectif biterrois non au GHDS (34), Collectif 91 Non au Gaz et huile (pétrole),de schiste (91), Collectif des Taupes Enervées (France), Collectif Orb-Jaur non au gaz de schiste (34), Collectif viganais contre le GHdS (30), Collectif citoyen Non aux gaz et pétrole de schiste Ile-de-France Collectif Touche pas à mon schiste (07), Collectif du Pays-Fertois « ni ici, ni ailleurs » (77), No FiBS (No Frackig in Balcombe Society), (Grande Bretagne), Fundacja Strefa Zieleni (Green Zone Foundation), (Pologne), Collectif Non au pétrole de schiste Bocage gâtinais (89 77 45), Collectif de valgorge (07), Collectif ALDEAH (France/Amérique latine), collectif Piémont cévenol (30)

A Nantes, semaine de résistance aux violences policières Par Julien villalard Reporterre 2015/02/14 Par Julien villalard (14 février 2015) A Nantes, semaine de résistance aux violences policières. Reporterre. Grands projets inutiles fr

A Nantes, semaine de résistance aux violences policières

Appel à une semaine de résistances à Nantes, du 16 au 22 février pour affirmer notre solidarité avec les ZAD et notre refus des violences d’État, qu’elles soient économiques, sociales ou policières. Manifestation le samedi 21 février.

Nous sommes tes voisin-e-s, tes collègues, tes ami-e-s. Nous sommes de celles et ceux qui luttent contre les violences policières. Nous sommes de celles et ceux qui résistent au saccage de la nature. Nous sommes de celles et ceux qui refusent le racisme d’État, les contrôles au faciès, le harcèlement policier. Nous sommes de celles et ceux qui subissent les politiques néolibérales. Nous sommes de celles et ceux qui n’attendent pas les élections pour agir.

Le 22 février 2014, 50 000 personnes se rassemblent à Nantes contre l’aéroport et son monde. La manifestation, dynamique et populaire, est bloquée par des grilles anti-émeute et fait face à une répression féroce. Parmi les dizaines de blessé-e-s, au moins trois personnes perdent l’usage d’un œil suite à des tirs de flashball. Nantes devient la capitale des mutilations policières.

Dans les mois qui suivent, plusieurs dizaines de personnes sont inquiétées par la justice du fait de leur participation à la manifestation. Pour la plupart d’entre elles, des rafles au petit matin mènent à des procédures expéditives, qui se soldent par de sévères condamnations – jusqu’à 18 mois de prison ferme. Le message est clair : celles et ceux qui résistent s’exposent à être blessé-e-s ou incarcéré-e-s.

Dans la nuit du 26 octobre, la gendarmerie tue un manifestant de 21 ans lors d’un rassemblement contre le barrage de Sivens, dans le Tarn. Pendant plusieurs semaines, un mouvement de solidarité se répand dans toute la France.

A Nantes, Rennes, Toulouse et ailleurs, des manifestations réunissant plusieurs milliers de personnes sont interdites de fait par les préfectures qui militarisent les centres villes avec des centaines de policiers armés. Plusieurs personnes sont blessées, d’autres condamnées.

Ces stratégies policières ont précédemment été expérimentées à grande échelle lors des révoltes dans les quartiers, notamment à Villiers-le-Bel en 2007, inaugurant l’utilisation d’hélicoptères, de nouvelles armes policières et le quadrillage militaire du territoire. Les mouvements de résistances sont multiples et divers : ici une occupation de sans-papiers, là-bas des cabanes dans une forêt, ailleurs une confrontation avec la police.

Ce mouvement est l’occasion de rappeler que chaque année, des dizaines de personnes sont tuées ou blessées par la police, essentiellement dans les quartiers populaires, ou dans les luttes. Plus de 40 personnes ont perdu un oeil ces dernières années, touchées par des tirs policiers. Malgré la répression, les mois qui viennent de s’écouler montrent nos capacités à construire des solidarités, à nous organiser, que ce soit sur les ZAD ou au cœur des métropoles. Il ne tient qu’à nous de renforcer ces dynamiques, ici comme ailleurs.

A l’aube de l’année 2015, une série d’attentats préfigure un renforcement considérable des dispositifs sécuritaires. Nous refusons que le choc suscité par ce drame serve à alimenter l’islamophobie et à renforcer l’impunité des forces de l’ordre. Les gouvernants qui défilent pour la liberté d’expression sont les mêmes qui font la chasse aux migrants et les enferment dans les Centres de Rétention Administrative.

Un an après la démonstration de force et de solidarité du 22 février, alors que le gouvernement rappelle sa volonté de construire l’aéroport et d’expulser les opposant-e-s, retrouvons-nous à Nantes pour affirmer notre solidarité avec les ZAD et notre refus des violences d’État, qu’elles soient économiques, sociales ou policières.

Contre le bétonnage du bocage et la militarisation de nos villes, occupons la rue.

Tou-te-s concerné-e-s, tou-te-s solidaires : rencontrons-nous, organisons-nous, luttons uni-e-s dans notre diversité.

- Du 16 au 21 février :

Semaine de débats – « violences policières, sociales, économiques : quelles résistances ? », en présence d’invités

- Samedi 21 février :

12h30 Pique-nique - 14H manifestation - 18H bouffe/débat/concert

- Dimanche 22 février :

Journée d’échanges

Tout le programme et les infos sur : 22fevrier2015.jimdo.com/

« L’origine du terrorisme, c’est l’exclusion sociale » Entretien avec Ibrahima Coulibaly Reporterre 2015/02/15 Entretien avec Ibrahima Coulibaly (15 février 2015) « L’origine du terrorisme, c’est l’exclusion sociale ». Reporterre. Entretien — Politique fr

« L’origine du terrorisme, c’est l’exclusion sociale »

Au Mali, les politiques imposées par le FMI et la Banque Mondiale ont détruit l’agriculture et l’éducation, poussant les jeunes vers le terrorisme. C’est la théorie d’Ibrahima Coulibaly, agriculteur, président de la Coordination nationale des organisations paysannes du Mali et ambassadeur de la FAO (Organisation des Nations-Unies pour l’alimentation et l’Agriculture) pour l’agriculture familiale. Entretien.

Reporterre - Chez vous, dans un pays à 90 % musulman comme le Mali, comment avez-vous vous reçu la nouvelle des attentats terroristes en France ?

Ibrahima Coulibaly - D’abord il faut préciser que la majeure partie de la population malienne est musulmane, mais on pratique un Islam très, très tolérant, présent chez nous depuis plusieurs siècles. C’est seulement très récemment qu’un autre type d’Islam, comme l’Islam wahhabite [courant fondamentaliste de l’Islam - NDLR], s’est développé. Il est financé principalement par les pays du Golfe. C’est un Islam un peu particulier qui présente une interprétation qui n’est pas celle de la majeure partie des gens au Mali.

Le Coran est clair : on ne peut pas obliger quelqu’un à aimer une religion. On respecte les religions des autres. Ici il y a eu une condamnation quasi unanime des attentats, pour nous la religion ne peut pas prôner la violence, c’est écrit dans le Coran que la vie est sacrée. Sur le fond je pense que tout le monde aime vivre, donc si des gens n’ont plus peur de la mort il faut se poser des questions.

Je pense que l’origine de ce problème est l’exclusion sociale ; comme en France, au Mali l’État n’a pas de réponse pour les jeunes. Les États doivent se questionner là dessus partout dans le monde : aux États-Unis, en Israël, en Europe, pas seulement nous.

- Ibrahima Coulibaly -

Comment expliquez-vous le développement du terrorisme dans votre pays ?

La base de la constitution d’une conscience humaine c’est l’éducation. Depuis quarante ans, la Banque mondiale a détruit l’éducation dans notre pays. Donc les jeunes n’apprennent pas à voter, à être citoyens. Dans le Sahel, il n’y a pas d’école ou seulement des écoles coraniques. Ils prennent les enfants, mais n’ont rien pour les nourrir ni les entretenir. Alors les enfants passent leurs journées à mendier pour ces écoles. Ils sont battus s’ils ne ramassent pas assez d’argent.

La société ne donne pas d’éducation à ces enfants, ce sont des bandits.

Mais la pauvreté des agriculteurs maliens, qui représentent près de 80 % de la population, est-elle aussi en cause ?

Le monde rural en Afrique a été abandonné. La Banque mondiale et le FMI sont arrivés et ont décrété que les États africains n’avaient plus le droit de soutenir leur agriculture. Ils ont demandé l’ouverture des marchés, la libéralisation. Les agriculteurs se sont retrouvés dans une compétition féroce. En plus les intermédiaires sont apparus et ont pris une partie de leurs revenus. En vendant un sac de céréales, les paysans ne couvrent même plus leur coût de production.

Ajoutez à cela les aléas climatiques, les sécheresses, les inondations qui sont de plus en plus fréquentes à cause du réchauffement climatique...

Les familles sont pauvres, vulnérables, n’ont pas les revenus pour s’alimenter dignement et encore moins pour donner une éducation de qualité à leurs enfants parce qu’il faut payer, l’État ne prend plus en charge l’éducation de base.

Les enfants voient leurs parents pauvres, ne voient pas de solution à rester chez eux. Donc soit ils tentent d’émigrer en Europe. Soit ils rencontrent un marchand d’illusions qui leur dit que s’ils vont au combat, ils vont directement au paradis. Quelqu’un qui en a marre de cette vie ici peut avoir envie d’aller au paradis où tout est soit-disant mieux.

Quels groupes terroristes recrutent dans votre région ?

D’abord je précise que je dis terroristes et pas islamistes, car pour moi ces mouvements n’ont rien à voir avec l’Islam.

Par exemple dans le Nord du Mali on trouve le Mujao [Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest - NDLR], une branche dirigée par des noirs uniquement. Ces terroristes sont une émanation d’une branche de Boko Haram [présent surtout dans le Nord-Est du Nigéria - NDLR].

Ils recrutent aussi des Nigériens, des Burkinabés, des Mauritaniens, des Algériens, des Nigérians, etc. On trouve toutes les nationalités.

Ce qui me gêne c’est qu’en France on ne dit jamais comment ces gens sont financés. C’est leurs amis du Qatar qui financent, c’est l’Arabie Saoudite. Les entreprises occidentales, notamment pour le pétrole, sont là-bas alors on ne dit rien. Ce n’est pas du tout un problème lié à l’Islam ! Cela n’a rien à voir avec l’Islam.

C’est de l’instrumentalisation de la religion parce que c’est facile de mobiliser pour cela mais ce ne sont pas des gens qui croient en Dieu.

Quel intérêt auraient les monarchies du Golfe à financer ces mouvements ?

Tous ces mouvements salafistes ou wahhabites sont nés dans ces pays du Golfe. Ils ont mis les monarchies de la région en difficulté parce qu’ils voulaient les renverser. Les monarchies les ont donc financés pour se sauver. Ce n’est pas un secret !

Que peut-on faire pour que les jeunes de votre pays et des pays voisins n’aient plus envie de se tourner vers le terrorisme ?

J’aimerais être très optimiste et vous dire qu’il existe des solutions. Mais c’est un travail de cinquante ans pour enrayer ce mal parce qu’il est là depuis longtemps. En Afrique, nous n’avons pas les moyens que l’occident continue de piller nos ressources.

Il n’y a pas de solution miracle. Il faut commencer à donner une éducation de qualité à tous les enfants. Il faut créer du travail pour que les jeunes ne deviennent pas des bandits. Et il faut que l’occident fasse son autocritique, qu’il arrête les accords commerciaux qui étouffent notre agriculture.

L’Europe vient de signer un accord commercial avec l’Afrique de l’ouest. Nous, les représentants des agriculteurs, avons freiné pendant dix ans. Mais l’Europe a mis un ultimatum qui a fait que tous les chefs d’État ont signé, en dehors de la Gambie, de la Mauritanie et du Nigeria.

L’objectif de ces « Accords de Partenariat Economique » (APE), c’est le libre échange, c’est de supprimer les droits de douane pour que l’Europe puisse déverser chez nous sa production à bas coût. Les produits d’Europe vont concurrencer notre production, les agriculteurs ne vendront plus et la pauvreté va encore augmenter. (Lire à ce propos : L’Europe impose à l’Afrique un traité pire que le TAFTA - NDLR)

Ce sont des masses de paysans qui vont aller en ville, des masses de jeunes qui vont se jeter en mer pour immigrer ou qui vont rejoindre les groupes terroristes.

- Propos recueillis par Marie Astier

L’Egypte, entre terrorisme et changement climatique Hervé Kempf (Reporterre) Reporterre 2015/02/16 Hervé Kempf (Reporterre) (16 février 2015) L’Egypte, entre terrorisme et changement climatique. Reporterre. Climat fr

L’Egypte, entre terrorisme et changement climatique

Frappée en Libye par Daech, engagée dans une guerre au Sinaï, l’Egypte achète des Rafale pour cinq milliards d’euros. Mais une autre menace se dessine de plus en plus clairement : le changement climatique fait sentir ses effets sur un pays surpeuplé et fragile.

- Le Caire, reportage

La terrible décapitation de vingt-et-un Egyptiens coptes en Libye, par l’Etat islamique, a encore accru la focalisation de la vie politique égyptienne sur la lutte contre les extrêmistes musulmans : sur le front extérieur, avec Daech maintenant implanté à l’ouest, et contre les Frères musulmans, à l’intérieur du pays et dans le Sinaï, où une véritable guerre se déroule : jeudi 29 janvier, des attaques contre les forces armées ont fait quarante morts et plus de quatre-vingt blessés.

Dans les rues du Caire, des soldats en gilets pare-balles montent la garde devant les institutions abrités par des plaques de tôles noires, tandis que la place Tahir est régulièrement surveillé par des tanks jaunes pour prévenir toute manifestation. Dans cette lourde ambiance où le régime autoritaire du maréchal Abdel Fattah El Sissi est supporté tant est grande l’hostilité à l’égard des Frères musulmans, se préoccuper de changement climatique pourrait paraître surréaliste.

Sauf que le temps nourrit une large part des conversations : un hiver étonnamment froid – il y a même eu de la neige à Alexandrie -, et, la semaine dernière, des vents de sable du désert survenus en février alors qu’ils soufflent normalement en mars ou avril. « Le temps se détraque », entend-on. « En fait, les pauvres sont sensibles au changement climatique, alors que les décideurs s’en préoccupent peu, dit Lama El Hatow, directrice de l’Institut de l’eau du Nil. Si vous en discutez avec les paysans dans le delta, ils vous diront qu’il y a déjà moins d’eau ».

Les conséquences que pourrait avoir le changement climatique sur les ressources du pays sont bien connues par les scientifiques. Samia El-Massawamy, directrice du Laboratoire central sur le climat et l’agriculture (CLAC), explique : « On s’attend à une baisse de production en 2050 de 11 % de la production de riz, de 18 % pour le blé et de 19 % pour le maïs. Les calculs indiquent par ailleurs qu’une élévation du niveau de la Méditerranée de 0,5 mètres ferait perdre 6 % de la superficie du delta, contraignant trois millions de personnes à migrer. »

Une autre menace porte sur le régime hydraulique en amont du pays, ce « don du Nil » : le Nil, justement, pourrait apporter moins d’eau : « Les scénarios suggèrent que, dans la région du Haut Nil, l’évaporation pourrait s’accroitre et le régime des pluies changer sur les hautes terres », dit Lama El Hatow.

On craint aussi des extrêmes de température toujours plus accentués, avec des hivers plus froids et, surtout, des étés plus chauds, entraînant des températures insupportables au-delà de 40 °C. Principales victimes de tous ces changements prévisibles : les petits paysans, dont la très grande majorité survivent déjà difficilement sur des exploitations de moins d’un hectare. Et les millions d’habitants pauvres des villes, à commencer par la mégalopole du Caire, sans moyen de se protéger de la chaleur et de la pollution.

Les perspectives sont d’autant plus inquiétantes que la population du pays, qui dépasse déjà 85 millions d’habitants, continue à croitre à un rythme rapide, de plus de 2 % par an, faisant peser une pression de plus en plus forte sur des ressources extrêmement limitées.

Mais que faire devant ces perspectives sombres, alors que l’incertitude politique bloque l’horizon ? Améliorer l’existant serait déjà crucial. « Aujourd’hui, nous produisons 9 millions de tonnes de blé, mais nous perdons 20 % de la récolte parce qu’elle est très peu stockée en silo, et qu’il s’en perd par le vent ou par les rongeurs, dit Mohamed Ali Fahim, directeur adjoint du CLAC. Construire ces silos serait un gain précieux ».

Autre idée : économiser l’eau de plus en plus rare. « L’eau est très subventionnée, dit Lama El Fatow. Il faut commencer à lui donner une vraie valeur, pour éviter le gaspillage ». Et puis, il faudrait parvenir à contrôler l’artificialisation des terres, qui grignote toujours plus, sous le poids de la population, les terres fertiles du delta du Nil. Développer, aussi, l’agriculture urbaine, sur les toits, comme l’expérimente le CLAC depuis quelques mois.

Les cinq milliards d’euros des Rafale ne seraient-ils pas mieux employés à de tels objectifs ? Sans doute. Mais c’est le court terme qui prédomine, la guerre qui s’impose et qui bouche toujours davantage les portes de l’avenir.

Jacques Testart invente l’humanitude attitude Reporterre 2015/02/16 (16 février 2015) Jacques Testart invente l’humanitude attitude. Reporterre. fr

Jacques Testart invente l’humanitude attitude

L’Humanitude au pouvoir. Comment les citoyens peuvent décider du bien commun de Jacques Testart. Enfin une bonne nouvelle en politique : on peut se fier à la capacité des citoyens à raisonner et à décider dans l’intérêt public ! Ce livre explique pourquoi et comment…

« Humanitude ». C’est ainsi que l’auteur baptise l’étonnante capacité des simples citoyens à comprendre les enjeux, à réfléchir, à délibérer et à prendre des décisions au nom de l’intérêt commun de l’humanité.

Cet état transitoire se manifeste chez les personnes invitées à constituer des jurys citoyens pour proposer une solution à un problème d’intérêt général. L’humanitude est une propriété générale des êtres humains largement confirmée par l’expérience répétée des conférences de citoyens réunies à l’occasion de controverses sociotechniques.

Jacques Testart propose d’exploiter cette capacité pour en faire un outil privilégié d’orientation et de gestion des sociétés humaines. Un protocole rationalisé et reproductible pour ces procédures est disponible sous le nom de convention de citoyens.

L’auteur montre ensuite pourquoi et comment ce type de convention pourrait constituer une procédure ordinaire intervenant dans la plupart des choix publics fondamentaux : l’examen critique des programmes électoraux, les controverses sur des sujets de société, les choix à portée anthropologique tels ceux qui s’imposent à tous les humains pour les risques éthiques, écologiques et sanitaires liés aux innovations technologiques.

Jacques Testart est biologiste de la procréation et directeur de recherches honoraire à l’INSERM. Auteur connu pour son analyse critique de la science et des technosciences, il est aussi très impliqué dans la réflexion sur la nécessaire démocratisation des choix sociotechniques.

L’Humanitude au pouvoir. Comment les citoyens peuvent décider du bien commun, Jacques Testart, Le Seuil, 160 pages, 17.00 €

À Saint-Denis, l’Amap est anarchiste et ça marche très bien Emmanuel Daniel (Reporterre) Reporterre 2015/02/16 Emmanuel Daniel (Reporterre) (16 février 2015) À Saint-Denis, l’Amap est anarchiste et ça marche très bien. Reporterre. Économie fr

À Saint-Denis, l’Amap est anarchiste et ça marche très bien

Pas de déclaration en préfecture, pas de compte à rendre à la mairie, pas de président. L’amap de Saint-Denis est anarchiste. Malgré (ou grâce à ?) cette absence de responsables, elle a grandi jusqu’à devenir l’une des plus grosses de France et proposer des dizaines d’activités en plus des légumes.

« Attention ! Si tu connais les Amap classiques, tu peux oublier », me lance Emmanuel, avec un air provocateur. Autour de moi, des caisses remplies de légumes et des gens qui s’affairent joyeusement. A première vue, rien ne distingue Court Circuit des centaines d’Associations pour le maintien d’une agriculture paysanne (AMAP) qui existent en France.

Comme les autres, elle permet à des consommateurs d’accéder à des paniers de légumes de saison tout en payant à l’avance leur consommation auprès d’un producteur.

Sauf que cette Amap installée au cœur d’un quartier populaire de Saint-Denis (93) n’en est pas vraiment une. Elle n’est pas constituée en association et n’a pas de statuts déposés en préfecture. Et pour cause, elle est anarchiste ! A Court-circuit, pas de chefs, de président, de trésorier ou de secrétaire. Les initiateurs du projet ont fait le choix de ne pas constituer de bureau afin d’éviter toute hiérarchie.

« Généralement, les gens créent des Amap pour les légumes, lance Jean-Claude, un des initiateurs. Nous, on l’a fait pour créer une dynamique, du lien et expérimenter l’autogestion... Et au final on a des légumes ! Ce qui nous intéresse c’est comment les gens vont s’organiser sans espace de pouvoir », explique cet infatigable militant libertaire d’une soixantaine d’années camouflé dans un accoutrement de dandy.

Pas d’autogestion sans responsabilisation

« Tout le monde se prend en main, dit Sylvie, arrivée il y a six mois, tout en déplaçant des caisses de légumes. Dans l’Amap où j’étais avant, quelques personnes géraient pour les autres et nous on était juste des consommateurs classiques ».

Ici, pas question ! Lors de chacune des trois distributions hebdomadaires, cinq personnes s’engagent à être présentes pour décharger les légumes et préparer les paniers. Là non plus, pas de responsable des distributions. Chacun s’inscrit sur un cahier d’écolier posé sur une table et une personne se charge de récupérer la clé du local.

Ce jeudi, Serge, Sylvie et trois de leurs compères s’y collent. Pendant 45 minutes, les caisses de choux, endives, carottes, navets et pommes passent de mains en mains pour que les cent paniers soient prêts à 19h, heure de début de la distribution.

Dans toutes les Amap, chaque membre est censé donner un peu de son temps. Mais dans les faits, peu s’impliquent réellement et le gros du travail repose sur les initiateurs. Ici, une parade a été trouvée : l’autogestion en actes.

« Les gens savent que s’ils ne s’impliquent pas, il n’y aura pas de bureau pour le faire à leur place », me dit une working woman aux traits tirés qui en deux ans s’est rodée à ce type de fonctionnement. « Si plus personne ne prend en charge les contrats et et les distributions, eh bien ça s’arrêtera et c’est pas grave. C’est plus intelligent que les Amap qui perdurent jusqu’à ce que les quatre ou cinq personnes qui tiennent le truc à bout de bras pètent les plombs », pense Emmanuel.

Assis autour de la table, une bière dans une main et un contrat en cours de remplissage dans l’autre, Jean-Pierre se marre : « Beaucoup de gens, quand ils sont arrivés la première fois, ne comprenaient pas. Ils demandaient le responsable et ils se sont rendus compte qu’il n’y en avait pas ».

Néanmoins, pour les néophytes, pas facile d’apprendre à se prendre en main quand on a été toute sa vie un consommateur passif. Il est parfois nécessaire de rappeler qu’il n’y a pas d’autogestion sans responsabilisation.

Anarchie ne veut pas dire chaos

Pour les contrats passés avec les producteurs par exemple, il faut un référent qui tourne tous les six mois. Quand il manque des volontaires, Jean-Claude envoie un mail pour prévenir que si personne ne s’en charge, il n’y aura plus de légumes, de pain ou de poulets. « Et là, en à peine une semaine, neuf personnes répondent », s’amuse-t-il.

« Certains viennent pour chercher leur panier et repartent aussitôt comme s’ils allaient au supermarché », regrette une quarantenaire dynamique. « Il y en a qui font quand même beaucoup plus que d’autres. Une fois je me suis retrouvée seule inscrite pour la distribution, heureusement, des gens sont quand même venus m’aider », raconte Céline.

Pour Stan, un des deux maraîchers fournissant Court-Circuit, malgré l’absence de chefs et de bureau, « ils sont plus organisés que dans les autres Amap ou les gens viennent en tant que clients et non consomm’acteurs ». De quoi tordre le cou aux idées reçues. « Plus personne ici ne pense qu’anarchie est synonyme de chaos », s’amuse Jean-Claude.

Néanmoins, quelques couacs sont à déplorer : une femme s’énerve parce que quelqu’un dont elle n’a pas le nom est parti avec les contrats alors qu’elle en avait besoin. « Comment je fais pour la retrouver moi ? » « Eh bien tu envoies un mail sur la liste de discussion », lui répond calmement Djemiou, la soixantaine, avec sa voix douce qui apaise facilement les tensions.

Créée en 2010, l’Amap a commencé avec 70 paniers. Aujourd’hui, ils sont 250 familles à commander légumes, pains, œufs et poulet directement à des producteurs locaux. Jean-Claude assure que s’il n’y avait pas pénurie de locaux, ils seraient déjà 400 aujourd’hui.

Certains membres se vantent d’être la plus grande Amap de France, chose que je n’ai pas pu vérifier. Pour autant, les initiateurs ne sont pas surchargés de travail. « Je croise des gens qui en ont marre des responsabilités dans leurs assos. Je leur dis que moi ça va, je fous rien, enfin, pas plus que les autres quoi ! », rigole Jean-Claude. S’il reconnaît assumer un rôle informel de coordination, il ne se sent pas indispensable. D’ailleurs il compte « lâcher l’Amap » prochainement pour se consacrer à un autre projet.

Faire passer les idées par la pratique

Chaque nouvel arrivant se voit exposer le fonctionnement autogéré de l’Amap. Sur les murs, quelques tracts et affiches viennent rappeler l’engagement anarchiste des fondateurs. Mais le travail de diffusion de la pensée libertaire s’arrête là. « L’Amap est un moyen de faire passer des idées non par les discours mais par la pratique, explique Jean-Pierre, présent depuis le départ. On propose un truc qui fonctionne et on espère que ça fasse son chemin dans la tête des gens ». Néanmoins, une bibliothèque à coloration majoritairement libertaire, la Liberthèque, est à disposition de ceux qui souhaiteraient parfaire leur connaissance de ce courant politique.

Mais les membres sont loin d’être tous des anarchistes convaincus ! La plupart viennent pour les légumes de qualité, soutenir un producteur et créer du lien. Même si l’Amap a permis de gonfler les rangs du collectif libertaire de Saint-Denis, ce n’était pas son but initial. Dans mes discussions avec les Amapiens, le mot anarchie n’est presque pas évoqué. Ils préfèrent parler d’autogestion, « d’organisation qui marche bien », de « système sans chef ».

Il n’empêche que leur vision a évolué. Sabine, infirmière pédiatre bon chic bon genre raconte : « J’avais une représentation négative de l’anarchie. Pourtant, ça vaut le coup de tester, rien que pour l’autogestion. Ça m’a poussé à réfléchir à la hiérarchie dans le travail et l’organisation pyramidale. J’ai lu des bouquins sur l’anarchie alors que je ne l’aurais pas fait sans ça et j’écoute radio libertaire qui apporte un autre regard sur le monde ». Ils sont nombreux comme elle à avoir changé leur regard sur l’anarchie, même si à l’instar d’Alexandre, « ils ne partagent pas toutes les idées ».

Tu volerais dans la caisse toi ?

Même si la participation à une Amap libertaire n’a pas métamorphosé la vie des participants, de nouvelles habitudes se sont ancrées. Dans ce local chaleureux, on n’achète pas seulement des légumes, on apprend également à se responsabiliser, à s’entraider, à faire confiance aux autres et à s’organiser sans chefs.

« On encourage des gens à prendre des initiatives. Chacun s’approprie l’espace et fait ce qu’il veut », explique Magète avec son indéboulonnable sourire. En quatre ans, les Amapiens ont multiplié les projets : un atelier d’écriture, un atelier d’informatique, un atelier de création de meubles en cartons, un atelier itinérant d’auto-réparation de vélo, un jardin partagé pour profiter du soleil ou faire un barbecue...

Viviane et Sabine s’occupent de la mini épicerie qui trône au milieu de la salle. Elles commandent les produits en fonction des besoins et des demandes auprès de grossistes équitables et de producteurs locaux. Les membres se servent dans les rayons, mettent l’argent dans une caisse et récupèrent leur monnaie.

« J’apprécie le principe de confiance, de ne pas être qu’un consommateur. On ne donne que trois heures de notre temps tous les deux mois, explique Sabine. Et là aussi, les volontaires changent régulièrement. »

D’autres initiatives ponctuelles sont organisées : des achats groupés, des marchés gratuits, ou des soirées. Une liste mail de discussion permet aux Amapiens de communiquer en dehors des horaires de distribution. « J’avais besoin de fringues d’hiver pour ma fille, j’ai envoyé un mail et je me suis retrouvé avec un sac plein ! », témoigne Emmanuel. Marie a pu ainsi meubler son nouvel appartement et Jean-Claude faire réparer son lampadaire et récupérer du bois pour l’hiver.

Cette profusion d’initiatives dénuées d’appareil de décision centralisé laisse quelques observateurs incrédules. « Quand on explique tout ce qui se passe, les gens n’y croient pas et pensent qu’on cache quelque chose alors qu’on fait simplement confiance en l’humain », dit Jean-Claude.

Il donne l’exemple de la caisse de l’épicerie qui est négligemment posée sur une étagère : « Pas un centime n’a été volé en cinq ans. Pourtant, les gens pensent systématiquement qu’il y aura des vols. On leur demande : Tu volerais toi ? Ils répondent non. Et bien les autres c’est pareil ! »

Alternative à la télé

Des échanges tous azimuts qui font plaisir à Jean-Claude : « Notre propos n’était pas de créer une Amap mais un lieu où les gens vont se parler ». Il semblerait que l’objectif soit atteint. « Il y a un véritable brassage de générations. J’ai 62 ans et je ne suis pas cantonné à fréquenter des gens de mon âge », raconte Djemiou, qui vient même lorsqu’il n’a pas de panier à récupérer.

Pendant qu’un homme aux allures de Rasta propose des gâteaux bios, Sabine chante les louanges de l’Amap : « Ça crée du lien, c’est nécessaire dans cette ville. En dehors du boulot, si on n’a pas d’activité extérieure, on se retrouve vite devant la télé ».

Samuel, qui travaille auprès des jeunes du quartier, reconnaît que « c’est devenu un challenge politique aujourd’hui de créer ces espaces de rencontre et de convivialité ». Pour autant, il considère que « ça ne va pas changer la face du monde. Ça s’adresse à une minorité d’initiés alors que la majorité continue à aller au supermarché. J’y accorderais plus d’importance si c’était plus diversifié ».

Parmi les membres, beaucoup de profs et de professions libérales. « Les gens de la cité ne viennent pas », résume Elizabeth, une ancienne militante communiste au léger accent anglais. Ou plutôt ne viennent plus. « Il y avait trois ou quatre personnes de la cité mais elles sont parties parce qu’il n’y avait pas la liberté de choisir les produits », regrette Jean-Claude.

Toutes les personnes interrogées déplorent cet état de fait mais se sentent impuissants. Pour beaucoup, le blocage n’est pas tant économique que culturel. Les paniers sont à 10 € et le prix n’a pas bougé en quatre ans. « L’idée c’était de compter sur la confiance et le bouche à oreille au sein des classes populaires. Mais ça a foiré », constate Jean-Claude.

Les distributions de tracts et d’œufs gratuits dans le quartier n’ont pas changé la donne. Néanmoins, cet échec est tout relatif : « De toutes mes expériences militantes, c’est sûrement la plus enrichissante et la plus efficace », livre ce militant aguerri. Il parle avec enthousiasme de ces Amapiens qui lui ont avoué : « Je ne connaissais pas les idées libertaires, mais en fait, je suis libertaire ! »

Ces décideurs qui ont une balle de golf à la place du cerveau Saint Hilaire Durable Reporterre 2015/02/16 Saint Hilaire Durable (16 février 2015) Ces décideurs qui ont une balle de golf à la place du cerveau. Reporterre. Tribune — Grands projets inutiles fr

Ces décideurs qui ont une balle de golf à la place du cerveau

Nos décideurs ont une balle de golf à la place du cerveau. Il n’y a pas d’autre explication possible à la volonté obstinée d’implanter des zones golfiques à des endroits qui ont besoin de tout, sauf d’un golf. Exemple avec cette nouvelle ZAD de Saint Hilaire, dans le Gard, réunissant toutes les tares des Grands Projets Inutiles qui pullulent en France.

L’expression GTI (Grands Travaux Inutiles) a désigné, à partir des années 1980-90, des infrastructures qui se sont a posteriori avérées économiquement inutiles et/ou déficitaires et, au niveau environnemental, souvent désastreuses. L’expression s’est ensuite étoffée et GPII (Grands Projets Inutiles et Imposés) désigne aujourd’hui des projets dont l’utilité est remise en cause par la population vigilante avant leur réalisation, avant que les dégâts irréversibles ne soient commis.

Tout se passe en effet comme si la société civile, les associatifs étaient les seuls à prendre en considération les alertes lancées par les organismes nationaux et internationaux sur le dérèglement climatique et ses conséquences irréversibles, le bétonnage massif, la perte des terres agricoles, la préservation de la biodiversité, la pollution (air, eau, sol), etc.

Le point commun à tous ces GPII qui impactent aussi dangereusement l’environnement que les finances publiques, c’est qu’ils ne sont jamais discutés préalablement avec les citoyens : les décisions sont prises par une poignée d’élus en connivence avec une technostructure, sous l’œil impatient des « milieux d’affaires ».

La démocratie n’a pas sa place, l’intérêt général n’est jamais clairement identifié ou alors il est « sublimé » par de gros enfumages, des études biaisées qui masquent par contre de réels intérêts privés.

Pendant ce temps, des besoins réels de la population ne sont pas satisfaits, faute de financement...

Ce mouvement d’opposition touche de nombreux pays comme le prouve le Forum Mondial qui regroupe les opposants aux GPII. En France, si l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes est le « Grand Projet » emblématique, contestable et contesté, il existe sur le territoire national une centaine de projets qui sont remis en cause par des citoyens et, parmi eux, figure en bonne place celui de la ZAD golfique de Saint Hilaire de Brethmas.

Un projet local « exemplaire » de GPII : la ZAD golfique de Saint Hilaire de Brethmas

Sortie en 2004 de l’imagination d’un adjoint golfeur et de ses amis, cette ZAD (Zone d’Aménagement Différée, devenue Zone à Défendre) qui concerne le quart de la commune (360ha/1400) n’a fait l’objet d’aucune concertation. Les habitants n’ont pris connaissance du projet que lors de l’enquête publique du printemps 2013.

Malgré l’échec cuisant de ce premier projet (avis défavorable à l’enquête publique) et, en mars 2014, l’élection d’une nouvelle municipalité qui a mis en tête de son programme « l’abandon du projet golfique », l’Agglo veut toujours imposer sa zone golfique.

Peu de modifications : la zone économique est déplacée derrière le CAPRA de Méjannes les Alès et un centre équestre a été rajouté sur 15 ha. Pour le reste, la logique du premier projet demeure : expropriations pour un golf-immobilier, destruction des terres agricoles, urbanisation massive (400 logements + projets privés), eau pompée dans la nappe du Gardon et acheminée par une conduite de 4 km pour alimenter un gigantesque bassin de stockage, coût et déficit à la charge des contribuables mais profit probable pour les deux gros propriétaires privés… et suprême astuce, tout est rebaptisé du label éco : éco-site, éco-golf, éco-habitat, éco-hôtel, éco-centre équestre !

N’y a-t-il pas de vraies priorités ?

En réalité, ne pouvant passer en force sur la totalité de la ZAD, l’Agglo a badigeonné de vert le projet et veut le faire passer par tranches : d’abord le golf et l’immobilier, le reste suivra puisque ne resteront que quelques « îlots » agricoles (terme officiel) « protégés » par des conventions d’une durée de trois ans ! Au terme de leur première tranche de travaux, la dernière grande zone rurale ne sera plus qu’un gruyère agricole.

Personne n’est dupe. Qui ira défendre des îlots agricoles ? Si leur projet aboutit, ils auront détruit la dernière grande zone agricole et champêtre, ouverte à tous, de la commune de Saint Hilaire, tout en satisfaisant les envies et appétits de petits lobbies privés.

Au passage, l’Agglo aura pris la main sur le Plan Local d’Urbanisme (PLU) de la commune puisque compte tenu du SCOT et de la loi SRU, les constructions seront interdites pendant des années dans les véritables « dents creuses » de la commune, par ailleurs très « mitée ».

En résumé, la ZAD de Saint Hilaire réunit bien des tares qui définissent un GPII : pas de concertation, mépris des citoyens et des élus locaux, mélange des intérêts publics et privés, expropriations, gaspillage de l’eau, destruction des terres agricoles, étalement urbain, saccage des prairies humides...

N’y a-t-il pas de vraies priorités sur l’Agglo ? La réduction des risques d’inondations, la dépollution du merlon-décharge de St Martin de Valgalgues ou des écoles amiantées, la construction de crèches ou de maisons de retraite, la rénovation urbaine, une collecte des poubelles à la hauteur ?

Après la ferme-usine des mille vaches, les trois mille cochons de Picardie Louise Leclerc (Reporterre) Reporterre 2015/02/17 Louise Leclerc (Reporterre) (17 février 2015) Après la ferme-usine des mille vaches, les trois mille cochons de Picardie. Reporterre. Reportage — Animaux fr

Après la ferme-usine des mille vaches, les trois mille cochons de Picardie

Un éleveur du village de Loueuse, dans l’Oise, souhaite agrandir son exploitation afin d’atteindre un cheptel de 3 000 porcs. Ecologistes et riverains s’élèvent contre cette industrialisation de l’élevage.

- Loueuse (Oise), reportage

Les habitants ont pris l’habitude de se repérer à l’odeur dans ce petit village de Picardie. « Où se trouve la ferme de Michel Borgoo ? », « C’est simple vous suivez l’odeur, plus ça pue, plus vous approchez », lance une habitante.

Depuis plusieurs semaines, les 147 habitants de Loueuse, à côté de Gerberoy, doivent vivre avec les ambitions de Michel Borgoo. Cet éleveur désire augmenter son exploitation agricole et élever plus de trois mille porcs.

Depuis 1988, Michel et Sylvie Borgoo gèrent l’exploitation. Auparavant la ferme regroupait des vaches laitières et des porcs. En 2005, l’élevage porcin comptait 450 porcelets et 1.440 porcs charcutiers.

- La ferme de Michel Borgoo -

« J’augmente la production car je veux installer mon fils. On a eu l’opportunité d’avoir plus de cochons et on l’a saisie. Ca reste familial, ce n’est pas industriel ». Aujourd’hui, Michel Borgoo souhaiterait atteindre les 984 porcelets et 2.916 porcs charcutiers. Pour abriter ce cheptel, un bâtiment de 1.350 m2 sera construit ainsi qu’une fosse à lisier de 1.696 m3.

« Cette affaire prend des dimensions astronomiques, il y a dix fermes à Loueuse », explique Pierre des Courtils, maire de la commune. « Elles sont présentes depuis plus de 40 ans sur le territoire. Ce n’est pas une exploitation qui commence de zéro, il fait des cochons depuis 25 ans et il pense à l’installation de son fils. Il faudra simplement limiter les nuisances ».

Le modèle Breton en Picardie

De leur côté les écologistes ont immédiatement réagi. Thierry Brochot, président du Conseil fédéral d’EELV (Europe écologie les verts) et François Veillerette, conseiller régional écologiste et porte-parole EELV Beauvaisis, sont allés à la rencontre des habitants.

« On a été interpellés par ce projet qui n’est pas raisonnable. Je connais bien l’endroit et les problématiques, j’ai vécu à côté », lance François Veillerette. « Dans les années 90, je me suis battu contre les pollutions agricoles. La taille de la ferme est énorme, on est dans de l’exploitation bretonne. Le danger est que ce type de projet s’exporte dans notre région. Est-ce qu’on va devenir la Bretagne de demain ? Il y a les nuisances, les odeurs, l’impact sur le tissu agricole. Ces exploitations se font au détriment des petits éleveurs. Ils s’intéressent plus à la quantité qu’à la qualité ».

- Thierry Brochot, président du Conseil fédéral d’EELV et François Veillerette, conseiller régional écologiste -

Quel impact pour l’environnement ?

L’épandage du lisier concernera quinze communes aux alentours et s’approchera de Gerberoy, un site classé plus beaux villages de France. La ferme de Michel Borgoo produira 5.159 m3 de lisier par an, soit 9,8 tonnes d’azote. La SCEA Borgoo-martin se situe en Picardie Verte et est entourée par une zone spéciale de conservation nommée : Réseau de coteaux crayeux du bassin de l’Oise aval, d’un espace Natura 2000 ainsi que de plusieurs Zones naturelles d’intérêt écologique faunistique et floristique (ZNIEFF).

De nombreuses espèces végétales et animales sont à protéger. Comme le Murin de Bechstein, le Grand-Murin, petit et grand Rhinolope (chauve-souris), le Daunier de la Succise, l’Ecaille Chinée (papillon). D’après l’Autorité environnementale, ce projet aura des impacts directs sur la faune et la flore. Des espèces patrimoniales qui sont menacées ou rares et que la commune se doit de protéger.

Une partie de l’espace d’épandage se situe à proximité de ces zones. Une autre question concernant la qualité des eaux a été soulevée. La commune de Loueuse est déjà classée en zone vulnérable aux nitrates.

- FDSEA et opposants en discussion dans les rues de Loueuse -

« Il faut une taille raisonnable, ce n’est pas compatible avec la Picardie, il y aura des océans de lisier. On va devenir une terre d’élevage industrielle sur le modèle polonais alors qu’on avait une tradition familiale. De plus, auparavant il avait des vaches, donc des prairies, que vont devenir les pâtures ? Les haies ? Il y a déjà beaucoup de pâtures retournées. La Picardie verte n’aurait plus que le nom de verte », s’indigne le porte-parole d’EELV, François Veillerette.

Un élément interpelle les opposants à ce projet. L’étude d’impact donne un avis favorable à cette ferme. En creusant un peu plus, on découvre qu’elle a été réalisée par la Cooperl Arc Atlantique, un groupement de producteurs porcins dont fait partie Michel Borgoo.

Des cochons hors-sol

Une autre question se pose : dans qu’elles conditions seront élevés ces porcs ? Depuis le mardi 15 avril 2014, le législateur a reconnu aux animaux, la qualité "d’être doués de sensibilité". Le député PS, Jean Glavany, a fait modifier l’amendement numéro 59 et l’article 515-14 : "Les animaux sont des êtres vivants doués de sensibilité. Sous réserve des lois qui les protègent, les animaux sont soumis au régime des biens corporels".

Les habitants et les écologistes sont inquiets. « Si l’on calcule, chaque porc aura à peu près 0,43 m2. On voit bien qu’il n’y aura pas suffisamment de place », s’alarme François Veillerette.

Dans les rues de Loueuse, les habitants ne parlent plus que de ça. Les débats sont houleux. « Les agriculteurs doivent avoir la responsabilité de produire sainement, c’est la base. Ces cochons auront à peine de quoi bouger, ils ne verront jamais le jour », s’alarme une voisine.

Un groupe d’opposants a créé une association : Decicamp (Démocratie pour les citoyens des campagnes), afin de lutter contre l’agrandissement de la ferme de 1000 à 3000 porcs.

Chaque jour, des habitants de Loueuse et des alentours rejoignent les rangs de Decicamp. Ils viennent de Songeons, Gerberoy, de toute la France et souhaitent défendre l’environnement et les conditions de vie des animaux.

- Decicamp -

« Ce n’est pas une action politique ou idéologique. On est contre ce genre de ferme à la bretonne, très polluantes », explique Daniel Pilc, porte-parole de l’organisme. Pour maîtriser et préparer leurs actions, ils se sont alliés à des associations de Bretagne et à Novissen (Nos villages se soucient de leur environnement), connus pour leur investissement contre les Mille vaches à Drucat.

"On ne veut pas des nuisances et de la pollution"

Decicamp s’est entourée d’avocats et de spécialistes afin d’empêcher l’aboutissement du projet. « On ne veut pas des nuisances, de la pollution, ni manger des cochons qui ont vécu dans de telles conditions », lance Céline, habitante de Gerberoy. Decicamp va lancer une pétition afin d’atteindre le plus grand nombre de personnes.

- Céline -

Une enquête publique s’est déroulée entre le 12 novembre et le 13 décembre afin de sonder les habitants. Mais en janvier, le commissaire enquêteur, Pierre Dendievel, a rendu un avis favorable à l’extension de la ferme des trois mille cochons. Cet avis n’étant que consultatif, l’association Decicamp, opposante à ce projet, compte poursuivre son combat. C’est maintenant au préfet de l’Oise de rendre sa décision.

La loi Macron : l’environnement passe à la trappe Lorène Lavocat (Reporterre) Reporterre 2015/02/17 Lorène Lavocat (Reporterre) (17 février 2015) La loi Macron : l’environnement passe à la trappe. Reporterre. Politique fr

La loi Macron : l’environnement passe à la trappe

Ce texte fourre-tout opère un recul important de la protection de l’environnement, dans l’indifférence générale. Reporterre fait le point des reculs sur le gaspillage des terres, la publicité, le nucléaire, le transport, le travail du dimanche, les associations.

- Actualisation - juin 2015 - La loi Macron repasse mardi 16 juin à l’Assemblée nationale. Pour l’imposer et éviter la discussion, le gouvernement recours à l’article 49.3 de la Constitution.

Travail dominical, transports, prud’homme, logement, environnement... le projet de loi Macron ressemble à une foire (d’empoigne) : il y a de tout... Mais au nom de la croissance, que cette loi est censée favoriser alors qu’elle vise essentiellement à affaiblir les diverses protections des droits des travailleurs et de l’environnement, tout est permis.

En tous cas, la pilule, même amère, a du mal à passer. Face à l’hostilité d’une large partie des députés, le gouvernement a décidé de recourir mardi 17 février après-midi à l’article 49-3 de la Constitution. Celui-ci oblige les députés à accepter un texte ou à renverser le gouvernement.

En ce qui concerne les dispositions relatives à l’environnement, les associations regrettaient de n’avoir pas les moyens de monter au créneau. « C’est le gros problème de ces lois fourre-tout : elles touchent à cinquante mille sujets. Alors il y a une cristallisation sur quelques-uns et le reste passe tranquillement », analysait la semaine dernière Florent Compain, président des Amis de la terre.

« Il y a eu un jeu médiatique habile », souligne l’économiste Jean Gadrey. « On a focalisé l’attention sur les professions réglementées et le travail du dimanche, en omettant des sujets plus graves comme le détricotage du droit du travail et de l’environnement ».

Pour lui, cette technique du « fourre z’y tout », inaugurée par le gouvernement canadien conservateur de Stéphane Harper, facilite le passage en force : « Les députés adoptent le paquet, même s’ils ne sont pas d’accord sur chaque point. »

- Emmanuel Macron -

Résultat, le texte devrait être voté sans enthousiasme mais sans remous par la majorité PS. UMP et Front de gauche se positionnent contre, pour des raisons opposées, tandis que les centristes devraient s’abstenir. Chez les écologistes, on hésite encore entre un vote de rejet ou d’abstention.

« Il y a eu quelques avancées, tout n’est pas à jeter », tempère le député vert Denis Baupin. Difficile de se positionner sur un texte à la fois très vague et très technique. Voici les principales dispositions du projet de loi.

- Droit de l’environnement

Ce que dit le texte

Le droit de l’environnement pourra être modifié par ordonnance, sans passer par le Parlement. Les procédures juridiques, les enquêtes publiques et l’évaluation environnementale des projets seront « simplifiées », afin d’« accélérer la délivrance de l’autorisation des projets de construction et d’aménagement, ainsi que leur réalisation. »

En parallèle, « les modalités de la concertation et de la participation du public seront fixées en fonction des caractéristiques du projet. »

La loi limite aussi les situations dans lesquelles une construction déclarée illégale pourra être démolie.

Pourquoi c’est dangereux

Outre que le recours aux ordonnances ne va en rien simplifier les procédures, comme l’explique l’avocat Arnaud Gossement, le droit de l’environnement risque d’être détricoté au profit des intérêts économiques. Des projets inutiles pourraient être plus facilement imposés au vu de leur « effet positif pour la croissance ».

Pour Jean-Claude Boual, du Collectif des associations citoyennes, « il ne restera que la contestation par la manifestation et l’occupation. »

Mais ça aurait pu être pire...

Le député écologiste Denis Baupin assure avoir obtenu des avancées : les ordonnances devront être approuvées par le Conseil national de la transition écologique (CNTE), et portées à la connaissance des parlementaires. « Nous avons obtenu un engagement oral de la part des ministres qu’il n’y aura pas de régression du droit de l’environnement », ajoute-t-il. Enfin, les procédures nécessaires à la mise en place de projets d’énergie renouvelable seront également simplifiées.

- Nucléaire

Ce que dit le texte

L’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) pourra vendre « des prestations de conseil et mèner des missions d’appui technique » à d’autres États.

Pourquoi c’est dangereux

Pour Florent Compain, « il s’agit surtout de faciliter l’exportation du nucléaire français ».

Mais ça aurait pu être pire...

Le projet d’enfouissement de déchets nucléaires Cigéo a encore une fois failli se retrouver dans le texte final, mais l’amendement a finalement été rejeté... jusqu’à la prochaine tentative.

- Publicité

Ce que dit le texte

Les publicités implantées dans des équipements sportifs de plus de 30 000 places pourront « déroger aux dispositions du Code de l’environnement », qui prévoient des limites de taille, d’emplacement, de luminosité. Il s’agit en fait d’autoriser des publicités de dimension exceptionnelle, en vue de l’Euro 2016 de football.

Pourquoi c’est dangereux

Pour l’association Résistance à l’agression publicitaire, le texte « crée des dérogations permanentes pour un événement temporaire », alors même que le Code de l’environnement autorise déjà des affichages surdimensionnés à l’occasion de manifestations. Résultat : un risque de multiplications des immense bâches et affiches publicitaires.

- Transports

Ce que dit le texte

Les lignes d’autocar interurbaines seront ouvertes à la concurrence. Une nouvelle Autorité de régulation des activités ferroviaires et routières (ARAFER) pourra contenir les tarifs de péages, et « mettre plus de concurrence dans les marchés d’autoroutes ».

Pourquoi c’est dangereux

« Nous sommes inquiets de la logique globale qui vise à libéraliser les transports collectifs et à soutenir des modes de transports plus polluants », explique Denis Baupin.

Mais ça aurait pu être pire...

Cars « propres », parkings à vélo... et sur les autoroutes, tarification dégressive pour les véhicules verts ou voies d’accès au péage réservées au covoiturage. Par petites touches, les députés écologistes ont tenté de verdir les articles.

- Associations

Ce que dit le texte

Toutes les associations qui reçoivent plus de 50 % de financements publics seront assimilées à des « acheteurs publics », et obligées de passer des marchés publics pour les achats supérieurs à 15 000 €.

Pourquoi c’est dangereux

Le Collectif des associations citoyennes craint une mise en concurrence accrue avec le secteur privé, qui privilégie souvent le moins-disant. De nombreux secteurs pourraient être concernés : services hospitaliers, crèches et de garderies, ou services pour les personnes âgées.

- Travail dominical

Ce que dit le texte

Les commerces situés dans de nombreuses zones touristiques ou commerciales pourront ouvrir le dimanche, et ce, douze dimanches par an, contre cinq actuellement. Les compensations salariales sont obligatoires mais sans plancher. Elles sont décidées par accord de branche, d’entreprise ou territorial.

Pourquoi c’est dangereux

« Les études économiques montrent que l’impact sur la croissance d’une telle mesure est nul », explique Jean Gadrey. « Les gens ont un budget limité, ils n’achèteront pas plus. » Par contre l’impact social et environnemental sera lui bien réel. Des commerces ouverts le dimanche, cela signifie plus de déplacements motorisés, plus de consommation inutile, plus d’énergie utilisée pour faire marcher la boutique.

Mais ça aurait pu être pire...

Les défenseurs du texte mettent en avant « le garde-fou du volontariat. » Concrètement, seuls les salariés qui le veulent travailleront en fin de semaine, et ils pourront à tout moment changer d’avis. Un garde-fou bien fragile...

Le texte voté aujourd’hui devra encore passer par les couloirs conservateurs du Sénat, avant un possible détour par le Conseil constitutionnel. Puis viendra le temps des ordonnances et des décrets d’application. Bref, nous n’avons pas fini d’entendre parler de cette loi Macron.

Campagnes Solidaires n°303 Reporterre 2015/02/17 (17 février 2015) Campagnes Solidaires n°303. Reporterre. fr

Campagnes Solidaires n°303

Le numéro de février de Campagnes solidaires est disponible ! Dossier Foncier : Ce que change la loi d’avenir agricole - La terre en partage

Sommaire

Vie syndicale Sivens Un projet de territoire et une agriculture paysanne Autres actus : la Conf’ à l’Elysée, en actions...

Actualité Pesticides : La folie des néonicotinoïdes Pesticides : Accompagner la transition Pesticides : Témoigner pour que d’autres ne se fassent pas avoir Installation : La Ciap installe et s’installe dans les Pays-de-la-Loire Petits ruminants : Des paysans, plutôt que des puces !

Points de vue Trois points de vue paysans, en textes et en dessin

Hommage Alain Gayadine, paysan en Guadeloupe : Lutter pour une autre société

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Initiative Pays Basque : La lutte foncière a besoin des actions de Lurzaindia

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CHRONIQUE - La nature n’a pas de morale Corinne Morel Darleux Reporterre 2015/02/17 Corinne Morel Darleux (17 février 2015) CHRONIQUE - La nature n’a pas de morale. Reporterre. Corinne Morel Darleux fr

CHRONIQUE - La nature n’a pas de morale

Douleur et consternation, un jeune est mort sur le Vercors. « La nature ne connait pas de morale (...) Mais je crois qu’il existe des drames sans coupables et que parfois face à l’indicible, la meilleure chose à faire est de s’occuper des vivants. Et de savourer chaque moment. »

Le Diois est une vallée tissée de montagnes et de rivières. Un lieu où les courageux, et tous ceux qui ont besoin de dépenser de l’énergie autrement qu’en allumant un ordinateur, courent dès qu’ils ont un instant enfourcher leur vélo, attacher leurs skis, sauter dans un kayak, explorer des grottes, escalader des falaises, partir en rando, s’enfoncer en spéléo. Chaque saison a ses activités de plein air, même l’hiver, et il n’y a guère que moi pour rester calfeutrée au coin du feu.

Drame sur le Vercors

Dans un environnement pareil, rien d’étonnant à ce que le lycée du Diois ait été le premier en 1985 à ouvrir une section « sport-nature » unique en France. 90 élèves font ainsi chaque année du plateau du Vercors et des cours d’eau avoisinants leur terrain d’entrainement tout en préparant leur Bac. Fin mai, nous fêterons les trente ans de cette section.

Mais cette année la célébration sera endeuillée. Fin janvier, un jeune de Terminale est mort sur le Vercors. Il venait d’avoir 17 ans.

J’étais en session régionale à Lyon quand on l’a appris. En plein hémicycle, le président de région a pris la parole pour annoncer qu’il y avait eu un accident mortel sur le Vercors, impliquant des lycéens de Die, où est mon fils. Je me suis précipitée hors de l’hémicycle pour appeler chez moi, glacée. Tout ce qui a suivi est nimbé d’un brouillard de douleur, de tristesse et de pluie. J’ai pensé à ses parents et à ses amis une grande partie de la nuit.

Le lendemain nous nous sommes rendues avec la vice-présidente au lycée, un aller-retour plein de douleur. Devant le portail, nous avons contourné quelques journalistes égarés, déplacés en ce lieu. Nous avons croisé dans la cour du lycée des regards rougis par les larmes, un autel improvisé, éclairé de bougies. Puis avons retrouvé dans le bureau du proviseur, autour du recteur et des professionnels, la sous-préfète mais aussi le maire, le conseiller général, le président de la communauté de communes, l’adjoint à la Jeunesse...

Tous émus et graves, parlant peu, hésitant presque à s’asseoir. Tous venus spontanément pour aider, et ayant peur de déranger au milieu d’une équipe enseignante et médicale affairée et effondrée. Nous avons, à quelques-uns, accueilli le retour des gamins qui étaient restés passer la nuit là-haut avec leurs accompagnateurs.

Un comité d’accueil institutionnel, pour respecter le protocole de la cellule psychologique. Mais diable ! Comme c’était étrange et décalé. Nous avons assuré de notre soutien tous ceux qui étaient présents, touchés de plein fouet. Un soutien symbolique, avec comme un sentiment d’un peu vain. Et puis nous sommes repartis et avons laissé les professionnels faire leur travail d’accompagnement, les lycéens retrouver leurs proches et leur maison.

J’écrivais il y a quelques semaines que les lycéens du Diois trépignaient en attendant la neige pour aller skier sur le Vercors. En y repensant... J’en ai amèrement maudit l’ironie, ce jeudi matin là, en voiture vers Die.

Projet scolaire singulier

Mais si j’écris aujourd’hui à ce sujet, je m’en voudrais de ne pas témoigner aussi du projet scolaire singulier qui en a été la toile de fond malheureuse. Axé sur le déplacement des jeunes dans une nature préservée, l’enseignement de la section sport-nature repose sur trois piliers : explorer, comprendre et connaître les milieux naturels.

- Source : Lycée Sport-Nature du Diois -

Les lycéens viennent de partout en France suivre cette formation, beaucoup sont internes, très soudés. Et il s’est développé au fil des années comme un esprit de famille, construit sur des valeurs communes de coopération, vitale en montagne, de goût de la liberté, d’une connaissance éclairée des risques et d’un même amour de la montagne.

Suite au drame, de nombreux anciens élèves ont marqué leur tristesse, leur soutien et leur attachement à la section sport nature du lycée du Diois. Et... J’aimerais qu’on ne l’oublie pas.

La montagne tue parfois. Beaucoup cette année. Toujours terriblement trop. Et je me suis surprise à en vouloir au Vercors, stupidement. La nature ne connait pas de morale, et je ne sais pas exactement ce qu’il s’est passé là-haut. Mais je crois qu’il existe des drames sans coupables et que parfois face à l’indicible, la meilleure chose à faire est de s’occuper des vivants. Et de savourer chaque moment.

Alors nous sommes partis au ski, prudemment. Sur une autre montagne. Pour laisser faire le temps.

Les agriculteurs productivistes obtiennent un programme massif de réserves d’eau en Poitou Charente Marc Laimé (Reporterre) Reporterre 2015/02/18 Marc Laimé (Reporterre) (18 février 2015) Les agriculteurs productivistes obtiennent un programme massif de réserves d’eau en Poitou Charente. Reporterre. Grands projets inutiles fr

Les agriculteurs productivistes obtiennent un programme massif de réserves d’eau en Poitou Charente

Les autorités de l’eau en Poitou Charente ont décidé de lancer un programme de construction de réservoirs d’eau équivalents à quatre fois le volume du barrage de Sivens. Le but : soutenir l’irrigation. Une décision prise deux jours après que la Cour des comptes a vertement critiqué la politique de l’eau en France.

Les irrigants de Poitou Charente viennent de faire adopter un projet massif de construction de nouvelles retenues d’eau pour l’irrigation, essentiellement financé sur fonds publics, par le biais de subventions de l’Agence de l’eau Adour Garonne, au lendemain même de la publication du rapport de la Cour des comptes qui dénonçait les errements de la politique de l’eau en France.

- Télécharger le rapport de la Cour des comptes sur la politique de l’eau :

Dans chacun des six grands bassins hydrographiques français, la gestion de l’eau est assurée par un comité de bassin auquel est associée une agence de l’eau. Chaque bassin se subdivise en sous-bassins où sont mis en oeuvre des schémas d’aménagement et de gestion des eaux (SAGE). D’initiative locale, les SAGE sont élaborés par une commission locale de l’eau (CLE), constituée des différents acteurs de l’eau, très majoritairement des élus locaux, désignés par le Préfet.

La Commission locale de l’eau (CLE) du Schéma d’aménagement et de gestion de l’eau (SAGE) Boutonne a ainsi donné le 12 février 2015 un avis favorable à la construction de 24 nouvelles "bassines", des retenues d’eau destinées à l’irrigation, sur le versant charentais Maritime de la Boutonne. Leur contenance totale sera de 6 millions de mètres cubes (soit quatre fois le volume qui était prévu pour le barrage de Sivens), pour un montant de 35 millions d’euros, à quoi il faudra ajouter 5 millions pour le raccordement.

"Contrairement à ce que l’on veut faire croire à la population, les retenues de substitution ne seraient pas remplies par de l’eau de pluie (ou très peu), mais par des prélèvements dans les nappes aquifères et donc dans des réserves qui alimentent les cours d’eau en période d’étiage. Dans certains cas, il ne sera même pas possible de les remplir car les niveaux en hiver sont insuffisants dans ces nappes", dénonce dans un communiqué du 16 février EELV-Poitou Charente.

Construites bien qu’illégales

L’annonce est d’autant plus choquante qu’elle touche le bassin de la Boutonne, rivière la plus sensible du département en cas de sécheresse, et alors que cinq autres « bassines » du même type ont été retoquées par la justice dans le nord de l’Aunis depuis 2009 pour la faiblesse de l’étude d’impact, mais n’en ont pas moins été construites, même si elles sont illégales !

Ce nouveau projet date de… 1978 et a été réactivé par un collectif d’irrigants après l’abandon du barrage de la Trézence. Il représente le tiers du programme départemental établi en 2010 après cet abandon.

Les études de faisabilité ont été conduites par… la fameuse Compagnie d’aménagement des coteaux de Gascogne (CACG), cette même compagnie qui avait déjà réalisée les études du barrage de Sivens !

A côté du Conseil général (18%), des irrigants (29,6%, de l’Etat (4,4%), l’Agence de l’eau Adour Garonne devrait financer 48 % du coût de l’opération, soit 19,2 millions d’euros prélevés sur les redevances perçues sur les facture d’eau potable des usagers domestiques, qui ont augmenté de 14,36 % en un an, passant de 0,0564 euros en 2013 à 0,0645 euros par m3...

« C’est le plus gros dossier de Charente, et sans doute même de l’Agence Adour Garonne », souligne Jean-Louis Demarcq, président de l’association SOS Rivière et membre de la CLE qui a voté contre le projet. Celui-ci a été adopté avec 18 voix pour, deux contre et deux votes blanc.

19 millions d’euros pour 67 agriculteurs

Pour 67 agriculteurs concernés, les usagers domestiques du bassin Adour Garonne (qui supportent 87 % des redevances perçues par l’Agence, contre 7 % pour les industriels, et moins de 6 % pour les agriculteurs, comme vient de le dénoncer la Cour des comptes), devraient donc payer 70 % de l’investissement, soit 28 millions d’euros, où 420 000 EURO par agriculteur !

"Cette poignée d’irrigants poursuit un projet d’après-guerre largement dépassé. Ce modèle a généré une artificialisation des milieux (produits chimiques de synthèse, semences standards, races animales productives et standardisées élevées hors sol), la dégradation des ressources en eau au niveau qualitatif et quantitatif, une consommation croissante d’énergie, la concentration des moyens de production (mécanisation exacerbée, agrandissement, endettement, diminution du nombre d’emplois agricoles...)", souligne EELV Poitou Charente, annonçant qu’il soutiendra les associations qui déposeront des recours suspensifs pour empêcher ces travaux destructeurs de commencer.

Comment assimiler les écologistes aux terroristes : la leçon du Canada Sylvain Lapoix (Reporterre) Reporterre 2015/02/18 Sylvain Lapoix (Reporterre) (18 février 2015) Comment assimiler les écologistes aux terroristes : la leçon du Canada. Reporterre. Enquête — fr

Comment assimiler les écologistes aux terroristes : la leçon du Canada

Au nom de la lutte antiterroriste, le gouvernement canadien de Stephen Harper utilise depuis des années l’appareil policier pour museler le mouvement écologiste. Il tente en ce moment de faire passer un projet de loi, dit C-51, visant notamment les écologistes qui critiquent l’industrie pétrolière. La méthode inspire discrètement les gouvernements européens.

Les écologistes en bonnets qui tendent des banderoles pour protester contre des oléoducs pourraient bientôt rejoindre les groupes terroristes assassins dans le radar des agences de renseignements canadiennes. Sous l’appellation de Loi C-51, un nouveau texte présenté par le Premier ministre Stephen Harper étend les pouvoirs des organisations de sécurité du pays en matière d’information, notamment à tout ceux qui entraveraient « le fonctionnement d’infrastructures essentielles ».

Face à cette définition floue des menaces qui feront désormais l’objet de surveillance, les mouvements environnementalistes craignent de devenir des cibles de la police en raison de leur opposition à l’industrie pétrolière. Une crainte justifiée à la lecture d’un mémo de la Gendarmerie royale détaillant, sur 44 pages, comment le « mouvement anti-pétrole canadien » serait un foyer de violence et de troubles.

L’assimilation des mouvements écologistes aux mouvements terroristes est une tendance continue dans un Canada qui est à l’origine, avec les sables bitumineux de l’Alberta, d’une des pires catastrophes environnementales de la planète. Car depuis plusieurs années, le gouvernement d’Ottawa cherche à réprimer les opposants à ses projets industriels par tous les moyens disponibles.

« Nous, on a choisi des manières pacifiques de contester. Ce n’est pas parce qu’on s’assoit au milieu du chemin pour bloquer un camion qu’on est des criminels. Il faut faire la différence entre un terroriste qui va faire sauter un puits et quelqu’un qui s’asseoit pour défendre ses droits. »

Ainsi se justifiait avec son accent du nord de Québec, Serge Fortier du Regroupement inter-régional sur le gaz de schiste de la Vallée du Saint-Laurent. En 2013, ce militant associatif a découvert qu’il avait été mis sur écoute par les services de renseignement de son pays pour avoir manifesté contre l’exploitation de ces hydrocarbures dans sa région.

Aucun attentat n’a justifié une telle radicalisation de la surveillance des groupes environnementalistes canadiens. Tout part d’un projet économique érigé en dogme politique par le gouvernement libéral de Stephen Harper. Même si, indirectement, Serge Fortier a été la victime d’un arsenal anti-terroriste laissé à l’abandon au lendemain du 11 septembre 2001.

- Etape 1 : requalifier l’ennemi

L’évolution de la définition du terrorisme qui mènera à espionner des militants anti-gaz de schiste débute au lendemain des attentats du World Trade Center. Une remise en cause s’opère alors dans les structures de surveillance nationales, notamment aux Etats-Unis et au Royaume-Uni mais aussi au Canada : comment avons-nous pu laisser passer ça ? Une doctrine émerge alors autour de la “fusion” des responsabilités des différentes agences et de l’élargissement de leurs prérogatives.

Deux événements d’ampleur mondiale se déroulant au Canada en 2010 vont servir de laboratoires à cette nouvelle politique sécuritaire : le sommet du G20 à Toronto et les Jeux Olympiques de Vancouver. En vue de ces deux rassemblements pouvant constituer des “cibles” aussi bien pour des menaces intérieures qu’extérieures, une nouvelle structure est créée : l’Unité de sécurité intégrée (ISU) de Vancouver, disposant des services de 15 500 policiers de 120 agences de sécurité gouvernementales.

Sur le modèle des “fusions centers” américains, cette “super-administration” dispose d’un accès étendu à toutes les données des forces de police. Cette extension tentaculaire va l’amener à inclure dans son “schéma de menace” des organisations sans grand rapport avec le terrorisme.

“Extrêmistes à motivation multiple”

Focalisé au départ sur al-Qaeda, l’ISU va progressivement surveiller toutes les organisations exprimant une opposition politique aux Jeux olympiques : écologistes préoccupés par la destruction d’espaces naturels pour les installations, syndicalistes protestant contre les conditions de travail, Indiens de Colombie britannique dont les terres furent rognées par les sites… Les chercheurs Kevin Walby et Jeffrey Monagham, qui ont étudié des rapports des services de renseignements rendus publics via la loi de libre accès à l’information, décrivent cette dérive :

"Alors que les Jeux de Vancouver approchaient, l’ISU a réalisé que l’opposition intérieure était la source de trouble la plus probable et a mis en place une série d’opérations d’étouffement des mouvements anti-Jeux. [...] Par exemple, des officiers de l’ISU ont donné de nombreux coups de fil au domicile d’activistes ou critiques avant les JO. Entre le 3 et le 5 juin 2009, environ 15 activistes anti-Jeux ont été visité par huit agents de l’ISU. L’ISU disposait également d’agents infiltrés qui ont passé plusieurs années au sein des groupes de Colombie Britannique et d’Ontario."

Pour qualifier ces nouvelles cibles, l’ISU et les agences gouvernementales ne disposaient pas d’outils “théoriques”. Il leur fallu donc inventer un terme assez large et imprécis pour rassembler sous une même bannière préoccupations environnementale, sociale et indiennes. Le vocable forgé au début des années 2000 par ces organisations fut “multi issue extremists”, soit “extrêmistes à motivation multiple”.

Entre mai 2005 et janvier 2010, Walby et Monagham prennent connaissance de 25 rapports de renseignement mentionnant ce terme tandis qu’Al-Qaeda et les organisations terroristes reconnues en disparaissent progressivement. Plus préoccupant, cette terminologie finit de lever les barrières entre terroriste, extrêmiste et activiste pour les tisser en une matrice de menaces indéfinies, comme nous l’expliquait Kevin Walby :

"Au départ, le terme MIE avait été fabriqué pour les JO mais il leur a survécu et a muté en un terme “attrape-tout”, qui recouvre désormais les activistes natifs de “Iddle no more” comme les activistes anti-pipelines."

Le mode d’action violent n’étant plus le critère pour juger des terroristes et des non-terroristes, la surveillance peut cibler n’importe quel opposant. Non content de redéfinir les personnes, les services de sécurité canadiens vont jusqu’à redéfinir les actes de terrorisme. Selon d’autres documents du CSIS (les services de renseignement canadiens), le blocage de route ou de l’accès à des immeubles apparaît désormais comme “des formes d’attaque” aux yeux des forces de l’ordre.

- Etape 2 : frapper au porte-feuille

Le deuxième volet de cette criminalisation des écologistes n’est pas le fruit d’un projet sécuritaire mais économique : celui du gouvernement libéral de Stephen Harper. Ancien démocrate, le Premier ministre fédéral arrivé au pouvoir en 2006 est originaire de la province pétrolière de l’Alberta et, à ce titre, au coeur de la pétrodémocratie canadienne et de ses enjeux.

Décidé depuis le début de son premier mandat à tout faire pour développer l’industrie des sables bitumineux (sorte de pétrole lourd non mature à l’extraction ultra polluante), Harper a sorti son arme fatale avec son deuxième mandat en proposant une grande loi générale “pour l’emploi, la croissance et la prospérité durable”. Nommé “loi C-38”, ce texte proposé en mars 2012 fut bien vite surnommé “loi Omnibus” car elle emportait tout sur son passage. De nombreuses dispositions dont chacune mériterait une loi, mais entassés dans un texte fourre-tout pour éviter les débats au Parlement - une méthode qu’a reprise en France la loi Macron.

- Stephen Harper -

Législation sur la pêche, l’énergie, les voies navigables, les parcs naturels, les espèces protégées… l’intégralité de la législation environnementale fut révisée au nom de la priorité donnée au développement de l’économie. A commencer par l’économie minière : au nom du développement des ressources, les procédures d’attribution de permis se voient allégées, le budget des agences de contrôle environnemental réduits, les consultations des ONG limitées et le pouvoir donné au ministre d’annuler toute recommandation.

Elle menace enfin le fonctionnement même des contre-pouvoirs démocratiques. En plus de limiter les dépenses des organisations caritatives en recours devant la justice à 10 % de leur budget, la loi C-38 renforce les pouvoirs du fisc. Interrogé à l’époque, le Canada Revenue Service nous avait répondu :

"Ces nouvelles mesures ont pour but d’aider les organisations à but caritatif à mieux comprendre les règles liées aux activités politiques, afin qu’elles utilisent leurs ressources de manière appropriée. […] Le C-38 [propose] d’améliorer la transparence en exigeant des organisations à but caritatif qu’elles fournissent plus d’informations sur leurs activités politiques, notamment la proportion dans laquelle ces dernières sont subventionnées par des sources étrangères."

En réalité, la loi permet de retirer l’agrément fiscal des ONG écolos qui se montreraient trop critiques envers le gouvernement. Une menace mise à exécution avec l’ONG Physician for global survival réunissant des médecins anti-nucléaire. Une démonstration qui a forcé David Suzuki - l’équivalent au Canada de Nicolas Hulot en France - à se retirer de la présidence de sa propre fondation de peur de la priver de ses subsides.

- Etape 3 : jouer la carte du “soutien étranger”

A l’origine de ces mesures, le gouvernement Harper n’a pas caché ses intentions. Au contraire : envoyés sur toutes les chaînes, les ministres ont justifié de ces mesures par des prétendus “soutiens étrangers”. En première ligne, le ministre de l’Environnement Peter Kent allait même plus loin sur CBC en mai 2012 :

"En substance, ce que fait notre gouvernement à travers le comité des finances est d’enquêter sur des rumeurs de transferts irréguliers de fonds offshore - du blanchiment, si vous préférez, le mot est approprié - au travers des organisations canadiennes qui ont un statut caritatif pour être utilisés de manière inappropriée au regard de ce statut."

L’ennemi intérieur était ainsi progressivement remplacé par l’idée que les organisations opposées au projet économique du gouvernement fédéral étaient en fait “à la solde de l’étranger”. De quoi justifier la fouille des comptes des ONG et les sanctions qui s’ensuivent.

- Idle no more -

La thèse est même entretenue par des groupes liés au parti conservateur canadien. Le lobby Ethical Oil, proche de l’industrie des sables bitumineux comme du gouvernement Harper, a ainsi lancé début 2012 une campagne pointant des dons de “milliardaires étrangers” aux ONG s’opposant aux projets de pipeline visant à “saboter l’intérêt national canadien”. Coïncidence troublante, la campagne fut lancée quelques semaines avant le début des consultations publiques sur le projet d’oléoduc géant Northern Gateway de la société Enbridge.

Ne se nourrissant que de mots, le gouvernement canadien a étendu son arsenal sécuritaire jusqu’à pouvoir surveiller n’importe quel citoyen s’opposant à ses projets. Vidant de leur substance les termes de menace, terroriste ou attaque, la gendarmerie et les services de renseignement en viennent à espionner n’importe quoi, comme nous le rapportait Jeffrey Monagham :

"En février 2013 s’est tenu à Port Rupert, en Colombie Britannique, un championnat de basketball entre des équipes issues de plusieurs tribus indiennes de l’Etat : le All Native Tournament Championship. Or, Port Rupert est l’aboutissement de gazoduc vers les ports d’exportation du Pacifique et donc l’Asie. Le calcul des autorités a été simple : des Indiens près d’un pipeline, c’est louche. Malgré l’absurdité de la recommandation, le responsable de la sécurité de l’Office national de sécurité à l’énergie a demandé de maintenir la surveillance et l’évaluation de la menace. La menace consistant en un car d’ados venus jouer au basket."

- Complément d’info : Stephen Harper, climato-sceptique dissimulé.

EDITO - 49-3 : une nouvelle bérézina pour les députés écologistes Barnabé Binctin (Reporterre) Reporterre 2015/02/18 Barnabé Binctin (Reporterre) (18 février 2015) EDITO - 49-3 : une nouvelle bérézina pour les députés écologistes. Reporterre. Édito — fr

EDITO - 49-3 : une nouvelle bérézina pour les députés écologistes

En pliant à l’Assemblée devant un gouvernement qui impose une loi contraire à l’environnement, les députés écologistes perdent un peu plus de leur crédibilité dans l’opinion.

La vie politique est décidément cruelle pour les écologistes. Sortis du gouvernement il y a moins d’un an, les voilà de nouveau en flagrant délit de schizophrénie. En cause cette fois, la loi Macron. Alors que le projet de loi discuté à l’Assemblée nationale intègre subrepticement plusieurs régressions écologiques, ils s’apprêtent néanmoins à la laisser passer telle quelle, validant ainsi le coup de force du Premier Ministre.

Car Manuel Valls a imposé hier à l’Assemblée nationale l’adoption du texte par le recours à l’article 49-3 de la Constitution, qui ne laisse d’autre choix aux députés que de tout accepter ou de renverser le gouvernement par la voie d’une motion de censure. « Aveu de faiblesse, déni de démocratie, arme anti-parlement d’une Ve République à bout de souffle » répliquait ainsi Emmanuelle Cosse, secrétaire nationale d’EELV (Europe Ecologie Les Verts), sur Twitter hier après-midi.

Pourtant, les députés écologistes ne voteront pas jeudi la motion de censure déposée par l’UMP et l’UDI. Il paraît même absurde de leur poser la question : « Evidemment, je voterai contre, et les députés écologistes voteront contre » tranche ainsi Denis Baupin.

L’argument avancé est connu : on ne mélange pas ses voix avec la droite. « Pas la peine de tourner autour du pot, aucun d’entre nous n’a envie de faire tomber ce gouvernement car si la droite revenait au pouvoir, ce serait encore pire. Il n’est pas question de voter la motion de censure présentée par la droite. Que le gouvernement engage sa responsabilité, c’est la règle du jeu, c’est de bonne guerre… » explique sans broncher Noël Mamère au micro de BFM TV, lui qui a quitté EELV il y a plus d’un an.

Alors, certes, s’allier à la droite n’est pas dans l’ADN des écologistes français. Qui peuvent certes trouver de bonnes raisons de la critiquer, comme l’ont fait dans un communiqué les co-présidents EELV à l’Assemblée nationale : « Il suffit de voir l’attitude de la droite sénatoriale en ce moment même dans le débat sur la loi de transition énergétique pour constater que l’écologie n’a rien à attendre de la droite ».

Pour autant, les députés du Front de gauche, guère plus suspects d’alliance avec la droite, ont décidé de voter la motion de censure. Et si EELV ne veut pas mêler ses voix à celle de l’UMP, ce qui est bien compréhensible, pourquoi ne pas rédiger en coopération avec le Front de gauche et avec les PS frondeurs, une motion, comme l’a suggéré Jean-Luc Mélenchon sur France Info ce mercredi matin ? Ensemble, il est possible d’atteindre les 10 % de députés nécessaires pour pouvoir déposer une motion.

Alors, qu’est-ce qui inspire ce nouveau grand écart au parti écologiste : la peur de sortir définitivement d’une majorité factice ? La peur de la défaite aux élections qu’entraînerait l’adoption de la motion de censure ?

Mais il faut aller plus loin. N’est-ce pas justement ce genre de contradiction qui alimente la défaite des écologistes sur le terrain politique ? Est-il pertinent d’entretenir un clivage gauche-droite rendu caduc par la politique menée actuellement par le Parti socialiste, qui participe de la progression du Front National dans les urnes ? N’est-ce pas en faisant le jeu du traditionnel bipolarisme que l’écologie perd sa crédibilité de constituer une alternative, concrète et indépendante ?

A trop défendre le jeu depuis l’intérieur des institutions, les écologistes perdent leur cohérence dans la société. C’est pourtant les renoncements en politique qui alimentent la défiance des concitoyens à l’égard de leurs représentants et le glissement d’une partie d’entre eux vers l’extrême-droite. Pour le coup, les écologistes perdent trois fois : acceptant la loi Macron qui fait reculer la protection de l’environnement, ils admettent l’utilisation du 49-3 qu’ils jugent anti-démocratique. Et ils se décrédibilisent aux yeux de l’opinion – et des écologistes de terrain.

Le hold-up toujours impuni des banques sur la société Jean-Pierre Tuquoi (Reporterre) Reporterre 2015/02/18 Jean-Pierre Tuquoi (Reporterre) (18 février 2015) Le hold-up toujours impuni des banques sur la société. Reporterre. Économie fr

Le hold-up toujours impuni des banques sur la société

« Les banquiers, il faut les pendre ! » C’est ce que le lecteur pourrait conclure une fois digérée la lecture du Livre noir des banque$. Car c’est un réquisitoire accablant que dressent au fil des quelque 370 pages serrées les deux associations à l’origine de l’ouvrage, Attac et Basta !

Les pièces du dossier sont là, étalées sur la table, consultables par tous. Pas une ne manque : la responsabilité des établissements bancaires dans la crise actuelle, le coût astronomique de leur sauvetage par les Etats, les arnaques montées par elles, les délits dont elles se sont rendues coupables, leur incapacité à se remettre en cause, leur lobbying pour conserver leurs privilèges, la rapacité de leurs dirigeants…

Tout est expliqué en détail, démonté, mis en lumière à grand renfort de chiffres, de citations, de rapports puisés à bonne source à défaut d’être de première main. Au final, un travail de professionnels qui ne s’en laissent pas compter, qui savent débusquer les mensonges des banquiers, leur double discours et n’hésitent pas à pointer du doigt les pratiques maffieuses des grands noms de la finance.

Un réquisitoire accablant en plein dans l’actualité

La charge est tellement virulente, l’acte d’accusation tellement lourd, l’image de la profession projetée au fil des pages tellement abimée que l’on se dit que les auteurs exagèrent, qu’ils en rajoutent. Hélas, l’actualité est là qui vient confirmer le sombre tableau peint par les auteurs.

Il y a quelques jours, c’est la banque HSBC – l’un des poids lourds de la profession à l’échelle mondiale – qui, via sa filiale suisse, était mise en cause pour avoir orchestré une fraude fiscale gigantesque au profit de clients fortunés. Quelques mois plus tôt, c’était BNP-Paribas, un autre mastodonte, qui payait plusieurs milliards de dollars d’amende pour se faire pardonner d’avoir violé l’embargo sur l’Iran et quelques autres Etats peu recommandables.

Avant, c’était UBS, une banque suisse, qui s’était fait prendre la main dans le sac et se voit accusée par la justice française, de « blanchiment aggravé de fraude fiscale ». Et encore avant, une kyrielle de banques internationales ayant pignon sur rue a du répondre de manipulations sur les indices dans les transactions entre banques. On pourrait allonger la liste. Elle est sans fin et n’épargne aucun des grands établissements bancaires.

Un mastodonte que rien ne peut menacer

A chaque fois, le scénario se reproduit : la banque prise la main dans le sac jure que certes elle a péché, qu’elle s’en excuse mais que l’affaire est ancienne, que depuis elle s’est acheté une conduite…

Si l’on s’en tient aux seules banques françaises, depuis 2010 ce sont plus de dix milliards d’euros qu’elles ont dû verser ou provisionner au titre des scandales et des litiges dans lesquels elles sont impliquées !

A la surprise de beaucoup, les banques ne semblent pas affectées outre mesure par ces amendes record qu’elles digèrent vite dans leur comptes. Même lourdement condamnées elles continuent à afficher des bénéfices (ce fut le cas dernièrement pour BNP-Paribas pourtant condamnée à verser près de 9 milliards de dollars aux Etats-Unis). Tout se passe comme si l’activité bancaire est tellement lucrative que rien ne peut menacer les mastodontes de la finance internationale.

Ce mystère, le livre s’efforce d’en lever le voile en décrivant par le menu comment les établissements bancaires français ou pas engrangent des bénéfices extravagants quelle que soit la conjoncture économique. Tout est source de profits pour elles : l’argent quasi-gratuit mis à leur disposition par les banques centrales, les déposants rançonnés à chaque opération (les frais de tenue de compte ont été multipliés par deux entre 2010 et 2014), la main-mise sur le magot de l’épargne réglementée, la spéculation généralisée à laquelle elles se livrent sur tout et sur rien (le temps qu’il fera, le cours du pétrole, la probabilité de faillite d’un Etat…), la création de produits financiers pour attrape-nigauds…

Absence totale de régulation

Le législateur veut-il mettre un peu d’ordre et de moralité dans ce monde à peu près sans foi ni loi ? Les banques savent – en particulier en Europe – tuer dans l’œuf la moindre velléité de changement. L’argent n’est pas un problème. Il coule à flots dès lors qu’il s’agit de défendre la profession et de faire du lobbying. Et elles disposent de relais efficaces nichés au cœur du pouvoir – quel que soit sa couleur politique - et des instances de régulation.

Qui a oublié que l’auteur de la phrase fameuse en 2012 – « Mon véritable adversaire c’est le monde de la finance » - à l’époque en campagne présidentielle, a depuis fait amende honorable et pas seulement en allant courtiser le gotha de la City à Londres. Des banquiers qu’il fustigeait hier, il a fait des conseillers écoutés et des ministres chouchoutés.

Comment s’étonner dans ces conditions que la plus prudente des réformes est condamnée à tomber dans les poubelles de l’histoire ? Ce fut le cas du texte sur les banques voté par le Parlement français après avoir été vidé du peu de substance qu’il contenait. Même Le Figaro, dont les lecteurs ont peut-être été effrayés par les projets du candidat socialiste, reconnait avec soulagement que Paris s’est doté d’une « réforme à minima ».

Un scénario identique est en préparation au niveau européen où un projet de texte censé mettre un peu d’ordre dans la profession a été jugé « irresponsable » il y a quelques mois par le gouverneur de la Banque de France, Christian Noyer. Pierre Moscovici, à l’époque ministre des finances, n’a pas été moins catégorique.

Pour qui sait que l’auteur de ce texte « irresponsable » n’est autre l’ancien commissaire Michel Barnier, un homme aussi à gauche que, disons, François Fillon, comment ne pas en conclure que les banquiers sont bien décidés à mettre en charpie tout ce qui s’apparente à un début de régulation. Ils veulent continuer à agir comme ils l’entendent. Quitte à tout faire exploser.

- Le livre noir des banque$, Attac & Basta !, Ed. LLL Les liens qui libèrent, 371 p., 21,50 €.

Au Sénat et ailleurs, le lobby du gaz de schiste lance l’offensive Lorène Lavocat (Reporterre) Reporterre 2015/02/19 Lorène Lavocat (Reporterre) (19 février 2015) Au Sénat et ailleurs, le lobby du gaz de schiste lance l’offensive. Reporterre. Mines et Gaz de schiste fr

Au Sénat et ailleurs, le lobby du gaz de schiste lance l’offensive

Deux amendements se sont glissés au Sénat dans la loi de transition énergétique, prévoyant l’autorisation de l’exploration du gaz de schiste en France. Ils ont été repoussés cette nuit. Mais le lobby du gaz de schiste est de plus en plus actif, et vient de lancer un Centre « d’information ».

Déposés par des sénateurs UMP, deux amendements à la loi de transition énergétique, en discussion ces jours-ci au Sénat, devaient permettre la relance du gaz de schiste en France. Ils visaient l’article 49 de la loi, relatif à la programmation pluri-annuelle de l’énergie. Ils ont été repoussés dans la nuit de mercredi 18 février à jeudi.

Que disaient-ils ? Le n° 24 engage l’État à « garantir la pérennité et le développement de l’exploration et de l’exploitation des hydrocarbures sur le territoire métropolitain et ultra-marin ».

- L’hémicycle du Sénat -

« Il n’est pas question de gaz de schiste, mais ceux-ci ne sont pas non plus exclus », explique à Reporterre la sénatrice UDI Chantal Jouano, opposée à ces amendements. L’autre amendement, le n° 149, est quant à lui très clair : il invite les autorités à « vérifier le potentiel de notre pays en hydrocarbures non-conventionnels. »

Pour les sénateurs UMP, ces amendements s’inscrivent dans « une optique de sécurité énergétique et de valorisation de notre sous-sol. ». « L’identification de notre potentiel en hydrocarbures non conventionnels est nécessaire dans le contexte actuel », ajoutent-ils. Pour son approvisionnement en pétrole, estiment-ils, notre pays dépend en effet aujourd’hui de pays instables, tels que la Russie, la Libye ou le Nigeria : « La France doit se doter donc d’une stratégie de recherche pour le développement de ressources énergétiques alternatives ».

« Pour le développement des ressources alternatives »... c’est là que ça ne passe pas pour Chantal Jouano. « Identifier notre potentiel, pourquoi pas ? Cela permettrait d’avoir des données objectives et de poser véritablement le débat », explique-t-elle. « Mais l’objectif final ici n’est pas la recherche, c’est évidemment l’exploitation des hydrocarbures non conventionnels, même si ce n’est pas dit clairement. »

Un constat partagé par Claude Taton, opposant au gaz de schiste dans le Gard : « C’est mettre le doigt dans l’engrenage. Les forages exploratoires coûtent chers, les industries voudront ensuite rentabiliser leurs investissements en exploitant les ressources. »

Les amendements sénatoriaux constituent une tentative de plus pour faire sauter le moratoire sur le sujet, mis en place en 2011. En septembre dernier, la ministre de l’Écologie, Ségolène Royal, affirmait encore qu’« il n’y aurait pas de gaz de schiste et pas d’investigation sur le gaz de schiste » sur notre territoire. Mais les industriels ne lâchent pas le morceau.

D’après les projections de l’Agence étasunienne de l’énergie (E.I.A), la France serait le premier pays européen derrière la Pologne, en termes de réserves. 3 870 milliards de mètres-cube, soit 77 ans de consommation de gaz à l’échelle nationale. Sauf que les pronostics de l’agence sont loin d’être fiables : elle s’est complètement trompée dans ses calculs polonais. Le pays devait être « l’eldorado » de l’or noir. Mais les premières explorations se sont révélées très décevantes. Résultat ; le pétrolier Chevron vient de jeter l’éponge, expliquant que « les opportunités locales ne sont plus compétitives par rapport à notre portefeuille mondial. »

L’offensive des industriels

C’est dans ce contexte qu’un groupe d’industriels vient de créer en France un Centre de documentation sur les hydrocarbures non conventionnels (CHNC). Présidé par Jean-Louis Schilansky, ex président de l’Union française des industries pétrolières (Ufip) et membre du Medef, le centre a pour mission de diffuser « une information factuelle » sur la question. Total, Suez Environnement, Bureau Veritas, Vallourec, GDF Suez, Accenture, ou encore Air Liquide font partie des fondateurs.

- Jean-Louis Schilansky -

Mais pas question de parler de lobby ! « Notre rôle n’est pas de faire du réseautage auprès des ministres, mais bien de rassembler des données », nous explique-t-on au téléphone. Mais quand on demande à quoi va ressembler concrètement le travail du centre, la réponse est floue : « Nous avons une toute petite équipe, et nous réalisons des dossiers techniques pour nos adhérents. Et dans un deuxième temps, nous ferons un travail plus didactique, plus compréhensible, pour le grand public et les médias. » Le CHNC semble destiné à fournir des arguments « validés scientifiquement » aux pro gaz de schistes.

Car les dossiers seront approuvés par un Conseil scientifique, présidé par l’académicien Bernard Tardieu. Spécialiste de l’hydroélectricité, il a travaillé pour une société de GDF-Suez, participé à la Commission internationale des Grands barrages et siégé au Conseil scientifique d’EDF.

Avec le CHNC, il espère « participer à l’élaboration et à la production des sciences » sur les hydrocarbures non conventionnels, qui participent d’après lui de la « révolution mondiale de l’énergie ». Il y a quatre ans, de retour des États-Unis où il avait visité des plate-formes d’exploitation, il désapprouvait, à l’instar de ses collègues de l’Académie des technologies, le moratoire français. « La recherche fait partie du principe de précaution, ça n’est pas raisonnable de ne pas évaluer le potentiel de nos sous-sols. »

Pour lui, le débat sur les gaz de schiste en France est prisonnier des logiques politiciennes. « Il s’agit d’une stratégie de conquête des voix vertes. » Quid des nombreuses oppositions citoyennes ? « Chaque situation est différente, tout dépend de la relation que chacun entretient avec le progrès industriel et le confort. Par exemple, en Seine-et Marne, où il y a déjà des activités pétrolières, les résistances sont moins grandes qu’en Ardèche. »

La méconnaissance et la peur sont selon M. Tardieu les principales explications du blocage français. Justement ça tombe bien, les industriels du CHNC veulent nous sortir de cette désinformation... pour peut-être un jour imiter l’Allemagne, qui est sur le point d’autoriser la fracturation hydraulique.

Climat : l’agriculture est la source d’un quart des émissions mondiales de gaz à effet de serre Emilie Massemin (Reporterre) Reporterre 2015/02/19 Emilie Massemin (Reporterre) (19 février 2015) Climat : l’agriculture est la source d’un quart des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Reporterre. Climat fr

Climat : l’agriculture est la source d’un quart des émissions mondiales de gaz à effet de serre

Le rôle de l’agriculture dans les émissions de gaz à effet de serre est primordial, et notamment du fait de la poussée de la production dans les pays du sud, Chine et Inde en tête. L’émission de méthane par les ruminants joue un rôle majeur. Reste à distinguer selon le mode de production : plus un animal est productif, plus il émet.

Non, l’énergie et les transports ne sont pas les seuls responsables du changement climatique. A elle seule, l’agriculture pèse pour 24 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Plus gros pollueur, le méthane relâché par les ruminations de nos élevages...

Si l’on vous dit « émissions de gaz à effet de serre » (GES), que répondez-vous ? Probablement combustion du pétrole, pots d’échappement, usines et autres traînées de kérosène laissées par les avions. Pourtant, un autre secteur économique, composé d’animaux ruminant paisiblement et de cultures champêtres, contribue lourdement au réchauffement de la planète : l’agriculture.

L’agriculture émet deux principaux gaz à effet de serre : le méthane (CH4) et le protoxyde d’azote (N2O). Le méthane, 28 fois plus « réchauffant » que le dioxyde de carbone (CO2), provient des flatulences des bovins (« fermentation entérique »), des déjections animales et des rizières. Les pets et rots de nos vaches sont donc la première source d’émissions agricoles dans le monde : 39 % en 2011. Quant au protoxyde d’azote, au pouvoir réchauffant 310 fois plus grand que le CO2, il se dégage de l’épandage des engrais azotés minéraux et organiques. Il faut ajouter à cela un peu de CO2, émis par les tracteurs et autres machines agricoles.

- La fermentation entérique est la principale source d’émissions de GES par le secteur agricole -

L’élevage, puis les engrais

Dans une évaluation publiée en avril 2014, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) estime que les émissions de GES liées à l’agriculture, aux forêts et à la pêche ont quasiment doublé au cours des cinquante dernières années. En 2014, elles représentaient 10 à 12 gigatonnes équivalent CO2, soit 24 % des émissions mondiales juste après la production d’énergie et de chaleur. La première source d’émissions est, nous l’avons vu, l’élevage des ruminants. Vient ensuite l’application d’engrais de synthèse, 13 % des émissions agricoles en 2011.

Les émissions liées à l’agriculture et à l’élevage ont augmenté de 14 % entre 2001 et 2011. Cette hausse est principalement due à une augmentation de la production agricole dans les pays en développement, en lien avec la mondialisation des échanges et la croissance démographique. A ces disparités régionales s’ajoutent une différence Nord-Sud plus générale, relevée par le RAC France dans un rapport de 2010 : les pays du Sud émettent principalement du méthane (élevage, gestion des déchets et culture du riz) tandis que les pays du Nord laissent plutôt s’évaporer du protoxyde d’azote (engrais, gestion des déjections).

- La Chine et l’Inde sont les plus gros émetteurs de GES agricoles de la planète (source FAO) -

En France, bovins et engrais réchauffent l’atmosphère

Qu’en est-il en France ? L’Hexagone est « le premier producteur de bovins d’Europe, en particulier allaitant, expliquent Thomas Eglin et Alexia Tenaud du service Agriculture et forêt de l’Ademe. Or, l’élevage bovin émet un peu plus de méthane que les autres. » De surcroît, la France est le septième consommateur d’engrais minéraux dans le monde (chiffre de 2010). Autant de pratiques fortement émettrices de GES, qui font que l’agriculture pèse pour 20 % des émissions françaises.

Prudence : les émissions agricoles sont difficiles à évaluer

Ce tableau mondial est brossé à grand traits, parce qu’il est difficile d’évaluer les émissions de gaz à effet de serre liées à l’agriculture. En réalité, la FAO travaille surtout sur la base de modèles, tels qu’en construit Étienne Mathias, ingénieur agronome à l’unité agriculture-forêt du Centre interprofessionnel technique d’études de la pollution atmosphérique (Citepa). Ce dernier a travaillé au dernier inventaire Secten du Citepa. « On calcule les émissions à partir des données nationales, explique-t-il : par exemple, pour les émissions liées à l’élevage, le nombre d’animaux dans le cheptel national. Puis on le multiplie par un facteur d’émissions. Pour les cultures, on s’intéresse à la quantité d’engrais apportée. »

Tout l’enjeu est de définir des facteurs d’émissions proches de la réalité. Les ingénieurs peuvent les définir suivant une méthode simple – une vache émet une quantité X de méthane par an - ou plus complexe. « Dans ce cas, on travaille sur un ensemble d’équations intégrant plusieurs paramètres. Par exemple, la productivité d’une vache laitière : plus elle est productive, plus elle émet de méthane par an », dit Étienne Mathias. En ce qui concerne les cultures, le facteur d’émissions permet de déterminer quelle quantité d’engrais azoté va se volatiliser sous forme de gaz à effet de serre.

Et le bio dans tout ça ?

Une grande faiblesse de ces inventaires est qu’ils ne prennent pas en considération les différences entre systèmes agricoles, conventionnel, intégré et biologique. Qu’est-ce qui émet le plus, du maïs conventionnel élevé en grandes cultures, ou une petite ferme maraîchère bio ? Pour l’Ademe, les résultats ne sont pas évidents : « Aujourd’hui, il n’existe pas de différence systématique entre les différents systèmes de production, observe Thomas Eglin. Le bio a un rendement plus faible en général. A surface donnée, il peut être moins émetteur, mais rapporté au kilo produit, on se retrouve souvent dans les mêmes ordres de grandeur que le système conventionnel. » Mais « cela n’enlève pas au bio son intérêt environnemental, notamment d’être à zéro pesticide de synthèse ».

Une chose est sûre : l’agriculture émet trop de gaz à effet de serre à l’échelle mondiale. L’élevage en particulier pose problème : nous l’avons dit, 39 % des émissions sont liées aux seules flatulences des animaux d’élevage. Si l’on y ajoute les gaz réchauffants relâchés par les engrais qui servent à cultiver leur soja et leurs céréales, le méthane qui s’échappe de leurs déjections, cela fait beaucoup L’impact des cheptels mondiaux sur le changement climatique est massif, et pour bien le comprendre, Reporterre l’analysera en détail dans un prochain article.

Mais l’agriculture peut par ailleurs contribuer à atténuer le changement climatique. Car les émissions agricoles s’intègrent dans un véritable processus biologique, souligne Thomas Eglin :« La spécificité de l’agriculture est sa capacité à stocker du carbone. Elle peut aussi produire de la biomasse pour des énergies renouvelables, des biomatériaux, de la chimie verte etc. C’est pour cela que l’enjeu est d’avoir un bilan global de l’agriculture et de la forêt qui intègre tous ces leviers d’action : atténuation, stockage, production d’énergies renouvelables... » Bilan qui reste donc, pour l’instant, incomplet, et que nous préciserons ultérieurement.

Marre que votre argent pollue ? Changez de banque ! Lucie Pinson (Les Amis de la Terre) Reporterre 2015/02/19 Lucie Pinson (Les Amis de la Terre) (19 février 2015) Marre que votre argent pollue ? Changez de banque !. Reporterre. Économie fr

Marre que votre argent pollue ? Changez de banque !

Se mettre au vélo, passer chez Enercoop, adhérer à une AMAP, réparer, échanger, recycler, oui ! Et changer de banque, alors ? Il est primordial de retirer son argent des banques qui l’utilisent pour financer et investir dans des projets fortement émetteurs de CO2, aggravant la crise climatique.

Loin d’être neutre en carbone, notre compte en banque pollue. Car les banques utilisent l’argent que nous leur confions pour financer et investir dans des projets fortement émetteurs de CO2, aggravant ainsi la crise climatique.

Ainsi, comme le dernier rapport des Amis de la Terre sur les banques, Charbon : l’argent sale des banques françaises l’expose, elles ont par exemple soutenu à hauteur de plus de 30 milliards d’euros le secteur du charbon – centrales et mines – entre 2005 et avril 2014, faisant de la France le 4e financeur mondial du combustible le plus carboné.

BNP Paribas, Société Générale et Crédit Agricole comptent parmi les banques les plus climaticides et représentent 94 % des soutiens totaux des banques françaises au secteur du charbon entre 2005 et 2013.

Des investissements à contre-courant !

Les banques continueront-elle encore longtemps à ignorer les recommandations des plus grands scientifiques sur le climat : laisser la majorité des fossiles dans le sol et réorienter leurs investissements dans le secteur énergétique ? Pourront-elles poursuivre, au nom d’objectifs de profit à court terme, le développement de projets charbon tels qu’Alpha Coal en Australie ou Medupi et Kusile en Afrique du Sud, qui enferment l’humanité dans des trajectoires hautement carbonées et inégalitaires ?

Tout dépend de nous… En tant que clients, citoyens, consommateurs, nous avons le pouvoir de demander aux banques de changer leurs pratiques. Et la marge de progression en France est énorme.

Nous pouvons aussi changer de banque, comme l’explique le guide des Amis de la Terre Climat : comment choisir ma banque ? qui dresse un classement des banques françaises selon les impacts des activités qu’elles soutiennent.

Vous avez dit greenwashing ? « Risques maximum », « Impacts minimes », dans quelle catégorie se trouve votre banque ? Pouvez-vous la croire lorsqu’elle se dit engagée pour la protection de l’environnement ?

La Nef et le Crédit coopératif

Selon notre guide, seules la Nef et le Crédit coopératif représentent aujourd’hui des réponses crédibles aux banques climaticides, en privilégiant le financement de projets à forte valeur sociale, environnementale, culturelle.

Si elles constituent des alternatives indéniables, faire pression pour que les grandes banques changent leurs pratiques reste indispensable. La lutte contre les changements climatiques ne pourra pas être gagnée si les banques ne jouent pas leur rôle, à savoir augmenter leurs soutiens à l’efficacité énergétique et aux énergies renouvelables mais aussi stopper ceux dédiés aux énergies fossiles.

Chacun peut agir, en interpellant sa banque sur ces financements et en l’avertissant que si elle ne se retire pas des fossiles, elle risque de perdre un-e de ses clients ! Retrouvez tous les conseils et informations pour changer de banque dans le guide éco-citoyen Climat : comment choisir ma banque ? publié par les Amis de la Terre et sur le site Finance responsable.

Le guide éco-citoyen Climat : comment choisir ma banque ?

Gaspillage de l’eau : le gouvernement se couche devant la FNSEA Marc Laimé Reporterre 2015/02/19 Marc Laimé (19 février 2015) Gaspillage de l’eau : le gouvernement se couche devant la FNSEA. Reporterre. Tribune — fr

Gaspillage de l’eau : le gouvernement se couche devant la FNSEA

Le gouvernement relance la politique des réservoirs pour l’irrigation, pour complaire à la FNSEA, et au mépris de la logique environnementale.

Il y a le fond et la forme. Ils sont ici également consternants et scandaleux. Trois jours avant l’ouverture du salon de l’Agriculture samedi 21 février, un mois avant des élections départementales qui s’annoncent comme une nouvelle débâcle pour un parti socialiste en voie d’implosion, Manuel Valls cède tout au syndicat agricole majoritaire, qui vote et a toujours voté à droite, dont le gouvernement n’a donc strictement rien à attendre, et à qui il vient pourtant d’annoncer qu’il cédait à toutes ses exigences. Le geste est politiquement suicidaire, les conséquences en seront désastreuses pour l’environnement.

La forme, qui dit déjà tout. A l’issue du Conseil des ministres qui s’est tenu ce matin, au lendemain du vaudeville du 49.3, aux conséquences encore imprévisibles, on apprend que les décisions qui viennent d’être adoptées, annoncées par Stéphane Le Foll, ministre de l’Agriculture et porte-parole du gouvernement, ont en fait directement été négociées lors d’une rencontre qui s’est tenu mardi 17 février, à Matignon, entre Manuel Valls et une délégation de la FNSEA (Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles) et des Jeunes Agriculteurs (JA).

- Les décisions sur l’eau et l’agriculture du conseil des ministres du 18 février.

Et c’est la même FNSEA qui a dévoilé ce mercredi matin les décisions arrachées la veille à Matignon... avant même que Stéphane Le Foll ne les présente officiellement à l’issue du Conseil des ministres ! FNSEA qui a aussi recueilli, tant qu’à faire, par le biais de son agence de presse Actuagri, « l’interview d’avant-salon » du chef de l’Etat.

- Stéphane Le Foll à la sortie du conseil des ministres le 18 février -

Le fond. Dire qu’on le touche tient de la litote.

Manuel Valls s’est engagé à une (énième !) « simplification » de la réglementation environnementale, notamment pour ce qui concerne les installations classées (ICPE). Objectif : réduire le nombre de dossiers et accélérer les procédures d’instruction des demandes, en s’alignant sur les pratiques d’autres pays européens.

Il souhaite ainsi faciliter l’agrandissement des élevages de volailles. Le seuil à partir duquel une autorisation est requise sera relevé de 30 000 à 40 000 emplacements. Si les bâtiments abritent moins de 40 000 volatiles, un simple enregistrement suffira pour l’éleveur. Le gouvernement avait déjà assoupli les règles pour les élevages porcins. Un décret publié à Noël 2013 avait fait passer le seuil de déclaration de 450 à 2 000 porcs. Par ailleurs, le délai de recours contre les autorisations délivrées sera limité à quatre mois.

Dans la foulée, le gouvernement s’est aussi engagé à alléger les contrôles dans les exploitations agricoles. Ils s’exerceront donc « sur pièces » plutôt que « sur place » et seront annoncés à l’avance.

Alors que le drame de Sivens a témoigné de l’absurdité de la fuite en avant d’un modèle agricole productiviste à bout de souffle, le gouvernement en termine avec les « ambiguîtés » soigneusement calculées de Ségolène Royal qui, comme à l’accoutumée, est demeurée prudemment à l’abri, laissant Stéphane Le Foll en première ligne, qui se moque éperdument, lui, de sa cote de popularité.

Relance des retenues d’eau pour l’irrigation

La douche froide. Le gouvernement annonce la poursuite et la relance des projets de retenues d’eau pour l’irrigation, qui seront « examinés en fonction des territoires », et bénéficieront de la participation financière des agences de l’eau à condition que les pratiques agricoles soient « plus sobres. »

Avant même que Philippe Martin ne succède à Delphine Batho au ministère de l’Ecologie en juillet 2013, il avait commis, sur commande de Jean-Marc Ayrault, un rapport, qui ré-ouvrait en grand les vannes de l’irrigation. Un texte de positionnement en avait émergé, qui sera validé par une table ronde sur l’eau organisée lors de la seconde Conférence environnementale en septembre 2013. Ce même texte devait ensuite être validé à son tour par le Comité national de l’eau (CNE), où siège, bien entendu… la FNSEA.

- Télécharger le texte présenté au Conseil national de l’eau en décembre 2014 :

Avant Sivens, le texte réouvrait les vannes en grand. Après Sivens, ce même texte, qui fixe la doctrine gouvernementale en la matière, a très vite été « durci », pour tenter d’éviter des poursuites de la Commission européenne, et vient donc à nouveau d’être expurgé de toutes contraintes, sur un coin de table, et sous la dictée du syndicat agricole majoritaire.

En toute logique, l’actuel Premier ministre a enfin assuré à ses interlocuteurs qu’après la décision du tribunal d’instance d’Albi, qui a ordonné le lundi 16 février l’expulsion des zadistes qui occupent La Métairie neuve sur le site de la zone humide du Testet, « l’autorité de l’Etat s’exercerait. »

Avec MM. Valls et Hollande, l’autorité de l’Etat s’exerce à sens unique : contre les défenseurs de l’environnement.

ENQUÊTE - 1 - Le maître caché de l’industrialisation de l’agriculture française Barnabé Binctin et Laure Chanon (Reporterre) Reporterre 2015/02/20 Barnabé Binctin et Laure Chanon (Reporterre) (20 février 2015) ENQUÊTE - 1 - Le maître caché de l’industrialisation de l’agriculture française. Reporterre. Enquête — Agriculture fr

ENQUÊTE - 1 - Le maître caché de l’industrialisation de l’agriculture française

Les nombreux projets de ferme-usines en cours annoncent l’industrialisation de l’agriculture. Un chemin totalement différent du modèle mis en scène par le Salon de l’agriculture qui s’ouvre samedi. Le but : une agro-industrie avec peu de travailleurs et maximisant le profit de grandes entreprises. Une holding nommée Avril – nouvel avatar de Sofiprotéol – joue un rôle clé dans cette mutation forcée. Reporterre a exploré les méandres du maître secret de l’agriculture française.

Leur étendard le plus connu reste encore les mille vaches. Mais elles se développent aussi pour les jeunes bovins, avec la ferme des mille veaux ou pour d’autre bétail, à l’image de la ferme des trois mille cochons ou à celle des mille truies. En production de volailles, les chiffres sont encore plus spectaculaires, on parle de 250 000 poules. Le gigantisme gagne aussi les élevages mixtes, comme en Touraine, où la ferme des 2 200 animaux doit accueillir prochainement ensemble, vaches laitières, taurillons, génisses et chèvres. Autant d’avatars d’un même modèle : la ferme-usine.

Une logique d’agrandissement sur tout le territoire

La carte interactive que publie Reporterre ce jour ne laisse plus de doute : les projets d’élevage géants explosent en France. Dans le même temps, les fermes traditionnelles, de modèle familial, peu aidées, ne parviennent plus à survivre à un environnement économique de plus en plus dur.

En 60 ans, le nombre des exploitations agricoles a été divisé par quatre, passant de deux millions en 1955 à 500 000 environ en 2010. Selon le recensement agricole de 2010, deux cents exploitations disparaissent chaque semaine. Le secteur laitier, avec la crise du lait en 2009, a sans doute payé le plus lourd tribut. Le nombre de fermes laitières s’élevait en 2010 à 78 362 contre environ 427 000 en 1983, soit une perte de 82%, selon une étude de FranceAgriMer.

Souvent, ceux qui jettent l’éponge vendent tout ou partie de leurs terres et de leurs bêtes aux voisins, qui agrandissent leur exploitation pour gagner en chiffre d’affaires et faire des économies d’échelle. Aussi, la taille des fermes grossit. En 1955, 80 % des fermes françaises comptaient moins de 20 hectares en moyenne contre 55 hectares en 2010.

Selon FranceAgriMer toujours, les troupeaux laitiers ont grossi de 40 % entre 2000 et 2010. Actuellement, une ferme laitière compte encore cinquante vaches en moyenne. On reste certes loin du gigantisme du modèle américano-hollandais. « On compte une dizaine de fermes de plus de 250 vaches en France, mais le processus s’accélère » souligne-t-on toutefois du côté de la Confédération Paysanne.

- Dans la ferme-usine des Mille vaches -

L’agrandissement est une question de compétitivité selon Xavier Beulin, président de la FNSEA (Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles), qui déclarait, en avril 2014, que « celui qui a deux hectares, trois chèvres et deux moutons n’est pas agriculteur ».

Et c’est au nom d’une « agriculture moderne et performante » qu’il réaffirmait, il y a quelques jours encore, auprès de François Hollande, son soutien au projet de la ferme des mille veaux. Voici donc comment la taille se retrouve synonyme de performance dans le discours du premier syndicat agricole.

Concentration, Industrialisation, financiarisation

Voilà quelle direction est donc donnée à l’agriculture. Dans son livre Le business est dans le pré paru cette semaine, Aurélie Trouvé résume : « Les entreprises agro-alimentaires se concentrent ; les PME disparaissent au profit des plus grandes, jusqu’à ce qu’il n’en reste plus que quelques-unes qui contrôlent l’essentiel du marché ».

La métamorphose du vocabulaire – « entreprise », « PME », « marché » – illustre celle du monde agricole dans son ensemble. Le changement d’échelle des fermes traduit leur industrialisation. Dans ces grandes exploitations, la rationalisation du travail mène les machines sophistiquées à remplacer le plus possible les hommes. En novembre, les journalistes de Complément d’enquête sont parvenus à filmer l’intérieur de l’usine des mille vaches : on y découvre le plus gros « rotolactor » de France, une machine qui permet de traire cinquante vaches en cinq minutes. Il n’y a plus de pâturage, et les animaux sont alimentés avec des composés industriels, tandis que les éleveurs sont devenus de véritables ouvriers spécialisés.

Le statut même d’agriculteur est remis en cause. La loi d’avenir agricole, votée à l’automne, en redéfinit les critères. Pour toucher les aides publiques, l’« agriculteur actif » doit désormais répondre au critère de revenu dégagé – à côté de ceux de la surface cultivée et du temps de travail. Quel sera le minimum à atteindre ? Un décret d’application en discussion doit le préciser. Mais le lobbying de la FNSEA a d’ores et déjà payé : le chiffre d’affaire est désormais un élément déterminant dans la définition du statut de l’agriculteur et de son « entreprise ».

L’industrialisation a une autre conséquence : la financiarisation de l’agriculture. La dimension des infrastructures ouvre la porte aux capitaux extérieurs, seules des entreprises à fort capital peuvent financer les acquisitions foncières et les équipements adossés. Si, jusqu’à présent, les agriculteurs restent propriétaires de leur société, on constate de plus en plus l’arrivée d’actionnaires non-agriculteurs.

L’exemple de la filière porcine en Bretagne

Deux projets de porcherie géante, inscrits également à la carte de l’industrialisation de l’agriculture, illustrent cette mutation. A Poiroux (Vendée) et à Trébrivan (Côtes-d’Armor), les deux fermes-usines prévoient d’accueillir un millier de truies qui donneront naissance à près de 25 000 porcelets par an. Outre les nuisances environnementales, ces exploitations sont symptomatiques du modèle économique qui se dessine : journal spécialisé, Porc Magazine offre dans un article intitulé « Un concentré de solutions originales » une vue approfondie de l’intérieur de la maternité de Trébrivan.

Qu’apprend-on ? Que « tout est pensé pour réduire l’importance d’une main-d’œuvre salariée » grâce à une « mécanisation complète » et « à la pointe de la technologie ». Moins de travailleurs, plus de capital : « Les originalités économiques de construction payent pour une part les équipements high-tech, les associés misent au final sur une grosse productivité allégée en main d’œuvre ».

Qui porte le projet de Trébrivan ? La SCEA (Société civile d’Exploitation Agricole) Ker Anna, qui est composée de cinq associés-fondateurs :

- Voir les statuts de la SCEA Ker Anna :

L’un de ces cinq associés est la SARL Kerloann, que l’on retrouve également au capital de la ferme de Poiroux, dont le projet est porté par la SCEA Village du Bois.

- Voir les statuts de la SCEA Village du Bois :

Initialement, la SAS Sanders Ouest était également présente dans le montage sociétaire, comme l’indiquait il y a quelques semaines un article de Ouest France, puis elle a disparu du montage final de Poiroux. Mais en réalité, la SAS Sanders Ouest n’a pas vraiment disparu du projet. Elle est en effet un actionnaire de la même SARL Kerloann, au même titre que Sanders Bretagne, Abera ou encore Les groupements de producteurs de porcs de l’Ouest et de l’Armorique :

- Voir les statuts de la SARL Kerloann :

Sanders Ouest est même doublement dans la Sarl Kerloann, puisque la SAS Sanders Ouest, tout comme de nouveau la SAS Sanders Bretagne, est également au capital de Porc Armor – également actionnaire de Kerloann donc – né de la fusion des groupements de producteurs de porcs de l’ouest et de l’Armorique. On y trouve aussi, entre autres, France Gènes :

- Voir les statuts de la SAS Porc Armor :

Vous vous y perdez ? C’est pourtant simple. Sanders Ouest, Sanders Bretagne, Abera, France Gènes sont toutes filiales d’un seul et même opérateur : Sofiproteol, rebaptisé Avril le mois dernier.

Avril-Sofiproteol, acteur omnipotent des filières de l’agro-industrie

Leader français de l’alimentation animale, avec Glon Sanders justement, le groupe Avril-Sofiproteol est très présent dans la filière porcine à travers ses filiales spécialisées dans la nutrition (Sunfeed), l’hygiène et la santé (Tecnofirm), la génétique (Adevia, fruit de la fusion de France Gènes, la même structure qui est au capital de Porc Armor…), et ce jusqu’à l’aval de la filière, avec les abattoirs, par le biais d’Abera – société que l’on retrouve elle au capital de la SAS Kerloann.

L’actualité illustre encore la volonté du groupe d’étendre son réseau : le site manchois des abattoirs AIM, dont les salariés sont en grève depuis jeudi 19 février, n’a qu’un repreneur présenté officiellement, et il se nomme… Sofiproteol.

Ce groupe peut-il être à la fois le principal acteur économique de la filière et participer au capital des nouvelles exploitations industrielles qui s’y montent ? Comment ne pas imaginer alors qu’il assure par la même occasion un débouché à ses diverses activités ?

Nous avons voulu poser directement la question au président du groupe, qui n’est autre que… Xavier Beulin, également président du principal syndicat agricole, et que nous avons rencontré pour un entretien détaillé sur toutes les activités d’Avril. Et là, surprise. Le dirigeant nie la participation au capital des maternités porcines :

- Ecouter Xavier Beulin :

- Xavier Beulin en entretien avec Barnabé Binctin -

Xavier Beulin peut-il ne pas être au courant ? Si cela était, son ignorance serait une preuve supplémentaire de l’immensité de la taille du groupe Avril-Sofiproteol dans le secteur agricole, son président ne maîtrisant plus toute la chaîne des implications.

Ou alors Xavier Beulin se trompe-t-il sciemment ? A-t-il conscience de ce qu’un tel aveu dirait sur l’intégration totale d’une filière par un seul et même acteur économique ?

Car le groupe Avril-Sofiproteol, rarement visible sur la scène médiatique, n’en est pas moins un acteur-clé de l’agriculture française. Et la filière porcine est loin d’être la seule scène où il joue sa partition. La volaille ? Il est le propriétaire de Matines, la célèbre marque d’œufs et a échoué à la reprise de Doux, à l’été 2012. Les huiles ? Le groupe est leader dans le secteur en France, mais aussi au Maroc et en Roumanie, grâce notamment à Lesieur et Puget. Avril-Sofiproteol se développe aussi dans les biotechnologies, avec Biogemma, In Vivo ou Hendrix Genetics dont Sofiproteol est actionnaire.

En fait, la question n’est plus tant de savoir dans quelles branches de l’activité agricole s’est spécialisée Avril, mais plutôt dans laquelle elle ne s’est pas encore développée. Holding regroupant plus de 150 sociétés différentes, le groupe pèse 7 milliards d’euros et reste le bras financier de l’agriculture par le biais de Sofiproteol. De l’alimentation humaine à la nutrition animale, en passant par les semences, les énergies renouvelables et même la presse du secteur, de l’amont jusqu’à l’aval, en France et mais aussi au Maghreb, en Afrique ou en Europe de l’Est, Avril-Sofiproteol est partout.

Et partout où l’on regarde, on constate que les activités industrielles de Sofiproteol s’accordent parfaitement avec le développement des fermes-usines et des nouveaux besoins qui leur sont corrélés : le groupe est un partenaire stratégique de l’industrialisation de l’agriculture.

A partir de lundi, suivez le reportage sur Avril-Sofiproteol, qui revendique « un nouveau printemps » pour l’agriculture française. Tout au long de la semaine, découvrez sur Reporterre le récit de la construction de cet empire.

Journée d’informations et de débats sur le nucléaire à Narbonne Reporterre 2015/02/20 (20 février 2015) Journée d’informations et de débats sur le nucléaire à Narbonne. Reporterre. Déchets nucléaires fr

Journée d’informations et de débats sur le nucléaire à Narbonne

Narbonne, cité nucléaire ! Journée d’information et de débat sur la COMURHEX et le nucléaire, le samedi 21 février 2015.

Une journée pour parler ensemble, citoyens, travailleurs, habitants du Narbonnais... Le 21 février 2015 au palais du travail à Narbonne.

14H - Conférence et débat : l’usine AREVA de Malvési/Narbonne, quel impact radiologique ?

Conférence de Bruno Chareyron, ingénieur en physique nucléaire, responsable du laboratoire de la CRIIRAD

17H30 - Tables rondes

Nucléaire, travailleurs, emploi - Impact sanitaires et sociaux au quotidien pour les travailleurs et pour les populations.

Chaîne du combustible, de la mine aux déchets - Des centaines de transport dangereux passent par l’usine de Narbonne, maillon incontournable et porte d’entrée du nucléaire en France.

La société nucléaire - Quel coût humain, sanitaire, démocratique, économique...?

20H - Repas partagé, buvette

Passer un moment convivial et chaleureux, discuter, partager, échanger...

La carte de France des projets de fermes-usines Lorène Lavocat (Reporterre) Reporterre 2015/02/20 Lorène Lavocat (Reporterre) (20 février 2015) La carte de France des projets de fermes-usines. Reporterre. Économie fr

La carte de France des projets de fermes-usines

Fermez les yeux, et imaginez plus d’un million de volailles entassées dans une seule exploitation. 11 000 porcs serrés les uns à côté des autres. 120 000 agneaux engraissés dans un même lieu. Non, ce n’est pas un cauchemar, mais les différents visages de l’industrialisation de notre agriculture. Voici la carte qui recense ces dérives industrielles.

La Confédération paysanne publie aujourd’hui une carte de France de ce phénomène sans précédent. Le syndicat recense une trentaine de « projets phares », témoins d’un dévoiement dangereux du modèle productiviste. « C’est une agriculture destructrice d’emplois, incompatible avec la préservation de notre environnement et prédatrice d’une agriculture à taille humaine », explique le syndicat paysan.

- Cliquer sur les icônes pour le détail de chaque projet

Que nous révèle cette carte ? « Nous avons voulu montrer une dérive lourde du système actuel, dont le symbole est la ferme-usine », explique Laurent Pinatel, porte-parole de la Confédération paysanne. La ferme des 1000 vaches dans la Somme n’est qu’un des avatars de cette industrialisation tous azimuts. Une tendance à la concentration et à l’hyper-spécialisation qui touche tous les types d’élevages, mais aussi les cultures maraîchères.

Comme ces 25 ha de serres de tomates hors sol à Echillais (Charente-maritime), chauffées par un méga incinérateur... pour produire 50 tonnes de tomates par jour. Un phénomène souvent porté par des grands groupes industriels, mais aussi par des agriculteurs. « En Aveyron, un paysan engraisse plus de 120 000 agneaux, et nous ne cautionnons pas cette pratique juste parce qu’elle est portée par un paysan », précise Laurent Pinatel.

Une tendance nocive ? Le gouvernement ne semble pas de cet avis. « Ceux qui disent qu’on peut se passer d’une agriculture industrielle se mentent à eux-mêmes. » Mercredi 17 février, Stéphane Le Foll a une nouvelle fois mis les pieds dans le plat. « Pas de faux débats », a-t-il précisé à nos confrères du Parisien. « On a besoin d’une industrie agroalimentaire, et on a aussi besoin, pour la production de certains aliments, d’une production suffisamment industrialisée pour qu’elle soit accessible. » Alors qui a raison ?

Qu’entend-on par industrialisation de l’agriculture ?

« Il s’agit d’appliquer à l’agriculture des processus qui ont fait leurs preuves dans l’industrie : produire toujours à plus grande échelle pour produire au moindre coût monétaire », explique l’agronome Marc Dufumier. Mécanisation, robotisation, augmentation de la taille et concentration des exploitations.

Pourtant, « l’idée que l’on va faire des économies d’échelle avec des grands troupeaux est fausse », dit André Pfimlin, spécialiste des élevages laitiers. « Aux États-Unis, des chercheurs ont montré que ces grands troupeaux, nécessitant des équipements nouveaux, avaient des coûts par tonne de lait plus élevés et étaient plus vulnérables aux variations du prix du lait et de l’aliment. Leur rentabilité provenait du recours à de la main d’œuvre bon marché, souvent immigrée. »

Malgré tout, la marche de l’agriculture vers l’industrialisation se poursuit, poussée par les grands groupes agro-industriels. Pour la Confédération, « ce sont eux qui captent la valeur ajoutée, et on les retrouve derrière la plupart des projets de ferme-usine. » Reporterre a mené l’enquête sur le plus tentaculaire de ces groupes : Avril-Sofiprotéol

Cette industrialisation est-elle inévitable ?

Pour André Pfimlin, l’élevage industriel est inacceptable : « Ces feedlots sont en compétition directe avec l’alimentation humaine car gros consommateurs de grains… Ils sont destructeurs de l’environnement, parce qu’ils sont en partie responsables de la déforestation pour faire de la monoculture industrielle de maïs ou de soja, et ils sont de gros producteurs de gaz à effet de serre. »

Surtout, ces méga-projets détruisent des emplois, des marchés locaux et la vie rurale. « Dans un contexte de chômage massif et de désertification de nombreuses régions rurales, l’industrialisation de l’élevage est injustifiable, même sur le seul plan socio-économique », conclut-il.

Un avis partagé par Pablo Servigne, chercheur agronome : « L’agriculture industrielle est un modèle toxique, qui se coupe l’herbe sous les pieds, en détruisant les écosystèmes. » Un système nocif et condamné. « Comme il dépend du pétrole, des minerais et d’autres ressources fossiles, c’est un système déjà mort. »

Un mort-vivant alors, car les fermes-usines sont en plein essor. « Il y a une grande inertie du système », affirme Pablo Servigne. En cause, le verrouillage socio-technique : « Nous héritons de techniques inventées dans le passé, comme les pesticides, les OGM, qui ne sont plus efficaces, mais qui sont très intégrées dans nos usages et nos modes de pensée. » Lui appelle donc à de « grands déclics imaginaires », pour changer de paradigme.

« Nous sommes au moins d’accord avec la FNSEA sur un point », admet Laurent Pinatel. « Le système actuel est à bout de souffle. Eux proposent d’y remédier par les fermes-usines, nous par l’agriculture paysanne, orientée vers un marché local. » Agroécologie, circuits courts, culture biologique. D’autres modèles existent.

« Partout dans nos campagnes, il y a des paysans qui sont déjà entrés dans l’ère post-pétrole », estime Pablo Servigne. « L’exode urbain a déjà commencé, les néo-ruraux sont de plus en plus nombreux, c’est un énorme mouvement qui n’a pas encore conscience de lui-même. » Chercheur agronome de formation, il s’est lui-même installé en Ardèche et formé à la permaculture. « L’effondrement inéluctable de la civilisation industrielle va permettre l’épanouissement de nouvelles pousses », dit-il. « Et ces jeunes pousses sont déjà là. »

Pour plus d’informations, lire aussi :

- notre Dossier Mille Vaches

- Après la ferme-usine des mille vaches, les trois mille cochons de Picardie

- L’agriculture industrielle va disparaître, une recension du livre de Pablo Servigne Nourrir l’Europe en temps de crise. Vers des systèmes alimentaires résilients.

La vie de Reporterre Reporterre Reporterre 2015/02/20 Reporterre (20 février 2015) La vie de Reporterre. Reporterre. fr

La vie de Reporterre

- Pourquoi les grands médias parlent-ils si peu d’environnement ?, ITV de Hervé Kempf par France Info, le 26 février 2015.

- « Choisir d’être heureux est un acte de résistance politique » : la Rencontre de Reporterre sur le vivre ensemble, le 7 février 2015.

- Rencontre de Reporterre le 5 février : Et maintenant ? Vivre ensemble pour libérer l’avenir.

. Mise en ligne le 28 janvier 2015.

- On aura tout vu ! Même Reporterre sur TF1 !, le 28 janvier 2014.

- Reporterre censuré par France 24, le 21 janvier 2015.

- Au Testet, les pro-barrages tentent l’opération « Manche de pioche » et menacent Reporterre, le 19 décembre 2014.

Pour la deuxième fois en quelques mois, un journaliste de Reporterre se trouve agressé pour son travail d’information sur le conflit du Testet. En septembre, déjà, Emmanuel Daniel avait été molesté à Albi. Nous ne pouvons que déplorer ces conduites irresponsables, mais continuerons notre tâche d’informer. En restant sereins, exacts, précis, et en écoutant toutes les parties prenantes des disputes. Mais Reporterre ne cédera pas à la menace. Et recourra, le cas échéant, aux moyens juridiques contre les personnes qui s’en prennent à la liberté d’informer garantie constitutionnellement.

- Reporterre sans publicité, sans capitalistes, et en accès libre. Il dépend de vous, le 8 décembre 2014.

- Projets inutiles, la victoire est possible : le récit de la Rencontre de Reporterre, le 5 décembre 2014.

- RENCONTRE de REPORTERRE : Projets inutiles, la victoire est possible !, 1 décembre 2014.

- Reporterre publie son premier livre, en partenariat avec Le Seuil : Le tour de France des alternatives, le 10 octobre 2014.

- A la rencontre de Reporterre, on a retrouvé le goût de la politique, le 8 octobre 2014.

- RENCONTRE DE REPORTERRE - L’écologie au coeur de la reconstruction politique, le 6 octobre 2014.

- Rencontre : Les médias alternatifs, leviers de la lutte contre le changement climatique, le 29 septembre 2014.

- Reconstruire la politique ? A vous la parole, prenez-la !, le 28 septembre 2014.

- Les Amis de Reporterre se retrouvent ce samedi au Festival des Utopies Concrètes, le 27 septembre 2014.

- Un journaliste de Reporterre molesté par la police à Albi, le 23 septembre 2014.

- Reporterre va sur Radio Nova et y commence une chronique hebdomadaire, 11 septembre 2014.

- Pour Reporterre, une année bien remplie, avant de nouvelles aventures, 6 août 2014.

- Pourquoi aimez-vous Reporterre ?, 1 août 2014.

- Reporterre fait la pause, 1 août 2014.

- Les Amis de Reporterre vous invitent à rejoindre l’aventure de l’information libre sur l’écologie, 4 juillet 2014.

- Reporterre invite ses amis à un pique-nique, 19 juin 2014.

- Reporterre va bien… avec vous !, 29 avril 2014.

- Reporterre va bien et vous remercie, 18 janvier 2014.

- Le buzz de l’écologie sur Radio Aligre, en partenariat avec Reporterre, 15 janvier 2014.

- Nouvel an, élan, des dessins pour savoir comment faire un vrai cadeau écologique pendant les fêtes, décembre 2013.

- Qu’est-ce qu’être écologiste ? Retour sur la deuxième rencontre de Reporterre, 19 décembre 2013 (la rencontre a eu lieu le 12 décembre 2013).

- L’écologie ? Oui, mais par le collectif ! La première rencontre de Reporterre, avec Charles Piaget et Pierre Rabhi, 15 octobre 2013.

- Reporterre sur Radio Aligre mercredi à 8 h, 1 octobre 2013.

- Les Rencontres de Reporterre : Charles Piaget et Pierre Rabhi, première mise en ligne le 28 septembre 2013.

- Le jour où Reporterre a largué les amarres, 9 septembre 2013.

- Un nouveau logo pour Reporterre, 8 septembre 2013.

- Un million d’emplois par l’écologie, on y a toujours cru !, 27 mai 2013.

Le tenace travail des lobbies pour forcer l’exploration des gaz et pétrole de schiste Claude Taton Reporterre 2015/02/20 Claude Taton (20 février 2015) Le tenace travail des lobbies pour forcer l’exploration des gaz et pétrole de schiste. Reporterre. Tribune — fr

Le tenace travail des lobbies pour forcer l’exploration des gaz et pétrole de schiste

Depuis plusieurs semaines, une stratégie est patiemment mise en place par les lobbies afin de rendre acceptable auprès des décideurs politiques l’exploration des réserves potentielles de gaz et de pétrole de schiste et de créer les conditions d’une expérimentation au travers de sites pilotes.

Les lobbies intègrent dans leur discours la nécessité de tenir compte de pratiques respectueuses de l’environnement afin de convaincre des bienfaits de l’exploration.

Les techniques "aux effets positifs"

Il faut remonter à moins d’une année pour commencer à voir se dessiner cette perspective avec le rapport de l’OPECST (l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques) en novembre 2013, sur les alternatives à la fracturation hydraulique qui appelle à la création d’un programme de recherches sur celle-ci et sur les techniques alternatives pouvant inclure des forages expérimentaux.

Ce rapport ne manque pas de recenser les différentes techniques ayant « des effets positifs sur l’environnement ».

Le premier à poursuivre cette campagne est Jean-Louis Schilansky, Président de l’Union Française de l’Industrie Pétrolière (UFIP), qui au moment de la nomination de Ségolène Royal au poste de ministre de l’Ecologie et de l’Energie, début avril 2014, insiste pour qu’elle revienne sur le dossier du gaz de schiste en appliquant totalement la loi du 13 juillet 2011, notamment les articles 2 et 4. (1)

- Jean-Louis Schilansky -

Créer des "sites pilotes"

Cette loi a prévu la mise en place d’une commission nationale d’orientation, de suivi et d’évaluation des techniques d’exploration et d’exploitation des hydrocarbures liquides et gazeux.

Elle est chargée d‘évaluer les risques environnementaux liés aux techniques de la fracturation et aux autres alternatives. Elle offre la possibilité de mettre « en œuvre des expérimentations réalisées à seules fins de recherche scientifique sous contrôle public ». (2)

Cette commission qui définirait les conditions dans lesquelles les réserves potentielles de gaz de schiste pourraient être explorées n’a toujours pas été activée. Favorable aussi à l’exploration des sous-sols, Philippe Goebel, président de l’Union des Industries Chimiques, souhaite que l’exploitation du gaz de schiste entre dans le plan de bataille pour la compétitivité. (3)

L’Institut Montaigne lui emboîte le pas et publie en juillet 2014 un rapport intitulé « Gaz de schistes : comment avancer ». Il plaide pour que la France établisse un plan de recensement des ressources sous le contrôle d’une commission ad hoc et crée des sites pilotes pour expérimenter la fracturation hydraulique.

Ce rapport estime que le gaz de schiste « est déjà une réalité qui a bouleversé les équilibres économiques internationaux » et « que la loi du 13 juillet 2011, en interdisant le recours à la fracturation hydraulique, a rendu impossible l’évaluation des ressources en gaz de schiste potentiellement exploitables dans le sous-sol français ». Il invite la France à avancer sur la question du gaz de schiste et à explorer le sous-sol. (4)

Abroger la loi interdisant la fracturation hydraulique

Quelques jours plus tard, le groupement des entreprises et des professionnels des hydrocarbures et des énergies connexes (Gep Aftp) annonce son soutien au rapport visant à « mettre un terme au blocage du débat sur le gaz de schiste en France ».

Pascal Baylocq, président du comité de liaisons, d’actions et de réflexion (Clar) sur les hydrocarbures de roche-mère au sein du Gep Aftp, indique dans un communiqué « s’associer pleinement » à la proposition de « développer un (ou plusieurs) sites-pilotes sur la fracturation hydraulique pour montrer ses implications techniques et son impact environnemental ». (5)

Ce soutien sera précédé à la mi-juin d’une contribution du think tank Terra Nova qui propose d’abroger la loi interdisant de recourir à la fracturation hydraulique pour extraire les gaz de schiste.

- Le think tank Terra Nova veut abroger la loi interdisant la fracturation hydraulique. -

Son auteur, Gille Darmois, ancien cadre de Total, prône la rédaction, sous la responsabilité de l’Etat, d’un cahier des charges qui, établi dans le respect des contraintes environnementales, permettrait d’exploiter cette ressource :

"(…) Pour sortir des fantasmes sur les ressources en France, il est souhaitable de lever l’interdiction d’exploration tout en imposant un cahier des charges environnemental strict, issu d’un processus de concertation ouvert et transparent. .(…)" (6)

Compétitivité

Au cours du mois de septembre, le président du MEDEF, Pierre Gattaz, propose dans un ensemble de propositions pour améliorer la compétitivité des entreprises et l’investissement d’autoriser la recherche sur l’exploitation des gaz de schiste en France. (7)

Sur cette lancée, le Conseil national de l’industrie (CNI - instance consultative placée auprès du Premier Ministre) appelle dans un avis sur la politique européenne de l’énergie et du climat datant du 3 octobre à ne pas fermer la porte aux gaz de schiste. Il indique que l’Europe doit explorer et évaluer l’ensemble des ressources dont elle dispose dont les gaz et pétroles de schiste. (8)

A nouveau, Jean-Pierre Clamadieu, élu nouveau président du Conseil Européen de l’Industrie Chimique, lors de son assemblée générale tenue à Paris le 17 octobre, demande de rouvrir les discussions sur le gaz de schiste. Il précise qu’« en France, on a besoin de revenir sur le sujet et de le regarder avec des yeux plus pragmatiques, insiste-t-il. Et s’il y a du potentiel en Europe, on doit l’exploiter tout en tenant compte de l’environnement. » (9)

Un centre de lobbying

Ce lobbying intense compte se poursuivre par la création fin 2014-début 2015 d’un centre d’information et de documentation sur le gaz de schiste annoncée par une quinzaine d’industriels français. L’objectif de ce centre qui regrouperait des industriels, des économistes, des sociologues et des scientifiques serait de collecter des données et des informations vérifiées et crédibles pour chercher à convaincre de se lancer dans l’exploration des gisements en France et en Europe. (10)

Ce lobbying a réussi également à influer la réforme du code minier qui fera dans les prochains mois l’objet d’un futur projet de loi.

Thierry Tuot, le Conseiller d’État qui a été chargé de rédiger les dispositions législatives de cette réforme a proposé la création d’un permis d’exploration particulier précisant que « les opérations de recherche ou de prospection, tous essais, mis en œuvre pour acquérir des connaissances, évaluer quantitativement ou qualitativement une substance ou l’accès à un usage soumis aux dispositions du présent code sont libres, quelle que soit la manière de procéder ou de mettre en œuvre ces opérations (…) » (article L.222-1, livre II du projet de code minier présenté par M.Tuot) (11)

Ce nouveau permis d’exploration qui viserait une recherche dite purement « académique » permettrait de conduire des travaux d’exploration en laissant une place à des expérimentations quelle que soit la manière de procéder.

Il servirait les desseins des lobbies dans leur volonté de légitimer les explorations d’hydrocarbures non conventionnels et parachèverait cette stratégie cherchant à définir les conditions dans lesquelles les réserves potentielles de gaz de schiste pourraient être explorées et à ouvrir les conditions d’ expérimentation tant réclamées par les industries pétrolières et gazières.

Notes

1 - http://bastagazales.fr/2014/04/04/segolene-royal-doit-revenir-sur-le-dossier-du-gaz-de-schiste-selon-jean-louis-schilansky/

2 - http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000024361355&dateTexte=&categorieLien=id

3 - http://videos.lesechos.fr/news/invite-des-echos/p-g-bel-uic-gaz-de-schiste-nous-voulons-nous-battre-a-armes-egales-avec-les-americains-3497836780001.html

4 - http://bastagazales.fr/2014/07/10/gaz-de-schiste-la-france-doit-avancer-et-sortir-du-statu-quo/

5 - http://bastagazales.fr/2014/07/16/gaz-de-schiste-la-filiere-des-hydrocarbures-favorable-aux-sites-pilotes-sur-la-fracturation-hydraulique/

6 - http://bastagazales.fr/2014/06/18/gaz-de-schiste%E2%80%89-la-note-choc-de-terra-nova/

7 - http://bastagazales.fr/2014/09/26/medef-autoriser-la-recherche-sur-lexploitation-des-gaz-de-schiste/

8 - http://bastagazales.fr/2014/10/06/le-conseil-national-de-lindustrie-ne-ferme-pas-non-plus-la-porte-aux-gaz-de-schiste/

9 - http://bastagazales.fr/2014/10/19/nouveau-patron-de-la-chimie-europeenne-jean-pierre-clamadieu-appelle-a-rouvrir-le-debat-sur-le-gaz-de-schiste/

10 - http://bastagazales.fr/2014/10/16/gaz-de-schiste-en-coulisses-les-industriels-sactivent/

11 - http://bastagazales.wordpress.com/2013/12/06/reforme-du-code-minier-nouvelle-version-de-lavant-projet-de-loi/

Toujours plus de lois antiterroristes... pour un recul continu des libertés publiques Isabelle Rimbert (Reporterre) Reporterre 2015/02/20 Isabelle Rimbert (Reporterre) (20 février 2015) Toujours plus de lois antiterroristes... pour un recul continu des libertés publiques. Reporterre. Enquête — fr

Toujours plus de lois antiterroristes... pour un recul continu des libertés publiques

Les attentats début janvier ont poussé le gouvernement à franchir un nouveau cap en matière de surveillance et de répression, via une procédure accélérée. Une première ? Pas vraiment. Depuis trente ans, quinze lois antiterroristes ont été adoptées, qui enfreignent peu à peu les libertés publiques.

Chaque vague d’attentats perpétrés sur le sol français – ainsi qu’à l’étranger – a donné lieu à une surenchère en matière de législation sécuritaire. Mais les gouvernements successifs n’ont pas légiféré uniquement dans ces périodes post-traumatiques.

Le Parlement concocte en moyenne une loi antiterroriste tous les deux ans. On en dénombre ainsi une quinzaine depuis 1986, sans compter la multiplication d’autres lois ou décrets sécuritaires qui viennent, mois après mois, garnir le journal officiel. D’une mesure à l’autre, les peines s’alourdissent, la garde à vue s’étend, les moyens de contrôle et de surveillance sont démultipliés.

Pour quel résultat ? La question mérite d’être posée. Car si cet arsenal judiciaire n’a pas prouvé son efficacité dissuasive sur les personnes ciblées, chacun de nous devient, au regard de la loi, un suspect potentiel, les mesures antiterroristes envahissant toujours plus le droit commun. De quoi laisser craindre, au nom de la sécurité, une généralisation de l’arbitraire dans la mise en oeuvre de ces lois grignotant petit à petit les libertés fondamentales.

Tour d’horizon non exhaustif du millefeuille judiciaire en matière d’antiterrorisme.

La loi n° 86-1020, 9 septembre 1986

Votée en urgence à la demande du gouvernement Chirac après la vague d’attentats perpétrés à Paris en février 1986, c’est la première législation spécifique en matière de terrorisme. Elle le définit comme la combinaison entre un crime ou délit de droit commun avec « une entreprise individuelle ou collective ayant pour but de troubler gravement l’ordre public par l’intimidation ou la terreur ». Cette loi institue un régime dérogatoire au droit commun, étend la durée possible de garde à vue à quatre jours, reporte l’intervention de l’avocat à la 72e heure.

La loi n° 86-1322 du 30 décembre 1986

Complète la loi pré-citée. Les crimes terroristes sont désormais jugés par une cour d’assises spéciale, composée exclusivement de magistrats, sans présence de jurés.

La loi n° 92-686 du 22 juillet 1992

Traduit la réforme des dispositions du code pénal relatives à la répression des crimes et délits contre la nation, l’État et la paix publique. Elle insère les actes de terrorisme dans le nouveau code pénal, pour en faire des infractions spécifiques et plus sévèrement sanctionnées.

La loi n° 92-1336 du 16 décembre 1992

Maintient et précise la procédure dérogatoire applicable aux actes de terrorisme. Les perquisitions, visites domiciliaires et saisies de pièces à conviction pourront être faites sans l’assentiment de la personne chez laquelle elles ont lieu.

La loi n° 95-125 du 8 février 1995

Allonge la prescription des crimes et délits terroristes : la prescription des délits passe de 10 à 20 ans, et celle des crimes à 30 ans.

La loi n° 96-647 du 22 juillet 1996

Crée le un délit d’« association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste ». Considéré comme un acte terroriste, il est puni de 10 ans d’emprisonnement. La loi autorise ainsi les autorités à prendre des mesures préventives avant la commission d’un crime, et étend la déchéance de la nationalité française.

La loi n°96-1235 du 30 décembre 1996

Permet les perquisitions de nuit en enquête de flagrance, préliminaire ou au cours de l’instruction.

La loi n° 97-1273 du 29 décembre 1997

Permet la possibilité de délocaliser, si nécessaire, les juridictions spécialisées en matière d’antiterrorisme ailleurs qu’à Paris.

La loi n° 2001-1062 du 15 novembre 2001

Renforce le pouvoir des officiers de police judiciaire en matière de contrôles d’identité. Elle crée un délit de financement du terrorisme, autorise, "à titre temporaire" la fouille des véhicules à des fins de recherche ou de poursuite d’actes de terrorisme, élargit la possibilité de mise en œuvre de perquisitions domiciliaires, permet la mise à disposition de l’autorité judiciaire des données de communication, prévoit une peine de confiscation des biens des personnes reconnues coupables d’actes de terrorisme.

La loi n° 2003-239 du 18 mars 2003

Elle fait partie d’un projet plus global : la loi d’orientation et de programmation pour la sécurité intérieure (LOPSI), votée le 29 août 2002. Les contrôles, vérifications et relevés d’identité sont rendus possibles sur toute personne à l’encontre de laquelle existent "une ou plusieurs raisons plausibles" de suspecter qu’elle entre dans le cadre de l’antiterrorisme.

La possibilité de fouiller les véhicules devient permanente, et les compétences des officiers de police judiciaire sont étendues. Cette loi permet d’inscrire de nouvelles informations dans les fichiers de recherche criminelle, notamment le fichier des empreintes génétiques (FNAEG).

Elle permet en outre d’étendre le fichier génétique à toutes les personnes à l’encontre desquelles il existe « des raisons plausibles de soupçonner qu’elles ont commis une infraction ». Elle punit tout « outrage au drapeau national » ou à l’hymne national de 7.500 euros d’amende, plus six mois de prison si le geste est commis « en réunion ».

Par ailleurs, les occupations illégales d’appartements ou d’immeubles constituent une nouvelle infraction, celle de violation de propriété. Avec la création d’un délit à part entière, le nouveau texte pénalise le squat et le réprime par six mois d’emprisonnement et 3 000 euros d’amende.

La loi n° 2004-204 du 9 mars 2004 (loi Perben II)

Instaure notamment de nouvelles possibilités d’investigations policières : infiltrations, écoutes téléphoniques, sonorisations et perquisitions. Elle légalise la pratique des indics de police (dorénavant rétribués), modifie le fichier des personnes recherchées (FPR), prolonge la garde à vue à 96h.

La loi n° 2006-64 du 23 janvier 2006

Impose à tout opérateur de télécommunications et tout fournisseur d’accès la conservation des données de connexion pendant un an. Elle assouplit les conditions d’installation de la vidéosurveillance, et permet d’augmenter la durée de garde à vue de quatre à six jours (144h) en cas de risque d’attentats, contraint les compagnies ferroviaires, aériennes, maritimes de transmettre les données PNR (concernant les passagers) à la police et à la gendarmerie, données qui peuvent être comparées avec le Fichier des personnes recherchées (FPR).

La loi n° 2011-267 du 14 mars 2011

Elargit les possibilités de vidéosurveillance, crée un régime de protection des agents de renseignement et de leurs sources, simplifie les procédures d’alimentation du fichier national automatisé des empreintes génétiques. Cette loi d’orientation et de programmation pour la performance de la sécurité intérieures (LOPPSI II) permet, sur commission rogatoire d’un juge, de capter en temps réel (grâce à un logiciel espion), les informations contenues dans le disque dur d’un ordinateur et celles apparaissant sur l’écran.

La loi n°2012-1432 du 21 décembre 2012

Modifie le code pénal en permettant de poursuivre les actes de terrorisme commis par des ressortissants français à l’étranger ou par des étrangers résidant habituellement en France, ainsi que les personnes ayant participé à des camps d’entrainement terroristes à l’étranger.

Par ailleurs, depuis 2005, la surveillance des données de connexion (internet, géolocalisation, factures détaillées de téléphone) est autorisée. La loi n°2012-1432 prolonge jusqu’au 31 décembre 2015 cette disposition temporaire qui arrivait à expiration le 31 décembre 2012.

La loi n° 2014-1353 du 13 novembre 2014

Permet l’interdiction administrative de sortie du territoire, ainsi que l’invalidation provisoire du passeport et de la carte d’identité. Cette nouvelle loi pénalise « l’entreprise individuelle à caractère terroriste », renforce la répression de l’apologie de terrorisme et la provocation en faveur de tels actes.

Elle permet le blocage administratif de sites internet vecteurs de telles initiatives, ou jugés comme tels. Les enquêteurs peuvent perquisitionner les « clouds », et intercepter les discussions sur les logiciels d’appels téléphoniques sur Internet et simplifie la procédure de mise en ouvre d’une opération de déchiffrement de données. Cette loi élargit le champ d’intervention du tribunal de grande instance de Paris, visant à favoriser une meilleure circulation de l’information entre les parquets locaux et le parquet spécialisé.

... Et ce n’est pas fini : Manuel Valls présentera au printemps une nouvelle loi dédiée au renforcement des services de renseignements.

- Compléments d’info :

. La Quadrature du net dépose un recours contre les mesures de surveillance du Net.

. Une semaine de résistance aux violences policières s’est déroulée à Nantes jusque dimanche 22 février (infos ici :).

« A terme, rien n’empêcherait d’utiliser l’arsenal anti-terroriste contre les mouvements sociaux » Entretien avec Laurence Blisson Reporterre 2015/02/21 Entretien avec Laurence Blisson (21 février 2015) « A terme, rien n’empêcherait d’utiliser l’arsenal anti-terroriste contre les mouvements sociaux ». Reporterre. Entretien — Libertés fr

« A terme, rien n’empêcherait d’utiliser l’arsenal anti-terroriste contre les mouvements sociaux »

Laurence Blisson, secrétaire générale du Syndicat de la magistrature, explique la dérive possible des lois antiterroristes vers la répression des luttes écologiques et sociales. Nous publions cet entretien alors qu’une semaine des résistances aux violences policières se conclut dimanche 22 février.

Secrétaire générale du Syndicat de la magistrature, Laurence Blisson est juge d’application des peines au Tribunal de grande instance de Bobigny (Seine-Saint-Denis).

Reporterre - Pourquoi la justice française n’a-t-elle pas utilisé l’attirail antiterroriste contre les militants de luttes environnementales, alors que les poursuites ont été ouvertes dans ce cadre en Italie contre les militants du mouvement No-Tav opposés au projet Lyon-Turin ?

Laurence Blisson - Il y a deux raisons. D’abord l’échec retentissant des procédures du dossier Tarnac qui a suscité beaucoup de contestation, et qui au final s’est retourné contre Michèle Alliot Marie (alors ministre de l’intérieur). La deuxième raison est que l’arsenal répressif permet déjà beaucoup de choses aux enquêteurs et aux juges. L’ajout des dispositions des lois antiterroristes est marginal quand on peut, avec la qualification de « bande organisée », utiliser des pouvoirs de police spéciaux, des allongements de la durée de la garde à vue. Cela ne rend pas nécessaire d’en passer par la catégorie du terrorisme. Le choix a été fait de recourir à des formes de répression rapide, comme la comparution immédiate…

Dans le cas de qualification de terrorisme, il y a un rôle très important des services d’enquête, au départ, qui peuvent réussir à convaincre le parquet d’ouvrir les poursuites à ce titre. A Sivens ou à Notre-Dame-des-Landes, c’est plutôt la police judiciaire qui est à l’œuvre que le renseignement [à la différence du cas de Tarnac]

Des magistrats peuvent-ils utiliser des qualifications plus lourdes que les faits le mériteraient pour bénéficier de l’effet d’annonce publique, qui désignerait les militants prévenus comme des gens dangereux ?

Il peut arriver que des magistrats choisissent d’ouvrir une enquête sur la qualification la plus lourde. Cela est motivé par un double souci des magistrats. Premièrement, ne pas aboutir à une relaxe des prévenus, ce qui disqualifierait le travail de ces magistrats. Mais aussi s’associer à la logique d’ordre public, aux stratégies préfectorales, en recherchant l’effet d’exemplarité dans une zone où on pense qu’il peut y avoir d’autres actions du même genre.

Didier Fassin l’explique dans son dernier livre, L’Ombre du monde. Une anthropologie de la condition carcérale : les magistrats ont une relation à la notion insaisissable d’« opinion publique », si tant est qu’elle existe, qui fait qu’ils intériorisent une « attente sociale » des formes de répression.

Cela peut amener un magistrat à choisir des qualifications plus lourdes (et en allant au bout de la logique, jusqu’au terrorisme, même si ce n’est pas arrivé dans le cas des luttes sociales et environnementales). L’ordre public peut devenir un objectif des magistrats sans qu’il y ait besoin d’un injonction hiérarchique ou de pressions. Cela relève de l’intériorisation, dans un corps qui est globalement conservateur. Sur le plan juridique, ça n’aboutira pas forcément, mais sur le plan du renseignement, cela permet de faire ce qu’on veut.

Les nouvelles dispositions de la loi antiterroriste votée cette automne changent-elles la donne ?

Disons que ça élargit le champ des infractions pénales très en amont, jusqu’à la formalisation d’une intention, ou l’entreprise individuelle terroriste, avec la possibilité de bloquer un site internet, ou de prononcer l’interdiction de sortie du territoire, l’interdiction de contact. J’ai le sentiment qu’à court terme, ces dispositions antiterroristes ne seront pas appliquées contre des militants de luttes sociales et environnementales. Tout a été pensé, mis en avant, dans le cadre de la lutte contre le jihadisme. Mais le risque existe. À plus long terme, quand le débat public sera passé à autre chose, rien n’empêcherait d’utiliser cet arsenal. Avec cet effet de cliquet, qui fait qu’on ne reviendra jamais en arrière.

Tout comme les prélèvements ADN, à l’origine prévus contre les délinquants sexuels, et depuis étendus à tous les délits, y compris les actions militantes.

Oui, exactement.

On a vu dans la lutte contre l’aéroport de Notre Dame des Landes des mesures d’interdiction de paraître, et d’interdictions de manifestation dans une commune pendant plusieurs années. S’agit-il d’un détournement de mesures répressives prévues pour d’autres cas de figure ?

Je ne sais pas si ça n’a pas déjà existé dans des luttes plus anciennes, mais c’est extrêmement inhabituel. L’interdiction de paraître dans une commune ou un département est d’ordinaire utilisé dans des affaires de grand banditisme, contre des maris violents s’il y a risque de réitération des violences envers la victime, mais aussi dans les périphéries urbaines envers de jeunes trafiquants de drogue, voire dans des affaires criminelles très graves, afin d’éviter un contact avec la famille des victimes ou les victimes elles-mêmes en cas de crime ou de viol. Dans le cas de la ferme-usine des Mille vaches, des militants de la Confédération paysanne ont été condamnés [en plus de peines de 2 à 5 mois de prison avec sursis et des amendes de 300 euros chacun] à des interdictions de paraître dans le département de la Somme, alors que les faits reprochés étaient des dégradations [un tag, des engins de chantier et une salle de traite démontés], la détention de boulons dans leurs poches, et le refus de prélèvement ADN. Des condamnations très inhabituelles. Les magistrats ont aussi mis en difficulté les luttes, les militants de la Confédération paysanne étant interdits, à titre d’obligation du contrôle judiciaire en attendant le procès, de contacts entre eux alors que qu’ils sont des responsables nationaux de ce syndicat.

N’est-ce pas contraire à l’idée que seuls les faits comptent, pas les contextes politiques et sociaux ?

Sur la base du droit, on peut trouver des justifications cohérentes, comme le besoin d’éviter la réitération de faits similaires. Dans le cas des militants de la Confédération paysanne, il s’agissait de les empêcher de revenir sur les lieux de la ferme-usine.

Des manifestations ont été réprimées avec de nouvelles armes de maintien de l’ordre, les lanceurs de balles de défense (LBD), super flashball. Des manifestants ont perdu un œil suite à ces tirs, trois le même jour lors de la manifestation antiaéroport à Nantes le 22 février 2014. Les procédures lancées par les victimes contre les forces de l’ordre aboutissent à l’impunité de la police. Est-ce dû à la crainte des magistrats de désavouer la confiance en la police qui alimente leurs procédures au quotidien ?

Effectivement, tout travail judiciaire est fondé sur le travail policier. Et tout le travail d’un juge pénal est donc fondé sur la confiance qu’il peut accorder aux rapports d’enquêtes et de constatation, et aux procès verbaux de police. Même si l’article 430 du code de procédure pénale précise bien que ces rapports et procès-verbaux, dans le cas de délits, ne valent qu’à titre de renseignement pour le magistrat. Mais il y a un présupposé qui fait que le juge fait confiance au policier.

Par ailleurs, les contact sont fréquents entre le parquet et la police au titre du traitement en temps réel des affaires. Je ne dis pas qu’il y a collusion, mais que cette forme de contact permanent favorise une culture proche. Il y a aussi une image commune qui dit que les policiers sont déçus par l’issue de leur procédure, trouvant que que les peines prononcées ne sont pas assez lourdes dans des affaires qu’ils ont conduites. Le magistrat pourrait répondre en réaffirmant son indépendance, et que ce n’est pas au policier de déterminer quelles peines sont prononcées. Mais pour envisager de mettre en cause un policier, il va en falloir vraiment beaucoup de sa part.

Après la mort de Rémi Fraisse, des contrôles d’identité se sont déroulées avant les manifestations, avec arrestations et gardes à vue en cas de détention d’un Opinel (le couteau du grand père) ou d’un simple couteau à huîtres ou d’un masque à gaz. Et des condamnations, prison avec sursis, amendes, travaux d’intérêt général.

Cela cadre avec des dispositions créées depuis 2000 contre les attroupements armés et l’extension à partir des années 1990 des possibilités de contrôle d’identité. Le port d’arme blanche permet ces gardes à vue préventives puisque la police dispose de ce motif légal. On mélange ce que permet le droit et des pratiques policières de circonstance. Mais ce n’est pas spécifique aux luttes environnementales. Ce qui leur est spécifique, c’est qu’elles s’inscrivent dans la durée et dans un lieu spécifique. L’action de certains magistrats s’oritente donc vers la déstabilisation de ces formes de luttes, pour tenter de les déraciner.

- Propos recueillis par Nicolas de La Casinière

- Complément d’information :

- Comment assimiler les écologistes aux terroristes : la leçon du Canada

- A Nantes, semaine de résistance aux violences policières

Les mafias du trafic d’animaux poussent les espèces à l’extinction Jacky Bonnemains (Robins des Bois) Reporterre 2015/02/23 Jacky Bonnemains (Robins des Bois) (23 février 2015) Les mafias du trafic d’animaux poussent les espèces à l’extinction. Reporterre. Tribune — Animaux fr

Les mafias du trafic d’animaux poussent les espèces à l’extinction

La diversité animale est attaquée de toutes parts et mise en péril par les trafics en tout genre, notamment celui de l’ivoire. Des mafias font fortune sur le dos des extinctions animales et la criminalité environnementale ne semble pas avoir de limites.

Les biodiversités marines et animales sont attaquées de toutes parts par l’humanité dévoreuse d’espaces et de ressources alimentaires. La biodiversité recule partout et à grande vitesse là même où elle est dite protégée, dans ces prétendus sanctuaires et aires qui donnent bonne conscience aux Etats et aux écologistes de papier.

Ces espaces sont assiégés. Quoi de mieux pour les réseaux criminels que ces vastes étendues guère défendues et leurs alentours où se concentrent des fourrures, des cornes et des défenses, des sacs de luxe, des écailles aphrodisiaques et des vésicules biliaires anti rhumatismales ?

Quoi de mieux que la déforestation débridée pour piéger les animaux dans un habitat éventré et dévasté ? Les parcs nationaux deviennent des réservoirs où avec la complicité des riverains et des vigiles, le marché noir vient remplir ses caddies et faire ses profits en s’exposant à des risques pénaux ou financiers minimes au regard des risques encourus dans des activités anciennes ou parallèles de trafic de drogue, d’armes ou de fausse monnaie.

- Valeur : 10.000 euros environ -

Les exterminateurs de la biodiversité

Les mafias environnementales s’intéressent aussi aux stocks gouvernementaux d’ivoire et de cornes de rhinocéros provenant de saisies dans les ports, aéroports et sur la voie publique. Les méthodes de pillage sont inventives.

La Cour des comptes de Tanzanie, à l’aide de balances et de mètres, vient de constater que dans la salle forte de la police qui protège les défenses d’éléphants, le nombre y était mais pas le poids.

Toutes les grandes défenses ont été au fil d’un long travail de filouterie remplacées par des petites. Plusieurs centaines de kg d’ivoire – 7 000 € le kg en Chine – ont ainsi pris le chemin de la commercialisation clandestine ou bien sont conservées en lieu sûr par des spéculateurs convaincus que le cours de l’ivoire n’est pas volatile.

- Caravane de 790 kg d’ivoire à l’aéroport de Hong Kong, en juin 2014 -

En Afrique du Sud, un stock stratégique de cornes de rhinocéros récupérées dans le parc Kruger à l’issue d’accrochages de plus en plus meurtriers entre rangers et braconniers a été volé dans une salle blindée. C’est le hold up du siècle, un butin d’environ 10 millions €. La dernière cotation du kg de corne en Chine et dans les pays limitrophes est de 100.000 €. Cette vulnérabilité des stocks gouvernementaux frappe tous les pays, y compris les Etats-Unis. L’Europe et la France n’échappent pas à ces risques de vols, de détournement et de corruption.

Les mafias qui ont fait fortune sur le dos des extinctions animales ont des techniques rustiques et foudroyantes qui emballent les cours bien plus vite que les agences de notation de Wall Street ou des bourses européennes. Il leur suffit de lancer la rumeur, si possible avec le témoignage d’un notable politique, que la corne broyée de rhinocéros guérit le cancer ou – nouveauté – que l’os à moelle des girafes prévient et guérit le sida pour faire fondre les populations résiduelles et gonfler des profits faramineux.

Les exterminateurs de la biodiversité travaillent pour notre bien, celui de l’humanité. Ils ont sur leurs étagères de quoi amortir les gueules de bois, résister au sommeil et, par exemple avec le « vin » de tigre, de quoi améliorer les performances « du bureau à la chambre à coucher ».

- Poudre aphrodisiaque d’écailles de pangolin -

Par la faute du Net, ces impostures se répandent comme des virus et font des adeptes dans le monde entier. On voit même se développer la fabrication et le trafic de fausses cornes de rhinocéros et de faux venin de cobra. Le vrai venin présenté comme une amphétamine naturelle, très recherché par la jeunesse dorée de Bombay, se négocie au prix de gros aux alentours de 300.000 € le demi-litre.

Effet falaise

La criminalité environnementale est créatrice d’emplois. La filière est très cloisonnée. Il y a les bivouaqueurs, les faiseurs de pièges, les vendeurs d’armes et de munitions, les tireurs, les arracheurs (de cornes et de défenses), les transporteurs (souvent des femmes et des mineurs), les tanneurs et autres transformateurs, les logisticiens, les grossistes et les détaillants.

- Saisie de 10 crânes de gorille en mai 2014 au Cameroun -

Les compagnies maritimes sont très sollicitées, le plus souvent à leur insu, surtout quand elles transbahutent des conteneurs à travers le monde. Une nouvelle tendance s’installe, celle de la caravane aérienne. 20 à 30 passagères et passagers du même long courrier transportent chacun dans leurs bagages 20 à 30 kg d’ivoire pour le compte d’un seul trafiquant et contre une prime équivalente à une centaine d’euros. Bien sûr tous les frais de voyage sont payés par la maison.

Dans l’industrie nucléaire on parle de l’effet falaise quand une situation anormale devient en dépit des apparences brutalement critique et ingérable. Pour ce qui concerne la biodiversité animale, l’effet falaise est atteint et dépassé. Il faudrait pour rétablir la situation et se conformer aux capacités de reproduction de toutes les espèces menacées une trêve totale, un cessez le feu d’une dizaine d’années mais la communauté politique mondiale dit avoir des guerres plus urgentes à régler.

Le panorama mondial du trafic est à découvrir dans « A la Trace », le bulletin trimestriel d’information et d’analyses sur le braconnage et la contrebande d’animaux menacés d’extinction de Robin des Bois. A la Trace n°7, du 1er octobre au 31 décembre 2014.

Sans pétrole et sans pollution, la traction animale est une technique d’avenir Anne Wanner (Campagnes Solidaires) Reporterre 2015/02/23 Anne Wanner (Campagnes Solidaires) (23 février 2015) Sans pétrole et sans pollution, la traction animale est une technique d’avenir. Reporterre. fr

Sans pétrole et sans pollution, la traction animale est une technique d’avenir

Paysan dans l’âme depuis qu’il a quatre ans, Philippe Kuhlmann est éleveur de bovins en Alsace. Mais sa passion, c’est la traction animale, du dressage à la conception de nouveaux outils, en passant par la pratique sur la ferme, bien sûr...

Philippe Kuhlmann a toujours rêvé d’avoir un troupeau de vaches. Fils de négociant en vin, il découvre les bovins et la traction animale durant son enfance grâce à son oncle, paysan dans la vallée de Munster.

Après des études en sylviculture, Philippe travaille quelques temps à l’Office national des forêts dans la vallée de Masevaux. Il fait la connaissance de paysans montagnards vivant en complète autonomie alimentaire et énergétique, pratiquant l’attelage bovin dans le Sud de l’Alsace. Philippe est fasciné par leurs savoir-faire qu’il découvre, et séduit par leur démarche éthique.

En 1981, il reprend une ferme à Soultzeren, dans la vallée de Munster. Il y élève des vaches en vendant directement son lait localement. Philippe utilise un tracteur mais s’en défait progresivement. Il commence par dresser boeufs et taureaux, puis fait ses foins et travaux agricoles grâce à la traction animale.

Quelques années plus tard, il s’établit dans le Massif Central où il se spécialise dans le débardage forestier avec des boeufs, taureaux et chevaux. Il débardera ainsi quelque 35 000 stères de bois.

1999 : retour dans sa région natale, avec entre autres une expérience de conducteur d’attelage à l’écomusée d’Alsace, avec ses boeufs dressés.

Aujourd’hui, Philippe est réinstallé, avec son épouse, à Soultzeren. Ils élèvent un troupeau de bovins vosgiens et le paysan excelle dans l’attelage et le débardage. Plus qu’une passion, le dressage des bovins est devenu son gagne-pain. Il comptabilise quelque 140 bêtes domptées depuis ses débuts de bouvier, ce qui lui permet de vendre des animaux dressés pour les travaux agricoles.

Une technique d’avenir

Philippe explique : « Après guerre, il fallait vendre un boeuf pour s’acheter un tracteur. Aujourd’hui , il en faut 60 à 80 ! » Il sélectionne ses bêtes en fonction de leur fiabilité, détectée par le contact quotidien pendant les trois à quatre premiers mois de vie et visible lors des déplacements au collier des veaux. Le tempérament de l’animal est un indicateur pour la facilité du dressage.

Sur sa ferme, un boeuf a une valeur optimale entre trois et cinq ans, soit par la qualité du travail soit pour la vente pour l’attelage. L’éleveur a huit à dix bovins en dressage en permanence : « Au début, le débourrage se fait par des travaux légers comme le hersage des prairies. Les animaux effectuent des travaux plus »lourds« par la suite, tels la traction de charette, les travaux de fenaison, l’épandage de fumier ou le débardage de bois. »

Pour Philippe, « la traction animale est économiquement rentable, même si de nombreux aspects ne sont pas quantifiables ». Le tassement et l’érosion du sol sont inexistants ; l’implantation des plantes à enracinement superficiel est favorisée ; l’aménagement de chemin porteur n’est pas nécessaire et lors de la fenaison, l’altération des légumineuses est largement réduite. Quant aux frais d’assurance, de mécanique et de carburant, ils sont néants !

Afin de moderniser la traction animale, l’éleveur fait de la recherche en autodidacte pour la mise au point de matériels, tels un élevateur ou un joug avec une matelassure incorporée, un rateau faneur ou une faneuse à fourche. Il attèle ses deux boeufs habitués en une minute, et les outils sont réalisés de manière autonome en bois, cuir et métal, avec deux artisans locaux. Il se considère comme un « passeur de mémoires », entamant la rédaction d’un manuel complet sur l’attelage des bovins.

Enfin, il souhaite transmettre ses connaissances à toute personne intéressée par sa démarche. Philippe Kuhlmann estime que les petites structures agricoles, comme les fermes maraîchères, pourrait utiliser la traction animale comme « autonomie hybride » : une vache peut fournir la motricité, mais aussi la viande (par son veau), le lait, le fumier et sa présence animale.

En Corée du sud, la lutte tenace pour protéger un joyau écologique d’une base militaire Ben Cramer Reporterre 2015/02/23 Ben Cramer (23 février 2015) En Corée du sud, la lutte tenace pour protéger un joyau écologique d’une base militaire. Reporterre. Grands projets inutiles fr

En Corée du sud, la lutte tenace pour protéger un joyau écologique d’une base militaire

Le 31 janvier, sur l’île de Jeju située à 85 kilomètres au sud de la péninsule coréenne, les forces militaires et la police anti-émeutes s’en sont pris aux manifestants qui résistent depuis huit ans à la construction d’une base militaire.

Le projet a été conçu en 2002, le chantier a démarré en 2007. La base navale doit être opérationnelle d’ici la fin de l’année (2015). Voici pour le calendrier. Mais la marche forcée vers la militarisation du site a de quoi étonner. Jeju est répertorié depuis 2007 au patrimoine mondial de l’UNESCO. Qu’en sera-t-il demain de la préservation du meilleur et du durable ?

Des plongeuses surnommées « haenyo » ou filles de la mer qui, selon la tradition, plongent en apnée pour récolter les fruits de mer et les algues, vont céder la place aux vigiles casqués qui surveillent le sarcophage de béton. Les pêcheurs vont devoir se recycler ou périr tandis que les dauphins qui migrent au cours de l’été depuis l’Alaska risquent fort de changer d’itinéraire.

Cette insulte à la nature, cette catastrophe écologique n’auraient-elles pas dû émouvoir les 4.000 personnes - dont le Secrétaire général (sud-coréen) des Nations Unies ? - qui ont assisté en août 2012 à la cérémonie officielle d’ouverture du congrès de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN) ?

Jeju, la fin d’un mythe ?

L’île paradisiaque attire les candidats aux voyages de noces et tous les amoureux. C’est aussi et surtout une « île de paix ». Ce surnom, elle le doit au président Roh Moo-Hyun qui, en 2006, à la surprise générale, a reconnu la responsabilité des dirigeants dans la répression de l’insurrection d’avril 1948. Celle-ci avait coûté la vie à 15.000 ou 30.000 insulaires, dont 170 villages qui ont été rayés de la carte en guise de représailles ; avec l’aval des généraux américains (1).

Alors que l’histoire des lieux est écrite en lettres de sang, que les insulaires de Jeju ont hérité d’une réputation de résistants, le gouvernement de Séoul considère depuis belle lurette que l’accaparement de cette terre de quarante hectares à des fins militaires n’est pas négociable. Certes, le projet ne plaît pas à tout le monde mais les autorités ont su truquer un référendum.

Elles ne comptent pas céder aux 125 organisations non gouvernementales à travers le pays (écologistes, pacifistes, chrétiens, bouddhistes), ni aux différentes communautés religieuses y compris l’Eglise catholique du Japon (dont l’archevêque de Nagasaki), ni aux témoignages de solidarité des habitants d’Okinawa et de Hawaï qui connaissent des tragédies similaires. Après tout, Seoul a investi plus de 900 millions de dollars dans ce projet, béton armé compris. Last but not least, Séoul obéit aussi à des impératifs… stratégiques.

L’ombre de l’Oncle Sam

Si l’on en croit la version officielle, il en va de la sécurité du pays, un pays qui doit faire face à son voisin imprévisible et menaçant. « La base doit permettre de contrer les provocations du Nord », assène l’amiral sud-coréen Koo. Sauf que... Jeju est la zone la plus éloignée de la patrie de Kim Jong Un. L’épouvantail nord-coréen a bon dos !

La géographie, une fois de plus, nous fournit la clef des enjeux stratégiques. Si Jeju (surtout le village de Gangjeong) se convertit en avant-poste américain en mer de Chine orientale, c’est parce que l’île qui fait face à Shangaï est située à moins de 500 km de la côte chinoise.

Si le port a été conçu pour accueillir un porte-avions, « alors que la marine sud-coréenne n’en possède pas », comme le fait remarquer l’évêque de Jeju, c’est parce que des porte-avions de la US Navy vont mouiller dans ce port et parader dans les environs. La bénédiction de l’oncle Sam est d’un sacré atout : le protecteur et « allié » maintient au pays « du matin calme » pas moins de 30 000 hommes depuis 60 ans.

Une cause perdue ?

Aujourd’hui, des manifestants sont emprisonnés car ils refusent l’accès à des habitations censées loger 7000 marins. Des familles s’entredéchirent car certains villageois ont succombé aux primes de collaboration et aux dédommagements qu’ils sont obligés de restituer si jamais ils se prononcent contre la base et contre la présence d’une armada dans une zone à hauts risques.

Celui ou celle qui s’oppose au passage d’un camion ou s’assoit à l’entrée du complexe de coordination des travaux est poursuivi pour « obstruction aux affaires privées » (« obstruction of business »), qu’il soit prêtre, militant ou pêcheur.

Ces violations des droits humains ont été dénoncées par la rapporteuse spéciale des Nations unies suite à une visite effectuée en Corée entre mai et juin 2013. Mais l’ONU fait la sourde oreille. « L’ONU a baissé les bras », s’indigne le maire du village de Gangjeong. Lors de sa tournée européenne, en octobre 2013, il a estimé que son compatriote Ban Ki Moon devrait donner sa démission.

Le pouvoir n’est pas impressionné par les sit-in. Circulez, y a rien à voir : la base est en cours de finition. Elle pourra accueillir plus d’une vingtaine bâtiments de guerre. Parmi eux, des croiseurs et trois destroyers (sud-coréens) capables de tirer de leur plate-forme des missiles anti-missiles (le système AEGIS), des missiles born in the USA, produits par Lockheed Martin.

Les militants risquent de se retrouver devant le fait accompli. Le rapport de forces n’est pas en leur faveur. Jeju, cette île de la résistance écolo-pacifique, risque de ne pas être un nouveau Larzac.

Note

1- Mentionner ce massacre était interdit par la loi jusqu’en 2006.

Complément d’informations :

- Le site des opposants : Save Jeju now

Les banques françaises continuent à spéculer sur les matières premières agricoles Oxfam Reporterre 2015/02/23 Oxfam (23 février 2015) Les banques françaises continuent à spéculer sur les matières premières agricoles. Reporterre. Économie fr

Les banques françaises continuent à spéculer sur les matières premières agricoles

3,5 milliards d’euros : le montant des fonds qui permettent aux clients des principales banques françaises de spéculer sur les matières premières agricoles

Il y a tout juste deux ans, sous la pression d’Oxfam France, les principales banques françaises prenaient des engagements forts pour réduire ou stopper leurs activités spéculatives sur les matières premières agricoles. Dans le même temps, les parlementaires votaient dans le cadre de la réforme bancaire des mesures de régulation de ces activités toxiques. Dans un nouveau rapport publié aujourd’hui lundi 23 février (téléchargeable ici), l’ONG fait le bilan des promesses et des progrès législatifs. Et le constat est sans appel : tout reste à faire.

En février 2013, Oxfam France présentait un classement des banques françaises impliquées dans des activités néfastes de spéculation sur les cours des matières premières agricoles. L’étude démontrait que quatre grands groupes bancaires français, la BNP Paribas, la Société Générale, le Crédit Agricole/LCL et le groupe BPCE, étaient directement impliqués dans ces activités, et géraient au moins 18 fonds permettant à leurs clients de spéculer sur les matières premières, pour une valeur totale correspondant à 2 583 millions d’euros.

« Ces activités toxiques mettent en péril le droit à l’alimentation de centaines de millions de personnes », explique Clara Jamart, auteure de l’étude pour Oxfam France. « La spéculation galopante sur les marchés dérivés de matières premières agricoles aggrave la volatilité des prix alimentaires, et prive les populations les plus pauvres de l’accès aux denrée alimentaires de base ».

Deux ans plus tard, les résultats de cette nouvelle étude démontrent que trois groupes bancaires français proposent toujours à leurs clients des outils permettant de spéculer sur les prix des matières premières agricoles : la BNP Paribas, la Société Générale et le groupe BPCE (Caisse d’Epargne et Banque Populaire), via Natixis. Le Crédit Agricole semble bien avoir respecté ses engagements et cessé toute activité spéculative sur les marchés agricoles, mais refuse toujours de prendre des engagements fermes dans la durée. Au final, le montant total des fonds gérés par les banques françaises et exposés aux matières premières agricoles s’élève aujourd’hui à au moins 3 561 millions d’euros, dans un secteur où l’opacité reste la règle.

Pour Clara Jamart, le bilan est très maigre : « Malheureusement, force est de constater que les promesses n’ont pas véritablement fait le poids face à l’appât du gain. La Société Générale a certes fait un important effort de transparence et a globalement tenu ses promesses, mais c’est aujourd’hui la banque française qui spécule le plus sur la faim : elle doit impérativement aller plus loin ! La BNP Paribas, elle, n’a tout simplement pas respecté ses engagements. Le groupe BPCE était le seul à n’avoir pas fait de promesses en 2013, il est largement temps qu’il assume enfin ses responsabilités ».

Du côté politique, le gouvernement semble bien peu pressé de mettre en œuvre les nouvelles mesures légales de la réforme bancaire, et de jouer son rôle de régulateur. Plus d’un an et demi après le vote de la réforme bancaire, les mesures législatives concernant la transparence et la régulation des marchés dérivés de matières premières agricoles ne sont toujours pas mises en œuvre.

« Il est inadmissible que plus d’un an et demi après son vote à l’Assemblée Nationale, la loi bancaire ne soit toujours pas appliquée », déclare Clara Jamart. « Cette étude nous montre bien qu’il est illusoire de se fier à la seule bonne volonté des acteurs bancaires. L’Etat doit jouer son rôle, et l’autorité des Marchés Financiers doit appliquer la loi. »

Oxfam France appelle les banques françaises à prendre au plus vite des engagements complémentaires forts, basés sur les recommandations du rapport, et à tenir leurs promesses dans la durée. Mais surtout, l’ONG insiste pour que le gouvernement prenne ses responsabilités et refuse de céder aux lobbies financiers en laissant libre cours à ceux qui spéculent sur la faim.

Sivens sans retenue Reporterre 2015/02/23 (23 février 2015) Sivens sans retenue. Reporterre. Grands projets inutiles fr

Sivens sans retenue

Tracts, articles, échanges épistolaires, tribunes de presse et témoignages : 150 pages qui retracent la montée en puissance de la mobilisation et qui proposent une perspective politique : le rejet du développement économique.

Les événements de l’automne 2014 autour du chantier de barrage dans la forêt de Sivens (Tarn) marquent le franchissement d’un nouveau seuil dans le conflit qui oppose l’État français à des fractions de sa population, sur les questions d’aménagement des territoires.

Les éditions La Lenteur font paraitre à chaud un recueil de documents sur ces évènements. Tracts, articles, échanges épistolaires, tribunes de presse et témoignages : 150 pages qui retracent la montée en puissance de la mobilisation et donnent une idée de la diversité des tendances en son sein. 150 pages qui proposent aussi une perspective politique : le rejet du développement économique.

Sivens sans retenue, Editions La Lenteur, 168 p., 12 €

ENQUÊTE - 2 - Au coeur de l’agro-industrie française, les tentacules d’Avril Sofiproteol Barnabé Binctin et Laure Chanon (Reporterre) Reporterre 2015/02/23 Barnabé Binctin et Laure Chanon (Reporterre) (23 février 2015) ENQUÊTE - 2 - Au coeur de l’agro-industrie française, les tentacules d’Avril Sofiproteol. Reporterre. Enquête — fr

ENQUÊTE - 2 - Au coeur de l’agro-industrie française, les tentacules d’Avril Sofiproteol

Leader de plusieurs filières, présent de l’amont à l’aval, Sofiprotéol est un des opérateurs les plus puissants de l’agro-industrie française. Devenu groupe Avril le mois dernier, il assoit son hégémonie en diversifiant toujours plus ses activités et ouvre ses ambitions à l’international. Enquête dans les eaux où prospère la pieuvre Sofiprotéol.

C’est bien connu, le malheur des uns fait le bonheur des autres. Alors que l’ouverture du salon de l’agriculture a donné l’occasion de rappeler les difficultés du secteur, l’une de ses entreprises ne connaît décidément pas la crise. Elle a certes constaté une très légère baisse de son chiffre d’affaires à 7 milliards d’euros – pour 7,3 l’année précédente – ainsi que de son excédent brut d’exploitation de 245 à 192 millions d’euros, mais son dernier rapport d’activités est formel : 2013 lui aura permis de réaliser « le meilleur résultat net des trois dernières années ».

Qui ? Sofiprotéol. Enfin, « Avril » depuis le mois dernier. Le groupe a changé de nom et de gouvernance en vue de s’offrir « un meilleur accès à de nouveaux financements afin d’accélérer son développement » indique le communiqué de presse officiel, paru le 7 janvier dernier. Avec ses 8 200 salariés, dont 5 524 en France, Sofiprotéol-Avril se pose comme un modèle de réussite économique pour la nouvelle « Ferme France », selon l’expression de son président Xavier Beulin.

D’ailleurs, le groupe n’est jamais bien loin lorsqu’il s’agit de se porter au secours de l’agriculture française en crise. Les abattoirs porcins AIM en Normandie ? Sofiprotéol a déposé une offre de reprise jeudi dernier. Le volailler Tilly-Sabco en Bretagne ? Sofiprotéol était dans le coup.

Et la reprise du groupe Doux, à l’été 2012 ? Là encore, Sofiprotéol s’est présenté comme « sauveur », sans, cette fois-ci, emporter le morceau. Autour de la table, on retrouvait Tilly-Sabco, ainsi que Triskalia dans lequel Sofiprotéol a investi un an plus tard et LDC, avec qui il s’est allié, à l’automne dernier, pour « créer un géant de la volaille sur le marché français ».

Mais l’entente avec LDC s’en était trouvé renforcée, et l’accord entre ces deux poids lourds a permis à Sofiprotéol de prendre une nouvelle participation chez un des principaux acteurs du marché : « En parallèle de cette société, Sofiprotéol entre ‘‘de façon marginale’’ au capital de LDC et sera donc présent au conseil de surveillance avec un rôle constructif », souligne la revue professionnelle LSA-Conso.

Maitriser la chaîne du végétal à l’animal

Mais qui est donc Sofiproteol ? Son cœur de métier originel est l’huile. La firme a été créée en 1983 par des organisations interprofessionnelles, pour travaille autour des oléagineux (colza et tournesol, principalement) et des protéagineux (pois, féverole). Quel rapport, alors, avec les filières animales, comme lors de la tentative de reprise du volailler Doux ?

Pour le comprendre, il faut se référer à la doctrine officielle du groupe : l’intégration totale de filières. On peut le lire dans le livre vendu pour la modique somme de 45 €.

Son introduction présente sa « véritable ‘success story’ dans le domaine agro-industriel » :

« Au cœur de la démarche de Sofiproteol, se trouve la notion de ’filière’. Elle permet de comprendre qu’une même entreprise s’intéresse à l’huile de colza, aux œufs de poule, aux biocarburants, aux sauces ou à l’élevage des porcs. C’est en ramenant chaque partie de cette histoire à sa situation dans la filière qui naît dans les champs où poussent les oléagineux et protéagineux que l’on comprend la formation de cet ensemble par bien des aspects original. Dessinons à grands traits les contours de cette filière. En amont, plus de 2,5 millions d’hectares plantés en oléagineux et protéagineux pour une production de l’ordre de 8 millions de tonnes. […] Le groupe transforme la majorité des productions d’oléagineux et de protéagineux français, avec le souci constant d’en valoriser non seulement les parties ’nobles’ - protéines ou matières grasses -, mais aussi les coproduits, appelés tourteaux. Cela explique la grande diversité de ses marchés. Mais le terme de filière recouvre une autre dimension : l’interdépendance des stades de production. Cela explique par exemple l’intérêt du groupe pour les recherches sur les semences, en amont de l’exploitation agricole, qui déterminent en aval de la transformation les caractéristiques des produits. Tout se tient dans une filière. C’est l’un des fils rouges de l’histoire du groupe ».

Le dessin ci-dessous, réalisé par Sofiproteol, illustre cette stratégie : à partir d’un produit, envisager tous les débouchés possibles. Et s’implanter dans la filière, en prenant la main progressivement sur l’ensemble de la chaîne de production.

- Plus lisible en téléchargement :

C’est ainsi que le groupe, d’abord spécialisé sur les huiles végétales, à usage alimentaire ou énergétique, a fini par devenir un acteur fondamental dans l’élevage. Comme en témoigne cet éleveur au micro de France 3, Sofiprotéol est bien « présent sur toutes les filières animales françaises ». Du porc à la volaille, il est leader en alimentation animale avec sa filiale Glon Sanders. Mais il est aussi présent en aval, grâce à des entreprises spécialisées dans la santé animale et l’hygiène de troupeaux, le conseil en conduite zootechnique et des sociétés qui travaillent à la transformation de la viande.

Jean-Philippe Puig, ancien directeur général de Sofiproteol devenu gérant de la nouvelle société Avril, conclut l’ouvrage-anniversaire en énonçant « l’objectif stratégique fondamental » : « Structurer une filière à la fois verticalement (des semences aux produits de consommation) et horizontalement (notamment l’axe végétal-animal) ». Invité de BFM Business il y a un an, le responsable se targuait d’être présent dans treize métiers quand la journaliste lui parlait d’une « liste longue comme le bras où vous êtes leader » (à écouter ici).

Pour ce groupe qui revendique un « nouveau printemps », le catalogue de ses activités est long. Reporterre propose ci-dessous une infographie n’est certes pas exhaustive, à partir de ce que le groupe affiche sur son site et dans son rapport d’activité :

- Plus lisible en téléchargement :

Alimentaire, cosmétique, énergie, des produits de consommation courante aux activités intermédiaires plus discrètes, Sofiproteol est, selon Attac, « la pieuvre de l’agro-industrie française », une pieuvre déployant ses tentacules dans tout l’univers agricole. Comment cet empire a-t-il pu se constituer ?

Un empire financier

Le groupe Avril-Sofiproteol n’est pas seulement un acteur industriel : il est aussi un des principaux financeurs de l’agriculture française. Comment ? Par son activité en tant que fonds d’investissement, et qui vaut à ce dernier de continuer d’exister en tant que tel dans le nouvel organigramme d’Avril. En réalité, à sa naissance, Sofiprotéol est d’abord constitué en tant qu’établissement financier, appelé à gérer les fonds de la filière oléo-protéagineuse. D’où proviennent ces fonds ? Des "contributions volontaires obligatoires", versés par les producteurs d’oléo-protéagineux. Oui oui, vous avez bien lu, des prélèvements « volontaires obligatoires ». Même Xavier Beulin en sourit quand il s’entretient avec Reporterre :

- Ecouter ici :

Problème ? En 2002, la Cour des Comptes se saisit de ce dispositif et enquête sur l’utilisation des fonds récoltés. Et le rapport est sans appel, dénonçant la « lecture très extensive qu’[en ont fait] les dirigeants de Sofiprotéol » : « La légalité tant nationale que communautaire du financement d’opérations d’investissement au moyen de « cotisations volontaires obligatoires » apparaît douteuse à plusieurs titres ».

- Le rapport de la Cour des Comptes :

L’intérêt général de la filière aurait donc rapidement été confondu avec celui de l’entreprise financière qui les gère pour réaliser des opérations « dépourvues de tout lien avec la filière oléo-protéagineuse ». Le rapport souligne l’opacité qui a entouré ce mécanisme financier, par lequel « se sont développées des interventions dans la nutrition animale, les semences, les biotechnologies, puis dans des fonds d’investissement plus diversifiés. Ces engagements ont parfois pris la forme de prêts, mais, pour l’essentiel, ils sont constitués de participations et de comptes courants, sans que la Cour ait été en mesure d’apprécier exactement comment ils ont été mis en œuvre et notamment s’ils ont satisfait aux prescriptions du droit de la concurrence ».

Il est ainsi démontré que ces fonds ont également joué un rôle d’apport dans la cession de Sanders à la famille Glon, en 1998. Devenu Glon-Sanders, Sofiprotéol prendra quelques années plus tard le contrôle de cette société devenu leader de l’alimentation animale en France.

Voici donc en partie comment Sofiproteol a pu étendre son emprise sur le monde agricole : grâce au prélèvement d’une taxe professionnelle sur les producteurs de la filière mise à profit d’investissement dans des secteurs « éloignés ».

Une plainte pour « abus de confiance, complicité et recel » avait ainsi été déposée en février 2004, à la suite de ce rapport. La plainte n’a cependant pas débouché.

De la presse française jusqu’à l’huile de palme en Afrique

Sofiproteol a même investi dans le monde de la presse, et pas uniquement la presse spécialisée. Sofiprotéol était même entré dans les années 2000 au capital du Monde. Là encore, le rapport de la Cour des comptes épinglait le groupe : « Si, selon Sofiproteol, il était important, même sans application concrète, de développer un action ’en synergie’ avec ce quotidien, rien ne justifiait que la quote-part du financement lui incombant fût assurée par des prélèvements obligatoires sur les producteurs ».

L’intérêt de Sofiprotéol pour la presse ne s’est pas démenti. En 2011, il a pris des participations dans le journal La France agricole. Via Agra Investissement, il est aussi actionnaire d’Agra Presse, agence spécialisée dans l’information agricole qui alimente une centaine de journaux agricoles sur le territoire français ainsi qu’un grand quotidien régional.

- Extraits de l’assemblée générale d’Agra-Investissements :

Jeter un œil sur les comptes annuels de Sofiprotéol permet de se rendre compte du nombre de participations diverses et variées que possède le groupe. Dans le dernier bilan paru l’été dernier, là aussi « la liste est longue comme le bras » :

- Liste des entreprises du groupe, dressée dans ses Comptes sociaux, publiés dans le Bulletin des annonces légales obligatoires du 23 juillet 2014 :

On constate que le groupe se développe à l’international. Côte d’Ivoire, Turquie, Serbie, Tunisie… Sofiprotéol revendique une présence dans 22 pays. Le document renseigne également sur les nouvelles ambitions du groupe. Car si ses implications dans la génétique animale ou dans les semences ont plusieurs fois été démontrées, comme par ce reportage de Basta, Sofiprotéol ne cesse de diversifier son portefeuille, à l’image des 34 % qu’il a pris au capital de Palm Elit, une société française leader mondial des semences de palmier à huile. L’exploitation de l’huile de palme dans le monde est à la source d’une intense déforestation, notamment en Indonésie.

Sofiprotéol a dans le même temps investi dans une production d’additif alimentaire, un dérivé de l’huile de palme, en s’associant en Malaisie à un groupe danois nommé United Plantations. Positionné ainsi dans l’amont et dans l’aval de l’industrie, il semblerait que l’huile de palme figure parmi les objectifs de développement de Sofiprotéol. Et à ce titre, l’Afrique pourrait donc être une des grandes cibles de développement de la stratégie Sofiprotéol dans les prochaines années.

Et maintenant ? La Fondation Avril

Le continent africain, sur lequel le groupe est déjà présent avec près de 1.500 personnes employées, semble une priorité de la Fondation Avril, structure qui a vu le jour en ce début d’année, au moment de la refonte du groupe. Car Avril fonctionne désormais sur un trépied : à côté des activités industrielles d’Avril et des activités financières de Sofiprotéol, la fondation Avril, reconnue d’utilité publique par décret en décembre dernier, doit à terme détenir 35% du groupe dont elle tire par ailleurs ses ressources.

Mais pour faire quoi concrètement ? Xavier Beulin nous répond :

- Ecouter ici :

Les équilibres nutritionnels en Afrique, vaste sujet pour une société qui est également actionnaire de Biogemma, spécialisée dans la recherche sur les OGM… La Fondation Avril apparaît comme un outil supplémentaire dans les ambitions du groupe, afin d’élargir toujours un peu plus la palette de ses implications tout en contribuant à améliorer la visibilité de la marque.

Produits de grande consommation connus de tous ou activités intermédiaires beaucoup plus discrètes, dans la filière animale comme dans la filière végétale, à vocation alimentaire mais aussi énergétique, en France mais de plus en plus tourné à l’international, rien n’échappe aux tentacules du groupe Avril-Sofiprotéol. Géant pour les uns, « parrain » pour les autres, Sofiprotéol a su bénéficier du soutien de l’Etat pour parvenir à cette position dominante. Par négligence et manque de contrôle dans le cas des CVO, mais pas seulement. Une politique publique, menée au tournant des années 2000, a largement contribué au développement accéléré de Sofiprotéol : les agrocarburants, soutenus par une politique fiscale extrêmement favorable. C’est ce que raconte Reporterre dans le volet suivant de son enquête : L’incroyable rente des agrocarburants.

Vivre à la bonne heure Patrick Viveret Reporterre 2015/02/24 Patrick Viveret (24 février 2015) Vivre à la bonne heure. Reporterre. fr

Vivre à la bonne heure

Dans Vivre à la bonne heure, Patrick Viveret nous invite à un basculement culturel. L’enjeu : réinventer l’humanité pour mettre en marche des alternatives et tendre vers ce que nos amis d’Amérique du Sud appellent le buen vivir.

Et si nous commencions à vivre à la bonne heure ? Vivre le bonheur comme un art d’être à la bonne heure, c’est-à-dire vivre pleinement sa vie, sa relation à autrui et à la nature.

Et si nous grandissions en humanité en initiant un réel dialogue coopératif des cultures et des civilisations ?

Et si nous cultivions la joie de vivre ? Les êtres humains ont mieux à faire que seulement produire et consommer.

Démocratie, économie, éducation à la joie de vivre, partage des richesses, écologie, organisation des temps de vie, les domaines de réflexion – et plus encore d’application – de Patrick Viveret sont vastes. À l’image de sa générosité et de sa pensée philosophique.

Dans ces entretiens, il analyse les mutations de la société, fustige la démesure du monde d’aujourd’hui, et surtout, introduit des pistes de changement pour le bien du peuple de la Terre et pour celui de la planète.

Patrick Viveret nous invite à un véritable basculement culturel. L’enjeu : réinventer l’humanité pour mettre en marche des alternatives et tendre vers ce que nos amis d’Amérique du Sud appellent le buen vivir.

Propos recueillis par Camille le Doze

- Vivre à la bonne heure, entretiens de Patrick Viveret avec Camille Le Doze, éd. Presses d’Ile-de-France, 128 p., 9,60 €.

Le Parlement italien s’alarme de la dérive du coût du projet Lyon Turin Andrea Barolini (Reporterre) Reporterre 2015/02/24 Andrea Barolini (Reporterre) (24 février 2015) Le Parlement italien s’alarme de la dérive du coût du projet Lyon Turin. Reporterre. Grands projets inutiles fr

Le Parlement italien s’alarme de la dérive du coût du projet Lyon Turin

François Hollande et Matteo Renzi signent un nouvel accord pour la réalisation de la ligne Lyon Turin. Aveugles à la dérive des coûts, que vient encore de constater le parlement italien.

Lors du sommet franco-italien de ce mardi 24 février, le président François Hollande et le premier ministre Matteo Renzi vont signer un accord « définitif » pour la réalisation du tunnel transfrontalier du Lyon Turin. En réalité, le document devra être approuvé par les parlements des deux pays et intégrer une certification externe des coûts de l’ouvrage.

Paris et Rome devront présenter un document officiel à la Commission européenne jeudi 26 février, afin d’obtenir un financement de la part de l’Union. Ces fonds ne pourront pas dépasser 40 % du coût total et ne concerneront que les travaux liés au tunnel sous les Alpes.

Mais la polémique est montée dans les dernières semaines en Italie, après la publication des résultats d’une nouvelle analyse du projet menée par la Chambre des députés et révélée par le journal Il Fatto Quotidiano. Il apparaît que le financement prévisionnel pour la ligne a subi une augmentation de 2,36 milliards d’euros.

De ce fait, le coût total de l’ouvrage pour l’Etat italien pourrait atteindre 7,8 milliards !

La raison de cette montée vertigineuse est liée, selon les fonctionnaires de la Chambre, aux règles mêmes que les deux gouvernements ont établies : l’estimation du coût du tunnel entre le Val de Suse et la Maurienne effectuée en 2012 indiquait en effet 9,9 milliard d’euros, dont 58 % à charge de l’Etat italien (5,676 milliards) et 42 % de la France (4,158 milliards). Mais cela ne tenait pas compte de la durée des travaux nécessaire pour la réalisation du tunnel. Or, Michele Elia, directeur général des Ferrovie dello Stato (FS, la SNCF italienne), a confirmé en novembre 2014, dans une audition au Sénat de Rome, que les accords prévoient un mécanisme de réévaluation des financements lié à la durée des travaux. Ainsi, le nouveau calcul, qui inclut cette augmentation, porte le total, coté italien, à 7,8 milliards.

- Michele Mario Elia -

Suivant le même raisonnement, cela pourrait faire remonter la facture du côté français à 5,7 milliards d’euros. Rappelons que, de son côté, la Cour des comptes française avait constaté en 2012 que « l’estimation du coût global du projet, y compris les accès, est passée de 12 milliards d’euros en 2002 à 26,1 milliards en 2012 ».

Le chiffre définitif des travaux « n’est pas encore déterminable avec précision », a admis le président de FS, Marcello Messori, devant le parlement italien.

Pourtant, malgré ce témoignage, et malgré la sonnette d’alarme tirée par la Chambre italienne, le Cipe (Comité interministériel pour la programmation économique) a donné la semaine dernière son feu vert au projet. La plupart des élus du Parti Démocratique (le parti du premier ministre Renzi) sont favorables au projet.

Les réactions des opposants italiens ne se sont pas faites attendre. Arturo Scotto, député du groupe Sinistra Ecologia e Libertà (Gauche Ecologie et Liberté) a demandé l’institution d’urgence « d’une commission parlementaire d’enquête sur les lignes à grand vitesse, pour clarifier les coûts du le Lyon-Turin. La réalisation d’un tel projet pharaonique est incompatible avec la crise économique dramatique qui frappe notre pays », a-t-il expliqué à la presse italienne.

Ces argumentations ont été relancées aussi par les militants No TAV, samedi à Turin, lors d’une manifestation contre le projet. De surcroit, une coalition de maires du Val de Suse a demandé officiellement au gouvernement d’abandonner le projet, en signant une lettre où ils soulignaient encore une fois « l’indétermination des coûts et des financements européens ».

Mais les inquiétudes ne viennent pas seulement de l’incertitude économique. Le 6 février l’Office anti-fraude européen a décidé d’ouvrir une enquête après la saisine en décembre dernier de deux députées européennes écologistes, Michèle Rivasi et Karima Delli.

« C’est la reconnaissance du travail acharné fourni pour monter un dossier preuves à l’appui contre la société Lyon-Turin Ferroviaire. Le sérieux des preuves collectées a convaincu l’OLAF d’enquêter sur ce projet qui fait l’objet d’un co-financement européen. L’ouverture d’une enquête est la preuve même qu’il ne s’agit pas d’allégations, mais bien de faits avérés, effectués au détriment du budget de l’UE », ont expliqué Rivasi, Delli et Daniel Ibanz (auteur du livre Trafics en tous genres) dans un communiqué.

- Sonia Alfano -

De leur part, les gouvernements italien et français, déclarent vouloir « lutter avec détermination » contre la corruption et la mafia, avec « un cadre réglementaire très strict » pour les contrats et les appels d’offre. Le problème est qu’il n’existe pas en France de loi contre les infiltrations de la mafia, comme expliquait déjà en novembre 2013 à Reporterre la députée européenne Sonia Alfano, présidente de la Commission spéciale sur la Criminalité organisée, corruption et blanchiment de capitaux.

À partir de l’ouverture de l’enquête, l’Olaf a six mois pour donner une réponse. Si les enquêteurs constataient des cas de fraudes, le dossier pourrait être transmis aux tribunaux des deux pays et à la Commission européenne, qui pourra décider de bloquer les financements.

Cette conférence n’est vraiment pas à chier Baptiste Giraud (Reporterre) Reporterre 2015/02/24 Baptiste Giraud (Reporterre) (24 février 2015) Cette conférence n’est vraiment pas à chier. Reporterre. fr

Cette conférence n’est vraiment pas à chier

Dépenser plein d’eau potable pour évacuer nos excréments, c’est vraiment du gâchis. La conférence gesticulée Water Causettes, une autre histoire de l’écologie l’explique très bien - et en riant.

Notre gestion de l’eau court à la catastrophe. Nous rejetons toujours plus de cochonneries dans de l’eau rendue potable à grands frais : nous buvons, lavons nos voitures et chions dans la même eau, entraînant à la fois un drame écologique dans les fleuves et rivières, et une culpabilisation sur le mode ’économisons l’eau qui coule du robinet’. Une conférence gesticulée fait le point sur notre gestion de l’eau et des déjections, invitant à changer nos pratiques.

« La science n’est absolument pas ’caca-compatible’. Et faire adopter les toilettes sèches n’est pas qu’une question scientifique : ça ne marchera pas si on ne s’attaque pas aux problèmes politiques et culturels. » Partant de ces constats, Samuel Lanoe et Anthony Brault ont monté une conférence gesticulée sur la gestion de l’eau et des déjections humaines, autrement dénommées « excrétas ».

Les deux compères y jouent le rôle de plombiers, mais des plombiers aux parcours originaux. Des plombiers écolos, ou plombiers « casse-couilles » selon leur expression.

« Comment on a été amenés à devenir écolos »

L’un, Samuel, est ancien ingénieur en environnement. On lui avait appris que l’eau était sale et qu’il fallait la nettoyer. Un jour, il se dit que ce serait peut-être plus malin d’essayer de ne pas salir l’eau plutôt que de se préoccuper uniquement du nettoyage.

Il écuma donc les colloques, écrivit un livre, le tout avec une logique scientifique bien rigoureuse et convaincu que « si on ne passe pas aux toilettes sèches, l’humanité court à sa perte à moyen terme ». Néanmoins face à ses publics, il se rendit compte d’une difficulté de taille : tant qu’il parlait uniquement d’excrétas, tout le monde comprenait sa logique et était d’accord avec ses conclusions, mais « quand je disais que excrétas c’est ’caca’, je perdais toute crédibilité », raconte-t-il.

L’autre, Anthony, était animateur en chantiers de bénévoles. Le thème de son chantier était « décoration de festival ». À chaque nouvelle équipe, il devait commencer par expliquer les choses à faire : « En fait, c’était construire des toilettes sèches et les décorer. Quand j’expliquais ça, je voyais que tout le monde cherchait un moyen de s’enfuir. Bon, ça s’est pas très bien placé… » Mais finalement, les toilettes sont réussies, et « de là j’ai déroulé toute une carrière de militant casse-couilles dans les toilettes sèches », résume-t-il.

Leur conférence gesticulée part de ces expériences et savoirs acquis. « Dans un spectacle écologique on vous dirait ce qu’il faut faire. Là on va plutôt faire un spectacle sur l’écologie, c’est-à-dire expliquer comment dans nos vies on a été amenés à devenir écolos. »

« L’invention la plus conne de l’humanité : le tout-à-l’égout »

L’objet de cette prise de conscience : le caca et l’eau. Un Français utilise en moyenne 165 litres d’eau par jour, et ses déjections quotidiennes pèsent entre 150 et 200 grammes. Les choses étaient plus simples quand l’homme habitait dans sa grotte : il s’approvisionnait au cours d’eau le plus proche, et ses caca et pipi se dissolvaient rapidement dans la nature.

Mais l’urbanisation nous a contraints à organiser la gestion de l’eau et des déchets. Du pot de chambre vidé par la fenêtre, en passant par les fosses où s’accumulaient les déjections avant d’être vidées au seau… jusqu’à « l’invention la plus conne de l’humanité : le tout-à-l’égout ».

Quel est donc le problème ? Nos déjections contiennent naturellement des bactéries, issues de la digestion. Or l’eau constitue un milieu parfait pour leur développement. Elles prolifèrent donc dans les eaux rejetées, consommant l’oxygène des rivières et se nourrissant de la matière organique fécale. Ce qui menace au passage les écosystèmes des rivières et des fleuves.

Mais surtout, le tout-à-l’égout perturbe le cycle naturel de la matière. « Nous mangeons, sommes et chions organique », rappellent les deux compères, qui font toutes leurs démonstrations à l’aide de symboles « N », « P » et « K » pour azote, phosphore et potassium. Ces trois substances, présentes à l’état de minéraux dans l’humus, se lient pour former la matière organique qui constitue elle-même les végétaux que nous consommons (ou que mangent les animaux que nous consommons ensuite).

Une fois digérée par notre organisme, la matière organique est censée retourner dans la nature et être décomposée par des micro-organismes avant de servir à nouveau de matière première pour la croissance des végétaux. Rien ne se crée, rien ne se perd, tout se transforme.

Doit-on craindre la fin de l’eau potable ?

Mais nous chions dans l’eau. Avec pour conséquence d’interrompre le cycle de la matière organique. Et ce n’est pas tout : avec nos déjections, nous balançons aussi des bactéries, 9 kg de PQ par an et par personne, des polluants industriels (contenus dans nos produits d’entretien, ou d’hygiène), des restes de médicaments (toute la substance active n’étant pas absorbée par l’organisme), et d’autres choses jetées dans la cuvette quand on ne sait pas quoi en faire (tampons …).

Ce mode d’utilisation de l’eau n’est pas tenable. Alors quel est le vrai problème ? Le manque d’eau ou ce qu’on fait de notre eau ? « Fermer l’eau du robinet quand on se brosse les dents ? Mais on s’en fout, de l’eau y’en a plein en France ! Si vous arrêtez de chier dans l’eau, vous pouvez prendre des bains tous les jours. » Les toilettes sèches donc, comme solution pour économiser de l’eau et ne plus avoir à craindre sa raréfication.

Ou se réjouir de l’arrivée de l’eau hygiénique ?

Mais cela suffira-t-il ? « C’est trop tard pour maintenir une eau potable durablement. L’eau potable, ça a duré un petit temps dans l’humanité, et c’est bientôt fini. » Parce que cela fait déjà trop longtemps que nous rejetons des tas de cochonneries dans nos rivières, et que les technologies d’épuration ne peuvent pas tout régler, ou bien sont trop chères.

« En fait il faut abdiquer sur l’eau potable, et passer à une eau hygiénique. Sur 165 litres d’eau potable, on n’a besoin que de deux litres d’eau potable. Qu’est-ce qu’on s’emmerde à potabiliser 163 litres qui servent à se doucher, à laver sa bagnole, à chier dedans ? En plus, il y a suffisamment de nappes phréatiques proches des villes pour offrir deux litres d’eau potable par personne chaque jour. »

Tout un programme proposé par Anthony et Samuel, sources à l’appui. A voir sur internet et en vrai, afin de révolutionner notre vision de l’eau, et du caca.

Water Causettes, une autre histoire de l’écologie, par Samuel Lanoe et Anthony Brault, Scop Le Pavé.

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L’agrobusiness : toujours plus d’argent, toujours moins de paysans Noël Mamère Reporterre 2015/02/24 Noël Mamère (24 février 2015) L’agrobusiness : toujours plus d’argent, toujours moins de paysans. Reporterre. Économie fr

L’agrobusiness : toujours plus d’argent, toujours moins de paysans

En termes de politique agricole, les pouvoirs publics se couchent toujours « devant la FNSEA, maitre d’œuvre acharné de l’agriculture industrielle », et n’ont d’autre mot à la bouche que celui de « compétitivité ». « Mais que signifie la ’compétitivité’ en agriculture ? Sinon le développement forcené d’un modèle, l’agrobusiness, qui détruit la paysannerie et ne perçoit l’environnement que comme une contrainte. »

Le Salon de l’Agriculture sera cette semaine encore la vitrine d’une agriculture fêtée et fantasmée par les urbains. Mais pour les paysans ce grand bazar n’est qu’une mascarade qui cache mal, très mal, la réalité de leur mort programmée, au sens propre comme au figuré. Les suicides à la ferme, le burn-out des paysans, en sont les premiers symptômes. Chaque année, des milliers d’exploitations disparaissent en silence. La concentration financière devient la règle.

Habillage rhétorique

La Confédération paysanne vient de rendre publique la carte de France de l’industrialisation à marche forcée de l’agriculture ; vingt-neuf fermes géantes, calquées sur le modèle de la ferme des « mille vaches », vont accélérer le processus en marche depuis le début des années soixante.

Cette fuite en avant vers l’agrobusiness est en contradiction avec la volonté affichée par le ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll, de « changer de modèle » : sa loi d’avenir agricole, pourtant largement votée au Parlement, l’année dernière, par la gauche, les écologistes et les centristes, vante les vertus de l’agro-écologie qui permet de produire autant tout en respectant la nature.

- Stéphane Le Foll -

La réalité prouve qu’il ne s’agit là que d’un habillage rhétorique et marketing vide de sens. La pollution des eaux par les nitrates continue ; les algues vertes dénaturent le littoral ; les impacts des pesticides sur la santé publique en général et sur la santé des paysans en particulier pèsent chaque jour un peu plus.

Pire, le bilan des Groupes de travail sur l’agriculture, annoncé lors du Conseil des ministres mercredi dernier, entérine les mesures préconisées par la FNSEA : allégement des démarches des éleveurs de volailles qui souhaitent créer un élevage ou l’agrandir. A l’instar des porcheries, le seuil est relevé à 40.000 animaux pour déclencher une procédure d’exploitation classée, entre 30.000 et 40.000 volailles une simple procédure d’enregistrement suffira et en dessous de 30.000 volailles, aucune démarche ne sera nécessaire.

La FNSEA a gagné

Au nom de la modernisation des bâtiments d’élevage et du soi-disant « manque de compétitivité », la filière productiviste se voit renforcée dans sa démarche. Une fois de plus, la FNSEA, maitre d’œuvre acharné de l’agriculture industrielle, a gagné… Pour le plus grand profit de son président, Xavier Beulin, à la tête du puissant groupe Avril- Sofiproteol, en situation de domination sur les huiles et oléagineux, présent dans la génétique animale et actionnaire par l’intermédiaire de nombreuses filiales, de la plupart des projets de fermes usines.

Il est aujourd’hui le vrai ministre de l’agriculture. Ce syndicalisme-là est à l’agriculture ce qu’était celui de Jimmy Hoffa, le patron des teamsters américains dans les années soixante : une mafia censée réguler un secteur pour, en fait, mieux le « nettoyer » de ceux qui n’entrent pas dans le moule de l’agriculture intensive. C’est pourtant ce modèle-là, à l’impact négatif sur le réchauffement climatique, que défend le gouvernement à quelques mois de la Conférence de Paris sur le Climat.

Développement forcené

Mais que veut dire la « compétitivité » en agriculture ? Sinon le développement forcené d’un modèle, l’agrobusiness, qui détruit la paysannerie et ne perçoit l’environnement que comme une contrainte. La politique agricole européenne a été l’élément déclencheur de ce productivisme déraisonnable et pollueur. En garantissant aux agriculteurs des prix de vente élevés pour la viande, le lait, les céréales et en laissant entrer le soja à bas prix, elle a créé les conditions favorables à l’élevage industriel et à la culture du maïs fourrage.

Favorisant la spécialisation des exploitations, elle a permis la rupture des équilibres économiques et écologiques ancestraux. Ainsi, les intérêts corporatistes se sont alliés aux intérêts de l’agrobusiness, fusionnant même dans la personne de Xavier Belin, le patron de la FNSEA.

"L’environnement ça suffit !"

L’attrait du profit a conduit le monde paysan dans une situation quasi impossible à redresser. Avec des paysans plus fragiles, qui deviennent les travailleurs à façon de l’agro-alimentaire, le calcul est vite fait. Sous couvert d’une prétendue compétitivité, le gouvernement fait le choix d’une agriculture de production, sans producteurs, qui s’ajoute à un déni des préoccupations environnementales et climatiques, comme vient de le rappeler le débat sur Sivens et la décision prise en concertation avec la FNSEA de cartographier les cours d’eau pour « prouver » les besoins en retenues d’eau. Elle ne fait que renforcer ce sentiment que les pouvoirs publics se couchent devant le syndicat majoritaire .

« L’environnement, ça commence à bien faire », cette célèbre phrase de Sarkozy, lancée au Salon de l’agriculture 2010, n’a certes pas été reprise par François Hollande samedi au Salon de l’agriculture, mais la politique qu’il applique ressemble comme deux gouttes d’eau à celle de son prédécesseur. Une déception de plus !

ENQUÊTE - 3 - L’incroyable rente des agrocarburants Barnabé Binctin et Laure Chanon (Reporterre) Reporterre 2015/02/24 Barnabé Binctin et Laure Chanon (Reporterre) (24 février 2015) ENQUÊTE - 3 - L’incroyable rente des agrocarburants. Reporterre. Enquête — Agriculture fr

ENQUÊTE - 3 - L’incroyable rente des agrocarburants

Le Parlement européen discute mardi 24 février des agrocarburants : présentés naguère comme une solution écologique, ces carburants tirés des plantes se sont révélés nuisibles sur le plan de l’environnement et inefficaces face au changement climatique. Mais, soutenus très fortement par l’Etat français, ils ont permis d’assoir la fortune du groupe Sofiproteol.

Le vote de la dernière chance : c’est ainsi que certains présentent le scrutin qui doit se tenir dans la journée à la commission environnement du Parlement européen. Pour l’occasion, une pétition a même récolté près de 250 000 signatures pour interpeller les représentants européens.

L’enjeu ? Statuer sur les agrocarburants afin d’abaisser leur niveau d’incorporation dans l’essence ou le gazole et de reconnaître l’impact climatique de ces cultures – ce qu’on appelle le facteur ILUC en anglais. Promus au début des années 2000 comme une énergie propre, les impacts écologiques des agrocarburants sont désormais parfaitement documentés sans que la politique européenne n’ait évolué depuis.

Et pour cause, plusieurs acteurs s’opposent à la révision des objectifs communautaires. Au premier rang d’entre eux, le gouvernement français. En 2013, Reporterre avait révélé la note affichant le positionnement particulièrement conservateur des autorités françaises dans ce débat. Malgré l’accueil de la COP 21 à la fin de l’année et ses divers engagements sur le climat, la France continue de faire discrètement le jeu des agrocarburants dans les institutions européennes. Ainsi, elle signait l’été dernier un texte – que Reporterre s’est procuré et publie ci-dessous – dans lequel elle maintient son intention de ne pas descendre en-dessous des 7 %, soit le niveau actuel :

- Texte de la position française :

A ses côtés, le Copa-Cogeca ne cesse également de réaffirmer son soutien aux agrocarburants. Le syndicat agricole européen majoritaire a envoyé une lettre de mise « en garde » aux députés européens, la semaine dernière. La position est pour le moins explicite :

- Lettre Copa-Cogeca :

Or… qui retrouve-t-on à la vice-présidence du Copa-Cogeca ? Xavier Beulin. Qui est également président de la FNSEA, premier syndicat agricole français et à ce titre interlocuteur privilégié du gouvernement français.

Plus de lobbying que Coca-Cola !

Et Xavier Beulin est aussi l’homme à la tête du groupe Avril-Sofiprotéol, qui se trouve être… le premier producteur d’agrocarburants à partir d’oléagineux en Europe, entre autres nombreuses activités. Face à la remise en cause d’un de ces premiers marchés, il ne lésine pas sur les moyens : c’est ainsi que près de 500 000 Euros de lobbying ont été investi sur l’année 2013, comme le révèle le registre de transparence de l’Union européenne. Plus que Coca-cola, qui dépense 450 000 euros pour influencer les bureaucrates et parlementaires de Bruxelles…

Corinne Lepage, alors député européenne et chargée d’un rapport sur les agrocarburants, s’en souvient encore : « Un enfer. Avec M. Beulin et les producteurs d’huile de palme, la proposition d’un compromis sur les agrocarburants a été un enfer », confie-t-elle à Reporterre. « Et à la fin, ils ont gagné : même si mon rapport a été adopté, ils en ont organisé par la suite le sabotage organisé et depuis, les compteurs sont remis à 0… »

Le Diester, au cœur du développement de Sofiprotéol

Pourquoi le groupe Sofiprotéol dépêche-t-il cinq lobbyistes afin de suivre principalement les dossiers dit « ILUC », « Europe 2030 » et « FQD » ? Car les trois dossiers concernent directement les agrocarburants, et que ceux-ci ont largement contribué à la constitution de la fortune actuelle du groupe.

Au tout début des années 1990, la France lance sa filière de biodiesel, un agrocarburant produit essentiellement à partir de colza. Sofiprotéol, en situation de monopole, commercialise ce biodiesel sous la marque Diester. Sa croissance va rapidement s’avérer spectaculaire.

Les agrocarburants sont alors à la mode : ils sont supposés, dans le sillon du sommet de Rio, réduire les émissions de gaz à effet de serre tout en limitant la dépendance énergétique de la France. En 2003, l’Europe adopte une directive sur les agrocarburants qui fixe à 2 % en 2005 leur taux d’incorporation dans les carburants fossiles de transports, et à 5,75 % en 2010. La France, elle, fixe tout de suite plus : 7 % en 2010.

Fixer un taux d’incorporation n’est toutefois pas suffisant. Car les agrocarburants, malgré les aides de Bruxelles, coûtent plus cher à produire que les carburants fossiles. Pour les faire accepter, la France leur accorde une aide fiscale conséquente, en fait une défiscalisation de ce carburant : la taxe intérieure sur les consommations d’agrocarburants (ex TIPP), payée par le consommateur, est reversée au fabricant d’agrocarburant, en l’occurrence Sofiprotéol pour le Diester.

Une aide fiscale massive aux agrocarburants

« En 2003, Sofiprotéol bénéficiait d’une ’défiscalisation’ de 0,35 € par litre de Diester, soit une subvention d’argent public d’environ 153 € la tonne de graines de colza destinée à la production de Diester... Certes, le barème diminue d’année en année, mais comme les quantités d’agrocarburants produites et bénéficiant d’un agrément augmentent tous les ans, la facture s’alourdit pour les contribuables... », explique ainsi Patrick Sadones, de l’association EDEN, expert sur le sujet.

En 2010, l’Inspection générale des Finances (IGF) évalue, dans un rapport sur les niches fiscales, le coût de cette exonération partielle de TIC sur les biocarburants à 643 M€ en 2010, avant de s’interroger sur sa pertinence.

- Rapport de l’IGF :

Cependant, à compter du 1er janvier 2005, les distributeurs qui ne respectent pas les obligations d’incorporer des agrocarburants sont sanctionnés. Ils doivent payer la TGAP (taxe générale sur les activités polluantes), très élevée. Les fabricants de Diésel achètent donc du Diester contraints et forcés, comme l’explique Jean-Louis Schilansky, alors président de l’Union française des industries pétrolières.

Une « rente de situation » selon la Cour des Comptes

Sofiprotéol se bat aussi pour conserver un gâteau si profitable, luttant farouchement contre l’entrée de concurrents sur le marché, tel Cargill : « Le groupe américain souhaite prendre pied sur le vieux continent dans le secteur en plein essor des matières grasses végétales esterifiées (…). Pour Sofiprotéol, il est hors de question de tolérer un tel concurrent dans sa chasse gardée. Le bras de fer dure plusieurs mois. Finalement, c’est Xavier Beulin qui l’emporte... Cargill se contentera de triturer ses graines oléagineuses, et cédera l’huile à Diester- Industrie qui monte une unité d’estérification juste à côté du site Cargill », raconte Patrick Sadones.

En situation de monopole et bénéficiant d’un précieux avantage fiscal, Sofiprotéol profite ainsi largement de la filière. Mais cela ne sert pas l’intérêt général : « La filière biodiesel a bénéficié d’une rente de situation importante : elle a coûté au final à l’État 1,29 milliards € et elle a bénéficié de soutiens dont le montant est supérieur à celui de ses investissements », estime ainsi la Cour des comptes dans son rapport de 2012 sur les biocarburants.

Ces entorses à la concurrence rendent les agrocarburants artificiellement très lucratifs. L’affaire est tellement juteuse que, selon Henri Prévost, Ingénieur Général du Corps des Mines, et auteur en 2005 d’un rapport sur le dispositif fiscal en faveur des agrocarburants, les nouvelles usines d’estérification sont amorties en deux ans ! C’est avec cette rente que Sofiprotéol constitue son empire, devenant leader de l’huile alimentaire en France avec le rachat de Lesieur et Puget, puis en se déployant dans l’oléochimie avec l’acquisition d’Oléon en 2008, tout en achetant Expur, puis Untdelem et Olpo en Roumanie, s’implantant au cœur du bassin de production d’oléagineux d’Europe de l’Est et de la Mer Noire, l’un des plus vastes d’Europe.

Les agrocarburants, un agent de la déforestation et de l’accaparement des terres

Au tournant des années 2010, la politique de développement des agrocarburants se voit pourtant sérieusement remise en cause. Le mythe du carburant propre s’effrite. Son impact écologique se trouve formalisé par le facteur ILUC – ou CASI en français : le changement d’affectation des sols indirects.

Quésako ? C’est le fait de prendre en compte l’une des conséquences majeures de la production d’agrocarburant : puisque celui-ci mobilise des terres, il faut accaparer d’autres terres, ailleurs, pour produire la nourriture effacée par la culture des agrocarburants. Ce qu’un clip réalisé par plusieurs ONG environnementales explique très bien.

Conséquences ? Le réchauffement climatique, par la destruction de forêts tropicales ou des prairies, réserves importantes de carbone. Ainsi, le biodiesel émet plus de gaz à effet de serre que le diesel lui-même dès lors qu’on comptabilise le CASI.

Si l’on tient compte de la destruction de ces réserves de carbone, le bilan environnemental des agrocarburants serait même plus mauvais que celui du pétrole, selon certaines études.

D’autres impacts sont connus et régulièrement démontrés, tels que l’accaparement des terres par d’autres producteurs d’agrocarburants ou la sécurité alimentaire. « Les biocarburants utilisent en France pour la culture de leur matière première un peu moins de 6 % de la surface agricole utile (SAU), c’est-à-dire 1,7 millions d’hectares en 2010 dont 1,45 pour le biodiesel », estimait la Cour des comptes en 2012. Soit plus que l’emprise au sol de l’agriculture biologique en France, qui ne représente que 4 % de la SAU française !

Mais selon Xavier Beulin, ce sont bien les émeutes de la faim dans plusieurs pays du tiers-monde à la fin des années 2000 qui ont joué un rôle important dans le changement de perception des agrocarburants :

- Ecouter Xavier Beulin :

La responsabilité des agrocarburants dans les les émeutes de la faim en 2008 a aussi été reconnu par un rapport de la Banque mondiale.

Le bras de fer avec les pétroliers

Mais il n’y a pas que les écologistes ou les humanitaires qui s’attaquent aux agrocarburants. Les pétroliers, aussi, se rebiffent. Ils boycottent le Diester, en se tournant notamment vers des biocarburants issus de graisse animale, l’EMHA (esters méthyliques de graisses animales). En 2011, pour la première fois, les ventes de Diester chutent, et fortement : de 21 %.

Pourtant, une nouvelle fois, l’État vole au secours de la filière en limitant à 0,35 % la part de biocarburant issu de déchets ou de résidus. Mais la concurrence de l’huile de palme s’accroît dans le même temps, et en 2012, l’effondrement de diester se confirme, si bien que cette activité ne compte plus que pour 8 % du résultat de Sofiproteol.

En 2013, le groupe ferme deux usines dans le nord de la France, sur les sept unités de production qu’il compte au total. L’année se clôt de nouveau sur des comptes plombés : le chiffre d’affaires de Diester Industrie recule de 11 %. Cette fois, ce sont les importations de biocarburants d’Indonésie et d’Argentine qu’on pointe du doigt. Et depuis quelques mois, la chute du pétrole entraîne celle du prix du Diester, illustrant la corrélation entre le prix du pétrole et celui des matières premières. L’histoire n’en est plus à un paradoxe près : le pétrole marque le coup d’arrêt à l’âge d’or des agrocarburants, qui devaient le remplacer.

Une tentacule de perdue, c’est dix tentacules en plus

Face à la crise, diversifier toujours plus. L’effondrement de son fleuron industriel ? Fi, le champ des possibles est vaste. Xavier Beulin insiste sur la chimie, à partir du glycerol, un coproduit des huiles : « Cela constituera un débouché intéressant à l’avenir ». Le groupe souhaite par ailleurs poursuivre ses activités dans l’oléochimie à partir de ses matières premières, un objectif pilier de la nouvelle stratégie intitulée CAP 2018.

Mais Sofiprotéol prévoit aussi de travailler sur les parties protéiques, afin d’« améliorer les qualités gustatives et culinaire des protéines d’origine végétale »... Une préoccupation qui concerne, en l’occurrence, l’alimentation humaine, mais qui s’inspire peut-être d’une réussite précédente dans le milieu animal ?

Si l’avenir des agrocarburants se révèle aujourd’hui incertain, Sofiprotéol a su diversifier ses activités en mettant également la main sur les filières d’élevage… c’est l’objet du volet suivant de l’enquête de Reporterre : 4 - Comment les agrocarburants ont conduit aux fermes-usines.

« A Fukushima, tout n’est pas sous contrôle » Entretien avec Naoto Kan Reporterre 2015/02/25 Entretien avec Naoto Kan (25 février 2015) « A Fukushima, tout n’est pas sous contrôle ». Reporterre. Entretien — Catastrophes nucléaires fr

« A Fukushima, tout n’est pas sous contrôle »

Naoto Kan était Premier ministre du Japon au moment de la catastrophe nucléaire de Fukushima. Il y a quelques mois, il avait raconté à Reporterre et au film Libres ! l’accident de Fukushima. Nous l’avons de nouveau rencontré lors de son passage à Paris mardi 24 février. Alors que de nouvelles fuites radioactives s’échappent de la centrale, il explique que l’information sur la situation reste largement tronquée.

Reporterre - Presque quatre ans après l’accident de Fukushima, suivez-vous toujours de près ce qui se passe là-bas ? Comment avez-vous des nouvelles ?

Naoto Kan - Oui je continue de suivre de près ce qui se passe à Fukushima. L’année dernière je me suis rendu sur place. Je vais aussi visiter les lieux où sont réfugiées les personnes évacuées.

Il y a quelques jours, une nouvelle fuite radioactive a été détectée à Fukushima, avec des taux de radioactivité 70 fois supérieurs aux valeurs hautes déjà enregistrées sur place. Que savez-vous de cette fuite ?

Les dernières nouvelles proviennent de Tepco, l’opérateur de la centrale. Il reconnaît qu’il y a une fuite d’eau hautement contaminée vers la mer mais admet qu’il ne sait pas quelle est son origine.

Tous les jours, 300 tonnes d’eau sont déversées sur chacun des réacteurs n° 1, 2 et 3. Leurs cuves sont percées, alors l’eau contaminée s’échappe. Normalement, cela fonctionne en circuit fermé : une partie de cette eau contaminée est récupérée, traitée et réutilisée pour refroidir les réacteurs. Une autre partie de cette eau ne peut pas être traitée et elle est stockée sur le site dans des cuves. Mais il semble que ces cuves fuient. Aujourd’hui cette eau contaminée entre en contact avec la nappe phréatique et l’océan. Ce sont plus de 600 tonnes d’eau contaminée qui s’échappent chaque jour.

L’eau qui fuit arrive dans une petite baie en aval de la centrale. Le gouvernement dit que l’eau contaminée reste dans la baie mais en réalité la marée fait que l’eau rentre et sort. Très probablement, de l’eau contaminée s’échappe au large.

Aujourd’hui le message du Premier Ministre Shinzo Abe est de dire que depuis un an, tout va bien, tout est sous contrôle. Moi, mon message est de dire que tout n’est pas sous contrôle et qu’il y a encore des problèmes de pollution radioactive.

Quels sont les types de radio-éléments qui s’échappent lors de ces fuites ?

Je n’ai pas d’information précise sur ce sujet. Il s’échappe du césium, du strontium, de l’iode radioactif : les particules habituelles. Il est possible qu’il y ait également du plutonium. Mais officiellement, il n’y en a pas. Ce ne sont que des rumeurs. [Le plutonium est le plus dangereux de tous ces radio-éléments - NDLR]

Cette fuite est-elle exceptionnelle ?

Non, des fuites de ce genre ont déjà eu lieu. Parfois les fuites ne sont pas signalées dans les médias. Si la fuite a lieu dans les nappes phréatiques souterraines, on peut ne pas la signaler, et il n’y a aucun moyen de savoir a quel point elle contamine le milieu.

Vous avez déjà critiqué, notamment dans votre précédent interview avec Reporterre, l’attitude de Tepco juste après l’accident : l’entreprise ne donnait que les informations qui lui étaient favorables. A-t-elle encore la même stratégie aujourd’hui ?

Il y a toujours eu rétention d’information de la part de Tepco. Par exemple, il y avait des visioconférences entre la centrale nucléaire et le siège, et ils n’en diffusaient que les informations qui pouvaient leur servir.

Aujourd’hui il ne m’est pas possible de dire s’ils cachent des informations. Mais à l’époque où j’étais Premier ministre, ils faisaient de la rétention d’information de cette façon là.

Pensez-vous que le gouvernement japonais actuel cache lui aussi des informations ?

La position du gouvernement est de dire que, "Tout ce que nous savons, nous le diffusons".

Le croyez-vous ?

C’est une question de responsabilité politique. Le gouvernement japonais doit diffuser les informations, car il s’adresse à la communauté nationale. Mais si jamais il se révèle qu’il y a eu de la rétention d’information, il y aurait des conséquences…

L’information originelle est détenue uniquement par l’entreprise Tepco. C’est problématique car par exemple lorsque que j’étais Premier ministre, le jour de l’accident le 11 mars 2011, nous avions reçu des données erronées de la part de Tepco, qui disaient que les réacteurs n’étaient pas entrées en fusion.

Il y a donc deux possibilités. Soit Tepco fournit des données erronées au gouvernement parce que l’entreprise elle-même est mal informée. Soit c’est un mensonge volontaire parce que les informations n’arrangent pas Tepco. La limite entre ces deux possibilités est floue.

Il y a encore près de 120.000 « évacués », c’est à dire des personnes qui ont dû partir de chez eux à cause de la catastrophe. Que savez-vous du sort de ces personnes aujourd’hui ?

Il y a deux cas de figures. Les gens qui sont partis parce que le gouvernement a décidé que c’était un périmètre a évacuer reçoivent des indemnités. Mais pour ceux qui sont volontairement partis, pour préserver un peu leur famille, ceux-ci ne reçoivent pas d’indemnité. Il y a beaucoup de territoires sur lesquels, même s’ils peuvent revenir sur place, ils ne peuvent pas continuer leur activité. Beaucoup d’agriculteurs ne peuvent pas reprendre l’élevage laitier par exemple.

Je pense que même pour les personnes qui sont parties de leur plein gré, il faudrait une indemnité financière. Il est quasiment impossible de savoir combien de personnes sont concernées. Puisqu’elles ont décidé de partir d’elles-mêmes, on n’a pu faire de statistiques officielles.

Le gouvernement japonais projette de remettre en marche certains réacteurs nucléaires. Qu’en pensez-vous ?

Depuis un an et demi, tous les réacteurs sont arrêtés et aucun réacteur n’a été remis en marche au Japon. Le gouvernement a effectivement envie de relancer le nucléaire sur une dizaine de sites, mais pour l’instant aucun n’a eu l’autorisation, ni de l’Autorité de sûreté nucléaire, ni des autorités locales autour de chaque centrale.

Désormais les règles de sécurité obligent à envisager, autour de chaque réacteur, une zone d’évacuation d’un rayon de trente kilomètres. Pour l’instant, aucun de ces plans d’évacuation n’est suffisamment avancé pour envisager de remettre en marche le réacteur.

Alors, pensez-vous que le Japon va relancer le nucléaire, ou en sortir ?

Je ne peux pas me prononcer. Mais la position du gouvernement est favorable au retour du nucléaire, la population elle est contre, et moi également.

- Propos recueillis par Marie Astier

Les Center Parcs ne créent pas d’emplois Nadia Donati Reporterre 2015/02/25 Nadia Donati (25 février 2015) Les Center Parcs ne créent pas d’emplois. Reporterre. Tribune — Grands projets inutiles fr

Les Center Parcs ne créent pas d’emplois

Pour imposer leurs projets, les promoteurs de Center Parcs mettent en avant les emplois. Mais ces projets ne créent pas ex nihilo des emplois, ils remplacent et détruisent les emplois du secteur. Ils ont les mêmes effets sur le tourisme doux et rural que les sites Amazon sur les librairies, ou que les hypermarchés sur les petits commerces de proximité : plus de chômage.

Un Center Parc ne crée par d’emplois, il ne fait, au mieux, que les concentrer au même endroit. En effet, l’implantation d’un Center Parc à Roybon n’aura pas pour effet de générer ex nihilo 5.000 touristes supplémentaires par an en Isère. Si 5.000 touristes logent et consomment toute l’année dans le Center Parc, c’est qu’ils ne vont pas ailleurs.

Comme Amazon, les hypermarchés ou le maïs OGM...

Le Center Parc aura les mêmes effets sur le tourisme doux et rural que les sites Amazon sur les librairies, que les hypermarchés sur les petits commerces de proximité et que le maïs OGM américain sur les petits paysans mexicains après les accords de libre-échange (ALENA) : loin des nombreux emplois promis, ils ont aggravé le chômage et la précarité au sein de populations qui perdent leur autonomie et leurs racines culturelles.

Avec sa logique industrielle, sa puissance financière et commerciale, ses économies d’échelle permettant de réduire les coûts en pressurant le petit personnel (sans parler de ses généreuses subventions publiques [Lire : Derrière Center Parcs, un groupe en difficulté qui survit grâce aux cadeaux de l’Etat, NDRL]), le Center Parc va offrir des séjours à prix compétitifs dans un univers factice mais symbolisant les « vacances de riches » pour beaucoup d’urbains déracinés.

Le vide autour de lui

Par conséquent, il va capter en peu d’années une population de touristes qui jusque-là logeait dans des gîtes ruraux et dînait dans des restaurants indépendants. Ces derniers ne pourront s’aligner ni sur les prix (locations de chalets bradées au détriment des petits investisseurs), ni sur l’image commerciale (bulle tropicale, voisins homogènes socialement). Rapidement, ils mettront la clef sous la porte et le Center Parc va faire le vide autour de lui.

Aussi, en quelques années, le Center Parc ne sera plus un « choix supplémentaire » pour les touristes de classe moyenne (les plus riches auront toujours accès à une forme d’authenticité modernisée via les Relais et Châteaux), ce sera le seul hébergement accessible financièrement, les autres hébergements ayant fait faillite.

- Capture d’écran du site Pierre et Vacances -

Les touristes n’auront donc plus le choix, mais les professionnels du tourisme non plus. Les agriculteurs qui complétaient leurs petits revenus par un gîte rural n’auront plus les moyens de l’entretenir et devront tenter d’aller vendre leurs heures de ménage à Pierre et Vacances, à vil prix en raison d’une concurrence de main-d’œuvre mobile prête à accepter des conditions de travail encore plus désastreuses.

Les petits restaurateurs n’auront même pas la possibilité de mendier un emploi à Pierre et Vacances puisque les restaurants du Center Parc ne livrent que de la nourriture industrielle toute préparée. Deviendront-ils serveurs ou caissiers ?

Simplement grâce aux économies d’échelle permises par la concentration des touristes dans un camp unique, Pierre et Vacances va d’emblée détruire le double du nombre d’emplois de ceux « créés » par le Center Parc.

Le tour est joué

Mais cette évolution n’est-elle pas logique ? Comment des grands groupes immobiliers peuvent-ils accepter que tant de gens, en manque de nature, aillent dépenser leur argent auprès de concurrents si faibles et si mal organisés ?

Il était temps pour eux de mettre de l’ordre dans le tourisme rural comme cela a été fait avec les stations de montagne. Place au tourisme industriel, place à la loi du plus fort, aux groupes transnationaux qui vont enfin s’arroger cette manne financière trop longtemps restée dans des mains de gens inadaptés au monde moderne.

Et pour les irrécupérables nostalgiques du contact avec l’habitant et du monde rural, Pierre et Vacances mettra en scène des « zoos paysans » avec quelques chèvres dans un enclos et un écran sur lequel un agriculteur d’opérette soulèvera des bottes de paille et conduira son tracteur toute l’année. Le tour est joué.

EXCLUSIF - Des vestiges archéologiques retrouvés sur le site du barrage de Sivens Grégoire Souchay (Reporterre) Reporterre 2015/02/25 Grégoire Souchay (Reporterre) (25 février 2015) EXCLUSIF - Des vestiges archéologiques retrouvés sur le site du barrage de Sivens. Reporterre. Reportage — Grands projets inutiles fr

EXCLUSIF - Des vestiges archéologiques retrouvés sur le site du barrage de Sivens

En septembre dernier, Reporterre révélait que les travaux du barrage de Sivens n’avaient pas pris en compte la loi sur l’archéologie préventive, en dépit des indices de présence archéologique au Testet. Nous sommes aujourd’hui en mesure d’affirmer qu’il existe des traces archéologiques effectives sur la zone. Des fouilles auraient dû être entreprises.

- Lisle-Sur-Tarn, reportage

27 octobre 2014 au matin, sur la zone humide du Testet, près de l’endroit où le jeune Rémi Fraisse a été tué par la police la veille. Alors que partout l’on cherche à recueillir le plus d’éléments possible sur les circonstances de sa mort et que la police scientifique se fait attendre, nous croisons la route de Sabine Puech, habitante de la région et archéologue à l’Institut national de Recherches Archéologiques Préventives (INRAP) de Toulouse.

Aucun diagnostic archéologique n’a jamais été conduit

« J’ai été appelée par une connaissance qui a trouvé des fragments abondants de terre cuite dans les tranchées », dit-elle. Ces tranchées sont les excavations creusées à la pelle mécanique par les promoteurs du barrage. Elles mesurent environ deux mètres de largeur sur trois mètres de profondeur, délimitant les zones de chantier. En y regardant de plus près, la scientifique décèle sur 1,5 mètre de profondeur et plusieurs mètres de large un nombre important de tuiles et de fragments divers.

« Il est très difficile d’évaluer à l’œil la datation d’un fragment et son origine ainsi que le contexte dans lequel il est découvert, c’est-à-dire la fonction du lieu, surtout quand on ne peut observer que des coupes de tranchées écroulées », explique-t-elle. Elle récupère néanmoins quelques fragments qu’elle présente à ses collègues quelques jours plus tard.

L’un d’entre eux, Pierre Marty, assistant d’étude dans le même Institut et spécialiste de la céramique antique, indique à Reporterre avoir repéré dans les échantillons recueillis « des tessons, des fragments de vase ainsi que des morceaux de terre cuite architecturale et des briques d’habitation ». De quand datent-ils ? La réponse est difficile à fournir compte tenu « du mauvais état de conservation de ces vestiges », mais le chercheur se risque néanmoins : « Ils proviendraient soit de la fin du moyen âge, soit de l’époque moderne, à partir de la fin du XVe siècle. »

Le chercheur tient toutefois à rester prudent : « Il est extrêmement rare de pouvoir établir une origine précise avant d’effectuer un diagnostic ». Or, au Testet, aucun diagnostic archéologique n’a jamais été conduit.

Vestiges sous les pieds des gendarmes

Les chercheurs de l’INRAP ne sont pas les seuls à avoir retrouvé des témoins du passé. Philippe, habitant d’une commune voisine, raconte avoir été avec sa compagne sur la zone pour chercher. « Nous avions déjà découvert des vestiges dans notre jardin ».

Le 25 octobre, le voilà sur place « à chercher des fragments tandis qu’en face on voyait des échanges musclés avec la police ». Sur les collines situées au sud de la zone, « là où tout a été décapé et décaissé et où l’on voit les marnes, on a trouvé des morceaux de terre cuite, de tuile ancienne, enfouies à au moins trois mètres de profondeur ».

Plus bas, au milieu de la zone terrassée, Sabine Puech a de son côté trouvé « le fragment d’une anse d’un vase médiéval, ramassé hors contexte », et donc isolé, même si « toute la terre qui a été tassée à cet endroit provient de la zone elle-même ».

Ironie du sort : c’est la destruction en profondeur de la zone humide qui a engendré la mise à jour de ces indices. Sous la zone de vie des gendarmes, lieu de tous les affrontements, dans les tranchées creusées qui délimitent le parking, Sabine Puech a également constaté la présence d’une « structure de type drain ou fossé qui traverse la tranchée à plus de cinquante centimètres en dessous du sol » mais dont la datation est indéterminée.

Dans la même zone, l’archéologue a également recensé un « petit niveau charbonneux, dans une couche où se trouvaient des fragments de terre cuite, au minimum à soixante centimètres en dessous du niveau du sol ». Y aurait-il un lien entre cette présence charbonneuse et les amas de tuiles ? « La seule manière de le savoir serait d’ouvrir et de fouiller mais on voit bien déjà dans ces quelques tranchées que le sol a été occupé par le passé et que nous sommes susceptibles de trouver un site archéologique dans la zone humide du Testet ».

Sans aller aussi loin, il nous a suffi de visiter le musée Raymond Lafage de Lisle-Sur-Tarn pour en savoir plus. Dans la plaquette Voyage archéologique dans le canton de Lisle-Sur-Tarn, on remarque qu’hormis la période de la préhistoire ancienne, on trouve des traces de présence humaine aux environs immédiats de la zone (moins de 500 m) durant toutes les périodes historiques, depuis le paléolithique jusqu’à l’époque moderne. L’un des sites médiévaux recensé est d’ailleurs localisé directement dans la zone, probablement au lieu-dit Testet puisqu’il s’appelle « Saint Pierre d’en Teste ».

- Télécharger la plaquette :

Le service régional de l’archéologie toujours aussi peu réactif

Lors de notre précédente enquête, le conservateur régional, Michel Vaginay nous avait répondu : « Nous avons bien été saisis d’une demande de renseignements en 2008. Nous avons évalué cette requête et au regard des éléments fournis à ce moment-là en matière d’archéologie, nous n’avons pas prescrit d’opérations archéologiques. »

Sa réponse d’alors peut aujourd’hui être éclairée à l’aune des statistiques interrégionales des Services Régionaux de l’Archéologie (SRA). Celles de l’année 2013 nous apprennent que si l’inter-région Grand-Sud-Ouest est la plus grande en superficie, elle est aussi l’une de celles qui, en proportion du territoire, opère le moins de prescriptions de diagnostic archéologique préalable.

Corollaire : le taux de fouilles reste lui aussi très faible, comparable à l’Outremer qui dispose pourtant de moyens bien plus restreints, bien que s’y ajoute la concurrence de sociétés privées spécialisées dans le domaine et remettant en cause les missions de service public en matière d’archéologie.

Contacté par Reporterre, Daniel Schaad, ingénieur au SRA, indique « ne pas être au courant de l’existence de ces indices ». A la suite de notre description orale, il dit : « Ces quelques indices ne traduisent pas la présence d’un site, d’autant qu’ils ont l’air plutôt récents. Sans les avoir en visuel, je ne peux vous dire grand-chose de plus ».

Seul moyen pour qu’un éventuel diagnostic archéologique soit établi : « Il faudrait que l’on découvre vraiment un énorme site incomparable, dans le cas présent, je crois qu’il faut être raisonnable ».

La raison du manque d’intérêt du site du barrage : « Ce n’est pas la taille du projet qui détermine le fait ou non de prescrire un diagnostic. La retenue de Sivens se trouve en entrée de vallon, ce n’est pas une zone à grand risque. En revanche, nous demanderons probablement un diagnostic en aval, lorsque, si le barrage se fait, des agriculteurs voudront mettre en place un système d’irrigation ».

Il lui aurait pourtant suffit de regarder les courriers envoyés par ses propres archéologues pour en tirer la conclusion inverse.

La question doit dans tous les cas être reposée avant le 6 mars prochain : le Conseil général veut alors adopter une nouvelle mouture du projet, déplaçant de 300 mètres en amont le chantier du barrage, et le positionnant de ce fait en plein dans la zone susceptible de contenir des traces archéologiques.

Le Dossier des Mille Vaches et des fermes-usines Reporterre Reporterre 2015/02/26 Reporterre (26 février 2015) Le Dossier des Mille Vaches et des fermes-usines. Reporterre. fr

Le Dossier des Mille Vaches et des fermes-usines

- ENQUÊTE - Comment les agrocarburants ont conduit aux fermes-usines, Barnabé Binctin et Laure Chanon (Reporterre), 26 février 2015.

- Après la ferme-usine des mille vaches, les trois mille cochons de Picardie, Louise Leclercq (Reporterre), 17 février 2015.

- La justice s’acharne sur la Confédération paysanne. Un paysan assume : « Voilà pourquoi j’ai démonté les Mille vaches », Julie Lallouët-Geffroy (Reporterre), 12 décembre 2014.

- Pourquoi avez-vous mené une action de démontage aux Mille vaches ?, une question à Valentin Sic, 5 novembre 2014.

- 3 000 personnes à Amiens pour faire le procès de l’industrialisation de l’agriculture, Julie Lallouët-Geffroy (Reporterre), 29 octobre 2014.

- Tout savoir sur la ferme-usine des Mille vaches si vous avez loupé les épisodes précédents, Julie Lallouët-Geffroy (Reporterre), 28 octobre 2014.

- Décès inattendus à la ferme-usine des 998 vaches, Barnabé Binctin (Reporterre), 23 octobre 2014.

- Menacé de boycott, Senoble renonce à acheter le lait de la ferme-usine des Mille vaches, Barnabé Binctin (Reporterre), 22 octobre 2014.

- La compagnie Senoble menacée de boycott pour acheter le lait des Mille vaches, Barnabé Binctin (Reporterre), 16 septembre 2014.

- EXCLUSIF - Ségolène Royal : « Les Mille Vaches ne sont pas notre modèle agricole », Hervé Kempf (Reporterre), 15 septembre 2014.

- Ramery tente le coup de force, plus de 50 bovins sont arrivés dans la nuit, 13 septembre 2014.

- Joyeuse mobilisation populaire à Amiens pour le premier procès des Mille vaches, Vladimir Slonska-Malvaud (Reporterre), 2 juillet 2014.

- Fête anti Mille vaches à Drucat le Plessiel, 29 juin, Novissen, 28 juin 2014.

- Mille vaches : Notre art de vivre ne se monnaie pas !, Thierry Bonnamour, 26 juin 2014.

- Les acheteurs honteux du lait de la ferme-usine des Mille vaches, Barnabé Binctin (Reporterre), 14 juin 2014.

- Activiste contre la ferme-usine des Mille vaches, incarcérée 48 heures, Dominique Henry, 12 juin 2014.

- Mikel Hiribarren, pourquoi vous opposez-vous à la ferme-usine des Mille vaches ?, 2 juin 2014.

- La violente répression contre la Confédération paysanne tranche avec la mansuétude à l’égard des actes de la FNSEA, 31 mai 2014.

- L’affaire du démontage de la salle de traite : le récit précis des événements : . 30 mai : Les paysans et Laurent Pinatel enfin libérés. . 29 mai soirée : Laurent Pinatel et quatre paysans toujours en garde-à-vue. . 29 mai : le reportage sur place : le récit de la journée « démontage » où l’affaire a basculé.

- Mille vaches : les infractions de l’entreprise Ramery ne sont toujours pas poursuivies, Novissen, 30 mai 2014.

- Monsieur Hollande, ça suffit, maintenant. Il faut arrêter la ferme-usine des Mille vaches, Confédération paysanne, 28 mai 2014.

- Au sortir de sa garde à vue, Laurent Pinatel dénonce les connivences entre le promoteur de la Ferme-usine des Mille vaches et François Hollande, 19 avril 2014.

- Mille Vaches : la justice cogne, le gouvernement soutient l’agro-industrie, 13 mars 2014.

- Nous avons publié en janvier 2014 une enquête approfondie sur le projet de Ferme des Mille Vaches dans la Somme, dont voici les premiers volets :

. 1 - Le projet des Mille Vaches veut transformer l’agriculture en industrie . 2 - Les dix embrouilles de la ferme des Mille vaches . 3 - Derrière l’usine agricole, les étranges amitiés du PS . 4 - Un modèle agro-industriel désastreux . 5 - De la ferme des Mille vaches à l’affairisme du PS . 6 - Ferme usine : et si l’on pensait aux vaches ?.

Lire aussi :

- Les paysans opposés à la ferme-usine des Mille Vaches ont gagné un rendez-vous avec les ministres, 16 janvier 2014.

- Contre le projet de Ferme des mille vaches, une vidéo détonnante de La vache en colère, décembre 2013.

- Novissen et Confédération paysanne, libérés après sept heures de garde à vue, 21 novembre 2013.

- Pourquoi s’opposer à la Ferme des mille vaches ?, 16 septembre 2013.

- Paroles de paysans contre l’usine à vaches en Picardie, 13 septembre 2013.

- La Confédération paysanne a pris d’assaut un grand projet agricole inutile, 12 septembre 2013.

- Un village picard résiste à l’usine à vaches, 2 mars 2013.

- Une ferme géante provoque la polémique dans la Somme,16 février 2012.

Les jeunes se bougent pour le climat REFEDD Reporterre 2015/02/26 REFEDD (26 février 2015) Les jeunes se bougent pour le climat. Reporterre. fr

Les jeunes se bougent pour le climat

Plus de quatre-vingt jeunes venus de toute la France ont répondu à l’appel du mouvement We Are Ready Now ! Ces jeunes ambassadeurs du climat sont résolus à devenir des acteurs de changement face à l’urgence climatique et aux limites de notre modèle économique.

Les 11 et 12 octobre derniers, 82 jeunes venus de toute la France se sont retrouvés au collège international de Noisy-le-Grand, ville de l’est parisien. Ces jeunes avaient répondu à l’appel lancé par le WARN !, le mouvement We Are Ready Now !, lancé il y a plusieurs mois et dont on vous parlait ici. Pourquoi s’être retrouvés ? Pour échanger idées et initiatives et pour se former aux enjeux de la société d’aujourd’hui et de demain !

Si ces jeunes se sont mobilisés c’est parce qu’ils se sont d’abord reconnus dans cette phrase :

Et puis ils se sont dit que vraiment, il n’était plus possible de rester là sans rien faire. Venus de seize villes différentes, les Jeunes Ambassadeurs du Climat (JAC) ont profité de ce week-end pour échanger durant douze ateliers de formation technique ou de compétence, pour se remuer les méninges lors de quatre sessions de brainstorming des actions du WARN !, pour apprendre à pitcher leurs projets et pour s’organiser par ville.

Le but de ce week-end étant de permettre aux jeunes d’une même ville de se rencontrer et d’échanger pour construire le réseau local dans lequel ils évolueront pour valoriser les initiatives de leur ville ou région et retrouver d’autres jeunes prêts à enclencher un changement.

Le REFEDD fait partie des cinq associations fondatrices du mouvement WARN ! Tous ensemble, nous nous sommes accordés autour de l’idée que nous sommes déterminés à devenir des acteurs de changement face à l’urgence climatique et aux limites de notre modèle économique. Pour y parvenir, nous sommes prêts à enclencher dès maintenant, à notre niveau, une modification majeure et nécessaire de notre société.

En découlent les deux objectifs principaux du mouvement :

1. Transformer les jeunes sensibles à ces enjeux en de véritables acteurs du changement.

2. Mobiliser les jeunes peu ou pas intéressés par ces enjeux à travers une dynamique « frustrations – solutions » : les toucher en prenant la porte d’entrée de leurs frustrations (ex : emploi, finance, santé…) et les amener aux enjeux climatiques à travers les solutions à leurs frustrations (ex : ESS, emploi vert et entrepreneuriat, crowdfunding, AMAP…).

L’Europe fait une annonce décevante sur le climat Emilie Massemin (Reporterre) Reporterre 2015/02/26 Emilie Massemin (Reporterre) (26 février 2015) L’Europe fait une annonce décevante sur le climat. Reporterre. Climat fr

L’Europe fait une annonce décevante sur le climat

Mercredi 25 février, la Commission européenne a présenté sa stratégie pour une Union de l’Énergie. Laquelle prévoit entre autres des investissements importants dans l’approvisionnement en gaz. Publiée le même jour, la contribution de l’Union européenne à l’accord de Paris est peu précise et n’intègre ni finance, ni adaptation. L’Europe, leader mondial de la lutte contre le changement climatique ? Peut mieux faire...

Mercredi midi, tout est prêt dans la salle de presse de la Commission européenne pour des annonces fracassantes. « L’Union de l’Énergie peut stimuler l’intégration européenne comme l’a fait la Communauté européenne du charbon et de l’acier dans les années 1950, déclare d’emblée aux journalistes Maroš Šefčovič, vice-président de la Commission européenne en charge de l’Union de l’Énergie. Cette stratégie donne une feuille de route complète pour une énergie plus durable, sécurisée, compétitive et abordable pour les citoyens et les entreprises. »

Cela fait rêver. Mais que dit cette Stratégie-cadre pour une Union de l’Énergie résistante, avec une politique de changement climatique tournée vers l’avenir ?

L’Europe premier importateur d’énergie au monde

Elle part d’un constat : l’Union européenne est « la plus grand importatrice d’énergie dans le monde ». Elle importe 53 % de son énergie, pour un coût annuel de 400 milliards d’euros. Prix élevés, installations vieillissantes, cadres législatifs nationaux différents les uns des autres... La Commission européenne estime que « cela ne peut pas continuer ainsi ».

Pour organiser tout cela, le projet d’Union de l’Énergie repose sur cinq piliers : la sécurité énergétique ; un marché énergétique européen intégré ; l’efficacité énergétique ; la décarbonisation de l’énergie ; et la recherche, l’innovation et la compétitivité. Il reprend à son compte les objectifs du paquet énergie-climat 2030, adopté en octobre dernier par les chefs d’État des Vingt-Huit : réduction d’au moins 40 % des émissions de gaz à effet de serre (GES) d’ici 2030 par rapport à 1990, amélioration de 27 % de l’efficacité énergétique d’ici 2030 et augmentation du partage des énergies renouvelables de 27 % d’ici 2030.

- Maroš Šefčovič- -

Investissements massifs dans le secteur gazier

Mais dès les premières pages, désillusion. La Commission européenne propose d’investir massivement dans le secteur gazier, sous couvert de sécurité énergétique. L’instabilité politique en Russie, en Ukraine et en Afrique du Nord, principaux fournisseurs d’énergie de l’Europe, l’inquiète ; elle insiste sur une nécessaire « diversification des fournisseurs ». « Le travail sur le Corridor Gazier Sud doit être intensifié, pour rendre l’Asie centrale capable d’exporter son gaz en Europe, indique le document. En Europe du Nord, la mise en place de hubs de gaz liquéfié avec de multiples fournisseurs a grandement amélioré la sécurité de l’approvisionnement. Cet exemple doit être suivi en Europe centrale et en Europe de l’Est, et dans la région méditerranéenne, où un hub gazier méditerranéen est en fabrication. »

La Commission promet de « renforcer son soutien [aux projets d’infrastructures gazières] grâce à l’utilisation de tous les instruments de financement communautaires disponibles, en particulier le futur Fonds européen pour les investissements stratégiques (EFSI) ».

Une perspective qui fait bondir Célia Gautier, responsable politiques européennes au Réseau Action Climat (RAC) France : « La Commission propose le développement d’infrastructures très lourdes et très coûteuses sur le long terme, qui n’ont rien à voir avec des solutions d’urgence apportées à la crise russo-ukrainienne. »

Pour Yannick Jadot, eurodéputé écologiste, ces « incroyables » investissements gaziers sont le résultat de « quatre années de lobby extrêmement intensif des gaziers à l’échelle européenne. L’objectif n’est plus tellement de résoudre le problème de la sécurité énergétique par l’efficacité énergétique et l’innovation, mais par la multiplication des fournisseurs. » Miguel Arias Cañete, commissaire européen à l’Action climatique et à l’Énergie, est là pour rassurer : « L’Union de l’Énergie n’a pas pour objet d’utiliser plus de gaz, mais de diversifier ses fournisseurs et de l’utiliser plus intelligemment. »

- Miguel Arias Cañete -

Énergies renouvelables et gaz de schiste au même niveau

La Commission pousse également à la production domestique d’énergie, en mettant sur le même plan énergies renouvelables et combustibles fossiles et même les ressources fossiles non-conventionnelles : « La production de pétrole et de gaz de sources non-conventionnelles en Europe, comme le gaz de schiste, est une option, à condition que les questions d’acceptation du public et d’impact environnemental soient traitées de manière adéquate. »

Le projet d’Union pour l’Énergie propose cependant aussi des pistes de travail intéressantes. La Commission encourage le développement de technologies intelligentes pour aider les consommateurs à contrôler leur consommation – voire leur production – d’électricité. Elle propose également de réviser toutes les législations pertinentes sur l’efficacité énergétique ; de développer un « financement intelligent pour des bâtiments intelligent » pour rendre le bâti existant plus efficace sur le plan énergétique ; de prendre à bras le corps le problème du transport routier et de proposer un nouveau paquet Énergies renouvelables en 2016-2017...

« Rien pour encadrer une transition énergétique européenne »

Mais tout cela ne va pas assez loin au goût de Yannick Jadot. « Ce qui manque terriblement, c’est l’idée de directives européennes qui encadrent la transition énergétique, estime l’eurodéputé. Au contraire, chacun va pouvoir revenir à ses amours : la France au nucléaire, la Pologne au charbon... » Les énergies renouvelables sont les grandes perdantes de ce processus. « Certains pays comme la France les considèrent encore comme une contrainte, et non comme une opportunité. »

Au même moment, la Commission européenne présentait son Plan pour lutter contre le changement climatique après 2020, intégrant la « contribution » européenne à l’accord de Paris.

Pour rappel, les contributions nationales doivent détailler les engagements des pays en matière de réduction des émissions de GES pour l’après-2020. Les pays développés et les gros émetteurs (Europe, États-Unis, Chine...) sont censés rendre leurs copies avant le 31 mars, pour que leurs engagements puissent être évalués à l’aune de l’objectif des 2°C.

Une contribution européenne « floue » pour Paris

Là aussi, déception. La Commission européenne reprend dans cette contribution les objectifs du paquet-climat 2030, adopté en octobre dernier par les chefs d’État des Vingt-Huit. Mais un « flou artistique » subsiste aux dires de Célia Gautier : « La contribution ne dit pas comment les objectifs seront répartis entre les États-membres. Rien non plus sur les mesures politiques qui seront mises à l’oeuvre pour y arriver. »

La contribution intègre l’usage des sols dans ses domaines d’action, ce qui n’est pas forcément une bonne nouvelle. « Les forêts européennes absorbent plus de carbone qu’elles n’en rejettent. C’est en grande partie dû à un jeu comptable dans les méthodologies européennes de mesure de leurs rejets de gaz à effet de serre, indique la responsable du RAC dans son communiqué de presse. L’inclusion des forêts signifie donc que les pays ont moins besoin de transformer leur secteur énergétique, leur secteur des transports, etc., afin de les rendre plus propres. »

Pas d’adaptation, pas de finance

Pas un geste n’a été fait en direction des pays en développement. L’Appel de Lima pour une action climatique de décembre dernier invitait les États à intégrer des mesures d’adaptation dans leurs contributions. Mais ce n’est pas obligatoire, et l’Europe s’en est donc dispensée.

Rien non plus sur le financement du Fonds vert, autre point d’achoppement à Lima. « Ce serait dramatique si ça n’évoluait pas de ce côté-là, à cause de la défiance des pays du Sud vis-à-vis des pays du Nord, notamment au regard des promesses non tenues en matière de financement », prévient Yannick Jadot.

Des changements sont néanmoins encore possibles. Cette contribution proposée par la Commission doit être validée par les États-membres de l’Union européenne. Elle le sera soit le 27 février par les ambassadeurs, soit le 6 mars par les ministres européens de l’Environnement, soit au plus tard les 19 et 20 mars par les chefs d’État, en cas de désaccords persistants.

« Cela constitue une occasion pour les Vingt-Huit d’améliorer la contribution européenne à l’accord de Paris », insiste Célia Gautier. Pour Yannick Jadot, c’est une nécessité : « Si l’Europe ne prend pas le leadership, y compris en montrant l’exemple et pas simplement en faisant mieux que les autres, en montrant que lutter contre le changement climatique est une opportunité économique, sociale, démocratique, les négociations vont continuer à échouer. »

ENQUÊTE - 4 - Comment les agrocarburants ont conduit aux fermes-usines Barnabé Binctin (Reporterre) Reporterre 2015/02/26 Barnabé Binctin (Reporterre) (26 février 2015) ENQUÊTE - 4 - Comment les agrocarburants ont conduit aux fermes-usines. Reporterre. Enquête — Agriculture fr

ENQUÊTE - 4 - Comment les agrocarburants ont conduit aux fermes-usines

Si Sofiprotéol a bâti sa fortune sur les agrocarburants, bien aidés par les pouvoirs publics, il assied désormais sa puissance dans le monde agricole par l’élevage. Rebondissant sur la crise du lait, il s’est positionné comme le leader de l’alimentation animale. Et favorise le développement des fermes-usines pour écouler ses stocks. Avec une nouvelle astuce pour faire accepter le tout : la méthanisation, nouvelle énergie propre à la mode.

Sofiprotéol a donc construit son empire sur un agrocarburant, le diester, qu’il a abondamment financé grâce aux fonds publics. Soit. Mais il reste un problème à régler : que faire des déchets issus de sa production ?

Car la trituration, l’étape industrielle qui transforme le grain de colza ou de tournesol en huile végétale, laisse à sa suite un coproduit, qu’on appelle le tourteau. Pour 1 000 kg de ces graines qui donneront le diester, on obtient 560 kg de tourteaux.

Or la production de diester se faisant plus importante avec le boom des années 2000, le volume de tourteaux disponible est devenu chaque année plus conséquent.

Heureusement pour Sofiprotéol, ce tourteau constitue une nourriture très protéinée, parfaite pour remplacer dans l’alimentation animale le soja OGM tant décrié, venu d’Amérique. Cela tombe d’autant mieux que la filière des agrocarburants ne s’avère plus si rentable : “Les tourteaux sont indispensables à l’équilibre économique de la filière huile alimentaire et carburant”, explique Luc Ozanne, à la direction des engagements Sofiprotéol.

Valorisation indispensable en alimentation animale

Compte tenu des volumes à écouler, l’avenir du diester s’avère dépendre de la capacité des animaux à absorber ces tourteaux. C’est pourquoi, en 2007, Sofiprotéol prend le contrôle de Glon-Sanders, alors le n°1 en France de l’alimentation animale. La "pieuvre Sofiprotéol“, comme la qualifie Attac, participe également à l’offre publique d’achat d’Evialis, une autre entreprise spécialisée dans l’alimentation animale.

- Logo de la marque Sanders, appartenant désormais au groupe Avril -

Le colza est mis à la mode dans l’alimentation animale. Les coopératives s’y mettent, à l’image d’InVivo qui “engage des études sur les coproduits (du colza énergétique NDLR) et leur utilisation en alimentation animale”.

Les chambres d’agriculture font de la réclame, comme celle de la Haute-Marne avec cette accroche : “Le tourteau de colza pur, ça marche aussi !!”.

Dans le même temps, afin de rendre le colza digeste pour tous les animaux, l’entreprise met à contribution la recherche, celle de l’INRA (Institut national de la recherche agronomique) notamment. On le teste même pour nourrir le canard.

Le tourteau se vend partout via des alliances, car "Sofiprotéol est associé à la plupart des acteurs économiques de l’agriculture, coopératives et négociants”.

Mais le résultat tarde à venir : en 2009, les incorporations de tourteaux de colza dans l’alimentation animale sont de 31 000 tonnes alors que la production de diester atteint 1,8 million de tonnes. Le compte n’y est pas.

Le défaut de l’herbe : elle pousse toute seule

- Usine Sanders en Bretagne -

Pour Sofiprotéol, il faut donc s’assurer de meilleurs débouchés. Les vaches laitières, très gourmandes en protéines, en représentent un très intéressant : la France, deuxième producteur laitier d’Europe, en compte alors pas loin de 4 millions. Problème, nos bovins consomment encore en majorité “cette herbe suspecte de pousser toute seule”, dixit un ancien dirigeant de la FNSEA.

C’est à ce moment-là qu’intervient la crise du lait, en 2008 et 2009. Elle marque le tournant. La FNPL (Fédération nationale des producteurs de lait), branche laitière de la FNSEA (Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles) prône la contractualisation comme solution à la crise.

De quoi s’agit-il ? En échange de la collecte d’un volume de lait garanti, l’éleveur doit s’engager à acheter à sa coopérative tous les produits qu’elle peut lui vendre. En tête desquels… l’alimentation animale.

- La contractualisation selon le rapport Racine : La Fédération nationale des coopératives laitières (FNCL) avait commandé la rédaction d’un règlement intérieur de coopérative laitière au cabinet Racine de droit des affaires, en 2009, avant la contractualisation.

L’effet de levier d’un tel contrat serait une aubaine pour Sofiprotéol. Et qui est alors le vice-président de la FNSEA qui pousse dans le sens de cette contractualisation ? Xavier Beulin, qui dirige en même temps Sofiprotéol…

Mais la majorité des éleveurs refuse cette clause, tout comme de négocier un contrat en direct avec leur laiterie - souvent des géants comme Lactalis ou Sodiaal. Et devant la levée de boucliers provoquée par cette idée, le projet est plus ou moins abandonné.

Un fonds laitier géré par Sofiprotéol

Au même moment (2008), un fonds interprofessionnel laitier se crée, le Fedil, doté de 15 millions d’euros, pour soutenir la filière laitière. Et à qui est confiée la gestion du Fédil ? A Sofiprotéol.

Joli tour de passe-passe : on ouvre la porte du marché laitier à l’activité industrielle de Sofiprotéol, mais on justifie ce choix par son activité financière. Le mélange des genres est total : “Les élevages laitiers constituent le premier débouché des tourteaux de colza. Il était donc naturel que Sofiprotéol mît son savoir-faire d’établissement financier à la disposition du Centre national interprofessionnel de l’économie laitière (Cniel) pour gérer son Fonds de développement des entreprises de transformation laitière (FeDil)”, déclare Sofiprotéol dans son rapport d’activité 2011.

- L’extrait du rapport d’activité :

Les fermes tombent les unes après les autres. Les éleveurs sont pris en tenaille entre un prix du lait qui baisse et des charges en hausse : le prix de l’alimentation animale s’est envolé avec celui des céréales (en partie à cause des agrocarburants, qui réduisent l’offre), tandis que le prix du pétrole - nécessaire aux tracteurs, aux machines agricoles, aux engrais, etc. - flambe. Ils demandent une régulation des volumes de lait et un prix qui tienne compte de ces hausses. Sans être entendus. La contractualisation est finalement rendue obligatoire par la Loi de modernisation agricole en 2010. Elle impose un bras de fer très inégal. L’industrialisation de l’élevage est en route, comme le chantent les éleveurs laitiers :

- Vidéo des laitiers

Le Haut conseil à la coopération agricole (HCCA), alors présidé par… Xavier Beulin, chiffre en 2010 les conséquences dans un rapport au titre explicite : La filière laitière française : la compétitivité aura un prix, des choix inéluctables.

- Télécharger le rapport :

Le scenario prévoit la réduction par deux ou par trois du nombre de fermes laitières à l’horizon 2035. Le résultat est connu : il faut compenser par de grandes fermes.

Le colza, la solution à tous vos problèmes...

D’ailleurs, Xavier Beulin ne s’en cache pas : les troupeaux doivent s’agrandir nous dit-il. C’est le seul moyen de s’en sortir :

- Ecouter Xavier Beulin :

De son côté, un éleveur d’Ille-et-Vilaine, premier bassin laitier de France explique : “On fait grandir les exploitations laitières pour que les éleveurs achètent de plus en plus de colza. Plus le troupeau grandit, moins les vaches vont dehors. C’est trop compliqué de les sortir entre deux traites, de trouver assez de prairies à proximité. Vous verrez : plus il y a de vaches dans une ferme, plus les silos de granulés sont gros !” Pour lui, pas d’alternative : ses animaux consomment du colza de Glon-Sanders, première filiale dans l’alimentation animale de Sofiprotéol.

Sans surprise, la ferme-usine des Mille vaches prévoit elle aussi un régime à base de colza. Un vrai avantage selon ce document extrait du dossier présenté par l’actionnaire unique, M. Ramery, pour l’obtention des autorisations.

- Dossier de la SCEA de La Cote de la justice, promoteur de la ferme-usine des Mille vaches :

La ferme-usine des Mille vaches se fournit-elle chez Sofiprotéol pour son colza ? Rien ne permet de le dire.

En tout cas, pour toutes les autres fermes-usines, faites le calcul : une vache ingère en moyenne 3,5 kg de tourteau de colza par jour. Soit, pour 1 000 vaches, 3 500 kg de tourteau de colza par jour et 1277 tonnes par an. Une bénédiction pour le diester ! Comment ne pas souhaiter leur multiplication sur le territoire, quand on produit des tourteaux de colza ?

Mais cela ne suffit pas. Car en élevage laitier, la taille ne fait pas la compétitivité. Les fermes les plus rentables sont celles qui transforment le lait et récupèrent la valeur ajoutée autrement captée par les laiteries. Le meilleur exemple est celui des AOC de montagne (Beaufort, Comté, Abondance…) qui sont restées à l’abri de la crise.

La rente de la méthanisation

Alors comment permettre à une ferme géante d’être compétitive ? La solution prônée, notamment par le rapport sur l’élevage laitier et allaitant du député Germinal Peiro en 2013, est de valoriser les effluents d’élevage. C’est-à-dire la bouse. Ou le lisier pour les cochons. Bienvenue dans le monde enchanté de la méthanisation.

Pour Xavier Beulin, c’est un avenir d’autant plus intéressant qu’il lui permet de nouveau de se draper d’une logique écologique :

- Écouter :

Le processus est en marche : le gouvernement adopte un plan de méthanisation, doté de 2 milliards d’euros, visant mille fermes avec méthaniseurs d’ici 2020 en France.

Oserait-on encore y voir un hasard ? Sofiprotéol se lance dans la méthanisation, nouvelle voie de croissance. Il investit dans les entreprises de méthanisation Biogasyl et Fertigaz et a pris des parts dans un fonds d’investissement notamment tourné vers la méthanisation.

Bien sûr, l’installation d’un méthaniseur n’est concevable que pour de grosses exploitations… La boucle est bouclée, et l’économie circulaire devient la caution qui justifie l’industrialisation en marche de l’agriculture. Les agrocarburants ont beau marquer un coup d’arrêt, Sofiprotéol a su devenir indispensable à l’élevage français, intérêt stratégique pour écouler ses tourteaux. Finis les pâturages, adieu les paysans, voici venues les grandes fermes-usines.

Tout ceci doit beaucoup à un homme, qui a su forcer les verrous et les clivages du monde agricole. Pour cela, Xavier Beulin a su s’entourer et faire peser son influence dans les plus hautes sphères de la société française. C’est l’objet du dernier volet de notre enquête : 5 - Xavier Beulin, l’homme aux mille bras.

Monsieur Hollande, nous n’avons pas besoin de mots, mais d’aide concrète Collectif d’ONG Reporterre 2015/02/26 Collectif d’ONG (26 février 2015) Monsieur Hollande, nous n’avons pas besoin de mots, mais d’aide concrète. Reporterre. Tribune — Climat fr

Monsieur Hollande, nous n’avons pas besoin de mots, mais d’aide concrète

C’est l’un des pays les plus exposés aux catastrophes naturelles : les Philippines. Et c’est la destination choisie par François Hollande pour un voyage officiel sur le thème du climat, jeudi 26 février. A ses côtés, les ministres Laurent Fabius (Affaires étrangères), Ségolène Royal (Ecologie) et Brigitte Girardin (Francophonie et Développement)… Mais aussi les actrices Mélanie Laurent et Marion Cotillard. Avec une telle délégation, le Président de la République a réussi son coup : faire parler de son voyage. Mais les actes iront-ils au-delà de la communication ? Les ONG s’interrogent. Reporterre a collecté témoignages et prises de positions. C’est la tribune du jour.

La France et les pays du Nord accordent très peu de fonds pour l’adaptation au changement climatique dans les pays du Sud, dénoncent six ONG

- Action contre la faim, Care France, Fondation Nicolas Hulot, Oxfam France, Réseau Action Climat, Secours Catholique, Caritas France

Chaque année, 211 millions de personnes sont directement touchées par les catastrophes naturelles, soit cinq fois le nombre de victimes de conflits. Pourtant, les Etats-bailleurs, dont la France, ne semblent pas tenir compte de cette réalité. Moins de 1 % de l’aide publique au développement mondiale a été alloué à la réduction des risques de catastrophes dans les quarante pays les plus pauvres et les plus affectés par ces phénomènes.

Neuf catastrophes sur dix (sécheresses, inondations, cyclones, épidémies) sont liées au climat. Les pertes liées aux catastrophes doublent toutes les décennies. L’écart risque de se creuser entre les capacités de réponses humanitaires et les besoins. Les pertes et dommages irréversibles - vies humaines, perte de territoire et patrimoine culturel - vont augmenter.

L’aide publique au développement existante est insuffisante pour faire face à ces enjeux. Les Etats doivent dégager des financements publics complémentaires. L’objectif de réunir 100 milliards de dollars par an d’ici 2020 pour lutter contre le changement climatique - dont la moitié sera destinée à l’adaptation - est loin d’être atteint.

Dans une note détaillée, Oxfam France enfonce le clou

- Oxfam

- Télécharger la note

Dans le cadre de la préparation de la conférence internationale sur le climat qui aura lieu en décembre 2015 à Paris (COP21), le Président de la République François Hollande se rendra les 26 et 27 février prochains aux Philippines, un des pays les plus touchés par le changement climatique. Il y a un peu plus d’un an, le super typhon Haiyan frappait le pays, tuant des milliers de personnes et faisant des millions de sans-abris. Au-delà du coût humain, Haiyan a frappé une région déjà défavorisée, plongeant encore davantage de familles dans la pauvreté et les rendant d’autant plus vulnérables à la prochaine catastrophe.

Renforcer les mécanismes de résilience aux catastrophes naturelles pour les populations les plus vulnérables est indispensable si l’on veut pérenniser les efforts faits depuis des années en faveur du développement et de la lutte contre la pauvreté.

A Copenhague, en 2009, les pays riches ont pris des engagements en termes de financement de l’adaptation au changement climatique pour ces populations. Ces engagements doivent être respectés non seulement pour faire de la COP21 un succès, mais surtout pour répondre aux besoins croissants sur le terrain.

Lors de sa visite, pour crédibiliser et légitimer la présidence française de la COP 21, François Hollande devra s’assurer que la question des financements climat soit au cœur de l’accord qui doit être signé à Paris en décembre. La France se doit également de montrer l’exemple en précisant ses propres ambitions en matière de financements climat.

A ce stade, la politique française sur le sujet se caractérise davantage par des effets d’annonce que par une véritable priorité donnée aux plus vulnérables. La réalité de l’engagement français n’est pas glorieuse : prêts (au solde net souvent positif pour l’Etat français) plutôt que dons, déséquilibre entre adaptation et atténuation, contribution au Fonds vert en deçà de ce qui a été fait par les autres grands pays européens.

Pour répondre à cela, la France doit prendre toute sa part dans l’effort nécessaire, notamment à travers l’adoption d’une taxe sur les transactions financières européenne ambitieuse dont une partie significative des revenus serait allouée au climat, comme annoncé par le Président de la République au mois de janvier, ainsi qu’à la lutte contre les grandes pandémies.

Les Philippines, un pays qu’a ravagé un typhon gigantesque

- Thomas Boudant revient d’un an de mission aux Philippines. Avec son ONG Triangle, il s’est rendu dans le village de Sulangan, dans une île au sud de Guiuan, la première île touchée par le cyclone Haiyan en 2013.

Après le typhon, on ne s’est pas positionné sur une réponse d’urgence. Les grosses ONG font ça très bien. On a voulu agir dans un secteur où les autres ONG ne sont pas présentes et où on a un vrai savoir-faire. On a aidé les pêcheurs à réparer ou reconstruire leurs bateaux.

Je suis arrivé en janvier 2014 et suis resté un an sur place. C’est la première fois que je travaillais sur une catastrophe naturelle. On arrive là-bas par la ville de Tacloban, une ville très peuplée et très touchée par le typhon. Des quartiers entiers ont été rasés. C’est très impressionnant, et à cette époque, il y avait encore beaucoup de camps de déplacés, de gens vivant sous tente.

Les déplacements de population dans le pays sont aussi importants. Beaucoup sont aussi partis chercher du travail dans la capitale Manille, où il y a énormément de bidonvilles. Certaines personnes que j’ai rencontrées m’ont aussi dit qu’elles quittaient la région des typhons pour aller vivre ailleurs.

Ils n’avaient jamais connu un typhon d’une aussi grosse ampleur. Près de la ville où je travaillais, il y avait une église du XIVe siècle, elle n’avait jamais bougé, mais le typhon l’a détruite.

Des centaines de milliers de personnes ont perdu leurs moyens de subsistance. Par exemple, une grosse partie de l’économie des Philippines repose sur la noix de coco. Des millions de cocotiers sont par terre depuis le typhon. Or pour repousser et donner des fruits les cocotiers ont besoin de sept à huit ans, donc on sait que pendant toutes ces années cette ressource ne sera plus disponible.

C’est un bon choix, de la part de François Hollande, d’avoir choisi les Philippines pour ce voyage, parce que c’est l’un des pays les plus touchés par les catastrophes naturelles. Je trouve bien qu’il s’engage sur le sujet et qu’il en parle. Il médiatise la chose, mais pour quel résultat ? Il serait bon que cela ne s’arrête pas là. De mon point de vue, il y a beaucoup de blablas et de réunions, mais sur le terrain, cela ne se traduit pas : on a de la prévention des catastrophes naturelles, mais on n’a rien pour la lutte contre le changement climatique.

Donc je demande à voir ce qui va se passer à Paris en décembre. Mais vu ce qu’ont donné les précédentes conférences sur le climat, je suis très sceptique.

Les ONG font beaucoup de travail sur place. Mais s’il n’y a pas de volonté plus globale pour lutter contre le réchauffement climatique, tout ce que l’on fait sera balayé par un nouveau typhon, et sera à recommencer dans quelques années.

Le tout tofu n’est pas une lubie de bobo Baptiste Giraud (Reporterre) Reporterre 2015/02/27 Baptiste Giraud (Reporterre) (27 février 2015) Le tout tofu n’est pas une lubie de bobo. Reporterre. fr

Le tout tofu n’est pas une lubie de bobo

Le tofu est à la mode, et d’aucuns y verront une lubie bobo. Mais c’est avant tout un aliment traditionnel chinois riche en protéines qui peut servir de base à une alimentation non carnée. Reportage chez des fabricants-cuisiniers.

Le petit « atelier du tofu », Toutofu, situé dans le 18e arrondissement parisien, ne paie pas de mine. Depuis un an et demi, Céline, originaire de Chine, et son mari Khan, du Laos, y produisent presque quotidiennement du tofu et le cuisinent pour leurs clients. Une pratique locale et végétalienne.

« Le tofu est fait à base de soja, de haricots jaunes. » Ici, les graines viennent de France, du Tarn plus précisément. « C’est du soja sans OGM bien sûr, mais il n’y a pas beaucoup de choix de qualité », explique Céline. « Il faut environ 24 h pour fabriquer le tofu, un peu moins l’été et un peu plus l’hiver ». Derrière le comptoir, un grand dessin chinois montre les étapes successives de la fabrication.

« On fait d’abord tremper les graines dans de l’eau. Puis on broie le mélange et on le filtre. On obtient alors le jus de soja. » C’est ce qui est couramment appelé « lait de soja » en France. Céline préfère parler de jus : « Ce n’est pas du lait, ça n’a rien à voir avec le lait de vache par exemple ! »

« Ensuite, on chauffe et on ajoute du sel pour concentrer le jus, et on attend que ça se solidifie. » Le sel évoqué est en réalité du nigari : du chlorure de magnésium marin cristallisé et non purifié, souvent vanté pour ses mérites sur la santé. Une fois versé dans le jus de soja, il entraîne la coagulation du liquide. Il ne reste alors plus qu’à égoutter le tofu.

Du « fait maison » gage de qualité

« Ce serait plus simple d’acheter le tofu tout prêt, car la préparation prend du temps. Mais je veux de la qualité, et les clients reconnaissent la différence. » Céline en explique une des principales raisons : « Nous ne mettons pas de conservateur, car cela détruirait les protéines. Notre tofu se conserve donc pendant trois à quatre jours, en changeant régulièrement l’eau dans laquelle il baigne. »

La recette n’est pas bien compliquée, mais elle nécessite l’attention durant les 24 h de préparation, et de bien veiller à ne pas contaminer le mélange. En effet, le tofu n’est pas une fermentation, et les levures ou bactéries ne sont pas les bienvenues.

« Le tofu a un goût neutre, ce n’est pas facile de le cuisiner. On peut le préparer en soupe, salade, steak... » Mais aussi sous forme de feuilletés, et de petits gâteaux à la farine de blé. « Nous avons francisé les recettes, on ne peut pas faire pareil qu’en Chine. Il faut mélanger les cultures pour que cela corresponde aussi aux goûts des Français. »

Une nourriture de jouvence

Céline nous raconte l’histoire présumée de l’invention du tofu. Elle aurait eu lieu en Chine à l’époque Han, alors que l’empereur demandait des médicaments pour prolonger sa vie. Les graines de soja étaient déjà des sortes de « compléments alimentaires » avant l’heure. Un jour, quelqu’un aurait fait tomber par inadvertance du nigari dans le jus de soja, entraînant la solidification en tofu.

Réelle ou légendaire, cette histoire montre en tout cas l’attrait nutritionnel du soja. Cet aliment est à la fois riche en protéines et pauvres en glucides (voir la valeur nutritionnelle complète du soja). D’après Céline, « les Chinois en mangent de plus en plus. On sait que la viande n’est pas très saine, alors on la remplace par le soja ».

Lyon-Turin, un conflit sur toute la ligne Andrea Barolini (Reporterre) Reporterre 2015/02/27 Andrea Barolini (Reporterre) (27 février 2015) Lyon-Turin, un conflit sur toute la ligne. Reporterre. Grands projets inutiles fr

Lyon-Turin, un conflit sur toute la ligne

François Hollande et Matteo Renzi, le premier ministre italien, ont signé un accord sur le tunnel ferroviaire Lyon Turin. Négligeant les cas avérés de conflits d’intérêt qui gangrènent ce projet.

Le 23 août 2013 le premier ministre Jean-Marc Ayrault signait un décret au Journal officiel déclarant « d’utilité publique et urgents les travaux nécessaires à la réalisation de l’itinéraire d’accès au tunnel franco-italien de la liaison ferroviaire Lyon–Turin entre Colombier-Saugnieu (Rhône) et Chambéry (Savoie) ».

Mardi 24 février, lors d’une conférence de presse à l’Elysée avec le président du Conseil italien Matteo Renzi, le président François Hollande a annoncé le lancement des travaux du tunnel à partir de l’année prochaine. Les deux ministres des Transports, Alain Vidalies pour la France et Maurizio Lupi pour l’Italie, ont signé un « engagement définitif des travaux de la section transfrontalière ».

La décision a été prise aussi sur la base du rapport remis le 2 juillet 2012 au préfet de la Savoie par la Commission d’enquête publique qui avait donné son avis favorable au projet de ligne à grand vitesse. Toutefois, ce document est depuis longtemps dans le collimateur des opposants, « à cause d’évidents conflits d’intérêts, d’absence d’impartialité et d’indépendance », explique à Reporterre Daniel Ibanez, porte-parole de la coordination des opposants en France.

Le doigt est pointé notamment contre le commissaire Philippe Gamen, actuel maire du Noyer et ancien président du CPNS (Conservatoire du patrimoine naturel de la Savoie, rebaptisé aujourd’hui CENS, Conservatoire d’espaces naturels de Savoie), une association qui a formalisé des partenariats par convention avec plusieurs collectivités et sociétés, parmi lesquels la société LTF (Lyon-Turin Ferroviaire, filiale de RFF et de Rete Ferroviaria Italiana) chargée de la phase de préparation du chantier. Aujourd’hui, M. Gamen fait toujours partie du conseil d’administration du CENS.

Gamen s’est défendu en disant qu’il ne pouvait pas imaginer, alors qu’il était commissaire, que LTF lui proposerait ensuite ce travail. En réalité, il apparaît que RFF avait déjà rencontré le CPNS en 2011. Plus précisément au mois de mars, écrit la Commission elle-même à page 28 du rapport, alors que Gamen présidait encore l’association.

« Ce document, poursuit Ibanez, démontre que la totalité de la commission d’enquête savait qu’un des treize commissaires avait déjà eu des contacts avec Réseau Ferroviaire de France afin de préparer l’enquête publique ».

Le 19 février, Politis a révélé un compte-rendu du bureau du CPNS, daté du 31 janvier 2012, où on affirme que « dans le cadre des rencontres entre LTF et CPNS, LTF a proposé que soit constitué un groupe de travail sur les mesures compensatoires ‘patrimoine naturel’ en lien avec le projet de LGV ». Pour l’hebdomadaire, cela permet d’affirmer que « Philippe Gamen, maire du Noyer, et commissaire enquêteur lors de cette enquête publique menée du 16 janvier au 19 mars 2012, a menti sur ses activités et ses liens avec RFF et LTF ».

« Des rencontres avec LTF, poursuit l’hebdomadaire, ont débuté avant le lancement de l’enquête publique et se sont poursuivies pendant celle-ci avec le promoteur de la LGV Lyon-Turin, alors que Philippe Gamen, président de l’association, était aussi commissaire enquêteur ».

Le CPNS est de nouveau cité dans le rapport de la Commission d’enquête publique, à page 212, alors que les commissaires donnaient leur avis final sur la question des zones humides : « RFF devrait se rapprocher des conservatoires d’espaces naturels départementaux (le ’CREN’ pour le Rhône, ’Avenir’ pour l’Isère et le ’CPNS’ pour la Savoie) afin de définir les travaux de création et de réhabilitation des zones humides et signer des conventions de gestion à long terme. Un budget devrait être prévu sur 30 ans pour la gestion des milieux créés ou réhabilités ».

La nécessité de se rapprocher au CPNS est rappelée encore page 240, dans les 22 recommandations avancées par la Commission, qui demande d’adopter « une stratégie de compensation des zones humides respectant les principes suivants : (...) un rapprochement devra être engagé avec les conservatoires d’espaces naturels (le ’CREN’ pour le Rhône, ’Avenir’ pour l’Isère et le ’CPNS’ pour la Savoie) pour définir les travaux de création et de réhabilitation des zones humides et les conventions de gestion à long terme ».

Le cas de Philippe Gamen a été précédé par d’autres cas de conflits d’intérêt dans le projet Lyon Turin. Le 3 octobre 2012, Le Canard Enchaîné révélait que la Commission avait passé un marché avec une entreprise de travaux publics dirigée par le frère d’un des commissaires d’enquêteurs.

A page 124, le rapport invitait en effet RFF « à étudier le mémoire de l’entreprise Truchet TP, qui propose de mettre à disposition du projet un terrain de 9 hectares, dans la zone artisanale d’Arbin, pour y stocker de manière définitive 950 000 m3 de déblais, après autorisation d’extraction de matériaux alluvionnaires ». Cette société est présidé par Roger Truchet, frère du commissaire Guy Truchet.

Coté italien, l’architecte Mario Virano a été désigné directeur général de la nouvelle société TELT (Tunnel Euralpin Lyon-Turin), choisie pour construire et gérer la section transfrontalière de la LGV. Or Virano a été déjà membre de la délégation italienne de la Conférence intergouvernementale pour le Lyon-Turin, président de l’Observatoire technique et commissaire extraordinaire du gouvernement italien.

« C’est au moins inopportun, dit à Reporterre Monica Frassoni, co-présidente du Parti vert européen, que la même personne qui a été protagoniste de toute l’histoire de l’ouvrage, depuis plus de dix ans, soit choisie pour cette fonction. Il personnifie désormais ce projet inutile et destructeur qui a déjà fait gaspiller 1,2 milliard d’euros en études et analyses menées par amis et amis des amis, sans aucun respect de l’intérêt général ».

Enquête européenne sur la fraude

En février 2014, les opposants français au Lyon-Turin ont déposé un recours devant le Conseil d’Etat en demandant l’annulation de l’enquête publique ainsi que de la déclaration d’utilité publique de l’ouvrage.

Le 6 février, l’Office anti-fraude européen a décidé d’ouvrir une enquête après la saisine en décembre dernier de deux députées européennes écologistes, Michèle Rivasi et Karima Delli, qui contestent « des pratiques douteuses et de nombreux conflit d’intérêt ».

Selon Monica Frassoni, il y a « un problème majeur au niveau des instruments de contrôle de la part de l’Union européenne sur les grands ouvrages, pour vérifier comment l’argent publique est utilisé. La décision de l’Office anti-fraude européen d’ouvrir une enquête montre que les documents fournis ont été jugés pertinents, et qu’il faut enquêter ».

Les mouvements sociaux doivent converger Forum des mouvements sociaux Reporterre 2015/02/27 Forum des mouvements sociaux (27 février 2015) Les mouvements sociaux doivent converger. Reporterre. Tribune — fr

Les mouvements sociaux doivent converger

Un Forum des mouvements sociaux se tient ce samedi 28 février 2015 à la Bourse du travail de Saint-Denis, où 400 participants sont attendus. Reporterre y participe. « Il s’agit de reprendre l’initiative, de redonner sens à l’action collective en fédérant nos énergies dans la réflexion et dans l’action. » Des responsables associatifs et syndicaux expliquent les raisons et les objectifs de cette réunion.

Nous déplorons tous les dégâts provoqués actuellement par le capitalisme, l’accroissement des inégalités, la précarité sociale, les discriminations, les dégradations écologiques, les réformes « socio-libérales » gouvernementales ou la montée des forces et des idées réactionnaires.

Repenser le rôle des mouvements sociaux

Mais nous voulons concentrer notre réflexion sur une question : comment susciter, notamment au sein des classes populaires, des mobilisations collectives qui dépassent les cadres institutionnels délégataires et étriqués pour aller vers une démocratie active ?

Sans séparer la réflexion de l’action, au-delà de l’urgence des mobilisations sociales sur les multiples terrains que nous occupons parfois déjà ensemble ou séparément, il y a nécessité de réfléchir de manière autonome et en profondeur, sans sectarisme ni complaisance, sur le rôle des mouvements sociaux dans l’organisation sociale d’aujourd’hui et de demain.

Nous constatons un sentiment d’impuissance malgré les mobilisations, un décalage avec les classes populaires, une visibilité restreinte de nos actions dans les entreprises et dans la société en général, un éparpillement...

Comment s’est opéré un certain repli des mouvements sociaux chacun sur son champ d’activité ? Pourquoi les convergences se limitent-elles trop souvent à des campagnes ponctuelles sur telle ou telle thématique ? Comment est-on passé de la pratique de contre-pouvoir à celle d’expertise ? Comment éviter le leurre d’une seule forme organisationnelle qui enfermerait la pluralité des mouvements sociaux et leurs bases sociales ? Comment répondre à la dépolitisation sur les enjeux fondamentaux de société ?

Nous sommes confrontés à un décalage entre l’attentisme d’une partie des mouvements sociaux et une nouvelle phase de radicalisation de certains d’entre eux, dont l’écho demeure cependant limité au sein de la société. Face à cette réalité, comment faire convergence et quelles alliances nouer ?

S’appuyer sur les victoires

Cet effort de lucidité doit aussi nous conduire à souligner et faire mieux connaitre les victoires partielles des luttes menées par les premier-es concerné-es, par exemple sur les questions de logement, de travail, de défense des biens communs, des migrant-e-s qui sont autant de points d’appui pour travailler à l’implication de plus en plus large des couches populaires.

C’est ainsi, de manière concrète, que doit se poser la question de l’articulation entre les enjeux globaux et les luttes locales. La revendication diffuse de « démocratie réelle » exprimée par plusieurs mouvements sociaux dans différents pays européens, les expériences et pratiques coopératives, autogestionnaires, dans les entreprises, les quartiers, révèlent cette recherche renouvelée de démocratie sociale et politique dans les choix et l’organisation de la cité.

Nous faisons donc le constat que nos résistances et nos luttes sur différents terrains sont des points d’appui précieux mais que les limites de nos mobilisations, aussi bien du point de vue militant qu’auprès des couches populaires, doivent être questionnées. Prendre le temps d’y réfléchir ensemble est impératif face à une montée des forces d’extrême droite et des idées réactionnaires.

Partir des luttes gagnantes et des expériences sociales émancipatrices dans les entreprises, les zones à défendre et les quartiers, en France et en Europe, nous paraît un point de départ indispensable pour entamer une réflexion sur nos pratiques et les finalités de celles-ci dans le cadre d’un projet de transformation sociale.

Un tel projet, en rupture avec le système dominant, ne peut vivre que s’il est élaboré et porté par l’action collective de mouvements sociaux organisés. Ceux-ci doivent porter en toute autonomie ce débat afin de contribuer au renversement des rapports de force idéologiques et dans les luttes.

Une rencontre pour créer les convergences

Nous voulons créer des convergences pratiques plus larges et inventives qui répondent aux enjeux sociaux et écologiques actuels, sans se situer sur le terrain de la politique politicienne ni se cantonner à l’entre-soi militant. Il s’agit d’assumer un travail d’auto-éducation populaire, notamment avec des personnes sans expérience militante mais qui ont l’envie d’agir collectivement, en incarnant dans l’action collective une exigence de démocratie plus fondamentale.

- A Notre-Dame-des-Landes -

C’est pourquoi nous organisons ce samedi 28 février à Saint-Denis une rencontre afin que le débat et la confrontation d’expériences donnent forme à ces dynamiques nécessaires. A ce Forum des mouvements sociaux, nous aborderons notamment la nécessaire articulation entre urgences sociales et urgences écologiques, entre égalité des droits et émancipation de toutes et tous, entre droits sociaux et démocratie sociale.

Des invité-es représentatifs de nombreuses luttes en cours seront présents, ainsi que des acteurs européens, notamment issus d’expériences de luttes ou de lieux autogérés de Grèce, Allemagne, Italie…

Une journée pour débattre mais aussi pour élaborer des actions communes, mettre en pratique une solidarité débouchant sur un calendrier d’actions concrètes. Nous partageons des exigences fondamentales communes, par exemple contre la précarisation généralisée (chômage, emplois précaires, accès à l’énergie, à l’eau, à une alimentation de qualité, au logement, aux transports collectifs, à la santé et à la protection sociale, à l’éducation et à la culture, à l’égalité hommes/femmes…), pour une juste redistribution des richesses.

Il s’agit désormais de reprendre l’initiative, de redonner sens à l’action collective en fédérant nos énergies dans la réflexion et dans l’action. Cette journée n’est qu’une étape, elle peut et doit être une contribution significative pour rendre visible cet engagement et définir des perspectives au plus près du terrain. Nous ne voulons pas devenir simples spectateurs/trices et victimes des futurs désastres sociaux, politiques et écologiques.

Signataires :

Thomas Coutrot (porte-parole ATTAC), Fabien Delmotte (secrétaire confédéral CNT-Solidarité Ouvrière), Jean-Baptiste Eyraud (président Droit Au Logement), Bruno Lamour (président Collectif Roosevelt), Catherine Lebrun (secrétaire nationale Union Syndicale Solidaires), Raphaëlle Moras (coprésidente FASTI), Laurent Pinatel (porte-parole Confédération paysanne), Jacques-Henri Vandaele (président MNCP)

- Forum des mouvements sociaux : samedi 28 février de 09h30 à 20h00, à Saint-Denis (93), 9 rue Génin, à la Bourse du Travail. - Voir le programme détaillé du Forum : sur le site d’Attac. - Reporterre y sera, avec la participation de Hervé Kempf à l’atelier « Comment s’opposer aux riches qui détruisent la planète ? ».

La chasse peut-elle rimer avec biodiversité ? Conversation en forêt entre un naturaliste et un chasseur Marie Astier (Reporterre) Reporterre 2015/02/27 Marie Astier (Reporterre) (27 février 2015) La chasse peut-elle rimer avec biodiversité ? Conversation en forêt entre un naturaliste et un chasseur. Reporterre. Reportage — Animaux fr

La chasse peut-elle rimer avec biodiversité ? Conversation en forêt entre un naturaliste et un chasseur

Y’a-t-il une chasse protectrice de la biodiversité ? Reporterre se penche sur cette question sensible en compagnie d’un naturaliste et d’un chasseur dans un lieu unique en France : le domaine de Belval, où la protection de la nature s’allie à une pratique raisonnée de la chasse.

- Belval-Bois-des-Dames, Ardennes, reportage

De village en hameau, la route est de plus en plus étroite. Encore quelques kilomètres entre les pâturages, puis nous voici cernés par la forêt. C’est là qu’apparaît la maison d’accueil du domaine de Belval. Un épagneul breton vous souhaite la bienvenue, annonçant l’arrivée de son maître : David Pierrard est gestionnaire des lieux depuis quatre ans, et y travaille depuis dix-sept ans.

Gilet molletonné, pantalon vert foncé, coiffure soignée. Sa tenue, d’une certaine élégance, lui donne des airs de chasseur d’ancien régime. Mais aujourd’hui, il ne sort pas le fusil. A la place, en bandoulière, des jumelles.

C’est qu’un ornithologue vient nous accompagner dans la promenade. Nicolas Harter fait partie de l’association naturaliste Renard. Gros pull, chaussures de marche, barbe et cheveux en bataille, c’est un habitué des mares et autres zones humides de Belval, où il compte les oiseaux.

- Nicolas Harter et David Pierrard -

Chasse « raisonnée » et protection de la nature

Le domaine compte 600 hectares dont environ cinquante d’étangs et de marais, cinquante de prairies permanentes, et le reste de forêt. « C’est l’un des sites les plus riches en biodiversité du département des Ardennes, nous apprend le naturaliste. Pourtant la protection de la nature n’y dépend que de la bonne volonté du propriétaire. » L’endroit appartient à la Fondation François Sommer, qui allie promotion d’une chasse « raisonnée », pédagogie et conservation de la biodiversité. Dans les années 70, cet industriel ardennais passionné de nature a réintroduit les grands cervidés dans la région.

Ruchers d’abeilles noires (une souche locale, dont Reporterre vous a déjà parlé), suivi scientifique des oiseaux et des grands cervidés, réintroduction de fruitiers sauvages, de haies, etc. Ces démarches menées à Belval vont de soi, selon David Pierrard : « On ne peut pas être chasseur sans aimer la nature. Sinon, on est consommateur de chasse. »

Il nous invite à monter dans son 4X4, nous dépose au bord d’un étang. Au fond, les oiseaux d’eau jouent dans les roseaux. Foulques, canards divers, sarcelles, aigrettes, grues cendrées, pic vert et pic noir, corbeaux, etc. « Sur tout le site, on compte jusqu’à 84 espèces d’oiseaux différentes », note l’ornithologue.

Un peu plus loin, David désigne une parcelle d’arbres aux troncs imposants. « Pendant cinquante ans, la forêt a été consacrée aux grands cervidés, on a donc beaucoup de vieux arbres », explique le gestionnaire. « Ce n’est pas très intéressant pour un sylviculteur, en revanche c’est très favorable à la biodiversité », ajoute Nicolas.

Maintenir « une harmonie entre le cerf et la forêt »

Et la chasse dans tout cela ? « Ce n’est pas une fin en soi, mais un outil de gestion », affirme David. Il suit chaque cerf un à un, évalue constamment leur poids et leur état de santé. Lui seul décide des animaux que l’on peut tuer, principalement des vieux mâles. « Parfois, on met trois ans avant de tuer l’un de ceux que j’ai désigné », assure-t-il. Le cerf et le sanglier sont les seules espèces chassées dans le domaine, quelques jours par an. La chasse doit être « efficace », c’est-à-dire déranger le milieu le moins possible.

Car il faut que le nombre d’animaux soit adapté « à la capacité nourricière du milieu », explique le chasseur : « Enfermez un cerf et trois biches dans un bois, ils vont commencer par se reproduire, être de plus en plus nombreux, jusqu’à être trop pour la nourriture disponible. A partir de ce moment les animaux vont s’affaiblir. Revenez des années plus tard, il n’y aura plus ni de forêt, ni de cerfs. »

Selon lui, c’est exactement ce que révèle l’affaire des bouquetins en haute-Savoie : ils sont tombés malades parce que trop nombreux. Craignant les contaminations, la préfecture a décidé de les tuer. « Cela a coûté 700.000 euros au contribuable, regrette-t-il. Et en plus, on a mis la viande à la poubelle. C’est un gâchis total ! Alors que des gens sont prêts à payer très cher pour chasser un bouquetin. On pourrait leur dire lequel tuer pour réguler la population et utiliser cet argent pour la gestion de la biodiversité. »

Il essaye donc de maintenir « une harmonie entre le cerf et la forêt. Cela implique d’accepter de voir moins de cerfs dans sa forêt et de parfois faire un tableau de chasse zéro. »

Bavard, David multiplie les exemples de mauvaise gestion, comme celle des sangliers, accusés d’être trop nombreux et de provoquer beaucoup de dégâts dans les campagnes françaises. « L’homme devrait reproduire la prédation naturelle, estime-t-il. C’est-à-dire tuer principalement des jeunes et des vieux, pour avoir une forte proportion d’adultes dans la population. Mais on préfère chasser les adultes. Résultat, c’est comme si on laissait le monde aux enfants de douze ans, c’est le bordel. Alors qu’ici à Belval, on a une proportion de sangliers adultes beaucoup plus élevée qu’ailleurs. »

Autre problème, les renards. L’espèce est classée « nuisible » : elle peut être chassée en toute saison, par tous les moyens. « Avant à Belval on en tuait trente par an, raconte-t-il. Mais il y en avait toujours autant. Puis on a décidé de ne plus les chasser. Dix ans après, il y a moins de renards : quelques adultes ont pu s’installer et contrôlent le territoire. Donc le problème quand on tue un adulte, c’est qu’on laisse la place à plein de jeunes. »

Morale de l’histoire : « Cela ne sert à rien de classer des espèces comme nuisibles. Avant de chasser il y a tout un travail, il faut connaître les espèces pour savoir comment agir. L’intervention intelligente de l’homme, c’est le meilleur moyen de préserver la biodiversité. »

"Si la faune disparait, c’est à cause de la destruction des milieux de vie"

Face au discours du chasseur, Nicolas ne bronche pas. « Je suis ornithologue et je n’aime pas la chasse au canard, reprend-t-il. Mais si les oiseaux disparaissent, si la faune des grandes plaines agricoles s’effondre, ce n’est pas à cause de la chasse, ni même du changement climatique ou des prédateurs. C’est à cause de la destruction des milieux de vie. Il n’y plus de haies, plus de zones humides : les oiseaux ne peuvent plus s’abriter ni se nourrir. Et les chasseurs sont parfois les seuls à encore entretenir ces habitats qui sinon seraient depuis longtemps des champs de maïs... »

« La démarche de Belval est exemplaire, si c’était partout comme cela je n’aurais pas arrêté de chasser... » Car il a été chasseur. Difficile de faire autrement quand on a grandi dans un village des Ardennes. « Quand j’étais gamin, si je voulais que quelqu’un me montre la forêt je demandais à un chasseur », se rappelle-t-il. La chasse l’a amené à la nature.

Puis quand il est devenu naturaliste, il a décidé d’arrêter. Par manque de temps, mais aussi « parce qu’il y a un certain nombre de choses que je ne cautionne pas dans le milieu de la chasse. » Il déplore que plus d’une soixantaine d’espèces d’oiseaux soient chassables, dont certaines « dans un très mauvais état de conservation. A mon avis, cela vient concrètement du lobbying. Ce serait bien suffisant s’il y avait deux fois moins d’espèces chassables », estime-t-il.

Il dénonce aussi que dans certains endroits, « pendant dix dimanches de suite on ne puisse plus aller se promener à cause des chasseurs. Puis quand la saison est terminée, ils disent aux promeneurs de ne pas venir pour ne pas gêner la reproduction du gibier... »

« Après, dans la grande majorité des territoires de chasse, personne n’y fout jamais un pied parce que cela se trouve dans le trou du cul du monde », tempère David. « Dans les zones périurbaines, fréquentées, on ne devrait pas pouvoir chasser le week-end », tranche l’ornithologue.

L’ambiance de certaines sociétés de chasse communales a poussé plusieurs de ses amis à arrêter : « Quand on ne voit pas l’intérêt de tirer un renard, on peut vite être montré du doigt. »

Quant à notre chasseur, il reconnaît lui-même que parfois, « cela se passe comme dans le sketch des Inconnus ». Des chasseurs de « galinette cendrée » y expliquent la différence entre un bon et un mauvais chasseur : « Un mauvais chasseur, il voit quelque chose, il tire. Un bon chasseur, il voit quelque chose… il tire. »

« Bordels cynégétiques »

Pour la saison 2013-2014, l’ONCFS a comptabilisé 114 accidents de chasse, dont douze ont touché des non-chasseurs et quatorze ont été mortels. Mais surtout, 96 % des accidents auraient pu être évités car ils sont dus à un non-respect des consignes de sécurité…

Le permis de chasse est donc accusé d’être trop facile à obtenir. Surtout, quand la vue et l’ouïe de son détenteur baissent avec l’âge aucun contrôle n’est prévu. Le problème est le même que pour le permis de conduire.

David lui s’insurge contre ce qu’il appelle les « bordels cynégétiques » : autrement dit des terrains privés où les propriétaires font pulluler cerfs et sangliers, au détriment de la protection de la forêt. Des clients payent très chers pour venir y chasser. « Dans ces lieux ce qui prime ce sont les trophées, le nombre d’animaux que l’on tue », dénonce Nicolas. La situation se retrouve aussi de plus en plus dans les forêts publiques gérées par l’ONF (Office national des forêts – NDLR). Pour pouvoir y aller, les associations de chasseurs doivent payer un droit de chasse « Il est de plus en plus cher. Donc les chasseurs en veulent pour leur argent, et maintiennent artificiellement une très forte densité de gros gibier », explique le naturaliste.

Bref, « c’est tout le système qu’il faut changer », assure-t-il. Mais attention, « ce n’est pas l’activité en elle-même qui pose problème, c’est le comportement de certains », affirment en chœur le chasseur et le naturaliste.

« On a de moins en moins de chasseurs, admet David. Cela ne m’effraie pas du tout, autant en profiter pour mieux les former. » C’est l’une des missions que s’est donnée la Fondation François Sommer. Elle offre des stages gratuits aux jeunes chasseurs : « Tous ne peuvent pas devenir des scientifiques, mais il faut tirer les cadres vers le haut. Ici on réfléchit sur le rapport à l’animal, à la mort. Pour certains, la prise de conscience est brutale. On injecte dans le système des mecs qui gambergent. »

La mort, un tabou

« Ceux qui sont contre la chasse ne comprennent pas tout à la nature, assène-t-il. Tout à l’heure au bord de l’étang, en à peine un quart d’heure on a vu une buse tuer une souris, des canards manger des animaux dans la vase, etc. La mort, c’est courant, permanent et nécessaire dans la nature. En revanche, il y a une façon de donner la mort : elle doit être rapide, je n’admets pas qu’on estropie un animal, c’est une obligation morale. »

« Le problème, c’est qu’aujourd’hui dans nos sociétés, la mort est devenue taboue. Avant, tout le monde tuait le cochon ou le lapin à la ferme… On a anthropomorphisé notre rapport à l’animal, il est dicté par Walt Disney et Bambi. Les gens vivent la nature via un écran télé ! »

Dans ce contexte, on imagine que le chemin est encore long avant que chasseurs et naturalistes commencent vraiment à se parler. Nicolas avoue que certains de ses collègues ne pourraient pas venir à Belval pour réaliser les comptages d’oiseaux. « Dans mon association, les débats sur la chasse sont compliqués, je passe parfois pour un anti-écolo, admet-il. On a des propositions d’associations de chasse pour travailler avec elles. La moitié de l’association est d’office contre. »

Mais il ne constate pas plus de bonne volonté du côté des chasseurs : « Je fais une étude sur la gélinotte des bois. La Fédération de chasse ne voulait pas que je vienne sur son territoire parce qu’elle craignait que je demande à diminuer la densité de sangliers : ils sont trop nombreux et détruisent les sous-bois où se nourrissent les oiseaux... »

« Au fond, nos intérêts sont les mêmes », affirme pourtant David. « Il ne faut pas cacher les abus sinon on n’avancera pas, complète Nicolas. Mais il ne faut pas pointer du doigt sinon les gens vont se braquer. »

Les agriculteurs et le changement climatique : « On en entend parler, mais qu’est-ce qu’on peut faire ? » Marie Astier (Reporterre) Reporterre 2015/02/28 Marie Astier (Reporterre) (28 février 2015) Les agriculteurs et le changement climatique : « On en entend parler, mais qu’est-ce qu’on peut faire ? ». Reporterre. Climat fr

Les agriculteurs et le changement climatique : « On en entend parler, mais qu’est-ce qu’on peut faire ? »

Le changement climatique ? Les agriculteurs l’observent, par l’avancée des saisons et la météo de plus en plus irrégulière. Mais que faire ? En arpentant les allées du Salon de l’agriculture, Reporterre a discuté avec les témoins avancés du plus grand changement.

Prononcez les mots « changement climatique » devant un agriculteur, il fera une moue dubitative. Officiellement mis à l’honneur cette année au salon de l’agriculture, le sujet n’a pas atteint les allées du hall des bovins.

« Boh, le climat, on en entend parler, comme tout le monde », commencent la plupart d’entre eux. Mais de là à se sentir concernés… Entre la ferme dont il faut s’occuper et les comptes souvent dans le rouge, « on vit au jour le jour », lâche Pierre, éleveur de vaches Simmental dans l’Aveyron et membre de la coopérative Jeune montagne. Il fait du lait de qualité pour le fromage AOP Laguiole.

- Vaches Simmental -

« Honnêtement, entre agriculteurs on n’en parle pas beaucoup, ajoute quelques stands plus loin Didier, éleveur de moutons et vaches dans la Sarthe. Mais ça fait deux ans qu’on a des étés très humides, alors on se pose des questions. »

- Didier -

« Il est certain que ce n’est pas leur préoccupation première. Ils ont la tête dans le guidon », confirme Aline Bonnot, co-directrice de l’organisme de sélection du mouton charolais, qui travaille tous les jours avec les éleveurs. « Mais en même temps, cela les inquiète, poursuit-elle. Ils sont très dépendants des conditions climatiques, donc évidemment, ils sont touchés quand il y a une sécheresse ou qu’au contraire, comme en ce moment, les terrains sont très mouillés. »

- Aline Bonnot -

Des éleveurs tout de même sur la défensive. Anthony Gervais élève des Rouges des prés dans le Maine-et-Loire. Ses taureaux de plus d’une tonne ne manquent pas d’impressionner les visiteurs du salon. « Je considère que même si j’ai des vaches qui émettent des gaz à effet de serre, j’ai une exploitation très extensive avec beaucoup de haies, d’arbres, explique-t-il. Alors faut pas mettre tous les agriculteurs dans le même panier. »

- Ecouter Anthony Gervais :

David Brachet a de son côté 170 vaches laitières en Dordogne : « La population urbaine dit qu’on est fautifs. C’est vrai qu’en tant qu’agriculteur on a notre responsabilité, mais on n’est pas les seuls ! »

« On est en zone montagne, à mille mètres d’altitude, en pâturage extensif. On estime que l’on n’est pas coupables du changement climatique. Après c’est vrai que ça nous préoccupe, confirme Pierre. On a eu un été vraiment bizarre. Il a plu un mois et demi pendant la période des foins, on n’a pas pu récolter à temps… Alors on se demande si c’est cela le changement climatique. »

- Ecouter Pierre :

Même constat au stand de la Drôme, qui met notamment les viticulteurs bio à l’honneur. Grand sourire bonhomme et cheveux gris, Jean-Louis Labeaume est le président de la cave coopérative de Suze La Rousse : « On n’est pas des grands scientifiques, mais observe la nature. On s’aperçoit que l’on vendange de plus en plus de bonne heure. Avant c’était en octobre, puis c’est passé au 15 septembre, maintenant il n’est pas rare de commencer au mois d’août. Donc le changement climatique, on s’en rend compte. »

- Jean-Louis Labeaume -

Cheveux gris lui aussi, Jean-Luc Juthier est un jeune retraité de la culture de fruits dans la Loire. « Je me suis installé en 1978, raconte-t-il. Maintenant, on constate beaucoup plus de précocité des fruits. Par exemple, sur la variété de pêche Red Haven, avant on la cueillait le 15 août. Aujourd’hui elle est toujours cueillie en juillet. Pareil pour les cerises, on les commençait rarement avant le 10 juin, maintenant il n’est pas rare de commencer en mai. »

- Ecouter Jean-Luc Juthier :

- Jean-Luc Juthier -

Peuvent-ils apporter leur pierre à la lutte contre le changement climatique ? Il y a les fatalistes, comme Jean-Louis : « Je n’ai pas l’impression qu’en tant qu’agriculteur on puisse faire grand-chose. » Au stand des Jeunes Agriculteurs, David affirme avoir déjà commencé à faire sa part : « Au lieu de laisser les sols nus l’hiver, entre deux récoltes de maïs je sème des légumineuses. Cela permet de remplacer une partie du soja importé du Brésil. Mon but est de devenir autonome pour l’alimentation de mes vaches. »

Anthony se félicite de n’avoir jamais abandonné ses Rouges des prés et ses prairies à l’époque où l’on pensait que l’avenir de l’agriculture était dans l’intensification. « A une époque, j’étais ’has been’, se rappelle-t-il. Dans les années 70 il a fallu faire deux, trois, vaches par hectare, et aujourd’hui on revient à une vache. Il faut penser à toute la flore que l’on conserve autour de nos prairies : des haies, des ronces, des bocages. Je suis atterré de voir des régions où il n’y a plus de haies. C’est bien techniquement pour faire des céréales. Il faut nourrir la planète, mais il faut faire attention à ne pas la détruire... »

Quand on lui parle des scénarios qui prônent une diminution importante de notre consommation de viande, il ne bronche pas. Autant manger moins de viande mais de meilleure qualité. « Pas comme les steaks hachés servis au stand là-bas en face », lâche-t-il en désignant l’enseigne MacDo.

Certains considèrent même avoir déjà commencé à s’adapter au changement climatique. Agnès élève des vaches de la race bretonne Pie noire dans la Sarthe. « Avec nos races rustiques, on sera moins touchés, assure-t-elle. On les nourrit sans apport de céréales, on ne cultive pas de maïs et elles arrivent même à valoriser des fourrages grossiers tels que des ronces quand il n’y a pas assez d’herbe. Au pire, on diminuera le nombre de vaches à l’hectare. »

- Ecouter Agnès :

Sa seule inquiétude, les maladies : de nouvelles peuvent arriver, contre lesquelles les animaux ne seront pas immunisés.

Avec son mari Luc, ils considèrent que la clé de l’adaptation est dans l’autonomie. « On est en bio sur un élevage extensif, expliquent-ils. On n’est pas dépendants d’une filière ni d’argent investi ailleurs. On n’a pas de grosses dettes. Donc nos décisions on les prend quand on veut, comme on veut et très rapidement. On est très souples et on a des bêtes très souples. Alors... »

- Luc et Agnès -

David compte aussi sur les « institutions », qui s’intéressent déjà au changement climatique. « Dans les coopératives, l’INRA [Institut national de la recherche agronomique], chez les semenciers, on en entend beaucoup parler », note-t-il.

Pierre estime que les agriculteurs doivent surtout compter sur eux-mêmes : « La profession a toujours dû s’adapter. On est le premier maillon de la chaîne, mais la dernière roue du carosse... »

Des chrétiens s’engagent dans le combat contre le réchauffement climatique Mahaut Herrmann (Reporterre) Reporterre 2015/02/28 Mahaut Herrmann (Reporterre) (28 février 2015) Des chrétiens s’engagent dans le combat contre le réchauffement climatique. Reporterre. Enquête — Climat fr

Des chrétiens s’engagent dans le combat contre le réchauffement climatique

De plus en plus d’initiatives invitent les chrétiens à se saisir de l’enjeu climatique et de la question écologique. Partout dans le monde, les organisations appellent à la mobilisation... et en France aussi.

30 novembre : ouverture de la conférence de Paris sur les changements climatiques, dite COP 21. La date est depuis longtemps à l’agenda des militants environnementaux, mais aussi des Églises et organisations chrétiennes.

Cette année, le carême est écologique

Campagne de carême du CCFD (Comité catholique contre la faim et pour le développement des peuples), invitation à participer à la journée de jeûne de carême pour la justice climatique le 7 mars 2015… Les propositions ne manquent pas pour inciter les chrétiens à se saisir de la question climatique et faire de la crise écologique le thème sur lequel axer le carême 2015 qui a débuté mercredi 18 février - période de quarante jours durant laquelle les chrétiens tentent de vivre plus sobrement dans l’attente de Pâques.

La mobilisation s’inscrit dans un mouvement mondial et le jeûne pour la justice climatique du 7 mars fait partie d’une chaîne de jeûne du jeudi 19 février (lendemain du mercredi des Cendres) au samedi saint (4 avril). Pendant les quarante jours du carême, quarante pays se relaient, un différent chaque jour, tous jeûnant le mercredi des Cendres.

En fait, le Jeûne pour le climat a été lancé le 1er juillet 2014. L’initiative, mondiale, est portée en France par Martin Kopp et Chrétiens Unis pour la Terre. Cette association fait partie de la Coalition Climat 21, qui rassemble toutes les ONG sociales et écologiques qui se mobilisent ensemble sur le changement climatique. Chrétiens unis pour la Terre prévoit d’organiser des veillées de prières et d’être présente pour accueillir tous les chrétiens mobilisés, qu’ils arrivent à Paris en pèlerinage ou non.

À Lyon, Chrétiens et pic de pétrole fait partie des pionniers du renouveau de l’engagement chrétien écologiste. Fondée sous l’impulsion du père Michel Durand, l’association veut interpeller les chrétiens sur les conséquences du pic annoncé de toutes les ressources naturelles. Elle réfléchit aussi au refus par la société occidentale de l’idée de limites. Des réunions de réflexion mensuelles, des laboratoires d’idées, et des colloques sont organisés régulièrement pour promouvoir un mode de vie tournant le dos à la démesure et au culte de la technique et de la croissance. Le dernier colloque a réuni à Lyon en novembre 2014 Olivier Rey, Corinne Morel-Darleux, Serge Latouche, François Brune ou le père Dominique Lang.

Côté catholique, la mobilisation est soutenue par l’institution ecclésiale. Fin novembre 2014, la conférence des évêques de France organisait une journée d’étude sur le thème « Sauver la Création ». Le message pour l’Avent 2014 du Conseil d’Églises chrétiennes en France (CECEF) faisait de la mobilisation pour la COP21 une priorité chrétienne pour 2015. Localement, les diocèses soutiennent des associations engagées dans la lutte écologique (Chrétiens changeons à Clermont-Ferrand, Oeko-Logia près de Valence, Paroles de chrétiens sur l‘écologie à Nantes, Chrétiens unis pour la Terre dans divers diocèses).

- Campagne du CCFD « Tous responsables de la Création » -

Les chrétiens français, en retard à la mobilisation ?

Les chrétiens se sont-ils engagés plus tardivement que les autres Français sur le climat ? Non, répondent en chœur les principaux acteurs de la mobilisation. « Hors des cercles engagés, il y a de grandes carences dans l’information du public, rien ne se fait dans sa direction », estime le journaliste, essayiste et blogueur Patrice de Plunkett.

« Subitement, les Français se réveillent sur la question à cause du sommet de Paris », renchérit le père Antoine Sondag, directeur depuis 2013 du Service national de la Mission universelle de l’Église. Comment expliquer cette passivité ? Pour Guillermo Kerber, coordinateur du programme Sauvegarde de la création et justice climatique du Conseil œcuménique des Églises (un organisme mondial), l’une des réponses est que « les Européens ne subissent pas directement les pires conséquences des altérations du climat ».

Sur l’engagement écologique, les principaux responsables chrétiens reconnaissent en revanche le retard de la France. En conclusion du colloque « Sauvons la création », les évêques organisateurs incitaient les chrétiens français à l’humilité, rappelant qu’ils avaient en France vingt à trente ans de retard sur la prise de conscience et l’action écologique, et que c’était à eux d’aller vers les milieux écologiques militants et non l’inverse. « En Allemagne et en Suisse », rappelle le père Antoine Sondag, « il y a un responsable écologique dans chaque paroisse ou chaque diocèse. »

- A Lima, à la veille de la COP 20 -

Continuer après Pâques

Si les responsables chrétiens font du souci écologique un thème central du carême 2015, tous rappellent que la mobilisation doit se poursuivre après le jour de Pâques. « Faire un jeûne au moment du carême, c’est médiatique », insiste le père Antoine Sondag, « mais il ne faut pas réduire l’action des chrétiens à ça ».

Outre l’encyclique papale sur l’écologie attendue en juin, deux grands événements chrétiens préparatoires à la COP21 sont prévus en 2015. Les assises chrétiennes de l’écologie qui se tiendront à Saint-Étienne du 28 au 30 août 2015. Et le pèlerinage œcuménique pour la justice climatique, dont la COP21 ne sera qu’une étape. Des pèlerins de nombreux pays se relaieront pour marcher vers Paris, mener des actions lors des différentes étapes, et arriver à Paris au début du sommet.

L’idée a germé en Allemagne, puis s’est étendue au Danemark, à toute la Scandinavie, à l’Italie, au Royaume-Uni et à la France. Une coordination franco-allemande travaille actuellement à l’organisation matérielle et un pèlerinage semblable traversera l’Afrique, du sud au nord et de l’ouest à l’est, pour rallier Nairobi.

- Jeûne pour le climat, à la Conférence de Lima -

Les responsables des mobilisations pensent aussi déjà à l’après-COP21. Martin Kopp, chargé de plaidoyer pour la justice climatique de la Fédération luthérienne mondiale, voit dans les préparatifs de la COP21 une occasion de « mettre les gens en route pour les années, voire les décennies à venir ».

Changer le système : la prise de conscience d’une nécessité

Reste une interrogation-clé. Les chrétiens se reconnaissent-ils dans le slogan « changeons le système, pas le climat » ? Les acteurs de l’écologie chrétienne sont divers. Une partie d’entre eux a évolué dans le culte du progrès et de la croissance. Mais tous les acteurs de la cause écologique le disent : l’analyse systémique de la crise écologique et du dérèglement climatique ne fait plus fuir.

« Il est plus de plus en plus facile d’être anticapitaliste chez les catholiques », constate Pierre Blanchard, militant actif au CCFD qui rappelle cependant que « la critique du capitalisme ne s’accompagne pas toujours d’un projet politique de réduction des inégalités ». « Le pape François fait très bien le lien entre perversion du système capitaliste et crise écologique » (NDLR : par exemple dans un message du 7 février 2015), ajoute le jeune homme, « et le propos est plus audible, même si Benoît XVI avait déjà fait ce lien ».

Martin Kopp, qui est aussi théologien et travaille sur la décroissance, témoigne quant à lui que l’auditoire de ses conférences « passe très rapidement de la question ‘pourquoi la décroissance’ à ‘comment doit-on agir maintenant ?’ ».

- Martin Kopp (deuxième en partant de la droite) à la Conférence de Lima -

La critique systémique est aussi portée au plus haut niveau. « Le mode de vie des pays les plus riches représente pour beaucoup un idéal. Or il est fondé sur l’exploitation de ressources naturelles non renouvelables et bon marché. Le généraliser à l’ensemble de la planète conduirait à des niveaux de pollution insoutenables », s’alarmait le message de l’Avent du CECEF.

Deux jours avant le début du carême, un collectif d’associations et de mouvement catholiques (dont plusieurs services officiels de la Conférence des Évêques de France) a publié un appel aux catholiques de France mettant directement en cause le système économique. « À l’heure de la prise de conscience des déséquilibres écologiques qu’entraîne notre modèle de développement occidental, il y a urgence à changer nos modes de vie et à pratiquer une heureuse sobriété », écrit ce collectif.

La crise écologique est aussi une occasion de renouer le dialogue entre les chrétiens français que les débats sociétaux récents ont divisés. De fait, les écologistes chrétiens insistent plus sur la cause commune qui les rassemble que sur ce qui a pu les diviser. L’urgence climatique et écologique les a poussés à unir leurs forces. Le samedi 7 mars, jour où la France prendra son relais de la chaîne mondiale de jeûne de carême pour le climat, un collectif lancera un Appel de carême 2015 pour la conversion écologique. L’idée de l’appel a germé au sein d’un groupe issu des Chrétiens indignés après le colloque « Sauver la Création ».

Les rédacteurs et signataires ont mis de côté leurs différends passés pour s’unir autour de la cause écologique. Parmi les premiers signataires annoncés, deux évêques, Mgr Marc Stenger (Troyes) et Mgr Dominique Rey (Fréjus-Toulon) ; le botaniste Jean-Marie Pelt ; le père Dominique Lang, journaliste à Pèlerin ; les journalistes Patrice de Plunkett et Jean-Claude Guillebaud ; Guillaume de Prémare, ancien président de la Manif pour Tous ; le philosophe Fabrice Hadjadj ; le philosophe et mathématicien Olivier Rey ; le père Michel Durand ; Philippe de Roux, co-fondateurs des Poissons Roses. Objectif : toucher tous les types de publics chrétiens pour former, encore et toujours, aux raisons qui font de l’engagement écologiste une urgence vitale.

La chronique de Reporterre sur Radio Nova Par Barnabé Binctin (Reporterre), Hervé Kempf Reporterre 2015/02/28 Par Barnabé Binctin (Reporterre), Hervé Kempf (28 février 2015) La chronique de Reporterre sur Radio Nova. Reporterre. Culture et idées fr

La chronique de Reporterre sur Radio Nova

Tous les jeudis, la chronique de Reporterre à écouter sur Radio Nova. Voici toutes les chroniques depuis septembre 2014 jusque février 2015. Retrouvez les suivantes dans le format Hors les murs

L’empire qui grandit sur la mort lente de nos campagnes

Barnabé Binctin, 26 février 2015 :

- à écouter ici :

Lire : Comment les agrocarburants ont conduit aux fermes-usines.

- Dessin : Tommy Dessine -

La chronique de Reporterre, tous les jeudi à 18 h 10 sur Radio Nova, dans l’émission « 2hI/4 avant la fin du monde », animée par Marie Misset et Armel Hemme.

« L’occasion de faire le point sur les combats et débats quotidiens de l’écologie ».

A écouter sur... et bien voici la carte des fréquences, selon le lieu où vous habitez.

Les vaches émettent des gaz à effet de serre

Lorène Lavocat, 19 février 2015 :

- à écouter ici :

Lire : Climat : l’agriculture est la source d’un quart des émissions mondiales de gaz à effet de serres.

- Photo : vaches de race Montbéliard (Avvincent. Sous licence CC BY-SA 3.0 via Wikimedia Commons) -

En France, moins de nucléaire, c’est... plus de nucléaire !

Barnabé Binctin, 12 février 2015 :

- à écouter ici :

Lire : Loi sur la transition : « Inacceptable ! », s’insurge Chanteguet.

(dessin : Résistance Inventerre).

S’entendre malgré nos différences

Hervé Kempf, 5 février 2015 :

- à écouter ici :

Lire : Choisir d’être heureux est un acte de résistance politique » : la Rencontre de Reporterre sur le vivre ensemble.

- Lors de la Rencontre de Reporterre, le 5 février (photo : Eric Coquelin).

Incroyable ! Arrêté en pleine émission !

Barnabé Binctin, 29 janvier 2015 :

- à écouter ici :

Lire : Seul le retrait de l’amendement « Secret des affaires » est acceptable, affirme la profession des journalistes.

- Indignés et gendarmes à la Bastille, 2011 (photo : Hervé Kempf).

Macron et Davos, tous unis pour une nouvelle Marseillaise

Hervé Kempf, 22 janvier 2015 :

- à écouter ici :

Lire : La loi Macron protège les entreprises contre les journalistes et les lanceurs d’alerte.

- Dessin : FLHMQ

Ce qui se joue avec Charlie, c’est aussi... la crise écologique

L’écologie comme pensée d’un nouvel humanisme a toute sa place dans les débats qui s’ouvrent aujourd’hui.

Barnabé Binctin, 15 janvier 2015 :

- à écouter ici :

Lire : Je ne suis pas en guerre.

- Place de la République, à Paris - (Photo : Lorène Lavocat)

Merci de vous être battus. On continue le combat

Que dire quand on est vide de mots et vide de larmes ? Merci à ceux qui se sont battus pour la liberté et qui en sont morts. On continue...

Barnabé Binctin, 8 janvier 2015 :

- à écouter ici :

Lire : Horreur, amitié, détermination.

- Place de la République, à Paris - (Photo : Hervé Kempf)

Manuel Valls est-il menteur ou idiot ?

Hervé Kempf, 18 décembre 2014 :

- à écouter ici :

Lire : Manuel Valls bétonne avec Center Parcs.

- Manuel Valls - (Photo : Emilie Massemin)

On nage en pleine schizophrénie, mais les résistances convergent

Barnabé Binctin, 4 décembre 2014 :

- à écouter ici :

Lire : Projets inutiles, la victoire est possible : le récit de la Rencontre de Reporterre.

Image : Yann Seitek

La couture, ça repose la tête...

Comment raccommoder couture, conférence sur le climat et grands projets inutiles ?

Hervé Kempf, 27 novembre 2014 :

- à écouter ici :

Lire : La couture devient tranquillement tendance.

Les déchets nucléaires, ça pue, quand le gouvernement traficote en douce

Barnabé Binctin, 20 novembre 2014 :

- à écouter ici :

Lire : Déchets nucléaires : le gouvernement essaye encore de tricher.

(Image : notreterre).

Il casse tout, mais il n’est responsable de rien

Le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, se défausse de la responsabilité dans le décès de Rémi Fraisse. De quoi alimenter la colère partout dans le pays.

Hervé Kempf, 13 novembre 2014 :

- à écouter ici :

Lire : La mort de Rémi Fraisse était immédiatement connue des gendarmes.

Et : Climat : La Chine s’engage à plafonner ses émissions

- Bernard Cazeneuve -

Les provocations irresponsables de Xavier Beulin, le président de Sofiproteol

Hervé Kempf, 6 novembre 2014 :

- à écouter ici :

Lire : Cet homme est-il un « casseur » ? Non, c’est un policier.

Un écologiste est mort, tué par la police. Tristesse et dégoût, Barnabé Binctin, 30 octobre 2014 :

- à écouter ici :

Rémi Fraisse est mort. À la tristesse et au désarroi, vient s’ajouter un sentiment de dégoût face à l’impunité policière et à la récupération politique.

Lire : Les proches de Rémi Fraisse témoignent : « Il n’a pas mesuré ce qui l’attendait ».

M. de Margerie, le pétrole, et le climat, Hervé Kempf, 23 octobre 2014.

- à écouter ici :

. Lire : Desmond Tutu : « Pour sauver le climat, il faut boycotter les compagnies d’énergie fossile »

. Et aussi : Quand le président de Total jouait l’imbécile au café du Commerce

- Pétrole et argent = changement climatique (Pixabay) -

Le virus Ebola et la déforestation, Hervé Kempf, 16 octobre 2014.

- à écouter ici :

. Lire : La cause de l’épidémie Ebola ? La déforestation

- La transmission de la maladie (image wikipedia) -

L’arnaque de la voiture électrique, Barnabé Binctin, 9 octobre 2014.

- à écouter ici :

. Lire : Auto électrique : la grande arnaque

On parle de... oh non... de politique !, Hervé Kempf, 2 octobre 2014.

- à écouter ici :

. Lire : A la rencontre de Reporterre, on a retrouvé le goût de la politique.

- Rencontre de Reporterre, le 6 octobre -

Vélorution, police, et climat, Barnabé Binctin, le 25 septembre 2014.

- à écouter ici :

- ou sur Radio Nova.

- Vélorution stoppée par les policiers, lundi 22 septembre - (photo Barnabé Binctin)

. Lire : Arrestation et contrôle d’identité. Délit ? Lutter pour le climat avec un vélo

Manifs et climat, Barnabé Binctin le 18 septembre 2014.

- à écouter ici :

- Marche pour le climat, à Paris, dimanche 21 septembre - (photo Barnabé Binctin)

. Lire : Marche pour le climat : succès à Paris, triomphe à New York

La bataille du Testet racontée par Hervé Kempf sur Radio Nova (11 septembre 2014) :

- à écouter ici :

- Enterrés pour sauver la zone humide. Le 8 septembre - (photo Emmanuel Daniel).

. Pour en savoir plus : Le dossier : La bataille pour sauver la zone humide du Testet.

Reporterre démarre jeudi 11 septembre une chronique hebdomadaire sur Radio Nova, dans l’émission « 2hI/4 avant la fin du monde », animée par Marie Misset et Armel Hemme.

Toutes les jeudis à 18 h 10.

Hervé Kempf ouvre le bal ce soir jeudi 11 septembre. On va repousser la fin du monde... à plus tard.

A écouter sur... et bien voici la carte des fréquences, selon le lieu où vous habitez.

fin de l’Occident, naissance du monde Par Hervé Kempf Reporterre 2015/03/01 Par Hervé Kempf (1er mars 2015 à 17h30,) fin de l’Occident, naissance du monde. Reporterre. Culture et idées fr

fin de l’Occident, naissance du monde

Cessons de nous raconter des histoires sur « la crise » !

Et regardons de face le cœur du problème qui se pose à la société humaine en ce début du XXIe siècle : les contraintes écologiques interdisent que le niveau de vie occidental se généralise à l’échelle du monde. Il devra donc baisser pour que chacun ait sa juste part. Autrement dit, l’appauvrissement matériel de l’Occident est inéluctable.

Comment allons-nous vivre cette mutation : en changeant nos sociétés pour nous adapter au mieux à ce nouveau monde, ou en nous opposant au sens de l’histoire, au prix d’un déchaînement de la violence ?

Ce récit phosphorescent d’idées originales prend comme fil conducteur les tribulations de l’humanité depuis son apparition sur terre. Captivant et à rebours du discours dominant, il nous invite à une dérangeante lucidité. Mais ce livre est également habité par un optimisme communicatif : oui, un nouveau monde est possible.

Six idées fortes :

• Appauvrissement matériel : les pays riches doivent s’organiser pour réduire leur consommation matérielle et énergétique. • Espace écologique : la clé géopolitique du XXIe siècle sera le partage de l’espace écologique planétaire. • Bio-économie : l’économie va se structurer en fonction de l’utilisation économe des ressources bio-écologiques. • La force paradoxale de l’Europe : l’Europe a l’avenir devant elle. Parce qu’elle est plus sobre, plus juste et moins agressive que les autres superpuissances. Sa faiblesse fait sa force. • Le retour des paysans : les paysans vont redevenir une des couches sociales les plus indispensables et les plus porteuses d’avenir – et d’abord pour créer de l’emploi. • Réduire les inégalités : une diminution drastique des inégalités, tant à l’échelle mondiale qu’au sein de chaque pays, est indispensable pour parvenir à l’équilibre écologique.

Première édition : janvier 2013.

- Seuil, collection Points, 7 €, dans toutes les bonnes librairies.

Eléments les plus récents de cette page :

- Le compte-rendu de la conférence du 10 décembre 2014, à Quétigny, par Marion Chevassus : “Vous faites partie des 10% qui pouvez changer les choses”.

Traductions

La traduction en portugais vient de paraître sous le titre O Fim do Ocidente e o Nascimento do Mundo chez Presenca

La traduction en coréen est aussi parue : 서구의 종말 세계의 탄생

Ainsi que la traduction en hongrois : Új világ küszöbén

- « Lisez ce livre intelligent, convaincant, solidement argumenté. Il renouvelle notre regard sur notre histoire, et nous propose un avenir heureux, car lucide, sur nos richesses matérielles et spirituelles, sur la manière de les gérer et de les vivres », Jean-Philippe Grillet, Terre Sauvage, novembre 2014.

- Octobre 2014 : Le livre vient de paraitre en poche, en collection Points (160 p., 7 €).

- Emission sur France Inter avec Naomi Oreskes (L’effondrement de la civilisation occidentale) et Hugues de Jouvenel (revue Futuribles), animée par Stéphane Paoli. Ecouter ici : l’avenir de la civilisation occidentale et le changement climatique (dimanche 11 mai 2014).

Ce qu’en disent les médias

- Christophe Bourseiller, France Musique : « Un livre fascinant » (Entretien le 20 mars 2013).

- Jacques Languirand, Radio Canada : « Un ouvrage tout à fait remarquable »

- Pascal Boniface, twitter.com : « Excellent livre, puissante réflexion sur un meilleur partage pour protéger planete »

- Mohamed Larbi Bouguerra, Leaders : « Son livre pétille d’idées lucides et à rebours du discours dominant »

- Michel Ezran, Radio Aligre : « Une fois de plus, Kempf prend de la hauteur »

- Radio Nova : “Hervé Kempf semble le candidat parfait pour le poste de sauveur du monde - il faut dire qu’il y réfléchit depuis un bout de temps"

- Daniel Muraz, Le Courrier Picard : « Une nouvelle lumineuse réflexion d’écologie politique ».

- Marie-Pierre Grassi (Université populaire d’Arcueil) : « Vous avez su dire ce qui est en évitant de décourager et de céder au pessimisme. C’était une nourriture solide, durable, consistante, qui donne envie de se retrousser les manches. »

- Weronika Zarachowicz, Télérama : « Toute la force d’Hervé Kempf est d’insister sur le fait que les leviers de commande ne sont pas individuels, mais fondamentalement politiques. Et surtout à notre portée ».

- Jean-Jacques Bourdin, RMC : « Un livre passionnant ».

- Laure Noualhat, France Inter : « Le propos est absolument limpide, ambiteux, logique ».

- Jean-Marie Durand, Les Inrockuptibles : « Il faudra accomplir une mutation radicale, que l’auteur appelle ’le passage du néolithique au biolithique »

- Gérard Le Puill, L’Humanité : « Ce livre ravive le débat sur la société que veulent construire les citoyens ».

- Philippe Villard, La Côté (Suisse) : « Ni décliniste, ni utopiste, il nourrit une réflexion argumentée pour une approche différente, loin des formatages marchands et des pensées uniques ».

- Couverture de la première édition en 2013 -

Ecouter l’entretien avec Pascale Fourier sur le site « Il faut le dire », mis en ligne le 4 février 2014. Deuxième volet.

Ecouter la discussion avec Jacques Attali et Jacques Lesourne dans « Planète Terre », animée par Sylvain Kahn, sur France Culture le 8 janvier 2014.

Ecouter l’émission sur le charbon, avec Patrick de Wever, dans « La Tête au carré », animée par Matthieu Vidard, sur France Inter le 13 janvier 2014.

Lire et voir l’ITV vidéo : Salle comble à Chambéry, 12 décembre 2013.

Lire la recension de l’économiste québecois Ianik Marcil : Cet ouvrage possède le mérite de la concision, de la clarté et d’offrir des pistes de réflexion pour la suite des choses. (27 août 2013).

Lire des citations tirées du livre sur le site d’Echanges citoyens (juillet 2013).

Lire le portrait par Bernard Le Solleu dans Ouest France du 13 mars 2013 : « Hervé Kempf, objecteur de croissance » :

Suivre la recommandation de Dominique Voynet : "Il existe aujourd’hui un corpus d’ouvrages de vulgarisation sur la question [écologique], très bien faits, rédigés par des spécialistes comme Nicolas Hulot ou Hervé Kempf. Pour quelqu’un qui débute en écologie, il vaut mieux, à mon avis, commencer par ces manuels d’initiation". Sur rfi.fr le 16 août 2013.

Voir ITV en video par Carole Mundani sur le gaz de schiste (diffusion juin 2013).

Voir la vidéo du débat sur le thème "Ecologie : des incantations à la transition, comment fait-on ?“ lors de la soirée organisée par Attac le 30 avril 2013.

Lire l’entretien avec Giuliano Cavaterra, du Journal du Pays basque, le 25 avril 2013.

Ecouter entretien à Montréal le 19 avril 2013, sur Soundcloud, à propos de l’écriture des livres et du rôle oligarchique des médias dominants.

Ecouter la conférence à Montréal le 19 avril 2013, à l’invitation de la Fédération autonome de l’enseignement.

Voir l’entretien avec Patrick de Bellefeuille sur la télé Météo Media, le 18 avril 2013. Capitalisme et démocratie sont-ils compatibles ?

Voir l’entretien sur la chaîne de télévision TVA, le 18 avril 2013.

Ecouter l’entretien avec René Homier-Roy sur Radio Canada le 16 avril 2013.

Lire l’entretien avec Enbata en avril 2013.

Ecouter l’entretien avec Ruth Stegassy dans "Terre à terre", sur France Culture, le 6 avril 2013.

Voir un montage video de la conférence de Montpellier par l’équipe de la librairie Sauramps, tourné le 20 et 21 février 2013.

- Ecouter l’entretien avec Pascale Marccagi sur Radio Ethic en février 2013.

- Lire les réponses à trois questions de Pascal Boniface, de l’IRIS, le 14 février 2013.

- Lire la recension par Alain Hervé, du Sauvage, le 5 février 2013.

- Ecouter l’entretien avec Michel Ezran sur Radio Aligre, le 30 janvier 2013.

- Entretien en portugais avec Eduardo Febbro, pour Carta Maior, le 21 janvier 2013 : « Vivemos em uma ditadura ou em uma democracia ? » (autour de L’oligarchie ça suffit, vive la démocratie).

- Lire le compte-rendu par les JNE (Journaliste écrivains pour la nature et l’écologie).

- Lire le compte-rendu de Claude Keiflin à Strasbourg le 10 janvier.

- Voir la video réalisée le 10 janvier 2013 à la librairie Kléber de Strasbourg par Christo Miche : je parle de Notre dame des Landes, de gaz de schiste, de démocratie, de spiritualité...

- Ecouter la conférence et le débat à l’Université populaire d’Arcueil le 7 janvier 2013.

- Ecouter l’entretien avec Jean-Jacques Bourdin sur RMC le 1 janvier 2013.

L’image de couverture est le détail d’une œuvre du peintre brésilien Sergio Bello, Les Enfants terribles, 2004.

A Sivens, les pro-barrages font monter la tension Camille Martin (Reporterre) Reporterre 2015/03/02 Camille Martin (Reporterre) (2 mars 2015) A Sivens, les pro-barrages font monter la tension. Reporterre. Grands projets inutiles fr

A Sivens, les pro-barrages font monter la tension

Les FDSEA de Midi Pyrénées ont lancé samedi une opération de blocage de la Zad de Sivens. La tension s’est accrue pendant le week-end. Reporterre publie la carte des blocages.

La tension est montée d’un cran, ce week-end, sur le site du barrage de Sivens.

Selon le collectif Tant qu’il y aura des bouilles, une attaque violente de pro-barrages s’est produite à l’entrée de la ZAD samedi 28 février. "Des affaires persos (outils, papiers d’identité,etc…) [ont été] brulées et un copain tabassé, les quelques gendarmes présents au moment des faits s’étant fait déborder. Grosse présence policière (fourgons de GMs) alentours depuis."

Selon l’AFP, les gendarmes sont intervenus samedi pour bloquer les deux principaux accès au site. « Il y avait trop de monde pour qu’on assure la sécurité, on a reçu l’ordre de ne laisser entrer personne », a indiqué l’un des gendarmes.

« Les forces de l’ordre nous ont empêchés de poursuivre jusqu’à la Zad comme certains parmi nous le voulaient, et ils ont eu raison dans ce contexte tendu », indique à La Dépêche Bernard Boulze, conseiller régional (UDI) de Midi-Pyrénées.

La montée de tension est une stratégie délibérée des pro-barrages, à quelques jours de la discussion du Conseil général du Tarn, vendredi 6 mars, sur les projets de retenue de Sivens. Dans un communiqué publié le 26 février, la FDSEA (Fédération départementale des syndicats agricoles) du Tarn avertissait : « Afin de s’assurer que l’Etat prenne bien ses responsabilités et fasse effectivement évacuer le site, la FDSEA, les JA [Jeunes agriculteurs] du Tarn, la FRSEA [Fédération régionale] et les JA de Midi-Pyrénées ont engagé avec les huit FDSEA et JA de Midi-Pyrénées un blocage de la Zad pendant toute la semaine du 2 au 6 mars. Chaque département bloquera le site sur une journée, ce lundi 2 mars ce sera le tour de l’Aveyron, le Tarn se chargeant de maintenir le blocage pendant les nuits »…

« La comédie n’a que trop duré. Il faut passer d’une phase où les « anti-tout » peuvent tout bloquer, à une phase de développement responsable, où les projets économiques structurants pour nos territoires peuvent être engagés et réalisés », ajoute le communiqué.

En fait, les troupes de la FDSEA ont établi un véritable blocus autour de la Zad, dont voici la carte, établie par Gaspard Glanz, de Taranis News :

- Télécharger la carte en PDF pour bien voir les détails :

Dans un communiqué de presse, la coordination des opposants au projet, s’inquiète de la violence de pro-barrages : "Dans la vallée de Sivens, les pro-barrages sont toujours plus violents. Après avoir bloqué et interdit l’accès plusieurs week-ends de suite, ils se mobilisent nuit et jour jusqu’au 5 mars, quitte à affamer les occupants du site. Ils font pression sur les élus du Conseil général qui se réunissent le 6 mars, espérant que ces derniers opteront pour un barrage pourtant majoritairement contesté. Ils ont donné un premier assaut samedi matin qui s’est soldé par de la violence…"

Une barricade construite et détruite trois fois

Le point de tension est une barricade installée par les zadistes au carrefour de la D999. Elle a donc été détruite et reconstruite trois fois avant d’être définitivement démantelée dimanche matin.

Les agriculteurs ont obtenu samedi « l’autorisation de redétruire la barricade », selon la gendarmerie. Les zadistes l’ont ensuite reconstruite dans la nuit mais dimanche matin elle a de nouveau été démantelée par les agriculteurs.

Les opposants au gaz de schiste en Algérie ne doivent pas être réprimés Collectifs non aux pétrole et gaz de schiste et de houille Reporterre 2015/03/02 Collectifs non aux pétrole et gaz de schiste et de houille (2 mars 2015) Les opposants au gaz de schiste en Algérie ne doivent pas être réprimés. Reporterre. Tribune — Mines et Gaz de schiste fr

Les opposants au gaz de schiste en Algérie ne doivent pas être réprimés

Dans le sud de l’Algérie, à In Salah, un mouvement citoyen se développe depuis un mois contre l’exploration du gaz de schiste. Celle-ci est lancée par des compagnies étrangères avec le soutien du gouvernement algérien. Une répression violente est engagée.

Dans le sud algérien la population d’In Salah s’oppose depuis deux mois à la fracturation hydraulique.

Samedi 28 février 2015, craignant que la compagnie Halliburton ne procède à une fracturation hydraulique à la suite du forage effectué pour le compte de Sonatrach ces dernières semaines sur le deuxième puits d’exploration d’Ahnet (AHT-2), le mouvement citoyen d’In Salah a poursuivi sa mobilisation en se rendant à la base de vie de la compagnie américaine pour manifester son opposition.

En réaction à ce mouvement de protestation, les unités anti-émeutes de la gendarmerie ont réprimé violemment, faisant des blessés tout en procédant à plusieurs arrestations. Cette répression s’est poursuivie jusqu’au centre ville d’In Salah par le saccage de la Place de la Résistance, lieu symbolique du mouvement citoyen qui a démarré le 31 décembre 2014. Dimanche, dès les premières heures, des participants à cette manifestation citoyenne ont été blessés au cours d’affrontements violents.

Les collectifs français opposés aux gaz et pétrole de schiste et au gaz de houille condamnent vivement ces violences exercées à l’encontre de la population d’In Salah qui a cherché légitimement et pacifiquement à se préserver des conséquences sanitaires et environnementales de telles expérimentations.

Nous dénonçons ce passage en force au moment même où la société civile d’In Salah a tenté de renouer le dialogue avec les autorités en adressant la semaine dernière au chef de l’Etat une demande de moratoire sur le gaz de schiste cosignée par des experts algériens en énergie, démarche qui est restée sans réponse. Le mutisme des autorités algériennes s’est transformé en répression cherchant à discréditer les actions légitimes de protestation.

Nous refusons qu’en Algérie et ailleurs, les gouvernements soutiennent les compagnies pétrolières et gazières nationales ou internationales, publiques ou privées, pour imposer leurs choix au détriment de l’intérêt des populations et détruire leurs territoires.

Les collectifs français expriment toute leur solidarité avec les citoyens d’In-Salah et leur détermination sans faille à mettre un terme définitif à ces expérimentations.

Signataires : Collectif viganais contre les gaz et huile de schiste (30), Collectif Carmen (02 - Sud de l’Aisne), Collectif Orb-Jaur non au gaz de schiste (34), Collectif Stop gaz de schiste 69 (69), Collectif du Haut-Bugey non aux forages pétroliers (01), Collectif Non au gaz de schiste Pays de Savoie et de l’Ain (01, 73, 74), Collectif Stop au Gaz de Schiste Anduze (30), Collectif Valgorge (07), Collectif du Pays-Fertois (77), Collectifs Isérois Stop GHRM (38), Collectif IdF Non au gaz et pétrole de schiste (75, 93), Collectif 07 Stop au Gaz et Huile de Schiste (07), Collectif Houille ouille ouille (59, 62), Collectif Garrigue-Vaunage (30), Collectif Stop Gaz de Schiste 39 (39), Collectif Bastagaz !Ales (30), Collectif de vigilance Plaine d’Ales, Camis’Gaz (30), NOGANINA 07, Collectif de Barjac (30), Collectif de Campagnan (34), Collectif « non gaz de schiste » Florac (48).

Complément d’information :

- La compagnie française Total est impliquée. Elle a obtenu en 2009 un permis d’epxloration dans la région d’In Salah.

Mais si, on peut vivre sans Google ! Baptiste Giraud (Reporterre) Reporterre 2015/03/02 Baptiste Giraud (Reporterre) (2 mars 2015) Mais si, on peut vivre sans Google !. Reporterre. Numérique fr

Mais si, on peut vivre sans Google !

L’initiative « Dégooglisons internet », lancée par Framasoft, promeut des applications web alternatives à celles des grosses entreprises que sont Google, Microsoft et consorts. Elle se développe grâce au travail de bénévoles et passionnés de la communauté du logiciel libre.

« Nous sommes en 2014 après Jésus-Christ, toute la toile est occupée par des services centralisés… Toute ? Non ! Une communauté peuplée d’irréductibles libristes résiste encore et toujours à l’envahisseur. Et la vie n’est pas facile pour les garnisons des camps retranchés de Fermetum, Centralisum, Espionnum et Privatum... » On connaît l’air du refrain, mais qui sont dons ces libristes ? Et qui sont leurs ennemis ?

Le logiciel libre « désigne des logiciels qui respectent la liberté des utilisateurs. En gros, cela veut dire que les utilisateurs ont la liberté d’exécuter, copier, distribuer, étudier, modifier et améliorer ces logiciels » (selon GNU.org). Quant à Framasoft, c’est un réseau francophone dédié à la promotion et à la diffusion du logiciel libre, qui a lancé le projet Dégooglisons internet.

- Le manchot de Framasoft est inspiré de Tux, la mascotte de Linux -

« Se dégoogliser »

« C’est un nom de code, on en joue : nous, petite association francophone, on va s’attaquer à ce géant. Il est très puissant mais fragile : si tout le monde se déconnecte, ça tombe », explique Alexis Kauffmann, fondateur de l’association. Car Google, tout comme ses frères Facebook, Microsoft, etc., représente l’exact opposé de l’idéal libriste. Explications.

D’abord, les applications proposées par ces mastodontes du web sont propriétaires et fermées : « On ne connaît pas les logiciels. Et on signe des contrats dans lesquels certaines clauses disent que le contrat lui-même peut être changé sans prévenir », nous dit Alexis Kauffmann. Il est impossible d’avoir accès à l’intérieur des logiciels, à leur fonctionnement. C’est comme adopter un outil en n’en connaissant que l’apparence extérieur et sans savoir ce qu’il peut devenir.

Google est ensuite l’exemple typique du processus de centralisation d’internet. « Aujourd’hui, on ne navigue plus que sur quelques serveurs. Ça pose un vrai problème, on confie nos vies privées à des multinationales dont nous sommes complètement dépendants. »

Google est à la fois un moteur de recherche, un service de vidéo et de logiciels en ligne, une boîte mail, un système de lunette hi-tech et bientôt de voitures… Au contraire, pour Alexis Kauffmann, « la beauté d’internet ce sont les liens qui mènent d’un serveur à un autre ». Surtout, la centralisation rend possible les pires dérives en termes de liberté.

- Dessin FramaSoft de LL de Mars -

La vie privée est un autre point problématique. « Si une donnée seule, prise indépendamment, n’est pas forcément sensible, un ensemble de données peut le devenir (par exemple si vous avez fait des recherches sur le cancer avant de souscrire à une assurance-vie) », explique le site de cette initiative déjà cité. Or les grosses entreprises du web enregistrent nos données et les utilisent pour gagner de l’argent, à travers la publicité. « Il y a là quelque chose qui nous échappe », selon Alexis Kauffmann. Nous sommes dépossédés de ce qui fait notre singularité d’individus.

Enfin ces services centralisés qui enregistrent nos données sont un outil rêvé pour l’espionnage. « Les états sont capables aujourd’hui d’obtenir bien plus d’informations qu’un ’Big Brother’ ne l’aurait jamais rêvé », explique le site.

Décentralisation, solidarité, éthique et liberté

Face à ces quatre dangers, Framasoft déploie ses alternatives : la décentralisation, la solidarité, l’éthique et la liberté. À partir de ces valeurs, Framasoft veut proposer des logiciels libres remplaçant les applications propriétaires : à la place de Doodle, il existe Framadate, au lieu de GoogleDoc, Framapad, au lieu de Facebook, Framasphère, etc. (liste complète ici).

« On utilise souvent des logiciels existants. On repère les applications libres, on retouche les interfaces, et on les installe sur nos serveurs. Parfois on participe à améliorer les logiciels existants, parfois on les traduit juste », explique Alexis Kauffmann.

Dans tous les cas, les applications sont gratuites et sans publicité, assurent la plus grande interopérabilité (fait de pouvoir utiliser des données à partir de plusieurs applications) possible, leur code source est disponible, on peut participer à leur amélioration, et nos données restent sous notre contrôle.

- Capture d’écran de FramaDate -

Sortir des géants du web pour sortir de l’individualisme et des logiques financières

« On veut mettre en avant toutes ces solutions. Parce que ce qui est intéressant c’est que c’est possible de se dégoogliser, ça marche ! Souvent les gens disent : ’Vous imaginez si je me désinscris de Facebook demain, socialement c’est un véritable problème’. Effectivement, mais il faut déjà en prendre conscience. On veut d’abord faire réfléchir à l’état actuel d’internet et notre société, puis concrètement montrer qu’on peut se libérer de ces géants. Par exemple, il y a déjà 12 000 inscrits sur Framasphère, ce qui témoigne d’un réel intérêt », nous raconte Alexis.

« Ce qui nous unit, c’est la licence libre : les gens ont l’impression de participer à un truc ». L’esprit du logiciel libre est très lié à la licence libre qui permet aux auteurs de logiciels ou autres œuvres de concéder leurs droits d’auteur, en permettant l’usage, la modification ou la diffusion de leurs productions. Il ne s’agit donc plus pour chacun de faire son projet dans son coin, en faisant bien attention à ce que ses bonnes idées ne fuitent pas, mais au contraire de partager et de faire avancer des projets communs.

Pour fonctionner, ce beau projet mise à la fois sur du travail bénévole des membres de la communauté du libre, et sur des dons via une campagne de financement participatif. « Ça fait aussi partie du message. Facebook fonctionne sur une fausse gratuité, derrière il y a des actionnaires qui veulent du profit. Nous demandons 700 000 € sur trois ans, ce qui est beaucoup d’argent mais ridicule par rapport au chiffre d’affaire de Google. »

Une démarche qui en rappelle d’autres

Si on ne pense pas tout de suite au domaine de l’informatique quand on parle d’écologie, cette part de nos vies doit pourtant être prise en compte. Et les initiatives qui s’inspirent des valeurs du logiciel libre ont une logique très proche de celle de l’écologie.

« Les communautés du libre fonctionnent beaucoup sur un mode horizontal ou de bas en haut. On expérimente aussi les modèles alternatifs, on s’intéresse au revenu de base, parce qu’on voit bien qu’il y a un décalage entre ce qui produit de la richesse et ce qui motive les gens. »

Finalement, Alexis Kauffmann fait le parallèle entre le logiciel libre et le principe des communs, « des ressources gérées par une communauté de manière à ce qu’elles soient disponibles pour tous ». Si l’eau, des terres ou des forêts peuvent être gérées de cette manière, les services du web aussi !

ENQUÊTE - 5 - Xavier Beulin, l’homme aux mille bras Barnabé Binctin et Laure Chanon (Reporterre) Reporterre 2015/03/02 Barnabé Binctin et Laure Chanon (Reporterre) (2 mars 2015) ENQUÊTE - 5 - Xavier Beulin, l’homme aux mille bras. Reporterre. Enquête — Économie fr

ENQUÊTE - 5 - Xavier Beulin, l’homme aux mille bras

Au cœur d’Avril-Sofiproteol et de la FNSEA, un homme, Xavier Beulin. Indestructible, faiseur de ministres, lié au grand patronat, il applique la politique de l’industrialisation de l’agriculture française. Au prix de la disparition de dizaines de milliers d’exploitations agricoles et de la destruction de l’environnement.

C’est le symptôme le plus évident de sa puissance : d’« Agricultor » pour Libération à « Agrobusiness man » pour Le Monde, toute la presse nationale a tiré la caricature de cet « homme d’affaires [qui] détonne dans le milieu agricole » selon Le Point. Mais rien n’y fait. Xavier Beulin semble indestructible.

Cheveux gominés, chaîne en or, montre Breitling et villa en Tunisie, son train de vie n’est pas un mystère. M. Beulin n’est plus guère paysan, et il s’en fiche. Difficile de trouver un cliché de lui sur son tracteur ; et quand Reporterre lui propose en juillet dernier une rencontre sur son exploitation de 500 hectares dans le Loiret, il refuse. Son véritable lieu de travail est son bureau installé dans les beaux quartiers du 8e arrondissement de Paris, dans lequel il a de nouveau reçu le quotidien de l’écologie.

« Fossoyeur de l’agriculture », selon Marianne, il ne cache pas sa vision des choses : il n’y a d’autre choix possible que l’industrialisation de l’agriculture :

- Ecouter Xavier Beulin :

Et pourtant. « Beaucoup d’agriculteurs ne se rendent toujours pas compte qu’ils sont en train d’être vendus à un industriel », dit Grégoire Frison, avocat de Novissen, l’association en pointe dans le combat contre la ferme-usine des Mille vaches. Lors d’une plaidoirie, il avait tenté de stigmatiser ces petits réseaux qui contrôlent l’agriculture moderne. « Mais les juges ont fermé yeux et oreilles ».

En revanche, M. Beulin peut injurier les opposants au barrage de Sivens, les taxant de « djihadistes verts » sans que personne s’en émeuve, hormis les écologistes.

Rien n’ébranle l’autorité de Xavier Beulin. Et pour cause, l’homme est puissant. Celui qu’on présente parfois comme le « ministre occulte de l’agriculture » fait plus que murmurer à l’oreille des ministres. Il est l’homme providentiel, une sorte de super-ministre tapi dans l’ombre des ministres officiels, le sauveur masqué des soirs de réveillon :

- Ecouter :

En décembre 2013, François Hollande avait fait spécialement le déplacement pour les trente ans de Sofiprotéol, y prononçant un discours flatteur.

- François Hollande aux trente ans de Sofiproteol en décembre 2013 -

Cumul des mandats et conflit d’intérêt

Le pouvoir de M. Beulin tient à sa position centrale dans les multiples réseaux qui irriguent le monde agricole. Président du premier syndicat agricole français, la FNSEA, vice-président du syndicat agricole majoritaire représenté à Bruxelles, le Copa-Cogeca, il est aussi président de l’EOA, l’alliance européenne des oléo-protéagineux, vice-président du CETIOM (un institut de recherche spécialisé dans les filières oléagineuses), vice-président de la Fédération départementale des syndicats d’exploitants agricoles du Loiret, département dont il est issu. Egalement secrétaire-adjoint de la Chambre régionale d’agriculture du Centre, il avait été president du Haut conseil à la cooperation agricole et du conseil d’administration de FranceAgriMer, l’établissement national des produits de l’agriculture et de la mer.

L’association nationale des producteurs de lait s’est amusée, en 2012, à schématiser les différentes structures tombées sous la casquette de Xavier Beulin. Le tableau n’est pas exhaustif :

Les responsabilités de l’homme aux mille bras, d’ailleurs, ne se cantonnent pas au milieu de l’agriculture : il préside aussi l’IPEMED, un institut de coopération avec les pays du bassin méditerranéen, le CESER (Conseil économique social et environnemental régional) du Centre et et le conseil de Surveillance du Port autonome de La Rochelle, premier port français d’importation des produits forestiers et deuxième exportateur des céréales.

Toutes ces responsabilités cumulées induisent des conflits d’intérêt, au sens de « situation de fait dans laquelle se trouve placée une personne face à deux intérêts divergents ». Interrogée par Reporterre sur le combat qu’elle avait eu à mener contre la Copa-cogeca au sujet des agrocarburants – pierre angulaire du développement de Sofiprotéol – Corinne Lepage raconte : « Sous couvert du discours de l’intérêt général qu’on peut porter comme syndicaliste, ces revendications lui permettaient de défendre au plus haut ses propres intérêts ». De son coté, Michelle Rivet, vice-présidente du conseil régional du Centre, témoigne : « A l’échelle de notre territoire, il est à la fois juge et partie. Avec le CESER, il est censé faire du conseil à la collectivité en toute impartialité, mais il est dans le même temps responsable syndical, sans compter ses intérêts industriels ».

La FNSEA, la machine de guerre de l’homme d’affaires

Le cœur de ce mélange des genres – homme d’affaires, syndicaliste, représentant de collectivités publiques – est la machine de la FNSEA, qu’il préside. Pourquoi Xavier Beulin, patron d’industrie fort occupé, déjà pourvu de multiples casquettes, a t-il pris la tête de la FNSEA en 2010 ? Parce que la FNSEA est une machine de guerre. Dès sa naissance en 1946, elle a cogéré l’agriculture et les budgets agricoles avec les gouvernements. La gauche de 1981 a tenté de changer les habitudes mais le naturel est vite revenu. Le syndicat pousse les portes et les ministères accèdent à ses demandes.

La puissance de la FNSEA repose sur une main-mise historique sur les chambres d’agriculture, leur budget et leurs services, dont le plus important concerne l’accès aux aides publiques, fondamentales en agriculture. L’argent des « chambres » sert à une politique agricole qui converge avec celle dessinée par Sofiprotéol.

S’appuyant sur sa représentativité et ses quelques 300 000 adhérents, elle entend être l’interlocuteur unique des pouvoirs publics. Elle est souvent seule à négocier, ne tolérant pas la présence de la Confédération paysanne, de la Coordination rurale ou du Modef, trois syndicats minoritaires, souvent en désaccord avec elle.

Certes, les agriculteurs ne représentent guère que 1 % de la population française, mais leurs manifestations musclées et le poids des votes dans les campagnes, font peur aux hommes politiques. Les gouvernements, UMP ou PS, composent avec leur représentant officiel, la FNSEA.

Ainsi, en décembre 2011, alors candidat à l’élection présidentielle, François Hollande répond à une lettre que lui avait envoyée Xavier Beulin : celui-ci s’inquiétait de l’alliance entre les socialistes et le parti écologiste EELV. Hollande le rassure, promettant que « rien ne se fera sans les organisations agricoles » s’il était élu président.

Reporterre dévoile cette lettre en exclusivité :

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- François Hollande et Xavier Beulin -

M. Hollande a tenu parole. Quand Xavier Beulin, coiffé de son chapeau de la FNSEA, monte au créneau, il obtient gain de cause. Avant les élections de 2012, il s’était prononcé pour un ministère de l’Agriculture et de l’agroalimentaire, il l’a obtenu. Il souhaitait voir Stéphane Le Foll plutôt qu’un autre au ministère de l’agriculture en cas de victoire du PS ; son vœu a été exaucé. Le rejet de l’ecotaxe ? Après des manifestations plus que musclées, il a été accepté. Agrandissement des élévages ? C’est fait pour les porcs et les volailles. « Directive nitrate » ? La FNSEA en fait une grosse colère, Manuels Valls l’a remise en cause. Aides aux retenues d’eau pour l’irrigation ? Le ministre Le Foll obtempère.

C’est simple : sous Hollande, on ne dit pas non à Xavier Beulin.

« Une confusion des genres assez troublante »

La source essentielle de la puissance de la FNSEA est qu’elle tient les chambres d’agriculture : un outil impressionnant, que le rapport du député Nicolas Perruchot, portant sur le financement des syndicats, publié non sans difficulté en 2012, a permis d’évaluer précisément.

- Télécharger le rapport Perruchot (lire notamment à partir de la page 94 :

Car le syndicat agricole gère en quasi-totalité les chambres d’agriculture, que gère en quasi totalité la FNSEA, soit un budget atteignant 700 millions d’euros en 2014.

Les chambres apportent à la fois des fonds et des hommes aux ordres sur le terrain. « Présentes dans chaque département et chaque région, les chambres d’agriculture sont des établissements publics dirigés par 4 200 élus professionnels, tous représentants des diverses activités du secteur agricole et forestier. Ces élus sont assistés par 7 800 collaborateurs, afin de coopérer à la réalisation de projets territoriaux en matière agricole et d’accompagner les agriculteurs dans leur installation ou leur développement.”

Le député poursuivait : “ Le contrôle de ces instances confère aux organisations d’exploitants majoritaires une position stratégique, sur le plan de la représentativité bien sûr, mais aussi pour l’accès aux moyens du réseau, qui s’élèvent à quelques 500 millions d’euros.”

Et M. Peruchot d’enfoncer le clou : “Une part importante des moyens financiers est fréquemment détournée dans l’intérêt des représentants du syndicalisme majoritaire”.

A tel point qu’il assimile ces moyens à « des subventions déguisées” au profit du syndicat majoritaire qui “ne se trouvent (pas) valorisées dans les comptes”.

Pour lui, il y a bel et bien « confusion des genres » : “De fait, la FNSEA et le Centre national des jeunes agriculteurs [syndicat majoritaire des agriculteurs de moins de 40 ans] exercent une influence sans partage sur le réseau. Dans certaines situations, il en résulte une certaine confusion des genres assez troublante”, précise le rapport.

Des services publics contre adhésion au syndicat

“De même, l’adhésion au syndicat majoritaire se trouve-t-elle encore favorisée par son caractère incontournable dans la gestion des différents dispositifs d’aide aux agriculteurs”, constate le rapport. Car lorsqu’un agriculteur s’adresse à sa chambre d’agriculture, passage obligé pour formuler une demande d’aides publiques, mieux vaut qu’il soit adhérent de la FNSEA s’il veut que son dossier aboutisse. Un témoin entendu par le rapporteur explique : “Dans le syndicalisme majoritaire, l’adhésion paraît quasi obligatoire : il est de notoriété publique que, sans adhésion à la FNSEA ou aux JA, il est difficile d’obtenir des prêts – bien qu’il y ait eu une évolution en la matière depuis la fin du monopole du Crédit agricole –, d’agrandir son exploitation, voire d’obtenir des conseils juridiques : dans certaines chambres d’agriculture, le conseiller juridique suggère d’abord à l’agriculteur de prendre sa carte à la fédération départementale, la FDSEA. Bien sûr, de telles conditions ne sont jamais exposées par écrit”.

Un autre témoin raconte qu’il a été incité à adhérer au syndicat majoritaire pour obtenir un avis favorable à sa demande d’installation en tant qu’agriculteur. Cette influence de la FNSEA sur les demandes d’installation explique en partie la grande difficulté de l’agriculture biologique à se développer en France malgré la forte croissance de la demande. Omniprésence et capacité d’action

La FNSEA est incontournable. Pas seulement au sein des chambres d’agriculture. Elle siège dans les Safer qui autorisent ou refusent les achats de terres agricoles. Elle siège dans les banques qui accordent ou non les prêts. Elle est présente au sein des assurances (Groupama), de la sécurité sociale des agriculteurs (MSA), des organismes de formation, de l’enseignement agricole, de la recherche publique, au Conseil économique et social, au Haut conseil aux biotechnologies.

Politiquement, la FNSEA a ses entrées dans toutes les structures, des mairies rurales, aux conseils généraux et régionaux dans les territoires. Il n’est pas rare que des élus soient adhérents du syndicat qui lui apporte son soutien. C’est le cas du maire de en Vendée. Elle a des relais dans les administrations et tous les ministères à Paris, à la Commission européenne à Bruxelles.

Qui tient la FNSEA tient l’agriculture en France. Les ministres, le président, se plient, en échange de la paix sociale sur le front agricole. Et quand cette puissance se cumule avec celle d’un grand groupe agro-industriel, comme Avril-Sofiproteol, on est, simplement, dans une logique oligarchique, où public et privé se combinent à l’avantage des intérêts privés.

Un homme au cœur du « Milieu » des affaires

Car en tant qu’homme d’affaires, M. Beulin déroule aussi un fort réseau d’intérêts économiques qui le place en relation avec le cœur du capitalisme français. C’est ce dont témoigne la composition du nouveau conseil d’administration d’Avril :

On y trouve Anne Lauvergeon, ancienne patronne d’Areva (dont le chiffre d’affaires ne pèse guère plus que celui d’Avril-Sofiproteol, malgré une notoriété infiniment supérieure). Une personne clé, tant par ses relations avec le pouvoir politique, que parce qu’elle préside la commission Innovation 2030, avec ses 300 millions d’euros à distribuer.

- Anne Lauvergeon -

Y siège aussi Pierre Pringuet, un « parrain du capitalisme français », selon le journal économique L’Expansion : il préside l’Association française des entreprises privées (AFEP), qui regroupe les cent plus grandes entreprises françaises. Un lobby moins visible que le Medef, mais largement aussi influent.

Les autres membres du conseil d’administration d’Avril sont des pivots de l’agriculture française : Arnaud Rousseau et Gérard Tubéry viennent représenter la FOP, la fédération française des oléagineux et protéagineux, dont M. Beulin était président jusqu’en 2011. Bernard de Verneuil préside le CETIOM dont le vice-président est M. Beulin. Patrice Gollier, lui, est l’ancien directeur général d’InVivo, la plus grande coopérative agricole de France, présente dans les semences, par le biais de RAGT Semences, au capital duquel participe Sofiprotéol. On notera enfin la présence du milieu bancaire – que Xavier Beulin connaît bien en tant qu’administrateur du Crédit Agricole – avec Jean-Pierre Denis, qui représente le Crédit Mutuel. Ancien secrétaire général de l’Elysée sous Jacques Chirac, l’homme avait alors succédé à son « amie »… Anne Lauvergeon. Le monde est toujours petit, autour de Xavier Beulin.

- Xavier Beulin en entretien avec Reporterre -

Le PDG de Sofiprotéol a su jouer de tous ses réseaux et des responsabilités diverses pour appliquer sa matrice à l’agriculture française. Son affairisme lui permet aujourd’hui de verrouiller la trajectoire qu’il donne au secteur primaire : une industrialisation forcenée qui fait de Xavier Belin le meilleur lobbyiste de la mort des paysans français.

Car il faut le rappeler : le bilan est catastrophique. En vingt ans, le nombre d’exploitations agricoles a baissé de moitié. Le gaspillage des terres a continué à un rythme effréné, avec la perte d’1,7 millions d’hectares de terres agricoles. La balance agricole française se dégrade et l’agriculture est de plus en plus polluante, en termes d’engrais, de pesticides et de gaspillage de l’eau.

Une nouvelle fois, ce désastre social et environnemental est rendu possible par une profonde défaillance de nos systèmes démocratiques. Le cas Beulin et l’histoire de Sofiprotéol sont à ce titre un exemple parfait d’une oligarchie qui ne dit jamais son nom. Mais qui continue à détruire le pays.

La grande enquête sur le maître caché de l’agriculture française Barnabé Binctin et Laure Chanon (Reporterre) Reporterre 2015/03/02 Barnabé Binctin et Laure Chanon (Reporterre) (2 mars 2015) La grande enquête sur le maître caché de l’agriculture française. Reporterre. Économie fr

La grande enquête sur le maître caché de l’agriculture française

Son nom est méconnu, mais ce groupe pèse aussi lourd qu’Areva. Agrocarburants, lait, œufs, huile, finances, semences : il est partout, et influe d’autant plus sur l’agriculture française que son patron préside le puissant syndicat agricole devant lequel plient les gouvernements. Le résultat : profits d’un côté, disparition des petits paysans, artificialisation des terres et pollution de l’autre. Voici Avril-Sofiproteol. Une grande enquête de Reporterre.

1 - Le maître caché de l’industrialisation de l’agriculture française

2 - Au cœur de l’agro-industrie française, les tentacules d’Avril Sofiproteol

3 - L’incroyable rente des agrocarburants

4 - Comment les agrocarburants ont conduit aux fermes-usines

5 - Xavier Beulin, l’homme aux mille bras

Cinq mythes sur les armes nucléaires Ward Wilson Reporterre 2015/03/03 Ward Wilson (3 mars 2015) Cinq mythes sur les armes nucléaires. Reporterre. Tribune — Politique fr

Cinq mythes sur les armes nucléaires

« Ce sont les bombes sur Hiroshima et Nagasaki qui ont forcé le Japon à capituler », « Les armes nucléaires nous protègent »... Ces croyances sont dénuées de fondement : extrêmement dangereuse, l’arme nucléaire est aussi obsolète et inefficace.

Une grande part de mythologie est associée aux armes nucléaires. « Apocalypse » ou « Armageddon » sont des termes courants pour s’y référer. Le premier, l’Apocalypse, est largement puisé dans le Livre des Révélations, bien qu’il en existe aussi des récits dans le Coran, la Torah, des mythes nordiques, chinois et bien d’autres. Armageddon est le nom d’une colline en Israël, lieu pressenti, selon la Bible, pour l’ultime bataille de la fin du monde. Ces mots suggèrent l’ampleur de la destruction causée par une guerre nucléaire et partant, la gravité du danger.

« Vernis mythologique »

Mais est-il pertinent d’analyser un phénomène militaire du XIXe siècle en des termes mythologiques vieux de 2000 ans ? Ne s’agit-il pas avant tout d’un problème militaire concret, à traiter ici et maintenant ? Pourtant, lorsqu’il s’agit d’armes nucléaires, nous sommes naturellement enclins à penser en termes de mythes.

Cette tendance a sans doute été nourrie par la Guerre froide. La peur était si intense qu’elle a littéralement englué notre pensée, encouragé les croyances mythiques au détriment de la réalité pragmatique. Et, à bien des égards, nous sommes toujours coincés dans l’idéologie de la Guerre froide. La peur et le mythe obstruent une vision claire et pragmatique de la question.

Il faut tenter de débarrasser le débat de son « vernis mythologique » en expliquant la naissance de divers mythes et les raisons de leur impossible véracité. Non, ce ne sont pas les bombes atomiques qui ont forcé le Japon à capituler à la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Oui, les armes nucléaires sont extrêmement destructrices, mais destruction n’est pas synonyme de victoire. Oui, la destruction terrorise, mais elle n’est pas l’essentiel. Non, la dissuasion n’a pas « parfaitement fonctionné » pendant la Guerre froide. Et non, les armes nucléaires ne sont pas celles à qui l’on doit la longue paix en Europe et aux États-Unis. Enfin, s’il est vrai qu’on ne peut « désinventer la bombe », cette vérité est sans importance.

Hiroshima

Premier mythe. Si les armes nucléaires étaient une religion, Hiroshima serait son premier miracle. Or il s’avère que le Japon a capitulé non pas à la suite des bombardements atomiques mais bien en raison de l’entrée en guerre des Soviétiques.

Cet argument prend tout son sens lorsqu’on sait que de nombreuses villes ont été bombardées tout au long de la guerre sans jamais amener un pays à se rendre. Les États-Unis ont bombardé 68 villes japonaises à l’été 1945. Hiroshima n’en était qu’une de plus.

Un graphique du nombre de tués (immédiats) durant chacune de ces 68 attaques montre qu’Hiroshima se classe deuxième. Tokyo, un bombardement conventionnel, arrive en tête. En termes de surface détruite, Hiroshima est sixième. En pourcentages de la ville détruits, elle est dix-septième. Les dirigeants japonais – comme ceux de tous les autres pays durant la Seconde Guerre mondiale – n’étaient pas particulièrement impressionnés par ces bombardements. Anami Korechika, ministre de la Guerre, a affirmé que les bombardements atomiques n’étaient pas plus menaçants que les explosions incendiaires qui s’étaient succédé tout l’été.

La déclaration de guerre de l’Union soviétique a par contre modifié la situation de façon décisive sur le plan stratégique. L’arrivée d’une autre grande puissance dans une guerre provoque un changement de l’équilibre stratégique que ne peut produire le bombardement d’une ville. Les dirigeants japonais ont déclaré vouloir se rendre à cause de la Bombe parce qu’il s’agissait d’un magnifique prétexte pour justifier leur défaite auprès de leur population.

Destruction ne veut pas dire victoire

Deuxième mythe. Ceux qui les défendent disent des bombes nucléaires qu’elles sont les armes les plus puissantes jamais inventées. Ce qui est vrai. Mais la destruction n’est cependant pas un facteur de victoire. Pour gagner une guerre, il faut vaincre l’armée ennemie. C’est la raison pour laquelle la France napoléonienne a perdu la guerre, alors qu’elle avait envahi et saccagé la Russie en 1812. La clé de la victoire ne fut pas l’incendie des villages et des récoltes ; c’eût été au contraire de détruire l’armée russe.

Ce que les armes nucléaires font de mieux est tuer des civils en masse. Mais aucune guerre n’a jamais été gagnée de cette façon. De par leur énorme capacité de destruction, ces armes sont sans aucun doute dangereuses. Mais elles n’en sont pas pour autant d’efficaces instruments de guerre.

Dissuasion nucléaire ou folie humaine ?

Troisième mythe. Les pro-armes nucléaires disent que la dissuasion n’a pas échoué. Mais un examen attentif de la chronologie des faits durant la Guerre froide indique clairement le contraire, à plusieurs reprises. Pourquoi n’y a-t-il pas eu de guerre nucléaire ? Pour la même raison qu’on ne sinistre pas sa voiture à chaque fois qu’on fait une bêtise au volant. Mais cela ne signifie pas pour autant que ce n’est pas dangereux.

Quatrième mythe. Les armes nucléaires ont maintenu la paix et la maintiendront encore à l’avenir, disent-ils encore. Mais entre le pouvoir de la dissuasion nucléaire pour prévenir la guerre, ou la capacité de la folie humaine à bousculer le bon sens, laquelle vous semblerait la plus probable ?

Après toutes mes lectures historiques, je pencherais plutôt pour la folie humaine. En substance, cet argument revient à dire que la dissuasion nucléaire ne peut échouer parce que les humains n’ont jamais commis – ni ne commettront jamais – d’actes d’une stupidité aussi colossale. Or, nous sommes passés à plusieurs reprises à deux doigts de catastrophes irréversibles.

Technologie dangereuse et inutile

Cinquième mythe. Affirmer que l’on ne peut désinventer les armes nucléaires est absolument exact, mais parfaitement futile. Nulle technologie n’a jamais été « désinventée ». Soit elle est remplacée par une autre, meilleure, soit on réalise que le concept était stupide à l’origine et on l’abandonne. Nul n’a jamais cherché par exemple à désinventer les enregistreurs à bandes. Les armes nucléaires n’ont rien d’inévitable non plus.

Nous avons exagéré leur importance et leur influence. Nous sommes encore influencés par l’état d’esprit de la Guerre froide. L’avenir, pour la guerre, ce sont les petites armes, précises et intelligentes. Les armes nucléaires sont l’exact opposé. Elles sont maladroites et inappropriées, trop grandes pour être véritablement utiles. Il ne fait aucun doute qu’elles soient dangereuses, mais servent-elles vraiment à quelque chose ? Rien n’est moins sûr. Alors, pourquoi conserver une technologie qui est à la fois dangereuse et inutile ?

Le Sénat ratiboise la loi sur la transition énergétique Marie Astier (Reporterre) Reporterre 2015/03/03 Marie Astier (Reporterre) (3 mars 2015) Le Sénat ratiboise la loi sur la transition énergétique. Reporterre. Climat fr

Le Sénat ratiboise la loi sur la transition énergétique

Le Sénat vote aujourd’hui sur la loi de transition énergétique. « Une loi vidée de son ambition », craint un collectif rassemblant entreprises, ONGs, collectivités locales et un syndicat. La « loi pour la transition énergétique et la croissance verte » risque d’entériner le monopole du nucléaire et le refus des économies d’énergie.

La loi sur la transition énergétique est une des promesses de campagne de François Hollande. Elle doit déterminer combien et quelle énergie nous consommerons dans les années à venir, fixer un nouveau cap vers 2050 et réduire la consommation d’énergie, abaisser la part du nucléaire et augmenter celle des énergies renouvelables. Mais après deux ans et demi de discussions, ce projet de loi peine encore à aboutir.

A sa sortie des bureaux des ministères, puis de l’Assemblée nationale, il décevait déjà, comme vous l’avait raconté Reporterre. « Le projet sorti de l’Assemblée nationale n’était pas parfait, reconnaît Jean-François Julliard, directeur général de Greenpeace. Mais cela nous allait, il avait abouti à un consensus. Ce qui est proposé par le Sénat ne respecte plus du tout ce consensus. »

Un texte qui renforce le nucléaire

Aujourd’hui, 3 mars, les sénateurs devraient adopter un texte « déstructuré », selon la tribune du collectif des Acteurs en transition énergétique, et même « inacceptable », comme l’avait expliqué le député PS Jean-Paul Chanteguet sur Reporterre.

Premier point d’achoppement, les sénateurs renforcent le nucléaire. Certes, ils conservent l’objectif de réduction de la part de l’atome à 50 %, mais suppriment l’échéance de 2025. Ils introduisent également la possibilité d’ouvrir l’EPR de Flamanville sans fermer la centrale nucléaire de Fessenheim.

« Il faut pourtant fermer des centrales nucléaires pour laisser la place aux renouvelables », rappelle le président de France énergie éolienne Frédéric Lanoe. « Fermer seulement Fessenheim n’est pas suffisant, mais ça aurait été la première fois que l’on arrête une centrale pour une raison de politique énergétique », ajoute Jean-François Julliard.

Deuxième désaccord de taille, les sénateurs ont rayé du texte l’objectif de réduction de la consommation d’énergie de 20 % d’ici 2030. Ils ne conservent que l’objectif lointain de division par deux d’ici 2050. Une façon de reporter les mesures d’économies d’énergies aux calendes grecques. « C’est pourtant du bon sens, la meilleure énergie est celle que l’on ne consomme pas », souligne Pauline Mispoulet, PDG du Gesec, un groupement de PME dans le domaine de la rénovation énergétique.

Majorité à droite

Le collectif a donc décidé de mettre la pression. Car après le vote du Sénat, l’étape cruciale est surtout l’examen du texte en commission mixte paritaire le 10 mars. Cette commission composée à égalité de députés et de sénateurs doit tenter d’aboutir à un compromis entre les parlementaires. « Le risque est que ce compromis vide la loi de son sens », craint le directeur de Greenpeace.

Car au sein de la commission, la majorité de droite du Sénat pourrait faire pencher la balance en faveur des groupes politiques opposés à cette loi, à savoir l’UMP, l’UDI et le Parti communiste.

Si sénateurs et députés parviennent à se mettre d’accord, ce sera donc probablement sur un texte consacrant la suprématie du nucléaire. « Si la commission mixte paritaire est conclusive le 10 mars, tout ira ensuite très vite, le texte sera promulgué, explique Bruno Rebelle, qui a été membre du comité de pilotage du débat sur la transition énergétique. En revanche si elle n’est pas conclusive, le texte repart en discussion à l’Assemblée nationale et au Sénat, et l’Assemblée aura le dernier mot. »

C’est cette dernière solution que préfèrent les partisans de la transition énergétique, quitte à repousser la mise en vigueur du texte de quelques mois. Mais pas sûr que ce soit le choix du gouvernement, qui pourrait au contraire pousser députés et sénateurs à se mettre rapidement d’accord. « La position de Ségolène Royal est d’aller vite, elle est en faveur d’un compromis », croit savoir Jean-François Julliard. Dans ce cas, la version finale du texte serait sans doute proche de celle du Sénat.

François Hollande, champion du climat ?

Sur le nucléaire, cela signifierait notamment que le Président de la République abandonne ses promesses de campagne (réduction à 50 % de l’énergie électrique et fermeture de Fessenheim). « Mais on ne peut pas croire que François Hollande reniera ses engagements à quelques mois de la Conférence Climat de Paris », espère Anne Bringault, la coordinatrice du collectif des acteurs en transition énergétique.

Pour Jean-François Julliard, « l’exemplarité de la France sur le climat ne se juge pas à l’aune de ses voyages aux Philippines ou à la qualité de négociateur de Laurent Fabius. Cela se juge aussi à la politique menée au niveau national. »

LES LIGNES ROUGES D’UN VRAI TOURNANT ENERGETIQUE

Le collectif des acteurs en transition énergétique fixe six « lignes rouges ». Si ces mesures ne sont pas comprises dans la loi, ils considéreront qu’elle est vidée de son sens, et que le Président de la République n’a pas tenu ses promesses. La loi doit :

- fixer un objectif de réduction de la consommation d’énergie finale pour 2030 ;

- plafonner la part du nucléaire à 50 % de la production d’électricité en 2025 ;

- fixer un objectif ambitieux de rénovation des bâtiments anciens, pour diminuer significativement leur consommation d’énergie ;

- pour les entreprises de plus de cent salariés, rendre les « plans de mobilité » (déplacements domicile-travail) obligatoires ;

- faciliter le développement des énergies renouvelables (notamment ne pas augmenter la distance obligatoire entre des éoliennes et des habitations, qui est actuellement de 500 mètres) ;

- ne pas exclure le « gaz entérique », c’est-à-dire le méthane émis par les ruminants, des plans de réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Sivens, le barrage de trop Reporterre 2015/03/03 (2015) Sivens, le barrage de trop. Reporterre. Grands projets inutiles fr

Sivens, le barrage de trop

Le nouveau livre édité par Reporterre avec Le Seuil raconte de manière trépidante l’histoire de la lutte pour sauver la zone humide du Testet, jusqu’à la mort dramatique de Rémi Fraisse. Il explique aussi ce qui se joue derrière ce combat : le changement d’un modèle agricole destructeur de l’environnement.

Un mort, une grenade, un gendarme. Comment a-t-on pu en arriver à ce que, dans une forêt du sud de la France, un jeune écologiste soit tué par les forces de l’ordre ? Pourquoi un tel déchainement de violence, quand l’objet du conflit était la transformation de quelques hectares de zone humide en un barrage destiné à l’irrigation ? Si, à Sivens, dans le Tarn, une lutte écologiste a conduit à la mort du jeune Rémi Fraisse, c’est parce que tout un système agricole et économique se trouve mis en cause par la contestation de ce barrage de trop.

Pour comprendre, il faut lire le récit de Grégoire Souchay, qui a vécu la lutte sur le terrain depuis novembre 2013. Il raconte avec précision et vivacité le projet, les dossiers, la contestation, l’installation d’une ZAD, et le drame dans une nuit obscure.

Il faut lire aussi la mise en perspective de l’événement, qui s’inscrit dans l’évolution calamiteuse de notre système agricole au regard du changement climatique et de l’épuisement des ressources. C’est ce que décortique clairement Marc Laimé, expert en politique de l’eau.

Ce livre vivant, limpide, et parfaitement documenté révèle aussi, à travers cette histoire singulière, la dégradation des procédures démocratiques.

Grégoire Souchay, est journaliste. Pour Reporterre, il a suivi les événements sur le site du barrage et dans la région, dès le début de la contestation.

Marc Laimé, consultant en eaux et assainissement pour les collectivités locales, est un expert de la gestion de l’eau en France et dans le monde, auteur d’ouvrages de référence et du blog Les eaux glacés du calcul égoïste.

Préface d’Hervé Kempf

- Sivens, le barrage de trop, Grégoire Souchay et Marc Laimé, éd. Seuil-Reporterre, 144 p., 10 €.

Lire les recensions :

- La Décroissance

- La Dépêche du Midi : « Un barrage emblématique »

- Les Inrockuptibles : Comment le barrage de Sivens a ouvert une brèche démocratique

- France Bleu : Interview de Marc Laimé : « L’enjeu, c’est l’usage de l’eau en agriculture »

- Le livre a reçu en juin 2015 le Premier prix du jury lors du Festival du livre de l’Agora de Sainte-Foy-de-Peyrolières.

Il se nourrit de plantes sauvages et s’en porte bien Lorène Lavocat (Reporterre) Reporterre 2015/03/03 Lorène Lavocat (Reporterre) (3 mars 2015) Il se nourrit de plantes sauvages et s’en porte bien. Reporterre. Nature fr

Il se nourrit de plantes sauvages et s’en porte bien

Depuis quinze ans, Jean se nourrit uniquement de riz et de plantes sauvages, qu’il cueille dans les interstices du bitume urbain, les jardins ou les bois. Il vante les mérites de ce réservoir naturel exceptionnel mais ignoré, et son apport pour la santé.

- Montpellier, reportage

« Je ne mange que des plantes sauvages et du riz depuis quinze ans. » Une telle affirmation a de quoi surprendre, surtout quand elle provient d’un sexagénaire pétillant. Pourtant, dans les ruelles de Montpellier, Jean Peyre passe presque inaperçu : casquette et jeans usés, il n’a pas l’air d’un excentrique. Seul détail intrigant, il s’arrête tous les trois mètres pour ramasser une pousse verte coincée dans le bitume. Chicorée, chardon, oseille. « Nos villes regorgent de plantes comestibles, seulement, nous ne savons plus les reconnaître. »

Un choix de vie

Lui a appris, patiemment, en autodidacte. Sa bible ? Le Guide des plantes comestibles et toxiques, de François Couplan et Eva Styner. Aujourd’hui, il sait distinguer près de deux cents végétaux, et s’applique à désigner chacun par son nom latin. Un savoir encyclopédique, que Jean Peyre cultive avec passion. « J’en apprends des nouvelles chaque année, et j’écris beaucoup, au fur et à mesure que mes connaissances grandissent. » Il compile le tout sur des centaines de feuillets, écrits à l’ordinateur en police minuscule.

Bien plus qu’un passe-temps, la cueillette constitue pour cet ancien psychologue un choix de vie. « Je ne voulais pas travailler à plein temps, mais avec seulement six cents euros par mois, impossible de tout payer », explique-t-il simplement. « J’ai alors décidé de ne plus acheter de légumes, et de trouver ma propre nourriture. »

Depuis, il maraude dans les bois et les jardins publics en quête de son repas. Chaque semaine, il s’en va à travers la garrigue avec un grand sac en toile. La récolte est ensuite séchée, broyée, cuite à la vapeur, fermentée ou mélangée en salade, selon ses envies.

Mais sa motivation n’est pas que financière. « Je ne suis plus malade, et je n’ai pas pris un médicament depuis quinze ans. » Pour lui, les légumes et les fruits cultivés sont pauvres en nutriments, souvent plein de pesticides et de toxines qui abaissent nos défenses immunitaires. Il a donc pris une décision radicale : il ne se nourrit que de plantes et de riz, blanc de préférence. « Je connais la valeur nutritionnelle de chaque espèce, et je fais en sorte de ne pas avoir de carences », précise-t-il.

Réservoir naturel sous exploité

Son parler vif et les flexions dynamiques qu’il enchaîne pour ramasser ses herbes achèvent de convaincre les sceptiques. Sur son site, l’ethnobotaniste François Couplan confirme : « Les plantes sauvages nous font découvrir des saveurs extraordinaires, bien sûr, mais ce sont également des aliments de santé absolument exceptionnels qui apportent à chacun tous les éléments dont il a besoin pour être au top de sa forme. »

L’ortie honnie de nos mollets renferme huit fois plus de vitamine C que les oranges, mais aussi du magnésium, du calcium et des protéines facilement assimilables. Et seuls 4 % de notre flore serait effectivement dangereuse pour l’homme.

Un réservoir naturel d’énergie pourtant sous exploité. « En Europe, j’ai répertorié quelque 1600 plantes », indique François Couplan. « Et j’estime qu’à travers la planète, leur nombre s’élève à environ 80 000 ». En comparaison, dans le monde, une trentaine d’espèces représentent 90 % des végétaux consommés. Mais pourquoi nous privons-nous d’un tel potentiel ?

« A la fin du Moyen-Âge, les nobles ont voulu se distinguer des pauvres, qui pratiquaient beaucoup la cueillette, en se nourrissant de légumes et de fruits cultivés », explique Jean Peyre. Peu à peu, par effet de mode, tout le monde a abandonné les plantes sauvages pour des repas à base de viande et de variétés potagères.

« Lois et normes, comme la réforme potagère de Louis XIV, ont ensuite confirmé la relégation de nos amies des bois ». Un phénomène renforcé aujourd’hui par l’influence des industries des semences et de la sélection végétale. (Voir ce que dit la loi actuelle sur la protection de la flore sauvage.)

Pour autant, tout n’est pas perdu. La connaissance des plantes sauvages est aussi vieille que l’humanité. Les guides et les stages de cueillette fleurissent, les plus grands chefs s’arrachent ces pousses aux saveurs boisées, champêtres ou fleuries.

Jean Peyre milite quant à lui pour la culture, biologique et permacole, de certaines espèces. Et depuis quelques mois, il se rend aussi dans les Zad pour enseigner aux militants comment se nourrir dans la nature. Comme l’écrit François Couplan, « il est temps de redécouvrir ces végétaux trop longtemps oubliés, dont nous pouvons mettre à profit les multiples vertus dans notre vie quotidienne ».

Une nuit sur la Zad du Testet Gaspard Glanz (Reporterre) Reporterre 2015/03/03 Gaspard Glanz (Reporterre) (3 mars 2015) Une nuit sur la Zad du Testet. Reporterre. Grands projets inutiles fr

Une nuit sur la Zad du Testet

Alors qu’opposants et pro-barrages attendent la décision du Conseil général du Tarn quant à l’avenir du barrage de Sivens, la tension monte sur la zone humide du Testet. Les pro-barrages bloquent la Zad. Il y a quelques jours, Reporterre a passé une nuit avec les zadistes qui veillent face aux provocations.

- Zad du Testet, Lisle-sur-Tarn (Tarn), reportage

1 h 30 du matin, la température extérieure tombe à -7 degrés. Une poudre glacée recouvre la vallée du Tescou. Il fait à peine plus chaud dans la guérite du checkpoint « Barikade », une cabane construite en bois, isolée par des couvertures et des bâches en plastique. Cette nuit de février, ils sont cinq zadistes dont une femme, âgés de 19 à 23 ans. Groupés autour d’un petit poêle centenaire, ils sirotent du thé à la menthe. Ils scrutent les environs avec leurs lampes frontales, guettant la moindre anomalie, les oreilles rivées au talkies-Walkies.

Bienvenue au principal point d’entrée de la ZAD du Testet. Tous les autres sont condamnées par des barricades et des ravins. Situé sur la départementale D999, on y pénètre après le passage de cinq chicanes et en attendant l’ouverture d’une lourde porte en métal.

Vingt-quatre heure sur vingt-quatre, des groupes se relaient à ce poste stratégique : c’est ici que se situe le dernier accès encore praticable par des véhicules. Militants, ravitaillements ou policiers et « pro-barrage »... tous passent par ici. « On observe qui entre sur la zone, car on est jamais à l’abri des infiltrés », expliquent les veilleurs, qui souhaitent garder l’anonymat. « On repère tout de suite les gens à leur attitude, on se rend vite compte s’ils connaissent les lieux et les usages. » En cas de problème, les veilleurs lancent une alerte par talkies-walkies. La nuit, toutes les heures, un « check radio » permet de vérifier que les autres postes de surveillance reçoivent bien les communications... et qu’ils ne dorment pas. Les noms de code sont d’usage, comme « Espion », « Stardust » ou « Kebab ».

"Des locaux nous soutiennent en apportant matériel et nourriture"

« Ici on est la première ligne. S’il y a une attitude agressive sur la barricade, même si on lance une alerte aux talkies et que les renforts arrivent vite, les premiers sur la zone, ce sont nous. » Boucliers, barrières, cailloux, bâtons. Les zadistes préfèrent garder quelques armes de fortune, au cas où. Pour la surveillance, ils élèvent aussi des chiens. « Certains sont particulièrement attentifs et arrivent à repérer des mouvements et des bruits à plusieurs centaines de mètres la nuit. Mais la plupart du temps, ils pensent surtout à manger. »

Les veilleurs nocturnes restent souvent au check point plus de dix heures. La cabane dispose donc d’une cuisine, et un lieu pour dormir est en construction. « C’est aussi un lieu de vie », précisent les zadistes. Le poêle permet de maintenir un peu de chaleur, mais rien à faire contre l’humidité. « On a beau mettre des sacs en plastique dans nos chaussures ou fabriquer des sur-chaussures en couverture, la flotte est partout », soupirent-ils.

Quand des visiteurs surgissent sur le chemin, ils se retrouvent nez-à-nez avec les veilleurs munis de masques et de boucliers. « Ceux qui viennent pour la première fois sont parfois perturbés, mais il y a surtout des locaux, qui nous soutiennent en nous apportant du matériel et de la nourriture. Il y a un même un groupe qui vient de Montpellier tous les jeudi avec du tabac, du vin et des bougies ! »

Des provocations fréquentes

Soudain on entend une, puis deux explosions, comme des coups de feu, provenant de l’autre bout de la vallée. Les talkies-walkies ne tardent pas à crépiter de tous les indicatifs. « Vous avez entendu ça ? Ça vient d’où ? » La réponse ne se fait pas attendre et arrive du poste avancé sur la D999 : « La barricade du pont est en feu ». Tout le monde pense immédiatement à une action nocturne des pro-barrages. « On a besoin de soutien sur la barricade du pont, la situation n’est pas claire et on voit des mouvements de lampes frontales dans les bois ».

Immédiatement une partie de l’équipe du checkpoint Barikade saute dans une vielle 106 déglinguée, fonçant toutes lumières éteintes à travers la ZAD. En chemin, ils se masquent et éteignent leurs lampes frontales. Une fois sur place, la barricade a été éteinte à grand renfort de neige et d’eau du Tescou. Ça sent l’huile et l’essence à des centaines de mètres. Les zadistes découvrent des bonbonnes de peinture, hautement explosives, dans le brasier. Certains se lancent à la poursuite des « assaillants ». On entend des cris, « Sortez de mon champ ! », et des imitations de hurlements de loups.

Si les actions de pro-barrages sont très fréquentes, les policiers semblent plus discrets. « Ils viennent jeter un coup d’œil, mais ils s’arrêtent à la première chicane. Et en général si on s’avance avec les boucliers et les masques, ils s’en vont. » Mais depuis quelques jours, la situation se tend à nouveau.

- La zad du Testet vue du ciel -

A Paris, une manifestation devant la FNSEA en soutien à la Zad du Testet Baptiste Giraud (Reporterre) Reporterre 2015/03/03 Baptiste Giraud (Reporterre) (3 mars 2015) A Paris, une manifestation devant la FNSEA en soutien à la Zad du Testet. Reporterre. Grands projets inutiles fr

A Paris, une manifestation devant la FNSEA en soutien à la Zad du Testet

Lundi soir, une cinquantaine de personnes sont venues exprimer leur soutien aux zadistes du Testet aux abords du siège de la FNSEA. Le syndicat agricole présidé par Xavier Beulin encourage les provocations contre les zadistes.

- Paris, reportage

Alors que la situation s’est tendue ce weekend autour de la Zad de Sivens, des « membres du collectif francilien de soutien à Notre-Dame-des-Landes et des ami-e-s et soutiens de la lutte au Testet » appelaient à un rassemblement lundi 2 mars à 18h30 devant le siège de la FNSEA (Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles), rue de la Baume, à Paris.

Le rassemblement n’ayant pas été déposé en préfecture, les forces de l’ordre étaient présentes afin d’éviter le « risque de manifestation », selon les mots d’un agent. À 18 h 30, des policiers étaient présents à chaque extrémité de la rue afin de filtrer les passages et ne laissaient passer que les riverains.

Mais vers 19 h, un regroupement d’une cinquantaine de personnes s’était constitué du côté de l’avenue Percier. D’abord pris au dépourvu, les manifestants ont finalement commencé à donner de la voix : « La police protège la FNSEA », « FNSEA - milice », entendait-on.

"Les pro-barrages agissent avec la bénédiction de la FNSEA"

« Ceux qui bravent la loi c’est la FNSEA, pas nous ! Ils n’ont pas le droit de bloquer la route. C’est eux qu’il faut coffrer » expliquait un manifestant, en référence aux récents évènements de Sivens (lien). « La police défend la malbouffe, et nous on est obligé de consommer béton et agro-industrie productiviste » déplorait un autre. « Mais les policiers aussi ont besoin d’une bonne alimentation. On veut vivre avec eux dans un monde meilleur. L’ennemi c’est pas nous, c’est eux [la FNSEA] ! » concluait un troisième.

Joël, membre du collectif francilien de soutien aux Zad, justifiait ainsi le rassemblement : « Les zadistes ont un sentiment de solitude. Ils nous disent qu’ils sont littéralement assiégés et ont du mal à avoir de la nourriture. Là-bas, ils sont trop peu nombreux pour mettre en place un rapport de force. C’est pour cela qu’on a décidé de venir ici et de montrer à la FNSEA qu’on n’est pas d’accord avec ce qui se passe. »

En effet, l’appel à manifester rappelait que « les pro-barrage agissent avec la bénédiction de la direction départementale de la FNSEA et la complicité des gendarmes ». De plus, il évoquait l’urgence à « soutenir les ami-e-s qui se sentent bien isolé-e-s dans la lutte sur place et appellent à l’aide depuis maintenant deux semaines dans un silence assourdissant ».

« La FNSEA encourage les pratiques d’intimidation et de destruction de biens à Sivens. Ils sont dans le coup de force, pas dans le débat. Et puis il y a une complicité évidente entre les agriculteurs de la FNSEA et la police. Alors plus on est nombreux ici plus on peut dire à la FNSEA qu’elle ne peut pas tout se permettre », expliquait encore Joël.

Bloquant pendant plusieurs minutes la circulation de l’avenue Percier, les manifestants étaient bientôt confrontés aux sorties des forces de l’ordre destinées à les repousser. Après quelques mouvements de ligne des policiers auxquels répondaient ceux des manifestants, les derniers présents se dispersaient autour de 20h.

Autour de Sivens, la solidarité s’organise face au blocage des pro-barrages Grégoire Souchay (Reporterre) Reporterre 2015/03/04 Grégoire Souchay (Reporterre) (4 mars 2015) Autour de Sivens, la solidarité s’organise face au blocage des pro-barrages. Reporterre. Sivens fr

Autour de Sivens, la solidarité s’organise face au blocage des pro-barrages

A deux jours du vote du Conseil général du Tarn sur l’avenir du projet de barrage, le blocage de la zone du Testet continue. Les zadistes endurent et font face tant bien que mal aux provocations des pro-barrages. La solidarité extérieure s’organise.

- Saint Affrique (Aveyron), correspondance

« Pro-barrages en bas de chez nous, les mensonges fusent. Impossibilité d’aller chercher notre fils à l’arrêt de bus qui se situe sur la D999 qui est une route a grande circulation. Les pro-barrages refusent catégoriquement que l’on sorte de chez nous. Menace de mort, de dégradation de véhicule, coup de téléphone de pro barrages qui se trouvent en bas de chez nous, etc. » Tel est le témoignage que livre Nadine Lacoste.

Habitante de Barat, confinée chez elle à cause du blocus des pro-barrages, venus nombreux depuis lundi matin pour bloquer les accès à la zone. Le tort de cette famille : ne pas suivre une supposée « volonté des habitants de vallée » de faire le barrage de Sivens. Sauf si l’on est riverain (favorable au projet) ou journaliste disposant de la carte de presse, il est presque impossible d’accéder à l’intérieur de la zone du Testet, soit sous la pression des pro-barrages, soit de celle des gendarmes.

« Il faut savoir si on est dans un Etat de droit ». La tirade de Philippe Jougla, responsable de la FDSEA (Fédération départementale des syndicats d’exploitants agricoles) du Tarn, pourrait faire sourire en d’autres circonstances. Car de fait, c’est bien son syndicat agricole qui organise des opérations d’entrave manifeste aux libertés de circulation sur la zone. Pourtant, son propos vise les occupants, réduits à une petite cinquantaine sur place depuis le début de l’hiver, qui « menacent la démocratie » par le seul fait d’être présents sur la ZAD du Testet.

Blocus 24h sur 24

Jour et nuit, venus de tous les coins des départements voisins, les agriculteurs en colère campent et barrent l’accès à la zone du Testet. Sur les route adjacentes et les sentiers forestiers, d’autres groupes patrouillent, menaçants. Et quand la voie n’est pas barrée par les agriculteurs, elle l’est par les gendarmes. Des forces de l’ordre passives face à ces actions qui « troublent l’ordre public » selon les définitions légales.

- A Albi -

Mais pour l’heure, le préfet tente d’empêcher les affrontements directs. Les gendarmes appliquent cette consigne avec une ardeur mesurée, selon leur tempérament personnel. Philippe Jougla, conscient de l’existence de ces tentatives violentes, explique : « Ce blocus c’est aussi un moyen de gestion » de ses propres affiliés. Sans condamner directement les excès de certains, il précise que « l’objectif est de dénoncer l’inaction des pouvoirs publics qui ne mettent pas en oeuvre les décisions de justice » en ayant « pour ligne de conduite d’éviter la violence ».

Ce qui n’empêche pas des débordements. Ainsi, en fin de matinée, ce mardi, aux abords de la D999, un groupe très décidé, armé de barres de fer et de bâtons, décide de franchir les bois séparant la route du premier campement zadiste. Un face à face s’engage, un cordon de gardes mobiles bloque les zadistes, un autre retient les pro-barrages, sans les empêcher de se rapprocher. Et forcément, à un moment donné, la tension monte. Des coups sont échangés au milieu des bois. Après des pierres et des insultes, c’est un engin incendiaire qui est jeté par un pro-barrage sur une yourte plantée à côté.

Le temps est humide et les opposants parviennent à éteindre l’incendie naissant sur l’habitation, mais l’acte délictueux est bien là, filmé et avec des témoins. Sauf que les gendarmes, plutôt que de s’en prendre aux assaillants, demandent fermement aux zadistes de reculer car « leur présence fait monter la tension ».

Les délits des pro-barrages restent impunis par la police

Comme si la faute de la montée de violence des pro-barrages revenait aux militants écologistes. A ce jour, aucune arrestation de pro-barrage n’a été jusqu’ici recensée depuis le déclenchement de cette stratégie de la tension permanente, orchestrée par le syndicat agricole majoritaire. Bilan de la journée : « Des coups sur la tête, dans les côtes et coup de poing sur un jeune de 22 ans ainsi qu’un autre blessé par des coups de bâton sur la tête », rapporte Camille (pseudonyme). Ces blessés seront finalement évacués à l’hôpital.

« Ils nous empêchent de travailler et d’accéder à nos terres », expliquent en réponse les pro-barrages. Pourtant, dans une lettre d’apaisement, les occupants de la zone avaient fait part il y a déjà plusieurs semaines de leur accord pour dégager les terres que les riverains souhaitaient cultiver, situées aux alentours de la zone.

Quant à Mme Maurel, habitante de la zone qui, selon les pro-barrages, « ne pouvait pas accéder à son domicile » [information démentie par l’intéressée dans le Canard Enchainé], Camille raconte avoir vu « ce matin les barricades à l’intérieur de la zone être ouvertes pour laisser passer le fils Maurel qui est allé récupérer des meubles de sa mère » et repartir de la zone sans avoir aucunement être menacé.

La solidarité se réveille

Face à ce statu quo où les zadistes sont face à deux groupes peu amènes, gendarmes et pro-barrages, le soutien s’organise. « Des soutiens locaux et autres personnes motivé-e-s sont rassemblé-e-s dans les locaux de la FDSEA à la chambre d’agriculture d’Albi ». Après l’action parisienne devant le siège de la FNSEA, c’est dans les locaux de la Chambre départementale, soutien fervent du projet, que des opposants au projet de la région se sont retrouvés mardi 3 mars après midi.

Selon l’AFP, ils étaient une trentaine à avoir envahi les locaux de la Chambre d’Agriculture. La directrice, Maire-Lise Housseau, raconte : « Il y a eu une grosse bousculade. La police a mis tout le monde dehors à coups de lacrymogène ». Selon Helios (pseudonyme), présent dans cette action et joint par Reporterre, « les choses avaient démarré calmement, avec un affichage de messages comme l’agriculture toxine’ ou ’que vont devenir les paysans’ sur des papiers ».

Le ton monte, des agriculteurs s’invitent dans les discussions lançant des « Je vais t’écraser, t’es pas chez toi ici » à des personnes habitant pourtant sur les communes voisines. Quelques coups sont échangés, conduisant les gendarmes, observateurs jusqu’ici, à faire sortir tout le monde à coup de lacrymogènes. La suite, raconte Helios, c’est « l’arrivée de la Brigade anti criminalité, beaucoup plus énervée, qui nous menaçait ’Vas-y, donne nous une raison de te frapper, viens, viens’. Le directeur de cabinet du Préfet est enfin arrivé sur place pour clore l’accrochage, disant ’on ne peut pas être partout à la fois’ ».

Dans la foulée, à Toulouse, on s’organise à la hâte pour réagir au blocage continu de la zone. Issu de l’association Les amis des bouilles, un petit groupe décide d’organiser une marche « sur le modèle de celle de Nice à Notre-Dame-des-Landes ». La « Marche de la solidarité avec les zadistes assiégés » a pris le départ ce mercredi matin à 8 heures de la mairie de Toulouse.

Camille est optimiste : « Il ne faut pas se décourager. A Nice, ils ont commencé à quatre seulement après avoir décidé ça la veille pour le lendemain ». Arrivée prévue cet après-midi à Saint Sulpice La Pointe et Rabastens avant de converger vers la ZAD jeudi et à Albi vendredi.

Ce mercredi également, un rassemblement est prévu à Gaillac, pour organiser un soutien alimentaire « et même humanitaire » pour ravitailler la zone où « ils n’ont plus que des lentilles ». Presque une blague, et pourtant... Si l’action de porter des légumes et des médicaments est symbolique, c’est un problème réel de pénurie alimentaire que pourrait connaître la ZAD du Testet.

La stratégie de siège est assumée par le syndicat agricole. « Notre objectif c’est bien qu’ils partent de la zone et qu’ils ne reviennent plus », y dit-on. il n’est pas sûr que la stratégie de blocus généralisée par les agriculteurs et riverains n’engendre pas l’effet inverse et re-propulse la lutte de Sivens au cœur des attentions des mouvements militants de toute la région. En tout cas, elle n’empêche pas les premiers bourgeons de fleurir sur les lieux même du chantier.

Dernières manœuvres avant le vote du Conseil Général

Plus l’échéance du vote du Conseil général de ce vendredi se rapproche et plus la situation se précise. Dans une lettre datée du 27 février, Ségolène Royal, ministre de l’Ecologie, a annoncé que l’Etat s’engagera à indemniser le porteur du projet pour les coûts liés à l’arrêt du projet initial. « Je me suis engagée à ce que l’Etat vous accompagne pour solder financièrement les opérations déjà mises en œuvre au titre du projet initial et qui ne pourront pas être redéployées pour réaliser le nouveau projet », explique-t-elle.

La contrepartie : "L’abandon définitif et irrévocable des travaux et de tout recours indemnitaire contre l’Etat, en cas de l’annulation de [l’autorisation]. » Cette affirmation est directement liée à la menace d’une sanction européenne pour non respect de la loi sur l’eau ainsi qu’aux recours juridiques toujours pendants sur l’arrêté initial d’autorisation des travaux à Sivens.

De leur côté, les écologistes ont une nouvelle fois appelé "au calme" et réitèrent "leur opposition à tout projet destructeur de la zone naturelle du Testet".

CHRONIQUE - Les chargeurs d’ordinateur irréparables, symboles énervants du gâchis capitaliste Vincent Liegey Reporterre 2015/03/04 Vincent Liegey (4 mars 2015) CHRONIQUE - Les chargeurs d’ordinateur irréparables, symboles énervants du gâchis capitaliste. Reporterre. Quotidien fr

CHRONIQUE - Les chargeurs d’ordinateur irréparables, symboles énervants du gâchis capitaliste

Qui n’a pas déjà senti la moutarde lui monter au nez devant ces appareils irréparables et faits pour ne pas durer ? Un énervement qui mène à cette réflexion : « Le capitalisme rime avec toujours plus... ce qui est peu compatible avec les solutions évidentes à mettre en place face aux enjeux. »

La semaine dernière j’ai dû faire face à un terrible problème : le chargeur de mon ordinateur portable s’est tout d’un coup arrêté de fonctionner...

Il faut dire que mon portable, acheté d’occasion, a plus de huit ans ! Je me suis donc dit qu’il ne devait pas être difficile de trouver un chargeur de deuxième main inutilisé... d’autant plus que les nouvelles générations de la même marque symbolisée par un fruit continuent à utiliser les mêmes chargeurs.

Ayant juste assez de batterie, j’ai envoyé quelques messages sur des réseaux sociaux et à des amis utilisant la même marque que moi. Toutes les réponses allaient dans le même sens : « Toi aussi ? », « Y a pas le choix, il faut en acheter un en Chine sur Internet, sinon il faut casquer avec un nouveau au magasin de la même marque... »

Réparer un chargeur irréparable

Je décide alors de sauter sur mon vélo et me rends dans des petites boutiques de quartiers. Là aussi, mêmes réponses. Mes bricoleurs de quartier ne veulent pas s’aventurer dans la réparation du chargeur que l’on ne peut pas démonter.

Hors de question de participer à cette absurde logique du consommer toujours plus de saloperies fabriquées on sait dans quelles conditions en Chine ! De plus que je viens de finir l’excellent L’âge des « low tech » de Philippe Bihouix, suis actif dans le DiY (Do it Yourself, faire soi-même) depuis des années, ai participé à plusieurs projections débats autour de Prêt à jeter pour dénoncer l’obsolescence programmée. Un chargeur de portable avec deux fils et un simple adaptateur ne vont quand même pas gâcher ma journée et m’obliger à consommer !

- Comment réparer.com -

Je commence donc à regarder la technologie du chargeur. Première remarque, c’est vraiment impossible à démonter, pas de vis, on ne peut pas ouvrir quoi que ce soit ! Je prends alors un couteau pour couper le plastique entourant la prise se connectant à l’ordinateur, j’enlève le silicone et je regarde...

A priori pas de problème de ce côté. Je décide tout de même de vérifier avec un voltmètre en me rendant à notre atelier vélo Cyclonomia. Confirmation... le problème vient du boîtier central. Problème : comment l’ouvrir ? On essaie de le déboîter, de le casser, impossible. On décide alors d’utiliser un couteau pour couper le plastique, puis une scie à métaux...

Je décide d’aller saluer mes amis du hackerspace, que je n’avais plus visité depuis pas mal de temps. Avec eux, on arrive enfin à ouvrir le boîtier à l’aide d’une scie électrique.

Que se passe t-il à l’intérieur ? Pas grand chose, juste une soudure qui a vécu, on appelle ça l’entropie. Je ressoude, je teste, ça marche. Sans compter le découpage du plastique, la réparation, très simple, aura pris moins de cinq minutes et a nécessité un voltmètre, un fer à souder et un fil d’étain... et une tournée de Club Maté pour les amis du hackerspace. On remonte le tout proprement avec un peu de résine et des gaines en plastique de récupération. J’ajoute un peu de pâte à modeler pour rendre le tout plus joli. Par contre, le découpage du boîtier en plastique non démontable aura pris plus d’une demi-heure et a nécessité une scie électrique...

Capitalisme = expropriation des savoir-faire

Peut-on parler d’obsolescence programmée ? Difficile de conclure si vite, il faudrait le prouver, mais force est de constater que cet adaptateur n’a été conçu ni pour durer, ni pour être réparable. Dans une logique de low-tech, cet adapteur devrait être standard, construit simplement, démontable/réparable et ne faisant face qu’à l’entropie lui offrant une bien belle espérance de vie. On en est bien loin.

Au-delà de ce petit souci de transhumaniste, en effet, on est vite perdu sans son ordinateur portable par les temps qui courent, cette expérience m’a rappelé la discussion que j’avais eue quelques jours plus tôt sur la compatibilité d’une société low-tech et autonome avec un capitalisme vert.

En effet, alors qu’au même moment, à quelques dizaines de mètres Viktor Orban et Vladimir Poutine se rencontrent pour parler parler de gaz, je participe à un débat avec Hunter Lovins, en live de New York sur le thème : économie soutenables / Décroissance... le tout à l’Université d’Europe Centrale créée par Georges Soros.

Hunter Lovins, présentée par Newsweek comme une « green business icon », a écrit plusieurs ouvrages sur des solutions capitalistes pour répondre aux enjeux environnementaux. Si on se retrouve sur le diagnostic, et même sur la critique, une critique radicale du néo-libéralisme (ce qui m’a surpris, Lovins faisant des Chicago boys les responsables de tous nos problèmes), très vite un désaccord important émerge autour du rôle joué par les multinationales et les plus riches dans la construction d’alternatives et de solutions cohérentes.

Hunter Lovins n’a pas tort quand elle souligne la force de frappe du capitalisme dans nos sociétés : ils ont les moyens de faire changer les choses. Mais la forte contradiction de son approche est que changer les choses, c’est-à-dire consommer moins, relocaliser, concevoir dans la logique des low-tech et de l’autonomie (open source, simple, interchangeable, réparable, réutilisable, recyclable), signifie une redistribution radicale, donc une remise en question de leur position de dominant.

De même, Karl Polanyi nous montre comment l’histoire du capitalisme s’est faite, à partir de l’enclosure en Angleterre dans une logique d’expropriation des terres, mais aussi des savoir-faire, de l’autonomie, dans une logique d’accumulation et d’exploitation toujours plus forte. Il est peu probable d’assister à un retournement de situation altruiste, les oligarques dilapidant leur capital pour mieux redistribuer les communs et sauver la planète...

- Association Entropie à Grenoble -

Pour revenir à mon histoire d’adaptateur. La marque qui le construit n’a aucun intérêt à simplifier sa technologie, à le standardiser, à le rendre réparable dans chaque hackerspace de quartier. De même pour l’ordinateur qui va avec. Nous rendre autonomes avec ces produits, c’est nous « offrir » ce qui fait la richesse des multinationales... cela consisterait à dilapider son capital.

La discussion s’est donc terminée sur ce constat : capitalisme rime avec toujours plus... ce qui est peu compatible avec les solutions évidentes à mettre en place face aux enjeux énergétiques, écologiques mais aussi sociaux, économiques et politiques.

Vive la relocalisation, les low-tech, l’open source et les hackerspaces et autre ateliers DiY de quartier... donc vive la Décroissance conviviale.

Retrouvez toutes les chroniques de Vincent Liegey

Complément d’information :

- Mais si, on peut vivre sans Google !

Action de Greenpeace devant le ministère de l’Ecologie contre le bois illégal Barnabé Binctin et Lorène Lavocat (Reporterre) Reporterre 2015/03/04 Barnabé Binctin et Lorène Lavocat (Reporterre) (4 mars 2015) Action de Greenpeace devant le ministère de l’Ecologie contre le bois illégal. Reporterre. Nature fr

Action de Greenpeace devant le ministère de l’Ecologie contre le bois illégal

Greenpeace France a déposé ce matin une grume de bois tropical devant le ministère de l’Ecologie. L’organisation dénonce l’inaction de la France face aux importations de bois illégal. Reporterre était présent et raconte.

- Paris, reportage

07 h 15, un drôle de camion se gare boulevard Saint Germain, à Paris, devant le ministère de l’Ecologie. La circulation automobile est déjà intense. Une dizaine de membres de la « Brigade de vérification du bois » bloque la voie de bus. Ils ont une vingtaine d’années

- Qu’est-ce que la Brigade ? Une militante nous explique :

La grue du camion se met en action et dépose un tronc de 8 mètres de long sur la voie de bus. Casques de chantier de chantier sur la tête et portant une combinaison verte estampillée Greenpeace, les activistes veulent dénoncer l’inaction des pouvoirs français quant au trafic de bois illégal.

Les banderoles sont déployées. « Nous avons acheté cette grume à La Rochelle, tout simplement, mais ce bois provient en fait d’une exploitation illégale en république démocratique du Congo », nous explique Frédéric Amiel, chargé de campagne Forêts pour Greenpeace. L’ONG vient de porter plainte contre x pour importation de bois illégal .

- Que veut Greenpeace ? Frédéric Amiel l’explique :

- Frédéric Amiel -

L’action est réussie, tout s’est déroulé sans anicroche et suivant l’horaire prévu. Outre Reporterre, l’AFP et France Info sont présents. La police arrive trop tard, la grume de bois git devant le ministère. Une vingtaine de policiers encercle à 07 h 50 les activistes. Dans la matinée, Frédéric Amiel rencontre des membres du cabinet de Mme Royal.

En jeu, la lutte contre le bois illégal

Quatre tonnes de bois déversées en pleine rue devant le ministère de l’écologie : Greenpeace accuse ainsi le manque de responsabilité de la France dans la lutte contre le bois illégal, une cause importante de la déforestation dans le monde. Surexploitation des massifs forestiers, coupes non-autorisées ou arbres taillés trop jeunes, l’illégalité du bois a aussi des aspects plus socio-politiques par le non-paiement des taxes ou le non-respect des accords sociaux avec les communautés en charge de la gestion des forêts.

Selon Interpol, l’exploitation forestière illégale représente entre 15 et 30% du bois commercialisé dans le monde. Si les scieries et le bois récolté sur le territoire français sous le contrôle du ministère de l’Agriculture ne sont pas sujets à suspicion, les 140 000 tonnes de bois tropical importées chaque année en France d’Afrique ou d’Amazonie restent affranchies de toute régulation.

Or, la présence de bois illégal ne fait pas de doutes pour l’ONG écologiste. Preuve en est avec les grumes déposées ce matin, boulevard Saint-Germain. Acheté dans le port de la Rochelle, premier port français d’importation et de stockage de bois –un port dont le Conseil de surveillance est présidé par… Xavier Beulin – ce bois provient de la République Démocratique du Congo, où près de 90% de la récolte du bois serait illégale, selon les résultats d’une enquête anglaise menée l’année dernière :

- Télécharger le rapport Lawson sur le Congo :

Les grumes n’ont fait l’objet d’aucune vérification à leur entrée sur le territoire, selon Greenpeace, alors même qu’elles ont été achetées à la société Cotrefor, dont les irrégularités ont plusieurs fois été signalées. C’est précisément ce manque de contrôle que dénonce l’ONG française : en l’absence de régulation du commerce de bois tropical, du bois illégal s’écoule sur le marché français.

Refus d’appliquer le règlement européen

Pourtant, le 3 mars 2013, l’Union européenne avait adopté un règlement important pour limiter ce trafic. Interdisant le commerce de bois illégal, le RBUE (Règlement Bois de l’Union Européenne) prévoit surtout le moyen d’y parvenir, à travers la « diligence raisonnée » : c’est désormais aux importateurs européens de démontrer qu’ils ont tout fait pour s’assurer que le bois acheté respecte les lois du pays producteur. Et les Etats membres, premiers garants de l’application, doivent mettre en place la procédure de contrôle.

Or deux ans plus tard jour pour jour, la France n’a toujours pas mis en application ce règlement. Alors que Greenpeace avait déjà interpellé les pouvoirs publics lors d’un précédent rapport publié l’année dernière, l’inaction du ministère de l’Ecologie, à qui il incombe de surveiller les importations de bois en France, est patente : « On attend toujours la définition du plan de contrôle annuel et la nomination des équipes en charge de l’inspection », explique Frédéric Amiel, le chargé de mission de l’ONG.

Alors que le plan d’action européen sur le bois illégal – le « FLEGT » - doit être révisé au printemps, la France doit présenter avant la fin du mois d’avril un rapport de bilan en la matière : « Une coquille vide, poursuit Frédéric Amiel. La France a un tel retard en la matière que personne ne sait vraiment ce qu’ils vont pouvoir raconter… »

Peut-être sera-t-il fait mention de la création d’un organisme de contrôle. Mais l’association Le Commerce du bois n’est qu’une fédération professionnelle. Difficile alors de garantir la qualité de l’audit externe : « En l’état, l’organisme de contrôle est à la fois juge et partie… C’est comme si on demandait à des producteurs d’alcool de lutter contre l’alcoolisme », dit M. Amiel.

En Algérie, la révolte pacifique contre le gaz de schiste M’hamed Rebah (Reporterre) Reporterre 2015/03/04 M’hamed Rebah (Reporterre) (4 mars 2015) En Algérie, la révolte pacifique contre le gaz de schiste. Reporterre. Mines et Gaz de schiste fr

En Algérie, la révolte pacifique contre le gaz de schiste

Dans le sud de l’Algérie, à In Salah, un grand mouvement populaire contre le gaz de schiste se poursuit. Après les violences de ce week-end, le calme est revenu. Récit d’un soulèvement très populaire.

Les heurts violents entre les jeunes d’In Salah et les forces de l’ordre qui ont commencé samedi 28 février dans la soirée et se sont poursuivis le lendemain, ont-ils été le résultat d’un simple « dérapage » de part ou d’autre ? La suite des événements nous le dira.

Pour l’heure, presque tout est revenu à la normale à In Salah. Les affrontements ont cessé et les habitants ont pu réoccuper la place Somoud (Résistance), lieu de leur rassemblement depuis le début de l’année, pour continuer à manifester leur opposition à l’utilisation de la fracturation hydraulique dans le bassin d’Ahnet où Sonatrach a procédé au forage du premier puits-pilote de gaz de schiste en Algérie, et entamé le forage d’un deuxième puits sur les cinq puits d’exploration prévus.

Quelqu’un parmi les responsables a-t-il cru que les gens d’In Salah étaient « moins regardants » sur la question écologique ? Superbe ignorance : au contraire, ils ne voulaient pas entendre parler d’exploitation de gaz de schiste près de chez eux ni même d’exploration, à cause de l’impact sur l’environnement et sur les ressources en eau. Ils n’ont pas tardé à le faire savoir à tout le monde.

Point de départ

C’est, de toute évidence, une visite officielle, de rang ministériel, effectuée à In Salah à la fin 2014 qui a été à l’origine du soulèvement des habitants. En effet, le ministre de l’Energie, Youcef Yousfi, accompagné du ministre des Ressources en eau, Hocine Necib, et de la ministre de l’Environnement, Dalila Boudjemaa, mais aussi de journalistes chargés de couvrir l’événement, sont allés constater le « succès » du forage, puis tous ont repris l’avion pour Alger, sans un regard vers la population riveraine du site qui connaîtra par les médias les détails de la visite et de la déclaration « triomphale » du ministre de l’Energie.

Interprétée comme une marque de mépris, cette maladresse a, semble-t-il, contribué à mobiliser la population et à radicaliser sa position à l’égard de l’opération d’exploration du gaz de schiste menée dans son voisinage. Ce n’était toutefois pas une surprise, leur action couronnait une série d’autres qui avaient été lancées par des associations dans la même région.

Le mouvement associatif avait déjà bougé quelques mois avant, dans le sud du pays, notamment en juin 2014 après le feu vert donné par le Conseil des ministres à l’exploitation du gaz de schiste au Sahara. Mais au début de cette année, fait sans précédent, c’est toute la population d’In Salah qui est sortie dans la rue. Les jeunes animateurs du mouvement ont mobilisé leurs familles au complet : hommes, femmes et enfants. Il faut souligner qu’ils doivent leur crédibilité surtout à leurs compétences dans le domaine. C’est ce qui leur a permis de persuader la population qu’il ne fallait pas accepter de forage de puits de gaz de schiste dans leur région, « absolument pas ! ».

Mouvement expert et soutenu

Leur revendication se résume en une phrase simple : pas de gaz de schiste ! Ils rejettent l’idée que ce choix est incontournable. Le 8 janvier, le ministre de l’Energie est retourné à In Salah, cette fois pour rencontrer les élus locaux et les représentants de la société civile, dans le but de les convaincre d’adhérer au projet gaz de schiste du gouvernement alors que la population attendait du ministre l’annonce de la fermeture du puits de Dar Lahmar, à 28 km d’In Salah, unique revendication des protestataires.

Leurs représentants ont décliné une invitation du ministre à aller à l’étranger, certainement aux Etats-Unis, en mission d’information, en compagnie d’experts, « pour en avoir le cœur net ». Ils ont proposé plutôt de suspendre l’opération sur le puits et d’en rediscuter dans un an, le temps de vérifier toutes les hypothèses.

Pendant que le ministre se trouvait à In Salah, une marche des étudiants avait lieu, à 700 km de là, à Tamanrasset, pour exiger d’« arrêter l’exploitation du gaz de schiste ». Il est indéniable que l’action des habitants d’In Salah bénéficie de la sympathie de toute la population algérienne.

Des experts, algériens et étrangers, ont été sollicités par le gouvernement pour « expliquer » dans les médias que les gens d’In Salah ont tort de refuser l’exploitation du gaz de schiste et que leur opposition n’a pas lieu d’être. Mais cela n’a eu aucun impact sur l’opinion publique qui a maintenu son courant de sympathie pour In Salah.

Les animateurs du mouvement de contestation ne se sont pas laissés démonter par l’avalanche de discours des experts. Ils relèvent les contradictions de tout cet exercice pédagogique et cela les renforce dans leur conviction que la solution est dans un moratoire sur l’utilisation de la fracturation hydraulique. Eux aussi « savent » : outre le flux instantané qui parvient aux internautes algériens, traitant de tous les sujets, y compris le gaz de schiste, les chaînes de télévision satellitaires étrangères offrent des programmes sur l’exploitation du gaz de schiste - reportages, documentaires et débats - qui les alimentent en informations et avis d’experts.

Détermination et alternatives

Les habitants d’In Salah agissent en parfaite connaissance de cause, d’où leur détermination à empêcher l’utilisation de la fracturation hydraulique, spécialité de la compagnie américaine Haliburton.

Les contestataires ont veillé à éviter toute récupération politicienne, ce qui leur a valu des soutiens qui émanent de l’opposition, ce qui est normal, mais également, tout à fait surprenant, de membres de partis qui sont associés au pouvoir. Jusqu’aux violences de samedi et dimanche, la contestation a été pacifique.

Ses animateurs ont su déjouer toutes les manœuvres visant à démobiliser les manifestants ou à casser le mouvement en l’infiltrant ou en le divisant, ou même à l’isoler du reste du pays sous l’accusation de porter atteinte à l’unité nationale. Ils sont convaincus de leur juste cause et ont des alternatives au gaz de schiste.

Samedi 28 février, quelques heures avant le déclenchement des affrontements entre les jeunes et les forces de l’ordre à In Salah, le ministre des Ressources en eau, Hocine Necib, et celui de l’Agriculture et du Développement rural Abdelwahab Nouri, lançaient à Touggourt, dans la vallée de Oued Righ, un important projet de complexe agricole utilisant la géothermie pour chauffer les serres destinées à la production de primeurs. N’est-ce pas mieux pour le sud-algérien ?

Complément d’infos :

- Collectif national pour les libertés citoyennes - Association algérienne de l’industrie du gaz

L’agriculture mondiale va être durement affectée par le changement climatique Emilie Massemin (Reporterre) Reporterre 2015/03/05 Emilie Massemin (Reporterre) (5 mars 2015) L’agriculture mondiale va être durement affectée par le changement climatique. Reporterre. Climat fr

L’agriculture mondiale va être durement affectée par le changement climatique

Sécheresses, pluies diluviennes, typhons, manque d’eau ou maladies, le changement climatique représente un risque majeur pour l’agriculture mondiale. Les rendements en céréales ont déjà commencé à baisser dans certaines régions du monde. Le continent africain est particulièrement touché.

1,1 million de tonnes de noix de coco, riz et maïs détruits par le passage du typhon Haiyan sur l’archipel des Philippines, en novembre 2013. 35 000 hectares et un nombre incalculable de chèvres et de poulets noyés par des pluies diluviennes au sud du Malawi, en octobre 2014. 400 000 familles en détresse alimentaire après de graves sécheresses au Honduras, au Salvador et au Guatemala, en 2014...

Les pays du Sud sont régulièrement frappés par des phénomènes météorologiques extrêmes, qui se multiplient ces dernières années au rythme du changement climatique.

Ces catastrophes naturelles ne représentent qu’une petite partie des dommages liés au dérèglement climatique dans l’agriculture. Des stagnations voire des baisses des rendements agricoles et une détérioration de la qualité des récoltes et de la santé des animaux ont déjà été constatés à certains endroits du globe.

- Évolution observée de la température 1901-2012 - GIEC -

« Tous les agriculteurs du monde sentent la menace et vont dire qu’ils sont très impactés », affirme Emmanuel Torquebiau, chercheur au Cirad. Ces dégâts vont très probablement s’accentuer dans les prochaines décennies. Cela, alors que la production agricole devra augmenter de 70 % dans les trente-cinq prochaines années, pour nourrir les neuf milliards d’humains que comptera la planète en 2050...

La chaleur, ennemi n°1

L’ennemi numéro 1 de l’agriculteur est la hausse des températures, peut-on lire dans un rapport de 1820 pages intitulé « Impact, adaptation et vulnérabilité » (partie A ; partie B. En anglais) rédigé par les scientifiques du Giec.

- Incidence sur le rendement 1960-2013 – GIEC -

Elle pourrait entraîner une baisse des rendements mondiaux en blé, riz et maïs de plus de 25 % en 2030-2049 par rapport à la fin du XXe siècle, d’après 10 % des projections étudiées par le Giec. L’élevage, en particulier intensif, ne serait pas épargné : au fur et à mesure que la productivité de nos vaches, porcs et poulets augmente, leur tolérance à la chaleur diminue.

- Évolution des rendements - GIEC -

Le changement climatique a d’autres effets plus inattendus. « L’augmentation du dioxyde de carbone (CO2) atmosphérique à plus de 100 parties par million (ppm) depuis l’époque préindustrielle a certainement amélioré l’efficacité de l’irrigation et les rendements, en particulier pour (…) le blé et le riz, signale le rapport, même si ces bénéfices jouent un rôle mineur dans les tendances globales de rendements. »

On ne peut en dire autant de l’ozone (O3), également émis par nos voitures et centrales énergétiques, dont la concentration croissante dans la troposphère détraque le système reproductif des plantes. Pour la seule année 2000, cette molécule a coûté 11 à 18 milliards de dollars à l’échelle mondiale, de pertes de rendements en soja, blé et maïs.

Des prévisions compliquées...

Et la pluie ? Son volume et sa répartition changent, mais il reste difficile de quantifier et d’intégrer ces évolutions aux modèles scientifiques. « On sait qu’il va y avoir des augmentations de pluviométrie, mais que cette pluie va peut-être être concentrée à certains endroits et pas à d’autres, donc il est très compliqué de faire des prévisions au niveau local, admet Emmanuel Torquebiau. Typiquement, pour l’Afrique de l’Ouest, zone semi-aride, la moitié des modèles prédisent une augmentation de pluviométrie, et l’autre moitié une diminution. » L’incertitude est d’autant plus douloureuse que l’agriculture irriguée est le premier utilisateur d’eau dans le monde.

Toutes ces données et projections sont à prendre avec précautions. « Température, concentration atmosphérique en CO2, minéraux dans le sol... Nous savons comment chacun de ces éléments joue sur l’agriculture, mais avec le changement climatique nous allons vers des choses inconnues, souligne Patrick Caron, directeur des programmes scientifiques au Cirad. Nous faisons face à trois facteurs de complexité : un ensemble de conditions inédites, des impacts différents liés à des spécificités locales, et la multiplication de phénomènes extrêmes difficiles à prévoir qui entraînent plus de conséquences que le tendanciel. »

- Incidences observées liées au changement climatique - GIEC - - Télécharger la carte pour bien lire les détails :

L’Afrique, première victime

Toutes les agricultures du monde sont-elles touchées avec la même intensité ? Clairement, non. « Les systèmes de production alimentaire d’Afrique sont parmi les plus vulnérables en raison d’un vaste recours aux cultures pluviales, à la variabilité climatique intra et inter-saisonnière, à des sécheresses et à des inondations récurrentes qui affectent à la fois la culture et l’élevage, et une pauvreté persistante qui limite la capacité à s’adapter », indiquent les scientifiques du Giec.

Le changement climatique taille dans les rendements des céréales. La production de maïs pourrait baisser de 30 % en Afrique du Sud et au Zimbabwe en 2050 ! Enfin, « la perte de bétail en situation de sécheresse prolongée est un risque critique », surtout en Afrique du nord et du sud.

Sous l’effet de la chaleur, les rendements de blé ont déjà diminué en Asie du Sud. Idem pour le blé et le maïs en Chine. L’Asie centrale (Turkménistan, Ouzbékistan, Kazakhstan) risque de devenir de plus en plus chaude et aride dans les prochaines décennies. Quant au Bangladesh et au delta du Mékong, ils devront faire face à la montée du niveau de la mer : un mètre d’eau de plus, et c’est quelque 7 % des terres agricoles vietnamiennes qui pourraient être immergées.

Maladie tropicale en Europe

Une partie du vieux continent a vu ses rendements en blé stagner ces dernières décennies sous la hausse des températures, malgré les progrès technologiques. Seule l’Europe du Nord tire son épingle du jeu, avec des rendements en augmentation.

Le réchauffement de l’atmosphère a aussi favorisé la propagation du virus de la fièvre catarrhale du mouton et des tiques dans certaines régions. Une moindre disponibilité de l’eau et des vagues de chaleur extrême ne laissent rien présager de bon pour l’avenir. Pour mémoire, les pertes de récoltes de céréales avaient atteint 20 % pendant la canicule de 2003...

L’Australie, qui représente rien moins que 40 % du commerce mondial de produits laitiers, devrait voir sa production laitière baisser d’ici 2050 dans toutes les régions du pays, sauf la Tasmanie. Pas de bonne nouvelle non plus côté vigne, avec des récoltes qui s’annoncent de plus en plus précoces, pour une qualité de vin de plus en plus médiocre.

Inondations et glissements de terrain en Amérique du Sud

Les États-Unis devraient voir leur productivité agricole baisser. Mexico est en voie de désertification sévère, avec des risques de disparition de plusieurs espèces de maïs et de stress thermique important pour les animaux. Certaines zones de l’est de l’Amérique du Sud profitent du changement climatique et ont vu leurs rendements agricoles et leurs superficies cultivées augmenter, au-delà du seul progrès technologique.

Mais l’embellie devrait être de courte durée, puisque les modèles scientifiques prévoient des problèmes de disponibilité en eau dans les régions semi-arides et celles dépendant de la fonte des glaciers, des inondations et des glissements de terrain dus aux précipitations extrêmes, et une baisse de la production et de la qualité des aliments. Dans la région amazonienne, le pire scénario envisage des rendements en soja réduits de 44 % d’ici 2050...

Le tableau est accablant. Certes, il reste des incertitudes sur les modèles et les projections. Mais les scientifiques du monde entier s’accordent pour dire qu’à terme, c’est toute l’organisation de l’agriculture mondiale qui pourrait être bouleversée.

Les latitudes les plus élevées deviendraient les nouveaux eldorados de l’agriculture. A l’inverse, les terres tropicales, en proie à des températures extrêmes et au manque d’eau, deviendraient de plus en plus difficiles à cultiver.

Cela dit, il n’y a pas de fatalité : l’agriculture, émettrice de gaz à effet de serre, a aussi un potentiel d’absorption de carbone qui est loin d’être négligeable et pourrait contribuer à atténuer le changement climatique. L’agroécologie est également une piste pour adapter les systèmes agricoles et continuer à nourrir la planète malgré le dérèglement climatique. Reporterre y reviendra plus longuement dans ses prochains articles.

A Sivens, les milices de la FDSEA multiplient les agressions dans l’impunité Grégoire Souchay (Reporterre) Reporterre 2015/03/05 Grégoire Souchay (Reporterre) (5 mars 2015) A Sivens, les milices de la FDSEA multiplient les agressions dans l’impunité. Reporterre. Grands projets inutiles fr

A Sivens, les milices de la FDSEA multiplient les agressions dans l’impunité

Un nouveau cap a été franchi ce mercredi dans la stratégie de la tension imposée par la FDSEA du Tarn. Alors qu’un convoi alimentaire tentait d’être acheminé depuis Gaillac pour alimenter la zone du Testet en vivres, les attaques des pro-barrages se sont multipliées. Récit d’une journée folle, devenue le quotidien à Sivens.

- Gaillac (Tarn), reportage

Il est près de 14 heures mercredi 4 mars quand nous parvenons sur la place de la Libération à Gaillac. Environ deux-cents personnes sont là, rassemblées pour témoigner de leur soutien aux occupants de la zone du Testet et pour mettre en place un convoi alimentaire afin de ravitailler la cinquantaine d’occupants présents sur la Zad de Sivens. L’ambiance est bon enfant et calme. Le préfet du Tarn, Thierry Gentilhomme, est là et discute avec Jean-Claude, un militant anti barrage à qui il explique : « Je veux éviter la confrontation et ne faire prendre de risque à personne ». Une consigne qui n’a pas empêché de multiples agressions depuis plusieurs mois, avec une intensification depuis le début de la semaine et le blocage total de la zone par les agriculteurs pro barrage.

Le maire de Gaillac, Patrick Goisserand, regarde ce qui se passe. Il insiste sur la nécessité de « respecter la loi. Il faut qu’ils partent, agriculteurs comme zadistes, ensuite, je me ferai l’écho pour que tout le monde se mette autour de la table et qu’on reparte à zéro ». Intention louable mais à Sivens, rien n’est jamais si simple.

L’odyssée des poireaux de Gaillac

L’épisode du convoi de ravitaillement a été le fil conducteur de la journée. Ce qui devait être une simple transmission de légumes et de matériel de pharmacie aux zadistes a pris une tournure absurde jusqu’à devenir impossible.

Au départ, le préfet refuse l’entrée de tout véhicule sur la zone « pour éviter les contacts ». Les manifestants rassemblés sur la place centrale de Gaillac s’insurgent contre cette décision. Les voilà enfermés dehors, pendant une heure, entre divers cordons de policiers qui se déplacent dès que les manifestants bougent. Devant l’impuissance, une discussion s’improvise entre le préfet et Patrick, charpentier, repéré comme interlocuteur par un commandant de gendarmerie.

- Patrick -

Voilà donc Patrick parti pour « négocier », bien qu’il précise d’emblée qu’il n’a aucun mandat et qu’il se fait juste « la bouche et l’oreille » du collectif. Proposition du préfet : acheminer les vivres par un autre camion, neutre, de la municipalité ou par un camion de gendarmerie. Dehors, on discute, chante, crie des slogans, tente des percées, proteste contre les mouvements policiers.

Une information tombe : à Sivens, un « commando » d’agriculteurs a fait une incursion en traversant les bois et a créé du grabuge sur la ZAD : une camionnette retournée, la tente dédiée à l’espace radio ravagée, un chapiteau mis au sol, une ferme avec des animaux d’élevage dégradée et enfin, ultime provocation, l’arbre érigé au milieu de la zone déboisée le 24 octobre dernier a été coupé. Philippe Jougla, de la FDSEA du Tarn, confirme l’information auprès de l’AFP dans l’après midi.

- Agriculteur armé d’un bâton -

En réaction, à Gaillac, la majorité des personnes décide de partir en voiture vers les abords de la zone, en évitant les routes principales. J’entends plusieurs personnes sur la place indiquer discrètement au téléphone : « Ca y est, ils s’en vont vers la zone » sans savoir s’il s’agit de pro ou d’anti barrage.

Des milices organisées pour des agressions éclair

Arrivés à proximité de Barat, les manifestants sont bloqués par des CRS disposés pour maintenir à distance les opposants des agriculteurs bloqueurs. Ceux-ci sont une centaine à Barat, et une autre centaine à l’autre extrémité de la zone. Beaucoup sont armés de bâtons de bois, barres de fer, de manches de pioche ou de battes de base-ball. Je reste du côté zadiste, les agriculteurs s’en prenant souvent aux journalistes, comme cela m’est déjà arrivé.

Sodain, à cent mètres, au bout du cortège de voiture garées, trois 4x4 surviennent et leurs occupants commencent à s’en prendre à des véhicules et aux quelques manifestants venus de Gaillac et restés sur place. Zadistes et gendarmes accourent, les agresseurs sont déjà repartis, parfaitement organisés et rompu à ces exercice d’agression éclair. Puis, deux jeunes casqués traversent un champ sur une moto tout-terrain et s’approchent du groupe d’opposants en contournant le dispositif policier. D’un peu trop près, puisqu’un militant, fou de rage, saute littéralement sur la moto et frappe le conducteur qui est bien obligé de s’arrêter au milieu du champ. Alors seulement les gendarmes interviennent.

- Négociation avec un représentant du ministère -

Mais la question du convoi alimentaire n’est pas réglée. La discussion reprend avec un représentant du ministère de l’Intérieur. Patrick est de nouveau reparti pour entendre les propositions. Deux heures d’aller retour lui seront nécessaires pour aboutir à une proposition qui en surprend plus d’un : « Ce qui a été dit c’est que la FNSEA et les agriculteurs s’en vont si nous aussi on s’en va. Et le responsable de la gendarmerie s’engage à acheminer les vivres sur la zone, mais il faut que nous les amenions à Gaillac dans un camion prêté par la municipalité ». Patrick n’est pas décideur, beaucoup font la moue, et exigent que les agriculteurs partent les premiers, que des garanties soient prises. Quasiment personne ne fait confiance à la gendarmerie : « Ils nous ont déjà tellement trompés, ils sont complices des milices » soupire Camille (pseudonyme). Finalement, de mauvaise grâce et sous l’avancée des cordons policiers, le convoi des automobiles repart dans l’autre sens, signe de bonne volonté. En face, les agriculteurs, eux, ne bougent pas.

- Des pommes de terre pour les zadistes -

Quant aux vivres, au lieu de traverser le kilomètre restant vers les campements du Testet, ils font marche arrière eux aussi pour être transbordés dans une autre camionnette. Mais celle-ci reste ensuite clouée sur le parking de la gare de Gaillac. La raison ? Il semblerait que, craignant pour sa sécurité, le maire ait appel au Préfet qui a lui-même appelé le ministère. Les zadistes décident de récupérer la moitié de la marchandise et de « l’acheminer avec leurs propres moyens ».

La nuit tombée, la violence des pro barrage redouble d’intensité

Rien n’est encore fini. Revenant de l’intérieur de la zone, après avoir été menacée de mort par des pro-barrage, une consoeur raconte l’incapacité totale des occupants à faire face à la situation.

- Ecoutez Oze, 20 ans, occupante de Sivens :

A l’extérieur de la Zad, on peine aussi à faire face. En deux heures, après la tombée de la nuit, plusieurs agressions se produisent. Une jeune fille est interpellée par une patrouille d’agriculteurs en voiture et découvre en fuyant que ses agresseurs discutent paisiblement avec les gendarmes. Plus loin, un autre zadiste, tentant de venir voir le cortège depuis l’intérieur de la zone, est pris a partie et cogné par plus d’une vingtaine d’agriculteurs. Les gendarmes le sauvent d’agressions plus graves et l’évacuent de la zone. On apprend qu’à Saint-Jérome, hameau où le cortège avait fait une halte en quittant la zone, certains se font fait attaquer, deux voitures étant prises d’assaut. Un des occupants témoigne avoir reçu un coup de barre à mine dans le bras. Et la liste semble encore longue des faits et gestes incontrôlables des milices pro-barrage. Au soir, beaucoup de militants ont le sentiment que les autorités pratiquent deux poids, deux mesures, entre un convoi alimentaire bloqué toute la journée et l’impunité pour les multiples agressions commises par les pro-barrages.

Une cinquantaine d ’agriculteurs avait également mis en place un barrage à l’entrée de Saint Sulpice La Pointe, première étape pour les marcheurs partis de Toulouse à une vingtaine hier matin. « On a appris la menace, on a décidé de continuer quand même », raconte l’une des cinq marcheurs restants hier soir. Les marcheurs repartent ce jeudi matin dès 8 heures de la mairie de Rabastens en espérant arriver sur la zone dans la journée et à Albi vendredi.

- Vidéo : des hommes armés de bâtons s’attaquent à une voiture. Un gendarme observe la scène sans intervenir

LES JOURNALISTES MENACES

La parole des agriculteurs est absente de cet article. « Ils connaissent ton nom », « fais gaffe », « ils parlent de toi derrière, attention à toi ». Les conseils ont été nombreux et salutaires pour révéler le danger qu’il pouvait y avoir pour Reporterre à se rendre à proximité des zones contrôlées par les pro barrage pour les interroger. Un confrère journaliste s’est par ailleurs vu menacer de mort un peu plus tôt juste pour avoir voulu se rendre à l’intérieur de la ZAD.

Reporterre, qui donne la parole à tous les agriculteurs quelle que soit leur carte syndicale et mène un travail continu sur les questions agricoles et écologiques, proteste contre cette atteinte à la liberté d’expression et à notre travail de journaliste.

Politis Reporterre 2015/03/05 (5 mars 2015) Politis. Reporterre. fr

Politis

Grèce : Non, Tsipras n’a pas « capitulé » . Que contient le programme de réformes ?

Fukushima : La bataille de l’eau contaminée

Venezuela Où va la révolutionbolivarienne ?

Turquie : Les violences faites aux femmes

L’économie à contre-courant, par Geneviève Azam

Russie : Boris Nemtsov, après tant d’autres...

Budget : Un sursis sous conditions

Dossier : La concurrence des antiracismes .Des pompiers pyromanes . L’universalisme, une notion dépassée ? .Le poids des chiffres .« Décommunautariser l’antiracisme », entretien avec Jean- Christophe Attias et Esther Benbassa

Théâtre : Le retour des « jeunes publics » . La Bête dans la jungle, de Célie Pauthe

A flux détendu

Littérature : Fraudeur, d’EugèneSavitzkaya

Cinéma : Chelli, d’Asaf Korman

Documentaire Je ne suis pas féministe, mais..., de Florence & Sylvie Tissot

Essai : La Comédie humaine du travail, de Danièle Linhart

Médias : La parole est aux gardes des Sceaux, de Joseph Beauregard . Peaky Blinders, sur Arte

Mieux vaut partager le travail qu’étendre le temps partiel Barbara Romagnan Reporterre 2015/03/05 Barbara Romagnan (5 mars 2015) Mieux vaut partager le travail qu’étendre le temps partiel. Reporterre. Tribune — Économie fr

Mieux vaut partager le travail qu’étendre le temps partiel

L’extension du temps partiel est une fausse bonne idée : elle se ferait surtout par les travailleurs précaires et par les femmes, accroissant les inégalités. Une réduction globale du temps de travail est une meilleure solution.

Invité sur France Inter le 4 mars, François Rebsamen, ministre du Travail, s’est prononcé en faveur du développement du temps partiels pour combattre le chômage plutôt que de la réduction et le partage global du temps de travail.

Le temps partiel constitue effectivement une manière de partager le travail, mais il est socialement injuste, et par ailleurs vecteur d’inégalités entre les femmes et les hommes. A l’inverse d’une réduction du temps de travail des contrats à temps plein – comme ce fut le cas lors de la mise en place des 35 heures –, le temps partiel fait peser sur une petite partie de la collectivité tous les efforts de résorption du chômage.

Or les salariés à temps partiels appartiennent souvent à des catégories sociales déjà fragilisées : comme le rappelle régulièrement la Dares (Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques, le travail à temps partiel concerne majoritairement les femmes : 31 % des femmes contre 7 % des hommes ; mais également 27 % des jeunes, 25 % des seniors ou encore 25 % des personnes les moins diplômés.

Parmi ces catégories, les femmes sont les plus concernées : en France, 82% des salariés à temps partiel sont des femmes. Cette inégalité se double d’une autre caractéristique : la proportion de femmes à temps partiel est considérablement accrue lorsqu’elles ont des enfants à charge. Ainsi, plus de 45 % des femmes salariées ayant trois enfants travaillent à temps partiel.

A l’inverse, selon l’Anact (Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail), le choix du temps partiel par les hommes suit une courbe opposée, car ils choisissent ce type de contrat majoritairement lorsqu’ils n’ont pas d’enfants à charge : 18 % d’entre eux travaillent à temps partiel afin d’exercer une autre activité professionnelle, reprendre des études ou se former.

Par ailleurs, le travail à temps partiel est une solution précaire et incertaine. En effet, les 32 % de salariés déclarant travailler à temps partiel faute de trouver un emploi à temps plein, sont en majorité moins diplômés que les autres salariés, occupent des emplois dits à faibles qualifications et leur contrat sont le plus souvent des CDD (contrats à durée déterminée) ou relèvent de l’intérim. Par ailleurs, parmi les 41 % déclarant choisir de leur plein gré le temps partiel, beaucoup le font parce qu’ils s’occupent de leurs ou de leurs parents. Qu’il s’agisse du soin des enfants ou des parents (des leurs ou ceux de leur conjoint), ce sont quasi-exclusivement les femmes qui sont, de fait, impliquées. Ces contraintes relativisent assez largement la notion de choix.

Quand on sait qu’en France plus de la moitié des travailleurs à temps partiel gagnent moins de 850 euros par mois, on voit en quoi un partage plus juste du temps de travail est un enjeu décisif en termes d’égalité et de dignité. Accroitre le recours au temps partiel comme outil de lutte contre le chômage, c’est donc favoriser des logiques inégalitaires déjà en place, qui ne permettent ni l’autonomie des salariés ni l’indépendance financière des femmes.

On peut penser à l’inverse que le chômage est un problème collectif, et que sa résorption, pour être juste, doit passer par des mesures qui mobilisent l’ensemble des salariés et de ceux et celles qui souhaiteraient pouvoir l’être. La réduction et le partage du temps de travail et des richesses font parties des solutions à enfin prendre en compte et mettre en œuvre.

Alternatives au barrage de Sivens : elles existent, bien sûr ! Marie Astier et Philippe Desfilhes (Reporterre) Reporterre 2015/03/05 Marie Astier et Philippe Desfilhes (Reporterre) (5 mars 2015) Alternatives au barrage de Sivens : elles existent, bien sûr !. Reporterre. Sivens fr

Alternatives au barrage de Sivens : elles existent, bien sûr !

L’étude des solutions alternatives a enfin officiellement commencée. En fait, les alternatives sont étudiées et proposées de longue date par les opposants. Ce qu’elles annoncent : une meilleure agriculture locale, adaptée au changement climatique et créatrice d’emploi.

- POUR PREPARER LA RENCONTRE DE REPORTERRE LUNDI 1 DECEMBRE : Projets inutiles : la victoire est possible !

Il n’y a jamais eu de « réelle analyse des solutions alternatives » au projet de barrage de Sivens. C’est ce qu’affirment les experts mandatés par Ségolène Royal dès l’introduction de leur rapport.

Un groupe de travail a donc commencé à plancher sur le sujet. Autour de la table, les représentants des opposants, des conseils généraux du Tarn et du Tarn-et-Garonne, et les Chambres d’agriculture des deux départements. Leur mission : remettre à plat le débat et aboutir à un compromis. Mais attention, le projet de barrage n’est « pas enterré », a averti Pierre-Alain Roche, l’un des deux experts qui préside les discussions.

Cinq solutions selon le rapport

Parmi les alternatives possibles, il y a d’abord celles évoquées dans le rapport remis à Ségolène Royal. En tout, ses deux auteurs envisagent cinq issues au problème :

- l’arrêt total du projet, - le maintien en l’état du projet, - la réduction du volume du barrage, - le maintien en l’état du barrage, mais avec plus d’eau allouée au maintien du débit du Tescou, - le remplacement du barrage par plusieurs petites retenues d’eau le long du Tescou. Le coût est « nettement plus faible », l’impact sur la rivière moindre, mais la gestion de l’eau serait plus complexe, précise le rapport.

Le président de la FDSEA (Fédération départementale des syndicats d’exploitants agricoles) du Tarn, Philippe Jougla, a déjà fait son choix. Hors de question d’abandonner le projet de barrage. Le quatrième scénario, qui propose de le conserver tel quel, mais avec une « ré-allocation » d’une partie des volumes d’eau vers la rivière est selon lui la solution de compromis. « Il permettrait d’améliorer la vie aquatique de la rivière, alors que la zone humide n’est pas le vrai problème », dit-il à Reporterre.

Pourtant, « si on concevait le projet aujourd’hui, la solution choisie serait plusieurs retenues d’eau plus modestes », admet-il. Mais il y quinze ans, elle ne faisait pas partie des techniques préconisées par les spécialistes.

Il se retranche derrière les experts pour affirmer que le maintien du barrage est la seule possibilité : « Le rapport considère que les travaux sont déjà engagés, et que juridiquement il est trop compliqué d’annuler le barrage. »

Pour le consultant spécialiste de l’eau, Marc Laimé, rien n’est en revanche impossible. « Toute la question est de savoir si un rapport de force peut s’installer pour remettre en cause le système d’utilisation de l’eau dans le Tarn ou le Gers : aujourd’hui, il repose sur l’utilisation de dizaines de retenues collinaires comme celle projetée à Sivens », dit ce pourfendeur des lobbies.

Prendre le problème par le bon bout

Mais si le nœud du problème n’était pas l’eau ? Pour France Nature Environnement, partir des besoins en eau des agriculteurs revient à prendre le problème par le mauvais bout.

« On ne veut pas partir de la problématique eau, expose Thierry de Noblens, président de France nature environnement Midi-Pyrénées. Sinon, on retombe dans le piège de ’’il faut une réserve d’eau.’’ On propose de partir des agriculteurs qui ont des problèmes. »

« Nos difficultés économiques sont liées à la conjoncture, pas seulement au manque d’eau », reconnaît Philippe Jougla. Même constat pour Pierre Lacoste, l’un des agriculteurs de la vallée du Tescou. Il est opposé au barrage et ose même le dire publiquement. « Dans la vallée du Tescou, on a les mêmes problèmes économiques que tous les agriculteurs en France. Les marchés des céréales et de la viande sont très fluctuants, les primes de la Politique agricole commune (PAC) nous empêchent de vendre nos produits à la vraie valeur. Mais nous ne sommes pas plus pauvres qu’ailleurs. »

Cependant, dans ce contexte difficile, l’accès à l’eau reste une sorte « d’assurance », maintient Philippe Jougla. « Quand il y a de l’eau sur mon exploitation, je peux faire des cultures à valeur ajoutée comme le soja, la luzerne ou la production de semences, explique-t-il. C’est ce qui me permet de trouver un successeur. »

La production « maïs semence », en particulier, pourrait se développer en aval de la vallée si le barrage est construit. Pierre Lacoste affirme que plusieurs de ses collègues « d’en-bas » lui ont fait part de leur souhait de s’y mettre. Une production « à très forte valeur ajoutée », mais qui demande un soin particulier et beaucoup d’eau aux étapes cruciales de croissance de la plante, explique l’agriculteur.

Le maïs semence sert à produire une variété de maïs hybride, récoltée pour ses graines. Celles-ci sont revendues à un semencier, qui les cède à son tour à des producteurs dits de maïs grain, utilisé pour la consommation humaine ou du bétail.

Mais ce choix agricole mène à une fuite en avant, juge Pierre Lacoste : « Avec le réchauffement climatique, les sécheresses vont être plus fréquentes. D’abord on fait Sivens, puis le barrage ne suffira plus. Est-ce qu’on va encore faire d’autres barrages ? »

Des « bassines » existent, mais elles sont sous-utilisées

Lui a décidé de se passer d’irrigation. Il produit de la viande : poulets, cochons et vaches. Tous gambadent dans ses quarante hectares de prairies, plutôt que d’être nourris de maïs ensilage. D’ailleurs, il semble que d’autres agriculteurs de la vallée aient déjà commencé à s’adapter.

« A une époque, les primes de la PAC étaient majorées quand on irriguait, raconte-t-il. Mais plus maintenant. Du coup, de nombreux agriculteurs de la vallée se sont tournés vers les cultures sèches type blé, orge, colza, tournesol. Car irriguer cela a un coût. »

Le rapport des experts confirme que les « bassines », ces petites retenues d’eau de substitution construites par les exploitations grâce aux primes PAC, sont aujourd’hui « largement sous-utilisé[es]. » La question, ici, n’est pas un problème de ressource, mais de gestion en commun. Pour l’instant, chaque agriculteur propriétaire de "bassine" utilise jalousement son eau, en pompant au maximum dans les ressources communes avant de recourir à sa propre réserve. Ce qui manque, c’est la méthode et le désir de gérer le bien commun dans un esprit de coopération.

Il n’est donc pas du tout certain que le barrage permettrait de sortir les agriculteurs locaux de leurs difficultés économiques. France nature environnement propose de saisir l’occasion pour faire de la vallée du Tescou « une zone test », où la relation des agriculteurs à leur territoire et leur rôle dans la protection de l’eau ne serait plus subis, mais choisis et valorisés. Son modèle ? La ville de Munich, en Allemagne.

Là-bas, dès 1998, le service municipal de l’eau encourage les agriculteurs se situant sur les zones de captage à se convertir en bio. Pour les convaincre, la ville s’engage à leur trouver des débouchés et introduit leurs produits au menu des crèches, des cantines, etc. Elle leur verse également une prime par hectare, pour service rendu à la protection de la qualité de l’eau. Au final, le programme coûte moins cher à la municipalité que le traitement de l’eau.

Sauver la polyculture

La première proposition du Collectif de défense de la zone humide du Testet est donc de mettre des produits locaux dans les cantines des écoles, des maisons de retraite et en particulier des collèges, gérés par le Conseil général promoteur du projet de barrage. Le prix d’achat des produits pourrait être garanti par des contrats de cinq à dix ans, pour permettre aux agriculteurs de pouvoir enfin « vivre de leur production », explique Sylvain Doublet, vice-président de FNE Midi-Pyrénées.

La priorité pour cet ingénieur agronome est de préserver la diversité des productions de la vallée, notamment en aidant les fermes en polyculture élevage, pour « aller contre le tendanciel, qui conduit à la perte des emplois agricoles et à l’abandon dans les fermes de l’élevage au profit des grandes cultures. »

Ensuite, « une fois qu’un partenariat de confiance sur plusieurs années sera mis en place, tout le monde sera prêt à modifier ses pratiques, assure-t-il. Les agriculteurs pourraient être accompagnés pour réduire les produits phytosanitaires et l’azote, et arrêter le maïs irrigué. »

Paysan bio, membre de l’agence de l’eau Adour-Garonne et opposant de longue date au barrage de Sivens, Benoît Biteau imagine déjà le nouveau paysage qui pourrait se dessiner. « Il faudrait planter le long du Tescou des arbres en alignement de façon à faire remonter l’eau vers la surface et satisfaire les besoins des cultures développées entre les arbres, quand l’eau est en pénurie », soutient-il.

Il faudrait surtout, selon lui, soutenir un modèle agricole basé sur des variétés de maïs, de tournesol, de blé, d’orge ou d’avoine qu’on appelle « variétés populations : elles permettent d’obtenir des rendements surprenants en culture sèches, justement parce qu’elles sont parfaitement adaptées à leur zone de production, qui n’ont rien à voir avec les variétés standardisées proposées par les firmes semencières ».

Armé d’une tronçonneuse, le milicien FNSEA hurle : « Ta gueule, salope » Marine Vlhahovic et Isabelle Rimbert (Reporterre) Reporterre 2015/03/06 Marine Vlhahovic et Isabelle Rimbert (Reporterre) (6 mars 2015) Armé d’une tronçonneuse, le milicien FNSEA hurle : « Ta gueule, salope ». Reporterre. Grands projets inutiles fr

Armé d’une tronçonneuse, le milicien FNSEA hurle : « Ta gueule, salope »

Des pro-barrages venus de loin et ignorant le dossier. Des injures et des tronçonneuses. Des menaces envers les agriculteurs opposés au barrage. Des gendarmes bien polis avec les miliciens de la FNSEA. Récit de la journée du 5 mars. Bienvenue à Sivens.

- Lisle-sur-Tarn (Tarn), reportage

« Votre carte de presse ! » En ce jeudi après-midi, ce n’est pas auprès de gendarmes mobiles mais d’agriculteurs qu’il faut montrer patte blanche pour accéder à la ZAD du Testet. Postés à l’entrée de Barrat, décorée pour l’occasion de drapeau FNSEA, un petit groupe de pro-barrages filtre le passage. Le ton est péremptoire. Moi et mon confrère nous exécutons. « Il faudra penser à changer la couleur du véhicule parce qu’ici ça ne passe pas, ça fait ’baba-cool’ », nous avise-t-on avant de nous laisser filer. Pourquoi ce conseil ? La camionnette de mon collègue photographe a le malheur d’être verte. La route d’accès principale est encombrée de voitures de pro-barrages. Une soixantaine d’entre eux sont rassemblés à quelques mètres seulement des premières barricades de la ZAD, retenus par un cordon de gendarmes mobiles.

L’agriculteur est contre le barrage ? Il est menacé

Ce « spectacle », Pierre Lacoste l’observe tous les jours depuis chez lui où il est confiné. Au même titre que les zadistes, l’agriculteur-riverain qui s’est toujours prononcé contre la construction du barrage de Sivens est dans le collimateur des pro-barrages. Son fils de 14 ans a manqué plusieurs jours d’école cette semaine.

Impossible pour ses parents de passer au travers des barrages de la FNSEA : « Les gendarmes ont essayer de négocier avec eux mais ont fini par nous avouer qu’ils ne peuvent pas assurer notre sécurité ». Pierre Lacoste limite ses déplacements au maximum parce qu’il n’a pas l’esprit tranquille : « Ils tournent autour de la maison avec des pioches et en disant des grossièretés. Je ne veux pas prendre le risque qu’on crame mon exploitation agricole. Tout ce qui se passe depuis le début de la semaine c’est de la folie. Ils n’ont pas le droit d’être là et les zadistes n’ont jamais bloqué les accès comme eux le font ».

- Depuis la maison de M. et Mme Lacoste -

"On ne connait pas le dossier"

Dans le champ où sont rassemblés les pro-barrages, les regards sont suspicieux, voire haineux. Les Jeunes Agriculteurs de Haute-Garonne sont en première ligne. Ils balaient mes questions d’un revers de la main : « On ne connait pas assez bien le dossier, interrogez plutôt quelqu’un du coin, d’ailleurs on va bientôt s’en aller ».

Comme chaque jour, les FDSEA de toute la région Midi-Pyrénées viennent se relayer aux entrées de la ZAD. De l’autre côté, sur la départementale 999, ce sont les agriculteurs du Gers qui tiennent le siège. Un gendarme mobile regarde la scène d’un air amusé : « On fait le tampon ! » s’esclaffe-t-il devant la situation. Des estafettes montent la garde à deux pas des barricades érigées par les occupants il y a quelques mois pour empêcher les forces de l’ordre de passer.

Sur la ZAD, l’atmosphère est électrique. Deux tirs de pétards viennent de résonner de part et d’autre de la clairière. Accroché au talkie-walkie, Hector donne l’alerte : « Les pro-barrages savent qu’on écoute leurs fréquences, ils utilisent les pétards pour communiquer entre eux. Ces deux tirs, ça veut dire qu’ils sont planqués dans les bois et prêts à attaquer ».

Il quitte la barricade à pas pressés. Direction la Métairie, le seul bâtiment en dur occupé par les zadistes. « Ils vont entrer au milieu », lance-t-il à la volée. Baignée sous un soleil pâle de fin d’après-midi, la ZAD est déserte. Des voitures aux vitres brisées et un chapiteau démonté témoignent du saccage opéré la veille par les pro-barrages lors d’une incursion.

Seul au milieu de l’ex-zone de chantier, Guillaume fait le guet. Son talkie-walkie grésille. « A tous les indicatifs, à tous les indicatifs, les pro-barrages qui sont entrés dans les bois ont été repoussés des deux côtés par les gendarmes mobiles ». Incrédule, Guillaume regarde au loin dans les arbres : « Il y a toujours des petits groupes disséminés. Je ne sais pas ce qu’ils cherchent, s’ils voulaient nous faire du mal ils l’auraient fait depuis longtemps, ils sont trois fois plus nombreux que nous. Tout ça me semble téléguidé. Ça arrangerait bien les autorités de ne pas avoir à s’occuper de notre expulsion. Ils ne veulent pas d’un deuxième Rémi Fraisse. Ils ne veulent pas d’un deuxième martyr », dit-il couvert du bruit de l’hélicoptère qui survole la zone depuis le matin.

"Ta gueule, salope"

Une nouvelle alerte est donnée du côté de la départementale 999. Des zadistes traversent la ZAD au pas de course. Munis de bâtons et de barres de fer, deux-cents agriculteurs ont forcé le cordon des forces de l’ordre à l’entrée du chantier pour se rapprocher au plus près des zadistes. Pro-barrages et occupants se font face à cinquante mètre d’écart, séparés par quelques gendarmes mobiles et de maigres barricades. Ils se regardent en chiens de faïence sous les flashs des photographes.

Quelques noms d’oiseaux et des invectives fusent. « Ce n’est pas de notre faute, si vous avez des cancers à quarante ans à cause des OGM », lance une jeune zadiste. « Ta gueule salope », répond-on de l’autre côté. Une tronçonneuse rugit. Les agriculteurs ont pris l’initiative de dégager une barricade faite de troncs d’arbres pour laisser passer les camions des forces de l’ordre.

Après quarante-cinq minutes de face-à-face, les pro-barrages se font cordialement repousser mètre par mètre par les gendarmes. « Reculez messieurs s’il vous plaît ». On se pousse un peu, pour le jeu. « Reculez encore un chouïa, messieurs s’il vous plaît. » Collés les uns aux autres, agriculteurs et gendarmes rient aux éclats.

Des pro-barrages foncent vers les chapiteaux où les attendent des verres de Pastis. Les leaders de la FDSEA parlementent à voix basse avec les gendarmes. Un groupe d’irréductibles continue de narguer les zadistes de loin. « On reviendra, on reviendra ! » s’égosillent-ils en arborant des sweats siglés « Soutien aux gendarmes de Sivens ».

Michel, agriculteur arrivé en bus du Gers le matin même s’est approché de la ZAD « par défi et par curiosité aussi. Mais je suis déçu, on ne voit rien », soupire-t-il. Le cultivateur de céréales et de maïs syndiqué à la FNSEA s’est déplacé par solidarité dit-il avec ses confrères du Tarn. « Je ne comprends pas pourquoi les politiques n’expulsent pas les zadistes, ils sont illégaux ici. C’est aux agriculteurs de faire respecter la loi puisque l’Etat ne le fait pas. »

Un homme en costume fend la foule. Jacques Valax, député socialiste du Tarn et conseiller général est venu rassurer ses ouailles. En aparté avec un vieil homme, il parle de soutenir le projet de barrage à son « emplacement initial » lors de la réunion décisive au Conseil Général qui aura lieu ce vendredi matin. « Et vous demanderez aussi l’expulsion immédiate de la ZAD ! » vocifère l’agriculteur au visage rougi par la colère. « Parce que sinon nous, à 14h on dégage tout ! » Le vieil agriculteur n’est pas le seul à promettre une expulsion rapide. En marge d’une visite en Haute-Vienne ce jeudi, Manuel Valls le premier ministre a déclaré « qu’il faudra très vite évacuer les lieux ».

Zad is the end ? Les trois-cents gendarmes mobiles déployés autour du site et les forces de sécurité en jeep militaires arrivées à Gaillac dans la journée laissent en effet croire que la fin de la ZAD est proche.

ACCUEIL A LA TRONCONNEUSE

- Lisle-sur-Tarn, reportage

Une autre journaliste de Reporterre arrive dans l’après-midi aux abords de la zone

Près de la maison de la forêt, le premier contact donne le ton : à peine la voiture arrêtée pour vérification de carte de presse, un homme muni d’une tronçonneuse s’approche et fait vrombir l’engin en signe de bienvenue. Ses collègues encerclent la voiture, ouvrent le coffre, s’emparent d’un casque et de lunettes de protection. Un autre crie à un policier : « Ici c’est une zone de non droit, on fait ce qu’on veut ». Pas de réponse du représentant de « l’état de droit »...

On finit par passer. A quelques kilomètres, c’est le poste « Sierra 1 ». Environ 150 voitures sont stationnées des deux cotés de la D999 qui croise l’entrée sud de la zad. Le petit chemin bucolique desservant la forêt ressemble à un parking de gendarmerie. Entre un champ détrempé et les arbres, 100 à 150 pro-barrages armés de bâtons et de barres de fer scrutent la barricade tenue par une quinzaine d’opposants. Une forte détermination émane des deux camps, séparés par un groupe de gendarmes.

« De ce côté, c’est plutôt tranquille, ironise Mimi, une zadiste de 20 ans, qui se chauffe au soleil près d’une tente de fortune. On est là depuis une semaine, on se relaie tous les jours ». En face la milice pro-barrage trépigne et s’impatiente : « Vermines, pelluts ! » hurlent-ils. « Fachos, alcooliques », répondent les zadistes.

Impossible, sur le chemin, d’éviter les agriculteurs : l’un d’eux tente de me bloquer. « Prends son appareil photo », éructe son collègue. S’ensuit une bousculade où la casse est évitée de justesse, sous le regard éteint des gendarmes qui ne bougent pas d’un pouce. Bienvenue à Sivens.

A Sivens, Hollande se sert des milices d’extrême-droite - comme en Grèce l’avait fait Samaras Yannis Youlountas Reporterre 2015/03/06 Yannis Youlountas (6 mars 2015) A Sivens, Hollande se sert des milices d’extrême-droite - comme en Grèce l’avait fait Samaras. Reporterre. Tribune — Sivens fr

A Sivens, Hollande se sert des milices d’extrême-droite - comme en Grèce l’avait fait Samaras

François Hollande se sert de milices d’extrême-droite pour mater la révolte contre le barrage absurde de Sivens. En Grèce, le gouvernement néo-libéral avait aussi recouru à cette méthode de guerre civile : « Une escalade violente, calculée et dangereuse ».

De juin 2012 à janvier 2015, le premier ministre grec Antonis Samaras avait régulièrement utilisé une méthode déjà connue auparavant, mais devenue avec lui un principe de gouvernement durant 30 mois. Elle consistait essentiellement à se servir des milices d’extrême-droite comme de forces supplétives de police pour :

. fabriquer le chaos ; . organiser des destructions illégales ; . répandre la violence et la peur dans les zones alternatives ; . couper ces zones de leurs soutiens et sympathisants ; . distiller la confusion dans les mass-médias.

Puis, il ne lui restait plus qu’à se présenter, dans l’opinion publique, comme le seul rempart contre ce chaos et à justifier la destruction finale par étapes de tout ce qui pouvait le déranger.

Cette méthode était également utilisée durant des manifestations délicates, comme le prouvent de nombreuses vidéos montrant des militants d’Aube dorée [parti d’extrême-droite grec, NDLR] invités à combattre les insurgés sous le regard bienveillant de la police grecque, et même, souvent, directement à ses côtés et en suivant ses conseils.

Durant les émeutes de décembre 2014, marquée par la grève de la faim de Nikos Romanos et de nombreuses occupations et manifestations sur tout le territoire, Antonis Samaras a cru une dernière fois pouvoir utiliser cette méthode pour échapper à la montée en puissance de la protestation et reprendre le contrôle de l’opinion publique. Sûr de lui, il a donc annoncé des élections anticipées et s’est présenté encore une fois en rempart de l’ordre soit-disant protecteur contre un chaos qu’il avait lui-même provoqué en interdisant au jeune prisonnier Nikos Romanos de poursuivre ses études au-delà du bac.

La suite de l’histoire, vous la connaissez, conclue par son départ le 26 janvier 2015.

Vu l’aggravation quotidienne de la situation sur la ZAD du Testet et aux alentours, notamment le risque imminent d’une seconde victime quatre mois après la mort de Rémi Fraisse, il est urgent de démasquer la stratégie de François Hollande et de ses collaborateurs, à commencer par Thierry Carcenac.

Il est de notre responsabilité à tous de montrer le vrai visage du pouvoir en France : un pouvoir machiavélique, qui se sert des milices pro-barrages particulièrement destructrices et violentes, sous le regard de forces de police pas ou peu actives sinon pour couper l’accès à la ZAD à un convoi de victuailles.

Il est de notre responsabilité à tous de dénoncer cette escalade violente, calculée et dangereuse, qui a pour but de justifier l’évacuation d’une population paisible qui a fait de la ZAD une zone d’utopie écologique et sociale.

Sans quoi nous serons tous responsables d’avoir laissé tuer un autre défenseur de la vie.

EDITO - MM. Hollande et Valls ouvrent la voie au fascisme Hervé Kempf (Reporterre) Reporterre 2015/03/07 Hervé Kempf (Reporterre) (7 mars 2015) EDITO - MM. Hollande et Valls ouvrent la voie au fascisme. Reporterre. Édito — Sivens fr

EDITO - MM. Hollande et Valls ouvrent la voie au fascisme

L’affaire de Sivens est tout sauf anecdotique : pour la première fois, le gouvernement y a déployé une tactique de répression propre aux régimes fascistes.

La méthode suivie par le gouvernement pour en finir avec l’affaire de Sivens est nouvelle et extrêmement grave.

Dès septembre 2014, le ministère de l’Intérieur avait laissé la gendarmerie exercer une pression violente, souvent illégale, à l’encontre des zadistes du Testet. Cela n’avait pas suffi à décourager les opposants au barrage, renforcés par le mouvement de solidarité qui se développait dans la région. La tension est montée jusqu’au 26 octobre, lorsque la gendarmerie tua un jeune manifestant, Rémi Fraisse. Un tel événement est – jusqu’à présent - exceptionnel en France. Il ne suscitait pourtant pas une indignation unanime. Une large partie des médias relayait la communication gouvernementale mettant en avant la violence qu’exerceraient les opposants aux grands projets inutiles. Xavier Beulin, président de la FNSEA et du groupe agro-industriel Avril-Sofiproteol, qualifiait les zadistes de « djihadistes verts », ce qui dans un contexte où la France est en guerre contre l’Etat islamique, revient à un appel au meurtre.

L’homicide de Rémi Fraisse était d’autant plus absurde que le ministère de l’Ecologie publiait un rapport d’expertise confirmant l’essentiel des arguments développés depuis des années contre le projet de barrage : coûteux, inutile, impactant sur l’environnement, fondé sur des études médiocres et trompeuses. Peu après, la Commission européenne engageait une procédure d’infraction contre le projet au titre de la directive sur l’eau.

Mais localement, les élus PS et autres ne voulaient pas céder, non plus que les instances de la Chambre d’agriculture et de la FNSEA (Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles). La ministre de l’Ecologie élaborait un compromis écartant les propositions d’alternatives mises en avant par les opposants : on ferait soit un plus petit barrage, soit divers réservoirs dans la vallée du Tescou. Et sur le terrain, légitimée par la provocation de Xavier Beulin, la FDSEA organisait des groupes d’agriculteurs pour mener en décembre près de la Zad une opération « Manche de pioche » dont le nom dit tout.

Elle répétait l’opération en janvier, jusqu’à organiser en février un blocus de la zone. Les agressions et injures se multipliaient de la part de ces agriculteurs chauffés à blanc contre les « peluts » (chevelus, en occitan), alias zadistes, mais aussi contre les locaux opposés au barrage et contre des journalistes. Fin février, ces milices – au sens précis d’organisation paramilitaire – bloquaient les routes, armées de bâtons, de manches de pioche ou de barres de fer, et commettaient de nombreuses agressions, pare-brises cassés, pneus crevés, menaces, sous l’œil indifférent des gendarmes bien présents dans le secteur.

Elles ont agi comme des supplétifs de la police : chargés d’accomplir les basses besognes de tension et d’effroi, soit pour provoquer des réactions violentes qui justifieraient l’action des forces légales de répression, soit pour changer le rapport de forces et affaiblir la capacité de résistance et de solidarité des opposants. La tactique a fonctionné, et l’évacuation de la Zad, menée par dix fois plus de gendarmes que de zadistes, s’est opérée le 6 mars sans heurts.

L’affaire est loin d’être close, mais la tactique répressive employée par le gouvernement, allié avec le représentant affairiste de l’agriculture productiviste, est particulièrement inquiétante. Elle a surfé sur le torrent d’injures déversées par l’extrême-droite sur les réseaux sociaux à l’encontre des zadistes et autres écologistes – tel ce sondage lancé par Valeurs actuelles, et parlant des « fascistes verts ».

Tout ceci, comme l’expression de Xavier Beulin, résonne avec la stigmatisation de l’ « islamo-fascisme » de Manuel Valls, pour associer les écologistes – car les zadistes font partie du mouvement écologique – aux « terroristes islamistes », contre qui, on le sait, le permis de tuer est officiel. C’est ce qu’a bien compris un tweet : « Comment un Etat peut aller tuer des centaines d’islamistes en Afrique, et se laisser dicter sa loi par une poignée de dégénérés ? »

On glisse vite des zadistes aux jeunes Français indésirables, comme ce commentaire après la phrase de Manuel Valls annonçant le 5 mars que « l’ordre républicain » - qui ne concerne pas, donc, les miliciens de la FNSEA – doit s’imposer sur la Zad : « Ben mon colon il serait temps ! Mais c’est embêtant parce que aux prochaines émeutes des "jeunes" nantis du 93 il va falloir enfin appliquer aussi l’ordre républicain ».

La tactique de MM. Valls et Hollande est délibérée. Elle ouvre la porte à la répétition de ce type d’actes : des groupes sociaux savent maintenant que, pourvu qu’ils ciblent l’écologie et les jeunes alternatifs tout en glorifiant la police, ils ont le champ libre. Elle s’appuie sur les sentiments d’extrême-droite qui montent dans ce pays. Et suscitera en retour des réactions de même nature, impliquant une répression encore plus stricte.

Je ne sais la qualifier autrement que de pré-fasciste : utlisant les méthodes mêmes du fascisme (des milices supplétives d’un Etat autoritaire) et stimulant la xénophobie et la haine des alternatives. L’essentiel est que rien ne soit mis en cause de l’ordre capitaliste : c’est ce que révèle l’analyse du journal des affaires Les Echos : « Sivens (…) a été choisi par Manuel Valls pour faire valoir (…) la fermeté de son gouvernement face à toutes les résistances au changement ».

Les choses sont claires : un projet coûteux, pourri de conflits d’intérêt, financé par le public pour des intérêts privés, détruisant l’environnement, c’est « le changement ».

D’aucuns persistent encore à croire que le gouvernement de MM. Hollande et Valls est « de gauche ». Il ne l’est pas. C’est pire : il ouvre, à peine dissimulé, la voie au fascisme.

Des paysans bretons s’en sortent bien… en changeant l’agriculture Marie Astier (Reporterre) Reporterre 2015/03/07 Marie Astier (Reporterre) (7 mars 2015) Des paysans bretons s’en sortent bien… en changeant l’agriculture. Reporterre. Agriculture fr

Des paysans bretons s’en sortent bien… en changeant l’agriculture

Plutôt que de casser des poternes d’écotaxe, les Bretons feraient mieux d’interroger le système productiviste qui les a conduit à l’impasse et à la crise. En Loire-Atlantique, des paysans ont choisi d’en sortir - et ils s’en sortent bien !

- Fercé (Loire-Atlantique), reportage

"Mes parents sont arrivés ici en 1966, j’avais dix ans", commence Patrick Baron. "On avait cinquante hectares et trente vaches." Il montre une vieille bâtisse de pierres : "Au début, on habitait là. Le pré arrivait au pied de la maison et il y avait une mare, comme dans toutes les fermes de l’époque. Les bêtes venaient boire dedans."

Désormais, la petite maison de pierres est cernée de grands hangars de tôle et de parpaings. L’étable s’est agrandie. Patrick Baron (photo du chapô) a repris l’exploitation de son père. Il a 70 vaches, 120 truies et 100 hectares. Au fond, deux grands bâtiments gris abritent les porcs : c’est l’associé de Patrick qui s’en occupe.

A 57 ans, patrick est toujours resté fidèle à son village : Fercé (Loire-Atlantique), situé à cinquante kilomètres de Rennes. « Ce qu’on a vécu ici, la Bretagne a connu la même chose. » Il se souvient des débuts de ses parents dans les années 1960 : « C’était le tout début de la politique agricole commune. On a vu arriver le maïs, les phytosanitaires, le suivi technique... » A l’époque, ces nouvelles techniques paraissent faire des miracles : « Dès qu’on mettait un peu d’engrais sur des terres qui n’en avaient jamais reçu, l’effet était immédiat. Les rendements augmentaient ».

« Comme tout le monde, on a suivi », raconte-t-il. « Chaque année, on augmentait le nombre de vaches. Puis on a changé de race. Avant dans la région on était sur des races traditionnelles : des Normandes ou des Maine-Anjou. Tout ça a été remplacé par des Prim’Holstein. » Une vache d’Europe du Nord, réputée pour être « la Formule 1 de la production laitière ». « Le fonctionnement est simple, précise-t-il. Vous lui donnez à manger du maïs, vous lui mettez des compléments alimentaires avec les tourteaux de soja qui arrivaient des Etats-Unis et du Brésil à bon marché par les ports, et ça produit du lait en quantité. »

Puis Patrick se rembrunit. « C’est là qu’on a commencé à travailler pour les autres. La banque qui nous prête pour acheter du matériel, les concessionnaires agricoles qui nous vendent la mécanisation, les marchands d’aliments… Et pour nous, il reste les miettes. »

Son exploitation était en système intensif : "Les animaux sont nourris 365 jours par an sur le stock, à base du maïs qu’on cultive." Puis il s’est rendu compte que ce système n’était pas économiquement viable. "Les animaux restaient en bâtiment. On utilisait le tracteur pour leur amener l’aliment, pour ressortir leurs déjections, pour cultiver le maïs..." A trop utiliser le tracteur, on finit par trop dépenser en carburant.

Patrick a donc décidé de rendre son exploitation "économe", même s’il reste en système intensif. "Il faut limiter les dépenses, donc tous les achats extérieurs : carburant et aliments, notamment le soja importé", précise-t-il. Première mesure, il a remis les vaches au pré : "Elles vont chercher leur nourriture toutes seules et leurs déjections vont directement dans le champ !". A midi, elles rentrent spontanément à l’étable pour le déjeuner.

Deuxième mesure, il faut que le nombre de bêtes soit adapté à la surface de l’exploitation. Il faut avoir assez de champs pour épandre les déjections, mais aussi pour produire l’alimentation du bétail. "Ici, on est arrivés à un équilibre", se satisfait Patrick.

Mais il y a encore mieux, selon lui. Il propose d’aller chez un collègue passé en agriculture biologique, à quelques kilomètres de là. La petite route fait des lacets dans un paysage valonné. Une prairie ici, quelques vaches par là, un champ de maïs un peu plus loin... Patrick Baron arrête la voiture au sommet d’une colline : "Regardez comme c’est beau !" Puis il repart, désigne un hameau le long de la route : "Ici, avant, il y avait cinq fermes. Maintenant il n’y en a plus qu’une".

Représentant de la Confédération paysanne dans son département, il a toujours suivi de près les élections agricoles : « En 1983 en Loire-Atlantique, il y avait 33.000 chefs d’exploitation électeurs inscrits à la chambre d’agriculture. En 2013 il n’y en avait plus que 8.500. » Son village de Fercé aussi a été touché : l’INSEE décomptait 35 exploitations agricoles professionnelles en 1988. Il n’y en avait plus que 21 en 2000.

En revanche, leur taille n’a cessé d’augmenter. Patrick reconnaît avoir participé au mouvement : « On s’est agrandi, passant de cinquante à cent hectares, en profitant des départs en retraite de trois exploitants. Ils travaillaient en couple donc on a fait disparaître six emplois ! ». Autour de Fercé, les exploitation s’agrandissent, les paysans disparaissent. "Il n’y a plus d’emploi, les gens partent, c’est catastrophique pour la vie des communes", regrette Patrick.

Pourtant aujourd’hui, son exploitation est considérée comme plutôt petite : « Quand la nouvelle génération s’installe elle multiplie par trois l’outil de départ : on passe de 50 vaches à 150, de 150 truies à 1 000. » Sauf que l’augmentation de la taille des exploitations ne suffit plus à palier les disparitions : « Pourquoi GAD ferme son abattoir à votre avis ? Mais parce que la production n’est plus là ! La baisse du nombre d’agriculteurs entraîne une baisse des volumes. »

Patrick gare la voiture à Rougé, chez Jean-Michel Duclos. Celui-ci élève cinquante vaches en bio. Sur ses cent hectares, quatre-vingt douze sont des prairies. Ses animaux y pâturent neuf mois sur douze. En comparaison, Patrick n’a que trente hectares de prairies.

En ce moment de crise, Jean-Michel est fier de montrer son dernier investissement, un immense séchoir à foin pour stocker sa récolte en prévision de l’hiver : « Cela améliore la qualité du fourrage ».

Son exploitation est encore plus économe que celle de Patrick : « On a un coût de mécanisation très bas et très peu d’intrants. On n’achète pas de fertilisants, pas de semences, juste quelques céréales pour nourrir les bêtes à un autre producteur. »

Jean-Michel Duclos -

Le point commun entre Patrick et Jean-Michel, c’est qu’ils ont dit non au « Produire plus ». « C’est très difficile d’y échapper, ils nous le répètent tout le temps ! » Mais qui « ils » ? « Les coopératives surtout, répond Patrick. Elles sont en compétition. Elles ont investi dans des outils de transformation comme les abattoirs. Cela coûte cher. Pour rentabiliser il faut faire du volume. »

Jean-Michel désigne un papier qu’il vient de recevoir de la coopérative agricole Terelevage. « Regardez, ils proposaient déjà un bâtiment d’élevage qui s’appelle le ’Palace’. Maintenant c’est le ’Grand Palace’, pour mettre encore plus de bêtes ! » Le document promet « un gain de temps de 35 % » et de « réduire les coûts de 40% ».

Patrick renchérit : « Et cette coopérative possède un abattoir qu’elle est obligée de fermer un jour par semaine, parce qu’elle ne reçoit pas assez de volume ! Ca leur coûte très cher. C’est pour cela qu’elle essaye de convaincre les agriculteurs de produire plus. »

Sur la table, Jean-Michel montre aussi le dernier numéro de L’Avenir Agricole. Parmi les titres de Une : « Lait : produire plus, mais comment ? » L’agriculteur s’en amuse : « Et pourtant, je suis abonné à ce journal parce qu’il est indépendant des syndicats ! »

Sur le chemin du retour à Fercé, Patrick admet qu’il pense depuis longtemps à cesser l’intensif. « Mais une exploitation, c’est un paquebot, c’est difficile de changer de cap. On des emprunts, un système de production, du matériel à amortir... » Et puis dans moins de deux ans, Patrick prend sa retraite. Mais il a su transmettre l’envie à son fils, Antoine. « Les choses ont toujours été claires, je veux être paysan », affirme ce dernier.

Indépendant de l’économie du pétrole

Avec le fils de l’associé de Patrick et leurs épouses, ils vont reprendre la ferme et la passer en bio. Les vaches produiront un peu moins de lait. Ils vont réduire drastiquement le nombre de porcs, de cent vingt à une vingtaine, pour vendre la viande en circuit court.

Et rester dans l’idée d’avoir une exploitation « économe ». « On veut limiter tous nos achats extérieurs, explique Antoine. Les engrais, les phytosanitaires, le carburant... On veut au maximum être indépendants de l’économie du pétrole. » Pour un passage en douceur, ils viennent s’installer sur la ferme en avril pour travailler avec leurs pères pendant un an. Puis Patrick et sa femme Marie quitteront la ferme : « Les enfants récupèrent la maison de l’exploitation, nous irons prendre notre retraite ailleurs. »

Pour le conseil général du Tarn, « la vie », c’est le barrage Grégoire Souchay (Reporterre) Reporterre 2015/03/07 Grégoire Souchay (Reporterre) (7 mars 2015) Pour le conseil général du Tarn, « la vie », c’est le barrage. Reporterre. Grands projets inutiles fr

Pour le conseil général du Tarn, « la vie », c’est le barrage

Comme si rien ne s’était passé depuis un an, le Conseil général du Tarn a voté vendredi 6 mars l’engagement d’un projet de barrage à Sivens, dans une version plus petite que le plan initial. Sans tenir aucun compte des arguments des opposants.

- Albi, reportage

Ambiance très calme à Albi vendredi 6 mars. Des camions de CRS sont répartis dans les rues autour du bâtiment du Conseil général. Les manifestations ont été interdites, la grille devant l’entrée du Conseil est fermée, l’on entre par l’arrière. A l’étage, les chaînes d’info continue se préparent devant l’entrée de la salle, tandis qu’un employé prépare à la chaîne café croissant pour tous les présents.

Le débat n’aura pas vraiment lieu en séance plénière. Lundi, une réunion s’était tenue à huis clos pour élaborer entre majorité PS et opposition UMP une position commune. Le procédé s’est répété vendredi avec une pré-réunion pour finaliser un texte commun. Un habitué de ces pratiques explique : « C’est comme dans les congrès PS. Plutôt que de poser les désaccords sur la table, on rédige une motion de synthèse qui ne satisfait personne mais qui sera votée par à peu près tout le monde. »

Thierry Carcenac, président du Conseil, est donc serein quand il entre dans la salle à la sonnerie de 9 heures 30. Les journalistes sont dirigés à l’étage, en surplomb. Presque tous les médias nationaux et locaux sont là pour couvrir l’évènement. Le spectacle peut commencer. Les 46 conseillers généraux sont présents. « Nous nous en tiendrons à des débats brefs et concis », lance le président. « Je ne prétends pas que nous ayons eu raison sur tout, mais nos intentions étaient sincères. Si vous avons voté à une très large majorité ce projet, c’était bien pour répondre au besoin en eau sur la vallée du Tescou, nous ne pouvions ignorer ces difficultés incontestables ». La supposée évidence est posée d’entrée de jeu : la vallée du Tescou aurait besoin d’eau et donc d’un barrage. Elle ne cessera d’être répétée par les différentes prises de parole.

« Une retenue redimensionnée dans la vallée du Tescou, sur la zone du projet »

Une seule motion est proposée au vote par Thierry Carcenac.

- Ecouter la lecture de la motion par M. Carcenac :

- Télécharger la motion :

Le texte écarte l’option de retenues collinaires latérales, « compte tenu des coûts et des délais de réalisation ». C’était le deuxième scénario proposé par les experts du ministère de l’Ecologie dans leur rapport du 27 octobre dernier. Ce sera donc « une retenue dans la vallée du Tescou, redimensionnée, sur la zone du projet » avec un « mandat à l’exécutif départemental pour négocier un protocole transactionnel avec l’Etat » et enfin l’exigence « que l’Etat procède sans délai à l’expulsion des occupants sans droit ni titre ».

S’en suit une suite de prises de parole où, malgré les critiques à la motion « imprécise », « qui ne va pas assez loin », tous ou presque finiront par dire « qu’ils voteront la motion » ou « qu’ils ne pourront pas la désapprouver ».

Ainsi, un premier conseiller, avec une sincérité désarmante, rappelle que « la zone du projet ça peut vouloir dire à cent, deux cent ou trois cent mètres ? J’aurais préféré qu’on dise sur le site du projet ». La seule question devient de savoir pourquoi on ne ferait pas le même projet sur le même site. Il n’y a pas d’autre solution qu’un barrage car, comme l’explique un conseiller, « créer des réserves est la meilleure solution que les hommes ont toujours choisie pour palier au manque d’eau ». Au vu du nombre d’interventions en ce sens, on sent que diminuer de moitié la taille du barrage est pour beaucoup d ’élus une énorme concession, voire un aveu de défaite.

Les zadistes, « animés par le seul but de détruire »

Les paroles abondent pour fustiger ceux qu’on n’aime pas. Jean-Louis Henry, élu du canton de Mazamet, s’attache à fustiger les occupants de la zone : auteurs « d’exactions sur le terrain et au Conseil général, personnes animées par le seul but de détruire et de s’opposer systématiquement à tout projet ». A la presse, il demande : « Pensez-vous que la parole des gens qui masquent leur visage et refusent de donner leur identité vaut plus que celle de lettres anonymes ? » Aux journalistes, il enjoint de « regarder dans les coulisses du théâtre de marionnettes pour connaître tous ceux qui tirent les ficelles ». Car il lui paraît impensable que les zadistes aient une volonté propre et posent des questions légitimes.

« La vie, c’est comme le temps, ça va toujours en avançant »

Les responsables écologistes nationaux, « révolutionnaires de salon », « idéologues urbains », sont également attaqués, eux « qui voulaient expliquer que l’enjeu était celui de la décroissance face au capitalisme agricole ». Henry conclut sa péroraison : « Proposer un retour en arrière, c’est aller contre la vie. La vie, c’est comme le temps, ça va toujours en avançant ».

Toutes les prises de parole vont, fastidieusement, dans le même sens. La palme revenant à Jacques Valax qui, dans un discours d’un quart d’heure, défend « une retenue de taille ridicule qui va apporter une plus value sur le territoire ». Et parce que de taille réduite, ce projet pour lui va de soi. « Et d’aucuns, là haut, au nord de la Garonne, se gaussent sur l’immensité de ce dossier. » La délibération lui paraît claire : « Ce projet doit se faire et il se fera sur le site. Il sera simplement un peu redimensionné »

Maryline Lherm, maire de Lisle-sur-Tarn, commune où se situe le projet, est également conseillère générale. Elle a participé activement à la montée en tension en relayant des rumeurs infondées sur la zone et en soutenant pleinement le blocage orchestré par la FNSEA, poursuit sur le registre de l’émotion : « J’ai envie de vous dire on en a rien à cirer des élections. Nous sommes des gens raisonnables, des Tarnais avant tout, mais nous avons aujourd’hui sur nos épaules la responsabilité de six-cents personnes autour du site. » Elle poursuit : « Si je vote ce texte, c’est que derrière, il y a évacuation du site. Dès ce soir, ça n’attendra pas plus. » Selon elle, « il faut que les choses aillent ensuite très vite pour faire avancer le projet ».

« Quand on connait la puissance des lobbys de la Chambre et de la FNSEA... »

Au milieu d’un flot unanime, seules trois voix discordantes se font entendre. Roland Foissac, conseiller communiste d’un canton d’Albi, est l’un des trois conseillers généraux qui n’ont pas voté le projet initial et qui a depuis appelé à l’abandon pur et simple du projet de barrage.

Il insiste sur le jugement des citoyens et « non pas les bas instincts, les pulsions brutales qui rabaissent l’homme et révèlent la paresse de la pensée ». Ce sera la seule référence de toute la matinée à la brutalité des milices pro-barrages. Dénonçant « les attitudes de déni depuis deux ans », il considère la gestion du dossier comme « calamiteuse ; ce sont les faits qui m’autorisent à employer ce qualificatif. »

Lucide, il « conçoit que reconnaître de s’être trompé et d’avoir été trompé exige un effort sur soi-même » mais « il faut accepter humblement de se mettre en doute ». Il appelle avant toute future décision à ce que s’engagent « au plus vite les études complémentaires ».

- Ecouter Roland Foissac :

Son collègue Serge Entraygues, invite de son côté, avec humour : « Le comité de tourisme va se mettre en vacances, la France entière va maintenant venir voir Sivens, plus connu que la cathédrale d’Albi ». Il demande un vote séparé entre « l’abandon du projet initial » et « les autres propositions », considérant que « quand on connait la puissance des lobbys de la Chambre et de la FNSEA, j’ai des inquiétudes fortes qu’on refasse un projet bis ». Le vote séparé est refusé. Entraygues, Foissac et Jacques Pagès (divers-droite) votent contre. Les quarante-trois autres, sans exception, votent pour.

« Tout recommence maintenant »

A aucun moment il n’a été question de conflit d’intérêt. Au contraire, Jacques Valax a réaffirmé son soutien à « André Cabot, celui qui a tout pris », malheureuse victime de son cumul de fonctions entre CACG (Compagnie d’aménagement des côteaux de Gascogne), Agence de l’eau et Conseil général. Personne n’a parlé de la CACG, du déboisement illégal, de l’archéologie oubliée. L’écologie a été oubliée, sinon pour rappeler combien les agriculteurs sont raisonnables et vertueux dans leurs pratiques.

Aucun élu n’a évoqué l’importance de la zone humide du Testet, des espèces protégées, de biodiversité, ni parlé de la procédure d’infraction de la Commission européenne au titre de la directive sur l’eau. Et jamais la mort de Rémi Fraisse n’a effleuré le bloc de certitude d’élus qui se considèrent toujours légitimes, à deux semaines de la fin de leur mandat.

Au final, on se retrouve quatre années en arrière, lorsque le Conseil général, avec la même majorité, les mêmes votes et les mêmes arguments, avait voté le projet initial. « Cette assemblée départementale est surréaliste », déplore Françoise Blandel, du Collectif pour la sauvegarde de la Zone Humide du Testet : « Le projet futur posera les mêmes problèmes que le projet initial. La zone humide est détruite, dont une partie de manière irréversible. Ils sont passés dessus comme sur la mort de Rémi Fraisse. »

Quelle issue désormais ? « Nous avions déposé quatre recours sur le fond sur la déclaration d’utilité publique et la destruction de la zone humide, la loi sur l’eau. La justice doit maintenant les juger ». Avec leur avocate, elle entend « faire avancer les jugements, avant le vote de la prochaine assemblée ».

Des études supplémentaires doivent maintenant être faites pour « affiner le nouveau projet ». Et sans doute, un processus réglementaire d’enquête publique et d’autorisations. La bataille de Sivens n’est pas finie.

A Toulouse : « Bonjour, c’est pour quoi ? - C’est les ZAD ! » Marine Vlhahovic (Reporterre) Reporterre 2015/03/07 Marine Vlhahovic (Reporterre) (7 mars 2015) A Toulouse : « Bonjour, c’est pour quoi ? - C’est les ZAD ! ». Reporterre. Grands projets inutiles fr

A Toulouse : « Bonjour, c’est pour quoi ? - C’est les ZAD ! »

Un modeste rassemblement de soutien aux zadistes s’est tenu à Toulouse. Atmosphère triste, mais pas défaitiste : « On a perdu une manche, mais une manche, ce n’est pas la guerre »

- Toulouse, correspondance

« On en est où, de l’évacuation de la ZAD ? » Ce vendredi après-midi à Toulouse, la trentaine de personnes rassemblées au métro Compans Cafarelli prend des nouvelles de Sivens. Elles arrivent au compte-gouttes : selon un dernier comptage, 21 personnes ont été interpellées. Anne-Marie et Danièle s’agitent : « On ne comprend pas pourquoi les zadistes se font arrêter. Les agriculteurs ont commis des exactions toute la semaine et n’ont pas été inquiétés ! »

« C’est une justice à deux vitesses », renchérit Mélina, encore abasourdie. L’étudiante toulousaine s’inquiète pour l’une de ses amies qui occupe la ZAD depuis août : « Elle a tout lâché pour s’installer là-bas, elle doit être dans un état pas possible. Je ne pense pas qu’elle puisse revenir vivre à Toulouse, elle ira de ZAD en ZAD ». Mélina elle n’a jamais mis les pieds à Sivens, ni sur une ZAD mais elle a accouru au rassemblement.

Le petit groupe stagne. Huit camions de CRS patientent au loin. Un départ en action est donné. Fatima, qui a marché de Toulouse à Gaillac cette semaine pour soutenir les occupants du Testet, reprend son bâton de pèlerin. Direction la Chambre d’agriculture de Haute-Garonne. Objectif : l’occuper.

Arrivés devant le bâtiment, les trente manifestants trouvent les grilles baissées. Un agent de sécurité passe une tête : « Bonjour, c’est pour quoi ? » demande-t-il. « Bonjour, c’est les ZAD ! », lui répond d’un ton enjoué un manifestant cagoulé. L’agent appelle vite la police. Quelques tags sont apposés sur les murs. Une banderole « FNSEA Milice Fasciste » est déployée au milieu de la route pour couper brièvement la circulation. Après une tentative avortée de rejoindre le local du Parti Socialiste, les manifestants se dispersent en petits groupes dans les rues de Toulouse.

Tous n’attendent qu’une chose : rejoindre les abords de la ZAD. Il faut désormais régler les questions logistiques, le rapatriement des uns et des autres ainsi que du matériel laissé sur place. « On a perdu une manche, et les gros bras de la FNSEA ont gagné », soupire Fatima, « mais une manche, ce n’est pas la guerre ». La réoccupation du site est dans toutes les têtes. Les idées germent pour de prochaines actions : « On a perdu la forêt, on a perdu Rémi, désormais on a plus rien à perdre », explique-t-elle avant de partir pour Gaillac pour retrouver les zadistes expulsés.

Monsieur le Caméléon, que signifie le vivre ensemble ? Caméléon aux 50 langues Reporterre 2015/03/07 Caméléon aux 50 langues (7 mars 2015) Monsieur le Caméléon, que signifie le vivre ensemble ?. Reporterre. Quotidien fr

Monsieur le Caméléon, que signifie le vivre ensemble ?

Les murs de l’école publique Parmentier, dans le 10e arrondissement de Paris, sont ornés d’un immense caméléon, symbole de diversité. Une manière simple et colorée de célébrer le multiculturalisme dans un établissement où près de cinquante langues sont parlées.

Le vivre ensemble commence dans la cour de récréation.

Ecouter et regarder le diaporama :

1M1Q caméléon from Reporterre on Vimeo.

Sivens : la Zad est expulsée, l’histoire n’est pas finie Isabelle Rimbert et Gaspard Glanz (Reporterre) Reporterre 2015/03/07 Isabelle Rimbert et Gaspard Glanz (Reporterre) (7 mars 2015) Sivens : la Zad est expulsée, l’histoire n’est pas finie. Reporterre. Grands projets inutiles fr

Sivens : la Zad est expulsée, l’histoire n’est pas finie

La Zad du Testet a été évacuée vendredi 6 mars. Près de cinq-cents gendarmes, deux hélicoptères et un drone ont été déployés pour expulser une quarantaine de zadistes. Reportage photo et video.

- Lisle-sur-Tarn (Tarn), reportage

Le jour se lève sur la zad du Testet, vendredi 6 mars 2015. Barat, l’entrée est de la zone, est bloquée par une quinzaine de fourgons de gendarmerie. Sur place, les occupants sont déjà sur le pont. Tous savent que l’expulsion n’est plus qu’une question d’heures. Deux camions ont été autorisés à entrer sur zone pour mettre en sécurité une partie des animaux. Poules, brebis, cochons, chèvres, bouc : l’arche de Noé prend le large. A la Maison des druides, dans la forêt, une dizaine de personnes discutent de la situation : ce lieu fait partie des parcelles non expulsables pour l’instant. Pourtant, « à sept heures ce matin, les flics sont passés et nous ont demandé de partir ».

En contrebas, ça s’active : on range et met à l’abri des affaires personnelles et du matériel dans les véhicules stationnés sur la route traversante. A partir de 10 h, l’helicoptère de gendarmerie tournoie au dessus de la zad. Au sol, les talkies walkies sont en surchauffe. Le compte à rebours a commencé. Moins de deux heures plus tard, l’évacuation commence par la Maison des druides : les gendarmes montent cueillir les quatre personnes encore présentes.

De part et d’autre de la route qui traverse la zad, il reste deux pôles de résistance, séparés l’un de l’autre d’environ un kilomètre et demi. D’un côté, le lieu où est mort Rémi Fraisse, de l’autre, la Métairie. Vers 12h30, peu après le déploiement massif de policiers autour de la Métairie, une épaisse fumée noire s’échappe d’une cabane en feu. On ne saura pas qui, des policiers ou des zadistes, est à l’origine de l’incendie. Alors que le feu crépite, les interpellations commencent.

Trois opposants se postent sur le toit de la Métairie avant d’être délogés, comme le reste des occupants présents à cet endroit.

- A la Métairie -

Au bout de la route, le dernier pôle de résistance donne lieu à un dispositif policier démesuré. Toute la zone est quadrillée par des centaines de gendarmes qui encerclent une trentaine de zadistes.

Quatre personnes sont installées en haut du Mirador, une plate forme emblématique qui surplombe le lieu de l’homicide de Rémi Fraisse. A l’endroit où le jeune homme est tombé, se trouve un mémorial réalisé en son souvenir. C’est précisément là que se sont réunis la trentaine d’opposants restant. Ils sont assis, très calmes, serrés les uns contre les autres, et chantent alors qu’autour d’eux la nasse se resserre inexorablement. « Rémi, Rémi, on t’oublie pas. »

Il est environ 14 h : les deux hélicoptères qui balaient la zone sont rejoints par un drone qui tournoie comme une guêpe. Si aucune grenade n’est lancée, les interpellations n’en sont pas moins musclées : sur chaque zadiste fondent cinq ou six gendarmes. Les jeunes sont molestés, écrasés au sol, trainés. Une fille hurle alors que les gendarmes l’ont à moitié déshabillée en essayant de la maitriser.

- Voir la vidéo :

Expulsion ZAD Sivens (06/03/2015) from Reporterre on Vimeo.

Des agents photographient leurs cibles, et le sous-préfet, très élégant dans son gilet pare-balle crème, contemple la scène avec une apparente satisfaction.

La disproportion des forces en présence confine à l’absurde. Les interpellés sont ensuite répartis entre les futurs gardés à vus et ceux qui seront relâchés un peu plus tard.

Il est 14h40. Il ne reste plus que les personnes au sommet de la plate forme dite Mirador. Les gendarmes tentent de les amadouer, mais c’est peine perdue. Les opposants profitent de la tribune qui leur est offerte : « Réimplantation de la zad du Testet dès que possible ! » Des chants de résistance alternent avec des invectives et des diatribes politiques : « On ne peut pas se battre contre le peuple au profit du capital. Les crises économiques, la désignation de l’ennemi intérieur, tout ça est trop gros. Il faut arrêter la machine pendant qu’il est encore temps ».

- Voir la vidéo de la prise de la plate-forme :

Évacuation des derniers Zadistes from Reporterre on Vimeo.

Les policiers menacent d’envoyer un tir « non létal » si les occupants ne descendent pas de leur perchoir. Au bout de vingt minutes, un policier grimpeur escalade les dix mètres de la tour, alors que les derniers zadistes finissent par redescendre.

Il est 15h30, l’opération est terminée. Les interpellés sont emmenés aux abords de la Maison de la forêt, toujours sous très grosse escorte. Si une bonne partie est relâchée, certains sont placés en garde à vue.

En bas, les gendarmes s’apprêtent à commencer la destruction des cabanes. La zad ouverte début 2014 est maintenant déserte et silencieuse. Le mémorial érigé à la mémoire de Rémi Fraisse a été mis en pièce. Un tractopelle arrive sur zone pour évacuer ce qu’il reste des mois de vie sur place.

Pourtant, la zone humide a repris ses droits depuis le défrichage : de jeunes pousses étirent leurs minuscules feuilles vert tendre en direction du soleil.

En mai 2014, la Zad avait déjà été expulsée. Avant de renaître...

Ça y est ! J’ai compris ce qu’est la permaculture ! Lorène Lavocat (Reporterre) Reporterre 2015/03/09 Lorène Lavocat (Reporterre) (9 mars 2015) Ça y est ! J’ai compris ce qu’est la permaculture !. Reporterre. Reportage — Agriculture fr

Ça y est ! J’ai compris ce qu’est la permaculture !

La permaculture, tout le monde en parle, mais personne ne sait vraiment de quoi il s’agit. Une branche radicale de l’agroécologie ? Une nouvelle tendance New Age ? Notre reporter s’est rendue à un week-end d’initiation, pour tenter de lever le voile.

Le hameau de Rouveyrac se niche sur les pentes abruptes d’une vallée cévenole. Sous les châtaigniers, Tom, Simon et Charlotte ont installé une vieille gazinière, un canapé en cuir défoncé et un tableau en bois bricolé. Des livres s’éparpillent sur la table. Guide de botanique, essai sur l’agroécologie, manuel d’outils participatifs... Tout y est.

Nous sommes une douzaine, venus nous initier à la permaculture. Je me sens jeune novice, prête à recevoir les enseignements. Mais quels enseignements, au fait ? Le terme « permaculture » me semble entouré d’un mystère savamment entretenu.

Nombreux sont ceux qui ont déjà entendu le mot, très en vogue dans les milieux alters, mais peu savent le définir. Il faut pour cela passer par un stage d’initiation, voire une formation de plusieurs semaines. Moi et mes compagnons apprentis n’avons que deux jours pour nous immerger dans le monde permacole. La tâche paraît ardue...

Idée reçue n°1 : C’est la même chose que l’agroécologie

« La permaculture, c’est une démarche, une philosophie, explique Tom. Le but est de prendre soin de la nature, des Hommes et de partager équitablement. » Autrement dit : concevoir des cultures, des lieux de vie autosuffisants et respectueux de l’environnement et des êtres vivants. Comment ? En s’inspirant du fonctionnement des écosystèmes et des savoir-faire traditionnels. Une éthique, et beaucoup de bon sens.

Mais attention, elle ne se résume pas à l’agroécologie. « Aujourd’hui, on cherche à créer une culture durable, permanente, en prenant en compte tous les domaines de la vie humaine », explique Simon.

En 2002, David Holmgren, l’un des cofondateurs de la permaculture, tente de résumer cette idée dans un ouvrage, Permaculture : principes et approches au-delà du développement durable. Pour lui, la recherche d’équité, de coopération et de durabilité peuvent s’appliquer à tous les domaines. Les monnaies locales, l’enseignement à la maison ou le recyclage sont aussi essentiels que l’agriculture biologique.

Idée reçue n°2 : C’est une mode récente

Le livre fondateur, la « Bible », date de 1978. La permaculture a donc plus de trente ans d’existence et d’expérience. Sans compter qu’elle se fonde sur des principes vieux comme le monde, comme l’observation minutieuse de la nature.

Charlotte égrène les noms des fondateurs, Mollison, Holmgren... Dans les années 1970, les deux Australiens participent à l’émergence de la conscience écologiste. Ils font un constat simple : l’agriculture industrielle menace la biodiversité et la fertilité des sols, il faut donc créer et développer des systèmes agricoles stables et résilients. En 1978, ils publient un livre, Perma-Culture 1, une agriculture pérenne pour l’autosuffisance et les exploitations de toutes tailles.

Idée reçue n°3 : C’est une nouvelle méthode de jardinage

« La permaculture est une culture sur butte », peut-on lire sur le site monpotager.net. Pas vraiment, même si le jardin reste la meilleure mise en pratique de la démarche permacole. Créer sa production, viser l’autonomie, partir de l’échelle locale, valoriser la diversité d’un lieu. Les buttes ne sont qu’une technique parmi d’autres.

« Ça permet d’augmenter la surface cultivable, de jardiner sans se baisser, et de multiplier les microclimats, avec des zones ensoleillées, ou d’autres plus humides », résume Tom.

Depuis un an, il cultive avec Simon légumes, fruits, aromates et légumineuses en suivant les préceptes de la permaculture. Les buttes de terre noire débordent de verdure : une abeille n’y retrouverait pas ses petits, entre la consoude, les carottes, les laitues, et les pois-chiches.

Un bazar végétal pourtant savamment organisé : les plantes amies se retrouvent côte à côte, celles qui ont besoin d’ombre se déploient à l’abri du feuillage... Plus loin, une petite mare bordée de fleurs et un hôtel à insectes invitent les alliés des jardins à s’installer ici.

Idée reçue n°4 : C’est une méthode inaccessible

A l’ombre d’un arbre, Simon nous montre comment bouturer un figuier. « On coupe une jeune pousse, qu’on place dans un pot recouvert d’un plastique, et voilà ! » Apprendre à faire soi-même et partir de ce qui existe sur place... La permaculture est une philosophie concrète, dont les concepts se vivent dans les petits gestes du quotidien. « Chacun fait de la permaculture sans le savoir ! », note Simon.

Pendant plus de vingt ans, les fondateurs de cette démarche ont eu à cœur de transmettre leurs connaissances. Ils ont mis en place de nombreux outils, dont le plus connu est le design. Dans le « jargon » des initiés, design signifie « conception, réalisation, maintenance et réévaluation » d’un espace.

Nous nous mettons donc dans la peau d’un designer, avec un cas très concret, la maison du frère de Simon. Notre mission, si nous l’acceptons, est de proposer un aménagement de l’espace extérieur, le plus harmonieux possible. Observer et identifier les atouts, les contraintes du lieu.

Chaque élément doit se retrouver à la place la plus judicieuse, pour qu’il n’y ait ni gaspillage, ni perte d’énergie. « On cherche l’efficacité et le confort, dit Tom. Dans l’idéal, la permaculture nous donne le temps de regarder pousser nos tomates. »

Quelles plantes sont les plus adaptées au relief ? Comment faire pour récupérer au mieux les eaux de pluie ? Et pourquoi pas des toilettes sèches, pour produire du compost ? Armés de crayons de couleur et de guides botaniques, nous gribouillons un plan du futur jardin. Chacun se prend au jeu. « Moi je verrais bien un hamac, sous la pergola, avec une vigne vierge ! », « Mais on a déjà mis le compost juste en-dessous, attention aux odeurs... »

Au bout de trois heures de dessins et de réflexion, nous remettons nos copies colorées au frère de Simon. Rendez-vous dans quelques mois pour voir le résultat de nos essais permacoles.

Idée reçue n°5 : C’est une utopie, un rêve d’idéalistes

De la ferme du Bec Hellouin au jardin de Mouscron, et plus encore en Australie ou en Grande-Bretagne, des paysans ou des jardiniers montrent depuis des années qu’il est possible de vivre grâce à la permaculture.

« On cherche à densifier et à intensifier la production sur des petites surfaces », explique Tom. D’après une étude en cours menée par l’Inra à la ferme du Bec Hellouin, « mille mètres carrés cultivés en maraîchage bio permaculturel permettent de créer une activité à temps plein. »

Aujourd’hui, sans doute galvanisés par l’effet de mode, les formations se multiplient, et des recherches sont menées pour prouver l’efficacité d’un point de vue économique et agronomique de telles structures.

« Il y a peu de chiffres, mais ça explose, dit Charlotte. De nombreux maraîchers s’y mettent. » Un essor qui concerne surtout l’autoconsommation. « Le but, ce n’est pas d’être rentable, mais d’être autonome », souligne Simon.

Au-delà des jardins, ces principes se retrouvent aussi dans les Villes en transition. Initié par un enseignant en permaculture, Rob Hopkins, le mouvement vise à passer « de la dépendance au pétrole à la résilience locale », en réduisant les consommations d’énergie, en relocalisant les activités et en intensifiant les relations humaines. Il y a aujourd’hui des centaines « d’Initiatives de Transition » à travers le monde.

Pour Charlotte, il s’agit de changer de paradigme : « La permaculture peut permettre de faire évoluer notre façon de faire de la science, passer d’une approche cartésienne à une approche systémique et holistique. » « Ce n’est pas réservé aux alternatifs qui vivent en communauté au fin fond des Cévennes », conclut l’un des participants.

Pour aller plus loin :

Le site de l’Université populaire de la permaculture. Le wikipedia de la permaculture : Ressources permaculture.

Le capitalisme détruit le climat : le dernier livre de Naomi Klein Elisabeth Schneiter (Reporterre) Reporterre 2015/03/09 Elisabeth Schneiter (Reporterre) (9 mars 2015) Le capitalisme détruit le climat : le dernier livre de Naomi Klein. Reporterre. Climat fr

Le capitalisme détruit le climat : le dernier livre de Naomi Klein

Dans son dernier livre, This Changes Everything Capitalism Vs. The Climate, l’auteure de La stratégie du choc, démontre de façon limpide les liens entre l’économie capitaliste et le dérèglement climatique. « Il est toujours plus facile de nier la réalité que d’abandonner notre vision du monde », écrit Naomi Klein, qui en appelle au sursaut des consciences. Un livre fort et passionné, facile à lire, où l’urgence sonne à chaque page.

« Il est toujours plus facile de nier la réalité que d’abandonner notre vision du monde », écrit Naomi Klein dans son nouveau livre, Ceci change tout : le Capitalisme contre le climat.

D’une certaine manière, nous sommes tous des climato-sceptiques, parce que nous ne pouvons pas imaginer tout changer, nos modes de vie, nos perspectives d’avenir, l’économie. Alors, on enregistre toutes ces informations sans réagir et on se dit que ça va peut-être s’arranger, que rien n’est sûr.

C’est après la Conférence de Copenhague de 2009, que Naomi Klein a compris qu’on ne pouvait pas compter sur les chefs d’États, et « que personne ne viendrait nous sauver ! » Pourtant, « nous avons encore le choix et il n’est pas trop tard pour réussir à maintenir le réchauffement dans des limites tolérables, mais quoi que nous choisissions, tout changera drastiquement.

Soit nous décidons de ralentir le changement climatique et il faut transformer radicalement notre économie, soit nous continuons sur notre lancée sans rien changer au modèle économique, et c’est notre monde physique qui se transformera radicalement, pour le pire. »

Marché "fondamentaliste" et "Big Green" indulgents

Elle montre, dans la première partie du livre comment, à la fin des années 1980, le mouvement écologiste a déraillé et comment la mondialisation et une vision « fondamentaliste » du marché se sont imposées dans le monde développé, sous l’influence de groupes de réflexion puissants et bien financés.

Naomi Klein accuse certaines ONG environnementales, les « Big Green », d’indulgence envers les pollueurs, et l’ancien vice-président Al Gore d’être « en grande partie responsable de les avoir convaincues de soutenir l’Accord de libre-échange nord-américain NAFTA en 1993 ».

Elle fait remarquer qu’il y a loin entre les promesses sur le climat de Richard Branson, Michael Bloomberg ou le président Obama, et ce qu’ils font réellement. Et que le développement durable est un mythe.

Fausses solutions

La deuxième partie, « Pensée magique », ausculte les différentes solutions techniques, inquiétantes et lucratives, proposées pour résoudre le changement climatique, comme les systèmes de géo-ingénierie.

Elle épingle l’insidieux Bruno Latour qui alerte les humains sur le climat mais conseille de « continuer ce que nous avons commencé, à une échelle toujours plus ambitieuse… » Et Klein de penser, suivant sa théorie du Choc, qu’il sera difficile d’empêcher ces folies si le dérèglement climatique devient trop grave.

Il est d’autant plus difficile de changer une vision du monde que les profits en dépendent. « Si nous n’avons pas fait ce qu’il fallait pour réduire les émissions, explique Naomi Klein, c’est parce que cela allait contre le capitalisme déréglementé, qui est l’idéologie dominante depuis 1980. »

Et de fait, « avant le néolibéralisme de Thatcher et Reagan, l’augmentation du taux des émissions avait baissé, passant de 4,5 % par an pendant les années 1960, à environ 1 % par an au début des années 1990, pour revenir à 3,4 % par an entre 2000 et 2008. Puis, après un fléchissement en 2009 dû à la crise, le taux est remonté à 5,9 % en 2010 ! Ainsi les émissions globales de CO2 étaient de 61 % plus élevées en 2013 qu’en 1990, lorsque les négociations vers un Traité sur le climat ont réellement commencé. » Naomi Klein montre aussi qu’il y a un lien direct entre la mondialisation du commerce et les émissions.

Traités en faveur des multinationales

Mais ce capitalisme n’est que l’aboutissement de l’attitude de l’humanité qui, depuis la préhistoire, pille la nature au rythme du perfectionnement de ses moyens techniques.

Reste une contradiction fondamentale entre l’espoir d’une économie soutenable et les Traités de commerce internationaux « conçus pour permettre aux multinationales de scanner la planète pour trouver la main d’œuvre la moins chère et la plus disciplinée ». Si les sociétés productrices de pétrole ont beaucoup à perdre des politiques de lutte contre le changement climatique, leurs ouvriers peuvent, par contre, se reconvertir dans une nouvelle économie réellement verte.

Mais il faut pour cela empêcher les accords de commerce de libre échange de peser sur les décisions des gouvernements. En effet, parallèlement aux grandes foires inconséquentes sur le climat, ces négociations avancent, elles, secrètes et efficaces, étayées par un corpus règlementaire contraignant : après NAFTA signé par Clinton en 1993, ce sont aujourd’hui le CETA en cours de ratification, le TISA, et le TAFTA/TTIP qui sont en cours de négociation.

Le livre de Naomi Klein est d’autant plus percutant sur l’influence des lobbies que l’UE, qui négocie en ce moment même, en secret, le traité TAFTA/TTIP, vient de se doter d’un commissaire à l’énergie, Miguel Arias Canete, « toujours aux limites du conflit d’intérêt », et que la Commission vient de décider de retirer de la Directive sur la qualité des carburants l’interdiction des carburants issus des sables bitumineux - ceci torpille la législation de l’UE qui fixe un objectif de 6 % de réduction des émissions provenant des combustibles de transport.

Des raisons d’espérer

Pourtant, le livre reste optimiste, car, dit-elle, « c’est peut-être au moment du désastre ou juste après, qu’il est possible de reconstruire autrement. » Et, « en 2009, une étude a montré comment 100 % de l’énergie nécessaire dans le monde, pour tous les usages, pourrait être fournie par l’eau, le vent et le soleil dès 2030. »

La troisième partie du livre salue la construction d’une économie alternative basée sur des principes et des valeurs nouvelles et l’émergence d’un mouvement populaire, Blockadia, qui gagne des victoires étonnantes contre le secteur des combustibles fossiles, par exemple sur le front du désinvestissement des sociétés pétrolières.

« Les vraies solutions à la crise du climat sont aussi notre meilleur espoir de construire un système économique beaucoup plus stable et plus équitable », explique-t-elle. « Les gens sont prêts à faire des sacrifices, s’ils ont l’impression que l’effort demandé est équitablement réparti dans toutes les catégories sociales, et que les riches paient leur part en proportion. »

Courageuse et passionnée, Naomi Klein a écrit un livre fort, facile à lire, où l’urgence sonne à chaque page.

This changes everything, Capitalism versus the climate, Naomi Klein, Editions Allen Lane, 566 p., 14,99£.

BREVES - Le permis d’explorer le pétrole non conventionnel en Seine-et-Marne est prolongé jusqu’à janvier 2016 Par Julien villalard Reporterre 2015/03/09 Par Julien villalard (9 mars 2015) BREVES - Le permis d’explorer le pétrole non conventionnel en Seine-et-Marne est prolongé jusqu’à janvier 2016. Reporterre. fr

BREVES - Le permis d’explorer le pétrole non conventionnel en Seine-et-Marne est prolongé jusqu’à janvier 2016

Lundi 8 mars 2015

- Gaz de schiste Le permis d’explorer le pétrole non conventionnel en Seine-et-Marne est prolongé jusqu’à janvier 2016.

- Autoroutes - Choqué par le refus du gouvernement de lutter contre le scandale des autoroutes, le député PS Chanteguet quitte le groupe de travail. . Lire son communiqué : . Contexte : Scandale autoroutier : l’Etat sommé d’en finir avec les profits abusifs des concessionnaires.

- Libertés - A Saint-Nazaire, des dockers s’en sont pris à des écologistes qui veulent préserver une vasière.

Samedi 7 mars 2015

- Banques - Évasion fiscale : Attac a effectué une réquisition citoyenne chez la BNP à Paris

- Pesticides - Les pesticides en procès à Bordeaux

- Nucléaire - Au Royaume-Uni, la facture astronomique du démantèlement du site de Sellafield a encore été revu à la hausse.

- Sables bitumineux - Aux Etats-Unis, les Républicains échouent à annuler le veto d’Obama sur l’oléoduc Keystone XL.

- Eléphants - Robin des Bois dénonce « la filière belge de l’ivoire ».

Les camions géants menacent d’envahir l’Europe Philippe Desfilhes (Reporterre) Reporterre 2015/03/09 Philippe Desfilhes (Reporterre) (9 mars 2015) Les camions géants menacent d’envahir l’Europe. Reporterre. Europe fr

Les camions géants menacent d’envahir l’Europe

Les camions de 60 tonnes et 25 mètres de long seront-ils autorisés en Europe ? Le Parlement européen en débat cette semaine.

- Tous les mois, Reporterre suit la session plénière du Parlement européen, un lieu où se tranchent de nombreux dossiers environnementaux.

L’ordre du jour de cette cinquième session plénière depuis que la Commission européenne présidée par Jean-Claude Juncker a pris ses fonctions le 1er novembre 2014 est de nouveau très léger. Elle se déroule du 9 au 12 mars.

- Télécharger l’ordre du jour :

« Cela confirme que le nouveau Président a entendu le ras-le-bol de nombreux citoyens et décidé de réduire le nombre des réglementations européennes », commente un membre de la délégation des député-e-s Europe écologie - Les Verts sur le travail de laquelle s’appuie la synthèse présentée par Reporterre.

Jean-Claude Juncker a également décidé la remise à plat d’un certain nombre de textes engagés sous l’ère de son prédécesseur, Manuel Barroso. C’est notamment le cas en ce qui concerne les OGM : une nouvelle loi est en préparation, qui incluera une dimension sociale et environnementale dans les processus d’autorisations et pourrait les rendre plus contraignants.

Lors de cette session sera voté mardi 10 mars un texte sur les dimensions des poids lourds. Bien que ne représentant que 3 % des véhicules en Europe, ceux-ci sont responsables de 25 % des émissions de CO2 du secteur routier. « En limitant la taille des poids lourds, l’Union européenne a une responsabilité directe. Il ne faut surtout pas qu’une autorisation de véhicules plus longs ouvre la porte aux ’gigaliners’, ces camions américains de 25 mètres de long et de 60 tonnes très polluants. Il faut aussi privilégier les changements dans le design des poids lourds pour améliorer leur aérodynamisme et diminuer ainsi la consommation », indique notre interlocuteur.

Energie : place au nucléaire et aux fossiles

Mercredi 11 mars aura lieu dans l’hémicycle, dans le cadre de la préparation du Conseil européen des 19 et 20 mars 2015, un débat d’actualité sans résolution (non contraignantes, les résolutions suggèrent la volonté politique d’agir dans certains domaines) sur la politique énergétique de l’Union. Ce débat fait suite à la publication le 25 février dernier des propositions de la Commission sur le sujet. « Pour nous, ces propositions sont une occasion ratée d’amorcer une réelle transition énergétique en Europe : elles font la part belle au gaz et au GPL, à la renaissance du nucléaire (notamment en Pologne) et laissent la porte ouverte au gaz de schiste », selon le membre des Verts.

Pêche en Méditerranée

Les députés voteront aussi mercredi pour réviser la convention de la Commission générale des pêches de la Méditerranée (CGPM). Il s’agit d’élargir le rôle de cette institution dont l’une des principales fonctions est la conservation et la gestion des ressources marines vivant en Méditerranée et en mer Noire. Cette révision introduit notamment des sanctions pour le non respect des mesures de la CGPM ainsi qu’un mécanisme de règlement des différents entre les parties. Les députés EELV voteront pour.

Dans quelques heures... un nouveau Reporterre Reporterre 2015/03/09 (9 mars 2015) Dans quelques heures... un nouveau Reporterre. Reporterre. Tribune — fr

Dans quelques heures... un nouveau Reporterre

Mardi 10 mars... la nouvelle maquette du quotidien de l’écologie

Vers 10 heures le 10 mars...

Retour sur les frères Kouachi. La vie dans un quartier abandonné Eloïse Lebourg (Reporterre) Reporterre 2015/03/09 Eloïse Lebourg (Reporterre) (9 mars 2015) Retour sur les frères Kouachi. La vie dans un quartier abandonné. Reporterre. Quotidien fr

Retour sur les frères Kouachi. La vie dans un quartier abandonné

Il y a six semaines, Evelyne a témoigné sur l’enfance des frères Kouachi, les auteurs de la tuerie de Charlie Hebdo. On a voulu discuter plus avant avec elle, et entendre sa voix, en reportage radio. Elle raconte, sans rien excuser, l’histoire d’un quartier oublié, et la montée de l’islamisme, entre solitude, parents perdus et absence de mixité sociale.

- Sur les frères Kouachi

« On ne cherche pas à les excuser. On ne les plaint pas. Mais ils ont eu une enfance terrible. Ils étaient chétifs, ils n’avaient pas de père, et la mère était mise au ban de la société. Personne ne l’aidait, elle a craqué. Ce qui me gêne, c’est qu’il n’y ait pas eu de solidarité. Cette dame s’est suicidée, on aurait pu lui donner de l’argent pour qu’elle nourrisse ses enfants. »

« Tout le monde disait, ‘Chérif, c’est pas vivable’, tout le monde se plaignait de Chérif, il menaçait d’être une terreur, on le voyait toujours faire des conneries. J’ai été surprise, parce que quand il est venu, il s’est conduit correctement. C’est dommage que la famille n’ait pas pu le garder, c’est ce qui a dû lui manquer ».

- Evelyne à son domicile, maintenant loin de Paris -

- L’absence de mixité sociale

« Ces architectes, on devrait les obliger à vivre dans ces immeubles, parce que là, ils comprendraient le mal qu’ils nous font. »

« Tout le tissu social du XIXe arrondissement [s’est défait, les gens] n’ont pas eu de logement, alors ils sont partis. Et la préfecture a logé des familles africaines. Et s’il n’y a plus qu’une ou deux familles d’origine française, tout s’inverse. On réunit des gens sans travail, alors ils s’organisent dans la magouille, et dans la drogue. »

- "Le côté chic et le côté choc" : violence et abandon d’un quartier

« Vous arriviez, vous aviez toutes ces bandes qui dealaient en bas, et des gars costauds, ils en imposaient, et il y avait la benne à ordures. »

« Il y avait des gens très gentils, mais arrivé à un certain âge, on ne peut plus continuer à se battre. C’est trop, on n’a pas la structure pour supporter tout ça. On passait notre temps à envoyer des mels, ‘c’est inadmissible ce qui se passe, il faut que vous fassiez quelque chose’, et rien ne se faisait. Et il y avait l’isolement : combien de gens mouraient tout seuls, parce que c’était des personnes âgées. Vous savez comment on repérait ça ? C’est parce qu’il y avait des mouches ».

- Les enfants laissés pour compte

« Vous aviez des enfants qui jouaient sur le palier quand ils faisaient froid. Ils étaient dans les escaliers, dans les halls, dans le patio, c’était intenable, ils jouaient au football jusqu’à minuit une heure. »

« Les pères qui sont arrivés ici dans les années 1970 avec du travail, ils n’ont pas expliqué à leurs enfants pourquoi ils sont venus. L’autre génération née dans les années 1970, ils s’en sont bien sortis, parce que le père avait du boulot, ils avaient des repères. La dernière génération née dans les années 80 ou 90, les parents ne travaillaient pas, il y avait des gros problèmes, avec les échanges de drogue ».

« Je suis contre la répression. C’est plus facile de créer des équipes qui diraient, ‘vous touchez des allocations familiales, comment vous les utilisez ?’.

- Le nid du Front national

« Des endroits comme çà où les Français se sentent exclus, ça fait le nid du Front national. »

- Les actions citoyennes

« Quand on faisait des réunions, les locataires n’osaient pas parler, parce qu’ils avaient peur des représailles. Les jeunes qui étaient bien, ils ne venaient pas dans l’association. »

« Je pense que c’est aux citoyens de sauver leur quartier. Il faut qu’ils soient aidés, bien sûr. J’ai vu des gens formidables, il n’y a pas que des... ».

- L’arrivée de l’intégrisme dans le quartier

« Avant on faisait les réunions dans la mosquée. Après, les intégristes ont tiré la couverture à eux. Du jour au lendemain, des jeunes se sont mis à porter la djellabah. »

« Les frères Kouachi, c’était une enfance miséreuse, je suis en colère contre moi d’avoir laissé passer ça. »

- Propos recueillis par Eloïse Lebourg

J’ai tenté de vivre une semaine sans pesticides Flora Chauveau (Reporterre) Reporterre 2015/03/10 Flora Chauveau (Reporterre) (10 mars 2015) J’ai tenté de vivre une semaine sans pesticides. Reporterre. Enquête — Pesticides fr

J’ai tenté de vivre une semaine sans pesticides

Durant sept jours, une journaliste de Reporterre a essayé de se passer des pesticides utilisés dans la vie quotidienne. Un exercice difficile tant ces produits sont omniprésents, dehors comme à l’intérieur des maisons.

C’est décidé : je vais bannir tous les pesticides de synthèse de ma maison. Durant une semaine, je vais les traquer, partout où ils se cachent : alimentation, produits ménagers, produits de jardinage, etc.

Tout d’abord, qui sont-ils, ces "produits phytosanitaires", qui perturbent notre système hormonal et immunitaire, provoquant cancers et malformations ?

Pour le ministère de l’Ecologie, ces produits « ont pour fonction de détruire les organismes pouvant nuire aux plantes ». Ils se déclinent en herbicides (contre les végétaux), fongicides (contre les champignons) et insecticides (contre les insectes). L’association Générations futures y ajoute les molluscicides contre les limaces, les rodenticides contre les rongeurs, les corvicides contre les corbeaux… Ça fait déjà beaucoup trop de - cides à mon goût.

Alors, quel rapport avec mon quotidien, mon appartement et mon jardin ? Moi qui laisse pousser les herbes folles et qui n’ai jamais dû faire face à une invasion de limaces.

J’étais bien naïve. Après une semaine, le constat est amer. Ils sont partout : aliments, eau, produits hygiéniques, air intérieur… De quoi devenir paranoïaque. Pas à pas, voici le récit de mon combat contre les pesticides au quotidien.

Lundi : je commence par mon alimentation

Les pesticides dans l’alimentation, c’est toute une histoire. 41,1 % des fruits et légumes en contiennent des résidus, selon une étude de la DGCCRF datant de 2010. Le plus flagrant, ce sont les fruits : 65,9 % des échantillons contrôlés présentaient des traces de pesticides – la quantité maximale autorisée par la loi était dépassée dans 1,7 % des cas.

Il va donc falloir limiter au maximum les aliments issus des commerces classiques. Certaines marques sont toutefois meilleures élèves que d’autres,selon Greenpeace, qui les a répertoriées. Les marques Vrai, Bjorg ou Jardin bio par exemple, ont banni les pesticides de la fabrication de leurs produits. Le café Malongo ou la bière Affligem « sont sur la bonne voie ». Par contre, le chocolat Poulain, les brioches Harry’s ou les pâtes Barilla sont sur la liste rouge

Je décide alors de me détourner des hypermarchés. Je me rends donc là où je suis sûre de ne trouver aucun pesticide : un magasin de produits biologiques. Les denrées biologiques sont contrôlées par un grand nombre de labels, dont les plus connus sont le label français AB et le label bio européen. Ils certifient des produits contenant au moins 95 % d’ingrédients issus de l’agriculture biologique. Dans cette dernière, seul un petit nombre de pesticides – en majorité d’origine naturelle – est autorisé.

L’avantage du magasin bio, c’est la diversité des aliments qu’on y trouve. L’inconvénient : le prix des courses est un peu plus élevé que d’habitude. Pour un panier classique, contenant des pâtes, des pommes, des yaourts et d’autres aliments de base, je paye 14 euros dans une grande enseigne et 24 euros dans un supermarché biologique. Mais au moins je préserve ma santé et la planète.

Mardi : les produits ménagers en embuscade

Les désinfectants ménagers sont une nouvelle source de pesticides dans la maison, et pas des moindres.

Je me lance dans le décryptage de la composition de mes produits ménagers. Sans surprise, je trouve des biocides dans mon produit « Désinfectant et destructeur d’odeurs ». J’avais pourtant été attirée par son packaging : couleurs vertes, pas de javel, le geste sain… Mais une fois le spray retourné, je découvre le piège : ce produit détruit 99,9 % des bactéries, champignons et virus. Un biocide d’élite, en somme.

J’y ai notamment découvert une substance au nom bien utile pour jouer au Scrabble, mais qui est surtout potentiellement dangereux : le chlorure de didecyldimethylammonium. Selon une étude américaine, il pourrait provoquer chez les souris des malformations congénitales et des problèmes de fertilité.

J’opte pour un nettoyant certifié Ecolabel, censé contenir moins de substances dangereuses. S’il est en effet plus naturel, le produit contient toutefois une autre substance digne du Scrabble de mamie : la méthylisothiazolinone. Un conservateur et un biocide fréquemment utilisé pour remplacer les parabènes, des perturbateurs endocriniens (agent chimique modifiant le système hormonal). Mais en 2012, la Société française de dermatologie a mis en garde contre cette substance, qui serait à l’origine d’eczémas et d’allergies.

Finalement, le plus pertinent me semble de réduire le nombre des produits ménagers utilisés dans la maison et de me tourner vers quelques produits de base qui ne sont pas dangereux pour la santé ni pour l’environnement : le vinaigre blanc, le bicarbonate et les cristaux de soude, le savon noir et le savon de Marseille. Total : 20 euros. En bonne apprentie chimiste, me voilà en train de faire le mélange pour fabriquer un nettoyant multi-usage qui s’avère efficace.

Mercredi : des petites bêtes dans les tissus

Chez moi, personne n’est allergique aux acariens. Une chance ! Difficile de lutter contre ces petites bêtes sans utiliser de biocides de synthèse. Or, dans un rapport de mars 2013, l’association Générations futures montre que ces produits contiennent souvent des insecticides suspectés d’être des perturbateurs endocriniens comme la perméthrine. Idem pour l’antimite.

Des solutions alternatives existent : surveiller l’humidité et la chaleur de la pièce, laver souvent la literie et passer régulièrement l’aspirateur pour réduire la prolifération des acariens. Sortir et brosser régulièrement les vêtements, utiliser des huiles essentielles contre l’installation des mites.

Quid des vêtements ? La culture du coton, qui compose la majorité de notre garde robe, est une des plus voraces en pesticide au monde. Aucune étude ne montre qu’une fois porté, le vêtement en contient encore des résidus. Mais je décide tout le même de me tourner vers les tissus bio, dans le but de limiter ma consommation de produits consommateurs de pesticides.

Jeudi : un jardin propre, c’est possible !

Jardiner en utilisant anti-limaces, insecticides et désherbants n’a jamais été mon habitude. Hélas, je me sens parfois bien seule dans mon lotissement de ville moyenne. Certains jardins sont entretenus à grands coups de désherbants et d’insecticides. Pourtant, ces produits sont susceptibles de contaminer les aliments, ils tuent la biodiversité, s’infiltrent et contaminent les cours d’eau.

Des gestes simples permettent d’entretenir un jardin sans avoir besoin d’utiliser de pesticides : choisir des plantes adaptées au climat et au sol ; les associer avec des plantes utiles, afin d’empêcher que ne se développent des maladies propres à une espèce ; couvrir le sol à l’aide de paillages, plantes couvre-sol, bois raméal fragmenté (BRF), afin que les herbes folles ne s’y développent pas. Comme c’est encore l’hiver, mon jardin se repose. Les poules s’occupent de désherber sous les haies, là où le sol est nu et où elles trouvent facilement des petits insectes et des végétaux.

Vendredi : les animaux aussi peuvent être bio

Il y a quelques années, une armada de puces est venue infester mes chats et ma maison. A cette époque, j’ai utilisé à peu près tous les produits existants pour les chasser. Je suis allée jusqu’à faire appel à un dératiseur, qui m’avait prescrit un produit très toxique. La maison était devenue un champ de bataille, l’arme chimique a fini par détruire les puces mais à quel prix…

L’étude de Générations futures montre que dans la plupart des produits antipuces, il y a des pesticides aux possibles effets de perturbateurs endocriniens. Dans l’une des lotions utilisées sur mes chats, j’ai notamment découvert du Fipronil, une substance active généralement utilisée pour traiter le maïs et qui contribue à la disparition des abeilles.

Là encore, des techniques de grand-mère permettent d’éviter la contamination. D’abord prévenir, en donnant une alimentation variée à l’animal et en le brossant régulièrement. Leur donner de la levure de bière ou de l’ail permet de repousser les assaillantes. Le vinaigre et certaines huiles essentielles ont des propriétés antipuces, ainsi que certaines plantes comme la lavande, le romarin, la citronnelle, etc. Pas encore testés, je vous en reparle à la prochaine invasion.

Samedi : panique dans l’air !

Une fois bannis les aliments de supermarché, les produits ménagers classiques, les désherbants dans le jardin et les produits antipuces, je ne me doutais pas que l’ennemi pouvait encore venir de l’intérieur. Selon l’association Générations futures, « de nombreuses enquêtes ont prouvé que nos domiciles contiennent presque toujours des pesticides » : la perméthrine serait présente dans 90 % des foyers, selon une étude allemande.

Les pesticides, utilisés par les agriculteurs voisins, sont volatiles et finissent à l’intérieur des maisons. Mais cette contamination vient également des peintures, des moquettes et des bois traités, dans lesquels sont ajoutés des produits qui empêchent les insectes ou les moisissures de proliférer.

Là, ça devient compliqué. Je suis dans un logement en location, difficile d’enlever toute la peinture pour la remplacer par des pigments naturels. Il n’y a pas de solution miracle, il faut aérer souvent. J’ai aussi décidé d’investir dans une plante dite dépolluante, qui absorbe les pesticides et autres éléments toxiques présents dans l’air.

Dimanche : la goutte d’eau polluée fait déborder le vase

Avec ça, je croyais être allée au bout de la lutte contre les pesticides au quotidien. C’était sans compter sur l’eau du robinet. J’ai ressorti un courrier de mon fournisseur d’eau concernant la qualité sur son réseau. Et là, stupeur : des pesticides ! Leur quantité a même dépassé durant dix jours la limite autorisée par la loi.

Le responsable : un anti-limace à base de métaldéhyde qui a ruisselé dans la plupart des cours d’eau de la région. Les usines de production d’eau potable ont essayé de l’arrêter mais il est malin : très soluble dans l’eau, il a pu continuer son chemin jusqu’à nos robinets.

Alors que faire ? Me tourner vers l’eau en bouteille ? Mauvaise idée : en 2013, le magazine 60 Millions de consommateurs révélait que 10 % des bouteilles d’eau contenaient des traces - infimes - de pesticides. « A court terme, il n’y a absolument aucun problème de qualité. Ces eaux sont parfaitement buvables », rassurait toutefois Thomas Laurenceau, rédacteur en chef du magazine. Et puis les bouteilles, c’est du plastique, toujours du plastique. Reste la solution du filtreur d’eau, installé directement sur la bague du robinet et qui semble pouvoir retenir les pesticides.

C’est dimanche soir et je suis dans l’impasse. Tout, autour de moi, me semble hostile : et mon shampooing, contient-il des agents actifs néfastes ? Qu’en est-il du papier toilette ? Du papier de mes livres, sûrement traité ? C’est à en devenir fou. Oui, les pesticides sont partout, mais il n’est pas trop tard pour essayer de s’en passer. Faire ses produits ménagers ou apprendre à mieux connaître son jardin, ça demande certes un peu plus de temps. Mais c’est surtout acquérir de nouveaux savoirs et un moyen amusant de protéger l’environnement.

Climat : l’Académie des sciences des Etats-Unis décourage la géo-ingénierie Pierre Michel (Bulletins électroniques) Reporterre 2015/03/10 Pierre Michel (Bulletins électroniques) (10 mars 2015) Climat : l’Académie des sciences des Etats-Unis décourage la géo-ingénierie. Reporterre. Climat fr

Climat : l’Académie des sciences des Etats-Unis décourage la géo-ingénierie

L’Académie des sciences états-unienne en appelle à la prudence quant à l’utilisation de la géo-ingénierie. Cette technique consistant à intervenir sur le climat et dont les risques scientifiques n’ont pas été évalués, n’aurait qu’un effet limité dans le temps, et n’agirait en aucune façon sur les causes du réchauffement climatique

A la demande du Conseil National de la Recherche, l’Académie des Sciences américaine a publié deux études consacrées aux moyens de lutte contre le réchauffement climatique ; la NASA, la NOAA, la NSF et le DOE ont été associés à ce travail de synthèse. Le premier tome de l’étude est consacré à la capture et la séquestration du carbone atmosphérique, le second intitulé Climate Intervention est une analyse de l’état de l’art sur la géo-ingéniérie.

Intervention sur le climat

Le terme « intervention sur le climat » a été préféré à celui de géo-ingénierie, afin de l’exclure du champ de l’ingénierie qui s’appuie sur des connaissances clairement établies, ce qui n’est pas le cas de la géo-ingénierie. Les experts ayant contribué à ce rapport ont analysé l’état de l’art sur les interventions volontaires sur le climat qui consistent à modifier l’albédo (pouvoir réfléchissant d’une surface, NDLR) de l’atmosphère.

Cette grandeur, comprise entre 0 et 1, définit la capacité de l’atmosphère à réfléchir une fraction du rayonnement solaire (une valeur de 1 correspond à une réflexion de 100 % du rayonnement). La solution la plus fréquemment envisagée pour augmenter l’albédo est le recours à des substances chimiques susceptibles d’engendrer la formation d’aérosols dans la stratosphère.

Paul Josef Crutzen, chimiste et météorologue néerlandais, prix Nobel de chimie 1995, est un des scientifiques à avoir modélisé le pouvoir réfléchissant des particules dans l’atmosphère en analysant notamment les conséquences de l’éruption volcanique du Mont Pinatubo en 1991.

A la suite de cette éruption, 10 millions de tonnes de soufre, sous forme de dioxyde de soufre (SO2), furent rejetées dans la stratosphère au niveau des tropiques. La transformation du SO2 en particules de sulfates sous forme d’aérosols entraîna dans l’année qui suivit une baisse de la température moyenne de 0,5° C à la surface de la Terre.

Solution de court-terme

Agir sur la composition de l’atmosphère pour lutter contre le réchauffement climatique est un sujet qui divise la communauté scientifique en raison des incertitudes et des risques d’une telle approche ; ses implications sociales, politiques et éthiques sont nombreuses.

Cette idée pourrait séduire une partie minoritaire de la classe politique et de l’opinion américaines qui estime que la lutte contre les émissions de gaz à effet de serre (GES) est un combat superflu et qu’il faut essayer de trouver des solutions alternatives. Cette vision à court terme permet de s’exonérer de la remise en question profonde des modes de production et de consommation qu’exige la lutte contre le réchauffement climatique.

En tout état de cause, la mise en oeuvre de la géo-ingénierie n’aurait qu’un effet limité dans le temps, et n’agirait en aucune façon sur les causes du réchauffement climatique. Par ailleurs, elle ne permettrait pas de lutter contre des impacts multiples du changement climatique tels que l’acidification des océans, la destruction des coraux...

En comparaison des investissements nécessaires pour agir sur les causes du réchauffement climatique qui s’élèvent à plusieurs centaines de milliards d’euros à l’échelle de la planète, la géo-ingénierie nécessiterait des budgets beaucoup plus modestes (quelques dizaines de milliards d’après ses partisans) ce qui peut la rendre plus attractive de prime abord.

Essais en milieux ouverts

David Keith (1), professeur de physique appliquée au sein de l’école d’ingénierie et de sciences appliquées d’Harvard (SEAS) est un des partisans de l’intensification des recherches sur ce qu’il a baptisé le « solar radiation management ». Pour l’instant ses travaux sur le sujet se sont limités à des modélisations informatiques et à des tests dans des chambres d’expérimentation à partir de dioxyde de soufre.

Ses essais ont montré les effets induits par différents aérosols sur la transmission du rayonnement solaire dans l’atmosphère ; en revanche, à cette échelle réduite, ils n’ont pas permis de mettre en évidence les interactions nombreuses entre les différents composés chimiques de l’atmosphère, leur évolution sous l’effet du rayonnement solaire, et plus généralement les phénomènes complexes qui gouvernent la physico-chimie de l’atmosphère.

L’équipe de chercheurs du SEAS est désormais prête à passer à des expérimentations en milieu ouvert dans des espaces délimités. L’objectif est de mieux comprendre les phénomènes et les risques en jeu afin d’apporter des éléments objectifs dans le débat politique.

David Keith a conscience de la controverse créée par ces essais et affirme que les risques d’une expérimentation limitée dans l’espace sont infimes (en particulier la destruction possible de l’ozone). Dans une interview accordée au Washington Post le 9 février, David Keith ose un parallèle hasardeux : « Un pot d’échappement de voiture est une solution technologique permettant de traiter le bruit du moteur, et nous n’avons pas de problème avec les pots d’échappement... ».

Jane Long, ex-directrice du « Center for Global Strategic Research » de Lawrence Livermore National Laboratory et co-présidente de la task-force géo-ingénierie au sein du Bipartisan Policy Center estime que des essais sur une distance de l’ordre de mille kilomètres permettraient de progresser dans la compréhension des phénomènes sans poser de risques particuliers.

Risques non évalués et problème éthique

Dans le même article du Washington Post, plusieurs scientifiques expriment leur crainte de voir la géo-ingénierie placée sur le même plan que d’autres démarches scientifiques de lutte contre le changement climatique. Ils évoquent des risques de cette technique qui n’ont pas fait l’objet d’études sérieuses : destruction de l’ozone stratosphérique, modification de la couleur du ciel, difficultés nouvelles posées aux astronomes, effets imprévisibles du refroidissement de certaines zones de la Terre sur le cycle des moussons avec des conséquences graves sur l’agriculture...

Suite à la publication du rapport de l’Académie des Sciences, le think-tank « Resources For the Future » a organisé un débat public à Washington le 24 février. L’Amiral David Titley, fondateur du Centre de recherche sur les risques climatiques de l’Université de Pennsylvanie et membre du comité de rédaction du rapport, en a résumé les principales conclusions :

Avant d’envisager toute solution nouvelle et aléatoire, les auteurs du rapport rappellent que la priorité absolue est d’agir sur les causes du réchauffement climatique et d’intensifier la recherche sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre et sur les mesures d’adaptation au changement climatique. En l’état actuel des connaissances sur la géo-ingénierie, son efficacité n’a pas été démontrée et les risques associés n’ont pas été évalués. L’Académie des Sciences préconise donc de ne pas déployer à grande échelle ce type de technologie.

Outre l’insuffisance de connaissances scientifiques, la géo-ingénierie soulève de nombreuses questions politiques, légales et éthiques. David Titley entrevoit la géo-ingénierie comme une solution ultime que certains Etats pourraient être tentés d’utiliser pour faire face à un scénario catastrophe de chaos climatique. Afin d’être préparée à une telle éventualité et ne pas subir des initiatives incontrôlées d’organisations privées ou d’états peu scrupuleux, l’Académie des Sciences estime que des recherches sur le sujet doivent être poursuivies mais suggère que celles-ci s’inscrivent dans les programmes existants sans dotation budgétaire nouvelle.

Bart Gordon, ancien représentant au Congrès et ex-président du Comité pour la science, l’espace et la technologie, a proposé que le président Obama crée une task-force inter-agences pour faire l’inventaire des recherches fédérales effectuées dans ce domaine.

Dans l’éventualité d’une mise en oeuvre de ces technologies, le point fondamental concerne le modèle de gouvernance de ces initiatives à l’échelle internationale ; celui-ci n’existe pas et reste à inventer. Compte tenu de la complexité des négociations internationales, il est peu probable que ce processus aboutisse. Les Etats pourraient à minima s’accorder sur une exigence de transparence et un partage des connaissances sur les activités qu’ils conduisent dans ce domaine.

Le fait que les plus hautes autorités scientifiques américaines aient rouvert le dossier de la géoingénierie est l’aveu d’une certaine impuissance à agir sur les causes du réchauffement climatique ; dans le contexte politique actuel aux Etats-Unis, c’est un signal défavorable envoyé aux partisans d’un effort accru dans ce domaine.

Note

1 - Professeur David Keith, Harvard University : Adjusting Earth’s thermostat, with caution

Reporterre fait peau neuve Reporterre Reporterre 2015/03/10 Reporterre (10 mars 2015) Reporterre fait peau neuve. Reporterre. Édito — fr

Reporterre fait peau neuve

Des mois qu’on y travaillait, obstinément, à travers le flot incessant de l’actualité : une nouvelle maquette ! Bon, on l’aimait bien, notre peau de jeunesse, sa pelouse d’été (que de débats sur cette herbe sèche !), sa dominante vert foncé, ses colonnes rigides… mais comme beaucoup d’entre vous, on savait qu’il fallait un visuel renouvelé, un site plus pratique, une meilleure mise en valeur du boulot fou que l’équipe fournit pour vous informer au quotidien sur l’actualité de l’écologie.

Alors, avec l’aide d’Elise Aubry, Corinne Veron-Durand, Julien Villalard, on y est parvenu : voici notre nouvelle maquette ! Plus de clarté, les enquêtes et les grands reportages qui resteront plus longtemps en Une, les photos et les dessins mieux valorisés, et plus d’aisance pour vos recherches dans la formidable base de données que constituent nos anciens articles.

Changement d’échelle, changement de maquette

Plus que modeste comparée aux géants de la presse dominante, notre équipe a doublé en un an : trois journalistes permanents dont le rédacteur en chef, un chargé d’édition et une chargée de développement, une quinzaine de journalistes collaborant régulièrement.

Les visites n’ont cessé de croître : plus de vingt mille par jour. Et vous êtes de plus en plus nombreux à nous relayer sur les réseaux sociaux. Merci. C’est un super coup de pouce pour faire connaître notre travail.

Même ambition

Reporterre a su séduire par sa richesse et son originalité, par sa rigueur et par son ton. Nous poursuivons avec les rubriques que vous connaissez bien : enquêtes, reportages, infos, tribunes, alternatives, livres ou événements « à découvrir » et « une minute, une question ».

Reporterre reste l’unique quotidien de l’écologie sur la scène de la presse. C’est votre quotidien !

Et pour continuer et grandir, nous avons besoin de vous, de vos dons. Merci et à bientôt – tous les jours !

De Hiroshima à Fukushima Reporterre 2015/03/10 (10 mars 2015) De Hiroshima à Fukushima. Reporterre. Monde fr

De Hiroshima à Fukushima

De Hiroshima à Fukushima. Le combat du Docteur Hida face aux ravages dissimulés du nucléaire, de Marc Petitjean.

Le 11 mars 2011, soixante-six ans après Hiroshima et Nagasaki, le Japon a connu une terrible catastrophe nucléaire – et immédiatement, comme en 1945, les mécanismes du secret et de la désinformation se sont mis en place.

Face au silence complice des politiques et des industriels, une frêle silhouette presque centenaire s’est dressée : le docteur Shuntaro Hida, médecin présent en 1945 à Hiroshima dans les heures qui ont suivi l’explosion atomique.

Témoin direct des effets redoutables de l’irradiation externe puis, au cours des années qui ont suivi, médecin des victimes de la contamination interne (les particules radioactives que l’on ingère ou inhale), le Dr Hida s’est battu toute sa vie pour faire reconnaître les ravages de l’atome et les droits des victimes.

Le cinéaste Marc Petitjean, qui l’avait déjà suivi en 2005 pour son film Blessures atomiques, est retourné le voir en 2012. À travers son histoire, il nous fait découvrir l’ampleur du mensonge atomique, depuis Hiroshima – les victimes utilisées comme des cobayes, le secret-défense opposé à toute investigation… – jusqu’à Fukushima : les seuils d’alerte manipulés, et les déchets radioactifs disséminés…

Ce témoignage puissant nous ouvre les yeux sur la réalité accablante de sept décennies de nucléaire militaire et civil au Japon.

- De Hiroshima à Fukushima. Le combat du Dr Hida face aux ravages dissimulés du nucléaire, Marc Petitjean, Ed. Albin Michel, 192 p, 16 €.

A la Ferme du Patureau, on emprunte la voie douce vers la radicalité Emmanuel Daniel (Reporterre) Reporterre 2015/03/10 Emmanuel Daniel (Reporterre) (10 mars 2015) A la Ferme du Patureau, on emprunte la voie douce vers la radicalité. Reporterre. Agriculture fr

A la Ferme du Patureau, on emprunte la voie douce vers la radicalité

Pour ses jeunes visiteurs, la Ferme du Patureau fait souvent office de porte d’entrée dans le monde alternatif. Ils viennent en Dordogne apprendre à faire pousser des légumes, et repartent avec une expérience de la simplicité volontaire dans un collectif.

Ils viennent de Lituanie, d’Italie ou du Canada pour mettre les mains dans la terre et apprendre à parler français. Avant de poser les pieds à la ferme du Patureau, la plupart ne connaissaient de la paysannerie que ce qu’ils en avaient vu à la télévision.

C’est donc à un dépaysement complet, en plein coeur de la Dordogne, que Geneviève et Erick invitent ces voyageurs majoritairement jeunes et urbains. A leur arrivée, ils découvrent une propriété de quatre hectares, deux bâtiments de bois, une maisonnette et un corps de ferme dominé par un pigeonnier qui donne à la bâtisse des airs d’église sans clocher.

Le site internet donne une idée claire du mode de vie des résidents : « La Ferme du Patureau fonctionne sur un principe d’économie des ressources qui ne va pas jusqu’à l’austérité mais peut néanmoins sembler surprenant voire compliqué à vivre pour les personnes qui n’y sont pas habituées : l’eau froide est à utiliser avec parcimonie, l’eau chaude est en quantité limitée, le seul point chaud en hiver est la cuisine, aucune nourriture n’est jetée et tous les restes sont réutilisés, il n’y a pas de réfrigérateur, les seuls fruits et légumes consommés sont locaux et de saison (à l’exception des agrumes et bananes en hiver), il y a parfois de la bière mais pas tous les jours, la connexion Internet se partage avec les autres personnes, la voiture est utilisée le moins possible, etc… ».

Il y a six ans que Geneviève et Erick ont jeté leur dévolu sur cette ferme, propriété du père de Geneviève. Ces quarantenaires, « conscients d’être les marionnettes tristes et consentantes du théâtre consumériste », décident « de faire un pas de côté quitte à prendre le risque de la précarité ». Pour ce faire, Geneviève a quitté son emploi pour s’occuper de « faire pousser des légumes ».

Dès le départ, le couple cherche « comment habiter un endroit et le faire vivre en toute liberté, sans en être propriétaire ». Pour tenter de mettre leurs actes en cohérence avec leurs principes, avec une troisième personne, ils créent une association qui rachète la ferme progressivement aux parents de Geneviève.

Mathieu, nomade aux habits bariolés, est un autre pilier du Patureau. Il navigue entre la ferme et d’autres lieux collectifs. « Comme tous les lieux dans lesquels je vis je m’y plais car on y œuvre dans la joie et la justesse. Ici les gens sont honnêtes avec eux-mêmes et humbles : il n’y a pas de bible, de projection, pas de dessein à accomplir ou de gouvernement à renverser, ce n’est pas ça qui nous anime. On se respecte en étant conscients de ce qui nous entoure et avec le sentiment d’en faire partie. On crée un monde au milieu du monde classique, on ne se dit pas qu’on est dehors, on navigue dans l’entre-deux ».

Le Figaro comme allume-feu

Malgré un mode de vie qui peut paraître radical pour les non-initiés, Geneviève et Erick ne se disent pas militants. Ils parlent souvent de dégagement en opposition à l’engagement, et préfèrent réduire les liens qui les relient encore au monde qu’ils dénoncent plutôt que de l’attaquer de front. « Je suis un peu dans la pensée magique, reconnaît Erick, petites lunettes rondes posées devant des yeux malicieux et longs cheveux réunis en une queue de cheval. J’ai tendance à croire que plus on est engagé, plus ça justifie la répression. Alors je ne veux pas rentrer dans la dialectique de la victime et du bourreau ».

« Vivre ici, ce n’est pas une décision politique mais une implication personnelle qui a eu des répercussions politiques. On ne cherchait pas la simplicité volontaire. On est allés vers quelque chose sans trop savoir et ça s’est fait tout seul, loin des discours militants », explique ce professeur d’histoire-géo. Lors de ma première visite au Patureau il y a six mois, Geneviève, dont l’apparence sévère tranche avec la décontraction d’Erick, m’expliquait sa façon de voir les choses : « On se demande simplement ce dont on a besoin, quand peu de choses sont indispensables, on passe moins de temps à courir ».

Cette philosophie se vérifie bien sûr dans leur manière de consommer, mais aussi de s’informer. Au Patureau, on ne trouve pas de télé, et le matin, France Inter sert de bruit de fond distrayant pendant les discussions. Erick récupère le Figaro auprès de sa famille mais le journal est utilisé pour allumer le feu. Néanmoins, une connexion internet et des visiteurs bien informés leur permettent de suivre sans le subir le flot de l’actualité et la dictature du buzz.

Ainsi, Erick et Geneviève ont dû attendre la venue de Kim, voyageur coréen, pour découvrir l’existence de Gangnam style, le clip le plus vu de l’histoire de l’internet. « Ici, j’ai l’impression qu’on vit dans un monde moins virtuel. On ne s’agite pas dans le fictif comme l’écrit Céline », compare Erick, jamais à cours de citations ou de références.

Et si les visiteurs sont parfois décontenancés en arrivant, ils s’accommodent bien de ce mode de vie. Ainsi, le Dormitoire (nom du dortoir) n’est pas chauffé et très mal isolé. En théorie, pendant l’hiver, la ferme n’accueille donc personne car les résidents refusent d’y installer un chauffage électrique. Néanmoins, Kim a insisté pour venir en connaissance de cause. Cet urbain vivant à Séoul dit « que c’était pire pendant son service militaire » et raconte que ça lui « rappelle la vie chez sa grand mère à la campagne ».

Un autre venu d’Angleterre confirme : « Si vous êtes un urbain comme moi, vous y trouverez une différence dans le mode de vie qui est très saine aussi bien pour le corps que pour l’esprit ».

Apprentissage du collectif

Mais le plus surprenant pour des jeunes ayant grandi dans un environnement individualiste, c’est sûrement le caractère collectif de la vie sur place. Les repas sont pris en commun et à heures fixes et la vie de groupe y est intense. Entre les discussions au coin du poêle en hiver ou de la grande table en été, les jeux de cartes ou les parties de Mahjong, les balades près de la rivière, les soirées pizzas, les apéros, les projections de film, les séances de yoga ou de chorale... il est difficile de s’ennuyer. Erick invite constamment ses hôtes à profiter de son incroyable bibliothèque. Mais s’y installer relève de l’épreuve car on a l’impression de passer à côté d’une tranche de vie collective.

Liepa, jeune lituanienne d’une vingtaine d’années parle ainsi de son passage à la ferme : « Ce fut une expérience inoubliable. Pas seulement en ce qui concerne l’apprentissage de la langue, mais aussi dans les modes de vie écologiques et économique et le fait de toujours travailler comme une équipe organisée ». En effet, au-delà des travaux dans les champs, chacun se répartit les tâches du quotidien, notamment la préparation des repas (parfois pour une vingtaine de personnes !) et la vaisselle. Des relations qui lui ont fait se sentir « membre d’une grande famille ».

Geneviève chapeaute l’activité jardin, Mathieu complète en s’affairant aux travaux de constructions et de bricolage. C’est à son invitation que je suis venu la première fois l’été dernier pour participer à la construction d’une maisonnette en pneus, bambous et torchis ! En ce moment, c’est un chantier four à pain qui occupe les esprits et les corps. Chacun met ses talents, son temps, son énergie au service du collectif.

Pour Erick, qui rêvait depuis son adolescence d’une vie en communauté, ce mode de fonctionnement tombe sous le sens : « On n’arrive a faire les choses que si on est plusieurs. La fiction de l’individu est aliénante. On vit dans une société qui a besoin de professionnels pour tout car plus personne ne sait rien faire. Ici, on fait jouer les complémentarités. Moi pour l’instant j’amène de la thune », dit-il en rigolant. En effet, il a dû garder son activité de professeur pour pouvoir payer le remboursement de l’emprunt. Chaque mois, il donne ainsi 999 euros à l’association.

Le pari de la solidarité

Mais il supporte de plus en plus difficilement cette situation et son rôle d’enseignant qui « est là pour formater », qui sert « d’outil au service de l’idéologie dominante ». Mais pour l’instant, les marchés hebdomadaires qui rapportent 70 euros en moyenne ne permettent pas de rendre la ferme autonome financièrement et le contraignent à continuer.

Désormais, les résidents cherchent un nouvel équilibre et aimeraient qu’Erick puisse se consacrer à temps plein aux activités de l’association et quitter son travail : « Après cinq ans à rendre un service à la communauté globale, je ne vois plus pourquoi ce serait à Erick de porter seul la responsabilité du financement. En témoignant de ce qui se passe ici, je suis sûr que cela inspirera et motivera les soutiens. Si 1000 personnes donnaient 100 euros, ça nous encouragerait dans cette recherche créatrice d’alternatives et ainsi tous les membres de l’asso pourraient se consacrer pleinement à la vie du lieu », espère Mathieu.

La ferme du Patureau fait donc le pari de la solidarité. Ils invitent à adhérer à l’association afin de consolider ce projet et de lui donner une nouvelle dynamique. Ce lieu où j’ai séjourné deux fois m’a marqué par sa convivialité et son authenticité.

La vision non dogmatique de ses résidents et leur volonté de transmettre par les actes plus que par les discours font de la ferme du Patureau une douce voie vers la radicalité qui ouvre sur d’autres manières, simples et joyeuses, de vivre. Avec cet article, je soutiens à ma façon ce petit bout d’utopie en bordure de la Dronne.

Se libérer du nucléaire, l’espoir porté par le film de Jean-Paul Jaud Baptiste Giraud (Reporterre) Reporterre 2015/03/11 Baptiste Giraud (Reporterre) (11 mars 2015) Se libérer du nucléaire, l’espoir porté par le film de Jean-Paul Jaud. Reporterre. Culture et idées fr

Se libérer du nucléaire, l’espoir porté par le film de Jean-Paul Jaud

Des rives de la Gironde à Fukushima en passant par le Danemark, le cinéaste Jean-Paul Jaud montre des enfants, leurs rapports à la nature et à l’énergie électrique. Ce beau film, qui sort aujourd’hui et dont Reporterre est partenaire, est mis en musique par ses protagonistes, et suggère un lien mondial entre les nouvelles générations pour concevoir une autre gestion de l’énergie.

- Libres !est projeté les 12 et 13 mars 2016 au Puy-en-Velay, et le 15 mars à Nice. Voir détails ici

Cela fait quatre ans, ce mercredi 11 mars 2015, que la centrale de Fukushima a subi un séisme et un tsunami entraînant une catastrophe sanitaire et écologique. Et c’est la date qu’a choisie Jean-Paul Jaud pour la sortie de son nouveau film, Libres !

« Libres ! » ? Quelle drôle d’exclamation en ce jour anniversaire, direz-vous. En matière d’énergie, le nucléaire évoque plutôt le contraire. Les accidents nucléaires sont une menace qui nous dépasse et que nous avons du mal à nous représenter. Invisible, imprévisible, incontrôlable.

- Voir la bande-annonce du film

Qu’est-ce qui lui prend donc, à ce réalisateur, de nous faire voir des enfants beaux, souriants, bien portants, insouciants ? Eux pour qui liberté pourrait davantage sonner comme facilité d’accès à l’énergie électrique.

Cette bande d’enfants que filme Jean-Paul Jaud participe à un stage « nature et musique » dans le sud de la Charente-Maritime, tout près de la Gironde. « Apprendre à aimer la nature et à la protéger passe par une expérience sensible et émotionnelle, joyeuse et ludique au contact des éléments naturels ». Mais la voilà bientôt embarquée dans une sensibilisation aux dangers du nucléaire : regardez la centrale du Blayais qui est si proche, et prenez conscience de ce qu’il se passerait si un accident survenait. Une menace abstraite et imprécise.

Mais nous voilà emmené au Japon, dans la région de Fukushima, où les enfants ont appris de la pire des manières ce qu’est un accident nucléaire, contraints à fuir la zone contaminée par la radioactivité. « Dans ma vie, jusque-là, tout me semblait aller de soi, je n’avais pas eu besoin de réfléchir. Mais quand je me suis retrouvé dans le refuge, je me suis rendu compte combien auparavant ma vie avait été heureuse », raconte un de ces réfugiés.

Variation sur la liberté

Une des séquences fortes du film montre le quotidien du dernier habitant resté dans la zone contaminée, Naoto Matsumura : « On m’a dit que j’ai été irradié de l’intérieur, je suis le champion des irradiés », raconte-t-il. « Quand il y a eu le séisme et que tout le monde est parti se réfugier, ma mère se sentait déjà très faible. Elle voulait rester ici, on ne pouvait tout de même pas la laisser seule ici. Tout le monde est parti se réfugier en abandonnant les chiens sans même défaire leur laisse. Alors moi j’ai donné à manger aux chiens d’à côté. Et alors tous les autres chiens se sont mis à aboyer. Ils étaient encore tous attachés avec la laisse. J’ai dit : je vais rester ici tout seul pour les nourrir. Je ne pensais pas que ça pouvait durer trois ou cinq ans. »

Que peut faire l’humain, à son échelle, face à ces monstres de technique, de science, de puissance et de dangerosité ? « Pour donner une idée des dégâts provoqués par un accident nucléaire, on ne peut que faire un rapprochement avec les dévastations causées par une grande guerre, vraiment c’est la seule comparaison pertinente », explique dans le film Naoto Kan, premier ministre du Japon au moment de la catastrophe (la totalité de son entretien avec Hervé Kempf, filmé par Jean-Paul Jaud, est disponible sur Reporterre).

Quelle place pour l’homme, la technique, et la nature ? Voilà la question que pose le film, en y apportant sa réponse : la liberté, notre liberté à tous les êtres humains.

D’Ellul à Bookchin, en passant par Castoriadis, Gorz ou Moscovici, la pensée écologiste n’a cessé de se demander comment développer la liberté humaine au sein de la nature. Et le constat a peu varié : la technique peut permettre la liberté, mais aussi devenir une chaîne. D’où la nécessité de débattre des choix technologiques, de politiser la technique.

Apprendre la liberté

« On a longtemps cru que la liberté était proportionnée à un affranchissement de la nature. Mais non, nous en devenons esclaves, nous sommes aliénés par ce que nous produisons », affirmait Nicolas Hulot à la sortie d’une projection presse du film.

Retrouver cette liberté perdue sur le plan technologique est à portée de main, comme le montre le film avec l’expérience de l’île de Samso au Danemark, devenue indépendante énergétiquement.

Mais la liberté s’apprend, comme la musique que jouent les enfants et qui rythme le film. « Jouer ensemble c’est apprendre à écouter et respecter l’autre dans le projet d’une œuvre commune, se sentir lié et interdépendant les uns avec les autres ».

Si ce beau film n’est ni un cours de musique ni un cours d’énergie, espérons qu’il donne l’envie d’apprendre, de pratiquer et de débattre de l’un comme de l’autre.

Les clowns ne font plus rire la police Emilie Massemin (Reporterre) Reporterre 2015/03/11 Emilie Massemin (Reporterre) (11 mars 2015) Les clowns ne font plus rire la police. Reporterre. Sivens fr

Les clowns ne font plus rire la police

Ça ne rigole plus ! Accusé d’avoir lancé des pierres à deux policiers, ce qu’il nie vigoureusement, le clown Charlie a été condamné en novembre dernier à six mois de prison dont quatre avec sursis. Il est rejugé ce mercredi à la Cour d’appel de Toulouse. Loufoques, insolents et non-violents, les clowns activistes deviennent des cibles pour les forces de... l’ordre (ou du désordre, selon certains clowns).

Le 1er novembre 2014 à Toulouse, Charlie (pseudonyme), clown activiste, se joint avec des amis de la Brigade activiste des clowns (BAC) à une manifestation en hommage à Rémi Fraisse, décédé le 26 octobre au Testet. Ils tentent de désamorcer les tensions par l’humour. « Nous disons aux gendarmes mobiles placés en ligne de ne pas s’inquiéter, nous imitons leurs postures. Faire le clown devant les gendarmes mobiles, ça calme beaucoup de monde, explique-t-il. A un moment, une fleur est lancée en direction de les policiers. Je la leur tends, mais aucun d’eux n’en veut. »

La manœuvre clownesque est classique. Dans les manifestations, les clowns « jouent un rôle de tampon, lorsqu’ils se placent entre les cordons de police et les manifestants. Dans ces no man’s land, normalement interdits, il est assez remarquable de voir que les clowns, parce qu’ils ont un nez rouge, sont souvent tolérés par les policiers, moins indulgents par rapport aux manifestants. Les clowns, tout en se moquant des forces de l’ordre, parviennent à faire baisser les tensions et à endiguer souvent l’escalade de la violence », explique l’altermondialiste Amaury Ghijselings dans une interview sur l’artivisme.

« Comme je n’ai rien fait, je ne prends pas mes jambes à mon cou »

Mais quelques instants plus tard, place Wilson, la situation se dégrade. « Ça pète de partout. Des zonards balancent des trucs et insultent les policiers. Des lacrymogènes tapent sur les façades des immeubles. C’est une scène très oppressante, se souvient Charlie. Des gens se mettent à courir, je ne comprends pas pourquoi. Je vois des gars en sweater avec des casques, des boucliers et des matraques. Comme je n’ai rien fait, je ne prends pas mes jambes à mon cou. Quand je me retourne, ils sont déjà sur moi. (...) Ils me mettent les menottes et m’embarquent jusqu’au camion. »

Accusé d’avoir lancé des pierres à deux policiers, Charlie est placé en garde à vue. « Je suis entendu à plusieurs reprises dont une fois en confrontation, sans mon avocate. Je dis toujours que je n’ai rien fait, mais les policiers déclarent que je mens. » Jugé en comparution immédiate le 3 novembre, il est condamné à six mois de prison dont quatre avec sursis et à 100 € de dédommagements pour chaque policier, pour « violence avec arme sur personne dépositaire de l’autorité publique », « refus de prélèvement biologique » et « outrage ».

« Il fallait condamner des personnes »

Son avocate, Me Claire Dujardin, n’est pas étonnée par cette condamnation sur la base des seuls témoignages de quatre représentants des forces de l’ordre : « Cela arrive souvent dans des affaires de violences policières, d’outrage et de rébellion. Les policiers jouent sur le fait que leurs procès-verbaux font foi jusqu’à preuve du contraire. Or, en comparution immédiate, la personne accusée n’a pas le temps de se défendre et d’apporter des éléments contraires. On est sur des dossiers complètement à charge. »

Cette peine est à replacer dans un contexte de tension maximale, après le drame de Sivens. « De nombreux médias étaient présents, des policiers étaient campés devant le Palais de Justice. Il fallait condamner des personnes pour montrer qu’on ne pouvait tolérer un trouble à l’ordre public en plein centre-ville. »

« Les clowns apaisent les tensions »

Charlie fait immédiatement appel. Un nouveau procès a lieu ce mercredi à 14 h, à la Cour d’appel de Toulouse. « Je vais plaider la relaxe, indique Me Dujardin. Je vais souligner que nous n’avons que les témoignages policiers et pas de preuves concrètes sur la participation de Charlie à ces violences. L’autre axe de défense est d’expliquer aux magistrats que les clowns activistes interviennent pour apaiser les tensions, dénoncer l’absurdité de certaines situations et faire du lien entre les gens, grâce à des actions non-violentes antinomiques avec les faits reprochés à Charlie. »

Verdict dans un mois environ. En attendant, les amis de Charlie créent un site Internet, Liberté de rire, et lancent une souscription pour l’aider à payer ses frais de justice.

C’est la première fois qu’un clown écope d’une peine aussi lourde. Mais d’autres activistes au nez rouge ont également eu affaire à la justice, ces dernières années. Le 27 octobre 2014 à Albi, Manon (vidéo, témoignage à 0’24") et Catherine sont embarquées et accusées d’avoir frappé deux policiers, alors qu’elles s’enlacent lors d’une manifestation en hommage à Rémi Fraisse. Le 13 févier 2014, des clowns sont jugés pour « détournement de l’armée au profit de l’ennemi » (sic) et relaxés, après avoir organisé une farce au siège de la Sofema, une entreprise d’armement.

Clandestine Insurgent Rebel Clown Army

Cette répression policière pour faits de violences interroge. Car si l’on se plonge dans les origines du mouvement clownesque, on s’aperçoit qu’en dépit de son vocabulaire belliqueux, il est fondamentalement non-violent. La Clandestine Insurgent Rebel Clown Army (CIRCA) est née en 2003, quand des clowns « clandestins, insurgés et rebelles » décident de protester contre la guerre en Irak à l’occasion d’une visite du président des Etats-Unis, George W. Bush, en Grande-Bretagne.

Son objectif, détaillé dans son manifeste, est clair : « Ridiculiser le pouvoir pour mieux le combattre ». Son mode d’action l’est tout autant : imiter, amplifier, parodier pour ridiculiser, de manière 100 % non-violente. Ses cibles favorites ? La police et l’armée, mais aussi « toutes les choses sur lesquelles on a des choses à dire. En tant que clown, on peut être partout », insiste Charlie. Gaz de schiste, McDonald’s, pollution de la Seine, vente d’armes... nul n’est épargné par la BAC.

Concrètement, comment agissent-ils ? Dans un texte fondateur publié en 2005, « Faire la guerre avec amour », John Jordan, alias Kolonel Klepto, donne un exemple d’opération menée par des « quinze ’clownbattants’ de la CIRCA, vêtus de pied en cap de tenues de combat rehaussées d’une fourrure verte et rose, coiffés de passoires en acier étincelant » au centre de recrutement des forces armées de Leeds : « Des ballons en forme de saucisses géantes hululaient à travers la pièce, des modèles réduits d’aéroplanes remplis de sorbet faisaient des loopings au-dessus des bureaux de la Royal Air Force, un clown rampait sur le sol en époussetant les bottes des soldats avec un plumeau, tandis qu’un autre lisait à voix haute le dernier communiqué de la CIRCA, qui détaillait l’absurdité de la passation du pouvoir en Irak, annonçant l’occupation de Leeds par la CIRCA et l’établissement de l’Autorité Provisoire des Clowns. »

Cette tradition loufoque et parodique ne s’est pas perdue. Entre autres actions, en juin 2014, la Brigade activiste des clowns investit le salon de l’armement Eurosatory, à Villepinte. Une dizaine de clowns « reporters de guerre » entreprennent de couvrir l’événement. Armés de faux micros et de fausses caméras, ils essaient d’interviewer les vendeurs d’armes et leurs demandent s’ils ont conscience que les conflits lointains se préparent ici. Les réactions des personnes parodiées sont variables, raconte un clown qui souhaite conserver l’anonymat. Certains se justifient, d’autres sont agressives, d’autres enfin se prennent au jeu et décident de rigoler avec les activistes.

- Voir la vidéo Eurosatory 2014

« Le mime permet de faire passer des messages, confirme Baptiste Camille (pseudonyme), clown lui aussi. Quand les gens voient trois militaires dans une gare, ils ont peur. Quand ils nous perçoivent juste derrière eux, armés d’énormes pistolets à eau, en train de les imiter, ils se marrent puis se posent des questions. » En faisant de la police et de l’armée les principales cibles de leurs pitreries, les clowns s’attaquent en outre à la question de la hiérarchie, qu’ils refusent de reproduire dans leurs rangs. « Chez les clowns, il n’y a pas de chef. On part du principe qu’il faut apprendre à décider ensemble avec humilité, dérision et lâcher-prise. »

Seulement, le climat se tend pour les nez rouges. Si la répression policière n’entame pas la détermination des troupes clownesques, elle attaque tout de même leur moral. « Maintenant, j’ai peur d’aller à une manifestation et de me refaire choper, confie Charlie. Mais je n’ai pas du tout arrêté d’être activiste clown. Depuis mon arrestation, je suis déjà ressorti avec mon nez rouge vendre de l’amour à la Saint-Valentin. Pour moi, c’est le meilleur outil pour faire passer mes messages. »

Transition énergétique : on continue à patauger Clara Griot (Reporterre) Reporterre 2015/03/11 Clara Griot (Reporterre) (11 mars 2015) Transition énergétique : on continue à patauger. Reporterre. Énergie fr

Transition énergétique : on continue à patauger

Le marathon de loi de transition énergétique reprend mardi 19. Après le recul sur le nucléaire imposé par le Sénat, la commission mixte paritaire n’était pas parvenu le 10 mars à trouver un compromis. Le texte va être rediscuté cette semaine à l’Assemblée nationale.

Examiné en procédure accélérée, l’Assemblée nationale avait adopté, à l’automne 2014, le projet de loi sur la transition énergétique. Il s’agissait de « définir les objectifs communs pour réussir la transition énergétique, renforcer l’indépendance énergétique de la France et lutter contre le changement climatique ». Le texte prévoyait une réduction de la consommation énergétique, un plafonnement du nucléaire et un développement de l’usage des énergies renouvelables.

En février, c’est une loi tronquée de ses grands objectifs énergétiques que le Sénat avait voté.

Première divergence, le nucléaire. L’Assemblée avait fixé une réduction de 75 % à 50 % de la part de l’électricité d’origine nucléaire pour 2025. Le Sénat a supprimé cette échéance, définissant la réduction comme un objectif à atteindre "à terme", sans date butoir.

Par ailleurs, les sénateurs ont fixé le plafonnement du parc nucléaire français à un niveau supérieur à celui voté par les députés : cela permettrait l’ouverture du réacteur EPR de Flamanville en 2017, sans entraîner la fermeture de certains des cinquante-huit réacteurs déjà existants, dont celui de Fessenheim. Une décision contraire aux objectifs de Ségolène Royal, qui affirmait lundi sur BFM TV que l’ouverture de l’EPR s’accompagnerait de la fermeture de la centrale du Haut-Rhin.

Dernier point de discorde, l’énergie éolienne. En octobre, le texte voté par les députés indiquait qu’aucune éolienne ne pourrait être construire à moins de 500 mètres des habitations. Les sénateurs ont doublé cette distance, pour la porter à un kilomètre. Ce choix menace le dévéloppement de l’éolien, 90% des projets se plaçant sous la barre des mille mètres, selon le Syndicat des énergies renouvelables.

Mardi soir, les sept députés et les sept sénateurs composant la commission mixte entre les deux assemblées ont donc échoué à trouver un compromis. Cet échec reflète la différence politique entre les deux chambres, l’Assemblées étant dominée par le PS et le Sénat par l’UMP.

Prochaine discussion au Parlement : en mai ou en juin

La loi devra donc repasser en deuxième lecture devant les parlementaires. Cependant, on ne sait pas encore sur quel texte se baseront les nouveaux votes. Pour Anne Bringault, coordinatrice des Acteurs en transition énergétique, il serait plus rapide de reprendre les débats à partir du texte du Sénat. Malgré les mauvais points en terme d’énergie nucléaire ou éolienne, il contient de nombreux amendements positifs quant à la rénovation des bâtiments les plus énergivores ou le développement des modes de transport collaboratifs.

Le Parlement aura donc choisi un retour à la case départ, pour une deuxième tentative d’adoption en mai ou en juin.

Une bonne action pour le climat : cibler les banques qui financent des projets émetteurs de CO2 Patrick Piro (Politis) Reporterre 2015/03/12 Patrick Piro (Politis) (12 mars 2015) Une bonne action pour le climat : cibler les banques qui financent des projets émetteurs de CO2. Reporterre. Économie fr

Une bonne action pour le climat : cibler les banques qui financent des projets émetteurs de CO2

Les banques investissent massivement dans le secteur du charbon, l’énergie fossile la plus émettrice de CO2. Une campagne citoyenne est lancée pour faire pression sur les banques et cesser ces investissements destructeurs.

« Cher Monsieur Bonnafé, les Amis de la Terre vous souhaitent une très bonne année, en espérant que, pour “la banque d’un monde qui change”, 2015 soit l’année du changement ! » Ce courrier adressé au directeur général de BNP Paribas rappelle à ce dernier que son établissement a financé depuis 2005, directement ou non, pour plus de 15 milliards d’euros de projets dans le secteur du charbon, l’énergie fossile la plus émettrice de CO2.

Alors que l’on espère la signature d’un accord historique sur la limitation du réchauffement climatique lors du sommet de Paris, en décembre prochain, l’association écologiste demande à la banque de prendre ses responsabilités. Et de s’engager publiquement à renoncer au financement des projets charbonniers (centrales et infrastructures liées) de Plomin C (Croatie), du Waterberg (Afrique du Sud) et de l’énorme bassin de Galilee (Australie).

Le Crédit agricole a lui aussi droit à sa missive personnalisée : « “Le bon sens a de l’avenir” si l’avenir est sans énergies fossiles ! » Pour 2015, les Amis de la Terre appellent la banque à lâcher les mêmes dossiers que BNP Paribas, ainsi que les centrales à charbon de Batang (Indonésie) et de Rampal (Bangladesh).

Les clients de ces établissements, avec ceux de la Société générale et de la BPCE, seront bientôt invités à adresser des vœux similaires aux dirigeants. Cette campagne pourrait s’accentuer à l’automne, avec un appel à quitter sa banque si celle-ci fait la sourde oreille.

Situation alarmante

Car la situation est alarmante, révèle Bank Track, réseau international d’observatoires bancaires citoyens, dans son dernier rapport sur la ruée des banques dans le secteur charbonnier. La houille, aux réserves encore abondantes (ce n’est pas le cas du pétrole et du gaz naturel), attire fortement les investissements.

De 2005 – année d’entrée en vigueur du protocole de Kyoto sur la limitation des émissions de gaz à effet de serre – à 2014, les 92 principales banques de commerce dans le monde ont investi plus de 373 milliards d’euros dans cette industrie, un quadruplement depuis le début de cette période !

Les vingt banques les plus gourmandes totalisent les trois quarts de ces placements ou prêts, et Bank Track se plaît à mettre en regard leurs ronflants credo « pro-environnement ».

BNP Paribas pointe au 9e rang avec près de 16 milliards d’euros d’engagements, le Crédit agricole au 20e rang avec plus de 7 milliards d’euros. La Société générale, troisième larron français de ce palmarès, apparaît derrière avec quelque 6 milliards d’euros investis. Même si les banques chinoises remportent la palme du dynamisme, les Françaises ne sont pas en reste : elles ont multiplié par deux leurs placements charbonniers entre 2005 et 2013.

Briser l’opacité

Les associations se battent depuis des années pour briser l’opacité de cette finance climaticide. Si les banques ont l’obligation de faire état de leurs émissions de gaz à effet de serre, le périmètre des activités concernées s’arrête au chauffage des locaux et au transport des salariés : une infime fraction du CO2 généré par leurs investissements, de l’ordre d’un millième seulement !

Les Amis de la Terre avaient tenté de calculer, en 2010, « l’intensité CO2 » de chaque euro déposé par un client dans sa banque. Méritoire mais incomplet, tant l’exercice est rendu délicat par le manque de transparence.

« Nous demandons depuis des années que les banques soient tenues de publier l’intégralité des émissions qu’elles induisent », rappelle Lucie Pinson, des Amis de la Terre. En queue du palmarès 2010 de l’association, le Crédit agricole s’y soumet désormais volontairement, « mais sa méthodologie est biaisée de manière à parvenir à un résultat flatteur », relève-t-elle.

Un guide méthodologique d’estimation des émissions de gaz à effet de serre adapté au secteur financier a cependant été rendu public en décembre dernier à l’initiative, entre autres, de la Caisse des dépôts. Hélas, déplorent les Amis de la Terre, il comporte encore des failles béantes puisqu’il ne considère pas l’émission d’actions et d’obligations, lesquels représentent parfois près de la moitié des soutiens bancaires au secteur du charbon.

La pression médiatique et la mobilisation citoyenne restent encore les moyens de pression les plus efficaces. La campagne menée depuis des mois par les Amis de la Terre, Attac et Bizi a ainsi contribué au retrait de la Société générale, début décembre, du plan de financement du gigantesque complexe australien Alpha Coal.

Dans les pays du Sud, les paysans subissent déjà les effets du changement climatique Emilie Massemin (Reporterre) Reporterre 2015/03/12 Emilie Massemin (Reporterre) (12 mars 2015) Dans les pays du Sud, les paysans subissent déjà les effets du changement climatique. Reporterre. Entretien — Climat fr

Dans les pays du Sud, les paysans subissent déjà les effets du changement climatique

Le changement climatique, une fatalité pour l’agriculture ? Pas tout à fait. Du Brésil au Sénégal, de la Tunisie à la Birmanie, six porteurs de projets racontent à Reporterre comment ils aident les paysans de leurs pays à trouver des solutions efficaces et durables face à ce grand bouleversement. Paroles d’espoir.

Chaque année, l’organisation CCFD Terre solidaire invite à Paris des représentants des partenaires avec lesquelles elle travaille dans les pays du sud. Une occasion unique d’un tour du monde des effets du changement climatique sur les paysans, mais aussi des moyens de s’y adapter.

Au Sénégal, le changement climatique bouleverse la pluviométrie et fait monter le niveau de la mer

Landing Badji travaille à la FONGS (Fédération des ONG du Sénégal) - Action paysanne. Il vit en Casamance.

« Au Sénégal, la culture dominante est le riz. Viennent ensuite le mil, le maïs, les haricots et le manioc. On trouve aussi de l’arboriculture et du maraîchage, de l’élevage et de la pêche.

La changement climatique se manifeste par un bouleversement de la pluviométrie. Normalement, la pluie tombe à partir de fin juin, début juillet. Mais l’an dernier, elle n’est tombée que pendant la deuxième quinzaine d’août. Cela a complètement bouleversé le cycle des cultures. Certains agriculteurs ont tout perdu.

Dans ma région du sud de la Casamance, la montée du niveau de la mer avale les terres cultivables. Nous avons désormais plus de terres salées que de rizières, et nous perdons des poissons et même l’eau potable devient difficile à trouver. La FONGS a récemment interpellé le ministre de l’Agriculture sénégalais, qui a promis la réhabilitation des barrages d’Affiniam et de Guidel.

Nos terres sont malades des pesticides et des engrais. Les rizières ne sont plus rentables parce que ces produits chimiques ont tué les vers et appauvri les sols. Nous sommes victimes de maladies qui n’existaient pas avant.

La FONGS mène aussi des opérations de sensibilisation sur l’agroécologie. Nous apprenons aux agriculteurs à fabriquer du compost. Nous avons ouvert un magasin de fumier, où des animateurs expliquent aux femmes comment utiliser cet engrais bio. Nous avons noué des partenariats avec des instituts de recherche sénégalais en agronomie parce que nous voulons qu’ils nous accompagnent dans cette suppression progressive des produits chimiques. »

En Afrique, la saison sèche dure plus longtemps

Stéphane Loroux est chargé d’analyse des politiques de développement et du plaidoyer à Inades Formation International. Cette ONG est présente dans dix pays d’Afrique de l’ouest et d’Afrique centrale : Burkina, Burundi, Cameroun, République démocratique du Congo, Côte d’Ivoire, Kenya, Rwanda, Tanzanie, Tchad et Togo.

« Certains pays, comme le Tchad et le Burkina, ont un profil sahélien de savane et de forêts clairsemées. On y cultive la noix de cajou, le mil, le sorgho, le maïs et un peu de riz. Le pastoralisme est très développé. Ce modèle d’agriculture familiale et respectueuse de l’environnement se base sur le lien étroit qui existe entre la famille et la terre qu’elle cultive.

Dans ces pays, le changement climatique provoque un allongement de la saison sèche. Cela entraîne un manque d’eau et un décalage dans le cycle des cultures. Certaines variétés de mil et de manioc, à cycle long, disparaissent.

Inades Formation aide les agriculteurs à s’adapter au changement climatique en modifiant leurs techniques culturales. Nous leur apprenons à mieux caler les cycles de récoltes, en favorisant des espèces à cycle court. Nous travaillons aussi sur la question de la maîtrise de l’eau. En Ouganda et au Kenya, nous formons les agriculteurs à la rainfall gauge, une technique traditionnelle de mesure de la quantité d’eau dans le sol, pour savoir à quel moment enfouir les semences dans le sol. Au Burkina, nous participons à la plantation de haies pour lutter contre l’avancée du désert et mieux retenir l’eau dans le sol.

En Afrique de l’Ouest, la forêt se transforme peu à peu en savane à cause des activités humaines et de l’avancée du désert. A Inades, nous plaidons pour un changement des cadres législatifs pour que l’agriculture familiale soit favorisée comme moyen de lutte contre ce phénomène.

En effet, si le gouvernement continue à promouvoir une agriculture intensive, cela va favoriser la déforestation et la pluviométrie va en prend un coup, avec des conséquences sur l’environnement et la sécurité alimentaire. Nous luttons aussi contre l’accaparement des terres et les OGM. Parce que sans terres, sans semences de qualité, il n’y a pas d’agriculture. »

En Tunisie, des acacias pour s’adapter

Sarah Toumi est fondatrice du programme Acacias for All

« Dans les régions de Sfax et Madhia, on trouve surtout des exploitations familiales d’oliviers et d’amandiers. Le problème, c’est que ces monocultures accentuent la sécheresse et la désertification. Le phénomène s’est amplifié depuis les années 2000, avec des étés de plus en plus chauds et des périodes de pluie de plus en plus courtes. Mon grand-père, un riche agriculteur, a été contraint d’arrêter ses cultures de blé, puis son activité de maraîchage. Tous ses amandiers sont morts.

En 2006, lors d’un voyage au Soudan, mon père a découvert la culture d’acacias qui permet d’arrêter le désert et de produire de la gomme arabique, une denrée assez chère. J’ai ensuite appris que cette culture avait été pratiquée en Tunisie, avant de disparaître dans les années 1960 suite à des programmes de déforestation et d’intensification de l’agriculture.

J’ai lancé le programme Acacias for All en 2012, avec le soutien de la coopérative de femmes de Bir-Salah. Nous avons planté mille acacias la première année, cinq mille la suivante. Nous avons aussi lancé des programmes de formation en agriculture biologique, agro-écologie et permaculture, avec le soutien d’instituts locaux.

En 2015, nous avons pour objectif de planter cinquante mille arbres et de former cinquante agriculteurs. Notre projet est open-source (libre accès), c’est-à-dire que des personnes intéressées peuvent me contacter pour que je les aide à dupliquer ce projet dans d’autres pays concernés par la désertification, comme le Maroc, l’Égypte ou la Libye.

Ce projet a été difficile à mettre en place. Au début, les agriculteurs ne voulaient pas en entendre parler et pensaient que la solution à leurs problèmes se trouvait dans les engrais chimiques et l’intensification. Mais après la révolution en 2012, en plein chaos politique et social, ils ont pris conscience que cet ancien système ne fonctionnait plus et qu’ils devaient en changer pour survivre. »

En Palestine, des pluies jamais vues auparavant

Fakhoury Thaer est responsable du développement des coopératives de l’Arabic Center for Agricultural Development (ACAD), en Palestine.

« En Cisjordanie, les agriculteurs cultivent des légumes comme la tomate, les concombres et les choux, ainsi que des céréales et des fraises. Jéricho est très connu pour ses dattes et ses bananes. Le nord de la région, très chaud en été, est particulièrement propice à la culture de la vigne et du blé, mais aussi des légumes, des agrumes et des arbres fruitiers.

La Palestine est naturellement fertile, on peut y planter n’importe quoi. On surnomme le plateau de Marj Ibn Amer le « panier alimentaire de la Palestine » ; il pourrait nourrir tout le Moyen-Orient s’il était cultivé en bonne et due forme.

Mais ces trois dernières années, les hivers sont plus froids. Nous avons connu des chutes de grêle inhabituelles qui ont abîmé les cultures sensibles comme les épinards. L’an dernier, la ville de Tulkarem en Cisjordanie a été inondée à cause de pluies très fortes, que nous n’avions jamais connues avant. Les cultures et les serres ont été entièrement détruites et il y a même eu des victimes humaines. Cela a causé des millions d’euros de pertes.

Nous apportons un soutien administratif et financier aux agriculteurs palestiniens et nous menons des campagnes de sensibilisation sur la sauvegarde de l’agriculture en cas de conditions météorologiques défavorables : fortes chaleurs, pluie, verglas et neige.

Mais le premier obstacle à l’agriculture palestinienne reste politique. Les Israéliens détruisent les puits qu’on tente de construire en Cisjordanie. Ils ont construit des usines chimiques dans les régions de Tulkarem et de Qalqilya, dont les fumées toxiques empoisonnent les champs, les animaux et les habitants. »

Au Brésil, l’eau se fait rare

Ana Paula da Silva travaille au Brésil dans l’organisation ASPTA

« Dans ma région très sèche de Borborema, on trouve surtout une agriculture familiale de subsistance basée sur le maïs, les haricots noirs et blancs et la salade verte. Nous cultivons aussi du fourrage pour les animaux.

Les pluies se font de plus en plus rares. Avant, nous avions des pluies irrégulières mais très fortes de janvier à juin, qui nous permettaient de récolter beaucoup d’eau dans des citernes. Puis, de juillet à septembre, les pluies étaient quotidiennes mais beaucoup plus faibles. Mais l’an dernier, il n’a plu que de mai à juillet et nous n’avons pas pu remplir les réservoirs.

Nous construisons des citernes pour l’eau potable et des citernes pour l’irrigation, grâce aux subventions du gouvernement fédéral. Nous formons ensuite les agriculteurs à la manutention et à la bonne utilisation de ces citernes. Nous les aidons à tirer profit des réserves d’eau naturelles que sont les barilos, trous dans la terre construits par les anciens, et les réservoirs de pierre qui se sont naturellement formés dans la montagne grâce à l’érosion.

Nous organisons également des animations, des activités avec les femmes et les jeunes, pour les inciter à élever des animaux adaptés à notre climat, à reboiser et à planter des variétés adaptées. Nous travaillons plus particulièrement avec les femmes parce que, dans ce pays où le machisme prédomine, nous voulons mettre en valeur leurs savoir-faire, les rendre autonomes et les sortir de leur isolement. »

En Birmanie, il y a davantage de tempêtes

Ye-Lynn Htoon, coordinateur de programmes au siège de Metta Development Foundation

« Sur les hauteurs, les agriculteurs birmans cultivent la pomme de terre. Dans les plaines, on trouve des fruits plus exotiques comme la papaye et différents types de légumes.

Tout le monde est affecté par le changement climatique. En montagne, les températures se sont modifiées. Il y a davantage de tempêtes. Nous connaissons des périodes de pluie très irrégulières, qui ne correspondent plus aux saisons. En octobre dernier, nous avons eu de fortes pluies inhabituelles qui se sont poursuivies jusqu’en novembre.

Tout les agriculteurs doivent s’adapter mais c’est difficile. Pour les aider, la Metta Development Foundation a mis sur pied un programme d’école de terrain pour les fermiers. A ce jour, nous avons formé cinq cents paysans.

Nous leur expliquons comment exploiter toutes les sources d’eau propices à la culture de certaines variétés locales, et comment réussir à mettre à profit pour l’irrigation les fortes pluies irrégulières ; mais aussi, à quel moment planter en fonction de la pluie, et comment harmoniser les plannings de culture au sein du village.

De nombreux agriculteurs utilisaient beaucoup de pesticides. Nous les aidons à réduire leur consommation et à produire des herbicides naturels à base de plantes. Un de nos élèves a ainsi vu revenir des poissons dans ses rizières, qui ont constitué une nouvelle source de nourriture pour sa famille.

Nous les regroupons pour qu’ils puissent échanger leurs expériences. C’est très important parce que souvent, les agriculteurs, sceptiques, ne veulent pas changer leurs pratiques. Mais s’ils voient que les techniques que nous leur proposons ont marché chez leur voisin, ils sont davantage convaincus. »

- Propos recueillis par Emilie Massemin

Le gouvernement flanque un coup de massue à l’agriculture biologique Stéphanie Pageot et Denez L’Hostis Reporterre 2015/03/12 Stéphanie Pageot et Denez L’Hostis (12 mars 2015) Le gouvernement flanque un coup de massue à l’agriculture biologique. Reporterre. Tribune — Agriculture fr

Le gouvernement flanque un coup de massue à l’agriculture biologique

Malgré ses discours en faveur de l’agriculture biologique, le ministre de l’Agriculture vient de décider une coupe claire dans les aides à celle-ci. Alors qu’elle rend services à l’intérêt général - en ne polluant pas - et crée de nombreux emplois.

Stéphanie Pageot et Denez L’Hostis

Actualisation le 17 mars 2015 : Le gouvernement est revenu en arrière et annonce le maintien des aides concernées cette année

Alors qu’en mai 2013, le ministre de l’Agriculture annonçait son programme « Ambition bio » avec l’objectif de doubler les surfaces cultivées en France selon les méthodes de l’agriculture biologique d’ici 2017 (passer de 1 à 2 millions d’hectares, soit de 4 à 8 % de la surface agricole utile), l’annonce par arrêté du 7 mars 15 d’une réduction de 25 % des aides au maintien pour les producteurs bio est vécue comme une injustice flagrante et une incohérence totale avec les ambitions.

Pourquoi ?

Parce que cela signifie d’abord que le ministère ne croyait pas en la réussite de son plan puisqu’il n’a pas prévu de budget suffisant alors que nous avions prévenu, dès 2012, des risques de dépassement budgétaire.

Deuxièmement, parce que l’agriculture biologique est le système le plus abouti de l’agro-écologie, chère à Stéphane Le Foll, et qu’il aurait dû la soutenir avant toute chose.

Enfin, parce que dans un système agricole malheureusement basé sur les aides d’une Politique Agricole Commune insuffisamment liée à l’environnement, il est indispensable de remettre un minimum de sens collectif à ces aides payées par les contribuables européens.

L’agriculture biologiques rend des services d’intérêt général

Ces aides au maintien que nous appelons, nous, producteurs bio et défenseurs de l’environnement, « aides à la reconnaissance des services environnementaux », permettent de rémunérer les services que nous rendons dans l’intérêt général, à savoir la protection de l’eau des pollutions diffuses (pas de pesticides, pas d’engrais azotés de synthèse), la protection de la biodiversité cultivée et sauvage, l’entretien et le développement des infrastructures écologiques (haies, fossés, mares, prairies permanentes…), la protection du citoyen de la pollution de l’air par les pesticides, la création d’emplois (+ 60% en bio) et enfin la fourniture de produits sains…

Il faut donc garantir ces aides, les budgéter et les promouvoir pour qu’elles accompagnent les producteurs dans leur conversion à la bio et dans leurs recherche de démarches de progrès permanentes vers plus de cohérence économique, écologique et sociale (fermes certifiées bio).

Nous demandons donc au gouvernement de trouver une solution à la problématique budgétaire qu’il a créé lui-même, pour redonner de la cohérence aux politiques publiques, pour faire de la prévention et pour réduire les coûts environnementaux des pollutions agricoles (54 milliards d’euros de coûts pour la dépollution de l’eau) et 120 milliards de coûts, selon par une étude de la commission européenne sur les perturbateurs endocriniens causés par les pesticides).

Nous appelons les citoyens à se mobiliser pour une nouvelle agriculture.

Au Brésil, des paysannes se sont attaqué aux arbres transgéniques Elisabeth Schneiter (Reporterre) Reporterre 2015/03/12 Elisabeth Schneiter (Reporterre) (12 mars 2015) Au Brésil, des paysannes se sont attaqué aux arbres transgéniques. Reporterre. OGM fr

Au Brésil, des paysannes se sont attaqué aux arbres transgéniques

Jeudi 5 mars, mille femmes du Mouvement des travailleurs ruraux sans terre (MST), munies de bâtons et de couteaux, ont détruit des milliers de plants d’eucalyptus transgéniques dans l’État de Sao Paulo, au Brésil. Des vidéo montrent leur action.

Venues des États de São Paulo, Rio de Janeiro and Minas Gerais, elles ont envahi le site de FuturaGene technology Brazil, une filiale de Suzano Timber Corp, dans la municipalité de Itapetininga, à 170 km de São Paulo. On peut les voir, sur une vidéo diffusée sur le site du MST (ci-dessous), le visage masqué par un foulard, casser et détruire les boutures dans les serres de l’entreprise.

Le même matin environ 300 paysans réunis par La Via Campesina ont fait irruption dans la réunion de la Commission technique nationale de biosécurité du Brésil (CTN Bio), réunie pour discuter de la plantation de trois nouvelles variétés de plantes transgéniques, dont des eucalyptus génétiquement modifiés présentés par Suzano. La réunion a été interrompue et les décisions ont été reportées à avril.

30 % de la nourriture contaminée

Ces actions se sont déroulées la semaine dernière, dans le cadre de la Journée nationale de lutte des femmes de la campagne. Il s’agissait de dénoncer les dangers pour l’environnement de la plantation d’eucalyptus transgénique, que pourrait décider CTN Bio.

Atiliana Brunetto, membre de MST rappelle que « le principe de précaution est toujours ignoré par CTN Bio, dont pour une grande majorité, les membres sont en conflit d’intérêt. Et, même si l’espèce transgénique a une productivité de 20 % supérieure à la traditionnelle, elle entraîne un usage accru de pesticides or, dit-elle, le Brésil est le plus grand consommateur de pesticides de monde depuis 2009. Un récent sondage réalisé par l’Université de Brasilia a constaté que, dans le meilleur des cas, 30 % de la nourriture consommée par les Brésiliens est contaminée par des pesticides. »

La direction de Suzano/Futura Gene déplore la destruction des plants et d’études qui durent depuis quatorze ans, et attaque les femmes qui ont participé à l’action pour dommages à la propriété privée. Mais, pour Atiliana Brunetto, « le plus important est que nous avons réussi à porter le débat dans la société ! »

Dans le Lot-et-Garonne, le projet de Center Parcs accueilli comme « le veau d’or » est vivement critiqué par le Conseil économique et social Baptiste Giraud (Reporterre) Reporterre 2015/03/13 Baptiste Giraud (Reporterre) (13 mars 2015) Dans le Lot-et-Garonne, le projet de Center Parcs accueilli comme « le veau d’or » est vivement critiqué par le Conseil économique et social. Reporterre. Enquête — Grands projets inutiles fr

Dans le Lot-et-Garonne, le projet de Center Parcs accueilli comme « le veau d’or » est vivement critiqué par le Conseil économique et social

Le Conseil Général du Lot-et-Garonne et Pierre & Vacances annoncent la création d’un nouveau Center Parcs, avec force « retombées économiques ». Les élus sont unanimes pour soutenir le projet. Mais des voix commencent à remettre en cause les chiffres mirobolants avancés par le groupe et soulignent l’aberration écologique d’un tel parc. Et en mars, le Conseil économique et social régional a publié un avis très critique du projet.

Le 16 décembre, le Conseil général du Lot-et-Garonne et la direction de Pierre & Vacances ont rendu public le site choisi pour l’implantation d’un nouveau Center Parcs. Il s’agit d’un ensemble de 127 hectares, principalement couvert de forêt, à cheval sur les communes de Pindères et de Beauziac, dans les Landes de Gascogne, près de Casteljaloux. Les travaux ne doivent pas commencer avant 2017, pour une ouverture prévue en 2019. Le projet a jusqu’à présent été porté à l’unisson par tous les élus du département. Quant aux habitants, ils se réjouissent des « retombées économiques » annoncées.

Dans le département, on parle de l’arrivée de Pierre & Vacances depuis 2011. Si des discussions ont lieu depuis cette époque entre Jean-Michel Klotz, directeur général développement de Pierre & Vacances, et Pierre Camani, président du Conseil général du Lot-et-Garonne et sénateur socialiste, ce n’est que fin avril dernier, qu’une conférence de presse les officialise : un Center Parcs doit être construit dans le département. L’annonce s’appuie alors sur de nombreux chiffres, issus de la communication de Pierre & Vacances et regroupés dans le diaporama présenté au Conseil général le jour de la conférence de presse.

Chiffres magiques

Depuis cette date, les déclarations d’élus et de responsables de l’entreprise se fondent systématiquement sur certains de ces chiffres, assénés sans l’ombre d’un doute : « Un investissement de 170 millions d’euros », « (environ) 300 emplois directs » créés ainsi que « 250 à 500 emplois locaux pendant les travaux », « 1,3 million d’euros de retombées fiscales » et « 5 millions d’euros de retombées économiques » par an.

- Gérard brémond, PDG de Pierre et Vacances -

Seule une chose parait alors incertaine : le lieu d’implantation du centre. Le calendrier de Pierre & Vacances prévoit six mois pour en décider. Les candidatures se multiplient, atteignant la dizaine. Chaque maire cherche à séduire Pierre & Vacances, voyant dans l’arrivée d’un tel projet un vecteur de richesse et de développement. « C’est le sujet du siècle pour notre communauté de communes ! » déclare par exemple Michel Ponthoreau, maire de Fargues-sur-Ourbise (Sud Ouest, 5 mai 2014).

Une compétition bien entretenue par la presse locale, qui en fait un feuilleton. « Casteljaloux : Center Parcs s’invite au conseil » (2/05), « Projet Center Parcs en Lot-et-Garonne : les communes fignolent leurs dossiers » (5/05), « Center Parcs en Lot-et-Garonne : six communes en lice » (7/05), « Déjà sept candidats » (13/05), « Center Parcs : ‘Si le meilleur des sites n’est pas à vendre, on fait quoi ?’ » (21/05), « Center Parcs : une dizaine de dossiers déposés » (11/06), « Center Parcs en Lot-et-Garonne : s’il n’en restait qu’un » (10/09). Soit sept articles à propos du choix de l’emplacement, sur le seul site web du quotidien Sud Ouest.

De son côté, Pierre & Vacances fait le tri en fonction de son « cahier des charges ». Le site doit d’abord être facile d’accès en voiture : moins d’une demi-heure de trajet depuis un échangeur autoroutier, et des routes pouvant supporter un trafic de 400 voitures par jour. Mais il faut surtout un lieu à la fois aménageable (120 hectares plats, dont 39 000 m² constructibles, « de préférence propriété de collectivités territoriales ») et « naturel » (« espace à dominante boisé », « site de qualité », et « absence de contraintes environnementales sensibles telles que Natura 2000, zones humides […] »).

"Choix stratégique" du Conseil Général

Finalement, mi-décembre, le choix du domaine du Papetier, sur les communes de Pindères et Beauziac, est rendu public. Il s’agit de 127 hectares de forêt appartenant à trois particuliers et servant surtout, aujourd’hui, de réserve de chasse.

Raymond Girardi, président communiste de la Communauté de communes des Coteaux et Landes de Gascogne ainsi que vice-président du Conseil général chargé de l’agriculture, de la forêt et de l’environnement, s’est particulièrement impliqué dans ce projet. « Nous prenons de plus en plus conscience de la vocation touristique de notre département, l’arrivée du Center Parcs conforte cette orientation à laquelle il faut donner de l’ampleur parce qu’elle est porteuse d’emplois, de développement économique », déclare-t-il au Républicain (25 décembre 2014).

Tout est dit. Développer le tourisme pour créer des emplois. Cela correspond au « choix stratégique » du Conseil général présidé par le socialiste Pierre Camani. Il s’agit de profiter de la proximité des grandes métropoles que sont Bordeaux et Toulouse (la « zone de chalandise » selon le vocabulaire des entrepreneurs). Le projet de Center Parcs vient par exemple s’ajouter au parc d’attraction Walibi (1992) ainsi qu’à la Résidence du Lac ouverte en 2003 à Monflanquin par… Pierre & Vacances.

Et la petite ville de Casteljaloux (un peu moins de 5 000 habitants) est déjà bien équipée en ce qui concerne l’accueil de touristes. Outre la station thermale spécialisée dans la rhumatologie, elle possède une piscine olympique de 50m, ainsi que, sur le site de Clarens, un lac de baignade, un casino et un golf 18 trous !

- Sur la zone du projet de Center Parcs à Roybon -

Si le projet aboutissait, il faudrait donc y ajouter une « bulle Aquamundo », espace aquatique chauffé reproduisant une atmosphère « tropicale », ainsi que 400 « cottages », des habitations de 40 à 90 m² en bois – achetées par des particuliers qui en confient la gestion à Pierre & Vacances, bénéficiant au passage d’une niche fiscale.

Voté à l’unanimité

Pour cela, un partenariat entre l’entreprise et les collectivités locales doit être mis en place. En effet, une société d’économie mixte (SEM) sera prochainement créée, comprenant Conseil régional, Conseil général, Caisse des dépôts et consignations, Communauté de communes des Coteaux et Landes de Gascogne, et organismes bancaires. Cette SEM a pour vocation de devenir propriétaire des bâtiments de loisirs et services. Pierre & Vacances en serait locataire, signant un bail sur vingt ans.

Dans le même temps, ce partenariat prévoit l’achat par le Conseil général du Lot-et-Garonne de 45 des 127 hectares du site, pour 900 000 euros (soit 20 000 euros l’hectare), afin de « créer un espace naturel protégé au titre de la compensation environnementale qui sera accessible à la clientèle de Center Parcs, mais aussi à la population locale », d’après le président Camani, cité par Sud Ouest.

De plus, il investirait dans les travaux de voiries et réseaux pour 3 millions d’euros maximum. Au total, la participation des collectivités serait plafonnée à 35 millions d’euros. « Une opération blanche pour les collectivités au terme de ces deux décennies », selon Camani.

Réuni le 23 décembre, le Conseil général a voté à l’unanimité le choix du site et l’achat des 45 hectares. Les 15 élus de l’opposition (UMP, divers droite, centristes, et un sans étiquette) rejoignent donc entièrement la majorité socialiste sur ce projet. Pour Alain Merly, président UMP du groupe d’opposition, la construction d’un Center Parcs correspond pleinement à « l’intérêt du Lot-et-Garonne et des Lot-et-Garonnais » (cité par La Dépêche du Midi). Aucun écologiste ni membre de la gauche du PS ne fait partie de l’assemblée. Le débat ne peut donc avoir lieu qu’en-dehors de l’institution.

"Chantage à l’emploi et peinture verte"

C’est par un communiqué de presse, au même moment, que le Parti de Gauche (PG) du Lot-et-Garonne exprime sa vision des choses, demandant l’abandon du projet. Il dénonce le subventionnement par les collectivités du projet d’un groupe privé, « entreprise cotée en bourse ». Selon lui, les élus pratiquent le « chantage à l’emploi », alors que « les emplois promis se révèlent être partout ailleurs des emplois précaires, à temps partiels […], quand ça n’est pas des emplois subventionnés ou des stages ».

- Aqua mundo, l’attraction de Center Parcs -

Quant à l’aspect environnemental, le PG dénonce la communication « à grand renfort de peinture verte », tandis que le projet consiste à chauffer une serre aquatique « à 29 degrés, 365 jours (et nuits) par an ».

A côté de cela, aucune association écologiste ou environnementaliste ne s’est pour le moment prononcée. Les discussions au Conseil régional d’Aquitaine pourraient s’avérer plus animées, du fait des dix élus EELV.

Le département du Lot-et-Garonne possède déjà deux projets d’aménagement qui suscitent des oppositions : la LGV Bordeaux-Toulouse, et la zone industrielle de Sainte-Colombe-en-Bruilhois près d’Agen qui fait l’objet d’une Zad depuis peu. Faut-il pour autant assimiler ces différents projets ?

Peut-être pas si l’on suit Raymond Girardi : « Je me suis battu contre la LGV parce qu’elle bousillera 3000 ha sur un tronçon de 80 m de large sur 150 km, un saccage environnemental pour un gain de temps ridicule. Mais je soutiendrai ce projet de Center Parcs parce qu’il représente un enjeu déterminant pour l’avenir de notre secteur » (Le Républicain, 25 décembre).

Un "veau d’or" ?

Chez les habitants de Casteljaloux et ses environs, les voix discordantes sont très rares. Pour Christine Bento, une citoyenne qui a joint Reporterre, le Center Parcs est vu par beaucoup de gens comme « le veau d’or », devant apporter emplois et argent : « Ce qu’ils voient, c’est les emplois, 300 emplois ». Or rien ne prouve que le projet sera bénéfique sur le plan économique, puisqu’il « entrera directement en concurrence touristique dans un rayon de 6 km » avec les trois autres structures aquatiques (thermes, piscine et lac).

Aberration écologique aussi : « L’eau va devenir rare et chère et on s’autorise à en dépenser sans compter ». Le projet ne correspond donc ni aux « défis liés au changement climatique et à la crise du capitalisme », ni aux « attentes et besoins des citoyens ».

Jean-Pierre Marot, qui vit sur un terrain tout proche du site choisi, a le même point de vue. « Ils pensent que les gens qui viennent en vacances à Center Parcs vont aller faire leurs courses à Casteljaloux. Mais ils vont prendre un forfait tout compris une semaine et ils ne mettront pas le nez dehors », explique-t-il à Reporterre.

- En Isère, contre le Center Parcs de Roybon -

Il critique aussi le choix du lieu : « Je trouve scandaleux de détruire une forêt naturelle pour en faire une forêt artificielle, un site marécageux, avec des bois, très beau naturellement. On ne reconstruit pas la campagne à la campagne, qu’ils le fassent dans un lieu totalement artificiel. »

Il émet également des doutes sur l’achat des terres par le Conseil Général, qui doit se faire au prix de 2 euros le m² soit 20 000 euros l’hectare. « Personnellement, je suis sûr qu’il y a eu des dessous de table considérables. Le terrain vaut 1 000 euros l’hectare et pas 20 000. Y’a que du bois de merde dessus. » Lui possède vingt hectares, sans arbre, achetés 750 euros l’hectare. Mais il ne cherchera pas à empêcher les choses de se faire, ayant pris la décision de partir depuis longtemps déjà : « Ça ne me concerne plus, je suis trop vieux et je m’en vais ».

Etudes et concertation

Quoi qu’il en soit, le projet est loin d’aboutir. Les travaux ne commenceront pas avant 2017, pour une ouverture prévue en 2019. D’ici là, des études et concertations doivent avoir lieu, via notamment la mise en place d’un comité de suivi associant l’Etat, les collectivités, les associations environnementales et les acteurs socio-économiques locaux.

Un temps de préparation que les quelques opposants vont suivre avec attention, s’attendant à devoir fournir un « gros travail » de recherche et de vérification.

Actualisation : En mars 2015, le CESER (Conseil économique et social) a donné un avis critique sur ce projet de Center Parcs.

- Télécharger l’avis du CESER :

Les toits pourraient être le garde-manger de Paris INRA Reporterre 2015/03/13 INRA (13 mars 2015) Les toits pourraient être le garde-manger de Paris. Reporterre. Agriculture fr

Les toits pourraient être le garde-manger de Paris

La production de légumes sur toits s’amorce en France. Un projet de recherche innovant veut stimuler ce mouvement en concevant des substrats de culture utilisables sur les toits, à partir de matériaux issus du recyclage de déchets urbains. Et ça se passe à Paris.

La production de légumes sur toits, qui s’initie en France, interroge la recherche agronomique. En collaboration avec l’association Toits potagers, AgroParisTech et des unités INRA associées ont produit des références sur la conception de substrats de cultures issus de matériaux locaux.

Ce projet pilote vise à constituer et à tester des substrats de culture utilisables sur les toits, à partir de matériaux organiques locaux, issus du recyclage de déchets urbains. Afin de privilégier une économie circulaire, les chercheurs ont opté pour une utilisation de produits résiduaires organiques issus de l’activité urbaine. Parmi les critères de choix des matériaux, l’accent a porté sur leur proximité, leur disponibilité, leur accessibilité.

Objectif : comparer le comportement de trois matériaux dans le temps. Les comportements du compost de déchets verts, de marc de café inoculé de mycélium de pleurotes, du bois d’élagage et raméal fragmenté ont été analysés au cours d’une expérimentation de deux ans, lancée sur le site d’AgroParistech.

- Production de légumes sur toit. Le toit potager d’AgroParisTech et ses zones de culture. Délimitation de la zone T4P -

Les substrats innovants ont été constitués en « lasagnes » (lasagna-bed), consistant à superposer plusieurs couches de matériaux organiques, ceux riches en cellulose et en lignine (matériaux « bruns ») avec ceux riches en azote (matériaux « verts »). Ces substrats fertiles ont été comparés à un terreau horticole classique (témoin). Chaque bac de culture a été exposé à des conditions climatiques similaires, avec suivi des variables météorologiques locales.

Légume-feuille et légume-fruit

Les bacs ont été plantés en deux successions culturales de légume-feuilles (laitue, variété Batavia Florine) et de légume-fruits (tomate, variété SuperSweet 100 hybride F1) aux cycles de culture différents, valorisant différemment les substrats (exploration racinaire, besoin en éléments minéraux…) et susceptibles de recueillir à la surface de leur feuillage des éléments polluants.

L’objectif est de comparer les productions obtenues à partir des différents substrats, les évolutions physico-chimiques de ceux-ci et de mesurer les éventuels polluants (métaux lourds) issus des substrats ou de la pollution atmosphérique et qui pourraient se retrouver dans les produits récoltés.

Pour chaque substrat, des analyses physico-chimiques ont été faites avant la mise en culture, après la première culture et après le 2e cycle de la succession. Un engrais vert a été apporté dans tous les bacs après la 1re saison de culture.

Les indicateurs relevés sur les substrats sont les suivants : la hauteur pour mesurer l’affaissement (dû au tassement physique mais aussi à la perte de matière par absorption), la capacité de rétention en eau, le pH, la teneur en azote minéral, la minéralisation du carbone (estimation de l’activité microbiologique).

Le ver de terre dynamise l’azote

Il ressort de cette première expérimentation que les apports d’organismes exogènes (vers de terre, mycélium de pleurotes) favoriseraient une meilleure dynamique de minéralisation de l’azote. Les substrats composés de déchets de bois, de compost et de marc assemblés en couches permettent d’obtenir un meilleur rendement et sont plus durables dans le temps que les mélanges ou le terreau témoin.

Cette expérimentation lancée en 2012 demande à présent à être poursuivie pour recueillir des données agronomiques plus approfondies ainsi que des données pertinentes sur les risques de pollution atmosphérique pour des cultures conduites à proximité de trafic routier.

SOURCES : Garin Marie, Production et Innovation dans les systèmes de Production végétaux, Mémoire, INRA UMR SADAPT et Potagers sur les Toits, décembre 2012, 61 pages

Sivens : des journalistes de Reporterre portent plainte contre l’homme à la tronçonneuse Isabelle Rimbert (Reporterre) Reporterre 2015/03/13 Isabelle Rimbert (Reporterre) (13 mars 2015) Sivens : des journalistes de Reporterre portent plainte contre l’homme à la tronçonneuse. Reporterre. Sivens fr

Sivens : des journalistes de Reporterre portent plainte contre l’homme à la tronçonneuse

Pendant plusieurs jours, des partisans du barrage de Sivens ont pu bloquer les accès de la Zad du Testet et menacer les journalistes ou les zadistes. Ces actes ont été commis sous l’œil passif des gendarmes. Directement menacés, des journalistes de Reporterre ont porté plainte.

Les violences et tentatives d’intimidation de la part de pro-barrages à l’égard des opposants, ainsi qu’à l’égard de certains journalistes, n’ont fait qu’augmenter lors de la semaine précédant l’évacuation de la zone. Constitués en milices, ces personnes ont agi en dehors de toute légalité sans que quiconque n’ y trouve à redire, et ce depuis des mois. Comment dénoncer des exactions lorsqu’elles sont commises avec l’accord tacite et sous le nez de représentants de "l’Etat de droit" ?

Nous avons décidé de porter plainte contre l’homme à la tronçonneuse (que l’un d’entre nous a photographié), comme peuvent le faire toutes les personnes ayant subi violences, dégradations de biens, agressions physiques et harcèlement de la part des pro-barrages.

Rappelons les faits que nous avons déjà rapportés dans Reporterre.

Arrivés à trois journalistes près de la Zad du Testet, dans le Tarn, le jeudi 5 mars à 17 h, nous cherchions un point d’entrée afin d’accéder à la Zad, bouclée de toutes parts en cette semaine sous haute tension.

Au niveau de la Maison de la forêt de Sivens étaient postés trois fourgons de gendarmes mobiles contrôlant les accès. Les gendarmes nous ont fait signe d’arrêter le véhicule, puis ont demandé à voir les cartes de presse. Juste devant nous, autour d’un feu de camp, se trouvait une dizaine de pro-barrages, qui nous ont paru avinés. L’un d’eux était muni d’une tronçonneuse. Il s’est approché, a allumé l’engin et l’a brandi en nous invectivant, alors que ses collègues entouraient la voiture en s’esclaffant. A aucun moment, la tronçonneuse n’a été saisie par les forces de l’ordre, pourtant bien présents.

Un pro-barrage a ouvert le coffre de la voiture et s’est emparé du matériel de protection qui s’y trouvait (casque, lunettes), tandis qu’une autre personne ouvrait la portière arrière droite avec l’intention manifeste d’inspecter l’intérieur du véhicule.

S’en est suivie une discussion entre un gendarme et un agriculteur qui hurlait : "Ici c’est une zone de non droit, on fait ce qu’on veut". Ce à quoi le gendarme n’a rien répondu, et nous a rendu les affaires dérobées avant de nous laisser partir.

A quelques kilomètres, la route D999 croise une entrée de la Zad. Dans le champ desservi par la route, un face à face tendu opposait une centaine de pro-barrages armés de bâtons ou de barres de fer, et des zadistes surveillant une barricade. Entre les deux groupes se tenait un cordon de gendarmes.

Nous sommes restés un moment sur place, avant de devoir traverser le groupe de pro-barrages pour retourner vers la route. L’un d’eux a crié : "Prends-lui son appareil". Un très jeune homme muni d’une barre de fer a alors bondi sur moi et tenté d’attraper mon boitier. Je l’ai vivement repoussé, un de mes confrères est venu en renfort, et après une bousculade, nous avons pu quitter les lieux.

Cette scène s’est déroulée en présence et sous le regard de gendarmes postés à quelques mètres, qui n’ont pas fait un pas en ma direction pour éviter que l’agression ne dégénère. Au "check point" suivant, des voitures de gendarmerie ainsi que des véhicules de tourisme étaient garés des deux côtés de la route. Impossible de passer.

Nous avons arrêté la voiture, et c’est un pro-barrage qui a demandé à vérifier les papiers d’identité et les cartes de presse. Interloqués, nous avons refusé, et c’est finalement un gendarme qui a procédé au contrôle.

« Violences avec usage d’une arme sans ITT »

Le lundi 9 mars, mes deux confrères journalistes Gaspard Glanz et Louis Witter, ainsi que moi-même, avons déposé une plainte contre l’homme à la tronçonneuse à la gendarmerie de Gaillac, qualifiée juridiquement de "violences avec usage d’une arme sans ITT" (incapacité totale de travail). Elle sera transmise au procureur de la République au Tribunal de grande instance d’Albi.

- Le procès-verbal de dépôt de plainte :

Elle s’est vue menacée par des hommes armés de bâtons

Les infractions dont nous avons été témoins ne sont qu’une infime partie de ce qui s’est déroulé quotidiennement dans et aux alentours du périmètre de la Zad. En effet, le blocus de la zone décrété par les pro-barrages la semaine précédant l’évacuation (qui s’est déroulée vendredi 6 mars) a donné lieu à de nombreuses agressions envers des zadistes ou des sympathisants. Certaines ont abouti à un dépôt de plainte, portée par l’avocate Claire Dujardin.

Me Dujardin mentionne le cas de jeunes femmes retenues enfermées dans leurs voitures pendant plus d’une heure et menacées. Ou celui d’un homme blessé par les éclats d’une vitre de la voiture dans laquelle il se trouvait, cassée par des pro-barrages. Ou encore cette femme, au volant de son véhicule, poursuivie sur plusieurs kilomètres. Une fois rattrapée, elle s’est vue menacée par des hommes armés de bâtons, qui s’en s’ont pris aux vitres de sa voiture.

Une autre plainte pour séquestration est également en cours de dépôt : elle concerne les membres d’une famille riveraine de la Zad, très investis dans la lutte contre le barrage, empêchés de quitter leur domicile pendant quatre jours.

Enfin, le lendemain de l’expulsion, des opposants venus récupérer leur véhicule ont vu un camion benne aux plaques minéralogiques cachées sortir de la Zad, rempli d’affaires personnelles. Selon ces témoins, un groupe de pro-barrages a lancé au sol le contenu de la benne en un énorme tas avant d’y mettre le feu. Une des opposantes a alors pris des photos. Des gendarmes sont arrivés et un pro-barrage a crié : "C’est elle". Un gendarme dont le matricule a été relevé a alors tenté d’arracher son téléphone à la jeune femme qui s’est défendue. Elle a également décidé de porter l’affaire en justice.

« Ils ont commis des infractions en présence des gendarmes, restés passifs »

Pour Me Dujardin, "c’est comme si l’Etat avait abandonné une partie de son rôle pour laisser la place à des milices privées qui prétendent incarner l’ordre public. On constate l’absence de poursuites à l’endroit des pro-barrages pendant toute la semaine du blocus, bien qu’ils aient commis des infractions en présence des gendarmes, restés passifs. Dans cette affaire, il y a clairement deux poids, deux mesures : ces agriculteurs qui participaient à des attroupements n’ont pas fait l’objet d’interpellation. Personne ne leur a intimé l’ordre de se disperser, alors que le 6 mars, dix-sept opposants ont été interpellés pour ’participation à un attroupement malgré sommation de se disperser’. Pourtant, on est dans le cas de personnes qui habitent depuis plusieurs mois sur le site, ce qui questionne la notion même d’attroupement."

L’avocat du barreau de Toulouse poursuit : "Il ne faut pas laisser passer cela. L’Etat de droit est en danger lorsqu’on laisse des milices faire régner l’ordre en présence de gendarmes".

Me Dujardin conseille de signaler les infractions commises sous le regard de gendarmes ou policiers qui ne sont pas intervenus, auprès du défenseur des droits. Une des missions de celui-ci consiste à contrôler le respect de la déontologie de la sécurité par les forces de l’ordre.

La loi forêt menace la restauration des milieux naturels François de Beaulieu Reporterre 2015/03/13 François de Beaulieu (13 mars 2015) La loi forêt menace la restauration des milieux naturels. Reporterre. Tribune — Nature fr

La loi forêt menace la restauration des milieux naturels

Le nouveau code forestier veut renforcer le rôle économique de la forêt pour « relever le défi de la compétitivité ». Mais ses nouvelles dispositions vont rendre très difficile la restauration de milieux naturels dégradés par des boisements réalisés il y a une quarantaine d’années. Il faut corriger la loi.

La forêt occupe pratiquement 30 % du territoire français. L’Assemblée nationale a périodiquement donné des grandes orientations tant pour la gestion des forêts publiques que des forêts privées.

Ainsi, la loi du 4 décembre 1985 avait été largement modifiée par celle du 9 juillet 2001 qui était revenue sur de multiples dispositions présentes dans le Code forestier promulgué en 1827. Elle s’articulait autour d’objectifs économiques et sociaux mais introduisait aussi des notions de « gestion durable » traduisant de nombreux engagements internationaux pris par la France avec la Déclaration sur les forêts adoptée lors de la Conférence de Rio de 1992, puis lors de la conférence d’Helsinki de 1993 sur la protection des forêts en Europe.

La loi « verdissait » la forêt en insistant sur son rôle majeur dans la protection des sols, des équilibres climatiques et hydrologiques ainsi que des écosystèmes du pays et de la planète.

Mais la Loi d’avenir pour l’alimentation, l’agriculture et la forêt (LAAF) du 13 octobre 2014 vient de prendre un tournant en renforçant le rôle économique de la forêt pour « relever le défi de la compétitivité ». Parmi les nombreuses dispositions visant à encourager la production, il en est au moins une qui va interdire la restauration des milieux naturels perturbés par des plantations inadéquates.

- Dans les Monts d’Arée -

Reboiser la France

Pour bien en comprendre les spécificités, un rappel historique est nécessaire. Depuis la mise en place d’un Fonds forestier national en 1946, les propriétaires ont été encouragés à opérer des boisements au travers d’aides financières visant à regénérer une forêt en mauvais état et déficitaire en résineux mais aussi à « valoriser les terres incultes ».

À ceci près que beaucoup de ces terres incultes étaient souvent de précieux espaces naturels : zones humides et landes en particulier. La déprise sur les milieux inaptes à une agriculture qui se mécanisait et le règlement de successions qui offraient des terres de faible valeur marchande à des héritiers de plus en plus urbains conduisit à boiser n’importe où et n’importe comment.

Faute d’une amélioration suffisante de sols souvent pauvres et d’un entretien rigoureux, beaucoup de ces boisements sont peu productifs. Leur impact paysager est souvent fort et contribue à cloisonner les milieux. Dans sa volonté de reboiser la France, l’État se montrait généreux et peu regardant sur les excès, ne tentant au mieux que d’atténuer les impacts paysagers en conseillant des bordures moins rectilignes.

Une évolution positive brutalement freinée

Mais depuis la loi de 2001, l’administration avait la possibilité d’interdire le reboisement quand les plantations dans un site Natura 2000 avaient laissé des vestiges d’habitats considérés comme prioritaires (landes et prairies naturelles). Dans les parcelles où le boisement avait totalement supplanté la végétation antérieure, il n’était pas obligatoire de reboiser. On pouvait ainsi revenir à des milieux ouverts et réparer les excès des vieux programmes forestiers.

Or, les dispositions de l’article L341-6, modifié par la LAAF, rendent désormais la compensation obligatoire par boisement compensateur, ou par des travaux sylvicoles équivalents ou encore par paiement d’une indemnité s’il n’y a pas reboisement de la parcelle. Plus aucune dérogation n’est possible. Seuls les propriétaires de parcelles de moins de 2,5 ha sont libres d’agir à leur guise mais sont exclus de fait des aides publiques.

Par contre, les collectivités ne sont pas, elles, dispensées de compensation sous ce seuil. Ce qui signifie qu’un Conseil général ou le Conservatoire du littoral verront augmenter le coût de leurs opérations de restauration, quelle qu’en soit la surface.

Une menace sur les projets de restauration à venir

On peut citer deux exemples de grands ensembles paysagers remarquables où la restauration des milieux va être brutalement entravée. Les monts d’Arrée abritent le dernier grand ensemble significatif de landes atlantiques en France et a été désigné comme site Natura 2000 sur une surface de 10 700 hectares. Environ 10 % de cette surface est aujourd’hui enrésinée en épicéas de Sitka et pourrait faire l’objet de mesures de restauration.

Autre exemple, dans le marais poitevin où ce sont pour une large part les prairies naturelles qui ont motivé l’intégration de 68 000 hectares dans le périmètre de la zone Natura 2000. Durant les années 1980, l’abandon de l’élevage dans le « marais mouillé » a poussé les propriétaires à planter sur toute la surface de la parcelle et non plus le seul pourtour. Ces peupleraies atteignent aujourd’hui plus de 1 000 ha et l’obligation de les replanter s’appliquera pleinement là aussi. Il est probable que de nombreux sites un peu partout en France vont se trouver confrontés, un jour ou l’autre, à l’obligation de compenser.

Malheureusement, lors de la préparation et du vote de cette loi, personne au ministère de l’Écologie et au parlement n’a pressenti ces effets pervers et personne encore chez les gestionnaires d’espaces naturels ne semble avoir pris conscience du danger. Il est plus que temps que les collectivités et les associations saisissent les ministères concernés et les parlementaires pour qu’un correctif soit apporté au plus vite.

L’ombre des essais nucléaires plane sur la contestation du gaz de schiste en Algérie M’hamed Rebah (Reporterre) Reporterre 2015/03/14 M’hamed Rebah (Reporterre) (14 mars 2015) L’ombre des essais nucléaires plane sur la contestation du gaz de schiste en Algérie. Reporterre. Mines et Gaz de schiste fr

L’ombre des essais nucléaires plane sur la contestation du gaz de schiste en Algérie

A In Salah, dix jours après les affrontements, le calme est revenu, mais la mobilisation contre le gaz de schiste se poursuit. La mobilisation est alimentée par le traumatisme des essais nucléaires français effectués naguère dans le Sahara. Ils ont laissé dans la région des séquelles sanitaires et environnementales durables.

- Alger, correspondance

Plus de dix jours après les affrontements du samedi 28 février et dimanche 1er mars, les informations qui parviennent d’In Salah confirment à la fois le retour au calme et la poursuite du mouvement de contestation contre l’utilisation de la fracturation hydraulique.

Le 4 mars, un communiqué du ministère de la Défense nationale a annoncé que le Commandant de la 6e région militaire (Tamanrasset) s’est réuni à In Salah avec « les représentants de la société civile parmi les citoyens et les notables de la région » et leur a demandé « d’éviter toute forme de provocation ou d’affrontement avec les forces de maintien de l’ordre, de lever le sit-in pacifiquement et de laisser place au retour à la vie normale et ne pas entraver les activités quotidiennes de la population ».

Le Secrétaire adjoint américain au Commerce pour l’Industrie et l’analyse, Marcus D. Jadotte, qui était à Alger le 9 mars, a plaidé pour le gaz de schiste et a proposé l’expertise et la technologie des entreprises américaines pour l’exploration et l’exploitation des hydrocarbures non conventionnels en Algérie.

Mais visiblement ouverts au compromis qui conduirait à une solution consensuelle, mais toujours intraitables sur le refus de la fracturation hydraulique, les habitants d’In Salah ont maintenu leur dispositif de contestation sur la Place Somoud (Résistance). La journée du 8 mars a été l’occasion pour les femmes d’In Salah, présentes dans les actions de contestation depuis le début, de montrer une nouvelle fois leur mobilisation et l’enracinement en profondeur de ce mouvement.

On parle d’une « grande manifestation » samedi 14 mars à Ouargla organisée par le Comité populaire contre le gaz de schiste avec la participation de la Coordination nationale pour les libertés et la transition démocratique (CNLTD) et d’autres acteurs politiques. A In Salah, le mouvement de contestation tient à son caractère « sans parti » et à sa forme pacifique.

L’ombre des essais nucléaires français

Le mouvement de contestation engagé par la population d’In Salah contre l’exploration du gaz de schiste n’est pas un combat écologique classique, il est inspiré par une terrible frayeur face à l’impact redouté de la fracturation hydraulique sur la ressource en eau et l’environnement, donc sur la population.

La référence aux essais nucléaires français effectués dans les années soixante dans la région procède d’un réflexe automatique. En décembre 2012, quand Laurent Fabius avait révélé que des sociétés françaises allaient exploiter le gaz de schiste en Algérie, c’est à ce précédent que les Algériens ont pensé, car il s’agissait cette fois aussi, ont-ils compris, d’essais pour trouver une méthode qui se substituerait à la fracturation hydraulique pour exploiter le gaz de schiste.

A l’échelle du Sahara, les distances ne sont pas appréciées de la même manière qu’au nord du pays ; Reggane ou In Ekker, sites des essais nucléaires français, ne sont pas loin d’In Salah, où se trouvent les premiers puits d’exploration du gaz de schiste.

Les deux événements séparés par plus d’une cinquantaine d’années d’intervalle, paraissent également tout proches dans le temps jusqu’à se superposer dans l’esprit des gens d’In Salah.

Depuis quelques années, chaque mois de février, l’actualité en Algérie cède un espace aux explosions et expérimentations nucléaires effectuées par la France dans le Sahara algérien, sous domination coloniale, et inévitablement le débat porte sur leurs conséquences sur la population et sur l’environnement, toujours visibles. Les Algériens ont fini par prendre toute la mesure de cette catastrophe.

Conséquences encore présentes

L’an dernier, le débat a même été alimenté, en partie, par les informations que le quotidien Le Parisien a révélées en commentant une carte déclassifiée qui montre que les retombées radioactives ont été bien au-delà du désert où a eu lieu l’explosion de la bombe atomique, le 13 février 1960.

A certains endroits, a-t-on ainsi appris, les normes de sécurité ont été largement dépassées ; à Arak, près de Tamanrasset, l’eau a été fortement contaminée ; certains radioéléments éjectés par les explosions aériennes, tel l’iode 131 ou le césium 137, qui ont pu être inhalés par les populations, sont à l’origine de cancers ou de maladies cardio-vasculaires.

Un reportage diffusé, en février 2014, par la chaîne publique de la télévision algérienne, a montré des images insoutenables et rapporté des témoignages bouleversants de gens pauvres, handicapés et cobayes à vie d’expériences qui ne sont, dans leurs effets, pas terminées.

Les spécialistes algériens présents sur le plateau pour le débat qui a suivi le reportage, ont dressé un acte d’accusation contre ce qu’ils ont qualifié de « crime d’Etat, permanent », puisque ses effets se font encore sentir et continueront de se produire dans les années à venir.

L’indignation est d’autant plus vive que les archives françaises qui permettent de savoir ce qui s’est passé - combien d’explosions, où exactement, qui a été utilisé comme cobayes, où sont enfouis les déchets,… ? - restent inaccessibles.

En octobre 2013, un professeur français, spécialiste en médecine nucléaire et biophysique, le Pr Abraham Béhar, s’appuyant sur les différentes études réalisées sur le terrain a indiqué que les effets « sont à ce jour apparents sur la santé humaine et l’environnement », ajoutant que la population de la région souffre du cancer, notamment du sein chez les jeunes.

Selon l’APS qui avait rapporté cette information, M. Béhar estime que la population du sud algérien est plus exposée au risque des maladies graves que celle des autres régions, en raison des poussières radioactives « toujours répandues dans les eaux souterraines et la flore », ce qui représente un danger pour la santé humaine et animale.

Et voila que les Français reviennent, dans la même région, pour des essais sur le gaz de schiste ! Les sociétés françaises ont besoin de mettre au point une nouvelle technique pour ne pas avoir à utiliser la fracturation hydraulique interdite par la France sur son territoire. Ce sentiment a été quasi unanime chez les Algériens et la population d’In Salah a été convaincue que c’est ce scénario qui a commencé à se dérouler dans son voisinage.

L’absence de sociétés françaises sur le site, notamment Total, n’a rien changé à son opposition à la fracturation hydraulique même si c’est une société américaine, Haliburton, qui a été choisie pour le faire.

Chronique sur Radio Nova - Ils sont partout, ils sont dangereux, mais personne n’en parle Reporterre sur Radio Nova Reporterre 2015/03/14 Reporterre sur Radio Nova (14 mars 2015) Chronique sur Radio Nova - Ils sont partout, ils sont dangereux, mais personne n’en parle. Reporterre. Pesticides fr

Chronique sur Radio Nova - Ils sont partout, ils sont dangereux, mais personne n’en parle

Ecouter Lorène Lavocat :

- jeudi 12 mars 2015

Lire : Perturbateurs endocriniens : vous ne verrez plus votre maison de la même façon.

Photo : Zebra crossing

La chronique de Reporterre, tous les jeudi à 18 h 10 sur Radio Nova, dans l’émission « 2hI/4 avant la fin du monde », animée par Marie Misset et Armel Hemme.

« L’occasion de faire le point sur les combats et débats quotidiens de l’écologie ».

A écouter sur... et bien voici la carte des fréquences, selon le lieu où vous habitez.

L’incroyable récit sur l’état de guerre à Sivens et le soulagement des élus terrorisés Taranis News et Jacques Valax Reporterre 2015/03/14 Taranis News et Jacques Valax (14 mars 2015) L’incroyable récit sur l’état de guerre à Sivens et le soulagement des élus terrorisés. Reporterre. Tribune — Sivens fr

L’incroyable récit sur l’état de guerre à Sivens et le soulagement des élus terrorisés

A Sivens, la semaine dernière, des scènes incroyables de violence se sont déroulées, heureusement contrôlées par une police sereine et efficace. BFM TV était sur place. Et les élus du peuple se sont félicités de la libération

A Sivens, les reporters de BFMTV Pelluts ont rendu compte de l’incroyable tension qui régnait lors de l’expulsion des zadistes.

Le député tarnais Jacques Valax, farouche défenseur du barrage de Sivens, s’est félicité du retour à la paix dans cette zone agitée par les terribles zadistes : il n’a pas fallu moins de 800 gendarmes, deux hélicoptères et un drone pour venir à bout de ces quarante jeunes. La France est libérée !

Jacques Valax remercie Bernard Cazeneuve pour l... par LCP

Perturbateurs endocriniens : vous ne verrez plus votre maison de la même façon Lorène Lavocat (Reporterre) Reporterre 2015/03/14 Lorène Lavocat (Reporterre) (14 mars 2015) Perturbateurs endocriniens : vous ne verrez plus votre maison de la même façon. Reporterre. Pesticides fr

Perturbateurs endocriniens : vous ne verrez plus votre maison de la même façon

Dans Perturbateurs endocriniens, la menace invisible, François Veillerette et Marine Jobert tirent la sonnette d’alarme : nous vivons un empoisonnement généralisé. En cause, ces infimes produits toxiques, omniprésents dans notre environnement.

« Nous baignons dans une soupe chimique généralisée qui nous détraque », explique Marine Jobert. La journaliste vient de publier avec François Veillerette, porte-parole de l’association Générations futures, un livre noir, une sorte de polar où le crime semble parfait, les coupables restant dissimulés. Sauf qu’il ne s’agit pas d’une fiction. Le titre : Perturbateurs endocriniens, la menace invisible.

120 pages qui perturbent le lecteur. « Nous avons voulu écrire ce que la science nous hurle depuis vingt-cinq ans », précise la journaliste. « Ces substances chimiques sont dangereuses, le monde dans lequel nous vivons est contaminé de manière lourde et durable. » Bisphénol, parabènes, biocides, retardateurs de flamme… Tous les jours, nous utilisons des produits chargés de substances toxiques, soupçonnées de favoriser cancers, diabète, et autres maladies de la reproduction.

« Ils se trouvent dans l’air que nous respirons, les aliments que nous mangeons, l’eau que nous buvons, dans les habits et les cosmétiques que nous utilisons chaque jour. » Et pourtant, peu d’entre nous ont conscience de leur contamination.

Tourmente chimique

Pour Marine Jobert, le déclic est arrivé lors de sa grossesse. Soucieuse de protéger son enfant à naître, elle a lu des ouvrages sur les produits chimiques... et ce fût la stupéfaction. Elle a découvert un « monde pris dans une tourmente chimique ». Nous vivons entourés de produits chimiques qui embrouillent et contaminent notre système hormonal. « J’ai fait des cauchemars pendant des semaines, puis j’ai perdu mon insouciance, et j’ai changé ma perception du monde. »

Malgré un ton alarmant, le livre n’est pas un cri de désespoir. « Découvrir l’existence des perturbateurs endocriniens est une chance », expliquent les auteurs en préambule. « Car comment se prémunir contre quelque chose dont on ignore tout, à commencer par son existence ? » Etudes et rapports scientifiques à l’appui, pas question pour eux de sombrer dans la paranoïa.

Au fil des pages, ils décortiquent donc cette « soupe toxique », décryptent un désordre chimique global, questionnent l’inaction politique de ces dernières années. Car la catastrophe sanitaire, qui coûterait plus de 150 milliards d’euros par an à l’Europe, ne date pas d’hier.

La première étude sur l’impact des produits chimiques sur la santé des animaux remonte à 1991. Dès 2005, des chercheurs découvrent près de 300 molécules, dont plusieurs poisons, dans les corps chétifs de dix bébés états-uniens. Et pourtant, « la dangerosité de ces substances reste ignorée de manière sidérante par les pouvoirs publics », s’exclame Marine Jobert.

Epopée anti-démocratique

A qui la faute ? Les auteurs décrivent comment les lobbys de l’industrie chimique sont parvenus à minimiser les risques, semer le doute et détricoter les réglementations. « La menace est invisible car les perturbateurs endocriniens ne se voient pas, mais elle est aussi invisible dans les débats publics », observe la journaliste.

« Nous assistons à une épopée anti-démocratique », ajoute François Veillerette. Générations Futures a d’ailleurs porté plainte l’an dernier contre le ministre Stéphane Le Foll pour « mise en danger de la vie d’autriui. » En cause, son manque de réactivité (et d’activité) quant à la réduction des pesticides.

Si le chapitre sur la question des lobbys semblera à certains peu fourni, le livre se clôture sur une série de conseils « d’hygiène chimique ». Munis d’un sac poubelle et « d’une dose de bonne humeur », les lecteurs sont invités à faire le vide dans leurs placards. Fini le gel douche industriel, exit la bouilloire en plastique et gare aux coussins ! En quelques lignes, les auteurs transforment votre nid douillet en enfer toxique. Une chose est certaine, vous ne verrez plus votre maison de la même manière.

Bref, on achève la lecture du livre plutôt déprimé, un poil résigné, et surtout franchement scandalisé, mais muni des outils pour combattre ce fléau invisible.

Perturbateurs endocriniens, la menace invisible, Marine Jobert, François Veillerette, Préface de Nicolas Hulot, Ed. Buchet Chastel, 144 p., 12.00 €.

Naomi Klein : « C’est très simple : les pollueurs doivent payer » Entretien avec Naomi Klein Reporterre 2015/03/16 Entretien avec Naomi Klein (16 mars 2015) Naomi Klein : « C’est très simple : les pollueurs doivent payer ». Reporterre. Entretien — Climat fr

Naomi Klein : « C’est très simple : les pollueurs doivent payer »

Naomi Klein revient avec un fort livre, Tout peut changer. Capitalisme et changement climatique. Présentant le changement climatique comme un « risque existentiel », elle démontre que, pour éviter la catastrophe, il faut adopter des politiques radicalement contraires au néo-libéralisme dominant. Reporterre s’est entretenu avec elle.

Avec La stratégie du choc, Naomi Klein avait écrit un des livres les plus forts pour comprendre le fonctionnement actuel du capitalisme. Venue du mouvement anti-mondialisation, elle a progressivement compris l’importance de l’enjeu écologique et s’est attelé à connecter les deux problèmes. Un travail qui s’exprime dans un fort livre, Tout peut changer, qui parait en France le 18 mars. Nous l’avons interviewée - par skype.

Reporterre - Pourquoi les climato-sceptiques ont-ils raison - sur un point crucial ?

Naomi Klein - Ils sont honnêtes sur le fait que, si le changement climatique est vrai, il requerra l’abandon de tout leur projet idéologique. IIs ont vraiment compris que, si la science est exacte, cela demandera des changements très fondamentaux dans le système économique et politique. Au contraire, les libéro-centristes, qui représentent une part très importante du mouvement climatique, ont systématiquement essayé de minimiser l’ampleur du changement que requiert le changement climatique.

Alors que les sceptiques comprennent très bien que répondre au changement climatique exigera de changer la distribution des richesses, que cela demandera un énorme niveau de réglementation, qu’il faudra de la coopération, qu’il faudra réfléchir à comment nous allons utiliser les ressources, particulièrement les combustibles fossiles.

Quels changements radicaux sont nécessaires pour éviter l’aggravation du changement climatique ?

Pour prévenir les effets catastrophiques du changement climatique - nous ne parlons pas de prévenir le changement climatique, parce qu’il a déjà commencé -, nous devons lancer deux types d’investissement public : d’abord pour nous sortir des combustibles fossiles, ce qui signifie investir dans un nouveau système énergétique, repenser la façon dont sont faites nos villes, investir dans les systèmes agricoles et l’usage des sols.

Mais puisque le changement climatique est là et va s’aggraver, investir aussi dans des infrastructures qui nous protègent du désastre, telles que des digues, parce que nous voyons de plus en plus fréquemment que les désastres deviennent catastrophiques, quand se conjuguent un temps violent et des infrastructures publiques déficientes. On l’a constaté lors de Katrina [sur La Nouvelle Orléans en 2005], ou pendant l’ouragan Sandy [à New York en 2012]. Comment concilier ces impératifs avec la logique de l’austérité ? Ce n’est pas possible.

Qu’appelez-vous la « logique de l’austérité » ?

La politique de perpétuelle attaque de la sphère publique.

La politique néo-libérale ?

Oui.

Les grandes ONG et le mouvement environnementaliste sont-ils prêts à opérer ces changements radicaux ?

Certains groupes l’ont compris. Par exemple, en Grèce, de grosses ONG comme le WWF en sont venues à lier changement climatique et néo-libéralisme. Parce qu’elles ont vu que, dans le cadre de la politique d’austérité, tous les programmes d’énergie renouvelable sont amoindris, tandis que tous les projets de mines et de pétrole offshore sont stimulés.

Donc, quelques fractions des groupes verts veulent faire ce lien. Mais le plus souvent, il n’est pas établi, parce que le mouvement environnementaliste est imprégné de l’idée que l’environnement est au-delà de la droite et de la gauche et que le changement climatique transcende les idéologies. C’est une notion erronée. Il n’est pas possible de gagner sans se confronter avec la logique néo-libérale fondée sur l’idéologie du marché. Je suis très étonnée de la lenteur avec laquelle le mouvement vert assimile cette idée.

Mais c’est une responsabilité partagée avec le mouvement anti-libéral, qui a été lent à réaliser à quel point le changement climatique est un argument puissant. J’ai interviewé Alexis Tsipras, en Grèce, avant qu’il devienne premier ministre. Et il me disait : « Avant, on pensait au changement climatique, mais maintenant, avec la crise économique, on ne peut plus ». Mon argument n’est pas qu’il faut lutter contre le changement climatique parce que c’est la chose importante à faire - même si c’est vrai -, mais parce que c’est le meilleur argument à opposer à la Banque centrale européenne et à l’Allemagne, qui prétendent qu’elles sont préoccupées du changement climatique.

Elles demandent une réduction des budgets publics quand les pompiers n’ont plus les moyens de lutter contre les incendies de forêt, dans un pays où ils sont très fréquents. La Grèce est un pays très vulnérable au changement climatique. Mais la pression économique qui s’exerce sur elle l’oblige à rechercher du pétrole et du gaz et à s’engager dans toutes sortes d’activités extractives. Je ne comprends pas qu’ils ne se servent pas de cet argument.

Pourquoi le changement climatique serait-il le meilleur argument contre la logique néo-libérale ?

Parce que c’est une crise existentielle de l’humanité. Tous les politiciens doivent dire qu’ils s’en préoccupent. Et en Allemagne particulièrement. C’est la grande ironie. Ce pays est supposé être le plus vert en Europe, et il a une très bonne politique énergétique, en interne. L’Allemagne est un incroyablement bon exemple de comment vous pouvez créer des emplois en changeant le système énergétique. Elle utilise encore du charbon, mais 25 % de l’électricité vient des énergies renouvelables, et de très nombreux projets énergétiques y sont coopératifs, contrôlés et possédés localement, apportant des ressources aux territoires. Ils ont créé 400 000 emplois.

L’Allemagne est un exemple étonnant que si vous prenez le changement climatique au sérieux, vous pouvez réduire l’inégalité et édifier une économie forte, renforcer la démocratie locale, et agir contre le changement climatique. Mais elle dit aux autres de faire l’opposé !

Pourquoi ?

Elle cherche des ressources ailleurs : en Grèce, les compagnies qui veulent exploiter le charbon sont des compagnies allemandes. Elles perdent de l’activité en Allemagne, mais elles vont en Grèce !

Aux Etats-Unis, que pensez-vous de la politique de Barack Obama sur l’environnement et le changement climatique ?

Trop lente, trop tardive. En 2009, quand se discutait la législation sur le climat, les groupes environnementaux essayaient d’influencer la loi par le lobbying, Obama s’en fichait. Il n’a dépensé aucun capital politique sur ce sujet. Mais il y a eu un mouvement massif de combat contre l’oléoduc Keystone XL [qui est censé acheminer le pétrole des sables bitumineux du Canada vers le golfe du Mexique], un mouvement qui a mobilisé sa base – les gens qui protestent contre Keystone sont les mêmes que ceux qui frappaient aux portes pour qu’il soit élu en 2008. Il y a alors été attentif et il a dit non à l’oléoduc. Il a résisté fermement à toutes les tentatives des parlementaires Républicains d’autoriser le Keystone XL. Je ne pense pas qu’il mérite exclusivement le crédit pour ça : le crédit va au mouvement qui a fait pression.

Cela signifie-t-il que les mouvements de masse sont le meilleur outil pour changer la donne et influencer la politique ?

Les politiciens réagissent aux mouvements sociaux, et ceux-ci doivent donner la direction. Mais le niveau de réduction des émissions dont nous avons besoin est si important qu’il ne peut être atteint que par de l’interaction entre les mouvements et les partis politiques et le processus politique. C’est ce qu’on a vu en Allemagne : il y avait un mouvement vert très puissant, un mouvement anti-nucléaire très puissant, et aussi un système politique qui force les partis à travailler ensemble. Et cette interaction entre le mouvement de masse et le système politique résulte en une politique nationale très efficace. On a besoin de cette approche. Il y a aussi des exemples de mouvements sociaux qui deviennent eux-mêmes des partis, par exemple Podemos, en Espagne, qui est né dans les rues.

Une telle transformation est-elle imaginable aux Etats-Unis ?

Elle est imaginable. Mais c’est très difficile, parce le système politique est corrompu par l’argent : par exemple les frères Koch [des milliardaires qui financent les groupes climato-sceptiques], qui ont bâti leur fortune dans le pétrole, viennent juste d’annoncer qu’ils vont dépenser des milliards pour la prochaine élection présidentielle. Et c’est la même chose pour les deux principaux partis. C’est fou ! Une campagne présidentielle coûte trois milliards de dollars !

A l’échéance dont nous parlons, entre maintenant et 2016, il n’est pas possible qu’un parti alternatif puissant apparaisse. La question pour le mouvement climatique aux Etats-Unis est d’avoir une vision claire, qui définisse ce qu’est la transition pour sortir des combustibles fossiles. Il est aussi très important que le mouvement environnemental travaille avec les syndicats, et articule sa demande d’un passage à 100 % de renouvelables en 2030, ce qui est une demande très radicale, et dessiner des voies réalistes de création d’emplois, pour signifier qu’il ne s’agit pas de choisir entre l’emploi et l’environnement.

Il faut obliger Hillary [Clinton, la probable candidate du Parti Démocrate aux prochaines présidentielles] de répondre à çà. Parce que d’ici l’élection présidentielle de 2016, on a juste le temps de pousser Hillary Clinton et les syndicats vers une meilleure position. Quand Hillary était Secrétaire d’Etat [équivalent aux Etats-Unis de ministre des Affaires étrangères], elle n’a presque jamais parlé de changement climatique. Le sujet ne l’intéresse pas. Au moins, Obama en parle. John Kerry [l’actuel Secrétaire d’Etat] parle au moins trois fois plus de changement climatique qu’Hillary Clinton le faisait, et d’une façon beaucoup plus personnelle. Donc, on se dirige vers une situation où Obama sera remplacé, par Jeff Bush ou par Hillary Clinton, qui seront l’un comme l’autre pires, à moins que les mouvements de la société civile parviennent à agir de concert.

Quel doit être la tactique du mouvement vert ?

Il y a une formidable opportunité maintenant avec un prix du pétrole si bas. En six mois, le prix du baril est passé de cent dollars à cinquante. Cela crée beaucoup d’opportunités pour faire avancer un agenda qui connecte économie et climat. Jusqu’à maintenant, il a été très difficile de bâtir une coalition entre les syndicats de travailleurs et le mouvement vert, dans un contexte où l’industrie extractive était la seule à offrir des boulots bien payés, particulièrement en Amérique du nord, avec le boom du pétrole et du gaz de schiste, et le boom des sables bitumineux. Elle offrait des salaires de cent mille voire deux cent mille dollars l’année [près de deux cent mille euros]. C’était un contexte difficile pour construire une coalition.

Mais ce qui se passe maintenant est que l’industrie du pétrole et du gaz est en crise et licencie les employés par dizaines de milliers. Aux Etats-Unis, en ce moment, se déroule la plus grande grève au sein des raffineries qu’on ait vu depuis les années 1980. Le triomphe des compagnies pétrolières dans les années récentes a été de faire croire aux travailleurs du pétrole que leur intérêt était commun. Mais maintenant, ça ne marche plus.

Ce contexte est beaucoup plus propice pour créer une alliance entre le mouvement climatique et les syndicats, pour mettre en avant une vision de création d’emplois, dans la ligne de ce qu’a fait le syndicat anglais TUC, avec la campagne One million jobs. Il s’agit d’invoquer l’urgence de la crise climatique pour demander le lancement d’un énorme mouvement de créations d’emplois. C’est ce que le mouvement en Amérique du nord doit faire.

L’autre chose à faire est d’élargir la définition d’« emploi vert », que ce mot ne désigne pas seulement, par exemple, quelqu’un qui pose des panneaux solaires, mais toute personne qui est dans une profession émettant peu de CO2, par exemple des infirmiers ou infirmières. C’est une façon importante d’étendre le mouvement.

Et puis il faut tirer parti du choc de prix du pétrole que nous vivons. Les compagnies sont en train de se retirer des sables bitumineux. Les grands projets énergétiques extrêmes ne sont plus rentables. C’est le moment de demander un moratoire sur les pratiques extractives, sur le gaz de schiste, sur l’oléoduc Keystone XL, parce que les compagnies poussent moins fort ces projets. Il est plus facile de gagner dans un contexte de bas prix du pétrole, où les investisseurs sont en retrait.

Donc les grandes compagnies pétrolières sont les cibles ?

L’objectif est d’opérer une translation de cette campagne contre les compagnies vers la politique : de porter le combat local contre le gaz de schiste vers une politique nationale d’interdiction du gaz de schiste. Ou d’obtenir qu’un groupe de pays refuse l’exploration de pétrole en Arctique. Il faut que les politiques régionales comme internationales ferment l’ère des combustibles fossiles. Transformer ce que nous faisons dans les rues, en bloquant un oléoduc particulier, en une politique globale adoptée par les gouvernements.

Qu’attendez-vous de la COP 21 ?

Il nous faut être réaliste sur ce qui peut être accompli en neuf mois : transformer nos politiciens pour qu’ils bouleversent leur politique et arrivent à Paris avec un objectif de réduction des émissions très ambitieux n’est pas possible.

Il ne faut pas mobiliser les gens si c’est pour arriver à la déception. C’est ce qui était arrivé à Copenhague, en 2009, où tout était axé sur le thème, « c’est notre dernière chance de sauver la planète », la conférence a été un échec, et tout le monde a été incroyablement déprimé. Ca a été terrible pour le mouvement environnemental. Un psychanalyste a même parlé du « syndrome de Copenhague ».

C’est important de mobiliser pour la COP 21 à Paris, fin novembre, mais il faut voir Paris comme une plate-forme, un point de convergence des mouvements. Ce sera un moment très intéressant à vivre en Europe, en raison de la montée de la résistance au néo-libéralisme. Paris doit être un haut-parleur, pour amplifier cette vision.

Entre maintenant et Paris, il faut clarifier ce qu’est notre vision de la transition : 100 % en renouvelables, création massive d’emplois, refus des politiques d’austérité néo-libérales, et laisser les combustibles fossiles dans le sol. C’est très simple : les pollueurs doivent payer. Ce doit être une transition basée sur la justice : ceux qui sont le plus frappés par le modèle actuel doivent être en première ligne des bénéficiaires de la transition. Cette vision ne peut venir des partis. Elle doit venir du mouvement social. Et les partis auront à y répondre.

Dans votre livre, vous écrivez que face au changement climatique, le capitalisme pourrait recourir à la stratégie du choc. Quelle forme prendrait-elle ?

Elle a déjà commencé de diverses façons, par l’accaparement des terres en Amérique latine ou en Afrique par des multinationales, par la fermeture toujours plus rigoureuse des frontières, si bien que les personnes les plus vulnérables au changement climatique sont coincées là où elles sont.

Et puis aussi privatiser tout ce qui peut faire protection – on l’a vu au moment de la tempête Sandy à New York, quand les magasins de luxe faisaient de la publicité pour dire qu’ils avaient des générateurs et des équipements pour se protéger des ouragans. Le luxe suprême devient la protection contre le changement climatique, et ne plus avoir à dépendre de l’Etat pour cela : c’est pour les 1 % des 1 %.

Un exemple de cet égoïsme peut s’observer en Chine, où l’air est si pollué que les riches envoient leurs enfants dans des écoles privées où ils jouent sous des dômes, parce que c’est le seul moyen d’éviter de porter des masques anti-pollution. Ce n’est pas l’avenir, ça se passe maintenant.

J’ai parlé de votre livre à une dame, et elle m’a demandé : « Naomi Klein est-elle optimiste ? »

Le courant de ce livre coule directement de mon précédent sur La stratégie du choc, dans lequel j’explorais le pire de ce que l’humanité est capable de faire en situation de crise. Donc, je ne suis pas ingénue. Mais je suis optimiste au sens où il est encore possible, physiquement possible, d’empêcher la catastrophe. Et j’ai vu d’assez près ce à quoi cela peut ressembler, dans les suites du cyclone Katrina ou durant l’invasion en Irak, pour essayer de faire tout ce que je peux pour éviter cette issue. Je n’abandonne pas. C’est une forme d’optimisme. Je n’abandonne pas.

- Propos recueillis par Hervé Kempf

L’initiative citoyenne européenne contre le TAFTA continue de plus belle Elisabeth Schneiter (Reporterre) Reporterre 2015/03/16 Elisabeth Schneiter (Reporterre) (16 mars 2015) L’initiative citoyenne européenne contre le TAFTA continue de plus belle. Reporterre. Europe fr

L’initiative citoyenne européenne contre le TAFTA continue de plus belle

Tous les moyens sont bons pour imposer le traité de libre-échange transatlantique, dit TAFTA. La Commission européenne rejette ainsi l’Initiative citoyenne européenne (ICE) signée par plus d’un million d’européens. Mais la campagne continue vigoureusement, et la pétition est toujours active.

Depuis près de deux ans, une campagne de protestation s’est engagée contre le projet de traité de libre-échange transatlantique (alias TAFTA ou TTIP). Un des moyens qu’a utilisé Stop TTIP, le collectif qui réunit plus de 250 organisations en Europe, pour faire abroger le mandat de négociation du TTIP est l’Initiative citoyenne européenne.

Cet outil légal permet en principe à un million de citoyens européens d’inviter la Commission européenne à faire une proposition sur un sujet qui leur importe. Établie par l’article 11.4 du traité de Lisbonne, l’Initiative citoyenne européenne (ICE) est applicable depuis le 1er avril 2012. L’enregistrement d’une ICE permet un débat public. Mais en octobre 2014, malgré le fait que plus d’un million de citoyens l’avaient signée, la Commission européenne a refusé d’enregistrer l’Initiative citoyenne sur le TTIP.

Selon le processus d’enregistrement des ICE, ce n’est pas à leurs initiateurs de prouver qu’elles remplissent les conditions pour être enregistrées, c’est à la Commission qu’il incombe de prouver que l’un des critères de non-inscription est présent. Pourtant, la Commission a fait le choix du refus.

Malgré ce refus, Stop TTIP continue de recueillir des signatures, pour tenter d’obliger la Commission à revenir sur sa décision et défendre les droits des citoyens à influer sur l’action de la Commission (lien vers la pétition).

Refus sans fondement

Ce n’est pas la première fois que la Commission préfère ignorer une proposition d’ICE, même quand elle est soutenue par un très grand nombre de citoyens de l’UE. En trois ans d’existence, 46 initiatives ont été soumises à la Commission. Seules 26 ont été enregistrées, et seulement 3 ont été approuvées. Mais aucune n’a mené à des actions concrètes. Le nombre d’ICE s’est donc effondré en 2014. Aujourd’hui, seules trois initiatives sont en cours.

Deux raisons ont été données par la Commission pour justifier son refus de l’ICE sur le TTIP : la première est que la Commission considère qu’un mandat pour un accord international n’est qu’un acte préparatoire, sans effet juridique sur les citoyens. Cette interprétation ne trouve aucun fondement dans les traités européens.

La seconde raison donnée est encore plus inquiétante. La Commission distingue deux formes d’ICE concernant un accord international de l’Union européenne. La première est une demande pour la conclusion d’un accord, et elle est recevable. Mais quand une ICE, comme c’est le cas, veut refuser la conclusion d’un accord et invite la Commission à ne pas agir ou à arrêter quelque chose, en l’occurrence à abroger le mandat pour les négociations du TTIP et à ne pas conclure le CETA, alors elle ne serait pas recevable car ne produisant aucun effet juridique direct sur les citoyens.

Mais, comme l’explique le juriste James Organ de la Liverpool Law School, « il n’y a aucune exclusion expresse de ce genre dans le règlement des ICE et la Commission a bien le pouvoir de proposer un arrêt des négociations au Conseil. »

Bernhard Kempen, un juriste de l’Université de Cologne, fait aussi remarquer que la décision prise par le Conseil d’entamer des négociations est bien un acte juridique de l’Union qui modifie directement le droit communautaire.

La Commission veut contourner les Parlements nationaux

Selon James Organ, si cette exclusion des actes préparatoires du champ des ICE était maintenue, cela signifierait que les citoyens ne pourront plus influer sur l’ordre du jour de la politique générale de l’UE, lorsqu’elle agit comme un état fédéral européen, par exemple dans la négociation d’un traité.

Pour faire passer plus facilement le TTIP, la Commission tente également d’éviter de soumettre la ratification du CETA et du TTIP aux parlements nationaux. Elle considère que pour les traités qui n’impliquent que l’UE, il suffit qu’ils soient ratifiés par le Parlement européen et par le Conseil.

La lutte continue

Une réunion de stratégie du mouvement contre le TTIP a eu lieu à Bruxelles début février avec environ deux-cents militants venus de toute l’UE et des États-Unis. Ils ont discuté et planifié les activités conjointes pour 2015. Une journée d’action mondiale contre le TTIP et le CETA aura lieu le 18 avril prochain.

La collecte des signatures va durer jusqu’en octobre 2015 et l’objectif est de parvenir au plus grand nombre de signatures possibles, dont un million prévues en Allemagne, le pays où la société civile est le plus active. En France, pour l’instant, environ 80 000 personnes ont signé…

Dans la bonne humeur, les coopératives d’éducation populaires émancipent les consciences Baptiste Giraud (Reporterre) Reporterre 2015/03/16 Baptiste Giraud (Reporterre) (16 mars 2015) Dans la bonne humeur, les coopératives d’éducation populaires émancipent les consciences. Reporterre. Culture et idées fr

Dans la bonne humeur, les coopératives d’éducation populaires émancipent les consciences

À la suite de la scop Le Pavé, créée en 2007, cinq coopératives font vivre une éducation populaire politique, en proposant des formations pour se libérer des dominations de toutes sortes. Elles travaillent en autogestion et sans hiérarchie. Le but : « asseoir des avenirs porteurs d’utopies émancipatrices ».

Au milieu des années 2000, en Bretagne, des acteurs associatifs de l’éducation populaire réfléchissent à leurs pratiques. Gaël Tanguy, du Contrepied, une des cinq coopératives d’éducation populaire actuelles, se rappelle « les contradictions entre une volonté d’émancipation très forte et le contrôle social, les injonctions des financeurs induisant une normatisation, la dépolitisation de la vie associative, une formation des professionnels trop technique et pas politique… ». « On faisait la critique de cette évolution, en nous y incluant. Il manquait un espace de réflexion et de formation beaucoup plus engagé vers l’émancipation sociale. »

Fruit de ces réflexions, la Scop (société coopérative et participative) Le Pavé naît en 2007, à côté de Rennes. L’équipe commence à trois et grossit jusqu’à compter huit « coopérateurs ». Elle aurait pu grandir encore, mais souhaite garder une taille humaine et pratiquer une politique d’essaimage plutôt que de croissance.

Le choix est alors fait d’accompagner la création d’autres scop : L’Engrenage – Un pavé à Tours, L’Orage à Grenoble et Vent Debout à Toulouse. Fin 2014, Le Pavé originel est même dissous pour donner naissance à deux organisations plus petites, Le Contrepied et La Trouvaille.

« La domination, ça existe » : pour une éducation populaire politique

L’objectif commun ? Promouvoir une éducation populaire politique : « L’éducation populaire doit permettre l’émancipation face au pouvoir, à la communication et à la neutralité […]. Face au pouvoir, nous assumons un rôle de contre-pouvoir. Face à la neutralité, un travail de propagande et face à la communication, un devoir de prosélytisme », annonce le très riche et toujours disponible site du Pavé.

Émilie Viard, de L’Engrenage-Un pavé à Tours, nous détaille la mécanique. D’abord, conscientiser, c’est-à-dire « permettre aux gens de prendre conscience de la place qu’ils occupent dans la société ». « Mais c’est pas le tout de savoir qu’on est pauvre, on veut permettre une émancipation collective. » Émanciper ? « C’est augmenter notre puissance d’agir par la transformation sociale, avec notamment l’idée d’abattre le capital. »

Carrément. « On part du principe qu’on n’est pas tous situés pareil dans les rapports sociaux. La domination ça existe, on n’a pas tous les mêmes intérêts et on n’est pas tous d’accord. Mais il faut que chacun puisse s’exprimer », explique Audrey Pinorini de L’Orage, à Grenoble.

Transmettre des outils pour « provoquer du pouvoir d’agir »

Ce courant d’éducation populaire tient à se distinguer des autres organisations qui s’en réclament (universités populaires, MJC) : « On se revendique juste de l’éducation populaire politique. On ne cherche pas l’épanouissement des gens. On affirme notre positionnement politique, contre le patriarcat, le capital, le racisme. On nomme des réalités à faire bouger. On n’a pas renoncé à ça. Parfois, dans les autres structures d’éducation populaire, les gens ont oublié d’où ils venaient », dit Émilie Viard.

Autre différence, leur cœur de métier : « On fait de la formation, de l’outillage », précise Gaël Tanguy. En effet, l’activité de ces scop est avant tout d’animer des stages pour transmettre des méthodes et outils d’éducation populaire. Dans le programme commun 2015 des cinq coopératives, on trouve par exemple une longue formation sur le thème « éducation populaire et transformation sociale », une autre sur le travail en équipe, ou encore comprendre et lutter contre les discriminations de genre, comment « provoquer du pouvoir d’agir », « devenir conférencier gesticulant », etc.

Autre service proposé, des « interventions sur site et sur mesure », sortes d’accompagnements-diagnostics pour les structures qui en font la demande. Les bénéficiaires peuvent être aussi bien des centres sociaux et d’animation, des scops, des syndicats, des partis politiques ou des associations variées. Bref, des collectifs souhaitant « remobiliser leurs forces ou réinterroger leurs actions, le sens de leur métier, mettre en place des espaces de réflexion individuelle et collective pour imaginer des alternatives et des stratégies et ainsi ré-introduire l’éducation populaire au cœur de leurs pratiques » (Guide de formation 2015).

Toutes ces formations s’appuient notamment sur une vingtaine d’outils et méthodes décrits sur le site du Pavé. « On n’a pas inventé grand-chose, on a pris ailleurs des choses qui marchaient et on a essayé de les diffuser », glisse Gaël Tanguy. Le tout constitue une formidable boite à outils pour l’émancipation, l’expression ou la prise de décisions.

Les conférences gesticulées : prendre les gens par surprise

Et puis, activité un peu à part, il y a les fameuses conférences gesticulées (disponibles pour une grande partie sur le web), à mi-chemin entre la conférence et le spectacle. Elles non plus n’ont pas été inventées par ces scop… mais presque. Franck Lepage tournait déjà avec son premier spectacle avant que Le Pavé, dont il fut longtemps collaborateur, ne s’empare de cette forme. « C’est un outil important, pour toucher un public plus large. Ce ne sont pas les mêmes gens qui vont aux conférences et aux spectacles, alors on en a pris beaucoup par surprise ! », raconte Gaël.

Un succès qui a tendance à masquer l’essentiel de leur travail. « Il y a un côté dérive spectaculaire. Certains ne savent pas qu’on fait des formations, ils nous prennent pour une bande d’artistes politiques. Et puis un certain ’mythe Le Pavé’ nous a compliqué la vie. Les gens nous attendent comme le messie », regrette Gaël.

Un des combats essentiels des coopératives d’éducation populaire, c’est d’appliquer leur vision de l’émancipation et des rapports humains à leur propre organisation. D’où le choix de la forme scop. « On voulait que les travailleurs aient la maîtrise sur leur outil de travail. Il y a de l’oppression dans pas mal de structures d’éducation populaire, à cause du manque d’argent notamment », selon Émilie.

« On a pris le statut scop mais en le poussant le plus loin possible. On voulait faire de l’éducation populaire en interne », raconte Gaël. Émilie détaille : « Notre modèle est autogestionnaire, pas de système hiérarchique, on invente des outils pour travailler ensemble. Dans nos statuts, on a choisi de ne pas rémunérer le capital. Si on fait des bénéfices, seul le travail est rémunéré. On a tous un métier unique, personne n’est uniquement sur de l’administratif ou du commercial. Tout le monde fait de tout. »

Adieu Le Pavé, salut La Grenaille !

« On refusait les subventions, on prenait trois jours entiers par mois de conseil de travailleurs, afin de prendre les décisions, tout était animé et préparé par binôme, et quand on dégageait des marges on les réinvestissait au double ! », se souvient Gaël au sujet du Pavé. « Mais il fallait renoncer à certains principes sinon on s’épuisait, le cadre demandait beaucoup de temps. Mais ce qu’on a mené était extrêmement positif, on a fait du vrai boulot », conclue-t-il.

Jusque dans la crise, les coopérateurs du Pavé ont utilisé leurs méthodes et réglé les choses par la discussion, comme en témoigne leur « Manifeste d’auto-dissolution et de refondations... ». Après s’être retrouvés pendant une semaine en « socioanalyse », ils déclarent :

« Nous mettons fin à un modèle économique où le sur-travail est la règle et à une manière d’exercer le pouvoir mais pas à une ambition ; nous mettons fin au mythe mais pas à l’espoir qu’il a soulevé, nous mettons fin à son histoire douloureuse, éreintante mais pas à l’enthousiasme que nous avons partagé ensemble et avec d’autres. »

Fini donc pour le Pavé, mais Le Contrepied et La Trouvaille sont déjà là (ils devraient publier un texte de refondation dans les prochains jours). Les cinq scop sont maintenant réunies dans l’association La Grenaille, « un espace pour faire ensemble », comme le dit Émilie. Sans compter les quelques nouvelles en train de voir le jour : L’Ardeur lancée par Franck Lepage, une scop à Bordeaux, une autre à Lille, une encore à Amiens… De quoi continuer à « asseoir sereinement des avenirs toujours porteurs d’utopies émancipatrices » (extrait du manifeste d’auto-dissolution).

Les pauvres sont plus écologistes que les riches Paul Ariès Reporterre 2015/03/16 Paul Ariès (16 mars 2015) Les pauvres sont plus écologistes que les riches. Reporterre. Tribune — Culture et idées fr

Les pauvres sont plus écologistes que les riches

« Les potentialités qu’offrent les milieux populaires sont du côté de ce qu’exigent les transitions écologique, sociale et politique. (...) La force du système est de rendre invisible les milieux populaires (...). Les modes de vie populaires ne sont qu’endormis et il nous appartient d’aider à les faire revivre. »

Thorstein Veblen est un grand économiste qui, à la fin du XIXe siècle, a développé la théorie de la rivalité ostentatoire. Celle-ci assure que les différentes couches de la société ajustent leur mode de vie en imitant celui des classes plus fortunées. Si Thorstein Veblen a raison, les milieux populaires ne seraient que dans l’imitation des modes de vie des classes dominantes et les pays du Sud dans celle des pays du Nord.

Si Thorstein Veblen a raison, nous pourrions dire que « les riches détruisent la planète », mais il n’y aurait rien de bon à attendre des milieux populaires, d’ici et d’ailleurs. Les milieux « écolos » aiment certes les milieux populaires, mais ceux d’avant, ceux d’ailleurs, jamais ceux d’ici, jamais nous-mêmes, signe d’une auto-culpabilisation.

La haine des gens du commun, c’est d’abord la haine des 99 % pour eux-mêmes. Thorstein Veblen, logique avec lui-même, n’avait d’ailleurs d’espoir que dans une prise de conscience des ingénieurs et techniciens, jamais dans un sursaut des « gens de peu ».

Les milieux populaires, plus écolos que les écolos

J’ai donc eu envie de pousser un coup de gueule contre cette idée qu’il n’y aurait rien de bon à attendre des gens ordinaires au regard de la situation sociale, politique, écologique. C’est à qui dénoncera le plus vertement leur rêve de grand écran de télévision, leurs vieilles voitures polluantes, leurs logements mal isolés, leurs achats dans les hypermarchés, leur goût pour la viande rouge et les boissons sucrées, leurs rêves de zones pavillonnaires et de vacances bon marché, etc.

Les élites auraient raison : « Salauds de pauvres qui consommez si mal ! » ; et il faudrait rééduquer les pauvres au moyen d’une « fiscalité verte » socialement injuste comme celle qui taxe en fonction du poids les ordures ménagères. Les élites auraient raison : « Salauds de pauvres qui votez si peu », et il faudrait frapper ceux qui ne votent pas d’une amende, comme le propose le député EELV François de Rugy.

Le pire est que ce discours condescendant et méprisant finit par contaminer ceux qui, à gauche et dans l’écologie, se disent le plus conscients des enjeux planétaires. Au moins, les riches achèteraient des produits bio, auraient des voitures électriques, des maisons bien isolées et lorsqu’ils prennent l’avion pour leurs vacances, ils achèteraient des compensations carbone.

Ce mépris des milieux populaires ne résiste pourtant pas à l’analyse. Tous les indicateurs prouvent que les milieux populaires ont un bien meilleur « budget carbone », une bien meilleure « empreinte écologique », un bien plus faible écart par rapport à la « bio-capacité disponible », un bien meilleur indice « planète vivante » (concernant l’impact des activités sur la biodiversité), un « jour de dépassement de la capacité régénératrice de la planète » plus tardif, une moindre emprise sur la « déplétion » des stocks non renouvelables, etc.

Bref, si on savait déjà que les milieux populaires sont plus « écolos » que les enrichis, ils le sont également davantage que les « écolos » déclarés !

Les modes de vie populaires du côté de la transition

L’erreur serait alors de croire qu’ils ont un meilleur bilan carbone faute de moyens financiers. Cette vision, rassurante pour la « bonne société », est démentie par toutes les recherches. Des centaines de travaux de sociologues, d’économistes, de psychologues, de géographes montrent que les « gens de peu » ne sont pas des riches auxquels il ne manquerait que l’argent, qu’ils ne se définissent pas d’abord en termes de manque (en économie : le manque de pouvoir d’achat, en culture, le manque d’éducation, en politique, le manque de participation, en psychologie, le manque d’estime de soi).

Les gens ordinaires entretiennent d’autres rapports au travail, à la consommation, au temps, à l’espace, à la nature, au temps libre, à la maladie, au vieillissement, à la mort donc à la vie.

Il ne s’agit pas d’idéaliser les milieux populaires en ignorant leurs contradictions. Nous n’avons pas besoin de cet angélisme pour démontrer que les potentialités qu’offrent les milieux populaires sont du côté de ce qu’exigent les transitions écologique, sociale et politique pour construire des sociétés soutenables.

Même la façon de regarder la TV des milieux populaires n’est pas la même que celle des bien pensants, ils sont moins dans une hypnose individuelle et davantage dans une attention oblique ; même la façon d’enterrer ses morts est différente, avec des cérémonies moins personnalisées, comme si, même dans ce contexte, l’idéal du Moi restait indétachable du commun, même la conception des vacances est différente, moins loisirs que temps libre.

C’est tout l’éthos populaire qui s’offusque de l’obsolescence programmée au regard de l’amour du travail bien fait, au nom du fait que le travail est d’abord rapport à la matière et aux autres, avant d’être une source de revenus comme il l’est pour les enrichis. Les gens ordinaires ont l’expérience des limites, ils ont aussi le sens du partage, de la joie de vivre.

Oui, les milieux populaires sont dominés mais cette domination n’est jamais absolue. C’est pourquoi je choisis Michel Verret contre Thorstein Veblen et Jacques Rancière contre Pierre Bourdieu. C’est pourquoi je fais le pari que la force du système est justement de rendre invisible les milieux populaires et plus encore leurs modes de vie, leurs pensées, leurs rêves. C’est pourquoi j’ai l’espoir que les modes de vie populaires ne sont qu’endormis et qu’il nous appartient d’aider à les faire revivre.

L’intelligence collective Reporterre 2015/03/17 (17 mars 2015) L’intelligence collective. Reporterre. Culture et idées fr

L’intelligence collective

L’Intelligence Collective. Co-créons en conscience le monde de demain

Dans un système incitant au repli sur soi et à l’individualisme, il est bon de retrouver le sens de la coopération, du collectif et du partage ! L’Intelligence Collective, c’est la capacité résultant de la mise en commun d’idées qui permet de créer et d’inventer. De la diversité des regards et des approches naissent la richesse et l’innovation !

Quels en sont les principes, le fonctionnement, les règles, les approches ? Comment la mettre en œuvre dans des projets collectifs ?

Les auteurs répondent à ces questions et partagent avec nous de nombreux témoignages et cas vécus, leurs expériences, leurs connaissances et leurs pratiques. Ils nous livrent des outils concrets permettant de faire émerger l’Intelligence Collective.

Consultants, coachs, managers, dirigeants, associations, institutions, collectivités, écoles, ONG et groupes en tous genres trouveront ici des solutions et des idées pour nourrir leur recherche d’innovation organisationnelle et sociétale.

« Le défi que nous nous sommes fixés a été de CO-rédiger un livre sur l’Intelligence Collective : devenir nous-mêmes une matière première d’expérimentation, écrire ce livre en intelligence coopérative et non pas en intelligence collectée. Car comment parler d’Intelligence Collective en écrivant seul ? Comment parler du CO sans expérimenter et incarner ce CO ? »

Un apprentissage de l’Intelligence Collective par diverses approches et modes d’apprentissages : expériences et retours d’expériences, théories et pratiques, enseignements, témoignages et réalisations, etc.

Les auteurs :

• Christine MARSAN : psycho-sociologue, son approche de l’Intelligence Coopérative est de sensibiliser les organisations aux mutations profondes de notre société (économie circulaire, de fonctionnalité, DD, RSE, incidences des innovations technologiques sur les usages et les comportements..). Ce qui se traduit par une recomposition des modèles actuels (business modèles ou modèles industriels) et par le fait d’apprécier la maturité des organisations à opérer de réelles transformations. Sa spécificité est de rendre visible les phénomènes invisibles de la complexité et de la systémie de manière à réussir la mise en place de l’intelligence coopérative au sein des organisations.

• Marine SIMON : consultante senior, facilitatrice et formatrice en Intelligence Collective, elle accompagne depuis des années des entreprises, ONG, régions, écoles... engagés dans une démarche de futur durable. Elle est auteur de Quelle chance, une tuile ! aux éditions Le Souffle d’Or (2014).

• Jérôme LAVENS : ingénieur biochimiste, il est responsable Process & Développement industriel au sein de la société CHAMTOR. Il fait le lien entre l’intelligence collective et la capacité d’innovation dans une entreprise.

• Gauthier CHAPELLE : agronome, biologiste, environnementaliste et spécialisé en biomimétisme, il a fondé l’association Biomimicry Europa en 2006 et le bureau d’étude Greenloop en 2007.

• Thomas Emmanuel GÉRARD : juriste et communicant de formation, il est coach de dirigeants et managers, facilitateur en intelligence collective et consultant.

• Sybille SAINT GIRONS : actualisatrice de richesses, présidente et co-fondatrice de Valeureux, associée dans Community Forge, elle développe des stratégies pour fluidifier la coopération au sein des communautés, en France et en Europe.

• Éric JULIEN : géographe, il a fait ses études à Science Po. Il a co-fondé le cabinet NovaSens conseils, spécialisé dans l’ingénierie du changement. Depuis 25 ans, il accompagne les sociétés « racines » dans l’invention d’un futur qui leur soit propre. Il est co-fondateur de l’École de la nature et des savoirs, (Drôme), et de Klub terre, Agir ensemble.

L’Intelligence Collective. Co-créons en conscience le monde de demain, Christine MARSAN, Marine SIMON, Jérôme LAVENS, Gauthier CHAPELLE, Sybille SAINT GIRONS, Thomas Emmanuel GÉRARD, Éric JULIEN, Ed. Yves Michel, livre en couleurs, 25.00 €

La plaie du transport routier, c’est la fraude André Laumin Reporterre 2015/03/17 André Laumin (17 mars 2015) La plaie du transport routier, c’est la fraude. Reporterre. Tribune — Transports fr

La plaie du transport routier, c’est la fraude

Une grève des chauffeurs routiers se développe ces jours-ci. Mais derrière le bras de fer entre salariés et patrons, il y a une crise profonde, due aux pratiques de fraude encouragées par la libéralisation du secteur.

Le transport routier de marchandises (TRM) domine le transport de fret, avec 88 % de parts de marché. L’essentiel du trafic se fait sur plus de 150 km et est assuré par 37.200 entreprises, dont 80 % compte moins de dix salariés. La plupart ne disposent que d’un seul ensemble routier et leur clientèle locale n’assure pas le plein emploi de leur parc : elles dépendent donc, pour leur fret de retour, des chargeurs (gros transporteurs) ayant un accès direct au marché.

Une sous-traitance intensive

Les grandes entreprises sous-traitent plus de 43 % des trajets. Elles répercutent sur les entreprises artisanales affrétées les remises qu’elles ont consenties pour emporter le marché. La sous-traitance concerne les trafics les moins rémunérateurs, amputés de près de 15 % de commission.

Certains de ces trafics ne peuvent être rentabilisés en respectant les règles normales : « le donneur d’ordre sous-traite ainsi la fraude que cette rentabilisation implique », affirme le rapport de Claude Abraham remis en juin 2010.

La fraude, une pratique courante…

La fraude gangrène le TRM : excès de vitesse, surcharges, dépassement des temps de conduite journaliers et hebdomadaires par fausse attestation de repos ou chronotachygraphe bricolé, fraude sur les péages autoroutiers (échange de tickets de péage entre deux conducteurs routiers circulant en sens opposés. L’échange est effectué hors de l’autoroute, au voisinage d’un échangeur. Seul un contrôle approfondi des documents de transport du véhicule permet de déceler la fraude),…

- En 2007, le Conseil National des Transports estimait, après des contrôles approfondis, que 40 % des chauffeurs routiers dépassaient le temps réglementaire de travail. - Un contrôle a été mené par 13 pays européens et la Suisse en septembre 2007. Près d’un tiers des 1787 camions contrôlés en Suisse étaient en infraction. Le 16 décembre 2013, en Gironde, 30 % des 140 camions contrôlés étaient en infraction. - L’interception à un péage de Toulouse d’un chauffeur roumain qui conduisait un camion espagnol pour une entreprise française a révélé 43 fraudes du 12 au 16 septembre 2013 !

Le risque pris par les conducteurs routiers pour tenir les conditions exigées par les chargeurs affecte aussi la sécurité. Selon l’Observatoire Social des Transports, les conducteurs, des professionnels, tuent autant au km parcouru que les automobilistes.

Les économies liées à la fraude sont considérables. Une surcharge de 20 % permet d’économiser 21 % du chiffre d’affaires, le dépassement des durées légales de conduite journalière et hebdomadaire respectivement 8% et 10 %, la neutralisation du chrono-tachygraphe 15 %.

Ces infractions sont habituelles pour une partie de la profession, facilitées par le fait que certaines entreprises ne sont contrôlées que tous les six ans. Le tribunal de Montpellier a condamné le 24 avril 2011 une entreprise pour 400 infractions aux temps de conduite sur une durée de 3 ans ! 57 % des procès-verbaux ne sont suivis d’aucune poursuite et le niveau des pénalités est généralement très inférieur au maximum prévu.

Les transporteurs de l’Est européen ne respectent pas la directive de 1996 sur les conditions sociales des travailleurs détachés dans d’autres pays de la Communauté. Ils fraudent sur le nombre de cabotages autorisés. De ce fait, le pavillon français a perdu le quart de son activité de 2007 à 2012.

La libéralisation entraine la crise

La libéralisation du secteur routier, entre 1985 et 1995, a supprimé la tarification routière obligatoire, qui était en fait une interdiction du dumping. Il n’a pas été tenu compte de la structure du secteur, composé essentiellement d’entreprises artisanales n’ayant pas d’accès direct au marché. Les chargeurs ont ainsi pu tirer les prix vers des niveaux souvent inférieurs aux coûts. En monnaie constante, les prix ont baissé de près de 30 % entre 1985 et 2002, alors que les coûts ont augmenté de 10 %.

Selon un communiqué la Fédération Nationale des Transporteurs Routiers, « le métier est en surcapacité et les marges très faibles, de l’ordre de 1% ». Près des 2/3 des petits transporteurs entrant dans la profession font faillite en 3 à 5 ans : 1 245 faillites ont été enregistrées au cours du 1er semestre 2012.

La baisse récente de la taxe à l’essieu et l’autorisation de circulation des camions de 44 tonnes ont renforcé l’avantage compétitif du TRM. Le rail ne peut suivre et abandonne des territoires entiers, pénalisant nombre d’entreprises.

Dans cette situation de crise, il faudrait agir pour empêcher la fraude et sortir de la TRM : - une intervention forte du gouvernement auprès de la Communauté pour harmoniser fiscalité et les règles sociales au niveau européen ; - des contrôles plus fréquents et l’aggravation des sanctions appliquées aux délinquants ; - un durcissement des conditions d’accès à la profession routière en matière de garanties financières ; cela freinerait l’accès à la profession et supprimerait la surcapacité avec la disparition de sa partie la plus sensible aux pressions des chargeurs et aux infractions ; - enfin l’application systématique de sanctions aux chargeurs donneurs d’ordres lorsque les conditions imposées à leurs sous-traitants exigent de fait un recours à la fraude.

Face au changement climatique, les semences paysannes sont l’avenir de l’agriculture Lorène Lavocat (Reporterre) Reporterre 2015/03/17 Lorène Lavocat (Reporterre) (17 mars 2015) Face au changement climatique, les semences paysannes sont l’avenir de l’agriculture. Reporterre. Enquête — Climat fr

Face au changement climatique, les semences paysannes sont l’avenir de l’agriculture

Depuis des décennies, l’agriculture industrielle fait la guerre aux semences paysannes. Elles sont pourtant mieux armées que les variétés commerciales pour résister aux effets du changement climatique, et constituent une alternative pour nous nourrir demain.

Sous le soleil couchant, les pousses de blé se parent d’un vert éclatant. Accroupi dans la terre de sa ferme de Pont de l’Arche, à Bouchemaine dans le Maine et Loire, Florent Mercier observe avec tendresse ses 200 parcelles. « Pourquoi j’aime les blés paysans ? Ils sont beaux et si variés ! » Poulette à épi blanc, Petit rouge du Morvan, Barbu de l’Aveyron... Chacun a sa couleur, sa forme, sa saveur. Des blés pourtant délaissés et oubliés, car incompatibles avec le modèle agricole intensif qui s’est imposé durant les dernières décennies.

Résultat : moins de dix variétés fournissent aujourd’hui plus de la moitié du blé tendre produit en France. Et 80 % des légumes cultivés il y a cinquante ans ont disparu. Une perte de biodiversité qui n’est pas sans conséquence pour notre environnement et notre santé.

L’avenir de notre agriculture

Paysan bio, Florent Mercier élève des vaches laitières et cultive du blé en Anjou. Il est coprésident de l’association Triptolème dont l’objectif est la promotion et la défense de la biodiversité cultivée.

« Ces blés se cultivent sans pesticide, et ils ont une meilleure qualité nutritionnelle que les variétés commerciales », explique-t-il. Surtout, ils résistent bien mieux aux aléas climatiques. Les semences paysannes seraient-elles l’avenir de notre agriculture ?

« Les végétaux qui peuplent nos assiettes trouvent leur origine dans le travail séculaire des paysans, qui les ont d’abord domestiqués, puis adaptés, améliorés et mis en circulation à travers l’échange des graines », racontent Christophe Bonneuil, Olivier Petitjean et Frédéric Thomas, dans leur ouvrage Semences : une histoire politique. Les semences sont donc « par nature » paysannes, puisqu’elles résultent de la sélection par les agriculteurs. Ainsi « les plantes s’adaptent au fur et à mesure au terroir et aux conditions environnementales », explique Isabelle Goldringer, généticienne à l’INRA.

Résistance à la sécheresse, défense contre les pathogènes... En comparaison, les variétés modernes sont confrontées à un environnement parfois fort différent des conditions maîtrisées des laboratoires où elles ont été conçues. C’est pourquoi, « dans des fermes avec des sols peu fertiles ou des climats rigoureux, les semences locales sont plus performantes que les commerciales », observe-t-elle.

D’autant plus que ces graines sont chaque année triées sur le volet par les paysans. « Dans les champs, la sélection naturelle et paysanne s’effectue en continu », explique Isabelle Goldringer, « donc les semences s’adaptent très vite. » Ce qui n’est pas le cas des variétés industrielles, qui peuvent mettre dix ans à voir le jour. « Entre le moment où un sélectionneur industriel va vouloir créer une variété résistante à la sécheresse et sa mise sur le marché, il peut s’écouler plus de sept ans », ajoute-t-elle. « Quand c’est fini, le climat a à nouveau changé, et il faut tout recommencer ! »

Face au changement climatique, les variétés anciennes paraissent donc mieux armées que leurs cousines commerciales. Pour Florent Mercier, elles sont avant tout une réponse immédiate à la crise écologique : « Elles sont bien plus adaptées à l’agriculture biologique, sans intrant », constate-t-il. Il sélectionne des blés de haute taille, qui limitent la croissance des « mauvaises herbes ».

L’atout de la diversité

Mais la carte maîtresse des semences paysannes demeure leur diversité. « On parle de variété population, car au sein même d’une variété ancienne, chaque individu, chaque plante est unique, comme pour les êtres humains », explique Isabelle Goldringer. Au contraire, les variétés commerciales ressemblent à des clones, elles ont été élaborées pour être « homogènes », au nom de la standardisation et de la rationalisation de l’agriculture. Ainsi, d’après la Confédération paysanne, « les paysans du monde créent plus de biodiversité chaque année que la sélection industrielle en cinquante ans. »

« Si chaque plante est différente, en cas de maladie ou de stress, il y aura toujours des individus qui survivront », note Isabelle Goldringer. « Mais si tous sont semblables, il est possible que rien ne résiste. »

Un constat partagé par Véronique Chable. Il y a quinze ans, cette agronome travaillant à l’établissement rennais de l’Institut national de la recherche agronomique (INRA) rencontre des maraîchers bio confrontés à un épineux problème : ils ne trouvent que des variétés pour le conventionnel, toutes conçues avec des biotechnologies, donc incompatibles avec les principes de l’agriculture biologique. Comment faire ? Avec la scientifique, ils sortent des banques de graines de l’INRA les semences anciennes de crucifères. Et relancent la culture du chou en Bretagne, sans pesticides.

Dans un grand hangar, Florent Mercier stocke ses précieuses graines dans des bidons. Un trésor de biodiversité, puisqu’il cultive plus d’une centaine de variétés. Pourtant, impossible pour lui de les donner ou de les vendre à d’autres paysans. L’échange de semences est en effet interdit par la loi. Brevet, certificat d’obtention végétale et catalogue officiel constituent un filet inextricable qui empêche la commercialisation des semences paysannes.

Le catalogue officiel répertorie depuis 1949 les variétés autorisées. Comme le rappelle Christophe Bonneuil et Frédéric Thomas, « l’inscription au catalogue est conditionnée par le respect de critères très stricts de distinction, d’homogénéité et de stabilité (DHS), ainsi que de valeur agronomique et technologique (VAT), qui excluent de fait les variétés de pays. » Les deux historiens ont d’ailleurs fait les comptes : « En ce qui concerne les blés tendres, on est ainsi passé de près de 400 variétés inscrites au début des années 1930 à 65 en 1966. »

Justifiée par un impératif de modernisation agricole, la disgrâce des semences paysannes s’est poursuivie jusqu’à nos jours. A l’INRA, pas question de plancher sur ces « reliquats » du néolithique. Depuis dix ans, Isabelle Goldringer fait partie des rares chercheurs à travailler sur ces questions, en collaboration avec les paysans.

Faire reconnaître les pratiques paysannes

« Au départ, la direction n’était pas du tout coopérative. On nous a interdit de travailler sur ces questions, nos sujets de thèse ont été massacrés au moment de l’évaluation... c’était très bloqué », se rappelle-t-elle. Même son de cloche à Rennes, où Véronique Chable doit se débrouiller avec une équipe minuscule et des moyens dérisoires : « L’INRA s’est fondé sur le développement de l’agriculture conventionnelle, et toutes ses méthodes découlent de ce modèle. » Pour elle, seule « une révolution culturelle », portée par l’appétit des consommateurs pour des produits sains, peut réorienter la machine.

Bannies des centres de recherches, privées de statut juridique, confinées dans des frigos comme « ressource phytogénétique », les semences paysannes n’ont pourtant pas dit leur dernier bourgeon. Une poignée d’irréductibles paysans, appuyés par quelques chercheurs, œuvrent d’arrache-pied pour remettre ces variétés au goût du jour. Depuis 2004, le Réseau Semences Paysannes coordonne ainsi les initiatives qui germent partout, et milite pour la reconnaissance scientifique et juridique des semences et des pratiques paysannes.

Florent Mercier est de ceux-là. Il participe, avec Véronique Chable et Isabelle Goldringer, à des programmes de sélection participative, pour trier, évaluer et améliorer ensemble des variétés de pays. Car l’objectif n’est pas uniquement de sortir ces graines de l’oubli, mais bien de renouveler la biodiversité de nos champs.

« Les semences paysannes n’appartiennent pas au passé, ce ne sont pas des variétés anciennes réservées à quelques bobos », insiste Florent Mercier. « C’est le modèle agricole productiviste qui est dépassé. » A contre-courant des OGM et des bio-technologies, les semences paysannes apparaissent comme une alternative possible pour nous nourrir demain... malgré le changement climatique.

Pesticides : on peut s’en passer ! Clara Griot (Reporterre) Reporterre 2015/03/18 Clara Griot (Reporterre) (18 mars 2015) Pesticides : on peut s’en passer !. Reporterre. Pesticides fr

Pesticides : on peut s’en passer !

La France reste toujours grande consommatrice de pesticides. Et pourtant, on peut s’en passer : c’est ce que va montrer la Semaine pour les alternatives aux pesticides, qui commence le 20 mars. Elle se concluera par une Rencontre de Reporterre, en partenariat avec Générations futures.

Avec 5,5% de ses surfaces en bio, la France est devenue, en février, la troisième surface agricole biologique d’Europe. Mais le pays est aussi le champion d’Europe en terme d’utilisation de pesticides.

Entre le plan Ecophyto de 2008, visant à réduire le recours aux pesticides, qui n’a pas atteint les objectifs espérés et la menace du traité transatlantique européen, le contexte n’est pas favorable aux questions liant agriculture et santé. Face à ce constat, l’association Générations Futures organise, du 20 au 30 mars, la 10e semaine pour les alternatives aux pesticides. L’objectif ? Favoriser le recours à des alternatives biologiques, dans les champs jusque dans les assiettes.

Pour François Veillerette, porte-parole de l’association Générations Futures, tout reste à faire dans ce domaine : « Il y a eu le Grenelle de l’environnement, puis des mesures comme Ecophyto, mais aujourd’hui les pesticides augmentent encore. » Selon l’association, les solutions face aux pesticides doivent d’abord passer des politiques financières incitatives. François Veillerette expose ainsi un mécanisme combinant récompenses et amendes : « Il s’agit de créer une aide pour ceux qui baissent leur utilisation de pesticides et de taxer ceux qui polluent. Les amendes récoltées constitueraient ainsi un fond d’aide ».

Du côté des consommateurs, le réseau de magasins Biocoop s’est investi avec la semaine pour les alternatives et propose un jus de pomme « militant ». Issu des vergers bios de quatre grandes régions fruitières, ce jus est transformé par des entreprises locales et vendu à proximité des exploitations. En plus de promouvoir le développement local et la consommation de produits bios, la coopérative reversera, pour chaque bouteille achetée, 0,15€ à Générations futures.

Les internautes sont aussi sollicités pour lutter contre la pollution. Selon Christophe Lebel, responsable communication de l’association des Agronomes et Vétérinaires Sans Frontières (AVSF), « seulement 0,3% des 2,5 millions de tonnes de pesticides déversés chaque année dans le monde atteint réellement sa cible ». La majeure partie des produits finit dans les sols ou l’air, faisait croitre les risques de maladies.

Pour promouvoir ces alternatives, la Semaine pour les alternatives aux pesticides se déroulera du 20 au 30 mars. Au programme dans toute la France : projections de films, débats et formations pour découvrir l’impact des produits phytosanitaires et les solutions pour s’en passer.

- Pour tous les détails, télécharger le dossier de presse

Dernière étape lundi 30 mars à l’Hôtel de ville de Paris, pour une Rencontre de Reporterre, en partenariat avec Générations futures.

Stéphane Le Foll recule devant les agriculteurs bio et rétablit les aides Clara Griot (Reporterre) Reporterre 2015/03/18 Clara Griot (Reporterre) (18 mars 2015) Stéphane Le Foll recule devant les agriculteurs bio et rétablit les aides. Reporterre. Agriculture fr

Stéphane Le Foll recule devant les agriculteurs bio et rétablit les aides

Le ministre de l’Agriculture a annoncé ce matin le maintien des aides - supprimées quelques jours auparavant. L’indignation suscitée par cette suppression a été efficace. Dans plusieurs villes, les agriculteurs bio organisaient ce mardi des rassemblements contre le coup de massue initial du gouvernement.

- Actualisation - Mercredi 18 mars, 8 h

Stéphane le Foll débloque le déblocage de moyens supplémentaires

Face à la mobilisation des paysans et des groupements d’agriculteurs, Stéphane Le Foll, ministre de l’Agriculture, a annoncé ce matin la mise en place d’une aide de maintien complémentaire. Une décision aussi inattendue que l’arrêté du 7 mars, qui avait réduit ces aides de 25 % sans que soient prévenus ni les exploitants agricoles, ni les associations d’agriculteurs.

« Tous auront bien 100 % de leurs aides », a posté le ministre Stéphane Le Foll sur Twitter, juste avant le début des manifestations prévues sur tout le territoire. Le ministre avait publié dans la nuit un communiqué concrétisant ce revirement.

L’enveloppe européenne de 103 millions d’euros de la politique agricole commune sera donc complétée à hauteur de 14 millions par le gouvernement français. Les agriculteurs toucheront la totalité des aides promises pour 2014, pour un total de 117 millions d’euros.

Ces aides seront néanmoins versées « dans le courant de l’été » selon le communiqué du ministère, soit six mois après la date initialement prévue. Pierre-Nicolas Grisel, du Groupement d’agriculteurs biologiques d’Ile-de-France, indique à Reporterre que cette annonce et la mobilisation nationale sont satisfaisantes.

Il met néanmoins en garde quant à l’interprétation de ces aides complémentaires : « Il manque 25 % d’aides pour 2014, mais le communiqué parle juste de moyens complémentaires. Il faut donc une interprétation claire de cette nouvelle décision du gouvernement, car nous ne voulons pas d’une annonce au rabais ».

- Mardi 17 mars, matin

Après le choc de l’arrêté du 7 mars, réduisant de 25 % les aides au maintien pour l’agriculture biologique, la Fédération nationale d’agriculture biologique des régions de France (FNAB) a appelé à la mobilisation nationale. Après la région Midi-Pyrénées lundi 16 mars, les militants de toute la France se réuniront le 17 mars devant les préfectures de leurs régions.

Au téléphone, Angélique Piteau, chargée des relations presse pour le Groupement des Agriculteurs Biologiques (GAB) d’Ile-de-France, explique les raisons de la mobilisation : « Cette baisse des aides agricoles dénote un mépris de la part du gouvernement. Si l’agriculture biologique était accompagnée comme elle devrait l’être, selon les objectifs affichés, on ne devrait pas recourir à ce genre de mesure. »

Qui gère les aides de l’agriculture biologique ?

Les aides à la conversion et au maintien découlent de la politique agricole commune (PAC). Elles soutiennent les agriculteurs qui s’engagent à développer des cultures biologiques sur leurs exploitations. Depuis quelques années, ces aides sont gérées au niveau national et dépendent du premier pilier de la PAC, qui finance les aides directes aux agriculteurs sur la base de la production.

En 2015, la gestion de ces aides doit changer, pour passer sous le second pilier, dédié à des actions plus spécifiques comme le développement rural. Les aides de conversion et de maintien seront donc gérées au niveau régional. Pour Pierre-Nicolas Grisel, chargé du suivi des aides au Groupement des agriculteurs biologiques (GAB) d’Ile-de-France, ce changement de pilier est une chance pour l’agriculture bio : « Avec une gestion régionale, le dialogue entre les autorités et les groupes d’exploitants agricoles sera permanent et facilité. On pourra donc éviter d’avoir des mauvaises surprises, comme l’arrêté du 7 mars ». Mais pour l’instant, c’est l’ancienne règle qui s’applique, avec la possibilité d’un coup de massue, comme celui que vient de donner Stéphane Le Foll, le ministre de l’Agriculture.

À quoi servent les aides ?

Les paysans conventionnels qui passent au bio reçoivent des aides à la conversion pendant cinq ans, puis des aides au maintien pendant cinq nouvelles années. Ces aides leur permettent de pallier les écarts économiques liés à des accidents météorologiques ou climatiques. En 2014, les secteurs les plus concernés étaient le maraîchage et l’arboriculture, à raison de 900 € par hectare en période de conversion et 600 € pour le maintien.

Selon la Fédération régionale des agriculteurs biologiques du Midi-Pyrénées (FRAB), ces aides doivent rétribuer l’apport de l’agriculture bio à « l’intérêt général, de la protection de l’environnement à la création d’emplois. » Autrement dit, il ne s’agit pas seulement de récompenser la conversion au bio, mais aussi de reconnaitre les bénéfices qu’apporte à la société ce type d’agriculture.

Une politique incohérente avec les volontés affichées par le gouvernement

Tout était clair, donc, et fin février, les agriculteurs bio ont reçu une lettre leur indiquant qu’ils allaient percevoir l’intégralité des aides au maintien prévues pour 2014. Mais, coup de théâtre le 7 mars : un arrêté ministériel, aussi brutal qu’inattendu, a annoncé une coupe de 25 % des aides au maintien, sans qu’aucune organisation professionnelle en ait été préalablement informée. Cette annonce tardive pénalise particulièrement les agriculteurs, qui ont déjà planifié leur budget et leur plan d’endettement sur ces aides.

De plus, cette mesure vient en contradiction avec les objectifs du gouvernement, qui prévoit un doublement des surfaces bio d’ici fin 2017.

Comme l’indique à Reporterre Etienne Gangneron, agriculteur et président de l’Agence Bio, cette coupe de 25 % dans les aides va entraîner « une baisse de 5 à 10 % des revenus selon les types de production et les modes de calcul. Presque un mois de salaire pour certains exploitants. »

Ainsi pénalisés, les agriculteurs pourront moins répondre à la demande de produits bios, qui croit rapidement. Selon une étude menée par l’Agence Bio et le CSA, 62 % des Français auraient régulièrement consommé des produits bios en 2014, contre 49 % en 2013. A défaut de production suffisante en France, la demande se tournera vers l’importation.

Un frein au développement

Enfin, le gouvernement affaiblit un dispositif incitatif qu’il a lui-même construit. Des signaux négatifs comme celui du 7 mars pourraient avoir, à long terme, une répercussion sur les futurs agriculteurs. Ceux qui réfléchissent à une conversion pourraient se rétracter, craignant que les aides promises ne leur soient pas versées. En comprimant de 25 % les aides au maintien pour 2014, le ministère ampute les chances du bio de se développer.

Angélique Piteau, chargée des relations presse pour le Groupement des Agriculteurs Biologiques (GAB) d’Ile-de-France, espère encore : « La partie n’est pas finie ! J’ose espérer que la décision du ministre n’est pas définitive. » Le rendez-vous est donc donné devant les préfectures des régions, pour défendre les aides et le futur de l’agriculture biologique.

L’écologie politique mérite mieux qu’EELV Claudine Parayre Reporterre 2015/03/18 Claudine Parayre (18 mars 2015) L’écologie politique mérite mieux qu’EELV. Reporterre. Tribune — Politique fr

L’écologie politique mérite mieux qu’EELV

« Il faut partir ! Je quitte EELV », un parti « verrouillé de l’intérieur » qui « ne parle plus d’écologie politique ». « L’écologie politique mérite mieux qu’EELV car elle constitue toujours la seule alternative crédible. »

Il faut partir ! Comme beaucoup d’autres au cours de ces derniers mois, de ces dernières années, je quitte EELV ; anonyme, comme la plupart de celles et de ceux qui sont partis, même si j’étais suffisamment engagée pour être conseillère fédérale et membre du bureau du Conseil d’orientation politique d’EELV.

Pas de goutte d’eau récente qui fasse déborder un vase très plein, juste deux certitudes : EELV est verrouillé par une entreprise bien menée dans la tradition de l’entrisme, mais conduite de l’intérieur et donc rien n’y changera ; une seconde certitude, le refus de cautionner ce parti qui ne parle plus d’écologie politique, n’en fait plus.

Car c’est là le fond de mon désaccord.

Déconnecté des combats environnementaux

Toutes les listes de discussion interne dénoncent l’accaparement du parti par quelques-uns soucieux avant tout de leur carrière, mais sait-on à quel point ce parti est soumis désormais à ses élus de tous niveaux, et à leurs collaborateurs ? Est-ce là l’explication à la disparition de l’écologie du radar d’EELV ?

Tout comme notre école reproduit le modèle social, privilégiant la reproduction des « élites », EELV voit la fuite rapide de ses adhérents et n’attire plus qu’un certain type d’adhérents entrant naturellement dans le discours socialement correct d’EELV et conforme aux institutions, permettant de s’y faire une place.

EELV a toujours défendu d’avoir un pied dans les institutions, un pied dans le « mouvement social » ; c’est juste un « petit orteil alibi » ou un « gros orteil récupération » qui désormais font le pendant au pied dans les institutions qui lui, a largement enflé.

Le milieu associatif porteur des combats environnementaux ne s’y est pas trompé, fortement déçu par le décalage entre le discours et les actes, il s’est éloigné depuis longtemps d’EELV. Simultanément la nouvelle force contestataire que représentent les jeunes impliqués dans des combats écolos de terrain n’a pas trouvé dans EELV le relais politique à ses aspirations.

Pourquoi les mots "nature", "environnement" ne sont-ils plus prononcés à EELV ? Parfois on les retrouve au détour d’une motion, d’un texte, plaqués sans cohérence, car il faut bien les caser, pour donner un vernis écolo, mais où sont-ils transcrits en actions concrètes ? Après le green washing, l’écolo washing, qui amène récemment des dirigeants d’EELV à proposer l’écologie comme simple soutien à la logique de croissance, la fameuse « croissance verte » !

Plus aucune réflexion structurante sur ces fondamentaux qui doivent guider la pensée de l’écologie politique ; cette grille d’analyse qui fait que l’écologie dépasse le seul environnement et l’intègre dans une démarche systémique impliquant des choix économiques, sociaux, sociétaux, démocratiques. Cette grille d’analyse qui place au premier plan l’accélération des dégradations environnementales, les atteintes irrémédiables à la biodiversité, la perte de la fonctionnalité du système vivant, le pillage de la planète, l’illusion de l’énergie bon marché, le changement climatique.

Contradictions

C’est ainsi qu’EELV peut se contenter de constater des désaccords sur Notre-Dame-des-Landes et rester dans l’exécutif régional des Pays de Loire. C’est ainsi qu’une ministre et des conseillers régionaux franciliens ont avalisé un Grand Paris inscrit dans la course à la croissance, destructeur de terres agricoles, qui contribue à la délocalisation de l’emploi, éloigne habitat et domicile, accroît de façon démesurée l’empreinte écologique de l’Ile-de-France et renforce les inégalités entre les territoires et les régions !

C’est ainsi que des élus ont pu soutenir la politique de métropolisation qui déménage le territoire là où l’on devrait renforcer la ruralité et les villes moyennes pour relocaliser l’économie, s’appuyer sur les racines des habitants pour revivifier des territoires et favoriser toutes les initiatives citoyennes de transition, d’économie d’énergie, de rythme de vie choisi et non contraint par la vitesse, remettant en question la surconsommation.

C’est ainsi qu’aucune réflexion n’est menée sur emploi et empreinte écologique, là où il devient urgent de considérer que toute activité économique est source de pollutions, de destructions de ressources, d’empreinte carbone…

Ligne Lyon-Turin, nouveaux TGV inutiles, destructions de forêts, de terres agricoles, extraction de sables, forages pétroliers en zone protégée, bétonisation des côtes, industrialisation massive des élevages, utilisation accrue des pesticides et des substances toxiques au quotidien, détricotage du code de l’environnement, OGM remis au goût du jour, construction de nouveaux réacteurs nucléaires, demain extraction des gaz de schistes peut-être au motif de faire de la recherche ?

Face à la course croissanciste véhiculée par tous les autres partis, modèle dépassé mais porté par des intérêts financiers puissants aussi bien que par des idéologies vieillottes, les citoyens et citoyennes doivent pouvoir démasquer les choix qui leur sont imposés, décrypter la réalité de ce qui les attend et exiger des politiques publiques qui mettent la planète au cœur des solutions. L’écologie politique mérite mieux qu’EELV car l’écologie politique constitue toujours la seule alternative crédible.

Demain, il faudra reconstruire (ailleurs ?) pour oser enfin l’écologie politique.

Reporterre s’expose et anime un débat pour la semaine de l’agriculture paysanne Reporterre Reporterre 2015/03/18 Reporterre (18 mars 2015) Reporterre s’expose et anime un débat pour la semaine de l’agriculture paysanne. Reporterre. Pesticides fr

Reporterre s’expose et anime un débat pour la semaine de l’agriculture paysanne

Dans le cadre de la semaine de l’agriculture paysanne (toutes les infos ici), Reporterre anime un débat et expose toute la semaine !

Mercredi 18 mars

Sciences Po, 10h-12h : Petit Dej’ et débat avec Reporterre

Petit-déjeuner avec les journalistes de Reporterre autour de la série d’articles sur le lien entre agriculture et changement climatique, écrite en partenariat avec Envie de Paysans ! Discussion et débat ouvert !

Expo toute la semaine

Exposition Reporterre sur l’agriculture et le climat

Une présentation visuelle des articles du quotidien écologique Reporterre sur le lien entre agriculture et climat, réalisés en partenariat avec Envie de Paysans ! Les articles seront également disponibles en lecture libre.

Rdv à l’espace Cafés de Sciences Po, 28 rue des saints-pères, Paris 7e

Ces désastres urbains qui rongent les villes Jean-Pierre Tuquoi (Reporterre) Reporterre 2015/03/18 Jean-Pierre Tuquoi (Reporterre) (18 mars 2015) Ces désastres urbains qui rongent les villes. Reporterre. Culture et idées fr

Ces désastres urbains qui rongent les villes

Thierry Paquot, « philosophe de l’urbain », signe avec Désastres urbains. Les villes meurent aussi, un livre fort et solidement argumenté sur les folies commerciales et urbanistiques, « cancers qui rongent les grandes cités d’un monde de plus en plus globalisé, au risque de les tuer. »

Pour le frisson attendu on aurait envie d’aller y voir de plus près. D’aller vérifier sur place à quoi ressemblent les centres commerciaux pharaoniques que nous décrit avec horreur Thierry Paquot dans son livre. Ils pullulent. Aux Etats-Unis, près de Minneapolis, le Mall of America propose un parc Lego, un Dinosaur Walk Museum, un aquarium, quatre magasins géants reliés entre eux par des kilomètres d’escalators et d’allées, un demi-millier de boutiques, des restaurants, des salles de cinémas et autres fast food par dizaines…

La folie des malls

Plus de 40 millions de visiteurs fréquentent chaque année le Mall of America. Dans les Emirats arabes unis, pour attirer les consommateurs, les créateurs du Dubaï Mall ont créé un aquarium où s’ébattent des centaines de requins et des dizaines de milliers de poissons exotiques.

Dans un autre centre commercial de la région les consommateurs peuvent skier sur une piste équipée d’un remonte-pente. Même chose en Inde, en Chine, en Amérique latine…

La France n’échappe pas au phénomène. En région parisienne, entre les aéroports de Roissy et du Bourget, le groupe Auchan prévoit d’ouvrir en 2020 Europa City, un centre commercial doté d’un musée aussi étendu que le centre Georges Pompidou, d’une mini station de sports d’hiver, d’un parc aquatique, d’une ferme urbaine, d’un cirque, d’une salle de spectacles, de boites de nuit, de milliers de chambres d’hôtels, de centaines de magasins, de restaurants…

Sur fond de gazouillis d’oiseaux et de cascades d’eau, le site internet d’Europa City donne une bonne idée de ce que sera ce « lieu évènement » où l’on viendra non pas pour faire ses courses mais pour « oser une expérience shopping ».

Les centres commerciaux géants, lieux privilégiés du « commerce sans échange », ne sont qu’un des multiples cancers qui rongent les grandes cités d’un monde de plus en plus globalisé, au risque de les tuer.

La frénésie des grands ensembles

Thierry Paquot, qui se définit comme un philosophe de l’urbain, en a recensé plusieurs autres qu’il dissèque avec finesse et gravité. Ainsi des grands ensembles qui, en France - mais pas uniquement - ont envahi nos villes au sortir de la seconde guerre mondiale parce qu’il fallait construire « vite et pas cher ». Peu importe si des études ont démontré depuis que, à superficie comparable, il était possible de bâtir aussi vite et pour moins cher des maisons individuelles. Le mal était fait.

Au lieu des cités jardin promises ce sont des « cages à lapins » que les architectes ont construit dans une sorte d’ivresse collective. « Seul le quantitatif guidait les bâtisseurs ou, plus exactement, il primait sur le qualitatif », écrit Paquot. C’était à qui bâtirait la barre d’immeuble la plus longue : la Caravelle de Jean Dubuissson à Villeneuve-la-Garenne, dans les Hauts-de-Seine, s’étale sur 385 mètres ; la cité du Haut-du-Lièvre à Nancy est encore plus démesurée avec ses 700 mètres – il est vrai en deux tronçons.

Les Italiens ont fait beaucoup mieux : près d’un kilomètre d’un seul tenant pour le Corviale de Mario Fiorentino à Rome ! Même en prenant en compte le contexte des Trente glorieuses peut-on vraiment parler de progrès à propos de ces logements aussi tristes qu’anonymes ?

Autre verrue, plus contemporaine celle-là, la gated communauty, l’enclave privée sécurisée. L’idée est simple : offrir aux citadins fortunés des sortes d’îlots d’habitation coupés de la ville dans laquelle ils sont physiquement enserrés. A l’extérieur, la violence, l’insécurité peut régner, l’environnement être dégradé ; à l’intérieur de l’enclave tout n’est que luxe, calme, beauté, sécurité.

Sans doute cette présentation ignore les nuances : en Chine, vivre dans une gated communauty est d’abord un signe d’ascension sociale tandis qu’en Inde ce sont des considérations environnementales qui poussent les plus fortunés à aller vivre dans une résidence sécurisée. En Afrique du sud ou au Brésil, en revanche, c’est l’insécurité qui a fait la fortune des promoteurs des gated commnauty.

Au final, le résultat est le même : les résidences protégées font « ville à part ». Elles constituent des villes dans la ville, ou plutôt des villes à deux vitesses qui ne feront qu’accélérer la segmentation sociale. Faut-il s’en réjouir ?

Les « impasses en hauteur »

Au rayon des « trouvailles » des urbanistes et des architectes qui minent les villes Thierry Paquot en distingue deux autres : les « grands projets » - dont celui du Grand Paris qu’il juge non sans de solides arguments daté et archaïque – et le gratte-ciel.

A l’heure où la maire de Paris, Anne Hidalgo, entend faire sortir de terre dans l’ouest parisien la tour Triangle (180 mètres de hauteur) il n’est pas inutile de lire les pages consacrées par Paquot à ce qu’il appelle les « impasses en hauteur ». Elles sont sans appel. Parler de tours « écologiques », de « qualité environnementale » à leur propos, comme on peut le lire ici ou là, est, pour l’auteur, une escroquerie intellectuelle.

Car elles sont coûteuses à la construction (un mètre carré d’une tour coûte au minimum 20 % plus cher qu’un mètre carré d’un immeuble classique) comme à l’entretien, et énergivores au possible. Alors que le Grenelle de l’environnement recommande d’atteindre un plafond de consommation énergétique de 50 kWh/m2/an les tours anciennes sont trente fois plus énergivores. Quant aux tours labellisées green tower leur consommation reste quinze fois supérieure au plafond du Grenelle.

Paquot avance un dernier argument contre la construction de gratte-ciels : on ne sait pas comment s’en débarrasser. S’il advient un jour que l’on veuille en démanteler une le chantier sera pharaonique, et peut-être impossible à mener.

Vue de l’esprit ? Tout le monde convient aujourd’hui que le boulevard périphérique parisien, naguère célébré comme un progrès, est devenu un obstacle à l’aménagement du tissu urbain. Mais personne ne sait comment le gommer du paysage. Faut-il courir un risque identique en construisant la tour Triangle ?

Désastres urbains. Les villes meurent aussi, de Thierry Paquot, Ed. La Découverte, 222 pages, 17,90 euros

A Francfort, les Européens libres ont fait sa fête à la Banque centrale Lucas Mascarello (Reporterre) Reporterre 2015/03/19 Lucas Mascarello (Reporterre) (19 mars 2015) A Francfort, les Européens libres ont fait sa fête à la Banque centrale. Reporterre. Reportage — Europe fr

A Francfort, les Européens libres ont fait sa fête à la Banque centrale

1,3 milliards d’euros pour le siège de la Banque centrale européenne à Francfort. Mais son inauguration, aujourd’hui, se déroule sous les huées, et entourée de huit mille policiers. Reporterre vous raconte cette journée.

- Francfort, reportage

Mardi 18 mars, 07h 20 : Le bourdonnement des hélicoptères se mêle aux sirènes de police dans les rues de Francfort. Ils accompagneront les manifestants toute la journée comme un acouphène rappelant la surveillance et la gestion du mouvement. Il y a des barrages partout, impossible de s’approcher de la Banque centrale européenne. Tous les points d’accès sont gardés par la police. Des manifestants dispersés dans le centre-ville cherchent des points d’accès. Huit mille policiers seraient déployés. La situation est relativement calme, face à cette énorme présence policière.

Plus de deux cents manifestants sont venus de France. Les deux cars étaient pleins, Attac regrette de ne pas en avoir prévu davantage. Des bus en provenance de Nantes, de Lyon et de Strasbourg, sont également venus, ainsi que de Belgique, de Hollande et du Danemark. Trois cents Italiens seraient présents.

À huit heures, j’ai rejoint le pont Flösserbrück, qui est proche de la BCE. L’ambiance est tendue, des barricades sont en feu et la police se prépare à charger. Une quinzaine de Blacks Blocs sont en première ligne ainsi que quelques clowns.

Plusieurs assauts repoussent le cortège de quelques mètres sur le pont. Une explosion retentit alors qu’un journaliste tombe au sol. C’est une grenade assourdissante. Certains se précipitent pour le mettre à l’abri. Plus loin, il y avait des batucadas et de la musique. Quelques cartouches de gaz lacrymogène atterrissent au centre du pont et sont aussitôt jetées à l’eau. Sur le fleuve, il y a des bateaux de la brigade fluviale.

J’ai rencontré Vincent, Rémi et Clément. L’un vient de Nantes et les autres vivent en Allemagne. Ils me disent qu’« il est rare que se déroule une manifestation européenne, alors que la problématique est européenne. La BCE est un symbole de grand projet inutile et coûteux. Ce sont des personnes qui font subir au peuple une politique d’austérité et qui se payent un immeuble luxueux. » Ils me disent que, s’ils avaient pu la détruire, ils l’auraient fait, mais qu’ils n’ont que deux bouts de bois.

Irène est militante à Attac et au DAL (Droit au logement), elle a 63 ans et était dans le train venu de Paris. Son premier combat était contre les centrales nucléaires. Selon elle, « la politique financière de la BCE détruit tout, le social comme l’environnement. Ils produisent l’appauvrissement du peuple, comme en Grèce. Cette politique pousse à l’enfermement, et malheureusement, la seule solution qui reste est la violence ».

Brigitte Klass fait partie des vingt-cinq observateurs mis en place par le Komitee für Grundrechte und Democratie. Elle ne comprend pas la tactique policière qui pousse les manifestants vers la vieille ville, elle pense que c’est dangereux. « La police bloque toute la ville et cela rend les manifestants en colère ».

Il est difficile d’évaluer le nombre de manifestants, tout le monde court à droite à gauche, il y a des rassemblements, on n’a pas idée de ce que font les groupes de cinquante ou cent personnes aux différents endroits.

Vers 14h00, tout le monde se rassemble pour une grande manifestation. L’ambiance est beaucoup plus calme et familiale. Le cortège arrive doucement sur la place Römer où se tient un meeting. À côté de moi, Mehdi se félicite du nombre de personnes présentes. « On a perdu l’habitude de ces manifestations internationales. C’est aussi un moyen de renouer des liens ». Il me précise que les employés et dirigeants de la BCE auraient pu regagner le siège de la banque par bateau, vers 11 h, les rues d’accès étant bloquées. Sur la place, l’après-midi se déroule et les intervenants, dont Naomi Klein, se succèdent au micro pour soutenir Blockupy. On peut estimer à près de huit mille le nombre de personnes, de tous âges, présentes sur la place.

Dans le train du retour vers Paris, Luigi, 28 ans, me raconte sa matinée avant de se reposer. Il a passé la nuit du mardi sur le campus de Bokenheim où beaucoup d’Italiens sont venus dormir. Il me dit que sept bus sont venus d’Italie. Au petit matin, il est parti avec quatre groupes, qui ont tenté de bloquer les accès à la BCE à des points stratégiques de la ville. « Il y avait des policiers partout. Du coup, on s’est dispersé pour éviter qu’ils nous encerclent. De six heures à sept heures du matin, les affrontements étaient très violents ». Luigi me montre des photos de la journée. La présence policière est impressionnante et les affrontements violents. Sur les images, je vois des clowns soigner les manifestants blessés.

Malgré les scènes de violences, les blessures et les arrestations de la matinée, plusieurs militants m’ont confié leur satisfaction quant au bilan de cette journée du 18 mars 2015 : l’inauguration de la Banque centrale européenne et la célébration initialement prévue a été largement perturbée. La fête n’était pas du côté des banquiers, mais de celui des résistants.

Lundi 17 mars

Grand jour pour la Banque centrale européenne (BCE) : elle inaugure le 18 mars son nouveau siège à Francfort, dans le quartier d’Ostende, en présence de responsables politiques et de dirigeants financiers. Mais contre l’inauguration du bâtiment et plus généralement contre la politique d’austérité de la BCE, le mouvement Blockupy se mobilise.

Un budget faramineux

La première pierre de ce bâtiment forteresse a été posée en 2010 par Jean-Claude Trichet (président de la BCE de l’époque). Le coût du bâtiment était initialement estimé à 500 millions d’euros. « Nous devons nous assurer que les coûts de construction ne dépassent pas le budget », avait alors déclaré Trichet.

Au final, le siège de la BCE aura couté près de 1,3 milliard d’euros ! Il doit accueillir près de 2 600 employés. Chaque poste de travail aura coûté environ 600 000 euros, le tout étant financé par le contribuable. La somme astronomique dépensée est jugée obscène par de nombreuses personnes dans un contexte de restriction économique et de politique d’austérité imposé par la BCE.

L’architecture du pouvoir

Les caractéristiques de l’édifice laissent perplexe. Le siège de la BCE sera trente mètres plus élevé, mais aussi deux fois plus coûteux, que celui de la Deutsche Bank, la plus grande banque allemande. L’architecte viennois Wolf Prix a conçu deux tours jumelles de verre et d’acier de 185 mètres de haut. Une structure froide et bureaucratique qui illustre le fossé entre les élites et les populations.

Blockupy considère qu’il n’y a rien à célébrer dans cette inauguration. Le mouvement est issu d’une coalition européenne inédite, composée de groupes d’activistes, de syndicats, d’associations (dont Attac et le CADTM - Comité pour l’annulation de la dette du tiers-monde), d’étudiants, de partis de gauche allemands dont Die Linke (La gauche) et Interventionistische Linke (Gauche Interventionniste) ou tout simplement des personnes concernées et conscientes du démantèlement social et des dégâts environnementaux provoqués par les politiques économiques de l’Union européenne. Blockupy est né en 2012, en écho à Occupy Wall Street, pour s’opposer à la BCE. Trois ans plus tard, une nouvelle action se prépare dans les rues de Francfort.

Le 17 mars, de nombreux départs de toute l’Europe ont convergé vers Francfort pour une grande journée d’action le lendemain. Au programme : blocage et encerclement de la BCE le matin, prise de parole et manifestation l’après-midi, le tout dans un esprit de créativité et de solidarité.

12h45, mardi, gare de l’Est à Paris, je rejoins le groupe. Verveine, militante Attac et Solidaire, attend les manifestants au départ de Paris pour leur remettre leurs billets de train. Sur le quai numéro 4, un train allemand attend les voyageurs. L’ambiance est aux retrouvailles pour les militants présents. Dans le train, les voyageurs prennent place tandis que Verveine distribue des plans et consignes de sécurité.

À la lecture du programme, Michel avec ses 71 ans, explique qu’il ne pourra pas participer au blocage du matin : « Même si c’est ouvert à tous, je ne me vois pas courir. Ce n’est plus de mon âge, même si je trouve ça très bien. »

Une annonce du contrôleur informe les voyageurs qu’un changement de train imprévu sera nécessaire pour terminer le trajet, les militants sourient : « Ils vont nous mettre dans un train blindé. » Verveine reprend la parole pour informer le groupe d’une réunion d’information dans la soirée à proximité de la gare centrale de Francfort. Au-delà du symbole, tous espèrent que le 18 mars sera une réussite et permettra une remise en cause des politiques d’austérité permanentes.

Hervé Kempf à Saint-Herblain pour discuter du climat Reporterre 2015/03/19 (19 mars 2015) Hervé Kempf à Saint-Herblain pour discuter du climat. Reporterre. fr

Hervé Kempf à Saint-Herblain pour discuter du climat

Hervé Kempf participe ce jeudi 19 mars à un débat sur le changement climatique, avec la climatologue Valérie Masson-Delmotte et Charles Esmanjaud, de l’association Virage Energie Pays-de-Loire.

C’est à la Maison des Arts de Saint Herblain (Loire-Atlantique) à partir de 19 h.

- Infos

- L’ITV de Hervé Kempf par Ouest-France

A Carcassonne, les crèmes glacées ont un bon goût de coopérative Lisa Giachino (L’Âge de Faire) Reporterre 2015/03/19 Lisa Giachino (L’Âge de Faire) (19 mars 2015) A Carcassonne, les crèmes glacées ont un bon goût de coopérative. Reporterre. Luttes fr

A Carcassonne, les crèmes glacées ont un bon goût de coopérative

Ils s’étaient fait « manger par le capital ». Dix-neuf ouvriers de l’ancienne usine Pilpa ont créé une Scop de glaces artisanales, fabriquées à partir de fruits de la région. Les ouvriers sont devenus patrons, gèrent collectivement l’entreprise... et ça marche. Reportage.

- Alors, vous en êtes où ? - Ça infuse…

La vanille de Madagascar exhale son parfum, plongée gousses ouvertes dans du lait entier. Autour des cuves, Kevin et Yannick s’activent. Demain, la production sera lancée. En attendant, d’autres ouvriers font des travaux : il faut retirer le câblage de l’immense chambre froide où étaient entreposées les glaces quand l’usine produisait en quantités industrielles pour Disney, Oasis, Fauchon ou Orangina…

« Avant, cinq personnes faisaient 2800 pots à l’heure, précise Jérôme, « chef de ligne », qui veille au bon fonctionnement de la production. Aujourd’hui, à six, on en fait 600 à l’heure ! Il n’y a presque rien d’automatisé. »

Quand les travailleurs de la Fabrique du Sud, à Carcassonne, racontent leur histoire, les mots « avant » et « après » reviennent comme un leitmotiv. Avant, c’était du temps de Pilpa, une usine de glaces créée il y a 42 ans par une coopérative laitière. Au fil du temps, le lait frais a été remplacé par du lait en poudre, les parfums naturels par des arômes artificiels, et les glaces ont été gonflées d’air – moins de matière première, plus de volume, et plus de profit.

En juillet 2011, l’entreprise est rachetée par R&R Ice Cream, une multinationale anglo-allemande financée par un fonds de pension américain. Un an plus tard, le groupe annonce la fermeture de l’usine.

« C’est intéressant d’être patrons et ouvriers »

Les 120 salariés démontrent, expertise comptable à l’appui, que le site est rentable et que sa fermeture est une question de stratégie financière. L’exemple des Fralib, qui se battent pour reprendre leur usine de thé près de Marseille, interpelle les syndicalistes, et le projet de créer une Scop (Société coopérative de production) mûrit peu à peu.

Après un an de lutte, ils obtiennent de la multinationale des indemnités de licenciement et un budget de formation conséquents, ainsi que la somme de 815 00 euros pour que la Scop puisse acquérir du matériel.

L’agglomération de Carcassonne achète une partie des locaux. Dix-neuf ouvriers et techniciens choisissent de rejoindre la Scop. Ils investissent chacun 5000 euros et 45 % de leurs droits au chômage.

Aujourd’hui, dans le bâtiment devenu trop vaste pour eux, ils semblent encore un peu sonnés par l’ampleur du changement. Autrefois simples exécutants de produits formatés, les Pilpa inventent leurs propres recettes. « On fait de bonnes glaces et on est fiers de nous, résume Sebastiana, qui était dans l’entreprise depuis dix-sept ans. C’est intéressant d’être patrons et ouvriers à la fois. On réfléchit ensemble : comment installer la ligne de production ? Comment emballer ? »

Vendues sous la marque La Belle Aude, dans de jolies boîtes en carton ornées d’une vache et de la silhouette des remparts de Carcassonne, les glaces de la Scop sont mises au point dans le laboratoire de Bernard. « On va lancer un parfum rhum-raisin, annonce-t-il, en blouse et coiffé d’une charlotte. On fera nous-mêmes la macération du raisin, dans du bon rhum de Martinique ! »

« Seul, on n’est rien »

Après trente-six ans dans l’entreprise comme assistant au contrôle qualité, Bernard s’est senti « très vulnérable » quand il a été licencié, à cinquante ans passés. « Et puis, je me suis dit que je pouvais apporter quelque chose à cette Scop, et j’ai repris confiance en moi. »

Pendant la phase de construction de l’entreprise, le technicien anime le groupe de travail « produit », qui décide d’orienter l’usine vers une glace traditionnelle, de qualité, à base d’ingrédients locaux [1]. « Aucun d’entre nous n’avait travaillé au service Recherche et développement de Pilpa. On a contacté des anciens pour avoir le BA-Ba, et deux d’entre nous ont suivi une formation à l’école de pâtisserie. On a acheté une petite turbine d’occasion pour faire des essais, tout le monde a participé à la dégustation. Cette expérience m’a appris que seul, on n’est rien. »

Les quatre commerciaux, qui se sont installés dans les bureaux de l’ancienne direction, au premier étage, ont eux aussi dû apprendre un nouveau métier : « avant », ils travaillaient à la production, au nettoyage ou à l’entretien des machines. A leur tête, Christophe a été élu président du conseil d’administration de la Scop. Il explique que la reconversion d’une partie des ouvriers était indispensable pour que tous les volontaires puissent intégrer le projet.

« Pour partir à 19, nous devions tout faire en interne. Mais au début, personne ne voulait devenir commercial ! Ce n’est pas évident de se mettre en avant. » Aux côtés des quatre hommes, Coralie, vingt ans, vient d’être recrutée comme apprentie. « Elle nous apporte le côté théorique, se félicite Christophe. Nous,on n’est pas des pro, mais quand les gens nous entendent, ils sentent notre engouement. Notre avantage, c’est que l’on sait parfaitement comment est fabriqué le produit. »

Daniel K., solide moustachu de 53 ans, est intarissable sur son nouveau métier. « Mon premier bon de commande, je n’ai pas pu le remplir tellement je tremblais, confie-t-il. J’ai un niveau CAP de 1978, faire des tableurs sur Excel, ça me saoûle, et je sais pas envoyer un texto. Mais j’ai la tchatche, et je m’éclate ! Sur mon secteur, j’ai déjà 28 grandes surfaces sur les 32 possibles, et mercredi je vais attraper la 29e ! Pendant trois ans, il faut qu’on soit au taquet pour augmenter le chiffre d’affaires. » Tous les membres de la Scop participent à l’effort commercial, en assurant des animations dans les supermarchés.

Le ragoût de Paul

Ce midi, le ragoût de sanglier fume dans la marmite de Paul : le beau-frère de l’un des salariés a percuté le bestiau en voiture. Délégué du personnel chez Pilpa, Paul a été licencié après trente-huit ans de service. Depuis le début de la lutte, il cuisine pour ses anciens collègues.

« Je suis à deux ans de la retraite, alors je préfère laisser la place aux jeunes, explique-t-il. Mais autant que je fasse quelque chose d’utile au lieu de rester chez moi. » Tous les jours ou presque, il vient faire le café à 7h30. Il passe la matinée à cuisiner, fumer et jouer à l’ordinateur en écoutant la radio, puis il rentre chez lui après le repas. Chacun donne deux ou trois euros par jour pour approvisionner la cuisine.

En dehors des réunions, c’est à table que les gens de la production, du service commercial et de l’administratif se rencontrent. Ce jour là, il y a aussi Michel. Ancien agent EDF, syndicaliste, il est l’une des chevilles ouvrières de l’association Les amis de la Fabrique du Sud.

« Ce qui m’a passionné dans cette histoire, c’est qu’on est au cœur du capital. Là, on peut faire de l’éducation populaire ! » s’enthousiasme-t-il. Avec Rachid, représentant CGT qui a mené la lutte des Pilpa avant de prendre sa retraite, et quelques bénévoles, il écume les centres de vacances et les foires pour présenter La Belle Aude et faire connaître l’économie coopérative.

Forte de ses 830 adhérents, l’association a investi 15 000 euros dans la Scop. C’est elle qui recueille les dons et les mots de soutien, comme celui de Suzanne, 79 ans : « Montrez à tous les salauds qui licencient de quoi les ouvriers sont capables. Vous êtes mon denier du culte… et en vous, je crois. »

La grande distribution en question

L’association joue aussi les aiguillons en continuant à porter le projet politique dont est née la Sc’p. « Je dis aux salariés que grâce à leur lutte, un bâtiment qui appartenait à un fonds d’investissement est désormais le bien de la population carcassonnaise, souligne Michel. Maintenant, il faudrait que le site soit vraiment géré démocratiquement, et ouvert à d’autres porteurs de projets. Il y avait un projet de plate-forme coopérative de l’agroalimentaire, mais ça n’avance pas beaucoup. »

Michel rêve également d’un réseau indépendant, porté par les adhérents de l’association, qui permettrait à la Scop de se passer de la grande distribution…

Les salariés, eux, pensent d’abord à la survie de leur entreprise. « C’est vrai que la grande distribution, c’est un peu ce qui nous a zigouillés, reconnaît Maxime, le directeur. On aimerait travailler aussi avec la restauration collective, et les épiceries fines et locales. Mais pour l’instant, on est dans la précipitation : on doit doubler cette année le chiffre d’affaires, alors que les gens n’ont pas eu l’impression de se tourner les pouces ! Il nous faut du volume. »

Une autre idée, lancée pendant les mois de lutte, est pour l’instant passée à la trappe : l’égalité salariale. Les coopérateurs ont adopté une convention collective et quatre types de postes, dont les rémunérations s’échelonnent de 1250 à 1900 euros net.vCela fait grincer quelques dents…

« Même si on est une Scop, les gens ne s’investissent pas tous de la même manière », argumente Maxime. Pourtant, même gratifié du plus haut salaire, le directeur reste un travailleur comme les autres : sur le tableau de répartition du ménage, il a en charge les toilettes…

« ON TRAVAILLE POUR NOUS »

« En étant soutenu par les copains, même un petit ouvrier est capable de gérer une Scop ! » Daniel B., magasinier, venait autrefois travailler « avec une boule au ventre. Au lieu d’embaucher, la hiérarchie poussait les gens à travailler très très vite. Là, on se réunit entre gens de la production, on fait des essais de cadence, et si ça ne convient pas, on change ».

Pour Maxime, le directeur, « des personnes se sont révélées dans le collectif. C’est fabuleux ce qu’elles abattent comme travail ! »

Aucun des cadres de Pilpa n’ayant rejoint la Scop, les ouvriers ont dû dépasser leurs craintes et assumer les postes de direction. « On pensait au départ faire appel à un directeur extérieur, confie Maxime. Mais l’Union régionale des Scop nous a dit qu’on avait les capacités de le faire, et on a réalisé que depuis plusieurs mois, on avait pris des initiatives et des décisions. Sans compter que si on recrutait un directeur, il fallait payer un gros salaire en plus ! »

Véronique, qui s’occupe de l’administratif, ne cache pas sa fatigue. « C’est tellement compliqué qu’on ne se souvient plus comment c’était avant ! Mais on travaille pour nous, sans avoir à subir la loi du profit et de l’argent. Les décisions sont prises d’un commun accord, et le travail est de plus en plus intéressant. »

Le projet de loi sur la biodiversité organise la destruction de la nature Collectif d’associations naturalistes Reporterre 2015/03/19 Collectif d’associations naturalistes (19 mars 2015) Le projet de loi sur la biodiversité organise la destruction de la nature. Reporterre. Tribune — Grands projets inutiles fr

Le projet de loi sur la biodiversité organise la destruction de la nature

Le projet de loi sur la biodiversité en discussion à l’Assemblée nationale généralise et facilite la « compensation pour perte de biodiversité ». Cette mesure sert en fait à donner un blanc-seing aux destructions environnementales. Le projet introduit aussi la notion de « réserves d’actifs naturels », ouvrant la porte à une financiarisation de la nature.

Le projet de loi relatif à la biodiversité en discussion à l’Assemblée Nationale prévoit d’instituer des « obligations de compensation écologique » (articles 33 A, B et C). De quoi s’agit-il au juste ?

Faciliter de nouveaux Sivens et Notre-Dame-des-Landes ?

La compensation écologique est au cœur des projets les plus destructeurs et controversés tels que le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, de barrage de Sivens ou de Center Parc en forêt des Chambaran (Isère). Ces projets menacent de détruire des habitats naturels exceptionnels et la biodiversité qu’ils abritent.

Pour s’acquitter de ses engagements à enrayer la perte de la biodiversité, l’Etat exige généralement de l’aménageur qu’il « compense » la destruction prévue par la restauration ou la préservation de nature ailleurs.

De nombreux travaux scientifiques soulignent l’échec de la majorité des mesures compensatoires pour lesquelles nous disposons d’un recul suffisant et l’impossibilité de recréation de milieux constitués au fil des siècles (on ne remplace pas un arbre vieux d’un siècle par dix arbres âgés de dix ans ou une prairie naturelle ancienne par un pré saturé en nitrates).

Creuser des mares, planter quelques arbres, fabriquer des refuges pour espèces protégées, déplacer les espèces menacées font désormais partie de l’appareillage technico-juridique permettant d’afficher un impact limité sur la biodiversité.

Sivens, Notre-Dame-des-Landes et bien d’autres projets ont donné l’occasion à des naturalistes et des experts scientifiques de démontrer la faiblesse intrinsèque des mécanismes de compensation et leur incapacité à conserver la biodiversité.

Pourtant, le projet de loi actuel consacre et généralise la compensation – là où la loi de 1976 ne faisait que la mentionner sans véritables suites – avec le risque qu’elle serve de dérivatif facile et généralisé aux étapes visant à éviter et réduire les dégradations écologiques.

Si les conditions d’équivalence entre les dégradations écologiques et les mesures de compensation ne sont pas précisées par le projet de loi, les outils disponibles pour mener cette compensation sont eux intronisés, malgré de fortes réserves de la communauté scientifique. [1]

La nature mise en banque ?

Le maître d’ouvrage pourra réaliser des actions de compensation écologique de sa propre initiative, sur son terrain ou le terrain d’autrui. Sinon, il pourra également recourir à un « opérateur de compensation », et/ou contribuer au financement d’une « réserve d’actifs naturels », lui permettant de se libérer de ses obligations en contribuant financièrement à ces opérations.

C’est sous l’intense lobbying mené par la CDC Biodiversité, filiale de la Caisse des dépôts et consignations, que l’article 33 C du projet de loi introduit la notion de « réserves d’actifs naturels » dans le droit français.

Ces banques d’un nouveau genre mènent des projets de restauration de biodiversité qu’elles transforment ensuite en « actifs naturels ». Le plus grand arbitraire préside, bien sûr, comme on l’a vu dans le cas de Notre-Dame-des-Landes, aux calculs qui conduisent à compenser des mares et les amphibiens qui y vivent par des prairies artificielles.

Pour justifier leurs projets devant les pouvoirs publics, les aménageurs n’ont plus qu’à faire appel à ces banques d’actifs constituées ex ante et leur acheter quelques « actifs » biodiversité. Ce projet de loi généralise l’utilisation de banques de biodiversité sur le territoire français et donne les clés de la protection de la nature à des entreprises privées, alors que ce modèle est loin d’avoir prouvé son efficacité écologique depuis deux décennies d’existence aux États-Unis. [2]

Un droit à détruire ?

Les banques et multinationales voient la nature qui se raréfie comme un nouvel eldorado à conquérir et à privatiser, et avancent pour cela une double promesse. La promesse, jamais vérifiée, de remplacer ce qui est détruit à un endroit par un bout de nature supposée équivalent à un autre endroit. Et la promesse de pouvoir poursuivre la construction de nouvelles infrastructures, tout en préservant la nature, alors qu’un département de terre agricole et naturelle disparaît tous les sept ans.

Mesdames et Messieurs les députés, ne laissez pas la finance et les bulldozers dénaturer nos paysages et notre biodiversité !

Associations signataires : Action Nature et Territoire en Languedoc-Roussillon (AcNaT), Aitec, Attac, Fern, Naturalistes en lutte, NAture et CItoyenneté en Crau Camargue et Alpilles (NACICCA)

- Pour aller plus loin, télécharger le 4 pages des associations :

Les hôtesses de l’air aussi sont victimes des pesticides Julie Lallouët-Geffroy (Reporterre) Reporterre 2015/03/19 Julie Lallouët-Geffroy (Reporterre) (19 mars 2015) Les hôtesses de l’air aussi sont victimes des pesticides. Reporterre. Enquête — Pesticides fr

Les hôtesses de l’air aussi sont victimes des pesticides

Les produits phytosanitaires ? Un agriculteur vêtu comme un cosmonaute au moment de l’épandage. Mais de nombreux autres corps de métier sont exposés à ces produits dangereux, avec de graves conséquences sur la santé. Reporterre vous raconte trois histoires inattendues.

Pour éviter que des moustiques porteurs de maladies comme le paludisme ou le chikungunya traversent les frontières, les stewards et hôtesses de l’air des vols internationaux aspergent la soute et la cabine d’insecticides, en présence des passagers. Cinq bombes sont vidées à chaque vol.

La procédure a changé au 1er mars dernier : désormais la désinsectisation se fera à vide, entre deux vols. « Pourquoi changer de procédure ? Parce que la précédente pouvait présenter des risques pour nous, personnels navigants ? » Marie-Thérèse Mury-Diard s’interroge.

Air France lui a déjà répondu, à travers le comité d’hygiène, de sécurité et de conditions de travail (CHSCT), que ce choix avait été motivé par la méfiance du personnel et l’inconfort des passagers. Hôtesse de l’air sur les vols internationaux, depuis vingt-cinq ans chez Air France, elle a toujours connu la méthode des bombes insecticides.

« Juste avant de les utiliser on annonce aux passagers que le produit n’est pas toxique. Je veux bien croire la compagnie, mais j’aimerais en être sûre ; d’autant plus qu’au moment de la pulvérisation, on ressent nettement des picotements à la gorge et aux yeux. Alors, peut-être qu’une fois ce n’est pas grave, mais plusieurs, sur trente ans de carrière ? »

Un steward ou une hôtesse qui ne travaillerait que sur des vols avec l’Afrique, la principale zone concernée par les traitements insecticides, pourrait faire cinq allers-retours par mois. Avec une exposition dans un lieu clos, soumis à d’autres facteurs de maladies comme les ultraviolets, la qualité de l’air ; le décalage horaire et le travail de nuit : quelles conséquences sur la santé ?

« Nous n’avons pas d’éléments sur le sujet, juste des questions. » Des questions alimentées par des études montrant la sur-représentation de cancers de la peau et du sein dans son métier. « Faute d’un risque réel et avéré, on ne peut pas diligenter et financer une étude sur le sujet. »

La moitié des dockers de Nantes et St Nazaire malades du cancer

Notre nourriture « du champ à l’assiette » est une expression qui se répand de plus en plus, mais ce serait omettre qu’une bonne partie de nos aliments sont importés. Ils arrivent par bateau dans nos ports. Les dockers sont les premiers, avec les douaniers, à réceptionner ces marchandises, les premiers à être exposés aux substances présentes dans les conteneurs.

Jean-Luc Chagnolleau, docker à Nantes s’est battu durant quatre ans pour que son cancer du rein soit reconnu comme maladie professionnelle. Reconnaissance obtenue en décembre dernier, une victoire qui ouvre la voie pour de nombreux autres cas. Mais M. Chagnolleau n’a pas vu cette victoire : il est décédé en 2011, à 56 ans.

Les médecins diagnostiquent un cancer du rein à Jean-Luc Chagnolleau en 2007. Pour lui, ça ne fait pas de doute, il y a un lien avec ses conditions de travail. Avec ses collègues syndiqués du port, il crée une association, l’APPSTMP et obtient en 2011 qu’une étude scientifique soit réalisée sur les expositions aux cancérogènes des dockers.

Elle est réalisée par le chercheur Christophe Coutanceau, qui étudie l’ensemble des expositions d’une trentaine de dockers pendant leur vie de travail. Les conclusions sont sans appel : « Ils ont tous été exposés à un grand nombre de cancérogènes : pesticides de toutes sortes, mycotoxines, chlordécone ou encore échappement de diesel. » L’étude, dite Escales, montre que sur 250 dockers en activité en 1992, la moitié était malade ou décédée. Dans 70 % des cas, il y a un cancer : rein, prostate, larynx et ainsi de suite.

Les témoignages retranscrits dans l’étude montrent l’importance de l’exposition aux pesticides. L’un des dockers interrogé raconte : « J’ai fait la farine de poisson, on a aussi fait des fûts de boyaux de 40 kg, ça puait. La bordelaise, on appelait ça Dachau, tellement les conditions de travail étaient dures, c’était des engrais, du phosphate, poussiéreux et puant. »

Cet homme a été exposé pendant ses trente-trois années de travail aux pesticides et mycotoxines des céréales et tourteaux, relate l’étude, mais aussi aux poussières de bois, au formaldéhyde du contreplaqué, à la silice des poussières de charbon et aux gaz d’échappement diesel.

Le chercheur Christophe Coutanceau montre la multitude des sources cancérogènes mais souligne également les problèmes posés par le commerce international. « Les marchandises viennent des quatre coins du monde, à l’ouverture des conteneurs, les substances que l’on peut trouver ne coïncident pas forcément avec la loi française. La marge de manœuvre réside dans la protection des salariés qui devraient porter des tenues adaptées. »

Gilles Rialland fait partie de l’association des dockers, il a travaillé sur le port de Nantes-St Nazaire au service de la sécurité au travail. « On voudrait réussir à mettre l’accent sur la prévention. On a tendance à ne s’occuper que des accidents au travail et assez peu de l’environnement de travail. »

En décembre dernier, le tribunal des affaires sociales de Nantes a reconnu le cancer du rein de Jean-Luc Chagnolleau en tant que maladie professionnelle. Une décision décisive car désormais aux yeux de la sécurité sociale, le lien de cause à effet entre une source d’exposition et une maladie s’élargit à des sources d’exposition pour des maladies.

Contaminé en stockant des céréales : « Je ne tiens pas dix minutes dans un supermarché »

Laurent Guillou a été salarié de la coopérative agricole bretonne Triskalia pendant presque trente ans, jusqu’au jour où une sur-exposition aux pesticides l’a plongé dans la maladie. Ça s’est passé à Plouisy dans les Côtes d’Armor, devant un silo de stockage de céréales, en 2009 et en 2010.

Traditionnellement, pour stocker des céréales, on asperge les parois du silo de pesticides en traitement préventif, puis un système de ventilation prend le relais. Pour faire des économies, Triskalia a changé de méthode. La firme a décidé de couper la ventilation et d’asperger les céréales de pesticides au moment où on les sort des silos.

« Ce jour-là, ce qui sortait du silo était en train de fermenter, c’était un tas de fumier. » Vient ensuite le traitement phytosanitaires sur les céréales : « C’était irrespirable. J’ai saigné du nez, ça me brûlait de partout, je suis tombé et je suis allé à l’hôpital. »

Malgré cet accident et les alertes lancées par Laurent Guillou, l’année suivante, les céréales sont de nouveau aspergées de biocides, et de nouveau, M. Guillou est sur-exposé et doit aller à l’hôpital. Le produit utilisé s’appelle le Nuvan Total, un produit interdit en 2007 car jugé dangereux. Il a pourtant été utilisé en 2009. En 2010, il est remplacé par le Nuvagrain. Il est autorisé, mais utilisé en trop grande quantité.

Face à cette exposition dangereuse, ils sont quatre salariés à avoir décidé de s’unir et d’attaquer la coopérative. Tous sont atteints d’hypersensibilité chimique multiple, une intolérance aux produits chimiques. Pour Laurent Guillou, la maladie a tout changé.

« J’ai perdu mon emploi, je ne supporte plus aucun produit chimique, je ne tiens pas dix minutes dans un supermarché. Chez moi tout est bio. L’idéal serait d’aller vivre en bord de mer, mais je n’en ai pas les moyens. Surtout depuis qu’ils m’ont licencié. Avant je gagnais 2 500 € par mois, aujourd’hui, grâce aux victoires au tribunal, je touche 1 100€ net par mois. »

Les anciens salariés malades ont lancé plusieurs procédures judiciaires. Première victoire en septembre dernier : le tribunal des affaires sociales de Saint Brieuc a reconnu la faute inexcusable de l’employeur pour deux d’entre eux.

A travers ces trois cas de figure, on entre-aperçoit la diversité des métiers concernés par l’usage des pesticides : douanes, transports, chargement, déchargement, transformation, désinfection et ainsi de suite. Mais les agriculteurs semblent rester en première ligne.

A l’image du combat de la sœur du viticulteur Denis Bebeyran dans le Médoc. Il est mort en 2009 d’un cancer des voies biliaires, la justice doit rendre sa décision sur ce dossier le 16 avril prochain.

Affaire Triskalia : pour aller plus loin

Une pétition est disponible en ligne pour que la justice se penche rapidement sur le dossier.

La journaliste Inès Léraud a consacré récemment trois reportages au sujet : l’un sur l’histoire de ces salariés pour France Inter, l’autre pour France Culture sur un des sites de stockage de Triskalia et le dernier pour l’émission « CO2 mon amour » de France Inter dédié au modèle économique.

La chronique du jardin sans pétrole - Août 2014 à Mars 2015 Christine Laurent (Reporterre) Reporterre 2015/03/20 Christine Laurent (Reporterre) (20 mars 2015) La chronique du jardin sans pétrole - Août 2014 à Mars 2015. Reporterre. Quotidien fr

La chronique du jardin sans pétrole - Août 2014 à Mars 2015

Jardiner dans la grande ville ? Difficile. Alors Christine s’échappe toutes les fins de semaine, pour maraîcher et observer la nature.

- Dimanche 1er mars 2015 -

Vive la grande ortie, très utile au jardin !

Nous sommes arrivés au jardin après la pluie. La terre est détrempée une fois de plus, mais aujourd’hui, comme nous avons projeté de semer, ce n’est pas gênant. Nous aurons juste à mélanger du compost avec la terre de surface.

L’herbe de Popeye

Une fois le sol préparé, nous nous fabriquons un cordeau avec deux bouts de bois et une ficelle, que nous tendons, Jean-Marie d’un côté, moi de l’autre, pour bien aligner les pois. Avec un pois tous les trois centimètres sur quatre mètres de longueur, nous voici possiblement avec 120 pieds de pois !

Les fèves sont terrées, mais avec l’humidité et le sol qui se réchauffe doucement la graine travaille. J’ai lu que les épinards et les fèves faisaient bon ménage. Enfin, que l’azote produit par les fèves était très utile à la croissance des épinards, car en retour quel intérêt les fèves y trouvent-elles ? J’en sème en espérant cette fois que l’herbe de Popeye sortira de terre.

En partant la semaine dernière, j’ai laissé à dessein la brouette et le seau au milieu du jardin. Ils sont remplis de six centimètres d’eau que je stocke dans un bidon, en attendant la préparation prochaine de diverses tisanes et autres purins de plantes pour lesquels il est préférable d’employer de l’eau de pluie.

La grande ortie

D’ailleurs où en sont les orties ? Souvenez-vous qu’au printemps dernier j’ai semé de la grande ortie dans le jardin, que j’ai repiquée cet automne un peu à l’écart du potager sur un tas de terre excavée de la future mare. Elle est là, pas très grande mais bien vivante.

Faire pousser des orties peut sembler être une drôle d’idée alors qu’il en pousse partout autour de nous. Mais celle-ci, c’est la grande ortie (Urtica dioica), à ne pas confondre avec l’ortie brûlante (Urtica urens) dont les propriétés médicinales et gustatives n’égalent pas celles de la première.

Je ne sais pas si dans la soupe, je ferais la différence entre les deux, mais pour le purin c’est celle-là qu’il faut utiliser. On dit d’elle qu’elle est dioïque parce que ses pieds mâles ou femelles portent des fleurs unisexuées. Espérons qu’elle se reproduise !

- Dimanche 22 février -

Le bon jardinier sait marier les plantes qui s’aiment

Sur le boulevard Voltaire déserté par les Parisiens, on entend le croassement des corneilles, comme dans les mornes plaines picardes de mon enfance. A la Gare d’Austerlitz, pas de chance, l’ascenseur est encore en panne. Je suis seule aujourd’hui et le seau à compost lourd de deux semaines d’épluchures bien tassées s’ajoute au poids de ma petite reine. J’ai emporté avec moi de la lecture sur un de mes sujets de prédilection : les associations de plantes.

La ciboulette et le pois brouillés

Dans notre potager, comme dans la nature, nous ne cultivons pas les variétés de légumes seules mais les mélangeons autant que possible à d’autres, sans se préoccuper de savoir si elles sont faites pour s’entendre !

L’année dernière, nous avons fait les frais de l’inimitié entre la ciboulette et le pois. Pour occuper le sol, le temps que les pois mangetout poussent, j’ai semé de la roquette et sur quelques dizaines de centimètres de la ciboulette. Et là, les pois ne sont jamais sortis de terre.

Les plantes aussi ont leurs humeurs et certaines ne peuvent pas se sentir ! D’autres au contraire s’entraident comme les poireaux et les fraises ou les tomates et les carottes, dont les uns éloignent les parasites de l’autre.

- Les jonquilles sortent de terre -

Nouvelle discipline

Depuis l’Antiquité, on sait que rien ne pousse sous les noyers mais il a fallu attendre 1937 pour comprendre pourquoi. Un éminent spécialiste de physiologie végétale autrichien, Hans Molisch, s’est sérieusement penché sur les molécules que les plantes envoyaient dans le sol via leurs racines et les relations chimiques complexes auxquelles elles se livraient. Il a ouvert la voie d’une nouvelle discipline qu’il a appelée l’allélopathie en associant deux mots grecs : allelon (réciproque) et pathos (souffrance).

On ne peut pas dire que les études sur le sujet foisonnent. Elles concernent le plus souvent les grandes cultures et pas tellement les plantes potagères. Le jardinier du dimanche peut quand même s’en remettre aux jardiniers patients et assidus et profiter de leurs découvertes en plongeant dans la lecture passionnante de leurs observations. Mais nous voici à Chamarande.

La butte aux fraisiers

Un grand soleil bleu éclaire la plaine. Les jonquilles sont sorties de terre et les boutons commencent à s’épaissir sous la gangue vert tendre. La rhubarbe installée à l’extérieur, le long de la clôture nord, a débourré (photo chapô).

Je consacre un moment à nettoyer la butte des fraisiers, ceux de 2013, abandonnés cet automne à leur sort après avoir déplacé une partie de leur descendance vers le potager. Chaque pied de fraisier donne naissance à trois ou quatre nouveaux pieds, si bien que rapidement on se retrouve avec plusieurs dizaines de pieds.

- La butte des fraisiers après trois heures de soin -

Située sous la limite de la frondaison d’un chêne, la butte des fraisiers est couverte de feuilles et de glands, venus s’ajouter au paillage de copeaux de peuplier. Les fraisiers sont encore attachés les uns aux autres par leurs stolons. Le trèfle, qui a gagné la butte, s’y mêle sans complexe. Racines traçantes et stolons forment un maillage bien dense !

Association bénéfique ou étouffante ? Dans le doute, je dégage chaque pied de fraisiers, aère la terre à coup de griffes et leur offre une bonne pelletée de compost. Avant de repartir vers la gare, je ramasse deux petits choux, deux radis noirs et de la salade : mâche, chicorée rouge et quelques pousses de cardamine hirsute. Cette plante au goût de cresson prospère en cette saison.

- Dimanche 15 février 2015 -

Où l’on apprend à fabriquer une serre en deux coups de cuillère à pot

Cette semaine le jardin sans pétrole est parisien. Pas de vélo, pas de RER non plus. Nous avons mieux à faire que d’aller patauger dans la gadoue ou tasser la terre sous nos pieds ! Le seau de compost pourra bien attendre la semaine prochaine.

Nous partons chez nos amis jardiniers itou, avec dans un caddie tout le nécessaire au montage de la serre : la boîte en polystyrène expansé, le câble, la bande de tissu cousue pour enserrer la boîte et fixer les segments de câbles en forme d’arceaux, les équerres métalliques pour poser la serre à hauteur de soleil, les boîtes d’œuf en guise de godets pour accueillir les semis, le film plastique pour les protéger du froid.

Il faut aussi prendre la terre de jardin et le compost rapportés la semaine dernière. Enfin ne pas oublier les graines... et les muffins aux pommes qui sortent juste du four pour le goûter.

Comme dehors, il pleut, l’atelier de jardinage n’aura pas lieu dans le square tout proche mais dans la pièce à vivre. Avec trois enfants, dans nos appartements où l’espace est contraint, cela relève déjà de l’exploit !

Nous protégeons la table avec du journal. Les trois fillettes préparent le terreau de semis, en mélangeant un tiers de terre du jardin et deux-tiers de compost. Nous leur avons donné des passoires de bac à sable pour que le mélange soit sans grumeaux, mais les trous ne sont pas assez gros et la terre trop humide. Avec les mains c’est tout aussi efficace à condition d’émietter. Mina, la plus jeune fait exactement le contraire, pétrissant le mélange terre-compost comme on le fait pour faire une pâte à tarte.

Pendant ce temps Jean-Marie coupe les segments de câble au bout desquels je fixe un ruban adhésif pour éviter que les filaments ne se prennent dans le tissu. Puis je les glisse dans les goulettes cousues à cet effet. Damned ! Sous la force du câble arqué, le ruban de tissu s’écarte de la boite. Jean-Marie nous arrange ça avec un bout de ficelle tendu entre les arceaux.

Parfait, il fait nuit, je n’ai pas pris les bons sachets de graines, mais la serre est installée sur le rebord de la fenêtre prête à l’emploi… Nous y mettons un soir de la semaine des graines de salades, de chou rave et autres crucifères.

- Dimanche 8 février -

La mauvaise réputation du lierre n’est pas fondée

Quelle journée ! Le beau temps avec nous, la terre humide juste à point pour accueillir la grelinette et les premiers semis de l’année ! Cerise sur le gâteau, nous emportons notre premier ballot de drêche d’orge récupéré auprès du copain de l’Amap qui se lance dans la production de bière artisanale.

De l’intérêt de la drêche d’orge

La drêche d’orge nous intéresse car elle contient une quantité significative de phosphore et du phosphore, il en manque dans notre terre. Sitôt arrivés, nous la mélangeons au tas de compost en cours de maturation.

Nous pouvons enfin poursuivre la préparation du sol : aération à la grelinette, apport de compost tamisé, nivellement au râteau. En mai, le complexe argilo-humique, clef de voûte de l’alimentation des plantes sera formé, du moins l’espère-t-on !

Dans une butte préparée le mois dernier, nous semons six graines de fèves, par deux. Léonie a pris les grosses graines marron et les a plantées le hile vers le haut, à trois centimètres de profondeur. Le hile est le nom de la petite cicatrice qui marque le point où la graine est attachée dans la gousse. C’est là, que le germe sort de la graine. La fève peut être semée de bonne heure, car elle ne craint pas le gel.

- Le jardin endormi sous les feuilles et les copeaux de peuplier -

Les vertus du lierre

Tiens, je remarque pour la première fois que la présence de lierre commun (Hedera hélix) sur l’un des chênes. Une présence heureuse puisque cette plante, accusée pendant longtemps de parasiter les arbres sur lesquels elle pousse, est aujourd’hui considérée comme un écosystème à elle toute seule.

Loin d’abîmer le tronc, le lierre le protège de la fracture par le gel ou des animaux pouvant endommager l’écorce. Il produit des molécules qui inhibent les champignons, les bactéries ou les parasites qui peuvent s’attaquer aux arbres.

C’est une liane qui forme des tiges ligneuses dont la taille peut atteindre trente mètres de long ! Elle grimpe droit vers le ciel en s’aidant de petites ventouses qu’elle fixe sur l’écorce sans gêner les flux de sève.

Derrière son feuillage persistant, il abrite et nourrit un nombre incalculable d’insectes et en cette période hivernale, les oiseaux viennent se nourrir de ses baies noires, toxiques pour l’homme mais très prisées des mésanges, des fauvettes et autre rouge-gorges que Jean-Marie reconnaît à l’oreille ! Trop fort.

- Dimanche 1er février 2015 -

L’hiver froid fait du bien à la nature

En sortant du RER, nous avons retrouvé la pluie glacée laissée à la Gare d’Austerlitz. Une pluie de neige fondue, qui nous fait regretter que ce ne soit pas de la neige. Des flocons légers virevoltants autour de nos bicyclettes, sans prise sur nos parkas, nous seraient plus agréable que ces gouttes d’eau lourde, d’autant que nous n’avons pas nos capes de pluies.

Nous arrivons enfin, le pantalon un peu humide, avec pour la première fois un Thermos plein d’une bonne tisane dans nos sacoches. Sous les grands cerisiers à l’écorce humide et presque noire, nous nous réconfortons de ce liquide tiède et épicé.

Les cristaux magiques

La neige ne viendra pas cette fois. J’espère que nous en aurons ! Elle est très utile au jardin quand elle n’arrive pas trop tard. Elle capte dans ses cristaux une partie de l’azote de l’air que ces derniers libèrent dans le sol en fondant et qui est directement assimilable par les plantes. Voilà pourquoi les prairies sont bien vertes à la fonte des neiges. Une fertilisation gratis dont nous allons être privées à cause du dérèglement climatique ?

Même sans manteau blanc, l’hiver rigoureux est un bienfait pour la nature qui peut s’assoupir. Avec des températures en-dessous de zéro, les arbres fruitiers s’assainissent des champignons et autres insectes parasites et permet un bon fleurissement quand la chaleur revient.

Nous aussi, nous aurions peut-être dû rester à la maison en mode repos végétatif ! Nous ne nous attardons pas. Tandis que Léonie trotte à dos de poney, je fais une razzia sur les pousses de mâche et de cardamine hirsute, cressonnette dans le langage vernaculaire à cause de son goût proche du cresson. Je ramasse aussi les feuilles qui ont repoussé sur les tiges des choux cabus que nous avions laissés en terre depuis l’été. Sitôt le cours terminé, nous repartons vers la gare.

Chantier « serre de balcon »

Rentré de bonne heure, nous poursuivons le chantier « Serre de balcon » pour nos semis. Mes expériences de semis sur le bord de nos fenêtres, au premier étage d’un immeuble en cœur d’îlot, n’ont pas été convainquantes. Comme elles manquent de lumière, les plantules s’allongent désespérément au lieu de faire des racines.

Ma complice de graines dispose d’un balcon filant au 6e étage et peut dégager 2,5 mètres linéaires pour nos plantations de toutes sortes de légumes. Jean-Marie va fabriquer un système d’accroche pour les installer au raz de la balustrade afin qu’elles bénéficient d’autant de soleil que possible puisque le balcon est orienté nord-ouest.

Quant à moi, je construis des petites serres avec des bacs en polystyrène expansé ayant servi à transporter du saumon chez un restaurateur du quartier, du tissu récupéré dans un vieux rideau, des câbles de récup et du film translucide. Nous avons programmé, le premier week-end des vacances d’hiver, un atelier de semis avec nos enfants.

- Dimanche 25 janvier 2015 -

Quand les pupes attaquent les poireaux, le jardinier dégaine sa tanaisie

Nous pouvons maintenant rester au jardin jusqu’à 17h00 sans risquer d’être surpris par la nuit et n’avons plus besoin de pédaler après le soleil couchant pour attraper le RER.

Les chevaux sont à l’écurie, Léonie à son cours de poney et je suis seule à ramasser de la mâche, les derniers navets, un chou et quelques poireaux.

Zut, la mineuse a encore fait des dégâts. Rien à voir avec l’attaque surprise de l’année dernière, avec plusieurs pupes cachées dans chaque fût de poireaux, les ayant rendus pratiquement inconsommables. Pour les oublieux, la pupe est une sorte de chrysalide de la taille d’un grain de riz, couleur de brique, de laquelle sort une petite mouche grisâtre qui s’attaque aux poireaux deux fois par an, au printemps et à l’automne.

Nous avons échappé à l’attaque du printemps mais notre vigilance s’est relâchée après l’été et le temps très doux a prolongé le vol des mineuses jusqu’en novembre. La tanaisie est une fleur commune en Europe, de la grande famille des composées, dont les feuilles odorantes ont un effet répulsif sur les insectes.

Posées entre et sur les poireaux, ses feuilles odorantes ont brouillé en partie les radars des mouches, mais certaines, au nez fin, les ont finalement découverts. En déterrant les poireaux, je fais attention à bien écraser les pupes qui abritent la future génération...

Aujourd’hui, je vais réaménager le jardin des herbes aromatiques sur une butte triangulaire qui se trouve au centre du potager. L’idée est d’y rassembler toutes sortes de plantes utiles pour le potager : du thym, du romarin, de la lavande, de la sarriette, de la tanaisie, de la rue…

Toutes ces plantes, très utiles à la maison pour parfumer les plats ou apaiser les corps fatigués, sont aussi très bénéfiques au potager pour tuer les nématodes du sol, ces vers microscopiques qui dévorent les racines des plantes, éloigner toutes les espèces de mouches : celle du poireau, celle du chou, celle de la carotte ou celle des salades. Vous voulez leur nom latin ? Allez dans l’ordre : Phytomyza gymnostoma, Delia radicum et Psila roasae.

L’hiver, il est très facile de diviser les touffes, de faire des boutures ou du marcottage pour les multiplier puis les disperser sur les buttes.

Belle journée ! Quand je lâche ma griffe, c’est l’heure bleue et silencieuse. Sous le soleil pâle la prairie a des allures de grands espaces. Il est temps pour nous aussi de regagner notre nid parisien.

- Dimanche 18 janvier 2015 -

Partager les semences pour faire vivre les jardins

Ce dimanche, pas de jardin. Léonie grippée nous retient à la maison. Au chaud, tranquillement installée avec un café, j’ai sorti la boîte des semences. Il est grand temps de regarder ce qu’il reste dans les sachets. Une amie jardinière m’a rejoint et nous faisons ensemble l’inventaire. Nous allons nous partager les graines restantes.

Un petit pliage origami nous permet de réaliser facilement des enveloppes en papier d’emballage de récupération pour y mettre les graines de coriandre, d’arroche, de bourrache, d’onagre dont je n’ai plus besoin car ces plantes sont maintenant bien installées dans le jardin et pourvu qu’on laisse quelques pieds fleurir et monter en graine, de jeunes pousses apparaîtront d’elles-mêmes l’année suivante.

J’ai aussi en réserve des graines que le fabriquant recommande d’utiliser avant fin 2015. Pour un jardin comme le nôtre, la quantité de graines disponibles dans le sachet est si grande que cela empêche de semer différentes variétés sauf à accepter de perdre une partie de ses semences. J’ai ainsi quatre variétés de carottes et six de tomates. Idem pour les salades et les courges ! En partageant les semences avec d’autres jardiniers, on peut diversifier sa production sans dépenser trop.

Il y a aussi la plate-forme en ligne de Graines de troc où chacun peut proposer et échanger ses graines, en constituant ensemble une collection commune. Chaque envoi de graines permet d’obtenir un jeton et donne la possibilité de choisir parmi les variétés de la collection. Toutes ont leur place : les variétés introuvables mais aussi les plus communes, les anciennes et pourquoi pas, d’étonnantes inconnues.

Nous pourrions aussi récolter nos semences. Je ne trouve pas cela évident dans notre jardin où poussent en général plusieurs variétés de pois, de haricots, ou de pommes de terre. Pour conserver la qualité de chaque variété, il faut éviter la pollinisation croisée qui brouille ces qualités identifiées. Mais je me vois mal dire aux bourdons et autres abeilles de se nettoyer la bouche et les pattes à la porte des fleurs !

Image : Arpent nourricier

- Dimanche 11 janvier 2015 -

Jardiner, c’est résister

Jardin ou manif ? C’est décidé, dimanche 11 janvier, nous sommes partis de bonne heure pour être de retour dans le cortège avant la nuit. Jardiner, c’est résister ! Résister pour préserver la vie dans sa diversité.

Chic le RER est gratuit pour tous. Car normalement, si on ne paye pas avec la Navigo mais pour les enfants de moins de dix ans c’est six euros, la virée en grande banlieue.

Une lumière claire annonce le renouveau. Patience, la nature est encore engourdie, les nuits encore trop longues. L’activité chlorophyllienne fonctionne au ralenti. Sur les arbres et les arbustes, les bourgeons sont bien formés mais bien fermés aussi.

Je regarde le jardin et ses sensibles mouvements, touche la terre froide et humide, charrie deux brouettes de feuilles mortes, tamise autant de compost bien mûr et grumeleux et reprend le travail d’amendement du sol, laissé de côté depuis plusieurs semaines.

La terre n’est pas trop humide aujourd’hui. Je commence par dégager les copeaux de peuplier qui préserve les buttes de l’érosion et la terre de la battance. Puis j’aère le sol à la grelinette sans remuer, juste un mouvement de va et vient. J’ajoute ensuite une bonne dose de compost et je passe un coup de râteau pour le mélanger à la terre. Enfin, je recouvre des feuilles mortes. Nous les ôterons dans quelques semaines, avec les premiers semis.

La taille de la mâche me semble ridicule à côté de celle que j’ai achetée. Mais les bouquets sont croquants et goûteux. Issue de la famille des Valérianes, c’est une plante annuelle automnale, dont les graines germent en automne pour fleurir et grener au printemps suivants.

Les graines lèvent avant que les jours ne raccourcissent trop. Les feuilles bien vertes naissent deux par deux, se superposant en croix les unes au-dessus des autres et formant au bout de quelques semaines une rosette assez fournie qui attend ainsi dans la froideur de l’hiver, un rayon de soleil printanier pour fleurir. Des fleurs toutes petites, d’un blanc bleuté, se dressent alors sur leurs tiges allongées.

La mâche - valerianella locusta - est une plante sauvage très répandue, souvent compagne des blés. On l’appelait doucette aux temps où on la ramassait. Nous avons choisi la mâche d’Etampes car elle résiste remarquablement bien au froid, et se fane moins que les autres.

Toute occupée à choisir les plus belles dans le parterre verdoyant, je n’ai pas vu l’ombre recouvrir le jardin.

Je regarde avec envie la prairie devant moi encore baignée de lumière.

- Samedi 3 janvier 2015 -

De la vertu des cartons en milieu potager

Nous avons délaissé nos vélos pour apporter un chargement de carton. Des cartons plats et de grandes tailles, dont on ne peut que regretter les réfrigérateurs ou autres écrans plats de taille obscène qu’ils ont protégés dans leur première vie.

Avec ces cartons, nous allons maintenir une humidité à peu près constante dans les tas de compost et éviterons que les débris végétaux des thuyas ne viennent l’acidifier. Les cartons vont aussi nous servir à empêcher la végétation de pousser et stimuler la vie souterraine et l’aération du sol.

En effet, en privant les végétaux de lumière, ceux-ci pourrissent sur place et des escouades d’insectes phytophages débarquent. Ils réduisent les herbes indésirables en nutriments que nos légumes apprécieront. Il suffit pour cela de laisser le carton posé plusieurs mois sur le sol. On obtient alors un « effet grelinette » des plus étonnant... Quand je pense à toutes ces heures passées à bêcher et à arracher à main nue les racines des ronces et du chiendent !

Tiens la porte est mal fermée. Nous n’avons pas pris le temps de poser la serrure après avoir remis en état le portail de bois et nous attachons juste un fil de fer. En allant voir où en sont les pousses de mâche, Jean-Marie a découvert des marques de sabot.

Les fanes de carotte ont été ratiboisées et une partie des racines orangées ont été mangées. C’est la ponette qui pâture dans les prés autour du potager qui est venue passer le réveillon ! Les racines croquantes et les fanes odorantes lui ont changé son ordinaire ! La ponette gourmande a eu la délicatesse de ne pas labourer les buttes en passant et le carré de la mâche n’a pas été visité.

La journée est consacrée au rangement. Nous enlevons le tuyau d’irrigation installé avant l’été afin que les petits trous du goutte à goutte ne se bouchent pas en stagnant dans la terre humide. Il y en a cinquante mètres ! Avec des gestes amples nous l’enroulons comme un lasso et le remisons sous la frondaison des thuyas. Nous déplantons aussi tous les piquets qui nous servent à signaler la présence de nouvelles plantes, les nettoyons et les mettons eux aussi à l’abri des thuyas.

Nous n’avons pas mieux pour l’instant que ces arbres que nous avons fini par apprécier tant ils nous rendent service. Tandis que Jean-Marie, patiemment taille les branches ombrageuses, qui font du tort à nos plantations, j’éclaircis les pousses de mâche. La densité de ces tendres feuilles vertes est un plaisir pour les yeux tant, tout autour, le jardin a plongé dans un camaïeu de brun. Une demi-heure plus tard, j’ai rempli un sac en papier. Nous ramassons aussi les carottes épargnées par la ponette et roulons vers Paris.

- Samedi 13 décembre 2014 -

Dans la brume hivernale, l’émerveillement naît des détails de la nature

Une brume légère flotte sur la Seine tandis que nous traversons le pont d’Austerlitz. Passé Juvisy, la brume s’épaissit. A travers les vitres du RER, le paysage semble défiler derrière un papier calque. Nous avons ajouté les gilets anti brouillard à nos bagages pour pédaler jusqu’au jardin.

Il règne une atmosphère laiteuse avec un ou deux degrés au-dessus de zéro. La nuit, il gèle maintenant, en témoigne le glaçon tombé du pluviomètre, lequel indique cinq centimètres. C’est beaucoup d’eau en une semaine ! Pas une feuille, pas une brindille de bois mort n’a échappé à l’humidité et notre page de journal ne nous permet pas d’allumer le poêle-parpaing.

Nous déjeunons d’une salade de choux, d’un bout de pâté de l’Aveyron accompagnant le pain de La conquête du pain, coopérative de Montreuil-sous-Bois, et d’une pomme.

Après avoir retourné le deuxième bac de compost, nous partons nous promener dans les bois. On n’y voit pas très loin, mais l’émerveillement naît des gouttelettes d’eau de pluie accrochées à la branche d’un arbre, des champignons que l’on croirait venu des fonds marins, des fruits rouges vifs du cynorhodon luisant d’humidité dans les camaïeux bruns de la forêt.

Ces petites baies oblongues sont les fruits des églantiers (Rosa), des rosiers sauvages qui ont, au fil du temps et des hybridations volontaires, donné naissance aux mille-et-une variations de la rose des jardins. Leurs fruits sont connus sous le nom de gratte-cul car elles contiennent une bourre piquante, le poil à gratter, dont les enfants s’amusent.

Le froid a rendu les baies blettes de telle sorte qu’en les pressant doucement entre le pouce et l’index, il en sort une compote un peu grasse et délicieusement acidulée. La teneur en vitamine C de cette friandise sylvestre est supérieure à celle du navet, laissant l’orange de Floride, dont on nous vante les bienfaits, loin derrière !

Nous rapportons de la salade, des laitues et de la mâche, un chou cabus, un chou-rave, deux poireaux, cinq belles carottes, de l’oseille et quelques pousses de cardamine hirsute dont la saveur piquante réveille les salades.

En repartant vers la gare, nous passons sous le plaqueminier délaissé et faisons un nouveau plein de kakis.

- Samedi 6 décembre 2014 -

Quand on phosphore sur le phosphore

Journée difficile, sous un ciel bas et sans lumière, sous un crachin dont l’humidité froide vous pénètre jusqu’aux os. Décembre est là avec les températures de saison que nous, citadins, ne sommes plus habitués à vivre. Même notre poêle-parpaing mis en route pour tiédir notre déjeuner ne suffit pas à nous réchauffer.

Que faire quand la terre est trop humide pour être chahutée, que la saison des semis est terminée, que la nature tire sa révérence pour une hibernation de quelques mois ? Regarder les dernières fleurs du soleanum sisymbrifolium, dont le bleu délavé contraste avec les épines orangées, ou les soleils jaunes d’or des soucis qui affichent un air de résistance joyeuse.

Le temps n’est pas à la contemplation. Nous trouvons une occupation à l’abri des thuyas. L’un des tas de compost n’a pas été remué depuis l’été. Un bon m3 de végétaux en cours de décomposition à vider du bac et à remettre en place. Cette opération permet d’aérer le mélange, d’apporter de l’oxygène et ainsi de relancer le magma végétal purificateur. En effet, au cœur du compost, la température peut monter jusqu’à 70°C et détruire les germes pathogènes présents.

Depuis trois semaines, nous étudions la question du phosphore et les pistes pour en augmenter la teneur dans le compost. C’est un élément important puisqu’il permet le développement des racines et des fruits. Il est au centre du métabolisme énergétique de tous les êtres vivants : des plantes comestibles que nous faisons pousser mais aussi des bactéries, des champignons et des animaux. Bref, quand il y a assez de phosphore, la vie peut s’épanouir.

Mais où en trouver quand on ne veut pas passer par la case jardinerie ? La fiente de poule, la cendre de bois, la drêche de malt d’orge en contiennent des quantités intéressantes. Dorénavant, nous allons utiliser les cendres de nos feux d’hiver pour enrichir le sol et suivre la piste des résidus de brasserie car un copain de l’AMAP fait de la bière artisanale…

Nous rapportons cinq carottes, deux poireaux, un radis noir, deux brocolis et de la salade. Jean-Marie a fabriqué une gaule en bambou pour décrocher les kakis d’un plaqueminier délaissé sur le bord de la route. Belle récolte pour une fin de saison. Dans le RER qui nous ramène vers Paris, nous nous endormons presque, estourbis par la soudaine chaleur du wagon.

- Samedi 29 novembre 2014 -

L’heure du grand recyclage végétal a sonné

Pour ne pas trop se casser le nez avec le RER, le smartphone devient indispensable. Samedi, alors que nous sommes sur le point de partir avec notre repas, la nappe, les couverts et tout le tintouin... pour prendre le train de 11h17, une alerte m’informe que les trains de la ligne C vont être fortement perturbés jusqu’à 13h30 !

Nous déballons la salade de chou, le pâté et les radis pour un en-cas pris sur le pouce et pédalons vers la Gare d’Austerlitz, allégés de nos victuailles. Ça tombe bien ! L’ascenseur est en panne... Vite, vite, traversée de la salle des pas perdus, descente de l’escalier les vélos à l’épaule, passage du sas « mobilité réduite » et escalator jusqu’au quai, où nous avons juste le temps de monter dans le train un peu essoufflés.

Nous longeons bientôt les bords de Seine et les maisons en meulière de Juvisy. Sous une douce lumière blanche, les feuillages offrent leurs derniers éclats automnaux. Le jardin est inondé de cette lumière qui sent le froid. Les feuilles de nos quelques arbres jonchent le sol, les pieds des deux dernières courges Butternut sont fanés. L’heure du grand recyclage végétal a sonné.

Tout un monde sous nos pieds a commencé à brasser, découper, broyer, émietter les feuilles mortes et les restes des plantes potagères et florales que nous avons laissés sur place. Limaces, fourmis, mille-pattes, cloportes, vers de terre nous sont devenus familiers mais il y en a tant !

L’analyse de sol nous a appris que des collemboles vivaient là : « parmi les nombreux petits êtres qui vivent dans votre sol, indique le document, les collemboles sont des auxiliaires très utiles et abondants ». On ne les avait pas vus ! Il faut avoir l’œil entraîné pour repérer ces minuscules crustacés d’à peine quelques millimètres qui sont arrivés sur terre il y plus de 400 millions d’années !

Pour compléter « la potion magique » dispersée à la surface du sol la semaine dernière, nous commençons à étaler du compost mûr sur les espaces libres de culture puis griffons le sol pour le mélanger avec les premiers centimètres de terre. Enfin, nous protégeons le tout d’une litière de feuilles de chêne. Il n’y a plus qu’à laisser le petit monde du sous-sol travailler.

Cette semaine le thermomètre va descendre et peut-être il gèlera à la pointe du jour. Nous emportons les dernières courges, trois navets dodus, quelques poireaux, un chou, et taillons la sarriette, le thym, le thym citron. Contre le rhume, ce dernier est excellent !

- Samedi 22 novembre 2014 -

Le bulletin de santé du jardin est arrivé ! Il nous faut une potion magique

L’analyse de notre terre est arrivée dans ma boite mel vendredi 21 novembre. Une feuille recto verso avec des chiffres et des graphiques, façon bilan sanguin dont on ne sait quoi faire. Il nous faudrait un médecin du sol !

Les explications et les conseils donnés par le Laboratoire analyses microbiologiques sols– sont un peu légers, me renvoyant vers des préparations manufacturées « certifiées biologiques » dont je tairai le nom. Ayant pris soin d’indiquer les plantes spontanées représentatives, nos observations et nos pratiques de jardiniers, j’avais espéré une vision plus holistique de l’écosystème de mon jardin. Ce bulletin de santé m’apparaît finalement bien conventionnel.

Pour autant, il nous confirme et précise plusieurs de nos observations. Nous avions l’idée que notre sol était acide à la suite d’un test effectué avec des bandelettes réactives réalisé l’année dernière. Bonne nouvelle, le PH est de 6,90 (la neutralité étant à 7). Nous sommes rassurés sur la capacité d’action des bactéries, sans lesquelles le sol ne pourrait être tout à fait vivant.

Ce n’est pas de ce côté là qu’il faut chercher pour comprendre la faible activité biologique de notre sol, que l’analyse nous a également confirmée. Tout comme sa pauvreté, en effet, le taux de matière organique est de 2 % alors qu’il devrait être au minimum de 3 %.

Toute notre production de compost de l’année dernière soit environ 200 kg n’a pas été suffisante car une bonne partie a servi à remplir les fosses de rempotage des arbustes et pieds de rhubarbe, si bien que les buttes n’ont eu qu’à peine 1 kg/m2. C’est peu ! Pour un sol pauvre comme le nôtre, nous aurions dû en mettre au moins 1,5 kg/m2 !

L’analyse chimique nous donne aussi la valeur en pourcentage de divers éléments importants pour la croissance des plantes comme le potassium, le calcium le magnésium ou le calcaire.

Ce n’est pas la Bretagne ici avec ses algues vertes qui pullulent à cause des phosphates. Dans la terre du jardin peu de phosphore. A cause du sous-sol ? Du compost qui contient une quantité importante de fumier de cheval pauvre en phosphore ? On n’a pas fini de phosphorer sur le sujet !

Avant que le froid ne s’installe, que le grand recyclage de la nature ne commence, nous avons répandu une potion stimulante mise au point par une ancienne connaissance de Jean-Marie. Nous en avions parlé, Jean-Marie en a rapporté un sac de l’Aveyron, attendant mon accord pour répandre les granulés sur les buttes. Je voulais, était-ce bien utile, que nous fassions préalablement cette analyse de sol.

Marcel Mézy, amateur de chevaux et féru d’agriculture biologique travaille depuis plus de trente ans à la mise au point d’un « compost » particulier qui agit comme un accélérateur de la fabrication d’humus. Quand on sait que l’humus est la clef de la fertilité des sols, comment résister ?

- Samedi 15 novembre 2014 -

Le mystère du jardin endormi

Un week-end arrosé nous attend. Lâchement, nous laissons vélos et RER erratique pour la confortable voiture de chantier de Jean-Marie.

Il tombe sur le jardin une pluie fine mais déterminée. Impossible de plonger les quatre dents de la grelinette dans le sol pour l’aérer ! J’ai toujours en tête l’énigme de la désertion des bactéries aérobies de notre sol qui provoquerait l’engorgement en matières organiques et l’installation de toutes ces plantes : renoncule rampante, oxalis, mouron rouge, armoise commune, consoude et prêle. Je ne vois pas ce qui nous a conduit là.

Tandis que Jean-Marie élague le chêne pour limiter l’ombre portée de sa frondaison sur le potager, je m’attèle au nettoyage de la jungle qui s’étale sur la clôture sud. D’un geste cadencé, il transforme les branches ramifiées en fagot de bois.

De mon côté, j’extirpe les nœuds des racines de ronces et tire sur les tiges afin d’éviter qu’elles ne prennent racine un peu plus loin. Elles couvrent le grillage occultant la lumière vers les légumes. Le sol qui est assez meuble facilite ce travail harassant. Je retrouve au sol le maillage dense des racines de ronces, de lierre, de graminées diverses, si dense qu’il semble ne jamais pouvoir se décomposer.

C’est dans le très intéressant livre de Marcel B. Bouché, Des vers de terre et des hommes, que j’ai trouvé une explication possible à cette situation. Le jardinier-chercheur explique que dans un sol appauvri - ou initialement pauvre - la végétation qui pousse est « résistante » car sa croissance est ralentie par la pauvreté ambiante. A leur mort, les tissus végétaux conservent leur propriété de résistance et sont peu décomposables. Tout se passe comme si l’écosystème fonctionnait au ralenti.

Notre jardin, comme la belle au bois dormant, se serait endormi à la fin du XXe siècle, abandonné par un jardinier devenu trop vieux. Le sol, dont la structure est sablo-limoneuse, s’est rapidement appauvri, car il a une tendance fâcheuse à laisser filer l’eau emportant les minéraux que les plantes comme la consoude s’échinent à faire remonter en surface par leurs profondes racines.

C’est ainsi que des plantes bien costaudes comme le lierre ou la ronce ont colonisé ce morceau de prairie. Ces dernières ont pratiquement disparu de nos buttes de culture, remplacées par les renoncules et les consoudes. Une amélioration qu’il ne faut pas minimiser !

Comme nous sommes en auto, nous en profitons pour rapporter les courges, avant qu’elles ne pourrissent dans l’humidité de novembre.

- Samedi 8 novembre 2014 -

Cette fois-ci, l’automne s’est installé

La journée s’annonce fraîche et humide. L’automne arriverait-il pour de bon ? Nous emportons nos cache-nez, une gamelle de lentilles et quelques saucisses à griller. Plus la peine de prendre des graines, les jours sont trop courts maintenant pour semer. La forêt autour de nous s’est soudain éclaircie et les teintes chaudes dominent maintenant dans le feuillage.

Sous un ciel gris, nous allumons un petit feu avec le bois sec provenant de l’élagage des thuyas réalisé l’hiver dernier. Nous en profitons pour brûler les végétaux malades qui attendent dans un coin du jardin car nous ne les mettons pas dans le compost de peur de voir les mineuses et autres piérides coloniser le potager.

Le paillage abondant de copeaux de peupliers, en place depuis l’été, a commencé à se déliter et des petites pousses émergent, verdissant les buttes et les allées. Elles proviennent des graines de plantes annuelles tombées au sol ces dernières semaines : des prêles, des roquettes, des laiterons, des bourraches, des cardamines, des moutardes, des consoudes...

Je cherche mes plants d’épinards au milieu de ce fouillis végétal. En vain ! Faudra-t-il que nous renoncions aux épinards ? Pourtant, l’année dernière, nous avions réussi à avoir quelques pieds. Cette année, les semis de printemps sont mal sortis et ceux de l’automne inexistants. Il est possible que nous ayons trop enrichi la terre en compost frais (les épinards n’aiment pas trop cela, semble-t-il) ou bien les limaces se sont gavées de ces plantules naissantes sans même nous donner le plaisir de les voir.

Depuis, nous préparons un nouveau plan de protection contre ces mollusques rampants. Après la cendre et les feuilles de bourraches râpeuses tant qu’elles sont fraiches étalées autour des pieds, nous allons tester les coquilles d’œufs pilées. Le contenant ne se rempli pas vite, mais d’ici le printemps...

Je regarde vers la cabane du hérisson que nous avons réalisée tardivement au sortir de l’hiver. Elle tient debout comme au premier jour. Ce serait chouette qu’une hérissonne et son compagnon viennent y fonder une famille.

Samedi 1er novembre 2014

Quand les navets sont plus véloces que les RER

Les vacances de la Toussaint nous ont éloignés du jardin. Nous le retrouvons avec plaisir, baignant dans une douce température. La lumière décline, mais tant que les feuilles des courges sont vertes, les fruits peuvent poursuivre leur maturation et rattraper le retard dû aux pluies de l’été. Autour de nous, les coteaux boisés jaunissent doucement et s’effeuillent.

La belle surprise de cette journée est l’apparition des navets. Quelle vélocité ! Nous les avons semés fin août et déjà certains, plus hâtifs que les autres, s’annoncent, formant une collerette mauve-violette.

Plus de vitamine C qu’une orange !

Le navet est un des rares légumes européens, très couramment consommé, jusqu’à ce que la pomme de terre et une foison d’autres légumes ne viennent modifier radicalement notre alimentation durant le XIXe siècle. En latin, Brassica rapa, annonce son appartenance à la famille des Brassicaceae - plus connues sous le nom de crucifères, laquelle compte aussi les choux ou les moutardes, et dont les études successives confirment les bienfaits pour l’organisme, notamment dans la prévention des cancers.

Le navet est peu calorique et c’est un concentré de vitamine C et de minéraux, car son système racinaire pompe les minéraux du sol : phosphore, magnésium, potassium, fer... à condition que la terre en contienne, ce qui n’est pas le cas dans les sols amendés chimiquement. Un navet local contient deux fois plus de vitamine C qu’une orange qui, au mieux, vient d’Espagne.

Nous nettoyons les buttes de tous les végétaux qui ne produisent plus, les plantes grimpantes des haricots, les cosmos et les bourraches fans, les fleurs d’artichaut, en coupant simplement à la base et en laissant dans la terre les racines comme nourriture pour nos amis du sous-sol.

Promenade dans le crépuscule

Tandis que le soleil décline derrière les thuyas, nous repartons vers la gare de Chamarande, nos sacoches remplies : un chou, un potimarron, un plein sac d’oseille, un mélange de salades diverses, deux poireaux, deux navets, dix carottes, de la ciboulette, du basilic, du thym citron et de la sarriette.

La mauvaise surprise est l’arrêt de la circulation des trains vers Paris. Pas de train sur la ligne C, ni sur la ligne D, apprend-on en arrivant à Ballancourt, quinze kilomètres plus à l’est. Ce fût une jolie promenade à bicyclette dans le crépuscule. Le compagnon blanc, la berce du Caucase, le sèneçon et plusieurs espèces de plantain bordaient notre traversée du plateau entre les deux vallées de la Juine et de l’Essonne.

Mais le retour s’annonce rude, embarqué à travers la banlieue en bus jusqu’à Evry où nous retrouvons les quais et les escalators bondés. Avec nos vélos, on s’est fait tout petit.

- Samedi 18 octobre 2014 -

Le froissement des feuilles, le cri du geai et le bonheur d’être là

La belle journée ! En arrivant sur le quai, nous remisons nos tricots dans les sacoches et dans la douce lumière nous nous laissons descendre vers la Juine. A l’entrée du jardin le rosier est à nouveau en fleur. Les soucis et la bourrache aussi.

Après les cueillettes du jour - salade, haricot vert, carottes, oseille, thym -, je m’accorde une sieste. Allongée sur une couverture dans l’herbe, je me laisse bercer par le froissement des feuilles d’arbres.

On entend tout près le cri du geai et de la corneille et plus loin, le moteur des avions de collection du musée de l’aviation de Cerny. La clarté a attiré les promeneurs du ciel ! De temps à autre, c’est le bourdonnement d’un insecte ou la chute d’un gland qui m’empêche de m’endormir. Je goûte au bonheur d’être là, de sentir l’humidité qui monte de la terre et la chaleur du soleil qui descend du ciel.

C’est un jour de relâche. Un jour sans urgence à regarder les branches d’arbres qu’il faudrait tailler afin d’améliorer l’ensoleillement des buttes, à faire la liste des herbes folles que l’on trouve le plus souvent : la renoncule rampante, l’oxalis, le mouron rouge, l’armoise commune, la consoude et la prêle. Elles poussent dans notre jardin parce qu’elles y ont trouvé un terrain adapté à leur croissance.

- La renoncule rampante -

En recherchant dans quel type de sol elles poussent à l’état naturel, elles vont nous renseigner sur ce qui se passe sous nos pieds. Gérard Ducerf, botaniste de terrain et paysan-éleveur-cueilleur de plantes médicinales est le spécialiste en France de la science des plantes bio-indicatrices.

Une plongée dans son encyclopédie m’apprend que les indésirables de mes buttes témoignent d’un engorgement du sol en matière organique, celle-ci ne parvenant pas à se dégrader correctement à cause de la désertion des bactéries aérobies, c’est-à-dire celles qui ont besoin d’oxygène pour se mettre au boulot. En voilà une énigme !

- Samedi 11 octobre 2014-

L’onagre, plante magique pour la peau et pour la terre

Comme nous voulions aller manifester contre le marché de libre-échange entre les Etats-Unis et l’Europe samedi après-midi, nous avons été au jardin dimanche. On n’a pas trop voulu croire la météo. Résultat : on a passé l’après midi sous la pluie.

D’abord une petite pluie qui nous a permis de ramasser des haricots, le premier potimarron, un chou-rave, des côtes de bette et de « glaner » des feuilles de salades, essentiellement de la roquette, du pissenlit et de la chicorée… qui poussent maintenant spontanément.

Une plante venue de loin aux multiples vertus

Puis à l’abri des trombes d’eau, j’ai détaché les gousses de graines de l’onagre, cette grande plante aux fleurs jaunes qui ne se dévoilent qu’à la nuit tombée. Ses fruits ont une forme allongée et leur enveloppe, constituée de quatre éléments, s’ouvre en séchant et laissent les graines s’échapper. Il y en a plusieurs dizaines dans chaque gousse et la fleur produit plusieurs centaines de fruits. Les graines sont minuscules. J’en ai rempli un pot à confiture !

Laisser les plantes comestibles se ressemer à leur guise s’applique à notre idée du jardin sans pétrole, mais prudence tout de même. Bien assez de graines se sont déjà échappées dans le jardin et sans doute plus loin, emportées dans l’estomac d’un oiseau.

L’onagre est arrivée d’Amérique au XVIIe siècle, involontairement, dans les sacs de terre qui servaient à stabiliser les navires et que les marins ont abandonnés sur le rivage en arrivant sur les côtes de l’Europe.

Les Amérindiens la cultivaient pour se nourrir et pour ses vertus thérapeutiques sur les contusions et les maladies de peau. Les guérisseurs du vieux continent en ont fait de même. De nombreuses études scientifiques sont venues ces dernières décennies confirmer que la présence des acides gras essentiels dans l’huile d’onagre soulage les inflammations cutanées.

Aussi ésotérique que cela puisse vous sembler, l’onagre, qui soigne notre peau, pousse sur les sols déstructurés et détruits par l’action de l’homme. Elle vient, là où elle s’installe, réparer et équilibrer le sol, soigner la peau de la terre. Notre pot de graine d’onagre est un trésor et nous en pilonnerons quelques graines au fond du bol que nous réservons à la sauce de salade !

Notre terre analysée

Quant à notre terre, un échantillon témoin est en route pour Marey-sur-Tille, village de la Côte-d’Or où se trouve le Laboratoire de microbiologie des sols créé par l’agronome et ancien chercheur de l’Institut national de recherche agronomique Claude Bourguignon et son épouse Lydia.

- La mâche et les radis noir ont pris racine ! -

Nous allons connaître les principaux indicateurs du sol : le taux de NPK – nitrate, potassium et phosphore – triptyque chéri des agriculteurs industriels car ils sont des éléments indispensables à la croissance des plantes, mais aussi le taux de calcium, magnésium, sodium, le PH qui correspond à l’acidité et la Matière Organique.

Enfin, c’est une mesure particulièrement intéressante quand on s’intéresse à la vie du sol que celle de l’activité biologique. Il faudra que je leur demande comment on établit une telle mesure !

- Samedi 4 octobre 2014 -

Le combat épique de la tétragone et des limaces affamées

Avec les haricots verts, le dernier concombre, les pommes de terre et les premières châtaignes, nous avons rapporté dans nos sacoches un kilo de terre de jardin. Nous l’avons prélevée en trois endroits différents et à dix centimètres de profondeur comme l’indiquait le laboratoire de microbiologie des sols !

Mais ni lundi, ni mardi, je n’ai eu le temps d’aller à la Poste. Prise d’un doute sur la capacité de survie de cette biodiversité invisible enfermée dans le sac de congélation depuis trente-six heures, j’ai téléphoné au laboratoire et j’ai appris que le drame pour ces formes vivantes du sous-sol est la lumière. Me voilà prévenue et prête pour un nouveau prélèvement. N’aurais-je pas pu y penser ?

Ce dimanche, nous avons ramassé les pommes de terre. Jean-Marie retourne la terre à la fourche bêche et les enfants s’exclament à chaque nouvelle apparition. La récolte est mince mais joyeuse, d’à peine un kilo par mètre carré ! Quatre fois moins que le rendement français qui se situe autour de quarante-trois tonnes à l’hectare !

- Le jardin, avec, à droite derrière la brouette, la nouvelle plantation de fraisiers. -

L’explication n’est pas loin : en guise de plants nous avons recyclé les pommes de terre qui germaient dans le placard et le mildiou a sacrément raccourci le cycle de croissance en détruisant les feuilles.

Nous aurions pu les laisser dans la terre tant qu’il ne gèle pas mais nous avons besoin d’un endroit pour repiquer les fraisiers nouveaux qui sont apparus à la fin de l’été. En effet, le fraisier se multiplie plus volontiers en fabriquant des tiges - les stolons – qu’en utilisant des graines qui, se trouvant sur les fraises, sont le plus souvent mangées.

Les stolons mesurent plusieurs dizaines de centimètres et accueillent des jeunes pousses. Celles-ci s’ancrent dans le sol en développant des racines qui donnent naissance à de nouveaux fraisiers. Nous en avons plus de quarante ! Ceux qui ont pris place sur la butte aux fraises sont maintenant trop près les uns des autres. Ceux qui l’ont quittée errent au milieu des ronces et du trèfle blanc.

Quelques heures plus tard, le carré des pommes de terre accueille vingt-quatre fraisiers. Avant de les planter nous leur avons plongé les racines dans une bouillie de compost. Puisqu’il faut les écarter de quarante centimètres, je profite de l’espace libre pour semer des graines d’épinard géant d’hiver.

- La tétragone, sorte d’épinard d’Australie, est enfin sortie de terre. -

Cette fois, la pluie annoncée et la température plus fraiche semblent mieux adaptées mais la lumière ne sera peut-être pas suffisante pour une levée cet automne. La germination des graines est chaque fois un mystère. Celle de la tétragone - sorte d’épinard originaire d’Australie - tant attendue a enfin germé. La plantule se fraie un chemin encore incertain dans la vie, en proie à la voracité des mollusques terrestres.

J’ai beaucoup moins d’empathie pour les limaces qui, phytophages, mangent la végétation et plus particulièrement les jeunes pousses. Un coup de couteau dans l’abdomen, je les abandonne sur place. Je leur planterais bien un écriteau « pour l’exemple » !

Samedi 27 septembre 2014 -

Les courges, la verticalité et les éclats du soleil

Chic, il pleut ce lundi matin et je pense aux semis qui bénéficient aussi, je l’espère, de la manne humide des cieux.

Samedi, nous avons quitté le jardin avec le soleil après cinq heures de jardinage intensif pour arroser les semis divers, les salades, le basilic, la ciboulette, les poireaux, les choux, les carottes, la rhubarbe, les haricots verts et les courges.

Pour être efficace, l’arrosage se prépare ! Il faut dégager les copeaux de peupliers qui servent de paillage et vérifier qu’en-dessous la terre ne s’est pas trop tassée. On s’en rend très bien compte en ôtant les herbes folles.

Après les haricots, nous donnons cette semaine de la verticalité aux courges. Leurs pieds ont rampé partout dans les allées et sur les buttes. Leurs vrilles s’accrochent autour des brins de ciboulette et des fanes des carottes, si bien que la lumière manque à tous.

- Les dernières courges arriveront-elles à maturité ? -

Je pars avec une petite scie vers la bambouseraie du centre équestre et constate avec plaisir qu’il me suffit de tirer d’un coup sec pour que les longues tiges se détachent de leur base. Les bambous sont secs mais pas encore fendus. Ils vont faire de magnifiques tuteurs pour les lampions d’Halloween !

Nous ne prenons pas le risque de bouger les pieds garnis de potimarrons et de courges Butternut. Elles sont trop volumineuses maintenant. Ce sont les pieds dont les fruits sont plus tardifs que nous dressons vers le ciel pour leur donner une chance de devenir mature en profitant au mieux de l’ensoleillement.

Une course contre la montre puisque chaque jour qui passe, c’est plusieurs minutes d’énergie solaire en moins pour nos légumes.

Déjà le voilà qui tire sa révérence, grosse boule orange qui filtre ses derniers éclats entre les troncs de thuyas.

- Jolie récolte ! De gauche à droite : une variété de laiteron spontané, des carottes, une courge Butternut, des haricots verts, de la salade et des fleurs de capucine, de la ciboulette et de l’oseille. -

Zut ! Nous avons oublié de faire un prélèvement de terre pour faire analyser les différents éléments minéraux et biologiques de notre sol.

Et mieux préparer la saison prochaine… Une courge, quelques haricots, de la salade, de la ciboulette et de l’oseille. Nous tiendrons bien jusqu’au panier le l’AMAP de mardi.

Samedi 20 septembre 2014

L’été qui s’achève a donné de l’élan aux haricots

On ne s’y attendait pas. En sortant de la maison, nous découvrons le boulevard jonché de feuilles de platane jaunies. Le vent les fait tournoyer dans l’air, tandis que l’humidité les entraîne vers le bitume. La pluie battante qui nous a fait renoncer au train de 11h17 a fermé la porte de l’été.

Tant pis, nous prenons le RER de midi et quand nous arrivons, un rayon de soleil nous accueille. Mais la fraîcheur est là et je n’envisage pas d’abandonner mon tricot sur une branche.

Les belles journées ensoleillées de septembre ont donné de l’élan aux pieds de haricots. Ils ont si bien poussé qu’ils se sont entortillés les uns aux autres. Dans cet entrelac inconfortable, le fleurissement qui annonce les premières gousses semble compromis. Avec précaution, dans des gestes amples et souples, nous détricotons leurs tiges que nous répartissons autour de différents bambous sur lesquelles elles s’agrippent immédiatement. A condition de les vriller dans le bon sens !

C’est Christophe Colomb qui le premier a rapporté des haricots en Europe au retour de son voyage à Cuba en octobre 1492. Par la suite d’autres explorateurs le découvrirent en divers autres points d’Amérique du Nord et du Sud, où le haricot était domestiqué depuis plusieurs milliers d’années. Acclimaté dans les monastères du sud de l’Espagne, il fût ensuite envoyé au pape à Rome qui le redistribua vers divers pays. Dont la France, par l’entremise de Catherine de Médicis, cousine des papes Léon X et Clément VII.

- Et la fleur devient haricot -

Dans Histoire de légumes, ouvrage collectif publié par l’Institut National de Recherche Agronomique, on apprend que l’association amérindienne haricot-maïs-courges que l’on redécouvre aujourd’hui, étaient pratiquée en France jusque dans les années 1950 ! Dans cette association, le maïs sert de tuteur au haricot à rame. La courge dispense le jardinier de désherbage et sert de paillage. Le haricot qui produit de l’azote fertilise le maïs et la courge. Belle association que nous n’avons pas encore essayée…

Cette année, à côté des haricots phénomène que nous apprécions car ils supportent de n’être ramassés qu’une fois par semaine, nous avons semé une variété curieuse, le haricot kilomètre, dont nous attendons avec impatience de voir les premiers fruits.

Ceux de la vigne, déjà malmenés par des cryptogames que nous n’avons pas identifiés, ont été totalement pillés par les merles et autres fructivores. Il ne reste plus un grain de raisin, rien que les grappes dénudées. L’année prochaine nous tâcherons d’être plus attentifs.

C’est une semaine de récolte. Ce n’est pas l’abondance, mais la variété de nos productions nous contente. Nous rapportons dans nos sacoches un chou rave, un beau bouquet d’oseille, cinq concombres et une poignée de cornichons, quatre carottes, des feuilles de poirée, de la ciboulette, du romarin, du thym, du basilic, de la salade et quelques fleurs de capucine.

Samedi 13 septembre 2014

Et dans la douceur du jardin assoupi, un passereau se mit à chanter...

« C’est par cet ascenseur que l’on descend sur le quai ? » me demande, étonnée, une amie qui nous accompagne au jardin, en arrivant gare d’Austerlitz.

« Ce n’est pas très pratique », je concède. Il faut cabrer la roue avant pour que l’arrière de la bicyclette ne bloque pas les capteurs optoélectroniques qui commandent la fermeture de la porte. Les ascenseurs ne sont pas dimensionnés pour accueillir des vélos. De fait, sans la législation sur l’accessibilité des personnes à mobilité réduite, l’arrivée sur le quai serait vraiment difficile.

Merci, chers élus, d’y penser. Le train + vélo est une idée simple à mettre en œuvre pour lutter contre les excès de CO2.

- Les framboisiers -

Le jardin a souffert d’une chaleur sans pluie. Les fragiles plantules des navets sont très clairsemées. Les framboisiers et les noisetiers portent des feuilles desséchées. Vite l’arrosoir ! J’arrose en urgence les jeunes plants de salade repiqués la semaine dernière et tous les semis d’automne. Une douce fraîcheur monte du sol.

Puis, j’attrape la fourche-bêche pour m’occuper des arbustes et jeunes arbres. La terre s’est tellement compactée à leur pied que les arroser directement serait un gaspillage d’eau. Nous avions pourtant bien préparé le sol au printemps, mais avec les pluies torrentielles de l’été, notre terre, qui contient une forte proportion de sable, s’est à nouveau tassée.

J’ameuble donc à nouveau, mon amie arrose un peu, j’ajoute une pelletée de compost, elle arrose cette fois copieusement, puis nous recouvrons le sol de copeaux de peupliers. Dix fois nous recommençons, pour chaque framboisier. Un coup de sécateur sur les tiges qui ont donné des fruits cette année.

Il ne reste plus qu’à attendre de voir comment ils redémarrent au printemps prochain. En dehors de trois pieds achetés à l’école du Breuil au printemps 2013, ce sont des arbustes récupérés cette année. Laissons-leur le temps de s’installer…

- Roitelet triple bandeau (Wikicommons /CC BY-SA 3.0/ Martin Vavřík) -

Des amis nous ont rejoints pour un déjeuner champêtre à l’ombre du saule des oliviers. Une odeur de sardine grillée nous enveloppe. Le pain coopératif de Montreuil, une salade composée de pommes de terre et d’oignons rouges des Trognons de la Nation, notre AMAP (association pour le maintien de l’agriculture paysanne), ainsi que les concombres et la ciboulette du jardin accompagnent les sardines. Les enfants cassent des noisettes ramassées sur le chemin.

L’après-midi s’étire dans la mollesse et les aller-retours pour remplir l’arrosoir et contenter les courges, haricots, carottes, choux, poireaux, les poirées…

Jean-Marie s’est endormi dans le hamac. Il est réveillé par le pépiement d’un roitelet triple-bandeau venu se poser à un mètre de lui. Ce passereau minuscule se nourrit d’insectes et d’araignées. On le reconnait à son bandeau noir-blanc-noir sur la tête.

Déjà le soleil a disparu derrière les thuyas. Nous ramassons de l’oseille, une belle courgette, quelques concombres, de la ciboulette et des herbes aromatiques et enfourchons nos vélos pour attraper le train de 19h09.

Samedi 6 septembre 2014

Le fistuline hépatique est un champignon délicieux

L’été indien se poursuit. Il fait si chaud ce samedi après-midi que nous délaissons la grelinette et la fourche à compost pour une promenade à l’ombre du sous-bois. Le pied de courgettes commence seulement à offrir ses fruits, mais déjà les champignons sont là. Des vesses-de-loup constellent le sol de leur boule blanche.

Nous trouvons plusieurs exemplaires d’un surprenant champignon qui pousse au creux des cépées de châtaigniers, le fistuline hépatique. Il est connu des amateurs sous les noms vernaculaires de foie de bœuf ou, plus souvent, langue de bœuf. Sa couleur et sa consistance sont plutôt celles du thon rouge mais le premier n’est pas menacé de disparition, même s’il est une des quelques espèces de champignon que le Muséum National d’Histoire Naturelle et l’association Noé conservation invitent à rechercher dans le cadre du programme français de science participative dit Observatoire de la biodiversité des forêts (OBF).

Il faudra que nous leur signalions sa présence dans la forêt sauf que, curieux de tout ce que la nature produit de comestible, nous les avons dégustés au dîner, coupés en fines lamelles crues arrosées de citron et d’huile d’olive !

- fistuline hépatique en lamelles, feuilles de menthe, citron et filet d’huile d’olive -

La fin de l’après-midi nous ramène vers le jardin et les semis de navets et de radis noir. Pour une fois, nous sommes raccord avec la lune : c’est un week-end « racine » indique le calendrier c’est-à-dire favorable aux semis des tubercules.

En regardant s’il y aurait assez de lumière pour les installer entre les choux, je découvre que les feuilles extérieures sont transformées en dentelle. Vertes et tachetées de noir, deux bandes jaunes sur le dos, les chenilles dévoreuses de choux sont de retour. Il y en a des dizaines !

Les jeunes escargots et de minuscules limaces se sont aussi invités au festin. J’enlève les chenilles une à une et les mets dans un petit récipient. Au creux des feuilles, des amas de billes vertes d’un demi-millimètre de diamètre nous inquiètent un peu.

- La chenille de la piéride de chou -

Ces chenilles sont celles d’un papillon blanc, la piéride du chou, dont nous avons déjà eu la visite l’année dernière. Nous n’avons jamais vu ses œufs d’un jaune citron pourtant visible. Nous profitons d’être là pour le week-end et préparons le soir dans la cocotte-minute une infusion d’orties, de prêle, de consoude et de tanaisie pour brouiller au mieux l’odeur de choux et éviter une nouvelle ponte de ce papillon qui peut se reproduire jusqu’à quatre fois par an !

En voilà un, joli papillon blanc, qui se dirige droit sur les choux... il faudrait aussi fabriquer un filet à papillons.

Samedi 30 août 2014

C’est la rentrée !

Retour au jardin après seize jours d’absence. L’herbe est haute et je peine à ouvrir le portillon. Que c’est beau ! Le vermillon des capucines voisine le vert sombre des choux pommés et les cosmos « blanc pur » avec le bleu pervenche de la morelle de Balbis (Solanum sisymbriifolium) (Photo du chapô).

Cette plante annuelle est proche de la tomate, elle aussi originaire d’Amérique centrale, mais bien plus rustique. Elle mesure jusqu’à un mètre cinquante et toute la partie feuillue est couverte d’épines. Nous attendons de voir les fruits de cette tomate dont la saveur sucrée et acidulée est un mélange de cerise aigre, de litchi et de tomate.

- Toutes les plantes ont trouvé leur place. -

Ce serait une consolation car nos tomates n’ont pas résisté au mildiou. En dépit de la protection rapprochée du basilic, des œillets d’Inde et des cosmos, les feuilles et les tiges ont toutes noirci et sont maintenant desséchées. Elles portent des fruits à la couleur indéfinissable de nuance verte et brune.

Ce tourment cryptogamique a aussi accablé la vigne, et les raisins ont mauvaise mine. L’eau et le manque de soleil ont en revanche fait le bonheur de l’oseille et des côtes de bettes, de l’arroche et des concombres. Six bien dodus sur un pied et trois sur l’autre. D’autres sont en pleine croissance, répondant à la promesse de son appellation : concombre Le Généreux.

- Les concombres Le Généreux -

Quelques courges, potimarron et butternut, ont fait leur apparition sur les longues tiges mais peinent à grossir à cause du manque de soleil. Leurs tiges courent partout sur et entre les buttes au risque de se faire écraser par une semelle de jardinier ! Les carottes projettent vers le ciel leur feuillage dentelé.

Les poireaux ne semblent pas avoir été pour l’instant visités par la mineuse. Je cueille le feuillage de la Tanaisie, cette fleur insecticide que nous avons introduite au printemps, et le répand près des poireaux. L’odeur est si forte que les mouches iront peut-être voir ailleurs.

Aujourd’hui, nous nettoyons au mieux, en ôtant tous les pieds de tomates malades que nous stockons dans un coin, à l’écart du compost, et nous nous attelons aux semis de salades d’automne et de navets. Le désherbage peut bien attendre ! Il faut profiter d’avoir encore des jours où l’ensoleillement est de plus de douze heures pour semer.

- Les choux et les capucines -

Quelques heures plus tard, nous repartons sur nos vélos avec dans mes sacoches de la salade, de la ciboulette, trois carottes, une courgette. Après le temps maussade du mois d’août, l’été arrive enfin sur l’Ile-de-France.

« Il n’y a pas de crise mondiale de l’eau » Entretien avec Asit K. Biswas Reporterre 2015/03/20 Entretien avec Asit K. Biswas (20 mars 2015) « Il n’y a pas de crise mondiale de l’eau ». Reporterre. Entretien — Monde fr

« Il n’y a pas de crise mondiale de l’eau »

L’Unesco publie aujourd’hui son rapport sur la situation mondiale de l’eau. Mais la dramatisation du problème passe à côté de la plaque. Pour un des meilleurs experts du sujet, Asit Biswas, le problème n’est pas la pénurie d’eau mais la mauvaise gestion des eaux existantes. En arrêtant le gaspillage, « on peut augmenter la quantité réellement disponible de moitié sans eau et sans terres supplémentaires. »

À quelques mois de l’adoption par les Nations Unies des nouveaux Objectifs de développement durable, le Rapport mondial annuel des Nations Unies sur la mise en valeur des ressources en eau, publié le 20 mars 2015 à New Delhi (Inde), à l’occasion de la Journée mondiale de l’eau, conclut qu’il n’est pas possible de continuer à utiliser l’eau au rythme actuel.

Le rapport, intitulé L’eau pour un avenir durable, pointe la hausse de la demande - elle devrait augmenter de 55 % d’ici 2050 - , la pollution et la surexploitation des réserves souterraines, et la mauvaise gouvernance.

Le changement climatique devrait encore accentuer cette pression, causant une plus forte évaporation. Par ailleurs, l’élévation du niveau de la mer risque aussi d’affecter les eaux souterraines des zones côtières. Conclusion du rapport : nous devons changer notre façon d’évaluer, de gérer et d’utiliser cette ressource qui conditionne notre avenir.

Nous avons demandé au Pr Biswas, expert auprès de l’ONU et de dix-sept États, membre de la Commission mondiale sur l’eau, et aussi membre fondateur de l’Association internationale des ressources en eau et du Conseil mondial de l’eau, de nous donner son avis sur la crise de l’eau. Il est le fondateur de l’International Journal of Water Resources Development et a été son rédacteur en chef depuis 1985.

Pour lui, le premier problème n’est pas le manque d’eau mais la gestion des ressources. « Inutile de paniquer sur la quantité d’eau, dit-il, ce n’est qu’une perte de temps et de moyens qui pourraient être utilisés pour résoudre le véritable problème, faire parvenir l’eau aux populations qui en ont besoin. »

« Je ne crois plus à la crise de l’eau »

- Asit K. Biswas : J’ai cessé de lire les rapports des Nations Unies depuis plusieurs années. Ces rapports sont essentiellement des exercices de relations publiques pour l’ONU. J’y trouve très rarement des choses que j’ignorais. Plus grave encore, ces rapports reprennent les statistiques mondiales des Nations Unies sans même considérer qu’elles pourraient ne pas être exactes, ce qui est souvent le cas.

Je croyais à la crise de l’eau. J’ai entendu tant de fois la Banque mondiale et l’ONU affirmer qu’il y a une crise de l’eau, que, comme tout le monde, j’ai assumé que ces gens savaient ce qu’ils faisaient. Mais quand j’ai commencé à regarder les chiffres globaux qu’ils indiquaient et les hypothèses qu’ils faisaient, je me suis posé des questions.

Leur hypothèse est qu’une ville est dans une crise de pénurie si elle n’a pas au moins 150 mètres cubes d’eau douce par personne, par an. Ce qu’ils oublient, et qui est élémentaire, c’est que l’eau n’est pas comme le pétrole. Personne ne la consomme vraiment entièrement. 99 % de l’eau qui arrive dans une maison part dans les eaux usées.

La question fondamentale est de savoir comment nous gérons nos eaux usées pour pouvoir les utiliser et les réutiliser, ce que fait Singapour. Cette ville dispose de 35 à 40 mètres cubes par personne, par an, et ils n’ont aucun problème d’eau. C’est une question d’efficacité.

J’ai constaté aussi que l’utilisation totale de l’eau en 2005 aux États-Unis est en fait inférieure à ce qu’elle était en 1975, alors qu’il y avait beaucoup moins d’habitants, d’activité économique et de besoins en nourriture. Et les États-Unis ne font que commencer à effleurer la surface sur le plan de l’efficacité.

Le problème le plus important concernant l’eau n’est pas la pénurie

Que ce soit dans les pays développés ou dans les pays en développement, il n’y a pas réellement de pénurie d’eau. Le problème est le manque d’infrastructures, et plus important encore, l’absence de gestion.

Par exemple, à Delhi, en Inde, tout le monde affirmait au Premier Ministre qu’il y avait un problème de rareté de l’eau, mais j’ai été capable de lui donner une nouvelle perspective qu’il n’entendait pas de ses conseillers, ni de l’ONU.

Le vrai problème est le suivant : les gestionnaires du Service de l’eau ne restent en général pas plus de trente mois à leur poste. Et ils ne sont ni experts en ce qui concerne l’eau, ni experts en gestion. Leurs seules qualifications sont leurs bonnes relations avec le Maire. Si vous mettez ce type de personnes dans la position de gérer l’eau, ils regardent ce qui se passe et ils voient un problème horrible auquel ils ne comprennent pas grand chose.

Alors, ils espèrent et ils prient que rien de grave ne se passera pendant qu’ils sont responsables du service, et ils laissent les problèmes à leur successeur. Tout cela n’a rien à voir avec l’eau. Mais ils continuent à répéter que nous manquons d’eau. Ce qui est faux.

Il faut donner un meilleur service

Il y a une erreur d’hypothèse que la plupart des gens ne comprennent pas. Tout le monde, partout, a accès à de l’eau. Tout le monde. Sans eau, on meurt. La question est de savoir si l’eau est propre, potable, et si elle est facile ou difficile à obtenir.

Ainsi, même dans les bidonvilles des pires villes les gens ont accès à l’eau, mais elle n’est pas propre, ils la paient très cher, et l’approvisionnement n’est pas régulier. La question est de leur donner un meilleur service, à un coût beaucoup plus faible et une régularité d’approvisionnement meilleure. Mon point de vue est que tous les trois sont possibles.

L’exemple de Phnom Penh

Prenons le cas de l’approvisionnement en eau de la ville de Phnom Penh au Cambodge. En 1993, l’Autorité des eaux de Phnom Penh n’avait plus un sou et recevait des subventions gouvernementales importantes, mais le service restait inefficace. L’institution était mal gérée, corrompue jusqu’à la moelle, perdait 72 % de l’eau à cause de fuites non répertoriées, au point que même les riches et les puissants, et encore plus les pauvres, n’avaient pas accès à de l’eau potable.

En améliorant ses pratiques de gestion, elle a commencé à pouvoir fournir de l’eau potable sur une base ininterrompue de 24 heures. Cette entreprise du secteur public a même réalisé un bénéfice à partir de 1997, qui a progressivement augmenté année après année depuis.

Les pauvres ont accès à l’eau. En fait, leurs factures d’eau ont été réduites de 70 à 80 % par rapport à ce qu’ils payaient aux vendeurs d’eau antérieurs. En outre, l’eau fournie est propre et potable. L’eau non comptabilisée aujourd’hui à Phnom Penh n’est que de 6,19 %, moins qu’à Londres, et très nettement inférieure à Paris, New York ou Los Angeles.

Contrôler les fuites d’eau, parfois très importantes dans certaines villes

Personne ne sait vraiment. Tout ce que nous savons, c’est qu’une certaine quantité est pompée à partir du réservoir. Et nous savons aussi combien les consommateurs en utilisent. En déduisant la consommation du total, on voit que dans le monde occidental, environ 25 % de l’eau disparaît quelque part. C’est probablement principalement dû à des fuites et à un mauvais entretien.

Dans les pays en développement, c’est pire. Il y a très peu de villes qui ne perdent pas de 45 à 60 % de l’eau. Et nous n’avons aucune idée où elle va. Probablement un tiers sont des fuites. Et le reste va probablement à ceux qui paient pour avoir une connexion non autorisée au système.

La première chose est d’arrêter le gaspillage

C’est la même chose qu’avec la nourriture. Aux États-Unis, 27 % de la nourriture est gâchée, que ce soit dans les magasins, les familles ou les restaurants. 27 % qui va à la poubelle. Dans le monde en développement, c’est encore pire.

L’année dernière, le ministre indien de l’Agriculture a reconnu publiquement qu’un peu plus de 50 % des fruits et légumes produits en Inde n’atteignent jamais le consommateur. Pourquoi ? Parce que la chaîne d’approvisionnement est mauvaise. Manque de réfrigération, mauvaises conditions de transport.

Mon argument est simple. L’Inde n’a ni beaucoup de terres, ni de l’eau à revendre. Alors au lieu d’augmenter le rendement agricole ou de se soucier de l’approvisionnement en eau, nous devrions nous concentrer sur la façon dont nous pouvons nous assurer que ce que nous produisons maintenant atteint le consommateur.

Si nous faisions ça, les quantités récupérées suffiraient à nourrir le Royaume-Uni et la France réunies. Arrêter le gaspillage et les populations auront de la nourriture et de l’eau. On peut augmenter la quantité réellement disponible de moitié sans eau et sans terres supplémentaires.

- Propos recueillis par Elisabeth Schneiter

Près de Nice, un immense gaspillage de terres fertiles se prépare Mathilde Gracia (Reporterre) Reporterre 2015/03/20 Mathilde Gracia (Reporterre) (20 mars 2015) Près de Nice, un immense gaspillage de terres fertiles se prépare. Reporterre. Reportage — Grands projets inutiles fr

Près de Nice, un immense gaspillage de terres fertiles se prépare

Entre mer et montagne, la plaine du Var, ancien potager de la Côte d’Azur, a souffert d’une urbanisation effrénée. Christian Estrosi, député maire de Nice, mène aujourd’hui un projet estampillé écologique qui vise à bétonner encore davantage au nom du développement durable.

- Nice, reportage

La mer d’un côté, les sommets enneigés de l’autre, aux abords de Nice, la plaine qui longe le Var offre un paysage grandiose. Depuis un point de vue, Monique Touzeau, la présidente du collectif associatif pour des réalisations écologiques (CAPRE 06), montre aussi les centres commerciaux installés le long du fleuve et une grande zone industrielle. Malgré tout, lorsqu’elle regarde cette vallée, Monique voit les zones Natura 2000 à protéger et les dernières terres agricoles de la Côte d’Azur à sauver.

D’autres y voient la possibilité d’étendre la ville de Nice et son rayonnement économique. Comme Christian Estrosi, tout-puissant député-maire de la ville qui veut y constituer « l’Eco-Vallée », une mini Silicon valley. Pour ce faire, il a obtenu le statut d’opération d’intérêt national (OIN) - qui implique l’Etat - sur un périmètre qui s’étend de la mer jusqu’à 23 kilomètres à l’intérieur des terres, couvrant 10 000 hectares et incluant 15 communes.

Quartier d’affaire international et « technopole »

Au total, 450 hectares seront « aménagés » ou « mutés », précise le président de l’Etablissement public d’aménagement (EPA), Christian Tordo. Parmi les opérations prioritaires de l’Eco-Vallée figurent ainsi Nice Méridia, une « technopole urbaine » avec équipements et logements où devraient s’installer start up et PME dans les secteurs des nouvelles technologies et des énergies propres.

Près de l’aéroport, en bord de mer, se construit le Grand Arénas, un quartier d’affaires « international » où bureaux, logements et parc des expositions verront le jour à proximité d’un pôle multimodal qui reliera la gare, l’aéroport et une future ligne de tramway.

- Christian Estrosi -

Le pari ? Faire venir des entreprises à la pointe de la technologie pour créer au moins 20 000 emplois à l’horizon 2030. Un peu trop ambitieux ? « Vous avez raison, c’est ambitieux, la situation de notre pays n’est pas celle des années 1970, mais c’est en se fixant des objectifs comme ceux-là qu’on y arrivera », répond Christian Tordo, le président de l’Etablissement public d’aménagement qui mène les travaux.

Une plate-forme agroalimentaire et horticole ainsi que des éco-quartiers fleuriront aussi le long du Var pour faire de la vallée le symbole de « l’éco-exemplarité ». Les opérateurs ont tout prévu pour prôner le respect de l’environnement : guide de la biodiversité, cadre de référence pour la qualité environnementale, écologie industrielle…

« Une urbanisation au fil de l’eau »

Mais le projet prévoit surtout l’installation de bureaux et l’agrandissement des zones commerciales existantes. « C’est à l’image de l’aménagement de toute la Côte d’Azur : une consommation effrénée de l’espace en avançant toujours des arguments d’ordre économique », estime Jacques Molinari, un scientifique du GirMaralpin qui étudie l’organisation territoriale de la région.

Car la plaine a déjà souffert d’une « urbanisation au fil de l’eau », la plaquette de l’Eco Vallée elle-même le reconnaît. La production industrielle, les grands centres commerciaux et les activités de stockage ont provoqué « inexorablement la consommation des terres cultivées, l’occupation anarchique de la plaine et la colonisation des coteaux par un habitat diffus ».

- Plaquette "Eco Vallée" -

Les terres les plus propices au maraîchage

Sur la plaine se succèdent en effet terres cultivées ou en friches, casses automobiles et maisons abandonnées. Mais pour les associations écologistes qui s’opposent à l’Eco-Vallée, il faut sanctuariser les sols les plus fertiles : « Il y a quatre récoltes par an, c’est impressionnant », dit Nadège Bonfils, présidente du collectif OIN Plaine du var. L’année dernière, elle avait constitué un jardin partagé avec d’autres opposants pour montrer que la terre est cultivable : « Les gens venaient chercher des paniers de légumes et restaient bouche bée devant ce qu’on avait récolté », se souvient-elle.

Les terres ont même été considérées comme « les plus propices au maraîchage » avec celles de la région parisienne et de Nantes par les spécialistes des sols Lydia et Claude Bourguignon, invités par les associations l’année dernière.

« On regrette l’abandon d’un petit coin de campagne à quelques mètres de la ville et de la mer », dit un habitant de la rive droite du Var, plus préservée. La colline boisée surplombe quelques serres à la Baronne, le quartier où un Marché d’intérêt national couvrant 26 hectares va être transféré. Il est actuellement situé près de l’aéroport et de la gare Nice Saint Augustin. « C’est une absurdité totale, puisqu’on le déconnecte du ferroviaire et qu’on le met dans un environnement qui n’est pas dimensionné pour absorber ce trafic », explique Annabelle Jaeger, conseillère régionale EELV en Provence-Alpes-Côte d’Azur.

« Aucune vision globale »

Le transport est déjà le principal problème de la vallée pour Annabelle Jaeger, les voies sont sans cesse encombrées et l’Eco-Vallée ne fera qu’empirer les choses. L’agrandissement du centre commercial de Nice Lingostière ainsi que la construction d’un Ikéa près du stade de l’OGC Nice généreront encore plus de déplacements : « C’est un cercle vicieux infernal, on s’enferme dans un problème qui nuit à tous », remarque l’élue qui siège au conseil d’administration de l’EPA. « Il n’y a aucune vision globale, poursuit-elle, on n’a pas pensé ce que l’on voulait faire de la Plaine du Var ».

Difficile, en effet, de penser global car si le périmètre de l’OIN couvre 10 000 hectares, il ne gère en réalité que quatre constructions prioritaires (Nice Méridia, le Grand Arénas, Eco quartier de Saint Martin et le MIN de la Baronne). Les communes et la métropole de Nice Côte d’Azur portent leurs propres projets qui pullulent au sein même de la vallée et sur lesquels l’EPA n’a aucune autorité (Grand stade OGC Nice, centre commercial de Cap 3000, usine de Bio Masse au Bec de l’Estéron…).

« C’est difficile, reconnaît le directeur de l’EPA, Christian Tordo. Mais c’est une difficulté que nous essayons de surmonter avec des échanges permanents et fructueux entre les maires des différentes communes », dit-il.

« L’eau est la clé de cette vallée »

Au-delà de la cohérence de tous ces projets, ce sont leurs effets cumulés sur l’environnement qui seraient mal pris en compte selon les associations. En plus des risques d’inondation, Nadège Bonfils s’inquiète surtout de la pollution des nombreuses nappes phréatiques sous le Var, causée par les projets d’urbanisation successifs. « Les directives européennes sur l’eau sont constamment bafouées, alors que l’eau est la clé de cette vallée », argumente-t-elle.

- Le stade de Nice -

En s’appuyant sur ces directives, elle a déposé, avec d’autres associations, une saisine à la commission des pétitions de l’Union européenne. Jugée recevable en janvier 2014, elle devrait être examinée dans les jours à venir.

« Ça permettra de donner de la voix aux associations qui sont presque les seuls contrepouvoirs dans la région », juge Michèle Rivasi, députée européenne EELV qui a soutenu la saisine.

En plus du recours européen, la plupart des projets menés font face à des procédures judiciaires (voir par exemple le cas du stade de Nice dans cet article de Mediapart).

Malgré les premiers coups de pelle, il n’est pas trop tard pour bloquer le projet en l’état. L’EPA prévoit une période de trente ou quarante ans pour aménager la vallée.

Marie Astier et Emilie Massemin à Science Po pour l’agriculture paysanne Reporterre 2015/03/20 (20 mars 2015) Marie Astier et Emilie Massemin à Science Po pour l’agriculture paysanne. Reporterre. fr

Marie Astier et Emilie Massemin à Science Po pour l’agriculture paysanne

Marie Astier et Emilie Massemin ont animé un débat à Sciences Po mercredi 18 mars sur le lien entre agriculture et climat. C’était à l’invitation de l’association PAVéS de Sciences Po, qui a organisé avec les étudiants de l’Ecole normale supérieure et d’Agro une semaine de débats et d’événements dans le cadre de la campagne « Envie de paysans ! » du 16 au 21 mars 2015.

- VOIR LA VIDEO

Il faut parler de la vieillesse, même si ça dérange Corinne Morel Darleux Reporterre 2015/03/21 Corinne Morel Darleux (21 mars 2015) Il faut parler de la vieillesse, même si ça dérange. Reporterre. Quotidien fr

Il faut parler de la vieillesse, même si ça dérange

« Je refuse de confondre l’affaiblissement du corps et celui de l’esprit. Je veux que tous aient le droit de garder cette part de dignité qui est la leur jusqu’à leur dernier souffle. Qu’on n’oublie pas qu’eux aussi ont vécu leurs quatre-temps et ont été enfants, jeunes gens et adultes avant de devenir des personnes âgées. Et qu’ils ont le droit d’être des vieux fiers et heureux. »

Le long de la route dans la vallée de la Drôme, en ce moment, deux types de cotonneux filent aux arbres. Les premières fleurs, qui me font penser immanquablement à mon retour du Japon il y a un an, et une espèce nettement moins délicate, qui prolifère sous formes de cocons blancs, tels des boules de Noël tardives : les chenilles.

Celles-ci sont dites processionnaires, elle s’installent sur les pins qu’elles colonisent et grignotent petit à petit, avant de s’en aller recommencer plus loin. Il y en a tant et tant dans les arbres qu’on croirait par endroits qu’il a neigé. Et je ne conseille à personne d’aller les déloger pour éclaircir les branches, ces chenilles sont terriblement urticantes. Un chien du Chapias y a déjà laissé sa langue. Seules de fortes gelées peuvent les tuer. Et l’Hiver est resté désespérément doux dans la vallée.

Les quatre-temps et la place du village

C’est le printemps. Dans le Diois, la semaine des quatre-temps est passée et chacun se remet doucement à son potager. Les quatre-temps, ce sont quatre groupes de trois jours (mercredi, vendredi et samedi) fixés au début de chaque saison, qui déterminent parait-il le temps qu’il fera. Cette fois-ci il a fait beau le mercredi, moyen le vendredi, et il a plu le samedi. Comme ça on est bien avancés. Mais enfin c’est passé, chacun commence à préparer la terre normalement bien senise à cette saison, les mottes du labour d’avant l’hiver s’étant brisées sous le gel, avant d’y enfouir les premières graines.

C’est le maire de notre quartier qui nous a expliqué les quatre-temps. Il n’est pas vraiment maire bien sûr, mais comment dire... c’est lui, notre ancien qui sait. La taille des rosiers, la couleur des saisons, le moment où il faut planter ou encore les derniers arrivés dans le quartier. Il faut voir son air joyeusement fier quand il vient nous expliquer la taille dans son accent diablement prononcé.

C’est autour de lui que chaque été se réunissent les voisins pour un concours de boules carrées. La seule fois où j’y suis allée on a fini en entonnant l’Internationale après le diner. Certains se sont enhardis, après un sourire timide, et s’y sont mis à gorge déployée. L’air de ne pas s’être sentis aussi vivants et de ne pas s’être autant amusés depuis des années. D’autres ne m’ont plus jamais saluée...

Dans le quartier il y a aussi le voisin surprenant. Lui, c’est un ancien gendarme à la retraite, grand lecteur du Monde diplo, de Fakir et de rezo.net. Un comme on voudrait les démultiplier.

Et puis, un peu plus loin, il y a le salon de coiffure. La dernière fois je me suis retrouvée au milieu de trois mamies la tête enserrée de mise en plis. Elles n’ont pas arrêté de rire, de plaisanter, de se taquiner sur leurs amours et de se remémorer les anciens temps. Le sourire aux lèvres à évoquer le dancing de Die, le terrain de boules, tous sur la même place, le lieu où on se retrouvait pour discuter, rire et flirter. Aujourd’hui à la place se tient un supermarché...

Encore un peu plus loin, habite un autre retraité, ancien directeur d’une très grande entreprise à Paris. Il est venu s’installer ici, s’est occupé de sa femme mourante avec un dévouement à se noyer les yeux. Et puis après son décès il a beaucoup milité, s’est jeté à corps perdu dans la politique, et est retombé amoureux. Avec toujours d’incroyables étincelles dans les yeux.

Le droit d’être des vieux fiers et heureux

Et puis il y a le grand-père d’un ami, qui est resté dix heures à se trainer chez lui après être tombé et n’a pas utilisé son signal d’alarme, de peur de déranger... Et cette femme âgée, dans une de nos assemblées citoyennes pour les départementales, qui expliquait que le moment le plus dur était le soir, avant le diner, quand la nuit commence à tomber. Ce moment où la solitude est à hurler, et où elle aimerait tellement avoir quelqu’un avec qui cuisiner.

Je ne veux imaginer aucun d’entre eux en train de végéter dans une maison de retraite en sous-effectifs. Je n’en veux aucun prisonnier d’un Ehpad (établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes) qu’ils ne pourraient plus quitter. Je refuse de confondre l’affaiblissement du corps et celui de l’esprit. Je veux que tous aient le droit de garder cette part de dignité qui est la leur jusqu’à leur dernier souffle.

Qu’on n’oublie pas qu’eux aussi ont vécu leurs quatre temps et ont été enfants, jeunes gens et adultes avant de devenir des personnes âgées. Et qu’ils ont le droit d’être des vieux fiers et heureux.

Quand on parle de vieillesse, de dépendance, de santé, on touche du doigt à quel point tous les combats sont liés, dès lors qu’on vise à remettre l’humain en priorité. Il faut en parler. Même si ça dérange, même si ce n’est pas aisé, même si c’est inconfortable tant c’est un sujet qui renvoie chacun à son propre vieillissement, à sa propre culpabilité envers les siens, aussi, souvent.

Personne n’a envie de vieillir. Et pourtant, cela va tous nous arriver. Aujourd’hui, près d’un Français sur cinq a plus de 65 ans. En 2050, un habitant sur trois sera âgé de plus de 60 ans, contre un sur cinq en 2005. L’espérance de vie s’allonge certes, on meurt moins, mais on meurt mal. L’espérance de vie en bonne santé a commencé à diminuer. Et seulement 20 % de ceux qui en auraient besoin ont accès à des soins palliatifs en France.

Tant de combats à mener

Les politiques d’austérité privent la collectivité de ressources indispensables pour prendre en charge décemment ses anciens. Les supermarchés et les banques viennent grignoter ce qu’il reste d’espaces où se retrouver, de lieux de vie communs. Le mobilier urbain ne conçoit plus les bancs publics que de manière à en éloigner les SDF en oubliant qu’on doit encore pouvoir s’y bécoter à tout âge.

Les parlementaires refusent d’autoriser pleinement le droit à mourir dans la dignité avec un cadre législatif adapté. Sous l’influence des lobbies pharmaceutiques, les dépenses de santé curative ne cessent d’exploser, alors que la médecine de prévention et palliative peinent à se développer. Vivre plus longtemps, à tout prix, sans se soucier de la qualité de vie durant ces années gagnées... Où est le progrès ?

Il y a des dépenses à réorienter, des dispositifs d’accompagnement à domicile à trouver, des initiatives à soutenir de co-habitat générationnel comme le fait chez nous avec beaucoup d’intelligence et de respect l’association AIDER.

Et de manière générale, des combats à mener pour créer des emplois qualifiés dans les services à la personne, pour qu’il existe encore des services publics dans les zones reculées : des hôpitaux où se faire soigner, des gares pour que vos petits-enfants puissent venir vous voir, des postes pour envoyer les colis aux amis éloignés. Pour réduire les pesticides, la pollution aux particules fines, les perturbateurs endocriniens qui causent des maladies qu’on pourrait éviter.

Se battre pour que les plus précaires disposent d’une alimentation saine et d’un toit chauffé, que les retraites ne soient pas dépendantes d’un régime complémentaire que la plupart n’ont pas de quoi payer, que les soins de base soient universellement couverts au nom d’une humanité partagée.

Que le droit à le retraite prenne mieux en compte la pénibilité, qu’on conserve le droit de se reposer le dimanche... Bref qu’on ne finisse pas tous déglingués au-delà de la dégénérescence immuable du vieillissement. Inutile d’en rajouter.

Voilà le sens du combat politique, que chacun dispose d’un cadre de vie lui permettant de jouir de jours heureux. Pour que mes voisins du Diois continuent à semer des graines, à partager leurs proverbes, à faire rouler des boules carrées, à aimer et à sourire au ciel. Alors, même avec de la pluie le samedi, il y aura un bout de printemps dans chacun des quatre-temps.

« Qui fait bien son jardin au printemps, le fait pour les Quatre-Temps. »

Dix questions, dix réponses sur le changement climatique Emilie Massemin (Reporterre) Reporterre 2015/03/21 Emilie Massemin (Reporterre) (21 mars 2015) Dix questions, dix réponses sur le changement climatique. Reporterre. Enquête — Climat fr

Dix questions, dix réponses sur le changement climatique

2015 est l’année du climat, nous dit-on. Et la lutte contre le réchauffement climatique le défi majeur du XXIe siècle. Mais le problème est complexe. Voici en dix questions un récapitulatif pour saisir tous les enjeux du changement climatique.

1 – QU’EST-CE QUE LE CHANGEMENT CLIMATIQUE ?

Mais d’abord, qu’est-ce que le climat ? Celui-ci désigne l’ensemble des conditions atmosphériques sur Terre à un moment donné : ensoleillement, pluie, neige ou grêle, température, humidité, vent... Elles dépendent de trois facteurs qui s’équilibrent : le rayonnement solaire, l’effet de serre et les grandes circulations atmosphériques et océaniques.

Cet équilibre est en passe d’être rompu. Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) constate que l’atmosphère et les océans se réchauffent. Dans son rapport, il observe que la température atmosphérique globale a augmenté de 0,85°C entre 1880 et 2012, et que la période 1983 – 2012 est la plus chaude qu’ait connu l’hémisphère nord depuis 1 400 ans. Et le pire, c’est que ce réchauffement n’est pas prêt de s’arrêter, et risque même de s’accélérer.

- Pour aller à la source : le rapport du GIEC en anglais ; la synthèse en français.

2 – POURQUOI LA TERRE SE RECHAUFFE-T-ELLE ?

A cause de l’accroissement de l’effet de serre. Attention, l’effet de serre, en soi, est un phénomène naturel et même bénéfique ! Mais voyons comment ça marche.

Certains gaz présents dans l’atmosphère, appelés « gaz à effet de serre » (GES) comme la vapeur d’eau, le dioxyde de carbone (CO2), le méthane (CH4), le protoxyde d’azote (N2O), l’ozone (O3)... piègent une partie du rayonnement solaire. Ils le renvoient sous forme de chaleur dans toutes les directions dans l’atmosphère. Grâce à cet effet de serre, nous bénéficions d’un agréable 15°C de moyenne à la surface de la Terre. Au lieu de - 18°C si cet effet de serre n’existait pas.

Le problème, c’est que les concentrations atmosphériques en GES ne sont plus stables comme pendant des milliers d’années. Elles ne cessent plus d’augmenter. La concentration de CO2 a commencé à grimper vers 1750 et est maintenant à un niveau 40 % plus élevé. Et pour le méthane, 150 %. Des niveaux jamais atteints depuis au moins 800 000 ans ! C’est pour cela que l’effet de serre s’emballe, et que nous avons de plus en plus chaud.

3 – D’OU CES GAZ PROVIENNENT-ILS ?

Pour la plupart, ils étaient déjà présents dans l’atmosphère : vapeur d’eau (60 % des GES), dioxyde de carbone (26 %), ozone (8 %), méthane et protoxyde d’azote (6 %).

Mais ce qui change depuis 1750, c’est que les activités humaines émettent ces gaz à effet de serre. La combustion d’énergies fossiles (charbon, pétrole...) et la déforestation dégagent du dioxyde de carbone. Elevage de ruminants, décharges et utilisation du gaz naturel comme énergie émettent du méthane.

Quant aux engrais dont nous arrosons nos cultures, ils exhalent du protoxyde d’azote. Sans parler de nos systèmes de réfrigération, nos aérosols... qui répandent dans l’atmosphère des gaz à effet de serre de synthèse, comme les hydrofluorocarbures (HFC).

4 - LE DEREGLEMENT CLIMATIQUE EST-IL CAUSE PAR L’ACTIVITE HUMAINE ?

Pour le GIEC, « l’influence de l’homme sur le système climatique est clairement établie ». Pourquoi ? La Terre a connu ces 450 000 dernières années cinq périodes chaudes, dites "interglaciaires", entrecoupées de quatre glaciations. Que se passe-t-il depuis deux cent cinquante ans. Pour trancher, il fallait faire la part des choses entre les facteurs naturels de réchauffement (les variations de rayonnement solaire, les grandes éruptions volcaniques...) et ses facteurs dits « anthropiques » (émissions humaines – anthropos veut dire homme, en grec – de gaz à effet de serre). En s’appuyant sur les observations du climat du passé, des chercheurs ont donc créé des modèles informatiques pour reconstituer le climat du siècle dernier.

Ils ont ensuite fait des simulations informatiques : que se passe-t-il si l’on ne tient compte que des facteurs naturels du réchauffement ? Et seulement des facteurs anthropiques ? Des deux types de facteurs ? Les résultats sont clairs et nets : si l’on ne tient compte que des facteurs naturels, la température moyenne ne varie pas ou peu entre 1860 et 2012 ; si l’on ajoute les facteurs anthropiques, elle augmente sur cette même période.

5 – COMMENT LES MODELES INFORMATIQUES PEUVENT-ILS PREVOIR LE CLIMAT ?

Le climat est le résultat des interactions entre l’atmosphère, les océans, les calottes glaciaires, les rivières, les écosystèmes... Si ces interactions sont en partie imprévisibles, elles suivent quand même souvent des règles physiques immuables, qu’on peut résumer sous la forme d’équations mathématiques. Ainsi, par exemple, les mouvements de l’atmosphère ont été « résumés » dans les équations de Navier-Stokes.

Ces équations vont servir de base aux modèles numériques de climat. On représente une fausse planète Terre, où le climat est résumé par les grandes lois physiques que les chercheurs connaissent bien, résumées sous forme d’équations. On quadrille cette planète en trois dimensions, avec un « nœud » tous les 100 km ou tous les 10 km. Sur ces nœuds, on écrit des équations qui permettent de faire varier des paramètres comme la pression, la température... jour après jour, voire demi-heure après demi-heure pour les nœuds situés dans l’atmosphère.

Cette fausse planète va servir de base pour essayer de prévoir le climat en fonction de plusieurs scénarios, si nos émissions de gaz à effet de serre continuent d’augmenter ou si nous parvenons à les arrêter en 2050, par exemple. Tout cela demande un travail considérable. Il faut dix ans à une équipe de cinquante à cent scientifiques pour construire un tel modèle, sous la forme d’un programme informatique d’environ un million d’instructions !

Comment est-on sûr que ça marche ? Parce qu’avant de se lancer dans les prédictions, les chercheurs ont testé leurs modèles sur le passé. Ils ont ainsi comparé leurs résultats avec les informations contenues dans des carottes glaciaires, et ont bien retrouvé les périodes de glaciation aux bons moments...

6 – COUCHE D’OZONE ET RECHAUFFEMENT CLIMATIQUE, CE N’EST PAS LA MÊME CHOSE ?

Non ! La couche d’ozone, située dans la stratosphère entre 20 et 45 km au-dessus de nos têtes, absorbe les rayonnements ultraviolets émis par le soleil. Les « trous » qu’on y observe, en particulier au-dessus des pôles, sont causés par les émissions de gaz industriels comme les chlorofluorocarbures (CFC) qui détruisent les molécules d’ozone par le biais d’une réaction chimique impliquant le chlore.

Ces gaz, dont les émissions ont énormément augmenté à partir des années 1950, utilisés dans les systèmes de réfrigération, les aérosols et les mousses isolantes, ne sont pas des gaz à effet de serre, et ne contribuent donc pas au réchauffement climatique.

En revanche, certains substituts aux CFC, appelés HFC, sont, eux, des gaz à effet de serre très puissants.

7 - L’ACIDIFICATION DES OCEANS EST-ELLE CAUSEE PAR LE CHANGEMENT CLIMATIQUE ?

Cette acidification est due à une augmentation des émissions de dioxyde de carbone (CO2) dans l’atmosphère. Comme l’explique l’Organisation météorologique mondiale (OMM) dans son WMO greenhouse gaz bulletin du 9 septembre dernier, les océans absorbent environ un quart des émissions de CO2 liées à l’activité humaine.

Quand le CO2 pénètre dans l’eau de mer, une réaction chimique se produit. Dans un premier temps, elle crée de l’acide carbonique (H2CO3), qui se décompose ensuite en ions bicarbonate (HCO3-) et hydrogène (H+). Ce sont ces ions hydrogène qui sont responsables de l’acidification des océans.

Le phénomène a deux conséquences néfastes. La première, c’est que plus les océans s’acidifient, moins ils sont capables d’absorber nos émissions de CO2. Les chercheurs ont ainsi observé que l’océan n’absorbait plus que 70 % de ce qu’il était capable d’absorber en CO2 au début de l’ère industrielle. Cette capacité pourrait être réduite à 20 % à la fin de notre siècle ! Il ne faudra donc bientôt plus compter sur nos océans pour limiter l’effet de serre dans notre atmosphère...

La deuxième conséquence, c’est que cette acidification met en péril les écosystèmes marins. Certains organismes, comme les coquillages, les coraux, une partie du plancton, fabriquent leurs coquilles et leurs squelettes grâce à un processus de calcification. Mais lorsque l’acidité des océans augmente, cette calcification se fait moins bien.

D’où des organismes marins qui ont de plus en plus de mal à survivre, qui se développent moins vite et moins bien, avec à terme, une réduction de la biodiversité marine. Les coraux sont particulièrement menacés, eux qui subissent déjà de plein fouet l’impact de la construction de grandes infrastructures portuaires, de la pollution des côtes et de l’invasion d’espèces exotiques.

8 – LE CHANGEMENT CLIMATIQUE, QUELLES CONSEQUENCES ?

2°C de plus toute l’année, voire davantage, cela peut sembler sympathique. Malheureusement, le réchauffement de l’atmosphère et des océans ne signera pas l’avènement d’un habillement en maillots de bain généralisé, mais plutôt celui des catastrophes naturelles.

On risque l’accélération de la fonte des glaces et une augmentation du niveau de la mer. Les conséquences en seraient très néfastes : inondations, affaiblissement de la circulation thermohaline de l’Atlantique – celle-là même dont dépend le Gulf Stream, puissant courant marin qui réchauffe le nord de l’Europe l’hiver. Sur la terre ferme, 15 à 40 % des espèces seraient menacées d’extinction. Sans parler des cyclones, des sécheresses et des feux de forêts, qui se multiplieraient.

En France, le réchauffement climatique modifie déjà notre environnement. Le nombre de passereaux, pouillots siffleurs et autres mésanges boréales a diminué de 20 à 80 % en vingt ans. En Champagne, les vendanges ont lieu deux semaines plus tôt. Et si un jour, le réchauffement climatique avait raison de nos vignobles ?

9 – LE CHANGEMENT CLIMATIQUE VA-T-IL TOUCHER TOUT LE MONDE DE LA MÊME FACON ?

Non, et c’est bien là l’injustice du changement climatique. Les pays développés ont une responsabilité historique dans l’intensification de l’effet de serre, car ils ont émis le plus de gaz à effet de serre depuis la révolution industrielle.

Pourtant, ce sont les pays en développement qui vont le plus en pâtir. Les conséquences du changement climatique viendront s’ajouter aux problèmes déjà existants de pauvreté, de malnutrition et de difficultés d’accès à l’eau potable.

En Afrique, des phénomènes de sécheresse ou de pluies violentes compliqueront l’accès à l’eau potable et le travail des agriculteurs, d’après le rapport 2014 « Impacts, adaptation et vulnérabilité » du GIEC.

En Asie, la fonte des glaciers himalayens et la hausse du niveau de la mer provoqueront d’importantes inondations, en particulier dans les deltas des fleuves géants comme le Gange, en Inde, ou le Yang-Tse, en Chine. Quant aux petites îles, elles sont menacées par la multiplication des catastrophes naturelles et risquent d’être englouties.

10 – QUE FAIRE POUR EVITER LE PIRE ?

Il n’y a pas trente-six solutions. Tous les pays du monde doivent dès à présent réduire drastiquement leurs émissions de gaz à effet de serre, les diviser par trois d’ici 2050 et les supprimer totalement entre 2050 et 2100, afin de limiter le réchauffement de la planète. Cela suppose de renoncer aux énergies fossiles, et de stopper toute déforestation voire de replanter des arbres. Vaste chantier en perspective !

C’est pour se mettre d’accord sur un programme de réduction des GES que les 195 États de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CNUCC) se réunissent tous les ans en conférences des parties (COP), depuis 1992.

La COP21, qui se déroulera en décembre 2015 à Paris, est censée aboutir à un nouvel accord mondial pour atteindre cet objectif du zéro émission avant la fin du siècle.

Chronique sur Radio Nova - Agriculture et climat, pour une vraie révolution verte Reporterre sur Radio Nova Reporterre 2015/03/21 Reporterre sur Radio Nova (21 mars 2015) Chronique sur Radio Nova - Agriculture et climat, pour une vraie révolution verte. Reporterre. Agriculture fr

Chronique sur Radio Nova - Agriculture et climat, pour une vraie révolution verte

- jeudi 19 mars 2015

Ecouter Marie Astier :

La chronique de ce jour est réalisée en partenariat avec la campagne Envie de paysans (Infos).

La chronique de Reporterre, tous les jeudi à 18 h 10 sur Radio Nova, dans l’émission « 2hI/4 avant la fin du monde », animée par Marie Misset et Armel Hemme.

« L’occasion de faire le point sur les combats et débats quotidiens de l’écologie ».

A écouter sur... et bien voici la carte des fréquences, selon le lieu où vous habitez.

Les zadistes de Sivens : « Rien n’est joué, pas question de perdre espoir » Isabelle Rimbert (Reporterre) Reporterre 2015/03/21 Isabelle Rimbert (Reporterre) (21 mars 2015) Les zadistes de Sivens : « Rien n’est joué, pas question de perdre espoir ». Reporterre. Reportage — Sivens fr

Les zadistes de Sivens : « Rien n’est joué, pas question de perdre espoir »

Sivens, pas plus que les autres Zad, ce n’est pas fini. Le mouvement des Zad est un enjeu crucial de l’époque, et le courage de ceux qui s’opposent aux destructeurs du monde est exemplaire. Deux semaines après l’expulsion de la zone de Sivens, voilà ce que disent les zadistes.

- Sivens, reportage

Depuis des mois, à Sivens, zadistes et associations tentent d’alerter sur les collusions entre le pouvoir politique, l’agrobusiness et le maintien de l’ordre. Après l’homicide par la gendarmerie, en octobre dernier, d’un jeune écologiste, Rémi Fraisse, les occupants de la Zad et les opposants au projet de barrage ont subi, au quotidien, les agressions des pro-barrages organisés en véritables milices, sous l’oeil passif des « forces de l’ordre »

Expulsés de la zone à défendre puis des communes environnantes, zadistes et militants n’en ont pas pour autant disparu. C’est là une des forces des Zad. Insaisissables, elles peuvent se désagréger sans dommage, pour se recomposer dans un autre espace temps. Paroles de zadistes :

Après la décision du Conseil Général du Tarn de construire un barrage sensiblement similaire au projet initial, la lutte est loin d’être finie pour les opposants. Et la "deuxième mi-temps" pourrait reprendre avec le « Printemps de Sivens », deux jours de mobilisation populaire attendus les 25 et 26 avril.

Comment voient-ils la situation ? Comment envisagent-ils la suite ? Rencontres avec des militants, trois jours après leur expulsion de la zone à défendre.

Laurent : « Un processus a été amorcé, et ils ne pourront plus l’arrêter »

« Je suis arrivé il y a un an et demi, ce qui m’a permis de faire des aller-retours très réguliers sur la ZAD du Testet. Aujourd’hui, le système impuissant à se débarrasser de nous est allé chercher son bras armé fasciste : des personnes qui profitent des réseaux FNSEA, et dont certains sont connus comme étant de l’extrême droite.

On n’est pas surpris de les voir maintenant traîner autour des barons. Dans cette histoire, nous sommes moins une menace pour l’Etat que pour le système que protège le gouvernement, et qui inclut des gros lobbies, notamment agricoles. Là on attaque une véritable mafia qui est très bien enracinée, avec des élus un peu partout. Ils faisaient ce qu’ils voulaient jusqu’à présent, sans qu’il y ait de réelle opposition.

Pour une fois, ces lobbies n’ont pas pu agir librement, et ils n’ont sans doute pas trouvé d’autres solutions que d’appeler les milices fascisantes, qu’on a vues à l’oeuvre : des intimidations et agressions en tous genres avec parfois la complicité de la gendarmerie (on a des exemples filmés de gendarmes qui protègent des exactions de pro-barrages). Je suppose et j’espère que la majorité des agriculteurs, y compris tarnais, ne cautionnent pas ce qui s’est passé...

Et pour la lutte contre le barrage, on est toujours là, car rien n’a changé. Contrairement aux apparences, ils ne se sont pas débarrassés de la Zad, ils ne s’en débarrasseront jamais. On discute, on se concerte, et dès qu’il y aura besoin de réoccuper, on réoccupera. Nous sommes en lien avec d’autres luttes : un processus a été amorcé, et ils ne pourront plus l’arrêter. Rien n’est fini à Sivens, et nous n’avons toujours pas l’intention de laisser faire ce barrage. »

Camille : « Imaginer des infrastructures qui créent du social et de l’humain »

« Je suis resté presque six mois sur la Zad à partir de février 2014. Puis J’ai fait un break, et je suis revenu en octobre. L’idée, pour moi, ce n’était pas d’occuper la zone de façon pérenne, parce qu’elle est trop petite, et sur le long terme, notre présence aurait été trop impactante pour l’environnement. Ce qu’on veut, c’est faire en sorte que ce projet de barrage soit abandonné.

Pour nous, ça va bien au-delà car il s’agit d’une lutte contre l’incohérence écologique et contre la corruption. J’avais l’espoir que notre détermination permette aux gens d’ouvrir les yeux sur les collusions entre le pouvoir politique en place et les entreprises. Il faut vraiment que la décision soit reconsidérée, le projet repensé. Les porteurs de projet vont devoir tout reprendre depuis le début, l’enquête publique, les études et tout le reste. Je crois encore qu’il est possible que ce barrage ne voit jamais le jour, malgré les pressions de syndicats agricoles. Qui, pour certains, donnent l’impression d’être instrumentalisés.

Je considère qu’on est dans une forme de victoire puisque les buts et les méthodes employées par les politiques pour imposer leur projet ont été mises au grand jour, même si encore trop peu de gens s’en rendent compte. C’est symbolique ce qu’on fait ici : s’en prendre aux gros projets anti-démocratiques. Ce qui m’intéresse, c’est d’imaginer des infrastructures qui créent du social et de l’humain, mais pas de la croissance. »

Gaël : « Un mélange politico-magouillard invraisemblable »

« Je suis venu dans la région il y a longtemps, et revenu avec des amis au mois de septembre 2014. Je n’imaginais pas la quantité de violence qu’il y avait autour de ce projet. Il y a eu la mort de Rémi Fraisse, puis l’escalade de pressions de la part des pro-barrages, adhérents de la FDSEA, des JA ou partisans du FN, et qui viennent là pour faire de l’activisme fascisant. On est dans un mélange politico magouillard invraisemblable.

Sur le projet lui-même, on s’est aperçus que c’était une sacrée mafia qui avait mis ça en place. Je retrouve une ambiance du terroir bien patriarcale. Ce que je souhaite, c’est que la lumière soit faite sur toutes les personnes qui ont commis des exactions à Sivens, et qu’on arrive à ouvrir un peu cette république et cette soi-disant démocratie à des voix qui sont loin d’être majoritaires.

Et que l’on commence enfin à respecter nos ressources premières que sont l’eau, la terre et l’air. Il faut mettre la pression pour que justice soit faite. Justice à tous les niveaux : social, environnemental, humain et politique. Mon but est de continuer à lutter : on est en vie, on a des convictions, et notre combat est légitime !

Ou alors il faudra que l’Etat trouve un moyen d’éradiquer tous les "djihadistes verts", tous les gens qui pensent que l’écologie est une chose incontournable pour que la planète ait une chance de survivre. »

Nadine et Pierre Lacoste : « Un gros gâchis humain et environnemental »

Pierre : « Tout ça est un gros gâchis humain et environnemental depuis le début : on veut faire un lac là où il n’en faut pas, avec de l’argent public, dans un projet inutile d’un autre siècle.

Et la semaine passée, on a vu, avec les pro-barrages, les rouages d’un système soutenu par des gens dont certains ne savaient même pas ce qu’ils défendaient, mais qui sont capables de tout. »

Nadine : « La FDSEA et les JA ont fait des actions complètement illégales : intimidations, agressions, violences, ont empêché les gens de sortir de chez eux, de circuler sur le routes, ils ont fait des contrôles au faciès, des contrôles d’identité. Le tout en présence de gendarmes qui ne faisaient strictement rien, sur ordre. Aujourd’hui, nous en sommes exactement au même point qu’avant la mort de Remi Fraisse. Avec les tensions en plus. »

Pierre : « Avant de voter quoi que ce soit, il aurait au moins fallu répertorier les agriculteurs qui ont réellement ces besoins en eau, savoir combien d’hectares ils veulent irriguer et pourquoi. Actuellement, c’est le grand flou. En réalité, ce barrage répond aux besoins d’une vingtaine d’exploitants et il ne serait d’aucune utilité pour ceux qui sont le long de la vallée.

Pour moi, la solution était de créer de retenues colinaires en rapport avec des besoins réels. En tant qu’éleveur, je défends une vision respectueuse de l’agriculture, de l’environnement, de l’humain, et j’aimerais que l’argent public soit mieux utilisé. Je veux pouvoir nourrir mes vaches avec du foin et de l’herbe sans avoir recours au maïs et aux compléments comme le soja. Ce projet, c’est aussi le risque de voir arriver dans la vallée la culture intensive du maïs semence. »

Nadine : « La suite de la lutte ? Pour nous rien n’a changé : pas de barrage à Sivens ! »

Rezée : « Rien n’est joué, pas question de perdre espoir »

« J’étais sur zone lors de l’expulsion. On ne s’attendait pas que ça puisse se passer comme ça. Bien sûr, on savait qu’il y avait beaucoup d’entraide et de liens entre les pro-barrages et la gendarmerie, mais là, ça a dépassé absolument toutes les limites. On a eu droit à des menaces de mort, et j’ai entendu de très nombreux récits d’agressions.

Nous, on ne lâchera rien, c’est certain. Mais j’espère surtout que ça va réveiller des gens. Ce qui se passe ici est totalement fou : on se croirait en 1940, on n’a même plus le droit de circuler en ville sans être traqués par deux camions de gendarmerie, même quand on se promène à trois ou quatre. Ce qui m’a le plus marquée cette semaine, c’est le mensonge des gendarmes avec un grand sang-froid. Ils osent dire que non, ils ne font rien d’illégal. La réalité, c’est qu’ils ont brûlé nos affaires et nos pièces d’identité pour nous reprocher ensuite de ne pas les avoir. Ils ont cassé tout ce qu’on pouvait avoir sur la Zad pour dire ensuite qu’on est sales, désordonnés…

Mais cette lutte m’a aussi montré que je ne suis pas seule à voir les choses telles qu’elles le sont réellement, ça fait du bien ! Ça me conforte dans mon engagement, et dans l’idée qu’il y a encore beaucoup à faire. Au final, toute ce qu’on a vécu pendant des mois a permis de montrer et de faire grandir notre détermination. Avec la solidarité, on peut arriver à changer les choses. Rien n’est joué, et il n’est pas question de perdre espoir. Pour la suite, il faut commencer par se reposer un peu après ce qu’on a vécu. Et continuer la lutte de plus belle. »

Hélios : « Continuer à faire de vraies rencontres »

« Je me suis installé sur la Zad le 25 octobre. La rencontre avec les agriculteurs ? A travers le prisme médiatique, on peut avoir l’impression que c’est un échec total. Le message véhiculé souvent, c’est : les zadistes-gauchistes-anarco-terroristes versus les agriculteurs. La réalité est différente : certains d’entre eux, syndiqués ou non, nous soutiennent. Peut-être les prémices d’un succès futur pour une rencontre avec des personnes qui, a priori, ne sont pas de notre côté. Certains ont pris la mesure de la situation sur le terrain, savent que ce projet est absurde pour de nombreuses raisons et que notre mouvement d’opposition est légitime.

Dans la presse, on lit que l’appareil de maintien de l’ordre est une machine puissante et bien organisée, qui a expulsé une trentaine de Zadistes à bout de souffle. Ma version, c’est qu’on fait peur à l’Etat, au vu de l’arsenal déployé. Car sous de nombreux aspects, le droit nous a donné raison. Les idées que nous défendons sont très fortes, notamment au niveau de la démocratie directe contre la démocratie représentative, et de l’autonomie contre une organisation généralisée de la dépendance.

Il y a eu ces dernières semaines un climat anxiogène dangereux. Nous ne voulons pas de nouveaux incidents, donc ce qui a été envisagé collectivement, c’est de passer provisoirement la lutte sous une autre forme, moins visible, en sous-marin, mais tout aussi déterminée, avec des actions ciblées.

Surtout, on est dans un mouvement d’enracinement, beaucoup de gens nous ont soutenu car ils ont compris le sens de cette lutte. Il faut maintenant qu’on leur rende ce soutien, qu’on aille dans les fermes, qu’on aille les aider, aller sur les marchés, discuter avec les tarnaises et les tarnais et continuer à faire de vraies rencontres. »

Pétov, opposant de la première heure : « Une mi-temps après un match nul »

« Manifestement, on est à une mi-temps de cet affrontement, et j’ai l’impression qu’on a fait un peu match nul. Tout est encore possible : le pire, comme le meilleur. Enfin, pas vraiment le meilleur puisqu’une partie de la forêt a déjà été détruite par le début des travaux. Il est clair que le Conseil Général n’a pas renoncé à transformer la vallée de Sivens en un sinistre lac, même s’il est de quelques mètres inférieur au projet initial. Donc, pour nous, le danger reste strictement le même, mais je pense qu’on a gagné du temps et que la mi-temps va durer… longtemps.

On verra avec la nouvelle assemblée départementale, si les élections changent la donne, si l’affaire de Sivens joue un rôle, si Carsenac et ses complices vont être désavoués par les électeurs. J’en doute un peu, mais on peut toujours rêver !

Nous, on se prépare à empêcher le redémarrage des travaux, et à garder cette zone intacte. Ce qui est sûr, c’est que depuis le début, on ne sait pas sur quel pied danser avec nos adversaires : il y a toujours un flou extraordinaire sur cette affaire. Le vote du Conseil général le prouve, ils veulent absolument faire ce barrage, malgré la mort de Rémi Fraisse, malgré notre résistance déterminée, malgré l’avis défavorable du Conseil National de Protection de la Nature, et d’associations écolo, malgré toutes les voix qui s’élèvent. Ils s’entêtent, nous aussi.

D’ores et déjà, nous sommes en train d’organiser un week-end les 25 et 26 avril, "le printemps de Sivens". Ces deux jours auront pour but d’appeler à la vigilance et à la mobilisation, afin de marteler encore et toujours notre opposition au nouveau projet de barrage. »

« Je désherbe sans produits chimiques ! » Reporterre 2015/03/21 (21 mars 2015) « Je désherbe sans produits chimiques ! ». Reporterre. Pesticides fr

« Je désherbe sans produits chimiques ! »

Allées, pelouses, potager, massifs fleuris... Un livre présente toutes les techniques pour désherber naturellement !

Comment ne pas se laisser envahir par les herbes indésirables tout en jardinant de façon écologique ? Pour les allées, la pelouse, les massifs ou le potager, il existe des solutions, tant préventives que curatives : eau bouillante, paillages, engrais verts... Un livre clair et complet sur ce sujet.

Au sommaire :

Pour commencer

Changer nos habitudes et notre regard - Désherber un terrain avant les plantations - Zoom sur... les annuelles, bisannuelles et vivaces

Désherber autour de la maison

Une communauté de plantes herbacées - Zoom sur... Six herbes sympathiques pour une pelouse fleurie - Solutions préventives - Solutions curatives - Zoom sur... Six herbes jugées indésirables et mesures correctives - Solutions contre les mousses

Désherber au jardin d’ornement et au verger

Solutions curatives - Solution préventive : le paillage ou mulch - Solution préventive : la concurrence par les couvre-sol - Zoom sur les meilleures vivaces couvre-sol - Solution préventive : les plantations imbriquées

Désherber au potager

Solutions curatives - Solution préventive : de la méthode ! - Solution préventive : le paillage - Solution préventive : la concurrence par les engrais verts

Je désherbe sans produits chimiques !, Denis Pépin, Terre vivante, Collection : Facile et Bio, 120 pages, 14,00 €.

Chronique du jardin sans pétrole - Face à la pyrale infernale... Christine Laurent (Reporterre) Reporterre 2015/03/21 Christine Laurent (Reporterre) (21 mars 2015) Chronique du jardin sans pétrole - Face à la pyrale infernale.... Reporterre. Nature fr

Chronique du jardin sans pétrole - Face à la pyrale infernale...

Méfiez-vous de la pyrale du buis (Cydalima perspectalis), ce papillon de nuit plutôt élégant qui transformera en un rien de temps les feuilles vertes et coriaces du buis en dentelle.

Pas de chance, les virus ont eu le dessus sur les défenses de notre organisme et nous voilà bloqués à la maison. Ça ne tombe en fait pas si mal, puisqu’il est temps de préparer les semis de tomates. Je leur ai trouvé une nursery jusqu’en mai, date à laquelle on peut planter les pieds en terre, chez une amie qui habite un appartement 100 % baies vitrées d’un immeuble de l’architecte Jean Renaudie à Ivry-sur-Seine. Avec ses terrasses à tous les étages, cette architecture semble conçue pour accueillir l’agriculture urbaine.

Je prépare aussi une nouvelle serre pour le balcon filant de Manolita dans laquelle nous semons des choux-raves, des choux de Milan et des choux-cabus. Les premières poussent sont sorties dans la première serre…

La pyrale infernale

A la fin de la matinée, il ne me reste plus qu’une louche de compost que je réserve à mon buis chéri, en convalescence sur le bord de la fenêtre. Il est tout maigrelet depuis une méchante attaque de pyrale en août dernier.

La pyrale du buis (Cydalima perspectalis), est un papillon de nuit plutôt élégant avec ses ailes blanches nacrées, bordées d’un liseré marron irisé de violet. On peut le voir tournoyer autour des lampadaires avant de choisir le buis dans lequel il va pondre ses œufs minuscules. Les chenilles qui en sortent ont un appétit redoutable. Elles transforment les feuilles vertes et coriaces du buis en dentelle en un rien de temps laissant derrière elles un buisson jaunâtre, plein de crottes et de fils de soie.

Fin août en découvrant les occupantes, j’ai attrapé le pot, placé un chiffon à la base du pied pour pouvoir retenir la terre et tête en bas, j’ai secoué le buis au dessus d’un sac en papier direction la poubelle verte et l’incinérateur…

Puis, j’ai préparé une tisane de consoude et de prêle avec laquelle je l’ai arrosé et une autre de tanaisie que j’ai pulvérisé sur ce qu’il restait de feuilles pour éviter une nouvelle ponte. Un nouveau feuillage commençait à pousser mais mon buis n’en est pas sauvé pour autant, car au creux de quelques feuilles vertes tendres, assemblée avec quelques fils de soie, je viens de découvrir une minuscule chenille.

Il ne fait pas encore tellement chaud mais la pyrale est de retour… et je vais recommencer mes pulvérisations de tanaisie avant de songer aux traitements biologiques à base d’huile de colza et de pyrèthre ou de Bacillus thuringiensis.

Si vous l’observez près de chez vous, prévenez tout de suite votre mairie pour contenir ses dégâts mortels !

Campagnes Solidaires : « La fin d’une politique laitière » Campagnes Solidaires Reporterre 2015/03/23 Campagnes Solidaires (23 mars 2015) Campagnes Solidaires : « La fin d’une politique laitière ». Reporterre. fr

Campagnes Solidaires : « La fin d’une politique laitière »

Découvrez le dernier numéro de Campagnes Solidaires.

Campagnes solidaires n°304-mars 2015

Dossier

La fin d’une politique laitière

Vie syndicale : actualité du syndicat et de la campagne « Envie de paysans ! »

Actualité

Solidarité Paysans appelle à un soutien renforcé des élus Solidarité Paysans : Des témoignages convaincants MSA : en finir avec l’archaïsme Biopiraterie : Comment le pillage des semences se poursuit en France Pesticides : Ecophyto reste en plan, mais pour plus longtemps Pesticides : Une nouvelle menace sur l’arboriculture et la santé des paysans Grèce : L’urgence sociale au coeur du programme agricole de Syriza

Point de vue

André Pflimlin De la fin des quotas aux accords APE et à Boko Haram

Internationales

- La Via campesina est (aussi) la voix des paysannes - Pérou : Trois femmes, des vaches heureuses et des paysans nombreux

Initiative

Des Maisons pour les semences paysannes

Culture

- Aurélie Trouvé : Le business est dans le pré ! - José Bové et Gilles Luneau : L’alimentation en otage - Théâtre : Nourrir l’Humanité c’est un métier

Annonces

Action

« Halte à la biopiraterie ! » au Salon de l’Agriculture

- Voir le numéro en détail

A Dijon, la sobriété heureuse des livreurs à vélo Jennifer Léonie Bellay Reporterre 2015/03/23 Jennifer Léonie Bellay (23 mars 2015) A Dijon, la sobriété heureuse des livreurs à vélo. Reporterre. Énergie fr

A Dijon, la sobriété heureuse des livreurs à vélo

Dimitri et Adrien sont de jeunes passionnés de cyclisme et viennent de créer à Dijon leur entreprise de livraison de colis à vélo. En plus de proposer une alternative au tout-voiture, ils défendent une « altermobilité » animée par le plaisir et la liberté, et s’inscrivant dans une forme de « sobriété heureuse ».

- Dijon, correspondance

C’est dans le cadre de course urbaine d’orientation que Dimitri (Normand d’origine) et Adrien (natif de Dijon) se sont rencontrés, en 2013, à Dijon. Dimitri (ancien étudiant en informatique) s’était installé sur Dijon avec sa compagne dans le cadre de la poursuite de ses études universitaires.

Fort de ses quatre années d’expériences en tant que livreur à vélo, lorsqu’il résidait sur Strasbourg, Dimitri avait toutes les cordes à son arc pour mûrir ce projet sur le dijonnais. C’est à ce moment là qu’Adrien l’a rejoint, alors cordiste en Franche Comté.

Alternative au tout-voiture

Septembre 2014, ils ont créé « TransMoutardeExpress » une entreprise de livraison à vélo. Leurs motivations sont simples : allier la passion du vélo à la livraison de colis pour proposer une alternative au « tout voiture » qui s’impose comme outil de travail « responsable de la pollution » et « des émissions de gaz à effet de serre en ville ». En ce qui concerne l’écologie et le transport, pour eux, la solution « ne se trouve pas dans la voiture électrique ».

« Le transport de colis à vélo promeut une autre forme de mobilité social, souple, rapide, valorisante pour la société et au sein des villes ». Ils ont créé leur entreprise en sollicitant le Pôle d’Économie Solidaire de Côte d’Or. Ils ont été reçus « par un bénévole qui a validé le projet » puis, un chargé d’accompagnement a travaillé avec eux pour la « réalisation concrète ».

La dernière étape étant celle du financement participatif via la plate forme Graines de Start. L’objectif « était de récolter de l’argent pour la création de l’entreprise, soit 1 500 euros ». En quelques 60 jours, 58 personnes ont effectué des dons. Ils ont récolté au total 3 900 euros ! Sur le long terme, ils souhaitent se développer en SCOP (société coopérative et participative) en proposant à l’aide de vélos cargos d’effectuer des déménagements d’un point à un autre de la ville.

Altermobilité

Adrien et Dimitri se déplacent exclusivement en vélo et revendiquent cette altermobilité, une forme de « sobriété heureuse ». Le vélo est « un moyen de transport à part entière », respectueux des écosystèmes et qui permet face à « l’isolement de la voiture », à son « cloisonnement », d’évoluer, d’être en « adéquation » permanente avec le monde « tout en s’entretenant physiquement ».

Comme ils me le font remarquer, « on nous enseigne dés notre plus jeune âge à faire du vélo ». « Il y a toute une forme de pédagogie autour de cela, de plaisir et de liberté, alors que la voiture, la conduite, le fait d’être coincé dans un embouteillage provoque énervement, irritation, on ne ressent pas cela en vélo ». « De plus, la voiture est une forme de barrière avec l’autre ».

Enfin, « faire du vélo » en ville implique un savoir faire. Un des constats qu’ils dressent, c’est qu’il y a une forme de culpabilité du cycliste vis-à-vis de l’automobiliste, le cycliste va « serrer le trottoir » quand une voiture arrive à sa hauteur comme « s’il dérangeait » l’automobiliste.

Quid de l’aménagement en ville de pistes cyclables ? « En plus d’être tardives », elles sont « mal pensées, car le trottoir est pour les piétons et non pour les vélos, car nous roulons plus vite ».

Adrien et Dimitri, sont investis auprès d’ associations d’auto-réparation de vélo comme celui de La Rustine ou La Bécane à jules sur Dijon. Ce sont « des lieux d’éducation populaire conviviaux » où l’image du « client » disparaît puisque « l’on répare son vélo avec quelqu’un ». Dimitri et Adrien participeront au village Alternatiba de Dijon ainsi qu’a la « Fête du vélo de Quétigny » afin de promouvoir une autre forme de mobilité sociale alliant travail et plaisir.

- Pour les contacter : contact@tme.bike

Elections : EELV dépité, Parti de gauche rassuré Lucas Mascarello (Reporterre) Reporterre 2015/03/23 Lucas Mascarello (Reporterre) (23 mars 2015) Elections : EELV dépité, Parti de gauche rassuré. Reporterre. Politique fr

Elections : EELV dépité, Parti de gauche rassuré

Les résultats de dimanche ne sont pas glorieux pour les principales forces de l’alternative, EELV et Parti de gauche. Mais ces partis relativisent leur défaite. Et tandis qu’EELV stigmatise la politique du gouvernement, le PG pense que l’avenir est dans l’alliance avec les écologistes.

Dimanche 22 mars, au soir, tombent les résultats du premier tour des élections départementales : une forte abstention, la montée du Front national, une victoire de l’UMP alliée à l’UDI - avec 220 candidats élus dès le premier tour -, et un fort revers pour les forces hétéroclites classées à gauche, qui sera absente de 506 cantons au deuxième tour.

- Voir les résultats présentés par le ministère de l’Intérieur

Au siège d’EELV, à Paris, tout le monde attend devant les images du vidéoprojecteur et les militants sont perplexes à l’annonce des premiers résultats. Les écologistes sont annoncés avec un score national d’environ 2 %. Dans les bureaux, des bénévoles s’affairent pour collecter un maximum de données.

Emmanuelle Cosse, après s’être exprimée sur France 2, arrive pour une rapide déclaration. La secrétaire nationale d’EELV tient à démentir les premières annonces : « Je tiens à revenir sur les sondages qui ce soir nous estiment à 2 %, alors que depuis nos remontées, en moyenne, nous sommes au-dessus de 10 % sur l’ensemble de nos candidats et y compris là où nous sommes autonomes ». Constatant une troisième défaite électorale pour le PS, elle en attend « des signes très forts sur la solidarité, sur l’égalité, sur l’écologie de la part du gouvernement. C’est à lui, maintenant, d’envoyer des signes à l’ensemble des forces politiques ».

Pour David Cormand, secrétaire national adjoint d’Europe Ecologie-les Verts, on assiste bien à un effondrement du PS : « Les gens votent ’stop’ et on leur propose toujours plus d’austérité. Tant que le président de la République n’aura pas entendu le message, les votes seront de plus en plus violents. Europe Ecologie-les Verts tente de donner de l’espoir ».

Julien Bayou, porte-parole d’Europe Écologie-Les Verts, constate également que « la politique de François Hollande et Manuel Valls est désavouée par la grande majorité des Français, peuple de gauche et peuple écologiste compris. Il faut pouvoir travailler à quelque chose de plus structurant, de plus cohérent qui soit dans l’intérêt des Français ». Au-delà des résultats, Julien Bayou tient à rappeler les véritables enjeux : « Le cœur de la campagne, c’est l’écologie. Et malheureusement, le gouvernement ne choisit pas la voie écologiste. Ce n’est une priorité malgré les beaux discours sur la conférence climatique ».

« A chaque fois qu’on se met avec EELV et les citoyens, les résultats sont là »

Au Parti de gauche, l’ambiance est plus détendue. Son coordinateur général, Eric Coquerel, se félicite que le Front national n’arrive pas en tête malgré la victoire de la droite. Lui aussi se méfie d’une « manipulation du ministère » en considérant que celle-ci « sous-estime le score du Front de gauche très certainement de moins 30 % et efface le score d’EELV ».

Il en appelle maintenant à une mobilisation des électeurs pour le second tour et au-delà : « On est en train de vérifier et je crois que ça marche. C’est un socle sur lequel à mon avis on peut construire, notamment pour les prochaines élections. À chaque fois qu’on se met avec EELV et qu’on tente en plus une application citoyenne, les résultats sont là. Cela montre que c’est ce rassemblement c’est l’avenir. Il faut absolument qu’on arrive à le poursuivre ».

DES CANTONALES AUX DEPARTEMENTALES

Les élections départementales s’appelaient jusqu’à présent élections cantonales. Il s’agit de désigner les membres des conseils généraux. Dans chaque département, le Conseil général administre les ressources du département. Le texte sur les compétences des collectivités territoriales étant en cours d’élaboration, les missions des conseils généraux ne sont pas encore précisément définies. Elles devraient continuer à recouvrir l’action sociale et la santé, la maintenance des routes départementales et la gestion des collèges.

Le nombre de cantons a été réduit par deux, passant de 4 055 à 2 074.

Le scrutin s’est déroulé dans le cadre d’une carte cantonale redessinée et sur un mode binominal et paritaire à deux tours inédit.

- Plus d’infos ici

Hervé Kempf s’intéresse à Center Parcs sur « Là-bas si j’y suis » Reporterre 2015/03/23 (23 mars 2015) Hervé Kempf s’intéresse à Center Parcs sur « Là-bas si j’y suis ». Reporterre. fr

Hervé Kempf s’intéresse à Center Parcs sur « Là-bas si j’y suis »

Le Conseil général de l’Isère accorde une aide financière au projet de création d’un Center Parcs à Roybon, qui va remplacer 120 hectares de forêt par des « cottages » accueillants autour d’une piscine tropicale. La création d’emplois espérée vaut bien le sacrifice de l’environnement ! Mais puisqu’on parle d’emplois, pourquoi le Conseil général de l’Isère supprime-t-il 177 emplois parmi les pompiers ou les services d’aide à l’enfance ? Au nom de la réduction des déficits bien sûr.

La chronique de Hervé Kempf à écouter sur le site de Là-bas si j’y suis - il faut être abonné.

Danger des pesticides : la veuve d’un agriculteur témoigne Philippe Desfilhes (Reporterre) Reporterre 2015/03/23 Philippe Desfilhes (Reporterre) (23 mars 2015) Danger des pesticides : la veuve d’un agriculteur témoigne. Reporterre. Reportage — Pesticides fr

Danger des pesticides : la veuve d’un agriculteur témoigne

Le mari de Caroline Chenet-Lis est décédé en 2011 des suites d’un cancer. Au contact permanent de pesticides, il est l’un des premiers agriculteurs dont la maladie a été reconnue par la sécurité sociale agricole. Reporterre est allé à la rencontre de cette femme énergique qui se bat aujourd’hui pour dénoncer le danger des produits phyto-sanitaires.

- Saujon (Charente-Maritime), reportage

L’amour était dans le pré mais la mort s’en est mêlée. « Mon mari Yannick est décédé le 15 janvier 2011 d’une leucémie reconnue comme maladie professionnelle sept ans auparavant. Il était né six mois après moi. Nous aurions fait une grosse fête cette année pour nos cinquante ans. »

Ce 10 mars 2015, le printemps fait l’une de ses premières sorties de l’année. Caroline Chenet-Lis est venue nous chercher à la gare de Saujon, en Charente-Maritime, à quelques kilomètres de sa ferme. Comme elle est venue chercher de nombreux journalistes. « L’année qui a suivi le décès de Yannick, nous recevions au moins un média par mois ! Cette médiatisation était nécessaire car l’association Phyto-Victimes avait été créée deux mois après la mort de Yannick. »

Cette femme énergique assume sans rechigner le rôle de porte-parole de Phyto-Victimes dont elle a été vice-Présidente les quatre premières années. Si elle raconte le drame qui a touché sa famille, c’est pour dénoncer le danger des pesticides et informer ceux qui sont directement concernés, les agriculteurs, les salariés de l’agro-alimentaire et les riverains des exploitations.

300 pesticides différents

C’est aussi pour que les gens comprennent ce qui est arrivé à son mari. Quand celui-ci reprend en 1989 la ferme familiale, c’est une petite exploitation d’une trentaine d’hectares, avec une vingtaine de vaches à viande, des céréales et six hectares d’ugni blanc, le cépage du Cognac. « C’était un fonceur, alors on s’est vite agrandi et modernisé en construisant deux « stabulations » et en achetant du matériel pour la fenaison. »

Avec ses 210 hectares dont 130 de marais et un troupeau de 150 bêtes, l’exploitation des Chenet n’a rien d’industrielle. Les compléments céréaliers donnés aux animaux sont fabriqués sur place et ne reçoivent aucun traitement. Cela n’était pas le cas quand Yannick s’en occupait. « Les pesticides étaient utilisés pour la culture des céréales et pour la vigne. Yannick a commencé à en manipuler dès l’age de quatorze ans dans l’exploitation familiale, les bras nus et sans cabine de protection, comme tout le monde à l’époque. »

Après son décès, elle épluchera toutes les factures et tombera des nues : son mari a utilisé 300 pesticides différents pendant sa carrière ! Elle se rappelle lui avoir dit plusieurs fois qu’elle trouvait les traitements très nombreux, surtout avec les enfants à la ferme. Lui ne se posait pas la question.

« Mais personne ne se la posait autour de nous ! Et les coopératives et les marchands qui nous livraient à la ferme ont bien sûr complètement oublié de nous dire que leurs produits étaient dangereux. »

Caroline Chenet-Lis parle des dix ans terribles qu’ont vécus le malade et sa famille (les Chenet-Lis ont deux filles, Pauline et Emilie qui, à l’automne 2002, lorsque l’on découvre la maladie de leur père, sont en sixième et en CM2) avec pudeur mais sans cacher la violence et la brutalité de la maladie.

« On rentrait de vacances, Yannick se sentait fatigué, le médecin lui a fait une prise de sang puis tout est allé très vite. Il a été hospitalisé d’urgence à Royan un vendredi, le lundi il était à Poitiers et le mercredi la chimio commençait. »

Combat pour la reconnaissance

A 37 ans, Yannick Chenet souffre d’une leucémie aigüe. Trois autogreffes, une allogreffe réalisée en 2003, et tous les traitements qui suivront n’y feront rien. Le dossier constitué pour une reconnaissance de maladie professionnelle par la MSA (la Sécurité sociale agricole) ne donne rien. « Nous avions d’autres priorités, alors on a mis cela de côté jusqu’au jour où l’on a entendu parler de Dominique Marchal à la télé. »

Ce céréalier de Meurthe-et-Moselle a obtenu cette reconnaissance après s’être battu pendant cinq ou six ans. Yannick et Caroline Chenet veulent profiter de la « jurisprudence Marchal » et refont une demande. Nous sommes en 2007. Cette fois, un médecin-conseil les reçoit et Yannick est reconnu victime des pesticides par la MSA.

« Ses frais médicaux ont été mieux pris en charge et il a perçu une pension d’invalidité de 750 euros par mois. Avec l’embauche à plein temps de quelqu’un pour le remplacer et les filles qui grandissaient, cela a été des années difficiles sur le plan financier aussi. »

Caroline Chenet-Lis s’interroge encore sur les raisons pour lesquelles le dossier a été accepté. Un médecin compatissant ? Une erreur de procédure de la MSA qui n’avait pas répondu à leur premier courrier ? Les agriculteurs malades à cause des pesticides ont en effet le plus grand mal à obtenir gain de cause. Il leur faut alors contester le refus de la MSA devant le Tribunal des affaires sociales.

« Des films comme « La mort est dans le pré » ou des articles comme celui que vous écrirez sont importants car ils contribuent à modifier le regard des gens et donc aussi celui des magistrats. »

- La mort est dans le pré

Caroline Chenet dénonce l’hypocrisie de la Sécurité sociale. « Pour elle, les agriculteurs qui ont un cancer ou la maladie de Parkinson sont des gens qui ont eu un métier fatiguant et sont usés, et ça s’arrête là. C’est d’autant plus scandaleux que nous avons appris que dans la région, une clinique accueille régulièrement des viticulteurs du Bordelais, du Médoc et de Charente empoisonnés d’avoir traité leurs vignes. »

Sa colère prolonge celle de son mari. « Yannick était un homme en colère. Cela ne l’a pas empêché de très vite chercher à convaincre les agriculteurs qui autour de nous utilisaient des pesticides sans se protéger suffisamment. Il s’est alors heurté au refus de certains de reconnaître que les produits étaient la cause de son cancer et en a été blessé. La rencontre d’autres agriculteurs frappés par la maladie a été à ce moment très importante pour lui. »

L’association Phyto-Victimes n’existait pas encore. « Nous avons été conviés en janvier 2010 à l’« appel de Ruffec ». Il y avait là cinq autres victimes dont Paul François, un agriculteur très malade également, qui avait des contact avec l’association de défense de l’environnement Générations Futures. » Cette réunion a débouché un an plus tard sur la création de Phyto-Victimes, qui réunit tous les professionnels concernés par le problème des pesticides.

Changer la formation des jeunes

Caroline Chenet-Lis porte désormais un regard différent sur le monde agricole. « Dans les lycées professionnels, les jeunes commencent à apprendre à utiliser un pulvérisateur avant de connaître la dangerosité des produits ! Il faut les former pour qu’ils cultivent bio ou limitent au maximum l’utilisation des pesticides. Cela prendra du temps mais c’est les jeunes qu’il faut convaincre ! »

Elue depuis deux ans à la Chambre d’agriculture de son département (sur la liste de la FNSEA), elle promeut l’agriculture biologique. « Il faut ré-introduire en Charente-Maritime les ‘fermes-défi’. Dans ces exploitations, les agriculteurs qui se proposent de diminuer l’utilisation des produits phyto-sanitaires seront aidés. »

Elle même est décidée à montrer l’exemple. « Nous réfléchissons à la conversion en bio des surfaces où sont cultivés le blé, le maïs, l’orge ou le maïs vendus à la Coop. Cela n’est pas facile car cela nécessite des investissements et un changement de pratiques. »

Pour l’élevage, c’est plus simple et le pas a été franchi. Le fourrage destiné aux bêtes est sans pesticides et, dans les champs, le fumier de l’élevage a remplacé l’azote chimique. Quand elle ne broutent pas l’herbe des marais, les vaches de la ferme Chenet mangent un mélange de lin, de sorgho, de pois, de moha, de vece et de luzerne 100 % naturels.

L’absence sidérale de l’écologie, la voie du rebond Hervé Kempf Reporterre 2015/03/23 Hervé Kempf (23 mars 2015) L’absence sidérale de l’écologie, la voie du rebond. Reporterre. Édito — Politique fr

L’absence sidérale de l’écologie, la voie du rebond

Le plus marquant, en fait, dans le résultat électoral de dimanche, est la faible place de l’alternative écologiste.

UMP-UDI en tête, forte progression et enracinement du Front national, large recul du PS : telle est la photographie des résultats du premier tour des élections départementales de dimanche 22 mars. Dans cette photo de famille de la France politique d’aujourd’hui, ce qui devrait nous surprendre plus que tout, c’est l’absence sidérale de l’écologie, de l’alternative, des idées qui proposent une autre voie que l’enfermement dans l’enchaînement néo-libéralisme-sécurité-terrorisme.

Alors que la crise écologique est plus criante que jamais, que l’inégalité est au plus haut, que le chômage ronge les sociétés, que les banques dominent avec une morgue placide, que la guerre fait entendre ici et là ses sinistres séductions, celles et ceux qui portent les paroles du renouveau sont inaudibles.

C’est là le plus grave, que ne disent pas les commentaires des médias dominants : l’alternative semble muette, incapable de transformer son travail de terrain en représentation sur la scène politique.

La raison de cette situation, il y a en plusieurs, dont, entre autres, l’absence de la voix écologique dans les médias. Mais d’abord, bien sûr, la stratégie politique : coller au PS sans vraie condition conduit l’alternative écologiste à la débâcle.

Incapables de contrer une Commision européenne dirigée par l’ex dirigeant d’un paradis fiscal, multipliant les cadeaux aux banques et aux grandes entreprises, promouvant avec la loi Macron et autres le démantèlement du Code du travail et de la protection de l’environnement, laissant sa police réprimer violemment - jusqu’à la mort - les opposants aux grands projets inutiles, le gouvernement de MM. Hollande et Valls est d’autant plus désastreux qu’il est encore présenté comme « de gauche » et prétend représenter la large partie de la population qui se reconnait dans l’idéal de justice sociale et d’une évolution vers une société respectant l’environnement.

D’une défaite faire une chance

L’échec des départementales est finalement une chance pour l’écologie politique. Ce n’est pas une élection capitale, elle ouvre la porte à une réflexion stratégique renouvelée.

Les voies du rebond ? Voici :

- ne plus rien céder au PS, en affirmant haut et fort que l’alliance n’a rien d’automatique. Cela signifie dans la situation présente, vue la politique menée, que l’alliance n’a pas lieu d’être ; - faire converger l’écologie politique au sens large, c’est-à-dire les forces qui intègrent réellement l’écologie dans leur logiciel politique : EELV, le Parti de Gauche, Nouvelle Donne, et sans doute une part du PS dont certains « frondeurs » pourraient être les poissons-pilotes ; - s’appuyer plus nettement sur le mouvement social, dont les nouvelles formes apparues depuis deux ans, Alternatiba et les Zad, montrent l’espoir que représente un engagement politique vivant concrètement, et l’alternative, et la lutte obstinée contre la destruction du monde.

Car une stratégie politique ne vaut que si elle est inspirée par une pensée forte et une vraie sincérité. L’enjeu véritable est de convaincre nos concitoyens que, face aux immenses défis de l’époque, il y a une voie positive. Et notamment créatrice d’emplois, non par la recherche désespérée de la croissance en se soumettant au joug de Bruxelles et des banques, mais par un renouveau de la politique agricole, des économies d’énergie, des énergies nouvelles et une réorganisation du transport.

Il faut, en fait, reprendre l’initiative sur le terrain du débat public, aujourd’hui monopolisée par les thématiques croissancistes et d’extrême-droite. Et, puisque 2015 sera l’année du climat, dire, comme le promeut la campagne One million climate jobs : Face au changement climatique, on peut créer un million d’emplois !

A Tunis, la Coalition pour le climat prend de l’élan Isabelle Rimbert (Reporterre) Reporterre 2015/03/24 Isabelle Rimbert (Reporterre) (24 mars 2015) A Tunis, la Coalition pour le climat prend de l’élan. Reporterre. Reportage — Climat fr

A Tunis, la Coalition pour le climat prend de l’élan

Plus d’une centaine d’associations, d’ONG et de mouvements internationaux se sont réunis à Tunis à la veille du Forum social mondial. Objectif : s’accorder sur les stratégies de pression pour peser sur le sommet de l’ONU sur le climat à Paris, fin 2015 et poursuivre le mouvement ensuite.

- Tunis, reportage

En préambule du Forum social mondial qui se déroulera cette semaine à Tunis, la plateforme Coalition climat 21 s’est réunie lundi et continuera à travailler ce mardi. Elle regroupe plus d’une centaine d’organisations françaises issues de la société civile.

L’objectif : définir avec des représentants des réseaux internationaux les orientations sur l’organisation de la mobilisation autour de la COP 21, la conférence des Nations Unies sur le climat qui se tiendra fin 2015 au Bourget, près de Paris. Poser les bases d’un mouvement pour la justice climatique sur le long terme. Et mettre en place un rapport de forces capable de peser sur cette négociation entre 193 Etats.

Dans un amphithéâtre de la facuté de droit de Tunis, près de deux-cents personnes se lèvent comme une seule femme à la question « Qui est ici pour un mouvement sur la justice climatique ? ». Née il y a un an, la coalition climat entend dépasser d’anciens clivages entre les organisations considérées comme « modérées », et d’autres perçues comme plus « radicales. »

« Entre Climate action network (le réseau historique d’ONG travaillant sur le climat, ndlr) et Climate justice now (réseau d’ONG issues du monde du développement), on peut travailler ensemble même si on n’a toujours les mêmes stratégies ni les mêmes tactiques, assure l’Indienne Payal Parekh. Il n’y a pas un seul chemin. »

Des chemins qu’il s’agit d’élargir au maximum. « Sans mobilisation populaire, rien n’est possible, dit Christophe Aguitton, d’Attac. On a réussi à regrouper l’essentiel du mouvement environnementaliste. Il s’agit maintenant de trouver les moyens de son enracinement dans le temps, bien au-delà de la COP 21 ».

Une échéance qui nourrit un scepticisme évident chez les militants échaudés par le fiasco de la conférence de Copenhague en 2009. « Comme les Etats ne veulent pas se coincer, les objectifs de réduction de gaz à effet de serre chiffrés, datés et contraignants, ne feront pas partie des négociations, alors que c’est un des points cruciaux », se désole-t-il.

Même son de cloche pour Nicolas Haeringer, de l’association 350.org : « Peut-être la réponse n’est-elle pas dans la négociation entre des Etats prisonniers d’intérêts privés, mais plutôt dans ce que portent la société civile et les collectivités locales, qui ont la main sur des leviers permettant de favoriser la transition énergétique ».

Un exemple ? « Les campagnes de désinvestissement, qui incitent les institutions à investir dans les énergies renouvelables plutôt que de mettre leurs billes dans l’une ou l’autres des 200 entreprises qui possèdent les plus grosses réserves de gaz, de pétrole et de charbon ». Selon lui, « la seule chose que l’on peut attendre des Etats, c’est qu’ils ne rajoutent pas de nouveaux obstacles à la transition énergétique ».

Des obstacles dans le genre du Tafta, le traité transatlantique commercial en cours de négociation ? L’articulation entre la campagne anti-Tafta et la COP 21 est le Graal recherché par Amélie Canonne, spécialiste des accords de commerce et d’investissement pour le réseau Aitec : « Signer ce traité et mettre en oeuvre une politiques ambitieuse de lutte contre le changement climatique est incompatible. Le Tafta va notamment favoriser le commerce des énergies fossiles entre l’Europe et les Etats-Unis, comme c’est déjà le cas au Canada. Entre le Tafta et le climat, le gouvernement devra choisir. Et pour nous, c’ est une raison de plus pour s’unir. »

Nicolas Haeringer en est persuadé : « On est à un tournant de la construction de mouvements de mobilisation, avec des exemples très concrets comme les ZAD. Il est nécessaire de connecter les mobilisations locales à des campagnes plus globales ».

Soutenir les luttes contre les « grands projets climaticides » fait partie des ambitions de la coalition : tout comme aider aux constructions d’alternatives (type Alternatiba, Amap, villes en transition...), mener des actions contre les lobbies de l’énergie, organiser des rassemblements, et initier des actions massives de désobéissance civile.

Les dates

La Coalition a longuement discuté des dates de mobilisation les plus adéquates pour la COP. Ont finalement été retenues :

- les 28 et 29 novembre : appel à actions décentralisées dans les capitales. - le 12 décembre : Montée en puissance du mouvement. Appel à mobilisation : toutes formes d’actions bienvenues pour une grande manifestation à Paris.

La Zad de Notre-Dame-des-Landes est devenue le grenier de la révolte Gaspard d’Allens et Lucile Leclair (Reporterre) Reporterre 2015/03/24 Gaspard d’Allens et Lucile Leclair (Reporterre) (24 mars 2015) La Zad de Notre-Dame-des-Landes est devenue le grenier de la révolte. Reporterre. Agriculture fr

La Zad de Notre-Dame-des-Landes est devenue le grenier de la révolte

Depuis le retrait des forces policières le 20 avril 2013, la ZAD de Notre-Dame-des-Landes s’est métamorphosée en un vaste lieu d’expérimentation agricole et sociale. L’agriculture y est brandie comme « une arme de guerre » pour occuper le terrain et proposer un avenir libéré de la propriété individuelle.

- Zad de Notre-Dame-des-Landes, reportage

Dans les bocages humides de Notre-Dame-des-Landes, la lutte conte la construction de l’aéroport s’est subtilement enracinée. Les militants ont braqué le droit d’usage des terres. Cultiver pour mieux résister, cultiver pour se réapproprier les lieux.

Aux 100 Noms, on s’adonne à la permaculture. A Saint-Jean-du-Tertre, le moulin tourne et les ruches bourdonnent dans l’illégalité. Aux Fosses noires, les oignons clandestins ont germé et les tomates grimpent sans permis. Quant à la ferme de Bellevue, le Collectif des trayeureuses y tire le lait et fabrique le fromage.

Partout on tâtonne, on apprend à petits pas, avec l’appui des paysans historiques, ceux qui habitaient la ZAD avant la ZAD : « Au début, on se regardait en chiens de faïence mais progressivement, la confiance s’est glissée entre eux et nous. Ils nous ont même offert cinq vaches ! » témoigne un éleveur improvisé, au look encore citadin.

L’agriculture, passerelle fertile entre néo et paysans du cru

Cette alliance, elle s’est imposée au fil d’événements devenus emblématiques. Le 7 mai 2011, un millier de manifestants bêchent joyeusement un hectare et demi de ronces, sous le slogan « Aérocrate, bouffe ta cravate ! ». Un groupe de maraîchers s’installe alors sur cette parcelle, baptisée « le Sabot ». Ils ne sont pas issus du milieu agricole, mais vont s’emparer des codes de ce monde par passion. Entre eux, les militants sortis des villes, et les paysans, se joue à présent un langage commun, et pas un simple partage de l’espace.

La violence des opérations policières en novembre 2012, va également souder les opposants. C’est ensemble qu’ils vont défendre la ferme des Rosiers avant sa démolition. C’est pour protéger les squatteurs que les agriculteurs vont encercler avec leurs tracteurs le lieu-dit de la Châtaigne. Une solidarité se crée, une complicité se noue en réaction à la présence des forces de l’ordre. « C’était des moments intenses », relate un habitant de la ZAD, « on a appris à se côtoyer aussi bien autour d’un repas que derrière une barricade. »

Pour inscrire la lutte dans la durée, des assemblées paysannes s’organisent. « On voulait montrer à l’Etat que malgré les expulsions, nous étions toujours là », continue le militant, l’agriculture est le meilleur moyen pour penser le long-terme, c’est une arme de guerre pour arracher ce bocage aux décideurs et à leurs projets d’aménagement", conclut-il bien déterminé.

En janvier 2013, la ferme de Bellevue, en voie de destruction, est occupée par des zadistes et le collectif des Copain 44 (Rassemblement des Organisations Professionnelles Agricoles Indignées par le Projet d’Aéroport en Loire-Altantique) qui la transforment en une « platefome de rencontre autour des questions agricoles. » Mais cette ferme n’est pas isolée, l’occupation de centaines d’hectares est à poursuivre : jardins vivriers et petits élevages se dessinent à l’horizon... De ce foisonnement naîtra le mouvement « Sème ta ZAD » impulsant une reprise des terres facilitée par la force des échanges.

« Je ne suis pas paysan, je suis paysan de la ZAD »

Mais si le geste agricole permet d’unir les uns aux autres, « Sème ta ZAD » n’en demeure pas moins révolutionnaire. Plus subversive qu’une simple réclamation des terres, la résistance s’empare d’une large volonté d’autonomie, où l’agriculture se fait offensive. Elle se positionne non plus comme une fin en soi, mais comme un outil.

Un outil pour expérimenter tous azimuts : entre la culture de céréales sur butte, la traction animale et la responsabilité partagée d’une ferme, hors du cadre de l’installation professionnelle affranchie des normes légales, les limites ne sont que celles que l’on se fixe ensemble. Un outil pour distribuer autrement, à prix libre chaque vendredi au « non marché » les produits récoltés à la ZAD, avec une caisse de soutien aux Fosses noires les jours de dépôt de pain.

On approvisionne gratuitement les luttes connexes, parmi les quinze tonnes de pommes de terre récoltées, un tiers est envoyé aux migrants de Calais. Quant aux oignons, ils sont amenés au Testet. La ZAD de Notre-Dame-des-Landes se mue en grenier de la révolte : « On n’est pas là pour vendre mais pour contribuer à nourrir les résistances multiples », lit-on sur un tract écrit par le collectif des trayeureuses.

Derrière les fourches et binettes en main, une simplicité d’apparence trompeuse, c’est un projet politique qui se joue, lorsqu’« on ne travaille pas mais qu’on fabrique nos vies », puisqu’on n’est « pas paysan tout court mais paysan de la ZAD » comme le dit un jeune homme en bordure de champ. Une action à l’amplitude ambitieuse : « L’agriculture c’est l’inverse de la lutte de brochure, on agit concrètement », ajoute son ami en hauteur aux manettes d’un tracteur.

800 hectares de champs des possibles

Après plusieurs années d’occupation, les habitants de la ZAD osent croire à l’abandon prochain du projet d’aéroport. Mais ils savent que son enterrement définitif ne viendra pas seulement d’en haut et de l’aveu des autorités politiques. Il faut, sur le terrain, proposer un autre avenir pour cette vaste zone de 1 650 hectares. L’objectif ici n’est pas tant l’échec du Grand Projet Inutile que le maintien de zones d’autonomie. L’exercice d’un art de vivre éloigné des logiques marchandes et des institutions.

Il convient d’abord de protéger les terres des appétits stratégiques qui voient dans la brèche, une opportunité pour agrandir les exploitations agricoles existantes. Un membre des Copain confirme : « On ne laissera pas de gros exploitants arracher les haies, refaire du maïs avec du gros matériel et des pesticides ».

Paradoxalement, le projet d’aéroport a, depuis les années 1960, bloqué le remembrement des parcelles. Leur petite taille - 3 hectares en moyenne au lieu de 10 hectares dans le département - demeure un atout pour l’agriculture paysanne.

L’idée de mettre en commun les terres fait son chemin. Si l’on retire les 400 hectares toujours occupés par les agriculteurs expropriés et les 400 autres boisés, c’est près de 800 hectares dont l’usage reste à définir. Cet espace constitue, aux dires des habitants de la ZAD, une potentielle réserve foncière, une version singulière du champ des possibles.

Justement, en ce mois de novembre, des représentants du Larzac se sont déplacés à Notre-Dame-des-Landes pour témoigner autant de leur soutien que de leur expérience. Lorsque le projet d’extension du camp militaire a finalement été annulé en 1981, les paysans ont obtenu la gestion du foncier public grâce à la signature d’un bail emphytéotique.

L’an dernier, Stéphane Le Foll s’est rendu sur place pour renouveler ce bail, prorogé jusqu’à 2083. L’occasion de lancer des ponts entre la ZAD bretonne et le plateau de l’Aveyron, auxquels le ministre de l’Agriculture a répondu : « Je conçois difficilement que l’on puisse exporter le modèle du Larzac ». « A nous de lui prouver le contraire ! », clament certains zadistes.

Mais si la Société Civile des Terres du Larzac avive les imaginaires, la question de la propriété ne résume pas à elle seule les dynamiques qui crépitent dans les bocages. La ZAD se rapproche plus de l’histoire de la lutte du Larzac que de sa résolution juridique entamée dès 1981.

Claude Marti, chanteur occitan, nous le rappelle, lui qui écrivait en 1973 : « Le Larzac, c’est partout. Le Larzac, c’est chaque fois que dans ce pays un jeune sortant de l’école est obligé de faire 800 km pour trouver du travail, le Larzac c’est chaque fois qu’un pêcheur de la côte méditerranéenne est obligé de céder le pas à un promoteur, le Larzac, c’est chaque fois qu’un volet de ce village d’Oc se ferme. Le Larzac, c’est partout. »

Mouvement transversal, semoir des graines de dissidence, la ZAD vise bien à « contaminer d’autres espaces » et ne compte pas forcément se replier dans un compromis juridique. « Le jour où traire les vaches ne sera plus révolutionnaire, j’arrêterai », poursuit Camille.

Ne point s’accomoder des acquis, s’auto-organiser sur un territoire ingouvernable, telles sont les valeurs de ces résistants qui s’arrogent l’héritage des bêcheux anglais du XVIIe siècle : « En 1649, la première commune de bêcheux, les »diggers« , se développa sur la colline de Saint-Georges, à proximité de Londres. Quelques paysans pauvres avaient entrepris de bêcher les friches, et prirent ainsi des terres communales. Mais les propriétaires terriens de la région organisèrent des expéditions punitives, qui aboutirent en 1650 à la dispersion de la commune. Mais déjà le mouvement était lancé et les groupes de bêcheux s’étendirent jusqu’au centre-nord de l’Angleterre. » (Yves Delhoysie et Georges Lapierre, L’incendie millénariste, édité par Os Cangaceiros en 1987).

La ZAD de Notre-Dame-des-Landes, nébuleuse d’alternatives, sera-t-elle dispersée à l’image des bêcheux ? Ou parviendra-t-elle à gagner un espace de vie ? Difficile de parler au nom de ce mouvement diffus, aux incarnations nombreuses et hétéroclites qui refusent en outre toute représentation.

Le tournant est serré : pérenniser la lutte sans perdre en radicalité, emporter le rapport de force vis-à-vis de l’Etat sans brader la richesse des mouvances politiques au pluriel, s’ancrer mais ne pas s’engourdir dans la normalisation.

C’est le défi saisi à bras-le-corps par les habitants de la ZAD, qui n’ont pas attendu la fin des recours juridiques pour proclamer la mort de l’aéroport et l’avènement d’un autre monde, chemin faisant...

La nouvelle jeunesse du mouvement Slow Food Baptiste Giraud (Reporterre) Reporterre 2015/03/24 Baptiste Giraud (Reporterre) (24 mars 2015) La nouvelle jeunesse du mouvement Slow Food. Reporterre. Culture et idées fr

La nouvelle jeunesse du mouvement Slow Food

Initié par Carlo Pietrini à la fin des années 1980, le mouvement Slow Food trouve une nouvelle jeunesse grâce à son réseau de jeunes militants, tout en conservant son ambition : « Parler des problèmes de société et du monde au travers de l’alimentation. »

Le « réseau Slow Food jeunesse » (Slow Food Youth Network) connecte les initiatives en conservant la vision systémique de l’alimentation chère au Slow Food, du producteur au consommateur en passant par le cuisinier.

« Parler des problèmes de société et du monde au travers de l’alimentation. » Voilà l’ambition que s’est donnée le mouvement Slow Food depuis de nombreuses années, et que reprend aujourd’hui le Slow Food Youth Network, nouvelle génération d’acteurs dont nous a parlé un de ses membres français, Bastien Beaufort.

« Défendre la biodiversité en promouvant les plaisirs gustatifs »

Petit retour en arrière d’abord. En 1986, en réaction à l’installation d’un McDo en plein centre de Rome, un groupe de militants autour de Carlo Petrini cherche à mettre en avant une autre manière de s’alimenter. Face aux hamburgers, ils brandissent des pattes, des penne italiennes.

Contre le fast food, ils créent le mouvement Slow Food. Trois ans plus tard à Paris, en présence de représentants d’une quinzaine de pays, ils publient leur manifeste et fondent officiellement l’association Slow Food, « Mouvement international pour la sauvegarde et le droit au plaisir ».

Durant les années 1990, le mouvement se développe en Italie autour d’une conception traditionnelle de la gastronomie comme plaisir de la bouche, en partie inspirée du gastronome français Brillat-Savarin. La nourriture doit être à la fois bonne (qualités gustatives et nutritionnelles), propre (respectueuse de l’environnement) et juste (pour les producteurs et pour les consommateurs), trois « principes » que le Slow Food veut lier.

Avec l’organisation du Salon du goût à Turin (Salone del gusto) et de l’Arche du goût, à partir de 1996, la philosophie du mouvement s’élargit vers la défense de la biodiversité. « Les gens de Slow Food se sont rendus compte qu’on pouvait défendre la biodiversité en promouvant les plaisirs gustatifs, en passant par les petits producteurs », nous explique Bastien Beaufort.

Ainsi, le projet de l’Arche consiste en un « catalogue d’aliments de qualité oubliés et en danger de disparition ». Parallèlement les Sentinelles sont des campagnes de promotion et de relance de produits alimentaires en voie de disparition, qu’il s’agisse de cultures ou de produits transformés (Reporterre vous en parlait déjà ici).

« Un mouvement sans jeunes est un mouvement sans avenir »

Réunis en congrès à Puebla au Mexique en 2007, les membres de Slow Food « font ce constat simple qu’un mouvement sans jeunes est un mouvement sans avenir », nous raconte Bastien. En réponse, le Slow Food Youth Network est créé en 2009, en commençant par une branche hollandaise.

Joris Lohman a participé à cette fondation, et il est aujourd’hui président du réseau international. Nous l’avons rencontré à l’occasion du salon de l’agriculture : « Le Slow Food c’est un mode de vie, c’est prendre le temps et avoir conscience de ce qu’on mange et de tout ce qui est lié à l’alimentation. On veut donc créer un réseau de jeunes, qu’ils soient agriculteurs ou futurs décideurs, pour débattre de l’avenir de l’alimentation, et attirer l’attention des médias », expliquait-il.

Académie, festival du film, disco-soupes… tout est bon pour sensibiliser à la bonne alimentation

Particulièrement actif, le groupe hollandais est à l’origine depuis 2010 d’une « Académie » : « C’est une sorte d’université au sein du réseau qui permet d’expliquer comment marche le système alimentaire et de mettre en places des initiatives autour de jeunes entrepreneurs », selon Joris.

« Aujourd’hui il y a une mode et un intérêt pour ces thématiques, mais on a besoin de décisions politiques et de projets économiques pour que ça perdure », d’où l’intérêt de favoriser les échanges entre jeunes de tous milieux et toutes ambitions pour préparer l’avenir.

Les membres du Slow Food Youth Network des Pays-Bas ont aussi participé au montage du Food Film Festival (site en anglais) en 2011. Il a lieu chaque année en mai à Amsterdam et rassemble des documentaires, fictions et courts métrages autour de la nourriture… ainsi que des ateliers cuisine, des dégustations et des débats. Les organisateurs cherchent aujourd’hui à le rendre davantage mobile et itinérant.

Ce sont aussi des jeunes de Slow Food qui ont lancé la première disco-soupe à Berlin en 2012. Le concept (se rassembler pour éplucher des légumes issus de rebuts alimentaires et en faire une grande soupe à partager) s’est depuis largement répandu en France à travers plus de 50 villes, et ailleurs dans plus de 20 pays.

Le réseau des jeunes du Slow Food aussi est en pleine expansion, avec des membres en Italie, Allemagne, dans les grandes villes étasuniennes, en Australie, Corée du Sud, et en France depuis peu.

Le Slow Food Youth Network France vient de créer sa page sur les réseaux sociaux et tente de structurer ses forces : « On a des contacts surtout dans l’Ouest de la France, des producteurs, maraîchers, éleveurs, universitaires, cuisiniers… Pour l’instant on ne cherche pas à faire des choses trop ambitieuses, mais à travailler sur la base du réseau », explique Bastien.

Le Slow Food : « Des lasagnes de réseaux »

Les jeunes soutiennent déjà un projet Sentinelle en région parisienne autour du cresson de fontaine, une culture en voie de disparition dont « les vertus diététiques exceptionnelles sont portées par une saveur piquante pour le palais ». Pour Bastien, « à travers cette sentinelle, il s’agit de comprendre les problématiques des producteurs et de chercher à les soutenir ».

En toute logique, le Slow Food Youth Network français s’est aussi associé à la campagne Graines de vie lancée par Philippe Desbrosses, un « mouvement citoyen pour la sauvegarde des variétés potagères et fruitières ». Deux jeunes du réseau vont bénéficier d’une formation pour devenir des « ambassadeurs de la biodiversité ».

Par ailleurs, ils organiseront en juillet prochain des rencontres en Normandie, à la ferme de la marre des rufaux tenue elle-même par un jeune couple, afin de lancer un collectif régional. « On veut fédérer des gens qui pensent la même chose mais ne se connaissent pas. Tout le monde peut faire partie de notre réseau, on veut que ce soit le plus inclusif possible », insiste Bastien.

« Le mouvement Slow Food s’est développé de manière plus ou moins anarchique, il est hybride dans sa structure et sa dynamique. On peut voir ça comme des lasagnes de réseaux. »

Mais pour Bastien, la philosophie reste la même : « C’est une vision de l’alimentation comme devant être bonne, propre et juste, et une volonté de parler des problèmes de société et du monde à travers l’alimentation. »

Départementales : c’est la fin d’une histoire pour EELV Noël Mamère Reporterre 2015/03/24 Noël Mamère (24 mars 2015) Départementales : c’est la fin d’une histoire pour EELV. Reporterre. Chroniques de Noël Mamère fr

Départementales : c’est la fin d’une histoire pour EELV

La « défaite en rase campagne » des écologistes aux élections départementales dévoile le profond « décalage des dirigeants d’EELV avec les préoccupations de l’électorat écologiste. » Ce parti déchiré par les luttes politiciennes donne à voir sa propre fin. « Il est grand temps de repolitiser l’écologie et de répondre aux questions réelles. »

Au-delà des commentaires convenus sur le bilan du premier tour des élections départementales – victoire de l’UMP-UDI, consolidation du FN, raclée annoncée pour le PS – nous voudrions ici réfléchir sur la situation spécifique des écologistes.

L’élan des élections européennes de 2009 fait partie du passé. La bérézina subie par les candidats d’EELV est finalement le résultat attendu d’une formation dont le seul objectif est de subsister.

Trois raisons à cette défaite en rase campagne :

- D’abord, l’illisibilité d’une formation divisée par trois positionnements contradictoires (autonomie, alliance avec le Front de Gauche ou avec le PS) et ce, y compris quelquefois dans le même département.

EELV est devenue un libre-service où chacun fait son marché sans que sa direction, tétanisée par la peur de la scission, puisse intervenir pour dire halte au feu. Si le résultat de 2 %, annoncé par le ministère de l’Intérieur, n’a pas grand chose à voir avec la réalité des résultats et que 165 binômes, présentés ou soutenus par EELV, sont qualifiés pour le second tour, le bilan factuel des résultats écologistes confirme la confusion politique d’EELV :

. Sur les 377 cantons où EELV était en autonomie : 9,7 % ; . Sur les 448 cantons où EELV était en binôme avec le FDG : 13,6 % ; . Sur les 157 cantons où EELV était en binôme avec le PS : 27 %.

- Ensuite, l’irresponsabilité de ses dirigeants, le nez sur le guidon de leur carrière personnelle. Les uns voulant retourner au gouvernement, se répandent dans les médias, à profusion et sans vergogne. Les autres, si peu sûrs de vouloir construire une alternative émancipatrice, rasent les murs en attendant que l’orage passe.

- Enfin, et c’est le plus préoccupant, ce qui aujourd’hui caractérise le mieux l’orientation des dirigeants d’EELV, c’est leur décalage avec les préoccupations de l’électorat écologiste. Alors que des milliers de révolutions tranquilles ont lieu dans le pays, par le biais d’initiatives écolos dans tous les domaines, EELV donne le sentiment, tous courants confondus, de ne penser la politique que sous l’angle des plans de carrière, des petites et grandes manœuvres politiciennes.

Personne ne s’étonnera, dès lors, de l’écoeurement des militants de base, des sympathisants et des électeurs écologistes devant ce spectacle sidérant.

Il y a 18 mois, je décidai de sortir de ce parti gangréné par ce que je dénonçais comme une firme. Maintenant que la firme s’est fissurée, la situation est pire ! Nous sommes désormais face à deux clans qui s’affrontent sans véritable projet.

Il est grand temps de repolitiser l’écologie et de répondre aux questions réelles : Comment faire pour que l’électorat populaire se retrouve dans un programme de transition écologique ? Comment adosser la protection de la nature et des humains contre les pollutions de toutes sortes à la relocalisation d’emplois durables et non délocalisables ? Comment faire converger les luttes des zadistes contre les grands projets inutiles et imposés avec une véritable planification écologique des territoires, qui sera le grand enjeu des prochaines élections régionales ?

Bien d’autres questions, à commencer par la protection de la biodiversité, l’agenda climatique et le nucléaire, sont au cœur du projet écologiste. Nous sommes malheureusement bien loin du compte quand nous entendons nos responsables s’entredéchirer par medias interposés.

En fait, nous assistons, en direct, à la fin d’une histoire. Celle qui a été commencée par les Lipietz, Waechter, Voynet et autres, quand l’écologie ne pesait rien électoralement, mais infusait ses idées dans la société ; cette génération qui a fait bouger les lignes, qui a choisi sa famille politique d’appartenance avec Voynet, qui a su se dépasser avec la coopérative lancée par Dany Cohn-Bendit et le formidable résultat des européennes de 2009 qui a suivi.

Nos conquêtes électorales, notre embourgeoisement, ont fini par tuer notre conquête des idées. Nous sommes en panne et incapables de « repolitiser » l’écologie par un projet et un « récit » mobilisateurs. Ce qui est plus qu’accablant au moment où la crise écologique se conjugue avec la crise sociale, qui attendent des réponses autre que le retour aux vieilles lunes de la gauche productiviste.

Comme disait Chirac à Johannesburg : « La maison brûle et nous regardons ailleurs ». Il est grand temps d’ouvrir les yeux !

Maud Fontenoy, l’imposture écologiste que le gouvernement prend en exemple Clara Griot et Hervé Kempf (Reporterre) Reporterre 2015/03/25 Clara Griot et Hervé Kempf (Reporterre) (25 mars 2015) Maud Fontenoy, l’imposture écologiste que le gouvernement prend en exemple. Reporterre. Enquête — Pédagogie Éducation fr

Maud Fontenoy, l’imposture écologiste que le gouvernement prend en exemple

Najat Vallaud-Belkacem, la ministre de l’Education nationale, invite les professeurs à se servir des « kits pédagogiques » de la Fondation Maud Fontenoy. Une privatisation de l’éducation d’autant plus surprenante que la navigatrice à la rame, fidèle de Nicolas Sarkozy, tient un discours sur l’environnement qui reprend celui du patronat. Et que sa Fondation compte parmi ses trois directeurs… le milliardaire François Pinault !

Le gouvernement se mobilise pour préparer le terrain en attendant la conférence Paris-Climat 2015 : « Le ministère de l’Education est engagé de manière active dans l’éducation au développement durable », indique une lettre envoyée aux professeurs en décembre 2014 par la ministre de l’Education nationale.

Et pour sensibiliser les élèves à l’environnement, Najat Vallaud-Belkacem incite fortement les écoles à utiliser les outils de la Maud Fontenoy Foundation. Au programme, de l’éducation en kits et des défis pédagogiques. « Cet outil est à la disposition des écoles et établissements et disponible gratuitement sur le site de la Fondation », précise la lettre.

- Télécharger la lettre de la ministre :

Sur le site de la fondation, les professeurs sont invités à choisir entre des illustrations d’oiseaux et de vagues, des kits pédagogiques pour le primaire, le collège ou le lycée, selon les besoins de chacun. Le tout, coloré et illustré de photos de baleines, ressemble plus à un document d’agence de communication qu’à un outil éducatif.

En annexe, des défis sur le thème « Changement climatique : il est temps de se bouger » promettent de récompenser les jeunes qui trouveront les meilleurs slogans ou visuels sur le sujet.

Mais si les kits proposés partent de la réflexion autour des océans, ils abordent aussi des thèmes plus larges, comme la mondialisation ou les biotechnologies. Un beau tour d’horizon des problématiques actuelles. Un problème ?

Une « écologiste » à la mode Sarkozy

La blonde et avenante Maud Fontenoy a tout pour plaire. Cette navigatrice née à Meaux est devenue, en 2005, la première femme à traverser le Pacifique à la rame. En 2008, elle engage sa fondation créée en 2007 sur le terrain de l’écologie avec pour slogan "Sauver l’océan, c’est sauver l’homme." Elle a parcouru les océans et tente aujourd’hui de les défendre, le tableau est idyllique.

Mais ses avis à l’emporte-pièce détonnent avec ses engagements. En 2013, la navigatrice publiait un livre au titre racoleur : Ras-le-bol des écolos : pour qu’écologie rime enfin avec économie ! aux éditions Plon. Elle y critiquait avec vigueur le traitement de l’écologie en politique : "Stop aux manœuvres politiques, aux dessous-de-table et autres accords trompe-l’œil pour s’assurer un siège, un poste ou une circonscription !"

Un envol d’autant plus surprenant que Mme Fontenoy est très liée à l’UMP, un parti dont on sait qu’il est indemne de toute manœuvre ou dessous-de-table. Car si Maud Fontenoy a passé des années à parcourir les océans, elle a aussi arpenté les courants de la politique.

Candidate aux élections régionales en Île-de-France derrière Jean-François Copé en 2004, elle s’est ensuite engagée aux côtés de Sarkozy. En 2007, elle a reçu, des mains de ce dernier, les insignes de chevalier de l’ordre national du mérite, et l’a soutenu durant la campagne présidentielle de 2012.

Une « écologiste » pro-gaz de schiste, pro-OGM et pro-nucléaire...

Il est étrange que la ministre de l’Education nationale promeuve les productions d’une personne aussi politiquement engagée. Et dont les positions recouvrent régulièrement celle du patronat.

Ainsi, en janvier 2014, celle qui veut "sauver l’homme", demandait à François Hollande d’autoriser l’extraction du gaz de schiste. "L’exploitation des gaz de schiste permettrait de faire baisser le coût de l’énergie en France", expliquait-elle au journal Le Parisien. Maud Fontenoy prétendait que les problèmes environnementaux de cette technique seraient résolus grâce à l’introduction d’une nouvelle technique propre, la fracturation au propane, un liquide réutilisable. Une technique qui n’a jamais été expérimentée...

Mieux, lors d’une rencontre sur l’économie circulaire, en 2014, l’ex-rameuse, au savoir apparemment encyclopédique, prenait position en faveur des OGM : « Il faut être réaliste. Cela apporte des solutions au niveau médical et avec l’explosion démographique des prochaines années, il faudra bien nourrir tout le monde. » Quant au dossier sensible du nucléaire, son opinion est aussi cavalière avec les faits : « Cela reste encore l’énergie la moins polluante et la moins chère. Et puis cela représente 400 000 emplois. »

En fait, ces assertions, servies par un joli sourire qui passe bien à la télé, sont les mêmes qui sont portées par les différents lobbies du gaz de schiste, des OGM ou du nucléaire. Rien d’étonnant, en fait. Mme Fontenoy est à tu et à toi avec les maitres de l’économie : un des trois directeurs de sa Fondation n’est autre que… le milliardaire François Henri Joseph Pinault.

Avec un tel positionnement, il n’est pas certain que Maud Fontenoy soit la plus indiquée pour enseigner l’écologie aux enfants.

Ni, d’ailleurs, la transparence. Ni sa fondation, ni le ministère n’ont répondu aux appels répétés de Reporterre.

EDF invente la loi du triplement des coûts du nucléaire Benjamin Dessus (Reporterre) Reporterre 2015/03/25 Benjamin Dessus (Reporterre) (25 mars 2015) EDF invente la loi du triplement des coûts du nucléaire. Reporterre. Tribune — Énergie fr

EDF invente la loi du triplement des coûts du nucléaire

EDF, c’est la garantie que les coûts du nucléaire augmentent ! A croire que la compagnie obéit à la loi mathématique « du triplement des coûts du nucléaire tous les 10 ans ! » Et le lobby s’apprête même à tester la loi du quadruplement, dite « du facteur 4 ».

En décrétant au début des années 60 sa fameuse loi « du doublement de la consommation française d’électricité tous les dix ans » devant les foules subjuguées par les intuitions du génial économètre, Marcel Boiteux ne savait pas encore qu’il serait soixante ans plus tard dépassé, voire ridiculisé, sur son propre terrain.

En effet si sa fameuse « loi », qui ne s’est pourtant révélée exacte que sur une dizaine d’années, l’a rendu célèbre malgré sa bien faible durée de vie, elle risque d’être complètement ringardisée par une loi encore bien plus spectaculaire qui pourrait rendre à jamais encore plus célèbre n’importe lequel des dirigeants de notre lobby nucléaire national ou des ministres qui la soutiennent : « La loi du triplement des coûts du nucléaire tous les 10 ans ! »

Souvenez-vous : en 2005, EDF s’engageait la main sur le cœur à construire un EPR pour la modique somme de 3,3 milliards d’euros, un chantier qui devait démarrer en 2007 et finir en 2012. Puis son coût a été revu à quatre milliards en 2008 puis six milliards et enfin à 8,5 milliards en décembre 2012 pour un démarrage en 2016.

Facteur 4

Mais le 18 novembre 2014, nouveau rebondissement : le réacteur ne démarrerait qu’en 2017 pour un coût qu’on n’ose plus annoncer mais qui devrait, compte tenu des énormes frais financiers qu’entraîne ce retard, atteindre, voire même dépasser nettement 10 milliards €.

La nouvelle loi va donc se vérifier (un triplement de 2007 à 2017) y compris pour le coût de production d’électricité qui dépend à plus de 80 % de l’investissement initial.

Mais attendons un peu ! Si l’on en croit le CEA, on peut espérer encore mieux avec l’arrivée d’Astrid, le surgénérateur censé nous sauver dès 2040 de la pénurie d’uranium.

Le prix annoncé, alors qu’il n’est pas encore dessiné, dépasse déjà de 30 % celui de l’EPR.. Alors, encore un petit effort, messieurs dames, nous y arriverons à ce fameux facteur 4, non pas comme on l’imaginait naïvement sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre, mais sur le coût du nucléaire. Et peut-être même bien avant 2040 si l’on en croit le dernier bilan d’Areva (4 à 4,5 milliards que le contribuable devra sans doute combler)...

Le retour du sauvage de Pierre Athanaze Reporterre 2015/03/25 de Pierre Athanaze (25 mars 2015) Le retour du sauvage. Reporterre. Nature fr

Le retour du sauvage

Le loup et le lynx, l’élan, le tarpan et le bison, l’esturgeon et le saumon... Nombreuses sont les espèces qui, après avoir disparu de nos territoires, font aujourd’hui leur retour.

Ces réapparitions sont parfois naturelles, comme celles du loup et du phoque, ou résultent de programmes volontaires et organisés comme pour le vautour, l’ours ou l’esturgeon.

Spontanés ou suscités, ces retours provoquent presque toujours des levées de boucliers : non seulement le sauvage fait peur et réveille de multiples fantasmes, mais il remet en cause certaines pratiques traditionnelles, notamment dans les domaines agricole et pastoral.

Cette difficile cohabitation est pourtant nécessaire et la réapparition d’espèces sauvages ne peut pas s’envisager sans la restauration d’espaces sauvages.

Au final, le retour d’une faune sauvage et diversifiée représente un espoir pour résoudre certains problèmes actuels : érosion de la biodiversité, dérèglement climatique, crise économique.

Le Retour du sauvage, de Pierre Athanaze, Préface de Jacques Perrin, Ed. Buchet-Chastel, 128 p., 12.00 €

Le climat : la Terre et les Hommes de Jean Poitou, Pascale Braconnot et Valérie Masson-Delmotte Reporterre 2015/03/26 de Jean Poitou, Pascale Braconnot et Valérie Masson-Delmotte (26 mars 2015) Le climat : la Terre et les Hommes. Reporterre. Climat fr

Le climat : la Terre et les Hommes

Au cours de son histoire, notre planète a connu des conditions climatiques très diverses. Comment fonctionne la machine climatique ? Qu’est-ce que le climat global ? Pourquoi et comment a-t-il changé au cours des temps géologiques ? Comment se situe le changement climatique en cours dans ce contexte géologique et historique ?

Le réchauffement en cours est marqué par des phases d’accélération et de ralentissement, et des amplitudes différentes selon les régions. Comment faire la part des facteurs naturels et des activités humaines dans ce réchauffement récent ? À quels risques climatiques serons-nous amenés à faire face, pour les prochaines décennies, et les prochains siècles ?

Les sciences du climat ont construit des méthodes d’observation, d’analyse, de modélisation et de reconstitution des climats passés qui permettent de répondre à ces questions. Cet ouvrage, clair et précis, présente ainsi les acteurs du climat, leurs interactions, leurs échanges avec toutes les composantes de l’environnement terrestre, cet environnement qui est à la fois conditionné par le climat et affecte son évolution.

Il en résulte un système qui génère sa propre variabilité, et peut produire des variations abruptes, comme en témoignent les climats passés. C’est également un système qui va réagir à des perturbations, qu’elles soient naturelles ou liées à l’influence humaine, avec des mécanismes complexes de rétroactions.

La modélisation du climat est donc centrale pour décrypter les causes des changements récents ou passés, et pour anticiper les futurs possibles.

Le climat : la Terre et les Hommes, de Jean Poitou, Pascale Braconnot et Valérie Masson-Delmotte, EDP Sciences, 241 pages, 24,00 €.

En Isère, des syndicats CGT et Sud s’opposent au Center Parcs de Roybon Andrea Barolini (Reporterre) Reporterre 2015/03/26 Andrea Barolini (Reporterre) (26 mars 2015) En Isère, des syndicats CGT et Sud s’opposent au Center Parcs de Roybon. Reporterre. Économie fr

En Isère, des syndicats CGT et Sud s’opposent au Center Parcs de Roybon

Les syndicats CGT et Sud ont pris position contre le projet de Center Parcs en Isère. Ils le jugent pensé « pour le plus grand profit des actionnaires », et s’insurgent contre l’argent public subventionnant les investisseurs privés alors que le Conseil général supprime des emplois.

- Grenoble, correspondance

Le Center Parcs de Roybon, en Isère, est désormais contesté par des syndicats. Dans deux textes publiés récemment, l’Union locale CGT de Voiron et la Fédération Sud Santé Sociaux critiquent les décisions des élus isérois sur le projet de la société Pierre et Vacances.

Le syndicat des salariés du secteur de la santé rappelle dans son communiqué les points les plus controversés du projet, dont la vente de terrains publics constructibles à 0,58 €/m² seulement et la destruction de plus de cent hectares de forêt et de zone humide.

Argent public au profit des actionnaires

La multinationale touristique espère fonder une véritable ville de presque six mille habitants, déployée sur deux-cents hectares, avec environ mille cottages « pour le plus grand profit des actionnaires », jugent les syndicalistes.

Selon Sud Santé Sociaux, « le Conseil général, présidé par le socialiste et avocat d’affaires André Vallini, a décidé de supprimer 300 places d’hébergement pour enfants et pas moins de 177 emplois, tout ça pour réaliser quelques millions d’euros d’économie. Tout comme il a décidé, en refusant 30 000 € de subvention, de la fermeture de l’association "La Passerelle", lieu de médiation familiale, la "Convention Collective coûtant trop cher" selon Brigitte Périllié, vice-présidente socialiste du même Conseil Général ».

Par contre, les aides financières accordés au Center Parcs sont « immenses et nombreuses ». Parmi ces subventions, on retrouve « 14 millions d’euros directs par le Conseil Général et plus de 100 millions d’aides directes ». Cela, pour des retombées sociales douteuses : « 470 emplois précaires, flexibles et à temps partiel, à plus de 200 000 € par emploi ».

Les coûts ont été détaillés dans un autre communiqué publié, lui, par la CGT de Voiron. Il reprend les calculs de l’association Pour les Chambarans sans Center Parcs : outre les 14 millions € accordés par le Conseil général, 7 millions ont été décidés par le Conseil régional, 5,4 millions par le syndicat des Eaux de la Galaure, 7 millions par la Communauté de commune de Roybon et 4 millions seront utilisés pour le contournement du village isérois.

De plus, il faut ajouter 27 millions d’abattement fiscal et 47 millions de TVA reversée aux investisseurs. En considérant toutes les contributions, explique la CGT, on atteint 112 millions € : c’est à dire un coût moyen de 239.338 euros par emploi.

« Avec les sommes engagées dans ce projet, dit à Reporterre Eric Berger, de la CGT de Voiron, il y aurait de quoi créer et consolider les emplois supprimés dans les services publics. Tel qu’est aujourd’hui le projet, notre syndicat est contre parce qu’on parle d’argent public qui est donné à une entreprise privé, avec des retombées économiques dont ne jouiront pas les contribuables ».

Alternatives au tout-profit

Le syndicat propose des alternatives au village de vacances pour relancer le tourisme local : « Plutôt qu’acheter des bungalows du Center Parcs à des fins de spéculations financières, les investisseurs institutionnels comme la Caisse des dépôts et consignations pourraient financer des projets de gites ruraux, des logements HLM pour les habitants en précarité ou exclus du marché immobilier privatif à cause du coût du foncier, soutenir l’implantation de commerces de proximité, des projets d’exploitation agricole, de développement du tourisme autour du lac artificiel de Roybon, entre autres exemples. »

Le but est de mettre en place des projets de développement touristique rural, écologique, de proximité, à taille humaine. Par exemple, ajoute la CGT dans son communiqué, « un éco musée basé sur les techniques d’exploitation du bois, sur l’existence dans le passé des verriers, des tuileries, et de la fabrication de charbon de bois ».

Un concept très différent de l’exploitation industrielle imaginée pour la forêt de Chambaran par les promoteurs et par « des élus locaux qui, du FN au PS, se retrouvent derrière une même banderole ».

Le syndicat souligne la nécessité de créer les conditions pour un accès « à des droits fondamentaux pour tous comme les vacances, les loisirs, la culture, les activités sportives », afin de choisir une société « dont la finalité est la satisfaction des besoins des familles et des personnes, et non le profit ».

Zad présente et active

Un point de vue qui n’est pas loin des idéaux des zadistes de Roybon, qui continuent à occuper un chalet près du chantier du Center Parcs. Pour célébrer le printemps sur la « zone à défendre », dans la forêt, ils ont organisé une fête samedi 21 mars : « Nous vous proposerons de découvrir cette forêt et les espèces animales et végétales que nous y protégeons, mais aussi des stands participatifs autour des matériaux qui s’y nichent », annoncent-ils sur leur site internet.

Ateliers de travail sur le bois, découverte de la poterie, chantiers collectifs, ballade en forêt, découverte de la faune et de la flore des Chambarans, ateliers de recyclage, jeux de pistes, expositions.

« On demande aux familles, nous explique Nils, l’un des occupants, de découvrir notre monde. Nous appelons à cette occasion les artistes, mimes, clowns, performers à nous contacter pour rendre cette forêt encore plus vivante. On va montrer quelques facettes de ce nouveau monde qui est en train d’émerger et qu’ici nous expérimentons ».

Un point de vue qui n’est pas loin des idéaux des zadistes de Roybon, qui continuent à occuper un chalet près du chantier du Center Parcs. Pour célébrer le printemps sur la « zone à défendre », dans la forêt, ils ont organisé une fête samedi 21 mars : « Nous vous proposerons de découvrir cette forêt et les espèces animales et végétales que nous y protégeons, mais aussi des stands participatifs autour des matériaux qui s’y nichent », annoncent-ils sur leur site internet.

Ateliers de travail sur le bois, découverte de la poterie, chantiers collectifs, ballade en forêt, découverte de la faune et de la flore des Chambarans, ateliers de recyclage, jeux de pistes, expositions.

« On demande aux familles, nous explique Nils, l’un des occupants, de découvrir notre monde. Nous appelons à cette occasion les artistes, mimes, clowns, performers à nous contacter pour rendre cette forêt encore plus vivante. On va montrer quelques facettes de ce nouveau monde qui est en train d’émerger et qu’ici nous expérimentons ».

Le projet est actuellement bloqué après une sentence du Tribunal administratif de Grenoble, qui a suspendu l’arrêté du 3 octobre 2014 du préfet de l’Isère ayant délivré une autorisation « loi sur l’eau » à la société Roybon Cottages.

Le juge grenoblois a pris cette décision, « en raison de l’absence de saisine de la Commission nationale du débat public sur le projet de Center Parc, laquelle est obligatoire pour les équipements touristiques dont le coût estimatif excède 300 millions d’euros ».

La Tunisie répond au terrorisme par le Forum social mondial Clément Barraud, Hervé Kempf et Isabelle Rimbert (Reporterre) Reporterre 2015/03/26 Clément Barraud, Hervé Kempf et Isabelle Rimbert (Reporterre) (26 mars 2015) La Tunisie répond au terrorisme par le Forum social mondial. Reporterre. Reportage — Monde fr

La Tunisie répond au terrorisme par le Forum social mondial

Le Forum social mondial s’est ouvert à Tunis le 24 mars. Quelques jours après le terrible attentat qui a frappé la Tunisie, la réunion prend un sens encore plus fort, entre l’étau du néo-libéralisme et du terrorisme. Mais c’est dans une ambiance énergique que se déroule cette immense foire aux alternatives et aux discussions internationales. Notre récit de la journée.

- Tunis, reportage

Le Forum social mondial a commencé à Tunis mardi 24 mars, et est animé d’une belle énergie, plus forte encore qu’il y a deux ans, quand s’était tenu à Tunis, déjà, le FSM. L’attentat du Bardo, le 16 mars, marque encore toutes les consciences, comme tout le pays.

« Je suis Tunis »

Pendant la marche d’ouverture, mardi, les appels à lutter contre le terrorisme étaient sur toutes les banderoles. Pour les Tunisiens, pas question d’avoir peur, le pays se relèvera. Dans le cortège, les stickers et tee-shirt « Je suis Tunis » ont remplacé le célèbre « Je suis Charlie ».

Le Forum social n’en prend que plus d’importance, en affirmant que d’autres voies que la violence sont possibles et indispensables.

Et dès le matin, la foule se presse pour entrer dans le forum, qui se déroule sur le campus de l’université Manar, afin de retirer un badge.

Le Forum est une immense foire aux alternatives et aux mouvements ou associations critiques du néo-libéralisme. Entre rires et discussions, on parcourt le campus, à la recherche de la salle où l’on veut assister à l’une des centaines de conférences ou d’ateliers.

La marche est pleine de surprises, entre nostalgiques des vénérables leaders du tiers-monde, comme Fidel Castro...

... ou des meetings improvisés.

Les Sarahouis, eh oui !

Venue en nombre, la délégation sahraouie se fait entendre sur le site du FSM. Revendiquant l’indépendance du Sahara occidental, une région située entre le Maroc, l’Algérie et la Mauritanie, ses représentants multiplient défilés et concerts. Il faut dire que cette édition 2015 du Forum social mondial coïncide avec les quarante ans de ce qu’ils appellent la « colonisation » marocaine.

Ancienne colonie espagnole, le Sahara occidental est revendiqué par le Maroc qui se l’est approprié. L’indépendance du territoire est l’objectif du mouvement Front Polisario. Les tensions sont telles entre les deux parties qu’une altercation a éclaté au cours d’un débat, mercredi, opposant des militants sahraouis et des membres d’associations marocaines. La dispute s’est poursuivie dans l’allée, sous le regard surpris des visiteurs. La question des ressources naturelles occupe une place centrale dans ce conflit. Un atelier prévu vendredi sera consacré à « leur pillage illégal par le Maroc et les entreprises multinationales ».

Citoyens et journalistes

Depuis la Révolution de 2011, les expériences de « journalisme citoyen » se multiplient en Tunisie. Pendant le FSM, des jeunes de tout le pays filment, photographient et relatent l’événement. Avec leurs sacs « Free Press Unlimited », ils sont facilement repérables. « On a une formation aux techniques de journalisme, et on publie des articles et des vidéos sur Internet », explique l’un d’eux. Dans toute la Tunisie, de Kasserine à Bizerte, les informations circulent rapidement et sont relayées sur les réseaux sociaux.

Bientôt, à Gafsa, au centre du pays, va ainsi s’ouvrir une école de journalisme, sous le parrainage du Bondy Blog. Mais c’est de pollution que nous parle Rafika Bendermel, la rédactrice en chef du Tunisie Bondy Blog.

- Ecouter ici :

Pour elle, le premier problème de pollution en Tunisie, est l’extraction du phosphate.

C’est ce que confirme, un peu plus loin, les ONG venu de Gabès, un autre point du complexe industriel du phosphate tunisien.

Le drame de la pollution à Gabès

Devant le stand de l’association Green futur-L’avenir en vert, une quinzaine de personnes affublées de masques chirurgicaux observent un jeune homme mettre le feu à un morceau de matière jaunasse. Une odeur désagréable se propage. « C’est du soufre, explique Ala, 22 ans. Ca fait partie de ce qu’on respire quotidiennement à Gabès. »

Dans cette ville du sud de la Tunisie, le Groupe chimique tunisien (GCT), transforme en engrais le phosphate provenant de l’exploitation de la région de Gafsa. Rafik, 31 ans, fait partie de la Ligue tunisienne des droits de l’homme. « Vivre dans un environnement sain fait partie des droits fondamentaux, dit-il. Mais pas pour nous... J’habite Gabès, à neuf kilomètres de l’usine. Le matin quand je me lève, je sens cette odeur. Cette industrie est une catastrophe écologique pour la région : tout est pollué, l’air, la mer, le sol. Le nombre de cancers, maladies et malformations grimpe en flèche. »

Plusieurs associations se sont réunies sous la bannière Green futur Avenir Vert, dans l’espoir de faire bouger les lignes. Au FSM, « on est là pour alerter, mobiliser, assure encore Rafik. Et rencontrer d’autres populations confrontées à ces industries toxiques, afin d’être plus forts ensemble. Car le gouvernement ne fait strictement rien ».

Shaima, 22 ans, qui milite à Soutcom, association de « journalistes citoyens », tente de jouer les porte-voix : « On essaie d’interpeller et d’instruire la population sur ce qui se passe autour de Gabès. Ca a déclenché de nombreuses prises de conscience, notamment parmi les jeunes. Et les femmes ont un rôle clé dans la mobilisation : elles sont les premières dans les manifs et les conférences. »

Face à ce cauchemar écologique, les langues se délient petit à petit. « Avant la révolution, le sujet était totalement tabou. Aujourd’hui, on peut en parler, mais ça ne change rien, se désespère Rafik. On a fait des blocages, des actions, des manifs. Mais tout ce qu’on récolte, c’est des affrontements avec la police et des interpellations ».

Pour autant, Mokles, 22 ans, n’a pas l’intention de baisser les bras : « Dans le cadre du FSM, on a prévu de faire une déclaration vendredi. On veut rappeler que la pollution industrielle tue quotidiennement, que c’est un autre type de terrorisme. Nous voulons que Gabès redevienne une zone vivable. Si on a un bon environnement, le social et l’économie peuvent suivre. Il faut maintenant que la mobilisation monte en puissance ». Avec, en ligne de mire, l’organisation, en mars 2016, d’un forum environnemental à Gabès.

Projet fou en Turquie

Le FSM, ce sont des centaines d’ateliers et de réunions. Comme celle à laquelle Hervé Kempf participe, à l’invitation de la Fondation Rosa Luxemburg, en Allemagne et qui réunit Judith Dellheim, de la fondation, et Akgün Ilhan et Ercan Ayboga, venus de Turquie, sur le thème Challenging capital oligarchies (Face aux oligarchies du capital).

La discussion tourne autour du lien entre oligarchie et grands projets inutiles. En effet, l’accumulation du capital conduit à l’engagement d’infrastructures toujours plus démesurées, pour maintenir des profits importants et le système tel qu’il est.

Akgün Ilhan, de l’organisation Su Hakki (Droit à l’eau) expose le projet « fou » du président turc Erdogan : creuser un canal à l’ouest d’Istanbul, dans une région encore rurale, et étendre la mégalopole, qui passerait de 17 à 24 millions d’habitants.

Comment résister ? La bataille est difficile. Mais Akgün et Ercan rappellent qu’en 2013, un très grand mouvement s’est affirmé contre l’implantation d’un grand centre commercial sur le parc Gezi, à Istanbul.

« Mondialiser » la lutte anti-pub

Comment faire face à l’invasion de la publicité dans nos vies ? Dans le quartier Planète, à la Faculté des sciences, les membres du réseau de Résistance à l’Agression Publicitaire (RAP) interpellent le public sur la nécessité de comprendre et combattre le système publicitaire.

Hier, trois d’entre eux, Khaled, Elise et Alessandro ont tenu un atelier pour lancer l’idée d’une journée d’action mondiale. Une quinzaine de personnes, de France, de Tunisie, d’Algérie, du Maroc et du Japon étaient présentes. « Il est impossible d’échapper à la publicité lorsqu’on vit en société, chaque personne reçoit entre 500 et 3 000 messages publicitaires par jour. Selon nous, c’est du totalitarisme », a rappelé Khaled.

Dogmatique, inégalitaire, inutile, coûteuse, néfaste pour l’environnement… Depuis des années, les militants anti-pub multiplient les actions en France pour alerter sur l’omniprésence de la publicité. « Nous avons deux volets : les actions légales, qui vont des interventions dans les écoles à des tribunes dans les médias libres, en passant par des analyses critiques du système publicitaire. Les actions de désobéissance civile, menée par le collectif des Déboulonneurs, passent par du barbouillage ou d’écriture sur les panneaux ».

Ces opérations illégales ont valu de très nombreux procès aux activistes aux quatre coins de la France. Si la plupart ont été perdus, une décision de justice pourrait faire jurisprudence. Le 25 mars 2014, six désobéissants ont été relaxés, le juge retenant « l’état de nécessité ». Une date symbolique pour les membres du RAP, qui souhaitent en faire une journée mondiale d’action contre la publicité, en bâchant ou recouvrant les panneaux de messages poétiques…

Alternatiba est bien là, et pas qu’un peu !

Les Alternatiba sont partout, au FSM… Dans la perspective de la COP 21 à Paris, leurs affiches et stickers sont collés aux quatre coins de l’université Al Manar. Un drôle de cortège a même circulé dans les allées, en forme de dragon chinois…

Ils sont venus à près de vingt, de Bayonne, de Marseille, de Bordeaux. Et se lèvent au petit matin pour distribuer dès huit heures les tracts - en arabe et en anglais - exposant la nécessité de se mobiliser pour la justice climatique - avant de parcourir durant la journée le campus avec le dragon, une voiture vélo à quatre roues, et des tracts - et de participer à diverses réunions.

Le soir, ils sont bien fatigués. Comme les reporters.

Des Maisons pour faire vivre les semences paysannes... libres Patrice Vidieu (Campagnes Solidaires) Reporterre 2015/03/26 Patrice Vidieu (Campagnes Solidaires) (26 mars 2015) Des Maisons pour faire vivre les semences paysannes... libres. Reporterre. Agriculture fr

Des Maisons pour faire vivre les semences paysannes... libres

Une quarantaine de Maisons des semences paysannes existent à ce jour en France, dont celle du Lot. Elles ont pour but de conserver, multiplier et mettre à disposition des paysans et jardiniers des variétés locales de légumes, céréales et fourrages bannies des catalogues des semenciers industriels.

Carmen, Cesena du Maroc, Merveille de Vérano, Rougette de Montpellier, sans parler de cette petite mâche qu’est la coquille de Louviers… Autant de noms évocateurs pour des variétés de salades, et il y en a pour tous les goûts, toutes les saisons, tous les terroirs.

Oui mais voilà, difficile de les dénicher dans les catalogues du commerce, les jardineries ou les coopératives agricoles, totalement uniformisés par les grands semenciers. Une seule solution : leurs construire une maison, non pour les enfermer dans un grenier poussiéreux, à l’abri de la vie extérieure, mais au contraire pour les faire vivre et prospérer.

Reconquête des semences sur les industriels

Une Maison des semences paysannes (MSP), c’est d’abord un lieu de conservation, de multiplication et d’échanges de semences et de savoir-faire. C’est le symbole de la reconquête des semences sur les industriels. C’est aussi une protection pour les paysans vis-à-vis de la loi.

La plus ancienne de ces structures est l’émanation d’Agrobio Périgord, en Dordogne, qui met à disposition des paysans adhérents des lots de semences de maïs et de tournesol reproductibles (dits « de population »). Les Bretons ont donné naissance à Koal Kohz (= chou vieux !) qui leur a permis de reconquérir leurs graines et de répertorier plus de 500 variétés de choux.

Dans le Tarn et la Haute-Garonne, ce sont des jardiniers qui ont aidé les paysans du Larzac et des Grands Causses à retrouver et cultiver des variétés de sainfoin (esparcette) et de céréales à pain. Ces variétés de blé sont certes moins productives, mais elles n’exigent pas leurs doses d’engrais et de pesticides, tout en donnant plus de paille ! Du blé pour installer des paysans boulangers, heureux de sortir de leur four un pain qui se conserve et offre une grande variété de saveurs.

La Maison du Lot

Dans le Lot, la dynamique est née de la volonté des adhérents de l’Adear du département [1] – pour l’essentiel membres de la Confédération paysanne - de rejoindre le Réseau Semences Paysannes. Plusieurs réunions ont permis d’exprimer les besoins en semences potagères, céréalières et fourragères.

Les objectifs de la MSP du Lot rejoignent ceux de la quarantaine de Maisons des semences déjà constituées : la conservation et la multiplication de variétés locales pour les mettre à disposition des paysans et jardiniers soucieux d’adapter leurs cultures à leur terroir.

Mais aussi la communication en participant ou en organisant des fêtes, des trocs de graines et de plantes, des rencontres, des formations techniques pour les adhérents. Une Maison des semences paysannes se doit également de participer à des travaux de recherche et d’évaluation, en lien avec le réseau national, pour obtenir une reconnaissance juridique et scientifique des semences paysannes. Vaste et passionnant programme, nécessitant beaucoup de détermination face aux intérêts des semenciers de l’agro-industrie.

A l’origine de cette initiative, l’Adear du Lot en assume la responsabilité dans un premier temps, pour des raisons pratiques et juridiques. En espérant que cette maison et ses habitants voleront rapidement de leurs propres graines. La Maison a son PDG - Petit Donneur de Graines - composé des membres fondateurs. Elle a également ses sympathisants et ses donateurs.

Souveraineté alimentaire

La période hivernale permet de préparer sereinement mais activement la saison 2015 et son organisation : les besoins, le choix des variétés « porteuses de graines », les parcelles disponibles, qui héberge et s’en occupe… Lors d’une assemblée en janvier, une charte a été proposée, votée, et sera bientôt signée par les adhérents, pour que chacun soit bien conscient de ses droits mais aussi de ses devoirs vis à vis de cette aventure paysanne.

La MSP envisage l’achat de matériel, que ce soit des tamis, des trieurs pour maraîchers et céréaliers, ou pour pouvoir récolter de façon autonome toutes ces semences porteuses d’espoir. On cherche aussi un local car, pour l’instant, la Maison... n’en a pas encore un.

Le 28 septembre dernier, une fête de la biodiversité a attiré quelques centaines de Lotois pour échanger, tamiser, décortiquer, faire voler la balle de blé ou charger les gerbes…Une forte mobilisation autour des semences paysannes, les semences de demain, graines de la résistance aux multinationales et à leurs sinistres OGM. Les semences paysannes sont les seules capables de garantir un jour la souveraineté alimentaire partout sur la planète.

LE LIVRE DES MAISONS

Après le cadre général et la théorie, place à la pratique : voilà les Maisons des semences paysannes ! On ne peut être que réellement épaté par la somme de travail produit en une dizaine d’années par le Réseau Semences Paysannes et ses 80 associations.

Mode d’emploi : « Les semences paysannes sont sélectionnées et reproduites par les paysans dans des fermes et des jardins menés en agriculture paysanne, biologique ou biodynamique ». La multiplication s’effectue en pollinisation et/ou en sélection massale.

En conséquence, les « Maisons » sont des « organisations collectives de gestion des semences paysannes ». Avec les échanges de graines et le partage de savoirs et de savoir-faire, au final, il s’agit bien pour les paysans, les jardiniers et autres citoyens de se prendre en charge collectivement. Sans les firmes semencières, rien de moins. Et ça marche !

Partout ? Pas tout à fait, bien sûr… Les semences paysannes sont mieux représentées dans un grand arc géographique allant de la Bretagne au Sud-Ouest, puis au grand Sud et remontant vers l’Est via Rhône-Alpes et Franche-Comté. La diversité d’organisations collectives est liée aussi à l’état de la prospection et recherche de variétés locales. Le cahier central recense les expériences de 28 Maisons paysannes.

Au total, il faut saluer la mise au « Net » (sans brevet et téléchargeable !) d’une telle somme de travail à contre-courant du modèle dominant. Ce travail s’inscrit à la fois dans un cadre scientifique de recherche, dans un cadre réglementaire argumenté et dans un cadre de revalorisation du métier d’agriculteur. Bravo, les Maisons des semences paysannes ! Car on peut être légitimement fiers de la constitution de tels outils.

« Les Maisons des Semences Paysannes » (Regards sur la gestion collective de la biodiversité cultivée en France), ouvrage collectif édité par le Réseau Semences Paysannes, octobre 2014, 50 pages, 10 euros, mais aussi téléchargeable sur www.semencespaysannes.org.

- Lire aussi : Tout comprendre de la guerre entre semences contrôlées et paysannes.

Gaz de schiste en Algérie et permaculture en Tunisie - Le voyage au FSM Clément Barraud, Hervé Kempf et Isabelle Rimbert (Reporterre) Reporterre 2015/03/27 Clément Barraud, Hervé Kempf et Isabelle Rimbert (Reporterre) (27 mars 2015) Gaz de schiste en Algérie et permaculture en Tunisie - Le voyage au FSM. Reporterre. Reportage — Mines et Gaz de schiste fr

Gaz de schiste en Algérie et permaculture en Tunisie - Le voyage au FSM

Sous la pluie, le Forum social mondial s’est poursuivi à Tunis. Dans cette grande foire des luttes écologiques et sociales, les reporters ont rencontré les Algériens en lutte contre le gaz de schiste et imaginé une autre agriculture pour le Maghreb.

- Tunis, reportage

La pluie a inondé jeudi 26 mars le Forum social mondial qui se tient à Tunis, à l’université Manar, jusqu’à la fin de la semaine. Ce qui n’a pas empêché discussions, ateliers et réflexions de se poursuivre ardemment. Chaussures mouillées, nos pas nous ont conduit du gaz de schiste algérien aux mines péruviennes en passant par la permaculture en Tunisie.

En Algérie, une bataille cruciale contre le gaz de schiste

Un atelier sur le gaz de schiste… animé par des pro-gaz de schiste « Le gaz de schiste, source d’énergie alternative sans danger ». En lisant le programme, les visiteurs du FSM ont pu croire à l’oubli du point d’interrogation, ou à une blague. Le nom de l’association organisatrice de l’atelier, l’Association algérienne de l’hydrogène énergie (A2H2), laissait planer le doute. Mais la présence d’un responsable de la Sonatrach, (l’entreprise publique algérienne chargée de mener les opérations d’exploration dans le pays), en tant qu’intervenant, a contribué à créer une ambiance électrique dans la salle. Pour la plupart des opposants au gaz de schiste, cet atelier est une imposture. Difficile d’imaginer, en effet, un débat sur l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes animé par un représentant de Vinci…

Accompagné de Mahmah Bouziane, secrétaire général de l’A2H2, qui soutient l’extraction du gaz de schiste, Khalil Kourtoubi a développé les arguments de la compagnie face aux protestations du public. « Il faut peut-être améliorer les points faibles de la fracturation hydraulique, mais s’il y avait le moindre risque, moi-même je ne le ferai pas. On n’utilisera pas une technique qu’on ne sait pas maîtriser ». Selon lui, la différence entre les opérations menées en Amérique du Nord et les projets pilotes lancés en Algérie réside dans la quantité d’eau et de produits chimiques. « Si on creuse à 1 700 m, ce qui n’est pas très profond, la température de l’eau n’est pas aussi élevée qu’à 3 000 m, on n’est pas obligé d’utiliser des produits chimiques », a-t-il assuré. Avant de se lancer dans une tirade dithyrambique : « Je suis comme vous, je parle avec mon cœur… Et puis la crédibilité d’un pays est dans ses réserves ».

Réponse cinglante d’un jeune Algérien : « Mais on s’en fout du gaz de schiste ! Le secteur agricole est condamné, la jeunesse est condamnée ». Dans la foule, Othmane s’interroge à voix haute : « L’Algérie a-t-elle fait suffisamment d’efforts pour éviter d’avoir à exploiter le gaz de schiste ? »

Le débat, qui vire parfois à la foire d’empoigne, pourrait durer des heures. La salle finit par se vider. En sortant, on discute avec Fateh. Il a 31 ans. Algérien, il a quitté son pays et vit maintenant en France. Mais cet ancien militant au sein de la ligue algérienne des droits de l’homme poursuit son combat contre les gaz de schiste, au sein de l’organsiation politique Action Citoyenne pour l’Algérie. "Depuis juin, je me bats bec et ongles pour cette cause. Pour nous, c’est une priorité, mais nos voix sont étouffées. Le centre de la mobilisation se trouve dans le sud du pays, à El Salah. Il y a eu plusieurs manifestations en début d’année, très violemment réprimées. Tout comme la marche organisée à Alger le 24 février."

Outre la répression, les opposants se heurtent à une opacité complète en matière d’information. « La phase d’exploration des sites concernés a débuté il y a quatre ans. Aujourd’hui, tout laisse à penser que l’exploitation a commencé, mais impossible d’avoir une information claire sur la question. Total a annoncé être en phase de production avant de faire machine arrière et de retirer l’annonce de son site web. Pourtant, une loi a été votée en décembre 2013, donnant le feu vert pour l’exploitation des gaz de schiste en Algérie ». Si Fateh ne perd pas espoir, il sait que le combat sera ardu.

Pour lui, la question du gaz de schiste est avant tout politique : « Dès lors que l’exploitation est plus couteuse que le développement des énergies renouvelables, et que le gouvernement persiste malgré l’opposition populaire, on comprend qu’il y a de fortes pressions exercées par les lobbies de l’énergie ». Et de conclure : « Rien ne sera réglé si on ne commence pas par s’attaquer au problème de la démocratie dans le pays : un régime inféodé aux puissances occidentales via des contrats avec des entreprises transnationales ». La suite ? « Action citoyenne pour l’Algérie envisage des actions en France contre Total, ainsi qu’une manifestation en mai à Paris ».

La permaculture et l’agroécologie pour l’agriculture du Magrheb

Et si l’agriculture biologique pouvait sauver l’agriculture de la Tunisie - et de ses voisins ? C’est ce qu’a défendu l’Association tunisienne pour la permaculture dans un atelier tenu sur ce thème. L’agronome Saoussen Benzarti-Hamdi a décrit la crise dans laquelle se trouve l’agriculture de la Tunisie, qui était il y a trois mille ans, « le grenier à blé de Rome ». Mais aujourd’hui, les 4,5 millions d’hectares du pays cultivables souffrent d’une érosion rapide et d’un morcellement des parcelles qui conduit les paysans à la misère. Et dans les grandes cultures du nord-ouest, qui ne tiennent qu’à coup d’engrais et de pesticides, les jeunes ouvriers agricoles souffrent de salaires très bas et d’un chômage en-dehors des saisons de culture. « Ils veulent travailler, ils veulent avoir une vie », dit Mme Benzarti-Hamdi. A ces maux, les militants de l’agriculture bio veulent répondre par leurs techniques, qui enrichissent le sol, favorisent la biodiversité, répondent à l’érosion - et créent des emplois.

Alors, l’agriculture alternative peut-elle se développer en Tunisie ? Réponse de Nessrine Ben Khalifa, militante de l’Association tunisienne de permaculture

- Ecouter :

« Il n’y a pas d’acquis, mais des conquis »

Comment faire face à la criminalisation des mouvements sociaux et syndicaux ? Des représentants d’associations et de syndicats de plusieurs pays ont tenté de répondre à cette question récurrente, dès lors qu’une contestation sociale s’organise. Du Burundi à la Belgique, en passant par le Congo ou le Canada, la répression orchestrée par les pouvoirs publics prend des formes différentes, mais poursuit un même but : étouffer la révolte sociale.

Au Burundi, la société civile tente de se mobiliser contre le coût de la vie ou la perspective d’un troisième mandat du président. « Systématiquement, les manifestations sont interdites, déplore une jeune militante. Dans d’autres cas, comme pour la presse, une nouvelle loi comporte des dispositions liberticides, dont l’obligation pour les journalistes de révéler leurs sources ». Malgré tout, la population s’organise. « Nous avons lancé le mouvement du ’Mardi vert’, les manifestants étaient vêtus de vert, en solidarité avec les détenus qui sont vêtus d’uniformes de cette couleur ».

En Belgique et au Canada, aussi, des grèves syndicales ou étudiantes ont été réprimées de différentes manières. Soutien de milices privées pour empêcher l’installation de piquets de grève, procédures judiciaires conduites en urgence, adoption de lois fourre-tout et liberticides…

Pour les militants, la solution passe par la mobilisation de l’opinion publique, à travers la médiatisation des actions. Agir, y compris de manière illégale, en pratiquant la désobéissance civile. À ce titre, les récentes luttes pour l’environnement en Europe, et la création des ZAD, est un exemple à suivre. Un activiste belge résume l’enjeu : « Ce que l’on appelle les acquis, ce sont en réalité des conquis, grâce à des luttes collectives. Il faut avoir en tête que la solution, c’est nous ! »

Imposer aux multinationales le respect des droits

Si, dans les pays riches, les grandes entreprises respectent à peu près les lois sur le travail et sur l’environnement, il en va très différemment dans les pays du sud. Là, directement ou par leurs filiales, les multinationales profitent de lois moins strictes, d’administrations plus faibles, de la corruption des élites et de la pauvreté. Un atelier a confronté les expériences et discuté des remèdes. En partant d’exemples précis, comme en République démocratique du Congo, où la société pétrolière française Pérenco exploite le pétrole dans des conditions désastreuses. Ou au Pérou, où les compagnies minières tentent d’imposer des mines d’or avec l’appui du gouvernement. Que faire ? La résistance populaire a pu l’emporter, comme au Pérou. Mais la société civile est souvent insuffisante, "il faut des lois contraignantes", selon Mathilde Dupré, du CCFD-Terre Solidaire. Qui espère que, le 30 mars, l’Assemblée nationale française adoptera une loi sur la responsabilité des entreprises et de leurs filiales. Qui pourrait alors entrainer d’autres lois du même type en Suisse, en Grande-Bretagne, et en Europe.

Le FSM sert-il encore à quelque chose ?

Le pavillon du Brésil est bien présent. Financé par la compagnie Pétrobras, qui, malgré le scandale énorme de corruption qui l’agite au Brésil, est revenue comme chaque année au FSM, dont elle avait facilité en le finançant le démarrage à Porto Allegre, en 2001.

Au-delà de l’anecdote, les « anciens » du FSM s’interrogent. Conçu à l’origine comme une réplique au Forum économique de Davos, qui réunit chaque année l’oligarchie mondiale, le FMS n’a-t-il pas perdu sa vertu mobilisatrice, sa capacité à énoncer une trajectoire politique radicalement différente de celle du néo-libéralisme ? Certains parlent d’une Fête de l’Humanité mondiale : sympathique, festive, informative, mais incapable de peser vraiment sur le jeu politique.

Le débat est là. Reste un fantastique lieu d’échange et d’informations entre toutes les luttes écologiques et sociales de la planète.

Le mensonge nucléaire reste impuni en France Etienne Ambroselli Reporterre 2015/03/27 Etienne Ambroselli (27 mars 2015) Le mensonge nucléaire reste impuni en France. Reporterre. Tribune — Déchets nucléaires fr

Le mensonge nucléaire reste impuni en France

Jeudi 26 mars, le tribunal de grande instance de Nanterre a rendu son jugement à propos de Cigeo. Les associations opposées au projet d’enfouissement des déchets nucléaires à Bure poursuivaient l’Andra (Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs), au motif que celle-ci a caché l’existence d’une importante ressource géothermique sur le lieu même du site envisagé. Le tribunal n’a pas contesté les faits, mais jugé que c’était, non pas aux associations de poursuivre, mais à l’Etat... Quant aux associations, elles sont condamnées à payer 3 000 euros à l’Andra !

L’avocat des association, Me Ambroselli, réagit.

L’ANDRA peut désinformer depuis quinze ans les Français sans que sa responsabilité puisse être mise en cause. Les associations de protection de l’environnement n’ont pas d’intérêt à agir contre l’ANDRA. Seules, selon le juge de grande instance, les « autorités publiques » peuvent engager la responsabilité de l’ANDRA pour faute dans l’exécution de sa mission.

C’est ce que l’on est contraint conclure des termes du jugement rendu le 26 mars 2015 par le Tribunal de grande instance de Nanterre dans la procédure dont les associations Réseau Sortir du nucléaire, Bure Stop 55, le Cedra, l’l’Asodedra, Les Habitants Vigilants de Gondrecourt et Mirable Lorraine Nature Environnement ont pris l’initiative.

L’objectif de l’action des associations antinucléaires est de mettre fin à cette désinformation qui est un mode de fonctionnement aussi habituel que daté et antidémocratique, malheureusement habituel chez les exploitants nucléaires historiques.

Il s’agit plus particulièrement ici d’obtenir la reconnaissance par le juge civil de la faute de l’ANDRA pour avoir manqué à sa mission d’information du public.

L’ANDRA a divulgué des informations erronées en ce qui concerne l’intérêt particulier de la ressource géothermique du site de Bure sur lequel est envisagée l’implantation du centre d’enfouissement des déchets radioactifs les plus dangereux appelé Cigeo et les risques de perforation des déchets qui en résultent lorsque la mémoire de l’existence de ce centre et de son contenu sera susceptible d’avoir disparu.

Ces déchets radioactifs resteront dangereux pour des centaines de milliers d’années. Pour déterminer un lieu destiné à leur enfouissement, l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a mis en place des règles de sûreté : en particulier, ne pas enfouir de déchets à l’aplomb d’une ressource géothermique présentant un intérêt particulier. Une fois le site construit, l’ASN reconnaît le risque d’une perte de mémoire de celui-ci, qu’elle situe « raisonnablement au-delà de 500 ans ». Si la ressource géothermique -aujourd’hui déjà exploitable- venait à être exploitée dans plusieurs siècles, les conséquences de la perforation des alvéoles de stockage et, de ce fait, des conteneurs de déchets seraient gravissimes pour la santé et la sécurité des populations.

Or, le sous-sol de Bure renferme précisément une ressource géothermique conséquente, connue des géologues depuis les années 1980 mais dont l’ANDRA s’est efforcée avec ténacité de cacher l’existence pour y faciliter l’implantation du centre ! Pourtant, cette ressource géothermique est mise en évidence par les analyses du docteur en géologie Antoine Godinot et les associations depuis quinze ans et est maintenant officiellement reconnue comme exploitable par le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) et le cabinet d’experts indépendants Geowatt, l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) et depuis peu … l’ANDRA.

Aujourd’hui, les associations sont profondément déçues que le tribunal de Nanterre ait renoncé à sanctionner la désinformation de l’ANDRA en se bornant à déclarer que les associations n’ont pas d’intérêt à agir.

Quoi qu’il en soit, la procédure lancée par les associations a permis d’obtenir que l’existence et le caractère économiquement exploitable de la ressource géothermique à Bure soient désormais communément admis, y compris par l’ANDRA. Il convient d’en tirer les conséquences : le périmètre d’implantation retenu à tort pour le centre Cigéo présente des risques inacceptables.

Les associations viennent de demander à l’Élysée, au Ministère de l’Écologie et à l’ANDRA de renoncer à implanter CIGEO à un endroit aussi inadapté et dangereux pour les générations futures.

Lutter contre la désinformation en matière nucléaire est un combat difficile mais n’est pas un vain combat !

Complément d’info :

- Télécharger le jugement :

A Grenoble, l’alliance écolo-gauche-citoyens, ça marche ! Barnabé Binctin (Reporterre) Reporterre 2015/03/27 Barnabé Binctin (Reporterre) (27 mars 2015) A Grenoble, l’alliance écolo-gauche-citoyens, ça marche !. Reporterre. Reportage — Politique fr

A Grenoble, l’alliance écolo-gauche-citoyens, ça marche !

Il y a un an, une équipe écolo-gauche-citoyens remportait la mairie de Grenoble. Mène-t-elle bien la barque ? Pour le savoir, Reporterre est allé voir. Constat : le difficile équilibre entre idéaux et réalité. Le bilan : bon, malgré des erreurs et les finances en berne laissées par l’équipe précédente.

- Grenoble, reportage

Un nouveau concept météo a été inventé pour le micro-climat politique de Grenoble : un nouvel anticyclone baptisé la « radicalité pragmatique » par Eric Piolle, le maire de Grenoble, dans une interview sur France Info. A l’heure de célébrer sa première bougie à la tête de la ville, la formule consacre un premier bilan de la nouvelle équipe : la radicalité pour le maintien de la ligne du projet politique, mais le pragmatisme pour sa nécessaire adaptation… à moins que ce ne soit l’inverse. Une ambiguité qui nourrit le débat : les uns dénoncent des contradictions irréconciliables. Et les autres assument : la radicalité pragmatique, c’est profiter de l’exercice du pouvoir pour tenter d’en changer l’orientation.

« On ne peut pas réussir un changement tout seul. La vraie exigence, quand on est radical, c’est d’associer tout le monde. La radicalité pragmatique, c’est donc d’être prêt à travailler avec les grands industriels si ça nous permet d’atteindre nos objectifs », explique un conseiller du maire.

Mais pour Le Postillon, journal satirique grenoblois, les masques tombent : « Peut-être que leur courage politique n’est pas à l’endroit attendu. Pas pour combattre les multinationales, pas pour défendre le service public, mais pour aboutir à des résultats éco-techniques », juge-t-il.

L’épineuse question de l’éclairage public

En cause, la question de l’éclairage public à Grenoble. Le marché a été mis en concurrence par une procédure d’appel d’offres en 2012 et la commission publique rend son verdict quelques mois seulement après que l’équipe municipale a hérité du dossier : l’offre la plus intéressante était émise par une filiale de Vinci. C’est ainsi que l’éclairage public, jusque-là en Société d’économie publique, doit passer dans les prochains mois dans le giron du privé.

L’adjoint au maire chargé de l’urbanisme, Vincent Fristot, insiste sur l’efficacité : « L’enjeu est d’améliorer la qualité et le coût de l’éclairage public, jusqu’alors délaissé par les précédents gestionnaires. Or, l’offre sélectionnée doit permettre de diviser par deux la consommation d’énergie et de réduire ainsi la facture des grenoblois », explique-t-il à Reporterre.

« L’intention est louable. Mais cette petite ambition (il y a bien plus dispendieux comme gouffre énergétique) doit-elle être plus importante que la lutte contre les grands groupes privés ? », interroge-t-on du côté du Postillon.

La mairie assume sereinement. Et veut y voir l’opportunité d’appliquer sa "pédagogie de la décision" : chaque polémique doit être l’occasion de partager sa réflexion avec l’ensemble des administrés. Et de justifier la nouvelle logique de l’exécutif grenoblois : finies les postures dogmatiques de principe, les oppositions entre idéologies et pragmatismes. Ce qui compte, c’est le résultat.

Majorité originale

Un ton qui déroute, à l’image de la majorité originale qui gouverne la seizième ville de France depuis un an. La coalition de responsables politiques EELV et PG avec des mouvements associatifs historiques de la ville – l’ADES et le réseau citoyen – a ouvert une brèche dans un paysage politique sclérosé.

Sous les projecteurs, l’équipe municipale a engagé des premières réformes. Sur la pratique des élus d’abord : baisse de rémunération des élus de 25 %, retransmission en direct sur internet des conseils municipaux, et fin de la voiture avec chauffeur pour un maire qui se déplace à vélo tous les jours.

Puis décision de ne pas reconduire le partenariat avec Decaux pour les panneaux publicitaires, « un moyen de desserrer l’étau de l’intérêt privé et de combattre la commercialisation de l’espace public », selon Elisa Martin, la première adjointe au maire.

Par ailleurs, la ville s’est engagée à un effort supplémentaire de 20 % d’efficacité énergétique par rapport à la règlementation thermique. Elle rend des avis négatifs sur les projets de crèche privée – « pour ne pas faire des politiques de l’enfant un nouveau grand marché », dixit Elisa Martin. Elle a adopté un Plan local d’urbanisme qui plafonne la hauteur maximale de construction en ville à 33 mètres. Elle a annoncé la fin du développement des caméras de vidéosurveillance et un retour à l’armement partiel pour la police municipale. Elle prépare un service public de l’eau qui offrirait la gratuité des premiers mètres cubes.

Paquebot municipal dans la tourmente du budget

« Ils sont rentrés dans le noyau dur de la politique locale », analyse Alain Dontaine, compagnon de route du PG. Un baptême parfois délicat pour une équipe surprise par son succès : « Personne n’avait anticipé qu’on se retrouve seul à la barre, avec un Parti socialiste refusant l’alliance au second tour », se souvient Pierre Meriaux, aujourd’hui conseiller municipal délégué au tourisme et à la montagne.

Beaucoup découvrent ce « paquebot municipal », lourd à gérer avec ses inerties administratives - et des secousses inattendues. La plus violente est venue du budget 2015. Tous racontent le traumatisme de cinq jours de séminaire consacré à boucler un budget inférieur à celui de l’année précédente. Avec une équation quasi insoluble : où trouver de la ressource avec un budget annuel de 280 millions d’euros saigné de près de 40 millions sur les trois prochaines années en raison des baisses de dotation de l’Etat, alors que le taux d’endettement de la ville est très élevé et que l’impôt y est déjà l’un des plus chers de France ?

« Si on dérape d’un millimètre, on sera mis sous tutelle du préfet et cela signera la fin de tout volontarisme politique », résume Elisa Martin.

« Nous n’avions pas mesuré l’ampleur du dégât financier : c’est une gabegie totale, ils ont brûlé de l’argent… », raconte Pierre Meriaux. L’équipe découvre que si l’argent est le nerf de la guerre, l’austérité structure les choix politiques en politique.

Conséquence : baisse des subventions aux associations, report des grandes promesses de campagne comme la construction de nouveaux bâtiments scolaires. Pis encore, l’un des engagements les plus symboliques – la gratuité des transports en commun pour les 18-25 ans – est remis en cause. Le coût de la mesure est estimé à 3 millions d’euros, la baisse de la subvention aux transports du Conseil Général d’Isère s’élève elle à 11 millions d’euros…

Déceptions

Candidat aux dernières élections départementales, Alain Dontaine dit ressentir la déception de nombreux concitoyens : « Nos réalisations ne sont pas à la hauteur de ce qu’attendaient les Grenoblois. On s’était présentés sur une démarche anti-austérité, mais on s’est pris l’austérité de plein fouet et on finirait presque par faire nous-mêmes de l’austérité », constate-t-il.

Du côté de l’exécutif grenoblois, on refuse l’auto-flagellation : « Céder à l’austérité, c’est mettre les lunettes d’un comptable sur tous les budgets. Ce n’est pas notre cas, puisque nous assumons des choix et des priorités politiques », explique-t-on du côté du cabinet du maire. Une référence directe à l’épisode des musiciens du Louvre.

En décembre, la mairie décide de supprimer les 438 000 euros de subvention au célèbre ensemble instrumental de la ville.

Face aux 180 demandes de subvention dans le secteur culturel pour les 3 millions d’euros restant de subvention, l’équipe municipale justifie son choix par une meilleure répartition des aides et la protection des plus petites structures, quand les musiciens du Louvre bénéficient encore d’une trésorerie confortable, avec 400 000 euros de placement selon Corinne Bernard, adjointe à la culture.

Mais l’affaire résonne comme une fausse note. Amateurisme et problèmes psychiatriques, assène le directeur de l’orchestre sur France Musique.

Quelques jours après l’attentat de Charlie Hebdo, le président du Conseil Régional Rhône-Alpes, Jean-Jack Queyranne, accuse même la mairie de Grenoble de « crime contre l’esprit ».

Garder la cohésion malgré tout

« Les nouveaux venus ont parfois été sidérés par la violence des interpellations, dit Pierre Meriaux. Nous n’avions pas mesuré les ressorts d’influence du PS dans le monde de la culture. C’est notre apprentissage des petits codes du métier politique ».

Un apprentissage qui opère collectivement. Si la majorité semble parfois payer un coût médiatique très élevé, les attaques glissent sur eux. L’épisode Raise Partners, qui vise personnellement Eric Piolle, détenteur d’actions dans une société financière ? Chacun dans l’équipe y va de son mot pour relativiser la critique – « de l’optimisation financière, pas fiscale, c’est très différent ».

Ce qui ne tue pas l’équipe municipale la rend plus forte. Pour Elisa Martin, « la bataille est très dure, mais cela renforce la solidarité. Notre rassemblement est un bloc qu’il est difficile de fissurer ». Fruit de l’association de cultures politiques différentes, ce rassemblement tient plus à un « alliage » qu’à une alliance, « trop contractuelle » selon Olivier Bertrand, conseiller municipal : « C’est bien plus qu’un simple accord entre mouvements ».

En témoigne ce choix de ne constituer qu’un seul groupe politique pour représenter la majorité, gardant la bannière sous laquelle elle a été élue : le Rassemblement Citoyen de la Gauche et des Ecologistes (RCGE). « Non seulement c’est un fait assez rare pour avoir puissance de symbole, mais c’est surtout une réalité au quotidien : il n’y a pas de sous-groupes EELV ou PG, la majorité vit comme un ensemble assez homogène. C’est ce qui sous-tend tout le reste », poursuit Olivier Bertrand.

Expérience reproductible ?

L’expérience peut-elle en inspirer d’autres ? « Ce qui se passe à Grenoble n’est pas transposable en tant que tel. C’est le fruit de plusieurs années de mobilisation citoyenne sur différents thèmes : c’est en actes sur le terrain et non sur des communiqués de presse de parti que cette victoire s’est construite », dit Raymond Avrillier, fin connaisseur de la politique locale et grand ouvrier de cette construction collective.

Dans cette approche qui remet en cause une logique du tout-parti, Elisa Martin voit cependant une méthode qui peut servir de modèle : « Cela marche parce qu’on s’est choisi humainement et en accord sur des valeurs. La clé reste la mobilisation collective et citoyenne. Tout cela montre aussi que le système d’étiquette, de la bonne étiquette, ne marche plus ».

Olivier Bertrand compte, lui, sur un effet de contagion : « (...) On essaye de prolonger la dynamique. Tout le monde a eu envie d’être Grenoblois, il faut jouer sur cet enthousiasme communicatif. Ce n’est peut-être pas reproductible au niveau national actuellement, mais on peut avancer par cercles concentriques ».

En l’occurrence, le territoire départemental semble touché par le virus. Sur un schéma presque identique, avec Nouvelle Donne comme nouvelle composante d’un mouvement, et avec une évolution sémantique significative : gauche et écologistes n’apparaissent plus qu’en sous-titre dans le nom officiel de la liste. C’est sous la bannière officielle du « Rassemblement des citoyens » que 23 candidats se sont présentés dans les cantons de l’Isère.

Remettre le citoyen au cœur du projet politique

Ainsi se construit l’alternance politique (« et non l’alternative gauchiste », selon la formule répétée à l’unisson par le groupe grenoblois) : sur « un dépassement de la latéralité gauche/droite » comme l’appelle Alain Dontaine, qui s’inspire de Podemos. Un dépassement qui doit permettre de remettre le citoyen au cœur du projet politique.

Ce sont les prochains objectifs de l’équipe municipale : les conseils citoyens indépendants à partir de mars, les formations de citoyens à la construction d’un budget municipal en vue des budgets participatifs prévus pour l’année prochaine, les chantiers de la culture pour attribuer collégialement et en toute transparence, à compter du mois prochain, des subventions dans le secteur culturel, le droit d’interpellation citoyenne qui vise à permettre la mise à l’agenda du conseil municipal tout sujet qui aurait recueilli 2500 signatures…

Autant d’outils de gouvernance pour la suite de la mandature : « Il faut libérer l’énergie des habitants », estime Elisa Martin. La co-construction et l’implication des citoyens se veulent le pilier de la philosophie politique que bâtit patiemment l’équipe grenobloise.

Idéaux et réalité

L’expérience grenobloise n’est rien d’autre, au fond, que le classique problème politique posé à ceux qui veulent la changer : jusqu’où accepter le cadre contraignant du réel sans trahir l’éthique du projet ? A quel moment la pratique concrète corrompt-elle l’idéal programmatique ? Quand la gestion prend-elle le pas sur l’ambition ? Où le compromis devient-il compromission ?

En Tunisie, le phosphate a saccagé la nature du golfe de Gabès Clément Barraud (Reporterre) Reporterre 2015/03/27 Clément Barraud (Reporterre) (27 mars 2015) En Tunisie, le phosphate a saccagé la nature du golfe de Gabès. Reporterre. Reportage — Monde fr

En Tunisie, le phosphate a saccagé la nature du golfe de Gabès

Située sur la côte est du pays, Gabès subit depuis trente ans une pollution rampante au phosphate. Oasis asséché, mer polluée, développement de maladies… En cause, l’activité industrielle du Groupe Chimique Tunisien (GCT), qui produit de l’acide phosphorique.

- Gabès, reportage

Une plage de sable fin, des palmiers en abondance, une nature généreuse… Ce paysage de carte postale, la ville de Gabès, à 400 km au sud de Tunis, l’a connu jusque dans les années 1960. « Gabès n’avait pas son pareil, on pouvait trouver de l’ombre un peu partout, la ville était entourée par l’oasis », relate Sami Badrouchi, membre de l’Association de Sauvegarde de l’Oasis de Chenini, qui entoure Gabès.

Une période glorieuse pour les habitants, « un paradis sur terre avant l’arrivée de l’industrie », se rappelle Abdallah Zrelli, président de la branche régionale de l’Association de Protection de la Nature et de l’Environnement. « C’était le seul oasis au monde situé directement en bord de mer ! Le territoire était d’une richesse extraordinaire », insiste-t-il.

À cette époque, la région est très prisée des touristes, notamment libyens. Le gouvernement crée même un train touristique depuis Tunis pour rejoindre Gabès et son oasis.

Le tournant dans l’histoire de la ville se situe au début des années 1970. En 1972 exactement, lorsque l’Etat, dirigé par Habib Bourguiba, crée le Groupe Chimique Tunisien (GCT). L’entreprise est chargée d’exploiter le phosphate, la principale ressource naturelle du pays. Le bassin minier se trouve autour de Gafsa (au nord-ouest de Gabès), où est récolté le minerai, avant d’être acheminé par train vers la région côtière.

Trois pôles sont créés, à Gabès, Skhira et Sfax. Le pôle principal, à Ghannouche (banlieue de Gabès), vise notamment à transformer le phosphate pour produire de l’acide phosphorique. D’autres unités industrielles (cimenterie, agroalimentaire, manufacture) sont également implantées autour de la ville.

Une manne financière

Dans la Tunisie des années Bourguiba puis Ben Ali, l’exploitation du phosphate est un secteur clé de l’économie du pays. Aujourd’hui encore, cette activité génère plus de 4 300 emplois directs, représentant 3 % du PIB et 10 % de l’exportation. Le GCT est un poids lourd contre lequel il est impossible de lutter.

« Avant la Révolution, il n’y avait aucune association de protection de l’environnement. On n’avait aucun moyen d’agir, il n’y avait pas d’informations sur le sujet », déplore Sami Badrouchi. Une opacité favorisée par le régime autoritaire et corrompu de Ben Ali.

Après la chute du dictateur, la société civile s’empare d’un certain nombre de sujets, dont l’environnement. « À partir de la Révolution, la pollution a cessé d’être un sujet tabou que l’on ne sortait qu’au moment des élections », explique Abdallah Zrelli. L’impact de l’activité industrielle est de toute façon trop visible pour cacher plus longtemps la réalité de la situation. Les associations locales se mobilisent pour informer la population sur le « problème du phosphate ». Ou plutôt les problèmes, tant les conséquences sont nombreuses.

Autrefois verdoyant, l’oasis de Gabès n’est plus que l’ombre de lui-même. La faute à l’accaparement de l’eau par l’usine chimique, selon Sami Badrouchi. « Le groupe chimique pompe une très grande partie de l’eau présente dans les nappes, sans la renouveler. Sur la zone voisine de Ras el Oued, on comptait auparavant 400 sources naturelles. Aujourd’hui, on est obligé de pomper l’eau… À cause de cela, l’activité agricole n’est plus rentable ». En manque d’eau, le territoire souffre également d’une pollution considérable due à l’activité industrielle.

Des boues radioactives

La production d’acide phosphorique génère un déchet, nommé phosphogypse, composé notamment d’uranium, de plomb, de polonium et de radium. Pour une tonne d’acide phosphorique, 5,1 tonnes de phosphogypse sont rejetées. Ces déchets radioactifs sont stockés à l’air libre à Sfax et Skhira, sous forme de terrils plus ou moins bien protégés. A Gabès, en revanche, le phosphogypse est entièrement déversé dans le golfe par un canal à ciel ouvert. Mélangé à de l’eau de mer, il forme des « boues gypseuses ».

La ville portuaire est touchée de plein fouet par ces rejets. Mohamed Ali Daymi, qui est ingénieur et suit de très près la question, décrit la situation : « La décharge est située précisément entre les ports de commerce et de pêche de Gabès… ».

Les chiffres recensés jusqu’à présent donnent le vertige. L’usine de Ghannouche déverse chaque jour environ 42 000 m3 de ces boues dans la mer, soit 12 500 tonnes de phosphogypse sec. Selon Samir Jomaa, de l’Université de Carthage, « on estime que 135 millions de tonnes de phosphogypse sec ont été rejetées sur les côtes du Golfe durant les trente dernières années ».

La baignade est interdite et de nombreuses espèces de poissons ont disparu. On n’en compte plus que sept actuellement, contre plusieurs dizaines dans les années 1960. Les pêcheurs, inquiets de voir leur activité réduite à peau de chagrin, ont manifesté la semaine dernière dans les rues de la ville. Les autorités ont répondu par des tirs de gaz lacrymogène et plusieurs interpellations.

Les habitants de Gabès ne sont évidemment pas épargnés par le fléau. Les conséquences sur la santé sont préoccupantes. Ici, on ne compte plus les personnes atteintes d’un cancer, surnommé « la mauvaise maladie ».

Pourtant, aucune étude précise n’a été menée jusqu’à présent. « Une association des agents de santé de l’hôpital a demandé un registre des maladies recensées sur Gabès, mais cela n’a pas encore été mis en œuvre », déplore Sami Badrouchi.

La plupart des malades partent à Sfax ou à Tunis pour se faire soigner, ce qui rend difficile le lancement d’une telle étude. D’autres maladies, comme l’ostéofluorose, liée à l’importante concentration de fluor, ont également vu le jour dans la région. À cela s’ajoutent la pollution atmosphérique ou les mauvaises odeurs à proximité du site…

Vers un arrêt des rejets en mer

Après des années de silence, le Groupe chimique tunisien, qui fait face aux pressions de la société civile, semble réagir. Une cellule de veille, composée de responsables du GCT et de membres d’associations, est chargée d’étudier les projets du groupe. L’entreprise envisage notamment plusieurs mesures pour réduire son impact environnemental.

La plus emblématique serait l’abandon des rejets de phosphogypse en pleine mer. À la place, une décharge implantée sur le continent pourrait voir le jour. Elle serait dotée d’une « géo-membrane destinée à protéger les eaux souterraines contre les infiltrations », selon le groupe.

Trois sites sont pressentis pour accueillir ce futur terril, situés entre 20 et 40 km de l’usine. L’installation nécessiterait le transport des boues gypseuses sur plusieurs dizaines de kilomètres, via le plus long pipeline de phosphogypse du monde… Le montant serait de 400 millions d’euros. Pour l’un des sites proposés, à El Malah (à 20 km de Gabès), les habitants ont déjà clairement exprimé leur refus.

Si l’arrêt de la production de phosphate est pour l’instant peu envisageable, le cœur du problème est d’ordre économique, selon Mohamed Ali Daymi. « Avec 23,7 % de chômage dans le gouvernorat de Gabès, dont 40,2 % pour les jeunes diplômés, il faut mettre en œuvre une économie alternative pour sortir de l’emprise du phosphate. Si l’on installe des systèmes de dépollution, d’ingénierie de l’eau, etc., on permettra à des gens qualifiés d’avoir du travail et de contribuer à éradiquer la pollution » [Voir les recommandations du Forum de l’environnement à Monastir].

Le seul moyen, selon lui, de redonner de l’espoir à la population : « Le niveau de bien-être est négatif ici, les gens souffrent. Ils veulent juste vivre ».

L’agriculture paysanne expliquée aux urbains Envie de paysans Reporterre 2015/03/27 Envie de paysans (27 mars 2015) L’agriculture paysanne expliquée aux urbains. Reporterre. Agriculture fr

L’agriculture paysanne expliquée aux urbains

« Un jour, dans une soirée, une copine m’a présenté un paysan. »

C’est ainsi que le personnage principal de cette BD, une citadine sensible aux enjeux environnementaux, rencontre un paysan de la Confédération paysanne, Michel. Elle est déçue car il n’a pas de moustache…

Cette BD, illustrée par Claire Robert, développée sur un ton humoristique présente de façon simple et pédagogique l’agriculture paysanne et ses six thèmes : autonomie, répartition, travail avec la nature, développement local, qualité des produits et transmissibilité des fermes.

La BD retrace l’expérience des parents de Michel qui à travers la rencontre de nombreux paysans de la Conf’ essaient de reprendre la main sur leur mode de production et sur le sens de leur métier.

L’agriculture paysanne est une approche développée par les paysans de la Confédération paysanne et de la FADEAR pour permettre à des paysans nombreux de vivre de leur métier de façon durable et de produire pour nourrir leurs concitoyens et non produire pour produire.

Pour en savoir plus sur l’agriculture paysanne, rendez-vous sur Agriculture paysanne.org

- Pour télécharger la BD, c’est ici

La chronique de Reporterre sur Radio Nova - Comment faire dire ce qu’on veut aux résultats électoraux Reporterre sur Radio Nova Reporterre 2015/03/27 Reporterre sur Radio Nova (27 mars 2015) La chronique de Reporterre sur Radio Nova - Comment faire dire ce qu’on veut aux résultats électoraux. Reporterre. Politique fr

La chronique de Reporterre sur Radio Nova - Comment faire dire ce qu’on veut aux résultats électoraux

- Jeudi 26 mars 2015

- Ecouter ici la chronique de Reporterre, par Barnabé Binctin :

La chronique de Reporterre, tous les jeudi à 18 h 10 sur Radio Nova, dans l’émission « 2h1/4 avant la fin du monde », animée par Marie Misset et Armel Hemme.

« L’occasion de faire le point sur les combats et débats quotidiens de l’écologie ».

A écouter sur... et bien voici la carte des fréquences, selon le lieu où vous habitez.

Des agriculteurs productivistes empêchent une manifestation pacifique contre les pesticides François Veillerette Reporterre 2015/03/28 François Veillerette (28 mars 2015) Des agriculteurs productivistes empêchent une manifestation pacifique contre les pesticides. Reporterre. Tribune — Pesticides fr

Des agriculteurs productivistes empêchent une manifestation pacifique contre les pesticides

En Corrèze, les citoyens victimes des pesticides répandus massivement sur les pommiers ont subi les menaces d’agriculteurs : la manifestation pacifique de ce dimanche est de ce fait interdite. « Les tenants de l’agriculture chimique se sentent-ils au-dessus des lois ? »

En 2015, la Semaine pour les alternatives aux pesticides fête ses 10 ans. L’événement rassemble cette année encore, du 20 au 30 mars, des centaines d’associations, locales, régionales ou nationales en France et dans une vingtaine d’autres pays en Europe, en Amérique Latine ou encore en Afrique.

Le principe de cette Semaine est simple : informer sur les dangers sanitaires et environnementaux des pesticides, mais surtout démontrer qu’on peut se passer de ces toxiques, aussi bien en agriculture que dans la gestion des espaces verts, dans les jardins ou maisons des particuliers. Pour ce faire, elle met en avant les alternatives existantes à travers conférences, ateliers pédagogiques, visites de fermes, projection/débats, marches… Ces manifestations toujours pacifiques et bon enfant, réunissent chaque année des dizaines de milliers de personnes.

Une de ces manifestations était prévue ce 29 mars à Allassac, en Corrèze. En pleine zone pommicole, celle de la golden du Limousin. Les résidents des lieux sont en effet particulièrement motivés pour se mobiliser pour promouvoir les alternatives aux pesticides.

Alors que le nombre de traitements phytosanitaires des pommiers est en moyenne en France de 36, en Limousin, région sous influence océanique et donc assez humide, la pomme golden, sensible aux maladies, subit plus de 40 traitements avant d’atteindre les étalages. Dans une région rurale où les vergers sont fortement imbriqués dans l’habitat dispersé, on imagine ce que doivent subir les habitants !

Les familles sont directement exposées aux pulvérisations de pesticides, principalement entre avril et juillet. Adieu les barbecues dans le jardin, les siestes à l’ombre et les jeux des enfants quand les pulvérisateurs déversent un nuage de pesticides depuis les vergers voisins.

Menaces

Alors ces populations ont décidé de protester contre cette pollution dont elles savent qu’elle peut être dangereuse pour leur santé et celle de leurs enfants. Il y a 10 ans, une association a été créée pour répondre aux attentes locales : Allassac ONGF (Œuvrons pour la nature et les générations futures).

Cette année, pour la Semaine pour les alternatives aux pesticides, les membres de l’association et son fondateur Fabrice Micouraud - associés à d’autres partenaires - avaient prévu d’organiser un événement festif ainsi qu’une marche à Allassac, de déambulation champêtre entre les parcelles de pommiers en guise de protestation familiale et pacifique contre les pesticides, avec stands et casse-croûte au retour au bourg.

Mais malgré les intentions pacifiques des organisateurs, les choses ont tourné au vinaigre. Fabrice Micouraud a dû subir des menaces explicites, devant ses enfants. Ces menaces, Fabrice en a l’habitude depuis des années, mais cette fois-ci elles se sont faites plus précises et ont été accompagnées de menaces sur l’évènement prévu le 29 mars.

Les autorités ont en effet prévenu Fabrice : des dizaines voire des centaines d’agriculteurs pourraient venir perturber la marche prévue. Des responsables agricoles ont dû reconnaître la réalité de cette menace lors d’une réunion avec le sous-préfet. Nos amis d’Allassac ont dû se résoudre, la mort dans l’âme, à annuler eux-mêmes la manifestation ce jeudi. Il n’y aura donc pas de manifestation pacifique anti-pesticides, à cause des menaces et pressions exercées par certains agriculteurs extrémistes.

Au-dessus des lois ?

Déjà, quelques jours auparavant, une autre manifestation de la Semaine pour les alternatives aux pesticides avait été mise sous pression dans le Bordelais : des producteurs menaçaient de venir perturber une réunion publique. Le renfort de viticulteurs bios pour épauler les organisateurs face aux viticulteurs pro-pesticides a suffi à ramener le calme.

Ces menaces de violences à l’encontre d’écologistes pacifiques sont intolérables. Elles ne sont pas sans évoquer ces groupes d’agriculteurs de la région de Sivens érigés en véritables milices rurales contrôlant les allers et venues sur les routes conduisant au site du projet de barrage.

Les tenants de l’agriculture intensive chimique, désinhibés par les discours décomplexés de Xavier Beulin ouvertement pro-pesticides et productiviste, se sentent-ils tellement au-dessus des lois qu’ils pensent normal d’interdire les manifestations d’opinions contraires aux leurs ?

Il est vrai que les récentes manifestations agricoles et leurs cortèges de dégradations jamais facturées et encore moins punies pourraient leur laisser penser qu’ils sont au-dessus des lois. Il est urgent que le gouvernement leur rappelle qu’en République, c’est la loi qui prévaut, pas la force.

A moins, bien sûr, que cette intimidation des écologistes manifestant pour leur santé et leur environnement, n’arrange ce gouvernement, par ailleurs si faible face à la FNSEA !

Le changement d’heure ne sert à rien Philippe François Reporterre 2015/03/28 Philippe François (28 mars 2015) Le changement d’heure ne sert à rien. Reporterre. Tribune — Quotidien fr

Le changement d’heure ne sert à rien

Un rapport sénatorial d’il y a presque vingt ans... mais toujours aussi actuel. En 1996, le sénateur Philippe François menait une analyse serrée du système de changement d’heure deux fois par an. Voici la conclusion de son rapport.

Il ressort de l’ensemble de cette étude que les avantages annoncés ou attendus du changement semestriel de l’heure ne sont pas suffisamment importants pour compenser les inconvénients ressentis par les populations.

En conséquence, la logique conduit à souhaiter l’abandon de ce dispositif artificiel et de revenir à un déroulement plus naturel du temps.

Le choix de la Délégation pour l’Union européenne se porterait sur le maintien de l’heure GMT + 1 durant toute l’année, qui présente l’avantage d’être conciliable avec l’horaire global européen et de limiter le décalage des activités sur l’heure solaire.

Il autorise en outre chaque Etat membre à choisir, au sein de l’Union, le dispositif horaire préféré sur le plan national en n’occasionnant aucune modification perturbante : ce choix n’entraîne pas la création d’un nouveau « fuseau horaire » pour la France et le fait de ne pas modifier l’heure française en été ne constituera pas de difficulté supplémentaire dès lors que le dispositif actuellement en vigueur oblige de toute façon à modifier les horaires de transports et de communication dans toute l’Europe au moment des changements d’heure.

Si le souci d’économiser l’énergie et le souhait de favoriser les loisirs devaient être maintenus, une solution plus respectueuse des modes de vie pourrait être trouvée dans l’instauration d’horaires d’été, plus souples et mieux adaptés aux contraintes locales que l’heure d’été actuelle. Cette idée, déjà développée en 1915, conduirait ainsi à décaler les horaires des écoles, des administrations ou des entreprises, en fonction de leurs besoins, de leurs contraintes et de leur situation géographique par rapport au soleil. Cette solution aurait pour avantage de cesser de manipuler les données naturelles de la vie, dont on connaît désormais l’importance et les conséquences qu’elles peuvent avoir en termes de santé publique.

Chronique du jardin sans pétrole - Du grand bonheur de nommer les fleurs Christine Laurent (Reporterre) Reporterre 2015/03/28 Christine Laurent (Reporterre) (28 mars 2015) Chronique du jardin sans pétrole - Du grand bonheur de nommer les fleurs. Reporterre. Jardin sans pétrole fr

Chronique du jardin sans pétrole - Du grand bonheur de nommer les fleurs

Avec le printemps, les fleurs font leur triomphale apparition. Dans les bois, on croise jonquilles sauvages, violettes ou anémones.

Nous arrivons du RER les sacoches remplies de tout ce qu’il faut pour être en autonomie le week-end, contents d’échapper un peu au pic de pollution. Quelle galère tout de même avec l’ascenseur à nouveau en panne à la gare d’Austerlitz !

Le printemps s’installe enfin. A Paris, les jonquilles sont en fleurs partout depuis déjà deux semaines, mais au jardin, elles ne fleurissent que maintenant, donnant avec la floraison de la véronique, le signal du réveil de notre jardin. Dans le brouhaha des piaillements d’oiseaux, je distingue le rire moqueur du pic noir et les variations joyeuses du pinson des arbres.

Nommer les plantes

Quelques radis pointent à l’abri dans le châssis en bois, mais rien du côté des fèves, des pois et des épinards. Il va falloir patienter encore et arroser, car de la semaine il n’est pas tombé une goutte de pluie ! Les nuages gris anthracite qui passent au-dessus de nos têtes ne semblent pas tentés de se déverser sur nos têtes. Tant mieux !

En revanche, ils avivent un méchant vent nord-est qui nous fait fuir du jardin. Ce vent est un problème à chaque début de printemps. Il s’engouffre par le chemin qui mène au jardin, entre le bois et la haie de thuyas et fait tourbillonner paillis et copeaux, découvrant le sol avant de l’assécher. Le phénomène est d’autant plus gênant que la pente naturelle du terrain descend légèrement du sud-ouest vers le nord-est.

Dans le bois où nous sommes partis faire un tour, nous découvrons des jonquilles sauvages et un peu plus loin, sur un tapis de lierre, des violettes et des anémones des bois. Quel plaisir de pouvoir au fil des années nommer les plantes. Nous profitons de cette escapade pour ramasser des pissenlits très tendres pour le dîner.

De retour au jardin, je m’attèle au nettoyage des derniers fraisiers, laissé en plan il y deux semaines et des pieds de framboisiers à nouveau envahis par le trèfle. A tout ce monde, je distribue des pelletées de compost.

L’« or vert »

Pendant ce temps, Jean-Marie s’occupe des tas du précieux « or vert ». Nous en avons deux en cours de maturation, mais dans l’un nous n’avons sans doute pas mélangé assez de paille ou de feuilles avec le fumier de cheval car il frise l’anaérobie (absence d’oxygène).

Nous décidons de le sortir entièrement du bac, d’en faire un tas en forme de tunnel que nous recouvrons de carton afin de le laisser s’aérer et s’égoutter tranquillement. Une prochaine fois, nous le remettrons dans le bac en ajoutant si besoin des végétaux. Avec un peu de soin, nous l’aurons à disposition au début de l’été pour nourrir les légumes exigeants comme les courges, les concombres, les courgettes, les tomates, les piments, les poireaux….

Nous en avons suffisamment pour poursuivre nos plantations et cette semaine nous repartons après avoir ajouté à côté des pois gourmands, une rangée de carottes, des rouges et nantaises, et une autre d’arroche rouge. A défaut d’épinard, l’ancêtre sauvage fera l’affaire !

Pillage au Sarahoui, forêts en Afrique, mines au Pérou - le voyage du FSM Clément Barraud, Hervé Kempf et Isabelle Rimbert (Reporterre) Reporterre 2015/03/28 Clément Barraud, Hervé Kempf et Isabelle Rimbert (Reporterre) (28 mars 2015) Pillage au Sarahoui, forêts en Afrique, mines au Pérou - le voyage du FSM. Reporterre. Reportage — Mines et Gaz de schiste fr

Pillage au Sarahoui, forêts en Afrique, mines au Pérou - le voyage du FSM

Peu de pluie, vendredi, au Forum social mondial de Tunis, mais un vent à décorner les boeufs ! Ce qui n’a pas empêché les milles réunions de se poursuivre ardemment - du moins quand on arrivait à trouver les salles où elles ont lieu, les localisations dans le très grand campus de l’université El Manar étant des plus incertaines...

En ce qui concerne l’environnement, les pérégrinations des reporters les ont focalisé ce jour sur la question des ressources naturelles.

Le pillage des ressources naturelles du Sahara occidental, par le Maroc... et par Total

Dans le conflit qui les oppose au Maroc sur la reconnaissance du Sahara occidental, les Sahraouis doivent faire face à l’accaparement de leurs terres pour l’exploitation des ressources naturelles. Depuis 1975 et la fin de la présence espagnole, le Maroc et un certain nombre de multinationales lorgnent sur la richesse des sols du Sahara occidental. Pour la délégation sahraouie présente à Tunis, « le Maroc n’a pas le droit de s’approprier les ressources car c’est une zone qui est en partie sous contrôle des Nations Unies. L’occupation n’est pas seulement pour lui un moyen d’étendre son territoire, mais aussi de prendre le contrôle du pétrole, du gaz, du phosphate ».

Le Sahara occidental possède en effet de quoi aiguiser l’appétit de compagnies marocaines ou étrangères. « À 110 km de la capitale, Laâyoune, la ville de Boukraa abrite une importante mine de phosphate, qui représente 10 % de la production mondiale », expliquent-ils. Un trésor que des compagnies occidentales, comme le groupe canadien Potash Corporation, n’hésitent pas à exploiter, pour le plus grand plaisir du Maroc. En 2014, le Royaume a acheté à la compagnie pas moins de 7 000 tonnes de phosphate.

Autre ressource convoitée : le gaz. La première compagnie à s’y intéresser est Total, qui a débuté les explorations en 2000, dans le cadre d’un accord passé avec l’Etat marocain. Mais un rapport des Nations Unies de 2001 affirme que l’exploitation est illégale, puisque le Maroc n’a pas consulté les habitants au préalable.

Au fil des années, la pression s’intensifie sur les Sahraouis. C’est l’ensemble de leur environnement qui est menacé. « Même le sable est exploité ! Il est envoyé au Portugal ou aux îles Canaries… Bref, nous avons des terres extrêmement riches, mais absolument rien ne nous revient ».

Le gaz de schiste en Algérie... toujours !

La discussion sur le gaz de schiste en Algérie a été une des grandes affaires du Forum. On vous a raconté hier la vive discussion qui avait eu lieu dans un atelier organisé par des pro-gaz de schiste avec... la compagnie pétrolière algérienne Sonatrach. Un atelier qui a suscité des protestations auprès des organisateurs du Forum : comment avoir accepté de tels partenaires, alors qu’un mouvement de protestation populaire secoue le sud de l’Algérie contre les projets de gaz de schiste ?

Vendredi, en tout cas, le sujet était la grande préoccupation des Algériens présents au Forum. Un autre atelier s’est tenu pour reparler de cette lutte. Reporterre n’a pu le suivre intégralement, mais voici en substance ce qu’a dit un représentant du Comité des chômeurs de Lhagouat, au nord du désert.

Le gouvernement algérien se moque du peuple : son chef aurait dit que les produits chimiques utilisés pour la fracturation hydraulique sont les mêmes que ceux utilisées pour fabriquer les couches de bébé. En fait, l’affaire du gaz de schiste est une nouvelle forme de colonialisme, utilisant les traités internationaux pour favoriser les multinationales, le gouvernement soutenant celles-ci. "Le régime algérien représente les intérêts des compagnies Schlumberger, Halliburton, Total". Les militants dans le sud sont pacifistes, ils ne croient pas à la violence, mais ils sont accusés de terrorisme dès qu’ils manifestent.

Au Togo et au Gabon, des associations se battent contre la déforestation

En Afrique, la déforestation touche de plus en plus de régions. Dans plusieurs pays, la diminution des forêts est un sujet préoccupant pour la société civile, qui s’inquiète du peu d’actions menées par les Etats pour endiguer le phénomène. Au Togo, par exemple, « des actions de reboisement ont été menées entre 1960 et 1990, mais depuis, plus rien, déplore Esso Pedessi, membre de l’association togolaise Jeunes Verts. Dans le sud, une localité subit des inondations depuis 2010, directement dues à la perte de la couverture végétale. De nombreux habitants ont quitté le territoire, 400 maisons ont été emportées par l’eau ! » . Avec d’autres associations, les Jeunes Verts tentent de reboiser des zones avec l’aide des populations locales. « Notre objectif est de travailler en relation directe avec les paysans, les femmes qui sont très présentes dans les activités agricoles ».

La présence de multinationales sur le continent africain n’arrange rien. Au Gabon, ATTAC et d’autres organisations tentent également de préserver le pays des conséquences de la perte des forêts. Créée en 2009 mais toujours pas reconnue officiellement, la section gabonaise d’ATTAC comprend une cinquantaine de membres actifs, et milite principalement sur les questions environnementales. « Notre gouvernement met en avant son engagement pour l’environnement, mais ce n’est que de la communication, tout le monde le sait », explique Julien Nkolo, militant d’ATTAC. Avec d’autres associations, nous conduisons des actions de reboisement avec nos moyens, qui sont malheureusement limités. Mais la société civile est de plus en plus active ».

Au Pérou, la bataille contre les mines

Marco Zeisser Polatsik est porte-parole de l’association Cooper Accion, au Pérou. Il vit près de Cusco, dans le sud du pays. Le sous-sol en est très riche, en or et en cuivre, mais aussi en zinc, argent, molybdène. Et si les cours des matières premières, qui ont baissé depuis deux ans, freinent un peu l’ardeur des compagnies minières, de nombreux projets sont encore dans les cartons. Avec, à la clé, des dégâts environnementaux et les violations des droits des communautés indigènes.

Par exemple, Marco travaille dans une région de montagne, près de Cusco, où les mines se trouvent à 4 000 mètres d’altitude, sur la partie haute des bassins versants. Leurs rejets polluent la partie basse de la vallée, qui sont cultivées. L’opposition aux mines est soit frontale - refus pur et simple -, soit de coexistence : il s’agit alors d’obtenir un contrôle de la pollution, des emplois pour les locaux, une juste rétribution pour l’achat des terres, des retombées financières pour les communautés. Autant de points qui exigent d’âpres batailles.

La conflictualité ne cesse d’augmenter : au Pérou, explique Marco Zeisser, il y a un Défenseur des droits qui établit un rapport mensuel sur les conflits dans le pays : il en relevait environ 180 il y a quelques années, on en est à 240, et 70 % se déroulent dans les zones d’activité minière.

Peut-on exercer le pouvoir sans trahir ?

La jeunesse contre le reste du monde ? Ou plus précisément : « Anciens et nouveaux mouvements, quelle alternative dessiner ensemble ». C’était le thème débattu vendredi soir au théâtre du Colysée à Tunis, autour sept intervenants. Des « plus vraiment jeunes », de leur propre avis, ni vraiment représentatifs de la nouvelle génération de contestataires.

Pour Kamal Lhabib, du Forum des alternatives au Maroc, « les mouvements contestataires émergent d’une base locale sur des combats concrets, et ont en commun une défiance vis à vis de la bureaucratie, de l’Etat et de la démocratie représentative. Ils réinventent le système de l’agora, se réunissent en AG informelles. Nombreux sont les porteurs de revendications qui ont une réelle aversion du pouvoir. »

S’y ajoute une remise en cause des partis politiques traditionnels. Comme le Parti des travailleurs au Brésil, qui a accédé au pouvoir sans changer vraiment la donne, déplore Candido Grzybowski, l’un des co-fondateurs du FSM : « Même une nouvelle Constitution ne change pas l’Etat, ni la police d’ailleurs. Il faut que ceux qui accèdent au pouvoir ne soient pas mangés par lui ».

En Tunisie, dit Lhabib, la révolution a laissé la place « soit au parti islamiste, soit à d’anciens détenteurs du pouvoir », mais « n’a pas laissé la place aux jeunes ». Et il poursuit : « La prise de pouvoir quand on veut changer le système et l’Etat est en soi une contradiction. Comment sortir de ce blocage ? »

En espérant, malgré les « désillusions démocratiques », un nouveau souffle comme celui porté par le parti désormais au pouvoir en Grèce ? « L’expérience de Syriza pose en effet la question du pouvoir, dit Stelios Kouloglou député européen de Syriza. On a contre nous toutes les forces de la société internationale, qui use de méthodes similaires à celles qu’ont utilisé les Etats-Unis au Chili contre Salvador Allende : faire pleurer l’économie. Mais nous avons le soutien sans précédent du peuple. Si on garde ce soutien, on a une chance de réussir. »

Le défi majeur, selon lui : « Maintenir des mouvements d’opposition, et leur permettre une représentation politique capable de vraiment faire changer les choses ».

L’Américaine Cindy Wiesner, de la coalition Grassroots global justice, estime, elle, qu’« il y a une désillusion massive par rapport au processus électoral. Il faut transformer l’Etat, afin de réussir l’expérience du pouvoir dans le sens d’un réel changement social. Obama n’est qu’une autre couleur du néolibéralisme. Trouver des ponts entre les anciens et nouveaux mouvements sociaux, c’est ce qu’on essaie de faire. Le capitalisme est si dépendant de l’économie extractive qu’il sait la menace que nous représentons et cherche à nous discréditer. »

Intéressant... mais on n’a pas pu y aller

Justice climatique en Afrique du nord

Comment le gouvernement a truqué les chiffres électoraux au détriment d’EELV Barnabé Binctin et Lucas Mascarello (Reporterre) Reporterre 2015/03/28 Barnabé Binctin et Lucas Mascarello (Reporterre) (28 mars 2015) Comment le gouvernement a truqué les chiffres électoraux au détriment d’EELV. Reporterre. Politique fr

Comment le gouvernement a truqué les chiffres électoraux au détriment d’EELV

La manipulation statistique opérée par le ministère de l’Intérieur n’a pas tenu longtemps : Europe Ecologie Les Verts (EELV) représente bien plus que les 2 % annoncés. Et les alliances avec le Parti de gauche obtiennent de bons résultats. De quoi alimenter le débat stratégique du parti écologiste.

« Aïe aïe aïe… ». La stupeur n’aura duré que quelques minutes, dimanche soir 22 mars, au siège d’EELV. Très rapidement, la soupe à la grimace devant les résultats du premier tour diffusés sur grand écran, a laissé place à la colère contre la présentation fallacieuse par le ministère de l’Intérieur des chiffres des différents partis.

Amorcé en début de semaine, le débat a conclu sans ambiguïté : le score officiel d’EELV, annoncé à 2,03 %, n’a rien à voir avec la réalité.

Voici le véritable bilan comptable d’EELV au premier tour des départementales :

On y constate que quand : - EELV s’est présenté de manière autonome, il a obtenu 9,7 % des suffrages exprimés ; - EELV s’est allié avec le Front de gauche, ils ont obtenu 13,6 % ; - EELV s’est allié avec le PS, ils ont obtenu 27 % ; - EELV s’est allié avec le PS et le PC, ils ont obtenu 30,5 %.

Pourquoi une telle différence entre le résultat officiel et les vrais chiffres ?

L’explication réside dans le changement opéré par la loi du 17 mai 2013, qui transforme les élections cantonales en élections départementales, et modifie leur mode de scrutin, qui est devenu binominal, c’est-à-dire avec deux candidats ensemble et non plus un seul. Comment alors comptabiliser les votes pour les paires de candidats qui ne sont pas du même parti ?

Qu’a fait le ministère de l’Intérieur pour parvenir à 2 % ? Il a rapporté le score des listes autonomes d’EELV à l’ensemble des voix exprimées au niveau national. Ce qui évacue près de deux tiers des candidatures d’EELV qui se sont faites en alliances : sur le millier de canton sur lesquels se présentaient des candidats EELV, seul 337 s’avéraient être des candidatures autonomes. « On utilise un numérateur qui n’a rien à voir avec le dénominateur, cela n’a pas de sens » explique Joël Gombin, chercheur en sciences politique.

Pour lui, la nomenclature du ministère pose problème : « Le nuancier ne permet pas une lecture fine, et majore le score de gros blocs au détriment des sous-ensembles. Il aurait fallu une étiquette par candidats plutôt qu’une étiquette par binôme ».

Car, afin de contourner l’apparente difficulté comptable, le ministère de l’Intérieur a procédé par groupement. Comme l’a pointé Le Monde, près de six désignations différentes ont au total caractérisé les alliances d’EELV, avec les résultats suivants :

L’infographie ci-dessus, réalisée par Reporterre, permet de comprendre le tour de passe-passe opéré par le ministère de l’Intérieur : sur les 395 alliances avec le Front de gauche, 32 seulement ont été in fine comptabilisées sous l’étiquette EELV, soit 8,1%... Cela a permis de « sous-estimer le score du Front de Gauche, effacer le score d’EELV et de rendre invisible les alliances et les rassemblements », selon Éric Coquerel, coordinateur général du Parti de gauche.

Le gouvernement évacue Nouvelle Donne

La manipulation a même été jusqu’à nier l’étiquette à un parti. C’est ce qui est arrivé à Nouvelle Donne, absent de toutes les listes de résultats. Son président, Pierre Larrouturrou, en est scandalisé : « Ces méthodes de voyou ont permis à Manuel Valls de mélanger des chiffres qui n’avaient rien à voir pour dire que tout allait bien. Les électeurs qui ont voté pour Nouvelle Donne n’ont pourtant certainement pas voté pour le Parti socialiste ! ».

Nouvelle Donne, présent dans 31 départements, revendique un score de 5,8 % lorsqu’il est parti sur des listes autonomes, un score qui double presque lorsqu’il s’agit de liste de rassemblement.

Ce parti a décidé de déposer un recours auprès du Tribunal administratif contre le ministère de l’Intérieur : « Nous sommes reconnus comme un parti à parti entière par la Commission des comptes, nous avons une député. Il faut absolument empêcher le même scénario pour les prochaines élections, à savoir les régionales », nous dit Pierre Larrouturrou.

Le PS veut l’éclatement d’EELV

L’intérêt du Parti Socialiste à cette supercherie est double. Elle masque la réalité de son affaiblissement pour le reporter sur ses possibles rivaux : « Balkaniser l’offre alternative au PS permet de faire croire qu’elle n’existe pas, qu’elle n’est pas audible, etc. C’est une condition importante du récit politique qu’essaye de construire Manuel Valls », dit David Cormand, spécialiste des élections à EELV.

Mais il s’agit aussi, dans un contexte de rupture voire de scission au sein d’EELV, de renforcer l’opposition des deux blocs qui semblent s’y dessiner : d’un côté, les partisans de la participation au gouvernement font valoir que les meilleurs résultats des écologistes sont à mettre au crédit des alliances avec le Parti Socialiste. De l’autre, ceux qui tirent vers un rassemblement avec les forces du Front de gauche et de Nouvelle Donne estiment que la dynamique s’est dirigée vers ces listes communes.

En valeur absolue des voix exprimées – en tenant compte du fait que les alliances avec le Front de Gauche étaient trois fois plus nombreuses qu’avec le PS – le score final d’EELV reflète le dilemme face auquel il fait face, comme le démontre le schéma ci-dessous :

Il indique que, sur 1 580 000 voix recueillies par EELV seul ou en alliance, - 33,7 % l’ont été dans une alliance avec le Front de gauche ; - 31,4 % dans une alliance avec le PS ; - 3,3 % dans une alliance avec le PS et le PC ; - 27,5 % dans une candidature autonome.

Pour le second tour, EELV n’a plus grand chose à attendre, avec moins d’une centaine de cantons où il sera présent au second tour demain, et pour la très grande majorité d’entre eux en alliance avec le Parti Socialiste – seules les territoires de Grenoble, Bordeaux et Rouen semblent présenter encore un intérêt.

Après le second tour, entre rumeurs de retour au gouvernement et menace d’une scission d’EELV, le parti écologiste devrait vivre des heures mouvementées. Et d’autant plus que le PS attise le feu : dans un communiqué vendredi, il annonce une rencontre avec les écologistes, dès lundi 30 mars, pour parler « unité de la gauche ».

Climat et Palestine ont conclu le Forum social mondial de Tunis Clément Barraud (Reporterre) Reporterre 2015/03/30 Clément Barraud (Reporterre) (30 mars 2015) Climat et Palestine ont conclu le Forum social mondial de Tunis. Reporterre. Reportage — Monde fr

Climat et Palestine ont conclu le Forum social mondial de Tunis

Le Forum social mondial s’est achevé samedi à Tunis par une grande marche. Parmi les ateliers, une nouvelle réunion de la Coalition climat. Les questions environnementales auront été très présentes dans la réunion du mouvement altermondialiste.

- Tunis, reportage

Le Forum Social Mondial s’est achevé samedi 29 mars sous le soleil. Si les allées de l’université Al Manar étaient plus clairsemées que les autres jours, les ultimes ateliers ont fait le plein.

Climat : se mobiliser pour Paris... et pour après

L’assemblée de convergence sur la coalition climat, notamment, a permis de rappeler l’importance de travailler sur un message commun, « pas seulement pendant la COP21, mais aussi et surtout après », ont insisté les représentants d’associations membres de la coalition.

En 2013, un espace climat avait été créé à l’occasion de la première édition tunisienne du FSM. Cette année, le dispositif a été reconduit avec « l’objectif de faire convergence entre les 17 organisations fondatrices pour que les volontés de changement puissent se réunir », a rappelé un membre de l’institut canadien Polaris. Pour tous, le changement de système est fondamental pour endiguer les dérèglements climatiques : « L’augmentation de la production et l’extractivisme tuent notre planète ».

Geneviève Azam, représentante d’Attac France, s’est réjouie de « la forte présence de la question du climat dans ce FSM. Nous avons besoin de forces immenses pour préparer la conférence de Paris, mais il faudra aussi aller au-delà. Il est très important de montrer que la coalition climat que nous portons n’est pas un cartel d’organisations, qui ne parlent que d’une seule voix. Chaque composante garde une liberté par rapport à son propre message ».

Des petits groupes de travail se sont ensuite formés, pour lancer des pistes de réflexion quant à la mobilisation à venir. Faire intervenir les peuples, encourager la désobéissance civile de masse, aider les petits paysans à garder des surfaces cultivables… Des objectifs divers pour un message d’unité, qu’il faudra porter sur la route de Paris.

Une marche pour la Palestine

Comme en 2013, le FSM s’est terminé par une grande marche de clôture en soutien à la cause palestinienne. Des milliers de personnes ont défilé ensemble dans le centre de Tunis. Parti de la place du 14 janvier 2011, le cortège a remonté l’avenue Mohamed V pour rejoindre l’ambassade de Palestine. Une manifestation bigarrée et décousue, les différentes organisations défilant de manière autonome.

Le drapeau palestinien n’a pas cessé de flotter parmi la foule, qui a scandé de nombreux slogans hostiles à l’occupation israélienne et l’accaparement des terres de Palestine. Chants, danses, concert… Une ambiance de kermesse, mais un message très politique porté tout au long de la journée : « Vive la Palestine libre ».

La promesse d’un autre monde toujours possible

Dans un contexte particulier lié à l’attentat du musée du Bardo le 18 mars, le FSM a réussi à rassembler des milliers de militants du monde entier. Même si des débats houleux, voire des altercations, ont parfois eu lieu (concernant le gaz de schiste en Algérie ou l’indépendance du Sahara), le Forum Social 2015 s’achève avec la promesse toujours présente qu’un autre monde est possible.

Il faut en finir avec le PS Hervé Kempf (Reporterre) Reporterre 2015/03/30 Hervé Kempf (Reporterre) (30 mars 2015) Il faut en finir avec le PS. Reporterre. Édito — Politique fr

Il faut en finir avec le PS

Jusqu’à quand va-t-on parler de « la gauche » à propos du PS ? Jusqu’à quand cette immense tromperie va-t-elle se poursuivre ? Jusqu’à quand va-t-on confondre les électeurs « de gauche » avec le parti vers lequel ils portent leurs voix - de moins en moins, certes - parce qu’évidemment, on ne peut pas voter pour le Front national et pas davantage pour l’UMP ?

Il est temps, alors qu’une fois de plus, le gouvernement présidé par M. Hollande vient de prendre une déculottée électorale et d’ouvrir grandes les portes du pays au binôme Front National-UMP, de mettre un terme au hold-up opéré par les fidèles domestiques du néo-libéralisme sur « le peuple de gauche » - et sur les écologistes. De dire que le PS est devenu l’obstacle au renouveau de la politique, à une transformation écologique de la France et de l’Europe, à un avenir qui ne serait pas celui des matraques et de la chasse aux immigrés.

Est-il besoin de rappeler la politique constamment favorable aux grandes entreprises et aux banques menée par les gouvernements de MM. Ayrault et Valls sous la houlette de François Hollande ? La soumission sans broncher aux diktats d’une Commission présidée maintenant par l’ex-premier ministre du premier paradis fiscal du monde ? Une politique agricole soumise aux intérêts du président d’une multinationale agro-alimentaire, Avril-Sofiproteol ? L’acceptation sans hésiter du traité de libre-échange transatlantique, dit TAFTA ? Un assaut continu contre toutes les normes et règles environnementales ? L’obstination à imposer des grands projets inutiles, à Notre Dame des Landes, à Roybon, à Sivens ? L’usage délibérément violent d’une police contre les mouvements sociaux, et l’homicide d’un jeune militant écologiste ?

Le gouvernement n’est pas de gauche. Le PS n’est pas de gauche. Ce parti est devenu le supplétif du néo-libéralisme. Il est nuisible. Il a passé son temps historique. Il est temps d’en finir avec le PS.

La grande convulsion de l’époque

Notre époque est entrée en convulsion. Elle vit la sortie d’une révolution industrielle qui aura duré trois siècles, qui aura bouleversé le monde, mais dont les apports incontestables à l’humanité s’appuient sur un saccage écologique qui menace la possibilité d’une paix durable. Il s’agit de transformer notre relation à la nature, de combler l’inégalité insupportable qui divise l’humanité, d’apprendre la modération matérielle indispensable pour que neuf milliards d’humains co-existent en bonne entente.

Cette grande transformation forme le fond des choix politiques que nous avons à opérer. Elle est difficile. Et au fond, deux voies seulement s’offrent à nous : la voie écologique, et la voie du refus de la mutation. Il est clair que le PS a choisi cette deuxième voie. Et que l’espoir est du côté de l’écologie.

Malgré leur faiblesse politique, les écologistes représentent l’avenir. Ils doivent faire les bons choix. Qui passent aujourd’hui, en France, sur le plan politique, par la rupture avec le PS.

A Marseille, la cantine populaire de la Belle de Mai affiche complet Pierre Isnard-Dupuy (Reporterre) Reporterre 2015/03/30 Pierre Isnard-Dupuy (Reporterre) (30 mars 2015) A Marseille, la cantine populaire de la Belle de Mai affiche complet. Reporterre. Luttes fr

A Marseille, la cantine populaire de la Belle de Mai affiche complet

Chaque jour, la cantine associative du quartier populaire de la Belle de Mai concocte de bons petits plats grâce à ses deux salariés et ses nombreux bénévoles. Alliant solidarité et écologie, la cantine du midi pratique la cuisine comme un outil de transformation sociale.

- Marseille, correspondance

A l’extérieur, l’association En Chantier affiche son intention, « cuisiner pour provoquer des échanges humains et culturels ». Bienvenue au 36 rue Bernard dans le quartier de la Belle-de-Mai, l’un des plus pauvres de France, dans le troisième arrondissement de Marseille. Le revenu moyen annuel par unité de consommation n’y excède pas 6 300 euros.

En Chantier gère la Cantine du Midi. En semaine on y mange pour une somme modique, huit euros pour un menu complet. Ceux qui cuisinent sont bénévoles à l’exception de Sonia et Cosimo, salariés en contrats aidés qui coordonnent la multitude de projets de l’association. Reporterre s’est immergé dans ce lieu le 17 mars. Comme chaque mardi le service est suivi d’un marché.

Du local à l’échange international

Les produits cuisinés à la cantine sont en majeure partie issus de l’agriculture biologique locale. Le maraîcher qui fournit les légumes vient de la région de Cavaillon et la farine du moulin Saint-Joseph à côté de Salon-de-Provence. Ces produits ont parcouru moins de 80 km avant d’être cuisinés ou revendus ici.

Pour faire vivre l’économie locale et créer des liens dans le quartier, la cantine se fournit également « à pied ». Auprès du poissonnier de la place Cadenat et de la boucherie de la rue Orange. Quelques ingrédients viennent de plus loin. L’huile d’olive, le riz et le fromage d’Italie, et l’équipe souhaite aussi faire venir des produits d’Espagne. Mais pas question de charger des camions.

« On a lancé un covoiturage alimentaire. Ça s’appelle Gnam-Gnam voyageur. L’idée, remplir une voiture dont le trajet est déjà prévu depuis la région où les produits nous intéressent. On achète directement au producteur et on partage les frais du voyage avec le chauffeur. Cela permet un échange entre ces deux personnes », explique Cosimo. Avec une amie skippeuse, il envisage de proposer le service sur des voiliers.

A ceux qui y verraient une contradiction en matière d’écologie, Cosimo répond : « Si l’enjeu est de mettre en avant ce que l’on fait juste pour dire que l’on est green, ça ne m’intéresse pas trop. L’écologie est un moteur important de notre action mais non restrictif. Et puis manger doit rester un plaisir et on a envie de ces produits ».

Cette démarche s’inscrit aussi dans un impératif économique pour garder des prix abordables et pouvoir continuer à s’adresser aux gens du quartier. « L’huile d’olive et le riz produits en Italie sont moins chers », dit Cosimo. Se rencontrer et partager savoir-faire et cultures dans une ambiance conviviale, constituent la priorité de la cantine. Pour Cosimo, originaire de Naples, « si l’on écoute les histoires de chacun en cuisine, c’est plus intéressant que d’ouvrir un manuel de géopolitique ».

Aujourd’hui, c’est Léna qui propose le menu : « Rouleaux de printemps végétariens », brochettes de bœuf vietnamiennes « Bo la lot » ou un plat thaï végétarien et en dessert, « riz gluant au lait de coco et mangue ». Diplômée d’un CAP de cuisine et passionnée de cuisine asiatique, elle a acheté les produits spécifiques à l’épicerie spécialisée du quartier de Noailles.

« Dans la restauration, tu restes derrière la cuisine avec un fonctionnement saoûlant, hiérarchique. Pour être mal payé en plus. Je préfère cuisiner pour avoir un vrai contact avec les gens », confie cette Marseillaise de naissance, sur le retour après avoir « beaucoup bourlingué ». A Sonia, Lyes, Seb, Andrea et Guglielmo elle donne les indications pour mener à bien les recettes du jour.

D’origine kabyle, Lyes vit dans le 18e arrondissement de Paris. Il ne pensait faire que passer mais à l’invitation de Sonia, il s’installe pour couper quelques légumes. « Et ils sont où les Italiens ? D’habitude on est en majorité », s’amusent Andrea et Guglielmo. Sonia est originaire d’Andalousie et Seb de Picardie. Andrea était ingénieur dans le pétrole à Lyon. Il a tout plaqué pour venir s’installer à Marseille et être « en accord avec [ses] valeurs ».

Guglielmo, qui vient de Florence, cherchait « un endroit qui ait de l’allure, où se croisent beaucoup de cultures. J’avais des amis à Marseille et puis j’ai lu Jean-Claude Izzo, le célèbre auteur de polars marseillais. J’avais l’image romantique de la ville en tête ».

Autogestion pour tous

« Anthony » crie Sonia au comptoir avant de s’adresser derrière elle, « un rouleau de printemps sauce soja, s’il vous plaît ». Ici pas de service à table. Anthony et ses amis viennent récupérer leur plat auprès de Sonia. En cuisine comme en salle, les maître-mots sont autogestion et initiatives. Les clients sont priés de disposer eux-mêmes leur table et de venir récupérer leurs assiettes auprès de Sonia.

Elle les accueille et explique le fonctionnement. « Tout le monde peut venir manger et cuisiner ici », affirme-t-elle. La cuisine est ouverte sur la salle et les habitués y viennent claquer la bise à l’équipe. La salle est bondée jusqu’à 14h30, laissant un court répit pour le déjeuner de nos cuisiniers du jour avant le marché.

Solidarité

A 15h30 débute le marché. A un euros le kilo, la foule ne se fait pas attendre pour acheter les mêmes légumes que ceux cuisinés en ce lieu. A ce prix, « on revend parfois à perte. C’est pour que les gens du quartier puissent avoir accès à ce genre de produits. Va leur dire de payer sur un an comme dans une AMAP ! C’est impossible », argumente Cosimo.

Pour rentrer dans ses frais, la cantine se rattrape sur le pain, vendu 2,5 euros le kilo. « On ne l’achète pas, on troque avec le boulanger en échange de services », assure Cosimo. D’autres produits comme la mâche ou l’ail, sont vendus 4 ou 5 euros le kilo. Autour des cageots on échange sur l’art d’accommoder topinambour et courge. Chacun fait ses emplettes et se présente à Andrea pour la pesée avant de payer.

Chez elle et hors-les-murs, En Chantier exprime sa solidarité. D’autres associations peuvent venir cuisiner au 36 rue Bernard. Le lundi, ce sont les femmes de Mots-à-mots qui font à manger et les bénéfices permettent à des femmes de financer leur permis de conduire.

Régulièrement l’association sort pour soutenir. Le 13 mars l’équipe assurait la restauration de la soirée en faveur du mensuel régional Le Ravi, organisée aux Docks des Suds. Elle organise également des ateliers de cuisine. Avec Emmaüs Saint-Marcel, elle propose un atelier régulier à destination des compagnons et des habitants du quartier avec le même objectif, « transmettre le plaisir de cuisiner et de manger » rappelle Cosimo.

Préservation des terres agricoles et autonomie

Sonia, Cosimo et la quinzaine de bénévoles du noyau dur ne s’arrêtent jamais de proposer de nouveaux projets. Avec la cantine de la Casa Consolat, autre lieu associatif du quartier des Réformés, ils projettent de cultiver eux-mêmes pour s’approvisionner. « Terre en vue » se définit comme « un groupe de recherche-action en maraîchage collectif » qui souhaite « reprendre en main la production de nos nourritures, apprendre ensemble, créer des espaces d’autonomie et d’émancipation, mettre en culture des terrains publics, empêcher qu’ils ne disparaissent sous le béton ».

Avec le printemps, le collectif s’apprête à mettre en culture deux terrains dans les quartiers nord de Marseille. Sonia s’enthousiasme, « c’est un projet qui se base sur une réflexion pour gagner en autonomie pour nous qui vivons en ville. On n’est pas obligé d’aller à la campagne pour trouver d’autres façons de vivre et de consommer ».

Les villes de France en chemin vers le zéro phyto Lorène Lavocat (Reporterre) Reporterre 2015/03/30 Lorène Lavocat (Reporterre) (30 mars 2015) Les villes de France en chemin vers le zéro phyto. Reporterre. Pesticides fr

Les villes de France en chemin vers le zéro phyto

Bonne nouvelle, nos villes et villages devront se passer de pesticides d’ici à 2016. Mais plusieurs collectivités se sont déjà lancées dans l’aventure... et démontrent que les produits phytosanitaires ne sont pas nécessaires.

- Versailles, reportage

A première vue, aucune différence : les abords de la gare de Versailles n’ont rien d’exceptionnel. Pourtant, la ville de Louis XIV figure parmi les pionnières du Zéro-phyto. Le paradis des abeilles ressemble donc à cela ?

Après quelques instants d’observation, les intrus se révèlent. Le long des trottoirs, de la mousse, des herbes folles et des pousses de pissenlit se faufilent à travers le béton. Plus loin, un agent des espaces verts examine les massifs armé d’une binette... plutôt que d’un pulvérisateur.

Malgré la grisaille hivernale, des narcisses déploient leurs pétales jaunes au milieu des avenues. Au pied des arbres ou autour des massifs, copeaux de bois et broyat végétal recouvrent la terre, freinant ainsi la croissance des plantes invasives et l’évaporation.

Depuis 2005, la ville de 90 000 habitants a peu à peu banni les produits phytosanitaires des parcs, des routes, des voiries puis des cimetières. Une ambition portée par Cathy Biass-Morin, l’énergique directrice des espaces verts. « Dans les années 2000, trois agents ont été gravement brûlés suite à l’explosion d’une cuve de produits chimiques », raconte-t-elle. « Ça a été le déclic, on ne pouvait plus continuer ainsi. »

Ingénieure horticole de formation, elle se rend à Rennes, où des expérimentations sont en cours, rencontre des jardiniers bio, puis se charge de convaincre les élus. « Nous ne voulions pas de cancers, et la municipalité nous a fait confiance. »

Impliquer les jardiniers

« Le plus difficile, mais aussi le plus important, c’est de changer les habitudes des jardiniers », observe Cathy Biass-Morin. « Pendant des années, ils ont travaillé avec des pesticides, ils ont appris à désherber à coup de Round Up. » Pour les persuader, elle organise des formations sur mesure : gestion écologique, plantes vivaces.

Les agents sont aujourd’hui entièrement impliqués dans le processus : devenus « éco jardiniers », ils proposent des compositions végétales ou florales, et prennent part aux réflexions de la municipalité. « Tout le monde a peur du changement, il faut montrer que d’autres manières de faire existent. »

Car les alternatives aux herbicides sont légion. Binette, brûleur thermique, tondeuse à gazon. Mais il s’agit surtout d’une réflexion globale. « Il faut gérer différemment les espaces verts, et réfléchir dès la conception des parcs », explique Cathy Biass-Morin. Préférer les vivaces aux plantes annuelles, plus résistantes. Passer du désherbage à la gestion de l’herbe.

« En fonction des lieux, des usages, il n’est pas nécessaire de tondre tout, tout le temps », précise Caroline Gutleben, de l’association Plante et cité. « On peut laisser certains espaces en friche, en prairie fleurie. »

A Courdimanche, dans le Val d’Oise, moutons et chèvres assistent les jardiniers dans le débroussaillage. Pour le plus grand bonheur des enfants, sensibilisés dès la crèche aux questions de biodiversité. « Nous avons mis en place des jardins aromatiques et des potagers dans les écoles », raconte Sylvette Amestoy, adjointe au maire écologiste.

Un travail de pédagogie essentiel d’après elle pour faire passer le Zéro-phyto. Troc de plantes, fête du miel, conférence... L’élue ne lésine pas sur les moyens pour impliquer les quelques 6000 riverains. « Au début, certains, dont d’anciens agriculteurs, étaient sceptiques. Ils avaient peur que ça ne soit "pas propre". »

L’association Plante et cité a mené son enquête. « La plupart des gens ne voient pas la biodiversité comme une préoccupation. Pour eux, ne pas désherber, c’est délaisser un lieu, c’est le négliger. » Caroline Gutleben préconise donc un changement culturel. Les "mauvaises" herbes ne sont pas sales ou dangereuses.

« Nous devons accepter la flore spontanée, sauvage. » Pour développer la sensibilité des habitants, Cathy Biass-Morin organise des inventaires participatifs d’insectes. « Les gens sont heureux de voir que les papillons reviennent, et ils entretiennent les roses trémières qui poussent spontanément. »

Pas touche au cimetière !

Pour autant, le chemin vers le Zéro-phyto n’est pas sans obstacle. Difficile notamment de laisser s’enherber les cimetières. « Pour les agents, c’était la corvée, car il fallait tout le temps débroussailler. Et les habitants, surtout les seniors, n’étaient pas satisfaits », se rappelle Sylvette Amestoy.

La municipalité décide donc de réorganiser l’espace : certaines allées sont ressemées, pour que les plantes indésirables se fondent dans le gazon, d’autres sont au contraire recouvertes de béton. Surtout, des lieux de repos et de détente sont aménagés, « pour créer un endroit agréable. » Même démarche à Versailles, où les cimetières ressemblent aujourd’hui à des parcs urbains, où il fait bon se promener.

- Lire à ce propos : Enfin un cimetière écologique !

Autre épine dans le pied des défenseurs de la biodiversité en ville, les terrains de sport. « Les clubs ne veulent pas entendre parler de plantes sauvages, il leur faut une pelouse impeccable », explique Cathy Biass-Morin. Pour contourner la difficulté, la plupart des communes optent pour des gazons synthétiques... une solution pas forcément satisfaisante d’un point de vue environnemental.

Les politiques se rattrapent

La loi Labbé, qui interdit le recours aux pesticides par les collectivités dès 2017, a d’ailleurs sciemment exclu les terrains de sport et les cimetières de son champ d’application, « pour ne pas créer des blocages et des peurs inutiles », précise Joël Labbé. L’an dernier, le sénateur écologiste s’est battu pour faire adopter son texte, afin d’« enfoncer un coin », et entamer ainsi l’hégémonie des phytosanitaires.

« Bien sûr, 80 % des produits phytosanitaires concernent l’agriculture », admet-il. « Cette loi ne va pas tout résoudre, mais ce sera déjà ça de gagné. » Lui espère surtout créer une prise de conscience, « faire savoir que les pesticides sont des saloperies dont on peut se passer ! » Les communes récalcitrantes encourront jusqu’à 75 000 € d’amendes et deux ans d’emprisonnement.

Pourtant, pour Jonathan Flandin, de Natureparif, ce texte, bien que nécessaire, ne devrait pas changer la situation. « Il ne s’applique pas à la voirie, donc seuls les espaces verts sont vraiment concernés », regrette-t-il. « Or beaucoup de collectivités sont déjà engagées dans la réduction des pesticides dans les parcs et jardins. »

Depuis 2011, l’Agence régionale dresse un état des lieux de l’usage des pesticides en Île-de-France. 10 %, soit 130 communes sont passées au Zéro-phyto. 15 % n’utilisent les pesticides que pour les cimetières. Des chiffres encore insuffisants pour Jonathan Flandin.

« Sans volonté politique et sans une implication des services municipaux, les réglementations restent lettre morte. » Pour valoriser les initiatives existantes, les labels foisonnent, comme Ecojardin ou Terre saine. « Le but est de donner envie aux autres de se lancer », explique Caroline Gutleben.

Ainsi, (trop) lentement mais sûrement, villes et villages français se sèvrent des phytosanitaires. La loi Labbé jouera peut-être un rôle de catalyseur, mais l’essentiel est ailleurs. Pour Sylvette Amestoy, « le zéro-phyto n’est qu’une étape d’un projet global de transition écologique et durable des collectivités. » Cantines bio, préservation des terres agricoles, ville comestible... Bannir les produits toxiques et dangereux n’est qu’un premier pas, vital, vers la cité de demain.

Après les élections. Placé joue le PS, l’alliance des écologistes et du Front de gauche se dessine Barnabé Binctin et Lucas Mascarello (Reporterre) Reporterre 2015/03/30 Barnabé Binctin et Lucas Mascarello (Reporterre) (30 mars 2015) Après les élections. Placé joue le PS, l’alliance des écologistes et du Front de gauche se dessine. Reporterre. Politique fr

Après les élections. Placé joue le PS, l’alliance des écologistes et du Front de gauche se dessine

Le deuxième tour des élections départementales a consacré le profond malaise d’EELV dans son alliance avec un PS malade. Pendant que les élus du parti écologiste jouent le gouvernement, une large part du mouvement réfléchit à l’union à gauche. Jean-Luc Mélenchon a lancé un appel à une « nouvelle alliance populaire »

Les mouvements écologistes n’avaient plus grand chose à espérer du second tour des élections départementales, dimanche 29 mars. Ils étaient encore moins nombreux qu’après le premier tour à s’être déplacés au siège d’EELV (Europe Ecologie Les Verts) ou du Front de Gauche.

Pourtant, on pouvait y observer nettement le théâtre de la recomposition qui s’opère actuellement, du côté des écologistes. D’un côté, Jean-Vincent Placé enchaîne les plateaux de radio et de télévision, se montre ami-ami avec le socialiste Julien Dray et dénonce le « repli identitaire » de Jean-Luc Mélenchon. De l’autre, la direction du parti écologiste pointe les responsabilités du Gouvernement, la secrétaire nationale Emmanuelle Cosse évoquant « une déroute pour la gauche » et le porte-parole Julien Bayou s’inquiétant du « dangereux déni » de Manuel Valls.

Le sénateur Placé construit une confédération de personnalités politiques identifiées comme écologistes et favorables à un retour au gouvernement, parmi lesquelles des députés EELV, mais aussi Jean-Luc Bennahmias, Corinne Lepage voire l’ex secrétaire général du Parti communiste Robert Hue. Le nom de ce mouvement n’est pas encore connu, mais un premier rassemblement est prévu samedi prochain .

Le reste du parti tend plutôt à marquer définitivement la rupture avec la politique que mène le gouvernement socialiste. Au siège d’EELV, seul le discours du premier ministre Manuel Valls réveille la quinzaine de militants qui paraît plutôt résignée. On rigole au reproche du « dispersement de la gauche », on moque ce premier ministre qui dit s’être « beaucoup impliqué », et on s’exclame de stupeur lorsque ce dernier fait allusion à des impôts trop élevés… Vincent, un jeune militant, croit voir la « résurgence de Raymond Barre, avec un discours digne des années 70 ! ».

Quelques minutes plus tard, le premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis, fait un appel du pied explicite aux écologistes, en appelant à la construction d’une « alliance de la gauche et des écologistes pour les prochaines élections ». Emmanuelle Cosse confirme la réception d’une délégation d’EELV, lundi après-midi, au siège du PS rue de Solférino, au cours de laquelle elle veut alerter sur le « deuxième acte du quinquennat » et ses trois urgences : démocratiques, environnementales et sociales.

Mais pour beaucoup d’écologistes, la rupture avec la politique du Parti socialiste est consommée. Si le nombre de conseillers reste finalement à l’identique – 39 conseillers départementaux élus contre une quarantaine de conseillers généraux sortants – EELV le doit certes en grande partie à ses alliances avec le PS sur le terrain. C’est pourtant auprès du Front de Gauche, avec qui les alliances ont mené à de belles victoires à Grenoble dans deux cantons de la ville, mais aussi dans le Gard, dans l’Eure ou même à Gardanne où un projet de centrale thermique fait polémique, que les regards se tournent pour l’avenir.

Le Parti de Gauche appelle à l’alliance

Au Parti de gauche, l’ambiance n’est pas plus à la fête. Dans les couloirs, on parle de sept à neuf cantons remportés, les résultats n’étant pas encore définitifs. Et on regrette le score trop élevé du Front national. Pour Jean-Luc Mélenchon, l’avancée de l’extrême droite n’est pas une spécificité française : « Après le Danemark, la Norvège, la Hongrie et combien d’autres pays, la face obscure du vieux continent gagne du terrain comme chez nous. La cruelle politique imposée par l’Union européenne en est la cause commune ».

Une référence aux politiques d’austérité menées par l’UE et auxquelles le gouvernement adhère pleinement selon le leader du Front de gauche : « En France, le quinquennat de François Hollande et la primature de Manuel Valls sont ceux de la soumission sans condition à ses diktats. C’est la principale cause du résultat de ce soir ».

Face aux résultats du soir, le coordonnateur du Parti de gauche, Eric Coquerel, dénonce un tripartisme de fiction. Il constate un "déni de démocratie" en rappelant que 50% des votants ne se sont pas déplacés. Avant d’insister sur la nécessaire alliance des forces de gauche : c’est bien là tout l’enjeu pour le parti. Afin de peser sur les prochaines élections régionales en décembre, il a besoin d’établir une coalition large : « J’en appelle à tous ceux qui se sont rassemblés au premier tour : EELV, Front de gauche, Nouvelle Donne au rassemblement. Il faut construire une alternative, quelque chose de lisible nationalement pour une reconquête ».

Jean-Luc Mélenchon devrait cette semaine proposer une rencontre aux partis concernés pour définir une stratégie commune. Et envisager plus concrètement ce qu’il a appelé dimanche soir « la nouvelle alliance populaire » : « crédible, indépendante de ce gouvernement avec lequel rien n’est possible, sans alliance à géométrie variable, une alliance visible c’est-à-dire ayant le même sigle dans tout le pays pour que chacun puisse l’identifier, une alliance clairement ancrée dans l’intérêt général humain, avec Les partis et personnalités de l’opposition de gauche, avec des assemblées citoyenne ouverte à tous ».

Les « chantiers d’espoir », prévus samedi 11 avril, devraient offrir une occasion intéressante de rencontre entre ces mouvements.

Prolos et écolos, entendez-vous ! François Ruffin Reporterre 2015/03/31 François Ruffin (31 mars 2015) Prolos et écolos, entendez-vous !. Reporterre. Tribune — Politique fr

Prolos et écolos, entendez-vous !

Comment imaginer une « écologie populaire » sans le mouvement ouvrier ? Et un mouvement ouvrier sans, demain, l’écologie populaire ? De Gardanne à Nantes, les deux se heurtent parfois. Heureusement, il y a les métallos de l’Isère…

Les écolos ? Des « hippies ». Les cégétistes ? Des « stals ». C’est à Gardanne qu’on découvre cette bonne entente : des militants de Sos-forêts manifestent contre une centrale à bois, et contre la CGT de la boîte. Qui, elle, se frite avec la CGT-forêt du coin…

Mais à Nantes également, les patrons du bâtiment mobilisent leurs salariés dans la rue, avec des pancartes « Oui à l’aéroport », contre les zadistes. En face, la CGT locale se divise : un dirigeant se prononce « pour tous les projets porteurs de développement économique et d’emplois » - tandis que se forme, en Loire-Atlantique, un « collectif CGT des opposants à Notre-Dame-des-Landes ».

C’est le grand clivage, ces temps-ci, à gauche.

Alors, comment unir le rouge et le vert ? Comment lier, plutôt qu’opposer, justice sociale et exigence environnementale ? Comment réconcilier les « stals » et les « hippies » ? Y en a qui cherchent…

La croissance en question

Intitulé de la journée : « La croissance est-elle la solution ? » Où se débat se tient-il ? A l’université d’été des Verts ? Dans les colonnes de la Décroissance ?

Non, à la Bourse du Travail de Grenoble, à l’initiative de la CGT-métallurgie de l’Isère, devant 110 délégués CGT, de Alcatel, de Citroën, de Caterpillar, de Rolls-Royce, et en présence du désormais n°1 de la centrale, Philippe Martinez.

Dans son rapport d’orientation, très orienté, Fabrice Lallement, délégué CGT de Soitech, ne fait pas que poser la question. Il livre aussi la réponse. Et c’est non, trois fois non, la croissance n’est pas la solution : « Nous avons toutes et tous été bercés dans le dogme de la croissance et du productivisme… Il faut en finir avec l’obsession des gains de productivité… On pompe de plus en plus dans des biens communs disponibles en quantité limitée… »

Avec, pour lui, dans sa vie personnelle, d’évidentes contradictions : « Moi, je suis végétarien, je circule à vélo, mais c’est vrai que je ne suis pas à l’aise avec mon activité professionnelle, avec sa finalité. Soitec fabrique des semi-conducteurs, des plaquettes de silicium, que vont utiliser Samsung ou Intel. Donc, je participe à l’industrie des gadgets.

Mais il m’est déjà arrivé pire. Mon chef voulait me confier un projet pour l’armement américain, une boîte qui était en lien avec Israël et tout ça. Je suis allé le voir dans son bureau : ‘Moi, je ne veux pas bosser là-dessus.’ Mais en sachant très bien, c’était hypocrite, que si moi je bottais en touche, la collègue d’à côté, elle accepterait. Il aurait mieux valu que je prenne le projet et que je le plante, volontairement, que je le sabote. Mais je n’en suis pas là.

En même temps, je suis dans une boîte qui a viré un tiers de l’effectif, on est descendus de 1200 à 800 salariés, donc, au quotidien, je suis pris dans ce travail syndical, la bagarre de l’emploi. C’est toute la difficulté d’un syndicat de boîte : comment ne pas arrêter tes revendications au portail ? En CE, je pose la question de la finalité de l’entreprise : la direction me prend pour un Martien. Tu pisses dans un violon. »

Putsch écolo

Pour ce putsch écolo chez les métallos, Fabrice n’a pas oeuvré seul. A ses côtés, Yohann, technicien chimiste chez Radiall, même pas trente ans, lecteur de Jean-Claude Michéa, syndiqué depuis à peine un an et déjà promu au bureau de l’Union Métallo 38.

Patrick, le secrétaire de l’USTM 38, lui qui dans son bureau a installé une petite biblio et un coin bistro, qui sert un whisky sans eau en citant Accardo, lecteur de Kempf et de Gorz, et qui essaie de tenir en équilibre, comme ça, entre les deux, entre la réflexion et l’action, entre une aspiration un peu intello et sa base prolo.

Et la volubile Marie-Laure, la quarantaine, ouvrière passée technicienne chez STMicroelectronics : « On a besoin de l’industrie, là vous avez un stylo, une chaise, quatre murs, tout ça c’est de l’industrie, de la plasturgie, de la chimie, on en a besoin. Mais c’est certain qu’on fonce dans le mur, il faut qu’on s’arrête.

Et puis aussi, je crois, par lui rendre un sens, au travail : pour quoi je travaille ? Je suis entourée d’ingénieurs, de thésards, de docteurs, qui ne savent pas à quoi ils servent. Ils ont un bon boulot, un bon salaire, ils sont contents, mais je suis souvent interpelée là-dessus : ‘on n’a pas fait toutes ces études pour ça’. »

Et d’en revenir à ces questions fondamentales pour les travailleurs, devenues utopiques, « crise » oblige : Que produire ? Où produire ? Comment produire ?

Retrouver un horizon

La Charte d’Amiens, en 1906, le truc qui sert de table de la loi à la CGT, assignait « une double besogne, quotidienne et d’avenir » : « Des revendications immédiates », mais aussi, dans les esprits, « la préparation de l’émancipation intégrale ».

Cet horizon a disparu. Et même : tout horizon a disparu.

C’est le gros du mouvement ouvrier qui, en dépression, roué de plans sociaux et de coups dans le dos, s’est replié sur lui-même, comme une huître, sur des « revendications immédiates », défensives qui plus est, contre les exigences du patronat, contre les « réformes » du gouvernement.

Mais comment imaginer une « écologie populaire » sans le mouvement ouvrier ? Et un mouvement ouvrier sans, demain, l’écologie populaire ?

Que les métallos de Grenoble nous ouvrent le chemin…

La loi sur la responsabilité internationale des entreprises est adoptée Barnabé Binctin et Lucas Mascarello (Reporterre) Reporterre 2015/03/31 Barnabé Binctin et Lucas Mascarello (Reporterre) (31 mars 2015) La loi sur la responsabilité internationale des entreprises est adoptée. Reporterre. Économie fr

La loi sur la responsabilité internationale des entreprises est adoptée

La loi sanctionnant la responsabilité des entreprises en cas de dommages commis à l’étranger a été votée lundi à l’Assemblée nationale. Affaiblie par la pression du patronat, elle constitue néanmoins une avancée.

Le drame de l’effondrement du Rana Plaza, il y a presque deux ans, est encore dans toutes les têtes. Celui des « minerais de sang » en République démocratique du Congo, un peu moins. Deux drames qui rappellent que, derrière ces objets de consommation produits aux quatre coins de monde – le textile au Bangladesh et le coltan des téléphones portables en Afrique, parmi d’autres exemples –, les entreprises responsables de monstrueuses violations des droits humains et environnementaux restent impunies.

C’est ce que veut modifier la loi "sur le devoir de vigilance", adoptée lundi 30 mars à l’Assemblée nationale. Le texte vise à responsabiliser les entreprises quant à leur condition de production en France et à l’étranger. « Une avancée historique » selon l’alliance des associations et des syndicats qui travaille depuis plusieurs années à faire adopter cette législation. Aux côtés d’Amnesty International, du CCFD, de Sherpa, de Peuples Solidaires ou du collectif Ethique sur étiquettes, Les Amis de la Terre militent pour l’encadrement des activités des multinationales, « une demande historique de notre association, qui alerte également sur cet enjeu avec les Prix Pinocchio » explique Juliette Renaud, chargée de campagne sur cette question.

Les associations pourront saisir le juge si les entreprises ne respectent pas leurs obligations

La loi oblige dorénavant les sociétés-mère à établir un plan de vigilance en prévention des accidents. Un plan qui doit permettre de prévenir la survenance de ces accidents, grâce à une cartographie des risques par pays, une procédure d’alerte, des audits sociaux et environnementaux ainsi qu’une formation des salariés.

D’autre part, la loi propose d’engager la responsabilité civile des entreprises pour les préjudices qu’elles auraient pu éviter. Les associations pourront ainsi saisir le juge si elles constatent que les obligations n’ont pas été respectées.

C’est un pas important puisque, jusqu’alors, les grandes entreprises françaises bénéficiaient d’une quasi-impunité : les conditions de travail invivables imposées aux salariés des pays du sud et les accidents dramatiques déjà survenus, n’engageaient que rarement les maisons mères pourtant donneuses d’ordres. Une belle avancée donc, néanmoins victime du rabotage des lobbys industriels et économiques.

Un bras de fer avec le lobby des grandes entreprises

Car le texte voté hier n’est qu’une version affaiblie d’un premier, finalement renvoyé en commission par les députés à la fin du mois de janvier. Comme l’avait relaté Reporterre, les socialistes avaient rejeté le texte porté à l’époque par la député écologiste Danielle Auroi, car il n’était pas jugé « assez souple »...

Le rapport de force est compliqué. Mathilde Dupré, responsable de la RSE au CCFD-Terre Solidaire (Comité catholique contre la faim et pour le développement), dénonce une "mobilisation des entreprises pour que la loi ne passe pas".

- Ecouter Mathilde Dupré :

Selon Juliette Renaud, c’est donc une nouvelle version « réécrite sous le regard attentif des lobbys à Bercy » qui s’est présentée aux députés lundi, qui affaiblit les obligations : seules les entreprises comptant plus de 5 000 salariés en France et 10 000 à l’étranger sont désormais concernées : "La mesure ne s’appliquera plus qu’à environ 150 entreprises françaises. Mais il faudrait que le seuil soit à 500 salariés, car sinon, la majorité des entreprises dans le secteur du textile et de l’extraction ne sont pas couvertes". Dans le secteur énergétique, des entreprises telles que Perenco – impliquée dans plusieurs problèmes environnementaux – pourraient ainsi échapper à la législation.

Une autre différence distingue la nouvelle proposition : "C’est un dispositif moins favorable aux victimes, puisque dans la première version c’était à l’entreprise de démontrer qu’elle a été vigilante, alors que maintenant c’est aux victimes de prouver la responsabilité de l’entreprise", explique Mathilde Dupré. Une démarche loin d’être évidente puisque les ouvriers n’auront pas accès aux documents internes des multinationales et que l’aide juridique ne pourra être assumée que par des associations reconnues d’utilité publique. Pour Juliette Renaud, « le renversement de la charge de la preuve était un des points les plus ambitieux du premier texte, son absence en fait une des plus grandes faiblesses de la nouvelle version ».

De son côté, le MEDEF (Mouvement des entreprises de France) continue de s’opposer à toutes entraves. Dans une conférence de presse le 17 mars, son président Pierre Gattaz a expliqué que "plus vous êtes gros, moins vous êtes capable de maîtriser dans le détail la batterie de fournisseurs ou de sous-traitant que vous avez en cascade". Il craint « les contraintes et sanctions pesant sur les entreprises françaises alors qu’on évolue dans le monde entier ». Ces déclarations consternent les responsables associatifs : « Cela veut-il dire que la compétitivité française se construit au détriment des droits humains et environnementaux ? » interroge Juliette Renaud. Du côté du CCFD, on fait valoir qu’une efficacité au niveau international doit nécessairement passer par une législation nationale.

Cependant, on peut voir avec l’adoption de ce texte « une avancée certaine par rapport à la situation actuelle ». Mais le chemin reste encore long, et les discussions au Sénat, qui va à son tour examiner le texte, pourraient menacer cette avancée.

La fin des quotas laitiers : un maelström pour les petits paysans Julie Lallouët-Geffroy (Reporterre) Reporterre 2015/03/31 Julie Lallouët-Geffroy (Reporterre) (31 mars 2015) La fin des quotas laitiers : un maelström pour les petits paysans. Reporterre. Reportage — Agriculture fr

La fin des quotas laitiers : un maelström pour les petits paysans

Des manifestations d’agriculteurs se sont déroulées le 2 juillet en Bretagne, alors que les prix du lait chutent en raison de la surproduction en Europe. La crise était prévisible avec la fin des quotas laitiers intervenue le 1er avril. Comme nous l’expliquions alors, cette mesure va bouleverser l’activité de milliers de paysans producteurs de lait. Elle pousse à l’agrandissement des exploitations et pourrait entraîner la disparition de nombre d’entre elles.

- Rennes, correspondance

Garantir les prix, éviter la surproduction, ce sont les raisons qui ont poussé en 1984 la Politique agricole commune (Pac) à mettre en place les quotas laitiers. Le but en était de réguler l’offre et la demande pour éviter une envolée, ou à l’inverse un effondrement, des prix du lait. Chaque exploitation se voyait attribuer un quota de production, par exemple 200 000 litres par an. Si elle produisait plus, elle subissait des pénalités financières. Il n’y avait donc pas d’intérêt à augmenter la production de lait.

En 2003, la fin des quotas fut annoncée à l’horizon du 1er avril 2015. Pourquoi changer de système ? Parce qu’il était jugé trop coûteux et contraire à la concurrence pure et parfaite, puisqu’il garantissait les prix d’achat aux producteurs.

Les agriculteurs ont alors eu douze années pour se préparer. Pour les accompagner, les quotas ont augmenté chaque année de 1%. Et l’on est maintenant arrivé au terme de ce ce processus : mercredi 1er avril, le lait entre sur le marché mondial, avec des prix déterminés par le jeu de l’offre et de la demande, et sujets aux bulles et crashs déjà connus sur les marchés des matières premières.

S’agrandir ou mourir

On peut sentir la difficulté de ce que vont subir les producteurs de lait en parcourant l’Ille-et-Vilaine, un département voué au lait, où les deux tiers des fermes sont de taille moyenne : elles comptent une cinquantaine de vaches et produisent en moyenne 300 000 litres de lait par an. Depuis dix ans, l’évolution est à l’accroissement des effectifs : entre 2000 et 2010, 30 % d’exploitations en moins, portant des troupeaux dont l’effectif a crû de 30 %. Cette tendance à la concentration et à la ferme intensive devrait se poursuivre. Plusieurs scénarios sont envisagés pour 2025, tous s’accordent sur une hausse de la production, des troupeaux, et une baisse des exploitations.

La « ferme-usine » des 1 000 vaches est l’archétype de cette tendance. Une des agricultrices impliquées dans le projet résume le choix auquel semblent confrontés les producteurs : « Je me suis intéressée à ce projet pour ne pas arrêter la production laitière. » « S’agrandir ou mourir », semble être le mot d’ordre. Mais pour produire plus, il faut de l’argent et une avance de trésorerie suffisamment importante pour encaisser les aléas des prix du lait.

Élisabeth Chambry est la directrice de l’association Solidarité paysans Bretagne, qui s’occupe des questions d’endettement et de suicide chez les agriculteurs. « Produire plus signifie plus d’investissements, de charges, de travail. Entre endettement et dégradation des conditions de travail, nous sommes très inquiets. Les agriculteurs représentent la catégorie professionnelle la plus exposée au burn-out et au suicide. » On considère qu’entre 400 et 800 paysans se suicident chaque année en France.

Mais ce tableau inquiétant n’est pas nouveau. La recherche de productivité est ancienne, depuis plus d’une trentaine d’années, Denis en fait le constat. Il a repris la ferme de ses parents dans le département juste avant l’établissement des quotas, en 1983.

Côté chiffres, rien n’a changé : toujours 50 vaches pour 285 000 litres de lait par an, mais « à l’époque, sur l’exploitation, il y avait mes parents, nous, les quatre enfants, et un salarié. Aujourd’hui, je suis tout seul. Le prix lui, n’a pas bougé. Aujourd’hui, on vend 300 € les mille litres, ça fait 2 000 francs. Mes parents vendaient leur lait à ce prix-là, ou même 2,5 francs. »

« Produire plus pour gagner plus ? Pas dit que ça se vérifie »

Frédéric David, lui, a fait le choix de s’agrandir, pour s’adapter à cette nouvelle ère. Il a demandé voici trois ans l’autorisation d’accroître son cheptel, et passant de 80 à 99 vaches, va augmenter sa production de 3 % par an à partir du 1er avril. « Toute la question est de trouver l’équilibre entre investissements et revenus futurs, explique cet agriculteur de la FDSEA, c’est pour cela qu’il faut anticiper et avancer petit à petit ; mais il n’y a aucune obligation de s’agrandir pour personne. »

Si la tendance majoritaire va à l’agrandissement, qu’adviendra-t-il des petits ? Les uns grossiront, d’autres s’engageront dans la voie de la valorisation avec une production de qualité à travers le bio et la transformation en crème fraîche, beurre, fromage, distribués par des circuits courts. Mais quid de ceux qui sont au milieu ?

Tels Pierrick, Denis et Christophe. Tous trois sont à classer dans les exploitations « moyennes » : une cinquantaine de vaches pour 300 000 litres de lait par salarié. Pas assez gros avoir la main sur les marchés, pas assez petits pour faire leurs affaires dans leur coin. Ils ne souhaitent pas être pris en photo ni donner leur nom.

« Tout le monde risque de s’agrandir, et forcément, si on fait tous ça, le prix va se casser la figure », explique Pierrick, membre de l’Association des producteurs de lait indépendants (Apli), « alors nous, on préfère voir venir. » Avec son salarié, ses 50 vaches, Pierrick ne veut pas se lancer dans de nouveaux investissements :

« Si je veux m’agrandir, il me faudrait plus de terre et que je travaille davantage. Il faudrait aussi que je délègue : payer quelqu’un pour la comptabilité, quelqu’un pour les cultures, un autre pour l’entretien des machines. Au final, entre les contraintes, les dépenses supplémentaires et le prix du lait, même en plus grosse quantité, ce n’est pas sûr qu’on s’y retrouve. Produire plus pour gagner plus ? Il n’est pas dit que ça se vérifie ».

D’autant plus que le prix du lait baisse depuis deux ans. Au premier trimestre 2013, le lait de base se vendait 400 € les 1 000 litres, 363 € en 2014, et cette année 312 €. Qu’en sera-t-il sans les quotas ? Une des pistes sur la fixation des prix vient d’Euronext en côtant en bourse les produits laitiers.

Plus de pouvoir aux laiteries, moins aux agriculteurs

Il semble que ce ne soit pas tant la fin des quotas, en elle-même, qui rebat les cartes que les négociations de contrats prévues l’an prochain, pour les cinq années suivantes, entre producteurs de lait et collecteurs, coopératives et entreprises privées.

Sous l’ère des quotas, l’autorité publique régulait le volume de production, désormais, les entreprises auront la main sur le volume. Elles sont sept à orchestrer la production laitière en Bretagne, dont Lactalis, numéro 3 mondial.

Pour le moment le lait de tous est collecté mais qui dit que les laiteries ne décideront pas de collecter uniquement les exploitations produisant plus de 300 ou 400 000 litres par an ?

S’organiser pour que les agriculteurs aient le pouvoir

Les syndicats agricoles assurent tous que la solution est de se regrouper en organisations de producteurs. Pour Frédéric, « la question c’est : qui a le pouvoir dans la négociation ? Il faut que ce soit nous, qu’on se regroupe autour d’un projet collectif. »

Denis, de l’Apli, renchérit : « Les organisations de producteurs sont la clef. En 2011-2012, on négociait les contrats, mais les entreprises voulaient négocier seul à seul avec le producteur. On a refusé. Les choses ont bougé, il faut continuer. »

Mais rien n’est gagné. La crise du lait de 2009 a divisé les producteurs de lait, certains ont quitté le syndicat majoritaire, la FNSEA, pour rejoindre l’Apli, c’est le cas de Pierrick. Entre pressions financières – endettement, prix du lait en baisse, concurrence à venir – et négociations très tendues comme avec Lactalis, le bras de fer n’en est qu’au début.

Denis n’est pas serein : « Nous craignons que la filière lait connaisse le même sort que la filière porcine : gros investissements, surendettement, industrialisation. »

L’élevage, atout ou malédiction pour le climat ? Emilie Massemin (Reporterre) Reporterre 2015/04/01 Emilie Massemin (Reporterre) (1er avril 2015 à 08h22,) L’élevage, atout ou malédiction pour le climat ?. Reporterre. Enquête — Climat fr

L’élevage, atout ou malédiction pour le climat ?

Digestion des vaches, culture intensive de soja, déforestation... L’élevage est considéré, à raison, comme un émetteur important de gaz à effet de serre. Mais tous les types d’élevage n’ont pas le même effet. Et des potentiels importants de réduction existent, par exemple dans les prairies.

De la viande, toujours plus de viande. En 2014, nous, habitants carnivores de la planète, avons englouti 225 millions de tonnes de steaks, poulets rôtis et côtelettes, contre 70 millions de tonnes en 1960. D’après l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), la demande en produits carnés pourrait encore grimper de 73 % entre 2010 et 2050.

Cette croissance s’observe surtout dans les régions en développement comme la Chine, le Moyen-Orient et l’Asie : l’Inde, dont la population compte pourtant un tiers de végétariens, a vu sa consommation de viande doubler depuis 2009 !

Problème : l’élevage contribue de manière importante aux émissions de gaz à effet de serre (GES) responsables du changement climatique. En 2005, le secteur représentait 14,5 % des émissions d’origine anthropique, d’après la FAO.

Premier responsable : les aliments pour bétail

Les statistiques de référence sont établies par la FAO (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture). Selon cette étude, l’élevage émet trois principaux GES : le méthane (CH4), qui représente environ 44 % des émissions du secteur ; le protoxyde d’azote (N2O) 29 % ; et le CO2, 27 %. Le CH4 pèse d’autant plus lourd que son pouvoir réchauffant est 28 fois plus élevé que celui du dioxyde de carbone. Et le protoxyde d’azote est quant à lui 310 fois plus puissant que le CO2 !

Si l’on raisonne selon les activités de l’élevage, c’est la fabrication des aliments pour le bétail qui est la première responsable de ces émissions des trois gaz. Dans la production, on compte les engrais azotés et les déjections animales utilisés pour fertiliser les cultures destinées à nourrir les animaux, tout ceci dégageant du N2O. La production inclut aussi la déforestation, liée à l’extension des pâturages et des cultures, qui représente 9 % des émissions. La fabrication des aliments inclut aussi la transformation et le transport des aliments. Au total ,elle pèse pour 45 % du total des émissions.

Ruminations bovines

Vient ensuite la fermentation entérique des ruminants : les rots des vaches, buffles et autres petits ruminants sont responsables de 39 % des émissions du secteur. Un zeste d’effluents d’élevage - qui émet aussi du CH4 - complète le tableau.

Mais tous les types d’élevage ont-ils les mêmes effets ? La ferme-usine des Mille vaches en France et l’élevage vivrier de zébus au Cameroun ont-il le même impact ? Tout dépend du point de vue adopté.

D’après la FAO, les intensités d’émission (émissions par unité de produit) sont plus élevées dans les systèmes à basse productivité d’Asie du Sud, d’Afrique subsaharienne, d’Amérique latine, des Caraïbes et d’Asie du Sud et du Sud-Est. En cause, une mauvaise digestibilité des aliments (donc plus de méthane émis), des pratiques d’élevage moins performantes (plus d’animaux « inutiles » qui émettent même s’ils ne produisent pas), un taux de croissance plus lent et un âge plus avancé à l’abattage (soit plus de temps durant lequel l’animal émet).

A l’inverse, les systèmes intensifs, malgré leur gourmandise en grandes cultures et en engrais, seraient plus efficaces en termes d’émissions.

L’atout haies et prairies

Cette analyse rend perplexe David Falaise, du réseau Agriculture durable : « Effectivement, si l’on considère qu’une vache émet quoi qu’il arrive environ 120 kilos de méthane par an, mieux vaut qu’elle produise 10 000 litres de lait plutôt que 6 000. Il faudrait donc intensifier la production. Mais ce n’est pas le seul facteur à prendre en considération. Par exemple, quelle place donnée au rôle des haies, des prairies ? »

Car les prairies, ces grandes étendues herbacées qui font le charme des régions bocagères, sont un atout maître de l’élevage dans la réduction des émissions de GES. « L’élevage est le principal puits de carbone en-dehors des forêts », rappelle Armelle Gac, chef de projet environnement à l’Institut de l’élevage (Idele). D’après les études GreenGrass et CarbonEurope, reprises par l’Idele, elles peuvent stocker de 500 à 1 200 kilos de carbone par hectare et par an (1 000 kilos en moyenne). Ce qui permet de compenser 10 à 70 % des émissions liées à la fermentation entérique en élevage laitier, 60 à 100 % dans en élevage à viande.

Deux fois plus de carbone absorbé en prairie qu’en élevage intensif

Une étude menée par le Civam Adage 35 comparant trente élevages conventionnels herbagers d’Ille-et-Vilaine va dans le même sens. « Si l’on compare les émissions pour 1 000 litres de lait produits, les émissions sont équivalentes entre conventionnel et herbager, souligne Dominique Macé, animateur au Civam. Les fermes herbagères émettent plus de méthane par fermentation entérique, mais elles font des économies d’émissions de N2O sur les engrais. »

Si l’on intègre les capacités de stockage des pâturages au calcul, les systèmes herbagers deviennent moins émetteurs : « Ils ont un potentiel de stockage de 260 kilos d’équivalent CO2 stockés pour 1 000 litres de lait, contre 124 kilos pour les systèmes conventionnels. »

Quel est le mécanisme du stockage ? « Le carbone du sol provient de la décomposition de la matière organique apportée par la biomasse végétale et les déjections des animaux. Le carbone est ensuite stocké de manière pérenne dans le sol », explique Armelle Gac. L’absorption de carbone est particulièrement importante dans les prairies permanentes, qui ne sont jamais travaillées. A l’inverse, lors du labour, une quantité importante de carbone stockée dans le sol est libérée dans l’atmosphère.

Mais il serait réducteur de limiter le débat autour des systèmes d’élevage à des considérations seulement climatiques. Pour Christian Berdot, l’élevage intensif optimise peut-être ses émissions de GES, mais à un coût très élevé pour la société.

« Cette politique d’intensification de l’élevage n’a qu’un but, gagner le plus possible en faisant des économies d’échelle, analyse-t-il. Mais ses multiples externalités, destruction des forêts tropicales, accaparement des terres et pauvreté des petits paysans, pollution, algues vertes, problèmes sanitaires... ne sont pas prises en compte. »

Moins de tiques, moins de maladies

A l’inverse, pour David Falaise, le système herbager présente de nombreux avantages : « Les vaches pâturent le plus possible, ce qui coûte moins cher aux éleveurs. Et quand elles sont dehors, elles ont moins de tiques, moins de maladies : moins besoin d’antibiotiques que pour les animaux confinés en bâtiments ! »

« Les avantages environnementaux sont nombreux, renchérit Dominique Macé : moins d’intrants, plus de biodiversité, des sols en meilleur état... Sur le plan économique, on peut dégager de bons résultats en système herbager au même titre qu’en conventionnel. »

« Avoir des animaux productifs, en bonne santé »

D’autres possibilités existent pour limiter les émissions de GES liées à l’élevage. Le Réseau action climat (RAC) indique qu’il est possible de réduire les émissions de méthane liées à la digestion en rajoutant aux rations un peu de lipides, colza ou tournesol – à condition qu’ils soient cultivés sans trop d’engrais.

« Il est important de faire de l’optimisation technique au sein de l’élevage et de chasser le gaspillage, complète Armelle Gac. Par exemple, maîtriser la reproduction et faire en sorte que les génisses deviennent des vaches et produisent lait et veaux, au moment que l’éleveur a choisi. Idem pour la santé : si vous avez beaucoup de mammites (inflammation de la mamelle) chez vos vaches, une partie du lait ne pourra pas être vendue, mais le troupeau continue à émettre. Il faut essayer d’avoir des animaux productifs, en bonne santé, qui se reproduisent bien. »

Réduire les émissions ou réduire l’élevage ?

Mais la mécanique reste complexe. « Quelque soit le système de production, on constate une forte variabilité des émissions entre les élevages, souligne Armelle Gac. Et il n’existe pas de recette miracle pour réduire ses émissions : quand nous établissons un diagnostic, nous travaillons au cas par cas et en nous intéressant à l’ensemble de l’exploitation. »

Il existe une solution plus radicale : réduire drastiquement notre consommation de viande. « Le CO2 reste cent ans dans l’atmosphère, le méthane seulement douze ans, rappelle Christian Berdot. Si l’on réduisait le cheptel mondial de 50 %, les résultats sur les concentrations atmosphériques de CH4 seraient très rapides. D’après le World Watch Institute, ce serait plus efficace qu’isoler toutes les maisons... »

Alors, demain, tous végétariens ? Reporterre répond à cette question dans cet article : Faut-il devenir végétarien pour sauver la planète ?

Hervé Kempf parle de Reporterre et des médias sur Radio Albiges Reporterre 2015/04/01 (1er avril 2015 à 08h46,) Hervé Kempf parle de Reporterre et des médias sur Radio Albiges. Reporterre. fr

Hervé Kempf parle de Reporterre et des médias sur Radio Albiges

Interview de Hervé Kempf sur Radio Albiges, dans le cadre de la Semaine de la presse.

Il raconte l’histoire de Reporterre, décrit son fonctionnement actuel et le rôle de l’association La Pile.

Dans le deuxième temps de l’entretien, il parle du Monde et de la liberté des journalistes, de sa collaboration à Là-bas si j’y suis.

- Ecouter ici :

Dette et extractivisme. La résistible ascension d’un duo destructeur de Nicolas Sersiron Reporterre 2015/04/01 de Nicolas Sersiron (1er avril 2015 à 08h39,) Dette et extractivisme. La résistible ascension d’un duo destructeur. Reporterre. Économie fr

Dette et extractivisme. La résistible ascension d’un duo destructeur

L’extractivisme, ce pillage des ressources naturelles de la planète par la force, a donné à l’Europe puis aux États-Unis les moyens de dominer le monde. Depuis la disparition des colonies, la dette illégitime, nouvelle violence imposée aux pays dits « en développement », a permis d’assurer la continuité du pillage.

Cette dette a amplifié le système extractiviste, initialement appliqué aux produits fossiles et agricoles, en l’étendant aux ressources financières du Sud puis aujourd’hui du Nord. Elle impose le remboursement par les populations de dettes dont elles ne sont pas responsables mais victimes.

Dette et extractivisme sont intimement liés. Facteurs d’injustice, de corruption, de violences sociales et environnementales, ils sont également à l’origine du dérèglement climatique.

Des alternatives pour créer une société post-extractiviste, soucieuse du climat et des peuples existent. L’audit et l’annulation des dettes illégitimes, la réduction des inégalités, la fin du pillage extractiviste, sont quelques-uns des combats citoyens essentiels proposés dans ce livre.

Dette et extractivisme. La résistible ascension d’un duo destructeur, Editions Utopia, Nicolas Sersiron, Préface Paul Ariès, 208 pages, 8 €

Les oiseaux migrateurs victimes du pillage des mers Bénédicte Martin (Reporterre) Reporterre 2015/04/01 Bénédicte Martin (Reporterre) (1er avril 2015 à 08h26,) Les oiseaux migrateurs victimes du pillage des mers. Reporterre. Animaux fr

Les oiseaux migrateurs victimes du pillage des mers

Les oiseaux migrateurs sillonnent le monde sans se soucier des frontières. Protégés en Europe, les fous de Bassan et les puffins sont en danger quand ils migrent le long des côtes de l’Afrique de l’Ouest, à cause des bateaux de pêche européens et chinois qui y pillent les ressources marines, entraînant perte de biodiversité et appauvrissement des populations locales.

Les ornithologues savent depuis longtemps que certaines espèces d’oiseaux marins migrateurs peuvent être observées en Europe et en Afrique à différents moments de l’année. Mais s’agit-il des mêmes individus ? Quelles routes de migrations empruntent-ils exactement ? Les fous de Bassan, les plus grands oiseaux marins d’Europe, qui nichent en juin sur l’archipel des Sept-Iles au large de Perros-Guirec en Bretagne, sont-ils les mêmes que ceux qui plongent en face de St Louis du Sénégal en hiver ?

Les puffins, petits albatros qui se reproduisent sur l’ile du Frioul en face de Marseille sont-ils ceux que l’on peut voir planer au large de la Mauritanie ? Cela y ressemble mais aucune preuve établie n’avait été donnée jusque-là.

Un article scientifique publié dans Biological Conservation démontre que les oiseaux marins qui nichent sous nos latitudes en été sont en danger en hiver lorsqu’ils migrent le long des côtes africaines. Pour la première fois, entre 2010 et 2012, une équipe de chercheurs du CNRS a équipé soixante-cinq fous de Bassan et puffins de balises électroniques miniaturisés pour enregistrer leurs déplacements. Les appareils sont placés sur les oiseaux au printemps lorsqu’ils viennent en France pour se reproduire, et récupérés un an après, à leur retour.

Grâce aux données récoltées par les géo-locateurs, l’étude démontre que des populations importantes d’oiseaux marins qui nichent en France, passent l’hiver au large de l’Afrique de l’Ouest. Là, elles sont exposées aux conséquences de la surpêche et à une mortalité due aux captures accidentelles ou intentionnelles des bateaux de pêche.

Pillage des mers par les bateaux chinois et européens

Des pêcheries industrielles exploitent les ressources marines au large de l’Afrique de l’Ouest (Maroc, Sahara occidental, Mauritanie et Sénégal). Ces ressources sont très riches et attirent la convoitise des grandes nations de pêche : la Chine, la Russie et l’Union européenne. Cette zone concentre une des plus fortes concentrations de pêcheries légales et illégales au monde.

Un récent article scientifique (Daniel Pauly et coll en 2014) a pointé du doigt l’affluence exponentielle des pêcheries chinoises qui mettent en danger les ressources marines.

Parallèlement, le site Fishelsewhere a publié la liste de 238 bateaux européens qui opèrent au large du Sahara Occidental en toute impunité.

Cet état de fait est dû à plusieurs facteurs : le manque de moyens des pays africains pour lutter contre la pêche illégale, l’absence de législation spécifique de la protection des mers, et enfin la non reconnaissance du Sahara Occidental par le Maroc, qui de ce fait s’attribue le droit de vendre à l’Europe des permis de pêche au large de ses côtes.

Au final, un véritable pillage des ressources marines de l’Afrique de l’Ouest s’opère au détriment des pays riverains et de la sécurité alimentaire des populations.

Les oiseaux marins en danger

Bien avant que les navires de pêche industrielle n’y sévissent, les zones poissonneuses des côtes de l’Afrique de l’Ouest ont été un vivier de nourriture pour les oiseaux marins migrateurs et les mammifères marins. Mais la forte pression des pêcheries légales et illégales met maintenant en péril la vie d’un grand nombre d’espèces animales.

Pour les fous de Bassan et les puffins qui se nourrissent principalement de sardinelles, petits poissons pêchés intensivement par les hommes, la diminution des stocks devient de plus en plus critique.

Outre la famine, beaucoup d’oiseaux meurent tués par les filets et les lignes des bateaux, quand ils ne sont pas simplement chassés pour finir dans des containers chinois. En 2013, Les autorités mauritaniennes on saisit huit containeurs remplis d’oiseaux marins congelés (10 000) faussement estampillés « poisson » destinés à être consommés.

Les fous de Bassan et les puffins sont des espèces animales protégées intégralement en Europe et en France. Alors même que beaucoup d’argent est utilisé pour protéger ces oiseaux, des bateaux de pêches européens pillent les ressources de l’océan africain, essentielles à leur survie.

Que vaut une protection européenne, même à grands renfort de subventions, quand les espèces migratrices sont confrontées à la déréglementation de la pêche en Afrique de l’Ouest ?

Faites la cuisine, pas la croissance ! Didier Harpagès Reporterre 2015/04/01 Didier Harpagès (1er avril 2015 à 08h41,) Faites la cuisine, pas la croissance !. Reporterre. Tribune — Économie fr

Faites la cuisine, pas la croissance !

Contre le dogme néo-libéral et le mythe absurde de la croissance, manger est un acte politique. Grâce à une agriculture débarrassée de l’obsession productiviste, nous pouvons « entonner un refrain autrement plus subversif et jubilatoire que celui des chiens de garde de l’économie triomphante : Faites la cuisine et pas la guerre ! »

Le refrain est bien connu désormais. Il est entonné chaque matin par des chroniqueurs radiophoniques convertis à la religion néolibérale, il est récité inlassablement par nombre de responsables et d’élus politiques désireux de maintenir en éveil leur électorat, il est inscrit en lettres d’or par les technocrates bruxellois au cœur du projet de traité transatlantique de libre échange, dit TAFTA :

« La croissance crée des emplois. » Vérité semble-t-il indiscutable à laquelle tout le monde finit par adhérer et dont les experts en économie, ou désignés comme tels, s’emparent avec délectation.

Un dogme bien fragile

Ces prophètes autoproclamés de la sainte parole économique ne sont jamais ébranlés, dans leur croyance, par le doute le plus léger. Or, les manuels d’économie à disposition des lycéens et des étudiants l’attestent, le lien sacré croissance – emploi n’est vérifiable qu’en certaines circonstances, lorsque la progression de la productivité est plus lente que celle de la production.

Non seulement le productivisme détruit la planète, nuit dangereusement à la santé des producteurs et des consommateurs mais il menace gravement l’emploi lorsque s’opère une substitution du capital au travail et que les quantités produites progressent à un rythme insuffisant. Faudrait-il d’ailleurs s’en plaindre ?

Selon les calculs savants des économistes, si la France connaissait une croissance annuelle de son PIB de 4 % (et des gains de productivité de l’ordre de 2 %) le taux de chômage enregistrerait une baisse de 2 %. A ce rythme là, avait observé le regretté Albert Jacquard, cinquante ans plus tard le PIB serait multiplié par 7 (+ 600 %) et le nombre de chômeurs ne baisserait que de 64 %.

Aujourd’hui, le nombre de demandeurs d’emploi de catégories A, B et C s’établit à plus de 5 500 000, DOM compris. En 2065, nous serions encore très loin du plein emploi puisque subsisteraient un peu moins de deux millions de chômeurs. Un gain bien médiocre au regard de la ponction coupable, sauvage, et irréversible des ressources naturelles non renouvelables indispensables à la vie sur terre.

Plutôt que de sacrifier le plein emploi sur l’autel du productivisme aveugle tout en espérant le retour improbable d’une croissance prétendument glorieuse qui, soyons lucides, aggraverait la catastrophe écologique, il serait plus sage de créer des emplois sans croissance ainsi que le suggère Jean Gadrey. [1]

Travailler moins pour redonner de la consistance au temps

Pour les objecteurs de croissance, la solution optimale serait celle qui permettrait à chacune et à chacun de travailler moins. En 1988, André Gorz estimait que la durée du travail avoisinait les 1 600 heures par an. En une vingtaine d’années, elle pouvait être progressivement ramenée à 1 000 heures sans diminution du niveau de vie. Travailler moins pour travailler tous, proclamait-il, avant d’ajouter : travailler moins et vivre mieux ! [2]

Le temps nous file entre les doigts et le sablier de notre vie se vide inexorablement sans nous offrir la chance inespérée de le retourner. Il ne serait pas absurde d’imaginer donner de la consistance, de l’épaisseur voire de la pesanteur au temps, de transformer cette denrée rare en ressource abondante pour la tenir, mieux pour la retenir et tenter enfin de la gouverner selon notre bon vouloir.

« Il faut prendre le temps de prendre son temps » [3], se réapproprier l’usage du temps à vivre et prendre le temps de vivre.

A quelles fins ? Elles ne manquent pas : l’autoproduction, l’activité sportive, la lecture, l’écriture, la méditation, le divertissement culturel, la pratique artistique, l’intérêt porté à ses proches, notamment les jeunes et les aînés, l’activité citoyenne, le partage égalitaire des tâches domestiques et éducatives, la réappropriation des enjeux politiques, l’engagement syndical revigoré autour d’une articulation nécessaire des problématiques sociale et écologique, la consolidation du tissu associatif sans oublier la sauvegarde d’une alimentation saine.

Manger, un acte politique

Arrêtons-nous sur cette dernière initiative. On le sait, l’agriculture moderne ne nourrit pas le monde [4] puisqu’au moins 1 milliard d’hommes souffrent de la faim aujourd’hui. Les gros exploitants agricoles de nos campagnes défigurées ne produisent pas pour nourrir l’humanité mais pour s’enrichir.

Une agriculture débarrassée de l’obsession productiviste, respectueuse de la terre nourricière, exempte d’intrants chimiques, moins consommatrice de carburants fossiles et créatrice d’emplois pérennes peut garantir la souveraineté alimentaire des communautés humaines.

Manger est et sera un acte politique. La "révolution de l’assiette" est en marche bien que les rangs des révolutionnaires soient encore clairsemés. Pourtant aux avant-postes, apparaissent déjà les défenseurs d’une agriculture biologique, locale et paysanne appuyée sur les circuits courts et le réseau des AMAP, lesquelles échappent à la logique mortifère du marché.

Les rejoindront bientôt, en raison de la hausse inévitable du prix du pétrole raréfié, les adeptes d’un régime alimentaire moins carné, en mesure alors de diversifier leurs sources de protéines.

Cuisiner mieux !

Il faudra donc travailler moins pour cuisiner mieux ! Se nourrir exclusivement de produits issus de l’industrie agro-alimentaire écoulés par la grande distribution modifie notre alimentation, perturbe nos habitudes, nos régimes, fragilise notre santé et génère une quantité affligeante de déchets d’emballages.

Faire la cuisine est une toute autre démarche ! La créativité, l’inventivité, l’improvisation sont requises. La cuisson peut-être exigeante et réclamer une surveillance régulière, une concentration certaine mais au final quelle récompense !

Il ne serait pas insensé de vouloir accomplir cette tâche, somme toute ordinaire, avec soin, délicatesse, patience et lenteur dans un monde voué au culte de la performance, de la vitesse et des records. « La lenteur, écrivait Pierre Sansot, peut signifier que chacune de nos actions importe, que nous ne devons pas l’entreprendre à la hâte avec le souci de nous en débarrasser. » [5]

Les amoureux de la table, devenus ou redevenus amants pour la circonstance, reconnaîtront bien volontiers la proximité de l’art culinaire et de la relation charnelle. A des degrés divers, la finalité est la même : donnez du plaisir et en recevoir ! A notre tour donc d’entonner un refrain autrement plus subversif et jubilatoire que celui des chiens de garde de l’économie triomphante : Faites la cuisine et pas la guerre !

En Italie, le mouvement No tav, terrain fertile des alternatives Anahita Grisoni (Silence) Reporterre 2015/04/01 Anahita Grisoni (Silence) (1er avril 2015 à 08h32,) En Italie, le mouvement No tav, terrain fertile des alternatives. Reporterre. Grands projets inutiles fr

En Italie, le mouvement No tav, terrain fertile des alternatives

Un groupe de personnes engagées dans le mouvement NoTav s’est réuni en août 2014, pour réfléchir à la manière dont la pensée écologiste trouvait aujourd’hui sa place dans le mouvement. « Une écologie critique, certes, d’un progrès irraisonné, mais surtout une écologie porteuse de projets et d’alternatives. »

Voilà maintenant 25 ans, l’opposition au projet de Train à Grande Vitesse (Treno Alta Velocità, ou TAV) transeuropéen nécessitant la réalisation d’un tunnel sous les Alpes entre Lyon et Turin, naissait dans la vallée de Suse. En 1989, le collectif Habitat, constitué de plusieurs ONG écologistes [1] et de personnalités engagées, s’est mobilisé autour du refus de ce projet au prix exorbitant, tant pour les finances publiques que pour la santé, le bien-être des populations et l’environnement. Quelle est cette écologie dont parle le Notav ?

On l’accuse à tort d’être un mouvement Nimby. [2] Ce qu’il n’a jamais été. Dès 1989, il s’agissait de réfléchir à l’avenir des Alpes, en incluant dans le débat les militants suisses et autrichiens sous l’égide d’Alexander Langer, ancien membre de Lotta continua et fondateur des Verdi. [3]

En 2005, au moment de l’ouverture du chantier de Venaus, les militants ont créé pendant six semaines une zone franche de démocratie réelle, avant de marcher sur Rome et de sensibiliser tout le pays à la cause. Aujourd’hui, du Piémont au « Meridione » (sud), personne ne semble ignorer les controverses qui animent la vallée de Suse depuis plus de deux décennies.

Des centres sociaux de Naples aux sièges des associations rouges/vertes palermitaines, les régions du sud, touchées par des affaires de pollution et d’éco-mafia [4] très prégnantes, résonnent comme celles du nord au rythme de la vallée de Suse.

Au fil des années, le mouvement No tav est devenu l’un des principaux acteurs de la scène politique italienne en épousant les formes de la lutte contre la gestion mafieuse des territoires. La campagne pour l’élection du président du Conseil, au printemps 2013, n’a pu faire l’économie d’une récupération politique de ce sujet brûlant.

Les conséquences financières de la crise d’octobre 2008 et la politique d’austérité imposée, entre autres, à l’Italie, ont mis encore davantage à mal les finances publiques nationales. L’argument du gâchis financier devient alors prioritaire, aux côtés de l’inutilité du projet.

Et en France ?

De l’autre côté de la frontière, l’écho du mouvement italien se fait ressentir. Pas seulement à travers la création de certains groupes locaux transfrontaliers affiliés aux Verts, dans les années 1990. Mais aussi dans les squats, les lieux alternatifs, et les ZAD qui expérimentent, sur tout le territoire, d’autres manières de vivre et de lutter.

Qu’en est-il alors, du mouvement français ? Deux structures — Lyon Turin ferroviaire et Comité pour la liaison ferroviaire transalpine — forment le cœur du lobby pro-tunnel. Comment s’explique, alors, le manque de ferveur de ce côté de la frontière ?

Pour Daniel Ibanez, membre actif de l’opposition en France, c’est avant tout en raison de la culpabilisation de toute forme d’opposition après l’accident du Mont-Blanc [5]. Elle repose également sur la mascarade de la concertation et de l’enquête publique, et le fantasme d’un univers de gauche qui pense que l’infrastructure ferroviaire est synonyme de service public et de statut des cheminots. Même si le projet est un partenariat public-privé.

Savoirs partagés et nouveaux modes de vie

Le documentaire de Philippe Borrel, L’urgence de ralentir (2014) faisait la part belle au mouvement No tav. Et à juste titre : en établissant un panorama des actions décroissantes opposées à la frénésie du système, le réalisateur donne à voir les initiatives d’un autre mode de vie.

Un mode de vie plus vertueux, économe en oxygène, éloigné des envies irrépressibles de la société de consommation. Mais avant toute chose, un mode de vie qui avance doucement et sûrement, éminemment contemporain, puisque, comme dit Erri de Luca, « la modernité, ce n’est pas d’aller plus vite, mais d’avancer de manière consciente ».

Le fossé entre ville et campagne semble se creuser chaque jour davantage. Bien souvent, les zones rurales apparaissent comme le reliquat délaissé des centres urbains. En Vallée de Suse, les choses diffèrent. La richesse passée du territoire est mise en valeur, côte à côte avec les initiatives radicales et critiques, telles que le Val Susa film festival.

Si tout un chacun peut participer, chaque après-midi, à la réunion du comité No tav de Borgone Susa, c’est autant pour parler de politique que pour raconter, autour d’un café, l’état de son potager ou les souvenirs de son enfance.

« Le mode de vie développé en Val Susa ne requière pas que tu allumes le téléviseur le soir »… Sans dogmatisme et sans violence, les vingt-cinq années du mouvement No tav ont fait l’effet d’une véritable révolution des manières d’habiter un territoire. Cette transition est née d’une volonté de faire vivre et de rendre visible une vision radicalement alternative de la vie.

Une vision qui n’est pas celle de la culpabilisation et des bonnes pratiques environnementales, venant masquer un consumérisme et un individualisme intacts. Une vision qui consiste à promouvoir un autre modèle de société, remettant en question à la racine l’ensemble des choix sociaux, économiques et politiques qui sont faits. Et c’est justement dans ce radicalisme et dans cette remise en question créative que réside l’écologie politique.

Montagne, paysage et projet de territoire

L’opposition du mouvement No tav ne porte pas seulement sur la Très Grande Vitesse, puisqu’il critique surtout l’inutilité et le coût du projet. Ce n’est pas pour autant un élément secondaire, car la vitesse en tant que telle pose problème, à plus forte raison au cœur des Alpes.

D’ailleurs, le mouvement No tav aurait-il pu naître ailleurs ? Ailleurs que dans un contexte montagnard et encastré, et en même temps transfrontalier ? A l’origine du mouvement Habitat, c’est la sauvegarde des Alpes qui est en jeu, et l’opposition aux transports dont il est question. Etrangement, le relais de la cause n’est pas pris par le Club Alpin Italien, le CAI, qui existe pourtant depuis 140 ans. Ce sera donc au peuple de la vallée de Suse de porter le mouvement.

Tout cela est une question de philosophie. Les valeurs intrinsèques à la grande vitesse, soit la rapidité, la concurrence et la commodité, contrastent avec celles de la montagne. Les dénivelés qui la caractérisent rendent son accès difficile et précieux. Car c’est précisément cette difficulté que les amateurs de montagne recherchent. La montagne est un lieu qui oblige à se déplacer à pieds, en s’épuisant à la tâche. Ce qui rend belle la conquête d’un sommet, c’est l’effort qu’il faut faire pour le conquérir.

Et la montagne enseigne aussi à renoncer, à se rendre compte des limites, celles du corps comme celles de la planète. Alors que notre espèce est spécialisée dans le dépassement de ses capacités individuelles et collectives, le vrai message pour le monde moderne réside peut-être dans la compréhension de ces liens qui libèrent.

LA PAROLE CONTRAIRE D’ERRI DE LUCA

Ecrivain italien renommé, Erri De Luca est poursuivi en justice pour avoir soutenu le mouvement NoTav et avoir dit dans un entretien que « la TAV doit être sabotée ». « Cette inculpation est mon premier prix littéraire en Italie », ironise-t-il dans cet opuscule, expliquant que « si mon opinion est un délit, je continuerai à le commettre ».

« L’accusation portée contre moi sabote mon droit constitutionnel de parole contraire », poursuit-il. « J’accepte volontiers une condamnation pénale, mais pas une réduction de vocabulaire ». Il interroge les liens de la justice avec les intérêts privés et fait un éloge de la résistance tant concrète qu’intellectuelle, s’appuyant sur les exemples du passé.

Luca compare la démocratie à un accordéon : « L’accordéon des droits se resserre parfois jusqu’à rester sans souffle. Mais ensuite les bras s’étirent et l’air revient dans le soufflet ». Un livre qui donne envie de s’étirer… avec les NoTav !

- La parole contraire, Erri De Luca, Ed. Gallimard, 2014, 42 p., 8€.

- Lire aussi : Erri De Luca : « On m’accuse de délit d’opinion »

Les Illusions renouvelables. Énergie et pouvoir : une histoire de José Ardillo Reporterre 2015/04/02 de José Ardillo (2 avril 2015) Les Illusions renouvelables. Énergie et pouvoir : une histoire. Reporterre. Énergie fr

Les Illusions renouvelables. Énergie et pouvoir : une histoire

Hors du Léviathan industriel, point de salut. Cette vérité révélée doit se graver dans nos esprits indisciplinés.

Il faut toujours plus d’énergie pour continuer à nous soumettre. Il faut extraire des entrailles de la Terre jusqu’aux derniers combustibles. Et ce, au plus vite.

Il faut renouveler l’illusion que tout doit changer pour que tout continue de la même façon : faire que le monde entier s’agite pour que notre pauvre quotidien reste le même. Nous nous sommes égarés en chemin à force d’être éblouis.

Et un jour nous exploiterons l’énergie des volcans, la puissance des mers et des étoiles. C’est le grand défi du XXIe siècle : enrôler toutes les forces, y compris armées, pour que nous continuions à utiliser notre grille-pain.

Analyse très riche et documentée de l’histoire récente de l’exploitation énergétique, abordée dans son rapport au pouvoir, ce livre développe une critique implacable du modèle énergétique et social actuel, y compris de certaines illusions écologistes sur les énergies renouvelables.

Les Illusions renouvelables. Énergie et pouvoir : une histoire, José Ardillo, Ed. L’Echapée, 304 pages,16 euros.

La main verte des Roms de Montreuil Cécile Leclerc (Reporterre) Reporterre 2015/04/02 Cécile Leclerc (Reporterre) (2 avril 2015) La main verte des Roms de Montreuil. Reporterre. Agriculture fr

La main verte des Roms de Montreuil

Depuis cinq ans, plusieurs familles roms entretiennent des potagers en plein cœur de Montreuil, en banlieue parisienne. De quoi redonner espoir à ces anciens agriculteurs roumains qui partagent de temps à autre leurs légumes avec les habitants. L’association Ecodrom espère ainsi favoriser leur intégration.

- Montreuil (Seine-Saint-Denis), reportage

« On a planté les semences mi-février : dans douze semaines environ, on aura des choux, des tomates, des oignons. C’est beaucoup de travail pour moi : je viens tous les jours arroser, et puis il faut aussi nourrir les poules. » Dans un français approximatif, Florin montre fièrement son œuvre : un poulailler et une serre à légumes sur le terrain de l’ancienne ferme Moultoux, rue Emile Beaufils, à Montreuil.

Âgé d’une quarantaine d’années, Florin vit en France depuis huit ans. Il a connu la rue et a dû faire la manche pour survivre, avant de faire la connaissance de l’association Ecodrom en 2010, l’année où celle-ci s’est créée. Depuis, il s’occupe de son potager avec neuf autres Roms de sa communauté : « Ainsi, on montre à la France qu’on existe et qu’on est capable de travailler, même si on ne gagne pas d’argent ».

Cultiver le lien social

L’agriculture, Florin connaît et c’est même une histoire de famille. Il vient de la région agricole d’Arad en Roumanie. Comme beaucoup de Roms. Et c’est en faisant ce constat que l’idée d’Ecodrom a germé dans la tête de Colette Lepage, présidente de l’association :

« J’ai vu qu’ils s’y connaissaient en agriculture et je me suis dit que c’est ce qu’il fallait faire : les rendre actifs en travaillant la terre. Il y a une notion d’utilité, on fait pousser de quoi manger. Et on se sent aussi peut-être plus attaché à la terre d’accueil. »

Colette a trouvé le terrain de la ferme Moultoux à l’abandon, obtenu de la mairie une convention d’occupation précaire à but humanitaire et Ecodrom a vu le jour : Drom, qui signifie « le chemin » en romanès et Eco, parce que « le projet est basé sur l’économie solidaire et sur l’écologie ».

Dans le potager, tout est récupéré : l’eau de pluie et les épluchures pour faire du compost. Un compost partagé avec les Jardins du cœur qui dépendent des Restos du cœur et qui occupent aussi un bout de terrain de la ferme Moultoux depuis 2013.

Ainsi, les Roms travaillent au quotidien aux côtés de personnes en voie de réinsertion. Bruno Doisy, encadrant technique aux Jardins du cœur, est enchanté de cette coopération : « Nos salariés sont Africains, Maghrébins, Afghans. Des liens d’amitié se créent avec les Roms. Ça fait un beau brassage. On parle, on échange, et chacun cultive ses légumes. »

« Le potager a permis de créer du lien social », renchérit Colette Lepage : « Les Roms côtoient les Jardins du cœur, mais aussi les habitants du quartier. Au départ, il y a eu beaucoup de méfiance. La police est même venue le jour de notre arrivée, quelqu’un avait dû les prévenir ! Aujourd’hui, les Roms sont moins stigmatisés : les voir travailler, ça rassure. »

Et pour favoriser les rencontres avec les habitants de Montreuil, Ecodrom participe à des fêtes de quartier ou à des moments associatifs. Les Roms passent alors aux fourneaux et proposent des spécialités culinaires roumaines, comme les sarmalé, à base de choux...qui proviennent bien sûr du potager.

Une aide quotidienne

Depuis l’été 2012, Florin et sa famille ont pu s’installer dans des petites maisons dans le quartier de la Boissière, à quelques centaines de mètres de la Ferme Moultoux. Là aussi, Ecodrom n’a obtenu que des baux précaires, ce qui signifie que la mairie peut expulser les familles avec un préavis de trois mois.

Mais ce déménagement a changé la vie de Florin : « Ecodrom nous aide pour tout : grâce à eux, on a une maison, nos enfants vont à l’école, on a fait la demande pour la carte maladie. Dès qu’on a un problème, on leur en parle et ils nous aident. » « Le plus gros boulot, c’est le suivi social, scolaire, médical, juridique. C’est un véritable travail d’assistante sociale », reconnaît Colette.

D’ailleurs, Ecodrom a mis en place une salle pour donner des cours de soutien scolaire aux enfants d’une autre communauté de Roms : celle de la rue de Saint Antoine, près de la bretelle d’autoroute. Les cinq familles qui vivent là dans des cabanes en bois ont failli être expulsées à l’hiver 2011.

Ecodrom leur est venu en aide et a, là aussi, mis en place un potager et négocié un bail précaire. Alex, le chef de la communauté de la rue Saint Antoine, explique : « Nous avons ainsi nos propres légumes, ça nous permet de manger au quotidien l’été. Tout le monde s’y met, et comme ça, on travaille un peu. » L’accès au marché du travail reste en effet compliqué : la production de légumes offre alors un moyen de subsistance non négligeable.

Améliorer les conditions de vie

Dans ce « village » aux allures de bidonville, on trouve désormais à l’entrée une maison qui fait office de cuisine communautaire ainsi que deux bâtiments qui renferment douches et toilettes. C’est l’association Quatorze qui les a érigés. En découvrant les conditions de vie des Roms, Colette Lepage s’est en effet tournée vers cette association de jeunes architectes.

Daniel Millor est l’un d’entre eux : « Il s’agit en fait de co-construction. On a pris le temps de discuter avec les familles roms, de savoir ce qu’elles souhaitaient. Il est clair que ces sanitaires ont changé la façon de concevoir l’hygiène dans la communauté. »

« Aujourd’hui, on vit mieux qu’il y a trois ans », poursuit Alex, le chef. « Les associations nous ont beaucoup aidés. Mais beaucoup de choses peuvent encore être faites ! On ne pourra pas rester ici toute notre vie. On sera sûrement obligés de partir un jour. »

Du côté de la mairie de Montreuil, on reconnaît que ces baux précaires sont un frein à l’intégration, mais on n’a pas le choix, explique Claude Reznik, adjoint au maire chargé des populations migrantes : « Les terrains mis à disposition des Roms ne peuvent pas être loués de manière définitive car on a des projets à moyen terme, comme le tramway près de la rue Saint Antoine. Et on ne peut pas prendre en charge tous les Roms de Montreuil. On a déjà eu un programme d’insertion, la MOUS, qui a concerné 350 personnes et ça a été une réussite. »

Alors, c’est vrai : Colette et les membres de l’association Ecodrom se sentent parfois découragés. Mais quand ils regardent en arrière, ils se disent qu’ils ont déjà parcouru un petit bout de chemin. « La mise en place de ces potagers a fait bouger les choses : on a fait sortir les Roms de leur ghetto et on a jusqu’ici évité l’expulsion », martèle Colette. Et c’est déjà ça.

Voici pourquoi les écologistes doivent s’allier avec le gouvernement Jean-Luc Bennahmias Reporterre 2015/04/02 Jean-Luc Bennahmias (2 avril 2015) Voici pourquoi les écologistes doivent s’allier avec le gouvernement. Reporterre. Tribune — Politique fr

Voici pourquoi les écologistes doivent s’allier avec le gouvernement

« Plus que jamais les crises sociale, écologique et morale que traverse notre pays, nécessitent un rassemblement des forces de progrès, revendiquant une vision moderne de la sociale-démocratie et de l’écologie, afin, entre autre, d’assurer la présence d’un candidat progressiste au second tour de l’élection présidentielle. »

Le résultat du second tour des élections départementales rappelle durement que la division de la gauche, face à une droite unie et à une extrême droite en recrudescence, prive bien trop souvent les candidats de la gauche réformiste de second tour.

Plus que jamais les crises sociale, écologique et morale que traverse notre pays, nécessitent un rassemblement des forces de progrès, revendiquant une vision moderne de la sociale-démocratie et de l’écologie, afin, entre autre, d’assurer la présence d’un candidat progressiste au second tour de l’élection présidentielle.

Le choix de porter des réformes nécessaire (pacte de compétitivité, loi Macron, loi transition énergétique, loi biodiversité...) engagé par le Président de la République et le Premier ministre est celui d’une politique de responsabilité et de bon sens.

Mais pour pleinement réussir, cette démarche salutaire doit s’appuyer sur les forces vives du pays : politiques, associatives, syndicales, civiles et culturelles, rassemblées autour de grandes réformes, visant à recréer de l’emploi, en favorisant la recherche, l’innovation et redynamiser notre tissu économique.

Une logique de réconciliation

Cette politique doit se faire dans une logique de réconciliation entre l’entrepreneuriat et le développement durable, entre l’agriculture et la défense de l’environnement, pour progresser sur la voie d’une économie décarbonée et circulaire, c’est-à-dire écologiquement vertueuse.

Une partie de l’extrême-gauche et des écologistes, prônant pour l’avenir une stratégie du passé et défendant une politique de dépense publique sans limites, contestera sans cesse les réformes, pourtant essentielles au redressement du pays. En s’accommodant - se complaisant ? - ainsi d’une culture de l’opposition perpétuelle, cette gauche là refuse d’affronter enfin la réalité de la gestion dans une économie à faible croissance, face aux bouleversements des modes de production.

Nous, les démocrates, écologistes et progressistes assumons et assumerons nos responsabilités : en soutenant cette politique réformiste et ambitieuse, nous faisons le choix de participer au redressement du pays, dans l’esprit républicain de justice sociale, de défense de l’environnement, du vivre ensemble et de laïcité.

Nous, les démocrates écologistes et progressistes, assumons un clair positionnement pro-européen, défendant l’idée d’une Union Européenne abandonnant les politiques d’austérité, plus lisible, aux pouvoirs plus clairs, offrant des politiques porteuses d’espoirs, innovantes, et positives en particulier pour la jeunesse.

Nous revendiquons l’idée d’une Union Européenne au poids plus conséquent dans le concert des nations et à l’action diplomatique plus puissante face aux enjeux climatiques, et aux bouleversements mondiaux (nouveaux pays émergents, conflits meurtriers, guerres larvées, menaces terroristes) qui redessinent un monde nouveau.

Nous, les démocrates, écologistes et progressistes soutenons l’idée d’une gauche plus moderne, bâtie autour de responsables politiques réunis pour proposer les grandes réformes dont le pays à besoin, assumant le dépassement des clivages de postures, des oppositions factices, des schémas d’hier, et permettant le rassemblement dans une maison commune, des progressistes, des écologistes et des sociaux-démocrates.

Car nous sommes convaincus qu’aucun camp, aucun parti, ne peut envisager d’alimenter seul cette réflexion, tant elle oblige au changement de réflexes, et à tourner le dos aux attitudes d’hier. Celles et ceux qui n’ont pas renoncé au redressement économique, démocratique ou moral et à une grande ambition pour le pays, ont à faire ensemble, rassemblés.

Signataires :

Jean-Luc BENNAHMIAS | président du Front Démocrate, écologique et social

Yves PIETRASANTA | président de Génération Écologie

Michel SUCHOD | président de la Gauche Moderne et Républicaine

François-Michel LAMBERT | député EELV, président de l’Institut de l’Économie Circulaire

France GAMERRE | présidente d’honneur de Génération Écologie

Christophe MADROLLE | secrétaire général du Front Démocrate, écologique et social

Gilles CASANOVA | secrétaire général de la Gauche Moderne et Républicaine

Antonio DUARTE | président Les Progressistes, fondateur du Club Planète Verte

Gilles SAULIERE | secrétaire général Les Progressistes

Yves PACCALET | écologue, conseiller régional Rhône Alpes

En Creuse, la ferme-usine des Mille veaux suscite la polémique Eloïse Lebourg (Reporterre) Reporterre 2015/04/02 Eloïse Lebourg (Reporterre) (2 avril 2015) En Creuse, la ferme-usine des Mille veaux suscite la polémique. Reporterre. Reportage — Mille Vaches et fermes-usines fr

En Creuse, la ferme-usine des Mille veaux suscite la polémique

En Creuse, la ferme-usine des Mille veaux est en train de sortir de terre. Une énorme bâtisse qui accueillera 1 400 broutards à l’année pour les engraisser, en lien avec la filiale viande d’Intermarché. Reportage sur un nouvel exemple de l’agriculture productiviste qui impose son modèle partout.

- Saint-Martial-Le-Vieux (Creuse), reportage

Ils ne sont pas contents, les membres de la Confédération paysanne, du Modef (syndicat agricole d’inspiration communiste) et autres petits producteurs limousins. Tout près de chez eux, une grosse bâtisse se construit. Elle accueillera 1400 broutards à l’année pour les engraisser.

Historique

A l’origine, une occasion rêvée : la perte des effectifs du camp militaire de La Courtine. Une enveloppe de compensation a donc été offerte par le ministère de la Défense afin de redynamiser la commune, en janvier 2011. Cette enveloppe a permis entre autre, d’aider au financement de douze projets, tels que la construction d’une maison de retraite ou la mise aux normes des hôtels-restaurants - et un projet agricole porté par le SAS Millevaches.

Nous sommes en 2012. Cette société présidée par Michel Lacrocq, maire de Malleret, et dirigée par de nombreux ex-ténors de la FDSEA Corrèze propose d’installer un centre d’engraissement sur le territoire limousin. En effet, jusque là, on envoie les broutards en Italie, où ils se font engraisser avant d’être abattus. Leur viande est ensuite vendue dans les pays du pourtour méditerranéen. Alors, faire un centre d’engraissement local paraît alléchant.

Les centres d’engraissement accueillent les veaux lorsqu’ils ont entre 8 et 9 mois. Jusque là, ils sont normalement nourris sous la mère. Ils restent 9 mois en centre afin de grossir rapidement. A leur sortie, ils ont dix-huit mois et on les appelle jeunes bovins. Ils sont abattus et souvent transformés pour les raviolis et autres produits à base de bœuf de moyenne qualité et uniquement destinés aux pays du pourtour méditerranéen. En France, nous ne consommons pas d’animaux sortant de centre d’engraissement.

Le projet paraît donc une opportunité économique. Les animaux seront achetés aux agriculteurs du Puy-de dôme, Corrèze ou Creuse. L’entreprise a aussi passé un accord avec la firme Jean Rozé, filiale viande d’Intermarché, assurant ainsi aux éleveurs impliqués une base de rachat minimum, quel que soit le cours du marché. Une cinquantaine d’élevage et pas moins de 76 éleveurs adhèrent ainsi à la SAS Millevaches.

Afin de viabiliser le centre, des panneaux photovoltaïques seront posés sur le toit. La négociation avec la société va même plus loin, puisqu’un champ complet se verra doté de panneaux au sol.

Pour financer le projet, on peut compter sur 400 000 euros de compensation du ministère de la Défense, tandis qu’une demande de subvention de 150 000 euros est envoyée au Conseil régional.

"L’inverse de ce que nous voulons faire de l’agriculture"

Mais celui-ci repousse depuis quelques mois la date du vote. Car la ferme des Mille veaux est loin de faire l’unanimité. En novembre 2014, un collectif « Mille voix-novissen » s’est constitué afin de contrer ce projet, pourtant validé après une enquête publique.

A La Courtine, on ne comprend pas bien la polémique. Selon Guillaume Sauty, agent à la Communauté de communes, « le projet est très bien accepté localement, il est écologiquement irréprochable. » Mais les membres du collectif font entendre un son de cloche totalement différent.

Selon Didier Lorioux, président d’Agrobio 19, « ce projet est un pas de plus dans le renforcement des liens entre l’agriculture et l’industrie. Mettre 1400 veaux à l’année, en hors sol, afin de les engraisser, des bêtes venant de cheptels différents et qui devront donc être obligatoirement traitées aux antibiotiques pour ne pas tomber malades et grossir plus vite va à l’inverse de ce que nous voulons faire de l’agriculture. Surtout sur un territoire comme le Limousin. »

Muriel Padovani, élu EELV, ex-conseillère régionale, va plus loin : « En Italie, tous les centres d’engraissement ferment parce qu’ils ne sont pas rentables, pourtant, là-bas, sur la plaine du Pô, ils ont toute l’alimentation de l’animal à portée de main. Ici, il va falloir importer. Nous n’avons ni colza ni maïs. Ce projet est voué à l’échec ! »

Pour le collectif, l’argent public devrait plutôt aider les petites installations. Jackie, membre du collectif elle aussi, a été éleveuse de chèvres sur le plateau de Millevaches avant d’y prendre sa retraite :

« Vous ne pensez pas que cet argent pourrait servir à aider les paysans à faire de vrais bons produits ? Vous ne pensez pas que cela pourrait servir à des jeunes en pleine installation ? Aujourd’hui, nos paysans sont des entrepreneurs. Ils passent leur journée en tracteur, à aller de leur parcelle 1 à leur parcelle 2. Pas un ne sait désormais traire une vache ou faire son fromage. S’allier avec Intermaché, c’est s’allier avec le diable ! »

Une aubaine pour certains

La polémique est aussi éminemment locale. Les « patrons » de la SAS sont tous d’anciens responsables de la chambre d’agriculture de la Corrèze et membres très actifs de la FNSEA. Ils ont tous été battus lors des dernières élections par une autre liste FNSEA ; on leur reprochait de toujours tirer la couverture à eux.

Il faut dire que parmi les responsables de la SAS Millevaches, on retrouve Bruno Bunisset, ancien membre du bureau de la Chambre d’agriculture, président de l’Association des usagers de l’abattoir (municipal) d’Ussel. C’est son abattoir qui sera en charge de l’abattage de la viande sortant du centre d’engraissement. Il est aussi responsable du marché au cadran. Ce centre d’engraissement est une aubaine pour lui.

Au Parc naturel régional (PNR) Millevaches, on se garde de prendre parti, alors que la ferme des Mille veaux sera installée sur son territoire. Mais le directeur, Gérard Joberton, ne sait sur quel pied danser : « Philosophiquement, nous sommes évidemment contre un projet tel que celui-ci, nous privilégions les circuits-courts, le local, mais nous n’avons pas le pouvoir de grand-chose. Ce projet a été monté par des éleveurs du territoire. C’est un projet privé. Nous n’y sommes pas associés. »

Avril-Sofiproteol n’est pas loin

D’ailleurs, une réunion entre le Collectif, la SAS Millevaches et le PNR a eu lieu le 9 février afin de régler un contentieux. En effet, la plaquette de présentation du SAS Alliance-Millevaches est ornée des logos du PNR et même de la Région. Or, ni le PNR qui n’a qu’un pouvoir consultatif, ni la région ne se sont exprimés sur le projet. Il a été demandé à la société de retirer ces logos.

Enfin, une dernière polémique a surgi : l’installation d’un méthaniseur est à l’étude afin de récupérer le fumier et éventuellement les déchets verts des communes alentours. Un appel à souscription de 10 000 euros a été lancé par la structure Methagri 23.

Si le projet se concrétisait, il pourrait permettre de déshydrater le digestat afin d’en faire de l’engrais qui serait commercialisé sous forme de petits sacs à destination des jardineries... par Avril, la société agro-alimentaire de Xavier Beulin, président de la FNSEA – c’est du moins ce qu’a annoncé Bruno Bunisset lors de la réunion organisée par le PNR Millevaches.

LES CENTRES D’ENGRAISSEMENT, UNE HISTOIRE DÉMARRÉE DANS LES ANNÉES SOIXANTE

Les centres d’engraissement sont nés en Italie sur la plaine du Pô. Dans les années 1960, ces plaines ont été transformées après drainage en champs de céréales. Pour valoriser les céréales ainsi produites et répondre à la demande nationale de viande, les éleveurs italiens ont importé des veaux à engraisser, ce qui a créé la filière des broutards depuis la France.

Cette filière d’importation de veaux « maigres » a été développée à partir de race à viande, principalement charolaise et limousine. Les aides de la Politique agricole commune ont ensuite favorisé les cheptels de bovins naisseurs pour produire des broutards au détriment d’autres productions, en les finançant davantage que les troupeaux ovins.

Avant l’avènement des ateliers d’engraissement italiens, les éleveurs produisaient des veaux de lait, grandissant sous la mère. Cela nécessitait deux têtées par jour. Les centres d’engraissement ont ainsi facilité le travail des éleveurs français, mais ont considérablement réduit la qualité de vie des animaux et la qualité de la viande.

Depuis quelques années, les centres d’engraissement tendent à fermer puisque sur la plaine de Pô, on se rend compte qu’il est plus simple et rentable de vendre des céréales plutôt que de les utiliser pour la nourriture des broutards.

Ceci a conduit des éleveurs français à tenter de créer leur propre centre d’engraissement. Cependant, le Limousin, région très boisée et avec peu de plaines, ne semble pas propice à ce genre d’installation, puisque le territoire ne peut produire ses propres céréales.

L’incroyable mobilisation de la police pour retrouver huit chaises qu’exige la banque fraudeuse HSBC Lucas Mascarello (Reporterre) Reporterre 2015/04/02 Lucas Mascarello (Reporterre) (2 avril 2015) L’incroyable mobilisation de la police pour retrouver huit chaises qu’exige la banque fraudeuse HSBC. Reporterre. Économie fr

L’incroyable mobilisation de la police pour retrouver huit chaises qu’exige la banque fraudeuse HSBC

Le 31 mars, Txetx Etcheverry et Sabrina Ravetta, militants de Bizi, ont été entendus pour la troisième fois au commissariat de Bayonne. Leur délit ? Avoir saisi huit sièges dans une agence HSBC pour protester contre l’évasion fiscale organisée par la banque. Des milliards contre quelques chaises… Et la police inquiète aussi Attac et Les Amis de la Terre !

Le braquage du siècle s’est déroulé le 12 février dernier à Bayonne. C’était un jeudi. Sous les yeux des clients médusés, une vingtaine de personnes se sont livrées à un « pillage » militant dans l’agence de la banque HSBC. Le butin : huit sièges.

Ces dangereux individus sont des militants du mouvement Bizi . Ils ont agi dans le cadre d’une action citoyenne pour reprendre une petite… toute petite partie de l’argent détourné par la banque HSBC.

Car cette banque est au coeur d’un vaste système de fraude, comme l’ont révélé en février dernier, Le Monde et le Consortium international des journalistes : ce sont 180 milliards d’euros que la banque a fait disparaitre par évasion fiscale entre novembre 2006 et mars 2007. Rien que pour la France, près de 6 milliards ont été dissimulés par HSBC, classée comme la deuxième banque mondiale.

Pas rancunier pour un sou, Bizi avait offert au délinquant bancaire un exemplaire du Livre noir des banques publié par Attac et Basta.

Qui est poursuivi pour « Vol aggravé » ? La banque fraudeuse ? Non : les récupérateurs de huit chaises !

Cinq jours plus tard, Txext Etcheverry, cofondateur de Bizi, se présentait au poste de police. Il y était entendu pour « vol aggravé ». Devant le commissariat, le militant altermondialiste se disait prêt à « rendre au plus vite les huit fauteuils, mais seulement après que la banque HSBC ait elle-même rendu les 2,5 milliards d’euros que son système a permis de dérober aux recettes publiques françaises ». Et comme la restitution risque de prendre un peu de temps, Txext Etcheverry précisait que d’ici là, les sièges seraient « mis à la disposition d’associations et d’ONG luttant contre l’évasion fiscale ».

L’offre a visiblement trouvé preneur puisque la police n’est parvenue à récupérer que trois des huit sièges. Les associations Attac, les Amis de la Terre ainsi que le philosophe Patrick Viveret et le syndicat national Solidaires Finances Publiques ont apporté leur soutien à Bizi en acceptant les précieuses chaises. Dès lors, aux yeux de la police, ils seront impliqués dans un « recel de vol aggravé ».

Depuis, les enquêteurs cherchent désespérément les sièges manquants. Et le 17 mars, six militants de Bizi, sont de nouveau convoqués pour un relevé d’ADN. Txetx Etcheverry s’étonne logiquement de cette démarche et refuse tout prélèvement : « Je ne vois pas l’intérêt d’un fichage génétique puisque nous agissons toujours à visages découverts ».

Le 31 mars, Txetx Etcheverry et Sabrina Ravetta se sont rendus au commissariat de Bayonne pour une troisième convocation. Cette fois, ils seront entendus pour « refus de prélèvement biologique ».

« Il est hallucinant de voir tous les moyens mis en œuvre pour cette affaire. C’est aussi très révélateur par rapport aux 1000 milliards d’euros que coûte l’évasion fiscale. Et ce n’est pas moi qui le dis, c’est Michel Barnier qui était commissaire européen UMP » , constate Txetx Etcheverry, qui note par ailleurs qu’à « l’heure où on manque cruellement de moyens pour lutter contre le changement climatique et engager la transition énergétique, on peut regretter que l’argent aille dans les paradis fiscaux ».

L’évasion des chaises vers la Suisse. Va-t-on mobiliser Interpol ?

Cette dernière audition a duré 1h30 durant laquelle les enquêteurs ont questionné l’implication de Thomas Coutrot, coprésident d’Attac et de Florent Compain, président des Amis de la Terre.

Les deux hommes devraient à leur tour être convoqués et la visite des locaux parisiens des associations serait prévue dans le but de récupérer les fameux sièges.

Thomas Coutrot indique à Reporterre envisager « d’organiser l’évasion de la chaise vers la Suisse, avec l’aide d’une association sur place, ce qui permettra de continuer le jeu du chat et de la souris ».

Attac avait par ailleurs saisi plusieurs chaises d’une agence BNP-Paribas, le 7 mars dernier à Paris. Contrairement à la banque suisse, BNP Paribas n’a pour l’instant pas porté plainte.

Pour Florent Compain, président des amis de la terre, HSBC a commis une erreur : « La banque a porté plainte à Bayonne dans la journée, donc à partir du moment où une instruction est ouverte, ils sont bien obligés de continuer l’action. Ça nous offre un boulevard pour nous exprimer ».

Txetx Etcheverry partage le même sentiment et précise que « s’il y a procès, on est prêt à aller jusqu’au bout et on en fera le procès de l’évasion fiscale ».

Interrogée par Reporterre, la chargée de communication d’HSBC France, Coralie Houel, indique : « Nous ne faisons aucun commentaire ».

En attendant, Florent Compain songe aussi faire sortir la chaise hors de France.

A l’aide ! Mme Taubira, M. Valls, M. Cazeneuve, saisissez Interpol !

REPORTERRE CHERCHE UN TABOURET

Ce n’est pas non plus un poisson d’avril : Reporterre cherche un tabouret, pour ses réunions de travail.

Il est exclu d’en accepter un de HSBC, qui d’ailleurs ne nous l’a pas proposé, tant que cette banque n’aura pas rendu l’argent qu’elle a volé aux citoyens français par évasion fiscale.

Si les lecteurs veulent nous aider à nous procurer ce tabouret, voici la page des dons.

Ecologistes, réveillez-vous, imaginez ! Edouard Gaudot et Benjamin Joyeux Reporterre 2015/04/03 Edouard Gaudot et Benjamin Joyeux (3 avril 2015) Ecologistes, réveillez-vous, imaginez !. Reporterre. Tribune — Politique fr

Ecologistes, réveillez-vous, imaginez !

« Etre ou ne pas être au gouvernement n’a aucun intérêt si on n’a pas rétabli au préalable la force de l’imaginaire concrétisé dans un projet politique partagé »

Franchement, c’est peu dire que l’année 2015 a mal commencé. Après le choc bouleversant des attentats parisiens, la brève parenthèse de communion nationale du 11 janvier n’aura pas duré. Le pouvoir a repris le fil interrompu de son travail de décomposition politique. Du passage en force à coup de 49-3 aux lois orwelliennes au nom d’une sécurité fantasmée, la pratique du déni de réalité est devenue si spontanée qu’elle permet de prétendre ne pas avoir perdu la face aux dernières élections départementales.

Pendant ce temps, le Front national n’a même pas besoin de faire campagne pour nous gâcher le début du printemps et récolter les fruits amers de la révolte, semés par près de quinze ans de dégradation d’un système politique arrivé en fin de cycle. Certes, le parti d’extrême-droite ne peut plus se prétendre premier parti de France, mais son enracinement local se confirme, s’approfondit et s’élargit. La montée des eaux de la vague bleue marine suggère un dérèglement politique au moins aussi grave que le changement climatique.

Le Front national a capté un mythe fondateur de la France moderne

Car la progression du Front National n’a plus rien de circonstancielle. Elle devient structurelle, elle devient culturelle. Sa force n’est plus seulement la faiblesse du système et l’opposition à un pouvoir technocratique et inconscient. Sa force est d’avoir réussi à capturer l’un des mythes fondateurs de la France moderne : l’alliance des « nationaux » et des « sociaux », le programme de la Résistance.

Ce que ne comprend plus la classe politique contemporaine, c’est la puissance de l’imaginaire. A force de l’avoir dégradé en story-telling sous-traité aux professionnels de la communication, les énarques, ingénieurs et magistrats qui nous gouvernent ont perdu le sens du rêve, la puissance évocatrice des épopées et la capacité mobilisatrice des grandes aventures humaines. C’est l’imaginaire qui construit la geste historique, déplace les foules, nourrit l’espérance et permet de triompher collectivement des épreuves. C’est l’imaginaire qui donne son sens à l’action politique.

Monarchistes, antidreyfusards, antisémites, intégristes, anti-68ards, ultralibéraux, en transformant la coalition de losers de l’histoire de France réunie par son père en grand mouvement de résistance à la mondialisation et au système, Marine Le Pen a su canaliser l’indignation grondante d’une partie croissante de la population. Ironie, que son décès lui aura au moins épargnée, l’idéal de la Résistance que Stéphane Hessel offrait en modèle de mobilisation est porté par ceux qui historiquement lui donnaient la chasse. L’indignation a changé de camp.

Le rêve national du FN est peut-être un cauchemar pour ceux qui voient le monde comme un horizon à découvrir plutôt qu’une inépuisable source de menaces. Mais pour tous les autres, sa musique est aussi entraînante et magique que celle du flûtiste de Hamelin. Viagra unisexe de la politique française, le FN fait croire à ceux qui se sentent dépossédés de leur puissance qu’ils pourront reprendre la main sur leurs vies. Face au discours lénifiant mais brutal des technocrates de gauche-droite, dépolitisés et gestionnaires, qui refusent l’idée même d’une politique alternative à leurs erreurs persistantes, c’est paradoxalement de liberté que viennent parler les néo-fascistes marinistes.

Répondre au vertige du vide

Entre le néant post-idéologique qui caractérise la gauche dite socialiste ou son opposition de droite nationale-libérale et le retour aux démons nationaux-sociaux de l’extrême-droite conquérante, il existe pourtant une autre voie. Modeste en chiffres mais ambitieuse en valeurs, la pensée écologiste prétend répondre au vertige du vide sans sombrer dans les vapeurs frelatées des identités meurtrières. Consensus néolibéral borné ou nationalisme xénophobe étriqué ? Il y a une alternative, un imaginaire positif, construit sur la dignité de chacun et la valeur de l’autre, même lointain. Cet imaginaire inspire une autre politique, locale, européenne et mondiale, pour ici et là-bas, pour aujourd’hui et pour demain.

Malheureusement, qui s’intéresse encore à l’imaginaire écologiste ? Ces dernières années, l’imaginaire de l’écologie politique en France s’est dissous dans la course effrénée à la crédibilité institutionnelle. A-t-on entendu récemment des écologistes français parler d’autre chose que de leur position par rapport au gouvernement socialiste dont ils faisaient d’ailleurs partie l’année dernière ? A part les petites stratégies personnelles, quel est le point commun entre les deux réponses également médiocres des « Dufloplacé and co » et de tous ceux qui les suivent ? Se situer par rapport au Parti socialiste. Certains pensent à 2015 et d’autres à 2017, mais il n’y a rien de politique dans un raisonnement aussi tactique et dénué d’imaginaire. Où sont les projets, les combats, l’utopie... l’écologie ?

L’imaginaire de l’écologie est indissociable de son autonomie. Pas l’autonomie contractuelle qui envisagerait encore plus ou moins cyniquement pouvoir obtenir d’un partenaire qui a tout renié, des engagements plus ou moins fermes sur des objectifs à haute intensité écologique, genre conférence de Paris ou loi sur la transition etc.

Au gouvernement ? La question est d’abord de rétablir un imaginaire

L’autonomie ne se décrète pas. L’autonomie se construit. Et d’abord dans l’originalité du projet. Dans la capacité à mobiliser, bien au-delà des partis politiques, tous ceux qui peuvent s’y reconnaître. Dans la capacité à nouer les alliances nécessaires et signifiantes sur le moment, et la même capacité à les dépasser quand elles perdent leur sens. L’autonomie s’appuie aussi sur un parti politique fonctionnel et convivial, ouvert sur les autres et le monde, libre des angoisses de l’entrisme, accueillant et mobilisateur. Pas une structure obsédée à la fois par sa propre pureté et par sa survie.

Un parti qui n’hésite pas à inclure ses membres dans ses décisions – comme de vulgaires sociaux-démocrates allemands, par exemple, en donnant à l’ensemble de ses membres la possibilité de s’exprimer sur les décisions stratégiques. Un parti dont les prises de parole publiques écrivent une histoire collective plutôt qu’une multitude de petites histoires personnelles contradictoires.

L’autonomie de l’écologie, c’est aussi une question de cohérence. Entre les paroles et les actes. Entre les principes et les pratiques. La non-violence par exemple, la bienveillance aussi, l’autolimitation qui porte aussi le beau nom d’humilité... Autant de mots devenus des maux pour les écologistes français. Il est temps de remettre un peu de Gorz et de Gandhi dans les cœurs et les têtes.

L’autonomie, enfin, c’est une question de projet. Le projet écologiste reste celui d’un monde meilleur, une réconciliation fondamentale entre un individu libre et son environnement naturel et social. Un projet qui combine le cheminement de chacun pour le changement de tous. Un projet de transformation globale de la société : une économie durable dans une société réconciliée pour une mondialisation humaine. Etre ou ne pas être au gouvernement n’a aucun intérêt si on n’a pas rétabli au préalable la force de l’imaginaire concrétisé dans un projet politique partagé. Projet de civilisation et non pas projet personnel, l’écologie est la dernière possibilité d’un ré-enchantement du monde et de la politique.

Nous ne la laisserons pas gâcher, c’est pourquoi nous déclarons notre indépendance !

L’agriculture industrielle est devenue folle Jean-Pierre Tuquoi (Reporterre) Reporterre 2015/04/03 Jean-Pierre Tuquoi (Reporterre) (3 avril 2015) L’agriculture industrielle est devenue folle. Reporterre. Agriculture fr

L’agriculture industrielle est devenue folle

La revue 6 mois, le XXIe siècle en images dénonce dans son dernier numéro le « business de la terre ». Des photo-reportages forts et percutants, qui apportent un éclairage cru sur une agriculture devenue complètement folle.

La population mondiale augmente, mais la faim dans le monde diminue. Si 800 millions de personnes souffrent de malnutrition, c’est 200 millions de moins qu’il y a une vingtaine d’années, selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture.

Dans la seule Chine, le nombre des malnutris a baissé de plus de 100 millions. Dans les pays développés, le modèle d’alimentation a changé depuis la fin de la Seconde guerre mondiale - moins de céréales et de plus en plus de viande - sur fond de baisse générale des prix. En Occident, se nourrir coûte de moins en moins cher.

Voilà pour le côté cour. Côté jardin, le tableau de l’agriculture dite moderne - c’est-à-dire industrielle - prend des teintes nettement plus sombres que le magazine 6 mois (le petit frère de la revue XXI) a choisi d’éclairer dans sa dernière livraison.

Les images font froid dans le dos

Sous le titre générique du « business de la terre » sont déclinés trois sujets : les usines agroalimentaires dans divers pays, la cueillette des fruits et des légumes dans le sud de l’Italie et l’exploitation du soja en Argentine. Pour chacun des thèmes la recette est identique : des reportages photos de grande qualité et quelques textes denses en appui.

Le résultat est accablant. L’agriculture moderne est devenue folle. Elle marche sur la tête. Si elle a su répondre à la croissance démographique, aujourd’hui, elle obéit à d’autres lois et nous entraîne vers des lendemains de cauchemar.

Ils sont déjà là, est-on d’ailleurs tenté de dire au vu du travail de Georges Steinmetz. Ce photographe américain a sillonné les Etats-Unis, la Chine, le Japon, le Brésil pour capter « les usines à nourriture de la planète ». C’est bien de cela qu’il s’agit : montrer sans effet ni fioriture à quoi ressemble un abattoir où près d’un millier de porcs sont abattus quotidiennement, cet autre qui « traite » chaque jour 2 500 bovins (!), ce troisième qui débite au même rythme 170 000 poulets dont les pattes sont exportées au Japon, les ailes en Chine, les foies aux Etats-Unis, ou cette usine où sont confectionnées 800 000 boulettes de riz/jour.

Les images font froid dans le dos. Non pas qu’elles exagèrent et travestissent la réalité quand elles nous montrent les alignements de bêtes mortes suspendues à des crochets et l’armée des humains qui s’active autour, tous enveloppés dans des combinaisons blanches anonymes. C’est la normalité des clichés, la froideur des images qui fait leur force.

Sur le même thème du « business de la terre » le second reportage photo nous entraine dans le sud de l’Italie où de jeunes Africains venus du Burkina-Faso, l’un des pays les plus déshérités d’Afrique, viennent année après année louer leur bras pour ramasser au fil des saisons des tomates, puis des oranges, enfin des mandarines, moyennant un salaire de misère.

Les photos d’Alessandro Penso rendent bien compte de ces vies d’émigrés, logés dans des maisons abandonnées, exploités par les mafias locales, et où les jours se mesurent au nombre de cageots remplis. Ironie du sort, la faiblesse des salaires fait que la tomate italienne ramassée par les burkinabés est exportée au Burkina Faso, un pays gros consommateur de tomates, où elle concurrence la production locale. Ainsi va la globalisation du monde…

La fièvre du soja

Mais c’est le troisième volet du dossier qui est sans doute le plus frappant avec un reportage photo réalisé en Argentine, troisième producteur mondial de soja et grand consommateur de Roundup, l’herbicide phare de la firme américaine Monsanto.

- Photo de tête : Sebastian, 14 ans, souffre d’hydrocéphalie et de myéloméningocèle. Il vit en Argentine chez ses grands-parents

Les images de Alvaro Ybarra Zavala montrent des enfants littéralement empoisonnés par les épandages de Roundup sur les champs de soja voisins des habitations. Les deux phénomènes sont liés. A preuve, dans le quartier d’un petit village de la province du Chaco bordé d’une piste d’où décollent les avions qui vont épandre le Roundup, « presque chacune des 108 familles […] compte un enfant handicapé ».

Une étude nationale du ministère de la santé argentine publiée il y a trois ans est venue confirmer le lien entre les épandages et les malformations physiques. Dans les provinces exposées aux épandages chimiques elles ont été multipliées par quatre en dix ans. La fréquence des cancers a également augmenté.

Pour autant, sur le terrain, rien n’a changé. Les épandages continuent comme avant alors même que la présidente de la République, Cristina Kirchner, a dénoncé « l’usage inadéquat de produits phytosanitaires », que la justice a été saisie, que des associations se mobilisent…

Responsable de ce drame sanitaire, la « fièvre du soja » - qui a saisi une bonne partie du continent américain - renvoie à la hausse de la consommation mondiale de viande. « Le bétail a mangé de l’herbe pendant des millénaires, avec parfois un peu de céréales, rappelle le journaliste Fabrice Nicolino dans les colonnes de la revue. Mais dans les années 1970, les éleveurs ont misé sur le soja : cette plante asiatique, riche en protéines, permet aux animaux de se développer plus vite et mieux. »

Mais à quel prix ! Comment ne pas réclamer la fin d’un modèle agricole qui, sous couvert de favoriser la production bovine à bas prix, tourne au « désastre biblique » ?

6 mois, le XXIe siècle en images », n° 9, printemps/été 2015, 304 p., 25,50 €

La chronique de Reporterre sur Radio Nova - Elève Royal, vous faites de la peine au conseil de classe Par Barnabé Binctin (Reporterre) Reporterre 2015/04/03 Par Barnabé Binctin (Reporterre) (3 avril 2015) La chronique de Reporterre sur Radio Nova - Elève Royal, vous faites de la peine au conseil de classe. Reporterre. Politique fr

La chronique de Reporterre sur Radio Nova - Elève Royal, vous faites de la peine au conseil de classe

- Jeudi 2 avril 2015

- Ecouter ici la chronique de Reporterre, par Barnabé Binctin :

- Photo : En 2007, pendant la campagne présidentielle.

La chronique de Reporterre, tous les jeudi à 18 h 10 sur Radio Nova, dans l’émission « 2h1/4 avant la fin du monde », animée par Marie Misset et Armel Hemme.

« L’occasion de faire le point sur les combats et débats quotidiens de l’écologie ».

A écouter sur... et bien voici la carte des fréquences, selon le lieu où vous habitez.

Le bilan de Madame Royal à l’Ecologie : vraiment décevant Barnabé Binctin et Emilie Massemin (Reporterre) Reporterre 2015/04/03 Barnabé Binctin et Emilie Massemin (Reporterre) (3 avril 2015) Le bilan de Madame Royal à l’Ecologie : vraiment décevant. Reporterre. Enquête — Politique fr

Le bilan de Madame Royal à l’Ecologie : vraiment décevant

Le 2 avril 2014, Ségolène Royal était nommée ministre de l’Ecologie, du développement durable et de l’énergie. Un an après, qu’y a-t-il ? Deux lois sur la transition énergétique et la biodiversité toujours pas bouclées, l’abandon de l’écotaxe, le refus de « l’écologie punitive ». Ce n’est pas brillant. Mais Manuel Valls n’a pas aidé à faire mieux.

La loi de transition énergétique : on patauge

Dès sa nomination, Ségolène Royal en a fait sa priorité, « sa » loi. Un an plus tard, celle-ci n’est toujours pas adoptée. Loin de là même : députés et sénateurs n’ayant pas réussi à se mettre d’accord, le texte a été renvoyé en commission mixte paritaire. Mais là non plus, aucun compromis n’a pu être trouvé. Résultat : il faudra attendre mai ou juin 2015 avant qu’il ne soit rediscuté à l’Assemblée nationale.

Pierre d’achoppement ? Le nucléaire. Si l’objectif de réduction de 75 à 50% de nucléaire dans le mix énergétique français est acquis, son échéance initialement fixé à 2025 reste incertaine. De plus, si l’objectif de plafonnement de la capacité du parc nucléaire français est maintenu, son volume est rehaussé par les sénateurs, ce qui permet de mettre en marche l’EPR de Flamanville sans avoir besoin de fermer l’un des 58 réacteurs français…

Comment se situe Ségolène Royal dans ces débats ? La ministre de l’Écologie a signifié, lors d’une conférence de presse tenue à l’issue du vote sénatorial, « sa volonté de revenir à son texte initial, enrichi des amendements [parlementaires] ». Mais sa position reste floue. Si elle avait pu déclarer lors de la primaire socialiste de 2011 qu’elle était favorable à un abandon de l’atome à « échéance de quarante ans maximum », elle s’est, depuis, montrée en faveur de la « construction d’une nouvelle génération de réacteurs ». Elle annonçait ainsi le mois dernier la fermeture de la centrale de Fessenheim à la condition de l’ouverture de l’EPR de Flamanville...

A l’inverse, les énergies renouvelables ne semblent pas bénéficier du même traitement de faveur. Denez L’Hostis, président de FNE, dénonce un cadre inexistant dans le projet de loi de transition énergétique : « Il n’y a aucun outil ni dispositif d’investissement qui peut pour l’heure permettre leur développement ». Idem concernant le plan de rénovation énergétique des logements, « atone » selon Raphaël Claustres, directeur du CLER (comité de liaison des énergies renouvelables), « privé d’outils de financement ambitieux ».

Et constatant l’absence de mesures concernant le transport, Anne Bringault, coordinatrice des ONG sur ce projet de loi, regrette qu’ « aucun sujet sur les infrastructures de transport n’a été traité et [que] le financement des transports en commun est bloqué par le report de la taxe poids-lourd ».

En réalité, ce n’est pas tout à fait exact : Ségolène Royal réserve une situation privilégiée dans la loi à la voiture électrique. Même si, comme l’a révélé Reporterre, loin d’être un véhicule propre, la voiture électrique consacre le nucléaire à un coût prohibitif.

La loi biodiversité : la porte ouverte à la financiarisation de la nature

Adoptée le 24 mars par l’Assemblée nationale, la loi sur la biodiversité ne fait pas l’unanimité dans le milieu naturaliste. En cause, « la compensation pour perte de biodiversité » dont un collectif d’associations estime dans une tribune publiée sur Reporterre qu’elle est un blanc-seing donné aux destructions environnementales. De même, la notion de « réserves d’actifs naturels » semble ouvrir la voie à une financiarisation accrue de la nature.

D’autres aspects de la loi sont décriés : la création d’une Agence française pour la biodiversité à laquelle il manque des moyens importants et qui ne comprend pas l’Office national des forêts (ONF), ou bien la non-reconnaissance d’un statut protégeant les animaux sauvages. On peut se féliciter de l’inscription dans le Code de l’environnement du principe de solidarité écologique : il s’agit de prendre en compte les écosystèmes dans toute décision publique.

Des grenades de Sivens et la « démocratisation du dialogue environnemental »

Chantre de la « démocratie participative », la ministre de l’Ecologie a créé en début d’année une mission sur la « démocratisation du dialogue environnemental » - composée d’une cinquantaine de représentants d’associations (France nature environnement, Fondation Nicolas Hulot, Humanité et biodiversité...), de syndicats, de parlementaires, d’organismes publics (Ademe...) et d’experts. Objectif : « L’émergence de nouvelles règles du jeu permettant au pays de s’engager de façon irréversible dans une nouvelle démocratie environnementale ».

Denez L’hostis estime que Ségolène Royal a su ramener de la médiation au cœur de l’action publique, notamment au moment de l’épisode de Sivens : « Elle est sortie du guêpier en nommant une mission d’expertise ».

La mort de Rémi Fraisse sera survenue alors qu’elle était à la barre du ministère - elle n’en est certes pas responsable, mais c’est une tache inoubliable. Quelques semaines avant le drame, elle confondait encore le projet de barrage de Sivens avec un projet d’hydroélectricité…

L’abandon de l’écotaxe : le « fiasco du ministère »

Le 9 octobre 2014, après plusieurs reports et sous la pression des manifestations des Bonnets rouges en Bretagne, Ségolène Royal enterre le projet d’écotaxe. Décidée à la suite du Grenelle de l’Environnement en 2008, cette taxe réservée aux poids-lourds devait décourager le transport routier et financer des projets alternatifs au « tout-camion », en vertu du principe « pollueur-payeur ».

Pour beaucoup, l’abandon de l’écotaxe reste le fiasco du mandat de Ségolène Royal. « Une erreur déterminante », indique à Reporterre Chantal Jouanno, elle-même ancienne secrétaire d’Etat à l’Ecologie.

Quelques jours après cet abandon, Christian de Perthuis, président du Comité pour la fiscalité écologique installé en 2012, démissionnait de ce poste, constatant que « le verdissement de la fiscalité n’est pas une priorité gouvernementale ». En effet, Ségolène Royal refuse toute réforme de la politique fiscale, au motif qu’elle participe à l’image d’une « écologie punitive ». En 2009 déjà, elle s’était opposée à la taxe carbone proposée par Nicolas Sarkozy. De la même façon, elle s’est opposée durant l’été 2014 au projet de « contribution climat-énergie », sorte de taxe carbone revisitée.

Une « hérésie », nous dit Corinne Lepage : « On ne peut pas mener de politique de transition énergétique sans changer de système fiscal ». Mme Lepage comprend cependant l’approche de Mme Royal : « Elle est très préoccupée par l’image détestable qu’a l’écologie dans la société, et sur le fond, on ne peut lui reprocher sa philosophie visant à réconcilier l’écologie avec une certaine popularité ».

Un discours « trop emprunt de politiquement correct » selon Chantal Jouanno : « En refusant tout débat sur un changement structurel du système fiscal, elle fait perdre toute grande ambition à sa politique sur l’écologie ». Même son de cloche du côté associatif : « Elle se trompe, elle refuse un des leviers les plus fondamentaux d’une politique écologiste », estime Denez L’hostis.

Une écologie de contradiction

Le concept d’« écologie punitive » a aussi guidé ses choix surprenants en matière de lutte contre la pollution de l’air. Opposée à la hausse de la fiscalité du diesel, elle s’est opposée en mars à Anne Hidalgo, maire de Paris, sur la question de la circulation alternée : au moment d’un nouveau pic de pollution en région parisienne, elle a jugé qu’il ne fallait pas prendre « de décision intempestive » et qu’ « imposer du jour au lendemain à la banlieue la circulation alternée » n’était « pas respectueux » et « pas raisonnable ».

Et c’est la même réflexion qui avait prévalu à la polémique sur les feux de cheminée en décembre dernier, s’opposant à l’interdiction. « J’ai rétabli la liberté », s’était-elle vantée à l’antenne de BFM-TV. Elle s’en était au passage violemment pris à l’association AirParif, qui mesure la qualité de l’air en Île-de-France, l’accusant d’être « un peu trop sectaire sur la question de la prise en compte de la pollution de l’air car il faut un juste équilibre ».

Sur la question agricole, Ségolène Royal souffle également le chaud et le froid. Si elle a pris plusieurs engagements dans la lutte contre les pesticides, par l’interdiction des épandages aériens ou en proposant que soient interdites les pulvérisations de phytosanitaires dans un rayon de 200 mètres autour des écoles – suggestion qui a d’ailleurs entraîné une levée de boucliers côté FNSEA, à tel point que Stéphane Le Foll a dû se fendre d’un communiqué (http://agriculture.gouv.fr/Utilisation-produits-phyto) pour rassurer les agriculteurs – Ségolène Royal s’est pourtant opposée au vote de l’Assemblée nationale, le 19 mars, sur l’interdiction des néonicotinoïdes à compter de janvier 2016. Motif avancé : « le cadre européen ne permet pas une interdiction stricte » de ce type de pesticide très toxique pour les abeilles.

Ségolène Royal y peut-elle vraiment quelque chose ?

Outre les paradoxes propres à la vision écologiste de Mme Royal se pose une autre question : la ministre de l’Ecologie a-t-elle les moyens de mener sa politique ?

« Sa position au sein du gouvernement Valls n’est pas facile, concède Denez L’hostis. Elle est victime d’un contexte politique qui ne lui est pas favorable, car ce désir d’écologie n’est pas porté aux plus hauts sommets de l’Etat ».

Pour Corinne Morel-Darleux, coordinatrice de l’écosocialisme au Parti de Gauche, la position de Ségolène Royal révèle un mal plus profond : « Son ministère n’est plus décisionnaire en matière d’écologie. Sur l’écotaxe comme sur le nucléaire, ce sont les lobbys industriels qui dictent la politique ; sur l’agriculture, c’est la FNSEA ; la question climatique et la préparation de la COP 21 sont tombés dans le giron du MAE, et Bercy ne cesse de prendre des dispositions avec des implications sur l’écologie… »

Lors de la tentative d’introduction d’un article favorable à Cigéo dans la loi de transition énergétique, en juin dernier, Reporterre posait la question : « Victime ou menteuse » ? Quelques mois plus tard, il semble bien qu’elle ait dû, à l’époque, assumer un arbitrage ministériel qu’elle avait perdu.

Ségolène Royal, victime de l’incurie écologiste de la présidence Hollande ? Corinne Morel-Darleux minimise : « Elle est aussi complice dans la mesure où elle y participe et accepte cet état de fait ». De son côté, Chantal Jouanno n’exclut pas un certain cynisme dans le jeu du double-discours : « Avec son comportement mielleux, elle a dragué avec une efficacité redoutable nos sénateurs sur son projet de loi de transition énergétique. Au fond, son seul objectif était d’aboutir à un vote consensuel avec un arbitrage transpartisan… Mais sur un point aussi dur que le nucléaire, c’est difficile. Et au final, elle a perdu son pari, déjugée par l’Elysée sur l’abandon possible de l’échéance 2025 ».

Un bilan très politique

Si ses convictions restent incertaines et sa stratégie illisible, tous lui reconnaissent une stature politique. « Sa notoriété lui a permis d’imposer sa marque et d’emporter quelques décisions » admet Chantal Jouanno. Denez L’hostis l’a de son côté félicité pour avoir, peut-être, « converti le statut de ministre de l’Ecologie de CDD en CDI ».

Corinne Lepage, ancienne ministre de l’Environnement, se veut plus clémente : « Elle est arrivée à la tête d’un ministère en déshérence depuis le début du quinquennat, avec beaucoup de dossiers très compliqués à régler. C’est toujours une question de verre à moitié vide ou à moitié plein. Bien sûr, d’un point de vue citoyen, on peut juger qu’elle n’a pas été assez loin, mais en terme d’inter-ministérialité, elle mène les combats avec courage et il faut être réaliste sur les avancées, modestes mais concrètes ».

Mais la perspective incertaine d’un remaniement du gouvernement biaise influence les analyses. Joint par texto, François-Michel Lambert, député EELV pro-Hollande, n’y va pas par quatre chemins lorsqu’on on lui demande de tirer le bilan de Ségolène Royal au ministère : « Bien. Peut mieux faire si des écologistes au gouvernement ».

Chronique du jardin sans pétrole - En France, la tomate est fille de la Révolution Christine Laurent (Reporterre) Reporterre 2015/04/04 Christine Laurent (Reporterre) (4 avril 2015) Chronique du jardin sans pétrole - En France, la tomate est fille de la Révolution. Reporterre. Jardin sans pétrole fr

Chronique du jardin sans pétrole - En France, la tomate est fille de la Révolution

Nous voici encore coincés à Paris ce week-end. Cette fois c’est moi qui suis grippée ! Dans nos corps fragilisés par la pollution de l’air, les virus attaquent le nez et la gorge avec plus de facilité. Comme dans le jardin quand les racines poussent dans un sol affaibli par les pesticides.

Je prends des nouvelles des semis. Les graines des choux, de rhubarbe et de salade sortent tant bien que mal sur le balcon filant de notre amie Manolita, peinant un peu au soleil du nord.

En revanche, les semis tomates noires de Crimée derrière les baies vitrées des Etoiles de Renaudie à Ivry-sur-Seine sont magnifiques (voir précédente chronique). A ma satisfaction, s’ajoute le plaisir de mon amie Nelly : « C’est magique de voir toutes ces graines se mettre à pousser ».

Magique et mystérieux. Dans la nature, les graines peuvent rester des années en dormance dans le sol jusqu’à ce que la température, l’humidité, la composition ou la structure de la terre leur soit favorable. Sans le long travail d’acclimatation et de sélection des semences par les hommes, les tomates ne pousseraient pas sous nos latitudes.

Leur centre d’origine se situe en Amérique du Sud, sur le versant ouest du continent, dans un territoire allant du sud de la Colombie au nord du Chili, des contreforts des Andes à la côte du Pacifique. Sa forme sauvage cultivée est une tomate cerise Lycopersicon esculentum, var. cerasiforme, que les Aztèques ont été les premiers à domestiquer.

Quelques-uns de ces plants ont traversé l’Atlantique à bord de galions espagnols et ont conquis les jardins du sud de l’Europe. En France, la culture de la tomate a encore attendu 200 ans, car appartenant à la famille de Solanacées dans laquelle se trouve la terrible Mandragore, elle inspirait la peur et les gens n’en voulaient pas.

Les révolutionnaires méditerranéens « montés » à Paris auraient contribué à sa consommation, lesquels la réclamaient aux aubergistes ! Depuis la Révolution française, période durant laquelle on ne connaissait qu’une variété surnommée « pomme d’amour », elle s’est largement diversifiée. Plus de 120 variétés sont disponibles aujourd’hui pour les jardiniers amateurs.

Reste que dans l’Essonne, à l’air libre et avec une attention hebdomadaire, c’est une gageure que de parvenir à déguster des tomates. Il y a deux ans, nous en avons eu quelques-unes, mais l’an dernier, le mildiou (un genre de champignon) a tout détruit. Cette année nous allons tenter une combinaison de plantes à partir de tomates, concombres, œillets d’Inde et choux. Et mettre à profit la lecture d’un nouveau livre de Claude Aubert, spécialiste pratiquant des associations de plantes qui vient de publier chez Terre vivante un livre pratique J’associe mes cultures et ça marche !

Son livre s’appuie sur les recherches scientifiques menées par le mouvement biodynamique et expérimentées depuis plus de soixante ans. Les associations de plantes présentent quatre avantages, explique Aubert. Elles permettent de réduire les attaques de ravageurs et de maladies, de produire davantage, de mieux contrôler les herbes indésirables et ont un effet esthétique indéniable.

J’ajoute qu’elles cultivent chez le jardiner la fibre expérimentale car une fois à l’aise avec « les 25 mariages clés en main » que l’auteur présente de façon très didactique, le jardinier pourra à son tour tester d’autres associations pour d’autres bonnes raisons, comme celle de gagner de la place !

Faut-il devenir végétarien pour sauver la planète ? Marie Astier (Reporterre) Reporterre 2015/04/04 Marie Astier (Reporterre) (4 avril 2015) Faut-il devenir végétarien pour sauver la planète ?. Reporterre. Enquête — Climat fr

Faut-il devenir végétarien pour sauver la planète ?

L’élevage est une source notable de gaz à effet de serre. Doit-on pour autant le supprimer ? Y a-t-il des types d’élevage respectueux de l’environnement ? Faut-il cesser de manger de la viande ou seulement de la viande industrielle ? Enquête... et réponse.

C’est le genre de débat qui anime les déjeuners à La Ruche, l’espace de bureaux coopératif qui accueille la rédaction de Reporterre. Hervé et Barnabé assument sans complexe leur côté carnivore tandis que Lorène mange sa salade, soutenue par Flore, une des animatrices de La Ruche.

« J’ai fait une école d’agronomie, raconte notre apicultrice, on parlait beaucoup d’agriculture intensive et de la quantité de ressources qu’il faut pour produire un kilo de bœuf. Je me suis dit que sachant cela, je ne pouvais pas continuer à manger de la viande. »

Pour Lorène, l’élément déclencheur a été un voyage au Mexique : « J’ai travaillé avec des communautés rurales qui souffraient de la faim parce que leurs terres étaient trop pauvres. Quelques kilomètres plus loin, les meilleurs champs étaient occupés par le bétail exporté aux États-Unis. Puis je me suis documentée sur l’impact environnemental. Manger autant de viande, c’est un caprice de riches. »

Et c’est vrai, les faits sont accablants. L’élevage paraît incroyablement destructeur pour la planète comme pour la majorité des Hommes. C’est ce qu’assène l’américain Kip Andersen dans son documentaire Cowspiracy :

« L’élevage est responsable de 18 % des émissions de gaz à effet de serre, plus que tous les modes de transport réunis » ; « l’élevage est responsable de 91 % de la destruction de l’Amazonie » ; « le méthane est un gaz 86 fois plus réchauffant que le CO2 », etc.

Alors faut-il arrêter de manger de la viande, et même plus, lait et œufs ? Est-ce la solution la plus efficace pour lutter contre le changement climatique ? C’est ce que laisse entendre ce documentaire, qui nous incite à devenir non pas seulement végétarien, mais vegan : c’est à dire à exclure tout produit animal de notre alimentation.

Les mêmes arguments sont repris par l’association L214. Comme elle l’explique, elle « s’est donné pour mission première de dénoncer la réalité de l’élevage ». Sur son site viande.info, elle informe sur les conséquences de la consommation de produits animaux : émissions de gaz à effet de serre (les rots des vaches), déforestation (on importe du soja brésilien pour nourrir le bétail), pollution de l’eau (à cause de l’excès de déjections animales)…

Pour L214, l’élevage est aussi un gâchis de terres arables. « Les animaux sont de piètres convertisseurs d’énergie en alimentation humaine », explique l’association. En effet, « il faut en moyenne sept calories végétales pour donner une seule calorie animale », poursuit Brigitte Gothière, porte-parole de l’association.

Conclusion de la militante : « Il faut supprimer l’élevage », ou, au moins, « le réduire de façon très, très importante, et là on aura suffisamment diminué les émissions de gaz à effet de serre ».

« Un amalgame entre productions animales et élevage »

« C’est vrai, si on pose les faits sur une feuille blanche, on se dit que l’élevage contribue à réchauffer la planète, admet Jean Cabaret, éleveur bio de vaches laitières en Bretagne. Donc il faudrait supprimer l’élevage. Mais ce n’est pas si simple... »

Car tous les élevages ne se valent pas. « Le problème c’est qu’en France on a poussé le curseur de l’industrialisation trop loin, estime Sylvain Doublet, spécialiste de l’agriculture au cabinet de conseil Solagro. En France aujourd’hui, on consomme trois fois plus de protéines animales que les recommandations de l’OMS [Organisation Mondiale de la Santé - NDLR] »

Jocelyne Porcher, directrice de recherches à l’INRA Montpellier, distingue le « véritable » élevage, qui vise à créer une relation entre l’homme et l’animal, de ce qu’elle appelle « les productions animales », qui considèrent les animaux comme une ressource.

« Pour moi ce n’est pas l’élevage qui détruit la planète, ce sont les productions animales », soutient-elle. Une affirmation qui se vérifie en tout cas pour les bovins. Reporterre vous l’a déjà raconté : les élevages herbagers ont un impact moindre sur l’environnement et le climat que celui des élevages hors sol.

Des prairies riches en carbone

Pour l’éleveur Jean Cabaret, l’élevage peut même être une partie de la solution. Il a longuement réfléchi au sujet avec le groupe « élevage et changement climatique », créé au sein de son syndicat la Confédération paysanne. Ils rappellent que le sol de leurs prairies stocke du carbone, alors que les retourner pour en faire des champs dédiés à l’alimentation humaine relâcherait de grandes quantités de CO2 dans l’atmosphère.

Et puis, les bêtes vont souvent se nourrir dans des endroits inaccessibles aux tracteurs. « Par exemple dans mon exploitation, on a plusieurs zones en prairies humides qui ne pourraient pas être cultivées. L’élevage permet d’entretenir ces zones. Un élevage avec de bonnes pratiques agricoles peut ainsi contribuer à la lutte contre le réchauffement climatique », raconte Jean Cabaret.

« On a besoin des vaches, des moutons, des chèvres parce qu’ils mangent l’herbe. Ils permettent d’entretenir les bocages, les zones peu accessibles dans les montagnes, et ils rentrent aussi dans les rotations de cultures où il y a de l’herbe », ajoute Jacques Caplat, agronome spécialiste de la bio.

Le cabinet Solagro a imaginé à quoi pourrait ressembler l’agriculture française en 2050. Une agriculture qui respecterait l’environnement, ne polluerait plus l’eau, créerait des emplois, et diminuerait son impact sur le climat. Le résultat est détaillé dans le scénario Afterres 2050.

« On a calculé qu’il faudrait diviser par deux notre consommation de viande et par trois notre consommation de produits laitiers », explique Sylvain Doublet. Les herbivores restants seraient majoritairement nourris à l’herbe. Le tout permettrait de diviser par deux les émissions de gaz à effet de serre de l’agriculture.

Des forêts à la place des prairies

Mais pour L214, ce scénario ne tient pas. « Pour nous, tous les élevages sont équivalents. Que les vaches soient élevées en bâtiment ou en prairie, c’est la même chose, elles émettent toujours des gaz à effet de serre par leurs rots, estime Brigitte Gothière. Quand les éleveurs nous disent que les prairies sont des puits de carbone, on répond qu’il pourrait y avoir une forêt à la place, et elles captent bien plus de carbone. »

Quant à l’entretien des prairies humides et autres zones de montagnes difficilement accessibles ? « Quand on arrête l’élevage, cela ne veut pas dire que tous les animaux disparaissent. Ces trois chèvres qui courent dans la montagne pourraient continuer à l’entretenir », tranche-t-elle. La suppression de l’élevage est un scénario réalisable, mais « jamais envisagé car il fait trop peur », estime-t-elle.

C’est vrai, « la meilleure solution si on veut réduire les émissions de gaz à effet de serre, c’est de convertir toutes les prairies en forêt », convient Sylvain Doublet. L’agriculture française diviserait alors ses émissions de gaz à effet de serre par quatre.

De la viande in vitro pour McDo

Mais ce discours en terme de bilan comptable des émissions de CO2 peut se révéler dangereux, rappelle Léopoldine Charbonneaux, directrice de l’antenne française du CIWF, une association qui milite pour le bien-être des animaux d’élevage : « Certains répondent que la solution, c’est d’intensifier encore plus. Car en enfermant les animaux, on peut récupérer les gaz à effet de serre... »

Pour Jocelyne Porcher, le discours vegan peut même, involontairement, servir les intérêts de l’agrobusiness. Exemple avec le premier steak « in vitro », qui a déjà été mangé en août 2013. Le programme de recherches, hébergé par l’université de Maastricht aux Pays-Bas, et notamment financé par Google, affiche quatre bénéfices : sécurité alimentaire, peu d’émissions de gaz à effet de serre, moins d’impacts sur l’environnement et pas de problèmes de bien-être animal.

« Je pense que les industriels sont en train de préparer le remplacement des productions animales par les biotechnologies. Elles produiront des ersatz de viande, fabriqués en laboratoire, redoute la chercheuse. Le steak in vitro, c’est le rêve de Mc Donald’s. Le but de l’industrie des biotechnologies, c’est de se débarrasser des animaux. » Cela pourrait être notamment profitable à des multinationales comme Monsanto ou Bayer, selon elle, qui fournissent un des principaux substituts à la viande : le soja.

Retrouver un lien au sol

Alors Sylvain Doublet s’interroge : supprimer l’élevage, « est-ce souhaitable ? » Il répond lui-même négativement à la question, car « l’élevage ce sont aussi nos paysages, notre patrimoine culturel : des AOC, des savoir-faire, des modèles économiques qui marchent », rappelle l’agronome.

Même discours chez Flore, notre apicultrice végétarienne : « Récemment, je discutais avec un éleveur qui m’expliquait que cela permet d’entretenir les paysages. Pour moi c’est l’élevage intensif qui est problématique. » Lorène, elle, serait prête à remanger de la viande, « si elle est issue d’un élevage paysan, et que ce n’était qu’une fois par semaine ou par mois. »

Un élevage climato-compatible est possible, à condition de retrouver un équilibre, ajoute Léopoldine Charbonneaux : « Pour nous l’objectif c’est que l’élevage retrouve un lien au sol, explique-t-elle. A l’origine, l’élevage était là pour créer une complémentarité entre l’homme et l’animal. Les animaux mangent ce que les hommes ne mangent pas. Le problème de l’élevage intensif, c’est qu’il a introduit une concurrence. »

« Tout ce qui est élevage hors sol n’a aucune raison d’être », poursuit Jacques Caplat. Il plaide notamment pour une diminution très importante de la production de porcs et volailles. « Ils n’ont de sens que si ce sont de petits ateliers, dans des fermes qui font autre chose, détaille Jacques Caplat. Les porcs pourraient manger les déchets de légumes et les volailles les résidus de fermes céréalières. »

Et puis, les animaux font partie de l’écosystème agricole, rappelle Jean Cabaret. Par exemple, leurs déjections nourrissent les champs. « Le fumier est un engrais organique, il permet d’entretenir l’humus des sols, rappelle l’éleveur. Or cet humus contribue à la captation du CO2. Il évite l’utilisation de fertilisants minéraux [obtenus par synthèse chimique – NDLR], qui déstructurent les sols et les appauvrissent en humus. » Le nombre d’animaux d’une ferme doit donc être adapté à sa surface de terres, contrairement au déséquilibre créé par exemple par l’élevage industriel en Bretagne.

La chercheuse Jocelyne Porcher, elle, va plus loin. « Je ne défends pas l’élevage parce qu’il fait partie de nos traditions, explique-t-elle. Je le défends parce que les animaux font partie de nos sociétés humaines. Le but de l’élevage est de créer une relation aux animaux qui ait un sens. Si on n’a plus d’animaux, on mourra de leur absence. »

Quand les multinationales de l’agrobusiness s’achètent une vertu climatique Marie Astier et Flora Chauveau (Reporterre) Reporterre 2015/04/07 Marie Astier et Flora Chauveau (Reporterre) (7 avril 2015) Quand les multinationales de l’agrobusiness s’achètent une vertu climatique. Reporterre. Enquête — Climat fr

Quand les multinationales de l’agrobusiness s’achètent une vertu climatique

La Climate smart agriculture est un mouvement porté par la FAO et des multinationales. Elle prétend répondre au changement climatique en introduisant les nouvelles technologies dans l’agriculture. Mais la démarche camoufle l’extension de l’agriculture industrielle. Enquête.

Savez-vous ce que sont les variétés tolérantes aux herbicides ? Ce sont des sojas ou des maïs, par exemple, qui supportent sans broncher de grandes quantités de désherbant (au hasard, le produit star de la multinationale Monsanto, le Roundup).

Désormais, avis aux défenseurs de l’environnement, ces variétés sont enfin bénéfiques à la protection de la planète. Il suffit de les regarder du point de vue de la réduction des gaz à effet de serre : elles permettent de remplacer le désherbage mécanique du tracteur par les pesticides. Cela réduit donc la consommation d’essence !

C’est ce qu’explique très sérieusement, dans sa « success story » numéro trois, un document du CGIAR, le Groupe consultatif pour la recherche agricole internationale. Parmi ses membres, quinze centres de recherche répartis partout dans le monde, mais également les fondations Rockfeller, Monsanto et Bill & Melinda Gates, connues pour leur promotion des OGM.

Autre « success story » de la lutte contre le changement climatique, celle du maïs résistant à la sécheresse. « Plus de cent nouvelles variétés ont été répandues parmi treize pays africains », se félicite le document. « Mais ce qu’il oublie de dire, c’est que ces maïs sont obtenus par sélection industrielle en laboratoire, souligne Christophe Noisette de l’association inf’OGM. Il n’y a aucune sélection paysanne, dans les champs. » Certains de ces maïs, pas tous, sont OGM (organismes génétiquement modifiés).

Parmi les partenaires du projet, là encore, la fondation Bill & Melinda Gates et Monsanto. « De tels projets dits humanitaires existent depuis longtemps, poursuit Christophe Noisette. Ces variétés, soi disant destinées à améliorer la sécurité alimentaire, sont en fait un cheval de Troie. Leur finalité est toujours la même : faire collaborer élites africaines et américaines pour ensuite vendre les OGM classiques, ceux résistants au Roundup. »

Technologies de pointe

Autre domaine d’innovation, les logiciels de précision pour adapter ses cultures aux caprices du climat. Bayer, grand fournisseur de pesticides en France, soutient la « rationalisation des pratiques agricoles » grâce « aux technologies de l’information et de la communication ».

Monsanto (encore !) a déboursé l’année dernière 930 millions de dollars (854 millions d’euros) pour racheter The Climate Corporation, une entreprise de "big data" dont le produit phare est une application qui permet aux agriculteurs de recevoir en temps réel des informations agronomiques et météo ultra-détaillées à l’échelle de chacun de leurs champs.

Des projets de ce type, il en existe des dizaines : drones permettant d’évaluer au mètre près les besoins en azote d’une culture, plantes biofortifiées pour répondre aux besoins en nutriments de certaines populations, techniques d’irrigation sophistiquées, assurance contre les intempéries pour protéger les agriculteurs, etc.

Tous se regroupent peu à peu sous une nouvelle étiquette : la « climate smart agriculture », ou « agriculture intelligente face au climat ». Qu’est-ce que c’est ? Le concept a été lancé par la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture), le CGIAR et la Banque mondiale, après la conférence de Copenhague sur le climat en 2009. Le but : nourrir neuf milliards d’êtres humains en 2050, dans le contexte du changement climatique.

« Il y a trois piliers, explique Ren Wang, assistant directeur général à la FAO : - augmenter la productivité agricole de façon durable, - améliorer l’adaptation et la résilience des exploitations, - contribuer à leur résilience. »

Tollé

« J’ai été choqué et surpris que ce truc là soit hébergé par la FAO, regrette Materne Maetz, ancien de la FAO et créateur du blog lafaimexpliquee.org. C’est a priori très bien... Mais pratiquement tous les programmes agricoles peuvent satisfaire à au moins un des objectifs. Cela permet de dire que l’on fait de la climate smart agriculture et de continuer comme avant... »

Chez les associations de solidarité internationale, paysannes, environnementales et altermondialistes, la réaction a été unanime : le concept a suscité un tollé. « Atténuation, adaptation, productivité, ce n’est qu’une partie de l’agriculture, soupire Katia Roesch, chargée de mission climat chez Agronomes et vétérinaires sans frontières. On oublie tous les effets sociaux : quel est l’impact de la climate smart agriculture sur l’environnement, l’emploi rural, l’accès au foncier ? »

Autre critique, l’agriculture climato-intelligente « ne prend pas en compte les différences d’impact entre les systèmes agricoles », regrette Jeanne-Maureen Jorand, du CCFD-Terres Solidaires. « La climate smart agriculture ne remet pas en cause toute une orientation de l’agriculture, confirme Materne Maetz. Chez nous c’est l’intensification, dans les pays du Sud c’est la Révolution verte avec l’irrigation et l’utilisation d’intrants chimiques, qui ont entraîné la dégradation des sols et la pollution de l’eau. »

Pourtant, « il faut faire un choix, poursuit Peggy Pascal. Un choix certes difficile, car cela conduit à changer radicalement les politiques agricoles. » Or quel pays serait prêt à sortir du modèle agricole productiviste ?

Pour ses défenseurs, agro-écologie et agrobusiness peuvent et doivent cohabiter. « Les biotechnologies sont un outil que l’on prend ou pas », défend Marie Rigouzzo, consultante pour IBV (Initiative biotechnologies végétales). Cette fédération regroupe les représentants de l’industrie semencière française autour de la promotion des biotechnologies. Même discours à la FAO : « Notre approche n’est pas de promouvoir des technologies, elle n’est pas de dire qu’il faut faire de l’agriculture de conservation ou de l’agroforesterie », soutient Leslie Lipper, économiste à l’organisation internationale.

Le "label" climato-intelligent

En face, les associations dénoncent de « fausses solutions » imposées d’en-haut. « Ils veulent appliquer les mêmes technologies partout dans le monde, alors que nous défendons justement la diversité des agricultures paysannes », conteste Josie Riffaud, paysanne en charge du dossier climat à la Confédération paysanne.

Surtout, « toutes ces technologies de pointe demandent d’investir beaucoup de capital, regrette Materne Maetz. Elles sont donc inaccessibles aux centaines de millions de paysans pauvres, qui constituent la plupart des gens en sous-alimentation chronique. »

Pas du tout, proteste Frank Rijsberman, PDG du CGIAR. « Si vous devez acheter pour dix dollars de semences, mais que vous augmentez vos revenus de cinquante dollars, acheter des graines n’est plus un problème, démontre-t-il. Les agriculteurs font aussi partie du secteur privé. A partir du moment où ils ont accès à l’information et à la technologie, ils savent s’adapter au marché. »

Justement, « leur objectif est de vendre quelque chose, un produit, répond Materne Maetz. Des engrais, des pesticides, des variétés, du béton pour faire de l’irrigation, de l’équipement pour labourer, récolter, traiter, etc », énumère-t-il.

L’agriculture climato-intelligente devient ainsi une sorte de label, que les entreprises peuvent apposer sur leurs produits « sans se mêler de la lutte contre le dérèglement climatique », dénonce Maxime Combes, du mouvement Attac. « C’est très malin, car qui irait à l’encontre d’un label intelligent face au changement climatique ? », ajoute Peggy Pascal, en charge des questions de sécurité alimentaire et du climat à Action contre la faim.

« Il y a eu une phase de négation de l’agriculture industrielle, sur le mode, on ne participe pas au changement climatique, dit Josie Riffaud. Puis il y a eu un retournement quand ils ont vu l’opportunité de marché. »

Poursuite de la Révolution Verte

Variétés de plantes créées en laboratoire, engrais et pesticides de synthèses, le tout arrosé d’irrigation : le cocktail ressemble fort à celui de la Révolution Verte. Cette politique a été lancée dans les années soixante par la FAO et la Banque mondiale, bientôt rejoints par le CGIAR - les trois mêmes qui font aujourd’hui la promotion de la "climate smart agriculture".

A l’époque, l’objectif était déjà de "moderniser" les agricultures des pays du Sud pour augmenter leur productivité. Dans un premier temps, le résultat a été spectaculaire, la production agricole a fortement augmenté en Inde, au Vietnam ou au Mexique. Mais les effets pervers n’ont pas tardé à se faire sentir...

Côté social, de nombreux agriculteurs se sont endettés pour accéder à ces technologies. Ils n’ont pas pu rembourser leurs prêts et ont dû vendre leurs terres. Pesticides et engrais ont détruit les sols et la biodiversité (pour approfondir cette histoire, l’article de Wikipédia est très clair).

Cela a rendu l’agriculture dépendante des énergies fossiles, explique Materne Maetz : « Au niveau mondial, il y a eu des subventions extraordinaires à la consommation d’énergie, à travers la mécanisation, la production d’engrais ou l’utilisation de pesticides. Par exemple en Chine et en Afrique, 30 à 50 % des aides agricoles ont été dirigées vers les engrais. 30 % des prêts de la Banque mondiale allaient vers l’irrigation. » Les engrais de synthèse sont ainsi devenus la deuxième source d’émissions de gaz à effet de serre de l’agriculture, après l’élevage. Le gaz émis est du protoxyde d’azote, 310 fois plus réchauffant que le CO2.

Alors que la Révolution Verte a montré ses limites, « ils veulent montrer qu’il est possible de transformer l’agriculture sans modifier de fond en comble le système agricole, s’inquiète Maxime Combes d’Attac. Or c’est la question : est-ce que pour faire face au défi climatique, on est prêts à réduire les intrants ? Ce n’est pas dans les programmes de l’agriculture climato-intelligente. » « Avec ce concept, ils ont trouvé une nouvelle légitimité à l’agriculture industrielle », ajoute la paysanne Josie Riffaud.

Danone et Mc Donalds climato-intelligents

La machine politique pour diffuser cette nouvelle pratique est déjà en branle. En septembre 2014, à l’occasion de son sommet mondial sur le climat, le secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon, a lancé la Global alliance for climate smart agriculture, ou Alliance globale pour l’agriculture intelligente face au climat (GACSA). Ce consortium regroupe États (dont la France), multinationales, organisations professionnelles d’agriculteurs ou d’entreprises, universités et centres de recherche (en France, l’Inra et le Cirad en font partie).

« Notre but est de créer une synergie pour que le concept d’agriculture climato-intelligente fasse évoluer les systèmes et les pratiques agricoles partout dans le monde », espère Ren Wang.

Une initiative louable, à quelques détails près. On trouve, dans la liste des membres de l’alliance, la multinationale Danone, le Fertilizer Institute (syndicat de l’industrie des fertilisants), ou encore le Norvégien Yara, première entreprise mondiale d’engrais de synthèse.

« Le lobby des biotechnologies CropLife, comprenant des multinationales comme Monsanto et Syngenta, mais aussi McDonalds, est régulièrement invité lors des conférences internationales sur le sujet », relèvent Attac et la Confédération paysanne dans un communiqué commun. « On se pose la question : quel modèle de production et de consommation défend l’alliance ? », s’inquiète Jeanne-Maureen Jorand, du CCFD-Terres solidaires.

De fait, l’alliance n’exclut pas l’emploi de pesticides, de fertilisants ou des OGM pour lutter contre le réchauffement climatique. « Sans engrais chimiques, l’agriculture ne pourra pas résoudre le problème de la sécurité alimentaire », soutient à Reporterre Ren Wang.

Quid de la présence de Yara parmi les membres de l’alliance ? « Ils participent à la promotion de l’agriculture climato-intelligente, se réjouit-il. Par exemple en janvier, au forum économique mondial de Davos, Yara a sponsorisé un forum et accueilli plus de cent participants pour réfléchir sur la mise en œuvre de ce concept ! »

Au CGIAR, le PDG Franck Rijsberman s’enthousiasme pour les biotechnologies : « On en sait tellement en biologie aujourd’hui, qu’on peut aller très loin, on a déjà séquencé l’ADN de nombreuses variétés ! » Ce regroupement de centres de recherche affirme consacrer déjà 60 % de son budget à l’agriculture climato-intelligente, soit au moins 60 millions de dollars. « Mais il y a aussi beaucoup d’investissements privés, ou publics au niveau national. On ne peut pas l’évaluer, mais c’est important », avoue Ren Wang.

Force de frappe

« Nous mettons en avant les savoirs paysans, ils mettent en avant les technologies, dit Josie Riffaud à la Confédération paysanne. Il y a de gros moyens financiers derrière : s’ils investissent, c’est qu’ils attendent un retour sur investissement. C’est ce qui nous fait peur. » « Le problème est la force de frappe considérable de la Banque mondiale, de la FAO et du CGIAR, reprend Maxime Combes. Ils veulent réorienter tous les financements agricoles à l’échelle planétaire vers ces solutions là. »

Or, « les associations issues de la société civile réfléchissent depuis longtemps à l’adaptation face au changement climatique, relève Jeanne-Maureen Jorand, du CCFD-Terres solidaires. Mais l’alliance nie totalement ce travail et va jusqu’à le concurrencer. »

L’association de développement dénonce aussi l’opacité dans la gouvernance de l’alliance. « Il n’y a aucun contrôle sur les projets menés : ni évaluation, ni monitoring, des mots considérés comme trop forts au sein de l’alliance, poursuit la chargée de plaidoyer sur la sécurité alimentaire. Chaque membre est donc libre, et encouragé à expérimenter de son côté. »

Par ailleurs, « les textes disent bien entendu que l’alliance est dirigée par les paysans, ironise Materne Maetz. Mais quand on regarde plus précisément, vous ne les voyez plus. »

Peser sur les négociations climat

Averti de ces critiques, le gouvernement français a hésité, puis a finalement fait le choix de participer. « Ils disent qu’ils vont modifier cette alliance de l’intérieur, croit savoir Maxime Combes. Mais où est le document du gouvernement français qui demande à l’alliance de revoir ses principes ? » Contacté, le ministère des Affaires étrangères n’a pas répondu à nos demandes d’explication.

A quelques mois de la Conférence climat de Paris, peut-être que le gouvernement n’a pas voulu négliger une alliance qui pourrait jouer un rôle dans les négociations climatiques... « Le but n’est pas de les influencer, se défend Ren Wang à la FAO. Mais nous voulons mettre les solutions de l’agriculture climato-intelligente à l’agenda. » Il le reconnaît, il est de toutes façons trop tard pour se faire entendre lors de la Conférence climat à la fin de l’année, le programme de pourparlers de la COP 21 est déjà trop avancé.

Pour l’instant, l’agriculture est quasi absente des textes de négociation sur le climat. Mais la FAO espère bien que la GACSA saura se faire entendre dans les années à venir, lors de la COP 22 ou la COP 23. Une perspective qui ne réjouit pas Maxime Combes : « Le risque est que la FAO et la Banque mondiale aient déjà tout discuté avant. La place de l’agriculture dans les négociations climatiques serait alors réduite à l’agenda des solutions de la climate smart agriculture. »

Mais qu’importe, « de toute façon, on n’attend plus rien de ces négociations internationales, lance Josie Riffaud. On va juste saisir l’occasion de la COP 21 pour tenter de conscientiser, pour parler des agricultures paysannes. » Materne Maetz, lui, rêve d’une réorientation des politiques de son ancien employeur : « On a besoin de réponses locales, moins exigeantes en intrants, et qui utilisent des ressources dont tous les paysans disposent : leur intelligence et leurs bras. »

L’AGRICULTURE POURRAIT ENTRER SUR LE MARCHE DU CARBONE

Prenez un éleveur d’un pays en développement, qui améliore la qualité de ses prairies. Son sol capte ainsi de plus en plus de carbone. Il contribue à la lutte contre le réchauffement climatique et place ce CO2 stocké en vente sur le marché carbone.

Une entreprise rachète ces crédits, pour compenser ses émissions de gaz à effet de serre. L’agriculteur, lui, peut réinvestir l’argent ainsi gagné dans des pratiques encore plus vertueuses. Une idée simple et bénéfique pour tous ?

Pas vraiment, selon Maxime Combes, d’Attac. « On cherche à tout prix à maximiser le carbone stocké dans le sol, regrette-t-il. On fait miroiter aux paysans des financements et en échange, on leur demande de modifier leurs pratiques sans tenir compte des habitudes et savoirs locaux. On crée simplement un droit à polluer pour les entreprises ! »

Pour l’instant, l’agriculture ne fait pas encore partie du marché carbone. Mais la FAO et la Banque Mondiale ont déjà commencé à calculer son potentiel en tant que « puits de carbone ». Cela pourrait permettre de stocker « 13 à 14 % des émissions de gaz à effet de serre », selon Robert Zoellick, ancien président de la Banque mondiale, cité dans un rapport commun d’Attac et de la Confédération paysanne. Un jeu gagnant-gagnant, a-t-il ajouté, entre le captage du carbone dans les sols et la productivité agricole.

La FAO et l’Union Européenne ont lancé des projets pilotes au Malawi et en Zambie - où les agriculteurs sont incités à couvrir leurs sols - ou encore au Vietnam - on envisage de remplacer la culture du maïs par celle du café. Mais « les agriculteurs ont encore du mal à adopter des pratiques climato-intelligentes », admet un premier document d’évaluation de ces projets.

Ailleurs, des terres agricoles sont carrément laissées en jachère, explique Peggy Pascal d’Action contre la faim : « Entre 1 et 6 millions d’hectares ont ainsi été utilisés pour stocker du carbone, compte-t-elle. Pour nous, ces terres devraient être réservées à une petite agriculture familiale. » « Pour l’instant, de tels projets ont surtout servi à financer des intermédiaires, des experts, pour mesurer le stockage de carbone », dénonce Maxime Combes.

La FAO tente d’ailleurs de lever un obstacle de taille : comment mesurer la quantité de carbone contenue dans un sol ? Elle développe des méthodes standardisées basées sur des simulations plutôt que sur des mesures directes. Cela permettrait de « réduire considérablement les coûts » et de « faciliter grandement » l’accès de l’agriculture au marché carbone, expliquent dans leur rapport Attac et la Confédération paysanne.

Mais si l’agriculture entre sur le marché carbone, « toutes les régions considérées comme des puits de carbone insuffisants, ou non rentables, seraient délaissées », redoute ce rapport. De tels programmes « hypothèquent la survie des cultures vivrières locales », ajoute le document.

Des écologistes cherchent à exister en politique hors d’EELV Hervé Kempf (Reporterre) Reporterre 2015/04/07 Hervé Kempf (Reporterre) (7 avril 2015) Des écologistes cherchent à exister en politique hors d’EELV. Reporterre. Politique fr

Des écologistes cherchent à exister en politique hors d’EELV

Nombre de parlementaires écologistes ne supportent pas la ligne de leur parti hostile à une participation au gouvernement de Manuel Valls. Ils se réunissaient samedi 4 avril avec de petites formations. Objectif : créer une structure pouvant concurrencer EELV. Conclusion : il y a loin de la coupe aux lèvres.

- de droite à gauche sur la photo : Corinne Lepage, Antoine Waechter, François de Rugy, Barbara Pompili, Jean-Vincent Placé, François-Michel Lambert, Marie-Pierre Bresson, Véronique Massoneau, Christophe Rossignol.

On allait voir ce qu’on allait voir ! Et on a vu... une intéressante réunion d’écologistes regrettant que ne soit pas fait ce qu’il faudrait faire sans pouvoir faire ce qu’ils voudraient faire. Heu... compris ? C’est que les subtilités de la politique écologiste ne sont pas aisément décelables, en tout cas par un observateur candide.

Donc, samedi 4 avril, à l’invitation de parlementaires EELV (Europe Ecologie Les Verts) mécontents que leur parti ait quitté le gouvernement brutalement et regrettant le rapprochement qui s’opère avec le Parti de gauche, on se retrouvait dans la salle Colbert de l’Assemblée nationale. Denis Baupin (député de Paris) introduisait la séance, qu’allait ponctuer Barbara Pompili (députée de la Somme) et François de Rugy (député de Loire-Atlantique), avant que Jean-Vincent Placé (sénateur de l’Essonne et homme de la journée à en juger le nombre de photographes qui tiraient son portrait) conclue l’après-midi.

Etaient conviés à cette réunion Corinne Lepage, (ex-ministre d’Alain Juppé et présidente de Cap 21), Jean-Luc Bennahmias (anciennement des Verts, passé au Modem et maintenant au modeste Front démocrate), Antoine Waechter, lui aussi historique des Verts et désormais président du Mouvement écologiste indépendant, et Yves Pietrasanta, non moins président de Génération écologie. L’union des mécontents et des groupuscules pourrait-elle former un nouveau pôle écologiste capable de peser ? L’après-midi ne permettrait pas de le conclure.

Dans la salle comble de 250 personnes - « On a dû en refuser autant », se réjouissait François de Rugy -, la politique dut attendre que le supplément d’âme écologiste se soit exprimé par la société civile. C’était, au demeurant, souvent intéressant.

Géraud Guibert, de la Fabrique écologique, expliquait qu’il est essentiel « de renforcer le rapport de forces entre productivistes et anti-productivistes ». Mais pour la CFDT, Dominique Olivier jugeait « provocant » le concept d’anti-productivisme, préférant parler d’« efficacité globale des facteurs de production », pas vraiment plus pédagogique.

Au demeurant, les entreprises et « l’écologie des solutions », l’« écologie positive », étaient fréquemment applaudies lorsqu’un orateur les mentionnait. Le sociologue Serge Guérin soulignait que nous vivions dans une période d’abondance du temps : avec une espérance de vie croissante, « on gagne tous les ans trois mois de vie ». Il faut donc « penser une société du temps, qui est peut-être une alternative ».

Bruno Rebelle, ex-Greenpeace et consultant d’entreprises, indiquait qu’EELV devait « formuler une vision. Elle existe peut-être, mais elle n’est pas incarnée, pas audible. » L’avocat Arnaud Gossement jugeait de même qu’il faut « opposer les discours enthousiasmants aux discours déprimants ». Et par ailleurs, que « le jour où le gouvernement sera écologique, les écologistes n’auront plus besoin d’y rentrer ».

Peu à peu, d’ailleurs, on commençait à parler franchement politique. La sénatrice EELV Leila Aichi s’affirmait « ni de gauche ni de droite », recueillant des applaudissements, tandis que la députée écologiste Véronique Massoneau notait que, « dans certains cantons du nord de la Vienne, le Front national fait 41 %. C’est une région en insécurité économique où les gens ne pensent pas que l’écologie puisse être une solution à leurs problèmes ».

Mais « quand en vient-on au fait ? », s’exclamait un auditeur. « On a eu deux heures d’introduction, quand est-ce qu’on commence ? » Commencer quoi ? La fondation d’autre chose qu’EELV. Il allait être déçu.

François de Rugy expliquait que la journée marquait « le début d’un moment de clarificaiton ». Corinne Lepage, tout en se réjouissant du « moment de bonheur » à « se retrouver et à essayer de retrouver l’essentiel », jugeait que « nous ne sommes pas mûrs pour parler de structures ». Elle proposait de « créer un réseau, comme le Comité Roosevelt l’avait fait ». C’était ensuite à Yves Pietrasanta de s’exprimer : on retenait de sa péroraison qu’il était nécessaire de développer les forêts pour en tirer les huiles essentielles, et qu’« il faut soutenir ce gouvernement progressiste ».

Plus ambitieux, Antoine Waechter proposait une Assemblée constituante, et avertissait par ailleurs que les « aventures personnelles » ne pouvaient servir la cause. Mais qui pouvait ici se sentir visé ?

Jean-Luc Bennahmias ? « Nous sommes partants », posait celui-ci sans barguigner, rappelant cependant avec bon sens que « ce n’est pas nous qui décidons, mais Manuel Valls ». Quoi qu’il en soit, face à la montée du Front national, « notre responsabilité est de faire alliance avec les socio-démocrates et les progressistes, sur des bases réalistes et pragmatiques ».

Mais c’était au tour d’Emmanuelle Cosse, secrétaire nationale d’EELV, très bien accueillie par la salle, de parler. Entre la chèvre et le chou, elle pesait soigneusement les arguments pour conclure que si la porte n’était pas fermée, il n’y avait pas urgence à l’ouvrir. Elle dressait le bilan écologique des gouvernements Ayrault et Valls. Au passif, l’abandon de l’écotaxe, la promotion du gaz de schiste par Arnaud Montebourg, le recul sur l’agriculture bio, le cadeau aux sociétés d’autoroutes, le laxisme face à la pollution de l’air, la « provocation constante » sur Notre-Dame-des-Landes, le drame de Sivens, Fessenheim qui n’en finit pas de ne pas fermer.

A l’actif, la loi sur les indicateurs de richesse, la loi sur les ondes, la baisse de l’incitation fiscale sur le diesel, la commission d’enquête sur les coûts du nucléaire, la loi de transition énergétique - certes inachevée - et les travaux préliminaires sur la démocratie et les enquêtes publiques... Pas franchement enthousiasmant.

« L’objectif d’être dans les institutions ne vaut que s’il est adossé à un programme et à un système de valeurs », notait-elle, signifiant que le temps n’était pas mûr pour une rentrée au gouvernement.

Jean-Vincent Placé, l’homme le plus ouvertement désireux de devenir ministre, concluait, parlant le plus longtemps, mais sans dire grand chose. Sinon pour juger qu’il « faut relancer le réseau, la coopérative. La France partidaire est morte ».

Et après ? On se retrouvera en juin, annonce Denis Baupin, pour une grande convention sur le changement climatique. Un thème intelligemment fédérateur.

Mais d’ici là, réseau, confédération, coopérative avanceront-ils ? Et le gouvernement s’élargira-t-il, alors que François Hollande a juré de ne rien changer à sa ligne ? Les écologistes n’ont pas fini d’en discuter. Car si les pro-gouvernements ne semblent pas peser assez pour bousculer EELV, ce parti ne peut plus rester immobile. La « clarification » est nécessaire, le mouvement va continuer.

A Bordeaux, des étudiantes éveillent les consciences des consom’acteurs Benjamin Pietrapiana (Reporterre) Reporterre 2015/04/07 Benjamin Pietrapiana (Reporterre) (7 avril 2015) A Bordeaux, des étudiantes éveillent les consciences des consom’acteurs. Reporterre. Pédagogie Éducation fr

A Bordeaux, des étudiantes éveillent les consciences des consom’acteurs

Au cœur du campus et de la zone des universités de Bordeaux, l’association Les Jeunes Consom’Acteurs rappelle que consommer est un geste politique.

- Bordeaux, correspondance

Ce ne sont pas les résultats des élections départementales qui nous feront mentir. Le désintérêt des Français pour la politique et les problématiques écologiques est manifeste. Les Jeunes Consom’Acteurs de Bordeaux est une jeune association qui veut changer cela.

L’idée a germé dans l’esprit de Sophia Ed-danni durant l’été 2014. Accompagnée de Brigitte Frayret, elle s’est lancée en septembre dans l’objectif d’agir à leur échelle, dans le milieu estudiantin de Bordeaux (en photo de chapô : de gauche à droite, Brigitte, Clara et Sophia). Ces deux étudiantes en droit sont maintenant co-présidentes de l’association. Articulées autour des principes de la consom’action, leurs actions visent à sensibiliser, « éveiller les consciences et responsabiliser les étudiants ! »

L’urne et le panier

La consom’action est un néologisme, mais il n’en recouvre pas moins une réalité. Pour Sophia, c’est « conscientiser ses achats et voter avec son panier pour promouvoir certaines valeurs comme le locavorisme ou la diminution de la consommation de viande. » Consommer n’est pas un geste anodin et les consom’acteurs insistent sur sa dimension politique.

« Le consommateur ne se rend pas compte de son pouvoir, il est possible de peser, voire d’inverser les rapports de force, ne serait-ce qu’avec le boycott », dit Brigitte. Pour elle, le choix par le panier est complémentaire du bulletin de vote, le premier pallie les lacunes du second. « Beaucoup de jeunes ne votent pas, c’est là l’occasion d’avoir quand même un impact », ajoute Clara, membre active responsable du pôle communication.

Jusqu’à présent, les événements proposés par les Jeunes Consom’Acteurs consistent en la diffusion d’un documentaire suivi d’un débat animé par des spécialistes. « Il faut prendre conscience avant d’agir », dit Sophia. Une de leurs dernières interventions portait sur le thème de la société de consommation. Le documentaire Vivez-Prospérez-Consommez de Gene Brockhoff a été projeté.

Théorie et pratique

Dans ces moments, les amphithéâtres de la fac de bordeaux accueillent une population intergénérationnelle et hétéroclite. Une réussite donc, car Les Jeunes Consom’acteurs de Bordeaux rassemblent et « pas que des gens acquis à la cause », se félicite Clara. Mais c’est au contact direct avec un problème que l’on en ressent et saisit les enjeux.

« Nous souhaitons lier les deux dimensions théoriques et pratiques. Par exemple avec la Conférence sur la pollution de la mer et de l’océan suivie de la sortie "nettoyons les plages". L’information en amont donne du sens à l’action et mettre la main à la pâte montre aux jeunes qu’ils ont la possibilité d’agir ».

Les Jeunes Consom’Acteurs refusent la politique dans le cadre de l’association. « On essaye de s’en écarter, on se fiche des provenances et penchants politiques des membres. »

Sophia est optimiste pour sa génération et ne partage pas la désaffection de la politique et la morosité ambiante : « De plus en plus de jeunes prennent conscience et s’investissent dans le concret. Il ne faut pas perdre espoir ! »

Optimistes... et ambitieux, les Jeunes Consom’acteurs de Bordeaux ne comptent pas s’arrêter là. Cet été, un « Guide du Consom’Acteur » est prévu. Il donnera des conseils, indiquera les bonnes adresses et bons plans pour consommer autrement.

A la rentrée de septembre 2015, l’association proposera une collaboration avec l’université pour réduire le gaspillage au restaurant universitaire et instaurer le tri dans les poubelles de la fac. Précision : pas d’inquiétude, les moins jeunes sont également les bienvenus.

Un décroissant au Forum Social Vincent Liegey Reporterre 2015/04/07 Vincent Liegey (7 avril 2015) Un décroissant au Forum Social. Reporterre. Monde fr

Un décroissant au Forum Social

Je rentre de Tunis où j’étais invité à une rencontre participative : « Connect the cricles » (relier les cercles). Cette rencontre a eu lieu dans le cadre du Forum Social Mondial (FSM).

Je n’avais jamais été en Tunisie. De même, c’était mon premier forum social mondial. J’ai hésité avant d’accepter l’invitation. D’une part, je suis toujours l’un des premiers à critiquer l’absurdité de ces séjours touristiques courts dans des pays lointains et d’autre part je suis assez sceptique sur la pertinence et la cohérence de ces grandes messes que représentent ces forum sociaux.

J’ai toutefois dit oui pour plusieurs raisons... et je n’ai pas été déçu par mon séjour en Tunisie.

La Tunisie, entre dépendance au tourisme de masse et envie d’émancipation et d’autonomie

La Tunisie connaît un contexte politique intéressant et difficile quatre ans après la chute de Ben Ali. De plus ce forum-rencontre se tenait quelques jours après l’attaque sanglante du Bardo. Malgré les craintes de mes proches, je n’ai pas hésité et, comme presque tous les participants, n’ai pas annulé mon séjour en Tunisie. Ce n’est pas un hasard d’ailleurs si c’était le deuxième Forum social mondial organisé à Tunis.

Beaucoup de rencontres et de discussions chaleureuses avec des tunisiens rencontrés aussi bien dans les rue de Tunis qu’au forum. J’ai senti un pays dans un entre deux : l’enthousiasme citoyen d’un peuple jeune, dynamique et plein d’envies, qui sait qu’il peut renverser une dictature et en même temps de la déception et de l’exaspération de ne pas voir les choses s’améliorer. De plus, le danger djihadiste pèse.

Ainsi, ce chauffeur de taxi regrettant Ben Ali, période où l’ordre était là. Ou encore ce groupe de jeunes espérant pouvoir partir en Europe, faute de boulot, pour mieux revenir en Tunisie...

Mais partout un accueil extrêmement chaleureux, des messages de solidarité contre la barbarie terroriste. Le pays est dépendant du tourisme de masse, ce qui met souvent un décroissant dans une posture délicate.

Ainsi la question s’est posée lors de plusieurs discussions comme lors d’une interview avec une journaliste tunisienne, enthousiaste avec les idées de la décroissance mais ne voyant pas de débouchés en Tunisie : "Que deviendrait le tourisme ? On en a besoin"...

Mais en Tunisie aussi les alternatives émergent, avec notamment la permaculture ou encore le Nomad Village où un collectif propose, malgré les intempéries, "un espace fixe à l’intérieur du FSM 2015 pour promouvoir et expérimenter les usages des technologies libres et le partage au service des citoyens et des causes, ainsi qu’un lieu de présentation des différentes expériences autogérées".

Plus que jamais, le débat sur une relocalisation ouverte vers plus d’autonomie doit s’ouvrir : comment le tourisme de masse peut-il et doit-il servir de levier pour... disparaître et prendre une autre forme ?

Dans certains dialectes africains, développement veut dire « le rêve du blanc »

Le monde est globalisé et les interdépendances existent bel et bien. De même, je suis à chaque fois marqué par le fait que partout dans le monde émergent les mêmes réflexions, idées, pratiques, expérimentations, propositions mais surtout que nous faisons face aux mêmes questionnements et difficultés sur le que faire ? Comment ?

De même nous faisons face aux mêmes systèmes oligarchiques. Alors ces rencontres internationales trouvent leur pertinence dans les échanges et la construction de réseaux solidaires. Par exemple, l’enjeu des gaz de schiste en Algérie nous concerne toutes et tous et pas seulement les citoyens algériens réprimés dans la violence.

La rencontre à laquelle j’ai participé, organisée par un réseau d’association, s’inscrit dans cette approche de se rencontrer afin de construire des liens entre des mouvements de différentes régions du monde. C’était la troisième rencontre de cette dynamique vers un "mouvement social mondial". Beaucoup de chouettes rencontres, débats, échanges d’expériences... et de questions : un mouvement pour quoi faire ? Quels chemins ? Quelles stratégies et quels projets ?

Des pistes voient le jour, la créativité est au rendez-vous. Elle peut prendre la forme d’un grand poster, la force des images est souvent plus efficace qu’un long discours :

Ou avec la poésie comme suite à la dernière lab session à l’Institut des Futurs souhaitables : La crois-sens, la nouvelle décroissance

(...) La Décroissance du Nord pour l’émancipation du Sud, Car qui croit encore qu’on pourra tous aller sur la Lune ? Difficile de traduire le mot « développement », Dans certains dialectes africains, ça veut juste dire « le rêve du blanc ». (...) Vincent Avanzi - Une Odyssée Humaine - Artiste résident et chroniqueur poétique

Ou encore en bandes dessinées pédagogiques, avec les amis tourangeaux et leur Gazette de Gouzy, ou Comment expliquer la Dotation Inconditionnelle d’Autonomie pour toutes et tous :

L’expérience de la révolution tunisienne est à la fois source d’espoir et aussi riche d’enseignements : comme nous le rappelons souvent dans la décroissance, nous sommes assez sceptiques avec le mythe du grand soir.

Si de larges mouvements sociaux sont nécessaires et font malheureusement défaut face aux dérives oligarchiques de notre modèle productiviste et consumériste, ils sont loin d’être suffisants. Faire tomber un régime sans que d’autres mondes soient déjà en construction, voire bien installés, est problématique.

Alors, c’est ce que nous avons expérimenté lors de ces deux jours d’atelier : connect the circles, et aussi connect the dots (connecter les cercles et les points) en commençant à vivre avec les outils de sociocratie, de la communication non-violente et de l’écoute.

C’est aussi sortir de tendances souvent trop présentes dans les milieux militants autour des combats de chapelles, des égos et autres jeux de pouvoir... et aussi, comme j’ai pu l’observer au FSM, chacun se repliant sur son combat au risque d’oublier que tout est lié. C’est en partie l’un des forces de la Décroissance et de son approche multi-dimensionnelle.

Une nouvelle internationale diverse peut et doit naître

Ainsi, ces rencontres internationales sont des lieux pertinents pour se rencontrer, débattre et prendre conscience des interdépendances de nos luttes. Elles sont riches d’enseignement. Mais elles doivent aussi être des lieux d’expérimentation de nouvelles manières de vivre ensemble la politique, pour créer des réseaux de mouvements, de collectifs, d’associations, de partis.

Chacune de ces entités, ouvertes les unes aux autres, a son rôle à jouer et ce n’est pas dans un mythe centralisateur ou d’uniformisation du grand soir que nous sortirons durablement de l’impasse dans laquelle nous conduit la société de croissance.

Mais c’est en cultivant la diversité et la complémentarité des approches, des luttes, des expérimentations et des contextes, en créant des liens, en construisant des communs, en se connaissant mieux et aussi en se critiquant avec bienveillance que l’on construit à la fois ces nouveaux mondes et ces nouvelles pratiques tout en déconstruisant nos dépendances envers l’oligarchie. Une nouvelle internationale diverse peut et doit naître, ouverte et solidaire...

Solidarité avec les journalistes agressés au Mexique Le serpent à plumes Reporterre 2015/04/08 Le serpent à plumes (8 avril 2015) Solidarité avec les journalistes agressés au Mexique. Reporterre. Tribune — Monde fr

Solidarité avec les journalistes agressés au Mexique

Au Chiapas, Mexique, des journalistes de médias libres, relatant l’opposition de peuples à un projet touristique et à une autoroute sur leurs terres, ont été agressés par des groupes armés pro-gouvernementaux. « Nous n’acceptons pas et condamnons énergiquement ces actions. Le droit d’informer est universel. »

Suite à l’agression dont ont été victimes les camarades des médias libres à San Sebastian Bachajon, Chiapas, notre modeste équipe de traduction – @ValKaracole, @EspoirChiapas et moi – a décidé de ne pas se contenter de traduire mais aussi de proposer un communiqué succinct afin d’exprimer notre solidarité avec toutes celles et tous ceux qui, par leur travail en tant que médias libres (autonomes, alternatifs ou comme ils se nomment), permettent aux expériences locales menées par les peuples qui s’organisent, de briser l’isolement, de nouer des échanges et de créer des solidarités.

Pour en savoir plus au sujet de la lutte menée par le peuple de San Sebastian Bachajon, vous pouvez consulter les articles sur le site d’Espoir Chiapas.

Si vous souhaitez signer cet appel à solidarité, vous pouvez laisser un commentaire ou contacter Espoir Chiapas.

Aux médias libres du Chiapas, Aux adhérent-e-s de la Sexta, A nos frères et sœurs qui luttent pour proposer une autre information,

Nous avons été informé-e-s qu’au Chiapas, Mexique, nos compañer@s, nos frères et sœurs de lutte, travaillant dans les médias libres, de manière bénévole, et accompagnant le mouvement des peuples organisés en lutte contre l’installation d’un méga projet touristique et d’une autoroute sur leur terre, ont été agressé-e-s par des groupes armés pro-gouvernementaux sous l’œil bienveillant des forces de l’ordre.

L’agression s’est terminée par la rétention illégale de leurs outils de travail : un appareil photo Canon 70D et un téléphone portable contenant de nombreuses informations personnelles.

Cette agression a eu lieu dans un climat d’extrême violence : dans leur rapport, nos collègues journalistes indépendants ont déclaré avoir été menacé-e-s avec une machette sous le cou et sur le ventre pour notre sœur journaliste, et par une machette sur le ventre pour notre frère journaliste.

En tant que médias libres, cela nous rappelle des évènements qui se sont déroulés en France, et plus particulièrement durant la lutte contre la construction du barrage de Sivens au Testet où des journalistes indépendants avaient été menacé-e-s par une milice aux pratiques fascisantes afin de les empêcher de travailler.

Nous n’acceptons pas et condamnons énergiquement ces actions. Le droit d’informer est universel. Si le fait de prendre des photos et de documenter leurs actions leur pose problème, c’est aux groupes paramilitaires et milices de tous les pays de stopper leurs pratiques illégales.

La peur doit changer de camp

Loin de nous intimider, nous nous engageons à être plus attentif-ve-s aux futures actions qui se passeront au Chiapas comme ailleurs et à diffuser toutes menaces et agressions qui pourront se dérouler au Mexique et dans le monde entier et nous invitons chaque personne, chaque Être Humain, à devenir témoin chaque fois qu’il le faudra : les médias libres sont là pour recevoir et diffuser leurs témoignages et les protéger.

Nous nous solidarisons avec le travail de nos frères et sœurs des médias libres du Chiapas qui, depuis des années, s’organisent et diffusent « L’Autre Information » de manière exemplaire.

Solidarité avec les médias libres di CHhiapas, du Mexique et de la Terre !

Depuis la France, mars 2015.

Liste des signataires (en cours) :

Espoir Chiapas : http://espoirchiapas.blogspot.mx Le serpent à Plumes : http://www.le-serpent-a-plumes.antifa-net.fr collectif bon pied bon oeil : http://bonpiedbonoeil.net indymedia nantes : https://nantes.indymedia.org/ radio zinzine : http://radiozinzine.org Forum civique Européen : http://www.forumcivique.org Contre Faits : http://www.contre-faits.org L’Orchestre Poétique d’Avant-guerre (O.P.A) : http://www.opa33.org Cocomagnanville : http://cocomagnanville.over-blog.com/ Le sécretariat libre de la ZAD de NDDL : http://zad.nadir.org Radio Galère : http://www.radiogalere.org/ Koletivo BoCa En BoCa : http://espoirchiapas.blogspot.fr/search/label/BoCa%20En%20BoCa Primitivi : http://www.primitivi.org/ Aquitaine Decroissance : http://aquitainedecroissance.org/ l’Atelier des Medias Libres : http://mediaslibres.org/

Pollution de l’air : les épandages agricoles sont en cause Lucas Mascarello (Reporterre) Reporterre 2015/04/08 Lucas Mascarello (Reporterre) (8 avril 2015) Pollution de l’air : les épandages agricoles sont en cause. Reporterre. Pollutions fr

Pollution de l’air : les épandages agricoles sont en cause

Il fait beau... donc l’air est très pollué ! Ce paradoxe de l’époque moderne se traduit par une forte pollution sur le nord de la France et la région parisienne. Pour une fois, les autorités réagissent un peu plus tôt.

Le 19 mars dernier Paris était la ville la plus polluée du monde et son air ressemblerait à un kit de petit chimiste. Un peu d’oxyde d’azote qui forme de l’acide nitrique… du dioxyde de soufre qui donne de l’acide sulfurique. Ne manque plus que l’ammoniac pour obtenir du nitrate d’ammonium et du sulfate d’ammonium. Maintenant, respirez un grand coup… c’est un épisode de pollution printanière. Et aujourd’hui, une nouvelle alerte à la pollution est déclenchée.

Une pollution saisonnière aux particules fines

Airparif prévoit pour ce mercredi 8 avril un épisode de pollution atmosphérique. Avec une alerte sur plus de 100 km2 et plus de 10 % de la population d’Île-de-France concernée, l’association de surveillance de la qualité de l’air déclenche la mise en place d’une procédure d’information au public. Le niveau d’information, activée à partir de 50 microgrammes par m3 d’air durant 24 heures consécutives, précède le niveau d’alerte.

Plus précisément, cet épisode de pollution concerne les particules fines PM10 (notées PM pour particule matter - matière en particules). Ce sont des particules en suspension de taille inférieure à 10 μm (micromètre), soit de la taille d’une cellule. Les composants pénètrent donc aisément dans nos poumons.

Les épandages agricoles sont en cause

La pollution aux particules fines est déterminée par la taille des composants flottant dans l’air. Quant à sa composition, Airparif expliquait en mars que l’épisode de pollution était dû pour 60 % à des particules inorganiques. Cette part importante de la pollution est issue des épandages agricoles. Ceux-ci restent en suspension et finissent par se mélanger aux émanations du trafic routier, du chauffage au fioul et des émissions de charbons. Une réaction chimique se produit et forme du nitrate et du sulfate d’ammonium.

Pour résumer, il y a une convergence de polluants qui, en l’absence de vent et de pluie, se combine avec le rejet d’ammoniac issu de l’agriculture. C’est pourquoi Airparif parle de pollution printanière.

Quelles mesures pour contrer la mauvaise qualité de l’air ?

Face à cette nouvelle période de pollution, la mairie de Paris a prévu la gratuité du stationnement résidentiel. Anne Hidalgo appelle également les automobilistes à privilégier les transports en commun.

Si la pollution perdure jusqu’à jeudi, les vélib et autolib devraient être gratuits pendant une heure. Et en cas d’alerte, la mairie de Paris réclamera la circulation alternée. Ce sera alors à l’État de trancher.

Une situation qui pourrait rappeler les dysfonctionnements de mars entre la maire et Ségolène Royale. Dans un communiqué de presse, Anne Hidalgo et Jean-Paul Huchon, président de la région Île-de-France, souhaitent une « anticipation et une coordination de l’État, de la Ville de Paris et de la région » et demandent que « les mesures à prendre pour faire diminuer les niveaux de pollution soient planifiées dès maintenant ».

Pour les responsables politiques, plusieurs logiques s’affrontent. La préoccupation de santé publique semble se heurter aux pertes économiques occasionnées par la circulation alternée et la gratuité des transports en commun. Pourtant, Airparif dénombre de nombreuses maladies imputées à la pollution : affections respiratoires, asthme, irritations oculaires, problème cardiaque, baisse des défenses de l’organisme, cancers…

L’association rappelle également que l’impact sur la santé des citoyens européens en 2000 était une perte de neuf mois d’espérance de vie. Il s’agit là d’une moyenne. La Commission européenne estime à près de 300 000 le nombre de décès anticipés sur la même période.

Le grand pillage : le nouveau rapport choc du Club de Rome Ugo Bardi Reporterre 2015/04/08 Ugo Bardi (8 avril 2015) Le grand pillage : le nouveau rapport choc du Club de Rome. Reporterre. Économie fr

Le grand pillage : le nouveau rapport choc du Club de Rome

Que ce soit l’or, le charbon ou le pétrole, les minéraux ont toujours joué un rôle central dans l’histoire de l’humanité, faisant et défaisant des civilisations entières.

Aujourd’hui, les enjeux à venir concernent aussi bien l’uranium que les terres rares ou le lithium. Des ressources qui se tarissent – ou dont les coûts d’exploitation explosent – à mesure que notre dépendance envers elles s’accroît.

Moins médiatisée que le changement climatique, la question des minerais et des métaux constitue probablement l’un des défis majeurs du XXIe siècle. Leur raréfaction remet profondément en cause les perspectives d’une croissance verte fondée sur les nouvelles technologies. Celles-ci ne pourront en effet nous épargner un changement radical de nos modes de production et de consommation.

- Le grand pillage. Comment nous épuisons les ressources de la planète, Ugo Bardi, Editions Les Petits matins, en coédition avec l’Institut Veblen, 320 p., 19 euros.

La ferme-usine des 23 000 cochons suscite la révolte en Vendée Barnabé Binctin (Reporterre) Reporterre 2015/04/08 Barnabé Binctin (Reporterre) (8 avril 2015) La ferme-usine des 23 000 cochons suscite la révolte en Vendée. Reporterre. Reportage — Agriculture fr

La ferme-usine des 23 000 cochons suscite la révolte en Vendée

Une manifestation s’est déroulée samedi contre le projet de maternité porcine industrielle du Poiroux, en Vendée. La mobilisation s’élargit avec Attac au niveau national contre un acteur « caché » du projet : la pieuvre Avril-Sofiprotéol.

- Les Sables d’Olonne (Vendée), reportage

Des associations de défense de l’environnement aux côtés du syndicat de la Confédération Paysanne, des militants d’ATTAC et d’EELV en compagnie d’élus locaux marqués (très) à droite, des ostréiculteurs ou de simples riverains… Ils étaient près de 1 500 à défiler, samedi 4 avril, aux Sables d’Olonne – un appel « plus que largement entendu » selon Ouest France, qui a réalisé une vidéo de la manifestation.

Tous ne portaient pas les mêmes revendications, mais un même adversaire les réunissait : le projet de maternité porcine de Poiroux. Sous le regard amusé des touristes et des surfers, les slogans indiquaient les revendications : « Ne laissons pas des porcs s’occuper des cochons », « Des huîtres, pas du lisier », etc.

Certains manifestants, déguisés en « cochons en colère », donnaient au cortège une jolie couleur rose : « Je ne veux pas aller à l’usine », dit l’un. « Je veux faire caca dans la paille », clame l’autre. Le tracteur qui fermait la marche proclamait qu’« une autre agriculture est possible ».

Dans l’océan, une petite embarcation s’était jointe à la manifestation qui longeait la plage en déployant une voile où l’on pouvait lire « Non aux usines porcines, respectons le littoral ». Comme un symbole, la marée charriait avec elle des algues vertes qu’elle déposait tout au long du remblai, sur le sable.

Le risque des algues vertes

C’est un des principaux motifs d’inquiétude pour ceux qui s’opposent au projet. Avec 890 truies qui doivent donner naissance à près de 23 000 porcelets par an, les déjections animales représentent un risque important de contamination pour l’environnement : « On parle d’environ 7 000 m3 de lisier, qui représentent 20 tonnes d’azote pur et qui seront épandues sur les cultures car c’est censé enrichir la terre. Mais on connaît les conséquences que cela a eu en Bretagne », dit Jacques Jutel, le président de l’association Terres et rivières.

Or, sept cours d’eau prennent leur source tout près de l’emplacement prévu pour la porcherie. Dont la Vertonne, rivière à la qualité déjà classée médiocre, qui se jette 15 kilomètres plus loin dans l’estuaire des marais d’Olonne. « Il y avait déjà plus de 11 000 m3 d’algues vertes en Vendée en 2011. Avec ce projet, on risque une véritable prolifération », poursuit Jacques Jutel.

Avec les effets désastreux que l’on sait pour l’environnement : risque sanitaire élevé en raison du caractère cancérigène des nitrates, destruction d’une zone de biodiversité précieuse (l’estuaire du Payre, également exposé, est un espace naturel protégé classé Natura 2000 et site remarquable de Vendée), dégradation du littoral, etc.

Les associés au projet de porcherie nient tout risque environnemental et sanitaire. « Les études d’impact ont été faites », nous répond l’un d’entre eux. Mais pour les opposants, ce sont bien les mêmes dangers qu’en Bretagne qui guettent désormais le territoire vendéen : « C’est une stratégie de colonisation. Les grands groupes industriels de la filière porcine quittent la Bretagne, désormais saturée, et s’implantent à côté », explique Christine Coquenlorge, habitante de Poiroux et membre des associations de la Feve (Fédération écocitoyenne de Vendée) et de l’Avigen (Association de vigilance environnementale).

Plus grand-chose à voir avec l’agriculture

Alors que la filière porcine est en crise, l’arrivée d’une telle infrastructure pourrait donner un coup de frein aux activités de la conchyliculture ou du tourisme vert qui se développe dans la région. Et diminuer le volume des emplois, car la maternité porcine ne prévoit de ne créer que quatre postes.

Le syndicat agricole dénonce des techniques de production industrielles avancées qui n’ont plus grand-chose à voir avec l’agriculture : « Ce ne sont plus des paysans qui assurent l’exploitation mais des ouvriers spécialisés sur une chaîne de production entièrement robotisée. »

Un collectif d’opposants, « Non à l’usine à cochons de Poiroux », vient de se créer, réunissant les associations locales rejointes par ATTAC. Une de ses premières actions a été de déposer une pétition, d’ores et déjà signée par plus de 6 000 citoyens, et qui doit être adressée à Ségolène Royal.

A l’origine, l’opposition locale avait pourtant réussi à bloquer le projet. En 2009, plusieurs communes concernées par le périmètre du projet émettent en effet un avis défavorable. Tout comme le conseil général, présidé par Philippe de Villiers. Tout comme la municipalité même de Poiroux, dont la majorité du conseil vote à l’encontre du maire, partisan isolé du projet.

Finalement, en juin 2010, le préfet de l’époque, Jean-Jacques Brot, finit par suivre l’émoi général : il signe un arrêté de refus d’autorisation d’exploiter :

Mais, retournement de situation en 2013, le tribunal administratif de Nantes annule l’arrêté. « Un jugement uniquement sur la forme », explique-t-on du côté des opposants. Il ordonne de signer un nouvel arrêté d’autorisation, ce que la préfecture fait en novembre 2013.

FNSEA, Sofiprotéol et connivences politiques

Pour Christine Coquenlorge, la visite en Vendée du ministre de l’agriculture, Stéphane Le Foll, en juin 2013 quelques jours seulement après la décision du tribunal, est loin d’être anodine : « Il est venu pour accélérer le projet, il a rencontré les services de la préfecture et l’ensemble de la profession agricole. Ce n’est pas localement que ça se passe, le centre de décision est à Paris. D’ailleurs, quel est le seul syndicat à avoir son bureau au ministère de l’agriculture ? »

Mme Coquenlorge vise l’influence de la FNSEA (Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles), le premier syndicat agricole dont le maire de Poiroux est vice-président de la section départementale. La Vendée est un fief important de la FNSEA : Joël Limouzin, président de la FDSEA de Vendée jusqu’à l’année dernière, vient d’être nommé vice-président de la FNSEA à l’échelle nationale, étant par ailleurs président de la FRSEA Pays de la Loire. Et à la tête de la FDSEA de Vendée, c’est désormais Brice Guyau qui officie, Brice Guyau n’étant autre que le fils de Luc Guyau, l’ancien président de la FNSEA.

C’est dire l’influence de la FNSEA sur le territoire vendéen. Or, à la tête de la FNSEA se trouve Xavier Beulin. Et qui dit Xavier Beulin, dit… Avril-Sofiprotéol, dont Reporterre avait démontré la participation au projet, par l’intermédiaire de la SARL Kerloann – composée de plusieurs filiales d’Avril-Sofiprotéol – qui est présente au capital de la SCEA « Le Village du bois », porteur du projet.

« La SARL Kerloann s’est retirée et ne fait plus partie du projet, nous cherchons un cinquième actionnaire », assure toutefois l’un des associés, qui souhaite rester anonyme. Rencontré sur les terrains du chantier qui a commencé le mois dernier – après que le maire de Poiroux a finalement signé le permis de construire, pour lequel les associations ont déposé un recours en référé – l’agriculteur, qui fait notamment dans l’engraissage porcin, n’a qu’une crainte : que des zadistes empêchent l’aboutissement des travaux prévu pour le printemps 2016.

Le déploiement policier traduisait cette inquiétude, et paraissait incongru tant l’ambiance était familiale, samedi. La manifestation avait donc, derrière l’opposition première au projet de maternité porcine, un autre acteur en point de mire : Avril-Sofiprotéol.

Et si les opposants attendent toujours la preuve du retrait concret de la « pieuvre agro-industrielle », aucun ne doute pour autant de son intérêt dans un tel projet : « Le gagnant en amont, avec l’alimentation animale, puis en aval, avec les abattoirs, et même au milieu de la chaîne avec la recherche génétique ou la médicamentation, c’est toujours Sofiprotéol », explique Christine Coquenlorge.

Pour elle, l’argument du « besoin de la filière porcine » ne tient pas : « La difficulté financière de la filière tient à la surproduction. Or là, on ne répond pas à ce problème, on l’empire. Quand on dit que cela répond au besoin de la filière, il faut comprendre qu’en fait, la filière, c’est Sofiprotéol ».

C’est contre le développement de cette agriculture industrielle et monopolistique, destructrice de l’environnement et des emplois paysans, qu’ATTAC lançait ainsi en même temps, ce samedi à l’échelle nationale, sa campagne Requin contre le groupe Avril-Sofiprotéol. Et qui passe par une campagne de boycott contre les produits les plus connus du groupe...

Le prix du pétrole baisse. Et après ? Thomas Porcher Reporterre 2015/04/09 Thomas Porcher (9 avril 2015) Le prix du pétrole baisse. Et après ?. Reporterre. Tribune — Énergie fr

Le prix du pétrole baisse. Et après ?

Entre pétrole de schiste des Etats-Unis et jeu de l’Arabie Saoudite, le prix du pétrole a spectaculairement baissé. Mais cette situation prépare un rebond des prix auquel il faut se préparer plutôt que se « maintenir dans l’illusion que nous n’avons pas besoin de changer notre façon de vivre ».

Le prix du pétrole est passé de 110 $ en juin à moins de 50 $ en janvier 2015. Une baisse sans précédent depuis la chute des cours de 2008 après la faillite de Lehman Brothers.

Le développement du pétrole de schiste

Plusieurs facteurs expliquent cette baisse. Le plus important est sans nul doute le développement de la production de pétrole de schiste aux Etats-Unis. Entre 2006 et 2014, la production journalière américaine a augmenté de 4 millions de barils par jour pour dépasser les 11 millions de barils en 2014 et se placer devant la production saoudienne.

Dans le même temps, on assiste du côté de la demande à un ralentissement avec la baisse de la croissance économique mondiale. Les pays émergents, qui ont été le moteur de la hausse des prix depuis 2004, ont désormais une croissance plus faible.

Enfin, un troisième facteur a également pesé sur les prix : le renchérissement du dollar. Or, comme les entreprises des pays émergents s’endettent en dollars, la hausse du dollar augmente mécaniquement leur dette et pèse sur leur rentabilité ce qui explique en partie la perte de croissance de ces pays.

A cela, il faut ajouter le fait que le prix du pétrole est libellé en dollar et acheté, en dehors des Etats-Unis, dans une autre monnaie. Un renchérissement du dollar rend donc le pétrole plus cher dans une autre monnaie, ce qui contribue un peu plus à la baisse de la demande.

L’action simultanée de tous ces facteurs a fait basculer le prix de plus de 100 $ en juin à 75 $ en novembre et changé radicalement le paradigme du marché pétrolier passant d’un marché tiré par la demande des pays émergents depuis 2004 à un marché excédentaire grâce à l’offre de pétrole de schiste à partir de juin 2014.

Face à ce changement dans la structure du marché pétrolier, l’OPEP aurait pu, conformément à sa stratégie [1], baisser ses quotas et faire remonter les prix. L’organisation aurait certes perdu des parts de marché sur le court terme mais, les pétroles de schiste s’épuisant, les auraient récupérées sur le long terme.

Le problème est que le développement des pétroles de schiste a deux particularités. Premièrement, son développement a eu lieu aux Etats-Unis, premier pays consommateur de pétrole et client privilégié de l’Arabie Saoudite alors que traditionnellement les pays consommateurs n’étaient pas producteurs.

Deuxièmement, un certain nombre d’autres pays consommateurs en Europe et en Asie (la Chine) semblaient intéressés par le développement de cette énergie. Le cartel se retrouve face à un choix cornélien : doit-il baisser ses quotas sachant qu’une baisse de la production de l’organisation sera directement récupérée par un surplus de production de pétrole de schiste de la part des Américains ?

Ou doit-il se lancer dans une guerre des prix pour « casser » la rentabilité du pétrole de schiste et ainsi, stopper son développement aux Etats-Unis comme à l’échelle mondiale ? L’OPEP a choisi la deuxième solution et en refusant d’intervenir sur le marché a fait plonger le baril en dessous de 50 $.

Le pari risqué de l’Arabie Saoudite

En choisissant la guerre des prix, l’Arabie Saoudite veut clairement casser le développement des pétroles de schiste américain qui nécessitent un coût d’extraction plus élevé (entre 50 et 70 $). Mais elle met également la pression sur l’ensemble des pays producteurs de pétrole.

Par exemple, pour les pays de l’OPEP, les revenus du pétrole représentent plus de 90 % de leurs exportations et entre 80 et 90 % de leur budget. Bien que la plupart des pétroles de l’OPEP nécessitent un prix du baril beaucoup plus faible que le prix actuel du marché pour atteindre leur seuil de rentabilité, les équilibres budgétaires des différents pays nécessitent un prix du pétrole beaucoup plus élevé et, même à l’intérieur de l’OPEP, on note de grandes différences entre les coûts d’extraction et les prix nécessaires pour équilibrer les budgets de chaque pays. [2]

Comme les pétroles de schiste ont un cycle de production plus court (environ cinq ans), pour maintenir un niveau constant de production, il faut continuer à forer à un rythme voisin de celui de l’année précédente. Sinon la production s’écroule dès l’année suivante. Et comme à un prix autour de 50 $, une partie de la production de pétrole de schiste n’est plus rentable, les entreprises investissent moins et la production américaine devrait chuter.

Mais l’effet rebond sur les prix sera d’autant plus fort que la réduction des investissements sera importante. Or, plus le prix restera bas pendant une longue période plus les investissements dans les pétroles non conventionnels seront impactés.

Un phénomène de yo-yo de quelques mois, comme cela a été le cas en 2008, n’affectera pas fortement l’industrie du pétrole de schiste américaine car ce sont des entreprises plus flexibles que les majors. Au final, l’impact sera d’autant plus fort que l’OPEP arrivera à supporter un prix faible du pétrole pendant au moins deux ans. Ce qui n’est pas certain pour l’ensemble des pays de l’organisation.

Au milieu de cette guerre des prix, si l’Europe pensait à l’après-pétrole

Pour certains, la baisse du prix du pétrole est une formidable occasion pour faire la promotion du pétrole de schiste en Europe en avançant qu’il faut suivre l’exemple des Etats-Unis. Pourtant au prix actuel, l’exploitation de ces pétroles paraît encore moins possible en-dehors des Etats-Unis car le coût d’extraction y serait bien plus élevé. Aucun pays ne dispose de la capacité de forage des Américains. La baisse des prix du pétrole rend donc encore moins transposable l’expérience américaine au reste du monde.

D’autres avancent que cette baisse des prix est une bonne nouvelle pour l’économie, qu’elle va permettre d’augmenter la croissance. C’est vrai pour quelques dixièmes de pourcentage. Mais elle risque surtout de nous maintenir dans l’illusion que nous n’avons pas besoin de changer notre façon de vivre.

Or, la question ne devrait plus porter sur le prix du pétrole, ni sur le montant de nos réserves mais plutôt sur la quantité que nous pouvons encore consommer en prenant en compte la contrainte climatique. La pire erreur serait donc de penser qu’avec la baisse des prix, le pétrole a encore de beaux jours…

Paul Watson : « C’est la nature qui réglera le problème » Entretien avec Paul Watson Reporterre 2015/04/09 Entretien avec Paul Watson (9 avril 2015) Paul Watson : « C’est la nature qui réglera le problème ». Reporterre. Entretien — Luttes fr

Paul Watson : « C’est la nature qui réglera le problème »

« Pirate écolo », « éco-terroriste », « berger des mers », « Robins des Bois des océans », Paul Watson suscite les passions. Ancien de Greenpeace, fondateur de la Sea Shepherd’s Conservation Society, il s’est fait connaître par ses actions directes visant à empêcher les braconniers de pêcher des espèces protégées. Reporterre l’a rencontré.

Un des textes de Paul Watson sera lu lors de la grande Rencontre que nous organisons lundi 15 janvier (infos et réservations ici).

Reporterre - Vous êtes poursuivi par Interpol. Êtes-vous, en France, un réfugié ?

Paul Watson - Oui. Le Japon essaie de m’attraper alors c’est difficile de voyager, mais je suis libre de venir en France et aux États-Unis. Un mandat d’arrêt international a été émis par le Costa Rica, donc quand j’entre dans un nouveau pays, les autorités qui le lisent peuvent m’arrêter et m’envoyer au Japon sans se poser de question, ou alors ils peuvent s’en moquer et me laisser tranquille. Leur décision est imprévisible. Mais la France n’a jamais reconnu ce mandat. Et puis j’ai bénéficié de soutiens [notamment celui de Nicolas Hulot, ndlr].

Quelle est l’origine de ce mandat d’arrêt ?

Le Costa Rica a émis un mandat contre moi une semaine après avoir rencontré le premier ministre du Japon, en se fondant sur des faits qui ont eu lieu en 2002.

Ils m’accusent de « manœuvre dangereuse d’un navire » (reckless operation of a vessel) au Costa Rica et de « conspiration d’abordage » (conspiracy to trespass) au Japon. De ce fait, j’ai été inscrit sur la liste rouge d’Interpol. Or personne n’a jamais été placé sur cette liste pour ce genre de motifs, qui sont des délits mineurs.

Personne n’a été blessé, rien n’a été abîmé ou endommagé. Cela n’a aucun sens ! Cette liste est faite pour les tueurs en série et les criminels de guerre. La France et les États-Unis l’ont bien compris, ils me laissent tranquille. La Cour internationale de justice avait émis un jugement en notre faveur, mais cela n’a rien changé. Le Japon fait ce qu’il veut.

Concrètement, ils veulent ma tête parce que nous les avons empêché de tuer illégalement des baleines dans l’océan Antarctique, ce qui représente des pertes de plusieurs dizaines de millions de dollars pour les armateurs.

Quel est l’objectif de la Sea Shepherd’s Conservation Society (Société de conservation Berger de la mer) ?

J’ai fondé Sea Shepherd en 1977 pour soutenir des lois de préservation de l’environnement au Canada. Nous luttons contre le braconnage, nous intervenons contre les activités illégales. Les lois, règles et traités nécessaires à la protection des océans existent, mais les gouvernements refusent de les faire appliquer pour des raisons politiques et économiques. Quel est l’intérêt de faire des lois si personne n’en fait rien ? Nous nous servons de la loi pour intervenir sur les mers, en tant que conservateurs marins concernés et compatissants.

Aujourd’hui, 40 % de ce qui est pêché l’est de manière illégale. Face à cela, nous rassemblons les preuves de l’illégalité des pêcheurs, puis nous bloquons leurs opérations afin qu’ils arrêtent.

On peut mesurer nos résultats par le nombre d’animaux marins qui n’ont pas été pêchés ou tués grâce à nous. Depuis 2006, cela représente par exemple 6 000 baleines épargnées. Ce n’est pas suffisant, la seule manière de sauver les océans est que les gouvernements s’organisent, coopèrent et utilisent leurs marines.

Comment se fait-il que les États ne fassent rien pour faire appliquer les législations internationales sur la pêche ?

Cela n’apporterait rien aux politiciens, et la pêche rapporte de l’argent. En Afrique, les bateaux qui se font arrêter pour pêche illégale paient des amendes proportionnelles à leurs profits : c’est juste un moyen de faire des affaires pour les États.

L’année dernière, le Thunder a été arrêté en Malaisie avec des millions de dollars de pêche à bord : il a dû payer une amende de 90 000 dollars australiens, puis a pu repartir avec sa cargaison. Par ailleurs, ce navire est sous pavillon nigérian mais appartient à une entreprise espagnole qui reçoit trois millions d’euros de subventions de l’Union européenne.

Quelles sont les campagnes en cours de Sea Shepherd ?

Cela fait 82 jours [au 11 mars] qu’un de nos bateaux, le Bob Barker, poursuit un braconnier, le Thunder. Ce navire braconne de la légine australe et figure sur la liste mauve d’Interpol pour pêche illégalle. L’affaire est en cours d’instruction. Notre second bateau sur cette campagne, le Sam Simon, a confisqué leurs filets et les a donnés à Interpol sur l’île Maurice. C’est la plus longue poursuite qui ait jamais été menée contre un braconnier. Il ne sait plus où aller car nous le suivons en permanence et nous dénonçons sa position aux autorités.

On vous reproche d’utiliser la violence. Que répondez-vous ?

Depuis 1977, nous n’avons pas causé la moindre blessure à quiconque. Nous sommes une organisation profondément non-violente. Le problème est que personne n’interroge les gens qui font preuve de violence contre nous : défendre la propriété par la violence ne leur pose pas de problème. C’est la nature du monde dans lequel nous vivons : la propriété est un droit qui prime sur tout le reste.

On vous qualifie aussi de pirate. Qu’est-ce qu’un pirate selon vous ?

Au XVIIe siècle, il n’y avait pas de marine britannique aux Caraïbes pour arrêter les pirates, et c’est Henri Morgan, lui-même pirate, qui faisait la police. Pourquoi ? Parce que les gouvernements et la marine britanniques étaient corrompus. La piraterie s’était développée parce que les pirates payaient tous les responsables au pouvoir.

La situation n’est pas différente aujourd’hui. Les gouvernements sont corrompus, la piraterie s’épanouit. Alors ils prennent des bons pirates pour lutter contre les mauvais pirates. L’histoire regorge de « bons » pirates. Il y a plein de gens que les Anglais voient comme des héros et qui étaient des pirates.

Pourquoi est-il si important de défendre les océans ?

Si les poissons disparaissent, les océans mourront. Si les océans meurent, nous mourrons tous dans les dix années suivantes.

Les océans constituent le système vital de la planète. Ils régulent la température et produisent 80 % de l’oxygène que nous respirons. Tout est interdépendant, et si vous cassez les équilibres, tout s’effondre et vous vous retrouvez avec des océans remplis de méduses : le fait qu’elles soient si nombreuses aujourd’hui est un symptôme de l’effondrement des écosystèmes.

En réalité on ne tolérerait jamais sur terre ce qui se passe sur les mers. On ne tolérerait pas que n’importe quel animal terrestre soit traité comme le sont les animaux marins. Par exemple, aux Îles Féroé, ils piègent des bancs de dauphins pour les tuer : cela reviendrait sur terre à poursuivre des animaux pendant des dizaines de kilomètres et à en abattre le plus possible.

Les océans sont aussi menacés par la pollution, le réchauffement climatique, etc. Que pouvez-vous faire face à cela ?

Sea Shepherd ne peut rien contre le changement climatique. Ce sont les gouvernements qui doivent agir. Le problème est que personne ne veut changer ses habitudes. Les gens ne vont pas abandonner leurs voitures, leurs avions, leur niveau de vie, même s’ils savent que tout cela va bientôt disparaître. Ils pensent que ce n’est pas leur problème, que c’est celui de leurs enfants.

Cela dit, Sea Shepherd est engagé dans la lutte contre la pollution des océans par le plastique. Nous avons un programme, le Vortex Project qui consiste à collecter et recycler le plastique des océans.

Que faire lorsque certaines activités destructrices de l’environnement sont légales ?

Malheureusement, aujourd’hui, la plupart des lois sont faites pour protéger les entreprises, pas l’environnement ni les êtres humains.

Aux États-Unis, il existe une loi appelée « Animal enterprise terrorism act » [loi sur le terrorisme en direction d’entreprises de commerce animal]. Si vous manifestez contre la pêche au thon, par exemple, en brandissant une pancarte ou en créant un site web, vous êtes considéré comme un terroriste.

En fait certains hommes politiques considèrent les environnementalistes comme plus dangereux que les terroristes. La législation devient de plus en plus répressive, au point que bientôt le simple fait de s’opposer à quelque chose sera considéré comme du terrorisme. C’est déjà le cas au Canada : si vous vous opposez publiquement à des projets de développement, vous êtes fiché comme terroriste. Ce qu’avait prédit George Orwell dans 1984 est en train de se réaliser.

Personne ne proteste contre ces lois ?

Les gens sont facilement manipulés. Au Canada, les politiciens se servent de la menace d’attaques terroristes – qui n’ont jamais eu lieu – et de la peur pour faire passer leur programme, qui consiste notamment à arrêter les défenseurs de l’environnement. Ils exploitent l’extrémisme islamique afin d’agir contre les environnementalistes.

Allez-vous rester à Paris pour la COP 21 à la fin de l’année ? Comment pensez-vous peser sur les discussions ?

Notre objectif est de montrer comment les problèmes des océans contribuent au changement climatique. Par exemple, historiquement, les baleines ont eu une contribution importante à la réduction des gaz à effet de serre : elles rejettent des quantités importantes de fer dans leurs excréments, ce qui favorise le développement du plancton, qui lui-même produit de l’oxygène.

Qu’attendez-vous de la COP 21 ?

Il n’y a rien à attendre de la Chine, l’Australie, les États-Unis et le Canada. Le seul espoir vient de l’Europe qui pourrait jouer un rôle de meneur. Et comme la conférence est accueillie par la France, j’espère que ce pays prendra le leadership. Mais si rien ne se passe…

Depuis 1972 et la première conférence environnementale à Stockholm, il n’en est jamais rien sorti. C’est une perte de temps, d’argent, d’énergie. Mais les politiciens en sont très contents car ils peuvent dire : « Regardez ce qu’on a fait, on a discuté, écrit des textes, et on s’est mis d’accord sur le problème ! »

L’État de Floride vient d’interdire de prononcer les mots « changement climatique » ou « réchauffement climatique » à propos de l’élévation du niveau de la mer. Alors qu’ils viennent d’engager 154 millions de dollars pour lutter contre la montée des eaux en Floride, qui est le premier État à être affecté. Ils dépensent de l’argent pour faire face aux conséquences, mais ça ne les intéresse pas de connaître les causes.

Aux Etats-Unis, James Inhofe s’occupe des questions de changement climatique en tant que président de la commission environnement du Sénat. Et bien il ne croit pas au changement climatique ! Il croit que Dieu ne laissera jamais cela se produire.

En février, il est arrivé au Congrès avec une boule de neige, et l’a montrée à tout le monde en disant : « Regardez, ceci est la preuve qu’il n’y a pas de réchauffement climatique ». Ce type est dingue. Et il est en charge des questions climatiques ! La droite américaine est tout simplement composée de fanatiques religieux idiots. On ne peut pas parler rationnellement avec ces gens-là.

Êtes-vous pessimiste ?

Sur la politique, oui. Dans la population il y a des mouvements, mais pas dans la politique. Ce sont les mouvements sociaux, chargés de passion, qui font les révolutions. Puis les politiciens s’adjugent les honneurs. Mais ce qu’il faut savoir, c’est que si les gens ne font rien pour changer la situation actuelle, la nature le fera pour nous. Ce sont les lois de base de l’écologie, on ne peut pas les dépasser. Et cela aura des conséquences catastrophiques.

Quelle vision avez-vous du rapport entre les hommes et la nature ?

Pour espérer survivre dans le futur, nous devons développer une éthique biocentrée : nous appartenons au même ensemble que les animaux, nous ne sommes qu’une partie du monde vivant. Depuis dix ou douze mille ans, les civilisations humaines ont cru qu’elles étaient au-dessus du reste, que nous les hommes étions supérieurs à tout ce qui existe et formions le centre de la création. C’est un point de vue erroné. La plupart des espèces dont nous avons besoin (vers de terre, abeilles, fleurs, arbres…) n’ont pas besoin de nous. Si les abeilles disparaissaient par exemple, ce serait une catastrophe, des dizaines de milliers de personnes en mourraient.

Nous devons avoir une relation avec le monde vivant en nous considérant comme une partie de ce monde. Ce sont les lois de l’écologie :

. la diversité : la force d’un écosystème c’est sa diversité ; . l’interdépendance : toutes les espèces sont dépendantes les unes des autres ; . les ressources naturelles : il faut limiter notre croissance, limiter nos capacités en fonction de la limitation des ressources terrestres.

Actuellement nous volons les ressources des autres espèces, ce qui entraîne leur disparition. En raison de l’interdépendance, cela conduira à la disparition de la totalité du vivant.

Dans ces questions d’équilibre et d’interdépendance, comment situez-vous l’élevage animal et de production de viande ?

La population humaine est de sept milliards et demi d’individus, celle des animaux d’élevage (vaches, moutons, porcs, poulets) est de plusieurs milliers de milliards. Les bêtes sauvages ne représentent plus qu’un pourcentage très faible du nombre total d’animaux. Les animaux d’élevage constituent la majeure partie de la biomasse.

Et 40 % de la pêche mondiale sert à nourrir les animaux d’élevage et les animaux domestiques. L’ensemble des chats domestiques consomment plus de poisson que l’ensemble des phoques, les porcs en consomment plus que les requins, les poulets plus que les albatros.

L’industrie de la viande est la première consommatrice d’eau potable ainsi que la première contributrice au réchauffement climatique, devant l’industrie automobile [un rapport de la FAO en 2006 évalue la contribution de l’élevage dans les gaz à effet de serre à 18 %, un autre rapport parle lui de plus de 51 % pour l’ensemble de la filière]. Un végétarien qui conduit un gros 4X4 émet moins de gaz à effet de serre qu’un omnivore qui roule en vélo.

Le film Cowspiracy explique que produire un hamburger demande 800 litres d’eau D’après un rapport rédigé en 2004 pour l’Institut d’éducation sur l’eau de l’UNESCO, il faut 2 400 litres d’eau pour produire un hamburger, il en faut 15 000 pour un kilo de viande de boeuf, NDLR]. Et quand les documentaristes se rendent dans les grandes organisations environnementales et les interrogent sur l’industrie de la viande, aucune d’entre elles ne soulève le problème.

Sea Shepherd est la seule organisation interrogée dans le film qui en parle. Le service de gestion de l’eau en Californie partage aussi ce constat : l’industrie de la viande est la première consommatrice d’eau potable. Et quand on leur demande pourquoi ils ne font rien, ils répondent : « Le public ne le permettrait pas. On ne peut pas en parler parce que personne ne veut entendre ça ».

Cela signifie aussi que personne ne soutiendra financièrement les ONG qui dénoncent le problème de la viande. Or une grande partie des organisations environnementales font du business, elles doivent faire rentrer de l’argent.

Le mouvement environnemental dans le monde est constitué des trois millions de petites organisations locales qui font avancer les choses. Pas des grosses organisations qui gèrent des milliards d’euros. Des militants environnementaux sont tués en permanence sur le terrain, et personne n’en parle.

Arrêter l’élevage est-il une solution ?

C’est une des solutions, oui. Aujourd’hui les animaux d’élevage ne pourraient pas survivre dans la nature. Ce sont des usines à lait ou à viande. Elles consomment une quantité phénoménale de ressources. 60 litres d’eau pour produire un avocat, 800 pour produire un hamburger : toutes ces terres et cette eau utilisées pour produire de la viande pourraient servir à produire des légumes et des céréales.

Que pensez-vous de la chasse ?

Autrefois, quand la population humaine ne dépassait pas un million de personnes, nous pouvions chasser et vivre en relative harmonie avec les animaux. Mais avec sept milliards et demi d’individus, c’est ridicule ! Si chaque citoyen Américain exerçait son droit de chasser, en moins d’un an il n’y aurait plus un seul cerf dans tout le pays. Donc chasser est juste impossible, d’un point de vue comptable.

Comment voyez-vous le futur de la planète ?

Si la population continue de progresser à ce rythme, en doublant tous les 60 ans, ça ne sera pas tenable. D’ici les 75 prochaines années, tout va s’effondrer. Il n’y a pas assez de ressources pour assurer de l’eau, de la nourriture et des ressources minérales pour une telle population.

Certains disent que la solution passe par l’élimination de la pauvreté au niveau mondial, distribuer les ressources équitablement. Le problème est que si les pauvres veulent vivre comme les riches, il faudrait trois planètes. C’est impossible. L’autre solution consiste à demander aux riches de devenir pauvres, mais ils n’accepteront pas ! Le riche ne veut pas s’appauvrir, le pauvre ne veut pas rester pauvre mais devenir riche…

La seule solution est de diminuer la population, mais comment y parvenir ? C’est une question très très difficile. Personne n’en est conscient, les gens veulent avoir des enfants.

Il faudrait des décisions politiques pour limiter la natalité, mais cela n’arrivera pas. Encore une fois, c’est la nature qui réglera le problème.

- Propos recueillis par Baptiste Giraud

SEA SHEPERD AUSSI ACTIF EN FRANCE

Reporterre a rencontré Lamya Essemlali, présidente de Sea Shepherd France.

Reporterre - Quel est le rôle de Sea Shepherd France ?

Lamya Essemlali - Nous avons créé l’antenne en France en 2006, avec pour but initial de communiquer sur les missions de l’association et de contribuer financièrement aux campagnes. Aujourd’hui, nous en sommes à un stade où nous participons activement aux campagnes internationales, et à côté de ça nous commençons à organiser des campagnes au niveau local.

Nous avons quatorze groupes locaux et plus d’une centaine de volontaires sur le long terme. L’idée c’est que chacun mette au profit de la cause ce qu’il sait faire de mieux. Ça nous permet de participer à plus de 150 évènements par an en France. Nous puisons aussi dans ce vivier de bénévoles pour faire des campagnes de terrain. L’année dernière nous avons acquis des bateaux pour les îles Féroé, donc nous sommes en mesure de faire des choses.

Quelles sont ces campagnes menées par le groupe français ?

En ce moment on prépare une grosse campagne anti-captivité en Méditerranée. Il y aura plusieurs axes, des bateaux mais aussi de la sensibilisation : aller à la rencontre des gens, leur permettre de rencontrer des mammifères marins dans leur écosystème par exemple. L’idée c’est de faire prendre conscience aux gens de l’horreur de la captivité.

On a aussi organisé toute la partie maritime de la campagne du groupe international aux îles Féroé l’année dernière. Des bateaux de Sea Shepherd patrouillaient tous les jours dans les baies et repoussaient les globicéphales dès qu’ils s’approchaient des côtes. Seuls trentre-trois ont été tués pendant la saison, alors que l’année précédente il y en avait eu plus de 1500.

- Propos recueillis par Baptiste Giraud

Complément d’information

Le Capitaine Paul Watson publie un livre aux éditions Actes Sud : Earthforce. Manuel de l’éco-guerrier, 192 p., 18 €.

Edgar Morin a volé une chaise de 500 millions d’euros Hervé Kempf et Lucas Mascarello (Reporterre) Reporterre 2015/04/09 Hervé Kempf et Lucas Mascarello (Reporterre) (9 avril 2015) Edgar Morin a volé une chaise de 500 millions d’euros. Reporterre. Économie fr

Edgar Morin a volé une chaise de 500 millions d’euros

La dénonciation de l’évasion fiscale massive à laquelle s’est livrée la banque HSBC, volant de ce fait au moins 2,5 milliards d’euros aux citoyens français, continue. Edgar Morin et d’autres personnalités forment une chaîne de solidarité pour faire circuler des chaises « récupérées » par l’association Bizi dans une agence de la banque.

La vie est ainsi faite que nous sommes contraints de fréquenter les criminels les plus endurcis, les malfrats les plus dangereux, les gredins les plus néfastes. Mais la noble mission d’informer les lecteurs de Reporterre des turpitudes du monde réel nous a conduit sans faillir dans un coin secret de Paris, le 8 avril, pour retrouver un gang des plus menaçants. Se retrouvaient ainsi Edgar Morin, qui se prétend philosophe, Patrick Viveret, qui se dissimule aussi sous cette étiquette, Susan George, la Calamity Jane de l’altermondialisme, Claude Alphandéry, dont le passé de banquier devrait pourtant le conduire à la plus irréprochable des conduites, Alain Caillé, prophète du convivialisme mais en réalité anti-social de la pire espèce, et Txetx Etcheverry, qui se proclame écologiste basque pour dissimuler son désir de saper les bases les plus sacrées de l’harmonie capitaliste.

Que faisaient ces gibiers de potence ? Ils exhibaient une chaise honteusement dérobée dans une agence bancaire HSBC de Bayonne. Leurs comparses y ont saisi le 12 février des sièges où d’honnêtes travailleurs oeuvraient à l’optimisation fiscale des meilleurs d’entre nous, les « 1 % » sans lesquels la civilisation s’effondrerait.

Pourchassés par une police héroïque à laquelle nous ne pouvons que rendre hommage, ces outlaws sont venus narguer les autorités au sein même de la Ville Lumière, sur laquelle trône avec une sagesse admirable le grand président Hollande.

Car cette chaise est une trésor. Elle vaut... 500 millions d’euros, comme nous l’a expliqué Txetx Etcheverry - il ne nous a pas mordu, ouf !

- Ecouter M. Etcheverry :

Le forban s’appuie en effet, outre sur le siège susdit, sur le fait hélas incontestable que la banque HSBC a mis au point un système d’évasion fiscale qui a coûté au moins 2,5 milliards d’euros à l’Etat français en impôts non payés. Une misérable erreur comme chacun d’entre nous peut en commettre, hélas, dans notre vie quotidienne.

Cela n’empêche pas Edgar Morin de prétendre à coup de grands discours ténébreux que le délit qu’il perpètre est un acte de résistance contre la barbarie :

- Ecouter Edgar Morin :

Certains complices de ces gangsters prétendent même que les banques sont des délinquantes et qu’elles sont protégées par l’Etat. Tel Antoine Peillon, qui épanche sa logorrhée dans des libelles obscurs prétendant dénoncer la corruption et l’évasion fiscale :

- Ecouter Antoine Peillon :

Armés d’arguments aussi fallacieux, ces flibustiers de la morale publique ont annoncé qu’ils allaient créer une « chaîne de solidarité » pour faire circuler ces chaises à travers le pays. C’est un pur scandale, et l’on espère bien qu’une autre chaîne de solidarité se mettra en place pour animer la police du zèle nécessaire pour mettre fin à ce désordre. MM. Hollande, Valls, Sarkozy, Cahuzac, Woerth, agissez sans frémir, abattez le glaive de la justice sur ces agresseurs de l’ordre et de la paix.

Et n’écoutez pas les propos du gredin en chef, Edgar Morin, qui enrobe ses actes délictueux de mots suaves qui pourraient troubler les esprits faibles :

- Ecouter Edgar Morin :

Migrations internationales : un enjeu Nord-Sud ? Reporterre 2015/04/09 (9 avril 2015) Migrations internationales : un enjeu Nord-Sud ?. Reporterre. fr

Migrations internationales : un enjeu Nord-Sud ?

Les migrations sont devenues une réalité structurelle dans un monde globalisé. Elles concernent aujourd’hui une personne sur sept sur terre et sont de plus en plus diversifiées, multiples et complexes, tant par leurs motifs et leurs origines que par leurs trajectoires. Elles restent pourtant mal comprises, volontiers caricaturées, et surtout souvent réprimées, tant au Nord qu’au Sud.

Là sans doute se trouve un paradoxe singulièrement absurde et révoltant : alors que jamais l’aspiration à la libre circulation n’a été aussi forte, les politiques migratoires sont toujours plus restrictives. Le débat politique sur ces questions, particulièrement tendu, reste marqué par un décalage criant entre les réalités empiriques des migrations au Sud et leurs perceptions par les opinions publiques et les gouvernements au Nord. Or, contrairement à une idée reçue, l’essentiel des migrations dans le monde s’effectuent à l’intérieur ou entre pays en développement.

Il importe de mieux connaître les grands corridors migratoires et de comprendre les motifs qui poussent les gens à la migration. Il s’agit aussi d’interroger les réponses politiques qui sont apportées à ces réalités : comment réagissent les États ? Pourquoi et comment les frontières se ferment-elles ? Ces tendances inquiétantes invitent à tracer d’autres perspectives d’avenir, en proposant des alternatives aux politiques répressives actuelles, et en montrant que des politiques plus ouvertes, qui reconnaissent la migration comme un droit fondamental, seraient bénéfiques à tous.

Ce numéro d’« Alternatives Sud » coordonné par François Gemenne a été réalisé dans le cadre d’une collaboration entre le CETRI et le CNCD-11.11.11 sur le thème des migrations internationales.

Migrations internationales : un enjeu Nord-Sud ?, Vol.XXII - 2015, n°1, François Gemenne, Ed. CETRI-Syllepse, 189 pages, 13,00 euros.

La chronique de Reporterre sur Radio Nova - Pauvre banque HSBC : on lui a pris sa chaise ! Hervé Kempf (Reporterre) Reporterre 2015/04/10 Hervé Kempf (Reporterre) (10 avril 2015) La chronique de Reporterre sur Radio Nova - Pauvre banque HSBC : on lui a pris sa chaise !. Reporterre. Luttes fr

La chronique de Reporterre sur Radio Nova - Pauvre banque HSBC : on lui a pris sa chaise !

- Jeudi 9 avril 2015

- Ecouter ici la chronique de Reporterre, par Hervé Kempf :

- Photo : La chaise ! (Lucas Mascarello/Reporterre)

La chronique de Reporterre, tous les jeudi à 18 h 10 sur Radio Nova, dans l’émission « 2h1/4 avant la fin du monde », animée par Marie Misset et Armel Hemme.

« L’occasion de faire le point sur les combats et débats quotidiens de l’écologie ».

A écouter sur... et bien voici la carte des fréquences, selon le lieu où vous habitez.

Au Québec, les étudiants se révoltent contre l’austérité et les saccages environnementaux Sébastien Polveche Reporterre 2015/04/10 Sébastien Polveche (10 avril 2015) Au Québec, les étudiants se révoltent contre l’austérité et les saccages environnementaux. Reporterre. Monde fr

Au Québec, les étudiants se révoltent contre l’austérité et les saccages environnementaux

Trois ans après le « printemps érable » qui avait provoqué la chute du gouvernement libéral de Jean Charest, le Québec connaît depuis plusieurs semaines des mobilisations étudiantes de grande ampleur. Un mouvement qui allie la lutte contre l’austérité à celle contre les saccages environnementaux.

Depuis plusieurs semaines, le Québec connaît à nouveau des mobilisations étudiantes de grande ampleur. Elles interviennent trois ans après le « printemps érable », ce mouvement étudiant contre la hausse des frais d’inscription à l’Université qui avait duré plus de six mois et cristallisé le débat politique de la Belle province.

Au point de provoquer des élections anticipées et la chute du gouvernement libéral de Jean Charest (septembre 2012). Se dirige-t-on vers un nouveau « printemps érable » contre le gouvernement libéral de Philippe Couillard ?

On pourrait juger que oui, tant la référence au « printemps érable » est constante parmi les acteurs de ces mobilisations. Le mouvement a été lancé symboliquement le jour du printemps après un long travail de préparation. Ses formes de mobilisations ressemblent beaucoup à celles du « printemps érable » : une manifestation nationale chaque mois, et tous les jours, des mobilisations multiformes (rassemblements, conférences, manifs de soir, manifs à vélo).

En grève contre « l’austérité et l’exploitation des hydrocarbures »

La comparaison s’arrête là, car cette fois-ci, les étudiants contestent la politique du gouvernement dans son ensemble. Aujourd’hui, au Québec, 130 000 étudiants sont en grève contre « l’austérité et l’exploitation des hydrocarbures ». (Voir Printemps 2015, le site de la mobilisation.) Le lien entre les deux sujets pourrait sembler surprenant.

En réalité non. Dans le même temps où le gouvernement libéral multiple les « coupures » de crédits dans l’éducation, la santé ou les services de garderie, il poursuit sa politique extractiviste à grands renforts de moyens publics : exploitation des ressources naturelles avec le Plan Nord et soutien à la construction d’un oléoduc dans la vallée du Saint Laurent…

La force des étudiants québécois est de chercher à faire converger une multitude de mobilisations préexistantes et de leur donner une cohérence d’ensemble : manifestations contre l’austérité de novembre 2014, mobilisations écologistes contre l’exploitation des gaz de schiste et contre l’oléoduc de TransCanada.

Isolées, ces mouvements ont déjà remporté des victoires, telles que l’obtention d’un moratoire sur l’exploitation des gaz de schiste en février 2014 ou l’abandon de la construction d’un port pétrolier à Cacouna, sur le trajet de l’oléoduc de TransCanada. Unies, elles pourraient compliquer sévèrement la tâche du gouvernement Couillard.

Violente répression et climat de haine

Toutefois, si le mouvement étudiant est parvenu à rassembler plus de 75 000 personnes dans les rues de Montréal lors de la manifestation nationale du jeudi 2 avril, des questions se posent quant à sa capacité à poursuivre la lutte.

En effet, le contexte politique est différent de celui du « printemps érable » : à l’époque, le gouvernement libéral de Jean Charest se trouvait confronté à un puissant mouvement étudiant alors qu’il achevait un mandat marqué par de multiples scandales de corruption et de conflits d’intérêts. Le gouvernement Couillard dispose, au contraire, du temps et de la détermination permettant de mener à bien son agenda politique.

En témoignent les propos martiaux du Ministre de l’Education François Blais, appelant les recteurs des universités à exclure deux à trois étudiants par jour. Et surtout la répression policière qui s’abat avec une intensité redoublée sur le mouvement étudiant : arrestations massives lors des manifestations, violences policières systématiques, utilisation également systématique d’armes de contrôle des foules (grenades assourdissantes, grenades lacrymogènes…).

Le tir d’une grenade lacrymogène, quasiment à bout portant dans le visage d’une étudiante de 18 ans, Naomie Trudeau Tremblay, a choqué une partie de l’opinion publique. Des voix s’élèvent pour que cesse la répression politique du mouvement de contestation sociale (voir le communiqué co-signé le 1er avril par la Ligue des Droits et Libertés et par 36 syndicats et associations).

Toutefois, ces protestations sont couvertes par le discours médiatique dominant. Les étudiant font l’objet d’une véritable diabolisation médiatique et sont dépeints comme « des enfants gâtés » qu’il faudrait « corriger ». Certains chroniqueurs jugent que le gouvernement n’en fait pas assez dans la répression et appellent à l’intervention de l’armée. Cette violence verbale déteint sur une partie du corps social : les appels au viol voire au meurtre des étudiant(e)s se multiplient sur les réseaux sociaux.

Une conscience en marche

Combien de temps pourront-ils tenir dans ce climat de haine ? D’autant que les étudiants ne sont pas parvenus, pour le moment, à entraîner dans leur sillage le mouvement syndical. Les grandes centrales syndicales (CSN, FTQ, CSQ) pourraient entrer en mobilisation à l’automne.

Cette perspective a amené les dirigeants de l’ASSE (syndicat étudiant structurant les mobilisations en cours) à proposer un « repli stratégique », c’est-à-dire à interrompre les mobilisations pour les reprendre à l’automne avec les syndicats. Cette position vient d’être remise en cause par la base de l’ASSE, qui a désigné une nouvelle direction avec pour mandat de poursuivre le mouvement.

Au final, ce mouvement est déjà parvenu à des résultats conséquents, en élevant considérablement le niveau de conscience politique des étudiants québécois. Il s’agit de la première matérialisation concrète de l’analyse de Naomi Klein sur le lien entre austérité et climat.

Nul doute que sont jetées là les bases d’une politisation prometteuse de la jeunesse québécoise et « que la prochaine récolte sera bonne. Encore meilleure que la précédente ».

Le vrai sens du rapport Ademe : le nucléaire n’est plus compétitif face aux renouvelables Sylvain Lapoix Reporterre 2015/04/10 Sylvain Lapoix (10 avril 2015) Le vrai sens du rapport Ademe : le nucléaire n’est plus compétitif face aux renouvelables. Reporterre. Tribune — Énergie fr

Le vrai sens du rapport Ademe : le nucléaire n’est plus compétitif face aux renouvelables

Dans un rapport d’abord caché puis révélé par Mediapart, l’Ademe constate que l’électricité française pourrait être à 100 % renouvelable en 2050. Mais son apport est surtout de poser que cela ne serait pas plus coûteux qu’avec le nucléaire.

En 2050, la France pourrait avoir une électricité 100 % fournie par les énergies renouvelables et se passer du nucléaire. C’est ce que conclut une étude de l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maitrîse d’énergie). D’abord caché parce que dérangeant, ce rapport a été publié par Médiapart.

- Intitulé Vers un mix électrique 100% renouvelable en 2050, Le voici en téléchargement :

Et l’analyse de Sylvain Lapoix :

La publication du scénario de l’Ademe à 100 % d’énergies renouvelables pour 2050 par Mediapart ne change pas grand chose au débat technique sur ces ressources. Des côtes du Finistère aux terrasses de Menton, il est connu que le « gisement » français d’énergies renouvelables pourrait largement couvrir les besoins nationaux (même en tenant compte de l’évolution démographique et des ventes d’iPad).

Là où ce rapport bouscule totalement le débat, c’est en livrant un chiffre très gênant pour l’industrie électronucléaire française : installation, entretien, stockage et transport compris, le mégawatt-heure 100 % renouvelable Made in France coûterait en 2050 119 € contre 117 € avec le maintien du parc nucléaire et 40 % de renouvelables. Ou 3 € en comptant la part rendue renouvelable.

L’avantage compétitif « décisif » de la filière nucléaire fondrait donc, selon cette hypothèse, à 2 €, soit 1,7 % du coût au mégawat-heure. Une goutte d’eau dans le barrage aux renouvelables.

La révolution tient ici au retour dans le débat sur l’électricité d’une notion essentielle aux choix énergétiques : le « signal prix ». Il s’agit d’un seuil qui modifie (selon qu’on soit au-dessus ou en-dessous), les choix des consommateurs et donc l’orientation du marché. Passé sous un certain seuil aux Etats-Unis, le prix du gaz devenu compétitif par rapport au charbon a permis la bascule de nombreuses centrales d’une énergie à l’autre. Mais quand les prix du gaz ont repassé cette même barre dans l’autre sens, la manivelle est repartie en arrière et la consommation de charbon à la hausse. Et ainsi de suite.

La remise en cause que n’a pas provoquée Fukushima viendra peut-être des tableaux de l’Ademe

Jusqu’ici, le « signal » des énergies renouvelables en France était le prix d’une unité d’électricité ainsi produite par rapport à la même quantité sortie d’une centrale nucléaire. Et, à tout coup, les énergies renouvelables demeuraient incapables de rivaliser pour mille malédictions techniques : « non matures », « mal maîtrisées », « trop intermittentes » et autres plaies.

La levée de cet argument replace donc le débat énergétique sur le plan d’un vrai choix politique (et industriel) : pour ou contre le nucléaire. L’électrochoc que Tchernobyl et Fukushima n’ont pas délivré à cette question pourrait donc bien nous parvenir des tableaux de l’Ademe. Lesquels partagent certainement de nombreuses lignes avec ceux de NegaWatt.

Malgré ce changement notable deux questions restent quant au mix :

- Quelles filières de production des panneaux solaires, éoliennes et autres motrices seront choisi pour garder le bilan carbone de cette transition le plus bas possible (et éviter la production en masse de cellules photovoltaïques dans des usines alimentées au charbon) ?

- Quelle sera la place des économies d’énergies dans ce scénario (au regard des ambitions affichées du gouvernement quant à la voiture électrique) ?

Nul doute que ces deux nouveaux arguments seront brandis à leur tour par les tenants du tout nucléaire pour remplacer une supériorité économique de plus en plus contestée.

Agriculture et climat se réconcilient : en 2050, l’utopie ! Marie Astier (Reporterre) Reporterre 2015/04/10 Marie Astier (Reporterre) (10 avril 2015) Agriculture et climat se réconcilient : en 2050, l’utopie !. Reporterre. Climat fr

Agriculture et climat se réconcilient : en 2050, l’utopie !

A quoi ressemblerait une agriculture respectueuse des hommes et de l’environnement ? Qui ne contribuerait plus au réchauffement climatique, et qui s’y serait adapté ? Fermez les yeux, rêvez, et embarquez-vous pour la journée d’une paysanne de 2050...

5h30. Le réveil sonne. Laurence ouvre un œil, lit la date sur le cadran : lundi 4 avril 2050. Elle sourit, éteint le réveil et se rendort. Elle vient de réaliser que cette semaine, c’est l’un de ses associés qui assure la traite des vaches. Elle a encore plus d’une heure de sommeil devant elle avant d’attaquer sa journée.

7h. Cette fois-ci bien réveillée, l’agricultrice boit son café. Elle s’aperçoit que les labels bio et équitable ont été supprimés du paquet. Plus la peine de l’indiquer, c’est devenu le seul café disponible désormais. Elle envie ces pays équatoriaux où tout pousse si facilement. Elle a étudié leur système agroforestier : les hauts arbres de la forêt équatoriale sont conservés.

En-dessous, s’épanouissent cacaoyers, caféiers ou bananiers. Ces arbres de sous-bois sont ainsi beaucoup plus productifs et n’ont plus besoin de traitements phytosanitaire. Au sol, les cultures vivrières approvisionnent les paysans et le marché local. Et oui, l’agriculture familiale nourrit 80 % de la planète, se rappelle-t-elle toujours.

Laurence vérifie la météo. Elle annonce des températures en hausse et du ciel bleu toute la journée. Parfait, pense-t-elle, la vague de froid se termine mais a duré suffisamment longtemps pour tuer les parasites. Car depuis que les hivers se réchauffent, ils sont chaque année plus nombreux au printemps, à attaquer les animaux et les cultures.

La faillite de Lactalis

8h. Les enfants partent à l’école à pied. Avec son mari, Laurence a fait le choix d’habiter dans le centre du village. Elle enfourche son vélo, direction la ferme à trois kilomètres. A son arrivée, ses deux associés l’attendent pour leur point matinal.

Quinze ans qu’ils se retrouvent comme cela presque tous les lundis. Les trois agriculteurs se sont associés pour racheter les 200 hectares de la grande ferme céréalière de l’orléanais. Leur première décision a été de consacrer quelques hectares à la production maraîchère. Les paniers de légumes sont vendus en direct dans les villages alentours.

Une bonne partie de la surface de l’exploitation reste consacrée aux grandes cultures. Blé, seigle, épeautre, colza, féverole, lentilles, luzerne, etc. La production est diversifiée au maximum. Pommes de terres et betterave rouge ont même été introduites dans la rotation. Le reste des surfaces a été converti en prairies, pour les cinquante vaches de l’exploitation.

Laurence a commencé sa carrière chez Lactalis, premier groupe laitier mondial il y encore vingt ans. Le lait synthétisé en laboratoire faisait sa fortune. Mais une bactérie a contaminé tous les stocks, provoquant la faillite de la compagnie. La jeune femme a donc décidé de quitter la ville pour devenir paysanne. Son mari instituteur l’a suivie : pas difficile de trouver un poste dans les écoles de campagne, en cette période d’exode urbain.

Laurence et ses associés se répartissent les activités : Jean part en formation agroforesterie, Patrick s’occupe des vaches toute la semaine, Laurence gère les cultures.

La moitié des agriculteurs français en bio

9h. Elle chausse ses bottes et prend son carnet de notes. C’est parti pour un tour d’observation. Autour de la ferme, les prairies sont vertes mais l’herbe est encore basse. Les vaches profitent déjà du soleil. Les haies, taillées, sortent leurs premières feuilles. Elle retourne une motte de terre humide et brun foncé. Pas d’inquiétude, le sol riche en humus a gardé l’eau malgré le peu de pluie des dernières semaines. S’il garde cette consistance, il assurera sa fonction de stockage pendant la période critique de l’été.

Laurence se dirige vers les champs. Les jeunes noyers, érables et frênes, des essences locales, pointent au-dessus des pousses de blé. C’est la dernière parcelle convertie en agroforesterie. Plus loin, les rangées de pommiers et poiriers sont déjà plus fournies. Ils ont été plantés y a quinze ans, lors de leur installation.

Chaque été, les parcelles sont un peu plus vertes, grâce aux arbres qui retiennent l’eau. La luzerne qui y pousse sera bientôt récoltée. Une partie alimentera le petit méthaniseur qui fournit l’électricité de l’exploitation, et du biogaz pour les véhicules. Le reste servira d’abord à faire les provisions de fourrage pour l’été. Les étés sont de plus en plus chauds et les prairies asséchées ne suffisent plus aux vaches. Malgré cela, l’exploitation est autosuffisante en nourriture pour les bêtes.

Au-delà de la haie, un camaïeu de verts se dessine dans la campagne. Pas question de laisser le moindre sol nu. Féveroles et repousses de colza fixent l’azote dans la terre pour les cultures suivantes. Un vol de perdrix grises vient se poser au pied d’une haie, à la recherche d’insectes. C’est un signe de bonne santé du champ, si elles y trouvent à manger, pense Laurence. Depuis leur installation, ils ont toujours été en bio, comme une bonne moitié des agriculteurs français.

La terre craquelée a l’air d’avoir soif, la paysanne ne s’inquiète pas. Elle sait qu’à la moindre pluie, elle se gorgera à nouveau d’eau. Les précipitations sont de plus en plus erratiques. Quand il ne pleut pas assez au printemps, cela annonce un été très sec et de maigres récoltes de céréales. Heureusement ces années-là, les légumes ou la production laitière viennent soutenir les résultats de l’exploitation.

La diversification était le seul moyen de faire face aux aléas climatiques de plus en plus fréquents. Canicule, grêle, tempêtes, il devient rare qu’ils n’essuient pas au moins une catastrophe dans l’année. Mais l’exploitation a prouvé sa résilience.

11h00. Retour à la ferme, Jean bricole le pressoir à fruits dans le vieux hangar. A une époque, le bâtiment abritait un élevage de porcs hors sol. Le propriétaire a fait faillite quelque temps avant qu’ils ne reprennent la ferme : tout l’élevage est mort lors d’une vague de chaleur...

Ils ont été remplacés par quelques porcs d’une race rustique. Comme les poules, d’une race locale, ils ont su s’adapter. Le petit élevage consomme les déchets du maraîchage et des cultures. La viande et les œufs sont vendus en direct avec les paniers de légumes. La paysanne fait le tour de la basse-cour, nourrit tout le monde, ramasse les œufs.

Une ferme sans patron

12h30. Autour de la table du déjeuner, les trois associés et leurs deux employés. Au menu, carottes et lentilles au cumin accompagnés d’omelette, puis compote de pommes aux amandes en dessert. Ils se sont mis d’accord pour ne mettre de la viande au menu qu’une fois par semaine.

Christophe tient les comptes et s’occupe de l’administration. Là depuis deux ans, il va bientôt devenir associé lui aussi. Il lance la discussion sur la possibilité d’investir dans un nouveau système d’irrigation pour le maraîchage. La ferme a les fonds.

« - N’y a-t-il pas des méthodes agronomiques à améliorer avant d’irriguer ? », demande Laurence. « - J’ai entendu parler d’un groupe de maraîchers qui travaillent sur des variétés moins gourmandes en eau. Je peux les rencontrer », propose Josie, qui travaille principalement sur la partie légumes de l’exploitation. Elle aussi devrait devenir à terme associée. Le but est d’avoir une ferme sans patron !

C’est décidé, plutôt que d’investir dans du matériel, ils utiliseront ces fonds pour embaucher une personne de plus : ils pourraient gérer plus tranquillement la diversité des activités de l’exploitation et s’attribuer une semaine de vacances de plus.

Le supermarché délogé par les circuits de distribution locaux

14h. Laurence et Josie chargent le camion en choux, épinards et poireaux. Ce qui ne part pas dans les paniers est livré au magasin de producteurs du bourg voisin. Pareil pour les œufs et la volaille.

A la sortie de la ville, elles s’arrêtent au « Hangar » pour déposer quelques cageots de légumes. Le centre artistique autogéré organise une journée portes ouvertes à la fin de la semaine. Il s’est installé dans les locaux de l’ancien supermarché, fermé avant même l’arrivée de Laurence dans la région. Il n’a pas résisté au développement des circuits de distribution locaux.

Puis le camion prend la direction de la coopérative. Elle est gérée à la fois par des paysans, un artisan boucher et un artisan boulanger, et des consommateurs. Elle a commencé par réunir les productions céréalières de quelques fermes, pour créer un moulin à farine : pain et pâtes sèches sont fabriqués sur place pour être distribués dans les villages et agglomérations alentours, mais aussi en Île-de-France.

Très vite, les éleveurs ont aussi obtenu la création d’un petit abattoir accompagné d’un atelier de transformation de la viande. Il ne fonctionne pas tous les jours, mais cela permet d’échapper aux dérives des grands abattoirs. La paysanne admire le dernier investissement de la coopérative : des équipements de collecte du lait et un petit atelier fromager pour diversifier les activités.

16h30. La salle de réunion se remplit de ses collègues paysans, on commence à discuter autour d’un thé ou d’un café avant d’entamer la réunion semences. Le groupe travaille sur la sélection de plusieurs variétés de céréales. Carole, la chercheuse qui coordonne, recueille leurs dernières observations en champs. Le petit épeautre, pourtant issu d’un climat montagneux, a merveilleusement résisté à l’été sec, mais est difficile à transformer en pain. « Mais en mélange avec notre blé local, il fonctionne très bien », tempère le boulanger. Il en a apporté une miche : le pain a un petit goût sucré et se garde bien.

18h30. Sur la route du retour, Laurence repasse au « Hangar » récupérer ses filles après l’atelier théâtre. Elles veulent faire un détour pour montrer le chantier du futur collège à leur mère. La fierté des deux gamines, c’est que sa ferme a fourni de la paille pour l’isolation du bâtiment. « La prochaine fois, on fournira même le bois ! », sourit leur mère.

Les sources de l’avenir heureux

Trois sources principales ont permis d’imaginer cette utopie :

- Jacques Caplat, auteur de L’agriculture biologique pour nourrir l’humanité, aux éditions Actes Sud.

- Pablo Servigne, auteur de Nourrir l’Europe en temps de crise, éditions Nature & Progrès.

- Le scénario Afterres 2050, du cabinet d’études en agriculture et en énergie Solagro.

Le scénario Afterres 2050 propose un modèle de transition vers une agriculture plus durable, voici comment il imagine notre modèle agricole et alimentaire en 2050 :

- Il prévoit que la moitié de l’agriculture française sera en bio, l’autre moitié en « production intégrée », avec très peu d’utilisation de pesticides et d’engrais chimiques.

- Notre consommation de produits laitiers sera divisée par trois, celle de viande par deux. Notre consommation de légumineuses aura augmentée.

- On aura à disposition 3600 m² (la moitié d’un terrain de foot) pour nourrir chaque français, contre 4600 m² aujourd’hui. Une petite partie des surfaces pourra être consacrée à la production d’énergie.

- Le principal problème sera l’accès à l’eau. Les sécheresses seront plus nombreuses, alors qu’aujourd’hui 95 % de l’agriculture française dépend de la pluie pour son arrosage. Il faudra donc des variétés de plantes et des races d’animaux adaptés à la chaleur.

- On n’importera plus que des produits qui ne peuvent pas être produits en France, on exportera encore des céréales dans le sud du bassin méditerranéen.

- Le bois sera notre principale source de chauffage, mais nous consommerons beaucoup moins d’énergie grâce, principalement, à l’isolation des bâtiments.

ET SI, PLUTOT, C’ETAIT LA CATASTROPHE ?

Laurence s’appellerait Laurent, parce que l’agriculture n’est pas un métier de femmes, voyons. Laurent, donc, ne serait pas paysan, mais employé d’une multinationale de l’agroalimentaire qui se partagerait les terres agricoles françaises avec deux ou trois autres. Il ne mettrait plus un pied dans les champs, de toutes façons le code du travail l’interdirait car les pesticides sont devenus trop dangereux.

Depuis sa tour de contrôle, il pourrait gérer 500 hectares à la fois. Ses bras seraient remplacés par des drones. A partir de logiciels de pointe, il devrait gérer en permanence une quantité de données : taux d’hydrométrie de l’air et des sols, apport d’engrais et de pesticides calculées au millilitre près, temps d’arrosage programmé à la seconde près.

Peut-être, aussi, que l’on désalinisera l’eau de mer, après avoir épuisé nos ressources en eau douce. La France ne produira plus que des céréales et des oléagineux, pour des raisons de spécialisation. Mais pour le colza, il y aurait besoin de mini-drones pour remplacer les abeilles, puisque tous les insectes pollinisateurs auront disparu il y a bien longtemps.

Bien entendu, toutes ces semences seraient OGM, fournies par deux grands groupes dominant le marché mondial. La biodiversité cultivée se serait réduite à moins d’une dizaine de variétés.

Quant à l’élevage, il aurait disparu, remplacé par les biotechnologies. La viande in vitro aurait « résolu » le problème du bien-être animal et de la pollution en élevage : la plupart des animaux domestiques auraient disparu.

On ne se nourrirait plus que de plats préparés, agrémentés d’arômes de synthèse : vous préférez « goût bœuf bourguignon de mamie » ou « saveurs de légumes provençaux » ?

Les salariés du géant de l’agriculture bio, Ecocert, sont en grève Marine Vlhahovic (Reporterre) Reporterre 2015/04/11 Marine Vlhahovic (Reporterre) (11 avril 2015) Les salariés du géant de l’agriculture bio, Ecocert, sont en grève. Reporterre. Reportage — Économie fr

Les salariés du géant de l’agriculture bio, Ecocert, sont en grève

Peu connue du public, la firme Ecocert joue un rôle crucial dans le secteur de l’agriculture biologique : c’est le principal organisme certificateur des produits labellisés AB. Mais l’idéal de départ s’est transformé en une gestion capitaliste peu amène avec ses salariés. Ceux-ci se sont mis en grève.

Actualisation : La grève s’est achevée le jeudi 16 avril à la satisfaction des grévistes

- L’Isle-Jourdain (Gers), reportage

Un oiseau qui pique du nez. C’est le symbole représenté sur les nombreuses banderoles accrochées aux grilles du siège social d’Ecocert à L’isle Jourdain dans le Gers. « Nous avons détourné le logo de l’entreprise, une hirondelle rouge prenant son envol, car pour nous désormais cet oiseau est en deuil », explique, A., salariée qui a endossé, pour le quatrième jour consécutif, son costume d’hirondelle rebelle : un tee-shirt blanc où il est inscrit en toutes lettres « Ecocert en grève ».

En ce vendredi après-midi 10 avril, une trentaine d’employés tient le piquet de grève devant les bureaux du siège social d’Ecocert, numéro un mondial de la certification des produits biologiques. Sur le parking, les salariés ont planté des parasols et une table de pique-nique. Lunettes de soleil chaussées sur le nez, ils profitent d’une vue imprenable sur le paysage vallonné du Gers. L’ambiance « camping » pourrait être bon enfant, mais il y a de l’électricité dans l’air. Des négociations ardues avec la direction sont en cours à quelques mètres de là.

Depuis mardi 7 avril, 70 à 75 % des 180 salariés d’Ecocert France ont cessé le travail pour une seule et unique revendication : une augmentation de salaire de 120 euros brut par mois. Dix ans qu’Ecocert n’avait pas connu un tel mouvement social. « La situation est explosive à cause des refus répétés de la direction de revaloriser les salaires malgré les profits engrangés par l’entreprise » martèle Thomas Vacheron. Le fringant délégué CGT a marqué une pause dans sa rencontre avec les dirigeants pour fait le point devant l’assemblée des grévistes.

Deux-tiers des salariés de cet organisme de certification agréé par les pouvoirs publics touchent moins de 1600 euros net par mois malgré leur qualification (bac +2, licence ou diplôme d’ingénieur), alors que les dirigeants eux affichent des salaires à « quatre zéros » : de 10 000 € pour la responsable des ressources humaines à 25 ou 30 000 € pour le PDG, William Vidal. « On ne lâche rien ! » s’exclame Thomas Vacheron. Il repart en négociations sous les applaudissements et les encouragements.

« C’est ma première grève », dit B. employée depuis huit ans comme technicienne de certification. « Je ne suis pas la plus jeune ! » s’amuse la sexagénaire en jetant un coup d’oeil autour d’elle, car à Ecocert, la moyenne d’âge est de 35 ans. « Qui accepterait de travailler avec ces conditions salariales avec de telles qualifications ? Des jeunes, comme nous qui ont besoin d’expérience après leurs études », s’exclame V. L’ingénieure agronome spécialisée dans le bio a cinq années d’études au compteur. Depuis six ans, elle sillonne les routes de plusieurs départements à la rencontre des petits paysans pour 1500 euros net par mois.

V. fait partie de la centaine de contrôleurs employés par Ecocert pour mener les audits dans les exploitations agricoles ou les industries agro-alimentaire, les 25 000 clients de la société ici dénommés « opérateurs ». « De toute façon, rien n’est fait pour nous faire rester dans cette boîte, parce que si on reste ça veut dire qu’on s’organise et qu’on monte au créneau », s’emporte M. qui appartient à l’escouade de « techniciens de certification ». Depuis les bureaux de L’isle Jourdain, ils sont chargés de valider ou non les dossiers montés par les auditeurs et d’apposer ensuite le fameux label « AB » (agriculture biologique), assurant au consommateur que le produit qu’il achète a bien été cultivé et transformé en respectant le cahier des charges de l’agriculture bio.

« Du modèle babaoïde au modèle libéraloïde »

Un label porteur, et pas seulement de valeurs. Surfant sur la vague du bio, Ecocert affiche une bonne santé financière. Selon les syndicats, le chiffre d’affaires a atteint 34 millions d’euros en 2014. « Ca s’est un peu tassé ces derniers temps, mais nous avons connu des années à 38 % de croissance et le tout sans augmentation salariale conséquente », explique Dominique Gagnon.

Celui-ci, délégué CFDT aux cheveux blancs, a fait partie des créateurs d’Ecocert au début des années 1990. L’association toulousaine qui regroupait quelques militants de l’agriculture biologique s’est montée en SARL (Société anonyme à responsabilité limitée) quelques années plus tard. L’actuel PDG (président-directeur général), William Vidal a été désigné comme gestionnaire « parce qu’on s’est dit qu’il saurait gérer », sourit Dominique qui perçoit 1770 euros net de salaire mensuel.

Le co-fondateur d’Ecocert est aujourd’hui amer : « On est passé du modèle babaoïde au modèle libéraloïde ! » s’exclame-t-il. C’est qu’entre temps, Ecocert s’est développée sur un mode capitaliste grâce à un montage complexe. La SARL des débuts a été transformée en Société anonyme, Ecocert S.A. Laquelle chapeaute une myriade de filiales dont Ecocert France, l’employeur des salariés aujourd’hui en grève. A la surprise générale, ces mêmes salariés ont découvert à l’automne dernier qu’une holding nommée Sylvestris était en fait la propriétaire d’Ecocert S.A. depuis huit ans. « C’est un paratonnerre au dessus de la maison » ironise Thomas Vacheron.

Un paratonnerre opulent dans tous les cas. Selon des documents que Reporterre s’est procuré, William Vidal et ses deux enfants sont les seuls gérants de Sylvestris, une société par actions simplifiés au capital de plus de 5 600 000 euros en juin 2013. Un apport de 2 080 actions d’Ecocert SA (soit 47,30 % du capital) d’une valeur de 14 188 636 d’euros a été effectué au cours de cette même année.

Ces chiffres font tourner la tête quand on les compare à ceux affichés sur les bulletins de salaires des employés. Ceux-ci questionnent aussi l’aide de l’Etat au leader de la certification des produits biologiques. Pas moins de 300 000 euros d’exonérations fiscales sont accordés à Ecocert France chaque année. Une goutte d’eau en comparaison aux profits engrangés, mais une goutte d’eau qui compte pour les salariés : « Ces aides de l’Etat représentent 140 euros brut par mois et par salarié. On ne veut pas les récupérer directement, mais montrer qu’il y a les moyens, que c’est possible de gagner sa vie correctement en travaillant chez Ecocert France » explique Thomas Vacheron.

Harcèlement moral

Le délégué CGT est sorti tôt de la négociation qui a tourné court. Aucune avancée, un dialogue social totalement rompu : « On repart en grève lundi ! » claironne-t-il. Depuis quatre jours, il s’entretient régulièrement avec les managers aux états de service pas vraiment écolos nommés par le PDG. Valérie Clech, la directrice des ressources humaines a été en charge d’un plan de 820 suppressions d’emploi dans un atelier de fabrication toulousain de Freescale, une ancienne filiale de Motorola en 2009. Philippe Thomazo aujourd’hui directeur général d’Ecocert a quant à lui fait ses armes chez Vivendi, dont il a dirigé la filiale espagnole.

Depuis l’arrivée de cette nouvelle équipe, l’inspection du travail du Gers a épinglé Ecocert pour harcèlement moral sur une salariée. Et c’est sans compter la rotation du personnel générée ces dernières années par les méthodes de gestion patronale ainsi que les nombreux procès intentés aux prud’hommes. Sur le piquet de grève, l’anonymat est requis par les salariés et tout signe distinctif proscrit dans la crainte de représailles de cette équipe qui tient l’entreprise d’une main de fer.

Cette direction n’a pas été nommée seulement pour jouer la carte du « management par la peur » selon Thomas Vacheron : « Ecocert c’est un joujou. Ils sont arrivés dans ce qui est pour eux une TPE [toute petite entreprise] mais avec un objectif affiché : en faire une multinationale ». Car le géant du label bio se développe, est est implantée désormais sur tous les continents via une myriade de filiales. Au détriment de ses salariés de l’isle Jourdain.

« Si l’on travaille dans le bio, c’est par conviction, pas pour devenir milliardaire »

« La direction ne voit plus les gens qu’elle a sous son nez, nous ne parlons plus le même langage », se désole Sandrine. Elle se gausse du slogan choisi par Ecocert, « Au service de l’homme et de l’environnement » : « William Vidal court les conférences pour expliquer qu’un business responsable est possible mais ce n’est pas vrai, il ne pense qu’au profit et ce double discours finit par énerver alors qu’on demande juste à ce que notre travail soit reconnu à sa juste valeur ». Employée depuis 17 ans, déléguée du comité d’entreprise, « l’auditrice » qui couvre cinq départements du Sud-Ouest ne compte pas ses heures. « On en arrive à faire du bénévolat, parce que si l’on travaille dans le bio c’est par conviction, pas pour devenir milliardaire ». Ce qui semble pourtant être un dessein pour l’entreprise bio-business.

Sollicitée par Reporterre, la direction n’a pas souhaité répondre à notre demande d’interview. Dans un communiqué publié au début de la grève, elle affirme être une entreprise responsable et créatrice d’emplois ainsi que d’apporter des conditions de travail exemplaires à ses employés. Pour preuve : « À l’Isle Jourdain, de nouveaux bureaux viennent d’être construits pour leur offrir un cadre de travail agréable, spacieux et écologique – avec une salle dédiée à des activités sportives et culturelles ». A l’ombre de ces bureaux confortables et écolos, les grévistes, eux sont déterminés : « A partir de lundi, le camping c’est fini, on va passer à l’action » promettent-ils.

LE COMMUNIQUE D’ECOCERT

La direction de l’entreprise n’a pas voulu répondre à Reporterre, ce que nous regrettons vivement. Voici le communiqué qu’elle a publié le 10 avril sur sa page Faceook

« Après 3 réunions de NAO et 3 réunions de gestion de grève, la Direction d’ECOCERT France a choisi d’accéder à une partie des revendications de la délégation syndicale en proposant les dispositions suivantes :

La Direction considère cette décision des délégués irresponsable et déplore les conséquences que celle-ci ne manquera pas d’avoir sur l’activité, l’image et le climat social de l’entreprise. »

LA HOLDING ECOCERT

Ecocert S.A. est une holding divisée en plusieurs sociétés. Depuis sa création, elle ne se contente plus de la simple activité de certification de produits agricoles et alimentaires, mais s’occupe également de la labellisation des produits cosmétiques et des textiles. C’est un organisme certificateur agréé par les pouvoirs publics qui contrôle à lui seul 80% des « opérateurs » bio.

Chronique du jardin sans pétrole - La magie du printemps opère Christine Laurent (Reporterre) Reporterre 2015/04/11 Christine Laurent (Reporterre) (11 avril 2015) Chronique du jardin sans pétrole - La magie du printemps opère. Reporterre. Agriculture fr

Chronique du jardin sans pétrole - La magie du printemps opère

Tout est vert et frais, les plantes vivaces sortent de l’hiver : cassissier, groseillier, roquette perpétuelle, livèche, camomille matricaire, achillée millefeuille, oseille, fraisier... Et l’on croise même l’élégante cétoine dorée dans sa robe de soirée.

Le gel semble derrière nous et nous avons remis le pluviomètre en service. Il est bien plein, indiquant qu’il est tombé trois centimètres et demi d’eau cette semaine ! Tout est vert et frais.

Les plantes vivaces sortent de l’hiver et les petites feuilles pleines de chlorophylle témoignent de la remise en route de la centrale solaire : les cassissiers, le groseillier, les framboisiers, la roquette perpétuelle, la livèche (un céleri branche rustique), la camomille matricaire, l’achillée millefeuille, la menthe, la ciboulette, l’oseille, les fraisiers, l’artichaut et sept pieds de rhubarbe revenus du néant dans lequel les limaces les avaient propulsés pour six d’entre eux.

Il y a aussi les graines qui ont germé toutes seules comme la coriandre, l’arroche rouge, la bourrache et ce cadeau incroyable : deux pieds de brocoli en fleur, c’est-à-dire prêt à consommer ! On ne les attendait plus, les ayant plantés en mai dernier. Il faudra que je révise les mœurs de ma brassicacée préférée.

Le hanneton des roses

Tandis que je poursuis le nettoyage des ronces autour du noisetier avec Léonie, Jean-Marie débarrasse les buttes de la renoncule rampante et de la véronique. Oh, un scarabée d’or ! Léonie est émerveillée devant ce coléoptère si courant autrefois mais que les pesticides et l’ignorance des jardiniers ont raréfié. On confond souvent sa larve avec celle du hanneton et le pauvre insecte n’a que rarement l’occasion de devenir adulte.

Après vérification, il s’agit d’une cétoine dorée que l’on reconnaît à sa carapace d’un vert métallique très élégant. Dans cette tenue de soirée, la belle cétoine fait la coquette et ne goûte que le pollen des fleurs, de préférence celles des roses ou des églantiers, rosiers sauvages, si bien que certains la surnomment le hanneton des roses. Il lui arrive dans son festin de castrer les fleurs en broyant les étamines, supprimant l’espoir de quelques fruits.

C’est à l’état de larve, quand elle ressemble à un gros ver blanc tout mou, qu’elle rend service au jardinier. Les vers blancs se plaisent dans les végétaux en décomposition et participent à la fabrication de l’humus et du compost.

Le rôle de cette larve est essentiel, car elle brasse, aère, enrichit de ses crottes et surtout accélère le processus en grignotant et recyclant la matière organique. Mais Léonie n’est pas d’accord pour que la cétoine aille pondre dans le compost. Il lui faut une plus belle maison !

Pour sauver le climat, faisons la grève de l’économie Michel Lepesant et Christian Sunt Reporterre 2015/04/11 Michel Lepesant et Christian Sunt (11 avril 2015) Pour sauver le climat, faisons la grève de l’économie. Reporterre. Tribune — Climat fr

Pour sauver le climat, faisons la grève de l’économie

Le changement climatique résulte d’une organisation sociale précise : le capitalisme productiviste, qui engloutit la société par et dans l’économie. Il faut cesser de ne s’attaquer qu’aux conséquences de l’économie productiviste, mais la saper à la base. Grève de l’économie !

Chacun peut constater que le climat est devenu le produit – ou plutôt le déchet – d’une organisation sociale : le capitalisme productiviste, c’est-à-dire un modèle industriel de production et de consommation qui induit des modes de vie appuyés presque exclusivement sur des énergies carbonées fossiles, et qui sont donc l’une des principales causes des dérèglements climatiques.

Cette organisation sociale se caractérise par l’engloutissement de la société par et dans l’économie. Cela signifie non seulement que toute la vie sociale est quasiment réduite à sa dimension économique mais aussi que c’est toute la chaîne économique qui s’attaque à tous les pans de la vie sociale : extraction à production à redistribution à consommation à déchets.

- Car en amont de la production, il y a l’extraction, c’est-à-dire une violence exercée contre la nature, réduite à n’être qu’un stock de « ressources ».

- Car en aval de la consommation, il y a les déchets que les fariboles de l’économie circulaire présentent aussi comme des « ressources », mais qui empoisonnent l’air, l’eau et les sols.

- Pas question, enfin, de croire qu’il suffirait d’une simple redistribution des « richesses » pour, comme par magie, rompre radicalement avec toute cette « économie » des gaspillages et des gâchis, écologiques, sociaux et bien évidemment démocratiques.

Ne pas s’attaquer seulement aux conséquences

Comment alors ne plus répéter ce qui a déjà échoué en ne s’attaquant qu’aux conséquences de l’économie productiviste ? Comment ne plus se contenter de toutes ces formes traditionnelles de contestation (pétitions, appels sans contenu… mais signés par des « personnalités ») qui, peu ou prou, en reviennent toujours à maintenir l’illusion que ce serait par une gouvernance mondiale ou par une prise préalable du pouvoir que les lendemains rechanteront.

D’ores et déjà, sans jouer au prophète de malheur, nous pouvons annoncer qu’il n’y aura pas d’accord historique à Paris en décembre 2015.

« C’est Laurence Tubiana, la représentante de la France dans les négociations qui l’affirme, essayant de tempérer les attentes par rapport à la prochaine conférence de l’ONU en décembre 2015 sur l’aéroport du Bourget : "A Paris, nous ne serons pas en capacité d’être dans un scénario de limitation du réchauffement à 2 °C". Voilà qui est clair, lucide et fondé ». [1]

Du coup, tirant les leçons des ratés de Copenhague, une Coalition Climat 21 s’est mise en place, qui semble avoir compris qu’il ne s’agit pas de multiplier les coups (plus ou moins) médiatisés pour au contraire préférer une position d’acteur et de prescripteur plutôt que de spectateur. Fort bien ! Mais comment ?

Car d’un côté, les membres de cette coalition ne manquent pas de railler le texte final de Lima qui, en réalité, se contente de juxtaposer les propositions les plus contradictoires.

Mais d’un autre côté, en interne, c’est-à-dire en ce qui concerne les modalités d’actions propres à la Coalition, ils ne semblent pas vouloir procéder autrement : chaque membre de la coalition aura la « liberté » de mener ses propres initiatives.

Dans les deux cas, malheureusement, le même constat semble s’imposer : ne jamais entrer dans l’examen des points qui font clivage… faute de vouloir chercher un accord réel sur ce que devraient être des objectifs communs.

Imaginer une grève de l’économie

C’est donc d’un autre rapport de forces dont nous avons besoin et puisque c’est d’économie qu’il s’agit, il faut oser imaginer une Grève de l’économie. Pas moins ! Se « contenter » d’une grève de la production, ou de la consommation, ce serait répéter les fables du libéralisme qui prétendent « diviser » les chaînes de l’économie pour mieux nous y attacher.

- Les modalités d’action ne manqueront pas : arrêts de travail, réunions et débats dans les entreprises et les services publics, dans les établissements scolaires, boycott actif de la grande distribution et des fournisseurs d’énergie et des transporteurs, journées sans achat, sans déchets, extinction de l’éclairage public, actions antipublicité, mise en place de circuits courts et de gratuité.

- Les revendications ne manqueront pas, surtout si nous les articulons à des limitations démocratiquement choisies des énergies et des revenus. Pour entamer sans attendre la décroissance et repasser sous les plafonds de la soutenabilité écologique tout en assurant à chacun les moyens décents de son autonomie et de sa sobriété, il nous faudra de « belles revendications » formulées dans le cadre de l’espace écologique (pas de plancher sans plafond, et réciproquement).

Pas de revenu-plancher sans un plafonnement des revenus (et des patrimoines). Pas de limitation dans les productions d’énergie sans garantie, au plus près des territoires, d’une autonomie énergétique et de l’accès gratuit pour tous aux besoins essentiels.

Relocalisation de la production et de la distribution des biens et services, à travers des coopératives et régies publiques territoriales autogérées. Moratoire sur l’extraction des ressources, l’artificialisation des sols, et la destruction des écosystèmes et des modes de vie traditionnels.

Pour le Climat, Grève de l’économie !

C’est maintenant au nucléaire de prouver qu’il coûte moins cher que les renouvelables Benjamin Dessus Reporterre 2015/04/13 Benjamin Dessus (13 avril 2015) C’est maintenant au nucléaire de prouver qu’il coûte moins cher que les renouvelables. Reporterre. Tribune — Énergie fr

C’est maintenant au nucléaire de prouver qu’il coûte moins cher que les renouvelables

L’explosif rapport de l’Ademe montre que le nucléaire n’est plus compétitif face aux renouvelables, mettant la politique nucléariste dans l’obligation de justifier sa légitimité. Il faut lancer sérieusement ce débat soigneusement escamoté jusqu’ici par les pouvoirs publics.

A la lecture du scénario « Vers un mix électrique 100 % renouvelable en 2050 » de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) qu’a révélé Mediapart dans son édition du 8 avril 2015, on comprend pourquoi les services du ministère de l’Ecologie et de l’Energie ont tout fait pour qu’il reste le plus longtemps possible dans un tiroir.

Certes, d’autres, notamment Négawatt et Global chance, avaient montré depuis plusieurs années qu’une sortie du nucléaire au profit des renouvelables était non seulement possible mais souhaitable en termes économiques et environnementaux.

Mais il ne s’agissait guère que d’experts « indépendants » qu’on pouvait soupçonner de parti pris écolo. Mais si l’Ademe, appuyée d’un centre d’études du propre sérail du Corps des mines (Armines Persée), se met à justifier en détail ce genre de scénario, la menace devient sérieuse.

100 % de renouvelables en 2050

L’Ademe démontre en effet, chiffres à l’appui, que l’idée d’un système électrique totalement renouvelable à l’horizon 2050 est non seulement techniquement, mais aussi économiquement crédible : des coûts d’électricité de 11,5 à 12 centimes d’euro par kWh (contre 9,1 centimes actuellement) qui risquent fort de se révéler inférieurs à ceux associés à une poursuite de la politique nucléaire actuelle.

On sait bien effet aujourd’hui, grâce au dernier rapport de la Cour des comptes, que la réhabilitation du parc (pour dix ou vingt ans supplémentaires) va augmenter les coûts de 3 à 4 c/kWh sans pour autant régler l’épineuse question du renouvellement du parc qui restera néanmoins indispensable dans vingt ans. Et les nouveaux malheurs de l’EPR, dont la cuve n’inspire pour le moins pas confiance, vont encore plomber son coût, si jamais il voit le jour, ce qui paraît de plus en plus improbable.

Dans ces conditions, il ne suffit plus de nier l’existence d’une politique crédible, différente de la politique actuelle, il va falloir démontrer que la politique actuelle est la meilleure…

Relancer un débat escamoté

En effet, si une politique tout renouvelable est possible, avec ses avantages évidents en termes d’environnement, d’indépendance énergétique et d’emploi, on voit mal pourquoi on s’obstinerait dans une politique dont les risques environnementaux (accident majeur, déchets, etc.) et industriels sont d’une autre ampleur.

C’est maintenant aux services du ministère, soit d’apporter la preuve que le scénario de l’Ademe ne tient pas la route, soit de montrer les avantages d’une poursuite de la politique actuelle.

En tentant de réduire l’Ademe au silence, le ministère de l’Ecologie ne chercherait-il qu’à gagner le temps nécessaire à la mise en place d’une programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) dans la continuité de la politique passée, au besoin avec quelques inflexions ?

Ce serait une grave erreur, car, si finalement, c’est la perspective d’un système électrique à dominante renouvelable qui doit finalement l’emporter à long terme, c’est dès la prochaine programmation pluriannuelle énergétique (PPE) qu’il faut en prendre acte. Nous n’avons pas le loisir de perdre cinq ans de plus avant de prendre les mesures qu’imposerait cette nouvelle orientation, en particulier en termes d’infrastructures de transport et d’économie d’électricité.

C’est donc sans attendre qu’il faut lancer et arbitrer ce débat soigneusement escamoté jusqu’ici par les pouvoirs publics avec la complicité active du lobby nucléaire.

Les Faucheurs volontaires veulent être jugés Lorène Lavocat (Reporterre) Reporterre 2015/04/13 Lorène Lavocat (Reporterre) (13 avril 2015) Les Faucheurs volontaires veulent être jugés. Reporterre. Reportage — OGM fr

Les Faucheurs volontaires veulent être jugés

Les plantes mutées ont tout des OGM… sauf qu’elles ne sont pas reconnues comme tel par la loi. Résultat : elles s’insinuent discrètement dans les champs et les assiettes. Pour interpeller les pouvoirs publics, les Faucheurs volontaires viennent de piétiner un champ de colza.

- Le Pouëze (Maine-et-Loire), reportage

Accroupis dans les champs en fleurs, ils semblent répondre à l’appel des cloches pascales. « C’est une chasse aux Oeufs au Grand-Marnier », sourit Guillaume. Œufs au Grand-Marnier, alias OGM (organismes génétiquement modifiés) : nom de code improvisé pour cette opération dominicale des Faucheurs volontaires.

Dimanche 5 avril, ils ont envahi à soixante les champs de colza du Geves, le Groupe d’Etudes et de contrôle des Variétés et des Semences, près d’Angers (49). Une institution semi-publique chargée de tester et d’inscrire les variétés végétales au catalogue français. Son tort ? Il testerait des VrTH, des « variétés rendues tolérantes aux herbicides ».

Des OGM ? Officiellement non, mais les Faucheurs veulent justement dénoncer cette confusion : « Nous n’avons rien contre le Geves en tant que tel, explique Pierre. Ce que nous dénonçons, c’est le manque de transparence et d’information sur ces plantes mutées. » A ses côtés, une quinquagénaire enthousiaste se relève, un plant de colza à la main : « Même le jour de Pâques, c’est opaque ! »

La face cachée des OGM

Car pour les Faucheurs, les VrTH ne sont rien d’autre que des OGM cachés. « Ces plantes subissent des modifications génétiques, via des rayonnements ou des produits chimiques », explique Brieg. Les OGM « classiques » sont obtenus via transgénèse : les chercheurs introduisent de nouveaux gènes. La mutagénèse artificielle s’inspire quant à elle d’un phénomène naturel : le génome des végétaux se transforme en permanence afin de s’adapter à son environnement.

C’est d’ailleurs ce que mettent en avant les promoteurs de cette technologie : « Tout agriculteur sème et produit chaque année, sur un seul hectare, beaucoup plus de mutants que n’importe quel laboratoire qui réalise des expériences de mutagénèse », explique l’Association française des biotechnologies végétales.

Sauf que dans le milieu confiné des laboratoires, les techniques utilisées pour forcer les plantes à muter sont beaucoup plus brutales. Rayonnements gamma, bains chimiques. Le site d’Info OGM dénonce ainsi une méthode « aléatoire », « mal connue et mal maitrisée ».

Les scientifiques sont partagés sur la question. En 2011, l’Inra (Institut national de la recherche agronomique) et le CNRS (Centre national de la recherches scientifique) ont publié un rapport plutôt réservé sur la question : « Une utilisation répétée de ces variétés, sous certaines conditions, pourrait les rendre inefficaces à moyen terme. »

Qu’il s’agisse de mutagénèse ou de transgénèse, le résultat est le même : au sortir des stations expérimentales, les plantes sont modifiées génétiquement. La règlementation européenne, notamment la directive 2001-18, reconnait d’ailleurs les plantes mutées comme des OGM… mais les exclut mystérieusement de son champ d’application. « Aujourd’hui, ces variétés sont dispensées d’évaluation et on manque totalement de traçabilité », s’insurge Julien. Les mains terreuses, il arrache rageusement quelques pousses de colza.

- Ecouter Julien :

Avec ses camarades faucheurs, il réclame un moratoire sur les plantes mutées, pour laisser le temps aux chercheurs de mieux connaître les effets de cette technologie. « Nous ne sommes pas contre la science », ajoute Pierre. « Nous voulons plus de science, plus de recherche. »

Barbe blanche éclatante et petites lunettes rondes, il déroule point par point les critiques adressées à ces VrTH : « Elles participent au brevetage et à la privatisation du vivant, elles se disséminent facilement et peuvent ainsi contaminer d’autres cultures, et surtout elles vont de paire avec un usage toujours plus important des pesticides. »

- Ecouter Pierre :

Or si l’impact écologique et sanitaire des OGM est encore méconnu, la nocivité des herbicides et insecticides sur la santé et l’environnement n’est plus à prouver. « Avec les VrTH, on a créé des plantes qui survivent quand on les bombarde de pesticides. C’est comme si on buvait du poison sans en mourir ! », explique Brieg.

En France, tournesol, maïs et colza VrTH, commercialisés par les géants semenciers Pioneer et BASF, sont cultivés dans nos champs. Plus de 15 000 ha seraient concernés. Des plantes qui se retrouvent ensuite dans nos assiettes, soit sous forme d’aliments pour le bétail, soit comme huile de table.

Mais avant d’entrer dans notre chaîne alimentaire, ces variétés passent par les champs du Geves. « Il n’y a pas, à ma connaissance, de variétés tolérantes aux herbicides ici ! », s’exclame, dépité, M. Sicard, le directeur de l’institution. Sans étiquetage clair, les Faucheurs n’étaient effectivement pas certains de détruire des OGM.

« Nous voulions justement dénoncer l’absence de transparence, car il est impossible de savoir s’il y a ou non des VrTH », explique Brieg. « Nous savons juste que le Geves a déjà testé des plantes mutées. » Le directeur réfute l’argument d’opacité, arguant la traçabilité des produits mis sur le marché. « Chaque agriculteur peut choisir ce qu’il met dans ses champs, et quel herbicide il utilise », précise-t-il, avant de conclure : « Ce que vous faites là, ce n’est pas une action démocratique, c’est une atteinte à la propriété privée et à un travail réglementaire. »

Le nouveau combat des Faucheurs volontaires

En une heure, l’hectare de colza a disparu, emporté par une nuée de sauterelles bipèdes. « Je n’aime pas détruire des cultures, arracher des plantes », soupire Christine. Cette paysanne est venue d’Aveyron pour défendre l’agriculture bio contre le modèle industriel incarné par ces VrTH. « Mais on n’a pas d’autres moyens pour se faire entendre ! »

Depuis plus de cinq ans, les Faucheurs tirent la sonnette d’alarme : il y a encore des OGM en France ! Leurs actions rencontrent jusqu’ici peu d’écho : la question des VrTH est complexe, difficile à médiatiser, et les semenciers font tout pour étouffer les affaires. Peu de poursuites, afin de ne pas faire de vague.

Alors cette fois, ils ont décidé de frapper plus haut. Car attaquer le Geves, géré par l’Inra, le ministère de l’Agriculture et le Gnis (Groupement national des industries semencières), c’est s’en prendre à l’Etat. Tous espèrent un procès, pour interpeller les autorités et les citoyens. « Les pouvoirs exécutif et législatif sont prisonniers des lobbys », explique Pierre. « Il ne nous reste que le pouvoir judiciaire pour faire valoir nos droits et porter le débat sur la place publique. »

Une fois le champ incriminé fauché, le petit groupe s’installe dans l’herbe pour un pique-nique. L’action ressemble bien plus à une promenade dominicale qu’à une mission commando. Il faut même téléphoner aux policiers afin qu’ils viennent constater le méfait.

« Il y a quelques années, ils rappliquaient vite et surarmés, avec des bombes lacrymo et des menottes », se rappelle Guillaume. Aujourd’hui, tout est étrangement calme. Et quand le commissaire commence l’appel, les soixante-et-un Faucheurs font sagement la queue pour se faire identifier.

Il y a là des paysans, mais aussi des retraités, des intermittents du spectacle, des maçons ou des travailleurs sociaux. Des désobéissants civils, qui encourent trois ans d’emprisonnement et 75 000 € d’amende.

Complément d’info : Reportage vidéo de l’action à voir ici

Osons rester humain. Les impasses de la toute-puissance Genviève Azam Reporterre 2015/04/13 Genviève Azam (13 avril 2015) Osons rester humain. Les impasses de la toute-puissance. Reporterre. Culture et idées fr

Osons rester humain. Les impasses de la toute-puissance

Le dérèglement conjoint du monde et de la nature, le surgissement d’évènements extrêmes qui échappent à la maîtrise et à la capacité d’imagination (dérèglement climatique, effondrement de la biodiversité, cumul explosif des inégalités), donnent à voir une défaite de la toute-puissance et de l’idéalisme prométhéen. La fragilité des écosystèmes, la fragilité des sociétés, la fragilité des citoyens désocialisés, disloqués, massifiés, se révèlent violemment. Ces évènements s’enchevêtrent et laissent entendre que l’humanité ne va plus de soi, à la fois comme espèce habitant la Terre et comme créatrice de mondes communs.

Face à ces défis immenses, doit-on cultiver la fragilité inhérente à l’espèce humaine ou bien tenter de la vaincre ? Tel est l’objet de ce livre, qui s’attache à déconstruire la toute-puissance issue du dualisme occidental, qui a opposé nature et société et autorisé finalement la domination et l’instrumentalisation de la nature et des humains. Cultiver la fragilité est une force créatrice qui rassemble au lieu d’opposer, qui lie au lieu de délier, qui conjugue au lieu de mettre en concurrence, qui refuse fermement la démesure au lieu de l’accentuer dans une course désespérée. Des voix et des pensées diverses ouvrent ce chemin, des expériences multiples indiquent d’ores et déjà une bifurcation.

Pourtant ce livre est aussi une alerte, car la toute-puissance s’est déplacée et emprunte de nouvelles voies. La fragilité y devient un manque, une erreur de la nature, un défaut de rationalité. Il s’agit donc de la vaincre en la réparant, la comblant, en la transformant en opportunité économique et financière, en augmentant et accélérant les capacités humaines, en fabriquant une planète « intelligente » qu’il suffirait de piloter. L’hybridation des machines et des humains, jusqu’au plus intime, celle de la nature et de la technique, pourraient accomplir la modernité et affranchir la condition humaine de sa dimension naturelle. La nature, comme contrainte et réalité extérieure à l’expérience humaine, serait enfin morte.

Cette fiction a des effets concrets et s’incarne dans des pratiques modifiant radicalement le rapport de l’humanité à elle-même et à la nature. Elle dessine un monde « cyborg », fusionnant nature et société. Ce processus est entamé, il n’est pas seulement le rêve démiurgique des post-humanistes ou des trans-humanistes. Ces projets, certes anciens pour la plupart, pourraient, cette fois, avoir quelque chance de se réaliser pleinement, du fait de l’accélération des changements technologiques, des catastrophes écologiques, de la vacuité des politiques pour les éviter, de la massification des humains.

Des humains modifiés, appareillés, cybernétisés, accélérés, adaptés aux nouvelles conditions de vie sur une Terre « intelligente », une humanité humanoïde, n’est pas une vue de l’esprit. Elle l’est d’autant moins que dans le prolongement d’une certaine post-modernité, cette hybridation est aussi saluée comme une promesse nouvelle d’émancipation par des courants de pensée de la philosophie des sciences, des courants féministes ou post-féministes, des post-environnementalistes.

La mort de la nature comme réalité extérieure à l’expérience humaine, permettrait de s’affranchir des dominations traditionnelles en supprimant les frontières entre les humains et les non-humains, entre la nature et l’artifice, entre le masculin et le féminin. La « science » économique, quant à elle, ambitionne de devenir une science de la vie, une neuro-bio-économie.

Oser rester humain signifie à la fois se libérer du dualisme occidental et s’opposer aux biopouvoirs et géopouvoirs qui entendent supprimer la nature pour nous délivrer définitivement, voire éternellement, de notre fragilité et des limites de notre condition.

- Osons rester humain. Les impasses de la toute puissance, Geneviève Azam, Les Liens qui libèrent, 224 p., 18 €.

Txetx Etcheverry : « La bataille du climat se joue maintenant, si on la perd, on perd toutes les autres » Entretien avec Txetx Etcheverry Reporterre 2015/04/13 Entretien avec Txetx Etcheverry (13 avril 2015) Txetx Etcheverry : « La bataille du climat se joue maintenant, si on la perd, on perd toutes les autres ». Reporterre. Entretien — Climat fr

Txetx Etcheverry : « La bataille du climat se joue maintenant, si on la perd, on perd toutes les autres »

Engagé dans les années 1970 dans le combat pour l’indépendance du Pays Basque, Txetx Etcheverry est le fondateur de l’association écologiste Bizi qui, depuis 2007, dépoussière l’action militante, notamment à travers la dynamique Alternatiba. Rencontre sans fard avec ce militant intègre et infatigable.

Jean-Noël Etcheverry est un des animateurs de l’association écologiste Bizi et du mouvement Alternatiba. D’abord engagé dans les années 1970 dans le combat pour l’indépendance du Pays Basque, il est devenu syndicaliste et a découvert l’importance de l’écologie.

Avec Bizi, fondée en 2007 à Bayonne, il a monté une association écologique dynamique, alliant les interventions concrètes (et non violentes) et la réflexion de fond. De Bizi est né le mouvement Alternatiba, qui organise des villages d’alternatives pour parer au changement climatique.

Reporterre - Le climat est au cœur de l’action de l’association Bizi. Comment le concept d’Alternatiba, villages d’alternatives au réchauffement climatique, est-il né ?

Txetx Etcheverry - Cela part d’une résignation générale après la conférence sur le climat de Copenhague en 2009. Un an après, tout le monde était passé à autre chose, les médias, la classe politique, l’ensemble de la société… Il était difficile de mobiliser et le contre-sommet de Cancun n’avait réuni que mille personnes, par exemple.

A ce moment, on nous disait qu’on pouvait mobiliser sur les gaz de schiste ou l’agriculture, mais qu’un mouvement construit sur le climat n’était pas possible. Pour nous, c’était une grande frustration car on avait vécu à fond la mobilisation de Copenhague.

On s’est demandé ce qu’il y avait eu de réel dans la prise de conscience qui avait précédé Copenhague et nous imprégnait encore, ce discours sur la menace centrale que représente le changement climatique pour l’avenir de l’humanité. La réflexion nous a fait comprendre qu’il ne fallait pas aborder le problème du climat comme problème, mais par les solutions. Les gens ne se sentent pas de prise sur le changement climatique, parce qu’il parait trop abstrait, immense et complexe, et d’autre part parce que les seules solutions envisagées jusqu’alors étaient l’accord de 200 chefs d’Etat.

Les gens se sentent impuissants. Alternatiba prend la question par l’autre bout : on ne dit plus qu’il faut attendre d’une grande réunion internationale la solution magique au réchauffement climatique. On dit qu’on peut faire plein de choses tout de suite, à partir des individus, des collectifs et des territoires.

Pourquoi faire du climat la mère de toutes les luttes écologistes ? Est-ce plus important que la biodiversité, par exemple ?

Le climat détermine tous les autres pans de la vie sur Terre, les conditions de guerre et de paix, les possibilités de maintenir une démocratie. Et la biodiversité ne résistera pas au changement climatique s’il s’aggrave encore. Tout le reste est conditionné par le climat.

Et puis, il y a une donnée particulière dans le climat, c’est le calendrier : on a dix ou quinze ans pour empêcher de passer à des seuils d’emballement irréversibles. Certes, en biodiversité, il y a aussi un calendrier pressant et on franchit des seuils, mais il y a des choses plus ou moins réversibles, on arrive à faire revivre des sols bétonnés et pollués…

En ce qui concerne le climat, une fois qu’on a franchi le seuil, c’est fini. Si l’on croit ce que nous disent les scientifiques, cette bataille est centrale. Si on la perd, on perd toutes les autres. Et cette bataille se joue maintenant.

Ce discours est-il audible par un large public ?

L’objectif est de mobiliser au-delà du cercle des gens convaincus. Car dans les mouvements militants, on fait souvent tout en petit cercle et on appelle ensuite la population à se joindre à l’événement. Alternatiba, c’est le contraire : on appelle les gens à venir d’entrée de jeu, et on construit avec eux.

Comment réunir des gens avec des niveaux de conscience et de politisation très différents ?

Il faut un concept éminemment pratique, afin que le maximum de gens puisse y trouver leur place, y compris des gens qui ne supportent pas les réunions ou qui ne vont jamais suivre un débat sur le changement climatique. Mais ces gens-là trouveront leur rôle en tant que cuisinier, électricien ou autre. C’est une manière d’organiser les choses : il ne faut surtout pas commencer par une discussion sur une charte pour le projet, parce que c’est le meilleur moyen de passer deux mois à s’écharper sur des point-virgules.

Il faut privilégier le pratico-pratique, avec des discussions sur la logistique, avec une première affiche pour communiquer, avant même le programme établi ou l’accord de la mairie. C’est le concret qui amène des gens nouveaux, alors qu’on ne les touchera jamais si on doit organiser six mois de réunion avant de lancer la machine.

Et puis, il faut démarcher selon des thématiques particulières. Si vous faites un espace recyclage par exemple, vous allez inviter des associations de couture ou de réparation qui n’ont a priori rien à voir avec l’écologie et le climat. Mais vous allez leur expliquer que leur activité est très bonne pour le climat. Et du coup, ils s’intègrent dans un événement dont l’enjeu central est le changement climatique, et les gens comprennent que leur pratique peut être liée à quelque chose qui lui donne plus de sens.

Certains reprochent à Alternatiba que son ouverture dilue sa substance radicale.

Il faut assumer les conséquences de l’ouverture aux autres ! Quand on fait un processus très large, avec beaucoup de personnes qui n’ont jamais milité, et avec des niveaux de conscience très inégaux, il peut y avoir beaucoup de contradictions. Cela va se gérer petit à petit, par la pratique de débat collectif.

Tout ne sera pas politiquement correct, et d’autres militants peuvent trouver qu’on ne va pas assez loin. Les polémiques autour d’Alternatiba nous reprochent de ne pas être assez anticapitaliste, d’avoir demandé des subventions à une mairie ou de frayer avec telle personne qui n’est pas recommandable...

C’est un véritable mal en France. Dès que des mouvements sont lancés, on leur tombe dessus avec une suspicion énorme. On les accuse de ne pas être assez ceci, ou de ne pas avoir fait cela. Et du coup, on casse ces mouvements avant même qu’ils connaissent le processus de maturation qui doit les faire évoluer.

Il y a vraiment un problème dans l’ensemble de la gauche française – et quand je dis gauche, je parle de la gauche sociale, la gauche syndicale, écologiste, altermondialiste, décroissante, libertaire… Je n’arrête pas d’entendre des polémiques entre les uns et les autres sur le niveau de pureté de décroissance, sur l’obscurantisme, sur une démarche pas encore assez écolo, etc. Les gens perdent une énergie terrible à alimenter ces polémiques au lieu de la consacrer à convaincre le reste de la population.

Le contexte politique est cependant propice à des récupération dangereuses ou contre-productives. Comment éviter le piège de ce grand « confusionnisme » écologiste ?

Je me poserais ce genre de questions si j’étais un mouvement massif pesant sur la réalité. Aujourd’hui, la priorité est de peser sur les choses. Notre obsession est de toucher les gens non conscientisés, de créer des dynamiques de masse et un vrai rapport de force dans la société, de porter un autre discours, de mener des campagnes gagnantes. C’est ça qui doit nous guider en premier lieu et nous aider à mûrir. Si on attend d’avoir dépassé les contradictions et d’avoir la vision parfaite pour agir, on n’agira jamais.

S’il n’y avait pas Alternatiba, ce style de confusionnisme existerait de toute façon. Le gouvernement et les multinationales alimenteront quoi qu’il en soit les discours sur le nucléaire, sur les agrocarburants, sur la géo-ingénierie, etc. Avec Alternatiba, on va aller sur près de 180 territoires différents, à la rencontre de centaines de milliers de personnes. Et ce sera avec un discours clair sur les fausses solutions, avec des conférences sur ces questions.

« Ce n’est pas la conscience qui crée la pratique, mais la pratique qui crée la conscience » : vous mettez en œuvre l’adage de Saul Alinsky.

C’est par la lutte de terrain plutôt que par les grands discours que se constitue une identité : tu peux parler très bien d’écologie, d’anticapitalisme et de société idéale, ça ne t’amènera pas grand-monde. Par contre, si une Ligne à grande vitesse doit passer dans ton jardin... Il faut accepter que les gens viennent comme ils sont, au niveau de conscience qui est le leur.

Vous vous dites « radicalo-pragmatique ». A Grenoble, Eric Piolle utilise la même formule. Est-ce la nouvelle ligne politique des écologistes ?

On se considère comme radicaux car on croit vraiment au slogan « changer le système pour ne pas changer le climat ». Il faut mettre autre chose en place que le capitalisme, la croissance et le productivisme si on veut rester dans les limites possibles de la Terre.

Mais on est pragmatiques car on a conscience du rapport de force. On ne parle pas de révolution, pour l’instant, on est incapables de la faire. Donc on lance des dynamiques qui permettent de créer des rapports de force favorables, d’être demain en capacité de gagner, même des petites batailles.

On ne monte jamais en haut d’une montagne d’une traite, mais en plusieurs étapes. Je me souviens d’une personne qui nous reprochait de défendre une politique cyclable à Bayonne, au prétexte qu’une fois acquise, elle profiterait à Decaux qui mettrait plein de vélos partout avec sa publicité. Mais avec ce raisonnement, les féministes auraient-elles dû batailler pour le droit à la contraception ? Parce qu’à la fin, c’est un grand laboratoire pharmaceutique qui récupère la mise.

La seule question pertinente de la radicalité est de savoir si elle change les rapports de force et si elle transforme la société. Il y a un déphasage, en France, entre le discours radical et l’action réelle. Il faut être à la fois dans la radicalité et la résistance, en puisant dans la désobéissance civile et l’action directe non-violente, et dans un travail large, qui formule des propositions parlant à la population et aux élus.

L’un n’empêche pas l’autre, au contraire : la force qu’on a pour nos dernières actions médiatiques, quand on va déverser des tonnes de charbon devant la Société Générale ou saisir des chaises à la banque HSBC, on la tire aussi de notre nombre. On a dans notre réseau beaucoup de gens très différents, ça nous donne une vraie légitimité et rend le travail plus compliqué pour les policiers ou les juges, qui ne peuvent pas nous traiter comme des voyous.

Face à l’Etat et sa répression, il faut allier l’action radicale et le soutien des masses. C’est tout l’intérêt de la stratégie non-violente. De plus, les actions radicales donnent une autre portée à notre travail de proposition, elles participent à la formation des gens qui rentrent chez nous par la porte d’entrée « grand public », qui sont plus « bisounours ».

Êtes-vous contre la violence parce qu’elle n’est pas efficace ou parce qu’elle révulse la société française ?

Je ne sais pas si elle révulse tant que ça la société, on a vu avec les bonnets rouges qu’une partie d’entre elle acceptait des comportements violents... Mais je crois en effet que sur le long terme, un mouvement qui veut contester le système – et qui s’expose donc à une vive répression donne beaucoup moins de prise à cette répression s’il s’inscrit dans une logique non-violente. Je peux comprendre les gens qui ont recours à la violence. Mais mon expérience fait que je crois que la stratégie la plus efficace est la non-violence.

Vos premiers engagements pour l’indépendance basque se sont fait autour de la lutte armée.

Quand j’étais jeune militant à la fin des années 70, tout indépendantiste basque était pour la lutte armée. Mais à l’époque, cette lutte armée bénéficiait d’un soutien de masse et elle avait remporté des victoires concrètes, comme la non-ouverture de la centrale nucléaire de Lemoniz.

Sur la durée, la violence amène une évolution dans les mentalités et dans les rapports humains : dans les logiques d’affrontement militaire se créent des climats de méfiance et de fermeture - une méfiance justifiée, on a peur d’être infiltré - donc on est beaucoup plus fermé par rapport à des gens qu’on connaît moins bien. Il se crée une part clandestine dans le mouvement, on ne peut plus discuter de tout devant tout le monde. Des choses sont dissimulées, des enjeux stratégiques échappent au débat : cela devient moins démocratique.

Et puis il y a cette logique un peu virile de l’affrontement, avec de l’adrénaline, quand on a un cocktail molotov ou une barre de fer entre les mains… Ça sélectionne des types de militants et ça en écarte d’autres. Et sur le long terme, cela transforme le mouvement.

Je n’ai jamais condamné la violence. Mais je pense que les stratégies violentes sont contre-productives. Je demande le respect des choix de stratégie de chacun : une manifestation non-violente avec des milliers de personnes où quelques-uns viennent pour casser des vitrines, ce n’est plus une manifestation non-violente. Et la violence donne prise à la criminalisation des médias et de l’Etat.

La manifestation du 22 février 2014 à Nantes contre Notre-Dame-des-Landes a mis au jour ce désaccord sur l’utilisation de la violence : comment aviez-vous ressenti l’événement ?

La manifestation était censée être pacifique. Et je me suis retrouvé dans une manif où, à côté de moi, des gens en cagoule lançaient des choses sur des policiers, bombaient les édifices publics ou bancaires, balançaient des cocktails molotov sur des engins de chantier.

Qui a choisi cela ? Dans quelle assemblée cela a-t-il été délibéré ? Quelle majorité l’a décidé ? Si un parti politique était arrivé avec 300 militants munis de banderoles et de drapeaux partout, on aurait gueulé à la récupération politique. Et là, quelques-uns arrivent avec une intention précise et qui donne une image totalement différente de la manifestation. On n’aurait pas le droit de critiquer cela ? Je ne dis pas que la stratégie imposée par des cagoulés est fausse. Je dis qu’elle ne doit pas s’imposer comme cela. Car oui, j’ai vécu l’événement comme quelque chose de tout à fait anti-démocratique.

Vous luttez contre la fatalité : celle du réchauffement climatique, et celle qui pourrait mener à la violence…

Regardez en Espagne : le mouvement des Indignés été un mouvement massif, radical et non-violent – même devant la répression. Une non-violence à 100 % : personne n’avait le droit de casser des vitrines, sinon les gens s’interposaient tout de suite. Et quand les flics sont arrivés à Barcelone et ont délogé les manifestants avec une grande brutalité, les gens réagissaient par la non-violence. Ils ont par la suite monté des stratégies inspirées d’Alinsky, notamment, avec le soutien aux locataires qui se faisaient expulser, etc. Et petit à petit, Podemos s’est créé et en un an à peine, ce parti est en train de passer devant le parti au pouvoir.

Je ne sais pas où cela aboutira, mais cela traduit l’efficacité du travail d’organisation. En France, il faut revoir complètement les manières de travailler. Il n’est pas normal de voir autant de cheveux blancs et aussi peu de jeunes, dans la gauche au sens large, alors que l’extrême-droite les attire beaucoup plus facilement… Il faut que les gens y réfléchissent vraiment.

C’est ce qu’on essaye d’appliquer à Alternatiba, où depuis le début, on travaille avec des méthodes, on forme les gens, avec une organisation rigoureuse, on apprend la ponctualité pour les réunions, avec un ordre du jour, un minutage des points, avec une méthode d’animation… C’est aussi cela qui nous fait croire à la capacité militante de changer les choses.

- Propos recueillis par Barnabé Binctin

La loi sur le renseignement vise aussi les zadistes, les écolos et les antinucléaires Lucas Mascarello (Reporterre) Reporterre 2015/04/14 Lucas Mascarello (Reporterre) (14 avril 2015) La loi sur le renseignement vise aussi les zadistes, les écolos et les antinucléaires. Reporterre. Libertés fr

La loi sur le renseignement vise aussi les zadistes, les écolos et les antinucléaires

Mercredi 24 juin, l’Assemblée nationale examine en dernière lecture - et approuvera - la loi sur le renseignement. Présentée comme une loi antiterroriste, il s’agit en fait de surveiller, sans contrôle judiciaire, tous les citoyens. Parmi les cibles : les mouvements sociaux et écologistes, les zadistes et les antinucléaires. Notre article d’avril reste hélas toujours de pleine actualité.

Lundi 13 avril, le projet de loi sur le renseignement était examiné en première et unique lecture à l’Assemblée nationale. Le texte doit être voté dans une procédure d’urgence. Mais il constitue une atteinte aux libertés publiques, selon de nombreuses associations et partis qui se sont rassemblés devant l’Assemblée, lundi en fin de matinée, au moment où Manuel Valls s’apprêtait à défendre le texte dans l’hémicycle.

On retrouvait notamment le Syndicat de la magistrature, le Syndicat des avocats de France, Amnesty International, la Ligue des droits de l’homme, la Quadrature du Net, rassemblés à l’appel de l’Observatoire des libertés et du numérique. On pouvait voir également plusieurs personnalités politiques et des anonymes protester contre cette loi supposée antiterroriste, mais qui donnera à l’exécutif la possibilité d’une surveillance massive.

« Cette loi est une loi liberticide », prévient Maryse Artiguelong de la Ligue des droits de l’Homme, « et c’est déplorable qu’un gouvernement qui a dit le 11 janvier ne pas faire de Patriot Act à la française, mette en place ce projet de loi ».

Trois mois après l’attentat contre Charlie Hebdo, c’est pourtant bien un vaste dispositif de surveillance que tente d’instaurer le gouvernement. Adrienne Charmet, coordinatrice des campagnes à La Quadrature du Net, appelle les citoyens « à refuser ce qu’a fait la NSA [National security agency] aux États-Unis, ce qu’Édouard Snowden a dénoncé et ce qui met en danger la vie privée de l’ensemble des citoyens » avant de mettre en garde contre « l’argument selon lequel on ne va chercher que ce qui concerne les potentiels terroristes, qui est absolument faux ».

En effet si le texte passe en l’état, il touchera l’ensemble des citoyens et la surveillance sera étendue à tous les domaines de la vie sociale.

Des moyens de surveillances inédits

Concrètement, cette loi permet aux services de renseignements de mettre en place des moyens de surveillance beaucoup plus intrusifs. Pose de micros dans un appartement ou un véhicule, écoute téléphonique, installation de balises GPS pourront se faire sans l’accord d’un juge. La demande sera directement faite au Premier ministre, charge pour lui d’accepter ou non.

D’autre part, les services de renseignements pourront utiliser des « IMSI-catchers ». Ce sont de fausses antennes relais. Les téléphones s’y connectent et il devient très facile d’espionner les conversations. Les métadonnées des ordinateurs seraient également collectées et renseigneront sur les flux entrants et sortants. Pour finir en beauté, l’ensemble du net français serait surveillé par l’intermédiaire de « boites noires » installées directement chez les fournisseurs d’accès.

Toutes ces données, une fois collectées, seront analysées par des algorithmes qui détermineront les comportements suspects. C’est donc bien une collecte généralisée de la navigation sur internet qui se joue actuellement.

Adrienne Charmet tient à rappeler « que l’intégralité de ce qui va être collecté par les services de renseignements sera classée ’secret défense’ ». Autrement dit, en plus d’échapper au contrôle d’un juge, le citoyen qui voudra contester une surveillance abusive se heurtera à la levée du secret. Pas gagné…

Une loi liberticide qui touche tout le monde

La surveillance d’internet par l’intermédiaire des « boites noires » concernerait l’ensemble du trafic français. De fait, c’est l’ensemble des citoyens qui seraient sous surveillance. Pour Adrienne Charmet, « tout le monde peut se retrouver à un moment ou à un autre à avoir ses données collectées massivement par les services de renseignement ».

Comme garde-fou, la Commission de contrôle des techniques de renseignement (CNCTR) sera chargée de contrôler tous les moyens techniques mis en œuvre pour le recueil de renseignements. Jusqu’à présent, les écoutes étaient encadrées par la Commission nationale de contrôle des interceptions de sécurité (CNCIS).

Pour Anthony Caillé, secrétaire général de la CGT police, « ce projet de loi est confié aux seules mains du Premier ministre puisque la commission nationale que monsieur Urvoas [député rapporteur du projet de loi]veut bien intégrer comme étant le seul contre-pouvoir à ce projet n’est pas décisionnaire ». En d’autres termes, l’unique instance de contrôle n’aura qu’un avis consultatif.

Surveiller les ZAD et les anti-nucléaires

Dans ce contexte, Laurence Blisson, secrétaire générale du Syndicat de la magistrature considère que « l’action des services de renseignements doit rester exceptionnelle, parce que, dans une démocratie, elle est de l’ordre de la dérogation. Elle doit être encadrée et contrôlée par une autorité indépendante, par un juge ». Or le champ d’intervention des services de renseignements étant très large, on peut craindre des opérations visant les mobilisations citoyennes et politiques. Plus précisément, ces écoutes et autres interceptions seront possibles grâce au volet « prévention des violences collectives de nature à porter gravement atteinte à la paix publique ».

La formulation a légèrement changé dans le texte actuel :

Mais la désignation est suffisamment vague pour englober les luttes sociales. On pense, entre autres, aux ZAD ou aux actions antinucléaires, qui risquent fort d’être espionnées sans contrôle judiciaire.

Pour Olivier Besancenot, porte-parole du Nouveau parti anticapitaliste, « on va mettre de plus en plus de bâtons dans les roues à tous ceux et toutes celles qui font sortir des informations issues des mobilisations. Ce qui se trame aujourd’hui au nom du secret des affaires dans des grands groupes énergétiques, de distribution des eaux, de l’armement… tout cela sera encore plus obscur que ça ne l’était auparavant ».

Florian Borg, président du Syndicat des avocats de France, poursuit la logique : « Ce qui veut dire que si demain, le gouvernement décide que l’EPR de Flamanville est un enjeu essentiel pour la France, toute personne qui voudra le contester est susceptible d’être écoutée et surveillée ».

Le scandaleux hold-up du PS sur l’écosocialisme Jean-Luc Mélenchon, Corinne Morel Darleux, Martine Billard, Eric Coquerel, Mathieu Agostini Reporterre 2015/04/14 Jean-Luc Mélenchon, Corinne Morel Darleux, Martine Billard, Eric Coquerel, Mathieu Agostini (14 avril 2015) Le scandaleux hold-up du PS sur l’écosocialisme. Reporterre. Tribune — Politique fr

Le scandaleux hold-up du PS sur l’écosocialisme

N’hésitant devant aucune provocation, le PS - favorable à Notre-Dame-des-Landes, soutenant l’agriculture industrielle, exportateur d’EPR - essaye de s’approprier le concept d’écosocialisme. Les leaders du Parti de gauche réagissent avec indignation.

Dans éco-socialisme, il y a « éco » et « socialisme ». Quelle ne fut donc pas notre surprise de voir ce terme apparaitre dans la motion dite « mastodonte » du PS, soutenue par M. Cambadélis et ses amis. Car certes, si les jeunes socialistes utilisent ce terme depuis 2012, le parti du même nom s’applique lui à le détruire depuis la même date, celle de son arrivée au pouvoir.

Tout affairés à la préparation de leurs enjeux internes de Congrès et à la nécessité d’appâter quelques écologistes aventuriers, les solfériniens ont décidément oublié jusqu’au sens des mots. Car sinon comment diable MM. Cambadelis et Valls pourraient-ils se réclamer de l’écosocialisme ?

Ceux-là même qui au gouvernement mènent de manière systématique une politique de l’offre, prônent la croissance du PIB pour seule issue, exportent EPR et nucléaire, défendent le barrage de Sivens, l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes et la ligne à grande vitesse Lyon-Turin.

Ceux-là même qui ont tôt fait d’abandonner toute réforme fiscale une fois arrivés au pouvoir et ont remplacé la limitation des très hauts revenus par la soumission aux lobbies et à la finance.

Ceux-là même qui proclament à la FNSEA qu’ils feront assouplir la directive européenne sur les nitrates, qui criminalisent les lanceurs d’alerte, promeuvent l’agriculture industrielle synonyme de mal bouffe et de disparition de la paysannerie, offrent des milliards de crédit impôt compétitivité sans aucune contrepartie ni sociale ni environnementale !

La liste est longue, interminable, des renoncements de ces « socialistes » sur les plans social, environnemental et démocratique, les trois piliers de l’écosocialisme.

En somme, M. Cambadelis qui proclame avec force trémolos et revers de manche au « Grand rendez-vous » Europe 1/Le Monde/iTÉLÉ ne pas vouloir d’un PS « mélenchonisé » vient en réalité piocher au Parti de Gauche ses éléments de langage et ses mots-clés, de l’alliance populaire à l’écosocialisme.

En bon politicien cynique, expert de l’oxymore politique, le PS veut utiliser le mot sans y mettre le contenu de la politique, et tente de le dénaturer. Reconnaissant que le PS a perdu la bataille idéologique face à la droite, il essaie d’entraîner tout le monde dans leur chute en ajoutant à la confusion. C’est un nouveau coup bas, que nous ne pouvons laisser passer, tant il mettrait à mal la perspective d’un renouveau politique dans notre pays et ajouterait à la confusion dramatique qui détourne nos concitoyens des urnes.

Nous travaillons depuis des années, avec d’autres, à l’élaboration de ce projet et à sa mise en œuvre politique, dans la lignée des travaux menés avant nous depuis les années 70, du Club de Rome à la déclaration de Bélem. Nous avons relancé la construction de ce projet alternatif par des assises nationales en décembre 2012 et coordonné la rédaction collective du Manifeste pour l’écosocialisme en dix-huit thèses.

Celui-ci a été traduit en douze langues : grec, allemand, espagnol, japonais, italien, portugais, anglais, russe, polonais, néerlandais, turc et suédois.Il a été présenté en Espagne, au Maroc, en Algérie, Tunisie, Angleterre, Belgique, Portugal, Équateur, Italie, Hongrie, Turquie, Allemagne, Japon et Danemark, et fait l’objet de dizaines d’assises décentralisées à travers le pays depuis trois ans.

L’écosocialisme est un espoir neuf, désirable et possible, au potentiel considérable. Nous ne laisserons pas les caciques du PS le polluer de leurs renoncements. Nous ne les laisserons pas une fois de plus détruire une des seules alternatives politiques crédibles aujourd’hui. Qu’ils assument ce qu’ils sont désormais.

Il suffit d’avoir dévoyé la gauche et le socialisme. Il suffit que la droite s’apprête à s’accaparer la République en changeant le nom de l’UMP. Des écosocialistes il y en a sans doute encore, égarés au PS, mais une chose est sûre : le PS lui n’est pas écosocialiste. Alors n’ajoutons pas encore au malheur du monde en nommant mal les choses, comme le disait Albert Camus.

Messieurs Valls et Cambadelis, vous en avez suffisamment fait. Ne touchez pas aux belles idées. La politique que mène aujourd’hui le PS au gouvernement n’est ni écologiste, ni socialiste. Elle est tout l’inverse de l’écosocialisme. Choisissez les mots qui vont avec votre politique : austérité, libéralisme, oligarchie, et laissez-nous faire fleurir l’alternative en paix.

Pékin ferme ses centrales à charbon, pour retrouver un air respirable en... 2030 Elisabeth Schneiter (Reporterre) Reporterre 2015/04/14 Elisabeth Schneiter (Reporterre) (14 avril 2015) Pékin ferme ses centrales à charbon, pour retrouver un air respirable en... 2030. Reporterre. Monde fr

Pékin ferme ses centrales à charbon, pour retrouver un air respirable en... 2030

Face à l’extrême pollution de son air, la ville de Pékin a décidé de fermer la dernière de ses centrales à charbon. Les autorités ont annoncé qu’il faudrait au moins quinze ans pour que la capitale chinoise retrouve un air respirable.

L’air est devenu tellement irrespirable à Pékin, que les simples masques filtres ne suffisent plus. On croise de plus en plus souvent des gens portant des filtres à cartouche de purification, comme ceux des ouvriers du désamiantage. Les enfants jouent sous d’immenses dômes gonflables dans lesquels l’air est purifié et les architectes conçoivent des bâtiments où le retraitement de l’air est prévu.

La ville de Pékin, où une volonté d’action remplace peu à peu le déni, a pris les choses en main en 2012, notamment en introduisant des mesures qu’elle évitait de faire jusqu’alors.

Fermeture des centrales à charbon

Après avoir fermé, fin mars 2015, deux centrales électrique au charbon appartenant à Guohua Electric Power Corp. et Pékin Energy Investment Holding Co., la ville vient d’annoncer qu’elle fermera en 2016 la dernière de ses quatre grandes centrales au charbon, la centrale électrique de 845 mégawatts de China Huaneng Group Corp. Elle en avait déjà fermé une quatrième, détenue par China Datang Corp., en juillet 2014.

Ces installations seront remplacées par quatre centrales au gaz ayant la capacité de fournir 2,6 fois plus d’électricité que les centrales au charbon. L’introduction de ces quatre nouvelles centrales au gaz contribuera à réduire les émissions annuelles de 10 000 tonnes de dioxyde de soufre, 19 000 tonnes d’oxyde nitrique et 3000 tonnes de poussière.

La ville s’est engagée en 2013 à ramener sa consommation annuelle de charbon à moins de 10 millions de tonnes d’ici à 2017, soit une réduction de 13 millions de tonnes en quatre ans. Mais, si la situation devrait progressivement s’améliorer, une semaine après la fermeture des deux centrales à charbon, le niveau de pollution de l’air à Pékin restait dix fois supérieur aux normes de l’Organisation Mondiale de la Santé.

Virage énergétique

Ce virage énergétique s’inscrit dans le cadre de la politique chinoise contre la pollution de l’air qui tue prématurément un grand nombre de citadins. En 2013, Pékin avait introduit un système d’échange de quotas de carbone avec pour objectif de réduire le niveau de particules fines dans l’air de la ville.

Les autorités de Pékin ont aussi annoncé qu’il faudrait au moins quinze ans pour que la capitale chinoise retrouve un air respirable, et pour que le niveau de particules PM 2,5, les plus fines, celles qui pénètrent directement dans les poumons, puisse être considéré comme sans danger par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS).

Les PM 2,5, et leur mesure dans l’air de la capitale chinoise, ne sont apparues dans les lectures officielles de qualité de l’air en Chine… que début 2012 !

« Il faut absolument lire Reporterre », dit Natacha Polony Reporterre 2015/04/14 (14 avril 2015) « Il faut absolument lire Reporterre », dit Natacha Polony. Reporterre. fr

« Il faut absolument lire Reporterre », dit Natacha Polony

Dans sa revue de presse sur Europe 1, lundi 13 avril, Natacha Polony a parlé de notre numéro Un sur « Le maître caché de l’agriculture française ». Pour elle, c’est ... « un manuel d’information et donc de résistance ».

Bien vu. Merci.

A écouter à partir de la 5’00 :

- Europe 1, la revue de presse de Natacha Polony.

Au fait, vous aussi, découvrez notre numéro, manifestement destiné à devenir un collector

Grève à Ecocert, le PDG répond : « Je suis un militant du bio, avec des moyens » Marine Vlahovic (Reporterre) Reporterre 2015/04/15 Marine Vlahovic (Reporterre) (15 avril 2015) Grève à Ecocert, le PDG répond : « Je suis un militant du bio, avec des moyens ». Reporterre. Reportage — Économie fr

Grève à Ecocert, le PDG répond : « Je suis un militant du bio, avec des moyens »

Pendant la grève chez le principal organisme certificateur de l’agriculture bio, Ecocert, son PDG, William Vidal, a ouvert les portes de son bureau à Reporterre pour s’expliquer.

Actualisation : La grève s’est achevée le jeudi 16 avril à la satisfaction des grévistes

- L’Isle Jourdain (Gers), reportage

Dans le grand bâtiment de bois perché sur une colline de l’Isle Jourdain, quelques salariés non grévistes entrent et sortent des bureaux à pas feutrés. Seuls le bruit de l’aquarium et les appels de journalistes au standard viennent perturber le calme qui règne à l’accueil.

William Vidal, 62 ans dont 24 passés à la tête d’Ecocert, traverse ses locaux à vive allure et propose un café. « Bio ! » précise-t-il, un brin facétieux, avant de s’installer dans son bureau qui surplombe le piquet de grève des salariés en colère. Veste sur le dos et petite moustache rasée de près, il sort quelques notes afin de revenir point par point sur le « malentendu global » qui règne dans son entreprise.

"C’est une entreprise, mais on n’est pas perçu comme tel"

« Ecocert n’est pas une ONG, ni une association, c’est une entreprise mais le problème c’est que l’on n’est pas perçu comme tel », explique-t-il de prime abord. William Vidal qui a été pionnier du bio et militant de Nature et Progrès avant d’être le coordinateur de l’association à l’origine d’Ecocert, indique d’un mouvement de tête la fenêtre depuis laquelle il a une vue imprenable sur le piquet de grève : « Il y a un décalage de compréhension. Décalage qui est peut-être dû à notre communication. De toute façon quand on a des ’éléments’ de ce type, il faut toujours se remettre en cause ».

Eludant toute question au début de l’entretien, il choisit de tenir une mini-conférence de presse pour glisser en « préambule » une présentation d’Ecocert qu’il décrit comme « une entreprise de type familial ce qui permet d’avoir une vision un peu détendue, et de ne pas être sous pression comme une entreprise du CAC 40. Mais Ecocert est une entreprise qui se bat sur un marché et c’est une entreprise rentable ».

William Vidal a bien conscience du malaise que provoque cette alliance du bio et de la rentabilité d’une entreprise : « Il y a une dualité dans Ecocert, à l’extérieur, mais aussi à l’intérieur puisqu’actuellement on a un désaccord, et un mouvement social où on ne parle que d’argent. Il y a ungap(fossé, ndrl), et ce malentendu il faut le lever ».

Celui qui se décrit toujours comme un militant du bio « mais avec des moyens et ravi d’en avoir », poursuit la lecture de ses notes et déroule ses éléments de langage. Avant de passer à l’examen des revendications salariales des grévistes, il tient à s’exprimer sur le montage financier d’Ecocert S.A et sur la création de Sylvestris, une holding créée il y a huit ans, qui chapeaute la maison-mère Ecocert S.A et une trentaine de filiales en France et à l’étranger.

Lui et ses deux enfants sont les seuls gérants de Sylvestris qu’il décrit comme « un véhicule juridique familial » auquel il a eu recours pour une question de pérennité. « J’y ai mis tout ce que je possédais d’Ecocert parce que, si je venais à décéder, le groupe éclaterait pour payer des taxes », se justifie-t-il. « Le commissaire aux comptes a évalué mes apports d’action à 14 188 636 euros [14 millions d’euros]. Il s’agit de valeurs virtuelles. Il n’est pas question de comptes en Suisse ou de sociétés au Luxembourg, mais de consolider le groupe. »

Ce montage juridique qu’il décrit comme « classique, logique et simple », a pourtant suscité l’étonnement des employés d’Ecocert France. Lesquels ont découvert son existence à l’automne dernier : « C’est la vie de la société, il n’y avait pas de nouvel actionnaire, on n’était pas entré en bourse, peut-être aurait-on pu communiquer mais on ne l’a pas fait. Après coup, on peut dire qu’on aurait dû le faire. »

Ce défaut de communication ne participe-t-il pas au fossé que lui-même évoque ? « Peut-être. Je vois bien qu’il y a un problème », répond-il en désignant la fenêtre, « et ce problème est dû à un défaut de représentation, si on était d’accord, il n’y aurait pas de mouvement [social] ».

"Les rémunérations et le confort de travail sont corrects aujourd’hui"

Le « problème » concerne surtout les salaires, la principale revendication des grévistes. William Vidal est ferme : « Nous ne refusons pas de revaloriser les salaires : nous donnons tous les ans des augmentations conséquentes, en moyenne 12 % sur quatre ans ». La semaine dernière, la direction a proposé 3 % d’augmentation. Les grévistes demandent 7 à 8 %, soit 120 euros brut par mois. « Pourquoi le demander une année et pas les autres années ? Nous ne sommes pas d’accord. 7 % ça représenterait 300 000 euros et ce sont 300 000 euros qu’on ne réinvestira pas. »

Selon le PDG, les salariés d’Ecocert France, qu’il désigne comme ses « collègues », ne sont pas précis sur leur rémunération car ils touchent chaque année des primes d’intéressement et de participation. « Il ne faut pas dire qu’on a 1 600 euros par mois pour vivre, alors qu’on en a 2 000 et quelque », dit William Vidal. « Nous, on estime que leur rémunération et leur confort de travail sont corrects aujourd’hui au vu des contraintes de l’entreprise et par les temps qui courent. Bien sûr, c’est toujours perfectible et tous les ans ils ont des gains. Eux veulent aller plus vite. »

S’il glisse quelques éléments sur les montants inscrits sur les fiches de paie des délégués syndicaux, le PDG refuse d’indiquer le sien et ceux de la direction tout en déclarant que « les montants annoncés (de 10 000 à 30 000 euros) sont très au-dessus de la réalité. Je ne gagne pas 40 ni 20 fois leur salaire. »

Les salariés n’ont-ils pas réellement besoin de l’augmentation qu’ils revendiquent dans le contexte économique actuel ? William Vidal balaie la question d’un revers de main : « Qu’est-ce que ça veut dire ‘avoir besoin’ ? Il y a cinq millions de chômeurs aujourd’hui en France. Est-ce qu’ils se comparent à ces 5 millions de chômeurs ? Je ne regrette pas l’argent qu’ils ont, mais il y a une logique d’entreprise à respecter. »

« Nous devons gérer cette société au cordeau »

« Pour se battre sur ce marché, pour se développer, pour maîtriser la concurrence, nous devons gérer cette société au cordeau, nous sommes extrêmement rigoureux sur la gestion financière et humaine », débite William Vidal. Management d’une main de fer ? Le PDG temporise en expliquant que la rotation du personnel a été très faible ces trois dernières années avec un taux de 5 %.

Il minimise également les cas de harcèlement moral et les procès intentés aux prud’Hommes, qui se sont déroulés avant l’arrivée de sa nouvelle équipe de direction. D’ailleurs, martèle-t-il, Valérie Clech, la directrice des ressources humaines, n’a pas participé au plan de 820 suppressions d’emploi lorsqu’elle était chargée de formation chez Freescale, ayant quitté l’ancienne filiale de Motorola installée à Toulouse en 2009, et non en 2010, comme indiqué sur son profil linkedin.

« On fonctionne actuellement », assure William Vidal, pour qui l’impact aurait été plus fort si la grève avait eu lieu au mois de décembre. « Mais je déplore que la communication des grévistes impacte l’image de l’entreprise ». Le leader de la certification bio ne veut pas avoir mauvaise presse auprès de ses 25 000 clients. Ecocert contrôle à lui seul 64 % des « opérateurs » bio – c’est-à-dire les agriculteurs, transformateurs et commerçants de produits bio - en France et 15 % dans le monde.

« Je vis à la campagne avec un troupeau de 70 brebis »

Ecocert S.A est une entreprise qui se porte bien et qui compte encore aller mieux. Au plus fort de la vague du bio de masse elle a connu une croissance de 28 % (et non de 38 % comme indiqué par un gréviste). Aujourd’hui, ralentissement économique oblige, la croissance se situe aux alentours de 3 % pour un chiffre d’affaire de 40 millions d’euros en 2014. L’entreprise est endettée, tout comme Sylvestris.

« Nous sommes une PME », s’exclame William Vidal. Mais une PME qui s’agrandit au moyen de ses 27 filiales réparties dans le monde entier. Ecocert, leader mondial de la certification biologique est destinée à investir et faire du chiffre, et William Vidal ne s’en cache pas : « Je considère que pour changer le monde, il faut être une entreprise ’autrement’ mais assez insérée dans le tissu économique pour le faire bouger. »

Qui dit entreprise même « autrement », dit dividendes. C’est ce qui a choqué les salariés d’Ecocert France quand ils ont récemment découvert qu’en 2012, les actionnaires « physiques » d’Ecocert S.A avaient perçu 580 000 euros pour l’exercice de 2011.

Sur cette question, William Vidal affirme répondre en toute transparence, même s’il pense inutile d’en faire mention dans cet article. Il suggère de s’intéresser au cas de Bureau Veritas du baron Seillières (le principal concurrent d’Ecocert) : « Même si, de toute façon, vous ne le ferez pas ». [Mais si, c’est une excellent idée d’article, merci – NDLR].

Le PDG confirme donc le versement de 580 000 euros de dividendes et avoir reçu à titre personnel 179 000 euros en 2012 : « Une somme utilisée pour racheter les parts d’associés qui partaient et que j’ai investi dans Sylvestris, la holding. Je ne vis pas dans un yacht mais tout simplement à la campagne, avec un troupeau de 70 brebis », explique l’ancien agriculteur qui « ne pouvait pas rester au cul des vaches » et s’est donc reconverti en entrepreneur au « service de l’homme et de l’environnement ».

« Au-delà des revendications salariales, il y a un vrai problème aujourd’hui. Il y a de plus en plus de riches, de plus en plus de pauvres. Il faut faire quelque chose ». Peut-être augmenter les salaires des employés d’Ecocert France ? « Il y a des gens qui n’ont rien aujourd’hui, il y a des gens qui vivent avec trente euros par jour, ça fait relativiser. Et c’est un problème qui nous mène dans le mur au niveau global et au niveau sociétal », répond le PDG

Avant de prendre congé, William Vidal décline la proposition de se faire photographier par Reporterre, « parce que je ne suis pas photogénique et que ce n’est pas le moment ». Il promet de faire envoyer un portrait avant d’ajouter qu’il espère une issue prochaine à ce conflit en vue des concessions déjà accordées : 3 % d’augmentation de salaires, promesse de travailler sur les conditions d’évolution au sein de l’entreprise et refonte des coefficients : « La grève ne durera pas aussi longtemps qu’à Radio France », glisse-t-il en souriant.

La grève continue

Au pied du grand bâtiment de bois, le piquet de grève à la sauce camping suit son cours. La direction annonce un taux de grévistes de 45 % parmi les salariés d’Ecocert France. Faux, répondent-ils : « Nous sommes toujours autant si l’on compte les gens censés travailler ce lundi, hors congés et arrêts de travail. » Une équipée partie accrocher des banderoles « Ecocert en grève » sur la route rentre au bercail dans un concert de klaxons, elle est accueillie à renfort d’applaudissements et de rires.

Pourtant, le moral n’est pas au plus haut. Les grévistes devront se remettre à la table des négociations, au septième jour de grève. « C’est la guerre de l’usure, la direction fait tout pour nous démotiver », constate C. « Heureusement que les jeunes sont là pour nous stimuler. »

Un téléphone sonne : « C’est D. au bout du fil, il veut arrêter la grève ». Thomas Vacheron, le délégué CGT, s’empare du combiné pour tenter de convaincre son collègue de poursuivre le mouvement : « On a commencé ensemble, on finit ensemble, moi aussi j’ai eu envie de laisser tomber mais tant que les autres veulent poursuivre, je reste là, et puis il y a la caisse de grève pour ceux qui sont en galère ».

Sandrine, la secrétaire du comité d’entreprise, est elle aussi sur le pied de guerre. Elle veut faire valoir ses droits. Car elle ne se contentera pas des primes de participation et d’intéressement qu’elle perçoit chaque année. Des primes qui ont varié de 1 600 euros à 2 500 brut par an ces six dernières années :

« La direction a raison de préciser que nous avons des primes, mais elles sont variables. On demande une augmentation fixe qui ne soit pas soumise au chiffre de l’entreprise pour sortir de cette logique d’objectifs. Ces primes d’ailleurs, comme tant d’autres d’avantages sociaux, nous les avons obtenus par des grèves. »

La grève se poursuit pour le huitième jour consécutif. Mardi 14 avril, les négociations ont une nouvelle fois échoué, malgré une concession accordée par la direction (amélioration de la prime d’intéressement). Les dirigeants d’Ecocert refusent toutefois l’augmentation de 45 euros net par mols et la prime annuelle de 150 euros brut proposées par les grévistes. William Vidal a bon espoir de trouver une sortie de crise : "Il n’y a pas de blocage, les deux parties se rapprochent", explique-t-il.Une réunion entre les représentants syndicaux et la direction doit se tenir mercredi matin.

Ségolène Royal sabre le budget de lutte contre la pollution de l’air Barnabé Binctin et Lucas Mascarello (Reporterre) Reporterre 2015/04/15 Barnabé Binctin et Lucas Mascarello (Reporterre) (15 avril 2015) Ségolène Royal sabre le budget de lutte contre la pollution de l’air. Reporterre. Pollutions fr

Ségolène Royal sabre le budget de lutte contre la pollution de l’air

Après une série d’épisodes de forte pollution atmosphérique sur la région parisienne et le nord de la France, le gouvernement diminue de 15 % le budget d’Airparif, l’organisme de surveillance de la qualité de l’air.

Une belle décision de Ségolène Royal, la ministre de l’Ecologie : baisser le budget du principal outil de surveillance de l’air en région parisienne, Airparif. Mardi 14 avril, après plusieurs pics de pollution ces dernières semaines, le jour même où l’Assemblée nationale adoptait le projet de loi de santé, l’Etat a décidé d’abaisser sa subvention de 15% à Airparif pour l’année 2015, soit 240 000 euros en moins.

Airparif ? C’est l’association qui mesure et surveille la qualité de l’air atmosphérique en région parisienne – une association créée en 1979 et agréée par le ministère de l’Ecologie. Autrement dit, un des principaux outils dans l’enjeu de santé publique qu’est la lutte contre la pollution. Celle-ci est, rappelle Jean-Félix Bernard, le président d’Airparif, « première cause de mortalité environnementale dans le monde, et première préoccupation sanitaire des citoyens parisiens ».

Une décision « brutale » - « nous n’en avons été informés qu’il y a quelques jours » - et une coupe budgétaire qui « empêchent de moderniser l’outil, au moment où nous en avons sûrement le plus besoin », dit à Reporterre le président d’Airparif. « Il est surréaliste de réduire le financement alors qu’il y a au contraire de plus en plus de demandes d’informations sur la qualité de l’air, de relevés et de communication sur ces enjeux », juge de son côté Sébastien Vray, président de l’association Respire.

Avec cette baisse, l’Etat ne finance plus qu’à hauteur de 25 % le budget de l’association, aux côtés des collectivités (Île-de-France et Mairie de Paris) qui en assurent près de 30 %. Pour M. Bernard, c’est la pérennité même de la structure qui se trouve remise en cause : « Sur un budget de ce type, on peut gérer une diminution de 2 ou 3 %, pas 15 %. En tant qu’association, nous ne pouvons pas faire d’emprunt et le risque est grand que nous soyons déficitaire à la fin de l’année. A terme, les emplois et les salaires sont menacés ».

A moins que les entreprises ne se substituent à la défaillance de l’Etat ? « On nous a dit que les industriels compenseraient cela », glisse Jean-Félix Bernard, qui rappelle que le principe pollueur-payeur est à la base du financement de l’association. Problème ? « La loi dit que tout le monde doit contribuer, mais ne vise personne ».

L’unanimité de la classe politique contre Ségolène Royal

Tout au long de la journée, les déclarations publiques ont dénoncé la décision gouvernementale. « Je suis atterrée. La farce gouvernementale sur la pollution continue. A ce niveau, cela en devient criminel », dit Corinne Rufet, vice-présidente en charge de l’environnement – et donc de la qualité de l’air – du Conseil régional d’Ile-de-France.

Du côté d’Europe Ecologie Les Verts (EELV), un pro-gouvernement comme Denis Baupin a signé un communiqué de presse avec Cécile Duflot, qui mène la fronde contre le PS, afin de dénoncer « l’asphyxie d’Airparif » :

- Télécharger le communiqué de presse :

A la Mairie de Paris, les socialistes d’Anne Hidalgo comme l’UMP de Nathalie Kosciusko-Morizet ont manifesté ensemble leur désaccord. Droite et gauche, toutes tendances confondues, ont voté à l’unanimité un vœu présenté par les écologistes, lors de la session du Conseil de Paris mardi après-midi, un vœu qui demande à la Maire de saisir « la ministre de l’Environnement pour assurer le maintien initial de la dotation de l’Etat ».

De son côté, la secrétaire nationale d’EELV, Emmanuel Cosse, évoque dans un tweet un « non-sens écologique ».

Ségolène Royal est directement interpellée. « Il s’agit forcément d’un arbitrage de la ministre, à moins qu’elle nous explique qu’elle n’a même pas la main sur son propre budget », analyse Corinne Rufet.

"La politique ’pro-pollution’ de Mme Royal"

Mais impossible de connaître les motivations propres à cet arbitrage. Contacté directement, le cabinet de Mme Royal n’a pas donné suite à notre demande, tandis que tout au long de l’après-midi, le bureau de la mission Qualité de l’air au ministère de l’Ecologie restait injoignable. Seul le service de communication répondait au téléphone, pour nous informer que Mme Royal donnait deux conférences de presse sur… le gaspillage alimentaire et le départ de l’Hermione.

« C’est le cinquième acte de la politique ‘pro-pollution’ de Madame Royal, après le retrait de la taxe poids lourds, sa polémique sur les feux de cheminée, le refus de la circulation alternée et le report de l’application de la surveillance de la qualité de l’air dans les crèches », estime Sébastien Vray.

« C’est la preuve qu’elle n’en a définitivement rien à faire », assène Corinne Rufet, pour qui l’argument de l’austérité ne peut pas suffire : « Bien sûr que le budget du ministère de l’Ecologie a été diminué cette année, mais c’est le cas pour tous les budgets publics, et moi, cela fait quatre ans que je n’ai pas touché à cette subvention. C’est ce qu’on appelle un arbitrage ».

Jean-Félix Bernard y voit, lui, une « décision punitive, directement liée à son discours récurrent sur l’écologie punitive ». Madame Royal avait estimé il y a quelques jours que la mesure de circulation alternée, à laquelle elle s’était opposée bien seule, relevait de « l’écologie punitive ».

« Avec son écologie, c’est elle qui nous punit tous », répond Corinne Rufet, qui en appelle aux plus hautes autorités de l’Etat pour sortir de l’absurdité : « C’est elle la dogmatique, dans cette histoire, en traitant ce dossier avec un logiciel des années 1970. Le problème, c’est que ni le ministre de la Santé, ni le premier ministre, ni le président de la République n’ont pour l’heure remis les pendules à l’heure sur cette question ».

Aux Etats-Unis, Obama bafoue la liberté d’information Charles-Maxence Layet Reporterre 2015/04/15 Charles-Maxence Layet (15 avril 2015) Aux Etats-Unis, Obama bafoue la liberté d’information. Reporterre. Tribune — Monde fr

Aux Etats-Unis, Obama bafoue la liberté d’information

Le droit d’accès aux informations est délibérément et systématiquement compromis aux Etats-Unis : 39 % des requêtes au nom du « Freedom Of Information » Act (FOIA) ont été rejetées ou censurées en 2014 révèle une étude de l’agence Associated Press.

La maison Obama a établi un nouveau record dans la restriction d’accès aux données administratives ! L’étude publiée le 18 mars par Associated Press, constate qu’au cours des six dernières années, le temps de traitement « dans les plus brefs délais » des requêtes acceptées est tombé à près de 12 %, contre 50 % auparavant.

Le temps de réponse « moyen » s’étend de un jour à deux ans et demi. En 2014, plus de la moitié des agences fédérales étatsuniennes ont mis plus de temps à répondre aux demandes d’accès aux informations qu’en 2013.

Dans un cas sur trois, l’administration fédérale reconnait elle-même que les censures ou restrictions d’accès appliquées étaient abusives, outrepassant le cadre légal en vigueur. Un aveu clair de non-respect de la loi, mais formulé après coup, dans le cadre de procédures de contestation initiées par ceux qui ont vu leur demande rejetées. 28 Millions $ d’honoraires ont été par ailleurs versés par le gouvernement à des cabinets d’avocats afin de préserver la confidentialité des données.

39 % des demandes partiellement ou totalement censurées

Précisément, parmi les 714 231 demandes déposées en 2014 auprès d’une centaine d’agences fédérales, le gouvernement a répondu à 647 142 d’entre elles. L’argument de restriction d’accès aux informations au nom de la « sécurité nationale », de « violation de la vie privée et des données personnelles », ou encore de « secret des affaires », a été invoqué 554 969 fois, un record. 250 581 demandes, soit 39 %, ont fait l’objet d’une censure totale ou partielle.

Et en 215 584 autres occasions, les services administratifs ont répondu qu’ils ne retrouvaient pas les documents, ou ont refusé de faire des copies. Ou enfin estimé la demande comme inappropriée.

En 2014 également, 200 000 demandes sont restées sans réponse (une hausse de 50 %), tandis les effectifs des fonctionnaires traitant les requêtes faites au nom du FOIA ont été réduits de 9 %. Un minimum jamais atteint.

Le Freedom of Information Act, la « loi pour la liberté de l’information », a été voté en 1966 dans le contexte de la guerre du Viet-Nam. Fondée sur le principe de la liberté d’information, elle oblige les agences fédérales à transmettre leurs documents, à quiconque en fait la demande, quelle que soit sa nationalité, rappelle Wikipedia.

Le FOIA est considéré par l’ensemble des acteurs des libertés publiques, tous pays confondus, comme un exemple de référence dans l’accès et la transparence de l’information. L’exercice du FOIA s’est révélé aux Etats-Unis un outil d’investigation essentiel du « contre-pouvoir » de la société civile, permettant par le passé de rendre public des documents établissant les agissements « peu scrupuleux » de certaines agences fédérales.

Contrôler et restreindre l’accès à l’information

Obama, malgré ses promesses de campagne de garantir « la plus grande transparence », a tout bonnement réalisé exactement l’inverse. L’obsession de traquer Assange puis Snowden, d’entraver l’accès aux données publiques, l’annonce récente de vouloir dispenser l’administration fédérale de justifier d’un motif en cas de non-réponse à une demande FOIA, témoigne d’une politique cohérente et délibérée de contrôler et restreindre l’accès à l’information.

Pour cacher quoi ? « La guerre, c’est la paix. La liberté c’est l’esclavage. L’ignorance c’est la force », écrit Orwell dans 1984, son roman d’anticipation totalitaire marqué par l’emploi officiel de la « novlangue ». Une subtile entreprise de domestication des masses par le contrôle total de l’information, du langage et des médias.

Nous voici, trente ans après le temps de ce régime dystopique, en droit d’ajouter un nouvel axiome à la vision décrite par orwell : « La transparence, c’est la censure ». Ceci n’est pas une fiction.

Il n’y aura pas mille vaches à la ferme-usine des Mille vaches Barnabé Binctin (Reporterre) Reporterre 2015/04/16 Barnabé Binctin (Reporterre) (16 avril 2015) Il n’y aura pas mille vaches à la ferme-usine des Mille vaches. Reporterre. Agriculture fr

Il n’y aura pas mille vaches à la ferme-usine des Mille vaches

Comptant aujourd’hui moins de cinq cent vaches, la ferme-usine des Mille vaches devait monter rapidement en effectif. Mais, comme le révèle Reporterre, le ministre de l’Agriculture a finalement décidé qu’une enquête publique était nécessaire avant toute extension.

Comme l’a confirmé mercredi soir 15 avril le cabinet du ministre de l’Agriculture à Reporterre, Stéphane Le Foll a décidé qu’une enquête publique s’imposait avant toute augmentation du nombre de bovins installés dans la ferme-usine des Mille vaches, dans la Somme. Un acte perçu comme une victoire par les opposants à ce projet de ferme industrielle.

Une confirmation de plusieurs propos qui nous avaient été rapportés depuis quelques jours, mais qui restaient encore au conditionnel. « Je suis favorable à une enquête publique et je l’ai dit à la préfète ». C’est ce que Stéphane Le Foll avait dit, mardi, auprès de Barbara Pompili, la député EELV de la Somme. Il avait dit de même à la Confédération Paysanne, lors de l’événement du Marché Paysan, à Paris, samedi 11 avril.

Joint dans l’après-midi, les services de communication de la préfecture se faisaient un devoir de prudence « tant que nous n’avons pas de communiqué officiel du ministère de l’Agriculture », confirmant que « le dossier pourrait évoluer rapidement » : ce dossier est « actuellement en instruction par les services compétents de la préfecture pour savoir si l’économie générale du projet est remise en cause et nécessite, auquel cas, une enquête publique ».

Vers une enquête publique sur la demande d’agrandissement

L’enjeu ? La possibilité pour la ferme-usine des Mille Vaches d’agrandir son cheptel jusqu’à 880 vaches. Aujourd’hui, l’autorisation d’exploiter vaut pour 500 vaches maximum – mais l’on ne sait exactement combien de vaches y sont réellement exploitées (485 ?), un manque de transparence dénoncé par les opposants locaux au projet.

Le 23 mars dernier, le porteur du projet, Michel Ramery, a déposé une demande d’autorisation d’exploiter pour un cheptel réévalué à 880 vaches, comme le projet initial, conçu pour accueillir mille vaches, le laissait présager.

Or, la position du ministère de l’agriculture sur cette question avait été clairement exposée en septembre 2014, quelques jours après le blocus : « De 500 à 899 vaches : il appartiendra à la préfecture d’évaluer le caractère substantiel des modifications envisagées au regard notamment des impacts environnementaux et sanitaires, et d’évaluer sur ces bases la nécessité d’une nouvelle enquête publique ; au-delà de 900 vaches, la procédure d’enquête publique sera obligatoire avant toute décision » (info ici).

En fixant son nombre à 880, Michel Ramery espérait donc éviter le passage par une nouvelle enquête publique et s’agrandir le plus rapidement possible, avant le jugement du recours en référé qui avait été déposé et qui doit juger sur le fond du permis de construire ainsi que de la demande d’autorisation initiale.

Avec cette prise de position politique lourde de sens, Stéphane Le Foll remet-il en cause le fondement du projet de la ferme-usine ? Le ministre de l’Agriculture a, par le passé, plusieurs fois pris des positions ambigües sur ce projet.

En décidant la tenue d’une enquête publique, il ouvre la voie à un large débat sur la ferme-usine : « Avec la médiatisation dont fait l’objet la ferme-usine des Mille vaches, il sera difficile pour les services administratifs de continuer à ignorer la mobilisation citoyenne qui s’y oppose », dit-on à la Confédération Paysanne.

En tout cas, ce nouvel épisode donne un fort coup de frein au projet de la ferme industrielle.

Le grand prix du n’importe quoi : des lingettes pour nettoyer les fruits et légumes Clara Griot (Reporterre) Reporterre 2015/04/16 Clara Griot (Reporterre) (16 avril 2015) Le grand prix du n’importe quoi : des lingettes pour nettoyer les fruits et légumes. Reporterre. Quotidien fr

Le grand prix du n’importe quoi : des lingettes pour nettoyer les fruits et légumes

Depuis octobre 2014, la société Vegan Eden commercialise des lingettes qui débarrassent pommes, pêches et autres carottes de leurs impuretés. C’est beau comme un cautère sur une jambe de bois. Et ça fait des déchets en plus. Si on produisait des aliments sans pesticides plutôt que d’avoir à les nettoyer ?

Vous craignez de manger des aliments couverts de saletés ? Les fruits et légumes étant manipulés entre la production et la consommation (transports, manutention, exposition sur les étals en milieu urbain etc.), et des traces de pesticides pouvant aussi s’y trouver, il convient de les éplucher, sacrifiant, du même coup d’économe, la majeure partie des vitamines et minéraux concentrés dans leur peau.

La solution ? Des lingettes pour nettoyer vos fruits et légumes. Ou plutôt, pour restituer « aux fruits et légumes leur pureté originelle », selon les étiquettes des produits de Vegan Eden, dans un vocabulaire quasi-biblique.

Depuis octobre 2014, cette société française commercialise une solution nettoyante à base d’eau purifiée, d’extraits d’agrumes, de gomme végétale et de vinaigre. Vendu en lingettes ou en bouteilles de 400 ml, le produit peut être utilisé pour nettoyer ses fruits et légumes dans l’intimité de la cuisine familiale, en balade, et même en voyage d’affaires, pour épater ses collègues. Et quand on l’a utilisé, eh bien... on le jette, ainsi que l’emballage ou la bouteille.

Made in France, avec le drapeau

Grâce à Vegan Eden, on apprend donc que l’eau n’est pas suffisante pour se protéger. Il existe « des risques de contaminations aléatoires » dus à des produits « exposés à la vente le plus souvent sans emballage », indique le site de la société. « Il faut savoir que l’eau ne suffit pas pour nettoyer les fruits. C’est comme quand on se lave les mains, il faut du savon pour que ce soit efficace », nous explique Christelle Chavignaud, gérante des relations presse. On se serait donc trompé, pendant des siècles, en nettoyant nos fruits à l’eau. Les médecins diagnostiqueront-ils bientôt des maladies causées par le non-nettoyage d’une pomme ? Heureusement, l’innovation est là !

Emballages et lingettes biodégradables ne nécessitent pas de rinçage. Il suffit de prendre son légume et de frotter un peu pour obtenir un aliment propre et sain, sans gâcher la moindre goutte d’eau. Le tout est fièrement estampillé « Made in France », drapeau à l’appui, la solution étant produite à Angerville, petite commune de quatre mille habitants au sud de l’Essonne.

Elle est belle, l’innovation française qui nous propose de rajouter des produits sur des fruits et légumes qui en sont déjà couverts ! Vegan Eden veut bien faire, avec sa production locale et son choix du biodégradable. Mais sa solution nettoyante s’adresse plus aux hypocondriaques, tétanisés par la moindre bactérie, qu’aux consommateurs ordinaires, même les plus écolos.

Et si la solution pour manger des fruits sains n’était pas de produire des aliments sans pesticides, au lieu de les nettoyer ? À méditer.

Mais non, la croissance ne revient pas ! Pierre Larrouturou Reporterre 2015/04/16 Pierre Larrouturou (16 avril 2015) Mais non, la croissance ne revient pas !. Reporterre. Économie fr

Mais non, la croissance ne revient pas !

Pour en finir avec le mythe de la croissance et élaborer une économie répondant à la crise économique, sociale et environnementale, il faut extirper les idées fausses qu’ont installées trente ans de dérégulation et de bourrage de crâne néolibéral.

« La difficulté n’est pas de comprendre les idées nouvelles mais d’extirper les idées anciennes qui ont poussé leurs ramifications dans tous les recoins de l’esprit des personnes ayant reçu la même formation que la plupart d’entre nous. »

En quittant les studios de la Chaine parlementaire mercredi dernier, je me disais que Keynes avait vu juste et que c’était là un combat fondamental à mener sans délai. Le 8 avril au matin, Manuel Valls, entouré de sept ministres, annonçait des mesures pour « relancer l’investissement et la croissance ». La chaine LCP Assemblée m’avait invité pour débattre en fin d’après-midi de ce énième plan de relance...

Un mythe à la peau dure

Passons sur le pseudo-débat entre un député « représentant l’aile droite du PS » (sic !) et une députée UMP qui s’opposaient d’autant plus violemment dans la forme que rien ne les séparait vraiment sur le fond. Cet échange-là n’avait guère d’intérêt.

Ce qui m’a intéressé, ce sont les réactions d’une journaliste présente elle aussi sur le plateau. Directrice d’un grand hebdomadaire, elle représente sans doute aux yeux de certains « la pensée dominante ». Pendant une bonne partie de l’émission, elle défendait le plan Valls (en rappelant qu’elle était peu suspecte de complaisance à son égard) car elle pensait qu’il allait permettre de renforcer la croissance.

Je lui répondais que cela fait trente-cinq ans que, à chaque petite vague de croissance, à chaque baisse du coût de l’énergie, on nous explique que la crise est finie : « Tous les indicateurs passent au vert », affirmait le regretté Pierre Mauroy en 1982. « La crise est finie », écrivaient les amis de Michel Rocard en 1990. « La croissance revient », jubilait - déjà - Manuel Valls, conseiller de Lionel Jospin en 2000.

Mais, à chaque fois, ce sursaut de croissance est une vaguelette plus faible et plus courte que la précédente. Sur le temps long, personne ne peut croire au retour de la croissance. L’évolution sur les cinquante dernières années est indiscutable (cf. graphe ci-dessous). Et le constat est le même dans tous les pays industrialisés

Le Japon n’a que 0,7 % de croissance en moyenne depuis vingt ans. Malgré des plans de relance pharaoniques (déficit moyen de 6,6 % PIB depuis vingt ans qui conduit à une dette publique de 250 % PIB !), malgré une politique de recherche très ambitieuse, malgré une politique monétaire très agressive (des taux d’intérêt à 0 % pour booster l’investissement), le Japon n’a même pas 1 % de croissance en moyenne depuis que sa bulle a éclaté.

Visiblement cette courbe et ces chiffres intéressaient notre journaliste mais ne suffisaient pas à la convaincre qu’il fallait, une fois pour toutes, en finir avec le mythe de la croissance et construire un nouveau modèle de développement, capable de répondre à la crise économique, sociale et environnementale que nous subissons.

C’est après la fin de l’émission, quand nous quittions l’Assemblée, que j’ai réussi à « accrocher » vraiment son intérêt : je lui ai expliqué que, aux Etats-Unis, depuis 2008, la Banque centrale a créé 3.500 milliards $ pour favoriser la croissance. Mais les chiffres publiés début avril montrent que les USA ne sont pas sortis de la crise. Au contraire !

Certes les chiffres du chômage sont bons mais c’est une illusion d’optique car, tous les mois, 300.000 personnes sortent des statistiques pour rejoindre la foule des chômeurs découragés. Ce qui mesure le mieux cette réalité, c’est le taux d’activité, soit le taux d’adultes actifs dans la population, et ce taux s’effondre : 62,7 % seulement des adultes sont actifs. Un effondrement jamais vu dans l’histoire du pays !

Quand je lui ai montré cette courbe sur mon téléphone portable, son visage s’est figé. Elle a marqué une seconde de silence puis m’a dit « OK. Tout ce qu’on fait, c’est un cautère sur une jambe de bois ! » Elle m’a demandé de lui envoyer la courbe et m’a proposé qu’on se revoie bientôt pour continuer la discussion.

Bataille culturelle

Je ne prétends pas, en quelques minutes, avoir changé le « logiciel » de cette dame. Mais je pense que, en toute bonne foi, elle était convaincue, comme beaucoup, de la réussite du modèle américain et qu’il a suffi d’une courbe, d’un chiffre percutant, pour mettre à bas un bon paquet de certitudes et rendre enfin possible un débat sur une alternative.

Keynes avait raison : « La difficulté n’est pas de comprendre les idées nouvelles mais d’extirper les idées anciennes qui ont poussé leurs ramifications dans tous les recoins de l’esprit des personnes ayant reçu la même formation que la plupart d’entre nous. »

Si nous voulons qu’une majorité de nos concitoyens adhère un jour au projet de transition ou de métamorphose que nous portons les uns et les autres, il faut d’abord extirper les idées fausses qu’ont installées dans leurs têtes trente ans de dérégulation et de bourrage de crâne néolibéral.

Si Thatcher et Reagan sont parvenus à transformer aussi profondément et aussi rapidement nos sociétés, c’est parce que, avant même de gagner la bataille électorale, ils avaient gagné une bataille culturelle.

Si nous voulons bientôt remettre à l’endroit ce que trente ans de révolution néolibérale ont mis sens-dessus-dessous, il faut dès aujourd’hui provoquer une contre révolution. Il faut sans attendre lancer une grande bataille culturelle pour extirper les idées fausses qui ont poussé leurs ramifications dans tous les recoins de l’esprit de nos contemporains.

Une action en justice est enclenchée contre la pollution atmosphérique Lucas Mascarello (Reporterre) Reporterre 2015/04/16 Lucas Mascarello (Reporterre) (16 avril 2015) Une action en justice est enclenchée contre la pollution atmosphérique. Reporterre. Pollutions fr

Une action en justice est enclenchée contre la pollution atmosphérique

Face aux taux inquiétants de pollution de l’air, l’association Écologie sans frontière compte déposer une plainte contre X. Une plainte pour les mêmes motifs avait été déposée en mars de l’an dernier, mais très vite enterrée. L’association réitère son action en espérant relancer le débat sur la pollution atmosphérique.

Contre la pollution de l’air, Écologie sans frontière compte déposer une plainte contre X en fin de semaine. L’association a rendez-vous jeudi avec son avocat, maître Lafforgue, pour formaliser la plainte avant de la déposer dès le lendemain.

L’histoire se répète donc, car cette procédure fait suite à une plainte pour les mêmes motifs déposée en mars dernier. Franck Laval, président d’Écologie sans frontière se souvient : « Aucun industriel, aucun pétrolier, aucun représentant de l’État, aucun préfet n’avait été auditionné... c’est un peu bizarre. En réalité, je pense que la plainte de l’année dernière était vouée à être enterrée ». Peut-être enterrée, mais pas tout à fait morte !

Relancer le débat

L’association compte relancer le débat de la pollution en réitérant son action. Mais cette fois, la plainte sera émise avec constitution de partie civile, ce qui entrainera la nomination d’un juge. « Ça peut prendre du temps, mais il y a plus de chance que la plainte aboutisse. L’année dernière, il y avait une très forte pression, mais là c’est encore plus fort. Il y a des rapports scientifiques qui sont de plus en plus précis. Et puis, il y a l’affaire du coût de la pollution qui se greffe là-dessus avec la commission d’enquête parlementaire », estime Franck Laval.

En réalité, c’est la troisième plainte déposée par Écologie sans frontière : une autre avait été déposée, cette fois devant le tribunal administratif, le 7 février, contre le décret de Ségolène Royal qui annule l’interdiction des feux de cheminée. La ministre de l’Écologie avait désavoué son préfet en annulant l’interdiction, au grand désarroi des associations écologistes. Et c’est justement Airparif, par ses relevés, qui avait alerté Écologie sans frontière sur le degré de pollution aux particules fines émise par les feux de cheminée.

Franck Laval explique qu’« Airparif a donné des chiffres assez inquiétants auxquels on ne s’attendait pas et qui ont surpris l’opinion. Et Ségolène Royal a surfé sur cette opinion là en brandissant son éternel »non à l’écologie punitive« pour disqualifier son préfet. On espère l’annulation de son décret, ce qui serait quand même juridiquement assez rare ».

Radio VL : une émission radio sur le traitement médiatique des projets contestés, de Notre-Dame-des-Landes au barrage de Sivens Radio VL Reporterre 2015/04/17 Radio VL (17 avril 2015) Radio VL : une émission radio sur le traitement médiatique des projets contestés, de Notre-Dame-des-Landes au barrage de Sivens. Reporterre. Grands projets inutiles fr

Radio VL : une émission radio sur le traitement médiatique des projets contestés, de Notre-Dame-des-Landes au barrage de Sivens

Clément Mabi analyse le traitement médiatique autour de Notre-Dame-des-Landes et du barrage de Sivens. Nous décryptons dans l’émission la cause de ces deux grands conflits écologiques du quinquennat de François Hollande. Nous revenons sur la représentation des “zadistes” par les médias ainsi que sur la mort tragique de Rémi Fraisse et le changement de communication de l’État Français suite à ce drame. Enfin, nous nous nous interrogeons sur l’importance du débat public.

- Ecouter l’émission

Clément Mabi est post-doctorant au GIS Démocratie ( Groupement d’Intérêt Scientifique “participation du public, décision,démocratie participative”) il a soutenu sa thèse, intitulée Le débat CNDP et ses publics à l’épreuve du numérique. Entre espoirs d’inclusion et contournement de la critique sociale, en octobre 2014 et est lauréat du prix Guy Denièlou 2015.

Voir son article sur le site Reporterre “Les grands projets inutiles, signes d’une démocratie malade“

Sous la pression, les banques françaises se désinvestissent du charbon Nicolas de La Casinière (Reporterre) Reporterre 2015/04/17 Nicolas de La Casinière (Reporterre) (17 avril 2015) Sous la pression, les banques françaises se désinvestissent du charbon. Reporterre. Enquête — Économie fr

Sous la pression, les banques françaises se désinvestissent du charbon

Sous la pression et pour préserver leur image, BNP Paribas, Crédit Agricole et Société Générale se retirent d’un méga projet charbonnier en Australie. Un signe de plus que la campagne pour le désinvestissement des énergies fossiles porte ses fruits.

Ça valait le coup de louer deux camions bennes et de déverser 1,8 tonne de charbon devant le siège régional de la Société générale à Bayonne, avec des banderoles « fossoyeur du climat ». L’action a eu lieu le 2 juin dernier à l’initiative de l’association basque Bizi ! dans le cadre d’une campagne menée avec Les Amis de la Terre et Attac qui ont appelé les clients à déserter la banque. Pétitions, interventions publiques, appels à boycott ont complété l’offensive.

Quinze jours plus tôt, ces militants, assistés par des écolos australiens qui avaient fait le déplacement, avaient semé la honte dans la solennelle assemblée générale de la banque, qui a finalement jeté l’éponge début décembre 2014, se retirant du projet Alpha Coal avec GVK-Hancock, prétextant « le contexte du retard du projet ».

Sentant le vent tourner, BNP Paribas et Crédit Agricole ont aussi plié. Le 8 avril, elles ont confirmé, avec la Société générale, qu’elles ne financeraient plus de projets charbonniers dans cette région australienne.

Le charbon n’a jamais été très glamour. Mais ces derniers temps il devient infréquentable. Même perdu en plein bush australien. Ces trois banques françaises font donc machine arrière dans leurs appuis financiers à deux projets géants d’extraction charbonnière en Australie, dans le bassin de Galilée, État de Queensland. Une région considérée comme l’un des plus grands bassins houillers dans le monde aujourd’hui. Le marché envisagé est celui des centrales thermiques de l’Inde, dont le gouvernement est autant impliqué que les compagnies minières associées à ces sociétés australiennes.

Les trois banques françaises abandonnent le projet phare de ce complexe, l’Alpha Project. Dans leurs lettres de réponses publiées par le site des Amis de la terre, Crédit agricole annonce renoncer en relevant « le nombre et l’ampleur des enjeux liés au projet » ,écrit Stanislas Pottier directeur développement durable du groupe. BNP Paribas « prend bonne note des remarques et analyses » des Amis de la terre et « n’envisage pas d’être impliqué dans le financement du développement des projets du Bassin Galilée et des infrastructures reliées ».

Les trois grandes banques françaises aiment bien les projets charbon. Selon Les Amis de la Terre elles comptent toutes les trois « parmi les 25 premiers financeurs du secteur du charbon au niveau international et la BNP Paribas et la Société Générale sont même les 4e et 6e banques à financer les mines de charbon en Australie ». Ces trois enseignes bancaires représentent « 94 % des 30 milliards d’euros de financements français au secteur du charbon entre 2005 et avril 2014 ».

D’autres banques se sont déjà retirées de projets de terminaux charbonniers au port d’Abbot Point, débouché prévu du minerai extrait d’Alpha Coal : Deutsche Bank, HSBC, Royal Bank of Scotland, JPMorgan Chase, Barclays, Citi, Morgan Stanley et Goldman Sachs.

Le désengagement gagne du terrain

Le contexte international n’y est pas pour rien. Diverses banques et fonds d’investissement ont annoncé leur revirement suite aux campagnes de désinvestissement des énergies fossiles relayées par des ONG, des associations locales et les propres sociétaires de ces établissements financiers.

Derniers exemples en date depuis début 2015 : le fonds de pension d’État norvégien SPU, réputé « le plus riche du monde », s’est désengagé de vingt-deux entreprises dans les secteurs du charbon, des sables bitumineux, du ciment, pour un montant de 7 millions de dollars. Six fonds de pension danois étudient ce désengagement et votent en ce mois d’avril sur une « sortie du charbon » d’ici 2018. Le fonds danois PFA a déjà blacklisté les investissements dans les sables bitumineux.

Le fonds de pension des fonctionnaires néerlandais ABP est bousculé par une pétition signée par plus de 10 000 personnes dont beaucoup de ses propres membres, réclamant de sortir des énergies fossiles. Début mars, la Banque d’Angleterre a mis en garde sur le risque financier qui pèse sur les assurances détenant trop d’actions de compagnies pétrolières, sonnant l’alerte sur le poids du changement climatique sur les portefeuilles des fonds de pension. Des collectivités, Londres, Paris, Oslo, annoncent leur retrait de leurs fonds de pension des économies des énergies fossiles.

Après un an de mobilisation étudiante, l’université de Glasgow a été la première en Europe à décider, le 8 octobre dernier, de détourner 18 millions de livres (24,7 millions d’euros) de son fonds de dotation investis dans les énergies fossiles et de geler tout futur lien financier dans le secteur. L’université d’Oxford se tâte. Mais partout cette préoccupation de la responsabilité des placements et actifs est prise au sérieux.

Pour les banques françaises, les enjeux d’image de marque ont ajouté de la pression à quelques mois de la tenue de la COP21 à Paris en décembre 2015. « C’est la première fois que les banques s’engagent à ne pas financer les projets de toute une région en raison de leurs impacts environnementaux et climatiques, note Lucie Pinson, coordinatrice de la campagne aux Amis de la Terre France. Mais la bataille pour le climat ne s’arrête pas là et leurs engagements sont loin de suffire à inverser la hausse de 218 % des financements des banques françaises au secteur du charbon entre 2005 et 2013. Il faut continuer à faire pression sur elles ».

AVEC LES PRINCIPES DE L’ÉQUATEUR, LES BANQUES TENTENT DE SE DONNER UNE BONNE IMAGE

Depuis quelques années, les grandes banques se soumettent à une évaluation dite des Principes de l’Équateur, lancée en juin 2003, et qui prend en compte le respect de l’environnement, des droits sociaux et humains. Cette adhésion volontaire n’engage en fait aucune obligation et n’est donc pas opposable devant une instance. Le bilan des engagements est, en principe, publié tous les ans par les banques.

Ce référentiel de « management des risques environnementaux et sociaux » évalue les impacts des projets qu’elles soutiennent, et dont le coût total en capital dépasse dix millions de dollars US. Trois catégories, A, B, et C, sont attribuées aux projets financés, souvent dans les pays du Sud.

Le classement A épingle les projets dont l’impact social et environnemental est le plus néfaste, comportant par exemple des déplacements forcés de population, des dégradations d’importants sites du patrimoine naturel. Ces critères sont directement inspirés des principes utilisés par la SFI, Société financière internationale, filiale de la Banque mondiale soutenant des initiatives privées de développement.

Projets noirs mais anonymes

Certaines banques ont créé un jargon valorisant leur démarche, comme la Société générale qui parle de « finance à impact positif » même si les constats sont parfois nettement négatifs : sur 51 projets analysés en 2013 par la cabinet Ernst & Young, 22 étaient classés catégorie A, avec ce commentaire langue de bois : « Ses filiales ou succursales contribuent activement à l’économie dans leurs pays respectifs, assument pleinement leurs responsabilités sociales et environnementales, et engagent des initiatives porteuses de progrès pour les communautés et pour l’économie locale. La banque, par ailleurs, fournit des emplois, soutient la création, met en œuvre des actions vis-à-vis des clients "fragiles", accompagne le développement des entreprises, et des collectivités territoriales. »

Le site internet vante « Loyautés des pratiques et transparence financière » à pleines pages, expose largement ses principes, code de conduite, « actions proactives », « postures responsables gagnant gagnant », mais ne livre aucun détail identifiant les projets classés A que la banque soutient, ni les montants financiers investis. Rien non plus dans les 134 pages du rapport RSE 2014 publié par la Société générale.

Juste une ligne, « nombre de dossiers de financement “principes de l’équateur” catégorisés A » et un chiffre : 22. Le discours introductif du PDG Frédéric Oudéa décline les notions de banque de référence et de confiance pour ses clients, met en avant le « capital humain », parle de l’impact direct des achats et consommation dans ses bureaux, mais ne contient pas un mot sur les effets induits de ses investissements dans les pays du sud.

Transparence zéro

De même, la BNP expose à longueur de pages la méthodologie et les belles valeurs de la démarche, mais ne divulgue aucun résultat tangible qui montrerait tant la réalité de ses efforts de transparence que la teneur et l’ampleur de ses objectifs d’une année sur l’autre. Le rapport 2013 n’est disponible qu’en anglais et hormis le chiffre, trois projets catégorie A sur seulement 21 examinés, on devine en croisant des camemberts peu explicites qu’il doit s’agir de dossiers dans la métallurgie, la pétrochimie et le secteur minier.

Le projet charbonnier du Bassin Galilée dans le Queensland compris ? Qui demande au service presse de la BNP de quels projets il s’agit, et de quel montant sont les investissements, s’expose à une réponse laconique : « Je ne peux pas vous donner de précision sur ces projets mais le projet australien n’en fait pas partie. »

Le Crédit agricole, la soi-disant « banque verte » qui s’affirme « pionnier des principes Equateur » publie d’illisibles camemberts ne permettant même pas de mesurer les projets non avouables.

Et un chiffre : 2 projets A sur 47 soutenus par le banque pour l’exercice 2013, et une mention lénifiante : « Ces projets ont fait l’objet d’une diligence environnementale sur la base de leur classement avec une attention toute particulière pour les projets classés A qui sont suivis spécifiquement ». Mais quoi, où, combien ? Mystère et boule de coke.

ALPHA COAL : LE MONSTRUEUX PROJET AUSTRALIEN DU BASSIN GALILÉE

Les trois banques françaises qui ont annoncé leur retrait étaient impliquées dans un ensemble de neuf projets gigantesques qui triplerait pour l’Australie l’émission des gaz à effet de serre. S’il était mené à terme, ce complexe deviendrait la septième source de carbone dans le monde, exportant 330 millions de tonnes de charbon par an, 70 % de plus que l’actuelle émission de gaz à effet de serre australien. Les trois principaux opérateurs, Waratah, Adani et GVK Hancock, annoncent 200 millions de tonnes à eux trois.

L’appui des structures gouvernementales, australiennes et indiennes, est acquis à ce méga complexe minier ainsi qu’à la construction des 500 kilomètres de voies ferrées jusqu’au port d’Abbot Point sur la Grande Barrière de corail, qui envisage la création d’énormes terminaux charbonniers. Dix millions de dollars australiens ont été débloqués par le gouvernement de Queensland pour aider la compagnie indienne Adani à construire une voie ferrée entre les mines et le port d’exportation d’Abbot Point sur la côte nord-est australienne.

Ce mega complexe, les voies ferrées et le port présentent plusieurs menaces pour l’environnement : sur le réchauffement climatique, sur les réserves en eau et la biodiversité du secteur, sur la Grande Barrière de corail déjà fragilisée depuis son inscription en 1981 au Patrimoine mondial de l’Unesco.

Militant contre ce cynisme du capitalisme industriel, l’ONG 350.org garde bon espoir : « Malgré le soutien du gouvernement, ces projets s’annoncent sur des terrains de plus en plus chancelants, tant côté finance que réputation. Les prix de charbon sont bas, en déclin permanent, alors que l’énergie renouvelable continue à voir ces coûts baisser. »

Un journaliste du Guardian (« The whopping climate change footprint of two Australian coalmining projects », The Guardian, 7 novembre 2013) a fait le calcul : l’extraction du charbon dans les mines, son transport et sa combustion sur trente ans (durée de vie estimée des mines – mais les autorités australiennes pensent aller à soixante ans) représenterait 3,7 milliards de tonnes d’équivalent CO2, soit 125 millions de tonnes par an. Cela représente six fois l’empreinte carbone du Royaume Uni.

Climat : les grands pays annoncent leurs engagements de réduction des émissions Emilie Massemin (Reporterre) Reporterre 2015/04/17 Emilie Massemin (Reporterre) (17 avril 2015) Climat : les grands pays annoncent leurs engagements de réduction des émissions. Reporterre. Climat fr

Climat : les grands pays annoncent leurs engagements de réduction des émissions

Plusieurs grands pays - Etats-Unis, Europe, Russie - viennent d’annoncer leurs engagements de réduction de gaz à effet de serre. Pour y voir plus clair, Reporterre a établi une carte des émissions des pays du monde. Par ailleurs, le processus de négociation sur le climat continue. Ce week-end aura lieu le Forum des économies majeures, une importante - et discrète - réunion à Washington, à laquelle participera Laurent Fabius.

On y voit plus clair sur le front des négociations climat. Trente-trois États ont rendu leurs contributions nationales (« INDC », Intended nationally determined contributions) avant le 31 mars, première date limite définie dans l’accord de Lima. Ces feuilles de route très courtes, une dizaine de pages tout au plus, détaillent les objectifs des pays en matière de réduction d’émissions de gaz à effet de serre (GES) et les politiques qu’ils comptent mettre en œuvre pour y arriver.

Quels objectifs déjà connus ?

La Suisse s’est engagée dès le 27 février à réduire ses émissions de 50 % d’ici 2030 par rapport à 1990. L’Union européenne lui a emboîté le pas le 6 mars, avec un objectif de réduction de 40 % au moins d’ici 2030, par rapport à 1990. Elle a été rejointe le 27 mars par la Norvège, qui se fixe la même cible. Premier pays en développement à se dévoiler, le Mexique a rendu publique sa contribution dès le 30 mars : il prévoit un pic d’émissions en 2026 et une réduction de 25 % en 2030 par rapport à 2013 de ses gaz à effet de serre et de ses polluants à courte durée de vie.

Les États-Unis et la Russie, deux gros émetteurs de GES, ont remis leurs contributions in extremis le 31 mars. Les premiers se bornent à promettre une réduction de leurs émissions de 26 à 28 % d’ici 2025 par rapport à 2005, conformément à l’accord sino-américain de novembre 2014 ; la seconde se limite à un objectif modeste de 25 à 30% de réduction de ses émissions en 2030 par rapport à 1990. A la surprise générale, le Gabon a lui aussi révélé sa contribution le 1er avril, avec un objectif de 50 % de réduction pour 2025.

- Carte des émissions de gaz à effet de serre des pays du monde. Pour connaitre les données d’un pays, cliquer sur son emplacement. - Source des données : Global carbon project

Les forêts, dedans ou dehors ?

Ces premiers textes ont été accueillis avec une certaine réserve par les observateurs. « Certains pays ont respecté l’échéance, c’est bien, en particulier pour le Mexique et le Gabon qui n’étaient pas attendus, apprécie Célia Gautier, du Réseau Action Climat (Rac). Mais ces contributions ne sont pas suffisantes pour rester dans l’objectif des 2°C. »

Outre leur manque de précisions sur les politiques envisagées pour atteindre les objectifs, elles restent imprécises sur un point important : la prise en compte, ou non, des forêts dans le calcul des émissions. Les forêts sont des puits de carbone, au même titre que les prairies et les zones humides, c’est-à-dire qu’elles sont capables d’absorber une partie du CO2 présent dans l’atmosphère. Si les États intègrent cette capacité d’absorption dans leurs objectifs, ils raisonnent en réduction d’émissions nettes, ce qui est moins ambitieux que des réductions brutes.

Ainsi, la Russie « compte sur l’ensemble des forêts présentes sur son territoire [elle abrite 70 % des forêts boréales et 25 % des ressources forestières mondiales, NDLR] pour atteindre ses objectifs sans faire d’efforts supplémentaires », critique Céline Ramstein, chargée de projet COP21 à l’Iddri. En revanche, le Gabon joue le jeu, en s’interdisant de comptabiliser le carbone absorbé par la forêt, qui couvre pourtant la majeure partie de son territoire. Pour les autres, « c’est le grand flou, avec une multiplicité de règles. Chaque pays a fait ce qu’il voulait », observe Célia Gautier.

Le crédit carbone n’a pas la cote, l’adaptation non plus

Autre nuance importante, le recours ou non aux marchés internationaux du carbone, qui permettent de continuer à émettre chez soi à condition de financer des projets de réduction des émissions à l’étranger. Tous les pays se sont interdits l’utilisation de ces dispositifs, à l’exception de la Suisse. La Norvège ne s’est pas encore décidée.

L’accord de Lima offre la possibilité aux États d’inclure un volet « adaptation » dans leur contribution. Il s’agit, pour les pays développés, d’expliquer comment ils comptent aider les États en développement à s’adapter aux conséquences du réchauffement planétaire ; et pour les pays les plus vulnérables, d’exprimer leurs besoins en la matière. La question divise systématiquement lors des sessions de négociations, ce qui se confirme dans les INDCs : seuls le Mexique et le Gabon l’ont évoquée dans leurs copies.

Quid des retardataires ?

Les objectifs de la Chine (plus de 25 % des émissions mondiales de GES), de l’Inde, du Brésil, du Japon, du Canada, de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande sont particulièrement attendues. « On aurait pu penser que l’Australie et le Canada les sortiraient, mais ils ne sont pas favorables à la lutte contre le changement climatique alors ce n’est guère une surprise, dit Céline Ramstein. Ce qui est encourageant, c’est que la Chine et l’Inde travaillent dessus en ce moment-même. » Pour la chargée de projet, « on n’est pas à un mois près. Par contre, si les contributions ne sont pas publiées au moment de la session de négociations de Bonn au mois de juin, ce sera problématique. Plus tôt les pays mettront leurs INDCs sur la table, plus tôt nous pourrons commencer à discuter du niveau de précision, de la question des forêts et des autres points délicats. »

Négociations au sommet dans la finance

En attendant, les négociations suivent leurs cours, de manière plus informelle. Vendredi 17 avril à Washington s’ouvrent les trois jours de réunions de printemps de la Banque mondiale et du FMI, au cours desquelles sera évoquée la question du financement de la lutte contre le changement climatique. Elles seront suivies par le mystérieux Forum des économies majeures les 19 et 20 avril, dont les 17 invités pèsent pour 80 % des émissions mondiales de GES. Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères, doit y participer.

Son point d’orgue constitue la réunion des ministres des Finances lundi 20 avril, mais nous n’en saurons guère plus. « Les rendez-vous internationaux, surtout s’ils ont trait aux questions de financement, sont des moments importants en ce qu’ils peuvent influencer l’équilibre de la négociation, se contente-t-on de dire de commenter au ministère des Affaires étrangères. Car si la négociation porte effectivement sur un texte, les pays en développement et les pays les moins avancés attendent des contreparties financières à l’engagement qu’ils accepteraient de prendre. » Sera-t-il question du financement des 100 milliards annuels promis à partir de 2020 lors de la conférence de Copenhague ? De la capitalisation du Fonds vert ? « Nous considérons que la dynamique est engagée, et qu’il faut absolument transformer l’essai en continuant à travailler », répond-on... diplomatiquement.

La chronique de Reporterre sur Radio Nova - Ségolène Royal, celle qui punit l’écologie Par Barnabé Binctin (Reporterre) Reporterre 2015/04/18 Par Barnabé Binctin (Reporterre) (18 avril 2015) La chronique de Reporterre sur Radio Nova - Ségolène Royal, celle qui punit l’écologie. Reporterre. Pollutions fr

La chronique de Reporterre sur Radio Nova - Ségolène Royal, celle qui punit l’écologie

- Jeudi 16 avril 2015

- Ecouter ici la chronique de Reporterre, par Barnabé Binctin :

- Dessin : Les Verts Bagnolet

La chronique de Reporterre, tous les jeudi à 18 h 10 sur Radio Nova, dans l’émission « 2h1/4 avant la fin du monde », animée par Marie Misset et Armel Hemme.

« L’occasion de faire le point sur les combats et débats quotidiens de l’écologie ».

A écouter sur... et bien voici la carte des fréquences, selon le lieu où vous habitez.

Les Danois freinent Total sur le gaz de schiste Sylvain Lapoix (Reporterre) Reporterre 2015/04/18 Sylvain Lapoix (Reporterre) (18 avril 2015) Les Danois freinent Total sur le gaz de schiste. Reporterre. Mines et Gaz de schiste fr

Les Danois freinent Total sur le gaz de schiste

Au nord du Danemark, population et militants bloquent les opérations de prospection pour les gaz de schiste du géant français Total. Celui-ci pensait commencer son premier forage en ce mois d’avril.

« Nej tak til skifergas » : « Non merci aux gaz de schiste ». Comme tous les matins depuis 260 jours, Noël compris, des militants déroulent cette banderole devant la plateforme d’exploration pour les gaz de schiste de Total à Dybvard, à l’extrémité nord de la péninsule danoise. Jusqu’ici peu médiatisé, ce coin perdu du Nord Jutland a vu affluer les médias lundi 13 avril quand des militants de Greenpeace se sont infiltrés jusqu’au sommet de la tour de forage pour tendre un kakemono « Stop fracking » à 25 mètres au dessus de la lande.

Après l’interdiction de la technique de fracturation hydraulique par la France en juillet 2011 et le retrait de la compagnie du sud de la Pologne, le permis de Nordylland est aujourd’hui la zone d’exploration pour les gaz de schiste la plus avancée de Total en Europe. Or, c’est justement à la veille de la première fracturation hydraulique (intervenant dans le cadre de la « production du réservoir » selon le jargon utilisé par la compagnie), que l’ONG environnementaliste a déployé casques et baudriers pour raviver le débat sur ces discrètes opérations.

Loin de la capitale

Comme l’indique le rapport de référence de l’Energy Information Agency américaine, le nord de la partie continentale du Danemark et la région insulaire autour de la capitale Copenhague reposent sur les schistes de la période cambro-ordovicien pouvant renfermer les fameux gaz. S’il existe des ressources dans la pointe sud de la Suède, le Danemark présente selon l’agence états-unienne le plus gros potentiel scandinave, avec près de 900 milliards de mètres cubes de gaz de schiste récupérables - en théorie (cela représente un peu moins d’un quart des estimations pour la France).

En 2010, la filiale Total E&P Denmark a obtenu 5261 km² de concessions sur deux permis : l’un couvrant toute la pointe nord du Jutland où se trouve la plateforme de Dyvbard, l’autre dans le tiers nord-est de l’île de Seeland où se trouve la capitale Copenhague. Copenhague où s’était déroulé quelques mois plus tôt le sommet sur le climat.

Pour l’accompagner dans cette opération, Total a reçu le soutien à hauteur de 20% du Nordsøfonden. Ce fond public créé en 2005 par le gouvernement conservateur d’Anders Fogh Rasmussen a pour vocation d’aider le Danemark à faire face à l’épuisement de la mer du Nord par des investissements stratégiques. Un dispositif proche du fonds norvégien, à ceci près qu’il pare à l’essoufflement des plateformes pétrolières offshore... en misant sur les gaz de schiste ! Si les deux concessions sont éligibles aux forages, seule la plus éloignée de la capitale a été mise en travaux.

Un mouvement parti de la base

A peine avait-elle obtenu l’autorisation de la commune voisine de Frederickshavnque la compagnie Total a dû faire face à l’opposition des riverains. Et sur le terrain d’une ferme voisine, une tente constitue depuis plus de huit mois le point de ralliement. Une à cinq personnes y montent la garde, principalement des gens du coin, fermier ou retraités, généralement la cinquantaine passée et sans passé politique ou militant.

La province compterait quatre à six collectifs anti-gaz de schiste. Lesquels ont très vite été rejoints par les différentes composantes du mouvement écologiste danois : « Les anti-nucléaires danois sont très vite venu prêter main forte, explique au téléphone Siggur, soutien logistique au mouvement Total Blokade. Leur combat date des années 1970 et ils ont gagné la bataille, ce sont donc plutôt des militants d’une soixantaine d’années. Mais des activistes plus jeunes ont vite afflué de la ville voisine d’Aalborg ou même de Copenhague ».

Ici comme en France, la mobilisation a pris forme en dehors des réseaux institutionnalisés. « Les ONG et les partis politiques ne jouent pas un grand rôle dans le mouvement écologiste, insiste Siggur. Je me coordonne avec des réseaux indépendants qui se sont structurés autour de la Cop 15 en 2009, je n’ai pas d’activité militante par ailleurs ». Alimentés en main d’oeuvre et outils de communication par ces militants , les opposants locaux aux gaz de schiste parviennent à réunir chaque jour une cinquantaine de personnes pour se rendre sur le site et entonner des chants de protestation, brandissant des pancartes où apparaît parfois le « trèfle radioactif » symbolisant l’industrie nucléaire. Un souvenir, peut-être, que les couches de schiste visées par Total ont longtemps servi de mine d’uranium (comme ce fut le cas aux Etats-Unis avec la Pennsylvanie).

Huit jours de préparation

Fatigué par les mois d’hiver où un vent à 6 degrés sous zéro s’engouffrait parfois sous la tente, les militants souhaitaient depuis plusieurs mois sortir de l’action symbolique. Suivant le calendrier de Total et des indiscrétions, ils avaient appris que la première fracturation hydraulique aurait lieu « fin avril ». Par mesure de précaution, avant même que les alpinistes de Greenpeace ne sautent la barrière, les militants locaux ont constitué un barrage dès le dimanche 5 avril pour empêcher à tout camion d’acheminer équipement ou matériaux.

Une semaine plus tard, les renforts parvenaient du reste du pays : « Quand nous sommes arrivés lundi 12 en plein milieux de la nuit, nous avons empilé tout ce que nous trouvions sur la route car nous savions qu’ils arrivaient, raconte Simon au téléphone. Le lendemain, nous avons bloqué un convoi de six camions pendant plus de deux heures à une soixantaine de personnes, principalement venues de Copenhague. »

« La police va gérer la situation » prédisait lundi 13 avril Total Danemark dans un communiqué, affirmant par la voix de son directeur d’exploitation que l’occupation coûtait des dizaines de milliers d’euros chaque jour à l’entreprise. Enchaînés sur des chaises de jardin, les militants ont progressivement été évacués par les forces de l’ordre mercredi.

Ce bref coup d’éclat a donné au mouvement l’élan pour lancer un appel européen via les mouvements anti-gaz de schiste nationaux (notamment en France). Retardé dans ses travaux, Total ne peut guère se permettre d’attendre plus longtemps : la concession prenant fin en 2016, le pétrolier devra livrer des estimations techniques et économiques dès la fin de l’année pour espérer obtenir une prolongation ou une mutation du permis.

Carnets nature Jacques Ferrandez Reporterre 2015/04/18 Jacques Ferrandez (18 avril 2015) Carnets nature. Reporterre. Culture et idées fr

Carnets nature

Inspiré par Delacroix, Jacques Ferrandez a proposé avec Les carnets d’Orient une grande fresque sur l’Algérie du XIXe siècle à nos jours.

L’homme du noir et blanc, qui a fait ses premiers pas sur les traces de Jacques Tardi, intègre la couleur et se libère de ses influences, alors qu’il parle de sa région avec l’ouvrage Arrière Pays ou des souvenirs d’Algérie que son grand-père lui racontait dans son enfance.

L’aquarelle se mêle parfaitement aux paysages écrasés par le soleil, qu’ils soient provençaux ou maghrébins, et la finesse du trait alliée à la grande sensibilité de l’auteur atténuent la dureté du propos. Il reste très attaché à l’univers provençal dans lequel il a grandi et adapte Pagnol.

Dans ce nouvel ouvrage de la collection « Carnets nature », il propose des dessins de la nature, telle qu’il la voit. Et c’est très beau.

Carnets de nature, Jacques Ferrandez, Ed. Plume de carotte, 128 pages, 19,00 €.

Grâce au Tafta, les entreprises feront payer les Etats Elisabeth Schneiter (Reporterre) Reporterre 2015/04/18 Elisabeth Schneiter (Reporterre) (18 avril 2015) Grâce au Tafta, les entreprises feront payer les Etats. Reporterre. Enquête — Économie fr

Grâce au Tafta, les entreprises feront payer les Etats

Des entreprises qui réclament des milliards de dollars aux Etats, et qui les obtiennent, au prétexte que ceux-ci osent réglementer leurs activités... De la science-fiction ? Non, une des applications du Traité Transatlantique, qui pourrait bientôt devenir la norme. Une grande mobilisation mondiale a lieu samedi 18 avril pour rappeler les dangers de cet accord prédateur.

Le 18 avril, deux jours avant le lancement du 9e cycle de négociations de l’accord transatlantique TAFTA/TTIP, aux États-Unis, des manifestations auront lieu à Londres, Berlin, Paris, Rome, Madrid, Melbourne, Washington, Istanbul, Tokyo et dans près de 500 autres villes, en France, en Europe et aux États-Unis.

Aux États-Unis, il s’agit de dissuader les membres du Congrès de donner au Président Obama la Fast Track Authority, la compétence exclusive de négocier seul le TPP (Accord Transpacifique, entre 11 pays d’Amérique du Nord et la zone Asie-Pacifique) et le TAFTA/TTIP (Accord EU-États-Unis), sans passer par un vote au Congrès.

Des deux côtés de l’Atlantique, il s’agit, pour les citoyens, d’exprimer leur refus des traités en négociation (TPP pour les Américains, et TTIP/TAFTA, TISA, CETA pour tous). Le but est aussi de sensibiliser l’opinion publique et de montrer les désastres que ces accords entraînent pour la santé et les services publics, les libertés, l’économie locale, le climat, et l’agriculture paysanne.

Les dangers cachés dans les plis du Tafta

Le premier concerne le mode de règlement des différends, l’ISDS/RDIE, qui permet aux investisseurs étrangers de poursuivre les gouvernements devant des tribunaux arbitraux privés, si des lois en matière de santé, de travail, d’environnement et/ou de sécurité publique impactent leurs bénéfices futurs attendus.

Le mandat de négociation de la Commission européenne avance clairement les raisons de l’ISDS : l’« interdiction des mesures déraisonnables, arbitraires ou discriminatoires », le refus du « traitement national », la « protection contre l’expropriation directe et indirecte », la « protection et sécurité entières des investisseurs et des investissements ».

En effet, l’évolution de la jurisprudence a conduit les tribunaux d’arbitrage à considérer comme expropriation la diminution des bénéfices escomptés et à accorder aux entreprises des compensations si importantes que préventivement, des pays pourraient être amenés à ne pas légiférer. Sans compter le coût d’une procédure qui peut atteindre plusieurs millions de dollars.

L’autre grand problème est le projet de coopération réglementaire qui a pour but de « simplifier » (comprendre : éliminer les normes et supprimer les contraintes), d’imposer la reconnaissance mutuelle des lois existantes, et d’harmoniser les lois futures (en les rédigeant directement avec les multinationales, par exemple dans des domaines comme les nano particules ou les perturbateurs endocriniens...). Et ceci concerne aussi les lois nationales qui pourtant ne sont pas du ressort de l’Europe.

Les précédents de l’ALENA

On a déjà l’expérience de ce type de dispositions, puisqu’elles ont été mises en œuvre dans d’autres traités, notamment l’Alena, signé il y a vingt ans entre les Etats-Unis, le Canada et le Mexique. Conçu pour donner aux investisseurs américains ou canadiens un moyen de régler les conflits avec le gouvernement du Mexique, dont le système juridique était considéré comme inefficace et corrompu, le chapitre 11 de l’ALENA a non seulement déréglementé la circulation des capitaux et facilité la délocalisation de la production à travers les frontières, mais il a également inclus un système de « règlement des différends » entre investisseur privé et État, l’Investor-State Dispute Settlement, ISDS (RDIE en français).

Les procès intentés selon l’ALENA contre le Mexique et le Canada, montrent que ce processus, dont une version a été ensuite inclue dans de nombreux traités de commerce et d’investissement ultérieurs, est un outil que les multinationales peuvent utiliser pour faire un chantage sur les États et empêcher la mise en œuvre de politiques plus sociales et plus respectueuses de l’environnement.

Les exemples sont nombreux de pays obligés à réduire leurs ambitions en matière de protection des citoyens. Le Canada, pays minier pourtant peu respectueux de l’environnement, a été contraint par des sociétés américaines de revoir les quelques normes qui tentaient de protéger la population de dangers environnementaux.

Quand les entreprises font payer les Etats

Trois exemples parmi d’autres :

En 1997, Ethyl Corporation, une société chimique américaine, a utilisé le chapitre 11 de l’accord pour contester une interdiction canadienne portant sur l’importation de MMT, un additif de l’essence qui est considéré comme une neurotoxine et dont les constructeurs automobiles affirment qu’elle interfère avec les systèmes de diagnostic de voitures. La société a gagné et s’est vue attribuer des dommages de 15 millions de dollars ; le gouvernement canadien a été contraint de retirer sa loi et de publier des excuses. Tant pis pour les consommateurs !

En 1998, l’entreprise américaine d’élimination de déchets S.D. Meyers a contesté l’interdiction canadienne temporaire d’exportation de déchets contenant des PCB toxiques, prise en vertu d’un traité international sur l’environnement. Le tribunal a statué que le Canada avait violé les normes de l’Alena, et a accordé à la société 6 millions de dollars canadiens, plus les intérêts et l’indemnisation.

En 2010, la société minière St. Marys allègue que sa filiale canadienne a été victime d’ingérence politique quand elle a essayé d’ouvrir une carrière de 150 hectares près de Hamilton, en Ontario. Les habitants avaient manifesté pour protéger les eaux souterraines, et le gouvernement provincial a émis une ordonnance de zonage pour empêcher le site d’être transformé en carrière. Les parties sont parvenues à un règlement en 2013. La société a retiré sa plainte en échange d’une compensation de 15 millions de $.

Il y a actuellement encore huit litiges en cours, tous émanant de sociétés américaines, contre le gouvernement canadien, demandant un total de 6 milliards de dollars de dommages et intérêts. Ils concernent des protections environnementales nationales, la promotion des énergies renouvelables, un moratoire sur les projets éoliens offshore sur le lac Ontario et la décision de la Nouvelle-Écosse de bloquer une méga-carrière controversée.

Cerise sur le gâteau, si les gouvernements peuvent être poursuivis en vertu de l’ISDS, rien en revanche n’est prévu dans le TTIP pour que les États puissent poursuivre les investisseurs étrangers responsables de dégâts environnementaux, de santé publique ou sociaux. On peut noter aussi que les États-Unis n’ont encore jamais perdu un seul procès.

Bras de fer entre multinationales et instances démocratiques

Mais d’autres cas se retrouvent déjà en dehors de l’Alena. En 2004, Hambourg, ville industrielle et néanmoins verte, accepte le projet de construction d’une centrale électrique au charbon dans le quartier de Moorburg par le géant suédois de l’énergie Vattenfall. La ville tente d’imposer le respect de diverses obligations de protection de l’environnement.

Mais en avril 2009, Vattenfall attaque l’Allemagne devant le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI), une instance du groupe de la Banque mondiale basée à Washington. La société accuse l’Allemagne de lui imposer des normes environnementales trop contraignantes, qui retardent la construction et réduisent les bénéfices espérés de ses investissements. Elle réclame plus d’un milliard d’euros.

Vattenfall attaque, entre autres, le contrôle de la température de l’eau de refroidissement rejetée dans l’Elbe, et l’obligation de tester pendant deux ans l’efficacité d’une échelle à poissons en amont de Hambourg. Pour Vattenfall l’arbitrage international devrait déclarer comme illégales ces restrictions environnementales, même si elles sont conformes aux lois allemandes et européennes (directive sur l’eau 2000/60/CE) et directive « Habitat, Faune, Flore » (92/43/CEE).

Après un arbitrage dont le texte n’est pas public, et une fois l’usine construite et mise en service, la Commission européenne vient d’annoncer qu’elle lançait une procédure contre l’Allemagne devant la Cour de justice de l’Union pour un défaut d’application des exigences de la directive Habitat lors de l’autorisation de l’usine. Autrement dit, Hambourg a cédé à Vattenfall selon l’arbitrage international et se retrouve donc en défaut devant la loi européenne !

La saga de la centrale électrique Vattenfall de Hambourg démontre, entre autres choses, le refus par les entreprises multinationales de partager les surcoûts nécessaires pour préserver les écosystèmes de la planète.

Philip Morris préfère ses bénéfices à la santé des citoyens

Début mars 2015, alors que l’Organisation mondiale de la santé célébrait les dix ans de la Convention pour la lutte antitabac, l’Uruguay, pionnier dans ce combat, est l’objet d’une plainte déposée il y a cinq ans par le cigarettier Philip Morris contre sa législation antitabac, dans le cadre d’un traité de protection des investissements entre la Suisse, pays de son siège social, et l’Uruguay.

Pour le cardiologue Eduardo Bianco, directeur régional de l’Alliance pour la convention cadre de l’OMS pour la lutte antitabac, « le but de Philip Morris est de donner une leçon à l’Uruguay, héraut de la lutte contre le tabagisme, de faire peur aux autres pays en voie de développement qui voudraient suivre son exemple, et de faire jurisprudence auprès des instances internationales d’arbitrage. »

Même chose avec l’Australie, où la consommation de tabac et de cigarettes n’a jamais été aussi basse, avec seulement 16 % de fumeurs adultes. Elle est attaquée dans le cadre d’un ISDS, fin 2011, par Philip Morris : l’emballage neutre des paquets de cigarettes imposé par l’Australie constituerait une expropriation de ses investissements. Mais, pour pouvoir entamer ce litige selon l’accord avec Hong Kong, Philip Morris Asie, basé à Hong Kong, a dû racheter sa filiale australienne.

Il faudrait parler aussi de tous les cas où les entreprises polluantes refusent de nettoyer les territoires pollués. Le cas de Chevron, qui a gravement pollué une région de l’Équateur en est un exemple. Après plus de vingt ans de conflit devant des tribunaux aux États-Unis, en Équateur, à La Haye…, le conflit continue.

Le 4 mars, 2014, la Cour du District Sud de New York a annulé le jugement d’un tribunal équatorien allouant $9.5 milliards au pays et a déclaré Chevron non responsable.

Il y a aussi le refus de Renco, au Pérou, entreprise qui a même fait faillite pour éviter d’avoir à faire face à ses responsabilités… ce qui ne l’empêche pas de réclamer 800 millions de dollars en dommages-intérêts pour ce qu’elle prétend être des violations du gouvernement péruvien de l’exigence de « traitement juste et équitable » des investisseurs étrangers, et une « expropriation » de ses actifs.

LES MANIFESTATIONS DU 18 AVRIL

La plupart des citoyens européens n’ont jamais entendu parler du TTIP, dont les négociations sont secrètes, sauf pour les grandes entreprises. Monsanto, Walmart, Halliburton, Pfizer, Exxon et les quelques 600 autres sociétés représentées par leurs lobbyistes à Bruxelles, participent régulièrement à des réunions organisées parallèlement aux négociations ou en amont.

En France, le Collectif Stop TAFTA - Non au Grand marché transatlantique, organise donc le 18 avril des pique-niques, conférences, marches, carnavals, théâtre, « green-pride »… une centaine d’actions dans tout le pays.

À Paris, le Collectif appelle à marcher à partir de 18 h depuis la Place de la République jusqu’à la place Stalingrad, puis à partager un repas solidaire et à se rassembler dans une flash-mob qui fera toute la lumière sur les traités « vampires ».

Pour connaître la liste de toutes les manifs en France, voir le site du collectif.

Chronique du jardin sans pétrole - Pour éloigner le rat taupier, il faut inviter la chouette Christine Laurent (Reporterre) Reporterre 2015/04/18 Christine Laurent (Reporterre) (18 avril 2015) Chronique du jardin sans pétrole - Pour éloigner le rat taupier, il faut inviter la chouette. Reporterre. Jardin sans pétrole fr

Chronique du jardin sans pétrole - Pour éloigner le rat taupier, il faut inviter la chouette

Les cerisiers fleurissent, mais pourquoi les pois mange-tout ne sont-ils pas sortis ? Une rapide enquête met à jour un réseau de galeries. Le campagnol, redoutable herbivore qui consomme chaque jour son poids en racines, a frappé...

Les cerisiers commencent à fleurir. Mais pas d’abeilles, ni même de bourdons dans les parages. Il faut dire que la température qui plafonne à 12 degrés n’incite pas à la promenade...

Le ciel est gris et le crachin menace. De la semaine, il n’est pas tombé une goutte d’eau et c’est maintenant que nous sommes là pour arroser qu’il se met à bruiner. Nous nous mettons à l’abri et regardons le gigantesque arrosoir du ciel recommencer ce que nous avons patiemment arrosé vingt litres par vingt litres, sur les fraisiers, les pieds de rhubarbe et les semis.

Redoutable herbivore

Pourquoi les pois mange-tout ne sont-ils pas sortis ? Seuls quelques-uns ont germé, poussant difficilement, leurs premières feuilles ayant déjà été dévorées. Je gratte un peu la terre, mais ne trouve pas de traces de nos pois. J’inspecte la rangée et découvre l’entrée d’une galerie. Le sous-sol des buttes en abrite tout un réseau et jusque-là nous n’avons pas eu à déplorer la présence des petits rongeurs qui y habitent. Leurs forfaits se sont limités à de menus larcins : racines de choux ou de salades.

Cette fois, on dirait bien que des campagnols ont dévoré toute la rangée de pois gourmands ! Je suis d’autant plus dépitée qu’il est bien tard pour faire de nouveaux semis. Et inquiète pour la suite. Le campagnol, dit rat taupier, Arvicola terrestris, est un redoutable herbivore qui consomme chaque jour son poids en racines ! Ses préférences vont aux racines charnues comme celles des pissenlits ou des légumineuses

Comment les tenir éloignés ? Arroser avec du purin de sureau dont l’odeur les incommode ? Essayer d’attirer une chouette dans le jardin en installant un abri ? Sans doute, devrions-nous faire les deux car les poisons n’ont pas leur place ici, et en venir à mettre des pièges tout de même !

Et si demain, l’agriculture ressemblait à ça ? Imaginez le pire avec Dystopia Lucas Mascarello (Reporterre) Reporterre 2015/04/18 Lucas Mascarello (Reporterre) (18 avril 2015) Et si demain, l’agriculture ressemblait à ça ? Imaginez le pire avec Dystopia. Reporterre. Agriculture fr

Et si demain, l’agriculture ressemblait à ça ? Imaginez le pire avec Dystopia

Avec Dystopia, Alexa Brunet (photographe) et Patrick Herman (paysan en agriculture biologique et journaliste indépendant) proposent de découvrir, au travers d’une enquête illustrée de trente photographies, les dégâts de l’agriculture intensive sur la nature, les animaux et les hommes.

Patrick Herman et Alexa Brunet se sont rencontrés en 2011, pour un précédent travail sur le gaz de schiste : Nouvelles de Gazhistan. C’est à ce moment que sont nés le mode de traitement photographique et l’envie d’enquêter sur l’industrie agricole. « Patrick connaît très bien cette question et moi, je suis engagée sur des projets écolos. Il y a beaucoup de problèmes qui se posent en ce moment. Ça fait un peu peur... », confie Alexa Brunet.

D’un côté, Patrick Herman fournit des informations et de l’autre, la photographe propose avec malice des clichés scénarisés. Les images poussent la logique du secteur agro-alimentaire à l’extrême… jusqu’à l’absurde. Pour réaliser ses photos, elle a fait appel à des figurants bénévoles trouvés grâce à un réseau d’amis : « Les gens ont participé par préoccupation et par militantisme. C’était une expérience jubilatoire, on a tout fait avec des bouts de ficelle ».

Le traitement fiction/documentaire permet aux auteurs de lister une quinzaine de thématiques. Au détour des pages, j’observe entre autres, la disparition des terres agricoles, l’industrialisation des cultures, l’épuisement des ressources et la soumission aux marchés.

Ici, un groupe de jeunes gens s’émerveillent devant quelques coquelicots sauvages protégés sous une cloche… comme un trésor. Et là, des tomates phosphorescentes se détachent dans la noirceur de la nuit. Plus loin, un robot circule dans un verger. Son bras mécanique se déploie pour déposer du pollen sur les arbres en fleurs. Son nom : le « pollinisator ».

Même si Alexa Brunet joue sur un registre symbolique, la photographe a le sentiment de se faire rattraper par la réalité : « En Chine, les arbres sont pollinisés à l’aide de pinceaux, car il n’y a plus suffisamment d’abeilles. Il y a même un bureau qui travaille sur des mini-drones pollinisateurs ».

En ouvrant Dystopia, je l’avoue, je fus amusé par la pertinence et l’astuce des photos. Mais le livre agit comme un boomerang et l’enquête de Patrick Herman gomme rapidement les sourires. Un deuxième niveau de lecture s’ajoute… grave et lucide. Une dystopie, c’est une contre-utopie, un récit fictif dépeignant un univers déshumanisé et terrifiant. Mais dans le modèle agro-industriel, le récit n’est pas si fictif que ça.

Alexa Brunet et Patrick Herman présenteront Dystopia à l’Equitable café de Marseille le 24 avril 2015 à partir de 19h.

Les auteurs seront également en rencontre les 15 et 16 mai 2015 dans le cadre du festival Chapitre Nature dans la Brenne.

- Dystopia, éd. Le Bec en l’air, photographies d’Alexa Brunet et textes de Patrick Herman, préface de Gilles Clément, 28 €, 80 p., 30 photographies.

Afrique et climat : il est temps que les pays du nord bougent vraiment, affirment des écologistes africains Emilie Massemin et Lucas Mascarello (Reporterre) Reporterre 2015/04/20 Emilie Massemin et Lucas Mascarello (Reporterre) (20 avril 2015) Afrique et climat : il est temps que les pays du nord bougent vraiment, affirment des écologistes africains. Reporterre. Reportage — Climat fr

Afrique et climat : il est temps que les pays du nord bougent vraiment, affirment des écologistes africains

Energie, agriculture, droits des hommes et des femmes : la lutte contre le changement climatique peut être une chance pour l’Afrique. A condition que les pays du nord respectent leurs engagements. Plusieurs ONG africaines ont lancé un appel aux pays développés sur ce qu’elles attendent du futur accord de Paris. Reportage sonore et photographique au cœur d’une rencontre riche en témoignages et en réflexions.

Vendredi 17 avril à l’Assemblée nationale, six représentants de la société civile africaine, membres du Réseau Climat et Développement, accompagnés de représentants d’ONG françaises, ont exprimé leurs recommandations pour la COP21. Quatre tables rondes, pour un seul fil conducteur : quels défis l’accord de Paris doit-il relever pour répondre aux besoins des populations les plus vulnérables ?

L’énergie

Is Deen Akambi, d’Eco-Bénin, plante le décor : « En Afrique, 70 % de la population n’a pas accès aux service énergétiques. » Les Béninois utilisent du bois pour la cuisson et le chauffage, avec pour conséquences déforestation et maladies respiratoires. « Ceci, alors que notre continent présente un potentiel colossal en énergies renouvelables, avec jusqu’à 300 jours de soleil par an dans certains pays et du vent dans les régions côtières, enrage Is Deen Akambi. Et que beaucoup d’initiatives, foyers améliorés, pompes solaires... existent déjà mais peinent à se développer. »

« 80 % de la production électrique africaine repose sur le gaz et le pétrole, renchérit Vanessa Laubin, du Groupe énergies renouvelables, environnement et solidarités (GERES). Alors que les énergies renouvelables permettraient de créer de nombreux emplois. »

- Écoutez Vanessa Laubin sur le potentiel africain en matière d’énergies renouvelables :

Les deux ONG formulent plusieurs recommandations : des financements supplémentaires pour des investissements massifs dans les énergies renouvelables, y compris dans les zones reculées ; l’interdiction des investissements dans les énergies « sales » ; et une meilleure coopération entre États, qu’elle soit Nord-Sud ou Sud-Sud.

L’agriculture

« En Afrique et en Asie, l’agriculture familiale permet de répondre à environ 70 % des besoins alimentaires de la population, rappelle Ali Bonguere, de l’EDER Niger. Mais elle subit les conséquences du changement climatique. En 2014, 25 000 ha de terres agricoles ont été détruits par les inondations au Niger. »

- Écoutez Ali Bonguere sur les conséquences du changement climatique sur l’agriculture :

« En 2080, 600 millions de personnes supplémentaires souffriront de la faim si l’on ne fait rien, estime Peggy Pascal, d’Action contre la Faim. Il faut que le rôle premier des sols soit de produire de la nourriture, pas de stocker du carbone avec le risque d’accaparement des terres que cela induit. Et que l’impact du changement climatique sur la sécurité alimentaire soit mentionné dans le préambule du futur accord, mais aussi dans les objectifs généraux et les parties adaptation et atténuation. »

Les Africains ne veulent pas de « fausses solutions » : « Il faut investir dans l’agriculture familiale, pas dans l’agrobusiness », insiste Ali Bonguere. En ligne de mire, la Global Alliance for Climate-Smart Agriculture, sur laquelle Reporterre avait enquêté en avril dernier.

Le tacle fait grincer quelques dents dans la salle. « La France a choisi d’intégrer la Climate-Smart Agriculture pour l’influencer dans le bon sens de l’intérieur », défend Stéphane Crouzat, conseiller diplomatique de Ségolène Royal. Quelques sièges plus loin, un agronome soutient pour sa part que « les sols africains reçoivent trop peu d’intrants, seulement 10 kg par an alors qu’il en faudrait 50 »...

« En Afrique, on ne peut pas dissocier la lutte contre le changement climatique, la lutte contre la pauvreté et l’accès à l’eau, conclut Moutari Abdoul Madjib, de Demi-E Niger. Il faut que 50 % du financement soit consacré à l’adaptation, il doit être additionnel à l’aide publique au développement et être sous forme de dons. »

Les droits humains et les droits des femmes

Les droits humains fondamentaux – droit à l’alimentation, à la santé, à l’eau, aux terres - sont menacés par le changement climatique. En témoigne Hindou Oumarou Ibrahim, de l’AFPAT Tchad : « L’existence de mon peuple Peul Mbororo, d’éleveurs nomades, est lié à l’environnement. L’assèchement du lac Tchad nous oblige à aller de plus en plus loin à la recherche d’eau et de pâturages. Cela entraîne des conflits avec d’autres communautés. Les droits humains doivent être mentionnés dans le préambule mais aussi dans toutes les parties du futur accord. »

- Écoutez Hindou Oumarou Ibrahim, sur le peuple Peul Mbororo :

Les Africaines sont les premières victimes des impacts du dérèglement du climat. En effet, « elles doivent nourrir la famille et aller chercher l’eau et le bois. 60 à 80 % de la production agricole est assurée par les femmes », observe Zenabou Segda, du Women Environmental Program (WEP) Burkina.

- Écoutez Zenabou Segda sur le rôle social et les difficultés des femmes :

« Mais elles sont également actrices, souligne Zenabou Segda. Elles sont capables de transporter des pierres pour construire des digues et protéger les sols dégradés par les sécheresses. »

« Les rendements doublent quand on appuie les femmes, s’enthousiasme Colette Benoudji, coordinatrice de l’association LEAD Tchad. Les solutions sont là mais on ne nous écoute pas. »

- Écoutez Colette Benoudji sur une opération de cuisine solaire au Tchad :

« Le genre est un facteur de risque supplémentaire, analyse Fanny Petitbon, de CARE France. L’accord de Paris doit reconnaître les impacts différenciés du changement climatique en fonction du genre, que les politiques adoptées prennent en compte le genre et que l’expression ’égalité des genres’ apparaisse dans le préambule et dans la partie opérationnelle. »

Reste également en suspens la protection des défenseurs de l’environnement. « ’Mon patron boira à l’intérieur de ton crâne et nous mangerons ton cœur’, voilà un des messages de menaces reçus par l’avocat libérien Alfred Brownell alors qu’il travaillait sur une affaire d’accaparement des terres, alerte Antoine Madelin, de la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme (FIDH). Entre 2011 et 2014, nous avons dénombré 43 assassinats de défenseurs des droits à la terre et le harcèlement judiciaire de 123 défenseurs. »

Financement

« L’Afrique dépense 7 à 15 milliards de dollars par an pour son adaptation au changement climatique, alors qu’elle ne contribue qu’à hauteur de 4 % aux émissions mondiales de gaz à effet de serre. Elle ne reçoit qu’un à 2 milliards de dollars », calcule Maiga Mouhamadou Farka, de l’Amade Pelcode Mali. Pour lui, il faut que les États les plus riches aident l’Afrique à investir massivement dans les énergies renouvelables, la lutte contre l’érosion des sols, dans l’aide aux petits paysans et dans l’autonomisation des femmes.

il est indispensable, juge-t-il, que les pays développés respectent leur engagement pris en 2009 à Copenhague, de mobiliser 100 milliards de dollars par an. « S’il n’y a pas de décision forte, l’Afrique ne se risquera pas à apposer sa signature en bas du texte », prévient Maiga Mouhamadou Farka.

- Écoutez Maiga Mouhamadou Farka sur les questions de financement :

Romain Benicchio d’Oxfam constate « un manque de clarté sur les montants disponibles engagés pour les pays en développement. Cela sert les pays bailleurs. Par exemple, le Japon a compté dans son soutien au développement ses investissements dans la construction de centrales à charbon ! »

Il faut également s’assurer que les financements existants répondent bien aux besoins des pays vulnérables. « La France ne consacre qu’un quart de ses financements à l’adaptation. Pour asseoir sa crédibilité en tant que présidente de la COP21, elle va devoir remettre cette question à plat. »

Pour Denis Voisin de la Fondation Nicolas Hulot, « il faut trouver des financements innovants. Plutôt que d’inventer de nouveaux mécanismes, pourquoi ne pas faire aboutir certaines propositions comme la taxe sur les transactions financières ? ».

Pascal Canfin, ancien ministre délégué chargé du développement, prône deux points importants sur la mobilisation des 100 milliards de dollars : davantage de fonds publics - de nouvelles promesses sont espérées lors du G7, en juin -, et des règles comptables claires pour les flux privés. En matière d’adaptation, « il faut un engagement public concentré sur les plus vulnérables », estime-t-il. Il faut également définir une feuille de route de sorte que « les trillions de dollars d’investissements dans les énergies fossiles passent à une économie décarbonée ».

« Tout ne peut pas être négocié au sein de la Convention climat, insiste Pascal Canfin. Pour évaluer la conférence de Paris de manière juste, il faudra regarder l’accord mais aussi tout ce qu’il y a autour. »

- Écoutez Pascal Canfin :

En ce printemps, les abeilles de France sont au plus mal Clara Griot (Reporterre) Reporterre 2015/04/20 Clara Griot (Reporterre) (20 avril 2015) En ce printemps, les abeilles de France sont au plus mal. Reporterre. Pesticides fr

En ce printemps, les abeilles de France sont au plus mal

Les pertes sont impressionnantes. Dans certaines régions, les apiculteurs ont perdu 50 à 60 % de leurs ruches et la production de miel a chuté en dessous des 10 000 tonnes. En cause, un hiver catastrophique, et surtout l’utilisation de pesticides agricoles. Si le gouvernement continue de ne rien faire, les conséquences pourraient être très graves.

Comme chaque année, à la fin de l’hiver, Loïc Leray, apiculteur professionnel en Loire-Atlantique, vient faire sa visite de printemps. Une à une, il inspecte ses 350 ruches pour savoir si ses abeilles ont bien passé l’hiver. « Sur les douze ou treize premiers ruchers, tout se passait bien. J’avais une mortalité raisonnable, deux à trois ruches perdues sur vingt-cinq », raconte-t-il. Mais dans les derniers ruchers, c’est l’hécatombe. « Plus une seule abeille ! Elles étaient vides, alors qu’il y avait de la nourriture à l’intérieur. »

La mauvaise surprise fait remonter le souvenir d’une autre catastrophe. « Ça me rappelle l’épisode du Gaucho, quand on a été confrontés aux premiers insecticides néonicotinoïdes. »

Phénomène d’ampleur

Loïc n’est pas le seul à faire face à une telle perte. Partout en France, les syndicats d’apiculteurs recueillent des témoignages similaires. « On n’a jamais vu des gens perdre la totalité de leurs ruches. Si ça continue comme ça, dans deux ans on n’a plus d’abeilles en France », déplore Yves Védrenne, président du Syndicat national d’apiculture.

De la Vendée à la Gironde, dans le bassin du Rhône, en Côte d’Azur et dans le nord de la France, les cas de surmortalité se multiplient. S’il est encore trop tôt pour obtenir des chiffres nationaux, Cédric Diot, du Syndicat national d’apiculture, estime, d’après les premières enquêtes, que 50 à 60 % des ruches de ces régions seraient décimées. « Normalement, la mortalité hivernale tourne autour de 10 à 15 %. » Un constat que le syndicat opère aussi bien chez les apiculteurs professionnels que chez les amateurs.

A la PrADE, unité scientifique de protection des abeilles, les scientifiques commencent leurs premières analyses. « On a constaté une perte de la quasi totalité des colonies dans les Bouches-du-Rhône », nous dit le chercheur Axel Decourtye.

Comment expliquer une telle hécatombe ?

Une combinaison de facteurs fragilise les abeilles. D’abord, l’hiver a été particulièrement difficile. Les températures n’ont jamais été stables, alternant journées chaudes ou froides, sans possibilité pour l’insecte de s’adapter. « Dès que le temps est meilleur, la ruche se disloque et doit donc consommer plus de nourriture. Et dès qu’il fait froid, les abeilles se regroupent. Les apiculteurs nous décrivent toujours la même chose : des abeilles amassées ensemble, mortes, et autour, assez de nourriture pour passer l’hiver », explique Cédric Diot. « On n’ a jamais vu ce phénomène à cette échelle. »

Mais les professionnels mettent surtout en cause les pesticides. « Quand on fait une transposition de la carte de la mortalité avec celle des grandes cultures céréalières et maraîchères, tout correspond. »

Dans ses ruches de Loire-Atlantique, Loïc Leray accuse lui aussi les pesticides d’être à l’origine de ses pertes. « Les apiculteurs ont réussi à faire suspendre les néonicotinoïdes sur certaines cultures, mais ces produits sont toujours autorisés pour les céréales. Après les récoltes, nos collègues agriculteurs font un couvert végétal. Ils sèment de la moutarde ou de la phacélie pour capter l’azote. »

A l’arrivée de l’automne, ces couvre-sols fleurissent. « Les abeilles sont très attirées par cette source de nectar et de pollen, elles font des stocks pour l’hiver. Mais les produits chimiques utilisés précédemment sont suffisamment présents pour les intoxiquer. Quand on revient en mars, tout est mort. »

Face aux pesticides, l’apiculteur ne sait plus quoi faire. Il y a quelques années, il a bien tenté d’installer ses abeilles en ville, à Nantes : « Je voulais prouver que quand elles étaient éloignées des pesticides, elles se portaient mieux. Et c’était le cas ! » Mais aujourd’hui, les apiculteurs font face au frelon asiatique, un redoutable tueur d’abeilles qui a trouvé refuge en ville. Tout aussi féroces, les acariens Varroa parasitent et tuent les insectes. En 2014, ils ont bénéficié d’un hiver chaud et développent des résistances aux insecticides.

Face à la catastrophe, le mutisme du gouvernement

Le 19 mars, l’Assemblée nationale a voté l’interdiction des néonicotinoïdes pour 2016, contre l’avis du gouvernement. « La partie est loin d’être gagnée pour autant », déplore Loïc Leray. « Il faut maintenant que le Sénat adopte le texte. D’où l’intérêt pour nous, apiculteurs, de convaincre nos chers politiques de revenir sur terre et de ne pas écouter les lobbies de l’agroalimentaire et la FNSEA ».

Yves Védrenne, président du Syndicat national de l’apiculture, a averti le ministre de l’agriculture « en ne lui donnant que des faits vérifiables. » Mais il ne s’attend pas à une vraie réaction. « Il ne se passera rien, comme d’habitude. Ils nous disent que des projets sont en cours, mais il n’y a pas d’argent pour les projets. Alors ils sont en train de nous bricoler une modification de la filière pour que ce soit les apiculteurs qui payent la recherche sur les abeilles. »

Quelles sont les conséquences d’une telle perte ?

« Si l’abeille disparaît, elle emporte 47 % de la masse alimentaire avec elle, faute d’insectes pollinisateurs », dit Loïc Leray. Une chute déjà amorcée. En 2014, la production de miel n’a pas dépassé la barre des 10 000 tonnes alors qu’il y a vingt ans, les apiculteurs arrivaient à en produire 40 000 avec la même quantité d’abeilles. La France en consomme chaque année 45 000 tonnes. « Le miel vient de Chine, d’Argentine ou du Chili. Ils sont encore épargnés par l’agriculture moderne, mais ne vont pas tarder à être eux aussi touchés. »

Que demandent les apiculteurs ? Déjà, que le gouvernement tienne ses engagements, comme le classement du frelon asiatique en danger sanitaire de première catégorie. Une décision attendue depuis trois ans et qui rendrait obligatoire la lutte contre le nuisible. Mais aussi qu’il applique un vrai plan de développement durable de l’apiculture, dont la dernière version, qui voulait favoriser l’installation des jeunes sans s’attaquer à la question des pesticides, a été rejetée par les apiculteurs en 2013.

Autant de décisions qui pourraient prévenir le déclin des abeilles et des apiculteurs. Un déclin déjà amorcé, pour Loïc Leray. « Mon fils souhaite reprendre mon exploitation, mais je lui ai déconseillé. Comment dire oui à un jeune qui souhaite se lancer, s’il risque de perdre 40 % de son cheptel chaque année ? »

A Lille, une marche ludique contre les privilèges du traité Tafta Didier Harpagès (Reporterre) Reporterre 2015/04/20 Didier Harpagès (Reporterre) (20 avril 2015) A Lille, une marche ludique contre les privilèges du traité Tafta. Reporterre. Reportage — Traités de libre-échange fr

A Lille, une marche ludique contre les privilèges du traité Tafta

De nombreuses manifestations ont eu lieu samedi 18 avril contre le projet de libre-échange entre les Etats-Unis et l’Union européenne, avec un écho limité. Mais à Lille, sous le soleil, des voix protestaient joyeusement.

- Dunkerque et Lille, reportage

Le samedi 18 avril le collectif national Stop TAFTA organisait en France des manifestations contre le traité de libre-échange en cours de négociation entre les Etats-Unis et l’Union européenne. Le collectif dunkerquois, composé de plusieurs mouvements politiques, syndicaux et associatifs, tenait un stand d’information et de discussion conviviale au centre de la ville, dès 10 heures, en présence de joueurs de cornemuse, attirant quelques curieux.

Damien Dekeiter, adhérent de Nouvelle Donne, se montre inquiet à l’égard des propos tenus par les élus politiques : « Les belles phrases sont en vérité prononcées pour nous amener le pire ! » Il voit une contradiction flagrante dans l’attitude des chefs d’Etat, qui accélèrent les cycles de discussion : « Ils donnent toute liberté aux négociateurs, qui concèdent un pouvoir presque sans limite aux firmes multinationales qui ainsi les affaibliront dangereusement. On se laisse manipuler. Selon moi, la solution ne peut venir que du local. »

Gérard, membre du Parti commnuniste, constate avec amertume que très peu de gens sont au courant du projet d’accord commercial entre l’Union européenne et les Etats Unis : « Ce qui fait peur, c’est l’ignorance ! Les grands médias ne cessent de nous parler de la montée du Front National mais détournent les Français des enjeux de ce traité. C’est d’une gravité extrême ! » Patrice, ancien militant de la CGT (Confédération général du travail) aujourd’hui à la retraite, livre son analyse : « Il nous faut apprendre à penser par nous-mêmes. L’apprentissage de la réflexion philosophique devrait être quotidien, mais c’est très difficile car tout est fait pour empêcher cela. » Militant communiste, attaché à une certaine orthodoxie, il ajoute : « Sans doute faudrait-il inciter les citoyens à lire ou relire Le Manifeste du Parti communiste ! »

A Lille, l’après midi, une marche ludique, parodique et militante s’est déroulée dans les rues de la capitale des Flandres. Le cortège s’arrêta à plusieurs reprises devant les enseignes d’entreprises mondialisées, permettant de la sorte au comité Sauvons les riches ainsi qu’aux militants de dénoncer les stratégies de la BNP (Banque nationale de Paris), de McDonald’s, de la Société Générale, du groupe AXA.

Parmi les manifestants, quelques étudiants et lycéens. Matthias, Emil, Jules, inscrits à l’Institut d’études politiques de Lille insistent sur le manque de transparence des négociations. « De surcroit, dit Jules, avec le TAFTA, nous avons une zone de libre échange non contrôlée qui accordera plus de droits aux entreprises multinationales. Dès lors, la politique s’inclinera devant les injonctions des acteurs économiques. » Ils se sentent un peu isolés dans leur école, sentiment non partagé par Bouchra et Ludivine, élèves de terminale ES qui, alertées par leur professeur de philosophie, sont venues participer joyeusement à la manifestation lilloise en compagnie d’autres copines. « Nous avons peur pour l’avenir, pour notre avenir, dit Bouchra, et cela dans de nombreux domaines. Ces négociations sont arbitraires ! Même les lanceurs d’alerte ne sont pas écoutés, nous ne sommes plus en démocratie. »

Jacqueline, Sylvie et Blanche, militantes de Nord nature environnement sont agacées. « Il va falloir se battre à nouveau contre les OGM, lance Blanche, puisque ceux-ci sont autorisés aux Etats-Unis et les semences paysannes, auxquelles notre association est très attachée seront probablement remises en question. » L’instance d’arbitrage international privée, qui permettra aux multinationales d’attaquer les Etats et les collectivités locales, constitue à leurs yeux un déni de démocratie. « La déréglementation, l’opacité prédominante des discussions, ajoute Jacqueline, c’est moins de liberté, moins de moyens pour se défendre, moins de citoyenneté. C’est honteux ! »

Isabelle et Maryse, membres d’Attac, fustigent les élus politiques qui ne voient, affirment-elles, que le court terme en raison des échéances électorales. « Le courant libéral, s’inquiète Isabelle, emporte tout. Le pouvoir, soi-disant de gauche, suit aveuglément ce courant. Beaucoup ont l’impression que libéral signifie plus de liberté alors que c’est tout le contraire. Tout se fait au détriment de l’humain. »

Annick, 78 ans militante de la Ligue des droits de l’homme, accompagne les manifestants qui scandent leur slogan favori, « Le TAFTA, on n’en veut pas ! », en tapant énergiquement sur une casserole à l’aide d’un couvercle. « Les traités qui sont négociés, dit-elle fermement, sont des atteintes aux droits et plus généralement aux droits de l’homme. La démocratie est en danger. »

En queue de cortège, Evelyne, du syndicat SUD Education s’inquiète de l’accroissement du fossé entre les riches et les pauvres et de la perte de la qualité de vie que le TAFTA, selon elle, ne manquera pas de provoquer. Désabusée face à l’apathie de ses collègues enseignants, elle regrette le manque de médiatisation des négociations secrètes, dit-elle, entreprises par la Commission Européenne : « Il faudrait prendre la main sur les grands médias, dit-elle. Nous devrions également faire preuve de davantage de pédagogie et expliquer clairement, simplement aux gens quelles seront les conséquences d’un tel traité sur leur vie quotidienne. »

Une Marianne enchaînée, pour la circonstance, à des banquiers d’affaire avides et cupides, coiffés de chapeaux haut de forme et fumant d’énormes cigares, incarnés par les membres du comité Sauvons les riches, dans lequel on pouvait reconnaître Karima Delli, député européenne E.E.L.V, retrouva en fin de manifestation et sous un soleil particulièrement lumineux, sa liberté… place de la République !

Sous le vent des herbes de la Dame de onze heures Corinne Morel Darleux Reporterre 2015/04/20 Corinne Morel Darleux (20 avril 2015) Sous le vent des herbes de la Dame de onze heures. Reporterre. Santé fr

Sous le vent des herbes de la Dame de onze heures

Dans les montagnes du Vercors drômois, Gurprasad et Matthieu ont installé leur fabrique végétale, la Dame de onze heures. De la cueillette à la confection artisanale, ils produisent des sirops et des huiles naturelles débarrassées de perturbateurs endocriniens ou de pesticides.

Dimanche, 17h30, comme un parfum d’été. C’est le retour des bruissements d’ailes, danse de bourdons et d’abeilles, et une vraie jungle de brins de muguet qui s’apprête à fleurir dans le jardin pour le 1er mai. J’ai passé l’après-midi à les encourager du regard, à mesurer l’avancée du liseron grimpant sur le poteau en bois, à engueuler les pucerons sur les rosiers, à jauger la vigueur du bambou et à me demander si on aura des bébés kiwis cette année.

Le temps de m’arracher à la contemplation des jonquilles et d’enfiler un jean, c’est l’heure de filer. Dans le Diois on n’a pas de métro alors on sort la moto, direction les Payats. Toute la vallée reprend du vert tendre, dans les ruelles on croise des gamins débraillés, au sourire extatique, qui reviennent échevelés d’une journée de rivière. Sur la route les odeurs d’herbe coupée, les variations de température quand on passe dans un bosquet, et au bout du village, un chemin de terre, une maison avec un pommier, deux ânes et le Vercors en toile de fond. Nous avons rendez-vous avec Gurprasad et Matthieu, les artisans de la Dame de onze heures.

La fleur aux six pétales

La Dame de onze heures, c’est une fleur de Bach que l’on croise dans le Diois. Aussi appelée Star of Bethleem, elle épanouit six pétales blancs en forme d’étoile autour d’un cœur jaune. Si joliment que Gurprasad l’a choisie pour en faire l’emblème de sa fabrique végétale. Chez eux, une maison ancienne en pierres, naguère occupée par des maraichers, il y a un garage rempli de bocaux, de jeunes pousses et de bourgeons, et en haut des escaliers une cuisine qui sert de labo. Des chaises dans le jardin pour prendre un petit verre de rosé au soleil de fin de journée, une bétonnière et de la terre retournée.

Matthieu et Gur, diminutif de son prénom indien, n’y sont installés que depuis quelques semaines. Ils se sont rencontrés lors d’un stage de yoga, se tiennent par la taille et se chuchotent des mots en anglais depuis que Matthieu est rentré de Chine, où il était guide de randonnée depuis sept ans. Ce géographe, breton d’origine, découvre alors le Diois, commence une formation de guide pour poursuivre son activité, du Yunnan tibétain au Vercors drômois, mais la veille de l’examen son genou lâche.

Ils décident alors de s’associer : Gurprasad travaille depuis sept ans à son projet. Elle a suivi une formation à l’école lyonnaise pour les plantes médicinales, qu’elle a approfondie au Centre de formation permanente pour les adultes de Die et mise en pratique en stage dans une ferme. Puis elle s’est lancée dans sa propre fabrique et diffuse depuis un an ses produits.

L’arrivée de Mathieu a donné à sa petite Dame de onze heures un nouvel élan : accréditation des douanes, participation à des salons bio en Suisse, achat d’un I-pad et mise à plat des éléments visuels. C’est d’ailleurs sur la base d’un troc extraits de bourgeons contre graphisme qu’on se retrouve ce dimanche à discuter Asie, politique, fleurs et soins à l’ombre d’un tilleul.

Huiles naturelles sans perturbateurs endocriniens

La première fois que j’ai vu Gur, c’était dans un champ terreux, où elle travaillait avec Guillaume le maraîcher pour une collecte de patates - mémorablement désastreuse au passage, comme Gur s’en souvient en plaisantant. Je la retrouve aujourd’hui tout sourire, caressant ses bourgeons du bout des doigts, parcourant le jardin pour me montrer là de jeunes pousses de romarin, là un plant de verveine, un tilleul ou encore un cornouiller sanguin.

Elle s’est spécialisée en gemmothérapie : des bourgeons mis à macérer trois semaines dans un mélange d’alcool de blé et de sirop d’agave, qu’elle « dynamise » - c’est-à-dire qu’elle agite « d’une certaine manière » - chaque jour pour obtenir le mélange mère. Celui-ci est ensuite filtré pour ne conserver que la partie liquide, puis dilué jusqu’à obtenir un breuvage.

Légalement, celui-ci ne peut pas être vendu comme un médicament, l’autorisation pour vendre en médicinal est bien trop coûteuse à obtenir pour eux, c’est donc sous forme d’apéro ou de sirop que la Dame de onze heures vend ses flacons de cassis - l’aspirine de la gemmothérapie, en quelque sorte.

Gur m’explique les macérats, les agréments en cosmétique et en alimentaire, le choix des flacons opaques pour protéger des UV, les soins que rendent chaque essence et bourgeon, la vente postale pour pouvoir se concentrer sur la production et ne pas saturer plus le marché local, sur lequel se trouvent déjà amis et compagnons du Diois.

Pour leur fabrique, Gur et Mathieu se fournissent principalement en cueillette sauvage : jeunes pousses de framboisiers, bourgeons de figuier, platane, bouleau... 500 grammes de bourgeons fournissent environ 20 litres de produit par dilution. Les plantes fraîches sont elles utilisées en association avec des huiles essentielles et végétales - olive, sésame, jojoba - et de la cire d’abeille, placées en « macération solaire » trois semaines puis filtrées pour devenir onguents et baumes du jardinier.

Que j’accepte naturellement dans un sourire radieux de tester avec assiduité et sérieux, en pensant à ces alertes maintes fois répétées, rarement entendues, sur les perturbateurs endocriniens et la présence de nanomatériaux dans toutes ces crèmes et autres soins qu’on s’applique soigneusement sur la peau.

Ecologie, beauté, santé : tout est lié

Un rapport récent d’épidémiologistes et d’économistes de la santé a pourtant évalué le coût sanitaire en Europe des perturbateurs endocriniens, présents dans les cosmétiques et l’alimentaire, à plus de 150 milliards d’euros en coûts directs de santé, et indirects liés à l’absentéisme notamment.

Ce qui n’empêche pas, malgré toutes les évidences de cause à effet établies entre ces produits et la recrudescence de pathologies, que la commission européenne continue, sous la pression des lobbies, à fermer les yeux, comme le prouve encore l’autorisation récente de 31 pesticides malgré un rapport alarmant qui a été caviardé sous pression de deux firmes, Bayer et BASF. Et une fois de plus, je me dis que tout est lié en matière d’écologie, d’alimentation, de santé et de beauté...

Le temps de se redire la chance que nous avons, de savourer une dernière gorgée de rosé en cherchant des yeux l’oiseau qui nous vaut ce chant joyeux, et nous repartons, un flacon de cassis dans la poche, et une furieuse envie de séjour au Yunnan, littéralement le Sud des Nuages. Contempler le fleuve en fureur de Salouen en fumant des cigarettes Hongmei, passer de la Ville du printemps éternel aux pagodes de Dali, parcourir les rizières en terrasse et goûter si l’eau pure des montagnes est comme on le dit naturellement sucrée. Le Yunnan, aussi appelé ce dimanche aux Payats, le « Diois chinois »...

Les multinationales tentent de vampiriser le sommet sur le climat de Paris Nicolas de La Casinière (Reporterre) Reporterre 2015/04/21 Nicolas de La Casinière (Reporterre) (21 avril 2015) Les multinationales tentent de vampiriser le sommet sur le climat de Paris. Reporterre. Enquête — Climat fr

Les multinationales tentent de vampiriser le sommet sur le climat de Paris

Les sommets mondiaux sont une aubaine pour les multinationales soucieuses de verdir leur image. Le grand marché au greenwashing est ouvert pour la Conférence de Paris, qui pourrait être en partie financée par des firmes comme BMW ou GDF Suez, largement responsables du changement climatique.

La grande conférence de Paris sur le climat sera-t-elle sponsorisée par un constructeur automobile, par une société scandinave d’électricité à 45 % d’option charbon, et par un géant de la moissonneuse batteuse productiviste ? Oui - mais non.

Jeudi 16 avril, Europe 1 annonce que BMW, Vattenfall, Suez Environnement et LVMH seront les parrains de la COP 21, la conférence des Nations unies pour le climat qui se tiendra en décembre au Bourget, près de Paris.

Mais Pierre-Henri Guignard, secrétaire général pour la France de la COP21, dément partiellement l’information, et la radio corrige : seuls Suez Environnement et LVMH sont bel et bien sponsors. On y reviendra. Mais les suites et démentis de cette info de la radio privée sont aussi intéressants que la révélation légèrement à coté de la plaque.

Au départ, il y a une confusion, savamment entretenue par les communicants et les multinationales très intéressées à bien apparaître en ces lieux de serments et professions de foi. Europe 1 a confondu la conférence officielle et le « Sustainable Innovation Forum », sixième édition, les 7 et 8 décembre, soutenue très officiellement par les Nations Unies, et dont le site internet (www.cop21paris.org) arbore un nom de domaine très proche de www.cop21.gouv.fr, celui de la « vraie » COP21, la seule, celle des négociations, 21e édition de la Conférence des parties de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques de 2015 (COP21/CMP11), aussi dénommée « Paris 2015 » et qui se tient aux mêmes dates, du 30 novembre au 11 décembre 2015.

Recherche sponsor climato compatible, urgent

L’instance gouvernementale qui organise le sommet parisien a donc démenti. Mais le problème reste entier. « Sur le budget annoncé de 187 millions d’euros, pour l’organisation de la COP21 (location et aménagement du lieu, sécurité, communication, etc.), le gouvernement a fixé un objectif de 20 % de financements privés, venant d’entreprises françaises ou étrangères », explique Maxime Combes, membre du conseil scientifique d’Attac, auteur sur son blog d’un billet épinglant les sponsors inavouables.

La vigilance des ONG et la cohérence de ces apports financiers posent problème. L’organisation peine à réunir ces 20 % de sponsors « propres », puisqu’il faut bien, pour éviter les critiques trop acerbes, exclure les grandes entreprises climato-incompatibles, pourtant mobilisables avec l’appui de l’État : Areva, Total, Renault ou autres offriraient des « cibles trop faciles ».

Le démenti partiel du secrétariat général a donc préservé LVMH et Suez Environnement qui n’est pourtant pas indemne de critiques, « se positionnant sur le traitement des eaux pour l’extraction d’hydrocarbures de schiste et de charbon en Australie, et cautionnant la fuite en avant extractiviste », analyse Maxime Combes, qui s’interroge, puisque la liste des co-financeurs privés de ces 20 % devrait déjà être publique : « Soit il n’y a pas le compte, soit il y a une entreprise qui pose problème... ».

Ça roule pour le sponsor platinum

Si les financeurs du sommet officiel doivent montrer patte aussi blanche que possible, le tri est moins sélectif au Forum de l’innovation soutenable. Il suffit de se pencher sur les logos des généreux bienfaiteurs du « Sustainable Innovation Forum » pour mesurer la contradiction entre un rassemblement sur les méfaits de l’industrie sur le climat et son financement par des acteurs économiques contributeurs au gaz à effet de serre.

Le constructeur automobile allemand BMW y figure comme « headline sponsor » ou « platinum sponsor ». Selon le dir-com de BMW France interrogé par Reporterre, Jean-Michel Juchet : « Oui il y a des discussions mais rien n’est encore signé. On verra plus clair à la mi mai. Mais c’est dans la continuité de ce qu’on a déjà fait pour la COP 20, COP 19 et avant : on participe à l’élaboration de tables rondes sur le développement durable, on intervient et on sponsorise ces tables rondes. »

Lobbying et greenwashing en façade, défense de ses intérêts carbonés en coulisse : en juillet 2012, The Guardian relevait que BMW exerçait des pressions sur Bruxelles pour assouplir les normes d’émissions des véhicules à partir de 2020, tout en vantant parallèlement sa « green attitude » et la conscience environnementale de ses modèles.

En octobre 2013, les constructeurs automobiles allemands, et spécialement BMW, ont ainsi obtenu le report d’un vote de l’Union européenne prévoyant de limiter les rejets en CO2 des voitures européennes.

Tout cela en arrosant de 690 000 euros le CDU, le parti d’Angela Merkel qui a soutenu la levée de boucliers des firmes automobiles claironnant pourtant leur engagement plus vert que jamais.

Les logos soufflent le froid et le chaud

Parmi les autres sponsors dont le logo apparaît déjà sur le site, des producteurs de froid et de chaud. Pour un sommet sur la dégradation du climat, voilà des financeurs rêvés. Parmi les partenaires institutionnels les plus choquants, figure l’IETA, International Emissions Trading Association, qui gère notamment le marché mondial des émissions carbone.

On y retrouve des représentants des plus grosses firmes pétrolières (Chevron, Shell), minières (Rio Tinto), mais aussi Alstom et GDF Suez – GDF Suez et Shell ont reçu en 2014 le prix Pinocchio du greenwashing (hypocrisie verte). De surcroit, GDF-Suez est membre du lobby pro-gaz de schiste (Centre des hydrocarbures non conventionnels), alors que l’exploitation du gaz de schiste est une source importante de méthane, un puissant gaz à effet de serre.

L’électricien italien Enel, qui prospecte pétrole et gaz en Grèce, et fait partie des trois plus grosses entreprises d’énergie européennes en terme de profits tirés du gaz et du charbon : 18 milliards d’euros pour Enel en 2011 (23 milliards pour GDF Suez, 36 milliards pour E.ON, selon un rapport de Greenpeace d’octobre 2014), est aussi dans cette bande de financeurs.

Le cache sexe des industries fossiles

Pour Maxime Combes, l’IETA, « c’est le cache sexe des industriels des énergies fossiles, tous ceux qui extraient et qui brûlent le carbone » et qui ont droit de cité dans ces sommets ou ces à-côtés.

Le tour d’horizon des logos repère aussi New Holland, géant de la moissonneuse batteuse productiviste, du machinisme agricole et des gros engins de chantier du BTP, passé aux mains de Ford, puis de Fiat. Ou Vattenfall, société d’État suédoise qui produit de la chaleur et de l’électricité provenant à 45 % de l’énergie fossile, à 33 % du nucléaire. Ce qui n’empêche cette entreprise d’énergie influente dans le nord de l’Europe de faire campagne pour un manifeste pour le climat en faisant appel à ses clients usagers d’énergie.

Greenpeace Allemagne avait dénoncé cette manipulation (Lire The Handbook of Communication and Corporate Social Responsibility, de Øyvind Ihlen, Jennifer Bartlett, Steve May, Edition Wiley Blackwell, décembre 2013). Vattenfall intente aussi un procès à la ville de Hambourg qui lui impose des normes environnementales pour sa centrale à charbon.

Le dossier de présentation pour les sponsors de ce forum de l’innovation soutenable vante « le plus grand nombre et le mélange de parties prenantes mondiales, pour optimiser l’engagement ». Comprendre « engagement » comme investissement financier. Ces parties prenantes annoncées sont des « PDG de grandes firmes, ONG, membres de l’ONU, investisseurs, responsables de villes, gouvernements nationaux et locaux », 50 % européens, 20 % nord américains, idéal pour du « networking » annonce la brochure.

A Lima déjà

Les sommets mondiaux sur le climat sont très suivis par les multinationales qui calculent avec gourmandise les bienfaits d’image d’apposer leur logo auprès d’un tel événement. Exemple à Lima pour la COP20.

Outre Alstom et Philips, on y retrouvait le Carbon Trust, organisation d’experts en réduction de gaz a effet de serre, conseillant les multinationales et gouvernements, dirigé et présidé par d’anciens dirigeants de Shell.

Pour faire vivre la biodiversité, ils créent des légumes Lucas Mascarello (Reporterre) Reporterre 2015/04/21 Lucas Mascarello (Reporterre) (21 avril 2015) Pour faire vivre la biodiversité, ils créent des légumes. Reporterre. Agriculture fr

Pour faire vivre la biodiversité, ils créent des légumes

Le premier concours de la création originale de légumes est lancé. Alors que 80 % des variétés de légumes cultivées il y a cinquante ans ont disparu, ce prix est un moyen de résister à l’uniformisation et la standardisation de l’agriculture industrielle, et de contribuer à la biodiversité pour la terre et nos assiettes. Créateurs, à vos semis !

Si vous êtes un créateur en herbe du tubercule, un agro-trouvetou du potager, cette initiative peut vous intéresser. Il s’agit du premier prix de la création originale de légumes. Pour y participer, vous devez proposer des légumes originaux, bios et savoureux. Ce concours européen sera récompensé par deux beaux prix : 5 000 euros pour les maraîchers professionnels et 3 000 euros pour les jardiniers amateurs. Vous avez jusqu’au 15 juin pour vous inscrire via ce formulaire. Alors, jardiniers et maraîchers… à vos planteuses, à vos bineuses. Car sachez-le, en matière de légumes, créer, c’est lutter !

Du « Do It Yoursef » pour les semences

C’est la Fondation pour une Terre humaine, établie depuis 2001, qui est à l’origine de ce prix. Et si l’idée a germé, c’est que la Fondation constate que la création de légumes est plus répandue aux États-Unis que sur le vieux continent. Avec ce prix, elle espère découvrir des passionnés de toute l’Europe. Mais au fait… comment s’y prend-on pour créer des légumes ?

Jean-Louis Gueydon de Dives, président de la Fondation pour une Terre humaine, distingue deux manières de faire : « On peut repérer les variétés sauvages par exemple. On prend une plante intéressante dans la nature, on la replante et petit à petit on l’améliore. Autrement, une méthode consiste à marier des variétés entre elles pour en obtenir des nouvelles. Par exemple Tom Wagner avec sa variété de tomate Green Zebra ».

Pour Jean-Louis Gueydon de Dives, il est urgent de retrouver ces savoir-faires agricoles : « C’est du ’do it yourself’ (DIY). On se demande comment retrouver de l’autonomie en faisant des semences différentes ».

Les agriculteurs sont les premiers sélectionneurs

Claude et Stéphane Poupin, maraîchers bios dans le Sud-Finistère, n’ont pas attendu la création du prix pour s’inscrire dans cette démarche. Même si leur travail permet de créer les conditions nécessaires, Claude Poupin précise que « c’est souvent la nature qui fait le travail et qu’il faut ensuite stabiliser la plante ».

Pour la maraîchère, il est important d’apprendre à connaître les variétés : « Il faut les goûter, les cuisiner et les faire goûter, car tout le monde n’a pas les mêmes avis. Le goût et la rusticité, c’est très important ».

Ce modèle local pourrait répondre à la faim dans le monde, selon Ananda Guillet, directeur technique de Kokopelli : « On voit bien que le système d’entonnoir dans lequel l’industrie a plongé la biodiversité en allant toujours vers l’uniformisation et la standardisation de l’agriculture ne fonctionne pas du tout. Il y a 33 000 personnes qui meurent de faim tous les jours et ce ne sont sûrement pas les OGM ou les hybrides qui vont sauver ces gens-là ».

Une nécessité pour l’agriculture biologique

Si la Fondation pour une Terre humaine porte une attention particulière à la conservation de légumes, c’est que l’appauvrissement des variétés est une réalité. D’après le Réseau Semences Paysannes, 80 % des légumes cultivés, il y a cinquante ans, ont disparu. « Nous pensons qu’il faut reprendre ce que l’on a abandonné aux industriels qui ne créent que pour des marchés de masse », confie Jean-Louis Gueydon.

La perte est considérable pour la biodiversité et pour l’avenir de l’agriculture comme l’avait déjà expliqué Reporterre. Un point de vue partagé par Véronique Chable, ingénieure de recherche à l’Institut national de la recherche agronomique (INRA) et membre du jury : « Il s’agit de reprendre un mouvement qui a toujours existé. Les semences ont accompagné les évolutions du monde paysan jusqu’à la fin du 19e et 20e où ça a été concentré dans les mains de semenciers et d’entreprises privées ».

Pour ces grands semenciers, une variété de légumes ne sera rentable que si la distribution se fait à grande échelle. Conséquences : certains maraîchers bios n’arrivent plus à diversifier leur production. « Ces semences paysannes répondent à un besoin d’agriculture biologique, d’agriculture paysanne qui s’adapte à l’environnement », conclut Véronique Chable.

Comment séduire ce jury éclectique ?

Ami-e-s de la nature, pour remporter ce concours, vous devrez d’abord convaincre les six membres du jury. Et comme à Reporterre on est sympa, on vous donne quelques tuyaux :

Si vous n’étiez pas bon en math, pas de panique ! Edith Lammerts van Bueren, chercheure hollandaise au Louis Bolk, et Véronique Chable, de l’INRA, ne vont pas observer vos créations au microscope. Cette dernière va plutôt s’intéresser « à l’originalité et à la curiosité de celui qui va créer quelque chose. Ce qui compte, c’est que la démarche soit cohérente avec ce système semencier informel qui est en train de se développer ».

De son côté, Ananda Guillet de Kokopelli, indique qu’« on va essayer de sélectionner des variétés qui sont un minimum stable. Tous les critères sont importants : l’adaptabilité, la productivité, les nutriments, le gout et l’aspect ». Prenez-en de la graine !

Enfin, gardez à l’esprit que les légumes sont cultivés pour être mangés. Vos racines de persil gorgées d’eau risquent fort de désappointer Bernard Charret, chef du restaurant Les chandelles gourmandes et Imane Lauraux, traiteur et cuisinier bio.

L’idée ne doit pas seulement être originale : « Il faut qu’il se passe quelque chose dans la bouche », précise Bernard Charret. Un aspect gustatif auquel il faut rajouter l’accessibilité. Le chef tient à ce que le légume soit reproductible sans grande difficulté : « Si un produit trop difficile ne peut être reproduit que par quelques grands spécialistes, ça deviendra un produit snob et un produit réservé juste à une élite ».

Maintenant, c’est à vous de jouer. Et si vous suivez nos conseils, vous serez, espérons-le, présent pour les résultats du concours à Paris, en décembre prochain. Dans le cas contraire, ce n’est pas grave. Vous aurez contribué à la biodiversité pour la terre et nos assiettes… et c’est le principal.

A Bruxelles, le projet de la Commission sur les OGM soulève une réprobation générale Philippe Desfilhes (Reporterre) Reporterre 2015/04/22 Philippe Desfilhes (Reporterre) (22 avril 2015) A Bruxelles, le projet de la Commission sur les OGM soulève une réprobation générale. Reporterre. OGM fr

A Bruxelles, le projet de la Commission sur les OGM soulève une réprobation générale

Les commissaires européens étudient mercredi 22 avril une réforme des autorisations des OGM. Ce texte prévoit une nationalisation des autorisations. Il soulève la réprobation, aussi bien chez les pro-OGM que chez les anti-OGM. Passage en revue des différentes positions.

En début d’année, la Commission européenne s’était « défaussée » sur les Etats membres des décisions relatives à la mise en culture des organismes génétiquement modifiés (OGM) en modifiant la fameuse directive 2001/18, comme l’a raconté Reporterre le 14 janvier 2015. Elle se prépare à trancher en faveur d’une gestion de leurs importations non plus uniquement au niveau communautaire mais pays par pays également.

Comme il s’y était engagé en prenant ses fonctions, Jean-Claude Juncker poursuit donc la remise à plat des procédures d’autorisation des OGM. Une réforme des procédures d’autorisation de leur commercialisation pour les alimentations humaine et animale devrait être soumise aujourdhui, 22 avril, au collège des commissaires.

Il se peut que l’examen du texte, dont on connaît les grandes lignes par une version qui a fuité sur Euractiv.fr prenne du retard (voir aussi la présentation officielle du 22 avril. « Il subsiste un doute sur la capacité des 28 commissaires à trouver un accord d’ici à mercredi 22 avril car le sujet est très sensible. Mais un texte sera présenté aux commissaires dans les prochaines semaines », indiquait en fin de semaine dernière à Reporterre Enrico Brivio, porte-parole de Vytenis Andriukaitis, le Commissaire chargé de la santé et de la sécurité alimentaire.

Le refus des OGM par les Etats en jeu

De quoi s’agit-il ? Si le nouveau texte, qui modifie le règlement 1829/2003, entre en vigueur, les Etats pourront interdire l’importation sur leur sol d’un OGM destiné à l’alimentation humaine ou animale. « Il subsistera une autorisation européenne mais un Etat pourra faire valoir des motivations d’intérêt public à condition qu’elles soient solidement étayées », explique Enrico Brivio.

« Les services juridiques de la Commission sont encore en train d’étudier les conditions de compatibilité des nouvelles dispositions avec les réglementations commerciales européennes et internationales », poursuit-il. Quant aux nouvelles mesures, elles régiront l’importation de la cinquantaine d’OGM déjà autorisés (7 sojas, 29 maïs, 3 colzas, 8 cotons et 1 betterave) et devraient s’appliquer, confirme-t-il, aux 19 nouveaux produits (dont 2 fleurs) à propos desquels la Commission doit émettre rapidement un avis.

« Les produits concernés sont quasi-exclusivement destinés aux animaux. Les conséquences sont donc potentiellement conséquentes sur certaines filières d’élevage. Mais il s’agit d’abord pour Jean-Claude Juncker de modifier les règles de procédures d’autorisation des OGM qui souffraient d’un déficit évident de démocratie », analyse Pauline Verrière d’Inf’OGM.

Vide juridique en faveur des OGM

La « comitologie » (le terme désigne les procédures de prises de décision normatives européennes et plus précisément la procédure qui encadre l’exercice des compétences) place la Commission européenne dans une situation de plus en plus difficile à justifier vis-à-vis du Parlement européen et de l’opinion publique.

« Les deux textes qui régissent les OGM en Europe, c’est-à-dire la directive de 2001 déjà modifiée et le règlement de 2003 que la Commission veut désormais modifier, exigent que les Etats se prononcent à la majorité qualifiée pour interdire un organisme génétiquement modifié. Mais cette majorité qualifiée a toujours été impossible à trouver », relève Corinne Lepage, ancienne ministre de l’Environnement et ex députée européenne.

On se retrouve alors devant un paradoxe. Lorsque les Etats se sont prononcés contre un OGM avec une majorité simple, la Commission européenne s’est toujours engouffrée dans le no man’s land juridique qui prévaut pour imposer cet OGM. « Jean-Claude Juncker a raison de vouloir faire cesser cette anomalie. Mais le texte qu’il propose est une telle régression par rapport au droit communautaire qu’on voit mal comment son application serait possible », poursuit Corinne Lepage.

Les opposants aux OGM sont contre...

Jamais un projet de texte européen sur les OGM n’a autant fait l’unanimité contre lui. Le fait de redonner aux Etats membres toute latitude sur les importations d’OGM mécontente tout le monde, à commencer par les écologistes. Il suffira en effet selon eux qu’un seul pays autorise des importations d’OGM pour que ceux-ci aient libre accès au grand marché européen.

« Jean-Claude Juncker fait n’importe quoi ! A-t-il oublié qu’il n’existe plus de contrôle aux frontières ? », s’insurge José Bové. « Et que se passera-t-il lorsqu’un pays qui a interdit un OGM sera attaqué par la firme qui le commercialise devant l’Organisation mondiale du commerce ? Sera-t-il bien défendu par un Commissaire européen qui se sera prononcé en faveur de cet OGM ? On est en pleine incohérence », déplore l’eurodéputé.

On risque aussi d’assister à une vague d’autorisations, pour les 19 produits qui sont à l’heure actuelle dans les tuyaux de la commission, puis pour d’autres OGM pour lesquels des demandes seront formulées. « Leurs importations seront en effet d’autant plus facilement délivrées au niveau européen que la Commission dira aux pays qu’ils ont la possibilité de les interdire sur leur sol s’ils le désirent », prédit Pauline Verrière. Elle regrette que la société civile se mobilise moins quand il s’agit de l’importation des OGM. La spécialiste d’Inf’OGM rappelle que les produits (viande, lait, œufs, …) issus d’une alimentation OGM n’ont pourtant aucune obligation d’étiquetage…

...Les pro-OGM aussi

Les pro-OGM voient également le nouveau texte d’un mauvais œil. « Les nouvelles propositions sont vraiment surprenantes au regard de la libre circulation des biens. Cette nationalisation des autorisations nous semble même irréaliste ou alors c’est la fin du marché commun et de l’élevage français. Que se passera-t-il si un OGM est, par exemple, autorisé en Allemagne et interdit en France ? », s’interroge Delphine Guey, responsable des affaires publiques du Gnis (Groupement national interprofessionnel des semences et plants).

De son côté, Initiatives biotechnologies végétales, la plate-forme qui fédère l’interprofession semencière, a publié un communiqué très critique à l’égard de la démarche de la Comission.

L’élevage français est en effet fortement dépendant des OGM, au point que le Snia (Syndicat national de l’industrie de la nutrition animale) s’inquiète de cette nationalisation des autorisations. Favorable aux OGM, il a publié un communiqué pour s’alarmer des problèmes économiques que cela poserait aux éleveurs français. « Cela générerait effectivement des distorsions de concurrence, confirme Guy Kastler, de la Confédération paysanne, même si nous, à la Confédération, nous déplorons et combattons cette concurrence ».

Pour le responsable des commissions OGM et semences du syndicat paysan, le texte semble irrecevable. « C’est une telle entorse au principe de libre circulation des marchandises et au marché commun qu’il ne sera jamais accepté par le Conseil des Ministres ni par le Parlement (le texte deviendra une proposition de modification du règlement 1829/2003 après avoir été validé par les commissaires, NDLR). »

Il reconnaît ne pas comprendre les intentions de la Commission et de son Président Jean-Claude Juncker. Il n’est pas le seul. Le texte sur lequel doivent se prononcer aujourd’hui les 28 commissaires soulève beaucoup plus de questions qu’il n’apporte de réponses.

Les grands crus de Bourgogne commencent à s’adapter au changement climatique Marie Astier et Barnabé Binctin (Reporterre) Reporterre 2015/04/22 Marie Astier et Barnabé Binctin (Reporterre) (22 avril 2015) Les grands crus de Bourgogne commencent à s’adapter au changement climatique. Reporterre. Reportage — Climat fr

Les grands crus de Bourgogne commencent à s’adapter au changement climatique

Les « climats » de Bourgogne représentent la complexe collaboration entre l’homme et la nature permettant de faire les grands vins. Cet équilibre délicat est mis à mal par le changement climatique. Le Bourgogne sera-t-il bientôt un Côtes du Rhône ? Comment s’y adapter ? Reportage à travers les vignes.

- Nuits-Saint-Georges (Côte d’Or), reportage

Certains y décèleront des notes de sous-bois, d’autres se feront surprendre par une odeur de paille inattendue. « Poulailler », ira même jusqu’à dire le producteur du vin, qui tranche finalement le débat : « Il y a cet aspect très forestier, voire gibier, auquel se mêlent des arômes de café et de moka, on est sur quelque chose d’assez torréfié », décrit Pierre-Olivier Garcia, qui réalise ce subtil 1er Cru, Clos des Argillières, 2011.

Bienvenue sur la Côte de Nuits, qui abrite parmi les appellations les plus réputées de Bourgogne. Ici, on ne cultive majoritairement que deux cépages – le chardonnay pour le vin blanc et le pinot noir pour le rouge – et pourtant, le vignoble est riche d’une grande diversité : « A trois mètres, la parcelle donnera un autre goût », explique celui qui reprend avec des amis l’exploitation du domaine de Château Prémeaux, à Nuits-Saint-Georges (Côtes d’Or).

Un peu plus au sud, sur la Côte de Beaune, même cas de figure : « J’ai vingt parcelles, et je fais vingt vins différents », explique Jean-Claude Rateau. La typicité du vin de Bourgogne tient à l’incroyable variété de son terroir, mais pas seulement. « Le premier facteur de réussite d’un vin, c’est l’humain », dit le viticulteur, installé en biodynamie. Pour exemple, il désigne la mosaïque de parcelles qui s’étend à nos pieds : les teintes de vert et de brun sont autant d’indications de la variété des pratiques culturales des vignerons.

C’est ce qu’on appelle les « climats » de Bourgogne, une notion inventée pour nommer cette exigeante collaboration entre l’homme et la nature. Ils constituent un patrimoine immatériel que la France cherche à faire inscrire à l’UNESCO (Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture) : « C’est un concept qui marque l’authenticité et le caractère historique du vignoble, la combinaison d’un sol géologique particulier et de pratiques culturelles ancestrales », explique Pierre-Olivier Garcia.

Mais les climats de Bourgogne sont aussi le résultat de conditions climatiques très particulières, qui ont donné au vin ces caractères si réputés. A l’heure du réchauffement climatique, les grands vins de la côte bourguignonne sont-ils menacés ?

L’environnement change, et les millésimes avec

« Les millésimes changent à toute vitesse », reconnaît Jean-Claude Rateau. Sur le terrain, nombreux sont les viticulteurs à percevoir un changement ces dernières années. On évoque la répétition de « gros coups de sec » ou bien la malédiction qui semble frapper le prestigieux vignoble de Meursault, touché successivement ces trois dernières années par des grêles violentes. Plutôt que de réchauffement, Jean-Claude Rateau parle de « désordre climatique » : « On enchaîne des stress qui vont dans tous les sens, on passe d’un extrême à l’autre : en 2003, on a une année de sécheresse, en 2012, une année trop humide… »

« L’environnement change », confirme Pierre-Olivier Garcia, qui s’inquiète de la « prolifération de certaines espèces » : des insectes tels que la cicadelle ou la drosophila suzukii se sont ainsi développés ces dernières années, conséquence directe de modifications climatiques.

« On suspecte une remontée de maladies exotiques, ajoute Anne-Cerise Tissot, chargée de mission Changement climatique à Alterre Bourgogne. Cela fait partie des impacts pressentis, non encore confirmés. » L’association, qui officie comme observatoire régional de l’environnement, a réalisé en 2011 une étude sur les impacts du changement climatique en Bourgogne et les pistes d’adaptation, une étude qui recense les effets d’ores et déjà constatés dans la viticulture :

- Télécharger l’étude :

« On a observé une accélération du rythme de croissance des pieds de vigne et une maturation plus rapide du raisin », détaille Anne-Cerise Tissot. Conséquence immédiate : le décalage des vendanges.

La fin des vendanges en septembre ?

Le constat fait l’unanimité dans la profession : « On vendange plus tôt qu’avant, c’est une évidence. Cela correspond au discours des scientifiques », confirme Philippe Drouin, héritier de la maison Joseph Drouin, négociant-producteur en Bourgogne. Les récoltes se font de trois semaines à un mois plus tôt que dans les années 70, une précocité qui s’explique par la hausse des températures :

« Le débourrement, la floraison et la véraison [moment de l’année où le grain de raisin gonfle, prend sa couleur définitive et accumule du sucre, ndlr] sont déterminés à 95 % par la température », dit Eric Duchêne, ingénieur agronome à l’INRA de Colmar.

Le chercheur, qui étudie les enjeux du changement climatique sur les activités viticoles en France, précise que les répercussions ne se limitent pas au bouleversement du calendrier de développement : la physiologie même des plantes et leur qualité finale s’en trouvent modifiées.

L’analyse est validée par Alterre Bourgogne : « On observe des rendements plus importants, avec des grappes plus lourdes et plus fournies, un phénomène dû à l’augmentation de la concentration de CO2 dans l’atmosphère ». Des raisins plus gros, donc, qui entraînent « une modification des composants organoleptiques et un effet de dilution qui pourraient provoquer un changement dans la composition finale du vin ».

Les Bourgogne deviendront-ils des Côtes du Rhône ?

Autrement dit, le goût est directement menacé. En plus de modifier profondément l’organisation du travail des viticulteurs, le changement climatique risque donc de transformer les vins de Bourgogne en Côtes du Rhône : « Si une tendance plus chaude se dessine, on peut imaginer des vins plus opulents, avec moins d’acidité, plus ronds et moins taniques », prédit Emmanuel Giboulot, vigneron en biodynamie connu pour son récent procès.

La finesse des vins de Bourgogne se verrait-t-elle donc remplacer par la puissance des tanins du soleil ? Après tout, leur goût a toujours évolué à travers les siècles. « Il y a trente ans on avait des vins acides et secs qu’on n’aimerait pas aujourd’hui », note Eric Duchêne de l’INRA Colmar. Les vins se réchauffent, mais jusqu’à quel point ?

« C’est une grande question, car partout dans le monde, les années trop chaudes, les vins ont tendance à perdre de l’intérêt ». C’est ce qu’a remarqué Philippe Drouhin lors de la canicule de 2003 : « On les reconnaît dans les dégustations, ces vins-là. Ce ne sont pas les meilleurs millésimes que la Bourgogne ait produit ».

« Les conditions climatiques se déplacent de 200 mètres en altitude et 100 kilomètres vers le Nord », explique Anne-Cerise Tissot. En toute logique, les vignes devraient suivre le mouvement. « Mais les climats de Bourgogne, ce sont aussi des sols », rappelle-t-elle.

Quelles solutions ?

Pas question, donc, de déplacer le vénérable vignoble. Autre solution, les cépages historiques pourraient laisser la place à des variétés du Sud, comme la syrah des Côtes du Rhône. « Nous n’envisageons pas de changer de cépages », tranche froidement Philippe Drouhin, se posant en gardien de la tradition bourguignonne.

« Les cépages bourguignons datent du Moyen-Âge. Ils ont été domestiqués ici, à partir de vignes sauvages », rappelle Pierre-Olivier Garcia. Ils sont donc parfaitement adaptés à la région. Et ils ont su évoluer avec les goûts et les pratiques vigneronnes. « Le pinot noir a de grandes capacités d’adaptation, donc on ne se fait pas trop de soucis », ajoute Floriane Vilalou.

Elle travaille pour le GEST (Groupement d’étude et de suivi des terroirs), une association à laquelle plusieurs grands domaines adhèrent et dont Jean-Claude Rateau est le président. « Dans les vignes, on constate sans cesse de nouvelles mutations. C’est le fruit du hasard, et derrière, le vigneron sélectionne ce qui l’intéresse », complète-t-il.

Dans les années 60, la sélection s’est orientée vers les plants les plus alcoolisés et colorés. Désormais, elle pourrait se diriger vers des pinots à maturité plus lente, « pour contrebalancer l’avancée des vendanges », explique l’étude d’Alterre Bourgogne.

Côté blanc, le chardonnay présente moins de variabilité génétique, et donc de possibilité d’adaptation. Pour préserver ses qualités gustatives, il pourrait donc avoir besoin du soutien d’un autre cépage. « On pourrait introduire d’autres variétés sur une même parcelle », envisage Jean-Claude Rateau.

Quoi qu’il en soit, « on ne sait pas où on va », admet-il. La Bourgogne est sur la ligne de démarcation du climat du Nord, qui risque de devenir plus humide et de celui du Sud, qui sera plus sec. Lequel influencera le plus la région ? Impossible de savoir pour l’instant.

Face aux évolutions climatiques, un des enjeux consiste à conserver un réservoir de biodiversité, car la diversité génétique des cépages a par ailleurs plutôt tendance à s’appauvrir depuis les années 70. Ainsi, l’Association pour la sauvegarde de la diversité des cépages de Bourgogne collecte des souches de pinot noir parmi les vieilles vignes. « Le but est que les générations futures aient du matériel végétal dont la variété génétique a été préservée », explique Philippe Drouhin.

De son côté, le GEST se tourne vers les anciens cépages bourguignons, qu’il veut regrouper dans un conservatoire qui devrait s’ouvrir l’année prochaine. « Là-dedans, on sait qu’on trouvera des vignes capables de faire du très bon vin dans toutes les conditions », assure Jean-Claude Rateau.

Des herbes folles au pied des vignes

Dernier axe d’action, les pratiques des vignerons. Le travail à la cave permet d’influer sur la minéralité ou la finesse aromatique des vins. Mais « 80 % d’un vin se fait dans les vignes », rappelle Pierre-Olivier Garcia.

C’est donc le travail agronomique qui doit avant tout évoluer. Par exemple, la taille des vignes peut laisser moins de feuillage. « Cela réduit la consommation en eau et la teneur en sucre des raisins », explique Eric Duchêne. Autre solution, le labour force les racines de la vigne à s’enfoncer plus profondément pour aller chercher l’eau.

Jean-Claude Rateau préserve les herbes folles entre les vignes. La comparaison de sa parcelle avec celle du voisin est éloquente. Entre ses vignes, un épais tapis vert est parsemé de taches fleuries. « Les petites racines des plantes et les secrétions des vers de terre forment une colle qui maintient le sol », détaille-t-il.

A côté, le sol est brun, gratté, sec. L’été, sa température peut monter jusqu’à 40 degrés, stoppant la croissance de la vigne. A l’inverse, « un sol enherbé protège la plante, qui peut continuer de fonctionner pendant les grosses chaleurs », ajoute-t-il.

D’un côté, Jean-Claude Rateau est en biodynamie et n’utilise aucun intrant chimique. Le désherbage se fait en labourant. De l’autre, c’est sans doute l’herbicide Round up qui a fait le travail de nettoyage…

Pourtant Alterre Bourgogne recommande la « couverture des sols » pour limiter l’évaporation de l’eau lors de la saison sèche : dans ce cas, le vigneron sème un fourrage qui est fauché au printemps.

Viticulture de terroir

Il n’y a pas de recette magique pour autant. « On va être dans l’adaptation permanente, à partir de plusieurs méthodes », estime Jean-Claude Rateau. Chaque parcelle ayant son caractère, elle réclame un traitement différent. Il faut être aux petits soins pour garder un sol vivant : « On fait de la viticulture de terroir », rappelle-t-il.

« Certains domaines font toujours la même chose sur toutes les parcelles, tous les ans, raconte Floriane Vilalou. Ces pratiques systématiques ne permettent pas de s’adapter. » En l’occurrence, les procédures standardisées de la viticulture conventionnelle pourraient ne pas résister aux caprices du climat.

La viticulture de l’avenir sera donc forcément « propre », sans chimie. D’ailleurs, aujourd’hui, « tous les grands domaines de chez nous sont en biodynamie », estime Jean-Claude Rateau. De plus en plus de vignobles s’y mettent, par conviction ou par effet de mode. Même les magnats du luxe François Pinault et Bernard Arnault, heureux nouveaux propriétaires de domaines sur les coteaux, convertissent leurs crus aux cycles naturels de la biodynamie.

LES « CLIMATS DE BOURGOGNE », BIENTÔT PATRIMOINE IMMATÉRIEL DE L’HUMANITÉ ?

Cette année, les climats de Bourgogne représentent la France devant l’UNESCO. « La particularité de la Bourgogne est cette micro-parcellisation qui s’est faite à travers des siècles de pratique. On demande le classement pour faire reconnaître notre histoire, mais aussi pour protéger ce patrimoine, explique Pierre-Olivier Garcia. On veut aussi éviter que l’on mette du Round-up dans des parcelles qui coûtent 50 millions d’euros. »

De sa parcelle « Aux champs perdrix », il tire un premier cru blanc dont la finesse tient au complexe argilo-calcaire en sous-sol. « Mais de l’autre côté du chemin, la roche est déjà différente, poursuit le jeune vigneron. La base, c’est le mono-cépage. C’est ce qui permet de comparer d’une parcelle à l’autre, d’apprécier la grande diversité des terroirs bourguignons. »

Démonstration quelques kilomètres plus loin, sur la Côte de Beaune. Jean-Claude Rateau s’arrête à mi-pente, devant la parcelle de premier cru les Bressandes. Le vigneron ramasse une poignée de cailloux beiges de calcaire : « Il agit comme une éponge, il capte l’humidité l’hiver et la relâche l’été. » En même temps, ils réverbèrent le soleil, créant un micro-climat chaud sur la parcelle.

« Ici, nous sommes à la confluence des plaques africaine et européenne. Les roches se poussent et se fracturent, il y a une faille tous les cent mètres », s’enthousiasme le vigneron. Les noms des micro-parcelles reflètent la variété des sols : les Poulettes désignent de petites roches concassées, les Poirets plutôt de grandes pierres plates, les champs perdrix un champ pierreux, etc.

C’est cette mosaïque de sous-sols qui a été patiemment délimitée en parcelles par les moines depuis le Moyen-Âge. Mais ce n’est pas le seul facteur qui joue sur le goût du raisin, et donc du vin : inclinaison de la parcelle, orientation du coteau et exposition au soleil, âge de la roche mère, quantité d’eau disponible. « Tout cela, c’est le terroir », résume Jean-Claude Rateau. Allié aux conditions climatiques particulières de la Bourgogne et au savoir-faire vigneron, voici ce qui donne un « climat ».

Le concept a été inventé pour nommer cette étroite collaboration, élaborée au fil des âges, entre l’homme et la nature bourguignonne. Le dossier a demandé huit ans de travail, il est en cours d’examen par l’UNESCO. Réponse dans le courant de l’été.

En Catalogne, une colonie éco-industrielle invente une façon de vivre libérée du profit Emmanuel Daniel (Reporterre) Reporterre 2015/04/22 Emmanuel Daniel (Reporterre) (22 avril 2015) En Catalogne, une colonie éco-industrielle invente une façon de vivre libérée du profit. Reporterre. Monde fr

En Catalogne, une colonie éco-industrielle invente une façon de vivre libérée du profit

Construire un analyseur d’eau, des systèmes d’éclairage écolos, brasser de la bière ou créer un réseau de téléphone alternatif... Voilà à quoi s’affairent une vingtaine de Géo Trouvetou installés dans une usine délabrée transformée en communauté rurale libertaire et high-tech. Cette « colonie éco-industrielle post-capitaliste » invente des façons de vivre et de produire libérées de la logique du profit.

- Calafou (Espagne), reportage

Pour accéder au fond de la vallée, le véhicule doit naviguer entre les bosses d’un chemin de terre mal entretenu. A l’arrivée, on est acccueilli par une barrière levée et rouillée qui semble bloquée dans cette position depuis des décennies. Sur le muret d’enceinte, on peut lire en lettres vertes et noires sur fond blanc : « Calafou, colonie éco-industrielle post-capitaliste ».

De prime abord, le post-capitalisme n’a rien de séduisant. Des murs grisâtres défraîchis par le temps, des embrasures de portes sans portes, des carreaux brisés qui laissent passer le vent frais de février. Certains bâtiments donnent l’impression d’avoir été abandonnés avant même d’avoir été finis. Derrière l’un d’eux, une cheminée industrielle pointe encore son nez vers le ciel mais cela fait longtemps qu’aucune fumée n’en est sortie.

Adossée au bâtiment principal, une petite église investie par la végétation sert de débarras. Sans la présence de voitures et de caravanes, on pourrait penser que Calafou fait partie de la centaine de colonies industrielles désaffectées qui pourrissent près des rivières catalanes, vestige du passé industriel de la région.

Souveraineté technologique

« Au siècle dernier, plusieurs dizaines de familles vivaient ici et produisaient du papier, du textile ou plus récemment des plaques de métal », me raconte Pablo, un doctorant en biologie, en s’appuyant sur les souvenirs de l’ancien propriétaire et les quelques archives dénichées dans les sous-sols de Calafou. Abandonnée depuis l’incendie d’un des bâtiments au milieu des années 2000, cette friche industrielle située à 60km à l’ouest de Barcelone a été rachetée il y a quatre ans par une bande de néo-ruraux pas comme les autres.

Didac, un des initiateurs du projet explique qu’ici « l’objectif n’est pas tant d’arriver à l’autosuffisance alimentaire qu’à la souveraineté technologique ». Pour ce sociologue qui a vécu plus d’un an sur place, Calafou s’inscrit dans une logique de réappropriation de la technique et des outils qu’il refuse de laisser « entre les mains des entreprises capitalistes internationales ».

En quatre ans, de nombreux travaux ont été effectués. Mais malgré les efforts des habitants, les 28 000 m² de hangars offrent encore un paysage que Didac qualifie de « post-apocalyptique ». Et c’est précisément ce qui a attiré Maxigas, doctorant en production collaborative.

Installé devant un écran traversé par des lignes d’écriture verte qui semblent venir directement de la planète Mars, une tasse de maté fumante à la main, il m’explique les raisons de sa présence ici : « Vu que la société est une ruine, j’aurais l’impression de me mentir à moi-même si j’habitais dans un appartement propret aux finitions parfaites. J’aime les ruines et les univers chaotiques, ils m’ont l’air plus réels ».

Biologie, porno et bricolage

Ulyses, un trentenaire au sourire ineffaçable se charge de faire visiter les lieux aux cinq personnes arrivées ces derniers jours. On découvre que derrière ces mastodontes de béton se cache une Silicon Valley rurale et anti-capitaliste.

Le long d’un grand hangar à ciel ouvert, quelques portes donnent sur des ateliers abrités par la seule partie du toit épargnée par les flammes. Derrière l’une d’elles, on trouve un laboratoire de biologie où Pablo analyse notamment l’eau et la terre des environs qu’il soupçonne d’avoir été souillées par les rejets industriels des dernières décennies.

Sur la table et les étagères de ce minuscule local, quelques instruments d’analyse et de stérilisation traînent aux côtés d’un cendrier et d’une pile de bouquins. Mais faute de moyens, l’équipement du labo est minimaliste. Heureusement, ses utilisateurs ne manquent pas de créativité :

« On a construit notre propre incubateur avec un appareil photo, des lumières et du wifi. Grâce à ça, on peut voir les bactéries en train de se développer à distance », raconte-t-il avec fierté en ouvrant le vieux frigo dans lequel leur création est conservée.

Quelques portes plus loin, des inscriptions à la bombe nous indiquent l’entrée du Penchblenda, un « trans-hack feminism lab ». Dans ce cabinet des curiosités à peine plus grand qu’un studio d’étudiant, chaque centimètre carré est utilisé pour stocker une des inventions de Pin, une des taulières du lieu.

Cette autodidacte aux cheveux roses et rebelles nous fait visiter son antre avec un enthousiasme communicatif. A côté d’un détecteur gérant le remplissage d’une cuve à eau, d’une dynamo artisanale, d’un projet de LEDs, de piezo-électricité et d’un microscope fabriqué avec une caméra USB, elle nous montre des godemichés moulés sur place dans une matière caoutchouteuse innovante, des instruments de musique corporels, des outils pour faire soi-même son diagnostic gynécologique et des photos de « post-porn ».

Une cohabitation surprenante d’objets et de concepts qui répond pourtant d’une même volonté : reprendre la main aussi bien sur son corps que sur son environnement. Transformer et bidouiller tout ce qui a été standardisé et par le capitalisme et « l’hétéro-patriarcat ».

Pirates des temps modernes

A l’étage inférieur, je pénètre via une porte branlante dans un des lieux phares de la colonie : le Hackafou. Sous le regard rieur de Jolly Roger, le drapeau pirate qui flotte au milieu de la salle, des hackers s’affairent.

Pendant que la coque d’un analyseur d’eau sort couche par couche d’une imprimante 3D, un homme installe Linux sur un ordinateur pendant qu’un autre s’amuse à pirater mon appareil photo. C’est à ce moment que Pin surgit et repart avec sous le bras une pile de vieux ordinateurs portables qu’elle entend ressusciter.

Dans ce repère où cohabitent des petits génies, du matériel high-tech, un poêle à bois antédiluvien et des revendications politiques, plusieurs équipes ont travaillé sur le développement d’outils destinés aux mouvements sociaux comme un réseau social alternatif ou un réseau téléphonique gratuit et sécurisé.

Mais c’est le Bitcoin, une monnaie virtuelle cryptée, qui a apporté une renommée internationale à Calafou, au grand dam des habitants actuels. Amir Taaki, surnommé le « Guru du bitcoin » a séjourné plusieurs mois à la colonie avec son équipe, attirant des journalistes laissant entendre dans leurs articles que Calafou était le QG du Bitcoin.

Cette publicité indésirable ramène encore aujourd’hui des curieux du monde entier en quête d’informations sur cette la fameuse monnaie qui prend de l’ampleur hors de tout contrôle étatique. Sauf que les occupants acceptent difficilement d’être associés à cette monnaie « anarcho capitaliste » et ils sont nombreux à la colonie à garder un souvenir amer du Guru et de son équipe.

Peuplée de punks, de technophiles, de féministes radicales et de bricoleurs, Calafou n’a rien d’une communauté de hippies. « On ne ressemble pas aux communautés néo-rurales classiques qui font pousser des légumes. Moi je voulais vivre à la campagne et faire des choses liées à la science et à la technologie », raconte Pablo.

Dans cette atmosphère technophile fleurissent néanmoins des projets divers. Près du bâtiment principal, dans une salle carrelée, trois personnes surveillent un thermomètre plongé dans une cuve. De là sortira la Rosa de Foc (Rose de feu, surnom de Barcelone), la bière artisanale dont ils produisent 800 litres par mois.

Ulyses explique qu’à Calafou on trouve également un mini cirque, une fabrique de savon, un projet de numérisation de livres, un centre social, un jardin... La colonie compte aussi un énorme atelier équipé d’une dizaine de machines dédiées au travail du bois. Ces outils sont collectivisés et n’importe qui peut les utiliser gratuitement à condition de reverser une part à Calafou en cas de profit.

Une économie alternative

Certains projets comme le centre social ou le laboratoire de biologie sont dits collectifs et à ce titre bénéficient du soutien de la Colonie et de locaux gratuits. Les autres, comme la brasserie ou la fabrique de savon, sont dits autonomes. Ceux-ci louent l’espace utilisé à raison d’1€ par mois et par m² et doivent reverser une partie de leurs bénéfices à la communauté.

Généralement, les projets autonomes versent 1/3 des recettes à ceux qui y participent, 1/3 pour consolider le projet et 1/3 pour la colonie. Pour le moment l’équilibre financier est fragile et la Colonie a bouclé l’année dernière avec difficulté. « Mais ça va mieux. Cette année, on va mettre le paquet », assure Pablo.

Et puis, en cas de problème, ils ne sont pas seuls. Calafou est un des projets autonomes de la Coopérative intégrale catalane (CIC), un mastodonte de l’alternative doté d’un budget d’un demi million d’euros issu de « l’insoumission fiscale », en clair, de l’évasion fiscale à des fins sociales. Avec cet argent, ils développent des outils juridiques, techniques et économiques afin de faciliter la construction d’alternatives dans le domaine de la santé, de l’éducation ou encore du logement. On trouve à Calafou un bon exemple de ce que permettent les outils crées par la commission logement de la CIC.

Au fond du terrain, caché entre un flanc de montagne et l’énorme hangar au toit carbonisé, se trouve la coopérative de logement social, une des sources principales de rentrées d’argent de Calafou. Le bâtiment compte 27 appartements et près d’une vingtaine sont pour l’instant occupés. Les habitants peuvent payer un loyer de 175 € à la coopérative ou acheter le droit d’usage de l’appartement pour 16 800 €.

C’est ce qu’a choisi de faire Karioka. Il peut en jouir à vie et récupérer sa mise en cas de départ, mais les murs continuent d’appartenir à la coopérative. Il ne peut donc pas revendre son logement. « L’avantage du droit d’usage est qu’on ne peut pas spéculer sur l’immobilier », explique ce grand gaillard avec sa voix puissante et un cheveu sur la langue.

C’est notamment cet argent qui a permis d’acheter la colonie vendue 400 000€ par son propriétaire. Près de la moitié a déjà été remboursée et ils entendent se libérer de la dette en moins de dix ans. Les habitants qui ne peuvent ou ne veulent pas payer pour un appartement personnel résident dans la « maison rouge », bâtiment en brique composé de dortoirs où logent également les invités.

Vers le post-capitalisme

En cette fin février, la colonie ne déborde pas d’activité et on se demande si les vingt-cinq personnes qui y vivent actuellement ne sont pas entrées en hibernation. Rox explique que le climat n’y est pas pour rien. « L’hiver a été très froid et sans la structure pour affronter ce froid, c’est dur d’être productif. En été, quand on peut faire des choses sans avoir cinq épaisseurs de vêtements sur soi, ça change la donne », raconte cette Italienne dont les mèches bleues dépassent de ses deux capuches.

Mais ce n’est pas la seule raison. « Beaucoup d’activités ici ne sont pas visibles. Le lieu est très grand donc personne ne te voit travailler », continue-t-elle. En effet, chaque jour passé sur place, j’ai découvert au moins une nouvelle pièce dans ce dédale industriel.

Après une tempête qui a fragilisé le collectif l’année dernière, ce dernier est en reconstruction. D’une cinquantaine de résidents, ils sont passés à vingt-cinq et réfléchissent à des protocoles pour réguler les flux de personnes. « On a accueilli trop de gens d’un coup, on n’était pas assez préparés », raconte Karioka. « Aujourd’hui, le groupe est plus fort, mais il y a encore du boulot », poursuit Rox.

En jeu, notamment la gestion de l’implication de chacun, aléatoire, notamment pour les journées hebdomadaires de travail collectif. « Parfois nous sommes fainéants, mais nous voulons faire les choses à notre rythme, c’est aussi ça le refus du capitalisme. Il y a des personnes qui ne sont pas d’accord avec ça et qui aimerait qu’on bosse tous huit heures par jour, mais un jour on va mourir, alors je veux pas perdre un moment », assume Rox avant de me débarrasser d’une chenille processionnaire, aux milliers de poils sérieusement urticants, qui grimpait sur mon pantalon.

Une ambiance pesante

Elle m’explique que Calafou n’est pas un collectif fort et uni mais un conglomérat de groupes affinitaires. Pablo abonde dans son sens : « Ce n’est pas vraiment une communauté mais plus une mini société, les gens décident de qu’ils veulent partager. Certains s’impliquent à fond dans la vie collective, d’autres paient juste leurs 10€ mensuels pour les frais et viennent aux assemblées mais on ne les voit jamais autrement. Je n’ai pas besoin d’être ami avec tout le monde ici ».

Très doués techniquement, les membres de Calafou ont plus de mal avec les relations humaines. Dans l’immense pièce commune, on voit rarement plus d’une dizaine de personnes, même à l’heure des repas. L’ambiance est pesante. Rares sont les rires qui viennent déchirer le silence.

Néanmoins après quatre ans d’expérience, le collectif commence à trouver ses marques et a mis en place certains protocoles pour se faciliter la vie (notamment pour l’accueil des journalistes). L’assemblée du dimanche sert à coordonner cet assemblage hétéroclite de personnes.

« Au départ, c’était l’anarchie complète, c’est le système parfait selon moi mais ça nécessite des gens responsables. Aujourd’hui, c’est presque l’inverse et on tend un peu vers la bureaucratie. On essaie de trouver un juste milieu », explique Pablo. Mais il est difficile de bâtir une vision commune tant les intérêts de chacun sont différents. « Tout le monde n’a pas les mêmes priorités. Pour certains ce sera le développement des activités productives, pour d’autres ce sera la construction de la communauté ou encore la réduction de notre impact écologique », résume-t-il.

Pour l’instant, Calafou est loin d’être une « colonie éco-industrielle post-capitaliste » comme l’affirme le site internet et le logo à l’entrée. « Le lieu n’a rien d’écolo ni d’industriel et n’est pas encore post-capitaliste », admet volontiers Rox.

Pablo lui aussi reconnaît que « ce titre est pour l’instant très théorique ». Il explicite néanmoins ce qui différencie la vie à Calafou de ce qu’on voit ailleurs dans le monde capitaliste : « On expérimente de nouvelles manières de s’organiser de manière décentralisée. On n’exploite pas les gens, la production n’a pas pour but le profit individuel mais le bien commun ».

Ce qui rend ce projet remarquable, c’est bien sûr cette concentration de génies qui mettent leurs talents au service du collectif. Mais c’est surtout l’incroyable pari qu’ils se sont lancés : reconstruire, sur les ruines matérielles et morales du capitalisme, des formes de vies qui leur correspondent.

L’éducation à l’environnement sort des sentiers battus Grégoire Souchay (Reporterre) Reporterre 2015/04/23 Grégoire Souchay (Reporterre) (23 avril 2015) L’éducation à l’environnement sort des sentiers battus. Reporterre. Reportage — Nature fr

L’éducation à l’environnement sort des sentiers battus

Les professionnels de l’éducation à l’environnement remettent en question leurs pratiques. L’idée phare : pour apprendre autrement, il faut sortir dehors, par et avec la nature.

- Jambville (Yvelines), reportage

Aux abords du Parc régional du Vexin, devant la grille du château de Jambville, il fait froid, humide, avec un désagréable vent d’ouest en rafale. Je rejoins l’entrée juste à temps pour assister au début de l’un des nombreux ateliers de ces rencontres de la « dynamique Sortir ». Trois jours déjà que quatre-vingt personnes sont venues de toute la France pour réfléchir ensemble à leurs pratiques en matière d’éducation à l’environnement.

Ce métier né dans les années 1980 mêle le savoir-faire de l’animation, qu’elle soit en centre aéré, en colonie de vacances, dans des associations ou dans les écoles, avec des connaissances naturalistes, botanistes ainsi que d’écologie scientifique. En vingt ans, cette profession s’est dotée de structures propres, d’un réseau institutionnel lié aux ministères chargés de la Jeunesse et des Sports ainsi que de formations professionnelles à « l’éducation à l’environnement et au développement durable » (EEDD).

Le Réseau Ecole et Nature rassemble au niveau national les éducateurs à l’environnement et maille le territoire avec les Groupements régionaux d’animation et d’information sur la nature et l’environnement (Graine).

Mais si, à l’origine, les activités avaient une connexion directe avec l’environnement, l’animation s’est peu à peu enfermée dans des « boites ». Ainsi, dans les classes, les enfants sont le plus souvent confrontés à des animations à partir de mallettes pédagogiques clef en main, sans contact avec l’extérieur.

Sortir de l’enfermement

Ces pratiques se substituent à d’autres qui plaçaient les enfants en contact direct avec la nature. Concrètement, « sortir » désigne toute activité en extérieur, du jardin partagé au bivouac en passant par le mini-camp, la randonnée, l’animation en forêt, la sortie scolaire de « classe verte » dans un parc naturel ou dans une ferme pédagogique, mais aussi la simple contemplation de la nature, à toutes les échelles.

Or, durant les années 2000, « toutes ces activités sont devenues à la fois moins suggérées et moins financées », dit Louis Espinassous, pionnier de l’animation en pleine nature. En cause, les contraintes toujours plus grandes en matière de sécurité, d’hygiène, la politique du « risque zéro », mais aussi les restrictions budgétaires qui empêchent de concevoir des « classes vertes ».

Enfin a grandi une « peur de la nature » dans toute la population. Car le problème de l’enfermement est un problème global : « On passe nos vies dans des boîtes : on quitte sa maison pour être dans sa « caisse » pour aller travailler dans une « boîte » avant de finir sa vie dans une autre boîte, je vous laisse imaginer laquelle », rappelle régulièrement le paysan-philosophe Pierre Rabhi.

Contre cette tendance mortifère, des premières rencontres intitulées « Sortir, une pratique en danger » s’organisent en 2009, sous l’impulsion de Louis Espinassous, Jacques Lachambre, de l’association Education Environnement 64, Sylvie Kempf, directrice du centre du Merlet (30) et enfin l’association Jeunes et Nature. Immédiatement un principe s’impose : « Un temps d’échange, dehors, pour se rencontrer, pendant deux jours et ensuite nous nous focalisons sur la production et l’action. »

Une nuit à la belle étoile, ça fait briller les yeux

Loin d’un colloque théorique, les rencontres Sortir sont ainsi un véritable moment de création d’outils pratiques, comme en témoigne la diversité des ateliers : un second tome pour leur guide Sortir : dans la nature avec un groupe, l’élaboration d’une plaquette à destination des directeurs de structures d’accueil collectif de mineurs (centre aéré, colonies de vacances, associations, …) ou encore d’outils pour informer les Agences régionales de santé sur les bienfaits thérapeutiques du « dehors ».

Chaque fois, il s’agit de rassurer des professionnels et des personnes en responsabilité pour les convaincre de se saisir eux-mêmes de la question. Cela permet d’évacuer les craintes et de démontrer que même avec les restrictions actuelles, l’animation « dehors » est possible et légale.

Sept années de rencontres ont permis d’aboutir à la création d’une formation spécifique « vivre et animer dehors ». Cette année, il s’agit de réfléchir à la mise en place de « coins de nature », dans les écoles mais aussi dans des zones urbaines dé-naturées pour reconnecter les différents publics avec la nature sans avoir à faire des kilomètres pour s’échapper des villes.

La nature doit-elle être « sauvage » ? « Un carré de gazon est-il un coin de nature ? », interroge une participante. Le lien est également fait avec des pratiques d’éducation populaire et de pédagogies alternatives (Steiner, Montessori, Freinet).

Une attention particulière est portée sur « l’autonomie des enfants », avec des schémas explicatifs partant d’une idée simple : le meilleur moyen d’apprendre c’est de faire soi-même et d’y être accompagné. Exemple avec le « jeu libre », situation où l’enfant, seul ou accompagné peut inventer, créer, imaginer des jeux, sous le regard discret mais bien présent d’un animateur qui n’intervient qu’en cas de besoin.

Comme souvent dans le secteur de l’animation, la majorité des personnes présentes sont des femmes. Et loin d’une sensibilité fleur bleue, nous avons affaire à des militantes de l’animation nature comme on me l’explique au cours du repas : « Les ZAD, les luttes écologistes, on est bien évidemment des relais de toutes ces luttes. Mais notre boulot c’est de donner le goût de la nature, l’envie de l’aimer et de la préserver aux plus jeunes. »

Et aux autres aussi. Sophie Descarpentries, co-présidente du réseau Ecole et Nature, raconte que « face à une assemblée d’élus, de fonctionnaires, quand vous évoquez une nuit à la belle étoile, un feu de camp, une sortie dehors, je peux vous dire qu’il y a quelque chose qui brille dans leurs yeux, même en costard-cravate ! ».

Le réseau Ecole et Nature finance directement les activités du groupe Sortir, via des subventions au ministère de la Ville, de la jeunesse et des sports, mais aussi avec la Fondation Nature et Découverte. Mais si la dynamique dépasse ce cadre. « Sortir, c’est très ouvert », lance, malicieuse, Maëlle Guéroult, la coordinatrice salariée de la dynamique Sortir, qui accueille « toutes les personnes qui ont envie de militer en faveur de l’éducation dans la nature, dehors ».

Elle précise : « Nous ne sommes pas liés à un mouvement, notre point fort, c’est notre diversité. » La plupart des adhérents provient du secteur associatif, qu’il s’agisse des CPIE (Centre permanent d’initiative pour l’environnement) et d’autres lieux associatifs, de l’éducation populaire avec les CEMEA (Centres d’entrainement aux méthodes d’éducation active) ou encore la Ligue de l’Enseignement, des collectivités locales, des centres de loisirs…

Pour mieux s’organiser dans cette pluralité d’approches, des groupes locaux décentralisés ont été créés dans plusieurs départements. « En rentrant chez eux, beaucoup de participants avaient envie d’agir sur leur territoire. De là sont nés les dynamiques en territoires. Ces groupes sont précieux pour la dynamique nationale car ils sont sur le terrain et sont des relais des actions que nous portons », souligne Maëlle. Une bonne manière également pour trouver chaque année un nouveau lieu pour accueillir les rencontres : Franche-Comté, Auvergne, ouest parisien, … il s’agit à chaque fois pour les hôtes de faire découvrir un territoire. Et l’on découvre, presque surpris, que la nature de la région Ile-de-France reste riche malgré son urbanisation croissante.

Comment faire entrer dans la grille d’analyse un chant autour du feu de camp ?

Les animateurs eux-mêmes n’échappent pas à cette volonté d’aller au dehors, chaque rencontre annuelle débute par une immersion en pleine nature. Cette année, six groupes sont ainsi allés explorer la nature en Ile-de-France : entre une balade sur les traces des impressionnistes, un jeu d’orientation de la ville à la campagne du Vexin ou encore une nuit en camping à la ferme malgré les froids hivernaux, « il suffit de bien se couvrir ! », souffle une participante.

Des expériences essentielles pour Maëlle : « Pour certains, ce sont des expériences fondatrices. L’an dernier, une animatrice nature a ainsi pu vivre sa première nuit à la belle étoile, une expérience inoubliable ».

Le problème, c’est que ces pratiques d’éducation sont difficiles à faire admettre aux pouvoirs publics : comment faire entrer dans les grilles d’analyse de l’administration le fait d’avoir créé un « souvenir d’enfance » à un jeune qui a vu une pluie d’étoiles filantes au milieu de l’été en chantant devant un feu de camp ?

Le secteur de l’animation n’est pas épargné par les coupes budgétaires qui menacent le tissu associatif. Sophie Descarpentries raconte : « Fin 2014, nous avons eu le dialogue de gestion avec les DREAL (Directions régionales de l’environnement, de l’aménagement et du logement). » Stupeur : la ligne budgétaire « éducation à l’environnement » avait tout bonnement disparu du budget 2015. « Ils nous ont dit : ’c’est transversal donc c’est partout’. Mais cela conduit à ce que ces financements disparaissent ».

Après mobilisation des réseaux de soutien, la ligne budgétaire a finalement été réintégrée. « Il s’agit de faire comprendre l’importance cruciale de l’éducation à l’environnement pour mettre en œuvre la nouvelle loi de transition énergétique. » Qui de mieux que des personnes chargées d’apprendre aux jeunes et moins jeunes à aimer et protéger la nature pour donner des clefs pour faire cette transition écologique ?

Le syndrome du manque de nature

L’éducation à l’environnement serait-elle politique ? La question n’est pas posée directement, le travail s’en tenant à « convaincre les ministères et les institutions locales ». Il demeure compliqué, quand une association d’animation nature est quasi exclusivement financée par des élus locaux, de s’opposer aux projets anti-écologiques de ceux-ci, comme certaines en ont fait l’amère expérience en Isère ou dans le Tarn. « Mais beaucoup d’animateurs veulent revenir aux sources de ce qu’est le lien à la nature, souligne Maëlle Guéroult. Cette idée là grandit, les gens se rendent compte que quelque chose cloche. »

Car sortir devient un véritable problème de santé publique. De récentes études scientifiques font état de l’existence d’un « syndrome du manque de nature » dans les sociétés actuelles. Enfermés constamment, sans se confronter avec un environnement naturel aux formes géométriques non linéaires, beaucoup de nos contemporains souffriraient de ce « syndrome » qui aurait des implications dans l’obésité, l’hyperactivité, les troubles de la concentration, etc.

Pour reprendre le chemin de l’école buissonnière, rien ne vaut une mise en pratique. La veillée du dernier soir sera un repas trappeur, au feu de bois, sous tente, animée par un spectacle théâtral avec « les fables du Pistil ». Puis, le lendemain, au lieu d’au-revoir traditionnels, les organisateurs ont décidé de faire une petite animation, en extérieur évidemment. Les voilà partis à s’élancer dans un grand champ boueux main dans la main avec pour seul objectif d’arriver ensemble à l’autre bout.

Un jeu coopératif, où tout le monde gagne ou tout le monde perd. Puis, c’est la « rumeur », chacun trouve un mot pour résumer la semaine qu’il chuchote d’abord puis, en entendant celui des autres, l’échange, le modifie, et monte en volume avant de l’hurler bien fort dans un spectacle haut en couleur.

- Ecoutez : la « rumeur » :

Une participante conclut : « C’est ça les rencontres. Un grand moment de joie, de plaisir où on se donne de l’énergie pour agir ensemble ». Tous ont en tête les éléments du plan d’action, les contacts s’échangent, la dynamique a vocation à s’étendre « jusqu’à ce qu’on n’ait un jour plus besoin de nous car on aura tous récupéré ce lien avec l’environnement », imagine Maëlle.

Malheureusement, la question de l’éducation au lien avec la nature, comme de nombreux sujets portés majoritairement par des femmes, reste à ce jour totalement absente des priorités politiques y compris dans les partis qui se réclament de l’écologie. Comme souvent, l’accent est porté sur l’économie, les créations d’emploi, le modèle de financement.

Et pourtant, comment pourrait-on réaliser un changement de société vers une sobriété heureuse sans avoir un système éducatif qui fasse de nous des êtres autonomes, libres, conscients et en harmonie avec l’environnement ?

SORTIR CHEZ LES SCOUTS

La philosophie des animateurs nature du groupe Sortir n’est pas sans rappeler certains fondements du scoutisme. Le mouvement des Scouts et Guides de France (catholique) fait d’ailleurs partie des membres du réseau et c’est lui qui accueillait cette année les rencontres au Château de Jambville, leur centre national de formation.

Pour Catherine Larrieu, directrice générale des Scouts et Guides de France : « Notre but est de former des citoyens, utiles actifs, heureux et artisans de paix. Pour autant, depuis le début, le scoutisme se vit dans la nature, le milieu de vie normal des Hommes ».

Pour elle la nature permet « de se découvrir soi-même, découvrir la beauté, de ressentir le temps et de savoir dépasser les difficultés ». Ce mouvement chrétien mais aussi d’éducation populaire compte en France 71 000 membres et travaille depuis un siècle auprès des jeunes à leur apprendre à construire des cabanes, se débrouiller dans les bois, de manière essentiellement bénévole.

En Algérie, le refus du gaz de schiste prend une ampleur nationale Patrick Piro (Reporterre) Reporterre 2015/04/23 Patrick Piro (Reporterre) (23 avril 2015) En Algérie, le refus du gaz de schiste prend une ampleur nationale. Reporterre. Mines et Gaz de schiste fr

En Algérie, le refus du gaz de schiste prend une ampleur nationale

Le mouvement de contestation du gaz de schiste, parti en janvier dernier de la ville saharienne d’In Salah, a gagné tout le pays, alors que les messages rassurants des autorités tournent à vide.

C’est un vrai pied de nez aux autorités algériennes : le 30 mars dernier, les opposants au gaz de schiste, réunis à Alger, se sont dotés d’une coordination à l’échelle du pays. La contestation s’étend et se structure : née le 1er janvier, elle a désormais largement débordé des lointains sables de la petite ville saharienne d’In Salah, dans le sud algérien.

C’est la suite logique des marches de protestation du 24 février dernier, initiative reprise dans de nombreuses villes du pays, avec le soutien de dizaines d’associations au niveau national et en dépit de la répression des forces de l’ordre. Le nouveau Collectif national pour un moratoire sur le gaz de schiste, s’il a décidé d’installer son siège à In Salah, site pionnier des projets d’exploitation du gaz de schiste, a choisi pour porte-parole une militante de la capitale, Sabina Rahimi.

La salle oscille entre le rire et la colère

« Il y a eu des défaillances dans la campagne d’information de la population », reconnaissait Youssef Tazibt lors du dernier Forum social mondial (FSM) tenu à Tunis du 24 au 28 mars. Député du Parti des travailleurs (PT, proche du pouvoir), il s’est affronté à plusieurs reprises à des participants altermondialistes, algériens entre autres, unanimement opposés au gaz de schiste.

Ce mea culpa fait partie intégrante du discours gouvernemental. « Nous n’avons pas démystifié en amont ; il faut rassurer les populations, alors que la technique d’exploration est parfaitement maîtrisée », affirmait Abdelkader El Mekki, directeur général de l’énergie, rencontré à Paris le 12 février dernier.

Au FSM de Tunis, on a également entendu s’exprimer Khelil Kartobi, imperturbable face à une assistance bouillante et incrédule. Directeur technique de la Sonatrach (la compagnie nationale algérienne d’exploitation des hydrocarbures), il a supervisé le premier forage de gaz de schiste du pays, sur le champ d’Ahnet près d’In Salah, où deux autres puits destinés à explorer le potentiel du gisement sont en cours de forage.

« Le dossier a été validé par les élus. Et ce n’est pas la première fois que nous pratiquons la fracturation hydraulique. S’il y avait le moindre risque, nous ne le ferions pas ! » La salle oscille entre les rires et la colère.

« Il est légitime d’associer les gens, de les organiser », concède Youssef Tazibt. Voilà qui est fait avec la constitution du Collectif, mais pas dans le sens envisagé par l’élu. En février déjà, une délégation ministérielle était venue déployer à In Salah la diplomatie gouvernementale pour tenter de calmer le jeu.

L’eau, unique richesse des Sahariens

« Nous avons vite compris qu’il ne s’agissait pas de trouver un compromis avec la population, mais de nous convaincre de l’absence de risque, comme si nous étions des ignares sous-informés », rapporte Tarek Zegzeg, l’un des meneurs des universitaires locaux, à la pointe des manifestations de masse qu’a connues la ville depuis trois mois. « Ils disent qu’il n’y a pas de différence avec le gaz naturel, que le pays exploite depuis des décennies. Mais nous savons que la fracturation hydraulique est très controversée, qu’elle menace l’environnement et la santé. »

Lui aussi en mission de défense des intérêts d’Alger, Smaïl Kader, ingénieur en biologie, identifie « une frustration, une demande de développement » dans cette mobilisation saharienne qui a totalement pris les autorités au dépourvu. Lesquelles ont prestement ouvert de nouveaux postes administratifs pour satisfaire la demande dans cet immense Sud où il faut parfois parcourir 300 kilomètres de piste pour obtenir un document officiel. « Mais ce n’est pas pour cela que les gens sont sortis dans la rue. Pas pour des motifs politiques ni pour revendiquer plus de liberté, mais en défense de leur vie », s’élève Tarek Zegzeg.

L’eau, unique richesse de ces Sahariens. Elle n’est disponible que sous leurs pieds, dans la nappe phréatique fossile de l’Albien, qui ne se renouvelle pas tant les pluies sont rares. La fracturation hydraulique en consomme d’énormes volumes, et la moindre pollution menacerait directement la fragile agriculture locale, totalement dépendante des puisages.

"Tout le monde reprend son souffle"

Pour Fateh Titouche, de l’Action citoyenne pour l’Algérie, basée à Paris, l’élargissement de la mobilisation comporte des risques qu’il faut assumer. « La cohésion du mouvement fait sa force, tous les opposants se connaissaient. La centralisation et l’implantation dans les villes du Nord l’exposent à l’infiltration, une pratique où l’État excelle. Cependant, il est indispensable d’affirmer que la mobilisation contre le gaz de schiste n’est pas une bataille locale mais une cause nationale pour la transition énergétique et un autre modèle de développement. »

Sur le terrain, l’onde de protestation s’est apaisée. « Nous consolidons nos réseaux, tout le monde reprend son souffle après des semaines d’actions, mais la détermination est intacte », affirme Fateh Titouche.

Le bras de fer promet d’être long et sévère. Car le gouvernement place les enjeux au plus haut niveau. « Les réserves d’hydrocarbures conventionnels commencent à s’épuiser et nous comptons chaque année 450 000 nouveaux consommateurs de gaz et d’électricité ! », défend le député Youssef Tazibt.

Selon l’Energy information administration étasunien (EIA, 2013), le gisement de gaz de schiste algérien serait le troisième au monde en importance, quintuplant théoriquement les réserves en gaz naturel du pays. Même si les pronostics de l’EIA ont souvent débouché sur des désillusions, comme en Pologne, ils ont de quoi alimenter bien des ambitions.

Le 27 décembre dernier, AHT1H1, premier puits d’exploration du gaz de schiste du pays, illuminait le ciel d’Ahnet de sa torchère. « Très prometteur », commentait Youcef Yousfi, ministre de l’énergie venu pour une inauguration en grande pompe.

UN PROGRAMME D’OPPOSITION AU GAZ DE SCHISTE

Le Collectif national pour un moratoire sur le gaz de schiste en Algérie, créé le 30 mars 2015, a décidé l’organisation d’une conférence nationale sur le gaz de schiste à In Salah, et s’est donné pour mission de :

. fédérer les compétences et les volontés au niveau national ; . créer une commission indépendante qui sera formée d’experts et de représentants de la société civile ; . interpeller l’Assemblée nationale sur la nécessité d’une loi pour le moratoire ; . demander la publication du rapport « Mebtoul » d’expertise sur le gaz de schiste, remis au premier ministre ; . d’obtenir les conclusions qui ont permis à l’Autorité de régulation des hydrocarbures de valider l’exploitation du gaz de schiste en Algérie ; . sensibiliser et informer sur les méfaits de la fracturation hydraulique.

MOUHAD, LE PÈLERIN DES SABLES

« Vous attaquez notre Algérie, d’où viennent vos financements ? », hurle Louiza Hanoune, secrétaire générale du Parti des travailleurs (PT) à la sortie d’un débat du Forum social mondial de Tunis (24-28 mars 2015). « Vous venez nous harceler jusqu’ici, après avoir voté la loi autorisant l’exploitation du gaz de schiste ? Notre Algérie n’est pas la vôtre ! », réplique sur le même ton Mouhad Gasmi, militant anti-gaz de schiste d’Ardar, à quelque 300 kilomètres d’In Salah.

Pour peu qu’ils aient des liens avec des ONG étrangères, les opposants aux projets du gouvernement sont immanquablement accusés d’être payés pour attenter à la souveraineté d’Alger — « Agents du Mossad ! » (les services secrets israéliens).

Mouhad, soudeur de son état, craignait des tracasseries policières de retour au pays. Il est bien rentré, assure-t-il, et va bientôt reprendre son bâton de pèlerin. Depuis des semaines, il parcourt les villes du Sud pour informer les gens sur les risques de la fracturation hydraulique. « C’est ma stratégie : constituer des noyaux prêts à résister quand la menace se concrétise. Mais c’est réellement un mouvement de base, pas des professionnels de la résistance. »

Adepte des réseaux sociaux sur internet, ce militant de 38 ans prend régulièrement conseil auprès de sa femme, couturière, aussi déterminée que lui. Avant la rébellion d’In Salah, il militait au sein de la Ligue algérienne de défense des droits des chômeurs, dont sept sont actuellement en prison en raison de leur engagement.

« Nous avons remarqué que les sans-emplois sont régulièrement plus nombreux que la moyenne dans les zones de grands projets d’exploitation d’hydrocarbure… J’ai donc alerté les réseaux dès 2013 quand j’ai entendu parler des projets sur le gaz de schiste. » Le point de ralliement : les menaces sur l’eau et la santé. La défiance envers la Sonatrach, l’opérateur d’État sur tout le champs des hydrocarbures, est ancienne.

« Elle agit à sa guise et se moque des lois. Partout où elle sévit, nous avons des problèmes de pollution. » À proximité d’In Salah, un site expérimental d’enfouissement du CO2 (pour lutter contre le dérèglement climatique), insuffisamment étanche, connaîtrait des fuites incontrôlables.

À ceux qui s’étonnent de la force du mouvement parti d’In Salah, Mouhad rappelle qu’il a fait ses armes lors des innombrables « émeutes » qui ont accompagné le Printemps arabe en 2011. « Loin des projecteurs, nous avons appris à nous organiser, ce qui signifie notamment la capacité d’alimenter pendant plusieurs jours en nourriture et en eau des milliers de personnes en train de bloquer un site. » Un hommage explicite aux femmes d’In Salah.

Avec les monnaies locales, une autre économie s’ébauche au cœur du capitalisme Christophe Fourel Reporterre 2015/04/23 Christophe Fourel (23 avril 2015) Avec les monnaies locales, une autre économie s’ébauche au cœur du capitalisme. Reporterre. Tribune — Économie fr

Avec les monnaies locales, une autre économie s’ébauche au cœur du capitalisme

Les monnaies locales complémentaires, qui se multiplient en France, entrent peu à peu dans l’agenda politique. Elles veulent relocaliser l’économie et redonner du sens aux rapports marchands. Enlevant le monopole de la monnaie aux banques et aux Etats.

Les monnaies locales complémentaires (MLC) viennent d’entrer timidement mais sérieusement dans l’agenda politique en France. La parution concomitante de deux rapports consacre en effet l’intérêt croissant qu’elles suscitent aujourd’hui de la part des politiques.

Le premier de ces rapports, intitulé D’autres monnaies pour une nouvelle prospérité, est issu d’une mission commandée début 2014 par Cécile Duflot, alors ministre à l’Egalité des territoires et du Logement, et Benoît Hamon, à l’époque ministre délégué à l’Economie sociale et solidaire et à la Consommation.

Le deuxième, issu du Conseil économique, social et environnemental (CESE), embrasse plus largement le sujet des « nouvelles monnaies », incluant les MLC et les monnaies virtuelles comme le bitcoin.

Reconnaissance légale

Cette concomitance n’est pas fortuite même si les deux documents divergent sur l’analyse. L’avis du CESE se prononce clairement pour un encadrement plus strict de ces initiatives, alors que le premier rapport est nettement plus favorable au développement des MLC, si bien que cette mission a contribué à la modification du code monétaire et financier à travers la loi relative à l’Economie sociale et solidaire (ESS) adoptée fin juillet 2014, afin de permettre leur reconnaissance légale.

Certes, l’article 16 de la loi ESS est succinct, mais il constitue une avancée unique en Europe, autorisant l’émission des MLC comme titre de paiement dès lors que ces monnaies relèvent de l’initiative de structures appartenant au secteur de l’ESS.

Cette consécration par la loi est une base solide pour assurer le développement de ces monnaies qui, en France, sont très récentes. La première d’entre elles, l’Abeille, a vu le jour à Villeneuve-sur-Lot il y a cinq ans. Le sol-violette à Toulouse, monnaie emblématique du mouvement SOL, a été lancé en 2012. Depuis, les initiatives se sont multipliées au point qu’une trentaine de monnaies circulent aujourd’hui sur le territoire. Et autant sont actuellement en préparation.

C’est d’ailleurs cet engouement qui a provoqué l’intérêt des politiques. Au point que des collectivités territoriales sont désormais à l’initiative de certains projets alors que jusqu’à présent, l’émission des MLC était majoritairement promue par des collectifs de citoyen-ne-s indépendants.

Mouvement mondial

Ainsi, la France s’inscrit dans un mouvement d’innovation monétaire présent à peu près sur toutes les zones géographiques du monde à l’exception (provisoire ?) de l’Europe de l’est et l’Europe centrale. Le modèle qui sert de référence aux projets français est celui des Chiemgauers nés en Bavière en 2003. Appropriation de l’émission monétaire par les citoyen-ne-s, suite à la défiance provoquée par la crise monétaire et financière de 2008, les monnaies complémentaires poursuivent plus ou moins les mêmes objectifs.

Leurs promoteurs mettent en avant trois raisons justifiant l’émission de ces monnaies. D’abord localiser les transactions, en privilégiant l’usage local de revenus tirés d’une production locale. Il s’agit de renforcer un circuit complémentaire au circuit économique courant. Les MLC cherchent à articuler les espaces de formation des revenus, et les espaces de dépenses de ces mêmes revenus, favorisant ainsi l’intégration des demandeurs et des offreurs locaux.

Ensuite, dynamiser ces échanges au bénéfice des populations, et pour cela refuser l’accumulation, la conservation et la concentration de la richesse. Ainsi, les MLC tentent de montrer leur capacité à générer du développement économique local, du développement humain et du développement social à travers différentes formes d’engagement ou d’auto-organisation collective.

Enfin, transformer les pratiques et les représentations de l’échange, notamment en orientant la consommation de manière à la rendre plus « responsable », c’est-à-dire plus respectueuse du développement durable et plus éthique. Les MLC visent en ce sens à faire émerger de nouvelles relations entre les partenaires des échanges en promouvant la constitution de liens interpersonnels dans et par l’échange.

Une autre économie s’ébauche

Certes, il est trop tôt pour dire si l’impact social, économique et citoyen des MLC en lien avec les objectifs affichés sera suffisant pour ancrer leur développement dans le long terme. Les masses monétaires en circulation sont encore très faibles (quelques dizaines de milliers d’euros). Mais certains projets comme l’eusko au Pays Basque, lancé il y a deux ans, montre que leur dynamisme peut être très puissant dès lors que l’écosystème qui sous-tend la création de la monnaie y est favorable en termes de pratique de l’échange et d’appartenance à une identité territoriale valorisante.

La multiplication des MLC n’est pas un effet de mode. Ces initiatives ont en quelque sorte fait sauter un verrou : celui qui considérait l’émission de la monnaie comme une chasse gardée des banques ou des Etats. En cela, les MLC participent à leur manière à la bataille des imaginaires actuellement à l’œuvre dans la période de crise profonde et de désespérance dans laquelle nous sommes embourbés et qui fait, hélas, le lit d’autres imaginaires bien plus sombres.

Une autre économie s’ébauche au cœur du capitalisme. Cette autre économie inverse le rapport entre production de richesse marchande et production de richesse humaine. Et comme le souligne très justement Bernard Lietaer, un spécialiste incontesté de ces questions : « La monnaie ne doit pas rester extérieure au champ de préoccupations que sont les défis de notre temps : le changement climatique, la dégradation de l’environnement, les pénuries alimentaires, la raréfaction des ressources, l’explosion démographique… » La conférence sur le climat qui se déroulera à Paris à la fin de l’année pourrait alors servir à ce que cette voix soit entendue et cette voie soit aussi explorée.

Une immersion totale chez les éboueurs dans le dernier numéro du « Nouveau Jour J » Reporterre 2015/04/24 (24 avril 2015) Une immersion totale chez les éboueurs dans le dernier numéro du « Nouveau Jour J ». Reporterre. fr

Une immersion totale chez les éboueurs dans le dernier numéro du « Nouveau Jour J »

Le Nouveau Jour J revient en kiosques pour un numéro très spécial intitulé « Vis ma vie d’éboueur - La gestion des déchets vue de l’intérieur ». Une superbe enquête sur un métier ignoré et indispensable, quarante pages en immersion racontent la réalité du métier d’éboueur, du recrutement à Adecco jusqu’à l’arrière du camion-benne.

Dans tous les kiosques du Grand Nancy.

La chronique de Reporterre sur Radio Nova - Le changement climatique menace les crus de Bourgogne Barnabé Binctin (Reporterre) Reporterre 2015/04/24 Barnabé Binctin (Reporterre) (24 avril 2015) La chronique de Reporterre sur Radio Nova - Le changement climatique menace les crus de Bourgogne. Reporterre. Agriculture et climat fr

La chronique de Reporterre sur Radio Nova - Le changement climatique menace les crus de Bourgogne

- Jeudi 23 avril 2015

- Ecouter ici la chronique de Reporterre, par Barnabé Binctin :

La chronique de Reporterre, tous les jeudi à 18 h 10 sur Radio Nova, dans l’émission « 2h1/4 avant la fin du monde », animée par Marie Misset et Armel Hemme.

« L’occasion de faire le point sur les combats et débats quotidiens de l’écologie ».

A écouter sur... et bien voici la carte des fréquences, selon le lieu où vous habitez.

Allez, la gauche, sors de la croissance ! Giorgos Kallis Reporterre 2015/04/24 Giorgos Kallis (24 avril 2015) Allez, la gauche, sors de la croissance !. Reporterre. Tribune — Économie fr

Allez, la gauche, sors de la croissance !

Nous nous sommes endettés pour croître, nous voici désormais contraints de croître pour rembourser nos dettes : c’est l’absurde impasse où nous enferme l’idéologie de la croissance. Il faut en sortir et affirmer qu’il est possible d’atteindre la prospérité sans croissance économique. C’est l’alternative concrète à saisir pour la nouvelle gauche européenne.

Dans notre livre récent Décroissance : Un vocabulaire pour une ère nouvelle (maintenant disponible en anglais, mais qui sera bientôt publié en français par Le Passager Clandestin), nous soutenons que la croissance économique s’avère non seulement de plus en plus difficile dans les pays avancés mais qu’elle est, de surcroît, non viable du point de vue social et écologique. Le climat global, l’État providence ou les liens sociaux qui ont existé des siècles durant sont sacrifiés un à un sur l’autel du dieu croissance.

Telles des files de patients en phase terminale, des populations entières sont appelées à souffrir indéfiniment pour que leurs économies puissent grappiller quelques misérables décimales sur l’échelle du PIB, et ce au bénéfice de 1% de la population mondiale.

En théorie, la croissance est requise pour rembourser les dettes, créer de l’emploi ou augmenter les revenus des pauvres. Dans la pratique, toutefois, malgré des décennies de croissance, nous sommes toujours endettés, nos jeunes sont au chômage et la pauvreté est toujours aussi élevée. Nous nous sommes endettés pour croître, or nous voici désormais contraints de croître pour rembourser nos dettes.

Ne pas confondre décroissance et récession

La décroissance est un appel à la décolonisation de l’imaginaire social par l’idéologie d’un avenir à sens unique n’admettant que la croissance. Il ne faut pas confondre décroissance et récession. La décroissance part de l’hypothèse qu’il est possible d’atteindre la prospérité en l’absence de croissance économique.

Autrement dit : qu’il est possible d’avoir un travail enrichissant sans avoir besoin d’une croissance éternelle ; de soutenir un État providence efficace sans que l’économie ne croisse incessamment, année après année ; et qu’il est possible aussi d’accroître l’égalité et d’éliminer la pauvreté sans avoir à accumuler de plus en plus d’argent chaque année.

La décroissance remet en cause non seulement les résultats mais l’esprit-même du capitalisme. Le capitalisme ne connait pas de limites, il sait uniquement comment croître, créer en détruisant. Le capitalisme est incapable de se poser et ignore comment le faire. Le capitalisme sait tout vendre ; mais il ne sait pas vendre « moins ».

Une alternative à saisir pour le nouvelle gauche européenne

La décroissance propose une logique novatrice à une gauche radicale qui veut aller au-delà du capitalisme sans, toutefois, reproduire les expériences autoritaires et productivistes des modèles socialistes réels (parfois nommés « capitalisme d’État »).

On assiste à l’avènement en Europe, de l’Espagne à la Catalogne, de la Grèce à la Slovénie et à la Croatie, d’une Gauche nouvelle dont la nouveauté tient non seulement aux idées mais aussi au jeune âge de ses membres. Cette Gauche sera-t-elle aussi une gauche verte et proposera-t-elle un modèle coopératif alternatif pour l’économie inspirée des idées de la décroissance ?

Ou à l’instar de la nouvelle gauche d’Amérique latine conditionnée par les exigences du capitalisme global, cette nouvelle Gauche reproduira-t-elle la logique expansionniste du capitalisme en se bornant à substituer les sociétés multinationales par des sociétés nationales, répartissant un peu mieux les miettes entre la populace ?

Beaucoup de gens qui sympathisent avec les idées et la critique exposées dans notre livre « Décroissance : Un vocabulaire pour une ère nouvelle » nous disent que quand bien même les arguments avancés par les défenseurs de la décroissance paraissent raisonnables, leurs propositions sont vagues et ne pourraient, de toute façon, jamais être mises en pratique. Il semble qu’il soit plus facile d’imaginer la fin du monde, voire la fin du capitalisme, que d’imaginer la fin de la croissance.

Concrétisation politique

Même les partis politiques les plus radicaux n’osent pas prononcer le mot qui commence par D, ou pour le moins remettre en cause l’opportunité-même de la croissance. Pour briser ce sortilège de la croissance, nous avons décidé, au sein de l’équipe Research & Degrowth à Barcelone, de codifier une partie des propositions politiques qui découlent de la théorie de la décroissance, politiques qui sont abordées plus en détail dans notre récent livre.

Récemment Libération les a publiées. Au lieu de cela, nous proposons ici de réfléchir sur les programmes de parties proéminentes de la nouvelle gauche : Podemos et Syriza, même si nous reconnaissons que d’autres, comme le parti vert au Royaume-Uni mérite aussi attention.

Ces propositions sont complémentaires et doivent être mises en œuvre de façon concertée. À titre d’exemple, la fixation de plafonds environnementaux pourrait réduire la croissance et générer de l’emploi, cependant que le partage du travail avec un revenu de base garanti aura pour effet de découpler la création d’emplois et la sécurité sociale de la croissance économique.

La réaffectation des investissements des activités conventionnelles vers des activités vertes et la réforme du système de taxation permettront de garantir l’émergence d’une économie plus respectueuse de l’environnement. Par ailleurs, le fait de cesser d’évaluer l’économie en termes de PIB et de recourir aux indices de prospérité assurera que cette transition soit comptée comme un succès plutôt qu’un échec.

Enfin, la réforme de la taxation et la réglementation publicitaire contribueront à un relâchement de la concurrence positionnelle et réduiront le sentiment de frustration que peut engendrer l’absence de croissance. L’investissement dans les biens publics et les infrastructures partagées contribuera à accroître la prospérité sans croissance.

Nous espérons voir les partis de la Gauche authentique éviter de faire de la relance de la croissance économique leur objectif. Et nous espérons les voir préparés, avec des idées en place sur ce qu’ils feront, dans le cas où l’économie refuse de croître. Est-ce une attente raisonnable au vu de la conjoncture politique actuelle du Sud de l’Europe, par exemple ? Oui et non.

Le projet de Podemos

Le projet de politique économique de Podemos, publié en novembre 2014, contient de nombreux éléments qui s’accordent avec l’agenda décrit ci-dessus. Le document n’établit pas la croissance comme son objectif stratégique. Il omet toute référence au PIB. Il propose de réduire la durée de travail à 35 heures, prévoit un revenu minimum garanti pour les sans-emploi, appelle à des remises de dettes pour une partie des dettes ménagères et publiques et préconise une réallocation des investissements vers les soins, l’éducation et l’économie verte, posant la satisfaction des besoins essentiels à travers une « consommation écologiquement viable » comme son principal objectif.

La politique pourrait aller plus loin en transférant les taxes du salariat vers les ressources, en établissant des limites environnementales, en régulant la publicité, en généralisant le revenu de base et en procédant à une réforme de l’État providence en ouvrant une réflexion sur les possibilités d’universalisation de l’économie solidaire, qui connait actuellement un important essor en Espagne, de même qu’en prévoyant des solutions viables et à bas prix en matière de santé, de soins et d’éducation.

Les choix de Syriza

En Grèce, en revanche, ignorer la croissance relève d’un exercice beaucoup plus difficile en raison de la dette colossale qui pèse sur le pays et le besoin d’échapper à la politique d’austérité socialement désastreuse imposée par la Troïka.

C’est avec raison que Syriza s’attaque à l’austérité avec une proposition visant à l’annulation d’une partie de la dette publique grecque. Malheureusement, toutefois, l’objectif de l’annulation de la dette serait dans ce cas vraisemblablement de relancer la croissance, avec l’adoption par Syriza de la « clause de croissance » proposée par Joseph Stiglitz, en vertu de laquelle le solde de la dette serait financé par la croissance.

Syriza propose un New Deal (Nouvelle donne) européen et soutient des investissements publics qui doperont la croissance en Grèce. Toutefois, à la différence de Podemos, il n’est pas question d’une Nouvelle donne « verte » ni d’une transition des industries conventionnelles vers des industries propres, ni même d’une transition des secteurs à ressources intensives vers les soins et l’éducation.

Dans la conjoncture actuelle des pouvoirs en Europe, de la dictature des marchés et de la fixation que fait l’Allemagne sur l’austérité, même la proposition stiglitzienne de Syriza passerait pour « radicale » et a peu de chances d’être réalisée, à moins de bouleversements sociopolitiques majeurs en Grèce et d’agitations politiques dans le reste de l’UE.

Et à supposer que Syriza mette un jour en œuvre sa stratégie, la question serait de savoir ce qu’il ferait si, malgré la restructuration de la dette, la croissance annoncée manquait de se concrétiser.

Se rabattrait-il sur une austérité gauchiste, comme ce que firent les « socialistes » de Hollande en France lorsqu’ils furent confrontés au même problème ?

Poursuivrait-il encore plus intensément l’actuel modèle extractiviste de développement, exploitant les environnements de la Grèce pour leurs ressources, les exportations et le tourisme, quand bien-même cela irait à l’encontre des souhaits de sa base politique qui se trouve aux devants des luttes actuelles contre les projets extractivistes ?

Ou choisirait-il de s’arrêter et d’écouter les jeunes de ses rangs qui sont activement engagés dans l’économie solidaire grecque florissante, pour tenter de déchiffrer et réfléchir à comment universaliser ces expériences locales avant-gardistes sous forme d’un projet novateur pour l’économie au sens large ? Pas facile, certes, mais depuis quand une gauche qui se veut radicale opte-t-elle pour les solutions de facilité ?

La loi Macron impose en catimini l’enfouissement des déchets nucléaires Barnabé Binctin (Reporterre) Reporterre 2015/04/24 Barnabé Binctin (Reporterre) (24 avril 2015) La loi Macron impose en catimini l’enfouissement des déchets nucléaires. Reporterre. Déchets nucléaires fr

La loi Macron impose en catimini l’enfouissement des déchets nucléaires

En pleine nuit dans un hémicycle quasiment vide, le gouvernement a enfin réussi à faire adopter une mesure favorisant l’ouverture du dépôt de déchets nucléaires Cigéo. Paradoxe, les sénateurs PS ont voté contre leur ministre Emmanuel Macron, sans pour autant empêcher le coup de force.

Ça s’en va et ça revient… Dans la nuit de vendredi à samedi 18 avril, ce n’est pas la partition de Claude François que les sénateurs ont repris, mais une autre ritournelle désormais bien connue du gouvernement Valls : l’introduction d’un amendement favorisant l’ouverture du projet Cigéo, centre d’enfouissement de déchets nucléaires, dans une loi présentée au vote des parlementaires.

Une première tentative avait déjà eu lieu en juin 2014 dans la loi de transition énergétique puis une deuxième en novembre dans la préparation de la loi Macron. Elles avaient échoué, avec retrait des textes de loi. Mais voici de nouveau revenue la définition de la « réversibilité », condition indispensable au lancement du projet de Cigéo : l’enjeu est de lancer la construction du centre d’enfouissement sans passer par la case législative telle qu’elle était jusque-là instituée par le calendrier (cf « brouiller la procédure pour éviter le débat parlementaire » in : Déchets nucléaires : le gouvernement essaye encore de tricher).

Si la (ré-)introduction de cette disposition dans la loi Macron finit par ne plus être une « surprise », elle se fait chaque fois un peu plus par effraction. Cette fois, c’est à cinq heures du matin, dans la nuit de vendredi à samedi, après l’examen de 220 amendements tout au long de la journée et de la nuit, que les sénateurs ont adopté le fameux amendement.

Emmanuel Macron, complice de l’UMP pour accélérer le vote ?

L’amendement 115 avait été déposé par le sénateur UMP de la Meuse, Gérard Longuet, qui se félicitait de la « priorité » accordée par le gouvernement permettant d’accélérer la procédure d’examen et de débat : « Ma satisfaction n’a d’égal que ma honte de passer devant d’autres collègues à cette heure avancée de la nuit ! (sourires) », peut-on lire sur le verbatim édifiant de la séance parlementaire.

Emmanuel Macron soutenait l’amendement : « Je l’ai dit très clairement, en tant que ministre, je m’engagerai sur ce sujet. Une loi a été adoptée en 2010, suivie d’un débat public en 2013. Il faut aller de l’avant (…). Je peux d’ores et déjà vous assurer que nous voulons être au rendez-vous de Cigéo. »

Aussi, alors que la proposition avait initialement été pensée comme un « amendement d’appel », visant à connaître la position du Gouvernement et à « en laisser une trace dans le compte-rendu [des] débats », l’amendement se trouvait soumis directement au vote par scrutin public.

Or, alors qu’il ne restait plus en cette heure tardive qu’une petite trentaine de sénateurs, ce mode de scrutin permet de voter pour les absents. Et d’engager ainsi le vote du groupe en entier. Qui a ainsi décidé d’accélérer sur Cigéo ?

Même Gérard Longuet, interpellé sur l’acuité d’un tel vote dans ce contexte par Jean Desessard, sénateur écologiste, puis par Nicole Bricq, première ministre de l’Ecologie du quinquennat de Hollande, semblait pris de court : « Je suis cette affaire depuis vingt ans. Je peux donc bien attendre vingt minutes, vingt heures ou vingt jours de plus, cela ne me pose aucun problème ! (…) J’admets volontiers que ce sujet, compte tenu de son importance, ne doit pas être traité à l’heure où, on l’imagine, la lassitude gagne notre hémicycle… »

Les socialistes votent contre leur propre ministre !

Finalement, le vote sur cet amendement fut bel et bien maintenu, satisfaisant ses promoteurs, avec une adoption par 200 voix contre 139. Mais parmi les voix contre, on retrouvait, outre les écologistes et les communistes, les socialistes, qui se sont donc opposés à l’amendement pourtant soutenu par leur ministre Emmanuel Macron.

« Est-ce par rapport à Cigéo en tant que tel ou simplement à l’égard de l’indécence du processus ? » interroge Laura Hameaux, du Réseau Sortir du Nucléaire, contactée par Reporterre. Lors du débat, Nicole Bricq a dit refuser d’être ainsi « prise en otage », arguant qu’il fallait repousser la discussion en mai, lors de la prochaine session parlementaire.

De son côté, Jean Desessard estimait qu’il n’est « pas normal qu’un sujet de cette nature (…) soit étudié de cette façon », alors qu’il mérite « un véritable débat, préparé et argumenté ». Depuis, plusieurs associations ont dénoncé un énième « tour de passe-passe atomique ». « Dans ces conditions, c’est une mascarade démocratique », dénonce Laura Hameaux, qui rappelle que la loi Macron, de son côté, avait déjà été précédemment imposée par l’usage du 49-3…

Le vote du Sénat, acquis dans ces étranges conditions, sera discuté dans la prochaine étape du marathon législatif de cette loi attrape-tout, la commission mixte paritaire.

Tout savoir pour faire de votre jardin un eldorado nourricier Christine Laurent (Reporterre) Reporterre 2015/04/24 Christine Laurent (Reporterre) (24 avril 2015) Tout savoir pour faire de votre jardin un eldorado nourricier. Reporterre. Agriculture fr

Tout savoir pour faire de votre jardin un eldorado nourricier

Le guide Terre vivante de l’autonomie au jardin. Savoir tout faire au potager, poulailler, rucher : cet ouvrage collectif est une précieuse boussole pour parvenir, par des exemples concrets, à l’autonomie en jardinage biologique.

Le Guide de l’autonomie au jardin est une somme de connaissances inouïe pour pratiquer le jardinage biologique sans passer par la case jardinerie. Il a été réalisé par l’équipe de Terre vivante, une coopérative qui gère un centre d’écologie à Mens, au sud de Grenoble, dans la très belle vallée de la Triève, elle-même pionnière du mouvement de la transition en France.

Cet ouvrage collectif présente les conseils et les savoir-faire de fondateurs de Terre vivante comme Claude Aubert ou Jean-Paul Thorez, de collaborateurs réguliers de la revue maison Les 4 saisons du jardinage, Brigitte Lapouge-Déjean, Rémy Bacher, et Michel Audureau ainsi que le jardinier du centre, Pascal Apse. Tous cultivent l’autonomie dans leurs jardins, ce qui donne aux informations pratiques les qualités d’une expérience éprouvée.

Quelques passionnés et néanmoins professionnels complètent l’équipe de rédaction : Gilles Leblais ornithologue, Blaise Leclerc spécialiste des paillis et des insectes utiles, Claude Merle, horticulteur de métier et passionné d’abeilles et Christian Boué producteur de semences biologiques.

Eldorado nourricier

Ce guide ne vous apprendra pas à jardiner avec la lune ou sur des buttes, mais vous enseignera les règles à respecter pour mettre toutes les chances de votre côté et parvenir rapidement à créer un eldorado nourricier.

Il se divise en quatre parties. Les "clés de l’autonomie" consacrent plusieurs chapitres aux composts, aux engrais verts et aux paillages, dont les bienfaits ont été largement vulgarisés, mais aussi à des sujets moins connus comme les cultures associées, l’art d’attirer les auxiliaires ou de réaliser des potions maisons pour protéger ses cultures en préservant l’équilibre écologique.

Cette partie, de loin la plus importante, se termine sur un chapitre consacré à la production de ses propres semences. On y apprend à construire (avec les plans) un abri pour attirer la belette ou l’hermine qui iront traquer les campagnols jusque dans leur terrier, on découvre que l’urine du matin diluée dans une bonne dose d’eau est un engrais coup de fouet riche en azote qui favorise la croissance des feuilles ou encore que les huiles essentielles sont une alternative au purin quand on n’a pas la possibilité de fabriquer ces derniers.

Viennent ensuite « Les fruits et les légumes à cultiver chez soi » qui présentent une cinquantaine d’espèces à semer ou planter dans son jardin. La troisième partie « Les petits élevages familiaux », est consacrée à l’installation d’un poulailler et à l’entretien des poules ainsi qu’au b-a-ba indispensable pour se lancer dans l’apiculture domestique.

A chaque chapitre, le lecteur trouve des astuces pour recycler, réutiliser les matériaux et fabriquer soi-même. Des synthèses comme les "dix plantes qui soignent les plantes malades ou en proie aux parasites", un calendrier des plantations, les besoins en minéraux des plantes potagères, les minéraux que l’on trouve dans les divers fumiers, la taille des racines pour combiner diverses plantes sur une même plate-bande sont particulièrement utiles.

L’ouvrage est richement illustré de photos et de dessins. La maquette est claire. Un livre réussi dont on peut juste regretter l’absence d’une cohérence holistique entre les divers sujets abordés, qui montrerait le cercle vertueux tracé par les différents éléments tels que le compost, le potager, les poules et les abeilles, qui forment un écosystème et la clé de voûte de l’autonomie.

Le guide Terre vivante de l’autonomie au jardin. Savoir tout faire au potager, poulailler, rucher, Terre vivante, 432 p., 35 €.

Chronique du jardin sans pétrole - La mare magique dont rêve tout jardinier Christine Laurent (Reporterre) Reporterre 2015/04/25 Christine Laurent (Reporterre) (25 avril 2015) Chronique du jardin sans pétrole - La mare magique dont rêve tout jardinier. Reporterre. Jardin sans pétrole fr

Chronique du jardin sans pétrole - La mare magique dont rêve tout jardinier

Le jardin est ensoleillé, mais comment arroser les semis de choux-raves lorsque les jardiniers ne sont pas là ? La solution : un trou, une bâche plastique, de la terre et des bambous pour suspendre la cagette contenant les plants. Du soleil, de l’eau et point de limaces : un rêve de jardinier.

On en oublierait que nous ne sommes qu’en avril si les cerisiers chargés de fleurs n’étaient là pour nous le rappeler. Depuis plusieurs jours il fait chaud mais pour autant, les gelées ne sont pas encore complètement derrière nous.

Aujourd’hui, nous avons pris la voiture car le RER C ne fonctionne pas entre Paris et Juvisy ; nous n’avons pas eu le courage de passer par la gare de Lyon et les nombreux escaliers à monter et descendre avec les vélos. Pour la peine, nous faisons le plein de cartons avant de partir et nous arrêtons acheter quelques plants de betteraves, choux cabus, piment et courgettes.

Un rêve de jardinier

Les choux-raves du balcon filant au sixième étage n’ont plus assez de soleil. La quantité de lumière a permis de déclencher la germination, mais pour que la plantule pousse il faut du soleil et de l’eau. Dilemme ! Laisser les semis sur le rebord de la fenêtre avec assez d’eau mais pas assez de soleil ou emporter les semis dans le jardin ensoleillé mais sans arrosage les jours où nous ne sommes pas là. Je décide de profiter de la voiture pour emporter dix plants.

C’est Léonie qui nous a mis sur le chemin d’une solution. La semaine dernière nous avons creusé un trou pour faire une petite mare - disons plutôt une grosse flaque - en attendant la vraie mare. Cette semaine nous avons dégagé du futur bassin des racines de lierre et de ronces, excavé des vieux clous et des poignées de porte oubliés jadis. Une fois le trou nettoyé, nous avons installé un petit matelas de carton et étalé un morceau de plastique, dont les bords on été recouverts de terre. Un peu de compost, quelques graines de lin et de bleuet semées à la volée.

Léonie est contente du résultat et moi je lorgne sur deux bambous pour pouvoir mettre en suspension au raz de l’eau une cagette en bois avec dedans les semis de choux-rave. Si ça marche nous pourrons faire une installation plus audacieuse sur la future mare… Du soleil, de l’eau et point de limaces : un rêve de jardinier.

Les abeilles ont la dalle

En attendant, pour protéger les jeunes pousses, Jean-Marie répand en anneau, à leur pied, des coquilles d’œuf broyées. Les fragments se collent sous le ventre des mollusques et les empêchent de progresser. Il faut aussi commencer à protéger le sol en paillant légèrement pour ne pas obstruer la levée des semis et éviter les évaporations fâcheuses alors qu’il n’a pas plu une goutte depuis deux semaines.

Dans le jardin, les abeilles vrombissent et se délectent de toutes les fleurs : cerisiers, pommier, saule des oliviers, camomille matricaire, violette. J’en ai surpris une la trompe dans une fleur de fraisier aspirant le nectar sans même prendre le temps de s’arrêter. Au sortir de l’hiver, les abeilles ont sacrément la dalle !

On réfléchit Par Camille Martin (Reporterre) Reporterre 2015/04/25 Par Camille Martin (Reporterre) (25 avril 2015) On réfléchit. Reporterre. fr

On réfléchit

Il y va fort, Tommy ! On n’est pas au bord de la plage... mais c’est vrai qu’on fait la pause de Reporterre, ce samedi, pour réfléchir. Eh oui, une grande journée où l’équipe se retrouve pour gamberger après quatre mois de travail intense où on n’a pas relâché la tension. Tout va bien, la nouvelle maquette est appréciée, on publie de belles infos, les finances sont saines - merci à toutes et à tous, c’est grâce à vous que Reporterre vit libre et indépendant, continuez à nous soutenir -, on a organisé de belles rencontres, on a publié le premier numéro Un de la revue papier...

Mais il faut réfléchir, ne pas être tout le temps le nez dans le guidon. Alors, hier vendredi et aujourd’hui samedi, on met tout à plat : que fait-on exactement ? comment travaillons-nous ? comment répartissons-nous les responsabilités des mille tâches à accomplir ? notre modèle économique est-il solide ? comment bien échanger avec les lecteurs et tous les amis de Reporterre ? nos axes rédactionnels sont-ils bien assurés ? sommes-nous cohérents dans ce que nous faisons avec les valeurs que nous portons ? Plein de fortes questions, qu’on va agiter dans une journée de bonne gamberge. Et si le soleil n’est pas aujourd’hui dans le ciel, il est bien dans nos têtes.

Avec vous : on ne vous le dit pas assez, mais on reçoit tous les jours des mots de soutien, d’amitié, d’encouragement. Ca nous fait chaud au coeur, on sait pourquoi on est là. Tiens, hier, Laurent, d’Angoulême, nous envoie ce petit mot :

Merci Laurent, merci à toutes et à tous, on ne lâche rien, on continue, et on vous tient au courant...

Au Mexique, la population manque d’eau potable mais Coca-Cola prospère Alain Sousa (Silence) Reporterre 2015/04/27 Alain Sousa (Silence) (27 avril 2015) Au Mexique, la population manque d’eau potable mais Coca-Cola prospère. Reporterre. Reportage — Monde fr

Au Mexique, la population manque d’eau potable mais Coca-Cola prospère

Comment dit-on « eau potable » en mexicain ? Réponse : Coca-cola... Cette blague est malheureusement loin d’être une boutade : dans tout le pays, il est plus facile — et souvent moins cher — d’acheter une bouteille de boisson gazeuse que de se procurer de l’eau. Pollution, réseau vétuste, surexploitation des nappes... Etat des lieux.

- Mexico, reportage

Le Mexique compte 119 millions d’habitants... dont 12 millions n’ont pas d’accès à l’eau potable. La ville de Mexico est l’exemple le plus frappant de cette situation dramatique : l’agglomération compte 19 millions de personnes, dont 35 % ne sont pas connectées au réseau d’eau, et 1,3 million de personnes n’ont aucun accès a une source d’eau potable...

Pourtant, un réseau d’eau existe. Mais il est extrêmement vétuste et peu entretenu, avec des fuites importantes. Selon les estimations, le réseau accuse ainsi 40 % de pertes. Cela correspondrait à environ mille litres par seconde.

Ajoutez a cela le réseau des eaux usées qui lui aussi fuit, contaminant le réseau d’eau potable et rendant impropre à la consommation le peu d’eau qui parvient jusqu’aux différents foyers. Et vous vous retrouvez avec des mesures d’urgence qui deviennent la norme, tel le district d’Iztapalapa, où mille camions-citernes distribuent chaque jour de l’eau pour deux millions d’habitants.

Conséquence de ce manque d’eau potable, le pays détient le record mondial de consommation d’eau en bouteille, avec 234 litres par an et par habitant. Dans les bouteilles que vous trouvez en magasin, pas d’eau de source ou d’eau minérale. Il s’agit simplement d’eau filtrée et traitée... Bref de l’eau du robinet. Si Danone et Coca-cola sont leaders sur ce marché de l’or bleu, ce sont surtout les milliers d’entreprises de microfiltration qui fournissent cette eau en bouteille aux populations.

Cette consommation d’eau a des conséquences catastrophiques sur l’environnement. Selon l’organisation Food and Water Watch, 21 millions de bouteilles plastiques sont ainsi jetées chaque année au Mexique. 20 % sont recyclées, le reste terminant dans des décharges, ou simplement dans la nature

Récolter la pluie

Cela a aussi un coût. Dans certaines familles, l’eau représente jusqu’à 20 % des dépenses. Des solutions émergent aujourd’hui pour aider les plus pauvres, notamment les populations indigènes. Ces actions sont souvent menées par des associations ou des structures locales. L’une des solutions les plus simples et les plus avantageuses, c’est la récolte d’eau de pluie.

C’est la mission que s’est fixée une petite organisation, Isla Urbana, créée en 2009 par de jeunes Mexicains. Leur constat était simple : certaines zones telles Tlalpa ou Xochimilco enregistrent mille millimètres de pluies chaque année... et pourtant près de 130 000 habitants n’ont pas accès à l’eau. Ils ont donc décidé d’équiper les populations de systèmes de collecte d’eau de pluie, en réduisant les coûts au maximum et avec l’aide de mécènes.

Le système, avec séparation des premières pluies et filtration, permet de fournir 50 000 litres d’eau sur l’année, soit six mois de consommation pour une famille entière. L’installation de ces systèmes de captation est accompagnée de programmes d’éducation et de sensibilisation a l’environnement.

Ces initiatives locales, certes importantes, restent une goutte d’eau face au problème auquel sont confrontés plusieurs millions d’habitants de Mexico. Sans mesures drastiques pour améliorer l’accès à l’eau au Mexique, la situation déjà dramatique pourrait se transformer en crise majeure. A moins que Tlaloc, le dieu Maya de l’eau, ne vienne en aide au peuple mexicain...

COCA-COLA, MON AMOUR...

Corollaire de ce manque d’eau, ou phénomène indépendant, la consommation de boissons gazeuses a explosé au Mexique. Ce pays est ainsi le premier consommateur au monde de cette boisson sucrée avec l’équivalent de 728 bouteilles de 25 cl par an et par habitant, contre 406 pour les Etats-Unis ou 149 pour la France (chiffres Coca-Cola 2012). Le Mexique consomme a lui seul 42 % de tout le Coca-Cola bu en Amérique Latine...

Il faut dire que la compagnie pratique une politique commerciale très agressive. Outre les publicités omniprésentes, la compagnie propose des demi canettes ou des minis bouteilles à des prix ridicules, pour s’assurer que les populations les plus pauvres ou les enfants avec trois pesos en poche consomment la boisson gazeuse.

Bien sûr cette consommation de Coca-Cola est l’un des facteurs de l’épidémie de surpoids et d’obésité qui frappe le Mexique : 70 % de la population sont en surpoids, dont 33 % d’obèses et 13 % de diabétiques.

Outre ces conséquences sur la santé, cette consommation du soda a un impact dramatique sur les ressources en eau, car fabriquer un litre de Coca-cola nécessite au moins deux litres d’eau. La compagnie a choisi d’implanter ses usines d’embouteillage dans des endroits stratégiques.

Elle a ainsi négocié 27 concessions sur tout le territoire pour pomper de l’eau et 8 concessions pour rejeter ses eaux usées. L’une de principales usines se situe ainsi au cœur d’une des régions emblématiques du Mexique : le Chiapas. La compagnie y pompe plus de 100 millions de litres d’eau chaque année. Plusieurs associations dénoncent la catastrophe environnementale et humaine que représente l’usine. La surexploitation de la nappe est non seulement un désastre écologique, mais prive également les populations locales de précieuses ressources en eau.

Si le gouvernement mexicain ne souhaite pas contrarier la multinationale, il a tout de même, face à la pression de la société civile, adopté fin 2013 une taxe sur les boissons gazeuses : 10 % du prix (les associations de consommateurs demandaient 25 %). Avec une majoration d’un peso par litre seulement, le flot de Coca-cola n’est pas prêt de se tarir.

Note : Il faut ajouter que le président du Mexique de décembre 2000 à novembre 2006, Vincente Fox, était avant d’être élu, président de Coca-Cola pour l’Amérique latine et salarié de la firme depuis 1964. Il était aussi député depuis 1988.

Pour aller plus loin

- Un excellent documentaire, H2Omx, a récemment mis en lumière les problèmes de gestion de l’eau à Mexico. Voir le site www.h2o.mx. - Pour en savoir plus sur le problème de Coca-cola au Chiapas, voir le site de l’association Casacollective. - Pour en savoir plus sur Isla Urbana et la collecte d’eau de pluie au Mexique : www.islaurbana.org.

Je suis devenu végétarien : mes premières semaines sans viande Sylvain Lapoix (Reporterre) Reporterre 2015/04/27 Sylvain Lapoix (Reporterre) (27 avril 2015) Je suis devenu végétarien : mes premières semaines sans viande. Reporterre. Enquête — Quotidien fr

Je suis devenu végétarien : mes premières semaines sans viande

Notre reporter a décidé de bannir progressivement la chair animale de son alimentation. De petits progrès en découvertes, voici l’histoire de sa conversion nutritionnelle.

Si je n’avais jamais envisagé jusqu’ici de me priver de viande, c’est parce que j’aime trop la nourriture. Et la nourriture, pour moi, ne s’envisageait pas sans viande. Rien dans le régime de mes connaissances végétariennes n’éveillait en moi cet appétit salivant que provoquait la perspective d’une blanquette de veau. J’avais beau connaître l’impact de la consommation de viande sur le climat et l’implacable offensive des chairs animales sur mes artères et mes tissus adipeux, l’idée d’être végétarien ne m’effleurait pas. Jusqu’à ce que le doute piétine d’un salto arrière ce champ de certitudes carnivores.

« Le doute », en l’occurrence, s’appelle Tim Shief. Je découvris l’existence de cet athlète cheveux au vent sur la chaine Youtube du cuisinier anglais Jamie Oliver, où il venait présenter un curry de butternut. Car, tout cascadeur urbain qu’il fut, notre cuisinier amateur était vegan : ni chair, ni produits d’origine animale pour se nourrir ou se vêtir.

Perplexe, je regardais les images de ses pirouettes sur voiture en marche alterner avec la découpe grossière des légumes dont il déclinait le pedigree nutritif comme à la parade. Intrigué, j’ai fait l’emplette des oignons rouges, tomates, courges et autres curry Madras pour réaliser son plat. Quand les vapeurs de cardamome sont retombées dans ma salle à manger silencieuse où reposait mon estomac repu, je dus déclarer forfait : ce mec sportif et en bonne santé mangeait bien et bon. Quelques semaines plus tard, je décidai de décontaminer mon imaginaire de ses passions carnivores.

Jour 1 - « Tu avais déjà pensé à la souffrance animale avant ? »

N’ayant pas l’habitude de réguler mes appétits autrement que par la faim ou l’envie, j’ai décidé d’entamer mon aventure de manière progressive : je serai d’abord « végétarien en semaine » ou « weekday veg », selon l’expression que j’avais entendue il y a quelques années dans la bouche du fondateur du site d’info écolo TreeHugger (terme que je suis désormais condamné à expliquer quatre fois par jour à qui j’en parle).

Après être allé déjeuner dans un restaurant sri-lankais de la Gare du Nord où j’ai mes habitudes, je mets en Tupperware mon curry de butternut pour rendre visite à une amie. Ayant lu ses errances culinaires de jeune maman sur Facebook, je lui avais proposé, bravache, d’expérimenter cette nouvelle recette.

« Je ne mange pratiquement plus de viande : parfois, on agrémente l’ordinaire d’un peu de jambon ou de poulet, mais c’est exceptionnel », m’explique-t-elle en débarrassant la cuisine après avoir couché la petite. J’amène dans la casserole le curry réchauffé dans la fumée duquel elle débouche un pot de rouge : « Tu avais déjà pensé à la souffrance animale avant ? » Je lui avoue que « non, j’ai jamais été passionné par la cause animale », avant de croquer un sablé ardéchois.

« J’y pense régulièrement, dit-elle. Maintenant, c’est ça qui me bloque. » Elle m’amène sur la page Facebook de l’association L-214, me montre un communiqué de celle-ci. Je ne connecte pas encore tous les enjeux dans ma tête et dans mes tripes. J’ai coupé net le butternut, je ne me sens pas plus coupable que ça.

Jour 2 à 4 - Bad trip de porc

J’entame la journée du lendemain par un footing avant l’aurore. Quand soudain, et sans qu’aucune vision ne m’ait suggéré ce sujet, une réflexion me saisit l’abdomen : « Manger de la viande, c’est manger de la chair. » L’idée, gluante, me colle à l’esprit. Je me ratatine mécaniquement comme pris d’un spasme digestif. Je crache dans le caniveau un bout de nausée remontée à mes lèvres et je traîne au petit trot mon estomac contrit.

Parti prendre un café avant de donner une matinée de cours en école de journalisme, je m’arrête devant le menu d’une brasserie comme face à un oasis : il propose une pastilla végétarienne. « Oui, on propose un plat vége par jour, m’explique l’un des serveurs, bonhomme. Nous avons de plus en plus de demandes et les clients aiment avoir le choix de ne pas prendre de viande. »

Midi venu, je reviens m’installer devant une douce entrée de betterave au chèvre et aux herbes avant de trancher dans la brick de la pastilla végétarienne. Repu, mon regard s’attarde sur la table d’à côté où déjeune un couple avec ses gamins. Le regard dans le vide, les mains sur les genoux, une petite blondinette de six ans ouvre grand la bouche où sa mère cale un bout de côte de porc que la gosse mastique sans voir. « Elle ne sait même pas ce qu’elle mange, me dis-je. Elle mange de la chair. » Mon estomac reste calme mais je détourne les yeux vers un verre d’eau que j’avale d’une traite. Je me passerai de café ce midi.

Jour 5 à 7 - Il faut aimer les œufs, les pâtes et la bouffe épicée

Je m’achète deux bouquins de recettes végétariennes. Lesquels regorgent de tofu et de légumes hors saison. Je ne me sens pas encore prêt pour la pâte de soja. Je décide donc d’emprunter en bibliothèque un livre d’initiation aux currys. En cette fin de première semaine, je tente un ambitieux korma de légumes. De retour du bureau, je fais un crochet par La Chapelle, où se concentre la communauté sri-lankaise de Paris (qui a acquis, à mes yeux, le statut de peuple rédempteur). J’oublie cependant le korma (pâte de base de mon curry).

De retour dans mon quartier, je sillonne toutes les superettes bio et les supermarchés. Dans la queue d’un Franprix où j’ai acheté un piment, je consulte à tout hasard la recette du condiment recherché : deux ingrédients sur la vingtaine listés dans le livre de recettes me sont inconnus et, à vue de mortier, il me faudra une demi-heure de plus pour la préparation. De retour chez moi sans l’ingrédient vital, je m’abandonne à un plat de pâtes accompagné d’oeuf.

Le souci de me nourrir de produits frais malgré ce régime exigeant me pousse régulièrement dans cet écueil : faute d’un ou deux ingrédients, je ramène régulièrement mes ambitions de tikka massala à de tristes plâtrées de féculents agrémentés de sauces et d’oeufs au plat.

Quand je sors, je découvre à la lueur de ce choix le manque d’imagination culinaire française quand la viande et le poisson désertent les fourneaux. Me présentant à eux comme végétarien, je suis réduit par les restaurateurs au statut d’herbivore. La réponse unanime à mes limitations alimentaires ne leur inspire qu’une phrase : « Je peux vous faire une salade composée ».

Comme si la seule alternative à un plat de protéines animales était d’éplucher et de râper tous les légumes à disposition pour les foutre en vrac dans une assiette creuse avant de les arroser d’huile (et souvent de trop de sel). Je prends donc le parti de l’étranger : avant chaque rendez-vous ou journée dans un quartier inconnu, je cartographie les options indiennes du coin pour éviter d’avoir à me rabattre sur un sandwich fromage crudité.

Le week-end me libère de ma contrainte. Coupable, je l’avoue : je suis soulagé de retrouver la variété habituelle de mon régime.

Jour 8 à 10 – « Moi aussi, j’aimerais bien arrêter... »

Le sujet de mon végétarisme intrigue. « Vous ne mangez plus de viande monsieur ?, me demande un étudiant. - Seulement la semaine. - Ah mais moi aussi, je ne mange pas de viande la semaine : vous n’êtes pas végétarien, vous êtes pauvre ! »

Passée la boutade, deux attitudes se partagent le débat. D’un côté, la foule des « quasi végétariens » s’identifie à mon choix : « Je ne mange presque pas de viande », me répètent quelques copains et connaissances. La définition du « presque » varie avec une amplitude assez remarquable entre ceux qui n’en mangent qu’une ou deux fois par semaine et ceux qui ne mangent pas de viande le soir. Je décèle néanmoins dans cette revendication la pointe de fierté de celui qui a décidé de prendre soin de lui.

De l’autre côté se pressent d’indécrottables carnivores. « J’aimerais bien arrêter mais j’aime trop la viande, tu sais », assène-t-il en moulinant de la main la vapeur des bonnes résolutions. Leur discours reprend tous les thèmes familiers au non-fumeur que je suis des clopeurs qui envient celui qui n’a jamais cédé au vice : « C’est vachement bien [il tire sur sa Marlboro] mais tu sais, moi, j’y arriverai jamais [une deuxième taffe] et pourtant, c’est pas faute d’avoir essayé ! » Horizon improbable de leur mode de vie, le végétarisme reste à leur yeux inatteignable.

Pour varier les plaisirs, je vais déjeuner dans un restaurant japonais traditionnel de mon cru.

« Je voudrais des tempuras s’il vous plaît. - Des tempuras, ok, griffonne la serveuse. - Mais seulement des tempuras de légumes, j’ajoute. - Euh... ah ouais, ok. » La demoiselle finit de prendre la commande, les sourcils toujours collés au plafond par ma requête. Le resto est bondé et les commandes tardent. Contrariée, la patronne nous amène de quoi patienter : un entremet à la crevette. Bien que tenaillé par la faim, je délaisse ma part. Mais je m’informe : « Alors, c’est bon ? - Ah ouais, c’est vachement bon ! » Voilà une question qu’il faut que j’apprenne à ne plus poser...

Jour 11 à 14 – Le temps des confrontations

Je suis de passage à Tours pour donner une journée de cours à l’école de journalisme de l’IUT. L’administration prend en charge mon repas au restaurant universitaire où s’affrontent trois « îlots » différents : viande, poisson et fritures. « Vous savez s’il y a un plat sans viande ? - Ils ont de la tarte aux oignons là-bas », me répond un cantinier, perplexe.

Je prends place dans la file. « Je voudrais pas vous faire attendre pour rien monsieur, je crois qu’on n’en a plus », me répond un de ses collègues. « Et puis de toute manière, il y a du jambon dedans ! », relance mon premier interlocuteur. Je me tourne vers lui pour affronter un regard digne d’un CRS à qui on tendrait des fleurs.

« Et pourquoi vous voulez pas manger de viande ? » Vu le ton, je préfère éviter d’expliquer que je recherche une cohérence écologique et une expérience. Je mise donc sur des arguments qui, je l’espère, n’ouvriront pas le débat :

« Il y a eu des problèmes cardiaques dans ma famille [NdR : ce qui est vrai], je me dis qu’il n’est jamais trop tôt pour faire attention. - Ah ? - Et puis, si ça me permet de perdre un peu de poids... - Mouais, ça va encore. - Oui mais ça peut pas faire de mal de manger plus léger. - Mais comment vous faîtes pour les protéines ? - Bah, je fais gaffe. J’en trouve dans les légumineuses, les courges... en ce moment, avec les butternuts, c’est facile ! » J’ose un sourire. « Oui mais il vous manque des trucs. - Bah, pas tant que ça au final... - Tu parles, reprend-il en haussant la voix pour informer tout le resto de son diagnostic. Vous allez finir par vous retrouver carencé. Si c’est pour tomber malade, c’est pas la peine, votre affaire, hein ! - ... je vais aller prendre des crudités. »

Arrivé au deuxième week-end, je pioche dans mon livre de recettes des currys de viande. Le bon bout d’agneau du boucher empeste ma cuisine, la bouillon est trop fort, le goût m’écœure et me colle aux doigts et aux assiettes... De passage à l’indien du coin, je termine le dimanche soir devant un riz parfumé, un caviar d’aubergine aux épices et deux œufs aux plats. Je n’aurais mangé de la viande que deux repas sur quatre.

Jour 15 à 18 – Fait chier, mais pas que !

La sensation de faim qui me taraudait durant la journée s’est atténuée à mesure que mon corps assimilait mon nouveau régime. Mais le fait de manger les sept fruits et légumes recommandés chaque jour à chaque repas fait travailler mon système digestif. J’ai moins soif mais je me réfugie désormais aux toilettes quatre à cinq fois par jour. Parfois même, j’y accours sous l’impérieuse nécessité de mes boyaux dépassés par les événements. Contraignante, cette réaction reste cependant indolore et je n’ai à souffrir d’aucun autre effet secondaire néfaste.

Au contraire : les engelures qui rongeaient mes phalanges exposées au froid des trajets à vélo se sont résorbées, comme les traces de sécheresse sur mes pommettes. Mieux. Moi qui était habitué aux sursauts nocturnes et aux questionnements insomniaques, je plonge désormais avec suavité dans le tendre sommeil de l’herbivore. Des sources proches du sommier m’assurent même que je ne ronfle plus.

Jour 19 à 21 – Rechute et prolongation

La semaine fut grosse de travail et j’atterris rompu à l’Assemblée générale d’une association dont je suis membre. Les 20 heures passent sur mon estomac quand je décide de parer à la faim en commandant une planche mixte fromage/charcuterie pour satisfaire tout le monde. Tombant de fatigue, je laisse traîner mes doigts à proximité de l’assiette et ramène à mes lèvres... OH PUTAIN, je tiens entre l’index et le majeur une tranche de saucisson roulé !

Je repose doucement le bout de barbaque comme un bâton de dynamite et reprend mon souffle. Je regarde autour de moi : des confrères et copains boivent un coup en discutant, polémiquant à une heure de plus en plus avancée dans la nuit. C’est une ambiance de soirée. Le geste m’a échappé, ma main s’est tendue d’elle-même vers cet apéritif-réflexe comme les doigts d’un fumeur vers une clope mondaine. La bidoche prend de plus en plus les airs d’une addiction comme une autre.

J’ai essayé cette semaine deux nouvelles recettes et découvert un second indien dans mon quartier, qui diffusait de surcroît la bande originale de l’excellent Bollywood Lagaan. Le vendredi soir arrive comme la fin des vacances. Je me réveille le samedi en proie à un doute : qu’est-ce que je vais bien pouvoir bouffer comme viande ce week-end ?

Les envies de barbaque m’ont abandonné et la salive ne m’emplit plus la bouche devant l’étal du boucher. Ces trois semaines m’ont prouvé que la viande n’était qu’un ingrédient de mon régime dont je pouvais me passer avec plaisir et sans douleur. J’ai encore de nombreux obstacles à franchir : le tofu, les réunions familiales et le rendez-vous chez mon toubib, voire le nutritionniste. Et puis le temps, aussi.

« C’est pas mal ton idée de weekday veg, m’avait dit mon ami Jérémy. Mais je pense que c’est pas très spontané comme truc : moi, je préfère manger de la viande très rarement mais quand j’en ai vraiment envie plutôt que de me forcer. » Je pense qu’il a raison, je vais laisser mon corps me dicter les quelques exceptions. Si tant est que l’envie revienne.

Impunité policière : le droit de manifester est en danger Nicolas de La Casinière (Reporterre) Reporterre 2015/04/27 Nicolas de La Casinière (Reporterre) (27 avril 2015) Impunité policière : le droit de manifester est en danger. Reporterre. Enquête — Libertés fr

Impunité policière : le droit de manifester est en danger

Accentuée après la mort de Rémi Fraisse et les manifestations qui ont suivi, la répression se banalise, offre l’impunité aux policiers et menace dangereusement le droit de manifester.

- Nantes, correspondance

La procureure de Nantes, Brigitte Lamy, n’apprécie pas d’être désignée publiquement. Dire que son classement sans suite des plaintes de manifestants équivaut à protéger la police relève, selon elle, de l’injure publique. Elle vient de porter plainte personnellement contre une affichette publiée notamment par un compte Facebook « Nantes révoltée », présentant son nom et sa photo et portant ce commentaire éclaboussé de gouttes de sang : « Brigitte Lamy, procureure de la République à Nantes protège les policiers qui blessent et mutilent. »

Cette controverse fait suite à l’impunité apparente de policiers auteurs de tirs qui ont éborgné trois manifestants le 22 février 2014, quand 525 tracteurs défilaient dans Nantes aux côtés de 40 à 60 000 personnes, avant que de violents affrontements éclatent avec la police.

Outre trois victimes, dont deux journalistes, atteints aux jambes par des tirs de balles de caoutchouc dur, trois personnes ont donc perdu l’usage d’un œil après un choc violent vraisemblablement dû à des tirs de LBD 40 (Lanceurs de balle de défense, tirant des projectiles de 40 mm de diamètre). Personne n’ayant témoigné pour décrire des scènes où les manifestants se seraient blessés entre eux, la violence est à l’évidence d’origine policière.

Malgré une enquête confiée à l’IGPN, l’Inspection générale de la police nationale, et de nombreuses vidéos et témoignages, la procureure a donc décidé de classer en bloc les six plaintes contre X pour violences volontaires.

Circulez, il n’y a rien à voir

Explication de Brigitte Lamy pour opposer une fin de non recevoir à une de ces plaintes, celle de Quentin Torselli, le plus gravement atteint, puisque cet ancien charpentier obligé d’abandonner son métier vit désormais avec une prothèse de globe oculaire : « L’examen de cette procédure ne justifie pas de poursuite pénale au motif que : les faits ou les circonstances des faits dont vous vous êtes plaint n’ont pu être clairement établis par l’enquête. Les preuves ne sont donc pas suffisantes pour que l’affaire soit jugée par un tribunal. » Et : « Selon les cas, la nature exacte du projectile n’a pu être déterminée et, ou nous n’avons pas d’auteur identifié. »

Nathalie Torselli, la mère de Quentin, s’insurge : « Plus d’un an d’enquête, menée par l’IGPN de Rennes, pour aboutir au fait que Quentin s’est sans doute tiré un coup de flashball dans l’œil tout seul, comme un grand. Quid des vidéos et des témoignages accablants pour la police ? »

Le classement sans suite ne provoque pas irrémédiablement l’arrêt des procédures, mais il complique les démarches : les victimes doivent se constituer partie civile auprès du doyen des juges d’instruction pour relancer la machine. Et ce après un an de perdu à faire confiance à la justice pour suivre des pistes évidentes qui auraient mérité d’être menées à bout, même si l’identité des auteurs n’est pas flagrante en début d’enquête. Après tout, c’est le quotidien banal de toutes les instructions judiciaires : resserrer les présomptions sur les auteurs présumés quand un groupe est suspect et traduire devant un tribunal ceux qui paraissent les plus impliqués.

L’IGPN a visionné les images d’hélicoptère qui permettent de savoir de quel groupe policier chaque tir est parti. Dans chacune de ces unités, les policiers à qui l’on confie un LBD ne sont pas légion. On aurait pu aller jusqu’à cette phase de « recherche de la vérité » comme disent les juristes. Ces policiers n’ont pas eu à répondre devant des enquêteurs ou un juge de leur éventuelle responsabilité dans les mutilations avérées. Si on ne peut pas dire qu’il ont été « protégés », quel terme choisir ? Qu’ils ont « bénéficié de l’impunité » ?

Comme la procureure porte plainte en son nom propre, la procédure sera « dépaysée », menée par une autre juridiction que le tribunal de grande instance de Nantes.

Classements et non-lieux

Le 2 avril dernier, à Montbéliard, le juge d’instruction a rendu « une ordonnance de non-lieu à l’égard du fonctionnaire de police mis en examen pour avoir blessé (...) par un tir de flash-ball, le jeune Ayoub Bouthara ». Ce non-lieu blanchit le policier qui en février 2011 a tiré au flashball sur Ayoub, alors âgé de 17 ans, visé alors qu’il attendait un bus et que la police intervenait pour séparer deux bandes de jeunes qui s’affrontaient.

Selon le communiqué de la procureure Thérèse Brunisso, « l’information judiciaire n’a pas permis d’établir à l’encontre du policier d’infraction pénale, qu’il s’agisse de violences volontaires, la décision de tirer étant justifiée au regard des circonstances, aucune faute pénale d’imprudence, de négligence, d’inattention ou d’inobservation des règlements n’étant caractérisée ».

À Toulouse, classement sans suite le 26 janvier 2015 pour Yann Zoldan, touché par un tir de flashball lors d’une évacuation d’un squat, avec une conclusion stupéfiante de l’IGPN dans son rapport rendu au procureur, rapport qui est a l’origine du classement sans suite, et que Reporterre a pu consulter : « Sur la base des témoignages extérieurs, du profil de la victime et des autres manifestants, M. Zoldan étant effectivement membre de la mouvance écologique radicale susceptible de se livrer à des actions violentes sur le territoire national, l’emploi du lanceur de balles de défense par le brigadier Benoît Kieffer, au demeurant excellent fonctionnaire, très apprécié de sa hiérarchie, doit s’envisager dans le cadre d’une riposte et relève de la légitime défense des personnes et des biens visée à l’article 122-5 du Code pénal, la blessure au visage de M. Zoldan ne se révélant en outre aucunement intentionnelle. »

Il faudrait savoir, c’est un accident ou de la légitime défense ? A moins que la réputation suffise : car après le fantasme policier de mouvance anarcho-autonome pour justifier l’opération de Tarnac, en 2009, voilà une nouvelle catégorie justifiant tout, la « mouvance écologique radicale susceptible de se livrer à des actions violentes ».

Après le tir policier, Yann a été évacué en sang aux urgences où il a entendu cette phrase terrible : « Rassurez-vous : vous avez la chance d’être encore en vie. À quelques centimètres près, vous étiez mort... » L’arme dite « sub-létale » ou « non-létale » a donc ce pouvoir de mort.

Pour Yann, « nous avons été désigné.e.s comme tuables, éliminables, comme d’autres personnes marginales ou opposant.e.s de l’histoire, des individu.e.s qui ne représentaient plus une valeur humaine (…) Chaque résistance vient dire j’existe et c’est bien cette existence que la police attaque ».

Criminalisation manifeste

À Toulouse toujours, Gaëtan Demay, étudiant en histoire de l’art et archéologie a été condamné à de la prison ferme pour le simple délit d’avoir manifesté. C’était le 8 novembre 2014 en hommage à Rémi Fraisse tué par les gendarmes à Sivens. Toutes les hypothèses de parcours de la manif ayant été refusées par la préfecture de Haute-Garonne, elle se trouve de fait interdite. Résultat : Gaétan a été condamné le premier avril en appel à deux mois de prison ferme, quatre avec sursis et 1100 euros d’amende.

La version de la police l’accuse de violence et outrage à agent, ce que l’étudiant nie, affirmant avoir été matraqué et jeté au sol alors qu’il envoyait un texto via son téléphone, un peu à l’écart de la foule. « Depuis vingt ans, le nombre de poursuites pour outrage et rébellion ne cesse d’augmenter. Ce délit est devenu une menace permanente que les policiers peuvent utiliser à tout moment. C’est un outil d’intimidation et de répression qui permet de justifier a posteriori l’usage de la violence et la mise en garde à vue lors d’interpellations musclées », notait déjà en 2012 la Ligue des Droits de l’Homme.

L’utilisation abusive de ces délits d’outrage et de rébellion peut même être d’un bon rapport pour les policiers qui bénéficient systématiquement d’un avocat rémunéré par l’administration et encaissent personnellement les montants des dommages et intérêts. En décembre 2013, un rapport officiel de l’Inspection générale de l’administration publié par le ministère de l’Intérieur « reconnaît l’existence de fonctionnaires habitués de démarches chez le juge mais n’est pas en mesure de quantifier précisément le phénomène ».

Rares policiers condamnés

Dans cet ensemble de procédures où la justice décide de ne pas donner suite, une seule décision inverse, la condamnation le 2 avril 2015 du policier Jean-Yves Césaire, pour violences volontaires aggravées et faux et usage de faux par le tribunal correctionnel de Bobigny à un an de prison avec sursis, deux ans d’interdiction de port d’arme et surtout un an d’interdiction d’exercer. Ce policier avait tiré sur Geoffrey Tidjani à Montreuil en 2010 alors qui participait à un simple blocus devant un lycée.

Seuls deux autres policiers ont été condamnés pour des faits similaires, l’un pour avoir éborgné Séjou en 2005 (il a reconnu les faits) et un autre condamné à deux ans avec sursis pour avoir tiré sur Steeve, 9 ans, à Mayotte…

Droit de manifester en danger

L’impunité qui très majoritairement solde les poursuites pour violences policières traduit un climat qui pourrait bien avoir pour but de rendre les manifestations dangereuses pour les participants et donc porter atteinte, par la peur, au droit constitutionnel de manifester. Intitulé « Manifester en France, c’est risquer de finir en prison », un texte a été publié par le quotidien Libération les 17 et 19 avril, et signé d’universitaires et d’intellectuels (y compris des Etats-Unis, de Grande-Bretagne, du Brésil, de Slovénie), parmi lesquels figurent le réalisateur britannique Ken Loach ou le philosophe Jacques Rancière

La manif, paradigme hexagonal

Rappelant que le 11 janvier après les attentats contre Charlie hebdo et l’Hyper Cacher de Vincennes, « comme le notaient alors les correspondants de la presse internationale, c’est à travers la "manif", sorte de paradigme hexagonal de l’expression collective, que les Français avaient décidé d’exprimer leur émoi », cette tribune souligne le glissement du droit de manifester vers une menace physique maintenue par le pouvoir sur ce bien commun démocratique :

« Que ce soit à Notre-Dame-des-Landes, à Sivens, à Nantes, à Lyon ou à Toulouse, ce n’est pas tous les jours le 11 janvier. Manifester, oui, mais pas pour saluer la mémoire du jeune militant écologiste tué par un tir de grenade de la gendarmerie, Rémi Fraisse, dans la nuit du 25 au 26 octobre. Manifester, oui, mais pas contre la série de violences policières commises par la suite à l’occasion de plusieurs manifestations interdites en préfecture. Manifester, oui, mais pas contre l’interdiction de manifester elle-même. Ces interdictions qui se sont répétées sur l’ensemble du territoire sont une atteinte grave et révoltante à un droit démocratique fondamental. »

Menacé par une plainte de la justice pour des propos sur le sabotage du projet de liaison ferroviaire Lyon-Turin, dans une interview accordée au Huffington Post italien, l’écrivain italien Erri De Luca a porté son soutien au Toulousain Gaétan Demay, soulignant combien « le droit à manifester est un droit non négociable ». Mais contre les tirs délibérés de la police et son impunité une fois les mutilations commises, où est la marge de non négociation ?

Faim zéro. En finir avec la faim dans le monde Bruno Parmentier Reporterre 2015/04/27 Bruno Parmentier (27 avril 2015) Faim zéro. En finir avec la faim dans le monde. Reporterre. Alimentation fr

Faim zéro. En finir avec la faim dans le monde

En 2000, les Nations unies établissaient les « objectifs du millénaire » visant à réduire drastiquement le nombre d’affamés dans le monde en quinze ans. Mais, en 2015, on comptera autant de personnes qui ont faim qu’en 2000 et qu’en… 1900, soit 850 millions. Toutes les dix secondes, un enfant continue à en mourir.

Cette situation se paye au prix fort : insécurité, guerres, piraterie, terrorisme, émigration sauvage, épidémies. La faim tue bien plus que les guerres… Pourquoi, alors qu’on a réussi en un siècle à nourrir 5 milliards de personnes supplémentaires, ne peut-on l’éradiquer ?

Aujourd’hui, la faim n’est plus seulement fille de l’ignorance ou des incidents climatiques, mais principalement de la cupidité, de l’incurie et de l’indifférence. C’est ce que montre Bruno Parmentier dans ce livre argumenté et pédagogique : il s’agit d’un phénomène politique, et son élimination relève donc de l’action politique. Certains pays remportent ainsi des victoires, tels la Chine, le Viêt-nam ou le Brésil – avec son programme « Faim zéro » –, alors que d’autres stagnent, comme l’Inde, ou reculent, comme la plupart des pays d’Afrique subsaharienne.

Malgré le réchauffement de la planète et l’augmentation de la population, malgré l’accaparement des terres ou la production d’agrocarburants au détriment des aliments, les solutions existent pour que tous mangent à leur faim, dès lors que les États se décident à agir : « renutrition » d’enfants en danger de mort ; encouragement des techniques de production agricole agroécologiques, y compris dans la petite agriculture familiale ; soutien ciblé au revenu des mères de famille fragilisées ; promotion de nouvelles alliances financières public-privé, etc.

On peut y arriver, explique ce livre optimiste, si les citoyens, leurs organisations et leurs gouvernements reconnaissent la faim comme le principal problème que doit affronter l’humanité.

Faim zéro. En finir avec la faim dans le monde, Bruno Parmentier, Ed. La Découverte, 240 pages, 19 €.

La Revue Durable n°54 Reporterre 2015/04/28 (28 avril 2015) La Revue Durable n°54. Reporterre. fr

La Revue Durable n°54

La question est encore trop peu étudiée. Les populations les plus démunies socialement et économiquement sont aussi les plus susceptibles de souffrir de la pollution et de la destruction de l’environnement. En France, plus une ville comporte de résidents immigrés, plus elle a des chances d’accueillir un incinérateur. Ces constats, qui émergent en Europe, sont bien établis aux Etats-Unis. Ce 54e dossier de LaRevueDurable revient sur l’émergence de la notion de justice environnementale, depuis les mobilisations des communautés noires et des droits civiques aux Etats-Unis contre les décharges toxiques jusqu’au mouvement mondial pour la justice climatique.

Etant donné l’ampleur des nuisances que génère la société industrielle, accroître encore le niveau de richesses risque fortement de soumettre encore plus de populations aux inégalités environnementales et climatiques. Pour sortir de ce blocage, ce dossier accorde une grande place aux idées des économistes et philosophes Amartya Sen et Martha Nussbaum, qui ont une vision tout autre de la prospérité.

Ce numéro inclut deux autres points forts :

L’excellente interview de Frédéric Bosqué, à l’origine du projet Tera, écovillage en devenir d’ici 2022, qui associera en synergie tous les leviers de la transition : une gouvernance partagée, une monnaie citoyenne locale, un revenu de base inconditionnel et mille et une initiatives écologiques.

Une enquête inédite très complète sur l’énergie citoyenne en Suisse romande : inventaire des initiatives de production d’énergies renouvelables par les citoyens, essentiellement du solaire photovoltaïque, leurs visions, leurs succès et leurs difficultés dans le contexte de la transition énergétique en pleine évolution politique.

Mars - mai 2015

Népal : hélas, le bilan risque d’être beaucoup plus lourd Par Marie-Florence Bennes Reporterre 2015/04/28 Par Marie-Florence Bennes (28 avril 2015) Népal : hélas, le bilan risque d’être beaucoup plus lourd. Reporterre. Tribune — Monde fr

Népal : hélas, le bilan risque d’être beaucoup plus lourd

Trois jours après le terrible séisme, de magnitude 7,8, qui a dévasté le Népal, samedi 25 avril 2015, à 11h56 heure locale (8h11 en France), alors que les secours s’organisent et que le bilan des pertes humaines s’alourdit, des spécialistes des questions tectoniques en Himalaya livrent leurs premières analyses.

« Le fait qu’il y ait eu un grand séisme au Népal ne nous a pas surpris. Le précédent tremblement de terre à Katmandou datait de 1934. Il faut se souvenir que le dernier grand séisme en Himalaya a eu lieu en 2005 au Pakistan et qu’il a fait presque cent milles morts. Il était un peu moins fort que celui du week-end dernier dans la capitale népalaise. C’est pourquoi, nous restons prudents face aux chiffres officiels faisant état, aujourd’hui, de quatre mille morts au Népal, car connaissant le terrain, nous craignons que les chiffres ne grimpent encore et changent d’ordre de grandeur.

Beaucoup d’endroits au Népal sont inaccessibles. À Katmandou, les autorités n’ont pas de contact avec les villages. C’est un pays de montagne où les gens sont dispersés dans des villages accrochés à flanc de montagne, sans information, sans communication. Hélas, le bilan risque d’être beaucoup plus lourd. Les informations reçues sont celles de Katmandou, du bassin de Katmandou, pas de la montagne.

L’Himalaya, comme un élastique qui se tend et qui casse

La cause initiale du séisme est la déformation de l’Himalaya. Elle est liée à la convergence entre l’Inde et l’Asie qui se produit depuis des millions d’années. Elle dure encore aujourd’hui continuellement, régulièrement. Nous pouvons la mesurer grâce à un système de GPS spécialisé. Elle est de l’ordre de 40 mm par an. Il faut savoir que dans la chaîne himalayenne, il y a 20 mm de raccourcissement par an. Pour être plus clair, entre la frontière chinoise et les frontières indienne et népalaise, il y a un rapprochement de 2 cm par an à peu près. C’est comme un élastique resserré. À un moment, il casse et un séisme se produit. L’ordre de mesure du déplacement lors des grands séismes est de plusieurs mètres. Cela se produit une fois par siècle, environ tous les quatre-vingts ans dans la région de Katmandou.

L’épicentre était à environ 80 km au nord-ouest de la capitale, dans les montagnes. L’altitude ne veut rien dire. L’important est la profondeur. Ce séisme s’est produit à une quinzaine de kilomètres de profondeur. Le risque majeur dans ces régions, ce sont les glissements de terrain, les avalanches, comme sur l’Everest. Tous les villages, qui sont à flanc de montagne, peuvent être déstabilisés et parfois emportés vers l’aval. Au Cachemire, il y a eu des morts plusieurs mois après le choc principal lié à ces problèmes de sols instables.

Nous avons des contacts permanents en Inde, au Népal, ainsi qu’avec le Département de sismologie népalais et l’Université de Katmandou. Nous les avons contactés, ils sont en bonne santé.

L’urgence humanitaire est l’urgence absolue

La question maintenant est de savoir comment nos pouvons intervenir. Comment utiliser notre savoir-faire scientifique pour la suite ? Quelle zone a rompu ? Il faut évaluer les risques, prévenir pour l’avenir sur les aspects effet de sites, regarder les zones touchées et identifier les glissements de terrain. Il y a une certaine urgence qui n’est toutefois pas aussi urgente que le problème humanitaire qui est l’urgence absolue. C’est important pour nous et pour les populations d’identifier les zones susceptibles de bouger, éventuellement de se déplacer. Nous prévenons les autorités pour qu’elles prennent des mesures selon leurs moyens dans les zones qui risquent d’être affectées dans les mois ou les années à venir.

Un autre problème majeur est la mousson qui va arriver dans deux mois. Ces pluies torrentielles vont déstabiliser un grand nombre de terrains qui sont déjà très endommagés. Le séisme est un shaker, toutes les roches ont été bougées, les terres fragilisées, des pluies peuvent provoquer de graves glissements de terrains. Il y a urgence.

Nous avons en mémoire notre expérience du séisme au Pakistan en 2005, où il y a eu un grand nombre de morts dans les mois et les années qui ont suivi. Le gouvernement avait installé, pour les réfugiés, des villages de tentes sur les terrasses basses. Avec les glissements de terrain, la rivière a été bloquée, les gens ont été piégés. »

Ce texte a été écrit après entretien à l’Institut des Sciences de la Terre (ISTerre) de l’Université Grenoble Alpes (Joseph Fourrier, Université de Savoie) à laquelle ont participé : • Stéphane Guillot, Directeur de Recherche au CNRS, Directeur du laboratoire ISTerre (Institut des Sciences de la Terre Université Grenoble Alpes (Joseph Fourrier, Université de Savoie) Spécialiste de la chaîne himalayenne. • François Jouhanne, Professeur de sismotectonique à université de Savoie, laboratoire ISTerre Spécialiste de GPS évaluant le mouvement des plaques à travers l’Himalaya. • Jean Louis Mugnier, Directeur de Recherche au CNRS ISTerre, spécialiste de la tectonique active en Himalaya. • Julia de Sigoyer, Professeur de Tectonique ISTerre Grenoble Alpes (Université Joseph Fourrier), spécialiste de l’Himalaya.

Le gouvernement japonais veut relancer le nucléaire Emilie Massemin (Reporterre) Reporterre 2015/04/28 Emilie Massemin (Reporterre) (28 avril 2015) Le gouvernement japonais veut relancer le nucléaire. Reporterre. Monde fr

Le gouvernement japonais veut relancer le nucléaire

20 % de nucléaire en 2030 : tel est l’objectif présenté par Tokyo, ce mardi 28 avril. Alors que toutes les centrales du pays sont à l’arrêt, que la population rejette l’atome en bloc et que Tepco peine à faire face aux conséquences de l’accident de Fukushima...

Tokyo présente ce mardi 28 avril le brouillon de sa nouvelle politique énergétique aux experts du secteur, et devrait l’officialiser dans les semaines à venir. Quatre ans après l’accident nucléaire de Fukushima Dai-ichi du 11 mars 2011, alors que les quarante-huit réacteurs du pays sont toujours à l’arrêt, cette feuille de route prévoit 20 à 22 % de nucléaire dans le mix énergétique nippon d’ici 2030. Les énergies renouvelables fourniraient 22 à 24 % du courant en 2030, contre un peu plus de 10 % à l’heure actuelle.

Cette annonce intervient six jours après la décision d’un tribunal local, le 22 avril, d’autoriser la relance des réacteurs 1 et 2 de la centrale de Sendai dans la préfecture de Kagoshima. La compagnie exploitante, Kyushu Electric Power, souhaite leur remise en route avant l’été. Un autre tribunal s’est toutefois opposé le 14 avril à la remise en marche de deux réacteurs de la centrale de Takahama, dans la préfecture de Fukui. La société exploitante, Kansai Electric Power, a fait appel.

Comment un pays durement touché par une catastrophe nucléaire peut-il si rapidement tourner la page ? Pour rappel, 160 000 personnes ont dû fuir les territoires contaminés des abords de Fukushima. 300 m3 d’eau contaminée s’écoulent dans la mer chaque jour. Les opérations de démantèlement des trois réacteurs accidentés devraient prendre trois ou quatre décennies.

Réduire les importations de charbon et les émissions de gaz à effet de serre

Le principal argument avancé par l’exécutif est économique. Pour compenser la fermeture de ses réacteurs, le Japon importe des énergies fossiles : gaz, pétrole et charbon. Ces achats pèsent lourd dans sa balance commerciale. « Le gouvernement estime que pour relancer la croissance, à l’arrêt depuis quinze ans, il faut disposer d’une énergie relativement bon marché, c’est-à-dire, d’après eux, du nucléaire », expique à Reporterre Marc Humbert, professeur à la faculté de sciences économiques de Rennes-1 et chercheur au Centre de recherches sur la culture japonaise de Rennes (CRCJR). Pourtant, le parc nucléaire nippon est vieillissant. L’objectif fixé imposera de coûteux travaux de remise aux normes dans les centrales existantes, voire la construction de nouvelles centrales...

En outre, conséquence des importations de combustibles fossiles, les émissions de gaz à effet de serre japonaises ne cessent d’augmenter. Elles étaient de 1 408 milliards de tonnes d’équivalent CO2 en 2014, un niveau jamais atteint auparavant. A quelques mois de la conférence de Paris sur le climat, Tokyo est pressé d’inverser la tendance. Plutôt que de miser sur les énergies renouvelables et les économies d’énergie, il s’empresse d’investir dans le nucléaire, à l’instar de la France.

Lobby industriel et nationalisme enragé

La relance du nucléaire au Japon est aussi le fruit d’un lobbying intense mené par les compagnies électriques. « Elles souhaitent continuer à fabriquer des centrales, observe Marc Humbert. Elles ont signé des contrats avec la Turquie, voudraient en faire de même avec la Chine. Or, il est impossible de vendre des réacteurs à l’étranger quand on a fermé les siens. »

Cet engouement pour le nucléaire tient également à la personnalité du Premier ministre, Shinzo Abe (Parti libéral-démocrate). L’homme a hérité de son grand-père Nobusuke Kishi, ministre du Commerce et de l’Industrie pendant la Seconde guerre mondiale et Premier ministre de 1957 à 1960, des positions militaristes et extrêmement nationalistes. « Il veut restaurer la puissance du Japon, et lui donner la possibilité d’être une puissance militaire en se dotant de l’arme nucléaire », décrypte Marc Humbert.

Les Japonais en majorité hostiles au nucléaire

Les Japonais sont pourtant en majorité opposés au retour à l’atome. « Une consultation publique a été menée sur Internet pendant l’été 2012. 87 % des 89 000 réponses étaient défavorables au nucléaire », se souvient Youki Takahata, membre du réseau Sortir du nucléaire et de Yosomono-net. Une autre consultation, organisée début 2014, aboutit à 94 % d’opinions favorables à la sortie du nucléaire sur quelque 19 000 réponses, poursuit la militante.

La mobilisation citoyenne, considérable après la catastrophe, s’essouffle un peu. Mais « une cinquantaine d’avocats très actifs aident les habitants qui s’opposent à la réouverture des centrales, raconte Youki Takahata. Des opposants se relaient en permanence devant le ministère de l’Économie, du Commerce et de l’industrie, depuis le 11 septembre 2011. Des manifestations ont lieu tous les vendredis devant le cabinet du Premier ministre. » Plusieurs personnalités politiques, parmi lesquelles la chancelière allemande Angela Merkel et l’ancien Premier ministre japonais Naoto Kan, ont publiquement affiché leur désaccord avec la politique pro-nucléaire de Shinzo Abe.

Le Japon entre-t-il dans une nouvelle ère nucléaire, malgré les réticences de sa population ? Pour Marc Humbert, ce n’est pas évident : « Shinzo Abe veut aller vite. Pourtant, le rallumage des centrales traîne. Il semble que les oppositions, aux différents niveaux, jouent comme autant de grains de sable. » Si la relance du nucléaire au Japon prend autant de temps que la construction de l’EPR, il reste encore un espoir aux opposants.

Dans les Hautes-Alpes, le projet de ligne à haute tension génère de la tension Pierre Isnard-Dupuy (Reporterre) Reporterre 2015/04/28 Pierre Isnard-Dupuy (Reporterre) (28 avril 2015) Dans les Hautes-Alpes, le projet de ligne à haute tension génère de la tension. Reporterre. Reportage — Énergie fr

Dans les Hautes-Alpes, le projet de ligne à haute tension génère de la tension

Dans la vallée de Haute-Durance (Hautes-Alpes), RTE, filiale d’EDF, envisage de reconstruire intégralement le réseau haute tension. Un projet coûteux et inutile pour les opposants, qui servira à exporter de l’énergie nucléaire, alors que la rénovation de l’ancienne ligne et les énergies renouvelables sont une alternative.

- Embrun (Hautes-Alpes), reportage

Place aux travaux en Haute-Durance : c’est le message que veut transmettre Réseau de Transport d’Electricité (RTE) en ce vendredi 24 avril. L’entreprise publique, responsable en France des réseaux Très haute tension (THT) et Haute tension (HT), organise une « cérémonie de lancement des travaux du programme Haute-Durance » au château de la Robéyère à Embrun. A l’intérieur une centaine de convives, élus, journalistes, chefs d’entreprises, responsables d’associations spécialement invités, écoutent et applaudissent une présentation du projet et de ses avantages. A l’extérieur, deux-cents opposants surveillés par une trentaine de CRS et quelques gendarmes font beaucoup de bruit pour témoigner de leurs désaccord.

Depuis le barrage de Serre-Ponçon et depuis Gap, jusqu’à Briançon et Le-Mônetier-Les-Bains, RTE souhaite engager des travaux titanesques pour refaire le réseau THT et HT. L’actuel ne correspondrait plus aux besoins de ce coin des Hautes-Alpes. Pensée en 1936, l’alimentation électrique repose toujours sur une ligne de 150 000 volts entre la vallée de la Haute-Maurienne en Savoie et Gap. Depuis 1961, la THT se connecte également sur le barrage de Serre-Ponçon qui a été mis en service cette année-là. Des lignes secondaires de 63 000 volts accompagnent ce dispositif.

Dans la plaquette de présentation du projet, RTE prévient que « si rien n’est fait à l’horizon 2016, les risques de coupures d’électricité augmenteront en fréquence et en durée ».

Le programme se compose de six segments pour une mise en service complète prévue en 2020. Au prix de 230 millions d’euros, l’entreprise entend enterrer une partie des lignes à 63 000 volts et en construire de nouvelles (P1, 2, 3 et 5) et construire deux lignes aériennes de 225 000 volts, l’une allant des environs de Gap à Embrun (P6) et l’autre de Serre-Ponçon à l’Argentière-la-Bessé (P4).

Gérard Robinot, directeur du projet Haute-Durance, annonce la construction de « 100 kilomètres de réseau souterrain, 100 kilomètre de réseau aérien » et l’enlèvement de « 200 kilomètres de réseau aérien ». Soit environ 100 kilomètres de ligne aérienne qui devraient disparaître dont la liaison THT entre l’Argentière-la-Bessé et Valloire en Savoie via les cols du Lautaret et du Galibier. Ce qui fait dire à Luc Mazéas, directeur du centre développement et ingénierie RTE PACA, que « sur le plan de l’environnement c’est un très bon projet ». Malgré ces engagements, les opposants ne sont pas convaincus.

Sur les vidéos, les oiseaux gazouillent

A grand renfort d’images de synthèse et de films d’animations, RTE présente les bienfaits projetés de son projet pendant près d’une heure trente. « C’est un programme qui participe activement au développement durable du territoire, dans toutes ces dimensions, économiques, environnementales et sociétales », résume Luc Mazéas. « Pour construire le réseau aérien dans un territoire montagnard, nous avons souhaité minimiser le nombre de pistes à construire pour amener des grues. Donc nous allons utiliser l’hélicoptère », se félicite Gérard Robinot.

RTE vient dans les Hautes-Alpes avec le programme européen Life Elia qui vise à « transformer les emprises forestières des lignes à haute tension en corridors écologiques ». Avec le Parc national des Ecrins et l’Office national des forêts, on va « récréer les pelouses alpestres à partir des espèces locales dans un souci de biodiversité », assure Bertrand Liénard, directeur du Conservatoire botanique national alpin, également partenaire.

Gérard Jadoul responsable du programme, ajoute l’objectif de « créer des lisières forestières avec des essences locales et contribuer aux trames vertes et bleues ». Eric Gorde, vice-président de la Chambre de Commerce et d’Industrie des Hautes-Alpes, s’extasie des retombées économiques et promet des embauches localement.

Sur les vidéos, les oiseaux gazouillent, les papillons volettent, les familles qui randonnent rient aux éclats. Des photos présentent la disparition de l’ancienne THT dans le paysage sans présenter l’impact de la nouvelle.

Le point névralgique de la contestation du programme se situe sur les lignes THT P4 et P6. Il est prévu qu’elles empruntent un trajet parallèle entre Chorges et Embrun sur le secteur des balcons de Serre-Ponçon dans le Parc National des Ecrins. Elles seraient construites en amont des lignes existantes pour être à plus de 100 mètres de toute habitation et ainsi minimiser les risques sanitaires dus aux rayonnements électromagnétiques.

Mais selon Patrick Barrona, secrétaire de l’association Avenir Haute Durance (AHD), la création de ces lignes à haute tension constituerait un « sacrifice fait d’énormément de déforestation, de lieux d’accueil pour le tourisme qui vont se retrouver déclassés, du Parc des Ecrins empiété dans toute sa partie sud, des captages d’eaux impactés ». L’association milite depuis août 2011 pour l’enfouissement de ces deux lignes le long de la nationale.

Mais RTE refuse ce scénario qui entrainerait un surcoût de 130 millions d’euros. Il se répercuterait « sur la facture de l’ensemble des consommateurs d’électricité en France », défend Luc Mazéas. A quoi Yann Boisleve, de l’AHD, répond : « C’est plus cher à l’investissement, mais sur vingt ans, c’est rentabilisé. Il y a beaucoup moins d’entretien, surtout pour deux lignes qui vont monter jusqu’à 1 500 mètres d’altitude avec tout ce que cela comporte comme risques tel que glissement de terrain, chute de bloc, gel et neige ».

M. Boisleve ajoute à destination des entreprises locales que « les retombées économiques locales seront plus importantes avec l’enfouissement. Alors que les lignes aériennes seront construites par des entreprises spécialisées qui savent mettre des pylônes, l’enfouissement peut être réalisé par des entreprises locales dotées de pelleteuses ». Car sur les 130 millions de budget prévus par RTE pour les travaux du projet actuel, seuls 35 millions iront à des entreprises hautes-alpines, le reste allant à des grands groupes comme Eiffage, Bouygues ou Ineo.

En décembre 2014, l’association a lancé deux recours au Conseil d’Etat contre l’arrêté ministériel du 6 octobre 2014 autorisant les projets P4 et P6. Ils sont portés collectivement avec d’autres associations dont la Société alpine de protection de la nature, France nature environnement et Hautes-Alpes nature environnement et avec les cinq communes de La Batie-Neuve, Puy-Sanières, Puy-Saint-Eusèbe, Chateauroux-les-Alpes et Réallon. La commune de Chorges et la LPO PACA s’opposent également par un recours simple devant le Conseil d’Etat. Le conseil municipal d’Embrun se prononce pour l’enfouissement par une motion adoptée en le 4 décembre 2014.

Des lignes pour les stations de ski… et pour l’exportation

Sur ce territoire, RTE prévoit que la demande d’électricité va passer de 220 mégawatts en pointe aujourd’hui à 300 en 2020. Une croissance causée en grande partie par l’activité des stations de sports d’hiver. Face à cette prévision, Juliette Plantadis, juriste en environnement et membre d’AHD, s’interroge : « Le diagnostic énergétique sur lequel se base RTE date de 2009 et ne prend pas en compte les réglementations nationales et européennes parues depuis, qui prescrivent 20 % d’économie d’énergie d’ici à 2020 ». Comme d’autres membres d’AHD elle juge le projet de RTE disproportionné. Il prévoit de répondre à une demande de 800 mégawatts. Cette démesure pourrait en fait trouver sa motivation de l’autre côté des Alpes. La société italienne ENEL, principale productrice d’électricité transalpine, envisage une liaison transfrontalière avec la Haute-Durance.

Dans sa communication vers le grand public, RTE omet ce point mais une lettre d’ENEL France du 27 mai 2014 le confirme à ADH : « Nous sommes en train de vérifier la meilleure solution de connexion au réseau électrique français, prenant en compte le projet de restructuration du réseau électrique de la Haute-Durance prévu par RTE ; dans cette optique, nous avons pris des contacts avec le gestionnaire du réseau électrique français ».

Selon le site d’information local lemedia05, « le projet d’ENEL est très différent d’une interconnexion transfrontalière classique qui a pour vocation d’apporter un secours mutuel aux deux pays concernés. [...] La ligne ne fonctionnerait que dans le sens France-Italie, pour répondre à la consommation électrique des grands industriels italiens ». Le collectif No THT 05, proche des autres luttes contre les grands projets inutiles et imposés dénonce ce projet comme un moyen de vendre l’électricité d’origine nucléaire à l’Italie. Le collectif, qui appelait également au rassemblement du 24 avril, rejette tout projet de THT.

Pour se passer de cette infrastructure, le territoire ne manque pas de ressources. En 2007, « la production totale d’énergies renouvelables dans les Hautes Alpes représentait déjà plus de 50 % de la consommation finale du territoire », note AHD. Et des initiatives novatrices vont dans ce sens.

Depuis 2009, dans le Briançonnais, la société d’économie mixte Sève (soleil, eau, vent, énergie) rassemble des habitants et des collectivités territoriales pour produire de l’électricité d’origine photovoltaïque et hydraulique. Créée en 2015 dans l’Embrunais-Savinois, l’association Energies collectives souhaite se monter en société coopérative d’intérêt collectif, pour porter des projets de production énergétique renouvelables et relocalisés.

Voici comment socialistes et conservateurs ont torpillé le plan européen d’économies d’énergie Claude Turmes Reporterre 2015/04/29 Claude Turmes (29 avril 2015) Voici comment socialistes et conservateurs ont torpillé le plan européen d’économies d’énergie. Reporterre. Tribune — Europe fr

Voici comment socialistes et conservateurs ont torpillé le plan européen d’économies d’énergie

Un temps annoncé, le fonds européen pour l’efficacité énergétique ne verra pas le jour. Jean-Claude Juncker et ses alliés socialistes et conservateurs au Parlement Européen en ont signé l’arrêt de mort, après une longue bataille parlementaire. Voici la chronique d’un nouveau recul de l’Europe.

Le 15 juillet 2014, Jean-Claude Juncker, fraîchement intronisé président de la Commission Européenne à la suite de José Manuel Barroso, se rend à Strasbourg afin de présenter son programme aux députés européens. Parmi ses mesures phares, le lancement d’un « programme ambitieux en faveur de l’emploi, de la croissance et de l’investissement ».

Un programme séduisant sur le papier, mais qui repose sur un pari audacieux : mettre relativement peu d’argent public sur la table et, grâce à un effet multiplicateur hautement incertain, mobiliser une somme quinze fois plus importante de capitaux privés. En homme d’expérience, le président Juncker assure que l’essentiel de ces capitaux ira vers des investissements d’avenir et réitère son engagement en faveur des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique. Révolution énergétique ou effets d’annonce ? Neuf mois plus tard, au terme d’une gestation compliquée, il ne reste malheureusement plus grand chose de ses ambitions.

Le Plan Juncker : 315 milliards d’euros pour le charbon et le nucléaire ?

L’efficacité énergétique, axée autour de la rénovation thermique des bâtiments, remplit tous les critères du plan Juncker. Plus de deux millions d’emplois liés à l’efficacité énergétique pourraient être créés en Europe dans ce secteur d’ici 2020. Générateur de croissance et d’emplois, le secteur comporte également un volet social : grâce à une meilleure isolation, les factures énergétiques pesant sur les habitants diminuent et la pauvreté énergétique, dont sont victimes 50 à 100 millions d’Européens, tend à se réduire.

L’efficacité énergétique est tout aussi vertueuse dans ses implications géopolitiques. La facture énergétique annuelle de l’Union Européenne s’élève à plus de 400 milliards d’euros, essentiellement versés à la Russie : or, chaque mètre cube de gaz économisé est un mètre cube de gaz que nous n’importons pas. Enfin, à la veille de la conférence de Paris sur le climat, l’Union Européenne se doit d’être un leader mondial dans la lutte contre le changement climatique, et les économies d’énergie constituent la voie la moins coûteuse et la plus directe pour y parvenir.

Sur ce constat politique, tout le monde est d’accord. De nombreuses études reconnaissent que le secteur de l’efficacité énergétique doit être une priorité de l’Europe du XXIe siècle mais souffre d’un sous-investissement chronique. Pourtant, lorsqu’il s’agit de déployer les moyens financiers et règlementaires requis pour dynamiser le secteur, les États Membres ne se bousculent pas au portillon.

Au contraire, au moment où Juncker les consulte, à l’automne 2014 sur le type de projets à financer dans son Plan, ceux-ci s’engouffrent dans la brèche et proposent la bagatelle de 2 000 projets, la plupart en complète contradiction avec les objectifs d’investissements d’avenir : la modernisation des mines de charbon polonaises côtoie les projets nucléaires britanniques, les aéroports slovaque et croate et les autoroutes belges, dans un inventaire à la Prévert qui fleure bon les années 1970.

Dans le lot, seulement 1,7 % des projets traitent de l’efficacité énergétique. Des paroles aux actes, la marche est longue... Résultat : dans le plan Juncker tel que proposé par la Commission Européenne en janvier 2015, l’efficacité énergétique brille par son absence, au-delà de quelques formulations de circonstance. C’est dans ces conditions que le texte arrive sur la table du Parlement Européen afin d’être discuté puis adopté selon une procédure législative dite « accélérée ».

La bataille pour l’efficacité énergétique s’engage à Bruxelles

Pour parvenir à augmenter le financement de l’efficacité énergétique, une seule solution : créer dans le cadre du plan Juncker un sous-fonds entièrement dédié à ce secteur. C’est la conclusion à laquelle est arrivée un groupe d’experts rassemblant les principales banques, institutions financières et fonds d’investissements européens dans un rapport publié le 25 février 2015. C’est également la volonté des principaux acteurs du secteur. Tant les ONG que l’industrie, avec des géants comme Saint-Gobain, Philips, Schneider Electric, Rockwool ou Siemens prennent position en ce sens.

Quatre parlementaires de quatre groupes politiques différents déposent un amendement portant la création d’un fonds spécial de 5 milliards d’euros pour l’efficacité énergétique : le social-démocrate danois Jeppe Kofod, le libéral danois Morten Helveg Petersen, le conservateur irlandais Sean Kelly et moi-même, au nom du groupe des Verts. L’efficacité énergétique ayant tendance à générer un effet de levier significatif, c’est plus de 50 milliards d’euros d’investissements qui sont en jeu.

Cet amendement reçoit rapidement l’assentiment de la rapporteure sur le sujet, la socialiste belge Kathleen van Brempt. Mais tout le monde à Bruxelles ne l’entend pas de cette oreille. Pour différentes raisons, cette idée pourtant relativement consensuelle, dérange. Elle dérange tout d’abord les libéraux et les conservateurs du Parlement Européen, qui considèrent d’une part que seul le marché dans sa grande sagesse, et non les élus, doit décider des priorités du plan Juncker ; et d’autre part que cette idée innovante risque de compliquer les négociations et de repousser la mise en œuvre du Plan d’investissements, promis pour l’été par Juncker, le leader... conservateur.

Une bataille sur cet amendement s’engage donc, sous l’œil du président du Parlement Européen, le socialiste allemand Martin Schultz, qui doit son poste au groupe... conservateur. Cette idée d’un fonds dédié à l’efficacité énergétique irrite également en plus haut lieu, à la Commission Européenne et à la Banque Européenne d’Investissements (BEI).

Le commissaire en charge du dossier, le conservateur finlandais Jyrki Katainen, est vent debout : il n’acceptera à aucun prix la création d’un tel fonds. Dans une belle harmonie, le président de la BEI lui aussi se refuse à cette éventualité et publie, la veille du vote au Parlement, un communiqué de presse assassin. La pression des libéraux et des conservateurs est si forte qu’elle pousse l’un des partisans de l’amendement controversé à retirer sa signature. Des rares voix discordantes se font entendre, telle la socialiste française Pervenche Berès, qui s’engage publiquement en faveur de l’efficacité énergétique.

Mardi 14 avril 2015 : une victoire inattendue des progressistes

Le 31 mars, coup de théâtre. Les gouvernements français et allemand se retrouvent à Berlin pour un Conseil des Ministres conjoint. Sigmar Gabriel, pour l’Allemagne et Emmanuel Macron, pour la France, se rallient à l’idée d’un fonds spécial pour l’efficacité énergétique. De quoi faire pencher la balance. Et dans la foulée, le 14 avril, les progressistes triomphent enfin.

La commission de l’Industrie du Parlement Européen adopte l’amendement contesté et donne mandat à la rapporteure, Kathleen van Brempt, de négocier l’établissement d’un fonds de 5 milliards d’euros dédié à l’efficacité énergétique. Contre les libéraux, les conservateurs et les eurosceptiques, une alliance menée par certains sociaux-démocrates et les Verts, et soutenue individuellement par d’autres députés, permet l’adoption de l’amendement soumis au vote, à une voix près.

Lundi 20 avril 2015 : les leaders européens portent le coup de grâce à l’efficacité énergétique

C’est là que la machine infernale se met en branle. Le lendemain du vote en commission de l’industrie, le 15 avril, une réunion interne du groupe conservateur se tient à Bruxelles, et menace le groupe socio-démocrate de retirer son soutien au plan Juncker dans le cas où l’idée du fonds spécial pour l’efficacité énergétique serait maintenue. Un coup de bluff magistral qui porte ses fruits. Le leadership social-démocrate, tétanisé par la perspective de voir son alliance avec les conservateurs menacée par ce dossier, rend les armes.

Le président de la commission des Affaires économiques, l’Italien Roberto Gualtieri et le rapporteur au sein de la même commission, l’Allemand Udo Bullmann, lancent l’assaut. Usant d’arguments juridiques hautement contestables, ils mettent en doute la compétence de la commission de l’industrie, de la recherche et de l’énergie, à laquelle les quatre auteurs de l’amendement appartiennent, à traiter de ce sujet. Le président de la commission de l’industrie, le conservateur polonais Jerzy Buzek, tente de contre-attaquer mais la pression de son propre camp est trop forte, et il se voit contraint de renoncer.

Dans ce contexte de guerre institutionnelle, les tentatives de conciliation et les propositions de compromis des auteurs de l’amendement ne permettront pas de résoudre l’affaire. Le chantage politique continue, les socialistes abdiquent et acceptent d’écarter l’amendement adopté en commission de l’Industrie, au mépris de tous les principes démocratiques qui président aux travaux parlementaires.

L’amendement est rangé au placard, écarté par le manque de courage des uns et l’approche idéologique des autres. Le putsch est terminé.

Le « système Juncker » : un noyautage du Parlement Européen ?

Plus que la faillite d’individus, il s’agit de la faillite d’un système. Un système mis en place par la nouvelle Commission Juncker où la ’grande coalition’, cette alliance contre nature entre socio-démocrates et conservateurs qui permet à ces deux groupes de se partager les strapontins des nominations, règne sans partage. Un système où l’expression démocratique du Parlement et le pluralisme sont balayés d’un revers de main, sous la pression conjointe d’un calendrier démentiel et d’une poussée politique en faveur de la dérégulation.

Un système où la notion même de débat est oubliée, où tous les moyens sont bons pour transformer l’institution autrefois présidée par Simone Veil en une vulgaire chambre d’enregistrement déchue de sa capacité à réfléchir, à innover, voire à provoquer.

Naturellement, les enjeux environnementaux et écologiques sont les premières victimes de ce système. Dans quelques mois, l’Union Européenne devra adopter des textes afin de prolonger vers 2030 les objectifs ambitieux établis pour 2020 dans le secteur de l’efficacité énergétique, des bâtiments, et des énergies renouvelables. Le scénario du plan d’investissements risque à nouveau de se reproduire.

Alors que le Parlement de Strasbourg a souvent fait valoir des positions doucement irrévérencieuses, et permis aux idées progressistes de s’imposer contre les conceptions tantôt frileuses, tantôt franchement rétrogrades de la Commission et des États Membres, la roue a-t-elle tourné ? J’espère que les discussions sur le plan Juncker auront été un coup de semonce pour faire prendre conscience aux députés européens du danger du « système Juncker ».

Le pape François prépare son encyclique sur l’écologie et le changement climatique Emilie Massemin (Reporterre) Reporterre 2015/04/29 Emilie Massemin (Reporterre) (29 avril 2015) Le pape François prépare son encyclique sur l’écologie et le changement climatique. Reporterre. Climat fr

Le pape François prépare son encyclique sur l’écologie et le changement climatique

Un symposium sur le lien entre pauvreté et changement climatique s’est déroulé mardi 28 avril à l’Académie pontificale des sciences. Il précède la publication de la première encyclique papale jamais consacrée à la question environnementale. Le pape François la publiera en juin ou en juillet.

Programme chargé mardi 28 avril à la Villa Pia, chef-d’oeuvre d’architecture maniériste niché au cœur des jardins du Vatican. Une soixantaine de scientifiques et de représentants des religions du monde étaient rassemblés pour un symposium sur la dimension morale du changement climatique et du développement durable, organisé par l’Académie pontificale des sciences et le Conseil pontifical Justice et Paix. Intitulée « Protéger la planète, rendre digne l’humanité », cette réunion s’est déroulée en présence du secrétaire général des Nations unies Ban Ki-Moon, du chef d’État italien Sergio Mattarella et de Laurence Tubiana, ambassadrice française chargée des négociations sur le changement climatique.

L’objectif du symposium était de souligner « l’importance des dimensions morales de la protection de l’environnement (...) et de construire un mouvement mondial pour prendre en main le changement climatique et le développement durable en 2015 et au-delà ». Elle a abouti tard dans la soirée à une déclaration, indiquant entre autres que les participants étaient « rassemblés à l’Académie pontificale des sciences et des sciences sociales pour relever les défis du changement climatique induit par l’homme, l’extrême pauvreté et la marginalisation sociale, y compris la traite des personnes, dans le cadre du développement durable. Issus de nombreuses confessions et horizons de vie, nous nous unissons, reflétant le désir partagé de l’humanité pour la paix, le bonheur, la prospérité, la justice et la durabilité environnementale. Nous avons considéré les éléments de preuve scientifiques écrasants concernant le changement climatique induit par l’homme, la perte de la biodiversité, et la vulnérabilité des pauvres aux chocs économiques, sociaux et environnementaux ».

Cette réunion a été précédée d’un entretien d’une demi-heure entre le Pape François et Ban Ki-Moon. Ce dernier a estimé que « la science et la religion ne sont pas opposées sur le changement climatique », et a salué les efforts du souverain pontife pour « attirer l’attention sur le besoin urgent de faire la promotion d’un développement durable ».

- Voir la video de l’entrevue entre le Pape François et Ban Ki-Moon (vidéo ONU) :

Bientôt, la première encyclique papale sur l’écologie

Ce symposium est une étape préparant l’encyclique sur l’écologie que le pape François devrait publier en juin ou juillet. Son écriture est achevée, et elle est actuellement en cours de traduction. Interrogé à ce propos le 15 janvier dernier, le chef de l’Église a confié son souhait qu’elle sorte avant la conférence de Paris sur le climat, pour être prise en compte dans les travaux préparatoires. Estimant que le sommet de Lima avait échoué, il a espéré qu’« à Paris les représentants soient plus courageux ».

Cette lettre d’autorité aux évêques du monde est d’une importance capitale pour la mobilisation des chrétiens, qui restent relativement peu sensibles à la question climatique. « Il s’agira de la toute première encyclique papale intégralement consacrée à la question environnementale », indique à Reporterre Dominique Lang, prêtre assomptionniste, scientifique et journaliste au Pélerin. « Même si l’encyclique Caritas in Veritate (2009) du Pape Benoît XVI évoquait déjà le lien entre mondialisation économique et problèmes environnementaux. »

Un pape écolo au profil atypique

Le pape François est-il le premier pontife à ce point préoccupé par le changement climatique ? « Depuis Paul VI [pape de 1963 à 1978, NDLR], les papes ont réagi aux grandes conférences internationales, rappelle Dominique Lang. Le Vatican est un État, un représentant du Saint-Siège est donc systématiquement présent aux négociations onusiennes. Mais c’est la première fois qu’un pape témoigne d’une volonté si forte qu’elle donne lieu à une encyclique. » De fait, le pape François a mis la question environnementale en tête des nouvelles priorités de l’Église. La destruction de la planète est un « péché moderne », martèle-t-il régulièrement, en rappelant que « la Création a été confiée aux hommes pour qu’ils la protègent et pas pour qu’ils en deviennent les prédateurs ».

Pour Dominique Lang, cet intérêt du pape pour l’environnement n’est pas sans lien avec son profil assez atypique. « Il est le premier pape sud-américain, venu d’un continent frappé par les problèmes liés aux cultures OGM. Contrairement à ses prédécesseurs, il n’a pas connu la Seconde guerre mondiale : il n’est donc pas mû par une nécessité de reconstruction rapide. Enfin, il vient de la ville, ce qui l’amène aussi à poser un regard différent sur le monde. » Son choix de s’appeler François, en référence à Saint François d’Assise, célébré pour son vœu de pauvreté et son amour de la nature, est en ce sens révélateur.

Cet effort de mobilisation est louable. Car les chrétiens, clairs et fermes sur les questions de bioéthique et de famille, gardent un rapport plus lointain et compliqué à l’écologie. Le courant de l’« écologie humaine », promue par Tugdual Derville, ex-porte-parole de la Manif pour tous, n’est pas représentatif de la nébuleuse hétérogène que forment les chrétiens écolos.

La question de la nature est présente dès les origines dans la pensée chrétienne. « La Bible raconte que le monde a été créé par Dieu, par amour. Il est caractérisé par sa beauté et son harmonie propre, qui doivent être respectés », dit Dominique Lang. Ce n’est que suite à des siècles de conflits avec la science que l’Église choisit peu à peu de ne plus s’exprimer sur le fonctionnement de la nature et de l’univers. « En conséquence, elle a pris du retard sur ces questions, reconnaît le journaliste. Finalement, ce n’est que très récemment et en se basant sur sa doctrine sociale, qu’elle a introduit l’idée que protéger les plus vulnérables c’est également protéger la terre sur laquelle ils vivent. »

Reporterre recherche un lecteur de micro-cassette pour quelques jours Reporterre 2015/04/29 (29 avril 2015) Reporterre recherche un lecteur de micro-cassette pour quelques jours. Reporterre. fr

Reporterre recherche un lecteur de micro-cassette pour quelques jours

- Actualisation : Merci beaucoup, vous avez été nombreux à nous répondre. Et dès le premier jour, l’un d’entre vous nous a prêté son lecteur. On va pouvoir écrire l’article !

Amis lecteurs, nous avons besoin de vous !

Une lectrice formidable nous a envoyé une microcassette Sony MC-60, contenant un témoignage précieux sur l’intervention de grandes entreprises au collège.

Nous sommes à la recherche d’un enregistreur ou d’un lecteur capable de lire ce type de cassettes. Si vous êtes sur Paris et disposez d’un tel appareil, pourriez-vous nous le prêter un jour ou deux ?

Réponse : planete@reporterre.net

Un grand merci d’avance pour votre mobilisation !

L’équipe de Reporterre.

L’Exposition universelle de Milan est un « grand projet inutile », selon les écologistes italiens Andrea Barolini (Reporterre) Reporterre 2015/04/30 Andrea Barolini (Reporterre) (30 avril 2015) L’Exposition universelle de Milan est un « grand projet inutile », selon les écologistes italiens. Reporterre. Grands projets inutiles fr

L’Exposition universelle de Milan est un « grand projet inutile », selon les écologistes italiens

Du 1er mai au 31 octobre se tiendra à Milan l’Exposition universelle, qui aura pour thème : « Nourrir la Planète, Energie pour la vie ». Mais des voix discordantes se font entendre sur son coût démesuré, ses infrastructures inutiles et la présence des entreprises les plus polluantes de la planète.

« Nourrir la Planète, Energie pour la vie ». C’est le slogan de l’Exposition universelle qui se déroulera sur la commune de Rho, près de Milan, en Italie, du 1er mai au 31 octobre. Un évènement qualifié de « planétaire » par les organisateurs et qui a mobilisé des ressources gigantesques.

Mais un mouvement de citoyens s’est organisé pour dénoncer ce qu’ils considèrent comme « une immense hypocrisie » et un grand projet inutile et imposé. « Nous sommes un collectif d’écologistes, militants de la gauche radicale et d’associations, précaires, citoyens, qui avons analysé l’Expo et sommes convaincus qu’il s’agit d’un énorme gaspillage de ressources », explique à Reporterre Luca, 48 ans, responsable du collectif Utopic, qui fait partie du réseau NoExpo.

« L’Exposition universelle n’est que l’emblème d’un système de gestion du territoire qui utilise les grands événements pour accélérer la transformation des sociétés selon le paradigme néolibéral », ajoute-il. Dès octobre 2014 un cortège de contestation a défilé dans le centre de Milan.

Des milliards pour des infrastructures éphémères

Mais de quoi s’agit-il ? Selon les organisateurs, de la plus importante exposition au monde, qui va accueillir vingt millions de visiteurs (dont un million de Français), en provenance de 147 pays. Pour l’organiser, le gouvernement italien et les administrations locales ont édifié une ville dans la ville : centres d’exposition, auditorium de 1 500 places, théâtre en plein air de 3 450 places, restaurants pour tous les goûts : gastronomiques, « lounge », rapides, « innovation », « night spot » et pour les enfants. A quoi il faut ajouter un parc interactif de 3 420 m2, des aires événementielles, des salles de conférence, un pavillon central de 10 500 m2, des bâtiments fixes et temporaires, passerelles, rues, places, boulevards.

Tout cela traversé par plusieurs canaux artificiels, qui consommeront trois mètres cubes d’eau par seconde, prélevés dans la rivière Tessin. Provoquant l’inquiétude de la société qui gère le Parc naturel local : elle craint qu’en cas de sécheresse, « la biodiversité du fleuve soit détruite ».

L’ensemble de l’Exposition a coûté 3,2 milliards d’euros, dont 1 milliard payé par les pays étrangers. « Tout l’argent public finira dans les poches de quelques entreprises, dénonce le militant No Expo, sans apporter aucun bénéfice aux citoyens. C’est un gigantesque bétonnage, et si on prend en compte aussi les ouvrages connexes, c’est-à-dire des centaines de kilomètres d’asphalte, la destruction de plusieurs jardins autour de Milan, la construction d’une autoroute et l’achat des terrains, la facture totale pour l’Italie et les Etats participants monte jusqu’à près de 10 milliards d’euros ».

Et puis, que faire de toutes les infrastructures du centre d’exposition après sa fermeture ? Personne ne le sait : le gouvernement de Matteo Renzi commence juste à se demander comment utiliser les édifices, les équipements, les structures. Pour l’instant, aucune idée n’émerge : un ministre, le 4 avril dernier, expliquait qu’« il faut y réfléchir ».

« Au lieu d’organiser un évènement comme celui de Milan, nous dit Federica Ferrario, responsable de la campagne agriculture de Greenpeace Italia, on aurait pu utiliser cet argent public pour financer, par exemple, des projets de recherche en agriculture durable. Toutefois, on espère que ça sera au moins l’occasion pour discuter de questions d’importance planétaire, et nous essayerons de faire entendre notre point de vue ».

Travaux inachevés, sécurité négligée

Mais l’Expo va ouvrir dans un nuage de polémiques. Il y a un an, un scandale de corruption portant sur les marchés publics a explosé. Le directeur de la planification et des achats Angelo Paris a été arrêté, accusé d’avoir faussé des appels d’offres.

En outre, à moins de deux semaines de l’ouverture, la presse italienne a dévoilé que seulement 25 % des constructions seront achevées le jour de l’inauguration : 4 aires sur 20 seulement. Et certaines - dont le « Palais Italie » où sera exposée « l’excellence du Made in Italy » - ont accumulé des retards impossibles à rattraper, comme le confirme une vidéo exclusive publiée le 24 avril par le journal Il Fatto Quotidiano.

Ruelles encore à asphalter, bâtiments à terminer, salles à nettoyer : quoi faire ? Rien de plus simple : les organisateurs ont décidé d’ouvrir partiellement certains édifices, et de... se passer de contrôles ! Raccordements hydriques et électriques, gaz, égouts, cuisines : pour tout vérifier il faudrait plusieurs semaines. La solution ? Les constructeurs vont signer une déclaration sur l’honneur assurant qu’il n’y a aucun problème de sécurité ! Aux visiteurs, il ne restera donc qu’à croiser les doigts et faire confiance aux constructeurs, en espérant que rien ne tombe sur leurs têtes.

Greenwashing

Les retards ne bloqueront donc pas le grand show : six mois pour discuter alimentation, agriculture, environnement. Et d’écologie ? « Pas du tout, disent les No Expo sur leur site internet. C’est au contraire la mystification des idées d’écologie et de durabilité. L’expo fait du greenwashing, il suffit de jeter un coup d’œil sur les entreprises qui sponsorisent l’évènement ».

« On va parler de nourrir la planète, poursuivent-ils, mais les principales multinationales de l’industrie alimentaire, agricole et de la grande distribution vont financer l’Expo. Les mêmes qui contrôlent le marché des semences, qui fabriquent et utilisent des produits OGM, qui exploitent la terre de façon intensive en détruisant les petits agriculteurs partout dans le monde. Coca-Cola, McDonald’s, Nestlé, Eni, Enel, Pioneer-Dupont, Selex-Es sont des entreprises responsables de la pollution des terres et des océans, des déforestations, des exploitations de travailleurs, des méthodes d’élevage qui ressemblent à des camps de concentration, ainsi que de la production d’armements de guerre. L’Expo se dit “verte”, mais ce n’est pas vrai ».

Six mois d’actions contre les projets inutiles et les méga-événements

Les No Expo vont organiser cinq journées de mobilisation : « Un laboratoire social de résistances et d’alternatives », annoncent-ils. Le 30 avril un cortège d’étudiants traversera la ville, en fin de journée. Un camping animé par des assemblées, des débats et des ateliers hébergera les participants.

Le vendredi 1 mai, fête du travail, sera dédié aux discussions autour de la protection sociale et du chômage. Le 2 mai, des actions dans les quartiers de Milan se dérouleront pour sensibiliser les habitants. Enfin, la dernière journée verra une assemblée conclusive rassembler les idées, les initiatives, les propositions lancées, qui seront présentées ensuite à AlterExpo : « Celle-ci ne sera pas, expliquent-ils, une exposition alternative, mais six mois d’actions contre le modèle des grands ouvrages inutiles et des méga évènements ».

LA FRANCE Y SERA AUSSI

La France aussi sera présente dans un pavillon constitué d’un entrelacs de lames de bois du Jura sur deux étages, qui « mettra en avant l’agriculture, la pêche, l’aquaculture et l’agroalimentaire français », annonçait en septembre le site du ministère de l’Agriculture, après la pose de la première pierre en présence de Stéphane Le Foll, à Milan.

Le bâtiment de 3 600 mètres carrés, doté d’un café contemporain, de boutiques et d’une boulangerie typique, accueillera 5 000 délégations attendues durant les 184 jours de l’exposition. Le prix : 20 millions d’euros répartis entre les sept ministères français engagés dans l’événement.

Les habitants de Denver se transforment en marchands des quatre saisons Elisabeth Schneiter (Reporterre) Reporterre 2015/04/30 Elisabeth Schneiter (Reporterre) (30 avril 2015) Les habitants de Denver se transforment en marchands des quatre saisons. Reporterre. Alimentation fr

Les habitants de Denver se transforment en marchands des quatre saisons

Aux Etats-Unis, la ville de Denver a lancé un programme permettant aux habitants de vendre les produits de leur potager. Une initiative originale qui encourage le maraîchage urbain et que les citoyens de Denver commencent à s’approprier.

Dans le jardin derrière la maison de Deb Neeley, chou vert et chou blanc, radis et betteraves, choux de Bruxelles et oignons, tout est comestible. Dans la serre, des figuiers, du romarin et des rangées de tomates, poivrons, concombres et autres courges. On y trouve aussi des pommiers, sureaux, poiriers, cassissiers, cerisiers. Ses vignes, une des premières choses qu’elle a plantées après être revenue à Denver en 2006, ont donné 50 kilos de raisin l’année dernière. Heureusement pour ses voisins, elle est prête à partager.

Deb Neeley a été l’une des premières, à Denver, à profiter d’un nouveau programme de la ville qui permet aux résidents de vendre, devant chez eux, les produits du potager derrière leur maison, et certains aliments faits maison, comme des gelées, confitures, miel, tisanes, herbes, épices ou gâteaux. À partir de mai, elle installera un stand sur la pelouse devant sa maison, trois fois par semaine pour vendre ses produits.

Jusqu’à présent, seulement dix résidents ont profité de cette nouvelle autorisation, votée l’été dernier par le Conseil municipal de Denver.

Le principe est simple : il suffit de demander un permis d’occupation à la ville et de payer une taxe unique de 20 $, et la vente est autorisée de 8 heures du matin jusqu’au crépuscule.

Évidemment, le permis ne concerne, pour l’instant, que le terrain situé derrière la maison (back yard), et non la sacro sainte pelouse devant chaque maison américaine (front lawn), pour la beauté de laquelle les Américains dépensent environ 30 milliards de dollars par an !

Certaines villes de Floride comme Orlando ou Miami Shores, interdisent et poursuivent même les citoyens qui voudraient planter des légumes sur leur « front lawn »…

Pensées désolées pour le Népal, pays de la paix Marie-Florence Bennes Reporterre 2015/04/30 Marie-Florence Bennes (30 avril 2015) Pensées désolées pour le Népal, pays de la paix. Reporterre. Tribune — Monde fr

Pensées désolées pour le Népal, pays de la paix

- Un terrible séisme de magnitude 7,8 a frappé le Népal, samedi 25 avril à 11h56 heure locale (8h11 en France). 5 489 personnes sont officiellement décédées dans le séisme. Huit millions de Népalais sont touchés à des degrés divers par ce séisme, qui a détruit ou endommagé 600.000 habitations..

Situé entre le Tibet (Chine) et l’Inde, ce petit pays dont la superficie (147 181 km2) dépasse à peine le quart de celle de la France attire depuis les années 50 un nombre étonnant de visiteurs. Après la prohibition de la vente libre de drogue en 1973, les « babas cools » ont laissé la place aux amoureux de la nature, de la montagne, des grands espaces.

Alpinistes de très haut niveau ou randonneurs moins endurants, de tous âges, de toute condition, chacun trouve son bonheur, tant les offres sont variées, nombreuses et les paysages magnifiques. Tous ces touristes venus du monde entier profitent de la magie de la vallée de Katmandou, classée au patrimoine mondial de l’Unesco, lors d’une halte incontournable dans la capitale népalaise. La population, estimée à presque 30 millions d’habitants, présente une grande diversité ethnique et reste essentiellement rurale.

Pour avoir fait partie, de nombreuses fois, de ces visiteurs passionnés du Népal, j’ai toujours été frappée par la gentillesse et la joie des habitants qui sont pourtant parmi les plus pauvres du monde. Je garde l’image d’un pays coloré, bouquets de fleurs, vêtements féminins, échoppes aux milles épices ; de ces ruelles animées et touristiques de Thamel, avec les ateliers d’artisans, qui convergent vers le centre historique et la place Durbar de Hanuman Dhoka. Les rires d’enfants éclataient au milieu des bruits de klaxons et de pétarades des mobilettes. Des visages placides apparaissaient aux petites fenêtres en bois. Il fallait prendre les petites vespas électriques ou un taxi pour se rendre à l’autre place royale, Patan, plus majestueuse, et à Bhaktapur. Aujourd’hui, ce patrimoine mondial est en partie tas de gravats.

L’hindouisme, religion d’Etat, occupe une place importante dans le quotidien des Népalais. Il est fréquent de voir des rituels accomplis au bord du fleuve, des offrandes de pétales de fleurs ou de grains de riz. En flânant, le promeneur rencontre un nombre impressionnant d’édifices ou de petits monuments, lieux de culte. Le Népal accueille une grande communauté tibétaine. Ces habitants du Toit du monde ont fui leur pays après l’occupation chinoise de 1959. Le bouddhisme, deuxième religion au Népal, est pratiqué par les Tibétains, les Sherpas et les Tamangs.

Le terme religion est impropre, car il s’agit plus exactement d’une philosophie. Deux stupas sont les deux sanctuaires bouddhistes de Katmandou : Swayambhu, le plus ancien stupa de la région, daterait de plus de 2000 ans et Bodhnath, entouré de maisons occupées principalement par des Tibétains. A quelque 8 kilomètres du centre de Katmandou, voici un autre univers.

Tout autour des monastères bouddhiques ont été construits. Beaucoup de visiteurs viennent y écouter des enseignements de maîtres, suivre des stages de méditation ou trouver un havre de paix. L’un d’eux, le monastère de Shechen, connu des Français car le moine Matthieu Ricard y réside, compte six cents moines. Aujourd’hui, le lieu qui semble ne pas avoir été endommagé par le séisme accueille plus de mille personnes dont les habitations viennent d’être détruites.

La tristesse et le chagrin semblent bien vains pour exprimer le sentiment que je ressens face à cet indicible événement.

Depuis dimanche, j’essaie de joindre - en vain - des amis népalais qui me sont chers. Silence. Je pense à eux et à leurs enfants.

Fête des travailleurs : une politique écologique peut créer un million d’emplois ! Lorène Lavocat (Reporterre) Reporterre 2015/05/01 Lorène Lavocat (Reporterre) (1er mai 2015 à 20h17,) Fête des travailleurs : une politique écologique peut créer un million d’emplois !. Reporterre. Économie fr

Fête des travailleurs : une politique écologique peut créer un million d’emplois !

Une étude portée par des organisations syndicales britanniques affirme qu’un million d’emplois pourraient être créés en réduisant 86 % des émissions de gaz à effet de serre en vingt ans.

2025. Il est 16h, Fanny enfourche son vélo. Légère, elle rentre chez elle après six heures de travail. Comme météorologue du vent, elle est rattachée à la Direction des énergies renouvelables, du Service public du climat. Après plusieurs années de chômage, elle a trouvé ce poste de fonctionnaire lors des grandes vagues d’embauche, en 2018.

En chemin, elle croise de nombreux cyclistes. Elle aspire à plein poumon l’air frais du printemps. Depuis le lancement du « plan national de lutte contre le changement climatique » en 2016, les émissions de gaz à effet de serre ont diminué de 30 %. En ville, la qualité de l’air s’en ressent déjà.

Elle retrouve son compagnon, Marco. Ils habitent dans un habitat collectif, récemment rénové. Grâce aux travaux, la facture d’électricité n’a pas augmenté, malgré une hausse continue du prix de l’énergie. Marco est poseur en isolation, pour une société coopérative. Mais cette année, il a pris un congé de solidarité, très en vogue, afin de s’investir pleinement dans une association d’éveil musical.

Fanny et Marco passent la soirée avec leurs voisins, sur le toit terrasse, pour profiter des premières douceurs de ce mois d’avril. Ce week-end, ils iront aider le paysan qui leur fournit des légumes locaux à semer des pommes de terre et des carottes.

One million climate jobs

L’histoire décrite ci-dessus n’est pas (que) le fruit de l’imagination et des velléités prophétiques d’une journaliste. Le rapport « One million climate jobs », dont la dernière édition est parue en septembre 2014 au Royaume-Uni, propose justement de créer un « National Climate service », un service public du climat.

L’objectif, ambitieux, est double : lutter contre le changement climatique et le chômage de masse. « En créant un million d’emplois, nous pouvons réduire de 86 % les émissions de gaz à effet de serre en vingt ans », explique Clara Paillard, membre du syndicat britannique Public and Commercial Services (PCS). C’est d’ailleurs l’une des singularités de cette étude : elle est portée par des organisations syndicales. « Nous voulions donner notre propre réponse à la question environnementale. »

- Graphique Nombre d’emplois créés selon le secteur d’activité -

Un million d’emplois climatiques, est-ce possible ?

Pour atteindre ces objectifs, les syndicats britanniques s’en remettent à l’État. « Les investisseurs privés n’iront pas assez vite dans la transition écologique, et une partie des richesses créées sera captée sous forme de profit au lieu d’investissements », dit Clara Paillard. Donc le gouvernement devra financer la création de milliers d’emplois, dans le bâtiment, les transports et les énergies renouvelables principalement. L’isolation, l’éolien ou le photovoltaïque sont en effet des secteurs pourvoyeurs de nombreux emplois, non délocalisables.

Coût total de l’opération : 66 milliards de livres par an (84 milliards d’euros). « Mais l’État récupère les deux tiers de cette somme sous forme de taxes et d’économies sur l’énergie, l’assurance chômage », précise Clara Paillard. Au final, le plan ne coûterait « que » 24 milliards d’euros. En comparaison, le budget annuel du Ministère de l’écologie est de 13,4 milliards d’euros, celui de la Défense s’élèvera en 2015 à 31,4 milliards.

Quid de la dette publique ? D’après l’étude, la lutte contre l’évasion fiscale, la taxation des transactions financières ou la fin des niches fiscales permettraient largement de financer cet effort. « Il faut savoir ce qu’on veut, indique Clara Paillard. On a sauvé les banques, on a fait des guerres, et ça nous a coûté bien plus cher que ça ! »

Un avis partagé par l’économiste Jean Gadrey. « Nous sommes dans une guerre contre le changement climatique. Le gouvernement doit lancer l’offensive. » Pourtant, il s’interroge : « Le projet est économiquement réaliste, mais politiquement hors de portée. »

- Graphique Effet sur les émissions de CO2 du plan One Million Climate Jobs -

Relance keynésienne

Autre critique, la proposition des syndicats ne remet pas en cause notre modèle productiviste. « Ils ne parlent pas de sobriété, et ils ne questionnent pas la croissance », dit Jean Gadrey. Clara Paillard explique ne pas vouloir « discréditer le rapport » en parlant de décroissance. « Les médias, les autorités, l’opinion publique ne sont pas prêts, ça ne passerait pas. »

L’étude préconise en fait une politique de type keynésienne, fondée sur l’investissement public pour relancer et orienter la machine économique. Pour le mouvement citoyen « Campaign against climate change », à l’origine de l’étude, les solutions actuellement mises en œuvre sont loin d’être suffisantes.

Crédit d’impôt et autres incitations fiscales constituent de bien faibles réponses au défi climatique : trop lents et trop inégalitaires. « Plutôt qu’un marché « aidé » pour favoriser l’isolation des bâtiments, nous voulons que le gouvernement finance des équipes chargées de rénover gratuitement toutes les maisons », explique le rapport.

Problème, les syndicats britanniques se fondent sur une hypothèse de croissance continue d’ici à 2050. Or pour de nombreux économistes, augmentation du PIB et réduction des émissions de gaz à effet de serre sont incompatibles. Car la croissance est intrinsèquement liée à l’exploitation des ressources naturelles, pour produire des biens et de l’énergie.

Ainsi, « ils ne prennent pas en compte la raréfaction des ressources », observe Jean Gadrey. « C’est surtout un rapport politique, estime Aurore Lalucq, économiste à l’institut Veblen. La transition écologique ne peut pas être réduite à un verdissement du système actuel. »

De l’Ademe au Réseau Action climat, les études prédisant l’essor des « emplois verts et climatiques » fleurissent. Chacun cherche à justifier économiquement la lutte contre le changement climatique. « Tout projet aujourd’hui n’est légitime que s’il crée des emplois, estime Aurore Lalucq. Mais il faut faire attention à ce que ces études n’aient pas pour unique but de nous vendre la transition écologique. »

D’autres pistes

D’après elle, il faudrait d’avantage réfléchir « à de nouveaux compromis sociaux ». Et en premier lieu : la rédaction et le partage du temps de travail. « Quand on travaille moins, on consomme moins, et notre empreinte écologique s’en trouve réduite », explique-t-elle. Jean Gadrey évoque quant à lui l’idée des « 40 000 heures », soit trente heures de travail hebdomadaires réparties sur trente-cinq ans d’activités.

De son côté, Philippe Quirion a évalué l’impact sur l’emploi du scénario NégaWatt, qui propose de diviser par seize les émissions de CO2 entre 2010 et 2050. D’après ses calculs, on pourrait développer 630 000 postes de plus en 2050, par rapport à un scénario tendanciel, c’est-à-dire si on reste dans le même schéma qu’aujourd’hui. « Le secteur des énergies fossiles crée très peu d’emplois par rapport aux énergies renouvelables », explique-t-il.

Oui, mais la transition écologique ne va-t-elle pas aussi provoquer du chômage ? « Sans doute, répond Jean Gadrey, car il faut s’attendre à une désindustrialisation. Mais les destructions d’emplois seront largement compensées par les créations. »

Philippe Quirion s’est lui aussi penché sur cette question. D’après lui, l’isolation des bâtiments créerait 586 000 emplois. Mais dans le même temps, il y aura moins de logements neufs à construire, donc... environ 400 000 postes supprimés. Au final, la rénovation énergétique peut quand même générer près de 70 000 emplois nets d’ici à 2030.

Même constat dans les énergies renouvelables, bien plus intensives en emplois que le nucléaire. « Un investissement d’un million d’euros permet de créer quatorze emplois dans les renouvelables, contre seulement cinq dans le charbon ou le nucléaire », chiffre une synthèse publiée par un collectif d’associations, dont le Cler (réseau pour la transition énergétique) et la CFDT. D’ici à 2030, le scénario négaWatt table sur 335 000 emplois supplémentaires, notamment dans l’éolien, le photovoltaïque et la biomasse.

Côté agricole, le secteur pourrait également stopper la spirale infernale de destruction d’emplois et de terres cultivables. Comment ? En réorientant les subventions de la politique agricole commune et en favorisant l’agroécologie paysanne, bien moins polluante que l’agriculture conventionnelle et bien plus intensive en emplois. C’est ce que préconisent les Associations pour le développement de l’emploi agricole et rural (Adear), avec leur campagne « Un million de paysans ! ».

Sans oublier l’apparition de nouveaux métiers, notamment dans le secteurs des « smart grids », ou réseau de distribution d’électricité dit « intelligent ». Des technologies informatiques et de télécommunication qui permettent d’optimiser les usages énergétiques : évaluation précise des besoins, pilotage de la production décentralisée des énergies renouvelables. « Ce nouveau secteur constitue un potentiel compris entre 50 000 et 100 000 emplois », précise l’étude du Cler.

Ingénieur en performance énergétique, maçon spécialisé en isolation par l’extérieur, conseiller info-énergie ou fabricant de poêles à granulés. Autant de métiers qui pourraient se développer dans les années à venir... si les gouvernements s’en donnent la peine.

En Tunisie, les déchets font tache dans la transition démocratique Barnabé Binctin (Reporterre) Reporterre 2015/05/01 Barnabé Binctin (Reporterre) (1er mai 2015 à 08h30,) En Tunisie, les déchets font tache dans la transition démocratique. Reporterre. Reportage — Monde fr

En Tunisie, les déchets font tache dans la transition démocratique

Reporterre est parti plusieurs jours en Tunisie, afin d’y interroger la place de l’écologie quatre ans après la révolution. Première préoccupation environnementale : la gestion des déchets. L’enjeu reflète la complexité de la transition politique.

- Tunis, reportage

Et si le soulèvement tunisien du 14 janvier 2011 s’avérait être un immense gâchis… environnemental ? Saugrenue voire déplacée, la question n’en est pas moins posée en ces termes par nombre d’acteurs de la société civile : « La Révolution a fait deux victimes : les martyrs et l’environnement », assène Hassan Mouri, chercheur à l’Institut supérieur des sciences humaines et sociales de Tunis.

Enjeu primordial

Le gâchis s’articule autour de la gestion des déchets. En Tunisie, évoquer l’écologie ou, bien plus souvent, l’environnement – c’est d’ailleurs le même mot en arabe tunisien, « biaa » – revient neuf fois sur dix à parler, d’abord, des déchets.

La Révolution a largement contribué à l’acuité de cette préoccupation. « Le problème des ordures (…) s’est aggravé, au lendemain du 14 janvier 2011, avec le laxisme des services de collecte et la contestation par les citoyens des installations de traitement et des décharges contrôlées », relève Noura El Houda Chaabane, journaliste à Nawaat, média libre qui s’est imposé dans le paysage médiatique tunisien depuis la révolution.

C’est le paradoxe de la transition démocratique ouverte depuis quatre ans, un processus forcément long et imparfait : « On a fait marche arrière sur certains sujets, en particulier sur l’environnement, reconnaît un sociologue, également producteur d’une émission de débats à la radio. Sous Ben Ali, il y avait une propagande politique, la problématique était mieux portée, même si elle n’était pas bien portée en soi. »

Le constat est cependant loin de valoir alibi pour le refrain du « c’était mieux avant ». Avec une fonction publique à la baguette, un syndicalisme parfaitement encadré et un droit de grève inexistant, le service de collecte des déchets ne pouvait qu’être assuré correctement… La fin du pouvoir dictatorial a eu pour conséquence presque logique cette sorte de « relâchement » selon Mohamed Larbi Bouguira, vice-président de l’Association tunisienne des ingénieurs agronomes (ATIA) : « Nous avons eu pendant plusieurs mois un gouvernement de transition qui a dû composer avec une administration elle-même en difficulté avec le changement de régime… Il y a eu désorganisation des principaux systèmes ».

Ainsi des déchets, victimes de « dérégulation » pour Hassan Mouri : « En sociologie, on appelle cela l’épuisement de l’Etat ». Mais avec une transition qui s’enlise et un renouvellement politique qui tarde à se dessiner dans les urnes, la question des déchets pourrait prendre une valeur plus symbolique : « Le mépris des Tunisiens pour leur régime se reflète sur l’environnement », glisse une jeune membre d’ATIA, un brin désillusionnée.

Un plan critiqué

Avec près de 3 millions de tonnes de déchets produits par an pour une population d’à peine 11 millions d’habitants, la question devient pressante. Si bien que les déchets semblent être devenus la priorité des politiques publiques environnementales en Tunisie. Le mois dernier, le nouveau ministre de l’Environnement – par ailleurs le premier opérationnel depuis la chute de Ben Ali, le poste ayant entre-temps été réduit au statut de secrétaire d’Etat – Néjib Dérouich, nommé en début d’année, présentait son plan d’action des cent premiers jours à la tête de son ministère.

Parmi les cinq priorités établies, les quatre premières ont trait au déchet. Un emballement quelque peu excessif : « Certes, ça aurait dû être une priorité, mais pas une ligne directrice de toutes les préoccupations », écrit la journaliste de Nawaat, pour qui ce programme environnemental de cent jours traduit une « vision populiste ».

Les environnementalistes consultés pour analyser ce programme se montrent plus sévères encore : « Les projets de résolution des flux de déchets avancés par le ministre sont des ‘’bricolages’’ et des extensions, non pas des réformes venues d’une politique environnementale bien fondée ». Car « la question des déchets ne se résume pas simplement à la collecte, rappelle le journaliste Mohammed Dhia Hammami. La vraie problématique se pose en aval, avec la décharge, puis l’incinération ou l’enfouissement… ».

De fait, la Tunisie connaît déjà de sérieux problèmes avec ses décharges, au cœur de scandales écologiques, à l’image de celle de Borj Chakir. Auxquels il faut ajouter les « plus de deux-cents décharges sauvages dans tout le pays », selon Hassan Mouri.

Approche participative et sensibilisation citoyenne, structuration des filières de chiffonniers – jusqu’ici informelles –, réforme de l’ANGED (Agence nationale de gestion des déchets), décentralisation : les solutions envisagées par les acteurs de terrain sont nombreuses. « En Europe, la gestion des déchets est l’affaire des communes et du secteur privé, souligne Wahid Jenhani, directeur de l’environnement et de la propreté dans la municipalité de Kelibia. Mais en Tunisie, c’est l’Etat qui impose tout. Or comme l’Etat est très affaibli en ce moment… » Dans son grand processus de transition démocratique, la Tunisie n’a pas fini de faire le tri.

Loi sur le renseignement : vers une surveillance généralisée des Français La Quadrature du Net Reporterre 2015/05/02 La Quadrature du Net (2 mai 2015) Loi sur le renseignement : vers une surveillance généralisée des Français. Reporterre. Tribune — Libertés fr

Loi sur le renseignement : vers une surveillance généralisée des Français

L’Assemblée nationale doit discuter mardi 5 mai du projet de loi sur le renseignement. Ce texte a un caractère dangereux, intrusif, et attentatoire aux libertés.

Le 5 mai, le texte final du projet de loi relatif au Renseignement sera soumis à l’adoption de l’Assemblée nationale en vote solennel, avant d’être envoyé au Sénat pour une lecture unique, dans le cadre de la procédure d’urgence.

Points anti-démocratiques

Alors que de nombreuses questions soulevées lors de la discussion en séance n’ont pas reçu de réponse satisfaisante du gouvernement et du parlement, les principaux points noirs du texte ont été votés :

- légalisation massive des pratiques illégales des services de renseignement, permettant une surveillance large et très intrusive pour la vie privée des citoyens, ainsi que des conservations très longues des données collectées ;

- extension des champs d’action du renseignement intérieur et extérieur, avec des finalités extrêmement vastes et dangereuses pour la démocratie ;

- dispositions permettant la collecte généralisée des données des citoyens sur Internet afin de permettre le tri par algorithmes des comportements « suspects » ;

- mise en place d’un régime de « surveillance internationale » pour les communications « émises ou reçues à l’étranger », qui concernera donc massivement les résidents français tout en contournant les maigres protections prévues pour la surveillance nationale ;

- installation d’une commission de contrôle n’ayant qu’un avis consultatif sur les demandes d’interceptions, celles-ci demeurant dans la main du pouvoir politique (Premier ministre).

Modifications cosmétiques et opportunistes

Les trop rares députés qui se sont opposés au rapporteur Urvoas et aux ministres de l’Intérieur, de la Justice et de la Défense se sont vus opposer des réponses fuyantes ou elliptiques à leurs questionnements pourtant très précis du point de vue technique et juridique.

Le gouvernement, devant les oppositions persistantes à l’intérieur et à l’extérieur du Parlement, a tenté plusieurs fois pendant la semaine de vote de reprendre la main. Il a ainsi étendu le nombre de parlementaires présents dans la future CNCTR, accepté de protéger de la procédure d’urgence les professions protégées, et a reçu des hébergeurs pour ensuite prétendre corriger la rédaction de l’article installant des mouchards sur les réseaux.

Ces modifications cosmétiques et opportunistes ne peuvent en aucun cas satisfaire les défenseurs des libertés publiques. L’équilibre général du texte n’est pas modifié, il reste inacceptable pour une démocratie.

« Lors du vote du 5 mai prochain, les députés doivent rejeter ce texte. Le gouvernement les a forcés à examiner au pas de charge une loi censée donner le cadre général des services de renseignement français, et impactant fortement les libertés publiques. Nous invitons les citoyens à contacter un à un leurs députés pendant les deux semaines qui précèdent ce vote solennel afin de les convaincre de voter contre cette loi », déclare Philippe Aigrain, co-fondateur de La Quadrature du Net.

Complément d’infos : Le site Sous surveillance, pour interpeller les députés.

De tout bois - Revue de lutte contre le Center Parcs de Roybon Le Monde à l’envers Reporterre 2015/05/02 Le Monde à l’envers (2 mai 2015) De tout bois - Revue de lutte contre le Center Parcs de Roybon. Reporterre. Center Parcs et Roybon fr

De tout bois - Revue de lutte contre le Center Parcs de Roybon

Numéro 2, printemps 2015

Au sommaire :

« Guerre à la guerre économique », par le comité de rédaction ; « À ceux qui soutiennent le projet de construction du Center Parcs de Roybon », par Henri Mora ; « La douloureuse - Quelques propositions suite à l’expulsion de la Zad de Sivens le 6 mars 2015 », par un agrion de Marcuse et une lézarde dans la muraille ; carte de la Zad de Roybon ; fiche pratique ; reportage photographique.

Prochain numéro à l’été 2015.

Cette revue est disponible dans n’importe quelle librairie. En particulier : Le Baz’Art des Mots (Hauterives), Librairie des Cordeliers (Romans), La Manufacture (Romans), Le Marque-Page (Saint-Marcellin), Maison de la Presse (Saint-Etienne de Saint-Geoirs), La Presse Côtoise (La Côte Saint-André), Librairie Centre-Rives (Rives), Librairie Chemain (Voiron), Librairie Nouvelle (Voiron), Maison de la Presse (Moirans) Lucioles (Vienne), Majolire (Bourgoin-Jallieu), Notre Temps (Valence), Antigone (Grenoble), Le Square (Grenoble), La Dérive (Grenoble), Terre des Livres (Lyon), Le Bal des Ardents (Lyon), Court-Circuit (Chabeuil), La Balançoire (Crest), Mosaïque (Die), Garin-Paraf (Chambéry), Quilombo (Paris), L’Atelier (Paris), Librairie Michèle Firk (Montreuil), Terra Nova (Toulouse), Librairie de l’Arbre (Marseille), L’Une et l’Autre (Saint-Etienne), Grenouille (Langeac), Le Jura Libertaire .

De tout bois Revue de lutte contre le Center Parcs de Roybon Deux numéros parus Publication trimestrielle, 20x28cm, 32 pages, 2 euros Cette revue se donne pour but de faire vivre la lutte contre le Center Parcs de Roybon (Isère) et d’en laisser des traces.

Numéro 1 toujours disponible

Catalogue complet sur : http://lemondealenvers.lautre.net

Editions Le monde à l’envers 46 bis rue d’Alembert 38000 Grenoble http://lemondealenvers.lautre.net

Chronique du jardin sans pétrole - Il pleut, c’est la fête aux limaces Christine Laurent (Reporterre) Reporterre 2015/05/02 Christine Laurent (Reporterre) (2 mai 2015) Chronique du jardin sans pétrole - Il pleut, c’est la fête aux limaces. Reporterre. Jardin sans pétrole fr

Chronique du jardin sans pétrole - Il pleut, c’est la fête aux limaces

Il pleut, il pleut bergère... Les semis sont plantés, la pluie fera le reste. Contre les limaces aux aguets, prêtes à dévorer les jeunes pousses, un combat titanesque s’engage à coups de coquilles d’oeufs.

Week-end chargé et venteux, le jardin nous attendra ! Nous avons déjà fait des semis en nombre : chou, betterave, mesclun (mélange de salade), cresson alénois, carotte, fève, pois… La pluie fera le reste, si les coquilles d’œuf patiemment répandues autour des lignes de semis et autour des plants parviennent à maintenir les limaces à distance. J’ai constaté qu’elles préfèrent les feuilles des pois et des choux plutôt que la mâche et l’oseille. Elles ont leurs préférences alimentaires.

Celles qui vivent dans notre jardin sont des limaces grises (Deroceras reticulatum). On ne voit souvent que leurs dégâts sur les jeunes pousses, mais de temps en temps en soulevant un carton ou en creusant un peu dans la terre, nous les surprenons dans leur molle attitude, attendant la nuit pour gueuletonner tout à leur aise. Elles ne sont pas les bienvenues, car leur passage ne passe pas inaperçu. Au printemps et en automne, chaque limace sème dans le jardin 300 œufs par petits tas de 20…

Pourtant, elles jouent un rôle de premier plan dans la dégradation de la matière organique en consommant aussi les résidus végétaux, les petits animaux morts et des excréments. Elles ont également, de par leur activité digestive, un grand intérêt dans la minéralisation de l’humus et la fabrication du fameux complexe argilo-humique si nécessaire au développement des plantes. Avec le taux d’humidité de l’air et notre absence, les limaces sont à la fête cette semaine !

Les graines de l’amitié

Je suis invitée à déjeuner aux Étoiles, l’immeuble de Jean Renaudie, à Ivry, où mon amie Nelly prend soin des semis de tomates. Il est temps de choisir les plus belles plantules et de les isoler dans un pot avec suffisamment de terre pour assurer leur croissance jusqu’à ce que les saints de glace, dont les jours sont le 11 mai pour Saint Mamert, le 12 mai pour Saint Pancrace et le 13 mai pour Saint Servais, soient passés. Après cette date, nous pourrons tranquillement les installer dans le jardin sans risque de gel.

C’est une journée de retrouvailles, dédiée à l’amitié et aux graines. Celles des ipomées bleues originaires d’Amérique du sud et des cardères cultivées autrefois pour gratter les étoffes de laine. La cardère des foulons a bien failli disparaître avec la fermeture des usines de laine mais grâce à la revue La Hulotte qui distribue des graines, elle se relève dans les jardins des particuliers pour le plaisir des yeux. Sa fleur a en effet un graphisme étonnant.

Une nouvelle ZAD s’est installée à Oléron. Enjeu : un projet ostréicole industriel Isabelle Rimbert (Reporterre) Reporterre 2015/05/02 Isabelle Rimbert (Reporterre) (2 mai 2015) Une nouvelle ZAD s’est installée à Oléron. Enjeu : un projet ostréicole industriel. Reporterre. Reportage — Grands projets inutiles fr

Une nouvelle ZAD s’est installée à Oléron. Enjeu : un projet ostréicole industriel

Sur l’île d’Oléron, en Charente-Maritime, une Zad s’est installée contre le projet dit « de la Malconche » : un champ de production industrielle d’huîtres et de moules en eau profonde. Cette toute jeune Zone Aquacole à Défendre renforce un combat porté par la population locale. Reportage.

- Oléron, reportage

Presque deux semaines après la naissance de la Zad de Boyardville à Oléron, la vie reprend ses droits dans la bien nommée « Maison Heureuse », en dépit de l’avis d’expulsion fraîchement placardé sur la porte. Séparé de la plage par une allée de pins, l’ancien lycée expérimental et ses nombreuses dépendances (réfectoire, buanderie, dortoirs et même une piscine massivement squattée par des crapauds), ont conservé un charme unique. Quelque chose de l’esprit anticonformiste abrité ici semble avoir imprégné le lieu, à l’abandon depuis 2012.

On y entre par une fenêtre avec une chaise d’écolier en guise de marche-pied, les portes étant barricadées depuis une vaine tentative d’expulsion par les gendarmes peu après l’ouverture le 11 avril. L’intérieur, superbe et délabré, abrite aussi bien une fresque classée que des tags et des productions bariolées, vestiges d’expérimentations artistiques passées.

Une partie du bâtiment a été investie par les zadistes, et la vie collective s’organise à travers un dédale de couloirs, de salles de cours changées en chambres, de bibliothèque transformée en pièce commune et salle de réunion. Sur des tables alignées, des livrets sur la garde à vue ou le prélèvement ADN, assez répandus chez les opposants de tout poil, et des documents relatifs à l’épineux projet « de la Malconche ».

Porté par le Comité Régional de la Conchyliculture (CRC) Poitou-Charentes et validé par la préfecture de Charentes-Maritime fin 2011, il prévoyait l’installation de 347 filières conchylicoles (des câbles de 100 mètres garnis de poches d’huîtres et de moules maintenues à flot par des bouées et arrimés au fond) sur près de 400 hectares dans l’anse de la Malconche, à quelques encablures de la Maison Heureuse. 42 filières sont installées durant l’été 2012. Suspendu par le tribunal administratif de Poitiers fin 2012, le projet est finalement annulé en janvier 2014 en raison de l’absence d’études d’impact.

77 % d’opinions défavorables, mais pourtant accepté par le commissaire enquêteur

Revoyant sa copie, le CRC en propose alors une deuxième version redimensionnée : 313 filières réparties sur 250 hectares, mais toujours sans étude d’impact complète. Soumis à enquête publique fin 2014, le projet récolte 77 % d’opinions défavorables. Il est pourtant validé par le commissaire enquêteur, puis autorisé via un arrêté préfectoral en mars 2015.

Un procédé peu apprécié des opposants, et qui apporte toujours plus d’eau au moulin de celles et ceux qui s’interrogent sur les limites de la légalité. Et tentent d’imaginer, en actions, une définition possible de la légitimité.

Ils sont une petite quinzaine à avoir fait le choix de défendre leurs idées en occupant les lieux et en décrétant une « Zone Aquacole à Défendre ». Des jeunes qui pour la plupart ont participé à d’autres luttes, mais aussi des nouveaux militants dont c’est le premier combat comme Jess, rouquine de 19 ans, originaire de la région, mais qui « découvre seulement maintenant l’ampleur du projet. »

La plupart sont passé-e-s par d’autres Zad : NDDL, Roybon, Sivens, ou Echillais (près de la Rochelle). Guillaume, 25 ans, explique : « Suite à un appel, on a ouvert le lieu le 11 avril et finalement, j’ai décidé de rester. Le gouvernement français s’éloignant de plus en plus de la démocratie, on dispose de moyens légitimes au nom de la désobéissance civile pour nous faire entendre, comme, entre autres, l’occupation d’espaces publics ».

Cet ex-militant de Greenpeace trouve ici un terrain à la mesure de ses convictions : « La problématique de l’océan touche tout le monde. On porte ici des idées de respect du vivant, de décroissance, d’auto-organisation, et d’une certaine forme de démocratie directe. Et depuis notre arrivée, on a le soutien actif d’une partie de la population locale ».

Des habitants d’accord avec les zadistes

En effet, les visiteurs - sympathisants, voisins, curieux - n’hésitent pas à braver les prédications alarmistes des gendarmes, pour apporter des victuailles ou discuter autour d’un café. Comme Marie, accompagnée de ses petits-fils adolescents, venue partager un moment avec les zadistes. Proche de l’APLIMAP, association pour la préservation du littoral de la Malconche et des Pertuis charentais (une des associations « historiques » qui se bat au côté d’autres acteurs locaux, élus, plaisanciers...), cette « sympathisante de 70 ans » comme elle se nomme elle-même, s’investit dans la lutte depuis quatre ans.

« Je viens prendre des nouvelles, après l’ordre d’expulsion. Les gendarmes ont tenté d’empêcher ma visite en disant que les gens ici sont dangereux et agressifs », lance-t-elle dans un grand sourire. « Moi ce que je trouve dangereux, c’est ce projet aberrant et le déni de démocratie dont il fait l’objet ». Pour Marie, « l’idée est de se battre ensemble, sur tous les fronts ». Sur le plan juridique, notamment : « Nous allons déposer un nouveau référé en suspension, comme pour le premier projet. On n’a pas l’intention de laisser faire : il s’agit ni plus ni moins d’une partie du domaine public maritime mis à la disposition d’intérêts privés ».

Privatisation de l’océan

Hugo, 25 ans, remonte avec une corde le bac de vaisselle nettoyée au point d’eau accessible dehors. Natif d’Oléron, il est un trait d’union avec les insulaires : « Ce projet n’est que les prémices de bien d’autres, facilités par la loi Macron et bientôt le traité transatlantique à venir. Au-delà d’une forme de privatisation de l’océan, ce projet à 4 millions d’euros dont 70 % d’aides publiques est imposé sans concertation ni étude dimpact sérieuse. Tout ça pour qui ? Entre 50 et 60 exploitants sur les 900 que compte le bassin Marenne Oléron ».

Un petit groupe s’affaire à consolider les barricades, et les coups de marteau qui résonnent dans les couloirs couvrent à peine les cris stridents des goélands qui tournoient autour du bâtiment. Au milieu de la salle baignée de lumière, le café fume dans des bocaux en verre. Marie et ses hôtes discutent des dégâts que pourrait occasionner le projet : « La modification de l’écosystème marin et des courants, l’envasement des plages, les quantites énormes de rejets organiques produits par des millions d’huîtres et de moules, la captation massive de phytoplancton… »

Hugo estime que « la surproduction liée au projet aura des conséquences sur le milieu, alors que dans le même temps il y a une mortalité de près de 80 % des huîtres actuellement, ce qui entraine le versement de subventions pour les pertes, favorisant la production, etc. » Un cercle vicieux emblématique de l’état calamiteux de la filière ostréicole sur l’ensemble des bassins français, victime de taux de mortaliés records depuis 2008. Alors que quelque années plus tôt, l’IFREMER démarrait la diffusion à grande échelle de l’huître triploïde, une variété prétendument stérile, à croissance rapide, obtenue par croisement génétique. « Une grande partie des huîtres prévues pour grandir là sont issues d’écloseries, détaille Hugo. Peu ou pas contrôlées, celles-ci sont dans une logique de production industrielle et utilisent notamment des antibiotiques qui finiront en mer. »

Politique du fait accompli, projet d’aménagement du territoire imposé sans réelle concertation, ignorance volontaire des conséquences écologiques et sociales, privatisation du vivant au profit de l’agrobusiness… Des pratiques que dénoncent les zadistes, d’Oléron comme d’ailleurs.

Joint par téléphone, Gérald Viaud, président du CNC et du CRC Poitou-Charentes, voit la situation d’un autre oeil : « Les personnes qui ont signé contre le projet lors de l’enquête publique n’y connaissent rien. Les filières, véritables réserves à poissons, ne sont pas nocives pour l’environnement, d’ailleurs les filières déjà installées n’ont pas eu d’impact sur le milieu. Quant aux zadistes, ils ne sont pas à leur place. Pour moi, ils se sont trompés de combat ».

Lanceurs d’alerte

La salle de réunion se remplit de nouveaux visiteurs. Comme Jean-Claude, 58 ans, mytiliculteur sur la zone. Il rentre tout juste du congrès de la Confédération Paysanne, qui a eu lieu fin avril dans les Pyrénées-Atlantiques. Pour lui qui a « installé les trois premières filières sur l’île pour faire de l’algue en 1992 puis des moules », le projet de la Malconche n’est « que le début d’une dérive productiviste. Si je n’ai jamais eu de souci avec trois filières depuis 25 ans, c’est parce qu’il s’agit d’une petite surface. Le problème, c’est la taille du projet et de ceux qui y ont des intérêts : les grou, comme on les appelle ici, gros producteurs ayant grandi sur trois générations, qui vont, ensemble, asphyxier les conchyliculteurs plus modestes. Mais les vrais gagnants sont les écloseurs qui fournissent les naissains d’huîtres, et dont sont dépendants les grous qui finiront par se faire absorber. On s’achemine vers un monopole des écloseurs, et une disparition des petits producteurs. On peut s’attendre à des conséquences socio-économiques particulièrement sévères pour la profession. »

Creuzix, barbare-en-jupette tendance viking à ses heures de clown activiste, organise des sessions « nettoyage de plage et distribution de tracts » aux abords de la Maison Heureuse. Il résume à sa façon : « La situation ? C’est un gros merdier à venir, qu’il nous faut contrer rapidement avant qu’il ne prenne de l’envergure. Et plus on en apprend, plus on constate qu’on a raison… »

Après l’occupation des lieux, les zadistes veulent permettre à la mobilisation de prendre une ampleur indispensable à la poursuite de leur mouvement au sein de cette lutte. Ici, « il y a tout à construire. Les personnes motivées sont bienvenues. »

« Si on veut faire grandir cette lutte, il faut qu’elle soit comprise pour être partagée. Lanceurs d’alerte, on tente d’interpeller et sensibiliser la population locale, faire des liens avec les autres composantes de la lutte, ouvrir le dialogue », martèle Hugo. Ainsi, chaque dimanche à 16h, une réunion publique se tient dans le jardin de la Maison Heureuse. « Ça peut être houleux : certains ont des choses à dire, d’autres des choses à entendre. Mais chaque personne a la possibilité de s’exprimer, et on se découvre des sympathisants inattendus. En peu de temps, ça a déjà bien bougé, on est confiants. »

Et en cas d’expulsion ? « On n’est pas nombreux, mais on est déterminés », élude Viviane, 20 ans. « On continuera, d’une manière ou d’une autre », ajoute Hugo. La nouvelle Zad prend doucement ses marques et n’a visiblement pas l’intention de larguer les amarres. « On a pas mal de possibilités pour résister et peser dans le rapport de force, allant de la création à la Maison Heureuse d’un centre associatif autogéré proposant des ateliers et des chantiers participatifs, à la mise en place d’actions de blocages ». L’application d’une fameuse devise d’opposants au monde des Grands projets inutiles et imposés : « Résistance, et sabotage » !

Mortalité des abeilles : on connait maintenant le coupable Baptiste Giraud (Reporterre) Reporterre 2015/05/04 Baptiste Giraud (Reporterre) (4 mai 2015) Mortalité des abeilles : on connait maintenant le coupable. Reporterre. Enquête — Pesticides fr

Mortalité des abeilles : on connait maintenant le coupable

Deux études scientifiques viennent de démontrer la nocivité des néonicotinoïdes sur les abeilles, alors que les ruches connaissent ce printemps une mortalité impressionnante. Quels sont ces produits au nom compliqué ? Des insecticides nouvelle génération. Enquête sur ces molécules dangereuses qui continuent à être déversées dans la nature.

Bambi, Equinoxe, Cruiser, Gaucho, Poncho, Confidor, Proteus : autant de produits phytosanitaires comprenant des molécules néonicotinoïdes aux noms tout aussi barbares (acétamipride, clothianidine, dinoturéfane, imidaclopride, nitempyrane, thiaclopride et thiaméthoxane). Ils visent à éliminer des insectes dits « ravageurs » qui menacent les cultures agricoles. Inodores, insipides, invisibles, on en retrouve un peu partout dans la nature, et dans nos assiettes à faible dose.

Ces sept molécules néonicotinoïdes entrent aujourd’hui dans la composition d’une dizaine d’insecticides, eux-mêmes dérivés en plusieurs formulations. Ces molécules agissent sur le système nerveux des invertébrés et entraînent leur paralysie jusqu’à la mort. La première d’entre elles a été découverte au début des années 1990 et la mise sur le marché a commencé en 1994. Depuis, elles ont rencontré un fort succès, au point de représenter aujourd’hui plus de 40 % des insecticides vendus dans le monde chaque année.

Des insecticides qui pénètrent dans les plantes et agissent de l’intérieur

Pourquoi cet engouement ? Principalement en raison du mode d’utilisation des néonicotinoïdes. Ils ont la particularité d’être ce qu’on appelle des insecticides systémiques : une fois appliqués sur les cultures, ils pénètrent dans les plantes et en rendent toxique (« protègent » disent les fabricants) la totalité, pendant toute leur durée de vie.

Il existe quatre principales méthodes d’application de ces produits : « Enrobage de semences, traitement aérien, traitement des sols et injection dans les troncs », nous explique Jean-Marc Bonmatin, chercheur en biophysique moléculaire au CNRS. La plus courante, l’enrobage, consiste à… eh oui, enrober les graines d’insecticide avant de les semer en plein champ. Ainsi, pendant tout son développement, la plante absorbe ces molécules par ses racines et les transporte dans sa sève, si bien qu’elles imprègnent bientôt tout son organisme. Les insectes ravageurs qui passeraient par là, quelle que soit la partie de la plante qu’ils grignotent, sont intoxiqués et tués.

Résultat : les cultures sont « protégées » une fois pour toutes. L’enrobage permet même un traitement à la fois préventif et ne demandant pas de travail supplémentaire. Plus besoin pour les agriculteurs de surveiller l’arrivée de ravageurs dans leurs champs, plus besoin de faire des passages pour pulvériser les insecticides plusieurs fois sur une même culture selon les risques en présence.

« En fonction de l’état actuel de la science », les néonicotinoïdes ne menacent pas la biodiversité

Par ailleurs, les néonicotinoïdes sont nocifs même à des quantités très faibles. Par exemple, le thiaméthoxame, l’imidaclopride et la clothianidine sont respectivement 5 400, 7 300 et 10 800 fois plus toxiques que le DDT (insecticide très utilisé entre les années 1940 et 1970) à doses égales. Une cinquantaine de grammes de clothianidine suffit par exemple pour traiter un hectare entier.

Action systémique, forte toxicité et usage à faible dose, usage préventif avec l’enrobage : l’intérêt des agriculteurs pour ces produits se comprend. Vive le progrès scientifique serait-on tenté de dire ! Les néonicotinoïdes, leaders des insecticides, « protègent » à la fois les céréales, légumes, arbres fruitiers, mais aussi les charpentes contre les termites, les animaux de ferme et les animaux domestiques contre les puces. Un sacré marché.

Pourtant, les laboratoires ne semblent pas se vanter de l’efficacité de leurs néonicotinoïdes. Peut-être afin de ne pas éveiller le doute sur leur spécificité et leurs éventuels inconvénients. Eugénia Pommaret de l’Union des industries de la protection des plantes (UIPP), une organisation regroupant les laboratoires qui commercialisent des produits phytosanitaires (Bayer CropScience, BASF, DuPont, Syngenta…), ne fait pas de hiérarchie : « Les différents produits sont adaptés à certains stades et certains ravageurs. Les néonicotinoïdes permettent de diversifier les modes d’action. » Mais pourquoi alors sont-ils les insecticides les plus vendus dans le monde ?

Par ailleurs, Eugénia Pommaret défend leur spécificité d’action : « Chaque produit a dû passer par l’autorisation de mise sur le marché de l’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation) qui évalue le rapport entre l’efficacité et l’innocuité ainsi que les conditions d’emploi, de manière à maîtriser les risques en fonction des ravageurs et de la phase de culture durant laquelle il est utilisé ». Si on la suit, « les critères européens permettent de maîtriser les risques, en fonction de l’état actuel de la science ».

Les études décisives publiées par "Nature"

Ça n’est pas l’avis de tout le monde. Les apiculteurs ont été les premiers à s’inquiéter de l’arrivée des néonicotinoïdes. Et cela dès 1995, selon le porte-parole de l’Union national des apiculteurs français (UNAF), Henri Clément : « Sur les miellés de tournesol, dont la production était très régulière à l’époque, on a eu une chute brutale de 50 % de la production et une explosion de la mortalité hivernale. Ces changements ont été observés dans les zones où les néonicotinoïdes étaient utilisés sur le tournesol et le maïs notamment. »

En ce printemps 2015, les apiculteurs constatent une fois de plus d’énormes pertes dans leurs ruches : 50 % à 60 % des populations seraient mortes pendant l’hiver, selon les premières enquêtes. Au même moment, la revue Nature publie deux articles sur les néonicotinoïdes dans sa livraison du 23 avril. La première montre que les abeilles ne sont pas repoussées par les fleurs imbibées de ces pesticides. En laboratoire, elles ont même tendance à consommer les solutions sucrées (semblables au nectar des fleurs) qui contiennent des néonicotinoïdes, plutôt que celles qui n’en ont pas. La seconde établit que les néonicotinoïdes font baisser les populations d’abeilles, entravent la croissance et la reproduction des colonies.

Mais le rôle des néonicotinoïdes dans la forte mortalité des abeilles demeure controversé. Le laboratoire Syngenta assure par exemple (sur son site) que les cultures qui n’offrent ni pollen ni nectar aux abeilles peuvent être traitées sans danger, et que pour les autres (les plantes mellifères) la quantité d’insecticide dans les parties consommées par les abeilles est trop faible pour leur causer du mal. Quant à Bayer, il se défend en expliquant que ses molécules ne font aucun tort aux abeilles quand elles sont utilisées « correctement et avec responsabilité » et qu’il faut s’intéresser aux autres causes de mortalité.

Comment faire la part entre les causes « naturelles », les néonicotinoïdes, et les autres pesticides dans l’hécatombe d’abeilles ? « Il est impossible de déterminer la part de chacun des facteurs », répond Jean-Marc Bonmatin. Selon lui, les trois principaux sont les parasites varroas, les maladies et les pesticides (insecticides et fongicides). « La plupart du temps, ces facteurs agissent ensemble en interaction. Le principal étant selon moi les insecticides. En effet, soumis aux pesticides, les abeilles sont bien plus sujettes aux infections et supportent moins bien leurs parasites varroas. »

Même Eugénia Pommaret admet que les insecticides peuvent jouer un rôle : « C’est une question multifactorielle, y compris avec des effets non maîtrisés des phytosanitaires. Mais je pense qu’on les met trop en avant par rapport au reste. Il y a aussi des problèmes dans des zones sans agriculture, et certaines choses restent inexpliquées. »

Toute la biodiversité est touchée

« Les abeilles sont la partie visible, et les apiculteurs sont très attentifs », explique Jean-Marc Bonmatin, parce qu’ils ont là un intérêt commercial réel. « Avant 1995, on produisait encore 32 à 33 000 tonnes de miel par an. Ça a été le début du déclin, jusqu’à 10 000 tonnes en 2014 », raconte Henri Clément de l’UNAF. On imagine les pertes en termes de chiffre d’affaire et d’emploi, qui se poursuivent aujourd’hui. « Et puis les abeilles sont connues du grand public, et la production de miel a un côté sympathique, de proximité », ajoute-t-il.

Cela dit, elles ne doivent pas être l’insecte qui cache la biodiversité. « Ce qu’on voit pour les abeilles est généralisable à tous les pollinisateurs », explique Jean-Mars Bonmatin. « Par ailleurs, il y a de moins en moins d’oiseaux, car ceux-ci ont de moins en moins d’insectes à manger ». Bonmatin fait partie d’une équipe de chercheurs, la « Task force on systemic pesticides », qui a effectué une revue exhaustive de la littérature scientifique sur le sujet pendant quatre ans. Leurs conclusions : « Les néonicotinoïdes affectent les abeilles ainsi que tous les invertébrés terrestres et aquatiques, qui sont la base de la chaîne alimentaire ».

« Ces produits toxiques sont lessivés par l’eau en raison de leur solubilité, et se retrouvent dans toute la biodiversité. Ils représentent donc une menace systémique, et on court à la catastrophe », nous explique le chercheur. D’après lui, seulement 5 % du produit enrobant les semences est intégré par la plante. Le reste ? Il se dépose sur le sol, puis est entraîné par l’eau vers le sous-sol ou les terres alentours. De plus, les molécules ont une durée de vie importante : la moitié de l’imidaclopride appliquée est toujours présente neuf mois plus tard. Dans le cas d’une rotation des cultures d’une année sur l’autre, les nouvelles cultures seront donc contaminées par l’insecticide ; si des semences enrobées de néonicotinoïdes sont réutilisées, la quantité de produit dans les sols s’accumulera.

Comble de toute cette affaire, d’après Jean-Marc Bonmatin, il semblerait que les ravageurs se soient mis à résister : « Il y a une sélection naturelle, comme avec les antibiotiques. C’est dans la nature des ravageurs d’avoir des transformations génétiques très rapides, et donc de développer des résistances. » Eugénia Pommaret réfute cette possibilité : « Il faut avoir une palette de produits, 3 à 4 espèces chimiques différentes pour éviter les résistances, et faire face à d’éventuelles restrictions d’usage. » Mais les agriculteurs respectent-ils ces consignes ? Appliquent-ils « 3 à 4 » pesticides différents afin d’éviter les résistances ? Et même s’ils le faisaient, des ravageurs résistants à tous ces produits ne pourraient-ils pas se développer ?

Et nous dans tout ça ?

Nous avons jeté un œil sur la notice d’utilisation d’un de ces produits, le Proteus commercialisé par Bayer et contenant du thiaclopride. Il est étonnant de constater le nombre d’indications présentes, certaines pour encadrer l’usage des produits (pour telle culture, tel ravageur, utiliser telle dose tant de fois), d’autres pour prévenir les accidents (contact avec le corps humain, élimination des résidus de produit). Une chose est sûre, le produit à haute dose est extrêmement dangereux : « Nocif en cas d’ingestion, susceptible de provoquer le cancer », peut-on lire. Et particulièrement pour la biodiversité aquatique : « Très toxique pour les organismes aquatiques, entraîne des effets néfastes à long terme ».

Mais qu’en est-il des molécules présentes dans l’alimentation ? Risquons-nous quoi que ce soit en consommant des néonicotinoïdes ? Car oui, une partie des molécules est toujours présente dans les céréales, fruits et légumes que nous consommons et qui sont issus de ce type de cultures, comme le montrait en 2013 une étude de Générations Futures.

Régime sans thé ni fruits pour les Japonais intoxiqués

« Toutes les études confirment que les pesticides en général sont liés à la maladie de Parkinson et à l’autisme. Des publications japonaises observent également des liens avec les troubles neuro-comportementaux et l’hyperactivité, d’autant plus que l’exposition se fait jeune », rapporte Jean-Marc Bonmatin. Pour le reste, très peu d’études existent à l’heure actuelle. Néanmoins, « on sait que l’effet chronique compte plus que la dose, autrement dit plus l’exposition est longue et plus les effets sont graves », poursuit-il.

Il nous raconte le cas du Japon : « Là-bas les gens boivent beaucoup de thé, cultivé de manière très productiviste, chargé en pesticides. Or faire du thé consiste à plonger des extraits de plantes dans de l’eau bouillante, et les néonicotinoïdes sont solubles dans l’eau. » Des études japonaises montreraient l’intoxication d’individus « qui ont des néonicotinoïdes partout ». Dans ces situations, dit M. Bonmatin, les médecins prescrivent « un anti-poison neurotoxique et la suppression de la consommation de thé et fruits pendant quelques temps ».

Mais les effets à long terme des néonicotinoïdes ne seront connus que dans les années à venir. Et nous sommes tous cobayes. Depuis deux ans, trois molécules parmi les sept néonicotinoïdes sont interdites au niveau européen, sur les cultures mellifères uniquement. Cette interdiction doit prendre fin en mai prochain.

Lobbying, business, science et politique

Début février, une résolution déposée au Sénat par l’écologiste Joël Labbé et à l’Assemblée par le socialiste Germinal Peiro « invitait le gouvernement à agir auprès de l’Union européenne pour interdire l’ensemble des pesticides néonicotinoïdes tant qu’il n’est pas prouvé qu’ils ne présentent pas de risque pour la santé ni pour l’environnement ni pour la biodiversité », comme nous l’a expliqué le sénateur.

Tout semblait bien parti, jusqu’à ce que le gouvernement annonce un avis défavorable : « Le Foll me dit qu’il a sa stratégie au niveau européen, que je veux aller trop vite, trop loin. » Pour Joël Labbé, le problème réside dans « le poids du business, et de la FNSEA qui ne veut pas remettre en question les pratiques agricoles. »

Mais le 19 mars, l’Assemblée nationale a voté l’interdiction de l’usage de l’ensemble des néonicotinoïdes à partir du 1er janvier 2016, à l’initiative de Delphine Batho et Gérard Bapt, députés socialistes. Ce texte, ajouté au projet de loi sur la biodiversité, a été envoyé au Sénat, où il attend actuellement d’être étudié en commission, avant une discussion en séance.

En 2014, Syngenta a dépensé entre 1 250 000 et 1 500 000 euros en lobbying, Bayer (qui comprend aussi une activité dans la pharmacie et le matériel médical) 2 500 000.

Dans le même temps, le ministre de l’Agriculture plaide, avec le plan Écophyto, pour une réduction de l’usage des pesticides. Dans la feuille de route 2015 issue de la conférence environnementale dévoilée début février par Ségolène Royal et Manuel Valls, on pouvait même lire que le gouvernement mènerait « une action volontariste au niveau européen » pour que l’interdiction des trois molécules soit « intégralement revue en 2015, au regard des risques pour la santé humaine, la santé animale et l’environnement », mais aussi « toutes les autres substances néonicotinoïdes ».

Entre stratégie cachée, discours et bonnes intentions, difficile de prévoir l’action du gouvernement dans cette affaire. En attendant, les néonicotinoïdes sont toujours déversés dans la nature sans que l’on sache vraiment où s’arrête leur nocivité.

« La démographie n’est pas responsable de la crise écologique » Jean-Pierre Tuquoi (Reporterre) Reporterre 2015/05/04 Jean-Pierre Tuquoi (Reporterre) (4 mai 2015) « La démographie n’est pas responsable de la crise écologique ». Reporterre. Culture et idées fr

« La démographie n’est pas responsable de la crise écologique »

Avec Une planète trop peuplée ? Le mythe populationniste, l’immigration et la crise écologique, Ian Angus et Simon Butler réfutent le courant de pensée qui pose la « bombe démographique » comme responsable de la crise écologique. Un ouvrage fort et argumenté qui juge que le dérèglement climatique ne résulte pas d’une population trop nombreuse, mais du système capitaliste.

En 2050 la population mondiale devrait dépasser 9 milliards d’habitants. En un siècle elle aura donc été multipliée par trois. Si les prévisions de l’ONU sont exactes, elle se stabilisera vers 2100 - encore que rien ne le garantit tant la démographie à long terme fait mentir les spécialistes.

Existe-t-il un lien entre la croissance très forte de la population mondiale dont nous sommes témoin et la dégradation de l’environnement ou, pour faire référence à un sujet d’actualité, le dérèglement climatique ? Autrement dit, « les gens sont-ils le problème » ? C’est autour de cette question que tourne le livre de Ian Angus et Simon Butler, publié en 2011 aux Etats-Unis sous le titre Too many people, et qui vient de faire l’objet d’une traduction française venue du Canada.

La « bombe démographique »

Que la « bombe démographique » soit responsable de la crise écologique est une antienne ancienne, couramment répandue y compris dans certains milieux écologiques. Elle repose sans l’avouer sur une représentation de l’homme comme étant nocif pour l’environnement. Réduire le nombre des humains serait donc la meilleure façon d’atténuer les dégâts infligés à la Terre.

Un scientifique réputé comme le britannique James Lovelock (concepteur de la théorie Gaïa) constitue un exemple caricatural de ce courant de pensée. A l’en croire, « il serait sage d’opter pour une population stabilisée d’environ un demi-milliard d’individus ». Il préconise même d’aménager en « refuges sûrs pour une humanité civilisée » les zones terrestres « les moins à même de subir les effets délétères du changement climatique ».

Ian Angus et Simon Butler s’emploient à réfuter les arguments d’un courant populationniste très influent dans les pays anglo-saxons. Ils le font de manière honnête et serrée, sans caricaturer la pensée de leurs adversaires mais en essayant d’en démontrer, chiffres à l’appui, les erreurs et les présupposés.

Il ne s’agit pas de nier, écrivent-ils, que la croissance démographique pose « le moindre problème social, économique ou écologique ». Ni que l’expansion démesurée des villes ne peut continuer : près de quarante dépassent aujourd’hui dix millions d’habitants !

Là où les populationnistes se trompent, ajoutent-ils, c’est en mettant sur le compte de la seule démographie la cause des déséquilibres environnementaux : « Tous les arguments populationnistes élaborés [depuis Malthus] se fondent sur l’idée que notre nombre détermine notre sort, que la démographie scelle notre destin. La faim, la pauvreté et la destruction écologique sont présentées comme des lois naturelles. »

Or les statistiques sont trompeuses et illusoires. Elles fournissent des chiffres mais ne décrivent pas une réalité toujours plus complexe. Comme le dit une ancienne responsable de l’UNESCO, Lourdes Arizpe, citée dans l’ouvrage : « Le concept de population en tant que nombre de corps humains n’a que peu d’intérêt pour comprendre l’avenir des sociétés dans le contexte mondial. C’est ce que font ces corps, ce qu’ils prennent et rendent à l’environnement, leur usage de la terre, des arbres et de l’eau (…) qui sont d’une importance cruciale. »

Ne pas se tromper d’adversaire

Dans cet ordre d’idée les deux auteurs dénoncent des jugements hâtifs, des idées toutes faites qui contribuent à cacher la vérité. Ainsi, écrivent-ils, il est de bon ton de fustiger le consommateur américain qui « consomme 5 fois plus que le Mexicain moyen, 10 fois plus que le Chinois moyen et 30 fois plus que l’Indien moyen » avant d’aboutir à la conclusion « qu’on ne sauvera le monde que si l’on peut persuader l’ « Américain moyen » de réduire considérablement sa consommation, de moins manger, de moins conduire, de moins dépenser ».

Penser cela, précisent Ian Angus et Simon Butler, c’est se tromper d’adversaire : « La consommation individuelle n’est pas une cause majeure de destruction environnementale (de sorte) qu’une modification dans le comportement des individus ne fera au mieux qu’une différence minime ». Autrement dit, éteindre la lumière d’une pièce inoccupée au moment de la quitter ou laisser sa voiture au garage n’a que peu d’intérêt.

Une telle conclusion risque de faire grincer des dents parmi les écologistes. Mais les auteurs ont assuré leurs arrières en s’appuyant sur une donnée chiffrée rarement mise en avant : les émissions de gaz à effet de serre en fonction du secteur directement émetteur et non de l’utilisateur final ou de l’activité finale. Or cela change tout.

L’essentiel des émissions de gaz à effet de serre est le fait de l’industrie et du commerce, et non du consommateur qui se trouve ainsi en partie dédouané. Qui plus est, rappelle le duo, il y a Américain et Américain, ceux qui vivent dans l’opulence et consomment à outrance, et ceux qui ont du mal à joindre les deux bouts. « Il est difficile de soutenir l’idée que les gens dépensent avec excès lorsqu’on observe l’évolution du revenu d’une majorité d’Américains (…) depuis 40 ans (…) En dollars constants, le revenu moyen des 90 % les moins riches de la population a chuté de 4,5 % entre 1970 et 2002 ».

On devine où veulent nous conduire in fine les auteurs : à l’idée que le dérèglement climatique, comme tous les autres maux liés à l’environnement, résulte du système capitaliste et de lui seul. Ce qu’il faut pour s’en sortir c’est remonter à la source, changer de système économique, jeter le capitalisme par-dessus bord et opter pour « l’écosocialisme ».

Et de conclure : « L’obstacle principal dans la transition vers une société écologique n’est pas une insuffisance technologique ou financière, encore moins une population trop nombreuse. Les entraves sont politiques et économiques : les gouvernements et la grande industrie bloquent le passage à l’action. (…) La quête incessante du gain immédiat, sans se soucier de ses conséquences à long terme, s’inscrit dans le fonctionnement même du système. »

Voilà qui n’est guère rassurant pour la suite.

- Une planète trop peuplée ? Le mythe populationniste, l’immigration et la crise écologique, de Ian Angus et Simon Butler, Préface de Serge Mongeau, Ed écosociété, 301 pages, 20 euros.

La loi sur le renseignement bafoue les libertés publiques Hervé Kempf (Reporterre) Reporterre 2015/05/04 Hervé Kempf (Reporterre) (4 mai 2015) La loi sur le renseignement bafoue les libertés publiques. Reporterre. Édito — Libertés fr

La loi sur le renseignement bafoue les libertés publiques

Par quel retournement de situation l’attentat contre un journal présenté comme l’apôtre de la liberté d’expression a-t-il conduit à une loi faisant reculer les libertés publiques ? Par quel aveuglement un gouvernement présenté comme « de gauche » conduit-il une politique néo-libérale et répressive ? Par quelle pente fatale la crise écologique et sociale qui devrait mobiliser les citoyens pour le changement conduit-elle à l’apathie et à l’acceptation du pire ?

C’est le mystère de l’époque - qui n’en est, à vrai dire, plus un : dans sa phase actuelle, le néo-libéralisme, fondé sur le complexe croissance-inégalités, ne peut plus se maintenir que par un glissement continu vers l’autoritarisme et la guerre. Prétendant répondre aux maux que sa politique génère, il prend maintenant appui sur le « terrorisme » pour imposer aux peuples les amères pilules de la stratégie du choc.

Dans le cas de la France, cela prend la forme d’une alliance implicite entre le PS et l’UMP, qui explique pourquoi le gouvernement le plus impopulaire de la Ve République continue à agir sans difficulté véritable : il bénéficie pour tous les actes décisifs (loi Macron, loi sur le renseignement, grands projets inutiles, soutien aux banques et aux grandes entreprises) de l’appui de l’UMP.

L’illustration récente en est la loi sur le renseignement, qui doit être votée mardi 5 mai à l’Assemblée, en procédure d’urgence. Comme Reporterre l’a expliqué ainsi que beaucoup d’autres observateurs, cette loi permettra sans véritable contrôle la surveillance de la population française, à travers les échanges sur internet et les communications téléphoniques. Si, officiellement, seuls les terroristes sont visés, tous les mouvements de contestation de l’ordre établi, à commencer par les luttes écologistes, rentreront dans le système de surveillance, au nom des « violences collectives de nature à porter atteinte à la sécurité nationale » : ZAD et antinucléaires n’ont qu’à bien se tenir...

Vous croyez que j’exagère ? Explorez notre rubrique Libertés pour vous faire une opinion, ou rappelez-vous comment la bataille de Sivens a été gérée. Le pouvoir cible, autant que les terroristes, « l’ennemi intérieur », celui qui remet en cause le système destructeur qui régit fatalement notre présent.

La seule arme qui reste aux citoyens conscients est de se mobiliser, de résister sans relâche, de convaincre nos concitoyens qu’un autre monde est possible, de faire vivre des médias libres. A court terme, se joindre aux rendez-vous de ce lundi pour la liberté et en interpeller les députés

À Grenoble, les luttes contre Center Parcs ont convergé Clément Feuille (Reporterre) Reporterre 2015/05/04 Clément Feuille (Reporterre) (4 mai 2015) À Grenoble, les luttes contre Center Parcs ont convergé. Reporterre. Reportage — Center Parcs et Roybon fr

À Grenoble, les luttes contre Center Parcs ont convergé

Plusieurs centaines de personnes ont participé à une journée de mobilisation en soutien à la ZAD de Roybon, samedi 2 mai. Des opposants à d’autres projets de Center Parcs se sont également associés à ce rassemblement.

- Grenoble, reportage

Samedi, plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées à Grenoble, à l’initiative des collectifs de soutien à la ZAD de Roybon. Zadistes, militants anti-Center Parcs, syndicalistes, pour une "marche des possibles". Tous sont venus gonflés à bloc pour cette journée placée sous le signe de la convergence des luttes. À quelques semaines d’une décision de justice très attendue qui doit statuer sur trois arrêtés, dont celui de la loi sur l’eau, la mobilisation revêt un caractère particulier. Au départ du Parc Hoche, un cortège a défilé en ville dans une ambiance bon enfant. « Après plusieurs événements à Roybon, où on a été bloqué par la police, on voulait investir le centre de Grenoble pour montrer notre détermination et maintenir la pression sur Pierre & Vacances », explique une militante du collectif grenoblois.

Le mirage de l’emploi

Après le retour au Parc Hoche, plusieurs débats et activités rythment l’après-midi. Pendant qu’un petit groupe de personnes se lance dans la construction d’un four à pain en torchis, d’autres animent un atelier de sérigraphie. Des passants, curieux, s’arrêtent quelques minutes pour s’informer et discuter avec les militants. L’occasion pour eux de mettre en avant la question du travail, au lendemain du 1er mai. En écho à la fête du travail, l’emploi est en effet le thème principal de cette mobilisation. C’est l’argument n°1 des pro-Center Parcs : promettre des centaines d’emplois dans des territoires qui doivent faire face au chômage. Les discussions tournent donc autour de la définition du travail, de la croissance à tout prix… A Roybon, les 700 emplois promis correspondent en réalité à 400, ramenés à du temps plein. Dans certains Center Parcs, des grèves ont éclaté pour alerter sur les conditions de travail… Partout, la précarité des emplois est dénoncée.

Vers une coordination des opposants à Center Parcs

Plusieurs opposants au projet de Center Parcs de Poligny, dans le Jura, ont fait le déplacement. Comme à Roybon, la question de l’emploi est centrale. « Pierre & Vacances promet environ 300 emplois, mais qui correspondent en fait à 170 équivalents temps plein. Et de la même manière que dans les Chambaran, il s’agit d’emplois précaires, mal payés », lance Raphaël, membre d’un collectif contre le Center Parcs. Pierre & Vacances envisage de créer un village de 28 000 m² dans la forêt de Poligny, d’une surface de trois mille hectares. La construction de 400 cottages est prévue en plein cœur de cette forêt communale, pour un investissement global de 170 millions d’euros. « Le problème, c’est qu’il y a une exploitation industrielle des arbres présents sur la zone, les épicéas. Ce n’est donc pas un hasard si Pierre & Vacances s’intéresse à ce site, la forêt est déjà attaquée », expliquent les opposants.

En parallèle, un autre projet de Center Parcs est en discussion en Saône et Loire, celui du Rousset. Les deux sites étaient pressentis, sans que l’on sache lequel des deux sera retenu. Aujourd’hui, les opposants des deux communes sont dans le flou. « On ne sait pas si les deux vont se faire, ou si un seul sera retenu ». Pour éviter le même scénario qu’à Roybon, Pierre & Vacances a accepté la tenue d’un débat public, dans les deux cas. C’est la Commission Particulière du Débat Public (CPDP) qui est chargée de les superviser. « On se pose la question de la légitimité de cette commission, puisqu’on ne maîtrise ni les thèmes ni le temps. Pierre & Vacances veut reprendre la main sur les projets, tout en donnant l’apparence d’un vrai débat public ». Les premières réunions se sont déroulées il y a une dizaine de jours. Elles dureront jusqu’à cet été.

À Grenoble, les militants d’Isère et du Jura ont profité de la journée pour lancer l’idée d’une convergence des luttes contre les Center Parcs. Qu’ils soient de Roybon, Poligny ou Le Rousset, les opposants veulent unir leurs forces.

La chronique de Reporterre sur Radio Nova - Quand « l’Europe » massacre l’efficacité énergétique Par Hervé Kempf Reporterre 2015/05/04 Par Hervé Kempf (4 mai 2015) La chronique de Reporterre sur Radio Nova - Quand « l’Europe » massacre l’efficacité énergétique. Reporterre. Europe fr

La chronique de Reporterre sur Radio Nova - Quand « l’Europe » massacre l’efficacité énergétique

- Jeudi 30 avril 2015

- Ecouter ici la chronique de Reporterre, par Hervé Kempf :

- Image : Energie 3.0

La chronique de Reporterre, tous les jeudi à 18 h 10 sur Radio Nova, dans l’émission « 2h1/4 avant la fin du monde », animée par Marie Misset et Armel Hemme.

« L’occasion de faire le point sur les combats et débats quotidiens de l’écologie ».

A écouter sur... et bien voici la carte des fréquences, selon le lieu où vous habitez.

A Nantes, les méthodes de western de la police pour interpeller un suspect Isabelle Rimbert (Reporterre) Reporterre 2015/05/05 Isabelle Rimbert (Reporterre) (5 mai 2015) A Nantes, les méthodes de western de la police pour interpeller un suspect. Reporterre. Libertés fr

A Nantes, les méthodes de western de la police pour interpeller un suspect

En marge d’un procès pour récupération de denrées dans des poubelles de supermarché, un activiste a été arrêté jeudi de façon spectaculaire et placé quelques heures en garde à vue. Motif : son action supposée avec le mouvement Anonymous contre les grands projets inutiles et imposés.

- Nantes, témoignage

Nantes, jeudi 30 avril. Une trentaine d’opposants, occupants de la ZAD et "glaneurs" d’ailleurs, viennent d’investir l’extérieur du tribunal de Nantes, alors qu’entre ses murs se tient un jugement concernant trois personnes. Pour récupération de denrées alimentaires dans des poubelles de supermarché.

A l’issue d’un pique-nique festif, on quitte les lieux, avec trois personnes à bord. Je suis au volant. Notre voiture roule depuis à peine cinq minutes, quand, soudain, le trafic est ralenti par une fourgonnette de pompiers, suivie d’une ambulance, qui déboule en sens inverse. Surgissent alors un fourgon, une voiture de police, une camionnette blanche. Ils s’arrêtent au milieu de la rue. Une dizaine de policiers, gendarmes, et autres brigadiers d’intervention encerclent la voiture de toutes parts : "Arrêtez le véhicule !" Ils désignent la personne assise à l’avant : "C’est lui". Ils se ruent sur la voiture. Hurlent : "Les mains sur le tableau de bord !" Un policier ouvre la portière avant-droite. Deux autres saisissent le passager et l’extraient de l’habitacle. Sans aucune explication malgré nos questions et protestations. Ils enfournent l’interpellé dans la camionnette blanche et démarrent en trombe.

Emmené dans un commissariat des environs, ce militant anti-capitaliste et anti-autoritaire, sera retenu une dizaine d’heures en garde à vue et questionné lors de cinq auditions jusqu’à 4 heures du matin avant d’être relâché. Jugé l’après-midi pour « récup’ » (récupération de denrées alimentaires), il ne s’est pas présenté à l’audience mais a décidé d’être présent pour soutenir les autres prévenus.

Lors de sa garde à vue, on l’informe qu’il a été été jugé la veille pour des "violences sur agent de la force publique", qui auraient été commises en avril 2013 sur la Zad de NDDL. Bilan : 3 ans d’interdiction du territoire français et 4 mois de prison avec sursis.

Cyberactions

Mais ce n’est pas ce motif qui a mobilisé un grand nombre de forces policières, façon lutte anti-terroriste, ou supposé comme tel. Pas moins de trois enquêteurs, dépêchés de Paris pour l’occasion, l’interrogent. Leur grief ? Des supposés piratages informatiques alimentés par les Anonymous, en décembre 2014 et janvier 2015, contre l’Agence nationale pour la gestion des déchets nucléaires (structure qui pilote le projet d’enfouissement de déchets nucléaires dans la Meuse), contre les Conseils généraux de Meuse et de Lorraine, et contre le ministère de la Défense.

Ces cyberactions ont été revendiquées sur twitter par le mouvement Anonymous dans le cadre de son opposition aux « grands projets inutiles et imposés » ainsi qu’en réponse à la mort de Rémi Fraisse, et qui avaient donné lieu, début avril à Reims et à Nancy, à l’interpellation et la mise sous contrôle judiciaire de deux personnes. Les faits, suivis par la juridiction inter-régionale spécialisée de Nancy, sont qualifiés d’"accès frauduleux, entrave et altération du fonctionnement d’un système de traitement informatisé de données à caractère personnel mis en oeuvre par l’Etat, commis en bande organisée", et font l’objet d’une enquête préliminaire menée par la Direction générale de la sécurité intérieure.

Le militant est également poursuivi pour avoir commis ces actes en ayant recours à des pratiques usuelles sur Internet, comme l’utilisation de serveurs proxys et d’un compte twitter supposément destiné à revendiquer ces actions, l’usage d’un pseudonyme sur Internet et la fréquentation des canaux de "chat" IRC (Internet Relay Chat). Un avant-goût de la loi sur le renseignement ? Le militant, ainsi que deux « prévenus » de Reims et de Nancy sont convoqués devant le tribunal de Nancy le 9 juin.

Me Stéphane Vallée défend depuis longtemps les zadistes. Cet avocat de la défense dans le cadre du procès pour récupération de denrées alimentaires, estime que "le mode d’interpellation dont a fait l’objet l’hacktiviste présumé, s’il est légal, n’est pas courant". Et il précise : "S’il y a des procès pour cyberactions depuis maintenant une quinzaine d’années, ce qui se joue ici est un peu différent Dans un contexte de répression croissante des mouvements sociaux et contestataires, on peut craindre que la dimension politique des actions incriminées ne jouent en défaveur des personnes impliquées dans l’affaire".

Il récupère dans les poubelles d’un supermarché, est-il un voleur ? La justice hésite et la police lui rend son « butin » Nicolas de La Casinière (Reporterre) Reporterre 2015/05/05 Nicolas de La Casinière (Reporterre) (5 mai 2015) Il récupère dans les poubelles d’un supermarché, est-il un voleur ? La justice hésite et la police lui rend son « butin ». Reporterre. Libertés fr

Il récupère dans les poubelles d’un supermarché, est-il un voleur ? La justice hésite et la police lui rend son « butin »

La récupération de denrées périmées dans les bennes d’un supermarché ne serait plus qualifiée de vol. Au procès de deux glaneurs à Nantes, le parquet qui a la rôle d’accusateur public, n’invoque plus le vol. Le juge n’a pas suivi cet argument mais la brèche est ouverte.

- Nantes, correspondance

La récupération de nourriture dans les poubelles de la grande distribution va-t-elle cesser de devenir un délit ? Récupérer les rebuts périmés peut-il échapper à une assimilation à du simple vol ? C’est ce qui a failli se passer à l’audience du 30 avril au tribunal de grande instance de Nantes. La justice poursuivait deux glaneurs qui avaient puisé à manger des invendus dans les bennes d’un supermarché rural en octobre 2014.

Surprise : les réquisitions du procureur ont carrément envisagé d’abandonner les poursuites pour vol, même si les glaneurs ont dû escalader un portail pour aller se servir dans les poubelles du Super U de Ligné (Loire-Atlantique). Dans ce débat juridique, la version de la substitut du procureur est décalée par rapport à son rôle habituellement répressif : « Il n’est pas envisageable de condamner pour vol, qui est selon le code pénal "la soustraction frauduleuse de la chose d’autrui". Les faits ne sont pas caractérisés. Pour ce qui est de soustraire frauduleusement, pas de problème juridique, les faits sont bien avérés. Mais la notion de "chose d’autrui" est ici plus complexe. Ces denrées dont le supermarché décide de se séparer, est-ce encore la chose d’autrui ? » Le gérant du supermarché, qui a porté plainte, ne s’est jamais manifesté lors de la procédure ni fait représenter. Il est aussi absent à l’audience.

Situation inédite

Vis-à-vis du débat sur la récupération de produits alimentaires à la date limite dépassée, l’argument avancé par la magistrate est le reflet d’une avancée notable des esprits et de sa vision judiciaire. Elle tentera bien de demander la requalification de l’infraction en « violation de domicile » mais il n’est pas facile de faire passer l’arrière cour à ciel ouvert d’un supermarché où personne « ne peut se dire chez lui », pour un domicile en bonne et due forme.

Mais l’essentiel de l’audience concerne cette idée du vol qui n’en serait pas un. La scène est pourtant assez inédite. D’ordinaire, si des magistrats se sentent en désaccord avec l’objet d’une loi et les caractéristiques d’un délit, ou en tout cas ses implications sociales, ils se gardent bien d’avoir publiquement le moindre état d’âme. Ils se contentent de préciser que le choix de la loi relève du législateur, c’est-à-dire le Parlement. Et si un justiciable se trouve en désaccord avec cette loi, on lui suggère de miser sur un changement de majorité au Parlement amenant à de nouvelles élections pour espérer faire changer la loi.

Une infraction indéfendable

Cette fois, la posture est inverse : condamner pour réutiliser des denrées alimentaires vouées à la destruction paraît de plus en plus socialement, moralement et écologiquement, indéfendable. Et un représentant de la justice n’attend pas le changement légal pour abandonner les poursuites.

« Ces arguments viennent du parquet, qui est chargé d’appliquer les politiques pénales, et voici qu’il nous dit que ces actes ne tombent pas sous le coup de la loi », note Stéphane Vallée, l’avocat du glaneur accusé de « vol par escalade et en réunion », deux facteurs aggravants qui font monter le tarif applicable jusqu’à dix ans de prison encourus. Ils étaient trois ce 20 octobre 2014, et un des trois a déjà écopé, en comparution immédiate, d’une condamnation à 105 heures de TIG (travaux d’intérêt général), trois mois de prison avec sursis et l’interdiction de territoire de la commune où s’est déroulée la récupération.

À l’audience de ce 30 avril, l’un des prévenus n’a pas reçu de convocation. Seul Cédric* est présent. Après une formation de crêpier et quelques boulots saisonniers, il vit depuis au RSA, habitant sur la ZAD de Notre-Dame-des-Landes. La « récup’ » à 30 km de là, « c’est parce que c’est de plus en plus compliqué autour de Notre-Dame-des-Landes. C’est très surveillé, on est obligé d’aller plus loin ».

Placide, le président du tribunal interroge : « Si c’est très surveillé, pourquoi n’attendez-vous pas que les poubelles soient sorties ? » Cédric explique posément : « On ne connaît pas les horaires de passage des éboueurs. Si c’est le matin, ça donne très peu de temps, et le plus souvent les gérants interviennent... Mais sinon, je ne me cache pas. J’assume. Je trouve légitime d’aller récupérer. C’est comme une mesure de salubrité publique quand on sait qu’un tiers de la production mondiale de nourriture est gaspillée chaque année... »

Ce qui est glané est réparti entres zadistes : « Mais pas seulement aux amis. On est très nombreux sur la Zad. Et quand il en reste, on élargit. Il y a, pas loin, une communauté rom qui n’est pas contre un peu d’aide. »

Les gendarmes ont rendu aux « voleurs » leur butin

Cette histoire judiciaire est absurde de bout en bout. L’autorité, gendarmerie ou justice, hésite de plus en plus sur la conduite à tenir. Au moment des faits, les trois auteurs de la récupération ont subi 45 heures de garde à vue. Pour des denrées périmées... Mais c’est vrai, ce sont des zadistes, catégorie qui intéresse beaucoup les gendarmes par ici.

Ironie de cette attitude répressive, les auteurs interpellés pour vol ne sont pas repartis les mains vides à l’issue de leur longue garde à vue : « Les gendarmes nous ont laissés repartir avec ce qu’on avait soi-disant volé... » Ce qu’a évidemment relevé l’avocat à l’audience : « On voit rarement les auteurs d’un vol se faire restituer leur butin par les forces de l’ordre, scooter volé, montant d’un braquage de banque... », ironise-t-il . « En disant aux prévenus, " Partez avec... ", les gendarmes ont légitimé l’acte de glanage. »

Evolution du regard social

Hors le cadre fixé par la loi, on constate une nette évolution du regard social porté sur des denrées dites non consommables ou en tout cas non commercialisables, pour des impératifs de dates limites de vente qui ne sont même pas le reflet de normes sanitaires. Dans les villes, des « banquets » sont très officiellement organisés pour des centaines de personnes, à base de légumes récupérés. Des cantines de rue accompagnent les événements militants, cuisinant des rebuts de marchés et des surplus de maraîchers.

« Le glanage répond au besoin absolu de se nourrir, plaide Stéphane Vallée. C’est à la fois un acte positif et une contestation du gaspillage alimentaire. Mais la position des gérants de la grande distribution qui refusent de laisser un accès gratuit à des denrées tout juste périmées, ou qui vont l’être, pose des questions morales. Le législateur l’a compris. Fin 2014, la mission parlementaire a élaboré une proposition de loi "visant à lutter contre le gaspillage alimentaire" et inventer une politique qui devrait qualifier juridiquement l’acte de glanage. »

Finalement, c’est là l’ultime ironie de cette audience, le président du tribunal n’a pas suivi le procureur dans son interprétation de la récupération qui ne serait pas du vol. Il a condamné Cédric à 200 euros d’amende avec sursis. Ce qui reste très cher payé pour des produits alimentaires laissés à l’abandon.

* Prénom modifié

Loi sur le renseignement : quand les citoyens interpellent les députés Marie Astier (Reporterre) Reporterre 2015/05/05 Marie Astier (Reporterre) (5 mai 2015) Loi sur le renseignement : quand les citoyens interpellent les députés. Reporterre. Reportage — Libertés fr

Loi sur le renseignement : quand les citoyens interpellent les députés

La loi sur le renseignement doit être discutée mardi 5 mai à l’Assemblée nationale, en procédure d’urgence. Des citoyens de tous les bords se sont réunis pour appeler, un à un, les députés, et leur demander de réfléchir. Reportage sur un nouveau mode de mobilisation.

« Allô ? Bonjour, je souhaiterais parler à M. Christian Eckert, député des Bouches-du-Rhône. » Claire est là depuis deux heures, et a déjà appelé quatre députés. « Je n’en ai eu aucun », se déplore-t-elle. Enfin quelqu’un décroche, un assistant parlementaire. Claire prend sa voix la plus polie : « Pourrais-je parler à M. Christian Eckert ? Je souhaiterais connaître sa position à propos de la loi sur le renseignement. »

- Ecouter Claire au téléphone :

A côté, Chantal hausse soudain le ton : Razzi Hammadi, député socialiste de Seine-Saint-Denis, accepte de lui répondre. Au bout de quelques minutes, elle raccroche, dépitée : « Il me dit que la loi servira justement à encadrer les services de renseignement, je n’ai pas su quoi lui répondre... » Arthur ne se démonte pas et lance à la volée : « Qui le rappelle ? »

Nous sommes lundi 4 mai, moins de 24 heures avant le vote par l’Assemblée nationale du projet de loi sur le renseignement. Depuis dix heures du matin, une trentaine de personnes est présente en permanence dans le local du Tank, espace de travail coopératif. Ils passent pour une heure, deux heures ou toute la journée et se relaient dans un joyeux brouhaha de coups de fils.

Le Parlement n’a pas eu le temps de débattre à fond

Dans l’assemblée, de simples citoyens, des militants des droits de l’homme (Amnesty International, Ligue des droits de l’Homme) ou des libertés du net (Quadrature du net), des écolos, des étudiants avertis, des amis d’amis, et même des politiques comme Eva Joly, ancienne candidate EELV (Europe Ecologie Les Verts) à la présidentielle, Pierre Laurent, secrétaire national du Parti Communiste, ou encore Sergio Coronado. Le député vert salue l’initiative citoyenne. La procédure accélérée choisie par le gouvernement « prive le Parlement d’un temps de débat nécessaire », regrette-t-il.

- Ecouter Sergio Coronado :

« On ne pouvait pas laisser passer ce projet de loi sans un minimum de débat », poursuit Julien Bayou, qui est à l’initiative de cette journée de mobilisation. Le porte-parole d’EELV est aujourd’hui présent sans étiquette politique. Avec son comparse Elliot Lepers, ils ont décidé d’inciter les citoyens à appeler leurs députés pour leur parler du sujet. L’invitation a été lancée sur les réseaux sociaux, proposant à quiconque de simplement venir avec son téléphone. « L’idée c’est de montrer aux gens qu’ils peuvent facilement avoir leur député au téléphone, ou son assistant, et lui parler de cette loi, poursuit Arthur, militant écolo venu prêter main forte. On reprend les méthodes des lobbys pour influencer le processus de formulation des politiques publiques. »

Au mur, chaque député a sa fiche. Les pastilles de couleur s’ajoutent les unes après les autres : vert quand ils voteront contre la loi, rouge quand ils voteront pour. Des post-its indiquent ceux qu’il faut rappeler. « C’est gravissime, on est à la veille d’un vote extrêmement important et beaucoup de députés ne sont même pas en mesure de donner leur position », poursuit le jeune homme. Il espère donc que l’opération permettra au moins de convaincre quelques députés indécis. L’UDI centriste a par exemple été particulièrement ciblée.

Des algorithmes scrutant toutes les données personnelles

Si peu de députés changeront d’avis, l’initiative aura au moins permis d’unir une diversité d’opposants au projet de loi. Tous convergent pour contester un texte instaurant « une surveillance généralisée des citoyens », explique Christopher Talib, de l’association La Quadrature du Net. Les « boîtes noires », ces algorithmes qui passeront au crible toutes nos données personnelles à la recherche de mots clés, cristallisent les inquiétudes. « Tout le monde va y passer, s’insurge le chargé de campagne, c’est la pêche au chalut ! »

- Ecouter Christopher Talib :

La loi est présentée par le gouvernement comme anti-terroriste, « mais en fait, son champ d’application est beaucoup plus large, souligne Christopher. Elle peut être utilisée dans le cadre de la défense d’intérêts économiques. Par exemple, pourra-t-on surveiller les faucheurs d’OGM sous prétexte qu’ils mettent en danger l’industrie des semences ? Des mouvements politiques et sociaux pourraient se retrouver visés par les algorithmes des boîtes noires. »

Une journée sur la démocratie participative

Dix-huit heures, la mobilisation se poursuit sous la pluie place des Invalides, juste à côté de l’Assemblée nationale. Dans la foule, Ben Lefetey, le porte-parole du collectif d’opposants au barrage de Sivens. Que fait-il dans la capitale ? « Demain [mardi 5 mai – NDLR], je me rends au colloque organisé par Ségolène Royal. » La ministre organise en effet ce mardi une journée sur « la démocratie participative et du dialogue environnemental. » A suivre en direct ici

Ce n’est qu’un hasard du calendrier, mais la concomitance des deux événements se remarque. Le même jour, les députés votent un texte dénoncé comme mettant les citoyens sur écoute, et la ministre de l’Ecologie propose une grande réflexion sur leur participation aux décisions publiques. « Ils veulent un peu trop écouter les citoyens », note ironiquement le porte-parole.

Chez Amnesty International France, Cécile Coudriou remarque qu’« on ne peut pas demander aux citoyens de s’engager dans le débat et en même temps tous les considérer comme des suspects potentiels. »

Ben Lefetey dit être présent dans la manifestation en tant que militant écolo, car il estime que l’affaire est claire : « On est ciblés. Cette loi sur le renseignement est une opportunité pour le gouvernement de mieux contrer les mouvements de contestation tels que ceux menés par les zadistes ou la Confédération paysanne. En ce moment, il y a déjà beaucoup de pression, de décisions de justice contre ce type de mouvements. Mais avec la loi sur le renseignement, on passe à une autre échelle. »

"Plus les gens auront peur d’être surveillés, moins ils s’engageront"

L’engagement de certains citoyens dans ces mouvements pourrait aussi être freiné, selon lui. « A Sivens, certains nous ont soutenu de façon très discrète car ils avaient peur de leur employeur, qu’ils travaillaient dans l’administration ou la construction, raconte-t-il. Plus les gens auront peur d’être surveillés, moins ils s’engageront dans les luttes. »

Pour lui il y a deux poids, deux mesures, et il est facile de comprendre de quel côté se trouve la priorité du gouvernement. Quand il s’agit du projet de loi sur le renseignement, l’exécutif choisit la procédure accélérée. En revanche, du côté du dialogue environnemental, il « est plus dans l’affichage. »

Du côté de l’opposition à l’aéroport de Notre-Dame des Landes, même constat. Françoise Verchère viendra au colloque de la ministre, mais elle aussi note la contradiction avec la loi sur le renseignement. « On l’a déjà fait remarquer à la commission sur le dialogue environnemental, explique-t-elle par téléphone à Reporterre. Avec cette loi, on cherche à nous faire passer pour de dangereux trublions, voire des terroristes. »

« C’est comme quand on a créé les relevés ADN, se rappelle-t-elle. On disait que ce serait uniquement pour les délinquants sexuels, et aujourd’hui on les utilise dans toutes les affaires. Donc les outils contre le terrorisme risqueraient d’être utilisés contre toute opposition sociale. »

- Actualisation - L’analyse du scrutin : quel député a voté quoi

Dix millions de Népalais peinent à retrouver une vie normale Lok P. Silawal Reporterre 2015/05/05 Lok P. Silawal (5 mai 2015) Dix millions de Népalais peinent à retrouver une vie normale. Reporterre. Monde fr

Dix millions de Népalais peinent à retrouver une vie normale

Les conséquences du séisme se font durement sentir pour des millions de Népalais dont beaucoup ont tout perdu. Entre campements de fortune et pannes d’électricité, chômage et lenteur de l’aide, on essaye de reprendre une vie normale. Témoignage d’un habitant de Katmandou.

- Katmandou, témoignage

Chère Marie-Florence,

Merci pour votre message attentionné. Nous avons survécu à ce terrible séisme, à ses répliques lors de cette longue semaine désastreuse. Mentalement, nous ne nous en remettons toujours pas.

Notre maison, notre famille et nos parents à Katmandou sont tous sains et saufs. Nos frères et leurs familles, qui vivent dans notre village natal à 80 km à l’ouest de Katmandou, sont aussi sains et saufs, mais leur maison est sérieusement endommagée. Maintenant, ils vivent sous un campement provisoire…

Il y a eu tellement de pertes. 90 % des maisons des districts voisins de Katmandou ont été gravement touchées, y compris la nôtre.

Ce sont plus de 10 millions de personnes affectées par cette tragique catastrophe. Beaucoup se retrouvent sans domicile, beaucoup ont perdu leurs familles.

Aujourd’hui nous devons faire face à différents problèmes. Le premier est d’essayer d’aider les gens qui souffrent, le second est de trouver de la nourriture, le troisième est le fait que nous n’aurons plus de travail pendant au moins quatre mois à partir de maintenant et que nous devons penser à comment vivre, manger, avoir de l’eau. C’est le même problème pour les familles de nos équipes qui doivent s’occuper de leurs proches.

Notre gouvernement est très lent dans sa gestion des secours. Même à Katmandou, il reste beaucoup de personnes sous les décombres de leur maison. Les corps des défunts ne sont pas encore tous évacués. Nous pensons que les personnes qui vivent hors de notre capitale, dans les districts proches de l’épicentre du séisme, ne recevront pas de secours. Oh mon Dieu ! (Oh God !)

Voici les dernières nouvelles. Depuis hier, nous avons de l’électricité. La vie semble reprendre normalement, mais… avec tellement de problèmes.

Alors, je vous demande juste de prier pour nous tous et d’avoir des sentiments de compassion, comme en temps ordinaire.

La Gazette de Gouzy d’avril est sortie Reporterre 2015/05/06 (6 mai 2015) La Gazette de Gouzy d’avril est sortie. Reporterre. Culture et idées fr

La Gazette de Gouzy d’avril est sortie

La Gazette de Gouzy est une « gazette » mensuelle et gratuite de bande dessinée. Elle est gérée par un collectif autonome. Elle s’adresse à tou-te-s celles et ceux qui s’interrogent sur notre « société », voire qui œuvrent déjà pour le changement social.

La Gazette de Gouzy entend relayer des réflexions, expérimentations et se faire écho de luttes sociales. Elle essaie également de s’inscrire dans une démarche d’« éducation populaire ». À la manière de certains médias alternatifs (comme CQFD), la « gazette » cherche à éviter tout dogmatisme.

Le numéo d’avril est Visionnable en ligne.

Les Jardins de Cocagne cultivent les hommes libres Gaspard d’Allens et Lucile Leclaire (Reporterre) Reporterre 2015/05/06 Gaspard d’Allens et Lucile Leclaire (Reporterre) (6 mai 2015) Les Jardins de Cocagne cultivent les hommes libres. Reporterre. Agriculture fr

Les Jardins de Cocagne cultivent les hommes libres

Sur le plateau de Saclay, où la ville grignote les parcelles agricoles, un Jardin de Cocagne fait pousser soixante espèces de légumes. Et permet à des hommes et des femmes abimés par la vie de retrouver le chemin de l’autonomie. Cet îlot incarne chaque jour, les mains dans la terre, une écologie solidaire. Reportage.

- Vauhallan (Essonne), reportage

Il est huit heures. Quelques hommes et femmes sortent du bus 119 en provenance de Massy Palaiseau. Les grues dominent au loin l’horizon. Campus universitaire, centre commercial, métro automatique sont en construction. Un froid d’hiver vient saisir les membres engourdis. La petite troupe marche sur le bitume avant de rejoindre la prairie où s’imposent de grands arcs bâchés de plastique, des serres agricoles alignées les unes à côté des autres.

Ils étaient peut-être au RSA ou à la rue. Cinquantenaires licenciés ou bien jeunes sans qualification. Peut-être dépendants à l’alcool ou surendettés. Aujourd’hui ils sont ouvriers maraîchers, en contrat de 6 mois à 2 ans. Ils gagnent le SMIC. Ce matin leur préoccupation, ce ne sont ni les galères administratives de la Caisse d’allocations familiales, ni les couloirs impersonnels de Pôle Emploi ou les menaces du propriétaire. Ce matin leur objectif, c’est de désherber la mâche et de récolter les poireaux sous l’œil attentif de Guy et Pierre, les encadrants techniques.

Une dignité déterrée par le travail

Alors que la vingtaine d’ouvriers enfile bottes et imperméables en ce temps boueux de février, Frédérique, la directrice du Jardin de Limon, témoigne : « L’exclusion est une insécurité permanente et chronique. Un cumul de handicaps qui s’enchaînent les uns aux autres. Grâce au travail, on donne un premier filet de sécurité. L’opportunité de se reconstruire, de résoudre des problèmes personnels, explique cette militante passionnée qui ne manque pas de lucidité. Mais que valent deux ans de stabilité quand on a vécu quinze ans dans la rue, dormant avec ses chaussures de peur de se les faire voler ? La réinsertion est une course d’endurance faite de patience et d’humilité. »

Guy et Pierre jouent les professeurs. « Plus que la technique agricole, on enseigne les fondamentaux de la vie en entreprise. La ponctualité, le fait d’arriver propre, de se reposer la nuit... » Des repères essentiels pour faciliter l’accès à l’emploi, après leur passage au Jardin. Les deux compagnons disent « écouter les ouvriers mais pas trop. On les traite comme des salariés ordinaires, sans faire de faveur. » De ce regard ni condescendant ni pathétique, naît une dignité nouvelle chez les travailleurs, dans laquelle ils vont puiser pour gagner en assurance. L’autonomie s’acquiert aussi par la responsabilisation.

Un maraîcher en insertion est garant des semis, un autre s’occupe de l’irrigation. Samir, chargé de la distribution, ne se fait pas prier pour parler de sa mission : « Lors de la vente, le jeudi c’est coup de bourre. Les légumes sont tous auscultés, le produit doit être nickel pour le client. Le social ne peut pas être un alibi. Ce qui donne de la valeur à l’insertion, c’est la qualité », soutient le jeune charmeur tout sourire, qui songe à quitter le lieu prochainement pour « se tester dans le réel, travailler dans une ferme classique ».

Sur le chemin de l’indépendance, la cuisine va aussi servir de balise. Les personnes qui travaillent au Jardin repartent avec des légumes frais invendus. Près de 10 % de la production nationale des Jardins de Cocagne est dévolue aux ouvriers maraîchers. Se réapproprier son alimentation, c’est aussi reprendre sa vie en main. Et mettre du beurre dans les épinards.

Thierry s’est trouvé une petite parcelle pour cultiver ses propres légumes. « 200 m2 bien travaillés, c’est l’équivalent d’un treizième mois de salaire », rappelle Guy, qui ne perd pas le nord. À Cocagne, « ce n’est pas un public en détresse que l’on gère, ce sont des individus que l’on émancipe, conclut Frédérique, une petite dame au débit rapide et à l’énergie qui emporte comme une tornade. Nous, on veut sortir du misérabilisme, susciter une reconnaissance dont chaque être humain a besoin. »

Les vertus du maraîchage biologique

Ici l’agriculture n’est pas vue en soi, elle est un tremplin vers l’insertion. Elle tire sa richesse de la symbolique qu’elle transmet : « Autrement plus valorisant de nourrir les autres que de nettoyer leurs saletés, à en croire Frédérique, qui pointe l’absence d’inventivité des structures classiques d’aide au retour à l’emploi. On peut proposer un autre avenir à ces populations que le ménage ou le textile ». Guy, attaché à son rôle de formateur, renchérit : « L’agriculture, au moins, c’est polyvalent. Entre la commercialisation, la gestion des stocks, le travail manuel, ce sont des compétences transférables à d’autres milieux professionnels ».

De la graine à la récolte, planter, biner, réparer les outils, trier les légumes… Les activités se conjuguent au pluriel pour ces travailleurs qui apprennent à maîtriser toute la chaîne du vivant. « Mais on ne fait pas toujours ce que l’on veut, précise une jeune ouvrière aux cheveux noirs relevés en chignon. Parfois on ne plante pas ce qui était prévu. Il y a des maladies sur les légumes et il faut tout recommencer ». La persévérance s’affûte au fil des journées, dont le programme s’ajuste sans cesse à la météo, aux aléas du terrain. Un défi cohérent pour Samir qui « trouve intelligent de mêler les incertitudes du social aux risques de la nature. Il faut toujours s’adapter. L’humain n’est pas une machine, la nature non plus ».

Au sein des jardins de Cocagne, le cahier des charges impose la pratique de l’agriculture biologique. L’attention portée à la terre se transfère sur ceux qui la travaillent. Le refus des traitements polluants, c’est également le respect des jardiniers. « Faire du bio, c’est gratifiant », déclare Frédérique. Yann conduit cette semaine la fourgonnette du Jardin chargée de potimarrons, de patates et d’oignons qu’il a lui-même fait pousser. Responsable livraison, il prend goût au contact avec les clients et partage à son retour les compliments qu’il a reçus. Plus qu’une simple activité d’insertion, le Jardin de Limon propose une nouvelle société du dialogue. « Il y a beaucoup plus que des légumes qui s’échangent », au dire du fondateur Jean-Guy Henckel.

Une recette miracle

En 1991, cet homme à la forte poigne, crée à Besançon la première structure avec un ancien paysan du Larzac. Le gaillard lui raconte comment ils ont, lui et ses voisins, maté les militaires : « Alors tu parles, ton jardin, je le monte en moins de temps qu’il faut pour le dire ».

Les paroles traduites en actes, le lieu ouvre ses portes. Il accueille à ses débuts des agriculteurs en déroute. Paupérisés et endettés, ces damnés de la Terre ont abandonné leur ferme et survivent grâce au RMI. Pour Jean-Guy Henckel, les précaires de nos campagnes et les citadins rejetés dans les ghettos sont les deux facettes d’une même réalité, les victimes d’une même force destructrice. L’économie libérale et l’agriculture productiviste sont des mécaniques à exclusion.

Contre ces logiques, le premier Jardin tente un pari osé. Lier écologie et insertion. Montrer qu’une autre agriculture est possible, esquisser un autre lendemain pour ces personnes défavorisées. Les initiateurs du projet figurent parmi les premiers à se lancer dans la vente directe, bien avant le mouvement des AMAP. À l’époque, beaucoup doutent du réalisme de l’opération. Une clientèle qui s’engage à acheter chaque semaine en payant par avance un panier de légumes, dont elle ne choisit pas le contenu ? Vaste chimère ! On ignore encore tout de la dynamique qui allait s’engager.

24 ans plus tard, 120 jardins ont éclos. Le public s’est considérablement élargi et le réseau emploie maintenant 4 000 salariés en contrat d’insertion, 700 encadrants. « Une vraie communauté ! » s’exclame le fondateur, fier de l’élan amorcé. Les 22 000 adhérents, bien plus que de simples consommateurs, proposent une plateforme d’échanges divers et variés : cours de langue, coach pour la recherche d’emploi, aide à la maintenance du matériel. « Les circuits courts se muent en échanges de savoir, affirme Frédérique. Les adhérents savent que les légumes ont une histoire - celle de ceux qui les cultivent - et ils veulent y prendre part. »

Rapprocher des personnes qui ne seraient pas forcément amenées à se rencontrer, telle est la force du réseau Cocagne. C’est également « un bon outil pour lutter contre le cloisonnement qui fissure notre société, en enfermant les individus dans de froids stigmates », s’élève Jean-Guy Henckel, prêcheur têtu et visionnaire.

Le modèle ouvre le champ des possibles pour les personnes en réinsertion. Il éveille même des vocations agricoles. C’est le cas d’Emeline, chevrière sur le col de l’Escrinet en Ardèche : « En travaillant au Jardin de Cocagne, j’ai senti que mon projet de ferme-auberge pourrait se concrétiser. » Un petit bout de femme qui a l’air plutôt épanoui, au milieu de son magnifique troupeau de chèvres chamoisées. S’ils sont peu à poursuivre leur itinéraire dans l’agriculture, 30 % des ouvriers maraîchers accèdent directement à un emploi - en CDI, CDD, intérim -, 10 % intègrent une formation qualifiante, 8 % continuent leur parcours dans d’autres structures d’insertion. Pour 14 %, on ne remarque pas d’avancées significatives. De toute façon, l’objectif du réseau ne se résume pas à des pourcentages. « On ne peut le réduire à un taux de rentabilité. On risquerait d’entraîner une sélection, privilégiant ceux qui sont les plus à même de se réinsérer », avertit le fondateur.

Des ingrédients qui se mélangent avec complexité

Mais cette réussite, cette réconciliation entre « les trois sœurs ennemies : l’économie, la société et l’écologie » (Jean-Guy Henckel) ne lisse pas la réalité. Les difficultés pour coupler agriculture et travail social restent vives. « Il faut redoubler d’imagination en hiver », concède Pierre : au Jardin, pas question de débaucher les ouvriers. « C’est une hystérie de travailler à vingt dans un jardin en période basse alors qu’il n’y a pas grand-chose qui pousse. D’un point de vue économique, cela n’a pas de sens. Mais l’insertion, c’est douze mois de l’année ! » s’exclame Frédérique.

En hiver, le Jardin se tourne parfois vers la prestation de service, dans les espaces verts des mairies ou chez les particuliers. « On profite aussi de cette saison pour insister sur l’accompagnement individualisé. Notre conseillère sociale, installée dans les bureaux à l’étage du bâtiment agricole, ne chôme pas ! » L’été à l’inverse, se caractérise par un fort besoin de main-d’œuvre. Besoin qui se heurte aux contrats à temps partiel des ouvriers maraîchers, de 26 à 30 heures hebdomadaires : « Impossible d’arroser les tomates à l’aurore ou de cueillir les salades le samedi, signale Guy qui travaillait auparavant dans une exploitation agricole ordinaire. Il sait de quoi il parle. Ici, on ne bosse pas le week-end. Il faut gérer cette temporalité en plein pic d’activité. Dans un Jardin de Cocagne, on fonctionne à flux tendus. De nouveaux salariés arrivent tandis que d’autres partent. Il faut former sans relâche. »

Traversés par des demandes parfois contradictoires, les encadrants techniques assument un rôle délicat. Il existe un fort turn-over au sein de cette profession tampon, située entre les ouvriers et la direction. Un tiers quitte la structure chaque année. « À l’entretien d’embauche, on nous dit de cracher du légume, de produire un maximum pour répondre aux besoins des adhérents. Mais on ne peut pas faire abstraction des contraintes, on est pris entre deux feux », confient les encadrants. Frédérique admet la difficulté de leur position : « Souvent, nous recrutons des maraîchers de haut vol, mais il faut aussi faire du management de public en insertion. Les encadrants sont autant des professionnels de l’agriculture que du travail social. Ce sont donc des moutons à cinq pattes. »

Des espèces rares, qui ont l’âme paysanne. Pierre, jeune homme aux boucles noires qui chatouillent son regard, est venu à l’activité maraîchère par « amour de la terre. » Il faut l’entendre épiloguer sur son sujet : « La terre n’est pas qu’un support. Elle est vivante, à nous maraîchers de savoir l’écouter. Pour travailler en complicité. » Une recherche qui se construit parfois en décalage avec les pratiques culturales du Jardin. « Même si l’on fait de l’agriculture biologique, on aimerait pousser un peu plus loin. Expérimenter la permaculture », reconnaît Basile, jeune chargé de développement au sein du réseau. Lui et Pierre ont suivi récemment un stage à la ferme expérimentale du Bec Hellouin. Ils en reviennent plus sceptiques des us et coutumes : « Ici, nous faisons ce qu’on pourrait appeler du bio conventionnel, avec un fort niveau de mécanisation, ce qui nous permet de viser 700 paniers par semaine. L’approche permacole est certes intéressante, mais encore difficilement viable économiquement. »

Un équilibre financier jamais acquis

La vente de ces paniers contribue aux ressources du Jardin de Limon. Mais comme tout chantier d’insertion, l’auto financement ne peut dépasser le seuil légal de 30 %. « Nous restons dépendants des subventions publiques, tant vis-à-vis des collectivités territoriales que de l’Etat qui nous finance à hauteur de 40 % pour la prestation d’insertion sociale », relate Frédérique. En ces périodes de vache maigre où l’argent public se fait rare, « il faut sans cesse négocier et se justifier. C’est un combat renouvelé chaque année ».

« On en vient même à développer un nouveau type d’argumentaire moralement discutable : ces personnes coûteraient moins cher à la société en travaillant qu’en étant livrées à elles-mêmes », précise la directrice quelque peu amère. L’incertitude économique plane sur les Jardins de Cocagne, ombrageant le quotidien de l’équipe. À l’heure du repas, Frédérique sert une soupe de potimarron fumante directement de la marmite aux bols : « Qui a fait une demande de subvention pour une louche ? » apostrophe-t-elle amusée.

Cette situation conduit le réseau à se tourner vers de nouveaux acteurs, fondations et mécénat d’entreprise. « À présent, on travaille largement avec des partenaires privés. Cette co-construction nous amène à réfléchir sur la ligne politique des Jardins de Cocagne », affirme Basile, tout juste sorti de l’ESSEC, une grande école de commerce. « Nous sommes pragmatiques, résume Jean-Guy Henckel avec son franc-parler. C’est en allant au contact des entreprises conventionnelles que l’Economie Sociale et Solidaire peut faire bouger les lignes ! N’allez pas imaginer que tenter des alliances improbables passera forcément par la perte de notre âme ou de nos valeurs. Tous ceux qui veulent contribuer à nos projets sont les bienvenus. Tous ceux qui voudraient les transformer ou les instrumentaliser sont priés d’aller voir ailleurs ».

Une stratégie d’ouverture qui n’est pas sans causer certains débats au sein du réseau, à l’image de la coopération avec l’agro-industriel Fleury Michon en Vendée ou avec Vinci qui cède des terrains en bordure d’autoroutes. Controverses d’autant plus marquées dans les Jardins à proximité de Notre-Dame-des-Landes.

Innover pour durer

À la question des partenaires privés vient se greffer un nouveau défi, celui de répondre à la multiplication des offres de paniers bio. Si les AMAP et les jardins collectifs ont permis de diffuser les circuits courts, on assiste aussi aujourd’hui à des détournements : achat par internet, vente par les grandes chaînes de distribution. Une concurrence qui fait baisser la demande en produits et légumes frais. Le nombre d’adhérents stagne, « d’où l’importance de communiquer sur les particularités de nos missions... » glisse Frédérique en brandissant un tract tout chaud sorti de l’imprimante : « Légumes frais, bio et solidaires ! ».

L’innovation reste une clef pour exister sur le temps long. Des réalisations sont en cours : un Jardin de fleurs en Essonne, un "panier bébé" à Blois, avec légumes spécifiques et recettes. Les projets vont bon train : conserveries, distributions de paniers en entreprise, et même restaurants d’insertion. « Les circuits courts, ce n’est pas un modèle figé. Aux Jardins de Cocagne, on se fixe comme objectif d’élargir le public potentiellement intéressé par la démarche », intervient Frédérique à l’enthousiasme intarissable. L’opération 30 000 paniers solidaires rend accessible l’alimentation de qualité à des familles aux revenus faibles, en livrant des légumes aux associations caritatives, en proposant des tarifs préférentiels ou des formations au jardinage.

Faire sortir ces projets de terre passera aussi par la finance solidaire : le réseau vient de mettre en place un fonds d’investissement et de dotation avec la banque alternative la Nef. S’inspirant de Terre de Liens, le réseau Cocagne dresse un même constat : sans la mobilisation citoyenne, pas de possibilité de se solidifier. Inscrits dans le mouvement de la Transition, les Jardins se veulent acteurs du changement. Être des passeurs de frontières entre classes sociales, générations et corps de métier. La marche est-elle assurée vers le pays de Cocagne ?

Non, le bois n’est pas une énergie miracle Marc Théry Reporterre 2015/05/06 Marc Théry (6 mai 2015) Non, le bois n’est pas une énergie miracle. Reporterre. Tribune — Énergie fr

Non, le bois n’est pas une énergie miracle

Le chauffage au bois a de beaux jours devant lui, mais il faut respecter ses limites. Pour qu’il soit durable, il faut qu’il ait été bien préparé en amont. Car une vision simpliste du bois-énergie conduit à des désastres économiques et environnementaux.

Le bois représente la moitié de la consommation d’énergies renouvelables en France : 10 millions de tonnes d’équivalent pétrole (tep) par an, soit 4 % du total de l’énergie primaire consommée. Ces dix millions pèsent le double de l’hydraulique et six fois plus que l’ensemble éolien/solaire. Dans le monde, le bois de feu fournit environ 350 millions de tep par an (soit 10 % de la production pétrolière), essentiellement en Asie, Afrique et Amérique du Sud.

Cela mérite que l’on s’y intéresse : car des visions d’un peu trop haut conduisent vite à des désastres économiques et environnementaux. Nous sommes ainsi sous la menace de la vision simpliste qui semble prévaloir dans nos instances dirigeantes françaises : partant de l’idée que le gisement français est abondant et sous-exploité, elles ont choisi de le stimuler par le développement de très grosses unités de production de chaleur, ou combinées électricité/chaleur.

La consommation de bois pour production de chaleur et d’électricité augmente donc significativement, grâce à ces gros projets. Ainsi ceux de Gardanne (850 000 t de bois par an), dans les Bouches du Rhône, ou du Blosne, à Rennes (120 000 t, le quart de la ressource estimée en Bretagne), assèchent, dans des régions sensibles, les canaux d’approvisionnement de chaufferies de taille plus faible, pour finalement recourir à des importations massives par voie maritime. Il est indispensable de sortir de cette vision simpliste.

Voici quelques points clé, dont la méconnaissance nuit gravement tant aux projets individuels qu’à la filière bois aux échelles régionale et nationale :

• Aujourd’hui, tous les projets de production de chaleur et d’électricité à partir du bois ne sont compétitifs face aux autres sources d’énergie que grâce à des mécanismes de soutien : appels à projets nationaux de la CRE pour les grosses installations de production combinée électricité/chaleur, du BCIAT (fonds chaleur) pour celles qui ne produisent que de la chaleur, et plans régionaux de subvention des investissements, pour les installations de taille plus modeste. Les divers mécanismes aboutissent à verser une subvention de 40 à 80 € par MWh consommé, soit de 50 à 100 % au-delà du coût d’autres énergies.

• Sur un autre plan, la combustion du bois est beaucoup plus délicate que celle du gaz naturel par exemple. Il peut en résulter des rendements énergétiques dégradés et des risques d’endommagement des installations et de pollution. Pour les éviter, il faut à la fois des chaudières performantes, bien adaptées au combustible utilisé et bien réglées, et des dispositifs complémentaires de filtration, respectant des normes d’autant plus sévères que la puissance eset élevée.

Ce point est capital, et surtout pas du tout théorique, comme le constatent ceux qui ont travaillé sur des cas concrets : par exemple, sur une petite chaufferie, un avaloir de fumée en inox est rongé par l’acide sulfurique produit par des passages trop fréquents à la température dite point de rosée acide : on imagine facilement que l’atmosphère environnante doit en conserver quelques traces…

• La ressource de base, l’arbre qui va fournir le bois, est, par nature, très hétérogène dans ses modes de développement, ce qui s’oppose à des approches purement quantitatives qui considèrent qu’un arbre égale un autre arbre, et qu’un hectare de boisement égale un autre hectare de boisement. Rien n’est plus faux. Aujourd’hui, mondialement, les boisements sont de plus en plus relégués dans les zones où on ne peut rien faire d’autre dans des conditions économiques. Le recul des forêts tropicales et équatoriales va dans ce sens : la végétation luxuriante de ces régions pousse à exploiter les volumes énormes de bois qu’elles ont pu faire croître.

A l’inverse, bien des zones forestières, dans le grand nord, dans les zones de montagne, dans des zones accidentées, mais aussi dans des contextes secs comme le monde méditerranéen ou autres, n’existent que par défaut : la nature n’y est pas assez vivace pour de belles cultures, alors on laisse pousser lentement des arbres qui veulent bien y venir ; ou bien c’est le relief qui ne permet pas vraiment de faire autre chose. Dans la plupart des cas, la ressource, quoiqu’occupant de vastes surfaces, ne produira qu’avec parcimonie ou dans des conditions d’exploitation problématiques.

• Enfin, la densité énergétique de ce produit est faible : il faut 12 m³ de plaquettes de bois (utilisées pour l’alimentation des grosses chaudières), pesant de 3 à 5 tonnes selon le taux d’humidité, pour obtenir une tep (tonne d’équivalent pétrole), quand le volume d’une tonne de pétrole est sensiblement de 1,1 m³. On voit donc l’incidence majeure du transport : sur un attelage routier standard, on va pouvoir charger 25 à 30 tonnes de produits pétroliers, contre seulement 6 à 8 tep pour le bois. N’est-il pas aberrant de mettre sur les routes, voire sur les mers, pour des centaines ou des milliers de km, un combustible dont l’usage, dans nos pays, peut (et doit) largement se faire à proximité des gisements ?

Cette rapide revue débouche sur quelques recommandations pratiques mais qui semblent dépasser l’entendement de certains. Notamment :

• La proximité de la filière d’approvisionnement en bois donne, quand sa maîtrise est difficile à obtenir (propriété des boisements, contrats à long terme), un avantage concurrentiel (pas de coût de transport).

• Les choix des matériels doivent se faire en étroite considération du combustible dont on sait pouvoir disposer dans de bonnes conditions économiques. Être obligé d’adapter a posteriori le combustible à la chaudière est en général un désastre économique.

L’actualité présente et mes expériences de terrain montrent que, par nature, un projet de chauffage au bois repose sur des équilibres délicats qu’il faut consolider pour qu’ils constituent un socle pérenne pour la filière. Il faut donc connaître les causes des difficultés des projets de « chauffage au bois », pour les éviter ou les traiter curativement, sans se perdre dans les jeux d’acteurs entre parties prenantes, comme celui qui se joue, en cas de problème, entre le fournisseur de la chaudière et celui du combustible, pour ne parler que d’eux.

Le chauffage au bois a de beaux jours devant lui, mais il faut respecter ses limites ! Pour qu’il soit durable, il faut qu’il ait été bien préparé en amont. Pour approfondir efficacement les principales idées développées ci-dessus et en découvrir de nouvelles (exemple : est-il recommandé de surdimensionner sa chaudière, au cas où ?), une web-conférence récente est à votre disposition.

Les grands projets inutiles sont-ils solubles dans la démocratie ? Marie Astier (Reporterre) Reporterre 2015/05/06 Marie Astier (Reporterre) (6 mai 2015) Les grands projets inutiles sont-ils solubles dans la démocratie ?. Reporterre. Grands projets inutiles fr

Les grands projets inutiles sont-ils solubles dans la démocratie ?

Ce doit être de l’humour : le jour même où l’Assemblée votait la loi sur le renseignement, faisant reculer les libertés publiques, Ségolène Royal organisait un colloque sur la « démocratie représentative ». D’où il ressort que, plutôt que de pondre de nouveaux textes, il faudrait surtout que les « décideurs » changent d’état d’esprit.

Tirera-t-on les leçons du drame de Sivens ? C’est en tout cas le but de la Commission sur la démocratisation du dialogue environnemental. Lancée début janvier par Ségolène Royal, un colloque organisé hier au Muséum national d’histoire naturelle a permis de faire un point d’étape sur ses travaux.

Le sujet : « Démocratie participative et dialogue environnemental. » Dans la salle, des administratifs, quelques élus, et beaucoup d’acteurs du monde associatif. Les discussions tournent autour de quelques questions : comment intégrer les citoyens dans les processus de décision publique ? Comment ne pas seulement consulter mais aussi prendre en compte leur parole ? Comment, en fin de compte, aboutir à des décisions moins arbitraires et plus légitimes ?

Plateformes de consultation sur internet, groupes de citoyens tirés au sort pour discuter d’un sujet, réunions publiques… Les propositions sont nombreuses. « On est dans une dynamique très positive », se félicite la modératrice des débats Laurence Monnoyer-Smith. L’universitaire est aussi vice-présidente de la Commission nationale du débat public. « On n’a jamais eu de ministre aussi engagé sur le thème de la démocratie participative. » Ségolène Royal a demandé que le rapport de la commission soit rendu fin mai, pour intégrer ses propositions dans la loi pour la biodiversité cet automne.

Un enthousiasme que ne partage pas Geneviève Coiffard-Grodoy, venue comme représentante de la coordination des opposants à l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. « Rien n’a été dit sur la question éthique, relève-t-elle. Le mot conflit d’intérêt n’a pas été prononcé… On verra ce que donne cette commission, mais on n’en espère pas la solution magique. »

« Entre l’objectif initial, qui est comment éviter un nouveau Sivens, et le résultat final, on sera sans doute loin du compte », prédit Ben Lefetey, porte-parole du collectif pour la sauvegarde de la zone humide du Testet.

Pourquoi est-il si difficile de faire participer les citoyens en démocratie ? Le professeur de science politique Loïc Blondiaux, invité à conclure les débats, estime que nos institutions ne sont pas faites pour la démocratie participative : « Nous avons un gouvernement représentatif. Il a été inventé à la fin du 18e siècle par des pères fondateurs qui détestaient la démocratie, ils avaient peur des citoyens », rappelle-t-il.

Mais plus que nos institutions, c’est notre culture politique qui est en cause. « Il faut poser la question de la culture des élites politiques et techniques qui dominent aujourd’hui en France, poursuit-il. Elles s’entretiennent dans le culte de leur supériorité. Et puis, certains font remarquer que nous sommes dans des sociétés où il n’y a pas d’éducation à la participation, à la prise de parole publique. Les distances entre les élites et les citoyens ordinaires sont trop grandes pour qu’une participation puisse être significative. »

« C’est vrai qu’un certain nombre d’acteurs ne souhaitent pas la démocratie participative, reconnaît Laurence Monnoyer-Smith. Les entreprises ou les élus pensent que cela présente des difficultés, que cela demande du temps. Certains acteurs restent sur le modèle représentatif. »

Une difficulté à laquelle se sont souvent frotté les opposants aux grands projets inutiles. « Qu’il y ait de la concertation, c’est bien, mais encore faut-il qu’elle soit prise en compte, insiste Ben Lefetey. Car pour l’instant elle n’est pas prise en compte par les préfets. » Exemple pour le Center Parcs de Roybon, en Isère : « L’enquête publique était défavorable au projet, son avis n’a pas été respecté. »

« L’enjeu est de changer de culture politique, conclut-il. Il faut que les administrations, les politiques prennent réellement en compte les avis issus de la consultation du public. On a moins besoin de nouveaux dispositifs, d’une loi supplémentaire, que d’une réelle volonté politique d’utiliser les outils existants dans un réel esprit de co-décision. »

DEUX ANNONCES DES OFFICIELS : PLUS D’INDEPENDANCE ET UNE CONSULTATION EN AMONT

Première annonce faite mardi 5 mai par la ministre de l’Ecologie Ségolène Royal, l’autorité environnementale régionale devrait gagner en indépendance. Aujourd’hui, le préfet est à la fois le promoteur et l’arbitre des projets. Pas surprenant qu’il les juge tous opportuns... Désormais, les services qui feraient les rapports d’opportunité ne seraient plus sous son autorité, mais sous celle de l’administration centrale. « Cela change beaucoup de choses, par exemple à Sivens le rapport des experts a pu se permettre de critiquer les élus », rappelle Ben Lefetey. Le décret est actuellement en relecture dans les ministères.

Deuxième annonce, faite par le sénateur Alain Richard, président de la Commission sur la démocratisation du dialogue environnemental : la concertation devrait avoir lieu en amont des projets. Cela permettrait notamment de discuter de l’opportunité d’un projet (par exemple de l’opportunité de la construction d’un aéroport à Notre-Dame-des-Landes) et des alternatives au projet (par exemples les solutions alternatives au barrage de Sivens), et de ne pas réaliser l’enquête publique sur un projet déjà largement dessiné et peu amendable.

Elections au Royaume-Uni : personne n’en parle, mais les Verts sont bien là Molly Scott Cato Reporterre 2015/05/07 Molly Scott Cato (7 mai 2015) Elections au Royaume-Uni : personne n’en parle, mais les Verts sont bien là. Reporterre. Tribune — Monde fr

Elections au Royaume-Uni : personne n’en parle, mais les Verts sont bien là

Jeudi 7 mai, les élections législatives ont eu lieu outre-Manche. Les Verts britanniques sont en bonne forme, mais bloqués par un système électoral dépassé et injuste. La députée européenne Molly Scott Cato nous explique la situation de nos voisins greens. Ceux-ci ont recueilli plus d’un million de voix - et un député.

- Actualisation - Les Verts ont obtenu lors de l’élection du 7 mai au Royaume Uni 1,125,259 voix, soit 3,7 % des voix. Ils auront un député au Parlement, Caroline Lucas, élue à Brighton. Les Verts se réjouissent de ces résultats, soulignant « plus d’un million de personnes ont voté pour les écologistes, quatre fois plus que dans les élections précédentes »

Les Verts anglais détiennent actuellement un siège dans le parlement britannique et espèrent en décrocher d’autres aujourd’hui, aux élections législatives. Le siège actuel est détenu par Caroline Lucas (photo chapô) dans la circonscription de Brighton.

Un parti populaire mais mal représenté

Nous connaissons un franc succès dernièrement ! Je me réjouis du fait que nous avons aujourd’hui plus de 60.000 membres suite à la ‘green surge’ (vague verte) qui a débuté en janvier 2015. Pour vous donner une image de ce que cela représente, en termes de membres, nous sommes plus ou moins côte à côte avec les Verts en Allemagne.

Il semble maintenant que cet élan peut être attribué au moins à une réaction contre le bond de popularité de UKIP en 2014. En fait beaucoup de nouveaux membres expliquent que leur décision était motivé par une volonté de contrer la montée du parti d’extrême-droite UKIP. Mais cela s’explique aussi par une réaction à un parti travailliste qui s’est progressivement déplacé vers le centre et qui n’est plus considéré comme suffisamment de gauche.

Les Verts ont aussi récemment eu beaucoup de couverture médiatique suite au refus de la BBC de permettre à la dirigeante Natalie Bennett de débattre avec les chefs des autres partis politiques lors de débats télévisés. Une pétition et une campagne ont rapidement suivi et la BBC et ITV ont finalement accepté d’élargir la liste de leurs invité(e)s afin d’inclure les plus petits partis. Le débat sur la BBC, avec la participation de Natalie Bennet, a eu lieu en avril.

Des sondages actuels nous placent autour de 5 % en moyenne, mais sans réforme du système électoral, ce chiffre pourrait se traduire, sur 650 sièges disponibles dans la Chambre des Communes, par un, voire deux sièges seulement. Ceci est dû au système de vote qui est non-proportionnel. Cela veut dire que dans une circonscription, le gagnant est la personne qui reçoit le plus de votes, et elle « remporte tout », alors que les partis arrivant en deuxième ou troisième place repartent les mains vides. En pratique, cela se traduit par une course entre le parti de droite - conservateur (les Tories) - et le parti de gauche - travailliste (Labour).

Pour nous, la possibilité d’avoir un ou deux sièges de plus à la Chambre tient aux sièges marginaux, c’est-à-dire ceux pour lesquels il n’y a pour le moment aucun parti sûr de ressortir vainqueur. A la différence des sièges dénommés ‘safe seat’ où un parti (généralement soit les conservateurs, soit les travaillistes) est certain de l’emporter.

Pour le moment, nous essayons de maximiser nos chances de remporter un siège en poussant en particulier douze candidats verts, dans douze circonscriptions. En fait, les seules vraies chances sont probablement au nombre de deux voire trois, c’est-à-dire, Brighton, là où siège la titulaire Verte actuelle Caroline Lucas et Bristol West avec le candidat Darren Hall.

Bristol West se trouve dans ma circonscription européenne (South West) et je soutiens Darren qui, parmi tous nos candidats, détient la meilleure chance de décrocher un siège. Suite à sa campagne enthousiaste et les efforts des Verts dans Bristol West, nous sommes passés dans les sondages de 5 % à 25 % actuellement. Il y a une troisième, mais plus fragile, possibilité avec la candidate Lesley Grahame dans la circonscription de Norwich South.

Le programme des Greens

Les Verts se sont lancés dans la campagne électorale en s’engageant sur des dossiers clés :

- Rééquilibrer le système économique : stop à l’austérité, taxe ‘Robin des Bois’ sur les 1 % les plus riches, salaire minimum de ₤10 par heure en 2020.

- Défendre le système de soins de santé publique (National Health Service) : maintenir le caractère public, maintenir la gratuité pour ses utilisateurs, stopper sa privatisation rampante, davantage de ressources aux services voués à la santé mentale.

- Climat : maintenir l’augmentation moyenne des températures en-dessous de 2°C, interdire l’exploitation de gaz de schiste, éliminer progressivement des centrales au charbon, stopper la construction de nouvelles centrales nucléaires (Hinkley Point), introduire des subventions pour l’énergie renouvelable, améliorer le système de protection contre les inondations et mieux isoler les bâtiments.

- Enseignement : Abandonner les frais d’inscription à l’université et les coupes budgétaires et investir dans l’enseignement supérieur, ramener l’éducation primaire et secondaire sous la gestion des autorités publiques.

- Logement : Améliorer l’offre et l’accès à des logements de qualité à prix abordable, abolir la taxe ‘chambre supplémentaire’ que les locataires sociaux devaient payer, offrir 500.000 logements sociaux d’ici 2020, plafonner les loyers.

- Transport : Renationalisation du rail, diminuer les prix des titres de transport de 10 %, promouvoir la marche et le vélo afin de réduire la pollution et améliorer la santé publique.

#fairvotesnow : la campagne pour un système électoral plus juste

Les Verts écossais, qui sont un parti séparé et spécifique à l’Ecosse, ont également connu un regain d’intérêt et une augmentation rapide des inscriptions avec aujourd’hui environ 9 000 adhérents. Le peuple écossais vote typiquement travailliste/Labour, mais l’année passée a vu le référendum sur l’indépendance de l’Ecosse et une envolée de soutien pour les nationalistes écossais ainsi que pour les Verts.

Tous les sondages prévoient en Ecosse un basculement de votes des travaillistes vers les nationalistes. Le parti travailliste avance donc l’argument qu’un vote pour les nationalistes équivaut à un vote pour les conservateurs, suite à la division des électeurs de gauche entre travaillistes et nationalistes. Néanmoins, à l’heure actuelle, malgré les proclamations des candidats, une coalition à Westminster entre les nationalistes écossais et les travaillistes n’est pas à exclure.

En conclusion, à cause du système électoral injuste et déséquilibré, nous sommes empêchés de convertir notre popularité auprès de la population en sièges parlementaires. Il y a cependant une lueur d’espoir – l’opinion publique commence à prendre conscience des limites d’un système électoral qui se résume à une course entre deux chevaux, le système dit du « First Past the Post ». Peut-être le vrai succès de ces élections sera-t-il l’ampleur de la mobilisation contre ce système injuste et la campagne sur les médias sociaux autour du slogan #fairvotesnow. Et ce en dépit du fait qu’en 2011 il y a eu un référendum sur cette question qui a eu comme résultat un refus de toute réforme et la conservation du système actuel.

Voici pourquoi Caroline Lucas, malgré ce manque de représentation proportionnelle et le risque de fractionnement du bloc de voteurs de gauche, appelle les électeurs à ne pas voter tactiquement mais à voter pour le parti qu’ils soutiennent véritablement. Parce qu’il faut construire sur le succès du mouvement #fairvotesnow et mettre cette injustice en évidence, il faut la mettre sur la scène publique et attirer davantage d’attention là-dessus.

La métaphore d’une course de chevaux a finalement ses limites : dans une course de chevaux, on handicape les plus forts, les plus rapides, alors que notre système électoral fait l’inverse et handicape les petits partis et dope les plus forts. Pour les Verts, pour nous permettre de vraiment faire une entrée sur la scène politique au Royaume-Uni, la réforme du système électoral vers un système plus juste qui prend en compte les votes pour les plus petits partis, est indispensable.

Politis Reporterre 2015/05/07 (7 mai 2015) Politis. Reporterre. fr

Politis

Le numéro 1352 du 7 au 13 mai 2015 de Politis est sorti !

- Jean-Luc Mélenchon : « Le modèle allemand est une imposture » - « Le Hareng de Bismarck », de J-L Mélenchon : Derrière l’Allemagne, l’avenir de l’Europe - Les écologistes s’éloignent du PS - Laura Slimani : Graine de frondeuse - Proche-Orient : Incohérences françaises - Royaume-Uni : Le retour de la question européenne - Argentine : pourquoi l’avortement ne passe pas ? - Peine de mort : « Un travail de sensibilisation » - Pesticides : Du poison par arrêté préfectoral - RDC : Crime organisé contre les éléphants

Le sommaire complet, c’est par ici.

L’agriculture bio est devenue un secteur économique à part entière Pascale Solana (Reporterre) Reporterre 2015/05/07 Pascale Solana (Reporterre) (7 mai 2015) L’agriculture bio est devenue un secteur économique à part entière. Reporterre. Économie fr

L’agriculture bio est devenue un secteur économique à part entière

Le secteur de l’agriculture biologique est en pleine croissance. Mais ce développement suscite des questions quant à son uniformisation, le choix de l’exportation ou encore sa philosophie première.

« Le bio fut une idée, puis une technique, c’est maintenant un secteur », annonçait Nicolas Bouzou du cabinet Astares le 16 avril dernier. C’est plein d’enthousiasme pour ces perspectives de croissance que l’économiste a présenté son étude « La transformation bio face au défi de la croissance » réalisée pour la fédération Natexbio qui regroupe les entreprises de la bio, soit 3 000 PME/TPE et 20 000 collaborateurs. [1]

De même que l’agriculture bio est le secteur le plus dynamique de l’agriculture, de même les produits transformés bio deviennent un des moteurs de l’industrie agro-alimentaire. Oui, l’IAA. Car « le bio n’est plus de l’artisanat, mais de l’industrie », déclarait l’économiste au risque d’écorcher des oreilles nostalgiques de passé et de philosophie.

D’ailleurs, c’est dans le parc des expositions de Villepinte, zone d’activité industrielle et économique, que se déroulera du 18 au 20 octobre Natexpo. « C’est un rendez-vous d’affaire, précise l’organisatrice Patricia Berthomier-Massip, de la Spas, fière de la dimension internationale que prend ce salon réservé aux professionnels et qu’elle entend ouvrir de plus en plus à l’international sur les traces de grands marchés bio comme la foire mondiale Biofach à Nuremberg en Allemagne. La surface 2013 est déjà dépassée. On doit repousser les murs avec 1600 m2 supplémentaires ! » 12 000 visiteurs français et internationaux et 600 exposants sont attendus sur 15 000 m2 pour découvrir les nombreuses innovations. Car les entreprises bio s’avèrent plus innovantes que les conventionnelles. En 2013, 42 % d’entre elles ont lancé de nouveaux produits.

Le chiffre d’affaire de la transformation des produits bio [2] représente 2,86 milliards, soit 2,3 % de la production de l’industrie agro-alimentaire. Cela paraît peu, mais les indicateurs sont prometteurs de croissance. Quand le chiffre d’affaire de l’ensemble de l’IAA progressait de 2 % en 2013, celui des entreprises de l’aval de la filière bio affichait + 14 %. C’est à rapprocher de la hausse de la consommation (+ 9 % selon l’Agence Bio) dans un contexte de stagnation de la consommation des ménages (+ 0,3 %). Quant à l’emploi, s’il recule de 1 % (Insee) dans l’IAA, il a progressé de 3 % entre 2012 et 2013 chez les bio.

Perte de diversité ?

A l’inverse de bien des domaines de l’industrie française en surproduction, la demande est plus forte que l’offre. L’appareil productif des entreprises est sous-dimensionné et surtout, les surfaces bio ne progressent pas assez vite, ce qui contraint l’offre. C’est une exception dans l’économie française, remarque Nicolas Bouzou. Pour lui, même si les entreprises ont régulièrement réinvesti dans leur outil, désormais leur développement est conditionné par l’apport de nouveaux investissements et de capitaux extérieurs.

Preuve que le bio est un secteur et non plus une niche, les marges nettes. Si elles restent supérieures, notamment pour les fruits et légumes, les viandes et les produits laitiers, depuis 2009 elles baissent et se rapprochent de celles des entreprises conventionnelles (2,8 % en 2013). Attirés par le succès, l’arrivée de nouveaux acteurs génère de la concurrence et accroît le pouvoir de négociation de la distribution. C’est aussi cette baisse de marge qui réduit la capacité à investir. De fait, dans les prochaines années on devrait voir de plus en plus d’entreprises se concentrer pour se renforcer, optimiser les coûts, se recapitaliser, ce qui a déjà commencé.

Peut-on craindre une perte de diversité dans le tissu entrepreneurial bio ? Plus simplement dit, un paysage où il ne resterait que de très grosses entreprises, voire des géantes, avec des petites entreprises pour la vitrine artisanale, de moins en moins d’entreprises de taille moyenne, des marges au ras des pâquerettes dans un contexte de guerre commerciale ?

Le secteur attire suffisamment de nouveaux entrants pour que coexistent de grandes entreprises issues de rapprochements régionaux voire transnationaux et des petites entreprises, explique Nicolas Bouzou, rassurant. Benoit Soury président de la fédération Natexpo complète : « Nous n’avons de toutes façons jamais recherché l’uniformisation, les filières restent équilibrées. Ce qui compte surtout, c’est de ne pas être en déphasage avec la production agricole. »

Pour lui, le regroupement d’entreprises devrait faciliter les négociations, notamment avec la distribution. Et d’ajouter, tel un gage de bienveillance, que les acteurs historiques sont encore très présents. « On a besoin d’avoir de bonnes relations avec nos fournisseurs, d’ailleurs, nos contractualisations vont plus loin que les textes de Bercy. »

LE ou LA bio ?

Si le bio est devenu un « vrai secteur » symbole de « ce cycle de croissance nouveau qui n’a plus rien à voir avec celui des Trente glorieuses », comme s’enthousiasme Nicolas Bouzou, on peut quand même se demander si le schéma de développement qu’il dessine est novateur. On s’interroge même lorsque pour accompagner la croissance bio, il préconise de développer les exportations à fond (7 % de la production bio). « Même loin, même en Chine, pourquoi pas ! » car « comparé à la production, le transport n’est pas le poste carbone le plus lourd », assure-t-il. Même en avion ? « Même en avion ! »

Et on ne manquera pas de relever le choix du masculin pour parler bio alors qu’un certain nombre d’acteurs sont attachés au féminin. Au-delà du détail linguistique, cet usage témoigne que LA bio n’a pas été successivement une idée, une technique, un secteur, vision réductrice. Elle reste tout cela en même temps et bien plus, un « élément de progrès social pour l’humanité », comme disent certains agriculteurs bio, avec des objectifs d’intérêt général comme la préservation de la santé des hommes et de la terre, un projet de société.

« Tout va s’effondrer. Alors... préparons la suite » Entretien avec Pablo Servigne Reporterre 2015/05/07 Entretien avec Pablo Servigne (7 mai 2015) « Tout va s’effondrer. Alors... préparons la suite ». Reporterre. Entretien — Culture et idées fr

« Tout va s’effondrer. Alors... préparons la suite »

Le pic pétrolier, le climat qui se dérègle, la biodiversité qui disparaît… Les scientifiques nous bombardent de nouvelles alarmistes, mais que faire ? Prenons-les enfin au sérieux, préconise Pablo Servigne, co-auteur de « Comment tout peut s’effondrer ». Mais pas de panique : même si le chemin n’est pas facile, il faut l’accepter, pour commencer à préparer le monde d’après.

Sur quels faits vous appuyez-vous pour affirmer que l’effondrement est possible ?

Nous avons rassemblé un faisceau de preuves qui viennent des publications scientifiques. Les plus évidentes sont liées au fait que notre civilisation est basée à la fois sur les énergies fossiles et sur le système-dette.

Le pic de pétrole conventionnel a eu lieu en 2006-2007, on est entrés dans la phase où l’on exploite le pétrole non conventionnel : sables bitumineux, gaz de schiste, pétroles de schiste, etc. Déjà, c’est un signe qui ne trompe pas.

Ensuite, il y a un siècle, on investissait un baril de pétrole et on en retirait cent. On avait quatre-vingt-dix-neuf barils de surplus, on nageait dans le pétrole. Un siècle après, ce taux de retour est descendu à dix ou vingt, et cette diminution s’accélère. Or, en-dessous d’un certain seuil, entre quinze et vingt, c’est dangereux pour une civilisation. Pour fonctionner, notre société a besoin de toujours plus d’énergie. Or il y en a toujours moins. Donc à un moment, il y a un effet ciseaux.

En même temps, pour fonctionner, notre société a besoin de toujours plus de croissance. Pendant les Trente glorieuses, les deux-tiers de notre croissance faramineuse venaient des énergies fossiles. Sans énergies fossiles il n’y a plus de croissance. Donc toutes les dettes ne seront jamais remboursées, et c’est tout notre système économique qui va s’effondrer comme un château de cartes.

Dans ce schéma, quelle place a la crise écologique ?

Dans notre livre, on prend la métaphore de la voiture. Il y a la question du réservoir d’essence : à un moment il sera vide. C’est ce que je viens d’expliquer. Et il y a un autre problème : la voiture va de plus en plus vite et sort de la route. La science s’est rendue compte que le climat s’est emballé, que la biodiversité s’effondre littéralement. On dépasse des seuils qu’il ne faudrait pas dépasser sous peine de déstabiliser les écosystèmes qui nous maintiennent en vie. La voiture risque de se prendre des arbres. Si on va au bout, certaines études montrent que l’on peut vraiment éliminer presque toute vie sur Terre. On en est à ce point là.

Donc la crise écologique est beaucoup plus grave que les crises économiques. Certaines civilisations anciennes se sont effondrées économiquement et politiquement. Quelques siècles après, ça renaît. Et puis il y a des civilisations qui se sont effondrées pour des cause écologiques. L’effondrement de l’environnement provoque l’effondrement de la civilisation. Là, en revanche, la civilisation ne repart pas parce que le milieu est épuisé, mort.

Parmi toutes ces catastrophes, quelle est celle qui risque de déclencher les autres ?

Ce qui est important, pour l’étincelle qui déclenchera les autres, c’est la rapidité. Et là, c’est le système financier qui est le plus fragile. Les effondrements financiers sont très rapides, même s’ils sont moins graves. Le problème, c’est qu’ils peuvent déclencher un effondrement économique, donc du commerce physique, qui peut déclencher un effondrement politique, et plus tard un effondrement des institutions sociales, de la foi en l’humanité, de la culture, etc.

On utilise plutôt les mots « crise » ou « catastrophe » : pourquoi avoir choisi de parler d’« effondrement » ?

On a quand même utilisé les mots catastrophe et crise. Catastrophe, on l’aime bien parce qu’il est provocateur. En fait nous sommes devenus catastrophistes. Cela ne veut pas dire qu’on souhaite les catastrophes ou qu’on arrête de lutter contre. Cela veut juste dire qu’on est lucides et qu’on les accepte.

Le mot crise, lui, ne convient pas parce qu’il sous-entend que l’on peut revenir à l’état de normalité qu’on avait avant la crise. Or ce n’est pas le cas. Donc parler de crise est un abus de langage, même si on l’a quand même un peu utilisé dans le livre.

Effondrement est un mot qui nous plaît bien parce qu’il est très large. Il permet d’être aussi bien du côté de la raison, de parler des rapports scientifiques, que de toucher l’imaginaire. Quand on parle d’effondrement, les gens voient Mel Gibson avec un fusil à pompe, ou des films de zombies. Mais il y a beaucoup d’autres choses qui peuvent émerger. Donc notre travail, c’est de donner chair à ce mot d’effondrement. D’arriver à décrire ce à quoi il pourrait correspondre dans notre société, pour la génération présente, en-dehors des mythes hollywoodiens.

Et cela permet aussi de se rendre compte que c’est un processus.

Oui. Dans notre imaginaire, on a la notion d’apocalypse. Du jour au lendemain, il n’y a plus rien et c’est la barbarie. En fait non. Quand on parle d’effondrement, on parle aussi bien d’une catastrophe financière qui arrive en quelques heures, que d’une catastrophe climatique qui arrive en quelques décennies voire en quelques siècles. Toutes les grandes civilisations qui se sont effondrées ont mis des dizaines voire des centaines d’années à le faire.

Si ça s’effondre, qu’est-ce qui s’effondre exactement ?

On a creusé cette question en partant de ce qui était vulnérable. Aujourd’hui dans nos sociétés, on a une économie, des lignes d’approvisionnement, un système financier, des structures de flux – tout ce qui est système alimentaire, système d’approvisionnement en eau, système médical. Tout cela est devenu extrêmement fragile parce que complexe, inter-connecté. Donc ce qui va s’effondrer, c’est tout ce qui dépend des énergies fossiles. Cela inclut les énergies renouvelables et le nucléaire, car pour les fabriquer, il faut des énergies fossiles. Quand on se rend compte que quasiment toute notre nourriture dépend du pétrole, qu’est-ce qu’on va manger ? Ce qui va s’effondrer est absolument gigantesque.

Une autre manière de répondre est que plus un pays est riche et industrialisé, et hors sol, plus il va tomber de haut. Aux périphéries, cela va être beaucoup moins grave et il va y avoir des jeunes pousses qui vont pouvoir relancer une civilisation. Par exemple, pendant la crise des subprimes de 2008, il y a eu trente-cinq pays qui sont entrés en émeutes de la faim, juste à cause d’une fluctuation des matières premières. Au Mozambique, ils n’étaient pas connectés au système mondial économique, et ils n’ont pas subi cette crise.

Est-il possible d’éviter cet effondrement ?

Non, c’est un des grands messages du livre. L’éviter voudrait dire qu’on continue notre trajectoire de croissance. Or non seulement ce n’est plus possible (on l’a montré avec la fin des énergies fossiles), mais si on continue de croître, le réchauffement climatique et la destruction de la biodiversité provoqueront un effondrement de notre civilisation. L’autre voie pour éviter un effondrement serait de bâtir une économie qui n’ait pas besoin de croissance. Mais sans croissance, la civilisation industrielle actuelle s’effondre. Donc de tous les côtés, ça s’effondre. On est cernés.

La posture du livre est de l’accepter. Il y a un effondrement, d’accord, on respire. On apprend à gérer sa raison, à gérer ses émotions, à gérer son rapport avec les autres, avec l’avenir. J’ai dû renoncer à des rêves que j’avais pour moi, mais j’ai dû renoncer à des rêves que j’avais pour mes enfants. C’est très douloureux. Une piste de sortie, c’est que l’effondrement peut être vu comme une opportunité incroyable d’aller vers quelque chose qu’on peut commencer à construire dès maintenant.

Est-ce qu’on le saura, quand l’effondrement arrivera ?

Vous connaissez la fable de la grenouille ? Quand on met une grenouille dans l’eau bouillante, elle saute. Quand on la met dans l’eau froide et qu’on fait peu à peu monter la température, elle reste jusqu’à en mourir parce qu’elle ne se rend pas compte que l’eau devient bouillante… Notre intuition est que peut-être, en Grèce, en Espagne, en Syrie, l’effondrement a déjà commencé. Nous, on n’est pas encore touchés parce qu’on est riches.

Comment êtes-vous arrivé à concentrer vos recherches sur l’effondrement ?

Un spécialiste du pic pétrolier, dans un colloque, a un jour parlé de ce qu’il appelle des « Oh my God points » [des points « oh mon Dieu » - NDLR]. Ce n’est pas un choc de la tête, c’est un choc du ventre et du cœur et après, plus rien n’est pareil.

Mon premier, c’était le pic pétrolier. J’ai vu un documentaire sur comment Cuba a survécu au pic pétrolier, et ça m’a tellement bouleversé que j’y suis allé pendant deux mois. Un autre grand « Oh my god point » est ma rencontre avec Dennis Meadows, le co-auteur du rapport du club de Rome [Rapport sur les limites de la croissance, 1972 - NDLR]. Son message est clair : il est trop tard pour le développement durable, il faut se préparer au choc, et construire des petits systèmes résilients parce que l’effondrement est là. Cela fait quarante ans qu’il dit cela, personne ne l’écoute. Le rapport prévoit un effondrement pour le début du 21e siècle et c’est ce qu’on est en train de vivre.

Pourtant, la grande majorité des gens ne voient pas l’effondrement.

Ils sont dans le déni, parce que c’est trop violent.

Après plein de gens savent. C’est le grand problème de notre époque : on sait mais on ne croit pas. Les mythes sont toujours plus forts que les faits. Notre mythe, c’est la croissance infinie, la techno-science qui domine la nature. Si on trouve un fait qui ne colle pas avec ces mythes, on le déforme pour le faire rentrer. On dit qu’on trouvera de nouvelles énergies, par exemple.

C’est pour cela qu’avec ce livre on est sur le terrain de l’imaginaire, qui est beaucoup plus fort que les faits, et structure la manière de donner sens au monde. On dit que l’utopie a changé de sens : les utopistes sont aujourd’hui ceux qui croient qu’on peut encore continuer comme avant.

Accepter l’effondrement, c’est comme accepter la mort d’un proche. Il faut dépasser les phases du deuil : le déni, le marchandage, la colère, la tristesse et l’acceptation. Beaucoup de gens sont encore dans le déni, mais il y en a aussi dans la tristesse, dans la colère. Et il y en a qui sont dans la joie, parce qu’ils sont déjà dans l’acceptation.

A la fin de l’année se déroulera une grande conférence sur le climat à Paris. N’est-ce pas la preuve que nos élites politiques ne nient plus l’effondrement et cherchent des solutions ?

Non, je pense que les politiques n’y croient pas. C’est bien que des gens se mettent autour de la table pour parler de climat, cela a au moins une vertu pédagogique. Mais parler de solutions, c’est tordu. Cela laisse la porte ouverte à tous les techno-béats qui sont là à trépigner avec la géo-ingénierie. Et cela empêche de se rendre compte que le changement climatique, même si tout s’arrête d’un coup, c’est déjà trop tard, il s’est emballé.

Mais on peut limiter les dégâts, c’est pour cela que c’est bien de mener des négociations. Et surtout on doit le faire parce qu’aujourd’hui, il n’y a aucun grand conflit international. C’est le moment idéal pour des négociations.

Que peut-on faire d’autre au niveau politique pour faire face à l’effondrement ?

On est dans des paradoxes, car si quelqu’un au niveau politique commence à parler d’effondrement cela va créer une panique des marchés financiers, qui va provoquer l’auto-réalisation de l’effondrement. Il va provoquer ce qu’il voulait éviter.

En revanche, on peut agir au niveau micro-politique. Avec l’effondrement, les macro-structures vont souffrir. On va retourner à des sociétés beaucoup plus locales. Le mouvement de la transition est en train de redonner du pouvoir aux gens au niveau municipal. C’est cette échelle qui permet de passer à l’action rapidement.

Vous dites que pour décrire l’effondrement, les faits scientifiques ne suffisent pas. Il faut aussi avoir l’intuition qu’il arrive. Ceux qui portent des alternatives sont-ils ceux qui ont cette intuition ?

Pour beaucoup, oui. Il y a des millions d’individus dans le monde qui sont déjà dans le monde post-pétrole, post-effondrement : le monde d’après.

Le problème est que si on n’a pas encore mis les lunettes de la transition, on ne voit pas ces initiatives. On ne comprend pas pourquoi tel paysan a développé la traction animale. Or dans vingt ans, l’agriculture industrielle se sera effondrée et tout le monde sera à la traction animale.

Il faut se mettre en transition, c’est une opportunité de changer le monde. Cela veut dire construire des « réseaux des temps difficiles ». C’est retrouver le lien aux autres, à la nature, avec nous-mêmes. C’est accepter l’interdépendance de tous les êtres. Quand une civilisation s’effondre, les bâtiments peuvent s’effondrer, il reste les liens humains.

A quoi ressemblerait ce monde d’après, ce monde en transition ?

Ce n’est pas à moi de répondre à cette question. Ce qu’on donne dans ce livre, ce sont des outils pour qu’avec votre imaginaire, vous forgiez votre monde d’après. Il sera différent d’un pays à l’autre, d’une personne à l’autre, c’est la mosaïque de l’effondrement. Je ne sais pas si on arrivera dans un grand sursaut collectif à en atténuer les effets, ou si on ira vers plus de guerres, de famines, de catastrophes. Mais je sais qu’il y a un grand chemin intérieur à faire, qu’on a déjà commencé et qu’on est nombreux.

Ici nous sommes au Hameau des buis, une communauté installée dans la campagne ardéchoise. Avoir fait le choix d’habiter ici, est-ce une façon d’anticiper l’effondrement ?

J’aimerais dire non, mais en fait je dois avouer qu’au fond de moi, j’ai fait cela pour quitter la ville parce que je sens qu’à ville, cela va être de plus en plus difficile. Un grand exode urbain a commencé. Plein de jeunes, de néoruraux, de « nimaculteurs » - non issus du monde agricole - y participent.

Et la transition, comment l’amorcez-vous ici ?

Ici, au Hameau des buis, on n’est pas du tout autonomes en énergie, en alimentation, etc. Quand je suis arrivé, j’ai fait ma conférence et cela a provoqué des « Oh my god points ». On a entamé des travaux pour être autonomes en eau et en alimentation. On se dit qu’il va falloir qu’on ait des chevaux pour se débrancher de la voiture.

Pour moi, la transition c’est l’histoire d’un grand débranchement du système industriel. Se débrancher avant qu’il ne s’effondre et nous emporte avec. Car pour l’instant, si tout s’effondre on est mort : je ne sais pas vivre sans voiture et sans supermarché.

- Propos recueillis par Marie Astier

- Comment tout peut s’effondrer. Petit manuel de collapsologie à l’usage des générations présentes, de Pablo Servigne et Raphaël Stevens, Ed. Le Seuil, 304 p., 19 €

Manuel Valls ne veut plus écraser de hérisson Alessandro Pignocchi Reporterre 2015/05/09 Alessandro Pignocchi (9 mai 2015) Manuel Valls ne veut plus écraser de hérisson. Reporterre. Nature fr

Manuel Valls ne veut plus écraser de hérisson

Manuel Valls chagriné par un hérisson ? Mais... à quoi ressemblerait le monde si une cosmogonie incluant humains et non-humains dans une même communauté l’emportait sur le mode de pensée occidental ?

L’auteur de ces dessins, Alessandro Pignocchi, est chercheur en sciences cognitives. Il nous explique comment ses dessins s’inscrivent dans son travail :

« Ce dessin s’inspire de mon travail universitaire et de celui de l’anthropologue Philippe Descola. L’idée est que les ethnies animistes (comme les indiens d’Amazonie, dont parle mon blog et mon projet de BD documentaire) prêtent aux plantes et aux animaux un esprit similaire au nôtre. Plantes et animaux sont à ce titre intégrés à la communauté morale.

Ces dessins relèvent d’une anthropologie symétrique : imaginer le regard scandalisé que des animistes poseraient sur notre société, ou ce à quoi ressemblerait le monde si, contre toute attente, la cosmogonie animiste l’emportait sur le mode de pensée occidental. »

Le loup en question. Fantasme et réalité Jean-Marc Moriceau Reporterre 2015/05/09 Jean-Marc Moriceau (9 mai 2015) Le loup en question. Fantasme et réalité. Reporterre. Animaux fr

Le loup en question. Fantasme et réalité

Plus de 300 loups se sont installés en France et 8 200 animaux domestiques ont péri sous leurs crocs en 2014. Symbole de la biodiversité et d’un retour naturel réussi, le prédateur est aussi un drame pour les éleveurs. Depuis 1992, des visions antinomiques s’exacerbent tandis qu’il recolonise désormais une trentaine de départements, passant des montagnes aux plaines.

Le loup, véritable révélateur de nos choix de société et d’environnement, met en lumière nos faiblesses et nos divisions. Il est urgent d’y voir clair pour comprendre et agir. D’où viennent nos représentations ? Où se trouvent les loups et comment évoluent leurs effectifs ? Sont-ils dangereux et l’ont-ils été dans le passé ? Quel est leur impact sur la faune sauvage et le bétail ? Comment est-il possible de gérer cette espèce protégée en minimisant les dommages qu’elle provoque ?

L’auteur dresse un état des lieux sans équivalent et souligne les ambiguïtés qui subsistent dans notre conception du sauvage et des campagnes. Il nous convie à faire œuvre de pragmatisme à l’échelle régionale mais aussi européenne. Un bilan qui interpelle notre rapport à la nature.

Le loup en questions. Fantasme et réalité, Jean-Marc Moriceau, Ed. Buchet Chastel, 144 p., 12.00 €

Reporterre va chez Nova - Quand un beau gosse rend l’effondrement sympathique Marie Astier (Reporterre) Reporterre 2015/05/09 Marie Astier (Reporterre) (9 mai 2015) Reporterre va chez Nova - Quand un beau gosse rend l’effondrement sympathique. Reporterre. Culture et idées fr

Reporterre va chez Nova - Quand un beau gosse rend l’effondrement sympathique

- Jeudi 7 mai 2015

- Ecouter ici la chronique de Reporterre, par Marie Astier :

La chronique de Reporterre, tous les jeudi à 18 h 10 sur Radio Nova, dans l’émission « 2h1/4 avant la fin du monde », animée par Marie Misset et Armel Hemme.

« L’occasion de faire le point sur les combats et débats quotidiens de l’écologie ».

A écouter sur... et bien voici la carte des fréquences, selon le lieu où vous habitez.

Vous voulez des emplois ? Choisissez la décroissance Vincent Liegey Reporterre 2015/05/09 Vincent Liegey (9 mai 2015) Vous voulez des emplois ? Choisissez la décroissance. Reporterre. Économie fr

Vous voulez des emplois ? Choisissez la décroissance

A Totnes, lieu de naissance du mouvement des Villes en transition, on apprend à réinventer, à se réappoprier l’économie. Et à travers l’Europe, comme par exemple à Budapest avec Cargomania, les initiatives locales créent des emplois dans des activités soutenables et durables, alternatives à l’emploi salarié et réponse pertinente au chômage.

J’ai passé une semaine magnifique à Totnes, lieu de naissance du mouvement des Villes en transition. Plus précisément j’étais invité au Schumacher College pour une semaine studieuse sur comment réinventer, ou plutôt se réapproprier, remettre à sa place l’économie : Generation for a new economy.

Auto-gestion, care et communication non-violente

Ainsi, nous étions quelques dizaines, dans cette superbe région du Devon, sous le soleil dans un décor à la Harry Potter. Au Schumacher College, institution créée en 1990, toutes les tâches sont partagées, un jour une heure au jardin, le lendemain à la cuisine ou au ménage. On mange des produits locaux et de saison, qui plus est végétariens... et c’est délicieux ! Les ateliers se construisent suivant les initiatives et les demandes des uns et des autres. Un superbe exemple que l’auto-gestion ça marche... dans un contexte qui s’y prête.

Plusieurs discussions et rencontres formidables, notamment avec Juan qui coordonne le réseaux des villes en transition en Espagne, Miguel impliqué dans des initiatives locales autour de l’agriculture bio, des ventes directes et aussi des énergies renouvelables au Portugal ou encore Claudian qui anime les réseaux des éco-villages et de la permaculture en Roumanie...

Quelques réflexions, remarques et discussion remarquables, comme par exemple David Graeber venu présenter son dernier ouvrage à venir sur la rationalité, la bureaucratie et la liberté, laissant la conclusion au fondateur du College, le militant pacifiste indien Satish Kumar : « Dans les sociétés occidentales vous avez toujours besoin de toujours plus de lois complexes, de bureaucratie et de répression parce que les gens ne se connaissent pas. Il n’y a pas d’humain ni de confiance ».

Décroissance ou transition ?

Au cœur des débats et des rencontres, comment faire mouvement ? Comment construire des liens, des ponts entre toutes ces personnes, les initiatives que l’on voit émerger partout ? Je ne vais pas m’étendre sur ces questions déjà évoquées dans mes dernières chroniques, mais force est de souligner la maturité et la sagesse naissante dans nos milieux où les combats d’ego, de chapelles semblent s’apaiser.

Comme lors d’une discussion avec Rob Hopkins où nous soulignons les limites de chacune de nos initiatives mais aussi et surtout leurs complémentarités. Ainsi la Décroissance, dans son rôle d’empêcheur de penser en rond, avec sa radicalité et sa pertinence permet d’aller plus loin dans les débats, dans la déconstruction des mythes et aussi dans la construction de possibles alors que la Transition avec son approche pragmatique et inclusive permet de construire ce qui peut l’être, sans attendre et en assumant ses contradictions. La Décroissance défriche de nouveaux chemins, la transition s’y engouffre.

Ce fut aussi le contenu du débat entre David Graeber, présentant et défendant l’action radicale en marge de la société avec des mouvements comme Occupy et la députée européenne anglaise Molly Scott Cato présentant ses activités et le besoin de résister à l’intérieur des institutions, du système. L’un a besoin de l’autre et inversement.

Décroissance, transition et entreprenariat ?

Une visite de Totnes a été organisée. Rien de spectaculaire comme j’avais déjà pu le lire par ailleurs. Comme Rob Hopkins l’explique, la transition c’est premièrement faire se rencontrer, (re)construire des liens, faire société. On part de loin. De même, avec pragmatisme, leur stratégie consiste à avancer avec prudence et dialogue et à trouver des niches. Ainsi, ils ont gagné la confiance des élus locaux dominés par les conservateurs et ont participé à la création de plusieurs entreprises en s’appuyant sur leur incubateur Re-economy.

A Totnes, les bagnoles restent autorisées dans la rue principale, sujet tabou pour une partie importante de la population, mais on paie en monnaie locale, on se nourrit en vente directe, on construit sa maison avec une entreprise locale de manière plus écologique dans un pays où le logement est un problème majeur et surtout on a créé des emplois locaux, soutenables et durables. Ainsi, je me suis rendu compte que j’étais moi-même un entrepreneur social via le projet que nous lançons en ce moment à Budapest...

- La vidéo de présentation du projet Cargomania à Budapest :

Contre le chômage, créer des activités locales et autonomes avec Décroissance

A mon retour à Budapest, inspiré par le pragmatisme anglais, on a ajouté quelques lignes à la présentation de notre projet de nourrir Budapest en vélo. En effet, même si je suis plutôt pour la fin de l’emploi, force est de reconnaître qu’à travers nos initiatives locales, nous créons des emplois, disons plutôt des activités soutenables, durables et riches de sens, véritables alternatives à l’emploi salarié et réponse pertinente au chômage.

Ainsi, en faisant le calcul, avec Cargonomia, notre projet qui consiste à distribuer en vente directe du pain bio fait avec des semences traditionnelles, des légumes produits en biodynamie et des sandwiches faits à partir de produits locaux bio, avec des vélocargos que nous construisons nous-mêmes, ce n’est pas moins d’une vingtaine d’emplois créés !

Cela se passe à Budapest, dans une région qui fait face à un fort chômage et à l’exode des jeunes vers l’ouest. La solution n’est pas d’attendre des investissements occidentaux pour fabriquer toujours plus de bagnoles, encore moins d’aller faire des courbettes à Poutine pour construire de nouvelles centrales nucléaires. La solution n’est pas la compétitivité, mot à la mode, entre les régions. Mais les solutions sont là, simples, soutenables et locales, sans dépendre ni des grandes banques ni d’un soutien énergétique et technique important du sud ou de la Chine... En effet, pour faire vivre sereinement notre projet, on a juste besoin d’un petit coup de pouce solidaire, alors n’hésitez pas à participer à notre campagne de crowdfunding !

Pourquoi développer l’agriculture à Lisbonne dans un but social ? Duarte Mata Reporterre 2015/05/09 Duarte Mata (9 mai 2015) Pourquoi développer l’agriculture à Lisbonne dans un but social ?. Reporterre. Agriculture fr

Pourquoi développer l’agriculture à Lisbonne dans un but social ?

Duarte Mata est architecte et cconseiller en espaces verts et développement durable auprès du maire de Lisbonne.

« L’agriculture urbaine est mise en place directement pour les citoyens, qui veulent avoir accès à des espaces verts et à des parcs de proximité. Ils veulent cela dans un but récréatif, mais aussi, souvent à Lisbonne, pour produire leur propre nourriture. Cela leur permet de compléter leurs repas, d’avoir accès à des sources de vitamines. Surtout si la situation sociale est difficile, avec beaucoup de chômage ou des salaires très bas. Dans ces conditions, l’accès à la terre est crucial. »

EELV s’unit autour du climat Hervé Kempf (Reporterre) Reporterre 2015/05/11 Hervé Kempf (Reporterre) (11 mai 2015) EELV s’unit autour du climat. Reporterre. Climat fr

EELV s’unit autour du climat

Le parti écologiste s’engage : « Je sauve le climat ». Un bon moyen de sauver son unité face à l’effet dissolvant d’un PS plus à droite que jamais.

Europe Ecologie Les Verts (EELV) s’est rapproché ce week-end de la sérénité. Réunis en conseil fédéral les 9 et 10 mai à Paris, la centaine de délégués du parti ont cherché à panser la plaie ouverte par le désir de plusieurs parlementaires - notamment Jean-Vincent Placé, Denis Baupin et François de Rugy - de réintégrer le gouvernement malgré l’opposition de la majorité des militants du parti écologiste. Un mois après la tentative avortée de lancer un autre parti écologiste, le feu parait éteint.

C’est en tout cas ce qu’a jugé la secrétaire nationale d’EELV, Emmanuelle Cosse, axant son discours, assez longuement applaudi, sur la nécessité de l’union. Elle a ensuite parlé longuement du climat, appelant le parti écologiste à se mobiliser pour la COP21 (Conférence des Nations unies sur le climat, à la fin de l’année), afin qu’elle « soit un succès, tant dans les salles de réunion que dans les rues ». Et concluant : « L’écologie est de retour, mettons-nous en ordre de bataille ».

Le parti a ainsi lancé dans l’enthousiasme sa campagne Je sauve le climat. Premier geste : la création par quiconque de petites affiches indiquant une phrase de son choix avant les mots « Je sauve le climat ». Ce qui peut conduire à des slogans étranges, du « J’ai un pull troué, je sauve le climat », au consensuel, « Je bois du vin naturel,... », ou au naturaliste façon Cécile Duflot, « J’aime les loutres, je... », etc., selon la fantaisie de chacun(e).

Les réseaux sociaux s’en sont tout de suite donné à coeur joie, tournant ou détournant le slogan, et souvent de manière sympathique, comme avec celui-ci particulièrement pertinent :

Le consensus climatique ne cachait cependant pas la prise de distance de plus en plus grande prise par le parti écologiste à l’égard de son (ex ?) allié, le PS, comme l’a montré le débat de politique générale.

« Cette semaine, dit Julien Bayou, porte-parole d’EELV , pas facile d’être écologiste. Comment expliquer le soutien de plusieurs députés EELV à la loi sur le renseignement ? » Denis Baupin et François de Rugy, parmi d’autres, ont en effet voté cette loi. Pour Florence Pélissier, « La succession de lois émanant d’un gouvernement dit de gauche provoque la sidération. On a du mal à s’en remettre ». La députée Danièle Auroi déplorait « la dérive néo-libérale du PS », tandis que la député européenne Karima Delli assurait que « le PS est devenu le parti le plus conservateur de France. Retrouvons le lien avec les citoyens. Une bonne cure d’autonomie nous fera du bien ».

L’autonomie à l’égard du PS est devenu le mot d’ordre, au moins pour les régionales de l’hiver prochain, qui présentent l’avantage de se dérouler à la proportionnelle et sur deux tours - un mode de scrutin idéal pour les écologistes. Il reste à savoir jusqu’où ira l’autonomie, comme l’a rappelé le sénateur Jean Dessessard : « Quelle sera notre position aux présidentielles ? » Le contexte est en effet difficile, comme le soulignait Patrick Franjou : « Au Royaume-Uni, la droite a gagné, en Espagne, Podemos stagne et la droite se renouvelle. Il y a un mouvement de droitisation en Europe. Il nous faut contribuer à réunifier la gauche dans son ensemble » Mais le PS de François Hollande, Manuel Valls et Emmanuel Macron fait-il encore partie de la gauche ?

Yannick Jadot, député européen, rappelait la priorité du moment : « Le sujet du climat, c’est l’écologie de la démonstration. 90 % de nos interventions sur les territoires doivent porter sur le climat ».

Têtes de listes aux régionales : plus de femmes que d’hommes

Les régionales, qui se interviendront au moment même où se déroulera la COP 21 (Conférence des Nations unies sur le climat), seront donc placées par les écologistes sous le signe du changement climatique. Et les écologistes ont désigné leurs têtes de liste :

. Sandrine Bélier (Alsace-Lorraine-Champagne-Ardennes), . Françoise Coutant (Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes), . Cécile Prudhomme (Bourgogne – Franche-Comté), . René Louail (Bretagne), . Charles Fournier (Centre), . Emmanuelle Cosse (Île-de-France), . Gérard Onesta (Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées), . Yanic Soubien (Normandie), . Sandrine Rousseau (Nord-Pas-de-Calais Picardie), . Sophie Camard (Provence-Alpes-Côte d’Azur), . Sophie Bringuy (Pays de la Loire), . Jean-Charles Kohlhaas (Auvergne Rhône-Alpes), . Jean-Alain Cadet (La Réunion).

En autonomie totale, ou avec des partis du Front de gauche ? Les velléités d’alliance avec le Front de gauche sont affaiblies par le langage de Jean-Luc Mélenchon, notamment parce qu’il a traité Daniel Cohn-Bendit de « dégénéré » en février. Mais M. Mélenchon est en retrait du Parti de gauche, et en Rhône-Alpes-Auvergne et en Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées, des allliances larges pourraient se produire.

La négociation climatique s’est poursuivie à Paris Hervé Kempf (Reporterre) Reporterre 2015/05/11 Hervé Kempf (Reporterre) (11 mai 2015) La négociation climatique s’est poursuivie à Paris. Reporterre. Climat fr

La négociation climatique s’est poursuivie à Paris

Réunion informelle la semaine dernière à Paris d’une cinquantaine d’Etats. Enjeu : avancer plus vite que le rythme officiel ne le permettrait. Et « lever les malentendus ». Mais le Fonds vert d’aide aux pays du Sud n’est toujours pas rempli.

C’est discrètement que, la semaine dernière, du 6 au 8 mai, la négociation climatique s’est poursuivie à Paris, au siège de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économique). Les représentants de 49 pays – des chefs de délégation, pas des ministres - s’y sont retrouvés pour une réunion informelle. Informelle : cela veut dire, a expliqué Laurence Tubiana, chef de la délégation française, lors d’un point presse jeudi 7, qu’« on ne négocie pas, on n’écrit pas de texte… On voit s’il y a des oppositions réelles, ou s’il s’agit de malentendus ».

Cette réunion intervient alors que plusieurs Etats ont communiqué en avril leurs engagements de réduction d’émissions. Les Etats concernés couvrent environ 25 % du total mondial.

Sur quoi peuvent porter les malentendus ? Essentiellement pour l’instant, a expliqué Mme Tubiana, sur le projet de revue des contributions des différents pays. Le texte de l’accord de Paris envisage que tous les pays signataires présenteront régulièrement - peut-être sur le même calendrier que les rapports du GIEC (Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat) - une "revue" de leurs émissions. Ce document suivrait une méthodologie de mesure commune à tous et pourrait donner lieu à des vérifications. Plusieurs Etats craignent que ce processus ne porte atteinte à leur souveraineté.

Deux autres volets pourraient par ailleurs s’intégrer dans l’éventuel Traité de Paris :

- une plate-forme d’actions à réaliser d’ici 2020, avec des aides pour réaliser les projets de réduction des émissions et/ou d’adaptation au changement climatique ; le traité de la COP 21 doit en effet définir ce que les Etats feront à partir de 2020. Mais quid entre 2016 et 2020 ?

- l’adoption d’un objectif à long terme, allant au-delà de la limitation du réchauffement à 2°C et parlant de la décarbonisation de l’économie mondiale, avec des scénarios pour 2050. En effet, pour l’instant, le Traité ne concernerait que la période allant de 2020 à 2030, ce qui, du point de vue du changement climatique, est beaucoup trop restreint.

Quoi qu’il en soit, une clé de tout accord est l’engagement financier des pays développés. A Cancun, en 2010, ils s’étaient engagés à fournir 100 milliards de dollars pour an à partir de 2020 pour aider les pays en développement à faire face au dérèglement climatique (article 98 de la Décision de Cancun). On en est loin : le Fonds verts pour le climat, qui doit amorcer le processus, n’a pas réuni les sommes qui lui permettraient de démarrer ses opérations. A l’échéance du 30 avril, les Etats-Unis, le Japon et le Canada n’avaient pas encore versé les sommes qu’ils s’étaient engagés à apporter.

La prochaine session de négociations se déroulera du 1er au 11 juin à Bonn (Allemagne) et les délégués auront pour mission d’élaguer l’ébauche d’accord, issu de Genève, qui fait quelque 80 pages. D’autres réunions informelles sont aussi prévues.

Rien n’est joué : « Il faut accélérer le rythme, dit Laurence Tubiana, sinon on ne va pas y arriver avant Paris ».

Le néo-libéralisme glisse vers le néo-fascisme Roger Dubien Reporterre 2015/05/11 Roger Dubien (11 mai 2015) Le néo-libéralisme glisse vers le néo-fascisme. Reporterre. Tribune — Politique fr

Le néo-libéralisme glisse vers le néo-fascisme

« Ce qui pèse et menace maintenant, en France et dans d’autres pays d’Europe, c’est un néo-fascisme (...) convenant au néo-libéralisme, au service de la poursuite du néo-libéralisme, utilisant les dégâts mêmes du néo-libéralisme pour permettre à celui-ci de durer. »

Les élections départementales de mars 2015 ont révélé et banalisé le poids qu’ont pris dans la société des idées d’extrême-droite. Le FN a cartonné (par exemple : 31 % des votants au 1er tour dans les 21 cantons de la Loire ! Et des scores de 12 à 22 % des inscrits au 2e tour !). Et en réalité, au-delà des scores du FN, les idées ultra-conservatrices imprègnent maintenant les « acteurs centraux du jeu politique » que sont l’UMP et le PS.

Evidemment le FN vise le pouvoir, mais il a déjà fait le plus gros de ce pourquoi il existe : déplacer le centre de gravité de la politique française vers l’extrême-droite.

Le plus stupéfiant, c’est que c’est pour une part en faisant mine de combattre le capitalisme néo-libéral qu’il obtient ces résultats ; alors qu’en réalité, le FN fait depuis des décennies un travail de bulldozer du pire capitalisme : dénonciation des acquis sociaux et de toute protection sociale, dénigrement des pauvres et des plus fragiles et de toute solidarité à travers la dénonciation de « l’assistanat », promotion du racisme sur des bases ethniques et religieuses, appel à la chasse aux étrangers et réfugiés sans papiers. Quant à l’invocation de la France et de la patrie, c’est se foutre du monde, venant des héritiers de Pétain et de toutes les guerres coloniales.

La bassesse de Hollande déclarant que Le Pen parle comme le Parti communiste dans les années 70 (qui étaient celles de la gauche montante, en France), de même que la qualification de « populisme » avantageusement accordée au FN, participent à crédibiliser la fable que Le Pen et le FN ce serait le peuple, les couches populaires... Cela montre aussi à quel point de renoncement et de confusion on en est arrivé au plus haut niveau de l’Etat.

« Néo-fascisme, n’est-ce pas le terme approprié ? »

Ce qui pèse et menace maintenant, en France et dans d’autres pays d’Europe, c’est un néo-fascisme (n’est-ce pas le terme approprié ?) convenant au néo-libéralisme, au service de la poursuite du néo-libéralisme, utilisant les dégâts mêmes du néo-libéralisme pour permettre à celui-ci de durer.

Néo-fascisme ne doit pas être compris comme « presque fascisme », mais comme fascisme d’aujourd’hui, qui n’a plus besoin de recopier les gesticulations du passé. Tout le baratin sur la mue du FN, sa « dédiabolisation », son « virage républicain » - de même que le feuilleton médiatique des bisbilles entre le père et la fille Le Pen -, ne visent qu’à donner de la crédibilité à l’opération de réfection de façade pour faire passer le FN pour une nouvelle droite radicale et populaire avec qui des alliances deviendraient possibles.

Mais en réalité, ce néo-fascisme est tout aussi violent, brutal, anti-social, anti-ouvrier, anti-populaire que le fascisme du 20e siècle. Attention : ce néo-fascisme ne se réduit pas au seul FN, il gangrène la société française au-delà des activités du parti lepeniste.

Mais alors, pourquoi ça marche ? Sans doute beaucoup parce que le désarroi, la désespérance sont littéralement sans précédent depuis des décennies. Avec l’élection de Hollande et d’une majorité de députés PS à l’Assemblée Nationale, des millions de gens attendaient du changement et ont eu - au nom de la gauche ! - la poursuite de la politique néolibérale de Sarkozy. Et au fur et à mesure des désastres électoraux, Hollande-Valls persistent dans cette politique. Il y a même le calcul que c’est la poursuite de la montée de l’extrême-droite qui pourrait rendre possible leur ré-élection en 2017.

La souffrance sociale et la médiocrité politicienne sont une aubaine pour les néofascistes. Le terrain leur est d’autant plus favorable qu’un délitement de la société est à l’oeuvre, et avec lui une perte des repères historiques et politiques : insécurité économique et sociale qui déstabilise le monde du travail et nourrit la peur de l’avenir, démantèlement de règles et d’institutions sociales anticapitalistes mises en place au 20e siècle ; conséquences en chaine de la mondialisation capitaliste, des guerres qui ne finissent pas, et des drames humains (réfugiés...) qui s’ensuivent ; succès dans la fabrication d’un choc des civilisations et installation du terrorisme comme une question quotidienne dans l’actualité, avec les demandes et les dérives sécuritaires que ceci provoque et rend possible, perte de poids d’institutions politiques au profit des firmes, défis provoqués par l’accélération des nouvelles technologies, de la technique, qui ouvrent des possibles immenses mais en même temps virtualisent le monde...

Le problème est aussi que la gauche de gauche n’est pas au niveau de ces défis, ni des aspirations et mouvements populaires existants. Dans la gauche qui se veut « radicale », les raisonnements de chapelle prévalent, et l’éparpillement qui va avec aussi. En France, pas de Syriza ni de Podemos à l’horizon, pas de vaste mouvement politique ET citoyen qui porte une autre politique.

Pourtant, dans la société, au quotidien, des initiatives pour l’émancipation...

Car ce n’est pas toute la société qui dérive vers la droite et l’extrême-droite. Si le « personnel politique » est largement sous la domination du néo-libéralisme et de l’extrême-droite, dans la société c’est beaucoup plus contradictoire et conflictuel.

Dans le département de la Loire par exemple, on constate que semaine après semaine des centaines ou des milliers de personnes sont dans des initiatives d’action et de réflexion qui ont plutôt tendance à se renforcer.

Dans des collectifs, des réseaux, des associations, des syndicats, dans des alternatives concrètes en fonctionnement ou en construction, beaucoup de monde agit et construit. Mais les choses paraissent tellement bouchées au plan « politique » que ceci ne perce pas à l’étage de la politique « représentative », des élections. Toute une partie de la société ne trouve pas de « canaux politiques » pour s’exprimer et exister dans la sphère politique institutionnelle.

La solution n’est certes pas de décréter une mythique « convergence des luttes ». Les choses convergent quand elles sont mûres pour converger. Par contre, on pourrait sûrement s’efforcer de faire plus d’échanges, de mises en commun, et peut-être s’attacher plus à mettre en place des creusets dans lesquels la mayonnaise pourrait prendre...

Oui, une force politique de conception nouvelle (même si ces mots ont tellement été galvaudés depuis vingt ans) comme Syriza en Grèce et Podemos en Espagne, serait bien utile.

Certains « politiques » déjà en exercice devraient en faire partie, forcément. S’ils y viennent avec des objectifs de chapelle et de contrôle, des objectifs de pouvoir, ça débouchera sur les mêmes impasses que depuis vingt ans. Si chacun y vient humblement avec la volonté de travailler dans un creuset où s’inventerait l’avenir, et d’y accueillir de très nombreux citoyens engagés dans les mouvements sociaux, quelque chose pourrait naître et grandir.

Tout ceci en continuant de construire des alternatives, bien sûr, aussi bien dans le domaine des idées que celui des réalités concrètes, parce que c’est des expérimentations réelles que peuvent sortir des transformations viables plus importantes.

Et puis il va falloir affronter ce néo-fascisme pour le faire reculer. Cela demande des réflexions, des discussions, et des initiatives tout à fait nouvelles, à la mesure du défi qui nous est lancé.

EDF saborde un champion français de l’énergie solaire Pierre Isnard-Dupuy (Reporterre) Reporterre 2015/05/11 Pierre Isnard-Dupuy (Reporterre) (11 mai 2015) EDF saborde un champion français de l’énergie solaire. Reporterre. Reportage — Énergie fr

EDF saborde un champion français de l’énergie solaire

Nexcis est une filiale d’EDF travaillant au développement de panneaux photovoltaïques, en pointe sur son secteur et promise à un bel avenir. EDF a pourtant décidé soudainement de ne plus la financer. Si ce pionnier français du solaire ne trouve pas de repreneur, ses portes fermeront le 31 juillet.

- Rousset (Bouches-du-Rhône), reportage

L’annonce parait sans appel, EDF ne financera plus Nexcis, sa filiale de recherche et développement en photovoltaïque. La décision a abasourdi les salariés et les professionnels du secteur. Nexcis fermera définitivement ses portes le 31 juillet si elle ne trouve pas de repreneur.

« Il y a un grand paradoxe. La semaine de l’adoption de la loi sur la transition énergétique au Sénat, notre directeur général nous apprenait la cessation d’activité », dit Stéphan Dainotti, délégué CGT du personnel. Nexcis est implanté depuis 2009 sur la zone industrielle de Rousset, à une vingtaine de kilomètres d’Aix-en-Provence. Fondée par Olivier Kerrec, ancien d’EDF, elle est détenue principalement par EDF et par EREN, une société de Pâris Moratouglou, lui-même fondateur de la société EDF Energies Nouvelles, qui est également au capital de Nexcis.

77 salariés sont employés par celle-ci et plusieurs dizaines d’emplois indirects sont induits par son activité. Pour développer ses recherches, Nexcis a reçu 35 millions d’euros du groupe EDF et 25 millions d’aides publiques sous forme de crédits d’impôts et d’aides des collectivités, auxquels s’ajoutent 15 millions d’aides européennes. Forte de ces investissements, l’entreprise travaille au développement de panneaux photovoltaïques à coût réduit en couches minces à destination des centrales solaires ainsi que sur le photovoltaïque intégré à l’habitat, dit BIPV (Building integrated photovoltaics). Elle est en pointe sur son secteur.

Le BIPV consiste à intégrer des modules photovoltaïques dans le vitrage des bâtiments. Lors d’une précédente visite de Reporterre le 30 avril, Bertrand Bertand, responsable du Groupe design et fiabilité produit à Nexcis nous avait fait visiter un démonstrateur. Le petit bâtiment en préfabriqué présente l’application du BIPV pour une salle de classe ou de bureaux. Des modules photovoltaïques sont intégrés dans le verre des ouvertures. « La seule différence avec le double vitrage normal, ce sont ces deux câbles qui fournissent l’électricité. La pose est très simple comme pour n’importe quel double vitrage. On en a posé nous même pour essayer », explique Bertrand Bertrand.

Couplé à des panneaux solaires sur le toit, la technologie permet de rendre un bâtiment auto-suffisant en électricité pour des activités diurnes. Le procédé présente un rendement de transformation de l’énergie solaire de l’ordre de 14 %, dans la moyenne de performance des meilleurs fabricants mondiaux. Nexcis s’apprêtait à franchir le cap de la production industrielle du BIPV pour intégrer un marché mondial estimé à 35 milliards de dollars à l’horizon 2019.

Retournement de discours

Mais à la surprise générale, le 19 février dernier, les représentants du personnel ont appris de leur direction la mise en place d’un PSE (Plan de sauvegarde de l’emploi). Le 2 mars, l’ensemble du personnel en était informé. Depuis, les salariés sont payés et continuent à se rendre sur leur lieu de travail mais stoppent leurs recherches. La décision leur est incompréhensible. Le BIPV qu’ils développent a été nominé en décembre 2014 au concours EDF Pulse qui distingue une trentaine d’innovations.

Un mois avant l’annonce du PSE, Nexcis était présente aux Emirats Arabes Unis pour défendre ses produits dans un salon international dédié aux nouvelles énergies. « En novembre se tenait ici même un séminaire où notre directeur général, Olivier Kerrec, parlait de BIPV comme d’un produit innovant, qui avait tout un marché à prendre. Pour lui, en janvier 2015, on poserait la première pierre de la ligne industrielle », raconte Stéphan Dainotti.

Du côté d’EDF le discours s’est retourné. Le 30 octobre 2014, au cours d’une conférence de presse sur ses actions en faveur de la transition énergétique, l’électricien plaçait Nexcis en haut de l’affiche. Mais sur France Inter le 11 avril 2015, le nouveau PDG d’EDF depuis le 21 novembre 2014, Jean-Bernard Lévy, déclarait que « le solaire est une énergie d’avenir à condition que les technologies trouvent leur marché. A propos de Nexcis nous avons essayé pendant plusieurs années de voir si elles étaient compétitives sur le marché et malheureusement ça ne marche pas à tous les coups ». Jointe par Reporterre, l’entreprise publique n’a pas souhaité s’exprimer.

Venu de la grande distribution, installé par EDF le 15 avril, Michel Rubino « ne connaissait pas Nexcis il y a un mois ». Le nouveau directeur général (DG) de Nexcis accepte de recevoir Reporterre dans son bureau. Il se présente comme un « mandataire social ». Il remplace Olivier Kerrec parti en congé maladie. Selon lui, la décision d’EDF tient en deux points. L’avance technologique de Nexcis face la concurrence chinoise, féroce dans le photovoltaïque, n’est plus et EDF finance la recherche et le développement, pas la production industrielle. « Le contrat était clairement énoncé et au bout de deux ans de recherche, EDF n’a pas trouvé de repreneur », pose Michel Rubino. Quand on le questionne sur la nomination de Nexcis à EDF Pulse, il répond que pour la recherche d’un repreneur, « il faut que la marié soit la plus belle possible ». Emboîtant les propos de Jean-Bernard Lévy il pense que le BIPV « se positionne pour le moment sur un marché niche. Le marché ne se fait pas par nature, le produit doit trouver ce marché ».

Le directeur général se veut rassurant : « Je m’efforce de trouver un repreneur sérieux mais s’il n’est pas au rendez-vous il faudra favoriser les reclassements à EDF ou dans ses filiales, puis les départs volontaires, s’il y a un projet rapide de retour à l’emploi, avant de procéder aux licenciements résiduels. » Michel Rubino conclut : « On doit tout faire pour qu’il n’y en ait pas. On travaille en bonne entente avec les délégués du personnel pour trouver une solution ensemble. »

Trois quarts d’heure pour discuter d’un tract scotché

Dans leur salle de réunion, les salariés mobilisés doutent de la bonne volonté d’EDF et de leur direction. Ils témoignent d’un climat de défiance et d’une opacité dans les négociations en cours avec la direction. « Ils nous promettent des reclassements mais on n’a encore vu personne d’EDF », lance une salariée à l’assemblée.

Yannick Besnard, secrétaire du comité d’entreprise, raconte la négociation du matin : « On s’est fait gronder parce que des affichettes ‘Nexcis vivra’ ont été scotchées sur les murs de la direction. Le DG dit que c’est de la dégradation. Au final on a perdu trois quarts d’heure sur ce point. » A chaque réunion de négociation les représentants des salariés ont le sentiment que les réponses manquent à leurs questions.

Le temps presse et ils craignent que leur entreprise perde de la valeur par « la fuite des cerveaux ». Un chimiste et deux ouvriers spécialisés ont déjà trouvé un emploi ailleurs. « On veut bien croire ce monsieur mais il nous faut des actes », affirme Yannick Besnard face au peu d’information donnée par Michel Rubino. « On a traversé le désert et EDF nous laisse à la porte pour en sortir. En fait ils ne veulent pas prendre de risques avec l’industrialisation et veulent faire de l’argent facile avec les installations et les 17 brevets que l’on a mis au point », tranche Stéphan Dainotti.

Qui peut sauver Nexcis ?

La plupart des salariés de Nexcis restent solidaires et travaillent à une solution de reprise. « On a dix personnes qui prennent des contacts dans ce sens », dit Yannick Besnard. Il affiche la motivation des salariés : « On veut continuer. On croit au produit ». Ils ne sont pas les seuls. De toute l’Europe, affluent des lettres de soutien de chercheurs du domaine. Treize chercheurs du CNRS et universitaires ont publié une tribune appelant à « sortir Nexcis de la vallée de la mort ».

Elle reconnaît à Nexcis, « la mise au point d’une technologie originale de fabrication de modules, au meilleur niveau international ». A l’unanimité, le Conseil Régional de PACA a adopté une motion de soutien à Nexcis le 24 avril. Les députés Jean-David Ciot (PS) et François-Michel Lambert (EELV) ainsi que les députés européens Jean-Luc Mélenchon (Front de gauche) et Michèle Rivasi (EELV) se sont prononcés publiquement en faveur de Nexcis.

Se retranchant derrière la confidentialité, la direction ne communique pas sur l’existence de possibles repreneurs. De leur côté, le soir même de l’annonce, les salariés ont établi un contact avec la start-up Crosslux dont les activités sont à 15 kilomètres de Rousset, au centre de microélectronique de Provence à Gardanne. Crosslux emploie sept salariés pour faire de la recherche et développement sur du vitrage photovoltaïque. Joint par Reporterre, son directeur technique Pierre-Yves Thoulon confirme que Crosslux s’est porté officiellement candidate à la reprise.

« On a un carnet de clients mais pas de produits pour une technologie similaire. C’est une opportunité importante car Nexcis a développé un produit qui a un marché ». Le business plan doit être prêt pour la troisième semaine de mai ce qui laisse peu de temps à la petite start-up pour trouver les 20 millions d’euros nécessaire, qu’elle ne pourra pas assumer toute seule. Le sauvetage de Nexcis ne se fera pas sans le soutien des collectivités et de l’Etat. Pierre-Yves Thoulon y croit. Il souhaite, « d’ici à trois ans avec le soutien des pouvoirs publics, amener une usine à rentabilité sur la zone de Rousset qui pourrait embaucher 120 personnes ».

En Ardèche, on fabrique des lunettes en bois Gilles Bas (Nature et Progrès) Reporterre 2015/05/12 Gilles Bas (Nature et Progrès) (12 mai 2015) En Ardèche, on fabrique des lunettes en bois. Reporterre. Économie fr

En Ardèche, on fabrique des lunettes en bois

A la rencontre d’artisans d’un nouveau genre, à Saint Victor, en Ardèche ! Julie et Erwan fabriquent des montures de lunettes 100 % artisanales en bois.

De villes, en villages, en hameaux, en maisons isolées, un chemin de terre et me voici arrivé chez Woodlun’s. Une maison en pierre, un immense espace ouvert comme savent les proposer les plateaux ardéchois. La porte s’ouvre, c’est Erwan qui m’accueille dans une ambiance bois chaleureuse où l’on se sent bien. Un petit café et Julie nous rejoint. C’est indispensable pour mieux comprendre qui est ce binôme fourmillant d’idées et aventurier de l’entreprise.

Le bois, toujours le bois, Julie fabriquait des jouets en bois, Erwan le travaille depuis longtemps en autodidacte et, en tant qu’éducateur sportif, il a fabriqué des pirogues en lamellé collé. Le lamellé collé, nous y voici...

C’est la technique utilisée pour fabriquer les montures. Il faut neuf feuilles de bois, de 0,5 à 1,5 mm, découpées au laser, qui sont ensuite collées entre elles (avec une colle 70 % naturelle), puis pressées et cintrées. Après séchage, l’usinage et les finitions minutieuses se font à la main puis une cire naturelle est appliquée (mélange de cire d’abeille et d’huiles végétales) ce qui permet d’obtenir un touché « bois poncé » pour rester en contact avec cette noble matière. Pour obtenir une paire de lunettes, dix étapes de fabrication sont nécessaire, de la découpe au cirage.

Les feuilles de bois sont de différentes essences : noyer, merisier, hêtre, frêne, érable, chêne, platane, parfois de bois exotique… Elles sont le fruit du recyclage, issues de chutes ou de surstocks mais provenant toutes de la région Rhône Alpes. La diversité de ces essences donnent des tons différents et variés à ces montures très légères, seulement 25 à 30 grammes.

Au début il y a eu des « loupés » mais de petite série en petite série, la main s’est faite plus sûre. Maintenant la gamme comporte une dizaine de modèles, Julie et Erwan commercialisent en direct les lunettes de soleil.

Pour les lunettes correctrices, deux opticiens ardéchois et un lyonnais sont partenaires ; le client choisit sa monture, l’opticien taille le verre et fait le montage. D’autres professionnels de la lunette et boutiques sont en demande car leurs montures en bois séduisent par leur aspect novateur et leur coté naturel.

Localement Julie et Erwan ont reçu un accueil enthousiaste, la commune voisine de Quintenas leur a même trouvé un local pour en faire leur atelier (ce sera mieux que la caravane !).

La création de Woodlun’s s’est faite en total autofinancement et tant que faire se peut, Julie et Erwan s’appliquent à pratiquer des tarifs attractifs afin que le plus grand nombre puisse bénéficier de ces lunettes venues d’ailleurs... ou plutôt non, bien d’ici au contraire !

Je gage que cette petite entreprise, créée en 2014, ne connaîtra pas la crise et sera sans doute créatrice d’emplois directs ou induits.

Chronique du jardin sans pétrole - Désherber sans pesticides, rien de plus facile ! Christine Laurent (Reporterre) Reporterre 2015/05/12 Christine Laurent (Reporterre) (12 mai 2015) Chronique du jardin sans pétrole - Désherber sans pesticides, rien de plus facile !. Reporterre. Pesticides fr

Chronique du jardin sans pétrole - Désherber sans pesticides, rien de plus facile !

Le beau temps revient, et avec lui les herbes folles ! La flore spontanée pousse partout prenant de court les plantes potagères. Mais grâce aux techniques du désherbage bio, rien de plus facile que de s’en tirer sans pesticides.

Le soleil revient après des jours de pluie durant lesquels nous n’avons pu faire qu’une incursion rapide au jardin. Les semis de chou-rave flottaient dans la cagette. Il faudra améliorer ce système pour l’année prochaine en lui ajoutant une fonction « flottaison autonome » !

Déjà les akènes, des pissenlits poussés par le vent, s’envolent vers d’autres jardins. Et les pétales des cerisiers gisent au sol. Un autre nuage de fleurs blanches s’est installé sous un chêne, ce sont des corolles à cinq pétales biformes du compagnon blanc (Silène latifolia alba), dont je découvre un peu tard qu’elles sont distinguées de trois fourchettes par le Guide des plantes bio-indicatrices de Gérard Ducerf.

La flore spontanée pousse partout, prenant de court nos plantes potagères. Nos herbes folles de prédilection - renoncule rampante, oxalis, prêle, bourrache et consoude... - pointent partout sur les buttes et les pieds des framboisiers sont à nouveau encerclés par le trèfle blanc en dépit des copeaux de bois.

Changer son regard

Un tout nouveau livre publié chez Terre Vivante (Je désherbe sans produits chimiques !) explique comment obtenir de la tenue dans son jardin sans recourir aux pesticides. Les conseils de Denis Pépin semblent si faciles à mettre en œuvre que l’on se demande pourquoi le glyphosate (la molécule active du Roundup, herbicide total classé comme possiblement cancérigène chez l’homme par l’organisation mondiale de la santé) se vend encore.

Bien sûr, le désherbage bio demande de changer son regard sur les formes de vie qui nous entourent et d’agir avec discernement. Les méthodes à utiliser dans les allées diffèrent de celles que l’on applique au potager. La gestion différenciée en est le concept clé. En effet, pourquoi vouloir à tout prix nettoyer jusque sous une haie ? Laisser une bande de quelques dizaines de centimètres aux plantes spontanées dont les fleurs discrètes sont si poétiques permet d’offrir le gîte et le couvert aux insectes parmi lesquels des auxiliaires de cultures bien utiles.

Au potager, la technique ancienne du faux semis consiste à préparer le sol en émiettant la terre de surface et en arrosant s’il fait sec afin de provoquer la germination des graines qui s’y trouvent et de supprimer les jeunes pousses avant de faire ses propres semis. En paillant au fur et à mesure de la levée des plants, le désherbage est réduit et peut se faire manuellement. La fauche des fleurs spontanées avant qu’elles ne montent en graine évite leur stockage dans le sol et leur réapparition l’année suivante. Cette année nous surveillerons la bourrache qui a pris ses aises, d’autant qu’en salade ses fleurs bleues sont délicieuses.

Nature et Progrès Reporterre 2015/05/12 (12 mai 2015) Nature et Progrès. Reporterre. fr

Nature et Progrès

Sommaire avril - mai 2015 - n° 102

La couverture est à colorier !

- Bio portrait : La nature enchantée

- Témoignage : La spiruline, de l’aliment ancestral à une aquaculture moderne

- Dossier : La biodiversité animale à la ferme

- Dossier : « C’est la race qui fait l’élevage », entretien avec Jocelyne Porcher

- Dossier : Races à faibles effectifs : de la conservation à la valorisation

- Dossier : Plaidoyer pour la création d’un collectif autour de la biodiversité et de la sélection animale

- Lecture : L’aventure d’un botaniste

- Faites-le vous même : comment faire couver une poule ?

- Agenda

- Cuisine : les recettes bio-gourmandes de Valérie Cupillard

- Petites annonces

La taxe sur les transactions financières est indispensable pour le climat, mais la France traine les pieds Emilie Massemin (Reporterre) Reporterre 2015/05/12 Emilie Massemin (Reporterre) (12 mai 2015) La taxe sur les transactions financières est indispensable pour le climat, mais la France traine les pieds. Reporterre. Climat fr

La taxe sur les transactions financières est indispensable pour le climat, mais la France traine les pieds

Avancer, enfin, sur le projet de taxe sur les transactions financières. Tel est l’objectif de onze ministres des Finances européens, réunis ces 11 et 12 mai à Bruxelles. Mais la position de la France reste ambiguë. Pourtant, cette taxe permettrait de financer la lutte contre le changement climatique.

Après des années d’atermoiements, le dénouement approche. Les onze ministres des Finances européens volontaires, parmi lesquels ceux de la France, de l’Allemagne, de l’Espagne et de l’Italie, se réunissent les 11 et 12 mai à Bruxelles en marge du conseil Ecofin, pour avancer sur le dossier de la taxe sur les transactions financières (TTF). Celle-ci a reçu le soutien de plus d’un million de signataires, selon l’ONG Oxfam.

Mais la France doit encore clarifier sa position. La taxe sur les transactions financières européenne était une promesse du candidat François Hollande en 2012. Pourtant, en novembre 2014, Michel Sapin plaide dans le quotidien Les Échos pour une taxe qui s’appliquerait uniquement aux actions cotées et à certains credit default swaps (CDS), et qui épargnerait les produits dérivés. Ceci alors que les autres pays européens, en particulier l’Allemagne et l’Autriche, promeuvent une taxe globale. « Certains pourront regretter que nous ne taxions pas dès le départ la totalité des transactions », admet seulement le ministre des Finances français, du bout des lèvres.

Le gouvernement français cède aux banques

Pourquoi une telle réticence à taxer les produits dérivés ? « BNP Paribas, la Société générale et le Crédit agricole sont des leaders mondiaux sur les dérivés actions », rappelle Dominique Plihon, porte-parole d’Attac. En conséquence, si les produits dérivés sont taxés, ces banques devront payer davantage que les autres. C’est pourquoi « elles sont totalement opposées à cette taxe. La pression du lobby financier français est très forte », observe l’économiste.

Pourtant, l’adoption d’une TTF ambitieuse est un enjeu majeur pour la réussite de la conférence de Paris sur le climat. En effet, pour parvenir à un accord, les pays développés doivent donner des garanties qu’ils tiendront leur promesse d’aider financièrement les pays en développement, à hauteur de cent milliards de dollars par an dès 2020. La TTF doit permettre d’amasser suffisamment d’argent pour rassurer les pays du Sud sur ce point.

« Si le projet de taxe ne permet pas de lever au moins dix milliards d’euros par an, on saura que l’outil est raté, dit à Reporterre Pascal Canfin, ancien ministre, conseiller au World Resources Institute (WRI) et co-auteur du livre Climat. 30 questions pour comprendre la conférence de Paris (éd. Les Petits matins). La France, qui aura la présidence de la COP21, doit prendre des engagements publics supplémentaires. Si elle accepte le principe d’une taxe incluant les produits dérivés, cela lui donnera une marge de manœuvre pour réussir le paquet finance de la COP21. Sinon, elle essuiera un double échec : une défaite face au lobby bancaire, et une incapacité à honorer ses engagements. »

Double discours

Est-ce pour cela que François Hollande a finalement contredit Michel Sapin, le 5 janvier dernier au micro de France Inter, en réclamant une taxe « à l’assiette la plus large possible » mise en place avant 2016 ou 2017 ? Peut-être.

- Ecouter François Hollande :

Mais « le gouvernement est pris entre deux feux et tient un double discours », relève Dominique Plihon. Pour Pascal Canfin, il reste « encore un peu de chemin avant que la France soutienne une taxe qui permette de lever au moins dix milliards ».

Le ministère des Finances n’a pour l’heure pas donné suite à nos questions. Lundi à 20 h, rien n’avait encore filtré de la réunion à Bruxelles des ministres des Finances.

Quoi qu’il en soit, « on arrive au moment de la décision, relève M. Canfin. Si un accord n’est pas trouvé cette fois-ci, il devra l’être le 19 juin en marge de la prochaine réunion Ecofin, pour envoyer un signal fort avant la conférence d’Addis Abeba de juillet sur le financement du développement. Il faut montrer que la question du financement est prise très au sérieux. »

Hervé Kempf aujourd’hui à Aix-en-Provence : les médias entre audimat et actionnaires Reporterre 2015/05/12 (12 mai 2015) Hervé Kempf aujourd’hui à Aix-en-Provence : les médias entre audimat et actionnaires. Reporterre. Libertés fr

Hervé Kempf aujourd’hui à Aix-en-Provence : les médias entre audimat et actionnaires

La presse entre audimat et actionnaires

Les journalistes font-ils de l’intox et/ou sont-ils instrumentalisés ?

DÉBAT

- Hervé Kempf (journaliste, rédacteur en chef de Reporterre) - Blaise Magnin (membre de l’Association-Critique-Médias, Acrimed)

Mardi 12 mai 17h15 - 19h45

Institut d’Études Politiques 25, rue Gaston de Saporta Aix-en-Provence

- Infos : Technologos

La sécheresse en Californie menace la sécurité alimentaire des Etats-Unis Elisabeth Schneiter (Reporterre) Reporterre 2015/05/12 Elisabeth Schneiter (Reporterre) (12 mai 2015) La sécheresse en Californie menace la sécurité alimentaire des Etats-Unis. Reporterre. Climat fr

La sécheresse en Californie menace la sécurité alimentaire des Etats-Unis

La Californie connaît la pire période de sécheresse enregistrée depuis 120 ans. La région étant une des terres les plus productives du pays, cette sécheresse pose un problème national de sécurité alimentaire. Et remet en cause le système industriel de production alimentaire, basé sur la monoculture et extrêmement avide en eau.

Douze millions d’arbres sont déjà morts en Californie où les couleurs d’automne, en ce printemps 2015, annoncent des catastrophes. C’est la quatrième année consécutive de sécheresse, la pire enregistrée depuis 120 ans.

Déjà, le 1er avril 2015, à 2 000 mètres d’altitude dans les montagnes de la Sierra Nevada, le gouverneur de Californie Jerry Brown, au lieu de neige, n’avait trouvé que de l’herbe beige et sèche. Et ce n’était pas un poisson d’avril !

Ce jour-là, Brown a pris une mesure sans précédent. Arrosage réduit des pelouses, nouvelles normes des toilettes et des robinets, chasse au gaspillage, augmentation des tarifs… Même Beverly Hills, la ville des stars et l’une des plus avides d’eau, va réduire sa consommation de 36 % avec des amendes allant jusqu’à 10 000 dollars. Le gouverneur a signé un décret détaillant aux agences californiennes d’approvisionnement en eau comment en réduire l’utilisation de 25 % par rapport à 2013, une économie prévue d’environ 500 milliards de gallons d’eau d’ici à février 2016.

Une agriculture accro à l’irrigation

Cette quantité d’eau semble énorme, et pourtant à elle seule, l’agro-industrie des amandes, qui produit 80 % des amandes consommées dans le monde, en consomme plus du double, et l’alfalfa encore plus. L’agro-industrie californienne utilise 80 % de l’eau disponible, mais « pas question de lui imposer des quotas », a expliqué Brown à la chaine ABC, car « elle fournit la plupart des fruits et légumes de l’Amérique, et exporte partout dans le monde. »

La vallée centrale californienne qui s’étend sur 725 km entre la Sierra Nevada et la chaîne côtière de Californie, est peut-être la terre la plus productive au monde. On y a acclimaté quelque 230 variétés venues du monde entier. La plupart des salades, carottes, céleris, artichauts, tomates, brocolis ou asperges consommés aux États-Unis viennent de Californie qui produit aussi 84 % des pêches fraîches du pays et 94 % des prunes. Cette sécheresse pose donc un problème national de sécurité alimentaire.

En 2014, il y avait déjà plus de 500 000 hectares de terres agricoles en friche en Californie, ce qui fait 1,5 milliard de dollars de pertes pour l’industrie agricole et 17 000 emplois saisonniers en moins. Les experts estiment que la superficie totale des terres agricoles en jachère à cause de la sécheresse pourrait encore doubler en 2015.

C’est tout le modèle américain de la grande monoculture du Midwest qui est remis en question. En effet, si certaines cultures, particulièrement adaptées comme les amandes ou le vignoble, seront toujours cultivées en Californie, de nombreuses récoltes pourraient être produites ailleurs, comme elles l’étaient il y a encore quarante ans.

Diversifier les cultures

John Ikerd, qui a enseigné l’économie agricole avant de devenir un défenseur de l’agriculture durable, explique que, dans son Missouri natal, la majorité de la nourriture était produite dans un rayon de 80 km autour de chez lui. A cette époque, le Midwest était encore couvert de petites et moyennes exploitations cultivant des cultures variées. Mais les conserveries de tomates et les vergers dont il se souvient ont en grande partie disparu, remplacés par des champs de maïs et de soja subventionnés. Il était même interdit aux agriculteurs de cultiver, en plus de ces céréales, des fruits et des légumes sur leurs terres.

Entre 1995 et 2012, le gouvernement américain a dépensé près de 84,5 milliards de dollars pour subventionner le maïs industriel, dont une large part, au lieu de nourrir les habitants, est transformée en éthanol ou en aliments pour le bétail. Le reste, destiné à la consommation, finit majoritairement en sirop de maïs riche en fructose, devenu tellement omniprésent dans la nourriture industrielle, qu’il faut en maximiser les rendements au détriment de la diversité agricole.

De 2002 à 2012, les terres consacrées à la culture des 25 légumes de base sont passées de 800 000 hectares à 700 000, mais les terres consacrées au maïs sont passées de 195 millions d’hectares à 240 millions. « Le problème n’est pas seulement celui de la sécheresse en Californie, c’est celui de notre système de production alimentaire dans son ensemble », dit Ikerd.

En 2010, le Centre Leopold à l’Iowa State University a fait une projection pour voir ce qui se passerait si une toute petite partie des terres agricoles du Midwest – 110 000 ha - était utilisée pour cultiver des légumes au lieu de maïs ou de soja. Ils ont constaté que cette diversification, étalée sur plusieurs Etats, permettrait de produire suffisamment pour fournir en légumes, toute l’année, tous les habitants de l’Indiana, de l’Illinois, de l’Iowa, du Wisconsin, du Michigan et du Minnesota. Mais les agriculteurs qui ont investi dans des machines de plus de 100.000 dollars pour cultiver intensivement des céréales, ne sont pas prêts à se mettre à cultiver des récoltes pour lesquelles ils ne peuvent pas les utiliser.

Les méga projets ne peuvent plus rien résoudre

« Pourquoi cultiver tellement de nos produits en un seul endroit ? Et pourquoi en Californie ? » Richard Walker, professeur de géographie à l’Université de Californie, Berkeley, répond : « À cause de la possibilité d’irriguer, qui permet d’obtenir des résultats très rapides. Dans les années 1930, les terres les plus naturellement fertiles ont été développées, mais la demande de fruits et légumes toute l’année ne faisait qu’augmenter, avec la multiplication des supermarchés et la publicité astucieuse de l’agro-industrie californienne, de plus en plus puissante. Aujourd’hui, La Californie compte 3 650 000 ha de terres agricoles irriguées. »

Des grands projets, parrainés par l’État californien et par le gouvernement fédéral pour répondre aux demandes de l’agro-industrie, ont apporté de l’eau à des endroits inattendus, comme les Westlands, une zone quasi désertique. « L’eau descendait de la Sierra, il n’y avait qu’à la capter », dit l’historien Steven Stoll.

« Les projets d’ingénierie massive semblaient la solution à tous les problèmes. Tant que l’eau des rivières Sacramento et Colorado continuait de couler des Sierras, l’ingéniosité humaine était tout ce qui était nécessaire pour amener l’eau vers les champs. Mais maintenant, un siècle plus tard, on s’aperçoit que l’ingénierie ne suffit pas pour tout résoudre », explique Walker. « Même sans changement climatique, ce système était un fantasme. » Et pour Mike Hamm, directeur du Centre de la Michigan State University pour les systèmes alimentaires régionaux, « il faudra rediversifier la production et aller vers un système plus régionalisé. »

Des nappes phréatiques polluées par les eaux sales du pétrole de schiste

En plus de l’eau de surface, les agriculteurs peuvent pomper l’eau des nappes phréatiques, gratuite, et de plus en plus utilisée au fur et à mesure que la sécheresse augmente. Les agriculteurs sont donc obligés de forer de plus en plus profond.

Alors que la situation empire, on s’est récemment aperçu que depuis des années, l’État de Californie autorise les compagnies pétrolières à injecter leurs déchets dans des sources d’eau potable.

Earthjustice a déposé une plainte, jeudi 7 mai dernier, au nom du Sierra Club et du Centre pour la diversité biologique, deux groupes environnementaux, demandant que l’État de Californie cesse de permettre à l’industrie pétrolière d’injecter ses eaux usées polluées par le gaz de schiste dans les aquifères propres. En réponse à la plainte, le département concerné s’est contenté de publier une « réglementation d’urgence » qui permet aux sociétés de continuer jusqu’en 2017. Earthjustice demande donc que cette action soit invalidée et que la Division du pétrole, du gaz et des ressources géothermiques soit contrainte de faire cesser immédiatement les injections d’eaux usées.

De plus, l’industrie pétrolière vend son eau usée aux agriculteurs, suivant un programme de l’État californien. C’est une bonne affaire pour les compagnies pétrolières, qui considèrent l’eau comme une nuisance coûteuse, et une aubaine pour les départements responsables de la gestion de l’eau qui paient Chevron environ la moitié du prix coûtant sur le marché.

Chevron, qui produit environ 70 000 barils de pétrole et 760 000 barils d’eau usée, recycle ainsi chaque jour environ 8.000.000 de litres de cette eau et la vend aux agriculteurs qui l’utilisent sur environ 20.000 hectares de cultures. Cette eau n’est pas testée et comme on ne connaît pas exactement la composition chimique utilisée pour l’extraction du gaz de schiste, on ne sait pas si elle est ou non toxique. Seul Scott Smith, expert du groupe Water defense, a analysé cette eau. Il a trouvé de l’acétone et du chlorure de méthylène, puissants solvants industriels toxiques pour les humains... Reste à tester les récoltes.

Une école installée à l’ombre d’une centrale nucléaire au mépris des règles de sécurité, c’est la France Nicole Combredet Reporterre 2015/05/13 Nicole Combredet (13 mai 2015) Une école installée à l’ombre d’une centrale nucléaire au mépris des règles de sécurité, c’est la France. Reporterre. Tribune — Énergie fr

Une école installée à l’ombre d’une centrale nucléaire au mépris des règles de sécurité, c’est la France

Dans le Loir-et-Cher, un groupe scolaire a été inauguré il y a quelques mois. Problème, il se situe près de la centrale nucléaire de Saint-Laurent-des-Eaux et ne respecte pas les mesures de sécurité préconisées par l’Autorité de sûreté nucléaire. Une inconscience qui n’est pas sans rappeler le précédent tragique de l’usine AZF.

Il y a quelques mois a été inauguré en Loir-et-Cher, sur la commune d’Avaray, un nouveau groupe scolaire pour les enfants d’Avaray et de Lestiou, la commune voisine. Il remplace deux écoles primaires existantes datant à peu près de Jules Ferry, et dépassées par les exigences des normes actuelles. Tout le monde semblait se réjouir de cet événement apparemment anodin et heureux.

Voisinage radioactif

Pourtant un groupe de militants vêtus de combinaisons blanches est venu rappeler le jour de l’inauguration que l’on assistait là à une grande première en France : la construction d’un ERP (établissement recevant du public) dans le périmètre rapproché d’une centrale nucléaire, en l’occurrence celle de Saint-Laurent-des-Eaux. Cette centrale possède deux réacteurs de 950 mégawatts en activité, et deux autres en démantèlement. Démantèlement étant en l’occurence un bien grand mot, puisque nulle part n’ont été démantelés jusqu’au bout ces types de réacteurs UNGG (Uranium naturel graphite gaz).

A ces INB (installations nucléaires de base) de production s’ajoute une INB de déchets proprement dits : les silos de graphite irradié (2 000 tonnes). A ces 2 000 tonnes on doit ajouter 2 500 tonnes par réacteur arrêté, ce qui fait pour Saint-Laurent 7 000 tonnes de graphite irradié pour un total national de 16 000 tonnes, et l’on sait désormais qu’ils dégagent du tritium gazeux, qui est un isotope de l’hydrogène. Que voilà un voisinage idéal pour une école primaire !

Pourtant la circulaire Borloo du 17 février 2010 recommande d’éviter les constructions sensibles dans les périmètres de dangers des centrales nucléaires, et ce par le biais d’un document précis commandé à l’ASN (Autorité de Sûreté Nucléaire) régionale, ici celle d’Orléans.

- Télécharger la circulaire Borloo :

Ce document s’appelle le Porter à Connaissance (PAC), il est sorti en mai 2011 et a défini dans le cas présent un périmètre de deux kilomètres de rayon. Il a pour mission d’informer les collectivités locales des risques liés au voisinage de la centrale, et de les inciter à maîtriser leur urbanisation en conséquence. Il précise clairement que « la zone n’a pas vocation à recevoir d’ERP sensible » et deux pages plus loin, il donne comme exemple d’établissement sensible les écoles, dont la vulnérabilité est qualifiée de forte car leurs occupants « seront inaptes à reconnaître un danger ou difficiles à évacuer ».

- La carte de la zone dans le PAC :

L’histoire se répètera-t-elle ?

On pourrait multiplier les citations pour montrer que l’ASN a fait son travail, mais que ses conclusions ont été contournées. Le préfet a subi des pressions de la part des parents d’élèves qui ont opté pour la proximité au détriment de la sécurité. La commune d’Avaray, qui n’a même pas de PLU, continue de se développer à l’intérieur du rayon de deux kilomètres cité plus haut : des pavillons poussent en face des réacteurs, sur la rive droite de la Loire.

Cette inconscience me rappelle l’accident de l’usine AZF à Toulouse en septembre 2001. Je me contenterai de citer le titre de l’article du Monde de Benoit Hopquin paru le 3 octobre 2001 : « La croissance urbaine de Toulouse a négligé la protection industrielle. Les textes qui, depuis 1976, sont destinés à assurer la protection des habitants, n’ont pas été intégrés dans les POS avec assez de rigueur. Des commerces, des routes et même un groupe scolaire ont été construits près de l’usine AZF. »

L’histoire se répètera-t-elle ?

Ce qui est immuable et sidérant, c’est cette continuité dans l’absence de culture du risque, si caractéristique de notre pays.

Deux Zad ont été évacuées manu militari en Charente-Maritime Baptiste Giraud (Reporterre) Reporterre 2015/05/13 Baptiste Giraud (Reporterre) (13 mai 2015) Deux Zad ont été évacuées manu militari en Charente-Maritime. Reporterre. Grands projets inutiles fr

Deux Zad ont été évacuées manu militari en Charente-Maritime

Opération expulsion mardi 12 mai en Charente-Maritime : tôt dans la matinée, la zone occupée de l’incinérateur d’Echillais ainsi que la « Maison heureuse » de Boyardville ont été simultanément vidées de leurs occupants sur ordre de la préfète.

- Bordeaux, correspondance

Les zadistes s’y attendaient, et cela n’a pas trainé. Alors que les décisions d’expulsion avaient été prises par la justice depuis janvier dans un cas et avril dans l’autre, les forces de l’ordre sont entrées en action mardi 12 au matin pour vider de leurs habitants les deux Zad du département de Charente-Maritime.

La première aura vécu un peu plus de quatre mois. Depuis le 31 décembre dernier, les zadistes empêchaient le début des travaux de construction d’un hyper-incinérateur sur la commune d’Echillais, près de Rochefort, en occupant un site adjacent à l’incinérateur actuel et prévu pour le nouveau. Le projet, qui vise à augmenter la capacité d’incinération de déchets dans le sud du département, est également contesté par l’association Pays Rochefortais Alert’ (PRA) pour sa logique, son coût financier et environnemental.

Or le groupement de communes qui le porte, le SIL (Syndicat intercommunautaire du littoral), voulait commencer les travaux. « On savait qu’avant la fin du mois de mai, ils auraient besoin de commencer, comme cela est stipulé dans leur contrat de début de chantier », explique Jean-Marc Cornu, membre de PRA.

Pendant ce temps et sur un tout autre sujet, c’est à Boyardville, sur l’île d’Oléron, qu’une seconde Zad charentaise s’était formée dans les anciens locaux d’un lycée expérimental, la « Maison Heureuse », avec l’aide de zadistes d’Echillais. Il s’agit ici de s’opposer à « la Malconche », un projet de champ de production industrielle d’huitres et de moules.

« Les gendarmes avaient vu les choses en grand »

« Nous avions deux situations similaires, je ne me voyais pas donner le concours de la force publique à un site et pas à un autre », a déclaré la préfète du département, Béatrice Abollivier, à Vogue Radio. « Les élus n’auraient pas compris, alors qu’ils me sollicitaient de part et d’autre, que ce soit sur l’île d’Oléron ou au SIL. Nous avons souhaité que ce soit une opération conjointe et simultanée. » En effet, ces expulsions avaient été ordonnées par le tribunal administratif de Poitiers dans des décisions rendues le 12 janvier et le 21 avril derniers.

Autour de six heures du matin mardi 12 mai, deux groupes composés chacun d’une centaine de gendarmes mobiles appuyés par une équipe spéciale et un hélicoptère ont donc procédé au même moment à l’évacuation du site de l’incinérateur d’Echillais et de la Maison Heureuse de Boyardville. On devine dans cette opération la crainte que ces deux Zad ne se soutiennent l’une l’autre, et l’espoir avec cette double expulsion que toute opposition soit éradiquée et que les travaux puissent commencer rapidement à Echillais. Les installations des zadistes – tentes, caravane, cabanes – ont été détruites, tandis que la Maison Heureuse devait être placée sous surveillance par la mairie avant d’être prochainement murée.

Le maire menteur : contre pendant la campagne électorale, pour quand il est élu

Les seize occupants de la Maison Heureuse ont même été placés en garde à vue suite à des « procédures judiciaires diligentées » contre eux pour des faits antérieurs de « violences sur agent de la force publique » et de « vol d’électricité » d’après le porte-parole du ministère de l’intérieur interrogé par France 3.

Du côté d’Echillais, les membres de PRA ont tenté d’apporter leur soutien aux zadistes, comme nous l’a expliqué Jean-Marc Cornu : « On a envoyé beaucoup de mels, déclenché une cascade téléphonique, utilisé les réseaux sociaux. Mais la zone était déjà quadrillée, ils avaient vu la chose en grand. » La quinzaine d’opposants arrivés en urgence se sont donc contentés de bloquer un petit moment la route départementale voisine avant que les gendarmes ne les délogent.

Puis, avec les quelques zadistes, ils se sont rendus devant l’hôtel de ville de Rochefort, cherchant à rencontrer le maire UMP, Hervé Blanché, aujourd’hui favorable au projet - après s’être affiché contre durant la récente campagne municipale. Celui-ci n’étant pas venu les voir, les militants sont entrés et l’ont invectivé jusque dans son bureau, où une légère altercation a eu lieu. Une vidéo mise en ligne par le site du quotidien Sud Ouest montre le maire demandant à un policier municipal de gazer les opposants dans son bureau afin de les faire sortir, ce que l’agent refuse, puis tentant d’arracher le téléphone portable de l’un d’eux.

L’opposition à l’hyper-incinérateur ne faiblit pas

Zadistes et autres militants du secteur devaient se retrouver mardi soir sur la place Colbert pour discuter des suites à donner à leur mouvement. À Echillais, une réunion du conseil municipal sur le thème de l’urbanisme devait avoir lieu à 20 h, suscitant la mobilisation des opposants, mais elle a été annulée par Vincent Barraud, maire d’Etaules et farouche partisan du projet en tant que président du SIL, le syndicat qui le porte.

Selon un autre opposant au projet d’hyper-incinérateur, Thierry Kieffer, la perspective d’une réoccupation semble peu probable. « Les premiers travaux devraient être la pose d’un grillage autour du futur site, avec des caméras vidéo », ajoute-t-il. Une manifestation prévue de longue date doit avoir lieu le 30 mai.

PRA poursuit surtout le combat par la voie juridique. Un recours contre l’autorisation d’exploiter l’incinérateur devrait bientôt être déposé, s’appuyant sur le non-respect des normes parasismiques. « La préfecture s’entête à démarrer un chantier qui ne présentera pas toutes les garanties parasismiques », selon Xavier Dell’Ova, de PRA. « Un bâtiment de plus de 18 mètres de haut et où travaillent des gens doit respecter ces normes. Or dans le projet, si les bureaux sont aux normes parasismiques, l’incinérateur en lui-même ne l’est pas, il est classé comme un hangar agricole, alors qu’il mesurerait 41m de haut et que des gens devraient y travailler. » D’après les opposants, la mise aux normes nécessiterait de nouvelles études et une nouvelle conception du bâtiment.

Mais le recours en lui-même ne pourra pas entrainer la suspension des travaux. Pour les empêcher, il faudrait ensuite déposer un référé de suspension, dont l’acceptation est incertaine. « Quand on a parlé des normes parasismiques avec la préfète, elle s’est mise en colère et a refusé de répondre », raconte Dell’Ova. « C’est silence radio parce que je pense qu’ils savent que l’incinérateur n’est pas aux normes, et ils pensaient faire ça en douce. »

Comme le reste des opposants, il dénonce la lenteur de la justice : « Les porteurs de projet peuvent se permettre de faire des actions en justice sur un très long terme, pendant ce temps ils exploitent et rentabilisent leur outil. La lenteur de la justice fait qu’ils ne sont pas inquiétés. »

« Je fais le tour du monde à vélo depuis deux ans et c’est tout simplement fantastique » Alain Sousa Reporterre 2015/05/13 Alain Sousa (13 mai 2015) « Je fais le tour du monde à vélo depuis deux ans et c’est tout simplement fantastique ». Reporterre. Monde fr

« Je fais le tour du monde à vélo depuis deux ans et c’est tout simplement fantastique »

Alain est parti faire le tour du monde à vélo il y a plus de deux ans et demi. Plus de trente pays plus tard et 50 000 kilomètres au compteur, il nous raconte quelques anecdotes et leçons apprises sur deux roues...

- Quelque part en Amérique centrale, reportage

« Je ne m’enfuis pas je pars... » Désolé de cet emprunt à un film récent... Mais il est vrai qu’il est difficile de quitter sa famille, ses amis et son travail pour prendre la route. Sortir de sa « comfort zone », comme disent les Anglais, pour un quotidien sur les routes, sans savoir où vous allez dormir chaque soir. Et pourtant, c’est uniquement ce premier pas qui compte, cette décision qui est la plus dure. Une fois parti, impossible de s’arrêter, et la récompense est à la hauteur du sacrifice... Car découvrir le monde à vélo est tout simplement fantastique.

Les fous du vélo

Bien sûr, lorsque vous partez, de nombreuses personnes vous regardent comme un extraterrestre. Mais tout au long du voyage, vous rencontrez de plus en plus d’autres extraterrestres, à vélo, à moto, en sac à dos... et vous vous rendez compte qu’il y a finalement beaucoup plus de personnes que vous le pensiez qui sont prêtes à tout pour réaliser leurs rêves. Finalement la folie est toute relative.

Ainsi lors de mes pérégrinations en Turquie, j’ai rencontré Gurkan Genk, un Turc parti à vélo pour sept ans de voyage autour du monde, sur sept continents, à l’assaut des plus hauts cols de montagnes et des plus grands déserts. Lorsque j’ai raconté par mail cette rencontre à ma famille et mes amis, ils ont finalement déclaré que je n’étais pas si fou que ça, ou du moins qu’il y avait plus fou que moi. J’ai aussitôt été voir Gurkan pour le remercier et lui raconter l’anecdote. Sa réponse était sans appel : « Les fous, ce sont ceux qui restent chez eux... »

Donner et recevoir

Bien sûr le voyage n’est jamais comme vous pouvez l’avoir imaginé. Mais une seule chose est sûre, le vélo est le meilleur moyen de rencontrer les gens, de découvrir la véritable vie dans les pays que vous traversez. Il faut savoir prendre le temps, le temps de s’arrêter, de discuter, de partager. Avant de partir, ou durant tout votre voyage, vous rencontrez une foule de personnes qui vont vous mettre en garde, vous dire que le monde n’est pas sûr, que dehors c’est plein d’assassins, de voleurs... Bref il vaut mieux rester chez soi et voir ce monde si dangereux à travers la « petite lucarne ».

Mais justement le voyage à vélo vous permet de voir que le monde est plein de personnes prêtes à vous aider et vous accueillir, même s’ils ne parlent pas la même langue que vous. J’ai passé des soirées au coin du feu en Inde, au Cambodge, en Chine, en parlant uniquement par gestes, en montrant des photos ou même en sortant un échiquier ! Ces échanges, même rudimentaires, sont la richesse du voyage, pour moi les moments les plus importants.

Au début, je me sentais gêné, je ne savais pas comment remercier ces gens qui bien souvent n’ont rien, mais m’offraient un lit, un repas... Puis j’ai compris que sans m’en rendre compte, je leur donnais quelque chose en échange : mon sourire, mes histoires... J’essaie dès que je peux de jouer de la flûte, gratter la guitare, faire des tours de magie, bref faire le clown pour offrir en échange un bien intangible et inestimable : des souvenirs. En bon Français, j’ai trouvé un autre moyen toujours apprécié de partager : faire la cuisine et préparer les recettes de famille. Message personnel : Maman, ta tarte à l’oignon a fait le tour du monde...

Volontaire à terre

Cet échange et cet investissement passent également par d’autres formes plus organisées. Je me suis arrêté dans plusieurs pays pour faire du volontariat. Avec l’aide du réseau Woofing, qui permet d’aider dans des fermes bio, ou en utilisant les sites HelpX ou Workaway. Je vous conseille aussi d’utiliser le réseau du mouvement Slow Food, rempli de gens prêts à vous aider. Et les rencontres au hasard vous permettent de découvrir des lieux et des endroits où vous pouvez donner de votre temps et de votre énergie, et partager.

Durant mon voyage j’ai ainsi aidé à replanter des arbres en Inde, ramassé des oeufs et planté des fraises en Corée, aidé dans un restaurant Vegan, récolté des graines ou construit des maisons en terre au Mexique, etc. Pour moi ce volontariat est une sorte de corollaire du voyage à vélo, c’est le même esprit d’aller à la rencontre des gens, de prendre le temps de découvrir et d’échanger.

Trouver le gîte

Évidemment, en voyage à vélo, vous ne vous faites pas héberger tous les soirs. Dans certaines régions ou pays les gens sont plus timides que d’autres. Ce qui rend le voyage d’autant plus intéressant. A chaque fois il vous faut trouver selon les pays les solutions les plus simples et plus faciles pour vous faire héberger.

En Europe, il est très facile de faire du camping ou de bivouaquer dans la nature. En Inde, vous pouvez dormir gratuitement dans les Dhaba, sorte de restaurants ouverts, et vous aurez le plaisir de vous laver en plein air avec le seau, à l’indienne, ce qui est le meilleur moyen de se faire aussitôt accepter. En Asie du Sud-Est, tous les temples bouddhistes vous ouvriront leur portes. Ce qui vous permettra de partager au matin le repas avec les moines et les gens du village. En Chine, cherchez le club cycliste de la ville : les visiteurs à vélo sont traités comme des rois ! En Amérique latine, les Pompiers et la Croix rouge sont la référence pour tous les cyclistes. Mais ils en reçoivent tellement dans certaines villes qu’ils sont même un peu blasés. Et bien sûr je vous conseille d’utiliser les réseaux sociaux pour voyageurs, l’incontournable Warmshowers mais aussi Couchsurfing.

Rouler autour du monde

Si rouler à velo est un plaisir sans pareil, ce n’est bien sûr pas toujours une sinécure en fonction des pays que vous traversez. En Suisse ou en Allemagne, j’ai grandement apprécié le réseau de pistes cyclables... Même si parfois le trop est l’ennemi du bien : est-ce que je dois continuer sur cette « Mozart Radweg », suivre la « Benedictus Radweg » qui mène à la maison natale du Pape Benoit 16 ou prendre l’une des six autres directions indiquées ? En Corée, j’ai eu la surprise de découvrir la piste cyclable la plus chère du monde je pense : 600 km le long des rivière du pays, avec toilettes en forme de vélos et musique classique, campings gratuits avec Wifi... Le contraste est saisissant : dès que vous quittez cette voie verte, il n’existe quasiment aucun aménagement urbain pour les cyclistes !

Au Mexique et au Guatemala, j’ai apprécié les associations de cyclistes qui se battent pour des aménagements urbains dans des pays où les voitures et les camions sont rois. En Inde, j’ai apprécié l’usage toujours omniprésent du vélo, avec même le ramassage scolaire à bicyclette... Bien sûr, pédaler dans les grandes villes relève de l’exploit... surtout quand parfois vous vous retrouvez face à des éléphants au milieu de la voie...

En Californie j’ai découvert une idée simple pour développer l’usage du velo : un rack pliable pour trois bicyclettes fixé sur le pare-choc avant de tous les bus de Los Angeles ou de San Francisco, pour rallier un point éloigné ou simplement souffler un peu. C’est tellement simple, je me demande pourquoi ce n’est pas déjà en France...

Vélosophie

Le voyage à velo, c’est aussi une lecon de philosophie permanente. Les difficultés de la route, les galères, le temps pour penser... tout cela transforme votre parcours en un voyage initiatique, qui va vous permettre de faire le point, de mieux vous connaître, et peut-être d’acquérir un peu plus de sagesse. Car tout voyage a une dimension spirituelle. Toute personne qui fait ses valises part à la recherche de quelque chose, une quête spirituelle, des réponses à ses questions. Curieux qu’il faille partir autou du monde pour trouver des réponses qui sont finalement en soi...

Je ne sais pas si je suis devenu plus sage, mais j’ai certainement appris en pédalant ainsi. La première lecon c’est tout simplement de profiter de l’instant présent, sans penser aux problèmes futurs ou passés. Inutile de trop s’inquiéter des difficultés à venir. Il sera toujours temps de les affronter quand elles surviendront. D’ailleurs comme le disait un autre voyageur rencontré sur le chemin : « Il n’y a pas de difficultés sur le chemin, il n’y a que des aventures, qu’il faut surmonter avec ingéniosité et que l’on pourra ensuite raconter ».

Le voyage vous apprend justement à être optimiste, à voir que la plupart du temps, vous trouvez toujours une solution, même dans les situations les plus noires. Et vous apprenez aussi que les échecs, les accidents, les déceptions, vont vous amener à emprunter d’autres routes que vous n’auriez pas explorées et qui vont vous apporter beaucoup plus que vous ne l’attendiez. Et si le voyage à vélo se passait sans encombre, ce serait d’un ennui mortel...

Un dernier avertissement à tous les cyclistes : mon aventure a commencé lorsque j’ai décidé de vendre ma voiture pour rouler en ville à vélo. Après les trajets quotidiens, les week-ends à vélo sont apparus, puis les semaines de vacances... et finalement le tour du monde. Pensez-y lorsque vous prendrez votre vélo demain. Vous ne savez pas dans quel(s) voyage(s) il va vous embarquer...

Plus d’infos

Facebook : Alain à Velo

Mail : alainavelo (arobase) gmail.com

Internet : www.revv-valence.org/tour-du-monde

Article paru dans la revue Vélocité n°130 de la FUB – Fédération française des Usagers de la Bicyclette

Quand la lutte des peuples pauvres rejoint l’écologie Jean Monestier Reporterre 2015/05/15 Jean Monestier (15 mai 2015) Quand la lutte des peuples pauvres rejoint l’écologie. Reporterre. Culture et idées fr

Quand la lutte des peuples pauvres rejoint l’écologie

Le livre L’écologisme des pauvres, de Joan Martínez Alier, contrebat l’idée que les pauvres sont bien plus concernés par la défense de leur pouvoir d’achat que par la défense de l’écologie. Quand la survie des peuples les plus pauvres dépend de leur milieu, la lutte pour la vie rejoint celle pour la biodiversité. Un livre à offrir à tous les socialistes sincères, et à tous les hommes de bonne volonté !

Mangez-vous des crevettes ? Quelquefois ? Assez souvent ? Couramment ? J’ai appris que, dans tous les cas, quand elles sont importées, elles sont à l’origine de la destruction des moyens de vivre de populations du pays d’origine, que ce soit, dans le cas de l’aquaculture, par des destructions définitives de la mangrove dont ces populations tirent leur subsistance, ou dans le cas de la pêche industrielle, par la destruction de la ressource halieutique dont vivent les familles des pêcheurs côtiers.

J’ai donc décidé, pour mon compte, de ne plus jamais manger de crevettes, sauf à la rigueur si elles sont pêchées au large de la vieille Europe. Et encore ne sommes-nous pas totalement à l’abri, même dans ce cas, de profiter d’un néo-colonialisme interne au détriment d’Européens qui seraient moins égaux en droit que les autres.

Désinvolture consumériste

C’est en lisant L’écologisme des pauvres de Joan Martínez Alier, que j’ai pris plus profondément conscience de notre désinvolture consumériste au détriment des peuples dits pauvres. La thèse principale de ce livre contrebat l’idée, reçue d’une vieille gauche, que les pauvres sont bien plus concernés par la défense de leur pouvoir d’achat que par la défense de l’écologie. Profonde erreur !

Ceci est valable dans notre Occident dit « développé », qui vit depuis plusieurs siècles aux crochets du reste de la planète, et dont l’organisation est largement dominée par l’économie et les échanges monétaires. Dans ce cas, l’écologie, dont les valeurs sont difficiles ou impossibles à chiffrer, peut être considérée comme une espèce de luxe, ou du moins comme un sujet parmi d’autres, par ceux qui regardent tout avec des lunettes d’économistes.

Mais la biosphère est notre substrat universel, alors que l’économie n’est qu’une sorte de mécanique culturelle, qui permet de hiérarchiser les hommes, leurs actions et leurs possessions, sans évaluer la valeur des choses, mais seulement leur coût, deux concepts qu’il est dangereux de confondre.

Le prix de l’infini

Une biosphère habitable a une valeur incommensurable et un prix non chiffrable, et, si nous la perdons, nous perdons tout, c’est-à-dire que le prix de cette perte serait égal à l’infini (donc effectivement non chiffrable). Accessoirement, cela signifie que toute dépense visant à préserver cette biosphère ne coûte rien face à l’infini de cette perte (puisque ۷ x / ∞ = 0).

Les peuples qui perdent leur milieu de vie, leur substrat local, du fait de notre extractivisme universel, et de nos innombrables projets de mines, forages, exploitations de toutes ressources, constructions d’usines, de déchetteries, et organisations de diverses dilutions polluantes, se trouvent devant la même problématique : la perte de leurs moyens de survie durables, donc de l’infini, contre des avantages plus ou moins temporaires dont ils ne voient souvent passer que la promesse.

Leur résistance n’a rien à voir avec la défense d’un pouvoir d’achat assis sur des salaires qui devraient monter et des prix qui devraient baisser. Elle s’apparente à une lutte radicale pour la vie, et donc pour la défense d’un milieu, d’une biodiversité, de ressources dont le maintien à long terme est incompatible avec notre agitation économique spéculative. Et c’est bien d’écologie qu’il s’agit, même si le mot et la description intellectuelle arrivent à titre secondaire, parfois soufflés par des ONG, des scientifiques, des avocats. Il ne s’agit pas d’une écologie de luxe hors de portée des prolétaires occidentaux, mais d’une écologie vitale préalable à la survie des peuples pauvres.

Au niveau du mouvement écologiste, Joan Martínez Alier distingue trois courants qui « sont les bras d’un seul fleuve » : le « culte de la nature sauvage », l’« évangile de l’éco-efficacité », et « l’écologisme des pauvres ». Le premier est né de la lutte pour la conservation d’espaces naturels, si possibles non habités, au service du caractère sacré de la biosphère, mais il ne fait que retarder l’inéluctable destruction de cette dernière.

Le deuxième veut concilier une économie qu’il appréhende dans sa totalité à travers le développement durable et la bonne utilisation des ressources, sans exclure une croissance économique vertueuse, avec une vision « modernisée » de l’écologie. Le troisième, moins visible car plus diffus, est « la réponse du tiers-monde au défi du développement durable ». Mais il recouvre, selon l’auteur, « une convergence entre la notion rurale et tiers-mondiste de l’écologisme des pauvres, et la notion urbaine de la justice environnementale » (appliquée notamment aux USA).

Souvent, ses acteurs n’utilisent pas le langage écologique et c’est pourquoi ce mouvement fut relativement ignoré jusqu’aux années 80. Un point unit ces trois courants : « L’existence d’un puissant lobby anti-écologiste, beaucoup plus puissant dans le Sud que dans le Nord ».

La voix des plus pauvres

Après quelques chapitres consacrés à de grands concepts d’économie écologique et d’écologie politique, ce livre dresse une revue détaillée d’un certain nombre de conflits typiques : défense de la mangrove contre fermes de crevettes, extraction d’or, de pétrole, exploitation de forêts, de rivières, bio-piraterie. Il rebondit ensuite sur des réflexions plus synthétiques appuyées sur des exemples précis ; indicateurs de la non-durabilité urbaine, justice environnementale aux Etats-Unis et en Afrique du Sud, rôle des Etats et d’autres acteurs, mais aussi la notion clé de dette écologique, qui réintroduit puissamment le facteur temps dans la réflexion.

Préfacé par Marc Dufumier, ce livre est à verser dans le débat récurrent entre ceux qui revendiquent une priorité pour l’homme, pour lesquels l’écologie, même importante selon leur degré de conscience, serait un dossier secondaire, le supplément éventuel d’un programme politique, et ceux qui, sans renier les valeurs de gauche, pensent que le substrat d’une biosphère habitable, sans laquelle aucune société humaine n’est viable, doit être une préoccupation prioritaire, car fondamentale. Les plus pauvres des pauvres commencent à être entendus dans ce débat. Un livre à offrir à tous les socialistes sincères, et à tous les hommes de bonne volonté !

- L’écologisme des pauvres. Une étude des conflits environnementaux dans le monde, de Joan Martínez Alier, Editions Les Petits matins / Institut Veblen - 2014, traduit de « El Ecologismo de los pobres. Conflictos ambientales y lenguajes de valoración », édité par Icaria editorial, S.A.- 2011.

En Tunisie, les « casques verts » font reculer la montagne de déchets Barnabé Binctin (Reporterre) Reporterre 2015/05/15 Barnabé Binctin (Reporterre) (15 mai 2015) En Tunisie, les « casques verts » font reculer la montagne de déchets. Reporterre. Monde fr

En Tunisie, les « casques verts » font reculer la montagne de déchets

Au nord-est de la Tunisie, on expérimente l’éducation populaire pour régler le problème des déchets, première préoccupation écologique du pays. Une douzaine d’adolescents mène chaque week-end une grande campagne de porte-à-porte et milite pour une gestion participative et citoyenne des déchets.

- Kelibia (Tunisie), reportage

Du quartier rouge au cœur de la ville, jusqu’à la plage ouvrant sur une mer turquoise, la petite bande des casques verts fait la chasse aux « points noirs ». A Kelibia, pas question que les déchets ternissent le décor coloré de carte postale de cette cité côtière du Cap Bon, au nord-est de la Tunisie. Chaque dimanche, les jeunes volontaires scolarisés dans la ville endossent leur couvre-chef à visière aux couleurs de l’écologie et partent sillonner la ville pour sensibiliser les habitants à l’enjeu des déchets.

Le programme des « Casques verts », initié par la Tunisie l’année dernière en partenariat avec les Pays-Bas, vise l’éducation civique des citoyens : « Il est temps de déclarer la guerre à tous les comportements inciviques qui menacent l’environnement et aux ennemis de la propreté », disait le secrétaire d’Etat lors du lancement du projet.

Initialement prévu pour être expérimenté dans huit villes du pays, il n’y a qu’à Kelibia qu’on trouve trace, un an plus tard, de ces agents de la paix environnementale. Le directeur de l’Environnement et de la propreté de la municipalité, Wahid Jenhani, brandit d’ailleurs fièrement le diplôme de « ville la plus propre » que lui a remis l’Etat, le 21 janvier dernier.

Pourtant, le sujet reste plus que jamais une préoccupation majeure dans un pays qui a vu gonfler le volume de déchets depuis la Révolution de 2011 : « L’impact sur la nature du plastique est tel qu’il est plus important de réduire cela que de s’occuper des énergies renouvelables », explique M. Jenhani qui, avec son autre casquette de président de l’Association de l’Environnement de Kelibia, pilote le programme des Casques verts. Pour lui, il s’agit d’un enjeu de santé publique : « Les déchets sont vecteurs de maladie. »

Le poids du tourisme

Mais on peut aussi craindre l’effet sur le tourisme, alors que la plage locale, classée septième « à visiter impérativement avant de mourir » par un journal américain l’an dernier, semble faire la fierté de la ville.

Pourtant, les complexes hôteliers qui se construisent à quelques mètres de la plage pourraient aggraver la situation dans une ville qui voit sa population de 70 000 habitants augmenter jusqu’à 200 000 en haute-saison, et sa consommation tripler en conséquence : « L’été, on passe d’un volume de 60 tonnes de déchets par jour à près de 200 », explique-t-on du côté de l’association.

Problème : aujourd’hui en Tunisie, la politique des déchets est embryonnaire. « Il n’y a aucune vision globale sur les déchets ; le tri n’existe pas, le recyclage n’est pas organisé en concertation avec le système de collecte et il manque des filières de valorisation, sur les déchets organiques par exemple », constate un observateur.

Personne ne sait vraiment qui est responsable de cette politique. L’Etat ? « C’est une compétence historiquement très centralisée, mais le pouvoir est très affaibli en ce moment », explique Hassan Mouri. L’ANGED, l’Agence nationale de gestion des déchets créée par Ben Ali, le dictateur chassé par le peuple en 2011 ? « Cette institution ne fait rien pour protéger l’environnement, elle sert juste à montrer qu’il y a des institutions », assène Mohammed Dhia Hammami, journaliste. Les collectivités locales, officiellement responsables de la collecte ? Elles ont peu de moyens - à Kelibia, le maire n’est même pas salarié. Surtout, leur élection n’étant prévue qu’en 2016, elles restent des symboles de l’ancien régime : « Les citoyens se détournent des municipalités car elles ont été nommées par Ben Ali », constate Wahid Jenhani.

"On discute pour trouver des solutions"

Ce dernier mise donc sur une gestion participative des déchets : « Le citoyen est toujours ignoré dans les politiques sur les déchets, alors qu’il en est le producteur quotidien. » Recueillir les doléances et identifier les besoins en la matière, c’est la grande mission que se fixent les Casques verts, après la sensibilisation : « Les gens sont devenus anarchiques avec la Révolution, il faut élever le point de vue mental des gens sur le déchet », nous explique Mohamed.

Tous les week-ends, cet ancien chef scout retraité de l’enseignement encadre l’équipe de jeunes âgés de 12 à 17 ans qui va à la rencontre des habitants. Les garçons en bicyclette, les filles à pied – « elles n’aiment pas le vélo » semble regretter le président de l’association – les volontaires passent une trentaine de minutes dans chaque foyer pour parler des déchets. « On discute pour trouver des solutions : est-ce qu’ils préfèrent un container au coin de la rue ou des sacs poubelles individualisés pour se débarrasser des déchets ? Quelle heure de collecte leur paraît la plus appropriée ?, etc. », dit Mohamed.

L’association se veut un lien entre la municipalité et le citoyen. Après quelques mois, le verdict est tombé : sacs plastiques – bleu pour le plastique, marron pour l’organique et rouge pour le toxique – et passage du camion, le soir, à 19 h – sauf le mercredi, jour sans collecte. Et après ? Décharge municipale, enfouissement… la suite est plus floue.

Mais l’important est sûrement ailleurs. Dans la ville, les habitants se félicitent de ce programme. « C’est mieux qu’avant », nous dit une vieille femme sur son perron. Et bien qu’un peu scolaires – mais surtout intimidés par le micro ! – les jeunes Casques verts se félicitent de leur action, comme nous le racontent Aymen, Khouloud et Omayma :

« L’éco-citoyenneté passe par un changement de comportement volontaire, il faut intégrer l’habitant à la discussion sur les politiques de déchets », insiste Wahid Jenhani. La démarche des casques verts va dans ce sens. Reste désormais à savoir si elle sera capable de se dupliquer sur l’ensemble du territoire.

« Nous avons découvert la dimension sacrée de la vie » Entretien avec Marc de la Ménardière Reporterre 2015/05/15 Entretien avec Marc de la Ménardière (15 mai 2015) « Nous avons découvert la dimension sacrée de la vie ». Reporterre. Entretien — Écologie et spiritualité fr

« Nous avons découvert la dimension sacrée de la vie »

Le film documentaire En Quête de sens remplit des salles dans la France entière. Succès inattendu pour ce film à petit budget, qui a été distribué grâce au financement participatif. L’histoire ? Celle des deux réalisateurs, partis à la rencontre de personnalités militantes, savantes et spirituelles. Rencontre avec Marc de la Ménardière, co-réalisateur.

C’est un film qui aurait pu passer inaperçu, comme beaucoup de documentaires à petits moyens. Pourtant, En Quête de sens a déjà réussi à attirer 40 000 spectateurs, dans plus de 165 salles en France et en Belgique. Un succès inattendu pour les deux jeunes réalisateurs : Nathanaël Coste, caméraman et géographe de formation, et Marc de la Ménardière, diplômé d’une école de commerce. D’autant plus que la diffusion du film est basée sur la participation citoyenne – chacun peut faire en sorte que le film soit projeté dans sa propre ville.

La clé du succès réside peut-être dans le concept du film : l’histoire vraie d’un jeune homme, Marc, qui travaille dans une firme agroalimentaire à New-York où il essaye de convaincre le consommateur des atouts de l’eau en bouteille. Un jour, son ami d’enfance Nathanaël lui rend visite et lui laisse une série de documentaires sur l’état de la planète. Peu de temps après, Marc est immobilisé chez lui pendant deux mois, à cause d’une jambe cassée : il regarde les documentaires et le déclic se produit. Il décide d’embarquer pour l’Inde, rejoindre Nathanaël pour un voyage au long cours, afin de s’interroger sur le fonctionnement de notre société.

Reporterre a rencontré Marc de la Ménardière dans un café parisien, tout près de la gare du Nord. C’est un homme pressé qui s’est présenté, peu de temps avant de prendre un train pour aller parler de son film à Calais. En ce moment, il en assure lui-même la promotion. Nathanël, quant lui, consacre du temps à son nouveau métier : celui de papa.

Reporterre - A quoi ressemble votre vie en ce moment ?

Marc de la Ménardière - A une course ! On doit assurer le travail de producteur, de distributeur et de réalisateur, trois métiers à gérer. C’est l’inconvénient du circuit court au cinéma : on est beaucoup sollicité. Au début, on ne se rendait pas compte, on était contents que ça prenne. On est allé voir un distributeur, il nous avait dit que notre film serait peut-être projeté dans une salle à Paris, une en banlieue et un peu en province… Mais on est déjà à 165 salles et 40 000 entrées ! Lors de la projection à Rennes, 250 personnes n’ont pas pu entrer dans la salle.

Les gens en parlent autour d’eux, on sent qu’il se passe quelque chose. Mais il faut bien le gérer. On essaye de faire le maximum de projections mais on commence à atteindre nos limites, on est fatigués. Dans le film, on prône le ralentissement mais là on accélère ! Enfin, on ne se plaint pas trop, car c’est super intéressant de se rendre compte qu’en France, il y a un vrai tissu associatif : quand on arrive dans une salle qui est remplie, avec un débat qui marche, c’est grâce au travail des associations.

Je vis en partie à Paris mais régulièrement, je sors de la ville, passer du temps dans la nature. Par exemple, pendant la réalisation du film, on allait vers Montargis, chez une famille qui a voyagé et qui est en lien avec les traditions d’Amérique du nord et du sud. Ils pratiquent une agriculture respectueuse de l’environnement.

Régulièrement ils nous ouvraient leur maison : on allait les aider, passer du temps avec eux, jouer de la musique. C’est important d’avoir des lieux où on peut se ressourcer et où trouver une dimension artistique, paysanne, spirituelle et une vraie convivialité.

D’après vous, qu’est ce qui a parlé aux gens dans votre film ?

C’est une histoire personnelle autour d’un questionnement universel. Les réponses sont apportées par des gens cohérents entre ce qu’ils disent, ce qu’ils pensent et ce qu’ils font. Ce sont des personnes lumineuses, exemplaires.

On essaye de ne pas culpabiliser le public parce que nous-mêmes, à travers le questionnement qu’on a dans le film, on se dit que c’est difficile de changer dans notre société et on se demande comment trouver notre place dans un système malade. On parle de la quête de soi : je pense que tout le monde se demande à quoi il contribue. On est dans un monde qui a tellement peu de sens !

Les gens ont découvert, à travers des documentaires, pourquoi le monde ne va pas bien : la marchandisation du vivant, la prise de pouvoir des grosses entreprises notamment multinationales, l’accaparement des terres… Maintenant, ils se demandent comment on peut changer ce monde.

- La bande-annonce :

Dans le film, on voit que tu travaillais dans une entreprise multinationale aux Etats-Unis. Mais avais-tu déjà une sensibilité à l’environnement et à l’écologie dans ton éducation, là où tu as grandi ?

J’ai grandi à Fontenay-sous-Bois dans le Val-de-Marne. Mes parents sont éducateurs spécialisés, ils travaillaient dans un foyer à côté de chez nous. J’avais fait des colonies de vacances comme animateur, avec des jeunes un peu difficiles.

J’ai aussi vécu en Bolivie pendant six mois où j’ai fait un stage autour d’un projet de développement de l’écotourisme. C’est là que j’ai pris une première claque ! J’ai rencontré des communautés de paysans de l’Altiplano et de l’Amazonie, nous avons fait de grands ateliers tous ensemble, où on questionnait l’impact du tourisme et d’une certaine forme de modernité sur leur mode de vie communautaire.

J’ai fait une école de commerce à Paris, suivie d’un master en négociation internationale à la Sorbonne. J’aimais bien les voyages et je voulais des compétences pour faire autre chose ensuite. J’ai décidé de travailler dans le monde de l’entreprise un petit bout de temps, pour apprendre des choses et pour rembourser les prêts, ce genre de trucs.

Et puis, l’opportunité de travailler au Etats-Unis s’est présentée. C’est là que je me suis un peu oublié. Parce que c’était New-York, la vie facile et ça fonctionnait bien.

Mais à un moment, j’ai senti que j’étais en décalage. Mon père était venu me voir : je lui avais dit que j’aurais besoin de deux mois au lit pour lire des livres et regarder les documentaires de Nathanaël. Le soir même, je me suis cassé la jambe ! Il faut faire attention à ce que l’on demande. Un chaman a dit un jour : « Fais attention à ce que tu demandes : si tu demandes une BMW, tu peux aussi la prendre à un carrefour ! »

Dans le film, le visionnage des documentaires que Nathanaël t’a laissés est comme un déclic pour quitter ton emploi et partir en voyage. Etait-ce une révélation ?

J’avais compris que ça n’allait pas bien, mais pas jusqu’où, vers quoi le système nous poussait. Il y a eu la question de l’eau, à laquelle je n’avais pas réfléchi : je me disais que là où je travaillais, c’était sympa, une belle boîte. Mais derrière, il y a l’enjeu de la marchandisation de l’eau. Dans le film We Feed the World, le PDG de Nestlé dit que d’un côté, il y a les extrémistes qui pensent que tout être humain doit avoir accès à l’eau et de l’autre, les gens comme lui, qui disent que l’eau est une denrée alimentaire avec une valeur marchande.

Là, je me suis interrogé. J’en ai parlé à mes potes. Ils m’ont répondu que j’étais en plein dans ce système et que je n’étais pas cohérent de le critiquer de l’intérieur. J’ai hésité à faire du développement durable dans cette même entreprise. Et puis, j’ai senti que je devais faire autre chose : aller à la rencontre d’autres visions du monde. Je savais qu’en voyageant, on lâche prise et qu’il y a toujours de belles rencontres.

Aviez-vous fait du cinéma avant ?

Nathanaël avait réalisé un film. Il connaissait déjà la caméra. On a appris au fur et à mesure. D’ailleurs, on le voit dans le film : l’image s’améliore, progresse au niveau du cadrage, du positionnement. Le montage a été très long ! Et on a fait plein d’erreurs. Mais ça compte dans le film, ce côté un peu amateur. On a vraiment mis nos tripes dans la manière de filmer, dans le montage qu’on a fait nous-mêmes. C’est notre énergie qui est là et qui touche, parce que le public sent que c’est personnel.

Comment avez-vous choisi les personnalités du film ?

On en a ciblé certaines, comme Vandana Shiva [grande figure de l’altermondialisme en Inde et prix Nobel alternatif 1993, NDLR]. Les autres, c’était un peu de la chance, même si on ne croit plus trop à la chance après ce film-là. Vandana Shiva nous a invités à son séminaire sur Gandhi et la mondialisation : il y avait Sathish Kumar [penseur indien, célèbre pour sa marche de 12 000 kilomètres sans argent afin d’aborder avec les principaux chefs d’Etats la question du désarmement nucléaire], le premier ministre du Tibet, des intellectuels indiens. Là on avait déjà l’essentiel et une grande partie des réponses. Avec eux, nous avons abordé le thème de la désacralisation de la nature qu’incarne cette exploitation par les sociétés industrielles. Comment les petites cultures et le côté communautaire ont été cassés pour envoyer tout le monde à l’usine. Nous avons appris que pour résoudre les crises écologiques et sociétales, il fallait d’abord questionner notre rapport à la nature et à la dimension immatérielle de la vie.

On a essayé de creuser un peu plus. On est parti au Mexique et on a mis en œuvre la même technique : on prend la caméra et on voit ce qui arrive. Et plein de choses sont arrivées ! Ensuite, on a essayé de rencontrer des personnes qu’on avait découvertes en lisant des livres, comme Bruce Lipton [professeur en biologie moléculaire, spécialiste des effets du psychisme sur le corps]. Il y avait certains incontournables : Pierre Rabhi par exemple, pour l’ensemble de son œuvre. Certaines rencontres sont survenues à la toute fin : là c’était un peu compliqué. On a voulu les mettre dans les bonus mais ce qu’ils disaient était tellement fort qu’il a fallu leur faire une place dans le film. Ce fut un énorme travail de démontage et de remontage pour que ça fonctionne. Résultat final, il y a au moins quatorze versions du film !

Comment tes proches ont-ils vécu ton projet ?

Ma famille s’est reconnue dans les valeurs du film. Mais j’ai senti qu’ils craignaient pour ma situation économique, en se disant que tout de même, travailler dans une entreprise multinationale, c’est la sécurité de l’emploi. Parfois, ton propre cercle et ses projections t’empêchent d’aller plus loin. C’est peut-être ça qui est dur dans l’idée de faire un nouveau monde : l’ancien est rentable économiquement et pas le nouveau. Pour certains, soit tu es dans une entreprise, soit tu es un hippie qui plante des carottes ! Il y a un entre-deux à trouver. Moi-même, je suis allé planter des carottes, j’ai fait un stage d’agriculture biologique, mais je n’ai pas eu le coup de foudre pour le métier de maraîcher.

Quels sont vos projets ?

Avec le mouvement Colibris, on va continuer à collaborer sur cette dimension inspirée, mettre en avant d’autres modes de vie, permettre à la société civile d’échanger sur ses bonnes pratiques. Moi j’aimerais bien travailler un peu dans l’éducation, parce que ça me tient à cœur.

On veut réfléchir à une manière de continuer à partager, à trouver des outils, des animations. Peut-être faire un autre film mais sous une autre forme, parce que celui-là était vraiment spontané. On a créé une association de production, Kamea Meah, pour aider les personnes qui veulent réaliser un film ou pour les conseiller dans la diffusion en circuit court.

En quoi cette expérience vous a-t-elle changé ?

Elle a changé notre rapport au monde, à la nature, à nous-mêmes. On a découvert cette dimension sacrée qu’on n’avait pas avant : il y a le monde que l’on voit, la matérialité et il y a aussi la dimension de l’intériorité, la dimension poétique de la vie. On se dit que la planète fait partie de nous. Se sentir appartenir à cette force créatrice, ça nous donne une énergie, ça nous permet d’avoir un autre rapport à la nature et aux autres.

Ce n’est pas concret. C’est comme cette histoire du petit yogi. On lui demande :

« Qu’est ce que vous faisiez avant d’être éveillé ? - Avant je coupais du bois. - Et maintenant qu’est-ce que vous faites ? - Maintenant, je coupe du bois. »

C’est la même chose qu’avant mais simplement c’est la présence avec laquelle on fait les choses qui a changé ! On fait aussi plus attention au quotidien, à ce que l’on fait, à ce que l’on achète, est-ce qu’avec notre pouvoir d’achat on participe à un monde qui est destructeur ou non…

On ressent davantage le besoin d’être proches de la nature, le besoin de la communauté, de se sentir appartenir à un groupe, de se construire avec des gens qui ont des valeurs différentes, de pouvoir s’impliquer un peu plus aussi dans le concret.

- Propos recueillis par Flora Chauveau

Le barrage le plus bête de France Martin Arnould Reporterre 2015/05/15 Martin Arnould (15 mai 2015) Le barrage le plus bête de France. Reporterre. Tribune — Grands projets inutiles fr

Le barrage le plus bête de France

Un barrage imposé malgré des avis défavorables, une société civile opposée, des alternatives ignorées... ça vous rappelle quelque chose ? C’est sur la rivière Sémène, dans la Loire : Bouygues a construit avec l’argent public et l’appui des élus une retenue d’eau inutile et destructrice de la biodiversité.

En ce début de joli mois de mai, le remplissage du grand barrage le plus bête de France se termine. Les 1,5 millions de m3 d’eau de la retenue des Plats, sur la commune de St Genest Malifaux, reconstruite par l’entreprise Bouygues entre 2013 et 2014 sur la rivière Semène, dans la Loire, ont étouffé en quelques semaines les habitats d’espèces protégées telles que la loutre, le campagnol aquatique. Les centaines de jeunes pins sylvestres, bouleaux, saules, aulnes se noient lentement.

Le Syndicat des Barrages qui a imposé le réservoir n’a pas pris la peine de défricher le site, oubliant que la végétation pourrissante va émettre du méthane, puissant gaz à effet de serre. Mais le changement climatique, pas plus que la conservation de la biodiversité, des moules perlières, des truites farios, ne l’intéresse.

Ce qui le préoccupe, officiellement, c’est de constituer « une indispensable réserve d’eau potable » pour ses communes adhérentes. C’est la nouvelle vocation qu’il a trouvée à une retenue édifiée pour la première fois en 1958. Souvenez-vous : l’enthousiasme de la reconstruction après l’horreur de la Seconde guerre mondiale. Les promesses du progrès technique et leurs grands barrages, icônes incontestables, étaient irrésistibles. Il fallait de l’eau pour l’industrie lourde de Firminy, une ville proche de Saint-Etienne. L’écologie était à peine balbutiante dans le monde. Rachel Carson n’avait pas sorti son remarquable livre, Fairfield Osborn était un inconnu. Bétonner était tout simplement une promesse de bonheur.

Vendre l’eau potable, ça rapporte

Mais en 2006, l’ouvrage vieillissant, une voute mince élégante, a présenté des signes de faiblesse et l’Etat l’a fait percer. Il a ainsi, dans un des départements français qui a construit le plus de grands barrages au long de son histoire industrielle, « libéré la Semène », restituant l’entièreté de sa continuité écologique. Un cours d’eau libre de toute entrave depuis sa source jusqu’à son embouchure dans le grand barrage de Grangent, c’est un trésor national, à protéger et valoriser.

Et cela tombait bien : la Semène coule dans un territoire devenu en 1974 un des premiers Parc naturel régional de France, le PNR du Pilat. Et la vocation des PNR est de valoriser les paysages et milieux naturels remarquables, dans une recherche permanente d’équilibre économique entre l’homme et son milieu. Par ailleurs, depuis 2001, à l’initiative de pêcheurs et d’élus, un Contrat de Rivière, destiné à renforcer la naturalité de la Semène, était en cours d’élaboration.

Partant de là, la société civile locale, regroupée depuis 1999 dans le Collectif Loire Amont Vivante (CLAV), a proposé dès 2007, dans l’esprit du Grenelle, une réflexion partagée avec Etat et élus autour de la gestion durable de l’eau sur la Loire amont, complétant les démarches initiées en intégrant l’opportunité de mesures de conservation ambitieuses pour la Semène. Le CLAV a proposé de mettre en œuvre, concrètement, les orientations de gestion durables d’aujourd’hui : interconnections, mutualisation, économies, valorisation des services écologiques gratuits rendus par des écosystèmes en bon état, toutes orientations économes en argent public, un atout en temps de disette financière. Le Collectif a également proposé de réfléchir à un nouveau modèle économique autour de cette « rivière joyau » et de son patrimoine naturel rare.

Mais l’administration et les élus du Syndicat des Barrages ont refusé tout échange. L’Eau, c’était eux. L’Intérêt Général, c’était eux. La République, c’était eux. Exclusivement eux. Car un parlementaire UMP, Dino Cineri, à l’époque maire de Firminy, avait d’autres vues. Sa ville, ayant perdu ses mines et ses usines, avait du même coup perdu beaucoup de ressources financières, et, vendre de l’eau potable, cela rapporte environ 100 000 euros par an.

Assez éloigné, comme beaucoup d’élites républicaines de notre grand pays, de l’intérêt de restaurer la biodiversité aquatique, M. Cineri a exercé, avec l’appui de son successeur à la mairie, M. Petit (PC) et le soutien têtu de l’Etat local, un lobby intensif pour faire reconstruire, aux frais du contribuable, une réserve d’eau potable alibi, puisque le territoire stéphanois est largement pourvu de ce bien essentiel grâce entre autres, à la présence d’un grand barrage sous utilisé, Lavalette, en Haute-Loire, d’une capacité de 40 millions de mètres cubes.

Les écologistes ont choisi le droit plutôt que l’affrontement – et ils ont perdu

Et M. Cineri a décroché la timbale de l’argent public en 2011, lorsque Mme Kosciusko-Morizet, ministre de l’Ecologie jusqu’alors opposée à la reconstruction, a publiquement adoubé le projet au cours, paradoxe, d’une virée dans le PNR du Pilat. Les services de l’Agence de l’Eau Loire Bretagne, de l’Onema, de la Dreal Rhône-Alpes, des Conseils généraux de la Loire et de la Haute-Loire avaient tous donné des avis négatifs. Mais, en France, avec des amis bien placés, tout se fait.

Ces institutions se sont vues obligées de financer, contre leur gré, 50 % des 8 millions d’euros de la reconstruction. En 2012, voyant se préciser la menace, le CLAV s’est posé la question de l’occupation non violente du site, du blocage du chantier. Il n’a pas choisi, comme à Sivens, Notre-Dame-des-Landes ou Roybon un affrontement, justifié, avec un Etat local indigent. Il a préféré l’action juridique, pour l’instant inefficace. Le bétonnage inutile et imposé est donc terminé. Fin de l’histoire ?

Le cas du barrage des Plats pose, parmi d’autres, la question des moyens dont dispose la société civile pour défendre un droit, constitutionnel, de conservation de notre patrimoine naturel aquatique commun. C’est une question fondamentale pour une démocratie qui doit profondément renouveler son approche Elle le peut, dans une Europe qui impose de restaurer les rivières.

A 50 kilomètres à vol d’oiseau de l’ouvrage honteux des Plats, EDF est en train de préparer, avec le soutien de nombreuses ONG, organisations, collectivités, l’effacement du grand barrage de Poutès, qui sera remplacé par un petit ouvrage, moderne, conciliant production d’électricité renouvelable et restauration de la biodiversité. L’exact opposé des Plats.

Sur un fleuve qui a lancé, en 1994, le Plan Loire Grandeur Nature, un plan qui marque un tournant majeur en France en matière de gestion durable des fleuves, l’Etat local et une poignée d’élus fermés ont provisoirement insulté l’avenir. Le combat se poursuit.

Racontez-nous vos vacances écolos ! Reporterre 2015/05/15 (15 mai 2015) Racontez-nous vos vacances écolos !. Reporterre. Quotidien fr

Racontez-nous vos vacances écolos !

Des vacances écologiques, ça ressemble à quoi ? Dites-le nous... et on le racontera

Oyez, oyez, lectrices et lecteurs du quotidien de l’écologie !

Bientôt l’été, le soleil brille et les oiseaux gazouillent, l’heure de la grande récréation approche !

Alors que l’industrie du tourisme va polluer à cœur joie à grands coups de compagnies aériennes low cost et de Center Parcs estampillés grands projets inutiles et imposés, Reporterre se pose la question : comment passer des vacances écolos ?

Que vous soyez lézards de plage, rêveurs à l’ombre des sentiers, baroudeurs mordus d’exotisme ou casaniers fondus de jardinage, nous attendons avec impatience vos récits, projets et astuces pour faire rimer congés et respect de la nature !

Envoyez-nous vite vos témoignages à l’adresse planete (arobase) reporterre.net en précisant dans l’objet « VACANCES ÉCOLOS ».

Et avec votre aide, nous ferons de superbes articles... à déguster avant et pendant les vacances...

A très bientôt !

Une fleur du printemps, L’An 02 est disponible Reporterre 2015/05/15 (15 mai 2015) Une fleur du printemps, L’An 02 est disponible. Reporterre. fr

Une fleur du printemps, L’An 02 est disponible

Un numéro où il sera question de zones à défendre, de terres rares, d’enfants et d’aller faire un tour à l’Est.

Chroniques

Aurélien Boutaud, « Les générations futures, ces gosses de riches ! » Jocelyn Michard, « Tempête dans l’éolien » Violette van Hoenacker, « Payées à rien foutre » Andree O. Fobb, « L’accaparement des femmes » Philippe Godard, « Le numérique à l’école, pourquoi ? » Jocelyne Porcher, « Cause animale, cause du Capital ? » Céline Pessis, « Grothendieck : hommage au défunt ? » Reportage : Aude Vidal, « Terres rares : « Cette usine est un problème malaisien » »

« Altercapitalisme »

Entretien avec Nicolas Marquis, « Se changer soi pour changer le monde » Andree O. Fobb, « Écologie : la petite bourgeoisie s’amuse » Lou Falabrac, « Ma mairie est-elle devenue gauchiste ? » Entretien avec Xavier Noulhianne, « L’agriculture bio, nouvelle frontière du capitalisme ? » (dessins Guillaume Trouillard) Clément Homs, « Autogestion, piège à cons ? » Irène Pereira, « Revenu garanti : vers le travail invisible »

Illustration Guillaume Trouillard

Lectures

Brewster Kneen, La Tyrannie des droits Claude Llena, Lao-tseu et les taoïstes ou la recherche d’une vie harmonieuse Lionel Astruc, Vandana Shiva pour une désobéissance créatrice David Haskell, Un an dans la vie d’une forêt Mohammed Taleb, L’Écologie vue du Sud Thierry Thévenin, Plaidoyer pour l’herboristerie Vassili Golovanov, Espace et labyrinthes Silvia Federici, Caliban et la sorcière La bibliothèque verte de Thierry Paquot : « Les enfants : des écologues en herbe ? » Varia : « Écraseurs ! »

Contributions artistiques de Pauline Caylak, Maxime Couturier, Andrea Echorn, Romain Étienne, Jochen Gerner, Mattt Konture, mad meg et Agnès Stienne.

Numéro en cours : n°7 « Altercapitalisme »

Semestriel – Printemps 2015 – 7 euros - 60 pages

En librairie et sur abonnement - parution avril

Retour dans le village alternatif de Lescar-Pau, qui tourne à l’heure de l’écologie Patrick Piro (Politis) Reporterre 2015/05/16 Patrick Piro (Politis) (16 mai 2015) Retour dans le village alternatif de Lescar-Pau, qui tourne à l’heure de l’écologie. Reporterre. Quotidien fr

Retour dans le village alternatif de Lescar-Pau, qui tourne à l’heure de l’écologie

Dans la communauté Emmaüs de Lescar-Pau, véritable village alternatif, l’écologie fait partie du mode de vie et du projet politique, avec une réflexion sur l’alimentation, l’habitat et une activité intense de récupération et recyclage d’objets.

- Lescar (Pyrénées-Atlantiques), reportage

« Pour les pauvres, un vrai repas, c’est bidoche ! Et pas du poulet : du steak. On se proclame alternatifs, mais nous mangeons comme des gorets – trop de viande, trop gras, pas assez de légumes. » Il y a un an et demi, Serge s’est risqué à inviter, au village Emmaüs de Lescar-Pau (Pyrénées- Atlantiques), une cuisinière spécialisée pour un repas surprise à base de fleurs. Rose, acacia, courgette… Autrefois aromathérapeute, un temps « maire » de cette communauté de 130 compagnons, Serge a trouvé judicieux de proposer du « beau, du bon, de l’esthétique » dans l’assiette.

Révolution écolo-diététique

Depuis, une petite révolution écolo-diététique est en marche. Le bœuf a opportunément disparu du menu des déjeuners, que la règle de vie locale impose de prendre en commun : il fallait l’acheter à l’extérieur, alors que la ferme du village assure l’autonomie en volailles, mouton, porc et lapin. Du bio. Un repas sur deux, les pâtes ou les frites font place aux légumes du jardin, et c’est même 100 % végétal une fois par semaine.

« Au début, ça râlait un peu, “fais chier, refais-nous des trucs avec un bon goût chimique”, mais aujourd’hui c’est bien accepté », constate Félicien en cuisine. Consommer moins et mieux, ce n’est pas seulement bon pour la santé et la planète, insiste Serge. « C’est un gain d’autonomie (nous maîtrisons les coûts), mais aussi une démarche politique. Nous donnons moins de fric aux groupes industriels et nous démontrons que 130 “bras cassés”, sans aucune subvention, peuvent s’offrir de la super bouffe bio et vivre dans des logements magnifiques ! »

À la ferme, Maxime, salarié depuis juillet dernier, fait monter en puissance la production dans le nouvel esprit : c’est de l’agroécologie de pointe, permaculture et bois raméal fragmenté, association entre cultures et élevage, réduction du travail mécanique de la terre, création d’une forêt-jardin, etc. « On vise l’autonomie en légumes dès cette année. »

À Lescar-Pau, ruche en ébullition permanente, on a aussi planté 2,5 hectares de blé pour la farine et le pain, et on prévoit l’ouverture d’une boulangerie bio. Un atelier d’abattage des volailles et de production de conserves est en construction. « L’été dernier, énorme production de tomates à la ferme : on en jetait ! Nous, pros de la récupération, ce gaspillage nous a choqués », témoigne Serge.

« Le capitalisme sait très bien casser les cultures populaires »

Ces reconquêtes réjouissent Germain, fondateur et âme des lieux, un vieux CAP d’ajusteur dans un tiroir. « Le capitalisme sait très bien casser les cultures populaires. Les compagnons arrivent avec un esprit de consommateur, nous les faisons évoluer. » Les plus jeunes, « individualistes et qui savent tout », et les plus anciens, qui peinent à se départir de la relation « d’ouvrier à patron » dans cette enclave qui promeut l’auto-organisation. « Ici, on redevient acteur de sa vie mais aussi auteur », explique Germain, amateur de formules. Ainsi, les maisonnettes qui sortent régulièrement de terre à Lescar-Pau sont personnalisées au gré de l’inspiration des futurs occupants.

Dans les allées, on circule entre d’étonnantes habitations en ballots de paille ou en bouteilles vides enchâssées dans le mortier. L’une semble renversée sur le toit, on peinturlure sa caravane. Une salle commune en 100 % recyclé, inaugurée il y a six mois, accueille une exposition de photos en hommage aux chibanis, ces immigrés maghrébins retraités.

Dominique, un pro de l’habitat à ossature bois et isolation naturelle, est lui aussi tout frais embauché. Il est en train de débarrasser le village des derniers stocks de bardeaux traités chimiquement. Plus de laine de verre, « et en 2015, on passe à la peinture bio. Sain et économe ». Car, si l’investissement initial est plus important, il est largement amorti au long de la vie des bâtiments, plus durables et climatisés naturellement. Trois compagnons posent les derniers panneaux isolants en laine de bois du futur restaurant à architecture bioclimatique qui sera ouvert au public. Les tabourets de bar sont façonnés dans des tonneaux de vin de réforme. Concept local : les clients pourront acheter des pièces du mobilier après le repas.

Laboratoire d’innovations et contre-pouvoir

Ramassage, reconditionnement, recyclage, transformation… C’est le cœur historique de l’économie du mouvement fondé en 1949 par l’abbé Pierre. La recyclerie de Lescar-Pau est la plus importante de France, elle brasse mensuellement des centaines de tonnes de matériaux et d’objets mis au rebut. La réception accueille jusqu’à 500 véhicules par jour, dont le contenu du coffre est aux trois quarts « bon pour le recyclage » – le reste va dans les bacs de la déchetterie, autre service assuré par la communauté. Les ateliers se succèdent au long d’interminables hangars, capharnaüms industrieux où s’amoncellent dans un désordre trompeur ustensiles, livres, textiles, meubles.

Les gars de l’électronique tentent de remettre en état tout ce qui porte écran. Les fripes usagées sont rafraîchies et se muent aussi en accessoires originaux sous les doigts des créatrices maison (1). Vaisseliers, literies, huisseries et pianos rajeunis, ferrailles triées, vélos ressuscités, lave-linge et moteurs réparés… « Ne nous manque que la filière plastique, la plus complexe », commente Serge. Un millier de clients se pressent quotidiennement devant les grilles du « bric-à-brac », 6 000 mètres carrés à donner le tournis, de 50 centimes à plusieurs centaines d’euros pour des pièces de catégorie antiquité. Ici, Emmaüs ne se prononce plus « communauté » mais « village », autant par l’ampleur de l’activité (2) que pour signifier l’ouverture voulue par les animateurs.

L’écologie façon Lescar-Pau, c’est aussi l’approvisionnement auprès de paysans bio locaux, la conservation à la ferme d’espèces animales, fruitières et semencières régionales menacées, un écomusée de l’abeille, le soutien à la mobilisation Alternatiba pour le climat, l’adhésion à la tinda, monnaie complémentaire béarnaise, etc. La banque vient d’accorder un prêt de 4 millions d’euros pour un projet de développement de l’activité économique, sociale, solidaire et écologique du village. De quoi consolider sa position : les terrains, où aucune construction n’a jamais sollicité de permis de construire, attisent des convoitises.

« Nous avons créé un laboratoire d’innovations, se félicite Germain. Je crois fermement que les alternatives concrètes fabriquent des contre-pouvoirs. » La soixantaine et deux infarctus, critiqué (à voix basse) par certains compagnons pour son emprise, l’homme est cependant préoccupé par « l’après-lui ». Le village rayonne, mais sa singularité l’isole aussi en partie. Il a bien suscité de petits essaimages, « cependant, nous manquons de porteurs de projets !, déplore Alain, bénévole, et les communautés Emmaüs, les plus à même de puiser de l’inspiration ici, se cantonnent dans la gestion, avec la réinsertion des compagnons pour seul horizon ». La critique est réciproque : le projet politique de Lescar-Pau, ses méthodes et la personnalité radicale de Germain irritent le reste du mouvement depuis des années. « La suite, ici, ça sera peut-être la mort… », accepte-t-il. Une posture très écolo.

Le jardin sans pétrole - De l’art de conserver l’eau quand la sécheresse est là Christine Laurent (Reporterre) Reporterre 2015/05/16 Christine Laurent (Reporterre) (16 mai 2015) Le jardin sans pétrole - De l’art de conserver l’eau quand la sécheresse est là. Reporterre. Jardin sans pétrole fr

Le jardin sans pétrole - De l’art de conserver l’eau quand la sécheresse est là

La sécheresse s’est installée d’un coup sur le jardin. Mais sous la terre l’humidité est là et sans être mirobolante, la récolte permet tout de même de garnir le panier de roquette, d’oseille ou encore de radis.

La sécheresse s’est installée d’un coup. Alors que le pluviomètre est plein à ras bord des pluies du début de semaine, la terre craquelle sous la griffe et s’effrite sous les doigts partout où nous n’avons pas protégé le sol. Nous avons tendance à l’oublier, mais le principal constituant de ce sol est le sable. Nos apports de compost ne font pas le poids sous le soleil ardent de ce 10 mai qui arrive après des pluies torrentielles. Le résultat est une croûte qui s’est formée sur la surface.

Heureusement dessous l’humidité est là et les graines de coriandre, de capucine, de soucis, d’œillet d’Inde et peut-être même de cosmos ont commencé à germer au milieu d’autres herbes que nous ne savons pas encore nommées. Je regarde chacune de ces petites pousses avant de décider de l’enlever et ce discernement nouveau procure un sentiment de complicité avec notre bout de jardin. Il faut avoir vu les plantes grandir sur une saison pour les identifier avec certitude lorsqu’elles sont en fleurs, puis les reconnaître à l’état de plantule.

Aujourd’hui nous avons du renfort et en profitons pour préparer les tuteurs en bambou qui viendront soutenir la croissance des plantes grimpantes. Il faut aller couper dans la bambouseraie du centre équestre voisin, puis les effeuiller en conservant autant que possible les tiges latérales qui aideront les vrilles des pois à s’enrouler.

Notre premier essai a été un fiasco, mais le deuxième semis est bien parti. Installé au nord et au pied d’une butte, il profite du soleil levant et ne souffre pas des fortes chaleurs qui arrivent trop tôt.

Les feuilles des bambous sont immédiatement recyclées dans le potager, constituant une protection solaire facile à enlever quand nous aurons besoin de cet espace.

Une nouvelle ligne de carottes en mélange avec des radis a été semée, la première n’ayant pas très bien réussi non plus. Les premières fraises encore toutes vertes ont commencé à remplacer les fleurs. Nous avons cueilli les premières feuilles de roquette très tendre, de l’oseille et encore quelques chicorées et les premiers radis de quarante jours de taille respectable mais un peu durs sous la dent. Décidément ça manque d’eau et de compost !

La bataille contre le pétrolier Shell est engagée à Seattle Elisabeth Schneiter (Reporterre) Reporterre 2015/05/16 Elisabeth Schneiter (Reporterre) (16 mai 2015) La bataille contre le pétrolier Shell est engagée à Seattle. Reporterre. Monde fr

La bataille contre le pétrolier Shell est engagée à Seattle

La compagnie pétrolière Shell persiste à vouloir aller forer le pétrole de l’Arctique. Piétinant ses promesses sur le climat, Barack Obama lui a donné le feu vert. Mais la mobilisation monte, et ce week-end, des kayaks vont envahir le port de Seattle pour s’opposer à l’amarrage de la plate-forme pétrolière.

Des centaines de « kayaktivistes » viennent à Seattle, dans l’Etat de Washington au nord-ouest des Etats-Unis, ce week-end du 16 au 18 mai, pour bloquer Polar Pionneer, l’énorme plate-forme de Shell qui est arrivée en vue du port, celle-là même sur laquelle six activistes de Greenpeace avaient déjà installé un camp, en avril dernier, alors qu’elle faisait route vers la ville.

Seattle devrait servir de base à Shell pour ses nouveaux forages en Arctique. La société prévoit de forer jusqu’à six puits offshore dans la mer des Tchouktches, qui s’étend au nord du détroit de Béring entre l’Alaska et de la Russie.

Pourtant, Ed Murray, le maire de Seattle, avait déclaré le 4 mai, que les immenses plates-formes et les navires logistiques de Shell qui doivent s’y amarrer pour assurer la maintenance des forages, n’entrent pas dans le cadre du permis actuel, et le conseil municipal de Seattle a voté à l’unanimité une résolution exhortant le Port à reconsidérer son bail avec Shell. Le conseil d’administration du Port de Seattle, bien qu’il demande à la ville de reconsidérer sa position, a néanmoins ordonné à Shell de retarder l’arrivée de ses plates-formes et exigé un examen juridique des plans de forage.

Mais Shell reste impassible devant les protestations et les questions réglementaires et fait comme si de rien n’était… risquant ainsi que la ville lui inflige des amendes.

Méprisant le risque climatique, Obama a donné le feu vert

En juillet 2012, le Discoverer-Noble, une plateforme de forage de Shell dont l’ancre s’était détachée, avait failli s’échouer sur les côtes de la ville d’Unalaska, avant d’être finalement remorquée. Une inspection des garde-côtes avait détecté des défaillances de la propulsion du navire et des systèmes de sécurité.

Ensuite, une autre plate-forme de forage, le Kulluk, s’était échouée fin décembre sur une plage d’une île inhabitée d’Alaska après que l’amarre des deux remorqueurs qui devaient l’emmener à Seattle pour des opérations de maintenance s’était rompue, dans une tempête.

La région a déjà vécu l’une des plus grosses marées noires de l’histoire en 1989, lors de naufrage du pétrolier américain Exxon-Valdez, déversant quelque 40 millions de litres de brut dans la mer et polluant 1 300 kilomètres de côtes.

« Si Shell exploite le pétrole de l’Arctique, il y 75 % de probabilités qu’il y ait un accident et 100 % pour qu’il y ait des conséquences néfastes sur le climat » : c’est le message adressé par les activistes à Obama, publiée fin avril sur une grande page de pub dans USA Today, un des grands journaux américains.

Mais le jeudi 14 mai 2015, le président Obama, méprisant le risque climatique, a défendu sa décision d’autoriser les forages de Shell dans l’Arctique, oubliant sans doute aussi la déclaration de son secrétaire d’État aux affaires intérieures de l’époque, Ken Salazar, qui avait exprimé son « trouble » devant cette « série d’incidents » et ordonné une enquête de soixante jours sur la politique de forage de Shell, en plus d’une enquête des garde-côtes américains sur les accidents. Deux de ses anciens conseillers, Carol Browner et John Podesta, avaient aussi appelé à l’arrêt définitif des forages dans l’océan Arctique.

Le Bureau américain de la gestion de l’énergie océanique (BOEM) a déclaré lundi 11 mai dernier, que l’autorisation était subordonnée au respect par Shell d’une nouvelle série de contraintes concernant la sécurité des forage et le respect des lois fédérales protégeant les mammifères marins et les espèces en voie de disparition.

Obama a affirmé que Shell « a été obligée de revoir sa copie et de repenser son projet » avant que le gouvernement n’accepte, et que ces forages ne sont qu’une « transition pendant laquelle la production américaine de pétrole et de gaz naturel continuera. »

En 2008, un rapport de l’US Geological Survey a relancé les enchères, estimant qu’il y aurait dans l’Arctique 13 % des réserves mondiales de pétrole non encore découvertes (environ quinze milliards de barils) et 30 % de celles de gaz. Les permis d’exploration offshore se sont multipliés, y compris dans des zones difficiles. La compagnie norvégienne Statoil exploite déjà le gisement gazier Snøhvit, dans la mer de Barents. Exxon Mobil (en mer de Kara), ENI et Statoil se sont alliés au Russe Rosneft. Le Groenland propose sa zone côtière ouest, après celle de l’Est. Shell a déjà dépensé six milliards de dollars pour exploiter les nouvelles réserves de pétrole et de gaz, en mer des Tchouktches, dans l’un des environnements maritimes les plus dangereux du monde.

Toutes les sociétés de pétrole ont un œil, ou un pied déjà, dans l’Arctique. Et Obama avait probablement à l’esprit le montant de leurs contributions aux membres du Congrès (327 millions de dollars) et à sa propre campagne (beaucoup moins qu’à Romney tout de même), même si Shell est une société anglo-néerlandaise, car interdire à Shell de forer serait un fâcheux précédent.

Un des derniers paradis écologiques

Les mers arctiques de l’Alaska sont un sanctuaire non seulement pour des dizaines de milliers de baleines, mais aussi pour des centaines de milliers de morses et de phoques, des millions d’oiseaux, des milliers d’ours polaires, et une centaine d’espèces, d’innombrables poissons, sans parler de toute la vie sous-marine invisible, phytoplancton, étoiles de mer, holothuries, concombres de mer, oursins et clypéastres. L’océan Arctique est l’un des derniers paradis écologiques marins qui subsiste sur terre. Mais ça, Obama l’a probablement oublié aussi.

Le contrat de Shell avec le port lui permet de forer dans la mer des Tchouktches jusqu’en 2020. En plus, elle aura encore besoin d’autres autorisations d’organismes provinciaux et fédéraux pour forer dans l’Arctique et pour évacuer les eaux usées. Les activistes, de leur côté, comptent bien la tenir à l’œil : « Plus Shell est surveillée, mieux on verra qu’ils sont susceptibles de ne pas répondre aux exigences inscrites dans le plan d’exploration, ou dans les permis nécessaires pour travailler dans l’Arctique », estime Travis Nichols, de Greenpeace USA.

C’est pourquoi, la société, prévoyant « de retards nombreux et inattendus » a d’ores et déjà demandé au gouvernement fédéral d’allonger son permis d’exploration de plusieurs années.

Sources utilisées pour cet article : . Seattle Times . Democracy Now . Price of oil . Le site des opposants à Shell . La pétition de Greenpeace

Ni capitalisme, ni Etat - la Coopérative intégrale s’épanouit à Barcelone Emmanuel Daniel (Reporterre) Reporterre 2015/05/18 Emmanuel Daniel (Reporterre) (18 mai 2015) Ni capitalisme, ni Etat - la Coopérative intégrale s’épanouit à Barcelone. Reporterre. Luttes fr

Ni capitalisme, ni Etat - la Coopérative intégrale s’épanouit à Barcelone

Ils fraudent le fisc pour financer la révolution. Avec un budget de 490 000 euros, la Coopérative intégrale catalane (CIC) tente de construire ses propres « services publics coopératifs » dans le domaine de la santé, du logement, du transport ou encore de l’éducation. Leur but : se passer de l’euro, de l’Etat et des banques.

- Barcelone, reportage

Au pied de la Sagrada Familia, des cars venant du monde entier déversent chaque jour des marées de touristes qui rendent laborieuse la progression sur les trottoirs. Tous veulent leur selfie avec en arrière plan l’Ovni architectural de Gaudi. Deux pâtés d’immeubles en contrebas, au numéro 263 de la rue Sardenya, se niche une autre curiosité, mais elle n’apparaît sur aucun guide touristique.

L’immeuble baptisé Aurea Social a tous les attributs du siège d’une entreprise de service prospère. Pourtant, c’est un squat. Sûrement le plus luxueux de Barcelone qui compte pourtant une soixantaine de centres sociaux autogérés comme celui-ci. Quand on s’approche de l’entrée, la porte automatique s’ouvre sur le guichet en bois verni de la réception. Dans ce dédale de bureaux et de couloirs, des groupes de personnes s’affairent, en réunion ou le visage rivé sur leur ordinateur pendant que d’autres font du yoga ou cultivent des plantes médicinales interdites sur l’immense toit-terrasse avec vue sur le haut de la Sagrada Familia. Quand on rentre dans les toilettes, les lumières s’allument sans que l’on ait besoin d’appuyer sur l’interrupteur. On peut régler le système de ventilation de chaque pièce avec une télécommande.

Mais le faste du bâtiment n’est pas la seule chose qui le distingue des lieux alternatifs barcelonais. Aurea Social abrite aussi le quartier général de la Coopérative Intégrale Catalane (CIC). Ce mastodonte de l’alternative créé en 2010 compte plus de deux mille membres et dispose cette année d’un budget de 490 000 euros dédié à la construction d’un nouveau monde. Ces activistes ne demandent pas de meilleurs retraites, l’instauration d’une taxe carbone ou la séparation entre banques de dépôt et banques d’investissement. Ils ne demandent rien. Et pour cause. « Nous rejetons l’État comme système de contrôle basé sur l’exploitation de l’être humain », expliquent-t-il dans l’Appel à la révolution intégrale qui leur sert de manifeste officieux.

La CIC s’est donné pour logo une fleur multicolore inspirée de la permaculture. Chaque pétale représente une commission et un secteur de la vie (santé, éducation, logement, alimentation, transport, technologie) que la coopérative tente d’extraire des griffes du capitalisme et de l’Etat pour les remettre dans les mains de ses utilisateurs. Ils veulent créer leur propres « services publics coopératifs » gérés par leurs usagers. Exit les politiciens professionnels, les personnes décident de ce qui les concerne lors d’assemblées quinzomadaires ouvertes à tous. Leur but : se passer progressivement de l’euro, de l’Etat et des banques et prouver que « nous pouvons vivre sans capitalisme ».

« Nous pouvons vivre sans capitalisme »

Un rêve d’adolescents immatures ? Peut-être. Toujours est-ils qu’ils n’attendent pas le grand soir pour commencer à le réaliser. En quatre ans, ils ont financé ou facilité la création de deux logements sociaux coopératifs, d’une école libre, de deux ateliers de machines-outils collectivisées, d’un centre de santé, d’une colonie éco-industrielle qui travaille sur la souveraineté technologique et d’une banque autogérée sans intérêts.

La coopérative a également popularisé des techniques et des machines pour rouler en utilisant le moins possible de pétrole et dynamisé une monnaie parallèle utilisée par deux mille personnes mais aussi un atelier de transformation de produits écologiques, des greniers alimentaires et une centrale de distribution de nourriture biologique couvrant toute la Catalogne. La CIC a ausi permis à une dizaine de communautés de trouver des terres pour s’installer en zone rurale et aide les personnes sur le point de se faire expulser de leur logement à le garder ou à en trouver un autre.

Pour faire tourner cette grosse machine, la CIC verse des « assignations », sorte d’argent de poche pour activistes, à environ 70 personnes qui touchent entre 200 et 900 euros par mois, en fonction de leurs besoins. Pour financer ses activités, elle ne demande évidemment pas de subventions. En fait, elle se sert elle-même dans les caisses de l’Etat via l’insoumission fiscale.

L’insoumission fiscale ? Pour comprendre, je m’éloigne de Barcelone et emprunte les routes ridiculement étroites qui mènent vers un fournil coopératif dans le nord-ouest de la Catalogne. Angel m’accueille avec un sourire et referme rapidement la porte derrière moi afin de ne pas perdre la chaleur du four. Ce trentenaire aux allures de gendre idéal est boulanger autodidacte, mais il est aussi hors la loi. Sa coopérative tourne bien, pourtant elle ne verse pas un sou au fisc espagnol. D’ailleurs, aux yeux de l’Etat, l’entreprise n’existe pas. Angel et ses cinq collaborateurs se répartissent les revenus de leur activité sans que l’administration ne voie la couleur d’un euro.

Comment cela est-il possible ? Il est membre de Libertanonima [nom modifié pour ne pas faciliter le travail du fisc], une coopérative créée par la CIC qui sert de parapluie juridique à des petits artisans et commerçants, les dispensant ainsi de créer leur entreprise. Elle propose à ses « socios auto-ocupados » (membres auto-entrepreneurs) un service comptable et administratif mutualisé et sert d’interface entre eux et l’Etat. En échange de ces services, les membres paient une participation à la coopérative proportionnelle à leurs recettes et lui versent la TVA qu’ils auraient dû payer à l’Etat. Dans le cas d’Angel, un peu plus de mille euros par an, une somme largement inférieure aux charges qu’il aurait dû payer s’il avait monté une entreprise classique.

« Aux yeux de la loi, nous sommes des coopérateurs bénévoles de la coopérative, m’explique-t-il en me montrant l’attestation fournie par Libertanonima qu’il garde dans un tiroir en cas de contrôle. C’est comme si on était un groupe de cyclistes, qu’on avait un local et qu’on bossait dessus ensemble. » Sauf qu’ici, les cyclistes sont boulangers et tirent un revenu de leur activité. « Ce n’est pas illégal, c’est a-légal, précise-t-il. On jongle avec la loi. » D’ailleurs il parle de sa situation avec détachement et ne requiert pas l’anonymat. Et si jamais les enquêteurs du fisc décident de le contrôler, il les renvoie vers le siège de Libertanonima .

La banquière devenue révolutionnaire

Ils seront reçus à Aurea Social par Angels, une ancienne banquière qui a décidé de rejoindre les rangs révolutionnaires. Dans son bureau aux parois de verre, cette femme au chignon sévère et aux cheveux grisonnants les attend de pied ferme. « Ils sont déjà venus deux fois et n’ont rien trouvé à redire, on joue au chat et à la souris avec l’Etat. Et pour l’instant, la souris gagne », dit-elle avec un sourire satisfait, tout en s’affaissant sur le dossier flexible de son siège. Angels fait partie des 70 personnes qui touchent des assignations. Pour m’expliquer le complexe montage juridique qui leur a jusqu’à présent permis de passer outre la vigilance du fisc, elle saisit un crayon et une feuille et se met à dessiner.

L’astuce est la suivante : Libertanonima demande à ses membres de faire passer leurs factures personnelles pour des frais professionnels, ce faisant la coopérative équilibre artificiellement sa balance de TVA. Elle verse donc à l’Etat une somme dérisoire et réinjecte le reste dans son réseau militant. La CIC a créé plusieurs coopératives comme Libertanonima afin de noyer le poisson et de limiter les risques. Ils font en effet attention à ne jamais excéder les 120 000 € de fraude potentielle, afin de ne pas encourir de poursuites pénales. Quand une coopérative s’approche du chiffre fatidique, une nouvelle entité est créée.

De la fraude fiscale à des fins sociales

A la tête de ces « parapluies juridiques », cinq personnes, pour la plupart insolvables, sont prêtes à assumer les risques judiciaires. Piquete est l’une d’elles. Quand il ne chante pas des chansons révolutionnaires, ce cinquantenaire aux allures de rocker qui affiche son engagement anarchiste sur sont Tshirt prend part à la commission juridique de la CIC. Volubile, il est adepte de la « désobéissance civile et économique » et prend son rôle très au sérieux. « En 36, il y a eu une révolution libertaire ici en Catalogne. Des milliers d’entreprises ont été collectivisées et on a fonctionné sans chef pendant trois ans. Mais pour rendre cela possible, il a fallu des décennies de préparation morale et culturelle. C’est ce que nous essayons de faire avec la CIC, nous créons des outils pour faciliter la transition. Nous préparons la révolution tout en la faisant. »

Et leurs outils ne s’adressent pas qu’aux militants professionnels. Restaurateurs, maraîchers, bijoutiers, bûcherons, brasseurs, graphistes, documentaristes, éditeurs... Ils sont près de 700 artistes, artisans ou petits commerçants, seuls ou en mini collectifs de travail, à utiliser le statut de « socio auto-ocupado ». Mais la CIC n’a rien inventé. Nombre d’entreprises capitalistes font également de l’optimisation fiscale afin de se soustraire à l’impôt. Sauf qu’ici, les gains sont distribués de manière collective à des projets sociaux. De la fraude fiscale en bande organisée ? Oui, mais à des fins révolutionnaires !

- A SUIVRE…

Ceux qui sèment. Graines de résistance Janisse Ray Reporterre 2015/05/18 Janisse Ray (18 mai 2015) Ceux qui sèment. Graines de résistance. Reporterre. fr

Ceux qui sèment. Graines de résistance

Direct, documenté et énergique, ce voyage de jardin en jardin dans le sud des Etats-Unis mêle botanique, sociologie et politique avec beaucoup d’humanité pour comprendre pleinement l’importance de l’autonomie alimentaire. Pour comprendre et agir aussi, avec ou sans jardin.

Dans Ceux qui sèment, Janisse Ray met en lumière les enjeux de la guerre des semences actuellement en cours entre quelques méga-entreprises qui entendent standardiser et privatiser le vivant et des millions de paysans, fermiers et jardiniers qui tentent d’empêcher cette catastrophe.

Car comme l’eau, l’air et le feu, les semences font partie du patrimoine commun de l’humanité.

L’auteur

Écrivain de nature basée dans le sud des États-Unis, Janisse Ray partage ici sa passion pour les graines et les potagers, pour les gens et leurs histoires, qui sont aussi des histoires de graines et de légumes depuis maintenant quelques milliers d’années. Traduction par Jennifer Dalrymple. Création de la couverture Anne Steinlein.

Pendant la campagne de souscription Vandana Shiva a apporté son soutien à ce projet : « Je suis vraiment heureuse qu’une traduction française du livre de Janisse Ray soit éditée. Les semences sont la liberté et l’avenir de l’humanité. Ce livre est une contribution importante au mouvement de plus en plus populaire de libération des semences. »

La traduction et l’édition du livre ont été financées grâce à la participation de 170 personnes et dix entreprises partenaires.

« Soyez courageux, allez planter des graines. Sans passion, pas de graines. Sans compassion, pas de moisson. » Proverbe zen

Ceux qui sèment, de Janisse Ray, Ed. Seepia, 238 p.,12€

1€ par vente de livre sera partagé et versé aux association Kokopelli (France) et Navdanya (Inde)

Accro au pétrole, Aberdeen ne parvient pas à s’en désintoxiquer Marie Astier (Reporterre) Reporterre 2015/05/18 Marie Astier (Reporterre) (18 mai 2015) Accro au pétrole, Aberdeen ne parvient pas à s’en désintoxiquer. Reporterre. Reportage — Énergie fr

Accro au pétrole, Aberdeen ne parvient pas à s’en désintoxiquer

La ville écossaise d’Aberdeen, capitale européenne du pétrole, est entièrement tournée vers l’industrie de l’or noir. Consciente des limites des ressources, un léger mouvement politique de transition se fait sentir. Mais le défi est énorme dans cette ville où les entreprises ont plus de poids que les pouvoirs publics.

- Aberdeen, reportage

En arrivant à Aberdeen, capitale européenne du pétrole et du gaz, on cherche les grands immeubles de verre abritant les bureaux des multinationales de l’énergie. Mais non, les maisons de granit gris et les petits jardins de ville plus ou moins bien entretenus bordent les rues de la tranquille ville écossaise.

C’est en se dirigeant vers le port, collé au centre-ville, que l’on est pris par l’odeur de carburant qui flotte dans l’air. Puis les tourelles d’acier des navires apparaissent. Les grands bâtiments font des aller-retours vers le large pour ravitailler les plateformes pétrolières offshore. Au delà des hangars, s’alignent les citernes d’hydrocarbures.

De la cité de pêcheurs à la capitale du pétrole

A deux pas, le Musée maritime retrace l’histoire d’Aberdeen. La petite cité de pêcheurs a vu débarquer les chercheurs d’or noir dans les années 60. En 1975, commençait la première exploitation d’un puits de pétrole. L’escalier central tourne autour de la maquette d’une plateforme pétrolière. Barney Crockett, conseiller municipal, s’enthousiasme devant l’ouvrage : « C’est une technologie aussi performante que celle qui a permis d’aller sur la Lune ! J’ai travaillé sur la première plateforme, se souvient-il. Avant le pétrole, le revenu des habitants était parmi les plus bas du pays. Aujourd’hui, nous sommes au troisième rang ! »

A Aberdeen, près de 50 000 personnes travaillent directement, ou indirectement, dans le secteur de l’énergie. L’université est un pôle d’excellence mondial sur ces sujets. Les entreprises exportent leur savoir-faire dans le monde entier.

Mais cette manne ne sera pas éternelle. Le pic de la production de pétrole en mer du Nord a déjà été atteint au début des années 90. Depuis, la quantité de barils extraits chaque année est en déclin. « Il y a assez de pétrole et de gaz pour encore soixante-dix ou quatre-vingt ans, assure Gordon McIntosh, directeur des services Entreprise et infrastructure à la mairie. Mais on doit être pragmatiques. Nous avons une ressource énorme sous nos pieds qui, un jour, s’épuisera. Nous devons diversifier nos activités. »

Quand n’y aura-t-il plus de pétrole ? Pas tout à fait la bonne question, répondent les experts. Ce serait plutôt : quand sera-t-il trop cher de l’exploiter ? Le prix du baril sera déterminant. S’il continue à diminuer, il sera moins intéressant d’aller chercher des ressources toujours plus difficiles et chères à extraire.

Vers une ville « bas-carbone » en 2050

La mairie a donc décidé d’anticiper. Sa fierté : le développement de bus à hydrogène. Ce carburant n’émet que de la vapeur d’eau, une façon de diminuer la pollution en centre-ville, même si celle-ci est surtout générée par les aller-retours incessants des navires. Mais la technologie est pour l’instant très chère : sur les 20 millions de livres (26,8 millions d’euros) que coûte le projet, plus de 8 millions (10,7 millions d’euros) proviennent de l’Union Européenne. « Un bus à hydrogène coûte au moins trois fois plus cher qu’un bus diesel », admet Gordon McIntosh.

Autre projet en plein développement, la Centrale municipale de production d’électricité et de chaleur. Elle permet d’alimenter plus de 2000 logements sociaux en énergie. Les émissions de CO2 ont été réduites de 40 % et la facture des ménages divisée par deux par rapport au système antérieur, affirment les services municipaux. « La centrale fonctionne pour l’instant au gaz, mais elle sera convertie au bois », assure l’employé municipal.

Dans son plan « Aberdeen en transition, un voyage vers 2050 », la ville s’imagine alimentée à 100 % par des sources d’énergie renouvelable, avec un centre-ville piétonnier et cyclable, un accès des transports en commun dans tous les quartiers, de nouveaux bâtiments zéro émission, des espaces verts toujours plus nombreux, et bien sûr avec une économie toujours aussi prospère.

De capitale européenne du gaz et du pétrole, Aberdeen veut devenir capitale européenne de l’énergie bas-carbone. « Ici, nous vivons et respirons énergie. Nous avons développé des compétences uniques au monde. Ces technologies développées dans le secteur offshore peuvent être directement appliquées aux énergies renouvelables », explique le chef de service de la mairie.

Autre symbole de l’engagement de la ville : elle fait partie du réseau des villes européennes en transition énergétique Energy Cities, et accueillait même cette année le congrès annuel de l’organisation.

« Aberdeen est très motivée pour changer son image de ville tournée vers le pétrole, note Claire Roumet, directrice d’Energy Cities. Une ville aussi dépendante de l’industrie du pétrole doit faire sa transition, tout comme les villes du nord de la France dépendantes au charbon. C’est un challenge énorme, ils doivent réinventer leur modèle économique. »

Renouvelables offshore

Un modèle économique dessiné par les entreprises qui font la richesse d’Aberdeen. Même la mairie le reconnaît : son champ d’action est limité. « Le poids de la municipalité, comparé à celui des entreprises dans la ville, est minuscule. Proportionnellement, nous sommes l’un des conseils municipaux avec le moins de moyens au Royaume-Uni », souligne le conseiller municipal Barney Crockett.

Tout dépend donc du secteur privé. A-t-il entamé sa transition ? Oui, vous répondrait Morag McCorkindale, directrice de l’Areg, l’Aberdeen renewable energy group (Groupe d’Aberdeen sur les énergies renouvelables). Créé sous l’impulsion de la mairie, il vise à faire travailler ensemble le monde du business et de la matière grise, le tout avec une pincée de public. Parmi les membres, on trouve des centres de recherche, des consultants, de grosses entreprises comme Shell, des spécialistes de l’ingénierie offshore et sous-marine, ou des énergies renouvelables.

Ensemble, ils réussiront à « faire baisser les coûts des énergies renouvelables, assure la directrice. Par exemple, on ne cesse d’améliorer les navires qui ravitaillent des plateformes : ce sont les mêmes qui pourraient servir à entretenir les éoliennes offshore. On sait aussi poser les câbles sous-marins, faire les études météorologiques et géologiques nécessaires, etc. » Autant de compétences qui devraient bientôt être mises en œuvre pour le grand projet d’éoliennes offshore développé par l’AREG au large des côtes d’Aberdeen.

Shizophrénie

Mais dans les rues de la ville, difficile de déceler la transition énergétique en marche. Dès que l’on s’éloigne du centre historique, un urbanisme étalé de larges avenues laisse la part belle à la voiture et décourage les piétons. Les vélos sont moins nombreux que les salles de sport. Les citoyens semblent encore loin de prendre part au mouvement qu’a voulu entamer la mairie. « On a imaginé interdire aux voitures certaines rues du centre-ville, raconte un des employés de la mairie. Mais politiquement, ce serait un tollé total. Ici, la majorité des ménages ont deux voitures... »

Les énergies renouvelables apparaissent plus comme un marché parmi d’autres que comme une nécessité pour lutter contre le réchauffement climatique. « Les entreprises travaillent dans un but commercial », rappelle Morag McCorkindale. « Elles n’agissent qu’en fonction des profits à court terme, ajoute Gordon McIntosh. Si les prix du pétrole baissent, elles se tournent vers le marché des énergies renouvelables. A l’inverse, certaines entreprises qui ont commencé dans les renouvelables se sont diversifiées dans les hydrocarbures. Elles regardent où elles peuvent gagner le plus d’argent ! » Sous-entendu, on ne cessera pas d’exploiter les énergies fossiles tant qu’elles seront rentables...

A court terme, « il y a une schizophrénie », reconnaît Claire Roumet. Difficile de prôner la transition énergétique quand on tire ses profits des hydrocarbures. La question de la transition énergétique est envisagée uniquement dans les stratégies de long terme : « Toutes ces grandes majors des hydrocarbures ont dans l’idée qu’il faut sortir du pétrole. Shell a un scénario de sortie des hydrocarbures à 2050. »

Quel modèle de transition ?

« Ici, il y a beaucoup de discussions, de bonnes intentions et de projets, autour des énergies renouvelables, admet Dan Yeats, représentant des Verts écossais à Aberdeen. Mais il n’y a pas de vue d’ensemble. Ils veulent devenir un centre mondial des renouvelables, mais pour cela il faudrait que le privé investisse. Or ils ne le feront pas, car il n’y a aucune garantie que ça rapporte. Si on veut qu’elles se développent, il faut donc un soutien public très important, et une législation forte. »

Et puis, se pose la question du modèle de transition énergétique souhaité par la ville. Éoliennes offshore, énergie sous-marine grâce aux courants profonds… « A Aberdeen, on est habitué à mener des projets à grande échelle. On n’est pas capable de penser des projets de renouvelables à petite échelle », déplore l’écologiste.

Sans compter qu’au Royaume-Uni, les instances locales ont très peu de pouvoir. Les Verts plaident donc pour une décentralisation, et le développement de petits projets énergétiques, détenus par des communautés de citoyens. « Encore plus que du vent, en Écosse, nous avons de la pluie et donc de l’eau : on pourrait développer de petits barrages hydro-électriques, ou des chaudières biomasse car nous avons beaucoup d’arbres », explique le militant.

Il espère que la transition n’attendra pas la fin du pétrole pour commencer. « Il y a encore beaucoup de pétrole à découvrir, déplore-t-il. Mais il faut qu’il reste au fond des mers, car c’est le climat qui pourrait ne pas le supporter. »

Soigner l’esprit, guérir la terre. Introduction à l’écopsychologie Michel Maxime Egger Reporterre 2015/05/19 Michel Maxime Egger (19 mai 2015) Soigner l’esprit, guérir la terre. Introduction à l’écopsychologie. Reporterre. fr

Soigner l’esprit, guérir la terre. Introduction à l’écopsychologie

Cristallisée dans les années 1990 en Californie et développée depuis lors essentiellement dans le monde anglo-saxon, l’écopsychologie estime que l’écologie et la psychologie ont besoin l’une de l’autre.

Pour ses promoteurs, l’aliénation de l’humanité par rapport à son habitat naturel ne serait pas étrangère aux formes d’addiction à la consommation et aux techniques de masse. Pour s’en préserver, ils inventent l’idée féconde d’inconscient écologique à partir de laquelle se profilent des thérapies prometteuses sollicitant l’immersion dans la nature sauvage ou la sollicitation des animaux.

Un champ d’intervention important est l’éducation qui doit permettre à l’enfant de se construire une identité personnelle en interrelation non seulement avec la culture et les autres humains, mais avec la nature et le monde du vivant en général.

Sociologue et journaliste de formation, Michel Maxime Egger travaille en tant que lobbyiste pour le développement durable et des relations Nord-Sud plus équitables. Il a fondé le réseau « Trilogies » qui met en dialogue traditions spirituelles et grandes problématiques de notre temps. Dernier livre paru : La Terre comme soi-même, Labor et Fides, 2012.

- Soigner l’esprit, guérir la terre. Introduction à l’écopsychologie, Michel Maxime Egger, Ed. Labor et Fides, 288 pages, € 25.00

En toute discrétion, des milliers de déchets nucléaires supplémentaires stockés à La Hague Robin des Bois Reporterre 2015/05/19 Robin des Bois (19 mai 2015) En toute discrétion, des milliers de déchets nucléaires supplémentaires stockés à La Hague. Reporterre. Tribune — Nucléaire fr

En toute discrétion, des milliers de déchets nucléaires supplémentaires stockés à La Hague

Areva s’apprête à presque doubler le stock de ses déchets nucléaires sur le site de La Hague, dans le Cotentin. Cela accroît le risque d’accident déjà grand et dont les conséquences seraient immenses.

La Hague n’est plus une presqu’île. Le plateau granitique de Jobourg est comme coupé du monde après un demi-siècle de nucléaire. A Beaumont-Hague, le registre d’enquête publique pour une nouvelle extension des activités est resté quasiment vide. La clôture de l’enquête était pour le soir de lundi 18 mai.

L’affaire est pourtant importante. Elle concerne aussi l’avenir de l’Europe et de l’humanité. AREVA veut augmenter la capacité d’entreposage des déchets issus du retraitement des combustibles irradiés d’EDF et des clients étrangers.

La radioactivité globale de ces déchets de haute activité à vie longue en attente d’une destination sûre dépasse aujourd’hui 200 Ebq (Exa becquerel) soit 200 milliards de milliards de becquerels.

C’est la méga bombe à retardement du tri et du tripatouillage des combustibles des centrales nucléaires pratiqués depuis 1970 par l’ex COGEMA et AREVA avec l’aval des Présidents de la République et des gouvernements français.

La capacité actuelle d’entreposage s’élève à 16 848 conteneurs. Chacun d’entre eux contient 80 kg de produits de fission nucléaire pris en masse dans 150 l de verre. La capacité supplémentaire demandée par AREVA est de 12 636 conteneurs.

La chaleur résiduelle dégagée par les déchets est évacuée par les cheminées des bâtiments récepteurs. D’après l’IRSN (Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire), la perte du système de refroidissement provoquerait en 48 heures une montée en température des bétons de structure et des verres radioactifs atteignant respectivement 90 et 650°C. L’étanchéité des matrices vitreuses piégeant les déchets radioactifs serait dans le cours de cette séquence accidentelle irréversiblement dégradée. La reprise et le reconditionnement des conteneurs pourraient dès lors s’avérer impossible.

AREVA prétend avoir les moyens de mettre en œuvre les mesures correctrices dans les délais nécessaires pour enrayer les conséquences catastrophiques de ce scénario. Rien n’est moins sûr.

Les halles existantes et à venir d’entreposage des déchets vitrifiés sont intégrées à l’INB 116 (Installation Nucléaire de Base) de l’usine de La Hague. L’INB 116 concentre les piscines de refroidissement des combustibles irradiés, les unités de séparation et de purification de l’uranium et du plutonium. Tous ces ateliers connectés sont soumis à des risques internes d’incendie, d’explosion et de dispersion massive de radioactivité artificielle qui peuvent obliger à une évacuation générale du complexe nucléaire et empêcher au moins pendant quelques jours toute intervention humaine.

L’étude de maîtrise des risques jointe au dossier d’enquête publique dans les mairies voisines de l’usine et à la sous-préfecture de Cherbourg (sauf quand elle fait « le pont » de l’Ascension) est totalement muette sur ce sujet épineux des accidents en cascades à l’intérieur des plateformes industrielles.

Concernant les agressions externes, là aussi c’est le vide. Déconnectée de la réalité, AREVA cite comme accident de référence la chute d’un Cessna 210, un humble monomoteur, et considère le risque pour toute l’INB 116 comme infime. Qu’un A320 ou un autre gros porteur se projette volontairement sur les installations sensibles et notamment les hangars à déchets vitrifiés n’a pas effleuré l’esprit des rédacteurs du dossier. Le cas Germanwings volontairement crashé à 80 km du complexe nucléaire de Cadarache sans que les Rafale basés dans le sud de la France puissent montrer le bout d’une aile démontre une fois de plus que le risque avion est bien pesant et pressant. Les cheminées des hangars d’entreposage pointent à 40 m de hauteur et constituent par leur volumétrie un repère visuel caractéristique et vulnérable sur les 300 ha du site industriel.

L’usine de La Hague est un parcours de déchets radioactifs divers. AREVA du temps de sa prospérité n’a pas considéré comme une priorité de les caractériser, de les conditionner et de les évacuer. Aujourd’hui, AREVA ne présente plus de garanties financières, morales et juridiques suffisantes pour assurer la gestion des déchets qu’elle a produit.

L’exploitation des halls de réception des déchets vitrifiés est prévue au moins jusqu’en 2140.

Robin des Bois estime que dans l’état actuel du fonctionnement et des passifs de l’usine de La Hague, les déchets vitrifiés existants et à venir ne doivent pas y être stockés même provisoirement.

Voici comment le gouvernement s’organise pour la COP 21 Lorène Lavocat (Reporterre) Reporterre 2015/05/19 Lorène Lavocat (Reporterre) (19 mai 2015) Voici comment le gouvernement s’organise pour la COP 21. Reporterre. Enquête — Politique fr

Voici comment le gouvernement s’organise pour la COP 21

Ce mardi 19 mai, François Hollande et Laurent Fabius participent en Allemagne au « Dialogue de Petersberg », une réunion internationale convoquée par Angela Merkel pour faire avancer la négociation sur le climat. Un signe de plus de l’engagement du gouvernement sur la question. Il s’investit fortement sur le succès de la conférence de Paris à la fin de l’année, dont le succès politique rejaillirait sur le président de la République. Voici l’organisation qui prépare l’événement.

40 000 conférenciers, 195 pays, des dizaines de milliers de citoyens. En décembre prochain, la France sera sous le feu des projecteurs. Notre pays mettra son savoir-faire diplomatique au service du climat, déclaré « grande cause nationale ». Le gouvernement compte bien profiter de l’aura verte du sommet pour développer durablement son rayonnement.

« Il doit y avoir un véritable accord contraignant qui permette une lutte contre le réchauffement climatique », martèle François Hollande. Le président aimerait aller plus loin que l’accord de façade qui se dessine, même si la façade en question sera peinte d’un vert éclatant. Un défi de taille, tant pour la diplomatie française, chargée de « faciliter le consensus », que pour les pouvoirs publics responsables de l’organisation. Sécurité, logistique, mobilisation de la société civile... le tout en recyclant les sacro-saints principes du développement durable.

Une conversion tardive à l’écologie

« La planète n’est ni une marchandise, ni une rente, c’est un patrimoine que nous avons en commun », a déclaré François Hollande en février dernier au Forum de Davos. Un président engagé corps et âme dans la lutte climatique ? Sa conversion à l’écologie remonte à... l’automne 2014. Le chef de l’État rencontre des experts du Giec (groupe intergouvernemental sur le climat), et c’est la révélation. « Au début, on ne croit pas que ça soit possible, mais les projections sont effrayantes. »

En Nouvelle-Calédonie, il découvre avec stupéfaction les ravages de la montée des eaux. Car l’archipel pourrait disparaître si le réchauffement n’est pas contenu rapidement. De retour de Nouméa, le président aurait confié : « C’est le sort de l’humanité qui se joue. Même si je n’aurais peut-être pas dit cela il y a deux ou trois ans. »

La conversion, même tardive, est-elle sincère ? Le sénateur écologiste Joël Labbé, qui a accompagné le président lors de son voyage aux Philippines fin février, le pense : « Il semble convaincu par la cause, et il a très envie que la COP soit un succès. » Mais pour un animal politique comme Hollande, la COP 21 s’inscrit avant tout dans une stratégie : gagner en prestige international, se poser en rassembleur autour d’un sujet consensuel, et se rabibocher avec les écologistes.

Une Green Team de choc

Pour relever le défi, François Hollande s’est entouré d’une équipe de fidèles. Nicolas Hulot, nommé depuis deux ans « envoyé spécial pour la préservation de la planète », sillonne le monde avec une double mission : « Sensibiliser et valoriser les solutions existantes. » Un agenda de ministre, mais une feuille de route encore floue. Quel rôle remplit-il vraiment ? Atout vert du président, caution grand public, garant de l’« éthique » de l’exécutif ? Lui se pose en « passeur » : « Je tente de créer les conditions d’un dialogue apaisé et documenté. »

Directrice de la chaire développement durable de Sciences Po Paris, fondatrice de l’Institut du développement durable et des relations internationales, membre de l’India Council for Sustainable Development et du China Council for International Cooperation on Environment and Development. On l’aura compris, Laurence Tubiana est LA spécialiste française du développement durable. A ce titre, elle est une habituée des négociations internationales… et des arcanes du pouvoir.

De Jospin à Fabius, de Copenhague à Paris, la chercheuse paraît bien outillée pour endosser le rôle d’« ambassadrice chargée des négociations sur le changement climatique ». Mais celle qui déclarait en mai dernier ne pas croire « à un sens de l’histoire produit d’abord par les élites politiques » parviendra-t-elle à faire (ré)agir des dirigeants tétanisés par le changement ?

Pierre Henri-Guignard, de son propre aveu, a fait sa carrière « plus du côté de l’événementiel que du climat ». Mais cet ancien chef de cabinet du ministre des Affaires étrangères, passé par plusieurs ambassades, connaît fort bien les règles du protocole. En tant que Secrétaire général à l’organisation de la COP21, il imagine une « conférence élégante mais raisonnable », à l’image de la France… et de son budget restreint : 170 millions d’euros sur deux ans. C’est d’ailleurs exactement ce que l’Etat va investir pour rénover ou construire des stades en vue de l’Euro de football 2016...

Dans des bureaux préfabriqués au sein du ministère de l’Ecologie, une petite équipe d’une soixantaine de personnes s’active pour préparer la COP. D’un côté, les négociateurs et diplomates, chapeautés par Laurence Tubiana. De l’autre, la sécurité, la logistique et la communication, autour de Pierre-Henri Guignard. Marie-Hélène Aubert, conseillère élyséenne qui a fait ses débuts à EELV, s’occupe de la société civile. Le tout sous la houlette vigilante de Ségolène Royal et Laurent Fabius.

A l’international, négociations et affichage

N’en déplaise à son bilan carbone, Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères, parcourt le globe depuis le début de l’année. Philippines, Chine, Inde, Japon, Etats-Unis, Algérie, Guatemala, Argentine, Gabon… « Son calendrier est jalonné de rencontres internationales », explique-t-on au Quai d’Orsay. « Les négociations se font bien en amont de la conférence, il faut déblayer au maximum avant décembre. »

En tant que futur maître de cérémonie de la COP, Laurent Fabius joue un rôle de « facilitateur ». « A Lima, on a vu une vraie envie de parvenir à un accord à Paris », assure une source proche du ministre. « Notre rôle est de capitaliser sur cette volonté consensuelle. »

Cet optimisme omet les divisions profondes entre pays du Sud et pays du Nord. Car l’appel de Lima, signé en décembre dernier, s’est trouvé vidé de toute ambition écologique par des désaccords de fond entre les Etats. Au cœur du blocage, l’idée d’une justice climatique et d’une répartition équitable de l’effort à fournir dans la lutte contre le réchauffement global.

Au Quai d’Orsay, on préfère voir le verre « à moitié plein » et ne pas se focaliser sur cette « opposition un peu idéologique ». Mieux vaut profiter de cette échéance pour « montrer qu’un développement différent, plus durable, est possible ». L’Agence française de développement (AFD) est d’ailleurs sur le pied de guerre. Les ambassadeurs sont également priés de « prendre leur bâton de pèlerin » pour faire entendre la cause climatique. Aux quatre coins du monde, les pavillons français se colorent de vert et redoublent d’imagination écolo. Exposition photographique de Yann Arthus-Bertrand en Egypte, rencontre franco-espagnole sur le développement durable ou ambassade éco-responsable à Rome.

L’hyperactivité de la diplomatie française permettra-t-elle de rattraper le retard pris à Lima ? Du côté des ONG, on en doute : « Ils sont très mobilisés, mais ils visent un accord diplomatique, consensuel », note Célia Gautier, du Réseau Action climat (Rac). « Ils manquent d’ambition, car il nous faut des contraintes fortes, un vrai engagement pour aller vers un monde sans énergies fossiles. »

En France, se mettre à l’heure de « l’exemplarité écologique »

Manque d’ambition également au niveau national. « La France doit montrer l’exemple », assurait pourtant Manuel Valls en février dernier. « Face à l’urgence écologique, nous devons prendre les décisions qui s’imposent. » Mais le gouvernement a beau vanter son exemplarité écologique, le compte n’y est pas. « La loi de transition énergétique a été vidée de son contenu, et l’exécutif a reculé sur l’écotaxe », constate, amère, Célia Gautier. Sans oublier le passage en force de loi Macron, qui détricote le droit de l’environnement, ou l’attitude autoritaire des ministres quant aux projets inutiles et imposés.

Que reste-t-il alors ? Quelques annonces comme la création d’un certificat pour la qualité de l’air, un « plan administration exemplaire pour la transition écologique » et un engagement : faire du sommet de Paris un succès, et ce dès la préparation. « Nous vison la neutralité carbone, et nous sommes engagés dans un processus de certification ISO », dit à Reporterre Pierre-Henri Guignard. Le site du Bourget, où doit se tenir la conférence, doit faire l’objet d’un immense chantier « labellisé développement durable ». 80 000 m2 à aménager, et la même surface à construire. « Nous aurons deux mois pour créer une ville », indique le Secrétaire général de la COP. « Mais le Bourget, c’est loin, loin des citoyens », regrette Célia Gautier.

La « société civile, à l’honneur »... mais pas trop

« Nous voulons associer très largement la société civile, pour que ce ne soit pas un accord confidentiel », insiste Pierre-Henri Guignard. Il en veut pour preuve la création d’un « village de la société civile », en plein cœur du Bourget. Un espace de conférences et de rencontres, « animé par les pouvoirs publics français ». Problème, beaucoup d’associations voient d’un mauvais œil cette ingérence. « Le gouvernement veut nous mobiliser, mais nous lui demandons surtout de nous écouter », s’agace Célia Gautier. La participation citoyenne se retrouve ainsi encadrée, et son périmètre délimité par des « side events » (événements parallèles) et autres tables rondes.

Surtout, le « village de la société civile » devrait accueillir indistinctement ONG et… entreprises, qui sont « parties au problème et à la solution ». « Elles seront présentes sur le village, mais elles auront aussi un espace à elles, plus commercial », précise Pierre-Henri Guignard. Il s’agit d’après lui de créer une dynamique vertueuse : « Nous invitons les entreprises à entrer dans la logique de la COP. » Ces dernières sont également invitées à mettre la main au portefeuille : 20 % du budget de la conférence devrait être financé via des partenariats public-privé. Mais pour les militants écologistes, pas question de se retrouver mélangé avec des compagnies polluantes. « Nous voulons une distinction claire, chacun doit avoir son rôle », explique Célia Gautier.

Autre point sensible, et pas des moindres, la sécurité. « C’est une préoccupation centrale », assure M. Guignard. Le 7 janvier est passé par là. « Le plan Vigipirate sera activé en permanence au niveau attentat. » Casques bleus au Bourget, gendarmes et policiers à l’extérieur. Mais comment être certain que cet imposant dispositif sécuritaire ne serve pas la répression des militants écologistes ? Plus de 400 000 personnes pourraient converger vers la capitale en décembre pour mettre les négociateurs sous pression. « Nous appliquerons à la lettre ce que dit la loi », rappelle le Secrétaire général. « Si les manifestations respectent le cadre règlementaire, il n’y aura pas de problème. »

Il reste donc huit mois au gouvernement pour monter une « ville durable » au Bourget, « faciliter » le dialogue entre des pays aux positions très éloignées, et impliquer des citoyens qui croient de moins en moins aux grands-messes onusiennes. Un pari impossible, mais – dit-on – impossible n’est pas français.

A Naples, des citoyens veulent sortir les déchets du jeu des politiques et de la mafia Audrey Chabal et Rémy Demichelis (Reporterre) Reporterre 2015/05/19 Audrey Chabal et Rémy Demichelis (Reporterre) (19 mai 2015) A Naples, des citoyens veulent sortir les déchets du jeu des politiques et de la mafia. Reporterre. Monde fr

A Naples, des citoyens veulent sortir les déchets du jeu des politiques et de la mafia

La Méditerranée caresse des bris de verre et des bouts de plastique dans la splendide baie de Naples avec un fatalisme que tente de rompre l’association CleaNap. Il y a une semaine, ses bénévoles participaient à une action de nettoyage international. Objectif : vider la mer de ses déchets et s’approprier un enjeu politique.

- Naples, reportage

« Ce n’est pas à vous de faire ça, je paie des taxes pour que ce soit fait par la mairie ! » Depuis le trottoir où s’entassent à la chaîne les sacs-poubelle, un septuagénaire à la peau momifiée par le soleil enguirlande un petit groupe de volontaires qui s’échine à nettoyer la plage. « On bosse, ensuite on parle », lui rétorque Cristiano May. L’énergique brun à la barbe fournie transvase un tas de planches du sable à la rue quelques mètres plus haut.

Réappropriation du territoire

Comme une vingtaine de personnes, il arpente la plage de Mergellina, à Naples, jonchée de bouteilles en verre ou en plastique, et ce malgré une chaleur accablante. Tous participent à l’opération « Let’s do it Mediterranean », un mouvement dont l’objectif est de vider la mer de ses déchets. Ces 9 et 10 mai, vingt-deux pays ont voulu montrer que la Méditerranée pouvait redevenir Mare Nostrum. En Italie, 350 événements de ce type avaient lieu ce week-end, mais à Naples où la population suffoque régulièrement sous l’amoncellement de détritus, sa symbolique était peut-être encore plus puissante.

« En Italie nous avons l’habitude de râler et de ne rien faire, aujourd’hui nous montrons qu’en se donnant un peu de mal, nous pouvons nous réapproprier le territoire », confie Emiliana Mellone, droite dans ses godasses. Avec Cristiano et d’autres jeunes Napolitains, elle a fondé l’association CleaNap qui s’acharne depuis 2011 à nettoyer Naples. Il était donc évident que les deux mouvements, Let’s do it et CleaNap, collaborent pour passer la plage de Mergellina au peigne fin. Au sens propre : avec des épuisettes pour filtrer le sable.

Malgré les déchets, la baie de Naples insuffle dans ses courbes des promesses de baignades et de farniente marin. Des cascades d’immeubles semblent s’échouer dans la mer pour mieux rejaillir en face, sur les pentes éclaboussées de bâtisses du Vésuve caché dans la brume. A flanc de barques sur la plage de Mergellina, des bidons de peintures s’écaillent lentement au soleil. Des chats pelés cherchent des proies et des bambins font des pâtés de sable et de mégots en barbotant entre les bateaux de plaisance et de pêcheurs.

Pietro Ramaglia et Enrico D’Amato regardent depuis le trottoir le petit groupe de bénévoles offrir une seconde vie à leur plage. Ces deux Napolitains aux polos bleus presque identiques et aux cheveux taillés à raz possèdent une barque dans cette portion de port. « C’est super de les voir nettoyer, mais demain, qui va le faire ? »

D’après ces deux amoureux de la mer et du quartier, le problème est double : « Le courant ramène beaucoup de déchets et il y a un manque d’éducation civique », indique Enrico en se postant à côté d’une poubelle vide. « Les gens sont là, boivent leur bière et la jettent... sur la plage. » Selon Pietro, le second problème est que ce coin de Naples « est délaissé par la commune ». Le pêcheur martèle que la ville ne passe pas ramasser les déchets, et qu’elle reste sourde aux appels répétés de Napolitains désabusés.

Ces propos font naître un sourire amer chez Cristiano May, de CleaNap : « La ville ne fait pas grand-chose, mais ce qu’ils ne comprennent pas, c’est qu’eux non plus. Ils disent que c’est la mer qui ramène les déchets, c’est vrai ! Mais le pot de peinture de la même couleur que la barque, c’est une vague qui l’a posé là ? »

Situation opaque

A l’écart, un peu plus âgée, Maria Vittoria Cubellis a endossé sa marinière pour prêter main-forte à l’association. Pour elle, Naples se résume ainsi : « Les déchets sont utilisés comme une arme politique. » Un thème de campagne pour chaque élection, mais une « arme » que les bénévoles s’approprient aujourd’hui.

La taxe ménagère ? Elle sert à envoyer les déchets « brûler en Allemagne » quand la situation devient intenable – une référence aux crises des années 2000, lorsque la ville envahie de poubelles les avait exportées de l’autre côté des Alpes. Le tri ? Certains le font, « mais personne ne sait comment ça se termine ». Car des contrats publics ont été conclus dans une grande opacité et la mafia a su en tirer profit sans se soucier trop de l’environnement ni de la salubrité de Naples.

Fin de matinée, les sacs empilés attendent les éboueurs de la ville appelés pour récupérer le magot. « Ici, le verre, ici, le plastique, ici le carton et le papier, et là, tous le reste ! » hurle Cristiano aux bénévoles qui remontent les détritus de la plage. Un camion minuscule arrive cahotant sur le goudron défoncé.

Trois hommes bedonnants en sortent et admirent le butin. « Les jeunes, la prochaine fois, faites-nous des sacs moins lourds ! » Manches retroussées, les agents de la ville balancent les sacs un à un... sans faire le tri. Le groupe épuisé de volontaires regarde le verre s’écraser dans la benne sur les autres déchets. Chaque chose en son temps : on est à Naples.

Le Parlement européen face à la bactérie tueuse d’oliviers Philippe Desfilhes (Reporterre) Reporterre 2015/05/20 Philippe Desfilhes (Reporterre) (20 mai 2015) Le Parlement européen face à la bactérie tueuse d’oliviers. Reporterre. Europe fr

Le Parlement européen face à la bactérie tueuse d’oliviers

Reporterre observe les temps forts de la session plénière du Parlement européen. Au programme des députés cette semaine, la bactérie Xylella Fastidiosa : affectant le sud de l’Italie, elle pourrait se transformer en grave épidémie. Autre sujet en discussion : l’exploitation des minerais utilisés dans les téléphones portables et provenant de régions en guerre.

Dans le sud de l’Italie, la bactérie Xylella Fastidiosa ravage les oliveraies. Pour faire face au danger que constituerait la propagation de l’épidémie vers les autres pays européens, une résolution sera votée mercredi 20 mai en session plénière. Il s’agit pour les députés d’aller au-delà des décisions prises le 28 avril dernier par la Commission européenne.

Celle-ci a proposé l’éradication de tous les végétaux dans un rayon de cent mètres autour de chaque plante atteinte par Xylella Fastidiosa ainsi que la mise en place d’une zone tampon de vingt kilomètres autour des sites contaminés. Le texte européen propose aussi l’interdiction totale d’importation pour les caféiers en provenance du Honduras et du Costa Rica.

Risque de catastrophe socio-économique et écologique

« Ces mesures ne sont pas suffisantes. Il faut interdire l’importation de toutes les plantes susceptibles d’être contaminées en provenance de tous les pays tiers où se trouve la bactérie (notamment les Etats-Unis et le Brésil) », explique-t-on dans l’entourage de José Bové, député EELV et membre de la Commission de l’Agriculture où s’élabore la résolution. Une liste de plus de 200 plantes concernées par les quatre souches connues de la bactérie a été établie. « Il faut aussi placer en quarantaine les zones contaminées, à commencer par la Province de Lecce où les foyers endémiques ont été découverts », poursuit notre interlocuteur à Strasbourg.

Oliviers bien sûr, mais aussi agrumes, vignes, pruniers, amandiers, tabacs, lauriers roses, chênes, ronces… une trentaine d’espèces est concernée par la souche de la bactérie repérée dans les Pouilles.

« Aucun de ces végétaux ne doit pouvoir sortir de la Province de Lecce car la prolifération de cette bactérie serait une catastrophe socio-économique et écologique. En parallèle, l’Europe doit développer la recherche de traitements, favoriser la biodiversité dans les exploitations touchées et aider les agriculteurs concernés en puisant dans la réserve abondée à hauteur de 480 millions d’euros pour faire face aux crises agricoles », poursuit notre interlocuteur.

Décidée dans l’urgence, la résolution a fait l’objet des habituelles négociations entre les groupes concernés. « Il est malheureusement à craindre que le PPE (la droite européenne, NDLR) et le Parti des socialistes européens n’aient pas le courage politique de décider cette nécessaire mise en quarantaine », déplore-t-il.

Trafic de minerais dans les zones de conflit

Mardi 19 mai, les députés ont voté une proposition du Parlement européen et du Conseil instaurant un mécanisme européen d’auto-certification pour les importateurs d’étain, de tantale, de tungstène et d’or originaires de zones de conflit à haut risque. Sont visées principalement les régions d’Afrique centrale où le trafic de ces minerais indispensables à la fabrication de nos ordinateurs et téléphones portables s’accompagne d’exactions sur les populations.

« On peut regretter là encore que les mesures prises ne soient pas plus coercitives et qu’elles ne contraignent pas davantage les entreprises. Mais c’est un pas dans la bonne direction même si l’Union européenne n’a malheureusement guère de possibilités d’intervenir dans ces régions en guerre », commente le membre de la délégation Europe Ecologie au Parlement.

Le vote a été salué de manière très positive par Amnesty International.

Des brebis au théâtre, la culture populaire s’épanouit à la campagne Corinne Morel Darleux Reporterre 2015/05/20 Corinne Morel Darleux (20 mai 2015) Des brebis au théâtre, la culture populaire s’épanouit à la campagne. Reporterre. Culture et idées fr

Des brebis au théâtre, la culture populaire s’épanouit à la campagne

De Mâcon à Perpignan, en passant par Paris et Clermont, il y a toujours quelqu’un pour évoquer Die et sa fameuse Clairette. Mais ce coin de la Drôme est aussi connu pour sa transhumance et ses festivals. Une guirlande d’événements culturels qui se déploie autour des marchés artisanaux, du théâtre ou du cinéma de la ville, et permet de faire vivre un véritable écosystème de culture populaire.

De Mâcon à Perpignan, en passant par Paris et Clermont, partout où je me déplace quelqu’un connait Die.

A Grenoble, c’est un célèbre humoriste qui y a passé son permis de conduire à 18 ans alors qu’il travaillait dans un élevage de chèvres pour se faire un peu d’argent. A Mâcon, c’est toute la salle qui s’agite en riant quand je dis que je viens de Die : un monsieur vient de soulever son pull pour montrer son t-shirt, décoré d’un mouton dessiné par F’murr, le dessinateur de BD qui a si bien croqué la brebis d’ici façon Génie des Alpages. Dans les Pyrénées Orientales encore, le camarade qui m’héberge me raconte autour d’un café-tartines qu’il a passé toutes ses vacances d’été en famille dans la vallée et me parle de l’ancien garagiste, de la cave coopérative, des baignades d’été. Dans le Gard, un couple de militants me glissent ravis en fin de débat qu’ils viennent chaque année en camping-car dans le Diois...

Transhumance et festivals

Dans le palmarès des images associées à ce petit coin de la Drôme, la Clairette détrône tout, reconnaissons-le. Mais suivent très rapidement la beauté des paysages, la transhumance et les festivals. En somme de quoi faire un apéro contemplatif et culturel avec vue sur les estives. Je trouve que ça sonne pas mal.

Car en fait tout est lié, et le Diois fonctionne comme un écosystème. L’exemple le plus frappant est sans doute la fête de la transhumance qui aura lieu cette année le 20 juin. A cette occasion, les bergers conduisent leurs troupeaux à travers la ville avant de rejoindre les estives du plateau du Vercors où les bêtes pâtureront tout l’été. C’est un véritable déferlement de brebis et de moutons dans les ruelles, assez impressionnant et franchement réjouissant. Même les plus cyniques se laissent aller en souriant.

Et c’est tout une guirlande d’animations culturelles, gastronomiques, artisanales et touristiques qui se noue autour du défilé du troupeau, et qui lance la saison d’été. Tout ceci est orchestré par l’association qui gère aussi le théâtre municipal de Die, en délégation de service public. La même équipe qui organise également le Festival Est-Ouest, conçu au moment de la guerre froide pour rapprocher peuples et cultures, ou encore les Espiègleries de Die, le festival de la fameuse Clairette.

Et les éleveurs qui font aller leurs moutons sur les placettes de Die le 20 juin sont ceux-là même qui vendent leur fromage sur le marché les samedi et mercredi matin toute l’année. Ce joli marché sur sa place de carte postale qui passe de quelques étals l’hiver au quintuple l’été, mais où l’on trouve encore, coincés entre les vendeurs de saucissons en gros et les tee-shirts de Bob Marley, fromages locaux et produits maraichers bio. Et ces fameux picodons des bergers, donc, qui vient leur acheter ? Les viticulteurs de Clairette, pardi. Ceux du festival. Et aussi les artisans qui exposent au marché des potiers pendant ce même festival. Eleveurs, viticulteurs et potiers, réunis de fêtes en marchés...

Tous se retrouvent au théâtre

Mais continuons de dérouler ce joli fil, car ce n’est pas fini : non contents de se retrouver dans les rues lors de la transhumance, du festival de la Clairette et au marché, tous ces gens aux parcours différents, du néo-rural au petit-fils de résistant, se retrouvent également au théâtre. Car ce point de ralliement culturel, non seulement organise les festivals en question, mais accueille aussi les spectacles de fin d’année de leurs enfants et les soirées cabaret de leurs anciens, pour lesquelles un minibus va chercher les personnes âgées dans leurs villages plus reculés, pour que tous puissent écouter, s’amuser, écarquiller les yeux et s’évader un peu.

Voilà pourquoi, quand le théâtre se retrouve en difficulté, on se retrousse les manches pour le sauver. Voilà pourquoi, quand l’inénarrable Kate du cinéma d’art et d’essai le Pestel part en retraite et qu’on parle d’un gérant de multiplexes, tout Die s’inquiète. Car j’aurais aussi pu parler, tout au long de cette chronique, de cette petite salle de cinéma connue elle aussi dans toute la France des réseaux d’art et d’essai. Plus qu’un cinéma, un lieu empli de débats avec ses séances du dimanche matin assorties de café et de croissants, sa programmation faite chaque semaine de quatre films : deux sorties nationales « grand public », un film pour enfants et une pépite comme seuls les cinéphiles savent les dénicher... Un lieu de rencontres à la fois exigeant et convivial, à taille humaine.

Aujourd’hui, le théâtre a été labellisé scène régionale Rhône-Alpes, le cinéma a trouvé un repreneur motivé dans la lignée de Kate et la Clairette coule à flots.

C’est aussi ça la culture au concret en zone rurale. Pas juste un supplément d’âme, mais un lien qui unit les générations, potiers et éleveurs, ville et hameaux, montagne et vallée, fromage et apéro. Un véritable écosystème de culture populaire, avec son économie circulaire où tout se tient, du plateau à la cave. Tchin.

Les « faucheurs de chaises » veulent aider l’Etat à lutter contre l’évasion fiscale Barnabé Binctin (Reporterre) Reporterre 2015/05/20 Barnabé Binctin (Reporterre) (20 mai 2015) Les « faucheurs de chaises » veulent aider l’Etat à lutter contre l’évasion fiscale. Reporterre. Économie fr

Les « faucheurs de chaises » veulent aider l’Etat à lutter contre l’évasion fiscale

Les chaises volées à la HSBC et à la BNP Paribas afin de dénoncer l’évasion fiscale ont été déposées dans un centre des finances publiques à Paris mardi matin.

En plein rebondissement dans l’affaire Kerviel, les fameuses « chaises volées » aux banques continuent leur chemin. Après avoir été la possession de dangereux passeurs comme Edgar Morin ou Txetx Etcheverry, deux d’entre elles ont atterri mardi matin 19 mai dans un centre de finances publiques parisien.

En février, le collectif Bizi avait publiquement envahi l’agence de Bayonne de la banque HSBC afin de lui subtiliser huit chaises. Idée : "récupérer" une partie de l’argent volé par cette banque aux citoyens français par la fraude fiscale. Quelques jours plus tard, ATTAC menait une action similaire, dans une agence de la BNP Paribas (voir le reportage-vidéo réalisé par Altermondes).

« La BNP Paribas possède 171 filiales dans des paradis fiscaux, dont 6 aux îles Caïmans », dit Thomas Coutrot, porte-parole d’Attac à Reporterre, dénonçant « l’organisation industrielle de l’évasion fiscale par les banques françaises ».

Il faisait partie de la trentaine de militants d’Attac et des collectifs Bizi et Sauvons les Riches qui ont symboliquement remis deux chaises, hier matin, aux services des finances publiques, devant le centre de la place Saint-Sulpice. « C’est une avance de ce que les banques doivent à l’Etat, expliquait Thomas Coutrot dans son discours de passation. Nous espérons qu’avec ces chaises, vous bénéficierez d’une meilleure assise pour lutter contre l’évasion et la fraude fiscale. ».

L’action manifestait le soutien de la société civile à l’administration fiscale « qui ne peut plus faire correctement son boulot », nous dit l’un de ceux qui se surnomment désormais « les faucheurs de chaises ». « De 60 à 80 milliards d’euros de manque-à-gagner, c’est ce que représente l’évasion fiscale en France. Soit l’équivalent du déficit public français », rappelle Frédéric Barrois, du syndicat Solidaires-Finances publiques.

Ce chiffre a été établi par un rapport parlementaire publié en 2013 et entériné par le ministre du budget de l’époque, Bernard Cazeneuve. Un chiffre à mettre en regard de la vague de suppression d’emplois que connaissent par ailleurs ces services de l’Etat : « 30 000 emplois ont disparu dans nos services depuis 2002. C’est plus de 20 % des emplois de l’administration fiscale », souligne Gérard Jouve, également membre de Solidaires-Finances publiques.

L’argent ainsi volé à l’Etat pourrait avoir d’autres fonctions : « Non seulement, il permettrait d’arrêter de justifier ces politiques d’austérité, mais il permettrait enfin de financer une véritable politique de transition énergétique », estime Gérard Jouve.

En attendant, une question reste en suspens : la police poursuivra-t-elle l’Etat pour la possession de ces chaises volées ? « L’une des chaises vient de la BNP Paribas et l’autre, de la HSBC, observe une organisatrice de l’action. Or si la première n’a pas engagé de poursuite, la dernière a porté plainte et certains ont été entendus pour ‘’vol aggravé’’. Officiellement, le centre de finances publiques est donc receleur de la HSBC. »

Lignes très haute tension : de plus en plus de projets, de plus en plus de contestation Aurélie Delmas et Floriane Leclerc (Reporterre) Reporterre 2015/05/20 Aurélie Delmas et Floriane Leclerc (Reporterre) (20 mai 2015) Lignes très haute tension : de plus en plus de projets, de plus en plus de contestation. Reporterre. Enquête — Énergie fr

Lignes très haute tension : de plus en plus de projets, de plus en plus de contestation

Construites par RTE, filiale d’EDF, de plus en plus de lignes à haute et très haute tension fleurissent partout en France. L’exaspération se fait sentir chez les quelque 375 000 personnes qui vivent à proximité de ces lignes, les opposants dénonçant des projets surdimensionnés et des risques sanitaires.

“RTE dégage de notre paysage” ! Le mot d’ordre des manifestants aveyronnais, qui défilaient le 21 mars contre un projet de “méga-transformateur” électrique initié par Réseau transport électricité de France, filiale d’EDF, pourrait être repris en chœur un peu partout dans l’Hexagone. Les 100.000 kilomètres de lignes à haute et très haute tension qui permettent de transporter l’énergie avec moins de pertes sur de très grandes distances, font grincer des dents. En 2010, 375 000 personnes vivaient à proximité d’une de ces lignes, selon RTE. Nord, Manche, Aveyron, Aude, Pyrénées, Hautes-Alpes… L’exaspération se fait sentir.

La vague de contestation, née dans la Manche à la fin des années 2000 autour de la ligne THT qui relie la centrale nucléaire de Flamanville à la Mayenne, s’est étendue. A l’époque, cette ligne Cotentin-Maine de 400 000 volts, traversant 64 communes, avait provoqué la colère d’élus et associatifs qui avaient déposé - le plus souvent en vain - des dizaines de recours en justice. Après sa mise en service en 2013, c’est désormais la ligne FAB, dont l’objectif est de relier la France et l’Angleterre par voie sous-marine, qui inquiète les habitants de la Manche. L’objectif de RTE est simple : augmenter la capacité d’échanges entre les deux pays d’ici 2022.

Un réseau pour “valoriser les énergies renouvelables”

Le service de presse de l’entreprise fait valoir un réseau qui permet “d’intégrer et de valoriser les énergies renouvelables, produites dans des zones éloignées des zones de consommation” et “de lisser, à l’échelle européenne, la variabilité des énergies renouvelables” afin d’accroître leur valeur. “Lorsque RTE développe des projets de lignes à haute ou très haute tension, il le fait en recherchant un équilibre entre les attentes des populations en matière de développement économique et de préservation de leur cadre de vie”, précise-t-on encore du côté de RTE qui vante les commissions thématiques, réunions publiques et autres ateliers mis en place à chaque concertation. Peine perdue. Ici comme ailleurs, l’argumentaire bien rôdé de l’entreprise ne calme pas la grogne.

Dans l’Aveyron, le 21 mars, 400 personnes ont manifesté dans le village de Saint-Affrique, bouclé par les forces de l’ordre, contre un projet de méga-transformateur électrique de 10 Ha. Pour l’heure, les propriétaires du terrain concerné refusent de le vendre. A la place des pylônes, c’est une cabane qui se dresse là : “l’Amassada”, nouveau lieu de contestation inauguré en janvier.

Le maire de la commune concernée, Saint-Victor et Melvieu, déplore que “RTE communique assez peu” sur son projet : acheminer via des lignes THT l’électricité de 1.000 éoliennes installées sur le plateau. “Une autoroute électrique”, comme la qualifie Jean Capel, qui divise la population. “Le chantier créerait de l’emploi, concède l’édile. Mais RTE a bien précisé qu’après les travaux, il n’y aura personne sur le site. C’est un peu le pot de terre contre le pot de fer mais on gagne du temps, c’est déjà pas mal”, se félicite-t-il.

Projets surdimmensionnés et craintes sanitaires

Dans les Hautes-Alpes aussi, une partie de la population est vent debout contre RTE. Un projet de deux nouvelles lignes 225.000 volts, reposant sur les projections de consommations de RTE, a été validé en 2011. “On n’est pas contre le projet de rénovation électrique mais il nous semble surdimensionné. On n’a pas à payer les frais de cette politique sur nos paysages”, explique Patrick Baronna, secrétaire de l’association Avenir Haute-Durance qui redoute les conséquences de l’implantation de pylônes à proximité des captages d’eau potable.

D’autant que la société italienne ENEL envisage une connexion au réseau français dans la Haute-Durance, ce qui donnerait une toute autre portée au projet, déjà implanté dans la zone d’adhésion du parc national des Ecrins. Sur place, deux recours ont été déposés au Conseil d’Etat par cinq communes, des associations et des particuliers. Les habitants, rassurés par la promesse de RTE de respecter une distance de 100 mètres avec les habitations, relèguent les craintes de santé publique au second plan.

D’autant que les effets potentiels des champs électromagnétiques extrêmement basse fréquence (50 hz), induits par les lignes haute et très haute tension, n’ont jamais été scientifiquement prouvés. Le doute, toutefois, subsiste. L’enquête du Criirem, menée auprès des 160 communes de l’axe Cotentin-Maine en 2008, soulignait ainsi “une dégradation significative des conditions de vie et de travail” chez les riverains. Classés comme “potentiellement cancérigènes” par l’OMS en 2002, les champs électromagnétiques émis par les lignes ont également fait l’objet d’un rapport parlementaire en 2010 en France qui recommandait, “par mesure de prudence”, de ne pas exposer les enfants de moins de 6 ans.

Dans le même temps, l’Afsset elle-même préconisait de respecter une distance de 100 mètres entre les lignes et les habitations. Pour les agriculteurs, la problématique est bien connue. Chute de la production de lait, agressivité et nervosité du bétail… Thierry Charuel, éleveur installé à une centaine de mètres de la ligne THT Cotentin-Maine, a obtenu gain de cause en justice en janvier dernier. Le tribunal de Coutances a condamné RTE à l’indemniser pour la perte de productivité de ses vaches laitières. La décision pourrait toutefois être modifiée en appel.

Lutter contre le “business de l’électricité”

Les manifestants, qui ont l’impression qu’on leur force la main, veulent des alternatives. Une ligne enfouie sous terre “coûterait environ 10 % plus cher, admet Patrick Baronna, mais au vu des pertes, des pannes et de l’entretien, cela serait beaucoup plus intéressant sur le long terme”. Pas de défiguration du paysage et un champ magnétique fortement atténué sur la distance, à condition que le câble électrique soit enterré suffisamment profond.

Une mesure adoptée par RTE sur la ligne France-Espagne, initialement conçue comme aérienne, après une longue opposition des riverains et des écologistes dans les Pyrénées-Orientales. Dans la Manche, les opposants de Montabot, continuent quant à eux de revendiquer l’éradication des lignes THT et dénoncent le “passage en force de RTE et de l’État” et le “business de l’électricité”. “Elle est fabriquée ici, mais nous n’en profitons pas. Pourtant, c’est nous qui devons faire avec les lignes et les transformateurs”, explique l’un d’eux.

Jusqu’à présent, si les contestataires des différents projets sont en contact, il n’existe aucune coordination nationale. “Aujourd’hui, les lignes sont construites. Et les revendications, quand il y en a encore, diffèrent souvent d’un collectif à l’autre”, explique Ben*, militant dans la Manche. Et comme le souligne Catherine Gouhier, membre du Criirem, et ex-membre du Parti Vert, “sur ces questions, les écologistes ne sont pas les premiers à aller au combat”.

Dans la Manche, le mouvement de contestation contre les lignes THT s’est essoufflé. De la coordination interrégionale Stop-THT, très active en 2012, ne restent que quelques associations éparses et un nouveau lieu de réunion : la grange de Montabot, installée comme l’Amassada sur un terrain prêté. Lors des Assemblées générales, auxquelles participent de temps en temps les zadistes de Notre-dame-des-Landes, les revendications dépassent largement la lutte anti-THT.

“Le problème est peut-être là, reconnaît Ben. A force d’être sur plusieurs fronts en même temps ! Quand on organise des manifestations à Bure, on n’est plus sur la THT”.

* Pour préserver l’anonymat, le prénom a été changé.

« Merci Total, merci EDF, merci BNP, merci pour la pollution et pour la crise climatique » Natacha Delmotte (Reporterre) Reporterre 2015/05/21 Natacha Delmotte (Reporterre) (21 mai 2015) « Merci Total, merci EDF, merci BNP, merci pour la pollution et pour la crise climatique ». Reporterre. Climat fr

« Merci Total, merci EDF, merci BNP, merci pour la pollution et pour la crise climatique »

Le Business and Climate Summit réunit à Paris le monde des affaires pour préparer la COP 21. Des écologistes ont accueilli les participants devant le siège de l’UNESCO, en dénonçant le décalage entre leurs discours et leurs actes.

« Welcome to the polluters climate Summit ! Merci beaucoup de polluer ! » Devant le siège de l’UNESCO à Paris, le 20 mai, les participants au Business and Climate Summit sont accueillis par une haie d’honneur. Un événement festif, tout en ironie, organisé par cinq organisations engagées dans la lutte contre le réchauffement climatique. Une trentaine de manifestants issus de 350.org, des Amis de la Terre, des Jeunes Amis de la Terre, d’Attac ou des J.E.D.I. For Climate se sont réunis avec le but de montrer le « vrai visage des industriels ».

Car le Business and Climate Summit peine à convaincre les défenseurs du climat. Organisé chaque année, il se tient à Paris les 20 et 21 mai 2015. Mille participants sont attendus, principalement des industriels, des investisseurs ou d’autres acteurs économiques. A l’origine, ce sommet a pour but de les réunir afin d’encourager le secteur privé à prendre des mesures pour limiter les émissions de carbone dans l’atmosphère. A 200 jours de la COP21 à Paris et au moment de la semaine du climat, l’événement est stratégique. Mais quand se présentent Shell, BNP Paribas, Total ou EDF, les manifestants dénoncent une ineptie.

« C’est comme si on demandait aux industriels du tabac d’élaborer un plan de lutte contre le tabagisme », dénonce Nicolas Haeringer, militant pour 350.org. « Comment parler d’un monde sans carbone avec les plus gros pollueurs de la planète ? » Pour ces organisations, la meilleure façon de lutter contre le réchauffement climatique et contre les émissions de gaz à effet de serre est de laisser 80 % des gisements des ressources naturelles dans le sol. Or « la valorisation boursière de ces entreprises dépend justement de ces gisements », explique Nicolas Haeringer. Impossible donc, pour ces multinationales, de vouloir un monde sans carbone.

« Ces industriels sentent que le vent tourne, ils veulent montrer qu’ils luttent, eux aussi, contre le réchauffement climatique. » Mais pour les défenseurs du climat, ce n’est qu’une apparence, dont il ne faut pas être complice. « La France n’a pas à se salir les mains avec les gros pollueurs », estime Nathalie Delhommeau, militante chez J.E.D.I for Climate.

« Our climate is not your business »

L’objectif : les mettre en face de la réalité de leurs actes. Pour atteindre la porte de l’UNESCO au début du Business and Climate Summit, impossible de contourner le couloir formé par les militants. A gauche et à droite, des pancartes prennent à partie les entreprises concernées. D’un côté, « Chevron doit payer 9,5 milliards de dollars pour réparer les dommages causés en Amazonie équatorienne », de l’autre « Shell entend achever notre planète en exploitant du pétrole dans l’Arctique ». Les participants au sommet, qui doivent rejoindre le siège de l’UNESCO, sont accueillis à coups d’applaudissements, de jets de paillettes et de confettis. Et ils sont gracieusement remerciés : « Thank you for the pollution ! Merci pour la crise climatique et financière. »

Au centre du couloir, Dark Vador se tient droit. Pour symboliser le combat, J.E.D.I For Climate a repris l’univers de Star Wars, et le seigneur sith est une image forte. « Je suis Shell, je suis BNP, je suis Total, et toutes ces entreprises à la fois », confie-t-il à Reporterre. Il a pour mission de s’approcher de l’entrée et montrer qu’il appartient au même univers que ces entreprises. « Ce qu’on veut aujourd’hui, c’est une image forte. C’est un acte de non-violence », explique Nathalie Delhommeau.

L’événement, festif et convivial, s’est passé sans encombre.

Lettre d’un enseignant dématérialisé à la ministre de l’Inculture Frédéric Wolff Reporterre 2015/05/21 Frédéric Wolff (21 mai 2015) Lettre d’un enseignant dématérialisé à la ministre de l’Inculture. Reporterre. Tribune — Pédagogie Éducation fr

Lettre d’un enseignant dématérialisé à la ministre de l’Inculture

« J’attendais le jour [du nouveau plan numérique] avec impatience et je me réjouis d’être enfin remplacé par une machine. Les progrès technologiques sont tels qu’aucun humain ne peut plus prétendre rivaliser avec les innovations modernes. Je m’incline, donc, avec un mélange de honte et de contrition. »

Mme la ministre de l’Inculture et de la gesticulation numérique,

J’ai bien reçu votre avis m’annonçant ma dématérialisation à compter du 1er juillet prochain, dans le cadre du nouveau plan numérique.

J’attendais ce jour avec impatience et je me réjouis d’être enfin remplacé par une machine. Les progrès technologiques sont tels qu’aucun humain ne peut plus prétendre rivaliser avec les innovations modernes. Je m’incline, donc, avec un mélange de honte et de contrition.

En 33 ans de carrière, j’ai connu toutes les étapes me conduisant à cet épilogue. Dans mes premières années de vie professionnelle, j’ai eu l’effroyable mission de concevoir mes cours et de les faire vivre avec une autonomie et un enthousiasme exorbitants. J’ai applaudi des deux mains à l’arrivée des premiers écrans dans les salles informatiques. J’ai bêlé avec les technophiles du sans-fil, alors que les tablettes envahissaient les salles de classe. J’ai connu le plaisir d’être surveillé et contraint par les connexions permanentes, les puces RFID, les objets intelligents...

J’ai fermé mes yeux sur le gaspillage d’énergie et de ressources rares de l’hyper-connexion, j’ai calfeutré mon cœur sur le sort des empoisonnés des déchets numériques et des personnes électro-sensibles comparés, par vos services et par les chiens de garde médiatiques, à des phobiques relevant de la psychiatrie. J’ai renvoyé les esprits critiques à l’âge des cavernes et de la bougie.

Lorsque les ondes wifi et les écrans de distraction massive ont eu raison de la concentration et de la mémorisation de mes élèves, j’ai réclamé toujours plus d’informatique et de didacticiels intelligents. J’ai été gentiment irradié par les ondes du progrès. C’est vous dire si j’ai été un enseignant modèle connectable à merci.

Certes, ces outils m’ont permis d’être beaucoup plus disponible pour mes fonctions de larbin, entendez par là mes tâches de surveillance, d’intendance et de dépannage informatique. Grâce aux économies d’échelle, aux nouveaux modes de management et au tout numérique, nous sommes arrivés au terme de cette évolution : des classes sans professeur.

J’ai bien pensé postuler dans les écoles sans écran, où les cadres de la Silicon Valley envoient leurs enfants. Mais les places sont chères et, je vous l’avoue, je suis aujourd’hui dans l’incapacité d’exercer toute activité professionnelle.

Grâce à vos innovations rayonnantes, je suis devenu électro-hypersensible. Ma vie est un enfer.

Vous comprenez, j’imagine, ma joie d’être dématérialisé. C’est une reconnaissance de ma condition d’humain virtuel, de presque mort.

J’attends donc le versement d’une rente d’invalidité qui, je n’en doute pas, suivra ce courrier. Je recherche également une grotte dénuée de tout confort, à l’abri des ondes qui détruisent le peu qui reste de ma vie, ainsi qu’un stock de bougies, étant devenu intolérant au courant électrique grâce à vos gadgets de téléphonie morbide.

Voyez, l’âge des cavernes et des bougies, c’est vous qui m’y renvoyez. Vous et votre arsenal progressiste de destruction massive.

Merci à vous, vraiment, et à celles et ceux qui vous accompagnent dans votre œuvre d’insalubrité publique.

La Lettre à Lulu n°88 Reporterre 2015/05/21 (21 mai 2015) La Lettre à Lulu n°88. Reporterre. fr

La Lettre à Lulu n°88

Depuis la dernière apparition en décembre dernier, on ne l’attendait plus. Lui ne s’y attendait pas : Lulu n°88 est là. Avec ce petit signe qui a comme mis debout deux fois l’infini. Ce qui est un bon début.

Disponible en kiosque en vrai papier, avec de la vraie monnaie. Ou en pdf, sur le site www.lalettrealulu.com/ grâce à un acte transactionnel pareillement tarifé, par l’entremise d’une petite carte en plastique de péage.

Au menu de ce numéro 88

- La ZAD cultive l’utopinambour, accumule les projets de petite économie maraîchère, épicière, forestière, hôtelières, le tout around the coin du bois. Une histoire d’utopie de micro gouvernements horizontaux, et de projection dans un dépassement de la propriété privée du sol… En références, les Communaux du XVII et XVIIIe siècle, où les droits d’usage avait ses règles.

- Vinci comme sponsor d’une braderie d’artistes de la récupe, ça la fout mal et ils l’assument à peine, du bout du fer à souder.

- Les zadistes, voilà l’ennemi pour le maire de Saint-Nazaire. Il en oublierait la tendresse qu’il porte sur le genre humain.

- Le documentaire écolo, la région des Pays de Loire le subventionne si on reste dans les généralités, si c’est des zadités, censure !

- Après la tuerie de Charlie hebdo, retour de la bonne vieille haine envers la presse. Et archéologie de réalité policières locales.

- Conseils citoyens pour tout pour rien. Prolifération d’instances consultatives avec pourtant un diagnostic quasi officiel concédant que ça ne marche pas du tout.

- Accooord : parle à mon socio cul, j’ai mal à la tête. Une direction qui traîne son comité hygiène et sécurité au tribunal, dénonce son médecin du travail, embauche ses amis socialistes et sa propre famille. Bonne ambiance.

- Madame Trauma. Au service culture de Nantes et Nantes Métropole, Helga Sobota, la nouvelle cheffe arrive avec un CV chargé.

- Un diplôme présumé innocent : un diplôme universitaire monté en fac de droit avec une entreprise montée par d’anciens gendarmes dont l’un des co-gérants est plombé par une histoire de drogue.

- Des livres à brûler par milliers : la bibliothèque universitaire bazarde des livres qui finissent au feu. Mais n’a pas de chiffre officiel à donner.

- Les poseurs de PV réclament des gilets pare-balles… qu’ils ont déjà.

- Très chers auditeurs… St-Etienne de Montluc, Cordemais… les élus reconduisent un marché public fumeux avec un grand cabinet d’audit, se font taper sur les doigts par le préfecture, et finissent par péter au nez du préfet. Chronique de l’illégalité notoire et assumée à la Communauté de communes du Coeur d’Estuaire.

- Donges : Habiter à côté de dangers publics classés SEVESO, et vous voilà indemnisés mais pas trop du tout un peu seulement.

- A poil dans les lampadaires : un tournage de clip de promo officielle du Voyage à Nantes qui se fiche pas mal des autorisations.

- Masqués par la main des curés : une animation très catho pour enfants confond mardi gras et la subversion des lois.

- Mariette girouette ? Campagne de com’ interne sexiste au Département. La riposte des femmes, ces écervelées qui ont quand même compris qu’on se foutait d’elle, a fait tout arrêter.

- La journée à éteindre les pandas : L’Earth hour mondiale a éteint quelques monuments à Nantes. Avec le parrainage des plus gros pollueurs.

- Bébé connecté ; en un seul article, catalogue spécial Ouest-France, des trucs impensables qu’il faut ab-so-lu-ment aux nouveaux pondeurs de progénitures.

Mais aussi

- La Protégeure de la République : la procureure en chef n’aime pas qu’on dise qu’elle protège la police des poursuites.

- La mort du journaliste Pierre Duclos saluée très discrètement par Ouest-France où son nom est honni.

- Elististe Velo City : le colloque début juin a mis le tarif prohibitif pour les chômeurs et les moins que rien venus des « pays en voie de développement ».

- Pipi crucifix, pas un délit. Et pour relater ça, Ouest-France fait dans le détail trash graveleux.

- Le député Christophe Priou arrose les chasseurs. Qui lui rendent bien.

- Le tram-train Nantes-Chateaubriant veut bien paraître mais pas laisser faire les exhibitions.

- Une maison pour la tranquillité publique, un miroir d’eau pour l’attractivité, des primes pour les vigiles à champignons sur les marchés : Nantes fait des progrès.

- Sifflotis coupable et accident de bouteilles aux prud’hommes : une séance ordinaire de la juridiction du travail, en BD.

En Alberta, « l’avènement d’une humanité... inhumaine » Entretien avec Nancy Huston Reporterre 2015/05/21 Entretien avec Nancy Huston (21 mai 2015) En Alberta, « l’avènement d’une humanité... inhumaine ». Reporterre. Entretien — Énergie fr

En Alberta, « l’avènement d’une humanité... inhumaine »

A Fort McMurray, en Alberta, Canada, se déroule un des désastres écologiques de la planète : de monstrueux chantiers à ciel ouvert exploitent les immenses réserves de sables bitumineux. La romancière Nancy Huston, originaire de la région, s’y est rendue et témoigne. « C’est comme si je voyais l’avènement d’une humanité... inhumaine. »

Nancy Huston, célèbre romancière et essayiste, est originaire de l’Alberta. Dans le nord de cette province canadienne, d’immenses chantiers à ciel ouvert entourent une « ville champignon » : Fort McMurray. Les compagnies pétrolières, en exploitant les immenses réserves de sables bitumineux, rasent les forêts, polluent les sols, détruisent la faune et la flore. C’est un territoire gouverné par le pétrole et l’argent au mépris de la nature, des peuples. Au mépris de l’humanité.

C’est ce que dénonce le recueil Brut, la ruée vers l’or noir, chez Lux Éditeur. Les textes de Melina Laboucan-Massimo, David Dufresne, Nancy Huston, Naomi Klein et Rudy Wiebe se croisent et se complètent. Ils nous montrent l’ampleur de la catastrophe écologique du point de vue de chaque auteur. Reporterre s’est entretenu avec Nancy Huston. Une Interview à lire… ou à écouter.

Reporterre - Vous êtes revenue en Alberta. Qu’avez-vous découvert ?

Nancy Huston -

- Ecouter Nancy Huston :

Dire « revenir en Alberta », c’est très vague parce que l’Alberta est immense, plus grand que la France. Moi, je suis née au sud de l’Alberta et les installations pétrolifères sont dans le nord. Je n’étais jamais allée dans cette région. Mes grands-parents maternels habitaient la rivière de la Paix qui n’est pas très loin. C’est dans la région de l’Athabasca. Mais je ne connaissais pas la région même de Fort McMurray.

Et donc, je loue une voiture avec des amis. On roule pendant cinq heures et l’on découvre cette ville champignon qui a décuplé de population depuis le début des années 2000 en raison de l’extraction du pétrole. Fort McMurray est une ville terrifiante parce qu’elle est là pour l’argent. C’est véritablement la ruée vers l’or noir. C’est comme la ruée vers l’or à la fin du 19e ou au début du 20e siècle. C’est des hommes... uniquement des hommes, qui viennent du monde entier pour gagner beaucoup d’argent rapidement et repartir. Et ce que ça implique à chaque fois, c’est que les gens ont du mal à s’investir dans le lieu lui-même. Ils ont du mal à parler les uns aux autres. Ils ne parlent pas la même langue, ils ne viennent pas d’une même religion. Ils ne forment pas une communauté.

Fort McMurray est constituée essentiellement de centres commerciaux entourés de banlieues résidentielles extrêmement chères. Tout est cher : les restaurants sont chers, les centres commerciaux alignent des magasins de toutes sortes, mais tout est étrangement déprimant, étrangement désinvesti. Il n’y a de centre que pour le shopping. Il n’y a aucun centre d’aucune ville. La mairie elle-même est une sorte de bâtisse disgracieuse en brique marron. On peut aller de pubs en bars, parce que moi j’aime bien aller voir où les gens boivent. Et là où les gens boivent et en principe se rencontrent pour discuter, il est impossible de discuter parce qu’il y a des écrans partout qui diffusent des émissions très bruyantes de musique et de sport.

Donc, les gens jouent au billard ou ils boivent. Mais il est extrêmement difficile de se parler. De tous les lieux que j’ai visités sur Terre - et j’ai été dans tous les continents -, c’est l’endroit du monde où je me suis sentie le plus mal à l’aise. C’est comme si je voyais l’avènement d’une humanité... inhumaine. Une humanité qui n’est là que par rapport à une sorte de survie physiologique.

Que manque-t-il à Fort McMurray ?

- Ecouter Nancy Huston :

La dimension spirituelle. Il y a des églises partout. Mais des églises qui ont le même type de publicité que les magasins, des affiches clignotantes proclament qu’il vaut mieux sauver son âme que réparer son toit. Des choses comme ça. Tout est pensé en termes de rentabilité.

Ensuite, il y a cette immense population : 100 000 personnes à Fort McMurray même et 30 000 autres qui habitent les camps de travail alentour, travaillant pour les quelque 55 compagnies pétrolières qui exploitent les sites d’extraction du pétrole. Au centre touristique de Fort McMurray, on peut, moyennant paiement, faire le tour d’un de ces sites en car. Nous l’avons fait.

Rouler trois-quarts d’heure et visiter le site modèle qui est celui de la compagnie Syncrude, ce qui veut dire « synthetic crude » : le brut synthétique. C’est ça qui est extrait de ces terres. C’est aussi apparemment lié à la Chine. Quand je dis que c’est un site modèle, ça veut dire qu’ils vont nous montrer une image merveilleuse et souriante de l’extraction du pétrole selon « syncrude ». Pendant quatre heures, on a fait le tour de ce site. On voit les forêts qu’ils essaient de replanter.

Moi, ça m’a fait froid dans le dos parce que je suis Canadienne et j’ai senti que j’étais en face d’une propagande exactement du même type que la propagande des pays de l’Est. Dans ma jeunesse, j’ai visité beaucoup de pays derrière le rideau de fer : depuis la Russie jusqu’à la Pologne en passant par la Bulgarie. Donc, je reconnais cette sorte de discours optimiste cynique qui dit que tout va bien dans le meilleur des mondes. Ils nous montrent les soi-disant « étangs », « tailings ponds », c’est-à-dire « étangs de rétention », remplis d’eaux complètement empoisonnées, résultant de l’exploitation des sables bitumineux. On nous montre que c’est vraiment bien contenu, ce n’est pas si grave que ça et qu’il y a toutes sortes de sons qu’on émet régulièrement pour effrayer les oiseaux, pour qu’ils ne se posent pas sur ces lacs et qu’ils ne meurent pas.

Ce qui m’a le plus choqué dans cette visite était le discours sur les forêts. C’est comme si l’on disait en achetant un aquarium et en mettant trois poissons rouges, qu’on a reconstitué la mer détruite ! Une forêt est un écosystème extrêmement complexe. Ils ont arraché tous les niveaux de la terre, ils ont arraché les arbres, ils ont empoisonné les cours d’eau. Ils font comme si tout allait bien, que les oiseaux allaient revenir, que les animaux allaient revenir et vivre à nouveau là dedans. J’ai été effarée... j’étais glacée par le cynisme et la violence de mon propre pays.

Au travers de votre récit, vous rendez compte d’un changement de vocabulaire. Y a-t-il l’émergence d’une nouvelle langue ?

- Ecouter Nancy Huston :

Il y a l’émergence d’une nouvelle langue. On dit « sables pétroliers » parce qu’on est censé être très fier d’avoir beaucoup de pétrole. Ce bitume sera raffiné et transformé en pétrole à terme. Mais pas chez nous, au Texas ou en Chine ou ailleurs. Le Canada exporte traditionnellement les matières premières non traitées, non retravaillées et c’est encore le cas ici. C’est le brut... vraiment très brut.

Mais cela rapporte énormément d’argent. On est très fier de ça. Mais le produit que nous extrayons de ces terres est incroyablement sale. Le mélange entre le bitume et le sable est une substance indiciblement complexe et qu’il faut traiter avec la vapeur sous pression pour séparer sable et pétrole. Cela relâche dans les eaux et dans nappes phréatiques des poisons qui vont avoir des effets meurtriers sur la faune et les humains, en aval de la rivière.

Quand des gens viennent de différents pays et différentes langues, il faut bien sûr inventer une novlangue. Donc, il y a une sorte de simplification à outrance de la langue anglaise. Et ce qui m’a aussi le plus sidéré là-bas, c’est des affiches, littéralement des panneaux d’affichage, qui disent « BE » : soyez. C’est le premier verbe, le verbe être, le dénominateur commun. Tout le monde peut connaitre ce mot-là en apprenant l’anglais. Et les gens, on les incite, on les encourage à juste « être ». Ça dit aussi « BE YOURSELF » : soyez vous-même... « BE, BE, BE, BE YOURSELF, BE UNIQUE » : soyez unique.

Et bien sûr, le problème des hommes qui vont travailler là-bas, c’est exactement une difficulté d’être, parce que l’être humain devient soi-même par contact et interaction avec autrui. Notre cerveau à la naissance est incomplet et ne se développe que grâce à l’interaction linguistique et sensorielle avec d’autres êtres humains. Donc, si vous plongez des êtres humains à l’âge adulte dans un endroit complètement inconnu et très hostile… c’est un milieu où il fait froid, la température moyenne doit être de deux degrés. Il fait très froid en hiver et les hivers sont longs. Que devient un être humain dans ces conditions ?

On travaille souvent 12 à 15 heures par jour, 7 jours par semaine pendant 2 ou 3 semaines d’affilée et ensuite on a une semaine de repos. Si l’on n’habite pas trop loin, si l’on habite seulement au Texas ou à l’est du Canada, on peut rentrer pendant une semaine. Si l’on habite à l’autre bout de la terre, on reste sur place et on regarde la télévision. Les hommes sont drogués. Pendant qu’ils travaillent, ils ont des casques pour se protéger du bruit épouvantable des machines qu’ils sont en train de manipuler. Ils écoutent de la musique, j’imagine, tonitruante dans leurs casques du matin au soir. Ensuite, ils vont boire un verre et reçoivent encore des bruits des écrans. Dans leur chambre, ils ont une télévision et ont accès à internet. Ça devient une vie virtuelle de A à Z.

C’est comme si la réalité pouvait être mise entre parenthèses pendant des années. Ils restent deux ans, trois ans. Ils gagnent beaucoup d’argent, mais ça coûte très cher aussi de vivre à Fort McMurray donc ils ont tendance à prolonger leurs séjours. Ils se déconnectent complètement de leur vie là-bas. Leur corps de jeune homme avec ses besoins de jeune homme, que devient-il ? Et bien, il y a des boites de strip-tease,des prostituées. J’ai entendu dire qu’on faisait venir, pour des occasions spéciales, des prostituées depuis Edmonton en avion pour assouvir les besoins des... peut-être pour les boss et non pas pour les travailleurs, je ne sais pas.

« Be » est inscrit partout. Mais finalement, « être » renvoie à « posséder » ?

- Ecouter Nancy Huston :

Ça se confond, être et avoir. C’est comme si l’on ne pouvait pas imaginer qu’il y ait une autre fonction dans la vie que d’avoir de plus en plus d’argent, d’être sûr de gagner assez d’argent pour envoyer ses enfants à l’école, à l’université. La vie devient entièrement un calcul de fric et rien d’autre. Les galeries d’art... bon, je veux bien que ce soit impossible dans une ville aussi récente et dans une région aussi ingrate de donner naissance à de grands artistes. Je ne suis pas naïve. Mais ce qu’on appelle des galeries d’art, c’est très comique. Ils ont des crochets, des ouvrages de crochets et de broderies qui montrent des camions. Ces camions gigantesques qui sont grands comme des immeubles de deux étages et dont ils sont très fiers.

C’est une sorte d’appauvrissement, d’abêtissement, je n’ai pas envie de dire bestialité parce que j’ai trop de respect pour les animaux. C’est une mécanisation de l’être humain. C’est comme si l’homme était en train de se transformer volontairement en machine, de faire partie de ces camions et de ces excavateurs qui arrachent la surface de la Terre. Quand on les regarde, c’est comme si l’on voyait des dinosaures. Et l’on voit les hommes qui se mélangent à ces corps mécaniques de dinosaures et qui détruisent leur propre maison, leur propre terre.

Les gens ont-ils conscience de cette destruction, de la catastrophe écologique ?

- Ecouter Nancy Huston :

Je ne peux pas généraliser sur les Albertains parce que j’en connais peu. Les gens avec qui j’ai discuté là-bas n’avaient pas l’air plus inquiets que ça. Je sais qu’il y a de plus en plus de mouvements écologistes, notamment les communautés autochtones, mais pas seulement, qui protestent.

Mais autour de moi, c’est vrai, à Calgary, à Edmonton, les gens avec qui j’ai discuté prenaient ça à la légère. Ils avaient l’impression... on aurait dit… que les écolos, c’étaient : ou des doux dingues ou des manipulés par les gauchistes, voire par les pays arabes. Le but de l’opération est de remplacer l’Arabie Saoudite comme premier fournisseur de pétrole des États-Unis. Donc, on est très fier de cette mission, nous les Albertains, et l’on ne voit pas plus loin que le bout de notre nez.

- Propos recueillis par Lucas Mascarello

- Brut. La ruée vers l’or noir, David Dufresne, Nancy Huston, Naomi Klein, Melina Laboucan-Massimo, Rudy Wiebe, Lux Editeur, 112 pages, 12,00 €

Les patrons et le climat : « Les activistes, c’est nous ! » Nicolas de La Casinière (Reporterre) Reporterre 2015/05/22 Nicolas de La Casinière (Reporterre) (22 mai 2015) Les patrons et le climat : « Les activistes, c’est nous ! ». Reporterre. Reportage — Climat fr

Les patrons et le climat : « Les activistes, c’est nous ! »

Les patrons des multinationales et nombre de ministres se sont retrouvés à Paris pour le « Business & Climate Summit ». Auto-célébrant leur action, ils se sont posés comme les principaux acteurs de la lutte contre le dérèglement climatique, et ont lourdement plaidé pour l’instauration du prix du carbone.

Dès l’entrée du Business & Climate summit, le partenariat public-privé prend toute la place. Les 20 et 21 mai, le siège parisien de l’Unesco a été gardé par la police nationale, le deuxième rideau par une société privée de vigiles. Passés les portiques de détection, halls et salles de séance bruissent de déclarations récurrentes sur le nécessaire prix du carbone.

« Price, price, price ! », martèle le secrétaire général de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économique), Angel Gurria, aux patrons venus montrer leurs efforts pour le climat, en amont de la COP 21. De quoi s’agit-il ? De mettre un prix sur les émissions de gaz carbonique, afin de dissuader les usages de l’énergie fossile. Cela pourrait se faire par des taxes mondiales ou, option préféré des participants, par un système généralisé de marchés des émissions. En tout cas, la mise en place de dispositifs plaçant un prix sur le carbone est devenue une demande reprise par tous les participants, organisations internationales, coalitions d’entreprises et PDG eux-mêmes. Pour ne pas être inaudibles lors des négociations de la COP21 en décembre, ces patrons ont pris les devants, se donnant le beau rôle en demandant aux Etats de bien faire, et en annonçant qu’eux-mêmes, dans leurs entreprises, montrent déjà l’exemple. Même s’ils sont les pollueurs principaux de la planète, producteurs majeurs des gaz à effet de serre.

C’est un peu le bal des hypocrites transformé en grands shows de bateleur la main sur le cœur. Une opération entre lobbying et travail d’image. "Les entreprises sont pragmatiques, elles veulent de la clarté, et savoir si les gouvernements sont sérieux et vont vraiment s’engager. Les entreprises ont l’avantage de ne pas être bloquées par les frontières et l’enjeu est à l’évidence mondiale au-delà des frontières. Quant au prix du carbone, c’est une condition nécessaire mais pas suffisante, mais les entreprises veulent l’intégrer et que ça ne change pas à chaque majorité politique", confie Brice Lalonde. Il n’est là ni comme ancien militant écolo (le PSU et les Amis de la Terre, c’était il y a très longtemps), ni comme ancien ministre de l’Environnement (c’était il y a longtemps), mais comme consultant. Lui préfère le terme de "conseiller", ou d’"advisor" en anglais. Il conseille Global Compact, l’un de ces regroupements de patrons autoproclamés vertueux. Il reconnaît que la récente prise de conscience unanime affichée ici par ces grands patrons est liée à l’émergence de marchés, au développement de la responsabilité sociale des entreprises et au besoin d’avoir une bonne image pour recruter des jeunes.

« Le greenwashing, c’est le début du bon chemin »

Quant au risque de greenwashing, à peine évoqué, une seule fois et vite balayé d’un revers de phrase, Brice Lalonde a une opinion qui doit plaire à ses clients : "Le greenwashing ? C’est mieux que rien. C’est le début du bon chemin..."

Lors de sa deuxième apparition, le secrétaire de l’OCDE refait son effet "Price price price !", tout en ajoutant sans jeu de mots qu’il faut "faire du business dans un autre environnement". Tout un programme.

A noter, nulle trace ici de climato-scepticisme. Personne ne remet en cause l’origine humaine du dérèglement climatique. Il faut juste en tirer profit, au sens propre comme au figuré.

Pascal Lamy est « activiste » !

L’autre leitmotiv de la journée, c’est le mot de Pascal Lamy, l’ex-directeur de l’OMC (Organisation mondiale du commerce). A la question de savoir s’il se reconnaît comme optimiste ou pessimiste, il répond qu’il est "activiste". Au fil des prises de paroles, le bon mot est repris avec gourmandise. Un joli retournement de sens dans la bouche de grands patrons. S’il faut récupérer la menace climatique pour en faire un "levier de croissance" et un inventeur de marchés (comme on invente un trésor), autant récupérer au passage les mots de l’adversaire, zadistes, écologistes ou militants des premières nations opposés aux extractivistes de par le monde.

Les patrons nouvellement "activistes" enfilent des clichés sur le besoin de faire ensemble et "l’esprit d’équipe", mais cet ensemble se restreint aux catégories fréquentables, les multinationales, leurs conseils d’administrations, leurs actionnaires, et en face, mais en partenariat, les gouvernements et les parlementaires dits "policy makers", ceux qui font les lois et les règlements. Ce sera tout pour le tour de table.

N’ont été invités au débat ni les ONG, ni les mouvements sociaux, ni les zadistes de toutes causes, les peuples autochtones défendant la spoliation de leur terre, les altermondialistes, les riverains en colère ou même les usagers au sens large. Sur ce territoire, le "business must go on", même si on entendra que la formule "business as usual" n’est plus possible et qu’il faut s’adapter à la nouvelle donne.

Cet aveu est considéré comme une évolution majuscule. "On n’ira nulle part avec la confrontation, même entre actionnaires et conseils d’administration. Il faut une collaboration, verticale, horizontale", insiste la Costa-Ricaine Christina Figueres, secrétaire exécutive de la Convention des Nations unies sur le climat.

Gouvernements, entreprises, qui doit mener la lutte contre le réchauffement ? Le mélange de ministres, scandinaves ou latino américains, et de grands patrons échange les courtoisies. "Pour générer des marchés plus importants, on a besoin du soutien des gouvernements", dit Pierre-André de Chalendar, PDG de Saint-Gobain. Message commun repris par bien d’autres orateurs. Tout le monde a adopté les mêmes éléments de langage.

Le slogan de ce Business & Climate summit donne le clef de la partition : "Working together to build a better economy" (Travailler ensemble pour une meilleure économie). Une œuvre commune, non pas pour construire un monde meilleur, ou plus juste, ou plus équitable, simplement pour améliorer l’économie, avec l’innovation et l’investissement, à la conquête de nouveaux marchés.

Ségolène Royal, venue vanter ses efforts législatifs et sa promotion de la croissance verte, qui est la nouvelle marotte du capitalisme d’opportunité, est ici en terre amie. Elle se permet une petite pique sur "le secteur financier prédateur qui a longtemps prélevé les ressources naturelles sans les payer", mais se rattrape d’un résumé, plus entendable en cette compagnie, sur la transition : "Ça coûte mais ça rapporte bien plus".

« A qui vendra-t-on du shampoing s’il n’y a plus d’eau ? »

On entendra quelques répliques surprenantes, comme le patron de Carrefour, Georges Plassat, répondre sèchement à une question – pourtant bienveillante - sur l’éventuelle "suspicion de greenwashing" dans l’engagement nouveau des grandes firmes pour le climat : "Il n’y a pas de suspicion ! " Point final. Sans qu’on sache s’il veut dire qu’il n’y a donc que du greenwashing conscient, délibéré, ou si l’idée de suspicion est vraiment choquante, déplacée et forcément imaginaire.

Autre cri du coeur quand sont évoqués les effets déjà présents du dérèglement climatique, la perte de l’accès à l’eau et sur le fait que certains Brésiliens ne peuvent plus prendre de douche tous les jours : "A qui vendra-t-on du shampoing ?" note, sérieusement préoccupé, le patron de L’Oréal, Jean-Paul Agon.

« Nous ne vivons pas dans un rêve »

Patrick Pouyanné, le nouveau PDG de Total, assume le fait d’être "l’un des plus gros pollueurs" de cet aréopage. C’est un peu le "bad boy" au milieu des gentils combattants pour le climat, "activistes" mais surtout à l’affût de bons retours sur investissements.

Pouyanné n’est pas venu sans annonce. Sa mesure phare pour montrer sa bonne volonté ? Il promet "l’arrêt du torchage de gaz dans ses exploitations pétrolières d’ici 2030". Pour le reste, son plaidoyer ne brille pas par la sophistication : "Le monde a besoin de plus d’énergie et les renouvelables ne peuvent pas tout fournir. Il faut affronter la réalité. Nous devons donner de l’énergie à ceux qui n’en ont pas l’accès. On aura besoin de beaucoup d’énergie, pour les transports, les industries chimiques ou autres. Nous ne vivons pas dans un rêve. Notre industrie ne peut pas faire de tactique : il faut une vision à long terme avec un cadre incitatif, stable, notamment par le prix du carbone. On ne peut pas changer autrement que graduellement. Parallèlement Total investit dans les énergies propres : solaire, biocarburants. Nous sommes certes une part du problème, mais nous sommes aussi une partie de la solution".

Hollande veut envoyer des signaux au marché

Arrive le président de la République. François Hollande enfile les envolées : « Ce qui se passe à Paris, c’est la transformation du monde. Si nous ne sommes pas capables de trouver un accord ici, à Paris, la planète sera plus difficile à vivre et les défis industriels seront de plus en plus difficiles à assumer. Si nous parvenons à un accord, ce sera une révolution pour les prochaines décennies. Convaincre 196 pays tiendra du miracle. Se mettre d’accord n’est jamais facile. Même tout seul, c’est parfois difficile… » Sourires dans la salle.

Chaque pays devant fournir sa « contribution nationale », le président de la République déplore que seuls 37 pays les aient publiées. Il évoque aussi le financement des efforts à venir via le « fonds vert » international. Il manque du monde à l’appel. « Sans financement, il n’y aura pas d’accord à Paris ».

« Il faut envoyer des signaux aux marchés ! » clame Hollande le libéral, aussi favorable à la fixation d’un prix du carbone qui remplit les débats en ce siège de l’Unesco. Ces « signaux aux marchés », les patrons l’ont demandé pendant ces deux jours pour envisager un prix du carbone, en admettant que ce n’est pas à l’agenda de la COP21 et qu’ils n’espèrent pas y parvenir en 2016. Tout le monde demande et fait donc des signaux.

Peut-être des signaux de fumée. A moins que ce ne soient des écrans de fumée, quand Philippe Varin, le nouveau PDG d’Areva vante la solution nucléaire comme la panacée zéro carbone. Lui aussi se dit « partie des solutions » : « Le nucléaire est complémentaire aux énergies renouvelables et l’exemple français, avec 75 % de nucléaire, est un mix correct, une bonne solution. Certes nous rencontrons des problèmes, mais c’est normal, il n’est pas inhabituel de rencontrer des problèmes dans le développement des technologies et on se doit de les surmonter. » Il en remet une couche sur le besoin d’un prix du carbone, un prix « robuste et prévisible au moins sur vingt ans ».

Le prix du carbone ? Ce doit être le seul message lourdement martelé par cette assemblée de multinationales.

Complément d’info : Le communiqué final du Business Climate Summit, en anglais, à télécharger ici :

Les paysans-boulangers cultivent les graines de résistance Anaïs Cramm et Lorène Lavocat (Reporterre) Reporterre 2015/05/22 Anaïs Cramm et Lorène Lavocat (Reporterre) (22 mai 2015) Les paysans-boulangers cultivent les graines de résistance. Reporterre. Agriculture fr

Les paysans-boulangers cultivent les graines de résistance

Les pieds dans la terre et les mains dans le pétrin, ils vont à contre-courant de l’industrialisation de la boulangerie et de la culture du blé. Les paysans boulangers réinventent le métier en remettant au goût du jour les semences paysannes. Ils s’émancipent des industries semencières afin de ne plus dépendre du système agricole industriel.

Les pieds dans la terre et les mains dans le pétrin, ils vont à contre-courant de l’industrialisation de la boulangerie et de la culture du blé. Paysans boulangers, ce sont des passionnés qui courent du four au moulin et sillonnent champs et marchés. "Le métier de paysan boulanger, c’est aller du grain au pain", explique Charles Poilly, installé dans le Lot-et-Garonne. "C’est élaborer le goût de ton pain dès le semis, comme les vignerons qui façonnent leur vin par le travail de la vigne."

A trente ans à peine, il a choisi de poser sa yourte et de construire son fournil à la ferme du Petit Béron. Deux fois par semaine, il fait chauffer le four puis distribue ses pains dans les marchés et les Amap alentour. Comme lui, de plus en plus de jeunes agriculteurs se lancent dans l’aventure. La raison de ce succès ? "La surface nécessaire à l’activité est beaucoup moins importante que pour un céréalier « classique », la transformation en pain permettant une très bonne valorisation du blé", précise l’Adear du Tarn, une association qui accompagne l’installation des paysans.

Un constat confirmé par Simon Coyard, établi depuis deux ans en Ariège : "Avec 40 hectares cultivés en bio, impossible de me contenter de produire du blé, je ne pourrais pas en vivre. Par contre, en étant paysan et boulanger, je sors un salaire confortable tous les mois." Et à l’autre bout de la chaîne, les consommateurs plébiscitent. "Les gens aiment savoir que le blé produit à côté de chez eux est celui qui les nourrit", note Charles Poilly.

Signe de cet engouement, une nouvelle formation, intitulée « Paysans du grain au pain », vient d’ouvrir dans le Tarn. Un cursus qui met notamment l’accent sur la culture d’anciennes variétés de blé. Variétés de populations, de pays ou semences paysannes… autant de termes pour désigner des plantes délaissées depuis près de cinquante ans par l’agriculture conventionnelle, car pas adaptées au système agricole intensif. Des semences remises au goût du jour par une poignée d’irréductibles rêveurs, paysans et chercheurs.

Parmi eux, Jean-François Berthellot fait figure de pionnier. Il y a une vingtaine d’années, il récupère quelques unes de ces semences paysannes, gardées précieusement par une communauté du Larzac, et les cultive sur sa ferme, dans le Lot-et-Garonne. Et le résultat l’éblouit : « C’est un monde qui s’ouvrait à moi, j’ai découvert une diversité que je n’aurais jamais soupçonnée. »

Un atout gustatif et écologique

Rue Saint-Front, à Périgueux, une vitrine attire les regards gourmands. Petites miches dorées, gros campagnards ou ficelles parsemées de lin et de sésame. Derrière son comptoir, Laurent Cattoire fabrique tous ses pains à la main, à partir de farines de blés paysans. Une évidence d’après lui. « Avec les variétés commerciales, le pain est standard, sans saveur particulière, on ne peut pas mettre toute notre personnalité », explique-t-il. « Par contre, une farine de blés anciens, ça sent les champs, et ça a du goût. »

Petit rouge du Morvan, touselle, pétanielle noire. Ces blés aux noms, aux formes et aux couleurs variés confèrent au pain des saveurs complexes et subtiles. Autre intérêt, le gluten qu’ils comportent est moins modifié et plus digeste que celui des variétés commerciales. « Beaucoup de personnes intolérantes au gluten peuvent manger des céréales anciennes », constate Laurent Cattoire.

Encouragés par les consommateurs, de plus en plus de boulangers et de paysans s’intéressent aux variétés de pays. D’autant plus que ces blés, sélectionnés pendant des siècles par des paysans travaillant sans produits phytosanitaires, sont plus adaptés à l’agriculture biologique. « Les paysans bio ne trouvaient pas leur bonheur avec les variétés commerciales, qui sont faites pour être cultivées en intensif », explique Julien Lacanette, animateur au Centre Terre d’accueil des blés (Cetab), une association de promotion des semences paysannes. « Dans des conditions environnementales difficiles et sans intrants, certaines variétés paysannes ont de meilleurs rendements. »

Toute une philosophie...

Dans la chaleur parfumée de son fournil, Jean-François Berthellot enfourne habilement des pâtons. Pour lui, être paysan boulanger n’est pas qu’un métier. « On a vraiment l’impression de faire partie de la création, d’être une main qui accompagne ce processus naturel ». Lui qualifie son travail de « voyage » : « J’ai voyagé à l’intérieur du blé, avec le blé, j’ai pu comprendre que certaines variétés ont un goût particulier, une manière de les aborder, d’être pétries ». Travailler sur les semences paysannes est indissociable de sa pratique : il s’agit d’une démarche globale et hollistique, en amont du champ et jusqu’à l’assiette.

- « Paysan boulanger, bien plus qu’un métier ». Ecouter Jean-François Berthellot :

« Le pain, c’est quand même un symbole… depuis des millénaires, il nourrit l’humanité », ajoute Laurent Cattoire. « Faire du pain n’est pas un acte anodin. » A l’instar des paysans boulangers, il rejète donc les méthodes de culture et de panification industrielles, « où l’on fait du pain sans même toucher la pâte. » Lui se qualifie de « résistant boulanger ». Une résistance qui passe aussi par la défense des variétés anciennes. « Il s’agit pour nous paysans de s’émanciper des industries semencières et de ne plus dépendre du système agricole conventionnel », précise Charles Poilly. « C’est un rétropédalage par rapport à un modèle qu’on refuse et qu’on veut réhumaniser ».

Pourtant, pas facile à cultiver !

Simon Coyard a lui aussi voulu se mettre aux semences paysannes. Il en est vite revenu. « Dans les champs, les blés ne tenaient pas debout, et une fois au fournil, impossible de faire lever la pâte ! », se rappelle-t-il. Peu de rendements et parfois beaucoup de casse, les blés paysans en ont découragé plus d’un.

« Clairement, les variétés anciennes ne sont pas la panacée », confirme Charles Poilly. « Ils ont été conservés dans de mauvaises conditions pendant trop longtemps, et ils ne sont plus adaptés aux conditions actuelles. » Pendant ce qu’on appelle aujourd’hui les « Trente glorieuses », alors même qu’elles se voyaient bannies des champs, les semences paysannes se sont retrouvées collectées et stockées dans les frigos des centres de recherche. Dans ces sortes de musée végétal, elles ont pris la poussière. Tandis que le climat, les maladies et les sols évoluaient, elles restaient figées, telles la Belle au bois dormant. Pourtant, Charles Poilly en est convaincu : ces variétés anciennes sont l’avenir de notre agriculture. « Mais il faut les réadapter, notamment en les sélectionnant. »

- « Aller du grain au pain, une nécessité. » Ecouter Simon Coyard et Charles Poilly :

Des blés qui se font une nouvelle jeunesse

Pour faire ce travail de sélection, Jean-François Berthellot est allé trouver des chercheurs. Avec eux, il a patiemment testé, observé, analysé et enfin choisi parmi l’immense diversité des semences de blé celles qui étaient le plus en phase avec son terroir et ses besoins. « Aujourd’hui, je fais mon pain à partir d’un mélange de variétés issu de notre imaginaire et adapté à nos champs », observe-t-il satisfait. « Ce sont des variétés modernes paysannes ». Avec d’autres membres du Cetab, il entretient une collection de plus de 200 variétés, véritable réserve de biodiversité cultivée.

- Des blés qui se font une nouvelle jeunesse. Ecouter Julien Lacanette du Cetab et Charles Poilly :

Pour les paysans, il s’agit de se réapproprier, avec l’aide des chercheurs, des gestes et des techniques millénaires. Des savoir-faire dont ils ont été dépourvus en quelques décennies au profit de grandes industries semencières, guidées par des objectifs de rentabilité commerciale. « Aujourd’hui, tout est mathématisé, ce sont des ordinateurs qui décident de ce qui va pousser dans nos champs », déplore Charles Poilly. « Pour moi, l’œil du paysan reste irremplaçable ».

Grâce à ce travail de collaboration entre chercheurs et paysans, les variétés anciennes se font une nouvelle jeunesse. Et ce n’est qu’un début. Ils travaillent désormais à la création de nouvelles variétés. « On est toujours en recherche, car avec le vivant, tout évolue », constate Jean-François Berthellot. « On est sans cesse amenés à remettre nos acquis sur la table. »

Si Rémi Fraisse n’avait pas manifesté, il ne serait pas mort : la nouvelle logique de la répression étatique Hervé Kempf (Reporterre) Reporterre 2015/05/22 Hervé Kempf (Reporterre) (22 mai 2015) Si Rémi Fraisse n’avait pas manifesté, il ne serait pas mort : la nouvelle logique de la répression étatique. Reporterre. Édito — Sivens fr

Si Rémi Fraisse n’avait pas manifesté, il ne serait pas mort : la nouvelle logique de la répression étatique

La commission parlementaire sur le maintien de l’ordre aboutit à des propositions faisant reculer le droit de manifester et couvrant les pratiques dangereuses des forces de police.

La dégradation continue de l’esprit démocratique se poursuit avec un cynisme ahurissant. Après l’émoi qu’avait causé l’homicide d’un manifestant écologiste, Rémi Fraisse, en octobre 2014, par une grenade lancée par un gendarme, une commission d’enquête parlementaire a été créée en décembre. Son titre : « Commission d’enquête sur les missions et modalités du maintien de l’ordre républicain dans un contexte de respect des libertés publiques et du droit de manifestation ». La motivation en était de comprendre comment les forces de l’ordre avaient pu tuer un manifestant et comment changer les modalités de leur action pour éviter de tels drames - que complète, hélas, le nombre croissant de manifestants blessés gravement par les projectiles policiers.

Ce rapport a été présenté le 21 mai (il ne sera publié que dans quelques jours sur le site de l’Assemblée nationale). Mais que dit-il ? Par un stupéfiant retournement de raisonnement, les députés qui l’ont adopté ont ciblé essentiellement les manifestants. Et leur principale proposition est de créer une interdiction de manifester pour les personnes signalées par les services de renseignement comme « individus connus en tant que casseurs violents ».

Sans jugement, les policiers seraient ainsi autorisés, avant tout acte donc tout délit, à empêcher telle ou telle personne de participer à une manifestation - un droit pourtant inscrit dans la Constitution et constitutif des libertés publiques. Par exemple, comme l’a indiqué le préfet de police de Paris, Bernard Boucault, lors de son audition, « de les attendre à la gare et de les interpeller ». Croisées avec la loi sur le renseignement récemment adoptée, ces méthodes ouvrent la voie à une interdiction de manifester pour toute personne qui sera jugée indésirable, sur des critères incertains, par les services de police.

Une autre proposition vise à rendre obligatoire une concertation préalable sur les manifestations. Comme le souligne le député écologiste Noël Mamère, président de la Commission - et qui a dû s’opposer au rapport de celle-ci -, « il y aurait dès lors un contrôle a priori et systématique de toutes les manifestations, ce qui entraînerait une restriction manifestement disproportionnée du droit de manifester. »

La Commission a paru faire un progrès en préconisant l’abandon des Flasballs. Mais c’est pour proposer de les remplacer par des LBD 40 (Lanceurs de balles de défense) plus puissants et plus précis. Autrement dit, d’accroître l’arsenal des forces de police, qui ont déjà provoqué des blessures graves (telles qu’énucléation) chez au moins trente-six personnes. Cette attitude des députés est d’autant plus choquante que les policiers responsables de ces actes sont quasi-systématiquement absous par la justice.

Le texte, rédigé par le rapporteur PS Pascal Popelin a été adopté par tous les participants de la Commission à l’exception de Noël Mamère et de Marie-Georges Buffet (PC). Il marque un nouveau recul des libertés publiques.

Complément d’info :

- Le rapport de la Commission parlementaire d’enquête "chargée d’établir un état des lieux et de faire des propositions en matière de missions et de modalités du maintien de l’ordre républicain, dans un contexte de respect des libertés publiques et du droit de manifestation, ainsi que de protection des personnes et des biens" .Télécharger ici :

- L’analyse du rapport par Noël Mamère. Télécharger ici :

Le jardin sans pétrole - La cure de jouvence de la grande oseille Christine Laurent (Reporterre) Reporterre 2015/05/23 Christine Laurent (Reporterre) (23 mai 2015) Le jardin sans pétrole - La cure de jouvence de la grande oseille. Reporterre. Jardin sans pétrole fr

Le jardin sans pétrole - La cure de jouvence de la grande oseille

Coupe des fleurs, binage, copeaux de cèdre du Liban, arrosage... C’est le jour du soin annuel de la Rumex acetosa, grande oseille, dont la forme cultivée ressemble fortement à la forme sauvage.

Encore des travaux sur la ligne C qui n’en finit pas de muer. Plutôt qu’un changement difficile avec vélos et sacoches à Juvisy, nous poursuivons jusqu’à Ballancourt et traversons le plateau entre les rivières de l’Essonne et de la Juine. Une traversée sportive, un pique-nique délicieux et une visite de la forêt jardin du domaine de Chamarande réalisée par la paysagiste Astrid Verspieren. Ce lieu d’expérimentation et de futures récoltes pour ceux qui souhaitent participer à ce projet est aussi un espace de démonstration de la biodiversité comestible cultivée sur une surface de 1 200 m2.

Nous arrivons tard au jardin mais c’est encore trop tôt pour arroser. Le soleil darderait ses rayons à travers les gouttes d’eau déposées sur les feuilles et les brûlerait. Nous nous occupons du carré d’oseille. Cette plante, Rumex acetosa, est indigène en Ile-de-France. On l’appelle encore grande oseille, vinette ou aigrette. Sa forme cultivée n’est pas tellement différente de sa forme sauvage si ce n’est par les feuilles plus ovales et d’un vert et d’une texture plus tendre. Elle demande si peu d’entretien qu’on à tendance à se servir sans trop se soucier d’elle.

C’est aujourd’hui son jour, celui d’une cure de jouvence qui commence par la coupe de toutes les fleurs. Ensuite, nous procédons à un binage - opération qui consiste à aérer la terre autour de chaque pied et à enlever la renoncule rampante, la Véronique et la consoude de Véronique, et d’autres herbes d’un genre que je suis incapable de déterminer.

Un copain qui m’aide dans cette tâche a eu le sécateur un peu sévère et plusieurs pieds sont ratiboisés. Je ne suis pas inquiète, l’oseille est une vivace et dans une semaine déjà, de nouvelles pouces tendres se balanceront au gré du vent léger. Un bon arrosage et un tapis de copeaux de cèdre du Liban achèvent ce soin annuel.

Il faut arroser tous les semis et jeunes plantes : cresson alénois, roquette, concombre, courgette, maïs, mesclun, pois, fève, et s’occuper de nettoyer l’artichaut sur lesquels les fourmis ont installé un élevage de pucerons. Nous avons sous la main du savon noir. Je prépare un arrosage spécial dans le pulvérisateur et avec le doigt, j’écrase à la main toutes les concentrations de pucerons. C’est cruel mais comment faire ? Ces artichauts qui trônent élégamment à l’entrée du jardin comme agaves dans une serre tropicale ne vont tout de même pas servir de supermarché aux fourmis.

Dans 430 villes à travers le monde, on a marché contre Monsanto Julie Lallouët-Geffroy (Reporterre) Reporterre 2015/05/23 Julie Lallouët-Geffroy (Reporterre) (23 mai 2015) Dans 430 villes à travers le monde, on a marché contre Monsanto. Reporterre. Reportage — OGM fr

Dans 430 villes à travers le monde, on a marché contre Monsanto

Samedi 23 mai, dans 430 villes aux quatre coins du monde, des citoyens seront dans les rues « contre Monsanto, pour la souveraineté alimentaire ». Tous unis contre la multinationale, ils se sont organisés à travers les réseaux sociaux et grâce à un fonctionnement laissant la place aux initiatives locales et à l’autogestion.

- Rennes, correspondance

Les villes de Dhaka (Bangladesh), San Francisco (USA), San Juan (Puerto Rico), Taipei (Taiwan), Accra (Ghana), Ouagadougou (Burkina Faso) ou encore Rennes (France) auront toutes, samedi, un même mot d’ordre : « Contre Monsanto, pour la souveraineté alimentaire. » Une quarantaine de pays participent à des marches contre le géant états-unien des organismes génétiquement modifiés (OGM), la firme Monsanto. Et en France, aussi, dans toutes les régions

Derrière ce slogan se trouvent des revendications multiples que Monsanto parvient à réunir. Benjamin, militant parisien, énumère : « Comportement criminel dans les pays où elle est implantée, pollutions massives, usage de pesticides, OGM et donc brevetage du vivant, faillite de la paysannerie. »

Chaque lieu de manifestations a ses propres enjeux, au Burkina Faso c’est le coton OGM (voir encadré ci-dessous), au Bangladesh l’aubergine et le coton, en Inde le coton. En Argentine et au Brésil, où le soja transgénique règne en maître, on parle plutôt de résistance de la population face à la multinationale, voire de victoires.

Autogestion et initiatives multipliées

Mais quelle est l’histoire de cette étonnante mobilisation internationale ?

Pour réussir à s’unir autour d’une même cible, les militants ont utilisé les réseaux sociaux et une organisation issue de la mouvance Occupy Wall Street, une « démocratie horizontale ».

La première marche a vu le jour aux États-Unis en 2013, celle de Paris au mois de mai de la même année. « On a organisé la marche en trois semaines avec les réseaux sociaux », se souvient Louise, du collectif des Engraineurs. Elle avait réuni à l’époque près de 1 500 personnes. La recette du succès ? « Je crois que la réussite s’explique par le fait qu’il n’y ait pas de tête au sommet du mouvement et des petites mains en bas », explique Louise. Comme de nombreux militants, elle a frappé à la porte d’associations, de partis politiques, sans y trouver son compte : « Trop hiérarchisés. Pour les nouveaux, il n’y a pas d’autonomie, on est juste bons à coller des affiches et à tracter. » A l’inverse, l’organisation de ces marches contre Monsanto répondent aux principes de l’autogestion : chacun fait soi-même en autonomie mais pas en solitaire. « Chacun peut prendre l’initiative, se lancer, c’est ça qui est formidable », pour Louise.

Valérie vit au Bangladesh. Elle a décidé avec Sarah il y a dix jours de mettre en place une marche dan la capitale, Dhaka. « C’est exaltant de se lancer dans l’organisation de cette marche, à notre échelle, de sentir qu’on fait partie d’un mouvement global. » Après en avoir discuté avec les ONG locales, toutes affirment leur volonté d’y participer. « J’ai alors contacté la plate-forme « March against Monsanto », j’ai discuté avec une personne du réseau qui m’a ensuite envoyé un document pour me donner des repères sur la logistique. » De l’autre côté de l’écran se trouvent des personnes comme Benjamin à Paris.

Pour éviter que des manifestations soient annoncées et non préparées, il pose quelques conditions comme s’identifier et se mettre en relation avec les associations locales. « Le but c’est que tout le monde puisse se saisir du sujet, entrer dans la boucle ; mais pas seul afin d’être efficace et ne pas tourner en rond. »

Côté coordination internationale, il n’y a pas de liens étroits entre États-Unis, Europe ou Amérique latine, pas de réunions trimestrielles avec un ordre du jour. Les liens inter-continentaux se font surtout via les associations. Par exemple, c’est l’association Ingalan qui est à l’initiative de la marche de Rennes. Elle travaille avec les paysans du Burkina Faso, ce qui explique que la mobilisation dans la capitale bretonne s’intitule « Rennes marche pour Ouaga » (voir encadré).

Internet et organisations traditionnelles

Cette nouvelle manière de militer, de s’organiser semble être caractéristique des jeunes générations. Emmanuel est enseignant à Rennes, il a plutôt l’habitude de travailler avec les organisations traditionnelles et est réfractaire aux réseaux sociaux. « Il est clair qu’avec internet, l’information circule bien, les gens sont au courant avant que l’on colle des affiches. Mais je crois que les deux systèmes, internet et traditionnel, doivent cohabiter pour toucher un maximum de personnes. »

Benjamin renchérit. Pour lui, il ne s’agit pas d’opposer deux modèles mais bien de travailler ensemble. « Il y a une transmission de savoir-faire, les associations sont habituées aux mobilisations, elles ont des réflexes : déclaration en préfecture, sonorisation, etc. » Louise amène un bémol : « Certains nous rient au nez quand on leur parle des réseaux sociaux, et pourtant ça fonctionne. »

Mais ça ne marche pas pour autant à tous les coups. La mobilisation contre le Tafta à Paris en novembre 2014 n’avait pas été un franc succès. Louise l’explique par l’absence d’une dynamique forte au niveau national et international sur le sujet. Selon elle, la clef c’est l’autogestion, qui permet à chaque individu de prendre l’initiative, et la dynamique générale, qui impulse le mouvement.

A RENNES, LA VILLE MARCHE POUR OUAGADOUGOU

Rennes connaît bien le Burkina Faso, surtout l’association Ingalan qui collabore avec les paysans de ce pays africain pour un partage de savoir sur l’agro-écologie. C’est du fait de l’implication de cette association que la marche de samedi est baptisée « Rennes marche pour Ouaga ».

Monsanto aussi connaît bien le Burkina Faso, il y a implanté son coton OGM, il y a sept ans, avec de belles promesses de rendements. Le succès n’est pas au rendez-vous. A l’image du fiasco en Inde : rendements en berne, endettement des paysans. Le prix des semences conventionnelles est à 814 francs CFA (1,24 €) pour un hectare contre 27 000 francs CFA (41 €) pour le coton transgénique.

Les paysans font la plupart du temps cohabiter cultures vivrière et cotonnière. Ils utilisent les pesticides préconisés sur le coton de Monsanto pour les épandre sur les champs de maraîchage. La perméabilité entre les deux cultures rend leur cohabitation difficile.

Sur le volet sanitaire, aucune étude n’a été réalisée pour mesurer l’impact de la consommation d’OGM sur la santé, alors qu’au Burkina Faso, la population boit de l’huile de coton en grande quantité. Mais cela n’empêche pas le géant américain de poursuivre son développement dans le pays, cette fois via le maïs.

Une partie, minoritaire, de la population s’y oppose, avec le soutien des militants du Mouvement du balai citoyen qui ont renversé Blaise Compoaré en octobre 2014.

A Barcelone, la liste citoyenne et écolo est arrivée en tête des élections Marie Astier (Reporterre) Reporterre 2015/05/23 Marie Astier (Reporterre) (23 mai 2015) A Barcelone, la liste citoyenne et écolo est arrivée en tête des élections. Reporterre. Reportage — Monde fr

A Barcelone, la liste citoyenne et écolo est arrivée en tête des élections

Les élections municipales de ce dimanche 24 mai à Barcelone ont placé en tête la liste Barcelona en comu. Particularité : elle est composée de mouvements citoyens et écologistes, et issue du mouvement des Indignés. La prochaine maire de la deuxième plus grande ville espagnole s’appelle Ada Colau. C’est presque comme si un zadiste devenait maire de Marseille...

Succès à Barcelone, et aussi à Madrid, la liste Ahora Madrid, soutenue par Podemos et menée l’ex-juge Manuela Carmena est deuxième, avec un siège de moins que le Parti Populaire. En s’alliant avec le PSOE, elle pourrait gouverner. C’est comme si Eva Joly devenait maire de Paris avec derrière elle plein de mouvements sociaux, les Verts et le Front de Gauche, en alliance avec le PS et après avoir élaboré son programme à partir de réunions de quartier qui auraient eu un énorme succès.

La foule a le sourire et les enfants jouent avec les ballons rouges et blancs aux couleurs de « Barcelona en Comú » – « Barcelone en commun ». La liste est candidate aux municipales de Barcelone qui ont lieu dimanche 24 mai. A quatre jours des élections, l’équipe a décidé de jouer gros sur ce meeting de fin de campagne : grande scène, interventions d’artistes, suivi en direct sur les réseaux sociaux, et stands des assemblées de quartier qui soutiennent la candidature. Le tout sur la Plaça Catalunya, la place de la Catalogne, l’équivalent à Barcelone de la place de la République à Paris.

Le lieu est symbolique : c’est là qu’a commencé le mouvement des Indignés dans la capitale catalane. Là que, le 15 mai 2011, des citoyens ont commencé à manifester des jours durant pour protester contre les politiques d’austérité et la corruption de la classe dirigeante et réclamer une « véritable » démocratie. Beaucoup de candidats de Barcelona en Comú y étaient. « Le 24 mai, nous allons récupérer la plaça Catalunya et la démocratie », commence Gala Pin, l’une d’entre eux. « Nous avons une opportunité historique. Le peuple peut gagner », reprend d’une voix émue la tête de liste Ada Colau. « Si, se puede », « Oui, nous pouvons », scande la foule en réponse.

Ada Colau incarne l’immense l’espoir d’un renouveau politique. Dans l’assistance se mélangent les jeunes, les vieux, les familles. Quatre mille personnes sont présentes, c’est l’événement de la campagne municipale qui a réuni le plus de monde. « Cela fait plusieurs années qu’on subit une crise très mal gérée. Nous sommes restés soumis pendant trop d’années, maintenant, le changement de système est inévitable », espère Francesca, 59 ans. Avec son amie Maria-Antonia, elles ont connu la transition démocratique après le régime de Franco. Elles ont cru de nombreuses années à cette nouvelle démocratie. « Mais aujourd’hui les gens sont de plus en plus pauvres, poursuit la seconde. Sur trois enfants, j’en ai deux au chômage. On ne peut pas continuer comme ça. »

Ainhoa et Sergi sont eux venus avec leurs deux petites filles : « On avait envie que nos enfants voient ça. » Leur discours est moins revendicatif que celui de leurs aînées. « On veut que ça change, ces dernières années la mairie a plus travaillé pour l’image de la ville à l’international que pour ses habitants. »

La liste est au coude à coude avec celle du maire sortant, un indépendantiste de centre droit, pour arriver en tête dimanche. Elle prendrait alors le pouvoir d’une ville de 1,6 millions d’habitants, connue partout dans le monde. L’impact symbolique serait plus fort que celui de la victoire d’Eric Piolle à Grenoble l’année dernière en France..

Démocratie directe et lutte contre les inégalités

Sur scène, sous les applaudissements, Ada Colau scande : « Nous ne nous résignerons pas à la pauvreté, aux expulsions, à la corruption, aux morts causées par la pollution... » Une façon de résumer son programme : revenu minimum pour les plus pauvres, arrêt des expulsions (courantes en Espagne depuis la crise), création de logements sociaux, transparence de la vie publique, etc.

Les orateurs se succèdent et dénoncent les uns après les autres la politique traditionnelle, soutenus par le public. Parmi eux des universitaires, des avocats, des militants de terrain. Une diversité à l’image de ceux qu’a réussi à réunir autour d’elle Ada Colau : militants du droit au logement, des droits de l’Homme, de l’égalité homme-femme, écolos, anarchistes…

Le lendemain matin, j’ai rendez-vous à neuf heures dans le local encore calme de Barcelona en Comú. A l’origine de cette liste, on trouve des intellectuels et des militants habitués à travailler ensemble depuis de nombreuses années, raconte Gala Pin. Elle vient du « mouvement des voisins », des associations de quartier qui ont été à la pointe de la lutte contre le franquisme et restent très actives aujourd’hui. « Les mouvements sociaux ont fait changer beaucoup de choses à Barcelone, estime-t-elle. Mais quand on milite longtemps, on finit toujours par se cogner au plafond de verre des institutions. »

C’est alors qu’est survenu le mouvement des indignés, qui a cristallisé un ras-le-bol face à la montée des inégalités due à la crise et face à la multiplication des scandales de corruption. L’espoir est revenu. « Le sentiment général était que les gens normaux avaient plus de pouvoir qu’ils n’en avaient jamais eu », poursuit la trentenaire.

C’est à ce moment là qu’est née l’envie de prolonger ce mouvement social dans le champ politique. « Nous avons décidé d’arrêter de résister et de prendre le pouvoir », se rappelle David Llistar. Il nous reçoit sur la terrasse ensoleillée de son bureau. Cet économiste environnemental fait partie de l’équipe depuis le début. Il coordonne le groupe de réflexion de l’équipe sur « économie et écologie ».

« Nous avons pensé qu’il était possible d’utiliser le capital médiatique d’Ada Colau pour prendre d’assaut les institutions publiques, pour les libérer du grand capital et les ouvrir au peuple », explique l’économiste. A l’époque, Ada Colau était la porte-parole ultra médiatisée de la « Plateforme des victimes des hypothèques », un groupe de lutte contre les expulsions né à Barcelone et qui a essaimé dans toute l’Espagne depuis la crise. Militante de longue date, femme de terrain, un sourire franc qui désormais s’affiche sur les murs du métro : sa personnalité fait l’unanimité.

"Décroissant, mais sans le dire, parce que sinon ils vont nous tomber dessus"

A ce mouvement de militants et d’intellectuels qui se connaissent de longue date, viennent s’ajouter des partis politiques : la section barcelonaise de Podemos, le petit parti écolo Equo, ainsi que l’ex-parti communiste Iniciativa per Catalunya Verds ou ICV (Initiative pour la Catalogne Verts). Mais la liste reste citoyenne : les candidats sont tous des nouveaux en politique.

Le renouveau est aussi là du côté du mode de fonctionnement, notamment pour élaborer le programme, qui part des propositions des assemblées de quartier et de groupes de travail ouverts à tous.

Ce programme est-il écolo ? Il est même « décroissant, mais sans le dire parce que sinon ils vont tous nous tomber dessus », soutient David Llistar. Le plus symbolique est la remise en cause du modèle économique de la ville, basé uniquement sur un tourisme étranger qui amène 16 millions de visiteurs chaque année. A la place, Ada Colau propose de créer une monnaie locale pour relocaliser l’économie. Parmi les propositions, on trouve aussi la piétonnisation d’une partie du centre-ville, la création d’un abonnement aux transports en commun à 50 euros pour toute l’agglomération, la création d’une agence locale de l’énergie pour contrer l’oligopole des grandes compagnies du secteur et développer les renouvelables. L’économiste désigne les terrasses qui s’étalent devant nous : « On n’a pas un seul panneau solaire, c’est absurde ! »

Rupture ou politique à l’ancienne ?

« Certes, il y a des propositions intéressantes dans le programme, commente Santiago Vilanova, écolo historique de la ville et journaliste indépendant. Mais dans ces élections l’écologie on n’en parle pas ! Ada Colau ne porte pas ce message. Par exemple, quand elle parle du tourisme elle évoque l’impact social et culturel, mais pas du tout de la pollution énorme qu’il engendre. »

Autre reproche fait à Ada Colau et son équipe, l’alliance avec le parti ICV. Il a déjà fait parti de la majorité municipale, et a permis la privatisation de la gestion de l’eau. « C’est un parti qui fait de la politique à l’ancienne, alors que nous voulons une rupture, regrette l’un des membres de l’équipe de Barcelona en Comú. Mais des personnes en qui j’ai vraiment confiance participent, alors j’ai décidé de me joindre à eux. »

« Avant d’accepter ICV dans la coalition, nous lui avons demandé des changements, tempère Marc Bertomeu, secrétaire général de Podemos à Barcelone. Ils ont accepté de présenter des candidats nouveaux en politique, nous l’avons forcé à se régénérer. »

« Cette alliance est une stratégie médiatique, c’est de l’électoralisme », tempête Santiago Vilanova. En Espagne, le temps de parole attribué à un parti dans les médias est plus important lorsqu’il a déjà gouverné. ICV a permis à Barcelona en Comú d’avoir une plus grande exposition médiatique.

Mais, autre conséquence de cette alliance, un parti politique au programme pourtant proche de celui de Barcelona en Comú a refusé de se joindre à la coalition. La CUP – Candidatura d’unitat popular – est un petit parti de gauche indépendantiste qui veut « changer la société en partant du niveau local », explique sa porte-parole Maria Jose Lecha. Contrairement à Ada Colau, elle a encore le temps d’accorder des interviews aux journalistes étrangers...

« Nous sommes pour une candidature de rupture, détaille-t-elle. Or ICV n’a jamais fait la critique de sa politique quand il était à la mairie. Il ne peut pas y avoir de changement avec ce parti. » Autre point de divergence : Barcelona en Comú ne se prononce pas sur l’indépendance de la Catalogne, quand la CUP est résolument pour. « Pour le reste, c’est vrai qu’on a des discours très similaires, reconnaît la candidate, mais dans les faits on est différents. La tête de liste Ada Colau était déjà choisie. A la CUP, du premier au dernier de la liste, tous ont été désignés en assemblée. Je travaille dans l’administration d’un hôpital, je ne suis même pas membre du parti, et je me suis rendue compte que j’étais tête de liste qu’à la toute fin du processus de désignation, il y a seulement deux mois ! »

Reste que la recette médiatique de Barcelona en Comú porte ses fruits. La liste citoyenne espère terminer première ou deuxième et gagner un peu plus d’une dizaine de conseillers, sur les quarante du conseil municipal.

« Les institutions sont dangereuses »

Mais en cas de victoire, la liste saura-t-elle être à la hauteur de l’espoir de renouveau qu’elle suscite ? Depuis le début, avant même d’élaborer le programme, les fondateurs ont rédigé un « code éthique ». Le salaire maximum est fixé à 2 200 euros, interdiction de travailler dans des entreprises qui reçoivent de l’argent public pendant cinq ans après la fin du mandat, publication détaillée des comptes, limitation à deux mandats consécutifs...

« C’est vrai, ce n’est pas parce qu’on est les gentils qu’on va bien faire les choses, sourit Gala Pin. Ce qui me fait le plus peur, c’est le fonctionnement bureaucratique de l’administration. Il faut que l’on mette en place des mécanismes pour que l’on reste en contact avec la réalité, et que l’on soit obligés de rendre des comptes aux citoyens. »

Autre danger, les lobbys économiques. « On sait que le Mordor est en train de mobiliser toutes ses forces occultes contre nous, plaisante David Llistar. Par exemple sur la piétonnisation du centre-ville, on sait que le lobby automobile paiera des universitaires pour publier des études contre notre projet, et qu’ils auront de l’écho dans les médias. »

Mercedes Vidal, en charge des questions d’écologie sur la liste de Barcelona en Comú résume le sentiment général : « Les institutions sont toujours dangereuses. Mais elles peuvent aussi être une opportunité. Nous avons la possibilité de les prendre, nous avions le devoir d’y aller. »

Gagné ou perdu, l’influence de la liste sur la campagne municipale est déjà un succès en soi. Le débat médiatique a surtout porté sur les mesures sociales et la rénovation démocratique. « Barcelona en Comú a gagné dans le discours, il construit une hégémonie alternative, c’est extraordinaire ! Les autres candidats reprennent les mesures proposées par Ada Colau. Le changement amorcé par les indignés continue », se réjouit Federico Demaria, économiste de la décroissance.

Et puis, Barcelona en Comú a fait des petits : à Madrid, à Terrassa, à Saragosse, etc., d’autres listes citoyennes se présentent aussi aux municipales ailleurs en Espagne.

Plus elles seront nombreuses à remporter une victoire dimanche, plus le retentissement sera fort, alors que des élections législatives doivent se tenir en Espagne d’ici la fin de l’année. « Si nous gagnons, ce sera un avertissement des citoyens aux deux grands partis politiques qui dominent la vie politique aujourd’hui, le Parti Socialiste et le Parti Populaire », estime David Llistar.

La réputation internationale de Barcelone pourrait même faire retentir une victoire de la liste citoyenne au-delà de l’Espagne. La ville pourrait montrer la voie aux citoyens de toute l’Europe du Sud et les inciter à reprendre le pouvoir dans leurs démocraties essouflées.

Roland-Garros veut smasher un magnifique jardin botanique Barnabé Binctin (Reporterre) Reporterre 2015/05/25 Barnabé Binctin (Reporterre) (25 mai 2015) Roland-Garros veut smasher un magnifique jardin botanique. Reporterre. Grands projets inutiles fr

Roland-Garros veut smasher un magnifique jardin botanique

Le projet d’agrandissement de Roland-Garros prévoit de détruire l’un des plus importants jardins botaniques de France. En dépit du tollé suscité et de la proposition d’un projet alternatif élaboré par les opposants, la Fédération française de tennis maintient son plan initial… jusqu’à la double-faute ?

Les premières balles ont beau fuser sur la terre battue depuis hier, il faudra un peu plus d’un cinquième set pour départager un autre match qui se joue dans l’ombre. Cela fait maintenant près de cinq ans qu’entre la Fédération Française de Tennis (FFT) et sa pléthore d’opposants, les échanges de volée s’enchaînent sans qu’aucun n’ait fait le break. Au cœur de la confrontation, le projet d’agrandissement du stade des Internationaux de France.

Car là où les trois autres tournois du Grand Chelem (New York, Londres, Melbourne) se jouent sur des sites d’une vingtaine d’hectares, le stade de la Porte d’Auteuil ne s’étend que sur 8,5 ha. La loi du sport-business pousse à la grandeur : création de loges supplémentaires et augmentation des VIP, optimisation du confort des joueurs et organisation de matchs en nocturnes pour le tournoi le plus retransmis dans le monde, etc. La nécessité de travaux de modernisation avec des stades plus grands et couverts – afin de protéger le spectacle des aléas de la pluie ou de la nuit – a fini par s’imposer à la FFT, si elle veut garder Roland-Garros parmi les incontournables du tennis mondial.

Un projet contesté

L’organisatrice de Roland-Garros a décidé de ne pas déménager le tournoi à Versailles, à Gonesse ou à Marne-la-Vallée. Une première erreur selon Julien Bonnet, le responsable de la commission sport d’EELV (Europe Ecologie Les Verts) : « A l’heure du Grand Paris, c’était l’occasion de dépasser enfin le périphérique pour partager les équipements sportifs avec une véritable vision de métropole. Et s’il est vrai que l’on se sent à l’étroit dans le Roland-Garros actuel, il est court-termiste de penser qu’on améliorera la situation en gagnant quelques hectares autour du site. »

Mais la FFT est soutenue par la Ville de Paris, encore traumatisée par l’échec de la candidature aux Jeux Olympiques 2012, et dont le maire, Bertrand Delanoë, tend à compenser l’échec de ses ambitions nationales, au tournant des années 2010, par le « syndrome du maire et son grand complexe sportif », selon un adjoint de la majorité de l’époque : « Lille, Lyon, Bordeaux se mettaient à construire de grands stades de football, pour lui, c’était Roland-Garros. »

Un nouveau stade de tennis se dessine alors, sous la plume de l’architecte Marc Mimram : l’actuel court N°1 serait détruit pour offrir un plus large espace de circulation, tandis qu’un nouveau, de 5 000 places, à la pointe de la technologie, serait construit dans le jardin voisin, grignoté pour gagner plus de quatre hectares sur la surface actuelle (voir l’ensemble du projet sur le site officiel). Le nom de cette nouvelle enceinte est trouvé : le court des Serres.

Et pour cause ! C’est le jardin des serres d’Auteuil qui est directement visé. Ce jardin botanique, inscrit à l’inventaire des Monuments historiques, verrait une partie de ses serres détruites et d’autres déplacées. Le projet soulève immédiatement le tollé. Les environnementalistes s’inquiètent de la perte d’une collection rarissime de plantes : « Un conservatoire avec des espèces végétales qui ont disparu de leur milieu naturel n’a pas vocation à accueillir un stade et ses boutiques », se désespère Agnès Popelin, administratrice de France Nature Environnement (FNE).

Une opposition hétéroclite, et une alternative !

Les associations de patrimoine dénoncent, elles, l’annexion de l’Orangerie et l’emprise sur un site classé et protégé : « Le patrimoine […] ne peut pas être une variable d’ajustement de la politique d’équipement de la Ville de Paris, qui est en plus une ville où il y a très peu d’espaces verts », expliquait cette semaine au Monde Alexandre Gady, le président de la Société pour la protection des paysages et de l’esthétique de la France. Quant aux riverains, ils s’inquiètent pour la tranquillité du XVIe arrondissement et soulignent le risque d’une nouvelle emprise sur le sport scolaire et associatif après que de récents réaménagements aient fait disparaître plusieurs petites enceintes.

Cette coalition représentée par l’association Collectif Auteuil les Princes (CAP), bénéficie d’un large soutien politique. Emmené notamment par Yves Contassot, le groupe écologiste se désolidarise, dès le début, de la majorité socialiste sur ce dossier. Et se trouve rejoint par les troupes UMP : Claude Goasguen, maire du XVIe arrondissement, appelle même à manifester en novembre 2013.

Une pétition, lancée en 2010, atteint aujourd’hui plus de 63 000 signatures pour protéger le « chef-d’œuvre de verre et de fer unique en Europe, construit en 1898 par Jean-Camille Formigé, élève de Baltard et Eiffel », tandis que Françoise Hardy, devenue présidente d’honneur du Comité de soutien des serres d’Auteuil, a publié une tribune pour défendre ce « haut lieu architectural et botanique remontant à Louis XV, d’une valeur inestimable au plan parisien, national et même international ».

Outre la contestation du projet porté par la FFT, les opposants se retrouvent autour d’un projet alternatif, monté par les différentes associations engagées dans cette lutte : la couverture de l’A13. « Au lieu d’aller à l’est, on propose à Roland-Garros d’aller vers le nord, sur la tranchée autoroutière pour réparer et couvrir cette précédente amputation du Bois de Boulogne ! » explique Agnès Popelin.

Un refus de considérer l’alternative ?

Mais la FFT et la mairie de Paris refusent de considérer la proposition. C’est une question de temps, avancent-elles : la prochaine candidature de Paris aux Jeux olympiques de 2024 imposerait l’urgence, empêchant tout délai supplémentaire. Les porteurs du projet font valoir que le prolongement du tunnel coûterait près 40 millions d’euros, sur un budget pour le projet d’abord estimé autour de 250 millions d’euros… mais qui a presque doublé depuis.

Cependant, le projet alternatif a fait l’objet d’une étude du Ministère de l’Ecologie, par l’intermédiaire du CGDD (Commissariat général au développement durable), qui n’y voyait pas, dans ses conclusions rendues en février dernier, « d’obstacles dirimants », puisque « la couverture de l’autoroute est jugée par la mission techniquement réalisable » et qu’« aucun obstacle d’ordre juridique ne s’oppose à la réalisation du projet alternatif ».

- Télécharger le rapport :

En conclusion, les haut-fonctionnaires en charge de l’étude soulignaient qu’« en tout état de cause, conformément aux orientations fixées récemment visant à développer la démocratie participative en matière d’environnement, il serait nécessaire que les différentes options possibles fassent l’objet d’études à un niveau suffisant pour pouvoir être comparées objectivement et en toute transparence ».

Prenant cette recommandation au pied de la lettre, les écologistes ont déposé en mars dernier un vœu au Conseil de Paris demandant la réalisation d’une étude indépendante sur le projet dit « alternatif ». Celui-ci, d’ailleurs, a été conçu par deux ingénieurs des Ponts et Chaussées, dont feu Jean Berthier, ancien directeur des routes en France.

Le vœu a été adoptée par le Conseil, et une étude du projet alternatif (téléchargeable ici) a été confiée au cabinet Egis… et financée par la FFT ! Elle a été publiée lundi 18 mai, et ses résultats tombent loin derrière la ligne en vantant sans réserve le projet officiel.

Tromperie et propagande médiatique

Joint au téléphone, Yves Contassot a repéré quelques « perles » du document : « Pour justifier des délais plus long sur le temps de réalisation du projet alternatif, EGIS explique qu’il faudrait organiser une fouille archéologique si on décide de couvrir cette autoroute… qui existe déjà. Ou alors, il parle d’une étude sur l’eau, comme s’il pouvait exister une zone humide sur la voie rapide. Franchement, il faut oser écrire ça ! »

De même, l’étude affirme que le bilan carbone du projet porté par la FFT est doublement meilleur que le projet alternatif. Agnès Popelin en rigolerait presque : « Il compare uniquement le moment de la construction, mais c’est l’ensemble du cycle de vie qu’il faut considérer. Et à votre avis, qu’est-ce qui est pire : l’artificialisation d’un jardin botanique ou une couverture arborée sur la voie routière ? »

Dans un communiqué publié lundi 18 mai, le groupe écologiste à la mairie de Paris critique la partialité de l’étude : « L’étude semble particulièrement orientée en faveur du projet de la FFT, minimisant systématiquement les points négatifs du projet et mettant au contraire en évidence les points d’interrogation du projet alternatif. Ainsi en matière de délai EGIS intègre des procédures qui n’ont aucune raison d’être mises en œuvre, voire qui ont déjà été condamnées par la FFT (…). De même en matière de coûts, EGIS charge la barque au-delà du raisonnable. Ainsi EGIS fixe à plus de 9 M€ les surcoûts potentiels pour le projet des associations et à 0€ pour le projet de la FFT. Qui a déjà vu un projet d’une telle ampleur respecter strictement les coûts ? »

Yves Contassot évoque une tricherie : « Ils ont truandé l’étude en comparant des choses incomparables. » En attendant, la FFT redouble de propagande médiatique : une double page dans Le Monde du week-end dernier, une autre dans 20 minutes du lundi (voir la photo ci-dessous), des clips de 64 secondes au cinéma… Rien n’est trop cher pour vanter les mérites du nouveau projet officiel : Le Canard enchaîné révélait ainsi la semaine dernière que la campagne de communication avait coûté près de 500 000 euros.

Hollande, entre Valls et Royal

Mais, alors que Manuel Valls a pris publiquement position en faveur du projet de la FFT en mars soutenant par la même occasion Anne Hidalgo qui garde la ligne de son prédécesseur, les opposants peuvent compter sur un soutien déterminant dans ce dossier : Ségolène Royal. La ministre de l’Ecologie, dont la signature est nécessaire pour le permis de construire, refuse de cautionner un tel projet. Et favorise ainsi le travail de sape des opposants, qui ont attaqué en justice la convention de concession passée entre la FFT et la Ville de Paris, et qui préparent d’autres plaintes.

D’autres espèrent un arbitrage favorable au sommet de l’Etat. Dans son dossier sur le sujet, L’Express rapporte des propos de François Hollande : « Je connais parfaitement le quartier. J’ai habité là pendant un certain temps avec Ségolène Royal ». Le tie-break pourrait encore durer mais, attendu au service, le président de la République n’a guère le droit à la double-faute.

La loi de transition énergétique prévoit d’augmenter de moitié la consommation électrique. Cherchez l’erreur Natacha Delmotte (Reporterre) Reporterre 2015/05/26 Natacha Delmotte (Reporterre) (26 mai 2015) La loi de transition énergétique prévoit d’augmenter de moitié la consommation électrique. Cherchez l’erreur. Reporterre. Énergie fr

La loi de transition énergétique prévoit d’augmenter de moitié la consommation électrique. Cherchez l’erreur

La loi de transition énergétique doit faire l’objet d’un vote ce mardi à l’Assemblée nationale. Un texte ambigu qui baisse la part du nucléaire dans le mix énergétique, mais maintient dans le même temps la capacité globale du parc, entérinant ainsi l’objectif d’une augmentation de 50 % de la consommation électrique d’ici 2025.

Après trois jours de débat la semaine dernière dans l’hémicycle du Palais Bourbon, la loi sur la transition énergétique est soumise mardi 26 mai au vote solennel des députés. Développement des énergies renouvelables, réduction des émissions de gaz à effet de serre, diminution de la part du nucléaire… La loi qui devait, à l’origine, « faire de la France la nation de l’excellence environnementale », selon François Hollande, maintient la primauté du nucléaire dans le mix énergétique.

Le texte actuel est une version « où les grands objectifs sont bien rattrapés malgré le passage au Sénat », selon Anne Bringault, coordinatrice des associations regroupées dans les Acteurs de la transition énergétique. Cela n’était pas assuré il y a quelques semaines, suite au long cheminement de la loi. Adoptée par l’Assemblée nationale en première lecture à l’automne 2014 après plusieurs mois de débat, le texte est arrivé au Sénat en février dernier. Celui-ci a modifié la majorité des grands objectifs que l’Assemblée nationale avait fixés. Afin de trouver un compromis, le texte a été soumis à une commission paritaire composée de sept sénateurs et de sept députés. En l’absence d’accord, la loi est revenue entre les mains des députés pour une seconde lecture.

Une forte augmentation de la consommation électrique

Premier point de friction : la part du nucléaire. L’objectif de base est maintenu, la France devra bien réduire sa part du nucléaire dans la production d’électricité de 75 à 50 % d’ici 2025. La mesure avait été modifiée par le Sénat, qui ôtait l’échéance de 2025 pour le remplacer par l’expression « à terme ». La capacité du parc nucléaire français est également maintenue à 63,2 gigawatts, soit la puissance actuelle. L’enjeu était de taille : le Sénat souhaitait l’augmenter à 64,85 gigawatts afin de ne pas avoir à fermer la centrale de Fessenheim au moment de l’ouverture de l’EPR de Flamanville.

Mais dire que la capacité nucléaire doit être maintenue alors que sa part dans l’approvisionnement global diminuera signifie que la consommation électrique devrait augmenter de… 50 % !

Quant aux énergies renouvelables, leur part doit atteindre 32 % d’ici 2030. Les députés ont ramené la distance entre les éoliennes et les habitations à 500 mètres, une mesure retouchée par le Sénat qui avait établi la distance à 1 000 mètres. « Cela permet de conserver un encadrement simple du dispositif, sans limiter son développement », dit Catherine Hurtut, l’attachée de presse du député Denis Baupin.

Mais l’autonomie de production des communes par rapport à EDF n’est pas acquise. Par exemple, l’île de Sein, en Bretagne, veut produire sa propre énergie afin de ne plus dépendre du fioul. « C’est un point symbolique. Le Sénat avait autorisé l’île à quitter le réseau EDF pour son électricité, mais l’Assemblée nationale est revenue sur cette possibilité », dit Anne Bringault à Reporterre.

Des économies à la consommation

Le texte de loi fixe l’objectif de diminuer la consommation d’énergie de 50 % d’ici 2050 et de 20 % d’ici 2020. Pour y parvenir, le parc immobilier privé devra donc être rénové. « Cela concerne notamment les bâtiments de catégories F et G », détaille Catherine Hurtut. En Île-de-France, on prévoit de rénover 8 000 logements au cours des quatre prochaines années.

Quant au volet de l’économie circulaire, « on va clairement dans le bon sens, même si n’est pas encore l’idéal », estime Camille Lecomte, chargé de campagne Mode de production et de consommation aux Amis de la Terre. Première avancée : une définition précise de l’obsolescence programmée pour permettre de réelles sanctions. L’obsolescence programmée implique désormais l’impossibilité de réparer un appareil si tout est fixé ensemble, ou par absence de pièces détachées. Une avancée nuancée par d’autres échecs : la vaisselle jetable ne sera pas interdite, à cause d’une opposition très vive, tout comme la productions de sacs plastiques.

Après le vote solennel, le texte de loi doit retourner en juin au Sénat, qui pourra l’amender. Dans tous les cas, l’Assemblée nationale aura le dernier mot sur la loi de transition énergétique au début du mois de juillet, avant le début de la période estivale.

Halal et bio sont-ils compatibles ? Enquête Baptiste Giraud (Reporterre) Reporterre 2015/05/26 Baptiste Giraud (Reporterre) (26 mai 2015) Halal et bio sont-ils compatibles ? Enquête. Reporterre. Enquête — Animaux fr

Halal et bio sont-ils compatibles ? Enquête

Suite à notre reportage sur la boucherie halal et bio des Jumeaux, aux Lilas, nous revenons sur la question de la compatibilité entre l’abattage halal et la certification bio. Où il apparait que le cahier des charges bio ne prévoyant pas le mode d’abattage des animaux, la viande halal peut être bio. Mais derrière le sujet polémique aux relents islamophobes se posent les questions de l’industrialisation de la mise à mort animale et du sens que nous donnons à la vie, humaine comme animale.

Il y a peu, Reporterre consacrait un reportage à la boucherie « Les Jumeaux », où, passionnés, les frères Loumi proposent de la viande halal et en majeure partie bio. Leur démarche est proche de l’artisanat : ils achètent des bêtes à l’unité à des éleveurs certifiés bio, puis les envoient dans des abattoirs pour qu’elles soient mises à mort selon le rituel musulman, dit « halal », et récupèrent alors les carcasses.

Suite à cet article, une question s’est posée : les labels bio et halal (la question est la même pour les labels bio et casher) sont-ils compatibles ? Certes, en ce qui concerne l’élevage et la découpe des carcasses, halal, casher et circuit ordinaire ne diffèrent pas. Mais c’est au stade de l’abattage que se pose le problème.

L’encadrement réglementaire de l’abattage

Depuis 1964, la réglementation générale de l’abattage en France indique que toute bête doit être inconsciente au moment de sa mise à mort, afin de réduire sa souffrance. Plusieurs techniques sont utilisées pour « étourdir » les animaux : l’électronarcose (décharge électrique passant dans le cerveau), le pistolet d’abattage (une tige perfore le cerveau) ou encore l’inhalation de gaz carbonique (plus rare).

De son côté, la réglementation de l’agriculture biologique, définie au niveau européen, stipule que « toute souffrance, y compris la mutilation, est réduite au minimum pendant toute la durée de vie de l’animal, y compris lors de l’abattage » (règlement CE 834/2007).

De leur côté, les notions de « bio » ou de « halal » correspondent à une pluralité de labels s’appuyant chacun sur un cahier des charges ou une réglementation, dont le respect est assuré par un organisme certificateur. Pour ce qui est du bio, il s’agit des labels « AB » (dont Écocert est le principal certificateur), « Nature & Progrès », « Demeter », etc. (voir ici nos explications).

La logique est la même dans le halal : « Il n’y a aucune définition officielle du terme halal en France », expliquait en 2010 Kamel Kabtane, recteur de la grande mosquée de Lyon. Néanmoins, trois organismes seulement (liés aux mosquées de Paris-SFCVH et Evry-ACMIF) sont habilités en France par l’État à accréditer les abatteurs.

Cela signifie que, pour travailler en tant qu’abatteurs dans une chaîne d’abattage rituel, un musulman doit suivre la formation de l’une de ces structures. Il doit également, comme pour l’abattage conventionnel, obtenir un certificat de compétence Bien-être animal, aujourd’hui délivré par l’État et bientôt aussi par les organismes d’accréditation.

La labellisation halal est plurielle, elle aussi

Une fois qu’ils ont reçu cette carte, les abatteurs peuvent travailler dans les abattoirs, en lien avec des organismes de certification. Dans son livre La Bible du Halal (Éditions du Moment), Lotfi Bel Hadj recense pas moins de onze organismes de ce type, pour la plupart des associations (SFCVH, ARGML et ACMIF en font partie).

Au-delà de pratiques communes (prononcer une formule de dédicace à Dieu, trancher l’œsophage, la trachée et les veines jugulaires avec un couteau très affûté), chacun a son propre cahier des charges et quatre critères principaux permettent de les différencier : autorisation de l’étourdissement, de l’abattage mécanique des volailles, de la séparation mécanique de la viande, et obligation de présence d’un contrôleur rituel dans chaque abattoir (on trouve des comparatifs sur internet, par exemple ici). La polémique qui nous intéresse ici concerne l’étourdissement : selon la recension de Lotfi Bel Hadj, sept organismes sur onze l’autorisent, uniquement pour les volailles, quatre le refusent.

En effet, l’étourdissement est problématique par rapport à une des règles du halal : la bête doit être tuée par le geste d’égorgement fait par l’abatteur. Les charognes, mortes par un autre moyen, sont interdites à la consommation. Or, les techniques d’étourdissement tuent parfois directement. « La réversibilité de l’étourdissement n’est pas garantie, nous ne sommes pas sûrs que la bête soit encore vivante », nous explique Azeddine Bahi de l’ARGML.

Les abattages rituels musulman et juif bénéficient donc en France et dans d’autres pays d’une dérogation à l’obligation d’étourdir les animaux avant la saignée. Cette exception a été rappelée et son encadrement renforcé en 2012 par le ministre de l’Agriculture d’alors, Bruno Le Maire. Mais le problème s’est posé différemment quand il s’est agi de certifier des produits halal comme étant bio.

Le combat de Bionoor pour la certification bio de steaks halal

Le pionnier du halal bio en France est l’entreprise Bionoor avec la marque Tendre France. Son patron, Hadj Khelil, qui se décrit comme « un militant écolo convaincu », nous a raconté avoir mené un combat de quatre ans avec Écocert pour faire labelliser ses steaks halal bio.

Pendant tout ce temps, c’est la question de l’absence d’étourdissement et donc de « souffrances animales » non « réduites au minimum » qui bloquait les avancées. Pour Khelil, il ne s’agissait « pas que d’un problème de religion, mais d’un problème de santé publique. Cela fait vingt ans qu’on dit que ne pas manger bio c’est prendre un risque, alors pourquoi fermer la porte du bio aux musulmans ? Pourquoi ne pas leur permettre d’avoir accès aux meilleurs produits ? »

Écocert (qui n’a pas souhaité répondre à nos questions) finit par accepter en 2012 et délivre le label « AB » aux steaks halal de Tendre France. L’entreprise justifie sa décision par l’absence de définition de la notion de « souffrance réduite au minimum » dans les règlements du bio. Il n’y a pas non plus de signalement des pratiques d’abattage autorisées ou interdites.

Écocert se réfère donc aux règlements généraux, lesquels prévoient une dérogation à l’étourdissement pour les abattages rituels. « Dès lors que le respect de la réglementation générale sur l’abattage est vérifié » (position d’Écocert sur le halal bio), Écocert ne voit aucune raison de refuser la certification biologique.

- Certification AB délivrée par Ecocert pour des animaux abattus sans étourdissement :

Et le combat de l’OABA pour l’étourdissement des bêtes d’abattoir

Mais cette décision n’a pas plu à tout le monde, et des associations ont tenté de faire reculer le certificateur. À leur tête, l’Oeuvre d’assistance aux bêtes d’abattoir (OABA). Cette association fondée en 1961 et reconnue d’utilité publique est elle-même à l’origine de l’obligation d’étourdissement des bêtes avant l’abattage.

Sa fondatrice et présidente d’alors, Jacqueline Gilardoni, accompagnée de personnalités comme Édith Piaf ou Brigitte Bardot, avait fait campagne pour que cette obligation soit inscrite dans la loi, ce qui fut fait en 1964 : « L’étourdissement permet en effet d’insensibiliser l’animal et de réduire ainsi les souffrances liées à la saignée » (Lette de l’OABA).

Dès l’annonce de l’accord d’Écocert pour la viande halal bio, l’OABA dénonçait par un communiqué de son directeur Frédéric Freund un label « qui trahit la confiance des consommateurs ». « La certification Bio admet désormais les méthodes d’abattage particulièrement douloureuses pour les animaux. ’Écocert’ prend donc le risque de voir les consommateurs se détourner de la viande bovine ’Bio’, dans la mesure où ce label n’est plus synonyme de respect du bien-être animal », expliquait-il.

L’OABA a engagé plusieurs procédures devant la justice pour faire interdire cette double certification. Jusqu’à maintenant, la décision d’Écocert n’a pas été remise en cause, mais « c’est une affaire qui se finira en appel devant le Conseil d’État », pense Frédéric Freund.

Si l’OABA est à la pointe de la contestation sur ce sujet, elle fait partie d’un ensemble d’associations opposées à l’abattage rituel pour des raisons de bien-être animal. Le collectif Oui à l’étourdissement dans les abattoirs (OEDA) s’est par exemple battu contre l’implantation d’un abattoir uniquement sans étourdissement à Guéret (Creuse).

Soutenu par des associations d’extrême droite, mais récusant dans un courriel à Reporterre "tout lien avec ce type de mouvements", il milite aujourd’hui contre la ferme des mille veaux (toujours dans la Creuse – article ici) soupçonnée de vouloir utiliser l’abattage rituel.

L’étourdissement, un détail qui protège l’industrie de la viande ?

Du point de vue légal et réglementaire, dans l’attente de la fin de la procédure engagée par l’OABA, les choses sont donc aujourd’hui claires : bio et halal (ainsi que bio et casher, l’étourdissement étant aussi interdit dans l’abattage rituel juif) sont compatibles. Mais cette question très technique (les labels renvoyant à des règlements qui ne sont que des conventions) et aux relents racistes est-elle la plus importante à se poser ?

Non, selon Hadj Khelil : « La seule objection que je peux entendre, c’est celle des gens qui sont contre l’élevage et la consommation d’animaux. Mais les autres, c’est de l’hypocrisie. En mettant la lumière sur les musulmans, on se dédouane de notre responsabilité commune. »

Selon lui, les questions qui se posent en France sur l’abattage rituel n’ont pas pris la même ampleur dans d’autres pays : « C’est une problématique historico-socio-culturelle française. Il est vital de prendre du recul. Dans un pays où la première force politique est le Front national, on peut s’attendre à ce qu’il y ait des biais dans le traitement de l’Islam. »

Pour Geoffroy Raout, qui travaille chez le certificateur bio Nature & Progrès, l’égorgement rituel « est une goutte d’eau par rapport au problème des animaux dans l’alimentation. Le problème de la maltraitance animale ne se situe pas là, mais plus globalement dans l’industrialisation de la mise à mort. »

Jocelyne Porcher, sociologue et ancienne éleveuse, co-auteure du Livre blanc pour une mort digne des animaux, va même plus loin : « Je suis très sceptique sur la problématique du bien-être animal. Ces démarches rendent service au système industriel : elles permettent d’améliorer le système à la marge, de rendre socialement acceptable les systèmes industriels. Il ne s’agit pas de débattre de la taille des cages, mais de pourquoi on prend la vie. »

Selon elle, « l’industriel est incompatible avec le rituel. Il ne suffit pas de se tourner vers Dieu ou La Mecque. Il s’agit de donner du sens à l’abattage, même pour les athées. Il faut donc revendiquer de ritualiser la mort des animaux, c’est-à-dire d’y faire revenir du sens, que ce soit à travers Dieu ou la métaphysique, de se questionner sur le sens de la vie et de la mort. »

DERRIERE LE DEBAT SUR L’ETOURDISSEMENT, DES CONSIDERATIONS ECONOMIQUES

La production de viande reste une affaire économique plutôt qu’éthique. Et le halal n’échappe pas à cet état de fait : « En dépit de son origine coranique, le halal est devenu un marché où l’attrait de l’argent entre en conflit avec le spirituel. C’est d’abord en fonction de critères économiques que la plupart des certificateurs définissent désormais leur ligne de conduite, tandis qu’une minorité lutte pour maintenir une exigence éthique, dans la jungle d’un marché qui leur laisse peu de place », explique Lotfi Bel Hadj dans La Bible du Halal.

Le marché du halal en France représente aujourd’hui plus de 5 milliards d’euros, et Bel Hadj estime qu’il devrait atteindre environ 11 milliards dans les prochaines années. Sans compter les opportunités d’exportation : le volailler Doux qui produit près de 800 000 poulets halal par jour est par exemple leader sur ce marché en Arabie saoudite. Ces chiffres doivent faire prendre conscience des implications sonnantes et trébuchantes des débats éthiques.

Or la technologie de l’électronarcose est ici cruciale : « Elle permet d’abattre environ 15 000 poulets par heure, contre 4 000 à 5 000 sans décharge électrique » et représente donc un avantage énorme en termes de productivité. « Mais le matériel nécessaire coûte cher et risque de créer un fossé entre ceux qui la pratiquent et les autres, menant à la marginalisation, voire la disparition de ces derniers. L’électronarcose est certainement une des clés de la rentabilité pour les sociétés les plus riches », écrit encore Bel Hadj.

Autre point clé, la possibilité pour les abattoirs halal de réorienter leur marchandise vers le marché ordinaire, aujourd’hui permise par l’absence d’étiquetage obligatoire du halal. « Si l’on décide de garder son abattoir traditionnel (non halal), il ne sera possible d’écouler la viande que sur le marché non halal. Tandis que si l’abattoir est halal, la viande pourra être écoulée sur les deux marchés, halal et non halal », explique l’anthropologue Manon Istasse.

Les OGM peuvent-ils nourrir le monde ? Sciences Critiques Reporterre 2015/05/26 Sciences Critiques (26 mai 2015) Les OGM peuvent-ils nourrir le monde ?. Reporterre. OGM fr

Les OGM peuvent-ils nourrir le monde ?

Dans la controverse sur les organismes génétiquement modifiés (OGM), la question agroalimentaire est particulièrement épineuse. Solution miracle à la faim dans le monde pour les uns, réponse inadaptée aux besoins alimentaires mondiaux pour les autres, les OGM font débat : peuvent-ils nourrir le monde ? Éléments de réponse dans cette première partie du dossier que Sciences Critiques consacre aux débats sur les OGM.

Sommaire

La faim dans le monde : de quoi parle-t-on ?

Les OGM : une réponse pour nourrir une population mondiale qui explose ? - Une solution prometteuse pour l’industrie agrosemencière et « phytosanitaires » - Les OGM présentent des avantages selon les institutions mondiales - Des agronomes ne jugent pas indispensable d’accroître la production agricole - Peut-on encore croire à un « miracle OGM » ? - Les rendements ne sont pas au rendez-vous - Les techniques pour enrichir les céréales ne sont pas au point

Les OGM : une solution inadaptée aux besoins alimentaires

Lire le dossier

Hors Etat et hors marché, la Coopérative intégrale de Barcelone n’est pas encore au paradis Emmanuel Daniel (Reporterre) Reporterre 2015/05/26 Emmanuel Daniel (Reporterre) (26 mai 2015) Hors Etat et hors marché, la Coopérative intégrale de Barcelone n’est pas encore au paradis. Reporterre. Monde fr

Hors Etat et hors marché, la Coopérative intégrale de Barcelone n’est pas encore au paradis

La Coopérative intégrale Catalane (CIC), initiée par le Robin des bois des banques, Enric Duran, recherché par la justice espagnole et aujourd’hui en exil, se trouve à un tournant. Forte de son succès, sa taille pose des questions d’organisation et de décentralisation. Un défi pour cette aventure extraordinaire.

Rappel de l’épisode précédent : Frauder le fisc pour faire la révolution, voilà une drôle d’idée ! Pourtant, c’est ce qu’a choisi de faire la Coopérative intégrale Catalane (CIC). Grâce au demi million d’euros détourné des caisses de l’Etat l’année dernière, ce mastodonte de l’alternative, fort de plus de deux mille membres, a soutenu des dizaines de projets dans des domaines aussi divers que l’éducation, la santé, le transport, la monnaie, le logement ou l’énergie. Leur but : créer des « services publics coopératifs » contrôlés par leurs usagers afin de se passer progressivement de l’euro, de l’Etat et des banques. Pour se financer, la coopérative s’appuie sur 700 auto-entrepreneurs (appelés socios auto-ocupados) qui rendent possible cette fraude fiscale à finalité sociale.

- Barcelone, reportage

Mais n’allez surtout pas dire à Gorka qu’il est membre d’une coopérative néolibérale. Il vous répondra, avec un phrasé aussi précis que le coup de scalpel d’un chirurgien, que « l’excédent issu de notre travail, plutôt que de le donner à l’Etat, nous l’utilisons pour l’autogestion des ressources du réseau qu’on est en train de construire ». Ce basque aux allures de paysan-comptable, béret sur le crâne, fines lunettes sur le nez, chaussures de randonnée aux pieds, ne laisse échapper aucun sourire ni mot superflu. Il fait partie des 70 personnes qui reçoivent une assignation (sorte de salaire militant versé par la CIC) et partage son temps entre la commission Coordination de la coopérative et une communauté au sud de Barcelone qui tend vers l’autonomie.

Restaurateurs, maraîchers, bûcherons, thérapeutes... parmi la dizaine d’auto-entrepreneurs que j’ai pu rencontrer, tous m’ont assuré qu’ils n’auraient pas pu créer leur activité sans l’aide de la CIC. « Je ne survivrais pas si je devais payer mes charges à l’Etat », résume un éditeur venu déposer des documents comptables au service Gestion économique, installé dans un immeuble squatté, à un jet de tapas de la Sagrada Familia.

Carme et Oscar, créateurs du centre de relaxation Espai de l’harmonia, près de Banyoles, partagent ce point de vue. En plus d’utiliser le statut de « socios auto-ocupados », ils ont bénéficié de l’appui de la commission Habitat de la CIC qui s’est portée garante auprès du propriétaire. Ils ont ainsi pu louer un local, ce qu’ils n’auraient pas pu faire sans cette aide à cause de leurs faibles revenus.

« On ne vole pas l’Etat, c’est l’Etat qui nous vole ! »

Marc, impliqué dans une coopérative de gestion forestière dans le nord de la Catalogne fait également partie des 700 socios auto-ocupados qui utilisent la CIC comme parapluie juridique. Et le fait de ne pas participer à la « solidarité nationale » ne semble pas l’empêcher de dormir. Au contraire, il dénonce l’absence de contrôle des usagers sur les services publics. « On ne vole pas l’Etat, c’est l’Etat qui nous vole ! Si on paie des impôts, on veut que ça ait un retour sur nos vies. Par exemple, les systèmes de santé et d’éducation ne vont pas dans le sens que j’entends et je n’ai pas mon mot à dire », justifie-t-il en réajustant sa queue de cheval.

Mais désormais, en tant que membre de la CIC, il peut participer à toutes les assemblées et décider de l’allocation des budgets. Kel, qui participe à une coopérative de transformation de produits écologiques, explique que grâce au service de comptabilité mutualisée, il peut se concentrer sur son activité et ne pas perdre son temps « avec la bureaucratie étatique ».

Mais les « services publics coopératifs » que la CIC veut mettre en place sont loin d’être fonctionnels, notamment en ce qui concerne la santé et l’éducation. En outre, en utilisant la CIC comme couverture juridique, les socios auto-ocupados n’ont pas de contrat de travail et ne cotisent donc pas pour leur retraite. L’un d’eux m’a confié avoir souscrit à une assurance privée pour pallier ce problème.

Une option que Jesus, à la CIC depuis deux ans, écarte catégoriquement : « Je ne crois pas plus en l’Etat qu’au marché pour préparer mes vieux jours. Le fait de pouvoir avoir de quoi vivre une fois vieux ne devrait pas dépendre de combien tu as gagné dans ta vie. Par contre, je crois en la solidarité du réseau que l’on est en train de bâtir. »

Vu de France, cette logique anti-étatique surprend quand elle ne choque pas. Mais il faut avoir en tête que les Catalans ont un rapport à l’Etat différent du nôtre. « Pour nous, l’Etat, ce n’est pas comme en France synonyme de retraite et de sécurité sociale. Ça nous évoque plutôt Franco, la dictature et la corruption », m’explique une jeune femme impliquée dans le groupe de Santé holistique autogéré. Beaucoup mentionnent également le passé indépendantiste et anarchiste catalan et notamment la guerre civile de 1936 pour justifier leur défiance atavique envers l’autorité centrale.

L’omniprésent Robin des banques

Mais cet héritage historique ne suffit pas à expliquer l’émergence de cet Ovni politique. Pour comprendre les origines de la CIC, il faut remonter la décennie précédente, celle qui a servi de terrain de jeu aux premières expérimentations politiques d’Enric Duran. Entre 2006 et 2008, cet activiste catalan a emprunté 492 000 euros auprès de 39 banques différentes. L’argent, qu’il n’a jamais remboursé, a servi à financer des mouvements sociaux et notamment le collectif Crisis qui a distribué deux journaux à grand tirage qui ont permis de dénoncer le rôle des banques dans la crise et d’expliquer le concept de coopérative intégrale.

En 2009, un an avant la création de la CIC, Enric Duran, surnommé le Robin des banques par les médias, est emprisonné pendant deux mois avant d’être libéré sous caution. Le retentissement de son action a grandement aidé dans le développement de la CIC, le bébé qu’il a mûri pendant ces quinze ans de militantisme altermondialiste. Beaucoup des membres viennent du réseau qu’il a construit et, de l’avis général, quand Enric donne son avis, c’est souvent celui-ci qui l’emporte. Bien qu’il s’en défende, il est le chef d’orchestre de cet opéra libertaire.

En février 2013, le jour de son procès, il ne se présente pas, dénonçant une parodie de justice. Depuis, il se cache dans différents pays d’Europe pour échapper à la justice espagnole qui le menace de huit ans de prison. L’homme n’est pas libre de ses mouvements mais cela ne l’empêche pas d’être occupé. Depuis sa cavale, il continue à participer à distance à diverses commissions de la CIC tout en préparant sa campagne de retour à la liberté et en travaillant à la construction... d’un nouveau système économique mondial. Excusez du peu ! Absent physiquement, l’homme est pourtant omniprésent dans les discussions et les esprits.

Mais depuis le début de sa clandestinité, la CIC s’en sort très bien, trop bien peut-être. En deux ans, elle est passée d’une dizaine de personnes recevant des assignations à soixante-dix. L’afflux d’argent généré par les auto-entrepreneurs a encouragé les membres à créer des commissions en pagaille dont la pertinence est aujourd’hui remise en cause. Des voix s’étonnent du peu de réalisations concrètes des commissions Santé et Education, ou encore de la banque autogérée, qui bénéficient pourtant de budgets conséquents.

Trier le bon grain de l’ivraie

Un dimanche d’avril, une assemblée exceptionnelle est convoquée pour gérer un problème de liquidités, mais comme souvent, le problème des assignations rejaillit. Cette fois-ci, c’est Dani, habillé d’un survêtement de coton rouge et gris qui semble ne jamais le quitter, qui lance la patate chaude sur la table. Il accuse sans les nommer des personnes d’être payées pour un travail qu’elles ne font pas, faisant ainsi reposer une charge plus grande sur les épaules des autres et retardant le développement du réseau.

Pendant qu’il parle, des nuées de mains se lèvent vers le ciel en tournant sur elles-mêmes, comme si elles cherchaient à dévisser des ampoules imaginaires. Il s’agit là d’un signe d’approbation silencieux mis en place pour faciliter les discussions de groupe pendant le mouvement des Indignés. Il propose alors de créer des mécanismes de contrôle pour que les gens « n’aient pas l’impression que l’assignation leur est due à vie ». Sa proposition provoque autant d’enthousiasme que de soupirs réprobateurs. Le modérateur semble dépassé, les prises de parole impromptues se multiplient.

C’est le moment qu’Ari choisit pour s’éclipser. Cette jeune femme au visage félin et au sourire facile s’est réfugiée avec une cigarette sur le toit-terrasse, visiblement incommodée par l’atmosphère pesante de l’assemblée. « J’avais besoin de prendre l’air, il y a trop de tensions pour moi. Et puis j’ai parfois l’impression qu’on reproduit ce qui se passe dans les entreprises capitalistes qui contrôlent le travail de chacun par manque de confiance. » Elle m’explique que ces tensions sont liées à la la taille de la CIC qui ne permet plus de savoir ce que font les autres membres, générant ainsi doutes et tensions. « C’est une situation compliquée mais on avait besoin de faire ces erreurs pour avancer. Maintenant on doit prendre un temps pour que tout le monde soit clair sur où on veut aller et comment on y va. »

Pour Dani, l’affaire est entendue. Il faut trier le bon grain de l’ivraie afin de pouvoir avancer sereinement. « Il y a des gens qui sont venus ici car ils n’avaient pas d’autres endroits où aller. Quand tu prends plus à la coopérative que tu ne lui donnes, c’est de l’assistanat. Pour l’instant je suis patient mais en novembre des têtes vont tomber, je ne peux pas accepter que des égoïstes mettent en péril le travail réalisé jusqu’ici », lâche-t-il, en évoquant le processus d’audit interne en cours qui, il l’espère, permettra à l’automne de réduire les effectifs et de revenir à un noyau de personnes réellement motivées.

Joel, un documentaliste à la barbe fournie, semble également affecté par la suspicion qui règne au sein de la coopérative. Mais lui se refuse à tout flicage. « Je suis pour un monde où personne n’a besoin dese justifier pour manger ou avoir un toit. Il est vrai qu’il y a des abus avec les assignations, mais nous avons tous des parcours différents. S’il y a des gens qui en deux ans n’ont pas réussi à se responsabiliser, il faut peut-être leur donner deux ans de plus plutôt que de les mettre à la porte. »

Il reconnaît néanmoins que « la CIC a grandi trop vite » et que sa croissance est artificielle car elle repose plus sur de l’argent généré par l’insoumission fiscale que sur des forces sociales réelles. La faible fréquentation des assemblées où viennent rarement plus de cinquante personnes sur les deux mille membres en témoigne. Pour autant, il ne renie pas les choix réalisés ces dernières années : « Regarde autour de toi, me lance-t-il. Il y a des milliers de gens qui sont sous le coup d’une expulsion locative, d’autres qui peinent à acheter à manger ou à se chauffer. C’est dur ne pas vouloir aller vite dans ces conditions. »

Éviter la bureaucratisation

Au départ, la Coopérative intégrale Catalane se limitait à un groupe affinitaire d’une dizaine de personnes qui subvenait collectivement à ses besoins. Mais pour avoir les moyens de leurs ambitions, ils ont créé une structure qui, comme toute organisation se bureaucratise à mesure qu’elle grandit. Ils s’épuisent désormais à remplir l’énorme coquille qu’ils ont construite. Plusieurs membres de la coopérative installés hors de Barcelone m’expliquent ne pas avoir le temps de suivre le flux continu d’informations produit par les différentes commissions. La taille et la complexité de l’organisation les pousse à déléguer la prise de décision et la gestion quotidienne aux personnes qui reçoivent des assignations et qu’ils comparent avec humour à des « fonctionnaires » de leur mini-société sans Etat.

Pour éviter qu’une élite décidant à la place des autres se constitue, un processus de décentralisation a été engagé. Deux nouvelles antennes ont été créées au nord et à l’ouest de la Catalogne. L’idée est que chaque territoire ait, à terme, sa propre coopérative intégrale et décide localement de l’utilisation des recettes générées par l’insoumission fiscale. Bonne nouvelle, le terrain est déjà préparé. La majorité des réalisations concrètes de la CIC ne se situent pas à Barcelone mais dans la vingtaine d’éco-réseaux qui jalonnent la Catalogne. Sur ces territoires, les habitants tentent de réduire leur dépendance à l’euro en misant sur l’entraide et une monnaie parallèle appelée EcoCoop.

« Pour l’instant, on peut acheter des fleurs, des fringues, de la bouffe, de l’artisanat et se bourrer la gueule au bar en monnaie sociale. Quand on aura le logement, l’énergie, la santé et l’éducation, la seule chose qui nous manquera, ce sera de prendre la rue », prévoit Solso, qui gère un atelier de sérigraphie collectivisé et un magasin de vêtements fabriqués sur place à Igualada, à l’ouest de Barcelone. L’année dernière, 300 000 unités monétaires ont circulé, hors de tout contrôle étatique.

Mais pour Joel, la quantité de monnaie échangée n’est pas un bon indicateur. « La monnaie sociale sert à créer des réseaux de solidarité, à faire réaliser aux gens qu’ils peuvent s’organiser ensemble localement pour subvenir à leurs besoins. Une fois que ce sera le cas, on n’aura plus besoin de monnaie sociale et la CIC pourra disparaître », se prend-il à rêver, le regard rivé sur les tours de la Sagrada Famila, l’œuvre en perpétuelle construction de Gaudi.

Prédation. Nature, le nouvel eldorado de la finance Sandrine Feydel et Christophe Bonneuil Reporterre 2015/05/27 Sandrine Feydel et Christophe Bonneuil (27 mai 2015) Prédation. Nature, le nouvel eldorado de la finance. Reporterre. Économie fr

Prédation. Nature, le nouvel eldorado de la finance

La protection de l’environnement devient un marché particulièrement juteux. On connaît déjà le business du développement durable et de la croissance verte. Un pas supplémentaire est toutefois en passe d’être franchi : désormais, les terres, les forêts, les animaux et les végétaux sont transformés en produits bancaires et financiers. De fait, selon le vieil adage « tout ce qui est rare est cher », les espèces vivantes en voie de disparition, les terres et les écosystèmes menacés prennent de la valeur. La nature devient alors un capital sur lequel il est possible de spéculer.

Cette enquête raconte l’histoire de la mainmise économique et bancaire sur les ressources vivantes à l’échelle planétaire, une véritable entreprise de prédation. Elle révèle que des banques et des fonds d’investissement achètent aujourd’hui d’immenses zones naturelles riches en espèces animales et végétales en danger, partout dans le monde, pour les échanger sur des marchés. Elle dévoile également le rôle crucial des lobbies, qui s’activent auprès des institutions européennes et internationales pour favoriser le développement de cette branche financière du green business.

Sandrine Feydel et Christophe Bonneuil nous conduisent en Ouganda, au Brésil, en Amazonie, aux États-Unis et en Malaisie, où des bio-banques « protègent » désormais des écosystèmes en danger. Ils décrivent les dangers auxquels se trouvent alors exposés les populations locales et leur environnement naturel. Ils montrent enfin que ce sont souvent les entreprises les plus destructrices de l’environnement, comme les industries minières et pétrolières, qui s’intéressent à ces marchés, et que les institutions financières responsables de la crise des subprimes en 2008 n’en ont décidément tiré aucune leçon et nous préparent un « krach vert »…

Prédation. Nature, le nouvel eldorado de la finance, Sandrine Feydel, Christophe Bonneuil, Ed. La Découverte, 16,50 €, 250 pages.

Le granulé de bois utilisé en Europe détruit les forêts des Etats-Unis Andrea Barolini (Reporterre) Reporterre 2015/05/27 Andrea Barolini (Reporterre) (27 mai 2015) Le granulé de bois utilisé en Europe détruit les forêts des Etats-Unis. Reporterre. Enquête — Énergie fr

Le granulé de bois utilisé en Europe détruit les forêts des Etats-Unis

L’exportation de granulé de bois des Etats-Unis à destination des centrales à biomasse européennes est de plus en plus importante. Et ce ne sont plus les « déchets » de bois que les industries utilisent, mais des arbres entiers. Des écologistes américains tirent la sonnette d’alarme sur le risque de déboisement de forêts entières, notamment en Caroline du Nord.

À la fin du mois de mars, une coalition d’écologistes a organisé une manifestation devant le consulat britannique à Atlanta, aux Etats-Unis, afin de protester contre les exportations de granulé de bois, aussi connu sous le terme anglais de « pellet », vers les pays européens. Mais pourquoi ? Ce combustible n’est-il pas une énergie renouvelable et durable ?

Un "renouvelable" destructeur

Selon les écologistes, il s’agit d’un faux-ami. La plupart du bois utilisé pour le pellet, dénoncent-ils, est en effet issu des forêts du sud-ouest des Etats-Unis. Ce qui est en train de provoquer « un gigantesque déboisement de zones humides et de vallées entières », a expliqué au journal américain ThinkProgress Shelby White, l’un des organisateurs de la manifestation.

Le bois qu’on utilise en Europe comme énergie renouvelable détruit donc l’environnement ailleurs. L’enquête dénonce le rôle de l’entreprise américaine Enviva, qui est considérée comme « le plus important fournisseur de granulé de bois au monde, propriétaire de six sites de production » en Caroline et en Georgie. L’industrie a décidé d’investir cent millions de dollars dans le granulé, sur la base d’une prévision de croissance de la demande de 21 % par an d’ici 2020 : une augmentation qui sera alimentée par la conversion en centrales à biomasse de centrales à charbon en Europe, Corée du Sud et Japon.

Le Canada aussi semble vouloir miser sur ce secteur : en Colombie Britannique sera bientôt créé un site de production de pellet dont le but est d’exporter quasiment un million de tonnes de bois vers l’Asie.

Un rapport du Southern Environmental Law Center a révélé que depuis février 2015, au sud-est des Etats-Unis, des entreprises ont présenté plus de vingt projets d’exploitation des forêts afin de produire du granulé de bois. La même enquête révèle que dans les 65 000 hectares exploités par Enviva à Ahoskie (Caroline du Nord) se trouvent plusieurs zones humides, et qu’en Georgie, 50 000 hectares de forêt seraient désormais menacés.

Une activité émettrice de gaz à effet de serre

Adam Macon, directeur de l’Ong Dogwood Alliance, qui lutte pour défendre les forêts en Caroline du Nord, considère comme « un gros malentendu » la décision de l’Union européenne d’inclure le granulé bois dans les énergies utiles pour atteindre ses objectifs de production issue des renouvelables. « On avait pensé que les industries auraient surtout “valorisé” des déchets de bois, a-t-il déclaré à ThinkProgress, mais ce qu’on brûle, ce sont des arbres entiers. »

Dès 2011, Greenpeace avait publié un rapport à l’occasion de l’ouverture, à Rotterdam, de la première bourse internationale consacrée à la biomasse. L’Ong expliquait que « la biomasse connaît un véritable boom. Cela veut dire que l’on n’utilise plus uniquement des déchets (copeaux, branches, résidus de scierie, etc.) mais bien des arbres prélevés dans des forêts naturelles ».

De surcroît, l’exportation à travers l’océan des granulés augmente de 31 % la contribution de cette source d’énergie aux émissions de gaz à effet de serre. En février des dizaines de scientifiques américaines ont adressé à ce propos une lettre à Gina McCarthy, qui dirige l’Agence pour la Protection de l’Environnement, en expliquant que « l’utilisation de biomasse à base de bois pour produire de l’énergie, loin de réduire les émissions de gaz à effet de serre, les augmente ».

Un risque de disparition des forêts états-uniennes

Pour dénoncer les risques liés à cette activité, les organisations non gouvernementales Dogwood Alliance, le Natural Resources Defense Council, BirdLife Europe et la coalition European Environmental Bureau, ont envoyé en décembre 2014 aux gouvernements européens la pétition « Save our Southern forests (SOS) ». Dans le document, signé par 50.000 citoyens américains, ils demandent à l’Europe de ne plus subventionner la biomasse et de se concentrer sur d’autres sources renouvelables.

Selon l’association des producteurs European Biomass Association, les biomasses représentent aujourd’hui, en effet, les trois quarts des « énergies renouvelables » dans l’Union européenne. Le problème, c’est que ceux « à km zéro » sont toujours plus rares : entre 2011 et 2013 les exportation en provenance des Etats-Unis ont doublé, atteignant 4,7 millions de tonnes (dont deux tiers issus des forêts du sud-ouest).

Selon l’organisation écologiste Audubon Society, chaque demi-heure, le nouveau site de production d’Enviva, en Caroline du Nord, fait sortir de ses usines un camion de pellet destiné en Europe. Adam Macon et Shelby White, relate ThinkProgress, n’ont pas baissé les bras, et ont récemment rencontré le consul britannique à Atlanta. Le fonctionnaire diplomatique n’était pas du tout au courant de la situation : « Il était très surpris d’apprendre ces faits. Je crains que les politiciens ne soient pas capable de comprendre que le pellet va causer la destruction totale des forêts dans le sud-ouest des Etats-Unis. »

Mais pour Tim Portz, directeur du Biomass Magazine, les préoccupations des environnementalistes ne sont pas raisonnables. Il soutient que parler de déforestation massive est une exagération : « Les écologistes disent que c’est un problème de couper des arbres, mais ils ne voient pas le vrai problème, c’est-à-dire d’abord les centrales à charbon. »

« Pour financer le transport ferroviaire, il faut une véritable fiscalité écologique » Entretien avec Karima Delli Reporterre 2015/05/27 Entretien avec Karima Delli (27 mai 2015) « Pour financer le transport ferroviaire, il faut une véritable fiscalité écologique ». Reporterre. Tribune — Transports fr

« Pour financer le transport ferroviaire, il faut une véritable fiscalité écologique »

Députée européenne écologiste, Karima Delli est membre de la commission Transports du Parlement européen. Elle revient sur le rapport Duron, qui propose le remplacement de lignes du réseau de trains Intercités par des autocars.

Reporterre - Le rapport Duron présenté hier a fait l’effet d’une petite bombe, qu’en pensez-vous ?

Karima Delli - Ce rapport est un contre-sens. Le train, c’est bon pour le climat, bon pour l’emploi, bon pour l’égalité territoriale, et on veut en supprimer toujours plus ? La France a déjà perdu un quart de ses lignes ferroviaires depuis 1950, en passant de 40 000 à 30 000 km sur l’ensemble du territoire. Et le réseau des Intercités est un outil quotidien essentiel pour les citoyens, alors qu’aujourd’hui encore près de 8 millions de Français sont aujourd’hui privés de mobilité.

La mobilité devrait être un droit fondamental, mais il n’existe pas en réalité. Il faut aussi prendre en compte l’impact sanitaire, avec la pollution grandissante : comment justifier la suppression de trains au profit d’autocars sur des routes déjà saturées ?

L’Obs a calculé qu’un trajet Lyon-Bordeaux émettrait ainsi trois fois plus de gaz à effet de serre : en pleine année de la COP 21, la suppression de trains est-elle une bonne décision au regard du climat ?

Les autocars doivent être envisagés comme un complément d’offre, en aucun cas comme un substitut. Depuis la signature du protocole de Kyoto, le secteur des transports a augmenté de 30 % ses émissions de gaz à effet de serre : c’est donc un des secteurs prioritaires des politiques climatiques. En Europe, il existe déjà un paquet Climat-Energie, alors, je travaille à un paquet Climat-Transports. Mais avec un tel signal, la France ne peut pas se revendiquer comme un exemple dans la lutte contre le réchauffement climatique.

Le rapport justifie la suppression des trains par leurs déficits, un service dégradé, une piètre qualité du matériel existant. Que proposez-vous alors pour surmonter ces difficultés ?

Le rapport pointe de vrais problèmes, notamment liés à la vétusté des infrastructures et à des difficultés de rentabilité, mais on ne peut prétendre y répondre par une logique purement comptable. L’enjeu, au fond, est simple : face à la tendance à la libéralisation massive du secteur, est-ce qu’on veut encore défendre une vraie politique de service public des transports ?

Il est évident que la question de l’investissement se pose, mais elle suppose pour cela une véritable fiscalité écologique, qui financerait un plan de rénovation ferroviaire. Parallèlement, cela incitera à un report modal vers le fret qui est une des clefs pour réduire les émissions polluantes liées aux transports.

Mais tout ceci est une histoire de choix politique. La France est aujourd’hui le 25e pays sur les vingt-huit de l’Union Européenne en terme de fiscalité verte, nous n’avons toujours pas d’écotaxe… C’est un choix politique de financer à perte des grands projets inutiles comme le Lyon-Turin plutôt que favoriser les infrastructures existantes.

De son côté, quelle logique la Commission européenne suit-elle en matière de transport ?

Une logique libérale, qui menace la notion de service public. C’est pourquoi le 4e paquet ferroviaire qui va s’ouvrir d’ici la fin de l’année sera très important. L’autre dossier sur lequel il faut se battre, c’est le fameux « plan Juncker » dont le tiers des projets doivent concerner les transports - avec notamment un plan de rénovation ferroviaire annoncé mais sur lequel nous n’avons pour l’instant que très peu d’informations.

Encore une fois, c’est une question de cohérence d’ensemble : d’un côté, la France a déposé, dans le cadre de ce plan Juncker, un plan national de rénovation ferroviaire visant à renouveler l’existant. De l’autre, elle annonce la fermeture de lignes… Il faut une politique de transports globale.

- Propos recueillis par Barnabé Binctin

A Lisbonne, les parcs deviennent des potagers urbains Marie Astier (Reporterre) Reporterre 2015/05/28 Marie Astier (Reporterre) (28 mai 2015) A Lisbonne, les parcs deviennent des potagers urbains. Reporterre. Agriculture fr

A Lisbonne, les parcs deviennent des potagers urbains

A Lisbonne, la municipalité a réagi à la crise en faisant le pari que l’agriculture urbaine pouvait avoir un rôle social. Des hectares d’espaces verts sont devenus des potagers urbains, et les parcelles attribuées sur critères sociaux à 500 familles. Une façon d’augmenter leurs revenus, tout en améliorant la résilience de la ville et en répondant au changement climatique.

Et si l’agriculture urbaine pouvait avoir un rôle social ? C’est le pari qu’a fait la mairie de Lisbonne. Car avec la crise, « les gens quittaient la ville et la qualité de vie baissait », observe Duarte Mata, architecte et conseiller auprès du maire en espaces verts et développement durable.

Depuis 2008, la municipalité a décidé de revoir son approche. Au programme : jardins, vergers et potagers urbains, parcs, corridors verts et pistes cyclables pour relier tous ces espaces de respiration.

Sur 32 hectares d’espaces verts, 7 sont devenus des potagers ou des jardins urbains. Des parcelles de 50 mètres carrés pour les plus petites, 1500 mètres carrés pour les plus grandes, ont été attribuées à 500 familles. Le but est de doubler ce chiffre d’ici 2017.

Compléter les revenus, améliorer l’alimentation

Les plus grandes parcelles sont distribuées en priorité aux chômeurs ou personnes habitant des logements sociaux. « Elles ont vraiment un rôle social, insiste Duarte Mata. Elles permettent de compléter des revenus insuffisants et d’améliorer la qualité de l’alimentation de la famille. »

Mais cela a aussi transformé le visage de la ville. Les pelouses vertes laissent peu à peu place à des jardins riches en biodiversité. Les occupants de parcelles ont l’obligation de laisser le passage aux promeneurs dans les allées. « Les parcs ont désormais plusieurs fonctions : récréative, mais aussi de production alimentaire, se félicite l’architecte. Et la présence de personnes dans les jardins crée un sentiment de sécurité pour tous. »

Forte de ce succès, la ville est donc en train d’augmenter la surface des parcs, tout en diminuant les coûts d’entretien. Plus besoin d’arroser les pelouses tout l’été pour les garder bien vertes, ou d’arroser d’herbicides les allées. « Désormais, ce sont les citoyens qui s’occupent des parcs », se réjouit Duarte Mata. Des formations à l’agriculture biologique sont même proposées aux heureux occupants de parcelles.

Faire face aux pénuries alimentaires et au changement climatique

De quoi créer une ville plus verte, mais aussi plus résiliente. C’est ce que souligne un article des Centres de ressource en agriculture urbaine, qui résume le plan stratégique d’Agriculture urbaine de la capitale portugaise :

« Ce plan souligne combien l’agriculture urbaine est importante pour une ville, principalement à cause de sa dépendance aux légumes frais, de la montée des cours internationaux, et du revenu supplémentaire que cela apporte aux familles. Un autre facteur (…) est que cela permet de faire face aux éventuelles pénuries alimentaires. (…) Vous ne savez jamais ce qui peut arriver – événements soudains, catastrophes naturelles ou guerres (…). Par exemple, Lisbonne est située dans une région sismique et subit fréquemment des tremblements de terre, dont un en 1755 qui fût l’un des pires de l’histoire humaine. »

Résilience, et donc également adaptation au changement climatique. « Chaque année les pluies sont plus intenses, nous avons eu cinq inondations rien que cet hiver », souligne Duarte Mata. Les sols cultivés permettent d’absorber le trop plein d’eau et d’atténuer les conséquences des fortes averses. L’été, les jardins permettent à l’inverse de lutter contre les vagues de chaleur, elles aussi de plus en plus fréquentes.

Lisbonne n’a donc pas l’intention de s’arrêter en si bon chemin. Trois hectares de vigne, situés dans la ville, sont entretenus par un vigneron de la région. « C’est beau, c’est agréable pour la population, et cela permet à la mairie de produire du vin de la ville », explique le conseiller.

Mais surtout, d’ici un an c’est carrément une ferme urbaine qui devrait voir le jour. Six hectares de maraîchage seront consacrés à la formation des chômeurs. La production sera vendue sur le marché local.

De quoi transformer le paysage social de la ville, mais aussi de « faire vivre les gens au rythme des saisons, de la nature », espère l’architecte.

Reporterre a rencontré Duarte Mata et découvert le plan pour l’agriculture urbaine de Lisbonne lors du congrès d’Energy Cities, en avril dernier.

Reporterre à la Rencontre nationale des médias libres Reporterre 2015/05/28 (28 mai 2015) Reporterre à la Rencontre nationale des médias libres. Reporterre. fr

Reporterre à la Rencontre nationale des médias libres

Reporterre participe aux Rencontres Nationales des Médias Libres et du Journalisme de Résistance, qui auront lieu à Meymac, en Corrèze, du 28 au 31 mai 2015.

Hervé Kempf animera un débat sur les fermes-usines jeudi 28 à 21 h.

- Informations en détail

Nom : Monsanto. Métier : empoisonneur Noël Mamère Reporterre 2015/05/28 Noël Mamère (28 mai 2015) Nom : Monsanto. Métier : empoisonneur. Reporterre. OGM fr

Nom : Monsanto. Métier : empoisonneur

La mobilisation internationale du week-end dernier contre Monsanto a permis de rappeler la nature profonde des firmes agrochimiques. Ces empoisonneurs patentés sont responsables de la mort de dizaines de milliers de personnes, estime Noël Mamère. Et le Tafta pourrait demain donner toute liberté d’action à ces entreprises scélérates.

Dans plus de cinquante pays, ce week-end, des rassemblements se sont tenus contre Monsanto et les multinationales des OGM (organismes génétiquement modifiés) et des pesticides. En France, plus de trente-cinq villes de métropole et des DOM (départements d’outre mer) ont pris part à cette initiative lancée par le collectif citoyen des Engraineurs et l’association Combat Monsanto. Leurs revendications : stopper l’offensive des OGM en Europe, arrêter l’empoisonnement par les pesticides et affirmer l’opposition grandissante au projet de Grand marché transatlantique (Tafta) qui deviendrait le cheval de Troie de Monsanto et de ses semblables.

Assassin chimique

L’entreprise Monsanto, dénoncée il y a quelques années dans un documentaire et un livre de Marie-Monique Robin, Le monde selon Monsanto, est depuis des décennies responsable de scandales sanitaires à répétition ayant provoqué la mort de dizaines de milliers de personnes : PCB, agent orange, dioxine, OGM, aspartame, hormones de croissance, herbicides Lasso et Roundup...

Le producteur de saccharine est devenu un géant de la chimie puis s’est reconverti dans la biogénétique. Mais celui qui est devenu le premier semencier de la planète n’a jamais cessé de détourner à son profit les lois des Etats, en pratiquant la corruption à haute dose, avec tous les moyens qui accompagnent cette pratique mafieuse, sous couvert de lobbying.

Dès 1949, un accident survenu dans une usine de Monsanto, en Virginie, révèle que l’herbicide 2,4,5-T contient des niveaux élevés de dioxines, des substances hautement toxiques et cancérigènes, de composition assimilable à celle des polychlorobiphényles (PCB). La commercialisation de l’herbicide se poursuivra pourtant jusqu’à son interdiction dans les années 1970. En France, la fabrication et l’utilisation des PCB sont interdites seulement depuis 1987.

Entre 1961 et 1971, Monsanto produit l’agent orange, toujours constitué à partir de l’herbicide 2,4,5-T. Ce défoliant sera massivement déversé par l’aviation américaine au-dessus des forêts vietcongs pendant la guerre du Vietnam. Les conséquences se font encore sentir aujourd’hui, avec de nombreux cancers et des malformations de naissance au Vietnam, ainsi que des séquelles diverses chez nombre d’anciens combattants américains.

En 1975, l’entreprise lance le Roundup sur le marché, un herbicide très puissant, présenté comme "biodégradable" et "bon pour l’environnement". Roundup est aujourd’hui l’herbicide le plus vendu au monde. Plusieurs études concordantes affirment pourtant que le pesticide phare de Monsanto – et son principe actif, le glyphosate – est responsable de malformations fœtales.

Biopiraterie et brevetage du vivant

Entre 1995 et 1997, le soja génétiquement modifié, Roundup Ready, le colza Roundup Ready et le coton Roundup Ready, tous trois résistants à l’herbicide Roundup, reçoivent les autorisations de commercialisation.

Détentrice d’un brevet, aujourd’hui périmé, sur le glyphosate (commercialisé sous le nom de Roundup), l’entreprise décide de changer de stratégie et entreprend de breveter le vivant. En mars 2015, le Centre international de recherche sur le cancer de l’Organisation mondiale de la santé classe le Roundup comme « probablement cancérogène ».

Monsanto produit actuellement 90 % des OGM de la planète. Au cours des années 2000, cet empoisonneur patenté ose assigner devant les tribunaux des centaines de paysans accusés d’avoir utilisé "frauduleusement" ses semences transgéniques brevetées, c’est-à-dire de les avoir replantées. Depuis, Monsanto s’est recyclé dans la biopiraterie en revendiquant des droits à la propriété intellectuelle sur des semences qu’elle vole aux paysans, comme en Inde.

Tafta : un blanc-seing à Monsanto

Demain, avec le TAFTA, le projet de grand traité transatlantique, des entreprises comme Monsanto pourraient attaquer devant des tribunaux d’arbitrage privés les moratoires des États opposés à la culture des OGM et réclamer des indemnités de plusieurs millions, puisées dans les deniers publics.

Peut-on accepter une telle mainmise des entreprises privées sur une diversité génétique qui appartient à toute l’humanité, qui est le fruit d’un savoir-faire millénaire et qui constitue la source de toute alimentation humaine ?

Peut-on admettre que dans de nombreux pays, particulièrement du Sud, les « lois semencières », dictées par les multinationales, menacent la souveraineté alimentaire et criminalisent, comme de vulgaires voleurs, les paysans et paysannes qui produisent et échangent des semences traditionnelles ?

La lutte contre Monsanto est un combat transnational qui concerne à la fois les paysans, les consommateurs, les citoyens. L’alimentation est notre bien commun. Nous ne pouvons la laisser aux mains de criminels en col blanc.

En 2002, durant la campagne présidentielle, j’avais demandé la création d’un tribunal international compétent pour juger des crimes contre l’environnement. Cette exigence est plus que jamais d’actualité… Et la première assignation serait adressée au PDG de Monsanto.

Les gros pollueurs tiennent la COP 21 par les cordons de la bourse Emilie Massemin (Reporterre) Reporterre 2015/05/28 Emilie Massemin (Reporterre) (28 mai 2015) Les gros pollueurs tiennent la COP 21 par les cordons de la bourse. Reporterre. Climat : de COP en COP fr

Les gros pollueurs tiennent la COP 21 par les cordons de la bourse

EDF, BNP Paribas, Air France, GDF Suez... Ces grandes entreprises, aux activités et aux investissements fortement émetteurs de gaz à effet de serre, vont financer 20 % de la COP 21, a déclaré Laurent Fabius. Les ONG climatiques dénoncent ce qu’elles jugent une mascarade.

Le ministre des Affaires Étrangères Laurent Fabius a présenté à la presse les vingt premières entreprises mécènes de l’organisation de la COP 21, mercredi 27 mai au Quai d’Orsay. Parmi elles figurent la compagnie aérienne Air France, le groupe d’assurances Axa, le groupe bancaire BNP Paribas, l’opérateur de services aux entreprises et aux collectivités Derichebourg, le fournisseur d’électricité EDF, le groupe industriel énergétique Engie (ex-GDF Suez), le groupe automobile Renault-Nissan, le fournisseur d’énergie ERDF, Ikea, Michelin ou encore Suez Environnement.

Leur participation sera essentiellement financière, mais prendra aussi la forme de services rendus pendant la COP 21, la Conférence des Nations unies sur le changement climatique qui se tiendra au Bourget (Seine-Saint-Denis) à la fin de l’année. Ainsi, Derichebourg sera chargé du nettoyage du site et de la collecte et de la valorisation des déchets. L’alliance Renault-Nissan mettra à disposition du gouvernement une flotte de 200 véhicules électriques pour le transport des délégués. Les bornes de recharge de ces voitures seront installées par EDF. Un moyen de transport écologique dans le discours officiel, une arnaque dispendieuse dans la réalité.

Une COP 21 à 165 millions d’euros

Conformément à la loi de Finances 2015, le gouvernement dispose d’un budget de 165 millions d’euros pour organiser la COP 21. Le coût total de l’organisation devrait s’élever à 187 millions d’euros. « Par jour et par personne, cela coûte dix fois moins cher que le G8 ou le G20 », a dit le ministre des Affaires Étrangères.

20 % du coût d’organisation de la COP 21 devra être financé par les entreprises, a-t-il encore annoncé. « Cette COP accueillera quelque 40 000 délégués. Cela a un coût, nous essayons de le réduire mais cela reste un budget important. Or, la France a des contraintes budgétaires. » Les contributions des premiers mécènes représentent déjà, à ce jour, 10 % du budget prévisionnel de la conférence.

Des entreprises « responsables du changement climatique », jugent les ONG

La liste des entreprises partenaires, dont les premiers noms sont connus depuis la mi-avril, suscite la colère de militants écologistes. « La majorité des entreprises choisies émettent massivement des gaz à effet de serre, responsables du changement climatique, comme EDF ou Engie dont les émissions provoquées par leurs centrales à charbon équivalent à elles seules près de la moitié des émissions de la France », condamne Malika Peyraut, des Amis de la Terre dans un communiqué, rédigé avec Attac France, le Corporate Europe Observatory, WECF et 350.org.

D’autres réactions véhémentes ont fusé sur Twitter :

BNP Paribas finance le charbon, EDF abandonne le solaire

De fait, les entreprises partenaires sont loin d’être aussi exemplaires en matière de lutte contre le changement climatique que le prétend le gouvernement.

BNP Paribas a financé depuis 2005, directement ou non, pour plus de 15 milliards d’euros de projets dans le secteur du charbon, l’énergie fossile la plus émettrice de CO2. Ce n’est que contrainte et forcée par les actions de militants climatiques qu’elle a accepté de se retirer, le 8 avril dernier, du projet de port charbonnier australien Alpha Coal.

EDF, de son côté, a décidé il y a quelques jours d’arrêter de financer sa filiale Nexcis, champion français de l’énergie solaire. En revanche, le producteur d’électricité continue allègrement à exploser les pronostics, en matière de coût de ses projets nucléaires...

Quant à GDF Suez, il a rejoint en février dernier le Centre de documentation sur les hydrocarbures non conventionnels (CHNC) pro-gaz de schiste, présidé par l’ex-président de l’Union française des industries pétrolières (Ufip) Jean-Louis Schilansky, alors que la production de gaz de schiste émet des quantités importantes de méthane, un puissant gaz à effet de serre.

« On ne peut pas négocier un accord sur le climat avec les responsables du changement climatique »

« Il n’y a pas a priori d’exclusion, les portes ne sont pas fermées, il y a un dialogue avec l’ensemble des entreprises qui souhaitent s’associer à une conférence qui a pour but de lutter contre le réchauffement climatique. Donc, par définition, nous avons affaire à des mécènes qui rentrent dans une démarche et une logique qui est celle-là. (…) Nous avons procédé à une analyse assez systématique des performances environnementales des partenaires qui sont ici et de ceux qui les rejoindront sur les principes du Global Compact et sur la conformité de leur activité avec la loi NRE dans le cadre de leur rapport RSE (Responsabilité sociale des entreprises). Par ailleurs la réputation en matière de développement durable de ces entreprises est tout à fait prise en compte », dit pourtant Pierre-Henri Guignard, secrétaire général de la COP 21. Qui précise : « La participation à la COP 21 est un gage de conduite exemplaire » - un gage acquis par les entreprises contre monnaie sonnante et trébuchante.

- Ecouter Pierre-Henri Guignard :

Les grands groupes semblent déterminés à peser sur les négociations climatiques, avec la complicité du gouvernement français. L’annonce de ces partenariats, moins d’une semaine après le Business & Climate Summit, en témoigne. Mais la manœuvre est risquée. « A Varsovie, les associations, mouvements sociaux et syndicats avaient quitté les négociations pour dénoncer la mainmise des négociations par les intérêts privés et les lobbies, rappelle Pascale Sabido, du Corporate Europe Observatory. On ne peut pas négocier un accord sur le climat avec ceux qui sont responsables du changement climatique. »

Reporterre chez Nova - Ça chauffe à Roland Garros ! Barnabé Binctin (Reporterre) Reporterre 2015/05/29 Barnabé Binctin (Reporterre) (29 mai 2015) Reporterre chez Nova - Ça chauffe à Roland Garros !. Reporterre. fr

Reporterre chez Nova - Ça chauffe à Roland Garros !

Le vrai match de la semaine à Roland Garros : le béton contre les fleurs !

- Jeudi 28 mai 2015

- Ecouter ici la chronique de Reporterre, par Barnabé Binctin :

- Source image du chapo : Francesca Schiavone lors du plus long match d’un tournoi féminin du Grand chelem (wikipedia)

La chronique de Reporterre, tous les jeudi à 18 h 10 sur Radio Nova, dans l’émission « 2h1/4 avant la fin du monde », animée par Marie Misset et Armel Hemme.

« L’occasion de faire le point sur les combats et débats quotidiens de l’écologie ».

A écouter sur... et bien voici la carte des fréquences, selon le lieu où vous habitez.

A Sivens, une video montre que des gendarmes violents accusent faussement des opposants Marine Vlahovic (Reporterre) Reporterre 2015/05/29 Marine Vlahovic (Reporterre) (29 mai 2015) A Sivens, une video montre que des gendarmes violents accusent faussement des opposants. Reporterre. Sivens fr

A Sivens, une video montre que des gendarmes violents accusent faussement des opposants

Deux opposants au barrage de Sivens étaient jugés jeudi à Toulouse, accusés d’avoir fracturé la main d’un gendarme en septembre dernier. Mais la scène avait été filmée, et la vidéo montre que le gendarme en question a été frappé par... un de ses collègues. Reporterre publie la video : à vous de juger.

- Toulouse, correspondance

« Madame la greffière, est-ce que la mécanique marche bien ? » De sa voix chevrotante, la présidente du tribunal s’enquiert auprès de la magistrate du bon fonctionnement de la vidéo. « Il faut mettre le cd-rom ! » insiste celle qui doit juger Yannick et Gaëtan. Ceux-ci sont accusés de "violences volontaires sur des dépositaires de l’autorité publique". Durant de longues minutes, la salle d’audience a les yeux rivés sur les écrans où défilent au ralenti les images de l’arrestation des deux manifestants le 15 septembre dernier.

Ce jour-là, les deux habitants du Tarn arrivent sur la ZAD du Testet un peu avant 9 heures du matin. Sensibles à la cause, ils sont venus en voisins, pour prêter main forte aux zadistes qui tentent d’empêcher l’avancée des engins de chantier. Dans un nuage de gaz lacrymogènes, ils sont repoussés par un cordon de gendarmes du PSIG (Peloton de surveillance et d’intervention de la gendarmerie) avant d’être bloqués aux abords du Tescou, le petit cours d’eau qui traverse la zone humide.

« Tout était calme au début », explique Gaëtan. Le charpentier de 35 ans s’accroche nerveusement à la barre du tribunal. « Ensuite tout s’est passé si vite, je ne me souviens que des coups que j’ai reçus. » Condamné à deux mois de prison avec sursis, il est accusé d’avoir agrippé l’un des gendarmes présents : « C’est faux », répond-il. « Je me suis juste mis devant, parce qu’ils venaient de casser la caméra d’un manifestant. »

Cette séquence ne figure pas dans la vidéo de l’interpellation des deux opposants. Elle débute au moment précis où Gaëtan, en sweat à capuche marron, est frappé de coups de matraque télescopique. Au milieu de la mêlée, un autre opposant vêtu d’un sweat marron mais affublé d’une casquette blanche apparaît à l’écran, il s’agit de Yannick.

« Je suis venu porter secours à mon ami, la violence ce n’est pas dans ma culture », se justifie l’ouvrier en bâtiment de 42 ans dont le casier judiciaire est aussi vierge que celui de son collègue. Originaire de Lorraine, il raconte ce qu’il a vécu de son accent gouailleur sous le regard appuyé de la juge. « J’ai été jeté à terre et frappé au thorax. Ensuite je n’ai plus bougé. » Evacués manu militari par un groupe de gendarmes, les deux opposants sont ensuite tous deux emmenés en garde à vue.

- Voir la vidéo au ralenti de l’arrestation de Gaëtan et Yannick :

Jugé en comparution immédiate le 19 septembre dernier, Yannick est condamné à cinq mois de prison avec sursis : il aurait fracturé la main du gendarme qui s’est porté partie civile. Fracture due à un coup de pied qui a occasionné 45 jours d’arrêt de travail (ITT). Gaëtan lui, a écopé de deux mois de prison avec sursis lors de cette première audience où la vidéo amateur avait pourtant été visionnée par le tribunal. « Mais la vidéo en vitesse réelle, qui ne dure que quelques secondes, est trop confuse », précise Eric Soulans, l’avocat de Yannick.

- Voir la vidéo à vitesse réelle :

Cette vidéo a été tournée par David, qui vit à une dizaine de kilomètres de la ZAD. Fortement impliqué dans la lutte contre le barrage, et « devant le déploiement de force démesuré mis en place par les autorités », il se rend en septembre 2014 tous les jours sur le site, muni d’une petite caméra. Cité comme témoin, il raconte ce qu’il a vu et ce qu’il a filmé : « J’ai entendu gueuler à ma droite, j’ai vu une mêlée se former. Et j’ai surtout été choqué de voir un gendarme frapper quelqu’un qui était à terre. Un gant de sécurité a volé et le gendarme qui plaquait Yannick a fait une drôle de grimace. »

Si l’image à vitesse réelle est chaotique, on découvre dans la version au ralenti un gendarme muni d’un flashball donner plusieurs coups à Gaëtan, lequel est maintenu au sol par le militaire blessé. « On voit le coup de pied ! » s’écrie un soutien aux opposants depuis le fond de la salle.

- Voir la vidéo au ralenti :

« Au moment précis où le gendarme reçoit un coup de pied, on voit bien que c’est un autre gendarme qui le frappe involontairement », martèle Claire Dujardin, l’avocate de Gaëtan. « Il est donc impossible que l’opposant ait donné un coup. On voit clairement que les gendarmes se sont blessés entre eux. » Pour les avocats des opposants qui plaident la relaxe, la vidéo tournée par David constitue une preuve flagrante et essentielle permettant de contredire les procès verbaux déposés par les gendarmes. En tout, cinq témoignages de militaires ont été déposés contre les deux Tarnais.

Sagement assis sur son banc, le gendarme blessé à la main affirme ne pas être en mesure de se reconnaître dans la vidéo. « Mais vous faites bien partie du PSIG, et tous n’ont pas votre carrure ! » s’exclame Maître Soulans qui identifie formellement le gendarme costaud comme celui qui porte un sac à dos sur la vidéo.

Une vidéo à laquelle l’avocate des militaires n’accorde aucun crédit : « Je ne pense pas que l’on puisse en tirer des arguments dans le sens où cette vidéo ne démontre absolument ce qu’ils disent car l’agression a eu lieu avant », s’entête Françoise De Angelis. L’explication ne convainc pas l’avocat général. Il demande la relaxe de Yannick en invoquant des « doutes » après le visionnage de la vidéo.

« Ce sont des victimes, mais qui ont été condamnées et considérées comme des responsables de cette violence », s’indigne Ben Lefetey. Le porte-parole du Collectif pour la zone humide du Testet constate : « Leur première condamnation était politique. A ce moment, les autorités n’arrêtaient pas de dire qu’il y avait des manifestants violents. Ils avaient besoin d’un exemple. »

Yannick et Gaëtan ont effectivement été les premiers opposants condamnés pour violences sur les forces de l’ordre. Les premiers d’une longue liste qui n’a fait que s’allonger au fur et à mesure de l’escalade des violences policières sur la ZAD du Testet avant le décès de Rémi Fraisse le 25 octobre dernier.

Tir de flash-ball à bout portant

A la fin de la vidéo amateur, on distingue le gendarme au flashball tirer sur un manifestant. La balle frappe les testicules de plein fouet. Une plainte a été déposée et l’enquête suit son cours. Selon l’extrait de cette vidéo, il a été tiré à moins de quatre mètres alors que légalement les forces de l’ordre doivent respecter pour ces tirs une distance minimale de sept mètres.

- Voir la vidéo du tir de flashball :

L’utilisation de ce type d’armes avait fait débat lors de la commission parlementaire sur le maintien de l’ordre présidée par Noël Mamère. Le gendarme au flashball qui a donné un coup à son collègue sera-t-il inquiété ? Rien n’est moins sûr. La vidéo apportée par les opposants évitera-t-elle une erreur judiciaire et une condamnation pour Yannick et Gaëtan ? La décision a été mise en délibéré jusqu’au 1er juillet prochain.

Manger écologique ? Reporterre 2015/05/29 (29 mai 2015) Manger écologique ?. Reporterre. fr

Manger écologique ?

"Nourrir l’humanité sans détruire la planète : trop "bio" pour être vrai ?"

Envie de comprendre ? Besoin de repères ? Dépassez les controverses et faites-vous votre opinion sur une question essentielle du 21e siècle : comment nourrir l’humanité à sa faim, de façon saine, tout en préservant l’environnement et le bien-être des agriculteurs…

• Quelles sont les limites du modèle agricole industriel actuel ? • Quelles sont les forces et les faiblesses de l’agriculture « bio », notamment pour notre santé ? • Y a-t-il d’autres formes d’agricultures écologiques que le « bio » ? • Les agricultures écologiques, un luxe de pays riche ou peuvent-elles nourrir 9 milliards d’humains en 2050 ? • Quels sont les nouveaux comportements alimentaires des consommateurs ? • Quels verrous limitent la diffusion d’une agriculture et d’une alimentation écologiques ?

Découvrez les réponses à ces questions et à bien d’autres grâce à des doubles pages résolument graphiques et faciles à lire.

Décryptez sans parti-pris les débats et la diversité des opinions grâce à des interviews d’experts de premier plan.

Vincent Tardieu est journaliste scientifique spécialiste d’agriculture et d’écologie. Il a notamment signé aux éditions Belin en 2009 L’étrange silence des abeilles et en 2012 Vive l’agro-révolution française ! (prix TerrEthique 2014).

Manger écologique ?, de Vincent Tardieu, Ed. Belin, 19.00 €

Tout comprendre à l’énergie... par une web-BD Barnabé Binctin (Reporterre) Reporterre 2015/05/29 Barnabé Binctin (Reporterre) (29 mai 2015) Tout comprendre à l’énergie... par une web-BD. Reporterre. Culture et idées fr

Tout comprendre à l’énergie... par une web-BD

Une Web-BD retraçant l’histoire de l’énergie est publiée aujourd’hui. Maniant la pédagogie avec humour, elle vise à rappeler que l’énergie est d’abord un enjeu citoyen. Reporterre en publie les premières planches en exclusivité.

« Avant de discuter du nucléaire, des gaz de schiste ou du mix énergétique, encore faut-il avoir bien en tête le lien à la fois ancestral et quotidien de tout un chacun à l’énergie. » Pour Marc Mossalgue, la BD dont il est l’auteur porte cet objectif : sensibiliser le plus grand nombre aux enjeux si déterminants de l’énergie.

La démarche partirait presque d’une forme de désenchantement chez celui qui fait avancer le projet d’Energie Partagé, après avoir travaillé au Réseau Action Climat-France : « C’est un diagnostic que je tire au fil des ans : il est très difficile de toucher le grand public. Il existe certes tout un tas d’initiatives ingénieuses, mais on franchit rarement le premier cercle des convaincus. »

Pour ce faire, il s’est donc lancé dans ce projet de "Ma propre énergie", une Web-BD illustrée par le crayon d’Audrey Collomb et publiée aujourd’hui en fin de matinée. Avec un temps de lecture estimé à dix minutes maximum et grâce aux fonctions d’internet, le premier choix est celui de l’accessibilité. « L’idée était d’en faire quelque chose de très diffusable, facilement partageable sur les réseaux sociaux avec un coût d’entrée quasiment nul », explique Marc Mossalgue, qui imagine un outil réutilisé par différents acteurs comme les Espaces Info-Energie (EIE).

Maniant la pédagogie avec humour, la BD retrace ainsi une brève mais complète histoire de l’énergie depuis les temps de Cromagnon – où les énergies renouvelables assuraient encore à peu près les besoins humains – jusqu’au pic de pétrole actuel, induit par l’ère industrielle. Avant de livrer les pistes de solution qu’incarne le projet d’Energie Partagée, qui édite l’œuvre : une énergie propre, produite localement et financée par les consommateurs eux-mêmes grâce à des fonds d’investissement citoyens.

Alors que la loi de transition énergétique a été votée cette semaine en deuxième lecture, celle-ci reconnaît pour la première fois la possibilité de financement par des collectivités ou des citoyens, à l’article 27. Une inflexion qui préfigure une évolution des mentalités ? C’est ce que souhaite l’auteur : « En soi, la loi ne bouleverse pas grand-chose puisque ce n’est rien d’autre que l’officialisation de quelque chose qui n’était pas interdit avant et qui se pratique déjà, par ailleurs. Mais elle traduit un intérêt grandissant pour ces projets participatifs et citoyens. Et elle est un moyen de faire pression sur les institutionnels, qui continuent de confondre concertation et implication… »

En exclusivité, Reporterre dévoile les toutes premières planches qui introduisent cette Web-BD :

Retrouvez l’ensemble de la BD, consultable gratuitement sur le site Ma propre énergie.

Ce week-end verra fleurir les initiatives pour le climat Natacha Delmotte (Reporterre) Reporterre 2015/05/29 Natacha Delmotte (Reporterre) (29 mai 2015) Ce week-end verra fleurir les initiatives pour le climat. Reporterre. Climat : de COP en COP fr

Ce week-end verra fleurir les initiatives pour le climat

A l’appel de la Coalition Climat 21, ce week-end verra fleurir partout en France des initiatives de citoyens et d’organisations. L’union fait la force, et cette mobilisation se veut « massive, diverse et inclusive » pour peser d’ores et déjà en vue de la COP 21 de Paris.

Un pique-nique climatique à Paris, un Science Tour Climat à Avignon, un rassemblement festif et militant à Rodez dans l’Aveyron, ou encore une grande marche de protestation contre les fermes-usines… Ce week-end, partout en France, les citoyens et les organisations se mobilisent pour le climat, à la suite d’un appel lancé par la Coalition Climat 21.

Créée en 2014, la coalition réunit une petite centaine d’organisations, liées ensemble pour préparer la COP 21. L’union fait la force, dit le proverbe, et c’est par ce biais que la coalition espère peser. « Son premier objectif est de dialoguer d’une seule voix, afin de permettre une mobilisation de masse », explique Juliette Rousseau, coordinatrice pour Coalition Climat 21. La coalition est aussi l’interlocutrice en France de l’ensemble des réseaux internationaux qui préparent la COP 21.

Lancé il y a quelques mois, l’appel aux 1 000 initiatives fait partie de cette volonté de mettre en place une « mobilisation massive, diverse et inclusive », comme la qualifie Juliette Rousseau. L’idée : sur un même sujet, plusieurs problématiques peuvent se dégager selon les points de vue. Et la meilleure façon d’avoir une vision globale des enjeux du climat est de confronter les points de vue, dans une action collective. « Le climat peut concerner l’emploi pour certains, les énergies pour d’autres, ou encore la solidarité et les problématiques liées à l’immigration », détaille Juliette Rousseau.

- CLIQUER ICI pour retrouver tous les événements sur la carte interactive des initiatives

Les 1 000 initiatives

Pour encourager les initiatives, la Coalition Climat 21 a tout prévu avec le kit de mobilisation. Il indique les différentes actions possibles, de la distribution de badges ou d’autocollants dans la rue, à la rencontre organisée avec des intervenants. Les organisations membres de la coalition ont, elles, mis en place des initiatives à l’échelle locale.

Ce sont finalement 500 actions diverses qui se déroulent le week-end du 30 et 31 mai. La date n’a pas été choisie par hasard. « Le dernier week-end de mai est un week-end de forte mobilisation à l’international : des actions sont prévues aux États-Unis, en Allemagne, à Tunis. Certains événements proches sont aussi propices avec la tenue du G7 ou le départ du tour tandem d’Alternatiba, qui aura lieu le 5 juin ».

A Saint-Etienne, l’association « Compostons Collectif ! » inaugure un bac à compost collectif le 30 mai. A Lille, plusieurs associations ont prévu une parade à vélo. A Pau, une activité artistique marquera le week-end, « un ruban pour le climat » proposera à chacun d’écrire une réflexion sur le climat sur un ruban. A Paris, la Coalition Climat 21 organise quatre heures pour l’environnement le 31 mai, avec notamment la projection d’une conférence de Naomi Klein suivie d’une table ronde avec des associations.

La Commission européenne présente ses excuses aux grenouilles d’Equateur Alessandro Pignocchi Reporterre 2015/05/30 Alessandro Pignocchi (30 mai 2015) La Commission européenne présente ses excuses aux grenouilles d’Equateur. Reporterre. Animaux fr

La Commission européenne présente ses excuses aux grenouilles d’Equateur

La Commission européenne cessant toute activité en cours pour aller, en voilier, s’excuser auprès des rainettes d’Equateur ? Mais... à quoi ressemblerait le monde si une cosmogonie incluant humains et non-humains dans une même communauté l’emportait sur le mode de pensée occidental ?

L’auteur de ces dessins, Alessandro Pignocchi, est chercheur en sciences cognitives. Il nous explique comment ses dessins s’inscrivent dans son travail :

« Je joue cette fois sur la distinction entre valeur intrinsèque de la nature (les rainettes ont une valeur en soi) et valeur utilitariste (les rainettes n’ont de valeur que dans la mesure où elles peuvent rendre un service à l’humanité). En la renversant, je montre l’absurdité d’une position trop basiquement utilitariste (qui est pourtant implicitement adoptée dans beaucoup de discours, y compris parmi les écologistes). »

Au jardin sans pétrole - Les mœurs pas banales de l’araignée admirable Christine Laurent (Reporterre) Reporterre 2015/05/30 Christine Laurent (Reporterre) (30 mai 2015) Au jardin sans pétrole - Les mœurs pas banales de l’araignée admirable. Reporterre. Jardin sans pétrole fr

Au jardin sans pétrole - Les mœurs pas banales de l’araignée admirable

Des colonies de petites d’araignées courent partout dans l’herbe à la recherche d’insectes à se mettre sous la dent. Ces Pisaures admirables (Pisaura mirabilis), très efficaces pour assainir le jardin, ont des mœurs pour le moins étonnantes.

Drôle de mois de mai ! La température reste fraîche et la pluie bien rare dans le sud de l’Essonne. Ces petites averses intermittentes ne suffisent pas à maintenir assez d’humidité sous la surface du sol, là où les jeunes racines puisent leur nourriture. Tout pousse tellement lentement.

Seul le cresson alénois semble ne pas être affecté par cette sécheresse printanière. Il faut dire que le Lepidium sativum, nom que Linné lui a donné, est une plante vraiment facile à cultiver, même sur le balcon d’un Parisien peu attentif. Ses graines germent en à peine douze heures et après dix jours, on peut déjà couper les feuilles de cette petite crucifère bourrée de vitamines.

Mélangé avec d’autres salades, ce cresson donne un petit goût piquant délicieux. Selon Alphonse de Candolle, distingué botaniste genevois qui publia en 1888 le célèbre opus intitulé L’origine des plantes cultivées, le cresson alénois est originaire de Perse et s’est répandu dans tout l’Empire romain, en Inde et jusqu’en Abyssinie bien avant la naissance de Jésus Christ.

L’araignée admirable

Suspendu comme un hamac entre deux tiges de graminées, un entrelacs de fils de soie accueille une pouponnière d’araignées (photo chapô). De minuscules têtes d’épingle à huit pattes sorties d’on ne sait où. Ne serait-ce pas une de ces Pisaures admirables (Pisaura mirabilis) que l’on voit courir dans l’herbe à la recherche d’insectes à se mettre sous la dent ? Elle est la plus commune des araignées de notre jardin et quand elle se repose, on peut observer ses pattes de devant rangées par deux.

Cette leçon de chose à l’entrée du jardin nous a donné envie d’en savoir plus sur les mœurs de cet hôte si efficace pour assainir le jardin et si prisé des lézards et des oiseaux.

Ils ne sont pas banals ! Pour se reproduire en gardant la vie, le mâle déploie une stratégie unique dans le monde des araignées. Il attrape une proie, l’emmaillote et l’offre à la femelle convoitée. Ainsi tandis qu’elle déguste le cadeau, celui-ci peut s’accoupler en toute simplicité sans risquer de se faire dévorer.

La femelle va ensuite transporter son cocon sous elle, et lors de l’éclosion des jeunes, elle tisse une toile pour abriter et protéger sa grouillante marmaille. On dit qu’elle porte le nom d’admirable parce qu’elle veille sur ses petits jusqu’à ce qu’ils soient autonomes, après leur seconde mue. Nous ne l’avons pas vu. Sans doute la gentille maman a été partie faire un tour !

Un livre clair pour saisir tous les enjeux de la COP 21 Jean-Pierre Tuquoi (Reporterre) Reporterre 2015/06/01 Jean-Pierre Tuquoi (Reporterre) (1er juin 2015 à 09h28,) Un livre clair pour saisir tous les enjeux de la COP 21. Reporterre. Climat : de COP en COP fr

Un livre clair pour saisir tous les enjeux de la COP 21

Dans Climat. 30 questions pour comprendre la conférence de Paris, Pascal Canfin et Peter Staime démêlent les fils multiples de la COP 21 et de ses enjeux avec un livre concis, clair, pédagogique. Dynamique fondatrice ou coquille vide, y’aura-t-il un avant et un après Paris ?

L’agitation est palpable. A un peu plus de six mois de sa tenue à Paris, la conférence sur le climat – surnommée COP 21 parce qu’elle est la 21e du genre organisée sous l’égide de l’ONU – commence à imposer sa marque. Ainsi voit-on le chef de l’Etat, François Hollande – ou le chef de la diplomatie française, Laurent Fabius - courir le monde et jouer les VRP internationaux, un jour à Pékin, le lendemain à Berlin ou à Rio, en brandissant l’étendard de la COP 21 comme si, de son issue, dépendait l’avenir à court terme de la planète.

Saisir les enjeux, comprendre la conférence

L’affaire est plus compliquée et c’est le grand mérite de Pascal Canfin – l’une des têtes les mieux faites parmi les écologistes « politiques » - et Peter Staime – fin connaisseur du dossier climat – d’en démêler les fils multiples dans un livre concis, clair, pédagogique. Et bon marché !

L’ouvrage qu’ils cosignent est fait en quelque sorte de courtes fiches cuisine ordonnées autour de quatre thématiques : les enjeux de la conférence de Paris à partir de quelques questions de base (qui émet des gaz à effet de serre ? quel en est l’impact sur le climat ?…) ; les acteurs de la COP 21 (essentiellement les Etats) et leur position respective ; les grandes lignes de ce que serait un accord sur le climat « juste et équitable » à Paris ; enfin, une partie fourre-tout où il est question de gros sous (ça coûte combien de lutter contre le changement climatique ?), de technologies (peut-elle nous sauver ?) et du rôle des entreprises (peut-on leur faire confiance ?) et de la finance (comment la mobiliser ?).

Plusieurs chapitres viennent en complément dont l’un propose douze mesures « pour faire de Paris un succès » (la décroissance n’est pas au menu) tandis qu’un autre constitue un guide pratique à l’usage de ceux qui souhaitent participer à la conférence de Paris – n’y manque que le plan du métro pour se rendre à la conférence et des adresses d’hôtels !

On l’a compris : le livre entend allier réflexion sur le fond et un vadémécum pour la conférence (avec un fourmillement d’adresses de sites internet).

L’hypocrisie des Etats

De ce point de vue, la réussite est indéniable et tous ceux en quête d’un état des lieux honnête et mesuré sur le dossier climatique gagneront à le lire. Les principales pièces du dossier y sont correctement présentées. Les auteurs savent expliquer avec des mots simples mais précis, sans s’encombrer de chiffres, la réalité et l’ampleur du dérèglement climatique (expression plus exacte que celle de changement climatique) comme ils savent débusquer à l’occasion l’hypocrisie des Etats.

Ainsi, la France qui se gargarise à bon compte d’être le bon élève de la classe et d’avoir réduit ses émissions de carbone (grâce au nucléaire) oublie-t-elle de comptabiliser le « carbone importé », autrement dit celui émis dans des pays étrangers (la Chine, l’Arabie saoudite…) pour produire de l’énergie (le pétrole) et des biens qui in fine sont destinés à la France. Si elle affichait cette comptabilité autrement plus fine, la France bomberait moins le torse : depuis 1990, rappellent les auteurs, « les émissions produites en France ont diminué de plus de 7 % mais celles qui ont été consommées [en France] ont augmenté de 15 % [alors que la moyenne européenne n’est que de 9 %] ».

Si l’on conserve cette approche méthodologique (qui aurait pu être retenue à l’échelle internationale) un autre constat déplaisant pour nous s’impose : un Français émet davantage de gaz à effet de serre qu’un Chinois (dont le pays continue à être présenté comme un épouvantail).

Une autre idée à laquelle les auteurs tordent le cou concerne l’Allemagne qui n’aurait décidé d’abandonner le nucléaire au lendemain de l’accident de Fukushima que pour, si l’on peut dire, se jeter dans les bras du charbon. Rien de plus faux, écrivent Canfin et Staime : « La baisse de la part du nucléaire est largement compensée par des énergies renouvelables, qui couvrent déjà, certains jours, près des trois quarts des besoins en électricité du pays. »

Dynamique fondatrice ou coquille vide ?

C’est d’ailleurs l’un des principaux mérites du livre de ne pas hésiter à appeler un chat un chat et d’épingler les Etats qui ont intérêt à voir échouer la conférence de Paris : le Canada et la Russie qui « regardent avec gourmandise la fonte de glace en Arctique pour ouvrir de nouvelles routes commerciales [et] explorer l’immense réservoir de pétrole et de gaz des régions polaires », mais également la Norvège, la vertueuse Norvège qui « développe des partenariats avec la Chine pour exploiter les ressources potentielles de l’Arctique », l’Australie, l’un des principaux pays exportateurs de charbon, les pays producteurs de pétrole… Cela fait beaucoup de monde. Etonnamment, sur le banc des accusés, les compagnies pétrolières et minières n’occupent qu’un strapontin. Leur responsabilité est pourtant énorme.

La difficulté du défi à relever, la multiplicité des acteurs en présence, l’ampleur des intérêts - notamment financiers – en jeu font que si la conférence de Paris doit être un succès, ce ne pourra être qu’un succès partiel. Il y aura peut-être un avant Paris et un après Paris mais tout sera affaire d’interprétation et de mise en œuvre. « L’accord créera-t-il le cadre permettant de prendre des engagements plus ambitieux plus tard, lançant ainsi une dynamique fondatrice, ou sera-t-il une coquille vide et une nouvelle occasion manquée au regard des exigences de la science ? » s’interrogent les auteurs.

Réponse dans quelques mois. Après la « bataille de Paris ».

Climat – 30 questions pour comprendre la conférence de Paris, Pascal Canfin, Peter Staime, Ed. Les petits matins, 200 p., 12,25 euros

Hervé Kempf explique en video les enjeux de la COP 21 Par Hervé Kempf Reporterre 2015/06/01 Par Hervé Kempf (1er juin 2015 à 09h48,) Hervé Kempf explique en video les enjeux de la COP 21. Reporterre. Climat : de COP en COP fr

Hervé Kempf explique en video les enjeux de la COP 21

A l’occasion des Rencontres des Amis du Monde Diplomatique, Hervé Kempf est interrogé : quels sont les enjeux de la COP 21 et du changement climatique ?

Quand les étudiants en commerce inventent des start-up favorables au climat Emilie Massemin (Reporterre) Reporterre 2015/06/01 Emilie Massemin (Reporterre) (1er juin 2015 à 08h40,) Quand les étudiants en commerce inventent des start-up favorables au climat. Reporterre. Reportage — Climat fr

Quand les étudiants en commerce inventent des start-up favorables au climat

36 heures pour inventer une start-up bénéfique pour le climat. C’est le défi lancé par le master développement durable d’HEC à une vingtaine d’étudiants. Objectif : faire évoluer les mentalités des futurs dirigeants d’entreprises. Mais peut-on réellement concilier commerce et protection de l’environnement ?

- Jouy-en-Josas (Yvelines), reportage

Dans les salles de travail du bâtiment S, ce week-end des 23 et 24 mai, les claviers crépitent et les tableaux blancs se couvrent d’anglicismes - « business model », « target » et autres « potential challenges ». Nul regard ne s’égare sur le parc verdoyant du campus d’HEC Le Château, à Jouy-en-Josas (Yvelines). Le temps presse : les vingt-et-un étudiants d’HEC (Ecole des hautes études commerciales) et d’ailleurs, répartis en cinq équipes, disposent d’à peine trente-six heures pour inventer une start-up à impact positif sur le climat dans le cadre d’un « Climatup » organisé par l’association Code for Climate et des étudiants du master « Sustainability and Social Innovation » (SSI) d’HEC.

Alors que le stress monte aux étages, les « mentors » prennent le soleil sur la terrasse. Ils sont neuf à rendre régulièrement visite aux équipes pour répondre à leurs questions, parmi lesquels Fouzi Benkhelifa, directeur associé du cabinet Explicit, Romain Peton, chef de projet développement durable à l’agence de communication BETC, Anne de Bethencourt, chargée de mission économie circulaire à la Fondation Nicolas Hulot, Jérôme Giannesini, avocat en droit fiscal chez WTS France, Ronan Lemarchand, ingénieur électricité à Cegelec, et Igor Shishlov, chercheur à CDC Climat. Leur incombe aussi la tâche de décerner les cinq prix prévus, dont quatre sont sponsorisés par Danone (par ailleurs membre de la décriée Alliance for a Climate Smart Agriculture), Explicit, BETC et la Fondation Nicolas Hulot.

Pour ces purs produits de l’économie capitaliste, lutter contre le changement climatique consiste avant tout à mener son business avec pragmatisme. « Je dis souvent aux étudiants qu’il ne faut pas parler de développement durable pour vendre un produit présentant un intérêt environnemental, car on devient vite technique et ennuyeux », déclare ainsi Romain Peton.

Mais ils l’assurent, entrepreneuriat et climat sont tout à fait compatibles. « Pour lutter contre le changement climatique, il faut combiner tous les efforts : la réglementation, les investissements du secteur privé, et les changements de comportements », estime Igor Shishlov.

Appli anti-gaspi, potager intérieur et stockage d’énergie

A 17 h, tous se dirigent vers l’amphithéâtre pour les présentations. Greenbox, le premier projet, vise à l’installation de batteries chez les particuliers pour qu’ils stockent l’électricité qu’ils produisent. Vient ensuite Foodplicity, une plate-forme qui permet d’éviter le gaspillage alimentaire en mettant en relation des personnes cherchant à acheter de la nourriture moins cher et d’autres disposant d’un trop-plein de denrées, proches de la date de péremption. Puis Fresh Square, un module permettant de cultiver des fruits et légumes bio chez soi de manière automatisée. Le quatrième groupe propose une plate-forme de labellisation citoyenne, Green Citizen. Wishfull, une plate-forme d’échange pour les cadeaux inutilisés, clôt les exposés.

Nicolas, étudiant en biologie à l’Université Paris-Diderot et porteur du projet Green Citizen, découvre à cette occasion l’approche business de la question climatique. « En tant que conseiller régional IDF jeunesse sur la question du climat, j’ai plutôt l’habitude de lancer des appels à projets, explique-t-il. Là, la finalité est totalement différente. Il faut que la start-up rapporte de l’argent en s’adaptant au changement climatique. C’est instructif, car cela permet de mieux comprendre le mode de fonctionnement des entreprises. »

« Arrêter d’opposer écolos bobos et grandes méchantes entreprises »

Pour Magalie, étudiante du master SSI, à l’origine de l’idée Foodplicity, il est « évident que l’entrepreneuriat peut se concilier avec le climat. Il faut arrêter de voir le changement climatique comme un problème d’écolos bobos, face aux grandes méchantes entreprises. Les gens qui sont à la tête des entreprises ont une conscience et veulent donner du sens à leur travail. »

Reste à espérer que cette bonne volonté essaime, à l’heure où de grosses entreprises – responsables d’une part non négligeable des émissions de gaz à effet de serre mondiales – affichent leur participation au Business & Climate Summit et au financement de la COP 21 dans une vaste opération de greenwashing.

« L’objectif à terme est d’intégrer la question du développement durable dans tous les cursus d’HEC, répond à cela Marie-Laure Piednoir, étudiante du master SSI et responsable de l’événement. Nous visons l’organisation de cinq autres Climatup dans les cinq prochaines années. La COP 21 est l’étincelle qui a donné naissance à cette initiative, mais nous voulons que la mobilisation se poursuivre au-delà. »

Les étudiants du master prévoient également une grande conférence en octobre sur le thème « business et climat ». Sont invités des représentants de grandes entreprises comme Danone, Unilever et Carrefour. Pauline Vialatte, étudiante du master SSI responsable de l’événement, se défend de toute dérive de type greenwashing. « Cette question sera évidemment abordée, affirme-t-elle. Les élèves auront préparé leurs questions avec soin. Des consultants indépendants plus engagés participeront à la discussion. » Avec le souhait que, peut-être, « HEC appelle à un accord ambitieux pour la COP 21 ».

CODE FOR CLIMATE VEUT MOBILISER LE DIGITAL SUR LA QUESTION CLIMATIQUE

Coorganisatrice de l’événement, la toute jeune association Code for Climate. Créée en février 2015 par Diego Le Gallou, elle organise des rencontres de type Climatup pour mettre en relation des personnes aux profils variés (développeurs, graphistes, managers, scientifiques) et donner naissance à des projets entrepreneuriaux ayant un impact positif sur le climat.

Prochain objectif : « Créer de véritables hubs internationaux où les acteurs du climat et du digital pourront se rassembler autour de nous », explique Diego Le Gallou. Des équipes sont en cours de formation à Lausanne (Suisse), Beijing (Chine), Sao Paulo (Brésil) ou encore Washington (États-Unis). Code for Climate prévoit un événement international en octobre 2015.

Diego Le Gallou s’engage pour la cause climatique après les attentats du 11 septembre, sensible aux analyses des Verts sur la « guerre du pétrole ». Déçu par ses expériences à Europe Écologie Les Verts (EELV) et au Programme des Nations Unies pour l’Environnement (UNEP), il s’intéresse en 2014 à l’entrepreneuriat digital. « Je crois en cette démarche parce qu’elle repose sur la grandeur d’âme du porteur de projet, mais surtout sur son sens de l’intérêt personnel. Dans notre société très individualiste, les gens sont attachés au fait de lancer leur boîte. Pourquoi ne pas rendre cet individualisme utile ? » s’interroge-t-il sans cynisme.

A une remarque sur l’aspect anti-écolo du digital, Diego Le Gallou fait amende honorable mais assume : « Il est vrai qu’à ma manière je promeus des technologies issues d’industries sales. Mais elles présentent un tel pouvoir de changement que ce serait folie pour les militants de s’en passer. »

On a perdu le développement durable Edwin Zaccai Reporterre 2015/06/01 Edwin Zaccai (1er juin 2015 à 08h22,) On a perdu le développement durable. Reporterre. Tribune — Monde fr

On a perdu le développement durable

Alors que s’ouvre la Semaine du développement durable, ce concept semble plus présent que jamais. Mais il est devenu une expression floue, plutôt qu’un programme à réaliser. Où en est-on aujourd’hui et le développement durable permet-il des évolutions concrètes ?

Après la chute du Mur de Berlin au tournant du 20e siècle, l’ONU s’est mobilisée autour d’un projet mondial qui devait réunir « l’environnement » et le « développement » sous l’égide d’une expression très consensuelle, le développement durable, ou soutenable, si l’on veut traduire le terme anglais initial de sustainable de la sorte.

La Conférence de Rio pour l’environnement et le développement en 1992 fut un moment majeur d’espoir : des réorientations de grande envergure semblaient pouvoir s’engager. Un vaste programme appelé Agenda 21 fut approuvé par les Etats, de même que la Convention des Nations unies sur le changement climatique, qui va réunir sa 21e « conférence des parties » à Paris cette année, ou encore une Convention sur la protection de la biodiversité.

Une expression floue plus qu’un programme politique

Durant les années 90, à la faveur du multilatéralisme, de nombreux engagements ont été pris dans tous les pays en vue d’améliorer des problèmes d’environnement tout en les coordonnant à des avancées relatives au développement humain. Cependant la décennie 2000 vit un affaiblissement de ce mouvement, à mesure que le hiatus entre ce projet et les tendances réelles des impacts environnementaux grandissaient, dans une dissension d’intérêts nationaux. Lors du nouveau Sommet de la Terre, en 2012, à Rio de Janeiro, les accords engrangés alors apparaissaient bien timides à l’aune de l’espoir initial.

Pour autant le développement durable semble plus omniprésent que jamais. Mais il est devenu une expression floue, plutôt qu’un programme politique à réaliser. Ce n’est pas faute d’avoir créé des institutions. Il en existe de nombreuses, dans tous les pays, et la France n’est pas en reste. Cependant la possibilité de réorganiser le développement par des actions transversales, au bénéfice des besoins humains ou de la qualité de la vie, est apparue difficilement concrétisable dans la réalité politique.

Il est probable que l’on ait surestimé la dynamique supposée naître d’une convergence bénéfique entre « environnemental, social et économique », ces trois dimensions du développement durable en fait floues et multiformes. Surtout, une série de tendances contraires à ces convergences ont continué à faire leur oeuvre. Recherche de croissance purement économique à court terme, difficultés à sortir des intérêts établis dans le système énergétique, faiblesse des régulations et croissance des inégalités en sont quelques unes.

Parallèlement de nombreuses entreprises se sont emparées du thème du développement durable, lui donnant un sens pratique qui ne couvre que partiellement les objectifs de départ. Elles ont multiplié les rapports de responsabilité sociale, les formes d’audits très élaborés, et surtout les appels à de « petits gestes », par lesquels des consommateurs choisiraient des comportements plus vertueux, incluant si possible des produits « verts ».

Des collectivités locales et des associations multiples ont également promu de nombreuses initiatives sous cette bannière, qui ont le mérite d’explorer des alternatives et des innovations en réunissant des citoyens motivés ou intéressés, même si les dynamiques de diffusion de ces expériences demeurent peu cernées.

Des voies multiples

Tout n’a pas été négatif dans les évolutions en terme de développement mondial ces dernières décennies. Des progrès substantiels ont été accomplis dans les pays en développement en terme de santé notamment, et on peut pointer l’accès beaucoup plus important à l’eau potable par exemple, ou l’augmentation de l’espérance de vie.

Par ailleurs, l’ancien monde post-colonial est en voie de recomposition avec la montée en puissance de pays émergents qui brouille le clivage entre pays développés et en développement, béant à l’époque de Rio. Mais deux grandes interrogations se font jour sur ces évolutions globales.

D’une part il subsiste de nombreuses populations très appauvries en dehors des dynamiques de développement, quand ce n’est pas sur des territoires ravagés par des conflits. D’autre part, l’amélioration des conditions de vie de certaines populations s’est produite selon une trajectoire peu différente de celle, très intense en consommation de ressources, qui a été et reste celle des pays les plus riches. Ainsi, la Chine n’est pas seulement devenue le premier émetteur de gaz à effet de serre au monde, avec un total équivalent à celui de l’Europe et des Etats-Unis réunis, mais ses émissions par habitant sont aujourd’hui comparables à celles d’un Européen moyen.

La poursuite de cette évolution, qui reste non soutenable à l’aune de la vocation initiale du développement durable, peut faire craindre des décroissances ou effondrements divers. Pourtant ce n’est sans doute pas via des mots d’ordre binaires, comme développement durable versus décroissance, que passent des actions favorables aux progrès.

Les voies en restent multiples, et incluent à la fois la construction d’une crédibilité plus forte pour des modèles alternatifs, l’expérimentation et l’engagement citoyens, la compréhension des obstacles et des rapports de force qui bloquent les évolutions, la mise en oeuvre de dynamiques collectives. Pourquoi ne pas profiter de la semaine du développement durable dans ce sens ?

- Complément d’info : La Semaine européenne du développement durable

Penser et agir avec la nature de Catherine Larrère et Raphaël Larrère Reporterre 2015/06/01 de Catherine Larrère et Raphaël Larrère (1er juin 2015 à 09h21,) Penser et agir avec la nature. Reporterre. Culture et idées fr

Penser et agir avec la nature

Que signifie « protéger la nature » ? Répondre à cette question concrète, urgente, suppose d’affronter une question proprement philosophique. Car la notion même de « nature » ne va plus de soi. On a pris l’habitude d’aborder l’environnement à partir des oppositions entre nature et culture, naturel et artificiel, sauvage et domestique, que la globalisation de la crise environnementale a effacées : le changement climatique remet en cause la distinction traditionnelle entre histoire de la nature et histoire humaine.

Ces oppositions tranchées n’ont plus lieu d’être, mais leur effacement ne signifie pas pour autant le triomphe de l’artifice. On peut continuer à parler de « nature » et même en parler mieux, parce qu’il n’y a plus à choisir entre l’homme et la nature, mais plutôt à se soucier des relations entre les hommes, dans leur diversité, et la diversité des formes de vie. Que l’on s’intéresse à la protection de l’environnement, aux techniques ou à la justice environnementale, cet ouvrage montre qu’il y a moyen de concilier le souci de la nature, la diversité des cultures et l’équité entre les hommes ; et qu’il existe aussi des manières d’agir avec la nature et pas contre elle.

L’originalité de cet ouvrage tient à la démarche qui l’a inspiré : il s’agissait de conduire une enquête philosophique alliant l’exigence conceptuelle à des études empiriques et aux acquis scientifiques (en écologie, éthologie, biologie, etc.). Ce faisant, il articule des questions qui, trop souvent, s’ignorent : une réflexion sur la nature et une réflexion sur la technique – qui ne soit pas oublieuse de la nature.

Penser et agir avec la nature, Catherine Larrère, Raphaël Larrère, Ed. La Découverte, 374 pages, 14,99 €

En Gironde, la colère monte contre une ferme-usine de 12 000 porcs Aline Chambras (Reporterre et Rue89 Bordeaux) Reporterre 2015/06/01 Aline Chambras (Reporterre et Rue89 Bordeaux) (1er juin 2015 à 09h14,) En Gironde, la colère monte contre une ferme-usine de 12 000 porcs. Reporterre. Reportage — Mille Vaches et fermes-usines fr

En Gironde, la colère monte contre une ferme-usine de 12 000 porcs

La porcherie industrielle géante de Saint-Symphorien, en Gironde, veut s’agrandir pour atteindre 12 000 cochons. Alors que la pollution y est déjà importante, de nombreux habitants et paysans s’y opposent. Un rassemblement se tenait ce samedi. Reportage en partenariat avec Rue89 Bordeaux.

- Saint Symphorien (Gironde), reportage

« J’aime pas les cochons mal élevés ». Bernard, la soixantaine, est venu de Sanguinet dans les Landes. La colère en bandoulière, il s’insurge contre « un projet insensé, aberrant ». Et dénonce « une société dans laquelle on élève des cochons qui ne verront jamais la lumière du jour dans des cages d’un mètre carré, et dans laquelle huit vaches sur dix n’ont jamais mangé d’herbe de leur vie ».

Avec lui, une centaine de personnes, originaires pour la plupart du Sud-Gironde, des Landes voisines, ou de Bordeaux, se sont réunies samedi 30 mai à la chênaie du Stade de Saint-Symphorien, à l’appel de la Confédération paysanne, et de plusieurs associations environnementalistes, comme les Amis de la terre Gironde, Landes environnement attitude, la Sepanso ou encore Coalition Climat 21. Leur message : « 12 000 porcs enfermés, ce n’est pas une ferme, c’est une usine ! »

Objectif : exprimer, une fois encore, leur farouche opposition au projet d’extension de l’établissement Le Lay, un élevage porcin engraisseur-naisseur, situé au lieu-dit La Trougne, à quelques kilomètres du centre bourg. Sur la route qui y mène, l’odeur précède l’apparition des bâtiments installés sur une grande portion de terres défrichées. A l’intérieur, 7 655 bêtes, dont 800 truies donnant naissance chaque année à 19 000 porcelets, sont parquées dans une douzaine de structures alignées les unes à côtés des autres.

Tout commence en 2013, quand la SAS (société par actions simplifiée) Le Lay dépose une demande d’autorisation afin de « moderniser ses installations et d’optimiser la performance de l’élevage ». En d’autres termes, l’exploitation escompte pouvoir atteindre les 12 000 têtes et fatalement augmenter ses surfaces d’épandages de lisier. La requête passe mal.

D’ailleurs, Bernard Jaymes, le commissaire responsable de l’enquête publique (obligatoire pour tous projets de cette envergure) rend en mars 2014 un avis défavorable, dans un rapport qui se concluait par ces mots : « Pour terminer l’analyse de ce dossier d’enquête publique, le commissaire enquêteur estime que le projet d’extension de l’élevage et du plan d’épandage n’est pas compatible avec les enjeux prioritaires de ce territoire en matière de qualité de la ressource en eau et de protection des milieux aquatiques ». Malgré cela, le 6 novembre 2014, le Conseil départemental de l’environnement et des risques sanitaires et technologiques (Coderst) de la Gironde émet, à une faible majorité, un avis favorable au projet. Le 20 juin, ce sera au Préfet de région de donner son avis.

Depuis, le ton monte et les prises de position demandant que ce projet d’extension soit stoppé se multiplient. Le maire de Saint-Symphorien, Guy Dupiol et avec lui son conseil municipal, ont manifesté publiquement leur crainte et leur refus de voir un tel projet autorisé. De même que de nombreuses instances locales, comme celles du Parc naturel régional des Landes de Gascogne – sur le territoire duquel se trouve l’entreprise Le Lay –, celles du syndicat du bassin-versant de la Leyre et plus récemment celles du Parc marin du Bassin d’Arcachon. Jean-Luc Gleyze, le président du conseil général de Gironde s’est lui aussi dit défavorable à un tel projet. Et une pétition en ligne a déjà recueilli 46 000 signatures.

Comme le rappelle la Confédération paysanne de Gironde (dans La feuille paysanne, du 1er trimestre 2015), « la majorité des parcelles des plans d’épandage du lisier et du compost se situent en zones vulnérables (bassin versant de la Hure, affluent du Ciron et bassin versant de la Leyre) or des mesures de nitrates mettent déjà en évidence des concentrations élevées, dans la Hure (voisine de 30 mg/L, voire même pour certaines, proches de 40 mg/L et en augmentation régulière), ainsi que dans la nappe phréatique. Ces concentrations supérieures à celles relevées dans d’autres cours d’eau du même bassin versant et leur évolution à la hausse sont clairement dues à l’impact des activités humaines et devraient donc être réduites. De plus, les épandages réalisés dans le bassin de la Leyre sur des sols très perméables ne vont pas, quant à eux, améliorer la qualité des eaux du Bassin d’Arcachon déjà préoccupante. »

Des craintes pour l’environnement que le comportement de l’entreprise Le Lay durant le passé ne fait que renforcer. « L’examen de l’historique de l’exploitation fait apparaître un certain nombre de faits montrant que la réglementation environnementale et les engagements n’ont pas été respectés par le passé », explique Philippe Barbedienne le directeur de la fédération Sepanso Aquitaine. « Notamment en ce qui concerne les engagements de 2004 pris par l’exploitant pour améliorer les conditions d’élevage et de gestion des effluents avec compostage de l’ensemble du lisier avant fin 2009 ».

Cité par Sud-Ouest, le 29 mai, Patrick Le Foll, le gérant de la SAS Lelay, depuis 2007, réfute le terme de ferme-usine : « Le chiffre de 12 000 porcs sort du chapeau ». Et invoque la nécessité de mise aux normes et d’extension des bâtiments pour un meilleur confort des animaux : « Nous voulons faire un site pilote en matière de respect de l’environnement, de renforcement des protocoles d’analyses et de suivi de la qualité de l’eau ». Contacté par Reporterre, il n’a pas donné suite à notre demande d’entretien.

En ce samedi ensoleillé, la centaine de militants et de riverains, venus dire leur opposition au projet espèrent que leur « tapage » sera entendu. Pour tous, l’opposition à la ferme-usine de Saint-Symphorien est aussi l’expression d’un ras-le-bol croissant contre une dérive lourde de l’agriculture d’aujourd’hui : « L’élevage intensif ça suffit », s’agace Stéphanie. Habitante de Préchac à une quinzaine de kilomètres de Saint-Symphorien, elle déplore « la tendance à la concentration et à l’hyper-spécialisation qui touche tous les types d’élevages, mais aussi les cultures maraîchères ». Avec, comme conséquence, « la souffrance animale et la malbouffe ».

Un avis que partage entièrement Laure Tite, co-secrétaire de la confédération paysanne de Gironde et éleveuse à Coutras. « En tant qu’éleveuse, ce qui me gêne en premier dans ces porcheries, c’est la question de la santé et du bien être animal. Mais l’aspect économique est également pour moi très important : ce genre de super-structures ne crée pas d’emploi. Aujourd’hui la ferme Le Lay fonctionne avec moins de 10 salariés et aucune création de postes n’est prévue en parallèle de la demande d’extension. Dans l’agriculture paysanne, nous comptons 3 salariés pour 150 porcs. Faites le ratio, ces fermes-usines tuent le monde paysan ».

« Tout le monde est contre », résume Guy Dupiol,venu témoigner de son soutien. « On a rarement vu un dossier faisant une telle unanimité », poursuit l’édile, qui espère que le préfet tiendra compte de tous ces éléments. Dans le cas contraire, il envisage de donner des suites juridiques à l’affaire.

« La dette publique est une blague ! La vraie dette est celle du capital naturel » Entretien avec Thomas Piketty Reporterre 2015/06/02 Entretien avec Thomas Piketty (2 juin 2015) « La dette publique est une blague ! La vraie dette est celle du capital naturel ». Reporterre. Entretien — Économie fr

« La dette publique est une blague ! La vraie dette est celle du capital naturel »

Alors que le chômage atteint un record, montrant l’inanité de la politique néo-libérale, l’économiste Thomas Piketty rappelle que l’inégalité est au cœur du malaise actuel. Il pourfend les croissancistes. Et appelle à une refonte de la pensée économique pour prendre en compte « le capital naturel ».

Reporterre - Quelle idée principale inspire votre livre, Le Capital du XXIe siècle ?

Thomas Piketty - Mon travail déconstruit la vision idéologique selon laquelle la croissance permettrait spontanément le recul des inégalités. Le point de départ de cette recherche est d’avoir étendu à une échelle inédite la collecte de données historiques des revenus et les patrimoines. Au XIXe siècle, les économistes mettaient beaucoup plus l’accent sur la distribution des revenus que cela n’a été le cas à partir du milieu de XXe siècle. Mais au XIXe siècle, il y avait très peu de données. Et jusqu’à récemment, ce travail n’avait pas été mené de manière systématique, comme on l’a fait, sur plusieurs dizaines de pays sur plus d’un siècle. Cela change beaucoup la perspective.

Dans les années 1950 et 1960 dominait une vision très optimiste, formulée notamment par l’économiste Kuznets, selon laquelle, une réduction spontanée des inégalités s’opérait dans les phases avancées du développement industriel. Kuznets avait en effet constaté dans les années 1950 une réduction par rapport aux années 1910. C’était en fait lié à la Première guerre mondiale et à la crise des années 1930. Kuznets en était conscient. Mais dans l’ambiance de la guerre froide, il y avait besoin de trouver des conclusions optimistes pour expliquer – en particulier aux pays en développement : « Ne devenez pas communistes ! La croissance et la réduction des inégalités vont la main dans la main, il suffit d’attendre. »

Or, aux Etats-Unis et dans les pays développés, les inégalités sont revenus aujourd’hui à des niveaux très élevés, équivalents à ceux que Kuznets avait mesurés dans les années 1910. Mon travail décompose ces évolutions, avec comme thème central le fait qu’il n’y a pas de loi économique inexorable conduisant, soit à la réduction des inégalités, soit à leur diminution. Il y a un siècle, les pays européens étaient plus inégalitaires que les Etats-Unis. Aujourd’hui c’est le contraire. Il n’y a pas de déterminisme économique.

Vous montrez l’importance de la classe moyenne. Est-ce elle qui permet que l’acceptation de la remontée des inégalités ?

Le développement de cette « classe moyenne patrimoniale » est sans doute la principale transformation sur un siècle. Les 50 % les plus pauvres de la population n’ont jamais possédé de patrimoine et ne possèdent presque rien aujourd’hui. Les 10 % les plus riches qui, il y a un siècle, possédaient tout, soit 90 % ou plus du patrimoine, en possèdent aujourd’hui seulement 60 % en Europe et 70 % au Etats Unis. Cela reste un niveau très élevé.

La différence est que vous avez aujourd’hui 40 % de la population qui, il y a un siècle, étaient aussi pauvres en patrimoine que les pauvres, a vu sa situation se transformer durant le siècle : ce groupe central a possédé dans les années 1970 jusqu’à plus de 30 % du patrimoine total. Mais cela a tendance à se réduire et on est plus près aujourd’hui de 25 %. Alors que les 10 % les plus riches continuent à voir leur richesse s’accroître.

Le fait que ce bloc central voit sa situation se contracter explique-t-il que les tensions sociales se durcissent ?

Oui. Il peut se produire une remise en cause générale de notre pacte social, si beaucoup de membres de la classe moyenne patrimoniale ont l’impression de perdre, alors que les plus riches parviennent à s’extraire des mécanismes de solidarité. Le risque est que des groupes de plus en plus larges finissent par se tourner vers des solutions plus égoïstes, de repli national, à défaut de pouvoir faire payer les plus riches. Une des évolutions les plus inquiétantes est ce besoin qu’ont les sociétés modernes à donner du sens aux inégalités d’une façon insensée en essayant de…

… de légitimer

… de justifier l’héritage ou la captation de rentes, ou le pouvoir, tout simplement. Quand les dirigeants d’entreprise se servent dix millions d’euros par an, ils le justifient au nom de leur productivité. Les gagnants expliquent aux perdants que tout cela est dans l’intérêt général. Sauf qu’on a bien du mal à trouver la moindre preuve que cela sert à quelque chose de payer les chefs d’entreprise dix millions d’euros plutôt qu’un million.

Aujourd’hui, le discours de stigmatisation des perdants du système est beaucoup plus violent qu’il y a un siècle. Au moins, avant, personne n’avait le mauvais goût d’expliquer que les domestiques ou les pauvres étaient pauvres du fait de leur manque de mérite ou de vertu. Ils étaient pauvres parce que c’était comme cela.

C’était l’ordre social.

Un l’ordre social qu’on justifiait par le besoin d’avoir une classe qui puisse se consacrer à autre chose que la survie, et se livrer des activités artistiques ou militaires ou autres. Je ne dis pas que cette justification était bonne, mais elle mettait moins de pression psychologique sur les perdants.

Ces perdants, cette classe moyenne centrale peut-elle glisser vers un repliement vers soi selon des logiques d’extrême droite ?

C’est certain. C’est le risque principal et on peut craindre en Europe le retour à des égoïsmes nationaux. Quand on n’arrive pas à résoudre les problèmes sociaux de façon apaisée, il est tentant de trouver des coupables ailleurs : les travailleurs immigrés des autres pays, les Grecs paresseux, etc.

Un aspect important de votre travail concerne la ‘croissance’ de l’économie. Il rappelle que des taux de croissance élevés de l’ordre de 5 % par an sont historiquement exceptionnels.

Il faut s’habituer à une croissance structurellement lente. Même se maintenir à 1 ou 2 % par an suppose d’inventer des sources d’énergie qui, pour l’instant, n’existent pas.

Sans énergie abondante, n’y a-t-il pas de possibilité de croissance à 1 ou 2 % ?

Il y aura un moment où cela ne va plus coller. Depuis la révolution industrielle, de 1700 jusqu’en 2015, la croissance mondiale a été de 1,6 % par an, dont la moitié pour la croissance de la population (0,8 %) et la moitié (0,8 %) pour le PIB (produit intérieur brut) par habitant. Cela peut paraître ridiculement faible pour ceux qui s’imaginent qu’on ne peut pas être heureux sans un retour aux Trente glorieuses de 5 % par an. Mais 1,6 % de croissance par an pendant ces trois siècles a permis de multiplier par dix la population et le niveau de vie moyen, parce que, quand cela se cumule, c’est en fait une immense croissance. Et la population mondiale est passée de 600 millions en 1700 à 7 milliards aujourd’hui.

Pourrions-nous être plus de 70 milliards dans trois siècles ? Il n’est pas sûr que ce soit souhaitable ni possible. Quant au niveau de vie, une multiplication par dix est une abstraction.

La révolution industrielle au XIXe siècle a fait passer le taux de croissance qui était très proche de 0 % dans les sociétés agraires pré-industrielles à 1 ou 2 % par an. Cela est extrêmement rapide. Et c’est uniquement dans les phases de reconstruction après des guerres ou de rattrapage accéléré d’un pays sur d’autres que l’on a 5 % par an ou davantage.

Les responsables politiques, la plupart de vos collègues économistes, les journalistes économiques, tous espèrent encore une croissance de 2 ou 3 % par an, certains rêvent même des 6 ou 7 % de la Chine.

Le discours consistant à dire que sans retour à 4 ou 5 % par an de croissance, il n’y a pas de bonheur possible est absurde, au regard de l’histoire de la croissance.

Pourtant, vous avez employé le terme de « croissance forte » dans un article signé avec des économistes allemands et anglais.

Pour moi, 1 ou 2 %, c’est une croissance forte ! Sur une génération, c’est une très, très forte croissance !

Sur trente ans, une croissance d’1 %ou de 1,5 % par an signifie une augmentation d’un tiers ou de la moitié de l’activité économique à chaque génération. C’est un rythme de renouvellement de la société extrêmement rapide. Pour que chacun trouve sa place dans une société qui se renouvelle à ce rythme, il faut un appareil d’éducation, de qualification, d’accès au marché du travail extrêmement élaboré. Cela n’a rien à voir avec une société pré-industrielle où, d’une génération sur l’autre, la société se reproduit de façon pratiquement identique.

Mais à l’inverse, l’idée qu’aucune croissance n’est possible me semble également dangereuse. C’est un processus qui, reproduit sur plusieurs générations, est assez effrayant, il n’y a plus d’humanité.

Cette possibilité de croissance démographique ramenée à zéro ou à des niveaux négatifs redonne de l’importance au patrimoine accumulé. Cela nous remet dans une société des héritiers que la France a connu avec acuité au XIXe siècle du fait de la stagnation de la population.

Cela a-t-il un sens de continuer à parler de croissance du PIB quand l’activité économique a un énorme impact sur l’environnement ?

Mieux comptabiliser le capital naturel est un enjeu central. La dégradation du capital naturel est un risque autrement plus sérieux que tout le reste. Cela est la véritable dette. La ‘dette publique’ dont on nous rabâche les oreilles est une blague ! C’est un pur jeu d’écriture : une partie de la population paye des impôts pour rembourser les intérêts à une autre partie de la population. Mais on n’est pas endetté vis-à-vis de la planète Mars !

Des dettes publiques, dans le passé, on en a déjà eu : 200 % du PIB en 1945 et l’inflation les a balayées. C’est d’ailleurs cela qui a permis à la France et à l’Allemagne d’investir durant les années 50-60, de financer les infrastructures et le système éducatif. Si on avait dû rembourser cette dette avec des excédents primaires - comme on demande aujourd’hui à la Grèce de le faire - on y serait encore.

Donc, la dette publique est un faux problème parce que les patrimoines financiers, immobiliers et marchands possédés par les ménages ont progressé beaucoup plus fortement que n’a progressé la dette publique. Cette augmentation des produits marchands est beaucoup plus importante que la dette publique qu’on pourrait rayer d’un trait de plume.

En revanche, si on augmente de 2°C la température de la planète d’ici cinquante ans, ce n’est plus un jeu d’écriture ! Et on n’a rien sous la main permettant de régler le problème de ce coût imposé au capital naturel.

Un PIB qui n’intègre pas le capital naturel a-t-il un sens ?

Le PIB n’a jamais de sens. J’utilise toujours le concept de Revenu national : pour passer du produit intérieur brut au revenu national, il faut retirer la dépréciation subie par le capital. Si une catastrophe a détruit votre pays, et que tout le pays est occupé à réparer ce qui a été détruit, vous pouvez vous retrouver avec un PIB extraordinairement élevé alors que le revenu national sera très faible.

Il faut prendre en compte ce qu’on a détruit, comptabiliser le capital naturel. Rendre compte de ce qu’on crée sans déduire ce qu’on a détruit est stupide.

Pourquoi n’y a-t-il pas plus de travail en comptabilité nationale pour élaborer cette comptabilité du capital naturel ?

On essaye d’étendre la World capital data base au carbone, avec les gens de l’IDDRI (Institut du développement durable et des relations internationales), notamment. Mais vous avez raison, pour l’instant ce n’est pas étudié. Nos catégories d’analyse restent profondément marquées par les Trente glorieuses et par l’idéal de croissance infinie.

Le capital est très puissant, il détient beaucoup de pouvoir politique, il possède les medias. N’est-on pas dans une situation bloquée ?

Les évolutions passées laissent penser que les choses peuvent changer plus vite qu’on ne l’imagine. L’histoire des inégalités, des revenus, du patrimoine, de l’impôt, est pleine de surprises. Ce qui sortira de tout cela est parfaitement ouvert et il y a toujours plusieurs avenirs possibles. Après, il y a différentes façons de s’en sortir, plus ou moins rapides, plus ou moins justes, plus ou moins coûteuses.

- Propos recueillis par Hervé Kempf

Les luttes contre les grands projets inutiles forment un réseau souterrain Diane Robert Reporterre 2015/06/02 Diane Robert (2 juin 2015) Les luttes contre les grands projets inutiles forment un réseau souterrain. Reporterre. Tribune — Grands projets inutiles fr

Les luttes contre les grands projets inutiles forment un réseau souterrain

Les luttes contre les Grands projets inutiles du monde entier sont liées. Tel le rhizome, cette tige de plante souterraine définie par des principes de connexion et d’hétérogénéité et qui ne comporte pas de structure profonde : si on le rompt, le rhizome peut repartir. Ces luttes ne sont pas figées, elles se transforment sans cesse et échappent à l’emprise néolibérale en construisant d’autres modes d’existence…

Il y a un peu plus d’un an à Stockholm, j’ai rencontré un Suédois qui faisait partie d’un mouvement en lutte contre l’implantation d’une mine de fer à Gállok dans le nord du pays, en territoire Sami. Avec des amis, ils avaient bloqué la voie d’accès au site où ils avaient installé un camp, et ils s’étaient suspendus dans les arbres. Le blocage de la route avait duré tout l’été, puis ils s’étaient fait violemment déloger par la police.

"Comme si ces luttes n’étaient pas isolées"

Ce qu’il racontait me semblait faire écho à la ZAD de Notre-Dame-des-Landes : même indignation contre un projet nuisible, symbole d’une société insoutenable et sous l’emprise des grandes entreprises ; même déficit de démocratie ; même répression de la contestation. Et surtout, des modes d’action étrangement ressemblants.

Ce qui en fait n’était pas si étrange : l’année d’avant, il s’était rendu à Notre-Dame-des-Landes. Et c’est dans la forêt de Hambach en Allemagne qu’il en avait entendu parler (la forêt de Hambach était elle aussi occupée pour contrer un projet d’extension d’une mine de charbon déjà tellement vaste qu’on la surnommait « le Mordor »).

Sa trajectoire, une parmi tant d’autres, paraissait illustrer le lien entre les luttes d’opposition aux Grands projets inutiles imposés, qui sont des luttes profondément ancrées dans le territoire, et qui s’appuient d’abord, dans la plupart des cas, sur le refus des riverains directement concernés.

Comme si ces luttes n’étaient pas isolées ; comme si elles n’étaient pas uniquement déterminées par leur situation locale spécifique, mais insérées dans un enchevêtrement complexe d’échanges, d’interdépendances, d’influences avec les autres luttes. Un enchevêtrement déployé sur le territoire du continent, voire du monde.

Je me suis alors demandé quelle forme prenait cet enchevêtrement, comment le décrire, comment rendre compte des liens entre les individus et les groupes qui constituent ces mouvements d’opposition.

Les rhizomes de la lutte

Les mouvements sociaux prennent des formes en adéquation avec les sociétés dont ils font partie (et qu’ils contribuent à changer). Ils évoluent avec elles. Au XIXe siècle, ils s’inséraient dans un système de classe relativement clair et structuré. Aujourd’hui, on parle de « réseaux » de militants, de la même façon qu’il y a des réseaux de villes, des réseaux d’information. Les « réseaux de militants » font partie de la « société en réseaux », de la société de flux.

Dans un registre plus poétique, les luttes altermondialistes, celles qui s’opposent à la société de contrôle et au néolibéralisme, sont parfois décrites par des métaphores : Hardt et Négri ont consacré un ouvrage à « la multitude » ; Naomi Klein a évoqué l’image de « l’essaim ». Sous le titre Constellations, le collectif Mauvaise Troupe a rassemblé les « trajectoires révolutionnaires » de l’aube du XXIe siècle.

Mais le terme que je préfère, c’est celui de rhizome. En botanique, un rhizome est une tige de plante souterraine. Le terme a été repris par Deleuze et Guattari dans leur livre Mille Plateaux. Le concept de rhizome y est défini par des principes, notamment les principes de connexion et d’hétérogénéité qui spécifient que « n’importe quel point d’un rhizome peut être connecté a un autre, et doit l’être », qu’un rhizome ne comporte pas de structure profonde comme il y en aurait dans un arbre, et le principe de rupture assignifiante : si on le rompt, le rhizome peut repartir.

Pour résumer, le rhizome est comme un réseau qui serait en plus marqué par une certaine multiplicité, par une relation intense avec son environnement et par un potentiel de transformation.

Construire d’autres modes d’existences

Quand je pense aux mouvements opposés aux GPII, je vois des rhizomes. Même si certains profils de mouvements ou d’individus se retrouvent plus souvent que d’autres (par exemple des écologistes, des retraités qui ont plus de temps à consacrer à la lutte...), ce qui frappe, c’est la grande diversité de celles et ceux qui s’y impliquent. Les connexions se multiplient entre les gens et les mouvements, à différentes échelles – localement autour de l’opposition à un projet, à l’échelle continentale ou mondiale comme lors des Forums Contre les GPII… Et les mouvements, certains plus que d’autres, préfèrent l’horizontalité aux structures hiérarchiques traditionnelles (même s’il y a toujours des disparités de pouvoir et de représentation entre les mouvements et les militants).

Le rhizome n’est pas figé, il se transforme et il transforme. Les mouvements contre les GPII se renouvellent sans cesse, les énergies se déplacent d’une lutte à l’autre. Bien souvent, l’expérience de prendre part à ces luttes change celles et ceux qui la font. Ce que l’image du rhizome suggère aussi, c’est un lien au « sol ». Une lutte n’est pas seulement une vision abstraite plaquée sur un contexte local : elle se nourrit de l’histoire, de la culture, du terreau dans lequel elle s’épanouit.

Et peut-être que ce modèle de rhizome correspond moins à ce que forment les mouvements opposés aux GPII qu’à ce qu’on aimerait qu’ils forment : quelque chose qui progresse de façon souterraine et parfois manifeste (quand l’essaim se rassemble) ; qui multiplie les échanges, les influences tout en s’ancrant dans les territoires ; qui en s’attaquant aux « Grands Projets » porte atteinte aux moyens d’expansion voire même de subsistance du capitalisme ; qui échappe à l’emprise néolibérale en construisant d’autres modes d’existence…

Cette réflexion est issue d’un travail de mémoire réalisé au printemps 2014

Le changement climatique bouleverse la biodiversité marine Natacha Delmotte (Reporterre) Reporterre 2015/06/02 Natacha Delmotte (Reporterre) (2 juin 2015) Le changement climatique bouleverse la biodiversité marine. Reporterre. Climat fr

Le changement climatique bouleverse la biodiversité marine

La biodiversité marine pourrait totalement se réorganiser d’ici la fin du siècle suite au changement climatique, prévient une étude scientifique.

La biodiversité qui compose les océans pourrait être complètement modifiée d’ici la fin du siècle. C’est la conclusion d’une étude conduite par le CNRS, avec la Sir Alister Hardy Foundation for Ocean Science, l’université de Plymouth et le Centre scientifique de Monaco et publiée le 1er juin dans la revue scientifique Nature Climate Change. Avec le réchauffement climatique d’origine anthropique, la biodiversité marine pourrait totalement se réorganiser en un laps de temps très court à l’échelle de la planète et provoquer de ce fait des mécanismes en chaîne dans toute la biosphère.

Pour parvenir à cette conclusion, l’équipe des chercheurs a eu recours à ce qu’ils nomment “la théorie METAL”. En l’absence de connaissances suffisantes sur la biodiversité marine réelle, où 90 % des espèces n’ont pas encore été décrites, les chercheurs ont dû créer un modèle : “Nous sommes partis d’un constat simple, explique Grégory Beaugrand, chercheur au Laboratoire d’océanologie et de géosciences et pilote de l’étude. Chaque espèce vit en équilibre avec son environnement. Nous avons donc créé des espèces théoriques correspondant à des gammes environnementales différentes”. Les chercheurs ont ainsi élaboré de façon exhaustive des espèces théoriques avec des réactions différentes à la variabilité des températures. “Elles s’agglomèrent en communauté et colonisent chaque partie de l’océan”. A partir de ce modèle théorique, ils ont observé une étroite correspondance entre la biodiversité actuelle et leur biodiversité théorique, prouvant ainsi la fiabilité de leur modèle.

Les conséquences de la réorganisation de la biodiversité

Les résultats de l’étude sont inquiétants. Si l’on ne change rien à l’évolution actuelle dees émissions de gaz à effet de serre, la quasi-totalité de la superficie des océans pourraient être profondément modifiée. Sur la période allant de 1960 à 2013, 30 % des océans ont réagi aux variations de températures. Et les années à venir devraient continuer la tendance : si le réchauffement climatique reste inférieur à 2°C par rapport l’ère pré-industrielle, 40 % de la superficie des océans (en plus des 30 % actuels) connaîtront un changement important de biodiversité.

Mais si le réchauffement climatique dépasse 2°C, entre 80 et 95 % des océans seront touchées par la réorganisation de la biodiversité marine, soit la quasi-totalité ! Ce qui aurait des conséquences considérables.

Concrètement, cela signifie que les zones intertropicales vont voir leur biodiversité diminuer, alors que les zones tempérées et polaires vont, elles, voir leur biodiversité augmenter. “Mais ce n’est pas parce que la biodiversité augmente que c’est une bonne chose”, dit Grégory Beaugrand. Car l’océan, et ses apports à la planète, en seront profondément modifiés, ce qui se ressentira à l’échelle globale. Ainsi, le cycle carbone planétaire sera modifié car l’océan pourrait ne plus absorber autant de gaz carbonique. L’exploitation des océans seraient également profondément touchée. “Actuellement, on utilise 8 % des productions biologiques de l’océan. L’aquaculture et la pêche souffriraient beaucoup de cette réorganisation. En terme économique, la valeur des produits de la mer ne serait plus du tout la même. Et les pêcheurs devraient s’adapter très rapidement à des fluctuations d’une année à l’autre”, détaille Grégory Beaugrand.

Un processus extrêmement rapide

Car ce qui inquiète réellement les chercheurs, c’est la rapidité du processus. “La planète a toujours connu des cycles, entraînant des changements considérables. Et nous avons voulu mettre en perspective les changements actuels avec d’autres périodes de modifications similaires.” Parmi elles, le dernier maximum glaciaire, datant de 22 000 ans. A l’époque, la température était de 4 à 5°C inférieure à aujourd’hui, et le niveau de la mer, 125 mètres plus bas. “Pour sortir de cette période glaciaire, le réchauffement de la planète s’est étalé sur 5 000 ans. En un siècle, on attend un changement de la même amplitude !” compare le chercheur. Un changement brutal qui va déclencher des mécanismes en cascade, à commencer par cette réorganisation de la biodiversité marine.

Une chose est certaine, si l’on veut éviter tout cela : il faut limiter le réchauffement climatique à 2°C. Grégory Beaugrand le justifie : “Jusqu’à présent, l’objectif de 2°C avait surtout été déterminé d’un point de vue politique. L’étude lui donne une justification scientifique supplémentaire”.

Dans les rues d’Athènes, on se rassemble autour de la cuisine nomade Marie Astier (Reporterre) Reporterre 2015/06/03 Marie Astier (Reporterre) (3 juin 2015) Dans les rues d’Athènes, on se rassemble autour de la cuisine nomade. Reporterre. Monde fr

Dans les rues d’Athènes, on se rassemble autour de la cuisine nomade

Face à la crise, en Grèce, les initiatives se multiplient. Comme cette cuisine nomade, qui propose des repas à prix modique ou gratuitement. Reportage photo.

- Hellinikon (Grèce), reportage

Des tréteaux et des planches, quelques grosses gamelles, un réchaud à gaz et le tour est joué, la cuisine nomade s’installe. Sur une place publique, à la fête des écoles, dans une réunion de quartier, un concert ou une rencontre débat... La cuisine nomade se promène dans les rues d’Athènes et des environs.

Fondée par quelques bénévoles d’une association de quartier, European village, son but est de participer aux événements de la communauté, en fournissant de bons repas à prix modique. Reporterre les a croisés à Hellinikon, à côté d’Athènes, lors d’un festival des alternatives.

Regardez et écoutez notre diaporama sonore :

A Athènes, la cuisine nomade ramène de la convivialité dans les quartiers from Reporterre on Vimeo.

Le projet fou de Vinci et Bouygues qui va ruiner l’île de La Réunion Philippe Desfilhes (Reporterre) Reporterre 2015/06/03 Philippe Desfilhes (Reporterre) (3 juin 2015) Le projet fou de Vinci et Bouygues qui va ruiner l’île de La Réunion. Reporterre. Enquête — Grands projets inutiles fr

Le projet fou de Vinci et Bouygues qui va ruiner l’île de La Réunion

Sur l’île de La Réunion, des élus et les compagnies Bouygues et Vinci veulent construire une route ruineuse pour désengorger la voie actuelle. Mais les dégâts sur l’environnement et le coût pour les finances publiques seraient immenses, alors qu’une alternative existe.

Manuel Valls, qui doit se rendre à La Réunion du 11 au 13 juin, est attendu de pied ferme par les opposants à la nouvelle route du littoral. Ceux-ci lui demanderont d’engager un débat sur le coût économique, environnemental et sociétal de ce projet porté par Didier Robert, le président (UMP) du Conseil régional et soutenu par son gouvernement. « Nous attendons de lui qu’il commandite un audit financier et qu’il clarifie sa position sur ce projet pharaonique qui hypothèque gravement l’avenir de l’ile », dit Jean-Pierre Marchau, élu EELV responsable des transports à la mairie de Saint-Denis.

Samedi 30 mai, ils étaient plus de 400 à manifester aux Avirons, la commune concernée par le projet, contre l’ouverture de la carrière de Bois Blanc, d’où il est question d’extraire plus de 17 millions de tonnes de matériaux destinés au futur chantier. « Près de cinq ans après le lancement du projet, on touche désormais directement la vie des Réunionnais et la mobilisation prend enfin forme sur le terrain. Nous espérons qu’ils seront encore plus nombreux dimanche 7 juin pour la prochaine manifestation. Certains ne seraient d’ailleurs pas contre passer à la vitesse supérieure, jusqu’à faire du site de Bois Blanc une nouvelle ZAD (Zone à défendre), à l’instar de Sivens ou de Notre-Dame-des-Landes », prévient l’élu.

La « NRL », comme on l’appelle à La Réunion, tient une place de choix sur la liste des grands projets inutiles. De quoi s’agit-t-il ? Du projet de remplacer l’actuelle route côtière, qui va de la préfecture de Saint-Denis au Port, par une route à deux fois trois voies. Construite sur pilotis par Bouygues et Vinci, cette prouesse technique a un coût exorbitant : 1,66 milliards d’euros pour ... 12,5 kilomètres, soit 138 millions le kilomètre, selon le budget initial. Du jamais vu, alors qu’un kilomètre de route coûte en moyenne 6,2 millions d’euros.

« Les experts pensent que la facture finale atteindra 2,5 milliards d’euros. C’est trois fois plus cher que Notre-Dame-des-Landes et cela ferait de la NRL la route la plus chère du monde ! », s’insurge un membre de l’Alliance, l’opposition réunionnaise qui réunit le PC réunionnais, des mouvements de gauche progressistes et des membres de la société civile.

Une alternative existe : le tram-train

L’Alliance est d’autant plus fermement opposée au projet de nouvelle route du littoral que Paul Vergès, son leader, qui a été président de Région de 1998 à 2010, avait lancé un projet de tram-train entre Saint-Denis et Le Port. Des travaux de sécurisation de l’actuelle route exposée à des chutes de pierres depuis la falaise étaient également prévus.

Personne ne conteste en effet la nécessité de trouver une alternative à l’actuelle route du littoral. Construite en 1976 et empruntée par 10 000 véhicules à l’époque, cette voie est aujourd’hui fréquentée quotidiennement par 60 000 automobilistes. Résultat, les accidents ou pannes de véhicules allongent significativement les bouchons récurrents de l’entrée ouest de Saint-Denis.

Michel Dubromel, responsable Transport et mobilité durable à la France Nature Environnement, connaît bien le projet de tram-train que son association avait soutenu lors du Grenelle de l’environnement en 2007. « Il faut arrêter le ’tout bagnole’ et développer les transports en commun à la Réunion. C’est une obligation si on veut éviter le ’coma circulatoire’ qui menace l’ile. Et sur le plan environnemental, la NRL est une catastrophe ! », s’insurge-t-il.

L’association a déposé l’an dernier un recours en justice, arguant que la nouvelle route menace le grand dauphin, la baleine à bosse, des coraux et de multiples espèces d’oiseaux (entre autres par la pollution acoustique). « Une quinzaine d’autres recours ont été déposés et le Conseil national de protection de la nature (CNPN) a rendu en 2013 un avis défavorable sur la NRL en raison des atteintes à la faune et de flore sauvage », ajoute le défenseur de l’environnement. La Réunion, comme de nombreuses iles, possède un écosystème particulièrement sensible avec des espèces endémiques particulièrement sensibles : l’UICN (l’Union internationale de conservation de la nature) y recense 104 espèces sur sa liste rouge.

Les opposants à la NRL attendent d’autant plus impatiemment la venue de Manuel Valls qu’ils se sentent trahis par le pouvoir socialiste. « Lorsque François Hollande a gagné en 2012, nous pensions que cela mettrait un terme au nouveau projet de NRL décidé sous le gouvernement Fillon. Il n’en a rien été », déplore Jean-Pierre Marchau. La ministre de l’écologie Ségolène Royal, qui a rencontré le 5 septembre 2014 à Paris Didier Robert, l’a même assuré de l’engagement de l’Etat. « Nous avons l’impression d’un aveuglement de nos dirigeants. Sont-ils obnubilés par les promesses des retombées économiques que procurera le chantier sur une ile où le taux de chômage est de plus de 30 % ? Croient-ils vraiment qu’on peut compenser, comme le propose l’étude d’impact de la NRL, ce qui sera détruit par un projet de cette ampleur ? », s’interroge l’élu de Saint-Denis.

L’enquête d’utilité publique lancée le 20 mai pour l’ouverture de la gigantesque carrière de Bois Blanc, sur l’une des rares portions de littoral encore préservées dans l’ouest, a réveillé l’opinion publique. « De même, un mouvement de protestation s’est élevé contre les atteintes sur le récifs des Lataniers des travaux menés à la Possession. La population commence à prendre conscience des dégâts irréparables que provoquera la NRL », constate Michel Dubromel.

Le temps joue en faveur des opposants à la nouvelle route. Les élections régionales auront lieu dans six mois. Or si la droite a réussi à remporter la région en 2010, c’est parce que le PS, arrivé en troisième place très loin derrière l’Alliance et l’UMP, s’est maintenu, provoquant une triangulaire qui a laissé des traces dans les esprits. « La NRL sera l’un des principaux enjeux des prochaines élections régionales. Si la droite perd, comme nous le pensons, cela sera un coup d’arrêt au projet. Mais d’ici là, ses promoteurs risquent de vouloir l’imposer au forceps », prévient-il.

Un échangeur routier est déjà en cours de construction à La Possession, le lieu qui marque l’entrée ouest de la future NRL. Un autre l’est également à La Grande Chaloupe, au milieu du trajet. « Mais contrairement à ce que dit Didier Robert, ces travaux n’ont rien d’irréversible. La construction des digues notamment n’a pas commencé faute d’avoir trouvé les matériaux nécessaires aux travaux. Le problème de l’approvisionnement en matériaux du futur chantier reste d’ailleurs entier et c’est pourquoi il est si important d’empêcher le démarrage de la carrière de Saint-Leu », insiste Jean-Pierre Marchau.

Actualisation : Dimanche 7 juin 2015, a eu lieu aux Avirons, près de Saint-Leu, dans l’ouest de La Réunion, la plus grande manifestation en faveur de l’environnement de toute l’histoire de l’ile. À l’appel du collectif Touch pa nout’ roche, 4.500 à 5.000 personnes se sont réunies autour de la Ravine du Trou. (Info ici)

Le vélo meilleur que la voiture pour l’économie globale, démontre une étude Natacha Delmotte (Reporterre) Reporterre 2015/06/03 Natacha Delmotte (Reporterre) (3 juin 2015) Le vélo meilleur que la voiture pour l’économie globale, démontre une étude. Reporterre. Économie fr

Le vélo meilleur que la voiture pour l’économie globale, démontre une étude

Comparant les coûts et les bénéfices engendrés par le vélo et la voiture pour la société, une étude se fondant sur le cas de Copenhague montre que le vélo apporte des bénéfices économiques très supérieurs à la voiture.

Pour voyager propre, enfourchez votre vélo ! On s’en doutait, mais maintenant c’est certain : le vélo représente une réelle économie, que ce soit à l’échelle de la société ou à l’échelle individuelle. Une étude, publiée en mai 2015 dans le magazine Ecological Economics par Stefan Gössling, peut désormais le prouver. Pour ce faire, le chercheur a utilisé les travaux réalisés par la ville de Copenhague qui évalue régulièrement les coûts et les bénéfices engendrés par le vélo et la voiture pour la société.

La capitale danoise est le terrain idéal pour évaluer les différents moyens de transports. La voiture et le vélo sont les deux moyens les plus empruntés pour se déplacer et Copenhague affiche depuis 2007 sa volonté de devenir la « meilleure ville au monde pour les cyclistes ». La ville a mis en place des politiques pour encourager les déplacements à vélo, un des objectifs étant de faire passer de 36 % en 2011 à 50 % la proportion de personnes faisant le déplacement domicile/travail en pédalant. Et cette politique contente globalement les habitants : 95 % d’entre eux sont satisfaits de percevoir Copenhague comme une ville de cyclistes.

La volonté de la ville de développer ce mode de transport propre ne date pourtant pas d’hier, et n’a pas toujours été mue par une volonté écologique. Pendant la seconde guerre mondiale et les années 1950, la plupart des déplacements s’effectuaient à vélo, afin d’économiser le carburant. Dans les années 1960, la ville a voulu développer les déplacements individuels en voiture, mais cela pendant une courte période, rapidement stoppée par les chocs pétroliers et l’augmentation des prix.

A partir des années 1980, des manifestations ont réclamé de meilleures conditions pour la pratique du vélo, ce qui a débouché sur la publication en 2002 d’un premier plan en faveur des vélos. Pour évaluer l’efficacité des politiques entreprises depuis ce moment, la ville évalue régulièrement les coûts et les bénéfices engendrés par les modes de déplacements.

Les résultats de l’étude

Pour évaluer et quantifier, plusieurs critères entrent en jeu. Les coûts et les bénéfices ont été calculés à l’échelle collective et à l’échelle individuelle. Sont pris en compte le coût de fonctionnement du véhicule, le temps de trajet, la pollution de l’air, le changement climatique, le bruit, les accidents, la prolongation de l’espérance de vie, la santé, le confort, le sentiment de sécurité, les embouteillages, la détérioration des routes. Chaque donnée est ensuite traduite en euro dépensé par kilomètre.

Au final, Stefan Gössling conclut que chaque kilomètre parcouru à vélo coûte 8 centimes à la société, contre 50 centimes en voiture. Lorsqu’on ne prend en compte que l’échelle collective, le vélo est même rentable pour la société puisqu’il permet un bénéfice de 16 centimes d’euro quand les véhicules motorisés représentent toujours un coût de 50 centimes. Un autre bénéfice difficilement quantifiable est le fait que cette politique cycliste a su attirer les touristes à Copenhague.

L’étude présente pourtant des limites. Certains critères donnent l’avantage à la voiture alors que ce n’est pas forcément légitime. Les accidents, plus dangereux à vélo par exemple, auraient pu être attribués aux coûts engendrés par la voiture. Les plus graves d’entre eux sont systématiquement le résultat d’une collision entre un véhicule motorisé et un vélo. Quantifier les coûts et les bénéfices de chaque critère représente également une difficulté supplémentaire.

Y’a plus de saisons ! Et autres idées toutes faites sur la planète de Frédéric Denhez et Roland Garrigue Reporterre 2015/06/04 de Frédéric Denhez et Roland Garrigue (4 juin 2015) Y’a plus de saisons ! Et autres idées toutes faites sur la planète. Reporterre. fr

Y’a plus de saisons ! Et autres idées toutes faites sur la planète

Il n’y a plus de poissons !

Le gazole pollue moins que l’essence…

Vraies, fausses, bien souvent à nuancer, ces idées toutes faites sont passées à la moulinette par Frédéric Denhez, journaliste scientifique spécialisé dans les questions d’environnement. Illustré avec humour par Roland Garrigue, ce petit livre contribue à former une conscience écologique argumentée.

Y’a plus de saisons ! Et autres idées toutes faites sur la planète, Delachaux et Niestlé, Frédéric Denhez, Roland Garrigue, 218 pages, 12.90 €.

« Contre le changement climatique, il faut la taxe sur les transactions financières » Nicolas Hulot Reporterre 2015/06/04 Nicolas Hulot (4 juin 2015) « Contre le changement climatique, il faut la taxe sur les transactions financières ». Reporterre. Entretien — Climat : de COP en COP fr

« Contre le changement climatique, il faut la taxe sur les transactions financières »

Pour Nicolas Hulot, la conférence de Paris sur le climat, à la fin de l’année, est cruciale : son échec aurait des conséquences géopolitiques graves. Pour éviter cela, il prône une augmentation de l’aide aux pays pauvres, par la taxe sur les transactions financières et la lutte contre l’évasion fiscale.

Reporterre – La négociation climatique semble mal enclenché. Comment l’expliquez-vous ?

Nicolas Hulot - Chaque Etat interprète la notion de responsabilité différenciée de manière distincte, avec des arguments qui sont tout à fait recevables isolément. Quand un pays en développement vous explique qu’il a d’autres urgences, qu’il subit un phénomène qu’il n’a pas provoqué, et qu’il faudrait honorer la notion de pertes et dommages, c’est recevable. Quand la Chine dit que, « nous par habitant on émet quatre fois moins que les Etats-Unis, donc nos efforts doivent être quatre fois moindres », c’est recevable, quand les Etats-Unis disent que la Chine globalement émet plus, tout ça isolément est recevable. Mais collectivement c’est suicidaire si ça doit paralyser le processus.

Est-on en ce moment dans cette situation suicidaire ?

Non. Ce qui fait défaut dans le processus multilatéral, c’est qu’on aborde un enjeu universel par le prisme de ses intérêts nationaux. Et tant qu’on continuera, on aura raison chez soi, mais tort globalement. Il faut que chacun comprenne qu’on sera tous gagnants ou tous perdants et que personne ne pourra tirer seul son épingle du jeu.

Pour l’instant, est-on sur le bon chemin pour la conférence de Paris ?

Si la conférence avait lieu ce soir, la réponse est non.

C’est une situation d’échec ?

Non. L’échec, c’est le 13 décembre qu’on pourra en juger. Ce que chacun sait, c’est que cela fait partie du jeu de la négociation de ne pas mettre toutes ses cartes sur la table. Rien n’est joué, dans un sens comme dans l’autre. On peut être agréablement surpris à Paris, on peut avoir au dernier moment de quoi rétablir la confiance avec les pays qui sont en légitimité de réclamer une aide manifeste à l’adaptation. On peut avoir de mauvaises surprises. Mais le temps est disponible pour résorber ça si les chefs d’Etat et de gouvernements rentrent dans le jeu.

La bonne surprise serait quoi ?

Qu’au G 20 en Turquie, avant la conférence de Paris, les quinze pays les plus émetteurs s’engagent sur un prix au carbone, s’engagent sur un schéma de basculement des subventions aux énergies fossiles sur les énergies renouvelables et s’engagent sur des mécanismes précis pour abonder le financement de l’adaptation au climat.

Que serait la mauvaise surprise ?

Le schéma tragique serait que pays impactés par le changement climatique tournent le dos, en disant, ‘ça suffit la comédie’. Il peut y avoir à un moment ou à un autre dans la complexité de la situation, une tentation de fatalisme. Mais le fatalisme des uns peut nourrir le fanatisme des autres. Le pire scénario serait d’infliger l’ultime humiliation aux pays victimes d’un phénomène qu’ils n’ont pas provoqué et de ne pas les convaincre de notre sincérité.

Vous parlez de fanatisme. Daesch a à voir avec le dérèglement climatique ?

C’est alimenté, c’est amplifié par le changement climatique. Ce qui s’est passé au Nigeria et au Tchad, c’est des déplacements de populations qui font le lit de tous les intégrismes. Il ne faut pas attribuer au changement climatique toutes les conséquences, mais c’est un facteur aggravant, comme en Syrie. C’est l’ultime injustice, parce que à un moment ou un autre, les choses se savent : quand ces gens comprendront que si leurs paturages sont décimés, si leurs troupeaux sont décimés, si leurs terres ne rendent plus, si leurs ressources en eau ne répondent plus, tout ça est lié à un mode de développement dont ils n’ont pas profité et parfois s’est fait sur leur dos, cela fait le lit de toutes les instrumentalisations. Je ne dis pas ça pour effrayer, mais c’est le monde dans lequel on vit. Ce que nous subissons aujourd’hui s’explique dans les racines de l’histoire d’hier, et que ce que nous subissons aujourd’hui écrit l’histoire de demain.

Echouer à Paris c’est déclencher la guerre ?

C’est ajouter de l’instabilité à l’instabilité. Et parfois, ça peut mettre le feu aux poudres. A l’inverse, réussir à Paris, c’est pacifier le monde. Parce que ça nous oblige à être solidaires dans les faits, et qu’un des outils pour rétablir l’équilibre climatique, ce sont les énergies renouvelables. La crise climatique va nous obliger à accélérer le déploiement des énergies renouvelables, ce qui aura pour conséquence de permettre plus rapidement qu’on l’imaginait à des pays faibles - ou puissants - d’acquérir une autonomie énergétique. A partir du moment où les pays acquièrent leur souveraineté énergétique, vous pacifiez le monde. Pourquoi ? Parce que permettre à des petits Etats d’être autonomes, donc de ne pas être dans un rapport de dépendance, fait que l’argent qu’ils ne mettront plus dans l’énergie à l’extérieur, ils pourront l’injecter dans des besoins essentiels de leur pays.

Répondre à l’enjeu climatique est un instrument de paix, parce que ça va nous obliger à développer des financements innovants et à développer massivement l’efficacité énergétique et les énergies renouvelables. Le meilleur outil pour la paix, c’est l’autonomie alimentaire et l’autonomie énergétique.

Le prix du carbone est un élément clé de la bonne surprise de Paris. Ca signifie quoi, le prix du carbone ? Et comment le fixer ?

Il n’y aura pas un prix du carbone à Paris, mais il faut créer un « corridor » : onze pays en Europe vont se fixer un prix du carbone. Il faudrait ensuite que les les pays extra-européens puissent se fixer une trajectoire du prix du carbone, et que peu à peu, les trajectoires convergent. Mais il faut que les pays avec le gros pourcentage s’engagent là-dessus. Tant que les investisseurs n’intègrent pas le risque carbone, on n’y arrivera pas. Mais si l’on fixe un prix au carbone, et que l’on affiche qu’il va croitre de manière irréversible, la rapidité avec laquelle les désinvestissements vont se faire et les investissements vont se faire sera phénoménale.

Ce serait un prix sur le fioul de la chaudière et sur l’essence de l’automobile ou à la source chez les producteurs d’énergie fossile ?

Les deux. Le problème qu’on a eu jusqu’à présent, c’est qu’on a mis en place des mécanismes d’allocations de quotas de CO2 qui n’ont pas bien fonctionné. On a oublié que ce mécanisme de marché ne touchait que les émissions concentrées, les émissions industrielles, qui ne représentent que 40 % des émissions. Si on met le prix à la source, on touche tous les secteurs, l’industrie, mais aussi le bâtiment, le transport, l’agriculture. C’était aberrant de penser qu’avec un marché carbone, on allait réussir. Mais il faut que ce prix carbone touche l’aviation et le transport maritime. On ne peut pas éternellement exonérer ces deux secteurs d’activité.

Alors, le prix du carbone serait mis en place comme une taxe ou par le marché ?

Dans un premier temps, il doit être mis en place par les Etats, comme on l’a fait en France avec la contribution climat-énergie, qui est inscrite dans la loi de finances de cette année.

L’instrument de la taxe est plus efficace que le marché ?

Oui, parce qu’il couvre tous les secteurs. Si on veut toucher l’ensemble des émissions et orienter les investissements, il faut mettre ce fameux prix du carbone, et d’abord chez les pays les plus émetteurs.

Cela suppose un changement de la fiscalité.

L’important est à quoi on alloue les recettes. Elles doivent être affectées à la transition énergétique.

La France organise la COP et fait des grands discours, mais l’argent qu’elle consacre à l’aide au développement a beaucoup baissé. N’est-elle pas hypocrite ?

Il y a un fossé entre les mots et les actes. Il en est de l’aide au développement comme l’aide à l’adaptation et l’aide à la transition énergétique, on promet de l’argent que nous n’avons pas sous les pieds dans un contexte budgétaire austère. Sur ces deux sujets, si on ne travaille pas sur les sources de financement innovants, si on ne fait pas entrer dans le périmètre de la solidarité les secteurs qui s’en sont affranchis, on n’y arrivera pas. Il faut une approche intégrale, il faut lutter contre l’optimisation fiscale, il faut travailler sur la taxe sur les transactions financières. Si l’on veut être au niveau des besoins des pays en développement, ce n’est pas dans le budget existant des Etats.

En ce qui concerne la taxe sur les transactions financières, la France fait partie des pays qui trainent les pieds.

Plus maintenant. Le 2 janvier, j’ai eu cette discussion avec le président. Depuis janvier, il y a eu une commission qui a été créée, avec Pascal Canfin et Alain Grandjean, elle va rendre son rapport, et vous verrez ce qu’il y a dedans, et ça a été arbitré avec Bercy. Les choses bougent.

Quel montant cette taxe pourrait-elle atteindre ?

De quoi permettre de tenir nos promesses, d’atteindre ces 0,7 % du PIB d’aide au développement sur lequel on s’est engagé. Tout dépend de cela.

Quelle initiative la France pourrait-elle prendre d’ici décembre ?

Elle peut créer une alliance avec l’Allemagne et d’autres pays sur ces sujets qui sont cruciaux pour la réussite de la conférence de Paris : l’accord sur les outils de financement, qui doivent couvrir le champ climatique et celui de l’aide au développement. Et ensuite prendre des initiatives multilatérales dans des formats inhabituels, réunir les pays concernés par cet argent pour les convaincre qu’on a enfin mis en place ces mécanismes. On est dans une situation inédite, qui exige des solutions inédites. Si on reste dans les formats existants, on n’a aucune chance.

C’est si difficile, alors que le problème existe depuis des années ?

C’est moins difficile aujourd’hui parce la contrainte est probante, elle saute aux yeux. Si on veut rétablir la confiance, il faut sortir des cadres. Jamais une idée n’est aussi forte que quand son temps est venu. Le temps est venu de sortir du cadre de l’orthodoxie financière.

En commerce international l’orthodoxie règne aussi. Que pensez du traité Tafta ?

Je n’en pense que du mal. Le traité TAFTA est un exemple d’incompatibilité entre nos objectifs et notre capacité à les réaliser. C’est un outil qui va doper le libre-échange, mettre à bas nos gardes-fous environnementaux, ouvrir la voie à des recours dans tous les sens : c’est aller dans le sens contraire de l’histoire.

Vous soulignez qu’il ne faut pas oublier dans le climat les forêts et les zones humides. En France, Notre Dame des Landes se situe sur une zone humide. Le projet d’aéroport est-il compatible avec la lutte contre le changement climatique ?

Dans des budgets aussi contraints que les nôtres, il vaut mieux mettre l’argent dans la rénovation des bâtiments anciens ou les énergies renouvelables que dans une énième plate-forme aéroportuaire. Ce n’est pas le secteur de l’aviation qu’il faut encourager aujourd’hui, il n’est pas la priorité. Aujourd’hui les terres arables deviennent des terres rares. Avant de les sacrifier, il faut bien voir s’il y a un bénéfice social avéré. Ce sont les investissements d’hier, pas ceux d’aujourd’hui.

Quel bilan vous tirez après deux ans de travail avec un gouvernement dont le bilan environnemental est très mauvais ?

Mon rôle m’a permis de faire en sorte qu’on ait une diplomatie qui soit en pointe sur ces sujets. La loi sur la transition énergétique n’est pas insignifiante, loin de là, ne serait-ce que parce qu’on va réduire la part du nucléaire. On ne peut pas dire qu’il ne se passe rien. Entre une révolution écologique et le statu quo, il y a des choses qui se font.

L’absurdité inscrite au cœur de la loi sur la transition énergétique Benjamin Dessus Reporterre 2015/06/04 Benjamin Dessus (4 juin 2015) L’absurdité inscrite au cœur de la loi sur la transition énergétique. Reporterre. Tribune — fr

L’absurdité inscrite au cœur de la loi sur la transition énergétique

Alors qu’Areva est sauvé de la faillite par l’argent de l’Etat et des consommateurs, la loi sur la transition énergétique prévoit d’augmenter de moitié la production d’électricité tout en conservant la même capacité nucléaire. Une prévision absurde, qui conduit à l’impasse.

La loi sur la transition énergétique n’est pas très bavarde sur le nucléaire : elle rappelle, conformément aux engagements du candidat Hollande, que sa production en 2025 ne pourra pas dépasser 50 % de la production française d’électricité, puis se contente de spécifier que la puissance totale des réacteurs installée en France ne pourra en aucun cas dépasser la puissance nette installée actuellement soit 63 200 Mégawatts.

Mais à quelles conditions ces deux propositions (50 % et un plafond de 63,2 GW) sont-elles compatibles ?

Prévisions irraisonnables

En 2014, la production brute d’électricité en France a atteint 562 TWh (terawatts-heure). Le nucléaire quant à lui en a produit 436, soit 77,5 %. Comment faire tomber ce pourcentage à 50 % en 2025 ?

Il faut tout d’abord s’entendre sur les besoins d’électricité et donc de production d’électricité (besoins intérieurs, exportations) dans dix ans en France.

En ce qui concerne les besoins d’électricité, personne n’imagine plus, comme le prétendait le PDG d’EDF il y a moins de deux ans, qu’ils vont croître à un rythme suffisant d’ici 2025 pour que la part du nucléaire dans le mix électrique chute « naturellement » de 77,5 % à 50 %. Pour que cela soit possible, il faudrait en effet que ces besoins passent de 562 TWh à 872 TWh en dix ans, ce qui représente une augmentation de 55 % (ou de 4,5 % par an). Et ce alors que la consommation diminue légèrement depuis cinq ans en France comme dans tous les grands pays européens.

Et puis, comment fournir les 436 autres TWh que ne fournirait pas le nucléaire ? Il n’est pas possible à cet horizon d’imaginer les produire uniquement avec des renouvelables. En effet, aujourd’hui les renouvelables produisent 93 TWh, 70 d’hydraulique, 23 d’éolien et photovoltaïque. Comme les équipements hydrauliques encore faisables se font rares, il faudrait multiplier par 20 en dix ans la production éolienne et de photovoltaïque, ce qui n’est pas vraisemblable. Il faudrait donc mettre en route des centrales à combustibles fossiles avec comme première conséquence une croissance importante des émissions de gaz à effet de serre du secteur électrique !

Fermeture de réacteurs

Revenons à des prévisions plus raisonnables comme celles de RTE (Réseau de transport d’électricité), par exemple, qui prévoit des croissances s’étageant de - 0,2 à + 0,8 % par an d’ici 2025 : les besoins d’électricité (à exportations constantes par rapport à 2014) se situeront alors au maximum à 610 TWh à cet horizon.

Dans ce cas la production nucléaire pour respecter la règle de 50 % devrait tomber d’au moins 130 TWh en 2025. Pour ce faire deux solutions :

- fermer une bonne vingtaine de réacteurs d’ici 2025 et faire fonctionner normalement les autres, ce qui supposerait d’élaborer à très court terme un plan et un échéancier des fermetures, ce dont personne ne parle.

- ou faire fonctionner l’ensemble du parc non plus 7 000 heures par an comme actuellement, mais moins de 5 000 heures par an. Ce serait une aberration économique puisque le coût de production nucléaire est très sensible à la durée d’utilisation des centrales. Il augmente de 40 % quand on passe de 7 000 heures à 4 900 heures de fonctionnement par an.

Exportation irréalisable

Dernier espoir, les exportations de courant nucléaire ? Le solde exportateur de la France s’établit en 2014 à 65,1 TWh (92 d’exportation, 27 d’importation) : c’est son niveau le plus élevé depuis 2003. Ce niveau d’exportation correspond à la production de près d’une bonne douzaine de tranches nucléaires. Exporter beaucoup plus n’est guère possible : il faudrait créer de nouvelles lignes THT transfrontières (et on sait les difficultés locales rencontrées) et trouver des clients, alors que les prévisions de consommation électrique de nos voisins européens restent très modérées (0,3 % par an en moyenne).

Et puis, même si tout cela était résolu, on devrait se poser la question de l’intérêt de consacrer près de 20 tranches supplémentaires, donc la moitié du parc français, à l’exportation de courant d’heures creuses à bas prix tout en gardant chez nous tous les risques (accidents, déchets, rejets) qui en découlent.

Il est donc manifeste que le plafond de puissance nucléaire enregistré dans la loi ne sert qu’à masquer la nécessité de mettre en place un calendrier de fermeture d’un nombre important de réacteurs d’ici 2025, que le gouvernement devrait engager et négocier dès maintenant s’il veut honorer ses propres engagements.

Pour François Hollande, le succès de la COP 21 dépend de l’accord sur les financements Barnabé Binctin (Reporterre) Reporterre 2015/06/05 Barnabé Binctin (Reporterre) (5 juin 2015) Pour François Hollande, le succès de la COP 21 dépend de l’accord sur les financements. Reporterre. Climat : de COP en COP fr

Pour François Hollande, le succès de la COP 21 dépend de l’accord sur les financements

Inaugurant à Marseille la conférence MedCop sur le climat, le président de la République a manifesté son inquiétude sur le succès de la COP 21 à la fin de l’année.

- Marseille, reportage

« La COP 21 commence à Marseille ». François Hollande a joué une note d’humour sur la traditionnelle rivalité entre la cité phocéenne et la capitale - « Ici, vous voulez toujours tout faire avant Paris », mais c’est sur un ton grave qu’il s’est exprimé sur l’état d’avancement des négociations climatiques.

Le président de la République est venu jeudi 4 juin inaugurer MedCOP, le Forum méditerranéen sur le climat. A six mois de la conférence internationale sur le climat qui se tiendra à Paris en décembre, le président de la République a rappelé l’urgence de la situation, évoquant les derniers événements climatiques : sécheresse en Californie, canicule en Inde ou inondations en Asie : « Il n’y a plus de débat aujourd’hui, le réchauffement climatique est incontestable. Et la Méditerranée est particulièrement concernée ».

François Hollande a salué le Maroc, qui vient de publier sa contribution nationale contre les émissions de gaz à effet de serre. Mais il a déploré le retard pris par la communauté internationale : « Seuls 39 pays sur les presque 200 Etats concernés" ont publié leurs contributions.

Sans notes, il a prononcé un discours d’une quinzaine de minutes, concentré sur les enjeux de l’accord de Paris. Evoquant la réunion de négociation en cours à Bonn depuis lundi, il s’est montré soucieux des « points épineux [qui sont] toujours là ».

Lesquels ? Le niveau d’ambition de l’accord, sa forme juridique – simple déclaration ou accord contraignant ? – la différenciation, ou non, des plans d’action selon les pays, et enfin la question du financement, hissée au rang de priorité : « Il n’y aura d’accord à Paris que s’il y a des financements ».

Alors que le Fonds vert pour le climat, destiné à aider les pays pauvres à faire face au changement climatique n’a reçu qu’une dizaine de milliards d’euros, François Hollande a rappelé l’objectif : 100 milliards par an à partir de 2020 - engagement pris par les pays riches lors de la conférence de Cancun en 2010.

« C’est à la fois une condition pour l’accord, mais également un formidable levier pour la croissance verte » a-t-il expliqué

Le président a conclu sur « l’agenda des solutions » : « Le dernier sujet, c’est vous, la société civile – même si je n’ai jamais trop su ce que voulait dire ce terme ».

Parlant de la « nécessité de mobilisation sur le terrain, par exemple sur le charbon » - référence à la campagne de différentes organisations écologistes, M. Hollande en a appelé « aux mobilisations positives », « celles qui portent des solutions ».

« La COP 21 est encore une abstraction pour beaucoup de nos compatriotes » estime-t-il, lançant son nouveau slogan : « L’indifférence, c’est l’ennemi contemporain, l’ennemi anonyme ».

Société civile ou société technologique ?

Mais à la sortie de la Villa Méditerranée, jeune bâtiment de deux ans où se tient la MEDCOP 21, difficile de trouver trace de cette société civile mobilisée. Le « village des solutions » donne surtout la place à des entreprises qui se sont lancées sur le marché des énergies renouvelables et de ses déclinaisons.

Sur les transports, on peut ainsi discuter autour du projet MS Tûranor Planet Solar, « le plus grand bateau solaire du monde », ou bien écouter Emmanuelle Champaud, fondatrice de Totem Mobi faire la promotion de son nouveau modèle de voiture électrique en auto-partage, financé principalement par… la publicité :

- Ecouter Emmanuelle Champaud :

A côté du pôle de compétitivité-risques, l’entreprise Thassalia, filiale d’Engie, présente de son côté le concept qui s’implante dans l’écoquartier Euromed : un réseau de chaud et de froid relié à l’eau de mer, sorte de géothermie marine qui permet de raccorder directement aux habitations.

Certes, des associations comme Les Petits débrouillards-PACA ou le GERES sont représentées, mais l’absence des grands mouvements écologistes ou de structures du collectif pour une transition citoyenne interroge : la préparation de l’accord de Paris, et pis encore, sa signature, peuvent-elles se suffire des négociations institutionnelles et des innovations technologiques ?

REPORTERRE PERSONA NON GRATA ?

A l’entrée de l’amphithéâtre où François Hollande devait prononcer son discours, le service de presse a tenté d’empêcher le journaliste de Reporterre de rentrer, alors qu’il était muni d’une accréditation en bonne et due forme. "Un filtrage a été fait car la salle a un nombre de places limitées, et que pour des questions de sécurité…", est-il dit. Qui a choisi ? « L’Elysée a donné des consignes ». On insiste, arguant que sur un tel sujet, si l’on écarte un média travaillant sur l’écologie… Réponse : « Nous ne sommes pas responsables, c’est l’Elysée qui a fait le tri ». Après de longues minutes de négociations, le service de presse finit par laisser l’accès à la salle de 400 places où une soixantaine de journalistes ont pris place.

Rappelons que Reporterre, le quotidien de l’écologie, est un Service de presse en ligne d’information politique et générale, reconnu en application de l’article 1er de la loi n°86-187 du 1er août 1986. Et qu’il reçoit plus de vingt mille visites par jour.

Le TAFTA menace toutes les collectivités locales... mais elles peuvent le refuser ! Raoul Marc Jennar Reporterre 2015/06/05 Raoul Marc Jennar (5 juin 2015) Le TAFTA menace toutes les collectivités locales... mais elles peuvent le refuser !. Reporterre. Tribune — Traités de libre-échange fr

Le TAFTA menace toutes les collectivités locales... mais elles peuvent le refuser !

Quand on évoque le projet de grand marché transatlantique, il est fréquent d’entendre un élu local répondre : « Ça ne nous concerne pas, c’est une négociation internationale. » Et pourtant, le mandat de négociation conféré à la Commission européenne concerne directement les collectivités territoriales, qui pourraient voir leurs prérogatives plier devant les investisseurs privés. Votre commune refuse-t-elle TAFTA ? Vérifiez-le sur la carte que publie Reporterre.

- Carte interactive des collectivités locales refusant le TAFTA : en bas de cet article

Quand on évoque le projet de grand marché transatlantique, il est fréquent d’entendre un élu local répondre « ça ne nous concerne pas ; c’est une négociation internationale ». La plupart des élus locaux ignorent le contenu du mandat de négociation conféré par notre gouvernement à la Commission européenne qui est le négociateur unique avec les Etats-Unis. C’est bien pour cela qu’il y a urgence à les interpeller.

En effet, l’article 27 de ce mandat de négociation concerne directement les collectivités territoriales : « L’Accord sera obligatoire pour toutes les institutions ayant un pouvoir de régulation. »

Or, l’article 72 de la Constitution de la République précise ce qui suit :

« Les collectivités territoriales ont vocation à prendre les décisions pour l’ensemble des compétences qui peuvent le mieux être mises en œuvre à leur échelon. Dans les conditions prévues par la loi, ces collectivités s’administrent librement par des conseils élus et disposent d’un pouvoir réglementaire pour l’exercice de leurs compétences. »

Investisseurs privés VS réglementation municipale

Ce qui signifie que le gouvernement français a donné son accord pour une négociation dont un des objectifs entre en conflit non seulement avec une disposition majeure de notre Constitution mais aussi avec une de nos pratiques institutionnelles les plus fondamentales : la réalité du pouvoir local qui s’est trouvé renforcé par les lois successives en matière de décentralisation. Les communes, en France, ne sont pas un appendice de l’Etat. Il ne s’agit pas d’un pouvoir délégué par l’Etat. Il s’agit d’une institution issue du suffrage universel, une expression de la souveraineté populaire. Il est d’ailleurs certain que si ce traité, par malheur, est adopté, soit il sera rejeté par le Conseil constitutionnel, soir le gouvernement devra proposer une modification de la Constitution.

Quelle est dès lors la portée de cet article 27 du mandat ? Elle est précisée par d’autres articles.

Ainsi, l’article 23 du mandat traite de la libéralisation des investissements (supprimer toutes les législations et réglementations restrictives au droit d’investir) et de leur protection (supprimer toute forme de taxation ou de contraintes sur les bénéfices). Cet article enlève aux juridictions officielles au profit d’instances privées d’arbitrage le pouvoir de trancher un différend entre firmes privées et pouvoirs publics lorsqu’une firme privée estime qu’une législation ou une réglementation va à l’encontre de la libéralisation et de la protection des investissements. Et il précise : « Toutes les autorités et entités infranationales (comme les États ou les municipalités) devraient se conformer efficacement aux dispositions du chapitre de protection des investissements du présent Accord. »

Ceci signifie qu’une réglementation municipale pourra être attaquée devant une instance privée d’arbitrage privé si elle est perçue par un investisseur privé comme une limitation à son « droit d’investir ce qu’il veut, où il veut, quand il veut, comme il veut et d’en retirer le bénéfice qu’il veut » (définition de l’investissement par les lobbies US).

« Impact négatif »

Ainsi l’article 24, relatif aux marchés publics édicte : « L’Accord visera à accroître l’accès mutuel aux marchés publics à tous les niveaux administratifs (national, régional et local), et dans le secteur des services publics, couvrant les opérations pertinentes d’entreprises opérant dans ce domaine et assurant un traitement non moins favorable que celui accordé aux fournisseurs établis localement. L’Accord doit également inclure des règles et disciplines pour surmonter les obstacles ayant un impact négatif sur les marchés publics de chacun, y compris les exigences de localisation et les exigences de production locale, (…) et celles qui s’appliquent aux procédures d’appel d’offres, aux spécifications techniques, aux procédures de recours et aux exclusions existantes, y compris pour les petites et moyennes entreprises, en vue d’accroître l’accès au marché, et chaque fois que c’est approprié, de rationaliser, de simplifier et d’améliorer la transparence des procédures. »

On le constate, tous les aspects d’un appel d’offre sont visés, y compris ceux lancés par une commune.

Il faudra accorder aux entreprises américaines les avantages qu’on accorde aux entreprises françaises, y compris dans les services publics. Mais comment l’Etat pourra-t-il accorder aux entreprises américaines exerçant une activité dans le même domaine qu’un service public français ce qu’il consacre pour l’activité de ce service public ? Va-t-on devoir accorder à un hôpital privé américain ce qu’on accorde aux hôpitaux publics ? Va-t-on devoir verser à une école privée américaine la somme équivalente à celle consentie à l’école publique française ?

Des exigences de localisation seront considérées comme ayant « un impact négatif » sur les marchés publics (exemple : exiger qu’un fournisseur d’un service comme l’approvisionnement des cantines scolaires soit localisé sur le territoire de la commune, du département ou de la région et qu’il s’approvisionne chez des producteurs locaux). L’accès des marchés publics locaux sera ouvert aux entreprises et firmes américaines au détriment des entreprises et firmes d’Europe ou de France, et à fortiori de la Commune ou de la Région. Les traités européens ont bien préparé le terrain de ce point de vue puisque des exigences de localisation ne peuvent déjà plus être imposées à des entreprises européennes.

Pouvoir aux firmes privées

L’article 45 précise que « l’Accord comprendra un mécanisme de règlement des différends approprié, ce qui fera en sorte que les Parties respectent les règles convenues. »

Cela signifie que toute espèce de norme - sociale, sanitaire, alimentaire, environnementale ou technique - adoptée par une municipalité ou une autre collectivité territoriale, dès lors qu’elle contrarie une firme privée, pourra être attaquée devant un mécanisme d’arbitrage privé. Et non plus devant les juridictions officielles. C’est un pouvoir énorme qui va être donné aux firmes privées.

On s’en rend compte, ce traité menace gravement nos communes et toutes nos collectivités territoriales. C’est pour cela qu’il est si important que les conseils municipaux expriment leur opposition à un tel traité et demandent le retrait de la France de cette négociation. Des dizaines l’ont déjà fait. Il est important qu’il y en ait des milliers.

Complément d’information : En France, quatorze conseils régionaux, dix-sept assemblées départementales et plus de trois-cents communes ont manifesté leur défiance vis-à-vis du traité transatlantique.

Et voici la carte interactive des collectivités locales qui refusent le TAFTA

L’expertise de Reporterre sur le climat à France Culture et à France 24 Reporterre 2015/06/05 (5 juin 2015) L’expertise de Reporterre sur le climat à France Culture et à France 24. Reporterre. fr

L’expertise de Reporterre sur le climat à France Culture et à France 24

Hervé Kempf est intervenu, pour Reporterre, vendredi 5 juin dans l’émission Une Semaine dans le monde, sur France 24, pour faire le point sur les négociations de la COP 21.

Il est également intervenu ce vendredi pour Reporterre dans l’émission les Matins de France culture, pour parler du climat et de la COP 21, avec Laurence Tubiana.

- Ecouter et voir ici (Hervé Kempf à partir de 27’10’’) :

Les matins -24 heures : Quel temps fait-il... par franceculture

La quadruplette d’Alternatiba : le grand départ, c’est aujourd’hui Fokus 21 et Reporterre Reporterre 2015/06/05 Fokus 21 et Reporterre (5 juin 2015) La quadruplette d’Alternatiba : le grand départ, c’est aujourd’hui. Reporterre. Reportage — Alternatiba fr

La quadruplette d’Alternatiba : le grand départ, c’est aujourd’hui

Le grand tour de France des cyclistes d’Alternatiba prend son envol vendredi 5 juin à Bayonne. Pendant deux mois, la « quadruplette », vélo à quatre personnes, va parcourir le pays pour réveiller la société aux enjeux du climat et à la force des alternatives.

Ironie du sort, c’est sous 35 degrés que les bénévoles ont installé les barnums et la scène à côté des Halles de Bayonne pour fêter le départ des deux triplettes et de la quadruplette Alternatiba. Une effervescence silencieuse régnait encore jeudi 4 juin dans la ruche d’Alternatiba Bayonne : vingt personnes s’y activent pour finaliser le déroulé de la journée de départ, préparer les 187 étapes, faire les derniers réglages des vélos, et remplir le camion logistique fourni par Emmaüs Pau-Lescar - dont l’un des compagnons sera en permanence sur l’un des vélos.

Quarante militants vont se relayer sur ces engins extraordinaires où chaque cycliste doit pédaler en rythme et en équilibre avec ses trois équipiers. Le but : parcourir la circonvolution de 5 600 km pour le climat. Elle part ce vendredi 5 juin, journée internationale de l’environnement, pour arriver le 26 septembre à Paris, journée nationale de la Transition citoyenne et veille de la journée sans voiture.

Pour les organisateurs, ces vélos symbolisent « la transition écologique et la solidarité. [Ils] traverseront ainsi 187 territoires différents à la rencontre des populations et associations locales. Ils viseront à mobiliser des centaines de milliers de personnes au total, via des centaines de vélorutions, conférences publiques, concerts et rassemblements festifs, ou festivals populaires et pédagogiques dénommés Alternatiba ».

A 14 heures, après le discours de Christiane Hessel, marraine d’Alternatiba, les vélos partiront encadrés d’une vélorution, puis prendront la direction d’Hendaye et de San Sebastian au pays basque sud. Arriveront-ils à Paris, deux mois avant la COP21, sous une tempête de neige … ou d’applaudissements ?

Départ à suivre en direct sur Alternatiba grâce à Aldudarrak Bideo, telé participative basque et partenaire de Fokus 21 qui réalise le film documentaire Irrintzina sur la dynamique Alternatiba.

- Voir le reportage video sur la préparation du tour :

Alternatiba : départ aujourd'hui de La Marche de la Selle pour le climat ! from fokus 21 on Vimeo.

Jardin sans pétrole - C’est le temps des fraises - et pas besoin de les sucrer Christine Laurent Reporterre 2015/06/06 Christine Laurent (6 juin 2015) Jardin sans pétrole - C’est le temps des fraises - et pas besoin de les sucrer. Reporterre. Jardin sans pétrole fr

Jardin sans pétrole - C’est le temps des fraises - et pas besoin de les sucrer

Terre sèche : urgence, arroser. Non sans s’être régalé des bonnes fraises de juin.

Encore une entorse au jardin sans pétrole ! Nous avons dû prendre la voiture pour acheminer tous nos plants jusqu’au potager. Ceux de choux de Milan, choux-raves et brocolis, du balcon filant du 11e arrondissement et ceux de tomates noires de Crimée, basilic et piments de Padron, des Étoiles de Jean Renaudie à Ivry. Nous en avons ajouté quelques autres achetés ce matin aux journées portes ouvertes de l’Ecole Du Breuil, située dans le bois de Vincennes : un chrysanthème comestible, une hysope et un chou noir d’Italie. Après une sortie de Paris laborieuse, nous sommes content de retrouver notre écrin comestible.

Dans les cerisiers, des billes orangées égayent le feuillage vert et, surprise, des fraises bien rouges aux akènes jaunes très marqués nous attendent. Sitôt vues, sitôt ramassées par Léonie. Nous nous installons pour déjeuner de notre incontournable salade de lentilles - sucre lent indispensable pour travailler plusieurs heures dans le jardin - dans laquelle nous ajoutons de la ciboulette et des rondelles de radis du potager. La dégustation des fraises s’accompagne d’interminables commentaires sur leur couleur, leur forme et leur goût.

Mais trente-sept jeunes pousses attendent d’être mise en terre. La sieste sera pour plus tard... Là où nous n’avons pas arrosé au mois de mai, car il n’y avait rien qui nécessitait de l’être, la terre est très sèche sur plusieurs centimètres de profondeur. Dans la main, au mieux elle s’effrite, le plus souvent elle y reste sous la forme de cailloux très durs. Les vers de terre se sont carapatés dans les profondeurs en attendant des jours plus humides pour remonter en surface. Au sol, les araignées et les fourmis vaquent à leurs affaires. Divers insectes volants que nous n’avons pas encore appris à reconnaître vrombissent au-dessus des plantes. Je m’étonne de ne voir aucune coccinelle. Ce ne sont pourtant pas les pucerons qui manquent !

Un seau de compost, un transplantoir et un arrosoir accompagnent mon cheminement entre les allées. Les plantes trouvent une à une leur place sur les buttes. Un trou, une pelletée de compost, la mise en place du plant, un arrosage et au suivant. Jean-Marie fait des lignes de coquilles d’œuf autour des plants pour éloigner les limaces et les escargots et Léonie répand des copeaux de bois pour préserver l’humidité. Le soir, le jardin a revêtu ses habits d’été en prévision des fortes chaleurs de la fin de la semaine. Nous repartons avec du cresson alénois, de la roquette et du mesclun, un peu de poirée et d’oseille. Sur le chemin du retour en roulant vers la N20, nous nous arrêtons cueillir quelques fleurs d’acacias dont on fait des beignets au goût subtil.

Au secours, mes petits enfants débarquent ! de Guillaume Bouzard, Louis Espinassous, Fred Lisak, Titwane Reporterre 2015/06/06 de Guillaume Bouzard, Louis Espinassous, Fred Lisak, Titwane (6 juin 2015) Au secours, mes petits enfants débarquent !. Reporterre. Pédagogie Éducation fr

Au secours, mes petits enfants débarquent !

Vos petits-enfants arrivent ce week-end ? Ils vont vouloir aller courir dans le jardin ou galoper sous les arbres du parc et vous demander comment s’appelle cet oiseau ou si cette fleur est comestible ! Pas de panique, chers grands-parents : avec cet ouvrage, vous ne serez plus jamais à court d’idées pour passer du temps dans la nature avec vos petits-enfants.

Avec un classement par milieu : au jardin, en ville, dans les bois, au bord de l’eau… et des sujets aussi variés que « petites bêtes », « traces et indices » ou encore « petits bateaux » développés par double pages, ce guide offre un large choix d’activités, d’histoires, d’astuces et de trucs drôles et intelligents dans lequel piocher des idées. Pour chaque activité, des codes rappellent le milieu naturel et la saison idéale pour une lecture immédiate.

Un véritable sac à malices de petits secrets, astuces, savoirs, surprises, jeux et jouets rigolos dans la nature à faire avec ses 10 doigts.

Un livre largement illustré de dessins pratiques, réalisés par Titwane, histoire de ne pas être perdu dans les étapes de fabrications d’un sifflet ou encore de savoir reconnaître les fleurs de sureau pour les déguster en beignets. Et surtout des dessins à l’humour décapant de Guillaume Bouzard pour ne pas trop se prendre au sérieux !

Au secours, mes petits enfants débarquent !, Guillaume Bouzard, Luois Espinassous, Fred Lisak, Titwane, Ed. Plume de carotte, 144 pages, 19,00 €.

- Lire le portrait d’un des auteurs : Louis Espinassous, l’homme qui enseigne l’environnement par la liberté

Le Tour d’Alternatiba a pris son départ Fokus 21 et Reporterre Reporterre 2015/06/06 Fokus 21 et Reporterre (6 juin 2015) Le Tour d’Alternatiba a pris son départ. Reporterre. Reportage — Alternatiba fr

Le Tour d’Alternatiba a pris son départ

- Bayonne, reportage

C’est parti pour 5600 km ! Vendredi 5 juin, les 3 triplettes et la quadruplette Alternatiba sont partis de Bayonne après une cérémonie célébrée sur la place des Halles de Bayonne. Christiane Hessel a encouragé l’équipe en lui rendant un bel hommage et en soulignant qu’il fallait garder l’espoir et continuer le combat contre le changement climatique.

Après un rap et une danse traditionnelle basque, le ruban a été coupé sous les applaudissements de plus de mille personnes et les cyclistes se sont élancés dans les rues du Petit Bayonne, accompagnés d’une centaine de vélos, avant de se diriger en direction d’Hendaye où les attendaient leurs homologues basques.

Passé le pont qui marque la frontière franco-espagnole mais surtout sépare le pays basque nord du pays basque sud, la caravane a été escortée jusqu’à San Sebastian où une nouvelle vélorution les attendaient.

Arrivés épuisés, avec des coups de soleil sur les bras, les cyclistes du tour Alternatiba ont été accueillis par l’équipe qui organise ce week-end le village Alternatiba de Donostia. Prochaine étape du tour samedi en direction d’Espelette où ils participeront au festival Jokoz Kanpo, un festival des arts de la rue.

Voir le reportage video :

Alternatiba : de Bayonne à Espelette, via San Sebastian from fokus 21 on Vimeo.

A Bure, « Cent mille pas » ont relancé la lutte contre les déchets nucléaires Natacha Delmotte (Reporterre) Reporterre 2015/06/08 Natacha Delmotte (Reporterre) (8 juin 2015) A Bure, « Cent mille pas » ont relancé la lutte contre les déchets nucléaires. Reporterre. Reportage — Déchets nucléaires fr

A Bure, « Cent mille pas » ont relancé la lutte contre les déchets nucléaires

Deux mille personnes se sont retrouvées à Bure le 7 juin pour marcher contre Cigeo. L’événement lance une lutte d’ampleur contre la “poubelle nucléaire”, à deux ans du permis de construire - ou non - délivré par l’Etat.

- Bure (Meuse), reportage

“Bienvenue les courageux ! Bienvenue sur le site de la résistance”. A leur arrivée devant le laboratoire de l’Andra (Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs) installé à Bure, les randonneurs sont accueillis par une haie d’honneur. A 13 heures, ce dimanche 7 juin, tous les participants ont achevé leur parcours pour les 100 000 pas à Bure, et les festivités peuvent commencer. Le but : montrer que Cigéo, le projet d’enfouissement des déchets nucléaires prévu dans la Meuse ne bénéficiera pas de l’inaction des populations locales, et que la résistance est et sera vive.

Pour cette nouvelle mobilisation, BureStop, Bure Zone Libre, CEDRA 52, EODRA et les Habitants vigilants de Gondrecourt-le-Château ont réuni deux mille personnes pour les 100 000 pas.

Des causes de mobilisations multiples

Deux mille personnes dans Bure, commune de 92 habitants, où est censé s’implanter Cigéo : Cigéo est le projet qui consiste à enfouir 80 000 mètres cubes de déchets radioactifs à 500 mètres sous terre. Un projet “pas sérieux, fragile et sensible”, comme le qualifie Bertrand Thuillier, ingénieur agronome et expert indépendant. "Les gens à l’origine de la construction de Cigéo ne sont même plus là. C’est comme si on nous avait mis dans un navire, et que le capitaine et le chef des chaloupes étaient en train d’abandonner le navire."

L’autre cause de résistance des militants présents devant le laboratoire de l’Andra : le projet Syndièse à Saudron, qui veut gazéifier les forêts pour en faire du diesel de synthèse. Un projet au rendement plus que douteux : "Le prototype engloutirait entre 90 et 115 000 tonnes de bois par an pour alimenter l’équivalent d’un an de carburant pour 3000 véhicules. D’autant plus que cette industrie consommerait en énergie l’équivalent d’une ville de trente mille habitants", explique Régine Millarakis, membre des Habitants vigilants de Void et de Mirabel Lorraine Nature Environnement.

En fait, le nucléaire colonise peu à peu la région avec des projets de ce type. La plateforme logistique de Void, qui accueille des camions transportant de l’uranium en est un autre exemple, tout comme l’installation des archives d’EDF. "L’achat des consciences est énorme !", s’exclame Michel Marie, membre de la CEDRA, une des organisations à l’origine de l’événement. Opposant depuis 22 ans au projet Cigéo, il dénonce un déni démocratique, mais constate que la mobilisation connait un renouveau.

Un nouveau souffle dans la lutte contre la “poubelle nucléaire de Bure”

« En 1993, tout le monde est monté au créneau à l’annonce du projet, explique Michel Marie, mais ensuite, le soufflé est retombé » et la mobilisation s’est tassée. Michel Marie et la CEDRA ont fait partie des opposants qui ont continué de résister. « Parfois on croise des gens dans la rue qui nous disent : ’C’est bien que vous vous opposiez !’ Mais la seule chose que j’ai envie de leur répondre, c’est : Et vous ?’ »

Les 100 000 pas de dimanche sont en tout cas un succès, qui a même vu la mobilisation de cinq tracteurs, une première dans la région où les agriculteurs craignent les conséquences sur leurs activités agricoles d’une opposition trop franche.

L’enjeu : donner un fort écho médiatique à l’enfouissement des déchets nucléaires pour créer une résistance pérenne, qui pourrait prendre la forme d’une ZAD, une résistance semblable à celle de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes et du barrage de Sivens. "C’est grave que des zones humides soient préemptées pour un aéroport qui a déjà son équivalent, c’est grave d’envisager de faire un barrage de cette ampleur sans en avoir besoin, mais là aussi c’est grave d’assembler une bombe atomique sous terre", commente Daniel Monnier, élu local très concerné par le projet et membre du Parti de Gauche.

Un mot d’ordre donc : résistance, et ambiance festive. Les 100 000 pas ont commencé par les départs de quatre randonnées, des “rando-actives” de 17 à 5 km de distance. "L’intérêt des marches était de faire découvrir ce territoire mis à mal par ce projet aux randonneurs, et elles avaient également un côté festif", explique Florent Compain, président des Amis de la Terre. Toutes convergeaient vers le lieu de lutte, où un pique-nique était organisé ainsi que des stands et des concerts. Parmi les musiciens, le groupe des Bure Haleurs ou la chorale révolutionnaire de Verdun. A 15 h, la journée a atteint son point d’orgue avec la mise en place d’une chaîne humaine de plusieurs kilomètres entourant toute la circonférence des installations de l’Andra, au rythme de l’hymne de la résistance, un chant des partisans revisité pour Cigéo : “Ami, entends le silence de tous ceux qu’on fait taire”.

Le lien avec Fessenheim et l’Allemagne

Des militants, des Meusiens, des Allemands, des familles… Pour beaucoup, des résistants au nucléaire depuis la première heure. Marie-Reine vient de Mulhouse, elle milite contre Fessenheim depuis les années 1970 : "On a fait notre vie avec ce combat. Mais au départ, quand on a posé la question de la gestion des déchets nucléaires, personne n’a voulu nous répondre. Aujourd’hui, on est ici parce qu’on veut fermer Fessenheim et arrêter la production de déchets nucléaires."

Parmi les personnes présentes, la centrale de Fessenheim est d’ailleurs un sujet récurrent. Céline, qui vient d’Hayange avec sa famille, reconnaît s’être déplacée pour la première fois pour les 100 000 pas. "On suit depuis le début mais on n’est jamais venus, et si tout le monde fait pareil, c’est la porte ouverte à tout", témoigne-t-elle, "Mais on voit que les promesses ne sont pas tenues, notamment pour la fermeture de la centrale, et ça fait peur pour les enfants."

Le nucléaire est un enjeu international, car il n’existe pas de frontière pour la radioactivité. L’Allemagne pourrait souffrir d’un accident nucléaire proche de sa frontière. Conscients de ce danger, des militants allemands ont donc rejoint les 100 000 pas. "Hollande a promis de fermer Fessenheim et il ne le fait pas, constate Elfriede Roeder, Allemande venue de Fribourg pour soutenir l’opposition à Cigéo. "Mais il y a des risques dans notre région à cause de Fessenheim, et évacuer Fribourg serait impossible". Elle aussi milite pour une résistance plus forte, mais surtout internationale. "Les opposants français et allemands au nucléaire devraient se réunir."

La mobilisation n’en est donc qu’à son début, mais bat déjà fort. Dans les mois à venir, d’autres actions devraient venir compléter la lutte. Des randonnées, des balades à vélo… Pour les organisateurs comme les militants, une chose est sûre : "A deux ans de l’échéance, c’est maintenant qu’il faut agir."

Aux Mille vaches : « Ils m’ont traité comme un chien et ils maltraitent les vaches » Marie Astier (Reporterre) Reporterre 2015/06/08 Marie Astier (Reporterre) (8 juin 2015) Aux Mille vaches : « Ils m’ont traité comme un chien et ils maltraitent les vaches ». Reporterre. Mille Vaches et fermes-usines fr

Aux Mille vaches : « Ils m’ont traité comme un chien et ils maltraitent les vaches »

Les conditions de vie à la ferme-usine des Mille vaches ne sont pas idéales : animaux maltraités, salariés harassés. Reporterre publie un témoignage accablant. Et la réponse de Michel Ramery, qui relativise les faits rapportés.

« Il m’a demandé : il te plaît ton boulot ? J’ai répondu que je devais réfléchir. Il m’a dit, ’T’inquiète, j’ai déjà réfléchi pour toi, tu pars’. » Voici comment notre témoin a été licencié de la ferme-usine des Milles vaches, à Drucat, dans la Somme.

« Ils m’ont traité comme un chien et ils maltraitent les vaches. C’est pour cela qu’aujourd’hui je parle. » Sous couvert d’anonymat, cet ex-salarié de la ferme-usine a accepté de se confier à Reporterre. Il a été renvoyé il y a peu de temps. S’il souhaite qu’on ne dévoile pas son nom, c’est qu’il est actuellement à la recherche d’un nouvel emploi… Pour prouver son identité, il nous envoie une fiche de paie ; il était rémunéré au Smic.

Première surprise, il y aurait plus de 485 vaches dans la ferme-usine. « Cela fait longtemps qu’il y en a plus, on en est à 723 maintenant. Je le sais parce que c’est écrit sur le roto [l’appareil de traite – NDLR] en fin de traite. Des camions amenant de nouvelles vaches arrivent souvent. Le temps où j’étais là, au moins quatre-vingt sont arrivées. On m’a dit qu’elles venaient d’un grand élevage du centre de la France, qui a fermé. » En avril, pourtant, le ministre de l’Agriculture avait promis qu’il faudrait une enquête publique pour aller au-delà de cinq cents bovins.

« Elles sont traites trois fois par jour, sauf les malades qui sont traites deux fois par jour. » Pourquoi traire les vaches trois fois par jour ? « Ils disent que c’est pour éviter la saturation du pis. Parce que quand les pis sont pleins, la vache ne produit plus de lait. » En clair, traire les vaches trois fois par jour permet de leur faire produire plus de lait.

Selon lui, les animaux sont en très mauvaise santé : « Dans le troupeau, il y a au moins 300 vaches qui boitent. Elles sont fatiguées, maigres. Elles ont des ongles trop longs ou des sabots qui pourrissent. Elles marchent à longueur de journée dans leurs excréments. D’habitude, on nettoie tous les deux jours dans ce type d’élevage, là c’est tous les quinze jours. Les vaches sont sales. »

« Dans un élevage normal, quand une vache boite, on regarde ce qu’elle a. Mais là, on ne regarde pas quel est le problème. Les responsables ne veulent pas mettre de produit pour soigner les bêtes, parce que ça coûte cher et que c’est du boulot. »

D’après notre témoin, le responsable qui gère l’élevage au quotidien, Stéphane, « vient du milieu du cochon, du coup il s’occupe n’importe comment des vaches. Il les tue accidentellement. Par exemple, il ne sait pas les faire vêler [accoucher-NDLR], alors une vache a fait une hémorragie interne. »

Résultat : « Il y a au moins deux ou trois vaches qui meurent chaque semaine, c’est beaucoup quand même. Les responsables disent que c’est normal que les vaches soient malades parce qu’il y en a beaucoup. »

Selon le témoignage, ce « patron », Stéphane, « se promène avec une bouteille en verre. Il dit que dedans, il y a du produit pour euthanasier les vaches quand elles sont trop malades. On lui dit que c’est interdit, que c’est au véto de le faire. Il nous répond de nous taire... »

Combien de personnes travaillent-elles dans la ferme-usine ? « Quand je suis arrivé, il y avait une comptable, une secrétaire, deux responsables et trente-trois employés. Quand je suis parti, on n’était plus que quinze. » Il nous décrit des rotations d’équipes minutées, organisées comme à l’usine : « Il y a deux équipes, celle qui travaille de 5 h à 14 h 30 et celle qui travaille de 14 h 30 à minuit. »

Selon lui, « ici on n’est pas respecté ». Stéphane, qui gère aussi le personnel au quotidien, « nous prend pour ses chiens. Quand on laisse traîner nos affaires, par exemple, il les jette. »

« Les salariés sont usés, comme les vaches », résume-t-il.

La réponse de Michel Ramery, propriétaire de la ferme-usine des Mille vaches

Reporterre a pu joindre Michel Ramery, entrepreneur qui a lancé la ferme-usine des Mille vaches. Il nous dit être au Sénégal et accepte de répondre à nos questions. Combien y a-t-il de vaches dans sa ferme ? « A peu près 500 », affirme-t-il. Mais selon nos informations, il y en aurait plutôt 700. « Oui, c’est possible, admet-il. Cela fait un mois que je suis parti, mais il y en a quelques unes de plus qui sont arrivées. Donc mettons 700. »

Autres informations données par notre témoin, qu’il confirme : les vaches sont traites trois fois par jour et une quinzaine de salariés s’en occupent. Il sont payés au Smic, plus les heures supplémentaires.

En revanche, l’entrepreneur nie que les animaux puissent être en mauvaise santé et mal soignés. « Une vache ça vaut de l’argent, ce n’est pas dans notre intérêt de les faire mourir, elles sont bien soignées. Quand quelqu’un perd une vache sur cinquante, ça fait mal. Mais c’est vrai qu’avec 700 vaches, on peut en perdre 14... »

« Les vaches, elles sont soignées parfaitement, affirme-t-il. Je suis un perfectionniste ! »

Pourtant, redisons-nous, on nous rapporte qu’il en meurt deux ou trois par semaine ? « Ce n’est pas trois par semaine ! Les vaches mortes, c’est un problème qu’on a eu au début parce qu’on a dû les ramener en cachette. (…) Au début, on avait un peu plus de mortalité que la normale. On a acheté des vaches un peu partout et elles n’ont pas apprécié le changement de bâtiment. Mais maintenant, on est dans des critères normaux de pertes de vaches. »

Du côté des salariés, leur nombre a-t-il diminué ces derniers temps ? Il conteste vigoureusement. « C’est du non sens, on a plus de vaches, donc on a davantage de salariés pour les traire ! » Il reconnaît que « cinq ou six » employés sont partis. Mais pas parce qu’ils ont été renvoyés : « Il y a un gars qui n’était pas mal, je lui ai demandé pourquoi il ne restait pas, il m’a répondu qu’il gagnait 150 euros de plus au chômage ! »

- Actualisation - A la suite de cet article, une enquête de la Préfecture a été diligentée sur place, afin de vérifier le nombre de vaches sur la ferme-usine.

Ce que recouvrent vraiment les logos des produits alimentaires Rémy Cahen (Silence) Reporterre 2015/06/08 Rémy Cahen (Silence) (8 juin 2015) Ce que recouvrent vraiment les logos des produits alimentaires. Reporterre. Quotidien fr

Ce que recouvrent vraiment les logos des produits alimentaires

Les emballages de produits alimentaires regorgent de logos censés montrer leur « bio compatibilité ». Mais savons-nous réellement ce qu’ils recouvrent ? Voici un point non exhaustif pour y voir plus clair au moment de faire ses courses. Et se souvenir que le meilleur emballage reste celui que l’on ne consomme pas.

En faisant mon pain avec des pâtons de 500 g, il manquait 20g pour le dernier pâton issu d’un emballage de 1,5 kg. Je me suis alors rendu compte que le logo figurant sur l’emballage définissait la valeur maximale de son contenu. C’est à partir de là que je me suis intéressé aux emballages de produits alimentaires et aux normes qui les encadrent.

Nous ne voyons pas ou plus les logos et les inscriptions inscrits sur les emballages. Pressés de faire nos achats, nous ne prenons pas le temps de lire les étiquettes. C’est écrit en petits caractères, difficile à lire parfois et les logos, ce sont juste des dessins. Pourtant elles en disent long, ces étiquettes. L’Europe peine à mettre les industriels en charge d’informer le consommateur. Ce qui intéresse avant tout le consommateur, c’est ce qu’il y a à l’intérieur de l’emballage.

Logo E : pas de garantie sur la quantité

Il est apposé à coté du poids ou du volume du contenant de l’emballage. Ce logo signifie que l’industriel respecte la norme sur le contenant. En effet, il est impossible à un industriel de mettre une quantité exacte dans un contenu. Afin de faciliter leur travail, l’Europe a défini une règle concernant les tolérances sur les contenants. Une tolérance représente les bornes mini et maxi entre lesquelles doit se situer l’exacte valeur du contenu.

Il est important de savoir, en tant que consommateur, que la valeur inscrite sur l’emballage où il y a le logo E, correspond à la valeur maxi de la tolérance. [1] Ce qui veut dire, à peu de chose près, que vous avez 0.01 % de chance d’avoir la quantité inscrite sur votre emballage. [2]

Point vert : ce n’est pas forcément recyclable !

Vous le trouvez sur 95 % des emballages, appelé communément « point vert » avec deux flèches inversées. [3] Le décret qui l’a mis en place a servi à la création de l’organisme Éco-emballages. Le logo signifie que l’entreprise qui met en vente ce produit participe financièrement à la collecte, au tri et au recyclage des emballages.

Si vous demandez aux consommateurs la signification de ce logo, ils vous répondent à 90 % qu’il signifie que l’emballage est recyclable. Or, rien n’est plus faux, ce logo signifie seulement que le producteur de l’emballage s’est acquitté d’une taxe pour « pourvoir à l’élimination des déchets d’emballages ». Chaque année, 5 millions de tonnes d’emballages sont jetés, et seulement 37 % recyclés. Il est anormal de tromper ainsi le consommateur.

De plus, il est très difficile de trouver le montant de la taxe perçue, cela dépend de beaucoup de paramètres de l’emballage (poids, matière(s),…). [4] Rien n’est entrepris pour diminuer la quantité de déchets ménagers. Les emballages sont de plus en plus petits pour les portions individuelles. Le Conseil d’administration d’Éco-emballages est composé principalement de responsables de la grande distribution et de l’agro-industrie, ceci explique peut-être cela.

Quelques solutions pour remédier aux limites des logos

- Poids : Indiquer sur le produit, à coté de la valeur, le mot maximum afin d’informer le consommateur, que la valeur inscrite du contenant est la valeur maximum. - Logo « point vert » : Changer de logo, une forme simple, géométrique avec, inscrit à l’intérieur, le montant de la taxe. Enfin le consommateur saurait le prix qu’il paie pour la taxe sur l’emballage.

De plus, c’est tout le système de gestion des déchets qu’il faudrait changer, car plus nous recyclons de produits différents, plus la taxe sur l’enlèvement des ordures ménagères (TEOM) inscrite sur votre taxe d’habitation sera élevée, puisqu’il faudrait plus d’investissements pour valoriser ces nouvelles matières…

Malgré la loi (incitation à trier plus ou consommer moins) [5], les communes traînent souvent des pieds. Dans la communauté de communes des portes d’Alsace, le maire de Manspach (68), Dany Dietmann, a mis en place la pesée embarquée depuis 1996. Le poids collecté des déchets collectés a été divisé par trois. [6] Cela devrait suffire à convaincre.

Des épiceries sans emballage

Si le consommateur savait la vérité, il consommerait moins d’emballages et demanderait des supermarchés sans emballage comme cela existe dans certains pays (à Londres, à Austin au Texas…).

A Berlin, il faut se rendre avec ses propres bocaux, bouteilles, sacs et contenants pour faire ses courses au magasin Original Unverpackt. A Anvers en Belgique, Robuust est le premier magasin sans emballage du pays. A Bordeaux, La Recharge est une épicerie sans emballages jetables. A Lyon, l’épicerie 3 p’tits pois ne vend pas tout sans emballage, mais elle a mis en place un étiquetage en étoile à quatre branches qui comprend quatre critères : si les produits sont locaux, bios, équitables socialement, et plus ou moins emballés.

Recharger soi-même avec des emballages déjà utilisés, permet de faire des économies, car les prix sans les emballages sont moins élevés. Cela permet aussi de choisir la quantité exacte dont on a besoin, et de lutter contre le gaspillage alimentaire.

Le retour de la consigne

France Nature Environnement [7] a fait campagne pour le retour de la consigne des emballages en verre en 2014. La consigne existe au Luxembourg en Belgique et en Allemagne, dans certains supermarchés. En France, la consigne existe chez les cafetiers et les restaurateurs. Les bouteilles concernées ne comportent pas le logo point vert.

COMPOSITION DES PRODUITS

Les matières sont citées par ordre décroissant, de la plus grande à la plus petite proportion.

Les produits commençant par la lettre E suivie de 3 ou 4 chiffres sont des additifs alimentaires. Colorants : E100 à E180. Conservateurs : E200 à E297. Antioxydants : E300 à E337. Émulsifiants, exhausteurs de goût (éviter à tout prix le E621 ou glutamate monosodique), édulcorants de synthèse (éviter le E951 ou aspartam).

Pour vous aider à lire la composition des produits, faites vos courses avec le livre de Corinne Gouget : Danger : additifs alimentaires, aux éditions Chariot d’or.

Contacts

Original Unverpackt, Wiener Straße 16, 10999 Berlin, http://original-unverpackt.de.

Robuust ! The Zero Waste Shop, Reyndersstraat 2/1, 2000 Antwerp. Tél : 0032 (0)491 08 51 54, www.berobuust.com.

La Recharge, 38 rue Sainte-Colombe, 33 000 Bordeaux, www.la-recharge.fr.

3 Ptits Pois, 124 rue Sébatien Gryphe, 69007 Lyon, http://www.3ptitspois.fr.

La ferme-usine de Drucat compte plus de vaches qu’autorisé. La Préfecture enquête Barnabé Binctin (Reporterre) Reporterre 2015/06/09 Barnabé Binctin (Reporterre) (9 juin 2015) La ferme-usine de Drucat compte plus de vaches qu’autorisé. La Préfecture enquête. Reporterre. Mille Vaches et fermes-usines fr

La ferme-usine de Drucat compte plus de vaches qu’autorisé. La Préfecture enquête

Suite aux révélations de Reporterre indiquant que la ferme-usine de Drucat compte plus que les 500 vaches autorisées, la préfecture de la Somme lance un contrôle en urgence.

- Actualisation : Dans l’après-midi du mardi 9 juin, le responsable de l’exploitation, Michel Welter, a confirmé à l’AFP les informations révélées par Reporterre : « Entre le 10 avril et aujourd’hui, le cheptel est effectivement passé de 500 à 794 laitières » , a-t-il déclaré.

La réaction ne s’est pas fait attendre. « Nous avons pris connaissance de votre article publié ce jour. En réaction, la préfète a demandé à la DDPP [Direction départementale de protection des populations] de réaliser un contrôle de l’exploitation et de compter le nombre d’animaux par catégorie dans les plus brefs délais. » Par ce mel envoyé à Reporterre lundi 8 juin en milieu d’après-midi, la préfecture de la Somme a confirmé ses inquiétudes sur l’augmentation du cheptel de la ferme-usine des Milles vaches signalé par le témoignage publié le matin par Reporterre : l’ex-salarié de la ferme-usine indiquait que celle-ci comptait plus de 700 vaches, alors que seules 500 sont autorisées.

« Nous prenons très au sérieux tous les signalements. Votre article a éveillé l’intérêt des services de l’Etat », nous ont confirmé au téléphone les services de la préfecture. Les plus brefs délais ? « C’est demain. » Ce mardi 9 juin, la ferme-usine des Mille vaches doit donc s’attendre à un « contrôle d’opportunité », sorte de procédure d’urgence effectuée par la Direction départementale de la protection des populations, en charge notamment des contrôles sanitaires sur les troupeaux.

En cause, le dépassement du volume de bovins présents à la ferme-usine des Mille vaches. L’arrêté préfectoral du 1er février 2013 est explicite : pour l’heure, l’autorisation d’exploiter vaut pour 500 vaches.

- Télécharger l’arrêté :

Si les revendications de l’exploitant à augmenter prochainement son troupeau sont connues depuis plusieurs mois, le ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll s’était montré très clair, en avril dernier : pas d’augmentation des effectifs sans enquête publique préalable, comme l’avait alors révélé Reporterre.

Michel Ramery, propriétaire de la ferme-usine, aurait-il ainsi désobéi au ministre ? L’homme d’affaires en BTP reconnaît être « un peu en avance ». Mais il se défend de toute illégalité : « Le ministre a voulu cette enquête, mais je suis dans la loi ! J’ai l’autorisation pour 500 vaches, mais la loi des regroupements me permet d’aller au-dessus. J’ai droit à un pourcentage supplémentaire, jusqu’à 850 vaches », explique-t-il à Reporterre.

C’est une erreur d’interprétation, selon Maître Frison, l’avocat de l’association Novissen, opposée à la ferme-usine : « En tant qu’installation classée [ICPE], la ferme-usine des Mille vaches est sur un régime d’autorisation soumis à enquête publique. Techniquement, je ne vois pas comment il pourrait s’en dispenser. » Autrement dit, aucune augmentation du cheptel à la ferme-usine ne peut se soustraire à l’enquête publique ni à l’autorisation préfectorale qui lui sont préalables.

Le cabinet de Stéphane Le Foll confirme cette interprétation : « Tout écart par rapport à l’arrêté est une infraction qui fera l’objet des mesures appropriées sur le plan administratif et judiciaire », a indiqué à Reporterre un conseiller du ministre joint dans la soirée. Il reste à vérifier le nombre d’animaux : « Pour l’heure, nous ne pouvons pas confirmer vos informations. La dernière visite de la DDPP remonte au 1er avril, et à cette date, la situation était conforme sur le nombre d’animaux. » Réponse mardi soir, après la visite des services de la DPPP.

Dans l’empire de l’agrobusiness, au Brésil, une entreprise bio défend une agriculture « spiritualiste » Mathilde Dorcadie (Reporterre) Reporterre 2015/06/09 Mathilde Dorcadie (Reporterre) (9 juin 2015) Dans l’empire de l’agrobusiness, au Brésil, une entreprise bio défend une agriculture « spiritualiste ». Reporterre. Reportage — Animaux fr

Dans l’empire de l’agrobusiness, au Brésil, une entreprise bio défend une agriculture « spiritualiste »

Dans un pays dominé par l’agrobusiness, les pesticides et les OGM, l’entreprise Korin défend depuis vingt ans une agriculture biologique et naturelle. Elle s’inspire de la philosophie du japonais Mokiti Okada, fondateur de l’Eglise messianique mondiale. Une recherche du parfait équilibre entre la préservation et l’utilisation des ressources naturelles pour produire des aliments sains, tout en respectant le bien-être animal.

- Ipeúna (Brésil), reportage

C’est au milieu des champs de cannes à sucre, à 200 kilomètres de la mégalopole de São Paulo, que s’est implantée l’exploitation. Sur le même terrain, celle-ci côtoie les bâtiments de la Fondation Mokiti Okada. Bienvenu chez Korin, une des rares marques à s’être fait un nom sur le marché des produits biologiques au Brésil. Luiz Carlos Demattê Filho, directeur industriel et coordinateur de centre de recherches de la Fondation, nous reçoit. Korin est aujourd’hui une entreprise prospère (30 millions d’euros de chiffres d’affaires en 2014) mais qui continue à mener en parallèle un travail approfondi de réflexion méthodologique et de recherche technique.

Une agriculture naturelle et spiritualiste

L’histoire de ce producteur hors du commun commence dans les années 70, lorsque des membres de l’Eglise Messianique du Brésil, créée par des immigrants japonais, achètent un terrain sur la commune d’Ipeúna dans l’Etat de São Paulo afin de mettre en pratique les préceptes de l’« Agriculture naturelle » énoncés par Mokiti Okada (1882-1955). Connu aussi sous le nom de Meishu-Sama, ce penseur et leader spirituel natif de Tokyo est à l’origine d’une philosophie religieuse se basant sur les Lois de la Nature, dont les trois piliers sont la Vérité, le Bien et le Beau. Ses écrits abordent aussi bien la politique, l’éducation que la médecine.

Mais une importante partie de son travail touche à l’agriculture. Dès 1935, il dénonce l’utilisation grandissante de l’agrochimie et développe des méthodes de production sans fertilisants. « L’objectif de l’Agriculture naturelle est de produire des aliments de qualité, sans préjudices pour la santé de l’homme, consommateurs ou producteurs. Nous pensons que les aliments ont un bénéfice matériel, celui de nourrir le corps, mais aussi spirituel. D’après les Lois de la Nature, les aliments doivent aider à élever aussi l’énergie spirituelle de l’homme », explique Luiz Carlos Demattê.

Il a fallu plusieurs années de recherches au groupe de pionniers avant de pouvoir se lancer dans la commercialisation de leurs produits en 1994, année de lancement de l’entreprise. « Produire sans engrais, sans pesticides, sans antibiotiques pour les animaux, demande un long travail de sélection des espèces et de définition des bonnes pratiques. Au début nous avions 60 % de pertes sur nos poulets », raconte le coordinateur du centre de recherches.

C’est grâce au soutien financier de la communauté et de l’Eglise que l’entreprise a pu disposer du temps nécessaire pour mettre en place son système unique de production. Depuis 2007, Korin a atteint la viabilité économique et connaît un fulgurant taux de progression de son chiffre d’affaires, à 27 % par an. Sous la marque Korin sont aujourd’hui commercialisés des poulets (10 000 tonnes par an), des œufs (1,8 millions par mois), des légumes, mais aussi depuis peu de la viande bovine, du riz et du miel. Prochainement, seront lancés des produits dérivés, des plats préparés, du poisson et des pâtes distribués dans six magasins de la marque et dans de nombreux supermarchés.

Une entreprise bio dans un océan d’agrobusiness

Plusieurs facteurs expliquent le succès des produits Korin. La plupart des consommateurs ignorent tout de la philosophie qui imprègne le processus de production – que l’entreprise met d’ailleurs assez peu en avant. La force de Korin réside dans son image et notamment celle que lui donnent les trois certifications dont elle bénéficie pour la viande et les œufs :

- produit biologique (label brésilien « Produto orgânico ») - sans antibiotiques (label américain « AF-antiobiotic free ») - respect du bien-être animal (label « Certified Humane » de HFAC-Humane Farm Animal Care)

Le contexte brésilien joue aussi pour beaucoup : le pays est connu comme étant l’un des plus ouverts aux OGM (second producteur mondial de produits transgéniques). Il est également champion de la consommation de pesticides (une récente étude de l’association brésilienne de la Santé collective a montré que 70 % des aliments consommés portent des traces de produits toxiques, tandis que l’Institut National du Cancer estime que chaque brésilien consommerait 7,3 litres par an de ces mêmes produits).

Face au poids de l’agrobusiness, le marché des produits biologiques est proportionnellement encore embryonnaire. La certification nationale « produto orgânico » est née seulement en 2011 ! Ainsi la marque Korin s’est-elle rapidement fait un nom et une réputation, notamment auprès des pédiatres et des nutritionnistes qui la recommandent aux mères qui allaitent et aux personnes soucieuses d’éliminer les biocides de leur nourriture.

« L’obtention des labels s’est faite très facilement, puisque que nous remplissions déjà tous les critères », explique Luiz Carlos Demattê en nous faisant visiter ses poulaillers. « Notre méthode s’appuie avant tout sur le bon sens. Pour avoir un animal en bonne santé, il faut lui éviter le stress qui diminue ses défenses immunitaires en lui donnant de l’espace. Ainsi on n’a pas besoin de leur donner d’antibiotiques. On les laisse également dormir, ce que ne font pas les élevages intensifs qui leur imposent la lumière nuit et jour pour que l’animal mange et grossisse plus rapidement. »

La philosophie adoptée par Korin mélange en effet un pragmatisme basé sur l’observation empirique de la nature et des croyances reposant sur la notion d’équilibre. Ainsi le mot « Korin » signifie en japonais « anneaux de lumière » qu’on retrouve dans le logo de l’entreprise composé de trois cercles convergents représentants les forces et les éléments de la nature : le soleil (le feu), la lune (l’eau) et la terre (le sol).

Servir de modèle

Pour Luiz Carlos Demattê, qui est également ministre de l’Eglise, il y a une différence dans l’assiette entre ses produits et d’autres issus de l’agriculture biologique, différence qui, si elle n’est pas perceptible au goût, peut l’être par l’esprit. « Il s’agit pour nous de transformer l’Esprit, c’est-à-dire l’Idée, en quelque chose de matériel tout en estimant que chaque chose de la nature a une mission. C’est pourquoi je parlerais d’une écologie spiritualiste plutôt que spirituelle. »

Ainsi une fois par an, les membres de l’Eglise messianique, et les employés qui le souhaitent, organisent une prière pour l’âme des animaux tués et pour remercier Dieu dans la petite chapelle installée près des bâtiments administratifs. « C’est une manière de se rappeler notre place à chacun dans cet équilibre. »

Dans la pensée de Meishu-Sama, le développement durable et la préservation de l’environnement sont les moyens d’atteindre le Paradis terrestre dans lequel « prédominent la santé, la paix et la prospérité ». Le rôle de la fondation est aussi de faire connaître et promouvoir l’« Agriculture naturelle ». Luiz Carlos Demattê en a d’ailleurs fait l’objet de sa thèse présentée en 2014 à l’université de São Paulo. Il a par ailleurs travaillé avec le ministère de l’Agriculture et la commission d’experts chargée de définir les critères d’homologation des produits biologiques, contribuant ainsi à défricher à la fois la recherche et la législation brésilienne. Korin cherche aussi à intégrer de nouveaux producteurs afin de disséminer ses conceptions. « Nous voulons rendre conscients nos partenaires de leur rôle dans la production d’aliments sains. Nous voulons servir de modèle. »

Encore peu connue et peu répandue, cette philosophie démontre qu’il existe d’autres façons de penser les pratiques écologiques. En-dehors du Brésil, elle est présente surtout au Japon et en Corée de Sud, mais aussi en France où une modeste exploitation a vu le jour à Soissy-sur-Ecole près de Melun. L’entreprise Korin est l’exemple en tout cas que l’« Agriculture naturelle » est une méthode qui réussi à allier croyances profondes et réussite économique.

Une cyberaction pour protester contre le meurtre de Rémi Fraisse pourrait mener des Anonymous en prison Isabelle Rimbert (Reporterre) Reporterre 2015/06/09 Isabelle Rimbert (Reporterre) (9 juin 2015) Une cyberaction pour protester contre le meurtre de Rémi Fraisse pourrait mener des Anonymous en prison. Reporterre. Libertés fr

Une cyberaction pour protester contre le meurtre de Rémi Fraisse pourrait mener des Anonymous en prison

Trois militants du collectif Anonymous sont appelés le 9 juin devant le tribunal correctionnel de Nancy. En cause : des attaques informatiques contre des sites institutionnels qui entendaient dénoncer la politique d’enfouissement de déchets nucléaires et le meurtre de Rémi Fraisse à Sivens. Ils encourent jusqu’à 10 ans de prison et/ou 150 000 euros d’amende.

Trois militants du collectif Anonymous, soupçonnés d’avoir mené en décembre 2014 et janvier 2015 des attaques informatiques contre des sites institutionnels, dont celui du ministère de la défense, sont appelés le 9 juin devant le tribunal correctionnel de Nancy. Les hacktivistes (contraction des mots hacker et activiste) entendaient dénoncer la politique d’enfouissement de déchets nucléaires et le meurtre de Rémi Fraisse à Sivens. Mais le procureur a retenu le délit d’« accès et maintien frauduleux » dans un système informatique « en bande organisée » : les trois Anonymous encourent jusqu’à 10 ans de prison et/ou 150 000 euros d’amende.

Cette étape supplémentaire dans la criminalisation des mouvements sociaux, au nom de la lutte contre la cybercriminalité et le terrorisme, illustre la dérive sécuritaire et les atteintes aux libertés publiques.

Opération GreenRights

On connaissait leurs actions contre la scientologie, leur soutien à Occupy Wall Street ou aux révolutions arabes. L’implication d’Anonymous dans les questions d’écologie ? Elle débute le 25 mars 2011, soit deux semaines après la catastrophe de Fukushima. Le collectif informel de hackers lance alors l’opération GreenRights, dans le but d’alerter contre les dangers du nucléaire.

Leur mode d’action consiste notamment en des DDoS (attaque par déni de service distribué), des attaques informatiques simples consistant à saturer de requêtes un site afin de le rendre temporairement inaccessible. Plusieurs géants de l’énergie seront ainsi visés, comme Général Electric ou BP, Enel puis EDF, dont le site sera bloqué pendant une douzaine d’heures, donnant lieu à une enquête de huit mois par la DGSI (ex-DCRI) aboutissant à trois arrestations.

En décembre 2014, une sous-section de l’opération GreenRights voit le jour. L’opération GPII, comme son nom l’indique, entend s’opposer aux grands projets inutiles et imposés, tels que la ligne TGV Lyon-Turin, le barrage de Sivens, l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, le Center Parc de Roybon, ou encore le centre d’enfouissement de déchets nucléaires Cigéo, à Bure, dans la Meuse. C’est dans ce cadre que sont lancées, courant décembre 2014, des attaques DDoS contre des sites web en relation avec Cigéo : celui du conseil régional de Lorraine, du conseil général de la Meuse, et différents sites de l’ANDRA, l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs.

Un gros coup est porté le 6 janvier, lorsque les hacktivistes prennent pour cible le ministère de la Défense, en réponse à la mort de Rémi Fraisse, tué par un gendarme en octobre 2014 sur le site du projet de barrage de Sivens. Le lendemain, 7 janvier, la tragédie de Charlie Hebdo conduit les Anonymous à stopper leur attaque sur le ministère, comme ils l’expliquent sur leur compte twitter. Mais l’Etat ne compte pas en rester là. L’affaire est saisie par la Juridiction inter régionale spécialisée (Jirs) de Nancy, et après quatre mois d’enquête par la DGSI, deux personnes sont arrêtées début avril à Reims et à Nancy, et placées sous contrôle judiciaire après 48h de garde à vue.

Un proche de la ZAD de NDDL, qui se définit en riant comme « jihadiste vert » mais, surtout, qui lutte « pour un monde différentE », sera interpellé à Nantes le 30 avril par un dispositif policier ubuesque.

Les trois hommes, soupçonnés d’avoir commis des attaques contre l’Andra, le ministère de la Défense et les sites institutionnels lorrains, encourent jusqu’à dix ans de prison et 150 000 euros d’amende et sont convoqués devant le tribunal correctionnel de Nancy le 9 juin.

La grosse artillerie - mais pas de préjudice avéré

De prime abord, ce qui frappe dans cette affaire, ce sont les moyens déployés par l’Etat pour des sites rendus inaccessibles quelques heures. « Ils sortent la grosse artillerie », résume Etienne Ambroselli, avocat du jeune Nancéen, perplexe devant un dossier d’enquête de 1 400 pages. « Je suis stupéfait par l’ampleur du travail mené en réponse à des actes qui n’ont pas donné lieu à un préjudice avéré. Ça semble totalement hors de proportions. »

Même étonnement pour Stéphane Vallée, avocat du prévenu nantais : « Les moyens mis en œuvre afin de remonter à la source de simples DDoS interrogent. Il est clair qu’ils cherchaient à interpeller des Anonymous. Une telle débauche de moyens fait penser à une justice d’exception. Et le fait que le dossier soit confié à la JIRS donne aussi une connotation particulière. » Cette juridiction regroupe en effet des magistrats du parquet et de l’instruction qui travaillent généralement sur des « affaires complexes » liées notamment à la « criminalité transnationale organisée ».

Le DDoS, défini en termes juridiques comme « accès et maintien frauduleux, entrave et/ou altération d’un système de traitement informatisé de données à caractère personnel mis en œuvre par l’Etat », entre dans le carde de la loi Godfrain de 1988 qui institue une répression globale de la fraude informatique. Une législation récemment musclée par la loi de novembre 2014 contre le terrorisme, qui crée une circonstance aggravante lorsque les faits sont commis « en bande organisée ».

Si ce terme colle assez mal au collectif Anonymous, décrit par le militant nantais comme « une idée, un drapeau, sans chef ni hiérarchie », cette question sera sans doute au cœur de la bataille juridique à venir. Pour Joseph Breham, avocat de « Triskel » dans l’affaire du hacking d’EDF, « une bande organisée suppose plus de deux personnes, une hiérarchie, et un plan d’action. Mais dans les usages, il suffit de trois personnes mises en cause pour que la circonstance de bande organisée soit retenue, comme c’est le cas dans cette affaire. Les actions menées ici sont une forme de désobéissance civile permettant de lancer un débat citoyen. Et cela pose une vraie question sur la notion de bande organisée ».

« Tango down ! »

Car au-delà des questions de sémantique, ce procès s’annonce comme éminemment politique. Où il est notamment question de liberté de pensée et d’expression autour de dossiers ultra sensibles (les GPII) qui donnent lieu à une vive opposition populaire. On ne compte plus, sur le terrain, les occupations de lieux, manifestations, blocages et sabotages divers qui ont permis de créer un rapport de force avec l’Etat dans les luttes sociales et environnementales de ces dernières années. « Ce dossier crée des ponts entre les luttes », constate Etienne Ambroselli. Pour lui, son client est « un jeune homme de son temps, qui n’est pas un informaticien mais un lanceur d’alerte ».

Et si le DDoS est montré du doigt par les autorités comme faisant partie de l’arsenal de la fraude informatique, il est considéré par certains hacktivistes comme un mode d’action politique et légitime parmi d’autres, plutôt doux et qui n’endommage pas le site visé. Il fait d’ailleurs l’objet de revendications sur un compte Twitter, le plus souvent en utilisant l’expression « Tango Down » qui, dans le jargon militaire, indique que la cible a été touchée.

En fréquentant les chats IRC (Internet relay chat) d’Anonymous, ces salons de discussion dédiés à telle ou telle opération, on apprend que les DDoS sont comparés à "des sit-in numériques" ou à "des blocus". Un interlocuteur sur #operationgreenrights, forcément anonyme, raconte : "En 1995, le netstrike (littéralement grève numérique) a été inventé par un groupe italien. Il permettait à tous de participer à la saturation d’un site, simplement en réalisant un rafraichissement forcé d’une page à une heure donnée par un grand nombre de personnes." Une forme de DDoS à la portée de tous. Et qui ne fait pas de ses utilisateurs des criminels en puissance. Le premier "netstrike", datant de 1995, entendait protester contre les essais nucléaires français sur l’atoll de Mururoa. "Il est urgent d’expliquer qu’il y a une différence fondamentale entre un hacktiviste qui se bat pour des idées et un simple "cracker" qui cherche à faire de l’argent", martèle encore cet utilisateur d’IRC.

"Sittings numériques" et cyberattaques mis sur le même plan

De plus, à l’heure où l’ONU appelle la communauté internationale à prendre des mesures pour protéger les installations nucléaires d’éventuelles cyber-menaces, il semble capital de faire preuve de discernement quant à la nature des attaques. "L’hacktivisme apparaît souvent comme une catégorie fourre-tout, mêlant toutes formes de criminalité informatique conduite à des fins politiques", estime Félix Tréguer, co-fondateur de la Quadrature du Net. Il vient de publier une analyse juridique sur le droit pénal de la fraude informatique, dans laquelle il dénonce la confusion et les incohérences entourant ces questions.

"Les actes de protestation comme les DDoS sont mis au même plan que les « cyberattaques » menées par des acteurs étatiques, ce qui conduit à des procédures et des sanctions d’exception". C’est selon lui ce que montre le rôle joué par la DGSI dans l’affaire Greenrights : "La mobilisation d’agents du renseignement apparaît complètement disproportionnée, en particulier à l’heure où certains responsables politiques pointent le manque de moyens consacrés à l’antiterrorisme".

Par ailleurs, « un DDoS ou la défiguration d’un site d’une entreprise comme EDF – par exemple pour afficher sur la page d’accueil un placard revendicatif, également typique du répertoire d’action hacktiviste – sont punis bien plus sévèrement que leurs équivalents du monde physique », affirme encore Félix Tréguer.

Enfin, l’universitaire se désole de « la méconnaissance des réalités sociales et techniques d’Internet qui affecte certains magistrats », et qui « les conduit à exagérer la nature et la gravité des faits reprochés et à voir dans des activités banales un savoir-faire qui serait l’apanage d’une élite délinquante au sein du monde hacker ». C’est le cas notamment pour le militant interpellé à Nantes : la justice lui reproche notamment d’avoir agi via l’utilisation de proxys, de serveurs destinés à s’anonymiser, le fait de créer un compte Twitter destiné à revendiquer ses actions, la participation à un salon de discussion IRC, ou encore l’utilisation de pseudonymes - des actes normaux et courants chez beaucoup des utilisateurs d’Internet, revendiqués par beaucoup comme légitimes et nécessaires à l’ère de la surveillance généralisée.

Le procès à venir, reporté à la demande des avocats de la défense, permettra-t-il d’apporter une évolution manifestement nécessaire en matière de jurisprudence concernant le cyber activisme, ou donnera-t-il lieu à de nouvelles dérives répressives ? Réponse dans quelques mois.

Repenser le défi de la biodiversité. L’économie écologique de Lauriane Mouysset Reporterre 2015/06/09 de Lauriane Mouysset (9 juin 2015) Repenser le défi de la biodiversité. L’économie écologique. Reporterre. Économie fr

Repenser le défi de la biodiversité. L’économie écologique

Écologie, biodiversité, écosystème, autant de notions entrées dans l’usage courant. Pourtant, en dépit d’une attention médiatique et politique croissante, l’érosion de la biodiversité se poursuit.

Les approches économiques classiques, reposant notamment sur la monétarisation de la nature, peinent à répondre au défi de la biodiversité.

L’auteur ouvre la réflexion en s’appuyant sur une nouvelle discipline scientifique : l’économie écologique. Elle propose de comprendre et de questionner les paradigmes proposés par cette approche pour repenser le problème de la biodiversité.

L’auteur et le préfacier

Docteur en économie écologique, Lauriane Mouysset est chargée de recherche au CNRS. Après un cursus en économie de l’environnement et en écologie à l’École normale supérieure, elle a poursuivi ses recherches au Muséum national d’histoire naturelle puis à l’Université de Cambridge. Développant des modèles interdisciplinaires, elle mène une réflexion sur la gestion durable de nos sociétés au sein des écosystèmes dans lesquels elles évoluent.

Pierre-Henri Gouyon est professeur au Muséum national d’histoire naturelle, à l’AgroParisTech, à l’ENS et à Sciences Po, et chercheur à l’Institut de Systématique, Évolution, Biodiversité (MNHN-CNRS, UMR 7205, équipe de Botanique, département de Systématique et Évolution).

Repenser le défi de la biodiversité. L’économie écologique, de Lauriane Mouysset, Ed. Rue d’Ulm, 88 pages, 7.50 €

Reporterre se raconte à la radio Antenne Doc, aux côtés de Sideways et de Bastamag Reporterre 2015/06/09 (9 juin 2015) Reporterre se raconte à la radio Antenne Doc, aux côtés de Sideways et de Bastamag. Reporterre. Libertés fr

Reporterre se raconte à la radio Antenne Doc, aux côtés de Sideways et de Bastamag

Reporterre a participé aux Rencontres nationales des Médias Libres et du journalisme de résistance à Meymac le 29 mai. A cette occasion, Hervé Kempf a répondu aux questions sur la vie de Reporterre posées par Anne-Gaëlle, d’Antenne Doc, en compagnie d’Hélène, de Sideways, et de Simon Gouin, de Bastamag.

Ecouter les entretiens ici : Hélène à 1’20’’, Simon à 6’50’’ et Hervé à 12’00’’ : http://www.antenne-d-oc.fr/article.php?id=246

Coup de tonnerre à Strasbourg : le vote sur le TAFTA est reporté Philippe Desfilhes et Elisabeth Schneiter (Reporterre) Reporterre 2015/06/10 Philippe Desfilhes et Elisabeth Schneiter (Reporterre) (10 juin 2015) Coup de tonnerre à Strasbourg : le vote sur le TAFTA est reporté. Reporterre. Traités de libre-échange fr

Coup de tonnerre à Strasbourg : le vote sur le TAFTA est reporté

Le Parlement européen devait prendre position mercredi 10 juin sur le TAFTA mais, à la surprise générale, leur vote a été reporté par le président Martin Schulz. Ce retournement traduit les divisions des députés devant le manque de transparence et la complexité des négociations. Députés qui ne peuvent lire le traité que... sous surveillance !

Depuis maintenant deux ans, l’UE négocie un accord de commerce et d’investissement avec les Etats-Unis – le TAFTA. Les députés devaient se prononcer mercredi 10 juin 2015 sur le « rapport d’initiative » Lange, du nom du porte-parole du TAFTA et rapporteur pour le Parlement. Mais, à la surprise générale, le président du Parlement, le social-démocrate Martin Schulz, a décidé mardi de reporter le vote. « Il a agi sous la pression de députés de son groupe, le S & D, ainsi que de députés du PPE, les conservateurs européens. Ceux-ci lui ont demandé plus de temps pour se prononcer étant donné le nombre important d’amendements déposés, plus de deux-cents ! », explique à Reporterre un membre de la délégation française d’Europe Ecologie les Verts au Parlement.

Le texte sera donc probablement examiné en juillet. « Un vote positif serait un signal en faveur de l’accord même s’il n’aurait pas d’autre portée que de signifier à la Commission européenne qu’elle peut continuer ses négociations. La décision de reporter le vote n’empêche pas que nous craignions que ce soit finalement le cas », anticipe-t-il. « Mais elle traduit l’embarras des députés devant le manque de transparence des négociations et, on peut l’espérer, un début de division au sein de la droite et des libéraux qui sont en principe favorables au TAFTA », poursuit notre interlocuteur.

Les députés ne peuvent lire le traité que sous surveillance

Le Parlement européen n’a en effet aucun rôle dans les négociations, si ce n’est que la Commission européenne est tenue d’informer les eurodéputés de leurs avancées. « Depuis le début, celles-ci se font dans l’opacité la plus totale », dénonce le membre d’EELV. Les documents sont visibles uniquement sur rendez-vous dans une pièce où le député qui en fait la demande est accompagné par un fonctionnaire européen. « Il faut laisser son téléphone portable à l’entrée pour ne pas pouvoir prendre de photos des documents. Ceux-ci sont rédigés dans un jargon politico-diplomatico-économico-industriel tel qu’une personne normale est bien incapable de comprendre les détails de ce qui est discuté », explique-t-il.

Le Parlement européen ne sera autorisé à se prononcer sur le TAFTA que lorsque les négociations auront été achevées, et que l’accord aura été formellement signé par les négociateurs européens et américains. Comme pour tout accord commercial signé par l’UE, le Parlement européen aura alors le choix d’approuver ou de rejeter le texte négocié. « Il devra le faire dans les mêmes termes c’est-à-dire que le Parlement ne pourra dire que oui ou non, ce qui est également un défaut de démocrate », déplore le député écologiste.

Le rapport qui aurait dû être voté cette semaine représente l’état des lieux des positions sur le TAFTA au sein du Parlement européen, sans présager de l’issu du vote final qui aura lieu... en 2016-2017 au mieux. « Les services légaux de la Commission devront vérifier si aucun des chapitres conclus n’empiètent sur la souveraineté de chaque Etat membre. Si c’est le cas, le texte devra être envoyé à tous les Etats et chaque parlement national devra le valider. La bataille sera encore longue et il faut que les citoyens continuent de se mobiliser », insiste l’opposant au TAFTA.

Tout se passe selon lui comme si les socio-démocrates, les conservateurs et les libéraux européens poussaient la Commission européenne à signer un accord dont pratiquement plus personne ne veut de l’autre côté de l’Atlantique. « Les Démocrates et les Républicains se battent à tout prix pour sauver leurs marchés publics. Aux Etats-Unis en effet, à partir du moment où un dollar d’argent fédéral est dépensé, les appels d’offre sont réservés aux entreprises américaines », explique-t-il. C’est ce Buy American Act, mis en place par Roosevelt dans les années 1930, que les grandes entreprises européennes veulent faire sauter. Sur cette question qui est un point central des négociations, ainsi que sur celle qui porte sur les tribunaux privaux arbitrés, le blocage reste entier et des divisons existent même au sein des conservateurs et des sociaux-démocrates.

La bataille des tribunaux privés

Du côté européen, c’est sur le recours à des tribunaux privés en cas de conflit entre une entreprise et un État, dit ISDS, que se focalise le débat en ce moment. Les 14 et 16 avril 2015, 6 des 14 commissions parlementaires du Parlement européen qui planchent depuis neuf mois sur ce traité, avaient rejeté l’ISDS. En marge des travaux parlementaires, l’opinion publique s’est mobilisée comme rarement auparavant puisque plus d’1,5 million de personnes ont déjà signé une pétition officielle (ICE) contre cette clause, et que 97 % des répondants à la consultation publique lancée par la Commission sur ce sujet avaient aussi exprimé leur refus.

Mais le 28 mai, la commission Commerce du Parlement européen (INTA) a adopté une position plutôt favorable à ces tribunaux indépendants de la juridiction publique. Ces tribunaux sont, selon l’Expert des Nations unies pour la promotion d’un ordre international démocratique et équitable, Alfred de Zayas, une des « tactiques utilisées par les multinationales qui saperaient la démocratie et le droit ».

En mars dernier, le groupe Socialistes et Démocrates (S&D), second groupe le plus important au Parlement européen, avait publié un document très clair, définissant leur position sur l’ISDS : « Nous ne voyons pas la nécessité de son inclusion et demandons qu’il soit exclu lorsque les négociations sur le chapitre de l’investissement commenceront. » Ce mécanisme semble en effet inutile entre deux continents démocratiques munis de systèmes juridiques indépendants et performants. Mais c’est pourtant le ralliement de neuf des dix députés socialistes (S&D) à la position pro-ISDS des conservateurs et libéraux, qui a permis que la résolution soit adoptée à une large majorité lors du vote de la commission INTA.

Le texte adopté ne dit rien de précis sur l’ISDS, mais ne l’exclut pas. Il parle de « confiance dans les tribunaux de l’UE et des États membres et des États-Unis, pour fournir une protection juridique efficace, basée sur le principe de la légitimité démocratique », sans préciser comment cela se passera si l’ISDS est en place, et que les entreprises ont ainsi la possibilité de poursuivre les pays directement devant ces tribunaux secrets. La décision reprend aussi l’idée française et encore très vague, d’une Cour permanente, indépendante et souveraine, qui aurait comme objectif de régler de façon « transparente et éthique » les litiges.

Un autre dispositif, tout aussi dangereux, est en discussion dans le cadre du traité. Il s’agit du projet de coopération réglementaire, une prétendue harmonisation des législations en matière d’environnement, de santé, d’agriculture, de services publics, de droits sociaux ou de protection des données personnelles. Un processus opaque qui échappe à tout contrôle démocratique ou parlementaire, et qui, pour Yannick Jadot, député EELV et vice-président de la Commission du commerce international (INTA) « est un dispositif pervers, (...) le logiciel de la dérégulation est une atteinte directe au fonctionnement démocratique ».

Or noir. La grande histoire du pétrole de Matthieu Auzanneau Reporterre 2015/06/10 de Matthieu Auzanneau (10 juin 2015) Or noir. La grande histoire du pétrole. Reporterre. Énergie fr

Or noir. La grande histoire du pétrole

Depuis les premiers puits désormais à sec jusqu’à la quête frénétique d’un après-pétrole, du cartel secret des firmes anglo-saxonnes (les « Sept Soeurs ») jusqu’au pétrole de schiste, Or noir retrace l’irrésistible ascension de la plus puissante des industries.

Dans cette fresque passionnante, on croise les personnages centraux des cent dernières années – Churchill, Clemenceau, Roosevelt, Staline, Hitler, De Gaulle, Kissinger, sans oublier les présidents George Bush père et fils… –, mais aussi John Rockefeller, probablement l’homme le plus riche de tous les temps, ainsi que des personnalités moins connues ayant joué des rôles décisifs, tels Calouste Gulbenkian, Abdullah al-Tariki ou Marion King Hubbert.

Ce livre éclaire d’un jour inattendu des événements cruciaux – l’émergence de l’URSS, la crise de 1929, les deux guerres mondiales, les chocs pétroliers, les guerres d’Irak, la crise de 2008, etc. –, bousculant au passage beaucoup de fausses certitudes. Le pétrole, notre source primordiale et tarissable de puissance, est présent à l’origine des plus grands déchaînements du siècle passé, comme du sucre versé sur une fourmilière.

Jusqu’à une date récente, l’emprise du pétrole s’oubliait ; elle allait tellement de soi. Croissance, climat, guerre, terrorisme : cette emprise ressurgit aujourd’hui à travers de gigantesques menaces. Or notre avenir dépend de celui que nous donnerons au pétrole, ou bien de celui qu’il nous imposera. La fin du pétrole, en tant que carburant de l’essor de l’humanité, devrait se produire bien avant que ce siècle ne s’achève. De gré ou de force. Et nul ne peut dire où cette fin va nous conduire…

- L’avis de Reporterre : Remarquable ! A lire sans hésiter. Vaut le meilleur roman de plage - mais l’histoire est vraie !

Or noir. La grande histoire du pétrole, de Matthieu Auzanneau, La Découverte, 718 pages, 26 €.

Si l’on ne s’occupe pas de politique, d’autres le font pour nous Vincent Liegey Reporterre 2015/06/10 Vincent Liegey (10 juin 2015) Si l’on ne s’occupe pas de politique, d’autres le font pour nous. Reporterre. Culture et idées fr

Si l’on ne s’occupe pas de politique, d’autres le font pour nous

Dans l’élaboration d’un monde soutenable et désirable, les alternatives sont un pilier central, mais pas suffisant. Il faut y ajouter la dimension politique. Garder un pied dans la politique institutionnelle, même si celle-ci nous révulse. Occuper le terrain pour résister. Car si l’on ne s’occupe pas de politique, d’autres le font pour nous !

Après plus de deux années à être surtout actif dans le débat, la théorie, les réflexions autour de notre ouvrage collectif Un Projet de Décroissance et plus d’une centaine d’interventions publiques à travers l’Europe, j’ai décidé de ralentir, de relocaliser et de m’investir dans les alternatives concrètes. Ainsi, ces dernières semaines, je suis à plein temps sur Cargonomia, projet de distribution, en vente directe, de nourriture locale et bio, par des vélos cargos que nous fabriquons nous-mêmes.

Ce projet est riche d’enseignements. La théorie, les réflexions qu’il y a derrière, en particulier autour de l’autogestion, la communication non-violente, la démocratie directe, la convivialité, un autre rapport entre producteurs et consommateurs ou encore l’autonomie, jouent un rôle important.

En particulier, cette expérience confirme la nécessité de prendre le temps, de faire preuve d’humilité et de patience dans la transition. En effet, on fait face à plusieurs contradictions majeures.

Le dialogue

Intellectuellement, on est déjà dans la Décroissance. Par contre, l’imaginaire reste ancré dans ce modèle de société, on est pris dans son rythme fou. Même si on n’est pas dans une quête de toujours plus d’argent (on est même plutôt très mauvais pour ça !), on est pris par les outils informatiques, toujours plus de mels, d’informations, de sollicitations et de projets. Entre notre enthousiasme et le sens des limites, il n’est pas facile de trouver les bons équilibres.

Mais, là où on sent le plus nos limites, c’est dans la communication interne. Cela confirme ce que j’avais déjà pu observer dans d’autres projets, nous ne sommes pas éduqués pour dialoguer, pour écouter l’autre, le prendre en compte, respecter ses contraintes, ses perceptions et ses visions. En être conscient est une première étape nécessaire à la mise en place de dynamiques d’auto-apprentissage. C’est incroyable de constater que ce qui devrait être au coeur de l’organisation de nos sociétés est peu présent : le dialogue, ses outils et sa culture. Alors on tâtonne et on apprend.

Contradictions institutionnelles, économiques

Toutefois, les plus grandes contradictions et difficultés auxquelles nous devons faire face sont d’ordre institutionnel et économique. Construire des alternatives nécessite de jouer à l’équilibriste avec des règles et des logiques imposées qui sont en opposition avec l’essence même du projet. Ainsi, comment se réapproprier un bon usage des communs, sans entrer dans le piège de l’argent dette... et donc de la crise de croissance nécessaire au remboursement ?

Comment contourner la concurrence déloyale ? Les multinationales bénéficient à la fois d’aides publiques directes et indirectes (infrastructures financées par de l’argent public), sans même parler de l’évasion fiscale. De plus, elles peuvent bénéficier des économies d’échelle car elles ne paient pas pour les externalités de leurs activités (pollution, santé). Ainsi, relocaliser, s’autonomiser, s’auto-organiser et auto-produire, c’est assumer la totale responsabilité de ce que l’on produit, comment et pour quel usage. Mais, bien que souhaitable, c’est difficilement viable économiquement dans cette société construite autour de l’illusion de consommer sans en mesurer les conséquences !

Autant de questions, d’expériences, de difficultés qui amènent partout à beaucoup de créativité, d’ingéniosité, d’intelligence collective, de solidarités...

Et la dimension politique ?

Je me suis d’abord investi dans la Décroissance, il y a maintenant huit ans, plus dans l’approche politique. J’ai toujours soutenu et continue à soutenir l’importance d’être présent sur les quatre niveaux politiques de la Décroissance. Si celui des alternatives est un pilier central dans la construction de nouveaux mondes soutenables et désirables, il n’est pas suffisant. La dimension politique permet justement de répondre aux questions et difficultés rencontrées et exprimées plus haut. Toutefois, et cela m’interroge, je me rends compte que la décolonisation de l’imaginaire par la théorie et par le faire m’éloigne de la politique telle que présentée et pratiquée dans nos sociétés.

Ecouter, lire les médias dominants, et encore plus les débats stériles, pathétiques des politiques me révulse et me pousse vers ce piège d’un laisser faire. Mais nous le répétons souvent, si l’on ne s’occupe pas de politique, d’autres le font pour nous !

Alors oui, nous faisons de la politique dans nos alternatives concrètes, on se la réapproprie de la manière la plus noble. De même avec les débats, les discussions, les réflexions théoriques, on construit de nouvelles narrations, de nouvelles pratiques avec un autre rapport au pouvoir, à la citoyenneté. On a besoin de ces réflexions théoriques pour imaginer d’autres mondes, mettre des mots sur les maux et sur nos nouvelles expérimentations. De plus, se changer soi-même est fondamental, avec la simplicité volontaire, un autre rapport au temps, à nos consommations et nos activités et encore plus apprendre à dialoguer, écouter l’autre, les autres.

L’enjeu est donc de garder ce pied dans la politique institutionnelle, sans grandes illusions. Il s’agit d’occuper le terrain pour résister, non pas pour prendre le pouvoir mais faire pression pour que les lois, les institutions protègent et aident les expérimentations dont nous avons tant besoin. Il s’agit de s’attaquer aux inégalités et à ce système dominé par la religion de l’économie au service de l’oligarchie. L’enjeu est vraiment de ne pas tomber dans ce piège de s’en désintéresser, mais rappeler que les institutions sont les nôtres et d’exiger une réappropriation des communs, de la loi, de l’argent public pour continuer à construire ces nouveaux mondes soutenables et souhaitables qui sont déjà bien là.

Ferme-usine : les autorités confirment le non-respect du nombre d’animaux autorisés Barnabé Binctin (Reporterre) Reporterre 2015/06/11 Barnabé Binctin (Reporterre) (11 juin 2015) Ferme-usine : les autorités confirment le non-respect du nombre d’animaux autorisés. Reporterre. Mille Vaches et fermes-usines fr

Ferme-usine : les autorités confirment le non-respect du nombre d’animaux autorisés

Le contrôle dans la ferme-usine de Drucat confirme le dépassement du nombre d’animaux autorisés révélé par Reporterre. Les exploitants vont devoir réduire la taille du troupeau à 500 vaches. Les opposants se sentent confortés dans leur démarche, alors que, mercredi 17 juin, des paysans doivent être jugés à Amiens pour avoir agi contre la ferme-usine.

Après les révélations de Reporterre sur la maltraitance des vaches et leur nombre dans la ferme-usine dite des Mille vaches, à Drucat dans la Somme, un contrôle inopiné a été mené mardi 9 juin par les services administratifs compétents. Cette inspection a confirmé le dépassement du cheptel autorisé (500 vaches), consacrant l’illégalité de l’exploitation qui ne respecte ainsi plus l’arrêté préfectoral.

Dans un communiqué publié mardi en fin d’après-midi, le ministre de l’Agriculture avait donné le ton en déclarant en effet que « des sanctions seraient prises à l’issue du contrôle si l’infraction est confirmée ». Quelques minutes plus tard, une dépêche de l’AFP tuait le doute encore entretenu par les autorités : le responsable de l’exploitation, Michel Welter, reconnaissait l’augmentation de son troupeau. « Entre le 10 avril et aujourd’hui, le cheptel est effectivement passé de 500 à 794 laitières », disait-il, affirmant : « Nous contestons avoir commis une faute administrative. »

La préfète de la Somme, Mme Nicole Klein, n’est pas de cet avis : un communiqué publié mercredi 10 juin rend public le rapport d’instruction des inspecteurs diligentés « en réaction immédiate à l’article de Reporterre du lundi 8 juin 2015 ».

- Télécharger le communiqué décrivant l’état des animaux et leur nombre :

Le constat est sans appel : 796 vaches laitières ont été comptabilisées – deux de plus que ce qu’indiquait Michel Welter – « soit un dépassement de 296 vaches (+ 59,2 %) ».

De son côté, Stéphane Le Foll, en tant que porte-parole du Gouvernement, s’exprimait sur le sujet lors de la conférence de presse qui suit le Conseil des ministres : « Je ferai appliquer la règle et les engagements qui avaient été pris : il y a eu un contrôle, qui confirme qu’il y a plus de vaches sur cette stabulation que ce qui avait été acté, donc il y aura des sanctions (…). J’applique toutes les règles et toute la loi, et rien que les règles et rien que la loi. (…) Il y a là un manquement, il sera sanctionné » (à retrouver ici à partir de 28’45’’ sur la vidéo).

Quelles sanctions ?

Alors que la Confédération Paysanne appelait le ministre à la « fermeture immédiate » de la ferme-usine, la seule sanction prévue pour l’heure est une mise en demeure de l’exploitation. La propriété de Michel Ramery a ainsi sept jours pour faire part de ses observations quant à l’inspection qui lui est notifiée, avant de se plier « aux prescriptions de l’arrêté préfectoral du 1er février 2013 en abaissant les effectifs de vaches laitières à hauteur de 500 vaches dans les plus brefs délais ».

Une sanction trop légère ? Maître Frison, l’avocat de Novissen, l’association qui s’oppose au projet des Mille vaches, approuve la décision : « Pour l’instant, la préfecture ne peut pas aller plus loin dans le régime de sanction. Pour ordonner la fermeture administrative de l’exploitation, il faut constater des cas très sérieux de problèmes sanitaires ou de maltraitance animale. »

Toutefois, Maître Frison estime que l’affaire devrait également faire l’objet d’une procédure pénale. « Si c’est le régime administratif qui s’applique sur les installations classées (IPCE, ndlr), les infractions constatées par procès-verbal, elles, sont envoyées au Parquet qui aura la possibilité de poursuivre », explique l’avocat. « Or ici, l’infraction est grave, et sur ce genre d’affaires, le Parquet poursuit systématiquement. Il serait donc étonnant que sur ce cas précis, il n’y ait pas de poursuites. » De son côté, la Confédération Paysanne a d’ores et déjà fait savoir qu’elle allait porter plainte pour non-respect de l’IPCE.

Une préfète « en colère » et « trahie »

En tout cas, la préfète aurait manifesté son profond agacement face à ce nouveau rebondissement. Alors qu’elle recevait mercredi matin dans son bureau une délégation d’opposants, Mme Klein s’est montrée « ferme et déterminée sur la question des 300 bêtes supplémentaires », selon Laurent Parsis, le maire de Drucat. Celui-ci nous précise : « Je craignais la stratégie de fuite, avec une dérogation sortie de nulle part au motif qu’elle n’aurait pas pu faire autrement ; au contraire, elle a tout de suite posé ses conditions et annoncé les injonctions qu’elle comptait adresser à M. Ramery. »

Michel Kfoury, qui représentait Novissen, témoigne du sentiment de trahison que la préfète dit ressentir : « Elle nous a dit : ’Je partage votre colère, je me sens trahie, je n’ai plus confiance en cet entrepreneur’ ». Mais ses pouvoirs restent limités : « Elle peut jouer sur les délais, et nous a assuré ne pas vouloir laisser plus de trois semaines à M. Ramery pour ramener son troupeau à 500 vaches. Pour le reste, elle a reconnu avoir appliqué les sanctions maximum dont elle disposait », relate Michel Kfoury.

Le dossier pourrait donc prendre une tournure encore plus politique. Une délégation de la Confédération paysanne a été reçue mercredi en début d’après-midi par Philippe Mauguin, directeur de cabinet du ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll. « Ils nous ont expliqué qu’ils ne faisaient qu’appliquer la loi, rien que la loi. C’est la posture facile pour dissimuler le fond de leur pensée », rapporte un responsable de la Confédération Paysanne. Mais à l’heure où se prépare, mercredi 17 juin à Amiens, le « procès des 9 de la Conf’ », pour lequel certains des inculpés risquent des peines de prison avec sursis pour l’action de désobéissance civile réalisée en septembre 2013, les suites judiciaires données à cette infraction seront forcément scrutées avec attention.

Tout ceci pourrait-elle déboucher sur l’arrêt définitif du projet ? « La préfète nous a confirmé que l’enquête publique sur l’extension du troupeau demandée par M. Ramery ne pourra pas démarrer tant qu’il y a cette procédure, témoigne Laurent Parsis. Si on lit entre les lignes, cela veut aussi dire que l’enquête publique n’est pas remise en cause. »

Mais la confiance des décideurs publics ne semble plus au rendez-vous. A l’issue de l’entretien, un membre du cabinet de l’autorité préfectorale l’exprimait ainsi : « M. Ramery s’est tiré une balle dans le pied. » Et les opposants de croire au renversement du rapport de force : selon le maire de Drucat, « cela va peut-être permettre de lire nos arguments d’un autre œil ».

Dans un sondage réalisé par l’IFOP pour le compte de l’association Agir pour l’environnement, et publié ce jeudi, 68 % des personnes interrogées se déclarent opposées aux fermes-usines.

« L’écologie n’est rien d’autre qu’une interrogation sur notre rapport au monde » Entretien avec Isabelle Priaulet Reporterre 2015/06/11 Entretien avec Isabelle Priaulet (11 juin 2015) « L’écologie n’est rien d’autre qu’une interrogation sur notre rapport au monde ». Reporterre. Entretien — Écologie et spiritualité fr

« L’écologie n’est rien d’autre qu’une interrogation sur notre rapport au monde »

Isabelle Priaulet travaille sur le dialogue entre spiritualités et écologie en étudiant ce que les religions ont à nous dire de notre lien à la nature. De l’islam au christianisme, en passant par l’hindouisme et les traditions amérindiennes et africaines, réflexions sur les spiritualités et leur résonance avec la pensée écologique - alors que, le 16 juin, le pape François va publier une Encyclique sur l’écologie.

Isabelle Priaulet, après avoir longtemps travaillé dans la RSE (Responsabilité sociale des entreprises) puis la finance éthique pour la Financière de Champlain, a décidé il y a quelques années de reprendre ses études à l’Institut de Science et Théologie des Religions. Elle travaille sur le dialogue entre écologie et spiritualités et enseigne aujourd’hui. Elle achève sa thèse, intitulée « Pour une ontologie de l’écologie, essai sur la conversion écologique. »

Reporterre - Pourquoi étudiez-vous les religions ?

Isabelle Priaulet - La question qui m’a animée est celle-ci : qu’est-ce que les religions ont à nous dire de notre lien à la nature ? Que nous enseignent-elles sur les concepts de responsabilité, de sobriété, de tout ce qui est lié à nos enjeux écologiques actuels ? J’ai donc étudié les grands courants spirituels sous cet angle-là, et pas tous azimuts. Sur cette base, j’ai construit plusieurs formats de cours, que je donne dans un lycée privé, dans des écoles de commerce ou d’ingénieur.

Qu’est-ce qui vous a amené à changer de cap et à vous lancer dans cette recherche ?

Le spirituel est ancré dans ma vie depuis l’enfance, ainsi que la relation à la nature. C’est la vie professionnelle qui a fait basculer les choses. J’étais dans le milieu de la finance, de l’entreprise. Au bout d’un moment, cela m’a paru illusoire. Il y a des gens formidables dans la finance, mais ce n’est pas ça qui allait faire bouger les lignes. Je me suis dit : c’est en formant les jeunes que tu vas pouvoir faire changer les choses.

Et le faire en profondeur, ce n’est pas seulement se positionner « contre ». C’est peut-être trouver dans les autres traditions de quoi créer de nouvelles valeurs, et du désirable. Plutôt que de critiquer, donner à voir. Accepter de se décentrer. Je le vois en cours, il y a une attente par rapport à ces sujets. Notre société se trouve aujourd’hui face à un « kairos », une occasion à saisir.

Deux phénomènes convergent : le développement durable, et le multiculturel. L’écologie est peut-être le seul sujet qui permette d’envisager les religions non pas sous l’aspect du conflit, mais d’un dialogue constructif. Il y a de l’universel dans toutes les traditions. C’est pourquoi je parlerais du vivre-ensemble non pas « malgré » mais « grâce » à nos différences.

Comment se déroule votre enseignement ?

En six cours de trois heures, portant chacun sur une tradition. Je commence par le christianisme, puisque je pense que c’est là le nœud du problème. La clé du dialogue entre écologie et spiritualité se joue au niveau de la Genèse. J’essaie d’en donner une autre interprétation, via l’exégèse juive, et de sortir de l’anthropocentrisme. On aboutit à un théocentrisme au terme d’un rééquilibrage des relations entre l’homme, la nature et Dieu, impliquant une responsabilité des hommes vis-à-vis de la création. Une ouverture sur l’orthodoxie et le courant franciscain aide à redécouvrir la dimension cosmique de la tradition chrétienne. Je leur fais notamment écouter Bartholomée 1er, le patriarche de Constantinople et quelques extraits du discours social de l’Eglise catholique.

Le deuxième cours porte sur l’Islam, que je présente comme une religion de l’interpellation, de la responsabilisation à lire les signes. Je m’appuie sur la sourate des abeilles qui dit que l’unicité de Dieu s’exprime à travers la révélation et la création. De même que pour Saint François, le monde est offrande, il est ici don, symbole de la présence divine. C’est l’intelligence qui doit se mettre au service de la création, et non le contraire. Si on m’interroge sur les contradictions apparentes du Coran, j’explique que les différents niveaux d’interprétation sont justement voulus pour provoquer l’intelligence humaine. J’essaie de faire découvrir aux étudiants le mode de pensée symbolique.

Les traditions amérindiennes et africaines (animistes) sont exemplaires de cette pensée, qui n’est pas contradictoire avec la pensée scientifique. Les Kogis (peuple racine colombien) sont un bon exemple : leur science des symboles s’appuie sur une connaissance parfaite des plantes et des écosystèmes et ils cherchent à dialoguer avec nous. Je fais lire des mythes aux élèves pour les mettre au cœur de cette pensée, tels que les mythes dogons en Afrique, et je montre des vidéos. Il nous est difficile de lire des textes sacrés parce qu’on a étouffé en nous la pensée mythique. Alors qu’au départ, chez les Grecs, le « mythos » et le « logos » (pensée rationnelle) n’étaient pas opposés.

Ce sont des pensées analogiques, comme le taoïsme, qui permettent de dépasser ces oppositions binaires. Au contraire de la pensée moderne occidentale, qui sépare le réel en catégories, le tao crée des correspondances entre les choses avec le sentiment d’une unité. C’est vraiment la religion de la nature. C’est par le corps que tu y rentres, par la pratique du souffle comme avec le Qi Gong. Le rôle de l’homme est de faire circuler l’énergie entre le Ciel et la Terre. Il y a une correspondance entre le microcosme et le macrocosme, le corps est un paysage. C’est à l’intérieur de toi que tu vas chercher à t’harmoniser avec l’univers.

Pour l’hindouisme, mon interrogation porte sur les sources de la non-violence gandhienne. Je démarre avec Rabindranath Tagore, qui montre que la spécificité du mode de développement indien est de s’être fait avec la nature, et non contre elle. Puis je présente le Veda, avec les mythes cosmogoniques, qui mettent en correspondance l’homme primordial (le Purusha) et le monde. J’explique ensuite comment l’école de Shankara à travers le concept de non-dualité (advaita) permet de penser l’unité du vivant autour du Brahman, cet Absolu qui est la réalité ultime de toute chose ; et pour finir je leur montre des extraits de « La Marche du sel » qui illustre bien la non-violence. Le lien se fait entre abstraction et histoire concrète.

Je termine avec le bouddhisme. Comme première initiation, je leur conseille le livre de Thich Nhat Hanh, Ce monde est tout ce que nous avons, qui explique de façon simple l’interdépendance de toutes choses. La notion de la non-dualité n’est pas facile pour les élèves, c’est un chemin. Ce qui me semble important, c’est de leur montrer qu’une fois fait le deuil de l’égo, on peut passer aux noces avec l’univers. La séparation entre sujet et objet n’existe plus, et donc entre soi et le monde, nous participons tous d’un grand « continuum ». Pour le bouddhisme du Grand Véhicule, nous avons à redécouvrir notre nature profonde (la nature de Bouddha), présente en tout être mais masquée par les illusions de l’ego.

Comment les étudiants réagissent-ils ?

Ils sont scotchés, et parfois impliqués personnellement. J’ai même fait faire de la méditation aux lycéens, ils étaient ravis, et très demandeurs ! Pour les évaluer, je leur demande des « rapports d’étonnement ». J’attends leur authenticité, leur engagement, pas un savoir qu’ils n’auraient pas le temps d’acquérir.

Voici en exemple un extrait d’un étudiant en école de commerce : « Je me suis à la fois retrouvé, et senti dépassé par la puissance de la pensée des indiens Kogis. Cette société précolombienne a beaucoup à nous apprendre, et pourrait peut-être nous apporter des solutions dans ce qui nous semble aujourd’hui un défi insurmontable : arriver à se développer en accord avec la nature et de manière durable. »

Mais au-delà de la théorie, comprennent-ils que la question écologique implique un vrai changement de relation au monde, notamment à la consommation matérielle ?

Si tu leurs sors une morale des gestes écologiques, c’est du réchauffé, de la sauce médiatique. Curieusement, ils comprennent beaucoup mieux les choses profondes. Et justement, voici l’enjeu véritable de mon cours… il est de dépasser le stade des gestes, pour placer le sujet de l’écologie au niveau ontologique. C’est-à-dire que l’écologie n’est rien d’autre que de s’interroger sur notre rapport au monde, sur notre « être-au-monde » pour reprendre l’expression de Heidegger.

Cela rejoint l’esprit du mouvement de la deep ecology (écologie profonde), fondé par le philosophe Arne Naess, auquel il oppose la shallow ecology (écologie de surface) qui ne s’intéresse qu’aux solutions techniques. Les élèves, oui, reconnaissent leur lien au matériel… Il s’agit de leur faire prendre conscience en profondeur de leur dépendance aux objets et désirs créés par cette société. La compréhension du sens du jeûne pour le climat par exemple…

Et du lien entre la vie spirituelle et les enjeux écologiques ?

Je me suis rendue compte d’une curieuse coïncidence sur l’étymologie des deux termes. « Religion » vient du verbe latin religare, qui signifie « relier ». Or la définition de l’écologie est exactement sur ce mode de la relation : la science des relations entre les êtres vivants et leur milieu. C’est la science du lien, au niveau de l’immanence. Qui t’empêche de dire qu’au niveau de l’immanence, il y a de l’invisible ? Merleau-Ponty, dans Le Visible et l’invisible, parle de la « chair du monde » à laquelle nous appartenons tous, la matière tramée d’invisibilité. Les deux termes ont donc une affinité naturelle. Oikos Logos, les mots grecs d’où vient « écologie », signifient la "science de la maison". Heidegger parlera d’habiter le monde. Cela n’implique-t-il pas d’habiter notre monde intérieur, en même temps que le monde extérieur ?

Le titre de ta thèse annonce une « conversion écologique ». Que veux-tu dire ?

La conversion, c’est l’unification de l’être, de la personne. L’enjeu, encore une fois, est de faire le lien… entre mon « moi quotidien » et cet « autre qui me porte ». C’est un mouvement qui englobe toute ton existence. Cette notion n’a pas qu’une connotation religieuse. Il y a deux stades pour décrire la conversion : la metanoia, la rupture, le changement de direction ; puis l’epistrophein, le mouvement de retour. C’est un arrachement qui ressource, qui te met en phase avec toi-même. Cette rupture est essentielle à la prise de conscience écologique, et permet d’atteindre une cohérence, un socle véritable.

On vient tous à l’écologie par des voies différentes, et c’est ce qui est beau, mais ensuite c’est ensemble que nous nous demandons : vers où allons-nous ? Cependant, le retournement ne se fait pas du jour au lendemain. Nous avons besoin de haltes, de « stations », comme dit l’Islam. L’unité se gagne progressivement. C’est en cela que ce chemin s’oppose au fascisme écologique, ou à l’intégrisme religieux. Toujours, prendre l’autre là où il en est.

Quelques mots pour finir… ?

Dans le taoïsme, on trouve une métaphore très parlante : l’image de la cruche. La cruche sert à remplir et à verser. Alors ce qui compte, ce n’est pas la forme, le contenant. L’important, c’est la qualité du vide qui permet de contenir. On est traversé par la vie, mais comment fait-on le vide, pour pouvoir accueillir à nouveau le monde, devenir le « miroir de l’univers » ? C’est là qu’on peut vraiment parler « d’écologie corporelle », c’est là peut-être aussi que se joue en partie le lien entre écologie et spiritualité :

« Connais le masculin, adhère au féminin, sois le Ravin du monde Quiconque est le Ravin du monde, la vertu constante ne le quitte pas Il retourne à l’état d’enfance »

(Lao Tseu, Tao Tö King, XXVIII)

- Propos recueillis par Juliette Kempf

Pour aller plus loin…

- Arne Naess (avec David Rotenberg), Vers l’écologie profonde (Wildproject, 2009) - Eric Julien, Les Indiens Kogis : la mémoire des possibles (Actes Sud, 2007) - Thich Nhat Hanh, Ce monde est tout ce que nous avons (Le Courrier du livre, 2010) - Maurice Merleau-Ponty, Le Visible et l’invisible (Gallimard, 1979) - Jean Bastaire, Pour un Christ vert (Salvador, 2007) - Michel Hubaut, Chemins d’intériorité avec saint François (Editions franciscaines, 2012).

D’anciennes mines de charbon deviennent des sources d’énergie renouvelable Marie Astier (Reporterre) Reporterre 2015/06/11 Marie Astier (Reporterre) (11 juin 2015) D’anciennes mines de charbon deviennent des sources d’énergie renouvelable. Reporterre. Énergie fr

D’anciennes mines de charbon deviennent des sources d’énergie renouvelable

La ville d’Heerlen, aux Pays-Bas, a bâti sa fortune sur le charbon, avant que ferme la dernière mine, dans les années 1970. Aujourd’hui, la ville s’engage dans la transition énergétique avec un système original : utiliser la chaleur des mines abandonnées comme source d’énergie.

La ville d’Heerlen est coincée dans un petit bout de Pays-Bas, entre la Belgique et l’Allemagne. La commune de 90 000 habitants, comme le reste du territoire, a bâti sa fortune sur le charbon, avant la fermeture de la dernière mine dans les années 70. Un passé industriel douloureux depuis qu’il a apporté le chômage et dévalué l’image de la région.

« On essaye sans cesse de redorer notre image et de trouver de nouvelles sources d’investissement, raconte Hans Van Der Logt, responsable de la transition énergétique à la mairie. C’est dans nos gènes, ici, on veut a tout prix montrer que l’innovation existe toujours chez nous. On travaille beaucoup sur la transition énergétique. »

Utiliser l’énergie des mines abandonnées

L’idée est venue d’une de ses collègues à la mairie : dans les mines, plus on descend, plus il fait chaud ; et si l’on utilisait la chaleur des mines comme source d’énergie ? « On a lancé une étude et on a fait des réunions avec les anciens mineurs : ils étaient plus d’une centaine à chaque fois. Ils avaient envie de s’impliquer et de savoir ce qu’on allait faire de leurs mines », poursuit le Néerlandais. Ils aident à repérer les vieux puits et à cartographier les galeries. Grâce au projet, ils retrouvent leur fierté.

« C’est ce qui a poussé le maire à s’impliquer lui aussi. » L’Union européenne accepte de participer elle aussi et finance près de la moitié des 20 millions d’euros nécessaires. Une compagnie d’énergie détenue a 100 % par la municipalité est créée, la centrale géothermique ouvre en 2009.

Le système mis au point utilise l’eau qui a rempli les galeries abandonnées. Elle est à 32 degrés en profondeur, ce qui suffit pour un chauffage au sol ou par les murs. Des pompes permettent de faire circuler l’eau entre les puits de mine et la ville. En été, le système permet même de climatiser les logements. C’est alors l’eau plus proche de la surface, et plus fraîche, qui circule dans les tuyaux.

Un système prometteur

Un complexe de nouveaux bâtiments, avec un théâtre, une bibliothèque et des logements est déjà équipé. « La prochaine étape, c’est de rénover le maximum de logements pour installer ce système de chauffage basse température », se réjouit Hans Van Der Logt.

Selon lui, ce chauffage géothermique émet 65 % de CO2 de moins que le chauffage au gaz. Et les émissions pourraient encore diminuer grâce à l’installation de panneaux solaires pour fournir l’énergie des pompes. « Pour l’instant, seulement 2 % de l’énergie de la ville est fournie par la géothermie, admet le responsable municipal. Mais à terme, on aimerait monter à 20 %. On doit développer un mix énergétique. »

Et puis, le système inspire de nombreux autres territoires miniers en reconversion. « Chaque semaine on a des visiteurs. Ils viennent de France, de Slovénie, de Serbie et même de Chine ! »

Porno, smartphones et écologie Elise Rousseau Reporterre 2015/06/12 Elise Rousseau (12 juin 2015) Porno, smartphones et écologie. Reporterre. Tribune — Pédagogie Éducation fr

Porno, smartphones et écologie

Du porno sur les smartphones à la portée des enfants. Mais le problème n’est-il pas que les enfants aient des smartphones ?

Une des dernières rigolades entendues à la radio : des parents se plaignent, avec une candeur désopilante, que leurs enfants d’école primaire regardent des vidéos pornos sur leurs smartphones.

Que les enfants se créent dès le plus jeune âge une image science-fictionnesque de la sexualité, sans personne pour leur expliquer le côté kitch du truc, c’est certes un peu ennuyeux.

Par contre, qu’ils soient de braves petits soldats de la consommation, au garde à vous du matérialisme le plus débridé, ça, ça ne choque personne. Personne n’y voit un problème moral. Personne ne trouve ça malsain.

Qu’un gamin de 8 ans puisse avoir un smartphone hors de prix, et être formaté pour la course en avant consumériste, non, ça ne pose aucun problème.

« On veut protéger nos enfants », disent les parents, la bouche en cœur, en payant au minot le dernier gadget à la mode. Les mêmes qui exhibent sur les réseaux sociaux ces mêmes bambins (au ski, à la plage, qui a fait popo, qui s’est tartiné le visage de chocolat…) sous toutes les coutures dès leur plus jeune âge, en dépit de toute intimité. Cherchez la logique…

Grande hystérie collective

Une amie intellectuelle (sans portable, sans télé, sans Facebook, mais avec des livres… merveilleuse femme !), une belle humaniste qui résiste contre vents et marées, me disait l’autre jour : tout cela est une grande hystérie collective.

Et ces désirs de consommation compulsifs, ne sont-ils pas pathologiques ? Consommer pour combler un manque affectif ? Pour se sentir exister ? Pour se re-narcissiser ? Mais comme consommer ne comble rien, mais génère plus de vide encore, alors il faut inventer de l’affect de consommation : les réseaux sociaux. Affect comblé un temps… Mais pour avoir accès tout le temps à ces réseaux addictifs, il faut avoir le dernier smartphone : pour poster en direct, avoir les dernières applications, et consommer sans fin, tourbillon de matérialisme immatériel.

Et si notre planète se ruinait finalement pour une seule raison : parce qu’au fond, nous ne savons plus être en lien dans la vraie vie ? Dans la vraie vie qui ne coûte rien, dont la seule batterie est la vie, le seul disque dur nos cerveaux, et la seule chose tactile, nos peaux ? Quand on discute entre amis, on ne pollue pas…

Plutôt que d’engueuler les mômes de mater du porno avec les outils qu’on leur donne pour le faire, ce serait bien d’expliquer aux enfants (et à de plus en plus d’adultes), que boire un coup avec des vrais copains, qu’aller se promener avec des gens qui nous « like » pour de vrai, que faire l’amour avec quelqu’un qu’on aime, c’est quand même vachement bien, et en plus, c’est gratuit. C’est juste du lien, ça ne coûte rien, y a besoin de rien, juste d’être là, avec l’autre. Mais par contre, pour prendre son pied… faut déconnecter !

Dans le Nord, à Anor, les granulés de la colère Bernard Krieger (Reporterre) Reporterre 2015/06/12 Bernard Krieger (Reporterre) (12 juin 2015) Dans le Nord, à Anor, les granulés de la colère. Reporterre. Grands projets inutiles fr

Dans le Nord, à Anor, les granulés de la colère

Des élus locaux séduits par un projet surfant sur l’engouement pour le bois énergie et la biomasse. Un acteur privé qui fait des affaires dans l’éolien et les granulés de bois. Un dossier administratif plein de failles. Un partenariat privé-public flou. Et des habitants qui constituent en collectif pour se faire entendre.

- Actualisation - Mardi 7 mars 2017 - Le 1e mars, le tribunal administratif de Lille a « annulé l’arrêté du 18 décembre 2014 par lequel le préfet du Nord a autorisé la société Jeferco à exploiter » une usine à pellets (des granulés de bois de chauffage) à Anor. - Source : La Voix du Nord.

- Prisches (Nord), correspondance

Point culminant du Nord, Anor (3 300 habitants) se situe au sud de Fourmies, à la limite des Ardennes, de l’Aisne et de la Belgique. Depuis l’an dernier, l’annonce d’un projet d’usine à pellets, couplée à une centrale biomasse, divise cette commune joliment vallonnée, bordée de pâtures, adhérente au Parc naturel régional de l’Avesnois. Ce débat a l’air purement local, mais il présente un air de famille avec ces projets où des intérêts industriels à l’affût de subventions rencontrent des élus qui ne se posent plus de questions dès qu’on leur parle de création d’emplois.

Si ce projet, porté par le groupe lillois Jeferco, est mené à bien, l’usine annoncée pourrait être, à l’instant où s’écrivent ces lignes, la plus grande de France. Avec une capacité de 120.000 tonnes de pellets par an. Selon les sources, le site concerné mangerait entre six et treize hectares. S’y organiseraient toutes les étapes industrielles (stockage, transformation, logistique). Une chaudière à biomasse serait installée. La matière première, le bois, serait amenée par camions (au moins 36 par jour) et un raccordement ferroviaire à une voie privée reliant une carrière à granulats toute proche à la gare SNCF d’Anor assurerait l’expédition, par trains, de produits finis destinés, pour l’essentiel, à des centrales thermiques.

Cette usine, selon le porteur de projet, fonctionnerait, en partie du moins, 24 h sur 24, et créerait 26 emplois (mais pas tous locaux).

Dans ce dossier, l’interlocuteur public est la Communauté de communes Sud Avesnois qui se charge de la maîtrise des terrains, des voiries nécessaires et de la recherche des subventions. L’usine doit s’édifier dans le hameau Saint-Laurent où existe déjà une petite zone d’activités.

Un projet « hors sol »

Le dossier administratif a été instruit en 2014. La seule réunion publique (le 21 mai) a été organisée après l’accord du permis de construire (le 21 mars) et après l’avis favorable de l’autorité administrative (le 3 avril). L’enquête publique, menée entre le 2 juin et le 2 juillet 2014, a abouti à une autorisation préfectorale accordée le 18 décembre. Administrativement, tous les feux semblent donc au vert et les travaux sont annoncés pour le deuxième semestre de cette année.

Mais, début 2015, un collectif d’habitants, en grande partie composé des futurs riverains de l’usine, s’est constitué. Ils craignent pour leur tranquillité mais dénoncent aussi une enquête administrative bâclée, non contradictoire, taillée sur mesure pour les élus, et dénoncent un projet « hors sol », incompatible avec un bourg rural, qui apportera plus de nuisances que d’emplois vraiment nouveaux et locaux.

Ils comparent la future usine à celle de Cosne-sur-Loire, déjà édifiée. A la tête du collectif, baptisé Anor Nature, Laurent Caux, retraité de la fonction publique, connaît bien le monde administratif. En grattant mots et discours « politiquement corrects », il dit avoir relevé pas moins de « 57 problèmes et incohérences ». Pour lui, les failles ne manquent pas : non prise en compte sérieuse d’espèces locales protégées et des enjeux environnementaux (pollution de l’air, nuisances sonores, étude hydraulique…) ; ratés dans la concertation ; « coquilles » dans les documents officiels, etc.

Aujourd’hui, le collectif se cherche un avocat (et de quoi le payer). Il a alerté les élus européens d’EELV (Europe écologie les verts) et cherché des appuis du côté des associations à vocation environnementale. Il ne désespère pas de faire rouvrir l’enquête environnementale. Son but : faire suspendre le chantier et annuler l’arrêté préfectoral.

Un projet flou sur le plan économique

Fin mai, le président du Jeferco, Jean-François Rosado, ne souhaitait pas répondre aux question de Reporterre. Il est à la tête d’un groupe faisant des affaires dans l’immobilier, l’éolien et les usines à granulés.

Le principal élu concerné, Jean-Luc Pérat, à la fois maire d’Anor et président de l’intercommunalité accompagnatrice du projet s’exprime, lui, par communiqués, invoquant l’unanimité des élus et les « avis favorables » recueillis par le dossier, tout en recherchant une écoute bienveillante auprès de la presse locale. Elu PS, retraité de l’Education Nationale, il aimerait bien, après deux échecs cuisants (législatives 2012 et départementales 2015), attacher son nom à un projet économique réussi s’appuyant sur des « richesses naturelles locales » (la forêt dans le cas présent).

Si le dossier a séduit des élus, il apparaît très flou sur le plan économique. Des questions de base, conditionnant sa viabilité et sa crédibilité, restent sans réponse : d’où viendrait la matière première ? Quels seraient les débouchés des produits finis ? Quelles retombées positives pour le territoire et les acteurs locaux du bois ? Même le montage financier de ce partenariat privé-public n’est pas annoncé. En « off », le projet est évalué à au moins 23 millions alors qu’il est affiché à 16,5 millions officiellement.

En l’état, et indépendamment de l’action du collectif devant la juridiction administrative, ce projet d’usine à granulés ressemble à une nouvelle aventure dans laquelle des élus engagent des deniers publics, au nom d’un intérêt général supposé, mais sans s’entourer de précautions.

Prédation. Nature, le nouvel eldorado de la finance de Sandrine Feydel et Christophe Bonneuil Reporterre 2015/06/12 de Sandrine Feydel et Christophe Bonneuil (12 juin 2015) Prédation. Nature, le nouvel eldorado de la finance. Reporterre. Économie fr

Prédation. Nature, le nouvel eldorado de la finance

La protection de l’environnement devient un marché particulièrement juteux. On connaît déjà le business du développement durable et de la croissance verte. Un pas supplémentaire est toutefois en passe d’être franchi : désormais, les terres, les forêts, les animaux et les végétaux sont transformés en produits bancaires et financiers. De fait, selon le vieil adage « tout ce qui est rare est cher », les espèces vivantes en voie de disparition, les terres et les écosystèmes menacés prennent de la valeur. La nature devient alors un capital sur lequel il est possible de spéculer.

Cette enquête raconte l’histoire de la mainmise économique et bancaire sur les ressources vivantes à l’échelle planétaire, une véritable entreprise de prédation. Elle révèle que des banques et des fonds d’investissement achètent aujourd’hui d’immenses zones naturelles riches en espèces animales et végétales en danger, partout dans le monde, pour les échanger sur des marchés. Elle dévoile également le rôle crucial des lobbies, qui s’activent auprès des institutions européennes et internationales pour favoriser le développement de cette branche financière du green business.

Sandrine Feydel et Christophe Bonneuil nous conduisent en Ouganda, au Brésil, en Amazonie, aux États-Unis et en Malaisie, où des bio-banques « protègent » désormais des écosystèmes en danger. Ils décrivent les dangers auxquels se trouvent alors exposés les populations locales et leur environnement naturel.

Ils montrent enfin que ce sont souvent les entreprises les plus destructrices de l’environnement, comme les industries minières et pétrolières, qui s’intéressent à ces marchés, et que les institutions financières responsables de la crise des subprimes en 2008 n’en ont décidément tiré aucune leçon et nous préparent un « krach vert »…

Prédation. Nature, le nouvel eldorado de la finance, Sandrine Feydel, Christophe Bonneuil, Ed. La Découverte, 250 pages, 16,50 €

A Bonn, les négociations sur le climat patinent dans la choucroute Emilie Massemin (Reporterre) Reporterre 2015/06/12 Emilie Massemin (Reporterre) (12 juin 2015) A Bonn, les négociations sur le climat patinent dans la choucroute. Reporterre. Climat : de COP en COP fr

A Bonn, les négociations sur le climat patinent dans la choucroute

Réunis dix jours à Bonn, les 196 États-membres n’ont quasiment pas avancé dans leur projet d’accord climatique. Ils ont toutefois accordé aux co-présidents des négociations l’autorisation d’améliorer le texte avant leur prochaine réunion, fin août. La route est encore longue avant la grande conférence de Paris, en décembre prochain.

Presque un tour pour rien. Réunis à Bonn du 1er au 11 juin, les représentants des 196 États-parties de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC) ne sont pas parvenus à avancer sur le projet d’accord universel sur le climat, à moins de six mois de la conférence de Paris.

La mission des délégations était de raccourcir le brouillon issu de la session de négociations de Genève, en février dernier. Épais de 86 pages, ce document en anglais listait toutes les options, parfois contradictoires, défendues par chacun des États. Le nettoyage du texte impliquait donc que les propositions les plus proches soient regroupées, mais aussi que les parties adoptent certaines options et en rejettent d’autres – et entrent ainsi dans le vif des négociations.

Les questions de fond toujours pas abordées

Cet objectif n’a pas été atteint. Repris par les délégations ligne par ligne, trois fois de suite, le texte n’a perdu que 10 % de son volume et reste dense et confus. Les 4 000 négociateurs, accaparés par les questions de forme, n’ont pas eu le temps d’aborder les questions de fond : financement, adaptation, etc.

« Il règne ici un sentiment de grande insatisfaction, commente au téléphone Pierre Radanne, président de l’association 4D et expert des questions climatiques. Cet enlisement n’est pas le résultat de tensions politiques, parce que tout le monde est d’accord sur le fait qu’il faut éviter de dépasser les 2°C de réchauffement. Il est lié aux erreurs de méthode des co-présidents, qui ont voulu mélanger simplification du texte et discussions de fond. Les acteurs du processus se sont pris les pieds dans la complexité d’un texte de cent pages. »

« La confiance, la confiance, la confiance »

« C’est un processus qui se déroule étape par étape, plaide Christiana Figueres, secrétaire exécutive de la CCNUCC, en conférence de presse. Les délégations doivent faire face à la difficulté de clarifier le texte. Des progrès très intéressants ont été faits dans la compréhension du texte. »

« Nous ne devrions pas être frustrés, ajoute Laurence Tubiana. Les conditions d’un succès à Paris sont réunies. » L’ambassadrice française pour les négociations climatiques souligne l’importance de la confiance entre les États dans la poursuite des négociations : « Il faut trois conditions pour des négociations climatiques réussies : la confiance, la confiance, et la confiance. Nous n’avons pas d’armées, nous n’avons pas d’armes pour la mise en œuvre des accords climatiques. C’est une question de confiance. »

Un été studieux en perspective

Mais la confiance était bien là, estime Thomas Spencer, directeur du programme climat à l’Iddri (Institut du développement durable et des relations internationales). Elle a permis aux co-présidents des négociations, Daniel Reifsnyder (États-Unis) et Ahmed Djoghlaf (Algérie) d’obtenir un mandat pour avancer sur le texte, d’ici le 24 juillet. « Ces dix jours de travail étaient nécessaires pour aboutir à ce mandat. Les États avaient besoin de faire confiance aux co-présidents, qui devaient être sûrs de parfaitement connaître la position de chaque États. »

Deux autres sessions de négociations officielles sont prévues à Bonn, en septembre et en octobre. « D’ici-là, cet été, de nombreuses dates importantes vont donner une impulsion politique aux négociations, estime Alix Mazounie, chargée des politiques internationales au Réseau Action Climat (Rac) France : une réunion de haut niveau sur le changement climatique le 29 juin à New York, la conférence d’Addis Abeba sur le financement du 13 au 16 juillet, le forum des économies majeures, une réunion interministérielle les 20 et 21 juillet... Sans compter les contributions nationales, notamment celle de la Chine, qui vont continuer à tomber et s’ajouter aux quarante déjà dévoilées. »

Mais il reste du chemin à parcourir avant d’aboutir à un accord universel pour le climat lors de la conférence de Paris, en décembre prochain. « Plus on va se rapprocher de la COP 21, plus les négociations vont être difficiles, prévient Pierre Radanne. Et cette session de Bonn n’est pas rassurante : on va s’attaquer à une montagne, alors qu’on n’a pas été capables de grimper sur une taupinière. »

Complément d’info :

- Le texte de négociation le 12 février 2015

- Le texte de négociation le 11 juin 2015

Des partisans d’une ferme-usine menacent par le feu l’association écologiste Julie Lallouët-Geffroy (Reporterre) Reporterre 2015/06/13 Julie Lallouët-Geffroy (Reporterre) (13 juin 2015) Des partisans d’une ferme-usine menacent par le feu l’association écologiste. Reporterre. Libertés fr

Des partisans d’une ferme-usine menacent par le feu l’association écologiste

Dans la nuit de mercredi à jeudi à Heuringhem, dans le Pas-de-Calais, un opposant à une ferme-usine de 4 500 porcs se réveille en sursaut : de la paille et un pneu brûlent devant chez lui. Des intimidations qui pourraient être le fait de militants FDSEA, mécontents d’une décision de justice défavorable à la ferme-usine.

« J’ai été réveillé à 1h30 par les pompiers. Ils venaient d’éteindre un feu de paille sèche et d’un pneu allumé devant l’entrée de ma maison". Jean-Michel Jedraszak, porte-parole de l’association Aives, découvre également que des graffitis ont été peints sur la porte et sur la persienne de son cabinet médical, à quelques kilomètres de chez lui. Même chose devant la mairie. Banderoles et tags ont été laissés sur place : « Nous sommes tous Aurélie », inscrit dessus, du nom de la productrice à l’origine du projet de la ferme-usine de porcs. C’était jeudi matin 11 juin.

« Nous n’avons pas de témoin, pas de preuve ; mais avec cette banderole, on sait que ça vient de la FDSEA, tout simplement parce qu’ils avaient la même banderole la semaine dernière lors de leur congrès régional », explique Jean-Michel Jedraszak. L’intimidation n’aura peut-être pas l’effet escompté : « Je suis plus déterminé que jamais, ça me renforce plutôt qu’autre chose. »

L’association Aives (Association intervillages pour un environnement sain) milite contre le projet de ferme-usine de porcs porté par Aurélie Bridault. Cette exploitation veut se doter d’un cheptel de 4 500 animaux, implantée sur la commune d’Heuringhem dans le Pas-de-Calais. La productrice de porcs assurait dans la presse locale que « 4 500 équivalents animaux, ce sont des termes administratifs. Cela correspond à un élevage de 282 truies productives, soit 312 truies présentes. » Sauf que l’installation engraissera aussi les porcelets, si bien que 4 500 animaux devraient être présents en permanence.

Le projet a été lancé en 2011 mais a subi un coup d’arrêt avec la suspension du permis de construire en octobre 2013. Après un an et demi d’arrêt des travaux, le tribunal administratif de Lille a rendu lundi dernier sa décision : l’annulation partielle du permis de construire.

Des actions militantes qui « méritent la qualification de fascistes »

Cette décision de justice ne semble pas avoir été acceptée par les défenseurs du projet. Jean-Michel Jedraszak de l’Aives est choqué : « Moi, je m’attaque à un bout de papier ; ça n’a rien à voir avec ce qu’il vient de se passer. » La Confédération paysanne quant à elle ne mâche pas ses mots. Elle condamne « fermement le comportement irresponsable des membres de la FDSEA 62, poussés par leur président à perpétrer des actes qui méritent la qualification de fascistes. »

Le président de la FDSEA 62, Pierre Hannebique, trouve le terme tranché et il répond qu’« on nous parle des méthodes de la FNSEA mais regardez celles de la Confédération paysanne qui va démonter une salle de traite... » Mettre sur le même plan une action de démontage en plein jour sur le site de la ferme-usine des milles vaches et une autre qui déclenche un feu devant une habitation la nuit ne semble pourtant pas relever du même registre. Le président de la FDSEA 62 le reconnaît, « la réaction à la décision du tribunal est disproportionnée ». Quant aux feux déclenchés dans la nuit de mercredi à jeudi, il ne la revendique pas mais ne la nie pas non plus. « Je comprends que certains soient en colère et agissent ainsi, mais je ne cautionne pas. »

La réponse n’étonne pas, elle a déjà été entendue à de nombreuses reprises. On se souvient de la FNSEA qui avait piétiné des ragondins à Nantes. Réaction de Xavier Beulin, le président national : « Je considère que c’est une connerie et je ne cautionne pas ce type de dérapage. »

Il y avait eu en septembre 2014 l’incendie du centre des impôts et de la Mutualité sociale des agriculteurs dans le Finistère. Déclaration de Xavier Beulin, président national du syndicat qui a temporisé en expliquant que « c’est une action d’une violence certaine qui traduit malheureusement une exaspération, une détresse très forte dans le monde agricole aujourd’hui ». De son côté, le président départemental du syndicat agricole, Thierry Merret, avait carrément soutenu les délinquants, déclarant : « Je tire un coup de chapeau à ceux qui ont osé faire ce qu’ils ont fait. »

Les médias de demain : citoyens, alternatifs, et libres Médias libres Reporterre 2015/06/13 Médias libres (13 juin 2015) Les médias de demain : citoyens, alternatifs, et libres. Reporterre. Tribune — Libertés fr

Les médias de demain : citoyens, alternatifs, et libres

Reporterre, heureusement, n’est pas tout seul. Il y a en France des dizaines de médias libres des grandes entreprises et des capitalistes qui, par le papier, l’internet, la video, la radio, diffusent une information différente. Ils se sont retrouvés à Meymac, fin mai, pour les Rencontres nationales des médias libres. Voici notre communiqué final.

Vous avez été Charlie ? Alors vous serez Meymac ! Le temps d’un week-end et pour la deuxième année consécutive, cette petite ville de Corrèze, en accueillant les Rencontres nationales des médias libres et du journalisme de résistance, est devenue la capitale de la liberté de la presse et du pluralisme.

Documentaires, films en avant-première, débats… Avec des figures telles que Denis Robert ou Yannis Youlountas, les Rencontres des médias libres ont attiré plusieurs centaines de personnes. Et, de S !lence à TV Bruits (en passant par les Pieds dans le Paf, Acrimed ou encore la Canarde Sauvage), plus d’une soixantaine de médias associatifs, alternatifs, « pas pareils », libres, alternatifs, citoyens, des journaux papier, des télés participatives, des radios associatives, des sites web, des réseaux et fédérations, des journalistes indépendants…

Ce « tiers secteur médiatique » qui représente un journalisme libéré des groupes capitalistes et politiques, relayant cette information que les autres ne font plus, donnant la parole à ce qui ne l’ont pas. Des médias inventifs, innovants, participatifs, horizontaux, citoyens. Des médias qui font autant dans la satire la plus grinçante que dans l’enquête la plus sérieuse. Des médias forcément au bord du gouffre…

Paysage aux allures de cimetière

Ces rencontres se sont en effet déroulées dans un contexte particulier. Rarement l’hécatombe aura été aussi importante dans le monde des médias. Et, dans ce paysage aux allures de cimetière, les médias libres sont en première ligne. Comment pourrait-il en être autrement puisque ces médias ne bénéficient quasiment d’aucune aide ?

Médias de la débrouille, habitués à partager la misère et à jongler avec la précarité, ces derniers se sont récemment organisés afin d’aller taper à la porte des ministères. Mais, si nous avons pris notre bâton de pèlerin pour aller rue de Valois, ce n’est pas pour qu’on nous fasse une fleur. Et encore moins tendre notre sébile. Mais pour que la puissance publique reconnaisse et soutienne la contribution au pluralisme de ces médias qui remplissent de fait une mission d’intérêt général. Pour ne pas dire de service public.

Si nous regrettons que la récente réforme des aides à la presse écrite n’ouvre pas directement celles-ci aux titres de la presse associative, nous nous réjouissons de l’annonce faite par Fleur Pellerin de la création d’un fonds de soutien aux « médias citoyens », objet de longue date de nos revendications collectives. Nous saluons aussi la disparition de la presse de loisirs et de divertissement de la liste des bénéficiaires de ces aides publiques ainsi que la volonté du Ministère de la Culture de redistribuer les économies réalisées notamment vers ce fonds de soutien aux médias citoyens, associatifs, indépendants, « pas pareils ».

A Meymac, les médias réunis dans la CPML ont réaffirmé leur volonté de participer à la définition de ce fonds de soutien, en accord avec la proposition qui leur a été faite par le Ministère. Des propositions concrètes seront très prochainement adressées en ce sens à la Ministre de la Culture.

De même, nous ne pouvons qu’exprimer notre satisfaction quant à l’annonce d’un soutien aux nouveaux médias mais souhaitons que les projets de médias non commerciaux ne soient pas oubliés dans ce nouveau dispositif.

L’annonce de la création de ce fonds de soutien est une avancée sans pareille dans l’histoire de nos médias. Mais de quels moyens sera doté ce fonds ? Titres la presse écrite non éligibles aux aides à la presse, télévisions, web radios, pure players, les médias sont nombreux en France à avoir un besoin vital de ce soutien. Celui-ci devra être à la hauteur de l’enjeu démocratique de l’existence d’une presse libre et indépendante consciente de ses responsabilités citoyennes.

La presse qui invente était à Meymac

Pour la ministre de la culture : « Notre mission est de soutenir la presse qui expérimente et invente ». Cette presse, ces médias, ils existent. Ils étaient à Meymac. Où, tout un week-end durant, se sont tissés les nécessaires solidarités entre des acteurs qui ont décidé de mutualiser autre chose que la misère. En clair, leur savoir-faire : mise en place d’une sorte de « compagnonnage » au sein du tiers secteur, réflexion autour d’une Amap des médias libres, coordination autour de temps forts rédactionnels, dans une région où l’on produit d’ordinaire du fromage et des présidents, ce sont les médias de demain qui se sont inventés au fin fond de la Corrèze.

Mais, parce qu’on ne rit de bon cœur que dans les cimetières, nous avons décidé de frapper un grand coup. Puisqu’il semble y avoir quelque fonds en faveur de la création de nouveaux médias, puisque l’heure est à la défense du pluralisme et à la dénonciation de la concentration des médias et des puissances d’argent, nous avons décidé de lancer une offre alternative à celle du groupe de luxe LVMH en décidant de rachetant la partie « libéré » du « Parisien libéré ».

L’occasion de nous faire connaître de ces lecteurs, de ce public, qui, quoiqu’ayant été « Charlie » (comme tout le monde, ou presque), ignore encore trop souvent notre existence. Nous sommes les médias inventifs et créatifs, nous mettons en place les nécessaires solidarités entre nous. Mais nous n’existerons pas sans vous. Et, même si vous ne savez pas encore, nous sommes vos médias.

Signataires :

Acrimed, Airelles Vidéo, Aldudarrak Bidéo, Bastamag, Campagnes Solidaires, DécibelFM, Fokus21, Friture Mag, L’âge de faire, La Canarde Sauvage, La Fédération des Vidéos des Pays et des Quartiers, Le Lot en Action, Le Ravi, Les Pieds dans le PAF, Les Rencontres Médiatiques, Lutopik, Médias Citoyens, Radio Zinzine, Reporterre, Rezonances-Tv, Riv’Nord, S !lence, TV Bruits, Zelium

À Contre Courant, Adiu Sud Gironde, Adiu TV, BateauBasta, Cafaitdesordre.com, CASA (association), Cassandre/Hors Champs, CDRLP, Citizen Nantes, Cram Cram Editions, Demosphere Ariège, Demosphere Toulouse, Fakir, Hexagones, L’Insatiable, La Lorgnette.info, La Lettre à Lulu, La Maison écologique, Le Nouveau Jour J, Les Amis de la Cathode, Le Sans Culotte 85, Montpellier Journal, Pierre Merejkowsky, Plus Belles les Luttes, Politis, Pumpernickel, Radio MNE, Télé Sud-Est, ZdF

Jardin sans pétrole - Pire que le stress hydrique, les rats taupiers Christine Laurent (Reporterre) Reporterre 2015/06/13 Christine Laurent (Reporterre) (13 juin 2015) Jardin sans pétrole - Pire que le stress hydrique, les rats taupiers. Reporterre. Jardin sans pétrole fr

Jardin sans pétrole - Pire que le stress hydrique, les rats taupiers

La sécheresse continue, mais certaines plantes semblent développer un instinct de survie face au stress hydrique et fleurissent malgré le manque d’eau. Presque plus grave est la présence dévastatrice des rats taupiers. Machette, cheveux humains, poison... Comment s’en débarasser ?

Pas la moindre trace d’humidité dans le pluviomètre. La sécheresse se poursuit et le paillage sauve nos plants qui peu à peu s’enracinent. Heureusement, Jean-Marie a pu aller arroser mercredi ! Les feuilles du mesclun, du cresson alénois et de la roquette deviennent épaisses et les plantes elles-mêmes sont déjà en train de fleurir. Instinct de survie de l’espèce face au stress hydrique !

Les pois gourmands peinent à monter sur les bambous, comme s’ils étaient impressionnés par la hauteur des tiges ! Nous les avons pourtant taillés en tenant compte de notre expérience de l’année dernière. Mais eux aussi souffrent du manque d’eau. Non seulement leur croissance en est ralentit mais leurs vrilles avec lesquelles ils sont censés s’enrouler sur les bambous ont perdu leur souplesse et n’accrochent plus. Nous ne récoltons qu’une petite poignée de pois sur les quelques plantes épargnées de notre premier semis... J’assouplis la terre à la grelinette avant d’arroser copieusement.

Pire que le manque d’eau

Il se passe dans le jardin un événement presque plus grave que le manque d’eau. Ce sont les rats taupiers contre l’envahissement desquels nous sommes démunis. Les premiers dégâts sur nos semis de pois n’étaient qu’un prélude. C’est maintenant officiel. Ils sont installés et le jardin est cabossé par leur présence potentiellement dévastatrice. Pour l’instant, nous voyons surtout des excroissances de terre sur les buttes et dans les allées ainsi que des trous là où nos outils fouillent la surface.

Sur le moyen de s’en débarrasser, nos avis divergent. Jean-Marie est plutôt favorable à leur élimination avec des graines empoisonnées. Je propose de les enquiquiner en mettant à sac leurs galeries avec la grelinette jusqu’à ce qu’ils déménagent. Le peu de temps que nous passons au jardin rend ma proposition inopérante. Elle se heurte aussi à la biologie de l’animal dont le taux de la reproduction me dépasse.

Les pièges nécessitent aussi d’être sur place. Certains jardiniers préconisent de mettre dans les galeries des cheveux imprégnés de l’odeur de l’homme... pendant que je suis occupée à mes divagations romanesques, Jean-Marie a attrapé sa machette. Soudain, je l’entends : « Je l’ai eu ! » A ses pieds, gît un rongeur à peine plus gros qu’une souris au joli pelage caramel... J’en oublie tout net mes idées belliqueuses.

Les Mille vaches et les trois petits cochons Barnabé Binctin (Reporterre) Reporterre 2015/06/13 Barnabé Binctin (Reporterre) (13 juin 2015) Les Mille vaches et les trois petits cochons. Reporterre. Mille Vaches et fermes-usines fr

Les Mille vaches et les trois petits cochons

- Jeudi 11 juin 2015

- Ecouter ici la chronique de Reporterre, par Barnabé Binctin :

- Image : Wikimedia

La chronique de Reporterre, tous les jeudi à 18 h 10 sur Radio Nova, dans l’émission « 2h1/4 avant la fin du monde », animée par Marie Misset et Armel Hemme.

« L’occasion de faire le point sur les combats et débats quotidiens de l’écologie ».

A écouter sur... et bien voici la carte des fréquences, selon le lieu où vous habitez.

Dans les colonies agricoles israéliennes, l’exploitation des enfants palestiniens Julie Pronier (Reporterre) Reporterre 2015/06/15 Julie Pronier (Reporterre) (15 juin 2015) Dans les colonies agricoles israéliennes, l’exploitation des enfants palestiniens. Reporterre. Reportage — Monde fr

Dans les colonies agricoles israéliennes, l’exploitation des enfants palestiniens

Mohammed a 14 ans. Originaire de la Vallée du Jourdain, il travaille dans une colonie agricole israélienne. Salaire de misère, travail exténuant, exposition aux pesticides. Selon Human Rights Watch, il est l’un des 500 à 1 000 enfants palestiniens exploités dans les colonies israéliennes.

Mohammed* (photo ci-dessous), 14 ans, est originaire de la Vallée du Jourdain. Depuis six mois, il travaille dans une colonie agricole israélienne pour soutenir sa famille. Travail exténuant pour un salaire minime, il est l’un des mille enfants et adolescents employés par les colons israéliens.

« Il est constamment fatigué et il a mal au dos. Il dort comme une souche. Quand il ne travaille pas, il joue avec ses amis comme un enfant normal », décrit Umm Ahmad*, la mère de Mohammed. Dans le village de Zbeidat, dans la Vallée du Jourdain, assise avec son fils sur des matelas fins posés à même le sol, dans un salon réservé aux invités sans vitres aux fenêtres, elle explique que ses trois fils – Mohammed et ses deux frères de 19 et 21 ans – ont tous quitté l’école pour aider leur famille. Ils travaillent à présent dans la colonie agricole la plus proche pour 16,4 euros par jour, comme leurs parents avant eux.

Mohammed plante, récolte et emballe des dattes et des piments. Bien que de petite constitution, il doit porter des caisses de 20 à 25 kilos chacune. Son superviseur l’empêche de les trainer. Quelques semaines avant de le rencontrer, le dos bloqué, Mohammed avait dû rester couché pendant trois jours sans salaire : « Je ne pouvais même pas soulever une bouteille d’eau », raconte-t-il.

Ses frères ont eux aussi eu leur lot de blessures. L’un d’entre eux a dû être opéré après qu’une épine de palmier dattier l’ait blessé au genou : 118 euros l’opération, à la charge de la famille. L’aîné devra également en subir une prochainement, 424 euros également payés par la famille seule. Blessé au nez par une caisse, il souffre aussi de troubles respiratoires depuis ses 17 ans en raison de la poussière.

La famille d’Umm Ahmad n’est pas un cas isolé dans la Vallée du Jourdain. Le 14 avril dernier, un rapport de Human Rights Watch (HRW) dénonçait l’emploi de 500 à 1 000 enfants palestiniens dans les colonies agricoles israéliennes. Les équipes de l’ONG internationale ont interrogé 38 enfants, certains ayant commencé à travailler à l’âge de 11 ans.

Chaleur, machines lourdes et pesticides

Les conditions de travail dans les colonies décrites par les enfants interviewés par HRW sont, d’une manière générale, terribles. Les températures pouvant en effet monter jusqu’à 45 degrés en été dans la Vallée, beaucoup d’enfants – en particulier ceux travaillant sous serre – souffrent d’insolation et de déshydratation sévère. Les blessures dues aux serpents et scorpions, et aux machines lourdes destinées à l’emballage des produits sont courantes.

Les enfants sont également fortement exposés aux insecticides, herbicides, fongicides, et autres produits chimiques qu’ils dispersent eux-mêmes, ou lorsqu’ils travaillent aux champs après ou pendant que ceux-ci sont dispersés. Selon HRW, certains des produits identifiés seraient des neurotoxines, entrant principalement dans le corps via la peau.

Selon l’Organisation internationale du travail (OIT), citée par HRW, l’exposition aux pesticides des enfants de moins de quinze ans augmenterait le risque de tumeurs malignes (sarcomes des tissus mous) par cinq et le risque de leucémie par trois. D’autres études, toujours selon l’OIT, montrent « que le développement neurologique des jeunes est affecté par l’exposition aux pesticides », causant potentiellement « une intelligence diminuée et des anormalités comportementales plus tard dans la vie. »

Si l’organisation manque d’étude médicale précise sur le sujet, HRW relaie toutefois des témoignages d’enfants indiquant qu’ils ne connaissent souvent pas le nom des produits employés mais souffrent pour certains de pelades, de troubles sexuels dus à un bas taux de testostérone, de troubles respiratoires et de pertes de conscience.

- Voir la vidéo de Human Rights Watch :

Impasse

La Vallée du Jourdain est la zone la plus touchée par ce phénomène. Située à l’est de la Cisjordanie, à la frontière avec la Jordanie, elle est pour Israël une zone militaire stratégique bien que les deux pays aient signé un traité de paix en 1994.

Selon HRW, près de 94 % de la Vallée du Jourdain est actuellement hors d’atteinte pour les Palestiniens. Selon l’organisation israélienne B’Tselem, 45 km2 seulement sur les 2 400 que compte la Vallée sont sous contrôle de l’Autorité palestinienne et seuls 50 000 Palestiniens sont autorisés à vivre dans les villages sous contrôle israélien. Les autres doivent, pour y accéder, obtenir un permis des autorités militaires.

Trente-sept colonies israéliennes, peuplées d’environ 9 500 colons ont mené à la confiscation de 86 % des terres agricoles. Avec le passage de ces terres sous la juridiction des conseils régionaux des colonies, les Palestiniens ont également été coupés de dizaines de puits servant à l’irrigation et à la consommation. Certaines communautés n’auraient ainsi accès qu’à 20 litres d’eau par jour et par personne au lieu de 487 pour les colons israéliens selon les estimations des ONG locales.

Dans ce contexte, le développement de l’économie palestinienne se trouve dans une impasse. Le taux de pauvreté atteint ainsi 33,5 % dans la Vallée contre « seulement » 28,2 % dans le reste des territoires palestiniens de Cisjordanie.

En raison de l’étroit contrôle militaire de la Vallée, y compris sur les constructions, l’accès à l’éducation est de surcroît refusé à plusieurs milliers de jeunes Palestiniens. Selon HRW, 39 écoles se sont retrouvées en 2013 sous le coup d’un ordre de démolition ou d’arrêt de construction, empêchant 4 500 élèves de continuer leur scolarité.

« Il y a plus de 15 communautés sans écoles dans la Vallée du Jourdain. Ils ne sont pas autorisés à en avoir une. Beaucoup de parents ne peuvent pas payer le transport et il n’y a d’ailleurs pas de transport, ils doivent utiliser des taxis privés », déplore Sireen Sawafta, actrice dans une pièce de théâtre sur le travail des enfants palestiniens dans les colonies, actuellement en tournée en Cisjordanie.

« Je n’aime pas travailler dans les colonies », dit Mohammed, « mais je dois le faire. Je préfère travailler dehors avec les moutons, avec mon père, c’est beaucoup mieux. » Son rêve est de réparer des bicyclettes.

Produire des alternatives économiques viables

HRW appelle au boycott des produits israéliens venant des colonies et au soutien à la création d’alternatives économiques pour les Palestiniens de la Vallée du Jourdain. Pendant ce temps, les acteurs locaux font également de leur mieux pour résoudre le problème. Yousef Zubeidat, directeur de l’école de Fasayel, un village proche de Zbeidat, a aujourd’hui 157 enfants à sa charge contre 75 à l’ouverture de l’école en 2008.

« J’ai demandé à toutes les organisations de nous aider, pour changer les mentalités, la culture, laisser les enfants à l’école. Nous conseillons à ces derniers d’apprendre un métier technique au lieu d’aller travailler dans les colonies », explique-t-il. Son engagement commence à porter ses fruits. Seize enfants seulement ont quitté l’école cette année depuis septembre contre une quarantaine il y a environ trois ans. « Nous travaillons, nous changeons les choses, et nous espérons que les chiffres tomberont a zéro », affirme Zubeidat avec motivation.

Fournir et trouver des alternatives économiques sont pour Umm Ahmad la seule solution directe au problème : « L’Autorité palestinienne ne nous offre pas d’autre travail. Les colonies sont le seul endroit où nous pouvons en trouver. La solution est de construire des entreprises et fermes palestiniennes où nous, Palestiniens, pourrons servir notre société, nos familles et notre économie nationale. »

* Les noms marqués d’un astérisque ont été modifiés pour cet article en accord avec les recommandations sur les interviews des mineurs et de leurs familles émises par l’UNICEF et Human Rights Watch.

Face aux multinationales qui veulent s’emparer de la semence, les paysans résistent par l’idée de bien commun Lorène Lavocat et Anaïs Cramm (Reporterre) Reporterre 2015/06/15 Lorène Lavocat et Anaïs Cramm (Reporterre) (15 juin 2015) Face aux multinationales qui veulent s’emparer de la semence, les paysans résistent par l’idée de bien commun. Reporterre. Agriculture fr

Face aux multinationales qui veulent s’emparer de la semence, les paysans résistent par l’idée de bien commun

Pendant des siècles, les paysans ont utilisé leurs propres semences, créant une biodiversité extraordinaire. Aujourd’hui, cette richesse est mise en danger par la rapacité de quelques multinationales. Leur arme ? Les droits de propriété intellectuelle. Face à cette menace, les paysans exigent que les semences restent ce qu’elles ont toujours été : des biens communs.

« Ils sont en train de s’emparer de toutes les plantes qui existent sur la planète ! » Guy Kastler ne cache pas son indignation ni son inquiétude. « Ils », ce sont les industriels semenciers. Monsanto, Pioneer, Syngenta. Une poignée de multinationales qui contrôle aujourd’hui le marché de la semence… et l’avenir de notre agriculture. « Ils nous imposent des lois qui interdisent les semences que les paysans reproduisent dans leurs champs, pour les remplacer par quelques génies (Gènes ?) synthétiques marqués du sceau de leur propriété intellectuelle », explique-t-il.

Syndicaliste aguerri et membre fondateur du Réseau semences paysannes, il défend les droits des paysans, et notamment celui de cultiver, de ressemer et d’échanger des semences. Une pratique millénaire remise en cause depuis près de cinquante ans par l’essor des droits de propriété intellectuelle (DPI).

Créés à l’origine pour empêcher la contrefaçon et protéger les inventeurs industriels, comme pour les droits d’auteur, ces DPI ont peu à peu investi le monde agricole. Avec un argument, réitéré en 1998 par une directive européenne : « La recherche et le développement exigent une somme considérable d’investissements à haut risque que seule une protection juridique efficace peut permettre de rentabiliser. » A coups de brevets et de certificats d’obtention végétale, les semenciers ont ainsi pu s’approprier des variétés prélevées dans les champs des paysans. Et réclamer ensuite des royalties. C’est une aberration, selon Ananda Guillet, de l’association Kokopelli : « Les semences, comme n’importe quel être vivant, n’appartiennent à personne et à tout le monde en même temps, il ne peut y avoir de droit de propriété ! »

Les industriels peuvent breveter ce qui existe déjà

Un accaparement qui s’accélère aujourd’hui via un nouveau type de brevet « sur les caractères natifs ». Jusqu’ici, seules des variétés nouvelles pouvaient faire l’objet d’un titre de propriété. Désormais, « les industriels peuvent breveter ce qui existe déjà », résume Guy Kastler.

En 2013, tel Christophe Colomb découvrant l’Amérique, la compagnie Syngenta « trouve » un poivron jamaïcain résistant à un parasite, la mouche blanche. En laboratoire, grâce au marquage moléculaire, les chercheurs parviennent à identifier la séquence génétique qui permet à la plante de survivre aux attaques de l’insecte... et la brevettent. Problème, nombre de paysans cultivent déjà des poivrons résistants. « Ça paraît un peu hurluberlu, mais Syngenta pourrait aujourd’hui aller les voir et leur demander de payer des droits de licence », explique Emilie Lapprand, juriste pour le Réseau Semences paysannes. « Ils disent, ’cette plante résiste à tel insecte, j’ai trouvé la séquence génétique qui lui permet de faire ça, toutes les plantes qui résistent à cet insecte m’appartiennent donc’ », résume Guy Kastler.

« Toutes les semences devraient être libres de droit et reproductibles », martèle Ananda Guillet. L’association Kokopelli commercialise depuis près de vingt ans des semences pour des jardiniers, sans se soucier d’éventuels droits de propriété. « On est un peu anarchiste, on refuse toute règlementation, même si on demande que les OGM soient interdits. » Pour Ananda Guillet, les semences, comme les logiciels libres, doivent relever du domaine public et être accessibles à tous.

Une revendication qui laisse sceptique Guy Kastler. « Tout le monde crie liberté, liberté ! Mais le marché libre, c’est la dictature des entreprises, et sans règles et sans barrières, pas de souveraineté alimentaire. » A l’inverse de Kokopelli, le Réseau Semences paysannes revendique ainsi des droits des agriculteurs sur leurs semences. « Dans le monde vivant, les semences libres, ça n’existe pas », dit M. Kastler. « Aucune plante cultivée n’existe sans co-évolution avec un groupe humain, dans la nature, si tu laisses une plante libre, elle redevient sauvage. »

« Le patrimoine commun de l’humanité est devenu le patrimoine commun des semenciers »

Si les semences ne sont pas libres, pourraient-elles au moins être communes ? Depuis les années 1980, elles sont reconnues, en tant que « ressources phytogénétiques », comme patrimoine commun de l’humanité. Un statut censé les rendre inappropriables. Problème, dans les faits, il donne « accès à ces ressources aux firmes pharmaceutiques et semencières (des pays riches), sans que ces dernières soient tenues, d’une quelconque manière, de redistribuer une partie des bénéfices qu’elles pourraient en tirer », dit Frédéric Thomas, chercheur à l’Inra.

L’argument du « ce qui est à toi est à moi » a joué en faveur des multinationales, dont les moyens dépassent largement ceux des petits paysans. « Le patrimoine commun de l’humanité est devenu le patrimoine commun des semenciers », conclut Guy Kastler.

En 2001, le Traité international sur les ressources pour l’alimentation et l’agriculture (Tirpaa) reconnaît enfin aux agriculteurs et aux communautés autochtones le droit de « protéger leurs connaissances traditionnelles, participer aux décisions nationales concernant les ressources et de conserver, ressemer et échanger leurs semences. » Charge à chaque Etat de faire respecter ces nouvelles règles… qui sont bien souvent reléguées au placard.

Faire des semences un bien commun

Plutôt que de patrimoine commun, les défenseurs des droits paysans préfèrent parler de « commons » ou de biens communs. « Un bien commun est un bien considéré comme un bienfait par tous, et auquel chacun devrait avoir accès », explique l’économiste Laurent Cordonnier. Comme l’eau ou la santé, les semences pourraient relever de cette définition.

Échanger des savoir-faire, se répartir ou mutualiser certaines activités, participer à des programmes de recherche, conserver ou sélectionner de nouvelles variétés adaptées localement... Pour bon nombre de paysans, s’organiser collectivement pour gérer les semences est devenu une nécessité. Cette gouvernance des communs prend souvent la forme de "Maisons des semences".

Au début des années 2000, Bertrand Lassaigne, paysan périgourdin, se rend au Brésil, en quête de variétés de maïs. Là-bas, il découvre les Casas de sementes criollas, où les paysans échangent et conservent leurs graines. Il rapporte l’idée dans ses bagages et l’essaime en France. "Le terme désigne une organisation collective de gestion des semences paysannes", précise Remy Lebrun, d’Agrobio Perigord. Au sein d’une de ces maisons, l’association organise la préservation et la multiplication de variétés de maïs. Chaque année, de petites quantités de semences sont confiées à des agriculteurs. Ces derniers les sèment, les récoltent et en restituent une partie à la Maison.

Pour nombre de mouvements paysans, la seule manière de les préserver d’une privatisation dangereuse pour l’humanité, c’est d’en confier la gestion aux communautés rurales elles-mêmes. Un ensemble de règles décidées collectivement, aussi appelées droits d’usage, permettrait de réguler l’accès à ces ressources. Qui gère le stock de graines, quelles sont les conditions d’échange, que faire contre les plantes invasives... Ainsi, même si les semences n’appartiennent à personne, impossible de les utiliser sans respecter un certain nombre de pratiques, définies par la communauté qui les a conservées. Elle seule pourrait décider si ses semences sont libres ou non.

S’il était réellement appliqué, le Tirpaa serait un premier pas timide vers cette notion de commons. Mais les mouvements de paysans et de jardiniers n’ont heureusement pas attendu les pouvoirs publics. Depuis près de vingt ans, ils s’organisent, hors du cadre légal, pour troquer, multiplier et essaimer leurs semences. Et ainsi libérer la biodiversité.

Complément d’information

- Lire aussi l’article de Guy Kastler : « Semences : les droits collectifs des paysans des jardiniers et des communautés contre les droits de propriété intellectuelles ».

Center Parcs : la consolidation d’un monde marchandisé et artificialisé Collectif jurassien d’opposants à Center Parcs Reporterre 2015/06/15 Collectif jurassien d’opposants à Center Parcs (15 juin 2015) Center Parcs : la consolidation d’un monde marchandisé et artificialisé. Reporterre. Tribune — Center Parcs et Roybon fr

Center Parcs : la consolidation d’un monde marchandisé et artificialisé

« A Poligny comme ailleurs, Pierre & Vacances précise ses ambitions pour et sur nos territoires - sur nos vies. Center Parcs n’est pas seulement une menace, c’est la consolidation et l’intensification d’un monde marchandisé et artificialisé déjà à l’œuvre. »

Nul besoin d’un historique très long : dans le Jura à Poligny, comme au Rousset en Saône-et-Loire, Pierre & Vacances précise ses ambitions pour et sur nos territoires ― sur nos vies. Ici comme là-bas, le tourisme de masse tente d’étendre son territoire et ses logiques.

Voilà quelques mois, l’association le Pic Noir — qui regroupe des citoyens du secteur de Poligny — a commencé à demander des éclaircissements, puis exigé « du débat » autour de la possible création d’un futur Center Parcs. Si sa démarche affichait une certaine neutralité dans un premier temps ― ses demandes étant cantonnées à la possibilité d’être informée afin de se forger une opinion ―, elle a progressivement affirmé une opposition résolue à ce projet. Ainsi, un travail de collecte d’informations, de diffusion de contre-informations, d’organisation de réunions publiques, a été mené par cette association.

Un « débat » encadré

Ce travail a sans doute permis de mettre une certaine pression sur le groupe Pierre & Vacances, qui ne souhaitait pas réitérer les erreurs stratégiques faites dans les Chambarans (Isère) et a sollicité la Commission nationale du débat public (CNDP) en 2014. Cette dernière a nommé une Commission particulière unique pour les deux sites du Rousset et de Poligny. Elle est donc en charge depuis le 23 avril d’organiser le « débat » jusqu’en juillet prochain. Sachant que Pierre & Vacances souhaite attaquer les travaux en 2017 pour ouvrir en 2019 ses deux nouveaux Center Parcs, on comprend mieux la nécessité pour eux d’en passer par l’illusion du débat pour en finir au plus vite, et passer enfin aux choses sérieuses…

Notre sentiment est que cette Commission est en réalité un instrument visant à la modification à la marge du projet dans le seul but de le rendre acceptable. Sa présidente Claude Brévan ne déclare-t-elle pas le 23 avril dernier (Le Progrès) que « l’objectif du débat est d’informer les gens et de leur permettre de réagir assez tôt aux éventuels problèmes, puis de faire des suggestions pour améliorer le projet » ?…

De notre côté, nous ne sommes pas là pour ça, et nous ne nous faisons aucune illusion sur la pertinence de ce débat « encadré », dont les manières, les sujets et le calendrier sont exclusivement aux mains d’une structure commanditée par Pierre & Vacances. Cette Commission définit le périmètre de la pensée et de la parole, les protocoles, en fait respecter « la charte » (cf. le site de la Commission). Elle veut en maîtriser le temps et les usages.

Nous souhaitons rappeler à toutes fins utiles que la possibilité du débat public n’a pas attendu ― et n’a pas à attendre ― un promoteur à qui l’État donne discrètement la main, pour avoir lieu. Ce cadre n’est pas le nôtre, et le périmètre du débat est pour le coup notoirement sous-dimensionné.

Center parcs : une consolidation de dynamiques déjà à l’œuvre

Selon nous, la lutte contre Center Parcs ne peut se dissocier d’une réflexion et d’une action plus larges sur les questions du travail, du chantage à l’emploi, de la croissance. Refuser Center Parcs, c’est aussi, collectivement, s’autoriser à interroger l’utilité ou la nocivité de ce travail, de son sens, de sa finalité. À Poligny, il ne s’agit pas tant de dénoncer le risque de mise en danger d’un espace protégé ― ou à protéger ―, que de soulever ces questions. Pierre & Vacances ne s’y est d’ailleurs pas trompé : la parcelle qu’il convoite se trouve hors zone Natura 2000, hors ZNIEFF (Zone naturelle d’intérêt écologique, floristique et faunistique), et ne laisse pas le moindre espoir de zone humide à brandir face aux engins de chantier. Mais quand bien même ce serait le cas, n’aurions-nous que cela à leur reprocher ?

Par ailleurs, cette parcelle de forêt est presque exclusivement composée de sapins plantés sur un sol acidifié par des décennies de monoculture obéissant à une gestion industrielle de la forêt. Autour du Fied, les tumulus et les murets de pierres sèches n’ont pas attendu Pierre & Vacances pour disparaître sous les assauts des pelles mécaniques et des subventions à une agriculture productiviste. Ce sont ces logiques déjà à l’œuvre que nous dénonçons aussi dans cette lutte. Center Parcs n’est pas seulement une menace, c’est la consolidation et l’intensification d’un monde marchandisé et artificialisé, dans lequel nous n’avons pas ― et ne voulons pas ― de place.

Fin avril, le représentant de Center Parcs expliquait que le choix de cette parcelle de conifères correspondait aussi au fait qu’il jugeait inenvisageable d’imposer à sa clientèle la présence d’arbres défeuillés durant plusieurs mois d’hiver, rappelant son souci de « l’habillage arbustif ». Nous voulons redire à Pierre & Vacances ― pour qui la nature est un habillage, un décor, un support commercial ―, que nous ne voulons pas habiter, fréquenter, travailler, façonner, vivre et subir un monde dans lequel l’eau coule à 29° toute l’année, et dans lequel les arbres ne perdent plus leurs feuilles pour raison de marketing appliqué aux loisirs. Ce monde est stérile, mort. Il n’a pour nous aucun attrait. Nous n’en voulons pas ; même contre la promesse d’y trouver trois-cents emplois ― précaires de surcroît ―, ni même contre l’assurance d’y manger ou d’y écouler des produits locaux, bio, entre deux panneaux solaires.

Légitimes à refuser en bloc leur monde aseptisé

C’est aussi la raison pour laquelle nous n’en appelons pas au développement durable face à Pierre & Vacances. Leur vocabulaire transpire le capital, ils sont le développement durable. Nous ne reconnaissons pas le périmètre vert de la tête de gondole du capitalisme comme pertinent pour tenter de le mettre en échec. Ce périmètre est défini pour nous par les gestionnaires et, à leur suite, par des élus zélés qui s’empressent de nous en vanter les mérites. À l’intérieur de celui-ci, nous ne respirons pas, nous suffoquons : le grillage ne convient pas à nos vies. Nous ne voulons plus nous ressourcer, mais comprendre, et dire pourquoi le travail nous y contraint.

Contrairement à ce que nous rabâchent les communicants de Center Parcs à Poligny, ce projet n’est pas celui de la population, mais le leur, et nous réfutons l’idée que nous soyons tous sur le même bateau, et l’idée selon laquelle nous pourrions ― ou devrions ― co-construire ce projet ensemble. Les salariés qui travaillent pour Center Parcs le savent, ils ne seront jamais ses « collaborateurs » ― comme on nous l’a martelé à longueur de discours à Poligny ― mais ses obligés, parfois ses esclaves. Nous savons d’ores et déjà ― n’en déplaise au président de la CNDP, qui n’imagine pas qu’on puisse avoir une idée toute faite avant la fin du « débat » ― qu’avec Center Parcs, on n’a pas seulement affaire avec des « développeurs » et des « exploitants », comme ils aiment à se qualifier, mais bien plutôt à des développants et des exploiteurs.

Certes, nous ne voulons pas bosser pour 320 euros par mois, mais nous voulons avant tout reprendre la main sur le sens que nous donnons à nos métiers, et à nos vies. Pour cela, nous sommes légitimes sans autre forme de procès (ou de commission).

À un univers clos, aseptisé, climatisé à 29°C, nous préférons le givre, les doigts gourds dans les gants mouillés. Au confort de la bulle qui progresse à coup de bulldozers, nous opposons, parfois à tâtons, la possibilité d’une marche. Au travail obligatoire, nous préférons tenter l’autonomie. À l’exutoire, nous préférons la liberté. Center Parcs est l’émanation d’un tourisme doux ? Alors, qu’il gèle à Pierre fendre ! Nous n’avons chaud que de nous tenir ensemble, sur les ZAD … et ailleurs ― avec les gens d’ici … et d’ailleurs.

Voir son steak comme un animal mort. Véganisme et psychologie morale de Martin Gibert Reporterre 2015/06/15 de Martin Gibert (15 juin 2015) Voir son steak comme un animal mort. Véganisme et psychologie morale. Reporterre. Animaux fr

Voir son steak comme un animal mort. Véganisme et psychologie morale

La plupart des gens désirent le bien des animaux. Mais voilà : ils aiment aussi leur steak. C’est ce qu’on appelle le paradoxe de la viande. Nous ne voulons pas voir que ce que nous mangeons, c’est de l’animal mort.

De plus en plus de chercheurs expliquent ce phénomène de « dissonance cognitive » par des pratiques sociales et des croyances qui visent précisément à occulter la souffrance animale. Tout converge pour nous convaincre, depuis l’enfance, qu’il est normal, naturel et nécessaire de consommer des produits d’origine animale. Pourtant, dans les faits, rien n’est moins vrai – tant du point de vue de la santé que de l’éthique animale et environnementale.

Dans cet essai accessible et engagé, Martin Gibert propose une synthèse des débats contemporains sur le paradoxe de la viande. Ce faisant, il présente le véganisme, un mouvement moral et politique en pleine émergence qui lutte pour la justice animale, sociale et environnementale.

Martin Gibert enseigne l’éthique et la philosophie du droit. Il a déjà publié L’imagination en morale (Hermann, 2014).

Voir son steak comme un animal mort. Véganisme et psychologie morale, Martin Gibert, Lux Editeur, 256 pages, 18,00 €

A Madagascar, se soigner par les plantes locales Natacha Delmotte (Reporterre) Reporterre 2015/06/16 Natacha Delmotte (Reporterre) (16 juin 2015) A Madagascar, se soigner par les plantes locales. Reporterre. Monde fr

A Madagascar, se soigner par les plantes locales

A Madagascar, l’accès au soin est difficile pour les populations les plus pauvres. Depuis 2013, Aromathérapie sans frontières travaille à rendre accessible cette médecine naturelle qui utilise des extraits aromatiques de plantes locales.

L’accès au soin est difficile pour les populations les plus pauvres des pays en développement. Absence de médecin, traitements conventionnels et moléculaires trop onéreux, manque d’informations et de moyens… Pour pallier ces difficultés à Madagascar, l’association Aromathérapie sans frontières développe depuis 2013 un projet permettant un accès au soin plus simple, à l’aide de cette médecine naturelle qui utilise des extraits aromatiques de plantes locales.

Depuis deux ans, l’association forme des médecins, des tradipraticiens et des pharmaciens, et ouvre des centres de soin pour enfants dans le pays. « A terme, on aimerait pouvoir intervenir dans d’autres pays, mais on veut d’abord pérenniser le projet, le poser sur des bases solides », explique Pierre Franchomme. Fondateur de l’association et expert en aromathérapie, il connaît Madagascar depuis de nombreuses années pour en avoir étudié les plantes. Lorsqu’il y retourne en 2013, il « constate que le pays est toujours aussi pauvre, si ce n’est pire » qu’avant. Il décide d’agir et juge que le moyen le plus logique pour permettre aux Malgaches d’accéder aux soins est de leur permettre de se soigner avec les plantes locales.

Un pays producteur non consommateur

« Madagascar n’avait pas de tradition d’aromathérapie, contrairement à la France où ces pratiques remontent au XIIe siècle ». Un léger paradoxe dans un pays qui produit des huiles essentielles par tonnes pour les pays développés. En effet, avec ses écosystèmes très variés, Madagascar possède de nombreuses sortes de plantes. « On dénombre 11 800 plantes différentes dans l’île, contre 4 000 en France. Et seulement 900 de ces plantes ont fait l’objet d’un inventaire réel », explique Lucile Allorge, docteur en botanique. Parmi ces plantes, on retrouve par exemple le ravintsara, l’eucalyptus citronné, l’immortelle, le poivre noir ou l’écorce de cannelle. Des plantes aux propriétés thérapeutiques étonnantes. « Dans une petite plante de 70 centimètres de haut, qu’est la pervenche de Madagascar, on découvre plus de cent propriétés thérapeutiques », illustre Lucile Allorge.

Utiliser des plantes locales pour se soigner est une solution à moindre coût pour des populations aux revenus modestes, mais encore faut-il en être capable. Aromathérapie sans frontière a donc commencé son projet en formant des Malgaches. La formation, basée à Antsirabé au centre de l’île, a formé une soixantaine de médecins et une dizaine de tradipraticiens à l’aromathérapie sur le thème des infections tropicales et des principales affections rencontrées dans l’île.

Pour agir en toute légalité, l’association a également mis en place des ateliers avec des représentants du ministère de la Santé malgache, débouchant sur un arrêté ministériel encadrant et légalisant la pratique de l’aromathérapie. Mais cette nouvelle pratique n’a pas vocation à remplacer les techniques de médecines traditionnelles, basées sur la phytothérapie, juste de la compléter. « La phytothérapie soigne à l’aide de plantes régionales, et les techniques varient beaucoup d’un endroit à l’autre », commente Pierre Franchomme.

Un centre de soin pour enfants

Pour aider les populations défavorisées, l’association a ouvert depuis octobre 2014 un premier Centre de médecine naturelle à Antsirabé, dans le cadre de l’école primaire publique « Ivory », qui accueille 1500 enfants de 6 à 12 ans. Avec l’école primaire voisine, ce sont au total 2100 enfants qui viennent consulter les praticiens du Centre. Actuellement, seuls les enfants peuvent venir se faire soigner, mais l’association prépare actuellement une ouverture aux adultes le week-end. « C’est un vrai dispositif thérapeutique qu’on a mis en place. Les enfants là-bas sont très pauvres, ils n’ont parfois même pas de chaussures, n’ont jamais eu de carnet de santé… Le centre les soigne contre les maladies infantiles », décrit Pierre Franchomme. Dans le monde, deux millions d’enfants meurent chaque année des suites de diarrhées aiguës.

Pour inscrire leur projet dans une dynamique durable, l’association est sur un projet de pépinière d’avenir : travailler avec les enfants pour replanter des plantes aromatiques. « On prend mais on redonne », résume Pierre Franchomme. Dans les six mois qui viennent, des jardins éducatifs à grande échelle doivent donc voir le jour. Les enfants apprendront à planter et entretenir ces plantes. Le fondateur de l’association expose la démarche : « L’idée est d’éduquer les populations pour qu’elles ne détruisent pas tout. Mais les Malgaches sont parfaitement conscients de l’intérêt d’entretenir ces plantes. »

Il faut relaxer les neuf inculpés de la ferme-usine des Mille vaches José Bové, Jean-Luc Mélenchon, Emmanuelle Cosse, Olivier Besancenot, et des dizaines d’autres Reporterre 2015/06/16 José Bové, Jean-Luc Mélenchon, Emmanuelle Cosse, Olivier Besancenot, et des dizaines d’autres (16 juin 2015) Il faut relaxer les neuf inculpés de la ferme-usine des Mille vaches. Reporterre. Tribune — Libertés fr

Il faut relaxer les neuf inculpés de la ferme-usine des Mille vaches

Le 17 juin, neuf militants de la Confédération paysanne doivent comparaitre devant la cour d’appel d’Amiens suite aux actions menées sur le site de l’usine des 1000 vaches en Picardie. Poursuivre et condamner ces actions de protestation, c’est mettre en cause la liberté d’action syndicale et le droit à la contestation politique. Les Neuf doivent être relaxés.

Collectivement, la Confédération paysanne a pris la responsabilité d’agir là où les pouvoirs publics laissent s’installer des fermes-usines qui condamnent les paysans à disparaître. Sous prétexte de compétitivité, le lait devient ici un sous-produit du lisier transformé en énergie dans le méthaniseur accolé à l’usine. Et puisqu’il ne vaut rien, il est bradé, et cette concurrence fait chuter les prix du marché bien en deçà des coûts de production des éleveurs. De toute manière, l’industrialisation se passe des paysans et de leurs savoir-faire…

A cela s’ajoutent les conséquences sanitaires avec une mortalité du bétail bien supérieure à la moyenne, et environnementales avec une énorme concentration de rejets à quelques encablures de la baie de Somme, le tout allègrement financé par les subventions publiques.

Ces paysans ont pris sur eux de dénoncer cette situation ; d’agir dans l’intérêt général, sans violence, en légitime défense contre ce qui les condamne, en légitime citoyenneté pour défendre le droit de chacune et chacun à bénéficier d’une alimentation saine et d’un environnement préservé, dans des territoires vivants.

Mais pour quelques pièces démontées sur des machines et un tag géant, ils risquent aujourd’hui plus de 250 000 euros de dommages et intérêts, au titre du manque à gagner, et sont menacés de peines d’emprisonnement… A cela s’ajoutent des poursuites pour refus de prélèvement ADN… La justice accepte donc de transformer une mobilisation citoyenne en vandalisme et veut soumettre des militants syndicaux au fichage systématique auquel seule la délinquance financière échappe !

Quel aveu d’impuissance ! Interpellés sur le terrain politique sur des enjeux fondamentaux touchant à l’environnement, à la vie des territoires, à l’alimentation et à l’agriculture que nous voulons, les pouvoirs publics ne peuvent répondre que par la répression pénale.

Répression sur les Zad, interdiction de manifestations, arrestations en série ; rien de cela ne constitue une réponse acceptable vis-à-vis de ceux qui n’ont d’autre objectif que de continuer à exister, de vivre dignement de leur métier, de défendre leur environnement. Face à la toute puissance du libéralisme, aux tentatives de criminalisation du mouvement social à coups d’interdictions administratives et de condamnations judiciaires, nous disons : c’est assez. La pénalisation de ceux qui s’expriment et contestent ne fera disparaître ni les sujets de débats ni les motifs de contestation.

A six mois d’une conférence internationale pour le climat dont la France ne cesse de vanter l’importance, la pénalisation de militants syndicaux mobilisés pour la défense de l’environnement est en soi hautement problématique. C’est nier le rôle essentiel du monde paysan, cultiver le déni face aux mouvements de mobilisation qui, dans leur diversité, plaident pour d’autres approches de la consommation, d’autres modes de production qu’une industrialisation à tout va, et sont attentifs à ce que la justice ne cautionne pas l’acharnement et l’arrogance de groupes industriels.

C’est pourquoi nous demandons la relaxe des neuf militants de la Confédération paysanne. Nous le demandons en défense de ce droit inaliénable qu’est la liberté d’expression de la contestation ; en défense de ce droit inaliénable à prendre des mesures contre ce qui nous menace ; pour préserver notre capacité collective à débattre des innombrables façons de construire et préserver l’avenir.

Relaxe, donc ! Relaxe pour les neuf militants de la Confédération paysanne. Au nom de la justice des hommes, de l’avenir de toutes et tous, au nom des générations futures.

Signataires

Bernadette Groison, FSU Eric Beynel, Solidaires Philippe Martinez, CGT Françoise Martres, Syndicat de la magistrature Françoise Dumont, Ligue des droits de l’Homme Jean Mouzat, Modef Patrick Bougeard, Solidarité paysans Pierre Laurent, Parti communiste Xavier Compain, Parti communiste Terre de liens Picardie Jean-François Julliard, Greenpeace France Simon Besnard, MRJC Romain Balandier, FADEAR Serge Muller, Amis de la Conf’ Emmanuelle Cosse, Europe écologie-Les verts Sandrine Rousseau, Europe écologie-Les verts Julien Bayou, Europe écologie-Les verts Clémentine Autain et Myriam Martin, Ensemble Jean-Luc Mélenchon, député européen Martine Billard, Parti de gauche Eric Coquerel, Parti de gauche François Cocq, La Gauche par l’exemple José Bové, ancien syndicaliste Bastien Beaufort, Slow Food Youth Bigitte Allain, députée de Dordogne Francis Chastagner, Novissen Olivier Besancenot et Christine Poupin, Nouveau Parti Anticapitaliste Geneviève Azam, Attac Susan George, Attac Alain Uguen, Cyber@cteurs Christian Mahieux, Angel Bosqued, et Cacau Pereira, Réseau syndical international de solidarité et de luttes Paul Ariès, politologue, rédacteur en chef du mensuel les Zindigné(e)s Marie-Josée Pilc, Présidente DECICAMP Yves Cayla, Association Citoyenne pour la Protection de l’Environnement Txetx Etcheverry, Bizi Sylvie Gourdon, Sous le vent, les pieds sur terre Stéphanie Delhaye, Mouvement d’Action Paysanne Gérard Choplin, ex-coordonnateur de la Coordination Paysanne Européenne Jean Gadrey, professeur d’économie, Attac François Veillerette, Générations Futures Alain GOUTAL, dessinateur Groupe EELV, conseil régional Rhône-Alpes Jean-Claude Renaux, conseiller départemental de la Somme Françoise Couloudou, SEPANSO Samuel Churin, CIP Picardie Vincent Butruille, ASPECT Fabien Milin, Solidaires douanes Nicolas Galepides, Sud-PTT CIP Picardie Michel Kfoury, Novissen Yves Manguy, ancien porte-parole de la Conf’ Claude Bonduelle, DECAVI Anne Vonesch, collectif Plein air Jean-François Humbert, SUD-Recherche EPST-INRA Thierry Aury, PCF Picardie Sébastien Rigal, Causse durable Daniel Reininger, Alsace nature André Chassaigne, Député du Puy-de-Dôme Stéphanie Pageot, FNAB Jean-François Pelissier, Ensemble Jean-Michel Jedraszak, AIVES Michel Jallamion, Convergence nationale des services publics Julien Durand et Dominique Fresneau, Acipa Walter Bassan, citoyen-résistant André Pflimlin, Frères des hommes Joël Labbé, sénateur du Morbihan Karima Delli, députée européenne Pascal Durand, député européen Cécile Cukierman, Sénatrice de la Loire.

« La “croissance verte” est une mystification absolue » Entretien avec Philippe Bihouix Reporterre 2015/06/16 Entretien avec Philippe Bihouix (16 juin 2015) « La “croissance verte” est une mystification absolue ». Reporterre. Entretien — Énergie fr

« La “croissance verte” est une mystification absolue »

Auteur de L’âge des Low Tech. Vers une civilisation techniquement soutenable, l’ingénieur Philippe Bihouix alerte sur l’épuisement croissant des ressources de métaux. Et souligne que, en raison de leur besoin de métaux rares, les énergies nouvelles ne sont pas la panacée : une énergie illimitée et propre est un mythe, il faut... économiser, recycler, relocaliser. Un entretien énergisant.

Reporterre - Cinq ans après la sortie de votre livre Quel futur pour les métaux ?, votre diagnostic reste-t-il d’actualité ?

Philippe Bihouix - Mon diagnostic concernant la raréfaction des métaux reste vrai. Il ne peut pas changer, parce que la partie accessible et exploitable des ressources minérales et métalliques est limitée. Ces ressources peuvent être très importantes mais elles sont finies, comme peuvent l’être les ressources d’énergie fossile – pétrole, charbon, gaz – non renouvelables, ou les ressources forestières, halieutiques, et autres, si on les exploite à une vitesse excédant leur taux de renouvellement. Avec une quantité de ressources finie, un pic de production, suivi d’une baisse, est incontournable. C’est mathématique. Comme il y a un pic pétrolier, il y aura un pic énergétique puis, comme production d’énergie et exploitation des ressources sont liées, il y aura au final un pic de tout.

Cela semble inadmissible pour certains, qui s’accrochent au fait que l’énergie solaire incidente est plusieurs milliers de fois supérieure aux besoins énergétiques de l’humanité. Il n’y aurait donc qu’à développer les panneaux photovoltaïques, les centrales solaires à concentration, l’éolien et d’autres énergies renouvelables. Ce ne serait qu’une question de volonté politique, de moyens financiers à mobiliser, de lobbies pétroliers et nucléaires à combattre. Idem pour les métaux. Les géologues nous expliquent que les ressources métalliques sont abondantes, et s’ils reconnaissent que leur qualité et leur accessibilité est en baisse, c’est pour mieux proposer de nouvelles solutions techniques pour les exploiter. On a donc l’impression qu’il n’y a aucun problème.

Or, il y a interaction entre la production énergétique et l’exploitation des ressources. Il faut toujours plus d’énergie pour exploiter des métaux de plus en plus difficiles à extraire : la teneur en métal des minerais tend à diminuer et les mines qui ouvrent aujourd’hui sont moins concentrées que celles qui ferment après épuisement... Il faut aussi toujours plus de métaux pour produire de l’énergie : il faut multiplier les puits pour exploiter le gaz de schiste, par exemple.

Pour appréhender le problème, il est donc nécessaire, comme Dennis Meadows, un des auteurs du rapport au Club de Rome sur la croissance, l’a fait dans les années 1970, d’avoir une approche systémique de ces questions. Et pour moi, le système se tend de plus en plus : la cage à hamster énergético-géologique et minière tourne de plus en plus vite, avec une quantité toujours plus grande de matières et d’énergies englouties pour maintenir la production. Ce processus « extractiviste » devrait encore durer quelques décennies, malheureusement, avec des conséquences environnementales multipliées et aggravées.

Pourquoi la demande mondiale en métaux explose-t-elle ?

L’explosion, relativement récente, de la demande en métaux est due pour l’essentiel à deux phénomènes. D’une part, pour les « grands » métaux industriels (fer, aluminium, cuivre, zinc, plomb…), à l’industrialisation, à l’urbanisation et à la motorisation des pays émergents, Chine et Inde en particulier. D’autre part, pour les « petits » métaux de spécialité, à l’essor des nouvelles technologies. Il y a quarante ans, moins d’une trentaine de métaux étaient utilisés à l’échelle industrielle pour fabriquer les produits du quotidien. D’autres étaient également utilisés, mais en quantités moindres, dans des filières ultra-spécialisées, comme le nucléaire, l’armement, etc.

Aujourd’hui, une soixantaine de métaux sont couramment exploités : le gallium est utilisé dans les diodes électroluminescentes (LED), l’indium dans les écrans plats, le cobalt dans les batteries au lithium, etc. En réalité, tous ces « nouveaux » métaux existaient auparavant, ce sont d’ailleurs souvent des sous-produits issus de l’exploitation industrielle des grands métaux historiques – l’indium est un sous-produit du zinc, le gallium de l’aluminium –, mais ils n’étaient pas raffinés, ou étaient considérés comme des impuretés.

Aujourd’hui, l’industrie leur a trouvé des débouchés. Nous avons « électronicisé » nos vies, alors qu’auparavant nous étions essentiellement entourés d’appareils électriques, ce qui est très différent. Avec l’électronique, et ensuite la micro-informatique, sont apparus de nouveaux besoins et donc de nouvelles contraintes de production : les produits sont plus complexes, doivent être plus petits, plus légers, plus résistants, plus transportables, etc.

Par exemple, il faut utiliser du tantale, assez rare, pour fabriquer des condensateurs plus petits qu’avec l’aluminium, qui est bien plus abondant. Le germanium, lui aussi sous-produit du zinc, est employé pour « doper » la conductivité des fibres optiques. On les retrouve également dans les énergies renouvelables : le néodyme, par exemple, qui présente des caractéristiques magnétiques par unité de poids intéressantes, est souvent préféré à d’autres métaux pour les aimants des générateurs d’éoliennes de forte puissance.

Quand on étudie en profondeur le contenu des produits manufacturés, comme leur procédé de fabrication, il y a toujours, en bout de chaîne, l’exploitation de ressources minérales et métalliques, et tout particulièrement pour les télécoms et l’informatique. L’économie n’est jamais immatérielle.

Que pensez-vous des énergies renouvelables et des technologies dites « vertes » ?

Je ne suis pas contre les énergies renouvelables dans l’absolu. En revanche, je suis contre le mythe d’une énergie qui serait illimitée et propre. Les « technologies vertes » sont, elles aussi, consommatrices de ressources, font appel à des métaux plus rares, et sont en général moins bien recyclables. Dans les énergies renouvelables, on peut trouver le meilleur comme le pire. Les panneaux photovoltaïques au silicium – un métal qui compose 27 % de la croûte terrestre – sont a priori plus vertueux que les panneaux multicouches à haut rendement. Mais même un panneau au silicium contient d’autres métaux, comme du cuivre ou de l’argent pour les contacteurs, par exemple. Idem pour les éoliennes, dont le contenu métallique dépend de la conception, de la puissance, etc. Une solution consisterait à orienter la recherche scientifique en prenant en compte les ressources, plutôt que le seul rendement, physique ou économique.

Mais le problème est plus profond. En France, par exemple, on développe un programme éolien offshore d’un côté, mais de l’autre on multiplie les panneaux publicitaires et les écrans plats énergivores, et on se réjouit du développement des big data et des centres de données ! En réalité, le développement des énergies renouvelables ne permet pas, et ne permettra pas, de maintenir notre niveau effarant de dépense énergétique et d’absorber la croissance continue de notre consommation matérielle.

Il est insensé de croire que l’on peut réduire les émissions de gaz à effet de serre significativement sans réduire massivement notre consommation énergétique. De ce point de vue, la « croissance verte », qui élude la question de nos modes de vie, est une mystification absolue. Les chiffres le montrent aisément.

Votre dernier livre portait sur les « low tech ». De quoi s’agit-il ?

Cette expression est avant tout un pied-de-nez à la « high tech », au mirage des technologies salvatrices. Dans ce livre, je pose les questions fondamentales suivantes : pourquoi produit-on ? Que produit-on ? Et comment produit-on ? Mon propos est de dire que l’on pourrait d’ores et déjà produire moins sans que notre qualité de vie en pâtisse, bien au contraire. Par exemple, on pourrait supprimer le million de tonnes de prospectus publicitaires qui sont distribués chaque année. On pourrait étendre le rechapage des pneus à tous les véhicules, comme cela se fait déjà pour les avions et les camions. On pourrait rétablir la consigne pour les emballages et favoriser la vente en vrac. On pourrait progressivement limiter la vitesse maximale, brider les moteurs, interdire les voitures trop puissantes. La voiture « propre » n’existe pas, mais en attendant de tous enfourcher un vélo, la voiture à 1 litre au 100 km est à portée de main. Simplement, elle fait 500 kg et ne dépasse pas les 80 km/h, ce qui suffirait pour une large part des besoins de déplacement.

En même temps, il faut pousser l’éco-conception au maximum. Il faut que les produits que l’on utilise tous les jours soient plus facilement réparables, réutilisables, modulaires, à plus longue durée de vie, constitués d’un seul matériau plutôt que de matériaux composites, etc. Il faut accepter d’avoir des produits un peu moins performants, légers, esthétiques.

Enfin, la façon dont on produit ces biens est également cruciale. Aujourd’hui, l’organisation industrielle mondiale est telle que quelques usines fabriquent des quantités phénoménales de produits. La part du travail humain se réduit toujours plus, au profit de la mécanisation, des robots et bientôt des drones. Au contraire, il faut relocaliser une partie de cette production, retrouver l’échelle du territoire, des petites entreprises, des ateliers, de l’artisanat, d’un tissu industriel et commercial à l’échelle de l’Homme.

Se pose alors inévitablement la question – épineuse mais inévitable – du protectionnisme et de l’échelle des territoires à protéger. Soyons là aussi réalistes : comment une industrie chimique locale, nationale ou même européenne, aux normes environnementales élevées et intégrant pleinement un coût du carbone, pourrait-elle résister à l’industrie des gaz de schiste américains, ou au gaz « gratuit » du Qatar ? Comment des élevages de taille moyenne pourraient-ils concurrencer la production brésilienne et les poulets trempés dans le chlore ? La logique du « consomm’acteur » ne suffira pas, il faut se donner les moyens réglementaires et normatifs de faire émerger et prospérer des solutions plus vertueuses.

Comment la civilisation occidentale peut-elle devenir « techniquement soutenable » ?

En travaillant sur la sobriété avant tout, et en déployant des solutions intelligentes en parallèle. Il est nécessaire de réduire notre consommation énergétique – et pas seulement électrique – de 75 à 80 %. On a également besoin de mettre en œuvre un mix pertinent d’énergies renouvelables décentralisées avec, par exemple, du solaire thermique pour l’eau chaude, une part de photovoltaïque, d’éolien, de micro-hydraulique et de biogaz.

Il faut surtout que l’on accepte les contraintes d’une production énergétique intermittente pour renouer avec les rythmes de la nature, car sinon il faudra installer des surcapacités énormes, et le système de stockage qui va avec, et surtout les faire durer dans le temps. Compte tenu de la consommation de ressources non renouvelables, pour partie non recyclables, que cela engendrerait, un tel scénario industriel ne serait effectivement pas soutenable, et absolument pas généralisable au monde entier.

L’économie circulaire a le vent en poupe. Qu’en pensez-vous ?

L’économie circulaire me rappelle furieusement le développement durable. Comme lui, ça va faire « pschitt ! ». L’économie circulaire est un concept très vague, tellement vague que tout le monde s’y retrouve, à la fois les citoyens, les associations, les industriels, les multinationales, les politiques, etc. C’est pour cela que l’économie circulaire est à la mode : il n’y a pas de définition stabilisée, chacun y met ce qu’il y veut et on peut même y « recycler » quelques bon vieux concepts : écologie industrielle, économie de la fonctionnalité, économie du partage...

Selon la définition de l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie), l’économie circulaire est un système économique qui vise à augmenter l’efficacité de l’utilisation des ressources à tous les stades du cycle de vie des produits. Il s’agit de « faire plus avec moins ». C’est beau, mais utopique, car on ne sait pas découpler de manière absolue croissance du PIB et décroissance de la consommation matérielle et pollution.

Il faudrait plutôt « faire un peu moins avec beaucoup moins » ! Comme les taux de prélèvement des ressources naturelles et le volume d’émission des gaz à effet de serre atteignent des niveaux hallucinants, il faut plutôt écraser la pédale de frein le plus vite possible, mais le plus intelligemment possible, en essayant de maintenir l’essentiel de notre « confort ».

Quelles sont, selon vous, les limites du recyclage ?

Le recyclage présente trois limites, une mineure (à court terme) et deux majeures. La mineure, comme l’a justement perçu l’économiste Nicholas Georgescu-Roegen, c’est l’usure liée au deuxième principe de la thermodynamique : on ne recycle jamais à 100 %, il y a toujours des pertes.

La première limite majeure, c’est l’existence des alliages. Les métaux ne sont pas utilisés dans leur forme pure, mais de petites quantités de métal sont généralement mélangées à un ou deux « grands » métaux : par exemple, dans l’acier pour améliorer ses qualités, mais aussi pour fabriquer des laitons, ou des alliages « high tech » en très petites quantités dans les appareils électroniques. Selon les mélanges, et en fonction des quantités, une partie de la ressource n’est pas récupérable en fin de vie. Souvent, les métaux non ferreux ou précieux sont physiquement récupérés, mais ils sont perdus fonctionnellement, il y a aussi une dégradation de l’usage : un acier recyclé ne retrouve pas son utilisation première et servira, par exemple, à fabriquer des ferraillages pour la construction.

La seconde limite majeure au recyclage, c’est l’usage dispersif. Les métaux ne sont pas toujours utilisés sous forme métallique, ils le sont aussi beaucoup sous forme chimique. Le cas le plus emblématique, c’est le titane, qui est employé à 95 % comme colorant blanc universel, dans les cosmétiques, les plastiques, etc. Le cobalt, lui, sert à faire du bleu, le chrome du vert ou du jaune, etc. Un autre exemple : l’antimoine est intégré dans les produits électroniques comme retardateur de flammes. L’étain et le cuivre sont présents dans les peintures anti-algues pour les bateaux, etc. Or, il est quasiment impossible de récupérer tous ces métaux dispersés.

Au final, les « grands » métaux industriels (comme l’aluminium, le cuivre, le nickel, etc.) sont recyclés au-delà de 50 % – et même jusqu’à 95 % au moins pour le plomb. Mais les métaux de spécialité, employés en très petites quantités ou dans des alliages – comme beaucoup de métaux utilisés dans l’électronique, ou les terres rares –, ont souvent des taux de recyclage qui se situent entre 1 et 10 %.

Si la fuite en avant énergético-minière se poursuit, quelles pourraient en être les conséquences géopolitiques et socio-politiques ?

Il faut regarder les choses en face, la situation va s’aggraver. Nos dirigeants font semblant d’appuyer sur le frein avec un discours lénifiant sur le développement durable, alors qu’ils appuient à fond sur l’accélérateur ! Il n’y a qu’à voir les appels à l’innovation, les subventions accordées, tous les projets qui sortent concernant les nanotechnologies, la biologie de synthèse, le numérique, les objets connectés, la robotique, etc. Tout le monde s’émerveille face à ces nouveautés, mais la voie que nous poursuivons est en réalité mortifère, tant du point de vue de la consommation de ressources et d’énergie que de la génération de déchets électroniques ingérables.

Quelles en seront les conséquences ? Les tensions géopolitiques autour des ressources minières sont moins prégnantes que celles concernant les ressources énergétiques. Toutefois, un nationalisme minier émerge en Chine, en Australie, en Russie. La France devra sans doute entretenir dans les années à venir de bonnes relations avec ces pays, comme avec le Brésil, l’Afrique du Sud. Mais on n’est pas à l’abri de nouvelles périodes de tension, comme dans les années 2006 à 2008, quand le prix du pétrole a flambé et avec lui le prix des métaux.

En France, de plus en plus de personnes ont conscience que les ressources mondiales sont limitées et qu’il faudra les partager au sein d’une population toujours plus nombreuse. D’un point de vue strictement socio-économique, cela ne peut mener qu’à une augmentation du prix de ces ressources, et donc à une inflation générale des prix, sans l’inflation équivalente des salaires et du pouvoir d’achat bien sûr, puisqu’en gros, il faudra payer toujours plus les matières premières essentiellement importées, alors que la concurrence de la main d’œuvre maintiendra la pression sur les revenus du travail.

Si nous ne savons pas nous passer de ces ressources énergétiques et minières – par la sobriété et un recyclage meilleur –, il y aura une paupérisation, progressive mais inéluctable, de la population. A voir les clivages et les tensions qui traversent la société française, et le sentiment d’appauvrissement partagé par de plus en plus de personnes, nous en prenons effectivement le chemin, et tenter de maintenir le statu quo industriel et économique actuel promet de grandes frustrations et une instabilité politique accrue.

- Propos recueillis par Anthony Laurent

Nimbin, la capitale australienne du cannabis, est avant tout une ville écolo Pauline Moullot (Reporterre) Reporterre 2015/06/17 Pauline Moullot (Reporterre) (17 juin 2015) Nimbin, la capitale australienne du cannabis, est avant tout une ville écolo. Reporterre. Monde fr

Nimbin, la capitale australienne du cannabis, est avant tout une ville écolo

Nimbin, petite ville de Nouvelles-Galles du Sud de 2 000 habitants, est considérée comme la capitale hippie d’Australie. Ses habitants, militants pro agriculture biologique et développement durable, regrettent que leur commune soit surtout perçue comme la capitale du cannabis.

- Nimbin, Australie, reportage

« Cette femme à la marinière vient de me demander si j’avais de la marijuana ! » La vendeuse du magasin « Hemping Around » poursuit sa victime de ses invectives. Il est 9h du matin à Nimbin, la première ville hippie d’Australie. La femme à la marinière, une jeune mère de famille accompagnée de son fils de cinq ans et de son mari, part sous les regards amusés des habitants attablés au café voisin. Encore une touriste qui a vraiment cru que tout était permis dans la « capitale de la drogue australienne », aussi surnommée « Amsterdam d’Australie ». Un surnom qui agace les habitants historiques de la ville, qui revendiquent volontiers leur côté hippie mais refusent d’être étiquetés comme une bande de « dealeurs de drogue », comme l’explique une résidente.

Cette petite ville de Nouvelles-Galles du Sud, isolée dans les montagnes à l’orée de la forêt tropicale, est depuis 42 ans le repaire des mouvements alternatifs australiens. Robyn Francis, pionnière de la permaculture, y a installé ses jardins et son centre de formation.

Une quarantaine de communautés qui vivent en quasi-autarcie se sont construites dans un rayon de vingt kilomètres, et six bâtiments communaux de la ville ont été équipés de panneaux solaires afin d’établir une « ferme solaire ». Les habitants se sont aussi mobilisés dans les années 1980 pour obtenir la création d’un parc national protégé autour de leur commune, le Nightcap National Park.

Nimbin était une ancienne ville laitière, « presque une ville fantôme », se souvient Katie Cawcutt, une des premières hippies de la ville. En 1973, un syndicat étudiant décide d’organiser un festival hippie, l’Aquarius festival. Il jette son dévolu sur cette ville rurale, à 750 kilomètres au nord de Sydney avec l’idée de « recycler une ville en train de mourir ». A la fin de ce Woodstock australien, plusieurs dizaines de personnes décident de rester et de fonder la communauté « Tuntable Falls », qui compte aujourd’hui 200 habitants. Dont Katie Cawcutt, bibliothécaire d’une trentaine d’années à l’époque. Après plusieurs allers-retours entre Sydney et Nimbin, elle s’installe définitivement en 1976 avec son mari et sa fille âgée de trois ans, qui est finalement elle aussi revenue vivre dans la région une fois adulte.

La ville des alternatives

Sans aides sociales, sans revenus, les habitants s’organisent. Ils s’entraident pour construire leurs maisons en bois, créent leurs propres écoles alternatives et cultivent leurs jardins. « Sans revenu fixe, il fallait bien devenir auto-suffisant le plus rapidement possible », raconte Kerryn Liddell, coordinatrice du centre communautaire de Nimbin. Elle aussi est arrivée de Sydney, en 1977. Elle habite dans la coopérative de « Paradise Valley », une association de quelques maisons seulement.

Aujourd’hui, échoppes en bois et enseignes peintes aux couleurs arc en ciel s’alignent autour de Cullen Street, la rue principale dans laquelle les poules se baladent en liberté. Café « starbud », « Hemp embassy » et autres « Happy High Herbs » affichent les positions pro-marijuana de la ville d’entrée de jeu.

« Nimbin, c’est bien plus que la marijuana. C’est une histoire de gens solidaires qui explorent des alternatives, qui ont un intérêt dans l’environnement, et qui croient au développement durable », insiste pourtant Kerryn Liddell.

Terreau de la permaculture

Au marché des producteurs locaux, annoncé par trois panneaux en lettres capitales blanches comme « durable, éthique et local », ce ne sont que viandes, fromages, lait, miel et légumes bio. « 90 % de la nourriture que l’on consomme provient d’une zone située à moins de cinquante kilomètres », insiste Robyn Francis pionnière de la permaculture et propriétaire d’une ferme de cinq hectares sur laquelle elle enseigne cette forme d’agroécologie. Grâce au climat extraordinaire dont jouit la région, même un producteur de riz a pu s’installer. « On a aussi un producteur de viande nourrie et élevée en pâturage, un producteur d’huile d’olive et un fermier biodynamique », se réjouit-elle.

Si cette précurseure de la permaculture a choisi de venir à Nimbin en 1989, ce n’est pas par hasard. « Je cherchais un terrain proche d’une ville ou d’un village qui serait dans l’idéal un écovillage (…), j’étais déjà proche du mouvement des communautés intentionnelles et j’avais plusieurs amis à Nimbin », explique-t-elle. Grâce au climat, elle peut cultiver brocolis, épinards et laitues en hiver, son « été européen », aubergines et courgettes au printemps, son « été méditerranéen », et bananes, taro et autres fruits et légumes tropicaux en été.

Le tourisme du cannabis

Au grand désarroi de ses habitants, l’image de ville « hippie » colle malgré tout à Nimbin. Regards entendus des interlocuteurs lorsque l’on annonce sa destination, jeunes gens assis sur des bancs demandant plus ou moins discrètement : « Eh tu veux de la marijuana, tu veux de l’herbe ? », et bus spéciaux acheminant les backpackers depuis la ville balnéaire de Byron Bay pour fumer quelques joints, montrent pourtant une autre Nimbin.

Une ville hippie dont la notoriété vient de son festival de Mardigrass et de son Hemp Embassy, « Ambassade de la marijuana », qui milite ouvertement pour la légalisation. A l’intérieur, des livres estampillés « comment fabriquer de la marijuana médicale », des autocollants en forme de feuille de cannabis revendiquant « Yes we can », et un joint géant de cinq mètres de long accroché au plafond annonçant « Let it grow ».

Il faut pourtant être plus prudent qu’il y a quelques années, les contrôles de police se multipliant ces derniers temps. Désormais, l’autorisation des vendeurs est obligatoire pour descendre dans l’arrière boutique de l’ambassade, où un client se fait expliquer comment fabriquer sa propre huile de cannabis. Le chauffeur de bus, lui, prévient sans grande conviction les touristes venus pour la journée : « Je dois vous rappeler que la marijuana est illégale en Nouvelle-Galles du Sud, et Nimbin est encore en Nouvelles-Galles du Sud, ne vous sentez pas forcés de faire quoi que ce soit. »

« Ce qui est triste à propos du tourisme à Nimbin, ce sont justement ces compagnies de bus qui ne parlent que de marijuana. Les touristes ne voient pas tout ce qu’il se passe à côté », regrette Robyn Francis qui essaie d’organiser des visites de Djanbalung, son jardin de permaculture, et prévoit d’ouvrir un café pour sensibiliser les routards prêts à s’aventurer au-delà de la rue principale de la ville.

« Bien sûr que l’on aime bien fumer un petit joint, mais on ne peut même plus prendre notre voiture de peur d’être contrôlés par la police », renchérit Kathie Cawcutt, fustigeant du regard un jeune homme qui passe en courant, un paquet caché sous le tee-shirt. « Ça devient trop commercial, on insiste trop sur la marijuana », regrette celle qui est partie au Népal en 1968 et « en est revenue transformée en hippie ».

Ils ont dit non à l’agriculture industrielle, ils sont devant la justice. Voilà qui ils sont Marie Astier (Reporterre) Reporterre 2015/06/17 Marie Astier (Reporterre) (17 juin 2015) Ils ont dit non à l’agriculture industrielle, ils sont devant la justice. Voilà qui ils sont. Reporterre. Libertés fr

Ils ont dit non à l’agriculture industrielle, ils sont devant la justice. Voilà qui ils sont

Ils seront neuf devant le juge ce mercredi 17 juin, pour le procès en appel dit des « mille vaches ». Neuf choisis presque au hasard parmi la trentaine de membres de la Confédération paysanne qui ont participé à l’action de « déboulonnage » sur le site de la ferme le 28 mai 2014. Voilà qui ils sont, ce qu’ils pensent, pourquoi ils se sont engagés.

Reporterre vous avait raconté l’opération : le lever au petit matin, le démontage de quelques pièces dans la salle de traite alors encore en construction, puis l’interpellation. La police a emmené ceux qui étaient reconnaissables sur les photos prises par les salariés de la ferme-usine. Certains sont poursuivis pour « dégradation », « vol » ou « recel », d’autres simplement pour refus de prélèvement ADN. Les gardes à vue ont pu durer jusqu’à 50 heures. Lors du premier procès le 28 octobre, les peines sont allées de l’amende à la prison avec sursis.

Mais qui sont ces prévenus qui devant le tribunal vont tenter de dénoncer les conséquences de l’agriculture industrielle ?

Reporterre a recueilli les témoignages de cinq d’entre eux. Trois autres sont des salariés de la Confédération paysannne, et il y a Laurent Pinatel, le porte-parole du syndicat, dont nous avons déjà réalisé le portrait.

Dominique Henry, 59 ans, institutrice et paysanne à la retraite

Dominique, c’est la sage de la bande. D’abord instit, elle a ensuite travaillé sur la ferme familiale : 25 vaches dans la zone de l’AOP Comté. Du lait de qualité, bien valorisé, qui lui permettait avec son mari de gagner leur vie « correctement ».

Pourtant, même dans cette région privilégiée, Dominique voit « les méfaits de l’industrialisation de l’agriculture et de la concentration des exploitations. On a de plus en plus d’algues dans les rivières, et les campagnes se vident », déplore-t-elle.

Quand elle a entendu parler de la ferme des mille vaches, elle a tout de suite adhéré à Novissen, l’association locale qui s’oppose au projet. « A un moment donné, en tant que citoyenne, il y a des choses qui me paraissent évidentes. Pour moi, cela fait écho avec ce qui se passe dans ma région, cette intensification de l’agriculture qui provoque de la pollution. »

Dominique se définit comme une femme engagée, mais « dans la vie de tous les jours. J’essaye de mettre en adéquation mes idées et mes actions. Par exemple, quand j’étais instit j’emmenais beaucoup les enfants dans la nature et pour moi, c’est presque de l’action militante. »

Pour avoir participé à l’action du 28 mai 2015, elle a écopé de 4 mois de prison avec sursis et 300 euros d’amende. Elle ne s’y attendait pas. Pas plus qu’aux 48 heures de garde à vue auxquelles elle a eu droit après l’action du 28 mai. Deux longues journées qu’elle a racontées sur Reporterre. Pour faire face à la nuit au « cachot » et à la longue attente, elle a chanté, fait du yoga et même réalisé des dessins qu’elle a donnés aux gendarmes. « On nous a traités comme des délinquants, alors qu’on est des lanceurs d’alerte. Avec notre action, on a mis un coup à l’industrialisation de l’agriculture, c’était important de faire ça. »

Olivier Lainé, 57 ans, paysan en Haute-Normandie

En tout, Olivier cultive une soixantaine d’hectares : cinquante de céréales plus dix de pommes à cidre. C’est un peu plus que la moyenne en France, qui se situe à 55 hectares. Pourtant dans sa région, c’est un petit joueur. « Quand j’ai repris ma ferme, j’étais dans la norme, se rappelle-t-il. Mais depuis, c’est la guerre de la terre. Les agriculteurs pensent que s’ils ne s’agrandissent pas, ils ne survivront pas. Et en même temps, ils se mécanisent de plus en plus, les pulvérisateurs sont toujours plus larges. »

Et les choses ne vont pas en s’améliorant… « Je viens d’apprendre que le gouvernement met en place une nouvelle niche fiscale pour l’achat de matériel agricole neuf. Elle ne va pas profiter au petit paysan qui achète du matériel d’occasion, c’est pour les gros. »

Lui n’a pas collectionné les hectares, et se considère pourtant comme un privilégié : « Je fais un métier que j’aime, et je gagne 25.000 euros par an ! »

« Mais attention, je ne suis pas un nostalgique qui pense que c’était mieux autrefois, avertit-il. Après la guerre, la modernisation de l’agriculture a permis de dégager de la main d’œuvre pour l’industrie. Mais aujourd’hui, ce n’est plus le même contexte : il y a tellement de chômeurs, cela paraît fou que l’agriculture perde des actifs ! »

Porte-parole local de la Confédération paysanne, militant aguerri, pour lui la ferme-usine des milles vaches est un symbole. « On a compris que ce projet était une bonne cible pour alerter l’opinion publique », raconte-t-il. Alors ce procès des « milles vaches », il aimerait que ce soit celui de « l’industrialisation de l’agriculture. Ce sont ceux qui mettent en place des projets comme ça qui devraient être à la barre. »

Il y va serein, c’est presque un habitué des procès, un second l’attend dans quelques jours. « J’ai toujours refusé de payer les cotisations à l’interprofession du cidre, explique-t-il. Parce qu’elle est contrôlée par la FNSEA [le syndicat agricole majoritaire - NDLR] et l’industrie, et aussi parce que la moitié du budget part dans la pub... »

Valentin Sic, 19 ans, étudiant en communication à Nice

Fils de paysans, c’est lors des dîners en famille qu’il a appris à débattre de l’avenir de l’agriculture, et qu’il a connu le projet de la ferme-usine des milles vaches. « J’en ai parlé autour de moi, à des amis qui ne sont pas du monde agricole, ça les choquait. Ma mère ne pouvait pas participer à l’action, alors j’ai décidé d’y aller à sa place », raconte-t-il.

Son message ? « Montrer que parmi ceux qui ne veulent pas de ce projet là, il n’y a pas que des agriculteurs qui défendent leur bout de terrain. Il y a aussi des consommateurs », poursuit-il.

En s’engageant, il savait qu’il risquait de la garde à vue. « Mais on avait imaginé que ce serait vingt-quatre heures maximum. En fait, elle a duré cinquante heures. On a été traités comme des criminels, et même si nos peines ne sont pas très lourdes, elles sont disproportionnées par rapport à nos actes. »

L’affaire l’a « chamboulé », il le reconnaît. Mais ça lui a aussi donné l’envie de continuer à « faire passer des messages ». Il n’envisage pas de reprendre l’élevage familial de chèvres et de brebis, alors il s’est inscrit dans une école d’information-communication, non loin de chez ses parents, à Nice.

Le procès des milles vaches et la médiatisation qu’il suscite est déjà une occasion de défendre ses idées. « Je suis pour une agriculture à échelle humaine. Mille vaches, on peut encore visualiser ce que ça représente, explique-t-il. Mais pour les milliers de poulets ou de cochons, on n’arrive déjà plus à imaginer ! On doit rester à des échelles raisonnables. C’est la multiplication des agriculteurs qui permettra de nous nourrir. »

Avec les élèves de sa promo, il s’est déjà lancé dans un nouveau combat. Leur cible : le TAFTA, c’est à dire le projet de traité commercial entre les États-Unis et l’Union européenne (le dossier de Reporterre sur le sujet est ici). « Quatre-vingt dix pour cent des gens que l’on rencontre ne savent pas ce que c’est, remarque-t-il. Et pourtant quand on leur explique, ils sont contre ! »

Emmanuel Aze, 40 ans, arboriculteur dans le Lot et Garonne

L’écouter parler de ses fruits donne l’eau à la bouche. Sur neuf hectares, il cultive cerises, abricots, pêches et nectarines. « En tout j’ai environ 140 variétés. Chacune arrive à maturité à une date particulière. Ainsi, on les cueille au fur et à mesure et on n’a pas à les mettre au frigo », explique-t-il.

Lui vend ses fruits en direct et s’en sort encore. Mais il exerce dans un secteur de l’agriculture dévasté par l’industrialisation. « En douze ans, en France, soixante pour cent de la surface en pêches et nectarines a disparu, pour être délocalisée en Espagne, déplore-t-il. C’est le seul moyen de produire à bas coût... » A cela, est venue s’ajouter une nouvelle maladie qui décime les vergers. « Vu les perspectives économiques, ensuite, les agriculteurs n’ont pas replanté », raconte le paysan.

Alors, ce qu’il voudrait avant tout, c’est que l’on reconnaisse « la valeur de ce que l’on produit, assène-t-il. On brosse le consommateur dans le sens du poil, en disant que le problème c’est la marge que se fait la grande distribution. Mais le problème, c’est aussi les prix à la consommation ! On cherche toujours à vendre moins cher pour nous faire acheter plus. Le lait des mille vaches, c’est exactement ça... »

« Il y a eu un virage historique dans le discours de François Hollande que l’on a très peu relevé, poursuit-il. Il a dit qu’il fallait mener une politique de l’offre. Cela veut dire qu’on ne pense plus l’économie comme devant servir les besoins sociaux, mais comme devant générer des profits. »

Dans ce contexte, le procès des milles vaches est donc hautement politique. « On peut penser qu’ils vont se saisir de l’occasion pour donner l’exemple, estime Emmanuel. Il n’y aura pas d’autres procès politiques avant la grande conférence sur le climat et ils ne veulent pas de vagues pendant l’événement. »

Thierry Bonnamour, 35 ans, maraîcher en Savoie

Avant de devenir agriculteur, Thierry a tenté la mécanique auto, l’armée… Puis finalement, ce sont les souvenirs des moments passés dans la ferme de son oncle qui sont revenus. Il s’est installé comme maraîcher « parce que c’est possible de se lancer avec peu de capitaux, et peu de terrain. »

Il a aussi fait le choix de la vente directe, car « c’est responsabilisant pour le paysan. Alors que dans une filière longue, l’intermédiaire ne regarde pas comment la marchandise est produite. »

Pour lui, « être paysan, c’est avoir une vision large du rôle de l’agriculture dans la société et dans la vie quotidienne de tout le monde, à travers l’alimentation. » Alors en participant à l’action à la ferme des mille vaches, il a en quelque sorte pris ses responsabilités : « On est là pour alerter. Il nous semblait important de forcer les médias à mettre un coup de projecteur sur ce qui se passe. »

« L’industrialisation de l’agriculture, c’est un phénomène qui aboutit aux mille vaches, poursuit-il. Mais plus généralement, c’est une dérive. Ce sont des petites choses qui pénètrent chaque ferme, par exemple en choisissant telle race de bétail, ou en décidant d’importer du soja pour le nourrir. C’est quelque chose dans lequel on est embarqué malgré nous. » Mais attention, précise-t-il, « ce n’est pas à nous de dire si on continue ou pas dans cette voix là, c’est à la population, qui à travers ses choix personnels, peut faire changer les choses. »

Les quarante-huit heures de garde à vue, le procès, il ne s’y attendait pas : « Quand j’ai appris que j’en avais pour deux jours, j’avais le moral dans les chaussettes. Puis j’ai relativisé, et je me suis même réjoui parce qu’au fond, cette maladresse de l’État allait dans notre sens. »

En revanche, il avoue ne pas être très serein pour ce procès en appel, car il constate que pour les autorités, il y a deux poids, deux mesures. « Peu de temps après notre action, il y a eu l’incendie du centre des impôts et de la Mutualité sociale agricole à Morlaix, par un autre syndicat agricole, raconte-t-il. Pour nous, ils ont passé la ferme des mille vaches au peigne fin pour recueillir nos empreintes. A Morlaix, le lendemain on voyait les images des cantonniers qui balayaient les bouteilles de bière laissées sur place et les mettaient à la poubelle : on n’a même pas essayé d’y prélever des empreintes pour savoir qui était là. Il n’y a eu aucune interpellation ni poursuite... »

Le goût du sauvage. Une vie de complicité avec la nature de Ruth Stegassy et Maurice Chaudière Reporterre 2015/06/17 de Ruth Stegassy et Maurice Chaudière (17 juin 2015) Le goût du sauvage. Une vie de complicité avec la nature. Reporterre. fr

Le goût du sauvage. Une vie de complicité avec la nature

Faire tout, à partir de rien. Juste de la terre, de l’eau et du soleil. Ce pourrait être le fil d’Ariane à tenir précieusement pour s’aventurer sur les innombrables chemins que Maurice Chaudière a tracés dans son existence. Potier, apiculteur, fin connaisseur des plantes, amoureux des bêtes, et surtout du sauvage, il n’a jamais cessé d’observer la vie autour de lui et de s’en inspirer.

De ses années passées à enseigner l’histoire de l’art, il a gardé un don inimitable pour raconter, décrire, rêver tout haut et donner corps à ses rêves. C’est ici le don qu’il nous fait au travers de ce long entretien conduit par Ruth Stegassy.

Le goût du sauvage. Une vie de complicité avec la nature, Ruth Stegassy, Maurice Chaudière, Marie-Marie Andrasch, directeur d’ouvrage, Ed. Actes Sud, 144 pages, 16,00€

Un dessin de Red ! repris sur l’affiche demandant la relaxe des paysans Reporterre 2015/06/17 (17 juin 2015) Un dessin de Red ! repris sur l’affiche demandant la relaxe des paysans. Reporterre. fr

Un dessin de Red ! repris sur l’affiche demandant la relaxe des paysans

A Amiens, la manifestation de soutien aux paysans qui ont protesté contre la ferme-usine des Mille vaches a vu un dessin de Reporterre repris sur une pancarte.

A Amiens, la manifestation de soutien aux paysans qui ont protesté contre la ferme-usine des Mille vaches a vu un dessin de Reporterre repris sur une pancarte : le dessin de Red !, qui accompagnait l’appel pour la relaxe des inculpés

Deux mille, joyeux et combatifs, pour soutenir les neuf des Mille vaches Marie Astier et Lucas Mascarello (Reporterre) Reporterre 2015/06/18 Marie Astier et Lucas Mascarello (Reporterre) (18 juin 2015) Deux mille, joyeux et combatifs, pour soutenir les neuf des Mille vaches. Reporterre. Reportage — Mille Vaches et fermes-usines fr

Deux mille, joyeux et combatifs, pour soutenir les neuf des Mille vaches

Bonne humeur, esprit de lutte, espoir d’une agriculture respectueuse des humains et des animaux : ils étaient deux mille, devant le palais de justice d’Amiens, pour soutenir les paysans en procès pour avoir démonté une machine de la ferme-usine des Mille vaches. Reportage audio et image sur une journée marquante.

- Amiens, reportage

Le mercredi 17 juin 2015, pour le procès en appel dit des « Mille vaches », ils étaient neuf prévenus dans la salle d’audience, et plus de deux mille devant le tribunal d’Amiens à témoigner leur soutien. Dans la foule dehors, des gens du coin, des militants venus de toute la France, des paysans qui ont lâché leur champ pour la journée... Ils ont attendu jusqu’à 17 heures la fin du procès, dans une ambiance festive, sous un soleil radieux.

Voici le reportage audio et images de la journée :

Revoir « 2001 l’odyssée de l’espace », un songe sur le destin de l’humanité Patrice Lanoy (Reporterre) Reporterre 2015/06/18 Patrice Lanoy (Reporterre) (18 juin 2015) Revoir « 2001 l’odyssée de l’espace », un songe sur le destin de l’humanité. Reporterre. Culture et idées fr

Revoir « 2001 l’odyssée de l’espace », un songe sur le destin de l’humanité

La version « concert » de 2001, l’odyssée de l’espace, donnée le 30 mai 2015 à la Philarmonie de Paris, propose une lecture métaphorique du chef-d’œuvre de Kubrick.« Il n’est pas inhumain de chercher au-delà des horizons. Mais il serait idiot de chercher en oubliant un instant qui nous sommes. »

La Nasa a fêté récemment le cinquantième anniversaire de la première « marche dans l’espace », cest-à-dire la première sortie d’un astronaute hors de son engin spatial : il s’agissait d’Ed White, le 3 juin 1965. Astronaute « étasunien », oublie-t-on de préciser par là-bas. Car dans la dangereuse course à l’espace qui occupait en ces années-là Etats-Unis (White mourut en 1967 dans l’incendie de la capsule Apollo 1) et URSS, c’est le russe Alexeï Leonov qui remporta la manche. Quelques semaines plus tôt, le 18 mars 1965, il fut le tout premier homme à s’extirper d’une machine placée en orbite. Pour toute une génération, l’image de Leonov flottant devant la Terre devint une icône de la marche vers le progrès.

Ce que l’on ignorait alors, et que Leonov révélera des années plus tard, c’est qu’il rencontra d’énormes difficultés à retourner à bord. Dans le vide sa combinaison s’était dilatée, rendant ses mouvements presque impossibles. Il dut improviser et se battre avec le sas durant de longues minutes avant se sauver sa peau. Ensuite, l’équipage de Voskhod 2 rentra dans l’atmosphère de façon acrobatique, atterrissant loin de la zone prévue, les cosmonautes devant passer la nuit dans une forêt « peuplée de loups », selon les versions romantiques.

Le rêve d’une conquête de l’espace était en marche. Les machines allaient nous libérer de la planète comme les caravelles de Colomb avaient libéré l’Européen de son continent. Réalisé par Stanley Kubrick, le film 2001 : l’Odyssée de l’espace sortait en 1968, avant même le premier pas sur la Lune, et donnait le ton : l’avenir de l’humanité pointait vers le grand large des étoiles.

L’avenir ? Mais lequel ?

Au premier regard, ce scénario écrit par Kubrick et Arthur C. Clarke est une sorte de space-opéra en quatre actes consacré à... Diable sait-on à quoi au juste est consacré ce fleuve allégorique ? Tout ce que l’on semble pouvoir en dire, c’est qu’à différentes époques de l’histoire humaine, comme soudain dressés à notre intention, de mystérieux mégalithes apparaissent.

Ouverture du film. L’aube de l’humanité. La première structure apparait, plantée entre rocs et désert. Dans ce chaos de roches et de couleurs, sa géométrie parfaite, sa noirceur sans faille, sont un point d’interrogation. Des hominidés hirsutes s’effraient, s’approchent, reniflent. Puis découvrent l’usage d’un fémur en gourdin, reprennent de plus belle leurs chasses et disputes, mais cette fois fracassant avec la force toute nouvelle de l’outil les crânes de leurs proies ou des humains des clans rivaux.

Quelques centaines de milliers d’années plus tard. Sur la Lune. Des cosmonautes en scaphandres élégants palpent un autre mégalithe : il a été découvert au fond d’un cratère. Toujours aucun message. Mais ce qui saute aux yeux, cette fois, ce sont ces humains entourés de machines, vaisseaux, stations spatiales, robots, outils de communication. Malgré tout cet attirail, ils se trouvent aussi démunis et inquiets que leurs ancêtres de la savane, ils ne comprennent pas davantage que les hominidés. Mais eux le dissimulent. Ils se prennent en photo devant le mégalithe. Et font mine de savoir à force de grands discours.

Troisième étape, cette fois en 2001 (ce qui semblait loin en 1968 !). Une mission spatiale exploratoire est lancée vers la planète Jupiter. Tel un phare, le signal radio d’un autre mégalithe attire par là-bas les astronautes. Mais durant le voyage, à bord du vaisseau se noue un drame. HAL, l’ordinateur du bord (dont le nom est formé des lettres IBM décalées d’un rang) se met à tuer un à un les membres de l’équipage comme on écraserait des mouches. Unique survivant, l’astronaute Bowman parvient de justesse à retourner à bord du vaisseau Discovery, puis à s’approcher de la machine devenue plus folle qu’un humain. Et voici qu’HAL chantonne son dernier couplet, tandis que Bowman déconnecte les circuits contaminés par le doute et le mensonge. A ce moment, l’astronaute découvre que la véritable mission de l’expédition avait été dissimulée à l’équipage, mais pas à la machine...

Enfin, dans un quatrième acte psychédélique, Bowman quitte le vaisseau, plonge vers Jupiter, se retrouve cerné de lumières, de tunnels, de mobilier Louis XVI, et chaque fois que quelque chose l’interpelle, qu’il se penche vers un nouveau mystère, il ne découvre que lui-même.

Lecture musicale et métaphorique

Kubrick semble demander ce que désirent ces hommes en quête d’excitation et de nouveauté. Pourquoi partent-ils affronter les plus profonds mystères ? Le récit en surface de 2001 propose la réponse d’une civilisation extra-terrestre, d’une « autre intelligence » que nous pourrions découvrir.

Dans la version « concert » du film, donnée le 30 mai 2015 à la Philharmonie de Paris, la présence vivante de la musique du film propose une lecture autrement métaphorique.

La structure musicale souligne le fait que les apparitions de mégalithes coïncident avec les découvertes, les ruptures de savoir. Ils deviennent des marqueurs des révolutions de la connaissance. Des bornes noires et symboliques qui marquent les changements de paradigmes, les rivages incertains et périlleux que nous abordons lorsque des découvertes nous dotent de pouvoirs accrus. André de Ridder à la baguette de l’Orchestre de Paris, avec le soutien du Choeur Accentus, ponctue parfaitement ce premier indice.

Le thème d’Ainsi parlait Zarathoustra de Richard Strauss lève le rideau avec fracas. Et l’on entend les propos de l’ermite de l’œuvre phare de Nietzsche, sortant de sa méditation, clamant que si Dieu est mort, l’homme « surhumain » doit apprendre d’urgence à trouver sa place. Surhumain signifiant que l’on doit se civiliser, apprendre à se conduire face à toute cette puissance. Et que ne pas le faire serait signer sa perte.

L’arrivée du premier mégalithe coïncide avec la découverte du premier outil. Marteau, mais aussi massue. A la musique brutale de Richard Strauss succède soudain la danse peignée : Le beau Danube bleu. Fondu enchaîné. Dans un ciel serein valse une station spatiale comme à l’instant d’avant tournoyait en l’air le gourdin primitif. Le monde moderne, celui de la conquête sophistiquée et calme, aurait circonscrit l’incendie qui menaçait les âmes. Nouveau mégalithe. Les modernes machines sont superbes et sages. Elles dansent comme leurs maîtres et leur offrent la puissance du monde.

Quelques scènes plus tard, une machine nommée HAL décidera d’exterminer tous ceux qui sont à sa portée. Sans colère. Une parfaite logique, deux doigts de crainte et une totale étrangeté au monde humain. Il n’est pas inhumain de chercher au-delà des horizons. Mais il serait idiot de chercher en oubliant un instant qui nous sommes.

L’encyclique du pape sur l’écologie est publiée en français - voici le texte Elisabeth Schneiter (Reporterre) Reporterre 2015/06/18 Elisabeth Schneiter (Reporterre) (18 juin 2015) L’encyclique du pape sur l’écologie est publiée en français - voici le texte. Reporterre. Climat fr

L’encyclique du pape sur l’écologie est publiée en français - voici le texte

L’encyclique publiée par le pape François sur l’écologie est officiellement diffusée ce 18 juin. C’est le premier texte fouillé sur l’environnement publié par l’Eglise catholique. Le pape alerte sans ambiguité sur les causes humaines du changement climatique et dénonce la foi aveugle dans les solutions technologiques. Reporterre vous propose ce document en téléchargement.

Le pape François, chef de l’Eglise catholique, publie le 18 juin une encyclique – texte établissant la doctrine de l’Eglise – sur l’écologie. Le texte, en italien, a fuité et a été publié par le journal italien L’Espresso le 15 juin.

Le voici maintenant en français :

- et pour un peu d’humour, voir une video détonnante en bas de cet article

Une introduction, six chapitres et deux prières finales, en près de deux-cents pages l’encyclique « Loué sois-tu, Sur le soin de la maison commune », appelle à des changements dans les modes de vie et dans la consommation d’énergie avant la fin de ce siècle, pour éviter la « destruction irrémédiable et sans précédent de l’écosystème ». Le pontife avertit que l’inaction aurait de « graves conséquences pour nous tous ». Face à la dégradation globale de l’environnement, il s’adresse à « chaque personne qui habite cette planète. »

Il écrit, au début de son texte, que la Terre « proteste pour le mal que nous lui faisons, en usant et abusant de façon irresponsable des biens que Dieu a placés sur elle. Nous avons grandi en pensant que nous étions ses propriétaires et ses dominateurs, autorisés à tout piller. La violence qui existe dans le cœur humain, blessé par le péché, se manifeste aussi par les désastres qui affligent la terre, l’eau, l’air et les êtres vivants. »

François appelle à la création d’une nouvelle autorité politique mondiale, chargée de « la lutte contre la réduction de la pollution et pour le développement des pays et régions pauvres. » Son appel fait écho, sur ce point, à celui de son prédécesseur, le pape Benoît XVI, qui, dans une encyclique de 2009, proposait une sorte de super Nations Unies pour faire face aux problèmes écologiques et aux injustices économiques du monde.

D’après ce volumineux document, le pape argentin s’alignera sur le mouvement environnemental international et ses objectifs. Tout en admettant qu’il peut y avoir quelques causes naturelles de réchauffement de la planète, le pape affirme que le changement climatique est principalement un problème causé par l’activité humaine.

« L’humanité est appelée à prendre note de la nécessité des changements de mode de vie et dans les méthodes de production et de consommation, pour lutter contre le réchauffement, ou au moins les causes humaines qui le produisent et l’accentuent. De nombreuses études scientifiques montrent que la plus grande partie du réchauffement de la planète au cours des dernières décennies est due à la grande concentration de gaz à effet de serre... dégagée surtout en raison de l’activité humaine. »

Et le Pape montre du doigt ceux qui empêchent d’avancer sur la voie d’une solution, ou nient le problème, et dénonce l’indifférence, la résignation commode ou même la foi aveugle dans des solutions techniques.

Il vise probablement en particulier les Républicains du Congrès, à Washington, dont la grande majorité, millionnaire en dollars, se laisse néanmoins convaincre par les lobbyistes de Washington et nie que le changement climatique soit un phénomène lié aux activités humaines. Ils se sont farouchement opposés aux efforts de réglementation de l’administration Obama.

Ce ne sera pas facile. Le 12 juin dernier, le Sénateur de l’Oklahoma, James Inhofe, qui préside aujourd’hui le comité de l’environnement du Sénat et des travaux publics, et considère le réchauffement de la planète comme « le plus grand canular de l’histoire du peuple américain », donnait une conférence, il y a dix jours à l’Institut Heartland, plaque tournante du lobby des négationnistes du climat. Il a envoyé un message au Pape, affirmant que « Dieu est toujours là-haut » et que le pape devrait « se mêler de ses affaires ».

En video, le pape terrasse les forces du mal (alias multinationales fossiles)

Le procès des opposants aux fermes-usines : faut-il respecter la loi ou défendre l’intérêt général ? Barnabé Binctin et Tommy Dessine (Reporterre) Reporterre 2015/06/18 Barnabé Binctin et Tommy Dessine (Reporterre) (18 juin 2015) Le procès des opposants aux fermes-usines : faut-il respecter la loi ou défendre l’intérêt général ?. Reporterre. Mille Vaches et fermes-usines fr

Le procès des opposants aux fermes-usines : faut-il respecter la loi ou défendre l’intérêt général ?

Les neufs paysans et militants qui avaient démonté une machine de traite dans la ferme-usine des Mille vaches ont été jugés le 17 juin à Amiens. Des actes illégaux, mais imposés, selon eux, par la gravité de la menace pesant sur l’agriculture. Récit, en dessins, du débat. Le jugement sera rendu en septembre.

- Amiens, reportage

Un gigantesque « shaker ». C’est ainsi qu’en prélude de sa plaidoirie, Maître Combes, avocat de la défense des paysans des Mille vaches, a qualifié les six heures d’audience que clôturait son intervention. Six heures de procès où se sont mélangés les affaires jugées, les motifs d’inculpation et les peines encourues, et ce jusqu’aux branches du droit, puisque ce procès en appel mêlait à la fois le pénal et le civil.

Après un premier jugement suite au procès du 28 octobre dernier, les « neuf de la Conf’ » comparaissaient donc de nouveau mercredi 17 juin, au Palais de justice d’Amiens, pour les faits qui leur sont reprochés lors des actions d’occupation et/ou de démontage de la nuit du 11 au 12 septembre 2013 et du 28 mai 2014.

La confirmation du jugement en première instance ayant été requise par l’avocat général, les prévenus risquaient les mêmes peines, allant d’amendes pour refus de soumission au prélèvement biologique à la prison avec sursis pour ceux accusés de recel ou de dégradations sur bien d’autrui commis en réunion.

Tout au long de l’audience, l’institution juridique qui cherchait à qualifier des actes pénalement répréhensibles s’est confrontée à des militants syndicaux qui ont tenté de faire entendre une autre raison sur ces actes.

Car d’un côté, il a surtout été question de droit. Ou plutôt de sémantique : peut-on parler de détériorations là où il s’agit d’abord de démontage ? La défense fait valoir un abus de langage pour caractériser les boulons dévissés, les valves de pneus dégonflés ou les pièces enlevées. Y a-t-il eu vol ou recel ? Non, répond Olivier Lainé, l’un des inculpés. Non, car l’objectif était bien de rendre les pièces soustraites. Où sont-elles, qui alors les détient aujourd’hui ? interroge le président du tribunal. « Le dernier à qui on les a remises, c’est le ministre Stéphane Le Foll, dit l’agriculteur normand. Peut-être alors qu’il faudrait également l’inculper de recel ? ».

On interroge par ailleurs l’authenticité des preuves, dont certaines sont issues des nouvelles technologies de communication : textos échangés entre les prévenus, réseau détecté sur la zone au moment concerné, posts sur Facebook… Pierre-Alain Prévost, appelé pour s’expliquer à la barre, se dit « choqué » de la présomption de culpabilité qui ne repose sur aucune preuve tangible. « Pourquoi alors vous retrouve-t-on sur un album Facebook concernant l’action de démontage ? », interroge le président de la séance. Et l’inculpé d’expliquer le principe de « tagg » sur le réseau social : « On m’a ajouté, mais cela ne prouve aucunement ma présence, n’importe qui peut être ajouté, à titre informatif ou en guise de solidarité ».

Le principal argument de la défense est l’ « état de nécessité » dans lequel se seraient trouvées les paysans : leur acte s’explique par l’urgence de l’enjeu. Olivier de Schutter, convoqué à la barre en tant que « témoin de moralité », explique ce contexte : « Depuis plus de cinquante ans, l’agriculture industrielle pousse l’agriculture paysanne dans ses derniers retranchements. Or cette agriculture intensive a trois caractéristiques : elle substitue une logique économique à une logique écologique, elle a une très forte dépendance aux énergies fossiles, et elle ne prend pas en compte plusieurs externalités négatives – environnementales, sanitaires, sociales – dans son prix aux utilisateurs. Elle mène tout simplement à la fin du monde des paysans », assène l’ancien rapporteur pour l’ONU, jusqu’en 2014, pour le droit à l’alimentation.

Le président s’inquiète d’un « triste tableau » : « L’action de la Confédération paysanne est-elle de nature à faire changer les choses ? N’est-elle pas un peu désespérée ? » interroge-t-il. M. de Schutter répond : « Ils sont dans ce que l’on appelle en droit un état de nécessité. Ils n’ont pas d’autre choix car ils sont dans une impasse complète. La question est de savoir pourquoi les canaux politiques sont autant asservis aux intérêts de l’agro-industrie ».

Sur son banc, juste derrière les inculpés, l’avocat de la partie civile râle : « Ce n’est pas un témoignage, c’est une plaidoirie » murmure-t-il dans sa barbe mal rasée. Plus tard dans la journée, quand vient la sienne, il se lève « avec fierté pour défendre M. Ramery » et s’insurge contre l’argument de l’état de nécessité : « Où est le danger actuel, le danger imminent, le danger injuste que requiert l’état de nécessité ? Plaider cela, c’est un délire juridique ». L’homme donne ainsi sa version de l’état de nécessité : « Ce n’est pas autre chose qu’une mère qui vole un bout de pain pour nourrir son gamin. L’état de nécessité, ce n’est pas pour un combat politique, aussi noble soit-il ».

Le débat s’est concentré sur des considérations plus politiques, s’agissant à la fois de la justification de l’action et de la démesure de la répression. « Une disproportion totale entre les faits réellement commis et les moyens mis en œuvre » selon Maître Peyrard, l’autre avocate de la défense. A l’image de ces trois prévenus, jugés pour refus de prélèvement d’ADN, « une technique normalement réservée à des enquêtes concernant des crimes, mais qui devient une pratique de plus en plus répandue » explique Morgane Laurent, qui a comme les autres refusé le prélèvement… qui lui a finalement été malgré tout imposé. Pour un résultat nul, ne prouvant aucune implication particulière. Une situation qui n’est pas sans laisser mal à l’aise la Cour. Mais cela n’annule pas pour autant la poursuite pour refus de prélèvement.

Ce refus du fichage est aussi une question de solidarité : les inculpés se disent les porte-voix de tous les militants du syndicat. « Il n’y avait aucune raison, nous les neuf, que l’on assume individuellement cette action, alors qu’elle est collective. On l’a revendiqué collectivement, c’est l’ensemble de la Confédération Paysanne qui a immobilisé le chantier, c’est un acte syndical », explique Laurent Pinatel.

Alors que Thierry Bonnamour se défend d’avoir pris part directement aux actions de démontage, on l’accuse d’avoir témoigné dans un média national en utilisant un « on » qui laisse croire à sa propre participation. Il répond : « On peut dire « on » sans être partie prenante directe à l’action. Quand je dis qu’on gagne un match de foot, je dis bien qu’« on » a gagné alors que je n’ai pas touché le ballon, en tant que supporter derrière mon écran ! ».

Pour Maître Berton, avocat de la partie civile, il s’agit là d’un manque de courage : « Cette première peine aurait dû être votre légion d’honneur si vous étiez de vrais militants. Mais non, parce que vous n’assumez pas. Soyez courageux, même un enfant piqué la main dans le sac a le courage de reconnaître ».

Maître Peyrard conteste cette approche : « Ils voulaient tous comparaître, ils ont tous présenté leur carte d’identité. Ils étaient cinquante et finalement, on en a pioché quelques-uns… Il est difficile d’expliquer pourquoi la justice applique un tel jugement différencié ». Son confrère insiste sur le courage : « Ils sont courageux. Ils n’ont pas agi dans leur intérêt propre – sinon qu’ont-ils obtenu d’autres que des ennuis ? Au contraire, ils ont agi au nom de l’intérêt général, dans un intérêt supérieur à la loi ».

Laurent Pinatel, porte-parole de la Confédération Paysanne, est convoqué en premier à la barre et justifie directement son acte : « Le rôle le plus fondamental des paysans, c’est l’alimentation. Or aujourd’hui, les fermes-usines me donnent honte. J’ai honte que mon métier soit dévoyé à ce point, alors que son premier rôle, c’est d’être en lien avec la nature, de connaître le nom d’une vache dès sa naissance ».

Le juge questionne le choix du type d’action : « N’y a-t-il pas dans ce pays des moyens d’obtenir de la communication et de la visibilité autrement que par des délits ? ». La réponse fuse : « Nous avons usé de toute la panoplie des actions syndicales, des manifestations jusqu’aux interpellations du ministre, mais nous n’avons eu que le mépris comme fin de non-recevoir… Le danger était trop grave, il nous fallait réveiller la population. Nos actes sont restés symboliques, on ne l’a pas fait de gaieté de cœur, on l’a fait parce qu’on n’avait pas le choix ».

Solution de dernier recours, rôle nécessaire de lanceurs d’alerte… voilà ce qu’ont dans l’ensemble plaidé les inculpés : « Ce dont on est accusé est symbolique. Le vrai débat est de savoir si la loi a le droit de laisser détruire l’environnement, les emplois, le territoire », dit Pierre-Alain Prévost. Mais le procureur répond par une vision exclusivement légaliste : « Aucune idée, aussi juste soit-elle, ne peut justifier des actes illégaux, car sinon, c’est la négation même du système démocratique ».

De son côté, l’avocat de la partie civile se lance dans une énième envolée : « Le militantisme est un très beau mot, un mot qui rappelle l’histoire du Front Populaire. Mais c’est un militantisme qui a été hors-la-loi, et il y a des règles qui régissent ces escapades de délinquance générale. Un vol, c’est un vol. » Ill conclut en appelant à méditer le sujet tombé le jour-même au bac philo : « La politique échappe-t-elle à l’exigence de vérité ? ».

L’éternel conflit entre légitimité et légalité a nourri le débat juridique du procès des neufs d’Amiens. D’un côté, une légitimité motivée et justifiée par l’intérêt général, de l’autre, une légalité enracinée dans son rôle et ses textes de lois.

« Qu’est-ce qui justifiait tout ça ? Ils ont été traités comme des délinquants. Mettre des peines de prison avec sursis, c’est particulièrement stigmatisant pour des citoyens sans casier judiciaire qui ont simplement exercé leur liberté syndicale », plaide Maître Peyrard. La Cour reconnaîtra par ailleurs que le traitement affligé à Laurent Pinatel était démesuré : « Vous avez raison de protester, il n’est pas normal de mettre des menottes à tout le monde. Et il n’était pas indispensable de vous sauter dessus en gare d’Amiens » concèdera le président de la Cour.

Légalité contre légitimité à agir pour l’intérêt général : c’est le fil rouge des procès récents de l’écologie politique : celui des faucheurs volontaires, où seule une partie des activistes avait finalement été menée en justice, celui des militants de Greenpeace qui s’étaient introduits dans la centrale de Tricastin, où les peines encourues semblaient démesurées, ou encore celui des zadistes lyonnais.

« C’est vrai qu’il y a la loi, mais la justice n’est-elle que la loi ? » interroge Maître Peyrard, à l’issue de l’audience.

Verdict le 16 septembre.

La mairie de Marseille tente de bâillonner Alternatiba Pierre Isnard-Dupuy (Reporterre) Reporterre 2015/06/19 Pierre Isnard-Dupuy (Reporterre) (19 juin 2015) La mairie de Marseille tente de bâillonner Alternatiba. Reporterre. Alternatiba fr

La mairie de Marseille tente de bâillonner Alternatiba

La mairie de Marseille ne veut pas de l’édition locale d’Alternatiba qui doit se tenir du 24 au 28 juin prochain. C’est ce qu’elle a signifié mercredi 17 juin par une décision de ne pas laisser l’espace public à disposition sous le seul argument de « trouver un autre lieu ».

- Marseille, correspondance

Sous le slogan « Les sardines nous remercieront ! » et sous la bannière « Alternatib’Aïoli », l’étape marseillaise d’Alternatiba entend sensibiliser au thème du réchauffement climatique et présenter des alternatives. Depuis le lancement du mouvement Alternatiba en octobre 2013 à Bayonne, la deuxième ville de France n’a pas encore organisé son village des alternatives. Ce qui devrait être fait du 24 au 28 juin prochain. Mais c’était sans compter une mairie qui met des bâtons dans les roues. Ce qui pourrait compromettre, sinon sa tenue, l’ampleur et la visibilité de l’événement.

L’organisation d’Alternatib’Aïoli est coordonnée par l’association Alternatiba Marseille, créée pour l’occasion. Les décisions sont prises de façon horizontale en assemblées générales plénières qui se tiennent régulièrement, rassemblant structures partenaires et citoyens. 250 bénévoles s’apprêtent à se mobiliser. Le tout pour une vélorution qui accompagnera l’arrivée du Tour Alternatiba de l’Estaque jusqu’au Vieux-Port le 24 juin ; le village Alternatiba le 27 juin et « la plus grande ola du monde pour le climat » sur la Corniche le 28 juin. Mais à une semaine du début de ces festivités militantes, la mairie de Marseille rend un « avis défavorable » pour l’occupation des lieux proposés par la plénière, excepté pour la ola.

Tout pour le climat - mais surtout pas avec la société civile

Le 4 juin dernier, dans son allocution à l’occasion de l’ouverture de la Med Cop 21, étape méditerranéenne à Marseille de la COP 21, Jean-Claude Gaudin sénateur-maire (LR) de la ville déclarait que « pour affronter ces défis [climatiques], ce n’est qu’ensemble, Etat, collectivités territoriales, entreprises, universités, société civile, que nous pourrons apporter des réponses durables ». Les composantes d’Alternatib’Aïoli, 146 structures associatives, culturelles ou de l’économie sociale et solidaire, ainsi que des citoyens en leur nom propre, apprécient le grand écart avec la décision qui s’abat sur leur initiative.

Pour la mise à disposition de l’espace public sur les Hauts de La Canebière, point de passage névralgique du centre-ville, demandée pour le 27 juin, la réponse négative tombe le 5 juin pour cause de « trop d’enjeux de circulation ». Impossible pour la ville d’envisager de couper la circulation pour une journée en faveur de la lutte contre le réchauffement climatique. Alors l’organisation d’Alternatib’Aïoli présente une autre copie en proposant deux solutions. La place Bargemon, attenante à l’Hôtel-de-Ville et le Parc Longchamp. La Direction de la communication et des relations publiques (DCRP) de la ville exprime un refus catégorique le mercredi 17 juin pour l’occupation de ces deux lieux. Pour la place Bargemon, qui reçoit toute sorte de manifestations, « le site ne convient pas à ce type d’événement » précise la notification, tout en demandant de « trouver un autre lieu ». La vélorution et les événements qui l’accompagnent dont un concert d’HK et les Saltimbanks sont également retoqués.

Ni le cabinet du maire, ni la DCRP n’ont répondu aux sollicitations de Reporterre. Mais nous avons eu accès à un document interne aux services de la DCRP datant du mercredi 17 juin.

- Télécharger la note (voir avis défavorable page 3) :

Il donne d’abord, de la part du cabinet du maire, un avis favorable pour l’organisation de la journée du 27 au parc Longchamp avant qu’il ne soit rendu défavorable de façon manuscrite, accompagné de la même mention adressé officiellement à Alternatiba Marseille : « trouver un autre lieu ». Pourtant « les services techniques de la ville ont été hyper disponibles, dans l’échange et très à l’écoute », témoigne Juliette Palmade, chargée de communication pour Alternatib’aïoli. « Ils n’ont pas rendu d’avis défavorables ou quelques avis réservés sur des aspects de sécurité, sur lesquels ils nous ont accompagné ».

Un repli, sans autorisation, sur le cours Julien

En l’absence d’une justification argumentée et d’une proposition de la part de la ville, Juliette Palmade juge que la décision est politique. Elle pense que la majorité municipale « ne veut pas de mouvement écolo sur Longchamp vu la contestation du projet de parking ». Une manifestation aura effectivement lieu ce samedi 20 juin pour contester un projet de parking, déjà envisagé depuis 2010, qui amputerait le parc d’un tiers de sa superficie. « Bargemon est trop proche de l’Hôtel-de-Ville et ce que nous portons n’est pas dans la ligne politique de ce que la majorité veut faire de Marseille » argumente Juliette Palmade.

Pour Annick Delhaye, vice-présidente déléguée à l’environnement (EELV) à la Région, « la mairie de Marseille ne souhaite pas que les citoyens s’emparent de l’espace public. Elle ne mesure pas l’impact positif qu’aurait Alternatiba sur la ville, les citoyens ». Par ailleurs impliquée au sein de son assemblée pour l’obtention d’une subvention à l’événement, l’élue dit être en contact avec le cabinet du maire pour qu’il « change d’opinion ».

Rassemblant une centaine de personnes, la plénière de ce jeudi 18 juin a affirmé la volonté d’organiser, sans autorisation, le village au Cours Julien, même chose et même lieu pour le concert d’HK et les Saltimbank. Un repli stratégique vers un quartier où une bonne partie de la population est déjà sensible à l’écologie et aux alternatives. Ce qui n’empêchera pas la possible mise sous pression de l’événement par les forces de police comme ce fût déjà le cas sur des assemblées populaires ou sur le carnaval autogéré du quartier de la Plaine.

Reporterre chez Nova - La liberté est en danger Hervé Kempf (Reporterre) Reporterre 2015/06/19 Hervé Kempf (Reporterre) (19 juin 2015) Reporterre chez Nova - La liberté est en danger. Reporterre. Libertés fr

Reporterre chez Nova - La liberté est en danger

- Jeudi 18 juin 2015

- Ecouter ici la chronique de Reporterre, par Hervé Kempf :

- Plus d’info sur le media dont un responsable est poursuivi en justice

- La pétition contre le secret des affaires

- A propos de la Commission d’enquête parlementaire sur le maintien de l’ordre

- Image : Pixabay

La chronique de Reporterre, tous les jeudi à 18 h 10 sur Radio Nova, dans l’émission « 2h1/4 avant la fin du monde », animée par Marie Misset et Armel Hemme.

« L’occasion de faire le point sur les combats et débats quotidiens de l’écologie ».

A écouter sur... et bien voici la carte des fréquences, selon le lieu où vous habitez.

A Notre Dame des Landes, la justice fait remonter la tension Vladimir Slonska-Malvaud et Henri Le Roux (Reporterre) Reporterre 2015/06/19 Vladimir Slonska-Malvaud et Henri Le Roux (Reporterre) (19 juin 2015) A Notre Dame des Landes, la justice fait remonter la tension. Reporterre. Notre-Dame-des-Landes fr

A Notre Dame des Landes, la justice fait remonter la tension

Le tribunal administratif de Nantes a examiné jeudi une série de recours déposés par les opposants au projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Une audience importante sur fond d’interrogations quant à la politique que suivra le gouvernement après le délibéré, fixé au 17 juillet.

- Nantes, correspondance

L’audience est ouverte depuis près d’une heure lorsque les premiers militants commencent à monter banderoles et enceintes pour les prises de parole devant le Palais de justice. C’est presque un rituel, à Nantes.

Cette fois, pourtant, il y a du nouveau. Devant les juges, des piles de dossiers attestent de l’importance de la procédure. D’un côté, les organisations requérantes – l’Acipa, l’Adéca, le CéDpa, EELV, EELV Pays de la Loire, la Ligue de protection des oiseaux Pays de la Loire, SOS Loire vivante, Bretagne vivante, FNE, FNE Pays de la Loire, Eaux et rivières de Bretagne – et des particuliers impactés par le projet. De l’autre, Aéroports du grand ouest (AGO), filiale de Vinci Airports, et le préfet, représentés par leurs avocats.

« Cette affaire est hors norme  », concède d’emblée le président de la VIᵉ chambre du tribunal administratif de Nantes. Il détaille : « Dix-sept requêtes dirigées contre cinq arrêtés du préfet de la Loire Atlantique : déclaration d’utilité publique du programme viaire [modification du réseau routier existant]  ; autorisation d’aménagement accordée au titre de la loi sur l’eau  ; dérogation à l’interdiction de porter atteinte à des espèces protégées. » Ces deux derniers arrêtés sont dupliqués, car délivrés à la fois à AGO et à la direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal), sous l’autorité du préfet. Chaque association attaquant séparément les arrêtés, parfois avec des arguments légèrement différents pour maximiser les chances d’être entendus.

Au terme de cinq heures d’audience, le rapporteur public (l’équivalent du procureur dans la justice administrative) a recommandé le rejet des dix-sept recours, conformément à l’avis qu’il avait transmis aux parties mardi 16 juin. L’avocat et les juristes des requérants avaient pourtant soulevé l’absence totale, selon eux, de garanties quant à la mise en œuvre de mesures compensatoires à la destruction de zones humides et d’espèces protégées. Ou encore la « soumission » de l’Autorité environnementale au préfet, par ailleurs maître d’œuvre de la desserte routière : « Le préfet a un projet, demande l’avis du préfet et signe l’avis de l’autorité environnementale  », s’est ainsi étonné Thomas Dubreuil au cours de l’audience.

Spécialisé dans le droit de l’environnement, l’avocat de l’Association citoyenne intercommunale des populations concernées par le projet d’aéroport (Acipa) et du Collectif d’élus doutant de la pertinence de l’aéroport (CéDpa) a également insisté sur la possibilité d’optimiser l’aéroport actuel (Nantes-Atlantique).

Le tribunal doit maintenant statuer, en première instance, sur la base des éléments du dossier, mais il n’est pas obligé de suivre les conclusions du rapporteur, bien qu’il le fasse dans la plupart des cas. La date du délibéré a été fixé au 17 juillet prochain.

«  On est rassurés, contents d’avoir eu cette opinion mais ce n’est absolument pas une victoire. La victoire on l’aura quand on aura la décision définitive   », a commenté l’avocat d’AGO a l’issue de l’audience. En face, Thomas Dubreuil s’est dit « frustré sur la partie espèces protégées », avant d’affirmer que « si le tribunal administratif ne nous donne pas gain de cause, on ira à la Cour administrative d’appel ». Des paroles quine sont pas tombées dans l’oreille d’un sourd : derrière une banderole de l’Acipa qui le dissimule, Alain Mustière, président de l’association pro-aéroport Des ailes pour l’ouest et ex-président de la chambre de commerce et d’industrie, écoute attentivement les réactions des opposants.

L’avis du rapporteur public intervient deux jours après que la cour de cassation a rejeté les pourvois formés par des riverains, des propriétaires et des exploitants agricoles vivant sur le site du projet d’aéroport, pour obtenir l’annulation de leur expropriation, selon le journal Presse-Océan. Les expropriations, qui concernent 39 particuliers, dont plusieurs figures historiques de la lutte contre le projet, avaient été décidées le 18 janvier 2012.

Le rassemblement a lieu à l’endroit où s’était déroulée une grève de la faim d’opposants en 2012. Celle-là même qui avait débouché sur un accord politique avec le Parti socialiste (PS), alors en pleine campagne électorale, qui prévoit l’arrêt des expulsions des propriétaires et des locataires jusqu’à épuisement des recours devant la justice. Un engagement confirmé depuis par l’ancien Premier ministre et ex-maire de Nantes Jean-Marc Ayrault, actuel député de la 3ᵉ circonscription de Loire-Atlantique, par le président de la République François Hollande… et ébréchée par Manuel Valls dans un entretien à Ouest France, le 18 décembre 2014. Le Premier ministre y déclarait qu’« après la décision du tribunal administratif, il faudr[ait] alors s’engager dans la construction de Notre-Dame-des-Landes ». Conséquence : la question du périmètre de cet accord politique revient en force alors que s’approche la date du délibéré. Si cette interprétation extensive se confirmait, elle pourrait, théoriquement, en cas de décision favorable aux partisans de l’aéroport, donner lieu au retour des bruits de bottes dans le bocage de Notre-Dame-des-Landes.

« Il se moquerait du monde s’il interprétait les recours sans les appels. On ne peut pas interpréter. Si ce n’est pour rassurer les quelques chambres de commerce qui croient encore qu’il y aura un aéroport à Notre-Dame-des-Landes. On peut abandonner des promesses, mais dans ce cas on l’assume », juge Julien Bayou, porte-parole national d’Europe Écologie-Les Verts (EELV), joint au téléphone.

Pour Gilles Denigot, ancien gréviste de la faim, l’affaire est entendue : l’accord concerne tous les recours, sans exception. Ce point fait consensus dans les rangs des opposants.

Du côté de l’État, le silence prévaut depuis la déclaration de Manuel Valls. Contactés mardi 16 juin pour obtenir une clarification des propos du Premier ministre, ses services n’ont pas répondu à notre sollicitation.

Faute de ligne claire, les lendemains de la décision du tribunal donnent lieu à diverses interprétations. Du côté des occupants de la ZAD, on ne veut pas croire à une intervention policière de grande ampleur à quelques mois des élections régionales et de la COP 21, en décembre. D’autant que les élections présidentielles suivront d’assez près. Denez L’Hostis, président de France nature environnement (FNE), qui avait fait le déplacement ce jeudi, est plus pessimiste : « Le gouvernement est de plus en plus autoritaire. Il y a une différence d’appréciation entre ce que dit Valls et Hollande  ; je pense que Valls va l’emporter. » Le coût politique serait élevé. « Nous serons présents dans les mobilisations » en cas de non-respect de l’accord politique, avertit Julien Bayou. « Ils peuvent précipiter les choses et venir voir sur le terrain, déclencher la violence. Nous, nous sommes non violents, notre force, c’est le nombre et la détermination », ajoute Michel Tarin, l’un des grévistes de la faim de 2012. Bien en vue des fenêtres du tribunal, la banderole de l’Acipa s’en fait l’écho : « Un aéroport à Notre-Dame-des-Landes : jamais ». Il fallait bien lire « jamais ».

La nourriture des rats de laboratoire fausse les études de santé publique, affirme Gilles-Eric Séralini Natacha Delmotte (Reporterre) Reporterre 2015/06/19 Natacha Delmotte (Reporterre) (19 juin 2015) La nourriture des rats de laboratoire fausse les études de santé publique, affirme Gilles-Eric Séralini. Reporterre. Santé fr

La nourriture des rats de laboratoire fausse les études de santé publique, affirme Gilles-Eric Séralini

Selon une étude réalisée par l’équipe du chercheur Gilles-Eric Séralini, la nourriture des rats de laboratoire serait contaminée aux OGM, pesticides et autres substances toxiques. Ce résultat pourrait remettre en cause 70 ans d’autorisations de commercialisation.

La nourriture des rats de laboratoires serait hautement contaminée aux OGM, aux pesticides et à d’autres substances toxiques. C’est ce que révèle une étude réalisée par Robin Mesnage et Nicolas Defarge, membres de l’équipe du chercheur Gilles-Eric Séralini, de l’université de Caen, avec le soutien du Criigen(http://www.criigen.org/). Cette étude remet en cause tous les tests réalisés au cours des 70 dernières années pour déterminer l’autorisation de commercialiser de nombreux produits chimiques. Mais la revue scientifique Plos One a retardé la publication de l’article qu’elle devait publier mercredi 17 juin. Gilles-Eric Séralini dénonce un possible “conflit d’intérêt”.

- Actualisation : Cette étude est finalement parue dans Plos One (lien vers article) le 2 juillet 2015. -

“C’est la première fois qu’on réalise une étude aussi vaste visant à évaluer autant de polluants à la fois”, explique le chercheur. L’équipe de scientifiques a analysé treize échantillons de croquettes utilisées pour nourrir les rats de laboratoire servant à tester l’innocuité des produits alimentaires. Les croquettes de l’étude provenaient des cinq continents afin de prendre en compte les disparités possibles dans les méthodes d’agricultures et leur composition. A partir de ces lots de nourriture, l’équipe a recherché les résidus de 262 pesticides, 22 OGM (organismes génétiquement modifiés), quatre métaux lourds, 17 dioxines et furanes, et 18 PCB (polychlorobiphényls).

Finalement, chaque lot de croquettes présente des quantités importantes de ces produits, pouvant provoquer des pathologies chez les rats de laboratoires. Le pesticide le plus présent dans l’alimentation, le Roundup, a été détecté dans 9 des 13 échantillons analysés. 11 d’entre-eux présentaient également des traces d’OGM. “Le lien entre les OGM et les pesticides est grand, rappelle Gilles-Eric Séralini. Dans 80 % des plantes transgéniques, elles sont modifiées pour être des éponges à Roundup. Les 20 % restant ont été modifiés pour produire leur propre pesticide”.

Les régimes alimentaires français des rats de laboratoires étaient ceux présentant le plus fort taux de métaux lourds, contenant du mercure et de l’arsenic.

Avec les PCB et les dioxines présents également dans les régimes, “les rats ont 40 % de risque supplémentaire de développer des maladies chroniques avec ces nourritures qu’avec des nourritures saines”, commente M. Séralini.

Soixante-dix ans d’étude remises en cause ?

Or, ces mêmes rats sont ceux qui ont permis de déterminer la toxicité des pesticides ou des OGM au moment de leur commercialisation. Pour tester les effets d’un produit sur un rat, on injecte ce produit au rat et on compare sa réaction à un rat témoin, qui n’a eu normalement aucun contact avec le produit testé. Jusqu’à présent, la souche de rat utilisée était, selon les agences sanitaires, prédisposée à développer certaines pathologies, naturellement ou spontanément, telles que des tumeurs mammaires, des tumeurs hypophysaires, ou des déficiences aux reins. Avec ces “données historiques”, trouvées à partir des archives des industriels, on éliminait donc de la responsabilité des produits testés un certain nombre de pathologies développées par les rats.

Depuis 70 ans, 250 000 produits chimiques ont été autorisés à la suite de ces tests, qui pourraient pourtant bien être faussés. “Dans les études courantes avec les rats ainsi nourris, ils voient la même chose pour les rats témoins que pour les autres parce qu’ils nourrissent les rats avec de la nourriture contaminée”, explicite Gilles-Eric Séralini.

Si cette analyse était confirmée, cela signifierait que tous les tests ayant permis la commercialisation des pesticides et des OGM seraient biaisés, donc invalides. “Les rats devraient être nourris à l’alimentation bio, et issu d’une lignée saine”, commente Joël Spiroux de Vendômois, président du Criigen, « afin d’éviter à ceux-ci d’hériter des pathologies de leur lignée ».

Au-delà de ces questions, l’alimentation des rats de laboratoire pourrait avoir des conséquences plus larges. Ce sont les mêmes croquettes qui nourrissent les rats utilisés pour les tests pour les médicaments. Certaines pathologies chroniques pourraient ainsi être ignorées à cause de cette contamination. Quant aux croquettes utilisées pour nourrir les animaux de compagnie et les animaux d’élevage, leur composition serait “très proche de celle des rats de laboratoires”, comme l’a dit Nicolas Defarge. Des conséquences qui placent cette étude au centre des “problématiques de santé publique”, selon Joël Spiroux de Vendômois.

La publication retardée

Des résultats que l’équipe scientifique a présenté à la presse jeudi 18 juin, mais qu’elle n’a pas encore pu publier dans une revue scientifique reconnue. L’article devait, à l’origine, être publié mercredi 17 juin au soir. Mais la revue Plos One a averti l’équipe de Gilles-Eric Séralini de la prolongation de l’embargo sur l’étude, jusqu’à ce que ses auteurs y apportent quelques modifications. En cause : les remerciements et une phrase dans le résumé.

Ce n’est pas la première fois qu’une étude réalisée par Gilles-Eric Séralini et son équipe suscite une polémique. En 2012, la revue Food and chemical toxicology avait fini par retirer de sa publication des recherches portant sur les OGM et le Roundup. Cette nouvelle difficulté les amène à nouveau à douter de l’impartialité des revues scientifiques dans le choix de leur publication. “On est dans un système plus compromis que la FIFA [fédération internationale de football], avec des intérêts financiers en jeu”, indique Gilles-Eric Séralini.

Pour l’instant, l’étude est donc en attente de publication. Plos One pourrait la publier d’ici quelques jours si les modifications apportées lui conviennent, mais pourrait tout aussi bien ne pas y donner suite.

Le jardin sans pétrole - Dix-sept arrosoirs et un crapaud repu Christine Laurent (Reporterre) Reporterre 2015/06/20 Christine Laurent (Reporterre) (20 juin 2015) Le jardin sans pétrole - Dix-sept arrosoirs et un crapaud repu. Reporterre. Jardin sans pétrole fr

Le jardin sans pétrole - Dix-sept arrosoirs et un crapaud repu

Passage express au jardin, le temps de verser dix-sept fois le contenu de l’arrosoir, de cueillir un peu d’oseille et de salade, et de croiser le crapaud qui se la coule douce sous un carton.

Absents ce week-end, nous avons abandonné le jardin aux rayons ardents du soleil de juin et aux rats taupiers. J’y file lundi soir par le train de 17 h 03. Avec mon vélo, je me fraye un passage dans le RER chargé des premières sorties de bureau. Le RER des travailleurs est bien plus rapide que celui du week-end et une demi-heure plus tard me voici sur le quai de la gare de Lardy.

J’enfourche ma petite reine sans tarder, descend vers la Juine, passe le pont de pierre et remonte vers la forêt. Il n’y a pas une minute à perdre si je veux être de retour à Paris pour le dîner ! Le temps de remplir dix-sept arrosoirs que je verse sur les maïs, les haricots, les courges, les choux, les carottes, les salades, l’arroche, les radis, le chrysanthème comestible, la ciboulette, les tomates, les basilics, les piments, l’hysope, les poireaux... il est déjà 18h45.

Je cueille de l’oseille, un peu de salade, les pois gourmands vide le seau de compost avant de le remettre dans la sacoche, ferme la porte du jardin et pédale jusqu’à la gare où j’arrive à temps pour le train et une conversation sympathique avec une jardinière-hôtesse de l’air. Des variétés de rhubarbe d’Angleterre aux courges de Roumanie, elle m’entraîne dans sa passion des graines du monde entier qu’elle tente de faire pousser dans son jardin des bords de la Juine.

Zut ! J’ai oublié de remettre des coquilles d’œuf broyées autour des choux pour tenir les limaces éloignées. Avec cette sécheresse et la présence d’un crapaud entre deux âges, elles se font plutôt discrètes. Nous avons découvert ce crapaud commun il y a trois semaines faisant la vigie sous un carton. Nous l’avons revu plusieurs fois à cet endroit depuis la mi-mai. Je l’imagine au petit matin, gavé de limaces, faisant trempette dans la mare de Léonie avant d’aller dormir. Déjà, le RER entre en gare d’Austerlitz.

La théologie de la Libération a nourri l’encyclique du pape sur l’écologie Martin Brésis (Reporterre) Reporterre 2015/06/20 Martin Brésis (Reporterre) (20 juin 2015) La théologie de la Libération a nourri l’encyclique du pape sur l’écologie. Reporterre. Écologie et spiritualité fr

La théologie de la Libération a nourri l’encyclique du pape sur l’écologie

L’encyclique publiée le 18 juin marque un engagement fort de l’Eglise sur l’écologie. Pour l’écrire, le pape s’est inspiré de la théologie de la Libération, un courant né dans les années 1960 en Amérique latine. Il place les pauvres au cœur de la religion. Eclairage sur un mouvement avant-gardiste méconnu en Europe.

« Quand le dernier arbre aura été abattu, lorsque la dernière rivière aura été empoisonnée, quand le dernier poisson aura été capturé, c’est alors que nous nous rendrons compte que l’argent ne se mange pas. » [1] Celui qui reprenait ainsi la parole attribuée tantôt à Geronimo tantôt à un Indien Cri, il y a plus de vingt ans déjà, n’est pas un prophète de malheur mais un ancien prêtre brésilien, cofondateur de la théologie de la Libération, Leonardo Boff.

Ce courant catholique né en Amérique du Sud à la fin des années 1960 est à l’avant-garde mondiale du combat écologique. A ce titre, Leonardo Boff fait certainement partie des auteurs que le pape François a dû relire avec attention pour préparer son encyclique sur l’écologie, Laudato si (Loué sois-tu), publiée le 18 juin. La théologie de la Libération n’a pourtant pas toujours été en odeur de sainteté au Vatican.

L’option préférentielle pour les pauvres

C’est en 1971 que cette expression apparaît auprès du grand public pour la première fois, sur la couverture d’un livre qui fera le tour du monde, signé par un prêtre, théologien et philosophe péruvien, Gustavo Gutierrez. L’originalité de cette nouvelle théologie tient en un point central, puisé dans l’Evangile : l’option préférentielle pour les pauvres. Mais contrairement à d’autres mouvements et personnalités catholiques qui ont consacré leur vie aux plus démunis, Gustavo Gutierrez et ses amis les considèrent avant tout comme des sujets de leur émancipation, et pas seulement comme des objets d’attentions charitables.

Très concrètement, ils ont créé dès les années 1960 des formes d’organisation de vie partagée, sur la plan matériel comme spirituel, appelées communautés ecclésiales de base. Prêtres, et parfois évêques, ont choisi de vivre dans les bidonvilles et les villages au côté des « damnés de la terre ». Avec la théologie de la Libération, les ouvriers, les paysans, les femmes, les Indiens deviennent l’Église. En luttant pour l’émancipation des plus pauvres, du Brésil au Mexique en passant par le Chili ou le Pérou, ces catholiques ont franchi un pas longtemps tabou dans leur Église : celui du discours politique. A fortiori de gauche... voire de gauche radicale.

L’ancien évêque brésilien Dom Helder Camara, décédé en 1999, figure marquante de ce courant, avait une formule devenue célèbre : « Quand je donne du pain aux pauvres, on dit que je suis un chrétien ; quand je demande pourquoi ils sont pauvres, on dit que je suis un communiste. » Leur proximité avec la gauche révolutionnaire s’est renforcée du fait de leur engagement contre les dictatures sud-américaines. Ce qui coûta la vie à plusieurs d’entre eux, à l’exemple d’Oscar Romero, archevêque de San Salvador (Salvador), assassiné en 1980 par des militaires liés à la junte au pouvoir, alors qu’il était en train de célébrer la messe.

Catholiques, révolutionnaires… et présidents

D’autres ont eu des engagements politiques. Leonardo Boff a été un des principaux soutiens de Lula tout comme une autre grande figure de la théologie de la Libération, Frei Betto. Dominicain brésilien, théologien, philosophe et romancier, emprisonné pendant quatre ans sous la dictature militaire, Betto a été nommé conseiller spécial de Lula quand celui-ci a été élu président de la République. Il a coordonné à ce titre le programme « zéro faim » qui a sorti près de 40 millions de Brésiliens de la pauvreté. Il faudrait aussi mentionner bon nombre de chefs d’Etat sud-américains récents, du Paraguay de Fernando Lugo (2008–2012), un ancien évêque, à l’Equateur, où l’actuel président, Rafael Correa, est un catholique fervent, tout comme l’était Hugo Chavez au Venezuela (1999-2013).

Depuis une vingtaine d’années, l’influence de la théologie de la Libération se fait sentir, bien au-delà de l’Amérique du Sud, dans de multiples domaines : féminisme, droits des Indigènes, multiculturalisme, etc. Mais le principal est l’écologie. C’est même pour certains d’entre eux, comme Leonardo Boff, un nouveau paradigme. Celui qui transcende les autres. « La terre saigne, particulièrement à travers l’être le plus singulier, l’opprimé, le marginalisé et l’exclu, car tous ceux-là composent les grandes majorités de la planète, constate-t-il. C’est en se basant sur eux que l’on doit penser l’équilibre universel et le nouvel ordre écologique mondial. » [2]

Occupations de terre et défense de l’Amazonie

Cet engagement s’explique, comme dans beaucoup de leurs combats, par le mode de vie qu’ils ont choisi et qui leur a fait partager des réalités très concrètes. Au côté des paysans sans terre, par exemple. Ainsi, la première occupation massive lancée par ces derniers, en 1979, au Brésil, dans l’État du Rio Grande do sul, a été fortement appuyée par la Pastorale de la terre, émanation de la théologie de la Libération. Au côté des Indiens d’Amazonie et des Andes, également. Ce qui les a sensibilisés à deux grands combats écologiques : contre la déforestation et contre les extractions minières.

Le premier vise aussi bien la sauvegarde de la forêt d’Amazonie que la défense des ouvriers agricoles exploités (les seringueiros), dont les représentants syndicaux sont particulièrement ciblés, et souvent assassinés. Un prêtre français de 86 ans, compagnon de route de la théologie de la Libération, s’est particulièrement distingué dans ce combat. Ancien avocat au barreau de Paris devenu dominicain, Henri Burin des Roziers s’est installé au Brésil en 1978 où on l’appelle désormais « l’avocat des sans-terre ». Menacé de mort, sa tête a été mise à prix en 2007 à 20 000 euros.

Le second concerne les installations de grandes compagnies minières internationales sur des territoires souvent montagneux et isolés, comme au Pérou, dans le sud andin. Des communautés catholiques y luttent activement depuis des années, dans les territoires de Puno et de Cuzco par exemple, pour dénoncer les conséquences de ces extractions, de cuivre notamment : dégradation de l’environnement, problèmes de santé, spoliation des terres, exode.

Apôtres de la sobriété partagée

L’engagement écologique de ces catholiques est aussi la conséquence logique de leur critique du capitalisme élaborée depuis la fin des années 1960. « L’imposition du modèle de production et de consommation capitaliste fait du pauvre et de la nature les principales cibles exploitées par la logique du profit. C’est ainsi que Leonardo Boff souligne le lien entre l’augmentation de la pauvreté et de la pollution », analyse Luiz Martinez Andrade, sociologue, chercheur à l’Université catholique de Louvain (Belgique), auteur d’une thèse sur la pensée de Leonard Boff.

Depuis la chute du mur de Berlin et l’arrivée de la gauche au pouvoir dans quasiment tous les Etats d’Amérique du Sud, la critique du capitalisme passe moins par la dénonciation des Etats-Unis ou la revendication d’analyses marxistes que par la critique de la globalisation financière et par le soutien aux mouvements sociaux. On trouve par exemple un théologien de la Libération, Chico Whitaker, parmi les fondateurs du Forum Social mondial, dont la première édition a eu lieu au Brésil, à Porto Alegre, en 2001.

C’est notamment dans ces assemblées que ce courant met en avant depuis de nombreuses années les concepts de décroissance ou de sobriété. « Il faut produire pour répondre aux besoins humains, mais en respectant les rythmes de la nature et en tenant compte de la capacité de tolérance de chaque écosystème, afin que ce dernier ne soit pas endommagé de manière irréversible, déclare Leonardo Boff. La consommation doit être régulée par une sobriété partagée : nous pouvons être plus avec moins. (…) Le choix fondamental est le suivant : promouvoir une alliance globale pour sauvegarder la Terre et nous préserver les uns les autres comme êtres humains, faute de quoi nous courons le risque d’une double destruction, la nôtre et celle de la diversité de la vie. Cette fois, il n’y aura pas d’Arche de Noé. Ou nous nous sauvons tous ou nous connaîtrons ensemble le même destin tragique. » [3]

« On ne se laissera pas faire » : les jeunes tracent leur chemin Corinne Morel Darleux Reporterre 2015/06/20 Corinne Morel Darleux (20 juin 2015) « On ne se laissera pas faire » : les jeunes tracent leur chemin. Reporterre. Corinne Morel Darleux fr

« On ne se laissera pas faire » : les jeunes tracent leur chemin

« Et nous préparerons des jours et des saisons, à la mesure de nos rêves. » A l’instar de la phrase de Paul Eluard, les jeunes du Diois se préparent, dans le rapport à l’autre et à la nature, à être les adultes de demain. Pour devenir, espérons, des femmes et des hommes désireux de construire une autre société.

« On ne se laissera pas faire », c’est le titre du spectacle de théâtre monté par la troupe amateur des adolescents de Die. Une heure de textes et saynètes disant toute la révolte d’une jeunesse sur un ton grinçant, caustique, loin des habituelles guirlandes et autres tutus roses de fin d’année. Une vraie gifle salutaire pour nous parents qui avons parfois tendance à les contenir dans un rôle d’apprentis bacheliers sans les voir grandir.

C’est ainsi que je me suis retrouvée recroquevillée au fond de mon siège face à un long monologue de mon fils, seul sur scène, endossant le rôle d’un jeune psychopathe qui s’adresse à sa mère avant de partir « faire l’homme » à l’armée. J’en ai encore des sueurs froides. Et une grande fierté de l’avoir vu capable de jouer. Un vrai rôle de composition, qu’il a assumé avec un professionalisme dont je ne me serais jamais doutée. Méconnaissable. Mon tout-petit...

Rapport à l’autre et à la nature

Mais nos tout-petits ont grandi, au bon air de Die. Vivre au pied du Vercors, dans une ville de 4.400 habitants, c’est aussi une opportunité incroyable de gagner en autonomie. Soyons honnêtes, jamais je n’aurais accepté de laisser ainsi mon fils vagabonder en liberté à Paris. Ce matin il vient de partir à l’assaut de la Croix de Justin en randonnée sac à dos avec deux amies. A 12 ans, il partait tout seul à vélo chercher ses mangas à la médiathèque départementale. A 13, il passait ses fins d’après-midi après le collège à la piscine du camping. A 14, il allait à la Vogue avec ses copains, billet en poche pour ses tours de manège et permission de minuit.

Mais si l’apprentissage de l’autonomie passe par cette liberté de mouvement, cette fluidité à passer de maison en maison pour faire la tournée des copains, c’est aussi un rapport à l’autre et à la nature qui s’apprend. Dans des activités collectives, dans les coups de main qui se nouent entre eux. C’est cette gamine qui vient se faire réexpliquer les cours de maths et finit première de sa classe, et le copain qui l’y a aidée, déclassé du coup, qui s’en réjouit sans en prendre ombrage.

C’est la chorale du collège, qui fonctionne avec de jeunes chanteurs de quatre autres collèges du département qui se retrouvent tous pour une mini-tournée à la fin de l’année, le sourire éclatant. Chaque année j’y prends une grosse dose de bonheur simple, ressortant les yeux un peu éblouis de la salle sombre, le sourire aux lèvres et avec un recul incroyable sur ce qui me semblait insurmontable une heure plus tôt...

Et puis c’est la meute des louveteaux et la troupe des « éclés » du Diois, éclaireurs et éclaireuses depuis que les filles s’y sont mises aussi. Nourris de scoutisme laïque, de chants de chevaliers au coin du feu et de réfection de ponts en bois, ils apprennent à se repérer en pleine nature, à être responsables de leurs outils, à faire preuve de solidarité, et à subir trois jours de pluie discontinue sous une tente aussi.

Le week end dernier, ils ont rejoint les pompiers de Die à la caserne pour se former aux soins de premiers secours. Dans un mois, ils partiront en camp d’été. Trois semaines en pleine forêt, à apprendre à s’orienter, se faire à manger, se débrouiller avec peu, prendre sa tâche et s’entraider. Les jours de trop grande lucidité, quand je jette un oeil à la couverture de ce livre que je n’ose ouvrir, Comment tout peut s’effondrer, je me dis que c’est pas idiot comme apprentissage. Ça peut se révéler utile, hélas. Selon la manière dont la course du monde va tourner...

Bien sur à Die, il y a des riches et des moins riches, des néo-ruraux et d’anciens protestants, des viticulteurs et des saisonniers, des jeunes et des retraités, mais reconnaissons-le, la mixité n’est pas comparable à celle de Paris. Alors ouvrir les esprits à la différence passe aussi par les voyages, la confrontation avec la grande ville, les airs d’ailleurs qui deviennent essentiels pour ne pas perdre pied avec la réalité qui a cours au-delà de la vallée. Et chaque année, les latinistes partent visiter un lieu de l’Antiquité. Des échanges s’organisent avec des lycéens espagnols. Il y a cinq ans, ce sont des enfants du Ladak qui avaient été accueillis et hébergés par les familles de Die dans le cadre d’une association de solidarité internationale. Et dans ce coin rural de la Drôme, malgré tout, le brassage se fait.

Les adultes de demain

Et au fil des jours chacun de ces gamins qu’on voit grandir se prépare des saisons à la mesure de ses rêves... Comme cet adolescent, qui aide au restaurant de ses parents en rêvant de devenir militaire quand il sera grand. Le petit voisin qui a décidé en sixième de partir en internat sur le plateau du Vercors pour se consacrer aux activités de sport-nature et devenir guide de montagne. Celui de la rue d’après, skate à la main et casquette à l’envers, qui dépérissait au collège et semble avoir enfin trouvé sa voie au lycée professionnel de Crest.

Ces gamins, ce sont les adultes de demain. Et chacun de nous, parents, enseignants, pions, animateurs, voisins, familles d’accueil, associatifs, tous nous contribuons à en faire des citoyens qui auront ou non l’envie de faire ensemble. Qui auront, ou non, la capacité de survivre dans un monde qui risque fort de ne plus ressembler à cet âge d’or insouciant où ils peuvent encore partir en balade le long de la Drôme sans s’inquiéter d’y plonger les pieds, de ramasser des baies, de respirer à pleins poumons. Et qui auront, ou non, l’esprit critique qui leur premettra de remettre en cause ce qu’on leur présentera comme inéluctable, les savoir-faire pour inventer une autre manière de produire les biens, les savoirs pour inventer de nouvelles économies de matière, les savoir-être qui détermineront leur désir, ou non, de filer un coup de main à leur frêre, ami, voisin... A l’inconnu qui passe sur le chemin.

En sciences économiques et sociales, les lycéens de seconde ont eu des discussions sur l’engagement, le militantisme. La fin d’année, juste avant les examens du Bac, étant plus légère, ils ont fait des tests sur Internet pour déterminer leur orientation politique. Résultat : 2 jeunes que les réponses plaçaient plutôt à droite, 6 au centre et 19 à gauche. Mon fils a pouffé de rire en voyant qu’il était proche d’EELV, du PCF et du PG. Et quand le prof leur a demandé comment ils expliquaient un tel résultat, les gamins ont répondu en rigolant : parce qu’à Die, on est de gauche !

De gauche, je ne sais pas. C’est un terme qui a tant perdu de son sens à force d’être maltraité. Je ne suis pas sûre qu’eux-mêmes sachent exactement ce qui se niche encore sous ce vocable là. Mais ce n’est pas le plus important. L’essentiel c’est que ces jeunes adultes soient en train de devenir des femmes et des hommes qui savent ce que la nature peut leur apporter, qui apprennent un métier qui leur permettra de construire, de nourrir ou de soigner, l’essentiel est qu’ils aiguisent leur esprit critique, goutent au plaisir d’être ensemble et soient capables un jour, je l’espère, de construire une autre société.

« Et nous préparerons des jours et des saisons, à la mesure de nos rêves. » Paul Eluard

Reporterre sur Prise de Terre - Du pape aux mille vaches Par Hervé Kempf Reporterre 2015/06/21 Par Hervé Kempf (21 juin 2015) Reporterre sur Prise de Terre - Du pape aux mille vaches. Reporterre. fr

Reporterre sur Prise de Terre - Du pape aux mille vaches

- Samedi 20 juin 2015

- Ecouter ici la chronique de Reporterre, par Hervé Kempf :

- Image :

- Emission Prise de Terre, de Lucile Solari, sur Radio Télévision Suisse (RTS)

L’étrange silence des abeilles. Enquête sur un déclin inquiétant de Vincent Tardieu Reporterre 2015/06/22 de Vincent Tardieu (22 juin 2015) L’étrange silence des abeilles. Enquête sur un déclin inquiétant. Reporterre. Abeilles fr

L’étrange silence des abeilles. Enquête sur un déclin inquiétant

Pourquoi meurent les abeilles et pourquoi il est urgent de les sauver

Imaginez à quoi ressemblerait un matin dans un monde sans abeilles. Ce n’est pas seulement le miel qui disparaîtrait de votre table. Plus de confiture de groseille, d’abricot ou de marmelade d’orange. Plus de jus d’orange ou de pomme. Plus de café ni de chocolat. Il vous resterait le thé…

Au rythme où les populations d’abeilles déclinent, ce cauchemar risque-t-il de devenir réalité ? Durant deux ans, Vincent Tardieu a sillonné la France et les États-Unis, rencontré des dizaines de chercheurs et d’apiculteurs, compilé près de deux cents publications scientifiques.

Il présente ici les résultats d’une enquête exceptionnelle, où l’on découvre que de multiples raisons se conjuguent pour causer le déclin des abeilles : pesticides, parasites, virus, apiculture intensive, appauvrissement des ressources alimentaires pour l’insecte, mauvaise gestion de l’espace rural…

Il est urgent de comprendre et, surtout, d’agir. Ce livre comporte un épilogue qui fait le point des toutes dernières découvertes.

L’auteur

Vincent Tardieu est journaliste scientifique spécialisé en écologie. Il collabore à de nombreux magazines (L’Express, Géo, Terre Sauvage, Science et Vie, etc.) ainsi qu’à la télévision. Il a publié plusieurs livres aux éditions Belin : en 2007, Santo, les explorateurs de l’île-planète (avec Lise Barnéoud) ; en 2011, Arachna. les voyages d’une femme araignée (avec Christine Rollard) ; en 2012, Vive l’Agrorévolution française !, une grande enquête sur l’agriculture écologique en France (prix TerrEthique en 2014) ; enfin, en 2015, Manger écologique ? (collection InfoGraphies), un ouvrage sur les pratiques écologiques en matière d’agriculture et d’alimentation.

L’étrange silence des abeilles. Enquête sur un déclin inquiétant, de Vincent Tardieu, Editions Belin, 11.90 €

« J’ai appris à fabriquer une éolienne. Enfin, presque... » Natacha Delmotte (Reporterre) Reporterre 2015/06/22 Natacha Delmotte (Reporterre) (22 juin 2015) « J’ai appris à fabriquer une éolienne. Enfin, presque... ». Reporterre. Énergie fr

« J’ai appris à fabriquer une éolienne. Enfin, presque... »

Une semaine pour apprendre à construire une éolienne Piggott. C’est l’objectif que se fixe l’association Tripalium à chacun de ses stages, où elle forme des novices à l’auto-construction de cette source d’énergie. Notre reporter a été manier le rabot et la ponceuse.

Cinq jours, neuf stagiaires, deux formateurs, et du matériel récupéré en grande partie. Voilà ce qu’il faut pour construire une éolienne Piggott. En juin, l’association Tripalium a organisé un stage d’auto-construction d’éoliennes au Jardin d’Alice dans le 12e arrondissement de Paris. Fondée en 2007, l’association organise régulièrement des stages partout en France afin de former initiés et novices à la construction de ces éoliennes particulières, car faciles d’accès.

L’éolienne Piggott est un type d’éolienne légère conçue par Hugh Piggott, un autodidacte écossais, il y a quarante ans. Sa puissance va de 200 à 2 000 watts selon la taille de l’hélice. Elle a l’avantage d’être robuste et à la portée de quiconque, tout en produisant de l’électricité en quantité raisonnable. « Tu n’as pas besoin d’être bon en électricité pour fabriquer des éoliennes », explique Laurent, un des deux formateurs du stage.

Sculpter du bois, le poncer, souder, scier… Le stage pousse à manipuler des matériaux bruts et à les travailler. Ce qui peut exiger beaucoup de patience. Rozenn, qui a participé au stage, a mis un jour et demi pour fabriquer sa pale en bois. Un résultat dont elle est fière à la fin, mais qui lui a demandé de la persévérance et un travail d’équipe. Elle en rit : « Heureusement qu’on est dix, parce qu’on n’est pas près de l’avoir terminée, l’éolienne, si on ne compte que sur les débutants ». Les niveaux hétérogènes apportent une bonne dynamique au groupe. Ce qui explique qu’une semaine « est largement suffisante pour terminer l’éolienne », selon Thomas Plassard, le formateur qui encadre le stage.

Une éolienne prototype et accessible

Pour ce stage, c’est un nouveau modèle d’éolienne Piggott que les stagiaires réalisent. Une machine imaginée pour pouvoir être installée sur un endroit moins stable, ou moins exposé au vent, comme en ville par exemple. « C’est un prototype, explique Thomas Plassard, une éolienne plus petite et plus souple, avec plus de pales » pour produire de l’énergie avec moins de vent.

Ils la conçoivent dans sa totalité : les pales, le mât, le mécanisme, mais aussi les outils nécessaires pour fabriquer certains éléments. Trois groupes s’organisent donc presque spontanément : plusieurs personnes travaillent les pales, d’autres le mât et les derniers s’occupent du mécanisme de l’éolienne, qui nécessite un peu plus de matériel. Par exemple, pour créer le champ magnétique qui produira de l’électricité, la machine a besoin de quatre bobines de cuivre à l’intérieur du stator (la partie stable derrière l’hélice). Il est assez rare d’avoir un bobineur chez soi, mais qu’à cela ne tienne, il suffit d’en fabriquer. Un caddie, un peu de bois et quelques pièces de métal et le tour est joué. Même chose pour le moule permettant de fixer le mécanisme avec de la résine : il suffit de travailler le bois pour en fabriquer un.

Chaque stagiaire manipule ainsi les différents outils lors de la conception de ces machines. Construire le bobineur a permis de travailler à la fois le bois et le métal, une façon d’aider les débutants à prendre en assurance dans la manipulation des outils avant de s’y mettre sérieusement sur l’éolienne. Un fonctionnement apparemment efficace, pour Bérengère : « Je ne suis pas bricoleuse, je connais juste deux-trois trucs. » Cette jeune couturière fabrique des costumes pour le théâtre. Elle reconnaît avoir besoin de s’entraîner : « J’aime bien apprendre et savoir faire. C’est toujours utile d’avoir des notions de bricolage. Comme la couture, la construction demande des logiques qu’on n’a pas spontanément ».

Transmission

Parmi les stagiaires qui préparent le mât, Pierre mesure les élingues (liens de levage) : les câbles, récupérés dans un théâtre, qui vont permettre au mât d’avoir plus de souplesse. En connaisseur, il prodigue des conseils aux autres stagiaires. Pierre en est à son troisième stage de construction d’éolienne. « Quand tu as fait un stage, tu peux revenir à l’infini et gratuitement. Comme ça, tu peux filer un coup de main », dit-il.

Devant les autres stagiaires, il explique le fonctionnement d’une éolienne, car c’est la raison principale pour laquelle les participants se sont inscrits. Chrysis, professeur d’espagnol dans le secondaire, explique : « Pour pouvoir retenir, il faut au moins que je puisse voir quelqu’un faire. Et le mécanisme des éoliennes m’intéresse beaucoup. » Zoé, 20 ans, étudiante en physique, participe au stage pour joindre la théorie à la pratique. « En cours, on fait beaucoup de théorie, et je trouvais intéressant de voir comment on transforme l’énergie mécanique en énergie électrique ».

A la fin du stage, l’éolienne est installée au jardin d’Alice. Les stagiaires ont acquis la mécanique de ces machines et sont, en théorie, capables de fabriquer eux-mêmes une éolienne Piggott. Mais tout dépend aussi du niveau de base de bricolage avec lequel ils sont arrivés. Dans tous les cas, ils repartent avec plus d’assurance.

Thomas Plassard l’explique : « Tous nos élèves ne sont pas forcément capables de fabriquer seuls une éolienne à la fin du stage, mais en tout cas, ça les décomplexe pour bricoler, souder, travailler le bois ou manier des outils… »

Pour en savoir plus :

- L’association Tripalium : http://www.tripalium.org/ - Les stages : http://www.tripalium.org/stages - Le site d’Hugh Piggott : http://scoraigwind.co.uk/ - Page wikipedia sur Hugh Piggott : http://fr.wikipedia.org/wiki/Hugh_Piggott

Ce soir, Hervé Kempf et le film « En quête de sens » Reporterre 2015/06/22 (22 juin 2015) Ce soir, Hervé Kempf et le film « En quête de sens ». Reporterre. fr

Ce soir, Hervé Kempf et le film « En quête de sens »

Hervé Kempf discutera ce soir lundi 22 juin à L’Entrepôt (Paris XIVe) avec les spectateurs du film En quête de sens. Un documentaire de 87 minutes qui se présente comme le « road-movie d’une génération désabusée à la recherche de sagesse et de bon sens ».

A 20 h 00, 7 rue Francis de Pressensé (métro Pernety).

Reporterre s’était entretenu avec un des réalisateurs, Marc de La Ménardière.

- Infos sur la soirée

« Il faut faire émerger une théologie musulmane de la nature vivante » Entretien avec Mohammed Taleb Reporterre 2015/06/22 Entretien avec Mohammed Taleb (22 juin 2015) « Il faut faire émerger une théologie musulmane de la nature vivante ». Reporterre. Tribune — Écologie et spiritualité fr

« Il faut faire émerger une théologie musulmane de la nature vivante »

Rapport au cosmos, respect des formes de vie, sobriété, cohérence, responsabilité. A l’instar d’autres pensées traditionnelles, l’Islam porte en lui des enseignements écologiques profonds. Mais comment faire émerger aujourd’hui une éco-spiritualité musulmane ? Philosophe et historien, auteur proche des mouvements anticapitalistes du Sud, Mohammed Taleb est aussi formateur en éducation à l’environnement.

Reporterre - Comment l’Islam porte-t-il un regard écologique sur le monde ?

Mohammed Taleb - Les sources du regard musulman sur la nature et les humains sont le Coran, puis les dits et les gestes (hadith) du prophète, et ensuite la tradition élaborée pendant quatorze siècles par les théologiens, les scientifiques, les philosophes et les poètes.

Dans cette conception, la création et la nature sont des organismes vivants, au sens où ils sont doués de conscience. Et c’est bien pour cela que le Coran évoque des dialogues entre Dieu et les éléments. Par exemple dans cet épisode fameux, dans la sourate 33 (Les Coalisés), où Allah propose le dépôt de la confiance et de la connaissance absolue (al-amana), en s’adressant d’abord aux montagnes, à la terre et au ciel. Puis, seulement ensuite, à l’humain, qui acceptera in fine de porter cette charge. Ce dialogue entre Dieu et les éléments signifie, pour la conscience d’une musulmane et d’un musulman, que la Terre a une histoire, une dignité, une valeur intrinsèque.

Dans ce regard, la nature ne se réduit pas à un ensemble de ressources matérielles qu’il faudrait seulement gérer. Cette approche « ressourciste » à ses mérites, mais elle est aussi utilitariste et réductionniste. L’eau, en Islam, est bien plus que H2O. La terre, ce n’est pas seulement la surface agricole. Le feu, ce n’est pas seulement l’énergie. En cela, l’Islam rejoint la sagesse grecque qui nous enseigne que le monde à une âme. Les philosophes musulmans la nommaient nafs el-Kulliyya, l’Âme totale, l’Âme universelle.

En ce sens, la crise écologique n’est pas seulement un problème de ressources, mais un enjeu philosophique ou spirituel. Nous sommes passés du sacré au profane. La nature a été en quelque sorte dévitalisée et déspiritualisée. Une fois qu’on a opéré ce passage du sacré au profane, c’est simple : la nature devenant profane, on peut la profaner.

Comment appliquer ces préceptes dans le contexte du monde musulman actuel ?

Il est incontestable que c’est l’Occident et les institutions internationales qui ont, les premiers, tiré la sonnette d’alarme de la crise environnementale planétaire. L’enjeu aujourd’hui est que toutes les cultures et toutes les civilisations y contribuent, là où elles sont. On ne peut plus se satisfaire de réunions internationales ou de pôles écologistes au Nord.

Si l’on souhaite voir se développer, dans le monde arabo-musulman, une écologie populaire, socialement engagée, il est absolument nécessaire de la lier à ses cultures, à son imaginaire et au climat spirituel de ses peuples. Si on ne favorise pas ce travail qui relève presque de l’anthropologie culturelle ou de la psychologie sociale, nous risquons de promouvoir une écologie technocratique, de facture occidentale, basée sur les seuls rapports d’experts. Et cette écologie-là sera rejetée par les corps sociaux du sud arabo-musulman comme étant une greffe imposée.

D’où l’importance que les Maghrébins, les Arabes, les Africains et les Asiatiques qui ont été formés en Occident dans les sciences de l’environnement fassent l’effort de se reconnecter à leurs sources identitaires.

Je prends un exemple : depuis quelques mois il y a un extraordinaire mouvement social dans le sud de l’Algérie, près de la ville saharienne d’In Salah, là où le gouvernement algérien tente d’exploiter du gaz de schiste. Cette mobilisation des citoyens est originale et exemplaire, et sans précédent dans le monde arabe. Mais le problème, c’est que les arguments des militants locaux n’incluent que rarement la dimension culturelle ou spirituelle.

Dans le riche patrimoine de l’Islam, un détour devrait être fait afin de valoriser ce qui apparaît comme un authentique droit musulman de l’environnement. Ce droit est une composante de la charia qui, contrairement à l’actuelle déformation médiatique, est moins une loi qu’un chemin (c’est là le sens originel dans la langue arabe) à parcourir. Et dans ce droit musulman à l’environnement, la croyante et le croyant peuvent trouver les règles d’un comportement à la nature, comportement d’usage, de respect, d’attention, de protection.

Il existe aussi des expériences « d’écologie musulmane » au sens propre. Je pense notamment à la Fondation islamique pour l’écologie et les sciences de l’environnement. Cette institution, basée en Indonésie, ne se contente pas de publier le journal « The Eco Muslim », elle travaille aussi auprès de nombreuses communautés villageoises, afin de développer une éthique et une pratique d’écospiritualité musulmane. Il ne s’agit pas seulement de promouvoir les fameux gestes éco-citoyens, mais surtout de métamorphoser le regard des habitants sur leur environnement et leur mode de vie. L’objectif est en effet de surmonter l’attrait du modèle consumériste qui tourne le dos tant aux valeurs musulmanes qu’aux équilibres écologiques.

Les pratiques et les rites des musulmans peuvent-ils représenter un frein à leur prise de conscience ?

Les musulmanes et les musulmans qui sont engagés dans une quête spirituelle doivent concilier le singulier de leur croyances religieuses avec l’universel de valeurs transculturelles, parmi lesquelles le soin qu’il faut apporter à la Terre. J’insiste pour dire que l’écologie n’est pas une valeur occidentale, et que l’inscription dans une démarche écologique n’est pas synonyme d’occidentalisation. C’est l’inverse qui est vrai. En devenant écologiste, la musulmane et le musulman assument même une dimension essentielle de leur foi.

L’enjeu est donc de valoriser la dimension cosmique de l’Islam, pour favoriser une autre perception du Coran, qui est souvent réduit à sa dimension juridico-morale, avec tout le rigorisme que ça peut entraîner. Le Coran est aussi un déploiement de significations écologiques. La Terre a une âme, et un jour, dit le Coran, elle racontera son histoire... L’écologie nous appelle à être à l’écoute de cette histoire.

Dans la constitution d’une voie écologique musulmane en Occident, plusieurs pratiques peuvent être développées, comme au niveau de la consommation. Certes, il faut consommer moins, mais il faut aussi à consommer mieux. Pour la consommation carnée, pourquoi ne pas mettre en place une filière à la fois halal et biologique ? Pourquoi n’y aurait-il pas des boucheries « musulmanes » qui fourniraient à leur clientèle une viande issue de l’élevage biologique ? Les musulmanes et les musulmans ne sont pas condamnés à la « malbouffe ».

Dans le même sens, pourquoi n’achèteraient-ils pas, régulièrement, de l’huile d’olive d’origine palestinienne ? Le réseau Le Philistin importe une telle huile d’olive et la diffuse sur des marchés et dans des magasins. Non seulement cet achat serait un acte de solidarité matérielle et politique avec les paysans palestiniens, mais en plus il serait écologique, car cette huile est produite dans le respect de l’environnement. Je pense aussi aux dattes Deglet Noor d’Algérie, ou encore l’huile d’argan que les femmes marocaines tirent de l’arganier. Faire connaitre ces produits permettrait de joindre l’utile à l’agréable, l’agréable à l’esthétique et l’esthétique au spirituel.

De quels mouvements contemporains cette nouvelle écologie musulmane pourrait-elle s’inspirer ?

L’écologie musulmane pourrait entrer en résonance, en dialogue avec les écologies amérindiennes de la Pachamama, la Terre mère, africaines, indiennes, etc. Elle pourrait aussi dialoguer avec les courants européens de la simplicité volontaire, de la sobriété heureuse, de la décroissance, de l’écosocialisme. Les musulmanes et les musulmans de France et d’Europe peuvent contribuer à faire re-émerger une théologie musulmane de la nature vivante, une véritable éco-spiritualité.

- Propos recueillis par Laurent Védrine

Chômeurs et paysans, à Couëron, ils mettent la terre en commun Gaspard d’Allens (Reporterre) Reporterre 2015/06/22 Gaspard d’Allens (Reporterre) (22 juin 2015) Chômeurs et paysans, à Couëron, ils mettent la terre en commun. Reporterre. Agriculture fr

Chômeurs et paysans, à Couëron, ils mettent la terre en commun

A la périphérie de Nantes, dans le jardin autogéré de la Coutelière, une quarantaine de personnes précaires ont déserté le marché du travail pour se tourner vers l’agriculture vivrière. Avec l’aide d’anciens « paysans travailleurs », ils ont créé un lieu où l’on se réapproprie la vie.

- Couëron (Loire-Atlantique), reportage

Il faut d’abord dépasser la zone commerciale qui borde la route, quitter les pavillons proprets au gazon fraîchement tondu pour se risquer dans l’épaisseur de la forêt. La Loire n’est pas loin. Elle ouvre ses bras à la mer et se perd dans le bleu horizon.

Une joyeuse bande hétéroclite, où se côtoient trois générations, cultive ici, entre les haies et les arbres, trois hectares de terre. Les herbes folles dépassent et des cabanes de bric et de broc parsèment le terrain, une caravane trône en contrebas d’un champ. « Tout est construit en matériaux de récup’ », déclare fièrement un des jardiniers, « on vise une relative autonomie alimentaire, l’objectif est de subvenir aux besoins d’une cinquantaine de familles. » Des patates aux poireaux, des arbres fruitiers aux rangées de fraisiers, la parcelle est bien occupée. Cette terre où l’on façonne ses rêves est un interstice à la lisière de la métropole, une poche de résistance face à l’urbanisation galopante.

« La ville nous encercle », reconnaît une femme, la quarantaine passée. A une centaine de mètres, un entrepôt d’IKEA a posé son ossature rectangulaire faite de tôles grises et de métal. « La route des maraîchers », à proximité du jardin, n’en possède plus que le nom : des concessionnaires automobiles et des marchands de pièces détachées s’étalent sur les bords de la chaussée comme une nouvelle marée noire. Car depuis dix ans, la ville de Couëron a rendu constructible une centaine d’hectares et goudronne à tout va afin de devenir, selon les propres mots de la mairie, « le trait d’union entre Nantes et Saint-Nazaire ».

« En 1950, nous étions 160 agriculteurs, aujourd’hui il n’y a plus que deux légumiers qui se partagent avidement les miettes des aménageurs », nous raconte un paysan à la retraite. A une dizaine de kilomètres, un écomusée sur la ruralité s’est ouvert. Il folklorise les gestes paysans comme pour les fossiliser dans le passé.

Mais ce contexte n’a pas découragé la quarantaine de personnes qui travaillent la terre au jardin de la Coutelière. « Plus il y aura des initiatives comme la nôtre qui mailleront le territoire, plus on progressera comme une bâche qui étouffe les mauvaises herbes », disent-ils.

« A chacun selon ses besoins »

80 % des personnes qui viennent ici sont au chômage ou au RSA, la plupart vivent en appartement et n’ont pas accès à la terre. Certains se déplacent tous les jours, pour désherber, bêcher ou tout simplement se ressourcer, prendre un café dans l’une des baraques en bois qui jouxtent les champs. D’autres passent de manière plus irrégulière, une fois par semaine.

« Il n’y a pas de règle, ni de bulletin d’adhésion, on s’organise à l’arrache, ensemble, chaque mois pour voir quelles cultures on va semer et de quels outils on a besoin », témoigne Christophe* qui contribue activement au jardin. « Après, chacun apporte sa touche à l’œuvre collective. Sans hiérarchie. »

Le terrain est cultivé en agriculture biologique, enrichi par du fumier de poule, de vache et de cheval. Pour la distribution, la confiance règne, on ne monnaye rien, tout le monde est libre de prendre ce qu’il veut en fonction des quantités produites. On se sert directement dans la parcelle, on cueille aux arbres, on récolte à même le sol. Un des jardiniers s’enthousiasme : « Nous remettons au goût du jour la formule des socialistes utopiques du XIXe siècle : “de chacun selon ses moyens, à chacun selon ses besoins“ ! »

Arrivée il y a quatre ans, une jeune femme témoigne : « En créant ce lieu, on souhaitait produire notre propre nourriture et se détacher au maximum des logiques marchandes, ne plus dépendre des grandes surfaces en cultivant soi-même. » Selon elle, s’initier au maraîchage est une « arme pour reconquérir ces choses simples », ces vraies richesses qu’on « nous a trop souvent confisquées en tant que citadin : travailler avec le vivant, voir ses plantes croître et donner généreusement ».

« Libéré des contraintes économiques ou de la nécessité d’obtenir un revenu », l’apprentissage se fait progressivement, au gré des rencontres et des échanges, des échecs parfois. Dans cette enclave de verdure, les apprentis jardiniers tâtonnent et expérimentent sans pression. Les doryphores envahissent une fois le champ de pommes de terre ? Ils décident l’année suivante de faire pousser du lin entre les rangs sans trop savoir si cela va éloigner les insectes ravageurs. Un autre jour, on se lasse de désherber ? Ils essayent alors la culture sur butte et le paillage…

« Aux yeux de l’administration, nous sommes des chômeurs et des fainéants, ils veulent nous faire subir le stigmate, mais ils n’y arriveront pas », affirment-ils en choeur. Un des jardiniers poursuit : « Ici, je ne travaille pas mais je crée, je cherche et construis en dehors de tout registre et de tout code, sans ordre ni patron. Cela me rend heureux. »

Les parcelles qu’ils cultivent limitent la précarité dont certains peuvent souffrir, le potager est pour eux « un outil anti crise, voire un moyen de survie ». Loin d’être inactifs, ces déserteurs produisent et s’activent en élaborant une stratégie collective pour vivre autrement.

Le réalisateur Pierre Carles est venu les filmer en 2006, s’inspirant de leur expérience pour tourner son documentaire Volem rien foutre al pais. Les racines rebelles sont fécondes. Elles ont réussi à résister au temps tout en évitant la normalisation. « N’allez surtout pas dire que nous sommes des jardins familiaux ou d’insertion, avertissent-ils, on assume notre côté borderline et anarchique. Ici on se prend en main nous-mêmes. »

Construire des ponts

L’histoire de ce jardin a commencé il y a une quinzaine d’années. En 1997, le mouvement des chômeurs est à son apogée, il occupe le CCAS (Caisse centrale d’activités sociales) de Nantes et les manufactures de tabac. A quelques kilomètres de là, des paysans luttent contre un projet de centrale nucléaire au Carnet. Des connexions se font. « On ravitaillait les chômeurs », se souvient Paul Blineau, un paysan historique. « Les différentes luttes s’enrichissaient mutuellement. »

Sa ferme sert de repère. On s’y rassemble, on y organise la résistance. Mais en juin 1997, elle brûle sous les flammes d’un incendie criminel. « Heureusement, les gens de la ville sont venus nous soutenir, retaper les hangars avec nous. A la fin, on s’est dit qu’il nous fallait un lieu commun pour continuer à tisser des liens, à construire des ponts. C’est comme ça qu’est venue l’idée du jardin collectif. »

Le groupe d’une cinquantaine de personnes cherche pendant deux ans un terrain. Ils ne se contenteront pas d’attendre sagement qu’on leur délivre un bail, ils occuperont la mairie et feront « un maximum de barouf », jusqu’à trouver la parcelle boisée de trois hectares qu’ils louent aux propriétaires cent euros l’année.

Aujourd’hui, le lieu est ancré, il vit au rythme des chantiers collectifs et des fêtes, des ateliers crêpes et du pain qui chauffe dans le four. « On a appris à faire des choses pratiques ensemble, même si ça n’a pas toujours été évident », reconnaît Paul. « Tant que tu es dans l’intensité de la lutte ça va, mais dès qu’il s’agit de s’inscrire dans la durée, le bât blesse. »

Sur le jardin, cohabitent adeptes de la permaculture, « anti moteurs » et « productivistes ». Des visions opposées s’affrontent entre ceux qui préfèrent la friche, sacralisent la nature et d’autres qui voient dans la terre un simple support, un outil de travail.

« Vu que l’espace est ouvert et que l’on ne refuse personne, on est obligé de composer », admet une jardinière qui ne cache pas les tensions. Récemment, un homme s’est opposé au passage d’un tracteur pour biner les patates, il a bloqué l’accès au champ et refuse toute mécanisation. « C’est ça aussi les aléas de l’autogestion et de l’horizontalité, il faut gérer les conflits. »

D’autant plus que la population évolue avec le temps : « On compte désormais de nombreux retraités et certaines personnes sont moins investies », souligne Gabrielle*. « Attention à ne pas perdre notre élan ! », avertit-elle.

Quelques pionniers sont aussi partis en prenant goût à la terre : Bruno* est devenu animateur nature passionné par l’art du compostage ; George* s’est installé sur l’île d’Yeu où il vend des légumes en Amap ; Cécile* fait désormais du maraîchage en Auvergne. Le jardin de la Coutelière est un lieu qui essaime.

JAD comme « jardin à défendre »

Si la muraille verte, peuplée d’oiseaux qui s’égosillent, semble protéger le jardin du dehors, elle ne le sépare pas pour autant du reste du monde. Un jour, des familles rom ont pu y trouver refuge, un autre ce sont des collectifs de sans papiers qui ont bénéficié des légumes du potager.

On retrouve ici l’atmosphère des bocages humides de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes situés à tout juste trente kilomètres au nord. Un même vent de liberté et de création souffle entre les feuillages. Comme à la ZAD, un joyeux bordel habite ce bout de territoire arraché aux promoteurs.

Normal, nous diront les jardiniers : « Nous sommes très proches, on est quasiment tous impliqués contre le projet d’aéroport. » Les deux premiers chevriers installés à Notre-Dame-des-Landes sont d’ailleurs originaires du jardin, ils s’y sont formés. Au quotidien, des échanges se font entre les deux zones. « On a livré pendant deux mois des poireaux aux zadistes, on en avait trop, eux nous ont filé des oignons, c’est du troc, du soutien entre camarades », s’amuse Paul.

Cette amitié est gravée sur la porte d’une cabane. Trois lettres y sont inscrites et résonnent comme un slogan : JAD « jardin à défendre » ; trois lettres qui brillent comme une pierre précieuse, signe de la propagation d’un combat, de la défense de tout ce qui vit face aux logiques mortifères de l’aménagement.

Les occupants l’assument pleinement : « Un pied dans le mouvement social, un autre dans l’agriculture, nous sommes bel et bien un jardin politique. »

* Les prénoms des jardiniers ont été modifiés à leur demande.

Complément d’information

- Vidéo sur le jardin de Couëron, dans le cadre du projet "100 jours, 100 films", à retrouver sur le site de Politis.

- Reportage sonore sur Paul Blineau, de la revue Jef Klak.

Paul Blineau a été de tous les combats. De la lutte anti nucléaire aux expulsions de fermiers, des fermetures d’usine au projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, l’alliance entre agriculteurs, ouvriers et étudiants reste inscrite dans ses veines, elles irriguent soixante-dix ans de militantisme.

En direct à la télé, Manuel Valls fait son « burn-out » en rêvant d’oiseaux Alessandro Pignocchi Reporterre 2015/06/23 Alessandro Pignocchi (23 juin 2015) En direct à la télé, Manuel Valls fait son « burn-out » en rêvant d’oiseaux. Reporterre. Animaux fr

En direct à la télé, Manuel Valls fait son « burn-out » en rêvant d’oiseaux

Le premier ministre craque à la télévision en clamant son besoin de nature ! C’est dire si les temps ont changé. Car, imaginons... à quoi ressemblerait le monde si le mode de pensée occidental n’était plus dominant ? Mais regardez cette bande dessinée.

L’auteur de ces dessins, Alessandro Pignocchi, est chercheur en sciences cognitives. Il nous explique comment ses dessins s’inscrivent dans son travail :

"J’imagine ici que notre besoin de nature et de diversité a pris le pas sur nos autres besoins, notamment de pouvoir. Nous sous-estimons probablement beaucoup notre besoin de nature, au sens d’espace faiblement marqué par des intentions humaines. Les traces d’intentions humaines captent automatiquement l’attention car, dans notre environnement ancestral, il valait mieux ne pas les rater (de même que les bruits forts, que l’on aimerait souvent, aujourd’hui, être capable d’ignorer).

Même pour le citadin le plus convaincu, qui clame détester les petits oiseaux et les limaces, il est essentiel de savoir qu’il existe autre chose, un contrepoint qui permet de donner une relativité et un sens à son goût pour le milieu urbain."

La bataille de Notre-Dame-des-Landes. Eléments de langage de Jean Petit Reporterre 2015/06/23 de Jean Petit (23 juin 2015) La bataille de Notre-Dame-des-Landes. Eléments de langage. Reporterre. Notre-Dame-des-Landes fr

La bataille de Notre-Dame-des-Landes. Eléments de langage

Cet essai aborde les éléments de langage mis en place par le pouvoir lorsqu’il est confronté, comme c’est le cas à Notre-Dame-des-Landes, à une opposition massive.

Sur quelles thématiques l’oligarchie s’appuie-t-elle pour « convaincre » la population ? Quels aspects sont invoqués dans les discours politiques pour diviser les opposants ? Quels éléments du débat relèvent davantage de la manipulation que de la confrontation de points de vue ?

Derrière la réalisation de cette infrastructure, c’est une conception du monde qui se joue, un ordre social.

La bataille de Notre-Dame-des-Landes. Eléments de langage, de Jean Petit, Editions Harmattan, 80 pages, 11,5 €

Libres, avec vous Hervé Kempf (Reporterre) Reporterre 2015/06/23 Hervé Kempf (Reporterre) (23 juin 2015) Libres, avec vous. Reporterre. Édito — fr

Libres, avec vous

Reporterre va bien : depuis deux ans, l’aventure du quotidien de l’écologie se poursuit en beauté. Vous êtes de plus en plus nombreux à nous rendre visite (déjà plus de 700 000 visites pour le mois de juin), l’équipe est riche de talents et d’une vibrante énergie, la communauté écologiste comprend l’utilité d’un regard écologique quotidien sur l’actualité, nos finances sont saines... Nous pourrions voguer sur un petit nuage et savourer la joie d’être libre.

Et d’autant plus que nous y parvenons selon un « modèle économique » - on ne prétend aucunement être modèle de quoi que ce soit, mais c’est l’expression de l’époque - original et qui assure la liberté de l’information que vous lisez : pas de publicité, pas de propriétaire ou d’actionnaire extérieur, un accès libre à tous nos articles.

Alors comment vivons-nous, sachant que le travail de presque tous les professionnels qui s’investissent dans Reporterre est payé ? Par vos dons, essentiels, par des conférences et des animations rémunérées, par les projets rédactionnels soutenus par des fondations ou en partenariat avec des ONG (voir détail du budget ici).

Mais nous ne saurions nous baigner dans le contentement. Pour trois raisons :

- d’abord, parce que nos moyens sont trop modestes pour assurer pleinement le travail essentiel qu’il faut mener : notre espace de travail est serré, l’équipe est restreinte, les rémunérations sont insuffisantes.

- Ensuite, parce que nous voulons, pouvons, et devons faire mieux : couvrir mieux l’actualité, échanger davantage avec vous, développer le journalisme citoyen, élargir la communauté de Reporterre, travailler avec nos amis des autres médias libres.

- Et puis et peut-être surtout, parce que la situation est grave et que l’on a besoin plus que jamais d’outils d’information pour présenter une autre vision que celle imposée par des médias qui sont aux mains des milliardaires, des banquiers, des entreprises de télécom ou d’armement. Grave par une crise écologique qui empire à grande vitesse et qui menace la santé et le quotidien ; grave par la destruction de l’environnement qui continue follement, à coup d’autoroutes, de centres de loisir, d’aéroports, de plate-formes logistiques, d’étalement urbain ; grave par une évolution politique sinistre, qui nous conduit vers « l’ordre » et la violence.

Il faut dénoncer, enquêter, révéler, critiquer, et aussi, c’est vital, raconter le dynamisme de la société civile, les mille alternatives, l’énergie des jeunes, l’espoir et la joie de faire autrement. Ouvrir, avec d’autres, la voie vers l’autre monde écologique et juste qui est possible, pleinement possible.

C’est pour tout cela, qu’aujourd’hui, très simplement, on vous demande d’aider Reporterre : de lui donner les moyens d’informer encore mieux, de le faire connaître, de relayer notre message et nos informations. D’avance, merci.

Au fait, permettez-moi de vous présenter l’équipe : elles et ils sont presque tous là.

Et aussi de vous inviter sur la page de soutien.

Les médias peuvent s’engager : en Angleterre, « The Guardian » mène campagne contre les pollueurs Mathilde Gracia (Reporterre) Reporterre 2015/06/23 Mathilde Gracia (Reporterre) (23 juin 2015) Les médias peuvent s’engager : en Angleterre, « The Guardian » mène campagne contre les pollueurs. Reporterre. Climat fr

Les médias peuvent s’engager : en Angleterre, « The Guardian » mène campagne contre les pollueurs

Un journal doit-il militer ? Le Guardian, l’un des plus grands quotidiens britanniques a choisi de répondre oui. Depuis le début de l’année une équipe d’une dizaine de personnes s’occupe à plein temps de la campagne « Keep it in the ground » (laissez-le dans le sol) et cherche des noises aux entreprises qui extraient les énergies fossiles.

- Londres, reportage

Ikea qui s’engage à investir un milliard d’euros dans les énergies renouvelables, un ancien président de Shell qui promeut le désinvestissement… voici quelques-uns des sujets du jour que décrit Adam Vaughan debout, crayon et feuille de papier à la main. Il est entouré de six autres journalistes réunis près des canapés rosés du deuxième étage du bâtiment du Guardian pour faire un point matinal. Leur courte réunion ressemble à celle d’une rédaction ordinaire, mais ces journalistes sont en réalité en campagne. Ils font partie de l’équipe de « Keep it in the ground », laissez-le dans le sol, une campagne inédite lancée par le Guardian en janvier et qui veut persuader le monde de laisser une grande partie des énergies fossiles dans les sous-sols, pour sauver la planète.

Pour ce faire, le quotidien britannique a choisi d’appuyer le mouvement de « désinvestissement » qui fait pression sur toutes sortes d’investisseurs afin qu’ils arrêtent de financer les entreprises extractrices des ressources fossiles. Le Guardian centre son action sur la fondation Bill Gates et le Wellcome Trust, une fondation spécialisée dans la biomédecine. Le site du journal affiche ainsi une pétition : « Demandez avec nous à la fondation Billes Gates et au Wellcome Trust de s’engager maintenant à désinvestir des 200 premières entreprises d’énergies fossiles d’ici à cinq ans. » Plus de 220 000 signatures ont déjà été recueillies.

Faire du climat une question morale

Un grand journal britannique qui entre en campagne et qui poursuit des multinationales, c’est l’histoire d’Alan Rusbridger, rédacteur en chef sur le départ et anxieux de ne pas avoir donné au climat toute l’importance qu’il méritait pendant vingt ans. Le Guardian fait pourtant partie des journaux qui traitent le mieux l’environnement dans le paysage anglo-saxon et sa rubrique sur le sujet attire à elle seule 4 millions de visiteurs par mois sur le site du journal. Mais en décembre 2014, Rusbridger a voulu mettre à profit ses six derniers mois à la tête du journal pour faire du réchauffement climatique une question morale.

Début janvier, il réunit une vingtaine de personnes pour en parler. « C’était étrange, il y avait des gens de toutes les sections du journal, se souvient James Randerson, responsable éditorial de la campagne, Alan voulait vraiment que ça soit un effort de toute la rédaction. » Journaliste scientifique, James Randerson a toujours suivi les questions environnementales avec intérêt. Auparavant assistant du rédacteur en chef, il n’a pas hésité à se lancer quand Alan Rusbridger lui a demandé de gérer le projet : « J’ai pensé que c’était une opportunité incroyable, c’est très rare qu’un rédacteur en chef dise : nous allons consacrer plus de moyens pour couvrir ce sujet et dire que c’est la plus grande histoire de notre temps. »

Au total, l’équipe de campagne compte neuf journalistes à plein temps, et une équipe de vingt-six personnes qui contribuent régulièrement à la campagne (aussi des services audio, vidéo et artistique). En plus de suivre le mouvement de désinvestissement à travers le monde, l’accent a aussi été mis sur le multimedia et les nouvelles formes de « story telling », l’art de raconter des histoires. Le Guardian a ainsi sollicité les producteurs du jeu vidéo de construction Minecraft pour imaginer une ville du futur ou encore a réalisé de courtes vidéos explicatives sur le thème du climat.

Afin de mener une campagne efficace, les journalistes ont surtout appliqué ce qu’ils font le mieux : de l’enquête. « Nous avons mené une série d’investigations sur des entreprises dans lesquelles investissaient le Wellcome Trust et la Bill Gates Foundation, notamment Shell, BP, Schlumberger et Peabody Energy… » Parmi ces enquêtes, celle qui a le plus touché James Randerson est l’histoire d’un ancien syndicaliste colombien qui traîne aujourd’hui British Petroleum devant la Cour suprême britannique : « C’était la première fois qu’il parlait aux médias, c’est une histoire incroyable », dit-il.

Une campagne globale pour un lectorat mondial

L’équipe met souvent en avant les conséquences directes de l’extraction des énergies fossiles sur les gens. C’est l’angle des « carbon bomb », une série de reportages et investigations multimédias qui s’intéressent à cinq grands projets extracteurs et particulièrement destructeurs pour l’environnement. L’exploitation du charbon en Australie, les sables bitumineux au Canada et le boom du charbon en Chine. Ce dernier raconte le calvaire de la famille He dans le nord ouest du pays, gravement affectée par une maladie pulmonaire causée par le charbon.

Ce traitement global de la campagne a reçu un large écho à travers le monde. « J’ai parlé à une professeure en Chine qui s’inquiétait de la pollution de l’air, à une autre personne dans les Caraïbes qui tient une station météorologique et me parle des changements climatiques, je me suis vraiment rendu compte que l’audience du Guardian était globale », dit Emma Howard. Journaliste au Guardian depuis moins de deux ans, elle n’a jamais cessé d’être engagée dans la société civile. Faire campagne était donc pour elle tout naturel : « J’ai bien aimé voir que toutes les sections du journal pouvaient traiter le sujet, j’aimerais que ça arrive plus souvent »,dit-elle.

Le changement climatique au cœur de la rédaction

« Je pense que faire campagne a donné une énergie en plus à ce projet », renchérit James Randerson. Une énergie tangible dans le podcast de la campagne appelé « The biggest story in the world ». Une émission dans laquelle la journaliste Aleks Krotoski guide l’auditeur semaine après semaine au milieu des interrogations des journalistes.

Quelques heures d’enregistrements passionnants pour quiconque s’est déjà posé la question suivante : comment parler du réchauffement climatique ? En partageant leurs doutes et leurs conversations, les journalistes et leurs équipes abordent les sujets qui taraudent notre temps : pourquoi est-il si difficile de se soucier du climat ? Pourquoi faut-il en faire une question démocratique et politique plutôt que consumériste ? Les journalistes questionnent les liens entre réchauffement et économie (faut-il maintenir le statu quo, choisir l’économie verte ou la décroissance ?), s’interrogent sur la religion et la spiritualité. L’auditeur les suit progressivement dans leur choix de devenir des journalistes engagés.

« C’est aussi l’histoire du journalisme, explique James Randerson, comment le faire différemment, d’une manière plus ouverte. » Dans le reste de la rédaction, la campagne a été plutôt bien accueillie, dit-il. Mais à l’extérieur, « beaucoup de gens étaient surpris que nous décidions d’opter pour une campagne », explique James. L’équipe a surtout reçu des remarques sceptiques de la part de journalistes aux Etats-Unis : « Il y a cette idée là-bas que lorsque l’on est journaliste on doit être capable de donner tous les aspects d’un problème de manière neutre, mais c’est de la fiction, rien que choisir d’utiliser une citation plutôt qu’une autre est un jugement subjectif », poursuit-il.

La culture journalistique est différente au Royaume-Uni où les journaux se prononcent publiquement en faveur d’un candidat lors des élections. Le Guardian avait déjà lancé une campagne en 2014 pour mettre fin à l’excision en Afrique mais « c’est la première fois que le Guardian s’engage sur un sujet aussi controversé, dit James Randerson. Beaucoup de gens reconnaissent la réalité du réchauffement climatique mais n’approuvent pas le désinvestissement. »

Au début du mois de juin, la nouvelle rédactrice en chef Katharine Viner a pris le relai d’Alan Rusbridger au Guardian. Selon l’équipe, elle est disposée à poursuivre la campagne. Les journalistes vont maintenant réfléchir avec elle à la meilleure manière de couvrir et de s’engager pour le sommet sur le climat à Paris en décembre.

José Bové : « Il faut soutenir Reporterre » Reporterre 2015/06/24 (24 juin 2015) José Bové : « Il faut soutenir Reporterre ». Reporterre. Tribune — fr

José Bové : « Il faut soutenir Reporterre »

Dans cette vidéo, José Bové apporte son plein soutien au quotidien de l’écologie : « Reporterre joue un rôle indispensable... c’est un outil d’information, mais aussi un formidable outil au service des citoyens qui veulent se mobiliser.... Ce qui fait la force de Reporterre, c’est son indépendance. »

- Vous aussi, comme José Bové, soutenez Reporterre : ICI

Linky, le compteur qui va augmenter notre exposition aux ondes électro-magnétiques Aurélie Delmas (Reporterre) Reporterre 2015/06/24 Aurélie Delmas (Reporterre) (24 juin 2015) Linky, le compteur qui va augmenter notre exposition aux ondes électro-magnétiques. Reporterre. Enquête — Énergie fr

Linky, le compteur qui va augmenter notre exposition aux ondes électro-magnétiques

Les compteurs Linky d’ERDF, censés réduire la consommation d’énergie, seront 35 millions sur le territoire français d’ici 2021. Ce déferlement fait peu de cas des inquiétudes sur le respect de la vie privée et sur les impacts sur la santé dus aux rayonnements électro-magnétiques. Passage en revue des zones d’ombre qui entourent ces compteurs.

Ils seront 35 millions sur le territoire français d’ici 2021. Bientôt rendu obligatoire par la loi sur la transition énergétique qui passera en deuxième lecture devant le Sénat au mois de juin, le compteur « Linky » d’ERDF, va progressivement remplacer tous les compteurs électriques. Les avantages de ce compteur « communicant » ? Une facture « calculée sur la base de la consommation réelle, des interventions réalisées à distance et dans des délais beaucoup plus courts », promet ERDF.

Cette nouvelle technologie devrait faciliter les économies d’énergie. Pourtant, Linky a ses détracteurs. Ils dénoncent une décision prise malgré les nombreuses interrogations qui persistent sur le respect de la vie privée et l’innocuité de ces appareils.

Indolore pour le consommateur ?

Une première phase de déploiement de 3 millions de compteurs débutera en décembre. Pour cette phase et les suivantes, ERDF a prévu de débourser près de 5 milliards d’euros. Grâce aux relevés automatiques, et à la réduction de la marge d’erreur, le distributeur compte amortir son investissement en vingt ans. Ce dispositif dont les répercussions en termes d’emplois ne sont pas connues à ce jour, devrait permettre à l’entreprise de réaliser des économies surtout parce qu’il ne sera plus nécessaire qu’un technicien se déplace pour relever les consommations, ouvrir un contrat ou changer la puissance des installations.

Côté consommateurs, cette somme de 5 milliards restera théoriquement indolore. Mais ce n’est pas pour autant qu’il verra sa facture se réduire. « Les économies ne seront pas répercutées pour le consommateur parce qu’elles permettront de financer le déploiement », met en garde Nicolas Mouchnino, chargé de mission énergie et environnement à l’UFC Que Choisir. Et le risque de dépassement des estimations n’est pas nul. « Sur la facture des ménages, on ne devrait rien voir passer (…) Mais il y a quand même une incertitude. Si les coûts d’installation augmentent, ou si le compteur est obsolète, c’est le consommateur qui paiera », explique-t-il à Reporterre.

Selon une étude de 2013 publiée par l’association de consommateurs et dont ERDF a contesté la méthodologie, la généralisation du compteur « intelligent » pourrait même alourdir la note. 37 % des clients seraient aujourd’hui « sous-abonnés » et paieraient pour une puissance d’abonnement inférieure à la puissance réellement utilisée. « Cette situation est rendue possible grâce à une grande tolérance des anciens compteurs dans les dépassements de puissance », explique l’étude.

Disjonctions et factures qui flambent en Indre-et-Loire

En suivant les dépenses électriques de manière détaillée, Linky peut théoriquement démasquer les comportements énergivores afin que le client réduise le gaspillage. Sauf que plus de 50 % des compteurs seraient situés à l’extérieur des logements et la plupart des autres ne sont pas facilement accessibles. Si un portail internet d’ERDF permettra de visualiser sa consommation en direct, « tous ceux qui ont des difficultés d’accès à internet sont écartés », pointe Nicolas Mouchnino. Et pour obtenir un afficheur déporté, qui permette d’accéder aux relevés depuis l’endroit de son choix, il faudra souscrire à un service payant proposé par le fournisseur d’électricité.

Pourtant, à ce jour, aucune étude indépendante n’a prouvé l’influence des compteurs communicants sur la consommation des ménages et les premiers constats sur le terrain ne sont pas franchement probants. La pose de ces nouveaux compteurs a débuté dans des zones test en 2010. Les compteurs de 150 communes et ceux d’environ 70 000 ménages des environs de Tours, ont été remplacés par des compteurs Linky.

En mars 2011, le Syndicat Intercommunal d’Energie d’Indre-et-Loire (SIEIL) a interrogé 1500 ménages du département et les maires de 150 communes ayant participé à l’expérimentation. « 9 % seulement indiquent consulter plus souvent leur consommation et 6 % annoncent avoir changé d’habitudes de consommation », précise le rapport. Le bilan est sans appel : 61 % des particuliers ne sont pas convaincus de l’utilité de ce nouveau compteur.

Plusieurs problèmes ont été pointés comme le fait que certaines personnes s’estimaient incapables de l’utiliser. Seuls 43 % des habitants interrogés estimaient d’ailleurs avoir eu une explication détaillée sur Linky lors de l’installation, malgré la complexification à venir des tarifs. Un an après l’installation le nouveau compteur, plus sensible, a aussi provoqué des disjonctions car il s’arrête dès que la puissance souscrite est dépassée, endommageant certains appareils. Les utilisateurs concernés ont donc dû changer d’abonnement pour augmenter la puissance disponible.

Un compteur un peu... intrusif

Linky inquiète aussi sur le plan du respect de la vie privée. Le système doit pouvoir éteindre certains appareils électriques à distance pour lisser les pics de consommation, mieux adapter l’offre à la demande et éviter les pannes. On parle d’« effacement » : des équipement en marche, par exemple le chauffage, sont coupés quelques minutes à distance, sans que l’utilisateur soit prévenu. Là encore, aucune étude indépendante ne mesure le gain effectif du consommateur.

Concrètement, le distributeur collecte les données de consommation avant de transmettre des informations au fournisseur. A priori, ces données ne seront stockées que sur demande explicite du consommateur. Mais les potentialités de ce système inquiètent. Pour la Commission Nationale de l’Informatique et des Liberté (CNIL), « une analyse approfondie des courbes de consommation pourrait permettre de déduire un grand nombre d’informations sur les habitudes de vie des occupants d’une habitation : heures de lever et de coucher, heures ou périodes d’absence, la présence d’invités dans le logement, les prises de douche, etc. »

En Face, ERDF promet que « toutes les données de consommation sont cryptées dès la source » et « garantit ainsi la protection de ces informations personnelles qui sont la propriété du client ». Mais Pierre Le Ruz, président du Centre de recherche et d’information indépendant sur les rayonnements électromagnétiques (Criirem) souligne le risque de piratage du système de communication de Linky qui fonctionne avec du Courant Porteur en Ligne (CPL). « On peut lire ce qui rentre et ce qui ressort du CPL. Avec la forme et la déformation de la fréquence, on peut connaître le type de matériel utilisé », assure-t-il avant d’alerter : « Si le danger n’est pas très grand pour les particuliers, pour une entreprise de pointe ou de technologie militaire, cela peut poser problème. »

« Il y a une intrusion, mais de là à dire qu’on sait ce que vous faites, il ne faut pas exagérer », relativise Nicolas Mouchnino. « Il est impossible de savoir si vous allumez la télévision ou écoutez la radio. Il n’y a pas de traceurs sur les équipements et la différence de consommation est insuffisante. Mais effectivement, on sait que vous êtes chez vous », explique-t-il, suggérant l’installation d’une mémoire directement sur le compteur pour que les données ne quittent pas le domicile.

Une nouvelle source d’ondes électro-magnétiques

Mais Linky pourrait aller encore plus loin dans l’intrusion. D’après certaines associations, il impacterait jusqu’à notre santé à cause des rayonnements électro-magnétiques. « Le problème avec le CPL, c’est qu’il ne doit être utilisé que sur un réseau de distribution conçu à cet effet avec du câble blindé. Ce n’est absolument pas le cas des installations de distribution électrique standards dans les habitations », alerte l’association Robin des toits, très inquiète d’une exposition « permanente, jours et nuits, sans que l’organisme ne trouve plus aucun lieu de repos pour une récupération ».

Les radio-fréquences en question, dont les taux d’émission respectent les normes en vigueur, sont classées comme « potentiellement cancérogène pour l’homme », par l’Organisation Mondiale de la Santé. Selon les expertises effectuées par le Criirem, elles atteignent 0,2 à 0,4 volt par mètre à une distance de 50 centimètres à 1 mètre. Soit un niveau inférieur aux recommandations du Conseil de l’Europe (0,6 V/m). « Si le compteur est à au moins un mètre des personnes, il n’y a pas de problèmes », résume Pierre Le Ruz. La mise en place de câbles blindés permettrait de réduire cette distance à 30 ou 40 cm, selon lui.

En revanche, le courant se dirige ensuite vers un concentrateur et parfois un répéteur qui fonctionnent à 900 mHz, comme certaines antennes-relais des téléphones, « un champ électro-magnétique qui s’ajoute à ce qui existe déjà », analyse Pierre Le Ruz. Pour le Criirem, les compteurs devraient donc être placés à 2 mètres de distance du lieu de vie et les concentrateurs à plus de 5 mètres. Car le déploiement des compteurs communicants « ne va certainement pas dans le sens de la modération de l’exposition. (...) Toujours plus, plus, plus, je ne suis pas sûr que ce soit une bonne idée », s’alarme Pierre Le Ruz.

Les questions qui entourent la généralisation des compteurs Linky ne sont pas toutes clairement résolues. Or les compteurs communicants sont amenés à se généraliser. Le compteur de gaz équivalent, appelé Gazpar, sera déployé à 11 millions d’exemplaires dès 2017 et il devrait en être de même pour les compteurs d’eau.

Les révolutions silencieuses. Partez en voyage sur les chemins de la transition de Adeline Praud Reporterre 2015/06/24 de Adeline Praud (24 juin 2015) Les révolutions silencieuses. Partez en voyage sur les chemins de la transition. Reporterre. fr

Les révolutions silencieuses. Partez en voyage sur les chemins de la transition

Un peu partout dans le monde, des milliers d’initiatives émergent. Des citoyens et citoyennes des villes et des champs ré-inventent notre rapport au vivant et nos modes de consommation et d’organisation. On les dit EN TRANSITION.

Partez sur les routes de Midi-Pyrénées à la rencontre de porteurs de projet qui expérimentent, le plus souvent en collectif, d’autres façons d’être et de faire la société. Prenez part à un voyage composé de français et de grecs : le Voyage en Hétérotopies...

Votre voyage se déroule en quatre étapes qui correspondent chacune à un camp de base. Une fois votre campement installé, partez à la rencontre d’acteurs locaux ayant fait un pas d’côté. Au fil de votre périple, faites-vous votre propre idée de la transition.

Confortez ou infirmez vos points de vue, questionnez les choix des personnages, comprenez leurs motivations. Enfin, prolongez cette aventure, en découvrant les initiatives situées près de chez vous.

Les révolutions silencieuses, un web-documentaire sonore et photographique, réalisé par Adeline Praud, produit par Via Brachy.

Voir le site du projet

Une décision historique : un tribunal néerlandais impose à l’Etat d’agir contre le changement climatique Andrea Barolini (Reporterre) Reporterre 2015/06/25 Andrea Barolini (Reporterre) (25 juin 2015) Une décision historique : un tribunal néerlandais impose à l’Etat d’agir contre le changement climatique. Reporterre. Climat : de COP en COP fr

Une décision historique : un tribunal néerlandais impose à l’Etat d’agir contre le changement climatique

C’est une victoire historique pour la population néerlandaise et européenne. Un tribunal de La Haye, saisi par neuf cents citoyens, a condamné mercredi 24 juin l’Etat néerlandais à réduire ses émissions de gaz à effet de serre. « Le gouvernement sera maintenant obligé à changer ses politiques, étant donné que les juges ont ordonné une baisse des émissions de CO2 d’ici 2020 de 25 % par rapport au niveau de 1990. Il s’agit d’une décision contraignante », explique à Reporterre Dennis Van Berkel, de l’organisation non gouvernementale Urgenda, qui a coordonné l’action judiciaire. Les 900 plaignants hollandais avaient demandé à la justice de qualifier de « violation des droits de l’homme » un réchauffement climatique supérieur à 2ºC avant la fin du siècle.

Le tribunal, explique Urgenda dans un communiqué, a en effet rappelé que l’Etat est « obligé par la loi à protéger ses citoyens ». L’Etat néerlandais n’a en effet jusqu’à présent pas officialisé d’engagement précis sur les émissions de gaz à effet de serre du pays, disant vouloir attendre les résultats de la Cop21, la Conférence des Nations unies sur le changement climatique qui aura lieu du 30 novembre au 15 décembre 2015 à Paris. Les Pays-Bas restent, en outre, parmi les moins avancés en Europe en ce qui concerne la production d’énergie issue de sources renouvelables : seuls Malte et Luxembourg font pire.

L’avocat qui a défendu l’Etat dans le procès a déclaré devant la Cour que « les décisions de la justice ne doivent pas interférer avec l’action du gouvernement, parce qu’indiquer un niveau de réduction spécifique suppose des évaluations politiques, dont la responsabilité, dans une démocratie, repose sur les épaules du gouvernement et du parlement ».

« Dans un pays démocratique basé sur un État de droit, a répondu l’avocat de Urgenda, même un gouvernement élu par le peuple est soumis à la loi. La justice est donc censée imposer ce principe, et corriger l’action du pouvoir public si nécessaire. »

« Si la politique n’est pas capable de changer l’état des choses, c’est aux juges de se prononcer », avait ajouté Liesbeth van Tongeren, députée du parti Groenlinks (« Gauche verte »).

Le tribunal de La Haye a finalement donné droit aux requêtes des citoyens, en demandant au gouvernement « de faire ce que lui-même avait indiqué nécessaire afin de lutter contre un changement dangereux du climat, et notamment de réduire davantage ses émissions de CO2, alors que sur la base des politiques actuelles, en 2020 on n’arrivera qu’à une baisse de 16 % par rapport à 1990 ».

Cette diminution, poursuit le tribunal, « est présentée comme indispensable par les organisations internationales comme par les scientifiques », et les coûts qu’il faudra soutenir pour atteindre ce but ne s’élèvent pas à des niveaux « inconcevables ». En outre, ajoute Urgenda, « les objectifs sont tout à fait abordables, compte tenu du fait que d’autres pays, comme le Danemark ou l’Allemagne, ont établi des politiques qui garantiront une baisse de leurs émissions à hauteur de 40 % d’ici 2020. »

Si les politiciens n’agissent pas, les juges peuvent intervenir

Afin de partager son expérience, Urgenda est en train de traduire toute la documentation légale en anglais. D’autres organisations de citoyens, en Europe, ont entamé des actions similaires (c’est le cas de la Belgique) ou les préparent, comme en Norvège. « Des millions de personnes déjà frappées par les conséquences du changement climatique espèrent que ceux qui ont causé les émissions nocives interviennent pour les diminuer. Ce verdict leur donne un atout pour préparer leurs actions en justice », dit Marjan Minnesma, directrice d’Urgenda, qui a commencé avec une équipe d’avocats à étudier la plainte en 2013.

« Il s’agit d’un jugement révolutionnaire pour la lutte des écologistes », selon Faiza Oulahsen, de Greenpeace Pays-Bas. « Le tribunal néerlandais a été très clair : le gouvernement est obligé par la loi de protéger ses citoyens face aux menaces liées au climat. Maintenant ces actions vont se multiplier dans le monde. Les politiciens qui se retrouveront en décembre à Paris devraient tenir compte de cette sentence. »

Selon Marjan Minnesma, « le changement climatique est un problème énorme, qui nécessite d’être abordé avec davantage d’efficacité. Et si les politiciens ne s’engagent pas sur ce chemin, ce sont les juges qui interviennent. »

- Regarder la vidéo (en anglais) présentant l’événement, par Urgenda :

Le documentaire « En quête de sens » sous le feu des lecteurs Reporterre 2015/06/25 (25 juin 2015) Le documentaire « En quête de sens » sous le feu des lecteurs. Reporterre. Culture et idées fr

Le documentaire « En quête de sens » sous le feu des lecteurs

A Reporterre, on a bien aimé le film En quête de sens. Mais tout le monde n’est pas d’accord. Tel Xavier Petillon, qui reproche au documentaire, bien que nourri de bonnes intentions, de donner une vision simpliste de la pensée écologiste. A qui une autre lectrice, C. Hardouin, répond.

- Actualisation - samedi 16 janvier 2016 - Le film continue à être vu partout en France et même au Québec, où il est jugé « enthousiasmant », et suscite des réactions favorables. Comme celle de Mme Hardouin, qui a écrit à Reporterre pour marquer son désaccord avec la critique du lecteur que nous avions publié. Voici son point de vue, suivi de celui de Xavier Pétillon.

« De l’humilité et du courage »

- C. Hardouin

Dans ce film, qu’est-ce qui a pu gêner Xavier Pétillon ? Les deux auteurs se posent des questions sur le sens qu’ils veulent donner à l’orientation de leur vie. Ils ont questionné différents acteurs reconnus pour essayer de comprendre l’orientation et le sens que chacune de ces personnes donnaient à leur vie et à leur action. A aucun moment, ils ont prétendu détenir et imposer une vérité quelconque.

Ce n’est pas simple de remettre en cause ses opinons, ses actions, ses orientations. Cela demande de l’humilité et du courage. Critiquer, c’est plus facile surtout quand on n’a aucun apport sérieux à proposer.

Ce film se situe à un autre niveau qu’une « vision simpliste de la pensée écologiste ». Mais, il est vrai, ce n’est pas donné à tout le monde de saisir le sens de ce film.

« Une vision trop simpliste »

- Xavier Petillon

Je ferai mienne la phrase de Mireille Delmas-Marty (professeure honoraire au Collège de France en droit international) : « Il faut faire la pédagogie de la complexité, et non la démagogie de la simplicité. »

En bref : qu’ai-je vu dans ce film ? Des primates (humains ou autres), dont certain-e-s expriment des opinions. On voit aussi de très belles images. On voit un bilan carbone explosé par les auteurs (l’herbe était-elle plus verte ?). On voit aussi quelques « détails » qui m’ont gêné.

Voyons un exemple : les « 250 000 suicides de paysans indiens sur 20 ans à cause de Monsanto ».

De retour à la maison, en quelques clics sur le site de l’Institut national de statistiques Indien, puis sur le site du bureau Indien du casier judiciaire (Crime Records Bureau), et enfin sur une étude socio-démographique de Roger Establet de 2012, « Le suicide en Inde au début du XXIe siècle », je vois que ce ’grand’ nombre représente un taux de suicide très bas et que le raccourci concernant une entreprise semencière est, au mieux exagéré, au pire mensonger. En effet, les périodes ne correspondent pas : recrudescence des suicides au début des années 90, mais implantation de Monsanto dans le coton au milieu et à la fin des années 90. En plus, le phénomène est beaucoup plus citadin que rural. Ah. Mince.

« Xavier, tu n’as pas le droit de mettre en doute Mme Shiva ! » Tant pis, les faits sont têtus, moi aussi, et là, c’est trop gros. Que Monsanto ait une politique commerciale agressive et promeuve l’utilisation de OGM inutiles, c’est une chose. Mais que Mme Shiva utilise un faux argument subtilement mensonger, ça me choque. On a dû la tromper. Et nos auteurs auraient pu vérifier, non ?

Un autre parti pris est de présenter des croyances et pratiques cultu(r)elles lointaines comme pouvant « donner un sens » à la vie de deux Occidentaux blancs.

En fait, je dis « donner un sens à la vie », mais je n’en sais rien après avoir vu le film : il n’y a pas de propos sur le « sens », de la vie, des convenances ou tout autre. Pas d’analyse. Uniquement un choix de personnes interrogées. Chacun-e a sa vision, ses croyances et ses opinions. C’est l’auberge espagnole sensuelle, là ! Une Pachamama n’y retrouverait pas ses petits cha...mans.

Et pourquoi une tente à suer mexicaine plutôt qu’un sauna ou un hammam ? Mystère absolu.

C’est un parti pris assumé, qui vend les propos des participants comme un tout. Un « prendre-ou-à-laisser » impératif sans nuances. Simpliste donc.

Cela renforce aussi le « biais de confirmation » à la fois des auteurs et du public, sans critique positive ou négative des propos. Le public visé est tout sauf « le grand public ». Seules les personnes familières avec ce type de croyances new-age peuvent éventuellement s’y retrouver. Celles qui font preuve d’un peu de bon sens auront plus de mal devant les assertions de Pierre Rabhi, Trinh Xuan Thuan ou Bruce Lipton.

Mais pourquoi donc se donner du mal avec la critique d’un tel film ? Parce c’est grave !

Depuis des décennies, l’écologie scientifique a pu montrer que la biosphère, c’est complexe !

Pour « entrer en écologie », il faut travailler dur, individuellement et collectivement, à se construire une représentation de cette complexité, de la systémique des interdépendances y compris sociales, à utiliser des outils de pensée exigeants mais libérateurs, à apprendre à douter de ses certitudes, à reconnaître ses propres croyances, à s’en méfier si besoin et à les changer souvent. Bref, à travailler avec l’équipement cognitif complet dont tout le monde dispose.

Rien de pré-mâché : uniquement de l’effort, du doute, de la mise en perspective et de l’échange ouvert. Bref, le contraire de la démarche du film.

Ce travail est aussi collectif. De la confrontation des idées avec d’autres naissent des perspectives. On peut ainsi consulter les « connaissants » d’un thème pour se forger sa propre expertise, et éviter de se voir vendre une pensée certes séduisante, mais irréaliste ou mensongère.

Quelles moqueries les écologistes vont-ils (encore) subir avec un tel discours ? Baser la pensée de l’écologie sur des croyances et non sur des faits est une porte ouverte à l’obscurantisme : pseudo-’tout’, mais vrais dégâts.

Un réel combat sur l’éducation populaire et libératrice doit être mené. Quels sont les faits ? Quels moyens a-t-on de les vérifier ? Quels sont nos moyens d’action dans le monde réel ?

Les écologues, les pédagogues, les philosophes ne doivent pas baisser les bras, car ils portent une vraie part de responsabilité sur ces dérives. Tout le monde a le droit de (se) connaître, puis de choisir quoi ou qui croire. Mais en toute connaissance de cause.

L’entièreté de ces propos pourrait d’ailleurs être tenue dans une critique concernant les croyances en la « croissance économique » ou dans la société de consommation. Mais ce n’est aucunement une excuse.

Et la sincérité éventuelle n’est pas non plus un gage de qualité. Torquemada était extrêmement sincère.

En Espagne, les citoyens font plier les banques... parce qu’ils agissent ensemble Marie Astier (Reporterre) Reporterre 2015/06/25 Marie Astier (Reporterre) (25 juin 2015) En Espagne, les citoyens font plier les banques... parce qu’ils agissent ensemble. Reporterre. Monde fr

En Espagne, les citoyens font plier les banques... parce qu’ils agissent ensemble

Un habitant menacé d’expulsion par la banque vient négocier ses dettes... accompagné d’une dizaine de personnes. C’est une des méthodes de la Plateforme des victimes des hypothèques. Ces groupes locaux ont essaimé partout en Espagne, résistant collectivement à la vague d’expulsions : un exemple... inspirant.

- Madrid, reportage

Peu à peu, les fauteuils se remplissent. Plus d’une vingtaine de personnes s’entassent dans le petit centre social autogéré « Nosaltres », au cœur de Madrid, dans le quartier populaire de Lavapies.

Il y a des jeunes militants à la barbe longue, des quarantenaires qui sortent du boulot, des retraités bien apprêtés. Tous les lundis soirs, ils se retrouvent pour « l’assemblée logement ». Ensemble, ils forment l’un des groupes locaux de la Plateforme des victimes des hypothèques. En espagnol, Plataforma de los afectados por las hypotecas, ou PAH.

« Alvaro ? Où en es tu ? » lance un participant. Avec sa femme, ils ont acheté leur appartement il y a dix ans, en pleine bulle immobilière. Puis la crise et le chômage sont venus. Les petits boulots ne suffisent plus à payer l’hypothèque. Ils tentent de renégocier leur dette auprès de leur banque, ou de transformer l’hypothèque en location à tarif social.

A l’autre bout du cercle, le quarantenaire se lève. « La directrice d’agence me dit qu’elle ne peut rien faire. » La banquière à laquelle ils ont affaire a jusqu’ici été inflexible. Les réactions fusent. Tout le monde est d’avis qu’elle cherche à gagner du temps, pour obtenir l’expulsion d’Alvaro et sa femme. « Il faut agir vite. » « On maintient la pression. » « Quand est-ce qu’on y retourne ? »

« Elle m’a dit de ne pas passer le jeudi après-midi parce qu’il y a beaucoup de clients », avance Alvaro… « Parfait, donc rendez-vous jeudi 16 heures devant l’agence. Qui peut venir ? » Plusieurs mains se lèvent. L’une se désigne même pour faire des tracts résumant le cas d’Alvaro, à distribuer aux clients de la banque.

Il n’ira pas négocier seul, mais accompagné d’une dizaine de personnes vêtues des tee-shirts verts de la PAH. Le but est que la directrice d’agence contacte ses supérieurs, les seuls habilités à décider sur ce type de dossier. Pour y arriver, on tape la banque là où ça fait mal : à l’image.

« C’est d’une utilité énorme »

Autres cas, celui de ce retraité qui a cessé de payer son loyer il y a trois ans « à cause de problèmes familiaux ». Un jour, il reçoit l’avis d’expulsion : « J’étais désespéré, je croyais que j’allais rester à la rue. Quelqu’un m’a dit qu’il y avait cette assemblée, ils m’ont aidé. » Sa dette a été rééchelonnée, il a pu rester chez lui.

« C’est d’une utilité énorme. Il y a des gens, si on les met à la rue, c’est la mort. Ils me l’ont évitée, et si je peux aider à éviter cela à d’autres, chaque fois que je pourrai, je participerai aux assemblées et aux actions. » On n’aurait pas imaginé ce vieil homme digne dans son costard impeccable occuper une banque à force de chansons, sit-in et distribution de tracts.

Après deux heures de débat, l’assemblée est levée dans un joyeux brouhaha. On fume une clope en fermant le centre social, puis les discussions se poursuivent dans un bar voisin. « Le cas le plus extrême, c’est l’expulsion, raconte Carles, un jeune homme à la barbe blonde luxuriante. C’est l’un des plus anciens de l’assemblée. Dans ce cas, on convoque le maximum de personnes, on s’amasse devant la porte du logement, et on résiste pacifiquement. »

« Si je faisais une caricature, je dirais qu’il y a deux types de gens qui viennent à la PAH : les militants et les personnes affectées, poursuit-il. Mais en fait, on est tous touchés d’une façon ou d’une autre. On a tous des difficultés à se loger. »

Parmi ceux qui participent à l’assemblée, beaucoup n’avaient pas imaginé devenir un jour militants. Ils arrivent souvent là par le bouche à oreille. « Tu n’arrives plus à payer, ou tu sens que ce sera bientôt le cas ? Viens à l’assemblée de ton quartier », répètent les slogans. La PAH accepte tout le monde, mais chaque nouveau venu est aidé à deux conditions. D’abord, il doit venir aux assemblées chaque fois qu’il peut. Ensuite, il doit rester, même une fois son problème résolu, car il peut aider les autres grâce à son expérience.

Le pouvoir aux citoyens, plutôt que l’assistanat

La Plateforme a été lancée en février 2009 à Barcelone, par un petit groupe d’activistes du droit au logement. « Ces quarante dernières années, l’État espagnol a encouragé les gens à accéder au logement via le surendettement, explique Carlos Macias, porte-parole national de la PAH. En 2007, l’Espagne construisait plus que la France et l’Italie réunies. On a vu venir l’explosion de la bulle immobilière et la crise. On s’est dit que beaucoup de gens allaient perdre leur emploi, qu’ils ne pourraient plus payer les hypothèques et que des milliers de familles allaient être expulsées. Mais on ne pouvait pas apporter une solution à un problème aussi massif avec quatre experts dans un bureau qui gèrent les cas un par un. »

Alors ces militants se sont inspirés de la culture anarchiste et autogestionnaire des mouvement sociaux barcelonais. « Plutôt que de l’assistanat, on a donc instauré des assemblées où les gens partagent l’information et se forment entre eux », poursuit-il.

Le procédé « redonne du pouvoir aux gens. On les aide à surmonter la honte d’être dans cette situation, et on leur donne un savoir technique pour y faire face. Ils prennent conscience que seuls, ils ne peuvent pas y faire face, mais à travers l’action collective, on peut y arriver », détaille le porte-parole. Un discours repris par le slogan de la Plateforme : « Oui, c’est possible. » « On s’entraide avec les amis de la PAH et ça fait du bien », confirme Alvaro à Madrid.

Et ça fonctionne, la PAH a fait tache d’huile. Une fois formé au sein d’une assemblée, chaque citoyen peut en créer une nouvelle dans son quartier, et ainsi de suite. Depuis 2009, près de 220 groupes locaux ont essaimé dans tout le pays, ont stoppé 1663 expulsions et relogé 2500 personnes.

Une force de frappe due au fait que « la PAH a changé l’imaginaire collectif, estime Carles à Madrid. Quand on est face à la banque, on se sent inférieur. Mais aujourd’hui, les banques n’ont plus l’opinion publique pour eux. Elles doivent négocier. »

Inaction de l’État

La PAH apporte une réponse à une urgence sociale. Désormais, les statistiques des expulsions rythment l’actualité de la même façon que les chiffres du chômage. Plus de 100.000 en 2012, année record, 67.000 en 2013 puis 68.000 en 2014… La majorité de ces expulsions arrivent à des familles qui ne peuvent plus payer leur loyer ou leur hypothèque. Au plus fort de la crise, on comptait plus de 500 expulsions par jour.

La Constitution espagnole garantit le droit à « un logement digne et adapté ». Mais dans les faits, la politique espagnole du logement n’a pas su se renouveler face à la crise. « Nous faisons ce que devrait faire l’État », déplore Carlos.

La loi sur les hypothèques est l’une des moins protectrices de l’Union Européenne. D’habitude, la banque récupère la maison ce qui annule la dette. En Espagne, si la valeur du logement est devenue inférieure à celle de la dette, la personne expulsée doit continuer de rembourser.

Le porte-parole résume : « Si on regarde le paysage du logement en Espagne, c’est le pays qui expulse le plus, c’est le pays qui a le plus de logements vides - plus de 3,5 millions - et c’est le pays de l’Union Européenne avec le moins de logements sociaux - moins de 1 % face à une moyenne de 18 %... »

La PAH tente donc aussi d’agir au niveau politique. Grâce à une initiative législative populaire, en 2012 une proposition de loi est arrivée jusqu’au Parlement. Elle prévoyait l’effacement de la dette quand la banque récupère le logement, un développement du logement social et un moratoire sur les expulsions. Elle a été repoussée à cause du Parti Populaire, le parti de droite majoritaire à l’Assemblée.

La PAH s’est donc réorientée vers une action locale. Cette fois-ci, l’initiative législative populaire a été déposée au Parlement de Catalogne. Il ne manque que deux voix pour qu’elle soit approuvée. Côté municipal, trois villes catalanes ont déjà pris des mesures pour récupérer des logements vides appartenant aux banques : elles sont pénalisées d’une amende si elles ne les louent pas, une façon de créer des logements à tarifs sociaux.

Barcelone pourrait aussi suivre le mouvement. Fin mai c’est une ancienne porte-parole de la PAH, Ada Colau, qui a été élue maire. Son programme promet notamment un moratoire sur les expulsions. Le jour de son investiture, symboliquement, elle est elle-même intervenue pour en empêcher une.

« C’est la preuve que c’est une question de volonté politique, en déduit Carlos Macias. En cette année d’élections, le contexte est favorable. On espère faire changer les choses en Catalogne et créer un effet domino dans les autres principautés autonomes. »

LA LUTTE CONTRE LA PRÉCARITÉ ÉNERGÉTIQUE SE MÈNE AUSSI DANS LES ASSEMBLÉES

Avant de ne plus payer son loyer ou son hypothèque, on commence souvent par arrêter de payer les factures… Tous les mercredis, dans le quartier de la vieille ville de Barcelone, l’assemblée de « l’alliance contre la précarité énergétique » rassemble près d’une trentaine de personnes. « Quand vous sentez que vous n’allez plus pouvoir payer les factures, premièrement, venez à l’assemblée, commence la coordinatrice Tatiana. Deuxièmement, allez aux services sociaux. Troisièmement, regardez votre facture dans le détail. » Puis les cas se succèdent.

Victoria, 47 ans, ne paye plus son loyer depuis quatre ans, et ses factures depuis un an. « Avant, la famille m’aidait, mais maintenant elle aussi a des problèmes... » Malade, elle ne peut plus travailler.

Cela fait six mois qu’elle vient aux assemblées. L’alliance lui a déjà évité une coupure d’eau. « Maintenant, je me sens bien plus forte devant les services sociaux. J’ai bientôt un rendez-vous avec eux, on va parler d’aides pour payer les factures. »

Anna, elle, vient depuis deux mois. « Ils m’ont coupé l’électricité en 2012, on s’est rebranchés au réseau avant le compteur… Aujourd’hui, la compagnie d’électricité me demande 5000 euros. J’ai essayé de négocier, ils ont dit que c’était impossible, alors on a fait une action chez eux. Maintenant, je rembourse 20 euros par mois. »

« Je vois à nouveau la lumière, aujourd’hui je n’ai plus peur », conclut-elle.

En Equateur, la politique anti-écologique et autoritaire de Rafael Correa est vivement contestée Ben Lefetey Reporterre 2015/06/26 Ben Lefetey (26 juin 2015) En Equateur, la politique anti-écologique et autoritaire de Rafael Correa est vivement contestée. Reporterre. Reportage — Monde fr

En Equateur, la politique anti-écologique et autoritaire de Rafael Correa est vivement contestée

Manuel Valls arrive à Quito vendredi 26 juin en Equateur. Ce pays d’Amérique latine vit une vague de contestation de la politique du président Rafael Correa. Alors que ce dernier bénéficie d’une image progressiste dans les rangs d’une partie de la gauche en France, ses opposants lui reprochent sa politique extractiviste et de répression des mouvements indigènes et écologistes.

- Quito (Equateur), correspondance

Ce vendredi 26 juin 2015, Manuel Valls devait se rendre en visite officielle en Equateur après trois jours passés en Colombie. Selon le communiqué de Matignon, ce déplacement voit « la signature de nombreux accords » et l’occasion « de porter, dans la perspective de la COP21 qui se tiendra en décembre à Paris, le message de la France en faveur du développement durable et de la croissance verte ». M. Valls est rentré en France en raison de l’attentat qui est survenu vendredi matin. Mais sa rencontre prévue avec le président équatorien Rafael Correa, le chef du gouvernement s’annonçait comme un entretien avec un autre expert de l’habillage écologique, selon des ONGs équatoriennes.

En effet, la politique de Rafael Correa, réélu en 2013, est de plus en plus contestée sur le plan écologique mais aussi social, économique et démocratique. Ainsi, Manuel Valls atterrit dans la capitale équatorienne, Quito, alors que des manifestations quasi quotidiennes y ont lieu pacifiquement depuis deux semaines ainsi que dans les principales autres villes. Les projets de loi taxant les plus-values immobilières et les successions cristallisent la mobilisation de l’opposition politique. Mais la récente forte hausse de la TVA exaspère les classes moyennes qui avaient pourtant voté massivement pour le président charismatique.

Quant aux syndicats de salariés, ils ont à leur tour défilé mercredi dans la capitale, dénonçant la baisse de 40 % des retraites (la part initialement versée par l’Etat mais que Correa vient d’annuler).

Face à cette contestation sans précédent depuis sa première élection en 2007, le président a dénoncé « une conspiration » de « gens très violents » lors de son émission télévisée hebdomadaire tournée depuis Milan où il visitait le pavillon équatorien à l’Expo Universelle. Ses partisans ont également manifesté dans la capitale, séparés de ses opposants par un important cordon policier. A son retour dans le pays andin le 15 juin, Rafael Correa a cependant repoussé les projets de loi contestés pour tenter de calmer l’opposition. Mais la mobilisation ne faiblit pas, et une manifestation jeudi 25 juin dans la capitale économique Guayaquil a rassemblé plusieurs milliers d’opposants.

Mouvements écolos et indigènes traités comme des ennemis de l’intérieur

Au-delà d’une opposition politique logique de la part de la droite équatorienne, l’exaspération d’anciens électeurs de Correa témoigne de la colère montante contre l’attitude de plus en plus autoritaire du président. Selon Ivonne Yanez, de l’ONG Accion Ecologica (fondée en 1986), ce virage répressif a eu lieu dès 2009 quand son organisation et la Confédération kichwa de l’Équateur (Ecuarunari), l’une des principales organisations indigènes, ont organisé des marches contre les projets de loi sur les mines.

Utilisant un décret présidentiel permettant de dissoudre une organisation de la société civile « si elle porte atteinte à la sécurité ou aux intérêts de l’État », le gouvernement Correa a interdit Accion Ecologica en mars 2009 avant de reculer face aux protestations. En décembre 2013, c’est la Fondation Pachamama, sur les droits des communautés indigènes, qui a été interdite d’exercice après s’être opposée à un nouveau plan gouvernemental d’exploitation pétrolière en Amazonie.

Soutiens importants du candidat Correa en 2007 grâce à ses promesses de défense de leurs droits et territoires, les mouvements indigènes sont désormais traités comme des ennemis de l’intérieur. Dernière illustration, la tentative d’expulsion de la Confédération des Nationalités Indigènes d’Equateur (CONAIE) de son siège en décembre 2014 et qui a été dénoncée par 450 intellectuels et activistes du monde.

L’abandon du très symbolique projet Yasuni ITT en août 2013 par Rafael Correa pèse également dans ses relations avec les écologistes et les communautés indigènes. Initialement proposé par Accion Ecologica et le réseau Oil Watch lors des négociations sur le climat en 1997, ce projet vise à renoncer à l’exploitation du pétrole dans le parc naturel Yasuni considéré comme l’une des réserves de biosphère les plus importantes au monde par l’Unesco et où vivent encore des peuples indigènes en isolement volontaire.

C’est Alberto Acosta, allié de Rafael Correa en 2007 et proche des écologistes, qui en fit, en 2007, un projet officiel défendu internationalement par le président. Mais pour celui qui est devenu depuis un adversaire politique de Correa, celui-ci n’y a jamais cru, « cela lui a juste permis de se donner une image positive dans les milieux progressistes occidentaux ».

Début 2014, le collectif Yasunidos a remis 757 636 signatures d’électeurs équatoriens au Conseil National Electoral (CNE), un nombre supérieur au seuil minimum permettant d’organiser un référendum populaire contre l’exploitation du Yasuni ITT. Mais le CNE a rejeté la validité des signatures, de manière frauduleuse selon les ONGs qui ont mobilisé les signataires. Lors de son trajet vers la COP 20 de Lima, le Collectif Yasunidos a vu son bus immobilisé à la frontière par la police équatorienne.

Politique extractiviste et répression

Selon Alternatives au Développement Extractiviste et Anthropocentré (ALDEAH) qui développe une critique argumentée sur la politique de Rafael Correa, avant son arrivée au pouvoir, « 30% de l’Amazonie équatorienne était concessionnée aux entreprises pétrolières, aujourd’hui, c’est presque 80 % ». Symbole du conflit entre pétrole et biodiversité, le parc Yasuni est devenu une zone interdite d’accès aux regards indépendants. Une délégation de parlementaires allemands, dont le pays finance une bonne part de la protection du parc, a même été interdite de territoire en décembre 2014 alors qu’elle voulait l’inspecter…

L’activité minière est l’autre grande source de vives tensions entre le président et les mouvements écologistes et indigènes. Dans le sud du pays, des communautés autochtones Shuar opposées à l’exploitation minière de leur territoire sont intimidées, selon la FIDH (Fédération internationale des droits de l’homme). En décembre 2014, l’un des leaders Shuar des opposants à l’industrie minière (ici en partie chinoise) a été retrouvé mort sur le bord du fleuve Zamora. Au nord, dans la région de l’Intag, c’est un projet de mine de cuivre que refusent les familles paysannes depuis plus de vingt ans. Après avoir obligé des compagnies japonaise et canadienne à renoncer à exploiter cette mine, ces familles sont désormais confrontés à la volonté de Rafael Correa de mettre en œuvre ce projet avec une compagnie chilienne.

En décembre 2013, inquiète pour la sécurité de l’un des opposants, Amnesty International a lancé une action urgente. Auparavant, Rafael Correa avait publiquement accusé Carlos Zorrilla, habitant de la région mais d’origine cubaine, de mener des activités « déstabilisatrices » et « constituant une ingérence étrangère dans la politique nationale ».

Pour sa part, en 2014, le leader d’une communauté villageoise impactée par ce projet, Javier Ramirez, a passé dix mois en prison accusé à tort de sabotage, terrorisme et rébellion selon la FIDH. Devant la grande banderole posée devant sa maison, Javier m’explique que la compagnie d’Etat a depuis réussi, avec l’aide des militaires, à s’installer sur la concession et à commencer l’exploration. Malgré les intimidations régulières, il promet de continuer à lutter pour empêcher l’exploitation à ciel ouvert qui pourrait démarrer d’ici trois ans et dévasterait les ressources naturelles vitales pour ces communautés paysannes.

Le masque tombe

Ces exemples de répression de luttes citoyennes et la position anti-avortement du président Correa détonent avec son image progressiste répandue dans les rangs d’une partie de la gauche en France. Certes, sous l’impulsion du mouvement social équatorien qui a soutenu sa première élection, une Constitution progressiste a été rédigée puis adoptée par référendum en 2008. Elle donne notamment des droits à la nature et renforce tous les droits humains. Un secrétariat d’Etat du Buen Vivir a effectivement été mis en place, ce que ne manque pas de rappeler le président lors de ses voyages à l’étranger.

Mais dans les faits, la « Révolution citoyenne équatorienne » semble bel et bien sacrifiée par la politique extractiviste et la dérive autoritaire de l’économiste Correa. Si les cours élevés du pétrole lui ont permis de financer de réels programmes sociaux pour les plus pauvres, il n’a pas pour autant réorienté le modèle économique du pays vers un usage sobre des ressources naturelles et compatible avec un réel « Buen vivir » de toute la population équatorienne. La chute du prix du baril fait aujourd’hui tomber le masque.

Dans ce contexte, on peut se demander si Manuel Valls ne vantera pas plutôt auprès de Rafael Correa le savoir-faire français en matière de maintien de l’ordre plutôt que de développement durable… A moins que le très catholique président n’ait été converti depuis par l’encyclique écologique du pape François avec qui il aura d’ailleurs l’occasion d’en débattre lors de sa venue à Quito les 5 et 6 juillet prochain.

Les monnaies alternatives à la recherche du meilleur modèle Emmanuel Daniel (Reporterre) Reporterre 2015/06/26 Emmanuel Daniel (Reporterre) (26 juin 2015) Les monnaies alternatives à la recherche du meilleur modèle. Reporterre. Économie fr

Les monnaies alternatives à la recherche du meilleur modèle

Abeille, Plume, Piaf, Sol, Sel... Les monnaies parallèlles se multiplient en France ces dernières années. Qu’ont-elles en commun et qu’est-ce qui les différencie ? Pour y voir plus clair, voici un comparatif des trois monnaies locales ayant cours à Toulouse.

On les rencontre sur les marchés, dans les petits commerces, sur internet ou dans les réseaux militants. Elles s’appellent Sol, Plume, Abeille, Piaf, Normaille, Eusko ou Mesure. Elles entendent relocaliser l’économie, tisser du lien social, nous aider à comprendre le fonctionnement du système monétaire, à gagner en autonomie et à changer de mode de vie... Qui sont ces drôles de dames aux noms exotiques et aux ambitions surprenantes ? Il s’agit des monnaies alternatives.

En France, on les a vues se multiplier ces dernières années, autant pour faire face à la crise économique que pour des raisons politiques. « Le monopole des monnaies conventionnelles est mort », assure l’économiste Bernard Lietaer aux Echos. Et le phénomène ne se borne pas à nos frontières. Cet universitaire, qui a travaillé sur le lancement de l’euro, dénombre 5 000 monnaies parallèles dans le monde. Mais toutes n’ont pas les mêmes ambitions ni les mêmes modes de fonctionnement. Pour y voir plus clair et comprendre ce qui les différencie, je me suis penché sur l’exemple de Toulouse qui compte trois monnaies locales.

Le Sel Cocagne

Le Sel Cocagne est la doyenne des monnaies alternatives toulousaines. Les membres s’échangent sans argent des biens, des services et des compétences en se basant sur le principe du crédit mutuel. Pour obtenir des cocagnes, les usagers doivent proposer un service à la communauté. Sur leur site, ils donnent un exemple : « Jacques entretient le jardin de Marie et reçoit 90 cocagnes. Marie garde les enfants de Pascale et reçoit 80 cocagnes. Pascale tient à jour l’annuaire de l’association et reçoit 300 cocagnes. Plus tard, lors d’une bourse d’échange, Pascale se procurera auprès de Jacques une table à repasser pour 100 cocagnes. » Après l’échange, ils inscrivent la transaction sur le site web afin de mettre à jour leurs soldes de cocagnes.

A travers le monde, il existe environ 2500 associations de ce type réparties dans 25 pays dont 600 en France. Le Sel est appelé monnaie sociale, parce que les usagers décident des règles et peuvent générer eux-mêmes la monnaie qui sera utilisée sur un territoire déterminé. Le prix des biens et services proposés ne correspond pas forcément à leur tarif dans le commerce mais à la valeur que les usagers décident de lui donner.

Généralement, au sein des Sel, l’unité de mesure choisie est le temps (par exemple : 1 heure de travail = 60 cocagnes). Mais les usagers peuvent décider de donner plus de valeur à une activité pénible ou qui nécessite du temps de transport ou une longue formation. Les selistes (nom des usagers) se mettent également d’accord sur le fonctionnement de la monnaie et notamment le débit et le crédit maximum autorisé ou le type de produits et services acceptés.

Comme le Sel Cocagne n’est pas lié à l’euro, tout le monde peut participer sans considération pour la taille de son portefeuille. Chacun est amené à se demander ce qu’il pourrait bien apporter au collectif, ce qui permet de valoriser des compétences non reconnues par le marché (cours de langue ou de musique, garde d’enfants, coup de main au jardin...).

A la fin des années 90, trois selistes ont été traînés devant les tribunaux pour travail au noir. Il ont été relaxés en appel car les conditions retenues pour le travail clandestin n’étaient pas réunies. En règle générale, la pratique du SEL est légale tant que les personnes et les services proposés ne sont pas répétitifs et ne rentrent pas dans le cadre de leur activité professionnelle.

Sol Violette

En 2011, une nouvelle monnaie alternative a été lancée à Toulouse. Elle fait partie de la trentaine de Monnaies locales complémentaires (MLC) en circulation en France. Selon Andrea, une des fondatrices, « la monnaie locale complémentaire vient compléter un vide laissé par les monnaies-temps comme le SEL Cocagne. Certaines personnes ne vont pas aller au SEL car ils ont la sensation de ne pas avoir de temps », analyse-t-elle. En effet, la plupart des Sel, après une phase de croissance initiale, voient stagner le nombre de membres et d’échanges. Le Sol Violette entend donc toucher d’autres publics.

Pour obtenir des Sols, il suffit d’adhérer à l’association et de les échanger contre des euros dans une des deux banques partenaires (Crédit coopératif et Crédit municipal) sur la base de 1 € = 1 Sol. Une fois les billets sécurisés en main, les solistes (nom des usagers) peuvent les utiliser pour acheter une baguette, des produits d’épicerie, payer l’imprimeur ou encore le restaurant… En dépensant leur monnaie citoyenne auprès des 188 prestataires reconnus « respectueux de l’homme et de l’environnement », les 1 600 solistes actuels savent que leur argent servira à soutenir les commerces des environs.

Actuellement, plus de 60 000 Sols sont en circulation avec pour vocation de redonner à la monnaie son utilité première : fluidifier les échanges. Ainsi, les monnaies locales complémentaires sont en général fondantes, c’est-à-dire qu’elles perdent de leur valeur au cours du temps. Ceci afin de pousser à l’échange plutôt qu’à l’accumulation. Par exemple, le Sol Violette circule environ trois fois plus que des euros et donc de permettre plus d’échanges avec la même quantité de monnaie.

Autre atout, la monnaie locale permet de placer son argent auprès de banques « éthiques » plutôt qu’auprès de banques crapuleuses, permettant ainsi de développer la force de frappe des premières et de limiter la capacité de nuisance des secondes. En outre, les euros déposés dans les banques partenaires sont utilisés pour financer des projets locaux et solidaires.

Même si elle est encore un lilliputien monétaire, ses créateurs la voient comme un outil « d’éducation populaire » qui permet aux utilisateurs de se réapproprier la monnaie et de comprendre son fonctionnement. Andrea parle « d’aventure apprenante ». En effet, les usagers, répartis en quatre collèges (solistes, prestataires, partenaires et fondateurs) décident ensemble des règles de fonctionnement et des grandes orientations de la monnaie. Pour cette femme énergique, cela « revient à reconstituer une communauté politique, à se poser la question des valeurs, se demander ce qui compte pour nous. On apprend à trouver un consensus ou le consentement, et même à rédiger des motions parlementaires. »

En effet, le mouvement Sol, à Toulouse et ailleurs, a réalisé un travail de lobbying citoyen auprès des autorités pour faciliter la reconnaissance et le développement de cette monnaie. Il a d’abord obtenu l’agrément de la Banque de France et, l’année dernière, les monnaies locales complémentaires ont obtenu un statut légal dans la loi sur l’Economie sociale et solidaire. Un rapport commandé par deux ministères encourage également le développement des monnaies locales. Les membres du Sol veulent maintenant pousser les collectivités à accepter des paiements en MLC. Certaines se sont déjà lancées notamment à Boulogne-sur-mer où les usagers peuvent payer leurs transports en Bou’sol.

L’Oseille

Depuis quelques mois, les Toulousains peuvent opter pour une troisième monnaie alternative, l’Oseille, créée par les membres de la Coopérative intégrale Toulousaine. Après avoir longuement étudié le Sel Cocagne et le Sol Violette, ils ont décidé de lancer leur propre moyen d’échange.

« Ce qui me gêne d’abord, c’est que le Sol est indexé sur l’euro, ce qui veut dire que pour obtenir des Sols il faut avoir des euros et qu’on subit ses variations », fait remarquer Vincent, un des premiers utilisateurs. A l’inverse l’Oseille n’a aucun lien avec l’euro, c’est une monnaie sociale qui fonctionne sur le même principe que le Sel Cocagne. Les membres génèrent eux-mêmes leur monnaie en proposant des activités à la communauté sans avoir besoin des banques et la comptabilité est tenue grâce à un logiciel open source (dont le code est accessible à tous) dédié.

« Je vois l’Oseille comme la possibilité d’une monnaie sociale indépendante des pouvoirs politiques, ce qui n’est pas le cas du Sol », poursuit Vincent. Les membres de l’Oseille arguent que les monnaies locales complémentaires sont grandement dépendantes de la volonté politique locale (pour les subventions) et nationale (pour la réglementation). A Toulouse par exemple, pas loin de la moitié du budget de fonctionnement provient des collectivités et notamment de la mairie. Ainsi, lorsque celle-ci a changé de bord l’année dernière, les membres ont cru qu’ils allaient devoir faire une croix sur une partie de leurs financements.

Une dépendance que Frédéric, un des fondateurs du Sol Violette, revendiquait lors d’un entretien en 2013 : « Les intérêts des consommateurs et des producteurs sont différents et peuvent même s’opposer, tandis que la collectivité est censée être garante de l’intérêt général », tentait-t-il de convaincre.

Au sein de l’Oseille et du Sel, il n’y a pas différence entre les producteurs et consommateurs, ils ont tous les mêmes prérogatives et échangent entre eux sur un pied d’égalité. Il ne s’agit pas simplement de consommer local et éthique, « c’est un autre modèle de société », défend Vincent.

Les initiateurs de l’Oseille reconnaissent par contre que les différences avec le Sel Cocagne sont minimes mais selon eux, dans le Sel, la démocratie interne est imparfaite et le logiciel utilisé pour les échanges n’est pas un logiciel libre. « L’Oseille est une expérimentation où on essaie de comprendre ensemble le fonctionnement de la monnaie, les avantages, les limites. Pour expérimenter les choses de façon fine, il est plus intéressant de repartir de zéro », justifie Romain.

Qui va payer pour les hôpitaux ?

C’est sur le terrain politique que ces monnaies se distinguent. Selon Smaïn Laacher, auteur de Les SEL, une utopie anticapitaliste en pratique, cette forme d’échange est « une critique du statut et de la vocation de l’argent comme mode dominant de régulation de l’économie capitaliste ». Pour autant, les Sel revendiquent rarement un positionnement politique clair. Les utilisateurs de l’Oseille, eux par contre, ne cachent pas leur radicalité. Leur but : se passer progressivement de l’euro, de l’Etat et des banques.

Le Sol Violette affiche des ambitions plus modestes. Il veut relocaliser l’économie et la rendre plus humaine en développant l’économie sociale et solidaire. Comme son nom l’indique, cette monnaie locale complémentaire vient en complément de l’euro dont elle pallie aux manquements et aux dysfonctionnements. Pour autant, les défenseurs du Sol Violette sont également très critiques envers l’euro et le système bancaire, mais ils considèrent qu’il est important d’être indexé à l’euro pour ne pas se soustraire à la solidarité nationale. Les prestataires du Sol Violette versent en effet la TVA à l’Etat et paient leurs charges en euros, contrairement aux utilisateurs de l’Oseille et du Sel Cocagne qui eux ne versent rien au Fisc pour les prestations proposées, considérées comme des coups de main occasionnels.

« Mais qui va s’assurer des solidarités ? On n’aura plus d’hôpitaux tels qu’on les connaît ? L’éducation gratuite pour tous, elle va passer où ? Je pense qu’on a besoin d’un Etat pour définir collectivement des minimums communs comme l’éducation ou la santé. Et aujourd’hui, tout cela se paie encore en euros », argue Andrea. Les membres de l’Oseille font le pari inverse. De sensibilité libertaire, ils entendent mettre en place des services publics coopératifs contrôlés par les usagers et qui ne nécessiteraient plus d’intervention étatique.

Une question de pureté

« Le Sol est moins propre et pur que l’Oseille car il est encore en lien avec l’euro et essaie de composer avec le monde actuel : on ne change pas le monde du soir au matin. On a besoin de pureté car ça contribue à aller de l’avant, mais il faut des gens qui se salissent les mains », défend Andrea.

Du côté de l’Oseille, même discours. « On s’enrichit dans la diversité. Maintenant que les deux modèles existent, on peut communiquer et s’enrichir mutuellement. Je pense que chaque groupe a des choses à apporter à l’autre », avance Fredo, qui a passé six mois avec l’équipe du Sol Violette avant d’opter pour l’Oseille.

« Il est amusant d’avoir un éventail de monnaies sociales avec des noms différents qui forment un paysage bigarré, reflet de toutes ces communautés qui s’essayent à d’autres modes de partage et de solidarité. C’est aussi une garantie contre la mainmise et le contrôle d’un petit groupe sur un élément partagé par une plus grande communauté », ajoute Jean-Louis qui précise qu’une parité entre Sel et Oseille est envisagée afin que des utilisateurs partageant des mêmes buts puissent échanger entre eux. Les membres du Sol Violette ont également engagé la réflexion avec le Sel Cocagne pour voir s’ils pourraient rendre compatibles les deux monnaies.

Ensemble ou chacun de leur côté, ces banquiers alternatifs proposent à ceux qui le veulent des voies diverses pour reprendre leur vie en main en utilisant la monnaie, outil qui a servi jusque là à nous asservir.

L’Etat et la technique s’unissent contre la démocratie Joël Decarsin Reporterre 2015/06/26 Joël Decarsin (26 juin 2015) L’Etat et la technique s’unissent contre la démocratie. Reporterre. Tribune — Culture et idées fr

L’Etat et la technique s’unissent contre la démocratie

Dans une société devenue « toute entière technicienne », « le capitalisme n’est pas tant le problème que le ’mariage sacré’ État-Technique. » Ce mariage fait reculer les libertés, en s’appuyant sur l’addiction généralisée des populations aux produits et usages technologiques.

Autrefois - et pendant des siècles - simple prolongement du corps, la technique a progressivement changé de statut : elle qui n’était qu’un ensemble de moyens permettant de parvenir à des fins constitue désormais une finalité à part entière, une promesse de bonheur, une idéologie en bonne et due forme. De fait, tout laisse à penser qu’elle représente "la préoccupation de l’immense majorité des hommes de notre temps de rechercher en toutes choses la méthode absolument la plus efficace", pour reprendre la célèbre formule de Jacques Ellul.

Or, malgré les technoprophéties des transhumanistes, cette idéologie s’exprime rarement au travers de textes manifestes, comme c’était par exemple le cas au XIXe siècle avec le scientisme : elle est subliminale, fortement ancrée dans l’inconscient collectif.

La plupart des humains considèrent en effet les techniques comme "neutres", "ni bonnes ni mauvaises", et s’évertuent à croire que "tout dépend de l’usage que l’on en fait". Comme s’il suffisait de ne pas utiliser internet pour se mettre à l’abri d’ondes hi-fi ! Le "progrès technique" constitue aujourd’hui l’horizon d’attente de l’humanité : nos congénères, dans leur immense majorité, se départissent de tout sens critique à son égard au point que plus les technologies envahissent leurs vies, et même leurs corps, plus ils s’y conforment servilement et en réclament de nouvelles. Cette addiction généralisée est la marque d’une aliénation d’un type totalement nouveau, qui est parfois ressentie comme telle mais n’est jamais vraiment analysée comme il se devrait : une pandémie mentale.

L’illusion politique

Quel est le rapport entre l’idéologie technicienne et l’État et pourquoi organiser des rencontres à ce propos (voir au pied de cet article) ? Au fil du temps, l’État s’est transformé en une "machine" gigantesque et complexe, dotée d’une multiplicité de services interconnectés et recourant à une multiplicité de techniques organisationnelles et de propagande. Une majorité d’humains attendent de lui toutes sortes de solutions à leurs problèmes, tant en matière de santé, d’enseignement et d’économie que dans les domaines des transports ou de la recherche scientifique : l’État joue très exactement le rôle que jouait la providence avant que nos sociétés ne se sécularisent.

Au détriment de la démocratie - mais avec pourtant l’assentiment général - une myriade d’experts et de conseillers techniques prennent l’État en main, le considérant comme une "affaire à gérer". Les "chefs" d’État, dont les médias entretiennent l’image de leaders prenant des décisions réfléchies et efficaces et maîtrisant tous les circuits, sont en réalité dépassés. Non pas parce que l’État est devenu technocratique, comme on l’entend parfois dire, mais parce que la société toute entière est technicienne (... et non post-industrielle, terme qui ne veut strictement rien dire).

Dans ce contexte, "l’impuissance de l’homme politique est voilée par la puissance et l’efficacité des moyens d’action qui interviennent toujours plus profondément dans la vie quotidienne. Fût-il dictateur, il n’en a finalement aucune maîtrise. Réciproquement paraît l’illusion du citoyen qui, vivant encore sur l’idéologie de la souveraineté populaire et des constitutions démocratiques, croit pouvoir contrôler et orienter le cours des choses. » (Ellul, L’illusion politique, 1965)

Le « mariage sacré » État-Technique

Tout au long du XXe siècle, la plupart des intellectuels se sont polarisés sur l’antagonisme entre le capitalisme et le communisme, sans réaliser que ces deux systèmes s’appuyaient sur une même base, le productivisme, lui-même boosté par l’idéal du progrès technique et validé par les États, quelle que soit leur coloration politique. Aujourd’hui encore, qui est prêt à reconnaître que le communisme n’a été qu’un capitalisme d’État ? Et qui veut bien admettre, y compris dans les sphères militantes, que le capitalisme (au sens usuel du terme) ne serait rien, ou bien peu de chose, sans, d’une part la fascination exercée par la high tech et les grands groupes qui la génèrent (Apple, Google, Facebook, etc.) ; sans d’autre part le pouvoir de légitimation de ces sociétés par l’État ?

La synergie entre Technique et État a beau être considérable et déterminante, ses fondements ne sont pour ainsi dire jamais analysés. Les esprits keynésiens, qui voient dans l’État un outil de régulation du capitalisme, et même les militants anti-capitalistes, peuvent-ils saisir un jour que le capitalisme n’est pas tant le problème que le « mariage sacré » État-Technique, qui le stimule toujours plus ?

C’est tout l’effort que nous déployons dans notre association. Faut-il pour autant diaboliser l’État et vouloir le dissoudre, comme bon nombre d’ultra-libéraux et d’anarchistes, chacun de leurs côtés, en rêvent ? C’est en revanche un pas que nous ne voulons pas franchir, tant les problèmes nous semblent beaucoup trop ancrés dans les consciences pour pouvoir rechercher dans l’immédiat des solutions en termes institutionnels.

Quoi qu’il en soit, ces questions ne peuvent trouver de réponses solides que dès lors qu’est reconnu un fait majeur : les chefs d’État reçoivent dans leurs palais les magnats de la high tech et mettent en place avec eux toutes sortes de « grands projets » pour la raison que, comme tant d’autres, ils sont subjugués par les technologies, inféodés à l’idéologie technicienne et totalement inconscients de l’être.

Au final, les consortiums États-entreprises s’avèrent extrêmement onéreux (constituant l’une des causes majeures de la dette publique), contre-productifs, voire inutiles et parfois même ultra-dangereux et nuisibles, comme l’ont démontré les catastrophes de Tchernobyl et Fukushima. Dans l’immédiat, bien peu semblent prêts à tirer les enseignements ultimes de ces tragédies, tant l’idéologie technicienne anesthésie les esprits. Au sein de l’association Technologos, nous œuvrons pour que celle-ci soit enfin reconnue comme telle, condition indispensable pour qu’elle soit un jour jugulée.

Résister à la démesure technicienne par les idées et par les actes

Pour approndir en commun cette réflexion, Technologos organise ses prochains ateliers d’été le mois prochain à Notre-Dame-des-Landes sur le thème de l’État.

Le projet d’aéroport international du Grand Ouest étant actuellement le plus médiatisé de ces « grands travaux imposés et inutiles » en raison de la résistance citoyenne qu’il suscite, il était naturel que Technologos soit invité un jour dans la ZAD. Chacun peut s’y inscrire mais, attention ! les places sont limitées et les inscriptions closes au 7 juillet.

Résister à la démesure technicienne par les idées et par les actes Ateliers d’été de Technologos 17-19 juillet 2015

Université autonome autogérée du Haut-Fay

Programme détaillé et inscriptions : ici

Fondée en 2012, Technologos est une association militante dont l’objectif est d’organiser un vaste débat public sur la place que prend la technique dans nos quotidiens.

Le jardin sans pétrole - Les trocs verts fleurissent sur le bitume Christine Laurent (Reporterre) Reporterre 2015/06/27 Christine Laurent (Reporterre) (27 juin 2015) Le jardin sans pétrole - Les trocs verts fleurissent sur le bitume. Reporterre. Jardin sans pétrole fr

Le jardin sans pétrole - Les trocs verts fleurissent sur le bitume

De tous temps les jardiniers ont échangé graines et plantes, et maintenant que les potagers s’installent dans les villes, les trocs verts fleurissent sur le bitume.

Dimanche matin, Léonie et moi sommes parties au jardin avec deux pieds de framboisier et un plant de mélisse. Ça bringuebalait un peu dans la sacoche mais les plantes sont arrivées entières au jardin. Nous les avons rapportées de chez nos amis déjà pourvoyeurs des cassissiers en 2013, cassissiers qui n’étaient alors que de minces rameaux de bois. Ils portaient juste quelques radicelles obtenues en les plongeant dans l’eau pendant quelques semaines.

Dix-huit mois plus tard, nous pouvons cueillir notre première production. Ils ne sont pas aussi prolifiques que leurs parents ! Ces derniers portent tant de belles grappes de fruits noirs que nos amis ont été obligés de les couvrir d’un filet pour tenir éloignés les oiseaux. Nos quatre arbustes nous ont donné en tout 320 grammes de fruits que nous avons transformés en un pot et demi de confiture, sitôt rentrées à la maison.

Nombre d’arbustes comestibles se multiplient ainsi par bouturage à partir d’un rameau de l’année qui ne demande qu’à être remis en terre pour donner vie à une nouvelle plante. De tous temps les jardiniers ont échangé graines et plantes, et maintenant que les potagers s’installent dans les villes, les trocs verts fleurissent sur le bitume. Nos deux framboisiers de l’Aisne ont pris place dans le jardin après un effort certain pour parvenir à ameublir la terre où nous les avons plantés.

Après l’assaut dévastateur de début juin, les campagnols sont maintenant plus calmes. A l’aide de la grelinette et de l’arrosoir, je parviens à combler les galeries qui pourraient mettre à mal les betteraves, carottes et choux dont les racines plongeaient dans le vide.

Pour l’instant la sécheresse reste le problème majeur et la dureté du sol est telle qu’il semble déserté par tous les animaux encore si actifs il y a trois mois.

De l’eau, de l’eau et encore de l’eau ! J’ai déversé au moins quarante arrosoirs sur les fraises, les poireaux, les salades, les courges, les maïs, les haricots, les choux, les carottes, les tomates, les basilics, la coriandre, la ciboulette, les fèves, les pois, les artichauts, les capucines, les framboisiers…

Ils devaient avoir bien soif les campagnols là-dessous !

Reporterre fait la pause, ce week-end Hervé Kempf (Reporterre) Reporterre 2015/06/27 Hervé Kempf (Reporterre) (27 juin 2015) Reporterre fait la pause, ce week-end. Reporterre. Édito — fr

Reporterre fait la pause, ce week-end

Quelle semaine, les amis ! La campagne de soutien au quotidien de l’écologie a magnifiquement démarré : un grand merci à toutes et à tous. Nous savons que vous êtes là, que vous nous soutenez, que vous êtes nombreuses et nombreux à savoir que, pour changer le monde, il faut une information libre, exigeante, pertinente, rigoureuse, et portée par l’écologie.

On se repose samedi et dimanche, comme notre ours, qui peut savourer les fortes informations de la semaine.

Vous savez quoi ? Les deux articles qui ont eu le plus de succès cette semaine sont ceux qui montrent que les citoyens et citoyennes, unis, peuvent remporter des victoires : aux Pays-Bas, la décision historique de la justice sur le climat, en Espagne les collectifs qui font plier les banques.

Qu’attendons-nous, en France, pour nous unir et faire fleurir le nouveau monde ? C’est notre espoir, à Reporterre, de nourrir avec l’information cette énergie qui monte.

De rappeler aussi, face au terrible déchainement de violence qui menace l’époque et a encore choqué le pays vendredi, que la paix est possible, que toutes les traditions spirituelles de l’humanité, y compris l’islam, cherchent l’unité entre les humains et avec le cosmos, et non pas les déchirements des uns contre les autres.

On se repose un jour. La campagne continue. Merci de nous soutenir, de faire circuler l’information que Reporterre existe, de diffuser notre lien de soutien. Très bon week-end, amies et amis.

« Le climat ? Bien sûr qu’on y pense. » Paroles d’habitants sur le changement climatique Emilie Massemin (Reporterre) Reporterre 2015/06/27 Emilie Massemin (Reporterre) (27 juin 2015) « Le climat ? Bien sûr qu’on y pense. » Paroles d’habitants sur le changement climatique. Reporterre. Reportage — Climat et quartiers populaires fr

« Le climat ? Bien sûr qu’on y pense. » Paroles d’habitants sur le changement climatique

Tous les mercredis, l’Association d’éducation populaire Charonne-Réunion organise des animations pour les familles. Reporterre a profité de l’occasion pour causer changement climatique avec les habitants de ce quartier populaire et métissé du XXe arrondissement de Paris. Point de discours scientifiques compliqués, mais une conscience aiguë du problème et un sentiment d’impuissance.

Sous ce joli rayon de soleil de juin, difficile de se préoccuper de dérèglement climatique. Mais pour Leïla, qui bavarde près de la fontaine de la place de la Réunion avec Karina, animatrice à l’AEPCR (Association d’éducation populaire Charonne Réunion), c’est une réalité qu’elle observe chaque année en Algérie, son pays d’origine. « Les producteurs augmentent les prix, parce qu’il n’a pas plu cet hiver et que les fortes pluies actuelles vont abîmer les récoltes, rapporte-t-elle surveillant du coin de l’œil son fils Anis. Mais les gens ne font pas attention, ils sont habitués à ces manigances avant le Ramadan. »

Antoine, technicien en montage et dépannage de climatiseurs, considère le changement climatique comme « un problème déjà connu de tout le monde ». « Moi je suis du Sénégal, les gens souffrent énormément, la mer gagne les terres et les maisons s’écroulent », raconte-t-il. Le cycle des saisons est également bouleversé : « Il fait de plus en plus chaud. Par exemple, à Dakar, avant on ne dépassait pas les 26°C. Maintenant, on monte jusqu’à 40°C, c’est énorme. »

« En Côte d’Ivoire, les inondations ont fait plein de morts »

Un peu plus loin, Fatou, assistante maternelle, distribue gobelets de grenadine et quatre-quart aux enfants. La Côte d’Ivoire, son pays d’origine, est également touché, observe-t-elle. « Normalement, en août, c’est la saison des pluies. Et moi j’étais là-bas, il faisait 44°C, il n’y a pas eu de pluie, ça faisait peur à tout le monde. Puis quand on a eu les pluies, il y a eu des inondations et plein de morts. »

Fatou ne sait pas trop comment agir, alors elle commence par faire le tri. Pour elle, le lien entre climat et déchets est évident parce que « quand on jette certains trucs qui ne peuvent pas se détruire dans la nature, ou qui vont se détruire dans cent ou deux cents ans, on sait que ça va forcément nous péter à la gueule un jour ! ».

« On assiste à du terrorisme urbain »

Arrive Ghislaine, en robe orange et bleue. « Mais qu’elle est belle ! », s’exclame-t-elle en embrassant Fatou. Sans emploi suite à un licenciement économique, cette quinquagénaire bavarde et chaleureuse s’attaque à l’aménagement du quartier, symbole à ses yeux d’un système émetteur de gaz à effet de serre. « Je trouve qu’on assiste à du terrorisme urbain. Il y a plus d’immeubles qui poussent que de jardins. On a beaucoup de voitures polluantes. C’est la surenchère. »

Mais « en tant que personne individuelle, je ne peux rien faire, parce qu’il y a les lobbies, estime-t-elle. Ce qui fait la différence dans cette affaire, c’est celui qui a le pognon. » Elle envisage de se remettre à la politique ou espère gagner à l’Euromillion, pour « changer le quartier » : « Pourquoi ne pas faire un champ avec du foin, de l’orge ? Pour moi, quand un retraité sort, il faut qu’il puisse aller dans le jardin, se rincer avec l’eau fraîche d’une fontaine et cueillir un petit coquelicot. »

Protéger la planète pour ses enfants

Assise sur un banc, Anna, intermittente du spectacle, prend le soleil. Sa prise de conscience du changement climatique est liée à la naissance de son fils, Milo, aujourd’hui âgé de quatre ans. Pour ne pas lui laisser une planète polluée, elle s’est mise à acheter bio et en vrac pour limiter les déchets, et s’astreint au tri sélectif. « Mais je ne suis pas obnubilée par ça non plus, sourit-elle. Mon fils, je continue à lui mettre des couches, alors que je sais bien que c’est extrêmement polluant. »

A côté d’elle, Sonia, pointe les contradictions de la politique française en matière de lutte contre les émissions de gaz à effet de serre. « La France est assez engagée malgré les capotages sur la circulation alternée pendant les pics de pollution. Il y a le projet du Grand Paris, dont la visée est d’avoir moins de voitures. Mais il y a des choses pour lesquelles c’est un peu incohérent, j’ai cru comprendre, pour le gaz de schiste par exemple, relève l’éducatrice. Ce qui est intéressant c’est qu’au niveau des établissements scolaires, ils essaient de sensibiliser les enfants dès le plus jeune âge. Du coup, mon fils arrive en disant qu’il faut faire le tri. »

« Personne ne respecte »

Peu à peu, la place se vide. Un groupe d’ados reste à chahuter autour d’un banc public. Mamadou, 14 ans, est au courant des problèmes de pollution. « Personne ne respecte, juge-t-il. Il y a plein de voitures qui polluent avec leurs pots d’échappement. Alors qu’il y en a moins, par exemple, qui fonctionnent à l’électricité. » Par contre, aucun n’a entendu parler de changement climatique. « On ne sait pas s’il va faire plus chaud dans les prochaines années, seul Dieu le sait », tranche Bakari, 13 ans.

Assis à l’ombre d’un arbre, André, préparateur de commandes en fruits et légumes, regarde les derniers enfants partir. Il est sceptique quant à la lutte contre le changement climatique : « Le dernier mot revient aux politiques. Qu’est-ce qu’on peut faire ? Manifester, c’est tout ! » Sans compter que c’est un sujet « très complexe », juge-t-il. « Les émission de gaz à effet de serre viennent de plusieurs endroits, les usines, les voitures. Or, l’essence fait rentrer beaucoup d’argent à l’État. Les usines font travailler les gens. Il faut y aller mollo, mollo... »

Nourrir l’humanité c’est un métier Compagnie Art & tça Reporterre 2015/06/27 Compagnie Art & tça (27 juin 2015) Nourrir l’humanité c’est un métier. Reporterre. Culture et idées fr

Nourrir l’humanité c’est un métier

Pour comprendre le déclin de l’agriculture familiale, deux acteurs, dont un fils d’agriculteur, ont entrepris un nécessaire projet de théâtre documentaire. Ils ont récoltés des témoignages d’une réalité paysanne qui ne laissent pas indemne. Sur scène, l’ambiance d’une cuisine familiale, un large écran témoin suspendu, et, partout, cette odeur organique de terre fraîche et de paille.

« Les acteurs donnent vie, avec beaucoup de respect et d’humilité, aux agriculteurs qu’ils ont rencontrés. Un spectacle bouleversant d’humanité alliant réel, humour et poésie…une belle œuvre d’art et un salutaire travail de conscientisation. » Le Soir.

Nommé « Meilleure découverte » au Prix de la critique Belge 2014.

En lien avec le milieu associatif et agricole, la Cie Art & tça, organise des moments d’échanges, de réflexions et de rencontres avec les publics après chaque représentation et ponctuellement dans différents pôles culturels de la ville.

- Une présentation du spectacle en vidéo :

Au Festival off d’Avignon en juillet

Après plus de 140 dates en 2 ans et autant de débats et rencontres, la Cie Art & tça, le Théâtre National de Bruxelles, les Provinces de Liège et du Luxembourg, présentent « NOURRIR L’HUMANITE C’EST UN METIER » au festival off d’Avignon dans le cadre d’un partenariat avec la Région Champagne Ardenne, et son opération Champagne-Ardenne en Avignon.

REPRÉSENTATION du 6 au 22 juillet à 22h30 - Relâche les 10 et 17 juillet à la « Caserne des Pompiers » - 116 rue de la Carreterie - Réservations indispensables : +33 (0)4 90 84 11 52

Création collective

Conception, écriture et interprétation : Charles Culot et Valérie Gimenez

Ecriture et mise en scène : Alexis Garcia

Assistant mise en scène : Camille Grange

Conseiller artistique : Jos Verbist

Régie générale : Jean Louis Bonmariage

Régie Son : Florian Braibant

Création costume : Annabelle Locks

Administrateur : David Daubresse

Ecoutez Reporterre sur Nova - L’information est un bien commun Par Barnabé Binctin (Reporterre) Reporterre 2015/06/29 Par Barnabé Binctin (Reporterre) (29 juin 2015) Ecoutez Reporterre sur Nova - L’information est un bien commun. Reporterre. Biens communs fr

Ecoutez Reporterre sur Nova - L’information est un bien commun

- Jeudi 25 juin 2015

- Ecouter ici la chronique de Reporterre, par Barnabé Binctin :

- Consulter le dossier Biens communs

- Image : Jeanne Emard

La chronique de Reporterre, tous les jeudi à 18 h 10 sur Radio Nova, dans l’émission « 2h1/4 avant la fin du monde », animée par Marie Misset et Armel Hemme.

« L’occasion de faire le point sur les combats et débats quotidiens de l’écologie ».

A écouter sur... et bien voici la carte des fréquences, selon le lieu où vous habitez.

Les zadistes de Sivens sont toujours bien là Marine Vlahovic (Reporterre) Reporterre 2015/06/29 Marine Vlahovic (Reporterre) (29 juin 2015) Les zadistes de Sivens sont toujours bien là. Reporterre. Sivens fr

Les zadistes de Sivens sont toujours bien là

Que sont devenus les zadistes de Sivens ? Quatre mois après leur expulsion de la zone humide du Testet, une centaine d’opposants au projet de barrage se sont réunis dimanche 28 juin à Toulouse pour recréer une ZAD d’un jour

- Toulouse, correspondance

Des photos de la zone humide et de manifestations trônent à l’entrée de La Chapelle, le plus ancien squat de Toulouse. Bien que située à quarante kilomètres, la ZAD du Testet est bien présente. Une centaine de ceux qui ont occupé cette zone à défendre pendant quelques mois ou plusieurs jours se pressent à l’ombre des arbres du jardin dans une ambiance estivale.

Fatima, papillonne d’un groupe à l’autre et affiche un large sourire. La membre du collectif Tant qu’il y aura des Bouilles qui a organisé cette rencontre en soutien aux inculpés l’avoue : « Nous avions besoin de nous voir et surtout de nous retrouver dans un endroit où les pro-barrages ne font pas régner la terreur ». Depuis l’expulsion de la ZAD le 6 mars dernier, il a été en effet difficile pour les opposants au projet de retenue d’eau de se réunir dans le Tarn. « Il y règne un climat de peur depuis le blocage de la ZAD par les agriculteurs de la FDSEA » vitupère Fatima : « On a été disséminés, cassés et criminalisés, mais le moral remonte ».

"Cette histoire n’est pas finie"

Les pieds nus dans l’herbe, A. croque dans son sandwich. « Tout le monde a vécu des moments difficiles après le Testet », explique le jeune homme de 26 ans. « Je rêve souvent des gendarmes mobiles. C’est toujours le même scénario : ils me coursent et je me cache dans les bois pour leur échapper ». Arrivé au Testet l’été dernier, il s’était installé dans la Maison des Druides, un lieu peuplé de pacifistes et perché sur les hauteurs de la forêt. La maisonnette a été attaquée quatorze fois par les forces de l’ordre en l’espace de quelques semaines seulement. « Après la ZAD, j’ai ressenti un grand besoin de calme et de prendre le temps de raconter cette histoire ». Il propage le récit de Sivens lorsqu’il fait du stop pour se rendre à Notre-Dame des Landes ou auprès de sa famille : « Parce que je n’allais pas bien, je me suis beaucoup rapproché de ma soeur, qui a enfin commencé à comprendre ce que je faisais », confie-t-il.

« Moi j’ai passé un moment à déprimer chez mes parents », renchérit « Chep-Chep » qui a rejoint la tablée. Ses yeux légèrement bridés se plissent sous le soleil de plomb. Après quelques passages furtifs sur les ZAD d’Oléron et d’Agen, l’ex-étudiant en environnement a regagné le domicile familial le temps de s’acheter un camion. « Je vais arrêter de militer comme je le faisais avant et parcourir les lieux de lutte plutôt que d’aller dans des manifestations classiques ».

« Nemo », son voisin, a quant à lui choisi de s’établir dans une communauté Emmaüs pour retrouver une vie collective. « Ca change du tout au tout » explique le jeune Lorrain. « A la ZAD, on nique le système. Là-bas, il faut expliquer pourquoi il ne fonctionne pas ».

Autour des tables et des stands d’information, les conversations sont nostalgiques mais pas résignées. « Cette histoire n’est pas finie » veut croire Chep-Chep, « en tout cas tant qu’on ne se désamorce pas le nouveau projet de barrage ». Comme beaucoup d’autres, il n’est pas encore retourné sur la ZAD pour constater l’étendue des dégâts. « J’ai peur d’y aller et de voir cette destruction », souffle Sylvie. A l’âge de 45 ans, la guide naturaliste estime avoir effectué un « virage radical » après son passage au Testet. « Je vais m’installer dans une ferme en communauté pour sortir au plus vite de ce monde pourri jusqu’à la moelle. » L’expérience de Sivens, dit-elle, lui a sorti la tête du sable, et elle ne souhaite pas la replonger dedans.

Livres ouverts

« Avis aux anciens zadistes et aux nouveaux zadistes. La bibliothèque est ouverte ! » Munie d’un mégaphone, une jeune femme se faufile dans la foule. Deux têtes se penchent sur un panneau où sont écrits plusieurs titres. « Tiens, ’Le Testet de Z à A en passant par D’, ça me paraît pas mal mais c’est difficile de trouver un coin pour lire », plaisante Michèle. Les livres ouverts, ce sont les zadistes eux-mêmes, qui racontent leur histoire en comité restreint à ceux qui veulent bien l’écouter. « Sglut » et ses deux lectrices trouvent refuge dans la pénombre de l’ancienne chapelle aménagée en cabaret.

Les deux femmes d’un âge avancé le pressent de questions. « C’est une philosophie de vie ? » s’enquiert Joëlle, venue du Gers pour l’occasion. « Parce que les gens de la région disent que les zadistes sont des sauvages qui ne foutent rien et profitent de tout », ajoute Michèle. Le jeune homme, qui a passé un an et demi au Testet, explique d’une voix calme : « Je n’ai pas choisi cette vie, mais de m’investir dans une lutte. On était soutenu aussi par certains agriculteurs, mais qui étaient moins visibles que les pro-barrages ». Ses deux auditrices, avides de récit, estiment qu’elles ont été mal informées. « Les grands médias ont raconté n’importe quoi » s’écrie Michèle : « Mais on avait quand même conscience qu’il se jouait quelque chose. Les gens ne se faisait pas castagner pour rien non ? »

Les petits groupent se forment et se déforment. « Ce sont des lieux d’expression collective comme cela qui sont en train de disparaître » regrette une participante. Tita hoche la tête en signe d’approbation. Il a quitté la ZAD bien avant l’expulsion et après « des mois passés dans le flou », il n’hésite pas à remettre tout en question. « Le 25 octobre dernier, Rémi Fraisse est mort parce qu’on a été débile et mal organisé. A quatre mille, on aurait pu faire reculer les flics de manière pacifique au lieu de laisser se dérouler les affrontements. La ZAD, c’est une utopie non-réalisée,parce que ce jour là, on a perdu ».

La justice frappe fort

Une réunion plus formelle a cédé la place aux témoignages bruts et directs. Autour de Claire Dujardin, l’avocate qui défend bon nombre d’inculpés de Sivens, les membres du Collectif pour la sauvegarde de la Zone Humide du Testet et les zadistes font le constat des violences policières qui ont émaillé les mois d’occupation. La lutte contre le barrage est également au menu des discussions. « On a un an devant nous pour se retrouver », affirme Fatima. Mais les mois qui viennent seront consacrés au suivi juridique des personnes inculpées.

Charlie fait partie des soixante-dix cas d’inculpation répertoriés. Le clown activiste (en photo à la tête de l’article) arrêté en novembre dernier à Toulouse lors de la première manifestation d’ampleur après la mort de Rémi Fraisse a écopé en appel de deux mois de prison ferme. Accusé d’avoir jeté des pierres sur des policiers, il espère se pouvoir en cassation pour prouver son innocence. Ces derniers mois, « Charlie le clown » a vécu pour la première fois la vie d’un « condamné » :

- Ecouter Charlie :

Charlie ne sait pas encore s’il passera par la case prison ou si sa peine sera muée en travaux d’intérêts généraux. « Beaucoup de dossiers ont été confirmés ou aggravés en appel », constate Claire Dujardin. « Et au vu des profils, c’est scandaleux car ils avaient un casier judiciaire vierge ».

Pour prendre le pouls des condamnations à venir, l’avocate et les zadistes réunis attendent avec impatience la décision de justice concernant l’affaire de Yannick et Gaëtan qui doit être rendue mercredi 1 juillet par la cour d’appel de Toulouse. Les deux Tarnais avaient été condamnés pour violences volontaires sur des dépositaires de l’autorité publique lors de leur arrestation musclée à la ZAD. Au cours du procès, la juge et l’avocat général avaient eu le loisir de voir et revoir une vidéo amateur.. qui montrait clairement que le gendarme victime de plusieurs jours d’ITT avait été blessé par un des ses collègues.

« Il faut se réapproprier le vent » Entretien avec Thomas Plassard Reporterre 2015/06/29 Entretien avec Thomas Plassard (29 juin 2015) « Il faut se réapproprier le vent ». Reporterre. Entretien — Énergie fr

« Il faut se réapproprier le vent »

Thomas Plassard anime l’association Tripalium, qui forme des néophytes et des curieux à l’auto-construction d’éolienne Piggott. Une façon pour lui de se réapproprier l’énergie du vent et les énergies en général. Rencontre avec un homme passionné et engagé.

Thomas Plassard est un passionné d’éolienne, il en a fabriqué une cinquantaine dans sa vie. Depuis 2005, il forme des débutants, des bricoleurs, des curieux, des retraités, des étudiants, bref, tous ceux qui le souhaitent, à la construction d’éolienne Piggott, cet éolienne robuste, accessible à tous et inventée par un écossais il y a quarante ans. Il participe ainsi à une démarche encourageant les gens à se réapproprier les énergies, trop souvent monopolisées par les grandes entreprises.

Reporterre - Comment avez-vous commencé à vous intéresser à l’éolien ?

Thomas Plassard - Ma passion pour l’éolien est née en Bretagne sur une réflexion autour du nucléaire. En Bretagne, on a réfusé les centrales mais rien n’a été mis en place. Alors que c’est une région où le vent tourne tout le temps, il a même un côté oppressant. Avec les éoliennes, on transforme quelque chose qui nous oppresse en énergie. C’est une façon de faire d’un obstacle un passage. En plus de ça, j’adore tout ce qui tourne. L’éolienne a un côté très ludique, un peu comparable à une bicyclette.

Comment cette passion vous a conduit à Tripalium ?

J’ai travaillé quelques temps en Afrique pour une ONG qui installait des éoliennes manufacturées là-bas. Quand j’ai découvert le principe des éoliennes Piggott, j’ai essayé de développer ça là-bas, mais l’ONG n’y était pas favorable. Alors j’ai participé au premier stage animé en France par Hugh Piggott, et par la suite, avec les anciens stagiaires, on a essayé d’organiser nous-mêmes des stages sur le même principe, en créant Tripalium. Depuis 2007, on organise des stages de cinq jours dans lesquels on construit des éoliennes Piggott.

Quelle est la particularité de l’éolienne Piggott ?

Elle est, avant tout, faite par quelqu’un qui n’est pas un ingénieur. Hugh Piggott est un écossais qui vivait sur une presqu’île. Un pur autodidacte, un mec qui n’a ni un bagage technique, ni un matériel très sophistiqué. Quand il a décidé de la construire, il en a fabriqué sept avant de réussir la sienne. Il est parvenu à un compromis très fort sur sa machine : elle est moins performante mais très robuste. Elle a été fabriquée directement, et pas conçue dans un bureau. Depuis sa création, elle a sans cesse été améliorée parce qu’Hugh Piggott l’a conçue dans un esprit coopératif. Quand ses voisins lui ont demandé de lui en construire une, Hugh a préféré leur montrer comment faire plutôt que de la faire à leur place. Il n’a jamais été dans une logique de production.

C’est dans le même esprit que se déroulent les stages Tripalium ?

Tout à fait, les améliorations viennent souvent des gens qui n’y connaissent rien. Un expert doit rendre un travail qui correspond à plein de cadres mais il n’a pas une vision globale qui peut lui permettre d’inventer. L’autorité et la hiérarchie brident ces personnes dans leur créativité. Alors que les néophytes, vont commettre des erreurs, des transversalités , ce qui se révèle, à la fin, être une forme d’amélioration.

Et au-delà de ces aspects collaboratifs, c’est important de construire sa propre éolienne. Quand tu veux être gentil et en offrir une à quelqu’un, ça ne marche pas. Une éolienne, c’est un peu comme le renard du Petit Prince, tu passes du temps pour l’apprivoiser et c’est ce qui fait sa valeur. En stage, on sculpte autant l’outil que le processus de formation du pilote. Une machine bien entretenue peut tourner pendant vingt ans, à condition de vérifier régulièrement si tout va bien, de la réparer… parce qu’elle est mise à l’épreuve du vent continuellement.

En quelque sorte, le pilote d’éolienne (le propriétaire de l’éolienne, selon Tripalium) est lié à sa machine ?

Oui, comme par un processus d’addiction. J’ai une éolienne dans mon jardin, que j’ai fabriquée moi-même. La rotation des pales a quelque chose d’hypnotique et j’ai besoin de la voir tourner au rythme du vent. Lorsqu’elle s’arrête, ça m’obsède et je la répare aussi tôt que possible pour voir ce qui ne va plus, je dois bricoler dessus. Parfois même, lorsqu’elle est exposée au vent pendant une tempête, et que moi je suis au chaud dans mon lit, je l’imagine et me demande « mais qu’est-ce que j’ai été mettre une machine à cette hauteur en plein vent ? ».

Il faut que le pilote soit attaché à sa machine pour que ce rapport fonctionne. Une éolienne demande un tel investissement, aussi bien financier que temporel, qu’il faut cet attachement de l’homme à la machine. A chaque stage, des personnes viennent en espérant en faire leur activité principale, et à chaque fois, ils sont déçus. En plus, la production d’une éolienne n’est pas rentable. Son électricité ne peut être revendue que 10 centimes du kilowatt (contre 40 centimes pour un panneau photovoltaïque).

Comment expliquez-vous le succès de ces stages ?

Les gens veulent s’approprier l’énergie du vent, et se réapproprier les énergies en général. Certaines personnes luttent contre les grosses éoliennes, mais ce n’est pas contre l’objet qu’ils luttent. Les grandes éoliennes standardisées sont comme le symbole de l’arrogance des grandes entreprises. Je ne suis pas contre les grosses éoliennes, elles sont nécessaires car des gens vivent en ville. Mais c’est la récupération industrielle par les anciens acteurs de l’énergie des énergies renouvelables qui révolte.

On nous présente toujours les énergies comme quelque chose dont on devrait avoir peur. Je me souviens, enfant, la première chose que j’ai lu c’est : « défense de toucher au fil, danger de mort ». On nous donne l’image de l’électricité comme quelque chose d’inatteignable. Il y a une forme de tyrannie de l’énergie qui bloque les individus. Et pourtant, le seul moyen de développer les énergies renouvelables, c’est de manière sauvage.

Pourquoi les grandes entreprises ne pourraient-elles pas développer les énergies renouvelables ?

Parce que c’est contre-nature d’imaginer que ce sont les grosses entreprises, celles qui veulent le pouvoir, qui vont nous donner du pouvoir. Il n’y a pas de pertinence de développement des énergies renouvelables par le marché ou par la société. Jusqu’à présent, toutes les énergies fossiles sont nées dans la violence : creuser la terre pour en arracher le pétrole, exploser l’atome pour en tirer de l’énergie, sans compter les violences internationales… Les énergies renouvelables, c’est exactement l’inverse, c’est une logique d’adaptation et une logique de « cueillir ». Il n’y a pas moins de vent quand on utilise une éolienne, et il n’y a pas moins de soleil après avoir installé un panneau solaire sur le toit.

Pensez-vous qu’on parle assez des énergies renouvelables ?

On pourrait même dire qu’on en parle trop d’une certaine manière, parce que plus on en parle, moins on le fait. Le traitement des énergies renouvelables est, d’une certaine manière, comparable à celui de la femme au niveau médiatique. Dans les publicités, dans les médias, la femme est partout. On assiste à une sorte de déification de la femme et pourtant dans les faits, elle est dominée par l’homme. Il y a un fossé entre la théorie et la pratique.

C’est un effet de mode aussi, les énergies renouvelables. D’ailleurs, le terme « énergie renouvelable » en lui-même est problématique, parce que dans « renouvelable », il y a « nouvelle ». Or, elles n’ont rien de nouvelles. Qu’est-ce qui nous a permis de découvrir de nouveaux continents ? C’est le vent. Qu’est-ce qui nous a permis de cultiver nos champs ? C’est le soleil. On préfère dire aux gens de regarder l’avenir plutôt que le passé pour que les gens ne puissent pas se dire : « Mais, mon grand-père était meunier ? Pourquoi je ne développerais pas moi-même une éolienne ? »

- Propos recueillis par Natacha Delmotte

« Il s’agit de quitter la terre » de Virginie Meunier Reporterre 2015/06/30 de Virginie Meunier (30 juin 2015) « Il s’agit de quitter la terre ». Reporterre. fr

« Il s’agit de quitter la terre »

« Il s’agit de quitter la terre », un film documentaire de Virginie Meunier.

25 ans après la parution des « Métamorphoses du travail » d’André Gorz, la réalisatrice revisite et interroge la pensée du philosophe, tout en s’entretenant avec six personnes aux parcours professionnels différents.

Ce film vous est proposé gratuitement ici.

Ayant été produit et réalisé dans des conditions minimales, vous avez la possibilité de SOUTENIR LE FILM à posteriori en cliquant sur « Faire un don pour cette vidéo » ou en organisant des projections publiques, éventuellement en présence de la réalisatrice. Vous pouvez également partager le lien.

Une victoire pour les médias libres : la justice abandonne les poursuites contre le site IAATA Marine Vlahovic (Reporterre) Reporterre 2015/06/30 Marine Vlahovic (Reporterre) (30 juin 2015) Une victoire pour les médias libres : la justice abandonne les poursuites contre le site IAATA. Reporterre. Libertés fr

Une victoire pour les médias libres : la justice abandonne les poursuites contre le site IAATA

Accusée « de provocation publique aux crimes et au délit » après la mise en ligne d’un article sur une manifestation anti-Sivens, une personne soupçonnée par la police d’être le directeur de publication du site d’information libre IAATA comparaissait lundi devant le tribunal, à Toulouse. Contre toute attente, le procureur a décidé d’abandonner les poursuites.

- Toulouse, correspondance

« Encore un procès à la con pour une histoire de merde. » La banderole noire aux inscriptions rouge sang flotte au vent. Une soixantaine de personnes sont rassemblées en face du Palais de Justice de Toulouse pour soutenir « 1 74 09 99 ». C’est par le début de son numéro de Sécurité Sociale que la personne incriminée a choisi d’être identifiée. En cause, un article paru le 1er mars sur le site d’informations participatif et alternatif IAATA (Information Anti Autoritaire Toulouse et Alentours). Ce texte titré « 21 février, les lapins de Garenne Acte 2 » se présente comme un récit du dernier rassemblement en soutien aux ZAD qui a défilé dans les rues de Toulouse.

L’auteur anonyme, comme tous les contributeurs de ce média libre, fait un compte-rendu succinct de cette manifestation qui a dégénéré en affrontements avec les CRS mobilisés, avant d’avancer des conseils pour les rassemblements à venir : renforcer la banderole de tête pour en faire un bouclier, renvoyer les grenades lacrymogènes ou rester soudés pour défendre et attaquer. Ces lignes ont poussé la police judiciaire à ouvrir une enquête au lendemain de la publication de l’article le 1er mars dernier.

"Attaque contre la liberté d’expression"

Dans l’air lourd de ce début d’après-midi et la fumée du barbecue installé pour l’occasion, les mines sont graves. « Le texte en soi n’est pas intéressant », souffle Nadia qui attend le début de l’audience. « Mais pourquoi n’aurions-nous pas le droit d’en parler ? » Elle qui réalise quotidiennement une émission sur l’actualité des luttes pour une radio associative parisienne estime que ce sont les médias libres qui sont attaqués : « Nous allons sur des terrains où les médias institutionnels ne se déplacent pas. Nous donnons la parole à ceux qui ne l’ont pas C’est notre rôle pour réfléchir à la transformation du monde », s’exclame-t-elle. Un attroupement se forme autour d’une buvette informelle pour patienter. Dans quelques minutes, « 1 74 09 99 » sera jugé dans le tribunal de grande instance. « De toute façon c’est une procédure sans queue ni tête », conclut Nadia en sirotant un pastis bio.

Repérant une adresse IP utilisée il y a un an et demi pour le renouvellement du nom de domaine internet de la plateforme participative, les policiers ont arrêté un Toulousain le 6 mai dernier à l’aube pour le placer en garde à vue. Le quadragénaire est soupçonné d’être le directeur de publication du site qui peut répondre au chef d’accusation de provocation publique aux crimes et aux délits. « Mais la loi de 1881 sur la liberté de la presse est faite pour les médias ’hiérarchisés’. C’est en quelque sorte un choc des cultures avec ce site internet participatif », remarque Raphaël Kempf, l’un des avocats de « 1 74 09 99 », qui pointe une attaque contre la liberté d’expression dans le contexte des manifestations anti-Sivens, réprimées très violemment.

"Ce fut court, mais ce fut intense"

Des grappes de personnes prennent place dans la petite salle d’audience. « Nous allons examiner plusieurs affaires de presse », annonce le Président du Tribunal. « 1 74 09 99 », qui ne s’était pas encore fait connaitre, s’approche de la barre, entouré de ses deux conseillers. S’ensuit une audience éclair d’une hallucinante absurdité quand l’on apprend que le parquet abandonne les poursuites : « J’abdique à la nullité de la citation », précise le procureur d’une voix haut perchée qui provoque un rire généralisé. « Ce fut court, mais ce fut intense », s’écrie un avocat présent aux cheveux blancs. La moitié de la salle, éberluée, se dirige vers la sortie.

« Mais est-on sûr qu’il ne sera pas inquiété ? » s’empresse de demander le comité de soutien. Les deux avocats affichent de grands sourires : « Le parquet a pris connaissance de nos conclusions où nous estimions que les motifs du chef d’accusation n’étaient pas assez caractérisés », explique d’un ton pédagogue Maître Jennifer Cambla. La procédure contre IAATA devrait s’arrêter là. « C’est rare et c’est une victoire », renchérit son confrère.

« 1 74 09 99 » est entouré d’une poignée de personnes. S’il a comparu pour quelques secondes à visage découvert, il souhaite rester anonyme. « Je ne veux pas me personnifier. Ce n’est pas moi qui est attaqué, c’est un état d’esprit. Toute cette affaire ressemble à une fin de manif’ quand il y a des vitres cassées, on t’attrape et on t’inculpe. »

Devant le tribunal, les soutiens sont toujours présents. « Le dossier était creux. Mais si ça avait été quelqu’un d’isolé ça aurait été un carnage », poursuit-il en rangeant avec les autres les enceintes et les décorations. Paul qui a fait le déplacement avoue que « c’est une bonne surprise, mais c’est une procédure abusive ». Assis sur les allées, faisant face au Palais de Justice, Georges regarde les manifestants partir un à un : « Tout ça, c’est pour nous mettre une pression constante, pour nous empêcher de critiquer la police alors qu’elle emploie des moyens démesurés. » La banderole noire et rouge est décrochée. « 1 74 09 99 » rentre chez lui, innocent.

Complément d’information : Comme de nombreux médias alternatifs, Reporterre avait apporté son soutien à IAATA dans cette circonstance où la liberté d’informer et de partager les opinions étaient en cause. Nous nous réjouissons de sa conclusion.

« Fukushima. Work in progress » : le théâtre pour raconter la catastrophe nucléaire Natacha Delmotte et Barnabé Binctin (Reporterre) Reporterre 2015/06/30 Natacha Delmotte et Barnabé Binctin (Reporterre) (30 juin 2015) « Fukushima. Work in progress » : le théâtre pour raconter la catastrophe nucléaire. Reporterre. Énergie fr

« Fukushima. Work in progress » : le théâtre pour raconter la catastrophe nucléaire

Comment mettre en scène un accident nucléaire ? Après Comment épouser un milliardaire et Marx et Jenny, Audrey Vernon relève le défi avec Fukushima. Work in progress. Une pièce étonnante qui retrace la gestion catastrophique du drame par les autorités et qui, alliant humour et théâtre d’objets, met côte-à-côte sur scène la firme Tepco et un paysan japonais.

Comment mettre en scène une catastrophe nucléaire ? Après l’entreprise artistique osée par Stéphanie Loïk sur Tchernobyl, Audrey Vernon s’est essayée à l’exercice théâtral pour raconter Fukushima. « En travaillant sur l’histoire de cet accident, la mise en scène est venue d’elle-même, sous la forme d’un théâtre d’objets », explique-t-elle modestement au sujet de cette création, Fukushima work in progress, qui a connu ses trois premières représentations au théâtre de l’Avant-Seine (Colombes) en mai dernier – et qui appelle, il faut l’espérer, d’autres dates.

Pompiers miniatures et figurines en plastique

La jeune comédienne a écrit elle-même cette pièce, sous la forme d’un duo sans dialogue : sur la scène, deux ensembles se confrontent, dans un rapport de force où jamais la parole ne s’adresse directement à l’autre partie. D’un côté, Tepco, l’entreprise qui exploitait la centrale de Fukushima, jouée par Audrey Vernon elle-même. De l’autre, un paysan japonais, droit, assis à même le sol, incarné par Xavier Mathieu, l’ancien leader syndicaliste des « Conti’ », reconverti acteur.

Sur un échafaudage en hauteur, éclairé de mille feux par la magnifique électricité que produit Tepco, sa représentante surplombe la scène, allégorie de cette entreprise qui revendique un contrôle total de la situation. Pourtant, en parodiant les procédures d’urgence, où des mels recommandent l’utilisation de brumisateurs pour « arroser une passoire », et en moquant les dessins animés diffusés à la télé pour faire oublier les pastilles d’iode délivrées trop tard, c’est bien sur le ridicule des heures qui ont suivi les événements du 11 mars 2011 qu’Audrey Vernon insiste.

L’artiste manipule des camions de pompier miniatures et autres figurines en plastique : « La façon dont ils ont géré la catastrophe, c’est un truc de bébé », explique-t-elle lorsqu’on l’interroge sur cette mise en scène originale. Si les jouets accentuent bien entendu l’amateurisme qui a gouverné ces missions de secours, ils symbolisent également l’inconscience du danger, qui semble avoir caractérisé nombre des dirigeants dans les premières heures de la gestion de crise. A l’image de l’extension, jour après jour, de la zone d’expulsion, et de l’élévation, comme si de rien n’était, du niveau de gravité de l’accident sur l’échelle de l’INES – de 4 à 5, puis de 5 à 6, jusqu’à 7 finalement, le niveau le plus élevé...

Sensibilisation de l’humour

Le contraste est saisissant avec le paysan japonais. Lui, ce n’est pas du danger qu’il est inconscient, mais des risques qu’il encourt. Et face à cette entreprise hors-sol, déconnectée de la réalité, il décide de rester sur sa terre natale. Alors que l’éclairage de Tepco baisse à mesure que la situation s’aggrave, de l’autre côté, Xavier Mathieu allume des bougies : l’homme joue littéralement avec le feu et n’apparaît aux yeux des spectateurs qu’à travers la lumière vacillante des bougies. La légère fumée qu’elles dégagent rappelle l’inoubliable : la radioactivité qui émane de la terre même pour laquelle il se bat.

Audrey Vernon cherche à interpeller : « C’est une énergie qui présuppose l’infini, tant dans la main d’œuvre que dans l’eau qui lui est nécessaire, estime l’auteure. Mais baser une industrie sur l’infini, c’est quelque chose de très étrange, non ? » En se fondant sur une recherche documentaire qui l’a notamment vu éplucher le rapport de l’IRSN (Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire) retraçant le déroulé précis des événements, presque heure par heure, Audrey Vernon offre un travail précis et pédagogique sur cette source énergétique : on apprend ce qu’est le corium, « cette lave chaude de cœur fondu », et on comprend comment l’eau de mer s’est rapidement trouvée contaminée par la radioactivité.

Mais il n’est probablement pas de meilleure sensibilisation que l’humour. Et Audrey Vernon use du cynisme avec beaucoup d’intelligence lorsqu’il s’agit d’expliquer, notamment, les faibles indemnités versées aux victimes : « Le prix du marché a considérablement diminué dans le quartier de Fukushima. » Et si tous les Japonais sont finalement appelés à payer la lourde facture, il faudrait presque trouver normal qu’aucune sanction intuitu personae n’ait été prononcée : « Condamner des personnes particulières n’aurait rien changé. »

Après Comment épouser un milliardaire et Marx et Jenny, Audrey Vernon poursuit donc son travail autour du capitalisme, dont le nucléaire semble ici exacerber la nature : un pouvoir arrogant, mensonger et destructeur. Mais, s’il n’y a plus de printemps à Fukushima, chante a capella Xavier Mathieu en clôture, « à quoi bon avoir été plus riche qu’un roi ? ».

Fukushima, Work in progress. Une légende japonaise, avec Audrey Vernon et Xavier Mathieu

Complément d’information

- Interview d’Audrey Vernon sur Fukushima blog - Présentation du spectacle sur le site d’Audrey Vernon - Présentation du spectacle sur le site de l’Avant-scène de Colombes

La climatisation solaire, l’arme écolo contre la canicule Aurélie Delmas (Reporterre) Reporterre 2015/07/01 Aurélie Delmas (Reporterre) (1er juillet 2015 à 09h38,) La climatisation solaire, l’arme écolo contre la canicule. Reporterre. Climat fr

La climatisation solaire, l’arme écolo contre la canicule

A l’heure où les climatologues annoncent des canicules répétées, la climatisation « classique », chère, polluante, et vorace en énergie, n’est certainement pas la solution miracle. Dans le sud de la France, une solution alternative émerge : la climatisation solaire.

Après le froid polaire, le froid solaire. Produire du froid en récupérant la chaleur du soleil, l’idée est séduisante en ces jours de forte chaleur, et c’est tout le principe de la climatisation solaire. Cette alternative aux énergivores climatiseurs « classiques », très en vogue ces dernières années en raison des températures estivales élevées, est une solution d’avenir.

En France, les bâtiments consomment 40 % de l’énergie finale et sont responsables de 23 % des émissions de gaz à effet de serre, rappelait en 2013 un rapport du ministère de l’Ecologie sur la rénovation énergétique des bâtiments. Or la plupart des climatiseurs utilisent des fluides dits frigorigènes constitués d’hydrofluorocarbones (HFC), qui font partie des six principaux gaz à effet de serre. « Si rien n’est fait », ces substances pourraient « représenter en 2050 jusqu’à 20 % de nos émissions mondiales » de gaz à effet de serre, avait même estimé Ségolène Royal en novembre dernier. « Le problème numéro un des climatiseurs, c’est la consommation d’énergie, qui est énorme, et le problème numéro deux, c’est la présence de produits réfrigérants », a résumé l’ingénieur Claude Aubert, co-auteur de Fraîcheur sans clim : le guide des alternatives écologiques.

De l’énergie disponible quand on en a besoin

Alors pourquoi ne pas utiliser l’énergie solaire pour lutter contre la canicule pendant les épisodes de chaleur ? « On a besoin de climatiser quand il fait chaud, et donc, quand on dispose d’énergie solaire », résume Marie Nghiem, ingénieure et cofondatrice de la société Hélioclim, dans les Alpes-Maritimes. Avec une poignée d’ingénieurs issus de l’industrie aérospatiale, elle développe en 2011 un système réversible de climatisation-chauffage solaire. Le principe est relativement simple : de l’eau est chauffée par l’intermédiaire de grands miroirs de trois mètres de long qui captent l’énergie solaire. Puis « simultanément, comme dans un frigo, on produit du chaud et du froid », résume Marie Nghiem. Autrement dit il est possible aussi bien de produire de l’air frais que du chauffage, mais aussi de l’eau chaude ou même des systèmes de réfrigération.

Cette technologie associe des capteurs solaires spécifiques et une machine à absorption, qui fonctionne avec un mélange eau-ammoniac. Elle ne produit pas de déchets car le liquide reste en circuit scellé, et ne rejette aucun gaz à effet de serre. « Comme l’énergie solaire est intermittente, on a un système de stockage qui permet, selon la taille de l’installation, de faire l’alternance jour-nuit voire de tenir sur quelques jours. Puis si la durée se prolonge, on peut alimenter la machine avec une autre énergie thermique comme du gaz ou de la biomasse », développe Marie Nghiem.

Le système, testé à petite échelle sur le site d’Hélioclim, sera installé pour la première fois sur un data center des Alpes Maritimes d’ici la fin de l’année.

Pas de consommation, pas de pollution

L’idée n’est pas nouvelle : « Faire du froid avec du chaud, le principe a été utilisé dans les usines dès le XIXe siècle », rappelle André Joffre, ingénieur et P-DG du bureau d’études Tecsol, créé en 1983. S’il estime à une centaine le nombre de projets similaires dans le monde, André Joffre a participé à la conception du système de climatisation solaire le plus ancien encore en fonctionnement. Installé dans des caves de Banyuls, près de Perpignan, ce projet qu’il décrit comme « très rustique », repose sur un mélange d’eau et de bromure de lithium, et fonctionne d’avril à octobre, depuis 1992.

Les caves sont maintenues à 1 ou 2°C sous la température ambiante. Et dans les caves, dont la plus froide est à 15 ou 16°C, « ce sont les bouteilles qui stockent le froid ». Selon M. Joffre, un système de climatisation solaire peut revenir environ deux fois plus cher qu’une climatisation classique, mais « cela dure très longtemps, quasiment sans entretien, sans consommation, et sans pollution », explique-t-il. Du côté d’Hélioclim, on estime à six ans le temps d’amortissement du coût d’installation dans le sud de la France et la durée de vie du système entre 25 et 30 ans.

Un système qui vise les bâtiments industriels et tertiaires

Pour l’heure, avec une puissance de « plusieurs centaines de kilowatts-froid », la climatisation solaire de l’entreprise vise en priorité les bâtiments publics, industriels ou du secteur tertiaire, les centres commerciaux, les hôpitaux... Helioclim, qui n’exclut pas de se développer sur des collectifs d’habitation, n’envisage cependant pas, pour l’heure, une version pour maisons individuelles.

D’ailleurs, avec la baisse des prix du photovoltaïque, André Joffre mise plutôt vers une solution mixte pour les particuliers : la climatisation photovoltaïque, un système de climatiseurs « classiques » alimentés par l’énergie solaire. Une solution qui « ne règle pas le problème des liquides réfrigérants mais qui solutionne déjà celui de l’énergie consommée », note Claude Aubert.

« La climatisation solaire, quel que soit le système, peut être un moyen de réduire la puissance électrique appelée pendant l’été et de faire de grosses économies » dans les zones à fort ensoleillement, développe André Joffre. « Dans le Midi, avec la surpopulation, les climatisations, tout ce qu’il faut conserver au frais... cette puissance est presque supérieure à celle appelée l’hiver », explique l’ingénieur. « Il ne faudrait pas qu’on doive renforcer le réseau juste pour la clim’ ». Il s’agit là d’« une problématique majeure dans les dix ans dans la région », en raison des pics de chaleur de plus en plus fréquents.

La chronique de Noël Mamère - Le pape, le climat et l’écologie de libération Noël Mamère Reporterre 2015/07/01 Noël Mamère (1er juillet 2015 à 09h56,) La chronique de Noël Mamère - Le pape, le climat et l’écologie de libération. Reporterre. Climat fr

La chronique de Noël Mamère - Le pape, le climat et l’écologie de libération

La récente encyclique du pape François sur le changement climatique « constitue une avancée majeure pour l’écologie, à la fois par son origine, son contenu et son impact », car elle rompt avec « le béni oui-ouisme de l’Eglise » en remettant en perspective la question climatique et en montrant « en quoi l’homme et surtout le système capitaliste en sont à l’origine directe ».

La publication par le Pape François de l’encyclique Laudato si (« Loué sois-tu »), jeudi 18 juin, sur le changement climatique, constitue une avancée majeure pour l’écologie, à la fois par son origine, son contenu et son impact. Cette encyclique n’est pas venue… du Ciel, mais de l’expérience de François en Amérique latine.

Si cet ancien responsable argentin des jésuites a combattu fermement la théologie de la libération, il a compris qu’elle s’était développée sur un terreau que l’Eglise ne pouvait se permettre d’ignorer, à savoir les mouvements populaires, tels celui des sans terre, des indiens d’Amérique du Sud, en Bolivie et en Equateur ou encore les mouvements anti extractivistes.

Les foudres des néoconservateurs et des climato-sceptiques

C’est pour cela que le pape recevait le mardi 28 octobre 2014, au Vatican, les participants de la « Rencontre mondiale des mouvements populaires », organisée par le Conseil pontifical Justice et Paix et l’Académie pontificale des sciences sociales. Ces mouvements, issus principalement d’Asie et d’Amérique-Latine, représentaient aussi bien des paysans sans terre, proches de Via Campesina (dont fait partie en France la Confédération paysanne), des vendeurs ambulants, des mineurs, des chômeurs, des migrants, des marginaux, des habitants de bidonvilles, des jeunes en situation précaire, que des évêques et des agents pastoraux, de même que le Président bolivien Evo Moralès.

Son discours, passé à l’époque inaperçu, rompait avec le béni oui-ouisme de l’Eglise et mettait en perspective la question climatique : « Un système économique axé sur le dieu argent a aussi besoin de piller la nature pour soutenir le rythme frénétique de consommation qui lui est propre », dénonçait alors le pape. « Le changement climatique, la perte de la biodiversité, la déforestation, font déjà apparaître leurs effets dévastateurs dans les grandes catastrophes naturelles auxquelles nous assistons et ceux qui en souffrent le plus c’est vous, les humbles, vous qui vivez près des côtes, dans des logements précaires ou qui êtes vulnérables économiquement, au point de tout perdre lors d’une catastrophe naturelle. » Le pape souhaitait qu’il n’y ait « plus de familles sans toit », « plus de paysans sans terre », « plus de travailleurs sans droits », plus personne sans « la dignité que confère le travail ».

On comprend mieux pourquoi la lecture de l’encyclique papale a déclenché les foudres des néoconservateurs et climato-sceptiques de tout poil, comme ce Greg Gutfeld, expert de la chaîne américaine Fox news, pour qui François serait « l’homme le plus dangereux de la planète ». « Il ne lui manque plus que des dreadlocks et un chien avec un bandana et il pourra aller manifester à Wall Street », en référence au mouvement Occupy Wall Street. Il n’avait pas tort, car l’encyclique a un contenu fort qui ne se limite pas à analyser la question climatique d’un point de vue scientifique, mais qui montre en quoi l’homme et surtout le système capitaliste en sont à l’origine directe.

Cette dimension morale et éthique prend évidemment une dimension politique. Le pape ne parle-t-il pas de « décroissance » nécessaire pour certaines régions du globe ?

Critique radicale du système capitaliste

De fait, Bergoglio devenu François, popularise les thèses de l’écologie de libération en ne lui restituant pas son caractère subversif. En Amérique latine, l’écologie de libération fusionne la lutte des nations indigènes et leur rapport à la Pachamama, la Terre mère, la théologie de la libération comme facteur d’organisation des communautés de base. La non-violence et la désobéissance civile sont aussi des caractéristiques essentielles de ce courant qui prône le dialogue entre traditions d’émancipation des différentes cultures historico-religieuses. L’inspiration religieuse est très forte et il est significatif que dans le cas de la théologie de la libération, ses principaux penseurs aient basculé, dans les années 80, du socialisme à l’écologie, à partir de l’option préférentielle pour les pauvres.

Dans les années 1990, un de ceux-ci, Léonardo Boff, va s’intéresser de plus en plus aux questions écologiques. Ce sera l’objet du livre Dignitas Terrae. Écologie : cri de la Terre, cri des pauvres, (S.Paulo, Atica, 1995). Selon lui, la rencontre entre la théologie de la libération et l’écologie, est le résultat d’un constat : « La même logique du système dominant d’accumulation et d’organisation sociale, qui conduit à l’exploitation des travailleurs, mène aussi au pillage de nations entières et finalement à la dégradation de la nature. »

La théologie de la libération aspire donc à une rupture avec la logique de ce système, une rupture radicale qui vise à « libérer les pauvres, les opprimés et les exclus, victimes de la voracité de l’accumulation injustement distribuée ; et libérer la Terre, cette grande victime sacrifiée par le pillage systématique de ses ressources, qui met en risque l’équilibre physique-chimique-biologique de la planète comme un tout ». Boff propose une perspective de critique radicale du système capitaliste où la théologie de la libération s’applique tant aux classes dominées qu’à la Terre menacée de destruction par les humains qui se pensent supérieurs à Dieu.

Les religions, constituées autour d’un rapport très fort à la terre et à l’environnement, sont un vecteur décisif de l’écologie politique, à partir du moment ou, en leur sein, ce rapport fusionne avec les valeurs de l’émancipation sociale. Ce qui est valable aujourd’hui pour le Christianisme peut l’être demain avec l’Islam et donner un contenu nouveau à l’Islam politique autre que l’islamo-fascisme qui a encore frappé sur trois continents ce premier vendredi de Ramadan.

Si la religion est l’opium des peuples, elle est en même temps un espace de méditation pour eux. L’encyclique du pape nous rappelle que le pire n’est jamais certain et que l’espoir d’un autre monde est possible.

Pas un jardin d’enfants... Un jardin PAR les enfants. Et en permaculture, s’il vous plait Emilie Massemin (Reporterre) Reporterre 2015/07/01 Emilie Massemin (Reporterre) (1er juillet 2015 à 10h06,) Pas un jardin d’enfants... Un jardin PAR les enfants. Et en permaculture, s’il vous plait. Reporterre. Pédagogie Éducation fr

Pas un jardin d’enfants... Un jardin PAR les enfants. Et en permaculture, s’il vous plait

Nourrir leurs petits de fruits et légumes bio et les laisser grandir à leur rythme, au milieu des fraises et des vers de terre du jardin en permaculture. Tel est le joli défi que se sont lancé depuis 2014 les trois assistantes maternelles d’Orge’Mômes, dans le quartier populaire d’Orgemont à Épinay-sur-Seine.

- Epinay-sur-Seine (Seine-Saint-Denis), reportage

« Venez les enfants, on va cueillir les fraises ! » Huit bouts de chou, boucles blondes et bouilles chocolat, se précipitent autour de larges bacs où cohabitent allègrement radis, fraises et plantes aromatiques. Valérie Chafik alias « Nanny » tend à Mila, 3 ans, une petite bassine où déposer sa cueillette. Mohammed, 2 ans, n’a besoin d’aucun matériel particulier : accroupi à côté du bac, il enfourne méthodiquement tous les fruits à sa portée – y compris les verts. Il n’est que dix heures du matin, mais une bonne odeur de soupe de légumes du jardin s’échappe déjà de la cuisine, où s’active Hassina « Tata » Ferhoune. « Il y aura aussi de la quiche maison pour déjeuner », précise fièrement l’assistante maternelle.

Nourrir les enfants avec les fruits et légumes de leur jardin en permaculture. Tel est l’objectif de Valérie Chafik, Hassina Ferhoune et Samia Bayodi, les trois « nounous » d’Orge’Mômes, dans le quartier populaire d’Orgemont à Épinay-sur-Seine (Seine-Saint-Denis). Cette idée a fait son chemin petit à petit, depuis la création de l’association fin octobre 2013 et l’ouverture de la maison d’assistantes maternelles (MAM) en janvier 2014. « Je me nourris de produits absolument toxiques que j’appelle du pétrole en barre, rigole Valérie Chafik. Je refuse que les enfants mangent comme moi et pensent que les légumes poussent dans les sachets de surgelés au supermarché. »

Un jardin dessiné sur-mesure par un permaculteur

Le trio a vite déchanté. Avec 3,50 euros par enfant et par repas, il était impossible d’acheter des produits sans pesticides. C’est alors que Fabien Gordon, père d’une fillette gardée par Valérie Chafik, photographe et permaculteur « très branché bio, les fleurs, herboriste », leur a soufflé l’idée de cultiver elles-mêmes leurs fruits et légumes. Il leur a dessiné un jardin sur-mesure pour les 300 mètres carrés de terrain autour de la maison.

Pendant trois gros week-ends d’avril 2014, dont un pluvieux, la joyeuse troupe des maris, familles, amis et voisins a retroussé ses manches. « On a vu travailler côte à côte des mormons et des barbus musulmans, s’émerveille Valérie Chafik. Une maman qui travaille dans la haute finance, talons aiguilles et ongles rouges, s’est retrouvée les deux mains dans la terre ! Le jardinage est fédérateur. »

« Former les petits aux gestes éco-citoyens »

Aujourd’hui, pour Valérie Chafik et ses collègues, ce jardin est une formidable ressource. Il n’est pas encore suffisamment mature pour produire l’intégralité de la nourriture des enfants, « même si la récolte de pâtissons a été si abondante qu’il nous en reste encore au congélateur », souligne l’assistante maternelle. Mais il permet aux enfants de découvrir la nature, en toute liberté. « On veut les voir arroser, qu’ils n’aient pas peur de cette terre qui les nourrit, insiste Valérie Chafik. On veut aussi leur apprendre à gérer l’eau, à faire du compostage – bref, à les former aux gestes éco-citoyens. »

Un programme ambitieux, qui ne se fait pas en un jour. L’assistante maternelle intercepte Mohammed au vol, alors que le bambin s’amuse à lancer son ballon sur une araignée. « Non mon cœur, c’est défendu de faire ça. L’araignée ne t’a rien fait, elle n’est pas méchante, pourquoi tu l’embêtes ? » La réprimande fait sourire Lucie, embauchée en service civique par la MAM pour s’occuper du jardin et animer des ateliers avec les enfants des écoles alentours : « Il faut être très pédagogue, en particulier avec les écoliers qui ne connaissent pas le jardin. Il faut leur expliquer gentiment que le ver de terre n’est pas méchant, mais qu’ils ont le droit de mettre des gants s’ils n’ont pas envie de le toucher. »

« Tiens, tu as du millepertuis ! »

Profitant de quelques heures de liberté, Fabien Gordon fait le tour du jardin et aide les petits à arroser les plantations, tâche qu’ils effectuent avec la plus intense concentration. Sa fille, Mélodie, manie déjà très bien son petit arrosoir vert. « Tiens, tu as du millepertuis !, s’exclame le permaculteur à l’intention de Valérie Chafik, en examinant une plate-bande. Regarde tous ces petits trous, ce sont des poches à essence. Macéré 21 jours au soleil dans de l’huile d’amandes douces, c’est très bon pour décontracter les muscles. »

Le jardin est construit autour d’un dôme en fer à béton où les plantes grimpantes, quand elles auront poussé, « protégeront les enfants du soleil tout en produisant des légumes », précise-t-il. Tout autour, plusieurs bacs accessibles aux enfants accueillent courges, haricots cocos grimpants et melons. Au fond du jardin, un petit coin à l’ombre un peu humide, pas très fertile, héberge aujourd’hui quatre poules pour le plus grand bonheur des petits. « Quand j’emmène ma fille, je n’y coupe pas, rigole Fabien Gordon. Il faut aller leur dire bonjour et voir si des œufs ont été pondus ! »

Poissons rouges et plants de salade

L’autre particularité du jardin est la présence d’un système aquaponique. « Quand nous sommes arrivés, il y avait un bac en béton avec des poissons dedans, très coriaces, qui vivaient dans la vase, se souvient Fabien Gordon. Évidemment, cela posait un problème de sécurité. La protection maternelle et infantile (PMI) nous a dit qu’il fallait installer une barrière et garder l’eau propre, pour qu’elle n’attire pas les insectes et les maladies. » Le permaculteur décide donc de se baser sur le cycle de vie des bactéries pour transformer les déchets des poissons en nourriture pour les plantes, qui purifient l’eau à leur tour.

Le tout a été construit pour trois fois rien. Évidemment, les subventions de la communauté d’agglomération Plaine Commune, d’Imaginaire et Jardins et de Terre d’Avenir ont été bien utiles pour planter quelques arbres fruitiers, au mois de novembre. « Mais on pourrait le faire qu’en récup’, à condition d’y passer du temps », estime le permaculteur. Un exemple d’astuce permettant de faire des économies : les copeaux de bois qui garnissent le sol, récupérés gratuitement auprès de la ville.

« En tant que parents, on sait ce que les enfants mangent »

Les parents sont ravis de cet environnement. « Ils apprennent des choses vraiment extraordinaires ici, prennent goût à planter des légumes », se réjouit Méline, la maman de Mila. « C’est sain, en tant que parents on sait ce que nos enfants mangent et qu’il n’y a pas de produits chimiques dedans, renchérit Sofiane, chef de poste agent de sécurité et papa de Célia, 3 ans. En plus, toutes ces plantes, c’est agréable, surtout dans un quartier comme celui d’Orgemont. »

Les assistantes maternelles et Fabien Gordon ont maintenant envie d’aller encore plus loin dans leur démarche. « Le prochain projet, c’est de récupérer cette bande de terre grillagée, derrière le jardin, explique Valérie Chafik. On est en train de travailler avec la mairie et le concept Imaginaire et Jardins, pour y installer des bacs pour les écoles, et ouvrir ce nouveau jardin au quartier pour recréer du lien social autour. »

Le logiciel libre et ouvert est mort. Vivent les communs David Bourguignon Reporterre 2015/07/02 David Bourguignon (2 juillet 2015) Le logiciel libre et ouvert est mort. Vivent les communs. Reporterre. Tribune — Biens communs fr

Le logiciel libre et ouvert est mort. Vivent les communs

« Le logiciel ’libre et ouvert’ fut une belle utopie (...) qui mourra probablement avec la récupération quasi-totale de ce mouvement par quelques firmes oligopolistiques. » Face aux exemples de prédation des ressources immatérielles, il faut « mettre sur pied un véritable système de propriété commune ».

"C’est dans la confusion entre ces deux notions, propriété commune et accès libre, que réside le drame de la tragédie des communs – un drame de la pensée. C’est également dans cette confusion que le succès de cette thèse trouve ses racines, dans la mesure où elle rejoint le prêt-à-penser néolibéral qui régnera sans partage sur les politiques de développement [à partir des années 1980]." Robert Barbault et Jacques Weber, La vie, quelle entreprise ! (2010)

Le logiciel « libre et ouvert » fut une belle utopie, née au début de l’épopée de l’ordinateur personnel, et qui mourra probablement avec la récupération quasi-totale de ce mouvement par quelques firmes oligopolistiques, dans le courant de cette décennie. Pourquoi une vie si brève ? Probablement parce que, dès le début, un non-dit s’est glissé dans la définition de l’enjeu du mouvement par ses propres acteurs : libre et ouvert, oui, mais pour qui ?

Une tragédie en trois actes

Avant de rentrer dans l’analyse de cette question, rappelons la tragédie en trois actes qui s’est déroulée depuis 10.000 ans dans les domaines de l’agriculture, des pêcheries, et de la plupart des activités humaines dépendantes des ressources de la biosphère.

Premier acte : il y a plusieurs milliers d’années, les groupes humains, chacun selon son système de représentations, mettent au point par tâtonnements successifs les modalités d’accès aux ressources dont leurs vies dépendent, puis définissent des principes de transférabilité de ces droits d’accès, et de répartition des fruits tirés de ces ressources.

Deuxième acte : les millénaires passent, arrive le 19e siècle et la révolution industrielle. Ces droits et modes de gestion coutumiers paraissent désuets, il est décidé en haut lieu de « libérer les ressources » afin « d’ouvrir des marchés » au dynamisme des entrepreneurs.

Troisième acte : les décennies passent, arrive la fin du 20e siècle et le début de la crise écologique. Il devient difficile d’ignorer que les idéologies du libre accès et du progrès industriel ont surtout permis la dévastation des ressources en très peu de temps, il est donc de nouveau décidé en haut lieu de « remettre de l’ordre » dans tout cela, la plupart du temps sans réglementation étatique, néolibéralisme oblige ! Il est alors fait appel à des instruments « de marché » : quotas, permis, droits que tout un chacun peut vendre et acheter à loisir. Le résultat est immédiat : les gros acteurs achètent la liberté de continuer la surexploitation des ressources, les petits acteurs disparaissent, les ressources continuent de se raréfier. Nous en sommes là.

Dans le cas du logiciel « libre et ouvert », nous en sommes également au troisième acte. Les exemples de prédation de ces ressources immatérielles par des individus et organisations sans scrupules, pullulent. L’exemple le plus ironique est peut-être celui des logiciels libres de l’infrastructure du Bitcoin dont le pillage aboutit à remplacer un système d’exploitation financière par un autre. Les prédations plus subtiles sont aussi les plus courantes. C’est alors le principe de réciprocité de l’effort qui n’est jamais respecté : le travail bénévole de quelques-uns aide la plupart des autres à s’enrichir.

La liberté promise devient ainsi surtout celle d’exploiter son prochain sans contrepartie, ce qui sied finalement parfaitement à la logique des entreprises capitalistes. Face à ces abus, des tentatives de rétro-pédalages peu crédibles, afin d’imposer une ouverture forcée, aboutissent à des situations qui démontrent par l’absurde l’inanité du principe fondateur de la démarche. Et oui, le laisser-faire, c’est bien d’abord la loi du plus fort.

Il y a comme un ressentiment amer, mêlé d’idéalisme tenace, dans les propos de Jean-Paul Smets : « La raison d’être première du logiciel libre n’est pas de répondre à un besoin financier. On peut constater facilement que le logiciel libre est majoritairement produit par des gens qui n’ont pas de problèmes de fin de mois. » Terrible aveu de l’incapacité de ce modèle hybride « libéral-communiste » à faire revenir la valeur vers ceux qui la produisent, le condamnant ainsi inéluctablement.

Le destin de cette communauté pourrait-il s’expliquer par la méconnaissance, répandue à notre époque, du mécanisme des communs, qui n’est justement pas équivalent à celui d’un accès « libre et ouvert » ? Pour le définir, prenons un exemple volontairement peu exotique, mis en exergue par Barbault et Weber (op. cit.) : « Dans le Valais suisse, neuf vallées sur dix ont […] les forêts et pâturages en propriété commune […], ce qui signifie : i) ressources et usagers sont limitativement définis ; ii) les conditions d’accès sont définies, contrôlées et sanctionnées ; iii) les coûts de gestion et de contrôle sont assumés […]. » Et les auteurs de conclure : « Plus la durée de comparaison est importante, plus la propriété commune l’emporte en efficience sur la propriété privée. »

Une gouvernance pour les communs

Elinor Ostrom, prix Nobel d’économie, enrichira pendant des décennies la Bibliothèque numérique des communs de l’Université d’Indiana sur le sujet : ce ne sont pas les exemples qui manquent, à travers le temps et l’espace, dont les entrepreneurs peuvent s’inspirer. David Bollier dans son livre La renaissance des communs, pour une société de coopération et de partage, répète inlassablement le message : la liberté, ce n’est pas la libre jouissance d’une ressource qui se raréfie par l’action même des individus qui sont censés en prendre soin, c’est la mise au point de jeux coopératifs favorisant la création de richesses partagées.

En effet, dans son fameux livre, Governing the Commons, Ostrom précise que la gouvernance « polycentrique » des communs repose sur huit principes que l’on retrouve dans toutes les situations où des ressources sont partagées par de nombreux individus de manière durable. Et cela continue de fonctionner de manière extrêmement efficace.

Mais en pratique, pour un entrepreneur, que faire ? Pourquoi donner accès aux fruits de son travail à tous, et surtout aux oligopoles qui menacent, à terme, sa propre activité ? Effectuer le dépôt d’une marque, d’un brevet sur certains aspects-clés d’une technique, permet ensuite d’exempter de redevance ses partenaires, donc de créer un système d’entraide mutuelle avec ses alliés, et des rapports de force avantageux avec ses adversaires, ou de forcer l’adoption de ses propres standards par tout un écosystème, comme l’a récemment expérimenté le constructeur de voitures électriques Tesla.

Bref, cela permet de mettre sur pied un véritable système de propriété commune… qui n’a plus rien à voir avec l’accès « libre et ouvert » ! Dans cette nouvelle voie, explorée récemment par Michel Bauwens, les ressources communes sont développées à partir d’engagements réciproques, au sein de coalitions entrepreneuriales formées par les producteurs de ces ressources eux-mêmes, permettant ainsi la pérennité de leur production.

Contrairement à ce que laissent entendre certains, il n’y a pas de tragédie des communs, seulement une résignation collective à l’état actuel du monde. Mettons-nous au travail ?

Touriste, regarde où tu poses tes tongs de Nicolas Santolaria Reporterre 2015/07/02 de Nicolas Santolaria (2 juillet 2015) Touriste, regarde où tu poses tes tongs. Reporterre. fr

Touriste, regarde où tu poses tes tongs

Et si, pour nos vacances en France, on évitait les pollutions ?

Pas si facile, car certains de nos plus beaux lieux de villégiature cachent parfois des dangers insoupçonnés… que ce livre nous apprend à éviter.

La Grande Plage de Biarritz ? L’une des plus belles de France. Mais ne vous y baignez pas après de fortes pluies. La vallée de l’Arve ? Un paysage de carte postale. Qu’il vaut mieux admirer depuis les hauteurs. Le parc du Mercantour ? L’une de nos plus belles réserves naturelles. Mais évitez la cueillette des champignons.

Aussi drôle qu’utile, ce guide pas comme les autres montre l’endroit mais aussi l’envers de nos destinations préférées. Pour que nos vacances deviennent enfin synonymes de vrai bol d’air pur !

L’auteur

Nicolas Santolaria est l’une des plumes du magazine GQ, après avoir été journaliste à Libération et Technikart.

Touriste, regarde où tu poses tes tongs, de Nicolas Santolaria, Allary Editions, 240 pages, 17,90€

Le scandaleux cadeau de Manuel Valls à Pierre et Vacances pour saccager la nature Andrea Barolini (Reporterre) Reporterre 2015/07/02 Andrea Barolini (Reporterre) (2 juillet 2015) Le scandaleux cadeau de Manuel Valls à Pierre et Vacances pour saccager la nature. Reporterre. Center Parcs et Roybon fr

Le scandaleux cadeau de Manuel Valls à Pierre et Vacances pour saccager la nature

La durée légale des travaux de défrichement est de cinq ans, posant la date butoir pour la construction du Center Parcs de Roybon à mi-juillet. Le couperet pour ce projet qui va saccager une forêt ? Qu’à cela ne tienne ! Un décret signé par Manuel Valls et Stéphane Le Foll vient miraculeusement modifier la loi. Laissant tout le loisir à Pierre et vacances de finir les travaux...

En France, la durée légale des travaux de défrichement vient d’être miraculeusement prolongée. Pour achever l’abattage d’arbres, les entreprises n’auront plus « seulement » cinq ans, mais jusqu’à huit ans. Cette nouveauté – providentielle pour les bétonneurs de tout poil – est contenue dans un décret signé le 13 juin par le premier ministre Manuel Valls et son ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll.

Déterré par les Verts de l’Isère, ce texte intervient opportunément pour arranger les affaires de Pierre et Vacances. Selon le parti écologiste, il s’agit en effet d’un cadeau « fait en catimini pour aider l’entreprise de Gérard Brémond », dont le projet de création d’un Center Parcs à Roybon avait été autorisé pour cinq ans par le Préfet le 12 juillet 2010 (arrêté n° 2010-05508). Le non achèvement des travaux avant la mi-juillet aurait donc entraîné la caducité de la décision préfectorale.

Le décret Valls-Le Foll, numéro 2015-656 du 10 juin 2015, augmente la durée totale légale des autorisations de défrichement à huit ans au maximum. À l’article 4, en outre, Valls et Le Foll soulignent que « le décret est applicable aux autorisations en cours de validité à la date de sa publication ». L’autorisation de Pierre et Vacances pour la construction du Center Parcs pourra donc être prolongée jusqu’à juillet 2018.

Ce n’est pas la première fois que Pierre et Vacances bénéficie des faveurs des gouvernements néo-libéraux : en 2013, un beau cadeau fiscal lui avait été accordé par le ministre du budget de l’époque, Jérôme Cahuzac. Et en décembre dernier, Manuel Valls lui-même s’était déplacé pour poser la première pierre d’un « village » Pierre et Vacances, largement doté en subventions publiques. Les attentions dont bénéficie ce groupe sont d’autant plus étranges qu’il est en mauvaise santé économique et ne tient que grâce à ces aides publiques de toutes sortes.

La loi Macron entérine les constructions illégales

En parallèle, le gouvernement veut introduire, par l’article 29 de la loi Macron, l’interdiction de démolir une construction reconnue illégale par un tribunal administratif. Le même texte avait été proposé au Sénat, qui l’avait supprimé, parce que, dénonçait le député d’EELV Jean Desessard dans la séance parlementaire du 15 avril, « les démolitions resteraient possibles dans certaines zones protégées : les rives des plans d’eau, les espaces caractéristiques du patrimoine naturel et culturel, le cœur des parcs nationaux, les réserves naturelles, les sites désignés Natura 2000 et les zones figurant dans les plans de prévention des risques technologiques et dans les plans de prévention des risques naturels prévisibles. Toutefois, la démolition deviendrait impossible sur une très grande partie du territoire, y compris dans les parcs naturels régionaux et nationaux ».

« En outre, l’article 29 réduit de deux ans à six mois après l’annulation définitive du permis de construire par le juge administratif le délai au cours duquel l’action en démolition peut être engagée », soulignait Dominique Watrin du groupe Communiste Républicain et Citoyen.

« Le dispositif tel qu’il nous est soumis, avait contesté dans la même séance la socialiste Marie-Noëlle Lienemann, est totalement inacceptable Les démolitions qui ont été décidées doivent être exécutées. »

Pourtant, le texte a été représenté, et le gouvernement a engagé sa responsabilité en utilisant l’article 49-3 de la Constitution. Il est ainsi quasi certain que la loi sera finalement approuvée. En attendant, le groupe Pierre et Vacances a obtenu une victoire auprès du Conseil d’État qui, le 18 juin, a refusé de suspendre l’une des autorisations administratives nécessaires à la réalisation du Center Parcs de Roybon.

La fédération de la Drôme pour la pêche et la protection du milieu aquatique avait saisi le tribunal administratif de Grenoble en 2014. Et le 23 décembre un juge isérois avait suspendu l’autorisation « loi sur l’eau », en expliquant que la commission nationale du débat public aurait dû être saisie avant que soit donné un feu vert définitif.

Verdict à la mi-juillet

Le Conseil d’État a confirmé que la loi impose de saisir cette commission pour des projets d’aménagement dont le coût prévisionnel dépasse un certain seuil. Mais il a ajouté que « l’autorisation contestée ne porte que sur certains travaux du projet, les seuls qui nécessitent une autorisation “loi sur l’eau”. Il ne fallait donc prendre en compte que le coût prévisionnel de ces travaux pour savoir si le seuil était ou non dépassé ».

Les travaux de défrichement pourraient donc recommencer en automne, après la période de reproduction des espèces protégées. Pierre et Vacances attend toutefois une nouvelle décision du tribunal administratif grenoblois. Jeudi 2 juillet, les recours engagés par l’association Pour les Chambarans sans Center Parcs (PCSCP), par la FRAPNA et par la Fédération de la Drôme pour la pêche et la protection du milieu aquatique, contre les deux arrêtés du préfet qui autorisaient le début des travaux, seront examinés sur le fond. Un rassemblement citoyen est prévu devant le tribunal administratif, à 9h.

Le verdict tombera vraisemblablement à la mi-juillet. La décision est très attendue, alors que des zadistes vivent depuis le 30 novembre à la maison forestière de la Marquise, à quelques kilomètres de Roybon.

Jean-Paul Bonnetain, nouveau préfet de l’Isère, a fait part le 16 juin de son souhait de procéder à une expulsion des opposants au mois de juillet. « Si les conditions juridiques seront réunies, je n’attendrai pas. Dès qu’on aura connaissance des décisions, on le fera. Même si juillet n’est pas la meilleure période pour une évacuation », a-t-il déclaré.

Dans un courriel, le Collectif grenoblois de soutien à la ZAD des Chambarans a lancé récemment un appel « à tous ceux qui le peuvent à rejoindre au plus tôt la zone à défendre. Tout le monde peut apporter son aide. Toutes les sensibilités et les manières de résister trouveront leur place. Ils veulent nous enterrer, mais ils oublient que nous sommes des graines prêtes à germer. »

L’Allemagne dit adieu à ses centrales à charbon - enfin, presque Violette Bonnebas (Reporterre) Reporterre 2015/07/03 Violette Bonnebas (Reporterre) (3 juillet 2015) L’Allemagne dit adieu à ses centrales à charbon - enfin, presque. Reporterre. Énergie fr

L’Allemagne dit adieu à ses centrales à charbon - enfin, presque

A cinq mois de la Conférence des Nations unies sur le climat, l’Allemagne a pris une décision majeure : arrêter plusieurs de ses anciennes centrales à charbon, parmi les plus polluantes d’Europe.

- Berlin, correspondance

Il y a quatre ans, en réaction à la catastrophe de Fukushima, l’Allemagne décidait de sortir du nucléaire. Aujourd’hui, c’est le charbon qui est dans sa ligne de mire. D’ici cinq ans, les centrales à charbon les plus polluantes devront être mises en sommeil. Il s’agit de la mesure la plus forte du « paquet énergie » dévoilé jeudi 2 juillet et qui doit permettre à l’Allemagne de réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 40 % d’ici 2020, par rapport à leur niveau de 1990, comme elle s’y est engagée.

Le gouvernement, par la voix du ministre de l’Economie et de l’Energie Sigmar Gabriel (SPD), s’est félicité d’une décision « historique ». Il aura fallu des mois à la chancelière Angela Merkel pour s’entendre avec ses partenaires de la coalition (les sociaux-démocrates du SPD et l’Union chrétienne-sociale de la CSU) et les compagnies électriques. Le projet initial, qui prévoyait la mise en place d’une taxe sur les centrales polluantes, a dû être enterré. Il était accusé de vouloir couler la filière charbon, et avait fait descendre dans la rue des milliers de manifestants en avril dernier.

Moins ambitieux, le compromis signé jeudi (texte ici en allemand) concerne uniquement les centrales d’une puissance de 2700 gigawatts, soit cinq environ sur les 130 que compte l’Allemagne. Une décision applaudie par le syndicat des Mines et de l’énergie IG BCE : « Après un débat long et difficile, explique son président Michael Vassiliadis, nous avons réussi à trouver des solutions solides, qui sont bonnes à la fois pour le climat, les emplois et les sites industriels ». Les compagnies électriques brandissaient la menace de 100 000 destructions d’emplois.

Mais de nombreuses voix discordantes critiquent l’accord. L’opposition, de nombreux médias et les organisations écologiques dénoncent un projet dispendieux et incohérent avec les objectifs environnementaux allemands.

Pour Anton Hofmeyer, le chef de file des Verts au Parlement, « l’accord du gouvernement est coûteux et polluant : polluant parce qu’il n’économise pas suffisamment de CO2 ; cher parce que les contribuables allemands vont devoir payer pour cette pollution, à la place des exploitants de ces centrales ». En effet, et c’est l’un des points qui fait le plus débat, l’accord prévoit un dédommagement de l’Etat pour les géants de l’électrique. En outre, les centrales concernées ne seront pas démantelées, mais déconnectées du réseau électrique. Elles seront placées « en réserve » et pourront donc ré-alimenter le réseau en cas d’urgence.

Un reniement pour Tobias Münchmeyer, expert climat chez Greenpeace Allemagne, qui considère qu’« Angela Merkel a trahi ses promesses d’Elmau », lorsque, devant ses homologues du G7 le mois dernier, elle se faisait le chantre de la décarbonisation des pays industrialisés.

Malgré les critiques, la chancelière entend montrer que son pays reste un modèle de transition énergétique alors que se profile dans cinq mois la COP21 à Paris sur le climat. Toucher au charbon, même à la marge, c’est donner des gages à la communauté internationale en combattant la plus grande source d’émission de dioxyde de carbone d’Allemagne et d’Europe – en 2013, il représentait un tiers des émissions totales de gaz à effet de serre en Allemagne (320 sur 951 millions de tonnes).

Mais au niveau national, le gouvernement ne peut ignorer des réalités économiques et culturelles tenaces. Le charbon, c’est un symbole de la tradition industrielle allemande, la première source d’électricité du pays avec 45% de la production totale. Une filière qui fait vivre encore aujourd’hui des régions entières, comme le bassin de la Ruhr ou la Lusace, à la frontière polonaise. La sortie du charbon en Allemagne n’est pas vraiment pour bientôt.

La canicule frappe plus fortement les quartiers populaires des villes Julie Lallouët-Geffroy (Reporterre) Reporterre 2015/07/03 Julie Lallouët-Geffroy (Reporterre) (3 juillet 2015) La canicule frappe plus fortement les quartiers populaires des villes. Reporterre. Habitat et urbanisme fr

La canicule frappe plus fortement les quartiers populaires des villes

Chaud, chaud ! Et encore plus en ville qu’à la campagne. Avec la hausse des températures due au changement climatique, ça ne va pas s’arranger. Là où ça chauffe le plus : les quartiers bétonnés, où les colonnades d’immeubles tutoient les dalles de béton. Les urbanistes s’attellent au problème, comme à Rennes, pour que la ville reste vivable en 2050.

- Rennes, correspondance

Passer une journée de canicule à l’ombre d’un arbre en bordure de mer, un verre d’eau fraîche à la main, rien de plus agréable. En ville, ce n’est pas la même histoire quand on ne trouve pas un coin de verdure pour s’abriter, quand on n’a que du béton à perte de vue. Le summum de l’inconfort : ne pas pouvoir dormir à cause du thermomètre qui ne descend pas de la nuit.

Le problème a été précisément étudié par un chercheur, Xavier Foissard, qui a mené sa thèse de climatologie sur le phénomène des îlots de chaleur urbains à Rennes, entre 2010 et 2013. A partir de l’étude des mesures fournies par 21 stations météo disposées dans différents quartiers de l’agglomération et sa périphérie, il a montré qu’il fait plus chaud en ville qu’à la campagne, jusqu’à 6,5°C d’écart pendant les nuits chaudes.

Six degrés de plus en centre ville

Qu’est-ce qu’un îlot de chaleur ? Un quartier urbain qui se caractérise par l’écart de températures la nuit entre un point de référence, localisé à la campagne, et une autre station. Sur la carte, le point de référence est la commune de Melesse située à 8 km au nord de Rennes. Le point Griffon est l’hyper centre-ville de Rennes. On constate que durant cette nuit du 4-5 juillet 2011, l’écart de températures a été de 6,5°C entre ces deux points.

Quatre éléments expliquent ces écarts : la hauteur des immeubles, les surfaces imperméables, la largeur des rues et la végétation. L’effet de canyon urbain est caractéristique de la sur-chauffe de certains quartiers. Il suffit d’imaginer les tours de béton hautes d’une trentaine de mètres encadrant des rues étroites : voilà l’image du canyon, un véritable étouffoir. Xavier Foissard explique : « Le bâti absorbe la chaleur la journée et la restitue la nuit ; alors qu’à la campagne, la végétation réduit la chaleur par l’évapo-transpiration. » On peut affiner l’analyse quartier par quartier. « Les endroits végétalisés où les habitations sont espacées sont moins chauds que ceux qui sont minéralisés et très denses. » Xavier Foissard n’utilise pas le terme de quartiers populaires mais celui de quartiers minéralisés : ils recouvrent souvent la même réalité, mais pas toujours.

Lorsque l’on croise ces données avec la répartition socio-économique de la population, on constate que les quartiers populaires subissent plus que les autres les fortes chaleurs. Une chaleur accrue, qui est doublée d’une isolation des logements aléatoires et d’une mobilité réduite. Néanmoins, il n’est pas possible d’affirmer que les riches sont à l’ombre des arbres dans le centre et les pauvres en périphérie à l’ombre des tours. Certains quartiers populaires de Rennes sont végétalisés et souffrent moins de l’écart de chaleur que d’autres quartiers huppés où la végétation n’existe que sur quelques balcons.

L’option du tout climatisé n’est cependant pas envisageable en raison de l’augmentation prévisible du coût de l’électricité ; seuls quelques foyers peu regardants quant à leur facture pourront se le permettre. Rennes, comme de nombreuses autres métropoles, accueille de plus en plus d’habitants, et prévoit de construire plus de 4 000 logements supplémentaires par an. Comment s’agrandir sans accroître ces écarts de températures au-delà du supportable, en particulier dans les quartiers bétonnés, qui sont le plus souvent des quartiers populaires ?

La difficulté de concilier ville et climat

Avec le changement climatique et la hausse générale des températures, le phénomène va s’amplifier. Les projections dans la capitale bretonne parlent d’un doublement du nombre de journées d’été (entre 25 et 30°C) et de journées très chaudes (au-delà de 30°C) à l’horizon de 2050. Partout ailleurs, la température augmentera entre 1,1 et 6,4°C en fonction des scénarii, d’ici à la fin du XXIe siècle.

Articuler la ville minérale, la répartition de ses quartiers, de ses inégalités et les enjeux climatiques entre chaleur et usage de l’eau est un exercice complexe et périlleux. Dans de nombreuses métropoles très denses, comme Lille ou Paris, les quartiers populaires cumulent les inégalités : économiques (accès à l’emploi, à la propriété), sociales (accès aux services) et environnementales (bruit, transport, pollution, chaleur). Une densification à coup de construction de tours et de surfaces imperméabilisées permettrait un accroissement aisé de la ville, mais la rendrait aussi plus vulnérable, en particulier dans les quartiers populaires, déjà surexposés, face à la chaleur, comme aux inondations.

Dix villes européennes tentent de résoudre cette équation. Elles se sont retrouvées en mars dernier dans le cadre du programme européen Popsu, pour échanger sur les stratégies d’aménagement de chacune.

En France, toutes les communes de plus de 50 000 habitants doivent mettre en œuvre un plan climat énergie territorial. Les axes adoptés sont l’adaptation et l’atténuation. Les inégalités environnementales sont connues et reconnues mais presque absentes de ces politiques réglementaires.

Densifier la ville partout indépendamment des inégalités environnementales

Pour Xavier Foissard, « dans la théorie, l’idéal serait l’étalement urbain comme des quartiers pavillonnaires avec des habitations basses et d’importantes surfaces végétales. » Mais ça c’est la théorie, car dans la pratique, la préservation des terres agricoles est une priorité inconciliable avec l’étalement urbain. Que ce soit sur les enjeux alimentaires comme sur le ruissellement des eaux, ces terres sont précieuses et la métropole ne compte pas y renoncer. L’idéal de la maison avec jardin est à jeter aux orties, Rennes tranche en faveur de la densification urbaine.

A Rennes, comme ailleurs, les inégalités ne sont pas au cœur des politiques d’adaptation au changement climatique. André Crocq est vice-président de Rennes métropole en charge de l’aménagement du territoire. « Notre marge de manœuvre c’est d’abord l’espace public. Nous voulons développer, créer des zones de ressourcement avec de la végétation, de l’ombre, et en parallèle, végétalisation la ville, par des toitures végétales. Et ça, ça vaut pour tous les quartiers de Rennes, populaires ou pas. »

Le directeur du service de l’aménagement du territoire, Alexis Mariani, renchérit : « Si vous regardez la zone des Champs-libres dans le centre, il y a peu de végétation mais ce n’est pas un quartier populaire. Sur les inégalités, notre marge de manœuvre se situe plutôt dans les politiques de l’habitat ; sur le climat, les inégalités environnementales ne sont pas marquées à Rennes comme dans d’autres villes », telles Lille, Marseille ou Paris.

Un modèle urbain à préserver

Du propre aveu de l’élu André Crocq, à l’heure actuelle, il y a bien plus de questions que de réponses. Quels arbres faudrait-il planter ? Quelles essences seraient adaptées au climat de demain ? Quels matériaux, couleurs sur les bâtiments ? Avant d’arriver dans la capitale bretonne, Alexis Mariani est passé par la capitale nordiste : Lille. Deux villes radicalement différentes.

Il pointe le modèle de développement urbain comme un levier fondamental. « Rennes a la particularité d’être une ville archipel où l’urbain côtoie le végétal dans l’agglomération. A l’inverse, Lille est une métropole en tâche d’huile où il y a une forte continuité urbaine et peu d’espaces de végétation. La priorité à Rennes est de préserver son modèle urbain pour avoir une meilleure résilience. Il faut se garder des marges de manœuvre pour faire face au changement climatique qui arrive. Il faut densifier l’urbain et le végétal. »

Un des problèmes posés par le casse-tête climatique réside dans la particularité de chaque ville. Chacune a son histoire et son propre développement urbain. Une commune avec une faible démographie et une activité agricole majeure ne sera pas confrontée aux mêmes enjeux d’aménagement et de lutte contre les inégalités qu’une ville minéralisée à outrance avec un passé industriel lourd en pollution.

Le soutien des Français à la lutte des Grecs contre la finance Marie Astier (Reporterre) Reporterre 2015/07/03 Marie Astier (Reporterre) (3 juillet 2015) Le soutien des Français à la lutte des Grecs contre la finance. Reporterre. Reportage — Grèce fr

Le soutien des Français à la lutte des Grecs contre la finance

A Paris, trois mille manifestants ont soutenu le peuple grec et le « non » au référendum qui aura lieu dimanche en Grèce. En cas de faillite, avertit Jean-Luc Mélenchon, « la déflagration serait terrible ». Et pour nombre de manifestants, les vrais responsables de la crise sont les banques.

- Paris, reportage

Près de 3 000 personnes (selon la préfecture) ont manifesté jeudi 2 juillet, en fin d’après-midi, dans les rues de Paris, derrière la banderole de tête en bleu et blanc proclamant « Avec les Grecs, contre l’austérité refusons les diktats de la finance. »

L’appel à défiler avait été lancé par des organisations régionales des syndicats CGT, FO, FSU et Solidaires. Dans la foule colorée, on retrouvait aussi les drapeaux du Front de Gauche, des Jeunes écologistes, de Nouvelle Donne, ou encore du Parti Communiste.

Les pancartes proclamaient toutes « OXI », ce qui signifie « non », en grec. Non d’abord, en réponse à la question posée au référendum de dimanche 5 en Grèce. Voulu par le Premier ministre grec Alexis Tsipras, qui invite les électeurs à répondre par la négative, il demande aux citoyens hellènes s’ils acceptent les mesures d’austérité demandées par les créanciers du pays. Mais en même temps , ce choix de faire appel au peuple contre ces négociations au sommet, signifie « oui à la démocratie », affirmaient d’autres banderoles. « C’est pas les Grecs, c’est pas les Espagnols, c’est les capitalistes qui nous coûtent cher », « Solidarité avec le peuple grec », ou encore « Résistance avec le peuple grec » scandaient le cortège parti de la place de la Bastille.

A l’avant, Jean-Luc Mélenchon a dit à Reporterre que dimanche, « c’est un moment extraordinaire de l’histoire qui se joue. [Les financiers] pensaient que Tsipras cèderait, et maintenant ils ne savent plus quoi faire »

- Ecouter Jean-Luc Mélenchon :

Dans le petit groupe amassé autour de l’antenne parisienne de Siriza, le parti d’Alexis Tsipras, Costas est drapé du drapeau de son pays. Il vit en France depuis vingt ans, mais il a laissé sa famille en Grèce. « Leur retraite a été divisée par deux et les impôts ont augmenté, raconte-t-il, alors je suis là pour soutenir le peuple de mon pays qui supporte l’austérité depuis cinq ans. »

Mais n’a-t-il pas peur des conséquences, si les Grecs votent non ? « Si on a peur, on vote oui, on accepte tout, et on attend les prochaines dates de Bruxelles », lance-t-il fièrement.

- Ecouter Costas :

« Les Français sont désinformés, insiste-t-il. Ils croient que la Grèce va mal parce qu’on est mal organisés et qu’on ne paye pas nos impôts. Mais ce n’est pas vrai, il faut que les gens viennent sur place voir nos problèmes. Jamais on n’aurait imaginé que tout cela pouvait arriver chez nous... »

Elisabeth, elle, porte le drapeau bleu et blanc à bout de bras. Dans l’autre main, elle tient un paquet d’autocollants « Avec les Grecs ». Elle explique où elle a décidé de les coller…

- Ecouter Elisabeth :

Un peu derrière, c’est un étendard rouge qui domine un petit groupe parlant espagnol. Ramon Santa Maria, appartient au petit parti de gauche ibérique Izquierda Unida. « En tant qu’Espagnols, nous avons les mêmes problèmes que les Grecs, déplore-t-il. On a sauvé les banques, mais on n’a pas sauvé le peuple. »

- Ecouter Ramon :

Le cortège coloré arrive place de la République. Assis au pied de la statue, Guillaume et Béatrice distribuent des tracts du [Mouvement pour la sixième République-https://www.m6r.fr/]. « Tsipras vient de rendre au peuple grec le pouvoir de décider ce qu’est l’intérêt général », se félicite le jeune homme. Pour sa camarade, en Europe, « les Grecs, c’est un exemple, c’est l’espoir. »

- Ecouter Béatrice :

Le retour des communs. La crise de l’idéologie propriétaire Sous la direction de Benjamin Coriat Reporterre 2015/07/03 Sous la direction de Benjamin Coriat (3 juillet 2015) Le retour des communs. La crise de l’idéologie propriétaire. Reporterre. Biens communs fr

Le retour des communs. La crise de l’idéologie propriétaire

Autour des « communs » se noue aujourd’hui un espoir fort de transformation sociale à partir d’institutions ou d’entreprises proposant des ressources en accès ouvert. Cet ouvrage entend alimenter la réflexion sur les potentialités qu’offre le renouveau de ces communaux collaboratifs.

Alors même que la notion de droits « exclusifs » reconnus au propriétaire individuel connait depuis quelques trois décennies une phase de durcissement et d’extension continue à de nouveaux objets (vivant, logiciels, semences, médicaments, savoirs traditionnels,....) on assiste, comme s’il s’agissait d’une « contre-tendance » à la montée de revendications et de pratiques pour mieux garantir différents types de « communs » conçus et administrés par des collectifs d’acteurs aux configurations multiples.

C’est ainsi que les « communs », qui consistent non en une négation des droits de propriété mais en des formes nouvelles de partage et de distribution des attributs de ce droit (sous la forme de droits d’accès, d’usage, de prélèvement ...) entre différentes parties prenantes, connaissent aujourd’hui un formidable regain. Les nouveaux communs qui tirent leur origine de formes très anciennes de droits « communaux » (garantissant l’accès à l’eau, aux pâturages, aux moulins à grains pour les communautés villageoises…), ouvrent ainsi des espaces neufs et permettent de repenser radicalement le droit de propriété tel qu’il était conçu et prévalait jusqu’ici.

Des logiciels libres aux licences creative commons permettant l’accès et le partage des créations artistiques ou scientifiques au plus grand nombre, des plateformes ouvertes permettant l’autopartage des biens les plus variés aux garderies auto-gérées… Les communs se présentent aujourd’hui comme autant de solutions à la crise de l’idéologie propriétaire et à l’exclusivisme qui lui sert de fondement.

Cet ouvrage, basé sur des recherches et des enquêtes qui se sont étendues sur plus de trois années ans et qui ont mobilisé près de vingt chercheurs en France comme à l’étranger, présente et explore à partir d’études de cas, d’investigations historiques ou de réflexions menées auprès des acteurs, la multiplicité des alternatives que proposent aujourd’hui les communs et l’économie du partage face aux impasses et apories de l’économie financiarisée dans laquelle nous sommes englués.

Le retour des communs. La crise de l’idéologie propriétaire, Benjamin Coriat (Sous la direction de), Michel BAUWENS - Florence BELLIVIER - Françoise BENHAMOU - Marie CORNU - Séverine DUSOLLIER - Charlotte HESS - Isabelle LIOTARD - Pierre-Andre MANGOLTE - Christine NOIVILLE - Fabienne ORSI - Valerie REVEST -Judith ROCHFELD - Sarah VANUXEM - Olivier WEINSTEIN - Jean-Benoît ZIMMERMANN, Editions Les Liens qui libèrent, 21.00 €, Disponible également en version numérique, Prix : 13.00 €

« Les mesures imposées à la Grèce ont été catastrophiques pour l’environnement » Entretien avec Giannis Tsironis Reporterre 2015/07/04 Entretien avec Giannis Tsironis (4 juillet 2015) « Les mesures imposées à la Grèce ont été catastrophiques pour l’environnement ». Reporterre. Entretien — Grèce fr

« Les mesures imposées à la Grèce ont été catastrophiques pour l’environnement »

Alors que la Grèce joue son destin, et celui de l’Europe, dans le référendum du dimanche 5 juillet, le ministre grec de l’Environnement explique pourquoi le plan de la Troïka est insupportable. Il souligne son lourd impact environnemental.

Dimanche 5 juillet, les Grecs doivent dire oui ou non aux mesures d’austérité proposées par la Commission européenne, la Banque centrale européenne et le Fonds monétaire international, en échange d’un nouveau plan d’aide au pays. Selon les créanciers de la Grèce, la hausse de la TVA ou les nouvelles coupes dans les retraites sont inévitables. Pour le gouvernement grec, ces propositions sont inacceptables et trop éloignées du programme sur lequel il a été élu en janvier dernier. Se sentant acculé, le Premier ministre Alexis Tsipras a convoqué ce référendum, un coup de théâtre qui permet d’imposer le peuple grec lui-même dans les négociations.

A la veille de ce jour décisif, Reporterre a pu interviewer par téléphone le ministre grec délégué à l’environnement, Giannis Tsironis.

Reporterre - Le gouvernement grec appelle à voter « non » à ce référendum : pensez-vous que le peuple grec vous suivra ?

Giannis Tsironis - Je suis optimiste, les gens vont comprendre que ce dimanche, on ne vote pas pour ou contre le maintien de la Grèce dans la zone Euro et que d’ailleurs, le meilleur moyen d’y rester, c’est de voter non.

Pourquoi ?

Parce que si le « oui » gagne, il est certain que l’économie grecque ne pourra pas supporter toutes ces folles mesures que Bruxelles tente de lui imposer. Tous ces plans n’ont pas seulement détruit notre économie, mais celle de toute l’Union Européenne. Neuf pays pays de la zone euro, comme la France, la Belgique, le Portugal, l’Espagne, l’Italie, ou encore Chypre ont des dettes publiques qui dépassent 100 % de leur PIB (produit intérieur brut).

Cela montre que cette vision de l’Europe n’est pas soutenable, nous devons tous faire un virage à 180 degrés pour corriger nos erreurs. Toutes les autres puissances économiques mondiales ont surmonté la crise de 2008, sauf la zone euro ! Cela veut dire que tous les mémorandums [Les séries de mesures d’austérités imposées par la Troïka en échange de plans d’aide - NDLR] vont contre un développement durable de notre économie.

Si le « oui » l’emporte, votre gouvernement devra-t-il démissionner ?

Le sort du gouvernement n’est pas forcément lié au résultat du référendum. Quel que soit le résultat, nous devrons le respecter, et nous devrons renégocier avec les institutions européennes. Bien sûr, nous croyons que si le « non » l’emporte avec beaucoup d’avance, les négociations aboutiront à un meilleur résultat. Si le « oui » l’emporte, nous respecterons la décision des citoyens grecs et nous devrons négocier dans le cadre qui nous a été imposé par la Commission et la Banque centrale européenne.

Enfin, si ces négociations échouent, là, nous devrons réfléchir à ce que nous faisons.

Pensez-vous vraiment que votre gouvernement obtiendra une restructuration de la dette grecque ?

Nos créanciers sont obligés d’accepter une restructuration. Car s’ils ne le font pas, la dette ne pourra jamais être remboursée. Quand les mémorandums ont commencé, notre dette représentait environ 130 % de notre PIB. Désormais, elle atteint 180 %. Il est hors de question de supporter une telle dette.

Il est certain que nous devons faire de sérieuses réformes pour faire croître notre PIB, et avoir ainsi la capacité de rembourser notre dette. Mais en cinq ans, notre PIB a diminué de 25 %. Le fait que nous ne remboursions pas notre dette n’est pas une décision politique : la réalité est qu’il nous est impossible de le faire.

Vous fustigez les mesures d’austérité imposées depuis cinq ans à la Grèce. Quelles ont été leurs conséquences environnementales ?

Cela a été catastrophique. D’abord, les employés de mon ministère ont tous été renvoyés ou mis à la retraite, et n’ont pas été remplacés. Cela veut dire que les personnes chargées de la protection de l’environnement et de la biodiversité et celles qui s’occupent de la planification urbaine et rurale sont tellement peu nombreuses qu’on ne peut plus travailler.

Dans le même temps, les gouvernements précédents, en accord avec les mémorandums, ont vendu nos côtes, des forêts et des aires naturelles protégées à de gros investisseurs privés, ce qui a été désastreux en terme de protection de la nature.

La vente de ces espaces naturels a-t-elle permis à la Grèce de rembourser une partie de sa dette ?

Non, parce qu’ils n’ont pas été vendus au prix du marché, ils ont été offerts pour quasiment rien à des investisseurs privés. En cinq ans, cela a permis de récupérer moins de dix milliards d’euros [alors que l’objectif avait été fixé à 50 milliards d’euros - NDLR], donc autant dire zéro.

Reporterre est allé en Grèce, notamment pour enquêter sur la vente de ces aires protégées, ou encore pour un reportage sur le projet de mine d’or à Skouries. Voici ce que l’un des opposants à ce dernier projet nous a confié, en parlant des investisseurs étrangers : « Ils traitent la Grèce comme un pays du tiers monde. Vous n’avez plus de ressources humaines, vous n’avez plus d’industrie, alors il vous reste vos ressources naturelles... » Êtes-vous d’accord avec cette affirmation ?

Je ne crois pas que nous soyons déjà un pays du Tiers monde. Mais si les mémorandums continuent, oui, c’est ce que nous risquons de devenir. Nous serions un pays du Tiers monde au sein de L’Union Européenne, et ce serait un gros problème pour tout le monde, car il n’y a pas de frontières entre nos pays.

Avez-vous pris une décision, concernant ce projet de mine d’or dans le Nord de la Grèce, dans la forêt de Skouries ?

Nous menons de sérieuses investigations et discussions sur ce sujet. Mais je ne peux pas vous en parler avant que la décision ne soit prise, dans quelques semaines. Car cela concerne une multinationale, et toute déclaration de ma part sur ce sujet pourrait avoir une influence sur son cours de bourse.

Le tourisme est le secteur économique qui fonctionne en ce moment en Grèce, un nombre record de visiteurs est attendu cet été. Comment concilier cela avec la protection de l’environnement ?

Nous aimerions définir des plans urbains et ruraux, avec des zones clairement définies : celles qui sont protégées, où l’on peut faire de l’écotourisme, les zones industrielles, les zones proprement touristiques, etc.

Mais malheureusement, actuellement ce n’est pas ce que nous avons… Le constructions se développent de façon anarchique. Le problème n’est pas le développement du tourisme, mais le développement des constructions en dehors de toute planification.

Pour finir, beaucoup de médias disent que si le « Non » gagne, ce sera le chaos, on ne sait pas ce qui arriver… Qu’en pensez-vous ?

Les propositions faites par nos créanciers sont horribles, ils n’ont rien à proposer pour vendre le « oui » aux électeurs. Leur seule arme est la peur. Mais ils doivent comprendre qu’un tiers de la population n’a plus de travail, les Grecs n’ont plus les moyens d’avoir peur. C’est la peur qui nous a conduit dans cette situation. Ces gens qui imposent les mémorandums vendent de la peur et sont en train de détruire l’Europe.

Le jardin sans pétrole - Sous la chaleur, les championnes grimpent vers le ciel Christine Laurent (Reporterre) Reporterre 2015/07/04 Christine Laurent (Reporterre) (4 juillet 2015) Le jardin sans pétrole - Sous la chaleur, les championnes grimpent vers le ciel. Reporterre. Jardin sans pétrole fr

Le jardin sans pétrole - Sous la chaleur, les championnes grimpent vers le ciel

La sécheresse règne. Mais des plantes se portent bien malgré tout. Et les vedettes de l’été sont... l’artichaut dont les tiges dépassent les deux mètres cinquante, la verveine de Buenos Aires qui le talonne, l’achillée millefeuille et la livèche qui atteignent bientôt un mètre !

Zut, nous sommes en panne de ticket et la file d’attente devant le distributeur ne nous laisse guère de chance d’attraper le train... A quand la carte Navigo demi-tarif pour les enfants ? Nous poireautons une petite heure à la gare d’Austerlitz avant l’arrivée du train suivant, si bien que lorsque nous arrivons au jardin, le soleil est déjà proche du zénith.

J’extirpe de ma sacoche le hamac que nous n’avons pas encore installé. Sous l’ombre du saule des oliviers, je regarde le jardin desséché. En dehors des buttes arrosées et paillées, la végétation a les couleurs de fin d’été. Ainsi installée en retrait du potager, je peux repérer les vedettes de l’année ; l’artichaut dont les tiges dépassent les deux mètres cinquante, la verveine de Buenos aires qui le talonne, l’achillée millefeuille et la livèche qui atteignent bientôt un mètre.

Les cosmos dont la floraison est plus tardive sont bien partis pour rattraper le peloton des hauteurs de croissance ! Ces plantes sont des vivaces ou des annuelles qui se sont ressemées sans notre intervention.

Le pied d’artichaut a certes bien poussé mais le résultat – des fleurs de petites tailles – est décevant. Peut-être faut-il procéder à une taille. Limitant le nombre des fleurs, elle permettrait à celles qui restent de grossir davantage. Ou bien faut-il attendre l’année prochaine car le pied d’artichaut ne produit bien qu’au bout de trois ans.

La verveine de Buenos aires dessine des tiges très graphiques portant des panicules de fleurs d’un bleu-mauve intense proche du lilas. Comme la verveine rugueuse (Verbena rigida) qui pousse aussi dans le jardin, la verveine de Buenos aires (Verbena bonariensis) est une plante ornementale originaire d’Amérique latine dont la floraison dure jusqu’à l’automne. Nous l’avons mise en terre l’année dernière pour apporter une nourriture variée aux abeilles.

Mais aujourd’hui point d’abeilles. C’est un papillon blanc qui lui tourne autour. Blanc avec sur l’aile une tache gris-brun caractéristique de la redoutable piéride du chou dont les chenilles gloutonnes ne vont pas tarder à liquider ce que les limaces auront bien voulu leur laisser ! Il y a eu un tel orage dans la semaine que les coquilles d’œuf se sont dispersées, laissant les champs libres aux gastéropodes.

« La crise grecque montre que le capitalisme n’est plus compatible avec la démocratie » Entretien avec Geneviève Azam Reporterre 2015/07/04 Entretien avec Geneviève Azam (4 juillet 2015) « La crise grecque montre que le capitalisme n’est plus compatible avec la démocratie ». Reporterre. Entretien — Grèce fr

« La crise grecque montre que le capitalisme n’est plus compatible avec la démocratie »

A la veille d’un référendum décisif sur l’avenir de la Grèce, Reporterre a cherché à comprendre cette crise qui ébranle l’Europe. Interview avec Geneviève Azam, économiste et chercheuse à l’Université Toulouse II, également porte-parole d’ATTAC. Entretien en video.

De quelle crise la Grèce est-elle aujourd’hui le nom ? D’une crise économique, certes, mais surtout d’une crise politique qui est, au fond, une crise du modèle de développement.

Geneviève Azam, économiste et porte-parole d’Attac France indique la véritable perspective de la crise grecque : c’est d’« un système à bout de souffle » – produit d’une croissance qui ne reviendra pas – dont la Grèce est victime.

Pourfendant les exigences des créanciers – « aucune rationalité économique ne justifie ce qui est actuellement proposé à la Grèce » - elle insiste sur le danger de défaire la légitimité politique d’un gouvernement élu démocratiquement.

« Si j’étais grecque, je voterais non dimanche »

Les raisons de voter « non ».

« C’est une crise de soutenabilité du modèle de croissance »

Le non-remboursement de la dette s’explique d’abord par le fait qu’une croissance forte n’est plus aujourd’hui possible, en Grèce comme ailleurs.

« Il faut une conférence internationale sur la dette, c’est aussi urgent que Bretton Woods en 1944 »

Envisager une sortie de l’euro ? « L’euro n’est pas intouchable, ce n’est pas un fétiche », répond Geneviève Azam. Mais le « Grexit » entraînerait des secousses très violentes pour la société grecque.

« Le capitalisme n’est plus compatible avec la démocratie »

Reterritorialiser l’activité, en finir avec le marché global : Geneviève Azam conclut en esquissant des pistes de sortie de crise. Une crise qui, masquée un temps par « l’euphorie financière », révèle aujourd’hui un système qui détruit les sociétés et la planète.

- Propos recueillis par Barnabé Binctin et filmés par Lucas Mascarello

Les plantes comestibles colonisent les jardins publics de Londres Mathilde Gracia (Reporterre) Reporterre 2015/07/06 Mathilde Gracia (Reporterre) (6 juillet 2015) Les plantes comestibles colonisent les jardins publics de Londres. Reporterre. Monde fr

Les plantes comestibles colonisent les jardins publics de Londres

Planter des arbres et des légumes près de chez soi pour occuper l’espace intelligemment, c’est l’activité de quelques habitants de Londres. Dans le parc de leur quartier, ils viennent se détendre et prendre en main leur alimentation, encouragés par l’entreprise sociale Social Landscape.

- Londres, correspondance

« J’ai apporté des vers », annonce Heather un sac de papier marron à la main. Sous le soleil brûlant de Londres, Mich la regarde un sourire aux lèvres. Ils ouvrent le sac : ce sont bien des vers couleur rougeâtre qui grouillent dans la terre humide. « Je vais quand même prendre des gants », prévient Mich en riant avant de les placer dans le bac de plantes, sous l’œil amusé d’Heather, ravie de voir que les habitants de ses deux bennes à compost « vont enfin servir ».

Dans ce jardin du sud de la capitale, le Streatham Hillside Garden situé dans l’arrondissement de Lambeth, une dizaine de riverains se sont approprié les lopins de terre pour y faire pousser des plantes comestibles, grâce à l’entreprise Social Landscape. Au milieu des terrains de jeu, de basket, de tennis ce samedi, le parc vit au rythme des cris d’enfants.

« C’est tellement agréable de sortir en plein air, se délecte Heather, qui vit à quelques pas de la verdure, Mon propriétaire ne veut pas faire de jardins, donc je viens ici pour donner un coup de main. » En ce mois de juin, il leur reste des épinards de la saison dernière, quelques feuilles de salade et de la roquette.

Un jardinage cosmopolite

A l’image de Londres, ici les habitants viennent des quatre coins du monde. Heather est originaire du Zimbabwe : « Là-bas tout le monde pense qu’en Angleterre on a juste à jeter les graines dans la terre et que ça pousse tout seul, mais en réalité c’est difficile et ça demande beaucoup de temps ! » Sur une parcelle surélevée, dans le fond du parc, Dev saupoudre des graines de brocoli et de haricots de toutes sortes sur son carré de plantation. Ce quadragénaire a travaillé sur une ferme biologique en Australie et vécu en communauté en Nouvelle Zélande en pratiquant le woofing, une forme de tourisme où les voyageurs sont hébergés chez des agriculteurs qu’ils aident en échange du logis.

Autant d’expériences qui l’ont convaincu de changer de vie. Depuis environ un an, il a quitté son travail d’ingénieur civil pour « gagner moins mais avoir plus de temps libre ». Résultat, il passe près de la moitié de la semaine les mains dans la terre. « Au moins je m’assure que ma nourriture n’est pas toxique et je sais d’où elle vient, dit-il. Si les gens faisaient pousser plus on aurait moins besoin de l’agriculture intensive. » A terme, il aimerait pouvoir se nourrir presqu’exclusivement grâce à son potager.

Des arbres fruitiers pour les générations futures

Envahir les espaces verts de variétés comestibles, c’est l’objectif de Mich Thill, à la tête de Social Landscape. Arrivé à Londres il y a environ trois ans, ce Luxembourgeois a d’abord travaillé pour une entreprise en tant que jardinier. « Puis j’ai voulu me consacrer à ce que j’aime vraiment. » Il y a deux ans, il lance alors Social Landscape, aujourd’hui devenue une petite entreprise sociale qui aménage les jardins de particuliers notamment sur les toits, propose de l’éducation à l’environnement dans les écoles et offre des formations en permaculture.

« Les gens pensent qu’ils vont apprendre des choses sur le jardinage lorsqu’ils prennent un cours de permaculture, mais ils apprennent tellement d’autres choses sur la communauté », dit-il enthousiaste. Parmi ses salariés, Mich recrute principalement des personnes en réinsertion ou au chômage. Aujourd’hui la structure compte environ cinq employés dont quelques indépendants.

En plus du travail rémunéré, Mich intervient dans les parcs et jardins publics. Les récentes coupes dans les budgets des espaces verts dans les arondissements de Londres signifient moins de fonds pour ceux qui entretiennent les parcs, mais aussi une prise de pouvoir sous forme de coopérative qui permet aux associations et aux riverains de décider de l’avenir de ces lieux.

La fierté de Mich à Streatham, ce sont les deux-cents arbres fruitiers plantés sur le périmètre du parc le long des grillages. Mich les cherche dans la végétation, « et en voici encore un ! ». Des arbustes de différentes variétés de petites pommes comestibles qui, il espère, donneront des fruits dans quelques années pour les habitants du quartier. « Je veux que ça devienne normal pour les gens de se balader et de cueillir des fruits qui appartiennent à tout le monde », explique-t-il.

Dans l’avenir, il imagine de grandes fêtes locales où tout le monde viendrait partager ses fruits et légumes. « La nourriture que nous plantons dans les parcelles demande beaucoup de temps et pour l’instant les gens s’en occupent mais je ne sais pas ce qu’il en sera dans dix ans, dit Mich. Avec les arbres fruitiers c’est différent, en les mettant en terre on a vraiment l’impression de faire quelque chose pour les générations futures. »

Alexis Tsipras : « Ce jour est une fête de la démocratie » Alexis Tsipras Reporterre 2015/07/06 Alexis Tsipras (6 juillet 2015) Alexis Tsipras : « Ce jour est une fête de la démocratie ». Reporterre. Grèce fr

Alexis Tsipras : « Ce jour est une fête de la démocratie »

Une fête de la démocratie, une lutte pour la justice, une autre Europe : c’est pour ces idées à opposer au masque aveugle de la finance que les Grecs ont voté dimanche. Le premier ministre, Alexis Tsipras, avait trouvé les mots qui unissent, au-delà d’Athènes, l’ensemble des citoyens de l’Europe.

Avec plus de 61 % des voix favorables au rejet du plan imposé par l’Europe institutionnelle à la Grèce, le gouvernement grec a gagné son pari : le référendum qui a eu lieu dimanche 5 juillet lui a redonné une nouvelle légitimité.

Dès le soir, le premier ministre indiquait dans un discours ce qu’il voulait faire : non pas opérer une rupture, « mais faire un accord plus fort ». Il n’a pas promis que tout serait simple, mais rappelé aux Européens l’exigence de justice : « Il n’y a pas de solution simple, mais il y a des solutions justes. »

Pour lui, « l’Europe ne peut être à sens unique de l’austérité ». Sa priorité : refaire fonctionner le système bancaire, avec la Banque centrale européenne dont « je suis certain qu’elle comprend la dimension humanitaire de la situation ». Les critères pour un nouveau plan négocié de sortie de crise : « L’égalité sociale et le déplacement de l’effort des faibles aux forts ».

Il a rappelé le rapport du FMI (Fonds monétaire international) fuité deux jours avant le référendum : les experts de Washington montrent nettement qu’un remboursement de la dette sera impossible.

Mais dimanche 5 juillet, le premier ministre grec a envoyé ses messages à ses créanciers. Le sens réel de sa démarche et de l’événement, il l’avait exprimé vendredi soir, sur la place Syntagma, devant des dizaines de milliers d’Athéniens. Un texte fort, qui mérite la lecture (la video est à la fin de l’article) :

« La démocratie est une fête et une joie, la démocratie est une libération, la démocratie est une issue »

« Citoyens d’Athènes, peuple grec,

Aujourd’hui nous ne protestons pas, nous ne manifestons pas ; aujourd’hui est un jour de fête. Ce jour est une fête de la démocratie.

La démocratie est une fête et une joie, la démocratie est une libération, la démocratie est une issue.

Et nous célébrons aujourd’hui la victoire de la démocratie. Nous sommes déjà victorieux, quelle que soit l’issue du scrutin de dimanche, car la Grèce a envoyé un message de dignité, un message de fierté.

Personne ne peut ignorer cette passion, cet anxieux désir de vie, cet anxieux désir d’espoir, cet anxieux désir d’optimisme.

Nous célébrons aujourd’hui l’audace et la détermination qui nous ont conduits à prendre notre destin en mains, à rendre la parole au peuple grec.

Aujourd’hui, nous faisons la fête et nous chantons. Nous faisons la fête et chantons pour supplanter le chantage et la peur.

L’Europe telle que nous la connaissions, l’Europe telle qu’elle apparaît au miroir de ses principes fondateurs, n’a pas le moindre rapport avec les menaces et les ultimatums.

Et aujourd’hui, en ce moment même, l’Europe entière a les yeux tournés vers nous, vers le peuple grec, vers ses trois millions de pauvres et son million et demi de chômeurs.

Aujourd’hui la planète entière a les yeux rivés sur la Place de la Constitution et sur toutes les places, petites ou grandes, de notre patrie.

Dans ce lieu qui a vu naître la démocratie, nous donnons à la démocratie une chance de revenir.

De revenir en Europe, car nous voulons que l’Europe revienne à ses principes fondateurs.

À ces principes qu’elle a si longtemps balayés pour appliquer des programmes d’austérité sans issue, violant la volonté des peuples.

Citoyens d’Athènes, peuple grec,

Dimanche, nous adresserons tous ensemble un message de démocratie et de dignité à l’Europe et au monde.

Nous enverrons aux peuples un nouveau message d’espoir.

Car nous ne déciderons pas seulement, ce dimanche, de demeurer en Europe.

Nous déciderons de vivre avec dignité en Europe, de travailler et de prospérer en Europe.

D’être égaux en Europe, à égalité avec tous.

Et, croyez-moi, nul n’a le droit de menacer de couper la Grèce de son espace géographique naturel.

Nul n’a le droit de menacer de diviser l’Europe.

La Grèce, notre patrie, était, est et demeurera le berceau de la civilisation européenne.

C’est en ce lieu, dit la mythologie, que Zeus, en l’enlevant, a conduit la princesse Europe.

Et c’est de ce lieu que les technocrates de l’austérité souhaitent à présent l’enlever.

Mais cela ne sera pas. Car, dimanche, nous leur dirons « non ».

Nous ne laisserons pas l’Europe entre les mains de ceux qui souhaitent soustraire l’Europe à sa tradition démocratique, à ses conquêtes démocratiques, à ses principes fondateurs, aux principes de démocratie, de solidarité et de respect mutuel.

Citoyens d’Athènes, hommes et femmes de tous âges qui vous trouvez ici, aujourd’hui, qui submergez la Place de la Constitution, les rues d’Athènes et des autres grandes villes en bravant la montée de la peur orchestrée, la rhétorique de la terreur propagée tous ces derniers jours,

Citoyens d’Athènes,

Le peuple grec a maintes fois démontré au cours de son histoire qu’il savait retourner un ultimatum à son expéditeur. Car les ultimatums, parfois, reviennent à l’envoyeur.

Les pages les plus éclatantes de l’histoire de ce pays et de ce peuple ont été des pages d’audace et de vertu.

Je vous appelle à ce que nous écrivions ensemble, de nouveau, des pages historiques, celles de notre rétablissement et de notre liberté.

Je vous appelle, ce dimanche, à opposer un « non » haut et clair aux ultimatums. À tourner le dos à ceux qui sèment chaque jour la peur et l’intimidation.

Et, lundi, quel que soit le résultat du processus démocratique, de ce verdict populaire que certains redoutaient et voulaient entraver, nous opposerons également un « non » sans appel à la division.

« Un petit peuple qui se bat, comme le dit le poème, sans épées et sans balles. Qui se bat cependant en ayant dans les mains la plus puissante des armes : la justice »

« Lundi, quelle que soit l’issue du scrutin, les Grecques et les Grecs n’auront rien qui les sépare. Ensemble, nous nous battrons pour reconstruire une Grèce meilleure que celle que nous ont laissée cinq années de désastre.

Je vous appelle enfin à ne pas prêter l’oreille à ces sirènes dont l’écho ne cesse de s’amplifier, ces sirènes qui hurlent à la peur.

À décider avec votre esprit et votre cœur.

À vous déterminer avec calme et résolution.

À vous prononcer en faveur d’une Grèce fière dans une Europe démocratique.

En faveur d’un peuple, d’un petit peuple qui se bat, comme le dit le poème, sans épées et sans balles.

Qui se bat cependant en ayant dans les mains la plus puissante des armes : la justice.

Parce que la justice est avec nous, parce que nous sommes dans notre droit, nous vaincrons.

Et nul ne peut effacer cela. Nul ne peut occulter ce fait : nous sommes dans notre droit. »

Nous sommes tous des Grecs européens Hervé Kempf Reporterre 2015/07/06 Hervé Kempf (6 juillet 2015) Nous sommes tous des Grecs européens. Reporterre. Édito — Grèce fr

Nous sommes tous des Grecs européens

Quelle claque ! Alors que les sondages annonçaient un résultat très serré, alors que tous les médias néo-libéraux répandaient la peur, les Grecs ont choisi, sans crainte : "Oxi" ! Non ! Non au chantage de la peur. Non à l’humiliation. Non à l’absurdité. Non au diktat de la finance.

Et oui à l’Europe. Oui à un autre avenir. Oui à l’honneur.

Ils ont affirmé la légitimité du peuple face aux dirigeants qui ne défendent plus l’intérêt général, mais celui d’un ordre injuste. Qui est légitime ? Le peuple grec ou Jean-Claude Juncker, président de la Commission européene et ex-premier ministre du premier paradis fiscal du monde, le Luxembourg ? Qui est légitime ? Le peuple grec ou Mario Draghi, président de la Banque centrale européenne et ex-vice-président pour l’Europe de la Banque Goldman Sachs, qui a aidé le gouvernement grec, il y a dix ans, à maquiller ses comptes ? Qui est légitime ? Le peuple grec ou Christine Lagarde, directrice du Fonds monétaire international, et ex-avocate d’affaires, qui se permet d’enjoindre les dirigeants grecs à se comporter en "adultes" alors qu’elle-même ne paye pas d’impôt.

La « troïka », cet attelage de la Commission, de la BCE et de la FMI, n’est pas seulement composé de personnages douteux, elle mène une politique absurde. Obliger la Grèce à rembourser une dette énorme enfoncera le pays dans une crise plus grande encore, lui rendant impossible de générer l’activité économique permettant de la rembourser. C’est à l’asphyxie totale que mène cette aveugle troïka qui ne sert pas les intérêts des Européens, mais ceux des financiers dont ils sont les porte-parole, à moins qu’ils en soient les valets.

Et c’est à l’asphyxie de l’Europe que mène l’intransigeance de l’Allemagne, si oublieuse qu’elle-même n’a pu se redresser, en des temps obscurs, que parce que sa dette a été annulée, oublieuse aussi que sa présente prospérité doit énormément aux achats que lui font ses voisins, endettés.

Aujourd’hui, nous sommes tous Grecs. Comme, en 2005, tous les Européens étaient français, néerlandais, irlandais, les trois peuples qui avaient rejeté le traité de constitution que les dirigeants néo-libéraux leur proposaient, et qu’ils leur ont finalement imposé, trahissant ce qui fait l’essentiel de l’honneur européen, la démocratie, l’idée qu’ensemble, les citoyens choisissent leur destin, et qu’aucun maître ne peut leur imposer.

Il ne faut pas qu’en 2015, les financiers n’imposent de nouveau leur loi. Il faut que la liberté qui se lève à Athènes, comme elle s’est levée récemment à Barcelone et à Madrid, retentissent dans les rues et sur les places de toute l’Europe, pour imaginer un autre avenir, un avenir où les jeunes trouveront un emploi digne, où l’on ne résoudra pas les problèmes économiques en saccageant la nature, où la justice sera une idée plus forte que les profits.

Concrètement, des solutions existent, comme celles que des économistes, Geneviève Azam et Gabriel Colletis, ont exposées ici. Quant à la dette, il ne faut pas s’en obséder, comme le rappelait Thomas Piketty. Et commencer à en faire l’audit sérieux, pour séparer celle qui a un sens et celle qui relève de la spéculation illégitime.

En Grèce, à nouveau, le drapeau de la raison et de la liberté se relève. Puissent cet espoir et ce courage irriguer la France et l’Europe.

Pour sortir du piège de la dette, des économistes avancent une solution alternative Entretien avec Gabriel Colletis Reporterre 2015/07/06 Entretien avec Gabriel Colletis (6 juillet 2015) Pour sortir du piège de la dette, des économistes avancent une solution alternative. Reporterre. Entretien — Grèce fr

Pour sortir du piège de la dette, des économistes avancent une solution alternative

On peut sortir du piège du remboursement impossible de la dette, en ré-orientant les enjeux financiers vers un développement écologique et social : c’est la proposition d’économistes réunis autour de Gabriel Colletis, professeur à l’université de Toulouse. Entretien.

Annulation de la dette ou sortie de l’Euro ? On peut trouver une troisième solution pour sortir de la crise. Gabriel Colletis, professeur d’économie à Toulouse et proche de Syriza propose un « New Deal de la dette » : il raconte à Reporterre cette piste de travail étudiée à Athènes, mais aussi à Paris et à Berlin.

Reporterre - Maintenant que le « non » l’a emporté largement, doit-on craindre un « Grexit » (sortie de la Grèce de la zone Euro) ?

Gabriel Colletis - Les Grecs ont clairement répondu qu’ils ne validaient pas les attentes des créanciers. Mais la question n’était pas de savoir s’il faut rester ou non dans la zone euro. La grande majorité des Grecs veulent rester dans la zone euro.

Vous êtes donc favorable à ce que la Grèce reste dans la zone euro ?

Oui. Nous considérons depuis le début qu’il faut tout faire pour que la Grèce reste dans la zone euro. Pour une raison simple : la Grèce importe énormément de biens de consommation et de produits de première nécessité, ainsi que des biens d’équipements. Tous ces produits ne sont pas, ou insuffisamment, fabriqués en Grèce. Si le pays sort de la zone euro et réintroduit la drachme, il y aurait une dépréciation de 30 à 50 %, et donc un renchérissement du même ordre du coût des importations. Cela provoquerait un choc de pauvreté alors que la population grecque vit déjà extrêmement mal.

Les négociations peuvent-elles s’orienter vers l’annulation de la dette ?

Non, je ne crois pas que les institutions créancières accepteront d’annuler une partie de leur dette.

Que proposez-vous ; alors ?

Nous avons fait une proposition très concrète, avec Robert Salais et Jean-Philippe Robé : la conversion de la dette en certificats d’investissements. Le principe est simple : les créanciers de la Grèce, plutôt que de se considérer comme des prêteurs, deviennent des investisseurs. Et laissent les Grecs investir les sommes correspondantes, de manière à ce que la Grèce retrouve le chemin du développement. A partir de là, ceux qui détiennent les certificats d’investissement retrouveront leur mise.

Dans quels domaines faudrait-il alors privilégier ces investissements ?

Dans les secteurs d’activité pour lesquels la Grèce consomme beaucoup, sans produire elle-même, ce qui créé ces importations trop importantes. Il ne s’agit pas d’investir pour faire de la Grèce la petite Chine d’Europe en termes de délocalisation, mais de répondre aux besoins fondamentaux de sa population. Cela concerne l’agriculture, très déficitaire, l’agro-alimentaire, la santé – produits pharmaceutiques et matériels des hôpitaux – le logement, le transport… Les chantiers sont très vastes et actuellement à l’étude par l’équipe gouvernementale. Par ailleurs, comme les deux pays qui détiennent le plus de dette grecque sont la France et l’Allemagne, cela fournira aux entreprises de ces pays des débouchés profitables. C’est une logique de co-développement, considérant que la dette n’est pas un problème financier mais un problème économique et social.

Tout ceci vous paraît-il vraiment réaliste ?

La présidence de la République en France en est avisée, par l’intermédiaire du secrétaire général, M. Jouyet, et les réactions sont positives, voire très positives. Et la partie allemande a elle aussi répondu de manière intéressée, par l’intermédiaire du ministre des affaires étrangères et on a des contacts encourageants avec la chancellerie.

De son côté, le gouvernement grec a gagné un surcroît de légitimité avec son succès au référendum. Tout le monde doit maintenant se mettre autour de la table et discuter du problème de la dette. Il est dans l’intérêt de tous, des Grecs comme des institutions financières, de trouver une solution mutuellement avantageuse.

Geneviève Azam a évoqué dans Reporterre une sorte de nouveau Bretton Woods pour régler la crise.

C’est très intéressant. De même, nous proposons une sorte de « New deal de la dette », et cela ne vaut pas seulement pour la Grèce. Il faut complètement changer d’optique s’agissant de la dette : ce n’est pas un problème financier que l’on peut résoudre avec des techniques financières. On ne veut pas polémiquer sur le rééchelonnement de la dette grecque ou le niveau des taux d’intérêt. On ne raisonne pas selon une optique financière, mais économique, sociale et écologique.

Car la dette exprime en fait une crise de modèle, celui de la croissance ?

Oui. L’idée est d’envisager un nouveau modèle de développement qui réponde aux besoins fondamentaux de la population. Il ne s’agit pas du tout de faire de la croissance, en tirant la croissance grecque par davantage d’exportations ou plus de compétitivité. Il faut développer des activités productives en protégeant la nature et en répondant aux besoins.

- Propos recueillis par Barnabé Binctin

La plus grande conférence scientifique sur le climat s’ouvre à Paris Sylvain Lapoix (Reporterre) Reporterre 2015/07/07 Sylvain Lapoix (Reporterre) (7 juillet 2015) La plus grande conférence scientifique sur le climat s’ouvre à Paris. Reporterre. Climat fr

La plus grande conférence scientifique sur le climat s’ouvre à Paris

A l’approche de la COP 21 (Conférence des Nations unies sur le changement climatique), qui aura lieu en décembre, les climatologues du monde entier se retrouvent à Paris pour dresser un tableau complet des connaissances scientifiques sur le sujet. La conférence Common Future under Climate Change débute ce mardi 7 juillet. Reporterre vous en rendra compte tous les jours.

« Les questions qui sont aujourd’hui posées à la communauté scientifique n’ont rien à voir avec celles qui nous étaient amenées il y encore 5 ou 10 ans, constate Jean-François Soussana, directeur scientifique Environnement à l’Inra et représentant du comité scientifique de la conférence. Il nous est toujours demandé plus de certitude sur les phénomènes climatiques à l’oeuvre mais il s’agit désormais aussi d’élaborer des solutions et d’en mesurer l’impact, ce qui amène à des rapprochements des sciences du climat avec les sciences économiques et sociales et les sciences humaines. »

Reflétant ce nouveau tempo du débat climatique, la conférence Our Common future under climate change (Notre avenir commun dans le changement climatique) ne consacrera que sa première journée à l’état des dernières découvertes climatiques sans de cantonner aux données strictement physiques : au-delà des émissions de gaz à effet de serre et des événements climatiques extrêmes seront évoqués les conséquences écologico-sociales ou encore la problématique de l’éducation au changement climatique.

Dès mercredi, la conférence s’attaquera aux scénarios et aux projections, déroulant un panel international incluant des laboratoires auteurs de certaines publications clefs de ces dernières années comme le Potdsam Institute for Climate Impact Research, qui chiffrait dans Nature en mai dernier le plafond d’émission de C02 pour garder la température du globe sous 1,5°C de réchauffement, ou encore le Tyndall Centre britannique.

Le jeudi constituera un temps de partage sur les solutions, croisant des regards de tous les continents : du ministère des Sciences du Brésil à l’institut du développement durable chinois en passant par l’économiste en chef de l’Agence internationale de l’Energie, Fatih Birol, connu pour ses prises de position critique sur l’avenir du secteur énergétique.

Le vendredi ouvrira le débat sur les enjeux institutionnels par une intervention de l’économie Joseph E. Stiglitz.

Nous ne pouvons dans ce seul article vous restituer le foisonnement des acteurs, laboratoires et chercheurs qui se croiseront durant ces quatre jours, nous vous laissons la liberté d’explorer vous-mêmes le programme torrentiel de ces rencontres.

- Télécharger le programme :

- Site de la conférence : Our common future under climate change

Nous vous proposons, en revanche, de suivre à nos côtés les exposés et les débats sur Reporterre et sur les réseaux sociaux pendant toute la durée de la conférence.

Grands thèmes, brèves et phrases clefs

Dans les locaux de l’Unesco et de l’Université Pierre et Marie Curie, j’assurerai une couverture en deux temps des débats.

Au fil de la journée, sur le compte Twitter de @Reporterre (avec le hashtag #cfcc15, du nom de la conférence), je rapporterai les quelques phrases, déclarations et prises de positions clefs des débats. Vous pourrez m’interpeller via cet identifiant ou via mon identifiant personnel @SylvainLapoix si vous souhaitez en savoir plus sur le déroulement des journées et je vous répondrai dans la mesure du temps disponible.

Car, du matin à la fin d’après-midi, je parcourrai les salles de conférences, panel et présentation. Chaque jour, nous choisirons avec la rédaction un thème clef sur le débat climatique : constat étonnant, solution nouvelle, débat émergent... nous sortirons du ronron technocratique des accords pesés en tonne de CO2 ou en degrés de réchauffement pour explorer les nouvelles pistes de recherche scientifique. En complément d’un sujet phare, nous vous proposerons une sélection de choses vues et entendues, petites idées, belles accalmies ou orages dans cet événement scientifique.

Enfin, au fil des rencontres, nous capterons quelques « Une minute, une question » avec des intervenants de tous les continents, pour comprendre leur venue dans ce bouillon.

Six mois avant des négociations aux résultats incertains, nous avons décidé d’investir le champs des doutes et des espoirs scientifiques quant à l’avenir de notre climat pour nourrir notre réflexion et renouveler notre pensée écologique.

- Lire le récit de la première journée : Science du climat : les nuages comptent autant que le CO2

Carnets d’aventures n°40 - Dossier : Into the jungle, au-delà des a priori Reporterre 2015/07/07 (7 juillet 2015) Carnets d’aventures n°40 - Dossier : Into the jungle, au-delà des a priori. Reporterre. fr

Carnets d’aventures n°40 - Dossier : Into the jungle, au-delà des a priori

Sommaire

Récit kayak de mer au Groenland : vous prendrez bien un p’tit glaçon ?

Côte occidentale du Groenland : littoral sauvage, plages désertes, lumières du grand Nord, mille et un icebergs…

Récit voyage à vélo en famille : 2 parents et 4 enfants pédalent plus de 14 000 km autour de la Méditerranée jusqu’en Géorgie en passant par le Maghreb et les Balkans.

DOSSIER : INTO THE JUNGLE, au delà des a priori

- Au plus profond de la jungle : spéléo en Papouasie-Nouvelle-Guinée Phil raconte l’expédition Iowa partie dans l’une des dernières forêts primaires de la planète pour explorer des galeries encore inconnues, parfois jusqu’à 600 m de profondeur !

- Objectif Inselberg du Jaguar : une belle randonnée au cœur de la Guyane avec pour point d’orgue l’ascension d’une de ces « îles-montagnes » de granit surplombant la jungle.

- En radeau sur l’Amazone ! Paul-Henri et Chico ont descendu le plus long fleuve du monde de la source à l’embouchure sur un radeau qu’ils ont construit eux-mêmes !

- Chronique médicale : risques sanitaires en jungle Préparation, précautions, pathologies principales, environnement, secours, infections, animaux… Trousse pharmacie pour la jungle.

- Chronique Voyager léger : marcher léger dans la jungle. Orientation, itinéraire, navigation, météo, milieu, nourriture, santé…

Carnets techniques : TEST VESTES IMPER-RESPIRANTES

Membrane ePTFE, membrane PU ? Comment fonctionne une veste imper-respirante ? On vous en dit davantage dans ce dossier !

13 vestes sont passées aux griffes de nos tests !

Chronique de l’ours des bois : L’efficience en survie

Comment, dans un contexte de survie, identifier ses priorités et ses objectifs ? Il existe des solutions économes en énergie, mais totalement inefficaces. L’efficience, c’est le fait de trouver une solution efficace ET facile !

- Commander ou s’abonner ici

« On voit bien que ça part à la dérive, mais on ne peut rien faire. » Paroles d’un café marseillais sur le changement climatique Catherine Thumann (Reporterre) Reporterre 2015/07/07 Catherine Thumann (Reporterre) (7 juillet 2015) « On voit bien que ça part à la dérive, mais on ne peut rien faire. » Paroles d’un café marseillais sur le changement climatique. Reporterre. Reportage — Climat et quartiers populaires fr

« On voit bien que ça part à la dérive, mais on ne peut rien faire. » Paroles d’un café marseillais sur le changement climatique

Façades noircies par la pollution, défilé incessant de voitures, le Cours Lieutaud, principale artère du centre ville de Marseille, est un lieu approprié pour parler des gaz à effet de serre. Situé au bord du quartier populaire de Noailles, il abrite l’un des anciens bistrots les plus chaleureux de la cité phocéenne : le bar du Peuple. C’est là que nous avons posé notre besace, un après-midi de fort cagnard, pour discuter réchauffement climatique avec les clients.

- Marseille, correspondance

« Ah moi, ça m’intéresse, parce que comme je crains la chaleur, ça me contrarie ces histoires de climat ! Si ça continue, je vais être obligé d’aller vivre au Pôle Nord », lance Yves, 60 ans, sur le ton de la boutade. « Mais pour la montée des eaux, j’ai tout prévu. J’habite au 8e étage ! », poursuit-il en riant de bon coeur. Attablé à l’ombre avec son collègue Roger, qui sirote un demi bien frais, Yves ajoute plus sérieusement que « si c’est vraiment nécessaire, il faut agir maintenant, et que tous les Etats s’y mettent ».

"On voit bien que ça part à la dérive, mais on ne peut rien faire"

Interpellé par les images de la fonte des glaces, Roger, 73 ans, ne sait pas quoi penser du discours que répandent certains intellectuels climato-sceptiques dans les médias : « C’est bizarre que les scientifiques ne soient pas tous d’accord sur un sujet aussi grave. Certains disent que tout cela est faux. Forcément, on se pose des questions après. (…) Moi, j’arrive au bout de ma vie, mais pour les générations futures, je suis tout de même inquiet. »

Loin des projets d’actions volontaristes qu’on peut rencontrer dans les milieux militants, on entend davantage ici un sentiment partagé d’impuissance face aux informations délivrées par la petite lucarne. « Le changement climatique, on ne voit que ça à la télé. Il y a des gens qui décident à notre place, on se sent impuissants. On voit bien que ça part à la dérive, mais on ne peut rien faire », observe avec dépit Salim, 33 ans, mécanicien dans les quartiers nord de Marseille. De passage dans le centre, il partage un café avec son ami Mohamed, 49 ans, ouvrier du bâtiment, qui opte à peu près pour le même constat : « Oui c’est sûr, on va dans le mur, mais que pouvons-nous faire ? Ce sont les lobbys qui décident. L’événement international COP 21, c’est que du pipeau, des beaux discours. » Père de deux minots, Mohamed est soucieux pour eux. « C’est dans cinquante ans, les gros problèmes, moi je ne serai plus là », conclut-il, un poil fataliste.

A quelques tables rondes de là s’installe Sala, grand sourire aux lèvres. D’origine tunisienne, ce maçon de 53 ans observe les conséquences du réchauffement dans son pays, où il vit la moitié de l’année. « Je suis agriculteur à Tunis avec mon épouse. On cultive la terre, on élève des brebis et des vaches. On voit un changement radical, ça ne marche plus comme avant. On récolte le blé et l’orge à la fin du mois de mai, au lieu du mois de juin ! Tu te rends compte ? Un mois d’écart ! Comme nos parents et nos grands-parents, on constate qu’il n’y a plus d’hiver, plus de saisons. C’est pas normal tout ça. »

Face à ceux qui parlent d’un phénomène simplement « cyclique », Sala rétorque avec assurance que « la vérité est ailleurs ». Pense-t-il qu’on peut agir à notre échelle pour lutter contre le réchauffement ? « Nous, on peut faire attention à nos gestes quotidiens, mais c’est très faible. Les Etats peuvent intervenir, ils le doivent, mais ils ne songent qu’à faire la guerre », regrette-t-il en guise de conclusion.

Personne ne parle d’écologie d’habitude

Depuis son comptoir, Sadia, la patronne du bar, m’offre un « Pac à l’eau », une citronnade typiquement marseillaise. Cette grande dame brune a la tchatche. « On tient ce bar depuis 22 ans, mais regarde cette photo, là, elle date de 1908. Je ne sais pas quand le café a été fondé exactement. Il faudrait que j’aille au cadastre. En tout cas, on reçoit toutes sortes de clients ici, c’est un lieu de passage. Mais on a aussi nos habitués. » D’après la tenancière des lieux, personne ne parle d’écologie d’habitude au bar du peuple. C’est exceptionnel aujourd’hui.

Abonnée au pénible trajet centre ville-quartiers nord, Sadia aborde la lutte contre le réchauffement climatique par l’angle des transports. « Si les pouvoirs publics décidaient de mettre en place des transports fiables, les gens prendraient moins leur voiture et par conséquent, il y aurait moins de gaz à effet de serre. A Marseille, tous les jours c’est bouché. J’ai arrêté de prendre le bus parce que je n’étais jamais sûre d’arriver à bon port. Quand tu rentres à huit heures du soir et que tu es coincé à Bougainville, t’es content… Du coup, j’utilise ma voiture, comme beaucoup de gens », déplore-t-elle.

Au bout du zinc, Bertrand, serveur intérimaire, me raconte sa récente expérience à la villa Méditerranée, les 4 et 5 juin derniers, lors de la venue de François Hollande pour la conférence « MedCOP 21 », un forum sur les enjeux du changement climatique dans le bassin méditerranéen. « Il y avait 800 personnes, toutes là pour parler d’écologie. Et nous, on leur distribuait les boissons dans des gobelets en plastique ! C’est aberrant, non ? La taille des poubelles, t’imagine même pas. »

Critique, Sadia ne croit pas en ces grands rassemblements. « Quand ils se réunissent, ils blablatent, ils mangent bien et ils repartent. Mais dans le fond, rien ne change. » Elle est en revanche convaincue par le pouvoir de l’éducation des plus jeunes. « Mon fils me fait des remarques si je laisse la lumière allumée ou si je laisse couler l’eau, il est très sensible au gaspillage, beaucoup plus que les gens de ma génération. »

Histoire de ne pas me laisser repartir sur une note pessimiste, Sadia tient à me parler d’un homme qu’elle trouve tout à fait pertinent sur ces questions : « Je crois qu’il s’appelle Pierre… Ah je ne me souviens plus de son nom. Il est d’origine algérienne, comme moi. » « Ah, vous pensez peut-être à Pierre Rabhi ? » « Oui, c’est ça ! J’adore sa façon de présenter les choses, il est génial. J’aime beaucoup son exemple du colibri qui prend quelques gouttes d’eau pour aller les déverser sur l’incendie de la forêt. C’est vrai que si chacun de nous faisait un geste, ce serait déjà mieux. »

A Rennes, l’eau redevient un bien commun Julie Lallouët-Geffroy (Reporterre) Reporterre 2015/07/07 Julie Lallouët-Geffroy (Reporterre) (7 juillet 2015) A Rennes, l’eau redevient un bien commun. Reporterre. Biens communs fr

A Rennes, l’eau redevient un bien commun

Les grandes villes sont de plus en plus nombreuses à reprendre la main sur la gestion de leur eau. Certaines appliquent même des tarifs sociaux et écologiques, arguant que l’eau est un bien commun. C’est le cas de Rennes. Explications.

- Rennes, correspondance

A partir du 1er juillet, les ménages de Rennes ont vu leur facture baisser, les dix premiers mètres cubes d’eau étant gratuits. Au-delà, plus la consommation sera importante, plus le prix du mètre cube augmentera. Chaque rennais consomme actuellement 54m3 d’eau en moyenne par an. En ce qui concerne les entreprises, elles ne bénéficieront plus d’un tarif dégressif avec la consommation, il sera maintenant constant.

Ces mesures répondent à deux objectifs : garantir l’accès à l’eau et préserver la ressource. Rennes suit ainsi l’exemple de dix-sept autres villes, comme Brest, Evry ou Angoulême, afin d’expérimenter ces tarifs, encadrés par un décret de 2013. De son côté, Grenoble creuse l’aspect social de l’accès à l’eau avec un séminaire organisé le 2 juillet prochain.

Rennes Métropole, elle, veut atteindre un tarif unique de l’eau d’ici 2020 pour l’ensemble des 56 communes du bassin rennais. A l’heure actuelle, il existe 16 prix différents allant de 1,996 € à 3,243 € le mètre cube d’eau. L’outil mis en place pour y parvenir est une société publique locale de l’eau (SPL). Le passage de relais entre Veolia et la SPL a eu lieu en avril dernier.

Les grandes villes ont tendance à choisir une entreprise privée pour gérer leur réseau hydraulique, parce que la logistique et les compétences requises sont élevées. Sur les 36 000 communes qui maillent le territoire français, la moitié des services d’eau potable (69 %) relèvent du secteur public mais cela ne concerne que 40 % de la population française.

Matthieu Theurier, vice-président EELV à Rennes Métropole fait partie de ceux qui poussent depuis plusieurs années vers ce changement de gestionnaire. « L’eau est un bien commun, au même titre que la biodiversité, c’est un bien qui ne doit pas être privatisé. Le passage à la gestion publique est emblématique. Cela faisait 135 ans que l’eau du bassin rennais était gérée par le secteur privé. » Pour l’élu, l’accès à une eau en quantité et en qualité suffisante est une priorité : « Nous considérons que l’eau doit être gratuite et accessible à tous, tout en préservant la ressource, en n’épuisant pas les nappes phréatiques. »

En France, les prix de l’eau potable sont variables, ils sont liés à la qualité initiale, à la distance à parcourir pour l’approvisionnement et à l’entretien du réseau. Cette carte le montre clairement.

La gestion publique : l’enjeu de la transparence

Rennes Métropole est en expansion, sa population s’accroît, ses besoins avec, et en parallèle, la ressource est limitée, en particulier durant la saison sèche. La préservation des points de captage et des nappes phréatiques, est primordiale, explique Yannick Nadesan. Élu communiste, il préside la collectivité eau du bassin rennais : « C’est sur ce point que la gestion publique s’avère cruciale : les objectifs d’une entreprise et d’une collectivité ne sont pas les mêmes sur des enjeux comme la ressource. » Il y a aussi les méthodes qui diffèrent : « Le passage à la gestion publique implique un autre rapport aux multinationales, en particulier sur la question de la transparence. Désormais, nous avons la main sur l’ensemble de l’activité et pas seulement un document annuel fourni par une entreprise privée. »

Veolia comme Suez environnement sont des professionnels du secteur, de nombreuses villes sont leurs clientes, ces entreprises travaillent partout dans le monde, ont de nombreuses compétences en interne ; alors, que leur reproche-t-on ? Le manque de transparence, répondent à l’unisson les deux élus communiste et écologiste.

Il y a des villes où l’écart de prix entre la gestion privée et publique atteint 25 %. Si on a pu en arriver là c’est parce que les petites communes ont peu de poids pour négocier, exiger des rapports et contrôler l’entreprise prestataire. « Depuis plusieurs années, nous avons renforcé notre contrôle de la délégation de service public, explique l’élu communiste, Yannick Nadesan. Il n’y a donc pas d’abus sur les prix, comme on a pu le voir sur d’autres communes. »

Néanmoins, il a fallu plusieurs années pour y parvenir. Le débat sur le passage à la gestion publique a été entamé en 2003-2004 au moment de renouveler le contrat avec Veolia et s’est renforcé en 2008-2009.

« A ce moment là, la collectivité a mis le nez dans la comptabilité et on s’est rendu compte qu’il y avait quelques soucis, raconte Matthieu Theurier, l’élu écologiste. La collectivité octroyait chaque année une aide au prestataire pour l’entretien du réseau. Au lieu de faire ces travaux au jour le jour, l’entreprise a placé l’argent, dégagé une plus-value et au moment de re-signer le contrat, a fait de gros travaux. »

Une approche politique de l’eau

Rennes a fait le choix d’une société publique locale de l’eau et pas d’une régie publique. La différence entre ces deux statuts réside dans la démocratie directe. En régie, le conseil municipal a directement la main sur l’activité, en société publique, cela passe par ses représentants. En revanche, la régie exige une instance par secteur (approvisionnement, assainissement, distribution) alors que le statut de SPL permet de tout regrouper en une seule entité. Un outil jugé plus malléable pour intégrer à terme les 56 communes de Rennes Métropole et qu’elles aient ainsi plus de poids qu’en étant seules à négocier.

Derrière les tarifs sociaux - les dix premiers mètres cubes d’eau gratuits - et écologiques - gestion de la ressource via la prévention - se pose la question des entreprises. Faut-il faire payer plus cher les entreprises grosses consommatrices d’or bleu ? « On ne peut pas appliquer un tarif progressif pour les ménages, et dégressif pour les entreprises, assène Yannick Nadesan. Il est indéfendable de dire plus vous consommez, moins vous payez. »

Sur la ville de Rennes, un tarif constant a ainsi été mis en place. En outre, le programme Ecodo accompagne les entreprises pour les aider à économiser l’eau. Mais il y a celles où l’eau est centrale dans l’activité, on peut penser aux structures de l’agroalimentaire, par exemple. Des mesures dés-incitatives comme une surtaxe du prix de l’eau seraient-elles envisageables ?

Sur ce point, le débat n’est pas tranché, « mais ça va venir, promet Matthieu Theurier. Nous avons un modèle agricole productiviste qui consomme énormément d’eau. Il faut le remettre en cause, coordonner les différentes politiques publiques sur cette problématique. Quand nous parlerons du plan local agricole, quand on s’attaquera à ce modèle, c’est sûr, il y aura des affrontements politiques, des problèmes de lobbying. Mais, pour le moment, on n’y est pas. »

Le gouvernement profite de la loi Macron pour imposer sans discussion le projet Cigéo de déchets nucléaires Barnabé Binctin (Reporterre) Reporterre 2015/07/08 Barnabé Binctin (Reporterre) (8 juillet 2015) Le gouvernement profite de la loi Macron pour imposer sans discussion le projet Cigéo de déchets nucléaires. Reporterre. Déchets nucléaires fr

Le gouvernement profite de la loi Macron pour imposer sans discussion le projet Cigéo de déchets nucléaires

La loi Macron votée ce jeudi 9 juillet a intégré subrepticement une disposition sans discussion. Le gouvernement a accepté un amendement favorisant la création du projet Cigeo d’enfouissement des déchets nucléaires. EELV espère que le Conseil constitutionnel sanctionnera ce « cavalier législatif ».

Actualisation 6 août 2015 - Le Conseil constitutionnel censure l’article de la loi Macron facilitant l’enfouissement des déchets nucléaires

Actualisation - 9 juillet 2015 à 17 h 00

L’amendement pro-Cigéo s’est inscrit définitivement dans la loi Macron, adoptée cet après-midi à l’Assemblée nationale.

La loi concerne officiellement « la croissance et l’emploi ». Manuel Valls a, pour la troisième fois en quelques mois, fait usage de l’article 49-3 de la Constitution, suspendant ainsi tout débat sur ce projet de loi qui sera donc définitivement adopté, sauf si une motion de censure est déposée dans un délai de 24 heures - ce qui n’est pas à l’ordre du jour.

Dépités, les écologistes misent désormais sur le conseil constitutionnel pour recaler un « cavalier législatif n’ayant rien à voir avec la croissance et l’activité » .

- Télécharger le texte de la loi Macron votée le 9 juillet 2015 : (en ce qui concerne Cigéo, voir article 201 p. 211).

Jeudi 9 juillet, 15 h 00

Alors qu’une commission spéciale sur le projet de loi se réunissait ce jeudi matin, un deuxième amendement a été déposé.

Après avoir défendu l’amendement déposé au Sénat par Gérard Longuet – validé avec « avis favorable » par cette commission – François Brottes, député PS et rapporteur de la loi sur la Transition énergétique, a lui-même déposé un amendement sur Cigéo.

« S’il diffère quelque peu dans l’exposé des motifs, le contenu est identique. L’amendement est doublé, en quelque sorte », explique Jean-Louis Roumégas, député EELV de l’Hérault et membre de cette commission spéciale sur la loi Macron. « Il l’a justifié par un ’fait nouveau’ : la difficulté financière d’Areva qui nécessiterait d’accélerer… un argumentaire complètement hors-de-propos ».

Le député de l’Hérault craint que M. Brottes ait agi « sur ordre du gouvernement ». Si l’utilisation du 49-3 doit être confirmée d’une minute à l’autre, le Gouvernement aurait alors la possibilité de revenir sur ces amendements, en choisissant de les garder ou non. « Il en a la totale et l’entière responsabilité. Si Cigéo passe, c’est non seulement une rupture de confiance et un déni de démocratie, mais c’est un acte potentiellement irréparable et gravissime pour l’écologie » prévient Jean-Louis Roumégas. De dernières tractations étaient en cours en début d’après-midi entre le groupe écologiste de l’Assemblée nationale et le cabinet de Matignon.

8 juillet 2015

Mercredi 1er juillet, le Sénat a adopté en plénière, en nouvelle lecture, le projet de loi Macron, un texte sur lequel le gouvernement a déjà engagé deux fois sa responsabilité. Dans cette nouvelle version, l’article 54bisAA, visant à favoriser l’ouverture de Cigéo, est bien présent. Il avait été introduit le 18 avril dernier, au Sénat déjà, dans un hémicycle quasiment vide, à 5h du matin (Reporterre avait raconté cet épisode surprenant)…

Allers-retours législatifs

L’article a été retiré, mi-juin, lors du passage devant la commission spéciale de l’Assemblée nationale. Et malgré de nouvelles tentatives d’introduire ces dispositions lors du nouveau passage devant l’Assemblée nationale, l’utilisation du 49-3 annule les débats et l’examen des amendements, proposés par plusieurs députés de droite dont M. Bertrand Pancher (voir ci-dessous).

Sortie du texte de loi, la disposition y est cependant revenue puisque, dès le 19 juin, M. Longuet a déposé pour la troisième fois, en commission spéciale du Sénat, son amendement facilitant l’autorisation de Cigéo. Cet acharnement joue du flou qui règne sur les votes et les débats : « L’amendement a été noté comme rejeté pendant quelques heures avant d’être finalement adopté. C’est curieux, on ne sait pas ce qui s’est passé », relate Romain Virrion, directeur de Mirabel Lorraine Nature environnement, qui suit de près les débats.

Deux amendements tentent alors de s’opposer à la disposition pro-Cigéo, mais ils ne sont pas votés. « Les choses étaient plus tranchées encore qu’en avril car ce n’était plus seulement Gérard Longuet mais toute la commission spéciale du Sénat qui soutenait Cigéo », explique Jean Desessard, député EELV porteur d’un des deux amendements d’opposition. L’article favorable à Cigéo est donc bel et bien réintroduit dans le projet de loi Macron.

« C’est très difficile à suivre pour la société civile. Tous ces allers-retours entre les les chambres du Parlement, entre commissions spéciales et séances plénières, etc. Là, c’est un sujet tellement important qu’on y consacre beaucoup d’attention, mais on imagine que sur plein d’autres sujets », avoue Romain Virrion.

Treizième tentative de glisser en douce le projet

Et pour cause : en moins d’un an (septembre 2014), c’est la treizième « tentative de glisser en douce l’autorisation du projet » dans une loi, a compté la coalition des associations écologistes qui regroupe notamment Les Amis de la Terre, France nature Environnement et le Réseau Sortir du Nucléaire.

Une chronologie de ces « intrusions de modifications législatives » a même été réalisée, depuis la toute première tentative, qui concernait alors la loi de transition énergétique (voir également à ce sujet le reportage de Reporterre) :

- Chronologie à télécharger :

« Cela commence à faire beaucoup de tentatives, remarque Romain Virrion. Signe qu’il doit y avoir des pressions importantes. » Signe aussi, peut-être, de l’indécision du gouvernement en la matière. Si les véritables convictions de Ségolène Royal restent incertaines sur le sujet, la position d’Emmanuel Macron est simple : « Il m’a dit qu’il était favorable à Cigéo, il attend juste le bon moment politique », glisse Bertrand Pancher, député UDI de la Meuse et lui-même favorable au projet.

L’opportunisme pourrait-il se concrétiser aujourd’hui, au moment de l’adoption définitive de ce projet de loi ? « Le gouvernement n’a pas caché qu’il fallait qu’il y ait une décision par rapport à certaines échéances dans le dossier », dit Jean Desessard. Mais le sénateur se veut rassurant : la disposition pro-Cigéo ne sera pas reprise dans le texte final de la loi Macron, selon lui, l’Assemblée nationale ayant depuis le début marqué son opposition. « Les travaux des sénateurs ressemblent fort à un coup d’épée dans l’eau dans la mesure où l’Assemblée examine en lecture définitive le texte qu’elle a adopté le 18 juin, et non celui issu du Sénat », rappelle le journaliste Laurent Radisson pour Actu-environnement.

Mais du côté de la société civile, on prône la plus grande vigilance : « Il faut rester prudent, vu tout ce qui s’est passé avant. Nous ne sommes pas à l’abri, qu’au dernier moment, pour des raisons qu’on ne saurait expliquer, cela change encore », prévient Romain Virrion. Réponse jeudi.

Le responsable du Pôle Ecologie de l’UDI est favorable à Cigéo

Bertrand Pancher, responsable du Pôle Ecologie de l’UDI (Union des démocrates et indépendants), fait partie des quelques députés qui ont tenté de porter, le 15 juin à l’Assemblée nationale, un amendement demandant la réintroduction de Cigéo dans la loi Macron.

Joint au téléphone par Reporterre, il se dit favorable au projet et s’en explique : « Il y a un milliard d’euros sur la table, il est temps d’avancer sur la phase opérationnelle. Un débat public a eu lieu et a tranché la question de l’enfouissement, inscrite dans la loi de 2006. Il n’y a plus lieu de rediscuter l’éventualité du stockage, l’enjeu est de discuter les conditions d’enfouissement ».

Le député de la Meuse, « satisfait par le Sénat » qui a réintroduit la disposition dans la loi Macron, se veut confiant dans l’évolution du projet : « S’il n’est pas adopté dans ce texte de loi, il le sera dans un prochain. J’espère juste qu’il ne faudra pas attendre une nouvelle majorité pour cela. Le gouvernement actuel n’a pas envie de remettre en cause un projet qui a été voté par la droite et par la gauche, mais il doit composer avec Europe Ecologie-les Verts qui en a fait un marqueur politique, comme tous les sujets qui touchent au nucléaire. »

Science du climat : n’oubliez pas les nuages Sylvain Lapoix (Reporterre) Reporterre 2015/07/08 Sylvain Lapoix (Reporterre) (8 juillet 2015) Science du climat : n’oubliez pas les nuages. Reporterre. Climat fr

Science du climat : n’oubliez pas les nuages

Une importante conférence scientifique sur le climat se tient cette semaine à Paris, et Reporterre la suit au jour le jour. Aujourd’hui, la découverte... qu’il n’y a pas que le CO2 dans la machinerie climatique. Selon les scientifiques, nuages, océans et masses d’air cachent dans leurs interactions la moitié de la réponse à nos interrogations sur l’avenir du climat.

Pour certains géophysiciens, la « pause » du réchauffement climatique diagnostiquée à tort entre 1998 et aujourd’hui a été une bouffée d’oxygène. Car s’il n’y a pas eu plus de ralentissement du réchauffement de la planète, comme l’a montré Thomas Karl et son équipe que d’accord à Copenhague, cette interrogation a eu le mérite de détourner un temps le regard des trop obsédantes émissions de CO2 et gaz à effet de serre pour plonger un oeil au fond des océans.

« La »pause« a enfin permis d’expliquer que le climat, ce n’est pas qu’un taux de CO2 dans l’atmosphère et que d’autres systèmes naturels entrent en jeu », se félicite Sandrine Bony, chercheuse à l’Institut Pierre Simon Laplace. A l’occasion de la journée d’ouverture de la conférence Common Future under Climate Change, l’exposé de l’état des connaissances a permis d’explorer derrière le rideau des gaz à effet de serre les autres rouages du complexe système climatique.

Les nuages font monter le chauffage

Sandrine Bony concentre ses travaux sur les nuages de basse altitude. Derrière le vortex bleu des masses de vapeur tournant au dessus des océans se trouve l’un des plus puissants amplificateurs du réchauffement climatique : « A quantité de CO2 égale dans l’atmosphère, les nuages doublent le changement de température : en maintenant les objectifs et en les retirant de l’équation, la hausse à la fin du siècle ne serait que de 1°C, résume la climatologue. Il s’agit d’une de nos plus grandes incertitudes et les négociations climatiques ne l’évoquent même-pas. »

Il faut aussi analyser le rôle des masses d’airs qui répartissent la chaleur sur la surface de la planète et modifient l’absorption de cette chaleur par les océans. La « pause » apparente du réchauffement pendant quelques années découlerait ainsi d’une augmentation des vents dans le Pacifique qui a étalé les masses d’air chaudes de manière assez homogène à la surface de l’eau pour que celle-ci digère plus le CO2.

La mémoire (climatique) de l’océan

Mais l’accumulation de la chaleur dans les océans contribue à la montée des eaux d’une manière quasi inéluctable. La professeure Kirsten Zickfeld, de l’université canadienne Simon Fraser, prédit ainsi une montée irrémédiable du niveau des mers : « Dans l’hypothèse où nous arriverions à zéro émission de gaz à effet de serre à l’horizon 2100, la quantité d’énergie accumulée dans l’océan profond continuerait de faire augmenter le niveau des mers sur plusieurs siècles », résume la chercheuse, qui s’est basée sur des modèles climatologiques pour calculer l’évolution de la masse des mers en suivant les interactions air-océan.

Et d’ajouter pour clore le débat : « La seule solution qui s’est dégagée pour stabiliser l’expansion des masses d’eau à terme serait d’extraire l’intégralité du CO2 d’origine humaine de l’atmosphère. Mais ça représente des quantités d’énergie inimaginables. »

La pollution qui lutte contre la pollution

Autre paradoxe : certains systèmes s’avèrent plus efficaces pour piéger le carbone quand la pollution augmente ! La découverte vient de Linda Mercado, chercheuse d’origine colombienne à l’université britannique d’Exeter ; elle a étudié l’évolution de la photosynthèse durant les quarante années d’augmentation des aérosols (particules en suspension dans l’air : sulfates, composés organiques ou carbonés, etc.). « En général, seul l’effet »écran« des aérosols est étudié : ils bloquent une partie du rayonnement solaire et nuisent donc à la consommation de CO2 par les plantes. Mais il y en a un second, prévient la scientifique : certaines de ces particules diffusent la lumière, un peu comme les nuages, et lui permettent d’atteindre des zones inaccessibles aux rayonnements du soleil. » Notamment les plantes basses de la canopée, habituellement privées de lumière par l’entremêlement des feuillages.

Dans une étude parue dans Nature, la scientifique s’est penchée sur la canopée durant la période dite de l’assombrissement global (de 1960 à 1999) où l’essor des émissions de particules a réduit le rayonnement solaire au niveau mondial. « Nous avons constaté que la réduction de la luminosité diminuait de 14 % la photosynthèse mais que la diffusion de la lumière jusqu’à des plantes normalement privées de cette énergie augmentait de 24 % la quantité de CO2 absorbée », résume la scientifique. Bilan : l’excès de particules créait 10 % de puits de carbone en plus !

Une complexité à intégrer aux débats

Mais quelle leçon tirer de ces découvertes pour les décisions politiques ? « Nous savons qu’en réduisant les émissions de particules, nous nous privons de ces mini-puits de CO2, il nous faut donc fixer des objectifs de réduction plus ambitieux pour compenser cette perte », tranche Linda Mercado.

« Toutes ces nouvelles pièces du puzzle climatique constituent autant de facteurs d’incertitude qu’il faut intégrer au débat, conclut Sandrine Bony. En France, nous avons parfois l’impression que la recherche est orientée par des questions sociétales. La multiplicité des facteurs d’évolution du climat montre que la recherche fondamentale reste essentielle pour avancer vers des solutions efficaces. »

Vu, lu et entendu à travers la conférence

La banalité des catastrophes

Venue de l’université de Galles du Sud (Australie), Sarah Perkins a calculé l’évolution des risques d’événements climatiques extrêmes de type El Nino dans les années 1980, en 2015... et si la révolution industrielle n’avait jamais existé ! Bilan : alors qu’à l’état « naturel », notre Terre ne s’échaufferait tout rouge qu’une fois tous les cinquante ans, le rythme était d’une fois tous les vingt ans en 1986 et atteint, de nos jours, un incident extrême tous les deux ou trois ans.

Papillon en fuite

Chercheuse à l’Université de Plymouth, Camille Parmesan a fait le point sur l’état des connaissances en ce qui concerne l’adaptation des animaux au changement climatique. La moitié des espèces étudiées ont ainsi modifié leur habitat. Le papillon Empereur Pourpre, qui avait mis vingt ans à traverser la mer Baltique, est remonté de 200 kilomètres vers le nord en cinq ans ! Tout comme les cabillauds de l’Atlantique qui ont migré pour retrouver des eaux à même température. Les espèces de haute altitude, elles, n’ont pas toutes cette chance : bloquées par le plafond des hauteurs, certaines perdent purement et simplement tout possibilité d’habitat.

Les îles du Pacifique ne vont pas disparaître

Tuvalu, Kiribati et consors vont bien, ne vous inquiétez pas pour elles ! Étonnant constat de la chercheuse du laboratoire Littoral Environnement et Sociétés du CNRS Virginie Duvat-Magnan, 83 % des îles coralliennes ont maintenu, voire étendu, leur superficie durant le dernier siècle. Sous cette évolution contraire au sens commun se cachent des mécanismes d’accumulation sédimentaire et de renforcement coralliens qui maintiennent les atolls à flot. De quoi se tranquilliser sur la flottaison des archipels et, comme le souligne la chercheuse, s’intéresser plutôt aux questions de salinisation et de dégradations environnementales qui menacent l’existence des communautés qui les habitent.

Le régime végétarien doit encore se faire sa place au soleil

Converti au régime sans chair animale, j’ai eu l’agréable surprise de découvrir une option « végétarienne » et même « végétalienne » au moment de m’inscrire à la conférence. Las, était-ce le retard à la sortie du point presse, le malchance ou un espoir déçu : au moment d’arriver au buffet ouvert aux participants dans le hall de l’Unesco, la seule alternative aux sandwichs au thon ou aux crevettes empilés sur les tables du déjeuner tenait en une modeste salade de lentille, pois chiche et ananas... Rupture d’approvisionnement ? Tentative d’amadouer la fraction vegan de la recherche internationale par formulaire interposé ? Je tenterai demain d’éclaircir cet étrange écart dans les menus de la conférence.

Plus fort que les lobbies, des citoyens réinventent l’aéroport de Nantes Henri Le Roux (Reporterre) Reporterre 2015/07/08 Henri Le Roux (Reporterre) (8 juillet 2015) Plus fort que les lobbies, des citoyens réinventent l’aéroport de Nantes. Reporterre. Notre-Dame-des-Landes fr

Plus fort que les lobbies, des citoyens réinventent l’aéroport de Nantes

Un « atelier citoyen » : consultation publique légitimant la décision d’une collectivité par une illusion de participation ? Non. A Nantes, une association élabore en commun une étude pour repenser l’aéroport, et éviter le gâchis à Notre-Dame-des-Landes.

- Nantes, correspondance

Ce soir du 19 juin 2015, dans une salle du cinéma Bonne Garde, près de deux-cents personnes écoutent attentivement les participants à l’atelier citoyen pour l’optimisation de l’aéroport de Nantes Atlantique exposer leurs conclusions. Lancée en décembre dernier, l’initiative rassemble une soixantaine de volontaires autour d’un double constat : Nantes a déjà un aéroport, on peut l’améliorer.

D’où la démarche est-elle née ? En juin 2014, le Collectif d’élus doutant de la pertinence de l’aéroport (CéDpa) a demandé à deux architectes de réaliser une contre-expertise d’un rapport de la DGAC. Les auteurs, Ivan Fouquet et Franco Fedele, y pointaient de « nombreux raccourcis, lacunes et erreurs » et proposaient pour Nantes Atlantique un scénario « pensé et dimensionné avec intelligence et sobriété », deux à quatre fois moins cher.

Ce fut le point de départ de l’atelier citoyen : prolonger cette expertise et permettre au public de s’approprier le débat. Pendant six mois, les bénévoles – opposants de longue date à Notre-Dame-des-Landes ou riverains plus indécis de la zone aéroportuaire, étudiants, salariés d’Airbus et d’entreprises locales – ont partagé leurs compétences pour étudier l’alternative sous différents angles.

Parmi eux, trois étudiantes en architecture, réunies au sein du Labo méta urba, ont poursuivi un travail sur l’urbanisme de la zone de l’actuel aéroport, posant la question : « Déplacer l’aéroport, n’est-ce pas déplacer le problème ? »

Jean-Marie Ravier, chef d’entreprise passionné de chiffres, et un jeune retraité, qui a passé trente ans à réparer la piste de Nantes Atlantique et souhaite garder l’anonymat, ont déconstruti les calculs de la DGAC. Résultat : la facture de la rénovation de la piste passe de 378 millions d’euros à 25 millions d’euros.

« Pourquoi Nantes Atlantique serait-il le seul aéroport où les zones de bruit devraient augmenter ? », s’est pour sa part interrogé Geneviève Lebouteux, du CéDpa, qui rappelle que le plan d’exposition au bruit (PEB) n’a pas été révisé depuis 2003 et ne tient pas compte des nouvelles technologies diminuant le bruit des avions.

Du côté du groupe « trajectoires et circulation aériennes », Thierry Masson et son collectif de pilotes doutant de la pertinence de l’aéroport ont développé leurs propositions pour fluidifier le trafic et limiter le survol de la métropole et les nuisances sonores qui en découlent.

Un atelier pour donner son avis

Chaque groupe de travail thématique s’organise librement, à domicile ou dans des cafés, et met en commun ses trouvailles lors de réunions mensuelles. « On voulait proposer des solutions et montrer une autre image que celle de l’opposant violent véhiculée dans les médias », explique Ivan Fouquet. Comme son confrère nantais, l’architecte installé à Paris a l’habitude d’associer les habitants à la conception des projets dont il a la charge. Les deux compères sont d’ailleurs soutenus par Patrick Bouchain, un grand nom de la profession. « Ce sont des volontaires issus de tous les bords politiques, sauf peut-être le Front national », précise Franco Fedele.

« L’une des grosses différences avec les ateliers citoyens qui sont montés actuellement, c’est que ceux-ci sont souvent mis en place pour valider un projet : on demande aux gens de comprendre, pas de donner leur avis », résume Ivan Fouquet. « On n’a pas fait de découvertes mais on a approfondi, affiné et mis en perspective ce qui existait déjà dans le mouvement de lutte contre l’aéroport. Le gros avantage de cet atelier, c’est que ce qu’on avait fait a été requestionné par d’autres personnes », ajoute Françoise Verchère, coprésidente du CéDpa.

Pourtant, l’initiative a provoqué des désaccords entre les opposants. Dans un article intitulé « L’écologie low cost », publié en mai dernier dans le mensuel La Décroissance (n°119, mai 2015, page 12), l’ancien membre du CéDpa Thierry Brulavoine reconnaît un « magistral travail collectif ». Mais il reproche aux bénévoles, à trop vouloir « se battre sur le même terrain que les pro-aéroport » (rentabilité, réponse à l’augmentation du trafic, défense des emplois, etc.), de « soutenir la croissance du trafic aérien ». Et d’oublier le « dire-vrai » des décroissants : « "Cet aéroport et son monde" sont climaticides. »

« Nous ne soutenons en aucun cas la croissance du trafic aérien, et n’avons jamais fait la promotion du low cost, Vinci n’a pas besoin de nous pour cela, répond Ivan Fouquet. Bien plus que "climaticide", un aéroport est une infrastructure extrêmement nuisible notamment en termes de bruit, de pollution. Pour diviser par quatre – ou plus – les émissions de gaz à effet de serre d’ici 2050, cet aéroport devra aussi diviser par quatre – ou plus – son trafic. Nous sommes donc d’accord sur le fait qu’il est inutile de l’agrandir, de le développer ni même de le transférer. C’est la raison pour lequel nous parlons d’optimisation. »

« Nos études vont être utilisées juridiquement, et peut-être aussi en cas de référendum », espère Ivan Fouquet. Pour Franco Fedele, le but est aussi de parvenir à déclencher une étude indépendante avant les élections régionales : « S’il y a une étude indépendante, on veut que l’atelier citoyen en fasse partie. »

L’atelier citoyen sera présent à Notre-Dame-des landes lors du rassemblement des 11 et 12 juillet organisé par la coordination des opposants au projet d’aéroport. Les bénévoles y présenteront les conclusions de leur groupe de travail, qui seront éditées en cahier grâce à un financement participatif.

« Méditer, c’est être plus présent au monde » Entretien avec Christophe André Reporterre 2015/07/09 Entretien avec Christophe André (9 juillet 2015) « Méditer, c’est être plus présent au monde ». Reporterre. Entretien — Santé fr

« Méditer, c’est être plus présent au monde »

Médecin psychiatre, praticien hospitalier à Sainte-Anne, Christophe André utilise la méditation pour aider ses patients. Selon lui, méditer amène tout un chacun à avoir un comportement plus écologique.

Reporterre - Quelle est votre vision de l’écologie ?

Christophe André - L’écologie est pour moi une conscience et des comportements. La conscience de notre appartenance au monde de la nature, à la terre, à la grande chaîne des vivants et des non-vivants. La conscience aussi d’une dépendance très forte à notre environnement naturel. Les comportements, c’est avoir une attitude respectueuse de cet environnement, des animaux, des plantes, des équilibres de notre planète. C’est très simple et très naïf, mais en gros cela me suffit pour ne pas faire de trop grosses bêtises à mon niveau de personne isolée, de citoyen agissant, d’éducateur de mes enfants et de gens autour de moi.

Prenez-vous en considération les aspects sociaux, notamment ce qu’on appelle le « bien vivre ensemble » ?

Il y a effectivement quelque chose de l’ordre de l’écologie humaine. Je suis plus sensible qu’auparavant à la notion d’écosystèmes humains, comme la famille, les réseaux de voisinage, le cercles d’amis ou de connaissances, l’entreprise, ce qu’on appelle la communauté nationale. Je suis plus sensible à leur valeur, à ce qu’ils peuvent avoir aussi d’étouffant ou de restrictif, mais également à ce qu’ils peuvent nous apporter.

Nous sommes dépendants de ces écosystèmes relationnels, nous ne sommes des entités isolées ni dans le domaine naturel ni dans le domaine culturel. Je suis sensible aussi au risque que les nouvelles technologies font peser sur eux, notamment sur la famille : le temps passé devant les écrans est en général du temps volé aux échanges familiaux, ou aux temps de repos et de sommeil. (Le téléphone portable de Christophe André sonne mais il ne répond pas, ndlr).

Pour quelles raisons thérapeutiques avez-vous intégré la méditation à l’hôpital Saint-Anne, en 2004 ?

Nous avons été le premier service universitaire de psychiatrie à utiliser la méditation comme une démarche de soin, comme un moyen d’aider nos patients à mieux se protéger de la dépression et de l’anxiété.

La psychothérapie est pour vous une pratique essentielle.

Oui, et les psychothérapeutes sont les écologistes de la psychiatrie ! Ils préfèrent adopter des cheminements naturels, aider les patients à construire leurs équilibres personnels, plutôt que prescrire trop systématiquement ou trop tôt ou trop longtemps des médicaments. J’en prescris mais je préfère sur le long terme privilégier des approches psychothérapiques et notamment la méditation.

La médecine reconnaît donc la méditation ?

La méditation a toute sa place comme une ressource thérapeutique en psychiatrie et en médecine. Il y a aujourd’hui des diplômes universitaires, « Méditation et neurosciences » par exemple, à Strasbourg, ou « Méditation et relations thérapeutiques », à Paris. La médecine l’utilise de plus en plus comme outil d’accompagnement pour aider les patients à mieux affronter les douleurs chroniques, les stress chroniques, les maladies handicapantes, les maladies menaçant le pronostic comme le cancer par exemple. On l’utilise aussi pour aider les soignants à être de meilleurs soignants, plus présents, plus centrés, plus capables d’être dans la présence et moins dans le jugement et la précipitation.

La pratique de la méditation amène-t-elle selon vous à avoir un comportement plus « écologique » ?

Je n’ai pas connaissance d’études sur le sujet mais il est très probable que méditation et écologie ont parties liées !

Pourquoi et comment ?

Les mécanismes m’apparaissent multiples. Ce qu’il faut comprendre d’abord, c’est que contrairement à ce que croient la plupart des gens, méditer n’est pas se créer une bulle dans laquelle on s’isole et se coupe du monde. Au contraire, on insiste beaucoup pour la présenter à nos patients (ou à nos élèves quand on enseigne en dehors du système de soin) comme une démarche qui permet d’avoir une présence au monde améliorée, intensifiée, d’être davantage conscient de ce qui se passe en soi, de ce qui se passe autour de soi et des liens qui nous unissent au monde. C’est ce qui explique que plus je médite, plus je vais avoir conscience des liens invisibles qui existent entre moi et mon environnement.

Pouvez vous illustrer ce que vous dites ?

Un exemple : quand nous faisons nos groupes de méditation au printemps, nous emmenons régulièrement les patients méditer dans les jardins de Sainte-Anne ou au parc Montsouris tout proche. On se met sur la pelouse, pieds nus dans l’herbe, on se rend présent à la température de l’air, aux sons qui arrivent autour de nous, on regarde passer les nuages, on est attentif à la sensorialité de cet environnement.

Dans ces moments, la plupart des patients disent qu’ils ont un sentiment de communion, de fusion, entre eux et le monde extérieur, entre eux et la nature, qu’ils perçoivent tous les liens biologiques entre eux et cette nature dans laquelle ils s’immergent en méditant. Il se sentent très intensément présents et appartenant à elle, et c’est exactement ce que l’on vise.

Pourquoi ?

On souhaite que la méditation soit une manière d’être présent au monde avec plus de lucidité, plus d’intensité. D’être conscient notamment que le corps n’est pas un outil, que la nature qui nous entoure n’est pas un garde manger ou une réserve de carburant ou une source d’énergie. La nature, c’est l’environnement dont nous faisons partie, avec lequel nous avons les liens de dépendance et d’appartenance dont je parlais au début de notre entretien.

On est là au cœur de notre sujet, les liens entre la méditation et l’écologie...

Oui, la méditation fait tomber cette espèce d’illusion que je suis une entité complètement autonome, que je suis séparé des autres humains, que je suis séparé de la nature, que je peux m’en sortir tout seul. Quand on médite, on est au contraire beaucoup plus sensible à notre dépendance à l’environnement.

Avec probablement l’envie de se respecter davantage et de soigner son corps ?

Oui, cela va ensemble. Méditer c’est surtout acquérir une conscience. Les gens qui méditent sont beaucoup plus présents à leurs sensations corporelles et à leur fonctionnement psychologique. La méditation va modifier leur façon de traverser leurs journées, les rendre plus respectueux de leurs besoins et équilibres biologiques.

Avec des répercussions sur l’alimentation ?

On s’aperçoit effectivement très vite qu’il y a des aliments qui ne sont pas bons pour soi. La plupart du temps ce sont les sucres rapides, la junk food ou les aliments industriels. Les méditants sentent dans leur corps la différence entre avaler ces saletés et croquer dans une pomme ou se faire cuire une soupe ou un bol de riz ! On encourage nos patients à faire régulièrement ce que l’on appelle des repas en pleine conscience, c’est-à-dire ne faire que manger, sans parler, lire ou écouter la radio. Cela permet de bien sentir le goût de chaque aliment, de mâcher tranquillement, d’écouter son corps et le moment où il dit : « Là c’est bon, tu n’as plus faim, tu continues de manger par gourmandise. » Après, je peux choisir de continuer de manger par gourmandise si je le souhaite, ou considérer que c’est une erreur et arrêter ! Méditer amène à plus de discernement, donc, dans le choix de nos aliments et la quantité que l’on avale !

Qu’est-ce qui ressort encore de la médiation en ce qui concerne l’écologie ?

La méditation diminue les tendances matérialistes (acheter, consommer, dépenser… sans vrai besoin) de nos patients et des participants. Cela m’apparaît très important. La méditation est en effet un très bon outil de discernement et de régulation des impulsions. Les gens sont moins tournés vers l’achat d’objets dont il n’ont pas besoin, sont beaucoup plus sensibles à leurs vrais besoins, à leurs vraies sources de bonheur. Elle permet de mieux comprendre ce qui fait du bien au corps mais aussi à l’esprit.

Les conséquences sont donc importantes et multiples ?

Oui ! Quand on médite, on modifie ses nourritures alimentaires mais aussi ses nourritures psychologiques. On comprend mieux que ce qui rend véritablement heureux, ce n’est pas de acheter de nouveaux vêtements, une nouvelle voiture, des bibelots, mais profiter de ce qu’on a déjà, passer du temps avec ses amis, faire des expériences de vie, pratiquer du sport.

Dans votre dernier livre, « Méditer, jour après jour, », vous êtes très critique contre les pollutions chimiques qui contaminent les aliments, l’air ou l’eau, les pollutions psychiques qui contaminent notre esprit, violent notre intimité et perturbent notre stabilité intérieure, les slogans, la publicité et toutes les manipulations commerciales. Vous rappellez qu’il existe de nombreuses études sur un matérialisme psychotoxique dont on peut penser qu’il provoque des dégâts variés. C’est le médecin qui parle ?

Depuis quelques années, je suis beaucoup plus sensible à ce qu’on appelle la médecine environnementale, qui se développe énormément aujourd’hui. C’est une médecine dont le discours est très simple et dit : « Un individu ne peut pas rester en bonne santé dans un environnement malade. » On ne peut en effet pas rester en bonne santé avec une terre polluée, un air pollué, des aliments pollués et des relations sociales polluées, puisque nous avons aussi besoin d’une nourriture affective, d’une nourriture relationnelle. Je suis donc dans mon rôle de médecin quand je dénonce ce qui me semble des menaces dans le domaine environnemental : l’invasion numérique, les incitations à bouffer de la junk food, la question du nucléaire évidemment, la pollution automobile.

La méditation serait une sorte d’antidote à tout ça ?

Exactement ! La méditation réintroduit la capacité de créer des parenthèses dans une journée, de se poser, de n’être plus dans la réactivité mais dans la présence. Je parle d’une méditation laïque, sans message de spiritualité ou de religion. Ce type de méditation est un antidote très précieux à toutes ces pollutions environnementales car il nous fait renouer avec une tradition contemplative.

Je ne comprends pas.

L’attitude contemplative, c’est se rendre présent à ce qui est là sans vouloir l’utiliser, sans vouloir le modifier, sans vouloir le contrôler, sans vouloir le posséder, juste commencer par se rendre présent. Et c’est exactement ce qu’on peut espérer face à la nature. D’abord se rendre présent à elle, la contempler, l’observer, la respecter avant de voir comment on peut cohabiter avec elle. Ce n’est pas le concept d’écologie qui fait du bien à la santé. Ce sont des attitudes précises, des comportements, comme manger bio plutôt que de la nourriture industrielle, être végétarien plutôt qu’avoir un régime carné, recycler, ne pas disperser les plastiques dans la nature, etc. Les études sont très claires et nombreuses sur le bénéfice de ces comportements sur la santé et de la méditation sur la santé.

Quel type d’études ?

Des études cliniques ont été menées sur des populations à gros risques de rechutes dépressives. Elles montrent que la méditation est aussi efficace que les antidépresseurs. Les études de neurobiologie et de neuro-imagerie montrent aussi chez les gens qui méditent des modifications biologiques et notamment une amélioration de la réponse immunitaire. Il y a aussi un accroissement de l’activité de la télomérase, une petite enzyme qui permet de lutter contre le vieillissement cellulaire et de se protéger contre le stress.

La méditation a donc sa place dans une nouvelle approche de la médecine ?

Tout à fait. On parle aussi de médecine comportementale, qui consiste à modifier ses comportements plutôt qu’à avaler des médicaments (faire de l’exercice, modifier son alimentation, ne pas fumer, travailler ses émotions positives). Cette discipline commence à faire ses preuves. Mais elle doit encore gagner ses galons et convaincre la médecine officielle de sa valeur. C’est exactement comme l’écologie, qui est contraignante. C’est plus simple de prescrire un médicament que de passer plusieurs consultations à parler au patient et à l’accompagner dans ses efforts.

On entend dire parfois qu’une personne doit toucher son fond pour « rebondir ». Pensez-vous qu’il en aille de même pour la société face à la dégradation de l’environnement ?

Qu’il faille toucher son fond pour rebondir est malheureusement vrai pour un certains nombre de personnes mais pas pour toutes ! On retient les cas spectaculaires, la personne qui a perdu son boulot, s’est séparée de son conjoint, a plongé dans l’alcool et qui, à un moment donné, a ouvert les yeux, fait des efforts et est sortie de la crise. Heureusement, il y a des gens qui sentent venir les problèmes, qui sont attentifs à leurs déséquilibres, qui perçoivent qu’elles vont mal et qui viennent consulter avant que cela ne soit la « cata ».

Et pour nos sociétés ?

Je ne suis pas un expert du fonctionnement de nos sociétés. Parfois je me dis qu’il faut qu’on ait de gros retours de bâtons, des preuves tangibles du changement climatique, des gens coincés dans leur voiture sous une tempête de neige en disant « On avait jamais vu ça », de gros scandales comme les farines animales. Mais faut-il vraiment des événements extrêmement violents ou des crises très importantes pour que les sociétés changent ? Je n’en suis pas sûr. Je pense que les sensibilisations de terrain, l’éducation, les pétitions, le militantisme peuvent aussi faire bouger les lignes.

Quelles raisons avez-vous d’être optimiste ?

Je suis optimiste car je vois des choses changer favorablement. L’émergence de la conscience écologique s’est faite rapidement, en quelques décennies, tout en luttant contre des forces marchandes considérables. Je vois ces changements à l’œuvre en médecine aussi où de plus en plus de personnes contestent le tout médicament, et souhaitent sinon des médecines alternatives radicales, du moins des médecines complémentaires à qui on donne les mêmes moyens en matière de recherche que les médecines officielles.

Donc, j’ai beaucoup de raisons d’être optimiste tout en ayant aussi beaucoup de raisons d’être inquiet. Comme la plupart des gens, je réalise qu’une course contre la montre est engagée et qu’il faut qu’on se bouge les fesses. C’est vrai notamment pour nous qui sommes un petit peu écoutés, les auteurs, les conférenciers, les figures publiques. Ça c’est le premier point, le changement des consciences, à un niveau individuel.

Quel est l’autre ?

Je crois aussi à l’action collective, dans la conjonction d’une approche militante, associative et politique. Mais cette action collective, je crois que cela ne peut marcher que sur des consciences individuelles préparées et, surtout, que le changement provoqué de l’extérieur ne peut durer que sur des consciences préparées. Mon modèle, c’est que le changement individuel et la prise de conscience individuelle se situent en amont et en aval des démarches militantes, associatives ou politiques. Si l’on veut que les gens modifient leur comportement durablement, il faut préparer les esprits.

C’est là qu’on en revient à la méditation ?

Oui, c’est un outil efficace pour changer son comportement durablement : se remettre en question, se rendre réceptif aux idées nouvelles.

Que répondre à tous ceux qui voient dans la méditation une démarche individualiste de développement personnel, un « truc de bobo » vécu de façon égoïste et hédoniste, qui ne va pas vers le nécessaire besoin d’une approche collective dans des domaines comme la lutte contre la pollution ou le vivre ensemble ?

C’est un grand débat, mais je n’y vois pas un paradoxe, plutôt une complémentarité. La démarche individuelle n’est pas suffisante. Elle doit s’appuyer, rejoindre, s’adosser à une démarche collective, associative, militante, politique. Moi, ça me réjouit qu’il y ait des magasins bio, Mme Ségolène Royal ou la méditation. Je crois que cela complète et renforce l’action des militants de base.

Êtes vous d’accord pour dire avec moi que cela ne va pas assez vite ?

Sans doute, mais nous progressons, et les démarches de méditation ou de psychologie positive ont leur rôle à jouer. Après, je n’ai pas dit que la méditation allait changer le monde à elle toute seule ! Mais elle pousse les gens à tenir davantage compte de leur dépendance et de leur appartenance à leur écosystème naturel et à leur écosystème social. Ce n’est pas un hasard si les gens qui font de la méditation insistent aussi beaucoup sur la notion d’altruisme, de partage, d’ouverture aux autres.

En conclusion ?

Il est pour moi évident que la méditation appartient à la sphère très large de l’écologie où aucune entité ne peut s’illusionner d’être autonome. C’est ce que les bouddhistes appellent « interdépendance ». Face à la nature et à la vie, nous devons abandonner nos fantasmes de dominance ou aller vers la conscience de nos appartenances. Aimer et respecter tout ce qui existe, pour que les choses se passent bien pour nous et nos descendants !

- Propos recueillis par Philippe Desfilhes

Christophe André a récemment publié « Méditer jour après jour », Editions L’iconoclaste.

Les effets ravageurs du réchauffement climatique sur la biodiversité Sylvain Lapoix (Reporterre) Reporterre 2015/07/09 Sylvain Lapoix (Reporterre) (9 juillet 2015) Les effets ravageurs du réchauffement climatique sur la biodiversité. Reporterre. Climat fr

Les effets ravageurs du réchauffement climatique sur la biodiversité

Reporterre suit la plus grande conférence mondiale sur le climat. Aujourd’hui, les scientifiques ont exposé les conséquences irréversibles du dérèglement climatique sur la biodiversité.

Comme la salamandre, la croyance populaire prête au cafard des capacités de survie hors du commun qui en ferait le seul survivant d’une apocalypse nucléaire ou de l’impact d’un astéroïde. Et pourtant, selon les recherches de Roselli Pellens du Museum d’histoire naturelle, le cancrelat pourrait bien disparaître des forêts d’Amazonie, écrasé par le changement climatique : « Nous avons étudié l’évolution de son habitat d’ici à 2050 et, dans le meilleur des cas, il ne subsistera que 4,38 % de la surface actuelle qui puisse l’accueillir, résume cette évolutionniste. Car, en réalité, ces insectes ont très peu de mobilité dans leur habitat : ils ne peuvent pas nicher dans une forêt replanter, ni s’adapter à une nouvelle forêt. » En cette deuxième journée de la conférence Common Future under Climate Change, l’évocation des scénarios d’évolution des températures s’est accompagné d’autres projections tout aussi inquiétantes : les scénarios de biodiversité qui tentent de simuler à partir des données disponibles la façon dont animaux et végétaux ont réagi jusqu’ici à l’évolution du climat et comment les changement à venir pourrait affecter leur répartition sur notre planète.

La course à la fraîcheur

A l’instar des deltas urbanisés et des Etats tropicaux souvent pointés comme victimes du changement climatique, tous les habitats naturels voient leur fonctionnement bouleversé. Mais la réflexion à partir de « température moyenne » et autres « tendances » cache un glissement de climat permanent qui pousse les espèces capables de le faire à un exil forcé. Au lieu de « plaques » bien coloriées sur des schémas scientifiques,ce sont en réalité des frontières mouvantes, les lignes isothermes, le long desquels la température est homogène et donc l’habitat propice à telle ou telle espèce. Que la température se réchauffe au Sud et la frontière remonte vers le Nord, ainsi que les animaux ou végétaux incapables de supporter les nouvelles températures.

« Il ne s’agit pas d’une sensibilté relative mais d’une question de survie », insiste la chercheuse texane Camille Parmesan, basée à l’université de Plymouth. Pour survivre aux températures ou à l’évolution des conditions de vie, les espèces mobiles opèrent des migrations parfois spectaculaires : 200 kilomètres en cinq ans pour le papillon Empereur Pourpre, autant pour le cabillaud de l’Atlantique. Les espèces incapables de se déplacer, elles, dépérissent.

[schéma - Vellocité terrestre : « A partir des données de l’IUCN (organisme international de veille sur la disparition des espèces), des scientifiques ont évalué les distances que pouvaient parcourir les espèces terrestres en une décennie. Laquelle vitesse s’accélère sous la pression du changement climatique. »]

D’autres se heurtent à la limite infranchissable de l’altitude : autrefois familiers des sentiers des Rocheuses américaines où son museau mutin apparaissait aux promeneurs barré d’un fleur de montagne, l’adorable pica américain se raréfie à mesure que les sommets se réchauffent. A moins d’apprendre à voler, cette adorable bestiole disparaîtra bientôt faute d’habitat.

Une question de taille

Dans les océans, les deux limites infranchissables aux espèces sont l’équateur et les pôles. Déjà plus chaudes que le reste de la planète, les eaux équatoriales voient se multiplier les disparitions d’espèces. Systématiquement plus frais que les autres étendues d’eau, Arctique et Antarctique voient affluer du monde entier des espèces invasives qui bouleversent les équilibres dans la chaîne alimentaire. En attribuant à chaque poisson la valeur de la température de son habitat, William Cheung a évalué qu’entre 1970 et 2000, la « température-poisson » des prises de pêche s’était élevée de 0.7°C à 1°C (pour le Nord-Ouest du Pacifique). En clair, des poissons des mers chaudes se mêlent de plus en plus au fretin des mers froides.

Mais un phénomène parallèle à celui-ci vient bouleverser plus encore les équilibres marins. « Plus les eaux sont chaudes, moins elles contiennent d’oxygène or un lien clair a été établi entre la taille des poissons et la disponibilité en oxygène. Conséquence de quoi, le réchauffement des eaux fait rapetisser les poissons, résume le scientifique. Or les écosystèmes marins sont intimement liés à la taille de leurs habitants. »

Protéger les loutres et devenir végétarien pour sauver l’atmosphère !

Outre le bouleversement des pêches, des cultures et des espaces naturels, une dernière conséquence achève de rendre l’équation de la biodiversité face au changement climatique plus complexe encore à résoudre : de nombreux individus captent le CO2 rejeté en excès par l’humanité ou entretiennent les systèmes qui assurent cette « captation naturelle ».

« La moitié des émissions de CO2 d’origine anthropique sont absorbées par des puits de carbone naturels », explique Corinne Le Quere, professeur de climatologie à l’université East Anglia et directrice du Tyndall Centre for Climate Change. La nécessité de lutter contre l’acidification des océans pour sauver les coraux (grands mangeurs de carbone) est bien connue. Mais, selon Paul Leadley de l’équipe Ecologie des Populations et des Communautés à l’université Paris Sud, si nous ne protégeons pas les poissons herbivores qui nettoient les environs de ces puits de carbone, les récifs coraliens ne survivront pas. Sous ses airs goguenards, la loutre de mer, en dévorant ses plateaux de fruits de mer à base d’oursins, entretient les forêts de kelp et assure le recyclage de 4,4 à 8,7 millons de tonne de CO2 par an !

Lutter contre l’appauvrissment de la biodiversité constitue donc une réponse au changement climatique et réciproquement. Mais cette perspective ouvre également des « réponses croisées ». « Le changement de régime alimentaire constitue une réponse croisée aux problématiques du changement climatique et de biodiversité. Si nous adoptons tous le régime américain, nous sommes foutus, résume vertement Paul Leadley. Si nous décidons à l’inverse d’adopter un régime plus sobre, moins carner, cela signifie moins de zones cultivées pour le fourrage, plus d’espaces naturels et donc des réservoirs de biodiversité. » Hypothèse la plus favorable pour compenser le changement climatique : un monde végétarien. Pas sûr que les négociations de la Cop21 se déroulent dans votre frigidaire.

L’Europe prête à accepter des niveaux élevés de radioactivité dans les aliments Philippe Desfilhes (Reporterre) Reporterre 2015/07/09 Philippe Desfilhes (Reporterre) (9 juillet 2015) L’Europe prête à accepter des niveaux élevés de radioactivité dans les aliments. Reporterre. Alimentation fr

L’Europe prête à accepter des niveaux élevés de radioactivité dans les aliments

Reporterre observe les temps forts de la session du Parlement européen. Au programme des députés cette semaine, les niveaux maximaux admissibles de contamination radioactive en cas d’accident.

Les députés européens se prononceront jeudi 9 juillet sur la contamination radioactive légale dans les denrées alimentaires et les aliments pour bétail en cas d’accidents nucléaire. « Ce projet de règlement a pour but d’harmoniser les normes au niveau communautaire mais les NMA [Niveaux maximum admissibles] proposées par la Commission correspondent à des niveaux de risque inacceptables, en particulier pour les enfants », dénonce Michèle Rivasi, député Verts/ALE.

La député s’appuie sur un travail réalisé par la Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité (CRIIRAD), dont elle a été la première présidente. L’association a procédé à l’analyse du rapport scientifique qui valide le choix des NMA. « Elle a mis en évidence toute une série d’erreurs, d’incohérences et d’irrégularités. Ces erreurs sont graves et vont toutes dans le même sens : minimiser les risques et aboutir à la fixation de limites de contamination excessivement élevées. C’est pour cela que nous demandons que des amendements soient votés pour diminuer par 10 les limites définies pour les aliments solides et par 100 celles définies pour l’eau potable », indique la député.

Les NMA du règlement européen ont été définis selon un scénario peu crédible. « Les experts considèrent l’impact d’un accident lointain, survenant à plus de mille kilomètres des frontières de l’Union européenne. Partant de là, ils estiment que la contamination ne toucherait qu’une faible part de la ration alimentaire des consommateurs européens », explique-t-elle. Il faut donc, soit revoir à la baisse, et de façon drastique, les NMA, comme le demandent les députés Verts-ALE, soit rédiger un second règlement applicable aux accidents susceptibles d’affecter fortement les Etats membres. « C’est urgent : plus de 42 % des 438 réacteurs électronucléaires en fonctionnement dans le monde sont implantés en Europe », insiste la député du sud-est de la France.

Co-rapporteuse du texte pour la commission Envi (Environnement, santé publique et sécurité alimentaire), Michèle Rivasi dénonce aussi le manque de transparence qui a entouré le travail des députés. La direction générale de l’Energie de la Commission européenne a refusé de communiquer aux députés le nom des experts sur le travail desquels elle appuie ses propositions de niveaux admissibles de contamination.

Elle en a le droit : tout ce qui concerne l’énergie atomique en Europe relève du traité Euratom et n’est soumis au Parlement que pour consultation. « C’est inadmissible ! Le nucléaire ne doit plus échapper au débat public en Europe et nous avons déposé un autre amendement pour demander que soit établie la co-décision du Parlement sur les questions relatives à l’atome », indique Michèle Rivasi.

Science et climat : pour sauver la planète, il faut manger autrement Sylvain Lapoix (Reporterre) Reporterre 2015/07/10 Sylvain Lapoix (Reporterre) (10 juillet 2015) Science et climat : pour sauver la planète, il faut manger autrement. Reporterre. Climat fr

Science et climat : pour sauver la planète, il faut manger autrement

Pour ce troisième jour de la plus grande conférence scientifique sur le climat, Reporterre a discuté avec les chercheurs qui explorent les liens entre alimentation et changement climatique. D’où il ressort que le régime végétarien est le plus climato-compatible, et que manger moins et mieux est aussi préférable.

Dans sa version apocalyptique appliquée à nos assiettes, le changement climatique est souvent envisagé comme devant conduire à des famines. Peu des études de ses effets sur l’alimentation se concentraient sur la sous-nutrition. Or, plusieurs articles scientifiques parus dans les années 2012-2013 ont souligné l’explosion des morts liées aux régimes alimentaires plus qu’à l’apport calorique : en 2010, sept fois plus de morts étaient attribuées à la composition du régime alimentaire

Ce constat a amené l’équipe de spécialistes de la santé et de l’environnement de Marco Springmann à l’université d’Oxford à essayer de calculer les effets du changement climatique sur la disponibilité des aliments. Sur la base d’un scénario à hautes émissions de CO2 et à l’horizon 2050, le chercheur parvient à des changements importants : -1 % de viande rouge, -3 % de calories et -4 % de fruits et légumes. Ces diminutions peuvent paraître faibles mais leurs effets sur la santé s’avèrent dévastateurs : « La réduction de consommation de fruits et légumes constitue la plus grande contribution en terme de décès résultant de maladies liées à la malnutrition, conclut le chercheur face à un histogramme édifiant (voir ci-dessous). Les effets de la réduction de l’apport calorique se partagent entre la sous-nutrition et la réduction de l’obésité. Quant à la réduction de consommation de viande, elle a des effets plutôt positifs. » Au menu de cette humanité au régime sec de végétaux : explosion des cancers, des attaques cardiaques et maladies coronariennes. Un bilan de 529 000 morts liées au changement climatique par son impact sur l’alimentation mais que des mesures de réduction drastiques des émissions de gaz à effet de serre pourraient réduire de 70% !

La diversité des cultures, la bonne voie pour la santé

Face à cette perspective, que faire ? Agir du côté de la production, selon la chercheuse Silvia Silvestri de l’International Livestock Research Institute, qui a étudié la sécurité alimentaire de 2 300 foyers répartis dans trois pays d’Afrique de l’Est (Kenya, Ouganda et Tanzanie) aux conditions climatiques diverses. Première surprise de ce recensement : les biens détenus par les familles ne déterminent en rien leur capacité à résister aux effets du changement climatique.

En revanche, la diversité des variétés de plantes semées s’avère un puissant levier de résistance : plus les familles cultivent des semences variées et plus ils sont à même d’encaisser sans trop souffrir les aléas climatiques. A l’inverse, les foyers trop dépendants des revenus liés au bétail ou travaillant trop à leur entretien se trouvent plus fragilisées.

« Mais, précise la chercheuse, le bétail constitue une sorte de capital qui peut aider les familles en difficulté financière à compenser des crises temporaires. » Une nuance que nous confirme Sébastien Treyer, directeur du programme agriculture et alimentation à l’Iddri (Institut du développement durable et des relations internationales : « Dans les zones du sud du Sahel, le bétail s’intègre dans un système de polyculture qui renforce une diversité essentielle à la résistance des populations au changement climatique, insiste-t-il. En cela, il n’a rien à voir avec les systèmes mondialisés de production de viande qui alimentent les régimes occidentaux, par exemple quand du soja brésilien va nourrir des porcs chinois pour la consommation européenne. Ces mécanismes d’élevage intensif encouragent, à l’inverse du modèle pastoral d’Afrique de l’Est, une spécialisation des systèmes végétaux en amont et à une centralisation sur la viande en aval qui empêchent la diversification des cultures. » De là à pousser vers le végétarisme pour réduire l’empreinte carbone, il n’y a qu’un pas. Déjà largement franchi par certains chercheurs.

Ami veggie, sauveras-tu le monde ?

Un article paru en 2014 dans Nature était tombée comme un pavé de tofu dans la fondue bourguignonne : œuvre du duo américain David Tilman et Michael Clark, l’étude croisée de plusieurs régimes alimentaires plus ou moins carnés avait conclu de manière catégorique que seul le régime végétarien permettait à l’horizon 2050 de réduire sensiblement les émissions de gaz à effet de serre. Selon leurs calculs additionnant rejets liés à la production alimentaire et effets de la déforestation sur la captation de carbone, un régime mondial inchangé provoquerait une augmentation des émissions de 80 % par le secteur agricole.

Aux côtés du régime occidental de base étaient étudiés le régime méditerranéen, le régime « pescétarien » (sans viande terrestre mais avec poisson) et le régime végétarien. Si le régime pescétarien permettait une légère baisse en 2050 par rapport aux émissions de 2009, le régime végétarien permettait selon leurs calculs une réduction d’émission d’un demi-milliard de tonnes de CO2 par an (contre près de deux milliards de tonnes EN PLUS pour le régime sans modification).

Loin de nier l’efficacité spectaculaire de la réduction de consommation de viande, Sébastien Treyer souligne cependant qu’une partie de l’équation se résoud avant même le choix des aliments : « La consommation carnée dans les pays occidentaux est bien souvent surcalorique et engendre un gâchis considérable dans la chaîne de production : quelle part des 4 500 kilocalories consommées par un Américain arrivent vraiment dans son assiette ?, interroge le chercheur. Dans beaucoup de cas, l’adoption du régime végétarien s’accompagne d’une prise de conscience et d’un rééquilibrage. Il ne faut pas négliger le fait que ce type de régime amène aussi à manger moins et plus varié. Sans forcément imaginer un monde 100 % végétarien, l’augmentation de la consommation de produits non carnés obligerait à réorienter une partie de la production alimentaire vers plus de variété et donc vers une meilleure résistance au changement et à moins d’impact négatif sur le climat. »

Notre-Dame-des-Landes, le laboratoire vivant d’une société des communs Isabelle Rimbert (Reporterre) Reporterre 2015/07/10 Isabelle Rimbert (Reporterre) (10 juillet 2015) Notre-Dame-des-Landes, le laboratoire vivant d’une société des communs. Reporterre. Reportage — Notre-Dame-des-Landes fr

Notre-Dame-des-Landes, le laboratoire vivant d’une société des communs

Comment repenser le rapport à la terre, à la propriété et jeter les bases d’un imaginaire collectif fondé sur l’intérêt général et la solidarité en s’affranchissant des diktats de l’Etat ? C’est la base de la culture des communs, dont la Zone à défendre de Notre-Dame-des-Landes est un laboratoire in vivo.

- Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique), reportage

« Construire des communaux peut être un premier pas dans la perspective de faire commune. Par communaux nous désignons à la fois un territoire partagé, les terres communales, et les infrastructures de l’autonomie qui s’y élaborent : les communs », peut-on lire dans « De la Zad aux communaux », un texte collectif paru sur le site de la ZAD en juin 2014.

Ce qui se joue aujourd’hui à NDDL ? Pour François de Beaulieu, naturaliste et historien, cela fait écho à l’histoire passée et à d’autres moments de lutte contre une certaine forme d’aménagement du territoire : « Pendant des siècles, les landes ont fait l’objet d’usages collectifs par la communauté villageoise : cueillette, chasse, pêche. La fin des communs remonte au début du 19è siècle, sous le joug des défenseurs de la modernisation de l’agriculture. Une loi datant de 1850 a en effet imposé le partage des communs, et c’est ainsi que des propriétaires terriens ont pu commencer à racheter ces parcelles. »

Et de rappeler que « des conflits ont éclaté chaque fois que des individus ont voulu, d’une manière ou d’une autre, déroger aux usages qui assuraient l’équilibre général et, en particulier, basculer dans l’appropriation privative. Alors que l’histoire montre que l’usage collectif des landes, pendant des centaines d’années, a permis de maintenir un système résilient et durable. »

Gestion collective de la terre

Ce système « résilient et durable », c’est un peu le Graal que les occupant-e-s de la ZAD tentent d’inventer, jour après jour.

La Déclaration d’Utilité Publique de 2008 délimite l’emprise du territoire : sur ces 1650 hectares, 400 sont des friches, chemins, routes. 450 sont constitués des terres cultivées de onze agriculteurs en lutte, qui ont refusé tout compromis et sont aujourd’hui expropriés par AGO. Et les 800 hectares restants sont redistribués chaque année par la Chambre d’agriculture (sous forme de baux annuels) incluant les terres d’agriculteurs ayant cessé leur activité et celles des exploitants ayant signé un accord avec AGO.

Sur ces 800 hectares en redistribution, 220 ont été occupés et ainsi arrachés à AGO par le mouvement d’occupation, notamment depuis la création de l’assemblée « Sème ta Zad ». Camille (pseudo), 32 ans, en fait partie. Il raconte : « Tout a commencé en 2012 avec la défense conjointe par des zadistes et des agriculteurs de la ferme du Rosier puis de la Chataîgne, ce hameau construit par 40 000 personnes lors de la manifestation de réoccupation. Pendant les longues veillées auprès des barricades lors de la tentative d’expulsion à l’automne 2012, on a commencé à imaginer ce qu’on rêvait pour ce bocage, et comment relancer les activités vivrières sur la zone. De là est née l’idée de ’Sème ta Zad’. »

Cette assemblée paysanne s’est imposée comme l’une composantes de la lutte, au même titre que COPAIN, l’ADECA ou l’ACIPA, qui peuvent avoir des visions différentes du futur de la ZAD. « Sème ta Zad » envisage l’avenir des terres sur la zone, autour de projets visant à l’autonomie, d’abord alimentaire : jardins et chantiers collectifs, défrichages, plantations, productions diverses, cartographie des lieux, échanges de savoirs et de semences, mutualisation de moyens matériels.

« C’est l’assemblée des groupes qui pratiquent l’agriculture illégalement sur la Zad », résume Camille, tout en s’affairant à la traite des vaches de la ferme de Bellevue, occupée depuis début 2013 et qui reste un des points névralgiques de la lutte paysanne sur la zone. « Notre ambition est d’occuper un maximum de terres. Nous voulons qu’à terme, le mouvement dans son ensemble détermine l’usage des 800 ha redistribués chaque année, avec de nouvelles installations plutôt que des agrandissements. »

Aujourd’hui, l’occupation illégale s’affirme comme une stratégie partagée, avec l’idée de soustraire un maximum de terres à AGO. Les 220 hectares déjà récupérés sont ainsi dédiés à différentes cultures, jardins collectifs et expérimentations diverses. Elles permettent notamment la production de blé pour le pain fabriqué sur place, des cultures de légumineuses, de patates, d’oignons, ainsi que l’ élevage de chèvres et de vaches pour la production de fromages. En avril 2013, l’assemblée avait appelé à une manifestation sous forme de mise en culture de champs laissés en friche par AGO-Vinci. L’objectif était d’ensemencer 24 hectares. Le préfet a bien tenté de réagir : il avait publié, la veille, un arrêté interdisant les semis sur la zone. Cela a bien fait rire les contrevenants, armés de sacs de graines et de binettes. « Cet arrêté absurde démontrait le côté transgressif de l’action de cette prise de terre », se souvient Camille.

Nouvelles formes d’organisation

Mais les communs à NDDL ne se réduisent pas à la terre ni à la question du foncier. Avant Sème ta Zad, le mouvement s’était déjà doté d’infrastructures collectives comme, entre autres choses, une boulangerie, un journal (le Zad News), un site web, une radio (« Klaxon », piratant la fréquence de Vinci autoroute) ainsi qu’un marché à prix libre (le « non marché »). Aujourd’hui, ce processus de mise en commun perdure, allant de la création d’une meunerie à l’expérimentation de nouvelles formes de réunions, en passant par la création d’une fromagerie, la mise en place d’une caisse dédiée à l’anti-répression ou la rénovation d’un lieu d’accueil via des chantiers collectifs. « Ça permet de poser la question de la propriété privée au sens large, avec un imaginaire qui correspond à ce qui s’est vécu ici », note encore Camille.

Pas question de se calquer sur un quelconque modèle existant « comme le Larzac ». Il s’agit de l’inventer avec les ingrédients et les acteurs du combat d’ici. « On a une opportunité extraordinaire de mettre en pratique nos idées et nos envies sur les communs. Comment gérer au mieux les outils et les ressources sans passer par des institutions dédiées : c’est un véritable enjeu politique. Ça donne lieu à des discussions, des engueulades, mais tout est basé sur l’usage, et les conflits sont réglés entre nous. »

Dans un territoire où le rôle de l’Etat est sérieusement remis en question, la loi apparaît ici comme secondaire aux coutumes et aux décisions collectives : « En dehors d’un schéma légaliste, on a l’ambition de faire émerger de nouvelles formes d’organisation qui partent de nos pratiques, afin que chacun s’y retrouve malgré nos différences », note encore Camille. C’est aussi une façon de se réapproprier la politique, ou « comment on arrête de déléguer ces questions à des aménageurs sans que les gens concernés par le territoire aient une latitude de décision. »

Même constat pour Jean-Joseph, un occupant du lieu-dit le Haut-Fay : « La ZAD est un laboratoire sur tout, y compris sur les questions de propriété d’usage, sur les communs, les communaux. On tâtonne, on essaie de trouver nos propres moyens de s’organiser, et pas seulement entre anarcho-autonomes, sourit-il, mais entre personnes différentes, autour de socles communs. » Pour lui, « se battre contre la propriété privée et contre la domination vont de pair ».

Squatteur, ou « occupant sans droit ni titre », comme le sont d’autres zadistes et agriculteurs sur la zone, il estime : « Ma légitimité ici, c’est que je vis dans un lieu collectif qui a été ouvert avec l’ensemble du mouvement. Ici, ce qui compte, c’est avant tout la propriété d’usage et son organisation collective. Et c’est parce qu’on en fait »bon usage« que ça fonctionne. »

« Mettre à l’épreuve du réel nos idéaux »

L’occasion, explique Marin (pseudo), « de mettre à l’épreuve du réel nos idéaux ». Fraîchement rentré d’un séjour au Mexique au sein des communautés autonomes du Chiapas, cet occupant pose un regard tendre et critique sur la Zad : « Nos valeurs communes ? Voilà une question qui, je trouve, n’est pas assez discutée entre nous. Et, contrairement à ce que j’ai pu voir chez les zapatistes, il existe parfois ici un manque de conscience du lien entre les actes de chacun et leurs conséquences pour tous. Mais c’est un processus long, et même si c’est parfois compliqué, il est nécessaire de construire encore et toujours une culture collective du... collectif. »

« Communer », peut-on lire encore dans la brochure « De la zad aux communaux », « signifie aussi être en mesure, quand toutes les autres formes de médiation sont épuisées, de se constituer en force pour faire primer le bien commun sur l’intérêt privé. »

Et c’est bien ce qui inquiète l’Etat. Dans le rapport de la commission d’enquête sur le maintien de l’ordre républicain, établi suite à la mort de Rémi Fraisse à Sivens et sorti en mai, on apprend qu’« au plan juridique, l’installation d’une ZAD constitue en elle-même un délit au sens où elle porte atteinte au droit de propriété et à certaines libertés garanties. Toutefois, elle ne trouble pas par elle-même l’ordre public, son statut de ’lieu public’ demeurant incertain. »

Pour François de Beaulieu, « il y a dans l’histoire des landes de Bretagne et dans celle qui s’écrit aujourd’hui sur la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, la matière pour mieux appréhender le fonctionnement d’autres modèles sociaux que ceux qui font la part belle à un État tout-puissant ou à un marché totalement libéré. »

Le chemin de fer français est en danger Jean Sivardière Reporterre 2015/07/10 Jean Sivardière (10 juillet 2015) Le chemin de fer français est en danger. Reporterre. Tribune — Transports fr

Le chemin de fer français est en danger

Alors que la loi Macron favorise le développement du transport par autocar, le chemin de fer périclite : dégradation de l’offre, augmentation des tarifs, baisse du trafic de fret. Le signal d’alarme est tiré et une pétition lancée pour alerter les pouvoirs publics.

Le chemin de fer français a connu une période favorable dans les années 1970, mais la situation s’est peu à peu dégradée depuis lors et des menaces nouvelles s’accumulent dangereusement depuis deux ans.

Une offre dégradée

Sur le terrain, tous les voyageurs, quotidiens ou occasionnels, constatent que, même si tout n’est pas noir, la qualité des services ferroviaires n’est plus ce qu’elle a été :

- il devient difficile de se procurer des informations et d’acheter des billets, car les boutiques SNCF ferment même dans les grandes villes, et les guichets de gares sont souvent fermés ;

- les tarifs, souvent illisibles, sont devenus trop élevés, en particulier pour les déplacements de dernière minute par TGV et les déplacements familiaux ;

- de nombreux TER sont supprimés, surchargés, en retard de manière répétitive ; les trains sont ralentis sur 4 000 km de lignes afin de maintenir la sécurité malgré la dégradation des infrastructures ;

- les fréquences sont réduites, les correspondances deviennent plus difficiles ; des liaisons Intercités de jour et de nuit sont supprimées, des lignes interrégionales sont fermées (Lyon-Bordeaux), d’autres sont sérieusement menacées (Clermont-Béziers).

Les conséquences pour la collectivité

Les conséquences de l’appauvrissement de l’offre sont lourdes pour l’aménagement du territoire et l’environnement.

Le train n’étant plus fiable, des usagers réguliers commencent à l’abandonner pour privilégier la voiture, l’autocar ou l’avion à bas coût. La contraction de l’offre pénalise les villes moyennes.

Quant au trafic de fret, il a régressé de 30 % depuis dix ans au profit de la route. Les industriels déplorent en particulier la hausse des tarifs exigés par la SNCF et la disparition des « lignes capillaires fret » qui alimentent le réseau principal.

Comment en est-on arrivé là ?

Les responsabilités de la SNCF sont évidentes. Sa direction, depuis des années, se débarrasse de tous les services déficitaires – messagerie (« wagon isolé »), services voyageurs sur les petites lignes, trains de nuit, auto-train… – sans se préoccuper des difficultés qui en résultent pour les voyageurs et les entreprises, et sans même chercher à corriger sa politique commerciale, manifestement déficiente.

La SNCF est également responsable d’une partie des dysfonctionnements quotidiens qui affectent la circulation des trains : non-présentation de personnel, entretien insuffisant de l’infrastructure et du matériel roulant, manque de personnel ou de matériel de réserve en cas d’incident technique, dialogue social insuffisant engendrant de multiples grèves qui gênent les voyageurs et font fuir les chargeurs.

Les responsabilités de l’Etat sont lourdes elles aussi.

- La gouvernance du système ferroviaire est défaillante. La loi du 4 août 2014 a eu le mérite de rassembler, au sein de SNCF Réseau, tous les organismes intervenant sur les infrastructures, mais la dette ferroviaire s’alourdit de 2 milliards d’euros par an.

- Le vieillissement des infrastructures classiques a été dénoncé de longue date par la FNAUT. Confirmé en 2005 par un audit de l’Ecole Polytechnique de Lausanne, il n’est que ralenti par les importants travaux de régénération en cours.

- L’Etat, depuis des décennies, apporte un soutien sans faille aux modes de transport concurrents du rail - la voiture, le camion et l’avion – sous forme de sous-fiscalisation ou même d’absence de fiscalisation des carburants et, avec l’aide des élus territoriaux, d’investissements routiers et aéroportuaires pléthoriques.

De nouveaux dangers

La situation du rail s’est récemment aggravée : augmentation du taux de TVA sur le transport public, abandon de l’écotaxe poids lourds, refus de la fiscalité écologique malgré la baisse du prix du pétrole, libéralisation sans précaution du transport par autocar à longue distance (loi Macron), abandon de l’autoroute ferroviaire atlantique, réduction des dotations de l’Etat aux collectivités territoriales, avantages concédés à la voiture dite propre, absence du transport public dans la loi sur la transition énergétique…

Tous les trafics voyageurs sont en difficulté

Les voyageurs ont besoin de dessertes TER, Intercités et TGV. Or :

- Les TER marquent le pas en raison des limites financières des régions et de la dérive des coûts d’exploitation de la SNCF. Les transferts sur route se multiplient.

- Comme le réclamait la FNAUT, l’Etat est devenu autorité organisatrice des dessertes Intercités fin 2010 mais il a laissé la SNCF agir à sa guise, et l’offre a diminué de 10 % en quatre ans tandis que le déficit d’exploitation explosait.

- Enfin les TGV n’ont plus la rentabilité qu’ils avaient en raison de l’augmentation très forte du montant des péages exigés par SNCF Réseau. Cette augmentation s’est accompagnée d’une réduction des subventions de l’Etat à l’infrastructure.

Le rôle souhaitable de l’Etat

Si rien ne change, nous allons assister à une régression dramatique du trafic ferroviaire de voyageurs, comparable à celle du trafic de fret. Mais une relance des activités ferroviaires n’a rien d’utopique : en Allemagne et en Grande-Bretagne, les trafics voyageurs et fret se développent. L’Etat doit assumer ses responsabilités :

- de stratège, en élaborant un schéma des services ferroviaires, en fixant une évolution pluriannuelle du prix des péages, en corrigeant les conditions de concurrence entre les modes ;

- d’actionnaire, en traitant le problème de la dette ferroviaire ;

- enfin d’autorité organisatrice des dessertes Intercités, comme le rapport Duron le recommande avec vigueur.

Dans cette optique, la FNAUT vient de lancer une pétition nationale adressée au Chef de l’Etat et au Premier ministre et leur demandant de réviser profondément leur politique des transports.

La pétition est disponible sur ce site.

Elle rappelle les nombreux dangers qui pèsent aujourd’hui sur l’offre voyageurs et invite les pouvoirs publics à se mobiliser pour la défense du service public.

Les incroyables comestibles. Plantez des légumes, faites éclore une révolution de Pam Warhurst et Joanna Dobson Reporterre 2015/07/10 de Pam Warhurst et Joanna Dobson (10 juillet 2015) Les incroyables comestibles. Plantez des légumes, faites éclore une révolution. Reporterre. fr

Les incroyables comestibles. Plantez des légumes, faites éclore une révolution

Un jour de 2007, Pam Warhurst assiste à une conférence sur l’état de la planète. Elle écoute les discours se succéder et pense : « Ça fait des années que j’entends les gens dire que la planète va mal, que l’économie va mal, mais je ne vois jamais personne faire quoi que ce soit… » Pam habite Todmorden, une ville du Nord de l’Angleterre qui a subi de plein fouet la désindustrialisation.

Elle cherche ce qu’elle pourrait faire pour aider à résoudre le problème, lorsque lui vient une idée : pourquoi ne pas proposer aux habitants de planter des légumes en pleine ville ? N’importe où, dans des bacs, dans des parcs… Et si changer la société commençait simplement par nous parler et faire pousser notre nourriture ?

En quelques mois, puis quelques années, elle va sans le savoir lancer un mouvement qui se répand bientôt dans quatre-vingts autres villes du Royaume-Uni, plus de quatre cents en France et des centaines d’autres dans le monde. Un mouvement qui, au travers de l’alimentation, propose de relocaliser l’économie et le pouvoir.

Des visiteurs viennent désormais du Japon, d’Australie, d’Afrique pour analyser le phénomène. Cet ouvrage raconte, de l’intérieur, l’histoire de ces personnes toutes simples, qui, en se rassemblant aussi joyeusement qu’intelligemment, ont inspiré une dynamique mondiale qui n’a pas fini de faire parler d’elle…

Les incroyables comestibles. Plantez des légumes, faites éclore une révolution, Pam Warhurst, Joanna Dobson, Postface Gilles Daveau, Préface François Rouillay, Ed. Actes Sud, Coédition Colibris, 320 pages, 22,80€.

« La politique de la zone Euro vis-à-vis de la Grèce est un néo-colonialisme » Entretien avec Nicolas Sersiron Reporterre 2015/07/11 Entretien avec Nicolas Sersiron (11 juillet 2015) « La politique de la zone Euro vis-à-vis de la Grèce est un néo-colonialisme ». Reporterre. Entretien — Grèce fr

« La politique de la zone Euro vis-à-vis de la Grèce est un néo-colonialisme »

Les chefs d’Etat européens se retrouvent dimanche pour décider du sort économique de la Grèce. Mais celle-ci supporte une dette illégitime et illégale, comme l’explique le président du Comité pour l’annulation de la dette du tiers-monde en France (CADTM).

Auteur de Dette et extractivisme, la résistible ascension d’un duo destructeur, Nicolas Sersiron est président du CADTM-France, un réseau international qui a notamment participé à la commission pour la vérité sur la dette publique grecque.

Reporterre - Comment s’est formée l’actuelle dette de la Grèce ?

Nicolas Sersiron - Elle a plusieurs origines. On parle beaucoup de 2009-2010 – en somme, des conséquences de la crise des subprimes – mais on peut remonter à la Grèce de la dictature des colonels, entre 1967 et 1974, voire même à la sortie de la guerre. Mais l’essentiel vient de l’entrée de la Grèce dans la zone Euro en 2001 : la Grèce n’avait pas une économie suffisamment développée pour adopter l’euro et se trouver à égalité avec les pays qui formaient la zone à ce moment-là. C’était une économie trop primaire, trop peu industrialisée par rapport aux économies tertiaires et de services que sont la France et l’Allemagne par exemple. Il y avait un déséquilibre.

Mais l’idée de cette zone euro n’était-elle pas justement de tirer les économies faibles, avec des mécanismes de soutien à leur intention ?

Oui, et c’est à ce titre que la Grèce a reçu des fonds structurels d’adaptation. Ces fonds sont justement en partie responsables de la dette, parce qu’ils n’ont pas été utilisés pour financer des infrastructures, des équipements de communication, etc. - tout ce qui peut permettre à un pays de résister à un système commercial transparent, avec une concurrence ouverte des pays plus développés dans un libre-marché.

Il s’est passé la même chose qu’en Espagne, où ces fonds structurels ont principalement servi à financer des bâtiments à touristes, des réseaux de train à grande vitesse à moitié vides ou des aéroports qui n’ont jamais ouvert, plutôt qu’à doper ce qu’il fallait.

Ne tenez-vous pas un discours qui consiste à culpabiliser le peuple grec ?

Non : la responsabilité des créanciers – tout du moins, ceux qui le sont devenus – est colossale. Ils ont abondamment prêté à la Grèce, sans prendre les précautions nécesaire. C’est vrai qu’il y a un problème de corruption, c’est vrai que c’est un problème que les armateurs et l’Eglise ne payent pas d’impôts aujourd’hui. Mais au fond, c’est le même problème que les subprimes : on a prêté à des gens dont on savait qu’ils ne rembourseraient pas.

Pourquoi ? Parce qu’on alimentait la machine des prêts et on savait que les banques seraient sauvées sur le principe du too big to fail [« trop gros pour faire faillite » : cette expression désigne la situation d’une banque dont la faillite aurait des conséquences systémiques si désastreuses qu’elle est renflouée par les pouvoirs publics dès que ce risque est avéré, NDLR avec Wikipedia]. C’est exactement ce qui s’est produit en Grèce : les banques françaises et allemandes ont prêté allègrement, à des taux très élevés, ont gagné beaucoup d’argent, et quand la Grèce s’est cassée la figure, qu’ont-elles fait ? Elles se sont retournées auprès de la BCE (Banque centrale européenne) et de la Commission européenne pour être sauvées.

Il faut aussi parler de la responsabilité de Goldman Sachs, qui a maquillé les comptes du pays pour la faire entrer dans la zone Euro. Sans cela, le pays n’y serait pas entré. Or, qui dirigeait le département européen de cette banque à ce moment-là ? Un certain M. Draghi, qu’on retrouve aujourd’hui à la tête de la BCE…

Y a-t-il eu un abus de faiblesse ?

Les banques ont profité d’une opportunité exceptionnelle : le besoin de biens de consommation et le manque d’infrastructures, et elles se sont jetées sur l’occasion. Comme pour les Jeux Olympiques de 2004, qui devaient coûter 1,5 milliard, pour une facture finale de 20 milliards, avec beaucoup de corruption autour de Siemens et d’autres compagnies européennes, qui ont corrompu des ministres et des politiques grecs pour leur vendre des armes. Tout cela, c’est beaucoup d’argent à gagner, car le risque est important donc les taux d’intérêts élevés.

Une commission du Parlement a lancé, avec votre participation, un audit citoyen qui conclut à une dette « illégitime, illégale et odieuse » » : qu’est-ce que cela veut dire ?

Une dette illégitime est une dette qui n’a pas servi l’intérêt général. À l’intérieur de la dette illégitime, il faut distinguer la dette odieuse, la dette illégale et la dette insoutenable. La dette odieuse, c’est la dette qui a été créée dans un pays sans son accord, sans qu’elle profite au peuple, c’est souvent la dette d’un dictateur – comme la dette de Ben Ali, que la Tunisie ne devrait pas, en droit international, rembourser. Sauf que la FMI lui a re-prêté de l’argent en l’obligeant à rembourser… La dette odieuse est très particulière, elle concerne beaucoup de pays africains, mais aussi la Grèce des colonels, par exemple.

La dette illégale est une dette qui ne respecte pas les traités. Quand la Troïka (BCE, FMI et Commission européenne) impose à la Grèce des mesures sociales terribles – baisse du montant des retraites, baisse des salaires des fonctionnaires, diminution de la couverture sociale, etc. –, elle ne respecte pas les nombreux traités internationaux que la Grèce a signé, comme la Déclaration universelle des droits de l’Homme, où il est inscrit qu’on ne doit jamais privilégier l’intérêt des créanciers par rapport aux constituants d’une vie digne – manger, se loger, se soigner, etc. Il y a des prêts qui n’ont pas respecté les traités de Lisbonne, la BCE n’a pas respecté ses statuts, le FMI (Fonds monétaire international) non plus.

Par exemple ?

Le FMI ne doit pas prêter à un pays s’il n’est pas sûr de recouvrer ses créances. C’est pour cela que plusieurs gouverneurs refusaient de prêter à la Grèce, car cela ne respectait pas ses statuts. Finalement, le FMI a prêté une trentaine de milliards d’euros tout en sachant que la Grèce ne rembourserait pas.

Comment les institutions internationales ont-elles réagi à cet audit ?

Elles ne veulent pas en entendre parler ! Vous pensez bien : analyser l’ensemble de la dette grecque, pour savoir à quoi a servi chaque prêt, où il a été, s’il a été accepté par le Parlement grec, s’il a respecté la Constitution, etc. Qu’y apprend-on ? Que 77 à 80 % des prêts de sauvetage de la Grèce depuis 2010 ont été versés aux banques françaises et allemandes. Ces fonds qui ont été prêtés à la Grèce ne se sont pas retrouvés dans les mains des Grecs, ils ont été essorés au nom du remboursement de la dette.

C’est d’ailleurs pour ça que les principales institutions refusent de parler de la dette et préfèrent parler des mesures que la Grèce doit prendre. C’est trop embêtant de parler de ce qui cause la dette, car cela pose de vraies questions. D’ailleurs, qui a entendu parler de l’audit de l’Equateur ? En 2008, Rafael Correa a annulé une grande partie de la dette équatorienne suite à un rapport qu’elle était à 80 % illégitime. Il y est parvenu grâce au marché secondaire de la dette, sur lequel les principales banques avaient fini par revendre leurs titres de reconnaissance de dette à des taux dépréciés.

Le cas de la Grèce est malheureusement très différent. Au lieu de revendre leurs titres sur le marché secondaire, les banques françaises et allemandes se sont arrangées pour que ce soit la BCE qui rachète les titres. Aujourd’hui, ce sont donc en définitive les contribuables européens qui possèdent la dette grecque. C’est une socialisation des pertes privées potentielles. Et maintenant, on viendrait nous dire que tel peuple ne peut plus payer pour tel autre ? Mais jusqu’à présent, les Allemands ont payé pour les banques allemandes !

Dans votre ouvrage, Dette et extractivisme, vous analysez la dette comme le moyen pour les pays riches d’opérer le « pillage » des ressources après la disparition des colonies. Cela vaut-il aujourd’hui pour la Grèce ?

La dette est un outil d’asservissement des peuples par les détenteurs de capitaux. Tant qu’on n’a pas compris cela, on ne peut pas comprendre « l’utilité » de la dette. Depuis quarante ans, les ex-colonies sont asservies par la dette, et pour la payer, elles exportent – car cette dette est en devises – leurs ressources naturelles, qu’elles soient minières, fossiles ou végétales. Et une fois qu’elles ont reçu des devises en paiement des bananes, du cacao, du pétrole et du cuivre, elles renvoient une partie de ces devises au titre du remboursement des intérêts de la dette.

Cela fait quarante ans qu’on entend dire en France qu’on aide les Africains, mais ce n’est pas vrai : au nom de la dette, les transferts des pays en développement vers les pays riches ont été énormes, de l’ordre de 5 à 10 plans Marshall ! La dette est un transfert du pauvre vers le riche.

On est exactement dans le même cas de figure avec la Grèce, que l’on oblige à vendre ses côtes, ses îles, ses plages.

La politique de la zone Euro est-elle un néo-colonialisme ?

Absolument. C’est une forme de néo-colonialisme. Au nom de la dette, on crée des plans d’austérité qui sont une copie-conforme des plans d’ajustement structurel des années 1980. La finalité de ces plans est le même : il faut vendre l’ensemble des ressources pour payer la dette, et il faut laisser entrer les capitaux qui vont pouvoir faire fructifier ces ressources et rapatrier ensuite leurs bénéfices. Grâce à la dette, on justifie toutes les privatisations.

C’est comme ça qu’on brade le port du Pirée, qu’on brade les côtes, qu’on brade n’importe quoi. Mais le néo-colonialisme s’installe aussi en France. On est aujourd’hui à 45 milliards d’intérêt de la dette par an, c’est une somme qui va des contribuables français vers les détenteurs de capitaux.

Pendant ce temps-là, on baisse les impôts de ces détenteurs – qu’ils vont d’ailleurs souvent mettre dans les paradis fiscaux – et quand l’Etat n’a plus d’argent dans les caisses, il finit par déléguer au privé la construction des infrastructures, la sécurité sociale, etc. Il y a un transfert formidable des communs et de tout ce qui appartient au peuple vers le privé.

Au fond, il n’y a plus aujourd’hui de combat entre les étrangers et les nations : c’est un combat entre les peuples et les détenteurs de capitaux.

Faut-il annuler tout ou partie de la dette grecque ?

Evidemment. Car jamais la Grèce ne pourra payer sa dette. De même que la France ne paiera jamais sa dette. Il faut annuler ou rendre le remboursement lointain.

Un exemple intéressant est celui de l’Islande, qui n’a pas voulu que les pertes des banques privées soient nationalisées – certains banquiers islandais ont même été mis en prison. L’économie islandaise est repartie et ça se passe très bien, après une chute certes vertigineuse autour de 2008/2010.

Je ne dis pas que c’est un moment facile ni agréable. Mais même d’un point de vue rationnel, sauver la Grèce est indispensable pour l’ensemble de l’équilibre de l’Europe.

- Propos recueillis par Barnabé Binctin

Le gouvernement envisage l’évacuation de la Zad de Notre Dame des Landes cet été Vladimir Slonska-Malvaud (Reporterre) Reporterre 2015/07/11 Vladimir Slonska-Malvaud (Reporterre) (11 juillet 2015) Le gouvernement envisage l’évacuation de la Zad de Notre Dame des Landes cet été. Reporterre. Notre-Dame-des-Landes fr

Le gouvernement envisage l’évacuation de la Zad de Notre Dame des Landes cet été

Le préfet de la Loire-Atlantique a évoqué l’intention du gouvernement de lancer les travaux du nouvel aéroport après une décision du tribunal administratif, le 17 juillet : « Nous n’attendrons pas les épuisements » des recours juridiques. Voici la vidéo de sa déclaration, qui est intervenue peu avant le grand rassemblement des opposants à l’aéroport les 11 et 12 juillet.

- Nantes, correspondance

Henri-Michel Comet, préfet de la Loire-Atlantique depuis mai 2014, s’est fendu d’une déclaration remarquée devant le conseil départemental, réuni en session extraordinaire jeudi 2 juillet.

À une question du conseiller départemental Gatien Meunier (LR), élu du canton de la Baule-Escoublac, qui reprochait au gouvernement de « tergiverser sur ce dossier », le préfet a répondu : « Nous attendons encore quelques décisions de justice. […] Nous n’attendrons pas les épuisements. […] Le gouvernement prendra une décision sur la façon de progresser après les décisions de justice cet été. »

Regardez la video ci-dessous, les phrases concernées étant à 3’40’’, 5’20’’ et 06’48’’ :

- Source : Conseil général de Loire-Atlantique

Cette déclaration fait suite à plusieurs prises de positions ambiguës, ces derniers mois, de membres du gouvernement ou de ses représentants. Le Premier ministre, Manuel Valls, avait notamment déclaré, dans un entretien à Ouest France paru le 18 décembre 2014, vouloir commencer les travaux au premier semestre 2015. Après le rendu des décisions du tribunal administratif de Nantes sur les recours liés à la loi sur l’eau et aux destructions d’espèces protégées, mais avant les appels devant la Cour administrative d’appel puis devant le Conseil d’État.

La promesse de ne procéder à aucune expulsion des occupants « légaux » de la zone avait été arrachée à la suite d’une grève de la faim de citoyens en 2012, puis confirmée par François Hollande à plusieurs reprises. Un moratoire sur le début des travaux s’était également installé de fait après l’échec de l’opération « César » à l’automne 2012, qui visait à expulser les occupants sans titre de propriété ou sans bail.

Le préfet de région a donc, dans son intervention du 2 juillet, contredit cet engagement, et confirmé les propos de Manuel Valls. De quoi ajouter de l’eau au moulin de ceux qui soupçonnent deux lignes de s’affronter au sein du gouvernement.

« Cela nous surprend de la part d’un préfet, qui doit connaître le sens des mots », affirme Françoise Verchère, coprésidente du Collectif d’élus doutant de la pertinence de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes (CéDpa), l’une des principales organisations d’opposition au projet. « Il s’est peut-être emporté devant une assemblée qui lui fait tout un sketch sur la faiblesse de l’État », avance-t-elle.

Dans les rangs des associations d’opposants, personne ne veut laisser paraître le moindre doute quant au respect de la parole présidentielle. Pour Julien Durand, porte-parole de l’Association citoyenne intercommunale des populations concernées par le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes (Acipa), « la parole du préfet est ce qu’elle est, mais la parole du président de la République est la première parole de l’exécutif. » « Chacun est sans doute chargé de jouer sa partition », ajoute-t-il.

Les associations contre le projet d’aéroport ont tout de même averti le sous-préfet chargé du dossier, selon Mme Verchère : « Nous lui avons dit que si c’était ça, alors ce serait la guerre. » « En tout cas, ça nous remobilise », relativise-t-elle.

Contactés par Reporterre )à plusieurs reprises afin d’obtenir des éclaircissements sur le sens de la déclaration de M. Comet, les services de la préfecture, du Premier ministre, de l’Élysée et de la région Pays-de-Loire se sont murés dans le silence ou ont prétexté des « agendas chargés », « des réunions », ou ne pas être concernés.

Samedi 11 et dimanche 12 juillet, le rassemblement estival des opposants au projet d’aéroport se déroule sur la Zad de Notre Dame des Landes.

Science et climat : sans une mutation de la finance, pas de solution Sylvain Lapoix (Reporterre) Reporterre 2015/07/11 Sylvain Lapoix (Reporterre) (11 juillet 2015) Science et climat : sans une mutation de la finance, pas de solution. Reporterre. Climat fr

Science et climat : sans une mutation de la finance, pas de solution

L’économie a dominé la dernière journée de la conférence scientifique sur le climat que Reporterre a suivie cette semaine. Un prix du carbone est plébiscité comme la solution, mais ne parait pas réalisable à l’échelle mondiale. Autant commencer par des groupes de pays. Mais il faudrait surtout que la sphère financière opère une mue culturelle.

La crise financière ? « Certains pensent que c’est le pire moment pour régler la question du changement climatique, je leur réponds que c’est le bon ». Joseph Stiglitz, économiste non orthodoxe et prix « Nobel » d’économie, a ouvert ainsi la dernière journée de la conférence Common Future under Climate Change. Le problème, selon l’ex-rapporteur de la Commission sur les nouveaux indicateurs économiques, « est que la finance fonctionne mal. Les marchés ont raté l’opportunité de réarranger l’économie pour l’adapter au défi du changement climatique ce qui aurait stimulé la croissance. » Or, sans réorientation massive des 300 000 milliards de dollars des marchés financiers, jamais l’industrie et la société qui la contient ne pourront faire face au changement climatique.

En finir avec les « grandes solutions imposées »

Au premier rang des solutions envisagées, le prix du carbone a fait grand débat durant la journée auprès des économistes. « Le problème d’un prix du carbone imposé par le haut à toutes les économies du monde est qu’il crée des situations absurdes du fait des différences de niveau de prix. A 50 euros la tonne de CO2, vous doublez le prix du béton venu d’Inde : pensez-vous que le contribuable français acceptera de payer la différence ? », nous interroge Jean-Charles Hourcade, le directeur de recherche au CNRS.

Toute la question est de savoir s’il est possible d’imposer au niveau mondial un prix du carbone. Pour la plupart des intervenants, la réponse est non. Revenir au système du protocole de Kyoto, signé en 1997, qui fixait des plafonds d’émissions aux pays riches ? Selon Stiglitz, le système mis en place avec Kyoto se basait qui sur des calculs peu réalistes : « Si la Chine avait accepté la limite fixée en 2000 sur une prédiction de 1,5 milliards de tonnes de CO2 par an, elle aurait dû verser en 2010 100 milliards de dollars pour les 7 milliards de tonnes qu’elle a atteint dans la réalité ! »

Faute d’accord sur le prix du carbone à l’échelle mondiale, Jean-Charles Hourcade voit une piste dans des « clubs » qui pourraient se former pour agir à des échelles plus petites : « Il peut être utile pour avancer que des pays qui s’accordent sur des initiatives se regroupent à une échelle où ils peuvent agir, que ce soit sur le plan des technologies, des villes ou de la finance, résume le chercheur. Et c’est un des ressorts essentiels de la Cop21 que de permettre à ces coalitions d’exister. »

Stiglitz envisage une autre solution : une coalition à laquelle chaque pays pourrait se rallier volontairement en établissant son propre prix pour le carbone. Elle instaurerait un système fiscal prélevant 20 % dans les pays riches pour alimenter un autre circuit essentiel pour aider les pays pauvres contre le changement climatique : le Fonds vert pour le climat (ou Green climate fund).

- Lire les diapos (en anglais) résumant l’exposé de Joseph Stiglitz

Une question d’échelle

Rattaché à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, le Fonds vert pour le climat n’est actuellement doté que de 10 milliards de dollars. « Cela peut paraître une grosse somme, mettait en garde le codirecteur du conseil, Dipak Dasgupta, mais c’est sans aucune mesure avec les besoins. » Lancé lors de la conférence de Copenhague, cet organe a pour vocation de financer des projets d’adaptation au changement climatique : réduction des émissions, lutte contre la déforestation, adaptation des pays exposés aux aléas climatiques, etc.

Or, pour Dipak Dasgupta, ancien ministre indien des Finances, la réussite de la transition vers un système à basses émissions carbone nécessite le même soutien que les grandes révolutions technologiques du passé : « Même si une technologie, comme l’électricité, est supérieure à celle qui la précède et est adoptée par la population, aucune rupture ne peut avoir lieu sans une bascule considérable du secteur financier en sa faveur ! Quand le chemin de fer est apparu, l’Etat a donné des terrains autour des lignes de chemin de fer et les banques ont financé l’installation de réservoirs de carburant le long des voies... Certaines lignes ont périclité, d’autres ont réussi, mais, au final, le réseau s’est construit. Nous avons aujourd’hui besoin du même soutien des Etats et des institutions financières. Pourquoi les banques centrales refinancent-elles aujourd’hui des secteurs de l’économie dont nous n’avons pas besoin ? » Et de critiquer la frilosité occidentale : « Les pays les plus avancés sont ceux qui ont le moins de vision pour faire de grandes choses ! »

Des exemples émergents

Dans le discours de M. Dasgupta comme dans ceux des autres intervenants de la conférence, les louanges et les plus grands espoirs ne fleurissent plus en Europe ou en Amérique du Nord.

Si les accords de Bâle III, censés protéger la finance contre les risques systémiques après la crise, n’ont tenu aucun compte des questions environnementales, cela n’a pas empêché le Brésil d’intégrer de nouveaux critères dans ses mécanismes financiers. « La Banque centrale brésilienne a été la première en 2014 à obliger les banques à lier l’évaluation du risque financier aux risques sociaux et environnementaux », souligne Nick Robins, co-directeur du programme Inquiry du programme des Nations Unies pour l’environnement.

Autre « bon élève », la Chine qui, aux côtés des « stress test » censés évaluer la résistance des sociétés financières aux aléas du marché, opère désormais des « stress test environnementaux » pour estimer leur résistance à des critères de réduction des émissions de gaz à effet de serre plus stricts.

« Les banques centrales raisonnent à un horizon d’un an et demi à deux ans, or c’est au delà que se situent les véritables défis du changement climatique : nous faisons face à une ’tragédie des horizons’ et il faut que les institutions financières se fassent une culture sur le climat pour être efficace », concluait M. Robins.

Pour l’ancien ministre Pascal Canfin, désormais conseiller au World Resource Institute, de nombreux nouveaux acteurs disposent d’une position à même de faciliter les investissements, notamment les banques de développement. « Nous avons besoin d’articuler finance climatique et finance du développement : dans certains cas, comme pour les systèmes d’irrigation, c’est une évidence, admet-il. Nous avons besoin de transformer les banques de développement en banques de développement décarbonées. »

Au croisement de toutes ces perspectives de conversion de la finance se trouve néanmoins une condition : un signal de confiance qui permettra de faire converger finances publiques, investisseurs privés et épargnes vers ces nouveaux projets. « Si j’avais des économies, je mettrais tout dans les énergies renouvelables mais je n’en ai pas !, a lancé en forme de boutade Laurence Tubiana, directrice de l’Iddri et représentante spéciale pour la Cop21. Nous avons besoin d’envoyer le signal que l’économie à basse émission constitue notre futur, en faire une prophétie autoréalisatrice, un acte de foi afin que nous formions des coalitions autour du prix du carbone et des technologies. »

Amorcé par la science, la plus grande conférence scientifique du monde sur le climat s’est achevée vendredi soir. Dans l’espoir incertain que les informations et prescriptions énoncées ici seraient entendues par les Etats... et par les financiers.

Surprise au jardin sans pétrole : une liane venue de Chine donne des kiwis ! Christine Laurent (Reporterre) Reporterre 2015/07/13 Christine Laurent (Reporterre) (13 juillet 2015) Surprise au jardin sans pétrole : une liane venue de Chine donne des kiwis !. Reporterre. Jardin sans pétrole fr

Surprise au jardin sans pétrole : une liane venue de Chine donne des kiwis !

Quelle surprise ! Au milieu de la vigne et des branches, se trouvaient des Actinidia deliciosa, une liane originaire de la vallée du Yangzi Jiang, en Chine, donnant les arbres à kiwi. A force de travail et de patience, les fleurs ont été fécondées et aujourd’hui une vingtaine de petits fruits se balancent au gré du vent.

Nous avons fait une belle découverte au fond du jardin, que l’on doit à la persévérance de Jean-Marie. Derrière la tonne d’eau, sur le grillage qui supporte la vigne, dans un enchevêtrement de branches jaillissantes, se trouvaient des arbres ressemblant à ceux que j’ai souvent vus dans la Drôme et sur lesquels poussent les kiwis. Il s’agit en fait d’une liane, Actinidia deliciosa, originaire du sud-est de la Chine.

Un jésuite français, Chéron d’Incarville, a décrit pour la première fois en 1750 ce fruit qui poussait à l’état sauvage dans la vallée du Yangzi Jiang. Le « mihoutao », « pêche des singes », était cueilli par les Chinois qui l’appréciaient mais ne le cultivaient pas. Importé en Europe à la fin du 19e siècle, il commença à être commercialisé en France vers 1906 sous la dénomination de « souris végétale ».

Nos deux sujets étaient tellement emmêlés que Jean-Marie a coupé leurs tiges bondissantes. Elles avaient envahi le chêne, le frêne et la vigne dans un entrelac végétal indescriptible.

Les pauvres ont pleuré leur sève pendant plus de trois mois, épuisés par les coups de scie trop tardifs. Mais finalement, au mois de juillet, des bourgeons sont réapparus et les branches se sont remises à pousser. Quand novembre est arrivé, Jean-Marie a palissé les branches les plus basses sur la clôture grillagée et raccourci les autres rameaux, laissant sur chacun deux ou trois yeux.

Au printemps 2014 les tiges des Actinidia deliciosa se sont lancées à nouveau à l’assaut des hauteurs. Il y a eu quelques fleurs mais elles n’ont pas donné de fruits. Pour se reproduire, cette espèce dite allogame, a besoin d’être deux, un mâle et une femelle. Seraient-ce deux femelles ? Nous ne voulions pas y croire.

L’automne suivant Jean-Marie a recommencé son labeur et taillé les lianes comme l’année précédente.

Et la surprise est arrivée cette année. Les fleurs ont été fécondées et une vingtaine de petits fruits se balancent au gré du vent telles de petites bourses velues, comme sur cette jolie plante que l’on nomme la capselle bourse à pasteur.

Les opposants de Notre-Dame-des-Landes interpellent l’Etat : « Le climat ou l’avion, il faut choisir » Vladimir Slonska-Malvaud (Reporterre) Reporterre 2015/07/13 Vladimir Slonska-Malvaud (Reporterre) (13 juillet 2015) Les opposants de Notre-Dame-des-Landes interpellent l’Etat : « Le climat ou l’avion, il faut choisir ». Reporterre. Reportage — Notre-Dame-des-Landes fr

Les opposants de Notre-Dame-des-Landes interpellent l’Etat : « Le climat ou l’avion, il faut choisir »

Le rassemblement estival des opposants à l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes a attiré près de 15 000 personnes ce week-end. Une mobilisation qui a redonné de l’énergie à la lutte, et un rassemblement axé sur la réflexion. Les débats ont montré que la lutte contre le changement climatique est inconciliable avec la création de nouveaux aéroports.

- Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique), reportage

La Gare. Le nom du lieu-dit qui accueille la quinzième édition du rendez-vous d’été des opposants à l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, les 11 et 12 juillet 2015, s’accorde avec la lutte. À notre arrivée, on montre patte blanche : «  Vous n’avez pas une tête de journalistes, vous  », lâche, rigolard, le bénévole chargé de surveiller le parking. Des jours déjà qu’ils sont des centaines, comme lui, à trimer pour monter les chapiteaux, installer les barrières, les points d’eau, tout vérifier, dans les champs, en plein bocage. Près de 15 000 personnes (environ 7 000 comptées pour chaque journée) ont fait le déplacement, selon la coordination. Avec les années, l’organisation s’est peaufinée, impressionnante.

Et pourtant, toujours ces petits imprévus qui font l’atmosphère si particulière du rassemblement. Un mélange drôle d’invités surprises (les organisateurs n’étaient pas au courant), de gens tranquillement assis ou en pleine sieste au milieu des chemins, d’annonces pour des enfants égarés (signe distinctif, précise le message des hauts-parleurs : «  avec une massue à la main  »), puis retrouvés (applaudissements nourris).

«  On ne veut pas être un Vieilles charrues bis  »

Cette année, exit le côté festival des années précédentes. «  On se renouvelle. On ne voulait pas être un Vieilles charrues bis. Qui dit gros festival dit gros son, et on avait beaucoup de difficultés à écouter les débats  », explique Anne-Marie Chabod, de l’Acipa (Association Citoyenne Intercommunale des Populations concernées par le projet d’Aéroport de Notre Dame des Landes. De fait, le nombre de débats, de projections, de rencontres a de quoi étancher n’importe quelle soif de comprendre.

Alors que dans le même temps, à Bruxelles, des hommes en noir réfléchissent à la manière de réduire l’État grec en cendres, ici, on se cherche plutôt à construire. Dans le chapiteau 1, Gianni Tognioni, secrétaire général du Tribunal permanent des peuples (TPP), est venu parler de l’instruction du dossier déposé en mars dernier par les opposants à plusieurs «  grands projets inutiles et imposés  » européens, dont Notre-Dame-des-Landes : «  C’est la première fois que des peuples européens saisissent le TPP.  »

Le dimanche, on parle des Grecs, justement. Intitulé : «  Luttons ensemble avec les Grecs contre l’euro-libéralisme destructeur des peuples.  » Entre les deux, l’atelier citoyen chargé de fournir une contre-expertise aux études officielles se fait une belle place au soleil, avec quatre conférences. Aussi, beaucoup de choses sur l’écologie, l’énergie, les transports, l’agriculture, la COP21, etc. «  Notre-Dame-des-Landes, c’est non à l’aéroport, oui, mais c’est bien plus que ça   », résume Geneviève Coiffard-Grosdoy, de l’association Attac, samedi midi.

Décision judiciaire dans les prochains jours

En toile de fond, cette année, la prochaine échéance judiciaire, cruciale, du 17 juillet. Au menu des discussions également, les dernières déclarations du préfet de la Loire-Atlantique insinuant que la promesse présidentielle de ne pas procéder aux expulsions avant l’épuisement des procédures judiciaires pourraient ne pas concerner les appels et les recours devant le Conseil d’État. Tous espèrent cependant pouvoir fêter la victoire en 2016.

Le rassemblement estival est aussi l’occasion de rencontrer d’autres visiteurs autour d’une galette saucisse ou d’une salade vegan/non vegan, à prix fixe ou libre, selon sa sensibilité. A deux pas, devant de la roulotte-restaurant «  Black plouc kitchen  », un homme torse nu coiffé de fougères joue du tuba. Un autre l’accompagne au violon.

Fusil mitrailleur à la sortie

Le temps nettement plus clément que l’an dernier favorise d’ailleurs les discussions. Dans l’autre moitié du champ, une longue série de stands. Une fois par an, associations et partis politiques viennent afficher leur soutien à la cause, y compris le Parti communiste de Vendée, qui a décidé de s’affranchir de la position des instances nationales, en affichant une banderole «  Ni ici, ni ailleurs  ! Ni capitalisme, ni productivisme, ni aéroport.  » Les occupants des Zad de France et de Navarre ont aussi fait le déplacement, avec force brochures et affiches. Une action de blocage d’une usine d’armement de la police à Pont-de-Buis (Finistère), le 25 octobre, est annoncée.

Les uniformes ne sont pas présents que dans les esprits. À la sortie du rassemblement, un barrage, «  sur réquisition du procureur  », selon les – nombreux – gendarmes déployés. Tous les véhicules sont arrêtés. Papiers, contrôle d’alcoolémie. Fusil mitrailleur, motos, voiture rapide prête à bondir. Retour au monde «  normal  ».

Climat ou avions, il faut choisir

Le point d’orgue du week-end a été le meeting du dimanche matin. Intitulé "une lutte symbolique au coeur du questionnement sur les enjeux climatiques", il s’agissait de lier la question du trafic aérien et celle du changement climatique.

Jean-Baptiste Fressoz, historien des sciences au Centre national de la recherche scientifique (CNRS), a rappelé les origines militaires de l’aviation : "Cette technologie a d’abord été développée pour tuer, non pour transporter", a-t-il dit, soulignant que les avions présentent un rendement énergétique faible parce que "la technologie militaire cherche la puissance plutôt que le rendement". Pour le transport à longue distance, il a invité à ré-ouvrir le champ des alternatives, entre trains de nuit, dirigeables, avions à hélices...

Ensuite, Lorelei Limousin, spécialiste du transport aérien au Réseau action climat, a indiqué que l’aviation représente au moins 5 % du pouvoir radiatif global en effet de serre. "Si l’aviation était un pays, elle serait au même niveau que l’Allemagne en termes d’émissions de gaz à effet de serre". Plus préoccupant encore, cette part ne cesse de monter, en raison de l’accroissement rapide du transport aérien. Pourtant, les avions échappent à toute taxe, aussi bien à l’international qu’en France, où le kérosène est exonéré et où la TVA sur les vols est à taux réduit. Cela profite-t-il au moins à tous ? Non, puisque "l’avion est utilisé en majorité par les classes sociales les plus aisées"

Des responsables politiques ont ensuite réagi à ces informations. Pour Europe Ecologie Les Verts, Yannick Jadot a rappelé que la COP 21 était sponsorisé… par Air France et souligné le poids du lobby aérien au Parlement européen. Face au monde des grandes compagnies mondialisées, il a plaidé pour « un monde décentralisé, qui préfère le partage à la rente ».

Martine Billard, secrétaire à l’écologie du Parti de Gauche, a stigmatisé le rêve d’aller partout sur la planète : « Il faut faire des choix par rapport aux limites de la planète, et réhabiliter le fait de prendre son temps » appelant à « remettre en cause cette société de consommation qui crée de nouveaux besoins  ».

Christine Poupin, porte-parole du Nouveau parti anticapitaliste, a proposé un « désenvoûtement » de l’aéroport du Bourget : c’est en effet sur ce lieu, site historique de l’aviation et centre de l’aviation d’affaires, que va se tenir la COP 21. Pour elle, il « faut en finir avec la loi du profit et mettre hors d’état de nuire les grands groupes capitalistes ».

« Podemos ! Oui, nous pouvons ! »

Le meeting, animé par Hervé Kempf au nom de Reporterre, comportait un deuxième volet, sur le gaspillage des terres agricoles. Jean-Christophe Robert, porte-parole de l’association Filière paysanne, a rappelé que l’artificialisation des sols se poursuit à un rythme insensé : 60 000 hectares en France chaque année, soit l’équivalent d’un stade de football toutes les cinq minutes, mais aussi près de 400 000 hectares en Europe chaque année, « alors que l’Europe importe déjà un tiers de son alimentation ». Il a souligné que des solutions existaient, et que les luttes étaient essentielles pour les faire émerger, à Notre-Dame-des-Landes, mais aussi à Agen, à Gonesse, à Saclay...

Représentant l’association Nature et culture, Fabrice Jaulin a ensuite exposé le scénario Afterres 2050, qui expose comment une nouvelle agriculture pourrait réduire les émissions de gaz à effet de serre tout en assurant la souveraineté alimentaire. Cela appelle plusieurs politiques : changer l’alimentation, pour y réduire la part des protéines animales au profit des protéines végétales, passer à 50 % des superficies agricoles en bio et 40 % en « agriculture intégrée », réduire la production laitière, développer des énergies agricoles à l’échelle de la ferme et en petites quantités.

Représentant le COPAIN (Collectif des organisations professionnelles agricoles indignées par le projet d’aéroport), Daniel Durand a dénoncé l’illusion que les agrocarburants pourraient réduire les émissions de gaz à effet de serre du transport aérien : « Pour qu’un seul vol d’A 320 aille vers New York, il faudrait la production de 150 hectares de colza ». La seule voie est selon lui d’aller vers des exploitations agricoles « afterres-compatibles ».

C’était aux politiques de réagir. Pour Christine Poupin, le centre des questions disputées est que « ce système est fondé sur l’appropriation privée de choses qui sont en fait communes ». Yannick Jadot a rappelé que « le climat va devenir un problème majeur pour l’agriculture et pour l’alimentation. La seule solution est l’agriculture paysanne et la relocalisation ». Quant à Martine Billard, elle juge que « pour lutter contre le changement climatique, il faut une remise en cause totale du système ». Une tâche immense ?

« Podemos ! Oui, nous pouvons », a-t-elle conclu. Des mots qui sont au coeur de tous les opposants réunis ce week-end.

Loin d’Athènes, les îles grecques attendent tout des touristes Christine Laurent (Reporterre) Reporterre 2015/07/15 Christine Laurent (Reporterre) (15 juillet 2015) Loin d’Athènes, les îles grecques attendent tout des touristes. Reporterre. Reportage — Grèce fr

Loin d’Athènes, les îles grecques attendent tout des touristes

Petite carte postale des îles Sporades, où la crise financière qui bouleverse la Grèce se mesure aux flux variables de tourisme. Et où, au détour d’un chemin, l’on découvre un premier effet écologique, négatif, d’une intervention de la Commission européenne.

- Iles d’Alonissos (Grèce), correspondance

Les Grecs qui vivent dans les îles Sporades, au nord-est de l’Attique paraissent soulagés par la fin momentanée de la crise financière. Ils ne sont pas dupes du jeu politique qui s’est joué les derniers mois et qui finalement a conclu à un accord peu différent de celui réclamé par la Troïka.

Ici tout le monde vit du tourisme et ces tergiversations (les élections, le référendum) ont fait peur aux touristes et ont gâché la saison. « Aujourd’hui les réservations repartent, surtout celles des Grecs qui se demandaient s’ils pouvaient ou non envisager de partir alors que les retraits par carte bancaire étaient limités à 60 euros par jour », explique Konstantina, qui gère une charmante pension sur l’île d’Alonissos où la saison, au mieux, dure de mi-mai à mi-septembre, le reste de l’année étant trop pluvieux pour le tourisme.

Dans cette île bien arrosée où l’on imagine les ruisseaux dévalant la montagne au printemps, les pluies ne suffisent plus aux besoins de la saison estivale. Dans les années 2000 un projet de barrage a vu le jour, qui devait permettre d’y remédier. Financé par la Communauté européenne, pour un montant de 12 millions d’euros, ce barrage a été achevé au début de la décennie. On peut y accéder à pied par un joli sentier de randonnée qui suit un canyon qui n’est en fait que le lit de la rivière. Plus le chemin devient escarpé et le but s’approchant, plus on trouve de morceaux de bâche noire.

Confiants dans leurs calculs, les ingénieurs ont estimé qu’ils pouvaient faire l’économie de cette bâche imperméable sur la face sud du bassin de rétention. Une erreur fatale, car toute l’eau stockée grâce aux pluies s’infiltre rapidement à cet endroit et la retenue ne garde qu’un fond de bassine. Aujourd’hui, ce barrage est un éléphant blanc, plaie béante dans ce paysage luxuriant, dont la route d’accès profitera à l’immobilier et au mitage de la montagne, car ici on est jamais loin de la mer...

Face à la dictature du néo-libéralisme, les communs sont de retour Barnabé Binctin (Reporterre) Reporterre 2015/07/15 Barnabé Binctin (Reporterre) (15 juillet 2015) Face à la dictature du néo-libéralisme, les communs sont de retour. Reporterre. Biens communs fr

Face à la dictature du néo-libéralisme, les communs sont de retour

Alors qu’en Grèce, le néo-libéralisme impose sa loi inflexible, donnant tout au marché et prônant la privatisation intégrale des biens publics, la théorie des biens communs grandit et propose un autre chemin.

Quel est le point commun entre le « Boléro » de Ravel, la Cordillère des Andes et Wikipedia ? La réponse est dans la question : le commun. Le Boléro de Ravel, en tant qu’œuvre qui reviendra au domaine public en 2016, la Cordillère des Andes, en tant que ressource naturelle et patrimoine culturel à préserver, et Wikipedia, en tant que plateforme encyclopédique libre et participative, sont trois avatars distincts de ce qu’on appelle les biens communs – ou simplement les « communs ».

L’idée n’est pas tout à fait nouvelle. Dans son livre d’entretiens intitulé Le bien commun, Noam Chomsky rappelle que cette philosophie puise sa source dans la Politique d’Aristote : « Pour Aristote, la démocratie doit nécessairement être participative (…) et viser le bien commun ». D’autres évoquent la magna carta, dont on célébrait le 15 juin, les 800 ans d’existence. Ce texte fondateur du droit anglo-saxon, considéré comme un « prémice de l’invention de la démocratie », s’accompagnait d’une Charte de la forêt, première à instituer les biens communs avec l’idée d’un accès partagé aux ressources naturelles.

Ce sont les travaux plus récents d’Elinor Ostrom, prix Nobel d’économie en 2009, qui ont relancé l’intérêt pour ce concept. Or, alors que la question de la gestion des ressources naturelles se pose chaque jour avec plus d’acuité, Mme Ostrom s’est attachée à démontrer que, depuis longtemps et presque partout dans le monde, des communautés ont su s’organiser de manière collective et autonome pour gérer ensemble des biens communs.

Une définition incertaine

Mais qu’est-ce donc exactement qu’un bien commun ? Le terme recoupe aujourd’hui un ensemble très varié : des ressources naturelles, à l’image de la terre ou des semences, les logiciels libres, une bibliothèque ou l’information que vous lisez sur Reporterre peuvent être assimilés à des biens communs… tout comme le langage lui-même : « Une ressource que tout le monde peut utiliser librement, mais dont les mots et les lettres font de plus en plus souvent l’objet de marques déposées », souligne David Bollier dans l’introduction de La renaissance des communs.

Le bien commun peut donc être matériel (l’œuvre d’art) et immatériel (la connaissance), il peut s’agir d’une ressource (l’eau) ou du service associé (l’accès à l’énergie), embrasser le cadre global de la planète terre (la biodiversité mondiale) ou localisé sur un territoire (les forêts tropicales) : le terme est riche d’une grande diversité d’aspects tout autant que d’interprétations. « Lâcher le terme de bien commun dans une salle fait l’effet d’une petite bombe… qui explose différemment dans la tête de chaque personne » écrit de son côté Pablo Servigne.

Ni Etat, ni marché

Si historiquement, le commun évoque d’abord ce qui appartient à tous et donc à personne – autrement dit, ce qui n’est pas appropriable – le travail de réflexion autour de la définition des biens communs intègre de nouvelles dimensions. « Il ne s’agit plus tant de la ressource elle-même que du processus de travail qui vise à partager cette ressource », analyse Hervé le Crosnier, enseignant-chercheur spécialisé sur les biens communs. Les communs deviennent la troisième voie, un système de gestion intermédiaire entre le marché et l’Etat.

Car si la voie de la privatisation totale des ressources, gérées par le marché, ne fonctionne pas, Pablo Servigne rappelle que « les cas où la ressource est gérée par une institution centralisée unique (souvent l’Etat) mènent aussi à des désastres ». La théorie des biens communs s’offre comme la solution alternative, grâce à « la clarté d’un nouveau paradigme qui répond à plein de questions que l’on se pose sur l’absence de l’Etat, la force excessive du marché, la place du citoyen et de la société civile, etc. », explique Philippe Cacciabue, fondateur de la foncière Terres de lien, outil de mutualisation du foncier agricole pour les paysans.

« De plus en plus de gens se rendent compte que les gouvernements et les marchés ne peuvent pas, et ne veulent pas, résoudre leurs problèmes. Tous deux sont structurellement limités dans leurs capacités », poursuit David Bollier. « Les communs séduisent de nombreuses personnes parce qu’ils leur fournissent les moyens de définir collectivement leurs propres règles et de concevoir leurs propres solutions pratiques. Le sens fondamental des communs est précisément celui-là : agir et coopérer avec ses pairs, de manière auto-organisée, pour satisfaire ses besoins essentiels. »

Les « commoneurs » défrichent un nouvel imaginaire

De fait, ils sont de plus en plus nombreux à se revendiquer de la philosophie des biens communs, au fur et à mesure que l’approche s’impose dans le paysage. « Je me suis senti comme Monsieur Jourdain dans le Bourgeois gentilhomme : j’ai réalisé que cela faisait trente ans que je faisais des communs sans le savoir », raconte Etienne Le Roy, juriste et anthropologue.

Un néologisme incertain les désigne même, désormais : les « commoneurs », que le journaliste Olivier Petitjean définit comme les « acteurs d’un système de production, de relations sociales et de gouvernance alternatif au néolibéralisme ». Silvère Mercier, co-fondateur du collectif Savoirs Com1 et communeur assumé, y voit par exemple « une brèche, un nouvel imaginaire qui s’ouvre et qui permet de réinterroger notre rapport au politique, au droit et à l’économie ».

S’il peine encore à se rendre visible, ce vaste mouvement tend à se structurer autour de quelques plateformes qui rassemblent des acteurs très hétéroclites. OpenStreetmap (projet de cartographie mondiale librement modifiable), le Festival du domaine public (festival consacré aux œuvres libres de droit), les Petits débrouillards (réseau d’éducation populaire à la science) ou bien encore l’association des populations des montagnes du monde (association de défense des « voix des montagnards »), et autres étaient ainsi présents le 15 juin dernier, lors d’un événement hébergé par la fondation Mozilla.

La date anniversaire de la magna carta servait de présentation au programme du Temps des communs, un festival organisé en octobre prochain pour « célébrer et mettre au centre de l’attention publique » ce qui s’apparente aujourd’hui à des biens communs. Reporterre prépare, en complémentarité, une rencontre sur les biens communs à la rentrée 2015.

Eau publique, eau d’avenir. L’expérience mondiale de la remunicipalisation Observatoire des multinationales Reporterre 2015/07/15 Observatoire des multinationales (15 juillet 2015) Eau publique, eau d’avenir. L’expérience mondiale de la remunicipalisation. Reporterre. Biens communs fr

Eau publique, eau d’avenir. L’expérience mondiale de la remunicipalisation

L’observatoire des multinationales et six partenaires européens publient ce jour la version française d’un livre pionnier sur la remunicipalisation dans le monde : Eau publique, eau d’avenir. L’expérience mondiale de la remunicipalisation. Cet ouvrage unique en son genre associe des chercheurs, des dirigeants de services publics de l’eau, des syndicalistes et des militants de la société civile.

La version anglaise de l’ouvrage, publiée en avril 2015 dans le cadre du Forum mondial de l’eau de Séoul, a montré qu’au cours des quinze dernières années, au moins 235 cas de remunicipalisation de l’eau ont eu lieu dans 37 pays, affectant plus de 100 millions de personnes dans le monde. Le rythme de la remunicipalisation connaît en outre une accélération marquée, puisque le nombre de cas a doublé sur la période 2010-2015 par rapport à la période 2000-2010.

La France, symbole de la gestion privée de l’eau

« La publication de la version française de notre livre a une grande importance symbolique, car la France a longtemps été le bastion de la gestion privée de l’eau », explique Satoko Kishimoto, du Transnational Institute, principale éditrice de l’ouvrage. « La France est aussi le pays d’origine des plus grandes multinationales du secteur. Mais, récemment, elle est devenue l’épicentre d’une vague globale de remunicipalisation de ce service public. »

L’édition française de l’ouvrage inclut une préface par Célia Blauel, nouvelle présidente d’Eau de Paris, le service d’eau remunicipalisé de la capitale française, et du réseau européen des opérateurs publics de l’eau, Aqua Publica Europea. Il contient également un chapitre inédit sur la remunicipalisation de l’eau dans la métropole de Nice, cinquième ville de France, qui a pris effet il y a quelques mois.

De nouveaux cas de remunicipalisation sont intervenus depuis la publication de la version anglaise du livre en avril, aussi bien en France que dans des pays comme l’Inde (fin du contrat de gestion privée à Mysore), où la gestion privée de l’eau est déjà empêtrée dans les difficultés malgré son caractère relativement récent. L’élection récente, dans de nombreuses villes espagnoles dont Madrid et Barcelone, de municipalités progressistes, ayant à leur programme la fin de la privatisation de l’eau, augure peut-être d’une vague prochaine de remunicipalisations dans ce pays.

Sept organisations – associations d’opérateurs publics de l’eau, chercheurs, syndicalistes, journalistes et organisations de la société civile – ont joint leurs forces pour publier ce livre, qui représente un effort pionnier et unique en son genre pour cartographier la remunicipalisation de l’eau dans le monde et pour tirer les premiers enseignements de ce phénomène émergent.

Un mouvement grandissant

Malgré une pression continue des institutions financières internationales, de la Commission européenne et de certains gouvernements, les élus locaux et les citoyens choisissent de plus en plus souvent de tourner la page de la privatisation de l’eau. Ils le font non seulement en raison des échecs et des fausses promesses des entreprises privées, mais aussi et surtout parce que la construction d’un service public de l’eau démocratique et responsable leur apparaît comme la meilleure solution pour faire face aux défis financiers, sociaux et environnementaux de la gestion de l’eau et de l’impératif d’assurer le droit humain à l’eau.

« La remunicipalisation offre l’opportunité de construire des services publics de l’eau de qualité, socialement et écologiquement soutenables, pour le plus grand bénéfice des générations actuelles et futures. Autant d’enjeux qui ne reçoivent qu’une attention très limitée de la part des opérateurs privés de l’eau, qui se soucient avant tout de profitabilité », ajoute Anne Le Strat. ancienne adjointe au maire de Paris et cheville ouvrière de la remunicipalisation de l’eau dans la capitale française en 2010. « Les opérateurs publics de l’eau joignent de plus en plus leurs forces, au sein d’un même pays et par-delà les frontières, pour se soutenir mutuellement et partager leur expertise afin de réaliser le droit humain à l’eau pour tous. »

- Version téléchargeable du livre ici.

Le village où les habitants gèrent eux-mêmes l’énergie du soleil Clément Chassot (Le Ravi) Reporterre 2015/07/15 Clément Chassot (Le Ravi) (15 juillet 2015) Le village où les habitants gèrent eux-mêmes l’énergie du soleil. Reporterre. Énergie fr

Le village où les habitants gèrent eux-mêmes l’énergie du soleil

A Puy-Saint-André, une société d’économie mixte co-financée par les habitants produit de l’électricité « propre ». Reportage, réalisé par le mensuel le Ravi, dans ce petit village alpin où l’utopie prend forme…

- Puy-Saint-André (Hautes-Alpes), reportage

Le ciel est d’un bleu éclatant, les montagnes aussi verdoyantes que majestueuses. Mais le fond de l’air est frais. Perché à 1 400 mètres d’altitude au-dessus de Briançon, le petit village du Puy-Saint-André, à peine 500 âmes, ne paie pas de mine. Sauf à lever les yeux pour remarquer qu’ici, les toitures de tôle ont tendance à être remplacées par des panneaux solaires. En 2008 déjà, Puy-Saint-André recevait le prix de la troisième commune la plus équipée en solaire thermique.

Renaud Néroux a installé sur son toit des capteurs solaires pour se chauffer : « Avec 300 jours de soleil par an, il serait bête de ne pas en profiter. » 2008 coïncide aussi avec l’élection de l’écologiste Pierre Leroy à la mairie. Il fait vite parler de lui grâce au montage d’un projet innovant, revendiqué comme unique en France à son lancement en 2010 : le SEML SEVE pour « Société d’économie mixte locale Soleil eau vent énergie ». A la base rien de sorcier : créer une structure publique d’investissement dédiée à la production d’énergies renouvelables. L’originalité vient de la possibilité pour les particuliers, du village mais aussi d’ailleurs, d’entrer au capital en achetant des actions à 300 euros l’unité. A la création, une trentaine de foyers ont joué le jeu en détenant près de 10 % de la SEM. Cinq ans et une recapitalisation plus tard, ils sont désormais 54.

Énergie citoyenne

Faire, imaginer avec les citoyens, « les collectivités en ont rarement l’habitude et les SEM n’ont pas envie de se compliquer la vie avec la gestion de particuliers », commente Arno Foulon, animateur en Paca du mouvement Énergie partagée, qui milite pour une « énergie citoyenne » et actionnaire de la SEM SEVE. Bénéficiaire après seulement deux ans d’activité, la société exploite aujourd’hui quinze centrales solaires édifiées sur des bâtiments publics qui produisent par an 365 megawatts-heure, revendus à EDF. L’équivalent de la consommation de 150 foyers.

Et pour l’instant, tous les bénéfices sont réinvestis. La SEM a dû aussi rapidement se recapitaliser, en 2013, pour faire face à de nouveaux investissements. De 100 000 euros, le capital est passé à 870 000 euros avec l’entrée de deux communes voisines mais surtout de la communauté de communes du Briançonnais, à hauteur de 250 000 euros.

Car c’est là le tour de force qu’a réussi Pierre Leroy : essaimer sa bonne idée participative sur le territoire. Une croissance qui a aussi posé des interrogations auprès de quelques citoyens actionnaires : « Certains se sont demandés où allait la SEM, si elle n’était pas en train de devenir un gros machin plutôt qu’une petite structure qui resterait cantonnée au village, explique Jacquie Houdoin, représentant des actionnaires citoyens. Mais c’est bien de pouvoir en débattre et de faire remonter ces choses-là. Car il n’y avait pas d’obligation statutaire à représenter les citoyens. Nous avons notre mot à dire. »

La SEM a d’autres projets de production d’énergie, notamment le turbinage d’eau potable. « Nous avons démarré sur les panneaux solaires car cela nous permettait d’être rentable assez rapidement mais c’est tout de même loin d’être la panacée : les matériaux nécessaires à leur construction sont rares et pas vraiment durables... Et on insiste sur la production d’électricité mais ce sont d’abord vers les économies d’énergie qu’il faut se concentrer », commente Pierre Leroy.

Volonté politique

Ancien cadre de santé, il a tout lâché pour l’action publique. L’écolo « militant », comme il se décrit lui-même, a su se faire respecter des responsables politiques locaux. En témoigne sa nomination à la présidence du Pays du grand Briançonnais, un échelon administratif qui regroupe quatre communautés de communes et récent lauréat de l’appel d’offre national « Territoire à énergie positive » qui ouvre la porte à des subventions de l’Etat. « C’est un écologiste pragmatique, rigole Joël Giraud, député-maire de l’Argentière-la-Bessée, commune actionnaire de la SEML SEVE. Il a une expérience locale, une crédibilité personnelle, il est sérieux et convaincant... donc bien perçu par tout le monde. »

Une volonté politique qui selon le principal intéressé est à la base de ce projet local et citoyen de production d’énergie renouvelable, encore très rare en France. Il oublie une particularité du territoire : le producteur et distributeur d’électricité du coin, l’EDSB, qui détient 35 % du capital de la SEML SEVE, est détenu à plus de 50 % par la mairie de Briançon, le reste par EDF. Ce qui facilite beaucoup les choses au plan technique.

« C’est vrai que sans cela, le projet aurait été plus compliqué à monter, acquiesce Jacquie Houdoin. Mais ce n’est pas une raison pour ne pas être inventif, on essaie d’aider des copains ailleurs en France qui ne peuvent pas s’appuyer sur une structure comme l’EDSB. Il est primordial que nous tous, localement, participions à la gestion de l’énergie, que nous nous approprions cette question. » L’énergie par le peuple, pour le peuple.

Avec vous Le Ravi redresse les bras ! Le Ravi Reporterre 2015/07/16 Le Ravi (16 juillet 2015) Avec vous Le Ravi redresse les bras !. Reporterre. fr

Avec vous Le Ravi redresse les bras !

Depuis onze ans le Ravi, défend une « presse pas pareille » régionale en Provence-Alpes-Côte d’Azur, un mensuel indépendant dédié à l’enquête, à la satire, s’employant à défendre un journalisme irrévérencieux, avec sérieux mais sans se prendre au sérieux.

Mais l’association la Tchatche, qui édite le Ravi, est en redressement judiciaire depuis fin 2014. Heureusement, aujourd’hui, avec ses lecteurs, avec vous, le Ravi redresse les bras ! Pour nous aider à survivre et à nous réinventer, il faut avant tout nous aider à relever un pari : celui de rassembler très vite beaucoup plus d’abonnés autour de ce mensuel "pas pareil".

Une campagne d’abonnement (le « Couscous Bang Bang Royal ») a déjà permis, en six mois, de réunir plus de 700 nouveaux abonnés. Objectifs : faire aussi bien (ou mieux ?) au cours des six prochains mois ; approcher le plus possible l’horizon de 5000 abonnés. Soit 5000 personnes convaincues qu’on n’achète pas un journal libre mais qu’on finance son indépendance, 5000 personnes dans une région, la Provence-Alpes-Côte d’Azur, qui compte 5 millions d’habitants !

Pour en savoir plus et s’abonner

Et aussi, chez les marchands de journaux en Provence-Alpes-Côte d’Azur, retrouvez le numéro 131 du Ravi, daté juillet-Août.

Sommaire détaillé ici

À Marseille, sur la plage, le changement climatique est pris avec fatalisme Catherine Thumann (Reporterre) Reporterre 2015/07/16 Catherine Thumann (Reporterre) (16 juillet 2015) À Marseille, sur la plage, le changement climatique est pris avec fatalisme. Reporterre. Reportage — Climat et quartiers populaires fr

À Marseille, sur la plage, le changement climatique est pris avec fatalisme

À Marseille, la chaleur tombe drue. Fuyant le bitume, les habitants se réfugient sur les rivages de la cité phocéenne. Un littoral qui devrait, à terme, être sérieusement grignoté par la montée des eaux. Qu’en pensent les habitués de la très populaire plage des Catalans, située à dix minutes du Vieux Port ?

- Marseille, correspondance

Difficile de se frayer un chemin entre les serviettes et les parasols qui inondent le sable des Catalans. Seul au milieu de la foule allongée, un homme âgé regarde l’horizon protégé par une casquette « Marseille » vissée sur le chef. Il s’appelle Joël. « Et mon nom va vous faire rire, c’est Cassoulet ! » « Je viens ici depuis 1975. Maintenant que je suis à la retraite, je m’installe une heure par jour sur la plage, ça me passe le temps. Il y a beaucoup de monde, mais j’aime ça, c’est agréable. Ils veulent faire un hôtel de luxe au-dessus de la plage et la privatiser. J’ai entendu dire que ça coûterait 5 euros l’entrée. Autant dire que les familles ne pourront plus venir », déplore cet ancien électrotechnicien dans le nucléaire.

A-t-il observé une érosion de la plage en quarante ans de fréquentation ? « Ah oui, bien sûr. Vous voyez le rocher là-bas ? Eh bien le sable allait jusqu’à lui dans les années 70. Aujourd’hui il est à plus de cinq mètres du bord. »

Non loin de Joël, à quelques pas des maîtres nageurs, Arafet, Tarif et Mohamed, trois trentenaires d’origine tunisienne, ont planté un parasol sous lequel ils m’invitent à me mettre à l’ombre. « On vient ici tous les jours, parfois deux fois par jour. On aime bien la plage des Catalans parce que c’est la plus proche de chez nous », explique simplement Mohamed, installé depuis dix ans à Marseille. Son ami Arafet me dit qu’il est agent de sécurité. « Et moi je suis le voleur ! », complète Tarif avec humour.

Ont-ils entendu parler du réchauffement climatique et de ses conséquences ? « Bien sûr on suit, le trou dans la couche d’ozone, le Pôle Nord qui décongèle, tout ça. A la télé, on en entend parler. Mais ça craindra dans très très longtemps. Il paraît que les pays d’Afrique pourraient être un jour plus froids que ceux d’Europe », avance Mohamed. « On ira au bled faire du ski ! » rebondit Tarif.

Je leur fais part des observations de Joël sur l’érosion de la plage. « Ah mais c’est rien, 5 ou 10 mètres en quarante ans ! Quand j’aurai 60 ans, elle sera ici, à mes pieds », imagine Tarif. « Et tes enfants, tu y penses ? », lui reproche Arafet, avant de poursuivre : « Les politiciens, ils ne pensent qu’au pétrole. » « Et puis bon, chacun ses problèmes. De notre côté, il faut survivre au quotidien, gagner de l’argent. On n’a pas le temps de penser à la nature », conclut Mohamed, sans espoir.

"Après eux le déluge…"

Derrière eux, deux intermittents de la région parisienne prennent un bain de soleil entre les répétitions. « Quand on voit l’état de saleté de l’eau ici, on pense au sixième continent de plastique créé par l’homme », observe Jean-Marie. « Quand tu plonges, tu as l’impression que tu vas ressortir avec un pot de yaourt sur le nez ! », témoigne Manuel.

« Dans les années 70, des scientifiques ont essayé d’alerter tout le monde sur le réchauffement climatique. A l’époque, il était encore possible de ralentir, de changer nos habitudes. Aujourd’hui c’est mort, c’est foutu », estime Jean-Marie, avant d’ajouter : « C’est aux grands groupes de faire des efforts, ce sont eux qui polluent le plus. Mais les patrons, ce qu’ils veulent, c’est faire du profit. La planète, ils s’en fichent. Après eux le déluge… »

Je poursuis mon périple sur le sable brûlant jusqu’à Vanessa, très soucieuse du changement climatique, mais surtout consternée par les détritus dans l’eau. « Tout est décalé. L’été a commencé très tard et il est extrêmement chaud. Il y a trop d’irrégularités, ce n’est pas normal. Et puis le gros problème ici, ce sont les déchets. Tout le monde s’en inquiète, mais personne ne fait d’efforts. Il y a beaucoup de « je-m’enfoutistes » à Marseille. Alors, oui, la mer est bonne, évidemment, mais elle est dégueulasse. Dans les eaux plus claires, plus propres, comme dans les Calanques, elle est plus froide. »

A-t-elle déjà entendu parler de la possible disparition des plages ? « Oui, notamment en Camargue. Mais je n’imagine pas ma ville sans plages. Ce ne serait plus Marseille. Ici, avec trois francs six sous, on peut s’amuser. Il n’y a pas besoin d’être milliardaire pour avoir accès à la mer. »

Tout près de l’eau, Véronique, employée de la SNCF, et Raphaël, cuisinier, s’apprêtent à quitter les Catalans. Auprès d’eux aussi, on entend de l’inquiétude mêlée à un sentiment d’impuissance. « A chaque fois que les pays passent des accords, c’est pour dans vingt ans ! Et ça me rend folle. Ils ne font aucun effort réel. Il y aurait sans doute moyen d’utiliser des sources d’énergie moins polluantes que le pétrole, mais il y a tellement d’argent en jeu, les Etats ne font rien… », observe Véronique, avant de me lancer un défi : « Avant qu’on n’ait plus de plage, allez donc prendre un petit bain ! »

Je longe la rive les pieds dans l’eau, mais son aspect n’invite effectivement pas à la baignade. Mon périple sous le soleil de cette fin d’après-midi se termine auprès de Carmen et Sophia, deux jeunes femmes du 13e arrondissement. La première est coiffeuse, la seconde secrétaire. « On se sent très mal informées sur ces questions », regrette Carmen, qui a « vaguement » entendu parler du réchauffement climatique. « Les gens ne se sentent pas du tout concernés par tous ces changements. Il y a des signes, mais c’est plus tard que ce sera grave. Les personnes les plus haut placées devraient nous passer des messages clairs, mais elles ne le font pas », conclut Sophia.

Grèce, Hongrie, taxi, l’âge de l’insignifiance Vincent Liegey Reporterre 2015/07/16 Vincent Liegey (16 juillet 2015) Grèce, Hongrie, taxi, l’âge de l’insignifiance. Reporterre. fr

Grèce, Hongrie, taxi, l’âge de l’insignifiance

« Çà et là, on commence quand même à comprendre que la "crise" n’est pas une fatalité de la modernité à laquelle il faudrait se soumettre, "s’adapter" sous peine d’archaïsme. » (Cornelius Castoriadis). Nous sommes dans l’âge de l’insignifiance, mais cela n’est pas une fatalité, alors agissons.

Le vent d’espoir, puis de tristesse, venu de Grèce m’a ramené à la lecture de Cornelius Castoriadis. En particulier, ses réflexions sur la montée de l’insignifiance datant des années 90 s’avèrent d’une actualité déconcertante :

« Ce qui caractérise le monde contemporain ce sont, bien sûr, les crises, les contradictions, les oppositions, les fractures, mais ce qui me frappe surtout, c’est l’insignifiance. »

La liberté d’innover... et de consommer...

La semaine dernière, un ami hongrois est venu vers moi pour me demander quel était le problème avec les Français. Choqué par les images venant de Paris, il voulait parler de la « violence des chauffeurs de taxis » face à « la liberté de consommer et d’innover d’Uber ».

J’ai essayé de lui expliquer que pour résumer, « on a donc des précaires qui se font enfler par un monopole du XXe siècle (les taxis) qui tapent sur des précaires qui se font enfler par une innovation du XXIe siècle (les Uber), sous les yeux d’un Etat régi par des compétences du XIXe siècle, qui se fait enfler par tout le monde puisqu’à la fois les monopoles et les précaires lui pissent à la raie. Notons au passage que les précaires se tapent dessus entre eux pendant que les monopoles prospèrent, youpla boom, c’est vachement bien foutu. »

Mais ce qui m’a le plus marqué, c’est l’imaginaire absurde et destructeur qu’il y a derrière toute cette affaire. Les propos de Thibaud Simphal, directeur général d’Uber France sont assez éloquents :

Question à Thibaud Simphal : « Après vous être comporté en cow-boy, comment pensez-vous être crédible pour proposer des mesures aux taxis ? »

Thibaud Simphal : « Les cow-boys, ce sont les gens qui lynchent des personnes sur la voie publique. Heureusement que des entreprises innovent ! »

Q : « Vous risquez une peine de prison. Avez-vous songé à quitter Uber ? »

T. S. : « Je ne suis pas près de quitter Uber ! On est probablement l’entreprise qui a grossi le plus vite dans l’histoire de l’humanité. Il y a encore de très belles choses à faire. Cette entreprise fait débat partout, cela vient du succès et de la puissance d’une idée. »

Nous sommes bel et bien dans l’âge de l’insignifiance qui consiste de manière aveugle, sans poser la question du sens et encore moins des conséquences de ses actes, à faire toujours plus de profits. Aveuglé par une pseudo liberté de consommer, on court vers le moins cher et on s’offusque lorsque cette liberté est questionnée.

Derrière, on retrouve le mythe du progrès et de l’innovation. Tout est récupérable et récupéré. Ici, c’est l’économie du partage qui est dénaturée...

... mais pas pour tout le monde

L’actualité de ces dernières semaines en Hongrie est marquée par la question de l’immigration. Opportunément utilisée par Viktor Orban pour stopper son déclin inexorable, elle est devenue centrale.

J’ai même participé à une émission radio sur cette question la semaine dernière :

« Tout le monde ne parle plus que de ça : de ces clandestins qui entrent en Hongrie par milliers. Plus de 60 000 depuis le début de l’année, essentiellement issus des zones de guerre en Syrie, en Afghanistan et en Irak. Ils transitent via la Turquie, la Grèce et remontent par la péninsule balkanique et la Serbie. La Hongrie n’est pour la très grande majorité d’entre eux qu’un pays de passage sur la route de l’Allemagne et de l’Ouest de l’Europe. Mais la Hongrie est un pays stratégique car c’est la frontière externe de la zone Schengen. Le phénomène est très peu visible en Hongrie, mais le gouvernement ne se prive pas de faire son beurre dessus : grande consultation nationale sur ’l’immigration et le terrorisme’, plans pour construire une clôture le long de la frontière entre la Hongrie et la Serbie, et une nouvelle législation qui devrait être votée dans les jours à venir permettant de refouler les migrants en Serbie. »

Cette propagande étant efficace, mon ami hongrois qui défend la liberté d’innover, s’oppose avec virulence à cette immigration massive qui viendrait voler le travail des Hongrois.

Là aussi, difficile d’expliquer les tenants et aboutissants : pour faire rouler nos taxis et autres Uber, il faut du pétrole que l’on trouve notamment en Irak et en Afghanistan. La Hongrie a participé à ces deux guerres illégales et se retrouve aujourd’hui face à ces conséquences ! La pseudo-liberté de consommer a un prix... mais tout le monde ne le paie pas de la même manière.

Heureusement, la solidarité s’organise, notamment avec nos vélos cargo mis à disposition de collectifs à Budapest pour distribuer de la nourriture aux migrants, et aussi avec humour à travers une contre-campagne d’affichage avec des slogans comme « Venez en Hongrie, on a déjà un job à Londres » (référence aux centaines de milliers de Hongrois travaillant en Angleterre)...

Je terminerai cette chronique en citant Castoriadis et en souhaitant que l’espoir grec rejoigne les dynamiques citoyennes que l’on retrouve dans les alternatives concrètes :

« Çà et là, on commence quand même à comprendre que la ’crise’ n’est pas une fatalité de la modernité à laquelle il faudrait se soumettre, ’s’adapter’ sous peine d’archaïsme. (...) La liberté, c’est une activité qui en même temps s’autolimite, c’est-à-dire sait qu’elle peut tout faire mais qu’elle ne doit pas tout faire. »

Nous sommes dans l’âge de l’insignifiance, mais cela n’est pas une fatalité, alors agissons.

La SNCF recrute des moutons pour désherber ses voies Emilie Unternehr (Reporterre) Reporterre 2015/07/16 Emilie Unternehr (Reporterre) (16 juillet 2015) La SNCF recrute des moutons pour désherber ses voies. Reporterre. Animaux fr

La SNCF recrute des moutons pour désherber ses voies

En juin, la SNCF a fait appel à une société d’éco-pâturage pour entretenir les voies et les talus de Dijon. Une trentaine de moutons y remplaçait machines et traitements chimiques.

Un berger présent 24 heures sur 24 tous les jours, et une double clôture électrifiée assurent la sécurité des nouveaux collaborateurs de la SNCF : des moutons. La compagnie de chemins de fer française a fait appel à Ecozoone, une société d’éco-pâturage basée à plusieurs endroits en France depuis 2005, « pour pouvoir intervenir partout sans trop déplacer les animaux », précise Louise Covemaeker, qui était en charge de ce projet à Ecozoone. La société travaille déjà avec la SNCF depuis deux ans, sur les voies désaffectées. Mais c’est la première fois qu’elle a été contactée pour faire travailler des moutons sur des voies en service.

Une solution pratique et écologique

L’objectif : entretenir la biodiversité. La renouée du Japon, plante invasive inscrite à la liste de l’Union internationale pour la conservation de la nature des cent espèces exotiques envahissantes les plus néfastes, menace en effet l’équilibre de la faune et de la flore. Cette plante, réputée pour ses vertus médicinales en Asie, se développe très vite et envahit les talus des voies de chemin de fer, empêchant les autres de pousser. Or les machines utilisées pour le fauchage favorisent la multiplication de cette plante. Les faucheuses disséminent les spores et les graines sur leur chemin, et les déposent sur d’autres sites. L’animal, lui, mange la plante et la détruit totalement. L’éco-pâturage est donc la solution qui s’impose.

Les moutons sont privilégiés aux autres herbivores car bien que la renouée du Japon convienne au régime de la plupart des animaux, « les terrains pentus et proches des voies nécessitent des animaux calmes et paisibles, qui s’adaptent bien aux différentes situations, à l’image des moutons », assure Louise Covemaeker.

Les bergers chargés de prendre soin des moutons, et de les surveiller, sont des bergers urbains formés par Ecozoone. Selon les différents modules de cette formation un peu spéciale, les élèves apprennent à s’occuper des animaux, à déceler leurs maladies, à les déplacer et à connaître les réglementations qui les concernent. « Les bergers urbains sont des gens qui recherchent un retour aux sources et un certain contact avec les animaux, mais qui ne veulent pas non plus sacrifier leur vie citadine. C’est un bon compromis », explique Louise Covemaeker.

Deux des trois interventions dijonnaises sont terminées depuis quelques semaines. Les moutons ont fait du bon travail mais la renouée du Japon repousse déjà. La SNCF réitère donc ce partenariat en septembre à Dijon. Après ces premiers essais, les moutons ont été transférés sur deux sites à Dole, à environ 50 kilomètres de Dijon. Pour que l’éradication de la renouée du Japon soit complète, les moutons devront revenir sur les lieux chaque année durant trois ou quatre ans. « Si l’on veut que cela fonctionne, il faut que l’action se poursuive sur plusieurs années », confirme Louise. Pour la SNCF, Dijon était une zone test, mais si l’éco-patûrage fonctionne comme prévu, la compagnie compte bien reproduire cette action ailleurs.

En Suisse aussi

De l’autre côté des Alpes, des moutons commencent aussi à prendre possession des voies ferrées. Les CFF (Chemins de fer fédéraux suisses) se sont mis à l’éco-patûrage en mai dernier. « Les moutons constituent une forme très efficace d’entretien des talus. (…) ils déciment les plantes problématiques à forte prolifération et soutiennent ainsi le développement d’espèces de plantes de prairie servant d’habitat à des insectes et animaux », précise-t-on sur leur site.

Les CFF renforcent leur engagement écologique en optant pour des moutons de race skudde, espèce protégée par la fondation ProSpecieRara et quasiment disparue en Suisse.

Les partenariats entre sociétés de chemins de fer et éco-paturâge sont donc en bonne voie, une excellente alternative aux faucheuses mécaniques, plus respectueuse de l’environnement et de la biodiversité, mais aussi plus pratique, puisqu’il s’agit souvent de terrains difficilement praticables.

Victoire de l’environnement à Roybon : le projet de Center Parcs est recalé par le tribunal Clémentine Méténier (Reporterre) Reporterre 2015/07/17 Clémentine Méténier (Reporterre) (17 juillet 2015) Victoire de l’environnement à Roybon : le projet de Center Parcs est recalé par le tribunal. Reporterre. Center Parcs et Roybon fr

Victoire de l’environnement à Roybon : le projet de Center Parcs est recalé par le tribunal

Le tribunal administratif de Grenoble a annulé jeudi 16 juillet l’arrêté qui permettait de déroger à la loi sur l’eau. Les travaux du Center Parcs de Roybon ne peuvent pas reprendre.

- Grenoble, correspondance

Cette fois-ci, le projet de construction du Center Parcs de Roybon est bel et bien suspendu. Jeudi 16 juillet, le tribunal administratif de Grenoble a annulé l’arrêté préfectoral déposé le 3 octobre 2014 par la Préfecture de l’Isère qui autorisait le projet de construction au titre de la loi sur l’eau. Cette décision rend illégale la poursuite des travaux dans la forêt de Chambaran (Isère). Elle va dans le sens de celle rendue par le rapporteur public en charge du dossier, le 2 juillet dernier.

- Télécharger la décision du tribunal administratif :

En effet, ce dernier estimait que les mesures proposées par le groupe Pierre et Vacances pour compenser les dommages environnementaux du chantier n’étaient pas suffisantes. Il demandait au tribunal administratif « l’annulation totale, immédiate et rétroactive » de l’arrêté du 3 octobre. C’est donc chose faite avec l’avis rendu par le tribunal. Un seul des deux arrêtés préfectoraux mis en cause par les opposants au projet (associations écologistes, habitants, pêcheurs), celui relatif à la loi sur l’eau, a toutefois été annulé ; l’autre recours, engagé contre l’autorisation de destruction d’espèces protégées, a en effet été rejeté.

« Les dommages écologiques seraient énormes »

Malgré ce rejet, cette décision est bel et bien ressentie comme un succès par les opposants. Pour le porte-parole de la FRAPNA (Fédération Rhône-Alpes de protection de la nature), « c’est une victoire ». Il s’agit même « d’une remise en question du modèle des Center Parcs », estime Benoît Hartman, porte-parole de France Nature Environnement. « Est-il nécessaire d’artificialiser la nature pour la faire aimer ? Préférons l’éco-tourisme qui valorise le patrimoine naturel et culturel de la France sans le détruire. »

Les pêcheurs ont également leur mot à dire. Christian Brély, président de la Fédération de la Drôme pour la pêche, réagit : « En accord avec notre mission de défense des milieux aquatiques, nous avons toujours dit que ce lieu n’était pas le bon et que les dommages écologiques seraient énormes. Nous avons été les premiers à alerter et à emprunter des voies légales il y a plus dix ans. »

Au cœur de la forêt de Chambaran, il s’agit de construire 990 habitations autour d’une « bulle tropicale » d’au moins 200 hectares.

De son côté, le groupe Pierre et Vacances, « convaincu du bien-fondé économique et environnemental du projet sur lequel il est engagé depuis sept ans », déclare vouloir faire appel. L’association de soutien Vivre en Chambaran, quant à elle, ne désarme pas. Pour son président Christian Lucciani, « le projet verra le jour car c’est une question de survie pour ce village ». Selon lui, le rejet du deuxième recours concernant les espèces protégées pourrait permettre de continuer le défrichement, déjà réalisé sur 40 des 80 hectares de forêt concernés. Mais, dit M. Lucciani, « la saison n’est pas appropriée et le défrichement ne pourrait reprendre que pendant l’hiver ». Une analyse contredite par Stéphane Peron, de l’association Pour les Chambaran sans Center Parcs : « Le défrichement est normalement interdit à l’issue de cette décision, tout est lié, car un défrichement aura une atteinte sur les zones humides. »

Sur place, le chantier de destruction est à l’arrêt et les zadistes occupent toujours la maison forestière dite "La Marquise", échappant à l’évacuation de la zone qu’avait annoncée Jean-Paul Bonnetain, préfet de l’Isère.

Depuis le 15 juillet, un festival bat son plein à La Marquise, sous le thème "Enracinons la résistance".

Les dangers cachés du « grand carénage » des vieux réacteurs nucléaires Martial Chateau (Réseau Sortir du nucléaire) Reporterre 2015/07/17 Martial Chateau (Réseau Sortir du nucléaire) (17 juillet 2015) Les dangers cachés du « grand carénage » des vieux réacteurs nucléaires. Reporterre. Tribune — Nucléaire fr

Les dangers cachés du « grand carénage » des vieux réacteurs nucléaires

Deux évacuations et onze personnes contaminées à la centrale nucléaire du Blayais (Gironde), un incendie de six heures à Paluel (Seine-Maritime) : ces dernières semaines donnent un avant-goût des problèmes à venir avec la mise en application du « Grand carénage », ce vaste programme de travaux destiné à prolonger la durée de fonctionnement des réacteurs au-delà de trente ans.

17 juin 2015, centrale nucléaire du Blayais (Gironde) : lors de travaux de maintenance, 118 personnes doivent être évacuées, le taux de radioactivité ambiant dépassant les 500 Becquerels par m3. Une semaine plus tard, 125 personnes sont évacuées à nouveau, dont onze contaminées « à très faible dose », selon les termes employés par l’industrie.

2 juillet 2015, centrale de Paluel (Seine-Maritime) : pendant des travaux de découpe de tubes en titane (métal inflammable) en salle des machines, un incendie se déclenche sur un condenseur. Il faudra plus de 6 heures et 71 pompiers pour en venir à bout, et les pompiers devront rester plus d’une journée pour surveiller le métal fondu à très haute température.

Ces opérations se déroulaient à chaque fois dans le cadre de travaux de maintenance destinés à prolonger la durée de fonctionnement des deux centrales bien au-delà des trente ans pour lesquelles elles avaient initialement été prévues. Et à chaque fois, il semblerait qu’EDF n’ait pas pris toutes les précautions nécessaires pour prévenir des risques qui avaient pourtant été identifiés.

Des défaillances susceptibles de se reproduire dans le cadre du « grand carénage »

Ces défaillances suite à des travaux qui tournent mal risquent de se multiplier dans les années qui viennent. En effet, dans l’espoir de faire durer ses centrales plus de trente ans, EDF a prévu de dépenser au moins 55 milliards d’euros dans un vaste programme de travaux dénommé « Grand Carénage ». Si importants soient-ils, ces travaux ne pourront répondre au vieillissement inéluctable des centrales : des pièces essentielles pour la sûreté et qui montrent déjà des signes de fatigue, comme les cuves des réacteurs qui ne peuvent être changées. Pour le Réseau « Sortir du nucléaire », ce grand rafistolage n’est qu’un gaspillage d’argent qui serait plus utilement investi dans les économies d’énergie et les énergies renouvelables.

Surtout, dans quelles conditions se dérouleront ces travaux, alors qu’aux dires de l’Autorité de sûreté nucléaire, EDF est déjà débordée par les opérations de maintenance qu’elle a elle-même programmées ? Qu’en sera-t-il avec des travaux inédits, réalisés sur des équipements vieillissants et donc très contaminés ? Et avec quelle main-d’oeuvre, s’il s’agit de mener de front plusieurs chantiers de grande ampleur nécessitant un grand nombre de prestataires ?

Les sous-traitants de l’industrie nucléaire, qui subissent 80 % de l’exposition à la radioactivité sans suivi médical adéquat et alertent régulièrement sur la dégradation de leurs conditions de travail et sur les cadences insoutenables qu’ils subissent, risquent de voir leur situation empirer. Alors qu’une part importante du personnel d’EDF et de ses entreprises sous-traitantes partira en retraite dans les années à venir, il faut craindre un recrutement massif de nouveaux travailleurs peu formés et mal informés sur les risques de contamination qu’ils encourent.

Un « grand carénage » qui pourrait virer au carnage !

Opérations réalisées à la va-vite, précautions non prises, travailleurs exposés : au final, les centrales rafistolées ne connaîtront sans doute aucune amélioration de leur sûreté et d’importantes sommes auront été gaspillées en vain, au prix de souffrances humaines non négligeables, d’éventuelles nouvelles contaminations… voire d’un accident.

Pour éviter ce gâchis humain et financier et cet accroissement des risques, le Réseau « Sortir du nucléaire » appelle à une sortie du nucléaire en urgence, en commençant par la fermeture des réacteurs ayant dépassé trente ans de fonctionnement (et en premier lieu ceux de Fessenheim) et à la mise en place d’un vaste programme permettant la reconversion des travailleurs du nucléaires qui le souhaitent dans les alternatives énergétiques.

Non, transformer la nature en monnaie ne peut pas la sauver Jean-Pierre Tuquoi (Reporterre) Reporterre 2015/07/17 Jean-Pierre Tuquoi (Reporterre) (17 juillet 2015) Non, transformer la nature en monnaie ne peut pas la sauver. Reporterre. Économie fr

Non, transformer la nature en monnaie ne peut pas la sauver

Avec Faut-il donner un prix à la nature ?, Jean Gadrey et Aurore Lalucq nous offrent des pages très claires sur un sujet technique. S’appuyant sur des exemples concrets, et avec une honnêteté à laquelle il faut rendre hommage, ils dressent un bilan de l’efficacité de la monétarisation de la nature dans le monde, pour conclure que « l’évaluation monétaire de la nature ne peut en aucune façon constituer l’outil dominant d’une politique de préservation de la nature ».

Actualisation - dimanche 8 novembre 2015 - Ce livre a reçu le Prix du livre d’Ecologie politique, remis par la Fondation de l’écologie politique lors des Tribunes de la presse, à Bordeaux, le 6 novembre 2015.

Si la Conférence de Paris sur le climat de décembre doit échouer, ce sera pour des questions de gros sous. Car sur le fond, tous les pays sont d’accord : plafonner la hausse des températures serait une bonne chose pour notre « maison commune » ; en revanche, lorsqu’il s’agit de mettre la main à la poche et d’aider les pays du Sud à se développer tout en maîtrisant leurs émissions de gaz à effet de serre, les choses se compliquent. Les promesses des pays riches s’évanouissent, preuve que si la nature et sa sauvegarde ont un prix, les Etats rechignent à s’en acquitter.

Jean Gadrey et Aurore Lalucq, les deux économistes qui cosignent le livre, rappellent un précédent qui aurait dû nous alerter. Il y a moins de dix ans, l’Equateur avait proposé de ne pas exploiter un gisement de pétrole découvert dans le parc naturel de Yasuni à la condition que les pays développés compensent le manque à gagner. La somme réclamée était de 3,6 milliards de dollars, soit la moitié environ des recettes attendues de l’exploitation pétrolière. Mais l’affaire a capoté. Devant l’impossibilité de mobiliser la communauté internationale et de réunir l’argent, l’Equateur a finir par ouvrir Yasuni aux compagnies pétrolières.

La valeur de la nature

En dépit de cet échec la question de savoir s’il faut donner un prix à la nature reste posée. A priori, la réponse est unanime et immédiate. La nature a une valeur en soi et ceux qui la détruisent doivent en payer le prix. Sauf que derrière les mots creux et les formules toutes faites, les choses sont moins simples qu’il n’y parait.

Car comment fixer « le prix de la nature » ? Comment déterminer, par exemple, la valeur d’un cours d’eau empoisonné par des déversements toxiques ou d’un paysage menacé par un ouvrage dit d’art ? Quelle compensation exiger d’une entreprise qui a fauté ? Un exemple donne la mesure du problème : il y a un quart de siècle, plus précisément en 1986, suite au naufrage de l’Exxon Valdez, des dizaines de milliers de tonnes de pétrole brut ont endommagé la côte de l’Alaska. Montant des réparations exigées de la compagnie Exxon : 5 milliards de dollars. La même année, c’est moins de 10 % de cette somme que la Cour suprême indienne a exigé du groupe Union Carbide à la suite de la catastrophe chimique de Bhopal qui fit plusieurs milliers de morts et continue à peser sur l’environnement par les infiltrations de pesticides dans le sous-sol.

Pour enfoncer le clou les auteurs s’interrogent sur la réalité du prix d’une forêt. Selon qu’elle est privée ou publique, qu’elle est exploitée pour son bois ou pour le gibier qu’elle abrite, qu’il s’agit d’une forêt primaire ou d’une forêt industrielle, qu’elle a une histoire ou pas… sa valeur variera du tout au tout. « Dans ce cas comme dans d’autres, il est illusoire de vouloir attribuer un prix à la nature », font-ils valoir.

Dire cela c’est mette le doigt sur une vérité trop souvent occultée : affecter un prix à la nature (ou à une composante de celle-ci) n’est qu’une construction artificielle, sans réelle valeur scientifique quoiqu’en disent de brillants esprits. Si les économistes ont malgré tout réussi à imposer cette notion, c’est dans un contexte historique et idéologique précis, celui qui a vu, à partir de la fin des années 1980 et la chute du mur de Berlin, le triomphe du marché et du libéralisme.

Auparavant, les gouvernements privilégiaient la norme, la règle avec une logique administrative contraignante ; aujourd’hui que l’économisme triomphe, le marché et la monétarisation de la nature s’imposent comme des articles de foi. D’où la création de ces outils financiers que sont « les droits à polluer » sous quelque forme qu’ils existent (marché carbone, écotaxes, bio-banques, etc.). Au final, tout s’achète et tout se vend, y compris le droit d’empoisonner la terre et ceux qui l’habitent.

Un bilan décevant

Pour quels résultats ? Dans des pages très claires, Jean Gadrey et Aurore Lalucq dressent un bilan de l’efficacité de la monétarisation de la nature à travers une dizaine d’exemples. Avec une honnêteté à laquelle il faut rendre hommage ils concluent que dans quelques cas bien précis le résultat semble positif. Aux Etats-Unis, le mécanisme d’échange de quotas d’émissions de dioxyde de soufre et d’oxyde d’azote, mis en place il y a une vingtaine d’années pour lutter contre les pluies acides, a donné de bons résultats.

Mais l’Europe a fait mieux, précisent-ils, en imposant des normes plus sévères aux industriels, sans passer par le marché. En Suède, qui a instauré de longue date une taxe carbone (d’un montant élevé), « les résultats semblent bons », reconnaissent également les auteurs. Dans les autres pays, en revanche, le bilan est décevant.

Au final, concluent Jean Gadrey et Aurore Lalucq, l’expérience prouve que, plutôt que de s’en remettre au sacro-saint marché et à la finance, la sauvegarde de la nature est avant tout affaire d’éducation, de démocratie, de pédagogie et de temps.

« L’évaluation monétaire de la nature ne peut en aucune façon constituer l’outil dominant d’une politique de préservation de la nature, écrivent-ils au terme de l’ouvrage. Elle doit être un outil d’aide à la décision, parfois elle constitue une partie de la solution, mais en aucun cas elle n’est la recette miracle mise en avant par les libéraux. »

Faut-il donner un prix à la nature ?, de Jean Gadrey et Aurore Lalucq, Collection Politique de la transition, Ed. Les petits matins, 120 pages, 10 euros

Sur Notre-Dame-des-Landes, Manuel Valls n’a pas le même discours que François Hollande Nicolas de La Casinière (Reporterre) Reporterre 2015/07/18 Nicolas de La Casinière (Reporterre) (18 juillet 2015) Sur Notre-Dame-des-Landes, Manuel Valls n’a pas le même discours que François Hollande. Reporterre. Notre-Dame-des-Landes fr

Sur Notre-Dame-des-Landes, Manuel Valls n’a pas le même discours que François Hollande

Le tribunal administratif de Nantes a rejeté vendredi 17 juilllet les recours liés au projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Mais les recours juridiques vont continuer en Cour d’appel et à la Cour de justice européenne. Manuel Valls prétend cependant que les travaux pourraient commencer. Contredisant les engagements de François Hollande.

- Nantes, correspondance

Ce vendredi matin 17 juillet, une dizaine de partisans de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes avaient tombé la cravate pour distribuer des tracts aux feux rouges à un kilomètre du tribunal administratif de Nantes, dont les abords étaient déserts. « On a perdu trop de temps, construisons maintenant », disait le texte. Les opposants à l’aéroport, de leur côté, ne se sont pas mobilisés, estimant que ce jugement du tribunal administratif n’est qu’une étape.

Décision de première instance

La décision, rendue vendredi par le tribunal adminstratif de Nantes de première instance, était attendue. Sans surprise, les recours intentés par les opposants au projet, au titre de la loi sur l’eau et du déplacement des espèces protégées, ont été rejetés.

- Télécharger le communiqué du tribunal

Le rapporteur public, représentant de l’État, l’avait en effet préconisé lors de l’audience du tribunal administratif de Nantes, le 18 juin dernier. Les avis du rapporteur public sont généralement entérinés par les juges administratifs.

La décision avait été par avance présentée par les partisans du projet comme un feu vert aux travaux. Ce qui impliquerait, en préambule, une expulsion des occupants, paysans exploitants, habitants ayant refusé les expropriations, ainsi que les zadistes implantés dans le périmètre des travaux, « sans droit ni titre » comme dit la loi.

Les partisans veulent croire qu’une page se tourne, qu’enfin ils vont voir des engins de travaux publics intervenir sur le terrain, tant pour le « barreau routier » à implanter pour relier les axes Nantes-Rennes et Nantes-Vannes, que sur l’emprise foncière du projet d’aéroport.

Manuel Valls : "Cette décision doit entraîner la reprise des travaux"

Dans un communiqué, le Premier ministre Manuel Valls affirme qu’il « prend acte de cette décision qui doit entraîner la reprise des travaux. La réalisation du projet est ainsi à nouveau engagée après avoir été suspendue depuis fin 2012 ». Sans attendre que les voies de recours soient allées à leur terme devant les tribunaux, pourtant garanties par François Hollande.

À ce stade, les signaux sont contradictoires entre gouvernement et présidence de la République. Même si les accords de références sont clairs, les pro-aéroport tentent d’en faire une interprétation favorable, arguant que ces recours ne sont pas suspensifs, et qu’il n’y a donc pas lieu d’attendre les deux niveaux de recours supérieurs, Cour d’appel administrative et Conseil d’État. Mais pour les juristes, la notion d’« épuisement des recours » implique qu’ils aient atteint le terme de leur parcours judiciaire.

C’est une « péripétie juridique » pour José Bové qui estime que l’Europe est l’étape clef pour la validité juridique du projet.

« Cette interprétation de Manuel Valls n’est pas tenable, ce serait une violation pure et simple des accords EELV-PS avec toutes les conséquences politiques qu’on peut imaginer », a répondu l’avocat Thomas Dubreuil, lors d’une conférence de presse dans les locaux nantais d’EELV (Europe Ecologie Les Verts).

Pour Sophie Bringuy, vice-présidente EELV du Conseil Régional en charge de l’environnement, seule compte la parole présidentielle : « Je rappelle donc à François Hollande son engagement de 2012 : la suspension des travaux jusqu’à l’épuisement des recours juridiques, ce qui signifie jusqu’à la cassation. Toute infraction à ce moratoire aurait deux conséquences graves. D’une part, une situation inextricable en cas de tentative d’évacuation, qui ne pourrait que mal se passer face à une promesse non tenue du Président de la République. D’autre part, la destruction irréversible d’un bocage humide aujourd’hui unique alors même que dans un an la Cour d’appel prononcera l’illégalité des travaux. »

Pourtant, le préfet de région des Pays de la Loire Henri-Michel Cormet a déclaré le 2 juillet devant l’assemblée départementale de Loire-Atlantique : « Nous n’attendrons pas l’épuisement des recours. Nous agirons quand des signes importants auront été donnés. Et à ce titre, la protection de l’environnement est un signe majeur. »

Un moratoire réitéré entre apaisement et épuisement

Les annonces des représentants de l’État tournent autour de deux mots, apaisement et épuisement.

Les travaux - et donc les opérations d’évacuation préalables - sont normalement suspendus jusqu’à l’épuisement des recours juridiques, selon le texte d’un accord politique passé après la grève de la faim de plusieurs opposants, au printemps 2012.

Plusieurs documents cosignés en mai et juin 2012 par les présidents des collectivités, région, département, Nantes Métropole, disent explicitement le refus de toute « expulsion avant la fin des recours déposés (avant la date du 4 mai [2012]) devant le Conseil d’État, la Cour de Cassation et le Conseil Constitutionnel ». En mai 2012, Jean-Marc Ayrault, qui n’était pas encore Premier ministre, a co-signé un tel engagement.

- Télécharger la lettre :

Le 28 février 2014, avant les élections départementales, Jean-Marc Ayrault, Premier ministre, « a décidé de donner le temps nécessaire aux contentieux en cours avant d’engager les travaux sur le site du futur aéroport du grand ouest à Notre-Dame-des-Landes », écrit par ailleurs le préfet dans son rapport annuel 2014.

François Hollande a repris cet engagement : « Quand les recours seront épuisés, le projet sera lancé », déclare-t-il le 5 janvier 2015 sur l’antenne de France Inter.

Ce qui contredisait Manuel Valls, qui avait suggéré, en visite à Nantes le 1er décembre 2014, de « s’engager dans la construction de Notre-Dame-des-Landes » dès la mi-2015, « après la décision du tribunal administratif » sur ces recours relatifs à la loi sur l’eau et aux espèces protégées. Il s’est avancé sur le calendrier de la décision du tribunal administratif, mais en sous-entendant qu’il n’avait pas à attendre que les recours soient purgés.

« Je m’en tiens à la parole du président de la République », a souligné Julien Durand, porte parole l’association citoyenne d’opposants ACIPA.

Question marathon judiciaire, restent donc l’appel de ces décisions et leur passage devant le Conseil d’État. Mais il y a aussi les échéances européennes : « La Commission européenne et la Commission des pétitions, au niveau européen n’ont pas, par ailleurs, clos la procédure contre l’Etat français ; et l’agacement contre le gouvernement français, notamment pour tout ce qui touche au non respect de la directive cadre sur l’eau, est à ce niveau très perceptible depuis les derniers évènements liés à Sivens », déclarait Raphael Romi fin novembre 2014.

Le jugement éventuel devant la Cour européenne de justice, qui est déjà saisie, n’intervient pas comme une procédure supplémentaire, mais comme la continuité des voies de recours en France. L’accord prévoyant de ne lancer les travaux qu’une fois les recours purgés, intègrerait donc cette ultime phase. Sauf si le gouvernement bafouait la parole donnée.

ROYBON, NOTRE-DAME-DES-LANDES, DEUX DOSSIERS SEMBLABLES, DEUX DÉCISIONS DIAMÉTRALEMENT OPPOSÉES

Il y a une « grosse déception à voir que nos arguments n’ont pas été entendus », souligne Me Thomas Dubreuil, avocat de l’association citoyenne ACIPA. D’autant que la décision nantaise intervient au lendemain de celle du tribunal administratif de Grenoble concernant le projet de Center Parcs à Roybon, qui a invalidé ce projet au titre de la loi sur l’eau. « Et le dossier du promoteur, Pierre & Vacances, était bien meilleur qu’ici, envisageant précisément les compensations environnementales, qui ont quand même été jugées insuffisantes », note Guy Bourlès, du collectif des Naturalistes en lutte et de la LPO.

Pour Notre-Dame-des-Landes, le système de compensations imaginé par le cabinet Biotope pour Vinci est resté très vague. Cette méthode consistant à compenser mieux, faute de pouvoir disposer de surfaces foncières suffisantes, avait été épinglé en avril 2013 par le collège d’experts scientifiques mis en place par le préfet à la demande du ministre de l’Ecologie.

« Le tribunal accepte que cette méthode soit critiquée officiellement par le collège d’experts, mais trouve normal que le préfet n’en tienne pas compte », s’étonne Guy Bourlès. Vérité en-deça de la Loire, mensonge au-delà ?

Du bruissement des chauve-souris au clapotement des crapauds, c’est l’été Corinne Morel Darleux Reporterre 2015/07/18 Corinne Morel Darleux (18 juillet 2015) Du bruissement des chauve-souris au clapotement des crapauds, c’est l’été. Reporterre. Corinne Morel Darleux fr

Du bruissement des chauve-souris au clapotement des crapauds, c’est l’été

Alors que la canicule se déploie à mesure que la politique décélère, quel bonheur que de délaisser le cérébral pour redonner leur place aux autres sens. Et de savourer l’été, tendre l’oreille aux sons des chauve-souris dans le ciel nocturne, des crapauds dans l’eau de la rivière et des chants des oiseaux...

Cet été j’ai décidé de rester chez moi, dans le Diois. Après avoir commencé l’année avec le Parti de la Gauche européenne à Berlin, être allée présenter l’écosocialisme à la conférence euro-méditerranéenne d’Istanbul en février, puis m’être rendue à des rencontres politiques à Bruxelles en avril et à un colloque à Delphes en juin, je m’apprête à repartir en Grèce pour une rencontre avec Syriza suite aux événements récents et à Tunis pour les cérémonies de commémoration de l’assassinat de notre camarade Mohamed Brami.

Savourer l’été

Alors cet été, la secrétaire nationale en charge de l’écosocialisme à l’international que je suis depuis le récent congrès du PG va un peu se calfeutrer. Parce que la vie se savoure aussi parfois là, juste à côté...

La canicule a recommencé à se déployer au moment où le rythme politique commençait tout juste à décélérer... Comme pour inviter à redécouvrir le plaisir des bains de rivière, le soleil mordant sur une peau mouillée, la caresse des rochers et le plaisir de s’endormir les cheveux encore tout emmêlés. Ces moments où le cérébral s’efface et redonne un peu de place aux autres sens, afin de ne pas oublier qu’on a aussi des yeux, des oreilles, un nez, une bouche et des doigts pour toucher.

Il faut au moins une fois dans sa vie écouter les chauve-souris en espadrilles un soir d’été. De préférence en buvant du rosé. C’est le compositeur sonore Franck Dubois, un ami qui capte, étudie, décortique, isole et réagence les sons, qui me l’a permis. Il est arrivé avec son attirail posé dans l’entrée, des malettes de micros, de perches, d’appareils de toutes tailles, dont le « wild life acoustic echo meter touch ». Et c’est ainsi qu’on s’est retrouvés comme des gamins à retenir notre souffle sur la terrasse à guetter les ultra-sons captés des chauve-souris qu’on voit tournoyer dans le ciel nocturne l’été.

Les sons de la vie

La dernière fois nous avions écouté les castors, l’hiver d’avant c’était le frémissement électrique des pylônes du Vercors, et le lendemain c’est dans la rivière que nous avons plongé le micro pour écouter les crapauds. Et le résultat de tout ça, c’est une musique expérimentale, faite de larsens dans des grottes et de cris d’oiseaux, de vrombissements et de chuchotements, composition destinée à interpeller plus qu’à charmer, loin des variétés. Une pièce d’art sonore intitulée Vercors 1.01 qui sera présentée ce week-end au festival PLI de Pont-en-Barret.

Les sons de l’été c’est aussi cette fine pluie de la vigne, chaque fin d’après-midi, quand les abeilles se ruent pour butiner par centaines et que de petites boules s’en échappent comme des milliers de goutelettes cristallines...

L’été cest la période où les amis viennent goûter à la ruralité, se mettre au vert. La saison où l’apéro commence au Campari, où la soirée finit à l’Amaretto. Où les siestes dans l’herbe se terminent en écoutant Les enfants du Pirée chantés par Dominique A. Et où les soirées se passent le nez en l’air, à regarder Vénus se rapprocher de Jupiter.

La vie.

Au jardin sans pétrole, l’alliance entre maïs, courge et haricot résiste bien à la sécheresse Christine Laurent (Reporterre) Reporterre 2015/07/18 Christine Laurent (Reporterre) (18 juillet 2015) Au jardin sans pétrole, l’alliance entre maïs, courge et haricot résiste bien à la sécheresse. Reporterre. Jardin sans pétrole fr

Au jardin sans pétrole, l’alliance entre maïs, courge et haricot résiste bien à la sécheresse

La canicule a raison d’un certain nombre de plantes. Mais l’association de maïs, haricots verts et courges résiste bien. Ce système de culture millénaire nommé Milpa vient d’Amérique Latine et préserve la fertilité des sols et la biodiversité.

La sécheresse et la canicule ont eu raison de nos framboisiers qui cette année ne donneront pas de fruit. Les noisetiers souffrent aussi, perdant leurs feuilles pour faire face au stress hydrique. Les artichauts fleurissent sans avoir eu le temps de grossir un peu. Ils sont piquants, pleins de pucerons et nous ne regrettons pas d’avoir à les laisser aux insectes pollinisateurs.

Nos soins hebdomadaires ne sont pas suffisants, d’autant que nous passons beaucoup de temps à arroser. L’eau s’infiltre dans les galeries des rats taupiers et se perd on ne sait où sans vraiment profiter à nos plantes potagères. Ces drôles de rongeurs semblent aussi jardiner à leur façon.

Depuis plus de trois mois que nous avons mis en terre des plants de betteraves, ces derniers ne grossissent ni ne meurent. On dirait que les rongeurs tournent autour du système racinaire qu’ils « broutent » avec un sens du respect de la ressource qui fait réfléchir ! Trop tard pour vérifier cette observation sur les choux, les rhubarbes et les carottes qui ont déjà été arrosées.

Un système millénaire venu d’Amérique Latine

Ce qui se porte bien - pour l’instant - ce sont nos associations de maïs, haricots verts et courges. Ce mariage heureux, nommé Milpa en Amérique latine, est une technique de culture millénaire, dans laquelle le maïs sert de tuteur aux haricots qui lui apportent en échange l’azote nécessaire à sa croissance, en le prélevant dans l’air. Les courges et autres citrouilles occupent le sol et forment un couvert végétal efficace contre la sécheresse et l’érosion.

La Milpa est souvent associée à un jardin potager nommé Solar, dans lequel poussent toutes sortes de légumes tels que des poivrons, des pois, des piments, des pommes de terre, des herbes médicinales ou du café. S’y ajoute l’élevage de poules, moutons et cochons.

Cette production diversifiée préserve la fertilité des sols et la biodiversité mais elle est mise à mal par la monoculture du maïs. Il aura fallu que la FAO (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture) l’inscrive sur la liste des systèmes ingénieux du patrimoine agricole mondial pour que ce système agro-écologique Milpa-Solar soit enfin considéré à sa juste valeur et fasse le tour du monde. Le voilà cette année à l’essai dans le jardin sans pétrole, sans les poules et les cochons, mais avec la proximité des chevaux.

Reporterre lance l’aventure « Climat et quartiers populaires » Reporterre 2015/07/20 (20 juillet 2015) Reporterre lance l’aventure « Climat et quartiers populaires ». Reporterre. Climat et quartiers populaires fr

Reporterre lance l’aventure « Climat et quartiers populaires »

Le climat, ce n’est pas l’affaire des seuls gouvernements, mais de nous tous.Voilà pourquoi Reporterre a lancé le projet « Climat et quartiers populaires » : il s’agit de donner la voix aux habitants des quartiers populaires sur le changement climatique.

A l’approche de la COP 21, Reporterre lance son projet « quartiers populaires et climat ».

Dans la continuité de la rencontre « Vivre ensemble » de février, l’idée est née de donner la parole aux habitants de quartiers populaires, pour qu’ils nous disent quel regard ils portent sur cet événement et sur le changement climatique en général. De les solliciter sur cet enjeu planétaire, à mille lieux des sujets auxquels les médias les associent habituellement – chômage, drogue, immigration. D’autant plus qu’ils sont souvent les premières victimes du dérèglement du climat : la Seine-Saint-Denis a été le deuxième département le plus touché par la surmortalité, pendant la canicule de 2003.

Reportages et ateliers médias

Ce projet ce déroulera en trois temps, jusqu’à mi-novembre. D’abord, les journalistes de Reporterre vont à la rencontre d’habitants et d’associations du XXe arrondissement de Paris, de Seine-Saint-Denis, des quartiers populaires de Marseille et de la petite commune de Bohain (Aisne, Picardie).

Vous avez déjà pu lire notre reportage Place de la Réunion dans le Xxe arrondissement, aux côtés de l’AEPCR, et notre article sur le jardin en permaculture de la maison d’assistantes maternelles Orge’Mômes, à Épinay-sur-Seine, ainsi qu’à Marseille, au café et à la plage.

Nous avons aussi lancé des ateliers médias pour des groupes d’habitants de ces quartiers, en nous appuyant sur le savoir-faire, l’énergie et la passion d’associations locales. L’objectif est de les aider à produire une information qui leur ressemble, sur le thème du changement climatique. Vidéo, photo, radio ou même rap, BD... Leur production sera publiée à l’automne sur Reporterre.

Se rencontrer, s’écouter, se mobiliser

Enfin, en octobre et novembre, nous allons organiser des rencontres dans chacun de ces quatre lieux avec les habitants et les acteurs locaux, pour aider les gens à échanger, s’écouter et se mobiliser contre le changement climatique.

Habitants du XXe, de Seine-Saint-Denis, de Bohain et de Marseille, nous sommes à votre écoute ! N’hésitez pas à nous faire part de vos coups de gueule et coups de cœur concernant vos lieux de vie, à Emilie Massemin, la journaliste de Reporterre qui coordonne le projet (adresse : massemin (arobase) reporterre.net).

Un livre pour sortir de la « cage de fer du capitalisme » Emmanuel Daniel (Reporterre) Reporterre 2015/07/20 Emmanuel Daniel (Reporterre) (20 juillet 2015) Un livre pour sortir de la « cage de fer du capitalisme ». Reporterre. Culture et idées fr

Un livre pour sortir de la « cage de fer du capitalisme »

« Dans quel monde vivons-nous ? Quelles forces dominent et caractérisent le présent ? Et dans quelle(s) direction(s) nous poussent-elles ? » Voilà les questions auxquelles tente de répondre Aurélien Berlan dans La fabrique des derniers hommes. En relisant des maîtres du XIXe siècle, il nous propose un « diagnostic du présent » nécessaire selon lui pour sortir de la « cage de fer du capitalisme ».

Vous voulez changer le monde ? Louable intention. Mais essayez d’abord de le comprendre afin de ne pas vous tromper de cible. Tel est le message que nous adresse Aurélien Berlan dans son livre « La fabrique des derniers hommes ». Le titre, aguicheur, laisse imaginer une bonne vieille dystopie à la Terminus radieux, Soleil Vert ou 1984. En réalité, il s’agit d’une thèse de philosophie transformée en un dense ouvrage de 330 pages quelque peu arides pour qui n’a pas eu la moyenne à son bac de philo.

Pour autant, il n’y a pas tromperie sur la marchandise. L’auteur explique en effet que le rôle du savant ne diffère guère de celui d’un auteur de science-fiction. Tous deux imaginent les futurs possibles qui sont en germe dans notre présent afin d’éclairer notre chemin et nous éloigner de l’abîme vers laquelle nous nous dirigeons. Ils partagent également des interrogations : « Dans quel monde vivons-nous ? Quelles forces dominent et caractérisent le présent ? Et dans quelle(s) direction(s) nous poussent-elles ? »

Là où les écrivains apportent des « réponses narratives » à ces questions existentielles en exagérant des tendances actuelles pour révéler leur vice, leur danger ou leur absurdité, Aurélien Berlan utilise un autre procédé, aussi surprenant qu’efficace. Pour réaliser son « diagnostic du présent », il s’est plongé dans les archives de la sociologie allemande et en a exhumé trois auteurs dont deux sont quasiment inconnus dans notre pays : Ferdinand Tonnies, Georges Simmel et Max Weber.

« Qu’est-ce que ces penseurs d’un autre temps, oubliés ou méconnus pour cette raison même, pourraient nous apprendre sur le monde qui est le nôtre ? », s’interroge-t-il. Il explique que la révolution industrielle, « acte de naissance de notre monde », fut en Allemagne à la fois plus tardive et plus rapide que dans d’autres pays européens, poussant les intellectuels outre Rhin à « cerner la terra incognita qui se déployait à une vitesse inouïe sous leurs yeux et à déterminer les dangers potentiels que recelait ce monde tout nouveau que produisait brutalement le capitalisme industriel, l’Etat bureaucratique et la science organisée ».

Les trois mamelles de la modernité

Grâce au concours des « pères fondateurs de la sociologie allemande », il pense avoir identifié les trois mamelles de la modernité « qui sont entrées en synergie à la fin du XIXe siècle » :

- « Le passage de la vie communautaire à la société marchande » analysé par Tonnies qui débouche sur la « faillite dramatique de la solidarité », « la perte de lien social » et l’avènement de l’homme abstrait.

- « La marchandisation des biens et des liens », mise en lumière par Simmel qui fait « l’essence calculatrice de l’époque moderne » où l’on passe notre temps « à compter nos pièces et nos billets ».

- « Le déploiement du capitalisme industriel et de l’Etat bureaucratique qui ont débouché sur la perte de liberté et de sens, la bureaucratisation et le désenchantement du monde » qui, selon Weber, nous ont enfermés dans « la cage de fer » du capitalisme.

Ces trois auteurs ont compris que contrairement à ce que l’on se plaît à répéter, « la modernité n’est pas une société où l’individu est roi » mais est plutôt caractérisée par le « règne des organisations » dont l’individu supposément libre est totalement dépendant pour exister. Ils « convergent vers une problématique essentielle de notre temps, celle de la rationalisation qui s’empare de nos activités et de nos sociétés avec toutes ses implications sociales, culturelles et humaines » et qui conduisent à « la fabrique des derniers hommes », entendu comme le « dernier type d’humanité en date », à savoir l’homo œconomicus.

Et le regard que l’auteur porte sur ces derniers hommes et leur vie sociale n’est pas vraiment admiratif : « On comprendra notamment tout ce que cela signifie, en termes de domination sociale, de ne pas connaître ses voisins, de ne plus pouvoir imaginer sortir sans porte-monnaie ou d’avoir toujours des formulaires à remplir ou des procédures à suivre. A force, toutes ces choses ont fini par devenir ‘naturelles’. En tout cas, elles le sont pour la plupart d’entre nous qui sommes nés dans ce monde et ne connaissons pas, si ce n’est sous un mode exotique, de formes de vie ne reposant pas sur l’argent, la dépendance au salariat et la prise en main administrative de la vie. »

Oser regarder le problème en face

Au fil des pages, on oublie que Tonnies, Simmel et Weber ont vécu il y a plus d’un siècle tant les maux qu’ils décrivent sont les mêmes qui nous font aujourd’hui souffrir. Malgré tout, Aurélien Berlan regrette que beaucoup d’intellectuels et de révolutionnaires autoproclamés préfèrent éviter de regarder en face les problèmes soulevés par notre trio de sociologues. S’y attaquer reviendrait en effet à remettre en cause beaucoup de choses dans nos existences bourgeoises.

Il rappelle que « les moyens de production industrielle impliquent une division du travail et une organisation sociale qui ne vont pas sans domination des humains et destruction de la nature ». En d’autres termes, les piliers de la vie et du confort modernes (le capitalisme industriel, l’Etat bureaucratique et la science organisée, qu’il nomme la troïka) sont également la source de nos maux. Il est aussi vain d’espérer un salariat épanouissant, un Etat émancipateur ou une production en série humanisante qu’un capitalisme moral ou une Bretagne sans pluie. C’est le revers de la médaille du Progrès, que refusent de voir les gens de gauche, qu’il met en lumière avec ce livre.

Il répond également à ceux qui se réjouissent de l’avènement d’une société post-industrielle : « Il n’y a pas un retour à l’artisanat mais des délocalisations conduisant souvent à des unités de production encore plus gigantesques, permettant de nouvelles économies d’échelle. Il n’y a jamais eu autant d’ouvriers dans le monde [...]. Bref, il y a de moins en moins de choses que l’on fait soi-même ou sur la base de liens personnels : sur tous les plans de notre vie, on fait appel à des biens et services industrialisés, produits en série et échangés contre argent, supposant des investissements qu’il faut rentabiliser. »

Et n’allez pas lui dire qu’internet vient changer la donne : « L’ère numérique [...] a permis de relier les humains en tant qu’inconnus à une échelle encore plus vaste. Avec l’Internet, la monétarisation des biens et des liens a franchi un nouveau seuil, en permettant à chacun de tout vendre et de tout acheter [...]. En fait, la révolution informatique a permis un nouveau changement d’échelle dans l’organisation des activités, un passage à la démesure supérieure. »

Appliquer aux forces dominantes de notre temps l’esprit critique des Lumières

Les bureaucraties socialistes ne trouvent pas plus grâce à ses yeux que les multinationales capitalistes. Mais alors, que propose-t-il ? De se « délivrer de l’industrialisme et de revenir à cet autre ‘socialisme’ que le succès des idées saint-simoniennes et marxistes a marginalisé : celui des briseurs de machines et des penseurs anti-étatistes comme Proudhon ou Leroux ».

Il suggère de « se pencher sur le monde d’hier » afin d’y repérer des « alternatives réalistes aux problèmes du présent ». Plus concrètement, il nous invite « à nous libérer, à chaque fois qu’on peut, de ces liens impersonnels passant par l’argent et le salariat, multiplier et enrichir les autres en faisant nous-mêmes au lieu de déléguer aux organisations. »

En faisant une éloge nuancée des modes de vie pré-industriels, il risque de se voir affubler de l’étiquette de « réac’ de gauche » ou de « conservateur » distribuée en pagaille par les zélateurs du progrès. Cette critique avait d’ailleurs été adressée aux pères fondateurs de la sociologie allemande qu’il convoque dans cet ouvrage. Il affirme au contraire que « les héritiers des Lumières ne sont pas ceux qui dénoncent bruyamment toute remise en question du progrès, mais bien ceux qui en reprennent l’esprit critique en l’appliquant aux forces dominantes de notre temps ».

C’est ce que fait ici avec brio Aurélien Berlan, travail qui lui a valu de recevoir le prix francfortois de la thèse de philosophie de 2009. Mais gageons que la plus belle récompense qui pourrait lui être faite serait que son message soit entendu et que nous sortions enfin de l’impasse du Progrès pour tendre vers des existences plus simples, plus fraternelles et plus décentes. Faute de quoi, l’homo œconomicus pourrait bien être le dernier homme à vivre sur cette planète, au sens propre cette fois-ci.

La fabrique des derniers hommes. Retour sur le présent avec Tönnies, Simmel et Weber, Aurélien Berlan, Editions La Découverte, 344 pages, 24,50 €.

En Australie, une centrale à vagues produit de l’énergie pour la première fois dans le monde Pauline Moullot (Reporterre) Reporterre 2015/07/20 Pauline Moullot (Reporterre) (20 juillet 2015) En Australie, une centrale à vagues produit de l’énergie pour la première fois dans le monde. Reporterre. Énergie fr

En Australie, une centrale à vagues produit de l’énergie pour la première fois dans le monde

A quelques kilomètres de Perth, au sud-ouest de l’Australie, une start-up a mis en activité il y a quelques mois la première centrale à vagues reliée à un réseau électrique.

- Perth, reportage

De drôles de soucoupes volantes flottent sous l’océan indien, au large de Perth en Australie occidentale. Depuis fin février, la start-up Carnegie Wave Energy a mis en place une centrale houlomotrice reliée à un réseau électrique. C’est la première fois dans le monde que plusieurs unités d’une telle centrale fonctionnent en même temps, et alimentent avec succès un réseau. En l’occurrence celui de la plus importante base navale australienne, la HMAS Stirling, située sur l’île de Garden Island, à quelques kilomètres en face de Perth. 5 % de l’électricité de cette base est produite grâce à l’énergie des vagues.

La centrale houlomotrice, baptisée Ceto en référence à une déesse grecque de la mer, est le résultat de treize ans de travail et d’un investissement de 100 millions de dollars australiens (70 millions d’euros), dont 22 millions de subventions du gouvernement.

Rendre autonome en énergie une île

Trois unités, de grosses bouées de onze mètres de diamètre et cinq mètres de hauteur, voguent à un mètre sous la surface de l’océan Indien. Les vagues font bouger chaque bouée, ce qui actionne un piston hydraulique fixé à 24 mètres au fond de la mer. Ce mouvement « pressurise un fluide contenu dans le piston, le fluide est envoyé à terre par un tuyau et passe dans une turbine qui convertit l’énergie hydraulique en énergie mécanique », explique l’ingénieur Alexandre Pichard. Dans une centrale située sur l’île de Garden Island, un générateur transforme enfin cette énergie mécanique en électricité.

Depuis sa mise en service, la centrale, dite Ceto 5, a tourné pendant plus de dix mille heures et survécu à des vagues de plus de six mètres de haut. « Avec ce prototype, nous voulions surtout montrer que la technologie fonctionne et peut être réalisée à plus grande échelle », explique le PDG et fondateur de Carnegie Michael Ottaviano. Chaque bouée est équipée de plus de 500 capteurs qui enregistrent la pression, le débit, la température de l’eau, etc. « Deux giga-octets de données par jour qui permettent de comprendre comment le système marche », poursuit Alexandre Pichard, qui travaille déjà sur un nouveau projet de Carnegie : Ceto 6.

L’électricité produite alimente aussi une usine de désalinisation d’eau, qui fournit un tiers de l’eau de Garden Island. Cette technologie peut donc rendre une île autonome en énergie, selon ses constructeurs. « Une île a besoin d’électricité, et d’eau », insiste Michael Ottaviano. « D’où vient l’énergie d’une île ? Elle n’a généralement pas de charbon ou de gaz, alors la majorité arrive par bateau sous forme de fioul. C’est cher, sale d’un point de vue écologique et peu fiable. Si le bateau n’arrive pas, l’île se retrouve sans électricité », explique-t-il.

« Et si les autres énergies renouvelables comme l’éolien ou le solaire peuvent être une partie de la solution, on ne peut pas recouvrir une île entière d’éoliennes ou de panneaux solaires. Notre centrale a l’avantage d’être située sous l’eau et donc d’être invisible. Un atout considérable pour le tourisme », développe-t-il.

Augmenter la production pour diminuer les prix

En France, Carnegie a signé un partenariat avec EDF Energies Nouvelles et le maître d’œuvres DCNS pour installer une unité Ceto au large de la Réunion. Probablement une bouée Ceto 6, selon Michael Ottaviano.

Il assure que l’électricité produite par Ceto ne coûte pas plus cher que le fioul : entre 20 et 28 centimes d’euros le kilowatth-heure (kwh). Mais elle reste toutefois largement plus chère que le nucléaire ou le charbon. A titre de comparaison, l’électricité est facturée 0,175 € par kwh aux ménages français, et 0,091 aux industries selon Eurostat. Augmenter l’échelle de production de Carnegie pour diminuer les prix, c’est le principal défi que doit relever l’entreprise. D’ici dix ans, son PDG aimerait que son coût de production s’abaisse à 10 centimes d’euros le kwh.

C’est pourquoi le futur projet de Carnegie est déjà sur les rails. Ceto 6 sera constituée de bouées de près de vingt mètres de diamètre et devrait avoir une puissance de 1000 KW (kilowatts) (contre 240 actuellement). Plus de centrale à terre, l’électricité sera générée directement à l’intérieur de chacune de ces immenses bouées, qui seront installées encore plus au large que Ceto 5 et confrontées à des vagues beaucoup plus puissantes. Ce qui permettrait de produire quatre fois plus d’énergie, et de subvenir à 30 à 40 % des besoins en électricité de la base navale de Garden Island. Sa construction devrait débuter en 2016.

Terre d’avenir, vers l’agro-écologie Nature et culture Reporterre 2015/07/21 Nature et culture (21 juillet 2015) Terre d’avenir, vers l’agro-écologie. Reporterre. fr

Terre d’avenir, vers l’agro-écologie

Nature & Culture, en partenariat avec le magazine Bretagne durable, publie un nouvel ouvrage : "Terre d’avenir, vers l’agro-écologie", 88 pages pour favoriser la nécessaire transition agricole du Grand Ouest vers l’agro-écologie.

De quelle agriculture voulons-nous ?

Aujourd’hui, les défis auxquels l’agriculture doit répondre sont très nombreux : nourrir les hommes et les cheptels, produire des matériaux, de l’énergie, répondre aux nouvelles attentes sociales préserver la biodiversité, s’adapter aux changements climatiques... Afin d’y parvenir, une alliance entre l’agronomie et l’écologie - deux sciences regroupées sous le vocable d’agro-écologie - confirme toute sa pertinence. Mais comment mettre en oeuvre et diffuser de véritables pratiques relevant de ce nouveau concept ?

C’est pour répondre à cette question que l’association Nature et Culture s’est tournée vers des agriculteurs et entrepreneurs pionniers déjà rencontrés en 1997 et dont les pratiques avaient fait l’objet d’un 1er « Terre d’avenir » qui avait suscité un très grand intérêt dans le Grand Ouest (10 000 exemplaires).

Terre d’Avenir, vers l’agro-écologie, reprend l’analyse de ces initiatives pionnières tout en présentant des alternatives récemment mises en place par des agriculteurs, des collectivités locales, des citoyens...

Il met aussi en lumière des scénarios originaux, des outils d’accompagnement, des réflexions, des perspectives, mais il soulève également des interrogations sur la capacité de notre société à s’engager rapidement et à grande échelle dans l’agro-écologie.

- Consultez le site de nos amis de Solagro, Osez l’agro-écologie

- Pour commander l’ouvrage (10 euros + 2 euros/ex de frais de port)

L’eau ou l’or. Au Pérou, la lutte des peuples contre des mines dévastatrices Alain Sousa (Reporterre) Reporterre 2015/07/21 Alain Sousa (Reporterre) (21 juillet 2015) L’eau ou l’or. Au Pérou, la lutte des peuples contre des mines dévastatrices. Reporterre. Reportage — Monde fr

L’eau ou l’or. Au Pérou, la lutte des peuples contre des mines dévastatrices

Dans le nord du Pérou, un projet pharaonique de mine d’or baptisée Conga menace les réserves en eau de toute la région de Cajamarca. Les populations locales luttent pour empêcher son implantation, mais le combat est loin d’être gagné et la répression féroce, comme en témoigne la mort de cinq opposants tués en 2012 dans une manifestation.

- Celendin (Pérou), reportage

« Agua Si, Oro No ! » C’est le cri qui retentit depuis plusieurs années à Celendín, petite ville perdue dans les montagnes du nord du Pérou. Ici, l’agriculture est reine, la région possède de nombreuses ressources en eau. Mais le sous-sol est depuis toujours convoité pour ses ressources en or. La région de Cajamarca héberge déjà la plus grande mine d’or d’Amérique du Sud, Yanacocha, exploitée depuis 1993.

Approuvé en 2010 par le gouvernement péruvien, le nouveau projet dénommé Conga est situé à quelques dizaines de kilomètres. Le consortium qui souhaite exploiter la mine est détenu à 51,35 % par Newmont Mining Corporation, une compagnie américaine basée à Denver, Colorado. Suivent un groupe péruvien, Compañía de Minas Buenaventura (CMB, 43,65 %) et International Finance Corporation (IFC, 5 %), une extension de la Banque mondiale. L’investissement prévu approche les 5 milliards de dollars.

Pour les groupes étrangers, venir exploiter l’or au Pérou est extrêmement intéressant. La main d’œuvre est très bon marché, et le gouvernement a adopté une série de mesures incitatives pour aider les multinationales à s’implanter, notamment en facilitant l’achat de terres au détriment des droits des communautés.

Nous ne buvons pas d’or !

Le projet aurait dû démarrer en 2014, mais il est toujours en suspens grâce à la mobilisation citoyenne des habitants de Celendín et de la région. Car la mine constitue une grave menace environnementale, notamment pour les ressources en eau de la région. Le site choisi est placé à l’endroit d’où partent les sources qui alimentent des rivières vers le Pacifique mais également vers l’Amazonie, telle la rivière Marañón, l’une des plus importantes du pays.

Selon l’organisation Front Line Defenders, qui a réalisé une enquête approfondie en 2014, le projet Conga devrait assécher 4 lacs, 27 lagunes, 700 sources et 60 canaux d’irrigation ! Car la mine nécessitera plus de deux millions de mètres cube d’eau par an pour son fonctionnement. Certes, la compagnie minière a promis la construction de quatre réservoirs d’eau, censés remplacer les lacs, dont trois seront destinés à fournir l’eau potable pour les populations locales... Une maigre compensation, qui ne restaurera pas l’écosystème original, et qui de plus placera les populations locales directement sous la dépendance de la compagnie minière pour l’accès à l’eau...

Autre problème de taille, le retraitement de ces millions de mètres cube d’eau, pour éviter la pollution des nappes. Les exemples ne manquent pas au Pérou de contaminations. Selon Hanne Cottyn, de l’association belge Catapa, « 70 % des eaux de la ville de Cajamarca, proche de la mine de Yanacocha, montrent une contamination. A Bambamarca, autre province qui possède plusieurs mines, des problèmes similaires ont été rencontrés. »

L’impact sur les ressources en eau va au-delà de la seule exploitation de la mine : il existe déjà trois projets de barrage dans la région de Celendín et quatre dans la province de Cajamarca. Au moins un de ces barrages sera destiné uniquement à alimenter en énergie le projet Conga en énergie.

La lutte des communautés locales

Les populations locales sont fortement mobilisées contre le projet Conga. Au-delà de la menace directe sur les ressources en eau, les habitants ont en mémoire les précédents concernant la mine de Yanacocha, dont de nombreuses promesses non tenues et autres problèmes de corruption. Et ils restent insensibles aux allégations de développement et d’enrichissement de la province. Les mêmes discours étaient prononcés dans les années 90, lors de l’ouverture de la mine voisine. La région était alors la quatrième région la plus pauvre du Pérou. Après vingt ans d’exploitation de la mine, Cajamarca a dégringolé à la dernière place, devenant la région la plus pauvre du pays, avec 51,9 % de la population qui vit sous le seuil de pauvreté.

Entre les populations et la compagnie minière, l’Etat péruvien a clairement choisi son camp. Les défenseurs de l’environnement sont qualifiés de terroristes, des mesures exceptionnelles de surveillance et de lois anti-agitateurs sont adoptées. L’Etat n’hésite pas à mettre en place l’état d’urgence après les manifestations les plus violentes, ce qui permet des arrestations sommaires, la fouille des maisons sans mandat, et autres mesures arbitraires. On assiste également à des mélanges de rôles, avec des policiers qui sont directement rémunérés par la compagnie minière.

La répression ne se limite pas à une restriction des droits civiques et des libertés. En 2012, cinq manifestants ont été tués par la police, quatre de Celendín et un de Bambamarca, dont un adolescent de 16 ans. Un drame loin d’être unique. Selon l’organisation Global Witness plus de 57 activistes défenseurs de l’environnement sont morts au Pérou entre 2002 et 2014. Il faut ajouter à ce triste bilan les quatre morts entre mars et mai 2015 à Arequipa, lors de manifestations contre un autre projet de mine.

Ironie de l’Histoire, en 1533, dans la ville même de Cajamarca, les conquistadors espagnols réclamaient aux Incas une chambre remplie d’or en échange de la vie de leur empereur Atahualpa. Après avoir reçu le colossal trésor, les conquistadors ont tué l’empereur. Aujourd’hui, les Cajamarquinos paient une nouvelle fois de leur vie pour ce métal précieux.

Pour aller plus loin

Le site d’informations la Mula possède une page consacrée à Celendín.

Le blog Celendín Libre est également une bonne source d’informations.

Plusieurs collectifs de Celendín et Cajamarca possèdent des pages d’information : Grupo de Formación e Intervención para el Desarrollo Sostenible (Grufides) Plataforma interinstitucional de Celendín (PIC)

L’association Catapa, présente à Cajamarca et Celendín, est une organisation belge qui s’engage dans la défense de l’environnement et des populations locales de pays dans lesquels des groupes miniers internationaux sont implantés. L’association agit notamment en Amérique Latine (Pérou, Bolivie, Guatemala) mais aussi en Europe (Roumanie, Grèce).

Elle est notamment membre du collectif Bang ! Ban Cyanide qui s’oppose à l’utilisation du cyanide dans les mines du monde entier. Plus de 180 000 tonnes de ce produit chimique extrêmement toxique pour l’homme et pour l’environnement sont utilisées chaque année par l’industrie minière.

Le documentaire Hija de la Laguna, du realisateur Ernesto Cabellos Damian illustre la lutte d´une femme de Cajamarca contre la mine d´or. Vous pouvez voir la bande annonce sur youtube.

EDF distille la propagande nucléaire dans les lycées avec le feu vert de l’Education nationale Emilie Massemin (Reporterre) Reporterre 2015/07/21 Emilie Massemin (Reporterre) (21 juillet 2015) EDF distille la propagande nucléaire dans les lycées avec le feu vert de l’Education nationale. Reporterre. Enquête — Pédagogie Éducation fr

EDF distille la propagande nucléaire dans les lycées avec le feu vert de l’Education nationale

EDF propose des conférences "sur le développement durable“ dans les établissements scolaires. Vantant subtilement l’énergie nucléaire et stigmatisant la transition énergétique. Reporterre s’est procuré l’enregistrement d’une de ces conférences, au lycée René Char d’Avignon. Analyse.

C’est une leçon un peu spéciale qu’ont reçue les élèves du lycée René Char d’Avignon le 20 avril dernier. A la place de leur cours de principes fondamentaux de l’économie et de la gestion (PFEG), un conférencier leur a parlé production d’électricité et développement durable pendant une heure et demie. Détail troublant, ce monsieur travaille pour l’agence Junium Diffusion, un prestataire d’EDF. Alors que la production d’électricité de ce dernier dans le monde était à 82,2 % nucléaire en 2014.

Cet enseignement était-il aussi neutre qu’on est en droit de l’attendre de l’éducation publique ? Pour le savoir, Reporterre s’est procuré un enregistrement de l’animation proposée par le conférencier aux lycéens de René Char.

En introduction, l’intervenant présente les différents types d’énergie. Il poursuit sur les véhicules électriques, puis sur le pétrole, le gaz et le charbon, dont il souligne le caractère néfaste pour le climat et l’économie française. C’est là qu’arrive le nucléaire, « moyen alternatif » de produire de l’énergie qui « coûtait moins cher » à la France, dépourvue de réserves de gaz, de charbon et de pétrole.

Puis le conférencier détaille le fonctionnement de la filière atomique, de l’extraction de l’uranium à la gestion des déchets radioactifs. Il ne dissimule pas l’impact environnemental de cette industrie même s’il souligne que « l’uranium a un avantage, c’est un minerai à la base peu cher, beaucoup moins que le pétrole ».

« Ceux qui travaillent là [dans le réacteur] sont soumis à la radioactivité, poursuit l’intervenant. On porte bien sûr des combinaisons pour s’en protéger. » Insouciant, il rapporte avoir « pris des doses de radioactivité supérieures à la normale » cet hiver. Des propos qui minimisent les risques, alors qu’une étude du Centre international de recherche sur le cancer (Circ) montre que l’exposition prolongée à de faibles doses de radioactivité accroît le risque de décès par leucémie chez les travailleurs du nucléaire.

Tchernobyl, Fukushima, démantèlement, déchets : le grand déballage

Les catastrophes nucléaires de Tchernobyl et de Fukushima sont évoquées, ainsi que leurs conséquences – mise en en place d’une « zone interdite » et difficultés à gérer les quantités phénoménales d’eau radioactive à Fukushima.

Le grand déballage continue avec les problèmes du démantèlement - « on ne peut pas déconstruire totalement une centrale nucléaire » - et les déchets radioactifs - « il y en a une partie, (…) on ne peut pas enlever la radioactivité, on ne sait pas quoi en faire (…) donc on les stocke ».

Démontrer que le nucléaire est la solution la moins mauvaise

Le conférencier de Junium ne semble donc pas promouvoir ouvertement le nucléaire. En tout cas, il ne cache pas les dangers de ce mode de production. Son discours est plus subtil : démontrer qu’en dépit de ses défauts, l’atome reste la source d’énergie la moins mauvaise. Chose rassurante, les lycéens ne semblent pas dupes.

« Si le nucléaire c’est tellement bien, pourquoi l’Allemagne veut s’en débarrasser, de toutes ses centrales ? », demande l’un d’eux. La réponse fuse, un peu agacée : c’est un « choix politique » suite à l’accident « rarissime » de Fukushima en 2011. Et dans la bouche du conférencier, c’est loin d’être une bonne idée : « Depuis 2011, l’Allemagne rejette énormément de CO2, parce qu’elle a lancé des centrales qui brûlent du charbon. » Ce qui est exact : les émissions de CO2 allemandes sont passées de 742,2 Mt en 2011 à 755,3 Mt en 2012 (cf p. 36 de ce document de l’IAE) - mais ont diminué en 2014. Mais il est possible que ce retour au charbon ne soit que passager : la transition énergétique est en marche outre-Rhin.

Une transition énergétique qui ne semble guère convaincre le conférencier. « [Les Allemands] ont développé massivement l’éolien. Super, ironise-t-il. Vous la contrôlez l’éolienne ? (…) Vous contrôlez rien du tout. » Les autres énergies renouvelables ne trouvent guère grâce à ses yeux. Les centrales hydrauliques, c’est bien, « c’est plus puissant, ça produit plus ». Mais « impact à mesurer (…). Vous inondez une vallée. Donc on déplace des villages ». L’énergie marémotrice, c’est pas mal, les hydroliennes aussi, « mais il y a un souci, c’est d’ordre économique. Produire de l’électricité en pleine mer, (...) techniquement, on sait faire, mais en ce moment c’est très coûteux ».

En revanche, le conférencier n’évoque pas les coûts incontrôlés de la construction de l’EPR, du stockage des déchets et des démantèlements ?

Quant aux économies d’énergie, elles ne sont tout simplement jamais mentionnées, comme si la politique énergétique se résumait au choix de la production d’électricité.

« Pas neutre », juge un parent d’élève

L’intervention de l’envoyé d’EDF au lycée a fait grincer quelques dents chez les parents d’élèves. « Je trouve que ce n’est pas neutre, juge l’un d’eux. Le lycée aurait pu faire venir plusieurs intervenants différents, un dans les énergies renouvelables, un dans le nucléaire, un dans l’efficacité énergétique, pour que les élèves puissent avoir différents points de vue. »

« La question sur l’Allemagne était intéressante à poser, je voulais savoir ce qu’il allait répondre. Mais je trouve qu’il a évité le sujet », relève une élève. La remarque sur les doses de radioactivité l’a laissée perplexe : « Quand il a dit qu’il avait été irradié, il essayait de dédramatiser mais je n’ai pas trouvé ça convaincant. »

De son côté, la proviseure du lycée René Char a indiqué à Reporterre qu’elle n’avait « pas de commentaire à faire sur cette intervention ».

Une convention signée entre EDF et l’Éducation nationale

Cette conférence n’est pas un cas isolé. Elle est délivrée dans le cadre d’une convention qui lie EDF et l’Éducation nationale depuis le 30 avril 2002. Reporterre en a demandé le texte au ministère de l’Éducation nationale, qui ne lui a pas encore envoyé. Le producteur d’électricité propose ainsi quatre types de conférences aux établissements scolaires. Cinq mille interventions ont été réalisées en France pendant l’année scolaire 2013-2014, peut-on lire dans une note envoyée par le service pédagogique d’EDF.

- Télécharger la note d’EDF :

EDF balaie du revers de la main tout soupçon de propagande nucléariste. Les conférences ne traitent pas des activités d’EDF, mais proposent « une vision globale de ce qu’est la production d’électricité et les enjeux d’un mix énergétique, par rapport aux trois piliers du développement durable : social, économique et environnemental », y assure-t-on en réponse aux questions de Reporterre. En plus, les conférenciers ne sont pas payés par EDF, mais par Junium. Ceci, « pour pouvoir donner des conférences en toute neutralité ».

Conférencier... ou responsable d’équipe à la centrale du Tricastin ?

Pourtant, dès les premières minutes de l’enregistrement que s’est procuré Reporterre, la distinction entre conférencier Junium et salarié EDF est gommée. « Je travaille pour EDF, affirme l’intervenant. Une partie de mon métier, la principale, consiste à travailler à la centrale nucléaire du Tricastin. Je m’occupe de gérer une équipe de conduite (…) qui [pilote] le moyen de production. » Un poste opérationnel bien éloigné d’un emploi de conférencier.

- Ecouter le conférencier :

« Ce conférencier de Junium a deux casquettes, puisqu’il est à la fois intervenant en milieu scolaire et chargé de visite au Centre d’information du public (Cip) de Tricastin, c’est peut-être un problème de positionnement, suggère-t-on, un brin agacé, à EDF. Je pense que c’est une maladresse de sa part, c’est dommage car cela lève des questions inutiles. » Mêmes propos du côté d’Estelle Jouvenet, directrice du pôle communication pédagogique de l’agence Junium.

Un travail « main dans la main avec EDF »

Cette dernière explique comment travaille Junium. « Nous avons élaboré les textes, en ligne avec les programmes scolaires et le cahier des charges d’EDF, en y apportant notre savoir-faire. » Un travail mené « main dans la main avec EDF », précise-t-elle. La petite trentaine de conférenciers Junium « ne donne pas que des conférences pour EDF – ils peuvent également proposer des animations sur la sécurité routière pour un autre client, par exemple ».

EDF précise à raison que le groupe industriel n’est pas le seul à proposer des conférences en milieu scolaire. « Total et Engie aussi le font, et pas forcément dans le cadre de conventions. » Le lecteur se souvient du « kit pédagogique » sur le développement durable conseillé par la ministre de l’Éducation Najat Valaud-Belkacem, élaboré par la Fondation Maud Fontenoy, pro-OGM, pro-gaz de schiste et co-dirigée par le milliardaire François Pinault.

Ainsi, les grandes entreprises privées renforcent inexorablement son emprise dans l’éducation des enfants. Avec l’aide de l’Education nationale, et au mépris des principes de neutralité qui fondent l’école républicaine.

L’avenir de l’énergie éolienne : flotter en haute mer Barnabé Binctin (Reporterre) Reporterre 2015/07/22 Barnabé Binctin (Reporterre) (22 juillet 2015) L’avenir de l’énergie éolienne : flotter en haute mer. Reporterre. Énergie fr

L’avenir de l’énergie éolienne : flotter en haute mer

Alors que la loi de transition énergétique, qui doit être adoptée finalement ce mercredi par l’Assemblée nationale, prévoit 32 % d’énergie renouvelable en France d’ici 2030, zoom sur une technologie qui pourrait permettre de réaliser cet objectif : l’éolienne flottante à axe vertical.

- Marseille, reportage

L’éolien en mer, on connaît depuis le premier parc de Vindeby, installé au Danemark en 1991 – et pionnier des 55 parcs opérationnels en Europe qui, avec 8 gigawatts aujourd’hui installés, représente plus de 90 % de la capacité mondiale.

L’éolien marin flottant n’est lui non plus pas tout à fait nouveau, après l’annonce en décembre dernier d’un Appel à manifestation d’intérêt (AMI) doté de 150 millions d’euros, sur ce secteur d’activité au potentiel technique jugé meilleur que le « posé ».

Première mondiale

Mais l’éolien offshore flottant à axe vertical est lui tout à fait nouveau dans le monde des aérogénérateurs. A l’origine du concept, un souci de rendement optimisé : avec des pales tournant à la manière d’un tourniquet, cette éolienne peut profiter du vent dans n’importe quel direction – à la différence des éoliennes classiques qui ne fonctionnent qu’avec un vent de face.

Grâce à des pales penchées à 30° et une inclinaison possible de l’éolienne jusqu’à 15 ou 20° par l’effet de flottaison, l’objectif est d’accroître fortement la capacité de production d’énergie. « La surface balayée augmente quand l’éolienne s’incline », explique ainsi Charles Smadja, cofondateur de la société Nenuphar qui développe cette technologie.

Baptisée Vertiwind, cette turbine pourrait atteindre à terme une puissance de 5 ou 6 MW (mégawatts). Pour l’heure, un tout premier prototype est testé à terre, sur une friche du Grand port de Marseille située à Fos-sur-Mer. Ce démonstrateur à l’échelle 1/3, d’une puissance de 2 MW et pesant 200 tonnes, sert de support aux derniers ajustements avant une première mise en mer programmée pour l’année prochaine, au large des côtes – au sens propre du terme : les éoliennes ne devraient en effet pas être visibles depuis le rivage.

En haute mer

C’est un des intérêts du « flottant » : on pourra installer les éoliennes en haute mer et s’affranchir des contraintes de la bathymétrie (la science de la mesure des profondeurs et du relief de l’océan) qui imposent des fondations aux éoliennes offshore : « Nous ne sommes plus limités par le seuil de trente mètres de profondeur, donc nous pouvons aller plus loin, là où le vent souffle plus fort », dit Charles Smadja, qui souligne que le vent peut souffler jusqu’à 150 km/h au large de Fos. « Mais la production optimum se situe plutôt à une vitesse de vent de 50 km/h. »

L’autre avantage de la technologie, c’est qu’elle fait disparaître la gêne visuelle que suscitent les éoliennes et améliore l’entente avec les pêcheurs, comme l’explique Marie Viala, porte-parole de la société Nénuphar (écouter ici).

Concrètement, l’éolienne reposera donc sur un flotteur – au poids six fois supérieur à celui de l’éolienne – tandis que l’énergie produite sera réinjectée dans le réseau au moyen de câbles d’évacuation semblables aux éoliennes marines. Ces aspects logistiques constituent d’ailleurs les principaux postes d’investissement : « A la différence d’une éolienne terrestre, où l’éolienne en tant que telle représente 80 % des coûts, les flotteurs de notre éolienne et son installation concentrent 70 % des besoins économiques. Tirer un câble en mer coûte 50 millions d’euros », dit Charles Smadja.

Un parc-pilote en 2018

Le modèle économique reste le principal point en suspens. « Pour amortir, ce n’est pas une dizaine d’éoliennes qu’il faut, plutôt une centaine », estime le directeur de la structure. Mais difficile d’en savoir plus sur le business plan du projet. Si l’on sait que plusieurs investisseurs, parmi lesquels la Banque publique d’investissement, Idinvest et Areva, sont entrés au capital de Nenuphar, il est impossible d’en connaître la répartition ni même le montant total. « Ce n’est pas public », tranche M. Smadja. A peine confirme-t-il que le développement de cette technologie coûte « environ une centaine de millions d’euros » à cette entreprise qui emploie aujourd’hui quarante salariés.

On ne sait pas non plus si la société prévoit de participer à l’AMI (appel à manifestation d’intérêt) du Premier Ministre, attendu prochainement et qui a notamment pour but de valider la pertinence technique et économique de ces nouvelles technologies.

- Actualisation du 6 août 2015 : Cet appel d’offres vient d’être publié, le 5 août, par l’Ademe.

Une chose est sûre : un parc-pilote de treize éoliennes flottantes à axe vertical doit voir le jour en 2018 au large de Fos-sur-Mer dans le cadre d’un partenariat avec EDF Energies Nouvelles. Une « première en France », qui se donne pour objectif d’alimenter l’équivalent d’une ville de 50 000 habitants.

Forte de son autonomie alimentaire, la Crète résiste à la Troïka Emmanuel Daniel (Reporterre) Reporterre 2015/07/22 Emmanuel Daniel (Reporterre) (22 juillet 2015) Forte de son autonomie alimentaire, la Crète résiste à la Troïka. Reporterre. Reportage — Grèce fr

Forte de son autonomie alimentaire, la Crète résiste à la Troïka

Toute la Grèce est en train de sombrer sous les coups de boutoir de la Troïka. Toute ? Non ! La Crète, la plus grande des îles, résiste aux puissances de la finance et a voté non à plus de 70 % lors du dernier référendum. Leur autonomie alimentaire permet aux Crétois de s’indigner sans en craindre les conséquences. Quoi qu’il arrive, ils auront toujours de quoi manger.

- Crète, Grèce, reportage

Dans l’avion qui m’amenait en Crète, la plus grande île grecque, je tentais d’imaginer ce que j’allais y trouver. Je m’attendais à tomber sur un pays à genoux, une population aux abois, des queues interminables devant les distributeurs, de la misère à chaque coin de rue. Mais les seules files d’attente que j’ai pu observer sur place étaient celles des touristes à l’aéroport, et aux stations de bus et dans les magasins.

C’est comme si la crise grecque qui fait les gros titres des médias français avait épargné les Crétois. « La Crète est l’île la plus riche de Grèce, ici, il y a beaucoup moins de chômage qu’en métropole. On n’a pas trop à se plaindre. On a le tourisme l’été et l’agriculture l’hiver. C’est dur c’est vrai mais ça l’est encore plus dans le reste du pays », m’explique un chauffeur de taxi.

La Crète tire une bonne partie de ses ressources du tourisme, pourtant, l’idée d’une nouvelle hausse de la TVA (qui est passée de 13 à 23 % ce lundi, notamment pour la restauration) ne semble pas inquiéter outre mesure Vassilis, restaurateur à Heraklion, plus grande ville de l’île. « Ça fera augmenter les prix de quelques centimes, ça ne me fait pas plaisir mais bon, ce n’est pas la fin du monde », m’explique le commerçant qui n’a accepté de me répondre qu’à condition que je lui commande une bière.

Un peu plus bas sur le port, un pêcheur au visage buriné tente de dissimuler son amertume derrière d’énormes lunettes de soleil. Près de son étal quasiment vide, il s’ennuie ferme et fume cigarette sur cigarette. Il accueille ma question sur la nouvelle vague d’austérité avec un haussement d’épaules. « Mon problème c’est le vent force 8 Beaufort, qui m’empêche de travailler », m’explique-t-il. Comme lui, depuis deux jours, les petits pêcheurs sont bloqués au port et privés de revenus.

Dans le centre-ville envahi par les touristes, le tenancier d’une épicerie aux rayons clairsemés m’accueille avec un sourire dénué de tout signe de préoccupation. Il admet néanmoins que la fermeture des banques n’est pas bonne pour le commerce et se réjouit de les voir rouvrir lundi. Lui n’a même pas de compte bancaire. « Je n’aime pas les banques, je ne leur fais pas confiance », explique-t-il. Comme un nombre conséquent de Grecs, il fait plus confiance à ses bas de laine qu’à son banquier pour veiller sur ses euros. Et la situation de ces derniers jours ne risque pas de le faire changer d’avis.

« Mon père a une retraite de 300 € pour lui et mon petit frère »

La plupart de mes interlocuteurs refusent d’évoquer la difficulté de la situation, comme si en parler revenait à la rendre réelle. Mais même si les Crétois s’en sortent mieux que le reste de leurs compatriotes, ils ne sont pas à envier pour autant. Un couple de restaurateurs de Rethymnos, cité balnéaire au nord de l’île, qui souhaite rester anonyme, me déclare non sans gêne qu’ils vont être obligés de frauder la TVA pour s’en sortir.

Yorgos, qui tient lui aussi un « restaurant familial » non loin de là, ne décolère pas depuis qu’il a appris cette nouvelle hausse. « On ne peut pas se permettre de répercuter les prix sur les clients sinon on les ferait fuir. Papandreou, Samaras, Tsipras, ça fait cinq ans que l’on nous impose des sacrifices pour que l’économie redémarre mais on voit bien que ça ne marche pas et ce sont toujours les mêmes qui trinquent. Moi je m’en sors car je suis propriétaire mais beaucoup de mes confrères vont avoir du mal à payer le loyer cet hiver quand les touristes seront partis. »

Visiblement affecté par l’image véhiculée dans les médias sur le peuple grec, il se sent obligé de se justifier sans que je lui demande quoi que ce soit. « On nous dit que nous sommes des mauvais européens. Mais on n’est pas des fainéants, on travaille sept jours sur sept, enfin pour ceux qui ont la chance de trouver du travail. » Pour lui, c’est « une guerre économique où la dette a remplacé les canons. Ils veulent détruire notre pays et nous empêcher de nous relever. »

Pour illustrer les conséquences de l’austérité, il prend l’exemple de sa famille. « Mon père a une retraite de 300 € pour lui et mon petit frère qui n’a pas de travail. » Mais il se reprend vite et, comme s’il s’en voulait de s’être laissé aller, relativise sa situation en pensant aux habitants d’Athènes, où « il n’y a plus de liens familiaux aussi forts qu’ici qui permettent aux gens de survivre grâce à la solidarité ».

« Nous n’avons peur de rien »

Si les Crétois accueillent avec une passivité relative les mesures qui font hurler les Athéniens, c’est que leur économie ne repose pas que sur le tourisme. L’agriculture les aide à tenir le coup. Une femme aux grands yeux curieux me dresse une liste à la Prévert de ce que le pays produit : « Lait, miel, huile, céréales, citron, oranges, moutons, légumes en tous genres, chèvres, poissons, et bien sûr l’huile d’olive. Il y a même des bananes à l’Est de l’île. »

En effet, la Crète est l’une des rares îles grecques qui pourrait s’en sortir sans le tourisme. En plus de créer une manne d’emplois conséquente pendant l’hiver, ce secteur permet aux insulaires de se nourrir sans dépenser d’argent. Yorgos, le restaurateur mécontent, m’explique qu’il a quelques chèvres et un potager qui l’aident à tenir, notamment hors saison, quand les touristes et leurs euros ne sont plus là.

C’est donc là que réside le secret de la sérénité des Crétois. « Nous sommes autonomes. Tout le monde ici sait faire pousser des légumes. Nous n’avons peur de rien. Nous avons tout ce dont nous avons besoin ici pour vivre. C’est pour ça qu’on n’a pas peur de la Troika », m’assure une vendeuse de produits locaux située dans la vieille-ville d’Heraklion.

Propagande pro-Oui

Comme elle, 70 % des Crétois ont dit non lors du référendum. Pour cette femme à la parole facile, l’autonomie de l’île n’est pas étrangère au refus net affiché lors du référendum. Beaucoup de mes interlocuteurs s’indignent quand je leur demande ce qu’ils ont voté : « OXI, évidemment ». Seule Aristea, conseillère municipale à Heraklion m’a avoué avoir voté Oui. « Je suis très heureuse que Tsipras ait réussi à trouver un accord. Une sortie de l’euro aurait été catastrophique pour le pays. Je ne veux pas d’un retour à la drachme. Je crois qu’on peut changer l’Europe. Je crois en la collaboration entre les peuples. »

Un argument que l’on entend aussi chez certains partisans du Non. « Pour beaucoup de grecs, l’euro c’était l’entrée dans la modernité. On n’était enfin plus considérés comme un pays des Balkans. Sortir de l’euro, c’est revenir en arrière, c’est perçu comme une régression », m’explique Dimitri. Et pour cet ancien publicitaire devenu activiste, cette croyance ne vient pas de nulle part. « Donne moi le contrôle des médias et je te dirai quoi penser », glisse-il en dénonçant la propagande pro-euro dans les médias depuis des années et celle encore plus frappante en faveur du Oui qui a eu lieu la semaine qui a précédé le referendum.

Aglae, une jeune femme impliquée dans les mouvements alternatifs « refuse de céder au chantage. On nous a fait croire que sortir de l’euro c’était la mort assurée, moi je vois que c’est en restant dans l’euro que l’on meurt », argue-t-elle en citant les conséquences sanitaires effroyables de l’austérité.

Yannis, membre d’un restaurant coopératif lui aussi souhaiterait un retour à la drachme. « Le seul effet positif de cet accord c’est qu’il a fait réfléchir les gens. Maintenant, on ne nous prend plus pour des fous quand on dit qu’on veut sortir de l’euro. Pour moi, c’est la seule possibilité pour mettre en place une autre politique : nationalisation des banques, annulation de la dette, économie alternative basée sur la coopération... », développe ce militant anti-fasciste.

Avancer dans l’incertitude

Pour Christine, une trentenaire en perpétuelle recherche de petits boulots, le refus de l’accord n’a rien à voir avec une quelconque rationalité économique mais trouve sa source dans la culture, la géographie et l’histoire de l’île. Elle prend son petit déjeuner dans une cuisine dont une des fenêtres donne directement sur la mer agitée. C’est avec poésie qu’elle analyse le OXI crétois au référendum, un non à l’humiliation et au colonialisme financier.

« La nature sauvage a forgé notre caractère. Les montagnes, la chaleur, le vent font qu’on ne se laisse pas faire, dit-elle en accueillant avec bienveillance les puissantes rafales qui s’engouffrent par la fenêtre. On a aussi une culture de la résistance. Nous avons subi de nombreuses attaques tout au long de notre histoire : les pirates, les Ottomans, les Byzantins, et même les nazis pendant la seconde guerre mondiale. Maintenant c’est la Troïka. Nous avons connu bien pire et on ne se laissera pas faire par quelques crapules en costume. »

Sans nier la propension à la résistance de ses compatriotes, Vassilis, jeune ingénieur au chômage, met en avant un paradoxe : « Nous sommes un peuple plutôt aisé mais je crois que nous aimons l’idée de révolution. » Et il précise que si les Crétois ont voté massivement pour le non, ils ont dans un passé proche fait des choix contraires : « Quand la mode était au Pasok, il ont voté Pasok [parti social démocrate], quand les conservateurs étaient au pouvoir, ils ont aussi voté pour eux. On suit le sens du vent ! »

Si la plupart des personnes rencontrées dénoncent unanimement les technocrates de la Troïka qui mènent « une guerre économique où la dette a remplacé les fusils », selon Yorgos, ils sont plus mesurés en ce qui concerne Tsipras et son gouvernement qui bénéficient d’une surprenante indulgence. « Il a été courageux, il n’aurait pas pu faire mieux », m’a-t-on souvent dit en expliquant qu’il devait résoudre une équation impossible : stopper l’austérité sans quitter la zone euro. Yannis au contraire est très remonté contre le premier ministre : « C’était le seul qui aurait pu faire passer ce nouveau plan d’austérité sans déclencher d’émeute grâce à sa côte de popularité. C’est un véritable traître. »

Avec une trentaine d’amis activistes, il se réunissait ce dimanche dans un café pour tenter de réfléchir à une « alternative à l’austérité, par en bas sans les partis politiques », mais qui s’appuierait sur les nombreuses initiatives de solidarité qui ont émergé avec la crise. Leur but, faire barrage à Aube Dorée qui va tenter d’emprunter l’autoroute de déception et de colère créée par Syriza.

Mais quelles que soient leurs opinions politiques, ils sont tous d’accord pour dire que le chemin vers des jours meilleurs sera long et semé d’embûches. Yorgos, attablé dans son restaurant à l’ombre d’un parasol, n’a lui aucune idée de la marche à suivre pour sortir de l’impasse actuelle, mais il ne désespère pas pour autant. « On survit. Pour l’instant la situation est confuse. Je pense qu’on va s’en sortir mais je ne sais pas trop comment. »

Hydrogène naturel. La prochaine révolution énergétique ? Alain Prinzhofer et Éric Deville Reporterre 2015/07/23 Alain Prinzhofer et Éric Deville (23 juillet 2015) Hydrogène naturel. La prochaine révolution énergétique ?. Reporterre. fr

Hydrogène naturel. La prochaine révolution énergétique ?

Ce livre raconte une découverte exceptionnelle, celle de la production en quantité d’hydrogène naturel par notre planète. Il y a cinq ans, les auteurs de ce livre, tous deux géologues, constatent, à l’invitation d’une équipe russe, que ce gaz s’échappe du sol un peu partout en Russie. Mieux, les images par satellite et les mesures de terrain leur permettent de détecter des flux abondants sur tous les continents ! C’est une surprise de taille car les spécialistes ont toujours considéré que ce gaz ne pouvait pas se former dans le sous-sol. -

Les atouts de l’hydrogène sont multiples : sa combustion ne libère pas de gaz carbonique, sa genèse dans le sous-sol est continue – alors que les réserves de pétrole s’épuisent – et son exploitation ne nécessite pas de forage profond.-

Comment expliquer de tels flux d’hydrogène ? Comment exploiter ce gaz ? Le fait d’en trouver en abondance rend-il envisageable une récupération industrielle ? C’est à ces questions et bien d’autres que répond ce livre. Alors, sommes-nous à l’aube d’une nouvelle révolution énergétique ?

Les auteurs

Alain Prinzhofer est docteur d’État de l’Université Paris-6 en géologie-géochimie. Il a travaillé dans la recherche académique (formation des magmas, différentiation des planètes) et appliquée, avec 20 ans passés à l’Institut français du pétrole et des énergies nouvelles (IFPEN). Il est aujourd’hui directeur scientifique de la jeune entreprise de consulting GEO4U (Brésil), dans le secteur de l’exploration du gaz naturel, professeur affilié à l’Institut de physique du globe de Paris (IPGP) et au Laboratoire interdisciplinaire des énergies de demain (LIED, UMR de Paris-7).

Eric Deville est géologue à IFPEN, professeur à IFP School. Il a été impliqué dans de multiples projets concernant des recherches exploratoires ou appliquées, à terre comme en mer. Il s’intéresse désormais à mieux comprendre les processus d’émissions de gaz naturellement relâchées par la planète, en particulier l’hydrogène.

Hydrogène naturel. La prochaine révolution énergétique ?, de Alain Prinzhofer et Éric Deville, Editions Belin, 18.00 €

Le gouvernement est pathologiquement sensible aux lobbies Noël Mamère Reporterre 2015/07/23 Noël Mamère (23 juillet 2015) Le gouvernement est pathologiquement sensible aux lobbies. Reporterre. Chroniques de Noël Mamère fr

Le gouvernement est pathologiquement sensible aux lobbies

Justice incohérente sur Roybon et Notre-Dame-des-Landes. Infâme magouille du 49-3 pour imposer les déchets nucléaires de Cigeo. Libéralisation des autocars. Absence totale de réaction au rapport sur le coût de la pollution de l’air... Entre promesses électorales abandonnées en rase campagne et bras d’honneur aux associations, le gouvernement porte haut l’étendard de l’hypocrisie écologique.

La justice administrative n’aime rien tant que de jouer sur les nerfs des associations ! Elle vient de nous en apporter une nouvelle preuve sur les deux dossiers hyper-sensibles que sont Roybon et Notre-Dame-des-Landes.

Conception archaïque du progrès

Dans le premier cas, elle donne raison aux associations sur la protection des zones humides, mais rejette leur recours sur les espèces protégées ; dans le second, elle rejette en bloc les dix-sept recours visant à bloquer le projet d’aéroport. Cela signifie-t-il pour autant que le Center Parcs de Pierres et Vacances - 200 « cottages » en forêt de Chambaran - ne se réalisera pas et que l’aéroport de Vinci et de ses amis se fera ? Rien n’est moins sûr.

Pourtant, à entendre le Premier ministre, Manuel Valls, déclarant que les travaux de Notre-Dame-des-landes vont enfin pouvoir commencer, on se dit que « l’affaire est pliée » et que les barons locaux de la politique et de l’économie l’on emporté. C’est sans compter sur la détermination des zadistes et de leurs soutiens, qui ne sont pas près de céder devant deux grands projets inutiles, en contradiction totale avec les exigences de ce 21e siècle qui doit être économe en énergie et en consommation de territoire.

A Notre-Dame-des-landes, ils viennent de recevoir le soutien inattendu de la CGT qui se prononce pour une extension de l’actuel aéroport de Nantes, comme le proposent pas mal d’associations qui ont déposé ces fameux recours. Le gouvernement est maintenant devant ses responsabilités. Il ne va pas pouvoir se cacher encore bien longtemps derrière la justice. Ce sera pour nous une occasion de vérifier si, à quelques mois de la conférence de Paris sur le climat, il est capable de sortir de sa conception archaïque du progrès et de son double discours sur l’écologie.

Infâme petite magouille

Car, en la matière, nous avons été servis durant ces dernières semaines ! Je pense en particulier à cette infâme petite magouille, concoctée par le sénateur de droite Longuet, avec la complicité du gouvernement, consistant à profiter du 49.3 - qui devrait s’appeler « circulez, y’à rien à voir » - appliqué à la loi Macron pour valider le projet « Cigeo » d’enfouissement des déchets nucléaires en grande profondeur, sur le site de Bure.

C’est d’abord un joli bras d’honneur adressé aux associations qui se battent contre ce projet dangereux depuis des années et, accessoirement, une marque de mépris pour ceux de nos amis qui croyaient dur comme fer aux promesses de Macron de ne pas inscrire ce projet dans sa loi en échange de leur vote… Comme le disait le défunt Pasqua, « les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent ».

C’est aussi la publication des décrets Macron concernant la libéralisation des transports par autocar qui confirme en tous points ce que certains d’entre nous annonçaient : une concurrence déloyale faite aux trains inter-cités et aux lignes ferroviaires en difficulté… Avec l’aimable complicité de la SNCF, trop contente de se débarrasser du fardeau de la proximité au profit de l’investissement capitaliste dans le co-voiturage, qui n’est pas franchement sa vocation première. En matière de lutte contre l’effet de serre et de désertification des territoires, peut mieux faire !

Sensibilité pathologique aux poids des lobbies

Enfin, ce rapport de la commission d’enquête du Sénat sur la pollution de l’air, intitulé : « le coût de l’inaction », qui affiche le chiffre astronomique de 100 milliards d’euros par an, en dépenses de santé, absentéisme dans les entreprises ou baisse des rendements agricoles… « La pollution atmosphérique n’est pas qu’une aberration sanitaire, mais une aberration économique », écrivent mes collègues sénateurs. Et je ne sache pas que nous avons affaire ici à de dangereux ultras de l’écologie ! Constat qui s’ajoute à celui de l’OMS selon lequel les particules fines provoquent 42000 morts prématurées par an, en France.

Réponse du gouvernement ? A peu près le néant. A l’exception de Ségolène Royal, mais pour dire son refus d’aligner au plus vite la taxation sur le diesel à celle de l’essence ! Et pendant ce temps, l’Etat continue de verser 8 milliards par an aux constructeurs automobiles qui privilégient toujours le diesel , ainsi que de nombreuses exonérations fiscales. On savait ce gouvernement sensible au poids des lobbies mais, à ce point, ça devient pathologique !

Une dernière preuve ? Il suffit que les producteurs de viande et de lait bloquent la ville de Caen, si chère au Président de la République, pour qu’il annonce un « plan d’urgence ». Comment va-t-il s’y prendre entre le lobby de la grande distribution, qui étrangle ce secteur agricole, et celui des amis de M. Beulin, le patron de la FNSEA, auxquels il faudrait expliquer que nous consommerons de moins en moins de viande et qu’il serait nécessaire de favoriser dès maintenant leur reconversion… Mais tout cela n’était qu’un rêve de campagne qui a vite tourné au cauchemar.

L’incroyable histoire de la loi sur la transition énergétique, que vous raconte une frise exclusive Barnabé Binctin (Reporterre) Reporterre 2015/07/23 Barnabé Binctin (Reporterre) (23 juillet 2015) L’incroyable histoire de la loi sur la transition énergétique, que vous raconte une frise exclusive. Reporterre. fr

L’incroyable histoire de la loi sur la transition énergétique, que vous raconte une frise exclusive

Trois ans de batailles, de cahots, de lobbying, pour parvenir, mercredi 23 juillet, au vote par l’Assemblée nationale de la loi sur la transition énergétique. Elle consacre l’objectif de réduire la consommation énergétique de 50 % en 2050. Mais nombre de choix concrets sont repoussés à plus tard, et la réduction du nucléaire n’est pas vraiment engagée. Dans une frise chronologique exclusive, Reporterre déroule les trois ans de cette bataille de l’énergie.

Une loi annoncée comme une priorité par le nouveau président Hollande mais votée seulement trois ans plus tard, un débat public quitté par les grandes associations écologistes, un parcours législatif qui a vu les deux chambres s’écharper sur fond de nucléaire...

L’adoption de la loi de transition énergétique, votée mercredi 23 juillet par les députés, fut longue et pleine de rebondissements. Reporterre vous en propose une synthèse chronologique et interactive :

Les grands objectifs fixés par la loi

Voici les principaux objectifs devant maintenant guider la politique énergétique :

1 - Réduire les émissions de gaz à effet de serre de 40 % entre 1990 et 2030 et de diviser par quatre les émissions de gaz à effet de serre entre 1990 et 2050.

2 - Réduire la consommation énergétique finale de 50 % en 2050 par rapport à la référence 2012, en visant un objectif intermédiaire de 20 % en 2030.

3 - Réduire la consommation énergétique primaire des énergies fossiles de 30 % en 2030 par rapport à la référence 2012.

4 - Porter la part des énergies renouvelables à 23 % de la consommation finale brute d’énergie en 2020 et à 32 % de cette consommation en 2030 ; à cette date, pour parvenir à cet objectif, les énergies renouvelables doivent représenter 40 % de la production d’électricité, 38 % de la consommation finale de chaleur, 15 % de la consommation finale de carburant et 10 % de la consommation de gaz.

5 - Réduire la part du nucléaire dans la production d’électricité à 50 % à l’horizon 2025.

- Lire le texte complet de la loi : Assemblée nationale

Ultimes rebondissements... et la déception

Il n’y avait plus guère d’enjeux lors du dernier examen du texte, mercredi 23 juillet, à l’Assemblée nationale. Après tant d’allers et retours, les objectifs étaient aussi connus que les positions des deux chambres sur le sujet. Seul point en suspens, la réduction de la part du nucléaire a vu son échéance de 2025 réintroduite dans le texte final, là où le Sénat s’évertuait à la faire disparaître.

Pour autant, la loi votée ne convient guère aux différents responsables écologistes engagés sur ce texte. « Elle fixe les grands objectifs mais on ne sait pas comment on y va » dit Anne Bringault, coordinatrice des Acteurs en transition énergétique. En cause, la « PPE » : la programmation pluriannuelle de l’énergie, un instrument essentiel de pilotage de la politique énergétique. « Elle permet de décliner les objectifs par filière jusqu’en 2023 et de dire concrètement combien on compte faire d’éolien, combien de solaire et donc combien on ferme de réacteurs » poursuit Anne Bringault.

Problème : un amendement gouvernemental voté au Sénat, et maintenu dans la version définitive adoptée, supprime toute référence à la publication de cette PPE, initialement prévue au 31 décembre 2015. « Ils ont eu peur de rentrer dans le dur, analyse Raphaël Claustres, directeur du CLER (Comité de liaison des Energies renouvelables). C’est un outil qui oblige le gouvernement à faire des arbitrages concrets et à révéler ainsi ses véritables intentions sur la politique énergétique qu’il entend mener ».

Derrière cet énième détricotage se cache toujours la même problématique : le maintien de l’activité nucléaire. « Comment imaginer la concrétisation de la "réduction de la part du nucléaire à 50% d’ici 2025" alors qu’aucune mesure ne permet d’imaginer comment cette promesse est susceptible de se réaliser ? Ni la loi, ni la Programmation Pluriannuelle de l’Énergie encore inexistante ne contiennent de perspectives de fermeture de centrales ou de scénario de déroulement », observe le Réseau Sortir du Nucléaire. En l’état, la loi ne prévoit donc pas la fermeture de Fessenheim…

Les plus optimistes tâchent de se consoler avec l’augmentation de la fiscalité carbone, puisqu’un amendement fixe un objectif de 56 euros en 2020 et de 100 euros en 2030. « Une avancée majeure », souligne Denis Baupin, le rapporteur spécial du texte. Pas sûr que cela suffise à faire oublier tous les renoncements et toutes les lacunes d’un texte qui risque fort de ne rester qu’une déclaration d’intention. En matière de transition énergétique, il n’y a jamais eu aussi loin de la coupe aux lèvres…

Merci, amies et amis de Reporterre, on va bien, grâce à vous Par Hervé Kempf Reporterre 2015/07/24 Par Hervé Kempf (24 juillet 2015) Merci, amies et amis de Reporterre, on va bien, grâce à vous. Reporterre. Édito — fr

Merci, amies et amis de Reporterre, on va bien, grâce à vous

Fin aujourd’hui de la campagne de soutien à Reporterre. Pleinement réussie, merci à vous ! On continue, en pleine forme.

Quand le 23 juin, on a lancé la campagne de soutien à Reporterre, on avait le trac, comme un comédien avant d’entrer en scène : les lecteurs vont-ils être là ? est-ce que ce qu’on fait est suffisamment bien ? n’est-il pas trop tard, alors que les vacances approchent ? Et puis, on l’a fait, sans se laisser paralyser par le doute, parce qu’on voulait vous parler avant le grand saut estival, vous dire qui on était, comment on travaillait, établir ce lien d’amitié qu’on sent bien mais qui est invisible dans la tombée quotidienne de l’information. Et aussi, puisque l’argent est un carburant essentiel pour une information libre et indépendante, vous demander de remplir la caisse, parce que, même si on a une gestion très rigoureuse, la modestie des moyens commence à rendre difficile de bien travailler.

Eh bien... vous avez été formidables. Aujourd’hui, 24 juillet, fin de la campagne, vous nous avez comblé : de mots gentils, de lettres émouvantes, et des moyens de travailler, avec plus que les 30 000 euros qu’on vous demandait.

Grâce à vous, nous avons plus de six mois de trésorerie devant nous, et on va pouvoir faire exactement ce qu’on vous demandait :

- engager un journaliste supplémentaire pour suivre encore mieux les enjeux climatiques, - renforcer le secrétariat de rédaction, - passer à plein temps le poste de chargée de développement, - augmenter le tarif des « piges » des collaborateurs extérieurs.

Ainsi que louer cinq postes de travail à La Ruche plutôt que les trois où la rédaction se tasse en ce moment.

Et puis lancer divers projets rédactionnels, avec aussi l’appui de fondations (Un monde par tous, Pour une terre humaine, De France, Luciole) et le Conseil régional d’Ile-de-France : - Climat et quartiers populaires, pour que la voix des gens « d’en bas » puisse être entendu dans le brouhaha qui s’annonce pour la COP 21 ; - le Kit de la COP 21 : un instrument pratique pour tout savoir sur le climat et la COP 21 sans y passer des heures ; - la Rencontre de Reporterre sur les biens communs : parce qu’une voie existe entre le marché et l’Etat, celle des communs (voyez nos premiers articles).

Tout cela n’a qu’un but : assurer une bonne information, originale, rigoureuse, pertinente, indépendante, sur l’écologie. Tous les jours, révéler, expliquer, réfléchir, espérer. Casser le monopole des médias néo-libéraux, financés par les milliardaires et par l’Etat, pour porter le regard de l’écologie - le plus grand défi du siècle - sur l’actualité.

On va continuer à le faire, avec vous, grâce à vous, pour vous, et en restant en accès libre et sans publicité, pour que cette information puisse se répandre sans limites. Quand vous soutenez Reporterre, quand vous nous donnez de quoi travailler, vous donnez en fait à d’autres la possibilité de s’informer autrement.

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Le projet minier d’une ex-filiale d’Areva menace l’environnement en Creuse Eloïse Lebourg (Reporterre) Reporterre 2015/07/24 Eloïse Lebourg (Reporterre) (24 juillet 2015) Le projet minier d’une ex-filiale d’Areva menace l’environnement en Creuse. Reporterre. Reportage — Pollutions fr

Le projet minier d’une ex-filiale d’Areva menace l’environnement en Creuse

Quand une ex-filiale d’Areva veut relancer l’exploitation minière en Creuse, l’équilibre environnemental et économique d’une zone rurale vacille. Le projet est contesté par des habitants et des élus locaux. Ils refusent de voir une installation classée Seveso dans un environnement naturel protégé. Ils se retrouvent samedi 25 juillet au festival No Mine’s Land.

- Lussat (Creuse), reportage

Dans le nord de la Creuse, aux alentours de Lussat, entre Aubusson et Guéret, le collectif « Stop Mines 23 » organise un rassemblement national, samedi 25 juillet 2015. Un festival militant pour protester contre la fièvre de l’extraction des ressources non renouvelables qui touche la planète, au Sud comme au Nord, et qui atteint maintenant le Limousin.

Il faut revenir dans les années 80 pour saisir ce qui se trame ici. A cette époque, la mode est à la recherche d’uranium. Total s’intéresse aux gisements aurifères de cette région géologique remarquable dont le sous-sol contient d’autres métaux, comme l’arsenic ou l’antimoine. De 1904 à 1955, la mine d’or, dite « du Châtelet », y a été exploitée sur la commune de Budelière.

En 1980, Total obtient des permis de recherche qui lui permettent de creuser 24 kilomètres de forages et 700 mètres de galerie, et d’exploiter la carrière pilote de Varennes. Ces travaux aboutissent à la cartographie d’un gisement de 30 tonnes d’or et au dépôt d’une demande de concession dite « Concession de Villeranges (23) ». Mais cette demande, qui annonçait l’exploitation de mines à ciel ouvert, est refusée deux fois par le ministère de l’Industrie. Alors que le cours de l’or est au plus bas, le premier rejet est motivé pour défaut dans l’enquête publique, et le deuxième, en 1997, pour motif économique.

En Creuse, on finit par oublier cette histoire… Jusqu’au jour où, en 2013, Arnaud Montebourg, alors ministre du Redressement productif, prône le renouveau de l’exploitation minière en France. Dix-huit sites miniers sont annoncés en métropole et en Guyane. Le premier permis accordé est celui de Tennie dans la Sarthe, à l’entreprise Variscan.

Le deuxième est creusois, près de Lussat. Quelques citoyens découvrent dans un entrefilet du journal local l’arrivée de Cominor (voir encadré en fin d’article), qui veut se lancer dans la recherche de métaux précieux.

Une consultation publique du ministère est lancée en plein été et sur internet. Elle ne reçoit que treize réponses, dont la majorité par des étudiants en géologie.

Les Creusois, eux, n’ont pas leur mot à dire. Les maires des sept communes concernées sont même conviés à une réunion au cours de laquelle le préfet et Cominor expliquent le projet… sans demander l’avis de quiconque. La maire du petit village d’Auge est la seule des élus à afficher en mairie le compte rendu de la réunion. En novembre 2013, l’accord du permis est validé sans que personne ne soit vraiment au courant.

Les mines, on connait déjà - et ce n’est pas bien

De 1955 à 2010, les anciennes mines d’or du Châtelet ont été laissées à l’abandon, les déchets arséniés exposés aux vents et aux ruissellements, charriant des métaux lourds dans la Tardes, la rivière qui coule aux pieds du stérile minier - les gorges de la Tarde sont aujourd’hui classées Natura 2000. Après des années d’alerte de la population, il a fallu attendre la mort de deux vaches pâturant sur la zone pour que l’État réagisse.

Les pouvoirs publics ont opté pour une mise en sécurité du site, achevée en 2012. Car il stocke toujours 550 000 tonnes de résidus arseniés et cyanurés. Une partie en est alors mis en sécurité sous une bâche, le site est grillagé, le tout pour un coût de 4,5 millions d’euros payés par le contribuable.

La Creuse, du fait de la nature de son sous-sol et de son passif en termes d’exploitation aurifère, détient dans ses eaux un taux d’arsenic bien supérieur à la moyenne nationale. Le Limousin est aussi lourdement touché par la pollution des anciennes mines d’uranium et accueille encore les déchets d’Areva sur le site de Bessines.

Ces mauvais souvenirs soulèvent l’inquiétude, quand le projet de Cominor commence à être connu. D’abord parce que la vente d’un des châteaux de Lussat, ainsi que d’autres ventes immobilières, ont été annulées quand les acheteurs potentiels ont appris l’installation de la mine. Mathieu, agriculteur sur une des communes avoisinantes de la future mine ne décolère pas : « J’ai repris en 2014 la ferme de mon père avec qui je travaille depuis 2004. Je suis en train de tout convertir en agriculture bio pour 2016. Une seule de mes parcelles est dans le permis minier, mais il ne faut pas être nigaud, la pollution ne s’arrêtera pas au tracé sur la carte ! »

Sinon, la perspective angoissante du sort des agriculteurs de Salsigne est pour lui inévitable. Ce village de l’Aude a connu une mine exploité pour l’or et l’arsenic pendant un siècle. Dix ans après sa fermeture, la pollution y sévit toujours. « 120 tonnes d’or ont été arrachées à la terre, dit Mathieu, six communes sont concernées par un arrêté préfectoral reconduit chaque année qui leur interdit de consommer ou de vendre leurs fruits et légumes ; ils sont en pleine enquête sanitaire, procédure juridique. La commune est la plus polluée de France ! Voilà ce que deviendra la Creuse bientôt. »

L’explication du désastre de Salsigne ? Il est impossible de récupérer l’or sans l’utilisation massive de produits chimiques tels que le cyanure. Les métaux lourds ont fini par rejoindre les cours d’eau, les cheminées des fours des usines ont craché leurs fumées toxiques à des kilomètres à la ronde.

Un projet qui menace des sites naturels protégés

Les travaux prévus en Creuse par Cominor se situent dans la vallée de la Voueize, une zone humide classée Znieff (Zone naturelle d’intérêt écologique faunistique et floristique), juste en amont du site inscrit des Gorges de la Voueize. Le permis minier coupe le double site Natura 2000 de l’étang des Landes, une réserve naturelle de 165 hectares, zone de protection spéciale abritant des centaines d’espèces d’oiseaux, d’insectes, d’amphibiens et de plantes. Les forages seraient réalisés à proximité de l’étang dont la maison des gardes a été récemment restaurée afin d’accueillir les touristes et de sensibiliser le public à la protection de l’environnement dans l’un des sites les plus visités de Creuse. Et pour finir, une partie des gisements se situent sur la seule véritable nappe phréatique qui alimente dix-huit communes en eau potable.

Mais le projet ne passe pas. Les services de la préfecture ont alerté sur la présence de ces sites « à protéger », les citoyens se sont mobilisés, le Conseil départemental de la Creuse a écrit à l’État et voté une motion, le 2 juillet dernier, demandant l’annulation de ce permis minier et signifiant son désaccord. Le Conseil régional et certains conseils municipaux ont fait de même. Cela n’a pas empêché La Mancha, ex-filiale "métaux précieux" d’Areva et propriétaire de Cominor, d’annoncer que l’exploitation des mines débuterait en 2019, avec au programme, l’exploitation de mine à ciel ouvert, l’ouverture de tous les gisements de la Creuse et l’installation d’une usine de cyanuration.

Depuis les catastrophes d’Aznacollar en Espagne et de Baia Mare en Roumanie en 2000, ce genre d’usine et ses bassins de stockage sont classés Seveso (réglementation européenne our les sites industriels qui accueillent des produits dangereux, comme l’usine AZF à Toulouse).

Les associations dont Stop mines 23, Sources et rivières du Limousin, Maïouri nature, Guéret environnement, Oui à l’avenir, Creuse citron et le Simples (syndicat d’herboristes), se sont constitués en collectif pour contrer ce projet. Mais il leur faut attendre l’accord des travaux de forage pour lancer un recours juridique. La déclaration des travaux a été déposée en préfecture début avril, stipulant 60 à 80 forages, jusqu’à 350 mètres de profondeur.

COMINOR, UNE FILIALE DE LA MULTINATIONALE LA MANCHA

Cominor appartient à La Mancha, ex-filiale « métaux précieux » d’Areva. En 2012, elle est rachetée par le milliardaire égyptien, Naguib Sawiris et son fonds de pension Weather Investments II, une holding luxembourgeoise qui s’est enrichie en investissant dans les secteurs des télécoms et du bâtiment.

Pour réussir cette reconversion dans la production d’or et diriger La Mancha, il a fait appel au comte Sébastien de Montessus, jugé en 2013 dans l’affaire d’espionnage présumé au sein d’Areva.

La Mancha possède des actifs au Soudan, en Côte d’Ivoire et en Australie. Elle est en train de revendre les parts qu’elle détient dans la mine d’Hassaï à l’État soudanais et investit massivement en Côte d’Ivoire dans une deuxième usine de cyanuration (mines d’Ity). Enfin, Naguib Sawiris vient de prendre le contrôle de la chaîne Euronews.

Quand un camp de vacances de jeunes vit l’écologie au quotidien Emilie Unternehr (Reporterre) Reporterre 2015/07/24 Emilie Unternehr (Reporterre) (24 juillet 2015) Quand un camp de vacances de jeunes vit l’écologie au quotidien. Reporterre. Pédagogie Éducation fr

Quand un camp de vacances de jeunes vit l’écologie au quotidien

Nourriture bio, toilettes sèches et shampoings non chimiques : le camp de vacances des jeunes du Mouvement rural de la jeunesse chrétienne s’est placé cette année sous le signe de l’écologie au quotidien. Pas toujours facile, mais ça marche. Ce qui n’empêche pas de s’amuser, et de gamberger.

- Rouvroy-les-Merles (Oise), reportage

« Les toilettes sèches, on dira ce qu’on voudra, mais je ne trouve pas ça très hygiénique ! », s’exclame Constance, 16 ans. Elle est originaire du Nord-Pas-de-Calais et se retrouve ces jours-ci à Rouvroy-les-Merles, commune picarde d’une cinquantaine d’habitants, où le camp écologique du Mouvement rural de la jeunesse chrétienne (MRJC) s’est installé cette année. Des champs à perte de vue, et quelques maisons en brique rouge entourent le camp, établi dans un ancien lycée agricole. Le MRJC est un mouvement présent dans plusieurs régions en France, qui regroupe des lycéens, sans distinction de croyance religieuse ou d’origine géographique.

Des camps régionaux sont organisés tous les ans, mais à l’échelle nationale les regroupements sont plus rares. Cette année l’équipe picarde, très impliquée dans les questions écologiques, a organisé un camp national en le plaçant sous le signe de l’écologie. « Les MRCJ régionaux ont tous une démarche environnementale importante, c’est un projet global, mais les Picards sont particulièrement investis dans ces questions », confirme François, animateur du camp Pays de la Loire, qui termine son master de sociologie.

Au camp, on vit bio dans tous les sens du terme. Les toilettes sont bien sûr sèches, et tous les savons, shampooings, et produits hygiéniques utilisés respectent la charte des produits biologiques. « Certains jeunes n’en avaient pas apporté, et les animateurs avaient prévu des réserves », dit Claudie, animatrice Rhône-et-Loire.

Se fournir chez les petits producteurs locaux

Quant à la nourriture, « elle est en quasi totalité bio et locale », affirme Guillaume, responsable de l’alimentaire au camp. Arboriculteur picard, Guillaume avait tous les contacts nécessaires pour nourrir 350 personnes. « On fait appel à trois maraîchers du coin, un boulanger, un producteur bio pour les produits laitiers, un producteur de miel et de confitures, un autre pour la viande », poursuit-il. « L’immense majorité des produits sont bios, sauf certains qui sont certifiés sans traitement et qui n’ont pas l’appellation biologique, mais tous sont locaux. »

Plus que le bio, c’est la relocalisation qui est promue. « Je suis convaincu que la dame qui nous vend des poulets qui ne sont pas officiellement bio, mais qui vivent à l’extérieur d’une petite ferme du village, est bien plus écologique que les producteurs des œufs du supermarché qui ont l’étiquette bio », dit François.

Le but est surtout de s’implanter localement, d’aller à la rencontre des gens et de ne pas se contenter de s’installer sur un terrain au hasard. Par exemple des jeunes sont allés arracher des betteraves chez un petit producteur, qui leur a offert des poulets en échange. L’occasion de découvrir une exploitation agricole et de comprendre les enjeux locaux de la région. Les déchets du camp sont évidemment triés, et les déchets organiques (pelures, restes des aliments) sont apportés aux quinze poules et aux deux moutons du camp.

Des douches… en carton

La plupart des jeunes sont déjà sensibilisés à l’écologie par leur famille. « Mes parents ont toujours été très écolos, à la maison on a toujours mangé bio », dit Constance. « Les miens aussi, on se fournit toujours chez des producteurs locaux, on a même construit des toilettes sèches ! », confirme Pierre-Yves, 18 ans, qui vit à Lyon depuis un an et qui a encore du mal à s’adapter à la vie en ville. Bien que dans l’ensemble, la vie écolo convienne aux jeunes comme aux animateurs, elle requiert une adaptation. « J’ai hâte de retrouver des toilettes normales », explique Constance. « Les cosmétiques bio c’était vraiment galère à trouver ! », poursuit Gabriel, 15 ans, dans le camp limousin.

Une autre déconvenue, et pas des moindres : les douches du camp étaient en carton ! Avec les toilettes sèches volontairement fabriquées en carton, le MRJC avait commandé à la même entreprise des douches en bois. Mais une fois les douches livrées, la surprise est de taille quand les organisateurs découvrent des douches en carton. Evidemment, les douches ont vite pris l’eau. Au bout de quelques jours, les jeunes se sont retrouvés avec seulement trois douches, pour 350 personnes. Provisoirement, les participants ont donc pris leurs douches au jet d’eau, en maillot de bain, là où ils faisaient la vaisselle. Mais de nouvelles douches en bois ont vite été construites, pour pallier le problème.

L’ÉCOLOGIE, MAIS PAS QUE !

« Les camps du MRJC m’enrichissent toujours énormément », assure Paula, de l’équipe Picardie, « je grandis un peu plus à chaque camp ». Entre les différents jeux, activités de bricolage, ou chantiers, les lycéens qui participent aux camps viennent avant tout pour échanger, avec des jeunes de leur âge qui s’intéressent aussi aux questions de société. « Ce genre de réflexion, de questionnement, ça n’existe pas au lycée, ça n’intéresse personne là-bas », continue Paula. « Au MRJC, on a tous le même esprit, même si on n’a pas les mêmes idées », confirme Maurine, 17 ans, originaire de Meurthe-et-Moselle et habituée des camps MRJC.

Chaque soir, entre 17 et 19 h, des débats sont organisés entre les jeunes. La diffusion du film La Vague a par exemple donné lieu à une discussion animée sur le thème de la démocratie et des problèmes actuels de la société. « Les idées d’échanges politiques ou économiques viennent des jeunes, moi je suis là pour les aider, mais les débats sont menés par eux », affirme Claudie, animatrice Rhône-et-Loire.

L’objectif de ce camp, et du MRJC en général : « Essayer de changer le monde ensemble, de se prendre en main, notamment sur les questions d’écologie ou de baisse des inégalités », explique François, animateur Pays de la Loire, qui s’investit aussi dans les questions religieuses.

Jeu de rôle grandeur nature

C’est dans cet objectif que les bénévoles ont organisé un week-end entier de jeu de rôles. Une grande première, très attendue par tout le monde. Vendredi 17 juillet, chaque participant a reçu une enveloppe contenant son rôle dans la société et une certaine somme d’argent. Certains se sont retrouvés rentiers avec 1000 « merles » dans leur enveloppe, d’autre mendiants, sans un merle en poche. Les jeunes ont voté pour leur président et c’est maintenant à eux de construire leur nouvelle société, disposant d’une liberté totale.

Des bureaux Pôle emploi, une banque, un supermarché, une fois qu’ils ont pris connaissance de leur nouvelle position dans le monde, les jeunes n’ont plus qu’à chercher du travail, ou à se reposer au club privé. Très vite, certains montent leur association ou leur petite entreprise : vendeur de crêpe, masseur, écrivain d’amour, taxi en brouette, arroseur public… D’autres jouent de la guitare, du saxophone ou de l’accordéon en espérant recevoir quelques merles.

Le nouveau monde s’organise vite, les jeunes faisant preuve de beaucoup de motivation et d’imagination. Certains se font rapidement licencier, d’autres ont quelques problème avec la Sécurité sociale, et certains malchanceux finissent même en prison. « Ça nous donne un avant-goût de la vie active, et j’avoue que ça fait un peu peur ! », s’amuse Julie, de Franche-Comté.

Il faut protéger les requins des humains, alertent les naturalistes Emilie Unternehr (Reporterre) Reporterre 2015/07/25 Emilie Unternehr (Reporterre) (25 juillet 2015) Il faut protéger les requins des humains, alertent les naturalistes. Reporterre. Animaux fr

Il faut protéger les requins des humains, alertent les naturalistes

A la Réunion, la peur pousse les autorités à organiser des pêches punitives contre les squales. Pourtant, aujourd’hui, ce ne sont pas les requins qui représentent une menace pour l’homme, mais bien l’inverse.

« Si les requins disparaissent, c’est toute la toile du vivant qui sera déchirée », proclame François Sarano, plongeur professionnel, docteur en océanographie et ancien conseiller scientifique du commandant Cousteau. C’est à la Maison des océans que François Sarano a pris la parole début juillet pour défendre les requins, lors de la conférence de lancement de la campagne « Les requins protègent les océans, protégeons les requins ». Cette campagne, organisée par l’ASPAS (Association pour la protection des animaux sauvages) et Longitude 181, a deux objectifs : agir juridiquement pour défendre les requins (avec Sea Sheperd notamment), ensuite mettre en place des actions de sensibilisation médiatique.

Selon Marc Giraud, naturaliste et vice-président de l’ASPAS, le problème principal est en effet la peur, largement alimentée par les médias. Une vidéo montrant des hommes en train d’essayer de sauver un requin blanc échoué sur une plage du cap Cod aux Etats-Unis a récemment fait le tour des réseaux sociaux. Sur cette presqu’île du Massachussetts, les baigneurs ont su garder leur sang froid face au squale.

- Voir la vidéo :

« Ici en France, les mentalités sont différentes, on ne verrait pas une telle réaction sur une plage française », affirme Marc Giraud. Selon lui, les Français ont peur des requins parce qu’ils ne les connaissent pas. Et ce manque de connaissances provient avant tout d’un problème de communication : « Les médias ont une idée préconçue des requins, les attaques sont rares donc spectaculaires, alors on continue de parler des requins comme d’un danger. »

Massacre de requins à la Réunion

A la Réunion, les pêches punitives subventionnées par le gouvernement se multiplient, et ce sous l’influence des associations de surfeurs. A coup de slogans du type « Sauvez nos enfants » ou « Rendez-nous la mer », elles s’assurent l’attention des médias et des pouvoirs publics. « Pour ces groupes de surfeurs, la mer est comme une piscine, ils n’acceptent aucune contrainte », juge Marc Giraud. Ces lobbys de surfeurs, pourtant peu nombreux, sont entendus par les autorités et règnent en maître sur l’océan réunionnais.

Certes, on a recensé dix-sept accidents avec des requins depuis 2011 à la Réunion. Ce qui a conduit à une psychose, la « crise requin » comme l’ont nommée les médias. Les requins de récif peuplent les côtes réunionnaises depuis toujours, mais cette espèce n’est pas dangereuse et les habitants de l’île la connaissent bien.

L’arrivée des requins bouledogue est quant à elle plus récente. Du fait de l’urbanisation qu’a connue la Réunion récemment, les stations d’épuration et de traitement des eaux sont saturées et avec la pluie, les eaux usées dégorgent rapidement dans l’océan. De même, les pêcheurs ont pris l’habitude de rejeter leurs déchets de pêches au niveau des ports. Tous ces déchets déversés dans l’océan constituent autant d’appâts qui attirent les prédateurs.

Les requins bouledogue, beaucoup plus dangereux, se retrouvent donc dans la zone côtière, qu’ils ne fréquentent pas en temps normal. C’est donc bien l’homme lui-même qui a fait déplacer les requins près des plages. Or les associations de surfeurs réclament des pêches punitives pour sécuriser leur terrain de jeu en éliminant tous les prédateurs.

Des solutions plus logiques et plus simples existent pourtant. A long terme, l’enjeu serait d’épurer les eaux et de remettre aux normes le service de traitement des eaux usées. A court terme, il s’agit de jouer sur la sensibilisation des touristes et des habitants de l’île, ainsi que sur la surveillance des plages. Selon Marc Giraud, quelques règles de sécurité, si elles étaient respectées, pourraient sauver des vies. Notamment éviter de se baigner le soir ou lorsque les pluies diluviennes ont troublé l’eau de l’océan.

Apprendre la nature sauvage

Accepter le requin et apprendre à ne plus en avoir peur, c’est préserver la vie sauvage. Il faut éduquer la population à ne plus considérer le requin comme une espèce nuisible. « Les requins comme les loups sont nos remparts, la société doit apprendre à vivre avec eux, au lieu de les éliminer parce qu’ils gênent », affirme François Sarano. « Il est temps d’arrêter avec ces rumeurs, ces croyances que des films comme Les dents de la mer n’ont fait qu’entretenir », poursuit-il.

L’enjeu est d’apprendre à conserver des mondes dans lesquels l’humain n’intervient pas. « Aujourd’hui on emploie toujours le mot "biodiversité" pour parler de la nature, je trouve cela dommage, il est important d’accepter cette nature non maîtrisée que représente l’océan, un endroit dans lequel l’homme n’a pas encore trop d’emprise », confirme Marc Giraud.

Le jardin sans pétrole - Ce que la nature nous a appris cette année Christine Laurent (Reporterre) Reporterre 2015/07/25 Christine Laurent (Reporterre) (25 juillet 2015) Le jardin sans pétrole - Ce que la nature nous a appris cette année. Reporterre. Jardin sans pétrole fr

Le jardin sans pétrole - Ce que la nature nous a appris cette année

C’est la fin de la saison, et l’on fait le bilan des succès et des échecs, entre sécheresse et rats taupiers, entre plantes aromatiques prospères et choux décevants. L’an prochain, Christine sera plus attentive aux rythmes du cosmos : bienvenue à la biodynamie.

Nous avons refermé la porte du jardin, laissant derrière nous un potager en piteux état. La première partie de la saison, celle des légumes feuilles, des pois, des premières carottes, des fruits rouges et de la rhubarbe s’achève. Notre production n’a pas égalé celle de l’année dernière, mais nous avons eu des fraises parfumées et un peu de rhubarbe !

La sécheresse et les températures caniculaires ont fait fleurir prématurément le cresson alénois, le mesclun et la roquette. Les pois gourmands aussi ont eu un coup de chaud et dès juin, leur floraison s’est arrêtée net.

La chaleur et l’absence de pluie ont en revanche plu aux plantes aromatiques. Sarriette, romarin, lavande, thym citron, hysope, origan et basilic ont prospéré. Les tomates et les pommes de terre n’ont pas eu pour l’instant à souffrir du mildiou qui se développe quand l’air est humide. Les maïs, les haricots verts et les courges sont bien partis, les kiwis, le raisin et les pommes aussi.

En revanche, nous n’aurons pas de choux. Tout le temps passé à faire des semis sur le balcon, n’aura servi à rien.

Le jardin apprend l’humilité. Cette deuxième année confirme notre idée selon laquelle les plantes vivaces ou celles qui se ressèment supportent mieux nos visites hebdomadaires.

Le temps et les difficultés à réaliser des plants à partir de graines ne sont guère féconds, et si nous voulons continuer à semer, peut-être devrons-nous essayer de le faire à l’automne pour les variétés issues d’espèces indigènes comme les choux et les salades qui pourront ainsi germer au moment le plus favorable, sans doute plus en lien avec le cosmos.

S’inspirer de la permaculture pour la conception du jardin, pour l’organisation des cultures, pour le recyclage et la réutilisation des matières organiques et des matériaux utiles (carton pour préparer le sol, bambous pour les tuteurs, chutes de tasseaux de menuiserie pour les étiquettes) est une première étape, une réflexion fondatrice de notre pratique.

Une autre science qui, me semble-t-il, peut aider la terre malmenée par les hommes à retrouver son équilibre est la biodynamie. Dès la rentrée, nous allons nous atteler au problème des rats taupiers et essayer de le résoudre en utilisant les ressources de cette agronomie holistique.

Barbecue, soit. Mais d’où vient le charbon de bois ? Marie Astier (Reporterre) Reporterre 2015/07/25 Marie Astier (Reporterre) (25 juillet 2015) Barbecue, soit. Mais d’où vient le charbon de bois ?. Reporterre. Enquête — Forêts tropicales fr

Barbecue, soit. Mais d’où vient le charbon de bois ?

Mais d’où vient le charbon de bois des barbecues ? Voilà une question que l’estivant insouciant ne se pose certainement pas. Et pourtant, entre importations africaines, opacité législative, tricherie des grandes marques, la filière suscite de nombreuses questions. Enquête sur l’origine du mystérieux charbon de bois.

Bien installé dans votre chaise longue, vous sirotez un rosé au son des cigales et du grésillement des brochettes sur le barbecue… Votre regard divague et tombe sur le sac de charbon de bois. Vous êtes-vous déjà demandé d’où il vient ? Derrière les noirs cailloux, on ne pense pas souvent à imaginer la forêt.

On vous l’avoue, Reporterre non plus ne s’est pas spontanément posé la question. C’est TFT, The Forest Trust, une ONG créée au Royaume-Uni et récemment installée à Lille, qui a éveillé notre curiosité. « Les Français consomment chaque année environ 130.000 tonnes de charbon de bois, mais 70 % viennent des importations », explique Pierre-Olivier Watrin, en charge du dossier chez TFT. L’organisation a recoupé les données des douanes françaises et des Nations Unies pour remonter la filière. Résultat : le Nigeria est le premier pays de provenance, à 22 %, suivi des Pays-Bas et de la Belgique.

Sauf que ces deux derniers pays n’ont quasiment pas de forêts. Erreur ? « Non, en fait ces pays importent du charbon par containeurs. Il est ensaché sur place, puis vendu en France », assure Pierre-Olivier Watrin. Il faut donc aller voir où la Belgique et les Pays-Bas se fournissent. « En recroisant les informations, nous sommes arrivés à estimer que 37 % du charbon consommé en France vient du Nigeria. C’est plus que la production française », poursuit le chargé de campagne. Du charbon utilisé très majoritairement pour les barbecues des particuliers.

Déforestation, pollution, mafia

Pour vérifier ces chiffres, l’organisation a testé au hasard des sacs de charbon de bois achetés dans différentes grandes surfaces françaises, en analysant les indications apportées sur le sac et son contenu. Du côté de l’origine, il y a ceux qui ne l’indiquent pas, ceux qui marquent Belgique, et les Français qui affichent fièrement leur drapeau bleu-blanc-rouge. Quand on ouvre les sacs, il est facile de repérer la provenance du charbon : le bois tropical est plus dense, plus lourd, donc souvent vendu au kilo plutôt qu’au litre. L’ONG a même trouvé certains tricheurs, qui indiquent une provenance européenne alors que le bois vient clairement des tropiques.

Pourquoi le Nigeria, et plus généralement les importations africaines, posent-t-elles problème ? D’abord, cela est dû à la façon de fabriquer le charbon en Afrique : le bois fait sa combustion dans des meules de terre (des tas de bois recouverts de terre), où l’air passe encore. Cela laisse échapper les gaz dans l’atmosphère. Alors qu’en Europe, les procédés industriels utilisent des déchets de scieries, carbonisés dans des fours qui permettent de récupérer et de réutiliser les gaz. Par ailleurs, pour la même quantité de bois, la première méthode permet d’obtenir environ deux fois moins de charbon que la seconde méthode.

Ensuite, « le problème est que le Nigeria est l’un des pays avec le plus fort taux de déforestation, dénonce Fabien Girard, directeur de TFT France. Là-bas, la façon dont les gens travaillent, c’est que chacun fait sa meule, la met sur le bord de la route, puis des camions les ramassent et les amènent au port. On n’a aucune traçabilité là-dessus : le bois a-t-il été prélevé dans des zones protégées ? des enfants y travaillent-ils ? l’argent sert-il à financer des mafias ? »

Une opacité que la législation européenne n’oblige pas à éclaircir. « En 2013, l’Union européenne a mis en place des règlements pour que la totalité des importations de bois en Europe soient légales, mais le charbon a été exclu, ou oublié », déplore le directeur.

Dénoncer les importations africaines, ou sauver la production française ?

Pour appuyer ses soupçons, TFT cite un rapport des Nations Unies (p.68 à 83) qui explique comment le commerce du charbon finance diverses milices en République démocratique du Congo ou les Shebabs, groupe islamiste installé en Somalie. « En Afrique de l’Est, Centrale et de l’Ouest, les profits liés au commerce illégal de charbon sont estimés entre 2,4 et 9 milliards de dollars », explique le document.

Autre rapport sur lequel s’appuie TFT, celui du ministère allemand de la coopération économique et du développement. « La production de charbon a été identifiée comme une cause majeure de la déforestation dans de nombreux pays africains, en particulier dans les zones péri-urbaines », affirme-t-il.

« Il faut responsabiliser le marché », en conclut Fabien Girard. Mais aucun des deux rapports ne cite ni le Nigeria, ni les exportations vers les pays européens. TFT refuse par ailleurs de nous donner le détail de son étude et de son analyse des sacs de charbon de bois. On ne va pas froisser la grande distribution, tout de même…

Comment vérifier les dires de TFT ? A Reporterre, on doute, car l’ONG travaille avec les producteurs de charbon de bois français, menacés, notamment, par la concurrence des importations africaines à bas coût. Nadège Simon, présidente du Syndicat national du charbon de bois, le reconnaît ouvertement : « On a besoin que la presse en parle, c’est le seul moyen de faire pression sur la grande distribution qui est toujours tentée d’aller vers les prix les plus bas ».

Reporterre interroge les ONG travaillant sur la déforestation : Greenpeace, Amis de la Terre, WWF. A chaque fois, c’est la même réponse. Non, la filière charbon, on ne connaît pas… Du côté des chercheurs, pareil, impossible de trouver un expert de la filière charbon en Afrique de l’Ouest.

On contacte les producteurs de charbon français, qui auront peut-être plus d’informations ? Choux blanc, tous nous citent les chiffres de TFT, puis affirment ne pas connaître la filière africaine puisqu’ils ne travaillent pas avec.

Le client fait la loi

Finalement, la réponse nous vient d’un importateur belge, Giovanni Afflisio, fondateur de Solcarbon. 80 % de ses importations viennent d’Afrique, dont 70 % du Nigeria, car Solcarbon a un actionnaire implanté là-bas. « Il s’occupe de la fabrication dans des villages dédiés à la carbonisation et de la récolte du charbon », détaille-t-il. Mais il nie l’impact sur la déforestation. « Je peux vous assurer que personne au monde ne couperait un arbre pour en faire du charbon de bois alors qu’il peut le valoriser en bois d’œuvre », assure-t-il. Autrement dit, si des zones protégées sont rasées, c’est à cause des importations de bois de qualité, pas du charbon.

« Les exportations représentent une goutte d’eau dans la production de charbon de bois en Afrique, ils ne sont pas prêts à investir. Alors nous travaillons sur le terrain, nous faisons nous-même les investissements pour contrôler l’approvisionnement en charbon de bois vers l’Europe depuis plusieurs années », poursuit-il. Au Nigeria, il raconte avoir créé des exploitations forestières : « Pour chaque arbre coupé, nous en replantons trois. »

En revanche, il l’avoue, en dehors du Nigeria où travaille son actionnaire, « c’est très compliqué de contrôler ce qui se passe au-delà de l’intermédiaire ». Il se fournit aussi au Bénin et en Côte d’Ivoire.

« C’est le prix que veut bien payer le client qui détermine nos approvisionnements, répète-t-il. Nous sommes en mesure de répondre à tous types de demandes. » S’il tente de tracer l’origine de son charbon, c’est notamment suite à une requête de l’un de ses gros clients. « Mais pour ceux qui veulent du produit à bas coût, nous ne pouvons pas assurer la traçabilité des sources. » Et il avertit : « Réglementer la filière du charbon de bois, cela veut dire être prêt à le payer 30 à 40 % plus cher... »

Dans le bassin Marennes-Oléron, la lutte contre les fermes-usines d’huîtres est engagée Baptiste Giraud (Reporterre) Reporterre 2015/07/27 Baptiste Giraud (Reporterre) (27 juillet 2015) Dans le bassin Marennes-Oléron, la lutte contre les fermes-usines d’huîtres est engagée. Reporterre. Enquête — Nature fr

Dans le bassin Marennes-Oléron, la lutte contre les fermes-usines d’huîtres est engagée

Un projet d’élevage d’huîtres et de moules sur 250 hectares, souhaité par l’État et quelques grandes entreprises ostréicoles et dont l’installation doit commencer début août, suscite l’opposition d’une partie des Oléronnais et d’ostréiculteurs. Ils critiquent l’absence de concertation et d’étude d’impact, craignant que ne disparaisse une partie du patrimoine naturel de l’île. Une Zad est installée dans une maison.

Actualisation au 30 juillet 2015 : Le juge des référés du tribunal administratif de Poitiers a rendu son délibéré jeudi 30 juillet. Il a ordonné la suspension de l’arrêté préfectoral autorisant l’implantation de 313 filières à moules et à huîtres sur 250 hectares dans l’anse de la Malconche, entre l’île d’Oléron et le fort Boyard.

- Source : Sud-Ouest

- Bordeaux, correspondance

Il s’agit de « la technique conchylicole la plus répandue dans le monde, mais encore peu pratiquée en France », nous explique Laurent Champeau, directeur du Comité régional conchylicole (CRC) de Charente-Maritime, le promoteur du projet. Une « filière » consiste en un cordage tendu entre des bouées sur une centaine de mètres, à la surface de la mer et en eaux profondes, auquel sont accrochées verticalement des cages ou poches d’huîtres et de moules, garantissant une immersion permanente et non tributaire de la marée.

Un premier projet suspendu

Cela faisait une quinzaine d’années que le CRC mûrissait l’envie d’installer des filières dans le bassin de Marennes-Oléron. En 2011, un premier projet a vu le jour : l’anse de la Malconche, située au large de la plage des Saumonards et à proximité de trois ports de plaisance, a été choisie pour accueillir 387 hectares de filières. L’enquête publique a aboutit à un avis favorable et la préfecture a autorisé le début des travaux. En 2012, 42 premières filières ont été mises en place – en plus de 35 déjà présentes sur le site depuis les années 1990.

Opposés à ce projet, des riverains se sont regroupés dans une association, l’Aplimap (Association pour la préservation du littoral de la Malconche et des pertuis charentais). Ils ont demandé et obtenu du tribunal administratif de Poitiers la suspension du projet pour absence d’étude d’impact.

Second projet … et toujours pas d’étude d’impact

Mais les promoteurs ne se sont pas arrêtés là. A l’automne 2014, ils ont sorti un second projet, quasi identique au premier : l’espace convoité diminue quelque peu et des couloirs de navigation sont créés au milieu des filières. Il s’agit maintenant de poser 313 filières sur 251 hectares.

Nouvelle enquête publique : 77 % des avis récoltés sont négatifs. Cinq des huit maires de l’île s’opposent au projet. Quant aux études d’impact, « la réglementation a changé depuis le premier projet, et aujourd’hui il n’est pas nécessaire de faire une étude d’impact, un dossier ’loi sur l’eau’ suffit et a été fait », argumente Laurent Champeau. Le commissaire enquêteur rend un avis favorable, et le projet est autorisé en mars dernier. Le début des travaux est annoncé pour le 1er août 2015.

« Il semble assez clair que le commissaire enquêteur a fait preuve de partialité », regrette Jean-Michel Massé, maire de Saint Denis et opposé au projet. Selon lui, l’ensemble des usagers du site n’ont pas été pris en compte : les plaisanciers qui « tirent des bords » (zigzagent sur l’eau pour remonter face au vent) en venant de La Rochelle, les compétitions nautiques, les kite-surfeurs, mais aussi les pêcheurs amateurs ou professionnels. « Les ostréiculteurs ont choisi le site qui était le meilleur pour eux, ils ont développé ce projet sans penser aux autres. »

« Dès qu’on parle, on se fait taper sur les doigts »

Pour autant, il ne s’agit pas d’une opposition entre l’ensemble de la profession ostréicole et des touristes ou des retraités, comme certains ont pu le caricaturer. La préfecture a par exemple reproché aux opposants d’être dans le syndrome NIMBY (« not in my back yard » ou « pas dans mon jardin »), rejetant le projet car il gâcherait leur paysage. « Je me suis interrogé là-dessus », avoue la présidente de l’Aplimap, Noëlle Demyk, « mais c’est une accusation qui essaie de dissuader n’importe qui d’agir. C’est normal que ce soient les riverains qui se mobilisent. On défend le patrimoine naturel oléronnais. »

Quant au milieu ostréicole, il paraît difficile de lui trouver une unité : « On est dans un métier comme l’agriculture où ce n’est pas facile de parler », nous explique une ostréicultrice préférant garder l’anonymat. « Dès qu’on parle, on se fait taper sur les doigts. Nous avons déjà eu des contrôles sanitaires deux jours après nous être exprimé contre le projet. On ne peut accuser personne mais bon... »

Selon elle, 85 à 90 % des ostréiculteurs étaient contre le projet, il y a quatre ans. « C’est l’endroit le plus dangereux du coin. Si ça s’appelle la Malconche, ce n’est pas pour rien. » Un mytiliculteur aurait failli mourir dans cette zone, il y a quelques années, après que son bateau avait été renversé par une vague.

La concentration, une menace pour la profession, et l’environnement

Surtout, les filières ne seraient accessibles qu’aux plus grosses entreprises. L’installation d’une filière (payée par chaque exploitant) coûte 25 000 €, à quoi il faut ajouter une location annuelle et l’achat d’un bateau offrant suffisamment de sécurité et équipé pour travailler sur place (100 à 120 000 €, selon cette ostréicultrice).

A cet argument, Laurent Champeau répond qu’une entreprise ne pourra pas bénéficier de plus d’une filière. « Oui, répond l’ostréicultrice, mais il y a souvent plusieurs entreprises regroupées au sein d’une même grosse entreprise. Ça permet aux grosses de prendre des filières au nom de chaque petite entreprise ».

Enfin, l’impact environnemental est loin d’être maîtrisé. L’Aplimap craint l’envasement de la plage des Saumonards en raison des rejets issus des millions de coquillages regroupés (chaque filière peut produire 7 tonnes d’huîtres, et un total de 300 à 800 tonnes de rejets pourraient être émis par jour selon des estimations). Certains ostréiculteurs craignent plutôt que l’envasement se produise à l’entrée du bassin Marennes-Oléron, situé en aval de la Malconche. Les filières auraient pour conséquence de bloquer la circulation d’eau et donc de dégrader la situation des autres exploitants.

« Il y a eu des études qui à mes yeux ne montrent rien », confie Jean-Michel Massé. « Dans le doute, il aurait mieux valu s’éloigner des côtes et prévoir davantage de lieux de dispersion. » Sollicité au moment de l’enquête publique, l’IFREMER (Institut français de recherches pour l’exploitation de la mer) avait donné un avis favorable tout en pointant l’insuffisance des données océanographiques et des études sur la soutenabilité d’une telle densité d’élevage.

La conchyliculture sur le chemin de l’agriculture ?

« On voudrait éviter que l’ostréiculture en arrive au même point que l’agriculture. Bientôt il n’y aura plus rien de naturel, déjà que c’est compliqué avec la pollution de l’eau », affirme l’ostréicultrice. Lorsque nous l’interrogeons sur le parallèle avec les fermes-usines, elle répond : « On y arrive. Tout laisser aux mêmes sans s’occuper des autres. Pour l’État, c’est plus facile de contrôler quelques entreprises que des centaines, ça lui permet de réduire ses services. »

Les opposants au projet (Aplimap, une association de plaisanciers, la Société de protection des paysages de l’île d’Oléron, les mairies de St Denis, St Georges et la Brée) ont déposé une requête de référé de suspension au début du mois de juillet, s’appuyant notamment sur l’absence d’étude d’impact, inacceptable pour un projet d’une telle envergure. Ils espèrent obtenir une réponse avant le début des installations.

Le 10 juillet, dans le cas similaire des filières à moules de la côte d’Émeraude (Bretagne Nord), le tribunal administratif de Rennes a annulé l’arrêté autorisant l’installation de filières à titre expérimental par le CRC de Bretagne Nord, estimant que le projet nécessitait bien la réalisation d’une étude d’impact.

TOUOURS PRÉSENTS, LES ZADISTES FONT CONNAÎTRE LA « ZONE AQUATIQUE À DÉFENDRE » AUPRÈS DES TOURISTES

Début avril, une ZAD était née sur la commune de Boyardville, sur l’île d’Oléron, avant d’être expulsée le 12 mai par les gendarmes mobiles. Dans la foulée, le vendredi 15, les zadistes avaient été accueillis sur le terrain d’un ostréiculteur lui aussi opposé au projet. Mais rapidement, l’hôte recevait des pressions en provenance de la préfecture, contraignant les zadistes au départ. Le lundi suivant, un contrôle sanitaire inopiné avait lieu dans son exploitation.

Depuis, un nouveau bâtiment a été investi sur l’île. Il s’agit d’une ancienne colonie de vacances aujourd’hui abandonnée. Une dizaine de zadistes y vivent et cherchent à renseigner et mobiliser les touristes sur le projet de filières. « C’est une ZAD atypique », nous explique Camille, « on occupe une zone qui n’est pas celle qu’on défend. Mais on peut le justifier : ce centre est à l’abandon depuis 20 ans et il y en a 2 autres comme ça sur l’île. »

Les zadistes organiseront des marches contre le projet entre le 27 juillet et le 1er août, sur l’île. Quant à la « vraie » ZAD, sur la mer : « C’est difficile mais pas impossible de l’occuper ! »

Suite à l’évacuation de la première ZAD, deux zadistes, Thill et Hugo, étaient poursuivis pour recel de vol d’électricité ainsi que violence et outrage à agent pour le premier et refus de prélèvement salivaire pour le second. Thill a été condamné à 105 heures de travaux d’intérêt général (TIG), Hugo à 35 heures de TIG et 300 euros d’amende. 300 et 500 euros de dommages et intérêts devront être versés aux gendarmes.

L’audience du référé de suspension aura lieu le 28 juillet au tribunal administratif de Poitiers.

Des habitants des Alpes-Maritimes campent contre l’augmentation du trafic routier Emilie Unternehr (Reporterre) Reporterre 2015/07/27 Emilie Unternehr (Reporterre) (27 juillet 2015) Des habitants des Alpes-Maritimes campent contre l’augmentation du trafic routier. Reporterre. Transports fr

Des habitants des Alpes-Maritimes campent contre l’augmentation du trafic routier

Depuis le 11 juillet, le collectif des habitants de la vallée de la Roya, dans les Alpes-Maritimes, a créé un camp de résistance. Ils sont cinquante à se relayer pour lutter contre le doublement du tunnel de Tende, qui multiplierait les passages de voitures et de poids lourds dans la vallée.

Suite à de nombreuses marches, réunions, et manifestations, le collectif des habitants de la vallée de la Roya (Alpes-Maritimes) a choisi de s’organiser en campement d’occupation. Un moyen d’informer la population et de se faire entendre des pouvoirs publics, muets face à leurs revendications. Revendications de longue date puisque le projet date de 2007. Des habitants de tout âge et de toute profession se relaient ainsi autour de la Chapelle de la visitation, à quelque cinq kilomètres du tunnel.

Les travaux du tunnel franco-italien de Tende ont commencé en juillet 2014. Il s’agissait alors de poser des drains dans le tunnel existant afin de le purger des infiltrations d’eau. Mais cela fait environ un mois que le percement du tunnel a débuté. C’est à la dynamite que les entreprises italiennes à qui ont été confiés les travaux forent le deuxième tube du tunnel. L’objectif : en faciliter et en sécuriser l’accès.

Trop étroit, le tunnel actuel ne permet pas le croisement de deux véhicules. L’accès se fait par alternance, avec des feux de chaque côté. Après la construction du nouveau tube, les deux voies se croiseront à l’intérieur de ce même tube, le temps que l’ancien tunnel soit remis aux normes. A la fin des travaux, prévue dans trois ans, chaque tube accueillera une seule voie.

Mais certains habitants ont peur que le nouveau tunnel attire de nombreux poids lourds sur cette petite route départementale. Pour Leonor Hunebelle, habitante de la vallée de la Roya, qui connaît fréquemment des épisodes de pollution aux particules fines, « ce projet ne fera qu’ajouter des émissions, dans un endroit qui subit déjà l’influence de la pollution industrielle et des transports ». Mme Hunebelle est administratrice de l’association Roya expansion nature et vit à Saorge. Elle participe activement à la vie du camp. Le tunnel de Tende, qui assure la liaison entre la France et l’Italie, voit déjà passer de nombreux véhicules, notamment des poids lourds. « Rajouter du trafic ici, c’est un hérésie », affirme Mme Hunebelle.

Trois communes de montagne sont traversées en leur cœur par la route d’accès au tunnel : Tende, Breil-sur-Roya et Fontan. La route traverse trois sites Natura 2000, et passe par la périphérie du parc national du Mercantour. Cependant, aucun contournement n’est prévu.

Pour le collectif des habitants, la solution est simple : mettre aux normes le tunnel actuel. « On n’a rien contre la sécurité, au contraire, mais il n’est pas nécessaire d’ajouter un deuxième tube », juge Leonor Hunebelle. Plusieurs instances politiques sont aussi opposées aux travaux. Le conseil régional de Provence-Alpes-Côte d’Azur, qui participe au tiers du financement du projet, a récemment fait marche arrière en refusant de budgétiser sa part. Il demande un moratoire pour finalement sécuriser le tunnel sans le doubler. En février dernier, le village de Breil-sur-Roya a également voté à l’unanimité une motion contre le projet.

- Télécharger la motion :

Mais le maire de Tende, Jean-Pierre Vassallo, n’est pas du même avis. « Ce tunnel ne respecte pas les normes européennes de sécurité, il devrait être fermé actuellement », dit-il à Reporterre. « Sécuriser le tunnel existant sans en construire un deuxième n’est pas possible, il faudrait fermer la route pendant quatre ans ! » Mais M. Vassallo ne ferme pas les yeux sur la question du trafic. Pour lui, la solution se trouve auprès de la Commission inter-gouvernementale, qui doit réglementer le trafic des poids-lourds. « J’ai envoyé plusieurs courriers au préfet qui vont dans ce sens, il faut limiter la circulation des poids-lourds, en réglementant le tonnage et les gabarits », explique-t-il. « C’est le seul moyen d’apaiser les gens. »

En attendant, le camp continue.

Plus d’un million d’emplois « écolos » sont possibles d’ici 2030 Jean Gadrey Reporterre 2015/07/27 Jean Gadrey (27 juillet 2015) Plus d’un million d’emplois « écolos » sont possibles d’ici 2030. Reporterre. Tribune — Économie fr

Plus d’un million d’emplois « écolos » sont possibles d’ici 2030

Les chiffres du chômage vont être publiés lundi 27 juillet : pas brillant. Et cela continuera tant que les décideurs négligeront l’écologie. Car c’est dans la politique économique écologique que l’on peut créer entre un million et un million et demi d’emplois, comme le montrent des études de plus en plus nombreuses et solides.

On commence à disposer d’un large éventail de bons scénarios sur les perspectives de créations d’emplois dans les activités et métiers directement ou indirectement liés à la transition écologique. L’exercice reste difficile car le périmètre de ces activités est forcément flou, certaines étant clairement « vertes » pendant que d’autres ne le sont qu’en partie ou indirectement. Il faut donc des conventions, qui ont commencé à se mettre en place internationalement et nationalement, en commençant par les « emplois verts ».

Pour ces derniers, une bonne référence mondiale est l’OIT (Organisation internationale du travail) dont le premier rapport Emplois verts : pour un travail décent dans un monde durable, à faibles émissions de carbone, rédigé avec le PNUE, date de 2008. En 2012, l’OIT publiait un rapport Vers le développement durable : travail décent et intégration sociale dans une économie verte estimant que « la transition vers l’économie verte pourrait générer jusqu’à 60 millions d’emplois » dans le monde. Les travaux de l’OIT ont le grand avantage de mettre l’accent à la fois sur la finalité écologique des emplois et sur l’exigence de travail décent.

On distingue d’abord 1) les emplois de « l’économie verte » dans les secteurs et branches spécifiquement dédiés à l’environnement, encore appelés « éco-activités » (exemples principaux : gestion des eaux usées, déchets, énergies renouvelables), et 2) des emplois ou métiers qui ne font pas partie de ces « secteurs verts » mais correspondent en totalité ou en partie à des fonctions à finalités environnementales exercées dans des secteurs non verts. C’est la dualité des approches par secteurs et par métiers.

Métiers "verts" et "potentiellement verdissants"

On distingue ensuite, dans l’approche par métiers, les métiers typiquement verts et les métiers « potentiellement verdissants », qui sont beaucoup plus nombreux. On en trouve par exemple dans l’agriculture, l’entretien des espaces verts, le tourisme, l’industrie, le bâtiment et en fait presque tous les secteurs. Cette dénomination curieuse reflète l’embarras des producteurs de chiffres mais correspond à une difficulté réelle. Une référence en France est ici l’étude de 2014 de l’Observatoire national des emplois et métiers de l’économie verte (ONEMEV) Le marché de l’emploi de l’économie verte, dont voici une citation :

« Un métier verdissant est un métier dont la finalité n’est pas environnementale mais qui intègre de nouvelles “briques de compétences” pour prendre en compte de façon significative et quantifiable la dimension environnementale dans le geste métier. » Par exemple les architectes ou les métiers de l’isolation thermique dans le secteur du bâtiment.

Quoi qu’il en soit, pour se faire une idée du potentiel de création nette d’emplois dans la transition écologique, il vaut mieux raisonner dans un premier temps par branches, en distinguant celles qui seront à l’origine de créations et celles dont l’emploi aura tendance à régresser à terme si l’on veut prendre soin du climat et des écosystèmes et réduire fortement des pollutions de toute sorte. Le premier bon exemple de cette démarche est issu du scénario NégaWatt (voir mes quatre billets) complété par une étude sur l’emploi que l’on doit à l’économiste Philippe Quirion.

Scénario Négawatt/Quirion : + 600 000 à 870 000 emplois dans l’énergie

La dernière version date de 2013 et, point essentiel, elle ne porte que sur la transition énergétique (et climatique), qui est certes le plus gros morceau de la transition écologique mais pas le seul. Autre point essentiel, les prévisions de créations et de suppressions d’emplois sont effectuées non pas dans l’absolu (par rapport à la situation actuelle par exemple) mais par rapport à un « scénario tendanciel » (en gros : sans renforcement des politiques de transition). Et bien entendu ce scénario tient compte aussi bien des secteurs créateurs d’emploi que des autres.

Voici le tableau de synthèse obtenu en 2013 dans une hypothèse assez basse. En effet, l’étude précise que « selon les hypothèses, les créations d’emplois nettes vont de 220 000 à 330 000 en 2020 et de 570 000 à 820 000 en 2030 par rapport au scénario tendanciel », chiffres en ETP (équivalents temps plein). En nombre réel d’emplois, cela ferait entre 605 000 et 870 000. Un chiffre intermédiaire pour 2030 serait donc proche de 700 000 en ETP, ou 750 000 en nombre réel. C’est selon moi un chiffre très prudent (voir ce billet où j’explique pourquoi le gain en emplois semble sous-estimé).

Economie circulaire : 200 000 à 400 000 emplois ajoutés

L’Institut de l’économie circulaire vient de publier une étude sérieuse : Quel potentiel d’emploi dans une économie circulaire ? En voici deux extraits :

« Notre étude estime que l’économie circulaire, telle que définie par les sept piliers développés par l’ADEME, emploie déjà près de 600 000 personnes en France. L’extrapolation à la France d’une étude commandée par la Commission Européenne en 2012 indique qu’une réduction substantielle de notre consommation en ressources naturelles permettrait d’en créer entre 200 000 et 400 000 supplémentaires. Nous tentons de préciser ce potentiel en répertoriant l’ensemble des travaux qui ont été menés sur la relation entre créations d’emplois et économie circulaire. Les études les plus poussées proviennent du Royaume-Uni, où il est estimé que plus de 500 000 emplois pourraient être créés à l’échelle nationale. »

« L’ADEME a identifié les sept composantes opérationnelles sur lesquelles il est possible d’agir afin de favoriser la transition :

- l’approvisionnement durable ; - l’écoconception ; - l’écologie industrielle et territoriale ; - l’économie de fonctionnalité ; - la consommation responsable ; - l’allongement de la durée de vie (réparation, réemploi et réutilisation) ; - le recyclage et la valorisation des déchets. »

Question : n’y a-t-il pas de double emploi entre cette étude sur l’économie circulaire et le scénario NégaWatt ? Réponse, oui en principe (car l’économie circulaire, incluant ici l’économie de fonctionnalité, si elle vise d’abord à économiser de la matière, concerne aussi pour une part des économies d’énergie), mais en fait pratiquement pas sur le plan des emplois concernés.

Les gros bataillons de l’emploi de l’économie circulaire sont en effet dans cette étude le recyclage, l’allongement de la durée de vie des produits et la réparation, la réutilisation et le gros poste de l’approvisionnement durable, autant d’activités qui ne sont pas comptabilisées dans le scénario NégaWatt. On ne commet donc pas d’erreur significative en ajoutant les perspectives de création d’emplois de ces deux scénarios, ce qui nous mène déjà à une fourchette comprise entre 800 000 et 1,27 million d’emplois d’ici 2030.

Agriculture, sylviculture et pêche : + 200 000 à 250 000

Reste à tenir compte de la réorientation écologique de l’agriculture (son verdissement) et de son potentiel de création d’emplois, en y ajoutant les activités de la pêche et des forêts (le secteur primaire). En étant très restrictif, on ne comptera comme emplois vraiment verts dans l’agriculture que ceux de l’agriculture bio ou agro-écologie. Je me contenterai d’un chiffre issu de rares sources (concordantes mais malgré tout pas très fiables), chiffre selon lequel il faudrait 30 à 40 % d’emplois en plus, à production identique en quantités, lorsqu’on passe de l’agriculture traditionnelle actuelle à une agriculture bio (moderne, mais ni chimique ni industrielle).

Sur cette base, j’estime - en attendant de disposer d’études sérieuses qui pour l’instant font défaut mais qui sont annoncées pour cette année - que le potentiel de création d’emplois d’ici 2030 en cas de vraie politique de transition/relocalisation est de + 100 000 à 150 000, nettement plus si l’on raisonne (comme le fait NégaWatt) par rapport au scénario tendanciel, lequel continuerait à détruire des emplois agricoles. Le secteur primaire a perdu environ 100 000 emplois entre 2004 et 2014. On peut penser qu’il en perdrait autant dans les quinze ans qui viennent, de sorte qu’en comparaison le scénario le plus écolo serait à + 200 000 à 250 000.

Au total, les emplois verts tels que définis ici pourraient ajouter entre 1 et 1,5 million d’emplois en quinze ans. En moyenne 1,25 million, soit 4,6 % des 27,3 millions d’emplois de l’économie française en 2014.

Confirmation : les scénarios basques

L’ordre de grandeur de 4,5 % à 5 % d’emplois verts ajoutés correspond très exactement à ce qui a été obtenu sous l’égide de l’association basque Bizi ! (voir ce billet) si on ne retient parmi les 10 000 emplois anticipés d’ici 2030 pour le « pays basque nord » (en France) que les emplois verts au sens précédent, soit 6 800 emplois sur un territoire qui en compte environ 140 000 : cela fait 4,85 %. Un scénario semblable existe pour le pays basque sud (en Espagne) et je sais qu’un livre doit prochainement en rendre compte, mais il y a fort à parier qu’on aura un ordre de grandeur semblable.

Précisions

Il ne s’agit dans ce qui précède que d’emplois « écolos » dans les principaux secteurs et branches considérés comme directement affectés. J’avais dans une série de billets antérieurs (« On peut créer des millions d’emplois utiles dans une perspective durable ») nettement élargi la perspective de la création d’emplois futurs dans d’autres domaines, dont celui des besoins criants de services destinés aux personnes âgées, à la petite enfance, dans certains services publics, etc.

J’avais aussi envisagé des mesures d’urgence ciblées : chômeurs de longue durée, droit de préemption et reprise des entreprises en coopératives, emplois aidés… J’avais également intégré alors le potentiel de la RTT. Il faut donc voir le présent billet comme une actualisation d’un seul des volets d’une stratégie collective favorable à l’emploi utile au service de besoins soutenables.

En été, les rejets des centrales nucléaires détraquent les cours d’eau Flora Chauveau (Reporterre) Reporterre 2015/07/28 Flora Chauveau (Reporterre) (28 juillet 2015) En été, les rejets des centrales nucléaires détraquent les cours d’eau. Reporterre. Climat fr

En été, les rejets des centrales nucléaires détraquent les cours d’eau

Par temps de sécheresse, la biodiversité des fleuves souffre davantage des rejets d’eau chaude des centrales nucléaires. Ils perturberaient même la migration de certaines espèces comme les truites ou les saumons. Ces problèmes vont s’aggraver avec le réchauffement climatique.

Les températures élevées de ces derniers jours se font ressentir dans nos cours d’eau. Un problème relevé par le réseau Sortir du nucléaire : les rejets d’eau issus des centrales seraient pour beaucoup dans les variations de température des fleuves. En effet, pour refroidir ses circuits, une centrale pompe une grande quantité d’eau qu’elle rejette ensuite. La température de ces rejets est limitée, selon les centrales.

Faible débit, forte concentration

« Ce problème se pose essentiellement en été, explique Roberto Epple, président de l’association SOS Loire Vivante. Des rejets, il y en a tout le temps. Mais en période estivale, la Loire a un débit très faible, la concentration de chaleur et de radioactivité est plus forte. Sans compter que l’eau est naturellement plus chaude. »

Même constat sur le Rhône, malgré un débit plus élevé. « La réglementation recommande de ne pas dépasser une température de 25°C, indique Daniel Reininger, président régional d’Alsace Nature. Ce seuil est déjà dépassé en aval, à l’entrée de la partie allemande. » En un siècle, la température du fleuve aurait augmenté de 3°C.

La hausse de la température des fleuves a un impact sur l’équilibre de la faune et de la flore. « Certains poissons migrateurs aiment l’eau fraîche, dit Daniel Reininger. Les truites ne sont pas à l’aise au-delà de 20°C. Cela provoque chez elle un stress, elles sont plus fragiles et sensibles aux maladies, la migration peut être interrompue. » Même chose dans la Loire. « À certains endroits, on voit une explosion des algues, qui abaissent encore le taux d’oxygène de l’eau. Ce phénomène est également dû à la pollution, mais la situation est aggravée par la hausse des températures. » Pour l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), « les études récentes ne mettent pas en évidence d’impact des rejets sur la flore piscicole ».

Fragile Loire

La vallée de la Loire est particulièrement sensible, puisque pas moins de douze réacteurs occupent ses rives. L’impact de rejets simultanés dans le fleuve pourrait avoir des effets significatifs. La loi impose d’ailleurs que les différentes centrales se coordonnent sur ce sujet. Or, le réseau Sortir du Nucléaire a relevé que les agents ne semblaient pas être au courant de ce processus. Lors d’une inspection menée en avril 2014 par l’Autorité de sûreté nucléaire dans la centrale de Belleville-sur-Loire, les responsables ont répondu ne pas être « en mesure d’indiquer si [cette] exigence réglementaire était déclinée dans l’organisation locale et nationale d’EDF ».

Contactée par Reporterre, EDF assure disposer d’une coordination interne et être présente dans les services déconcentrés de l’État qui gèrent la ressource en eau. Mais Sortir du Nucléaire a porté plainte le 17 février dernier contre EDF pour une série de dysfonctionnements dans la centrale, dont le potentiel manque de coordination

« Actuellement il n’y a pas d’enjeu, assure l’ASN. On a eu de courtes périodes de canicule mais les limites de températures n’ont pas été dépassées. » Pourtant, en raison de la chaleur et pour respecter la réglementation, EDF a diminué la production de plusieurs réacteurs, le week-end du 18 et 19 juillet : à Bugey (Ain), Saint-Alban (Isère) et Tricastin (Drôme). Le réacteur Bugey 2 a même été en arrêt temporaire le dimanche. L’entreprise assure pouvoir compter sur les autres sources d’énergie et sur l’import d’électricité pour faire face à la baisse d’activité ponctuelle. « Nous privilégions aussi le fonctionnement des centrales de bord de mer qui ne sont pas affectées par la canicule. »

Avec le changement climatique, des canicules plus fréquentes

Les vagues de chaleur sont plus fréquentes depuis trente ans, et risquent de s’intensifier dans les prochaines décennies, selon Météo France : « Les épisodes entre 1981 et 2014 ont été deux fois plus nombreux que ceux de la période 1947-1980, de durée équivalente », peut-on lire sur leur site. Après la canicule record de 2003, un groupe de travail piloté par le ministère de l’Écologie en association avec EDF et l’ASN, a été chargé de trouver des solutions pour faire face à ce type d’événement climatique.

Le plan d’action « Grand Chaud » a été mis en place, dans le but « d’améliorer les performances des installations et faire en sorte que l’eau rejetée soit moins chaude », selon l’ASN. Parallèlement, en cas de situation exceptionnelle, certains seuils légaux peuvent être franchis. La directive européenne 2006/44/CE du 6 septembre précise que « ces valeurs peuvent être dépassées pendant 2 % du temps (soit 7 jours par an) ». Et EDF ajoute, dans le document Centrales nucléaires et environnement, p. 144, que les dérogations, « limitées géographiquement », peuvent être appliquées s’il est prouvé qu’elles « n’auront pas de conséquences nuisibles pour le développement équilibré des peuplements de poissons ».

« Aujourd’hui, les centrales disent que les arrêtés sont respectés, mais une température de rejet ne produit pas le même effet si le débit du fleuve est fort ou faible ! » réagit Daniel Reininger d’Alsace Nature. « Il faut arrêter les centrales en été, du moins ponctuellement, demande Roberto Epple. J’ai rarement vu la température de la Loire si élevée. » Le réseau Sortir du nucléaire promet de dénoncer « toutes les mesures qui seraient prises par les autorités pour continuer à faire fonctionner les centrales au mépris de la protection des cours d’eau ».

En Tunisie, le mouvement naissant d’une permaculture citoyenne Barnabé Binctin (Reporterre) Reporterre 2015/07/28 Barnabé Binctin (Reporterre) (28 juillet 2015) En Tunisie, le mouvement naissant d’une permaculture citoyenne. Reporterre. Agriculture fr

En Tunisie, le mouvement naissant d’une permaculture citoyenne

En Tunisie, des amoureux de la nature ont créé l’association tunisienne de permaculture. Un mouvement naissant encore timide mais qui applique et défend ce mode d’agriculture respectueux de l’environnement, et cherche son positionnement par rapport au politique et au militantisme.

- Sounine (Tunisie), reportage

Goyavier, citronnier, cerisier, bananier, grenadier, mûrier, figuier, abricotier, amandier… Abdelhamid ose encore déplorer l’absence d’un manguier. Mais fort est le frugivore qui saurait nommer un autre fruit manquant. Des pamplemousses aux kiwis en passant par les kumkats et les avocats, le jardin de ce jeune retraité tunisien ressemble à un véritable paradis du fruit.

Forcément, ça fait des envieux. Des oisillons nichent à l’ombre des branches de l’oranger. Et depuis quelques semaines, Abdelhamid fait face à une invasion de pucerons. C’est pourquoi il a planté des capucines, une plante médicinale connue pour attirer ces nuisibles. « Chaque plante doit avoir deux fonctions minimum », explique le jardinier en passant devant les oliviers, alignés en brise-vent. Et lorsque la nature ne lui offre pas de solutions immédiates, il philosophe devant les limaces qui attaquent ses fraisiers : « La nature est généreuse, on partage le surplus. C’est un autre principe de la permaculture. »

La magie de la permaculture

Depuis trois ans, ce n’est pas pour profiter des criques rocheuses du Golfe de Tunis que l’homme se rend, un ou deux jours par semaine, à Sounine. C’est pour cultiver son petit bout de terre, grand d’à peine un millier de mètres carrés : « La magie, c’est ce qu’un tout petit espace peut contenir », glisse-t-il en observant son jardin. La magie, c’est surtout celle de la permaculture, cette démarche qui vise à construire des écosystèmes résilients et durables, basés sur les interactions fertiles du monde vivant.

L’agriculture biologique en est un des premiers piliers, et en la matière, Abdelhamid n’en est plus à son premier compost : système de butte, couverture en paillis du sol, cultures associées… Il maîtrise les techniques naturellement productives : les semis de courge et les plants de tomates sont recouverts de luzerne, une plante fourragère réputée pour sa fertilisation des sols. Et si son hôtel à insectes – « en pension complète » – n’est pas encore achevé, un petit dôme en pierre sert d’abri pour les trois hérissons qu’il a ramenés de Sidi Bouzid.

A l’image du fenouil devant lequel il s’enthousiasme – « une plante vivace qui se régénère toute seule une fois plantée, pas besoin de s’en occuper » –, Abdelhamid recherche une certaine forme d’autonomie à travers la permaculture. Mais c’est aussi une certaine idée de la nature, et de son efficacité propre, qui transparaît dans la justification du choix de cette méthode :

- Ecouter Abdelhamid :

Replacer l’intervention humaine dans son meilleur rôle, celui d’organisation de la productivité naturelle : voilà à quoi s’attache toute entreprise permacole. « Tout peut pousser, partout. On peut tout planter, même dans le désert, il suffit juste de créer le bon micro-climat », assure Nessrine, qui reconnaît qu’elle ne s’attendait pourtant pas à trouver de la permaculture en Tunisie. « C’est un concept encore assez nouveau, même en France », raconte l’ancienne étudiante de Sup Agro à Montpellier, rentrée au moment de la révolution de 2010-2011. « Je n’ai jamais entendu parler de permaculture de toutes mes études », concède celle qui s’était spécialisée dans les relations entre les plantes et les micro-organismes. « C’est en travaillant sur un projet associatif d’agriculture urbaine que j’en ai découvert l’existence. »

La permaculture est-elle politique ?

En mai 2013, pour fédérer les quelques initiatives éparses sur le territoire national, l’association tunisienne de permaculture est créée autour des premières fermes recensées. « On a découvert une ferme à 5 km de Sounine, une autre à Kairouan, etc. C’est internet qui nous a réunis », dit Samir, le troisième compère de la bande. L’association compterait aujourd’hui une vingtaine de membres, « et notre page Facebook est suivie par un millier de personnes », dit Samir. Suffisant pour exister dans le mouvement de la société ? Pas sûr, en fait, que ce soit l’objectif.

Car la question du positionnement politique du mouvement des permaculteurs tunisiens crée le malaise. « Il n’y a pas d’obligation d’avoir une arrière-pensée politique pour vivre comme un paysan », assène Samir. Celui qui travaille comme financier dans une banque publique précise : « Je ne vois pas la permaculture comme un outil du vivre-ensemble. Je cherche à faire du bien à mon terrain et à le protéger des menaces. J’aime le sol, les arbres et la nature, et je ne supporte pas leur dégradation. Mon idée est de revenir à un certain âge d’or de l’état de nature. »

De son côté, Abdelhamid appréhende tout de même « un modèle de développement qui est dans l’impasse » : « On dilapide des sources d’énergie qui auront disparu dans trente ans. Aujourd’hui, on change de téléphone tous les deux ans, et même des enfants de six ans en ont. Il y a dix ans, les Tunisiens n’avaient pas de portable. » Pourtant, celui que ses pairs ont surnommé « le Fukuoka tunisien » [du nom d’un des fondateurs du concept, Masanobu Fukuoka, ndlr], n’envisage pas de rapport de force plus collectif : « Ce n’est pas lutter dans le sens des années 70 – j’ai été gauchiste, normal, j’étais étudiant ! – une opposition frontale ne mène à rien. Ce qu’il faut, c’est changer sur le terrain. »

Samir surrenchérit : « Il y a un proverbe qui dit : ‘Au lieu d’insulter l’ombre, il vaut mieux allumer une bougie’. On n’est pas dans l’idéologie, on est dans l’action. On ne s’inspire pas du marxisme, la priorité est de ne pas faire de mal à la nature. » Seule Nessrine revendique une approche plus militante : « La permaculture est une révolution déguisée en jardinage. » Mais elle est reprise par Samir : « Nous avons aujourd’hui le même contexte post-révolutionnaire en Tunisie et à qui profitent toujours ces révolutions ? Aux élites d’avant. »

Comme le rappelle Graham Burnett dans son introduction à la permaculture, « la permaculture a désormais probablement autant de définitions qu’elle a de praticiens ». Difficile alors d’en faire un mouvement univoque dans une société tunisienne où le mouvement écologiste ne se reconnaît pas en tant que tel. A l’image de cette bande aux profils générationnels et socio-professionnels très variés, Nessrine croit à une « grande biodiversité dans le rapport au politique. Chacun est libre de faire ce qu’il veut. » Samir, lui, n’en démord pas : « Les permaculteurs n’ont pas vocation à être des militants écologistes. On peut être de droite et permaculteur. »

La politique européenne échoue à stopper la destruction des forêts tropicales Samuel Nguiffo Reporterre 2015/07/29 Samuel Nguiffo (29 juillet 2015) La politique européenne échoue à stopper la destruction des forêts tropicales. Reporterre. Tribune — Forêts tropicales fr

La politique européenne échoue à stopper la destruction des forêts tropicales

En 2010, le Cameroun a signé un Accord de partenariat volontaire (APV) avec l’Union européenne, censé mettre fin au commerce de bois tropical illégal. C’est l’échec : il est urgent de refonder la politique européenne sur les forêts tropicales.

En 2010, le Cameroun a signé un Accord de partenariat volontaire (APV) avec l’Union européenne (UE). Cet accord commercial est censé mettre fin au commerce de bois tropical illégal à travers différents outils techniques. Avec cet accord, le Cameroun s’est engagé à ne commercialiser que du bois légal vers l’UE. En contrepartie, l’UE a promis de faciliter l’accès de son bois à son marché et de l’autoriser à émettre des « autorisations FLEGT », jouant le rôle de certificat de légalité.

Mais le mécanisme ne semble pas fonctionner au Cameroun, ainsi que dans les autres pays du bassin du Congo signataires d’un APV. Samuel Nguiffo, secrétaire général du Centre pour l’environnement et le développement (CED), une ONG camerounaise, fait ici une analyse de la situation, alors que l’UE est en pleine évaluation du mécanisme lancé il y a dix ans.

J’ai commencé à m’intéresser à l’exploitation forestière au Cameroun il y a une vingtaine d’années. A l’époque, je ne comprenais pas pourquoi des décisions semblant relever du bon sens pour gérer efficacement les forêts et préserver leurs fonctions et usages primordiaux n’étaient pas prises. Ainsi, le modèle de gestion proposé par la loi de 1994 pour les forêts au Cameroun [1], intéressant sur le papier, n’a pas été testé avant d’être appliqué à l’ensemble des forêts du pays. Alors qu’il montrait des limites inquiétantes liées à la qualité de la gouvernance, il a été étendu aux autres pays du bassin du Congo, marqués par le même déficit chronique de gouvernance.

On a fini par se retrouver avec un système de gestion des forêts déplaçant le centre de décision des autorités politiques compétentes vers les bailleurs de fonds, au mépris des principes d’appropriation et de durabilité. Les efforts déployés par plusieurs agences de coopération pour une gestion durable des forêts ont été par conséquent vains : leurs propositions et innovations techniques, telle l’institution de la fiscalité décentralisée ou de la foresterie communautaire, n’ont pas été appliquées, faute de volonté politique.

Mise en œuvre des APV en panne

Le contexte général n’ayant pas changé, on ne peut guère s’étonner que la mise en œuvre des APV soit en panne dans plusieurs pays d’Afrique centrale. Faut-il pour autant abandonner l’initiative ? Au moins trois considérations sont à prendre en compte.

Il faut d’abord souligner que l’UE garde la question de la gouvernance forestière sur son agenda politique, avec un dispositif qui impose une obligation de rendre compte liant les deux partenaires. C’est un point positif important alors que de nombreuses agences de développement ont renoncé à s’investir dans ce secteur ou ont perdu de leur influence.

Moins positif, on constate que les APV n’ont pas résolu le problème de l’exploitation forestière illégale - sans parler de la durabilité qui n’apparaît qu’en filigrane dans les textes : les opérations illégales se poursuivent, parfois avec la complicité des autorités nationales ou locales.

Le diagnostic ayant précédé la mise en place des APV aurait dû en réalité être affiné. Cela aurait permis de distinguer au moins deux cas de figure. Premier cas : celui des Etats ayant la volonté de faire des réformes. Dans ces pays, les mesures techniques proposées par les APV peuvent aider à pallier les carences de l’administration. Le système de traçabilité ou la « grille de légalité » peuvent lui permettre de renforcer son efficacité et son objectivité dans le contrôle forestier.

Second cas : celui des Etats sans volonté politique. Dans ces derniers, il aurait fallu construire cette volonté politique qui fait défaut avant de passer à la phase technique : il est difficile de résoudre des questions politiques avec des solutions techniques... On pourrait imaginer un dialogue entre l’UE et le pays producteur concerné : un ancien chef d’Etat européen pourrait être mandaté auprès du chef d’Etat du pays partenaire, pour le sensibiliser et obtenir de sa part des engagements, dont le respect serait vérifié via des indicateurs politiques. Une telle démarche est évidemment délicate : jusqu’où l’UE peut aller sans être accusée d’ingérence ? A partir de quand doit-elle suspendre le dialogue avec un pays peu enclin à améliorer sa gouvernance pour ne pas être accusée de complicité ? [2]

Nouvelles menaces

Aujourd’hui, les forêts sont confrontées à de nouvelles menaces, comme celle du bois dit « de conversion », non prises en compte par les APV, ces derniers ayant été conçus avant l’actuelle ruée sur les terres forestières à des fins agricoles, minières ou pour la construction de grandes infrastructures. Ces problématiques nouvelles constituent un test de flexibilité pour les APV et leurs signataires : parviendront-ils à adapter l’outil, en gardant les objectifs de respect de la légalité et d’amélioration de la gouvernance ?

Les décideurs politiques dans les pays producteurs font souvent comme si les demandes pour une gestion durable visaient l’arrêt de l’exploitation forestière, et donc desservaient le développement. Mais l’exploitation illégale ne profite ni à l’Etat ni aux communautés, et la redistribution au niveau local des retombées financières de l’exploitation du bois n’a jamais fonctionné. Les revenus de l’Etat sont loin de ce qui était annoncé. La ressource est détruite sans que le développement suive.

Il y a donc urgence à agir et à prendre enfin en compte la question de la volonté politique dans la définition des stratégies pour une gestion durable des forêts. L’UE doit agir d’autant plus rapidement que sa marge de manœuvre baisse. Le marché européen n’a accueilli en 2014 qu’environ 20 000 m3 de grumes camerounaises, contre 500 000 m3 pour la Chine, sur un total de 780 000 m3 exportés. [3] Cette tendance rend encore plus nécessaire une réforme de la gestion des forêts dans les pays producteurs afin qu’elles soient mieux protégées.

ZAD ou pas ZAD, les luttes se fédèrent à Bure contre le projet d’enfouissement de déchets nucléaires Barnabé Binctin (Reporterre) Reporterre 2015/07/29 Barnabé Binctin (Reporterre) (29 juillet 2015) ZAD ou pas ZAD, les luttes se fédèrent à Bure contre le projet d’enfouissement de déchets nucléaires. Reporterre. Reportage — Déchets nucléaires fr

ZAD ou pas ZAD, les luttes se fédèrent à Bure contre le projet d’enfouissement de déchets nucléaires

A Bure (Meuse), divers rassemblements se succèdent pour soutenir la lutte contre le centre d’enfouissement de déchets nucléaires Cigeo. Notamment un Camp estival autogéré, qui inquiète passablement les autorités. Les associations locales voient, elles, d’un très bon œil ces dynamiques de solidarité et imaginent des nouvelles formes de mobilisation.

La tension est montée d’un cran, ces derniers jours, autour de Bure (Meuse), lieu d’emplacement de Cigéo, le projet d’enfouissement de déchets nucléaire. Le 18 juillet, l’Altertour lançait son édition 2015 en faisant étape à la maison de résistance de Bure... accompagné d’un déploiement de forces de l’ordre impressionnant. « C’était un véritable bataillon, avec cinq ou six véhicules de policiers, équipés de gilets pare-balles, avec un hélicoptère survolant la zone pendant plusieurs heures », raconte Michel Marie, porte-parole du CEDRA (collectif contre l’enfouissement des déchets radioactifs), présent pour l’événement.

Forces de l’ordre et affolement médiatique

En fin de semaine dernière, des contrôles policiers ont été menés aux abords de Bure, menant à deux interpellations – dont l’une a débouché, depuis, sur une interdiction de territoire. Un dispositif dont le préfet de la Meuse s’est justifié, lundi 27 juillet, jugeant « logique de renforcer les forces de sécurité ».

Motif de l’inquiétude ? La succession des manifestations venues marquer leur opposition au projet Cigéo, ces dernières semaines. Outre l’Altertour, Les Amis de la Terre y ont tenu leur Assemblée Générale en mai, tandis que les Amis de Silence, la revue écologiste, organisent jusqu’à lundi 3 août leur rencontre annuelle, à quelques kilomètres de Bure, « en soutien à celles et ceux qui luttent sur place ». « C’est la première fois que ces groupes s’approprient cette lutte et viennent à notre rencontre. C’est un baromètre intéressant, cela montre que la mayonnaise prend », analyse Michel Marie.

Mais c’est surtout un autre événement qui attire l’attention des autorités. A partir de samedi 1 août, et jusqu’au 10, un rassemblement sous forme de campement autogéré s’est donné rendez-vous à Bure. « Leur vocabulaire, "anti-capitaliste" et "anti-autoritaire", n’est pas neutre », constate le préfet.

Suffisant pour déclencher la machine médiatique : la semaine dernière, plusieurs médias s’inquiétaient de « l’ampleur » que prenait la mobilisation autour de Cigéo, se demandant si Bure, « prochain épicentre de la contestation anticapitaliste », pouvait devenir « le nouveau Sivens ».

Surinteprétation

Le ton est donné : attisée par le scandaleux passage en force du gouvernement sur ce dossier, la lutte contre Cigéo pourrait devenir le nouveau cauchemar des pouvoirs en charge du maintien de l’ordre. « On agite le spectre des hordes zadistes qui déferleraient cet été pour occuper les terres comme à Notre-Dame-des-Landes », écrit le comité organisateur dans un communiqué.

Problème, cette interprétation semble erronée. D’abord parce que sur place, les premiers concernés ne paraissent pas inquiets. « Il n’y a aucune tension particulière. Nous avons avec les premiers manifestants sur place une relation parfaitement normale. Quand on leur demande de retirer une pancarte parce qu’on la juge injurieuse, il la retire », dit Jean-Paul Baillet, le directeur du Cigéo.

Interrogé par Reporterre, il reconnaît que l’Andra (Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs) a porté plainte suite à des dégradations volontaires sur les installations scientifiques, opérées lors de la manifestation des « cent mille pas ». Mais il veut faire la distinction avec ceux qui manifestent, « qui apportent un peu de folklore et rien d’antipathique ».

"Des pointures qui mènent une vraie réflexion"

Ensuite parce que ce camp estival est bel et bien déconnecté de toute actualité législative et politique : « L’idée est née, il y a plus d’un an, de faire une réunion de bilan des luttes anti-nucléaires des dernières années. D’où le lieu, Cigéo étant un étendard de l’opposition au nucléaire », explique Ian, un membre sous pseudonyme du collectif VMC.

Né spécialement pour l’occasion, ce groupe a fini par s’ouvrir à d’autres réseaux de luttes. « Il y a ceux qui viennent de Valognes et ceux qui se sont connus sur des contre-sommets anticapitalistes, il y a les réseaux des Camps Climat et les militants anti-THT, il y a les militants urbains qui luttent contre la chasse aux pauvres en centre-ville et il y a les No Tav… Ce qui nous rassemble, c’est la dénonciation de ces grosses logiques économiques qui nous écrasent – ce qui peut être résumé sous le terme de GPII », décrit Ian (GPII signifie Grands projets inutiles et imposés).

Sur le terrain, l’arrivée de ces nouveaux opposants semble s’être très bien articulée avec les nombreuses associations locales déjà engagées contre ce projet, telle que l’EODRA, Bure Zone Libre, Bure-Stop 55, etc. « Ils ont tout de suite demandé à nous rencontrer, et cela fait plus de deux mois que l’on discute tous ensemble, témoigne Michel Marie. Ce sont loin d’être les hurluberlus que l’on veut décrire, au contraire : ce sont des pointures qui mènent une vraie réflexion à partir de leurs expériences vécues à Notre-Dame-des-landes, sur le Lyon-Turin ou encore à Roybon… »

Nouvelles formes de mobilisation

Une réflexion qui vise justement à dépasser l’étiquette de la « ZAD ». Loin d’en récuser l’histoire, le mouvement en a repris certains « codes » connus : pas de personnification du collectif, horizontalité totale, absence de logo et d’étiquette institutionnelle, refus du consumérisme et des rapports marchands, respect des tours de parole, etc.

Mais l’acronyme est devenu très médiatique : « Le "ZAD partout" est devenu un mot d’ordre pour toutes les luttes de territoire, et il y a eu un ré-accaparement du terme par les médias pour désigner tout et n’importe quoi. Son entrée dans le dictionnaire est l’incarnation de son dévoiement, souligne Ian. Et puis ce n’est pas très respectueux des associations locales qui portent cette lutte depuis si longtemps. »

Parmi elles, le CEDRA, créé en 1994. Pour son porte-parole, le concept de ZAD ne correspond pas au contexte local : « Etymologiquement, cela nécessite d’occuper un terrain, hors celui-ci l’est déjà par l’Andra. » Mais Michel Marie veut surtout y voir l’opportunité d’aller plus loin dans les formes de mobilisation : « Le concept est déjà dépassé, il faut envisager d’autres formes de lutte, comme l’installation de jeunes en maraîchage dans les environs. »

Que se passera-t-il si le campement se prolonge au-delà du 10 août ? « Ce n’est pas sa vocation première », dit Ian, qui insiste sur la nécessité de discuter préalablement. « Nous avons absolument besoin d’un temps de réflexion, qui prime quelque peu sur le temps d’action. » Les associations locales se montreraient presque plus enthousiastes, à l’image de Michel Marie : « La lutte de Bure n’appartient à personne mais surtout à tout le monde. Que Cigeo devienne un point majeur de cristallisation, ça ne peut être que bénéfique pour notre combat. »

Alerte ! Suzukii, la mouche ravageuse, déprime la production française de fruits Marie Astier (Reporterre) Reporterre 2015/07/29 Marie Astier (Reporterre) (29 juillet 2015) Alerte ! Suzukii, la mouche ravageuse, déprime la production française de fruits. Reporterre. Pesticides fr

Alerte ! Suzukii, la mouche ravageuse, déprime la production française de fruits

Elle mesure moins de 3,5 mm. Une petite taille. Et pourtant Drosophila suzukii représente une vraie menace pour les fruits qu’elle cible. Pour combattre ce nuisible venu d’Asie, les paysans, déjà économiquement fragilisés, semblent démunis. Sauf à utiliser un insecticide très puissant.

Depuis quelques années, les cerises d’Emmanuel Aze étaient de plus en plus attaquées. « J’ai cru à une recrudescence de la mouche de la cerise », se rappelle cet arboriculteur du Tarn-et-Garonne. Mais les moyens de lutte habituels n’étaient pas efficaces. Puis il a entendu parler d’une petite mouche asiatique, étudiée pour la première fois au Japon dans les années 1930, Drosophila suzukii : « Là, j’ai compris. »

Cela fait deux ans qu’Emmanuel Aze perd entre 80 et 90 % de sa récolte de cerises. « Je ramasse mes fruits mûrs sur l’arbre et je vends en direct, raconte-t-il. C’est ce qui me distingue dans le commerce et me permet de vivre. Or, la drosophile suzukii attaque les fruits les plus avancés dans leur maturité. J’y suis donc particulièrement exposé. »

Cette petite mouche préfère, comme nous, les fruits quand ils sont pile bons à manger. Elle y pond ses œufs. Puis les larves se développent en se nourrissant de la pulpe. « Les larves liquéfient la chair. En quelques jours, la cerise devient un petit sac qui contient une liqueur acide », observe le paysan.

Pire, les cerises sont loin d’être les seuls fruits prisés par le ravageur : l’année dernière, les drosophiles se sont aussi attaquées aux abricots, aux pêches et aux nectarines d’Emmanuel Aze, certaines de ses variétés étant elles aussi détruites à 80 %. Ce goût de la drosophile suzukii pour de nombreux fruits est confirmé par le Centre technique au service de la filière fruits et légumes (CTIFL), qui souligne que fraises, framboises, mûres et myrtilles ont elles aussi subi d’importants dégâts. « Dans une moindre mesure, les pêches, les abricots, les figues, le raisin, les kiwais [espèce naine de kiwai, NDLR] et les kakis peuvent être attaqués », ajoute le document, qui conseille même de surveiller les tomates.

Répandu à une vitesse éclair en Europe

La principale force de cet insecte, c’est donc qu’il mange de tout. « Il est capable de se reproduire dans beaucoup de fruits », explique Jean-Luc Gatti, chercheur à l’INRA (Institut national de la recherche agronomique). Autre avantage pour lui, il se multiplie très rapidement : jusqu’à une génération toutes les deux semaines, selon le CTIFL. Enfin, cette mouche n’a pas de prédateurs en Europe, et « elle s’acclimate très bien à différentes températures », poursuit le scientifique.

Résultat, le ravageur s’est répandu à une vitesse éclair sur le continent. « Les premières observations ont été faites en Italie et en Espagne en 2008, détaille le chercheur de l’INRA. Puis en 2010 dans le sud de la France. Aujourd’hui, on trouve la mouche suzukii jusqu’à l’Est de l’Europe, comme en Hongrie, et dans le nord, aux Pays-Bas. On a même commencé à l’observer au Royaume-Uni. »

Comment est-elle arrivée ? « On ne sait pas, avoue Jean-Luc Gatti. On peut juste dire que les zones de productions avec beaucoup d’arbres fruitiers facilitent son implantation, et que les échanges de fruits très complexes facilitent sa dispersion. »

Pour lutter, un insecticide très puissant

Reste que dans une filière française déjà dévastée par la concurrence espagnole, la lutte contre ce nouveau ravageur est devenue une priorité.

Dans son verger, Emmanuel Aze multiplie les « pièges » : des bouteilles de plastique remplies d’un mélange qui attire les insectes. « Cela retarde le problème », estime-t-il. Il nettoie systématiquement son verger de tous les fruits pourris qui pourraient contenir des larves. Pour lui, l’idéal serait d’installer des filets à insectes. « Mais cela coûte trop cher », déplore-t-il.

Reste l’arme réputée la plus efficace contre cette drosophile : un insecticide, le diméthoate. « Il est réputé très dangereux donc très efficace. Et en plus c’est le traitement le moins cher », reprend Emmanuel Aze. La molécule était presque interdite en Union Européenne en raison de sa haute toxicité,mais avec l’arrivée du ravageur, la Fédération nationale des producteurs de fruits (FNPF) a demandé des dérogations.

« C’est la seule molécule qui tue à la fois les adultes et les larves, justifie Luc Barbier, président de la FNPF. On voudrait surtout avoir la possibilité de traiter après la récolte, pour ramener au plus bas possible la population de drosophiles avant l’hiver. Il faudrait que ce soit rendu quasi obligatoire sur l’ensemble des fruits qui permettent de nourrir la drosophile suzukii, sinon cela ne fonctionnera pas. C’est le principe de la vaccination. »

Emmanuel Aze, lui, a refusé de traiter avec ce produit. En charge du dossier de la drosophile suzukii pour la Confédération paysanne, il s’est battu pour limiter l’utilisation du diméthoate. Finalement, un seul traitement, sur les cerises, à demi-dose, jusqu’à quatorze jours avant la récolte, a été autorisé.

Mais il s’inquiète : « L’an dernier, il y a eu des rumeurs convergentes et persistantes selon lesquelles certains producteurs traitaient tous les trois jours. Sur les marchés, entre paysans, il se disait qu’il ne faut pas manger de cerises, qu’elles étaient toxiques... » La Confédération paysanne a demandé plus de contrôles pour éviter les excès, une requête restée sans réponse.

« Production française en péril »

La FNPF ne confirme pas cette pratique, mais elle ne la nie pas non plus. « Je ne peux pas vous garantir que certains ne jouent pas avec les règles, lâche Luc Barbier. On est coincés par l’incapacité du politique à décider. On a tiré la sonnette d’alarme en septembre, et l’autorisation pour le diméthoate n’a été donnée que début juin. Certains ont peut-être anticipé la réglementation... »

Pour le président de la FNPF, il n’y a pas d’autre choix. « On est en période transitoire. Avant que les recherches aboutissent, on doit attendre entre cinq et dix ans. On a besoin de moyens de lutte efficaces et viables pendant cette période, c’est la production française de fruits qui est en péril ! »

A la Confédération paysanne, on ne minimise pas les difficultés économiques du secteur, bien au contraire. Ce sont d’ailleurs ces difficultés qui rendent les filets de protection inabordables pour la majorité des producteurs. « Les cerises sont achetées à un prix très inférieur au coût de production, il y a un sentiment d’injustice, certains paysans jouent la survie de leur exploitation. Dans ce contexte, comment voulez-vous demander à ces producteurs de s’approprier les constructions collectives comme les règles sanitaires ? » s’interroge Emmanuel Aze.

A l’INRA, on confirme que les recherches lancées avec des partenaires européens ne donneront de résultats que dans quelques années. Trouver un prédateur à Drosophila suzukii est une des pistes suivies. Mais ceux qui existent au Japon ne supportent pas le climat européen, et il faut tester les conséquences de l’introduction d’une nouvelle espèce sur la biodiversité. Autre possibilité étudiée : « Des lâchers de mâles stériles, pour exercer une pression continue sur la population », explique Jean-Luc Gatti. « On cherche aussi d’autres produits moins nocifs que les traitements pesticides utilisés actuellement », ajoute-t-il.

En Seine-Maritime, les éoliennes marines passent mal l’épreuve du débat public Barnabé Binctin (Reporterre) Reporterre 2015/07/30 Barnabé Binctin (Reporterre) (30 juillet 2015) En Seine-Maritime, les éoliennes marines passent mal l’épreuve du débat public. Reporterre. Reportage — Énergie fr

En Seine-Maritime, les éoliennes marines passent mal l’épreuve du débat public

Le projet d’éoliennes marines en Seine-Maritime suscite une forte hostilité des pêcheurs et des riverains. Qui l’ont exprimée mardi 28 juillet lors du débat public. Une solution alternative existe, mais il faut reprendre toute la procédure à zéro.

- Mers-les-bains (Somme), reportage

« Certes, aujourd’hui, le prix de rachat annoncé est plus élevé que le prix du marché, mais il faut considérer cela dans un horizon à plus long-terme. » Au micro, le responsable de la maîtrise d’ouvrage – la société Eoliennes en mer Dieppe-Le Tréport – arrête là son argumentation, coupé par une voix s’élevant dans la salle : « On n’aura plus d’horizon avec vos m***** ! » Rires et applaudissements nourris du public.

C’est une assemblée très majoritairement hostile qui occupait, mardi soir 28 juillet, la salle des fêtes de Mers-les-bains pour la réunion de clôture du débat public sur le projet de parc éolien en mer projeté à 15 km du littoral nord de la Côte d’Albâtre, en Seine-Maritime. Un projet qui prévoit l’installation, d’ici 2021, de 62 éoliennes d’une puissance de 8 MW (mégawatts) par un consortium dirigé par Engie (ex-GDF Suez) pour un coût d’environ 2 milliards d’euros.

Près de 300 personnes se sont déplacées pour assister à une première synthèse des échanges organisés à ce sujet depuis le 27 avril, sous l’égide de la CNDP (Commission Nationale du Débat Public). Cet engouement témoigne aux yeux des responsables du débat d’une amélioration des méthodes de concertation d’un processus maintes fois décrié, notamment à propos du projet d’enfouissement des déchets nucléaires Cigéo. Le site internet du débat a également accueilli 11 000 visiteurs – « un chiffre relativement important » selon Etienne Ballan, le président de la commission particulière de ce débat public (CPDP).

Mais cet intérêt du public illustre surtout la réticence locale à ce projet et la capacité de mobilisation des opposants. Les nombreux responsables politiques et institutionnels qui avaient fait le déplacement mardi soir – du président de la région Haute-Normandie à celui de la Chambre de commerce et d’industrie de Dieppe en passant par les adjoints aux maires du Havre et de Dieppe, tous favorables – ont eu beaucoup de mal à s’exprimer face aux réactions véhémentes d’un auditoire largement composé de pêcheurs, de commerçants locaux et de retraités.

Le calme n’aura duré que quinze minutes, le temps de finir l’introduction. Alors qu’une membre de la CPDP relatait que la majorité des touristes interrogés avaient déclaré que « les éoliennes ne diminueraient pas leur intérêt pour la région », les premiers grondements se font entendre sur fond de mini-vuvuzelas, sifflets et exclamations ironiques.

Une salle quelque peu chauffée à blanc par le maire de Mers-les-bains, Emmanuel Maquet (Les Républicains), qui avait estimé dans son mot d’introduction que « quand on sollicite la voix du peuple, c’est pour la respecter. Il n’y aurait rien de pire que de lui demander son avis pour ne pas le suivre » - appelant si tel était le cas à « en déduire toutes les conséquences et ne rien exclure pour faire entendre la voix du peuple ».

Reprenant plus tard la parole , Emmanuel Maquet harangue la foule pendant plus de onze minutes – bafouant la règle des trois minutes pour chaque prise de parole – en prenant position contre le projet.

- Ecouter une partie de son discours :

A l’issue du discours, un citoyen se lève en interpellant le président du Conseil Régional : « Heureusement qu’il y a notre maire pour nous défendre, et vous, prenez-les chez vous ces éoliennes si vous êtes pour, mais foutez-nous la paix ! » Le ton était donné.

Dans ce contexte, il est difficile de discuter sur le fond les choix politiques et les enjeux techniques, malgré un travail préparatoire conséquent. La CPDP avait identifié six problématiques issues des cent jours précédents de débat.

- Télécharger le document préparatoire établi par la CPDP

Au terme de plus de quatre heures de prises de parole par tous les acteurs concernés, qu’en retenir ? Deux points de blocage sont principalement soulevés par la population. Le premier est la mise en cause de l’efficacité de l’énergie éolienne, souvent présentée comme une énergie « intermittente » plutôt que renouvelable : quid des possibles pannes de réseau ? Quid de l’utilisation de combustible fossile pour compenser la production en cas d’absence de vent ?

Une militante du collectif Stop THT 59 interroge les conséquences sur le réseau électrique : « Est-il vrai que ces projets d’éoliennes servent d’alibi à la construction de 7 000 nouveaux kilomètres de lignes THT ? » « Non », tente d’expliquer le responsable de RTE (Réseau de transport d’électricité), renvoyant au schéma décennal de développement du réseau. Mais, souvent chahutées et parfois trop techniques, les réponses des experts laissent de marbre les sceptiques. Chacun joue sa partition sans jamais écouter celle de l’autre : « Personne ne va convaincre personne, ce soir. Les positions sont trop tranchées », estime plus tard Nicolas Mayer-Rossignol, le président PS du Conseil Régional.

L’autre antienne, c’est l’argument de l’impact paysager. A l’image de cette Lyonnaise, en résidence secondaire dans la région une partie de l’année, qui regrette que ces aérogénérateurs « touchent profondément nos côtes ». Ou ce père de famille parisien, propriétaire « touristique », dont le gilet bien assorti à la chemise à carreaux ne laisse rien présager de l’emportement soudain : « Vous nous faites c**** avec ce projet, ça gâche le paysage, on voudrait bien partir en vacances et être tranquille ! »

Autour de ce projet s’opère une surprenante reconfiguration des alliances : d’un côté, un grand nombre d’écologistes défendant la transition énergétique se retrouve à prendre fait et cause pour le projet porté par des industries lourdes de l’énergie – telles qu’Engie ou Areva – tandis que de l’autre côté, des pêcheurs syndicalistes nouent un pacte de non-agression avec de grands propriétaires fonciers.

Un consensus se dessine toutefois sur la nécessité de travailler autour de la pierre d’achoppement : la zone d’implantation des éoliennes, principal motif de la colère des pêcheurs. En cause, le périmètre de près de 100 km2 désigné pour héberger le parc et réputé pour sa grande richesse halieutique : sole, turbot et coquille Saint-Jacques, une des spécialités de la région. « Si les pêcheurs vont dans certaines zones, c’est pas pour y danser », ironise Olivier Becquet, gérant de la coopérative des pêcheurs. D’aucuns craignent que l’installation de ces grands mâts de 200 mètres de haut, coulés dans le béton en sous-marin, perturbe durablement les écosystèmes vivants.

Tout le monde en convient, tel Guillaume Blavette, représentant du collectif Stop EPR, ni Penly ni ailleurs et promoteur du projet au nom de la nécessaire sortie du nucléaire : « Il y aura un impact environnemental. » Avec en toile de fond, une épée de Damoclès sur l’emploi. « On nous promet que le projet créera 125 emplois, mais pour combien de détruits ? », interroge l’un. « Faudra ouvrir une deuxième agence Pôle Emploi ! » s’insurge l’autre.

Les organisations professionnelles de pêche (CRPMEM, Comités régionaux des pêches maritimes et des élevages marins) ont proposé une zone alternative, quelques kilomètres plus loin que celle pour l’heure identifiée officiellement. « Si la zone préconisée par les pêcheurs était finalement acceptée, dit Olivier Becquet, il n’y aurait plus de problème majeur pour nous. »

Problème, une nouvelle zone ne saurait être établie sans remette en cause le présent appel d’offres. Autrement dit, retour à la case départ, délai supplémentaire, et remise en jeu de la maîtrise d’ouvrage. Un facteur de blocage presque insoluble qui pose de sérieuses questions sur les conditions d’attribution de cette zone. Le président de la Région pointe directement, dans l’allocution finale, la responsabilité de l’Etat : « Plusieurs éléments soulevés sont sujets à caution (…). Il faudra que le gouvernement s’exprime sur le choix de cette zone. » S’engageant à demander une explication à Mme Royal, il s’est ainsi montré solidaire des pêcheurs qui ont dénoncé à plusieurs reprises l’absence de réponse de la ministre à leur demande d’entretien. « On a du mal à comprendre l’absence de concertation avec les professionnels de la pêche, dit Olivier Becquet. C’est vrai qu’on parle marin-pêcheur, il faudrait peut-être qu’on trouve un dictionnaire pour parler le même langage… »

Ils étaient nombreux à pointer l’absence quasi totale de l’Etat lors du processus de débat public. Et c’est un sentiment d’impuissance qui prédomine. « On est fatigués, depuis le temps qu’on nous parle de ce projet, on en a plein le c**… » soupire un pêcheur au fond de la salle.

La commission chargée du débat public rendra ses conclusions en septembre.

Des arbres fruitiers rassemblent les habitants de La Chapelle, à Paris Emilie Unternehr (Reporterre) Reporterre 2015/07/30 Emilie Unternehr (Reporterre) (30 juillet 2015) Des arbres fruitiers rassemblent les habitants de La Chapelle, à Paris. Reporterre. Agriculture fr

Des arbres fruitiers rassemblent les habitants de La Chapelle, à Paris

L’association Vergers Urbains plante des arbres fruitiers en plein cœur des quartiers parisiens. L’objectif : restaurer la fonction de lieu de rencontres des espaces publics.

Parmi les poiriers, pommiers, framboisiers, mûriers, et groseillers des jardinières en bois installées en bord de route par Vergers Urbains, on trouve toujours un banc. « On s’arrange toujours pour que dans nos vergers, il y ait un banc », s’amuse Sébastien Goelzer, l’un des fondateurs de l’association. Un banc pour que les habitants du quartier puissent s’asseoir et discuter. Un banc pour réunir les gens. « Aujourd’hui les mairies veulent éviter que les gens se rassemblent et faire en sorte que l’espace public ne soit qu’un lieu de passage », poursuit-il, « nous on va dans le sens contraire. »

Vergers urbains a donc pour objectif de rassembler les gens en apportant la nature dans la ville, et ce à travers différentes fonctions : alimentaire, environnementale, en luttant notamment contre les îlots de chaleur urbains ou en préservant la biodiversité, et pédagogique, par exemple en faisant découvrir des arbres fruitiers locaux, comme certaines espèces de pommiers ou de poiriers.

L’association compte deux salariées : Véra, et bientôt Julie. A la base du projet : une réunion de permaculture pendant laquelle Sébastien, originaire de la banlieue parisienne, a soumis l’idée de vergers dans la ville. L’association existe depuis trois ans et a mis en place une vingtaine de lieux à Paris, entre friches, jardins partagés, et « recoins » sur les bords de trottoirs. La plupart des vergers de l’association sont implantés dans le quartier de La Chapelle, où vit Sébastien. Un quartier difficile, qui connait de nombreux problèmes sociaux, le lieu idéal pour lancer de tels projets. « Ici on teste beaucoup de choses, et quand ça fonctionne, on déploie l’idée ailleurs », assure-t-il. Vergers urbains est présent dans le 13e arrondissement, dans le 20e et bientôt dans le 19e.

Des plants de cannabis au milieu des arbres fruitiers

L’idéal de rassemblement, de mélange, voulu par l’association, n’est pas toujours respecté par les habitants. « On a eu des problèmes de vol, notamment sur les arbustes à fleurs, et pas mal de vandalisme aussi », confirme Sébastien. Plusieurs arbres ont par exemple été déracinés. Vergers urbains le déplore mais trouve des solutions. Des plantes plus robustes, comme les groseillers ou les framboisiers, sont favorisées pour lutter contre les dégradations. « On a aussi retrouvé des plants de cannabis... qui avaient très bien poussé d’ailleurs ! » se souvient Sébastien. A La Chapelle, l’association a dû apprendre à composer avec les différentes problématiques sociales. Certains vergers se retrouvent rapidement occupés par les migrants soudanais, habitués du quartier.

Se pose également le problème des autorités. « Au tout début, planter des arbres fruitiers sur l’espace public représentait un vrai problème », affirme le co-fondateur de l’association. Entre fruits qui tombent, et enfants qui grimpent sur les arbres, les barrières se posaient au niveau des prises de responsabilité. « Mais très vite, la mairie a fini par se montrer collaborative, aujourd’hui elle nous apporte de l’aide. » Cependant quelques différends subsistent, notamment concernant la pollution des sols. Pour la mairie, faire pousser du comestible directement dans la terre parisienne est un danger pour la santé. La ville demande donc à l’association de faire venir la terre d’ailleurs. Mais Vergers Urbains tente de lutter contre cette règle, pas vraiment justifiée selon eux.

Des initiatives locales

Malgré ces quelques embûches, les initiatives locales fleurissent. En effet, Vergers Urbains joue essentiellement un rôle d’accompagnement. Les projets naissent directement chez les habitants motivés, qui ensuite demandent de l’aide à l’association. Vergers Urbains s’emploie à gérer les préoccupations pratiques, notamment à trouver le financement auprès des collectivités comme la ville de Paris, les mairies d’arrondissement, le conseil de quartier, ou encore les bailleurs sociaux, selon le projet.

Florence Meyer, jeune retraitée, n’a pas vraiment la main verte. « Il y a des choses qui poussent, je ne sais même pas s’il faut les enlever ou pas. Je n’y connais pas grand-chose mais je ne demande qu’à apprendre ! » s’amuse-t-elle. Pourtant, c’est elle qui est à l’origine du projet de jardinières sur le trottoir de la rue Jean Cottin. Elle a créé l’association des Gens de Cottin dans l’objectif d’installer des jardinières sur ce qui était devenu le « trottoir à encombrants » de la rue où elle vit, juste en face de son immeuble.

« Avant il y avait des gravats et des encombrants en permanence, alors des plantes c’est quand même plus agréable », reconnaît-elle. Par l’intermédiaire de petites annonces dans les copropriétés du coin, Florence a organisé des repas pour trouver les futurs membres de son association, qui compte aujourd’hui une quinzaine d’adhérents actifs.

Une fois entrée en contact avec Vergers Urbains, qui s’est montré très intéressé par l’idée, le projet s’est monté très rapidement. Il a pris forme en janvier 2015, avec des jardinières en bois élaborées par un architecte de l’immeuble d’en face. « Je suis contente d’avoir pu profiter de ma retraite pour mettre en action ce projet qui était dans la tête de plusieurs habitants depuis longtemps ! » Les Gens de Cottin, de tout âge et toute origine, se réunissent chaque dimanche matin pour s’occuper des pommiers, groseillers, framboisiers, pieds de tomates, courgettes et plantes aromatiques du jardin, le tout autour d’un thé ou d’un café. « Grâce aux jardinières, on rencontre plein de gens, on sort, autrement chacun reste chez soi, c’est dommage », poursuit Florence.

« Les Vergers Urbains touchent tout le monde », assure Sébastien. « On a des gens qui jardinaient et qui souhaitent recommencer, d’autres qui veulent voir du vert dans leur quartier, on a beaucoup de jeunes en-dessous de treize ans, et aussi des retraités. » Mais tous ces jardiniers ont un point commun : la réelle volonté de changer la dynamique de leur quartier.

À Saint-Denis, les habitants résignés face au changement climatique Émilie Massemin (Reporterre) Reporterre 2015/07/31 Émilie Massemin (Reporterre) (31 juillet 2015) À Saint-Denis, les habitants résignés face au changement climatique. Reporterre. Reportage — Climat et quartiers populaires fr

À Saint-Denis, les habitants résignés face au changement climatique

La canicule est passée, le temps est plus frais, mais les vagues de chaud reviendront. Au cœur de la chaleur, notre reporter était allée voir à Saint-Denis, près de Paris, comment les habitants des quartiers populaires, particulièrement touchés par le phénomène d’îlot de chaleur, réagissaient. Réponse : avec fatalisme...

- Saint-Denis (93), reportage

C’est désormais connu : les quartiers fortement minéralisés sont les plus frappés par le phénomène d’îlots de chaleur en cas de canicule – et ce sont, trop souvent, les quartiers populaires. Je décide de faire un tour jeudi en Seine-Saint-Denis, pour évaluer la gravité de la situation. Ce département a été le deuxième plus touché par la surmortalité pendant la canicule de 2003 : + 160 % de décès liés à la chaleur au mois d’août.

Avant le départ, j’appelle Damien Dussut, chargé de mission climat à Plaine Commune, dont le service a mené en 2014 une étude sur l’adaptation au changement climatique dans l’agglomération. Lors d’une visite de terrain, il a identifié Saint-Denis – Porte de Paris comme un quartier particulièrement vulnérable à la canicule : « Le quartier est jeune, avec des espaces publics très minéralisés. J’ai été frappé par la sensation de chaleur. »

La carte interactive des quartiers « chauds » établie par Erwan Cordeau, chargé de mission à l’Institut d’aménagement et d’urbanisme d’Île-de-France, le confirme : plusieurs indicateurs sont au rouge, comme l’imperméabilisation des sols, les propriétés thermiques des matériaux, qui retiennent la chaleur, et l’absence d’eau et de végétation.

« Peut-être mettre plus d’arbres et de fontaines »

De fait, à la sortie du métro à 13 h 30, l’atmosphère est étouffante. La vaste étendue de dalles de pierre reflète violemment le soleil. Tania, 33 ans, employée dans le secteur hospitalier, s’est réfugiée à l’ombre sous l’auvent du kiosque à journaux. « Tous les véhicules, les entreprises et les petits commerces produisent de la chaleur, soupire-t-elle. Ils auraient peut-être pu mettre plus d’arbres et des fontaines. Limiter la circulation, c’est difficile. Mais pourquoi ne pas rendre certains moyens de transport gratuits, comme les vélos ? »

« La chaleur, c’est normal », tranche Ahmed, 17 ans, assis sur le rebord d’une fenêtre. « Je n’en souffre pas », renchérit Sara, 12 ans. Pour Cédric, 18 ans, c’est une autre paire de manches. « Dès 11 h, ça commence à taper. On a besoin de beaucoup s’hydrater, on est moins concentré, on se fatigue plus vite, remarque le plombier, en tirant sur sa cigarette. C’est la faute à la pollution. Il faudrait remettre les plaques paires et impaires, encourager le covoiturage. »

Comme source de fraîcheur... le rayon surgelés du supermarché

Il fait décidément trop chaud. Je me réfugie à la boulangerie, où la vendeuse, Radia, 38 ans, m’accueille avec un large sourire. « C’est dur, surtout en plein Ramadan, souffle-t-elle. Hier soir, avec mon mari, on est allés se rafraîchir au rayons surgelés du supermarché ! » Ce réchauffement est pour elle la conséquence d’un trop-plein de technologie, « qui est en train de tout détruire » : « Aujourd’hui tout se branche, le téléphone, la télé, l’ordinateur... Tout ces appareils sont bien pratiques mais dégagent de la chaleur ! »

A L’Escargot, le bistrot d’en face, Yves, 58 ans, me sert une limonade bien fraîche. Ce garçon de café fidèle au poste depuis vingt-cinq ans rouspète en s’allumant un cigarillo : « La chaleur, ici, c’est mortel. J’ai fait l’Afrique équatoriale, je peux vous dire qu’il y faisait moins chaud. »

« Il faut enlever le soleil ! »

Monique, 73 ans, vient le saluer. « Même à la campagne il fait chaud, relativise l’ancienne pharmacienne, en regardant Yves lui verser de l’eau gazeuse dans un verre rempli de glaçons. Mais en ville, c’est pire. Tout est resserré, il y a plus de monde. L’hiver, la neige ne tient pas à cause de la chaleur dégagée par le métro. Enfin, qu’est-ce qu’on peut faire ? » « Enlever le soleil ! », réplique son mari en lui lançant un clin d’œil.

Accoudé au comptoir, Éric, 30 ans, employé dans la restauration, remplit une grille de loto. C’est la première personne qui m’évoque, spontanément, le changement climatique pour expliquer la canicule. « Oui, le climat évolue, on en parle aux infos. Mais que voulez-vous. On doit vivre avec notre temps, où tout le monde veut toujours plus. Les pays en développement doivent se développer. On peut essayer de se calmer, mais on ne va pas changer. On est dans l’impasse », hausse-t-il les épaules avant de rejoindre ses amis en terrasse.

A la pharmacie, on vend plus de brumisateurs

Monique et son mari s’engouffrent dans la pharmacie d’en face, où ils saluent Delphine, 34 ans, postée derrière sa caisse. « Les gens achètent davantage de brumisateurs, mais ils ne posent pas vraiment de questions, remarque la pharmacienne. Il faut dire qu’ici, ils sont habitués à la chaleur. Ils viennent de pays où il fait beaucoup plus chaud. » Elle-même s’inquiète de cette hausse des températures. « Au Canada, il fait plus de 30°C, c’est du jamais vu. Les médias parlent tout le temps du changement climatique, mais est-ce que des choses sont mises en place ? »

Retour sur la place. A 16 h30, la lumière du soleil est toujours aussi implacable. Deux jeunes qui passent en scooter me balancent une bombe à eau. « Ça va ? », s’enquiert Lionel, 27 ans, chauffeur de bus RATP. Posté à l’ombre du kiosque, il attend de prendre son service. « 44°C dans la cabine, sans clim’, soupire-t-il. Ça rend les gens fous. Surtout hier, où tout le trafic a été perturbé à cause d’une rupture de caténaire, due à la chaleur. »

« En Arabie saoudite, c’est pire, mais il y a la clim’ »

Pour Hassan, 49 ans, en recherche d’emploi, la canicule est particulièrement accablante. « Je suis diabétique, et en plus, c’est le Ramadan, explique-t-il doucement. Mais c’est normal, c’est la vie. En Arabie Saoudite, c’est pire, il fait 50°C. Seulement, là-bas, dès qu’on rentre, il y a la clim’, c’est merveilleux. Même si c’est mauvais pour la santé et que ça donne le rhume. »

Dur dur aussi pour les enfants. Nesrine, 31 ans, maman de Imilya, 7 ans, Mélina, 6 ans, et Mikaïl, 2 ans, en sait quelque chose : « Demain, je vais leur acheter une piscine gonflable pour qu’ils puissent se rafraîchir dans la cour, prévoit la jeune femme, salariée dans une association d’aide aux orphelins. Je leur donne de l’eau 24 h/24 et je leur mets de l’eau de fleur d’oranger dans les cheveux pour les rafraîchir. Imilya et Mikaïl pensent bien à réclamer de l’eau, mais Mélina, pas du tout ! »

A 18 h, je reprends le métro. Parmi toutes les personnes rencontrées, seules deux m’ont parlé de changement climatique. Et très peu ont pointé du doigt un urbanisme inadapté pour expliquer une telle sensation de chaleur. Pourtant, l’injustice climatique se manifeste aussi de cette manière : ici, point de climatisation, peu de parcs, une dépendance très forte aux transports en commun et un habitat souvent mal isolé. Sans compter la difficulté d’accès à l’information, et des problèmes de santé parfois plus importants qu’ailleurs...

L’agglomération de Plaine Commune en a conscience : « Pour rendre le territoire plus robuste, il s’agit de prendre en compte le paramètre climatique dans tous nos projets de construction et d’aménagement : réaliser des bâtiments plus sobres où le confort d’été est travaillé sans augmenter les consommations énergétiques, végétaliser l’espace public et les bâtiments pour lutter contre l’effet îlot de chaleur urbain, utiliser les eaux brutes pour rafraîchir les espaces verts et les zones minéralisées », peut-on lire en conclusion du résumé de l’étude de vulnérabilité. Une nécessité, car les phénomènes de canicule risquent bien de s’accentuer.

En Normandie, le projet novateur de la Ferme des Bouillons de nouveau en danger Association de Protection de la Ferme des Bouillons Reporterre 2015/07/31 Association de Protection de la Ferme des Bouillons (31 juillet 2015) En Normandie, le projet novateur de la Ferme des Bouillons de nouveau en danger. Reporterre. Tribune — Agriculture fr

En Normandie, le projet novateur de la Ferme des Bouillons de nouveau en danger

Au 19 août 2015, la ferme des Bouillons a été évacuée par la police. Pourtant, une autre solution était possible, comme l’expliquaient récemment les habitants et les soutiens de la Ferme. Avec le reclassement du site en Zone Naturelle Protégée et la fin du permis de démolir détenu par la société Immochan, la Ferme des Bouillons, près de Rouen, semblait sauvée du béton. Et ses occupants avaient bon espoir d’en faire un lieu citoyen et collectif alliant agriculture biologique et éducation populaire. Mais une société sortie du chapeau serait en mesure de racheter le site. Le préfet doit décider d’une éventuelle préemption.

Actualisation 19 août 2015 : La ferme des Bouillons a été évacuée par les CRS mercredi matin 19 août. Cf notre enquête

Ça bouge aux Bouillons. Il y a un an, avec le reclassement du site en Zone Naturelle Protégée et la fin du permis de démolir détenu par la société Immochan, la vocation agricole de la ferme était confirmée et légitimée. Une première victoire pour l’Association de Protection de la Ferme des Bouillons, mais pas la fin du combat : restait, selon nous, à garantir que la ferme sauvée du béton serait le support d’activités durables et généreuses, articulées dans une logique de bien commun.

Les membres de l’association ont alors orienté leurs travaux dans deux directions : rachat collectif et citoyen du site, avec le soutien du mouvement Terre de Liens, et rédaction démocratique d’un projet global pour la ferme, alliant agriculture biologique, circuits courts, formation, éducation populaire et culture, dans la droite ligne de ce qui avait été entrepris dès les premiers jours de l’occupation. Ce projet a été rendu public au printemps 2015, avec des porteurs de projets identifiés. Dernier obstacle à sa concrétisation : la propriété du site, toujours aux mains du groupe Auchan.

Une SCI sortie du chapeau

Le 24 juillet 2015, nous apprenons que la ferme fait l’objet d’un compromis de vente entre la société Immochan et une Société civile immobilière (SCI), dont nous ne connaissons pas à ce jour l’identité. Résolus à ne pas laisser partir la ferme entre n’importe quelles mains, nous engageons avec la Confédération paysanne et Terre de liens Normandie la seule démarche qui nous est permise : saisir la Société d’aménagement foncier et d’établissement rural (SAFER), arbitre des transactions en matière de foncier agricole. Enjeu : obtenir de la SAFER qu’elle use de son droit de préemption, pour étudier dans la transparence tous les projets qui se porteraient sur la ferme, y compris le nôtre.

La SAFER disposant de deux mois après signature du compromis de vente pour préempter, et celui-ci ayant été signé le 2 juillet, l’instruction d’une demande de préemption doit se faire dans le courant du mois d’août. Il y a donc urgence à agir. À l’occasion d’une première prise de contact, la SAFER nous informe qu’une demande de préemption sur ce dossier serait difficilement envisageable. Après un appel à un rassemblement de protestation, et au vu des arguments présentés, la SAFER accorde finalement un rendez-vous, ce mercredi 29 juillet, à Terre de liens, la Confédération paysanne et Romain, maraîcher et porteur d’une partie du projet agricole défendu par l’association.

De ce rendez-vous, deux éléments ressortent :

1) la SAFER veut l’aval de la Direction régionale à l’agriculture, l’alimentation et la forêt (DRAAF), et donc in fine du préfet, pour exercer son droit de préemption ;

2) elle ne voit pas pourquoi préempter, le projet porté par la SCI étant un projet d’installation en permaculture, avec potager pédagogique et point de vente. Un excellent projet, en effet : c’est presque le nôtre !

Qu’est-ce qui nous chagrine, alors ?

Absence de contrôle

Le point central de notre refus du projet porté par ce nouvel acteur sorti du chapeau au cœur de l’été, c’est l’absence de contrôle sur le fonctionnement opaque de ce type de société. En effet, en cas de revente partielle - même à 99 % - des parts de la SCI, la SAFER et plus largement la collectivité n’auraient plus légalement de regard sur les activités développées sur le site par les nouveaux propriétaires : fini alors le maraîchage bio ? Tout l’inverse de la responsabilité collective que nous cherchons à mettre en place depuis un an avec Terre de Liens.

La situation de Romain, l’un de nos porteurs de projet en maraîchage, nous semble également relever de la plus grande urgence, et de ce fait devoir bénéficier d’un examen attentif de sa candidature. Maraîcher en agriculture biologique depuis six ans sur des terrains loués de manière précaire, inséré dans des réseaux de distribution en circuits courts, ce père de famille sera sans terre, et donc sans revenu, dans quatre mois. Cette situation dramatique illustre la difficulté pour les jeunes maraîchers de trouver des terres pour s’installer durablement, ainsi que la pertinence de notre combat pour la préservation des terres agricoles périurbaines et l’installation d’une nouvelle génération de paysans.

Plus largement, nous avons la conviction que notre projet, élaboré dans la concertation, enrichi par les apports de milliers de sympathisants venus nous rencontrer et par ceux des nombreuses associations et collectifs venus travailler sur la ferme, correspond aux attentes, aux aspirations des hommes et des femmes de la métropole et bien au-delà. Exemplaire du point de vue citoyen, il promeut un modèle social, solidaire et responsabilisant, aux antipodes d’une activité strictement économique, même bio, s’adressant essentiellement à un public de consommateurs.

Pour que le sort de la ferme puisse faire l’objet d’un arbitrage entre les différents projets qui ont été déposés, les services de l’État doivent donner leur aval à une préemption par la SAFER. Est-il envisageable d’imposer une activité permacole portée par une SCI, mise en place sans concertation et dont la mise en œuvre devra passer par l’évacuation par la force des citoyens qui ont sauvegardé les terres et leur vocation agricole ? Soyons sérieux !

Ensemble, encore une fois, faisons entendre notre voix ; exigeons une procédure démocratique et équitable. Monsieur le préfet, donnez le feu vert à la SAFER !

Michel Tarin, en 2008, expliquait les raisons de s’opposer à l’aéroport de Notre Dame des Landes Par Hervé Kempf Reporterre 2015/08/03 Par Hervé Kempf (3 août 2015) Michel Tarin, en 2008, expliquait les raisons de s’opposer à l’aéroport de Notre Dame des Landes. Reporterre. Notre-Dame-des-Landes fr

Michel Tarin, en 2008, expliquait les raisons de s’opposer à l’aéroport de Notre Dame des Landes

Michel Tarin a quitté Notre Dame des Landes et cette terre vendredi 31 juillet 2015. C’était un militant infatigable de nombreuses luttes, dont celle contre le projet d’aéroport. Seule la maladie a eu raison de lui. Il avait souvent rencontré des journalistes de Reporterre.

La première rencontre avec Michel Tarin avait eu lieu en février 2008. Le sujet de Notre Dame des Landes était alors peu connu, et, dans sa maison de Treillères, il nous avait expliqué ce que signifiait ce projet. Voici l’entretien d’alors, qui dure onze minutes :

- Ecouter ici :

Le mauvais coup de l’été : l’Etat évacue la ferme des Bouillons et la cède à des proches du groupe Auchan Julie Lallouet-Geffroy et Hervé Kempf (Reporterre) Reporterre 2015/08/20 Julie Lallouet-Geffroy et Hervé Kempf (Reporterre) (20 août 2015) Le mauvais coup de l’été : l’Etat évacue la ferme des Bouillons et la cède à des proches du groupe Auchan. Reporterre. Grands projets inutiles fr

Le mauvais coup de l’été : l’Etat évacue la ferme des Bouillons et la cède à des proches du groupe Auchan

Reporterre a tiré le rideau pour ce mois d’août. Mais parce que nous ne voulions pas rédiger à la rentrée un article intitulé « Ce que vous avez raté pendant l’été : une occupation évacuée, il est maintenant trop tard », nous ré-ouvrons nos colonnes. Mercredi 19 août, la ferme des Bouillons, lieu agricole alternatif près de Rouen, a été évacuée par les CRS.

Tout allait pourtant pour le mieux à la ferme des Bouillons entre un stage de construction d’éoliennes, le passage d’Alternatiba et le marché maraîcher hebdomadaire ; mais la période estivale est propice aux entourloupes étatiques.

C’est ce qu’a vécu la ferme occupée, située à Mont-Saint-Aignan, en périphérie de Rouen. Une entourloupe bien ficelée qui a abouti, mercredi matin 19 août, à l’évacuation par les CRS de la trentaine de personnes qui occupaient depuis plus de deux ans et demi la ferme pour la sauver d’un projet immobilier du groupe Auchan.

Fin juillet, l’association de protection de la ferme des Bouillons apprend qu’un compromis de vente a été signé par Immochan, la foncière d’Auchan, au profit d’une SCI nommée In Memoriam dirigée par les frères Mégard pour la somme de 150 000 euros. L’établissement en charge du foncier agricole et sous tutelle de l’Etat, la Safer, a confirmé cette vente mardi soir 18 août. Et dès le lendemain matin, dans une précipitation exceptionnelle qui témoigne que cette décision de la Safer a été prise en parfait accord avec le préfet, la police intervenait.

La Safer refuse de préempter, alors qu’elle le peut, c’est-à-dire examiner d’autres propositions de reprise, les comparer et évaluer quelle offre est la plus pertinente. La Safer a donc fait le choix de ne pas ouvrir le dossier présenté et mûri pendant un an par les militants, et porté par plus d’un millier d’adhérents à l’association, sans compter les sympathisants.

Un projet porté par Romain Pavot, maraîcher bio, en activité au sein du réseau des Amap depuis six saisons et paysan sans terre d’ici la fin de l’année. La confirmation de la vente à la SCI In Memoriam a ainsi amené le préfet à signer l’évacuation de la ferme mercredi matin, à 6h. Bien plus qu’une affaire de marchands de tapis, il s’agit d’un dossier politique.

La ferme des Bouillons, légitimité contre légalité

Le groupe Auchan a acheté la ferme de quatre hectares il y a trois ans. Depuis décembre 2012, elle est occupée par des militants de tous bords. Sur place, le quotidien s’organisait entre le travail aux champs, les conférences, formations et concerts. Agriculture, culture et éducation populaire sont au cœur de cette occupation qui draine de nombreux soutiens allant de la Confédération paysanne à EELV en passant par l’ancien maire de la commune, Patrice Colasse (PS). La société civile est également présente en masse sur le site. A titre d’exemple, le festival La Tambouille organisé en septembre 2014 avait attiré 3 000 personnes durant un week-end.

Ces presque trois années d’occupation ont porté leurs fruits. En janvier 2013, la ferme a été classée en zone naturelle protégée, et six mois plus tard, le permis de démolition d’Auchan n’a pas été reconduit. A l’été 2014, la ferme était sauvée. Dernier obstacle pour la rendre pérenne avec un projet légal de maraîchage et d’éducation populaire, le propriétaire : Auchan, qui ne voulait pas négocier avec ses détracteurs.

Des nouveaux propriétaires proches de la famille Mulliez et de l’extrême-droite

Un an plus tard, presque jour pour jour, l’association de protection de la ferme apprend donc qu’un compromis de vente est signé. Les acheteurs sont deux frères réunis au sein d’une SCI (société civile immobilière) nommée In Memoriam, les frères Mégard. Un faisceau d’éléments permettent de douter de leurs intentions affichées. Avant toute chose, laissons-les se présenter, dans une vidéo où ils remercient le groupe Immochan de son aide.

- Voir la vidéo :

Le statut juridique de SCI est assez commun. Dans le cas de la ferme, il est particulièrement utile. Une fois rachetée, la SCI pourra revendre des parts à qui bon lui semble sans que la Safer, ni les pouvoirs publics ne puissent s’y opposer. La Safer elle-même dénonce ces pratiques. Cette manière de faire est bien connue, par exemple à travers le dossier de la ferme-usine des mille vaches. C’est par ce biais que Michel Ramery est parvenu à acquérir autant de terres.

Les militants dénoncent cette opacité et mettent en avant leur modèle économique fondé sur l’épargne citoyenne, avec le soutien de Terre de Liens, et le contrôle de la société civile afin de garantir la vocation agricole du site. A cet argument, la Safer a répondu en ajoutant au compromis de vente une clause garantissant la vocation agricole du lieu pendant au moins vingt-cinq ans.

Mais qui sont ces repreneurs sortis du chapeau ? L’aîné Thibault Mégard attire l’attention. Il détient plusieurs entreprises, surtout dans le secteur immobilier. Un secteur plus proche des activités d’Auchan que du projet de maraîchage bio qu’il met en avant avec son frère.

Du côté de la sensibilité à l’environnement, Thibault Mégard fait aussi partie de l’entreprise paysagiste Œuvre d’arbre. La structure se vante de son Certiphyto, un certificat qui garantit les bonnes pratiques dans l’usage des biocides. Pratiques éloignées des soucis de culture biologique et permacole.

Merci Auchan

Homme aux multiples casquettes, Thibault Mégard est aussi engagé en politique. Lors des élections européennes de 2014, il était candidat sur une liste divers droite à Villiers-sous-Mortagne (Basse-Normandie). La tête de liste n’est autre qu’André-Paul Leclercq, membre de la famille Mulliez en charge du développement du groupe Auchan dans les pays de l’Est.

A cela s’ajoute le prix de vente : 150 000 euros. Auchan a acheté le site en 2012 plus de 700 000 euros, une fois reclassé en zone naturelle protégée, le site ne valait plus que 300 à 350 000 euros selon les expertises commandées par l’association de protection de la ferme. Les Mégard seraient donc de très bons négociateurs, à moins qu’Auchan ne leur ait fait une fleur. Un geste commercial qu’il conviendrait de qualifier d’étonnant de la part de la famille Mulliez, plutôt proche de son argent vu son implantation massive en Belgique.

C’est peut-être la cerise sur le gâteau, les orientations politiques des deux frères sont diamétralement opposées à celles portées par l’association de la ferme des Bouillons. Thibault Mégard s’est porté candidat lors des élections législatives de 2007 à Rouen sur une liste Mouvement pour la France, son leader national étant Philippe de Villiers.

Le collectif Ras le Front de Rouen, classé comme anti-fasciste, révèle, photo à l’appui, l’implication du petit frère, Baptiste, dans les mobilisations Manif pour tous et Veilleurs pour la famille.

Dans ce contexte, difficile de ne pas s’étonner du nom de leur entreprise : In Memoriam. In Memoriam est le nom d’un groupe de rock d’extrême-droite, une référence dans le rock identitaire français. Le Figaro lui a consacré un article au début du mois suite à sa venue à Fréjus.

Les alternatives pacifiques renvoyées à la désespérance

Tout ceci dessine un tableau dans lequel le gouvernement a préféré privilégier une solution portée par la collusion entre l’extrême-droite et un des plus grands groupes de distribution français. Le message est clair : tout plutôt que des alternatives portées par les citoyens.

Le refus de la Safer de préempter, de prendre en considération le fruit de deux ans et demi de travail de la part de la société civile laisse pantois. Comme l’explique l’association pour la Sauvegarde de la ferme des Bouillons dans une lettre ouverte adressée à Laurent Fabius, président de la COP21 à venir et élu de Seine-Maritime : « Comment pourrions-nous justifier à l’opinion publique française qu’échappe à [la] société civile pacifiquement organisée, le fruit de trente-deux mois de travail de persuasion et de rédaction d’un projet indépendant des lobbies de l’argent, reposant sur une expertise citoyenne partagée ? (…) Quel terrible exemple pour un mouvement reposant sur la compétence collaborative et sur une jeunesse très conscientisée sur ces questions environnementales, qu’un ’coup monté’ renvoyant à la désespérance de toute action pacifiquement et patiemment construite, après un premier échec de la voie politique classique ? »

Ce qui s’est passé en août quand on n’était pas là Camille Martin (Reporterre) Reporterre 2015/08/31 Camille Martin (Reporterre) (31 août 2015) Ce qui s’est passé en août quand on n’était pas là. Reporterre. fr

Ce qui s’est passé en août quand on n’était pas là

Accident catastrophique en Chine, action massive des citoyens contre le charbon en Allemagne, mauvais coup du gouvernement contre les alternatives... l’actualité n’a pas chômé durant ce mois d’août. Voici un petit rappel si, comme Reporterre, vous avez bullé sans complexe durant le mois d’août.

Ça y est, c’est la reprise pour Reporterre. Et peut-être pour vous aussi, après une pause bien méritée. Pour retrouver rapidement ses marques, voici un rappel de ce qui s’est passé autour de l’écologie depuis un mois.

D’abord une mauvaise nouvelle, la mort de Michel Tarin, un paysan qui a été, entre autres, un militant de toujours contre le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Une sale maladie, la leucémie, l’a attrapé il y a deux ans, et l’a finalement emporté le 31 juillet.

Reporterre avait souvent rencontré Michel Tarin. Vous pouvez encore l’entendre ici et aussi ici.

Une autre disparition dans le monde de l’écologie, celle de Philippe Germa, disparu le 8 août en plongée en Polynésie française. Il était directeur général du WWF France depuis 2013 et était un proche de Brice Lalonde depuis les années 1980.

- Une bonne nouvelle, le 5 août : le Conseil constitutionnel a rejeté l’article de la loi Macron facilitant l’enfouissement des déchets nucléaires dans la Meuse. Dans son communiqué, le Conseil indique que l’article concerné, n° 201, ainsi que d’autres, « avaient été adoptés selon une procédure contraire à la Constitution. [Le Conseil] les a, par suite, censurés. » De quoi répandre la joie dans le Camp d’action climat anticapitaliste qui s’est déroulé à Bure entre le 1 et le 10 août, et que Reporterre, qui y était, vous racontera bientôt.

La politique du climat a été marquée par l’annonce par Barack Obama d’un plan de lutte contre le changement climatique (lien en anglais). Principal engagement : réduire en 2030 de 32 % par rapport au niveau de 2005 les émissions de C02 du secteur de la production d’électricité.

Un pas dans la bonne direction, mais qui reste en retrait sur les engagements pris par l’Europe (40 % de réduction en 2030 par rapport à 1990). Et de surcroît vite contredit par l’autorisation donnée par M. Obama à la compagnie Shell de chercher du pétrole en Arctique, un projet vivement contesté par les écologistes américains.

Une décision qui rappelle qu’en fait, ce sont les puissances d’argent qui ont le pouvoir : l’ancien président des Etats-Unis, Jimmy Carter, a ainsi expliqué que le système politique US est devenu une oligarchie, en raison de son système de financement. Pour être élu, il faut avoir de l’argent, et donc les riches influencent fortement les décisions politiques, comme l’avaient montré des chercheurs états-uniens.

C’est bien l’action des citoyens qui peut peser sur les décisions globales.

Et du 7 au 17 août, un grand rassemblement s’est déroulé en Allemagne, un Camp Climat visant spécifiquement l’exploitation du charbon à Garzweiler. Une action de masse s’est déroulée le 15 août sur le site de l’immense mine à ciel ouvert, dans la région de Hambach, où des activistes luttent depuis des années. (Autre lien sur cette action et photos).

Au Danemark, d’ailleurs, où Total s’est heurté à la résistance des citoyens, la compagnie pétrolière française a abandonné le 17 août son projet de production de gaz de schiste. Total a aussi annoncé qu’elle se retirait du charbon.

Mais en Angleterre, le gouvernement a ouvert 3 000 km2 à la fracturation hydraulique.

Au Japon, le gouvernement a lancé le redémarrage d’un réacteur nucléaire à Sendai, le 11 août. Mais, quelques jours plus tard, des défaillances techniques obligeaient à arrêter le réacteur. Le Japon reste... sorti du nucléaire.

Peu après, le 12 août, un énorme accident industriel se produisait en Chine, dans la ville de Tianjin. L’explosion s’est produite dans une usine chimique de la zone industrielle, conduisant à un bilan officiel de 114 morts et plus de 700 blessés.

Une actualité vite oubliée quand l’affaissement de la bourse de Shangaï a fait craindre le déclenchement d’une nouvelle dépression économique mondiale. Panique à bord : et si la Chine passait en dessous de 7 % de croissance annuelle ?. En oubliant que ce taux est déjà incroyablement élevé et destructeur de l’environnement. Et qu’un fort ralentissement interviendra de façon inéluctable et qu’il vaudrait mieux s’y préparer.

C’est le 13 août que, cette année, la consommation humaine a dépassé les ressources annuelles de la planète, puisant dans ses stocks. Du moins selon la méthode de « l’empreinte écologique », qui tente d’évaluer ce que représente le poids environnemental de l’activité humaine.

De la planète, revenons à la France, où le gouvernement a fait évacuer le 19 août la ferme des Bouillons, près de Rouen. Depuis des semestres, une belle lutte avait réussi à empêcher que ces terres soient transformées en un nouveau centre commercial d’Auchan, et commençait à mettre en oeuvre un projet d’agriculture alternative. Mais la police a mis un point final à cette belle action collective. Ce nouvel acte anti-écologique du gouvernement Valls nous a paru suffisamment important pour qu’on interrompe notre pause estivale : lire ici ce qui était en jeu.

Le lendemain, c’était l’ouverture des Journées d’été d’EELV (Europe Ecologie Les Verts). On y parlait peu ou pas des Bouillons, toute l’attention étant concentrée sur les départs successifs du parti des parlementaires François de Rugy et Jean-Vincent Placé, partisans de rejoindre le gouvernement socialiste.

A Notre-Dame-des-Landes, un événement assez bizarre se produisait : lors d’une expulsion sur un endroit extérieur à la ZAD, une fourgonnette de gendarmes se voyait attaquée par un groupe d’individus masqués, qui en cassait les vitres et y jetaient une bombe incendiaire.

Pendant tout le mois d’août, aussi, la profession agricole a vécu au rythme de l’effondrement des cours de la viande porcine et bovine. Au coeur de la crise : l’impasse dans laquelle se trouve le système productiviste pris dans une course à la concurrence internationale. La réponse des dominants : continuer dans cette voie. Le 22 août, Xavier Beulin, président de la FNSEA et d’Avril-Sofiproteol, demandait plus de concentrations d’élevages et la suspension des normes environnementales pendant un an.

Allez, vous savez presque tout. Juste quelques autres nouvelles rapides, et néanmoins importantes :

- Le tribunal du Contentieux de l’incapacité de Toulouse vient de rendre un jugement reconnaissant le droit à une allocation pour le handicap « d’électrosensibilité ». Le « Syndrome d’hyper sensibilité aux ondes électromagnétiques » se voit donc reconnu par la justice (plus d’infos ici).

- Les OGM bientôt autorisés au Kenya ? C’est le vœu qu’a formulé le vice-président du pays le 12 août. Le maïs MON 810 de Monsanto se généraliserait alors dans le pays, cette céréale étant la base de l’alimentation nationale. Au-delà, cela ouvrirait la porte aux OGM sur le continent, le Kenya étant le grenier de l’Afrique de l’Est (plus d’infos ici).

- L’Agence européenne de sécurité alimentaire (EFSA) a confirmé le 26 août que les néo-nicotinoïdes constituaient un danger pour les abeilles.

Et deux nouvelles scientifiques pour finir :

- L’ère industrielle a stoppé le refroidissement des océans. C’est ce qu’a mis en évidence l’étude d’un groupe de chercheurs international publiée le 17 août dans Nature Geoscience. Plus précisément, les températures de surfaces des océans ont régulièrement diminué du 1er au 18e siècle, soit pendant 1800 ans. Un phénomène stoppé depuis deux-cents ans à cause des activités humaines. Ce résultat confirme le rôle majeur des océans dans la régulation de la température terrestre. L’augmentation de leur température pourrait annoncer une accélération du réchauffement climatique.

- L’Homme est un « superprédateur ». Une étude de l’Université Victoria au Canada, publiée le 21 août dans Science, compare l’impact de l’espèce humaine sur ses proies à celle des autres prédateurs. Résultat, les humains exploitent les poissons de façon 14 fois plus intensive que les autres prédateurs marins et éliminent les grands carnivores (que l’on ne mange pourtant pas) neuf fois plus vite que s’ils se tuaient entre eux. Autre différence, alors que les autres prédateurs s’attaquent aux individus les plus faibles -les jeunes et les plus âgés -, les humains prélèvent les individus les plus charnus, c’est-à-dire les adultes reproducteurs, décuplant encore l’impact sur la faune sauvage.

Bonne reprise !

EDITO - La vraie nature de l’actuel pouvoir Hervé Kempf Reporterre 2015/08/31 Hervé Kempf (31 août 2015) EDITO - La vraie nature de l’actuel pouvoir. Reporterre. Édito — Politique fr

EDITO - La vraie nature de l’actuel pouvoir

Ce que craint le plus le pouvoir oligarchique, qu’il soit de « gauche » ou de « droite », c’est l’alternative. Et pour la détruire, il appuie sans sourciller l’alliance du capital et de l’extrême-droite.

On peut prendre des vacances, mais la planète, elle, n’en prend pas et l’activité humaine continue son inflexible marche. Parmi le tourbillon des événements de l’été, l’un est très significatif : l’évacuation de la Ferme des Bouillons, près de Rouen, le 19 août, par la police.

Vous vous rappelez sans doute l’histoire : depuis plus de deux ans, des activistes, paysans et simples citoyens se battent pour qu’une ferme de plusieurs hectares, à l’abandon, ne soit pas remplacée par un énième centre commercial construit par le groupe Auchan, plus précisément par sa filiale Immochan. Lutte contre le gaspillage des terres, installations de jeunes paysans, animations vivantes et largement ouvertes sur l’extérieur, le mouvement de la ferme des Bouillons progressait magnifiquement, de manière pacifique, et avait emporté une victoire : la fin du permis de démolir accordé à Immochan et le classement du terrain en Zone naturelle protégée.

Dans la foulée, le collectif montait son projet d’exploitation d’agriculture biologique, avec installation d’un jeune paysan sans terre. Un projet assis sur la force du mouvement social, appuyé par la Confédération paysanne et Terre de liens. Mais soudain, en juillet, sort du chapeau un projet concurrent, dont il apparaîtra bientôt qu’il est soutenu par Immochan et porté par des personnes proches de l’extrême-droite, avec le soutien de la FNSEA. Immochan, toujours propriétaire du terrain, a choisi de le vendre aux sieurs Megard.

Pour arbitrer entre les deux projets, la SAFER (Société d’aménagement foncier et d’établissement rural). Celle-ci se retranche derrière l’Etat : pour exercer son droit de préemption, elle indique qu’il lui faut l’aval du préfet, donc du gouvernement.

Que croyez-vous qu’il arriva ? Le gouvernement « de gauche », comme continuent à ressasser les médias dominants, allait-il soutenir une belle alternative, portée par un incontestable mouvement citoyen ? Ou avaliser l’alliance d’une multinationale et de l’extrême-droite ? Suspense insoutenable… La décision n’a pas traîné. Alors que la discussion aurait pu courir jusqu’en septembre, la SAFER tranche le 18 août, et dès le lendemain, le préfet dépêche ses forces de police expulser les habitants de la ferme des Bouillons et y installer les impétrants – qui d’ailleurs ne sont pas agriculteurs mais paysagistes.

Cette fable sinistre révèle une réalité politique qui ne l’est pas moins : ce qui fait vraiment peur au pouvoir oligachique, qu’il soit de « droite » ou de « gauche », c’est la possibilité que les gens s’organisent de façon autonome, qu’ils élaborent des alternatives vivantes au productivisme qui étouffe la société, qu’ils montrent la possibilité d’alliances solidaires. Ce qui fait peur au pouvoir, c’est qu’une autre voie apparaisse. Alors, pour l’éviter, sa solution est simple : l’alliance de l’argent et de l’extrême-droite, de la finance et de la réaction.

En Aveyron, alternatifs et citoyens s’opposent aux éoliennes industrielles Grégoire Souchay (Reporterre) Reporterre 2015/08/31 Grégoire Souchay (Reporterre) (31 août 2015) En Aveyron, alternatifs et citoyens s’opposent aux éoliennes industrielles. Reporterre. Reportage — Énergie fr

En Aveyron, alternatifs et citoyens s’opposent aux éoliennes industrielles

Alors que l’éolien, comme les autres énergies renouvelables, commence à prendre une place notable dans la production électrique, des voix s’élèvent dans les zones rurales du pays pour contester l’implantation de ces nouvelles industries. En Aveyron, un projet de transformateur électrique cristallise les débats.

- Saint-Victor-et-Melvieu (Aveyron), reportage

Jour tranquille sur le marché de Saint Affrique. En cette fin d’été dans le sud de l’Aveyron, il n’y a pas foule pour acheter les légumes des producteurs locaux. Certains affichent néanmoins un sourire complice à l’évocation de la Fête du Vent qui se déroule du 28 au 30 août à Saint-Victor-et-Melvieu. Une affiche sur les étals précise : « Ni ici ni ailleurs, non au transformateur de Saint-Victor, qui ajoute au nucléaire des énergies dites ’vertes’ pour étendre toujours plus le marché de l’électricité au-delà des frontières et des besoins. »

Le ton est donné et reste le même quand on s’élève au dessus de la petite ville pour arriver sur un plateau, à proximité du village de Saint-Victor-et-Melvieu. On tourne sur un chemin de terre pour accéder à la colline qui surplombe le village et nous y voici : yourtes, chapiteau mais surtout une cabane, l’Amassada, "assemblée" en occitan. En contrebas, l’animation bat son plein. Plus de deux-cents personnes sont là, présentes sous différents barnums, écoutant divers conférenciers, tandis qu’ici on boit une bière artisanale devant le bar, et que là des enfants jouent avec un cerf-volant, une girouette et divers jouets de récupération qui volent au vent. On retrouve des têtes connues : militants locaux, agriculteurs, néo-ruraux, voisins du Tarn croisés au moment de la lutte de Sivens, militants libertaires et écologistes.

Pourquoi sont-ils là ? Si l’Aveyron est connu pour ses paysages, son viaduc de Millau et sa gastronomie, le département n’en est pas pour autant épargné par les projets d’aménagement à grande échelle, « inutiles et imposés » selon d’adage. En cause ici : un « méga-transformateur » électrique, porté par RTE (Réseau de Transport d’électricité), filiale à 100 % du groupe EDF qui gère le réseau électrique haute tension dans le pays. Le transformateur ? "C’est un projet nécessaire, dit Jean Marc Perrin, directeur du projet chez RTE, interrogé par Reporterre la semaine précédente, pour augmenter la sécurité du réseau et créer un lien entre le réseau 225 000 volts et le 400 000 volts" (réseau THT). Traduction : il faut désencombrer les routes et autoroutes de l’énergie qui sont aujourd’hui saturées.

- Ecoutez Jean Marc Perrin :

Or Saint-Victor se situe précisément à un embranchement de ces autoroutes de l’électricité : le secteur récupère l’énergie générée par les nombreux barrages du département ainsi que, depuis quelques années, celle produite par la centaine d’éoliennes construites sur les massifs du sud du Massif Central. Dans le département, cent-vingt autres ont eu leur permis accordé et deux-cent-cinquante sont en cours d’étude.

« On est déjà en passe de saturer et on ne peut pas accueillir actuellement de production supplémentaire », assure Jean-Marc Perrin. Un transformateur existe déjà, il en faut donc un deuxième pour accueillir toutes ces nouvelles productions. Coût : 75 millions d’euros, investis par RTE, à quoi s’ajoutera le doublement de la ligne 400 000 volts d’ici dix ans.

- Télécharger le plan de développement régional :

Mais tout n’est pas si évident. A Saint-Victor, depuis 2010, une association conteste le bien fondé de la construction du transformateur. D’abord tenu secret, c’est une conseillère municipale, Carole Joly, qui révèle en mars 2010 le projet : « Un transformateur électrique sur dix hectares, en vue de la collecte et de la centralisation de toutes les productions d’électricité de l’Aveyron, du nord de l’Hérault et de l’est du Tarn. » L’ancien maire du village, à qui l’on a conseillé de « ne pas ébruiter l’histoire » car « généralement, ça fait des histoires », a donné son aval au projet, sans même consulter le conseil municipal, « parce que cela allait faire de l’argent pour la commune », selon Carole Joly.

Elle a alors lancé avec d’autres habitants une association d’opposants, Plateau Survolté. Pour l’association, au-delà des nuisances pour la population (ondes électromagnétiques, dégradation du paysage, proximité des habitations), la question centrale réside dans le contexte global de la production énergétique et de la mise en concurrence internationale de la production d’électricité via un grand marché européen. Sur des revendications ouvertement hostiles au projet, une liste d’opposition remporte les élections municipales en 2014. Après trois années de bataille, les promoteurs consentent à réduire le projet de onze à sept hectares, « pour minimiser l’impact paysager », selon M. Perrin, mais sans remettre en cause son fondement même.

L’agriculteur et la cabane

Sauf que l’on touche ici à sept hectares de terres cultivables dont une partie appartient à la famille de Victor Vernhet, jeune agriculteur de la commune. « Après avoir été salarié agricole chez mon père, raconte-t-il, j’ai démarré mon installation agricole en septembre 2014. Je connaissais le projet de transformateur de longue date et je sentais qu’on allait dans le mur, il fallait réagir. »

Aussitôt dit, aussitôt fait, un collectif informel se crée, une cabane est érigée sur le site même de la construction du transformateur avec l’aide d’artisans du secteur. Après un mois de chantier volontaire, le 24 janvier 2015, est inaugurée l’Amassada, du nom du collectif qui l’a créée : « C’est à la fois pour dire que c’est une maison assemblée en plusieurs partie et puis ça signifie assemblée en occitan, le mode d’organisation que nous voulons privilégier. »

Dans le village, il a fallu un peu de temps pour apprivoiser le mouvement : « Au début, les gens ont eu un peu peur que ça fasse comme dans le Tarn. Et puis maintenant, les occupants sont mieux acceptés », dit Carole Joly. Désormais, c’est l’Amassada qui prend l’initiative de la lutte contre le transformateur, en complémentarité avec Plateau Survolté. Comme ailleurs, les stratégies diffèrent, mais le but est commun. Après une manifestation de 400 personnes en mars dernier dans les rues de Saint-Affrique, les militants ont décidé d’organiser un grand rendez vous festif et militant « pour montrer qu’il y a mieux à faire avec ce souffle que d’alimenter des moulins à frics, qu’il existe des objets à taille humaine, qui embellissent le ciel au lieu de pourrir nos nuits », m’explique-t-on.

« Une politique colonialiste »

C’est ainsi que se prépare la Fête du vent, occasion de rassembler les militants de diverses régions du pays opposés à « l’éolien industriel » ainsi qu’aux usages productivistes de l’énergie. Exemple avec Christian Roqueirol, syndicaliste paysan, venu parler du problème des fermes-usines, où la production d’électricité se substitue au métier d’agriculteur. Cet éleveur du plateau du Larzac était « au départ plutôt favorable aux éoliennes. On était même enchanté parce que c’était un moyen alternatif pour avoir de l’électricité ». C’est petit à petit que « voyant la façon dont ça se développe, avec des boites privées, qui appartiennent souvent à des grosses boîtes multinationales qui n’ont rien à voir avec l’écologie » qu’il a changé d’avis.

Invitée également, Fleur Daugey, journaliste, auteure et éthologue venue décrypter l’impact des éoliennes sur les oiseaux, sujet de controverse y compris dans le milieu scientifique. On croise aussi l’économiste, ou plutôt « anti-économiste », Jacques Fradin qui travaille sur le lien entre technique et politique et brosse un portrait peu reluisant des ingénieurs et de leur rôle dans l’aménagement du territoire.

Mais sont aussi présents des habitants du village de Saint-Victor, comme Francis, qui ne prend pas de gants pour dénoncer « une politique colonialiste. Ce qui me révolte, c’est que ça s’impose alors que c’est une connerie économique comme écologique ». Pour lui, la solution viendra des économies d’énergies, de la rénovation et de la construction de logements économes « qui eux, au moins, font vivre un territoire et des artisans locaux ».

Pour Pauline, habitante de la commune de Saint-Affrique, « ça ne sert à rien de faire une usine à vent si tu ne repenses pas tout le système qui va avec. Les éoliennes comme elles sont faites, ça pète tous les liens sociaux, ça divise les gens et ça fait primer l’intérêt individuel sur l’intérêt collectif ». Car le premier bénéficiaire d’une éolienne est le propriétaire du terrain sur lequel celle-ci est construite. Et quand c’est un maire ou un élu qui est concerné, le conflit d’intérêt n’est pas loin.

Comme un pied de nez aux projets « industriels », le collectif a érigé une petite éolienne artisanale qui permet d’alimenter en électricité la buvette ainsi qu’un studio radio délocalisé sur place par une radio associative du secteur. « On ne se trompe pas : ce n’est pas l’éolien qui est le problème, c’est l’ensemble de la politique de développement et de croissance de l’énergie qui est en cause », dit Alexandre.

Avec près de trois-cents participants, cette fête du vent marque un nouveau pas pour la lutte contre le transformateur. Le projet lui, s’il est toujours en discussion, avance malgré tout. Pour Jean-Marc Perrin, de RTE, « nous savons que derrière la contestation du projet, c’est la contestation de l’implantation d’éoliennes. Nous prendrons le temps nécessaire pour discuter. Ce sera à la commission d’enquête publique, désignée par le tribunal administratif, de décider si ce projet est d’utilité publique ». D’ores et déjà, alors que l’enquête est prévue début 2016, les militants dénoncent une « simulation de concertation » et préparent une manifestation d’ampleur dans la semaine qui précèdera l’ouverture de l’enquête.

En attendant, l’Amassada est aujourd’hui déclarée construction illégale. Un permis de construire a été déposé a posteriori, mais a été refusé. Une première bataille juridique est entamée pour demander un recours gracieux devant le tribunal administratif. Mais rien qui n’arrêtera les militants aveyronnais, qui veulent empêcher leur territoire de devenir « une zone industrielle de l’électricité » et, jouant de l’occitan clament : « Amassada, pas res nos arresta ».

- Ecouter la complainte de l’Amassada :

- Plus d’infos : écoutez l’émission le douze douze le vendredi 4 septembre, à 12h ou en podcast sur Radio Saint Affrique.

L’AMASSADA OU COMMENT POPULARISER UNE LUTTE

Tirant certains enseignements des mobilisations passées, les militants de Saint-Victor ont décidé de prendre les devants pour ne pas se retrouver devant un chantier qui démarre et un passage en force. Un ancien occupant de Sivens constate qu’au Testet, « on a toujours été dans l’urgence, pris de court ».

Prête à être utilisée pour s’opposer aux travaux, la cabane de l’Amassada n’est pas, pour l’heure, un lieu d’occupation et de vie, mais un pôle de rencontre, rassemblement, avec des réunions ouvertes organisées une fois par semaine.

Autre problème rencontré ailleurs : le lien avec le territoire, qui fut si difficile à Sivens ou à Roybon. Quand on leur demande comment l’Amassada fait le lien avec les gens du coin, Marion, membre du collectif, répond : « Mais c’est nous les gens du coin ! On habite presque tous ici ou dans les villages voisins. » Et de fait, le collectif est présent sur les marchés locaux et rencontre régulièrement les habitants des communes du secteur. Et pour accentuer ce lien, le collectif a organisé une « paume », reprenant cette coutume des fêtes votives du sud de la France où le comité des fêtes fait la tournée des hameaux et du village en fanfare.

Enfin, dans sa volonté d’ouverture, le collectif n’hésite pas à rencontrer d’autres mouvements anti-éolien. Une position simple selon Marion : « La plupart des gens ne sont pas pro nucléaire par conviction mais parce que ça leur parait la seule alternative. A nous [ndlr : ouvertement anti nucléaire] de les convaincre d’autre chose. »

Au final, plus qu’à la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, l’inspiration se retrouve peut-être plus du côté des mouvements italiens contre la ligne à grande vitesse Lyon Turin où « la lutte n’a pas été le fait de quelques militants, mais d’une population tout entière ». Reste à voir si les Aveyronnais réagiront avec la même ardeur pour « défendre leur territoire ».

Les exploitants de la ferme-usine des Mille vaches sont sanctionnés pour avoir concentré trop d’animaux Camille Martin (Reporterre) Reporterre 2015/08/31 Camille Martin (Reporterre) (31 août 2015) Les exploitants de la ferme-usine des Mille vaches sont sanctionnés pour avoir concentré trop d’animaux. Reporterre. Mille Vaches et fermes-usines fr

Les exploitants de la ferme-usine des Mille vaches sont sanctionnés pour avoir concentré trop d’animaux

La préfecture de la Somme a annoncé le 28 août que les exploitants de la ferme-usine des Mille vaches devaient payer des amendes : ils ont en effet rassemblé plus d’animaux qu’autorisé, comme l’avait révélé Reporterre au printemps.

La ferme-usine des Mille vaches vient d’être sanctionnée par la préfecture de la Somme en raison de « la persistance du dépassement du nombre de vaches laitières autorisées », soit 763 vaches au lieu de 500. Cette irrégularité avait été révélée par Reporterre en avril dernier.

Le 20 juillet, les inspecteurs des installations classées agricoles et de la santé et de la protection animale (Direction départementale de la protection des populations – DDPP 80) ont conduit une nouvelle visite sur le site, après celle du 9 juin et constaté le dépassement persistant du nombre de vaches autorisées par l’arrêté préfectoral du 1er février 2013.

Après la réponse des exploitants, la préfète de la région Picardie, Nicole Klein, a confirmé les sanctions administratives et les a notifiées le 28 août. Il s’agit d’une amende de 7 800 euros et d’une astreinte journalière de 780 euros en cas de non-respect de l’arrêté.

La préfecture précise qu’elle a « décidé de confier à un vétérinaire indépendant une mission d’audit sur la question du respect du bien-être animal au sein de l’exploitation ».

- Télécharger le communiqué de la préfecture :

Selon le Courrier Picard, qui a joint le responsable de la ferme-usine, Michel Welter, l’exploitant devrait saisir le tribunal administratif, en arguant d’un décret de 2011 autorisant le regroupement d’élevages et le dépassement de l’effectif de 500 vaches.

L’installation industrielle n’en est pas moins en difficulté : comme l’a montré l’association Novissen, la ferme-usine doit expédier son lait jusqu’en Italie, à Bergame, faute de clients en France.

L’association organise une grande fête des Anti 1000 vaches à Drucat-le-Plessiel, commune de la Somme où est implantée la ferme-usine, le 5 septembre.

« Cybopath » : ce film étonnant nous rappelle d’où viennent nos aliments Morgan Gastanaga Reporterre 2015/09/01 Morgan Gastanaga (1er septembre 2015 à 07h48,) « Cybopath » : ce film étonnant nous rappelle d’où viennent nos aliments. Reporterre. Alimentation fr

« Cybopath » : ce film étonnant nous rappelle d’où viennent nos aliments

Regarder le film (7’45’’) :

Cybopath from Recorderz Prod on Vimeo.

Note du réalisateur Morgan Castanaga :

« Cybopath » est ma première réalisation. Je suis très intéressé par la culture manga et comics depuis longtemps et j’ai eu envie de faire un film sur la vie d’un personnage qui se retrouverait investi pour la première fois des pouvoirs d’Anthony CHU, le héros du comic de « John Layman » (Tony CHU détective cannibale).

Avoir la capacité de recevoir dans la bouche une volée d’images, retraçant le parcours de nos aliments de leur création à notre assiette, voilà un « bad-pouvoir » qui n’est pas franchement agréable. Cependant il a le bénéfice de nous informer de certaines réalités.

Cybopath, réalisé par Morgan Gastanaga. Production RecorderzProd. Composition musicale Charles Villanueva.

- Visionnable ici

- La page du film

Il faut en finir avec le crime climatique. Laissons les fossiles dans le sol Reporterre 2015/09/01 (1er septembre 2015 à 07h22,) Il faut en finir avec le crime climatique. Laissons les fossiles dans le sol. Reporterre. Tribune — Climat fr

Il faut en finir avec le crime climatique. Laissons les fossiles dans le sol

Les mouvements 350.org et Attac lancent un appel pour cesser l’extraction des fossiles et en finir avec les crimes climatiques. « Par le passé, des femmes et des hommes déterminé.e.s ont mis fin aux crimes de l’esclavage, du totalitarisme, du colonialisme ou de l’apartheid. Elles et ils ont fait le choix de combattre pour la justice et l’égalité (...) . Le changement climatique est un enjeu comparable et nous préparons une insurrection similaire. »

Laissons les fossiles dans le sol pour en finir avec les crimes climatiques

Nous sommes à la croisée des chemins. Nous ne voulons pas nous retrouver contraint.e.s à survivre dans un monde devenu à peine vivable. Des îles du Pacifique Sud à la Louisiane, des Maldives au Sahel, du Groenland aux Alpes, la vie quotidienne de millions d’entre nous est déjà perturbée par les conséquences du changement climatique. Par l’acidification des océans, par la submersion des îles du Pacifique Sud, par le déracinement de réfugiés climatiques en Afrique et dans le sous-continent indien, par la recrudescence des tempêtes et ouragans, l’écocide en cours violente l’ensemble des êtres vivants, des écosystèmes et des sociétés, menaçant les droits des générations futures. Ces violences climatiques nous frappent inégalement : les communautés paysannes et indigènes, les pauvres du Sud comme du Nord sont les plus affectés par les conséquences du dérèglement climatique.

Nous ne nous faisons pas d’illusions. Depuis plus de vingt ans, les gouvernements négocient mais les émissions de gaz à effet de serre n’ont pas baissé et le climat poursuit sa dérive. Alors que les constats de la communauté scientifique se font plus alarmants, les forces de blocage et de paralysie l’emportent.

Ce n’est pas une surprise. Des décennies de libéralisation commerciale et financière ont affaibli la capacité des Etats à faire face à la crise climatique. Partout, des forces puissantes — entreprises du secteur fossile, multinationales de l’agro-business, institutions financières, économistes dogmatiques, climatosceptiques et climatonégationnistes, décideurs politiques prisonniers de ces lobbies — font barrage et promeuvent de fausses solutions. 90 entreprises sont à l’origine des deux tiers des émissions mondiales de gaz à effet de serre. De véritables réponses au changement climatique nuiraient à leurs intérêts et à leur pouvoir, remettraient en cause l’idéologie du libre-échange, et menaceraient les structures et les subventions qui les soutiennent.

Nous savons que les multinationales et les gouvernements n’abandonneront pas aisément les profits qu’ils tirent de l’extraction des réserves de charbon, de gaz et de pétrole ou de l’agriculture industrielle globalisée gourmande en énergie fossile. Pour continuer à agir, penser, aimer, prendre soin, créer, produire, contempler, lutter, nous devons donc les y contraindre. Pour nous épanouir en tant que sociétés, individus et citoyen.ne.s nous devons tout.e.s agir pour tout changer. Notre humanité commune et la Terre le demandent.

Nous gardons confiance en notre capacité à stopper les crimes climatiques. Par le passé, des femmes et des hommes déterminé.e.s ont mis fin aux crimes de l’esclavage, du totalitarisme, du colonialisme ou de l’apartheid. Elles et ils ont fait le choix de combattre pour la justice et l’égalité et savaient que personne ne se battrait à leur place. Le changement climatique est un enjeu comparable et nous préparons une insurrection similaire.

Nous travaillons à tout changer. Nous pouvons ouvrir les chemins vers un futur vivable. Notre pouvoir d’agir est souvent plus important que nous ne l’imaginons. A travers le monde, nous luttons contre les véritables moteurs de la crise climatique, défendons les territoires, réduisons les émissions, organisons la résilience, développons l’autonomie alimentaire par l’agro-écologie paysanne, etc.

A l’approche de la conférence de l’ONU sur le climat à Paris-Le Bourget, nous affirmons notre détermination à laisser les énergies fossiles dans le sol. C’est la seule issue.

Concrètement, les gouvernements doivent mettre un terme aux subventions qu’ils versent à l’industrie fossile, et geler leur extraction en renonçant à exploiter 80 % de toutes les réserves de combustibles fossiles.

Nous savons que cela implique un changement historique majeur. Nous n’attendrons pas que les Etats agissent. L’esclavage et l’apartheid n’ont pas disparu parce que des Etats ont décidé de les abolir, mais par des mobilisations massives qui ne leur ont pas laissé le choix.

L’issue est incertaine. Nous avons toutefois une occasion unique de renouveler la démocratie, de démanteler le pouvoir hégémonique des multinationales et de transformer radicalement nos modes de production et de consommation. Tourner la page des fossiles est une étape décisive vers la société juste et soutenable dont nous avons besoin.

Nous ne gâcherons pas cette chance, à Paris comme ailleurs, aujourd’hui comme demain.

Signez l’appel :

Cet appel est soutenu par :

Adolfo Pérez Esquivel (Prix Nobel de la Paix, 1980), Agnès Sinaï (Institut Momentum), Alberto Acosta (économiste), Alberto Zoratti (Fair Italy), Alex Randall (Climate Outreach), Amy Dahan (Historienne des Sciences), Anabela Lemos (Justica Ambiental, Mozambique), Asad Rehman (Friends of the Earth UK), Bernard Guri (Centre for Indigenous Knowledge & Organisational Development), Bernard Salamand (Président du CRID), Beverly Keene (coordinatrice Diálogo 2000-Jubileo Sur, Argentine), Bill McKibben (fondateur de 350.org), Boaventura de Sousa Santos (sociologue), Catherine Larrère (philosophe), Brid Brennan (co-founder of the European Solidarity Centre for the Philippines & Transnational Institute), Christophe Bonneuil (historien), Cindy Wiesner (Coordinator of Grassroots, Global Justice Alliance, USA), Claire Nouvian (Bloom), Claude Lorius (glaciologue), Clive Hamilton (philosophe), David Graeber (anthropologue), Desmond Tutu (archevêque émérite), Dominique Bourg (philosophe), Dominique Méda (sociologue), Edgardo Lander (sociologue), Eduardo Viveiros de Castro (anthropologue), Emem J. Okon (Kebetkache Women Development & Resource Centre, Nigeria), Emilie Hache (philosophe), Erri de Luca (écrivain), Esperanza Martinez (ancienne ministre de la Santé publique du Paraguay), Esther Vivas (chercheure et militante altermondialiste), Faikham Harnnarong (Coordinator, Thai Climate Justice Working Group- Thailand), Fiona Dove (directrice du Transnational Institute), François Gemenne (politiste), Frank Murazumi (Amis de la Terre Ouganda), Gaël Giraud (économiste), Geneviève Azam (économiste), George Monbiot (journaliste), Gerry Arrances (militant anti-charbon), Gilles Boeuf (président du MNHN), Gilles Clément (paysagiste), Gilles-Éric Séralini Godwin Ojo (Amis de la Terre, Nigeria), Gus Massiah (Cedetim), Guy Aurenche (président du CCFD), Isabelle Frémeaux (Laboratoire des Imaginaires Insurrectionnels), Isabelle Stengers (philosophe), Jacques Testart (biologiste), Jagoda Munic (Amis de la Terre Croatie – Amis de la Terre International), Jean-Baptiste Fressoz (historien), Jean-Pierre Dupuy (philosophe), Jean Gadrey (économiste), Jean Merckaert (Revue Projet), Jeanne Planche (Attac France), John Holloway (sociologue et philosophe), Joan Martinez Alier (économiste), John Jordan (Laboratoire des Imaginaires Insurrectionnels), Jon Palais (Bizi !), Josie Riffaud (Confédération paysanne), Julien Rivoire (FSU), Jutta Kill (militante écologiste), Kaddour Hadadi (musicien et chanteur, HK et les Saltimbanks), Kevin Smith (Liberate Tate), Kumi Naidoo (Greenpeace International), Larry Lohmann (The Corner House), Lech Kowalski (réalisateur), Leonardo Boff (théologien), Lidy Nacpil (Jubilee South), Mamadou Goïta (Institut de recherche et de promotion des alternatives au développement, Mali), Louise Hazan (350.org), Lyda Fernanda, (Economiste, Colombie, Transnational Institute), Marc Dufumier (agronome), Marc Luyckx Ghisi (écrivain), Marc Robert (chimiste), Marie-Monique Robin (journaliste), Martin Vilela (Plateforme Bolivienne contre le changement climatique), Matthieu Orphelin (porte-parole de la Fondation Nicolas Hulot pour la nature et l’Homme), Maude Barlow (Food & Water Watch), Maxime Combes (économiste, membre d’Attac), Naomi Klein (essayiste), Michael Hardt (philosophe), Michael Löwy (sociologue), Mike Davis (historien et sociologue), Nicolas Haeringer (350.org), Nicolas Hulot (président de la Fondation Nicolas Hulot pour la nature et l’Homme), Nnimmo Bassey (Oil Watch International), Noam Chomsky (linguiste et philosophe), Nick Hildyard (The Corner House), Noble Wadzah (Oil Watch Afrique), Olivier Bétourné (éditeur), Olivier de Schutter (juriste), Pablo Servigne (collapsologue), Pablo Solon (ancien ambassadeur de la Bolivie), Pascoe Sabido (Corporate Europe Observatory), Pat Mooney (ETC Group), Patrick Chamoiseau (écrivain), Patrick Viveret (philosophe), Paul Lannoye (ancien député européen), Philippe Bihouix (ingénieur), Philippe Desbrosses (Intelligence Verte), Philippe Descola (anthropologue), Pierre Rabhi (agronome et penseur de l’écologie), Pierre-Henri Gouyon (écologue), Priscilla Achakpa (Water Supply and Sanitation Collaborative Council, Nigéria), Razmig Keucheyan (sociologue), Rebecca Foon (musicienne), Richard Girard (Polaris Institute), Roger Cox (avocat), Saskia Sassen (sociologue), Serge Latouche (économiste), Soumya Dutta (Alliance nationale des mouvements anti-nucléaires, Inde), Stefan C. Aykut (politiste), Susan George (économiste), Swoon (artiste), Thomas Coutrot (économiste, porte-parole d’Attac), Tom Kucharz (Ecologistas en Accion, Espagne), Tony Clarke (International Forum on Globalization), Txetx Etcheverry (Alternatiba), Valérie Cabannes (End Ecocide), Valérie Masson-Delmotte (climatologue), Vandana Shiva (physcienne et écologiste), Vincent Devictor (écologue), Vivienne Westwood (styliste), Yeb Saño (ancien ambassadeur des Philippines pour le climat), Yvonne Yanez (Oil Watch).

Cet appel est prolongé par le livre Crime climatique, stop ! L’appel de la société civile

A Aubervilliers, un collectif invente un autre collège Marie Astier (Reporterre) Reporterre 2015/09/01 Marie Astier (Reporterre) (1er septembre 2015 à 07h33,) A Aubervilliers, un collectif invente un autre collège. Reporterre. Pédagogie Éducation fr

A Aubervilliers, un collectif invente un autre collège

Une petite révolution est en cours dans l’Education nationale. A Aubervilliers, un collectif d’enseignants imagine un collège différent, dont le fonctionnement serait démocratisé, l’enseignement polytechnique, les décisions collectives... Un rêve dont ils espèrent convaincre l’institution de le concrétiser dans un nouvel établissement en 2017.

Tout a commencé par une grève : en 2010, à Aubervilliers, des suppressions de postes sont annoncées, alors que le nombre d’élèves augmente. Pendant deux mois, les profs des collèges du secteur protestent, se rencontrent, débattent. « On a discuté de l’école, de ce qui n’allait pas, se rappelle Isabelle Darras, professeure de lettres classiques. Puis on a appris que le département votait le budget pour construire un nouveau collège à Aubervilliers. » C’est le déclic : et si cet établissement à naître, dont les plans ne sont même pas encore dessinés, était justement l’occasion de repenser un collège différent ?

Au départ, ils sont quelques profs et un CPE (conseiller principal d’éducation), exerçant tous en zone « difficile ». Ils se réunissent dans un collectif, puis créent l’association pour un collège coopératif et polytechnique à Aubervilliers (A2CPA). Aujourd’hui, ils sont une dizaine de permanents, plus une trentaine de curieux réguliers.

Ils mettent une contrainte à leur imagination : le collège sera public et respectera la carte scolaire. « On fait un collège pour nos élèves, insiste Vincent Boroli, professeur d’EPS dans le 19e. On a envie d’offrir un service public d’éducation de meilleure qualité, et ce dans une des villes les plus pauvres de France. »

L’éducation nationale, usine à élèves ?

Trop d’élèves par classe, manque de moyens, direction parfois autiste. Tous sont insatisfaits des conditions dans lesquelles ils exercent leur métier. « On a plus l’impression d’être dans une logique d’usinage de l’éducation que dans un métier où on prend en compte l’humain. L’éducation nationale est basée sur un modèle très vertical où l’on applique des décisions sans avoir l’impression d’en être les auteurs », dénonce Vincent.

« Aujourd’hui dans le secondaire, les conditions ne sont pas créées pour que les professeurs travaillent en équipe. Or la transmission des savoirs est une affaire collective », observe André Sirota. Ce chercheur et professeur en psychologie à l’université Paris-Ouest, spécialiste de l’éducation, soutient activement le collectif.

Mais attention, avertit Séverine Labarre, professeure de lettres modernes, « on n’a pas pensé les choses en fonction de ce qu’on n’aime pas dans l’éducation nationale, on l’a construit en fonction de ce que l’on voudrait. »

Révolutionner le collège

Le collectif se réunit toutes les deux semaines. Il fait du « tourisme pédagogique » dans les établissements appliquant des pédagogies alternatives, prend des journées entières pour réfléchir pendant les vacances scolaires.

Peu à peu, le projet se dessine. Emploi du temps, hiérarchie au sein de l’établissement, méthodes de travail en classe ou entre profs, tout est remis à plat.

Il faut d’abord lutter contre l’anonymat dans un établissement programmé pour avoir 600 élèves. L’idée est de le diviser en trois « maisons » de 200 élèves, chacune accueillant tous les niveaux, avec ses salles, ses profs, ses activités.

Il faut aussi démocratiser la vie de l’établissement. Chaque classe tiendra conseil une fois par semaine pendant une heure. Ordre du jour, tour de parole, maître du temps : les enfants dirigent la séance. « C’est un espace pour apprendre à gérer les conflits par la parole, avec un rituel qui permet d’instituer un climat d’écoute », explique Vincent.

Au-dessus, les conseils de maison et de collège fonctionnent sur le même système et intègrent élèves, profs, personnel de l’établissement. Ces heures de concertation sont formalisées dans l’emploi du temps des élèves et des adultes. « On passera plus de temps dans l’établissement, mais moins de temps à brasser de l’air, espère Adeline. Il s’agit de partager le pouvoir. C’est une révolution au collège. »

Apprentissage de la citoyenneté

Autre révolution, l’enseignement polytechnique. Au sein de l’établissement, un jardin pédagogique et un atelier vélo sont prévus. Une façon de « décloisonner les matières ». « Dès la sixième, l’élève entre dans un système avec des profs ultra-spécialisés chacun dans leur matière et n’arrive plus à articuler les savoirs, on ne fait plus le lien entre le théorique et le pratique », regrette Vincent Boroli. Ainsi, le projet propose par exemple de mesurer son rythme cardiaque en sport pour faire le lien avec les cours de biologie, ou d’apprendre les surfaces en mathématique à travers le projet de repeindre une salle de classe.

Cette organisation devra permettre un « meilleur apprentissage des savoirs et de la citoyenneté, espère le chercheur André Sirota. Des objectifs souvent affichés dans les discours de l’éducation nationale, mais peu présents dans les faits... »

Remettre en cause le système de l’intérieur

Le projet a été plutôt bien accueilli. In extremis, et après accord de l’éducation nationale, le département, qui gère la construction, a invité le collectif à rencontrer les architectes du futur bâtiment. « On a pu obtenir l’organisation du collège en trois escaliers pour les trois maisons, des lavabos dans toutes les salles pour les ateliers, des tables déplaçables, etc. », se félicite Adeline. Ce n’est pas pour autant que leur projet est accepté. Le collège doit officiellement ouvrir ses portes en 2017, il y a le temps, mais le chemin au sein de la hiérarchie éducative est long. L’académie de Seine-Saint-Denis semble plutôt les soutenir. Au-dessus, le rectorat de Créteil demande encore à être convaincu.

Car ce projet de collège qui se veut « différent » est d’autant plus subversif qu’il veut s’intégrer au sein de l’éducation nationale. « Cela remet en cause le système de l’intérieur », note Adeline Besson.

Une petite révolution que tous les membres du collectif ont déjà entamé au sein de leurs établissements. En français, Isabelle laisse régulièrement ses élèves choisir les textes. Vincent a tenté une classe sans notes. Séverine a introduit des conseils d’élèves dans ses classes. Et tous organisent désormais leurs réunions de profs à la manière des conseils coopératifs, pour réapprendre à travailler ensemble.

En Calabre, l’agriculture bio fait face à la mafia Adrien Kempf et Hermine Rosset (Reporterre) Reporterre 2015/09/01 Adrien Kempf et Hermine Rosset (Reporterre) (1er septembre 2015 à 07h37,) En Calabre, l’agriculture bio fait face à la mafia. Reporterre. Agriculture fr

En Calabre, l’agriculture bio fait face à la mafia

En Italie, le combat contre la mafia est aussi mené par les citoyens. Dans des régions infestées par le crime organisé, quelques-uns décident de dire non. Pour relever la tête, et au risque d’être « infame » ou assassiné. Rencontre en Calabre avec la coopérative sociale Giovani in Vita, qui cultive en bio des terres confisquées à la mafia.

- Calabre (Italie), reportage

La route serpente à flanc de colline, à travers une forêt d’oliviers. Des oliviers séculaires, aux troncs larges, noueux, et aux ramures argentées. Tout à coup, Rocco Rositano stoppe la voiture ; avec Roberto Rugolo, ils pointent le doigt : c’est là. Des troncs noirs, brûlés. Ils racontent, il y a trois ans, en avril 2012 : les arbres en feu, les pompiers et la police appelés d’urgence, qui n’arrivent pas. Les gardes forestiers qui débarquent en renfort, avec un équipement sommaire.

Roberto s’en souvient encore : « Ils avaient juste un balai pour éteindre le feu. » Ils ont dû éteindre eux-mêmes l’incendie, luttant contre le feu toute la nuit. Les pompiers et la police sont arrivés cinq ou six heures plus tard, quand tout était terminé. Derrière cet incendie, comme pour tant d’autres, la main de la mafia calabraise : la N’Drangheta.

« J’ai commencé à dire non »

Rocco Rositano et Roberto Rugolo sont membres de la coopérative sociale Giovani in Vita (« Jeunes en Vie »), qui emploie des personnes handicapées ou en réinsertion, en cultivant des terres confisquées à la mafia. Son siège se trouve à Sinopoli, en Calabre, tout au sud de l’Italie. C’est une petite ville de deux-mille cinq-cents habitants, accrochée sur les flancs de l’Aspromonte. A une trentaine de kilomètres de là, c’est le détroit de Messine, et au-delà, la Sicile. Comme les autres villes calabraises, Sinopoli se présente hérissée de fers à béton : les étages d’une grande partie des édifices restent inachevés, tandis que les rez-de-chaussée sont occupés.

La région est connue pour être un fief de la N’Drangheta, discrète mais très puissante organisation criminelle, dont le chiffre d’affaires a été estimé à 53 milliards d’euros en 2013 [1]. On nous avait prévenus : dans l’Aspromonte, les étrangers ne sont pas les bienvenus. Dans les rues de Sinopoli, les passants se retournent sur notre passage, et nous scrutent en s’éloignant.

La coopérative est installée dans l’ancien abattoir de la ville. À l’étage, au-dessus des installations de pressage des olives, se trouvent les bureaux. Accrochés au mur, les portraits du père et du grand-père de Domenico Luppino, le directeur général. Celui-ci, de haute stature, charismatique et volontiers volubile, est à l’origine de la coopérative sociale. Il a longtemps fait partie de ces agriculteurs harcelés par la N’Drangheta, qui cherche à racheter leurs terres à bas prix.

« J’étais de ceux à qui la N’Drangheta voulait - et veut toujours - prendre les terrains. Pendant des années, tout de suite après mon père, j’ai connu les menaces, attentats, et beaucoup d’autres actes de ce genre. J’allais les dénoncer aux autorités, aux gendarmes, mais sans avoir de grands résultats. Il y a une règle dans la N’Drangheta : elle n’est pas pressée. Pour épuiser la résistance, elle manoeuvre à travers les menaces jusqu’à ce que la personne se fatigue et lâche. Dans mon cas, je résistais. »

Mais en 2002, il est élu maire de la ville, à la tête d’une liste citoyenne. « Quand je suis devenu maire, on pensait que j’étais facilement contrôlable. Ici, quand les mafiosi viennent demander au maire une chose ou une autre, surtout illégale, le maire dit oui, par peur. Moi, j’ai commencé à dire non. Déjà, j’avais commencé à dire non pendant la campagne électorale. Ils m’ont alors envoyé une lettre, où il était écrit : "Retire ta candidature, parce que si tu es élu maire, nous entrerons dans la mairie et nous te tuerons." J’ai continué à aller de l’avant. »

Il doit alors faire face à une escalade d’actes d’intimidation. Des lettres de menaces de mort. Son chien, empoisonné et pendu à un arbre. Ses oliviers centenaires, coupés par centaines, ou brûlés. Des rafales de balles sur sa maison. L’explosion d’une bombe sur la tombe de son père. Un an après son élection, il est gardé en permanence par la police et les carabiniers. Puis il se voit contraint d’éloigner sa famille pour la protéger. Neuf attentats en trois ans de mandat, qui se terminent brutalement, par la démission en masse de ses conseillers municipaux. Son dernier acte en tant qu’élu est de participer à la manifestation du 4 novembre 2005, suite à l’assassinat par la N’Drangheta de Francesco Fortugno, vice-président du Conseil Régional de Calabre.

Les jeunes : « Des proies faciles pour le crime organisé »

L’idée de la coopérative sociale, Domenico Luppino l’a dès 2003. Mais il lui faut insister, convaincre. Il s’agit de résister concrètement à la mafia, mais aussi de « répondre aux urgences du territoire ». D’abord, le manque de travail. Officiellement, le taux de chômage des jeunes est de 70 %, mais il estime que ce chiffre est vraisemblablement plus élevé. Or les jeunes sans travail sont « des proies faciles pour le crime organisé ».

« La N’Drangheta leur propose de faire le travail criminel subalterne : l’intimidation, le racket, le transport de drogue. Ils sont la partie la moins importante de la N’Drangheta. Mais la N’Drangheta a un système d’affiliation qui permet à une personne qui fait partie des derniers de la société de devenir une personne importante, si elle se met à en faire partie. Ces jeunes qui se trouvent dans une situation d’indigence absolue commencent alors à avoir un rôle important dans la société, parce qu’ils se mettent à avoir de l’argent, mais aussi le respect des gens. » Dès le début, l’objectif de la coopérative sociale est d’offrir à à ces jeunes « l’occasion d’avoir un travail légal et une dignité personnelle ».

Comment ? Par l’agriculture. Car l’autre problème de cette région rurale est que beaucoup de terres ne sont plus cultivées. C’est le cas ailleurs en Italie : les terres de montagne sont abandonnées, car peu rentables en agriculture industrielle et spécialisée. Mais ici, ce phénonème est amplifié par la mafia. Les mafiosi empêchent les paysans de cultiver leurs terres pour les forcer à les vendre à bas prix, une manière d’étendre leurs possessions et d’en imposer à tous.

L’emprise de la mafia a aussi changé les esprits, pour Domenico Luppino. « Ce système, avec le temps, a produit un autre monstre. C’est le manque de volonté de travailler. Alors qu’autrefois il y avait la nécessité et donc la volonté très forte de travailler. C’était le cas dans les années vingt, trente, quarante, cinquante, les années d’émigration. Aujourd’hui, beaucoup de gens émigrent, mais ce sont surtout ceux qui ont des diplômes d’études supérieures. Beaucoup d’autres restent ici, mais sans avoir la volonté de travailler. »

Bio, social et équitable

Giovani in Vita démarre son activité en 2008. Aujourd’hui, la coopérative compte vingt-quatre membres et cultive plus de six-cents hectares. Ce sont des terres mises sous séquestre ou définitivement confisquées à la mafia par l’Etat, mais aussi des terres confiées à la coopérative par des paysans ou des propriétaires empêchés d’exploiter leur bien. En plus des trois personnes de la direction, treize autres travaillent à plein temps, dans les champs, dans les ateliers de transformation et dans la boutique de Florence. On compte aussi une quinzaine de saisonniers, pour la récolte des olives : l’hiver dernier, c’étaient les membres d’une association locale, qui regroupe des migrants militant pour un travail légal.

La coopérative produit des olives, des agrumes, du miel, des légumes. Le choix de l’agriculture biologique est venu naturellement : « Nous faisons de la résistance. De la résistance d’un point de vue civil, mais aussi du point de vue d’une agriculture différente de l’agriculture intensive que pratique la N’Drangheta. » Rien n’est écoulé à travers la grande distribution. Deux tiers de la production sont vendus au réseau de commerce équitable Altromercato, et le reste de la commercialisation s’effectue en direct ou grâce aux Gruppi di Acquisto Solidale, équivalent italien des AMAP.

Et ses membres ne comptent pas s’en tenir là. Des projets ? Un brouhaha enthousiaste s’installe. Rocco Rositano déplie le plan de l’atelier de fabrication de confitures et de conserves, qui devrait prochainement voir le jour à Sinopoli. Domenico Luppino parle de deux autres points de vente à Messine et Milan, mais aussi d’une diversification avec la production de cosmétiques. Roberto Rugolo évoque des chantiers de volontaires, venus d’Italie ou de l’étranger.

Les oliviers toujours debout

Des difficultés, Giovani in Vita en a connues, des menaces aux attentats, sans compter l’ostracisme que subissent ses membres. Au regard des enjeux, le soutien des autorités paraît faible : une escorte de gendarmes de temps en temps, mais pas une subvention, pas même les aides de la Politique Agricole Commune, car la coopérative cultive des terres mises gracieusement à disposition.

« Nous sommes allés de l’avant, évidemment avec beaucoup de peur », raconte Domenico Luppino. Malgré tout, ils continuent.

Sur la colline, les oliviers vieux de plusieurs siècles ont résisté au feu. Chaque année, ils donnent des olives. A Florence aussi, un olivier a été planté derrière la galerie des Offices, en commémoration de l’un des attentats les plus spectaculaires de la mafia, qui détruisit en 1993 une aile entière du musée. Un symbole de persistance et de renouveau.

La « crise des migrants » est la conséquence de la crise de notre société Vincent Liegey Reporterre 2015/09/02 Vincent Liegey (2 septembre 2015) La « crise des migrants » est la conséquence de la crise de notre société. Reporterre. Monde fr

La « crise des migrants » est la conséquence de la crise de notre société

CHRONIQUE - « Depuis le début de l’année, la Hongrie est devenue la première porte d’entrée des migrants dans l’espace Schengen. » (...) « Nous sommes rattrapés par une réalité que nous nions depuis des décennies, celle du développement, système pervers héritier du colonialisme, où sous couvert d’amener la civilisation, la démocratie, on exploite, déstabilise, pille toujours plus. »

Tous les mois, Vincent Liegey, « décroissant », porte son regard sur l’actualité. Comme les chroniques et tribunes publiées sur Reporterre, il exprime un point de vue propre, qui n’est pas nécessairement celui du Quotidien de l’écologie.

Depuis le début de l’année, la Hongrie est devenue la première porte d’entrée des migrants dans l’espace Schengen. Ainsi, ces derniers mois, cette question est devenue le sujet central des débats de société. D’un côté, Orban, en chute libre dans les sondages, en profite de manière éhontée pour faire peur dans les chaumières ; de l’autre, la société s’organise dans un élan de solidarité remarquable.

Début juillet, dans le cadre du projet lancé par Médiapart « Open Europe », j’ai passé trois jours en reportage avec Hu-lala (journal en ligne hongrois de langue française) dans le sud du pays à la frontière serbe. Tous les matins, ce sont plus d’un millier de personnes que l’on voit errer sur les routes dans cette campagne bucolique typique des grandes plaines de Hongrie.

Ils sont affamés, assoiffés, exténués après une nuit de marche pour cette dernière étape d’une longue route. Certains sont partis il y un an. La majorité fuit la guerre, 80 % d’entre eux viennent de Syrie, d’Afghanistan ou d’Irak. Tous ceux avec lesquels j’ai conversé, sans exception, fuient la mort. Ils n’ont plus rien à perdre, rien ne les arrêtera...

Arrivés en Hongrie, ils sont alors arrêtés par la police puis conduits pour effectuer les procédures de demandes d’asile. Ils sont ensuite relâchés et on les retrouve à Budapest autour des gares où ils espèrent trouver un train pour l’Allemagne. Là aussi, la solidarité s’organise. On leur apporte de la nourriture, de l’eau, des couvertures... Difficile de répondre à cette situation d’urgence. Ces derniers jours, alors que la canicule est de retour à Budapest, environ un millier de personnes sont bloquées à la gare de l’est par la police qui les empêche de monter dans les trains. La situation devient intenable !

Conséquences de guerres illégales et désastreuses

J’ai été marqué par ces trois journées passées dans le sud du pays, ces dernières journées à la gare de l’est à Budapest et surtout par toutes ces rencontres, ces histoires personnelles. Cette situation nous rappelle que nous vivons dans une illusion de liberté de consommer : nos modes de vie dépendant de toujours plus d’exploitation de ressources finies ont des conséquences sur la vie d’autres personnes, ailleurs. Ces personnes se retrouvant aujourd’hui face à la mort dans ces pays, viennent frapper à nos portes. Si l’élan de solidarité citoyenne est remarquable, il est insuffisant, on se sent démuni lorsque l’on doit répondre à une telle urgence relevant de la politique internationale.

Face à l’effondrement de notre modèle de société, les réponses individuelles (simplicité volontaire) et collectives (alternatives concrètes, relocalisation) bien que nécessaires sont loin d’être suffisantes.

Nous sommes rattrapés par une réalité que nous nions depuis des décennies, celle du développement, système pervers héritier du colonialisme, où sous couvert d’amener la civilisation, la démocratie, on exploite, déstabilise, pille toujours plus.

Ces personnes rencontrées fuient les conséquences des guerres illégales et désastreuses de l’après 11 septembre, guerres ayant pour objectif d’assurer le contrôle des ressources fossiles dans ces régions. Quand elles ne fuient pas la guerre, elles fuient des dictatures, l’expropriation de leurs terres avec le land grabbing (accaparement foncier) ou demain, les conséquences du changement climatique. Face à cette dette écologique, la réponse doit être politique !

A l’échelle de nos états, de l’Europe, mais aussi des Etats-Unis, les réponses ne sont pas à la hauteur. Au contraire, les réactions nationalistes et populistes se nourrissent de cette situation pour renforcer les peurs, la répression et éluder les vraies questions.

Perspective de Décroissance

Ainsi, dans une perspective de Décroissance, que pouvons-nous préconiser ?

1) Arrêter l’hémorragie du toujours plus

Tant que nous resterons enfermés dans nos modèles de société dépendant de toujours plus de ressources, il n’y a aucun espoir de voir cette situation se résoudre, au contraire. Alors, vite, initions des transitions vers plus de sobriété, de partages, de recyclages, relocalisons, simplifions nos productions, rendons-les durables, réutilisons.

Cela doit aussi s’accompagner d’un changement de paradigme dans les relations internationales : posons les vrais problèmes sur la table et sortons de cette fuite en avant guerrière pour le contrôle des ressources naturelles. Le XXe sciècle et ses logiques impérialistes, nationalistes et de compétitions économiques doivent appartenir au passé ! Vers une relocalisation, mais ouverte, c’est-à-dire solidaire et dans le dialogue.

2) Dette écologique, responsabilité et solidarité

Nous ne pouvons pas fermer les yeux sur notre responsabilité historique face à ces désordres, ces tragédies. Nous avons un devoir de solidarité, d’autant plus que nous en sommes matériellement capables, pour accueillir humainement et en bonne intelligence ces populations désespérées, que ce soit temporairement ou définitivement.

3) Créativité ou comment transformer une situation critique en tremplin vers de nouveaux mondes ?

Une bonne partie des populations qui arrivent appartiennent aux classes éduquées de leur pays. L’enjeu n’est pas de faire du brain drain, mais de penser ces opportunités de rencontres comme un tremplin pour un véritable dialogue des civilisations. Nos sociétés occidentales changent et doivent changer dans une perspective de Décroissance. La transition est en marche, mais ce n’est que le début. Cela est insuffisant si le reste du monde ne questionne pas cette fuite en avant vers le toujours plus. Faisons des migrants des ambassadeurs de cette transformation afin de casser le mythe de l’occident, de la consommation illimitée.

De même, ces personnes arrivent avec une autre vision du monde, des relations humaines, des expériences de vie dures mais riches d’enseignement qui ne peuvent qu’apporter à nos sociétés et les faire sortir de ce cercle vicieux mortifère et individualiste du toujours plus. N’avons-nous pas là un levier pertinent pour tourner la page du toujours plus, de la compétition économique et de ses conséquences ?

Plus que jamais, l’enjeu est entre barbarie, c’est-à-dire le repli sur soi, le rejet de l’autre, l’incapacité voire le refus de comprendre les liens étroits entre l’insoutenabilité environnementale et sociale de ce modèle croissanciste et ces tragédies qu’il engendre... ou Décroissance, c’est-à-dire remettre la politique au coeur de nos débats et initier des transition, dans le dialogue vers de nouveaux modèles de sociétés relocalisés, ouverts, soutenables et solidaires.

Aux Assises chrétiennes de l’écologie, les cathos virent écolos Juliette Kempf (Reporterre) Reporterre 2015/09/02 Juliette Kempf (Reporterre) (2 septembre 2015) Aux Assises chrétiennes de l’écologie, les cathos virent écolos. Reporterre. Reportage — Écologie et spiritualité fr

Aux Assises chrétiennes de l’écologie, les cathos virent écolos

L’écologie se fraye un chemin de plus en plus large dans le discours des institutions chrétiennes et dans les préoccupations des fidèles. En témoignent les Assises Chrétiennes de l’Écologie qui ont eu lieu le week-end dernier à Saint-Etienne, où débats intellectuels et réflexions interreligieuses ont porté sur l’enjeu écologique, avec la COP21 de Paris en ligne de mire. Reportage.

- Saint-Etienne, reportage

À trois mois de la COP21 de Paris, la seconde édition des Assises Chrétiennes de l’Écologie s’est tenue à Saint-Etienne du 28 au 30 août. Les premières assises avaient eu lieu en 2011, à la suite des Assises Chrétiennes du Jeûne. Au cœur de la conception et de l’organisation se trouvent Jean-Claude Noyé, journaliste à l’hebdomadaire La Vie, le Père Jean-Luc Souveton, prêtre du diocèse de Saint-Etienne, et Laura Morosini, juriste et membre de Chrétiens pour la Terre. L’événement est soutenu par la ville et par plusieurs associations de bénévoles.

Dans une visée à la fois politique et spirituelle, il se réfère explicitement à la foi chrétienne. Cependant, la diversité culturelle et intellectuelle des intervenants y est très importante, notamment par la présence de représentants de différentes religions, telles que l’islam, le bouddhisme, le judaïsme, et les autres branches du christianisme. Sur deux jours et demi, le programme est très dense : de grandes conférences plénières auxquelles assistent chaque fois près de 1500 personnes, des tables rondes, et de nombreux forums, sur presque une centaine de sujets, dans lesquels les participants échangent en groupes plus intimes ou partagent une pratique concrète : cuisine biologique, art manuel ou corporel, prière...

Perspective de la COP 21

Dans l’immense hall du parc des expositions de Saint-Etienne, se sont aussi installés des stands associatifs et des producteurs qui vendent leurs produits biologiques. Des géo-buvettes permettent aux personnes d’une même région de se rencontrer autour d’initiatives locales. Les participants – au nombre total d’environ deux mille – venant de partout en France, et même quelques-uns d’autres pays d’Europe, ont été hébergés chez des Stéphanois volontaires ; le fonctionnement des Assises repose donc en partie sur la solidarité et la convivialité.

Bien qu’on puisse estimer la moyenne d’âge autour de cinquante ans, toutes les générations sont représentées et prises en compte. Une garderie est prévue pour les plus petits, ainsi que des ateliers les initiant à la problématique écologique, et des forums spécifiques pour les adolescents.

C’est bien dans la perspective de la conférence onusienne que se situent les Assises, et dans la suite de l’Encyclique retentissante du Pape François, Laudato si’ (Loué sois-tu). Le climat est la question essentielle de cette rencontre, ainsi que la croissance. Jean-Claude Noyé reconnaît : « A titre personnel, je serais heureux que ce soit la parole décroissantiste qui ressorte de ces trois jours. »

À la fin du week-end, François, Faucheur volontaire et Scout de France, catholique, et militant écologiste depuis quinze ans, témoigne : « Sur le fond, pour quelqu’un d’engagé sur la question, on n’a pas entendu tant de nouveautés. Mais ce qui était vraiment nouveau, c’est que des propos souvent très radicaux, sur la croissance, sur le libéralisme, ont été tenus dans un cadre officiel, institutionnel, ecclésial, avec des évêques… Cela donne une légitimité à l’engagement écologiste, inimaginable il y a encore trois ans dans ce milieu-là. »

Tournant écologiste

Et pourtant, pour lui comme pour de nombreuses personnes rencontrées au fil de ces journées, il y a une totale cohérence entre le fait d’être chrétien et celui de s’engager pour l’environnement et d’adopter un mode de vie moins matérialiste. Jacques Muller, catholique pratiquant qui a été maire et sénateur EELV, a toujours considéré « désespérante » l’habitude culturelle qui rangeait les catholiques « à droite ». Tout le monde s’accorde pour dire que l’Encyclique pontificale est arrivée à un moment opportun, un kairos (moment opportun), et provoque un véritable bouleversement dans l’Église : « Quelque chose se passe. »

Le terrain se préparait cependant depuis quelques temps, comme l’atteste l’opuscule de la Conférence des évêques des France écrit en 2012 : Enjeux et défis écologiques pour l’avenir. Mais l’approche du Pape François est très différente, explique Mgr Feillet, évêque auxiliaire de Reims chargé par la Conférence du dossier sur l’écologie. « Il est remarquable qu’une Encyclique, habituellement attendue pour être un texte doctrinal, commence par un Cantique. C’est une louange, une prière. Cela ne produit pas le même effet que de partir du sentiment d’angoisse. On est d’abord dans l’admiration de ce à quoi l’on tient, plutôt que dans la peur de le perdre. »

Il s’agit de l’invocation que l’on retrouve dans le Cantique des créatures de St François d’Assise. Le patron des franciscains, appelé ici « patron de l’écologie », figure emblématique et grand communiant avec la nature, est très souvent cité comme inspirateur essentiel des « chrétiens écolos ». La démarche anti-consumériste n’est, pour beaucoup, rien d’autre que de suivre véritablement les préceptes de l’Évangile.

Dans l’un des forums, par exemple, les Frères et Sœurs du Foyer Marie Jean, vivant en communauté mixte de vingt-six consacrés en Ardèche, témoignent avec une joie rayonnante. Ils racontent le parcours qui les a amenés, en 2008, après vingt-sept ans d’existence, à basculer l’ensemble des pratiques de leur vie quotidienne dans une logique environnementale et de baisse de la consommation. Leurs façons de manger, de se vêtir, de construire leur habitat, d’utiliser l’énergie se sont conscientisées, et ils reconnaissent que leur prière et leur vie spirituelle elles-mêmes se sont approfondies, nourries d’une nouvelle dimension, et participant d’une réelle « unification de la vie. C’est l’incarnation. » « Mais c’est la joie qui transmettra. La routine ne transmettra pas. »

"C’est beau, de voir les religions cheminer ensemble"

Parmi les invités phares des Assises, le philosophe Patrick Viveret est venu présenter l’urgence d’aller vers une sobriété heureuse, aux côtés de Fabien Révol, théologien titulaire de la chaire Jean Bastaire à l’Institut catholique de Lyon, et de Myriam Cau, vice-présidente EELV du Conseil régional Nord Pas-de-Calais. L’ensemble du programme a le souci de mettre en dialogue des intervenants de cultures intellectuelles diverses, et pouvant aborder les différentes dimensions des thématiques en jeu.

C’est ainsi que philosophes, théologiens, acteurs politiques de terrain, hommes d’Église, économistes, scientifiques, chercheurs, etc., discutent ensemble. La nécessité de sortir de l’hubris, la reconnaissance de l’autolimitation de l’homme et le refus de sa toute-puissance reviennent très souvent, pour les croyants comme pour les non-croyants.

Geneviève Azam, économiste et militante de la première heure, porte-parole du mouvement Attac, « non croyante », est « très honorée et émue de parler dans un tel lieu d’un sujet aussi important », lors d’une table ronde sur la décroissance qui se tient dans une église. Elle se sent en cohérence totale avec l’éthique défendue ici : « C’est formidable, ces Assises. Les liens entre les religions et l’écologie sont un enjeu essentiel, une alliance nécessaire. » Elle constate que chez Attac les choses bougent aussi. On y parle des droits de la Terre, inaudibles il y a quelques années. « Le mouvement est rajeuni par l’écologie. »

Pierre-Alexandre Maizière, chargé de plaidoyer au Secours Catholique, également non croyant mais se sentant tout à fait en phase avec la doctrine sociale de l’Église et la dernière Encyclique, raconte comment il suit la mobilisation des acteurs chrétiens pour la COP21. Lors de la réunion le 1er juillet dernier de six représentants des cultes principaux français, « ils ont tous dit qu’il y avait eu une mauvaise interprétation des textes. C’est beau, de voir les acteurs religieux cheminer ensemble. »

Au sein de Caritas France, depuis que l’ONG s’est engagée pour le climat, il y a tout un travail de pédagogie à faire auprès des adhérents des délégations locales, qui présentent des résistances. « Les perspectives climatiques sont difficiles à connecter avec leur quotidien. » Mais selon lui, « il y a une masse silencieuse, révoltée. C’est elle que l’on doit mobiliser. »

Entrer dans une forme de "spiritualité laïque"

La société civile ressort comme une priorité. Lors d’un débat sur la transition écologique à mettre en œuvre, Corinne Lepage rappelle que « l’on a énormément besoin d’État et de régulation », mais Jo Spiegel, maire de Kingersheim, met en garde : « Nous sommes des analphabètes de la démocratie. Il n’y a que le lobby citoyen qui permettra de créer les alternatives. » Les initiatives doivent venir du peuple, et même éduquer les gouvernants. Mgr Feillet insiste : « L’avis de l’Eglise catholique sur le changement climatique dépend aussi de ce que vous faites. Les solutions monteront du bas vers le haut. »

Pour Jacques Muller, ancien maire écologiste de Wattwiller, « il est absolument essentiel de ne pas opposer les politiques et les citoyens, la structure institutionnelle et l’initiative personnelle. » « Cependant, il faut que les élus apprennent à se déposséder de ce qu’ils font, à se mettre au service plutôt qu’au pouvoir. » Ceci représente à ses yeux une posture spirituelle, et peut tout à fait entrer dans une forme de « spiritualité laïque ». Davantage de rigueur éthique éviterait l’augmentation insensée de l’égo des politiques. Yvette et René, qui viennent pour la deuxième fois aux Assises, partent avec le sourire, en retenant que « chacun doit se mobiliser. Il ne faut pas attendre des politiques mais agir à notre niveau, ensemble. »

Des initiatives concrètes étaient nées de la première édition des Assises, comme la création du mouvement Chrétiens Unis pour la Terre, par Christine Kristof, Laura Morosini et Damien Gangloff, qui est aujourd’hui partenaire de l’organisation, et travaille tout au long de l’année à tisser des liens au niveau de la société civile, et à des campagnes d’interpellation pour une prise de conscience écologique. Christine Kristof confie : « C’est la dimension écologique qui m’a fait revenir à la foi. Je ne me reconnaissais pas chrétienne dans cette destruction de la planète. »

Le dimanche matin, lors de l’eucharistie célébrée dans le grand hall du parc des expositions, les fidèles demandent « pardon pour avoir laissé les sciences et les techniques se développer sans toujours vérifier si elles étaient bonnes pour les êtres humains. » Une remise en question générale semble en marche. Le Cardinal Barbarin admet, au regard du Cantique des créatures de St François : « Ai-je réussi personnellement à vivre le soleil comme mon frère, mon égal dans la création ? Je n’en suis pas sûr. » Mgr Feillet est patient : « L’Église a mis du temps à s’exprimer. C’est un cheminement, nous sommes des hommes de temps. »

La "maison commune"

Les Assises se terminent par une dernière conférence à laquelle sont invités le rabbin Yeshaya Dalsace, l’évêque Mgr Feillet, le président du Conseil français du culte musulman Anouar Kbibceh, et le pasteur Christian Kieger, autour de la question : comment mobiliser les religions face à la crise écologique ? Tous s’accordent pour « revenir aux fondamentaux sans fondamentalisme » ; et rappellent que les religions sont « des valeurs, et non du ritualisme. »

Dès les premiers livres de la Bible, dont toutes ces traditions sont héritières, il est dit à l’homme : « Sache que tu es résident sur la Terre, elle ne t’appartient pas. » Chacun s’engage à agir pour l’éveil des consciences dans sa communauté, à démarrer des actions concrètes, et à se positionner politiquement au moment de la COP21. Expert des questions énergétiques, Pierre Radanne mène la discussion et souligne que « pour la première fois, il est question de la convergence de tous les peuples vers un sujet commun. »

La grande assemblée se quitte sur un temps interreligieux de recueillement et de louange, dans l’écho des derniers mots du pasteur Christian Kieger : « Traversons nos peurs pour entrer dans l’espérance. » En effet, il ressort assez vivement de ces Assises que la peur est le piège à combattre, et que seul l’amour pour la vie conduira à « l’écologie intégrale et à la conversion intérieure », auxquelles le Pape François convie le peuple unique habitant « de la maison commune ».

Quand un ancien tri postal devient le refuge des âmes meurtries et des âmes fleuries Monique Douillet (Silence) Reporterre 2015/09/02 Monique Douillet (Silence) (2 septembre 2015) Quand un ancien tri postal devient le refuge des âmes meurtries et des âmes fleuries. Reporterre. Habitat et urbanisme fr

Quand un ancien tri postal devient le refuge des âmes meurtries et des âmes fleuries

L’ancien bâtiment du tri postal, derrière la gare d’Avignon, devrait se transformer en un vaste bâtiment d’accueil pour les personnes en difficultés, mais aussi pour nombre d’activités associatives.

- Avignon, reportage

J’arrive dans la grande cour du centre de tri, située avenue du Blanchissage (derrière la gare centre). En face de moi, une cabane en bois aux murs de paille compressée sert de bureau d’accueil. Sur la porte une affichette : « On cherche Gilbert désespérément ». Stéphane et Malek m’accueillent et saisissent mon regard interrogateur, ils m’expliquent : « On n’a pas perdu Gilbert, c’est le titre du film qui passe en boucle à l’intérieur. On a participé au tournage, il a été présenté au festival du film précaire. » À l’intérieur c’est une salle de projections ou de réunions, tout en gradins. Je reviendrai voir.

Juste devant la cabane, il y a des jardins surélevés avec quelques plantations de fleurs et de légumes. On dirait que les tuteurs attendent des plants de tomates. A droite, le bâtiment du tri postal entièrement vitré sur trois niveaux... et devant, une suite de préfabriqués. Au rez-de-chaussée de l’immeuble grand ouvert, un spectacle se prépare. La salle modulable est délimitée par des pendrillons. [1] Deux comédiennes attaquent un hymne au tri postal : « Ici les âmes meurtries et les âmes fleuries se croisent. »

Nous sommes le 9 avril 2015 et la journée Portes ouvertes démarre tout juste. Cour, jardin, cabane, je tourne un moment sans comprendre comment ça fonctionne. Stéphane me propose de rencontrer Hélène qui va m’expliquer.

« Espèce d’espace »

Hélène est une étudiante en architecture qui a choisi d’effectuer ici son stage de fin d’études. Elle vit depuis six mois au sein de l’entreprise, participant à l’animation de jour et de nuit de tout ce qui se trame ici, autant dire entièrement polyvalente et capable de répondre à toutes les questions ! Elle a participé à la construction de la cabane. Le jardin, c’est l’œuvre de l’association Colibris qui s’occupe aussi de la santé. Les bungalows hébergent des personnes en situation précaire, il y en a d’autres ailleurs dans la ville. L’ensemble de ces logements est dénommé : « Villa Médicis ».

Aujourd’hui, on fait un pas de plus. Le projet est d’aménager la bâtisse. La maquette et les plans de réhabilitation du tri postal (2 500 m²) ont été confiés à deux associations d’architectes, le Perou (Pôle d’exploration des ressources urbaines) et le Nac (Notre atelier commun) auquel appartient Hélène.

Nous visitons, elle m’explique : le rez-de-chaussée mutualisera un espace complémentaire pour l’accueil de nuit, un restau, des douches publiques, un espace soin et bien-être, une école de coiffure, une laverie, une crèche (la cité des bébés accueillera un tiers d’enfants en situation de handicap). Au premier et au second étages se trouveront des bureaux, des salles de répétition, une résidence d’artistes, un atelier de couture. Le tout sera assez souple pour s’adapter aux évolutions en cours car cette « espèce d’espace » n’a pas encore défini ses contours. « Cela se précisera en marchant. »

Une question, par exemple, va être soumise à la prochaine assemblée consultative des Rêveurs (collectif de personnes de bonne volonté qui manifestent leur intérêt pour le projet) : « Est-ce que le festival in sera ou non invité dans ces lieux ? » Question assortie d’un préambule : « Attention ! Le Tri doit rester un lieu de co-création et de co-production tourné vers l’accessibilité à tous, avec une attention envers les publics précaires, avant d’être un lieu de diffusion. Le Tri n’est pas la Friche belle de mai à Marseille, pas la même vocation, pas les même objectifs. »

Myriade d’associations

Actuellement, un grand nombre d’associations partenaires, à vocation sociale, culturelle et citoyenne, travaillent ici. Il y a le groupe d’entraide mutuelle qu’on appelle le Gem, deux fanfares : Lance-Croquettes et Haut les mains, le conservatoire d’art dramatique, les Beaux Arts, l’Université populaire, Latitudes qui propose des actions d’éducation à la citoyenneté et à la solidarité à base de pédagogies actives, Colibris, qui a entrepris le potager.

L’Union des familles malades (Unafam) s’est tournée vers la production audiovisuelle. "Roulons à vélo" répare les bécanes et les met à la disposition des résidents et des gens qui travaillent. Une cantine, tous les jeudis à midi, réunit les bénévoles - dont les "résidents de l’accueil de nuit" - soit un noyau d’au moins 80 personnes.

- « Mais qui est à l’origine d’un si vaste projet ? - « Alors là, il vaut mieux que tu questionnes Renaud, répond Hélène, c’est le directeur de l’association CASA et de HAS Vaucluse [2] qui pilote l’ensemble. Je vais le chercher. On se retrouvera après au spectacle. »

Action en faveur des sans abris

Renaud Dramais, son directeur, me résume la fabuleuse histoire de CASA : "Cela commence en 2001. Nous avons choisi d’appeler cette association CASA, comme le magasin où l’on trouve tout pour la maison : Collectif, Action, Sans, Abri."

Les membres du collectif (usagers de fait des structures sociales et d’insertion), ont revendiqué un droit de parole concernant le dispositif qu’on préparait pour eux. Ils réclamaient un lieu d’accueil inconditionnel ouvert à toutes les personnes qu’elles soient alcoolisées, toxicomanes, handicapées ou accompagnées de chiens... La demande est donc venue de gens vivant à la rue, en situation d’exclusion et de grande précarité́, confrontés parfois à une perte radicale de toute protection de la vie humaine.

En 2003, après nombre de péripéties, promesses non suivies d’effets, squat de locaux, etc., le sous-préfet a entamé une discussion avec CASA afin d’aboutir à la création de ce lieu. L’adjoint municipal aux affaires sociales a proposé la cour de l’ancien tri postal. Pendant quatre ans, CASA a disposé d’un contrat d’occupation précaire de la cour exclusivement, renouvelé d’année en année, mais n’a pas lâché l’affaire. En 2007, les associations CASA, Habitat Alternatif Social et le Marabout [3] ont élaboré une charte de coopération pour lutter contre l’exclusion.

Durant l’hiver 2008/2009, signe fort, les Enfants de don Quichotte et Le Collectif Contre les Inégalités et les Exclusions ont débuté leur tour de France du mal-logement par Avignon, au côté de CASA. Cette mobilisation bien relayée par les médias oblige la Municipalité à entrer à nouveau dans un véritable dialogue. Cependant aucune solution durable n’a été trouvée. Tout au long de ces années, le cap a été tenu au prix de mobilisations extraordinaires. Comment rendre compte de la capacité de survie extraordinaire de ce collectif, dans un environnement parfois ouvertement hostile ? « Jusqu’à ce jour nous avons porté ce projet d’espace commun, notre maison commune, un monde en soi. »

Ce que j’ai vu ici au cours de cette journée « portes ouvertes » qui s’est terminée par un repas partagé, m’a interrogée. Cette association Casa-Has, avec ses revendications si semblables à celles des pionniers de l’éducation populaire au XIXe siècle : la dignité de la personne, son accès à la citoyenneté, un toit pour tous et un accès à l’éducation, ne serait-elle pas la véritable héritière de ce mouvement ? Par ricochet, cela signifie aussi que depuis bientôt deux siècles la situation pour une partie de la population n’a pas changé autant qu’on le croit...

2015. LA VILLE S’ENGAGE

Vincent Delahaye, conseiller municipal délégué à l’habitat d’urgence et aux nouveaux modes d’habitat, confirme l’intérêt de ville d’Avignon. « On connaît la richesse de ce projet participatif, intergénérationnel, d’économie sociale et solidaire, qui réinterroge la vie de quartier. »

La Ville a engagé les négociations avec Réseau ferré de France, propriétaire du bâtiment, pour un euro symbolique. Les collectivités et l’État devront se positionner. Commencera alors la réflexion sur les financements. Le coût de la réhabilitation est estimé à 4 millions d’euros.

Contacts :

- Collectif Action des sans-abri et Habitat alternatif social : ancien Tri postal, 5 bis, avenue du Blanchissage, 84000 Avignon, gem@casa-avignon.org - Villa Médicis : 04 90 82 33 32 - Tri postal : tripostal.over-blog.com

Ségolène Royal est en passe de céder au lobby publicitaire Barnabé Binctin (Reporterre) Reporterre 2015/09/03 Barnabé Binctin (Reporterre) (3 septembre 2015) Ségolène Royal est en passe de céder au lobby publicitaire. Reporterre. Économie fr

Ségolène Royal est en passe de céder au lobby publicitaire

Ségolène Royal va-t-elle prendre le parti des publicitaires ? Le projet de décret sur l’affichage publicitaire qui sera présenté jeudi 3 septembre au ministère de l’Ecologie, leur donnerait toute liberté et favoriserait encore les écrans vidéos publicitaires qui gaspillent l’énergie.

Depuis le 13 juillet 2015 et l’entrée en vigueur du décret du 30 janvier 2012 d’application de la loi dite Grenelle 2, la surface autorisée aux panneaux publicitaires n’est plus de 16 m2, mais de 12. Sauf que de très nombreux panneaux ne respectent pas cette nouvelle règle. Combien précisément ? « Personne ne sait, il n’y a pas de chiffres officiels », regrette Pierre-Jean Delahousse, président de l’association Paysages de France, qui estime à 80 % le nombre d’affichages maintenant illégaux. « C’était l’une des rares avancées du Grenelle, qui devait amener à une diminution progressive de l’affichage publicitaire. »

Mais celle-ci ne devrait pas avoir lieu : en modifiant la méthode de calcul de la surface, un projet de décret sur l’affichage publicitaire annule de fait ces infractions. Le 12 m2 en question ne devrait plus désormais concerner que la taille de l’affiche, là où historiquement, depuis la loi de 1979 qui régit l’affichage publicitaire en France, la surface de l’affichage a toujours été calculé en tenant compte du dispositif qui l’entoure (panneau, cadre, etc.).

« Un principe qui n’avait jamais été remis en cause, s’insurge Pierre-Jean Delahousse. Or, le mode de calcul a une définition très précise à l’article L-581-3 du Code de l’environnement, je ne crois pas qu’un décret puisse aller à l’encontre de la loi… »

Résultat, la majorité des panneaux publicitaires visés par le Grenelle resteraient donc dans les normes avec ce nouveau mode de calcul. Pis, le projet de décret ouvre également la voie à l’implantation de panneaux sur pied de 12m2 dans les communes de moins de 10 000 habitants (et non membres d’unités urbaines de 100 000 habitants), interdits jusque-là par la même loi de 1979.

Une porte ouverte aux écrans vidéos publicitaires

Enfin, le projet de décret doit également favoriser le développement des écrans vidéos publicitaires, sources de gaspillage énergétique rappelle de son côté France Nature Environnement.

« Dans ce décret, il n’y a que des mesures favorables aux afficheurs, et derrière le ministère de l’Ecologie, il y a Bercy, cela ne fait aucune illusion », estime le président de Paysages de France. « Notre marge de négociation paraît bien maigre », confirme Thomas Bourgemot, de l’association Résistance à l’agression publicitaire. Ces associations participeront ce jeudi 3 septembre à la réunion organisée par le ministère de l’Ecologie.

Ces militants « anti-pub’ » rappellent depuis des années que « plus on a de grands panneaux, plus il y a d’impact sur le paysage et sur les citoyens, et moins on est libre de recevoir le message ». Et posent une question dérangeante : « Pourquoi l’affichage commercial pourrait-il bénéficier de tailles beaucoup plus grandes que l’affichage associatif et politique, limité à 2m2 ? »

Crime climatique stop ! L’appel de la société civile Collectif Reporterre 2015/09/03 Collectif (3 septembre 2015) Crime climatique stop ! L’appel de la société civile. Reporterre. fr

Crime climatique stop ! L’appel de la société civile

Le dérèglement climatique tue. Il bouleverse des centaines de millions de vies, à commencer par celles des plus pauvres et des plus fragiles. Pour que notre planète reste vivable, près de 80 % des réserves d’énergies fossiles actuellement connues doivent demeurer inexploitées.

Nous n’en prenons nullement le chemin. Les négociations dans le cadre de la Conférence des Nations Unies sur le climat de Paris s’annoncent comme un échec : les États abandonnent l’objectif de tout faire pour rester sous le seuil d’une augmentation maximale de la température de + 2 °C au-delà duquel les pires scénarios deviennent possibles.

C’est pourquoi la société civile mondiale lance aujourd’hui un appel à la mobilisation, et à construire un vaste mouvement qui refonde nos sociétés.

Ce livre porte la voix de personnalités du monde entier, de chercheurs conscients de l’impasse actuelle, mais aussi celle d’innombrables victimes, réfugiés climatiques et collectifs en lutte contre la machine à réchauffer la planète. Tous nous rappellent la réalité du réchauffement climatique en cours, les souffrances et les inégalités qu’il produit et nous montrent les voies pour sortir de l’âge des fossiles.

Avec les contributions de Naomi Klein, Vandana Shiva, Jean Jouzel, Susan George, Desmond Tutu, Bill McKibben, Geneviève Azam, Pablo Solon...

Crime climatique stop ! L’appel de la société civile, Collectif, Editions du Seuil, Collection Anthropocène, 320 pages, 15.00 €.

Les friches, derniers espaces naturels de France en voie de disparition Yoann (Les demains dans la terre) Reporterre 2015/09/03 Yoann (Les demains dans la terre) (3 septembre 2015) Les friches, derniers espaces naturels de France en voie de disparition. Reporterre. Tribune — Nature fr

Les friches, derniers espaces naturels de France en voie de disparition

Bouc-émissaire du monde paysan, des urbanistes, des gestionnaires du territoire, la friche, dernier espace sauvage, est menacée. Pourtant la disparition des papillons, des fleurs des champs, de la faune et de la flore..., n’est pas le fait de la friche, mais bien d’un système économique pour qui le profit a plus de valeur que notre futur commun !

Depuis quelques années, les derniers espaces naturels de nos contrées tempérées sont menacées. Les friches, qui désignent des espaces autrefois cultivés et qui reviennent progressivement à leur état naturel, la forêt essentiellement, représentent plusieurs centaines de milliers d’hectares en France. Nées de la déprise agricole des années 50 aux années 80, ces espaces sauvages reculent grandement depuis les années 2000.

Pour de multiples raisons, que nous détaillerons plus loin, liés à l’appétit féroce de la croissance économique perpétuelle, la friche est devenue le bouc émissaire du monde paysan, des urbanistes, des gestionnaires du territoire, des personnes ne supportant pas le sauvage, l’incontrôlable, des amoureux d’une nature figée.

La friche, ennemi du paysage contrôlé, géré, utilisé de manière cohérente et efficace

A l’heure où l’on parle de préserver la nature et de sauvegarder la biodiversité, la friche apparaît paradoxalement comme le dernier espace à coloniser, à abattre, à rationaliser, à éradiquer.

Elle est pourtant, dans ce monde où il n’existe quasiment plus un seul pan de nature originel, non perturbée par l’homme, le dernier territoire du sauvage, de la nature qui reprend ses droits sans l’intervention de l’espèce humaine.

Un espace où s’épanouit ce qui survit à peine ailleurs, là où l’homme règne en maître, qu’il soit urbaniste fou, PDG du BTP, agriculteur intensif ou gestionnaire d’espace naturel.

Un espace où la biodiversité y est gérée par elle-même, où la nature se gère toute seule, comme elle a su le faire depuis des centaines de millions d’années, traversant sans peine de multiples bouleversements « violents ».

La friche obéit ainsi à elle-même et non à l’intelligence dominatrice des hommes. Elle inspire le sauvage, à l’heure où nous en manquons tellement, dans un monde qui s’aseptise et se sécurise quotidiennement.

La friche est une forêt en devenir, qui laissera au cours de sa vieillesse, de multiples souches mortes nourrir et abriter nombre d’insectes, de micro-organismes, d’oiseaux, de mammifères actuellement en voie de disparation !

La flore et faune forestière est ainsi menacée par une exploitation de plus en plus intensive de nos champs et de nos forêts. Or moins d’1 % du territoire forestier français n’est pas exploité pour son bois !

Ce territoire non-menacé par l’homme correspond justement à des territoires délaissés pour leur incapacité à délivrer du profit, à des friches où la biodiversité forestière peut s’épanouir à nouveau. Mais pour combien de temps ? A l’heure où tout se vend, où le moindre pan de nature devra justifier de son utilité, combien de temps reste-il à la nature véritable, sauvage par essence ?

Qui sont les responsables de cette attaque en règle contre la friche, espace naturel par excellence ?

La friche, ennemie du monde moderne et des paysages anthropomorphisés

Nous connaissons tous l’appétit des urbanistes, élus et multinationales pour la bétonnisation de nos territoires, sources de profit pour les uns et de gloire mégalomane pour les autres. Nous connaissons moins leurs pratiques de placement de leurs projets.

Si nous nous attardons quelque peu sur les différentes flyers de présentation des schémas territoriaux (SCOT, PLU, etc.), nous remarquons vite que la friche sort du lot comme excuse à la disparition des terres agricoles. Le béton repassera...

La nature sauvage, par l’appui de cette communication institutionnelle, devient l’ennemi du paysan qui ne trouve plus de terres, elle est l’ennemi du rurbain qui s’inquiète d’une consommation locale de bons produits, elle est l’ennemi des anciens qui se souviennent de l’activité humaine du passé dans les champs bocagers où peu de choses étaient laissées au hasard.

Pendant ce temps, la métropolisation de nos territoires, la destruction de la biodiversité et des haies par l’agriculture intensive, la croissance toujours plus folle des zones commerciales et résidentielles, des routes et autres projets d’arasement du territoire connaissent une « belle » croissance.

Remarquable mais nauséabond retournement de pensée de la population. « Le béton c’est la vie, la friche c’est la mort » ! Les élus et le BTP peuvent sourire et imaginer sereinement leur plan de développement sur des dizaines d’années en toute tranquillité.

La friche, espace sauvage et naturel : ennemie de la nature gérée et humainement acceptée

Nous pourrions aussi croire que les agriculteurs sont les premiers relais dans cette communication anti-nature, mais leurs véritables complices les plus fervents sont les protecteurs officiels de la nature eux-mêmes !

Nombre de naturalistes, biologistes, gestionnaires de parc naturel, écologue, bénévoles d’associations écologistes, etc., vous convaincront de l’urgence de lutter contre « l’envahissement des friches » et du danger qu’elles représentent pour la biodiversité et la fermeture des paysages.

Jean Claude Génot, dans deux remarquables ouvrages, déconstruit cependant point par point les logiques, préjugés et soi-disant études sur lesquelles se basent le mépris envers la friche.

Ainsi, un encensement quasi-mystique se porte sur les espaces artificiellement ouverts par l’homme : pâturages, marais, landes, garrigue, etc., au passé généralement forestier. Si les espaces se ferment, s’enfrichent, la panique survient chez les amoureux exclusifs d’une nature figée. Des plans de défrichage à coups de pelleteuse et autres engins de destruction sont alors planifiés avec les élus !

Pour autant, des projets agricoles sont-ils prévus dans ces zones défrichés ? La plupart du temps, il s’agit juste de jardiner la nature pour éviter son défrichement. L’homme en gestionnaire omniscient d’une nature qu’il connaît à peine et qui lui a précédé depuis des millions d’années...

Les écosystèmes forestiers européens, qui ont reculé lors de la dernière grande glaciation européenne, ont reconquis au cours des derniers millénaires l’Europe tout entière. La forêt était autrefois prédominante avant que les êtres humains commencent à la défricher en se sédentarisant.

Pour autant, avant que l’homme ne crée artificiellement des milieux ouverts, il ne faut pas imaginer que l’Europe était couverte sur toute sa surface d’une forêt opaque et infranchissable.

Le premier stade d’évolution d’une forêt naturelle, que l’on apparente à la friche ou broussaille en Europe, correspond effectivement à un espace fermé, dense et très ombragé. Mais ce stade, qui ne dure que quelques dizaines à quelques centaines d’années laisse place à de petits milieux ouverts, lors de la chute d’arbres et arbustes morts, permettant à une faune et flore adaptée aux milieux ouverts d’y prospérer ; puis de trouver un autre endroit découvert, par une nouvelle chute d’arbre, lorsque le premier milieu se referme.

Ignorer cet aspect dynamique au niveau temporel et spatial d’une forêt, c’est ignorer tout simplement la diversité et la complexité des milieux naturels. Comment pouvons-nous prétendre être soi-disant omniscients, sauver la faune et la flore des milieux ouverts de la fermeture de ces mêmes milieux, tandis que la nature a depuis des millions d’années su d’elle-même se complexifier et accroître la diversité du vivant ? Les milieux ouverts existaient avant nous et ils existeront toujours après nous.

L’hypocrisie se situe là. Nous souhaitons dominer le sauvage pour soi disant préserver une biodiversité que nous avons élue parmi une autre, tandis que cette même biodiversité est particulièrement menacée dans des milieux ouverts détruits par la bétonnisation de nos territoires et l’agriculture intensive !

La disparition des papillons, des fleurs des champs, de la faune et de la flore des prairies et des champs cultivés n’est pas le fait de la friche, mais bien d’un système économique pour qui le profit a plus de valeur que notre futur commun !

La friche, future forêt, a aussi un rôle important à jouer dans la restauration des sols grandement ou entièrement érodés par des pratiques agricoles productivistes, en permettant de remettre en place un cycle bio-géo-chimique de création et de maintien des sols bien plus important que celui d’une prairie.

Dans des terrains en forte et moyenne pente, notamment dans les zones montagneuses, la lutte contre la friche, en la remplaçant par du pâturage, frise l’absurde. Seuls des arbres et arbustes peuvent maintenir durablement des sols sur des zones en moyenne et forte pente, et à moins d’une densité très faible d’animaux brouteurs (ce qui se passe dans un milieu naturel), le pâturage risque de participer à l’érosion de sols déjà malmenés par l’élevage et l’agriculture durant le 19e siècle.

L’arbre est enfin un des éléments centraux de nos écosystèmes, qu’ils soient cultivés par l’homme ou non. Il est au cœur de la fixation du CO2 (avec les océans), de la régulation des phénomènes climatiques extrêmes (inondations, tempêtes, etc.), des cycles chimiques et biologiques de la terre (permettant le renouvellement des éléments minéraux) et tout simplement de la vie sur Terre !

Cohabiter avec la friche, pour un lien retrouvé entre l’être humain et la nature

Les solutions de cohabitation avec la friche, tout en sauvegardant la biodiversité des milieux ouverts, existent pourtant bel et bien.

Dans les jardins privatifs, jardins partagés et autres espaces communs en ville, la friche peut retrouver ses marques, que ce soit sur quelques m2 ou plusieurs centaines de m2. Dans ces mêmes espaces, des pratiques de jardinage naturel inspirées de la permaculture ou de l’agro-écologie peuvent permettre d’accueillir la biodiversité des milieux ouverts menacée dans les espaces agricoles.

Il est alors possible de contempler une nouvelle flore et faune s’épanouir au fil des années, se ressourcer à la lisière de cette nature sauvage qui inspire nombre de pensées nouvelles, rêver, profiter des multiples auxiliaires pour vos cultures que la friche et votre jardin naturel hébergeront. La friche peut aussi devenir en ville un non-lieu où le sauvage s’exprime et recrée le lien entre la nature et l’être humain.

Cependant, la nature sauvage a besoin d’espace pour s’épanouir entièrement et durablement. Les écosystèmes les plus complexes, équilibrés et qui résistent aux multiples variations extrêmes (climatique ou de perturbation écologique par exemple) nécessitent des dizaines d’hectares au minimum. Des initiatives tels que le projet Rewilding Europe, avec comme objectif de redonner à la nature en Europe un million d’hectares, sont des plus nécessaires afin de préserver de grands espaces naturels de l’emprise de l’homme. En France, dans la Drôme, la réserve du grand Barry s’est déjà inscrite dans cette optique de préservation du sauvage.

De même, nous ne pouvons pas occulter l’érosion massive de la biodiversité dans des espaces sur lesquels nous avons peu de prises directes (territoires agricoles par exemple). La généralisation de jardins naturels et d’espaces entièrement préservés des activités humaines ne suffira pas à sauver la biodiversité de nos régions, de même qu’à nous permettre de continuer de « profiter » des nombreux et indispensables services rendus par la nature.

Paysans, forestiers et gestionnaires des espaces naturels peuvent pourtant changer leurs pratiques afin que la biodiversité présente dans ces milieux anthropomorphisés, souvent appauvrie, puissent s’épanouir à nouveau.

Ainsi, la liste est longue des pratiques permettant de préserver la nature au sein des espaces anthropomorphisés : agroforesterie, semis direct sous couvert végétal, arrêt des pesticides et engrais, bandes fleuries, haies et bandes boisées, futaie jardinée, etc.

L’ensemble de ces pratiques doit s’intégrer dans une système de petite paysannerie et d’artisanat afin de permettre en parallèle que l’éthique et le social ne soient pas sacrifiés.

Le système politique et économique ne souhaite cependant pas d’une telle évolution, ou alors cantonnée à de petits espaces. Les profits escomptés par l’agro-industrie sont bien trop importants !

Un rapport de force radical avec « les élus » et entreprises est nécessaire pour que nous retrouvions prise sur nos territoires et sur nos vies, pour que la nature cesse d’être gérée, rationalisée, appauvrie et détruite.

Le développement actuel des ZAD en France est une des pistes de résistance pour un monde où nous sommes directement les acteurs des espaces qui nous entourent, en collaboration avec la nature, en harmonie avec le sauvage.

Pour une campagne préservée, vivante, autogérée, paysanne et sauvage à la fois !

Pour que la friche retrouve ses droits !

Le plan de Xavier Beulin qui va faire disparaitre les petits paysans Marie Astier (Reporterre) Reporterre 2015/09/03 Marie Astier (Reporterre) (3 septembre 2015) Le plan de Xavier Beulin qui va faire disparaitre les petits paysans. Reporterre. Agriculture fr

Le plan de Xavier Beulin qui va faire disparaitre les petits paysans

Modernisation, investissements, compétitivité, exportations, moratoire sur les normes environnementales… Voici la recette prônée par le patron de la FNSEA, Xavier Beulin, pour sortir de la crise de l’élevage. Reporterre a décrypté ce « plan de sauvetage » de l’élevage alors que ce jeudi 3 septembre, le syndicat agricole rassemble plus de mille tracteurs à Paris et que le gouvernement promet des annonces.

Depuis le début de l’été, les chiffres alarmants se succèdent. Un éleveur de porcs abandonne son activité chaque jour, alerte Xavier Beulin, président de la FNSEA (Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles), principal syndicat agricole français, et du groupe agro-industriel Avril-Sofiproteol. Quant au ministère de l’agriculture, il estime que 10 % des élevages (laitiers, porcins, bovins) seraient au bord du dépôt de bilan.

Face à cette crise de l’élevage, le gouvernement a mis en place un premier plan de sauvetage, le 22 juillet dernier : 600 millions d’euros pour restructurer les dettes et alléger les cotisations sociales. Insuffisant, selon la FNSEA, qui lance une nouvelle charge. Le 23 août, à la veille d’une réunion avec le Président de la République et le Premier ministre, Xavier Beulin demande dans le Journal du Dimanche un grand plan de trois milliards d’euros pour « sauver l’élevage ». Le lendemain, à la sortie de la réunion, il annonce la venue de mille tracteurs à Paris pour ce jeudi 3 septembre.

Une façon de faire pression sur l’exécutif... et il semble que ça fonctionne, puisque que François Hollande a justement réservé l’annonce de nouvelles mesures d’aide à l’élevage pour aujourd’hui.

« Ce n’est pas un plan de sauvetage que propose Xavier Beulin. C’est un plan d’industrialisation de l’agriculture ! » rétorque Laurent Pinatel, porte-parole de la Confédération paysanne. « Cela fait longtemps que les paysans disparaissent, rappelle-t-il. Ils ne s’en rendent compte que maintenant ? On agite des chiffres pour justifier des plans d’urgence. »

« J’ai l’impression qu’on est à un tournant, poursuit-il. Toutes les crises ont fait grossir les exploitations, et la seule solution que l’on nous propose est d’accélérer encore. On est très inquiets. »

« Relancer l’industrie agricole »

A la FNSEA, on ne récuserait pas le terme d’industrialisation. Premier axe du « plan de sauvetage », la modernisation des bâtiments agricoles et l’automatisation des abattoirs. « Quand on fait un grand plan de relance dans un pays, on construit des routes. Là, il faut relancer l’industrie agricole, dit à Reporterre Christiane Lambert, vice-présidente de la FNSEA. On doit planifier sur quinze ans, regarder de quelles productions on aura besoin, et donc de quels outils. »

Pour le syndicat, la France n’est plus « compétitive » face à ses voisins européens. « On constate un retard d’investissement dans l’agriculture, affirme Christiane Lambert. En porcs et volailles, l’âge moyen des bâtiments est de vingt-cinq ans. On a chiffré que sur la seule filière porcine, 2,7 milliards d’investissement sont nécessaires pour se mettre à niveau ! »

« Nous n’avons pas besoin de cela, conteste Pierre Brosseau, responsable de la commission porcs à la Confédération paysanne. Les éleveurs de porcs français ont des résultats techniques aussi bons que les Allemands ou Espagnols. Notre coût de production est même plus bas que la moyenne européenne. » Pour lui, la crise est due à une surproduction de porcs en Europe. « Vous avez beau moderniser, le prix payé aux éleveurs sera toujours en-dessous des coûts de production », déplore-t-il.

Et puis, même si le gouvernement donne les trois milliards d’euros demandés, où iront-ils ? Pas aux petits producteurs, assure le paysan : « Il y a toujours des seuils d’exclusion. Par exemple, il y a quinze ans, sur mon département il y a eu des aides pour les éleveurs en difficulté financière. Nous étions 250 producteurs. Les huit plus gros ont empoché 51 % de l’enveloppe d’aides. Dedans, il y avait des présidents de syndicats et de coopératives. Ils s’étaient servis. Voilà leur philosophie : ils pensent que les petits producteurs n’ont pas d’avenir donc que cela ne sert à rien de les aider. »

Moins de cotisations, moins de normes environnementales

Autre cheval de bataille de la FNSEA, les normes environnementales, dénoncées comme plus sévères en France qu’ailleurs. Xavier Beulin a plaidé pour leur suspension pendant un an. « Sur les directives européennes oiseaux, nitrates, habitat, la France fait plus que ce que demande l’Europe », déplore la vice-présidente de la FNSEA. La bête noire du syndicat est l’obligation d’enquête publique pour ouvrir un élevage de taille importante. Le gouvernement a déjà allégé la procédure pour les porcs et les volailles. « Il faut le faire pour les bovins maintenant », demande-t-elle. La FNSEA réclame aussi un assouplissement des règles pour la création de réserves d’eau et l’irrigation. Côté pesticides, elle souhaite que la France cesse de réduire la liste de ceux autorisés.

« Si un tel moratoire est mis en place, les conséquences pourraient être dramatiques, s’inquiète Laurent Pinatel à la Confédération paysanne. Si l’on suspend la directive nitrate, c’est une autorisation à polluer plus, à détruire les sols. Le jour où l’on n’aura plus qu’un sol mort pour cultiver, on ne pourra plus compter que sur les produits chimiques pour le nourrir. On sera à la merci de l’agriculture industrielle. »

« Ce n’est pas en polluant les rivières que l’on va régler l’avenir de l’agriculture porcine », rassure le ministre de l’agriculture Stéphane Le Foll, interrogé par Reporterre en conférence de presse le jeudi 27 août. Il promet tout de même une « simplification des normes ».

La disparition programmée des petits éleveurs

Enfin, troisième axe du plan de Xavier Beulin, le « regroupement des exploitations ». L’idée est que les agriculteurs puissent mettre en commun du matériel et des tâches. Mais regroupement n’est-il pas synonyme d’agrandissement, pour la FNSEA ? « L’agrandissement est un choix personnel. Ceux qui veulent le faire doivent pouvoir le faire, répond Christiane Lambert. Mais tendanciellement, on va vers une augmentation de la taille des exploitations. »

Le président de l’interprofession porcine INAPORC, Guillaume Roué, va encore plus loin. Pour lui l’agrandissement n’est pas un choix, c’est un fait. « Le nombre d’exploitations va diminuer par trois d’ici quinze ans, il n’y a plus personne pour reprendre ! Et donc leur taille va être multipliée par trois. »

Au-delà, il prédit carrément une disparition des éleveurs. « L’agrandissement va s’accompagner d’une conversion au végétal, car c’est plus rentable et il y a moins de contraintes, estime-t-il. La France fera des céréales et l’élevage sera produit dans des industries comme en Allemagne, en Espagne ou en Amérique. »

Un scénario qui n’est pas loin de celui que redoute la Confédération paysanne. « Ce que dessine ce plan, c’est une agriculture sans paysans, dénonce Laurent Pinatel. On aura des fermes usines destinées à l’export, qui seront subventionnées parce que pas rentables. Même Hollande l’a admis, quand on l’a vu la semaine dernière. Et à côté de ça, on gardera une agriculture de niche qui fera joli dans le paysage et servira d’alibi au reste... »

« Leur pari avec ce plan, c’est de calmer les gros éleveurs en attendant que les petits producteurs disparaissent », complète Pierre Brosseau.

Est-ce le choix que fera aujourd’hui le gouvernement ? Selon Laurent Pinatel, « le gouvernement a très peu de marge de manœuvre. » Le porte-parole n’est pas très optimiste : « Quand on écoute les déclarations de Manuel Valls et Emmanuel Macron qui ne cessent de répéter qu’il faut produire et être compétitifs, si on replace cela dans la perspective de l’agriculture, ça fait peur... »

L’Expo universelle de Milan, une violence symbolique contre le peuple Anahita Grisoni et Brahim Mouffok Reporterre 2015/09/04 Anahita Grisoni et Brahim Mouffok (4 septembre 2015) L’Expo universelle de Milan, une violence symbolique contre le peuple. Reporterre. Tribune — Culture et idées fr

L’Expo universelle de Milan, une violence symbolique contre le peuple

L’Expo universelle de Milan, qui se tient jusqu’à fin octobre, se propose de répondre à l’urgence de « Nourrir la planète » et se donne comme mot d’ordre « l’innovation ». Imposture. « Jamais une exposition universelle n’aura été aussi fidèle à son caractère éphémère, au présentisme d’une société dont la violence symbolique se perpétue à travers les miettes qu’elle jette en pâture au ’bon peuple’. »

• Anahita Grisoni et Brahim Mouffok sont respectivement sociologue et architecte.

Dans un excellent ouvrage paru en 2012, le philosophe et sociologue Marc Berdet s’attache à décrire les Fantasmagories du capital, à travers l’histoire des lieux qui les accueillent, parmi lesquels l’Exposition universelle de Londres en 1851 et les centres commerciaux contemporains. Une visite ingénue à l’Exposition universelle de Milan, qui se déroule actuellement jusqu’à la fin octobre, ne peut que confirmer cette hypothèse.

L’événement propose de répondre à l’urgence de « Nourrir la planète » et se donne comme mot d’ordre « l’innovation ». Pourtant, le paysage qu’il offre ressemble davantage à un grand bond dans un passé consumériste et bétonné. Inutile de revenir sur l’opposition légitime qui avait accompagné l’ouverture de l’Expo : corruption grotesque, violation systématique du droit du travail, promesses non-tenues d’aménagements publics, désastres écologiques, avaient alors été massivement dénoncés.

A l’écart des « casseurs » dont la presse grand public a fait l’emblème de la contestation, les alternatives écologistes avaient tenté de se frayer un chemin pour résister à la fronde des multinationales de l’alimentation. On se souviendra de l’Expo de la paysannerie, orchestrée, entre autres, par Via Campesina. Sans succès.

De quelle innovation parle-t-on ?

Depuis leur création en 1851, l’objet des expositions universelles est de mettre à l’avant-poste les résultats les plus probants des innovations technologiques et des prouesses architecturales, plaçant au centre de l’attention internationale le génie du genre humain et l’idéologie du progrès. Elles sont, selon la définition-même du BIE (Bureau international des expositions), « des lieux uniques de rencontre où l’éducation passe par l’expérimentation, la coopération par la participation et le développement par l’innovation. Elles sont l’expression d’un message d’intérêt universel ; une expérience éducative : des laboratoires d’expérimentation montrant l’extraordinaire et le nouveau. »

Que l’on adhère ou non à cette idéologie, l’édition milanaise de l’événement permet de douter de l’efficacité de la méthode. L’événement pose une réelle question de société qui dépasse amplement les contours de l’Expo : de quelle innovation parle-t-on, quand on évoque ce principe sacro-saint auquel il faudrait tout sacrifier ?

A notre connaissance, la grande majorité des dites « innovations » dans nos domaines de compétence – l’architecture et l’urbanisme, et les rapports des sociétés humaines aux socio-écosystèmes – vont tout bonnement dans le sens d’une remise en question des relations à la nature. Qu’elles soient efficaces ou maladroites, authentiques ou superficielles, radicales ou verdissantes, difficile de contester cette velléité écologiste. Seule, l’expo universelle se paye le luxe de s’en passer.

Que l’on commence par une entrée ou par l’autre, le pavillon Slow Food semble mis à l’écart, quand trois mètres plus loin se dresse, ostentatoire, le pavillon d’une grande chaîne de fast food qu’il n’est besoin de nommer. Effigie de l’événement, il se distingue par sa simplicité. Au centre de Milan, sur la Darsena (port de la ville sur le fleuve éponyme) fraîchement inaugurée, on croise les icônes colorées des escargots de la « décroissance heureuse », emblème du mouvement fondé en 1986. Mais leur trace reste symbolique.

Le pavillon zéro expose la prose didactique et simpliste d’un rapport des Nations Unies. Plein de bonnes intentions, erroné dans les faits et les interprétations, le texte impose une version officielle dont l’hypocrisie glisse, par moment, au mensonge pur et simple. Un écran géant panoramique vante les mérites de la monoculture comme solution favorisant le maintien des écosystèmes locaux. Dans ce festival de la compétition internationale, où les pavillons nationaux se mesurent à ceux des multinationales de l’alimentation, chaque pays tente de faire figure de bon élève. Ainsi, après avoir franchi – sous la pluie – le filet monumental du pavillon brésilien (son unique attrait), on apprend que son gouvernement projette que le Brésil fournira 40 % des ressources alimentaires mondiales, sans ajouter que cela se fera certainement au sacrifice de pans entiers de l’Amazonie.

Tout est à vendre

Alors que la convivialité et la participation s’imposent comme principes de société, la seule contribution possible de la part du public semble financière. Rien n’est à goûter, tout est à vendre. Le slogan « Energie pour la vie » s’affiche sur de grands stands de nourriture rappelant les fêtes foraines, appelés « pavillons » et qui franchissent allègrement les limites de la caricature ou du grotesque.

Caricature pour ceux qui ont confondu expérimentations et spécialités culinaires (les fish&chips anglais font concurrence aux frites belges et à la bière) ; grotesque pour ceux qui ont investi à grands frais dans une architecture de mauvaise facture, d’un kitsch malvenu éludant toute question liée au gaspillage alimentaire, à celui de l’espace, à l’agriculture urbaine ou verticale, enfin, toutes ces thématiques qui sont, actuellement, au cœur des préoccupations et des projets. « Le passé finira un jour par devenir trop petit pour être partagé et habité par les vivants », écrivait Koolhaas en 1978, force est de constater que la leçon n’est toujours pas apprise.

Dans un Milan habituellement déserté au mois d’août, on croise des grappes de touristes revenant de l’Expo. Mais le poids du gigantisme ne saurait faire oublier la superficialité de l’événement. Il n’y a pas de doute, la copie est mauvaise, l’Expo est passée à côté du sujet alors que le présent offrait des centaines de pistes de réflexion. Nuls Tour Eiffel, Atomium (Bruxelles), Biosphère (Montréal), ou Space Needle (Seattle) que Milan gardera et dont elle se targuera. Nul impact, nul message, nulle vision d’avenir.

Jamais une exposition universelle n’aura été aussi fidèle à son caractère éphémère, au présentisme d’une société dont la violence symbolique se perpétue à travers les miettes qu’elle jette en pâture au « bon peuple ».

Le fil rouge de l’écologie. Entretiens avec André Gorz Reporterre 2015/09/04 (4 septembre 2015) Le fil rouge de l’écologie. Entretiens avec André Gorz. Reporterre. fr

Le fil rouge de l’écologie. Entretiens avec André Gorz

Pionnier de l’écologie politique, André Gorz révèle sa persistante actualité dans cette discussion inédite et peu convenue sur des thèmes variés – du rapport de l’humain avec la nature à l’usage des technologies, de la cause féministe au rôle des intellectuels.

Ces trois entretiens – parus en 1990, 2003 et 2005 – révèlent l’actualité de la réflexion d’André Gorz sur le sens de la vie. Associant une critique du travail aliéné et une vision écologiste de la « bonne vie », son utopie est celle d’une civilisation du temps libéré : elle suppose un divorce entre le travail, qui doit être réduit, et le revenu, qui doit être garanti, afin que chacun tout au long de la vie puisse se livrer à une multiplicité d’activités autodéterminées – créatives, solidaires, militantes.

« André Gorz a mûri, au fil de livres engagés de nature à la fois philosophique et sociopolitique, une réflexion existentielle sur le sens de la vie contrarié par la mégamachine capitaliste qui réduit l’être humain à la fonction de travailler et consommer. » (Willy Gianinazzi)

Le fil rouge de l’écologie. Entretiens inédits en français, André Gorz, Édition établie et présentée par Willy Gianinazzi, Postface d’Erich Hôrl, Editions EHESS, 9.00€.

Et Xavier Beulin, président d’Avril-Sofiproteol, fut hué par les agriculteurs désespérés Marie Astier (Reporterre) Reporterre 2015/09/04 Marie Astier (Reporterre) (4 septembre 2015) Et Xavier Beulin, président d’Avril-Sofiproteol, fut hué par les agriculteurs désespérés. Reporterre. Reportage — Agriculture fr

Et Xavier Beulin, président d’Avril-Sofiproteol, fut hué par les agriculteurs désespérés

Les agriculteurs ont fait jeudi 3 septembre une démonstration de force en amenant 1 700 tracteurs dans la capitale. Mais les mesures négociées avec le gouvernement par Xavier Beulin, président de la FNSEA et d’Avril-Sofiproteol, les ont déçus. L’homme d’affaires a été sifflé et hué. Reportage à l’écoute des paysans désespérés et coincés dans l’impasse productiviste.

- Paris, reportage

« 1 700 tracteurs à Paris, qui aurait pu imaginer cela il y a deux semaines ? Bravo à vous tous ! » Il est 15 heures, et Xavier Beulin revient avec un air victorieux sur la grande estrade installée par la FNSEA place de la Nation. A ses pieds, une foule de 5 000 agriculteurs colorée des drapeaux verts du syndicat, des drapeaux rouges des JA - Jeunes Agriculteurs -, et du noir et blanc du Gwenn ha Du breton.

Les applaudissements sont parsemés, l’enthousiasme pas débordant, les oreilles se tendent, attendent les annonces. Le président du premier syndicat agricole français sort de chez le Premier ministre et a réservé sa première prise de parole à ses troupes. « Le gouvernement nous a entendu […]. Vous n’êtes pas venus pour rien ! »

Il égrène les allègements de charges promis, l’année blanche pour ceux qui n’arrivent plus à payer leurs dettes, la suspension demandée et obtenue des normes environnementales… Mais les sifflements montent. « Cela ne résout rien ! » crie une voix dans les premiers rangs. Les micros et caméras se détournent de l’estrade pour se tendre vers un agriculteur bientôt cerné. « Vous n’avez rien compris ! Vous annoncez quoi là ? On n’a que dalle ! »

« Les éleveurs bretons n’ont plus rien »

François, éleveur de dindes dans le Finistère Nord, confirme : « Je passe mon temps à me demander comment je vais payer les factures. Je reçois des lettres des huissiers. Aujourd’hui, les éleveurs bretons n’ont plus rien. »

« Les bons mois, je me fais 600 euros de salaire, poursuit-il. Je travaille la nuit à distribuer des journaux pour compléter ! » Comme ses collègues, il est déçu du plan annoncé : « On nous dit qu’on va alléger les normes environnementales de l’Europe, et en même temps qu’on va devoir faire encore plus de dossiers pour avoir des aides ! Nous on demande du prix pour pouvoir vivre de notre produit, c’est pourtant pas compliqué ! Un geste fort ça aurait été de nous annoncer que Monsieur Le Foll n’est plus ministre de l’Agriculture. »

L’espoir qui les portait encore au matin en arrivant à Paris s’est envolé. Quand ce jeudi 3 septembre, peu avant dix heures, les premiers tracteurs arrivent place de la Nation, tous s’amusent des Parisiens qui photographient leurs véhicules, filment le cortège et même les applaudissent. Si la Bretagne domine, le Cantal, l’Aveyron, la Bourgogne, la région PACA, les Pays de la Loire, etc., sont aussi représentés.

Les gros moyens sont là : une grande scène et deux écrans géants équipent la place de la Nation. La FNSEA annonce 1 733 tracteurs, qui bientôt se garent dans les rues avoisinantes. L’avenue du Trône devient un immense parking pour les engins garés en files. Certains annoncent le rassemblement comme la manif’ du siècle, celle de la dernière chance pour sauver l’élevage.

Plus de deux millions d’euros d’emprunts

Entre deux rangées de tracteurs, un groupe d’éleveurs bovins de la Côte d’Or discutent. Eux sont venus en voiture. Benoît Choné est désigné pour nous parler. Il s’est installé il y a deux ans avec 120 vaches charolaises. « Aujourd’hui je ne vis pas de mon métier », avoue-t-il. Sa solution ? La « modernisation ». Il a déjà 700.000 euros de dettes, il envisage de monter à plus de deux millions d’euros pour ajouter un bâtiment d’engraissement de jeunes bovins et un méthaniseur sur sa ferme.

Il l’avoue, c’est la vente de l’énergie fournie par ce dernier qui, espère-t-il, lui permettra d’enfin se dégager un salaire et de rembourser son emprunt. « Le problème c’est qu’on n’est pas tous capables de faire ça, et qu’on va laisser des gens au bord de la route… Plus on est nombreux, mieux c’est. Il faut mettre des limites à l’agrandissement », assure-t-il.

Parmi les éleveurs croisés sur la place, même ceux qui ne sont pas endettés reconnaissent avoir du mal à payer leurs factures. La plupart peinent à se verser un salaire décent. Certains admettent que le discours de la Confédération paysanne, syndicat minoritaire qui prône plus de circuits courts, de qualité, des fermes qui cessent de s’agrandir pour se diversifier, un arrêt de la course à l’export et à la « compétitivité », peut être séduisant… Mais il est considéré comme « irréaliste », ou réservé à une agriculture de niche. Tous répondent la même chose : « Vous voulez le retour des tickets de rationnement ? On ne pourra plus nourrir la France ! »

Tous ? Ou presque. Adossé à son tracteur, Mickaël Gentric nous répond, un peu gêné car pour lui « tout va bien ». Il est éleveur laitier avec ses trois frères dans le Finistère Sud : « On a une exploitation un peu spéciale, on est en bio… Plus un peu de chanvre et de haricots verts. » D’un système intensif, ils sont peu à peu passés à l’herbager puis au bio. « Le comptable nous avait dit : trouvez un autre système ou vous coulerez. Alors on a évolué et maintenant ça se passe bien. Regardez mes collègues. Le système est à bout ! »

Mais alors, pourquoi tout le monde ne fait-il pas du bio ? Il se considère chanceux. « On a toutes nos terres regroupées autour de l’exploitation, c’est plus facile de faire pâturer les vaches », explique-t-il. Et puis il y a un obstacle « mental : c’est difficile de voir ses vaches donner moins de lait, les rendements baisser un peu… Mais on s’en sort de mieux en mieux depuis deux ans qu’on est en bio. »

A l’heure du déjeuner, les terrasses des cafés sont envahies par les éleveurs qui profitent du soleil. Un attroupement surmonté de drapeaux bretons se forme devant le supermarché Casino : des viandes étrangères ont été trouvées dans ses rayons. Le magasin laisse les militants sortir des caddies de barquettes pour les jeter, sous l’œil vigilant de la police. A part cet incident, la journée passe, dans une ambiance qui paraît tranquille et bon enfant.

« Sur le papier, je gagnais ma vie... »

Mais certains, au bord du gouffre, attendent aussi fébrilement les annonces du gouvernement. Yannick Cariou est éleveur de porcs à Lennon, dans le Finistère. Il adhère au syndicat des Jeunes Agriculteurs. Avec son associé, ils ont 200 hectares, produisent 15.000 porcs à l’année et emploient trois personnes. « C’est la catastrophe pour nous, on a du mal à vendre nos porcs, explique-t-il. J’ai commencé il y a trois ans avec une étude d’installation : sur le papier, je gagnais ma vie. Là aujourd’hui on est loin du compte. »

Qu’est-il venu chercher à Paris ? « Des aides on n’en a pas besoin. On veut des prix ! » Quand on lui suggère de produire moins, il ne l’envisage même pas : « Les exploitations disparaissent sans cesse, on produit de moins en moins ! » Ou diversifier l’exploitation pour des revenus complémentaires ? « On est tellement spécialisés, c’est impossible ! » Il avoue se sentir coincé, être très endetté. « Je suis obligé de continuer...On gère au jour le jour. »

Derrière lui, un de ses collègues est en pleurs. Le groupe de jeunes agriculteurs l’entourent et le calment. On le recroise en fin d’après-midi, juste après le discours de Xavier Beulin, de nouveau les yeux rougis. Il refuse de nous expliquer pourquoi.

Derrière eux, des tags viennent d’être tracés sur la place : « Beulin traite ton tourteau » pour dénoncer le fait qu’il soit céréalier et défende mal les éleveurs. « 1200km. RIEN. »

Un peu plus loin, au niveau du groupe de la FDSEA (Fédération départementale des syndicats d’exploitants agricoles) du Finistère, des jeunes renversent les poubelles. Certains parlent de rester sur Paris. Finalement, les leaders syndicaux appellent à repartir. François avoue son amertume : « J’ai honte d’être venu à Paris. Une chose est sûre, si on me demande de rentrer avec le drapeau de la FNSEA ou des JA sur mon tracteur, je dis non. »

QUELLES SONT LES MESURES ANNONCÉES ?

C’est avant tout une extension du plan de 600 millions d’euros qui avait été annoncée en juillet. D’abord des mesures d’urgence :

- l’enveloppe pour prendre en charge les intérêts d’emprunts passe de 50 à 100 millions,

- la prise en charge des cotisations sociales est multipliée par trois à 50 millions d’euros,

- les éleveurs qui le souhaitent peuvent reporter le paiement de leurs remboursements de dettes à 2016,

- une baisse de 50 millions d’euros des cotisations sociales.

Ensuite des mesures d’investissement :

- Xavier Beulin obtient les 3 milliards d’euros sur trois ans pour moderniser les exploitations,

- Manuel Valls promet aussi des soutiens pour moderniser les abattoirs.

Enfin, le gouvernement annonce une « simplification des normes ». Le moratoire d’un an sur les normes environnementales est comme acquis.

« Le gouvernement est à la botte de la FNSEA », dénonce la Confédération paysanne dans un communiqué. « Modernisation et investissement sont au cœur de la mise sous perfusion d’un système périmé et destructeur où les exploitations doivent être de plus en plus grosses et avec de moins en moins de paysans », poursuit-il.

A la Coordination rurale, le président Bernard Lannes estime ces annonces « calamiteuses en terme de communication. Parce que la population pense qu’on repart avec 3 milliards d’euros, et les agriculteurs qui avaient encore un espoir sont maintenant désespérés, notamment les Bretons. On a peur que que ça dégénère de tous les côtés... »

Il invente un crayon géant pour signer la pétition anti TAFTA Didier Harpagès (Reporterre) Reporterre 2015/09/04 Didier Harpagès (Reporterre) (4 septembre 2015) Il invente un crayon géant pour signer la pétition anti TAFTA. Reporterre. Traités de libre-échange fr

Il invente un crayon géant pour signer la pétition anti TAFTA

Pour aider à la lutte contre le projet de Traité transatlantique, Charlélie Pottier, étudiant français, a choisi la manière cocasse : il promène à travers la France un crayon gonflable géant pour inciter les passants à signer la pétition. Un préambule à la semaine de mobilisation du 10 au 17 octobre en Europe et en Amérique du Nord. Le premier arrêt du crayon nomade et militant s’est déroulé à Dunkerque.

- Dunkerque, correspondance

Venu de Berlin où il poursuivait des études de philosophie dans le cadre du programme Erasmus, Charlélie Pottier, Normand de naissance, est arrivé à Dunkerque le 30 août accompagné d’un crayon géant gonflable sur lequel on pouvait lire notamment : « STOP TTIP ». Il était l’invité du collectif dunkerquois anti TAFTA. Rappelons que plusieurs sigles désignent le projet du grand marché transatlantique qui fait l’objet de négociations entre le gouvernement états-unien et la Commission européenne : TAFTA (Trans Atlantic Free Trade Agreement) et TTIP (Transatlantic Trade and Investment Partnership). C’était pour le crayon la première étape d’un tour de France qui se terminera le 1er octobre à Charleville-Mézières, avant le retour, le lendemain, à Berlin (6 septembre à Marseille, 11 et 12 septembre à Toulouse, 17 septembre à Rennes, 23 septembre à Nancy, 26 septembre à Paris).

C’est à la suite d’un stage de huit mois dans une petite ONG berlinoise, Powershift, et d’un échange-partenariat avec l’association AITEC (Association internationale de techniciens, experts et chercheurs) que Charlélie Pottier fut amené à prendre l’initiative de faire circuler en France ce crayon géant afin de provoquer, dit-il modestement, des petits événements publics propices à la discussion et à la diffusion des idées relatives à la lutte menée contre la signature, puis la ratification de l’accord de libre échange transatlantique.

Quand on lui demande quelle est, à ses yeux, la disposition la plus inquiétante de ce projet, il répond : « Le mécanisme de règlements des différends entre les investisseurs multinationaux et les Etats, déjà présent dans l’accord UE-Canada (CETA), et qui autorisera les multinationales à évacuer, procès à l’appui, les normes sanitaires, sociales et environnementales, lesquelles sont autant d’obstacles à la réalisation de leurs profits. »

Préambule à une mobilisation internationale

Le crayon géant, fixé sur la digue-promenade de Dunkerque-Malo les Bains, attira le regard des promeneurs, venus profiter, pour ce dernier week-end de vacances, de l’ensoleillement généreux en bord de mer. Symboliquement, il s’agissait de les inciter à signer la pétition anti-TAFTA.

« La réactivité fut très bonne, confia Xavier Vilain, membre du collectif dunkerquois, puisque nous avons recueilli plus de 350 signatures, ce qui est exceptionnel. Certes, nous croisons encore quelques réfractaires vantant les mérites du libre échange intercontinental mais dans leur grande majorité, les estivants, attirés par le crayon géant, acceptèrent de signer la pétition ! »

« C’est un bon début ! renchérit Charlélie Pottier. J’espère qu’il en sera de même dans les autres villes où je m’arrêterai. Ce tour de France, ajoute-t-il, est en fait le préambule à une semaine de mobilisation qui aura lieu du 10 au 17 octobre partout en Europe ainsi qu’en Amérique du Nord, contre tous les traités de libre-échange : TTIP/TAFTA (UE/ USA), CETA ( UE/ Canada), TPP (Transpacifique) et TISA (services). Le mot d’ordre de ces manifestations sera : Trade for the benefit of people (le commerce au service des peuples). »

En début de soirée le crayon fut dégonflé et plié. Les militants dunkerquois pouvaient être satisfaits de cet évènement. Quant à lui, Charlélie Pottier reprit la route pour une étape, cette fois plus courte, qui le mena à Lille où d’autres militants anti TAFTA l’attendaient en vue de la préparation de la journée du 31 août.

- Pour signer la pétition anti-Tafta, qui a déjà recueilli plus de deux millions et demi de signatures de citoyens européens, c’est ici

« Un faux boulot » : Jean a peur de devenir, un jour, un de ces vacanciers en bout de course Le Cil Vert Reporterre 2015/09/05 Le Cil Vert (5 septembre 2015) « Un faux boulot » : Jean a peur de devenir, un jour, un de ces vacanciers en bout de course. Reporterre. fr

« Un faux boulot » : Jean a peur de devenir, un jour, un de ces vacanciers en bout de course

Le Cil Vert, collaborateur de Reporterre, sort sa BD aux Editions Delcourt : "Un faux boulot" ! Bon, ça ne parle pas vraiment d’écologie, mais l’histoire est très forte et nous en apprend beaucoup sur le monde d’aujourd’hui.

A retrouver chez votre libraire, ou bien sur le site des Editions Delcourt (avec un petit extrait en prime)...

Résumé :

Jean n’a pas un « vrai boulot ». Il aide des personnes handicapées. Enfin... c’est sa mère qui dit que ce n’est pas un vrai boulot... Mais Jean, lui, veut être avec ces vacanciers, ceux qui étaient dit « normaux » et qui, suite à un traumatisme, ont sombré dans l’alcool, dans la folie, dans leur solitude. Jean fait de plus en plus de crises d’angoisse, l’avion l’obsède. Il a peur lui aussi de devenir, un jour, l’un de ces vacanciers en bout de course.

Un faux boulot, Le Cil Vert, Editions Delcourt, Collection Shampooing, 15.50 €.

Un quarteron d’élus écologistes manoeuvre entre le centre et le PS et veut créer l’UDE Barnabé Binctin (Reporterre) Reporterre 2015/09/05 Barnabé Binctin (Reporterre) (5 septembre 2015) Un quarteron d’élus écologistes manoeuvre entre le centre et le PS et veut créer l’UDE. Reporterre. Politique fr

Un quarteron d’élus écologistes manoeuvre entre le centre et le PS et veut créer l’UDE

Jean-vincent Placé et François de Rugy, qui ont quitté EELV, seraient en passe de rejoindre François-Michel Lambert pour lancer l’U.D.E, l’Union des démocrates et écologistes. L’idée : « écologie de réforme, pragmatique, de centre-gauche » - et alliée avec le gouvernement. Il reste à se mettre d’accord sur les responsabilités....

Mélodrame Placé-de Rugy, second acte. Après avoir agité la rentrée politique en annonçant leur départ d’Europe Ecologie-Les Verts au lendemain des journées d’été, la semaine dernière, les présidents des deux groupes parlementaires EELV, au Sénat pour Jean-Vincent Placé et à l’Assemblée nationale pour François de Rugy, se lanceraient donc dans une nouvelle aventure avec l’U.D.E, l’Union des démocrates et écologistes, comme le révélait Libération en milieu de semaine.

Une formation dont François-Michel Lambert revendique la paternité : « Ils viennent à moi, après trois mois de travail pour créer ce rassemblement », explique à Reporterre celui qui avait été exclu d’EELV au début de l’été, après avoir adhéré simultanément à Génération Ecologie et au Front Démocrate. Deux partis qui composeraient aujourd’hui, avec le nouveau parti que comptent lancer les trois dissidents d’EELV d’ici la fin de semaine prochaine, la base de la nouvelle alliance que veut être l’UDE.

"Une écologie de réforme, pragmatique, de centre-gauche"

Au conditionnel, toutefois, car ses premiers pas sont hésitants. A peine Jean-Luc Bennahmias, président du Front Démocrate et ancien d’EELV et du Modem, annonçait-il la naissance de la structure suite à une rencontre au Sénat mercredi 2 septembre, que François de Rugy le contredisait : « Une réunion de travail n’est pas une réunion d’annonce de création d’un parti ».

Le positionnement politique est ainsi défini : « Une écologie de réforme, pragmatique, qui se situe au centre-gauche », selon François-Michel Lambert. Concrètement, cela signifie surtout la fin des querelles concernant le soutien affiché au gouvernement par ces ex-EELV, connus pour être de farouches partisans d’une participation gouvernementale. La tactique des prochains mois en découle : « Pour les régionales, nous nous retrouverons dans l’ouverture des listes du parti socialiste », annonce ainsi le député des Bouches-du-Rhône.

"Ça va manquer un peu de démocratie au début"

Problème : les contingents paraissent pour l’heure bien maigres. Le Front démocrate compte un petit millier d’adhérents, tandis que Génération Ecologie, micro-parti coalisé avec le Parti Radical de gauche, recense une soixantaine d’élus locaux dans toute la France. Mais les porteurs de l’UDE se montrent particulièrement confiants, expliquant travailler discrètement pour que les principaux intéressés ne soient pas repérés. « Il y a une très bonne dynamique, beaucoup de responsables politiques vont nous rejoindre », promet François-Michel Lambert.

Tellement de responsables que l’organisation pourrait s’en avérer compliquée : « On sera plein de chefs, on aura trois ou quatre mois de gestion collégiale sans décision formelle et on s’organisera après », rapportait ainsi Jean-Luc Bennahmias au Monde. Une croissance qui mettrait en péril jusqu’aux règles élémentaires de fonctionnement collectif ? « On est dépassé, si bien que ça va manquer un peu de démocratie au début, concède François-Michel Lambert. Mais il y aura un deuxième temps où la démocratie habituelle reviendra. »

Mais qui donc frappe ainsi à la porte ? « Des acteurs engagés de la société civile », nous dit-on. Sont notamment pressentis Serge Orru et Bruno Rebelle, des participants de la réunion du 4 avril dernier qui préfigurait déjà cette nouvelle alliance. Mais les noms filtrent peu. Nicolas Hulot ? Yann Arthus-Bertrand ? « Un think-tank de l’écologie est prêt à s’engager », affirme François-Michel Lambert. Cela pourrait être la Fabrique écologique, dont l’animateur, Géraud Guibert, vient du Parti socialiste. M. Lambert dit par ailleurs travailler étroitement avec la coopérative EELV, « elle-même en rupture avec le parti ».

"Casting purement politicien"

Une chose est sûre, les partenaires ne sont pas légion sur l’échiquier politique. Pourtant proche du Front Démocrate aux Journées duquel elle s’est rendue, Corinne Lepage se montre très sceptique : « C’est un casting purement politicien, qui cherche à faire la nique à EELV. Les Français ont besoin d’autres choses », dit-elle à Reporterre. Elle n’a pas été invitée à la réunion fondatrice du Sénat. Si elle ne ferme pas la porte à l’idée de « travailler ensemble sur des projets réconciliant l’écologie et l’économie, comme je le fais déjà avec François-Michel Lambert pour l’Institut circulaire », la présidente de Cap 21 n’en voit pas pour l’heure la possibilité : « Vous avez entendu parler de projets, vous ? Le seul objectif semble être d’élire ceux qui sont dedans. »

François-Michel Lambert revendique faire un « UDI de l’écologie » (l’Union des démocrates et indépendants) est le parti centriste, où l’on retrouve Bertrand Pancher et Chantal Jouanno). M. Lambert envisage de possibles alliances, « localement », avec ce parti, mais ce dernier ne l’entend pas de cette oreille : « On est dans l’opposition et on compte bien y rester. Quand on est écologiste aujourd’hui, il est impossible d’envisager une participation à ce gouvernement », dit Bertrand Pancher, le responsable du pôle Ecologie de l’UDI.

Quitte à se découvrir soudainement une proximité plus grande avec EELV : « Nous avons défendu ensemble plusieurs dossiers à l’Assemblée nationale, et Cécile Duflot a aujourd’hui raison d’exprimer son ras-le-bol face à l’absence de politique environnementale du gouvernement. » Craint-il un nouveau rival sur ses terres ? « Non, plus il y a de formations politiques avec une priorité environnementale, mieux c’est. Mais cela me semble plutôt être de la gesticulation politique, en l’occurrence. Ce n’est pas le bon moment pour montrer l’éclatement politique d’EELV, à quelques mois de la COP 21… »

Scission ou démission ?

Même son de cloche du côté d’EELV, où la députée européenne Michèle Rivasi dénonce dans La Tribune « cette scénarisation de l’affaiblissement du mouvement écologiste à la veille d’un sommet crucial pour l’avenir de l’humanité ».

Mais en interne, les responsables se veulent rassurants sur les risques de cette division à l’approche des prochaines échéances électorales : « Ce n’est pas une scission, c’est une démission », lance ainsi David Cormand. Car le parti écologiste reste majoritairement d’accord avec la ligne politique actuelle, celle du refus de la participation et de listes autonomes vis-à-vis du PS aux élections régionales.

Un autre cadre du parti relativise la concurrence de « ce nouveau Parti radical de gauche à la sauce écolo » : « Ils se coupent de la société et renforcent encore plus leur image d’apparatchik. Ils ne représentent pas l’écologie dans l’opinion. » Si personne ne se veut perdant dans l’histoire, l’écologie n’y est certainement pas gagnante.

UN COUP DUR POUR LES FINANCES D’EELV

Comme le souligne la lettre d’information La Lettre A, le départ de MM. Placé et de Rugy porte un coup sévère aux ressources du parti écologiste. En vertu de la loi sur le financement politique, c’est un manque à recevoir de 46 000 euros par an qu’entraîne chaque parlementaire qui quittera la formation. Celle-ci perdra aussi les 1 500 euros mensuels que lui verse les parlementaires.

Les négociations sur le climat s’enfoncent dans le brouillard Emilie Massemin (Reporterre) Reporterre 2015/09/05 Emilie Massemin (Reporterre) (5 septembre 2015) Les négociations sur le climat s’enfoncent dans le brouillard. Reporterre. Climat : de COP en COP fr

Les négociations sur le climat s’enfoncent dans le brouillard

Réunis à Bonn du 31 août au 4 septembre, les 196 Etats-membres n’ont pas réussi à avancer sur le projet d’accord de Paris. Un nouveau texte, plus court et plus lisible, devrait être dévoilé en octobre. Le chemin à parcourir est encore long avant la COP 21.

Encore une occasion manquée. Réunis à Bonn du 31 août au 4 septembre, les représentants des 196 Etats-membres de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC) ont échoué à avancer sur le texte du futur accord de Paris. Ce dernier doit être signé à l’issue de la COP 21, qui se déroulera à Paris du 31 novembre au 11 décembre prochains. Son objectif est de limiter le réchauffement climatique à 2°C d’ici la fin du siècle.

L’agenda de la rencontre était pourtant chargé. Les négociateurs devaient tout d’abord s’approprier le texte de 83 pages rédigé et remis le 24 juillet par les co-présidents Ahmed Djoghlaf et Daniel Reifsyder, chefs d’orchestre des négociations. Ce document, non officiel, reprenait le travail effectué par les délégations pendant la session de négociations de juin à Bonn - également peu productive.

- Télécharger le texte non officiel dont on discute, dit « Outil des co-présidents » :

Le texte officiel de base reste cependant celui-ci, ce qui ne simplifie pas les choses.

Les questions de fond n’ont pas été abordées

Les négociateurs devaient aborder des questions de fond :

- l’adoption d’un mécanisme de révision de l’accord tous les cinq ans ; - l’abondement d’un fonds de 100 milliards par an d’ici 2020, promis aux pays en développement à Copenhague en 2009 ; - et la mise en place d’un mécanisme de “Pertes et dommages” pour les pays en développement confrontés à des catastrophes climatiques.

Ils devaient aussi faire des choix, permettant d’aboutir à un texte de négociations plus court, plus lisible, plus exploitable, en somme, pour la dernière ligne droite des négociations.

Le bilan n’est pas brillant. Les discussions se sont éparpillées au sein de petits groupes de travail - Ahmed Djoghlaf en a dénombré 74 lors de la plénière de clôture - animées par des facilitateurs qui ont travaillé chacun à leur manière. Un dispositif lourd et fatigant, qui a ulcéré les délégations des pays en développement pas assez nombreuses pour être représentées à toutes les réunions. “Je ne peux pas vous dire quels progrès ont été faits en cinq jours, avoue Pierre Radanne, expert des questions climatiques. Toutes les discussions de fond ont été repoussées à plus tard.”

De timides avancées sur la finance et les Pertes et dommages

Alix Mazounie, chargée des politiques internationales au Réseau Action Climat (RAC), est plus nuancée : “Certains groupes de travail ont réussi à avancer. En matière de finances, le G77 [la coalition qui rassemble tous les pays en développement, NDLR] a mis trois propositions concrètes sur la table, qui pourront être discutées lors de la réunion des ministres des Finances des 5 et 6 septembre à Paris.”

De la même façon, l’idée d’un mécanisme de Pertes et dommages intégré à l’accord et distinct des aides à l’adaptation commence à faire son chemin, “même si on est encore loin d’un accord”, précise Alix Mazounie. La pression des pays les plus vulnérables au changement climatique n’y est pas pour rien suite à la tempête tropicale Erika, responsable du décès de 31 personnes et de nombreuses disparitions sur l’île de la Dominique le 27 août dernier.

Les limites de la méthode onusienne

Comment expliquer que les négociations avancent si lentement ? “Les co-présidents sont très respectueux des processus collectifs, analyse Pierre Radanne. Ils savent que la machine peut se gripper s’ils essaient d’aller trop vite.” En conséquence, plutôt que de demander aux délégations de s’atteler directement au texte, ils leur ont proposé de se mettre d’accord, oralement, sur des concepts. “La limite de cette approche, c’est que le travail avance très lentement”, observe Céline Ramstein, de l’Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri).

Heureusement, tout n’est pas (encore) perdu. Lors de la plénière de clôture, les négociateurs ont accepté que les co-présidents préparent un nouveau texte, plus lisible et plus court, pour début octobre. Il pourrait servir de support aux négociations lors de la prochaine session de négociations, du 19 au 23 octobre à Bonn. “D’ici là, de nombreux rendez-vous politiques, comme les réunions ministérielles de Paris et de Lima, et l’Assemblée générale des Nations Unies à New York, peuvent redonner un peu de dynamisme aux négociations”, espère Alix Mazounie.

“Il faut s’élever au-dessus du détail”

Il n’y a pas tellement le choix, car le temps presse. “Il faut maintenant s’élever au-dessus du détail, assembler les pièces du puzzle”, a plaidé Laurence Tubiana, représentante spéciale de la France pour la conférence Paris Climat 2015, lors de la plénière de clôture. “Ce retard n’est pas forcément grave mais le temps perdu ne se rattrape pas, insiste Pierre Radanne. Nous avons dépensé la moitié du temps qu’il nous reste depuis juin, et nous n’avons pas fait un dixième du chemin.”

“Il faut que les petits sujets soient dégrossis lors de la prochaine session de négociations à Bonn, estime Alix Mazounie. Histoire qu’il ne reste plus que les gros morceaux, comme l’adoption d’un mécanisme de de révision de l’accord, à négocier à Paris.” Mais pour Céline Ramstein, “tout est encore possible. Le fait que les co-présidents aient obtenu ce mandat pour l’écriture d’un nouveau texte est une bonne chose. Tant qu’on n’a pas l’accord de Paris sous les yeux, on ne peut pas savoir ce qu’il nous réservera.”

LES ENGAGEMENTS ACTUELS DES ETATS SONT TRES INSUFFISANTS

- Carte des engagements de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Pour connaitre les données d’un pays, cliquer sur son emplacement.

- Chaque fiche présente, outre les chiffres, diverses indications sur : - l’utilisation des terres : Les forêts sont des puits de carbone, au même titre que les prairies et les zones humides, c’est-à-dire qu’elles sont capables d’absorber une partie du CO2 présent dans l’atmosphère. Si les États intègrent cette capacité d’absorption dans leurs objectifs, ils raisonnent en réduction d’émissions nettes, ce qui est moins ambitieux que des réductions brutes. Ainsi, la Russie compte sur l’ensemble des forêts présentes sur son territoire (elle abrite 70 % des forêts boréales et 25 % des ressources forestières mondiales) pour atteindre ses objectifs sans faire d’efforts supplémentaires. En revanche, le Gabon joue le jeu, en s’interdisant de comptabiliser le carbone absorbé par la forêt, qui couvre pourtant la majeure partie de son territoire. - les crédits internationaux : Le recours aux marchés internationaux du carbone permet de continuer à émettre chez soi à condition de financer des projets de réduction des émissions à l’étranger. - l’adaptation : Pour les pays développés, il s’agit d’expliquer comment ils comptent aider les États en développement à s’adapter aux conséquences du réchauffement planétaire ; pour les pays les plus vulnérables, d’exprimer leurs besoins en la matière.

• En plus de négocier sur le projet d’accord de Paris, les 196 Etats-membres de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC - en anglais UNFCCC) doivent publier sur leurs engagements propres de limitation des émissions de gaz à effet de serre. A ce jour, 58 pays ont présenté leurs contributions.

Mais ce n’est pas encore suffisant pour limiter le changement climatique à 2°C. D’après une étude de l’organisme Climate Action Tracker publiée mercredi 2 septembre à Bonn, les contributions déjà recueillies par l’ONU “conduisent à des émissions mondiales bien supérieures aux niveaux nécessaires pour contenir le réchauffement à 2°C” par rapport à l’ère préindustrielle. On se dirigerait plutôt vers 3, voire 4°C.

Pour limiter la hausse à 2°C, pas le choix : “Les gouvernements doivent réduire collectivement les émissions mondiales de 12 à 15 gigatonnes d’équivalent CO2 supplémentaire d’ici à 2025, et de 17 à 21 GtCO2eq d’ici à 2030”. Si les ambitions à l’horizon 2030 étaient maintenues à leur niveau actuel, “contenir le réchauffement sous les 2°C pourrait devenir infaisable”, estime l’un des chercheurs, Bill Hare.

- Source des données de la carte : Global carbon project

- Contributions : UNFCCC

Raisin surprise et comptine de cour d’école dans le jardin sans pétrole Christine Laurent (Reporterre) Reporterre 2015/09/05 Christine Laurent (Reporterre) (5 septembre 2015) Raisin surprise et comptine de cour d’école dans le jardin sans pétrole. Reporterre. Jardin sans pétrole fr

Raisin surprise et comptine de cour d’école dans le jardin sans pétrole

Lutter contre les rats taupiers, nettoyer le jardin des végétaux fanés, redonner vie à l’humus... L’été et la sécheresse sont passés par là et il y a beaucoup à faire. Au jardin sans pétrole aussi c’est la rentrée !

Retour au jardin, après quelques visites rapides pendant le mois d’août pour désaltérer nos plantes assoiffées par une sécheresse caniculaire qui fera date dans l’histoire météorologique !

Aujourd’hui 30 août, le RER est vide. Nous embarquons nos vélos, le compost, un petit sachet de graines de mâche verte d’Etampes et un piège contre les rats taupiers dont les dégâts ont fini par nous faire réagir : pas une carotte, pas une betterave, des choux qui se morfondent et une grosse inquiétude sur les poireaux qui semblent pour l’instant avoir échappé à la vilaine mineuse.

Une pluie salutaire s’est abattue et le pluviomètre indique 45 millimètres. Elle a reverdi la prairie dans laquelle l’herbe et tout une myriade de « salades » sauvages pousse à nouveau.

La comptine des perdreaux

Il y a beaucoup à faire : nettoyer le jardin des végétaux fanés en les coupant au raz du sol afin de laisser en terre leurs racines. Elles limitent le tassement du sol, puis se délitent lentement et se transforment en humus. A propos d’humus, nos tas de compost sont à l’arrêt. La sécheresse y a sérieusement ralenti la vie. Nous versons plusieurs arrosoirs sur les débris végétaux en décomposition en mélangeant ces derniers pour bien les humidifier.

En dépit des difficultés climatiques, le jardin offre de belles surprises : des haricots verts, plusieurs potimarrons, des concombres et des courgettes, de la cressonnette marocaine, de l’arroche rouge un peu sur la fin, du basilic, de divines tomates et les premières grappes de raisin. Les quantités sont modestes mais la diversité est là.

Nous la cultivons aussi autour du potager. A cette saison, on peut, sans risque de les déranger, aller voir si notre cabane à hérissons a servi de foyer à un jeune couple pendant l’hiver. Délicatement, j’ai ôté les branches et soulevé la caisse étanche. Sur une litière d’herbes sèches quelques poils gris sans autres indices que je puisse déceler. J’ai envoyé ces photos au Hameau des hérissons, une association qui défend ces animaux tant malmenés par les hommes, mais leur réponse est sans appel : aucun hérisson n’est venu là. Ce duvet pourrait bien venir d’un couple d’oiseaux et me revient cette comptine de cours de récré : pie-à haut-nid-caille-à-bas-nid-coucou-n’a-ni-haut-ni-bas-nid. Des perdreaux ?

Loos-en-Gohelle ville « durable » Philippe Gagnebet Reporterre 2015/09/07 Philippe Gagnebet (7 septembre 2015) Loos-en-Gohelle ville « durable ». Reporterre. fr

Loos-en-Gohelle ville « durable »

Comment transformer et faire revivre un territoire dévasté par la disparition d’une quasi mono-industrie, celle des mines et de l’extraction du charbon dans le bassin du Pas-de-Calais au sud de Lille, entre Lens et Valenciennes, et y développer un nouveau modèle économique, écologique et social estampillé du sceau de “Troisième révolution industrielle” ?

C’est le pari audacieux, unique en France, et réussi, du maire écologiste d’une petite commune de 7000 habitants, Loos-en-Gohelle, nichée au pied des anciens terrils. Cet “écolo” au pays des “Gueules noires”, Jean-François Caron, mène depuis quinze ans le combat pour une “résilience écologique” et a fait de sa commune l’emblème réalisé de la ville de demain : autonomie énergétique, écrin vert, démocratie présentative plutôt que participative, réseaux “intelligents”, logements sociaux écoconstruits, laboratoire scientifique et citoyen.

A tel point que l’économiste, sociologue et essayiste américain Jérémy Rifkin, chantre de cette troisième révolution industrielle, a fait de Jean-François Caron son principal appui en France afin de développer ces concepts à plus grande échelle.

A travers des rencontres, récits, interviews et témoignages de personnalités politiques, chercheurs, chefs d’entreprises ou citoyens ayant travaillé avec Jean-François Caron, ce livre raconte les chemins des convictions, des méthodes de travail et des modes opératoires qui mènent à la ville de demain. Aujourd’hui en Fance, au moment du grand rendez-vous de fin d’année à Paris pour la COP 21, carrefour mondial pour l’avenir climatique de la planète.

Philippe Gagnebet est journaliste et formateur. Responsable de la rédaction de la revue et du site Friture Mag, il collabore également au journal Le Monde. Il est l’auteur de « Les 16-25 ans et la vie active : le rôle des missions locales » (Ed Autrement, 2006) et a également participé à plusieurs ouvrages collectifs sur l’écologie et l’environnement.

Résilience écologique, Loos-en-Gohelle ville « durable », de Philippe Gagnebet, Ed. Ateliers Henry Dougier, 12 euros, 128 pages.

En Seine-Saint-Denis, le Toxic Tour parle du climat avec les gens, pas avec les experts Emilie Massemin (Reporterre) Reporterre 2015/09/07 Emilie Massemin (Reporterre) (7 septembre 2015) En Seine-Saint-Denis, le Toxic Tour parle du climat avec les gens, pas avec les experts. Reporterre. Reportage — Climat et quartiers populaires fr

En Seine-Saint-Denis, le Toxic Tour parle du climat avec les gens, pas avec les experts

Le collectif Toxic Tour s’est lancé un défi : parler de changement climatique au cœur des quartiers populaires. Dans la cité Joliot-Curie à Saint-Denis, en bordure d’autoroute, il a organisé un projet photo avec les enfants sur le thème de la pollution et invité le militant américain Kali Akuno à parler de justice climatique. Objectif : transmettre aux plus vulnérables la volonté d’agir.

- Saint-Denis, reportage

Coincé entre parkings et tours en béton, le jardin partagé a un petit air d’oasis. Ce mercredi 10 juin, il s’anime de bruits d’éclaboussures et de rires d’enfants. Équipées d’un rouleau, Adja, 10 ans, Hacheley, 5 ans, et Rosalyn, 10 ans, étalent avec application du vernis sur les bacs, sous l’œil attentif de Rachid, éducateur au réseau Canal. « Comme ça, quand il sera sec, on pourra remettre de la bombe. Si on met pas de vernis, ça va faire moche parce que la couleur va se mélanger avec l’ancienne », explique Mariam, 7 ans, en frottant énergiquement la surface en bois à l’aide d’un vieux chiffon.

A côté, Juliette, animatrice à l’Association Solidarité Amitié Français Immigrés (Asafi), montre aux plus jeunes comment arroser les fraisiers. Pour Mounir, 10 ans, c’est un moment privilégié : « C’est beau, il y a la nature. J’aime bien cet endroit parce que c’est calme. En plus, on a le droit de prendre des choses. Avant, je prenais de la menthe, des tomates... »

Sarah Poulain, du collectif Toxic Tour, observe la scène en souriant. Elle connaît bien les gamins du quartier. Elle les a accompagnés dans tous les recoins de la cité, prendre en photo leurs endroits préférés – et détestés. « L’objectif était de voir si les enfants allaient nous parler de l’autoroute [A1], qui passe juste à côté et qui est le lieu le plus pollué d’Île-de-France », explique-t-elle.

Chaque jour, 200 000 véhicules doublent en hurlant cet ensemble d’immeubles, bâti à la fin des années 1960. Les mesures d’Air Parif l’attestent : les concentrations atmosphériques d’ozone et de particules fines, extrêmement nocifs pour le système respiratoire, y explosent les records. Sans parler du dioxyde d’azote, un puissant gaz à effet de serre. Les normes européennes de qualité de l’air y sont dépassées les trois-quarts de l’année. Un véritable scandale sanitaire et un exemple flagrant d’injustice sociale, contre lesquels le collectif Toxic Tour entend mobiliser les habitants du quartier.

Déchets plutôt que pots d’échappement

Pour les petits, c’est une occasion manquée. Sur les clichés, des canettes, des mégots, des restes calcinés de pétards et des voitures au pare-brise brisé, mais point de murs noircis et de pots d’échappement. Le plus gros problème dans leur quartier, ce sont les déchets, estime Tyron, 11 ans. « C’est sale, ça ne fait pas une bonne image de notre cité, déplore-t-il. Ceux qui vont chez leur tante pendant les vacances ne veulent plus revenir. Pour moi, il faut appliquer une règle : mettre les déchets dans les poubelles. »

Omaima, 8 ans, parle tout de même de pollution. « C’est à cause des déchets, après si tu cours, tes poumons peuvent s’arrêter, hasarde-t-elle. Il y a aussi l’odeur des trucs. Par exemple, on ouvre la fenêtre, il y a une odeur de pizza, de quiches, de saucisses, de merguez, ça se mélange et ça devient de la pollution. » Sosso, 8 ans, elle, fait le lien avec les voitures et les motos que les jeunes pilotent à toute allure au pied des tours. « Un jour, j’ai vu plein de pollution sortir d’une voiture, affirme-t-elle. C’est pas bon pour la santé. Ça vient sur le nez, après on ne peut pas bien respirer. C’est pas bon pour les poumons. » Mais là non plus, pas question d’autoroute. « C’est trop loin de leur vue », explique Juliette, l’animatrice.

« Comment sensibiliser au-delà du cercle des convaincus ? »

Trois jours plus tard, c’est fête de quartier à « Joliot ». Laurence Marty, étudiante en sociologie et membre du collectif Toxic Tour, affiche sur le grillage du terrain de foot les photos prises par les petits, ainsi que des clichés datant de la construction de l’autoroute. Elle patiente, guette, mais les curieux sont bien rares. La plupart des habitants sont rassemblés devant la scène, accaparés par le spectacle des petits puis par un jeu permettant de gagner de petits objets électroménagers à condition d’en deviner le prix. « Comment sensibiliser les gens au changement climatique, au-delà du cercle des convaincus ?, s’interroge l’étudiante, songeuse. Quand on a organisé le premier Toxic Tour sur l’autoroute A1, dans le quartier Lamaze en octobre dernier, il n’y avait quasiment pas d’habitants des cités. C’est pour ça qu’on a décidé de venir à leur rencontre, au cœur du quartier Joliot-Curie. »

Première difficulté, convaincre les éducateurs. « Quand je leur ai dit que je voulais organiser quelque chose sur le climat dans le quartier, Rachid et Camille, avec qui j’étais en licence, ont commencé par me faire les gros yeux, rigole Laurence Marty. Ils m’ont dit que sur un sujet pareil, il faudrait que ce soit très ludique ! » Puis le projet photo avec les enfants s’est achevé, sans que la question de l’autoroute ait été soulevée. « C’est difficile pour eux de faire le lien, admet-elle. Pareil avec le reste des habitants : si tu poses la question de l’autoroute, ils en parlent, mais tu sens bien que ce n’est pas le problème le plus urgent et qu’ils ont l’impression qu’ils ne peuvent rien y faire. »

Pourtant, cette injustice sociale et climatique n’est pas une fatalité. Après plus de trente ans de combat acharné, d’autres riverains de l’A1 soutenus par le maire de Saint-Denis de l’époque, Patrick Braouezec, obtiennent en 1998 la couverture de l’autoroute entre la Porte de la Chapelle et la Porte de Paris...

Justice climatique et mobilisation populaire

A 18 heures, Sarah Poulain, Laurence Marty et Jade Lindgaard, journaliste à Mediapart et membre du collectif, invitent les habitants à les rejoindre à l’antenne jeunes. Les y attend Kali Akuno, éducateur américain, activiste pour les droits humains, qui a participé à la marche des peuples pour le climat, qui a rassemblé 400 000 personnes dans les rues de New York en septembre dernier. Difficile d’imaginer meilleur interlocuteur pour parler de justice climatique et de mobilisation des classes populaires.

« Je viens de Jackson, une ville américaine de 200 000 habitants avec 85 % de noirs, et 50 % de chômage, annonce-t-il d’emblée, traduit par Eros Sana, militant associatif et militant à 350.org. C’est une ville très polluée. La situation est très similaire à la vôtre avec cette autoroute – j’ai quasiment fait une crise d’asthme en arrivant. » Au fur et à mesure qu’il déroule son enfance et son adolescence, en pleine guerre des gangs à Los Angeles, les silhouettes des jeunes présents dans la salle se redressent et les yeux s’agrandissent.

« Quand j’avais 13 ans, la police m’a arrêté. Au lieu de me conduire au poste, elle m’a abandonné à 40 kilomètres de chez moi, dans la ville d’un gang rival, pour que je me fasse tabasser. J’ai passé trois jours à l’hôpital, raconte-t-il. Puis, lors des jeux olympiques de 1984, la police a arrêté des milliers de jeunes noirs pour que les touristes puissent se sentir en sécurité dans Los Angeles. C’est à ce moment-là que j’ai pris conscience qu’il ne fallait pas se battre entre frères mais que nous devions nous liguer contre un seul ennemi : le système raciste. »

« Il est possible d’agir »

Le ton est donné. L’activiste enchaîne sur la notion d’injustice environnementale. « Les communautés sont les premières touchées par le changement climatique, martèle-t-il. Mais il est possible d’agir. La mairie vient d’accepter notre proposition de faire de Jackson une ville ’zéro déchet’ pendant dix ans. L’intérêt est double : agir contre le changement climatique et créer 500 emplois pour les gens de notre communauté. » Pour lui, cette proposition s’intègre dans une stratégie bien précise : « L’autodétermination, une chose essentielle pour la communauté noire. Si nous n’agissons pas, nous ne ferons que perpétuer la domination actuelle. »

C’est un petit moment de grâce. Le groupe de jeunes du fond de la salle est conquis. « Il n’y a pas tellement de différence avec les problèmes qu’on vit ici », réalise Billy. Jules, originaire de Saint-Denis, trouve « intéressante la manière dont il parle d’écologie. En France, c’est un problème de riches abordé par les riches, déconnecté de nos problèmes à nous. Mais Kali Akuno nous montre qu’avec l’auto-organisation, on peut prendre en main son quartier sans attendre les entreprises ».

« Regardez autour de vous, les déchets sont jetés par terre ! »

Rachid, lui, a des doutes. « Les gens sont peu mobilisés, déplore l’éducateur. Ils ont d’autres problèmes, trouver un emploi, payer les factures. L’environnement, c’est loin pour eux. Regardez autour de vous : on a fait une fête, les poubelles sont vides et tous les déchets ont été jetés par terre ! Et les jeunes qui sont venus vous voir sont peu nombreux. »

« Atteindre les gens, ça prend du temps, réplique Kali Akuno. J’ai beau venir d’une famille militante, j’ai mis du temps à croire mes parents. Je pensais pouvoir vivre comme dans le Cosby Show ! Il faut être constant, continuer le travail et être stratégique. » A bon entendeur.

Les Verts ne savent pas où ils vont parce qu’ils ne savent pas où ils sont Alexandre Jurado Reporterre 2015/09/07 Alexandre Jurado (7 septembre 2015) Les Verts ne savent pas où ils vont parce qu’ils ne savent pas où ils sont. Reporterre. Tribune — Politique fr

Les Verts ne savent pas où ils vont parce qu’ils ne savent pas où ils sont

La querelle originelle sur la participation ou non au gouvernement, et la crise que traverse EELV, traduisent « une profonde crise d’identité ». Selon l’auteur, la seule voie de rebond de l’écologie politique est de réaffirmer sa singularité.

Alexandre Jurado est membre du conseil exécutif d’EELV (Europe Ecologie Les Verts)

Depuis une vingtaine d’années les Verts privilégient les alliances avec la social-démocratie pour investir les institutions et faire la preuve de leur efficacité dans la gestion des affaires publiques. Malgré quelques percées électorales, un relatif succès en nombre d’élus et l’accès au financement public, cette stratégie n’a pas réussi à faire apparaitre l’écologie comme une alternative politique crédible.

Elle n’a pas davantage réussi à mettre un terme aux tensions internes liées à l’insertion de l’écologie politique dans l’environnement institutionnel. En témoignent les dissensions entre les partisans de la participation ou non au gouvernement. La réapparition de cette querelle originelle traduit en réalité une profonde crise d’identité dans un parti qui n’a pas su organiser sa mémoire, incapable par conséquent de transmettre son expérience aux nouveaux arrivants. Du coup, comme le disait Gramsci : « Celui qui ne sait pas d’où il vient ne peut savoir où il va car il ne sait pas où il est. »

Dans leur stratégie de développement, les Verts ont ignoré la « phase d’identification »

Crise d’identité parce que l’émergence d’un parti authentiquement novateur, tant par ses pratiques que par le projet qu’il porte, impose une « phase d’identification » où les militants construisent et donnent à voir leur caractère distinctif. Cette phase n’a pas été pensée. Selon une opinion largement partagée par les élites vertes [1], le projet écologiste serait porteur d’une « complexité qui rend difficile la pédagogie ». Afficher en termes clairs une rupture avec un modèle ultra dominant, fondé sur un imaginaire lié à une « croissance » élevée au rang de principe de réalité est sans doute peu aisé.

Pourtant, cette « rupture » est précisément l’un des fondements de l’écologie politique. Or, pour donner à comprendre et à faire partager un projet de société, aussi complexe soit-il, il existe incontestablement des voies plus rationnelles que de le passer sous silence.

La protection de la nature n’est pas la maladie infantile de l’écologie

Crise d’identité parce que l’obstination des Verts, explicite ou non, à vouloir considérer la protection de la nature comme une maladie infantile équivaut à un rejet irrationnel des origines de l’écologie politique. Car s’il est clair que l’écologie a vocation à renouveler toute la vie publique, qu’il s’agisse de la démocratie, des biens communs ou du « vivre ensemble », il n’en reste pas moins qu’elle est entrée dans la conscience collective par la remise en cause de notre rapport à la nature.

Notre civilisation a établi une séparation originelle et essentielle entre l’homme et la nature objectivée et extérieure. Dès lors, nous avons deux ordres de réalité différents l’un de l’autre, avec une prééminence de la pensée rationnelle du sujet humain sur l’ordre extérieur de la nature. Ce paradigme a contribué à légitimer tous les abus dénoncés par les écologistes : épuisement des sous-sols, destruction de la biodiversité, pollution et dérèglement du climat, assimilation du vivant à un simple facteur économique, marchandisation d’une nature soumise à la spéculation et au profit…

Le refus de cette externalisation de la nature – qui est à la source de l’écologie politique – est à lui seul le chaînon manquant dans les diverses analyses critiques du capitalisme. Face à l’anthropocentrisme structurel de toutes les forces politiques, la remise en question de notre rapport à la nature est un donné majeur qu’il faut avoir à l’esprit en permanence.

Réformisme ou radicalité ?

Crise d’identité parce que réformisme et radicalité n’ont pas vocation à s’opposer mais à se compléter. La nature des changements portés par l’écologie exige un projet qui prend les problèmes à la racine, certes. Mais un projet ne s’impose pas par la force –l’écologie est non-violente – mais par l’adhésion à sa nécessité et au partage de son désir.

L’action des écologistes ne peut donc s’inscrire que dans un cadre démocratique. Il s’agit alors d’un réformisme radical, qui n’est « ni réformisme d’accompagnement ni espérance du Grand Soir ». [2] Les Verts n’ont jamais cru dans la portée dialectique d’un tel concept.

Le temps qui passe joue contre l’écologie

Crise d’identité parce que la temporalité issue de l’ère industrielle n’est pas celle de l’écologie. Pour les partis de droite comme de gauche, persuadés de leur alternance au pouvoir, qu’une réforme soit mise en œuvre aujourd’hui ou plus tard, cela ne perturbe en rien leur foi dans leur capacité à agir.

Pour les écologistes c’est tout le contraire. Chaque jour qui passe entraîne des destructions de plus en plus irréversibles de la biodiversité, du cadre de vie, des ressources et du vivant. L’action des écologistes doit savoir conjuguer le temps long et le temps court, tous deux nécessaires à l’émergence du nouveau paradigme qu’ils prétendent incarner.

Au final, l’accompagnement par principe de la social-démocratie a plongé les Verts dans une impasse

Crise d’identité parce que la stratégie menée depuis vingt ans n’a pas permis aux écologistes de remplacer la social-démocratie comme force dominante dans le camp de la gauche, contrairement à leur prétention affichée encore aujourd’hui. Mais le bilan n’est toujours pas à l’ordre du jour. Et le parti s’enlise entre la réaffirmation du réformisme d’accompagnement jusqu’à la scission ou l’espérance d’un Grand Soir mâtiné d’écologie par un rapprochement avec « l’autre gauche ». L’autonomie en actes et assumée n’est toujours pas à l’ordre du jour. Les Verts, devenus EELV, faute d’avoir atteint leur objectif se retrouvent nus, face à eux-mêmes, sommés de devenir ce qu’ils doivent être – des écologistes – ou de disparaître.

Les Verts ont-ils encore l’ambition d’une incarnation inédite de l’avenir de l’humanité ?

Trois chantiers à ouvrir pour répondre à cette question si les Verts ne veulent pas être absorbés par le système.

1 - Générer un nouvel imaginaire fondé sur l’être et non l’avoir

La projection dans l’avenir ne peut plus se résumer à une compétition généralisée entre les états et entre les individus. Pas plus qu’à la marchandisation de tout, y compris du vivant. Face à l’ampleur de la transformation sociale qu’implique l’écologie, l’imaginaire écolo ne peut pas se résumer à la seule gestion de « l’immédiateté » imposée par le système productiviste. L’écologie est aussi un art de vivre, une philosophie de la sobriété. Nous devons être porteurs et acteurs de ce message.

2 - Redonner du sens à notre projet en réinterrogeant nos fondamentaux

Nous savons depuis le rapport Meadows qu’une croissance infinie dans un monde fini est impossible. Nous savons aussi qu’il n’y aura pas de développement alternatif et d’énergies de totale substitution et que penser l’avenir c’est dire la sobriété et la résilience. On peut s’interroger aujourd’hui sur l’écho réel de ce truisme au sein des Verts. Penser et construire une société post-croissance est indissociable du projet écologiste. Non par des nuances de style ou des postures de tribune, mais par des actes.

Inutile de se perdre dans les méandres d’une écologie des illusions avec le mirage de la croissance verte, des énergies éternellement renouvelables et sans critère de création d’emplois. Qu’en est-il de nos visions systémiques sur la place du salariat, de la solidarité ou de l’agencement des temps de vie ? Et la société du temps libéré, pourquoi avons-nous cessé de la penser ?

3 - Reconsidérer nos pratiques et notre utilité en tant que parti

Nous devons donner la priorité à notre relation aux acteurs environnementaux. L’écart se creuse entre les dirigeants de la planète qui se cramponnent à des schémas de pensée obsolètes alors que des femmes et des hommes, un peu partout dans le monde, entrent en résilience, imaginent et expérimentent des actions en réponse à la crise écologique.

Toutes ces initiatives reposent sur la sobriété, l’autonomie, la solidarité et dessinent insensiblement l’ébauche d’un monde nouveau. Elles portent en germe une rénovation des liens sociaux face à la précarité, au chômage, aux dégradations environnementales dans une société énergivore ou même la nourriture est engendrée par une économie devenue hors-sol.

Il nous faut cultiver notre autonomie, camper sur nos fondamentaux, nouer des alliances politiques sur des contenus et des convergences clairement affichées.

S’il existe un potentiel partisan propre à l’écologie, nous pourrons le fédérer si nous savons redonner au parti Vert son originalité, sa fraîcheur, son air frondeur et sa capacité à générer des propositions d’avant-garde.

La carte interactive des engagements de réduction des émissions par les Etats Emilie Massemin (Reporterre) Reporterre 2015/09/07 Emilie Massemin (Reporterre) (7 septembre 2015) La carte interactive des engagements de réduction des émissions par les Etats. Reporterre. Climat : de COP en COP fr

La carte interactive des engagements de réduction des émissions par les Etats

Début septembre, 58 Etats ont publié leurs engagements de réduction d’émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030.

- Carte des engagements de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Pour connaitre les données d’un pays, cliquer sur son emplacement.

Les engagements actuels des Etats sont très insuffisants

Dans la perspective de la conférence sur le climat à Paris fin novembre (COP 21), les 196 Etats-membres de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC - en anglais UNFCCC) doivent publier sur leurs engagements propres de limitation des émissions de gaz à effet de serre. A ce jour, début septembre, 58 pays ont présenté leurs contributions.

Mais ce n’est pas encore suffisant pour limiter le changement climatique à 2°C. D’après une étude de l’organisme Climate Action Tracker publiée mercredi 2 septembre à Bonn, les contributions déjà recueillies par l’ONU “conduisent à des émissions mondiales bien supérieures aux niveaux nécessaires pour contenir le réchauffement à 2°C” par rapport à l’ère préindustrielle. On se dirigerait plutôt vers 3, voire 4°C.

Pour limiter la hausse à 2°C, pas le choix : “Les gouvernements doivent réduire collectivement les émissions mondiales de 12 à 15 gigatonnes d’équivalent CO2 supplémentaire d’ici à 2025, et de 17 à 21 GtCO2eq d’ici à 2030”. Si les ambitions à l’horizon 2030 étaient maintenues à leur niveau actuel, “contenir le réchauffement sous les 2°C pourrait devenir infaisable”, estime l’un des chercheurs, Bill Hare.

Comment lire les fiches de la carte :

- cliquer sur le nom du pays fait apparaitre une fiche relative à ce pays.

- chaque fiche présente, outre les chiffres, diverses indications sur :

. l’utilisation des terres : les forêts sont des puits de carbone, au même titre que les prairies et les zones humides, c’est-à-dire qu’elles sont capables d’absorber une partie du CO2 présent dans l’atmosphère. Si les États intègrent cette capacité d’absorption dans leurs objectifs, ils raisonnent en réduction d’émissions nettes, ce qui est moins ambitieux que des réductions brutes. Ainsi, la Russie compte sur l’ensemble des forêts présentes sur son territoire (elle abrite 70 % des forêts boréales et 25 % des ressources forestières mondiales) pour atteindre ses objectifs sans faire d’efforts supplémentaires. En revanche, le Gabon joue le jeu, en s’interdisant de comptabiliser le carbone absorbé par la forêt, qui couvre pourtant la majeure partie de son territoire.

. les crédits internationaux : le recours aux marchés internationaux du carbone permet de continuer à émettre chez soi à condition de financer des projets de réduction des émissions à l’étranger.

. l’adaptation : pour les pays développés, il s’agit d’expliquer comment ils comptent aider les États en développement à s’adapter aux conséquences du réchauffement planétaire ; pour les pays les plus vulnérables, d’exprimer leurs besoins en la matière.

- Source des données de la carte : Global carbon project

- Contributions : UNFCCC

Crise du lait : « Agrandir les élevages n’est pas la solution » Entretien avec André Pflimlin Reporterre 2015/09/07 Entretien avec André Pflimlin (7 septembre 2015) Crise du lait : « Agrandir les élevages n’est pas la solution ». Reporterre. Entretien — Agriculture fr

Crise du lait : « Agrandir les élevages n’est pas la solution »

Après Paris, les agriculteurs manifestent ce lundi 7 septembre à Bruxelles alors que les ministres européens de l’Agriculture tiennent un conseil, sur le prix du lait et la crise de l’élevage. Pour y voir plus clair, rencontre avec le spécialiste André Pflimlin qui analyse et décrypte pour nous la crise actuelle.

Après Paris la semaine dernière, les tracteurs vont envahir les rues de Bruxelles aujourd’hui. Les ministres européens de l’Agriculture y tiennent un conseil agricole extraordinaire, pour discuter de mesures d’aide aux éleveurs en crise, notamment pour soutenir le prix du lait. Reporterre décrypte la crise avec André Pflimlin. Cet ancien de l’Institut de l’élevage, auteur de L’Europe laitière aux éditions France Agricole, a roulé sa bosse partout sur le continent, ainsi qu’en Amérique du Nord. Il est un fin connaisseur et analyste de l’élevage laitier.

Reporterre - Comment s’est déclenchée la crise du lait ?

André Pflimlin - En 2014, il y a eu la conjonction de trois éléments favorables : une bonne année fourragère, un prix des céréales - donc de l’alimentation du bétail - faible, et en parallèle un prix du lait élevé, qui est monté à 400 euros la tonne au niveau mondial. Donc les éleveurs européens ont fait plus de lait. Au final, l’Europe s’est retrouvée avec six millions de tonnes de lait en plus, qu’elle n’avait pas prévus, avant même la fin des quotas.

Dans le même temps, la demande a diminué. La Chine achète moins et ça va durer, car elle est en pleine crise boursière et a des difficultés économiques. L’embargo russe va se prolonger. Poutine n’est pas pressé de le lever, car il met beaucoup d’argent pour développer sa propre production de lait et de cochons.

Pourtant, avec la fin des quotas [L’Union européenne a cessé de réguler les volumes de lait produits depuis le 1er avril 2015 - NDLR], on a continué à produire plus. Les éleveurs veulent prendre des parts de marché, quitte à travailler à perte. L’Irlande, les Pays-Bas ont augmenté leur production de 10 %. En mai et juin, l’Union européenne a produit 4 % de lait en plus et a battu les records de 2014. On ne maîtrise rien.

L’Union européenne a-t-elle mal préparé la fin des quotas ?

Elle a fait le pari d’un marché mondial en expansion. Au milieu des années 2000, la FAO [Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture - NDLR] a annoncé qu’il faudrait doubler la production mondiale de lait d’ici 2050. Donc la commission européenne a estimé qu’il n’y avait plus besoin de protéger notre marché. Elle a programmé la fin des quotas pour laisser le temps aux producteurs de s’adapter. Sauf qu’aucune mesure de protection n’a été prise pour les éleveurs européens. Aujourd’hui, ils sont nus face au marché mondial. Alors que les américains, eux, ont mis en place un système d’aides aux éleveurs qui compense la perte de revenu quand le prix du lait est trop bas.

Relancer les exportations permettra-t-il de sortir de la crise ?

Sur l’export, il y a une aberration. Seulement 15 % du lait européen sort de nos frontières, or ce sont ces 15 % qui font que nos éleveurs sont payés au prix mondial.

La levée de l’embargo russe serait une solution à court terme pour recommencer à vendre, mais l’effet ne serait pas spectaculaire car nous avons continué de vendre à la Russie, plus discrètement, via la Biélorussie et d’autres pays voisins.

De plus, sur ces marchés comme la Russie et la Chine, nous sommes en concurrence avec la Nouvelle Zélande, qui a des troupeaux dix fois plus gros et des pâturages toute l’année. Nous ne pouvons pas être moins chers qu’eux.

En France, si l’on écoute la FNSEA, principal syndicat agricole, le problème est que nos élevages ne sont pas compétitifs. Qu’en pensez-vous ?

On nous dit qu’on est moins productifs parce que nos exploitations sont plus petites. C’est faux. On a en moyenne les mêmes coûts de production par tonne de lait en France et en Allemagne. On fait même mieux qu’au Danemark, qui est le champion d’Europe en productivité par vache et par travailleur, mais le dernier de la classe en revenu par éleveur ! Seuls les Irlandais ont un coût de production inférieur mais leur lait part en poudre sur le marché mondial.

L’Europe ferait mieux de miser sur le marché interne avec des produits de qualité, l’exemple emblématique étant le Comté et sa région, qui lui n’est pas en crise.

Agrandir les élevages n’est donc pas la solution ?

Quand on rentre dans cette logique de l’export, on a dans nos têtes l’image de grandes structures, et donc le modèle des 1000 vaches. Mais en élevage laitier, ce ne sont pas ces grandes structures qui ont les coûts de production les moins chers, car il y a peu d’économies d’échelle.

Pour passer de 200 à 1000 vaches, vous devez avoir du matériel en plus, du personnel en plus, respecter des normes environnementales en plus, avoir plus de stockages de lisier par exemple, du foncier en plus pour l’épandage, etc. Donc on ne sera pas plus compétitifs en agrandissant les élevages. C’est ce que disait le gars des 1000 vaches : c’est le méthaniseur, grâce aux aides publiques, qui permettrait à son exploitation de faire du lait moins cher.

Et quand on nous dit qu’il faut investir pour moderniser les élevages, est-ce la priorité ?

C’est une fuite en avant. Cela signifie moins d’éleveurs, des campagnes qui se vident, un environnement qui se dégrade, un paysage différent… En France on traîne les pieds mais on y va quand même, comme en Allemagne et ailleurs.

Le pays qui nous ressemblait le plus il y a trente ans et qui a évolué le plus vite c’est le Danemark. Les vaches ne sortent plus, les niveaux de production sont très élevés, l’efficacité du travail est remarquable : ils produisent un million de litres de lait par travailleur. Ils ont soit des robots, soit des vachers ukrainiens. Techniquement, c’est impeccable. Sauf que cette restructuration coûte très cher. Les éleveurs danois sont les plus endettés d’Europe, voire du monde. Leur système est très performant, mais trop fragile financièrement. La majorité des éleveurs sont surendettés, les banques sont fragilisées. Cela ne tient la route que parce que le gouvernement les soutient, mais jusqu’à quand ?

Ce mercredi, les ministres de l’agriculture d’Espagne, d’Italie, du Portugal et de France vont demander des mesures d’intervention pour soutenir le prix du lait. Seront-elles efficaces, selon vous ?

Ce qu’ils demandent, c’est un relèvement des « prix d’intervention ». Quand le prix du lait passe en-dessous d’environ 220 euros la tonne, l’Union Européenne en achète et en stocke. Ils voudraient passer ce prix à 260 ou 280 euros la tonne. Si on le relève fortement, des quantités importantes de lait - sous forme de poudre de lait et de beurre - pourraient être achetées et gelées provisoirement.

C’est une solution de court terme, à effet immédiat. Mais si cela dure longtemps, cela peut devenir un gouffre financier. Il faut donc assortir cette mesure d’une réduction de la collecte, pour que les éleveurs produisent moins et que les prix remontent. Ce serait une mesure temporaire, en cas de surplus de lait.

- Propos recueillis par Marie Astier

Obama et Hollande sont-ils hypocrites sur le climat ? Par Hervé Kempf Reporterre 2015/09/07 Par Hervé Kempf (7 septembre 2015) Obama et Hollande sont-ils hypocrites sur le climat ?. Reporterre. Climat fr

Obama et Hollande sont-ils hypocrites sur le climat ?

Le président Obama a lancé un plan sur le changement climatique tout en autorisant l’exploration du pétrole en Arctique. Contradictoire. Ecoutez l’analyse de Reporterre sur Radio Télévision Suisse.

En août, Barack Obama a annoncé un plan de lutte contre le changement climatique (lien en anglais). Principal engagement : réduire en 2030 de 32 % par rapport au niveau de 2005 les émissions de C02 du secteur de la production d’électricité.

Mais ce beau geste a été vite contredit par l’autorisation donnée par M. Obama à la compagnie Shell de chercher du pétrole en Arctique.

Un pas de deux significatif des contradictions des dirigeants actuels, explique Hervé Kempf dans l’émission Allo La Terre, de Lucile Solari, sur RTS :

- ECOUTER ici :

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L’aveuglement de la FNSEA est responsable de la crise agricole Michel Berhocoirigoin Reporterre 2015/09/08 Michel Berhocoirigoin (8 septembre 2015) L’aveuglement de la FNSEA est responsable de la crise agricole. Reporterre. Tribune — Agriculture fr

L’aveuglement de la FNSEA est responsable de la crise agricole

Michel Berhocoirigoin, ancien Président de la chambre d’agriculture alternative du Pays Basque, est un témoin privilégié de la crise agricole. Il pointe du doigt la manipulation des récentes manifestations et accuse la FNSEA d’avancer toujours plus aveuglément dans une politique responsable de cette crise.

- Actualisation - Lundi 15 février 2016 - La crise agricole se continue : les prix du lait et de la viande de porc, notamment, ne suffisent plus à couvrir les frais d’exploitation de nombreux agriculteurs. Lundi 15 février, des agriculteurs bloquent la ville de Vannes, dans le Morbihan.

• Michel Berhocoirigoin est ancien secrétaire général de la Confédération Paysanne nationale, Président de la chambre d’agriculture alternative du Pays Basque, de 2005 à 2015.

L’actualité agricole que nous connaissons depuis plusieurs semaines se caractérise par une grosse manipulation ! Je pèse mes mots, et j’affirme de suite que je ne suis pas dans la critique des paysans qui manifestent. La douleur et le désespoir sont bien réels dans les campagnes, même si ce n’est pas la situation de tous ceux qui descendent dans la rue, car, il faut le dire aussi : les disparités en agriculture sont scandaleuses, ce qui rend la crise encore plus insupportable !

Un jour, l’apologie du libéralisme, le lendemain, la quête des aides publiques

Mais ici, je veux simplement, mais vigoureusement, dénoncer le fait que les principaux animateurs des manifestations de cet été sont les instigateurs des mécanismes qui nous ont entrainés dans la situation actuelle. Le mal est profond, il est dans la structure même du processus de production agricole. Il mérite un débat de fond qui exclut tout double discours entre les positions défendues auprès des pouvoirs publics et celles assumées publiquement. Il n’est pas possible de revendiquer du matin au soir et tous les jours, davantage de libéralisme et de compétitivité, puis, avec le même aplomb, d’exiger des soutiens publics des aides pour faire face aux conséquences entrainées par ce qui a été revendiqué et obtenu…

La FNSEA (Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles) et ses satellites ont une grande responsabilité dans la situation actuelle. Leurs mots d’ordre se rejoignent dans une trinité infernale :

- Plus de compétitivité, c’est-à-dire plus de capacité de vendre moins cher que les concurrents, ce qui suppose des prix inférieurs aux coûts de production, des charges externalisées et payées par d’autres, et l’injection permanente de nouvelles aides dans la chaîne de production.

- Plus d’exportations, c’est-à-dire une part croissante de la production vendue sur les marchés mondiaux qui ne représentent que 7 % de la production mondiale globale, et qui, sauf exception, sont constitués par des prix de braderie.

- Plus de « modernisation et d’innovation » qui, sous l’apparence d’une sonorité positive, représente toujours plus d’investissements insupportables, plus d’industrialisation et d’artificialisation de l’agriculture, plus de déshumanisation et de perte d’emplois, plus d’élimination des petites fermes qui pourtant, de nombreuses études le démontrent, sont les plus efficaces en emplois, en biodiversité, en paysage, en valeur ajoutée.

Jamais les bonnes questions

L’une des situations dénoncées dans les récentes manifestations a été la baisse du prix du lait, suite à la suppression des quotas qui régulaient la production. Mais, quel était le discours de la FNSEA lorsque les quotas étaient en place ? J’ai siégé durant quatre ans au côté de leurs représentants au Conseil de direction de l’Office national du lait (ONILAIT). Combien de fois ne sont-ils pas intervenus pour déplorer que la France ne puisse exporter davantage, à cause de la limitation de la production par les quotas ? Combien de fois n’ont-ils pas déploré que tout ceci entravait la compétitivité de la filière laitière ? Combien de fois ne leur ai-je pas dit que leur discours préparait le terrain à la sortie des quotas ?

De même, pour la production porcine, les a-t-on entendu une seule fois revendiquer une maîtrise de la production qui pourrait stabiliser le prix de la viande porcine ? Non ! Ils revendiquent moins de contraintes et plus de souplesse dans l’agrandissement des ateliers de production pour être plus compétitifs que les Allemands ou que les Espagnols… La filière porcine est le bout du bout de l’agriculture libérale, et elle représente le bout du bout de l’impasse agricole !

La FNSEA et sa section Jeunes Agriculteurs occupent le terrain agricole en ne posant jamais les bonnes questions. Elles n’ont jamais un mot sur une répartition plus équitable des aides et des productions, jamais un mot sur la limitation des tailles d’ateliers ou sur les fermes-usines. Toujours les mêmes pseudos boucs émissaires, les contraintes administratives ou environnementales, présentées comme responsables de tous les maux.

Toujours la contradiction absolue qui consiste à demander plus de soutien aux exportations et plus de protection aux importations. Toujours la contradiction entre les discours démagogiques qualifiant notre agriculture de « compétitive », « performante », « moderne », « innovante », et la réalité de cette agriculture qui se met en éruption tous les six mois et qui perd le quart de ses emplois paysans tous les dix ans.

Puits sans fond

La FNSEA demande au Président de la République un plan de trois milliards d’euros pour « des mesures de court terme » : allégement des charges sociales et fiscales, et mise en place d’un plan de désendettement, et pour « des mesures structurelles à moyen terme » : soutien à l’investissement et à l’allégement des normes ! Autrement dit : aide au désendettement pour le court terme, et aide à l’endettement pour le moyen terme !

Ainsi, l’agrandissement des tailles d’ateliers et l’accaparement des productions sont financés par les fonds publics. Voilà l’efficacité économique et sociale de l’agriculture industrielle qui est un puits sans fond, et qui n’est plus capable de payer ses charges sociales ou fiscales !

L’essentiel des problèmes de l’agriculture vient du fait qu’elle s’enlise dans le libéralisme et l’industrialisation. Il faut changer de cap. Et plutôt qu’aller encore plus loin dans le libéralisme et l’industrialisation, aller vers la maîtrise et la répartition des productions, le soutien à la qualité, la relocalisation des filières.

Culture et jardin partagé : à la Réunion, la dynamique alternative de Kaz Maron Gaëlle Ronsin (Silence) Reporterre 2015/09/08 Gaëlle Ronsin (Silence) (8 septembre 2015) Culture et jardin partagé : à la Réunion, la dynamique alternative de Kaz Maron. Reporterre. Agriculture fr

Culture et jardin partagé : à la Réunion, la dynamique alternative de Kaz Maron

Depuis 2014, les habitants de la Saline entretiennent avec enthousiasme leur premier jardin partagé. Avec ce nouveau projet, l’association Kaz Maron continue de valoriser la culture des Hauts et s’inscrit dans la dynamique des alternatives sociales de l’île.

En France métropolitaine, les premiers jardins collectifs sont nés à l’heure de la révolution industrielle. A cette époque, à la Réunion, la société est fondée sur l’agriculture vivrière. La kaz traditionnelle est construite sur une parcelle, la kour, avec, à l’avant, un jardin d’agrément complété d’arbres fruitiers et à l’arrière, un espace consacré à l’élevage (volailles, cabris...) et au potager.

Mais ce mode de vie s’effiloche dans les Bas puis dans les Hauts [1] tout au long du XXe siècle puisque « la loi de 1946, instituant la Réunion en département français, entraîne un projet de développement économique et social essentiellement inspiré par l’idéologie d’un retard à rattraper », écrit l’ethnologue Eliane Wolff [2]. A la Saline aujourd’hui, la majorité des habitants n’ont plus de potager dans leur kour.

Un des premiers jardins collectifs de l’île

Pour y remédier, l’association culturelle Kaz Maron crée le premier jardin familial de l’Ouest, « le jardin Eucalyptus ». Dana Virama a en effet entendu parler de ce nouveau concept initié en 2010 dans la commune du Tampon [3] et voit tout de suite l’intérêt de l’expérimenter à la Saline des Hauts. Il sait en effet que la commune va subir une opération immobilière de grande ampleur, puisque 1300 logements doivent sortir de terre dans les prochaines années, sans que le projet prévoie des jardins ou d’autres espaces pour renouer avec le mode de vie « la kour ».

Commence en 2011 une série de rencontres entre l’association, la mairie de Saint-Paul et le bailleur social. [4] Un terrain de 330 m² est alors trouvé et découpé en onze parcelles. Neuf sont proposées à des habitants du quartier et les deux restantes servent aux marmailles de l’école primaire d’en face, à l’association Kaz Maron et à une structure accueillant des personnes handicapées. Une cotisation de 7 euros par mois, pour payer l’eau, est demandée aux familles.

Dana, plutôt pessimiste au lancement du projet, se posait de nombreuses questions sur sa viabilité dans un quartier où les liens sociaux sont fragilisés : « Au début, badna té dit : na poin le temps planter, mi reste mon kaz, mi sorte pas mwin... komé là : Dana kwa fé ? Na poin un ti parcelle la ? » [5] Au fil des mois, l’engouement a pris et maintenant, la superficie accordée à chacun est jugée trop restreinte. De nouvelles demandes affluent aussi, que Dana relaiera auprès de la municipalité.

Dana invite régulièrement au jardin des spécialistes qui exposent des pratiques naturelles de jardinage. Il nous explique que l’accompagnement doit provenir d’un intervenant extérieur puisque la proximité qui le lie maintenant aux jardiniers ne lui permet plus d’avoir un impact similaire. Dans un futur proche, il est également prévu de mettre en place des ateliers ouverts afin de répondre aux demandes des autres riverains.

Pour la culture des Hauts

Le jardin Eucalyptus est en quelque sorte l’aboutissement des projets de l’association Kaz Maron, créée il y a sept ans. Dana baignait dans le milieu culturel réunionnais et souhaitait expérimenter une programmation artistique alternative dans les Hauts. « Lorsque nous avons lancé ce projet, nous le voulions en marge et conforme à l’esprit du ’marronnage’ », d’où son nom. « Nous avons demandé à la mairie l’autorisation de nous installer dans un champ inoccupé du quartier Eucalyptus, et le projet est né. » En 2008, la Kaz Maron n’est qu’une scène en bambous.

Dana fédère autour de lui des bénévoles de la Saline et des militants d’associations des Hauts qui se retrouvent tous autour d’un projet artistique ambitieux et pour « préserver les traditions, la nature et le lien social ». Des kabars [6] sont alors organisés tous les mois, où se retrouvent des artistes bien connus dans l’île et des petits groupes des hauts. Le réseau d’artistes et la solidarité locale permettent à l’association de se lancer sans subvention. Aujourd’hui, celle-ci se finance en partie grâce aux recettes du bar et bénéficie de partenariats avec quelques entreprises. Deux personnes sont embauchées ponctuellement avec de petits contrats, « pour rétribuer tous les coups de main donnés ».

Une scène à la Saline !

Le rythme des manifestations et leur ampleur grandissant (concerts, soirées reggae, théâtre…), Kaz Maron s’équipe en adoptant une démarche écologique et solidaire. « La scène mesure aujourd’hui 5 mètres sur 6 ; elle a été montée avec des matériaux de récupération et couverte de coco tressée. Nous installons des toilettes sèches pour chaque événement », précise Dana. Un vrai village associatif intermittent est né à la Saline !

Les événements festifs traduisent toujours un fort ancrage culturel. « Bat pou nout lang, nout kiltir, nout tradision ! » [7] scande Dana. Des ateliers de sensibilisation sont régulièrement organisés l’après-midi, avant les kabars. La moringue et le maloya [8], le tressage et les tisanes sont mis à l’honneur pour les marmailles de l’école et le public.

En 2013, Kaz Maron a fait fort en organisant, pour la première fois depuis cinquante ans, un défilé Jako Malbar avec les deux seuls danseurs restants à la Réunion. Cette danse, autrefois très populaire, était pratiquée par les engagés indiens travaillant dans les usines sucrières. Cet événement très rare a fait du bruit dans l’île et attiré un large public à la Saline.

Quand les Français ouvrent leur porte aux réfugiés Lorène Lavocat (Reporterre) Reporterre 2015/09/08 Lorène Lavocat (Reporterre) (8 septembre 2015) Quand les Français ouvrent leur porte aux réfugiés. Reporterre. Reportage — Monde fr

Quand les Français ouvrent leur porte aux réfugiés

Face à la tétanie politique, les citoyens européens se mobilisent. En France, le site Aider les réfugiés ou l’association Singa proposent des actions concrètes et immédiates pour venir en aide aux demandeurs d’asile.

Ils se pressent aux frontières de l’Europe depuis plusieurs semaines, fuyant la guerre et la terreur. Près de 30 000 réfugiés sont arrivés en Allemagne ces trois derniers jours. De son côté, la France s’est timidement déclarée prête à accueillir « 24 000 personnes sur deux ans ». Alors que les gouvernements se déchirent quant à la réponse à apporter à cet afflux sans précédent, les citoyens se mobilisent en masse.

Un élan d’empathie incroyable

Un élan d’empathie « incroyable », pour Julien Bayou. Jeudi dernier, suite à l’émotion suscitée par la photo de l’enfant noyé sur une plage de Turquie, il décide de créer avec une amie une plate-forme « pour faciliter le passage à l’acte ». « Nous avons senti une forte envie d’agir, mais les gens ne savaient pas comment faire », explique l’activiste. Quelques heures plus tard, le site Aider les réfugiés reçoit ses premiers clics. Celui-ci recense les initiatives locales ou associatives en faveur des migrants, et répertorie les « bénévoles de réserve ». Très vite, c’est l’emballement. « Nous sommes à plus de 170 000 visites, c’est complètement fou », observe-t-il. Sur le site, les posts d’internautes se succèdent : « Je suis producteur de légumes bio et je proposerais bien d’en donner, comment s’organise-t-on ? »

Carte Aider les réfugiés :

Même constat chez Singa. L’association propose de mettre en relation des réfugiés avec des familles françaises prêtes à les loger. En quelques jours, ils ont reçu 3600 offres d’accueil, et des milliers de messages. Du berger corse au jeune cadre parisien, les Français ouvrent grand leur porte. « Nous avons dû doubler nos effectifs pour répondre à l’afflux », constate Nathanaël Molle.

Accueillir des réfugiés, mode d’emploi

« Comme à la maison » (Calm), c’est le nom du dispositif mis en place par Singa en juin dernier. « L’idée, c’est que les réfugiés se sentent chez eux, et qu’une relation de long terme se construise avec la famille », explique Guillaume Capelle, directeur de l’ONG. Une plate-forme web, un formulaire d’inscription où chacun précise ses passions et ses restrictions (cigarette, animaux), puis une formation. « Il faut acquérir des réflexes pour faire face aux traumatismes qu’ont souvent vécus les migrants », insiste Guillaume Capelle. « Fermer une porte peut faire ressurgir une claustrophobie chez d’anciens détenus, discuter en face à face peut rappeler un interrogatoire. »

Dernière étape avant la première rencontre, le « matching » : mettre en contact une famille et un réfugié qui partagent des centres d’intérêt. Cuisine, yoga, cinéma. « Je suis resté trois mois chez une famille, ce sont des amis proches à présent », raconte Foday Janneh, Sierra-léonais d’origine. Arrivé en 2011 en France, il rencontre rapidement l’équipe de Singa. Avec eux, il trouve un logement, un stage en comptabilité, il apprend le français et prend des cours de salsa. Mais surtout, il s’intègre vite : « Grâce à Singa, je suis entré en contact avec la société française. »

Les réfugiés, « une opportunité pour nos sociétés »

Aujourd’hui Foday Janneh est président de l’association. À son tour, il va au devant des réfugiés. « Je les rassure, je leur explique qu’il faut de la patience, du courage, et des projets à construire en France. » En plus de la plate-forme Calm, Singa accompagne les migrants dans leur projet professionnel.

« L’asile est une formidable solution, une opportunité pour construire une société meilleure », soutient Guillaume Capelle. « Les réfugiés apportent un regard différent et nous poussent à innover, à trouver des nouveaux moyens de vivre ensemble. »

Appel aux politiques

Mais pour construire cette société conviviale, encore faut-il que l’élan citoyen ne retombe pas dès la prochaine attaque terroriste. Pour Julien Bayou, il s’agit donc de « transformer cette prise de conscience salutaire en quelque chose de plus durable. »

« Nous avons demandé à l’État que les familles accueillantes soient dédommagées à hauteur de 300 à 400 € par mois », explique Nathanaël Molle. « Ça coûte moins cher que l’hôtel et ça facilite l’intégration. » Une proposition qui rencontre pour le moment un écho mitigé, à quelques semaines de la présentation du budget 2016. « On nous a rebattu les oreilles avec la France du repli, mais la tétanie vient du politique, pas des citoyens », conclut Julien Bayou.

Les initiatives solidaires se multiplient

Le journal La Croix recense d’autres associations organisant l’accueil des réfugiés :

• La branche strasbourgeoise de l’Association des travailleurs maghrébins de France (ATMF) participe à la plate-forme téléphonique du réseau international « Watch the Med », qui tient un numéro d’urgence pour les migrants qui font naufrage en Méditerranée.

• Le programme « Welcome » du Service jésuite des réfugiés propose un hébergement à des demandeurs d’asile dans une quinzaine de villes. Contact de la coordinatrice : Marcela Villalobos Cid, 06.81.05.92.22.

• Le Secours catholique dispose de 250 équipes locales partout en France, entièrement consacrées à l’accueil des migrants. Contact : 01.45.49.73.00.

• La Cimade recherche en permanence des bénévoles dans 75 groupes locaux répartis dans 13 régions. Contact : 01.44.18.60.50.

• Le Secours populaire vient d’ouvrir un « fonds d’urgence migrants-réfugiés », et mobilise ses donateurs sur cette question.

• La Fondation Raoul-Follereau, qui propose un soutien logistique aux chrétiens d’Orient réfugiés au Kurdistan irakien, lance un « mini-site » dédié aux messages de soutien moral. Chacun peut y déposer un mot de fraternité et d’espoir qui sera traduit en arabe pour que les principaux intéressés puissent les comprendre. Voici l’adresse

Video - Le film accablant sur le déclin organisé de la SNCF Gilles Balbastre Reporterre 2015/09/08 Gilles Balbastre (8 septembre 2015) Video - Le film accablant sur le déclin organisé de la SNCF. Reporterre. Transports fr

Video - Le film accablant sur le déclin organisé de la SNCF

Qualité empêchée, souffrance au travail, perte de sens pour les salariés...

Retards, annulations de trains, accidents pour les usagers...

Tous les travers de la privatisation du rail anglais, que le réalisateur britannique Ken Loach dénonçait en 2001 dans son film The Navigators, deviennent une réalité quotidienne en France.

Il y a un an, la réforme ferroviaire votée à l’Assemblée Nationale (4 août 2014) avait été l’occasion d’une vaste campagne de manipulation de l’opinion publique orchestrée par le gouvernement de Manuel Valls, la direction de la SNCF et les médias réunis main dans la main.

Face à ce qu’on peut bien appeler une opération de propagande, les milliers de grévistes et les syndicats opposés à cette réforme ont eu bien du mal à exposer et à faire connaître leurs arguments.

Mais force est de constater que l’emploi du mot propagande ne va pas de soi pour un grand nombre de citoyens, voire de cheminots soumis régulièrement à une communication dont les moyens sont considérables. La petite musique libérale et dérégulatrice conditionne à force d’être martelée.

C’est dans ce contexte que le cabinet Emergences et le comité d’établissement régional SNCF Nord-pas-de-Calais m’ont proposé de réaliser un film qui renverse ces logiques de communication. Car les représentants syndicaux et les salariés savent de quoi ils parlent, mais ont du mal à exposer une autre parole dans un espace public cadenassé.

De cette rencontre est né le documentaire Vérités et mensonges à la SNCF qui redonne justement la parole à ceux qui se battent pour le maintien d’un réel service public ferroviaire.

- Gilles Balbastre, journaliste et réalisateur

VOIR LE FILM « Vérités et mensonges sur la SNCF » :

Ce n’est pas une blague ! Les zadistes de Sivens sont relaxés par la justice Marine Vlahovic (Reporterre) Reporterre 2015/09/09 Marine Vlahovic (Reporterre) (9 septembre 2015) Ce n’est pas une blague ! Les zadistes de Sivens sont relaxés par la justice. Reporterre. Sivens fr

Ce n’est pas une blague ! Les zadistes de Sivens sont relaxés par la justice

Le tribunal correctionnel d’Albi a relaxé la quasi-totalité des quinze personnes qui comparaissaient mardi 8 septembre pour « participation à un attroupement » sur la ZAD du Testet. Elles étaient accusées d’avoir opposé une résistance lors de l’évacuation du 6 mars dernier. Récit de cette audience surréaliste qui est une petite victoire et une grande surprise pour les zadistes.

- Albi, reportage

Certains ont passé une chemise pour l’occasion. D’autres ont gardé leurs tee-shirts troués. Tous se donnent des accolades aux airs de retrouvailles sous les fenêtres du Tribunal. « Les familles se revoient pour les enterrements, les zadistes, eux, se retrouvent pour les procès », raille Sylvain. Il fait partie des quinze personnes convoquées ce mardi pour avoir résisté lors de l’évacuation de la ZAD au printemps dernier. Pour le jeune homme, la partie est déjà jouée tant le procès des « expulsés de Sivens » a une portée symbolique. « C’est de l’acharnement. Ils veulent montrer l’exemple », constate-t-il avant de prendre place dans la petite salle d’audience. Une partie de la soixantaine de personnes venues en soutien s’installe sur les bancs.

D’une voix aigrelette, la présidente convoque les quinze prévenus qui s’alignent en file indienne : « Mettez-vous face au tribunal s’il vous plaît », exige la juge d’un air pincé. Claire Dujardin, l’avocate des zadistes, s’avance pour demander la nullité de l’audience : « C’est un délit politique, et les prévenus n’auraient pas du être saisis sur une convocation », avance-t-elle. « Dire que s’opposer à l’expulsion du site est un acte politique, c’est faire preuve d’une grande simplicité, surtout lorsqu’on connait le discours décousu de certains », rétorque le procureur qui demande le rejet de l’exception de nullité. Il est suivi par la juge. La salle plonge pour quelques heures dans le récit de l’expulsion du 6 mars dernier.

Un à un, les zadistes s’avancent à la barre. Tous sont accusés d’avoir participer « sans arme à un attroupement après sommation de se disperser ». Sylvain ouvre le bal et plante le décor : « Toute la semaine qui a précédé l’expulsion, les pro-barrages ont assiégé la ZAD et nous ont agressés sans être inquiétés. On a bien vu que les gendarmes n’étaient pas neutres. Alors, quand j’ai vu 500 membres des forces de l’ordre arriver alors que nous n’étions qu’une quarantaine, je suis monté sur une tour en bois », explique-t-il benoitement. « A aucun moment, nous n’avons eu de communication officielle nous expliquant que le site allait être évacué », déclare Adrien, jugé pour s’être réfugié sur un mirador à l’arrivée des gendarmes.

« Vous dites des choses intéressantes. Mais pourquoi n’êtes-vous pas partis ? » demande le procureur. « Nous ne pouvions ni entrer ni sortir de la ZAD », rappelle le jeune infirmier d’une voix claire, avant de revenir sur les affrontements du 25 octobre 2014 et la mort de Rémi Fraisse, tué par une grenade offensive lancée par un gendarme mobile. « Je tiens à préciser qu’alors que je suis fonctionnaire de la République, j’ai peur quand je vois des policiers sur le bord de la route. »

« J’ai le vertige, jamais je ne serais monté là-haut »

Romain est quant à lui accusé d’être monté sur le toit de la Métairie Neuve. « C’est totalement faux », répond le zadiste. « J’ai le vertige, jamais je ne serais grimpé là-haut », se justifie-t-il sous les rires de la salle. « Vous nous reprochez de ne pas nous être dispersés, mais la ZAD était cernée. Je ne vois pas où nous aurions pu aller. » A l’instar des autres prévenus, il se défend d’avoir entendu les deux sommations pourtant préalables à toute expulsion. « Vous avez conscience de l’étendue de la ZAD ? Comment voulez-vous qu’on entende quoi que ce soit, surtout perché à dix mètres de haut ? », s’exclame Oz. Simon déclare : « Si j’avais entendu les sommations, je serais resté quand même. »

Après deux heures d’audition, la présidente décrète une pause : « Vous êtes nombreux, essayez de ne pas vous disperser, c’est le cas de le dire », plaisante-t-elle.

D’une voix sévère, le procureur rouvre la séance et requiert un à trois mois de prison avec sursis pour « les irréductibles zadistes qui refusent de se laisser faire ». « Oui, j’utilise le terme zadiste car il est entré dans le dictionnaire », précise-t-il, en insistant sur le caractère non-politique de l’affaire en décrivant cette ZAD, « où l’on ne pouvait pas rentrer facilement, où s’était établie une nouvelle économie, un nouvel ordre. C’est à nous de montrer aux zadistes que la loi existe. Et la loi, c’est d’obtempérer et de se disperser en cas d’attroupement », martèle-t-il.

« Vous n’avez aucun moyen de caractériser cet attroupement », répond l’avocate Claire Dujardin. « Il s’agissait d’opposants et d’habitants de la ZAD. Et on aurait pu laisser partir ces personnes dignement. » En s’avançant vers la présidente, l’avocate dénonce l’acharnement de la justice : « Il semblerait qu’il y ait deux poids, deux mesures. Les agriculteurs de la FDSEA se sont attroupés pendant une semaine aux portes de la ZAD sans être inquiétés, alors que les plaintes pour violences déposées par les zadistes contre les gendarmes et les pro-barrages ont été classées sans suite », rappelle-t-elle.

Des cris de joie éclatent

La cour va délibérer. « Ce n’est pas bon signe, ils mettent du temps à délibérer », s’inquiète l’avocate dans la salle d’audience qui s’est vidée. Après une heure et demie de débats, la présidente appelle Sylvain et lui annonce... sa relaxe. Des cris de joie éclatent. Les autres relaxes sont annoncées. Les deux absents au procès écopent de 200 euros d’amende. Oz, également poursuivie pour refus de prélèvements biologiques, est condamnée à 150 euros d’amende, et Simon à un mois de prison avec sursis pour rébellion.

« C’est génial et c’est légitime », réagit Claire Dujardin à l’énoncé de ces quinze relaxes. « On a réussi à montrer ce qu’il s’était réellement passé le 6 mars. » Les accolades redoublent de plus belle. Encore tout abasourdis, et félicités par les uns et les autres, les « relaxés de Sivens » affichent un grand sourire à la porte du tribunal. « Je suis soulagé oui. Mais tout de même, cette audience, c’était un peu stupide, non ? », conclut Sylvain.

Quelles mesures défendez-vous en faveur du vélo pour lutter contre le changement climatique ? Bernadette Caillard-Humeau Reporterre 2015/09/09 Bernadette Caillard-Humeau (9 septembre 2015) Quelles mesures défendez-vous en faveur du vélo pour lutter contre le changement climatique ?. Reporterre. Climat fr

Quelles mesures défendez-vous en faveur du vélo pour lutter contre le changement climatique ?

Bernadette Caillard-Humeau vice-préside la Fédération française des usagers de la bicyclette (FUB)

Royal consacre la trahison de Hollande sur Fessenheim Lorène Lavocat (Reporterre) Reporterre 2015/09/09 Lorène Lavocat (Reporterre) (9 septembre 2015) Royal consacre la trahison de Hollande sur Fessenheim. Reporterre. Nucléaire fr

Royal consacre la trahison de Hollande sur Fessenheim

La fermeture de Fessenheim devrait avoir lieu… en 2018. C’est ce qu’a annoncé la ministre de l’Ecologie, confirmant l’enterrement de la promesse de François Hollande. Une raison de ce reniement est la crainte d’avoir à indemniser EDF, une possibilité ouverte par une décision du Conseil constitutionnel au cœur de l’été.

« Il y a l’application de la loi, c’est assez simple maintenant puisque, effectivement, il y a un plafonnement de la production d’énergie nucléaire, a déclaré Mme Royal à Strasbourg mardi 8 septembre, où elle était en déplacement. Ce qui veut dire que quand Flamanville ouvrira, Fessenheim devra fermer. Donc Flamanville va ouvrir d’ici à 2018. Et donc, en effet, Fessenheim devra fermer. »

Pour la ministre de l’Ecologie, puisque la loi de transition énergétique plafonne la capacité de production d’énergie nucléaire, l’ouverture de l’EPR équivaut à la fermeture de Fessenheim. Elle fait comme si la loi imposait de maintenir ce plafond de 63,2 gigawatts, alors que (dans son article 311-5-5), le texte spécifie simplement qu’il ne faudra pas dépasser ce plafond. Rien n’empêche de se situer bien en-dessous, donc de fermer des réacteurs.

Mais dans le raisonnement de Mme Royal, comme l’EPR de Flamanville n’en finit pas de prendre du retard - EDF a annoncé début septembre qu’il ne pourrait pas ouvrir avant 2018 -, la fermeture de Fessenheim attendra autant qu’il le faudra.

Or, un des engagements de campagne de François Hollande en 2012 était de fermer Fessenheim durant son mandat, qui s’achève en 2017 : « Je fermerai la centrale de Fessenheim », promettait-il.

Promesse officialisée lors du Conseil de politique nucléaire du 12 octobre 2012, tenu lorsque le candidat fut devenu président, et qui décidait : « les deux réacteurs de la centrale nucléaire de production d’électricité de Fessenheim seront arrêtés définitivement au plus tard le 31 décembre 2016 ».

La peur des indemnisations

Une des raisons qui poussent le gouvernement PS a trahir son engagement est la crainte du contentieux financier que pourrait engager EDF contre l’Etat. En effet, la compagnie d’électricité estime que la fermeture "prématurée" de Fessenheim lui ferait perdre les recettes de la vente de l’électricité que pourrait produire la centrale pendant plusieurs années. Saisi à ce propos par les députés de l’opposition, le Conseil constitutionnel a conclu, le 13 août que l’exploitant peut "prétendre à une indemnisation du préjudice subi". Le gouvernement craint donc que, s’il lançait vraiment la fermeture avant le terme du mandat présidentiel, EDF lancerait à sons de trompe une demande d’indemnisation de plusieurs milliards d’euros, ce qui empoisonnerait la campagne du candidat PS. Entre deux maux, il choisit donc ce qu’il considère le moindre : se fâcher un peu plus avec les écologistes.

Un reniement préparé depuis quelques mois

Depuis quelques mois, le gouvernement préparait le terrain à la trahison de cet engagement, qui est un des pivots de l’accord politique entre le Parti Socialiste et Europe Ecologie les Verts.

L’idée de conditionner la fermeture de Fessenheim à l’ouverture de Flamanville n’est pourtant pas nouvelle. En mars 2015, Ségolène Royal annonçait que Fessenheim fermerait lors de l’ouverture de Flamanville. Ce qui est nouveau en revanche, c’est la date. Aucun responsable gouvernemental n’avait osé évoquer 2018, afin de ne pas compromettre l’engagement n°41 du candidat Hollande.

La ministre a par la suite tenté de rattraper le coup. « La fermeture de Fessenheim n’est pas reportée, elle doit être organisée dans le cadre de la nouvelle loi. Il n’y a pas de sujet polémique. »

D’après une autre source gouvernementale, citée par l’AFP, « la fermeture d’ici à la fin du quinquennat reste l’objectif du chef de l’Etat. »

Rappelons que la plus vieille des centrales nucléaires de l’hexagone est bâtie sur une zone sismique et inondable, et connaît des incidents à répétition. Nombre d’experts et de militants réclament de longue date son démantèlement.

Un renoncement préparé de longue date

Et pourtant, avec cette annonce, la perspective d’un arrêt de Fessenheim par décision gouvernementale s’évapore, puisque la reconduction d’un président PS en 2017 est très hypothétique et que les partis plus à droite sont opposés à cette fermeture.

La promesse avait été maintes fois réitérée par le Président et ses ministres, tout en évoluant :

- 14 septembre 2012 : lors de la conférence environnementale, François Hollande précise que Fessenheim sera fermée à la fin 2016 ; - 12 octobre 2012 : engagement officialisé dans le Conseil de politique nucléaire ; - 15 janvier 2013 : Pour le président de l’Autorité de sûreté nucléaire, Pierre-Frank Chevet, la mise à l’arrêt de la centrale prendra au moins 5 ans ; - 5 janvier 2015 : Sur France Inter, François Hollande réitère son engagement : Fessenheim sera fermée avant la fin de son quinquennat ; - mars 2015 : Ségolène Royal conditionne la fermeture de la centrale à l’ouverture de l’EPR, à l’horizon 2017 ; - 22 juillet 2015 : la loi de transition énergétique prévoit le plafonnement de la puissance du parc nucléaire français. L’idée étant de contraindre EDF à fermer des réacteurs lors de l’ouverture de Flamanville. Pourtant, Fessenheim n’est cité nulle part dans le texte de loi.

La colère des écologistes

Face au reniement annoncé par Ségolène Royal le 8 septembre, la réaction des anti-nucléaires n’a pas tardé. EELV, « s’étonne d’une telle affirmation et de la légèreté avec laquelle est envisagée le respect de la parole présidentielle. » Pour le parti écologiste, « conditionner la fermeture de Fessenheim à l’ouverture sans cesse repoussée du fiasco industriel que représente l’EPR de Flamanville relève de la mauvaise plaisanterie. » Sur BFM, le député européen Yannick Jadot a exprimé sa colère : « Ségolène Royal est en train de devenir la ministre du renoncement durable. »

L’engagement de fermer « immédiatement » Fessenheim figurait en bonne place dans l’accord de gouvernement conclu en novembre 2011 entre le PS et les Verts.

Alors que la fragile vie de la doyenne des centrales françaises s’allonge indéfiniment, l’Observatoire du nucléaire pense avoir trouvé une nouvelle faille. « Les deux réacteurs de Fessenheim arriveront à 40 ans de fonctionnement respectivement le 7 mars et le 27 juin 2017 (dates anniversaires de ’première divergence’). Or, jusqu’à preuve du contraire, l’Autorité de sûreté nucléaire n’a accordé aucune autorisation de fonctionnement au-delà de 40 ans. » L’association annonce donc préparer des procédures judiciaires afin d’interdire l’utilisation des réacteurs au-delà de ces dates 2017… EPR ou pas. Et alors que l’on sera... en pleine campagne présidentielle.

Les migrants venus de Syrie sont aussi des réfugiés climatiques Pablo Servigne Reporterre 2015/09/09 Pablo Servigne (9 septembre 2015) Les migrants venus de Syrie sont aussi des réfugiés climatiques. Reporterre. Tribune — Climat fr

Les migrants venus de Syrie sont aussi des réfugiés climatiques

La Syrie s’est effondrée. On pense souvent que la cause en est uniquement politique ou religieuse. Faux, note l’auteur, rappelant qu’il ne faut pas oublier le climat et offrant dans cette tribune un regard nouveau sur la crise actuelle. "L’afflux de réfugiés n’est donc pas une « crise », c’est le début d’un grand mouvement planétaire, et plus précisément d’un effondrement global."

Pablo Servigne est co-auteur avec Raphaël Stevens de Comment tout peut s’effondrer. Petit manuel de collapsologie à l’usage des générations présentes, Seuil, 2015.

Quand on regarde aujourd’hui une image satellite nocturne de la Syrie, l’intensité lumineuse a diminué de 83 % comparée à la même photo prise en 2011. [1] Le pays s’est littéralement effondré. Dans l’imaginaire de la plupart des gens, la cause est politique : c’est la faute du régime autoritaire de Bashar al-Assad.

Pourtant, de 2007 à 2010 — soit les quatre années qui ont précédé le « printemps Syrien » de 2011 —, la Syrie a subi la plus grave sécheresse jamais enregistrée dans la région, provoquant des catastrophes agricoles majeures et forçant 1,5 million de personnes à migrer vers les villes.

Une étude publiée le 17 mars 2015 dans les Comptes-Rendus de l’Académie des Sciences des Etats-Unis va même plus loin en affirmant que cette tendance aux sécheresses longues et intenses dans le bassin méditerranéen se confirme, et que l’activité humaine en est la cause. Autrement dit, que « l’influence des activités humaines sur le changement climatique joue un rôle dans l’actuelle crise Syrienne ». [2]

Le climat comme étincelle

En effet, la cause climatique ne doit absolument pas être à négligée dans les analyses géopolitiques. [3] En 1693-1694, par exemple, une famine a fait 1,5 million de morts en France, soit autant de victimes que la guerre de 14-18, sauf que le pays ne comptait que 20 millions d’habitants ! En 1789, 1830 et 1848, le climat a joué un rôle de déclencheur de révolutions. Durant des siècles, il a provoqué des famines et des guerres ou arrêté des armées.

Plus généralement, on sait aujourd’hui qu’en Europe pré-industrielle (entre 1500 et 1800), les graves crises économiques et démographiques ont toutes été intimement corrélées à des perturbations climatiques. Comme le conclut une étude publiée en 2011 [4], les trois principales causes de forte mortalité (guerres, maladies et famines) ont toutes les trois été causées par des crises économiques... qui ont été causées par des crises alimentaires... qui ont été causées par des aléas climatiques ! Il y a une chaine de causalité dont l’origine est toujours l’« étincelle climat ».

Mais, rétorquerez-vous — avec raison —, il n’y a pas que le climat ! En Iran, par exemple, il y a eu de terribles sécheresses ces dernières années [5], et pourtant il n’y a pas eu de guerre. Effectivement, le climat n’est pas la seule cause de tous les troubles géopolitiques. Le déclin de la production pétrolière, le prix des aliments ou le manque de ressources ont par exemple souvent été cités comme causes du déclenchement des printemps arabes [6].

De même, en Syrie, la terrible sécheresse est venue s’ajouter à une gouvernance calamiteuse, un système agricole très vulnérable et à de piètres politiques environnementales. A cela, il ne faut pas oublier l’arrivée d’un million de réfugiés Irakiens qui fuyaient un conflit armé, et vous avez là, un magnifique terreau pour une insurrection ou une révolution…

L’aveuglement des élites comme constante

Si le climat est l’étincelle, d’où vient la bouteille de gaz ? Sur une période plus étendue et en étudiant d’autres régions du globe (en climat tropical par exemple), le biologiste et archéologue Jared Diamond [7], a identifié cinq facteurs d’effondrement – récurrents et souvent synergiques – des sociétés qu’il a étudiées : 1. les dégradations environnementales ou déplétions des ressources, 2. le changement climatique, 3. les guerres, 4. la perte soudaine de partenaires commerciaux, et 5. les (mauvaises) réactions de la société aux problèmes environnementaux.

Pour lui, le seul facteur commun à tous les effondrements est bien le cinquième, celui d’ordre sociopolitique : les dysfonctionnements institutionnels, les aveuglements idéologiques, les niveaux des inégalités, et surtout l’incapacité de la société — et particulièrement des élites — à réagir de manière appropriée à des événements potentiellement catastrophiques.

En fait, ce fameux cinquième facteur accentue la vulnérabilité d’une société (son manque de résilience) au point de la rendre très sensible aux perturbations qu’elle encaisse habituellement sans problème. Autrement dit, ce qu’on appelle une catastrophe « naturelle » n’est jamais vraiment étrangère à l’action humaine… [8]

Dans la même veine, l’archéologue et géographe Karl W. Butzer a récemment proposé une nouvelle classification des effondrements de civilisation, distinguant les « préconditions » (ce qui rend la société vulnérable) des « déclencheurs » (les chocs qui peuvent la déstabiliser). [9] Les préconditions sont souvent endogènes (incompétence ou corruption des élites, diminution de la productivité agricole, pauvreté…) mais peuvent aussi avoir une origine exogène (diminution des ressources naturelles…). Elles réduisent la résilience de la société et sont des facteurs de déclin. Les déclencheurs sont plus rapides et souvent exogènes (événements climatiques extrêmes, invasions, épuisement de ressources…) mais peuvent aussi être endogènes (crises économiques…). Ils provoquent des effondrements s’ils sont précédés de préconditions « favorables ».

Il ne s’agit pas de rejeter systématiquement la faute sur des causes « naturelles ». Le climat est bien une affaire politique, dans ses causes, et dans ses conséquences.

Nous sommes tous des Syriens

Nous sommes entrés dans une ère d’instabilité climatique. Les événements extrêmes ont causé d’importantes pertes ces dix dernières années. [10] En 2003, par exemple, la canicule a provoqué la mort de 70 000 personnes en Europe [11] et coûté 13 milliards d’euros au secteur agricole européen. [12] En 2010, les épisodes de sécheresse en Russie ont amputé de 25 % la production agricole et de 15 milliards de dollars l’économie (1 % du PIB), obligeant le gouvernement à renoncer cette année-là à des exportations. [13]

Par ailleurs, il ne fait aucun doute que les conflits et les déplacements massifs de populations causés par le réchauffement climatique deviendront plus fréquents et plus intenses. [14] Selon le dernier rapport du GIEC, le changement climatique « augmentera les risques de conflits violents, qui prendront la forme de guerres civiles et de violences intergroupes ». [15] En 2013, une étude parue dans la revue Science quantifiait cette tendance en montrant grâce à des données historiques remontant à plus de 10 000 ans sur 45 conflits dans l’ensemble du globe, qu’une élévation de la température moyenne et un changement du régime des précipitations étaient systématiquement corrélés à une augmentation des violences interpersonnelles et des conflits armés. [16]

Mais arriverons-nous à le voir ? Selon Harald Welzer, psychologue social et spécialiste des liens entre l’évolution des sociétés et la violence, les humains, par la construction de fictions identitaires, trouvent toujours une justification pour s’entretuer. Même si les causes premières sont les ressources, les migrations, les famines, les maladies ou le climat, les conflits armés peuvent aisément prendre les apparats de conflits religieux ou de guerres de convictions.

Welzer montre comment une société peut lentement et imperceptiblement repousser les limites du tolérable au point de remettre en cause ses valeurs pacifiques et humanistes, et sombrer dans ce qu’elle considérait comme inacceptable quelques années auparavant.

Les gens s’habitueront (et s’habituent déjà) aux événements climatiques extrêmes, aux épisodes de disette ou aux déplacements de population. Les habitants des pays riches s’habitueront aussi probablement à des politiques de plus en plus agressives envers les réfugiés ou envers d’autres Etats, mais surtout ressentiront de moins en moins cette injustice que ressentent les populations touchées par les catastrophes. C’est ce décalage qui servira de terreau à de futurs conflits.

Tout cela va durer. Pour reprendre les mots de Matthieu Ricard, « imaginez ce que ce sera quand nous aurons 200 millions de réfugiés climatiques » [17]… L’afflux de réfugiés n’est donc pas une « crise », c’est le début d’un grand mouvement planétaire, et plus précisément d’un effondrement global. [18]

Il est bien possible que nous soyons aussi un jour des réfugiés.

Une marche est lancée contre « la mascarade » de la COP 21 Reporterre 2015/09/10 (10 septembre 2015) Une marche est lancée contre « la mascarade » de la COP 21. Reporterre. Tribune — Climat : de COP en COP fr

Une marche est lancée contre « la mascarade » de la COP 21

François Hollande annonce à grands sons de trompe ce jeudi 10 septembre la tenue de la COP 21. Mais faut-il vraiment participer à la COP ? C’est la question que posent des dissidents, qui dénoncent l’hypocrisie des gouvernements et lancent une marche sur Paris. « Il faut parfois aller interpeller ceux qui s’obstinent à pourrir la planète précisément là où ils espèrent donner l’illusion de la sauver. »

Appel depuis les zads et autres espaces en résistance. Pour que des convois convergent jusqu’à la COP 21

Nous appelons à former des convois, marches, tracto-vélos… et à nous rendre aux manifestations contre la COP 21, sommet intergouvernemental sur le réchauffement climatique début décembre à Paris. Nous cheminerons depuis des territoires en lutte jusqu’à la capitale, avec toute l’énergie composite de nos mouvements, en créant en route des espaces de rencontres et de mobilisation.

Nous convergerons à Paris parce nous ne concevons pas de laisser le gouvernement se refaire une verte image de pourfendeur providentiel des gaz à effet de serre, alors qu’il ne veut officiellement renoncer ni à l’aéroport de Notre-dame-des-Landes, ni à mille autres projets destructeurs de vies, forêts, et prairies, de territoires habités et cultivés. Il faut parfois aller interpeller ceux qui s’obstinent à pourrir la planète précisément là où ils espèrent donner l’illusion de la sauver.

Si l’on souhaite s’attaquer réellement aux causes du réchauffement climatique, on ne peut s’en remettre un seul instant à la mascarade répétée des négociations perdues d’avance et des échanges de marchés carbone entre lobbies industriels et gouvernements, encore moins au capitalisme vert. Ce que nous affirmerons à Paris suit un tout autre tracé.

La seule réponse possible

La seule réponse cohérente possible est de sortir enfin du productivisme industriel, de la privatisation des biens communs, de la destruction des terres nourricières et de la marchandisation du vivant. Mais si l’on espère encore enrayer réellement le saccage accéléré des bases même de l’existence, on ne peut imaginer non plus construire tranquillement des alternatives et autres « processus de transition ».

Pour qu’émergent des possibles, il s’agit de bloquer concrètement dès maintenant l’avancée de leurs projets d’aéroports et de lignes à grande vitesse, l’extraction des minerais et gaz de schiste, l’enfouissement vénéneux des déchets nucléaires, la poussée de l’agro-industrie et l’éclosion incessante des center parcs et des hypermarchés…

Il faut en libérer des espaces où puissent s’inventer, ici et maintenant, d’autres formes de vie commune et d’organisation, de liens et d’échanges matériels, de cultures et d’habitats, émancipées du diktat économique.

A partir de zones menacées se propagent aujourd’hui des points d’ancrage où s’échafaudent des possibles partageurs. Il s’y exprime dans un même mouvement cette aspiration à leur mettre des bâtons dans les roues et à tracer d’autres chemins. Malgré les chantages à la croissance, les pseudo débats publics, les pressions judiciaires et les troupes policières, on voit surgir depuis divers lieux une conviction contagieuse : celle qu’il est toujours possible de résister victorieusement face aux tractopelles des aménageurs et autres extracteurs.

Nous convergerons à Paris pour matérialiser cette conviction face à la COP 21 et pour porter sur place la force de nos mouvements

Pour se coordonner, trouver des infos, se relier à des convois en préparation :

Contact : marchesurlacop (arobase) riseup.net Site d’info : Marche sur la COP

« Les lois françaises sur l’asile ne visent qu’à gérer les flux pour rejeter le maximum de demandes » Entretien avec Claude Coutaz Reporterre 2015/09/10 Entretien avec Claude Coutaz (10 septembre 2015) « Les lois françaises sur l’asile ne visent qu’à gérer les flux pour rejeter le maximum de demandes ». Reporterre. Entretien — Monde fr

« Les lois françaises sur l’asile ne visent qu’à gérer les flux pour rejeter le maximum de demandes »

Conseiller municipal élu dans la majorité écologiste de la municipalité de Grenoble, Claude Coutaz est avocat spécialisé dans le droit des étrangers. Selon lui, le gouvernement n’agit pas franchement dans l’accueil des réfugiés.

Reporterre - La ville de Grenoble participera samedi à la réunion du réseau des villes solidaires dans l’accueil de migrants, organisée par le ministère de l’Intérieur. Pourquoi ?

Claude Coutaz - Historiquement, Grenoble a toujours participé aux grandes vagues de migrations politiques. Et puis c’est la continuation de la politique menée par Eric Piolle, qui avait déjà tiré la sonnette d’alarme, cet été, avec son courrier à François Hollande peu avant l’évacuation d’un bidonville, sur la situation de l’hébergement d’urgence et sur la situation des demandeurs d’asile – qui sont deux problèmes liés, puisque la régionalisation des demandes d’asile participe à la saturation des hébergements d’urgence et mène de plus en plus à des situations de bidonville.

La gestion de ces situations est très difficile : il faut s’efforcer d’anticiper pour que les gens aient des solutions de relogement, pour bien expliquer que c’était pour les aider et non les mettre un peu plus dans la difficulté. Il faut trouver une méthode, pour ne pas les expulser comme des « cochons », comme le font la plupart des villes de France. Car c’est un problème qui ne va pas s’arrêter, au contraire, il va certainement s’amplifier : les conflits se poursuivent, la misère ne tarit pas, et il y aura d’autres vagues de migrations. Ce sont des gens qu’il faut accueillir dignement, ce n’est pas à nous de faire le tri entre le bon et le mauvais, les réfugiés et les autres, etc.

Mais que peut faire une collectivité locale face à un tel flux migratoire à l’échelle continentale ?

Faire respecter les traités internationaux, tout simplement. Dans l’absolu, une ville comme Grenoble ne peut rien faire d’autre que d’inciter l’Etat à assumer ses responsabilités, à savoir la Convention de Genève (sur la protection des victimes de conflits), les directives communautaires qui ont suivi, et tout ce qui pose des idées simples : le réfugié a droit à un accueil digne, à la protection, au traitement de sa demande d’asile en bonne et due forme. On n’invente rien, ce ne sont jamais que les textes internationaux qui devraient être appliqués comme tels.

En France, seule une demande d’asile sur cinq a été acceptée en 2014. Cela fait un taux de refus de 80 %. Pourquoi, ailleurs en Europe, avec la même convention de Genève, a-t-on des taux d’octroi d’asile de l’ordre de 45 % - comme en Suède ou en Norvège ? Parce qu’ils ont de meilleurs réfugiés et nous, de moins bons ? Ou parce que eux, ils appliquent, conformément à l’esprit de Genève, les textes internationaux qui doivent s’appliquer à tous les pays de la même manière ?

C’est vrai que l’hébergement est une prérogative régalienne, ce n’est pas nous qui allons créer des places. Grenoble peut accueillir des CADA (Centre d’accueil de demandeurs d’asile) – et on est volontaire pour être une terre d’accueil auprès des réfugiés, si le ministère de l’Intérieur en décide ainsi. Mais ce n’est pas nous qui avons la main là-dessus, ce n’est pas nous qui finançons. Par contre, on peut aider à l’organisation des énergies positives et constructives. Il y a plein de gens qui veulent aider mais qui ne savent pas toujours à qui s’adresser. C’est le sens de la plateforme de coordination qui se met en place, et qui permet de transformer cette émotion en quelque chose de concret auprès des populations.

Vous dénoncez la politique migratoire menée par le gouvernement actuel ?

C’est de la pure gestion de flux. Une nouvelle loi sur la répartition des réfugiés en France a été adoptée en juillet 2015, c’est la transposition de directives de l’Union Européenne par la France. Mais l’esprit n’est pas bon : on ne cherche pas à octroyer le statut de réfugiés à ceux qui en ont besoin, au contraire, on cherche à les empêcher avec des procédures rapides ou prioritaires, qui expédient en quelques jours un parcours parfois terrible pour en arriver jusque-là.

Quelqu’un qui débarque en France, qui ne parle pas la langue, qui s’est fait violer, torturer ou qui a vu ses enfants tués, il faudra un peu de temps pour verbaliser auprès d’un interprète ce qui lui est arrivé. Donc prendre le temps, c’est nécessaire dans la gestion des réfugiés. Les nouvelles lois, c’est tout le contraire. Elles visent à gérer les flux, pour au final rejeter le plus de demandes possibles. L’exposé des motifs de la loi revient à trier les bons ou les mauvais réfugiés – je caricature à peine. On tombe dans le flicage des demandeurs d’asile.

François Hollande a annoncé l’accueil de 24 000 nouveaux réfugiés sur les deux prochaines années. Qu’en pensez-vous ?

Que sont ces quotas ? Est-ce bien une part supplémentaire que la France accepte de prendre dans la gestion de crise ? Est-ce limitatif ou est-ce un minimum ? Comment peut-on savoir à l’avance qu’il n’y en aura « que » 24 000 ? J’espère que c’est un minimum : la France prendra, au minimum, 24 000 réfugiés. Mais bien évidemment, s’il y en a 100 000 qui doivent se présenter à ses portes, j’espère qu’on ne leur refusera pas un traitement digne de la Convention de Genève…

Et puis, dans le courrier envoyé par le ministre de l’Intérieur aux maires de France, il ne demande la création que de 11 000 places supplémentaires de CADA. Mais on fait comment pour les loger, s’il n’y a que 11 000 places en plus, sachant que les CADA sont d’ores et déjà saturés ? Mathématiquement, ça paraît compliqué. Relisez ce courrier, le ton n’est pas bon : on dirait que ça l’embête de devoir faire ça !

A vous écouter, on dirait que l’austérité a aussi gagné le champs des politiques d’aide humanitaire…

L’austérité ne peut pas entrer en compte dans la gestion des réfugiés. On ne peut pas dire « Restez crever chez vous, parce qu’on n’a plus de sous ». L’émoi provoqué aujourd’hui chez les gens par la vue d’une photo ne peut pas être trahi par une vision bureaucratique et technocratique de la demande d’asile. Il faut appliquer la Convention de Genève, c’est un texte qui date de 1951 ! Ce sont des engagements presqu’ancestraux, en tout cas fondamentaux.

Aujourd’hui, on traite les demandes d’asile comme un fardeau ou comme si, par nature, les demandeurs étaient des menteurs ou des fraudeurs. Mais je le répète, ce sont les mêmes qui se présentent en France qu’en Suède ou en Norvège…

On est dans un esprit de crainte vis-à-vis de ces migrations, de ces exils, de ces réfugiés - on les appelle comme on veut, du moment qu’on enlève l’idée que ça pourrait être un problème. Nous, on veut plutôt voir ça comme un espoir. Comme quelque chose qui va enrichir la France sur le plan culturel, démographique, économique…

D’ailleurs, la mobilité, c’est quelque chose de naturel, c’est dans la Déclaration des Droits de l’Homme. Tout homme a le droit de quitter son pays, d’y revenir, d’aller ailleurs… La migration, c’est quelque chose d’inhérent à l’aventure humaine, depuis toujours. Et ce n’est pas un mal, c’est même plutôt une chance pour celui qui bénéficie de cette migration. Et en l’occurrence, comme il ne s’agit pas de migrations choisies, on pourrait aussi s’estimer « heureux » que ceux qui arrivent soient déjà en vie…

- Propos recueillis par Barnabé Binctin

A Bure, le camp estival a élargi la lutte contre les déchets nucléaires Isabelle Rimbert (Reporterre) Reporterre 2015/09/10 Isabelle Rimbert (Reporterre) (10 septembre 2015) A Bure, le camp estival a élargi la lutte contre les déchets nucléaires. Reporterre. Reportage — Déchets nucléaires fr

A Bure, le camp estival a élargi la lutte contre les déchets nucléaires

En août, entre 250 et 800 personnes chaque jour ont participé à un camp anti-capitaliste et anti-autoritaire à quelques kilomètres du méga projet d’enfouissement de déchets radioactifs. Objectif : renforcer le combat local, et favoriser l’émulation entre différentes composantes des luttes anti-capitalistes. Récit au cœur du camp, par 35°C dans la campagne meusienne.

- Bure (Meuse), reportage

Il faut voir un poids lourd de légumes déchargé collectivement en trois minutes par une chenille humaine spontanée pour avoir une idée de l’organisation du camp. Rien d’étonnant alors à voir sortir de terre en quelques jours : quatre cantines opérationnelles, des points d’eau potable, deux chapiteaux, des yourtes et structures légères, des toilettes sèches et douches solaires faites maison, un point accueil, un atelier vélos, des panneaux solaires et une éolienne, une boulangerie mobile, un atelier de bricolage, un lieu dédié à l’automédia avec une radio (active), une infirmerie, des bibliothèques, etc. La transformation d’un no man’s land de 7,5 hectares au cœur de la campagne meusienne en une zone autonome temporaire ne doit cependant rien au hasard. Du 1 au 10 août, s’est tenu à Bure ce camp pas comme les autres

Jess*, la cinquantaine pétillante, a longtemps travaillé sur la question de la surveillance généralisée avant de s’investir dans l’organisation en amont du camp d’été. Une organisation montée par le collectif VMC, comme Vladimir, Martine and co, qui doit son nom à Vladimir Martinenko, le conducteur de la déneigeuse qui a percuté, le 20 octobre 2014, l’avion qui transportait Christophe de Margerie, patron du groupe Total.

Jess raconte : « VMC a démarré sur une ligne entre Nancy, Bure, Paris et la Bretagne, croisant une résistance historique contre le nucléaire à celle des comités de soutien à Notre-Dame-des-Landes réunis autour d’idées anti-capitalistes et anti-autoritaires. VMC se veut un trait d’union entre différentes luttes de territoire comme Notre-Dame-des-Landes, No Tav (TGV Lyon-Turin), Roybon, Sivens, Hambach et bien d’autres. Depuis 2014, il y a eu des réunions inter-régionales et inter-comités puis des rencontres régulières à Bure à partir de janvier."

S’inscrire dans une lutte déjà ancrée

Forte de l’expérience de Sivens où l’Etat a pu, avec l’aide de milices pro-barrages, monter la population contre les opposants au projet imposé, la stratégie de VMC était de s’inscrire dans l’histoire d’une lutte déjà ancienne, avec les personnes concernées directement par l’annexion nucléaire du territoire. Et c’est en faisant du porte à porte que se sont faites les présentations.

Fernande*, 26 ans, est venue de Paris armée de son énergie et de ses bombes de peinture. La graffeuse a redécoré l’extérieur de l’ancienne gare de Luméville-en-Barrois, un bâtiment en cours de rénovation en plein cœur du campement. "J’avais entendu parler de Bure par le biais de mes activités militantes auprès des migrants à Paris. Grâce à des rencontres, j’ai eu envie de participer aux chantiers collectifs de préparation de camp. On est allé à la rencontre des habitants des villages alentours. Ils étaient plutôt ouverts à la discussion, souvent heureux de pouvoir parler d’un sujet qui divise." Et si les nouveaux venus ont été globalement bien reçus et souvent aidés, John, cheville ouvrière du mouvement, reconnait avoir rencontré "pas mal de résignation et de fatalisme".

Mais pour les opposants déclarés à Cigéo, le projet d’enfouissement des déchets nucléaires, cet apport de sang neuf est vu comme un espoir. Claude Kaiser, de l’association La Graine, est un « historique » de la lutte à Bure. « Ça fait vingt ans qu’on se bat contre ce projet. Pour les vieux militants que nous sommes, ce renouveau représente un grand bol d’air frais et beaucoup d’émotion. Toutes les horreurs du capitalisme sont concentrées dans ce méga projet d’enfouissement. Le seul moyen de s’en sortir est d’instaurer un réel rapport de force, et il recommence à se structurer, aussi grâce à ce camp qui mobilise bien au-delà de notre territoire. »

Pour Corinne, de l’association Bure Stop 55 : « Depuis le boycott du débat public en 2013, la mobilisation locale se réveille, avec l’action de dizaines d’associations qui travaillent ensemble. Les paysans sont mécontents, et les opposants comme VMC sont bien acceptés. »

Et la prise du ciment des liens se fait dans les deux sens : « On se sent d’autant plus impliqués dans une lutte et ses enjeux qu’on a la possibilité de les découvrir sur place », souligne John. Un préalable qui lui semble « nécessaire afin d’ancrer un fort soutien à la lutte, ici, dans les mois et les années à venir ». Car les graines semées à Bure ont vocation à faire naitre des racines, même s’il n’y a pas lieu de parler de ZAD, n’en déplaise aux médias locaux et nationaux qui ont focalisé à l’unisson sur cette question.

Lors de l’AG (assemblée générale) d’ouverture, une personne présentant les objectifs du camp le soulignait : « Chaque lutte est singulière. Il ne s’agit pas d’une stratégie d’occupation [le camp est d’ailleurs sur un terrain privé, Ndlr], car si c’était le cas il faudrait occuper l’ensemble des départements de Meuse et de Haute-Marne où les installations nucléaires se multiplient. Il s’agit de réfléchir autrement, et c’est là un des enjeux de ces dix jours. »

Questionner et enrichir les pratiques

Une réflexion menée à travers un intense programme autour de Cigéo : la présentation du contexte et des enjeux a ainsi réuni plus de 200 personnes sous chapiteau, et les ballades quotidiennes dans les environs de l’ANDRA (Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs), à pied ou à vélo, par 36°C quelquefois, ont permis à chacun de découvrir le territoire et une partie de l’ampleur du projet nucléaire.

Le camp s’est délocalisé à plusieurs reprises, avec la tenue de picnics dans les communes alentours, ainsi qu’une discussion organisée à Bonnet, un village voisin, sur la question du foncier, avec des agriculteurs du collectif COPAIN 44 (Collectif des Organisations Professionnelles Agricoles INdignées par le projet d’aéroport) de NDDL. Et l’assemblée antinucléaire en fin de semaine a permis de rappeler, par la voix d’un militant excédé, que « les malfaiteurs en bande organisée sont bien les lobbies qui créent ces projets mortifères. Il faut remettre les choses à leur juste place, porter haut et fort notre message et notre action. »

Agir sur le transport des matières radioactives, les flux ou encore les sous-traitants dont dépendent des structures comme l’ANDRA ? Si ces idées émises semblaient faire consensus, elles n’ont cependant pas suffi à dépasser les éternelles dissensions autour des différences de mode d’action. Ni de parer à un « manque de stratégie générale et collective sur le nucléaire », déploré lors de cette même AG.

Ces dix jours avaient également pour but de permettre aux activistes de questionner leurs pratiques et de les enrichir, à travers une grande diversité d’ateliers, comme cette initiation à l’escalade militante, proposée par Cécile. Si la pétulante jeune femme est experte en blocages de convois de matières radioactives, elle aime aussi se suspendre à 80 mètres du sol pour poser une banderole revendicative comme à Francfort lors de l’inauguration de la BCE : « J’habite à Luneburg en Allemagne. Je pratique la grimpe depuis quinze ans, et c’est un moyen simple mais très efficace pour des blocages de routes, de rails, d’entrées d’entreprises, de lieux de pouvoir. Ces formes d’actions directes permettent facilement de faire passer un message politique, avec un certain aspect ludique. Dans ce camp comme dans d’autres, j’essaie de transmettre mon savoir et le virus de l’escalade. » Une démonstration a ainsi pu être faite lors de l’installation d’une banderole devant un bâtiment de l’Andra ou de drapeaux antinucléaires posés au sommet de lampadaires rutilants dans le village de Bonnet.

Mais l’enjeu des débats et discussions était aussi de dépasser les lisières des luttes locales, pour s’ouvrir sur les mobilisations internationales, comme sur la question des frontières et des réfugiés, ou sur la très prochaine Cop 21, « au cours de laquelle on vise à réintroduire une dimension sociale qui a été complètement éludée au profit de la dimension environnementale », se désole John.

Ces questions, et bien d’autres, développées lors d’assemblées quotidiennes, ont permis de faire émerger certaines thématiques transversales comme notamment la pratique de l’occupation ou les violences policières. Une présence des force de l’ordre somme toute assez discrète lors de ce camp, malgré quelques coups de pression et une surveillance aérienne assidue nourrissant des banques de données sensibles à usage répressif. Le paradoxe et le danger de cette répression façon « miroir sans tain », qui voit mais n’est pas vue : une prise de pouvoir via des projections mentales qui ne sont que des suppositions mais peuvent conduire à une forme d’autocensure collective, comme on a pu le voir lors de certaines actions menées à Bure.

« Ni côte de bœuf, ni bottes de keufs »

Créer du commun aux croisements de luttes anti-capitalistes ? Un défi ambitieux, en partie relevé grâce la gestion collective du quotidien. L’autogestion à l’épreuve de la réalité, c’est une sorte de grouillement ordonné par une organisation drastique qui se veut horizontale. Chaque matin, tous les participants, invités à se rassembler en groupes tournants (« l’assemblée des barrios »), se répartissaient les tâches : ravitaillement en eau potable, composition des équipes vaisselle, entretien des toilettes sèches, gestion des déchets, affichage d’informations... Pas moins d’une vingtaine de commissions (déchets, équipe juridique, automédia, électricité, traduction, sérénité, etc.), permettaient à chacun de s’investir tout au long du camp selon ses envies ou compétences.

Quatre cantines végétariennes et véganes à prix libre se sont relayées pour assurer une joyeuse pitance quotidienne. En provenance de Notre-Dame-des-Landes, la cantine itinérante (rebaptisée pour l’occasion « Pic Nik le Nuk ») a déjà deux ans d’existence. Pour Mat, écumoire géante à la main, « la nourriture, c’est un besoin de base, et les cantines militantes, c’est une façon de faire vivre nos luttes, au propre comme au figuré ». « Ici, le principe, c’est ni côte de bœuf, ni botte de keuf » (comprendre : végétalien et auto organisé), résume un certain « Jean-Boulghour », de la cantine rennaise de la Grande Ourse, et pour qui « assurer la subsistance de 300 à 800 personnes pendant dix jours sur un territoire vierge de toute infrastructure, ça développe la capacité d’organisation ! »

Si le camp a créé des complicités et de jolis moments d’action collective (notamment une promenade nocturne aux flambeaux autour du site de l’Andra ou la mise en scène d’une simulation d’accident nucléaire dans le village de Voix-Vacon), il n’aura en revanche pas forcément permis de sortir d’un certain « entre-soi » militant.

Par ailleurs, le camp étant clairement posé comme anti-autoritaire, certains comportements discriminants (sexistes, racistes, homophobes etc.) ont donné lieu à des discussions animées, et à la création, par exemple, d’un « mur du sexisme », affiché sur l’un des chapiteaux en milieu de semaine et garni quotidiennement de situations discriminantes vues et entendues sur le camp.

Pour l’heure, le collectif VMC « se dissout », pour mieux renaître dans un autre espace-temps. Le camp de cet été ? « Il s’agissait de poser les bases d’un mouvement social et politique permettant de remettre en cause le système capitaliste. Pas un aboutissement, mais plutôt un temps préliminaire à la résistance. » Une résistance à fronts multiples, que le camp de cet été a permis d’ancrer un peu plus du côté de Bure, mais aussi en direction du Bourget cet hiver en vue de la COP 21, ou de nombreux fronts de lutte qui se sont croisés cet été.

* Les prénoms suivis d’un astérisque ont été modifiés.

La 6e Extinction. Comment l’homme détruit la vie Elizabeth Kolbert Reporterre 2015/09/11 Elizabeth Kolbert (11 septembre 2015) La 6e Extinction. Comment l’homme détruit la vie. Reporterre. Nature fr

La 6e Extinction. Comment l’homme détruit la vie

« Une histoire claire et extrêmement complète des extinctions de masse en même temps qu’une merveilleuse évocation de la complexité de la vie. Un livre puissant. » Al Gore

Depuis l’apparition de la vie sur Terre, il y a eu cinq extinctions massives d’espèces. Aujourd’hui, les scientifiques estiment que notre planète est en train de vivre la sixième, la plus dévastatrice depuis la disparition des dinosaures. Mais cette fois, c’est l’homme qui en est la cause.

Pour prendre toute la mesure de ce moment critique, Elizabeth Kolbert a mené une enquête passionnante sur la grande histoire de la vie terrestre, en remontant aux découvertes de Cuvier et Darwin, et sur le péril imminent qui la guette. Des îles du Pacifique jusqu’au Muséum national d’histoire naturelle de Paris en passant par la forêt amazonienne, elle est partie à la rencontre des scientifiques qui enregistrent chaque jour de nouveaux indices d’une réalité implacable.

Avec ce livre majeur, salué dans le monde entier comme un événement, Elizabeth Kolbert signe d’une plume alerte et lumineuse le reportage le plus saisissant sur le sujet. Elle montre que l’humanité ne peut plus ignorer la crise environnementale, au risque de disparaître à son tour.

La 6e Extinction. Comment l’homme détruit la vie, Elizabeth Kolbert, Ed. Vuibert, 352 pages, 21,90 €.

Yann Arthus-Bertrand : « C’est ridicule ce que vous dites » Entretien avec Yann Arthus-Bertrand Reporterre 2015/09/11 Entretien avec Yann Arthus-Bertrand (11 septembre 2015) Yann Arthus-Bertrand : « C’est ridicule ce que vous dites ». Reporterre. Entretien — Culture et idées fr

Yann Arthus-Bertrand : « C’est ridicule ce que vous dites »

Après le succès de Home en 2009, Yann Arthus-Bertrand sort son nouveau film, Human, demain. Reporterre a vu le film - touchant - et a rencontré l’infatigable écolo en hélico. Nos questions lui ont paru bizarres. Bizarre.

A bientôt 70 ans, l’infatigable écolo en hélico ne désarme pas. En 2009, son film Home nous alertait sur l’état de la planète, nous incitant à la protéger. Il aurait été vu par 600 millions de personnes. Avec Human, Yann Arthus-Bertrand se demande pourquoi « on n’arrive toujours pas à vivre ensemble ».

Le résultat est une sélection de témoignages, tous sur le même fond sombre, qui nous parlent de l’amour, de la guerre, de la pauvreté, du bonheur, le tout entrecoupé d’images vues du ciel. Les quarante mêmes questions ont été posées à plus de deux mille personnes dans soixante pays.

La sortie est prévue pour le 12 septembre, avec ensuite une projection devant l’assemblée des Nations Unies, une autre à la Mostra de Venise, une sortie dans les cinémas, et même sur Google. France 2 doit le programmer dans le mois qui vient, puis à partir du 22 septembre, mairies, ONG et associations pourront organiser gratuitement des projections.

A Reporterre, on s’est dit que ce nouveau film événement était l’occasion de rencontrer Yann Arthus-Bertrand, et de tenter de comprendre pourquoi ce personnage consensuel hérisse les poils de beaucoup d’écolos convaincus. Entretien à bâtons rompus.

Reporterre - Pourquoi sortir un film sur l’humain alors qu’à la fin de l’année c’est du climat que l’on parlera, avec la Conférence de Paris ?

Yann Arthus-Bertrand - J’ai assisté à pas mal de COP [« Conference of Parties », c’est-à-dire les conférences de négociation sur le climat de l’ONU, ndlr], je filme la déforestation, la glace qui fond, j’ai fait des films, des émissions télé pour amener des solutions, etc. Je crois qu’on est arrivés au bout de tout ça. Désormais on a besoin de plus d’amour, plus de vivre ensemble, de moins de cynisme et de scepticisme. En fin de compte ça rejoint l’écologie. C’est une façon différente de regarder le cœur des gens, tout simplement.

Votre film, grâce à la force des témoignages, est très touchant. Mais au-delà de l’émotion, quel est le message ?

Le message c’est que c’est toi qui vas changer le monde, personne d’autre. C’est à toi de te sentir humain, c’est à toi d’aimer un peu plus les autres. Faut arrêter de toujours demander aux autres de faire ce que l’on n’a pas envie de faire. C’est ce que dit Gandhi : « Sois toi-même le changement que tu veux voir dans le monde. »

Aujourd’hui je pense que le monde écolo est un monde de combat. Ce n’est pas comme cela que je vois l’écologie. Je la vois beaucoup plus amoureuse, et pleine de bienveillance. On est dans un monde un peu paranoïaque où tout le monde cherche à se bagarrer les uns contre les autres alors qu’on devrait s’aimer un peu plus. J’écoutais la radio hier sur les députés verts et ça m’horripilait, je ne me sens plus en accord avec tout ça.

Parlons de votre engagement écolo. Que pensez-vous de l’énergie nucléaire ?

C’est dépassé cela, avec le nombre de pesticides que l’on met tous les jours dans les champs... Le nucléaire chez les écolos c’est devenu une espèce d’idéologie, je n’ai pas d’avis là-dessus. Je ne suis pas pour le nucléaire mais je ne suis plus autant anti-nucléaire qu’à une époque.

Et à propos du projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes ?

Que veux-tu que je te dise ? On n’a pas besoin d’un autre aéroport. Mais en même temps, est-ce que ça vaut le coup de jeter des parpaings sur la gueule des flics ? Est-ce que ça vaut la vie de quelqu’un ? Non, je ne pense pas.

Vous avez travaillé pour Roland-Garros. En ce moment, il est question de détruire une partie des serres d’Auteuil pour agrandir les cours. Qu’en pensez-vous ?

Je n’ai pas d’avis là-dessus. Je ne connais pas bien le dossier. J’ai vu les serres qu’ils allaient démolir. Ce ne sont que des serres des années 70 qui sont très moches. Je pense que ça aurait été beaucoup plus malin de s’agrandir du côté du périphérique. Mais il y a des choses beaucoup plus importantes à défendre aujourd’hui dans l’écologie que les serres d’Auteuil. Le diesel dans Paris par exemple.

Il y a une espèce d’idéologie écolo, et on reste sur des vieux combats sans être capables de faire ce que l’on doit faire. Cela me désespère. Le changement climatique est en route et on est incapables de réagir.

Il y a une belle mobilisation sur le climat, quand même… Lisez Reporterre ! (par exemple là)

La mobilisation ce n’est pas l’action. Je me souviens au moment de Copenhague, il y a eu une manifestation contre le changement climatique, on devait être deux-cents. Quelques semaines plus tard il y avait des millions de personnes dans la rue pour les retraites. On n’arrive pas à mobiliser, on est dans un déni collectif.

On a besoin d’une révolution. Elle ne sera pas politique, elle ne sera pas scientifique, ce ne sera pas économique non plus, ce sera spirituel. Ce sera par l’éthique et la morale. Le jour où on aura un changement de comportement personnel, ça changera le monde.

En tant qu’écolo cela ne vous pose pas problème d’avoir travaillé pour le Paris-Dakar ou pour Total ?

D’abord à l’époque où je faisais le Paris-Dakar, personne ne parlait d’écologie ou de changement climatique. Il y avait beaucoup d’argent et ça allait à des villages qui ne vivaient que quand la course passait. Aujourd’hui c’est devenu une espèce de machine médiatique, mais en même temps, il n’y avait pas que du mauvais dedans.

Et Total ?

Qu’est-ce que j’ai fait pour Total, dites-moi ?

Des photos pour leur rapport d’activité.

C’est vrai. Je voulais absolument faire la Terre vue du ciel à Bornéo et j’ai volé avec leur hélicoptère, tout simplement.

Vous savez, il faut arrêter cette histoire d’un côté les gentils, d’un côté les méchants. Quand les gens prennent leur bagnole et mettent de l’essence dedans, personne ne se demande d’où vient l’essence. Est-ce qu’elle vient d’Arabie Saoudite, d’Irak, du Nigeria ? Il y a un côté très faux-cul alors que l’on vit avec le pétrole au quotidien. Sans, le monde s’arrête. Alors quelle est la solution, la décroissance ? Oui, d’accord, je suis pour vivre mieux avec moins.

La décroissance suppose-t-elle l’abandon de notre modèle économique capitaliste ?

Je n’ai pas la solution, je ne sais pas. Aujourd’hui tout le monde a une idée sur tout ! Dans mon film, ce que dit le président Mujica, est l’exemple même de ce que l’on doit faire [L’ex-président d’Uruguay explique dans le film que notre société de croissance et de consommation ne nous apportera pas le bonheur – NDLR]. C’est le seul homme politique présent dans mon film d’ailleurs. C’est le seul qui avait un regard intéressant.

Arrêtons de remettre tout le temps la faute sur les autres, sur Total, sur les lobbys, sur le nucléaire. Arrêtons avec ça.

(Il s’agace)

J’aimerais que l’on parle de mon film, s’il vous plaît.

Justement. N’est-il pas contradictoire de prôner la décroissance, mais de financer votre film grâce à la Fondation Bettencourt, fondée par une des plus riches familles de France ?

Pas du tout, au contraire. C’est formidable que la plus riche famille de France finance un film qui prône la décroissance. De toutes façons les films sont financés par des banquiers. D’ailleurs c’est étonnant, je pensais beaucoup me faire attaquer et vous devez être la première personne qui m’en parle. La fille Bettencourt est quelqu’un de très simple qui a envie de faire des choses. Quand je leur ai présenté le film j’étais un petit peu inquiet. Et en fait ils m’ont félicité, ils m’ont embrassé, ils étaient contents.

Mais en acceptant cet argent vous participez au système que vous dénoncez. Ne croyez-vous pas qu’il aurait fallu trouver plutôt trouver des financements alternatifs, par exemple ?

Je ne comprends pas. Je n’allais pas faire un kisskiss bankbank pour faire ce film ! C’est une façon que j’ai de travailler. Le cinéma ça coûte de l’argent et il m’en fallait beaucoup pour faire ce film, voilà. Il faut respecter les gens qui te donnent de l’argent pour faire le film que tu veux sans aucune contrainte, c’est courageux.

Avez-vous compensé carbone la réalisation de Human ?

Oui bien sûr. La compensation carbone est un outil formidable. Elle est toujours attaquée par les écolos et je ne comprends absolument pas. On a pu faire des milliers de fours à biogaz en Inde, je trouve cela vachement bien. Si tous les gens qui prennent l’avion compensaient carbone ça changerait le monde, ça ferait beaucoup d’argent pour lutter contre la déforestation dans les pays du Tiers monde !

Mais la compensation carbone, cela revient à payer plutôt que de changer son mode de vie, non ?

Mais puisqu’on ne change pas nos modes de vie, il vaut mieux payer, non ? C’est ridicule ce que vous dites.

Qu’espérez-vous que les gens vont faire après avoir vu votre film, en sortant de la salle ?

Chacun fait ce qu’il veut avec ce film. Tout à l’heure une journaliste du Pélerin m’a dit qu’en sortant du film elle les a appelées pour se réconcilier avec ses filles. Y’a le gars de France Inter qui m’a dit : « C’est drôle, parce qu’en regardant le film je me suis demandé qu’est-ce que j’ai fait de bien dans ma vie ? » Si ce film amène ces réflexions là, c’est formidable. Libération avait fait une quatrième de couverture en me traitant de nunuche, et c’est quelque chose qui m’avait rendu furieux mais que j’accepte aujourd’hui.

Donc votre film ne porte pas de message politique ?

C’est toi qui le sais. Si tu en trouves un, il y en a un. Si tu n’en vois pas, il n’y en a pas.

- Propos recueillis par Marie Astier

Le site de la COP 21 au Bourget sera énorme... et pas écolo Emilie Massemin (Reporterre) Reporterre 2015/09/11 Emilie Massemin (Reporterre) (11 septembre 2015) Le site de la COP 21 au Bourget sera énorme... et pas écolo. Reporterre. Enquête — Climat : de COP en COP fr

Le site de la COP 21 au Bourget sera énorme... et pas écolo

La conférence sur le climat aura lieu en décembre près de Paris, au Bourget. Un site impressionnant, puisqu’il faudra accueillir plus de 40 000 personnes dans des conditions particulières. Mais pour l’aménager, les solutions les plus respectueuses de l’environnement n’ont pas été retenues, comme le révèle notre enquête.

Comment accueillir 45 000 personnes en préservant le climat ? Pour la France, la COP 21, du 30 novembre au 11 décembre, ne se limite pas à un casse-tête diplomatique – faire s’entendre 196 Etats sur un accord international permettant de limiter le réchauffement climatique. Proposer de bonnes conditions de travail aux quelque 20 000 délégués et représentants d’ONG accrédités tout en aménageant des espaces d’échange et d’animation pour autant d’associatifs, d’entreprises et de simples visiteurs... Le défi logistique pour le pays-hôte est immense.

Fort de ses dix-huit hectares dont 80 000 mètres carrés de halls, le Parc des Expositions Paris le Bourget a été retenu pour recevoir la conférence. 80 000 mètres carrés de structures temporaires supplémentaires devraient y pousser d’ici fin novembre. A l’ouverture de la COP 21, le site sera divisé en trois espaces. Le centre de conférences, réservé aux personnes accréditées, sera géré par l’Organisation des Nations Unies (ONU). Outre deux salles plénières, cœur des négociations, il abritera trente-deux salles de négociations, une salle de presse et des bureaux.

A sa gauche, l’espace Générations Climat offrira à la société civile dix salles de conférence, un auditorium et quelque 10 000 mètres carrés de stands et d’expositions. A sa droite, la Galerie constituera un lieu d’exposition pour les entreprises. La première pierre de cet ouvrage impressionnant sera posée le 5 octobre. Il mobilisera une cinquantaine de prestataires et d’entreprises.

« La forme doit refléter le fond »

Un tel chantier pourra-t-il être écologique ? Pour le gouvernement français, la pression est forte. En tant que présidente de la COP 21, la France entend jouer un rôle moteur dans les négociations. Difficile d’être crédible dans cette fonction si elle accueille les délégations dans des centaines de mètres carrés d’aggloméré et de moquette jetable. « Dans cette conférence, la forme doit refléter le fond », confirme Pierre-Henri Guignard, responsable de l’aménagement du site du Bourget en tant que secrétaire général de la COP 21. Il a présenté l’installation lors de l’événement En avant la COP 21 organisé le 10 septembre à l’Elysée en présence de François Hollande et de l’équipe officielle chargée de la négocation et de l’événement.

Le dossier de presse, remis au début de la matinée, l’atteste : « La France entend donner l’exemple en organisant une conférence éco-responsable fondée sur l’économie circulaire : zéro déchet, zéro gaspillage ; un vaste dispositif de tri ; du papier 100 % recyclé et recyclable ; la priorité donnée aux transports en commun... »

Ecologique... contraint et forcé

Dans une certaine mesure, le secrétariat de la COP 21 n’a pas le choix : les Nations Unies obligent les pays-hôtes à respecter certaines normes environnementales. « Depuis la COP 14, l’ONU impose la neutralité carbone de l’événement : c’est-à-dire la mesure des émissions de gaz à effet de serre et leur compensation ainsi que la publication de ces éléments », lit-on dans un document intitulé Expression des besoins, annexe de l’appel d’offres pour l’aménagement du site du Bourget. Même type de contrainte pour la consommation de papier.

- Télécharger le document, que Reporterre s’est procuré, intitulé "Expression des besoins" :

La préparation de l’écologisation du site de la COP 21 avait bien commencé. L’appel d’offres pour le concept scénographique du site du Bourget a été remporté, en décembre 2015, par une équipe composée des agences Encore Heureux, Construire, Quattrolibri et Elioth, dont la qualité environnementale des projets n’est plus à démontrer. Nicola Delon, architecte et co-fondateur d’Encore Heureux, a par exemple été commissaire de l’exposition Matière Grise sur la réutilisation des déchets dans le bâtiment fin 2014.

Fontaines à eau et compostage

Leur concept était réellement ambitieux sur le plan environnemental. « Nous avons prévu de n’utiliser que des matériaux bio-sourcés, issus de filières renouvelables, explique Nicola Delon. Par exemple, de très grands panneaux de bois massifs qu’on devait rendre au fabricant après la conférence, pour qu’il puisse les remettre en magasin. » Aucun détail n’était laissé au hasard : bouteilles en verre récupérables plutôt que canettes, fontaines à eau et à coca, récupération de la chaleur issue de la cuisson des aliments pour chauffer le site, compostage, forêt de drapeaux avec mâts en bois... « Notre ambition était d’anticiper en amont ce qui en aval aurait pu causer des déchets », complète Julien Dossier, fondateur de Quattrolibri.

Clou du spectacle, une magnifique salle plénière en bois massif, démontable, à très haute performance énergétique. « Elle avait une valeur hautement symbolique, souligne Nicola Delon. Elle serait restée l’endroit où a été signé l’accord de Paris. On devait la réinstaller en Seine-Saint-Denis après la conférence. »

Finalement aux manettes, le leader des foires et salons...

Mas de l’intention à l’action, il y a un fossé. L’appel d’offres est un marché négocié qui prévoit qu’une fois le concept remis, la mission de l’équipe est terminée. Encore Heureux et ses coéquipiers ont bataillé pour être associés au développement du projet et à la maîtrise d’œuvre. En vain. Leur idée a été confiée au leader des foires et salons Jaulin, bénéficiaire d’un accord-cadre qui lui garantit l’exclusivité sur les événements organisés par le ministère des Affaires étrangères, et qui compte dans son portefeuille de clients le Medef, Veolia ou encore Total.

Le concept développé par Encore Heureux et son équipe n’ayant pas valeur de cahier des charges, l’entreprise peut le réinterpréter à sa guise. « Au final, on ne sait pas ce qui va être réalisé », déplore Nicola Delon. Même si Pierre-Henri Guignard, interrogé en marge d’une conférence de presse, le 8 septembre, l’assure : « Nous avons retenu l’ensemble des éléments présentés par Encore Heureux. »

Renoncements pour causes budgétaires

Pas vraiment. En mai 2015, le secrétariat général de la COP 21 informe l’équipe qu’il renonce à son projet emblématique de salle plénière démontable. "Il nous a été dit qu’un projet nettement moins onéreux avait été retenu et qu’ils n’avaient pas besoin d’architectes", nous indique Nicola Delon.

« La salle plénière était dans le projet d’Encore Heureux un élément extrêmement prestigieux, très haut de gamme, explique le secrétaire général de la COP 21. Au moment de budgéter cet élément, nous nous somme rendus compte que les entreprises qui nous les proposaient, sur la base précise de la conception d’Encore Heureux, nous faisaient faire une dépense supplémentaire de quatre millions d’euros par rapport à un projet événementiel qui effectivement est moins glamour, mais qui est aussi réutilisable, qui est aussi en bois, 100 % filières françaises, et qui selon nous rentre totalement dans le cahier des charges. »

Cette décision découlerait du resserrement du budget, sachant qu’à l’heure actuelle seul un peu plus de 10 % du budget de la COP 21 est couvert par les entreprises, contre les 20 % espérés.

Mais pour Nicola Delon, l’argument n’est pas recevable : la salle plénière, d’un coût estimé à 6 millions d’euros, était prise en compte dans le budget de 43 millions d’euros élaboré par son équipe – inférieur aux 60 millions imposés.

« Tout cela n’a aucun sens »

Le coût de massue final intervient jeudi 10 septembre, quand une « visite virtuelle » du site est proposée lors de l’événement « En avant la COP 21 ». « C’est sans rapport avec ce que nous avions dessiné, fulmine Nicola Delon. Moquette verte, panneaux à particule [copeaux de bois agglomérés avec de la colle, NDLR], bambous au mois de décembre... Tout cela n’a aucun sens. On n’a retenu qu’une vague inspiration de notre salle plénière, singée avec des sortes de poutres en bois, pas du tout confortable. Nous allons devoir nous désolidariser tout à fait du projet. » Contacté par Reporterre, Jaulin n’a pas souhaité répondre à nos questions en invoquant un mystérieux « droit de réserve ».

Difficile d’estimer la qualité environnementale d’un projet sur une simulation 3D, et de faire à Jaulin un procès d’intention. Nicolas Delon juge que le chantier est mal parti : « On risque d’être éloigné des volontés initiales. »

Décision historique : pour la première fois un agriculteur fait plier Monsanto Lorène Lavocat (Reporterre) Reporterre 2015/09/11 Lorène Lavocat (Reporterre) (11 septembre 2015) Décision historique : pour la première fois un agriculteur fait plier Monsanto. Reporterre. Pesticides fr

Décision historique : pour la première fois un agriculteur fait plier Monsanto

C’est une première en France. Jeudi 10 septembre, la cour d’appel de Lyon a confirmé la condamnation de Monsanto. Le géant de l’agrochimie est reconnu responsable de l’intoxication de Paul François. L’agriculteur souffre depuis plus de dix ans de graves troubles physiques, à cause d’un herbicide très nocif : le Lasso.

« Ouf, ouf, ouf ! » Paul François laisse éclater son soulagement. Après huit ans de combat, la justice lui donne raison. Oui, le pesticide est bien à l’origine de sa longue maladie. Oui, Monsanto connaissait la dangerosité du Lasso et n’a pourtant rien fait. Oui, le géant étasunien est responsable de son calvaire.

Bien sûr, il reste nombre de questions en suspens. La firme va-t-elle se pourvoir en cassation ? Quel sera le montant des indemnisations ? Mais pour le moment, c’est un sentiment de victoire qui prévaut. « C’est une décision exemplaire et historique », répète Maître Lafforgue, l’avocat de la victime. « C’est la première fois en France qu’un fabricant de pesticides est condamné. » A ses côtés, Paul François s’exprime la gorge nouée par l’émotion : « Je suis très fatigué, mais ça valait le coup de se battre. »

Cinq mois d’hospitalisation et des séquelles à vie

Sa vie de céréalier charentais bascule le 27 avril 2004. Alors qu’il vérifie une cuve ayant contenu du Lasso, un herbicide qu’il pulvérise régulièrement sur ses champs de maïs, il inhale des vapeurs toxiques. S’ensuivent malaises, maux de tête violents, absences. Hospitalisé pendant cinq mois, il va de coma en coma, sans comprendre ce qui lui arrive. Il faudra attendre un an et l’intervention du Professeur André Picot pour connaître le coupable : le monochlorobenzène, un solvant hyper nocif entrant à 50 % dans la composition du Lasso.

Là commence un long combat. Contre la Mutuelle sociale agricole d’abord, pour faire reconnaître son intoxication comme maladie professionnelle. Puis contre Monsanto. Car pour Paul François, la firme connaissait les dangers de son produit. La preuve : le Lasso n’est plus vendu au Canada depuis 1985... bien avant son interdiction en France, en novembre 2007.

« Le pot de terre contre le pot de fer »

Le bras de fer judiciaire s’engage, et va se révéler ardu. « C’était du harcèlement quotidien, le côté humain n’existe pas dans leur stratégie », observe, amer, l’agriculteur. La firme va jusqu’à remettre en question sa maladie. Experts et huissiers défilent pour vérifier chacun de ses propos. « C’est comme si l’équipe de foot d’un petit village de campagne faisait un match contre le Barça », estime-t-il.

Mais Paul François ne se laisse pas intimider. Entouré de scientifiques bénévoles qui soutiennent sa cause, appuyé par l’association Phyto-victimes qu’il a co-fondée, il obtient une première victoire en 2012. Le tribunal de grande instance de Lyon reconnaît Monsanto « responsable » de son intoxication. La firme fait appel... mais son pourvoi vient donc d’être rejeté hier.

« Je les vois mal s’arrêter là », soupire le céréalier. Mais l’essentiel est gagné : même si les avocats de l’entreprise se pourvoient en cassation, Paul François en est convaincu, « on ne reviendra pas sur le fond. »

Une décision « historique »

Un combat de David contre Goliath, et une victoire « du pot de terre sur le pot de fer », sourit le céréalier. « C’est la première fois qu’un agriculteur fait condamner Monsanto », note la documentariste Marie-Monique Robin, jointe par l’AFP. Le symbole est fort.

Cette décision vient surtout « ouvrir une brèche importante contre les fabricants », estime Me Lafforgue. Les firmes pourront désormais être tenues responsables des maladies liées aux produits qu’elles vendent. Une quarantaine de cas similaires sont dans les tuyaux de la justice... et des centaines d’agriculteurs vivent avec les séquelles de leur exposition aux pesticides. L’avocat espère donc que la décision de la cour d’appel fera jurisprudence.

Mais le combat de Paul François ne s’arrête pas là. Outre le possible pourvoi en cassation, il reste la question des dédommagements. Me Lafforgue plaide pour la création d’un « fonds d’indemnisation des victimes des pesticides », abondé par les firmes agrochimiques, sur le modèle du fonds pour les victimes de l’amiante (Fiva). Mais comment estimer les dommages subis ? L’agriculteur souffre toujours des séquelles de son intoxication. « Je vis en permanence avec une épée de Damoclès », explique-t-il. « Il y a des jours où je ne peux pas travailler. Et puis qui sait ce qui va m’arriver : cancer, Parkinson... les médecins n’excluent rien. »

Au-delà, Paul François espère que cette victoire accélérera la prise de conscience chez les agriculteurs. « Il faut que notre profession réagisse, qu’on arrête la fuite en avant... Nous avons tous cru dans la chimie, mais il faut un virage de notre modèle agricole. Trop de vies ont été sacrifiées. »

Sauvez les arbres... à Chartres et ailleurs Sandra Renda Reporterre 2015/09/11 Sandra Renda (11 septembre 2015) Sauvez les arbres... à Chartres et ailleurs. Reporterre. Tribune — Nature fr

Sauvez les arbres... à Chartres et ailleurs

Trop de professionnels de la politique ne voient les arbres des villes que comme du mobilier urbain, à abattre s’il faut couler du béton... Exemple à Chartres, où une mobilisation citoyenne tente de sauver les tilleuls de la place du Cygne.

- Sandra Renda est conseillère régionale (EELV) de la Région Centre Val de Loire et conseillère Municipale d’opposition de la ville de Chartres.

Trop de professionnels de la politique ne voient les arbres des villes que comme du mobilier urbain puisque telle est leur définition juridique. D’où la tentation de les abattre pour les remplacer par des jardinières afin d’éviter qu’ils ne grandissent trop et que leurs racines souterraines ne puissent s’étendre sous les espaces publics.

Les arbres sont des êtres vivants mais le conflit entre la ville et l’arbre n’a rien d’inéluctable. Pourtant, on les accuse souvent à tort de tous les maux : obstruction des caniveaux, racines qui nuisent aux réseaux, soulèvement des trottoirs, propagateurs de pollen allergène, ombre aux étages inférieurs des immeubles, feuilles mortes sur lesquelles on glisse et le comble de tout, ils peuvent tomber et menacer la sécurité des personnes ou des voitures. Mais pourtant dès que l’on s’attaque à eux, nous nous mobilisons pour les défendre !

C’est cet élan citoyen rempli de générosité pour sauver les seize tilleuls de la place du cygne à Chartres qui m’a incitée à mobiliser tous les amoureux de notre patrimoine naturel. Ces arbres sont destinés à mourir prématurément pour pouvoir rénover la place en la bitumant. J’ai aussitôt mis en place sur internet une pétition qui en l’espace de quelques semaines a recueilli plus de 2600 signatures et plus de 1050 signatures papier.

Enjeu de santé publique

L’arbre est un véritable enjeu de santé publique. Il purifie l’air que nous respirons en absorbant le gaz carbonique, CO2, ce gaz qui pollue notre atmosphère et joue le rôle dominant dans le réchauffement climatique par « effet de serre ».

A trois mois de la conférence mondiale sur le climat (COP 21) qui se tiendra à Paris avec tous les chefs d’Etat internationaux, la ville de Chartres a décidé d’abattre seize tilleuls en bonne santé ! Mais rassurez-vous, la municipalité va replanter à leur place dix arbustes...

Je pense aussi aux riverains de cette place du cygne pour lesquels les tilleuls ont une autre fonction que la captation du CO2. Ces arbres servent de brise vent, atténuent les bruits de la rue, assèchent les vieux murs, les sous-sols et les caves humides.

Je pense aussi aux commerçants et restaurateurs de cette place qui grâce à la fraîcheur et l’ombre de ces tilleuls voient passer de nombreuses personnes, clients, passants, amoureux, flâneurs, piétons, pour animer l’âme de ce poumon vert central.

Alors on replante des arbres dans le Sahara pour freiner l’avancer du sable, on plante des acacias en Afrique pour faire de l’ombre sur les cultures et profiter des nodules d’azote que l’arbre fabrique dans ses racines, on entretient la forêt en France depuis Colbert qui avait bien compris qu’un pays sans arbre est un corps mort, mais à Chartres on coupe les arbres car ils dérangent le projet minéral d’un maire qui ne fait que passer.

Être colbertiste c’est croire en son territoire en le valorisant dans ce qu’il a de plus prometteur. Les pierres qui roulent n’amassent pas mousse, les arbres qui poussent nous aident à rendre la justice, à nous percher, à nous élever, à nous faire regarder vers le ciel. Certains disent que les branchent sont ce lien racinaire qui s’élève vers les cieux, vers les projets. Vouloir couper un arbre c’est imaginer s’attaquer à ce que nous avons de plus sensible, de plus prometteur, nos rêves.

« Les habitants de cette planète ne sont pas faits pour vivre en étant toujours plus envahis par le ciment, l’asphalte, le verre et les métaux, privés du contact physique avec la nature », nous a rappelé le Pape François dans son encyclique Laudato si !

Si vous aussi vous voulez sauver les tilleuls de la place du Cygne, vous pouvez signer la pétition ici.

« Les divergences entre écologistes et communistes ne sont pas insurmontables » Entretien avec Caroline De Haas Reporterre 2015/09/12 Entretien avec Caroline De Haas (12 septembre 2015) « Les divergences entre écologistes et communistes ne sont pas insurmontables ». Reporterre. Entretien — Politique fr

« Les divergences entre écologistes et communistes ne sont pas insurmontables »

Et si communistes et écologistes travaillaient ensemble ? Et si le fossé qui les sépare n’était pas infranchissable ? C’est l’idée lancée par Caroline de Haas, militante féministe. Elle prône l’alliance de la gauche pour sortir du marasme actuel. Une idée à réfléchir, alors que la Fête de l’Humanité bat son plein ce week-end.

« J’y vais, s’ils se mettent ensemble. » Sollicitée par plusieurs formations politiques pour être candidate sur les listes aux prochaines élections régionales de décembre, Caroline De Haas s’y refuse pour l’instant. L’ancienne porte-parole d’Osez le féminisme, devenue conseillère de Benoît Hamon quand celui-ci était porte-parole du PS, veut préparer l’avenir. Celle qui a quitté le Parti Socialiste l’année dernière et monté, depuis, le mouvement des Chantiers d’espoir s’en justifie pour Reporterre : « Il n’y aura pas de retour de la gauche au pouvoir en 2017 autrement que par une liste commune. »

Reporterre - Pour les régionales en Île-de-France, vous appelez à une union des écologistes et des communistes dans une liste rassemblant l’ensemble des forces du Front de gauche, de Nouvelle Donne et des autres mouvements citoyens concernés. Pourquoi ?

Caroline De Haas - Pour deux raisons. D’abord parce que tous ces gens-là disent peu ou prou la même chose. Il y a évidemment des débats et des divergences comme dans n’importe quelle organisation politique, mais globalement, ça se rejoint. On porte le même projet pour une région à taille humaine, proche des gens. Donc je trouve idiot de dépenser de l’énergie, du temps et de l’argent à aller faire trois ou quatre campagnes différentes pour défendre la même orientation politique.

Et puis ces élections régionales représentent le dernier coche avant les présidentielles. Je ne vois pas comment, en 2017, on pourrait sortir la tête de l’eau en proposant une alternative crédible si on présente dix, cinq ou même deux candidats différents qui raconteraient la même chose. Pour moi, il faut une candidature unique en 2017. Les régionales en sont pour moi une première étape décisive.

Peut-être que la vision est plus partagée sur les compétences régionales, mais sur des sujets aussi importants que l’énergie – et notamment le nucléaire – la décentralisation ou l’Europe, les écologistes et les communistes n’ont pas le même corpus d’idées a priori…

Mais la dynamique de convergence se crée. Le Parti Communiste est en train d’évoluer sur le nucléaire, les lignes bougent. Pourquoi ? Parce qu’on milite ensemble. C’est ce que j’ai appris à l’UNEF [syndicat étudiant, ndlr], où certains étaient très politiques et d’autres non, et où l’arc politique allait de la frange droite du Parti socialiste au Nouveau parti anticapitaliste. Comment faisait-on ? On créait de la convergence parce qu’on créait du contenu politique. Ne pas militer ensemble, au contraire, c’est créer de la divergence.

Les divergences que vous citez ne sont pas insurmontables. On peut trouver un compromis et créer de la convergence, car il y a une matrice générale : la répartition des richesses, la préservation d’un écosystème qui nous permette de vivre avec les générations futures, les libertés sur le numérique… Autant de fondamentaux sur lesquels les Verts et le PC sont d’accord.

Et puis, François Hollande a quand même réussi à faire un gouvernement avec Benoît Hamon et Manuel Valls, qui ne partagent à peu près rien. Les compromis politiques pour prendre le pouvoir, on est capable de les faire.

Mais sur la question européenne, Jean-Luc Mélenchon et Cécile Duflot se sont quand même invectivés ces derniers mois !

Ils ont certes tous les deux des positions très fortes sur l’Europe. Mais j’ai le sentiment que les anathèmes échangés relevaient plus de la mise en scène que d’un vrai désaccord politique. Si on les mettait autour d’une table, on trouverait des points d’accord plus importants. Tout simplement parce qu’ils veulent tous deux transformer l’Europe ! Duflot le redit dans son nouveau livre : elle n’est pas euro-béate, elle appelle à une transformation de l’Europe, qui n’est pas par essence libérale. Son adversaire, c’est Merkel – et c’est la différence avec Mélenchon qui désigne l’Allemagne, ce qui est peut-être une erreur puisque les gens y voient un relent anti-allemand, alors qu’en fait, c’est le même adversaire qui est visé !

Alors pourquoi cela ne marche pas en Île-de-France, là où d’autres régions ont d’ailleurs lancé des listes communes avec ces mêmes partis ?

Parce qu’Emmanuelle Cosse ne veut pas. En Île-de-France, le Front de gauche a proposé à Emmanuelle Cosse de faire liste commune, Eric Coquerel l’a redit encore cette semaine : il n’y a aucun prérequis, pas même la tête de liste ! Mais Emmanuelle Cosse ne veut pas. Pourquoi ? Parce qu’elle pense qu’une telle alliance va « gauchir » sa liste. Par contre, pour faire une liste avec Corinne Lepage… Qu’on me théorise qu’on n’est pas capable de s’allier avec le PC alors qu’on est capable de s’allier avec Cap 21, pour moi, c’est une aberration stratégique de la part d’EELV.

C’est-à-dire ?

Il faut rassembler la gauche et présenter une liste commune avec ceux qui la représentent aujourd’hui : le Front de gauche, EELV, Nouvelle Donne et tous les mouvements citoyens qui se préoccupent de la préservation de l’environnement, ceux qui sont pour la rupture avec le capitalisme ainsi que tous les gens qui veulent faire la politique « autrement » - je dirais plutôt ceux qui veulent pratiquer la politique conformément à la manière dont on la défend. Tout cela étant lié, à mon avis, par les questions économiques et sociales qui nous rassemblent globalement. Tous ces gens-là devraient être ensemble.

Emmanuelle Cosse, elle, pense que l’écologie doit rester une force autonome, capable de rassembler la droite et la gauche, parce que l’écologie transcende ces clivages-là. Je suis en radical désaccord. C’est comme si aujourd’hui, je faisais un parti féministe en expliquant qu’il n’est ni de droite ni de gauche et qu’il dépasse les clivages. Non. Il y a des féministes de droite et des féministes de gauche, et on n’est pas d’accord. Certes, on se décrit féministe – tout comme Corinne Lepage se dit écolo de la même manière que Cécile Duflot – mais cela n’empêche pas d’avoir des clivages plus profonds. Comme il y en a qui peuvent se dire républicains à gauche et d’autres républicains à droite. Et il y en a qui sont pour le mariage pour tous à gauche, et d’autres à droite, et pour autant, ils ne défendent pas la même politique. Et Marine Le Pen a aussi voté « non » à la Constitution européenne en 2005 : on s’oppose sur tout, et pourtant on a eu le même vote.

Les problèmes ne viennent pas non plus que d’EELV : il y a des tensions importantes entre Pierre Laurent et Jean-Luc Mélenchon, Nouvelle Donne a perdu une grosse partie de son contingent… Pourquoi l’union de la gauche paraît-elle si compliquée ?

Il y a des histoires d’appareils, de rapports de force en interne, de désaccords dans la stratégie et parfois des histoires personnelles – ce qui peut se comprendre et je le respecte, la politique, c’est difficile, c’est aussi des histoires de confiance. Mais le vrai problème, c’est la présidentielle. Ça rend fou, c’est un problème inhérent à la Ve République. Et je suis tout à fait d’accord qu’il faut passer à la VIe, mais en attendant, il faut qu’on m’explique comment on y passe si on n’est pas président de la République. Or pour ça, il faut se présenter aux élections présidentielles avec une stratégie qui envisage de gagner, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.

Mélenchon, Laurent, Autain, Duflot, Coquerel, Larrouturou : il n’y en a aucun qui franchit une ligne jaune sur le droit à l’avortement, l’homophobie, la répartition des richesses, le réchauffement climatique, le racisme, etc. Ils sont tous à l’intérieur du cercle sur lequel on peut créer du consensus, mais ils n’en créent pas, car ils ne font pas de politique ensemble. S’ils n’y arrivent pas, c’est qu’ils n’ont pas envie de le faire. Dans l’Histoire, on a fait le Conseil national de la résistance, on a fait le Front Populaire, et en 1981, on a fait l’alliance du PC et du PS alors que cela paraissait impossible. Des exemples, il y en a. Donc si on n’y arrive pas, c’est que certains ne veulent profondément pas l’alliance.

Mais les bases militantes y sont-elles prêtes ? Les militants communistes ont-ils par exemple envie de s’allier avec les écologistes ?

Je ne sais pas, mais tout ça est une question de dynamique. La politique, ça bouge, et le but n’est pas d’attendre que tout le monde soit prêt. Sinon, qu’est-ce qu’on fait ? On fait quoi face aux sondages qui disent que les Français ne veulent pas accueillir de migrants ? Il y a vingt ans, les Français se fichaient bien de la sécurité routière. Qu’est-ce qu’on a fait ? On a fait changer les mentalités sur le sujet. Comme on l’a fait sur le changement climatique, sur le féminisme, etc.

Justifier le refus d’une alliance sur la base de sondages, je trouve ça grave. C’est l’abandon de toute idée de bataille politique, de bataille culturelle, de bataille de convictions. On ne peut pas prendre la société telle qu’elle est et faire la politique en fonction de ça. Au contraire. C’est d’ailleurs la grande erreur de François Hollande : il a abandonné toute possibilité de transformer le niveau de conscience vers la gauche. Il fait même exactement le contraire quand il parle de ras-le-bol fiscal, de libération des entreprises…

On fait de la politique pour transformer la vie des gens, et si on s’en donne les moyens, la politique peut le faire. La preuve, quand aujourd’hui on vote la loi Macron, on change la vie des gens. Mais pas dans le bon sens…

- Propos recueillis par Barnabé Binctin

Carton des rues, deviens livre ! La magique aventure d’Eloïsa Cartonera Pascale Solana et Gaïa Mugler (Reporterre) Reporterre 2015/09/12 Pascale Solana et Gaïa Mugler (Reporterre) (12 septembre 2015) Carton des rues, deviens livre ! La magique aventure d’Eloïsa Cartonera. Reporterre. Culture et idées fr

Carton des rues, deviens livre ! La magique aventure d’Eloïsa Cartonera

Ecologiste et recycleuse, une petite coopérative d’édition fabrique depuis douze ans des livres à la main et avec le carton des cartoneros, à Buenos-Aires, dans le quartier populaire de la Boca. Créée durant la crise des années 2000, Eloïsa cartonera est une initiative originale qui fait des émules.

- Buenos Aires, reportage

Du quartier populaire de la Boca à Buenos Aires, berceau du tango dit-on, c’est le pâté de maisons en tôles colorées, souvenir du temps où les immigrés du vieux Monde noyaient leur nostalgie dans la danse, que l’on visite. Jarret tendu, le touriste prend la pause sous l’effigie du Gardel et quand le jour décline, il file loin, comme le lui recommandent les guides de voyage. Il ignore l’habitat ordinaire du quartier, baraquements enkystés sous les bretelles de rocades, les immeubles en barres, les maisons délabrées ou la rivière polluée (Riachuelo-Matanza) qui se jette dans la « bouche » (la boca en espagnol).

Pourtant, le Guide Tao Argentine, volume d’une collection originale pour « voyager autrement » « à la rencontre des Argentins et dans le respect de la nature », l’invite à pousser la curiosité jusqu’à Eloïse Cartonera, à deux pas du tumulteux stade de la Boca. Invitation acceptée.

Les cartoneros de Buenos Aires

Il s’agit d’une petite coopérative d’édition originale à plusieurs égards. Eloïsa Cartonera fabrique des livres à la main avec le carton des cartoneros. Cartoneros ? Souvent victimes de la crise des années 2000, oubliés du développement économique, ce sont les récupérateurs de rue. Des dizaines de milliers de personnes d’aspect plus ou moins misérables que l’on voit s’affairer, au milieu des voitures, sur les trottoirs en journée et surtout le soir lorsque les concierges et les bureaux sortent les poubelles.

Ils remplissent et trainent d’énormes sacs plastifiés équipés de caddy, charriots divers, chevaux, vélos, ou camions pour les plus fortunés. Ils vivent dans les quartiers précaires des banlieues de Buenos Aires et se répartissent les ordures des quartiers de la capitale qu’ils fouillent pour en extirper les matériaux recyclables, carton, papier, plastiques. A leur compte, en famille, voire avec leurs enfants, organisés en coopérative pour beaucoup, ils trient au quotidien des milliers de tonnes de déchets recyclables dont Buenos Aires peine à organiser la collecte : 15 000 tonnes par jour pour 13 millions d’habitants. Un cartonero peut collecter entre 100 et 200 kg d’emballages par nuit (source IWPAR-2011) revendus à des entreprises spécialisées ou au centre de gestion des ordures (CEAMSE).

Pénurie de papier

Eloïsa Cartonera a été créée dans le contexte de crise économique et sociale profonde à la fin des années 90 et au début des années 2000. En 2003, malgré la pénurie de tout, et surtout de papier et de monnaie, une poignée d’amis rêvent de livres. C’est l’époque où les gens en colère manifestent. Sur le pavé se côtoient différentes classes sociales et des mouvements citoyens éclosent. Le petit groupe « découvre » les récupérateurs de rue dont l’activité après avoir été longtemps interdite, redevient légale. L’idée de leur acheter directement du carton et d’en faire des couvertures de livres naît en même temps que la coopérative éditoriale.

En 2015, l’éditeur existe toujours. De l’impression à la vente, cinq coopérateurs font tourner la maison : Alejandro, Miranda, Myriam, Maria et le fondateur. Ce dernier, lui-même écrivain, publie sous le pseudo de Washington Cucurto, une poésie tout en violence et en contrastes, à l’image des inégalités sociales criantes à Buenos Aires.

De pagination modeste, les livres de Eloïsa cartonera sont vendus dans un kiosque sur l’avenue Corriente, l’une des grandes artères du centre de la ville, et aussi sur les foires, les marchés, et dans certaines librairies. « Nous n’avons pas vraiment de planification, nous publions au fur et à mesure des rentrées d’argent », reconnaît Alejandro. Si les photocopies des cahiers intérieurs sont réalisées à l’avance à hauteur de 500 à 2000 exemplaires, les livres-objet avec leurs couvertures de carton ne sont fabriqués qu’en une dizaine d’exemplaires à la fois, parfois moins.

Lorsque Eloïsa Cartonera vend bien, elle refabrique au fur et à mesure des besoins et du temps de chacun, car les sociétaires ont une autre activité rémunératrice. Mais le collectif fait parfois appel à des habitants du quartier comme cette jeune femme avec son bébé venue donner un coup de main. « Elle a cinq enfants ; l’activité lui permet une reconnaissance sociale et un apport économique », explique Alejandro tout en divisant les vieux cartons au format des couvertures.

Les modèles de titres prédécoupés sous forme de masques y sont ensuite peints, puis les cahiers photocopiés sont collés à l’intérieur. En résulte un livret artisanal, unique en son genre. « L’important, c’est moins l’objet-livre que de permettre la lecture à tous. S’il est joli, c’est un plus, mais l’important est la lecture, le livre n’est qu’un moyen, et non une fin », insiste Alejandro.

Un modèle qui se reproduit

En douze ans, la coopérative a publié près de deux-cents titres de littérature latino-américaine, tous genres confondus, roman, poésie, « qu’on ne trouve nulle part ailleurs », précise l’éditeur. Certains titres sont même bilingues, ou intégralement en anglais ou en français. « Les ouvrages partent bien car ils ne sont pas très chers », précise Alejandro. Autour de 20 pesos argentins (environ 2 dollars américain).

D’ordinaire, les cartoneros vendent le carton au kg pour environ 1,5 dollar américain. Les prix fluctuent selon le cours des matières premières secondaires. Eloïsa Cartonera, elle, leur achète à l’unité (la boîte en carton) 0,50 dollar (américain) en moyenne. Tarif plus juste pour les cartoneros selon Alejandro et qui reste intéressant pour le collectif. Chacun y trouve son compte.

Evidemment, le modèle pourra faire sourire des éditeurs traditionnels : il ignore le contrat d’auteurs, ses pratiques économiques sont radicalement différentes du marché européen. Mais malgré le manque et la misère, le petit collectif témoigne d’une vraie créativité et entretient du lien social dans un quartier pauvre. Il a su être fédérateur, autour d’un projet éthique et dans une sorte de joyeuse anarchie où chacun trouve naturellement sa place et une reconnaissance. Socialement intéressant, culturellement productif, écologiquement responsable, le projet fonctionne, bon an mal an, et perdure dans un équilibre sans cesse renouvelé.

Pionnière, selon Alejandro, l’aventure éditoriale a fait des émules en Amérique Latine : « Il existe près de trois-cents projets du même type, estime-t-il, parce que faire des livres en carton ne revient pas cher. » A ceux qui pensent que l’écologie et le social c’est coûteux financièrement et peu productif, Eloïsa Cartonera prouve l’inverse.

Pour aller plus loin

- Découvrez la galerie photos de la coopérative Eloïsa Cartonera.

- Sur les déchets à Buenos Aires : « Trier à Buenos Aires, des coopératives à géométries variables »

Le jardin sans pétrole - Quand les mots s’épanouissent dans les fleurs Christine Laurent (Reporterre) Reporterre 2015/09/12 Christine Laurent (Reporterre) (12 septembre 2015) Le jardin sans pétrole - Quand les mots s’épanouissent dans les fleurs. Reporterre. Jardin sans pétrole fr

Le jardin sans pétrole - Quand les mots s’épanouissent dans les fleurs

Cresson alénois, agastaches au parfum de menthe-réglisse, soucis, roses d’Inde, poacées, eupatoire chanvrine... « Pour un tel inventaire, il faudrait un Prévert. » La fantaisie lexicale traduit toute la richesse du jardin qui, en ce début d’automne, reprend mille formes et mille couleurs.

On a fait une petite halte dans le parc du domaine de Chamarande pour goûter les plats locavores de la « cuisine mobile ». Celle-ci arrive chaque week-end à vélo dans la cour du château depuis son entrepôt situé dans les dépendances.

Aujourd’hui, Anne, la cuisinière, nous fait goûter sa carte, arrosée de vin de cresson et de bière de Seine-et-Marne. Lestés de potage de cresson, terrine de croque-monsieur, flan à la crème et sorbets rhubarbe-fleur de sureau et cerise menthe de Milly la Forêt, nous avons pédalé jusqu’au jardin. Le tapis d’herbes naissantes de la semaine dernière a bien poussé, invitant à la sieste…

Le cresson alénois et les radis sont sortis de terre. La mâche est plus lente à venir. Sur le carré bien propre et enrichi de compost où nous l’avons semée une bosse signale la présence d’une nouvelle galerie de rats taupiers. Jean-Marie en profite pour déplacer le piège sur cette galerie "active". Celle au-travers de laquelle le piège était installé n’a attrapé aucun de ces rongeurs végétariens. Nous n’en voulons qu’un ! Notre objectif est de l’incinérer et de répandre sa cendre dans le potager pour limiter la population du chapardeur.

Cette semaine nous avons encore cueilli des tomates (1 kg), des haricots verts (1 kg), de l’oseille, de la sarriette, du romarin, du thym, de la menthe et de la ciboulette. Les abeilles ont toujours de quoi se nourrir avec les cosmos, les agastaches au parfum de menthe-réglisse, les verveines, les soucis et les roses d’Inde.

Nous poursuivons notre nettoyage autour du potager et plus particulièrement dans et aux abords de la fosse que nous avons creusée (enfin nous, c’est surtout Jean-Marie). Les ronces, le chardon, les picrides et diverses poacées ont envahi cette terre remuée pauvre en humus.

L’eupatoire chanvrine est quand même revenue. Cette vivace est une plante de lisière forestière qui fleurit en été. Elle est déjà passée et ses fleurs rose-mauve virent au brun-brique. J’apprends que cette plante n’est pas comestible mais qu’elle peut constituer un remède très efficace contre la grippe et autres infections virales. Mais Léonie a un projet pour ces longues tiges qui atteignent un mètre. Patiemment, elle les débarrasse des feuilles et des fleurs qui iront dans le compost et les rassemble en bouquet. Avec l’intention d’en faire des décorations pour Noël. Déjà !

Au procès du loup, bergers et éleveurs sont reconnus comme victimes Hervé Kempf (Reporterre) Reporterre 2015/09/14 Hervé Kempf (Reporterre) (14 septembre 2015) Au procès du loup, bergers et éleveurs sont reconnus comme victimes. Reporterre. Reportage — Animaux fr

Au procès du loup, bergers et éleveurs sont reconnus comme victimes

A Florac, au pied des causses affectés par les attaques de loups, le procès du prédateur s’est tenu samedi 12 septembre. Faux procès, mais vrai dans sa procédure et son professionnalisme, qui conclut à reconnaître les bergers comme victimes d’un phénomène naturel qui leur échappe.

- Florac (Lozère), reportage

« Mesdames et messieurs, le tribunal. Veuillez vous lever. » Dans la petite salle du tribunal de Florac, tout le monde se lève à l’appel de la greffière. La Cour s’installe à la tribune : le président, Marcel Lemonde, est en robe rouge, ainsi que le procureur, François-Louis Coste ; les deux assesseurs et les avocats sont en noir.

C’est un procès qui commence, le procès par contumace de Canis lupus, connu sous le nom de Loup, accusé d’avoir dévoré des milliers d’agneaux et de répandre la détresse dans les alpages.

« Toutes les règles seront respectées, explique Marcel Lemonde, ancien président de chambre à la Cour d’appel de Paris, ce sera un vrai procès. Notre but est d’organiser un débat de fond, une réflexion citoyenne, pour faire en sorte que le loup ne mange pas l’agneau sans autre forme de procès, comme dans la fable de La Fontaine ».

Il ne s’agit pas d’une justice d’Etat - l’événement a été préparé depuis plusieurs mois par une équipe au sein de l’association Les Arts au soleil. Alors que le loup répand l’exaspération dans de nombreuses campagnes, des Alpes aux causses d’Aveyron et de Lozère, les organisateurs réunis par l’avocat François Roux ont senti qu’il fallait agir pour débloquer cette situation de plus en plus crispée, où l’on a vu, par exemple, des éleveurs séquestrer le directeur du parc de la Vanoise. Pour aider à dénouer le noeud, ils ont pensé à mettre le loup en accusation, et à le juger. Mais dans les formes exactes d’un procès, qui consiste à écouter équitablement les arguments des deux parties.

Des bergers et des éleveurs se sont portés partie civile. « Je vous demande de reconnaitre que les bergers et les brebis sont les victimes », explique leur avocate, Me Régine Barthelemy. Et elle demande des bracelets électroniques, l’assignation à résidence, l’empêchement du loup d’approcher les victimes, et des conventions de citoyens pour délibérer du problème et trouver la solution.

Un berger, Bernard Grellier, est le premier témoin. Il pratique la transhumance estivale dans les Cévennes, « depuis 41 étés successifs ». Emu, semblant parfois impressionné par le tribunal, il explique « la relation de partenariat » entre le berger et son troupeau, la responsabilité dont le pasteur se sent investi, le stress intense que représentent les attaques de loup, stress pour les brebis comme pour leur gardien. « Comment indemniser la détresse du berger ? Des gens abandonnent l’élevage. Ce n’est pas parce que trois agneaux croqués sont remboursés que cela va changer quoi que ce soit »

José Bové, est l’autre témoin de la partie civile. Il est député européen, mais rappelle qu’il a été éleveur de 1976 à 2009. Il répète la situation de crise du pastoralisme - « des éleveurs mettent la clé sous la porte » -, expliquant que « le loup est la goutte qui fait déborder le vase et fait abandonner le métier ». Selon lui, « l’élevage ovin a été le laboratoire de la la mondialisation agricole ». Pour se faire pardonner la destruction du Rainbow Warrior dans les eaux néo-zélandaises en 1985, le gouvernement français de l’époque a accepté l’ouverture des frontières européennes à la viande d’agneau de Nouvelle Zélande. Peu à peu, les éleveurs français ont été déstabilisés par ces prix beaucoup plus bas que les leurs - on remarquera pendant l’audience qu’il n’y a pas de loup en Nouvelle Zélande : et alors que dans les années 1980, la France couvrait 85 % de sa consommation en viande d’agneau, elle ne le fait plus aujourd’hui que pour 40 %.

« C’est dans ce contexte d’une profession déjà fragilisée qu’est survenu le problème du loup », observe le député écologiste. Mais ce n’est pas pour autant qu’il est secondaire. « L’expansion du loup est-elle une fatalité ? Le loup est-il une espèce menacée ? Non. Donc il faut dire qu’on doit limiter le nombre de ces animaux. La cohabitation ne signifie pas l’expansion », estime-t-il.

La défense du loup a fait citer comme témoins deux scientifiques. Geneviève Carbone, ethnozoologue, a suivi l’affaire du loup depuis qu’en 1993, la présence des premiers représentants de l’espèce a été officiellement détectée en France. Elle a travaillé avec des éleveurs, et témoigne elle aussi de leur « détresse » face aux attaques du prédateur. Mais pour elle, l’expansion du loup est un phénomène naturel : « Le loup ne dépend pas des troupeaux de moutons pour son alimentation, mais des populations d’ongulés sauvages. Il se répand parce qu’il y a davantage d’ongulés sauvages », tels que cerfs ou chevreuils. On compterait en France 50 000 chevreuils « surnuméraires ». Dès lors, l’expansion du loup serait inévitable, à moins que l’on parvienne à réduire le nombre des ongulés.

Mme Carbone estime que les attaques de loup sont gérables : « Il n’est pas possible d’empêcher totalement une attaque. L’enjeu est d’empêcher la reproduction des attaques » sachant qu’un loup qui aura échoué dans une telle entreprise ne reviendra pas sur le troupeau. La meilleure solution, dit-elle, est « la présence humaine indispensable. Une personne seule ne peut tout gérer dans un troupeau ».

Elle ouvre aussi la discussion sur un plan plus philosophique : « Nous, les humains, ne sommes pas seuls à occuper notre planète. On occupe tout l’espace disponible. Où vont les espèces si on ne leur laisse pas d’espace ? »

Avec des arguments différents, le géographe Farid Benhammou, chercheur sur le loup et sur l’ours, va dans le même sens que Mme Carbone. Reprenant le thème de la crise du pastoralisme, il a souligné qu’« il y a beaucoup de territoires en France où il y a une crise de l’élevage et où il n’y a pas de loups. Le loup est-il le facteur principal de la disparition des élevages ? Non. » Le chercheur recommande le financement par les pouvoirs publics d’aides-bergers.

Après les témoignages venait le temps des plaidoiries. Me Barthelemy redit que le loup n’est plus une espèce en danger d’extinction. Evoquant la possibilité que, sous la pression du loup, des bergers abandonnent leur métier en grand nombre, et que les brebis passent de plus en plus leur vie dans des bergeries closes, elle interroge : « Quelle agriculture veut-on ? Celle des fermes-usines de mille vaches où les loups ne peuvent pas venir ? Ceux qui défendent l’éco-pastoralisme, qui montent la draille [chemin de transhumance en montagne], qui soignent les animaux, qui produisent l’alimentation naturelle - n’est-ce pas dans cette façon de vivre qu’il y a de la biodiversité et de l’écologie ? » Et rappelant la requête de la partie civile, elle conclut : « Je vous demande de reconnaître que les bergeries et les brebis sont les victimes, je plaide que l’on nous entende. »

Le procureur François-Louis Coste - son rôle est de représenter la société - rappelle de son côté ce que disent les textes législatifs en vigueur. Comme le loup avait disparu de France depuis la fin du XIXe siècle, le pays a signé sans y penser la Convention de Berne sur la préservation de la vie sauvage, qui est entrée en vigueur en France en 1990. Quant à la Directive européenne sur la protection des Habitats naturels (incluant le loup dans son annexe 4), elle est adoptée en 1992. Peu après, en 1993, les premiers loups sont de retour dans le pays. Quelles sont les conséquences de ces textes ? Que l’Etat doit compenser les dommages causés par le loup, et veiller par ailleurs à la protection des équilibres.

A partir de ce rappel, M. Coste souligne sur le coût économique de toute l’affaire - même si le nombre de brebis dévorées par les loups a baissé, de 5539 en 2014 à 4 726 en 2015 - et finit par requérir « contre l’idole ultime devant laquelle je refuse de m’incliner, l’idole lupine », proposant de reléguer le loup dans l’île du Diable. C’est dans cette île que le capitaine Dreyfus avait été exilé plusieurs années.

La dernière parole revient à la défense, et Me Gérard Christol, dans une plaidoirie décousue mais théâtrale, déroule deux idées : « Il y a des espaces où les bergers ne vivront plus comme avant, le loup est revenu, une espèce est là, il faut cohabiter ». Il juge « suffisantes » les mesures déjà prises par l’Etat. Et par ailleurs, chasser le loup du pays serait selon lui rechercher un risque zéro : « Toute tentative d’éradiquer le mal est dangereux. Les sociétés qui vivent sont celles qui se confrontent à la mort. »

Que va décider la Cour ? Elle se retire pour délibérer. Toute la journée, le nombreux public, qui a suivi l’audience dans le tribunal, mais aussi dans plusieurs salles où elle est retransmise en vidéo par Télé Draille, attend avec fébrilité, alors que la pluie redouble d’intensité sur la ville. Au bout d’une heure, on s’amasse dans le tribunal ou à ses abords.

La Cour reprend place. Et va rendre ce qui n’est pas un verdict, mais un avis et une invitation à continuer le débat. Marcel Lemonde explique : « Un procès n’est pas un outil de condamnation. C’est le lieu de la contradiction. L’essentiel est que chacun ait entendu les arguments de l’autre. » Et il souligne ce qui lui parait ressortir du procès : - "Les bergers sont les victimes ; - les mesures prises sont insuffisantes et inadéquates ; - une société qui chercherait un risque zéro serait sur une pente dangereuse…". Et parce qu’avec sagesse, il sait qu’il serait prématuré de prononcer un jugement dans un tel cadre, il ne donne pas de verdict et lève la séance dans un tonnerre d’applaudissements.

- Télécharger la conclusion du président Lemonde :

Belle journée, beau procès. A-t-il épuisé la question ? Non, mais un verrou bloqué parait avoir sauté, éleveurs et défenseurs du loup semblent pouvoir se reparler. Il faudra aller plus loin, peut-être sous forme d’une conférence de citoyens comme il a été évoqué. Et ne pas laisser bergers et troupeaux sans défense. Mais peut-être des humains plus nombreux en montagne seraient-ils plus efficaces que les fusils.

Le climat est notre affaire Attac Reporterre 2015/09/14 Attac (14 septembre 2015) Le climat est notre affaire. Reporterre. fr

Le climat est notre affaire

Les bouleversements climatiques, désormais ressentis partout et par chacun, ont un sens politique et éthique considérable : la perpétuation de la vie sur la Terre ne va plus de soi. Nos sociétés ont cru pouvoir s’affranchir des limites naturelles, et le capitalisme ne sait prospérer qu’en soumettant la nature et les humains aux exigences du profit et de la croissance.

Alors que les négociations internationales s’enlisent, le climat est devenu l’affaire des lobbies techno-industriels et financiers. Il est temps de désigner les responsables et de s’attaquer à leur pouvoir : multinationales des énergies fossiles et des industries minières, gouvernements adorateurs du libre-échange et de la concurrence, fanatiques de la croissance et d’un consumérisme reposant sur des inégalités insupportables, savants fous de la géo-ingénierie et de la bio-ingénierie, liquidateurs des biens communs fondés sur un usage sobre des ressources.

Ce livre propose surtout une cartographie des acteurs et des chemins vers les ruptures nécessaires à une transition démocratique. L’urgence appelle un sursaut de conscience, l’abandon sans regret d’un monde étriqué et mortifère, un engagement dans des actions de résistance et de désobéissance radicale et non violente, l’extension des pratiques alternatives. Tel est le sens du mouvement pour la justice climatique, qui doit devenir notre affaire à tous

Le climat est notre affaire, Attac, Ed. Les Liens qui libèrent, 8.50 €, Disponible également en version numérique (5.99 €).

Avec le traité TAFTA, la volonté des entreprises remplacera celle des peuples Yannick Jadot Reporterre 2015/09/14 Yannick Jadot (14 septembre 2015) Avec le traité TAFTA, la volonté des entreprises remplacera celle des peuples. Reporterre. Tribune — Traités de libre-échange fr

Avec le traité TAFTA, la volonté des entreprises remplacera celle des peuples

Le député écologiste européen Yannick Jadot tire la sonnette d’alarme sur la Traité transatlantique et rappelle ce qui en est l’essence première : un grand recul démocratique, « la régulation imposée par les multinationales en lieu et place de la régulation démocratique ! »

Yannick Jadot est député européen (EELV), vice-président de la commission du commerce international. Il vient de publier Climat : la guerre de l’ombre

Si le précepte gandhien « la fin est dans les moyens comme l’arbre est dans la graine » devait se vérifier sur le traité de libre-échange transatlantique, alors on peut légitimement affirmer que cette négociation se traduira par un véritable trou noir démocratique.

Transférer notre souveraineté aux multinationales

Lancées à l’été 2013, les négociations commerciales entre l’Union européenne et les Etats-Unis ne portent que marginalement sur les échanges de biens et services car, à l’exception de quelques secteurs (heureusement l’agriculture), le libre-échange est déjà la règle. L’objectif de ce traité est d’harmoniser les normes entre les deux rives de l’Atlantique. Objectif louable s’il devait se limiter à la taille des rétroviseurs dans l’automobile ou à la suppression de procédures administratives inutiles. Mais les normes et les règles visées par ces négociations relèvent souvent de choix de société construits démocratiquement, depuis les services publics jusqu’au principe de précaution.

Vise-t-on dès lors à construire un partenariat sur les normes les plus élevées en matière de lutte contre le dérèglement climatique, de protection des salariés, de la santé et des données personnelles, d’accès à l’eau ou à l’éducation, en matière de lutte contre les paradis fiscaux et de supervision bancaire et financière ? Vise-t-on à stopper les yoyos des taux de change ou à peser ensemble dans les enceintes multilatérales chargées de réguler les désordres du monde ou de définir des modes de développement qui respectent les femmes, les hommes et la nature ?

Rien de tout cela n’est à l’agenda des négociations. Loin de redonner du pouvoir aux citoyens et aux instances démocratiques, le TAFTA a pour but de transférer un peu plus de notre souveraineté aux firmes multinationales afin de faciliter leur business et leur emprise sur nos sociétés.

Parodie de démocratie

Comment s’étonner d’un tel agenda quand on sait la prégnance des multinationales en amont et dans les négociations, alors même que le grand public et la société civile doivent se contenter de miettes d’information et de considération : mandat de négociation inaccessible au grand public pendant seize mois, initiative citoyenne européenne contre le TAFTA (signée par plus de deux millions de personnes) rejetée, opposition aux tribunaux privés d’arbitrage (via la consultation publique) ignorée. Voilà la réalité du traitement réservé aux citoyens.

Si, sous la pression de la société civile, la Commission européenne diffuse dorénavant certains documents de position, on est encore loin du compte. Ainsi les documents de négociation sur lesquels Européens et Américains se mettent d’accord, ceux qui disent la réalité des compromis passés, ne sont accessibles en Europe qu’à quelques dizaines de personnes et dans des conditions rocambolesques. Un ministre du commerce européen voulant y accéder doit se rendre… à l’ambassade des Etats-Unis ! Quant aux eurodéputés, seuls une vingtaine y ont accès, dans des salles de lecture surveillées, sans équipe pour analyser les milliers de pages de texte juridique et sans pouvoir rien en dire à l’extérieur. Une parodie de démocratie !

Loin des préceptes gandhiens, la Commission européenne et l’administration américaine obéissent davantage à l’adage « qui veut la fin veut les moyens ». Et pour cause. En voulant instaurer des tribunaux arbitraux permettant aux entreprises d’attaquer les collectivités territoriales et les Etats lorsque les décisions publiques remettent en cause leurs intérêts et leurs profits, le TAFTA veut contourner les systèmes juridiques publics.

Le cas du cigarettier Philip Morris exigeant des milliards de dollars de compensation au gouvernement australien suite à la mise en place des paquets neutres est connu. Comme celui de la société américaine Lone Pine attaquant l’Etat du Québec pour son moratoire sur les gaz de schiste ou du géant suédois Vattenfall demandant à l’Allemagne 4,7 milliards d’euros de dédommagement pour la sortie du nucléaire !

Afin de prendre complètement en tenaille le processus de décision publique, le traité prévoit de soumettre toute proposition législative à un organe de coopération réglementaire avant même que les élus puissent se prononcer. Ainsi, si un Etat ou une région veut mettre en place une loi pour protéger la santé ou la biodiversité il devra d’abord en référer à cette institution technocratique qui dira si cette loi ne remet pas trop en cause le business entre l’Europe et les Etats-Unis.

Des effets déjà présents

Un tel transfert de souveraineté au profit des firmes a déjà des effets sur les politiques publiques européennes. Sous la pression des multinationales de la chimie et des pesticides, la commission européenne a retardé la législation sur les perturbateurs endocriniens - malgré l’urgence sanitaire. La même Commission, qui n’a jamais caché son soutien aux OGM, a détricoté la réglementation européenne les concernant pour mettre directement les Etats sous pression des firmes du secteur - malgré l’opposition des consommateurs.

Enfin, quelques semaines après l’annonce de la fin des négociations commerciales entre l’Europe et le Canada (le « petit » TAFTA), la Commission est revenue sur son ambition de sanctionner, dans la directive sur la qualité des carburants, les importations de carburants canadiens issus des très polluants sables bitumineux - à quelques mois de la COP21 !

Le TAFTA est donc une négociation sur les espaces démocratiques : qui décide encore des règles de vie commune dans la globalisation d’aujourd’hui ? Le traité transatlantique a choisi : la régulation imposée par les multinationales en lieu et place de la régulation démocratique !

La bonne nouvelle vient des citoyennes et des citoyens qui, toujours plus nombreux, s’emparent de ce dossier. Partout en Europe, des villes et des régions votent des vœux « zone hors-Tafta ». Les associations de consommateurs et les syndicats, des deux côtés de l’Atlantique, expriment des critiques de plus en plus vives. Des organisations de PME disent aussi leurs réserves. Des parlements nationaux votent des résolutions négatives sur cette négociation.

Et ce n’est que sous la contrainte de son Président, Martin Schulz, et du retournement d’une partie des sociaux-démocrates, que le Parlement européen continue de soutenir ce projet. Deux ans après son lancement, l’enthousiasme sur le TAFTA est retombé. La mobilisation paie. La démocratie résiste !

- La grande pétition anti-Tafta a déjà recueilli plus de deux millions et demi de signatures de citoyens européens, voir ici

Comment scientifiques et écologistes peuvent travailler ensemble. L’exemple de la surpêche Entretien avec Daniel Pauly Reporterre 2015/09/14 Entretien avec Daniel Pauly (14 septembre 2015) Comment scientifiques et écologistes peuvent travailler ensemble. L’exemple de la surpêche. Reporterre. Entretien — Pêche fr

Comment scientifiques et écologistes peuvent travailler ensemble. L’exemple de la surpêche

Daniel Pauly, biologiste marin français reconnu internationalement, est le premier à avoir cartographié et évalué les conséquences écologique, économique et sociale de la surpêche. Son engagement prouve qu’il est possible de concilier un travail scientifique de très haut niveau et des convictions environnementales. Il s’en explique à Reporterre.

Le problème de la surpêche a touché Daniel Pauly dès le début de sa vie professionnelle. Il s’y est confronté d’abord en Indonésie, où il a participé en 1975-1976 à l’introduction du chalutage en menant des campagnes d’évaluation des stocks de poissons. Il l’a rencontré à nouveau aux Philippines, à partir de 1978. Cette année-là, jeune consultant pour l’Iclarm, un centre de recherche sur les pêcheries qui venait d’être créé dans l’archipel, Daniel Pauly publie « Theory of management of tropical fisheries ». Cet article est alors l’un des premiers au monde à traiter le sujet de la surpêche dans les pays tropicaux.

« Il a été très bien accepté, bien cité et il l’est encore. C’est lui qui m’a lancé en quelque sorte et il m’a aussi créé un emploi parce que c’est sur la base de ce papier que le directeur de l’Iclarm m’a engagé, à la fin de ma thèse, en 1979 », se souvient le scientifique. Daniel Pauly a travaillé vingt ans aux Philippines avant d’enseigner, à partir de 1994, au Fisheries Center de l’université de la Colombie-Britannique, à Vancouver, au Canada, centre dont il a pris la direction en 2003.

Reporterre - Vous qui avez une connaissance précise de la dégradation des océans, n’êtes-vous pas déprimé en constatant que la situation empire ?

Daniel Pauly - Les scientifiques le vivent grâce à la compartimentation. Il y a un côté tout à fait décourageant, celui de savoir qu’on détruit des ressources qui pourraient très bien subvenir à nos besoins, mais, de l’autre côté, c’est un défi scientifique : comment démontrer la réalité d’une surpêche ? Si demain on annonçait la fin du monde due au volcanisme, ça intéresserait les volcanologues…

N’est-ce pas aussi un défi politique ?

Si. Mais pour les scientifiques, c’est toujours une danse, une chorégraphie. Il faut à la fois rester dans la science et se pencher vers les politiques pour leur expliquer ce qui se passe.

Avez-vous été approché par l’Union européenne comme expert sur les questions de la pêche ?

Oui, l’Union européenne m’a demandé de faire une étude sur les pêcheries de la Chine dans le monde.

Et sur sa propre politique de la pêche ?

Non. Mon expertise concerne surtout les zones tropicales, on m’a donc consulté surtout autour des problèmes de surpêche dans ces régions.

Pourtant dans vos articles, vous écrivez que les bateaux européens vont pêcher au large de l’Afrique...

Ah oui, ça c’est vrai ! D’ailleurs, on remarque bien leurs bateaux ! Mais ça ce n’est pas la politique européenne, c’est la politique « extérieure » européenne. J’ai travaillé sur cette dernière superficiellement, parce que je m’intéresse à toutes les pêcheries du monde, mais je connais surtout les pêcheries tropicales.

Pourquoi l’Union européenne persiste-t-elle à pêcher au large de l’Afrique ?

Parce que dans notre système économique, ceux qui nous gouvernent donnent une énorme autonomie aux entrepreneurs. Les entrepreneurs font ce qu’ils veulent et n’ont pas beaucoup de freins à leurs activités. L’économie, bien souvent, pousse la politique plutôt que le contraire. Comme il y a de l’argent à gagner en Afrique, on surexploite ses ressources et on envoie des bateaux. C’est même subventionné. Il existe toute une activité européenne en Afrique au désavantage de ce continent mais qui profite aux armateurs européens. J’ai dénoncé cette situation dans mes articles scientifiques, dans des campagnes d’informations et des conférences, à Dakar par exemple.

Cela a-t-il amélioré la situation au Sénégal ?

Oui, parce que les accords de pêche qui permettent aux Européens de pêcher en Afrique sont devenus plus transparents et leurs termes sont moins défavorables qu’auparavant. Les choses vont mieux politiquement. Par contre, les Européens sont remplacés graduellement par les Chinois, ce qui n’est pas sans problèmes, parce que tout reste à faire en matière de transparence et de respect dans les pratiques.

Mais il est important de savoir que la durabilité des stocks de poissons est mise en cause autant par les Européens que par les Chinois, sans grande différence. D’ailleurs les gens du Parlement européen se sont vexés quand j’ai présenté mon étude en leur disant que la Chine n’agissait pas vraiment autrement que l’Europe.

Vous faites souvent référence au travail des associations non-gouvernementales. Peuvent-elles faire changer les politiques environnementales ?

Oui. Quand on étudie la pêche, on remarque que les scientifiques, même ceux qui travaillent pour un gouvernement, ne sont pas souvent écoutés. Il n’y a que les associations écologiques qui soient capables de reprendre le discours des scientifiques, de l’expliquer et de forcer les politiques à en tenir compte. Les dirigeants prennent des décisions raisonnables quand ils sont forcés de le faire.

Vous devez souvent être sollicité par des associations de protection des océans.

Au début, c’est moi qui les ai sollicitées. Quand je suis arrivé au Canada, il y a vingt ans, je voulais faire passer l’idée de la nécessité absolue d’une gestion durable des stocks de poissons. Le Canada, malgré toute la science qu’il a accumulée, a ruiné son stock de morues parce que la pêche à outrance était entérinée par les politiques, l’industrie et les armateurs. Et les scientifiques qui disaient : « Ce n’est pas ça qu’il faut faire », n’étaient pas écoutés, comme dans un pays du tiers-monde.

Devant ce constat, je me suis demandé quelle force sociale pourrait bloquer ce processus destructeur. C’est alors que je me suis allié à ces associations écologistes. Avec elles, c’est une autre danse, parce qu’elles s’attendent à ce qu’on devienne des avocats, ce que je ne peux pas faire puisque je suis scientifique. Donc je continue à publier, mais en essayant que les associations puissent utiliser mon travail. Je crois y être parvenu, parce qu’elles citent énormément mes travaux. C’est une « liaison dangereuse », mais qui fonctionne. Par contre, très peu de scientifiques agissent aussi explicitement. La plupart d’entre eux ont peur des associations. Moi, je n’ai pas peur ; je sais comment travailler avec elles.

Suivez-vous ce qui se passe en France au niveau de l’écologie ?

Oui, mais les mouvements écologistes en France sont très différents des mouvements écologistes en Amérique du Nord où ils ne s’occupent que de l’écologie. En France, c’est un mouvement politique de gauche, on les retrouve partout où il y a la gauche. Aux États-Unis, les écologistes et les associations écologistes ne s’intéressent qu’aux problèmes de l’écologie. C’est pour ça qu’ils peuvent s’allier aux partis de droite si c’est nécessaire, même si ça devient de plus en plus difficile parce que la droite étatsunienne est devenue complètement cinglée. Mais il a été possible jusqu’à présent de ne pas prendre parti, alors qu’en France c’est toujours un parti de gauche. C’est restrictif.

Je suis une personne de gauche et le problème ce n’est pas que les écologistes français soient à gauche, c’est qu’ils impliquent l’écologie dans un contexte uniquement politique alors qu’elle doit être vue dans un contexte scientifique. C’est pour ça que les Verts n’arrivent pas à percer et ne deviennent pas un groupe puissant comme en Allemagne ou aux États-Unis. Dans ces deux pays, les ONG écologistes participent à toutes les grandes décisions et ont beaucoup de pouvoir. Malheureusement, ce n’est pas le cas au Canada, où les associations écologistes n’ont aucune influence.

Pourquoi ?

Parce que le gouvernement fédéral, de droite, veut tout contrôler pour faire passer sa politique en faveur du pétrole extrait de schistes bitumeux. Les Canadiens, malgré l’impression qu’on a en Europe, ne s’intéressent pas à l’écologie. Ils sont perçus comme « verts » parce que leur pays n’est pas très peuplé et qu’il y a encore beaucoup de nature autour d’eux. Mais le Canada est un pays très pollueur.

Dans votre conférence TED Talk de 2012, vous expliquez le syndrome de la référence glissante, la « shifting baseline syndrome ». C’est une sorte de mémoire à court terme de la plupart des gens, dont les scientifiques, qui partent toujours de l’état le plus récent de la planète en oubliant ce qu’elle était dans le passé. Ceci expliquerait pourquoi les gens sont inactifs et semblent à avoir du mal à réaliser l’ampleur des dégâts dans la crise environnementale actuelle.

Oui, les gens ne comprennent pas la gravité de la situation, ils ne savent pas qu’ils ont déjà perdu une partie de ce qu’ils essaient de protéger

N’est-ce pas une sorte de « kit de survie » que les humains utilisent pour échapper à la dépression ?

Tout à fait. Au niveau de l’évolution, on n’a pas besoin de mémoire : à quoi servirait-il de se souvenir intensément de choses qui ont affecté nos grands-parents ?

Des personnalités comme Rachel Carson, ou Théodore Monod, qui ont défendu la nature toute leur vie, n’ont-elles justement pas regardé la terre telle qu’elle était dans le passé ?

On peut le faire maintenant parce que l’on vit dans une société où l’écrit est important. C’est lui qui nous permet de retourner en arrière, grâce à la documentation des situations antérieures. C’est un élément nouveau, qui existe depuis 6 000 ans. L’homme existe depuis 200 000 ans. Au début, l’être humain n’avait aucun avantage à faire passer des souvenirs d’une génération à une autre. Quelques expérience sont nécessaires, mais uniquement si elles sont renforcées.

Par exemple, si on trouve certains champignons vénéneux, c’est important de le mentionner à vos enfants parce que sinon ils vont les manger ; mais si vous changez de paysage et que vous allez dans un coin où ces champignons ne poussent pas, ce n’est plus nécessaire de conserver ce savoir. Alors, il disparaît. Il disparaît lorsqu’il n’est plus dans les têtes des gens. Aujourd’hui, c’est différent, parce que le savoir subsiste dans les musées, les bibliothèques.

- Propos recueillis par Bénédicte Martin

Pour en savoir plus

- Daniel Pauly a mis en place Fishbase, une base de données mondiale sur la biologie et l’écologie des poissons, aujourd’hui utilisée par de très nombreux chercheurs, gestionnaires de pêches et acteurs de la conservation.

- Son projet Sea Around Us, qui effectue la synthèse des prises de pêche sur tous les océans, permet de comprendre l’impact de la pêche sur les écosystèmes marins mondiaux.

- Dossier Greenpeace sur la suprêche en Afrique de l’Ouest

Hollande au secours d’une ruralité qui sort du déclin Lorène Lavocat (Reporterre) Reporterre 2015/09/15 Lorène Lavocat (Reporterre) (15 septembre 2015) Hollande au secours d’une ruralité qui sort du déclin. Reporterre. Politique fr

Hollande au secours d’une ruralité qui sort du déclin

Grand défilé gouvernemental dans les rues de Vesoul. Lundi 14 septembre, François Hollande s’est rendu, accompagné de douze ministres, au chevet de la « ruralité ». Mais les mesures annoncées ne convainquent pas. Pourtant, les études démographiques montrent que les campagnes ne déclinent plus.

« Nous sommes aujourd’hui lundi en Haute-Saône pour montrer notre attachement aux territoires ruraux. La ruralité, c’est un signe de modernité et une chance pour la France. » Quelques mots à l’entrée d’une fabrique de meubles made in France, un bain de foule dans les rues vésuliennes, et un « comité interministériel aux ruralités ». François Hollande a sorti le grand jeu.

La journée a tout d’une « opération séduction », à quelques mois des élections régionales qui s’annoncent douloureuses pour le pouvoir socialiste. Mais le Président de la République se défend de toute stratégie électorale. Il s’agit avant tout d’apporter « des réponses et une vision à ces territoires ruraux, leur dire que non seulement ils ont de l’avenir, mais que la France a besoin d’eux. » Il en veut pour preuve ses 21 mesures « en faveur du développement rural ».

Les mesures annoncées :

Santé. 700 médecins généralistes seront formés à l’aide médicale d’urgence pour permettre qu’« aucun habitant ne soit à plus de trente minutes d’un service d’urgence d’ici 2017 ». L’installation des médecins en milieu rural sera aussi favorisée. Numérique. Plus de trois milliards d’euros ont été dégagés pour le très haut débit. Avant la fin de l’année, tous les départements auront été inclus dans ce plan. Transports. Des aides seront adoptées pour « préserver les stations services indépendantes », et des bornes de recharge électriques devraient être installées tous les cinquante kilomètres. Simplification. Hollande a également annoncé « une nouvelle vague de simplification dans trois domaines en zones rurales : la gestion des bâtiments publics, l’organisation des activités sportives et le fonctionnement des collectivités locales ».

« Aller contre l’idée que les campagnes sont archaïques »

« Ce n’est pas une annonce conjoncturelle pré-électorale qui va changer des années de politiques qui ont déconstruit l’économie rurale », s’agace Jean-Claude Balbot. Éleveur bovin dans le Finistère, il est un des administrateurs de la Fédération nationale des Civam (Centres d’initiatives pour valoriser l’agriculture et milieu rural). « Les campagnes s’appauvrissent, les habitants se sentent isolés, et tout ce qu’on nous propose, c’est une nouvelle pompe à essence et de la 4G ! »

Jean-Claude Balbot refuse pour autant de considérer nos campagnes comme des espaces condamnés à la désertification. « Il y a de plus en plus de jeunes qui veulent s’installer loin des villes devenues inhabitables », constate-t-il. « Il faut les soutenir, et aller contre cette idée largement répandue que les campagnes sont archaïques. »

L’agriculture, « poutre maîtresse de la ruralité »

Pour lui, la survie – et la renaissance - des espaces ruraux passe par un changement radical des politiques agricoles, « poutres maîtresses de la ruralité ». « Il faut faciliter l’installation de petites fermes, non dépendantes des aides publiques », précise-t-il. « Les fermes doivent être moins spécialisées, avec plusieurs activités, comme l’accueil paysan ou les fermes pédagogiques. »

Un constat partagé par la Confédération paysanne, réunie lundi matin à Vesoul en marge de la visite présidentielle. Pour son porte-parole, Laurent Pinatel, « la ruralité, ce sont les paysans, c’est tous les services publics qu’on est en train de détruire massivement. » Il a ensuite rappelé que la solution ne passait pas par une enveloppe de quelques milliards d’euros supplémentaires, mais par une meilleure répartition des aides aux agriculteurs : « Arrêtons de balancer du fric dans les agricultures qui s’industrialisent de plus en plus, et on arrivera à trouver des solutions pour la ruralité. »

Faire fleurir les milliers d’initiatives

Du côté des Foyers ruraux, on pense que la solution passe également par la culture. « Un couple de jeunes ne s’installe durablement en milieu rural que s’il peut y trouver un emploi, un logement, une école, et peut-être surtout, s’il y trouve de la vie », peut-on lire sur leur site. « Il n’y a pas que l’entrée économique », nous confirme Denis Perrot, animateur à la confédération nationale des Foyers ruraux. « Il y a sur le terrain des milliers d’associations qui maintiennent la vie et le lien dans les villages, par la culture et par les arts notamment. » Cinéma itinérant, « bibliobus », ou sensibilisation au patrimoine local sont autant d’initiatives citoyennes en faveur du développement rural.

Signe que les temps – et les mentalités – changent, l’Insee constate un ralentissement de l’exode rural : « La population des espaces ruraux français augmente à nouveau et compte 11,1 millions d’habitants en 2007, retrouvant, en volume, son niveau du début des années 1960. » On compte ainsi près de 75 000 habitants supplémentaires chaque année entre 1999 et 2007.

Les militants communistes ne sont pas prêts à l’union avec les écologistes Barnabé Binctin (Reporterre) Reporterre 2015/09/15 Barnabé Binctin (Reporterre) (15 septembre 2015) Les militants communistes ne sont pas prêts à l’union avec les écologistes. Reporterre. Reportage — Politique fr

Les militants communistes ne sont pas prêts à l’union avec les écologistes

Et si écologistes et les communistes s’unissaient ? Caroline de Haas a lancé le débat. Mais qu’en pensent les militants communistes de base ? Reporterre est allé les interroger à la Fête de l’Humanité. Eh bien, l’union, ce n’est pas gagné...

- La Courneuve, reportage

Il y a des choses qui ne changent pas, à la Fête de l’Huma. Le réconfort de la saucisse grillée après le voyage pour rejoindre les allées du parc de la Courneuve, le rock poussiéreux craché par une sono qui ne l’est pas moins couvrant les joutes politiques du stand d’à-côté, la diversité générationnelle et socio-professionnelle d’un public qui partage le temps d’un week-end un même espace de vie, vite transformé en une sorte de huitième continent de plastiques… La grande fête politique de la rentrée cultive cette convivialité populaire qui fait son charme.

Pourtant, les temps sont durs pour l’union des gauches qui s’y retrouvent toutes. La divergence est manifeste entre Pierre Laurent, Parti communiste, et Jean-Luc Mélenchon, du Parti de gauche, qui ont mis en scène pendant la fête leur désaccord sur la Grèce et sur les élections régionales.

C’est dans ce contexte que Caroline de Haas a lancé, samedi dans Reporterre, un appel au rassemblement le plus large possible à la gauche du PS. Avec comme principale pierre angulaire, l’alliance des écologistes et des communistes : « Leurs divergences ne sont pas insurmontables », assure-t-elle.

« Mais quels écologistes ? »

Mais que pensent les militants et sympathisants communistes de cette idée originale ? Reporterre a arpenté les allées pour le savoir. « Les écologistes sont des socio-démocrates, que proposent-ils sur l’austérité ? » demande J.-B., au stand des Jeunes Communistes 44. Entre deux verres de shooter qu’il vend 1 euro, ce partisan de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes reproche l’entêtement d’EELV sur ce dossier : « Ils ne veulent pas d’accord politique si on ne se met pas d’accord sur le sujet. Mais il n’y a pas que l’aéroport en politique. »

Venue des Ardennes, Christine critique également EELV : « Ce n’est pas un parti politique. Tout le monde fait de l’écologie, dans n’importe quel parti. Par contre, eux, sur l’économie, ce n’est pas prouvé ce qu’ils proposent ! » Sa voisine Corinne, la cinquantaine fringante, acquiesce : « On a du mal à les comprendre les écologistes. Avec les histoires de De Rugy et Placé, on ne voit pas trop leur stratégie… »

Au stand bordelais, on surenchérit. S’allier avec les écologistes ? « Mais quels écologistes ? Vous avez vu comme ils sont éclatés ! » résume Jean-Claude, qui ne se dit pas militant communiste mais « lecteur de l’Huma » depuis des dizaines d’années. « Ça dépend lesquels : si c’est Nicolas Hulot qui a fricoté avec Sarkozy dont on parle… », dit Nicolas, instituteur et militant communiste de Bonneuil. Prenant exemple sur le Portugal où écologistes et communistes sont alliés, il défend un schéma similaire en France : « Plus on sera soudés, plus on sera forts. » D’autant plus que Notre-Dame-des-Landes ne constitue pas un obstacle, pour lui : « C’est une erreur, je ne comprends pas ce projet pour lequel il n’y a pas de besoin », explique-t-il en rappelant l’existence du triton protégé.

D’autres évacuent la question : « Le mariage pourrait être une idée, mais les écologistes se regardent tous un peu trop le nombril pour cela », estime Nicolas. Le sympathisant communiste préfère cultiver son potager dans les Hautes-Pyrénées, faire attention au tri sélectif et à sa consommation – bio, autant que possible. Pourquoi militer au PCF ? « Parce que j’ai baigné là-dedans depuis tout petit, et cela ne m’empêche pas de me sentir écolo. Et puis les Verts, ils ne font pas vraiment bouger les lignes. »

« Qui parle des ouvriers ? Les écolos, c’est 80 % de bobos »

Face à la grande scène, point stratégique et le plus fréquenté du site, le stand de la Marne arbore une large banderole appelant à un « Front Populaire du XXIe siècle ». A l’intérieur, les militants de la fédération 51 débattent de la possible participation des écologistes à ce projet. « C’est difficile, il y a trop de sujets sur lesquels nous ne sommes pas d’accord », dit Antoine, 26 ans, travailleur du nucléaire qu’il reconnaît comme « une énergie pas propre » - « mais que propose-t-on concrètement en remplacement aujourd’hui ? » Le « cuistot Titi » se montre plus optimiste : « Ils ont leur place avec nous, moi j’aime la nature. » Antoine conteste : « Ça ne ramènera pas de voix ! » Damien, un sympathisant normand, tranche le débat : « Non, pas pour l’instant. Les écologistes ne pensent qu’à une chose, c’est l’écologie, mais il est où l’humain là-dedans ? Qui parle des ouvriers ? Les militants d’EELV, ce sont 80 % de bobos, c’est statistique ! »

Si les militants ne semblent guère séduits par l’idée d’un rapprochement avec les écologistes, la direction du Parti communiste, de son côté, donne quelques gages en faveur du rapprochement. De petits signes laissent penser que le parti communiste opère une mue sur la question de l’écologie, à l’image de l’affiche de cette édition qui met la planète Terre au cœur de l’iconographie.

Au menu des conférences politiques, l’écologie jouissait également d’un espace intéressant avec trois heures de débat organisées samedi soir au sujet de la COP 21. Autour d’activistes comme Maxime Combes ou Txetx Etcheverry venus présenter l’état des négociations et les alternatives citoyennes qui fleurissent en parallèle, Vandana Shiva était l’invitée vedette. Et quand Alix Mazounie, porte-parole du Réseau action climat, dénonce les tabous du pétrole et du charbon ou remet en cause le nucléaire, le chapiteau reste comble et les applaudissements nourris.

"Raisons politiciennes"

En public, les responsables de section du parti tiennent également un discours plus enclin vers l’alliance avec les écologistes : « C’est vital, si on ne le fait pas, on meurt », juge André de Ubeda, candidat du PCF lors des deux dernières élections municipales de Toulon. Il prône « une écologie bien comprise, qui doit s’attaquer aux causes plutôt qu’aux effets, et donc en premier lieu au capitalisme ». Mais le nucléaire est un sujet de désaccord pour celui qui ne se dit pas opposé au projet de réacteur à fusion ITER, dans sa région : « Le plus gros problème du nucléaire, ce sont les déchets ; là, avec le principe de la fusion, on les supprime. Et le problème du fossile est réglé, puisqu’il n’y a plus d’uranium dans le projet. » Cependant, assure-t-il, il y a aujourd’hui entre communistes et écologistes plus de convergences que de divergences. Pourquoi, alors, l’alliance peine-t-elle tant à se mettre en place ?

Pour des raisons « politiciennes », selon André de Ubeda : « D’un côté, le PCF est un véritable paquebot, qu’on ne change pas comme ça, d’un coup. De l’autre, une organisation décentralisée et plutôt anarchique des Verts, dont l’atomisation rend compliquée les discussions à l’échelle nationale. » Dans sa région de Provence-Alpes-Côte d’Azur, les discussions quant à une alliance pour les prochaines régionales sont encore en cours, comme dans trois ou quatre autres régions de France.

Seule une Région aurait aujourd’hui validé l’idée d’une candidature unie entre EELV et le PCF, aux côtés des autres composantes du Front de Gauche : Midi-Pyrénées-Languedoc-Roussillon. Au stand de l’Aveyron, Martine Pérez, actuelle conseillère régionale, se montre volontariste : « Il faut se parler. Dans la période actuelle, on n’a pas le droit de rester chacun dans son camp et de se compter. Il y a tellement de problèmes plus importants qu’on ne peut pas se fixer sur ceux qui nous divisent, il faut voir l’essentiel de ce qui nous unit. » La recette consiste à trouver des compromis : « Sur le nucléaire, on est d’accord pour dire qu’on ne peut pas tout miser là-dessus, et les écologistes reconnaissent qu’on ne peut pas fermer toutes les centrales d’un coup. Sur le projet de LGV Paris-Toulouse, on s’est mis d’accord pour demander un débat public au niveau régional. »

D’autres nourrissent l’espoir de voir une telle alliance se présenter également en Rhône-Alpes-Auvergne, dans la foulée de la dynamique grenobloise. Mais pour l’heure, le PCF n’en fait pas partie : « Il faudrait que leur position soit claire. Des fois, ils font alliance avec le PS, des fois ils partent tout seuls… Il y a une politique à géométrie variable », regrette Eric, militant du Parti de Gauche dans l’Ain et impliqué sur la campagne de rassemblement. S’il milite en faveur d’une union politique la plus large possible, il dénonce la violence des attaques personnelles du côté du PCF et un manque de réflexion sur l’éco-socialisme.

De l’autre côté, on répond que le Parti de Gauche se caractérise par des pratiques politiques radicalement différentes, en mal de démocratie participative… « Je me sens aujourd’hui beaucoup plus proche de mes camarades d’EELV que de ceux du Parti de Gauche », confie même une élue municipale de Castres.

Il faut entretenir l’humus de nos sols Bernard K. Martin Reporterre 2015/09/15 Bernard K. Martin (15 septembre 2015) Il faut entretenir l’humus de nos sols. Reporterre. Tribune — Agriculture fr

Il faut entretenir l’humus de nos sols

Sans l’humus, le sol devient désertique. Or la plupart des sols agricoles, faute d’humus, s’approchent de la stérilisation. Il est urgent, explique le spécialiste Bernard K. Martin, que l’homme cesse « de considérer les terres agricoles comme des mines à ciel ouvert. »

Bernard K. Martin, ancien député suisse, est consultant en agriculture durable. Il est l’auteur de : Les enjeux internationaux du compostage. Nos ressources alimentaires et en eau. Climat, Editions L’Harmattan, Paris.

Les humus du sol résultent de la décomposition - recyclage - des matières végétales et animales, sous l’effet des organismes (exemple : microorganismes, invertébrés / vers de terre, etc., vivant dans la terre) qui se nourrissent de ces matières organiques, libérant des nutriments pour les plantes. Humus et argiles « s’associent ». Cet ensemble vivant forme la base de la fertilité et de la durabilité des sols. Le tout constitue aussi le carrefour des cycles de l’eau, de l’azote et du carbone, notamment, localement et sur la Planète.

Sans humus, des déserts

Les humus (principalement du carbone) se présentent sous forme de substances brun foncé, à l’image des particules du terreau noir. Sans humus ni organismes du sol, celui-ci s’érode, se stérilise, devient désertique.

Les vertus des humus sont nombreuses : importants réservoirs nutritifs, ils retiennent aussi l’eau pour les végétaux, ils structurent la terre (ils la rendent grumeleuse), contribuent à la circulation de l’air et de l’eau, favorisent la pénétration des racines, « contrôlent » l’érosion en maintenant la cohésion des particules de terre - grumeaux, par exemple grâce aux réseaux sous-terrains des champignons microscopiques autant que par les racines des plantes.

Les interactions entre sol et humus, végétaux, animaux, atmosphère et climat constituent des paramètres fondamentaux de notre biosphère : carbone, azote, hydrogène et oxygène - dont l’eau - etc., circulent. Ces éléments sont mobiles autour du globe. Mers, océans, eaux douces et atmosphère participent aussi de ces circulations dénommées « cycles biogéochimiques ». Cette mobilité s’effectue entre le vivant dont les sols, la croûte terrestre, les eaux, l’air - et réciproquement. Un héritage de centaines de millions d’années d’évolution sur les continents.

L’approche globale « humus, vie des sols et liens sol - plante – atmosphère – climat » s’avère impérative actuellement, eu égard aux modifications climatiques. Mais aussi pour d’autres raisons : pollutions agrochimiques, excès de labours, risques OGM, transition énergétique, santé publique, érosion et désertification des terres, famines, sécheresses, migrations humaines (une grande partie des migrants s’exile pour cause de désertification des sols et disparition de biodiversité). Il est important d’appliquer ces données agronomiques / pédologiques universellement reconnues par les Académies.

Des techniques existent

Arbres et autres couverts végétaux ont été reconnus en tant que puits de carbone. Mais sous nos pieds, humus, microorganismes, invertébrés, racines, contiennent aussi beaucoup de carbone : de l’ordre de 100 à 120 tonnes à l’hectare pour une bonne terre. Souvent les terres agricoles voient leur carbone diminuer sous la barre de 50 à 60 tonnes par hectare, pour causes de techniques inadaptées. En d’autres termes, une terre à l’équilibre devrait compter de l’ordre de 4 à 6 % d’humus. Or la plupart des sols agricoles présente un taux au-dessous du seuil limite. Certaines terres encore exploitées montrent un taux de 1.5 %, proche de la stérilisation.

Pourtant des techniques respectueuses des cycles naturels permettent de reconstituer ce stock carboné au sein de la terre, tout en augmentant les récoltes. J’en témoigne dans mon livre avec d’autres observations remarquables concernant l’importance de l’humus, résultats obtenus dans plusieurs pays et régions.

Lorsque Homo Sapiens cessera de considérer les terres agricoles comme des mines à ciel ouvert, lorsqu’il appliquera ces réalités pédologiques / écologiques globales, il sera possible de renforcer les puits de carbone des sols de millions, voire de milliards de tonnes grâce à ces moyens naturels. L’une des clés : optimiser le recyclage des matières végétales, particulièrement des matières ligneuses (pailles, feuilles, tiges, racines, broussailles, branches, cimes, bois, écorces, copeaux, sciure, etc.).

Le marché mondial du carbone permettra-t-il de financer ces activités novatrices ?

Pour aller plus loin

Quelques sources bibliographiques :

- « Le Sol vivant », Pr J.M. Gobat, M. Aragno, W. Matthey. Presses Polytechniques et Universitaires Romandes. - « Introduction à la science du sol », Pr Philippe Duchaufour. Editions Dunod. - « Eléments d’écologie. Ecologie fondamentale », Pr François Ramade. Editions Dunod. - « Le sol, la terre et les champs », Dr Claude et Lydia Bourguigon. Editions Sang de la terre. - « De l’arbre au sol. Les Bois Raméaux Fragmentés (BRF) », E. Asselineau, G. Domenech. Edit. du Rouerg.

De nombreux documents scientifiques disponibles gratuitement sur mes blogs : Planethumus.com et Agrihumus.com

Monsanto a plié, reste à interdire les pesticides dangereux La chronique de Reporterre sur Radio Nova Reporterre 2015/09/15 La chronique de Reporterre sur Radio Nova (15 septembre 2015) Monsanto a plié, reste à interdire les pesticides dangereux. Reporterre. Pesticides fr

Monsanto a plié, reste à interdire les pesticides dangereux

- Jeudi 10 septembre 2015

- Ecouter ici la chronique de Reporterre, par Lorène Lavocat :

- Consulter le dossier Pesticides

- Image : © Tommyp Dessine pour Reporterre

La chronique de Reporterre, tous les jeudi à 18 h 10 sur Radio Nova, dans l’émission « 2h1/4 avant la fin du monde », animée par Marie Misset et Armel Hemme.

« L’occasion de faire le point sur les combats et débats quotidiens de l’écologie ».

A écouter sur... et bien voici la carte des fréquences, selon le lieu où vous habitez.

On a cherché la contraception écolo - et on l’a presque trouvée Marie Astier (Reporterre) Reporterre 2015/09/15 Marie Astier (Reporterre) (15 septembre 2015) On a cherché la contraception écolo - et on l’a presque trouvée. Reporterre. Enquête — Quotidien fr

On a cherché la contraception écolo - et on l’a presque trouvée

Entre impact sur l’environnement, questions autour de la pilule, liberté de choix et égalité des sexes, il n’est pas facile de choisir sa contraception. Elle est un des casse-têtes du bon écolo. Reporterre essaye de le résoudre. Une conclusion : « Soyez expert(e) de votre propre corps ». Enquête.

On pourrait classer la contraception parmi les casse-têtes du bon écolo. Dans le désordre, voici un échantillon des questions que l’on se pose, rien qu’à la rédaction de Reporterre : la pilule et les autres contraceptions à base d’hormones polluent-elles l’environnement ? Quel effet ces hormones de synthèse ont-elles à long terme sur la santé, la fertilité, le corps en général ? Quelles sont les alternatives aux hormones ? Pourquoi pas un DIU (dispositif intra-utérin, ou stérilet) au cuivre ? Que valent les méthodes dites « naturelles » ? Et pourquoi les hommes ne participent-ils pas davantage à tout cela ?

A beaucoup de ces questions, nous n’avons pas trouvé de réponses figées, certaines et indiscutables. Vous voici prévenu(e)s. Ici, pas de prescription autoritaire du gynéco, mais quelques précieux éléments d’information et de réflexion pour aider les femmes et les hommes à faire leur choix.

La pilule (et les hormones de synthèse), est-ce que ça pollue ?

C’est une rumeur persistante sur le net (ici ou ici par exemple) : les hormones de synthèse contenues dans la pilule passent dans nos urines, puis dans les rivières, et enfin féminisent les poissons, mettant en danger leur reproduction et donc leur survie.

« J’aurais tendance à sourire de ces affirmations, commence Danielle Gaudry, gynécologue membre du Planning familial. Mais dans le même temps, je n’ai pas les éléments pour répondre. » Alors, est-ce une chimère inventée par les lobbys religieux pour nous dégoûter de la contraception ? Ou y a-t-il un fond de vrai dans ces inquiétudes ?

En France, selon l’Institut national d’études démographiques, 41 % des femmes utilisent la pilule comme méthode de contraception. Si l’on ajoute les autres méthodes à base d’hormones de synthèse, type patch, anneau vaginal et implant (toutes les méthodes contraceptives sont décrites ici), on constate que presque la moitié des femmes en France utilisent une contraception hormonale.

« La plupart utilisent une hormone de synthèse assez puissante, l’éthinylestradiol. L’effet des rejets de ces contraceptions est une vraie question. Mais il y a dans l’environnement tellement d’autres produits ayant les même effets – pesticides, bisphénol A, shampooings, déodorants, parabens – qu’il est difficile de distinguer quelle est la part de la pilule là-dedans, avance le gynécologue et endocrinologue Patrick Fénichel. En revanche, on est certain d’une chose, c’est que si on est prêt à en payer le prix, les stations d’épuration savent traiter ces hormones et éviter leur rejet dans l’environnement. Mais il semble que ce ne soit pas fait tout le temps. »

« Quand on prend un organisme sauvage et qu’on l’expose à des hormones, il peut y avoir des effets, explique Wilfried Sanchez, écotoxicologue et directeur de la Fondation de coopération scientifique Rovaltain. Cela dépend de la durée d’exposition, de la dose et de la période de la vie de l’organisme », telle que période de croissance ou de reproduction. Il cite notamment une étude canadienne dans laquelle les scientifiques ont volontairement contaminé un lac expérimental avec des hormones féminines de synthèse pendant plusieurs années. « Les chercheurs ont constaté une féminisation croissante des poissons, puis une extinction de la population de poissons au bout de huit ans », résume-t-il.

Ceci était une expérience. Et dans la nature ? Wilfried Sanchez a étudié les rejets hormonaux d’une usine Sanofi dans le Puy-de-Dôme. Des malformations sexuelles et un déclin de la population de poissons sont observés dans le cours d’eau voisin. « Mais c’était un cas particulier », tempère le scientifique. Reste que l’affaire nous rappelle que les contraceptifs hormonaux sont fabriqués dans les usines de l’industrie pharmaceutique, et donc peuvent être source de pollution dès leur fabrication.

Ces hormones de synthèse ont-elles des effets sur la santé ?

La petite dose quotidienne d’hormones (hormis pendant la période des règles), qui endort notre cycle naturel, peut-elle à la longue nous détraquer ? L’internet là aussi joue à nous faire peur, notamment si l’on tombe sur une interview du professeur Henri Joyeux, auteur d’un livre co-signé avec le journaliste Dominique Vialard, et intitulé La pilule contraceptive : dangers, alternatives. Selon l’ouvrage, les contraceptions hormonales augmenteraient les risques de cancers dits « hormonaux-dépendants » (ovaires, seins, utérus). Elles contribueraient également à augmenter l’infertilité des couples.

Autant d’affirmations balayées par la grande majorité des gynécologues. « La pilule ne diminue pas la fertilité des femmes, assure Patrick Fénichel. Côté cancers, aucune étude ne prouve qu’elle augmente les risques de cancer du sein et elle pourrait même diminuer celui de cancers de l’ovaire. »

Cependant, « il ne faut pas oublier que pilule et tabac font mauvais ménage », ajoute le médecin. Associer les deux consommations multiplie les risques cardio-vasculaires, et augmente les risques de cancer du col de l’utérus chez les fumeuses. « Sinon, le gros risque est celui de thrombose veineuse, il faut donc éviter de donner la pilule aux 2 % de femmes qui ont un terrain favorable », continue le docteur. C’est ce qu’avait mis en évidence la « crise de la pilule », déclenchée par un article du Monde en décembre 2012.

Pourquoi les gynécos s’obstinent-ils à nous prescrire la pilule ?

Allez faire un tour sur le site officiel de l’INPES (Institut national de prévention et d’éducation pour la santé), vous trouverez sans doute une méthode de contraception dont vous ignoriez l’existence. Et encore, le site ne les recense pas toutes. Malgré la diversité des méthodes, rares sont les gynécologues qui en font spontanément une présentation exhaustive. La pilule est souvent la première contraception proposée aux jeunes filles. Et quand on vient expliquer que l’on n’a pas envie de polluer, ou de participer au financement de l’industrie pharmaceutique (quelques arguments ici), le médecin nous regarde avec perplexité...

Les gynécos sont-ils sous l’influence des laboratoires pharmaceutiques ? Les contraceptions hormonales coûtent plus cher qu’un DIU au cuivre qui coûte environ 30 euros et dure des années (étude ici).

Le gynécologue et écrivain Martin Winckler, connu pour être critique de sa profession, voit dans cette « attitude tout pilule » une conséquence de la formation des médecins financée par l’industrie pharmaceutique, mais pas seulement, explique-t-il sur son blog : « Formation non scientifique, manque de respect, ignorance des besoins des patientes, réticence à s’engager à leurs côtés, refus de partager le savoir (et, pour le partager efficacement, de le mettre à jour quotidiennement).

S’ils prescrivent des pilules plutôt que des DIU ou des implants, c’est à la fois parce qu’ils n’y connaissent rien, parce qu’ils ne cherchent pas à rendre service, et parce que les efforts que ça nécessite (poser un DIU, poser et retirer un implant, ça prend un peu plus de temps que marquer ’pilule’ sur une ordonnance) les fatiguent. Ils ne voient pas l’intérêt pour eux ; alors, pourquoi satisfaire les femmes, franchement ? »

Des travers que tentent d’éviter les consultations collectives au Planning familial. « On essaye d’énoncer toutes les méthodes, raconte Danielle Gaudry. Quand une femme nous dit qu’elle préfère une méthode qui ne met pas en jeu de produits chimiques, on n’a pas de jugement à avoir. On a toujours défendu au niveau du planning le fait que les femmes se réapproprient leur corps et fassent leur choix personnel par rapport aux informations qu’elles ont, leur histoire, leur sexualité. Chacun doit réfléchir avec ses propres données, on doit être expert de son propre corps. Aucune méthode ne doit être imposée. »

Si je ne veux pas d’hormones, quelles sont les alternatives ?

Cela a été l’un des effets de cette « crise de la pilule » : la diversification des méthodes de contraception. « C’est vrai qu’après cette polémique, j’ai observé des changements, confirme Béatrice Guigues, vice-présidente du Collège national des gynécologues et obstétriciens français. On a des jeunes qui arrivent et qui demandent un stérilet, ou nous parlent des méthodes dites ‘naturelles’. » Danielle Gaudry, au Planning, confirme : « Beaucoup de femmes, pour sentir à nouveau leur cycle naturel, ne veulent plus d’hormones. »

Un sentiment vérifié par l’INED qui constate que l’usage de la pilule comme moyen de contraception a baissé de 50 % à 41 % entre 2010 et fin 2013. « Si la pilule reste aujourd’hui encore la méthode de contraception la plus utilisée en France, les pratiques contraceptives apparaissent désormais beaucoup plus diversifiées », constatent les auteurs de cette note.

Parmi les contraceptions légèrement en hausse selon l’étude, les DIUs (au cuivre ou hormonaux), les préservatifs masculins ou féminins, les méthodes dites « locales » comme le diaphragme ou la cape cervicale (protections que l’on place au fond du vagin pour empêcher le passage des spermatozoïdes), la méthode du retrait, ainsi que les méthodes dites « naturelles » - on y revient ci-dessous.

En revanche, la stérilisation (masculine ou féminine) ne remporte pas plus de succès qu’avant. Certains préjugés ont la vie dure, notamment chez les médecins qui restent nombreux à refuser d’effectuer des stérilisations.

Les méthodes « naturelles », est-ce que ça marche ?

Voilà encore un sujet qui peut faire grincer les dents de certains gynécos. Le terme regroupe les méthodes qui permettent de déterminer les périodes de fécondité, afin de se protéger ou de s’abstenir de rapports sexuels pendant ces moments-là. C’est par exemple la méthode des températures ou la méthode Billings, qui s’appuie sur l’observation de la glaire cervicale.

Emilie Blanc est formatrice pour cette méthode « symptothermique », promue par une fondation Suisse. Elle y est venue après avoir tenté la pilule et le stérilet : elle n’a jamais supporté aucun des deux. « Mais ma gynéco m’a fermé la porte au nez », raconte-t-elle.

La méthode symptothermique combine l’observation des températures et celle de la glaire cervicale et du « ressenti interne ». Emilie s’est formée auprès de la fondation, et a « observé » pendant un an et demi. Maîtriser la méthode demande de très bien connaître le cycle féminin, mais aussi un « recentrage sur soi pour aller à la rencontre de sa sphère intime, raconte la jeune fille, qui reconnaît que la méthode ne convient pas à toutes les femmes. Une fois que l’on maîtrise tout cela, on est capable de déterminer sa période d’ovulation, la méthode est aussi fiable que la pilule », assure-t-elle. Elle se félicite d’avoir retrouvé le fonctionnement naturel de son corps, alors que les hormones de synthèse « endorment la sphère gynécologique ».

Seul problème, « les médecins ne sont pas du tout informés sur ces questions, assure-t-elle. Quand j’ai dit au mien que j’utilise une méthode de contraception naturelle, il m’a demandé si j’étais prête à être enceinte... »

Qu’en pense-t-on au Planning familial ? « Quand une femme est intéressée, on lui explique les inconvénients et les avantages, explique Danielle Gaudry, qui avoue ne pas connaître la méthode symptothermique. Par exemple, avec la méthode des températures, si vous ne la prenez pas exactement au lever, vous pouvez vous tromper. La méthode de la glaire ne fonctionne pas si vous avez une mycose ou une infection. »

Surtout, elle conteste le terme de méthode « naturelle » : « La nature, c’est aucune méthode contraceptive et une grossesse tous les 16 à 18 mois avec des fausses couches, des maladies. C’est des bonnes choses et d’autres moins bonnes. »

Autre soupçon, derrière ces méthodes naturelles se profile souvent le contrôle des autorités religieuses. Comme le catholicisme qui prohibe préservatif et contraception chimique et prône entre autres la méthode Billings. Contrôler la contraception a toujours été un moyen de contrôler la sexualité des femmes et des couples. « Mais on peut aussi dire que les méthodes médicalisées sont un moyen pour le corps médical de contrôler le corps des femmes, rappelle Danielle Gaudry. Donc ce qui compte, c’est comment on choisit. Que les femmes soient capables de débattre avec le médecin ou la sage-femme sans enjeu de pouvoir. »

Et si la contraception idéale était masculine ?

Pourtant la contraception n’a pas toujours été une histoire de femmes. C’est dans les années 70 que la légalisation de la contraception « s’est accompagnée de sa médicalisation et de sa féminisation, explique dans cette intervention la sociologue Cécile Ventola, qui rédige en ce moment une thèse sur la contraception masculine. L’essor massif de la pilule et du stérilet est allé de pair avec la disqualification des méthodes impliquant les hommes comme le retrait ou le coït interrompu. Le nouvel espace médical d’administration de la contraception s’est construit autour des femmes, et particulièrement en France avec une spécialité dédiée, la gynécologie médicale, exercée aujourd’hui à 90 % par des femmes. »

Résultat aujourd’hui, toujours selon ses calculs, seules 15 % des méthodes contraceptives utilisées par la population en France reposent sur les hommes (principalement méthode du retrait et préservatifs), contre la moitié en Grande-Bretagne.

« Pourtant, on a des méthodes qui fonctionnent depuis trente ans », rappelle Pierre Colin de l’Ardecom (Association pour la recherche et le développement de la contraception masculine).

La plus simple à mettre en œuvre est sans doute la vasectomie. Cette opération simple et pas coûteuse est réalisée sous anesthésie locale en un quart-d’heure dans le cabinet du médecin : elle consiste à couper les canaux déférents par lesquels passent les spermatozoïdes. Elle représente ainsi 21 % des méthodes contraceptives utilisées en Grande-Bretagne, contre seulement 0,2 % en France. « Aucun médecin, aucun gynéco n’en parle », déplore Pierre Colin. L’opération est présentée comme une stérilisation, mais la réparation chirurgicale serait en fait possible dans 80 % des cas.

Autres méthodes disponibles en France, l’injection, une fois par semaine, de testostérone. Mais « seulement deux médecins hospitaliers la prescrivent en France », regrette ce communiqué du Planning familial et de l’Ardecom. Reste qu’elle pose les mêmes questions que pour les femmes : quid des rejets et de la pollution générée par la production de médicaments ? A-t-on envie de financer l’industrie pharmaceutique ?

Le document cite également la méthode thermique, prescrite uniquement au Centre hospitalier universitaire de Toulouse. Elle consiste à porter un sous-vêtement maintenant les testicules près du corps, pour faire monter leur température et diminuer la production de spermatozoïdes.

Enfin, autre espoir, la vasectomie réversible. Un liquide, le vasalgel, serait injecté dans les canaux déférents puis dissous par un second liquide quand l’homme souhaite retrouver sa fertilité. Les tests préalables à des essais sur l’humain devraient être terminés d’ici la fin de l’année. « Mais pourquoi parler toujours des choses qui vont arriver ? s’interroge Pierre Colin. On a déjà des méthodes qui marchent, certaines sans produits chimiques. Alors utilisons-les ! »

Climat : la guerre de l’ombre. Les citoyens face aux États et aux lobbys Yannick Jadot et Léo Quievreux Reporterre 2015/09/16 Yannick Jadot et Léo Quievreux (16 septembre 2015) Climat : la guerre de l’ombre. Les citoyens face aux États et aux lobbys. Reporterre. fr

Climat : la guerre de l’ombre. Les citoyens face aux États et aux lobbys

Sommes-nous condamnés à plonger vers un réchauffement planétaire de 4 à 6°C ? La Conférence de Paris sera-t-elle un fiasco comparable à celle de Copenhague ? Notre avenir va-t-il se refermer sur l’imprévisibilité des chocs climatiques et les déchirements des conflits ? Sommes-nous prisonniers du renoncement des États, des lobbys et des milliards du pétrole ?

Heureusement non ! La société est mue par d’incroyables forces vitales qui refusent ces lâchetés. De la Bretagne au Bangladesh, une multitude d’initiatives ont émergé ces dernières années. Elles ont en commun de faire de la « contrainte climatique » une formidable opportunité pour répondre aux défis économiques, sociaux, culturels et démocratiques auxquels nous sommes confrontés.

La grande bataille entre citoyens, États et lobbys fait rage. Mais on n’arrête pas la société lorsqu’elle s’empare de son destin, qu’elle y trouve le plaisir de faire et de vivre ensemble.

Cet ouvrage qui mêle des textes de Yannick Jadot et des planches dessinées de Léo Quievreux raconte cette histoire. Mais il présente surtout, avec des exemples édifiants, des projets qui marchent et qui ne demandent qu’à être généralisés.

Climat : la guerre de l’ombre. Les citoyens face aux États et aux lobbys, de Yannick Jadot et Léo Quievreux, Ed. Le Passager Clandestin, 150 pages, 16 €.

Ecologie populaire ou écologie libérale : le moment est venu de choisir Noël Mamère Reporterre 2015/09/16 Noël Mamère (16 septembre 2015) Ecologie populaire ou écologie libérale : le moment est venu de choisir. Reporterre. Chroniques de Noël Mamère fr

Ecologie populaire ou écologie libérale : le moment est venu de choisir

Le départ de François de Rugy et de Jean-Vincent Placé est, pour Noël Mamère, le signe que la clarification politique commence au sein d’Europe Ecologie Les Verts. Qui doit continuer en étant plus proche du terrain que des institutions.

Noël Mamère est député écologiste

La sortie de quelques élus d’EELV, pro-Hollande, n’est pas un non-événement. Au contraire, il met en lumière ce que nous ne cessons de dire depuis des années. Deux écologies sont maintenant en confrontation directe : celle d’en bas et celle d’en haut, l’écologie de la transformation et l’écologie de l’accompagnement, l’écologie populaire et l’écologie libérale. Ce n’est pas seulement une affaire d’appartenance partidaire, mais deux visions de la société, de l’avenir, qui s’affrontent.

Longtemps cachées par un faux consensus autour de quelques mots-valises ou de thèmes généraux, comme le développement durable, l’économie verte ou circulaire, les limites de la croissance, ces divergences sont révélées au grand jour dans une période où chacun sent bien qu’un cycle politique est en train de prendre fin. La gauche traditionnelle implose ; l’extrême droite prend le pas sur la droite et impose son agenda politique ; le chaos géopolitique s’installe durablement ; la crise écologique engendrée par l’Anthropocène met en danger l’humanité elle-même.

Dans le même temps, nous avons l’impression de revoir un vieux film, celui de la création de Génération Ecologie, il y a plus de vingt ans, mis en scène et construit de toutes pièces par François Mitterrand et le Parti socialiste, pour les mêmes raisons : préempter l’espace de l’écologie politique au seul profit du PS. Face à ce scénario bien ficelé, où les destins individuels de quelques sous-ministrables rejoignent l’intérêt bien compris du Président, deux postures se dessinent : l’immobilisme, sous le vocable éculé de l’autonomie des écologistes, ou le choix conscient d’une écologie politique au centre d’une force politique nouvelle, la démocratie radicale. Cette écologie-là n’est pas effrayée pas des alliances contractuelles avec le Front de gauche, même morcelé, mais cherche surtout à nouer des liens solides avec des composantes du mouvement social et citoyen « réel », celui qui se bat sur le terrain contre les grands projets inutiles, le nucléaire et la destruction programmée de la biodiversité.

Le grand projet d’une Coopérative politique, ouverte à toutes les expérimentations, porté en 2010 par Dany Cohn-Bendit, a échoué, victime du verrouillage par un appareil politique qui m’avait fait quitter EELV en 2013. Cet échec, après celui du NPA et du Front de gauche, montre qu’en France, la séparation étanche entre le mouvement social et les partis politiques, acté par la Charte d’Amiens de la CGT au début du XXe siècle, est un des nœuds du problème.

La mouvance écologiste s’est constituée à partir de la rencontre entre des composantes du mouvement de mai 68 et un mouvement environnementaliste. Mais elle a progressivement abandonné ce terrain au mouvement associatif pour devenir un parti, uniquement électoraliste, tourné vers la reproduction de ses élus. Ce faisant, le parti a abandonné les fonctions qui auraient dû être les siennes : la contestation, l’élaboration de contre-projets, la formation, l’éducation populaire à l’écologie et à l’environnement, l’élaboration théorique et programmatique. Le logiciel d’EELV date des années 70 et n’est pas adapté à la mutation de la société et de l’économie ; il repose sur une base sociale limitée, celle des centre-villes des grandes métropoles et sur un noyau inamovible d’élus et de collaborateurs d’élus. La grande majorité des militants de l’écologie politique se trouve désormais hors de ce parti, soit non encartée, soit dispersés dans une myriade de formations allant des objecteurs de croissance à Ensemble ou au Parti de gauche.

Il faut refonder l’écologie politique. Les Rencontres de Reporterre comme la dynamique d’Alternatiba ou des ZAD, ont montré que l’écologie d’en bas était prête à cette refondation. La crise d’EELV peut être le signal d’un rebond positif. Pour ma part, je suis prêt à m’engager dans cette direction pour une seule et bonne raison : l’écologie politique est et reste toujours porteuse de l’espérance du XXIe siècle.

Près de Toulouse, des habitants font reculer le promoteur d’un énorme centre commercial Marine Vlahovic (Reporterre) Reporterre 2015/09/16 Marine Vlahovic (Reporterre) (16 septembre 2015) Près de Toulouse, des habitants font reculer le promoteur d’un énorme centre commercial. Reporterre. Reportage — Grands projets inutiles fr

Près de Toulouse, des habitants font reculer le promoteur d’un énorme centre commercial

La construction de Val Tolosa, projet de centre commercial démesuré aux portes de Toulouse, semble s’accélérer. Le promoteur veut passer en force. Malgré la demande du Conseil départemental de suspendre l’aménagement des routes d’accès, les promoteurs tentent de mener les travaux. Mais les opposants au projet ont bloqué mardi, une nouvelle fois, l’accès au chantier.

- Plaisance-du-Touch (Haute-Garonne), reportage

Ils ont déployé leurs banderoles bien avant l’aube ce mardi 15 septembre. Encore tout engourdis de sommeil, une quarantaine de membres du collectif Non à Val Tolosa se sont plantés à 5h30 du matin à l’entrée du chantier. « On a cru que les machines n’allaient pas venir, finalement elles sont arrivées à sept heures et elles ont vite rebroussé chemin », s’amuse Jacques sous le regard des gendarmes déployés pour l’occasion. Derrière les clôtures qui entourent le terrain, des moutons utilisés pour entretenir la Zone d’aménagement concertée (ZAC) paissent. Les herbes hautes recouvrent le plateau de la Ménude. C’est ici, à dix kilomètres de Toulouse, que le méga-centre commercial Val Tolosa devrait voir le jour.

« Un temple obsolète de la consommation »

Porté par le maire de Plaisance-du -Touch et aménagé par le géant de l’immobilier commercial Unibail-Rodamco, le projet Val Tolosa voit les choses en grand. 115 000 m2 dont 93 000 m2 de surface commerciale, 150 boutiques, 2 000 arbres plantés pour un projet présenté comme HQE (Haute Qualité Environnementale) de 350 millions d’euros..

Ces chiffres à faire tourner la tête ne sont pas du goût de Françoise. Solidement accrochée à sa banderole « Touche pas à nos routes », la militante de la première heure contre ce « temple obsolète de la consommation » lance le bonjour à tout va aux automobilistes qui passent au pas. « Même si ça fait dix ans que ça dure, il faut encore sensibiliser la population. Et comme on ne peut pas empêcher le promoteur de construire sa route chez lui, notre seul moyen d’action est de stopper les machines », dit-elle.

Ces engins ont fait leur apparition sur le plateau le 31 août dernier, accélérant d’un coup le projet sans cesse reporté. Multipliant les recours en justice, les opposants ont été plusieurs fois déboutés au fil des ans. Faisant fi du recours concernant le permis de construire en examen par la Cour d’appel de Bordeaux et profitant de l’article 29 de la loi Macron (qui interdit la destruction des bâtiments jugés illégaux a posteriori), le promoteur aurait pu poser la première pierre de son mall controversé sur sa parcelle. Mais cet été, c’est aux routes censées desservir la future zone commerciale qu’Unibail a décidé de s’attaquer.

Les veilleurs guettent l’arrivée des engins de chantier... et lancent l’alarme

C’est que le réseau routier prévu pour charrier 20 000 véhicules par jour est un préalable au chantier. En 2008, le Conseil général de Haute-Garonne avait donné un accord de principe pour céder des routes existantes et en construire une nouvelle. Or, cette entente n’a jamais été officialisée. La collectivité tient le sort de Val Tolosa entre ses mains…. et traine des pieds depuis des années.

S’il avoue avoir hérité d’une situation floue, le président du Conseil départemental Georges Méric (PS), élu au printemps dernier, refuse d’exprimer clairement sa position. L’ombre de la ZAD de Sivens plane sur le plateau de la Ménude et l’élu semble décidé à noyer le poisson en invoquant un « audit financier et juridique en cours sur la nature et le niveau des engagements pris par son prédécesseur ». Une telle expertise serait utile pour mesurer les dommages financiers qui incomberaient au département si les protocoles d’accord étaient définitivement enterrés.

Le nouveau patron de la Haute-Garonne a pourtant été obligé de briser son silence la semaine dernière après une première opération du blocage du chantier par le collectif Non à Val Tolosa. Dans un tweet laconique, il a appelé le 7 septembre à la suspension immédiate des travaux… dans l’attente des conclusions de ce fameux audit. Un vœu pieux. Sur la parcelle, le terrassement d’une route d’accès s’est poursuivie toute une semaine durant. « Pourquoi le promoteur continue-t-il ces travaux alors qu’il n’a pas encore l’accord pour le raccordement avec la route qui dépend de la collectivité ? » demande Françoise avant de trouver la réponse : « C’est pour mettre le Conseil Départemental au pied du mur, voilà tout. »

« C’est pour nous mettre tous devant le fait accompli », renchérit Michel. L’habitant de La Salvetat, l’une de ces cinq communes impactées par le projet, fait partie des « veilleurs ». Ces citoyens-opposants prennent leur tour de garde chaque matin pour signaler toute activité suspecte sur le plateau de la Ménude. A plusieurs reprises cette année, ils ont déjà alerté les pouvoirs publics sur le début de travaux qu’ils jugent illégaux.

Le militant ne décolère pas : « Le promoteur a détruit des espèces protégées. Il présente son projet comme écolo mais n’a rien à faire de la sauvegarde de l’environnement, la seule chose qu’il vise, c’est se faire du fric en louant des espaces à des commerçants ».

Sollicité par Reporterre, Unibail n’a pas souhaité donné suite à notre demande d’interview. Idem pour le Conseil Départemental.

« Où voulez-vous qu’on installe une ZAD ? »

Des exclamations de joie jaillissent derrière la banderole. Les opposants viennent d’obtenir une audience auprès du cabinet du président du Conseil Départemental. Jutta Dumas, présidente du collectif Non à Val Tolosa n’a pas beaucoup d’espoir : « La situation n’a jamais été aussi bloquée mais on ne va pas passer la nuit ici », souffle celle qui n’a jamais exclu la possibilité de faire appel à des zadistes. « Mais où voulez-vous qu’on installe une ZAD ? Dans le fossé ? » s’exclame-t-elle en désignant les grillages qui cernent le plateau.

Malgré leur action, Jutta Dumas avait vu juste : leur entretien d’une heure et demi avec le représentant de Georges Méric n’a abouti à aucune position tranchée. « Alors nous allons essayer avec nos moyens de suspendre les travaux, peut-être que nous serons plus forts que le département », affirme la porte-parole. Quitte à occuper de nouveau l’entrée du chantier sur le plateau de la Ménude dès aujourd’hui et ces jours prochains. En attendant l’organisation d’une manifestation sur le site le samedi 26 septembre.

En Australie, le premier ministre climato-hostile prend la porte Katherine Hall et Jérémie Berlioux (Reporterre) Reporterre 2015/09/16 Katherine Hall et Jérémie Berlioux (Reporterre) (16 septembre 2015) En Australie, le premier ministre climato-hostile prend la porte. Reporterre. Monde fr

En Australie, le premier ministre climato-hostile prend la porte

Petit maelstrom en Australie : le premier ministre Abbott, hostile à la politique climatique, vient d’être remplacé par Malcolm Turnbull, beaucoup plus conscient des enjeux. Depuis deux ans qu’il était au pouvoir, Tony Abbott s’obstinait à démanteler les politiques environnementales australiennes et à soutenir l’industrie du charbon.

Malcolm Turnbull devient Premier ministre de l’Australie, en remplacement du climato-sceptique Tony Abbott, de plus en plus impopulaire. Il a remplacé mardi 15 septembre son ancien rival après une victoire au sein du parti Libéral. Turnbull milite depuis contre le "nivellement par le bas" du débat australien en général et l’avilissement de la politique intelligente à des fins politiques, et pour une prise en considération du changement climatique.

Il aura fort à faire pour redresser la barre. Car Tony Abbott menait depuis deux ans une politique systématiquement hostile aux mesures climatiques et soutenait sans nuance le lobby charbonnier.

Le 11 août dernier, l’Australie a dévoilé ses objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre en vue de la conférence sur le climat qui se tiendra à Paris en décembre prochain. Ils sont décevants.

Le gouvernement australien souhaitait donc réduire d’ici à 2030 ses émissions de carbone de 26-28 % par rapport à 2005, soit plus ou moins 5 % par rapport à 1990 ; bien loin de la baisse de 40 % qu’ambitionne l’Union européenne. Ces objectifs ont soulevé de nombreuses critiques notamment de la Climate Change Authority, chargée de conseiller le gouvernement sur le climat : elle avait recommandé une réduction de 45 à 63 % des émissions par rapport à 2005.

Ce manque d’ambition de Canberra semblait pourtant en décalage avec les attentes d’une majorité d’Australiens. « Le gouvernement a une très mauvaise réputation sur les questions environnementales mais il ne représente pas la majorité des Australiens sur cette problématique », affirmait Lesley Hughes, professeur d’écologie à l’Université Macquarie de Sydney et membre du Climate Council, une ONG travaillant à sensibiliser le public sur le climat. Selon un sondage réalisé cette année par le Lowey Institute, 63 % des Australiens interrogés souhaiteraient que leur pays s’engage sur des objectifs importants et montre l’exemple en vue de la conférence de Paris.

La déconnexion sur ce thème entre l’ex-premier ministre et la population était flagrante. Depuis sa victoire en 2013, due en grande partie aux divisions au sein du Parti travailliste, Tony Abbott avait travaillé à maintenir le pays à l’ère du charbon alors que l’Australie semblait vouloir s’en extraire.

« Défi moral » contre « foutaise », le climat au centre du débat public

En 2007, après plus d’une décennie de domination conservatrice, le Parti travailliste mené par Kevin Rudd remportait les élections. Le nouveau Premier ministre qualifiait le changement climatique de « plus grand défi moral de notre génération » et ratifiait le protocole de Kyoto. Il put compter sur la nouvelle direction du camp conservateur, plus ouverte sur le climat que sa prédécesseure. En 2008, l’opposition soutint la création d’un système d’échange de quotas d’émissions, c’est-à-dire d’un marché carbone, mais le projet fut rejeté par le Sénat après d’intenses tractations. Cet échec a créé les conditions politiques permettant l’arrivée de Tony Abbott à la tête du Parti Libéral. A la fin 2009, M. Abbott enterra toute tentative d’aborder la question climatique de manière b-ipartisane en déclarant que « le changement climatique est une foutaise ».

En 2011, le gouvernement travailliste de Julia Gillard a introduit un système de tarification du carbone, avec l’objectif à terme de créer un nouveau marché carbone. Le projet intéressait l’Union européenne qui a mis en place son propre marché du carbone et cherche des partenaires internationaux. La tentative de fusionner les marchés européen et australien échoua cependant avec l’arrivée au pouvoir de Tony Abbott lors des élections de 2013 ; durant sa campagne, il promettait « d’abattre la taxe [carbone] ».

A peine élu, Tony Abbott a mis en œuvre sa promesse. A la fin 2014, après plusieurs jours de débats ubuesques, la taxe carbone était révoquée. De même, la première action du gouvernement fut de dissoudre la Climate Commission créée par Julia Gillard afin de sensibiliser le public aux questions environnementales. En réaction à cette décision, la plus grande campagne de financement participatif jamais lancée en Australie permet aux anciens membres de la commission de créer le Climate Council, une organisation indépendante ayant la même mission que sa prédécesseure.

« A travers cette politique, Tony Abbott et son gouvernement ont ramené l’Australie en arrière », s’alarmait Daniel Spencer, membre de la Australian Youth Climate Coalition (coalition de la jeunesse australienne pour le climat). Ainsi, malgré une opposition importante dans l’opinion publique et le retrait de la plupart des investisseurs, le gouvernement, décrivant le charbon comme un « bienfait pour l’humanité », soutenait obstinément l’ouverture de la plus grande mine de charbon du monde dans le nord du pays.

De même, en juin dernier, le gouvernement a réduit de 20 % les objectifs de l’Australie en termes d’énergies renouvelables pour 2020. Or, selon un rapport du Climate Council, le pays pourrait produire par les énergies renouvelables cinq-cents fois sa consommation annuelle d’électricité. Mais l’incertitude sur les ambitions gouvernementales en la matière a provoqué en 2014 une chute de 90 % des investissements dans les projets renouvelables, mettant en danger la filière. « A moins que Tony Abbott ne change son discours, le gouvernement australien sera à nouveau pointé du doigt [à Paris] », se lamentait Daniel Spencer.

Le « Colossal fossil » va-t-il vraiment changer de politique ?

Or au cours des dernières décennies, l’Australie s’est illustrée en étant partie de l’Umbrella Group, une coalition d’Etats parmi lesquels les Etats-Unis, la Russie et le Canada, bloquant les négociations sur le climat. En 1997, pendant les discussions sur le protocole de Kyoto, « l’Australie a entretenu une position ostensiblement non constructive », rappelle Kati Kulovesi, professeur de droit environnemental international à la University of Eastern Finland. Mais ces dernières années, les Etats-Unis et la Chine ont montré un certain activisme vis-à-vis du changement climatique, isolant l’Australie sur la scène internationale.

Depuis l’arrivée au pouvoir du gouvernement Abbott, l’Australie s’était vue attribuer à deux reprises le « Colossal Fossil Award », un prix satirique décerné par la société civile au pays faisant le plus d’obstruction lors des négociations internationales. « C’est un honneur extrêmement douteux », commente Lesley Hughes, espérant ne pas voir son pays à nouveau distingué. Un sentiment que partage Daniel Spencer : « Les Australiens veulent voir de l’action. »

Il reste à Malcolm Turnbull à inverser résolument cette politique. Ce qui est certain, déjà, est que l’Australie ne cherchera pas à saper la conférence de Paris sur le climat à la fin de l’année.

« Le silence des oiseaux » ce soir sur Arte Reporterre 2015/09/17 (17 septembre 2015) « Le silence des oiseaux » ce soir sur Arte. Reporterre. fr

« Le silence des oiseaux » ce soir sur Arte

La population de passereaux décline de manière alarmante à travers le monde. Aux côtés de scientifiques, d’écologistes et d’amateurs passionnés, le film décrypte les raisons de ce phénomène, ce qu’il signifie, et ce que nous pouvons faire pour l’enrayer. Car ces oiseaux jouent un rôle essentiel pour la vie de notre planète.

Depuis des milliers d’années, ils dispersent les graines, pollinisent les plantes, protègent les feuilles et les récoltes. Les oiseaux représentent aussi pour l’humanité le plus vieux baromètre de l’état de santé de notre écosystème. Ils nous alertent sur un changement de saison, l’arrivée d’une tempête et l’augmentation du niveau de pollution dans la chaîne alimentaire. Et ils sont aujourd’hui en train de disparaître. Selon certaines statistiques, nous pourrions avoir perdu près de la moitié des passereaux qui emplissaient encore le ciel il y a 40 ans.

Jeudi 17 septembre à 19h00 (43 min)

Détails ici

Vendredi 18 septembre à 19h00 (44 min)

Détails ici

Les députés ne veulent pas étiqueter les aliments issus d’animaux nourris aux OGM Emilie Massemin (Reporterre) Reporterre 2015/09/17 Emilie Massemin (Reporterre) (17 septembre 2015) Les députés ne veulent pas étiqueter les aliments issus d’animaux nourris aux OGM. Reporterre. OGM fr

Les députés ne veulent pas étiqueter les aliments issus d’animaux nourris aux OGM

Tard dans la soirée de mercredi 16 septembre, l’Assemblée nationale a rejeté deux amendements déposés par les députés écologistes, et qui proposaient l’étiquetage obligatoire des produits issus d’animaux nourris aux OGM, et l’interdiction d’utiliser des OGM pour l’alimentation des élevages. Ceci, alors que 200 000 citoyens viennent de lancer la campagne « transparence OGM » pour une meilleure information des consommateurs.

Les étiquettes « nourri aux OGM » sur les barquettes de côtelettes de porc ou de steak du supermarché, ce n’est pas pour tout de suite. Pourtant, si les cultures génétiquement modifiées sont interdites en France, « les OGM présentent une part significative de l’alimentation de près de 80 % des élevages, selon les professionnels du secteur », assurent les députés écologistes dans un communiqué. Sont particulièrement visés « [le] soja et [le] maïs NK603 associés à l’herbicide Roundup, importés des États-Unis et d’Amérique latine ».

L’amendement de Brigitte Allain, députée Europe Écologie Les Verts (EELV) de la Dordogne, au projet de loi « portant diverses dispositions d’adaptation au droit de l’Union européenne dans le domaine de la prévention des risques » (voir ici, demandait l’étiquetage systématique des viandes, charcuteries, laits, œufs, beurres, fromages et plats cuisinés issus d’animaux d’élevage nourris aux OGM.

Il a été rejeté mercredi 16 septembre, tard dans la soirée, au terme de « débats polis et respectueux », indique Mme Allain à Reporterre. Présenté par la ministre de l’Écologie Ségolène Royal le 15 juillet dernier, ce texte législatif transpose au niveau national, entre autres, la directive européenne 2015/412 concernant la possibilité pour les États membres de restreindre ou d’interdire la culture d’organismes génétiquement modifiés (OGM) sur leur territoire.

Une pétition lancée pour la "transparence sur les OGM"

La députée avait par ailleurs demandé que le gouvernement remette un rapport sur l’opportunité de l’étiquetage obligatoire des produits alimentaires issus d’animaux nourris aux OGM, et que les aliments génétiquement modifiés soient carrément interdits dans l’alimentation des élevages. Ces deux amendements ont également été rejetés par l’Assemblée nationale.

La pression sociale est pourtant forte : un rassemblement de 200 000 citoyens, Consommateurs mais pas cobayes !, a lancé lundi 15 septembre une seconde campagne baptisée « transparence OGM » assortie d’une pétition, réclamant l’étiquetage obligatoire des produits alimentaires issus d’animaux nourris aux OGM.

Mais le rejet à l’Assemblée ne constitue qu’une demi-suprise. Les propositions d’amendement avait déjà toute été rejetées par la Commission du développement durable et de l’aménagement du territoire, le 9 septembre dernier. Sur l’étiquetage des produits alimentaires, la rapporteure Viviane Le Dissez (Parti socialiste) a argué en séance que et amendement était « typiquement hors du cadre de ce projet de loi de transposition sur la prévention des risques. Nous en avons discuté dernièrement avec les agriculteurs, l’étiquetage de la viande française relève du niveau européen. Cette disposition nous placerait donc en infraction vis-à-vis du droit européen ».

Même réponse concernant l’interdiction de nourrir les animaux avec des OGM. De fait, le 22 avril dernier, la Commission européenne a proposé une modification du règlement 1829/2003 concernant les denrées alimentaires et les aliments pour animaux génétiquement modifiés, qui permettrait aux Etats membres d’interdire ce type d’alimentation. Ce projet devrait être voté par la commission Environnement du Parlement européen les 12 et 13 octobre, puis par le Parlement européen réuni en plénière les 26 et 29 octobre, selon le site de veille citoyenne Inf’OGM.

« C’est le rôle des parlements nationaux d’émettre des avis forts »

Pour Brigitte Allain, ces arguments ne sont pas recevables : « On a fait la même réponse à Germinal Peiro [député socialiste de la Dordogne, NDLR] quand il a réclamé un étiquetage de la viande ’élevée et abattue en France’. Mais finalement, l’Assemblée nationale s’était rangée derrière lui. C’est au niveau des États qu’on peut pousser l’Union européenne à évoluer. C’est le rôle des parlements nationaux d’émettre des avis qui sont forts pour qu’ils soient pris en compte au niveau européen. » Concernant de tels sujets, la députée estime qu’un raisonnement en termes de respect des règles européennes et de la concurrence n’est pas souhaitable, car « ce n’est pas le droit à la concurrence qui préoccupe le plus les citoyens, mais le droit à la préservation de l’environnement et à la santé. »

Pour Brigitte Allain, la défense de ces amendements et la loi en elle-même, qui autorise pourtant les Etats qui le souhaitent à interdire la culture d’OGM, ne sont que des pis-aller. « Cette directive européenne, nous sommes contre, tranche la députée. Cela ne correspond pas au principe européen que des Etats puissent accepter une option, et d’autres la rejeter. » Mercredi soir, les écologistes ont ainsi refusé de voter pour la transposition de la directive européenne.

Reste qu’il faut parer au plus pressé : « Il y a dix ans, quand je militais au sein de la Confédération paysanne et des Faucheurs volontaires, j’étais contre l’étiquetage des OGM car cela actait le fait qu’on les avait acceptés. Mais aujourd’hui, les citoyens mangent des OGM sans le savoir. Il faut qu’ils puissent être informés, pour pouvoir éventuellement refuser d’acheter ces produits. » Avec un objectif à terme : « Pousser les Etats et les firmes à abandonner les OGM. »

Jugés coupables avec sursis, les Neuf des Mille vaches sont déçus Lorène Lavocat (Reporterre) Reporterre 2015/09/17 Lorène Lavocat (Reporterre) (17 septembre 2015) Jugés coupables avec sursis, les Neuf des Mille vaches sont déçus. Reporterre. Mille Vaches et fermes-usines fr

Jugés coupables avec sursis, les Neuf des Mille vaches sont déçus

Le tribunal d’Amiens a accordé, en appel, le sursis aux neufs militants de la Confédération paysanne qui avaient mené une action contre la ferme-usine des Mille vaches. Mais les juge toujours coupables. Un verdict contesté par les paysans.

La cour d’appel d’Amiens a rendu son arrêt hier, mercredi 16 septembre. Les juges ont condamné six des neuf militants de la Confédération paysanne à des peines allant de 300 euros à 5 000 euros d’amende avec sursis. Les trois autres, poursuivis uniquement pour avoir refusé un prélèvement ADN, ont été dispensés de peine.

En première instance, en octobre 2014, ils avaient écopé d’amendes et de prison avec sursis. La cour d’appel confirme donc la culpabilité des « neuf de la Conf’ », mais se montre plus clémente. « Les peines sont moins lourdes. C’est un signe d’apaisement même si on demandait la relaxe », explique Me Peyrard, avocate des prévenus.

Mais Karima Delli, eurodéputée écologiste, élue du Nord, estime dans un communiqué que « cette décision n’est pas anodine. Elle confirme qu’aujourd’hui, en France, l’action syndicale peut être jugée illégale. »

Rappel des faits

Le 17 juin dernier, neuf militants et paysans ont comparu devant la cour d’appel d’Amiens, pour refus de prélèvement ADN, dégradation sur biens d’autrui, recel et vol. Les faits qui leur sont reprochés ont été commis lors de deux actions de démontage sur le site de la ferme-usine des 1000 Vaches : en septembre 2013 et en mai 2014.

Intérêt général, désobéissance civile, rôle des lanceurs d’alertes et menace contre l’agriculture ont été au centre des débats lors de l’audience. Me Peyrrard a quant à elle mis l’accent sur la disproportion des sanctions : « Ils ont été traités comme des délinquants. Mettre des peines de prison avec sursis, c’est particulièrement stigmatisant pour des citoyens sans casier judiciaire qui ont simplement exercé leur liberté syndicale. » Son argument a donc été en partie entendu par les juges.

Deux poids deux mesures

Au sortir du tribunal mercredi, c’est donc un « ouf » timide : « Nous sommes partiellement soulagés », dit à Reporterre Olivier Lainé, l’un des neuf accusés. « Nous sommes toujours reconnus coupables, ce qui permet à Ramery de réclamer des dommages et intérêts. » Michel Ramery, propriétaire de la ferme-usine, pourrait ainsi demander jusqu’à 200 000 €. Mais Olivier Lainé se montre confiant : « Comme il est aussi en prise avec la justice, il va peut-être vouloir se faire oublier. » L’entrepreneur est en effet sous le coup d’une amende depuis juin dernier, pour avoir rassemblé plus d’animaux qu’autorisé.

Un deux-poids-deux-mesures insupportable pour Karima Delli : « L’entreprise ne respecte pas la loi elle-même, et sûre de son bon droit, elle conteste l’amende qui lui a été adressée. » Pour José Bové, dans le même communiqué, la ferme-usine aurait dû purement et simplement fermée : « Les conditions de travail désastreuses, l’état sanitaire du troupeau catastrophique sont désormais démontrés. »

Du côté de la Confédération paysanne, on rappelle également que les manifestants de la FNSEA ont détruit des biens publics « en toute impunité » lors de leurs récentes manifestations. Ainsi, « 471 faits de destruction, d’atteintes à des biens publics et privés » ont été répertoriés entre début juin et mi-août en Bretagne, d’après le préfet de Bretagne, Patrick Strzoda.

Pour la Confédération paysanne, le combat continue

Plus que de la colère, c’est donc la déception qui prévaut. « Concrètement, sur la question de l’industrialisation de l’agriculture, nous n’avons rien gagné du tout », observe Olivier Lainé. Car cet arrêt survient dans un contexte particulier : celui de la crise du lait. C’est ce qu’ a souligné Laurent Pinatel, porte-parole du syndicat, dans un twitter : « On reste condamnés alors qu’on est en pleine crise de l’élevage. Les fermes-usines attaquent notre métier de paysan. Notre combat est légitime. »

« C’est la survie de notre agriculture qui est en jeu », poursuit Olivier Lainé. « Une ferme-usine qui ouvre, ce sont des dizaines de petites fermes qui meurent. »

ENCADRE : Les dates à retenir − Septembre 2013 – Novissen et la Confédération paysanne occupent le chantier de la ferme-usine puis les locaux du siège social de Ramery à Erquinghem, près de Lille. − 28 mai 2014 – Démontage de pièces présentes dans la salle de traite de la ferme-usine des mille vaches. − 13 septembre 2014 – Les premières vaches arrivent sur la ferme-usine-usine, Novissen et le syndicat agricole bloquent l’accès au site. − 28 octobre : procès en première instance des « neuf de la Conf’ ». Ils sont condamnés à des peines, allant d’amendes pour refus de soumission au prélèvement biologique à la prison avec sursis pour ceux accusés de recel ou de dégradations sur bien d’autrui commis en réunion. − 17 juin 2015 : procès en appel à Amiens. La défense demande la relaxe, plaidant l’intérêt général et la solution de dernier recours. − 28 août : la préfecture annonce que les exploitants de la ferme-usine des Mille vaches doivent payer des amendes, pour avoir rassemblé plus d’animaux qu’autorisé, , soit 763 vaches au lieu de 500. − 16 septembre : la cour d’appel d’Amiens rend son arrêt. Les prévenus écopent d’amendes avec sursis.

Les Grecs vivent la décroissance de la joie et de l’espoir Emmanuel Daniel (Reporterre) Reporterre 2015/09/17 Emmanuel Daniel (Reporterre) (17 septembre 2015) Les Grecs vivent la décroissance de la joie et de l’espoir. Reporterre. Reportage — Grèce fr

Les Grecs vivent la décroissance de la joie et de l’espoir

Juste avant l’élection de Syriza, Yannis Varoufakis, ex-ministre des finances de Tsipras déclarait dans une interview que les Grecs étaient « prêts à mener une vie austère ». Vraiment ? Reportage auprès des principaux intéressés, quelques jours avant les nouvelles élections.

- Athènes, reportage

A 42 km d’Athènes, aux abords de Marathon, Photis tente de vivre mieux avec moins. Sur le terrain de quatre hectares qu’il occupe avec quelque amis, l’homme aux habits amples et au teint hâlé de ceux qui vivent et travaillent sous le soleil prône une sobriété heureuse reposant sur l’autonomie alimentaire et énergétique qu’il n’est pas loin d’atteindre. Il le fait pour lui, bien sûr, mais aussi pour « montrer qu’on n’a pas besoin de vivre comme des esclaves pour produire et consommer des choses dont on n’a pas besoin ».

Photis vit en zone rurale mais développe aussi des « jardins verticaux », dans des barils ou des bacs en bois afin de prouver aux citadins qu’eux aussi peuvent faire pousser tomates et patates. Une reprise en main de la production alimentaire qu’il juge nécessaire en vue des années difficiles à venir. Cet adepte de la simplicité volontaire assure que les cures d’austérité à répétition imposées au peuple grec ont rendu son discours audible. « Il n’y a pas si longtemps, on me prenait pour un fou. Mais aujourd’hui au moins, on m’écoute. » Il reconnaît néanmoins qu’au cours des cinq dernières années, les criminels en col blanc de la Troïka ont été bien plus efficaces que les partisans de la décroissance pour pousser les Grecs à changer leur mode de vie.

Sobriété forcée

Depuis 2009, le PIB a décru d’un tiers. Avec 28 % de la population sans emploi dont 58 % des jeunes, la Grèce connaît le plus fort taux de chômage d’Europe. 25 % des fonctionnaires ont perdu leur poste, les autres ont vu leur revenu diminuer. Les retraites ont baissé de 15 à 44 % selon les personnes et les salaires ont chuté de 24 % en quatre ans, le salaire minimum a baissé de 14 % depuis 2008. Près d’un tiers des habitants vivent sous le seuil de pauvreté et certaines sources annoncent qu’un quart des enfants iraient à l’école le ventre vide. Au gré des coupes budgétaires imposées par les créanciers, les Grecs expérimentent malgré eux la décroissance que des écologistes du nord de l’Europe appellent de leurs vœux. Sauf que, pour la plupart, cette sobriété forcée n’a rien d’heureuse.

Vanessa, une énergique trentenaire impliquée dans les milieux libertaires athéniens ne cache pas son exaspération. Chômeuse quasiment à plein temps depuis cinq ans, elle est retournée vivre chez sa mère, comme la plupart des jeunes grecs que j’ai pu rencontrer. « Je veux retrouver ma liberté, je n’en peux plus d’habiter chez ma mère et de devoir lui demander de l’argent dès que je veux faire quelque chose. » A défaut de trouver du travail, elle a repris ses études avec une idée en tête, quitter la Grèce en espérant trouver ailleurs suffisamment de ressources pour voler de ses propres ailes. Elle rejoindra bientôt sous d’autres cieux les 300 000 Grecs qui ont pris le chemin de l’exil économique depuis 2010.

Quitter Athènes est aussi l’obsession de Yannis. Quarantenaire, il jongle entre les petits boulots plus ou moins déclarés dans le bâtiment et les périodes de chômage. Lui ne veut pas partir à l’étranger mais gagner la campagne autour de Katerini, dans le nord du pays où une partie de sa famille est installée. « A Athènes il n’y a pas de travail, il te faut de l’argent pour tout et il n’y a aucun moyen d’être autonome. » Pour lui, la seule issue à la crise est l’exode urbain, et il assure qu’il a déjà commencé. Un sondage datant de 2012 confirme cette tendance : 68 % des habitants d’Athènes et de Thessalonique interrogés songeaient alors à quitter la ville pour la campagne.

"Le pire est à venir"

Vassili, trentenaire au regard sévère atténué par son physique d’ours en peluche, relativise cette vague supposée de retour à la terre. « Il y a du monde pour parler de décroissance, mais beaucoup moins quand il s’agit de travailler la terre », dit-il en ciblant principalement ses camarades libertaires qu’il désespère de voir un jour joindre le geste à la parole. Lui cultive des oranges depuis deux ans avec quelques amis sur un terrain qu’on leur prête en échange de coups de main. Ils font aussi des conserves et des champignons dans une cave d’Exerchia, le quartier anarchiste d’Athènes. Ils vendent une partie de la production sur un marché informel, consomment et échangent le reste. Pour Vassili, les Grecs seront dépendants de la Troïka tant qu’ils seront incapables de produire leur propre nourriture, et il craint qu’ils le soient encore longtemps.

J’interpelle Dimitris alors qu’il gare son scooter près d’un parc. Ce quarantenaire athlétique est très loin de ce genre de considérations. Quand je lui demande si l’austérité l’a poussé à changer son mode de vie, il répond : « Je sors beaucoup moins. Je ne peux plus mettre d’argent de côté. J’ai du quitter mon appartement pour un plus petit. Je réduis ce qui ne m’était pas nécessaire. » Mais, en tant que fonctionnaire et célibataire, il fait partie de ce qu’il reste de la classe moyenne grecque et à ce titre, il refuse de s’appesantir sur sa situation. « Ça m’a affecté mais ce n’est rien comparé aux gens qui ont une famille. Moi, mon salaire tombe à la fin de chaque mois, dit-il. Tout autour de moi, il y a des gens sans emploi et qui galèrent pour prendre soin de leurs enfants. Je ne vois pas trop d’issue joyeuse à la situation. Surtout que le pire est à venir. »

Un sentiment partagé par Clio, une joueuse de harpe d’une trentaine d’année qui tente bon an mal an de vivre de son art. « Avec la nouvelle loi, les gens vont se faire expulser de leur logement s’ils n’arrivent pas à payer leurs taxes. Les prix des produits de base vont augmenter ; le sucre, les pâtes. Et même le bois de chauffage. Là, les gens ne sont pas trop mal, il fait beau et tout le monde est dehors. Viens cet hiver quand personne ne pourra se chauffer, ce sera autre chose. La moitié au moins des immeubles coupent le chauffage central, les gens circulent dans leur appart’ avec des manteaux et se chauffent a la couverture électrique quand ils dorment. L’hiver dernier, Athènes était entourée d’un brouillard épais car les gens brûlaient tout ce qui leur tombait sous la main. »

« Nous devions changer, mais pas comme ça »

Luc Ferry, qui a dû visiter la Grèce sans descendre de l’avion, écrivait mi-juillet dans Le Figaro qu’en « traversant le pays, si on voit parfois la pauvreté, on ne voit la misère nulle part ». Certes, l’économie informelle et l’entraide familiale permettent encore aux Grecs de survivre. Mais il suffit de s’éloigner quelque peu des hôtels de luxe pour l’observer, la misère. Au Pirée, à quelques arrêts de bus seulement du port où les touristes débarquent par milliers chaque jour, les victimes innocentes de la guerre économique menée contre la Grèce se regroupent sur une petite place rebaptisée Square de la solidarité. Des bénévoles organisent plusieurs fois par semaine des distributions de repas pour une centaine de personnes, ainsi que des distributions de produits frais et secs récoltés devant les supermarchés et les marchés.

Des SDF édentés, sacs en plastique aux pieds, côtoient des retraités dont l’accoutrement impeccable ne laisse pas transparaître leur situation. Alors que les premiers mangent leur plat servi dans un récipient en plastique sur un banc ou à même le sol, les autres disparaissent une fois leur gamelle remplie, honteux de leur détresse. Je n’ose leur demander, comme à mes autres interlocuteurs, s’ils trouvent des vertus à l’austérité.

L’effondrement économique n’a pas eu tant d’impact sur le quotidien de Kristina, une fonctionnaire de 37 ans, qui attend un ami sur un banc de pierre. Certes, elle dépense et voyage moins mais elle assure que cette remise en question de son mode de vie a été salutaire. « On faisait des prêts pour acheter des choses dont on n’a pas besoin. J’ai même fait un prêt pour partir en vacances, se rappelle-t-elle, un peu honteuse. Il était nécessaire de réagir parce que mon pays était malade et on menait une vie folle, nous devions changer. Mais pas comme ça. Ce sont toujours les mêmes qui paient les pots cassés, et pas ceux qui devraient payer. »

Dora, militante libertaire impliquée dans des actions de soutien aux migrants arrive elle aussi à trouver du positif dans la situation : « Depuis le début de la crise, des centaines d’initiatives solidaires et basées sur l’autogestion ont vu le jour à travers le pays et beaucoup de gens ont pris conscience de la dictature de la Troïka et des méfaits du capitalisme. » Cliniques autogérées, jardins partagés, circuits courts, cuisines populaires, collectifs de lutte contre les expulsions locatives ou la privatisation de régies municipales de l’eau, échanges de services...

La nécessité a poussé les Grecs à s’organiser pour assumer ensemble les tâches que l’État a renoncé à accomplir et à expérimenter, dans la douleur, l’autogestion, la gratuité, l’entraide et la décroissance. « Il y a eu un pic en 2012, mais en ce moment ça stagne. Les gens sont fatigués », nuance Nansy, impliquée dans le centre social Nosotros à Exerchia. Elle impute cette baisse de régime à Syriza qui « s’est approprié les mots et les idées de ces mouvements et en a détourné les énergies ».

De nouveau, la menace des fascistes d’Aube Dorée

Dionis, syndicaliste communiste rencontré pendant une manifestation contre les lois scélérates négociées par le gouvernement Tsipras n’est pas non plus optimiste. « On aurait dû réduire notre niveau de vie à un moment ou à un autre. On ne pouvait pas continuer ainsi. Le problème c’est que c’est imposé par des banquiers. Les gens sont frustrés. J’ai bien peur que beaucoup se remettent à vivre comme avant si jamais la situation économique s’améliore. La plupart des gens espèrent simplement un retour à la normale. Et si ça s’empire... je m’attends au pire », dit-il en faisant allusion à la menace Aube Dorée.

Georgia, membre de Solidarité pour tous, une structure financée par Syriza qui vise à coordonner et à apporter du soutien aux initiatives solidaires, se force à garder le sourire et l’espoir. « Même si les conséquences de la crise s’estompent, on ne va pas rentrer chez nous. De fortes relations de solidarité se sont créées dans les communautés locales. Tout ça ne s’effacera pas du jour au lendemain. La crise a touché des gens qui avaient une vie normale et qui se retrouvent à demander de la nourriture. Des Grecs et des migrants se retrouvent dans la même situation de bénéficiaires. Tout ça les fait souffrir mais les a aussi fait réfléchir », dit-elle, en espérant que cette cohabitation forcée permettra de faire barrage au repli nationaliste et xénophobe.

Hélas, Vangelis, un cinquantenaire maigre, aux longs cheveux gris emmêlés et à la barbe drue, que je rencontre quelques heures plus tard dans le centre d’Athènes vient la contredire. Après avoir dénoncé les « criminels de la Troïka » et la « dictature de la dette », il finit par me livrer le fond de sa pensée : « Le problème, c’est les immigrés qui arrivent par dizaines de milliers sur les plages, qui prennent notre boulot et qui sont soignés gratuitement alors que les Grecs sans assurance maladie doivent payer. » Il est persuadé que plutôt d’augmenter la solidarité, c’est la lutte pour la survie, la rancœur et le chacun pour soi qui vont se renforcer avec l’aggravation de la situation. Son discours en est l’illustration, même si pendant l’après-midi que je passe avec lui, je l’ai vu rendre service à des Tunisiens en situation irrégulière.

« Tout le monde va se battre pour faire des petits boulots mal payés pour pouvoir payer ses taxes », craint-il. Attablé à la terrasse de son café, il lit le journal. Il n’a même pas pris la peine de sortir les chaises de sa terrasse ni d’allumer les lumières à l’intérieur du bar. Sur le mur, un menu en grec et en anglais propose des poissons marinés, de la moussaka ou des tartes au fromage. Mais cela fait plusieurs jours qu’il ne cuisine plus. Il n’en a plus le courage. Il fait partie des nombreux Grecs tombés dans la dépression ces dernières années et il reconnaît volontiers qu’il n’attend rien de l’avenir.

Depuis deux ans, il vit dans son établissement et ne survit que grâce à la pension de sa mère et à son petit business de vente d’ail. En discutant avec Vangelis, on comprend que les coupes budgétaires n’ont pas que des conséquences matérielles. La décroissance qu’ils imposent est aussi celle de la joie de vivre et de l’espoir. « Les gens sont malheureux. Ils ne nous ont pas seulement volé nos économies mais aussi notre sourire et notre respiration. » Lui aussi considère qu’ il n’y aura de salut qu’à la campagne, en-dehors d’Athènes. « J’aimerais retourner dans mon village pour mener une vie simple et cultiver de quoi manger mais j’ai un prêt, des taxes et des assurances à payer. Je suis pris au piège. Tu ne peux pas sortir du système », assène-t-il avant de se resservir un verre de raki.

Dans les mois qui viennent, quand les conséquences concrètes des dernières lois d’austérité se feront sentir, Photis, Vassili, Georgia, Nansy et toutes les personnes qui tentent de construire une société plus solidaire et écologique sur les ruines de l’austérité devront faire preuve de beaucoup d’adresse pour éviter que la guerre du tous contre tous ne l’emporte sur la guerre contre la Troïka.

En Allemagne, un vent de révolte souffle contre les fermes-usines géantes Violette Bonnebas (Reporterre) Reporterre 2015/09/17 Violette Bonnebas (Reporterre) (17 septembre 2015) En Allemagne, un vent de révolte souffle contre les fermes-usines géantes. Reporterre. Reportage — Agriculture fr

En Allemagne, un vent de révolte souffle contre les fermes-usines géantes

Dans l’Est de l’Allemagne, de nombreuses associations se mobilisent pour contrer les projets de fermes géantes, dans une région marquée par les dérives de la production de masse sous l’ancien régime communiste.

- Berlin, correspondance

Imaginez que les habitants de la Somme aient à se prononcer par référendum sur le maintien ou la fermeture de la ferme-usine des Mille vaches. Impossible ? C’est pourtant ce qui pourrait se passer dans l’Est de l’Allemagne. Quarante associations se sont regroupées pour faire barrage à l’élevage intensif dans le Land du Brandebourg, près de Berlin. Si elles rassemblent au moins 80 000 signatures auprès des habitants de la région d’ici le mois de janvier, un référendum d’initiative populaire devra être organisé, et son résultat inscrit dans la loi. En deux mois, plus de 13 000 personnes ont déjà été convaincues (lien en allemand).

« Interdire complètement l’élevage intensif, ce serait bien, mais on est conscient que c’est impossible, explique le coordinateur de la campagne, Jens Martin Rode. Nous, ce qu’on veut, c’est que, dans le Brandebourg, les éleveurs ne coupent plus la queue des cochons et le bec des volailles ; que le gouvernement régional ne finance plus les nouvelles implantations d’élevage intensif, mais seulement de plus petites exploitations qui respectent des critères exigeants de protection animale et environnementale. »

Jens Martin Rode et ses compagnons n’en sont pas à leur coup d’essai : au début de l’année, près de 35 000 personnes avaient signé une première pétition (Volksinitiative) pour mettre la question à l’ordre du jour du parlement régional. Mission accomplie, mais malgré le coup de force, les députés s’étaient majoritairement rangés derrière les lobbies de l’industrie agricole. Pour Udo Folgart, l’un des députés (SPD, social-démocrate) ayant rejeté la proposition citoyenne, « le nombre d’animaux dans une exploitation ne dit rien de leur bien-être. Tout dépend de la manière dont ils sont traités. Cela peut être fait de façon très responsable dans une grande exploitation ».

De plus en plus de fermes géantes

L’homme qui tient ce discours est lui-même éleveur près de Berlin, à la tête d’un troupeau de 550 bovins, et vice-président de la Landesbauernverband, le syndicat agricole majoritaire en Allemagne. Attablé à un café de sa circonscription, à Paaren in Glien, il ajoute à sa démonstration, graphiques à l’appui, que le nombre d’animaux d’élevage dans le Brandebourg, et plus largement dans l’Est de l’Allemagne, est par ailleurs deux fois moins élevé que la moyenne nationale.

Le chiffre est juste, mais il ne dit pas toute la vérité. Lorsqu’on regarde le nombre de bêtes par exploitation, les cinq Länder d’ex-RDA (République démocratique allemande) se retrouvent cette fois systématiquement en tête de troupeau. Par exemple, un élevage moyen de volailles dans le Mecklembourg-Poméranie-Occidentale et la Saxe-Anhalt dépasse les 12 000 têtes. C’est six fois plus que la moyenne nationale. Les chiffres sont tout aussi éloquents pour les bovins et les porcins (lien en allemand).

La tendance n’est pas prête de s’inverser, les projets de nouvelles fermes géantes ou d’agrandissement se multiplient : trente-deux, rien que dans le Brandebourg. Certains investisseurs voient les choses en grand, en très grand même : pas moins de 400 000 poulets pour l’un, 67 000 porcs pour l’autre, 2500 vaches pour un troisième. Et si une partie de la population s’y oppose, c’est parce qu’elle a déjà connu l’élevage de masse, à une échelle bien plus grande - et en a été traumatisée.

L’ombre des fermes de la RDA

Des hangars sans fenêtres de plusieurs centaines de mètres de long, vaches entravées, poules et porcs entassés, au sol du béton. Autour, d’immenses monocultures de plantes fourragères survolées d’avions épandeurs de pesticides. Des silos à perte de vue, alimentés par des employés présents 24h/24, selon la règle des trois-huit, comme à l’usine. C’est à cela qu’ont ressemblé les fermes de RDA, des années 1960 à la fin de l’ère soviétique.

« L’idéologie socialiste porte en elle dès le départ, chez Marx et Engels, l’idée de produire en masse, explique Jens Schöne, historien spécialiste de l’agriculture en RDA. Les outils de production agricole ont d’abord été collectivisés, puis progressivement industrialisés. Ce sont ces gigantesques exploitations, de plusieurs milliers d’hectares, qui devaient mener à la prospérité, à l’abondance de nourriture, et donc au ’’bonheur commun’’. » Un bonheur commun qui ne concernait visiblement pas les animaux, soumis à la promiscuité, aux castrations à vif, exposés au cannibalisme. Sans compter les tests d’antibiotiques ou les expérimentations alimentaires à base d’urée et d’excréments.

Inspirées du modèle américain de ferme géante, les LPG (pour Landwirtschaftliche Produktionsgenossenschaft, coopérative de production agricole) ont connu un essor très rapide en Allemagne de l’Est, bien plus qu’en Europe occidentale. Pour exporter la viande et ainsi faire entrer des liquidités dans ses caisses vides, l’Etat exigeait, plan après plan, toujours plus de productivité, poussant à la démesure. Pour ne citer que quelques exemples, la LPG de Neustadt sur l’Orla en Thuringe comptait pas moins de 175 000 porcs en 1989. A quelques encablures, celle de Wandersleben accueillait 720 000 poules pondeuses. Plus au nord, non loin des rives de la Baltique, 24 000 bovins étaient élevés, abattus et transformés dans le Kombinat de Ferdinandshof, devenu un emblème de cet élevage ultra-intensif est-allemand.

Mais un tel modèle n’était pas compatible avec les structures économiques du pays, incapables par exemple de remplacer les pièces défectueuses dans les bâtiments agricoles. Et les conséquences pour l’environnement ne tardèrent pas à se faire sentir, au sens propre. L’air se chargeait de l’ammoniac rejeté par les étables mal ventilées ; le lisier, en quantité astronomique, était déversé au moyen de pipelines dans les cours d’eau. « Je me souviens que l’hiver, j’allais patiner sur des lacs de lisier gelés, c’était épouvantable », raconte Jens Schöne, qui a lui-même grandi en Saxe-Anhalt.

Autour des fermes, les forêts mouraient, les poissons disparaissaient. Malgré le discours apaisant des autorités, la colère montait dans les villages, comme en attestent les rapports de la Stasi, la police politique. En 1989, lorsque le régime, vacillant, a autorisé les manifestations, les premiers rassemblements réclamaient la fermeture de ces monstres agricoles.

Est-ce à dire que les dérives des fermes-usines ont entraîné la chute de la RDA ? « L’élevage intensif n’a pas tué la RDA, relativise l’historien. Mais oui, cette fronde dans les campagnes y a certainement contribué. » Cinq ans après la réunification allemande, 70 % des fermes ont été liquidées, les plus grandes ont été redimensionnées. Aujourd’hui, la contestation se porte sur des élevages intensifs certes plus petits, mais dont certaines méthodes continuent de choquer.

En Grèce, la clinique solidaire soigne les blessés de la guerre économique Emmanuel Daniel (Reporterre) Reporterre 2015/09/18 Emmanuel Daniel (Reporterre) (18 septembre 2015) En Grèce, la clinique solidaire soigne les blessés de la guerre économique. Reporterre. Grèce fr

En Grèce, la clinique solidaire soigne les blessés de la guerre économique

Une mortalité infantile en hausse, des cancéreux laissés sans soins, des diabétiques incapables de se payer leurs médicaments... L’austérité a durement impacté le service public de santé grec. Pour faire face à la crise sanitaire en cours, la solidarité s’organise. Une quarantaine de cliniques autogérées et gratuites ont vu le jour à travers le pays. Reportage à la clinique communautaire d’Helliniko qui a reçu gratuitement près de 40 000 personnes depuis son ouverture fin 2011.

- Athènes, reportage

Une femme élégante à la manucure parfaite. Un homme aux cheveux blancs, aux souliers et au sourire usé qui manipule avec méthode les boules d’un chapelet, imperturbable malgré le bébé hurlant à ses côtés dans les bras de sa mère impuissante. Ces femmes et ces hommes qui patientent dans la salle d’attente de la clinique communautaire d’Helliniko sont les visages de l’austérité, les victimes de la guerre économique imposée à coups de statistiques à la Grèce par ses créanciers. Dans cette clinique autogérée située dans la banlieue sud d’Athènes, des médecins et des pharmaciens bénévoles dispensent gratuitement des soins et des médicaments à ceux, de plus en plus nombreux, qui ne peuvent plus se les payer.

Chaque jour, près de cent patients passent la porte de l’établissement. Derrière un long bureau, trois femmes sortent de lourds classeurs d’un placard, décrochent les téléphones qui ne cessent de sonner et enregistrent les patients qui s’entassent à l’accueil. Chacun a sa fiche sur laquelle est indiquée le médecin qui les suit, le traitement prescrit et la posologie. « On est tous bénévoles mais c’est une organisation professionnelle », explique fièrement Martha, ancienne banquière, qui vient ici quatre heures par semaine pour trier les boîtes de médicament.

Comme elle, ils sont plus de deux-cents à se relayer pour faire tourner l’établissement. Les soignants (médecins généralistes, dentistes, cardiologues, gynécologues, psychologues, pédiatres, reflexologues, pharmaciens...) représentent la moitié des troupes, l’autre moitié aide à l’accueil, à la communication ou encore à la logistique. Martha m’invite à patienter pendant qu’elle va chercher Vassilia, ancienne professeure de français. Les deux amies seront mes deux guides pendant les quelques heures que je vais passer sur place.

C’est par l’intermédiaire d’un article paru dans le International Herald Tribune que ces retraitées ont entendu parler de l’initiative. L’idée est née sur la place Syntagma, occupée en 2011 pendant plusieurs semaines par des milliers d’indignés grecs. Un petit groupe de personnes qui pressentait ce qui allait arriver décide alors de s’organiser pour que personne ne soit privé de soin faute de revenus. Quelques mois et nuits blanches de travail plus tard, l’équipe de bénévoles s’installait dans ce local mis à disposition par la mairie de la ville.

Solidarité en temps de crise

« On n’a pas hésité longtemps. Quand on voit ce qui se passe, on ne peut pas rester sur son canapé », explique Martha. Depuis 2009, le budget de la santé a baissé de près de 50 % en Grèce. Les effectifs des hôpitaux ont fondu et les remboursement de certains médicaments coûteux ont été diminués, laissant près d’un tiers des grecs dans l’impossibilité d’accéder aux soins faute d’assurance maladie. Ces ajustements comptables ont eu des conséquences terribles : hausse des suicides, des dépressions, des contaminations au VIH, hausse de la mortalité infantile, réapparition de maladies disparues faute de vaccination...

La quarantaine de cliniques solidaires comme celle-ci qui ont vu le jour ces dernières années tentent comme elles peuvent d’endiguer la crise sanitaire que connaît la Grèce. « On avait besoin de faire quelque chose. On passe quatre heures par semaine mais certains passent leur vie ici », disent-elles avec l’humilité qui caractérise les personnes impliquées dans des actions de solidarité que j’ai pu rencontrer.

Aujourd’hui, l’ambiance est détendue dans la salle d’attente, on entend même parfois quelques éclats de rire. Mais ce n’est pas toujours le cas. « Certaines personnes sont en situation de stress terrible. Ils ont perdu leur emploi et leur assurance. Parfois le ton monte quand des médicaments manquent ou que le médecin qui doit les soigner est retenu à l’hôpital pour une urgence. Il arrive que des patients oublient qu’on est bénévoles et qu’on fait ce qu’on peut », regrette Vassilia. Mais pour ces volontaires, la joie procurée par l’entraide les aide à tenir. « Si on ne sentait pas bien ici on ne serait pas là depuis trois ans. On préfère être là, ensemble, plutôt que de courir les cafés ou de jouer aux cartes », dit Martha en lançant un sourire complice à son amie.

Avec l’enthousiasme d’enfants tout juste revenues de colonie de vacances, elles me racontent les innombrables exemples de solidarité dont elles sont actrices autant que témoins. « Tu te rappelles du bébé allergique qui avait besoin d’un médicament à 75€ que nous n’avions pas et que les parents ne pouvaient pas payer ? », commence Martha. « On a lancé un appel et des caisses entières sont arrivées. Des miracles comme ça il y en a tous les jours », poursuit Vassilia. Ainsi, quand les enfants sous-alimentés ont commencé à affluer à la clinique, il ont ajouté le lait en poudre dans la liste des besoins urgents affichée sur leur site internet. Depuis, « il en arrive suffisamment chaque semaine pour remplir une grande armoire », se félicite Martha. Elle raconte, émue et dépitée, l’histoire de cette femme reçue en urgence parce qu’elle ne pouvait pas payer son accouchement à l’hôpital et qui a donné naissance à une petite fille dans la clinique.

Une humble générosité

En plus de batailler pour la survie de leurs compatriotes, ces volontaires reçoivent sans discrimination quelques-uns des milliers de migrants qui arrivent chaque semaine sur les plages du pays. Généreux dans leurs souffrances, ils envoient également des médicaments et des bénévoles à Gaza, à Kobane et aux camps de réfugiés syriens. Plutôt que de parler de leur engagement, les deux femmes préfèrent évoquer l’altruisme de ceux qui le rendent possible. Car tout le matériel et les médicaments proviennent de la solidarité locale et internationale. « Cette crise a eu ceci de bon qu’elle nous a poussé à être plus solidaires et à travailler en équipe », positive Vassilia. Et cette solidarité dépasse le cadre médical. Des membres de la clinique ont ainsi aidé plusieurs SDF a trouver un toit et mettent parfois sur pied des distributions de nourriture.

Pour faire face à ses besoins financiers, la clinique organise deux fois par an un bazar car elle n’accepte que les donations en nature. « On ne veut pas manipuler de l’argent, on est pas une entreprise, on n’est pas des comptables », explique Martha. Malgré cette quasi absence de moyens financiers, ils sont parfois mieux lotis que les hôpitaux publics grecs.

« Voici ce dont nous sommes le plus fiers », me dit Vassilia en m’entraînant vers une porte dont l’accès est réservé aux bénévoles. A l’intérieur de cette vaste pièce, quelques personnes, dont certaines en blouse blanche, déambulent parmi les étagères remplies du sol au plafond de médicaments. « On a voulu informatiser cela mais on a vite abandonné, il y a plus de 10000 boites qui passent ici chaque semaine », me fait-elle savoir. Pour stocker les vaccins, il leur fallait des frigos. Là encore, la solidarité a fait son œuvre. « On est allés voir les kiosquiers du coin pour qu’ils nous donnent leurs anciens réfrigérateurs », m’explique Martha en me montrant l’un d’eux qui servait à garder des cannettes de soda au frais.

Leurs récits sont des concentrés de souffrance et de joie, de détresse et d’altruisme. A l’écoute de l’une de leurs histoires, je ne peux contenir mes larmes. « Un jeune atteint du cancer est arrivé. Il lui fallait en urgence des médicaments très coûteux. Nous avons envoyé un message à nos soutiens. C’est une vieille dame, elle aussi atteinte du cancer, qui a répondu en proposant de partager avec lui ses médicaments car elle considérait que ce jeune homme en avait plus besoin qu’elle. »

Quand l’entraide remplace la charité

Des usagers ou des soutiens de la clinique, reconnaissant du travail réalisé, proposent spontanément d’aider à leur tour. Une quincaillerie a repeint la façade, des femmes de ménage viennent nettoyer le lieu, un charcutier des environs offre des plats pour le bazar... « Chacun participe à sa façon », raconte Martha. Ainsi, la charité se transforme en entraide. « Notre objectif est d’offrir les soins de première nécessité à ceux qui en sont exclus, mais c’est aussi une action politique », précise-t-elle. Ainsi, chaque mois, des bourses d’échanges de services permettent aux patients de se rencontrer, de nouer des liens et de s’échanger des coups de main. Un travail d’information est également mené auprès des patients et en-dehors des murs sur les conséquences sanitaires des différents « plans d’aides à la Grèce ».

Le fonctionnement de la clinique est en lui-même une utopie en actes. Les décisions non médicales sont prises lors d’assemblées qui permettent à chacun « de savoir ce que font les autres et de comprendre l’ensemble du processus », note Martha. Le mode d’organisation est basé sur l’égalité de chaque participant-e, et cela Vassilia l’a bien intégré. « S’il n’y avait pas les médecins, rien ne serait possible. Mais que feraient les médecins sans les pharmaciennes et les secrétaires, les femmes de ménage et nous qui rangeons les médicaments. Tout le monde est nécessaire. Chacun aide à son échelle, sans fanfare. »

Mes deux interlocutrices qui n’ont rien de militantes libertaires sont ravies de cette expérience de démocratie directe : « On rêvait sans le savoir de ce mode d’organisation horizontale », dit Martha. « Même si on n’est pas toujours d’accord en assemblée, chacun essaie de faire de ce lieu un meilleur endroit », abonde Martha.

Mais bien que leur engagement à la clinique leur apporte beaucoup de joie, elles commencent à perdre patience. Elles souhaiteraient que le service public de santé puisse offrir à tous les soins nécessaires. « On pensait que ça allait durer deux ans, le temps que la situation s’améliore... Mais on est en train de devenir la béquille d’un État défaillant et on ne veut pas jouer ce rôle. » Sauf que pour l’instant, la crise sanitaire s’aggrave et, malgré les déclarations d’intention du ministre de la Santé promettant des changements, les non-assurés sont toujours exclus du système public de santé. La clinique solidaire se retrouve à alimenter les hôpitaux publics d’Athènes en médicaments, seringues et matériel de stérilisation. Le monde à l’envers. Des partenariats ont été créés avec les hôpitaux publics dont certains médecins acceptent de rester le soir pour recevoir bénévolement les patients envoyés par le dispensaire qui ne dispose pas de certains équipements.

Les deux femmes ne se réjouissent pas d’avoir réussi à mettre sur pieds une clinique autogérée mieux organisée et achalandée que les établissements publics. « On voudrait devenir inutiles et disparaître. Tout le monde devrait avoir accès aux soins gratuitement. En politique rien n’est éternel, la situation va se retourner », dit Vassilia sans vraiment y croire. En attendant un improbable retour à la normale, les structures et les liens de solidarité qui se sont créés dans la douleur en Grèce semblent être les seuls à pouvoir empêcher le pays de sombrer dans le chaos.

Une sale nouvelle pour la liberté de la presse : l’oligarque Pigasse s’approprie Radio Nova Par Hervé Kempf Reporterre 2015/09/18 Par Hervé Kempf (18 septembre 2015) Une sale nouvelle pour la liberté de la presse : l’oligarque Pigasse s’approprie Radio Nova. Reporterre. Libertés fr

Une sale nouvelle pour la liberté de la presse : l’oligarque Pigasse s’approprie Radio Nova

Le directeur de la banque Lazard, Matthieu Pigasse, achète Radio Nova. Un média libre de plus qui passe aux mains des puissances d’argent. Chez Reporterre, qui a un partenariat amical avec cette radio depuis un an, ça nous pose un gros problème. Quoi qu’on décide, notre liberté de parole restera totale. En attendant, on vous rappelle qui est Matthieu Pigasse.

- Jeudi 17 septembre 2015

- Ecouter ici la chronique de Reporterre, par Hervé Kempf :

- Lire aussi : Les médias de demain : citoyens, alternatifs, et libres

- Image : Matthieu Pigasse (Wikimedia)

La chronique de Reporterre, tous les jeudis à 18 h 10 sur Radio Nova, dans l’émission « 2h1/4 avant la fin du monde », animée par Marie Misset et Armel Hemme.

« L’occasion de faire le point sur les combats et débats quotidiens de l’écologie ».

A écouter sur... et bien voici la carte des fréquences, selon le lieu où vous habitez.

Pas de frontières pour le nucléaire : le parcours secret de l’uranium en Europe Barnabé Binctin (Reporterre) Reporterre 2015/09/18 Barnabé Binctin (Reporterre) (18 septembre 2015) Pas de frontières pour le nucléaire : le parcours secret de l’uranium en Europe. Reporterre. Déchets nucléaires fr

Pas de frontières pour le nucléaire : le parcours secret de l’uranium en Europe

Un convoi d’uranium, destiné à être transformé en combustible, pourrait arriver dans les prochaines heures à Narbonne. Reporterre en a profité pour se pencher sur le parcours de ce matériau jusqu’aux cuves des 58 réacteurs de centrales nucléaires en France. Un voyage au-delà des frontières…

Cette semaine, un train a transporté des déchets nucléaires vitrifiés de Cherbourg jusqu’en Suisse. Mais si les transports de déchets radioactifs agitent de temps en temps la sphère nucléaire, un trafic beaucoup plus intense se déroule dans un secret presque total, celui de l’uranium destiné aux centrales nucléaires françaises. Un convoi parcourt aussi en ce moment la France, du nord au sud, selon l’alerte lancée par le Réseau Sortir du nucléaire : quatorze containeurs de concentré de minerais d’uranium – appelés « yellowcake » dans le jargon professionnel – auraient pris les rails lundi 14 septembre depuis Hambourg pour rejoindre l’usine Areva de Malvési, dans la commune de Narbonne (Aude).

Au conditionnel, car les acteurs de l’industrie nucléaire ne confirment pas franchement l’information. A EDF, un long silence d’abord fait office de réponse avant que notre interlocuteur nous renvoie vers le fournisseur : « C’est plutôt du registre d’Areva, car je ne crois pas que nous soyons le donneur d’ordre ». Mais du côté d’Areva, le service de communication déclare ne « rien savoir » et ne confirme « que ce que vous avez lu sur Sortir du nucléaire ». L’ASN (Autorité de sûreté nucléaire), affirme ne pouvoir « ni infirmer ni confirmer le déroulement de ce transport ». Toutefois, l’IRSN (Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire) ne semble pas surpris lorsque nous le contactons. Et c’est finalement le site industriel de Malvési qui reconnait : « La date n’est pas encore confirmée, mais il y a bien un convoi en route ».

Entre son état de minerai et celui de combustible prêt à l’emploi, l’uranium subit un cycle compliqué de transformations. Malvési en est la première étape : le concentré de minerai d’uranium y est transformé en tétrafluorure d’uranium, dit « UF4 ».

Malvési est « le seul point d’entrée de l’uranium naturel en France ». C’est même le seul en Europe, dit Emilie Dhondt, la responsable communication du site Areva de Malvési : « Nos concurrents sont au Canada, aux Etats-Unis, en Russie et en Chine ». Le site traiterait entre 20 % et presque un quart de l’uranium mondial. Sa capacité de production annuelle est de 14 000 tonnes, mais le rapport annuel indique que la production en 2014 a été de 12 086 tonnes, un chiffre en baisse par rapport aux deux années précédentes (voir page 8 du rapport annuel).

Une fois transformé en UF4 à Malvési, l’uranium prend la direction, par camion, de Pierrelatte, sur le site du Tricastin. Là, il est transformé en un état gazeux, et devient « UF6 ». L’UF6 est particulièrement radioactif et « toxiquement très dangereux », indique Gilles Sert, adjoint au directeur de l’expertise de sûreté de l’IRSN.

L’uranium UF6 va ensuite être « enrichi ». A l’état naturel, l’uranium est en effet trop pauvre en isotope 235, la matière qui permet la réaction de fission nucléaire. Il faut donc augmenter la teneur de cet isotope dans le futur combustible. L’enrichissement se déroule également sur le site de Tricastin, dans l’usine Georges Besse II, qui utilise pour cela la centrifugation depuis 2012.

Alors enrichi, l’uranium va subir une nouvelle transformation : il est expédié à une centaine de kilomètres du Tricastin vers Romans-sur-Isère (Drôme), dernière étape de sa transformation en combustible. Là, dans les usines de FBFC (Franco-belge de fabrication du combustible) – filiale d’Areva, qui assure donc de bout en bout les étapes du cycle de conversion en France –, il est définitivement « assemblé », c’est-à-dire conditionné sous forme de pastilles, puis placé dans des tubes qui forment les barres de combustible utilisés dans les réacteurs nucléaires.

L’uranium est enfin prêt à l’emploi dans les centrales nucléaires françaises. Le cycle complet de fabrication depuis l’extraction du minerai prend de deux à trois ans, selon EDF (voir cette note, page 3.

Pour autant, tout le combustible utilisé en France n’y est pas forcément produit entièrement. Selon l’ASN, « EDF a diversifié ses fournisseurs sur les différentes étapes d’approvisionnement en combustible ». Par exemple lors de la phase d’enrichissement : une fois transformé sous la forme d’UF6 à Pierrelatte, l’uranium va parfois poursuivre son cycle en Europe : « Il peut aller en Allemagne, où il est enrichi à l’usine de Gronau puis transformé en combustible à l’usine de Lingen. Il peut aussi aller aux Pays-Bas à l’usine d’Almelo, ou en Suède, avant de revenir alimenter les centrales françaises » détaille Charlotte Mijeon, du Réseau Sortir du nucléaire, qui enquête sur ce dossier depuis plusieurs mois avec l’aide de réseaux allemands.

Sur un document communiqué par l’autorité de sûreté outre-Rhin, le SDN, document qui relate les demandes d’autorisation pour les transports radioactifs, on peut ainsi constater différents mouvements de combustible vers la France :

- Voir document (en allemand) :

Par exemple, demande n° 7195, atteste du transport d’un combustible (« Unbestrahlte Brennelemente ») depuis Lingen vers les 19 centrales nucléaires françaises. La demande 7258 montre que l’usine Westinghouse suédoise a alimenté 11 centrales françaises – l’uranium enrichi a transité par l’Allemagne.

Ce commerce international est confirmé par EDF : « Les opérations d’enrichissement sont réalisées en France, ailleurs en Europe et en Russie. C’est le résultat des contrats signés par EDF avec ses partenaires industriels, dans un objectif de sécurisation de ses approvisionnements à toutes les étapes de transformation de la matière », nous indique par écrit l’attachée de presse. Autrement dit, Areva n’est pas le seul partenaire dans la préparation du combustible. « Principalement pour des raisons économiques. EDF achète des combustibles à Westinghouse qui est moins cher qu’Areva », explique l’expert indépendant Bernard Laponche.

Quel est le volume de ces échanges transfrontaliers ? Difficile à savoir. « Il y a effectivement des transports d’UF6 à destination de pays tiers. Mais l’ASN n’a qu’une vision partielle de ces flux de transport », nous répond Vivien Tran-Thien, directeur du transport et des sources à l’ASN.

Au final, c’est une toile d’araignée que dessine le long périple de l’uranium – qu’EDF achète au Kazakhstan, au Niger, en Australie et au Canada. Cela pose plusieurs questions, alors que de nombreux transports se font par voie routière.

« L’industrie nucléaire émet des quantités non négligeables de gaz à effet de serre » durant ce cycle de transformation, rappelle le Réseau Sortir du Nucléaire. Il y a aussi un impact environnemental, alors que l’usine de Malvési vient d’être condamnée pour vingt infractions au Code de l’environnement.

Et par ailleurs un enjeu de sécurité. « La règlementation sur le transport des déchets est relativement surveillée, mais en amont, c’est une véritable zone de non-droit. Les transports sont principalement soumis à un régime déclaratif », dit Guillaume Blavette, du collectif Stop EPR. Il demande que les Commissions locales d’information (CLI) aient un droit de regard sur ces transports. Le contrôle de l’ASN pourrait également être renforcé, alors que « seuls les transports de substances radioactives présentant des enjeux significatifs de sûreté nucléaire et de radioprotection doivent [y] être notifiés » selon Evangelia Petit, de l’Autorité. Cela n’est pas le cas, en l’occurrence, du transport Hambourg-Narbonne…

« Ces transports absurdes sont les reflets d’une chaîne d’approvisionnement absurde qui symbolise une industrie absurde », juge Guillaume Blavette. Et que l’uranium voyage aujourd’hui plus facilement en Europe que certains êtres humains n’est sûrement pas la dernière des absurdités.

Au paradis des bidouilleurs écolos, on invente les outils de l’utopie Aurélie Delmas (Reporterre) Reporterre 2015/09/18 Aurélie Delmas (Reporterre) (18 septembre 2015) Au paradis des bidouilleurs écolos, on invente les outils de l’utopie. Reporterre. Climat : de COP en COP fr

Au paradis des bidouilleurs écolos, on invente les outils de l’utopie

Kit de jardin d’intérieur, éolienne à 30 euros, filtre à eau imprimé en 3D, douche ou bouilloire économes, vélo-tracteur, groupe électrogène solaire… A POC 21, on regorge de bonnes idées. Lors de ce « camp d’innovation » organisé non loin de Paris, les porteurs de douze projets venus du monde entier ont eu cinq semaines pour créer un prototype à présenter au public ce week-end.

- Millemont (Yvelines), reportage

Il ne leur reste plus que quelques jours avant de lever le voile sur leurs prototypes. Ce mercredi de septembre, les anciennes écuries du château de Millemont, baignées de soleil, ont un faux air de fourmilière. A 55 kilomètres à l’ouest de Paris, c’est dans un monument historique qu’une trentaine de porteurs de projets s’activent depuis mi-août. Ce sont les invités de POC 21, pour « proof of concept », mais aussi pour le clin d’œil évident à la COP 21, la grande conférence sur le climat qui se tiendra à Paris fin novembre.

Organisé par les collectifs OuiShare et OpenState, cet événement inclassable a pour ambition de permettre à des inventeurs, designers et « makers » venus du monde entier et triés sur le volet de construire le meilleur prototype possible de leur utopie, de prouver que leurs concepts sont valables. Parmi les critères de sélection : le choix des thématiques (énergie, mobilité, eau, alimentation…), la personnalité et l’existence préalable d’au moins un prototype. Une trentaine de « supporters » sont présents pour les épauler : développeurs et autres professionnels de la communication, ou de la 3D.

Sur place, chacune des cent personnes hébergées gratuitement participe aux tâches du camp pendant cinq semaines : de la cuisine au nettoyage des toilettes sèches en passant par la ronde de nuit.

L’ambiance est métissée : tapisseries, moulures et tableaux d’époque toisent les imprimantes 3D et les canapés d’angles. Ici on boit du « Club Mate » en présentant son travail dans un salon baptisé « le lounge ». A l’extérieur, dans la « Factory » installée dans les écuries, Hugo Frederich, ingénieur et physicien, s’active sur le Solar OSE. Quatre membres de l’association Open Source Ecologie sont venus développer ce concentrateur solaire thermique. « On n’a pas de local, pas d’outils. POC 21 nous permet de bien avancer dans la construction », se félicite-t-il.

Le Solar OSE, destiné à de petites industries ou à des artisans, produit de la vapeur d’eau entre 100 et 250° à l’aide de miroirs disposés au sol. Cuisson d’aliments, production de bocaux, huiles essentielles, torréfaction de café… les potentialités de cette machine imaginée outre-Atlantique sont nombreuses en France et ailleurs.

Décentraliser et gagner en autonomie

Pour Open Source Ecologie, le but est de « participer à l’émergence d’une micro-industrie renouvelable, de décentraliser la production de produits simples » afin de redynamiser les territoires, comme l’explique le jeune ingénieur. Une fois leur prototype réalisé, ils ont l’ambition d’en construire un quatre fois plus grand, puis ils permettront à d’autres de bénéficier de leur expérience.

Les douze projets développés dans ce « camp d’innovation », ont pour but de réduire notre impact sur le climat, et sont tous réalisés sans brevets (sous licence open source). Juste à côté du Solar OSE, l’équipe du Bicitractor est en train de monter le quatrième prototype de ce tracteur à pédales. Pensé pour le maraîchage, il est inspiré des « bicimaquinas » mexicaines.

« On ne cherche pas à inventer un véhicule pour le vendre mais à savoir le construire pour l’apprendre à des agriculteurs », nuance Mathieu*. Une cinquantaine d’agriculteurs français auraient déjà fait part de leur intérêt pour cette machine, capable de désherber, semer, biner, sarcler, ouvrir des sillons, et bientôt arroser. Construit pour « 1.500 euros avec du matériel neuf », le Bicitractor « ne sera jamais fini. Il aura un toit et un panneau solaire pour un moteur… », envisage Mathieu. « De la musique, un distributeur de chips et de pop-corn », enchérit Kevin, maraîcher dans le Vaucluse.

« Il ne fera pas plus de choses qu’un tracteur traditionnel, ce n’est pas le but », précise Kevin. En revanche, avec un poids estimé entre 70 et 80 kg, son impact sur le sol est minime. « Il ne pollue pas, utilise de l’énergie gratuite, ne fait pas perdre de temps - parce que pour désherber de toutes façons il ne faut pas aller vite -, ne fait pas de bruit, ne vibre pas… » énumère Kevin qui attend avec impatience qu’un agriculteur « conventionnel » s’intéresse à ce projet. « On peut très bien imaginer que le Bicitractor serve à épandre des produits phytosanitaires. Un marteau c’est un marteau, ce n’est pas fait que pour ceux qui ont les cheveux longs ! » philosophe celui qui refuse de ne prêcher qu’à des convertis.

« Planter des graines d’information »

Courts ou longs, ses cheveux à lui sont cachés sous un foulard. L’air perpétuellement préoccupé, Daniel Connel est venu de Nouvelle-Zélande. Après avoir vu l’appel à projet sur Facebook, il avait décidé de venir « coûte que coûte ». Celui qui se définit comme un « inventeur » et parcourt le monde pour « planter des graines d’information », n’a besoin que de plaques d’aluminium et de roues de vélo pour fabriquer une éolienne à moins de 30$. Destinée à des habitats individuels ou de petites exploitations, elle peut permettre, si des gens se donnent la peine de la construire, de relocaliser la production d’énergie.

Et qui sait, dans quelques années, ceux qui auront installé cette éolienne faite maison se doucheront peut-être dans la « Showerloop » du Finlandais Jason Selvarajan. Cette douche, dont le prototype en construction trône fièrement au milieu du chantier de POC 21, n’utilise que dix litres d’eau par utilisation, contre environ dix litres… par minute pour une douche classique ! Plusieurs couches de filtre (tissus, sable, charbons actifs et UV), neutralisent les impuretés et les bactéries. « L’idée m’est venue quand j’avais environ dix ans. Cela me paraissait évident car paradoxalement, cela représente une énergie énorme de rester immobile dans sa douche », explique Jason Selvarajan. 19 ans plus tard, il touche son rêve du doigt avec ce quatrième prototype, en attendant d’inventer une boucle d’eau qui fonctionne dans toutes les installations de la maison. « Vendre ce projet dans les pays développés pour changer les habitudes c’est une chose, mais j’imagine qu’on pourrait facilement l’installer vers des camps de réfugiés ou les problèmes d’hygiène sont nombreux », espère le jeune ingénieur.

Des idées qui se concrétisent, POC 21 n’en manque pas. Du mobilier en kit pour l’agriculture urbaine au filtre à eau anti-bactérien imprimable en 3D en passant par le groupe électrogène solaires et autres… Et c’est bien le but de ce cette colonie d’ingénieurs : montrer que des solutions concrètes pour un mode de vie plus durable peuvent émerger des citoyens. « Ce n’est pas un anti-COP 21, au contraire, il s’agit d’ajouter une solution supplémentaire », explique Benjamin Tinq, co-fondateur de POC 21. L’événement cofinancé par l’Ademe, le ministère de Ecologie et de nombreux financeurs privés (750.000 euros, auxquels s’ajoutent 250.000 euros de don ou prêt de matériel), bénéficie du label COP 21.

Si ce modèle d’expérience rencontre le succès escompté, il pourrait bien être décliné pour d’autres événements. En attendant, les prototypes des projets de POC 21 seront visibles au château de Millemont sur inscription les 19 et 20 septembre, puis lors d’une exposition itinérante en Île-de-France et en marge de la COP 21 à Paris.

* Les membres de Farming Soul, préférant « mettre en avant le projet collectif », ont refusé que leurs noms de famille soient publiés.

A la rencontre joyeuse des alternatives, avec le Tour Alternatiba Adrien Kempf (Reporterre) Reporterre 2015/09/19 Adrien Kempf (Reporterre) (19 septembre 2015) A la rencontre joyeuse des alternatives, avec le Tour Alternatiba. Reporterre. Reportage — Alternatiba fr

A la rencontre joyeuse des alternatives, avec le Tour Alternatiba

Depuis plusieurs mois, le tour Alternatiba parcourt la France à vélo. L’arrivée à Paris, c’est pour la semaine prochaine. Voici le récit de trois semaines avec l’équipe, pour le meilleur et pour le rire. De Normandie et de Bretagne, entre coins perdus et grandes villes, à la rencontre des alternatives citoyennes. Quarante étapes d’une belle aventure humaine.

- Témoignage

Ce mardi 8 août à midi, le tour fait étape au Tréport. A peine arrivé, déjà sur le pont : je dois tenir le stand d’info avant l’arrivée des cyclistes. Quelques passants s’arrêtent et attendent pour voir arriver ces vélos étranges à trois et quatre places. Ils arrivent avec quelques minutes de retard mais en musique grâce au vélo sono qui les accompagne. Moi aussi je les vois pour la première fois ! Même si j’ai suivi l’aventure sur le net, c’est impressionnant de les voir en vrai.

Le temps d’un pique-nique offert ce jour-ci par la mairie, et c’est l’heure de la réunion d’équipe pour préparer l’étape du lendemain : heures de départ et d’arrivée, adresses, contacts, qui pédale, qui est en camion pour assurer la logistique... Cet après-midi je serai en logistique. Parfait pour comprendre comment s’organisent les étapes.

Une fois les vélos partis, il faut vite ranger le stand et se diriger vers le point d’arrivée de l’étape. Rencontrer les référents locaux, ré-installer le stand, trouver où attacher les banderoles, où prendre la photo à l’arrivée, et voir le lieu de la conférence que nous proposons chaque soir. Puis direction le point de départ de la vélorution, où les gens sont invités à rejoindre les vélos pour les derniers kilomètres en musique et en slogans. Là il faut descendre du camion le vélo sono (120 kilos ! On s’y met à quatre). Il faut descendre aussi la quadruplette, quatre places et 3,90 mètres de long. Et bien sûr le stand d’info. Oui, il y en a deux différents, attention à ne pas mélanger les caisses. Mais il y a toujours des bonnes âmes pour donner un coup de main, et parfois même un petit goûter qui nous attend !

Sur le Tour on apprend vite. Laurent me fait visiter le camion : chaque chose a une place précise, un mode d’attache particulier pour que rien ne tombe. Comme dit Laurent : « Imaginez que vous transportez la vaisselle de l’arrière-grand-mère. »

Plus tard, au lieu d’hébergement, on apprend aussi à décharger les sacs en une minute chrono pour rejoindre les lits le plus vite possible. Sauf Totof qui cherche l’accès wifi pour scruter les derniers articles parlant du Tour. Sauf Yannick qui doit encore vérifier l’organisation des prochains jours, ou Mathilde qui doit encore écrire l’article de la journée pour le blog, ou Pascal qui se lance dans la compta des ventes des stands du jour, etc. On est contents quand on peut se coucher à 23h.

Nous ne sommes pas seuls !

L’équipe du Tour, c’est environ douze personnes. Certains sont là depuis le début, d’autres les ont rejoints comme moi en cours de route. Chacun est là deux semaines, trois semaines, deux mois, selon ses disponibilités. Au total ce sera près de cent personnes qui participeront au tour. Militants des Alternatiba de toutes les régions, je rencontre des gens de Narbonne, Créteil, Bayonne, Pau, Bordeaux...

Heureusement nous ne gérons ni les repas, ni l’hébergement. C’est la magie du Tour Alternatiba : à chaque étape, midi et soir, un groupe de militants locaux a organisé notre accueil. Et souvent bien plus : stands associatifs, animations, concerts... Je suis réellement surpris de la mobilisation : des dizaines voire des centaines de personnes nous attendent, tout sourire. Parfois en musique, parfois avec de petits spectacles de rue, parfois des propositions de massage, parfois une buvette... et toujours plein d’alternatives locales présentes et des repas plus que succulents. Merci à eux !

Toutes ces étapes sont l’occasion de belles découvertes : une ferme coopérative à Dieppe, une association de transport scolaire en bus à pédale à Rouen, une auberge paysanne à Saint Lô, le réseau Taranis qui fédère des projets citoyens d’énergie renouvelable en Bretagne, des médias alternatifs comme Side ways croisé à Concarneau, un collectif d’entrepreneurs à vélo à Nantes... Sans compter des AMAP, SEL, jardins partagés, ateliers vélo, disco-soupes ou monnaies locales en pagaille.

Mais nous repartons toujours trop vite, frustrés de ne pouvoir plus échanger avec ceux qui nous accueillent. On se donne rendez-vous à Paris le 26 septembre et c’est déjà l’heure du départ. Pour ceux qui pédalent, il est plus que temps de régler leur selle et d’attraper un casque. Quelques minutes plus tard, les conducteurs des triplettes lancent le traditionnel « un, deux, trois ! » du démarrage. Sur ces vélos trois places, il faut être bien coordonné et pédaler ensemble.

Pédaler pour le meilleur et pour le rire

L’équipe logistique part peu après. On arrive souvent en avance, c’est l’occasion de boire un café, de feuilleter les journaux locaux qui, souvent, parlent de nous. Malgré cela, tout le monde ou presque préfère pédaler : on voit de beaux paysages, on a parfois le temps d’une petite baignade dans la rivière, on est accueillis sous les applaudissements et surtout on est fiers de pédaler pour le climat.

Sauf bien sûr... quand il pleut. Évidemment il y a aussi ces journées noires, comme celle qui nous mène à Quimper, où la pluie transforme en piège de boue une sympathique voie verte. Heureusement Pierre nous accompagne et propose de nous recueillir chez lui. Ce sera rinçage au jet d’eau pour les vélos et les cyclistes. Le lendemain nous enchaînons quatre ennuis mécaniques : un plateau à refixer, une crevaison et deux pneus déchirés... Sous la pluie les réparations sont moins drôles, surtout quand on doit attendre le camion qui a les pneus de rechange. Mais finalement c’est l’occasion d’une photo aussi vite tweetée qui nous fait bien rire.

A l’arrivée, le camion fait office de vestiaire pour mettre des vêtements secs. Demain l’équipe logistique aura pour mission impérative de trouver une laverie pour une grande lessive. Nous sommes bien contents de déguster des crêpes et galettes bien chaudes.

Le Tour Alternatiba, caisse de résonance des alternatives concrètes

Voici un aperçu de la vie du Tour. Une aventure assez tourbillonnante où l’on découvre de nouvelles personnes et de nouveaux lieux chaque jour. Ce qui frappe, c’est le foisonnement des alternatives rencontrées partout, des endroits de luttes, d’autres où on invente le monde de demain (voir le récit des étapes sur le site d’Alternatiba). Et surtout le nombre et la diversité des personnes impliquées dans ces initiatives, trop peu relayées par les médias. En fait nous sommes des milliers partout à engager la transition, ce n’est pas qu’une affaire de quelques marginaux à cheveux longs.

Le Tour Alternatiba est comme une caisse de résonance pour toutes ces alternatives, pour les mettre en lumière et tisser ces liens qui manquent pour renforcer chaque initiative, et ne plus croire que chacun est seul et trop petit pour faire bouger les choses.

Vous pouvez participer aux dernières étapes du Tour, et notamment à l’arrivée à Paris le 26 septembre place de la République pour l’ouverture du village Alternatiba de Paris. Rendez-vous pour la vélorution et l’entrée de milliers de vélos dans Paris (15h, place de la fontaine aux lions, La Villette, Porte de Pantin).

Ou retrouvez le mouvement dans l’un des trentre-trois villages Alternatiba de septembre partout en France !

« Un apiculteur, Une apiculture ». Témoignages de passionnés de l’abeille Reporterre 2015/09/19 (19 septembre 2015) « Un apiculteur, Une apiculture ». Témoignages de passionnés de l’abeille. Reporterre. Abeilles fr

« Un apiculteur, Une apiculture ». Témoignages de passionnés de l’abeille

Ces portraits illustrent la diversité des activités économiques, environnementales ou scientifiques qui existent grâce à l’abeille et aux produits de la ruche.

Apiculteurs amateurs ou professionnels, à la campagne ou en ville, scientifiques, politiques, entrepreneurs, artistes, associations s’expriment librement sur leurs actions et leurs visions de l’apiculture.

Ils font partager leurs espoirs, leurs combats, leurs réussites mais aussi leurs craintes face à un environnement naturel qui se dégrade.

Dépassant les clichés sur la disparition des abeilles, ce livre porte un regard concret sur des acteurs engagés au quotidien à vivre leur passion.

Ce livre s’adresse aux lecteurs soucieux de l’environnement et aux apiculteurs amateurs ou professionnels qui souhaitent approfondir leurs réflexions sur le rôle et l’avenir de l’apiculture dans notre société.

« Un apiculteur, Une apiculture », Stéphanie et Serge Boué, Edition : BoD – Books on Demand, 116 pages

L’usine grecque qui résiste sans patron et avec des savons écolos Emmanuel Daniel (Reporterre) Reporterre 2015/09/19 Emmanuel Daniel (Reporterre) (19 septembre 2015) L’usine grecque qui résiste sans patron et avec des savons écolos. Reporterre. Grèce fr

L’usine grecque qui résiste sans patron et avec des savons écolos

L’histoire de Vio Me est un rayon de soleil dans l’hiver sans fin que traverse la Grèce, alors qu’elle élit dimanche 20 septembre sa nouvelle Assemblée législative. Le patron a fermé cette usine de matériaux pour le BTP, mais les ouvriers ont décidé de l’occuper et de relancer une production écolo de manière autogérée grâce à un formidable soutien populaire.

Au nord de Thessalonique, une zone commerciale immense gagne progressivement du terrain sur ce qui était il y a peu une zone industrielle. Au milieu de cet océan consumériste, cachée derrière une allée de grands arbres, une usine poussiéreuse vient rappeler qu’il y a peu, on croisait ici des ouvriers en bleu de travail en lieu et place des clients poussant leur caddie. L’endroit semble désaffecté. Toutes les entrées paraissent condamnées et une seule voiture est garée sur le vaste parking.

Pourtant, dans un des bâtiments, derrière un mur de vieille tôle, des bruits sourds viennent parfois briser le silence. Pour pénétrer dans l’usine, il faut s’annoncer. Le lieu est gardé 24 heures sur 24 par des ouvriers et des soutiens locaux. Et pour cause, les travailleurs de Vio Me, occupent illégalement les lieux depuis 2011, année où les propriétaires ont décidé de cesser brutalement l’activité.

Désobéissance à la loi du marché

L’histoire aurait pu se terminer comme beaucoup d’autres en Grèce ces dernières années. Une entreprise bénéficiaire (ici Filgeram-Johnson, maison mère de Vio Me) décide de fermer ses portes et de ne pas payer les arriérés de salaire qu’elle doit à la cinquantaine d’ouvriers d’alors.

Sauf qu’eux ont décidé de désobéir à la loi du marché. Pendant un an, une trentaine d’ouvriers syndiqués de l’usine l’occupent pour empêcher les propriétaires de récupérer les machines. La première année, ils peuvent compter sur leur maigre indemnité chômage pour survivre. Puis, au fur et à mesure de la médiatisation de leur combat, les soutiens, locaux d’abord, puis internationaux, abondent, permettant de prendre en charge les besoins en argent et nourriture de ces travailleurs en lutte. Au terme de nombreuses assemblées générales, les ouvriers et leurs soutiens décident de relancer la production. Mais plutôt que de fabriquer de la colle pour carrelage, l’ancienne spécialité de l’usine, ils décident de produire du savon et différents produits ménagers naturels. Ce virage écologique n’avait rien d’évident, surtout en Grèce où cette sensibilité n’est pas des plus développées.

C’est par nécessité et pragmatisme que les ouvriers de Vio Me sont devenus écolos. « On savait qu’on ne pouvait pas faire la même chose qu’avant car on avait peu d’argent alors que les machines sont chères et la matière première importée. On a alors cherché une matière première peu chère et locale, or on a beaucoup d’huile ici ! », m’explique Tinna, arrivée au moment de la reprise de la production. Ce sont également les soutiens locaux qui les ont convaincus de se lancer dans des produits écologiques, plus susceptibles d’êtres vendus dans les réseaux militants.

Nul besoin de patron

Un autre changement d’ampleur est intervenu depuis la réouverture. Leur usine, ils ont décidé de la gérer sans chef. Quand je demande à Dimitris, un des piliers de la lutte qui gigote sur sa chaise en attendant qu’on lui traduise les questions, pourquoi ils ont décidé de s’organiser ainsi, il me répond sur le ton de l’évidence : « Le patron est parti, pourquoi chercher à en avoir un autre ? Je l’ai vu deux fois en deux ans. On n’avait pas besoin de lui pour se servir des machines qu’on utilise tous les jours. » Mais il reconnaît que passer d’une organisation hiérarchisée où les tâches sont divisées à l’extrême à l’autogestion « ne fut pas facile. D’ailleurs, ça ne l’est toujours pas aujourd’hui. Mais on a appris à mieux se connaître. Le ‘je’ est devenu ‘nous’. Il n’y a pas l’administration d’un côté et nous [les ouvriers] de l’autre comme avant, seulement nous avec le même niveau de pouvoir. »

Tinna est assise à ses côtés sur une des chaises en plastique qu’ils ont installées en rond pour recevoir les visiteurs du jour : des journalistes japonais, des documentaristes espagnols et grecs, des voyageurs français et moi. Elle détaille l’organisation de Vio Me : « On se rencontre deux fois par semaine en assemblée en plus des discussions informelles pendant le travail. » Tout le monde peut être amené à tout faire même si certaines tâches qui demandent des compétences spécialisées sont assurées par une personne. « Vu que je parle anglais, c’est moi qui m’occupe des relations avec les journalistes et les soutiens internationaux », explique-t-elle.

Ce jour-ci, il y a autant de visiteurs que de travailleurs et l’usine, aussi vide qu’un bureau de vote un jour d’élections européennes, donne l’impression de tourner au ralenti. Les membres de la coopérative aimeraient voir leur lieu de travail aussi foisonnant que par le passé. « On pourrait être cinquante à travailler ici. On devrait être cinquante d’ailleurs. Tout le monde aimerait qu’on grandisse et qu’on utilise toutes les possibilités de l’usine », avance Dimitris.

Mais plusieurs éléments rendent difficile cette montée en puissance. D’abord, la situation économique en Grèce ainsi que leur faible trésorerie qui les pousse à réinvestir leurs maigres recettes dans l’achat de matières premières plutôt que pour l’acquisition de nouvelles machines. Mais cette limitation est aussi due à leur mode de distribution. Les produits écolos de Vio Me sont principalement écoulés dans leur réseau de solidarité dans des squats, des centres sociaux et via divers collectifs qui commandent des cartons de produits et se chargent ensuite de les écouler. Le reste est vendu lors de festivals et du marché de producteurs organisé tous le mois sur le site. « On ne pourra grandir que si on trouve plus de contacts à l’étranger. La prochaine étape est donc d’impliquer plus de gens », dit Tinna.

La fragile flamme de l’utopie autogestionnaire grecque

Vio Me, cette lutte de travailleurs s’appuyant sur un soutien populaire conséquent, est souvent portée en étendard du mouvement des structures autogérées en Grèce qui s’est développé, si l’on peut dire, à la faveur de la guerre économique qui a plongé le pays dans la tourmente. Pourtant, sur le plan économique, cette expérience est fragile. « Les salaires permettent à peine de survivre », fait savoir Tinna. D’autant plus qu’ils ont travaillé d’arrache-pied pour réorganiser la production, et s’approprier les nouveaux savoir-faire, tout en menant un travail politique intense. « On travaille bien plus de huit heures par jour. Vio Me implique une large partie de notre vie. On aimerait bosser moins mais on doit penser à notre survie », raconte-t-elle, visiblement éprouvée. A plusieurs reprises pendant l’entretien, elle fait montre d’un certain agacement et répond aux questions avec des phrases courtes entrecoupées de soupirs.

La jeune femme explique que nous ne sommes pas tombés au meilleur des moments. « Excusez-moi si je suis un peu stressée, la situation est tendue ces jours-ci. » Ils font face aux pressions de plus en plus insistantes des propriétaires de l’usine qui multiplient les procédures judiciaires. « On en a une par mois en ce moment », assure Tinna. Selon elle, ces derniers rêvent de récupérer leur bien, non pas pour relancer la production mais pour tout détruire et vendre le terrain à des promoteurs immobiliers afin d’agrandir encore la zone commerciale.

Un risque rendu plausible par deux décisions de justice défavorables à Vio Me. Concrètement, ils sont expulsables à tout moment. Certains soutiens du mouvement font pression sur le gouvernement pour permettre à cette expérience autogestionnaire de se développer dans de bonnes conditions. Tinna elle déclare ne pas s’intéresser à ce qui se passe dans la tête des puissants. « On ne sait pas ce qu’ils veulent faire. Ce qu’on sait, c’est que la police devra venir nous déloger. On va résister et réagir », lance la jeune femme, faisant écho au slogan de Vio Me : « Occuper, Résister, Produire. »

Le collectif de soutien à Vio Me milite aussi pour une régularisation de leur statut d’entreprise autogérée, chose promise par Tsipras lors d’une visite de l’usine pendant sa campagne électorale.

Je demande à mes interlocuteurs aux visages aussi fatigués que les murs de l’usine si malgré les difficultés, le jeu en vaut la chandelle. « Même si je ne le croyais pas, on n’a pas d’autres choix », répond Tinna après une hésitation en rappelant que la plupart des ouvriers étaient en premier lieu désireux de maintenir leur emploi dans un contexte de chômage de masse. Dimitris lui est plus tranché : « En un mot : Oui ! Bien sûr que ça vaut la peine. Certes on est partis du besoin de survivre mais ça a surtout à voir avec la liberté et la lutte des classes. » Ragaillardie par la réponse de son camarade de lutte, Tinna rebondit : « Ce que je gagne vient de ce que je produis. Il n’y a pas de patron qui profite de notre travail. D’abord on se débarrasse des patrons, ensuite on se débarrassera de l’Etat. »

Les travailleurs de Vio Me aimeraient que d’autres leur emboîtent le pas sur les chemins de la révolte et de l’autogestion. Ils multiplient donc les événements militants et accueillent régulièrement des visiteurs, accompagnent et soutiennent d’autres travailleurs dans leurs luttes, en Grèce et ailleurs. Ainsi, dans un des hangars, on peut voir une grande affiche en espagnol en soutien à des camarades argentins. « On ne se bat pas seulement pour nous, assure Dimitris, mais aussi pour montrer à d’autres que c’est possible. »

Sur ces mots, il nous propose une visite de l’usine pendant que Tinna retourne gérer quelques affaires pressantes. Cet homme robuste nous montre les différents produits fabriqués sur place, les machines qu’ils ont parfois bricolées eux-mêmes, mais aussi la partie de l’usine restée inutilisée. Le long d’un mur, des sacs de colle périmés, vestige de l’activité passée, sont soigneusement empilés. Au milieu de ce hangar désert trône un amphithéâtre de fortune, fait de palettes empilées et éclairé par un pâle halo de lumière qui filtre à travers les tôles translucides.

Dimitris nous explique que c’est ici qu’ils tiennent leurs assemblées. Il nous raconte avec fierté, dans son anglais de collégien, qu’un groupe de rap local a tourné un clip sur leur lutte à cet endroit même. Puis, d’un geste, il nous invite à le suivre dans un long escalier en fer qui mène sur le toit.

La plate-forme offre une vue imprenable sur la vallée. D’un côté, la ville, puis une forêt qui laisse deviner la mer. De l’autre, les dernières usines, progressivement cernées par la zone commerciale que l’on aperçoit derrière de grands arbres. En début d’entretien, Dimitris comparait leur lutte contre le capitalisme à la résistance du village d’Asterix contre les Romains. Vu d’en haut, l’image prend tout son sens. En nous raccompagnant à la porte qu’elle prendra soin de refermer derrière nous, Tinna, avec son sourire retrouvé, nous glisse un message : « Parlez de notre lutte, on en a besoin. »

Le jardin sans pétrole - La surprise d’un deuxième printemps, juste avant l’automne Christine Laurent (Reporterre) Reporterre 2015/09/19 Christine Laurent (Reporterre) (19 septembre 2015) Le jardin sans pétrole - La surprise d’un deuxième printemps, juste avant l’automne. Reporterre. Jardin sans pétrole fr

Le jardin sans pétrole - La surprise d’un deuxième printemps, juste avant l’automne

Alors que les feuilles de capucines et les pousses de coriandre donnent au jardin un air de deuxième printemps, les roses d’Inde en fleurs tiennent à distance des vers ronds nuisibles, les nématodes. Car il y a des bons nématodes, et des mauvais nématodes...

Nous avons profité d’une accalmie annoncée par Météo France pour filer au jardin avec nos capes de pluies samedi après-midi. Bien visé, il pleut encore un peu quand nous arrivons, mais très vite une douce lumière d’automne se pose sur le feuillage et les légumes. Encore des tomates noires de Crimée, des haricots verts à ramasser ainsi qu’une courgette, du cresson amiénois, de la cressonnette marocaine, du basilic et un piment de Pardon.

Le goût de la Galice concentré dans ce « poivron miniature » nous revient rien qu’en le regardant. D’autres sont en train de grandir et quelques fleurs auront peut-être le temps de fructifier.

Surprise, des feuilles de capucines, des pousses de coriandre, de la bourrache. On dirait un deuxième printemps. Les roses d’Inde sont en fleurs. Sous leur air délicat, avec leurs corolles mordorées et leur feuillage ciselé, les roses d’Inde sont de précieux gardes du corps pour nos plantes potagères, tenant à distance des vers ronds, les nématodes.

Comme pour le cholestérol, il y a les bons nématodes et les mauvais. Les premiers participent activement au grand recyclage de la nature et à la production de l’humus tandis que les autres vampirisent les racines des plantes, encore plus insidieusement que les rats taupiers, car ils sont invisibles à l’œil nu.

Les tagètes, un nom commode pour regrouper les roses mais aussi les œillets d’Inde, éloignent ces vers tout comme l’ail et l’oignon et à titre préventif, nous semons les uns et plantons les autres. Un bon usage des oignons de l’Amap qui germent dans le placard quand arrive le mois d’avril !

Nous n’avons apporté qu’un seul sachet de graines aujourd’hui, d’épinard géant d’hiver. Semée deux années de suite au printemps, l’herbe de Popeye n’a pas vraiment poussé, fleurissant à peine sortie de terre. Nous verrons bien ce que donneront ses semis de fin d’été.

Une victoire face aux multinationales. Ma bataille pour l’eau de Paris Anne Le Strat Reporterre 2015/09/21 Anne Le Strat (21 septembre 2015) Une victoire face aux multinationales. Ma bataille pour l’eau de Paris. Reporterre. fr

Une victoire face aux multinationales. Ma bataille pour l’eau de Paris

Ces dernières années, la gestion du service de l’eau parisien a été l’enjeu d’une bataille politique à haute tension. Chasse gardée des multinationales Veolia et Suez depuis des décennies, la gestion de cette ressource essentielle a longtemps pâti d’une opacité financière et de l’absence de contrôle par le public.

À contre-pied de la tendance des collectivités à déléguer au privé leurs responsabilités, la production et la distribution de l’eau sont aujourd’hui assurées à Paris par une régie entièrement publique ; une réforme qui n’a pas été sans susciter l’hostilité des deux majors de l’eau, qui perdaient à cette occasion une manne financière et commerciale.

Ce sont les coulisses de cette bataille qu’Anne Le Strat, qui a porté ce projet, révèle ici pour la première fois, ayant quitté la présidence de la régie Eau de Paris en juin 2014. Au fil de son récit, elle détaille les jeux d’influence, ouverts ou souterrains, des différents protagonistes : les entreprises, les élus, les syndicats, les médias, la technostructure… Bien au-delà du cas de l’eau parisienne, elle propose une passionnante réflexion sur les conditions de réalisation d’une réforme radicale au nom du bien commun.

Faire de la politique engagée, confronter ses idées au réel, mettre en oeuvre ses convictions face à de puissants lobbies est encore possible : telle est la morale qui se dégage de cette aventure réussie.

Une victoire face aux multinationales. Ma bataille pour l’eau de Paris, Anne Le Strat, Ed. Les Petits Matins, 240 p., 17 euros

Un piano dans un cargo - et oui, c’est un vélo ! Le boom des vélos-cargos Lorène Lavocat (Reporterre) Reporterre 2015/09/21 Lorène Lavocat (Reporterre) (21 septembre 2015) Un piano dans un cargo - et oui, c’est un vélo ! Le boom des vélos-cargos. Reporterre. Transports fr

Un piano dans un cargo - et oui, c’est un vélo ! Le boom des vélos-cargos

Pour transporter charges et gros colis, pour déménager ou déplacer un piano, on n’a pas forcément besoin d’une auto ou d’une camionnette. Reporterre a été voir les afficionados d’une petite machine qui pourrait bien révolutionner nos villes : le vélo-cargo.

Aux alentours de la Place des Lices à Rennes, le long de la Loire à Nantes ou dans les ruelles parisiennes, vous les avez sans doute déjà croisés. Casiers à l’avant ou remorques à l’arrière, ils pédalent entre les bus et les scooters. Les vélos cargos débarquent dans les villes françaises.

Il y a les familles qui promènent leurs bambins à l’avant d’un triporteur. Il y a les coursiers, tirant une carriole croulant de colis. Il y a les vélos-cafés, vélos-plombiers, vélos-glaciers, vélos-coiffeurs. Tous ont un point commun : ils circulent sur une bicyclette à deux ou trois roues permettant de transporter des charges importantes, de 30... à 300 kilos !

Un essor qui ne se dément pas

Olivier Girault fait partie de Tout en vélo, une société coopérative (Scoop) rennaise spécialisée dans la logistique urbaine à vélo. Lancée en 2012 par deux accros de la petite reine, la petite entreprise ne connaît pas la crise. « Nous transportons plus de 1000 kilos de colis par jour, et ce volume est en constante augmentation », confirme Olivier Girault. « Pour le transport de petits colis, le vélo-cargo, c’est l’avenir. »

Fort de ce succès, ils ont d’ailleurs lancé un atelier de fabrication de remorques « sur mesure ». Et les commandes affluent. « Glacier, jardinier... il y a une multitude d’activités que l’on peut faire à vélo ! »

A Nantes, l’association Les boîtes à vélo réunit une vingtaine de ses travailleurs cyclophiles. « En six mois, nous avons reçu huit nouvelles demandes d’adhésion », remarque Philippe Bourgine, informaticien, cycliste et membre du collectif. « Il y a un fort engouement auprès des petits entrepreneurs. »

Côté particuliers, le vélo-cargo fait aussi des émules. Sur le site de l’association Paris Cargo Bike, des parents comme Tiphaine racontent comment ils l’utilisent quotidiennement, « pour conduire les enfants à l’école, aller au travail, transporter les courses ou les colis lourds. »

Une tendance de fond

Effet de mode ? Non, répond sans hésitation Frédéric Héran. Économiste des transports, il est notamment l’auteur du Retour de la bicyclette. Pour lui, l’essor du vélo-cargo correspond bien à une tendance de fond. « Dans les années 30, nombre d’artisans se déplaçaient en triporteur, et chaque foyer avait sa remorque », explique-t-il. Le vélo-cargo n’a donc rien de nouveau, même si des années de culture automobile l’ont gentiment placé aux oubliettes.

« Nous redécouvrons à présent les énormes possibilités de la bicyclette », poursuit le chercheur. « Et les vélos-porteurs sont une réponse innovante pour beaucoup d’entreprises. » De fait, les professionnels ne tarissent pas d’éloge sur leur monture : plus de problème de stationnement et finis les embouteillages ! L’investissement de départ est également bien moindre que pour un véhicule : « Avec 8000€, vous pouvez acheter une remorque et un vélo à assistance électrique », calcule Olivier Girault.

Un intérêt pas seulement écologique

Un coût avantageux, tant pour l’entreprise que pour le client. Fin août, Cécile Lavocat a ainsi fait appel aux déménageurs cyclistes de Chronovélo. En trois coups de pédale, ils ont emmené son piano dans son nouveau logis, quelques rues plus loin. Total de l’opération : 84 €. « Les tarifs des déménageurs classiques étaient bien trop cher, pour 300 mètres de distance, je ne pouvais pas payer », précise-t-elle. « Et puis, c’est écolo... et rigolo ! »

Noémi Poulain-Guillemin est praticienne de massages bien-être, et amatrice du deux-roues. En 2014, plutôt que d’ouvrir un salon à Nantes, elle décide de se rendre chez les particuliers en triporteur, sa table de massage bien sanglée à l’avant. Pour elle, son véhicule est une vitrine : « Les gens me voient passer et me reconnaissent, ils apprécient le côté écologique. »

Même constat pour Marion Bonilli, libraire de son état. Tous les week-ends, elle promène ses quarante kilos de bouquins dans les rues de la capitale mariligérienne. « Je suscite beaucoup de curiosité », s’amuse-t-elle. « Je n’ai jamais eu un contact aussi exceptionnel avec les clients. »

Tous mettent en avant le temps gagné, le stress évité et le plaisir de travailler en bicyclette... surtout quand il ne pleut pas ! « L’inconvénient, c’est vraiment la météo », confirme Noémi Poulain-Guillemin. « Certains matins d’hiver, il faut se motiver ! »

L’enjeu du dernier kilomètre

Tout aussi pratique, le vélo-porteur sert aussi à aller faire ses courses ! Une idée simple au premier abord, mais qui pourrait être révolutionnaire, si on en croit Frédéric Héran : « L’enjeu est énorme, le transport des achats par les ménages sur les derniers kilomètres représentent 50 % du volume de marchandises transporté en ville. »

Le chercheur parle à ce propos d’un scandale : « La grande distribution, avec ses immenses parkings et ses hypermarchés, nous fait croire qu’on ne peut faire les courses qu’en voiture. » Or le panier d’achat ne dépasse pas en moyenne les 40 kilos... un poids tout à fait portable à bicyclette ! « La moitié des déplacements motorisés liés au transport de marchandises pourrait se faire à vélo », martèle Frédéric Héran.

Des politiques à la traîne

Alors qu’est-ce qui bloque ? « Il y a des croyances fortes, comme celle du no parking no business », observe l’économiste. Un commerce ne fleurira que s’il dispose de stationnements à proximité. Or pour lui, « les parkings stérilisent l’espace public et tuent l’urbanité. » Petit signe d’espoir, de nombreuses municipalités, comme Strasbourg, proposent depuis peu des places réservées aux vélos-cargos.

Autre idée reçue, les cargo-bikes gêneraient la circulation en centre-ville. « C’est faux de dire qu’on dérange ! » s’insurge Olivier Girault. « La cohabitation avec les transports en commun peut très bien se passer, surtout si c’est pensé pour. » Pistes cyclables délimitées, vitesse de circulation modérée, sensibilisation des automobilistes... les solutions pour améliorer la coexistence existent. Reste à les appliquer.

« Il faut faire une place aux cyclos dans la ville », poursuit Olivier Girault. Comme lui, les adeptes du vélo-porteur transportent dans leurs sacoches une autre vision de l’urbanité de demain : une ville moins encombrée, moins polluée, moins stressante... bref plus agréable à vivre.

Chez les No TAV en Italie : 20 ans de lutte contre l’absurde projet Lyon-Turin Adrien Kempf et Hermine Rosset (Reporterre) Reporterre 2015/09/21 Adrien Kempf et Hermine Rosset (Reporterre) (21 septembre 2015) Chez les No TAV en Italie : 20 ans de lutte contre l’absurde projet Lyon-Turin. Reporterre. Reportage — Grands projets inutiles fr

Chez les No TAV en Italie : 20 ans de lutte contre l’absurde projet Lyon-Turin

Vingt ans. Vingt ans que les No TAV mènent la lutte contre le projet de train à grande vitesse entre Lyon et Turin et dénoncent un modèle absurde, les collusions avec la mafia, le processus anti-démocratique... Alors que l’écrivain Erri de Luca passe en procès ce lundi pour avoir soutenu les militants No Tav, Reporterre a été les rencontrer sur le terrain de lutte.

- Val de Susa (Italie), reportage

Au nord de l’Italie, à 50 kilomètres à l’ouest de Turin, le Val de Susa est l’objet de toutes les attentions politiques et militantes du pays. Les autorités prévoient d’y creuser un tunnel de 57 kilomètres pour créer une ligne ferroviaire supplémentaire entre Lyon et Turin, dite à « grande vitesse » (Treno ad Alta Velocità ou TAV).

Vingt ans de lutte

Depuis les années 90, le mouvement No TAV se bat contre ce projet. Aujourd’hui la construction d’un tunnel d’exploration de sept kilomètres se poursuit dans un creux de montagne, sur la commune de Chiomonte. Après avoir été expulsés de plusieurs lieux de lutte, les No TAV ont acquis et occupent un bout de forêt qui surplombe le chantier.

Ils se retrouvent là chaque vendredi. Sous les bouleaux et les pins, un abri de bois et de tôle, des tables, des bancs, une cuisinière à bois pour les jours d’hiver et des banderoles « TAV = Mafia » ou « Liberi Tutti » postées face au chantier. On y accède par un étroit sentier à travers la forêt, le long d’un précipice. Ce matin là, la montagne est vêtue d’écharpes de brume.

C’est l’occasion de se retrouver, d’échanger les dernières nouvelles de la lutte et de partager un pique-nique tiré du sac. Mais c’est avant tout une manière pour les occupants de montrer qu’ils sont toujours là, opposés au projet, même après plus de vingt ans de lutte et un acharnement à les faire disparaître. Le campement des No TAV, accroché à flanc de montagne, surplombe et nargue le chantier du tunnel, enfoui à l’ombre des piles de l’autoroute qui passe trente mètres plus haut.

La première chose qui frappe c’est le décalage entre cet écrin de verdure, ces petites constructions en bois où on discute et rigole autour d’un verre de rouge et le chantier en contrebas, gris, poussiéreux, avec ses logements en préfabriqués, et le ballet bruyant des camions bennes, le tout hérissé de grilles et de barbelés, gardé par des militaires qui s’ennuient ferme.

Car pour protéger un chantier qui compte, au plus, une cinquantaine d’ouvriers, contre des opposants non violents, il faut deux cents militaires et policiers à demeure, trois séries de grilles surmontées de barbelés à lames de rasoirs, des dizaines de caméras vidéos et projecteurs pour éclairer la nuit comme en plein jour.

Les bulldozers ont détruit une nécropole millénaire

Visible depuis le chantier, le lieu occupé par les No TAV, est hautement symbolique. Il montre la vigilance citoyenne et il est un espace préservé des saccages du chantier et de l’occupation militaire.

Jusqu’à l’arrivée des engins de travaux publics, ce versant de montagne abritait un site archéologique exceptionnel datant du Ve millénaire avant notre ère et constituant l’une des premières traces de la présence humaine dans les Alpes. C’était également un point de passage d’une importante voie de pèlerinage, la Via Francigena, menant de France à Rome. Le site était aménagé et ouvert au public, avec un musée et un parcours pédagogique.

Aujourd’hui le musée est cerné par une haute enceinte peuplée de jeeps de l’armée. Les panneaux explicatifs sont détruits, renversés ou coincés entre deux grilles anti-émeute et ornés de barbelés. En 2011, quand l’armée a investi cette zone, une nécropole millénaire a disparu sous les coups des bulldozers. L’emplacement est aujourd’hui matérialisé par des filets en plastique orange vif, comme pour éviter que les sentinelles en treillis, postées derrière les grilles, ne marchent encore dessus. Maigre consolation.

Si on ne peut plus visiter la zone archéologique, le chantier, lui, se visite. On y aperçoit des grands panneaux trilingues destinés aux visites guidées.

Face à ces travaux grisâtres, les No TAV tiennent à continuer à embellir les lieux. Ils ont rénové d’anciennes terrasses, replanté des arbres fruitiers, créé un jardin de la mémoire et... accroché des fleurs aux fils barbelés.

Une autre vision

C’est une autre vision de la vallée et des modes de vie que défendent les No TAV. Face aux grandes infrastructures de transport international, dont plusieurs empiètent déjà largement sur la vallée, ils proposent des échanges locaux. Face à l’artificialisation des espaces, ils opposent la préservation du patrimoine naturel et historique. Face aux méthodes anti-démocratiques et violentes de l’Etat, ils défendent le développement des solidarités. « Nous voulons une façon de vivre plus propre, plus proche des personnes, moins égoïste », dit Paolo.

C’est peut-être ce qui explique le succès de ce mouvement à travers tout le pays. Au-delà des rendez-vous hebdomadaires près du chantier, le mouvement tient une assemblée générale chaque mois qui réunit plusieurs centaines de personnes. Dans chaque village de la vallée et chaque ville d’Italie, on trouve un comité local, ce qui permet une multiplication d’actions, de soirées de soutien, le suivi des procès et l’organisation de manifestations. La dernière, le 28 juin, a rassemblé cinq mille personnes.

En réponse à cette mobilisation, la répression policière et juridique est très forte : 1000 militants inculpés dans une vallée de 90 000 habitants.

Pour comprendre cette débauche de moyens et la militarisation des travaux, il faut remonter en 2005 et quelques kilomètres plus loin, à Venàus. C’était le lieu initial prévu pour creuser le tunnel exploratoire. Les opposants au projet étaient parvenus à investir les lieux et à y installer un campement. Il fut évacué violemment et sans sommation en pleine nuit. Mais quelques jours plus tard, le 8 décembre 2005 les opposants revinrent... ils étaient 30 000. Ils ont repris le terrain, qui reste occupé aujourd’hui.

Face à cet échec sur terrain plat, le projet a été déplacé de quelques kilomètres, au fond d’un vallon aux accès restreints... et militairement beaucoup plus facile à défendre. Mais les opposants n’ont pas abandonné et ont occupé un terrain proche, dont ils furent là encore chassés violemment. De ces expulsions violentes les No TAV gardent un souvenir pénible. « J’ai eu l’impression d’être en guerre », dit Emilio, une expression qui reviendra plusieurs fois dans les discussions que nous avons eues.

Ils ont ensuite acheté plusieurs terrains. Sur l’un d’eux, ils ont construit une cabane. Le lieu était idéal pour accueillir de grands rassemblements. Mais la cabane fut fermée en 2012 : elle déborderait de vingt centimètres sur la propriété voisine... L’affaire est en cours de jugement.

Un grand projet pour les caisses des entreprises de BTP

Comment expliquer la violence déployée pour imposer ce projet ? Moyens militaires, répression juridique, destruction d’un patrimoine préhistorique : le tout pour un projet ruineux (au moins 13 milliards d’euros pour 57 km de tunnel), dangereux pour la santé des populations et dont l’utilité est fortement discutée.

Les promoteurs du projet mettent en avant le développement du fret ferroviaire et du trafic des passagers et assurent pouvoir réaliser les travaux en moins de dix ans. Autant d’arguments poliment mis en doute par la Cour des comptes française en 2012.

Les No TAV proposent, eux, une réponse qui semble presque trop simple : le chantier sert à détourner l’argent public vers les entreprises privées. Ils évoquent l’implication de la mafia, un soupçon partagé par Roberto Saviano. En effet, depuis le début des travaux, il y a deux ans, trois kilomètres seulement ont été creusés, et ce n’est que le tunnel d’exploration. A ce rythme, le tunnel ferroviaire serait achevé en 2040. Pour eux, le tunnel ne sera probablement jamais fini, garantissant aux entreprises du BTP un chantier sans fin. Version moderne du tonneau des Danaïdes, à la différence que ce dernier ne générait pas de profit...

En tout cas, le chantier est régulièrement à l’arrêt : nous n’avons vu fonctionner la « taupe » qui creuse le tunnel qu’à partir du milieu d’après-midi. Personne ne peut présager de l’issue de ce chantier. Ce qui est sûr, c’est qu’il fait se rencontrer, à travers les mobilisations, les gens de la vallée et de tout le pays. Ils le disent : la solidarité au quotidien s’est développée.

Certains s’engagent en politique et gagnent des mairies avec des listes citoyennes, comme à Almese. D’autres réquisitionnent des terrains abandonnés pour cultiver en bio (Genuino clandestino) ou créent une filière locale de chanvre textile. Les petits commerçants et artisans locaux se regroupent en association (Etinomia) et partout en Italie, les militants No TAV sont accueillis spontanément...

Au fond, comme aime le dire Paolo : « On a déjà gagné. »

355 ONG de tous les pays dénoncent le leurre de « l’agriculture intelligente » Reporterre 2015/09/21 (21 septembre 2015) 355 ONG de tous les pays dénoncent le leurre de « l’agriculture intelligente ». Reporterre. Tribune — Agriculture et climat fr

355 ONG de tous les pays dénoncent le leurre de « l’agriculture intelligente »

Il y a un an, l’Alliance mondiale pour une agriculture intelligente face au climat (GACSA) était lancée. Ce concept de « Climate Smart Agriculture » est censé apporter des réponses au changement climatique. Mais une partie de la société civile s’insurge et crie au leurre. 355 ONG signent ici un appel aux décideurs et dénoncent « ce concept tout simplement dangereux et vide de sens », fausse solution d’un système industriel désireux de ne rien changer.

Nous, soussignés, appartenons à des organisations de la société civile, parmi lesquelles figurent des mouvements sociaux, des organisations paysannes et des organisations confessionnelles originaires du monde entier. Notre action vise à lutter contre les conséquences du changement climatique qui affectent les systèmes agricoles et alimentaires et menacent la sécurité alimentaire et nutritionnelle de millions de personnes.

A l’approche de la COP21 qui se tiendra cette année à Paris, nous nous félicitons que soient reconnus de façon croissante l’urgence d’adapter les systèmes alimentaires au changement climatique et le rôle clef joué par l’agroécologie pour assurer la souveraineté alimentaire et semencière tout en contribuant à la réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Cependant, malgré ces signaux encourageants, nous éprouvons de profondes préoccupations face à la place grandissante accordée au concept d’« agriculture intelligente face au climat » (CSA – Climate Smart Agriculture) et à son Alliance Mondiale (GACSA – Global Alliance for Climate Smart Agriculture). A ce jour, les dérèglements climatiques constituent la menace la plus importante et la plus imminente à laquelle nos sociétés doivent faire face. Une transformation radicale de nos systèmes actuels de production alimentaire est nécessaire. Elle implique l’abandon du modèle industriel et des fausses solutions qui y sont associées et la mise en œuvre d’une réforme agraire intégrale favorisant les systèmes alimentaires locaux et garantissant la souveraineté alimentaire dans le but d’assurer la pleine réalisation du droit humain à une alimentation adéquate et à la nutrition. Nous exhortons donc les décideurs politiques à rejeter la rhétorique dangereuse de l’ « agriculture intelligente face au climat », tant à l’échelle nationale qu’internationale.

« L’agriculture intelligente face au climat » ne doit pas être confondue avec l’agroécologie

L’ « agriculture intelligente face au climat » ne doit pas être confondue avec l’agroécologie qui repose sur une approche holistique de l’agriculture. Fondée sur des pratiques écologiques et des principes de sécurité alimentaire et nutritionnelle, de souveraineté alimentaire et de justice alimentaire, l’agroécologie cherche à améliorer les systèmes agricoles en utilisant de façon raisonnée les ressources naturelles plutôt que de recourir aux intrants externes. Elle place les petits producteurs et l’agriculture familiale au cœur de la production alimentaire locale et nationale en se basant sur leurs connaissances et pratiques traditionnelles ainsi que sur leurs innovations et non sur des techniques imposées « d’en haut ».

Cette approche repose sur la participation des paysans et fait de la nature un allié de poids. Elle permet de garantir la sécurité alimentaire et nutritionnelle, des sols sains ainsi que la préservation des ressources aquifères tout en augmentant les revenus et la résilience face au changement climatique et en améliorant qui plus est la biodiversité et la diversité des cultures. Elle est dès lors cruciale à tous les efforts visant à réaliser le droit humain à une alimentation adéquate et à la nutrition.

Les gouvernements doivent admettre que les approches industrielles qui dégradent les sols, la santé et la capacité de rétention d’eau des sols, qui polluent les systèmes hydrauliques, empoisonnent la nature et créent une dépendance envers les intrants externes tout en appauvrissant la biodiversité et les écosystèmes sont non seulement nocives et inutiles, mais aussi profondément inadaptées à une planète touchée par la faim, les crises écologiques et le changement climatique.

« L’agriculture intelligente face au climat » peut apparaître comme un concept prometteur mais a en réalité été forgée à des fins politiques. Cette approche ne précise en aucun cas les critères qui permettraient de définir ce qui peut ou ne peut pas être qualifié comme « réponse intelligente » au changement climatique. Ainsi, les sociétés de l’agrobusiness qui prônent l’utilisation d’engrais chimiques, la production de viande industrielle et l’agriculture industrielle à grande échelle – processus admis comme contribuant largement au changement climatique et nuisant à la résilience des systèmes agricoles – peuvent se targuer (et le font) de fournir des réponses « intelligentes » au changement climatique.

En prétendant englober tous les modèles d’agriculture – parce qu’elle ne développe aucun critère de protection sociale ou environnementale et ne priorise pas les droits et les savoirs des paysans et agriculteurs qui sont des éléments-clés pour leur permettre de s’adapter et de lutter contre les changements climatiques – la notion d’« agriculture intelligente face au climat » menace de saper l’approche agroécologique telle que définie par les spécialistes et met en péril son développement futur et sa généralisation.

La GACSA : une porte ouverte au greenwashing

Lancée il y a un an, la GACSA redouble désormais d’efforts pour étendre la portée de son action et recruter de nouveaux membres. Des groupes de travail (Action Groups) ont d’ores et déjà été établis et des objectifs élaborés. Au 20 juillet 2015, l’Alliance ne comptait parmi ses membres que 21 pays – dont 10 pays dits « en voie de développement » et trois organisations paysannes, un saisissant contraste avec la forte représentation d’acteurs du secteur privé. Si quelques organisations de la société civile et des mouvements sociaux ruraux l’ont rejetée dès le début, d’autres ont essayé à plusieurs reprises de s’engager auprès de la GACSA afin de réduire la menace du recours au greenwashing et aux fausses solutions.

Malgré tous les efforts déployés, ces préoccupations sont le plus souvent restées lettre morte, comme le concluait récemment un article publié par l’IDDRI (Institut du Développement Durable et des Relations Internationales). Au contraire même, plusieurs acteurs du secteur agricole parmi les moins intéressés par les questions environnementales – 60 % des membres du secteur privé de l’alliance opèrent dans le secteur des engrais – ont été accueillis dans l’alliance. Certaines multinationales dont les impacts sociaux et environnementaux de leurs opérations sont questionnables, telles que Monsanto, Walmart et McDonalds, ont même lancé leurs propres programmes « d’agriculture intelligente face au climat ».

Un concept qui n’a pas sa place dans la lutte contre le changement climatique

Alors que l´Organisation des Nations Unies intensifie les actions relatives au climat en vue de la COP21 et au-delà, nous souhaitons que les Etats reconnaissent que la voie de « l’agriculture intelligente face au climat » risque de compromettre non seulement notre capacité à garantir la sécurité alimentaire et nutritionnelle mais aussi la nécessaire transformation radicale de nos systèmes agricoles dont le monde a dès à présent besoin. Sans définition, critères, normes, mesures de protection ou critères d’exclusion, ce concept est tout simplement dangereux et vide de sens. Il ne devrait donc pas figurer au nombre des stratégies de lutte contre le changement climatique. D’autant plus que la GACSA n’est tenue responsable devant aucune structure des Nations Unies en charge de la sécurité alimentaire, du climat et de l’agriculture.

Des milliards de dollars sont dès à présent rassemblés pour alimenter les nouveaux instruments de la finance climatique. Pour respecter leurs engagements financiers, les Etats les plus riches risquent de financer des projets et des programmes qui utiliseront ces ressources afin d’alimenter de « fausses solutions » dans des pays où ils ont des intérêts particuliers. Par conséquent :

- Suite au lancement du programme de travail du Fonds Vert pour le Climat (FVC), nous nous félicitons de l’importance accordée à l’adaptation. Puisque l’agriculture sera l’un des éléments centraux de ce programme, nous encourageons les responsables du FVC à ne pas accréditer de programme de travail ni d’institution qui s’appuierait sur l’ « agriculture intelligente face au climat ». En lieu et place, nous les incitons fortement à soutenir les solutions développées par les communautés elles-mêmes, telles que l’agroécologie.

- L’agenda des solutions » – dont l’objectif est de démontrer l’engagement des acteurs non étatiques de parvenir à un nouvel accord juridique ambitieux en 2015 et qui pourrait faire partie du document produit par la COP 21 au côté de l’accord négocié – est en cours d’élaboration. Nous insistons pour que les gouvernements ne reconnaissent pas l’« agriculture intelligente face au climat » comme solution possible au changement climatique. Nous insistons également pour qu’ils n’identifient pas toute autre initiative qui figurerait dans « l’agenda des solutions » comme faisant partie de ce concept.

L’agroécologie comme pilier fondamental de toute politique agricole

Nous vivons actuellement un moment crucial. Les véritables solutions au changement climatique doivent faire l’objet d’un accord et être adoptées rapidement. Nous enjoignons donc les décideurs à se dresser contre les fausses solutions et le greenwashing opéré sous la bannière de l’« agriculture intelligente face au climat ». Nous leur demandons d’avoir le courage de reconnaître et de promouvoir le rôle fondamental de l’agroécologie afin de garantir la sécurité alimentaire et nutritionnelle, la pleine réalisation du droit humain ainsi que la souveraineté alimentaire face au changement climatique, de lutter contre la raréfaction des ressources et de relever les défis posés par une demande croissante.

Les processus internationaux et régionaux qui font suite aux réunions du Symposium sur l’agroécologie de la FAO – qui s’est tenu en septembre 2014 –, le prochain rapport sur le « Développement agricole durable » du Groupe d’Experts de Haut Niveau du Comité de la Sécurité Alimentaire Mondiale ainsi que la récente déclaration du Forum International sur l’Agroécologie tenu à Nyéléni fournissent une occasion unique de consacrer l’agroécologie comme pilier fondamental de toute politique agricole à travers le monde.

Des solutions alternatives, soutenues et développées par les communautés, les organisations de la société civile, les mouvements sociaux, les paysans ou encore les organisations confessionnelles, ont fait leurs preuves dans la lutte contre le changement climatique. Nous en appelons donc à tous les décideurs pour que soit reconnu ce large éventail d’actions concrètes, afin qu’une attention particulière leur soit prêtée au lieu de succomber aux initiatives globales et aux approches ‘descendantes’ reposant sur des modèles obsolètes.

Nous lançons donc un appel aux décideurs pour que l’agroécologie soit intégrée à l’ensemble des processus relatifs à l’agriculture et au changement climatique tant au sein des Nations Unies qu’à l’échelle nationale.

Signataires : La liste des ONG signataires est très longue, vous pouvez la consulter ici : Climate smart agriculture concerns

Prêt à tout pour son aéroport de Notre-Dame-des-Landes, l’Etat sape la politique de la biodiversité François de Beaulieu Reporterre 2015/09/22 François de Beaulieu (22 septembre 2015) Prêt à tout pour son aéroport de Notre-Dame-des-Landes, l’Etat sape la politique de la biodiversité. Reporterre. Tribune — Notre-Dame-des-Landes fr

Prêt à tout pour son aéroport de Notre-Dame-des-Landes, l’Etat sape la politique de la biodiversité

Ce pourrait être une anecdote : pour favoriser l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, le préfet de Loire-Atlantique s’apprête à autoriser la destruction du campagnol amphibie, une espèce protégée. Derrière cet acte, il y a au fond la remise en cause des principes de protection de la biodiversité.

François de Beaulieu est membre des Naturalistes en lutte

Le préfet de Loire-Atlantique a mis en ligne le 8 septembre 2015 toutes les bonnes raisons et les pièces du dossier qui vont être utilisées pour la rédaction de son arrêté autorisant la destruction d’une espèce protégée au plan national, le campagnol amphibie, sur le site du projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes.

On peut se demander pourquoi il a attendu si longtemps puisque, de toute évidence, rien de neuf n’a été apporté au dossier depuis mars 2014. Sans doute gardait-on ce dossier pour pouvoir envoyer un signe positif d’avancement aux partisans du projet qui continuent à ronger bruyamment leur frein. C’est sans grand risque et il y a peu de chances que les foules se mobilisent pour ce qui n’est, après tout, qu’une espèce de rat aquatique (rappelons cependant que 30 000 personnes ont défilé le 22 février 2014 à Nantes derrière un triton marbré…).

Avis défavorable unanime

Cette consultation du public, purement formelle, n’en doutons pas, est ouverte jusqu’au 11 octobre 2015. Les Naturalistes en lutte travaillent déjà activement à démonter le dossier dont on note, malgré le caviardage effectué par la préfecture, qu’une partie des études a été menée par le Groupe de recherche et d’étude pour la gestion de l’environnement (GREGE), un bureau d’études spécialisé.

On peut déjà relever que l’argument principal tient au fait que « sur la moitié nord de la façade atlantique, les données recensées s’avèrent positives sur une grande majorité de mailles et sur la plupart des carrés-échantillons réalisés en Bretagne en révélant sa présence sur cette partie du territoire ». Conclusion : on peut donc autoriser la destruction du campagnol amphibie. Comme l’espèce est absente du Centre, du Sud-Est et du Midi-Pyrénées, on peut se demander où elle est protégée…

Oui, la Bretagne est un bastion pour le campagnol amphibie et on ne peut ignorer que la connectivité entre les zones où l’espèce est présente est capitale. Le fait que l’on soit ici sur une vaste zone humide, en tête de deux bassins versants, lui donne une valeur importante pour le maintien du campagnol amphibie. Insistons : si le campagnol amphibie n’est pas protégé là, où le sera-t-il ?

Le bureau d’études Biotope qui avait réalisé le dossier principal concernant la biodiversité concluait que, grâce à ses savants calculs, on allait compenser l’atteinte aux espèces protégées. Le GREGE fait progresser la doctrine en considérant que l’espèce étant bien présente en Loire-Atlantique, il n’est même pas utile de gaspiller de l’argent en prévoyant des compensations sérieuses pour la petite bête.

On rappellera simplement que le Conseil national de la protection de la nature (la plus haute instance scientifique consultée sur les dérogations aux lois sur la protection de la nature) a rendu un avis défavorable unanime sur le dossier « campagnol amphibie » présenté par le préfet de Loire-Atlantique.

Un tournant dans l’histoire de la démocratie en France

Les associations de protection de la nature ne manqueront pas d’attaquer au tribunal administratif l’arrêté que le préfet ne manquera pas de signer. Si le tribunal leur donne raison, tout s’arrête et on continue à inventer un autre avenir pour la ZAD tandis que le gouvernement, peut, la tête haute, acter l’abandon du projet. Si le tribunal considère que le préfet a tout à fait raison de mépriser l’avis des scientifiques et les lois sur la protection de la nature – ce qu’il a fait pour les dossiers qui lui ont déjà été présentés concernant un groupe d’espèces protégées –, on sera sans doute à un tournant du dossier (même si les Naturalistes en lutte ont montré qu’il existe d’autres espèces protégées sur la ZAD et que les dossiers ne les ont pas prises en compte).

Le gouvernement sera-t-il assez fou pour tenter de mettre en route le projet d’aéroport ? Le préfet aurait commencé, à la demande de Manuel Valls, les préparatifs d’une évacuation en force (et l’échec de l’opération César laisse deviner que des moyens exceptionnels seraient mis en œuvre) et on devine bien qu’il ne dispose pour la réaliser que d’un bref créneau au début de 2016. Précédé ou non d’une provocation préparant l’opinion publique, le bras de fer qui s’engagerait alors serait un tournant dans l’histoire de la démocratie en France.

Notre-Dame-des-Landes, à nouveau sous pression, imagine un avenir heureux Nicolas de La Casinière (Reporterre) Reporterre 2015/09/22 Nicolas de La Casinière (Reporterre) (22 septembre 2015) Notre-Dame-des-Landes, à nouveau sous pression, imagine un avenir heureux. Reporterre. Reportage — Notre-Dame-des-Landes fr

Notre-Dame-des-Landes, à nouveau sous pression, imagine un avenir heureux

Un juge des expropriations devait intervenir à Notre-Dame-des-Landes ce mardi 22 septembre. L’Etat remet la pression, alors que, samedi, se déroulait sur la Zad la fête des Battages. Un rassemblement populaire réussi, où l’on a parlé des projets au long cours. Mais face au juge et à la police, les opposants se remobilisent.

Actualisation - Mardi 22 septembre, 14h48

A 8 h 45, le juge des expropriations est venu en cravate accompagné d’un gradé de gendarmerie en képi sur la Zad. Il voulait rendre visite à la première de trois maisons à exproprier. Il n’a pas atteint de la première barricade. Un kilomètre en avant, il a été accueilli par une grosse centaine d’opposants qui lui ont signifié qu’il n’était pas le bienvenu. Le magistrat a pris des photos avec son téléphone. L’officier de gendarmerie a tiré sur la cagoule d’un zadiste, qui s’en est aussitôt pris à son talkie walkie. L’officier a mis la main sur son arme de service en clamant « OK, OK on s’en va. Pas de caillassage, pas de caillassage ! » Quelques pierres ont quand même volé vers les véhicules 4x4 blancs, sans marque de gendarmerie, stationnés en arrière. Quatre gendarmes en tenue anti émeute en sont sortis pour couvrir la retraite du magistrat et de leur officier et le convoi a fait demi tour après le tir d’une grenade lacrymogène. Les zadistes ont riposté par des fusées pyrotechnique avec un joli feu d’artifice horizontal. En un quart d’heure, sans réel face à face, l’opération était achevée.

- Notre-Dame-des-Landes, reportage

Plus que jamais, la Zad de Notre-Dame-des-Landes se trouve tiraillée entre deux ambiances et deux échelles de temps. Les saisons agricoles ancrent des projets, des récoltes, des discussions sur les usages agricoles partagés. Mais à court terme l’éventualité d’une opération militaire d’expulsion est dans tous les esprits. Une menace prise au sérieux. Des rouleaux d’affiches clamant « En cas de démarrage des travaux ou d’expulsion de la Zad, mobilisations, occupations, blocages » viennent d’être tirées. Le week end dernier, chacun est reparti avec un paquet.

Samedi 19 septembre, la fête des Battages avait fière allure dans la ferme occupée de Saint-Jean-du Tertre. Le rassemblement a télescopé les deux préoccupations, long terme et autogestion, branle-bas et combat et riposte large en cas d’attaque du périmètre.

D’un côté les discussions sur les semences paysannes, la visite de la meunerie qui fournit le pain de la ZAD, mais aussi de squat de migrants à Nantes. Un stand étale des exemplaires d’une brochure sur l’histoire des communs agricoles de secteur au XVIIIe siècle et un bel étal de sac kraft présentant les farines produites, testées, élaborées. Le sac d’oignons est à 2 euros le kilo, prix de soutien. La récolte a été belle cet été.

Du battage avant le juge

La fête brasse du grain à moudre et a pétri des miches de bon pain cuites aussitôt. Cette fête est un rituel récent des étés de la Zad. Mais le calendrier l’a placée trois jours avant la venue annoncée d’un juge des expropriations, qui sera mardi matin 22 septembre sur place, bien encadré par les forces policières. Un petit déjeuner d’accueil est appelé par le mouvement des zadistes ce mardi matin, au carrefour stratégique de la Saulce. L’association citoyenne Acipa convie de son coté à un rassemblement de soutien l’après-midi à Nantes devant le Palais de justice. Ce partage des tâches n’empêche pas l’unité face à une éventuelle intervention policière.

La menace se ravive depuis les jugements du 17 juillet dernier, les opposants ayant été déboutés en première instance de leurs recours sur la loi sur l’eau et le déplacement des espèces protégées. La promesse du gouvernement est pourtant de ne pas procéder à des expulsions avant que tous les recours aient été purgés, c’est-à-dire parvenus au terme des appels et cassations.

Mais les déclarations de Manuel Valls laissent entendre que le respect de ces échéances et de la parole donnée ne seraient plus d’actualité. Le préfet de région n’a pas dit autre chose.

Quant à Stephan Bossoreille de Ribou, l’ancien lieutenant-colonel d’infanterie devenu sous-préfet chargé du projet d’aéroport, il confie à Ouest-France « ne pas vouloir temporiser jusqu’après l’élection présidentielle (...). Tout le monde, aujourd’hui, se met en ligne pour être en capacité d’y aller quand le top sera donné. »

Provocation ou procédure ordinaire ?

Ces annonces d’une volonté affichée se traduiront-elles par l’envoi de convois bleus et de troupes de maintien de l’ordre sur la Zad dans les semaines qui viennent ? Lors de la fête des Battages, beaucoup y croient sans y croire. « On ne verra rien avant la COP 21, et les élections régionales en décembre », analyse une zadiste en pétrissant au soleil une belle boule de pâte à pain. « Mais on peut imaginer des actions de provocation, directes, voire par des agents infiltrés, pour obtenir des images exploitables politiquement », craint un autre. « Ce sont juste des gesticulation de plus, pas de quoi paniquer », tempère un paysan.

« Les effets d’annonces, on en entend depuis deux ans. Il y a une force de répétition. Mais c’est vrai on prend ça plus au sérieux qu’il y a quelques mois... » indique un autre, arborant un T shirt « Q de plomb », du nom du banquet d’un cochon du cru grillé à la broche et de coups à boire qui assemble régulièrement les paysans du coin. Une fête populaire, à la bonne franquette, plus large que le réseau militant, de gens se targuant d’avoir le cul trop lourd pour être bougés facilement. Et la visite du juge des expropriations ce mardi ? « Une provoc’. » « Non, c’est juste une procédure qui suit normalement son cours, et si le juge constate qu’il ne peut pas accéder aux maisons, il repartira. »

Galettes œuf fromages fumantes ou frites de patates récoltées la veille, dans le champ d’à côté, la fête des Battages reprend ses droits. Sous un barnum, auprès des pommiers, une équipe lit à tour de rôle des témoignages, hilarants, poignants, sensibles, toniques, collectés entre Notre-Dame-des-Landes et le Val de Susa. Les zadistes sont sensibles à ces partages d’imaginaires dans les luttes, venant d’adolescents aux regards décalés, ou d’anciens, octogénaires italiens déterminés de la vallée des No Tav.

La machine a fabriquer des pâtes torsadées plaît aux enfants, mais les pâtes dures, à croquer, un peu moins. Les paysans discutent des tamisages et des farines, du son récupéré et donné aux cochons du voisin, à l’autre ferme occupée, celle de Bellevue. Des amateurs de semences rares partagent avec gourmandise des graines ocre d’épeautre originaire du Caucase mais qui a fait une petite percée ici en Loire-Atlantique. Des épingles à linge tiennent une ribambelle de petits sacs en papier de graines de tomates.

Une belle expo photo court sur les murs et les bottes de pailles jusqu’au moulin « à meule de granit », on n’est pas en Bretagne pour rien. Le trieur et la vis sans fin font trembloter un petit nuage de farine blanche dans la lumière du hangar. Sur un de ces clichés, un tracteur dans un champ fleuri, de trois-quart arrière avec cette légende amusée : « En route vers le communisme ! »

Alors que Volkswagen est pris la main dans le sac, EELV lance son plan contre la pollution de l’air Barnabé Binctin (Reporterre) Reporterre 2015/09/22 Barnabé Binctin (Reporterre) (22 septembre 2015) Alors que Volkswagen est pris la main dans le sac, EELV lance son plan contre la pollution de l’air. Reporterre. Politique fr

Alors que Volkswagen est pris la main dans le sac, EELV lance son plan contre la pollution de l’air

EELV a tenu lundi 21 septembre une conférence de presse autour de la lutte contre la pollution atmosphérique, présentée comme le « cheval de bataille pour la prochaine mandature » par Emmanuelle Cosse. Un sujet qui semble fédérateur et pour lequel les écologistes ont présenté un plan de trois milliards d’euros sur six ans.

C’est un choc énorme dans toute l’industrie automobile : un des plus grands groupes mondiaux de ces véhicules, Volskwagen, a reconnu qu’il avait falsifié les paramètres pollution de ses engins. Les Etats-Unis et l’Etat de Californie ont accusé vendredi 18 septembre le constructeur allemand d’avoir délibérément contourné les règles en vigueur en matière de lutte contre la pollution atmosphérique. L’agence américaine de protection de l’environnement (EPA) reproche au groupe d’avoir équipé des modèles diesel VW et Audi, entre 2009 et 2015, d’un logiciel permettant de contourner les tests d’émission de certains polluants atmosphériques.

Dans ce contexte, la présentation par le parti écologiste EELV (Europe Ecologie Les Verts) de son plan anti-pollution de l’air ne pouvait mieux tomber : un utile rappel que cette pollution sournoise est une des plus nuisibles au bien-être de la société.

Emmanuelle Cosse, la secrétaire nationale d’EELV, également tête de liste en Île-de-France pour les élections régionales prévues pour décembre, a décidé d’en faire son « objectif majeur » de campagne. Un enjeu si important qu’il est parvenu à rassembler EELV, le temps d’une conférence de presse, qui se tenait lundi 21 septembre : Cécile Duflot et Denis Baupin, tous deux députés de Paris mais opposés l’un à l’autre sur les stratégies d’alliance, siégeaient côte à côte pour défendre le plan de lutte contre la pollution atmosphérique présenté par leur parti.

"Cheval de bataille"

En convoquant aux côtés des deux députés Corinne Rufet et Pierre Serne (vice-présidents de l’actuel conseil régional d’Île-de-France, en charge de l’environnement, de l’énergie et de l’agriculture pour la première et des transports et de la mobilité pour le second), mais également Christophe Najdovski (maire-adjoint de Paris aux transports), le message était clair : à toutes les échelles du pouvoir où ils sont en responsabilité, les écologistes portent une politique ambitieuse sur le sujet.

« On ne peut plus attendre que ce soit l’Etat qui change la donne, il faut une action extrêmement forte de la Région notamment, en la matière, assénait Emmanuelle Cosse. La pollution sera notre cheval de bataille pour la prochaine mandature. » « 90 % des Franciliens sont au-dessus des seuils fixés par l’OMS [Organisation mondiale de la santé, Ndlr] sur les particules fines », affirmait Christophe Najdovski, tandis que Bénédicte Monville-De Cecco, tête de liste en Seine-et-marne, insistait sur les inégalités sociales qui caractérisent ce phénomène : « Une étude récente a montré que c’étaient les classes populaires qui étaient les plus exposées aux risques de la population. »

Les écologistes proposent un plan de trois milliards d’euros pour les six ans de la mandature. « Lutter pour une meilleure qualité de l’air nécessite des investissements », rappelle Emmanuelle Cosse. Des investissements qui pourraient être financés par la mise en place d’une « pollutaxe », principalement destinée aux poids-lourds et aux autocars. « Car il ne doit plus y avoir d’impunité à polluer. »

Quinze mesures-clés

Pour quelles mesures ? 750 millions d’euros pour aider 300 000 ménages modestes à changer leurs véhicules polluants (à raison de 2 500 euros par véhicule) et 77 millions consacrés à offrir 1 an d’abonnement Navigo aux Franciliens qui abandonneraient leur véhicule polluant, 200 millions d’euros pour le financement (à 50 %, avec plafond de 400 euros) de 500 000 vélos et 100 millions d’euros pour l’extension du réseau cyclable dans la région.

C’est une batterie de quinze mesures-clés qui sont ainsi proposées, parmi lesquelles les entreprises ne sont pas en reste : 375 millions d’euros devraient aussi aider 150 000 artisans, TPE (très petites entreprises) et PME (petites et moyennes entreprises) à investir dans des véhicules utilitaires plus propres, tandis que 100 millions d’euros seront dédiés à créer un service public d’autopartage en grande couronne, pour une flotte de 10 000 véhicules propres. A noter aussi l’ambition de convertir l’intégralité de la flotte de bus – soit 6 000 véhicules – en mode Zéro Diesel d’ici 2021, pour un coût estimé à 750 millions d’euros.

« Chacune de nos propositions est budgétée », insiste Pierre Serne, qui pourfend par ailleurs les propositions de Valérie Pécresse de relance des autoroutes en Île-de-France.

Si nombre de ces mesures concernent directement les transports, d’autres s’intéressent à l’agriculture – et notamment à la limitation des épandages – ou au logement, à l’image de l’objectif de rénovation de 20 000 cheminées en foyers fermés (pour un coût total de 15 millions d’euros). Une évidence pour Emmanuelle Cosse, qui résumait ainsi l’enjeu : « La pollution doit être le point de convergence des politiques publiques. »

Mercedes, pollueur climatique, conduit l’Allemagne vers la Cour européenne de justice Marie-Paule Nougaret (Reporterre) Reporterre 2015/09/23 Marie-Paule Nougaret (Reporterre) (23 septembre 2015) Mercedes, pollueur climatique, conduit l’Allemagne vers la Cour européenne de justice. Reporterre. Transports fr

Mercedes, pollueur climatique, conduit l’Allemagne vers la Cour européenne de justice

Actualisation - Mercredi 23 septembre 2015 - La Commission européenne a bien lancé en mars 2014 une procédure contre Mercedes. Et depuis, plus de nouvelles...

Première mise en ligne : 16 novembre 2013 -

La lettre confidentielle de Merkel n’a pas convaincu la Comission européenne. La chancelière allemande tentait d’expliquer pourquoi Mercedes devait pouvoir déroger aux règles européennes sur les gaz à effet de serre (voir notre précédent article).

Selon les informations de Reporterre obtenues le 7 novembre, la Commission Européenne le 31 octobre a rejeté les explications de Mme Merkel. Décision prise par consensus des commissaires sur avis des juristes du secrétariat général.

Bruxelles avait sommé l’Allemagne de justifier l’immatriculation des Mercedes classe A, classe B, SL et CLA, en contravention avec la directive dite MAC pour Mobile air conditioning, sur les climatiseurs à bord. La firme qui utilise un gaz banni pour son méga effet de serre (1200 fois celui du CO2), arguait du risque d’incendie.

Mais la Direction de l’entreprise et de l’industrie, se fondant sur le rapport du KBA, organisme homologueur allemand, en écarte le danger, tout en demandant de nouvelles études. Et de souligner l’importance d’une concurrence loyale, sous-entendu avec la 305 Peugeot qui applique la norme, comme Reporterre l’a raconté.

Si l’Allemagne n’obéit pas, une procédure d’infraction demeure possible, avec amende à la clé. Le commissaire de l’entreprise détient le pouvoir de proposer d’engager la procédure d’infraction de l’Allemagne auprès de la cour de justice.Pour l’instant, les Mercedes sortent des usines et roulent, au risque de collision et fuites de gaz. En France, ces modèles, un temps interdits (par le ministère des transports), doivent faire l’objet d’une décision du Conseil d’Etat.

L’agriculture bio sort de la marginalité Pascale Solana (Reporterre) Reporterre 2015/09/23 Pascale Solana (Reporterre) (23 septembre 2015) L’agriculture bio sort de la marginalité. Reporterre. Agriculture fr

L’agriculture bio sort de la marginalité

La porosité entre agriculture biologique et agriculture conventionnelle est de plus en plus forte, comme le prouve le salon Tech&Bio qui s’ouvre aujourd’hui 23 septembre dans la Drôme. Il vise tous les agriculteurs et présente la bio comme « viable techniquement et économiquement ». Dans un contexte porteur : le nombre d’exploitations en bio a progressé de 8 % cette année.

En France, les salons bio sont pléthore, et les salons agricoles ne manquent pas. Le public des premiers est généralement composé de consommateurs qui viennent à la rencontre d’agriculteurs bio. On y parle produit, alimentation, santé, écologie comme à Marjolaine, à Paris (du 7 au 15 novembre prochains), Vivez Nature (en octobre à Paris et novembre à Lyon) Ile et bio près de Rennes (10-11octobre) pour n’en citer que quelques-uns. Dans les salons agricoles, les agriculteurs viennent s’informer sur leur filière et ses techniques, en région.

Tech&Bio qui se déroule les 23 et 24 septembre à l’initiative de l’APCA (Assemblée permanente des chambres d’agriculture), est un salon unique en son genre : il est agricole et entièrement consacré à la diffusion de techniques bio et alternatives. Il cherche à toucher tous les agriculteurs, les conventionnels comme les bios, et bien au-delà de la région où il a lieu, à Bourg-les-Valence dans la Drôme.

L’événement, qualifié par ses organisateurs de « véritable vitrine des techniques agricoles innovantes », se déroule tous les deux ans depuis 2007. Cette cinquième édition, à laquelle une quinzaine de pays européens participent, rassemble 260 exposants, propose 120 conférences et ateliers, une centaine de démonstrations en plein champ, soit quinze hectares de l’exploitation du lycée agricole du Valentin. Toutes les techniques végétales et animales sont représentées.

Quinze agriculteurs bio sélectionnés sont à l’honneur et témoignent de leur expérience (on peut d’ores et déjà les suivre sur le site du salon) : « L’esprit n’est pas celui d’une compétition, explique Jacques Pior en charge de la bio à l’APCA. Nous voulons montrer qu’en bio, il y a des agriculteurs qui ont des résultats économiques, technologiques, écologiques, époustouflants, et favoriser les échanges. » « Ce ne sont pas les bios qui parlent aux bios, mais des agriculteurs qui parlent à d’autres », insiste Anne-Claire Vial, présidente de la Chambre d’agriculture de la Drôme, prévoyant que sur les 14 000 visiteurs attendus, il y aura autant de bios que de non-bios.

Échanges entre Bio et conventionnel

La porosité entre agriculture bio et agriculture conventionnelle est de plus en plus forte. « Sur le terrain, on est de moins en moins dans l’opposition des systèmes », observe Anne Haegelin du Pôle conversion de la FNAB, la fédération nationale de l’agriculture biologique. La communication est plus nette grâce aux entrées techniques ou économiques que permet ce salon. « Les discussions autour de la lutte contre l’érosion des sols ou de la fertilité, rassemblent. On est dans le dur du métier d’agriculteur avec des sujets fédérateurs. Quand on parle machine, on parle machine ! » poursuit-elle.

« Dans les CUMA [coopératives d’utilisation de matériel], on voit des agriculteurs non-bios utiliser les outils des bios », observe de son côté Jacques Pior. La question du désherbage mécanique qui permet de se passer de produits phytosanitaires interpelle et les bineuses à GPS qui nettoient autour du plant avec précision font envie. Des contraintes bios nait une ingéniosité plus ou moins sophistiquée, de la « modernité » qui séduit.

Dans le Nord, des agriculteurs expérimentent un drôle d’engin équipé de panneaux solaires et qui ressemble à une plate-forme sur laquelle sont allongés deux hommes désherbant à la main les rangs de pommes de terre. Ailleurs ce seront les drones qui font rêver parce qu’ils permettent d’anticiper, la prévention étant capitale en bio, ou encore le matériel pour chevaux de trait ultra léger, digne de sportifs de haut niveau.

Les conversions au bio s’accélèrent

Et la philosophie dans tout cela, elle qui prévalait chez les pionniers de l’agriculture biologique ? On ne l’oublie pas, mais ce n’est pas l’angle du salon, annonce Jacques Pior : « Si elle n’est pas viable techniquement et économiquement, on ne pourra pas défendre l’agriculture Bio. » Un système bio consiste à optimiser au maximum à tous niveaux, c’est cela la performance à démontrer à Tech&bio. Elle contribuera à accentuer le mouvement des conversions particulièrement dynamique depuis le début de l’année : « Pour donner une image, c’est comme si seize agriculteurs étaient passés en bio chaque jour les six premiers mois », s’exclame Elisabeth Mercier, directrice de l’Agence bio. Au 30 juin, on dénombre 28 621 exploitations bio, soit 6 % des fermes françaises et une progression de 8 % par rapport au 31 décembre 2014 (les derniers chiffres qui viennent de paraître sur le site de l’Agence bio).

Le processus qui mène à la conversion d’une ferme en bio est une combinaison de facteurs liés à la conjecture économique, politique, au degré d’organisation de la filière au plan local ou national, à son animation, ou aux circuits de distribution. Il faut ensuite coupler ces éléments extérieurs à l’échelle de la ferme, au parcours de l’agriculteur, à sa pratique du métier dans laquelle peut résider aussi des freins. La gestion des mauvaises herbes ou celle des parasites abordée en bio avec des réflexes tout à fait différents, inquiète souvent.

Et à la différence du consommateur qui peut mixer ses achats bio ou non bio au gré de ses possibilités, quand un agriculteur passe au bio, c’est pour toute son exploitation un engagement à 100 % au quotidien, rappelle Jacques Pior. D’où la nécessité de multiplier les entrées, d’offrir des modèles, d’accompagner.

Le conseil, il n’y a pas que les agriculteurs qui en ont besoin : la loi Labbé adoptée en janvier 2014 interdit aux collectivités territoriales comme à l’Etat et aux établissements publics, l’usage des produits phytopharmaceutiques pour entretenir les espaces verts au 1er janvier 2020. Si les grandes villes sont pour beaucoup avancées dans la démarche, les petites et moyennes se retrouvent plus souvent démunies face aux changements de pratiques.

Elus et agents pourront aussi trouver des pistes à Tech&Bio qui leur dédie la journée du 24. Des synergies villes-agriculteurs pourraient même se mettre en place afin d’accélérer l’évolution vers le zéro-phyto comme l’espèrent les organisateurs.

Programme et actualités sur Tech&Bio

Le Tour Alternatiba arrive en Ile-de-France ! Alternatiba Reporterre 2015/09/23 Alternatiba (23 septembre 2015) Le Tour Alternatiba arrive en Ile-de-France !. Reporterre. Alternatiba fr

Le Tour Alternatiba arrive en Ile-de-France !

Le Tour Alternatiba arrive en Île-de-France !

Il passera aujourd’hui mercredi 23 septembre à Malakoff, Antony, Arcueil et Ivry-sur-Seine.

- Retrouvez tout le programme de la journée de mercredi ici

- Le programme de la journée de jeudi (Ivry, Vitry, Montreuil)

- Le programme de la journée de vendredi (Montreuil, Aubervilliers, l’Île Saint Denis)

- Et le programme de samedi (Arrivée finale du Tour Alternatiba !)

Avec le rendez-vous donné à 15h à la Place de la fontaine aux lions, à La Villette (Porte de Pantin), pour faire tous ensemble le dernier tronçon du parcours.

Et l’arrivée du Tour Alternatiba, place de la République, à 16h30.

Ce moment fort sera suivi d’un grand meeting avec :

- Des personnalités internationales (NAOMI KLEIN – Canada ; RAJAGOPAL – Inde ; PACIFIC WARRIORS – Îles du Pacifique, etc.) - Un concert gratuit (HK ET LES SALTIMBANKS, IMANY, JEHRO, SINSEMILIA) - Des compagnies d’arts de rue et des animations diverses - Restauration et buvettes

L’économie circulaire : changement de paradigme ou grande esbrouffe ? Delphine Lévi Alvarès Reporterre 2015/09/23 Delphine Lévi Alvarès (23 septembre 2015) L’économie circulaire : changement de paradigme ou grande esbrouffe ?. Reporterre. Tribune — Économie fr

L’économie circulaire : changement de paradigme ou grande esbrouffe ?

L’économie circulaire, tout le monde en parle. Et surtout ceux qui l’appliquent le moins. C’est ce que constate Delphine Lévi Alvarès, spécialiste des déchets. Elle alerte sur la réduction du concept à l’écologie industrielle et au recyclage. Et dénonce les grands groupes industriels qui récupèrent le langage de l’économie circulaire sans en opérer les changements.

Delphine Lévi Alvarès est responsable du plaidoyer et des relations institutionnelles à l’association Zero waste France.

L’économie circulaire. Dans le petit monde des déchets et des ressources, tout le monde en parle. Mais chacun avec ses mots, sa propre définition, ses intérêts, en poussant son propre agenda. Supposée être un nouveau modèle calqué sur le fonctionnement des écosystèmes, les débats qui ont lieux depuis quelques années sur l’économie circulaire ont dans les faits considérablement restreint sa définition à l’écologie industrielle et au recyclage.

Une affaire d’industrie et de technologie

Les questions d’efficacité et de sobriété dans l’utilisation des ressources au moment de la conception des produits, d’éco-conception dans une visée d’allongement de la durée de vie du produit ou encore de réemploi sont en quelque sorte les parents pauvres de ce débat.

Malgré la volonté affichée de certains acteurs d’en faire un sujet plus large que la simple gestion des déchets, il s’avère ainsi que la majorité des initiatives ou projets mis en avant concernent le recyclage ou l’écologie industrielle. La raison en est simple : dans la conception « mainstream » du concept, l’économie circulaire est une affaire d’industrie et de technologie, qui vise à boucler la boucle en faisant du déchet des uns les ressources des autres.

En cela, l’économie circulaire telle qu’elle est promue aujourd’hui diffère de la démarche Zero Waste [1], qui mise avant tout sur la réduction de l’utilisation des ressources via l’éco-conception et les changements dans les modes de consommation (vente en vrac, consigne, économie collaborative, allongement de la durée de vie).

Sa mise en œuvre trouve ainsi sa source dans les dynamiques humaines, à une échelle souvent bien inférieure aux politiques de recyclage ou aux grands projets d’écologie industrielle. Si l’économie circulaire est en théorie le modèle d’économie à atteindre, la démarche Zero Waste en est le carburant, mobilisant toutes les énergies humaines au service de ce changement de paradigme.

Récupération sémantique

Mais dans les faits, promouvoir des petites initiatives locales de réemploi ou la démarche de PME développant de nouveaux business modèles basés sur la frugalité (pour ne pas dire le gros mot de « décroissance ») entrainerait un détournement des profits des groupes industriels du déchet. On veut bien changer le système en parlant de ce nouveau et magique modèle de l’économie circulaire, mais pas trop quand même.

Pour noyer un peu le poisson, les multinationales du déchets changent leur message, mais les intentions commerciales restent les mêmes. S’est ainsi opéré un glissement sémantique intéressant de « déchet » vers « ressource », comme cela s’était produit au début des années 2000 lorsque les incinérateurs étaient subitement devenus des « unités de valorisation énergétique » et les décharges des « centres d’enfouissement technique ».

On en arrive parfois à des situations frôlant le ridicule, à l’image du « Ressource revolution tour » organisé il y a quelques mois par Suez environnement au moment de son changement de nom. Les trois conférences organisées successivement à New-York, Paris et Beijing ont vu défiler une succession d’intervenants de grande qualité sur l’économie du partage ou l’innovation frugale, centrant leur message sur la ressource infinie de l’être humain pour impulser un changement de paradigme.

Autant dire des messages complètement déconnectés des stratégies d’une multinationale comme Suez, qui cherche à massifier les flux de déchets traités pour rentabiliser son activité, qui privatise l’accès à l’eau dans les pays en développement ou même tout simplement fonde la pérennité de son activité sur le simple fait que l’on continue à produire des déchets, recyclables ou non. On est bien loin de l’open source et des dynamiques d’innovation sociale promue via le Ressource revolution tour…

Aller au bout de la démarche

Et la créativité des communicants des multinationales du déchet ne s’arrête pas là. Le flou persistant entourant les frontières de l’économie circulaire les encourage ainsi à promouvoir l’incinération avec récupération d’énergie (ou « valorisation énergétique ») comme une composante naturelle de cette circularité. Si l’on en revient aux fondements de l’économie circulaire, à savoir le fonctionnement des écosystèmes, la combustion n’a jamais été une stratégie de la nature pour créer de l’énergie…

Mais pour changer l’image de leurs activités sans changer leur fondement, toutes les « récupérations sémantiques » sont bonnes, y compris parler de « Zero waste to landfill » [2]. Cet objectif a priori louable, promeut en réalité le détournement des déchets de la mise en décharge vers le recyclage, certes, mais surtout vers l’incinération pour les flux de déchets qui seraient un peu difficiles ou pas très rentables à recycler.

Si l’on semble encore loin du changement de paradigme, la manipulation du concept d’économie circulaire et les débats auxquels elle donne lieu, participent à poser les bases du modèle économique de demain, en inscrivant à l’agenda du débat public la question de la préservation des ressources et du développement de modèles alternatifs de production et de consommation.

Là où certains s’accrochent encore désespérément aux business modèles d’hier, d’autres mettent déjà leurs ressources humaines et leur énergie créative au service de la société de demain. L’économie circulaire oui, mais allons jusqu’au bout de la démarche.

A Notre-Dame-des-Landes, le juge fait un petit tour et puis s’en va Nicolas de La Casinière (Reporterre) Reporterre 2015/09/23 Nicolas de La Casinière (Reporterre) (23 septembre 2015) A Notre-Dame-des-Landes, le juge fait un petit tour et puis s’en va. Reporterre. Reportage — Notre-Dame-des-Landes fr

A Notre-Dame-des-Landes, le juge fait un petit tour et puis s’en va

Journée de mobilisation mardi 22 septembre à Notre-Dame-des-Landes, pour bloquer un juge au petit matin. Concluante : les opposants étaient bien là, et le juge est reparti.

- Notre-Dame-des-Landes, puis Nantes, reportage

Mobilisés depuis 5 heures du matin, formant six points de blocage des accès en fermant les routes à la circulation par des pneus, des blocs de béton et une trentaine de tracteurs engagés dans l’opération dès potron-minet - les zadistes ont empêché le passage sur le terrain du juge des expropriations. Le magistrat avait annoncé son déplacement pour évaluer le montant des préjudices accordés aux occupants de trois maisons expropriables. Des maisons habitées depuis vingt ans, sous une convention d’occupation précaire avec le Département, rétrocédées au concessionnaire Vinci pour mener le projet d’aéroport.

« Avec le loyer même modique qu’on a payé, on a en vingt ans remboursé une fois et demi le prix d’achat de la maison par le département », a noté un des trois locataires concernés. A 8 h 45, le juge des expropriations est venu en cravate accompagné par un gradé de gendarmerie en képi pour tenter d’accéder à la première des trois maisons à exproprier. Il n’a pas pu atteindre la première barricade de glissières de béton et de tracteurs barrant sa route.

Feu d’artifice horizontal

Un kilomètre avant, il a été accueilli par une grosse centaine d’opposants qui lui ont dit qu’il n’était pas le bienvenu et qu’il n’avait qu’à tourner les talons. Le magistrat a pris des photos avec son smartphone. Le ton est à peine monté : « Cassez-vous ! Cassez-vous d’ici ! » L’officier de gendarmerie a eu le temps de dévoiler le visage d’un zadiste en tirant sur sa cagoule, et le zadiste s’en est aussitôt pris à son talkie walkie. L’officier a mis la main sur son arme de service en clamant : « OK, OK, on s’en va. Pas de caillassage, pas de caillassage ! »

Quelques pierres ont quand même volé vers les véhicules stationnés en arrière, des 4x4 blancs aux vitres teintées, n’arborant pas la moindre marque de gendarmerie. Quatre gendarmes en tenue anti-émeute en sont sortis pour couvrir la retraite précipitée du magistrat et de leur officier. Après le tir d’une grenade lacrymogène, le convoi a rapidement fait demi-tour sur l’étroite route départementale. Les zadistes ont salué cette retraite forcée par une dizaine de fusées pyrotechniques, s’offrant un joyeux feu d’artifice horizontal. En un quart d’heure, sans réel face à face, l’opération était achevée, les gendarmes évaporés dans un nuage de fumée, fuyant l’affrontement.

Première étape du contrat pour la ZAD : s’assurer de la réactivité de ses rangs, des militants nantais, des comités locaux anti-aéroport de la région, des paysans qui ont tous répondu présents malgré la pluie battante. Radio Klaxon, station pirate squattant la fréquence de radio autoroute de Vinci a été réactivée pour l’occasion. Devant les barricades, les informations recueillies par des guetteurs au pourtour de la ZAD étaient relayées à l’antenne, les différentes équipes disséminées sur le site étant par ailleurs reliées par liaisons cibi et estafettes vélo.

"Faciliter le départ des occupants"

Quand ce juge technique débarque sous escorte sur le territoire libre de la Zad, il s’en voit normalement refoulé. Mais l’enjeu n’était pas directement militaire, mais plutôt symbolique. Le contexte est celui de menaces verbales, des autorités politiques et policières, déclarant ne plus vouloir que soient pleinement purgés les recours contre le projet d’aéroport, ce qui bafouerait les engagements pris en 2012 par le Premier ministre, et en 2014 par le Président de la République. Le juge des expropriations, lui, était à son travail, sur le terrain ce mardi 22 septembre.

Alors quoi ? Service juridique minimum, petite excursion dans le bocage pour la forme, répétition générale pour les zadistes, test de réactivité des opposants au projet pour le préfet, évaluation de l’état du rapport de force pour tout le monde.

Deuxième épisode l’après-midi au tribunal de commerce, le même juge des expropriations siégeant pour évaluer les éventuelles indemnités accordées aux trois occupants historiques de la ZAD dans le cadre d’une expropriation.

Le débat a été essentiellement technique et juridique. Ce tribunal est-il compétent ? La procédure d’expropriation, sans appel, ne remplace-t-elle pas volontairement une démarche d’expulsion pour éviter trop de délais avant que les lieux soient vidés et les maisons détruites ? Si un montant d’indemnisation est fixé par le juge, une fois ces sommes versées - même sur un compte bloqué -, un délai d’un mois, pas plus, mène à l’obligation de vider les lieux. « Il s’agit de faciliter le départ des occupants », a clairement affirmé l’avocat de Vinci à l’audience, plaidant pour le principe d’« une indemnité de valeur nulle », autrement dit, pour bien enfoncer le clou, « égale à zéro ».

Le paradoxe du serpent de terre

Pour la défense des trois occupants précaires de longue date, Me Bescoulergue - évoqué le contexte paradoxal de Notre-Dame-des-Landes, « ce serpent de terre dont on parle depuis toujours mais qu’on ne voit jamais », du recours au juge des expropriations « qui évite le juge des expulsions, et amène une décision immédiatement opérationnelle, un mois après le paiement des indemnités ». Il a aussi soulevé l’ambiguïté d’une démarche lancée par AGO (Aéroport du Grand Ouest), structure créée par Vinci, « pour le compte de l’État en tant que concessionnaire ».

L’avocat interroge : « Est-ce que par ce biais l’État va renier sa parole ? », en bafouant l’assurance de ne pas expulser avant la toute fin de la toute dernière procédure de recours. Une échéance dont on est encore loin. Le 20 octobre le juge des expropriations dira si son tribunal est compétent pour juger, et si c’est le cas, fixera le montant de l’indemnité, déclenchant de ce fait le compte à rebours pour ces trois maisons.

« Leur test de ce matin a échoué mais nous restons plus que jamais vigilants et appelons à densifier la mobilisation dans les semaines qui viennent. Dans le même temps nous continuerons à renforcer les cultures et habitats sur la Zad, ainsi que les liens à l’intérieur du mouvement et dans la région pour construire un avenir sans aéroport », a commenté une communiqué signé « Les bloqueur’heuses du mardi ».

Les Etats-Unis, eux aussi, ont leurs premiers réfugiés climatiques Sophie Boutboul (Reporterre) Reporterre 2015/09/24 Sophie Boutboul (Reporterre) (24 septembre 2015) Les Etats-Unis, eux aussi, ont leurs premiers réfugiés climatiques. Reporterre. Reportage — Climat fr

Les Etats-Unis, eux aussi, ont leurs premiers réfugiés climatiques

Les réfugiés climatiques, ce n’est plus seulement en Afrique ou dans le Pacifique. On en trouve aussi... aux Etats-Unis. En Alaska, mais aussi en Louisiane, où une tribu indienne se bat pour la terre de ses ancêtres. L’ïle de Jean Charles risque d’être engloutie, à cause de l’érosion côtière et des installations pétrolières. Sa surface a été divisée par 120 en un demi-siècle.

- Île de Jean Charles (États-Unis), reportage

Encerclé par les marais, harassé par la chaleur suintante du mois d’août, il se remémore ses balades au cœur d’une forêt luxuriante et la floraison des figuiers et pommiers qui bordaient sa maison. Il déplore le spectacle tout en contraste qu’offre aujourd’hui sa terre natale : la brousse et la mousse espagnole, plante grise en forme de cheveux ruisselants jusqu’au sol, côtoient les arbres morts aux branches noires pointues, à l’allure calcinée. Albert Naquin, dit « White Buffalo », est le chef de la tribu indienne Biloxi-Chitimacha-Choctaw, arrivée sur l’île de Jean Charles, à l’extrême sud de la Louisiane, dans les années 1830.

Cet homme fougueux de 68 ans, à la peau ambrée marquée par l’âge, se bat depuis plusieurs décennies pour la survivance de sa communauté et du lieu de son enfance, et ce, sans jamais perdre son sourire communicatif. Ce bout de terre du comté de Terrebonne au milieu des bayous continue pourtant de rétrécir chaque jour à cause d’une très forte érosion côtière : dans les années 1950, il mesurait 18km sur 8km, il ne fait plus que 3km sur 400m. L’unique route qui mène à l’île, construite en 1953, surplombée d’un panneau jaune et noir « Dead end » (impasse), est très souvent envahie par les eaux, qui l’entourent de chaque côté.

« On se désagrège peu à peu »

« On a pratiquement tout perdu : notre île, notre unité. On se désagrège peu à peu à cause des multiples départs. Il n’y a plus que 72 habitants sur l’île, alors que nous comptons 800 membres. J’ai moi-même dû partir, à contrecœur », se désole Albert Naquin, qui a déménagé à Montegut en 1975, à quelques kilomètres, quand son foyer a été dévasté pour la troisième fois par un ouragan.

Ce père et grand-père à la verve blagueuse et aux bras costauds tatoués, arbore une imposante croix argentée autour de son cou. Il passe chaque semaine des moments sur l’île de Jean Charles - baptisée ainsi en hommage à l’un de ses aïeuls - pour les réunions du conseil de la tribu. Les membres y discutent notamment de l’obtention de la reconnaissance fédérale en tant qu’Indiens des Biloxi-Chitimacha-Choctaw, par le bureau des affaires indiennes (BIA). Ce processus lancé il y a vingt ans, d’une lenteur excessive, leur permettrait d’être éligibles à des aides financières fédérales.

Ils ne sont aujourd’hui reconnus comme des Indiens que par l’Etat de Louisiane et doivent donc prouver au BIA leurs origines par nombre de données généalogiques, qu’Albert Naquin s’efforce de récolter chaque jour. « C’est absurde, cela prend un temps fou, mais j’espère que notre travail payera bientôt, enfin... C’est la vie », lance chef « White Buffalo » dans un français chantant au milieu de son anglais fluide, le français des Cajuns, la première langue qu’il a apprise, la tribu étant issue d’un métissage entre une Indienne et un Français d’Acadie.

Albert Naquin s’est rendu trois fois à Washington DC depuis 1996 pour exposer les problématiques de l’île devant le Congrès et le BIA, sans grands résultats. « Si l’on avait reçu de l’assistance quand on l’a demandée et si les industries pétrolières ne s’étaient pas implantées, le processus d’érosion aurait sûrement pu être ralenti », souligne-t-il amer.

"Accumulation de facteurs"

Julie Maldonado, une anthropologue spécialisée dans les impacts du climat sur les populations indigènes, précise : « Le cas de l’île est dû à une accumulation de facteurs parmi lesquels, le changement climatique avec la montée des eaux et l’augmentation des tempêtes, la mise en place de canaux pour les oléoducs et gazoducs ouvrant une ligne directe à l’infiltration de l’eau salée, et la perturbation des voies navigables par leur affaissement et le développement des digues. »

Chris Brunet, 50 ans, surnommé « Lame Owl » (hibou estropié), n’a jamais vécu autre part que sur l’île. Il réside dans la maison même où il est né, reconstruite au fil des ouragans. Cet homme avenant et loquace salue chaque voiture passant devant chez lui, d’un mouvement de main ou de quelques mots. Sa cabane en bois accueille un ascenseur rustique, une sorte de monte-charge, qui lui permet de gagner le seul étage de sa demeure surélevée sur des poteaux de quatre mètres, avec son fauteuil roulant – Chris Brunet a perdu l’usage de ses jambes durant l’enfance.

Quand il observe la vue depuis sa terrasse, il pointe du doigt tout ce qui a disparu. « Rien que sur cette parcelle, il y avait au moins quinze arbres de plus, il y avait des poulets tout autour, et on pouvait pêcher juste devant chez nous », se souvient Chris Brunet, issu d’une famille de pêcheurs d’huîtres, de crevettes et de crabes, comme la plupart de ses voisins.

Faire vivre la tribu ailleurs

Depuis 2002, Albert Naquin travaille sur un projet de relogement pour la tribu pour échapper à son extinction. L’exclusion récente de l’île de Jean Charles, par manque de rentabilité, du plan de 50 milliards de dollars lancé par l’Autorité de protection et de restauration de la Louisiane pour redonner vie aux côtes, n’a fait que le conforter dans cette idée.

« L’idéal aurait été de préserver notre île. Si je devais naître à nouveau aujourd’hui, j’aimerais grandir là-bas, la retrouver comme elle était dans les années 1950. Mais comme on nous laisse de côté pour des considérations financières, nous allons devoir nous installer ailleurs, ni trop près, pour la sécurité, ni trop loin pour pouvoir continuer à pêcher ici », soupire l’ex-employé administratif et pompier volontaire.

Albert Naquin aimerait réussir à réunir au moins 300 membres pour recréer leurs liens sur un nouveau territoire. Cela se fera de manière écologique avec un système de collecte d’eau sous-terrain, des panneaux solaires, dans une démarche de préservation de l’environnement.

Ceux qui vivent encore sur l’île ne savent pas tous s’ils suivront ce déplacement. « Un tel mouvement de population ne se fait pas en un jour. L’île abrite leur histoire ancestrale, leur réseau familial, leur gagne-pain, leurs traditions, décrypte la chercheuse Julie Maldonado, qui a passé plusieurs mois sur place pour sa thèse. C’est aussi une réminiscence de l’Histoire, puisque leurs ancêtres ont été forcés d’abandonner leur terre par le gouvernement américain avec l’épisode du "trail of tears" lors de l’Indian Removal act de 1830. Ils se sont alors échappés vers le sud du bayou pour survivre et éviter l’assimilation. »

Malgré les inondations qui surviennent au moindre orage, Chris Brunet imagine difficilement s’en aller pour l’instant. « Chef Albert veut que nous soyons ensemble, mais il comprend notre hésitation à quitter nos racines, nos souvenirs. Ici tout le monde se connaît, on se sent en sécurité », décrit Chris Brunet, qui élève seul sa nièce et son neveu.

« Les premiers réfugiés du changement climatique »

Cet îlot en danger a inspiré le cinéma, puisque le film « Les Bêtes du sud sauvage » racontant un désastre climatique à travers l’histoire d’une petite fille, a été tourné en partie ici, avec des acteurs non-professionnels des bourgades environnantes.

Le cas de l’île de Jean Charles est emblématique des défis futurs de la Louisiane, comme l’explique Alex Kolker, professeur de géologie côtière à l’université marine de Louisiane : « Cet Etat a été amputé de 4900 km2 en un siècle. Ses côtes représentent l’endroit au monde où la perte de terre est la plus rapide. Si sur certains sites, les dépôts et les sédiments peuvent aider le sol à se régénérer, l’île de Jean Charles en manque cruellement. Ses habitants sont, dans un sens, parmi les premiers réfugiés du changement climatique. D’autres communautés aux États-Unis et dans le monde se trouveront bientôt face aux mêmes menaces. »

Complément d’information

- Intervention devant le Congrès de l’Environmental and Energy Study Institute avec un membre de la tribu et l’anthropologue citée dans l’article.

- Programme de réflexion qu’organise la chercheuse Julie Maldonado pour travailler sur les changements climatiques en lien avec la communauté indienne aux USA.

- Documentaire « Can’t Stop the Water » réalisé par Rebecca et Jason Ferris, qui ont passé trois ans sur l’île de Jean Charles.

La politique, ça ne dépend pas des politiques, ça dépend des gens Corinne Morel Darleux Reporterre 2015/09/24 Corinne Morel Darleux (24 septembre 2015) La politique, ça ne dépend pas des politiques, ça dépend des gens. Reporterre. Corinne Morel Darleux fr

La politique, ça ne dépend pas des politiques, ça dépend des gens

« Chroniques du Diois. Saison 2 », c’est reparti ! Et en cette rentrée les luttes à mener ne manquent pas, comme cette menace de fermeture qui pèse sur l’Espace Jeunes du Diois. L’occasion pour les ados de se saisir d’enjeux « politiques » et de se bouger, et pour les plus « grands » de réaffirmer que « la politique d’aujourd’hui se fait dans les lieux de vie, là où les gens sont, vont, vivent... »

Corinne Morel Darleux est secrétaire nationale à l’écosocialisme du Parti de Gauche, et conseillère régionale Rhône Alpes.

Dans les rues de Die, on s’étonne de voir encore tant de monde. Entre rafales de vent et averses de pluie, le temps est déjà à la Toussaint. Les lycéens ont repris le chemin des classes, le jour commence à décliner plus tôt en soirée, c’est la rentrée.

Et comme toute rentrée, celle-ci est marquée par la réapparition des luttes à mener après l’illusoire trêve estivale. En gare de Die, l’agent de la SNCF me glisse que le guichet serait menacé de fermeture, je lance l’enquête. Je reçois également un mail d’appel à la solidarité pour constituer un réseau d’accueil de réfugiés dans la vallée.

Enfin, après la relance de la pétition pour la maternité, et un autre message d’alerte sur la MJC de Livron, c’est au Festival « Curieuses démocraties » de Saillans ce samedi qu’on m’alerte de nouveau sur la coupe de subvention du Conseil départemental qui menace l’Espace Jeunes du Diois. En insistant sur le fait que si elle est mise en œuvre aujourd’hui par la droite, cette coupe brutale a été préparée par la précédente majorité PS. Et que si rien n’est fait, c’est un acte de décès programmé pour janvier.

Un outil indispensable

Alors que j’écris ces lignes en buvant mon café ce dimanche matin, la petite bande des jeunes qui ont dormi chez moi cette nuit se réveillent et descendent voraces et ensommeillés dans la cuisine où je suis installée. Deux lycéens de Die, le mien et son copain, et un jeune espagnol qu’on accueille en programme d’échange pour un mois et demi. J’attends qu’ils aient dévoré leurs tartines.

« Dis Rémi, l’espace jeunes, ça te dit quoi, qu’est-ce qu’ils font pour toi ? - Ben je les aime bien, c’est mes amis, déjà. Y a le club jeux au collège et il y a énormément de monde qui y va au lycée. Et puis il y a la fête du jeu, une fois par an et c’est un événement super. Et aussi ils font des trucs à la médiathèque, des activités, et de temps en temps - quand il y a eu l’atelier ambulant de théâtre par exemple, ou quand il y a un festival, ils sont présents avec des jeux de société. Et ils font des sortes d’échanges linguistiques il me semble. Ah, et c’est aussi avec eux qu’on réfléchit tu sais, à la rénovation de la place Saint Pierre... Eh Martin, l’espace jeunes ça te dit quelque chose, ils font quoi pour toi, eux ? - Euh oui, je sais plus où c’est en fait... - Mais si, vers la Mairie, tu sais. - Ah ouais, ben ils font du jeu, quoi. »

Martin n’est pas réveillé, Rémi se retourne vers moi.

« Je veux que tu sauves l’espace jeunes. »

J’adore cette toute-puissance dont il me gratifie après m’avoir expliqué il y a quelques jours que la politique c’était pourri. Hum.

« Bon sauver je sais pas, mais je fais ma chronique du Diois dessus déjà, elle paraitra la semaine prochaine. Comme je ne sais pas encore si je pourrai aller à la réunion mardi, ce sera toujours ça... »

En réalité, l’espace jeunes c’est tout ça et bien plus. C’est le pilier des actions dites « de prévention spécialisée en milieu rural », c’est le lieu des politiques jeunesse, autant dire un outil indispensable dans notre vallée reculée.

Alors je ne laisse pas filer mes ados sans avoir lancé l’idée que c’était peut-être aussi à eux de se bouger pour leur espace jeunes, en suggérant qu’ils rédigent un texte expliquant pourquoi l’espace jeunes doit être préservé selon eux, et qu’ils le fassent signer. Car si on part du principe que la politique concerne tout le monde, c’est aussi aux usagers de se mobiliser et de ne pas laisser les élus et les « grandes personnes » se dépatouiller entre eux.

La politique « hors-les-murs »

Sans l’implication des lycéens, des habitants, de celles et ceux qui prennent le train, des futurs parents pour la maternité, de toutes celles et ceux qui font de la politique au quotidien comme Monsieur Jourdain, on ne fera rien. Alors ne nous laissez pas entre nous. Et ne restons pas entre nous. Arrêtons de croire que la politique se fait dans les meetings et que les abstentionnistes et autres navrés de la politique vont venir nous écouter si on les invite gentiment. Cette politique là est terminée.

La politique d’aujourd’hui se fait dans les lieux de vie, là où les gens sont, discutent, vivent, apprennent, vont et viennent, s’engueulent et rient. Cette rentrée sera donc celle des cafés citoyens pour sortir les débats des salles municipales, des interventions in situ comme je le ferai à l’invitation d’enseignants au lycée Camille Vernet à Valence, des rencontres professionnelles comme au sommet de l’élevage à Clermont-Ferrand auprès des éleveurs de Ferrandaises, des débats dans les festivals comme cet été à Emmaüs Lescar Pau... Du hors-les-murs, du terrain, de l’air ! Inspirez, c’est la rentrée.

La surpêche aura-t-elle bientôt raison des requins ? Emilie Unternehr (Reporterre) Reporterre 2015/09/24 Emilie Unternehr (Reporterre) (24 septembre 2015) La surpêche aura-t-elle bientôt raison des requins ?. Reporterre. Nature fr

La surpêche aura-t-elle bientôt raison des requins ?

30 % des requins sont menacés d’extinction. La maturité tardive et le faible taux de reproduction des requins d’eau profonde les rendent très vulnérables à la surpêche. Prisé pour son aileron et son foie, le requin est également victime des prises involontaires. Reporterre a rencontré l’équipe de Bloom, une ONG qui œuvre chaque jour pour la conservation marine.

Les requins sont pêchés principalement pour deux choses : leur aileron, et leur foie. La soupe aux ailerons de requins est un met très recherché en Asie, où ils se vendent à prix d’or. Mais ce commerce ne concerne pas que les pêcheurs asiatiques puisque selon l’ONG Bloom, 5 % des ailerons vendus viennent de bateaux européens. En Europe, la pêche aux requins est autorisée, mais en 2013, l’Europe interdit le shark finning, cette pratique consistant à retirer l’aileron du requin avant de le rejeter mutilé à la mer, le plus souvent vivant. Mais les pêcheurs ont vite appris à contourner cette loi, qui stipule que les ailerons doivent être « naturellement attachés » à l’organisme. Les pêcheurs récupèrent donc l’aileron et l’échine dorsale à laquelle il est attaché et continuent de rejeter le reste du corps, poursuivant le même gaspillage.

Quand les requins ne sont pas traqués pour leur aileron, ils le sont pour leur foie. L’huile qui y est contenue leur sert à se stabiliser dans l’eau, elle leur permet de flotter. La grande quantité d’huile que contient le foie des requins profonds les rend très rentables aux yeux des pêcheurs. Le shark livering consiste donc à pêcher les requins pour en récupérer l’huile de foie, utilisée à 90 % par le secteur cosmétique. De cette huile est extrait le squalène, qui une fois hydrogéné devient du squalane, molécule très utilisée dans l’industrie cosmétique pour sa bonne résistance et sa maniabilité. Ainsi, trois millions de requins sont tués chaque année pour leur foie. Suite à plusieurs campagnes contre le squalane animal, sa consommation a beaucoup baissé en Europe, où l’on utilise aujourd’hui majoritairement du squalane végétal. Mais en Asie, les entreprises cosmétiques s’en servent toujours beaucoup.

A ce jour il n’existe pas de règle quant à l’utilisation du squalane végétal ou animal. Bloom lutte donc pour que les marques affichent l’origine (animale ou végétale) du squalane qu’elles utilisent sur l’emballage de leurs produits, afin de faciliter le choix des consommateurs.

Prise accessoire

Quand les requins ne sont pas pêchés pour leur aileron ou pour leur foie, ils le sont involontairement lors de pêches visant d’autres espèces. La pêche au thon par exemple, fait de nombreuses victimes chez les squales. Les thoniers sont souvent d’immenses bateaux qui utilisent des DCP (Dispositif de concentration des poissons), des radeaux en bois qui permettent d’attirer les poissons, tous les poissons. Cette technique de pêche est attaquée par les ONG environnementales, et pour cause.

Cette méthode de pêche industrielle qui permet de récolter une grande quantité de thons en une seule prise, contribue massivement à la disparition du thon, mais également à celle d’autres espèces, qui ne sont pourtant pas visées par les pêcheurs, principalement des requins soyeux et des requins à pointe noire, parfois des requins baleines. Ces prises accessoires sont montées à bord puis rejetées à la mer, souvent sans vie. Greenpeace mène donc une campagne pour que la pêche au thon se fasse sur banc libre, mais il n’existe actuellement aucune mesure contraignante concernant les thoniers.

La méthode de pêche la plus destructrice de l’histoire

Le chalutage profond a été décrit par les scientifiques comme la méthode de pêche la plus destructrice de l’histoire : il est considéré comme 3000 fois plus destructeur que n’importe quelle activité humaine. Cette technique consiste à « racler » le fond des océans avec un immense filet, tiré par un chalutier. La pêche profonde s’est développée pour pallier le manque de ressources dans les eaux de surface, dû à la surpêche. Elle vise trois espèces : la lingue bleue, le sabre noir et le grenadier. Mais cette méthode de pêche, non sélective, capture toute forme de vie du fond de l’océan, dont des coraux millénaires, et des requins. Les squales représentent 6 % des espèces capturées, et 30 % des rejets. Sur les treize espèces de requins ainsi capturées, onze sont en danger d’extinction.

Du fait de la rareté de la nourriture dans ces eaux profondes, les espèces se développent lentement et vivent très longtemps, certains coraux plurimillénaires sont ainsi rejetés à la mer, sans vie. Les espèces profondes ne sont pas adaptées à ce genre de prélèvements qui détruit ces fonds marins fragiles en quelques minutes. Fonds marins qui mettront énormément de temps pour se reconstituer. Ce monde est loin de nos regards, donc loin de nos esprits, pourtant le chalutage profond est actuellement en train de détruire la plus importante réserve d’espèces inconnues de la planète.

Un espoir du côté du Luxembourg

Sur le plan socio-économique, le chalutage profond ne représente qu’ 1,5 % des captures européennes. Il s’agit seulement de onze bateaux en Europe, et de 80 à 340 emplois, selon Bloom. Onze bateaux déficitaires qui ne survivent que grâce aux subventions qui leur sont accordées. L’enjeu pour les lobbys qui s’opposent à l’interdiction : ne pas céder un pouce de terrain, de peur qu’une fois cette pêche interdite, on s’attaque aux autres.

En 2012, la Commission européenne a proposé l’interdiction du chalutage profond. Mais lors du Conseil des Etats membres, la France bloque l’avancée du projet, poussée par les lobbys industriels. Le projet est donc suspendu depuis 2013. Un espoir émerge pourtant depuis juillet 2015 : le Luxembourg, actuellement à la tête de l’Union européenne, a inscrit le règlement pêche profonde parmi les priorités de son agenda et propose son interdiction au-delà de 800 mètres de profondeur. C’est la première fois qu’un pays à la présidence de l’UE se prononce officiellement sur la question. Le Conseil des ministres doit se tenir en septembre 2015 pour traiter de cette question. L’attitude de la France sera déterminante.

Complément d’information

- Pour mieux comprendre le chalutage profond, en bande-dessinée (réalisée par Pénélope Bagieu en partenariat avec Bloom) : lien

- A voir : Intox : enquête sur les lobbies de la pêche industrielle (documentaire de Bloom, gratuit sur Youtube)

Qui connait Alternatiba ? Emilie Massemin (Reporterre) Reporterre 2015/09/25 Emilie Massemin (Reporterre) (25 septembre 2015) Qui connait Alternatiba ?. Reporterre. Alternatiba fr

Qui connait Alternatiba ?

Samedi 26 septembre et dimanche, le mouvement citoyen Alternatiba investit la place de la République, à Paris, pour son grand village des alternatives contre le changement climatique. 50 000 visiteurs sont attendus pour les concerts, débats et animations de cette grande fête citoyenne. Mais le mouvement mobilise-t-il au-delà des cercles militants ?

Connaissez-vous Alternatiba ? Deux jours avant l’arrivée du Tour Alternatiba et le grand village des alternatives organisé samedi et dimanche place de la République à Paris, nous sommes allés poser la question aux habitants du quartier. Mi-curieux, mi-inquiets, parce que nous avons parfois l’impression que le mouvement citoyen peine à mobiliser en-dehors du cercle des convaincus.

Assis au pied du monument à la République, mercredi vers 17 h 30, Théo, 21 ans, et Axel, 24 ans, partagent une bière en discutant. « Alternatiba ? Je ne connais pas du tout. Pourtant, Axel habite à cinq minutes à pied de République, souligne Théo, en tortillant une dreadlock échappée de son chapeau. Est-ce qu’ils ont communiqué ? C’est dommage, parce que je connais plein de squats de musicos dans le XIe qui seraient sensibilisés. La Petite Maison de Charonne, par exemple : ils sont à fond là-dedans, ils font de grands repas bio et végés. »

« Les passants vont être séduits »

Axel, lui, n’est pas inquiet. « Les gens qui vont passer au hasard seront séduits, assure-t-il. On va de plus en plus se mettre au ’vert’, maintenant qu’on voit que le système actuel ne marche pas. En plus, on entend de plus en plus parler de la hausse des températures. »

Assis à deux mètres d’eux, penché sur son smartphone, Marc, lycéen de 17 ans, avoue lui aussi son ignorance. De même que Jérôme, consultant santé–travail de 37 ans, « pas du tout au courant ». Aveu identique chez Lucile, 23 ans, en recherche d’emploi dans le design. « Il ne me semble pas avoir vu d’affiches, hasarde Danièle, 68 ans, retraitée. Pourtant, je vis dans le quartier. A moins que je n’aie pas fait attention parce que je ne connaissais pas ? »

Informés par les parents, les copains...

Debout près du monument, Juliana, 21 ans, attend un rendez-vous. « Alternatiba ? Oui, ils sont passés dans ma ville de Carbonne [Haute-Garonne, NDLR] le 13 juin dernier », déclare-t-elle. L’étudiante en cinéma connaît le mouvement par son père, « très porté sur l’écologie » et membre de l’Asso’s Epicée qui réunit musiciens et amateurs de musique de la commune.

Violaine, étudiante de 24 ans, a également entendu parler du week-end Alternatiba via son réseau amical. « J’ai une pote qui a voyagé en Amérique latine et en Inde, en soutien à la Fondation Nicolas Hulot, indique-t-elle. Elle est hyper intéressée, je vais peut-être y aller avec elle. Mais je dois dire que si je n’avais pas cette amie, je n’en aurais pas entendu parler ! »

« Il n’y a pas eu beaucoup de communication »

Assises à une trentaine de mètres, sur les marches encore ensoleillées, Alexandra, étudiante en langues de 21 ans, et Mouna, étudiante en écologie tropicale de 20 ans, répondent aussi positivement. « Alternatiba, oui, bien sûr ! C’est ce week-end. Moi, je vais participer en organisant quelque chose en décembre à Montreuil, s’exclame Mouna. Est-ce que les gens que vous avez interrogés connaissent ? Parce que c’est bientôt, s’ils ne sont pas au courant... »

Alexandra secoue la tête. « Il n’y a pas eu beaucoup de communication, estime l’étudiante. J’en ai juste entendu parler rapidement sur Internet, en cherchant. Dans les milieux étudiants, on n’en parle pas vraiment. » Une constatation que partage Mouna, un peu navrée. « C’est un peu l’impression que j’avais. Les gens à qui j’en ai parlé et qui étaient au courant pour ce week-end, connaissaient déjà le mouvement. »

Comment faire bouger les citoyens sur l’écologie ?

Quentin, 33 ans, conseiller Europe Ecologie Les Verts (EELV) dans le IIIe arrondissement de Paris, participe en organisant un « atelier citoyen pour la transition énergétique (Acte) ». Ce dispositif, plus centré sur la COP 21, s’intégrera cependant à Alternatiba dans le village « démocratie », dimanche de 11 h à 15 h. « L’idée, c’est de voir comment on fait bouger les citoyens sur l’écologie, comment on peut les aider à trouver leur place et à mettre en œuvre des actions », explique-t-il, assis au soleil, une cigarette entre les doigts.

Pour lui, le fait que la plupart des gens ne connaissent pas Alternatiba est symptomatique d’un désintérêt plus profond pour les questions climatiques. « C’est toujours le même problème, observe-t-il. La COP 21 va arriver, et on se rend compte que les gens, en-dehors des réseaux militants, ne sont pas au courant. Ils ne saisissent pas l’importance de l’événement. »

« Si tous les acteurs ne sont pas en mouvement en même temps, ça ne marche pas »

Il évoque également une raison plus politique : « A Paris, il existe une triade citoyens – militants – forces publiques – services de la Ville. Si tous ces acteurs ne sont pas en mouvement en même temps, ça ne marche pas. Il arrive que des événements organisés par les arrondissements fassent un flop quand ils ne sont pas également portés par l’Hôtel de Ville. »

Côté commerçants, difficile de savoir. L’accueil n’est pas enthousiaste. Un des kiosquiers, Simon, âgé de 54 ans, n’en a « pas entendu parler » même s’il travaille le week-end. « Mais quand je suis là, je ne sors pas, je travaille », tranche-t-il. Pour Frédéric, barman au Café République, « personne n’est au courant ».

« A part ceux qui sont dedans, personne ne sait »

Le mouvement Alternatiba fédère de très nombreuses associations. Mais arrive-t-il à mobiliser au-delà du petit monde écolo ? Rencontré sur un autre sujet, Dominique Brousse, responsable de la maison de la vie associative de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), en doute. « A part ceux qui sont dedans, personne ne sait qu’il y a quelque chose ce week-end à République, regrette-t-il. Il n’y a pas d’affiches, pas grand-chose dans les médias, rien. Il ne faut pas partir du principe que les gens s’en foutent, mais constater qu’on n’arrive pas à les mobiliser. »

De fait, les associations qui ne sont pas directement écolos, mais qui pourraient ramener du public au village des alternatives, ne semblent guère au courant. « Non, je ne connais pas », indique quelqu’un à l’accueil de la boutique Emmaüs Turbigo, qui refuse de donner son prénom et souligne qu’il n’a « pas le temps » de parler. De même, les deux salariés du comité du Xe arrondissement de la Croix-Rouge n’ont pas entendu parler du mouvement.

700 articles sur le mouvement dans la presse

Cette faible notoriété serait-elle la faute des médias ? Christophe, attaché de presse du Tour Alternatiba, a compté 700 articles sur le mouvement en comptant les blogs, dont 500 dans la presse quotidienne régionale. « Il y a eu un article dans Le Monde, une double-page dans Libération, énumère-t-il. On a aussi vu Elle, Femme Actuelle, Pèlerin et La Vie. BFM a prévu de filmer l’arrivée du Tour Alternatiba en direct et on a eu des demandes d’interviews de la télévision et de la presse nationales. France 3 sera à l’arrivée. Si on a suffisamment de vélos samedi à l’arrivée, on espère être au 20 heures ! »

Pourtant, il reste des journalistes peu intéressés, voire peu informés. « Oui, on connaît Alternatiba, c’est intéressant mais c’est vrai qu’en ce moment on suit plutôt ce qui se passe en Grèce, admet Gaylord Van Wymeersch, journaliste à Là-bas si j’y suis et à France Inter. J’ai l’impression que c’est plutôt un mouvement local mais qui n’arrive pas à faire sens au niveau national. »

« Les journalistes sont plus avides de catastrophes que de nouvelles positives »

Alice Rougerie, qui présente le journal télévisé du week-end sur iTélé, n’a pas entendu parler d’Alternatiba. « Pourtant, on a des fiches préparatoires qui arrivent pendant la semaine pour préparer le week-end, mais je n’ai rien vu à ce sujet », souligne-t-elle.

« Alternatiba ? je ne vois pas bien ce que c’est, avoue Daniel Schneidermann, qui passe la petite lucarne au crible sur son site Arrêt sur Images. 500 articles dans la presse locale, c’est un succès. Mais de manière générale, les alternatives, ce ne sont pas des sujets médiatiques. Les journalistes sont plus avides de catastrophes que de nouvelles positives... Or une alternative, c’est un train qui arrive à l’heure. »

Alternatiba Paris, c’est samedi 26 et dimanche place de la République

Le mouvement citoyen Alternatiba Paris organise un grand village des alternatives, place de la République les 26 et 27 septembre 2015. Deux mois avant la COP 21, ce festival rassemblera des centaines d’alternatives avec des débats, concerts, ateliers ludiques et animations artistiques. 50 000 personnes sont attendues sur le weekend !

Venez y rencontrer l’équipe de Reporterre tout dimanche dans le quartier "Culture et médias"

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Reporterre sur Nova - Volkswagen triche, mais... le diesel propre n’existe pas Par Barnabé Binctin (Reporterre) Reporterre 2015/09/25 Par Barnabé Binctin (Reporterre) (25 septembre 2015) Reporterre sur Nova - Volkswagen triche, mais... le diesel propre n’existe pas. Reporterre. Pollutions fr

Reporterre sur Nova - Volkswagen triche, mais... le diesel propre n’existe pas

Le scandale de Volkswagen révèle les efforts de l’industrie automobile pour contourner la réglementation anti-pollution

- Jeudi 24 septembre 2015

- Ecouter ici la chronique de Reporterre, par Barnabé Binctin :

- Image : une voiture Volkswagen sous l’eau (Wikimedia)

La chronique de Reporterre, tous les jeudis à 18 h 10 sur Radio Nova, dans l’émission « 2h1/4 avant la fin du monde », animée par Marie Misset et Armel Hemme.

« L’occasion de faire le point sur les combats et débats quotidiens de l’écologie ».

A écouter sur... et bien voici la carte des fréquences, selon le lieu où vous habitez.

Le cri de colère de Fabrice Nicolino contre le désastre agricole Jean-Pierre Tuquoi Reporterre 2015/09/25 Jean-Pierre Tuquoi (25 septembre 2015) Le cri de colère de Fabrice Nicolino contre le désastre agricole. Reporterre. Agriculture fr

Le cri de colère de Fabrice Nicolino contre le désastre agricole

Ecrit d’une plume alerte trempée dans une encre mélange de colère et d’imprécation, le dernier livre de Fabrice Nicolino fait le procès d’une époque qui a vu la disparition du monde paysan traditionnel. L’auteur nous fait revivre la grande industrialisation agricole du XXe siècle et dépeint les protagonistes qui y ont participé. Mais si le tableau est rude, des raisons d’espérer un changement persistent.

Lorsque l’été 1938, Jean Giono, le pacifiste Giono, publie une Lettre aux paysans sur la pauvreté et la paix, son objectif est clair : empêcher la prochaine guerre qu’il sent monter en mobilisant les paysans avant qu’ils ne soient broyés comme ils l’ont été en 14-18.

Comment ne pas songer à Giono à la lecture du dernier livre de Fabrice Nicolino, Lettre à un paysan sur le vaste merdier qu’est devenue l’agriculture ? Le rapprochement est immédiat et la comparaison tentante. Mais elle est déplacée. Le contexte historique est différent : le monde actuel n’est pas à la veille d’un conflit généralisé et, surtout, les paysans n’existent plus en France. Ils ont disparu du paysage. D’ailleurs celui auquel est destinée la lettre de Nicolino est un « petit vieux de quatre-vingt-dix ans », autant dire le dernier survivant d’un monde agricole disparu. L’actuel est peuplé d’exploitants agricoles, de chefs d’exploitations... On n’ose même plus parler d’agriculteurs.

Dans son essai, écrit d’une plume alerte trempée dans une encre mélange de colère et d’imprécation, Nicolino fait avant tout le procès d’une époque, celle qui a vu justement la disparition du monde paysan traditionnel - « où l’on travaillait moins qu’on l’a dit parfois, bien plus qu’on ne le supporterait aujourd’hui ».

Retour sur un siècle de « progrès »

Remontant le temps et l’histoire à grandes enjambées l’auteur fait halte aux époques charnières du XXe siècle, montre du doigt les inventions qui ont bouleversé le monde rural, ressuscite les hommes qui les ont imposées au fil des « trente glorieuses », les structures qui les ont vulgarisées… Ainsi voit-on défiler un siècle « de progrès » avec ses bouleversements inouïs – l’invention du DDT, le produit miracle contre le doryphore qui ravageait les champs de pommes de terre et dont on s’apercevra un peu tard qu’il est un puissant cancérigène, la multiplication des tracteurs agricole après guerre, le remembrement des terres, l’introduction des pesticides, - et ses missionnaires enthousiastes.

La liste est longue des disciples du dieu Progrès mais Nicolino, en procureur ayant épluché le dossier, sait trier et mettre en valeur les figures principales et oublier les complices et autres seconds couteaux. Au premier rang, sur le banc des accusés, on retrouve Edgard Pisani, ministre de l’agriculture au début des années de Gaulle, en 1961, et à ce titre promoteur enthousiaste - avec le syndicaliste Michel Debatisse, un enfant de la Jeunesse agricole chrétienne -, d’une agriculture calquée sur le modèle industriel avec des usines à lait et des usines à viande (précisons que, sur le tard, Pisani fera acte de repentance).

Autre figure de cette époque, Fernand Willaume, qui deviendra le patron du lobby des pesticides en France autour de la revue qu’il a créée, Phytomia, la bible des propagandistes de la religion nouvelle ; ou encore Raymond Fevrier, un pilier de l’INRA (le temple de cette agriculture nouvelle) dont il deviendra le directeur général, prêt à expérimenter jusqu’à l’absurde la manipulation génétique des animaux.

Le bilan de ce commando de « grands serviteurs de l’Etat », de techniciens et de syndicalistes agricoles (dont Xavier Beulin, le patron actuel de la FNSEA et du groupe Avril-Sofiproteol, se réclame) ? Le nombre d’actifs agricoles a été divisé par dix depuis la fin de la guerre ; le remembrement a appauvri les paysages et favorisé la monoculture ; l’industrie chimique impose sa loi à ce qui reste du monde agricole. Bref, c’est un désastre.

Il est possible d’imaginer autre chose

Fabrice Nicolino s’en désole mais se dit convaincu qu’un retournement est possible. « Ce qui a été fait peut-il être défait ? s’interroge-t-il. Oui (…) la destruction des paysans a été un moment absurde de l’histoire (mais) il est possible d’imaginer autre chose. A condition de rompre. Oui, cela semble possible. »

La prudence du propos suggère que l’auteur ne croit qu’à moitié à ce qu’il écrit. On comprend sa gêne. Les agriculteurs pèsent peu dans le système actuel dominé par des structures qui les dépassent : les coopératives dites agricoles, oublieuses de leurs racines et devenues des monstres commerciaux qui barbotent dans les marchés globalisés, l’industrie semencière, chimique, les fabricants de matériel agricole, les négociants, la grande distribution… Ce sont eux les acteurs du monde agricole de ce 21e siècle dont ils ont dessiné les contours.

Les fils et les petits-fils des paysans de naguère ne sont que la dernière roue du carrosse. Ils ont été dépossédés de leur pouvoir et n’ont plus qu’à verser dans la nostalgie, ce qu’ils font l’été en mimant, devant les foules de touristes, les grands évènements agricoles d’antan.

Ce pouvoir perdu, songent-ils à le recouvrer ? Rien de moins sûr. Lorsqu’ils manifestent au volant de leurs imposants tracteurs c’est pour grappiller une augmentation du prix du lait, du porc, du bœuf, dénoncer les importations de produits concurrents, réclamer des aides de l’Etat… Pas pour remettre en cause le modèle agricole actuel. Peut-être leurs grands-parents auraient-ils dû écouter Jean Giono.

Lettre à un paysan sur le vaste merdier qu’est devenue l’agriculture, de Fabrice Nicolino, Ed. Les Echappés, 123 pages, 13,90 euros

Renault dépasse très largement la limite des seuils de pollution Violette Bonnebas (Reporterre) Reporterre 2015/09/25 Violette Bonnebas (Reporterre) (25 septembre 2015) Renault dépasse très largement la limite des seuils de pollution. Reporterre. Pollutions fr

Renault dépasse très largement la limite des seuils de pollution

Le parquet a ordonné le 12 janvier 2017 l’ouverture d’une information judiciaire concernant Renault pour « tromperie sur les qualités substantielles et les contrôles effectués avec cette circonstance que les faits ont eu pour conséquence de rendre la marchandise dangereuse pour la santé de l’homme ou de l’animal ». Une conséquence de notre enquête. Car dès septembre 2015, Reporterre avait révélé les irrégularités de Renault.

- Actualisation - Mercredi 15 mars 2017 - Le service de la répression des fraudes soupçonne Renault d’avoir installé un « dispositif frauduleux » afin de fausser des tests sur les émissions de polluants des moteurs, selon un procès-verbal du gendarme de Bercy cité par Libération mercredi 15 mars. Le constructeur automobile « a trompé les consommateurs sur les contrôles effectués et notamment le contrôle réglementaire de l’homologation sur les émissions de polluants », est-il écrit dans ce document de la Direction générale de concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) datant de novembre. Détails ici

- Berlin, correspondance

Les constructeurs automobiles rivalisent d’imagination pour contourner la législation antipollution. Mais à ce petit jeu, Renault ne passe malheureusement pas la contre-visite.

Les nouveaux diesels de Renault sont-ils aussi propres qu’ils l’affirment ? La question se pose à la lecture d’une étude d’ICCT (International Council on Clean Transportation), passée presque inaperçue début septembre (voir lien en anglais).

L’enquête, menée par l’association ICCT, qui est à l’origine de l’affaire Volkswagen, portait sur trente-deux véhicules de dix constructeurs différents, commercialisés en Allemagne. Dont une Renault compacte de type Mégane. Toutes homologuées officiellement, ces voitures ont fait l’objet d’une contre-expertise, en subissant chacune deux tests antipollution : le test actuellement en vigueur, appelé NEDC, et le test WLTC, plus poussé, qui doit normalement être appliqué à partir de 2017 dans l’Union européenne.

Soumis au test NEDC, le véhicule Renault est le seul à dépasser la barre fatidique de 80 mg d’oxydes d’azote par kilomètre. Avec de tels résultats, il n’aurait donc pas dû être homologué. C’est encore plus frappant avec le test WLTC, où la Renault échoue cette fois très largement (contacté par Reporterre, Renault Allemagne n’a, pour l’instant, pas répondu à nos questions). Elle affiche un taux d’oxydes d’azote rejetés neuf fois supérieur à la norme Euro 6 qu’elle doit respecter. Dans ce deuxième volet d’analyses, Volvo et Hyundai sont également épinglés, pour des taux quatorze fois et sept fois plus élevés que le seuil légal.

Point commun entre ces trois marques, elles ont choisi la même technologie dépolluante, le LNT (Lean NOx Trap). Ce système fonctionne comme un piège à oxydes d’azote sur les moteurs. Moins cher, il est aussi moins performant que ses concurrents. C’est généralement suffisant pour des tests NEDC, réalisés moteur à froid pendant 11 minutes, et à des vitesses qui ne dépassent pas les 120 km/h. Mais en appliquant des tests plus approfondis, moteur chaud, le LNT opère moins et les résultats explosent.

Manque d’indépendance des tests

Par quel tour de magie ces véhicules ont-ils obtenu leur certification ? « Certains constructeurs semblent avoir optimisé leurs véhicules pour passer le test actuel, affirme Vicente Franco, l’un des auteurs de l’étude, alors que leurs émissions de dioxyde d’azote atteignent des niveaux très élevés dans des conditions réelles de conduite. »

Il y aurait donc des « trucs », bien connus des professionnels du secteur. « Batterie plus légère, pneus surgonflés par exemple, les constructeurs utilisent les subtilités du règlement pour réussir les tests, et c’est légal », regrette Michel Dubromel, spécialiste transports à France Nature Environnement (FNE). Inlassablement, depuis plusieurs années, des associations comme la sienne dénoncent les petites combines et l’inefficacité des tests antipollution sur les moteurs Diesel. En vain.

Parmi les reproches que celles-ci font au processus d’homologation figure également le manque d’indépendance des laboratoires qui mènent les tests officiels. Financés par les constructeurs, qui en sont les clients, ils ne suscitent pas une confiance suffisante. C’est aussi la conclusion de l’ICCT, qui réclame que les tests soient menés par un organisme totalement indépendant, et en conditions réelles de conduite.

Paris vivra dimanche une journée sans voitures au rabais Barnabé Binctin (Reporterre) Reporterre 2015/09/26 Barnabé Binctin (Reporterre) (26 septembre 2015) Paris vivra dimanche une journée sans voitures au rabais. Reporterre. Transports fr

Paris vivra dimanche une journée sans voitures au rabais

Paris vivra dimanche 27 septembre sans voitures - enfin, une petite partie de Paris seulement. Car l’Etat n’a pas voulu tenter l’expérience sur toute la ville, malgré ses grands discours sur le climat.

Alors qu’un collectif citoyen milite depuis plus d’un an pour la création d’une « Journée sans voiture » à Paris, avec le soutien de la Mairie de Paris et des élus écologistes, le gouvernement a décidé de réduire au minimum le territoire concerné dimanche 27 septembre.

L’idée ? Interdire, le temps d’une journée, aux automobiles de rouler dans la ville – dérogation étant accordée aux véhicules prioritaires (pompiers, police, etc.). « On appelle également à la gratuité des transports en commun », dit Delphine Grinberg, l’une des fondatrices du projet aujourd’hui porté par le collectif Paris sans voitures.

A l’été 2014, ils sont une poignée à nourrir le projet, « un rêve qui nous paraissait presque impossible » selon Delphine Grinberg. Le collectif s’inspire du festival La Voie est libre dans cette volonté de se réapproprier l’espace public. Il prolonge aussi le combat de Vélorution, qui veut « prendre la place qu’occupent habituellement les voitures », dit Mariella Eripret de Vélorution. L’association organise une « parade sans moteur » : départ prévu à 10 h dimanche depuis la place de la République : « Cyclistes, skateurs, rollers, trottineurs et autres rouleurs sans moteur pourront déambuler sur la chaussée en prenant toute la place librement et pacifiquement, ce qui, de fait, devrait bloquer un peu la circulation automobile ».

Car circulation automobile il y aura, malgré tout, ce dimanche, dans Paris. Prenant appui sur les premières expériences réussies du même type, à Bruxelles – « sur 160 km2, soit un territoire largement plus grand que Paris » – ou à Bogota, qui l’organise « carrément une fois par mois, le jeudi », dit Delphine Grinberg –, le collectif citoyen demandait de fermer tout Paris à l’automobile, dans une lettre adressée à la maire de Paris, Anne Hidalgo, en août 2014.

Celle-ci était séduite par l’idée de « rendre l’espace public moins pollué, plus agréable et plus apaisé ». L’adjoint au maire aux transports, l’élu EELV Christophe Najdovski, a été « tout de suite très enthousiaste à l’idée », y voyant une résonance avec Alternatiba Paris qui se déroule ce week-end.

Pourtant seuls 30 % du territoire parisien sont finalement concernés par l’opération : les quatre arrondissements centraux, les bois de Boulogne et de Vincennes, et quelques lieux comme la place de la République ou le pont Sully. Pour le reste, tous les grands axes resteront ouverts aux voitures. Et de nombreuses dérogations seront accordées, une liste qui pourrait encore s’allonger selon le cabinet de l’adjoint aux transports : « Mercredi soir, les VTC ont déposé un référé, estimant qu’ils avaient le droit à la même dérogation que les taxis ».

Le préfet de Paris a tranché pour ce petit périmètre, invoquant des problèmes d’effectifs au regard des moyens humains nécessaires. Près de 500 agents seront mobilisés dimanche 27 septembre pour l’organisation et les contrôles de police.

La décision est remontée jusqu’au ministre de l’Intérieur : le président de la République a renvoyé le sujet vers Bernard Cazeneuve, dans une lettre du 18 août adressée au collectif Paris sans voiture, et Anne Hidalgo aurait rencontré le ministre pour en parler.

« Le gouvernement n’a pas compris l’intérêt et le sens de cette démarche à l’approche de la COP 21 » estime Christophe Najdovski ; « il reste difficile d’avoir des actes en cohérence avec les discours ». Pour Delphine Grinbeg, « on n’a pas besoin d’attendre une décision politique pour oser un rêve de grande ampleur ». De leur côté, les élus écologistes de la mairie de Paris vont proposer un vœu pour organiser l’édition 2016.

Le jardin sans pétrole - Eloge de la courgette, venue d’Amérique et délicieuse en lasagne Christine Laurent (Reporterre) Reporterre 2015/09/26 Christine Laurent (Reporterre) (26 septembre 2015) Le jardin sans pétrole - Eloge de la courgette, venue d’Amérique et délicieuse en lasagne. Reporterre. Jardin sans pétrole fr

Le jardin sans pétrole - Eloge de la courgette, venue d’Amérique et délicieuse en lasagne

Maigres récoltes au jardin. Mais une consolation. Deux courgettes, qui se faisaient attendre, ont éclos ! Originaire d’Amérique centrale, la courgette est arrivée dans nos assiettes grâce aux Italiens. Une bien belle idée ! Une jeune courgette de jardin, râpée ou en lasagne avec un filet de citron et d’huile d’olive, c’est un régal.

Le départ au jardin est un peu mou ce samedi, tout comme les pneus de nos bicyclettes qu’il faut absolument regonfler avant de démarrer. Il fait frais, pourtant une fois dans le jardin, nous nous déloquons rapidement, car le soleil de septembre est bien chaud.

C’est le mois des récoltes, elles sont maigres… Nous cueillons un kilo de tomates déstabilisées par l’humidité, quelques haricots, diverses herbes et feuilles, et deux... courgettes toutes rondes. Il était temps ! Ce pied nous a tout d’abord paru étrange car il poussait en touffe, alors que d’ordinaire, la plante s’allonge encore et encore au fur et à mesure de sa fructification.

Mais là, le pied grossissait en faisant du sur place et avait un mal fou à donner des fruits : tout l’été, les fourmis ont envahi les fleurs à peine écloses. La sécheresse s’y ajoutant, ces dernières avortaient.

Nous étions tellement contents de ces deux courgettes que j’en ai oublié de photographier la plante !

Il existe aujourd’hui un grand nombre de variétés de courgette que l’on cuisine couramment. L’espèce elle-même (Cucurbita pepo) est originaire d’Amérique centrale et du Mexique, où elle aurait été domestiquée il y a environ 5 000 ans avant J.-C.

Les Italiens ont eu bien raison

Les courges, ancêtres de la courgette, étaient cultivées avec le maïs et les fèves par les Aztèques, les Incas et les Mayas, la fameuse Milpa testée avec un succès très relatif du côté du maïs dans notre jardin. Leurs meilleures variétés ont été rapportées par les Conquistadores à partir du 16e siècle.

Pour autant, cela ne fait qu’un siècle que la courgette est arrivée sur les tables opulentes des Français… Chez les nantis tout d’abord, car la courgette est une sorte de courge cueillie avant maturité, ce qui ne permet pas d’obtenir le meilleur rendement, ni de la conserver facilement.

Les Italiens ont eu les premiers l’idée de consommer encore jeune une certaine variété, brillante et aqueuse parmi les innombrables variétés issues de 400 ans de domestication. Dans le catalogue Vilmorin de 1925, courgette renvoie à courge d’Italie où l’on peut lire : « Dans toute l’Italie, où cette courge est très généralement cultivée, on en consomme les fruits tout jeunes, quand ils ont à peine les dimensions d’un petit concombre… Les plantes dont on empêche ainsi les fruits de se développer continuent à fleurir pendant plusieurs mois avec une abondance remarquable, et chaque pied peut donner un très grand nombre de petites courges qui, cueillies à cet état, sont extrêmement tendres et délicates. »

Les Italiens ont eu bien raison. Une jeune courgette de jardin, râpée ou en lasagne avec un filet de citron et d’huile d’olive, c’est un régal. Pas loin d’un dessert pour les diabétiques ! Si la cuisine range la courgette parmi les légumes, elle est d’un point de vue botanique, à cause de ses pépins, classées parmi les fruits.

Les aventuriers du Tour Alternatiba ont goûté « le bonheur de la convergence » Marie Astier (Reporterre) Reporterre 2015/09/26 Marie Astier (Reporterre) (26 septembre 2015) Les aventuriers du Tour Alternatiba ont goûté « le bonheur de la convergence ». Reporterre. Reportage — Alternatiba fr

Les aventuriers du Tour Alternatiba ont goûté « le bonheur de la convergence »

Après 5 630 kilomètres parcourus, 187 territoires traversés, 150 vélorutions, une centaine de conférences, le Tour Alternatiba touche à sa fin. Ce grand voyage en quadruplette à travers la France pour mobiliser contre le changement climatique se termine ce samedi avec une manifestation à vélo jusqu’à la place de la République, où se tient ce week-end le grand village des alternatives. Mollets fatigués, alternatives plein les yeux et motivation intacte, Reporterre a rencontré des participants de cette incroyable aventure.

- Malakoff (Hauts-de-Seine), reportage

Dans le gymnase de Malakoff qui a servi de camp de base à l’équipe pour la nuit, ça court déjà de tous les côtés. Yannick sort de sa première réunion de la journée, cherche les clés du camion logistique, se demande qui prépare le pique-nique du midi, puis accepte de se poser discuter quelques minutes.

En tant que salarié d’Alternatiba, le trentenaire est un des organisateurs de ce grand tour de France à vélo. Il fait partie de l’équipe depuis le premier « Alternatiba » - village des alternatives - à Bayonne, il y a bientôt deux ans. Il est tombé dans la marmite écolo via le social. « Dès tout petit, je trouvais que les inégalités sociales n’étaient pas acceptables. Puis je me suis rendu compte en voyageant en Amérique Latine que c’était lié au climat. »

« Les citoyens se bougent alors que les politiques traînent les pieds »

« Le but du tour Alternatiba, c’était d’aller à la rencontre des gens, des territoires et des institutions pour mettre le climat sur la table, leur faire comprendre qu’on n’a que dix ans pour gagner cette bataille », explique-t-il. Partie le 5 juin dernier, cela fait plus de trois mois et demi que la caravane pédale au rythme de deux étapes par jour, midi et soir. « Dès le mois de juin, en pleine journée, alors que nous ne passions que pour deux heures, il y avait des gens pour nous accueillir, ils avaient même installé de mini villages associatifs ! » s’enthousiasme-t-il.

L’étape de Marseille l’a particulièrement marqué : « La municipalité n’a pas voulu donner les autorisations pour organiser un Alternatiba. On est quand même venus, on était 300 ou 400 vélos et nous sommes allés aux portes de la mairie avec le slogan ’Climat un - Gaudin zéro’. C’est symbolique de ce qui se passe sur le climat : les citoyens se bougent alors que les politiques traînent les pieds. »

Il n’y a pas que des hippies altermondialistes qui font des alternatives

Lui aussi membre de l’équipe d’organisation, Barth non plus n’est pas vraiment « écolo à la base. J’avais envie d’être actif au niveau social. Puis j’ai rencontré les gens de l’association Bizi ! au Pays-Basque, qui agissaient concrètement en liant le social à la question climatique. » Bizi ! est l’association qui a lancé le mouvement Alternatiba.

Après plus de 5.000 kilomètres de ce tour de France alternatif, il admet être un peu fatigué. Pas parce qu’il a trop pédalé : « En fait, 60 kilomètres par jour à vélo, c’est facile physiquement. C’est de rencontrer des gens nouveaux, d’expliquer notre projet, de comprendre leurs alternatives qui prend de l’énergie ! Je suis crevé mais heureux. Avant de partir, je savais qu’il existait de nombreuses alternatives, mais j’ai été étonné de voir autant d’acteurs impliqués sur le terrain, et pas que des hippies altermondialistes, mais aussi de petites entreprises, des familles... »

Il retiendra notamment l’exemple des Fralib qui viennent de lancer leur SCOP à Géménos dans les Bouches-du-Rhône. L’usine qui fabriquait les thés Lipton et les tisanes Elephant pour la multinationale Unilever a été récupérée par ses ex-salariés laissés sur le carreau. « Ils se sont réapproprié leur outil de production, ils font travailler des producteurs locaux. C’est un exemple fort parce qu’ils montrent qu’il est possible de changer le système, de relocaliser l’économie et de travailler avec éthique. »

« On déclenche systématiquement le sourire des gens, même des automobilistes ! »

A l’atelier vélo, on fait les dernières révisions. Cécile (photo de chapô) change une chambre à air. L’étudiante de 20 ans fait ses études à moitié à Lille, à moitié en Allemagne. « Je suis bénévole pour Alternatiba Lille. Je me suis déjà engagée, mais je n’ai jamais trouvé de mouvement aussi inclusif et dynamique, réunissant des personnes d’âges, de milieux sociaux et avec des compétences si différents », assure-t-elle.

Pour le tour, elle a joué la coordinatrice lors de son passage en Allemagne. Ses moments préférés ont été les arrivées dans les villes et villages. « Le vélo délivre un message positif, en plus, on a de la musique, les triplettes et les quadruplettes [vélos à trois et quatre places - NDLR], on déclenche systématiquement le sourire des gens, même des automobilistes ! »

Mais chaque étape est aussi une sacré logistique. « Je devais appeler les référents locaux quelques jours avant, prévoir l’installation des stands à l’arrivée, etc. », raconte-t-elle. Assurer cette responsabilité l’a fait grandir. « J’ai appris à gérer l’organisation avec les référents locaux, à répondre aux demandes des journalistes, à prendre la parole en public, à vivre en groupe », poursuit l’étudiante.

Et maintenant que l’aventure est sur la fin ? « Tout cela m’a beaucoup fait réfléchir sur mon engagement personnel. Je veux continuer le combat, mais à quel niveau ? Désormais, je sais qu’on ne peut pas attendre les politiques. Et j’ai de l’espoir », lâche-t-elle d’un ton déterminé.

« Le bonheur de la convergence »

Julie, elle, revient d’une intervention dans une école primaire voisine. « Ils connaissaient tous le problème du changement climatique… Et certains ont proposé des solutions radicales, comme fermer toutes les usines ! » rigole-t-elle. A 25 ans, elle vient de terminer ses études et a entendu parler du tour Alternatiba. « Je fais beaucoup de vélo au quotidien, j’avais envie de partir à la rencontre des alternatives, alors j’ai rejoint le tour en tant que bénévole. »

Grâce à ce voyage, elle dit avoir retrouvé « le bonheur de la convergence. Dans chaque lieu où on passait, il se créait une dynamique collective, des gens se rendaient compte que juste à côté d’eux des personnes travaillaient pour aller dans le même sens. Tout cela fédère les associations et les mouvements et c’est nécessaire car c’est une crise de système, donc la réponse des alternatives doit être systémique. »

Elle se rappelle du passage à la ZAD de Roybon en Isère, qui s’oppose à la construction d’un Center Parc. « On était accompagnés de deux journalistes de Elle et de Télérama qui avaient un a priori sur les zadistes. En fait, elles ont rencontré des gens qui avaient vraiment envie de construire une alternative. Ça a cassé quelque chose dans leur tête », espère-t-elle.

« J’avais la carte du tour, je les ai rattrapés en Bretagne »

Jacques appelle les retardataires pour charger les sacs dans son camion. Ce jeune retraité a rejoint le tour en Bretagne. « Après 26 ans de services, à mon boulot ils m’ont montré la porte. Maintenant j’ai du temps pour me consacrer à la cause ! » se réjouit-il. Il montre un petit dépliant du tour de France Alternatiba. « Je suis parti au hasard avec mon fourgon, j’avais la carte du tour et j’ai fini par les retrouver en Bretagne, raconte-t-il. Je les ai trouvés en train de pédaler avec les triplettes sous la pluie. Au bout de trois jours, ils m’ont proposé de faire partie de l’équipe ! »

Fan d’Edgar Morin, il a voulu partir à la rencontre des « myriades de voix » que décrit le philosophe, c’est-à-dire les alternatives. « J’ai beaucoup lu, beaucoup pensé, mais j’avais un gros manque. Grâce au tour maintenant j’agis, je fais des rencontres fabuleuses, j’ai découvert les disco soupes [repas festifs cuisinés à partir d’invendus alimentaires - NDLR], je trouve cela formidable ! »

Alors pour lui le tour n’est que le début de l’aventure. Déjà, il prépare l’organisation d’un Alternatiba chez lui à Perpignan. Puis rendez-vous à Paris en décembre, « pour mettre la pression sur les grands de la planète. Car lors de la conférence climat, Paris sera au centre du monde, il faut en profiter. »

Retrouvez les aventuriers d’Alternatiba ce samedi à Paris et roulez avec eux jusqu’à la Place de la République

- Le programme de samedi (Arrivée finale du Tour Alternatiba !)

Rendez-vous à 15h place de la Fontaine aux lions, à La Villette (Porte de Pantin), pour faire tous ensemble le dernier tronçon du parcours.

Arrivée du Tour Alternatiba, place de la République, à 16h30.

Ce moment fort sera suivi d’un grand meeting avec :

- Des personnalités internationales (Naomi Klein – Canada ; Rajagopal – Inde ; Pacific Warriors – Îles du Pacifique, etc.) - Un concert gratuit (HK et les Saltimbanks, Imany, Jehro, Sinsemilia) - Des compagnies d’arts de rue et des animations diverses - Restauration et buvettes

Reporterre lance son Kit de survie Cop 21. Premier volet : le B.A. BA Climat Aurélie Delmas (Reporterre) Reporterre 2015/09/26 Aurélie Delmas (Reporterre) (26 septembre 2015) Reporterre lance son Kit de survie Cop 21. Premier volet : le B.A. BA Climat. Reporterre. Climat fr

Reporterre lance son Kit de survie Cop 21. Premier volet : le B.A. BA Climat

Alors que les chefs d’Etat se retrouvent à New York pour parler du climat, alors que la COP 21 approche à grands pas, Reporterre vous propose une révision de rentrée sur la question climatique. Explication du réchauffement climatique, point de vue des scientifiques et lexique de survie, ce premier volet du « Kit de survie COP 21 » vous permettra d’aborder la Conférence sur le climat organisée à Paris en toute sérénité. Avec video de Valérie Masson-Delmotte et PDF à télécharger.

Video : comprendre l’essentiel en 2’47’’

Valérie Masson-Delmotte est climatologue au Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement. Elle étudie en particulier les climats du passé. Douée d’un grand sens de la pédagogie, elle nous explique en moins de trois minutes ce qu’est le changement climatique.

Les principaux points à retenir sur le changement climatique

- Le changement climatique est une réalité et l’équilibre des conditions atmosphériques qui prévalait depuis dix mille ans est en passe d’être rompu.

- Les scientifiques réunis dans le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) constatent que la température de la plantè a augmenté de 0,85 °C entre 1880 et 2012. Ils estiment qu’il faut s’attendre à un réchauffement supplémentaire allant de 0,3 à 4,8 °C d’ici à la fin du XXIe siècle.

- Énergie, déplacements, agriculture, déforestation... Le dérèglement climatique est lié aux émissions de gaz à effet de serre dus aux activités humaines. Malgré les alertes, ces émissions ne cessent d’augmenter et ont crû de 30 % entre 1990 et 2010.

- La perturbation des grands équilibres écologiques s’observe déjà : l’atmosphère et les océans se réchauffent, ce qui entraîne une élévation du niveau des mers déjà perceptible et la mise en danger de certains êtres vivants.

Télécharger la fiche B.A. ba climat :

L’ours polaire fait-il trop d’ombre à la banquise ? Farid Benhammou et Rémy Marion Reporterre 2015/09/26 Farid Benhammou et Rémy Marion (26 septembre 2015) L’ours polaire fait-il trop d’ombre à la banquise ?. Reporterre. Tribune — Climat fr

L’ours polaire fait-il trop d’ombre à la banquise ?

L’ours blanc est devenu le symbole de la fonte de la banquise et du changement climatique. Mais s’il est « important de se mobiliser pour la protection de [cette] espèce remarquable », les auteurs soulignent le danger d’une « simplification excessive du message » et de la non-prise en compte de tous les paramètres.

Farid Benhammou est géographe, professeur en classes préparatoires, chercheur associé au Laboratoire Ruralités. Rémy Marion est expert scientifique, documentariste et consultants spécialiste de l’ours polaire et de l’Arctique. Ils ont co-écrit Géopolitique de l’ours polaire, Editions Hesse (septembre 2015).

Samedi 26 septembre, se poursuit le colloque sur l’ours polaire à Paris. [1] Cet animal emblématique est un moyen fort d’alerter sur les conséquences du réchauffement climatique. L’ours blanc est étroitement associé à la banquise où il trouve les phoques, ses proies de base. Or, la fonte des glaces est devenue une évidence même pour les médias dominants.

Vigilance intellectuelle

Pourtant, cette réalité ne doit pas annihiler tout esprit critique permettant d’évaluer justement les menaces environnementales. Ainsi, mi-septembre 2015, la photo d’un ours polaire décharné au Svalbard s’est répandue de façon virale dans les médias et les réseaux sociaux. Dans notre société du spectacle, ce genre d’image fait plus qu’un long discours. Cependant, elle appelle à la vigilance. Ne risque-t-on pas de s’indigner, puis de zapper en passant à autre chose ? Ou bien encore de réduire les problèmes environnementaux de l’Arctique et de la planète à une espèce, si emblématique soit-elle. Un ours polaire peut mourir, de maladie, de blessure, etc. Cela arrive !

Il est vrai que dans ce rude milieu subissant de telles modifications, l’espèce peut évidemment être impactée. Mais les menaces pesant sur l’espèce sont multiformes, l’ours polaire, comme son confrère brun, est un opportuniste, capable d’adaptation et il y a d’autres espèces animales bien plus menacées. Le panda, le rhinocéros ou encore le lynx pardelle en Europe sont bien plus en danger.

Les effectifs d’ours polaire seraient de 20 à 25 000 individus répartis en dix-neuf sous-populations, pas toujours aisées à connaître en raison des nombreuses frontières politiques présentes en Arctique et des contraintes du suivi de l’espèce. Dans ces sous-populations, deux déclinent, six semblent stagner et deux progressent. Mais dans neuf cas, les connaissances scientifiques sont lacunaires et on ne sait pas grand-chose, d’autant que la plupart des données synthétisées n’ont pas les mêmes dates !

Capacité d’adaptation

Si bien sûr il y a motif à inquiétude en raison du changement climatique, il ne faut pas destiner la peau de l’ours à l’extinction immédiate pour autant. Des comportements jamais vus auparavant ou peu documentés sont de plus en plus rapportés. Ainsi, en avril 2015, toujours au Svalbard, un ours polaire a été photographié mangeant un dauphin à nez blanc, espèce qui remonte avec le réchauffement climatique. En août 2015, une expédition française au Labrador a filmé des ours polaires pêchant et se gavant d’omble, un poisson de l’Arctique, alors que l’on pense communément que l’été est une période de jeûne pour le plantigrade. [2]

Ces comportements illustrent la formidable capacité d’adaptation de l’espèce. La remontée avérée vers le nord de l’ours brun ne va pas non plus sonner le glas de l’ours polaire. Le fameux « Pizzly », croisement des deux, est souvent présenté comme un danger de pollution génétique menaçant la pureté de la race ! Rapportés aux humains, ces propos poseraient question. Or, ours brun et polaire se sont déjà mêlés par le passé comme le montre leur proximité génétique. Si métissage il y a, cela ne procéderait-il pas d’un renforcement des capacités d’adaptation de ce mammifère qui vit dans un des milieux les plus rudes du monde ?

Menaces réelles

Ces éléments appelant à la vigilance intellectuelle ne doivent pas pour autant minorer les menaces réelles qui pèsent sur l’espèce. Dans plusieurs secteurs, l’engraissement des femelles, indispensable à l’élevage des oursons, paraît diminuer. Surtout de dangereux polluants s’accumulent dans les tissus de l’ours blanc pouvant, à termes, occasionner des troubles de la reproduction.

Ces phénomènes, couplés à la diminution de la banquise, représentent une menace bien plus grande que la chasse, parfois trop hâtivement présentée comme cause existentielle du déclin de l’animal. Il est important de se mobiliser pour la protection de l’espèce remarquable qu’est l’ours polaire. Il est une formidable clé pédagogique pour pointer des changements globaux.

Cependant, en simplifiant à l’excès le message, en sous-estimant les enjeux géopolitiques de la protection de l’ours blanc [3] ou en négligeant la place des populations autochtones dans la gestion et protection de celui-ci, il y a un risque d’arriver à un résultat contre-productif. Quelle crédibilité aurait la France à appeler, par exemple, à une protection intégrale de l’ours polaire alors qu’elle n’est même pas capable de sauvegarder sa population d’ours brun dans les Pyrénées ?

L’aggravation des inégalités : l’effet majeur de la globalisation de l’économie Bernard Duterme Reporterre 2015/09/28 Bernard Duterme (28 septembre 2015) L’aggravation des inégalités : l’effet majeur de la globalisation de l’économie. Reporterre. Économie fr

L’aggravation des inégalités : l’effet majeur de la globalisation de l’économie

L’inégalité nuit gravement au bien-être. Le truisme est désormais décliné à l’envi par nombre d’études internationales : les disparités de revenus, les asymétries de patrimoines, la concentration des richesses génèrent des sociétés moins prospères, plus vulnérables et moins durables.

Or, à l’exact opposé des promesses de la doxa libérale du trickle down selon laquelle l’accumulation des nantis finit par percoler vers les plus modestes, l’aggravation des inégalités enregistrée ces dernières décennies – entre pays et à l’intérieur de la plupart des pays – s’impose comme l’effet sociétal majeur de la globalisation de l’économie.

Et signe, en cela, l’échec d’un modèle de développement planétaire, inique et inefficace. Comble de la concentration des patrimoines, 1 % de l’humanité (73 millions d’ultrafortunés) détient aujourd’hui 50 % des richesses totales, tandis que la moitié de la population mondiale (3,65 milliards d’individus) dispose de moins de 1 % de celles-ci. Disproportion exorbitante, sans précédent et éthiquement injustifiable. Quant à l’écart entre pays riches et pays pauvres, si son explosion remonte à la période coloniale, il a encore pratiquement triplé depuis lors, pour atteindre un rapport de 80 à 1.

Comment se construisent ces disparités ? Pourquoi le rendement du capital supplante-t-il à ce point les revenus du travail ? Que pèsent les mécanismes de redistribution face à la dérégulation, aux accaparements privatifs, à la libéralisation commerciale, à la concentration des actifs, à l’évasion fiscale ?

Des pistes politiques existent pour renverser la croissance des inégalités.

Les auteurs :

Bernard Duterme, qui coordonne l’ouvrage, est le directeur du CETRI (Louvain-la-Neuve, Belgique). Les auteurs sont des experts et des responsables de mouvements sociaux d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine.

L’aggravation des inégalités, Editions Syllepse, Collection « Alternatives Sud », Coordinateur Bernard Duterme, 200 pages, 13,00 €.

Au Brésil, des passionnés sauvent les abeilles sans dard et préservent la biodiversité Mathilde Dorcadie (Reporterre) Reporterre 2015/09/28 Mathilde Dorcadie (Reporterre) (28 septembre 2015) Au Brésil, des passionnés sauvent les abeilles sans dard et préservent la biodiversité. Reporterre. Monde fr

Au Brésil, des passionnés sauvent les abeilles sans dard et préservent la biodiversité

La disparition des abeilles serait une catastrophe pour l’agriculture et par extension pour l’humanité. En Amérique du Sud, on mise sur le caractère inoffensif des abeilles natives sans dard pour protéger et multiplier les populations de butineuses.

- São Paulo, Reportage

On imagine difficilement en Europe avoir une ruche dans son jardin, sans avoir de connaissances en apiculture et un équipement adéquat. Encore moins quand on habite avec des enfants ou des personnes vulnérables aux piqures d’abeilles. A São Paulo, Gerson Pinheiro, lui, possède une trentaine de ruches dans son arrière-cour et s’en approche sans protection.

Préserver les butineuses

Aucun danger à craindre : les abeilles qu’il élève ne piquent pas. La vingtaine d’espèces qui tourbillonne autour de lui sont toutes natives du Brésil et appartiennent à la famille des meliponidae. Ces abeilles n’existent pas en Europe, car elles ne supportent que les climats tropicaux. Méconnues, même dans les pays où elles sont présentes, ces insatiables travailleuses ont, comme leurs cousines avec dard, un rôle primordial dans la nature : la pollinisation.

« C’est ma fille qui, il y a cinq ans, m’a parlé de ces abeilles après une sortie en forêt avec sa classe », raconte Gerson. Depuis, cet agent administratif à la retraite qui vit dans une petite maison d’un quartier résidentiel, s’est piqué d’une passion dévorante pour ses petits bêtes. « Leur habitat naturel est détruit par la déforestation, l’agriculture intensive et l’urbanisation. De plus les gens tuent les nids quand ils en ont chez eux, par peur et ignorance ! » Avec des amis, il a donc créé le collectif « SOS abeilles sans dard », dont la mission est d’organiser des « sauvetages » de nids, de former des futurs « gardiens » et de divulguer au grand public l’intérêt et les avantages de préserver les mélipones.

Rien qu’au Brésil, il existe près de trois-cents variétés différentes. « Cela correspond aussi à la diversité végétale que nous avons ici ! » explique Gerson. « Certaines plantes ne peuvent être pollinisées que par une espèce d’insectes. » C’est le cas du maracujá, une variété de fruits de la passion, très consommée en Amérique du Sud. Rien de tel donc pour préserver la flore que d’avoir des butineuses à proximité !

Une pratique ancestrale et accessible

Dans le jardin de Gerson, c’est Marcus un membre de l’association qui fait les présentations. L’espèce la plus répandue en ville est l’abeille jatai. Elle s’accommode très bien des boîtes aux lettres et des compteurs électriques. La mandaçaia niche dans les gros arbres de la forêt atlantique du littoral brésilien. Chacune des espèces a une organisation et un type de ruche différent. Certaines ne sont pas plus grosses que des moucherons. Il y en a des noirs, des brunes, à rayures ou monochromes.

Leur miel aussi est différent. Certaines en produisent en très petite quantité. A l’aide d’une grosse seringue, Gerson en prélève dans une ruche et explique : « C’est un miel assez liquide qui peut atteindre jusqu’à 30 % d’eau. C’est d’ailleurs pour cela qu’on ne peut pas le commercialiser. Il est considéré comme un sous-produit de miel. Il se conserve assez mal. Paradoxalement, le Brésil est l’un des plus gros producteurs de miel, mais les élevages industriels ne sont pas faits avec des abeilles natives, mais des abeilles européennes. »

La méniponiculture, pratiquée depuis des siècles par les Amérindiens et notamment les Mayas, est accessible à tous. C’est grâce à sa facilité que Gerson, Marcus et leurs amis peuvent « polliniser cette idée », comme le dit le slogan des t-shirts qu’ils revêtent pour animer leurs ateliers. Toute personne qui souhaite avoir une ruche chez elle doit d’abord suivre une courte formation pour apprendre les bonnes pratiques avant de recevoir sa petite ruche en bois et sa colonie ouvrière. Il a une liste d’attente car l’équipe doit attendre d’avoir un nouvel essaim issu d’un « sauvetage » ou d’une démultiplication d’un groupe déjà domestiqué.

Intérêt écologique, éducatif et ludique

La motivation des « gardiens », comme ils se surnomment, est de préserver la biodiversité en offrant protection et habitat à ces êtres indispensables à l’écosystème végétal. « SOS abeilles sans dard » privilégie cependant les demandes qui viennent d’organismes qui peuvent les aider à faire connaître au plus grand nombre leur combat, comme les centres de loisirs ou les jardins communautaires.

Marcus doit d’ailleurs se rendre dans l’un des jardins partagés d’un quartier central de São Paulo. Il y a quelques semaines, il a fait don d’une ruche à ces habitants et vient prendre des nouvelles. « Pour les transporter, on attend la nuit une fois qu’elles sont toutes rentrées et on bouche le conduit d’accès. Après le transport, on attend un peu qu’elles aient repris leurs marques avant de les libérer. Une abeille qui ne retrouve pas sa ruche est condamnée à une mort certaine », explique-t-il.

En ce samedi matin ensoleillé, un petit groupe s’active à jardiner avec entrain. Il y a deux ans et demi, l’endroit n’était qu’un terrain vague coincé entre de hauts immeubles et une école. Aujourd’hui des dizaines de variétés de fleurs et de légumes s’y épanouissent. Sergio, un habitant du quartier nous désigne les deux ruches que la communauté a adoptées. Il est persuadé que les abeilles sont les membres qui ont le plus activement contribué à la prospérité de ce carré de verdure.

L’intérêt écologique, éducatif et ludique de la méliponiculture séduit de plus en plus les urbains, comme le constate l’association de São Paulo qui livre près de trois nouvelles ruches par mois, contribuant ainsi à maintenir, voire à accroitre la population d’abeilles. La prise de conscience à une plus grande échelle reste cependant encore lente. Le travail de conscientisation de l’association ne fait donc que commencer.

La joie et la bataille Hervé Kempf (Reporterre) Reporterre 2015/09/28 Hervé Kempf (Reporterre) (28 septembre 2015) La joie et la bataille. Reporterre. Édito — fr

La joie et la bataille

Alors même que le Tour Alternatiba arrivait dans la joie à Paris, le gouvernement prenait une nouvelle décision anti-écologique en autorisant des LGV inutiles et destructrices de l’environnement.

Et s’il valait mieux parler des bienfaits que va apporter la lutte contre le changement climatique plutôt que de répéter l’impact catastrophique que son développement pourrait avoir ? C’est la conclusion à laquelle parviennent des chercheurs en sciences sociales. Dans un article publié lundi 28 septembre dans la revue scientifique Nature Climate change, ils expliquent - au terme d’une enquête auprès de six mille personnes dans 24 pays - que parler des « co-bénéfices » des actions de prévention du changement climatique surmonte les réticences, l’indifférence, voire le scepticisme à l’égard du changement climatique ; ces bénéfices collectifs concernent la réduction de la pollution, un autre développement économique, l’amélioration de la santé et du bien-être, le développement de la solidarité.

Ce principe est au coeur de la démarche d’Alternatiba, lancée il y a deux ans à Bayonne, et qui a depuis essaimé dans toute la France et ailleurs, jusqu’à cette belle fête qui a animé la place de la République, avec l’arrivée du Tour dans un Alternatiba Paris chaleureux et ensoleillé. Et le même week-end, se tenaient dans plusieurs villes, à Mimizan, à Angers, au Havre, à Lorient, à Bergerac, dans onze villes au total, d’autres Alternatiba.

De quoi s’agit-il ? De dire et répéter que le changement climatique est un immense défi, le plus important de tous : « Si on ne gagne pas cette lutte, il ne sera pas possible de gagner les autres, par exemple sur la retraite ou sur le travail », a dit Adrien, un des activistes du Tour, lors de la conférence à l’étape de Montreuil (93). Mais il s’agit aussi de montrer que, en changeant les modes de vie et en mettant en œuvre les alternatives, les solutions existent, dans le quotidien de chacun, dans les pratiques collectives, dans un autre système économique.

L’ambiance chaleureuse qui règne dans tous les Alternatiba, la floraison qu’ils expriment, leur capacité à occuper l’espace public, la ville - et non pas des hangars perdus dans des parcs d’exposition -, réussissent à amorcer cette démonstration, à toucher un public qui va au-delà du peuple écologiste et militant, à convaincre qu’il ne s’agit pas d’un rêve impuissant, mais d’une réalité concrète.

Cependant, cette image de bonne humeur et de joie projetée sur la question du climat, perçue habituellement comme anxiogène et paralysante, ne saurait nous faire oublier la nécessité de la lutte, et l’obstination de ceux qui dominent les pouvoirs. Le jour même où le Tour Alternatiba arrivait à Paris, le gouvernement annonçait qu’il accordait "l’utilité publique" aux projets de LGV Bordeaux-Bayonne et Bordeaux-Toulouse : de grands projets inutiles, destructeurs de l’environnement, empêchant les alternatives ferroviaires, dilapidant l’argent des citoyens. Cette décision a été prise malgré des avis officiels très critiques, notamment celui de la Cour des comptes, et malgré une conclusion négative de l’enquête d’utilité publique. Le pouvoir, donc, crache son mépris à la figure des citoyens.

- plus d’informations dans ce communiqué à télécharger :

La coïncidence de ce mépris gouvernemental et d’Alternatiba nous rappelle un élément crucial de la situation actuelle : oui, il faut des alternatives, oui, prévenir le climat passe par des solutions bénéfiques à tous, oui l’avenir peut être souriant. Mais c’est bien une bataille sévère, âpre, dure, qui est engagée entre le peuple et les saboteurs du climat. Et dans cette bataille, les sourires et les bons sentiments ne peuvent suffire.

Et Alternatiba conquit la République ! Marie Astier, Barnabé Binctin et Eric Coquelin (Reporterre) Reporterre 2015/09/28 Marie Astier, Barnabé Binctin et Eric Coquelin (Reporterre) (28 septembre 2015) Et Alternatiba conquit la République !. Reporterre. Reportage — Alternatiba fr

Et Alternatiba conquit la République !

Après plus de 5 600 kilomètres, les militants du Tour Alternatiba sont arrivés samedi 26 septembre à Paris. En cortège, ils ont rejoint la place de la République et son village des alternatives. Plus de 40 000 personnes auraient participé à ce week-end de concerts, de fête, de partage et d’inventions citoyennes. Reporterre y était.

Dernière étape, samedi 26 septembre, du Tour Alternatiba, lancé le 5 juin à Bayonne. Tous ceux qui veulent se joindre aux cyclistes du Tour se retrouvent à Paris près du Parc de la Villette vers 15h30. Le rassemblement se fait sur les airs du tube de Bob Marley, Could you be loved. Max, le DJ du triporteur à sono, a concocté pour les cinq derniers kilomètres « du bon son qui fout la patate, un truc joyeux ! ». Il en réduit le volume lorsque le cortège s’arrête pour chanter à l’unisson la devise du groupe HK et les Saltimbanks, « On lâche rien ». Assis à l’arrière d’une des triplettes ouvrant la route, le chanteur Kaddour, équipé d’un micro, déambule entre les participants qui scandent les paroles de ce tube militant : « Chers camarades, chers électeurs / chers citoyens consommateurs / le réveil a sonné il est l’heure / d’remettre à zéro les compteurs ».

Ce défilé sans moteur termine un parcours cycliste de 5 637 kilomètres. La route est ouverte aux trottinettes et à tous les véhicules propulsés grâce à l’énergie humaine. La vitesse du cortège étant réduite, certains participants se font même piétons, et bon nombre d’entre eux affichent leurs revendications, comme ces militants d’Attac faisant rouler une planète Terre gonflable.

Ou encore « Amerikaz, le guerrier de l’arc-en-ciel », qui, monté sur son vélo, est déguisé en indien, le corps couvert de peinture : « Nous sommes dans les années 10 d’un nouveau siècle qui oublie le discours de l’Indien, qui a toujours représenté l’harmonie avec la nature », explique-t-il.

Auto-organisation

A rollers, une jeune fille porte la pancarte « Désolé pour le dérangement, nous essayons de changer le monde ». Un message plein d’à-propos : l’agressivité de certains automobilistes de la file opposée tranche avec la bonhommie du défilé. Frustrés de devoir limiter leur vitesse, ils donnent du fil à retordre, sur l’avenue Jean Jaurès, aux quelques policiers encadrant l’événement – bien aidés par les bénévoles voués aux blocages des routes, confirmant la qualité d’auto-organisation de la méthode Alternatiba. La fermeture à la circulation d’une seule voie rappelle combien l’automobile peut générer de la tension : « On a plus l’impression d’une vélopression que d’une vélorution », glisse Jo, venu participer en compagnie de deux Lyonnais d’Alternatiba qu’il héberge pour le week-end.

« Je pensais que l’on serait plus massifs, plus compacts », dit un participant, accompagné de sa maman. Au total, il y aurait un peu moins de 1 500 participants, selon les organisateurs. Un chiffre décevant à l’échelle de Paris alors que le soleil brille ce samedi de septembre ? « C’est nettement mieux que les vélorutions mensuelles qu’on arrive à y organiser », répond Victor Vauquois, animateur du collectif Paris sans voiture, et participant régulier de la vélorution, cette grande fête du vélo dans l’espace public urbain.

Mais quand on arrive sur la place de la République, on la découvre remplie à craquer de citoyens qui attendent la venue de ces maillots verts. Cela a quelque chose de poignant. A la scansion des « 1,2,3 la transition est là/4,5,6 pour faire face à cette crise/Alternatiba, la transition est là », le peloton imprime sa marque au lieu pour le reste du week-end : un message d’espoir et une dynamique festive qui guident l’esprit du village et les rencontres autour des stands.

Après l’arrivée suit un meeting de prises de parole et de chansons, avant que la fête commence pour un concert lancé par HK et les Saltimbanks.

Dimanche matin, onze heures. Les stands du village des alternatives reprennent vie. Du côté des artistes, une collection de rubans colorés jouent avec le soleil. Dessus, des vœux écrits par les passants : « Protégez les insectes », « Oui à toutes les choses qui nous réunissent », « Je souhaite que les ours polaires ne disparaissent pas », etc.

« Tous ces rubans sont collectés à travers le monde et seront accrochés au même arbre lors de la COP 21, explique David, du collectif climat des Lilas. Le but est que les gens se posent quelques minutes, réfléchissent à ce qu’ils ont envie de protéger sur la planète avant d’inscrire leur phrase. »

Peu à peu, les travées se remplissent. Une forêt de pommiers nous arrête : c’est le verger itinérant de Thomas Tran. Il déplace ses grands pots pour éduquer les passants.

« Je leur apprends le fonctionnement d’un arbre fruitier, je leur montre qu’ils peuvent en avoir un sur leur terrasse ou leur balcon, et puis c’est aussi une façon de montrer comment fonctionne le système agricole », détaille-t-il. A titre d’exemple, il rappelle que seules cinq variétés de pommes constituent 80 % du verger européen. La marque d’une standardisation des goûts, mais aussi « d’un appauvrissement génétique de nos vergers. Comment va-t-on trouver des variétés adaptées au changement climatique ? » s’interroge-t-il.

Quelques tables plus loin, toujours dans le quartier des alternatives alimentaires, Myriam présente l’Open Food Network. « C’est une plate-forme open source pour soutenir le développement des alternatives alimentaires », montre-t-elle sur son ordinateur.

Une carte recense les paysans, les groupements de consommateurs, les magasins de producteurs, etc., et, surtout, leur propose de coopérer, de créer une boutique en ligne ou d’organiser des commandes groupées. « Le tout dans la transparence, insiste Myriam, on indique combien revient au producteur ! »

Midi. Une armée de gilets jaunes s’active devant les marmites de la « disco soupe ». Une énorme gamelle bout à petit feu, doucement remuée à l’aide d’une cuillère d’ogre. Dedans, un curry de légumes préparé à partir d’invendus alimentaires.

Les aubergines et les carottes trop moches pour être commercialisées deviennent l’ingrédient d’un immense « banquet des 5000 ». Une longue queue anticipe déjà le top départ. Une équipe de bénévoles profite de l’attente pour sensibiliser les convives au gaspillage alimentaire. Dans un petit panier, une patate dont la forme évoque la tête de Mickey proclame sur un petit panneau : « Le gaspi, salsifis ! »

Solenne, coordinatrice, égrène les chiffres : « On va distribuer 1,5 tonne de nourriture qui, sinon, aurait été gaspillée. Notre alimentation représente 10 % de notre empreinte carbone, et un tiers de cela est jeté chaque jour ! »

Autour de la République, piétons et vélos ont envahi les rues, prenant la place des automobiles à l’occasion de la journée sans voiture. Certaines sont recouvertes de grands draps.

« Ben oui, cela nous énervait de penser que, même si on interdisait les rues à la circulation, il resterait quand même les voitures garées… Alors on a décidé de les transformer en fantômobiles ! » raconte Paule Kingleur. La rue entre la place parisienne et le canal est devenue un espace d’expression poétique. Aux pieds de l’artiste s’étend un champ de petits camions-jouets plantés de fleurs, de tomates et de salades.

« C’est de la malice, je propose de planter des camions car planter, en argot, cela veut aussi dire casser, sourit-elle. Les camions sont un symbole routier qui nous enfume, alors je les transforme de façon ludique en jardins publics. En ville, 70 % de l’espace public est occupé par les voitures, il faut inverser la vapeur ! »

Juste à côté, une charrette multicolore s’est installée. Les filles du facteur est une association de femmes à l’esprit écolo. En vente, des sacs, des tapis, des paniers et des corbeilles fabriqués à partir de sacs plastique par des femmes en situation de précarité.

« Nous avons un groupe de femmes au Burkina, et un autre à Montreuil, toutes dans une extrême précarité », explique Delphine, la fondatrice de l’association.

Plus loin, le canal Saint-Martin se remplit de Parisiens sortis pour un pique-nique et surpris par les animations qui occupent le quartier. Tout d’un coup, vers seize heures, le son d’une batucada ajoute une ambiance de carnaval.

Le cortège déguisé avance au rythme des percussions, entraînant dans son sillage le public vers la place de la République. En ouverture, des chars et des épouvantails forment une manifestation bigarrée dont les slogans rappellent le thème de la journée : « Changeons le système, pas le climat ! »

Peu après dix-huit heures, les stands commencent à se ranger. Les bénévoles repassent encore une fois ramasser papiers, mégots de cigarettes et autres déchets savamment triés. Le village s’apaise et passe le relais au bal populaire. Le temps de quelques tours de piste avant que la danse ne se poursuive avec d’autres Alternatiba. Rendez-vous est déjà pris pour la semaine prochaine à Figeac, Rouen et même Vienne, en Autriche. En plein élan, les alternatives sont parties pour rouler très loin.

« Nous faisons partie de la société du bas. » Vidéo sur TV 83 Hervé Kempf (Reporterre) Reporterre 2015/09/29 Hervé Kempf (Reporterre) (29 septembre 2015) « Nous faisons partie de la société du bas. » Vidéo sur TV 83. Reporterre. fr

« Nous faisons partie de la société du bas. » Vidéo sur TV 83

Interrogé par TV 83, la télé libre du Var, Hervé Kempf explique la démarche journalistique de Reporterre et pourquoi le quotidien de l’écologie publie sur internet et pas sur papier. « Nous faisons partie de la société du bas. »

Voir la vidéo (3’53’’)

Climat : la Chine met 3 milliards de dollars sur la table des négociations Emilie Massemin (Reporterre) Reporterre 2015/09/29 Emilie Massemin (Reporterre) (29 septembre 2015) Climat : la Chine met 3 milliards de dollars sur la table des négociations. Reporterre. Climat : de COP en COP fr

Climat : la Chine met 3 milliards de dollars sur la table des négociations

L’Assemblée générale des Nations-unies a donné lieu ce week-end à des annonces importantes sur le climat : une contribution de 3,1 milliards de dollars au « Fonds vert » de la part de la Chine, des objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre du Brésil et l’annonce par François Hollande d’augmenter de deux milliards d’euros les financements climat d’ici à 2020.

La session plénière de l’Assemblée générale des Nations-unies s’est déroulée à New York, du 25 au 27 septembre. Elle a paru consacrée à la situation syrienne. Mais le climat a aussi été un sujet de discussion. Vous n’avez rien suivi ? Reporterre revient pour vous sur les temps forts des trois derniers jours, importants pour la réussite de la COP 21 et la lutte contre le changement climatique.

3,1 milliards de dollars pour le « Fonds vert » annoncés par la Chine

Vendredi, le président chinois, Xi Jinping, a annoncé que la Chine abonderait le Fonds vert à hauteur de 3,1 milliards de dollars. Il s’est également engagé à mettre en place un marché national de quotas de CO2 dès 2017 et à diminuer ses soutiens aux énergies fossiles.

Le président Barack Obama a pour sa part rappelé que son « Clean Power Plan » était finalisé, et devrait permettre au secteur états-unien de l’énergie de réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 32 % d’ici à 2030.

Fin novembre 2014, à Pékin, les deux plus gros pollueurs de la planète s’étaient accordés sur leurs objectifs en matière d’émissions de gaz à effet de serre : une réduction de 26 à 28 % des émissions d’ici à 2025 par rapport à 2005 pour les Etats-Unis, et un pic d’émissions vers 2030 pour la Chine. Barack Obama s’était par ailleurs engagé en 2014 à verser 3 milliards de dollars au Fonds vert.

« Cette annonce renforce les perspectives d’un accord significatif et universel à Paris cette année, a salué Ban Ki-moon, secrétaire général des Nations-unies. Il montre en outre la vision commune et l’inquiétude partagée par les deux plus grandes économies du monde, alors qu’elles évoluent vers un avenir faible en carbone. »

Ces déclarations ont également été applaudies par les observateurs. « Avec cet accord, il est clair que la Chine est prête à un être leader pour le climat, a estimé Li Shuo, analyste senior des politiques climatiques est-asiatiques de Greenpeace. Les vieilles excuses politiques pour l’inaction à Washington ne sont plus pertinentes. Sur la vague d’inspiration morale après la visite du Pape, les politiciens américains devraient relever le niveau de leur ambition. »

« En annonçant 3,1 milliards de financement climat, la Chine met les pays riches face à leur responsabilité, a pour sa part jugé Romain Benicchio, responsable de plaidoyer sur les négociations climatiques à Oxfam France. Seuls les pays développés, qui s’étaient engagés en 2009 à mobiliser cent milliards de dollars par an d’ici à 2020 afin d’aider les populations les plus vulnérables, sont normalement attendus sur la question. A l’heure d’aujourd’hui, les contributions de ces derniers sont pourtant encore très loin du compte. »

Le pape François, nouvelle star écolo

Vidéo du discours du pape François

Le pape François, en visite aux Etats-Unis, s’est exprimé vendredi 25 septembre à la tribune de l’ONU.

Il faut « que la conférence de Paris sur le changement climatique aboutisse à des accords fondamentaux et efficaces », a-t-il plaidé, soulignant que « chaque dommage à l’environnement est un dommage à l’humanité » et « la crise écologique peut mettre en péril l’existence même de l’humanité ».

Le déjeuner des chefs d’Etat sur le climat

Organisé dimanche par Ban Ki-moon, François Hollande et le président du Pérou, Ollanta Humala, il a rassemblé une trentaine de chefs d’Etat et de gouvernement. Objectif : discuter des contours de l’accord de Paris et des efforts que les Etats développés sont prêts à fournir en matière de financement, d’accès aux énergies renouvelables et de transfert de technologie vers les pays du Sud.

Pays développés, émergents et pays en développement se sont partagé la table : Xi Jinping (Chine), Jacob Zuma (Afrique du Sud), Dilma Roussef (Brésil), Evo Morales (Bolivie), Abdel Fatah Al-Sissi (Egypte), Angela Merkel (Allemagne), David Cameron (Grande-Bretagne) ou encore Anote Tong (République des Kiribati). Les chaises vides de quelques gros pollueurs, Vladimir Poutine (représenté par son ministre des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov), Barack Obama et le premier ministre indien, Narendra Modi, ont toutefois laissé un goût amer aux convives.

La contribution du Brésil : 37 % d’émissions en moins en 2025

37 % de réduction des émissions de gaz à effet de serre en 2025 et 43 % en 2030 par rapport 2005 : tel est l’objectif du Brésil en matière d’atténuation, annoncé dimanche par Dilma Roussef.

Le pays compte par ailleurs s’approvisionner à 45 % en énergies renouvelables et mettre fin à la déforestation illégale. Ces quarante dernières années, 763 000 km² de forêt, soit deux fois la superficie de l’Allemagne, ont été détruits au Brésil.

Deux milliards de financement climat supplémentaires en 2020 promis par François Hollande

Lundi après-midi, François Hollande a déclaré que l’aide annuelle de la France aux pays pauvres pour la lutte contre le changement climatique augmenterait de 2 milliards de dollars d’ici à 2020.

« J’annonce ici que nos financements annuels de la France pour le climat qui sont de trois milliards d’euros aujourd’hui seront de cinq milliards en 2020 ». L’augmentation de l’aide sera constituée de prêts « mais aussi de dons ».

Une promesse accueillie avec scepticisme par les associations. « La déclaration de François Hollande demeure incertaine : sa présidence se termine pour l’instant en 2017, et jusqu’à présent la tendance est inverse, a rappelé Nicolas Vercken, directeur études et plaidoyer d’Oxfam France. Depuis 2012, les budget d’aide publique au développement française ont été régulièrement sabrés, jusqu’à dix fois plus impactés par les coupes budgétaires que le budget général, pour atteindre un minimum de 0,36 % du revenu national, bien loin de l’engagement de 0,7 % pris par la France. »

L’adoption des dix-sept « Objectifs de développement durable »

Vendredi, 200 Etats membres de l’ONU ont adopté dix-sept nouveaux Objectifs de développement durable (ODD), avec, en premier lieu, l’éradication de la pauvreté, la lutte contre la faim et l’accès à la santé. Ces ODD viennent remplacer les huit « Objectifs du millénaire pour le développement » (OMD), adoptés en 2000 et qui expirent cette année. En discussion depuis 2012, ils entreront en vigueur le 1er janvier 2016.

Ces nouveaux objectifs font la part belle à la lutte contre le changement climatique et à la protection de l’environnement. Ils comptent en effet le « recours aux énergies renouvelables », la « lutte contre le changement climatique », et la « protection de la faune et de la flore aquatiques » et « terrestres », alors que les OMD prévoyaient seulement de « préserver l’environnement », en septième position.

Reste le problème du financement de ces objectifs : le coût de leur mise en œuvre est évalué à plusieurs milliers de milliards de dollars, alors que le financement public du développement s’élevait à 239 milliards de dollars en 2014.

L’éolien industriel en Périgord : une fausse bonne idée Asso 3D Reporterre 2015/09/29 Asso 3D (29 septembre 2015) L’éolien industriel en Périgord : une fausse bonne idée. Reporterre. Tribune — Énergie fr

L’éolien industriel en Périgord : une fausse bonne idée

Les projets éoliens sont nombreux dans les zones rurales et forestières du Périgord, le plus souvent dans l’ignorance de populations qui n’en recueilleront qu’un avantage minime, selon les auteurs de cette tribune.

Asso 3D, l’association de défense du val de Dronne et de la Double, s’est constituée en 2013 contre le projet de quatre centrales de la société ABO Wind.

Portés par des sociétés privées, les projets éoliens se sont multipliés en Périgord en seulement quelques années, à l’insu des populations concernées. Choix stratégique, c’est dans les zones les plus rurales et forestières du département qu’ils s’implantent, loin des secteurs les plus touristiques du Sarladais et de la vallée de la Vézère. Ainsi sont-ils apparus dans la forêt de la Double (Puymangou, Parcoul, Saint-Vincent-de-Jalmoutiers, Saint-Aulaye, La Roche Chalais, Eygurande-et-Gardedeuil, Servanches, Échourgnac, Bardenac, Brossac, Yviers, La Barde) ; dans le Mareuillais et le Verteillacois (La Rochebeaucourt-et-Argentine, Champagne-Fontaines, Verteillac, Cherval) ; au nord-ouest de Périgueux (Savignac-les-Églises) ; dans le Nontronnais (Saint-Saud-La-Coussière, Miallet, Saint-Jory-de-Chalais, Milhac-de-Nontron), en plein dans le parc naturel régional Périgord-Limousin. Et la liste n’est certainement pas exhaustive.

Derrière ces projets, Eole-RES, filiale du groupe RES, géant mondial des énergies renouvelables, EDPR, troisième constructeur mondial de centrales éoliennes, ABO Wind, filiale d’une société allemande implantée dans neuf pays, et Soleil du Midi Développement, petite société française basée dans l’Aude.

Asso 3D, association de défense du val de Dronne et de la Double, s’est constituée en décembre 2013 contre le projet porté par la société ABO Wind de quatre centrales éoliennes sur la forêt de la Double. Un projet connu des seuls élus locaux, promu de manière ambiguë par certains, et formé sans que la population n’en ait aucunement connaissance. Un projet d’envergure, puisque les centrales éoliennes devraient être réparties sur les huit communes, avec des aérogénérateurs de 180 mètres de hauteur. C’est par le bouche-à-oreille, par hasard, ou par un avis tardif dans la boîte aux lettres, que les habitants ont pris connaissance de ce projet. Entre la stupeur et l’inquiétude, deux questions se sont posées, et se posent toujours.

- Pourquoi implanter des aérogénérateurs dans une forêt ? La Double est reconnue par tous comme un espace remarquable, dont les bois, les étangs et les landes abritent de nombreuses espèces patrimoniales, comme le vison d’Europe, le circaète Jean-le-Blanc ou la cistude d’Europe. Elle se situe sous un important couloir pour les oiseaux migrateurs, notamment les grues cendrées. Avec ses cinquante mille hectares, c’est un véritable poumon vert pour la métropole bordelaise toute proche. Pour y implanter une vingtaine d’aérogénérateurs de 180 mètres, il faudrait non seulement déboiser les parcelles où seraient dressés les mâts, mais aussi déboiser pour aménager les routes conduisant aux sites. Avec des départs de feu fréquents au niveau des moteurs, leur présence augmenterait le risque d’incendie, tout en empêchant l’intervention de canadairs en raison de leur hauteur. C’est donc une destruction de la forêt que ce projet engage.

- Quels avantages ce projet a-t-il pour les habitants ? L’électricité produite ne sera pas consommée localement, mais exploitée par une société différente du promoteur et revendue à EDF pour être réinjectée sur le réseau.

Le promoteur et les élus impliqués dans le projet promettent des emplois. On peut pourtant raisonnablement douter que les aérogénérateurs prévus (conçus par l’entreprise espagnole Gamesa pour Puymangou et Parcoul) seront construits localement, et leur implantation sur site exige des compétences que n’ont pas les entreprises du secteur. Leur maintenance sera assurée par le promoteur depuis son siège, situé à Toulouse.

Quant aux retombées financières, elles seront peu élevées : France Énergie Éolienne, porte-parole des professionnels éoliens, dont fait partie ABO Wind, promet des loyers de 2 000 à 3 000 euros par an et par éolienne pour les propriétaires des sites d’implantation. En revanche, leur démantèlement n’est garanti que très partiellement à ce jour par le promoteur : son coût est estimé à plusieurs centaines de milliers d’euros.

Plus généralement, du point de vue de l’utilité collective de ce projet, sa rentabilité énergétique est très incertaine. Bien que le promoteur peine à communiquer des résultats précis des études de mesures du vent, on sait que le secteur est peu venté, d’où la nécessité d’implanter des aérogénérateurs géants. On peut d’ailleurs noter que l’ADEME a évalué, pour l’énergie éolienne, le coût du mégawatt-heure à 132 euros pour l’Aquitaine, loin devant toutes les régions françaises.

Une première grande victoire a été remportée par Asso 3D en août dernier, avec l’abandon par le conseil municipal de La Roche Chalais de la zone éolienne de 187 hectares en périphérie de la commune prévue dans le projet de Plan local d’urbanisme (PLU). Des membres de l’association avaient en effet découvert fortuitement cette zone éolienne dans le dossier du projet de PLU soumis à enquête publique. Il a fallu alerter les communes voisines, frapper à toutes les portes des hameaux concernés pour présenter le projet aux habitants surpris : le plus souvent, ils n’en avaient jamais entendu parler. Les réactions ont été variées : parfois, la discussion devenait un débat sur la transition énergétique ; parfois, notre interlocuteur était pris d’une envie subite d’aller chercher son fusil pour protéger la forêt. Mais l’opposition au projet a été générale : seuls les propriétaires des sites d’implantation pressentis y étaient parfois favorables.

Dans les quinze derniers jours précédant la clôture de l’enquête publique, le commissaire enquêteur a reçu plus de 850 interventions contre l’introduction d’une zone éolienne dans le PLU... Neuf conseils municipaux voisins et dix associations, dont la Sepanso de Dordogne, se sont également prononcés contre, tandis que les conseillers départementaux et le préfet étaient interpellés. Seule favorable au projet, l’intervention d’ ABO Wind dans l’enquête publique a frappé les membres d’Asso 3D par son contenu autoritaire, contrastant avec son slogan « l’éolien citoyen ».

« Rejet massif de la population »

Tout n’est pas gagné pour autant, car cette réussite ne marque pas encore l’abandon définitif du projet éolien sur La Roche Chalais ni sur l’ensemble de la Double. Pour le site de Parcoul et Puymangou, ABO Wind a déposé en mars 2015 une demande de défrichement, de permis de construire et d’autorisation d’exploiter une Installation classée pour la protection de l’environnement (ICPE) pour 5 aérogénérateurs de 182 mètres, à 600 mètres seulement des premières habitations. Nous attendons actuellement l’avis de l’Autorité environnementale et les dates de l’enquête publique concernant ce projet, pour laquelle nous appelons à la mobilisation de tous.

Le vent tournera-t-il contre l’éolien industriel en Périgord ? Pour le projet éolien de Champagne-Fontaines et La Rochebeaucourt-et-Argentine, le permis de construire a été refusé par le préfet de Dordogne en mars 2015. Ce refus se fondait notamment sur l’avis très défavorable rendu par le commissaire enquêteur en janvier 2015, qui mettait en avant « le rejet massif de la population », « les doutes sur la production réelle d’électricité et sur la rentabilité économique de la centrale sans la pérennité du système d’achat garanti par EDF », et « la mise à mal de la cohésion sociale par l’instauration d’un climat de défiance constaté à tous niveaux ». Le constat des incohérences et des méfaits de ces projets doit être aussi net pour les autres sites du Périgord, et pour cela, la mobilisation de la population locale, mais aussi de tous ceux qui apprécient cette région encore préservée, est primordiale.

Contrairement à ce que laissent entendre les partisans des projets éoliens, nous ne souhaitons pas nous enfermer dans « un village d’Indiens », pas plus que nous sommes partisans de la relance de l’énergie nucléaire. Mais nous pensons qu’il est possible de construire, de travailler et d’entreprendre dans notre territoire et notre lieu de vie sans le détruire. Depuis la déforestation de naguère pour la construction des navires de la marine royale, jusqu’à la déforestation d’aujourd’hui pour la construction des centrales éoliennes, la forêt de la Double a parfois été considérée comme un espace déshérité, tout juste bon à exploiter de manière prédatrice. Le renouvellement de ses habitants permet aujourd’hui de penser une autre orientation, fondée sur l’autonomie, notamment par le développement des énergies renouvelables domestiques et des filières courtes de bois de chauffage et de bois d’œuvre.

Ce soir sur France 2, le film ’Human’, de Yann Arthus-Bertrand Yann Arthus-Bertrand Reporterre 2015/09/29 Yann Arthus-Bertrand (29 septembre 2015) Ce soir sur France 2, le film ’Human’, de Yann Arthus-Bertrand. Reporterre. fr

Ce soir sur France 2, le film ’Human’, de Yann Arthus-Bertrand

France 2 propose une semaine dédiée à Human, en commençant par la diffusion du film de Yann Arthus-Bertrand en ouverture de la soirée du mardi 29 septembre 2015, qui s’étendra de 20h55 jusqu’à 4h00 du matin.

À bientôt 70 ans, l’infatigable écolo en hélico ne désarme pas. En 2009, son film Home nous alertait sur l’état de la planète, nous incitant à la protéger. Il aurait été vu par 600 millions de personnes. Avec Human, Yann Arthus-Bertrand se demande pourquoi « on n’arrive toujours pas à vivre ensemble ».

Le résultat est une sélection de témoignages, tous sur le même fond sombre, qui nous parlent de l’amour, de la guerre, de la pauvreté, du bonheur, le tout entrecoupé d’images vues du ciel. Les quarante mêmes questions ont été posées à plus de deux mille personnes dans soixante pays.

Human, film documentaire sorti le 12 septembre 2015, réalisé par Yann Arthus-Bertrand. Durée : 188 minutes.

Pas à pas vers une naissance au naturel Célia Fontaine (Reporterre) Reporterre 2015/09/29 Célia Fontaine (Reporterre) (29 septembre 2015) Pas à pas vers une naissance au naturel. Reporterre. Enquête — Santé fr

Pas à pas vers une naissance au naturel

Accoucher sans médicaments et sans douleur est possible, selon des associations promouvant l’accouchement « physiologique » et des méthodes de préparations « douces » afin d’en faire une expérience naturelle et moins douloureuse. Notre reporter, dans l’attente d’un heureux événement, a suivi ce chemin vers un accouchement au naturel dans une association de Bruxelles, où ce courant est plus développé qu’en France.

- Bruxelles, correspondance

Dans la salle d’attente, une douce atmosphère règne. Sur les étagères de la bibliothèque, de nombreux ouvrages sont à disposition et donnent le ton : Se préparer à la naissance en pleine conscience, L’haptonomie périnatale, La Naissance naturelle - retrouver le pouvoir de son corps...

Pour ma première séance d’hypno-naissance, je ne sais pas encore à quoi m’attendre. La sage-femme va-t-elle m’agiter un pendule devant les yeux et me dire que mes paupières sont lourdes jusqu’à me faire sombrer dans une semi-conscience ? Un visage souriant vient me chercher. « Bonjour, moi c’est Aline, je te fais la bise, suis-moi, tu peux enlever tes chaussures ! » Ici, pas de chichis, on est reçu comme à la maison.

Je suis menée dans une chambre lumineuse, où trône un matelas-lit recouvert de coussins douillets aux tissus colorés. Seuls un stéthoscope et un appareil à écouter les battements de cœur du bébé trahissent la réalité d’une activité médicale.

Les sages-femmes de l’association Amala à Bruxelles (Belgique) se définissent comme des « professionnelles de l’art de guérir, formées spécifiquement au suivi de la grossesse, de l’accouchement et des suites de couches ». Leur projet ? Accompagner les femmes désirant une naissance la plus naturelle possible pour leur enfant, chez elles ou en plateau technique à l’hôpital, en respectant leurs choix intimes. Elles offrent une panoplie de préparations comme l’hypno-naissance, l’haptonomie ou le massage de la femme enceinte.

« Nous sommes en lien avec des gynécologues et autres médecins bien sûr, mais également avec des ostéopathes, homéopathes, acupuncteurs, toutes ces médecines alternatives qui soulagent efficacement les femmes enceintes qui ne souhaitent pas recourir à la surmédicalisation », explique Titou Boseret, l’une des quatre sages-femmes de l’association. « Nous créons avec les futures mamans un lien de confiance qui rassure, jusqu’au jour de la naissance », poursuit Sylvie Janssens. « Elles ont besoin de se sentir actrices dans le processus de la naissance, et non dépossédées par le corps médical, comme c’est souvent malheureusement le cas. »

Aujourd’hui, 85 % des accouchements se font avec interventions médicales : péridurales, injections d’ocytocine pour provoquer l’accouchement, césarienne, forceps, spatules ou ventouses, épisiotomies... De quoi laisser un souvenir parfois traumatisant. De plus en plus de futures mamans rêvent d’accouchements dits « physiologiques », ou « en pleine conscience », et recherchent des préparations leur permettant de vivre ce moment non pas comme un cauchemar sans nom, mais comme une expérience naturelle et moins douloureuse.

L’hypno-naissance, une philosophie en vogue au Canada et en Belgique

Accoucher sans péridurale, sans douleur et en douceur ? L’idée est tentante. Pour ma première grossesse, j’ai choisi de suivre des séances d’hypno-naissance, séduite par ce concept développé à la fin des années 80 au Canada selon lequel la mise au monde d’un nouveau-né est un évènement « normal » qui peut s’accomplir dans le calme et la sérénité.

« Chaque femme possède en elle le pouvoir de faire appel à son instinct naturel pour donner naissance dans le confort et sans médicaments. Lorsque votre esprit est libre de peurs et de tensions, votre corps peut manœuvrer sans douleur en accord avec la raison pour laquelle il a été créé », indique la pionnière Marie F. Morgan dans son ouvrage HypnoBirthing - the Mongan Method, A natural approach to a safe, easier, more comfortable birthing.

Je m’installe donc et me laisse guider par la sage-femme formée à cette méthode, qui d’une voix douce et posée, m’invite à écouter une série d’affirmations positives sur les capacités intuitives naturelles de mon corps et de mon bébé. L’idée est de couler progressivement vers un état de détente profond et de laisser le mental de côté. Aidé de respirations lentes, l’inconscient enregistre ces messages, qui seront rappelés le jour J pour aider l’esprit et le corps à travailler de concert et sans crispation dès le départ. Cela permet de trouver les ressources pour surmonter la douleur tout au long de l’enfantement.

« Nous utilisons un champ lexical particulier, par exemple, on parle de "vagues" au lieu de contractions, de "respirations de naissance" pour évoquer les poussées, de "sensations" pour douleurs », m’explique Aline Schoentjes, de l’association Amala. « Les messages négatifs qu’une mère reçoit constamment au sujet de l’accouchement sont traités par le système nerveux comme de véritables dangers. Ces messages finissent par être intégrés comme des croyances, ce qui génère des hormones de stress, les catécholamines. Résultat, l’utérus se prive d’oxygène, et se tend et se contracte, ce qui est très douloureux et a pour effet de ralentir le travail », poursuit-elle.

Pour les prochaines séances, le père de l’enfant à venir sera présent, car il aura un rôle actif : il apprendra les techniques dites « d’ancrage » permettant de soulager mon inconfort, en utilisant les bons mots, les bons gestes, des points de pression particuliers au niveau des lombaires... Nous avons également choisi de suivre ensemble des cours d’haptonomie, qui permettent au papa de sentir les mouvements du bébé par apposition des mains sur le ventre. « Je voulais participer d’une manière ou d’une autre à la préparation à la naissance, et ces séances m’ont permis de découvrir qu’il était possible de communiquer avec son enfant avant son arrivée, c’est vraiment émouvant », confie l’intéressé.

Pour compléter ma préparation, je me suis initiée au yoga prénatal, qui met l’accent tant sur la respiration que sur la souplesse et les étirements. Résultat, à plus de 37 semaines de grossesse, je suis heureuse d’être totalement fluide dans mes mouvements et de ne ressentir aucune des douleurs communément rapportées par les femmes enceintes à ce stade.

En France, les maisons de naissance font leur apparition

Facilement accessibles en Belgique, les préparations naturelles à la naissance sont plus difficiles à trouver en France.

Selon le Collectif inter-associatif autour de la naissance (CIANE), « l’offre de soins en maternité doit pouvoir intégrer systématiquement une proposition d’accompagnement physiologique, qui ne peut pas rester l’apanage de parcours de soins alternatifs ».

Entre l’accouchement à domicile (AAD), jugé encore trop risqué et l’hôpital surmédicalisé, il y a une solution intermédiaire séduisante : les maisons de naissance. Le récent décret du 30 juillet 2015, issu de la loi du 6 décembre 2013, permet à ces maisons d’avoir un véritable cadre juridique. Longtemps attendu, le texte fixe « les conditions de l’expérimentation des maisons de naissance, qui doit permettre de tester une prise en charge moins technicisée de la grossesse et de l’accouchement, hors établissement de santé, et de créer des maisons de naissance dans lesquelles des sages-femmes assureront le suivi de grossesse et les accouchements ».

En d’autres termes, les femmes dont les conditions de santé et de grossesse le permettent, peuvent désormais choisir d’éviter les manœuvres médicales inutiles et invasives. « Malheureusement, choisir d’accoucher naturellement n’est pas encore facile et accessible en France. Il faut parfois faire des centaines de kilomètres pour trouver l’infrastructure qui correspond à notre projet de naissance », confie Pauline, future maman à cinq mois de grossesse. « Et quand on en trouve, ce qui n’est pas évident, les séances d’hypno-naissance sont onéreuses [entre 400 et 500 euros pour une formation complète], et non remboursées par la sécurité sociale. »

Je m’estime donc chanceuse de pouvoir bénéficier d’un accompagnement personnalisé en Belgique, en attendant que la France progresse à ce niveau. Quant à la question de savoir si cette préparation naturelle portera ses fruits ou non pour le jour J, la réponse est : oui ! L’absence de stress ressenti à quelques jours de cet événement en étant la plus belle preuve...

Le changement climatique va bouleverser le monde du vin Jean-Pierre Tuquoi (Reporterre) Reporterre 2015/09/30 Jean-Pierre Tuquoi (Reporterre) (30 septembre 2015) Le changement climatique va bouleverser le monde du vin. Reporterre. Agriculture et climat fr

Le changement climatique va bouleverser le monde du vin

Menaces sur le vin, le livre de Valérie Laramée de Tannenberg et d’Yves Leers, est aussi limpide qu’un vin de Loire, aussi honnête qu’une bouteille de Bourgogne, et il est passionnant. Il décrit brillamment les bouleversements que va entraîner le réchauffement climatique sur « la dive bouteille ».

Un printemps doux et pas trop humide ; juste ce qu’il faut de pluie au printemps, un soleil généreux tout au long de l’été, une arrière-saison de rêve pour les vendanges : le millésime 2015 devrait être remarquable voire exceptionnel, selon les professionnels.

A dire vrai, l’exceptionnel l’est de moins en moins dans le domaine viticole. Malgré le réchauffement climatique, les bonnes années sont de plus en plus fréquentes. « Le réchauffement a, jusqu’à présent, donné un sérieux coup de pouce aux professionnels », reconnaissent Valérie Laramée de Tannenberg et Yves Leers dans Menaces sur le vin. Les défis du changement climatique. Pour preuve, les résultats d’une équipe de chercheurs américains qui a analysé l’évolution du climat, de la productivité et de la qualité d’une trentaine de régions viticoles dans le monde (y compris françaises) entre 1950 et 1990. Leur conclusion est sans appel : dans la plupart des régions (25 sur 30) les notes des vins attribuées se sont nettement améliorées au cours de ces quarante années. Donc, « plus il fait chaud, meilleur c’est ».

Comme si une sorte d’optimum avait été atteint

Une autre étude va dans le même sens. Elle a été menée par deux agronomes qui ont croisé la teneur en sucre de Pauillac (une indication indirecte de l’ensoleillement de l’année) et les notes attribuées à des Haut-Médoc voisins tout au long du XXe siècle par le même cabinet de courtage (dont on suppose qu’il a conservé les mêmes critères de choix). Résultat : au fil des années, le taux de sucre augmente et avec lui la qualité des vins. Conclusion de certains viticulteurs : le réchauffement climatique est un « bon problème ».

Il n’est pas sûr qu’ils aient raison, nuancent les auteurs. Si jusqu’à présent la hausse des températures a globalement profité au vignoble, la suite, comme le laissent craindre plusieurs indices, s’annonce incertaine comme si une sorte d’optimum avait été atteint.

C’est ici que le livre, aussi limpide qu’un vin de Loire, aussi honnête qu’une bouteille de Bourgogne, devient passionnant. En Aquitaine, écrivent les auteurs, la hausse des températures va se traduire par la production de « vins déséquilibrés, moins structurés, trop alcoolisés, et de vieillissement prématuré ». En Bourgogne c’est à une migration du vignoble vers le Haut-Beaujolais que l’on va assister tandis que la culture de la vigne est « menacée » dans le Languedoc-Roussillon. Seule la Corse, échapperait au désastre.

À l’étranger, l’avenir n’est pas plus rose. En Espagne, qui abrite le plus vaste vignoble du monde, il va falloir « délocaliser » les vignes vers les Pyrénées et leur fraîcheur. Cap au nord également pour les vins italiens, s’ils veulent survivre à la hausse des températures et à la raréfaction en eau, et cap au sud pour les vins argentins et chiliens qui vont devoir affronter d’ici une vingtaine d’année la concurrence brésilienne et mexicaine, grands gagnants dans l’hémisphère sud du dérèglement climatique.

Il faudra changer les pratiques culturales

Dans l’hémisphère nord également la redistribution des cartes s’annonce profonde. La Grande-Bretagne, la Belgique, les Pays-Bas vont faire leur retour dans le monde viticole et tailler des croupières aux producteurs traditionnels. Des nouveaux venus il en surgira d’ailleurs de régions inattendues dans le monde : du Canada, d’Inde, de Tasmanie, en Australie, de Nouvelle-Zélande tandis que, dans l’hémisphère nord, l’Allemagne, l’Autriche, la Pologne vont peser de plus en plus.

Pour les vignobles traditionnels, écrivent les auteurs, le pire n’est pas certain s’ils s’adaptent. Sans doute faudra-t-il changer de pratiques culturales, irriguer certaines vignes (c’est déjà le cas), réduire les intrants qui détruisent peu à peu le sol, apprendre à faire du feuillage un allié contre le soleil, diversifier les variétés, réhabiliter et réintroduire des cépages oubliés ou interdits, repenser le système français des AOC, coloniser de nouveaux espaces, expérimenter d’autres techniques de vinification… Et privilégier le bio. A ce prix là, concluent les auteurs, « en France la vigne et le vin ont encore de beaux jours devant eux ». Au moins dans les prochaines décennies.

- Menaces sur le vin. Les défis du changement climatique, Valérie Laramée de Tannenbert et Yves Leers, Ed. Buchet Chastel, 122 pages, 12 €.

« 1000 vaches, usine à mensonges » Novissen Reporterre 2015/09/30 Novissen (30 septembre 2015) « 1000 vaches, usine à mensonges ». Reporterre. Mille Vaches et fermes-usines fr

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Renault-Nissan, champion d’Europe de la pollution Violette Bonnebas (Reporterre) Reporterre 2015/09/30 Violette Bonnebas (Reporterre) (30 septembre 2015) Renault-Nissan, champion d’Europe de la pollution. Reporterre. Pollutions fr

Renault-Nissan, champion d’Europe de la pollution

Plusieurs modèles du constructeur français explosent les seuils imposés en Europe sur le rejet des oxydes d’azote. C’est ce que montre une étude réalisée par la Fédération allemande des automobilistes, et que Reporterre révèle en France.

- Actualisation - Les services de la répression des fraudes ont « perquisitionné » la semaine dernière plusieurs sites Renault en Ile-de-France, assurent jeudi 14 janvier plusieurs sources syndicales, la CGT s’interrogeant sur une possible enquête sur une fraude aux émissions polluantes. (voir notre brève).

- Berlin, correspondance

Reporterre vous en parlait la semaine dernière : plusieurs constructeurs automobiles, dont Renault, crèvent le plafond des normes antipollution européennes sur les émissions d’oxydes d’azote (NOx). La faute à la procédure de mesure en vigueur, NEDC, très éloignée des conditions réelles de conduite.

Mais l’affaire va plus loin. L’étude, citée dans notre précédent article et réalisée par l’association International Council on Clean Transportation (ICCT - Conseil international sur le transport propre) - à l’origine du scandale Volkswagen - ne portait que sur un échantillon de trente-deux véhicules choisis parmi les soixante-dix-neuf diesels testés par la Fédération des automobilistes allemands (Adac). Si l’on se penche sur l’ensemble des résultats de l’Adac, le constat est encore plus accablant pour le constructeur français.

- Télécharger les données brutes de l’Adac et une infographie de meilleure qualité : Données brutes de l’Adac Adac - Emissions d’oxydes d’azote

Les véhicules les plus polluants de cette liste sont : 1. Nissan X-Trail 1.6 dCi 2. Volvo 560 D4 3. Renault Espace Energy dCi 160 4. Jeep Renegade 2.0 Multijet 5. Renault Grand Scenic Energy dCi 130 6. Hyundai i20 1.1 CRDi 7. Citroën DS5 Hybrid4 4x4 8. Hyundai Santa Fe 2.0 CRDi 9. Fiat 500X 1.6 Multijet 10. Renault Kadjar Energy dCi 130

Les mesures de l’Adac sur l’infographie ci-dessus se lisent de la façon suivante : un résultat de 1 signifie que le véhicule a émis la quantité d’oxydes d’azote maximale permise par la norme Euro 6, soit 80 mg/km. Un résultat de 2 signifie que le véhicule a émis deux fois plus de gaz que la norme, etc. En-dessous de 1, le véhicule a émis moins.

Passés au filtre du WLTC – la procédure de mesure qui devrait entrer en vigueur en 2017 en Europe et remplacer la très peu réaliste NEDC -, trois des modèles étendards de la marque au losange, un Grand Scénic, un Espace et un Kadjar, tous équipés d’un moteur Energy, rejettent beaucoup plus d’oxydes d’azote qu’ils ne devraient. La palme revient à l’Espace, plus de onze fois au-delà de la limite de 80 mg d’oxydes d’azote émis par kilomètre. Les autres modèles tiennent la corde : près de neuf fois le seuil pour le Grand Scénic, plus de cinq fois pour le Kadjar. Avec ces résultats, Renault truste le haut du classement des véhicules les plus polluants (3e, 5e et 10e rangs sur 79 modèles testés, dont seulement un quart ne dépasse pas la limite).

En tant que motoriste pour Nissan, le constructeur français figure même en première position du palmarès avec le Nissan Xtrail, presque quinze fois plus polluant que la limite.

Contacté à plusieurs reprises par Reporterre depuis la semaine dernière, un porte-parole du groupe Renault a fini par répondre : « Nous n’avons pas de commentaire à faire sur ces publications. Les essais d’homologation sont normalisés. Je vous laisse juge d’interpréter comparativement les tests effectués par l’Adac dont je ne connais pas personnellement le mode opératoire, ni les résultats détaillés. »

La gamme de la voiture du président Hollande super-polluante

« Nous pratiquons ces tests depuis 2003, indique de son côté Rheinard Kolke, directeur des tests à l’Adac. Chaque année, on envoie les résultats aux constructeurs et aux autorités allemandes. Nos alertes sont toujours restées sans réponse. Le problème est que cela coûte moins cher d’envoyer des lobbyistes à Bruxelles pour négocier les normes et le processus d’homologation que d’investir en recherche et développement pour réduire la pollution. »

Si les véhicules diesel de la firme de Billancourt affichent de piètres performances, ils ne sont pas les seuls côté français à dépasser la norme Euro 6. Citroën place également un modèle dans le top 10 (7e), et pas n’importe lequel, puisqu’il s’agit d’une DS5 Hybrid4, une voiture de la gamme « diesel propre » qu’avait utilisée François Hollande lors de son investiture en 2012. Elle atteint presque sept fois le seuil européen. Une C4 Picasso perfore elle aussi la limite autorisée.

Dernier constructeur tricolore passé au crible par l’Adac, Peugeot parvient à tirer son épingle du jeu en plaçant sa 208 et sa 508 dans les clous de la réglementation. Une catégorie dans laquelle on retrouve aussi les Volkswagen, dont les bons résultats sont cependant sérieusement remis en cause par les révélations de manipulation des dernières semaines. « Malheureusement, nous ne sommes pas en mesure de savoir si les voitures que nous avons testées étaient équipées de logiciels de trucage », regrette Rheinard Kolke.

Le Bhoutan veut devenir le premier pays 100 % bio Hélène Ferrarini (L’âge de faire) Reporterre 2015/09/30 Hélène Ferrarini (L’âge de faire) (30 septembre 2015) Le Bhoutan veut devenir le premier pays 100 % bio. Reporterre. Agriculture fr

Le Bhoutan veut devenir le premier pays 100 % bio

En 2012, le premier ministre du royaume a déclaré que le Bhoutan deviendrait « le premier pays 100 % biologique ». Mais sur place, tout le monde n’est pas convaincu de la faisabilité de la démarche. Après avoir été le premier pays à instaurer le « Bonheur national brut » comme indice de développement, le Bhoutan sera-t-il le premier 100 % bio ?

- Bhoutan, Reportage

« Nous travaillons à devenir le premier pays du monde à être 100 % biologique. » Par ces quelques mots soulignés par des applaudissements soutenus, le premier ministre bhoutanais Jigmi Y. Thinley créait la surprise dans un discours prononcé en 2012 à la Conférence Rio+20. L’annonce fut reprise par la presse internationale et depuis, elle revient sporadiquement dans les pages des journaux.

Entre temps, au Bhoutan, les élections de 2013 ont mené le parti d’opposition au pouvoir. Le nouveau ministre de l‘agriculture a maintenu cet engagement, mais sur le terrain, l’objectif du 100 % bio s’avère plus difficile à atteindre que n’est une déclaration internationale à formuler.

Les intrants chimiques ont été introduits au Bhoutan dès les années 1960, alors que le pays mettait en place ses premiers plans de développement. D’après la Banque mondiale, le Bhoutan utilisait 7,4 kg d’engrais chimiques par hectare de terres arables en 2004. En 2012, le pays en consommait 15 kg par hectare. A titre de comparaison, la même année, la France en utilisait 137 kg par hectare. Si l’usage d’intrants reste donc relativement faible au Bhoutan, il n’est pas inexistant. Et certains paysans s’y sont habitués.

Des produits chimiques livrés par le ministère

Karma Tenzin habite dans la vallée de Phobjikha, à 3 000 mètres d’altitude. Trop haut pour cultiver du riz, l’aliment de base au Bhoutan. Par contre, la pomme de terre s’est bien acclimatée aux pentes de cette large vallée himalayenne. Pour cette culture destinée à la vente, Karma utilise des fertilisants et herbicides, au prix de 20 000 ngultrums (300 euros) par récolte. Et il n’envisage pas de s’en passer. Il explique que les produits chimiques arrivent en camion depuis les stocks du ministère.

Au Bhoutan, l’Etat a en effet gardé la main sur la distribution d’engrais. « Actuellement, les fertilisants chimiques au Bhoutan sont distribués par le National seeds center [le Centre national des semences] par l’intermédiaire d’agents commissionnés dans les différents districts. Il importe ces produits d’Inde. Ça n’a pas été privatisé car le gouvernement est prudent », explique Norden Lepcha, cadre du National organic program, le Programme biologique national.

Norden Lepcha confie que « ce fut une surprise lorsque le précédent premier ministre a déclaré que le pays allait devenir 100 % biologique ! Bien qu’il y ait déjà eu des séminaires sur le sujet au Bhoutan, c’était inattendu. »

Établi en 2005, le Programme biologique national a pour but de « promouvoir l’agriculture biologique dans le pays. Nous formons les agriculteurs à l’agriculture bio, en leur expliquant quels en sont les principes de base, décrit Norden Lepcha. Nous leur fournissons des graines, des fertilisants et des pesticides biologiques, importés d’Inde dans un objectif promotionnel. Parfois, nous les aidons à construire des structures : des abris à compost, des lombricomposteurs… »

Parmi les bénéficiaires : Tshering Pelden, une agricultrice âgée de trente ans. Elle nous reçoit dans son champ, une casquette vissée sur la tête protégeant son visage du soleil d’hiver. Elle s’est lancée dans l’agriculture biologique il y a sept ans avec six collègues de la vallée de Bumthang, dans le centre du Bhoutan. De cette coopérative informelle, elles ne sont aujourd’hui plus que trois femmes à continuer à cultiver des légumes de manière biologique.

« Je suis heureuse d’être un exemple »

Comme la majorité de la population bhoutanaise, Tshering Pelden a toujours travaillé la terre. Il y a plusieurs années, elle a été séduite par l’agriculture biologique, dont elle entendait parler pour la première fois. « Avant, j’utilisais peu d’intrants pour la culture des légumes. Mais j’en utilisais beaucoup pour les pommes de terre », explique-t-elle en dzongkha, la langue nationale du Bhoutan.

Ses brocolis, choux, choux fleurs et pommes de terre poussent désormais sans le moindre intrant chimique. « Cela demande des efforts supplémentaires. Les agriculteurs qui utilisent des intrants ont des légumes plus gros, plus beaux, ils poussent plus rapidement. C’est un vrai défi pour nous. » D’autant plus que ses produits biologiques ne se vendent pas plus chers : « Parfois même, nous devons vendre moins cher que les autres produits. »

Plus d’efforts, moins de revenus… C’est par conviction que Tshering Pelden fait de l’agriculture biologique. « C’est difficile, mais je suis heureuse d’être un exemple. » Son exploitation reçoit régulièrement la visite de gens venus d’autres districts du pays, ainsi que de membres du gouvernement.

Pour les produits de l’entreprise Bio Bhutan, l’histoire est toute autre. « Avec la certification bio, nous vendons nos produits deux fois plus chers que les produits conventionnels », explique Ugyen Ugyen, directeur général de Bio Bhutan, unique structure à avoir obtenu des certificats biologiques à l’heure actuelle au Bhoutan.

Mais l’entreprise, qui commercialise des huiles essentielles, des cosmétiques et des épices, n’a pour l’instant pu faire certifier que des produits poussant à l’état sauvage. Depuis deux ans, Bio Bhutan travaille avec un organisme suisse qui a une antenne en Inde. « Tous les ans, un inspecteur vient sur le terrain. C’est une longue et coûteuse procédure », que seules les structures destinant leurs produits à l’exportation peuvent supporter. A l’heure actuelle, le Bhoutan ne dispose pas d’agence de certification.

Un objectif d’autosuffisance alimentaire

« Le règlement national de l’agriculture biologique est encore en cours de rédaction, explique Norden Lepcha, du National organic program. Il devrait probablement être finalisé en 2016. » Trois niveaux de certification seraient envisagés : local, national et international. « Il s’agit aussi d’un affrontement de politiques, entre l’objectif d’autosuffisance alimentaire et l’objectif du tout bio. Face à ces objectifs potentiellement contradictoires, il ne nous est pas donné de direction », commente Norden Lepcha.

Actuellement, le pays serait autosuffisant en nourriture à 80 % d’après Ganesh Chhetri, directeur adjoint du Département de l’Agriculture. Mais pour le riz, l’aliment de base au Bhoutan, la situation est plus préoccupante. Le pays doit importer la moitié de sa consommation, soit l’équivalent de 50 000 m3 par an.

Avec l’exode rural, de nombreux Bhoutanais ont quitté les champs et si les paysan(ne)s cultivent suffisamment de riz pour eux-mêmes, ils n’en produisent pas assez pour la consommation urbaine. Certains se tournent aussi vers des cultures plus lucratives, comme la pomme de terre, la cardamone ou les pommes, exportées vers l’Inde et le Bangladesh.

« Avoir une agriculture 100 % biologique ne sera donc pas un objectif simple à atteindre », reconnaît Norden Lepcha. Tshering Pelden, elle, reste confiante. « Avec les prix des intrants qui augmentent chaque année et les gens qui sont de plus en plus informés des bienfaits de l’agriculture biologique, avec le temps on devrait y arriver. » Ni le précédent, ni l’actuel gouvernement n’ont fixé d’objectif dans le temps pour un royaume 100 % bio.

Le premier procès contre un data center s’ouvre aujourd’hui Philippe Desfilhes (Reporterre) Reporterre 2015/10/01 Philippe Desfilhes (Reporterre) (1er octobre 2015 à 09h22,) Le premier procès contre un data center s’ouvre aujourd’hui. Reporterre. Numérique fr

Le premier procès contre un data center s’ouvre aujourd’hui

Alors qu’au nord de Paris se développe un eldorado pour les centres de stockage des données numériques, un collectif de La Courneuve a porté plainte contre les nuisances et la dangerosité d’un data center de la société Interxion.

Le procès qui s’ouvre jeudi matin 1 octobre devant le tribunal administratif de Montreuil (Seine-Saint-Denis) est une première : il pose la question de la croissance effrénée des centres de données numériques, dit « data centers », en agglomération et notamment en région parisienne. Le collectif Association Urbaxion’93 s’attaque en effet à Interxion, l’un des géants de cette activité en pleine expansion. « Nous demandons l’annulation de l’autorisation d’exploiter du data center de la rue Rateau, à La Courneuve, en raison d’une irrégularité de l’enquête publique et d’insuffisances dans l’étude d’impact », explique Roxane Sageloli, avocate du Cabinet Huglo-Lepage et Associés, spécialisé dans le droit de l’environnement et de l’urbanisme.

Inauguré le 29 novembre 2012, le vaste bâtiment de 9.000 m2 aux allures d’entrepôt crée des nuisances permanentes aux riverains installés, pour les plus proches, à une dizaine de mètres seulement de la longue façade grise et sans fenêtre. « Il fait du bruit en permanence et a été implanté sans concertation suffisante avec la population, presqu’à notre insu en fait », dénonce Matilda Mijajlovic, l’une des habitantes de la rue Rateau à l’initiative de la création du collectif.

Si le bâtiment est bruyant, c’est parce qu’il faut refroidir les centaines de serveurs informatiques qu’il abrite et qui fonctionnent 24 heures sur 24 et 365 jours par an. Mais le plus grave est ailleurs : 580.000 litres de fuel sont stockées dans des citernes servant à alimenter les huit générateurs nécessaires au fonctionnement de l’installation. « Ces générateurs produisent 76 MW d’électricité, ce qui équivaut à la consommation d’une ville de 50.000 habitants », détaille Khadija Aït Oumasste, autre membre du collectif, qui habite également rue Rateau. Le bâtiment abrite en outre 8 salles de batteries au plomb reliées entre elles.

Les data centers pourraient consommer autant d’énergie qu’un million d’habitants

Pour le Conseil d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement de Seine-Saint-Denis (CAUE 93), un organisme qui conseille les collectivités locales, le data center de la rue Rateau représente un danger pour le quartier, non pas par son activité propre, mais par la quantité de fioul qui y est stockée et par la présence de batteries de sauvegarde implantées sur le site et à proximité des habitations. « Cette activité n’est pas compatible par sa “nature” avec le caractère résidentiel du quartier et il est de nature à porter atteinte à la sécurité publique », écrit le directeur du CAUE 93 dans un courrier adressé au collectif.

Cette prise en compte de la sécurité des riverains est au cœur de la contestation. Le procès intenté à Interxion est d’autant plus important qu’il s’agirait du premier procès de ce genre. « Nous exploitons des failles du dossier, notamment le fait que les risques d’incendie et d’explosion n’ont pas été suffisamment pris en considération. Mais on ne peut pas implanter d’installations aussi importantes que ce type de data centers aussi près d’habitations », s’insurge Roxane Sageloli.

Outre les nuisances et le risque, le choix des technologies et leur impact écologique sont également au cœur du problème. Les data centers du Grand Paris pourraient en effet consommer en 2030, si rien n’est fait pour les freiner, autant qu’une ville d’un million d’habitants, selon Daniel Thepin, auteur d’un rapport pour l’Institut d’aménagement d’Ile-de-France, cité dans un article de la Tribune.fr.

La communauté d’agglomération Plaine Commune, qui regroupe notamment, au nord de Paris, La Courneuve, Aubervilliers et Saint-Denis, est ainsi devenue, selon Daniel Thepin, le paradis des data centers, avec la plus forte concentration en Europe sur un territoire.

Pour sa part, Interxion a prévu de doubler la capacité du centre de stockage de la rue Rateau en construisant un bâtiment similaire. Et il projette de construire un autre data center de 44.000 m2 en plein centre de la Courneuve. « Notre action semble avoir retardé la phase 2 de l’installation de la rue Rateau, mais quid de ce data center géant ? » interroge Matilda Mijajlovic. Elle affirme qu’aucun des 400 emplois annoncés dans le journal de Plaine Commune pour la création de la phase 1 n’a vu le jour.

Au marché de Bohain, les gens parlent du climat, mais ne croient pas à la COP 21 Emilie Massemin (Reporterre) Reporterre 2015/10/01 Emilie Massemin (Reporterre) (1er octobre 2015 à 09h40,) Au marché de Bohain, les gens parlent du climat, mais ne croient pas à la COP 21. Reporterre. Reportage — Climat et quartiers populaires fr

Au marché de Bohain, les gens parlent du climat, mais ne croient pas à la COP 21

Par une belle matinée d’automne, Reporterre est allé causer climat au marché de Bohain, dans l’Aisne. Dans ce bourg hanté par l’effondrement de l’industrie textile et cerné de monocultures, la colère et la désillusion pointent. Inquiets des vents de plus en plus violents et d’une taxe diesel qui pèserait sur leurs faibles revenus, ils ne croient guère en la volonté d’agir des gouvernements.

- Bohain (Aisne), reportage

Il est un peu plus de 9 h 30 ce vendredi matin de septembre, mais les passants sont encore rares sur la place du marché de Bohain-en-Vermandois. Jean-Marc, 53 ans, marchand des quatre saisons, a abandonné son étal à sa femme et se prélasse quelques instants au soleil. Pourtant, cette chaleur automnale ne le réconforte qu’à moitié, confie-t-il : « On voit bien qu’il se passe quelque chose depuis quelques années. Un jour il fait beau, le lendemain il pleut. Il y a de plus en plus de vent depuis quelques années. Il y a trois semaines, des mini-tornades ont cassé des arbres et dévasté des maisons du département. C’était dans les journaux. »

De retour derrière son étalage de fruits et légumes, il pèse un kilo de pommes, encaisse une poignée de pièces et poursuit son idée : « Et ce n’est pas qu’ici. Je vais en vacances à Quiberon en Bretagne depuis que j’ai sept ans, et je vois bien la dégradation des coquillages et des algues. Avant, on pêchait l’éperlan à profusion. Aujourd’hui, il n’y a plus rien. »

Jacky, 60 ans, se mêle à la conversation. « C’est pas beau, l’avenir. Quand on entend tout ce qu’on entend à la radio... Avec le changement climatique et les sécheresses en Afrique, on aura de plus en plus de migrants. Ici, on manque pas d’eau ! » s’exclame le retraité de Montigny-en-Arrouaise, une commune proche.

La COP 21 ? « De l’argent dépensé pour rien »

A côté de lui, Christian me fait part de son scepticisme. « Il y a toujours eu de la pollution. Avant, on se chauffait au bois, ça polluait, tant pis. Maintenant, il faut tout enlever, les centrales nucléaires aussi. J’y comprends plus rien ! » Le retraité de 67 ans attrape son sachet de pommes de terre, et enchaîne : « Hier, j’ai regardé l’émission ’Complément d’enquête’ sur France 2 avec Nicolas Hulot. Ce qui va être organisé en décembre [la COP 21 à Paris, NDLR], ça sert à rien, c’est de l’argent dépensé pour rien. Les gens s’en foutent. »

« Des paroles, des paroles, des paroles, renchérit Jean-Claude, son béret profondément enfoncé sur sa tête. De belles réunions. On se réunit, on se concerte, jamais d’actes. Allez voir dans les champs, il n’y a plus d’alouettes, plus de bleuets, que des cultures intensives et des gens qui meurent de faim. »

« Il aurait fallu agir avant »

Un peu à l’écart, Corinne, 61 ans, fait patiemment la queue. La commerçante à la retraite se montre bien plus nuancée : « Beaucoup de gens commencent à se préoccuper du changement climatique, même si ce n’est sans doute pas assez. On commence à réagir. Il y a moins d’emballages, pour les yaourts par exemple. Mais il aurait fallu faire tout ça avant. »

J’intercepte Philippe, 58 ans, qui traverse rapidement la place en compagnie de son épouse. « Le changement climatique ? Ça me préoccupe quand même un peu, pas pour moi mais pour les enfants, répond-il timidement. Je suis jardinier, je vois bien que quelque chose ne va pas. On n’a plus les saisons qu’il faut. Les hivers sont moins froids, il ne gèle plus assez, du coup les plantes manquent de repos. Au début de l’été, il n’a fait que pleuvoir. Il y avait des insectes qu’il n’y avait pas avant. »

« C’est toujours les mêmes qui trinquent »

En face, Elisabeth, 34 ans, et Franck, 40 ans, guettent les clients derrière leur stand désert. Le couple de commerçants de Fresnoy-le-Grand achète des vêtements à Paris, qu’ils revendent sur les marchés. Franck se dit frappé par les conséquences du changement climatique : « On a fait la saison sur les plages. La mer monte. Dans certains petits villages, il y avait des réunions parce que les falaises se rapprochaient des maisons. »

Mais les efforts devraient être mieux répartis, juge le couple. « On accuse souvent les citoyens, mais il faudrait que les gros pollueurs fassent plus d’efforts », dit la jeune femme. Son mari l’approuve d’un hochement de tête : « Oui, ils sont en train de nous préparer une taxe sur le diesel, une interdiction d’entrer dans Paris en voiture. C’est toujours les mêmes qui trinquent. On veut supprimer le diesel, c’est bien, mais tout le monde n’a pas les moyens d’acheter une voiture hyride. »

« Quand on veut protéger l’environnement, il faut avoir les moyens, abonde Elisabeth. La basse population ne peut pas se permettre d’acheter du bio sans emballages. Pourtant, c’est elle qui pâtit le plus des conséquences du changement climatique. »

Je quitte la place du marché pour emprunter la rue de la République, où, à 10 h 30, les passants se pressent le long des étalages. Irène, 57 ans, se tient bien droite derrière son stand couvert de mirabelles mûres à point. « Je pense qu’il y a plus à faire dans le ciel que sur terre. C’est les avions qui polluent le plus. Il y en a énormément maintenant. Pourquoi on ne fait rien contre ça ? » s’interroge la commerçante.

« Il y a eu des périodes chaudes sans voitures qui circulaient... »

Près du camion-boucherie, mes questions prennent au dépourvu deux quinquagénaires, Françoise et Catherine. « Oui, il faut protéger la planète, hasarde la première, avant de me désigner un vieil homme costaud à l’air décidé qui s’éloigne, un sachet de saucisses à la main. Posez-lui plutôt la question, il aura plein de choses à dire ! »

Effectivement, le retraité de Fresnoy-le-Grand est très remonté. « On aurait dû s’en occuper il y a quarante ans, maintenant c’est trop tard. Et les assos, c’est bien ce qu’elles font, mais il faut qu’elles arrêtent un peu. En disant que le diesel est polluant, elles pénalisent tout le monde ! » peste-t-il. Grande gueule, il n’hésite pas à remettre en question la responsabilité de l’homme dans le changement climatique : « Le cycle de la Terre a toujours été périodes chaudes, périodes froides. Il y a déjà eu des périodes très chaudes sans voitures qui circulaient... »

Sous la halle, Françoise, 70 ans, et Justine, 22 ans, flânent bras dessus, bras dessous. Les deux femmes semblent plus sensibilisées à la crise climatique que mon interlocuteur précédent. « J’ai vu des reportages sur la glace qui fond pas mal, confirme la retraitée. Quand je vois ces nounours blancs sur leur tout petit bout de glace, ça me fait mal au cœur. J’aime tant les bêtes ! »

Pour Justine, « la Terre se révolte, il faut faire attention. C’est pour ça que je ne fais pas d’enfants. » Mais les solutions existent, affirment-elles en chœur. « J’en connais qui prennent la voiture pour faire 500 mètres, accuse la jeune femme. Nous devrions tous faire de petits gestes. Ça ne prend pas trop de temps de faire le tri. » « Si j’avais un jardin, je ferais du compost », complète Françoise. A Justine de conclure : « Il faut lancer un mouvement de masse. »

Gaz et pétrole de schiste : Royal et Macron accordent des permis de recherche... à deux mois de la COP 21 ! Isabelle Lévy Reporterre 2015/10/01 Isabelle Lévy (1er octobre 2015 à 09h05,) Gaz et pétrole de schiste : Royal et Macron accordent des permis de recherche... à deux mois de la COP 21 !. Reporterre. Tribune — Mines et Gaz de schiste fr

Gaz et pétrole de schiste : Royal et Macron accordent des permis de recherche... à deux mois de la COP 21 !

À quelques semaines du lancement de la COP 21, la ministre de l’Ecologie et celui de l’Economie ont autorisé de nouvelles concessions de recherche d’hydrocarbures liquides ou gazeux en métropole.

Isabelle Levy est membre du Collectif du Pays fertois, qui s’oppose à l’exploration du pétrole de schiste (Doue, Jouarre, Signy-Signets - Seine-et-Marne / Permis de Chateau-Thierry)

Le 29 septembre 2015, le Journal officiel publiait trois arrêtés ministériels signés par Ségolène Royal octroyant trois nouveaux permis exclusifs de recherche d’hydrocarbures liquides ou gazeux.

Il s’agit des permis de Champfolie (Seine-et-Marne), d’Esthéria (Marne) et d’Herbsheim (Bas-Rhin). Les bénéficiaires de ces permis sont respectivement les entreprises Vermilion, Lundin et Bluebach.

Le permis de Champfolie avait été demandé par Vermilion en 2009, à une époque où la fracturation hydraulique n’était pas remise en question. Il est accordé aujourd’hui. La géologie a-t-elle changé entre temps ? Quel est l’intérêt d’un permis de recherche de 120 km2 pour une entreprise qui détient déjà 13 permis ? Pourquoi Vermilion dépose-t-il régulièrement de nouvelles demandes de permis (26 à ce jour) ? Comment expliquer la nouvelle autorisation faite à Vermilion par le préfet de Seine-et-Marne de procéder à 30 nouveaux forages sur une concession (Champotran) ne faisant que 90 km2 ? Comment expliquer la demande d’autorisation faite par Vermilion de 10 nouveaux forages sur la concession de Vert-le-Grand ? Comment expliquer l’autorisation de deux nouveaux forages sur le permis de Saint-Just-en-Brie malgré les oppositions exprimées des membres du conseil municipal sur les registres de l’enquête publique au printemps dernier ?

Vermilion, premier producteur d’hydrocarbures sur le sol français, a les moyens d’attendre que « les temps changent » en produisant quelques milliers de barils par jour ! Cela lui permet surtout de dire haut et fort qu’il respecte la loi (c’est bien le minimum qu’on puisse attendre d’une entreprise) mais que si la loi change… il suivra encore et toujours la loi, quelle qu’elle soit !

Par ailleurs, à la frontière allemande, le permis d’Herbsheim vient d’être octroyé à l’entreprise Bluebach. Le décret signé par Ségolène Royal précise que l’engagement minimal de l’entreprise Bluebach devra être de 1,98 million d’euros. Comment cette entreprise va-t-elle s’y prendre alors qu’il s’agit d’une entreprise uninominale, dont le capital social est de 8 378 euros, avec zéro salarié ? Pas de problème ! Bluebach a été racheté en 2010 par Moore Energy. Sur le site cette société basée en Norvège on peut lire que [le sous-sol français regorge de ressources non conventionnelles, ce qui a poussé Moore à demander des permis de recherche. Moore convient que, pour l’instant, la fracturation hydraulique est interdite en France…

Rappelons que le Code minier actuel ne permet pas à un gouvernement de revenir sur un permis de recherche préalablement octroyé. Ce même code minier rend quasi-automatique la transformation d’un permis de recherche en une concession (exploitation). Obtenir un permis de recherche, pour une entreprise pétrolière, revient à « mettre le pied dans la porte ». Or, le Code minier ne fait pas la distinction entre hydrocarbures conventionnels (sans fracturation) et non conventionnels. Tout permis obtenu aujourd’hui sera valide encore dans quatre ou cinq ans. Le prix du pétrole, bas aujourd’hui, remontera un jour ; la fracturation hydraulique, interdite aujourd’hui…

Un gouvernement qui prétend refuser l’exploration et l’exploitation des ressources non conventionnelles ne devrait pas accepter que les gaz de couche soient exploités en Lorraine et dans le Nord-Pas-de-Calais en entretenant une confusion entre gaz de houille (le grisou) et gaz de couche (CBM) qui fait des ravages en Australie.

Vue la précipitation avec laquelle Ségolène Royal signe des prolongations et des octrois de permis, va-t-on voir dans les jours prochains de nouveaux arrêtés ministériels concernant les permis de Dicy, Gastins, et une dizaine d’autres dossiers propulsés dans les tuyaux il y a un an par la ministre ? Permis, rappelons-le, dont l’objectif initial était le pétrole de schiste ?

Enfin, une question plus générale, la seule action réelle d’un gouvernement qui prétend vouloir participer à la lutte contre le réchauffement climatique ne serait-elle pas de refuser systématiquement l’octroi de nouveaux permis de recherche d’hydrocarbures (une énergie du passé) ?

Pour sauver le climat, les « faucheurs de chaises » frappent de nouveau Émilie Massemin (Reporterre) Reporterre 2015/10/02 Émilie Massemin (Reporterre) (2 octobre 2015) Pour sauver le climat, les « faucheurs de chaises » frappent de nouveau. Reporterre. Luttes fr

Pour sauver le climat, les « faucheurs de chaises » frappent de nouveau

Une agence de la BNP a reçu la visite de ces militants aux méthodes non-violentes, qui sont repartis avec plusieurs chaises de la banque. À deux mois de la COP 21, ils estiment urgent de « lier l’évasion fiscale organisée par certaines banques et le manque de financement pour le climat ». Les chaises, elles, voyagent.

- Paris, reportage

Jeudi 9 h 30. Trente énergumènes s’introduisent dans l’agence BNP Paribas du 19, boulevard de Strasbourg, dans le Xe arrondissement de Paris. Le visage effrontément découvert, arborant des tee-shirts aux couleurs vives, ces militants de Bizi !, des Amis de la Terre, des JEDI for Climate, des Désobéissants, d’Action directe non-violente et d’Attac embarquent dix chaises et deux jolis fauteuils sous le regard stupéfait des clients et des employés.

L’opération se déroule en trois minutes chrono, dans un calme absolu. Elle n’est visiblement pas du goût du directeur de l’agence, qui somme les activistes de « poser ça tout de suite » et tente d’entraver leur route en abaissant le rideau de fer. « Nous allons nous mettre en-dessous, prévient calmement un militant de Bizi. Ceci est une action non-violente, nous pouvons vous expliquer pourquoi nous faisons ça. » Finalement, tout le monde sort tranquillement de l’agence pour une photo finale.

Ce n’est pas la première fois que des activistes embarquent des chaises pour protester contre l’évasion fiscale. Le mouvement basque Bizi a lancé la tendance en fauchant huit sièges à une agence HSBC, le 12 février dernier, en plein SwissLeaks – le Monde et le Consortium international des journalistes avaient révélé que la banque avait fait disparaître cent quatre-vingt milliards d’euros dans des paradis fiscaux, entre novembre 2006 et mars 2007. « On est entré dans la banque et on a pris la première chose qui nous tombait sous la main, des sièges, se souvient Jon Palais, militant à Bizi. La chaise va parler aux gens parce que c’est un objet simple, que tout le monde a chez lui et qui peut symboliser une réaction citoyenne par rapport à l’impunité dont bénéficie un système organisé d’évasion fiscale. »

Vingt mille milliards de dollars par an d’évasion fiscale !

À l’approche de la Conférence Climat de décembre, la COP 21, dont la réussite dépend en grande partie de l’aide financière que les pays développés pourront accorder aux pays les plus vulnérables au changement climatique, de telles actions revêtent un caractère d’urgence. Mercredi 30 septembre, soixante-dix-sept personnalités, parmi lesquelles l’ancien résistant Claude Alphandéry, les économistes Geneviève Azam et Dominique Plihon ou encore le sociologue et philosophe Edgar Morin, ont lancé un « Appel à réquisition citoyenne de 196 chaises avant et pendant la COP 21 ». D’autres opérations du même genre devraient se multiplier partout en France jusqu’à la conférence sur le climat, espèrent les activistes - cent cinquante personnes ont déjà été formées pour cela. « Ces chaises serviront de support à une grande action symbolique en pleine COP 21, afin d’inciter les citoyens du monde à entrer dans l’action », précise l’appel.

L’objectif de ces réquisitions est désormais de « faire le lien entre l’évasion fiscale organisée par certaines banques, qui représente vingt mille milliards de dollars par an, d’après le Tax Justice Network, et le manque de financement pour le climat, alors qu’à l’approche de la COP 21 les États peinent à trouver les cent milliards de dollars annuels promis dès 2020 aux pays en développement », explique Malika Peyraut, chargée de campagne Institutions financières internationales aux Amis de la Terre. Lévasion fiscale coûterait jusqu’à mille milliards d’euros par an rien qu’à l’Union européenne, d’après des estimations de la Commission.

Et BNP Paribas, riche de cent soixante-dix-sept filiales dans divers paradis fiscaux, dont sept aux Îles Caïmans, est « la banque française première sur les questions d’évasion fiscale, première sur les questions de projets climaticides, dénonce Wilfried Maurin, d’Attac. C’est le symbole du capitalisme à la française. Alors qu’elle devrait être combattue comme banque qui encourage l’évasion fiscale, elle voit son ex-numéro deux bientôt nommé à la Banque de France. Il y a une énorme défaillance de l’État par rapport à ça. »

Sensibiliser un maximum de monde

Pour les activistes, la solution est limpide : lutter contre ces évasions fiscales pour sauver le climat. Les sièges piquées ce matin, après une petite balade dans Paris, sont désormais hébergées par Edgar Morin – un dangereux récidiviste, Susan George, Guillaume Duval d’Alternatives économiques, Patrick Viveret, Claude Alphandéry et Alain Caillé. Elles reprendront bientôt leur petit bonhomme de chemin, de façon à sensibiliser un maximum de monde. « Pour ce qui est des chaises réquisitionnées en février, il y en a une à l’École normale supérieure chez des économistes atterrés, une perdue au fin fond de la Picardie, peut-être encore une au siège d’Attac, aux Amis de la Terre, énumère Wilfried Maurin. Elles sont toujours en mouvement, pour alimenter le débat sur l’évasion fiscale. »

La vérité sur la dette grecque Reporterre 2015/10/02 (2 octobre 2015) La vérité sur la dette grecque. Reporterre. Grèce fr

La vérité sur la dette grecque

Avec le concours du CADTM, l’éditeur Les Liens qui Libèrent publie sous forme de livre le rapport de la commission pour la vérité sur la dette grecque.

En avril 2015, le Parlement grec met en place une commission pour la vérité sur la dette grecque. Voici le rapport intégral. Passionnant, précis et iconoclaste tant il remet en question les idées reçues, abondamment relayées par les médias.

L’intérêt de ce rapport est de mener des investigations rigoureuses sur l’origine de la dette grecque et son évolution depuis 1990 notamment, les véritables causes de son augmentation, la façon dont elle a été contractée, l’impact qu’ont eu sur l’économie et la population les conditionnalités attachées à ces contrats, les résultats et conséquences enfin des politiques dictées par la troïka mises en œuvre pour la « résoudre ». Un document indispensable pour comprendre cette crise européenne qui ne cesse d’alimenter les débats…

À l’été 2015, la Grèce se trouve à un carrefour. Elle doit choisir entre la poursuite des programmes d’ajustement macroéconomiques imposés par ses créanciers ou briser les chaînes de sa dette. Cinq ans après le début des programmes d’ajustement, le pays reste plongé dans une grave crise économique, sociale, démocratique et écologique. La boîte noire de la dette n’a pas été ouverte. À ce jour, aucune autorité, grecque ou internationale, n’a cherché à faire la lumière sur les causes et les modalités d’assujettissement de la Grèce au régime de la Troïka.

La dette, au nom de laquelle rien n’a été épargné à la population, reste le dogme au nom duquel est imposé un programme d’ajustement néolibéral qui s’accompagne de la plus profonde et la plus longue récession jamais connue en Europe en temps de paix.

La Vérité sur la dette grecque, Editions Les Liens qui libèrent, 208 pages, 9,90 €.

Arnaud Montebourg brasse un vent original, mais reste accro au nucléaire et au gaz de schiste Barnabé Binctin (Reporterre) Reporterre 2015/10/02 Barnabé Binctin (Reporterre) (2 octobre 2015) Arnaud Montebourg brasse un vent original, mais reste accro au nucléaire et au gaz de schiste. Reporterre. Énergie fr

Arnaud Montebourg brasse un vent original, mais reste accro au nucléaire et au gaz de schiste

Le héraut du made in France a investi dans New Wind, une petite entreprise qui a développé une éolienne d’un nouveau genre. Mais pour l’ancien ministre, la transition énergétique passe par les technologies, nucléaire et gaz de schiste inclus.

Pour l’occasion, il aurait pu ressortir la marinière. Mais c’est bien dans son nouveau costume d’entrepreneur qu’Arnaud Montebourg s’est présenté, jeudi 1er octobre, devant la presse pour expliquer son nouvel engagement au sein de la start-up bretonne New Wind. L’ancien ministre du Redressement productif devient le président du conseil de surveillance de cette société basée à Trégueux (Côtes-d’Armor) après avoir investi 56.000 euros dans son capital, soit la moitié de ses « maigres économies ». « Je n’ai pas de fortune personnelle, a-t-il expliqué, car la politique n’est pas le meilleur moyen pour gagner de l’argent comme vous le savez, et lorsque j’étais avocat auparavant, j’ai souvent défendu des gens sans le sou. »

Le chevalier Montebourg vole donc désormais au secours de la transition énergétique, grâce à l’ « arbre à vent », l’innovation technologique développée par New Wind. « Il s’agit de capter les plus petites variations du vent et exploiter le moindre courant d’air en le transformant en électricité », détaille Jérôme Michaud-Larivière, fondateur de New Wind et inventeur de ce concept qui se veut inspiré du biomimétisme.

Le premier prototype, à l’essai depuis deux ans en Bretagne, a la forme d’un arbre métallique sur les branches duquel reposent 63 feuilles en plastique, chacune équipée d’une petite turbine. Ce sont ces « aeroleafs », sorte de mini-éoliennes, qui génèrent du courant. La « rupture technologique » s’opère au niveau de la sensibilité : là où une éolienne classique fonctionne autour d’une vitesse du vent de 5 mètres par seconde, l’aeroleaf démarre à 2 m/s.

« La moisson des énergies perdues dont le vent est roi »

Dotée d’un équipement d’intelligence électrique fondé sur plusieurs algorithmes, l’aeroleaf doit ainsi optimiser une production d’électricité estimée à près de 300 jours par an, bien plus que les éoliennes actuelles, qui ne tournent que 100 jours. Un véritable pied-de-nez aux critiques de l’intermittence : « On fait la moisson des énergies perdues dont le vent est roi », explique M. Michaud-Larivière. Il dit avoir eu l’idée en 2011, au lendemain de Fukushima, alors que le prix du kW/h explosait.

En « passionné d’innovations », Arnaud Montebourg dit avoir été séduit par cet « extraordinaire génie technologique » qui se donne pour objectif de fournir 83 % des besoins en électricité – hors-chauffage – d’un foyer de 4 personnes vivant dans 125 m2. Le prototype doit voir ses premières installations opérationnelles avant la fin de l’année : « C’est une solution de proximité avec une stratégie de l’autoproduction : chacun peut faire sa propre électricité chez lui », poursuit Jérôme Michaud-Larivière, qui s’est entouré d’une dizaine de salariés.

New Wind affirme avoir déjà plus d’un millier de demandes, dont un certain nombre de particuliers – bien que le prix définitif, évalué à 30.000 euros, ne sera pas connu avant le 30 novembre. Parmi les clients figurent aussi les collectivités territoriales, telle Vélizy-Villacoublay (Yvelines), qui a déjà passé commande : « C’est une vraie alternative aux éoliennes qui dégradent le cadre de vie et ne plaisent pas à la population », veut croire Pascal Thévenot, le maire de la ville.

Haut de 10 mètres pour 8 de diamètre, totalement silencieux, l’arbre à vent dessiné par Claudio Colucci devrait être mieux accepté sur le terrain que ses grandes sœurs industrielles : « Cela ne défigure pas le paysage et s’adapte parfaitement au cadre urbain sans y ajouter de nouvelles nuisances », dit-on à New Wind. Le groupe Eiffage, le fabriquant de l’arbre à vent, vante de son côté « une structure élégante bien que complexe pour un produit qui a du sens ». Le groupe immobilier Unibail-Rodemco a prévu d’en installer dans un grand projet de centre commercial à Düsseldorf tandis que la banque suisse Piguet-Galland veut en faire venir à Genève.

Pour Arnaud Montebourg, il est possible de remettre à flot l’industrie française des énergies renouvelables : « Le solaire se fait en Chine mais la révolution de l’éolien domestique peut se faire en France ! » Un Made in France qu’il veut mettre au service de la lutte contre le réchauffement climatique : « La priorité, c’est le CO2, le fléau du XXIe siècle. »

« On ne peut pas remplacer une énergie par une autre »

Pourtant, l’ex-ministre a pris des positions favorables aux gaz de schiste et au nucléaire. Interrogé par Reporterre à ce propos, Arnaud Montebourg a d’abord botté en touche en reprenant le discours classique de l’augmentation de la demande : « Je n’ai jamais accepté le débat manichéen sur les énergies, on ne peut pas remplacer une énergie par une autre et il y a toujours besoin d’énergies nouvelles pour couvrir les besoins, notamment dus à l’accroissement démographique. » Avant de confirmer sa position sur le sujet : « Je suis favorable au nucléaire car on ne peut pas s’en passer si on sort du charbon et du pétrole. »

La transition énergétique d’Arnaud Montebourg ne passe donc pas par la baisse de la consommation d’énergie. Il se réfère à une étude de l’université Stanford publiée en 2012 : « Si l’on collectait mieux encore le vent, on pourrait produire 100 fois plus d’électricité que l’économie n’en a besoin ! »

Les grands énergétiens l’ont bien compris : Engie (ex GDF-Suez) prévoit de planter deux de ces nouveaux arbres à l’entrée du Bourget à l’occasion de la COP 21, dont elle est un partenaire officiel. Puis de les replanter à… Roland-Garros, dans le cadre de son très contesté projet d’agrandissement.

Changer la relation occidentale à la nature... en apprenant des peuples d’Amazonie Marie Astier (Reporterre) Reporterre 2015/10/02 Marie Astier (Reporterre) (2 octobre 2015) Changer la relation occidentale à la nature... en apprenant des peuples d’Amazonie. Reporterre. Entretien — Culture et idées fr

Changer la relation occidentale à la nature... en apprenant des peuples d’Amazonie

Et si notre société occidentale adoptait la vision du monde des Indiens d’Amazonie ? C’est ce que mettent en scène les aquarelles d’Alessandro Pignocchi, inspirées de sa découverte des Achuars. Rencontre avec un urbain qui tente de repenser notre rapport à la nature.

À Reporterre, les dessins de son blog nous ont emballé. Vous les avez peut-être aperçus : Manuel Valls qui s’émeut d’avoir écrasé un hérisson, ou qui craque en direct à la radio, car il voudrait démissionner pour émigrer vers des contrées à la biodiversité encore préservée…

À voir ces aquarelles, il y a d’abord le sentiment jouissif d’imaginer une société dans laquelle les politiques seraient - enfin ! - vraiment écolos. Puis on saisit la portée du message, qui pousse vers une profonde remise en question du rapport à la nature au sein de notre société occidentale.

On a donc voulu rencontrer l’auteur de ces dessins. Alessandro Pignocchi, la trentaine et les cheveux bruns comme son patronyme italien, se ballade dans les rues de Paris avec un gros sac à dos. Il a récemment quitté la capitale pour une maisonnette en banlieue. « J’ai toujours habité dans des grandes villes, et je me suis toujours senti insatisfait », explique-t-il.

C’est avec ce point de vue de citadin en mal de nature qu’il a lu Les Lances du crépuscule, le récit des trois années passées par l’anthropologue Philippe Descola avec une tribu achuar, dans la forêt amazonienne. « Je me disais que ce serait des histoires d’Indiens qui courent tout nus dans la forêt, que cela me donnerait un grand bol d’air frais. En fait, en lisant Descola, on s’aperçoit que le fantasme de l’Indien proche de la nature est bien en deçà de la réalité... »

Philippe Descola définit les Achuar comme animistes : animaux, plantes, être humains, tous ont le même esprit, seules les formes de leur corps les distinguent entre eux. Les animaux et les plantes font donc partie de la société. « Descola nous montre que les indiens n’ont pas même de concept de nature, que la forêt est pour eux un espace social et les êtres qui la peuplent des alter ego », s’enthousiasme le dessinateur.

« L’impression de nous voir du dessus »

À l’inverse, notre société occidentale fonctionne selon le principe du « naturalisme » - c’est ainsi que Descola l’appelle - : tous les corps obéissent aux mêmes propriétés mécaniques et biologiques, mais seul l’homme a un esprit et des connaissances qui lui permettent de se distinguer des autres créatures.

Le concept d’animisme remet en cause la séparation entre nature et culture instaurée dans notre société occidentale. « On a l’impression, d’un coup, de nous voir du dessus. On se rend compte que des idées qui structurent notre façon d’être, qui nous paraissent évidentes, sont en fait totalement construites. »

Alessandro Pignocchi pense d’abord traduire cette émotion intellectuelle et cette fascination pour le travail de l’anthropologue en travail universitaire. En tant que chercheur en sciences cognitives, il étudie déjà les mécanismes psychologiques qui font que l’on apprécie une œuvre d’art.

Selon lui, les œuvres d’art sont les objets dans lesquels nous cherchons le plus de traces des intentions de l’auteur. « Je voulais creuser l’idée qu’à l’autre extrémité, la nature est l’endroit où l’on perçoit le moins de traces d’intention humaines », avance-t-il.

« Quand on vit dans un environnement où tout ce qui nous entoure est le résultat d’un travail humain, en particulier en ville, on retrouve des intentions derrière le moindre coin de rue, poursuit Alessandro Pignocchi. L’esprit est sans cesse sollicité. J’avais l’intuition que le besoin de s’extraire de cet environnement urbain vient du fait que dans la nature, les traces d’intention étant plus rares, l’esprit est laissé plus libre de générer sa propre activité, de divaguer. » L’homme aurait donc besoin de la nature pour être heureux…

« J’ai commencé à réfléchir là dessus. Puis j’ai abandonné l’idée de travailler sur le sujet de façon théorique, parce que cela me tenait trop à cœur ! » Peu à peu vient l’idée de retourner à une passion étudiante, le dessin. Il décide d’aller « voir Les lances du crépuscule en vrai ». Il part en Amazonie pendant quelques semaines, à la rencontre de la tribu qui avait accueilli Descola : « Je m’attendais au choc de l’altérité absolue. En fait, au bout de quelques jours, c’était plutôt des potes très sympathiques, du moins pour ceux qui parlent espagnol. En fait, leur mode de pensée est si différent qu’il n’est pas visible. »

Que faire alors ? Sa déception devient un sujet de bande dessinée. « Elle porte sur la confrontation de mon fantasme de l’Indien proche de la nature à la réalité, détaille Alessandro Pignocchi. Finalement, je n’aurais pas pu faire quelque chose d’intéressant si j’avais trouvé ce à quoi je m’attendais. »

Légaliser le mariage avec les papayes

Dans le même temps, le dessin devient un mode d’expression quasi quotidien. Sur son blog, il imagine que notre société serait devenue animiste. Manuel Valls doit manger le hérisson écrasé pour éviter que son âme devienne errante (selon les Achuar, il est très dangereux de tuer un animal sans le manger, explique Alessandro Pignocchi). La Russie décide de légaliser le mariage avec les papayes, sous réserve que l’on puisse s’assurer de leur consentement, bien entendu.

Le rapport à la nature, mais aussi celui au temps, est bouleversé. Manuel Valls n’hésite pas à repousser de deux mois un rendez-vous avec Angela Merkel pour s’y rendre à pied. La Commission européenne décide de suspendre ses travaux pendant un an, le temps d’envoyer une délégation s’excuser auprès des reinettes d’Amazonie… Une façon de nous initier à la conception du temps chez les Achuar ?

« C’est vrai que chez les Achuar, il n’y a pas de passé, pas de futur. Ils ne connaissent pas le prénom de leurs grands-parents, par exemple. Ils n’ont pas d’idée de destin collectif », raconte Alessandro Pignocchi. Surtout, « les Achuar ont beaucoup plus le temps que nous. La forêt amazonienne est si prodigue que le travail journalier pour se procurer à manger est minime, quitte à s’ennuyer d’ailleurs… C’est pour cela que quand arrive un anthropologue, c’est une distraction bienvenue ! »

Mais ses vignettes sont surtout « un exutoire, pour réagir au désespoir et à l’exaspération de voir le monde prendre une direction si éloignée de celle que j’aimerais lui voir prendre », précise le dessinateur.

« L’une des choses qui m’exaspèrent le plus dans l’actualité, s’emporte Alessandro Pignocchi, c’est quand j’entends un soi-disant écologiste expliquer qu’il faut sauver l’Amazonie parce que c’est un puits de carbone et éventuellement une source de médicaments. Ces fonctions, pour importantes qu’elles soient, ne sont rien à côté de la perte d’un environnement aussi essentiel à notre bien-être. D’autant plus que cela sous entend que si la technologie était capable de remplir ces modestes services, raser l’Amazonie ne poserait plus aucun problème. »

« Mais à quoi sert ce poisson ? »

Alors les Achuar peuvent-ils nous aider à repenser notre rapport à la nature ? « On a l’impression que le summum de l’amour de la nature c’est de ne pas y toucher, de la mettre dans un parc national, déplore Alessandro Pignocchi. Mais même dans ce cas là, on reste dans une pensée utilitariste en lui attribuant une fonction récréative. »

Il termine notre entretien avec cette anecdote : « Un homme se battait pour faire protéger un site dans le désert, où il y avait une espèce de petits poissons, contre un projet d’exploitation pétrolière. Les avocats de ceux qui voulaient détruire la zone demandaient “Mais à quoi sert ce poisson ?” L’homme a d’abord essayé de le défendre en disant que sa physiologie particulière pourrait inspirer des découvertes médicales. Puis à la fin, exaspéré, il a demandé à l’avocat “et toi, à quoi tu sers ?” »

Alessandro Pignocchi a déjà publié L’Œuvre d’art et ses intentions ainsi que Pourquoi aime-t-on un film ? aux éditions Odile Jacob. Sa bande dessinée, récit de son voyage chez les Achuar, devrait sortir début 2016.

Et si l’argent planqué dans les paradis fiscaux servait plutôt au climat ? Par Émilie Massemin (Reporterre) Reporterre 2015/10/02 Par Émilie Massemin (Reporterre) (2 octobre 2015) Et si l’argent planqué dans les paradis fiscaux servait plutôt au climat ?. Reporterre. Luttes fr

Et si l’argent planqué dans les paradis fiscaux servait plutôt au climat ?

- Jeudi 1 octobre 2015

- Ecouter ici la chronique de Reporterre, par Emilie Massemin :

- Image : chaises prises à la BNP le 1 octobre (Greenpeace France)

La chronique de Reporterre, tous les jeudis à 18 h 10 sur Radio Nova, dans l’émission « 2h1/4 avant la fin du monde », animée par Marie Misset et Armel Hemme.

« L’occasion de faire le point sur les combats et débats quotidiens de l’écologie ».

A écouter sur... et bien voici la carte des fréquences, selon le lieu où vous habitez.

Les migrants révèlent l’absence de dialogue au sein de l’Europe et dans le monde Vincent Liegey Reporterre 2015/10/03 Vincent Liegey (3 octobre 2015) Les migrants révèlent l’absence de dialogue au sein de l’Europe et dans le monde. Reporterre. Monde fr

Les migrants révèlent l’absence de dialogue au sein de l’Europe et dans le monde

« Ces dernières semaines je me retrouvé dans plusieurs situations où le dialogue, dans une logique de communication non violente, s’est avéré être une question centrale. Je vous propose ici de partager ces expériences, et aussi quelques réflexions, dans une perspective de décroissance sereine et conviviale. »

Tous les mois, Vincent Liegey, "décroissant", porte son regard sur l’actualité. Comme les chroniques et tribunes publiées sur Reporterre, il exprime un point de vue propre, qui n’est pas nécessairement celui du Quotidien de l’écologie.

Après un été humainement intense en Hongrie avec les mouvements de solidarité avec les migrants, je rentre en France pour quelques jours. Quelle n’est pas ma surprise de voir le décalage entre la réalité que j’ai vécue sur le terrain et la vision construite par les médias sur cette question : l’Ouest défenseur des droits de l’homme face à l’Est, terre barbare et xénophobe. Médiapart titre même : « En Autriche, des milliers de migrants découvrent “l’humanité” ». Alors que la réalité des conséquences de notre modèle de société vient frapper à nos portes, le temps est à la communication, aux simplifications et à la recherche de boucs émissaires. Chacun fait sa communication. Angela Merkel, souhaitant se racheter une image après les aventures grecques, avec opportunisme économique et démographique, annonce l’accueil de 800.000 Syriens (et quid des autres réfugiés ?). La France donne des leçons de droit de l’homme oubliant, entre autres Calais. En Hongrie, le dirigeant Viktor Orban, de manière éhontée et brutale, continue à faire peur dans les chaumières afin de limiter son inexorable chute dans les sondages.

Bien loin des déclarations, très vite, l’Allemagne débordée par l’afflux des réfugiés ferme ses frontières accusant au passage les pays de l’Est, aussitôt suivie par l’Autriche, puis par la Hongrie... Le grand show médiatique s’organise à Röszke, à la frontière magyaro-serbe, où le grillage va se fermer. Les caméra du monde entier sont là, tout le monde est content : Orban joue au grand protecteur de sa nation et sert d’épouvantail, cachant ce qu’une grande partie de l’Europe de l’Ouest fait en douce. La crise continue, aucune solution digne n’est vraiment mise en place, chaque pays se « refile les migrants » avec hypocrisie et cynisme... mais de vieux clichés Est/Ouest permettent de sauver la face.

L’enjeu de cette chronique n’est pas d’analyser en profondeur ce cas d’école de construction médiatique mais de se poser la question de l’absence de dialogue entre nations, entre populations, entre médias, qui plus est dans l’Union européenne ! Tout se construit dans une logique de communication à des fins personnelles, « l’Autre » étant toujours méchant, suspect. Plus il est loin, moins on le connaît et plus le discours est efficace. Cette construction binaire permet d’éluder les vraies questions, les vrais enjeux et aussi de mettre sous le tapis toute forme d’autocritique... puisque nous serions les gentils.

Un pont entre les nouveaux mondes en construction et l’ancien qui s’effondre ?

Essayant tant bien que mal d’expliquer que non, l’Est n’est ni barbare ni xénophobe, qu’il y a aussi des problèmes majeurs, que oui, il y a une perception des choses différentes qui mériterait que l’on prenne le temps, des deux côtés, de dialoguer, écouter et comprendre, je participe à plusieurs rencontres. La première, dans le cadre de formations à l’Institut des futurs souhaitables, où j’interviens régulièrement. Ces rencontres permettent de se retrouver dans une situation d’échange constructif avec des personnes issues de différents milieux, en particulier du monde des affaires, des multinationales ou du marketing. Elles offrent un cadre unique pour dialoguer sans jugement personnels mais avec respect sur les contradictions profondes de notre modèle économique dans une logique de décroissance : « Mais alors que deviennent les multinationales ? — Elles sont amenées à disparaître ! — Oui, mais comment on les déconstruit ? »

La manière d’amener les choses, de dialoguer, transforme totalement la tournure des débats. L’enjeu n’est plus pour ou contre, l’enjeu n’est pas : eux contre nous mais porte sur le comment construire du souhaitable ensemble ? Est-ce que cela est possible dans un monde avec de telles inégalités, de telles dominations ? Pas sûr, mais ces expériences sont riches d’enseignements et ne peuvent se construire que dans un cadre donné et surtout avec du temps et de la volonté d’écoute ! Rien d’impossible donc.

Quelques jours plus tard, je participe à un colloque à Budapest sur les villes en transition dans le cadre de la COP 21. EDF intervient à une table ronde où est évoqué l’enjeu des économies d’énergie. Je pose alors la question au représentant d’EDF de manière courtoise, ouverte, sans jugement ni volonté de les pointer principalement, les contradictions entre d’un côté la nécessité de réduire nos consommations d’énergie et ce qui fait l’essence même de la survie d’une entreprise dans ce modèle économique, la croissance. La réponse est directe et pleines d’attaques personnelles : « Vous ne voulez pas que les africains aient accès à l’électricité ? » ou encore « Vous avez bien un smartphone ! », etc. Là, le dialogue ne s’est pas installé. Pourtant, le cadre aurait dû le permettre et cette question méritait de dépasser le consensus mou qui s’installait et d’être approfondie.

Au cœur de la prochaine conférence internationale sur la décroissance

Ces questions et réflexions sont au cœur de nos objectifs pour l’organisation de la prochaine conférence internationale sur la décroissance, qui aura lieu en septembre prochain à Budapest. Comment créer un espace où le dialogue peut s’instaurer ? Comment ouvrir aux acteurs éloignés des préoccupations de la décroissance, en particulier ceux que nos réflexions questionnent de manière radicale ? Enfin, inscrire cette nouvelle conférence à « l’Est » est une opportunité pour réfléchir à un autre dialogue Est/Ouest, loin des clichés, sans pour autant éluder les différences de perception majeures qui existent.

Un tel dialogue est une opportunité pour le mouvement de la décroissance d’approfondir encore plus à la fois ses réflexions sur comment construire des sociétés relocalisée mais ouvertes sur le monde, quelle éducation, quelles dynamiques sociales avec moins de divisions des tâches (la tête et les mains), moins d’inégalités et plus d’autonomie et de convivialité. Le dialogue avec « l’Autre », c’est aussi une chance unique de se retrouver face à soi-même, de faire son autocritique, d’amener de nouveaux débats, d’aborder des problèmes sous d’autres angles... c’est donc aussi un outil de décolonisation de nos imaginaires et d’enrichissement mutuel.

Le Kit de survie Cop 21. Deuxième volet : Où trouver les infos sur le climat ? Aurélie Delmas (Reporterre) Reporterre 2015/10/03 Aurélie Delmas (Reporterre) (3 octobre 2015) Le Kit de survie Cop 21. Deuxième volet : Où trouver les infos sur le climat ?. Reporterre. Climat fr

Le Kit de survie Cop 21. Deuxième volet : Où trouver les infos sur le climat ?

La température mondiale se réchauffe, l’équilibre climatique vacille, les risques progressent. Comment parvient-on à de telles conclusions ? Qui les formule ? Où trouver rapidement les bonnes informations scientifiques ? Reporterre vous explique où trouver les bonnes informations sur le climat. Émilie Massemin, journaliste à Reporterre, vous explique en vidéo, et en moins de 2 minutes, comment elle déniche les bonnes infos. Et toutes les pistes dans notre PDF à télécharger.

Video : comprendre l’essentiel en 1’55’’

Émilie Massemin est journaliste à Reporterre, chargée notamment des questions climatiques. Elle explique comment aborder simplement les rapports du Giec, qui serviront de support aux négociations de la COP 21, qui se déroulera à Paris du 30 novembre au 10 décembre.

Émilie Massemin de « Reporterre ».

Les principaux points à retenir concernant les sources d’informations sur le climat

- Le Groupement d’experts intergouvernemental sur le climat (Giec) est un organisme intergouvernemental qui a été créé en 1988. Ce n’est pas un organisme de recherche mais un lieu d’expertise destiné à synthétiser les travaux menés dans les laboratoires du monde entier. Le Giec a publié son cinquième rapport en 2014.

- En France, de nombreux organismes relaient et décryptent les rapports du Giec comme l’Observatoire national sur les effets du réchauffement climatique (Onerc), le Centre national de la recherche scientifique (CNRS), l’Institut de recherche en sciences de l’environnement Pierre-Simon Laplace…

- Les ONG mènent aussi un important travail de vulgarisation. Le Réseau action climat France s’attache depuis de longs mois à développer des outils pédagogiques en vue de la COP 21.

Télécharger la fiche Climat : où trouver les infos ? :

LES LIENS UTILES

- Le site du Giec (en anglais) - Le résumé du rapport du Giec en français - Le rapport sur le climat de la France au XXIe siècle - Le site de l’Observatoire national sur les effets du réchauffement climatique (Onerc) - Le site du CNRS - Le dossier du CNRS pour la COP 21 - Le Réseau action climat - France - Le dossier pédagogique du Réseau action climat - Sur Reporterre, le dossier Climat - Et les autres volets du « Kit de survie Cop 21 »

La bicyclette célèbre son retour Frédéric Héran Reporterre 2015/10/03 Frédéric Héran (3 octobre 2015) La bicyclette célèbre son retour. Reporterre. Transports fr

La bicyclette célèbre son retour

Comment le vélocipède a-t-il concurrencé le cheval ? Pourquoi les Hollandais roulent-ils plus à vélo que les Français ? La voiture est-elle vraiment plus rapide que la bicyclette ? Que faut-il penser des vélos en libre service, des vélos pliants, du vélo à assistance électrique ? La multiplication des pistes cyclables suffit-elle à relancer la pratique ?

Retraçant le parcours de la bicyclette, depuis la draisienne du XIXe siècle jusqu’aux prototypes du XXIe, en s’intéressant à son environnement économique, culturel et social autant qu’à ses aspects techniques, Frédéric Héran raconte avec talent une autre histoire des déplacements urbains.

Alors qu’il triomphait dans les années 1920-1930, le vélo a été chassé des villes européennes dans les années de croissance d’après-guerre. Dès les années 1970, et contre toute attente, la bicyclette a pourtant réussi son retour progressif en Europe du Nord et dans certaines villes d’Italie. Mais la France et d’autres pays ont raté ce tournant.

Analysant les politiques de déplacements urbains à travers l’Europe, l’auteur montre que la modération de la circulation a joué un rôle déterminant dans le retour du vélo. Demain, la bicyclette pourrait devenir un moyen de locomotion indispensable pour contrer les effets de la crise économique et écologique. Et contribuer à faire de la ville un espace égalitaire et convivial.

Le Retour de la bicyclette, une histoire des déplacements urbains en Europe, de 1817 à 2050, Frédéric Héran, Éditions La Découverte, 256 p., 10 euros

Des semences paysannes pour les paysans syriens : un bel exemple de solidarité contre la guerre Marine Vlahovic (Reporterre) Reporterre 2015/10/03 Marine Vlahovic (Reporterre) (3 octobre 2015) Des semences paysannes pour les paysans syriens : un bel exemple de solidarité contre la guerre. Reporterre. Reportage — Agriculture fr

Des semences paysannes pour les paysans syriens : un bel exemple de solidarité contre la guerre

Sous la bannière de leur association Graines et Cinéma, Zoé et Ferdinand Beau parcourent le sud de la France pour construire un réseau de semeurs solidaires venant en aide aux paysans syriens, victimes du conflit qui ravage leur pays depuis quatre ans.

« J’ai apporté des semences de potimarron, de courges et de blettes », claironne Joëlle au stand de Graines et Cinéma installé, pour la soirée, dans une salle de Cambon-lès-Lavaur. Munie de ses enveloppes où reposent les précieuses graines, la Tarnaise s’inquiète : « Il faut les planter en godet. En pleine terre ça ne marche pas. Mais, d’ailleurs, est-ce que ça poussera là-bas ? » D’une voix douce, Ferdinand Beau la rassure : « La Syrie est un pays varié. Il n’y a pas que du désert mais aussi des montagnes et des plaines. Lorsque les semences arrivent dans les pays frontaliers, elles sont réparties au mieux selon les conditions climatiques. »

Des nattes colorées ont été superposées sur le carrelage froid. Des tableaux enfantins sur l’espoir de paix en Syrie ornent les murs. Près de l’écran géant flotte un drapeau de la révolution syrienne. Devant le jeune ingénieur agronome, la salle est fin prête. Au menu de ce soir, dans ce village de 300 habitants : récolte de graines pour la Syrie, projection de documentaires et discussions à prolonger dans la nuit. Des événements de ce type, Ferdinand et sa sœur aînée Zoé en ont organisé une trentaine au cours de l’été.

Dix-sept départements du sud de la France traversés, des milliers de kilomètres avalés dans leur camion et déjà des centaines de kilos de semences paysannes récoltées : ils affichent un joli bilan depuis leur départ de la région parisienne en juin. S’appuyant sur les réseaux de la Confédération paysanne, des Semences paysannes ou sur des initiatives informelles, les deux jeunes de 27 et 24 ans ont écumé les places de villages et les communautés. Avec un seul objectif : construire un réseau de semeurs français solidaires des cultivateurs syriens victimes de la guerre civile.

Tout a commencé au Liban, où Ferdinand et Zoé ont vécu six mois l’année dernière. Dans ce petit pays, qui accueille aujourd’hui près de deux millions de Syriens, ils ont été sollicités pour aider à aménager un jardin potager. Et pas n’importe où : sur le toit d’un immeuble de Chatila, le camp palestinien en bordure de Beyrouth au nom tristement célèbre, où vivent des milliers de réfugiés syriens. Les frère et sœur ont découvert alors les problématiques agricoles et alimentaires qui rongent la Syrie voisine.

Depuis ses débuts en 2011, le conflit militaire, qui a provoqué la mort de 300.000 personnes et le déplacement de 8 millions d’autres à l’intérieur et à l’extérieur du pays, a anéanti les moyens de productions agricoles. Ancien grenier du Moyen-Orient, la Syrie est en proie à une insécurité alimentaire croissante. Selon la FAO (l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture), près de 10 millions de personnes vivent dans une situation critique, nécessitant une assistance alimentaire et agricole permanente. Dans les zones libérées de l’emprise du régime de Bachar el-Assad mais ravagées par les combats, les habitants en autogestion forcée cultivent des légumes pour survivre.

« Se réapproprier dans l’urgence la souveraineté alimentaire »

C’est le cas à Yarmouk, un camp de réfugiés palestiniens situé au sud de Damas et soumis, depuis deux ans et demi, a un état de siège meurtrier. Pour endiguer la famine qui décime les 18.000 habitants du quartier, des potagers ont poussé sur les toits. Ces jardins urbains qui ont fleuri sous les bombes sont à l’origine d’un appel du collectif syrien 15th Garden (le 15e Jardin) [en anglais] aux cultivateurs européens pour alimenter des parcelles informelles aux quatre coins de Syrie.

Depuis 2013, 15th Garden coordonne ainsi des initiatives sur un territoire morcelé où l’accès aux graines est entravé par l’inflation des prix et par des décennies de planification agricole qui privait les paysans de la maîtrise de leurs semences. « C’est tout un savoir-faire paysan et un patrimoine naturel qui s’est perdu au fil des ans. Le conflit permet au moins à certains Syriens de se réapproprier dans l’urgence leur souveraineté alimentaire. Pour cela, il faut les aider », explique Ferdinand.

Pour ne pas se sentir impuissants, Zoé et Ferdinand ont choisi de soutenir, à leur échelle, une société civile exsangue, abandonnée par la communauté internationale mais prompte à développer des techniques de survie. « L’appel du 15th Garden a bien pris en Allemagne et en Grèce, où des tonnes de semences ont été données. De retour en France on s’est simplement dit : “Pourquoi ne pas essayer de constituer un réseau ici ?” » raconte Zoé. Son frère et elle choisissent de s’appuyer sur le genre documentaire pour donner à voir des instants de vie en Syrie. « C’est important pour nous de montrer que les gens sur place sont inventifs et que l’on peut parler de ce conflit autrement qu’en termes géopolitiques et dramatiques », poursuit la jeune femme.

Ces semences rustiques sont bannies par les douanes du monde entier

Des graines de paysans et de jardiniers sont collectées au cours de ces ciné-rencontres, de la main à la main, et en opposition totale avec la stratégie développée par la coopération internationale. « Certaines organisations font parvenir aux Syriens des variétés hybrides et standardisées qui nécessitent une utilisation importante d’eau et d’engrais. Elles créent une dépendance, car le paysan doit racheter chaque année sa semence. À le voir comme ça, on pourrait croire que les multinationales de l’agroalimentaire se préparent déjà à mettre la main sur la Syrie de l’après-conflit », s’insurge Ferdinand.

Les variétés syriennes conservées par la Réserve mondiale de semences de Svalbard, en Norvège, seront quant à elles replantées… au Maroc et au Liban. L’Icarda (le Centre international de recherche agricole dans les zones arides) a sollicité « l’arche de Noé végétale » [en anglais] pour reconstituer sa banque de graines détruite à Alep. Une première mais qui ne profitera pas aux Syriens.

Loin de cette absurdité ambiante, Graines et Cinéma recueille des semences paysannes méditerranéennes réputées résistantes et qui peuvent surtout être réutilisées chaque année. « Le but n’est pas tant de collecter pour stocker mais de construire un réseau efficace et pérenne de paysans français à qui l’on puisse faire appel quand on en a besoin. Là-bas, les graines sont disséminées le plus vite possible. Rien ne sert de construire une Maison de la semence qui pourrait être détruite par une bombe », précise Ferdinand.

Salade, épinards, pois chiches ou encore blé, le frère et la sœur acheminent ces graines en toute illégalité. L’échange de variétés traditionnelles non inscrites au catalogue européen étant déjà formellement interdit, ces semences rustiques sont bannies par les douanes du monde entier. Ferdinand fulmine : « C’est un comble quand on sait que l’histoire de l’Humanité s’est fondée sur le voyage des graines. » Jusqu’à présent, ils ont fait appel à des voyageurs prêts à en mettre quelques kilos dans leurs bagages jusqu’au Liban et à la Turquie. Via des relais locaux de 15th Garden, les graines sont triées. Certaines sont données à des réfugiés syriens installés dans ces pays frontaliers. Le plus gros passe clandestinement la frontière pour arriver à Alep, Kobané, Deraa ou encore Yarmouk.

Graines et Cinéma pourra bientôt voir les choses en grand. L’association Lounapo (l’Ouvroir de navigation potentielle) leur a proposé de traverser la Méditerranée à bord de son voilier et de transporter 500 kilos de semences. « Mais le tout n’est pas de donner, il faut aussi accompagner dans la durée », souffle Zoé. Qui s’amuse : « Ici, on nous a donné des graines de tomates anciennes que l’on a du mal à reconnaître nous-mêmes. Alors imaginez la tête des Syriens quand elles pousseront chez eux ! »

Graines et Cinéma présentera son travail :

- samedi 3 octobre à Lauris (Vaucluse) - dimanche 4 octobre à La Locaux Motiv à Serdinya (Pyrénées-Orientales) - mardi 6 octobre à la Cave Ecoiffier à Alénya (Pyrénées-Orientales) - jeudi 8 octobre au Fort de la Galline à Port-Vendres (Pyrénées-Orientales)

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Le jardin sans pétrole - L’ortie, un trésor pour le compost Christine Laurent (Reporterre) Reporterre 2015/10/03 Christine Laurent (Reporterre) (3 octobre 2015) Le jardin sans pétrole - L’ortie, un trésor pour le compost. Reporterre. Jardin sans pétrole fr

Le jardin sans pétrole - L’ortie, un trésor pour le compost

Une journée sans RER pour Chamarande pour cause de travaux. On reste en ville... où il y a des découvertes à faire sur les vertus de l’ortie.

Adieu jardin ! Nous voilà avec notre salade de lentilles sur les bras que nous allons finalement déguster sur un carré de prairie du bois de Vincennes. Des repousses de ray-grass, de dactyles et autres fétuques, deux troncs coupés en guise de banc et un rayon de soleil. Bien plus soigné que nos 400 m2 où il nous faut sans cesse contenir les ronces.

J’avais prévu, ce dimanche, de m’occuper d’un tas de compost qui s’est rempli très vite avec des végétaux tout secs du manque d’eau estival. Ces végétaux ont une forte teneur en carbone et pour rééquilibrer le compost, je pensais y adjoindre des orties, dont j’ai découvert un important massif en lisière de forêt.

Les orties n’apportent pas que de l’azote ! Incorporée dans le compost, cette plante agit comme un activateur qui accélère la décomposition des végétaux et leur transformation en humus. Quand les orties sont en graines, comme en ce moment, il est préférable de les tremper dans l’eau. Elles germeront dans le tas de compost, où elles s’affaibliront, et n’envahiront pas le jardin.

Il faut savoir, en ces temps de torpeur climatique, que la transformation des déchets végétaux dans un compost des champs - comme le nôtre - ou dans un lombricompost des villes - comme celui que des copains du 18e arrondissement ont installé dans leur cave - est une façon très efficace de séquestrer du carbone. Car une fois mûr, votre compost viendra enrichir une terre de culture dans laquelle les plantes qui pousseront transformeront le dioxyde de carbone de l’air en oxygène.

En attendant le moment d’aller travailler au jardin, Jean-Marie a fait un aller-retour lundi soir et a rapporté des tomates, une brassée d’oseille et de la salade au moins aussi amères que le chou de Kale, de l’Amap…

La société civile prépare une COP 21 pleine de rebondissements Hervé Kempf (Reporterre) Reporterre 2015/10/05 Hervé Kempf (Reporterre) (5 octobre 2015) La société civile prépare une COP 21 pleine de rebondissements. Reporterre. Climat : de COP en COP fr

La société civile prépare une COP 21 pleine de rebondissements

Réunie à Créteil durant le week-end, la Coalition Climat 21 a montré son énergie : les rendez-vous de novembre et décembre sont bien fixés, et la préparation tourne à plein régime. Reste maintenant à susciter la mobilisation pour les rassemblements des 29 novembre et 12 décembre.

La Coalition Climat 21 s’est réunie du vendredi 2 octobre à dimanche pour préparer la mobilisation de la société civile durant la Conférence des Nations unies - alias COP 21 - qui aura lieu au Bourget, près de Paris, du 30 novembre au 11 décembre.

Plus de cinq cents activistes - dont nombreux sont venus de l’étranger - ont participé à ces trois jours denses, où les discussions ont visé le concret : comment bien réussir les diverses actions qui auront lieu durant ces quinze jours.

Les rendez-vous posés sont maintenant clairs :

- dimanche 29 novembre : grandes marches à Paris et dans de nombreuses villes à travers le monde (certaines auront lieu le samedi 28 novembre) ; - samedi 5 décembre et dimanche 6 : Sommet citoyen pour le climat, à Montreuil (93) qui verra s’animer le village mondial des alternatives et le Climat forum ; des activités et débats auront aussi lieu du lundi 7 décembre au samedi 11 au sein de la ZAC (Zone action climat), qui se déroulera au Centquatre, 5 rue Curial à Paris ; - samedi 12 décembre : journée de mobilisation.

La figure que prendront ces journées se dessine. Pour le samedi 28 novembre et le dimanche 29, des marches se préparent en province (Rouen et Lyon le 28, Bordeaux, Lille, Strasbourg, Marseille...) et dans le monde (Kampala, Sao Paulo, Sidney, ...). Le cortège de Paris, qui aura lieu le dimanche 29 novembre, devrait être le plus imposant. Il se déroulera dans l’idéal de la place de la Bastille à la tour Eiffel, joignant l’image d’un Paris populaire au symbole international de la ville. Il reste à avoir l’accord de la préfecture sur ce trajet.

La marche aura une forte composante artistique et joyeuse : des groupes de travail et des artistes (ou pas) vont préparer des réalisations et animations que l’on imagine roboratives et attrayantes.

Elle devrait se découper en « blocs » portant les messages que veut transmettre la Coalition : d’abord, en tête du cortège, le bloc des communautés affectées, des victimes du changement climatique, à travers le monde et dans les quartiers populaires.

Ensuite, un gros bloc sur la justice sociale, puis le bloc des responsables (énergies fossiles, aéroports comme à Notre-Dame-des-Landes, traité TAFTA, agro-industrie et OGM, etc.). Viendra ensuite le bloc des solutions (Vélorution, agro-écologie, taxe sur les transactions financières, etc.), avant un bloc de la nature (associations environnementalistes). Enfin, le bloc des « citoyens concernés » regroupera toutes celles et tous ceux qui, sans être activistes ou engagés dans une organisation, veulent manifester leur préoccupation du changement climatique.

Quant à la journée du samedi 12 décembre, elle est encore en préparation. L’idée est, au dernier jour de la COP 21, de montrer que la société civile ne s’en remet pas aux négociateurs et à l’accord qui serait signé ce jour-là, mais que sa mobilisation doit continuer. Le problème climatique ne s’arrêtera pas à la COP, et la Coalition Climat 21 entend continuer le mouvement en 2016, pour maintenir la pression en faveur d’une transition permettant d’éviter le désastre climatique.

Le 12 décembre, l’on parle d’« encercler » le site de la conférence, mais à distance et de manière non-violente, en marquant des « lignes rouges » que les citoyens ne veulent plus laisser franchir. Des actions symboliques et ludiques devraient marquer cette journée, dont le scénario reste à écrire.

« La coalition climat est en plein rush ! »

La Coalition climat 21 travaille à plein régime depuis plusieurs mois avec une dizaine de permanents. Voici l’état de son travail présenté par Juliette Rousseau, qui en est la porte-parole :

- Ecouter Juliette Rousseau :

Le plan d’aide aux éleveurs ne sera pas géré par un homme d’affaires proche de M. Beulin - mais ça a failli Barnabé Binctin (Reporterre) Reporterre 2015/10/05 Barnabé Binctin (Reporterre) (5 octobre 2015) Le plan d’aide aux éleveurs ne sera pas géré par un homme d’affaires proche de M. Beulin - mais ça a failli. Reporterre. Agriculture fr

Le plan d’aide aux éleveurs ne sera pas géré par un homme d’affaires proche de M. Beulin - mais ça a failli

Le ministère de l’Agriculture a envisagé de nommer un membre du conseil d’administration du groupe d’affaires Avril pour piloter le « plan national pour l’investissement dans les filières d’élevage », selon un document que Reporterre s’est procuré. Or, ce conseil est présidé par Xavier Beulin, aussi président de la FNSEA. Les intéressés ont fait marche arrière.

C’est une petite phrase qui n’a l’air de rien, glissée tout en bas de la première page d’un document du ministère de l’Agriculture. Dans ce « Relevé de conclusion » en date du 3 septembre 2015 concernant le plan national pour l’élevage, il est inscrit que « Pierre Pringuet sera chargé de piloter ce plan national pour l’investissement dans les filières d’élevage » :

- Voir le document : Relevé de conclusion / 3 septembre 2015.

Hormis Gilles Luneau, qui a détaillé le CV de Pierre Pringuet dans Global magazine, personne n’a relevé ce fait. Qui interroge : Pierre Pringuet est en effet connu comme « parrain du capitalisme français » pour ses activités à la direction de Pernod Ricard et à la présidence de l’Afep (Association française des entreprises privées - qui regroupe les cent plus grandes entreprises du pays) mais il est aussi membre du conseil d’administration d’Avril, comme l’avait révélé Reporterre au printemps dernier.

Intérêts industriels et commerciaux

Un conseil d’administration présidé par… Xavier Beulin, celui-là même qui est allé en personne négocier un plan d’investissement visant un peu plus à éteindre la petite paysannerie française. Problème : c’est au nom de la FNSEA, premier syndicat agricole français, qu’il préside depuis bientôt cinq ans, que Xavier Beulin était à la table des négociations.

En pleine crise structurelle de l’élevage français, « l’homme aux mille bras » aurait donc profité de sa casquette syndicale pour placer un représentant de ses intérêts industriels et commerciaux à une fonction essentielle, celle de distribuer l’enveloppe de trois milliards d’euros prévus sur les trois prochaines années.

Intrigué par cette anomalie, Reporterre a contacté les principaux acteurs concernés.

Le malaise est réel

Joint par mél, Pierre Pringuet nous a répondu deux jours plus tard. Surprise, il infirme l’information : « Finalement, ce ne sera pas moi et donc je ne peux rien dire de plus. » Une marche arrière confirmée par l’entourage du ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll : « C’était effectivement une des hypothèses que Pierre Pringuet assure le pilotage, mais cela ne devrait pas être le cas en définitive. Mais la mission aura bien lieu ! »

Selon nos informations, le nom du « remplaçant » est attendu pour cette semaine.

Mais la gêne observée du côté du cabinet ministériel – « Si c’était ça l’angle de votre papier, il n’a plus de raison d’être » - laisse entendre que le malaise est réel autour de la nomination de ce poste stratégique… pour Xavier Beulin.

Climat + bétonisation = orages meurtriers Hervé Kempf (Reporterre) Reporterre 2015/10/05 Hervé Kempf (Reporterre) (5 octobre 2015) Climat + bétonisation = orages meurtriers. Reporterre. Édito — Climat fr

Climat + bétonisation = orages meurtriers

La catastrophe naturelle qui a frappé les Alpes-Maritimes ce week-end ne l’est pas vraiment : l’artificialisation des sols, autre nom du gaspillage des terres, en est largement responsable.

Les terribles orages qui ont frappé samedi 3 octobre les Alpes-Maritimes ont provoqué la mort de dix-neuf personnes, la disparition de deux autres, et des dégâts très importants. Le temps est à la peine et à la solidarité, mais aussi à l’analyse. Cet événement est-il extraordinaire ou a-t-il des causes identifiables ?

Extraordinaire ? Non. De plus en plus souvent, à l’automne, les côtes méditerranéennes connaissent ce qu’on appelle « les épisodes cévenols », se traduisant par des pluies intenses augmentant rapidement le débit de rivières dévalant vers la mer. Des inondations sont ainsi souvent provoquées, comme le savent bien les habitants de l’Hérault et du Gard. Il semble cependant que ces épisodes deviennent plus fréquents et ont des conséquences de plus en pus graves. On l’a vu ainsi en janvier 2014 et à nouveau en novembre, dans le Var.

Première question : le changement climatique en est-il responsable ? On ne peut pas l’affirmer, l’épisode actuel étant « noyé » dans la variabilité naturelle, comme l’explique le spécialiste Philippe Dobrinski : « On ne dispose pas de statistiques suffisamment robustes pour conclure à une augmentation de ce genre d’épisodes ces dernières années » , dit-il. Certes, les phénomènes physiques liés au changement climatique devraient conduire à une augmentation des précipitations et à une élévation du niveau de la mer. Comme l’indique le rapport présidé par le climatologue Jean Jouzel sur les conséquences en France du dérèglement climatique, « En fin de [XXIe] siècle, les résultats montrent un renforcement des taux de précipitation extrême, notamment sur les régions d’influence méditerranéenne » (p.34 du volume 4 du rapport Le climat de la France au XXIe siècle).

Mais il n’est pas possible de dire que ces phénomènes dont la probabilité dans l’avenir est quasiment certaine sont déjà à l’œuvre aujourd’hui.

Deuxième question : cette catastrophe est-elle naturelle ? Et la réponse est ici sans ambiguïté : non. L’effet de ces orages très puissants a été très aggravé par l’imperméabilisation des sols dans les Alpes-Maritimes, comme cela s’est passé dans le Var l’an dernier.

Voici ce que nous écrit Jean-Paul Legros, de l’Association française pour l’étude du sol :

« Le 3 octobre, on a observé de grosses pluies sur la région de Nice. Sans doute 20 morts à déplorer. Prenons l’exemple de la région de Cagnes-sur-Mer où un petit fleuve côtier, la Brague, était en furie... On n’avait jamais vu cela disent les habitants du lieu. On les croit volontiers.

On se reportera aux deux clichés joints, tirés des documents que l’IGN met en ligne.

Sur le premier, en noir et blanc, on voit la rive droite de la Brague, au moment où elle se jette dans la mer. Son embouchure (noire) coupe la plage blanche. Nous sommes en 1961. Cette rive droite est totalement agricole. Les constructions sont limitées à la côte.

Sur le second cliché, une photographie en couleur, on observe la situation actuelle : tout est urbanisé (maisons, terrasses, piscines). On doit friser un taux d’imperméabilisation des sols de 50%.

Pour se repérer d’un cliché à l’autre on a : le trait de côte, l’autoroute (en construction en 1961), enfin la route qui va de la côte à l’autoroute, tout à fait en haut et à droite.

Il y deux grosses conséquences : - à pluies égales, la concentration de l’eau dans les points bas peut doubler. - cette concentration est accélérée dans le temps car cela coule très vite sur le macadam et très vite aussi dans les canalisations d’eau usées qui fonctionnent alors à l’envers : elles amènent rapidement l’eau en bas de pente et la recrachent par les bouches d’égouts. - tout ceci est aggravé par le fait qu’on a construit dans des zones submersibles. Les exemples de cela sont légion au point que l’on estime à une maison sur six, en France, les constructions mal placées. Je pourrais fournir des dizaines d’exemples (photographiques) scandaleux. »

La conclusion de ces observations de M. Legros est claire : ce qui est en cause, c’est le gaspillage des terres insensé qui continue à se produire dans ce pays, et qui altère notamment les capacités de notre environnement à amortir les effets d’événements météorologiques extrêmes, dont il est fort probable qu’ils vont se multiplier.

Plutôt que de se lamenter, il faut donc changer de politique. Arrêter de bétonner les sols. Et très concrètement, par exemple, arrêter de « développer » la plaine du Var, comme veut le faire M. Estrosi, le maire de Nice.

Vinci et Avril, vedettes de l’opération Solutions 21 Emilie Massemin (Reporterre) Reporterre 2015/10/06 Emilie Massemin (Reporterre) (6 octobre 2015) Vinci et Avril, vedettes de l’opération Solutions 21. Reporterre. Climat : de COP en COP fr

Vinci et Avril, vedettes de l’opération Solutions 21

À l’approche de la COP21, les entreprises et les collectivités locales se mettent en ordre de bataille. Sous l’égide de Ségolène Royal, le Comité 21 et le Club France développement durable ont présenté « Solutions COP21 », qui occupera le Grand Palais pendant la conférence. Parmi ces « Amis du climat », les groupes Avril et Vinci.

« Nous comptons sur la créativité et l’intelligence des entreprises, sur les investissements dans tous les secteurs de la croissance verte, parce que les solutions [au changement climatique] viennent de là. » Lundi matin 5 octobre, après avoir visité la mini-exposition dédiée aux « technologies propres » installée au rez-de-chaussée de son ministère de l’Écologie, Ségolène Royal a accueilli en ces termes la réunion du Club France développement durable, qui regroupe plus d’une centaine de réseaux publics et privés. Objectif de la matinée : présenter les dernières avancées de Solutions COP21, une vaste campagne de communication des entreprises, des collectivités territoriales et des associations en lien avec la conférence climat.

Solutions COP21 a été lancé en juillet 2014, à l’initiative du Comité 21, un réseau d’entreprises et de collectivités territoriales créé en 1992 après le Sommet de la Terre à Rio, du Club France développement durable, et de partenaires parmi lesquels les entreprises « amies du climat » Avril, Carrefour, GDF Suez, Suez Environnement et Veolia.

Il repose sur deux grands axes : l’enrichissement d’un « hub des solutions climat », sur lequel les entreprises, les associations et les collectivités territoriales présentent leurs innovations en matière de lutte contre le changement climatique ; et l’organisation d’une immense exposition au Grand Palais, à Paris, du 4 au 10 décembre.

Un agrocarburant nuisible présenté comme une solution !

Le « hub des solutions », en ligne depuis janvier 2015, compte aujourd’hui « 363 solutions. La moitié émane du secteur public, collectivités territoriales et entreprises, et l’autre moitié d’entreprises, parmi lesquelles beaucoup de PME et d’ETI » [entreprises de taille intermédaire], dit Sylvianne Villaudière, directrice du cabinet Alliantis et coordinatrice du projet. On y trouve, en vrac, une ferme expérimentale bio et... le Diester un agrocarburant nuisible pour l’environnement promu par Avril, le groupe présidé par le patron du syndicat agricole FNSEA, Xavier Beulin.

Des dossiers thématiques sont également en cours de réalisation. Le premier, intitulé « Mieux se nourrir », sortira le 8 octobre « à l’initiative des partenaires Carrefour et Avril », indique Sylvianne Villaudière.

Moment fort de l’opération, l’exposition au Grand Palais, du 4 au 10 décembre, coorganisée par Alliantis, l’agence Hopscotch et le Comité 21, pour la modique somme de 4 millions d’euros. 50 000 visiteurs sont attendus pour « vivre l’expérience climat », comme le promet l’affiche, en déambulant de 13 h à 17 h sur quelque 20 000 mètres carrés de stands et d’animations. « C’est important pour nous, souligne Gilles Berhault, président du Comité 21. Cet événement va montrer que cette envie qu’on avait au début du XXe siècle de voir des expositions universelles, nous pouvons la reconstruire aujourd’hui dans la société post-climatique, post-Paris 2015, par des démonstrations, des débats, des œuvres d’artistes, etc. »

"Vinci nous a rejoint", se réjouit la directrice

Concrètement, l’espace s’organisera autour de quatre pôles : habitat/territoires/villes durables, consommation/alimentation/vie quotidienne, éco-mobilité et recherche/techno/innovation. Le visiteur pourra y découvrir plus de trente-cinq espaces d’exposition, dont certains regroupés en pavillons thématiques. La finance et les assurances seront représentés, ainsi que Suez, animateur d’un pavillon baptisé Vivapolis, et « Vinci, qui vient de nous rejoindre », se réjouit Mme Villaudière. Vinci est notamment le promoteur de l’aéroport Notre-Dame-des-Landes et d’une autoroute ruineuse à La Réunion.

Une agora où s’enchaîneront des mini-conférences de 45 minutes et des ateliers pour les enfants compléteront l’ensemble.

Pierre Victoria, de Veolia, a déjà tout prévu. « Nous allons proposer un voyage au pays des 2 °C à travers des sons, des matières et des vidéos, explique le directeur développement durable du groupe, en brandissant un morceau de plastique rouge. Nous allons d’abord montrer comment les déchets des uns deviennent les ressources des autres, comme en témoigne ce bout de bioplastique fabriqué avec des boues issues d’une station d’épuration. » Également au programme, la captation et la réutilisation du méthane, et le prix du carbone. « Il faut montrer qu’agir face au changement climatique est plus facile et moins coûteux que ça n’en a l’air », s’exclame-t-il.

La Climate Smart Agriculture à l’honneur

Les entreprises ne seront pas les seules invitées. La recherche, représentée par seize instituts, bénéficiera d’un stand de 200 m² organisé autour de quatre grands thèmes : l’alimentation, la santé et le bien-être, les modes de vie et l’environnement. Avec une initiative phare, annonce Henri-Luc Thibault, de l’Institut de recherche pour le développement (IRD) : « La Climate Smart Agriculture, l’agriculture intelligente face au changement climatique. C’est une initiative qui essaie de proposer des voies pour imaginer différemment l’agriculture, reprise par la FAO. » Par les multinationales également, parmi lesquelles le spécialiste des OGM et des pesticides Monsanto, ce que critiquent les ONG.

Solutions COP21 prendra part à d’autres événements en marge du sommet climatique, parmi lesquels des side events dans la zone réservée aux personnes accréditées. Le groupement sera aussi présent dans « la Galerie », un espace d’exposition réservé aux entreprises sur le site de la COP21. Quant aux plus grands groupes, comme Air France, EDF ou GDF Suez, ils s’insinueront au plus près des négociations, en tant que mécènes de l’organisation de la COP. Au risque que la Conférence climat devienne une foire commerciale plutôt qu’une réunion diplomatique de grande ampleur.

BUDGETS : ENTREPRISES, 4 MILLIONS D’EUROS, SOCIETE CIVILE, 0,6

L’opération des grandes entreprises Solutions 21 mobilise 4 millions d’euros, selon les organisateurs. Du côté de Coalition Climat 21, le rassemblement des ONG, on détaille un budget de 591 000 euros. Soit plus de six fois moins.

Pourquoi proposer aux gens de faire un souhait pour la planète ? David et Sandrine, du collectif climat des Lilas Reporterre 2015/10/06 David et Sandrine, du collectif climat des Lilas (6 octobre 2015) Pourquoi proposer aux gens de faire un souhait pour la planète ?. Reporterre. Climat fr

Pourquoi proposer aux gens de faire un souhait pour la planète ?

David et Sandrine font partie du collectif Climat des Lilas, en Seine-Saint-Denis. Ils proposent aux passant d’inscrire sur un ruban un souhait pour la planète. L’ensemble des rubans collectés dans le monde seront accrochés à un même arbre, installé à Paris lors de la Conférence climat à la fin de l’année.

L’avion champion de la pollution ? Merci l’armée ! Jean-Baptiste Fressoz Reporterre 2015/10/06 Jean-Baptiste Fressoz (6 octobre 2015) L’avion champion de la pollution ? Merci l’armée !. Reporterre. Tribune — Climat fr

L’avion champion de la pollution ? Merci l’armée !

Le très mauvais bilan carbone du transport aérien s’explique par l’origine militaire de cette technologie. L’avion a fait le choix de la puissance et non celui du rendement, explique Jean-Baptiste Fressoz.

Jean-Baptiste Fressoz est historien du climat au CNRS et auteur, avec Christophe Bonneuil, de L’Événement anthropocène.

Le transport aérien représente actuellement 3 % des émissions de CO2 avec un effet sur le réchauffement de l’ordre de 6 % [1] . Son bilan carbone est très mauvais : par kilomètre passager parcouru, l’aviation émet environ 10 fois plus que le train. Depuis les années 1990, les efforts d’efficacité énergétique (plus de passagers par avion, moteurs plus économes) ont été plus qu’annulés par « l’effet rebond ». Le trafic aérien est le secteur économique qui voit ses émissions de CO2 augmenter le plus rapidement, doublant tous les dix ans environ. Pour le dire simplement, l’aviation est incompatible avec l’impératif climatique de diviser par 4 avant 2050 nos émissions de CO2.

Si l’avion est aussi polluant c’est qu’il ne s’agit pas d’un simple moyen de transport. L’avion est avant tout une arme. L’avion a d’abord servi à tuer des gens avant de les transporter. Et c’est son origine létale qui explique ses effets climatiques dévastateurs.

« Venger l’affront national »

Notre imaginaire national cultive une vision romantique de l’aviation : Clément Ader, Louis Blériot, l’aventure de l’Aéropostale, Saint-Exupéry, Vol de nuit, etc. autant de réminiscences couleur sépia qui font de l’envol quelque chose d’héroïque, de libérateur, de très français même. On s’imagine volontiers les pionniers de l’aviation en bricoleurs de génie réalisant leur rêve d’enfant. Cette vision est extraordinairement fausse. En fait, c’est aux armées que Clément Ader et les frères Wright destinaient leurs inventions. Clément Ader explique qu’il a commencé ses recherches dans le sillage de la défaite de 1870 : « Notre but se traça pour ainsi dire tout seul : organiser une armée aérienne pour venger l’affront national. [2] » Son sympathique avion-chauve-souris (maintenant exposé au Musée des arts et métiers à Paris) était un prototype militaire financé par le ministère de la Guerre. Les premiers essais eurent lieu en 1891, en secret, devant des officiers. En 1909 Ader publie L’Aviation militaire. Ce livre très influent décrit l’avion comme l’arme suprême du futur et pose les jalons d’une théorie du bombardement. Préfigurant la grande hantise technologique de l’entre deux-guerre, l’auteur explique que « les grands avions torpilleurs (les bombardiers) deviendront de véritables terreurs ! ».

Quant aux frères Wright, dépeints comme de modestes fabricants de bicyclettes, ils s’associent en fait très tôt à un marchand d’armes international. En 1908, lors de leur première démonstration en Europe, un observateur envoie un télégramme laconique au ministère britannique de la Guerre : « Aeroplane primarily intended war machine STOP » [3]

C’est bien entendu la première guerre mondiale qui cause l’envol de l’industrie aéronautique. Plus de 200.000 avions furent produits durant le conflit. William Boeing aux États-Unis ou Marcel Bloch en France (qui deviendra Marcel Dassault) commencent à produire des appareils grâce aux commandes militaires. Dans l’entre-deux guerres, l’armée demeure leur principal et souvent unique marché. L’avion est aussi étroitement lié à l’impérialisme. L’Aéropostale mythique de Saint-Exupéry et de Jean Mermoz est avant tout une institution coloniale subventionnée par l’État soucieux de renforcer ses lignes de communication. Surtout, l’avion offre un moyen relativement bon marché de semer la terreur dans des territoires peu densément peuplés. L’espace des premiers bombardements aériens (les Italiens en Libye en 1911, les Anglais en 1916 au Darfour, en 1917 en Afghanistan, en 1919 en Somalie, les Français en 1925 en Syrie) [4] rappelle le lien historique entre aviation, impérialisme et déstabilisation politique sur le long terme.

L’essor de l’aviation civile dans les années 1950 est rendu possible par la seconde guerre mondiale puis la Guerre froide. Aux États-Unis, durant la guerre, la production d’appareils est multipliée par 15. Les besoins en carburant de l’armée de l’air bouleversent la logistique du pétrole. L’un des plus grands projets de recherche et développement de la seconde guerre concerne ainsi la production de carburant d’aviation. Les investissements s’élèvent à un milliard de dollars, soit la moitié du projet Manhattan. Au sortir de la guerre, les États-Unis pouvaient produire 20 millions de tonnes de carburant d’aviation par an ; la Grande-Bretagne tenait la seconde place, avec 2 millions seulement. Les capacités de production en aluminium (un métal très coûteux, très polluant à produire et très énergivore) décuplent également durant la guerre. Les techniques essentielles de l’aviation contemporaine, les moteurs à réaction, les radars et les GPS, sont développées grâce aux sommes gigantesques englouties dans la recherche et développement militaire. Les mêmes entreprises et les mêmes ingénieurs inventent les avions de la guerre atomique et les avions civils. Chez Boeing, les modèles B47 et B52 développés grâce aux financements de l’US Air Force permettent la commercialisation du Boeing 707, qui est d’ailleurs identique au KC 135, un avion ravitailleur de l’armée de l’air.

La taxation des carburants d’aviation est interdite

Le problème lancinant de la reconversion civile des technologies militaires conduit le gouvernement états-unien à poser les bases institutionnelles de l’aviation commerciale. En 1944 à Chicago, cinquante-deux pays signent la convention fondant l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI) dont le but est de promouvoir « le développement et l’expansion internationale du commerce et des voyages ». Un article de la convention de 1944 interdit la taxation des carburants d’aviation. C’est cet article qui rend difficilement applicable les projets actuels de taxation des transports aériens en vue de lutter contre le changement climatique. Cette non fiscalisation représente un manque à gagner considérable pour les États (près de 1,5 milliard d’euros rien qu’en France) et avantage surtout les classes aisées. Du fait de cette non fiscalisation, rapporté au kilomètre parcouru, voyager en avion demeure extrêmement bon marché.

Pour conclure, il faut tout simplement se souvenir que les militaires font systématiquement le choix de la puissance plutôt que du rendement. L’efficacité a un sens très différent lorsque l’enjeu est de tuer plutôt que d’être tué. Les machines de guerre brûlent tellement de combustible que les consommations ne s’expriment plus en litres/100 km mais en litres/heure. Par exemple, un bombardier B52 brûle 12 000 litres de kérosène par heure. Sans la guerre, il y aurait sans doute eu des avions, mais ils auraient eu des caractéristiques très différentes. Cet argument est en fait plus général. Les militaires, grands experts pour tuer les humains, nous ont appris à tuer le vivant en général. Les pesticides sont hérités des gaz de combat, le sonar chasse les sous-marins avant d’équiper les chalutiers et l’autoroute s’invente dans l’Allemagne nazie pour transporter les troupes. Notre monde technique, la constitution matérielle de nos sociétés, est largement tributaire de tels choix. L’aviation n’est qu’un exemple, certes emblématique, de la jonction plus générale entre la guerre, la technique et la destruction environnementale.

Kali Akuno, militant noir et écolo, se bat aux Etats-Unis pour la justice climatique Yona Helaoua (Reporterre) Reporterre 2015/10/06 Yona Helaoua (Reporterre) (6 octobre 2015) Kali Akuno, militant noir et écolo, se bat aux Etats-Unis pour la justice climatique. Reporterre. Climat fr

Kali Akuno, militant noir et écolo, se bat aux Etats-Unis pour la justice climatique

Kali Akuno, ancien gangster, défend l’idée que la justice sociale et l’environnement sont indissociables. Il le met en pratique avec l’organisation Cooperation Jackson, dans cette ville pauvre et majoritairement noire du sud des États-Unis. Il est en France cette semaine et reviendra pour les mobilisations de la COP 21.

- New-York, correspondance

Après son passage à la Nouvelle Orléans en 2005, l’ouragan Katrina a laissé une ville à l’agonie, abandonnée par les pouvoirs publics. Comme souvent lors de catastrophes naturelles, les plus pauvres ont été les plus touchés. Et comme souvent, aux États-Unis, les plus pauvres sont les Noirs. C’est pourquoi, quand Kali Akuno, un militant basé à Jackson, dans le Mississippi, se bat pour les droits des Afro-Américains, il considère qu’il doit aussi lutter contre la pollution, la sécheresse, le manque d’eau potable, bref, pour la protection de l’environnement. « Le réchauffement climatique est une réalité matérielle pour nous. Notre communauté n’a pas les ressources pour acheter de l’eau supplémentaire ou pour fare face à la hausse des prix alimentaires », explique-t-il calmement, après une conférence de presse à Manhattan.

Cet ancien membre du gang des Crips a connu les violences liées à la drogue du Los Angeles des années 1980. Passé plusieurs fois à tabac par la police, il a été sauvé par sa passion pour le football américain. Une blessure l’a empêché de passer pro, mais il a gardé la carrure. Aujourd’hui, sa barbichette et ses joues rondes lui donnent l’air serein. Pourtant, il assure être toujours en colère : « Il y a urgence. Les travailleurs pauvres afro-américains sont comme les canaris dans les mines », les premières victimes qui permettent aux autres de prendre la mesure du problème environnemental.

Protéger la planète passe donc forcément par la défense d’une meilleure justice sociale. « Vous ne pouvez pas militer pour une justice climatique sans vous préoccuper des problèmes profonds causés par le système capitaliste : le racisme, le colonialisme, l’impérialisme », estime l’activiste d’une quarantaine d’années.

« Nous tentons de trouver des solutions »

Ce lien entre environnement et luttes antiracistes n’est pas nouveau. « C’est la communauté noire, dans les années 1980, qui a inventé le concept de “racisme environnemental” », rappelle Kali Akuno. En Caroline du Nord ou en Louisiane, de nombreux combats ont eu lieu pour protéger les travailleurs noirs qui vivaient près d’usines de charbon, de centrales électriques ou nucléaires : « Ils avaient des problèmes de santé majeurs, comme de l’asthme ou d’autres maladies respiratoires, une pression sanguine élevée, de l’hypertension... ce qui peut mener à une mort prématurée. »

Pourtant, faute de moyens, ces combats se sont essoufflés dans les années 1990. « Mais la prise de conscience n’a pas disparu », assure le révolutionnaire, nourri au militantisme grâce à sa famille très engagée dans des mouvements comme les Black Panthers. La seule différence, c’est qu’avant, nous essayions seulement d’arrêter les pires effets de la pollution. Aujourd’hui, nous tentons aussi de trouver des solutions.

Les siennes passent par le terrain. À Jackson, ville du sud des État-Unis, 80 % des habitants sont Noirs et la ville affiche taux de chômage officiel de 12 %. « En fait, c’est plutôt 30 %, et 60 % pour les jeunes, si on prend en compte ceux qui ont abandonné leur recherche de travail », note Kali Akuno. Avec son organisation Cooperation Jackson, il tente de créer des emplois et de mieux répartir les richesses tout en misant sur le vert. « Nous montons des coopératives tournées vers le compost, l’énergie solaire, l’agriculture locale, et nous promouvons des formes de transport alternatives, comme le vélo ou le covoiturage », énumère-t-il. En parallèle, la pression est mise sur la mairie pour changer la politique locale et faire de Jackson « la ville la plus verte des États-Unis ».

Un réseau de fermes urbaines, les « freedom farms », a déjà été créé, complété par un système de compost auquel les restaurants de la ville participent. Le but est de rendre la terre fertile dans les parties les plus délabrées de Jackson afin d’y faire pousser du bio. Les lots vacants et les maisons en ruine sont réquisitionnés pour retrouver un « usage productif et pour créer une économie locale sur la durée ».

Convaincre les plus démunis

L’objectif à dix ans est ambitieux : zéro émission, zéro gaspillage, et la création de 2.000 emplois. « Certes, cela ne répondra toujours pas à la totalité des besoins de notre communauté, admet l’organisateur. Mais à la fin, cela peut aboutir à plusieurs dizaines de milliers d’emplois. » Surtout si la baisse du coût de la vie peut mener à une réduction du temps de travail : « Les gens n’ont pas besoin de travailler huit heures par jour. S’ils ont un vrai salaire, et si on peut diminuer le prix de l’électricité, de l’eau et du logement, alors ils pourront travailler moins et avoir plus de temps pour eux. »

À terme, c’est l’autosuffisance qui est visée. « Jackson est à majorité noire, notre conseil municipal est presque entièrement composé de Noirs, et pourtant la plupart des contrats locaux sont passés avec des partenaires extérieurs à la ville, souvent dans les banlieues plus riches, se désole Kali Akuno. Or si nous subventionnons les banlieues, nous pouvons nous subventionner nous-mêmes ! »

Avant d’en arriver là, l’un des principaux défis est de mobiliser la communauté. « Comment passer d’un soutien passif à un soutien actif et durable ? Nous sommes toujours en train de chercher », avoue le co-directeur de Cooperation Jackson. La cinquantaine de militants tente de communiquer un maximum avec des milliers de sympathisants, mais aussi avec les habitants les plus démunis, pour qui l’environnement n’est pas le problème le plus urgent : « Nous utilisons énormément la radio, car c’est le média local dans lequel les gens ont plus confiance. Pour attirer les jeunes, nous envahissons les réseaux sociaux. Et pour les plus pauvres qui n’ont pas d’ordinateurs ou qui sont parfois illettrés, nous privilégions le porte-à-porte et les conversations. La culture orale est très importante. »

Si le projet fonctionne, il ambitionnera de s’étendre dans le Mississippi, mais aussi au niveau national et l’international. « On ne fait pas de socialisme dans un seul pays », plaisante Kali Akuno, avant de retrouver son sérieux : « Nous arrivons à un moment crucial : dans les cinq à dix prochaines années, les humains pourront encore modifier la façon dont ils produisent et distribuent les richesses. Si nous ne le faisons pas, nous mettrons en danger notre futur et celui de nos enfants. »

« Je n’attends rien de la COP21 »

Afin de porter ses idées, Kali Akuno se rendra à la COP 21, à Paris, en décembre, avec sept autres militants de son organisation. Mais il le dit d’emblée, il n’en attend pas grand chose : « Nous pensons que les gouvernements vont tout simplement suivre les ordres des grandes multinationales, qui ont l’intention de continuer ce régime de pollution, peu importe les fausses solutions qu’ils préconisent. À partir du 12 décembre, nous allons donc nous battre contre cet accord. » Pour lui, la COP 21 sera en fait surtout l’occasion de rencontrer d’autres militants en lutte, de partager des expériences locales, et de « construire une résistance unifiée, à une échelle globale ».

Une résistance qui doit aussi s’inscrire dans le temps, en particulier pour la communauté noire états-unienne. « Dans ma génération, on nous apprenait que penser ou agir trop librement n’était pas bon pour nous, se souvient-il. J’espère que j’aurai réussi à briser ce cercle vicieux avec mes enfants. L’héritage que je veux leur laisser, c’est que j’aurai aidé à nettoyer tout ça. »

Kali Akuno est en région parisienne aujourd’hui et demain

Avec des représentants de Grassroot Global Jusitice Alliance.

Le 6 octobre à Paris et le 7 octobre à Fresnes : Infos et inscriptions ici

« L’Âge de faire » a 10 ans L’Âge de faire Reporterre 2015/10/06 L’Âge de faire (6 octobre 2015) « L’Âge de faire » a 10 ans. Reporterre. fr

« L’Âge de faire » a 10 ans

L’Age de Faire fête ses 10 ans ! Et pour cet anniversaire, qui coïncide avec le numéro 100, le journal s’est projeté dans l’avenir afin d’imaginer ce que pourrait être notre société en 2050 à travers des utopies réalisables.

Cet exercice particulier, L’Âge de faire l’a confié à des spécialistes (Michèle Rivasi, Laurent Pinatel, Michel Benasayag...) qui ont pu établir quelques scenarii autour de l’économie, de l’agriculture, de la santé ou de l’énergie, afin de donner forme et réalité à ces utopies.

Le sommaire du 100e numéro.

L’Âge de faire, numéro 100, septembre 2015, 24 p., 2 euros.

Source : L’Âge de faire

Le coup d’éclat estival des militants anti-charbon allemands Pascal Hennequin (Fokus 21) Reporterre 2015/10/07 Pascal Hennequin (Fokus 21) (7 octobre 2015) Le coup d’éclat estival des militants anti-charbon allemands. Reporterre. Reportage — Énergie fr

Le coup d’éclat estival des militants anti-charbon allemands

Retour sur un événement majeur de l’été qui s’est déroulé en Allemagne : sans doute le plus grand acte de désobéissance civile contre le charbon. À l’occasion d’un Camp action climat en Rhénanie, plusieurs centaines d’activistes ont réussi à bloquer la mine de lignite géante de Garzweiler. La campagne contre les fossiles ne s’arrêtera plus. Reportage.

Camping sous tente, douches collectives, toilettes sèches, panneaux-solaires et éolienne, espace enfants et cantine vegan… Les éléments de base d’un Camp action climat étaient bien réunis, entre le 7 et le 17 août dernier, en Allemagne. Y compris la localisation : à portée d’un site industriel. C’est un critère essentiel des Camps action climat. Les activistes allemands ont choisi la mine géante de lignite – du charbon fossile composé de 65 à 75 % de carbone – de Garzweiler, en Rhénanie, au nord-ouest de Cologne (complexe dont la mine de Hambach fait partie).

Le camp de Lützerath, organisé en autogestion, a fonctionné à prix libre et avec de nombreux bénévoles ; les prises de décisions se sont faites au consensus à plusieurs niveaux et sans hiérarchie : groupes de voisinage, assemblée représentative, assemblée plénière et groupes d’affinités... pour l’action. Car, si ce Camp climat de 10 jours était l’occasion de participer à de nombreux débats, ateliers, projections et concerts pour s’informer et agir contre le changement climatique, le moment fort a été la formation à la désobéissance civile non violente. Formation suivie d’une mise en pratique : une action de blocage réalisée par des centaines d’activistes contre l’industrie du charbon, incarnée par la mine de Garzweiler, l’une des trois mines de lignite de la Rhénanie. Garzweiler alimente les cinq centrales électriques à charbon qui font de cette région allemande la plus grande zone d’émission de CO2 d’Europe.

Ce matin du samedi 15 août, plus de mille activistes ont lancé l’opération « Ende Gelände », que l’on peut traduire par « Stop ! On n’ira pas plus loin ». Ils ont réussi à entrer et à bloquer, pendant plusieurs heures, la mine de lignite à ciel ouvert qui alimente plusieurs usines de RWE (l’une des quatre grandes entreprises productrices d’électricité en Allemagne) situées dans la vallée du Rhin, au nord de Cologne. Les militants ont appliqué la tactique dite « des cinq doigts » qui consiste à franchir les rangs de la police en forçant le passage en masse par cinq endroits différents. La police bloquait pourtant un tunnel, ayant disposé plusieurs rangs de policiers anti-émeute équipés de matraques et de bombes de gaz au poivre (voir la vidéo). Mais les manifestants ont réussi à franchir les cordons, même si les policiers en arrêtèrent certains violemment, obligeant notamment les manifestants faisant les poids morts à se relever en appliquant un point de pression sur la carotide.

Une fois le barrage policier franchi, les activistes ont atteint les immenses excavatrices, mises à l’arrêt à la demande des autorités, tout cela avec comme seule défense des masques anti-poussière, des combinaisons de chantier et des filets remplis de paille pour amortir les coups de matraques. Ils finirent par se faire encercler et près de 800 personnes ont été emmenées dans des commissariats de la région (Cologne, Düsseldorf, Aix-la-Chapelle...). Elles ont été libérées dans les heures qui suivirent.

Dans le prolongement de cette action matinale, une manifestation pacifique et familiale de 800 personnes a défilé dans l’après-midi à proximité de la mine, partant du village d’Immerath, un des six villages fantômes qui vont être rasés comme l’ont été une douzaine d’autres depuis 1961 après avoir été accaparés par l’Etat puis revendus à RWE. Cette compagnie d’électricité a des projets d’agrandissement de la mine, le projet Garzweiler II, dont l’exploitation est prévue jusqu’en 2045. Quarante personnes habitent Immerath. Ils étaient 1900 il y a encore quelques années. Lors d’une prise de parole publique, une militante indienne a raconté qu’elle avait beaucoup appris pendant ce Camp climat, car en Inde, les projets de centrale nucléaire et de mines de charbon se multiplient. Elle a rappelé que les combats des militants allemands ont permis l’arrêt du nucléaire dans leur pays. À quand celui de la production d’électricité à partir de charbon en Allemagne, pays admiré à l’étranger pour son modèle économique et son avance technique dans les énergies renouvelables ?

Pour extraire la lignite, des terres fertiles sont ravagées, des écosystèmes importants sont détruits tels la forêt de Hambach, et des pompes sont installées tout autour de cette immense mine pour drainer l’eau. D’énormes excavatrices, qui avoisinent les 90 m de haut sur 200 de long, sont utilisées pour attaquer le sol. Pour agrandir cette mine, il est même prévu de détourner l’autoroute sur plusieurs kilomètres. Quand on sait qu’un kilomètre d’autoroute coûte 10 millions d’euros, cette mine doit être plus que rentable pour RWE. Au total, les mines à ciel ouvert occupent beaucoup d’espace en Allemagne : 170 000 hectares, selon le ministère fédéral de l’Economie

Au loin, derrière la mine à ciel ouvert, on aperçoit les trois centrales de RWE qui produisent de l’électricité à partir du charbon. Sur les grilles des usines, des banderoles sont accrochées pour mettre en avant l’économie et les nombreux salariés de cette industrie, en ignorant la « bombe climatique » que représente la combustion de tout ce charbon.

Intoxication. Perturbateurs endocriniens : une bataille d’influence contre la santé Stéphane Horel Reporterre 2015/10/07 Stéphane Horel (7 octobre 2015) Intoxication. Perturbateurs endocriniens : une bataille d’influence contre la santé. Reporterre. Europe fr

Intoxication. Perturbateurs endocriniens : une bataille d’influence contre la santé

C’est l’histoire d’une lutte d’influence qui a un impact sur votre vie, votre petit déjeuner, les testicules de votre fils, le cerveau de votre nièce. En 2009, l’Europe a lancé un compte à rebours : elle a décidé de réglementer les perturbateurs endocriniens et même d’en interdire certains. Omniprésents, ces produits chimiques se nichent dans les pesticides ou les peintures, les tongs ou le shampoing, les lasagnes et votre organisme. Suspectés de participer à l’augmentation des maladies « modernes » comme l’infertilité, les cancers du sein et de la prostate, le diabète ou l’obésité, ils font partie des plus grands défis de santé publique aujourd’hui. Mais les enjeux économiques sont colossaux et les industriels toujours aux aguets. À Bruxelles, leurs puissants lobbies s’activent dans les coulisses des institutions européennes pour influencer cette décision qui menace leurs affaires.

Après trois ans d’enquête et le dépouillement de milliers de pages de documents confidentiels, Stéphane Horel lève le voile dans ce livre sur ces stratégies employées par les lobbies de la chimie, des pesticides et du plastique et leurs alliés pour court-circuiter la réglementation. Ces documents permettent une incroyable plongée dans l’intimité de la correspondance entre lobbyistes et fonctionnaires de la Commission européenne. En direct de la « bulle bruxelloise », où la complaisance à l’égard de l’industrie semble la norme, cette enquête en forme de thriller raconte aussi le combat de ceux qui résistent à l’influence pour défendre une certaine idée de l’intérêt général et de la démocratie.

Intoxication. Perturbateurs endocriniens, lobbyistes et eurocrates : une bataille d’influence contre la santé, Stéphane Horel, La Découverte, 334 p., 12,99 euros

Source : La Découverte

Reporterre sur Inter : Côte d’Azur, une catastrophe pas si naturelle Par Hervé Kempf Reporterre 2015/10/07 Par Hervé Kempf (7 octobre 2015) Reporterre sur Inter : Côte d’Azur, une catastrophe pas si naturelle. Reporterre. Climat fr

Reporterre sur Inter : Côte d’Azur, une catastrophe pas si naturelle

- Lundi 5 octobre 2015

La Côte d’Azur est-elle une zone à risque ? Les années précédentes, le département du Var a été souvent touché par de violents orages, des inondations avec des coulées de boues. Les conséquences se comptent en pertes humaines et matérielles, dans le Var comme les Alpes-Maritimes. Comment expliquer l’augmentation du nombre de désastres dans cette région : réchauffement climatique ? Urbanisation ? Simple montée des eaux ?

- Ecouter ici la Une de la Science avec Reporterre, animé par Matthieu Vidard avec Axel Villard, et Jean-Claude Marcus, de l’AFES (Association française pour l’étude du sol) :

- Image :

Reporterre, tous les lundi à 14 h 05 sur France Inter, dans l’émission « La Tête au carré », animée par Mathieu Vidard.

« L’actualité de toutes les sciences dans tous les domaines de la recherche. Éclectisme, vulgarisation et pédagogie, sciences dures du vivant ou humaines : Mathieu Vidard s’intéresse à toutes les observations et les expérimentations du monde par le biais des sciences. »

À écouter sur France Inter, dont voici la carte des fréquences FM, selon le lieu où vous habitez.

À quoi Nicolas Hulot sert-il ? Nicolas de La Casinière (Reporterre) Reporterre 2015/10/07 Nicolas de La Casinière (Reporterre) (7 octobre 2015) À quoi Nicolas Hulot sert-il ?. Reporterre. Politique fr

À quoi Nicolas Hulot sert-il ?

Nicolas Hulot publie mercredi 7 octobre un manifeste et lance un appel, isolé mais médiatique. L’occasion de jauger le bilan de la proximité avec le pouvoir de celui qui a été nommé « envoyé spécial pour la protection de la planète » en décembre 2012.

Le manifeste brandi par Nicolas Hulot avant la COP21 se présente comme « un cri du cœur, un plaidoyer pour l’action, un ultime appel à la mobilisation et un coup de poing sur la table des négociations climat avant le grand rendez-vous de la COP21 ». En 96 pages, il déroule « douze propositions concrètes » comme une « feuille de route alternative pour les États » et « dix engagements individuels pour que chacun puisse également faire bouger les lignes à son niveau ».

« Ce n’est pas vraiment un livre ni une brochure, précise l’agence de communication Révolution 9, qui accompagne la sortie et la conférence de presse. C’est comme le livre de Stéphane Hessel, Indignez-vous, vendu moins de cinq euros. » Éditée par Les Liens qui libèrent, cette publication s’appelle Osons. Plaidoyer d’un homme libre.

La couverture arbore une photo de Nicolas Hulot, debout face au vent, bras croisés, regardant l’horizon vers la droite, le tout sur fond bleu et ciel gris. On y verra les symboles qu’on veut. En tous cas, le secret du texte est bien gardé par l’agence de communication qui gère « l’évènement ». Impossible d’en connaître la teneur à l’avance pour préparer cet article. Contenu confidentiel. On retrouve là les techniques des grosses machines de communication, jouant sur l’annonce, l’attente, la révélation comme pour la promotion d’un produit.

Le livre sert aussi de prétexte à lancer un appel « que tous les citoyens pourront signer et relayer dès le 7 octobre sur notre site, pour mobiliser les chefs d’État à “oser” au moment de la COP21 ». L’appel sera « dévoilé » ce mercredi 7 octobre, jour de la sortie du livre, au cours d’une soirée de lancement au Grand Rex, à Paris. Mais pour cet appel, Nicolas Hulot fait cavalier seul. Pas d’alliance, pas de coalition, pas de manifeste commun, pas de décentralisation ni d’actions conjointes. Hulot en solo. Comme s’il manquait cruellement d’alliés. Il n’a à ses cotés ni EELV ni les grosses associations et ONG environnementalistes. Faute de soutiens, il doit se lancer en s’appuyant sur son seul nom et sur sa fondation, en misant sur son aura médiatique plus que sur un mouvement large.

Une agence de com’ très « corporate »

En choisissant une agence de relation presse dénommée Révolution 9, Hulot est-il devenu révolutionnaire ? Cette agence fait des « relations publics » (relations publiques, ça fait ringard) et du lobbying, du design, de l’édition d’entreprise, et a comme clients Engie (ex-GDF Suez, investie dans le charbon, « une entreprise parmi les plus polluantes de la planète », selon les Amis de la Terre), Carrefour, Citroën, Coca Cola, Nestlé, les services financiers de General Electric, Thalès, l’Armée de terre, la Bibliothèque nationale de France et l’industriel Pyrex, les consoles Sega et la mairie de Paris, BMW (concernée par le récent scandale, révélé par l’ONG Transport et environnement, sur les normes environnementales truquées), Colgate, Alstom, Le Crédit Lyonnais. Pas vraiment des entités qui respirent l’écologie.

On connaît les relations qu’entretient Nicolas Hulot, « homme libre », et sa fondation avec les grands groupes capitalistes. La Fondation Nicolas Hulot pour la nature et l’homme est financée par EDF, qu’on peut considérer comme un lobby pro-nucléaire, L’Oréal, TF1, les groupes Véolia, Vivendi, Vinci, Lesieur… Auxquels il faut ajouter, plus récemment, le groupe Avril, présidé par l’homme d’affaires et président de la FNSEA Xavier Beulin. Ou encore Vinci Autoroutes, dont le groupe veut construire l’aéroport de Notre Dame des Landes.

Il ne faudra pas attendre de Hulot qu’il dénonce les déclarations hypocrites et les obstacles à la transition énergétique mis en place par les grands groupes industriels, dont Engie ou EDF, même s’il s’est rallié à une position de sortie du nucléaire.

En politique non plus, l’écolo ne semble pas toujours très regardant. Hulot a flirté plusieurs fois avec la velléité de se présenter comme candidat à la présidence de la République. Intention démentie en janvier 2007, puis déclaration très officielle en avril 2011, mais il échouera dans la primaire interne à EELV face à Eva Joly.

« Comment un animateur vedette qui n’a pas mené ces combats associatifs contre les puissants et compte dans sa fondation des entreprises contre lesquelles le combat écologiste est quotidien pourrait-il représenter les écologistes à l’élection présidentielle ? » commentait Corinne Lepage face aux premières rumeurs de candidature de Nicolas Hulot. S’il n’a pas été entarté, Hulot a subi un affront plus conforme à l’univers écolo : un seau d’épluchures de patates sur la tête à Notre-Dame-des-Landes en juillet 2011 pour dénoncer l’« écolo spectacle » à trois jours de la fin de la primaire EELV.

C’était injuste : ce seau d’épluchures a escamoté la contribution de Hulot au Grenelle de l’environnement, né en 2007 de la poussée exercée par son Pacte écologique. La Fondation Hulot est sortie du dispositif en mars 2010, pour finalement reprendre ses contributions en juin 2011.

Parallèlement, l’écologiste a semblé, au fil du temps, aborder les politiques avec un apolitisme délibéré. Nicolas Sarkozy, François Bayrou et Ségolène Royal, les principaux candidats à la présidentielle en 2007, ont eu beau signer le pacte écologique proposé par Nicolas Hulot, l’effet est resté réduit, aucun ne colorant véritablement en vert sa campagne et ses engagements.

Avant la COP21, Nicolas Hulot est-il un passant auprès des partis ? Conseiller de Fabius puis de Chirac, - auquel il inspirera le célèbre "Notre maison brûle et nous regardons ailleurs", au Sommet de Johannesburg en 2002, proche de Borloo pendant le Grenelle de l’environnement -, tentant de se faire entendre de Sarkozy, - jusqu’à ce que celui-ci proclame en 2011 que « l’environnement, ça commence à bien faire », échouant à devenir le candidat d’Europe-Écologie-Les-Verts aux élections présidentielles de 2012, il a finalement accepté de jouer les envoyés spéciaux de François Hollande sur le climat. Sa ligne de conduite : rester au plus près des sphères du pouvoir pour tenter d’exercer son influence directement. Avec le risque évident de se faire instrumentaliser.

Si on ne considère que cette seule mission d’« envoyé spécial pour la protection de la planète » confiée par le président de la République le 6 décembre 2012, à quoi Nicolas Hulot a-t-il servi ?

« Je suis devenu écologiste à partir du moment où je suis arrivé aux responsabilités du pays », a déclaré François Hollande en novembre 2014 mais cette conversion avait été vite ponctuée par un mauvais signe : l’éviction au bout d’un mois de Nicole Bricq du ministère de l’Écologie a montré qu’on ne pouvait pas, dans ce gouvernement, remettre à plat les permis de forage pétroliers offshore attribués à Shell en Guyane française. Sa remplaçante, Delphine Batho, n’a pas eu plus de chance, limogée pour avoir critiqué publiquement la baisse du budget de son ministère. Mais sa démission forcée en juillet 2013 relevait aussi de la défaite de la ministre de l’Écologie face aux lobbies du gaz de schiste et du pétrole.

La sincérité des responsables politiques, son espérance

Nicolas Hulot a avalé la couleuvre de ce second limogeage qu’il a jugé « disproportionné », estimant juste, en juillet, auprès de l’AFP, qu’avec son départ, ça faisait « beaucoup en peu de temps », tout en tentant de garder inaltéré son optimisme : « Il y a chez le président (Hollande) comme chez d’autres responsables politiques une sincérité. Quand il m’a proposé ma mission, il savait que je garderais ma liberté de parole (...). Notre objectif est de diviser par deux notre consommation d’énergie en 2050. J’espère qu’on va prendre ce virage, la transition énergétique en est l’occasion. Il faut oser, il faut y aller. » L’ironie du sort, c’est que Delphine Batho, débarquée de son poste de ministre, a finalement offert ses services à la fondation Hulot. Maigre contrepartie. Aujourd’hui Delphine Batho relaie les pétitions en faveur des abeilles de la fondation Hulot.

Deux ans après les premiers conseils éclairés de l’éminent ambassadeur du climat, les ministres EELV (Cécile Duflot et Pascal Canfin) ont quitté le gouvernement, déchantant notamment devant le peu d’actes pour l’environnement de François Hollande et de Manuel Valls. L’abandon définitif, en octobre 2014, de l’écotaxe devant la fronde des Bonnets rouges aura marqué un recul vis-à-vis des promesses de tenter de modérer le tout camion.

Grosse déception des écolos. Nicolas Hulot a bien fustigé cette reculade, rien n’y a fait. L’homme qui parle à l’oreille des puissants n’a pas été écouté.

Le coup médiatique de Manille

En février 2015, Hollande et Hulot ont passé 48 heures aux Philippines, embarquant deux vedettes dans le périple, les actrices Mélanie Laurent et Marion Cotillard, porte-parole de Greenpeace depuis 2001, membre du WWF et de la fondation Nicolas Hulot : apparemment, Hulot a dépensé beaucoup d’énergie pour convaincre l’équipe de Hollande d’en faire un voyage à forte connotation « climatique » destiné à ancrer l’image du président français avant la COP21, en lançant la mobilisation de la communauté internationale autour de ce rendez-vous de décembre. Un voyage à enjeu essentiellement médiatique. Avec le solennel « Appel de Manille » à la clé, que tout le monde a parfaitement oublié.

Le vote de la loi sur la transition énergétique s’est frotté à l’opposition de François Hollande, notamment la fiscalité écologique. Quant à la réduction de la production nucléaire, ou même une sortie programmée du nucléaire, le texte de loi est loin du compte, prévoyant juste de plafonner la puissance du parc à son niveau actuel de 63,2 gigawatts. Réponse de Hulot, éternel optimiste : « Ça se fera par la force des choses, donc ce n’est pas la peine d’être crispé là-dessus, parce qu’à partir du moment où vous allez développer les énergies renouvelables et baisser notre consommation, mécaniquement, le nucléaire va baisser. »

En ce mois d’octobre 2015, un sondage Ifop pour le site Atlantico évalue le potentiel électoral de Nicolas Hulot, plébiscité par 34 % des sondés. Hollande le verrait bien comme ministre. Caution, alibi tardif et bien-pensant d’un président qui a été tout sauf préoccupé par l’écologie ?

Voir la vidéo de lancement de la campagne de Nicolas Hulot

LE PACTE A FAIT RECETTE

À quoi sert un livre manifeste ? Manifestement à financer la fondation.

Nicolas Hulot reverse ses droits d’auteur à la fondation. Avec des années grasses et d’autres très juteuses. 20 950 euros en 2005, et jusqu’à 301 009 euros en 2007. Le seul bouquin Pour un pacte écologique (désormais en Livre de poche) aura rapporté 280 000 euros à la fondation.

« Le détail par publication montre le poids prépondérant d’un titre. Sur 417 051 euros de droits d’auteurs touchés par la Fondation Nicolas Hulot pour la nature et l’homme sur la période 2005-2010, Le Pacte écologique, chez Calmann-Lévy, en représente 287 878 € (40 000 € en 2006 et 247 878 € en 2007), soit 69 % », notent les magistrats de la Chambre des comptes en octobre 2012.

Mais il y a des années à gros coefficient de basse mer : en 2010, les droits d’auteur reversés à la fondation retombent à 973 euros, avec le détail sourcé : « Vidéos Temps des lagunes et Dans l’ombre du tiroir pour 76 euros ; ouvrages Terre en partage pour 206 euros et Combien de catastrophes avant d’agir ? pour 691 euros. » Avec cette fois un opuscule vendu 4,90 euros, les royalties seront forcément, et proportionnellement, moindres.

Source : comptes de la Fondation Nicolas Hulot pour la nature et l’homme, cités par le rapport de la Chambre des comptes sur la période 2005-2010, publié en octobre 2012, page 32.

Les inondations ne sont pas une fatalité Noël Mamère Reporterre 2015/10/07 Noël Mamère (7 octobre 2015) Les inondations ne sont pas une fatalité. Reporterre. Chroniques de Noël Mamère fr

Les inondations ne sont pas une fatalité

Alors que les Alpes-Maritimes ont été touchées par des inondations meurtrières, Noël Mamère rappelle que ces drames climatiques pourraient être prévenus si les pouvoirs publics prenaient vraiment des mesures contre ce qui les provoque, comme le mépris du principe de précaution ou l’urbanisation incontrôlée.

Noël Mamère est député écologiste

Vingt morts au moins, des dégâts humains et matériels considérables. Ce qui vient de se passer dans le sud-est de la France, de Cannes à Mandelieu, nous rappelle un vieux film déjà vu cent fois. Les mêmes images de paysages dévastés par les torrents de boue, les témoignages poignants de ceux qui ont tout perdu… 46 morts dans le Vaucluse, dont 36 à Vaison-la-Romaine, en 1992 ; Xynthia , 53 morts en 2010 ; les Cévennes, 24 morts en 1999 ; le Gard, 24 morts en 2002… Les catastrophes se multiplient et les mesures aussi. Sans succès.

Après Xynthia, j’avais demandé et obtenu, avec d’autres, une commission d‘enquête parlementaire pour « notamment faire le point sur le rôle des services de l’État dans l’entretien et le renforcement des digues, sur la responsabilité des différents acteurs pour la délivrance des permis de construire en zones inondables, sur la mise en cause de la responsabilité de l’État et de ses services dans l’application du principe de précaution inscrit dans la Constitution ». Résultat, un bon gros rapport, très documenté, plein de propositions… Qui a fini au paradis des rapports perdus dans les tiroirs de la bureaucratie ! C’est l’éternel recommencement : la mémoire des risques s’éteint rapidement et, chaque fois, les bonnes âmes s’étonnent.

Le gaspillage et la corruption, les deux mamelles du productivisme

Les mêmes qui ont encouragé la logique de déréglementation s’étonnent de la désolation et réclament des mesures à cor et à cri, vite enterrées sous la pression des lobbies. En fait, nous connaissons les causes de ces catastrophes depuis des décennies : l’artificialisation des terres et, avec elle, l’étalement urbain ; la bétonisation du sol, les digues en mauvais état et, surtout, la spéculation immobilière encouragée par la fiscalité. Mais, au cœur de ce cycle sans fin se trouve une raison structurelle : cette urbanisation sans contrôle est liée à une économie d’accompagnement de la voiture et s’appuie sur les deux mamelles du productivisme que sont le gaspillage et la corruption Ces catastrophes ne sont donc pas une fatalité. On peut les anticiper et limiter leur impact si on s’en donne les moyens. Garantir la sécurité n’est pas illusoire si l’on place au centre des politiques publiques le principe de précaution et que l’on organise une politique publique de prévention.

Pour les écologistes, passer d’une simple logique de réparation à une logique de prévention suppose de sortir de la société de démesure et donc du cercle vicieux de l’urbanisation sans contrôle. On n’en prend pas le chemin lorsqu’on apprend, la même semaine que, pour la quatrième année consécutive, le budget du ministère de l’Écologie est en baisse… Dont la ligne « Météorologie et prévention des risques ».

Malgré tout le respect que j’ai pour Christiane Taubira, nous attendons toujours la création de parquets spécialisés dans la poursuite contre la criminalité environnementale. Les lanceurs d’alerte sont marginalisés durant des années dans leur propre village, rasant les murs parce qu’ils dénoncent les dérives des élus locaux peu soucieux du bien commun et se voient souvent opposer le silence des autorités. Qui les protège vraiment ? Je suggère qu’une police verte de l’environnement ou, tout au moins, un corps d’inspecteurs puisse être saisi préventivement, en fonction du principe de précaution, pour enquêter sur les plaintes concernant ce secteur.

Ce genre de catastrophes se multipliera

L’autre leçon des inondations meurtrières concerne la gestion des zones inondables et le plan d’urbanisation des sols. Il ne relève pas seulement de la corruption de quelques élus mais aussi de l’inconséquence de beaucoup de citoyens qui veulent à tout prix construire dans ces zones fragiles et dangereuses, au mépris de leur vie. Or, si ces dérives individualistes face à la nature ne sont pas combattues, nous connaitrons d’autres catastrophes encore plus graves. Il est urgent d’arrêter le bétonnage systématique des côtes. On ne doit plus faire n’importe quoi sous la pression immobilière des promoteurs et des aigrefins de tout acabit.

Enfin, moins de deux mois avant la COP21, nous assistons à une leçon de choses. À l’avenir, ce genre de catastrophes se multipliera avec le changement climatique. Nous savons qu’il se traduira par plus de cyclones, de tempêtes, de pluies diluviennes que nous n’en avons jamais connus.

Une fois de plus, c’est le système qu’il faut changer, pas le climat. Une fois de plus si nous ne menons pas une lutte globale contre le changement climatique, les conséquences locales seront délétères.

Exiger que la loi nous protège tous

L’environnement n’est pas une variable d’ajustement que l’on utilise à des fins électorales, en proposant des places à quelques aventuriers de la politique, pour masquer sa propre frilosité devant les véritables mesures structurelles à prendre, comme le vote d’une loi sur l’attribution et l’utilisation des sols pour lutter contre l’étalement urbain et l’artificialisation des sols. Quand la vie des personnes est en danger, nous sommes dans la non-assistance. C’est bien ce qui s’est passé la semaine dernière, lorsque des milliers des personnes ont été prises au piège des inondations durant leur sommeil.

Refuser la loi de la jungle, c’est exiger que la loi nous protège tous, y compris face aux risques engendrés par les catastrophes naturelles. Personne n’est responsable d’une tempête ou d’une inondation mortelle, mais chacun est responsable de ses conséquences.

Nicolas Hulot lance un appel aux chefs d’Etat Camille Martin (Reporterre) Reporterre 2015/10/08 Camille Martin (Reporterre) (8 octobre 2015) Nicolas Hulot lance un appel aux chefs d’Etat. Reporterre. Politique fr

Nicolas Hulot lance un appel aux chefs d’Etat

L’envoyé spécial du président de la République pour la protection de la planète lance une pétition sur internet, demandant aux chefs d’Etat d’« oser en finir avec les beaux discours » et d’agir.

Nicolas Hulot a lancé mercredi 7 octobre un appel aux chefs d’Etat, qu’il invite tous ceux qui le veulent à signer sur internet.

Le texte indique :

« Nous, citoyennes et citoyens du monde, appelons les responsables politiques des pays les plus riches et les plus émetteurs de gaz à effet de serre à enfin relever le défi climatique.

Chefs d’État, osez !

Osez reconnaître que la lutte pour le climat conditionne l’avenir de notre monde : la santé, l’économie, l’emploi, la solidarité et l’égalité, l’agriculture et l’alimentation, la paix.

Osez admettre que les engagements actuellement sur la table des négociations ne sont pas suffisants pour limiter le changement climatique à 2 °C, mais que vous pouvez changer la donne en revoyant à la hausse vos ambitions : le G20 compte pour trois quarts des émissions mondiales !

Osez en finir avec les beaux discours et les déclarations d’intention, avec la tentation de remettre à plus tard les décisions : agissez !

Osez vous astreindre à des moyens financiers, des indicateurs de contrôle, des réglementations et à des feuilles de route précises qui vous engageront dès aujourd’hui.

Dans tous les territoires du monde, les acteurs se mobilisent, chaque jour un peu plus. Conscients de la responsabilité de tous, nous nous engageons aussi personnellement, chacun à notre niveau. Mais cela ne suffira pas.

Vous, responsables politiques, avez une responsabilité historique.

La force de l’accord de Paris tiendra d’abord dans les mesures que vous mettrez en œuvre.

Nouvelles réglementations, prix du carbone, taxe sur les transactions financières, changement de modèle agricole... Ce qu’il faut faire est connu et ne dépend que de votre courage politique.

Chefs d’État, soyez à la hauteur. Entrez dans l’histoire. Osez ! »

On peut ainsi signer ce texte :

« J’ai lu l’appel Osons et je demande aux Chefs d’Etat réunis lors de la COP21 à s’engager résolument à adopter toutes les mesures nécessaires pour limiter le réchauffement climatique en-dessous de 2°C. »

Dix engagements individuels

La Fondation Nicolas Hulos pour la nature et l’homme propose par ailleurs dix « engagements individuels pour combattre le dérèglement climatique » :

« . Je me déplace à plusieurs ou sans moteur . Je réfléchis à deux fois avant de prendre l’avion . Je mange moins de viande... mais de meilleure qualité . Je mets fin au gaspillage alimentaire . Je mets mon argent au vert . Je choisis une électricité 100% renouvelable . J’agis contre le gaspillage énergétique . J’agis pour la nature . Je partage . Je milite et je m’implique pour le climat »

Les électeurs de gauche et écologistes ne sont pas responsables de la montée du Front national Caroline De Haas Reporterre 2015/10/08 Caroline De Haas (8 octobre 2015) Les électeurs de gauche et écologistes ne sont pas responsables de la montée du Front national. Reporterre. Tribune — Politique fr

Les électeurs de gauche et écologistes ne sont pas responsables de la montée du Front national

Le référendum pour « l’unité » des partis de gauche aux élections régionales lancé par le premier secrétaire du PS a laissé un goût amer à Caroline De Haas. Elle n’accepte pas que les électeurs de gauche soient rendus responsables de la situation politique créée par le PS. Et, avec d’autres, elle lance un contre-référendum de gauche.

Caroline De Haas est militante féministe. Elle est l’une des initiatrices du référendum « Face à la droite et l’extrême droite, souhaitez-vous que le gouvernement mène une politique de gauche ? ». Son compte Twitter : @carolinedehaas

Lorsque Jean-Christophe Cambadélis, premier secrétaire du Parti socialiste, a annoncé un référendum auprès des citoyennes et citoyens pour l’unité des partis de gauche aux régionales, j’ai d’abord cru à une farce. Comment le principal parti politique de gauche de ce pays pouvait-il passer du temps et de l’énergie, dans la période actuelle, à se concentrer sur des histoires d’appareils ? La plupart des responsables de gauche qui ont réagi l’ont d’ailleurs souligné : le premier tour des élections n’est pas là pour rien.

Par curiosité, je suis allée jeter un coup d’œil sur le site de ce référendum pour « l’unité ». Et quelque chose m’a gêné. Puis carrément embêté. J’ai mis un moment à comprendre que ce site, censé organiser le processus de vote, un processus démocratique, nous indique d’entrée de jeu ce qu’il faut voter. Vous allez me dire, ça fait des économies. Un seul bulletin de vote, un dépouillement beaucoup plus rapide et une victoire assurée. Pratique.

Sur ce site pour « l’unité », impossible de trouver des analyses sur l’état de la gauche, les raisons de l’éloignement des citoyennes et citoyens de la pratique politique, des réflexions qui expliquent pourquoi de tels accords entre les différents partis permettraient de changer la vie des gens, un début de commencement de programme, des témoignages de citoyennes et citoyens. Rien de tout ça.

En fait, en quelques pages, le site résume les deux possibilités qui te sont offertes à toi, sympathisant-e de gauche : soit tu es pour l’unité avec les socialistes, soit tu es pour l’extrême-droite. Le choix est donc on ne peut plus réduit.

Tout ça, c’est ta faute

Au début, j’ai décidé d’en rire. Cette initiative, à deux mois des régionales, ressemblait un peu à un « sauve-qui-peut ». Et puis je me suis dit qu’en fait, ce n’était pas drôle du tout.

Parce qu’au fond, le message que m’envoie Jean-Christophe Cambadélis, c’est que tout ça, c’est de ma faute.

Mais par quel incroyable tour de passe-passe peut-il me faire retomber sur les épaules la responsabilité de la situation actuelle ?

Pourquoi serait-ce à moi d’assumer leurs échecs électoraux plutôt qu’à eux, qui n’ont pas tenu la moitié du quart de leurs promesses de campagne ?

Pourquoi serait-ce à moi d’aller voter pour des gens avec lesquels je suis en désaccord plutôt qu’à eux de changer leur programme politique pour me convaincre ?

Pourquoi serait-ce à moi de porter la responsabilité du vote FN plutôt qu’à celles et ceux qui ont le pouvoir de changer la donne ?

Pourquoi serait-ce à moi d’être toujours conséquente pour deux alors que ces irresponsables ont piétiné mon vote du 6 mai 2012, et celui de millions de gens avec ?

C’est totalement lunaire. Et dangereux

C’est quand même une étrangeté de notre vie politique qui veut que le principal parti au pouvoir renvoie sur l’ensemble des autres formations et militant-e-s politiques la responsabilité de son échec. Échec à tenir ses engagements, échec à transformer les rapports de forces dans la société, échec à faire reculer le racisme ou les violences contre les femmes, échec à mettre en œuvre des promesses comme le droit de vote des étrangers ou la fin du contrôle au faciès, échec à résister aux lobbys pétroliers, échec à renforcer les protections sociales, échec à parler de solidarité plus que de fermeté à l’arrivée des réfugié-e-s…

Mais comment est-il possible que des militant-e-s sincères, de gauche, se laissent embarquer dans une aventure pareille et continuent à militer et à payer une cotisation pour cette mascarade ? Comme si quelqu’un d’un peu censé pouvait penser un seul instant que Cécile Duflot, Pierre Laurent et Jean-Luc Mélenchon réunis avaient plus de responsabilités dans l’état de notre pays que François Hollande, Manuel Valls et Jean-Christophe Cambadélis. C’est totalement lunaire. Et dangereux : cela signifie qu’au final, ces derniers ne seraient pas responsables de grand chose.

Le pouvoir de changer la donne

Je suis convaincue qu’un ou une président-e de la République a le pouvoir de changer la donne. S’il le souhaite et s’il s’en donne les moyens. Le problème ? Notre président a l’air d’être convaincu qu’il n’a pas le choix, qu’il n’y aurait pas d’alternative. La gauche, pour moi, c’est l’inverse. C’est l’idée que nous pouvons tracer un chemin qui bouscule l’ordre établi et repousse les limites. Laisser penser qu’il n’y a pas d’alternative, c’est faire reculer la conscience de gauche de notre pays. Et ouvrir la voix aux réactionnaires de tous poils.

J’ai le sentiment d’un terrible gâchis. Nous avons été des millions à voter pour eux en 2012. Des millions, partout en France. Qu’ont-ils fait de nos voix ?

Le but du référendum que nous avons, à notre tour, décidé de mettre en place est donc de participer à ouvrir le débat politique. Il propose de répondre à une question simple : « Voulons-nous que la gauche soit de gauche ? » Certes, cela peut paraître basique. Mais en regardant ce qui se passe depuis 2012, j’ai parfois le sentiment que revenir aux fondamentaux ne peut pas nous faire de mal. Les internautes peuvent s’inscrire en ligne pour pouvoir voter du 16 au 18 octobre.

Et si ce « contre-référendum », comme l’ont baptisé les médias, peut participer à montrer que nous sommes nombreuses et nombreux à ne pas être dupes et à vouloir construire l’alternative, il aura atteint son but.

« Les semences sont le socle de la lutte pour la souveraineté alimentaire » Lorène Lavocat (Reporterre) Reporterre 2015/10/08 Lorène Lavocat (Reporterre) (8 octobre 2015) « Les semences sont le socle de la lutte pour la souveraineté alimentaire ». Reporterre. Reportage — Agriculture fr

« Les semences sont le socle de la lutte pour la souveraineté alimentaire »

Au village Emmaüs Lescar-Pau, dans les Pyrénées-Atlantiques, des cultivateurs du monde entier se sont retrouvés fin septembre avec une idée en tête : « Semer la résistance ».

- Lescar-Pau (Pyrénées-Atlantiques), reportage.

Sur une table, Nader Mahmoudi expose fièrement des bouquets d’épis dorés. Barbus, blonds, roux. Chez lui, en Iran, il cultive plusieurs centaines de variétés de blé. Un paysan français s’approche et lui tend un sac de graines d’épeautre : « C’est une céréale d’ici, mais elle se plaira peut-être chez vous ! » Nader ouvre de grands yeux : il n’a jamais vu cette espèce. À grand renfort de mimiques et avec l’aide d’une traductrice, les deux paysans discutent pendant plus d’une demi-heure de méthodes de culture et de conservation.

Blé contre épeautre, sorgho contre haricot, carotte contre patate. Ces échanges informels de semences et de savoir-faire fleurissent dans les allées du village Emmaüs Lescar-Pau, dans les Pyrénées-Atlantiques. Entre le 24 et le 26 septembre, plus de 250 personnes du monde entier se sont retrouvées dans ce haut-lieu de la solidarité et de la convergence des luttes.

Paysans, compagnons ou citoyens, ils ont répondu à l’appel « Sème ta résistance ! » : « Les semences, base de toute production agricole, sont le socle de la lutte pour la souveraineté alimentaire », écrit dans un communiqué le Réseau semences paysannes, co-organisateur de l’événement avec l’association Bede. « Nous ne sommes pas là en tant qu’Africain, Latino ou Européen, confirme Jacques Nametougli, venu du Togo. Nous sommes ici en tant que membres de la communauté humaine, pour défendre ce qui est la base de notre alimentation. »

Neuf paysans sur dix sélectionnent, échangent et sèment chaque année une partie de leur récolte. Ils utilisent des semences diversifiées et adaptées à leur terroir. Ainsi, près de 70 % de notre nourriture dépend aujourd’hui de ces graines transmises à travers les siècles par des générations de paysans.

Les multinationales utilisent les brevets pour privatiser les semences

« Un agriculteur qui n’a pas de semences n’est pas un agriculteur, dit Omer Agoligan, cultivateur béninois. Malheureusement, ça disparaît vite, nous avons perdu la moitié de nos variétés de sorgho en moins de dix ans. » Un constat amer partagé par l’ensemble des participants : la biodiversité cultivée s’érode dramatiquement, et les paysans sont peu à peu dépossédés de leurs semences et de leurs connaissances.

Au Mali, en Syrie comme en Colombie, les conflits déplacent les populations paysannes loin de leurs terres, délitent les communautés rurales et détruisent les stocks de semences. « En Irak, après des années d’exil loin de leur village, quand les paysans ont enfin pu revenir, les semences traditionnelles s’étaient perdues et ils n’avaient plus les connaissances », rapporte Zoé Beau, de l’association Graines et Cinéma.

Petites lunettes et casquette plate, Alvaro Salgado représente la Red en defensa del maiz (le Réseau pour la défense du maïs), une organisation paysanne mexicaine. Avec d’autres, il lutte depuis plusieurs années contre la contamination des maïs traditionnels par des plants transgéniques. « Les firmes, appuyées par des scientifiques et les gouvernements, veulent contrôler le centre d’origine du maïs, en Amérique centrale, à travers la diffusion des OGM (organismes génétiquement modifiés), constate-t-il. Il s’agit d’une stratégie de contamination biologique afin de retirer aux peuples indigènes leurs terres, leurs moyens de subsistance et leurs savoir-faire. »

Outre les OGM, les firmes multinationales recourent aujourd’hui aux brevets pour privatiser les semences. « Toute la diversité du vivant peut désormais être confisquée par des brevets octroyant la propriété industrielle sur des plantes ou des animaux, constatent les participants dans leur déclaration finale. Les plantes de nos champs pourront être, sans qu’on le sache, couvertes par un brevet industriel. » Brevet qui interdit de fait l’échange et la réutilisation des semences par les paysans.

Pour autant, « les firmes multinationales dominent parce qu’elles sont soutenues par des politiques publiques », estime Antonio Onoratti, éleveur italien. Catalogue officiel, accord international ou norme sanitaire favorisent ainsi les variétés commerciales au détriment des variétés paysannes.

« La fierté et la dignité d’être paysan »

Pourtant, la résistance paysanne et citoyenne s’organise. Au village Emmaüs, les compagnons élèvent des poules dont la race est en voie d’extinction, et accueillent la Maison des semences paysannes du Béarn, une petite cabane inaugurée lors des Rencontres, pour conserver la diversité des variétés d’ici… et d’ailleurs. Boliviens, Sénégalais et Roumains sont venus déposer des paniers remplis de graines sur des étagères fraîchement montées.

Comme à Pau, nombre d’initiatives de gestion collective des semences se développent dans le monde. « Casa de sementes criollas » au Brésil, « banco de semillas communitario » en Colombie ou « grenier à semences » au Togo. Leur objectif : conserver les graines produites par les paysans, les protéger de la biopiraterie, les multiplier pour ensuite les redistribuer dans les fermes. « Les semences appartiennent à la communauté paysanne, c’est à nous d’en prendre soin et de les gérer », estime Yenly Angelica Mendez, membre d’une organisation colombienne, la Asociacion campesina del valle de Cimitarra (l’Association paysanne de la vallée de Cimitarra).

Ces structures permettent de préserver les variétés locales, qui peuvent disparaître à tout moment. Au Nord-Mali, la guerre ayant détruit la plupart des cultures, les paysans ont pu se tourner vers le Centre agro-écologique de production de semences tropicales, à Gao, qui produit des graines adaptées aux conditions sahéliennes depuis 2006.

Outre les plantes, ce sont bien souvent les savoir-faire qui disparaissent. Le centre de Gao enseigne ainsi comment produire des semences. Au nord du Togo, à Cinkassé, Jacques Nametougli accueille dans son école des jeunes ruraux dans la détresse. « Il nous faut des paysans pour avoir des semences, observe-t-il. Or ce métier est partout dénigré, méprisé. Les jeunes préfèrent partir en Europe plutôt que de travailler la terre. Dans notre centre, nous leur redonnons la fierté et la dignité d’être paysan. »

Mener la lutte contre les transgéniques

Bien que la recherche agronomique se fasse souvent dans des laboratoires éloignés des réalités du terrain, quelques chercheurs retroussent leurs manches pour accompagner les agriculteurs. C’est le cas de Salvatore Cecarelli, spécialiste de la sélection de l’orge. L’ingénieur développe depuis plusieurs années des programmes de recherche participative, où il travaille avec les paysans, directement dans les champs. Il y a neuf ans, il s’est ainsi rendu dans les régions montagneuses et arides de l’Iran, avec plus de 1.600 variétés d’orge et 400 de blé. « Il nous a dit d’augmenter la biodiversité, raconte Khadija Razavi, de l’ONG Cenesta. Grâce à lui, nous avons sélectionné des variétés qui résistent bien à la sécheresse, et nous avons considérablement amélioré nos conditions de vie. »

« Nous avons besoin d’entraide, de partages de connaissances et d’expérience », poursuit-elle. À ses côtés, Christophe Noisette, d’Inf’OGM, lui donne conseils et arguments pour mener la lutte contre les transgéniques. Car avec la levée de l’embargo, l’Iran pourrait bientôt devenir un nouvel eldorado pour les semences transgéniques. « Seuls, nous ne pouvons rien faire, mais ensemble, nous pouvons les empêcher », assure l’Iranienne.

Pour Christian Dalmasso, paysan boulanger en Rhône-Alpes, là est le sens de ces Rencontres internationales : « Nous avons besoin de ces moments d’échange, sinon on reste, chacun, isolé et débordé dans notre ferme. » Un agriculteur africain confirme, ému : « Jusqu’ici, je pensais être seul, mais maintenant, je sais que nous sommes nombreux. »

La Garance voyageuse se promène sous les arbres La Garance voyageuse Reporterre 2015/10/08 La Garance voyageuse (8 octobre 2015) La Garance voyageuse se promène sous les arbres. Reporterre. fr

La Garance voyageuse se promène sous les arbres

Dans ce numéro 111, nous déambulerons sous les « allées » d’arbres : celles des châteaux et jardins à la française, celles de nos routes, si fort menacées de disparition, et celles de nos villes où, habitats spécifiques, puits de carbone et bons réducteurs de polluants de l’air, elles participent à la préservation de la biodiversité.

De biodiversité il sera question aussi au travers de l’histoire de la gestion des semences, de jeux de billes avec les graines de tamarin ou de kokkho dans les campagnes du Laos et de sauvegarde du panicaut vivipare dans le Morbihan.

Nous nous attarderons sur les anomalies végétales que sont les fasciations – linéaires, en anneau ou en étoile – de nos herbacées, lianes et buissons et sur la ressource patrimoniale qu’est Gentiana lutea du Massif central et des Pyrénées.

Nous zoomerons sur les cinq espèces métropolitaines de « nerpruns » : nains, alpins, purgatifs, alaternes ou des rochers.

Enfin nous survolerons mille et une autres informations que nous apporteront les rubriques habituelles, brèves, échos des sciences et lectures.

Le sommaire du numéro 111.

La Garance voyageuse, numéro 111, automne 2015, 8 euros

Le ciel se dégage pour les téléphériques Michel Bernard (Silence) Reporterre 2015/10/08 Michel Bernard (Silence) (8 octobre 2015) Le ciel se dégage pour les téléphériques. Reporterre. Transports fr

Le ciel se dégage pour les téléphériques

Ce moyen de transport inauguré en montagne a gagné les villes. Voici un panorama des avantages et des inconvénients de ces installations aériennes dont de nombreux projets sont à l’étude en France et dans le monde.

Il existe plus de 20.000 téléphériques dans le monde… le plus souvent en montagne pour les stations de skis (le plus haut, situé au Venezuela, grimpe à 4.765 m). Il existe aussi quelques téléphériques urbains à vocation touristique comme celui qui rejoint la Bastille, à Grenoble, depuis 1934 ou celui entre Toulon et le Mont-Faron, qui fonctionne depuis 1959. Dans ces deux villes, il existe des projets de téléphériques urbains : le premier entre Fontaine, Grenoble et Saint-Martin-le-Vinoux. Un projet pour rejoindre le plateau du Vercors a été abandonné. Depuis 2008, à Toulon, il existe un plan d’extension de l’actuel téléphérique vers le centre-ville. À Brest, un téléphérique devrait, d’ici mi-2016, relier le centre au nouveau quartier des Capucins, enjambant la rivière Penfeld à 60 m de haut. Il pourra transporter jusqu’à 1.200 passagers par heure, sur 410 mètres, en trois minutes. De nombreux autres projets sont dans les cartons.

En complément des autres modes de déplacements collectifs

Selon le GART, le Groupement des autorités responsables des transports, un téléphérique peut coûter jusqu’à 4 fois moins cher qu’un tramway. Il est particulièrement intéressant pour franchir aisément un relief ou un cours d’eau. Il demande peu de place au sol. Il consomme peu d’énergie. Nous avons pu interroger François Marchand, cadre dans une entreprise de transports publics, qui a déjà travaillé sur plusieurs projets de téléphériques. Le téléphérique peut avoir des capacités de transport comparables à celles d’un tramway (entre 5.000 et 10.000 personnes à l’heure) mais, plus modulable, il peut être conçu pour des flux beaucoup moins importants.

Il peut donc permettre de répondre à des besoins ponctuels de mobilité en complément des autres modes de déplacements collectifs. Il n’est pas destiné à remplacer le tramway, qui permet, à la différence du téléphérique, de réaménager l’espace urbain, en particulier en opérant une redistribution de l’espace public au profit des piétons, des vélos et des usagers des transports publics.

Les réflexions sur ce mode de transport se sont engagées en France lors du Grenelle de l’environnement en 2007. Mais jusqu’à maintenant, ces projets étaient limités par le fait d’une interdiction juridique concernant la possibilité de survoler des habitations. Ceci devrait être corrigé dans le cadre la loi sur la transition énergétique.

Le téléphérique a comme principale limite qu’il ne peut pas facilement desservir des stations intermédiaires sur son parcours : il sert le plus souvent à joindre deux stations. En montagne, il existe des cas où les cabines sont freinées ou débrayées le temps de marquer une pause durant le trajet, mais c’est rare. Sur une desserte urbaine qui nécessite de la régularité et de gros flux de passagers, c’est extrêmement compliqué à gérer.

Autre limite : il est forcément en ligne droite (éventuellement en ligne brisée avec des pylônes intermédiaires, mais cela augmente le coût).

Même si la loi autorise le survol des habitations (le projet de loi prévoit une hauteur minimale de 20 m au-dessus des bâtiments), rien ne dit que ce sera accepté par les personnes survolées et cela pourrait être source de conflit.

Pour assurer un flux de passagers de même niveau que le tramway, il faut des quais d’embarquement très vastes, ce qui limite les lieux d’implantation.

La peur du vide

Le prix bas et l’économie d’énergie peuvent être remis en cause si l’on veut des cabines « modernes » avec chauffage et éclairage : alimenter une cabine en électricité n’est pas simple techniquement. Le coût peut aussi augmenter si, pour des raisons de sécurité, on impose un accompagnateur dans chaque cabine.

Pour répondre aux normes actuelles de transport, il faut que le vide entre la cabine et le quai ne dépasse pas 2 cm (pour le franchissement d’une chaise roulante). Il faut que l’accélération soit douce (ce qui nécessite des techniques complexes).

Les téléphériques posent aussi un problème de maintenance : alors que sur une ligne de tramway, on peut neutraliser une partie du trajet pour changer une portion de rail, dans le cas d’un téléphérique, le système doit être arrêté pour l’entretien des câbles. Si en montagne cela ne pose pas de problème (la maintenance se fait en dehors des périodes d’ouverture des stations), dans un cadre urbain de transport public, c’est plus gênant [1] .

La peur du vide est parfois évoquée… mais au XIXe siècle, à l’arrivée du métro, on craignait les réactions de claustrophobie… sensation qui disparaît le plus souvent rapidement.

Le cas de Brest, seul en chantier actuellement, doit permettre d’étudier clairement comment penser un téléphérique aux normes de confort actuelles. Ponctuellement, cela peut rester une solution peu onéreuse pour relier deux points et de nombreux élus regarderont avec attention l’expérience bretonne.

Des projets en discussion

À Toulouse, un téléphérique pourrait traverser le sud de la ville sur 10 km (de Basso-Cambo à Montaudran Aerospace). Ce projet pose la question de trouver comment installer les stations intermédiaires. Il pourrait être opérationnel entre 2020 et 2025. En Île-de-France, un projet prévoit de joindre Villeneuve-Saint-Georges (Val-de-Marne) à la station RER de Créteil, en passant par Limeil-Brévannes et Valenton, sur 4,4 km de long (donc avec deux stations intermédiaires).

À Bagnolet (Seine-Saint-Denis), un projet prévoit de relier la station de métro Gallieni aux hauteurs de la commune (plateau de la Noue). À Montpellier (Hérault), un téléphérique pourrait être préféré au prolongement de la ligne 1 du tramway. À Béziers (Hérault), il existe un plan de périphérique touristique le long du canal du Midi. À Lyon, les projets pour relier les collines de Fourvière et de la Croix-Rousse sont un long serpent de mer… Ont aussi été étudiées la liaison Gare-de-Perrache / Fort Saint-Irénée ou celle entre Gros-Caillou de la Croix-Rousse et le Parc de la Tête d’Or. Il existe un projet plus avancé entre la station Décines-Grand-Large sur la ligne de tramway 3 et le Parc de loisirs de Miribel-Jonage afin d’y limiter les accès en voiture. Il pourrait voir le jour d’ici 2016. À Marseille, on discute depuis 2013 d’un téléphérique touristique entre le centre-ville (fort Saint-Nicolas) et Notre-Dame de la Garde. Plutôt que de construire de nouveaux ponts, Nantes étudie la possibilité d’un téléphérique entre le centre-ville, l’Île de Nantes et la rive gauche de la Loire.

Et dans le monde ?

Il existe des téléphériques urbains à Portland et New York (États-Unis), Medellin, Cali et Manizales (Colombie), Caracas et Merida (Venezuela), La Paz (Bolivie), Rio de Janeiro (Brésil), Alger, Tlemcen, Skikda et Constantine (Algérie), Lisbonne et Porto (Portugal), Barcelone et Madrid (Espagne), Huy (Belgique), Londres (Grande-Bretagne), Coblence (Allemagne), Nijni Novgorod (Russie), Hongkong (Chine) Taipei (Taïwan), Yen Tu (Vietnam).

Il existe des projets (fin 2013, selon le GART) à Vancouver, Calgary et Laval (Canada), Tanger (Maroc), Bucarest (Roumanie), La Mecque (Arabie saoudite), Shillong et Kohima (Inde).

Principales sources de cet article :

. http://www.urbanews.fr . http://www.gart.org . http://gondolaproject.com

Hulot : ami ou alibi ? Par Émilie Massemin (Reporterre) Reporterre 2015/10/09 Par Émilie Massemin (Reporterre) (9 octobre 2015) Hulot : ami ou alibi ?. Reporterre. Politique fr

Hulot : ami ou alibi ?

Le grand appel et la vidéo lancés par Nicolas Hulot ont reçu un bon accueil public. C’est une super action de sensibilisation à la cause écologique. Mais peut-on vraiment être écologique quand on se fait financer par des pollueurs ? Faut-il être totalement pur, ou efficace ? Radical, ou pragmatique ? La chronique de Reporterre sur Radio Nova.

- Jeudi 8 octobre 2015

- Ecouter ici la chronique de Reporterre, par Emilie Massemin :

Photo du chapô : en mai 2015 (© Eric Coquelin/Reporterre)

La chronique de Reporterre, tous les jeudis à 18 h 10 sur Radio Nova, dans l’émission « 2h1/4 avant la fin du monde », animée par Marie Misset et Armel Hemme.

« L’occasion de faire le point sur les combats et débats quotidiens de l’écologie ».

A écouter sur... et bien voici la carte des fréquences, selon le lieu où vous habitez.

Les lecteurs défendent Nicolas Hulot : « Il est utile » Reporterre 2015/10/09 (9 octobre 2015) Les lecteurs défendent Nicolas Hulot : « Il est utile ». Reporterre. Politique fr

Les lecteurs défendent Nicolas Hulot : « Il est utile »

L’article « À quoi Nicolas Hulot sert-il ? » a suscité de nombreuses réactions et discussions sur la page Facebook et le courriel de Reporterre. Le plus souvent critiques à l’encontre de notre article, et aussi constructives. En reproduisant une partie des commentaires, le quotidien de l’écologie inaugure une rubrique amenée à devenir régulière, la tribune de ses lecteurs.

Nathalie Delhommeau : Systématiquement critiquer les personnages charismatiques écolos, n’est-ce pas signe qu’on souhaite plus d’eux encore, et/ou qu’ils ne sont pas assez nombreux ? Ou bien qu’on est jaloux ? Rêver d’un leader parfait ? Qui aurait été « parfait » de sa naissance à sa mort ? Cristalliser dans son parcours les passages de sa vie qui, ma foi, n’ont rien de criminel. Alors quoi ? Rabhi, Yann Arthus-Bertrand, Hulot, Mamère, Bové ne sont pas parfaits (ouille ouille ouille) mais ils font un travail incroyable, énorme et nous avons besoin d’eux !

Cette critique systématique me pose deux problèmes :

1) La stratégie de la balle dans le pied : se massacrer nous-mêmes plutôt que de nous encourager ;

2) Ce besoin refoulé de trouver papa ou Dieu dans ces hommes et là, moi, je pense que si nous attendons à ce point trop d’eux, c’est que nous ne sommes pas assez ! Que dirait Illich ? Bien cordialement et vive M. Hulot qui mouille sa chemise, se prend des critiques de tous côtés et pourtant, qui continue le combat !

Emmanuel Michalon : Il ne s’agit en aucune façon, justement, de chercher un leader, mais de se bouger les fesses chacun devant chez soi. Pour cela, nul besoin de leader précis. Beaucoup ont déjà donné le signal d’actions à faire...

Michel Camille Uzac : Il faut amener l’ensemble de la société à prendre en compte la problématique climatique. Alternatiba a commencé, Hulot et Yann Arthus-Bertrand, malgré les soutiens d’EDF et de la fondation Bettencourt, œuvrent aussi. Écolo-coaching by Loulou JEDI aussi, moi aussi. Et c’est tous ensemble et avec nos différences que nous gagnerons tous.

Isabelle Le Jeune : OK. Je ne doute pas une seule seconde de la sincérité personnelle de Nicolas Hulot et je reste persuadée qu’il est le seul à pouvoir réconcilier l’écologie et la politique mais je regrette quand même qu’il n’ait jamais prononcé un mot sur l’énergie nucléaire hier soir... Il aurait seulement suffi d’un mot (fissiles) après énergies fossiles et... mais rien, ce n’est pas venu. On sait tous pourquoi, non pas qu’il ne soit pas convaincu que les énergies renouvelables doivent remplacer à terme le nucléaire, mais vis-à-vis d’EDF, il ne peut pas... Et il n’a pas « osé » justement... N’était-ce pourtant pas le moment ? Dommage.

Ginny My : Euh... Je ne comprends pas trop où vous voulez en venir... Il est étrange votre article... Critique ? Mais de qui : des politiques ou de Nicolas Hulot... ou on ne sait pas trop de qui ? Ou alors, pas critique ?... Enfin, pas clair tout ça. Bon, ça arrive parfois... de parler pour finalement ne rien dire.

Boris Gabriels : Critiquer les gouvernements mais être toujours conseiller du gouvernement ! Ces mêmes gouvernements qui peuvent donc dire : « Vous voyez, Hulot travaille avec nous »... Position très changeante sur le nucléaire (une requête « Hulot nucléaire » sur un moteur de recherche est sidérante) et sur le changement de modèle justement.

Jean-Marc Ferrier : Je suis toujours sidéré de voir la bêtise (c’est un autre mot qui me venait, mais pas politiquement correct...) de certains, une partie d’entre eux, se revendiquant d’ailleurs écologistes... Plutôt que de taper sur Nicolas Hulot (sérieusement, il y en a encore qui pensent qu’il n’est pas sincère ???), ils feraient bien de soutenir ses actions. C’est marrant cette propension qu’ont les Français à systématiquement détruire, à tirer sur tout ce qui a un peu de succès et tout ce qui attire la lumière. L’énergie, c’est pas là qu’il faut la mettre, c’est pas sur les querelles de personnes, les jugements hâtifs et les critiques non constructives qui ne servent à rien, c’est plutôt dans la transition vers un monde plus équilibré.

Anne Kereveur : Il est la seule personnalité à se bouger pour l’écologie en France.

Emmanuel Michalon : Faux. C’est le seul que les pouvoirs et les me(r)dias utilisent parce que ce sont les gens qui l’ont lancé. Ils ont trouvé le médiatique idoine. Il y a des gens, méconnus et qui le resteront volontairement pour échapper au big circus, qui bossent sur le sujet mais comme, à nous les moutons, on nous dit qu’il FAUT une figure...

Florent Camille Gravouil : À faire croire que ça va changer si... il est là, aux commandes. Non, nous n’avons pas besoin de lui et de ses lobbies préférés.

Jack Szabo : En quoi cet article serait-il polémique ? Parce qu’il dit des vérités qui déplaisent ? Qui que nous soyons, un peu sensible à la problématique de l’environnement, sommes-nous toujours irréprochables ? Nicolas Hulot comme Yann Arthus-Bertrand peuvent-ils nous présenter sans gêne leur bilan carbone personnel ?

Nicolas Casaux : Cet article ne fait qu’énumérer, lister, chiffrer, sans vraiment qu’on comprenne si au final tout cela a servi. Enfin je n’ai pas l’impression qu’il réponde à la question « à quoi sert Nicolas Hulot ? »

Hassan Youssef : Eh bien moi je dirais plutôt : à quoi ont servi Duflot, Placé, Pompili, Cosse, de Rugy... ?

Ophélie Blagovanoa : En gros, comment être crédible en écologie quand on se fait financer par des groupes dont les actions ne sont pas écologiques mais capitalistes.

Gyanamata Noël : Restons positifs, Reporterre, nous sommes si peu nombreux.

Mél de Lucas W. :

Cher Reporterre,

Je me permets de t’écrire en tant que lecteur régulier de Reporterre car pour une fois, quelque chose me froisse. Je parle de l’article sur Nicolas Hulot intitulé « À quoi Nicolas Hulot sert-il ? » Sans vouloir faire dans la polémique, et au-delà du ton que je trouve franchement dur et du titre sensationnaliste qui ne trouve pas de réponse, cet article manque d’honnêteté, et c’est je trouve le plus grave.

Plusieurs exemples d’approximations, ou d’informations fausses que contient l’article, que je ne développe pas par souci de faire court :

- L’article dit que « pour cet appel, Nicolas Hulot fait cavalier seul ». Ceci est faux. Il suffit de se rendre sur le site de l’appel pour voir que plusieurs réseaux associatifs ainsi que des personnalités diverses soutiennent l’appel. D’ailleurs un lancement de pétition pour rassembler des milliers de personnes, on fait mieux comme « Hulot en Solo ». - Vous pointez du doigt les clients de l’entreprise de com’ par laquelle il est passé. L’article la juge non pas sur ses pratiques sociales et environnementales (que je ne connais pas, et qui aurait pu à la limite être pertinent), mais sur ses clients... Ça me parait un peu mince pour épingler Nicolas Hulot : en quoi les clients de cette boîte l’engagent-ils, lui, en quoi que ce soit ? Et dans le même temps, vous ne faites que mentionner la maison d’édition du livre, Les Liens qui libèrent, sans préciser qu’elle est notamment celle du Diplo, d’Attac, ou des Économistes Atterrés, bref « des entités qui respirent l’écologie », pour reprendre les termes de l’article.

- Vous soulignez le fait que sa Fondation est financée par des entreprises privées, et concluez « il ne faudra pas attendre de Hulot qu’il dénonce les déclarations hypocrites et les obstacles à la transition énergétique mis en place par les grands groupes industriels ». Or cela est faux, et il suffit de se rendre sur la première page du site de sa fondation pour voir un communiqué où il dénonce explicitement Volkswagen et demande plus de contrôle et de vraies réformes systémiques pour encadrer les entreprises.

- Vous désignez son « apolitisme délibéré », pour sa stratégie d’influence des « sphères de pouvoir ». Je ne partage pas la stratégie de Hulot, mais le faire passer pour un doux rêveur apolitique, c’est franchement malhonnête : c’est passer sous silence sa prise de conscience du caractère systémique de la crise, et non pas uniquement individuelle. C’est passer sous silence qu’il partage des critiques à propos de la la croissance verte et pointe la responsabilité des pays riches. C’est passer sous silence les mesures qu’il préconise : taxe sur les transactions financières, démocratie participative, fiscalité carbone, sortie du nucléaire, opposition au TAFTA... Si celles-ci ne sont pas parfaites, elles sont assez ambitieuses et vont plus loin que le statu quo ! Il reste cohérent vis-à-vis de ses positions et critique sur les politiques et le système économique. C’est également passer sous silence son vote pour Jean-Luc Mélenchon au premier tour de la présidentielle de 2012, pas franchement représentant du statu quo sur les questions écologiques...

Qu’Hulot soit redevenu « apartisan », suite à sa mauvaise expérience de la primaire d’EELV, d’accord. Mais dire qu’il n’a pas de vision politique qu’il est uniquement « caution, alibi tardif et bien-pensant », c’est simplement faux. - Mettre simplement le lien de la vidéo, sans aucune analyse ni même souligner le fait qu’il utilise des éléments très partagés de la « culture jeune » pour essayer de toucher un public délaissé par cette question et sortant des discours hyper-techniques et hyper-fermés, tout en faisant preuve d’autodérision (ce qu’on reproche souvent aux écolos) c’est également dommage. Or, cette vidéo n’est pas creuse, au delà de la forme il y a un vrai message d’action individuelle et collective. Il suffit de faire un petit tour sur les réseaux sociaux (que l’on peut critiquer par ailleurs) pour voir que cette vidéo fonctionne et touche un public que d’autres n’auraient jamais touché (à l’heure où j’écris, plus de 200.000 vues !)

Pour conclure, je comprends parfaitement que l’auteur de l’article ne partage pas la vision ou la stratégie de Nicolas Hulot, c’est son droit, et c’est en partie mon cas. Cependant, utiliser des approximations, c’est dommage. En outre, je pense que cela nuit à la cause que Reporterre et Nicolas Hulot partagent au fond, dans des mesures différentes.

Nicolas Hulot n’est pas Yann Arthus Bertrand, il sait que mobiliser l’échelle individuelle est nécessaire mais pas suffisant. Il sait qu’il faut enclencher un changement de modèle et il lutte à sa manière en ce sens.

Nos approches ne sont pas si opposées que cela : . Il utilise son rôle médiatique pour mettre en avant des propositions, des solutions, d’ailleurs souvent les mêmes que le mouvement écologiste. Il touche des cercles que nous ne touchons pas, nous ne pouvons pas lui enlever cela. . Il est une porte d’entrée vers les problématiques climatiques et écologiques. Ensuite, à nous de montrer qui porte réellement ces solutions au niveau politique et économique. À nous de montrer la différence entre le projet Hollandiste et celui porté par le mouvement de l’écologie, les Alternatiba ou les ZADs.

Amitiés écologistes d’un vieux jeune (ou l’inverse) compagnon de route,

Lucas

Énergie renouvelables, un virage à prendre Reporterre 2015/10/09 (9 octobre 2015) Énergie renouvelables, un virage à prendre. Reporterre. fr

Énergie renouvelables, un virage à prendre

Aujourd’hui, les avancées technologiques permettent de produire de l’énergie à partir des filières renouvelables à un prix équivalent ou moindre que les énergies fossiles, nucléaire compris. La tendance est lourde et tout le monde est d’accord pour dire que l’on va vers du 100 % renouvelables à plus ou moins long terme.

Sortir du nucléaire permet de stopper la production d’une radioactivité mortelle. Se passer du pétrole ou du charbon permet de limiter les émissions de gaz à effet de serre provoquant le réchauffement climatique. Mais vouloir seulement remplacer une énergie par une autre ne change rien au fait que nous sommes en train d’épuiser la planète à grande vitesse.

Notre consommation d’énergie est directement liée à notre consommation de biens matériels. Si nous voulons avoir une démarche écologique, respectueuse des générations futures, nous devons freiner rapidement et fortement nos consommations de matières. Il faut redescendre à un rythme de consommation compatible avec la vitesse de renouvellement de nos ressources. C’est l’enjeu de la décroissance.

Or, force est de constater que dans le milieu des énergies renouvelables, du fait de la mainmise des multinationales, mais aussi d’un mythe de l’énergie propre, les préoccupations portant sur l’efficacité énergétique et la baisse de la consommation sont trop souvent rejetées au second plan. Ce dossier veut rappeler les enjeux à prendre en compte et interpeller sur la direction prise actuellement par ce renouvellement des sources d’énergie.

Découvrir le sommaire.

Silence, n°437, septembre 2015, 48 p., 4,60 euros

Source : Silence

La ferme de demain, écolo et prospère, existe déjà, nous l’avons visitée Marie Astier et Lucas Mascarello (Reporterre) Reporterre 2015/10/09 Marie Astier et Lucas Mascarello (Reporterre) (9 octobre 2015) La ferme de demain, écolo et prospère, existe déjà, nous l’avons visitée. Reporterre. Agriculture fr

La ferme de demain, écolo et prospère, existe déjà, nous l’avons visitée

Elle aurait pu rester une ferme bretonne comme les autres, et subir la crise, comme les autres. Pourtant, quand il a repris la ferme paternelle des Petits-Chapelais, Gilles Simonneaux s’est tourné vers le bio et s’est diversifié, quand ses voisins intensifiaient et se spécialisaient. Visite guidée avec un paysan qui a redonné du sens à son métier.

- Chavagne (Ille-et-Vilaine), reportage

Une allée d’arbres fruitiers conduit le visiteur jusqu’à la cour bordée de bâtiments en vieilles pierres. Les poules picorent le carré d’herbe voisin. Au premier coup d’œil, le décor de la ferme des Petits-Chapelais, à Chavagne, en Ille-et-Vilaine, a un air désuet, mais les tracteurs au fond de la cour remettent une touche de modernité.

Arrive, d’un pas décidé, Gilles Simonneaux, qui lâche un large sourire. Cet agriculteur breton n’a pas l’air en crise. Pourtant, quand il a repris la ferme familiale en 1998, c’était un élevage laitier comme les autres et même « plutôt important », précise-t-il. « On était cinq enfants, la ferme était viable, aucun de mes frères et sœurs ne revenait, j’étais le dernier, alors j’ai repris des études agricoles. » Il convertit l’exploitation en bio dès le début. « Il fallait que ça ait du sens, justifie-t-il. Mais au bout de quelques mois j’ai trouvé que c’était assez déprimant de travailler tout seul sur l’exploitation. Alors j’ai décidé de la diversifier. »

Il plante des céréales, met un hectare à disposition de Sylvie, la maraîchère, ouvre un magasin, amène quelques cochons... « Au départ on était deux à travailler sur 75 hectares, aujourd’hui on est dix sur une centaine d’hectares. »

Des prairies et des champs de blé

« Tout est parti de l’élevage laitier », poursuit-il. L’étable est vide, la ferme est calme, les vaches sont sorties. En face, sous la grange, le foin s’amoncelle en prévision de l’hiver. La production de la ferme suffit à nourrir les animaux, pas question d’importer. Le lait bio a un double avantage : il ne coûte pas cher à produire - les vaches se nourrissent sur les prairies, qui demandent peu d’entretien – et son prix se maintient, contrairement à celui du lait conventionnel. Le lait est vendu à une coopérative. Les revenus ainsi dégagés ont permis d’investir dans la diversification de la ferme.

Désormais, d’un côté de la route s’étendent de vertes prairies et de l’autre, les champs de céréales où grimpent les liserons. Le fumier des vaches fertilise les terres, qui permettent de produire du blé, de l’épeautre, du seigle et du petit épeautre. L’agriculteur y expérimente notamment des variétés anciennes, issues de « semences paysannes », dont la propriété intellectuelle n’appartient pas à un industriel.

« Le blé sera récolté d’ici quelques jours, prévoit Olivier, responsable de la boulangerie. C’est à partir de là qu’on le prendra en charge. » Un petit moulin à meule de pierre permet de fabriquer la farine ensuite utilisée sur place.

L’imposant four, un cylindre de métal d’au moins deux mètres de diamètre, réchauffe le fournil où lèvent les pâtons, les morceaux de pâte pesés et mis en forme avant la cuisson. Gilles-Richard, apprenti boulanger, s’applique à les façonner. « L’intérêt, ici, c’est qu’on est dans une structure paysanne-boulangère, il y a un lien de la graine au client, explique-t-il. Il y a des boulangers qui n’ont jamais vu un épi de blé... Alors qu’ici, on reste en lien avec les saisons et on sait d’où vient le produit que l’on travaille. »

Autonomie énergétique

Autre activité qui profite de l’élevage : le maraîchage. Sylvie désherbe un rang de panais. Les fleurs des champs se mélangent aux rangées de jeunes pousses. « Ce n’est pas très bien organisé, s’excuse-t-elle, mais j’aime bien. » Elle livre ses paniers de légumes à une Amap de la périphérie de Rennes, et vend le reste de légumes au magasin de la ferme.

« Un jour, Gilles m’a montré cette parcelle et m’a dit vas-y, fais ce que tu veux ! » se rappelle-t-elle. Elle a l’air un peu seule sur son grand terrain, mais elle corrige aussitôt. « Ici, je peux profiter du fumier des vaches pour fertiliser, on mutualise le matériel, on s’entraide, et je mets les pommes-de-terre en rotation avec les autres cultures, ce qui est un point très important en agriculture biologique », énumère-t-elle.

Au fond de son champ, on ne peut pas rater un immense toit sombre, recouvert de panneaux solaires : la ferme produit autant d’énergie électrique qu’elle en consomme avec ses tracteurs et ses machines. « Si on veut une exploitation résiliente, l’idéal est d’avoir une toute petit ferme qui consomme très peu d’énergie, explique Gilles un peu plus tard. Mais en produisant notre propre énergie, on teste la possibilité d’avoir une ferme plus grande, avec plus de machines, mais autonome grâce à l’énergie qu’elle produit. »

Pour démontrer sa recherche de résilience, il tient absolument à nous montrer les cochons, derniers pensionnaires à être arrivés sur la ferme. « Le but était d’ajouter de la diversité sur la ferme, et de valoriser nos déchets », avance-t-il. La fabrication de la farine produit aussi du son, c’est à dire les restes d’enveloppe des céréales. La laiterie, elle, rejette du lait caillé ou du petit lait. « Voilà ce que mangent les cochons, s’enthousiasme Gilles. Ils ne mangent pas les céréales car c’est pour nourrir les hommes, et nous on mange les cochons ! »

« On crée une boucle vertueuse »

Le magasin illustre la diversité des productions de la ferme : farines et lait en libre-service, légumes, œufs, porc et veau, pain de campagne, semi-complet, pain aux graines ou aux noix et raisins secs. D’autres producteurs du coin viennent même élargir la gamme avec des jus de fruits, de la bière, du cidre, du fromage, des volailles, des pâtés, des pâtisseries, des fruits et d’autres légumes. Au cours de l’après-midi, la boutique ne désemplit pas. « Quand je suis arrivée il y a un an, nous regroupions sept producteurs. Aujourd’hui il y en a douze », se réjouit la responsable, Marine-Jeanne.

Mais, à force de diversité, le système n’est-il pas devenu trop complexe ? « C’est pour cela qu’il faut aussi que les ateliers fonctionnent de façon autonome », répond Gilles. Dans le collectif de la ferme, chacun est responsable se son activité. « On aimerait bien que le magasin devienne une entité juridique à part, gérée par les producteurs qui adhèrent », espère-t-il.

Idem pour le nouvel atelier de fabrication de produits laitiers. « On a construit un local aux normes que l’on met à disposition d’un jeune, détaille le paysan. Mais il se met à son compte et nous achètera du lait. Ça lui permet de se lancer, on est un peu une pépinière d’entreprises ! » Beurre, crème fraîche, yaourts et fromage frais devraient bientôt s’ajouter sur les rayons du magasin.

« Le but, c’est de proposer un système où les ateliers coopèrent les uns avec les autres, résume-t-il. On crée une boucle vertueuse, qui amène de la productivité et de l’emploi. Je ne veux pas passer pour un nostalgique, mais finalement on reproduit ce que faisaient nos grands-parents. Ils avaient une grande diversité sur une même exploitation et produisaient le plus de choses possibles avec le peu qu’ils avaient... »

« Un système durable, respectueux de la nature et qui crée de l’emploi »

Un modèle d’hier qui inspire une ferme de demain, assure l’agriculteur. « Mes collègues en conventionnel sont en crise, constate-t-il. Il y a des gens qui produisent 5.000 cochons par an et qui ne gagnent pas d’argent, à un moment il va falloir qu’on arrête ! Je pense qu’on est plus dans la réalité avec notre système diversifié que dans la course à l’agrandissement, la productivité, la compétitivité internationale qui nous conduit droit dans le mur. »

Il raconte que, la veille, des politiques sont venus visiter sa ferme. Il espère les avoir un peu bousculés. « On leur montre que l’on a un système durable, respectueux de la nature et qui crée de l’emploi, se félicite-t-il. On est une expérience parmi d’autres, il y a plein de gens qui créent des expériences. On est des petites bulles dans l’océan et actuellement, on n’est pas tous en respiration, mais je pense que le jour où toutes ces expérimentations diverses vont se mettre à respirer ensemble, on aura de vraies propositions alternatives pour une société du futur. »

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Le préfet de Vendée interdit... une manifestation artistique pour le climat Collectif Notre Dame des Landes d’Indre Saint-Herblain Reporterre 2015/10/09 Collectif Notre Dame des Landes d’Indre Saint-Herblain (9 octobre 2015) Le préfet de Vendée interdit... une manifestation artistique pour le climat. Reporterre. Tribune — Climat fr

Le préfet de Vendée interdit... une manifestation artistique pour le climat

Est-il possible, en France, d’organiser une manifestation artistique sur une plage menacée par la montée des eaux ? La question se pose car les autorités ont interdit le projet d’un collectif de Loire-Atlantique. À moins que leur diligence à contrer cette initiative citoyenne ne s’explique par l’opposition du collectif à l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes.

Le collectif d’Indre / Saint-Herblain réunit un groupe de personnes qui habitent les communes d’Indre et de Saint-Herblain. Le collectif est engagé dans une lutte « citoyenne » contre le projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes, convaincu que la pertinence économique de ce projet n’a pas été démontrée sur de très nombreux points et qu’il menace 2.000 hectares de terres agricoles, dont une partie classée en zone humide.

Le collectif NDDL d’Indre / Saint-Herblain, en soutien à la lutte contre le projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes avait invité du public à participer à la réalisation d’un beach-art sur la plage de la Côte-de-Monts sur la commune de la Barre-de-Monts (Vendée), samedi dernier, 3 octobre 2015.

À la veille de la COP 21, cette activité festive et bon enfant avait pour but de sensibiliser la population aux risques du réchauffement climatique et à la protection des zones sensibles.

Le maire de la Barre-de-Monts a émis un avis favorable suite à notre demande.

La DDTM (Direction départementale des territoires de la mer), service de l’État sous l’autorité préfectorale de Vendée, a interdit la réalisation du beach-art (au titre d’une zone Natura 2000), aux motifs suivants :

- « L’activité prévue ne rentre pas dans la définition d’une utilisation normale de la plage »

- « L’association organisatrice n’a pas de lien avec les activités balnéaires »

En sus de cette interdiction, les organisateurs ont reçu, la veille de l’événement, des appels téléphoniques répétés de mise en garde de la part de la brigade de gendarmerie de Beauvoir-sur-Mer et de celle des transports aériens (BGTA de Nantes), sur les conséquences d’une transgression aux décisions des autorités.

Ces mises en garde étaient relatives à des conséquences financières et judiciaires, tant pour les organisateurs que pour les prestataires externes sollicités pour l’événement (beach-art designer et photographe).

Aussi, avons-nous pris la décision en urgence d’annuler notre projet, pour ne pas faire courir de risques aux prestataires externes, à qui nous avions fait appel.

- Comment peut-on nous reprocher d’endommager la plage avec un râteau, alors que tous les week-ends, roulent sur l’estran de celle-ci des chars à voile ainsi qu’un tracteur de service ?

- Si on nous interdit la présence de cent personnes risquant d’endommager la plage, qu’en est-il alors de la fréquentation des week-ends du mois d’août ?

Cette plage avait été délibérément choisie, car elle est parmi les premières menacées par la montée des eaux, due au réchauffement climatique (cf. les travaux des Conseils économiques, sociaux et environnementaux (Ceser) des régions de l’Atlantique).

La réalisation du projet d’aéroport Notre-Dame-des-Landes menacerait une zone terrestre sensible - une grande partie étant classée en zone humide - et nécessiterait une consommation de sable phénoménale pour les bétons et voiries…

Aussi voulions-nous attirer à nouveau l’attention sur ces environnements fragiles et importants, mais hélas menacées par le dérèglement climatique et/ou par les Grands projets inutiles imposés (GPII).

Pour avoir voulu prévenir l’administration de notre projet, nous avons reçu comme réponse une fin de non-recevoir, doublée de menaces à peine voilées…

Nous relevons une fois de plus que la signature « lutte contre le projet NDDL » met sur la brèche les services de l’État, et contrarie sans doute nos politiques au plus haut niveau. Sûr que si nous avions fait ce même projet avec un slogan en faveur de l’aéroport, l’accueil aurait été tout autre…

Dans une France où la liberté d’expression a tout son sens, nous continuerons donc à dire haut et fort que ce projet d’aéroport NDDL est une hérésie économique, et qu’il portera gravement atteinte à l’environnement, s’il se faisait, malgré tous les messages officiels qui se veulent rassurants.

Australie : le royaume du charbon change-t-il de cap ? France 24 Reporterre 2015/10/10 France 24 (10 octobre 2015) Australie : le royaume du charbon change-t-il de cap ?. Reporterre. Énergie fr

Australie : le royaume du charbon change-t-il de cap ?

L’équipe d’Élément Terre se rend ce mois-ci en Australie. Le pays, roi du charbon, souvent taxé de « mauvais élève du climat », est peut-être en train de changer de cap. Un nouveau premier ministre en place, des citoyens qui font entendre leur voix contre les mines, des chercheurs qui démontrent l’impact de l’industrie sur la barrière de corail… Est-ce une nouvelle donne pour la politique climatique de l’Australie ?

Australie : le royaume du charbon change-t-il de cap ? documentaire de 17 minutes diffusé le samedi 10 octobre, à 23 h 10, sur France 24, dans l’émission Élément Terre présentée par Marina Bertsch.

Le jardin sans pétrole - La vertu des soucis Christine Laurent (Reporterre) Reporterre 2015/10/10 Christine Laurent (Reporterre) (10 octobre 2015) Le jardin sans pétrole - La vertu des soucis. Reporterre. Jardin sans pétrole fr

Le jardin sans pétrole - La vertu des soucis

Ceux qui utilisent quotidiennement la ligne C ont les nerfs solides ! Il ne se passe pas un week-end depuis la rentrée sans une contrariété. Aujourd’hui, c’est le RER de 14 h 5, pourtant annoncé sur transilien.com, qui n’est jamais arrivé.

Quand nous roulons vers le jardin, il est déjà 15 h 30. Le temps est frais, couvert, humide. Avec Léonie, nous nous lançons dans une grande opération compost, mettant en œuvre mon projet de la semaine dernière. Nous partons en lisière du bois avec une faucille, des gants et la brouette ramasser des orties. Sur place nous découvrons aussi des feuilles de consoude gigantesques. Le compost n’en sera que plus riche car cette plante plonge ses racines dans la profondeur du sol et stocke dans son feuillage quantité de minéraux.

L’opération suivante consiste à incorporer toutes ces feuilles riches en azote aux matières carbonées provenant du nettoyage du jardin après la sécheresse estivale... mais patience car les orties sont en fleur, voire montées à graine et, pour éviter de les retrouver dans le potager l’année prochaine, je fais ramollir tout cette verdure dans l’eau pendant quelques heures...

Toujours rien dans le piège à rat taupier

En attendant, je fais le tour de nos 80 m2 de potager. Toujours rien dans le piège à rat taupier et de nouvelles galeries, là où de minuscules plantules d’épinard sortent de terre. Des tomates encore, de la ciboulette et des bourraches en grande forme, accueillant dans leur corolle bleue, des bourdons moins frileux que les abeilles. D’autres fleurs se sont épanouies, notamment les soucis, au même endroit que l’année dernière. Calendula arvensis est une plante vivace qui revient chaque année mais peut aussi éclore plus loin, là où la pluie et le vent voudront bien faire germer ses graines. J’aimerais qu’elles prennent leurs aises car le souci joue un rôle intéressant dans le potager en accueillant notamment les Macrolophus, un genre d’insectes dont les larves et les adultes se nourrissent principalement d’acariens, de pucerons et autres prédateurs végétaux du jardin.

Le temps d’enfouir les orties et la consoude dans le compost et de recouvrir le tas, nous voilà de nouveau sur la route dans l’odeur des premiers feux de cheminée.

Les citoyens allemands vent debout contre le traité Tafta Violette Bonnebas (Reporterre) Reporterre 2015/10/10 Violette Bonnebas (Reporterre) (10 octobre 2015) Les citoyens allemands vent debout contre le traité Tafta. Reporterre. Monde fr

Les citoyens allemands vent debout contre le traité Tafta

Plus nombreux et mieux organisés qu’ailleurs en Europe, les protestataires allemands font obstacle aux traités TAFTA et CETA de libre-échange. Ils ont été plus de cent mille à manifester dans les rues de Berlin, ce samedi 10 octobre.

- Actualisation - Samedi 10 octobre, 21 heures : La manifestation a réuni plus de cent cinquante mille personnes à Berlin. Il semble que cette marche contre le TAFTA ait été la plus grande manifestation en Allemagne depuis 2003 contre la guerre en Irak.

- Berlin, correspondance

C’est l’un des pays les plus libéraux d’Europe et pourtant, c’est lui qui pourrait faire échouer les négociations commerciales entre l’Union européenne, le Canada et les États-Unis. L’Allemagne se prépare à défiler en nombre, ce samedi à Berlin, contre les traités de libre-échange CETA (l’Accord économique et commercial global) et Tafta (le Traité de libre-échange transatlantique, son autre nom étant le TTIP, le Partenariat transatlantique de commerce et d’investissement), dont le prochain round de négociations s’ouvre dans neuf jours à Miami. Les organisateurs attendent plus de 50.000 participants, venus de tout le pays. Cinq trains spéciaux et 600 bus ont été affrétés pour l’occasion.

Ce n’est pas un hasard si Berlin a été choisie pour lancer aujourd’hui la semaine d’action internationale antitraités transatlantiques. C’est en Allemagne que le mouvement de protestation est le plus important et le mieux organisé. En avril, plusieurs dizaines de milliers de personnes avaient déjà manifesté dans 170 communes allemandes, notamment à Munich, Stuttgart, Cologne et Leipzig - quand on peinait à rassembler en France et ailleurs.

Révélations d’Edward Snowden

L’ampleur de la contestation allemande se mesure également sur Internet : la pétition en ligne « Stop TTIP and CETA », remise mardi à Bruxelles, a rassemblé plus d’un million et demi de signatures outre-Rhin. C’est presque la moitié du total recueilli, trois fois plus qu’au Royaume-Uni, cinq fois plus qu’en France, vingt-deux fois plus qu’en Italie.

Les reproches adressés à ce projet de marché commun transatlantique sont multiples. Parmi eux, l’opacité des négociations. Il a fallu des fuites dans la presse pour que l’on entr’aperçoive le document servant de cadre aux discussions. C’est alors que les pommes de discorde ont commencé à mûrir : dégradation des services publics, introduction forcée d’OGM sur les marchés européens, risque d’impunité pour les multinationales, et bien d’autres.

« En Allemagne, la majorité des opposants n’est pas contre l’idée d’un nouveau marché commun, explique Steffen Hindelang, professeur de droit public à l’Université libre de Berlin. Mais le Tafta est un accord tellement vaste qu’il a fédéré contre lui une accumulation de mouvements aux revendications très différentes. » On retrouve ainsi des organisations altermondialistes (Attac, Campact), écologistes (Greenpeace, les Amis de la Terre), mais aussi des partis politiques allemands (die Grünen et die Linke) ainsi que la Confédération des syndicats allemands (DGB), proche des sociaux-démocrates. Et même, surprise, un collectif de petites et moyennes entreprises qui dénonce le risque de voir les multinationales leur verrouiller la porte des marchés.

Outre-Rhin, deux événements d’actualité ont fait basculer l’opinion en 2014, en pleine négociation. D’abord, les révélations d’Edward Snowden sur la surveillance états-unienne de l’État et des citoyens allemands. « Cette affaire a conduit à un scepticisme certain vis-à-vis des Américains », affirme Steffen Hindelang. L’Institut Delors confirme la corrélation, en notant une forte érosion dans les sondages du soutien allemand aux traités, dans le courant de l’année dernière.

« Riches et hystériques »

Deuxième catalyseur de la défiance, l’action en justice du groupe énergétique suédois Vattenfall contre la sortie allemande du nucléaire. Il réclame près de 4,7 milliards d’euros de dommages et intérêts à l’État allemand… non pas devant la justice allemande ou suédoise, mais devant une juridiction arbitrale basée à Washington, l’un de ces fameux tribunaux privés qui permettent aux entreprises de contester les décisions des États, et que le Tafta entend généraliser.

Si de larges pans de la société allemande réclament l’arrêt des négociations, le gouvernement d’Angela Merkel, lui, ne l’entend pas de cette oreille. Le vice-chancelier Sigmar Gabriel (SPD, sociaux-démocrates) a bien affirmé l’an dernier qu’il s’opposait au point concernant l’arbitrage des litiges États/entreprises, mais il a depuis adouci sa position. En janvier, il expliquait même à Davos que si les débats sur le Tafta étaient compliqués dans son pays, c’était « parce que les Allemands (étaient) riches et hystériques ».

Il se pourrait que les manifestants d’aujourd’hui aient plus de soutien politique à chercher du côté de Paris que de Berlin. Cette semaine, la France a menacé à deux reprises, par la voix de son secrétaire d’État aux Commerce extérieur, Mathias Fekl, de mettre fin aux négociations « si rien ne change dans un délai raisonnable, c’est-à-dire dans les jours qui viennent et dans le courant de l’année 2016 ».

UNE SEMAINE DE MOBILISATION EN EUROPE

La manifestation berlinoise lance une semaine d’action internationale pour les détracteurs du Tafta. Des centaines de rassemblements sont prévus jusqu’au 17 octobre dans la plupart des pays de l’Union européenne. L’agenda français est à retrouver ici.

Une politique « zéro déchets » est possible en Ile-de-France Antoinette Guhl et Corinne Rufet Reporterre 2015/10/10 Antoinette Guhl et Corinne Rufet (10 octobre 2015) Une politique « zéro déchets » est possible en Ile-de-France. Reporterre. Tribune — Déchets fr

Une politique « zéro déchets » est possible en Ile-de-France

À quelques semaines du début de la COP 21 et alors que le renouvellement de l’incinérateur d’Ivry fait débat, deux élues franciliennes jugent impératif d’étudier une démarche de « zéro déchet ».

Antoinette Guhl et Corinne Rufet sont respectivement adjointe à la maire de Paris en charge de l’économie sociale et solidaire, de l’innovation sociale et de l’économie circulaire, et vice-présidente à l’énergie et l’environnement de la région Île-de-France. Leur tribune est publiée alors qu’a lieu ce samedi 10 octobre un rassemblement contre la reconstruction de l’incinérateur d’Ivry.

Nous avons un défi majeur, en amont de la COP 21 : celui de diminuer le plus possible notre impact sur l’environnement. Nous disposons de véritables moyens d’action, parmi lesquels l’inscription résolue dans une trajectoire zéro déchet. L’objectif est simple : réduire toutes les sources de gaspillage, donner une seconde vie aux produits et recycler tout ce qui est recyclable. En d’autres termes, nous devons choisir de préserver la matière plutôt que de créer des déchets que l’on devra enfouir ou incinérer au détriment de notre environnement.

Les états généraux de l’économie circulaire du Grand-Paris ont permis de faire émerger 65 propositions pour un territoire qui crée des ressources à partir de ses déchets, une véritable solidarité des territoires pour une excellence environnementale, et pourrait permettre de créer jusqu’à 50.000 emplois durables et non-délocalisables. La région Île-de-France, par délégation de l’État, assume par ailleurs la responsabilité de planificateur, notamment en définissant des objectifs de réduction, de recyclage et de valorisation des déchets, mais également en fixant des objectifs de rééquilibrage territorial, où les installations et équipements de déchets puissent être répartis équitablement sur le territoire francilien.

Une opportunité extraordinaire

Nous avons l’impératif d’agir aujourd’hui pour préserver l’avenir. Ainsi, le Collectif 3R et Zero Waste France, appuyés dans cette démarche par une mobilisation citoyenne et par des experts reconnus, ont élaboré un plan ambitieux de réduction de nos déchets : le plan B’OM (baisse des ordures ménagères). Il propose trois chantiers principaux et douze actions prioritaires : tri à la source des biodéchets, focus sur le papier-carton et amélioration des performances de tri y figurent en bonne place. La production de chaleur, l’équilibre économique entre les banlieues et Paris et le potentiel de création de plus de 700 emplois sont aussi au cœur de ce plan. Il permettrait d’ici 2023, de cesser la mise en décharge et l’incinération d’ordures ménagères sur une partie de notre territoire. Ce projet mérite notre attention, tant il constitue une opportunité extraordinaire en termes de développement économique local et de redressement écologique.

Pourtant, il est prévu un autre projet, chiffré à deux milliards d’euros : le renouvellement de l’incinérateur d’ordures ménagères situé à Ivry-Paris 13. Ce projet pharaonique a été pensé il y a dix ans par le Syndicat intercommunal de traitement des ordures ménagères (Syctom) de l’agglomération parisienne, à une époque où les tonnages des ordures ménagères étaient massivement plus importants et le recours à l’incinération la norme. La construction de ce nouvel incinérateur est prévue en trois phases distinctes : organisation et études préparatoires, construction d’une unité de valorisation énergétique puis enfin d’une unité de valorisation organique ; dont aucune ne résulte d’une analyse d’un scénario zéro déchet pour les collectivités membres du Syctom. Or, la construction d’un incinérateur incite à maintenir de grandes quantités de déchets à incinérer pour rentabiliser l’investissement, et entrave donc un avenir orienté vers la valorisation de nos déchets-ressources.

Il n’est pas trop tard pour décider d’un moratoire

La région Île-de-France devra, dès 2016, définir la capacité maximale des installations de traitement et de valorisation sur le territoire francilien. La question de la reconstruction de l’incinérateur d’Ivry sera par conséquent une des discussions majeures de la future assemblée régionale, qui aura la responsabilité, à minima, d’examiner toutes les solutions avant de permettre l’engagement du Syctom dans un chantier de 2 milliards d’euros.

Il n’est pas trop tard pour décider d’un moratoire, comme la région Île-de-France l’a fait pour la Seine-et-Marne sur les déchets de chantier. Il faut prendre le temps d’examiner toutes les alternatives possibles à l’incinération ; nous avons vu qu’elles existent ! Reprenons donc les choses dans le bon ordre : fédérons d’abord tous les acteurs et toutes les énergies du territoire pour réduire, réutiliser et recycler nos déchets plutôt que les incinérer. Il n’est jamais trop tard pour bien faire.

Le Prix Nobel de littérature pour Svetlana Aleksievitch, l’écrivaine de Tchernobyl Fabrice Nicolino Reporterre 2015/10/10 Fabrice Nicolino (10 octobre 2015) Le Prix Nobel de littérature pour Svetlana Aleksievitch, l’écrivaine de Tchernobyl. Reporterre. Culture et idées fr

Le Prix Nobel de littérature pour Svetlana Aleksievitch, l’écrivaine de Tchernobyl

Née en 1948 en Ukraine, Svetlana Alexandrovna Aleksievitch devient la première femme de langue russe récompensée par l’académie suédoise. Son œuvre est construite autour des témoignages qu’elle a recueillis sur les terrains de guerre et de Tchernobyl. Ce prix « donne envie d’applaudir debout ».

Qui aurait pensé ? Svetlana Alexandrovna Aleksievitch n’est pas même une écrivaine au sens classique. La toute nouvelle prix Nobel de littérature 2015 n’a jamais écrit de romans, mais six récits seulement, tous tirés d’innombrables entretiens. Est-elle pour autant une journaliste ? Probablement, mais dans ce cas de génie, sans équivalent en France. Son prix est une grande nouvelle pour ses nombreux admirateurs.

Aleksievitch, née soviétique, est devenue biélorusse après la dislocation de l’Empire, en 1991. Elle a écrit sur la guerre, les guerres – celle de 1941-1945, celle d’Afghanistan -, puis sur la vie et la mort de « l’homme rouge », cet étrange citoyen de la défunte Union-soviétique. Dans chaque livre, un ton unique fait d’extrême respect pour les témoins rencontrés, de folle empathie, d’amour même.

L’immense chœur des survivants

Mais le texte qui s’impose plus qu’aucun autre est assurément La Supplication - Tchernobyl, chronique du monde après l’apocalypse, paru une première fois en 1998 chez Lattès (une édition de poche est disponible chez J’ai lu).

Il est simplement impossible d’oublier le choc produit par cet immense chœur des survivants retrouvés par Aleksievitch. Certains lecteurs, qui paraissent nombreux, n’ont pas réussi à terminer le livre, comme vitrifiés par son contenu. Rappelons le point de départ : le 26 avril 1986, à 1 h 23, une série d’explosions détruisent la quatrième tranche de la centrale nucléaire de Tchernobyl, en Ukraine. Les dirigeants soviétiques envoient immédiatement des « liquidateurs », chargés de circonscrire à tout prix la radioactivité. Ils finiront par être des centaines de milliers, luttant contre la contamination avec des moyens dérisoires, souvent sans la moindre protection.

C’est ce monde dantesque qu’Aleksievitch parvient à reconstituer en donnant la parole aux victimes. Leurs paroles, certaines fois grandioses, paraissent presque calmes, mais toutes donnent instantanément la chair de poule, qui ne disparaît plus. On y sent comme jamais la stupéfaction, le désespoir, la mort. Et cette incroyable barbarie d’une énergie qu’aucune force humaine n’est capable de maîtriser.

« On ne peut ni les étonner ni les rendre heureux »

On permettra de proposer quelques courtes citations, parmi des centaines d’autres possibles. Pour commencer : « Je réfléchis à cela. La mort tout autour oblige à penser beaucoup. J’enseigne la littérature russe à des enfants qui ne ressemblent pas à ceux qui fréquentaient ma classe, il y a dix ans. Ils vont continuellement à des enterrements... On enterre aussi des maisons et des arbres... Lorsqu’on les met en rang, s’ils restent debout quinze ou vingt minutes, ils s’évanouissent, saignent du nez. On ne peut ni les étonner ni les rendre heureux. » Pour continuer : « J’ai regardé par la fenêtre. Il m’a aperçue : “Ferme les lucarnes et recouche-toi. Il y a un incendie à la centrale. Je serai vite de retour.” Je n’ai pas vu l’explosion. Rien que la flamme. Tout semblait luire…Tout le ciel…Une flamme haute. De la suie. Une horrible chaleur. Et il ne revenait pas. » Enfin : « Vassenka, que faire, lui demandé-je ? — Pars d’ici ! Pars ! Tu vas avoir un enfant. En effet, j’étais enceinte. Mais comment pouvais-je le laisser ? Lui, il me supplie : — Pars ! Sauve le bébé ! »

Un prix Nobel de littérature qui donne envie d’applaudir debout.

« L’éducation à l’environnement passe par les gestes du quotidien » - Paroles d’habitants sur le climat Des jeunes de l’Association d’éducation populaire Charonne-Réunion Reporterre 2015/10/12 Des jeunes de l’Association d’éducation populaire Charonne-Réunion (12 octobre 2015) « L’éducation à l’environnement passe par les gestes du quotidien » - Paroles d’habitants sur le climat. Reporterre. Pédagogie Éducation fr

« L’éducation à l’environnement passe par les gestes du quotidien » - Paroles d’habitants sur le climat

Comment sensibiliser les enfants au changement climatique ? Dans le XXe arrondissement de Paris, une équipe d’animateurs est partie à la rencontre de parents et d’une association écolo pour échanger sur cette question. Ces jeunes ont écrit l’article, dans le cadre du projet « Climat et quartiers populaires ».

Cet article a été réalisé par les animateurs de l’Association d’éducation populaire Charonne-Réunion (AEPCR), Abdoul, Ameni, Amine, Anna, Clément, Couraïcha, David, Dhekra, Élise, Halima, Kimberley, Mamadou, Mariamou, Marie, Mohamed, Nathan et Sandrine, dans le cadre d’un atelier média animé par Reporterre. Ce travail s’inscrit dans notre projet « Climat et quartiers populaires ».

À l’approche de la COP 21, dans un contexte de changement climatique et de crise écologique sans précédent, la sensibilisation des enfants est d’une importance cruciale. Les animateurs ont un rôle à jouer dans l’éducation des plus jeunes. Tout comme les parents, les enseignants et les autres acteurs qui interviennent auprès d’eux.

Dans le petit square à côté de la place de la Réunion, dans le XXe arrondissement de Paris, Alix, 35 ans, chef d’entreprise, surveille son fils Eugène, un an et demi, s’amuser sur les jeux publics. « Mon fils est encore un peu jeune mais, plus tard, je pense lui montrer quels sont les gestes responsables : faire attention aux déchets qu’on produit, au tri, utiliser les transports en commun, prévoit la jeune femme. Plutôt que sensibiliser, il faut être un exemple. »

« Une petite action s’inscrit au niveau global »

Même préoccupation chez Vincent, 37 ans, responsable des relations internationales dans une école d’ingénieur. « Il nous arrive de parler de changement climatique et de pollution en famille, parce que ça a des conséquences directes sur la santé, en particulier sur celle des enfants, souligne ce papa d’un petit Macéo, 3 ans. L’éducation à l’environnement passe d’abord par l’éducation aux gestes du quotidien. Puis, quand les enfants sont plus grands, on peut leur expliquer en quoi leur petite action s’inscrit dans une société toute entière, à un niveau global. »

Alain, 64 ans, retraité de France Télécoms et grand-père d’Alice, 1 an, Lucie, 4 ans, Paul, 7 ans, et Amile, 9 ans, se sent « concerné, parce que (sa) génération a pas mal abusé. On essaie de faire attention. Je vais chercher le pain en vélo, j’ai un poêle et je fais mon bois, même si je roule quand même en voiture pour aller voir les enfants. » Naturellement, il raconte évoquer le sujet en famille. Les petits-enfants ne sont pas en reste, grâce au travail de sensibilisation mené dans les écoles primaires : « Ils disent qu’il faut faire attention à la Planète. Ils ont appris à trier les emballages en classe, et affirment qu’il ne faut pas manger trop de viande. »

« Je ne lance jamais une discussion là-dessus, j’attends que mes filles m’en parlent »

Blandine, elle aussi, souligne le rôle mené par l’école dans la prise de conscience de ses filles Suzanne, 8 ans, et Lison, 11 ans. « Je ne lance jamais une discussion là-dessus, j’attends que mes filles me parlent de ce qu’elles ont fait en classe ou lu dans Le Petit Quotidien pour rebondir dessus, explique la documentaliste, âgée de 44 ans. Suzanne travaille beaucoup sur le tri des déchets et elle est très sensible à tout ça. Quand on est à l’école élémentaire, ce que dit la maîtresse, on a envie de le faire. »

« Attention tout de même à ne pas faire reposer tout le travail de sensibilisation sur les enfants », alertent Marie-Noëlle Botte et Sophie Accaoui, respectivement coordinatrice et animatrice à l’association les Fourmis vertes, créée en 2010 et basée dans le XXe arrondissement de Paris. Sur invitation des mairies et des bailleurs sociaux, les deux femmes parcourent les quartiers populaires d’Île-de-France au volant de leur camionnette verte et organisent des ateliers pour les habitants, petits et grands, sur l’écologie dans la maison, le tri des déchets ou encore le changement climatique. « Nous nous adressons à tout le monde et en particulier aux adultes, parce que c’est à eux, ensuite, d’éduquer leurs petits », insistent-elles. En trois ans, elles ont touché 7.500 personnes.

Au cours de leurs animations, elles encouragent le public à changer certaines mauvaises habitudes qui, à la longue, pèsent sur l’environnement, la santé et le porte-monnaie. « Par exemple, dans les cités, on a rencontré des dames qui faisaient des ménages et qui avaient les mains et les bronches brûlées par l’eau de javel, déplore Marie-Noëlle. Ce produit, extrêmement toxique, est déjà interdit en Suisse et en Allemagne. On leur explique qu’il peut être remplacé par du vinaigre blanc, sans danger pour la santé et l’environnement, efficace et bien plus économique - quelques dizaines de centimes le litre ! » Pour que leurs messages soient accessibles y compris aux primo-arrivants, qui ne maîtrisent pas bien le français, elles utilisent beaucoup d’images. Lors d’interventions récurrentes auprès d’un groupe, des productions collectives permettent de rappeler les bons gestes à effectuer, pense-bêtes pour les habitants (calendrier, affiches, reportages photos, etc.).

Cette mission de sensibilisation n’est pas toujours simple. Les ateliers en pied d’immeuble comptent une vingtaine de participants en moyenne, mais parfois, « il n’y a que trois ou quatre personnes et là, on déprime », sourient les deux passionnées. Le décalage avec les bailleurs peut donner lieu à des scènes cocasses. « Un jour, nous avions été invitées dans un HLM pour organiser une animation sur le tri des déchets, se souvient Marie-Noëlle. À la fin de l’atelier, le bailleur a distribué un goûter et à mis tous les déchets dans le même sac ! » Mais le plus souvent, les habitants sont très réceptifs. « Ils comprennent vite qu’on parle le même langage qu’eux et que ce que nous proposons est dans leur intérêt. Nous parlons beaucoup de factures, explique Sophie. « Un jour, un jeune était tellement intéressé qu’il a appelé sa femme pour qu’elle descende participer à l’animation, renchérit Marie-Noëlle. On a même cru qu’il nous taquinait ! Une autre habitante a promis que, désormais, elle demandera à son mari de débrancher le chargeur de son téléphone et la TV quand il ne l’utilise pas…

« Dans les cités, on a rencontré des dames aux mains et aux bronches brûlées par l’eau de javel »

Les Fourmis vertes insistent sur le fait qu’il est important d’éduquer les parents à l’environnement pour qu’ils puissent à leur tour éduquer leurs enfants. Les parents interrogés ont également souligné ce point. Il ressort de toutes ces rencontres une idée forte : tout le monde est responsable et doit montrer l’exemple. Sachant que, dans les quartiers populaires, certains habitants ont déjà des comportements écologiques, comme cette dame d’une cité rencontrée par les Fourmis vertes qui fait depuis longtemps sa propre lessive parce qu’elle trouve celle du commerce toxique et trop chère. Comme quoi, on peut être écolo et économe !

Vous voulez savoir comment s’est passée la réalisation de cette enquête ? Rendez-vous sur la boite noire de l’article

La manifestation contre le TAFTA à Berlin : du jamais vu depuis 2003 Violette Bonnebas (Reporterre) Reporterre 2015/10/12 Violette Bonnebas (Reporterre) (12 octobre 2015) La manifestation contre le TAFTA à Berlin : du jamais vu depuis 2003. Reporterre. Monde fr

La manifestation contre le TAFTA à Berlin : du jamais vu depuis 2003

Plus de 150 000 personnes ont défilé samedi 10 octobre à Berlin pour protester contre les traités de libre-échange TAFTA et CETA. La capitale allemande n’avait pas connu une telle mobilisation depuis les manifestations contre l’invasion de l’Irak en 2003.

- Berlin, reportage

Leur gouvernement a eu beau se démener, s’offrir une tribune pro-TAFTA dans plusieurs grands journaux le matin même, les citoyens allemands se sont déplacés massivement samedi pour participer à la manifestation anti-traités transatlantiques à Berlin.

“C’est un grand jour pour la démocratie, criaient les hauts-parleurs sur l’avenue qui mène à la Porte de Brandebourg. C’est la première fois en Europe qu’autant de gens descendent dans la rue contre ces traités. Les négociations du TAFTA sous cette forme doivent cesser, le CETA ne doit pas être ratifié.” Le TAFTA est le projet de traité entre l’Union européenne et les Etats-Unis pour approfondir le libre-échange, le CETA son équivalent entre l’Europe et le Canada.

Officiellement, ce sont 150 000 personnes qui ont montré leur opposition aux projets d’accords avec les Etats-Unis et le Canada. D’autres sources faisaient état du chiffre vertigineux de 250 000 manifestants au plus fort d’une journée froide mais ensoleillée. Berlin n’avait plus connu ça depuis 2003 et l’opposition aux manoeuvres militaires en Irak. A l’appel de plus de 170 organisations, un cortège très hétéroclite a défilé dans une ambiance festive, brandissant les slogans “Pour un commerce mondial équitable”, “Oui à des salaires justes”, “le TTIP signe le naufrage climatique” ou encore “Non aux OGM”.

Mines fatiguées par les kilomètres avalés pour rallier la capitale dans la nuit de vendredi à samedi, des habitants de Stuttgart, Francfort, Cologne ou Munich, les grands centres économiques du pays, sont venus dénoncer aux côtés des Berlinois le “cheval de Troie” que constituent à leurs yeux TAFTA et CETA. “Avec ces traités, des produits OGM américains pourront venir dans nos rayons de supermarchés, et à des prix très bas, donc les gens seront incités à les acheter, redoute Magnus, simple citoyen sans bannière. Il y a aussi un risque de voir la fracturation hydraulique s’imposer à nous, alors que nous n’en voulons pas.”

A l’heure du bilan, les organisateurs se félicitent d’un “succès écrasant”. "Rendez-vous compte, témoigne Alois Vedder, responsable des questions politiques chez WWF, tous ces gens qui ont fait la route toute la nuit, parfois avec leur propre voiture... Ils ne l’auraient pas fait s’ils n’étaient pas particulièrement en colère".

Le succès de la manifestation est un coup dur pour les pro-TAFTA. Le gouvernement allemand espérait associer les syndicats du pays aux négociations. Raté. La principale Confédération allemande des syndicats, la DGB, a depuis rejoint la fronde. A la tribune samedi, son chef, Reiner Hoffmann, a notamment appelé la Commission européenne et le gouvernement d’Angela Merkel à plus de transparence dans les discussions et à protéger les services publics et les droits des travailleurs.

Jusqu’ici, le pouvoir n’a pas réagi. Seule l’Union fédérale de l’industrie allemande, principal lobby pro-TAFTA Outre-Rhin, a considéré samedi que “ceux qui ne font que bloquer sont les grands perdants de la mondialisation”. Pour son président Ulrich Grillo, "les débats sont bons et utiles mais ils doivent être constructifs et basés sur les faits”.

Les organisateurs, eux, assurent que d’autres actions vont suivre. “C’était une étape importante, qui renforce notre mouvement, estime Ingrid Gier, porte-parole du syndicat IG-Metall, le premier d’Europe. Les politiques vont devoir en tenir compte maintenant.”

Ils encouragent maintenant les autres Européens à se mobiliser. Martin Rücker, de l’ONG de défense des consommateurs Foodwatch, appelle “à mettre la pression depuis la base, en Allemagne, mais aussi en France et dans les autres pays”.

« Et nous, est-ce qu’on donne l’exemple ? » La boîte noire de l’atelier média du XXe Émilie Massemin (Reporterre) Reporterre 2015/10/12 Émilie Massemin (Reporterre) (12 octobre 2015) « Et nous, est-ce qu’on donne l’exemple ? » La boîte noire de l’atelier média du XXe. Reporterre. Climat et quartiers populaires fr

« Et nous, est-ce qu’on donne l’exemple ? » La boîte noire de l’atelier média du XXe

Au mois de juillet, dans le cadre de notre projet « climat et quartiers populaires », j’ai aidé Abdoul, Ameni, Amine, Anna, Clément, Couraïcha, David, Dhekra, Élise, Halima, Kimberley, Mamadou, Mariamou, Marie, Mohamed, Nathan et Sandrine, animateurs à l’Association d’éducation populaire Charonne - Réunion (AEPCR), dans le XXe arrondissement de Paris, à réaliser un article sur la sensibilisation des enfants à l’environnement. Voici comment on a travaillé.

Le 9 juillet : première rencontre avec la quinzaine d’animateurs et animateurs stagiaires de l’Association d’éducation populaire Charonne-Réunion (AEPCR), dans le XXe arrondissement de Paris. Il est 17 h 30, la chaleur est harassante et la journée en compagnie des enfants a été longue pour Halima, Amine, Abdoul, Nathan, Dhekra et leurs amis. Mais ils m’écoutent volontiers quand je leur présente notre proposition : réaliser, ensemble, en quatre ou cinq séances, un article sur un sujet de leur choix en lien avec le changement climatique dans le cadre du projet « climat et quartiers populaires » de Reporterre.

Très vite, les idées fusent, que je note au fur et à mesure sur le tableau blanc. Le changement climatique leur fait penser à la canicule – « 15.000 morts », se souvient un participant, aux « glaciers qui fondent », aux océans qui montent, à la désertification dans le Maghreb et à l’extinction d’espèces comme les ours blancs.

Voitures, usines et... éruptions volcaniques

Difficile pour les jeunes d’identifier les causes de ces catastrophes. Ils me parlent bien de l’effet de serre : agréablement surprise, j’en profite pour leur faire un point sur les trois principaux gaz qui en sont responsables : le CO2, le méthane et le protoxyde d’azote. Réceptifs, ils enchaînent sur la responsabilité des voitures, des usines et des avions. Plus étonnant, l’un d’eux croit y voir un effet délétère des... éruptions volcaniques ! Lumières allumées, sacs plastiques et papiers jetés par terre et trafics de bois en Colombie et au Brésil sont également évoqués.

On passe ensuite aux solutions : la circulation alternée et les voitures électriques, « mais ça pose la question du nucléaire », souligne très justement une participante. Mais aussi, les vélos et les transports doux, les énergies renouvelables, le jardin solidaire et le traitement des déchets. « Et Haarp ! s’exclame Mamadou. C’est un programme américain pour jouer avec le climat. » « Il est obsédé par Haarp », rigolent les autres, alors que je fais la moue.

« Nous sommes en contact avec des enfants, comment les éduquer à tout ça ? »

Reste à trouver un sujet. La question des transports est examinée et rapidement rejetée – trop difficile de trouver un angle et des reportages faisables. Sandrine, une animatrice, et Yahia, le directeur de l’AEPCR, lancent l’idée de travailler sur la sensibilisation des enfants au changement climatique. « C’est vrai ça. Nous sommes en contact avec des enfants, comment les éduquer à tout ça ? Et nous, est-ce qu’on donne l’exemple ? » lance une participante. Nous convenons d’aller à la rencontre de parents, dans les parcs et squares alentours, dès la prochaine séance.

Quelques jours plus tard, munis d’un micro et d’un appareil photo, les jeunes abordent les parents qui surveillent leurs enfants dans le square de la Réunion et au jardin du Casque d’or. Amine, avec son bagout habituel, explique le projet aux parents un peu étonnés. L’appareil photo tourne de mains en mains. La pêche est bonne : quatre parents et grands-parents prennent le temps de nous répondre, et insistent sur l’importance de sensibiliser les petits à l’environnement et de les initier très tôt aux éco-gestes.

Les Fourmis vertes à la rescousse

De retour à l’AEPCR, on se creuse la tête : comment compléter notre reportage avec un point de vue « d’expert » ? David, un animateur, est en contact avec les Petits Débrouillards, mais l’idée tourne court. Je leur propose de rencontrer Sophie Accaoui et Marie-Noëlle Botte, des Fourmis vertes, une association spécialisée dans l’organisation d’ateliers de sensibilisation au pied des tours, dans les quartiers populaires.

Ils acceptent, et le rendez-vous est pris quelques jours plus tard avec les Fourmis vertes. Les jeunes se montrent curieux des supports utilisés pour les animatrices, qui doivent parfois s’adresser à des publics qui parlent peu français. Mais très vite, les jeunes oublient un peu leur rôle de journalistes citoyens et la discussion s’enclenche. Sophie Accaoui tente de faire comprendre à Amine que les baskets Nike en plastique, ce n’est pas terrible ni pour l’environnement ni pour les enfants qui les fabriquent. « C’est vrai. On n’y peut rien, c’est comme ça, c’est le système qui est comme ça », botte-t-il en touche.

« Pourquoi Eva Joly n’a pas plus pesé sur les autres politiques ? »

Ameni, elle, se demande s’il existe du maquillage écolo. « Et vous, vous êtes vraiment 100 % écolo ? » interroge un participant. « Et vous ? » renvoie Sophie Accaoui. « Moi, non », admet Ameni. « Moi oui, je prends les transports en commun ! » s’exclame un autre. « C’est parce que tu n’as pas le choix », se moquent ses copains. « C’est une question un peu hors-sujet mais... quand Eva Joly était candidate à l’élection présidentielle, pourquoi elle n’a pas essayé de peser sur les autres politiques ? Parce que quand vous parlez, on vous écoute, mais les hommes politiques sont encore plus écoutés », interroge soudain l’un des participants.

L’écriture de l’article est un moment particulièrement éprouvant pour les jeunes. Ils se creusent la tête sur le plan : les témoignages des parents, avant ou après ceux des Fourmis vertes ? Je leur donne un coup de main, mais je suis intransigeante : c’est à eux de rédiger le chapô, le titre, l’introduction et la conclusion de l’article, parties les plus importantes.

« C’était intéressant, mais comme on a de longues journées, on a eu un peu de mal à se concentrer, avoue Sandrine. En plus, on n’avait jamais fait ça avant. » Pour Nathan, l’expérience était « enrichissante. J’ai appris beaucoup, sur l’eau de Javel, par exemple ! » « Chez moi, on n’utilise déjà que du vinaigre blanc, sourit Couraïcha. « C’était pas mal, apprécie David. Ce qui est bien, c’est qu’on aura la possibilité de mettre le même atelier en place avec nos jeunes, pour les sensibiliser à notre tour. »

L’écologie, combien de divisions ? Fabrice Flipo - Christian Pilichowski Reporterre 2015/10/12 Fabrice Flipo - Christian Pilichowski (12 octobre 2015) L’écologie, combien de divisions ?. Reporterre. Culture et idées fr

L’écologie, combien de divisions ?

L’écologie d’aujourd’hui est plurielle. Mais quels sont les véritables clivages qui se cachent derrière la valse des étiquettes, entre décroissance, écosocialisme, buen vivir, croissance verte ou développement humain durable ?

Face à ces différentes approches, les enjeux liés à l’urgence écologique sont toutefois les mêmes : réchauffement climatique, épuisement des énergies fossiles, risque nucléaire, stérilisation des sols, pollutions et impacts sur la santé, réduction de la biodiversité, accroissement des inégalités.

Les divergences d’analyse entre les grands acteurs de l’écologie politique sont-elles un obstacle à la sortie de crise ? Des facteurs de division stérile ou au contraire des vecteurs de démocratie féconds ? En quoi dessinent-elles les contours de différents modèles de « transition écologique » ?

Les auteurs de cet ouvrage confrontent les points de vue existants et reviennent sur les grandes questions qui traversent l’écologie politique aujourd’hui : le rapport au marché et au secteur privé, les questions d’emploi et d’activité, l’approche par la consommation ou la production, la place de la science, et enfin l’articulation entre Europe, État et décentralisation.

Fabrice Flipo est maître de conférences en philosophie et chercheur au Laboratoire de Changement Social et Politique, Christian Pilichowski est syndicaliste, membre du Conseil d’administration d’Espaces Marx.

Ce livre a été écrit avec la contribution de Corinne Morel-Darleux, coordinatrice des assises pour l’écosocialisme et conseillère régionale Rhône-Alpes (Parti de gauche).

L’écologie, combien de divisions ?, Fabrice Flipo et Christian Pilichowski , éditions du croquant, 122 p., 8 euros

Source : éditions du croquant.

Manifeste pour une écologie utopique, radicale et à géométrie variable Jean-Pierre Tuquoi (Reporterre) Reporterre 2015/10/12 Jean-Pierre Tuquoi (Reporterre) (12 octobre 2015) Manifeste pour une écologie utopique, radicale et à géométrie variable. Reporterre. Politique fr

Manifeste pour une écologie utopique, radicale et à géométrie variable

Jamais les questions d’environnement n’ont autant trouvé écho dans la société mais ceux qui portent ces idées ne font plus recette. C’est sur ce paradoxe que les trois auteurs du « Manifeste des écologistes atterrés » bâtissent une réflexion qui veut donner à l’écologie politique les moyens d’être à la hauteur des attentes et des enjeux.

Après le Manifeste des économistes atterrés, et avant, peut-être, le Manifeste de catholiques, de syndicalistes, de militaires, de cheminots, d’enseignants atterrés, voici, dans la même veine, le Manifeste des écologistes atterrés. Enfin, pas de tous les écologistes mais de trois d’entre eux, des têtes bien faites point trop hexagonales : une ancienne élue PS passée dans le camp d’Europe Écologie-Les Verts (EE-LV), Lucile Schmid, un proche de Daniel Cohn-Bendit, Edouard Gaudot, et un jeune juriste, Benjamin Joyeux, qui revendique d’avoir participé aux collectifs Jeudi Noir et Sauvons les riches.

Leur propos, clair et concis, part d’un constat paradoxal : jamais les questions d’environnement n’ont rencontré un tel écho dans la société et jamais les partis écologistes n’ont fait aussi peu recette. Et les auteurs de rappeler avec une pointe de cruauté qu’EE-LV revendique moitié moins d’adhérents que le Parti chrétien-démocrate de Christine Boutin, dont on ne parle guère alors que le moindre caquetage d’un élu vert est relayé par les médias. « Il y aurait aujourd’hui en France deux fois plus de catholiques identitaires encartés que de militants de l’écologie politique ? Ce constat interroge », écrivent les auteurs.

Certes, à regarder de plus près, la réalité est autrement nuancée. Le turn-over chez les militants écologistes est élevé. On quitte le parti aussi vite qu’on y est entré mais en conservant les convictions. D’où, au plus profond de la société française, une « mouvance écolo » étendue et souterraine qui, renforcée par l’inquiétude générale sur le devenir de la Terre et les défis à relever, devrait faire de l’écologie un pivot majeur du champ politique.

Quelques têtes d’affiche comme José Bové et Daniel Cohn-Bendit

Si elle a du mal à s’imposer comme idéologie, assurent les auteurs, c’est d’abord parce qu’un projet politique, surtout s’il prône un changement radical de la société ne privilégiant plus la consommation et la croissance économique, doit s’incarner dans un individu lorsqu’arrive une échéance électorale. Le succès jamais égalé depuis des Verts aux élections européennes de 2009 (16 % des suffrages), grâce à quelques têtes d’affiche comme José Bové, l’homme du démontage des McDo, et Daniel Cohn-Bendit – naguère surnommé « Dany le rouge » - en est la preuve éclatante.

Peut-être plus important est le mode d’action des écologistes. Pour que l’écologie ne reste pas virtuelle les auteurs préconisent de promouvoir le « débat national » et de multiplier les référendums comme autant d’outils au service de la cause écologique. « Cette possibilité de grand débat démocratique national, et européen, est aujourd’hui taboue car nombre de personnes engagées dans les combats écologiques, dont beaucoup de membres d’EE-LV, estiment que leur complexité et leur urgence ne sont pas compatibles avec une prise de risque démocratique. Nous pensons, écrivent à contrario les auteurs, que sans partage avec la société, l’écologie restera en grande partie virtuelle. »

Il faut également, ajoutent-ils, privilégier le consensus, c’est-à-dire « créer (au sein de la société) une conscience partagée de l’urgence » pour « échapper au rythme électoraliste des quinquennats et au piège réducteur de la présidentialisation (…) Ce serait l’occasion de se recentrer sur les questions de contenu et de délaisser les débats internes fratricides ».

Faire sa part au rêve

Ce « contenu », quel doit-il être ? Pluriel, ouvert, adapté à une époque complexe dominée par la globalisation. Son élaboration « ne peut plus se faire dans le huis clos des bureaux (du parti) ». « L’architecture d’un projet écologique digne de ce nom » ne peut qu’être le fruit de « débats », de « controverses » et de « tensions fécondes ». Pas plus qu’il n’existe d’homme providentiel il ne peut y avoir de programme écologique apportant la bonne réponse définitive sur tout.

C’est donc le portrait d’une écologie utopique, radicale dans son objectif (créer une nouvelle société) mais à géométrie variable, adaptée au temps et aux circonstances, en construction permanente et faisant sa part au rêve que dessinent les auteurs. À certaines échéances électorales, elle sera présente ; à d’autres pas. Parfois, elle s’associera à des acteurs venus du champ politique traditionnel ; à d’autres occasions, elle privilégiera les alliances hors système.

Cette écologie sur catalogue, utopique au sens premier du terme, a-t-elle un sens ? Peut-elle émerger dans une France cadenassé par les institutions de la Ve République ? Comment l’étendre à l’Union européenne et à des pays à la culture politique différente ? Les écologistes gagneraient à en débattre plutôt que de se déchirer comme ils le font aujourd’hui.

- Manifeste des écologistes atterrés, Lucile Schmid, Édouard Gaudot, Benjamin Joyeux, Ed. Temps Présent , 96 pages, 7,5 €.

Rencontre de Reporterre : quelle éducation à l’environnement ? Reporterre 2015/10/12 (12 octobre 2015) Rencontre de Reporterre : quelle éducation à l’environnement ?. Reporterre. Climat et quartiers populaires fr

Rencontre de Reporterre : quelle éducation à l’environnement ?

« Comment sensibiliser les jeunes à l’environnement ? » Une question cruciale, qu’Abdoul, Ameni, Amine, Anna, Clément, Couraïcha, David, Dhekra, Elise, Halima, Kimberley, Mamadou, Mariamou, Marie, Mohamed, Nathan et Sandrine, animateurs et stagiaires à l’Association d’éducation populaire Charonne – Réunion (AEPCR) dans le XXe arrondissement, ont décidé de poser lors d’un atelier média « climat et quartiers populaires » organisé en juillet par Reporterre.

Dans l’article qu’ils ont réalisé, « L’éducation à l’environnement passe par les gestes du quotidien », ils questionnent des parents et l’association les Fourmis vertes et mettent en lumière l’importance de partir de choses concrètes pour, ensuite, amorcer une réflexion plus générale sur l’écologie.

Jeudi soir, ils vous invitent à partager une discussion collective sur les enjeux de l’éducation à l’environnement. Thierry Barré, membre du Conseil de quartier Réunion – Père Lachaise dans le XXe arrondissement, Claudie Bonnet, ancienne formatrice aux projets environnement à l’IUFM de Cergy, et Chris Bégneux, ancienne animatrice de l’association Culture(s) en herbe(s) et membre actif du « Jardin sur le toit », nous aideront à aller plus loin dans notre réflexion.

Une soirée qui commencera en musique et se terminera autour d’un buffet - d’aliments issus d’agriculture bio, bien sûr !

Nous vous attendons nombreux !

Informations pratiques

Jeudi 15 octobre à partir de 19 h A l’Association d’éducation populaire Charonne – Réunion (AEPCR), 77, rue Alexandre-Dumas, 75020 Paris (métro Buzenval ou Alexandre Dumas)

Aux États-Unis, le candidat socialiste écolo Bernie Sanders crée la surprise Yona Helaoua (Reporterre) Reporterre 2015/10/13 Yona Helaoua (Reporterre) (13 octobre 2015) Aux États-Unis, le candidat socialiste écolo Bernie Sanders crée la surprise. Reporterre. Monde fr

Aux États-Unis, le candidat socialiste écolo Bernie Sanders crée la surprise

Le candidat Bernie Sanders a annoncé être en tête du caucus de l’Iowa, première étape de la primaire du Parti démocrate pour les élections présidentielles étasuniennes de fin 2020. À cette occasion, nous republions le portrait que nous lui avions consacré en octobre 2015.

Aux États-Unis, le candidat socialiste écolo Bernie Sanders crée la surprise

Inconnu il y a quelques mois, Bernie Sanders est au coude-à-coude avec Hillary Clinton dans la course aux primaires des présidentielles. Connu pour sa bataille contre les inégalités, il s’engage aussi fermement contre le changement climatique. Il prône l’instauration d’une taxe carbone et le développement de l’énergie solaire aux États-Unis.

À quelques heures du premier débat entre les candidats aux primaires démocrates, ce mardi soir 12 octobre à Las Vegas, Bernie Sanders est la surprise de cette campagne. Depuis qu’il a annoncé qu’il se lançait dans la course à la Maison Blanche en avril dernier, l’élu du Vermont est passé de 6 % d’intentions de vote à 24 % chez les électeurs démocrates, selon un sondage CNN/ORC. Il est donné gagnant dans le New Hampshire, et se trouve au coude-à-coude avec sa principale rivale, Hillary Clinton, dans l’Iowa, les deux États qui votent les premiers. Même du côté des donateurs, qu’il ne courtise pourtant pas aussi ouvertement qu’Hillary Clinton, les écarts se réduisent : Bernie Sanders a levé 26 millions de dollars au dernier trimestre, contre 28 millions pour sa concurrente, pourtant présentée comme la « candidate de l’establishment ».

Sa popularité a changé, mais pas lui. Maire de Burlington, la plus grande ville du petit Etat du Vermont, en 1981, élu à la Chambre des représentants en 1990 puis au Sénat en 2006, l’homme de 74 ans est resté constant dans ses idées. Il se présente comme un « socialiste démocrate » - une dénomination qui fait d’ailleurs dire à certains qu’il ne pourra jamais devenir président des Etats-Unis.

Qu’importe, depuis plus de quarante ans, il mène le même combat contre les inégalités. Fils d’un vendeur de peinture et d’une femme au foyer, Bernie Sanders a connu les petits boulots et le chômage. Une expérience qui l’a poussé très tôt à militer pour une meilleure redistribution des richesses. Dans son livre co-écrit avec son ami Huck Gutman en 1998, Outsider in the House, il réduit le problème à une simple formule : « Richesse = pouvoir, manque d’argent = soumission ».

Le sénateur le plus engagé pour le climat

Si le social tient une place centrale dans son discours, l’environnement n’est pas en reste. Il serait même le sénateur le plus actif pour la défense des idées vertes, selon le Climate Haws Vote, un Super-PAC (comité de dépense indépendant) qui soutient les hommes politiques engagés contre le changement climatique. Bernie Sanders est ainsi l’un des seuls à dénoncer les climato-sceptiques à Washington. En juillet 2014, il déclarait au sujet des Républicains : « Pour la première fois, nous avons un parti politique majeur qui, dans son ensemble, rejette ce que dit la communauté scientifique. » Selon lui, la question du réchauffement ne devrait même plus être sujette au débat.

Pour combattre le changement climatique, la taxe carbone est sa proposition phare. C’est, estime-t-il, la stratégie la plus efficace pour à la fois réduire les émissions, mettre en lumière le vrai coût des énergies fossiles et rendre les énergies renouvelables plus abordables. En 2013, le sénateur du Vermont avait déjà fait une tentative en proposant une loi : le Climate Protection Act. Il s’agissait de taxer les émissions de carbone et de méthane, et de redistribuer la grande majorité des revenus aux contribuables, le reste allant à des investissements verts. Sans grande surprise, le texte avait été rejeté.

Tout comme sa proposition de loi sur l’énergie solaire en 2010, baptisée le « 10 Million Solar Roofs & 10 Million Gallons of Solar Hot Water Act ».

Indépendant des compagnies fossiles

Et si le thème des énergies renouvelables n’est pas très original dans le camp démocrate, Bernie Sanders se démarque d’Hillary Clinton sur deux points principaux. Il est en effet l’un des trois seuls candidats signataires, avec son concurrent démocrate Martin O’Malley et la candidate du Parti vert Jill Stein, d’un engagement à ne pas accepter l’argent des compagnies de pétrole, de gaz et de charbon pour financer la campagne. C’est se priver d’une belle somme, quand on sait que les lobbies du gaz et du pétrole ont financé 76 millions de dollars durant les élections de 2012, et que le lobby du charbon a donné 15 millions de dollars.

Autre différence avec Hillary Clinton : Sanders clame haut et fort son opposition au projet Keystone XL Pipeline, contrairement à l’ancienne secrétaire d’État qui évite le sujet.

Un programme encore flou

Pourtant, bien que ses prises de position sur le climat lui aient apporté le soutien de plusieurs acteurs écologistes, comme l’association Friends of the Earth, certains lui reprochent de ne pas en faire assez. Par exemple, le candidat n’a toujours pas consacré, jusqu’ici, de réel discours au thème de l’environnement durant sa campagne.

Et sur son site Internet, la partie consacrée au climat est assez mince. Elle se contente de rappeler quelques idées fortes ainsi que les engagements passés du candidat. Mais rien sur les mesures précises qu’il voudrait mettre en œuvre une fois président. « Sanders n’a détaillé aucune proposition concrète en matière de climat, mis à part son opposition aux forages en Arctique et au Keystone XL pipeline », regrette ainsi le site écolo grist.org.

Le candidat devra donc faire plus pour convaincre les écologistes. Mais aux Etats-Unis, parler d’environnement sans effrayer des électeurs attachés à un mode de vie très polluant relève du numéro d’équilibriste. Premier essai ce soir, sur CNN.

Clé de l’accord de Paris sur le climat, l’aide aux pays pauvres reste trop faible Émilie Massemin (Reporterre) Reporterre 2015/10/13 Émilie Massemin (Reporterre) (13 octobre 2015) Clé de l’accord de Paris sur le climat, l’aide aux pays pauvres reste trop faible. Reporterre. Climat : de COP en COP fr

Clé de l’accord de Paris sur le climat, l’aide aux pays pauvres reste trop faible

Réunies à Lima, les banques multilatérales de développement ont promis 15 milliards de dollars de financements climat supplémentaires d’ici à 2020. Mais le chemin est encore long pour arriver aux 100 milliards promis aux pays en développement.

Un obstacle supplémentaire a-t-il été franchi dans la course aux financements climat ? L’enjeu est de taille : les pays en développement attendent des clarifications sur les 100 milliards de dollars annuels à partir 2020 promis par les pays développés en 2009 pour aider les pays pauvres à faire face au changement climatique. L’absence de garanties sur ces soutiens financiers pourrait compromettre l’adoption d’un accord lors de la COP21, qui démarre dans six semaines.

Vendredi 9 octobre, plusieurs banques multilatérales de développement se sont engagées à mettre 15 milliards de dollars supplémentaires sur la table d’ici 2020. La Banque mondiale a promis de faire passer ses financements climat de 21 à 28 % du total de ses investissements d’ici 2020 ; la Banque asiatique de développement, de 18 à 30 % ; la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) et la Banque africaine de développement, de 20 à 40 % ; la Banque interaméricaine de développement, de 14 à 28 % ; et la Banque européenne d’investissement (BEI), de 25 à 35 %.

La France réduit son aide en développement !

Ces annonces ont été faites au cours d’un déjeuner des ministres des Finances et des dirigeants des principales institutions financières internationales, en marge de l’assemblée annuelle de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international (FMI) qui s’est déroulée du 9 au 11 octobre à Lima (Pérou).

La question des financements climat n’est pourtant pas réglée. Première interrogation, comment atteindre la somme de 100 milliards de dollars d’ici 2020 ? D’après un rapport de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) publié mercredi 7 octobre, les financements climat s’élèvent annuellement à 61,8 milliards de dollars en 2014. Il reste donc plus de 38 milliards de dollars à trouver.

Par ailleurs, trente-cinq pays ont déjà promis près de 10,2 milliards de dollars au Fonds vert, créé pour administrer une partie des 100 milliards. Mais à ce jour, seules 42 % de ces promesses ont fait l’objet d’engagements écrits, d’après un rapport d’information rédigé par les sénateurs Fabienne Keller et Yvon Collin publié le 30 septembre.

Présidente de la COP21, la France ne montre pas l’exemple. Lundi 28 septembre, François Hollande s’est engagé à la tribune de l’assemblée générale de l’ONU à augmenter les financements climat français de 2 milliards d’euros en 2020. Pourtant, dans le projet de loi de finances 2016 présenté deux jours plus tard, l’enveloppe consacrée à l’aide publique au développement était en baisse de 6 %, avec 170 millions d’euros en moins par rapport à 2015.

Autre sujet de préoccupation : la proportion, dans ces aides financières, de financements dédiés à l’adaptation (16 %, selon le rapport de l’OCDE). En effet, les pays en développement, en particulier les pays les moins avancés (PMA), sont déjà lourdement touchés par le changement climatique alors qu’ils ne sont que faiblement émetteurs de gaz à effet de serre. Ils réclament donc aux pays développés, historiquement responsables du changement climatique, une aide financière pour s’adapter aux sécheresses, à la montée du niveau de la mer, aux ouragans, etc.

Près de 400 milliards de pertes en 2030 pour les pays les plus vulnérables

En ce sens, plusieurs pays parmi les plus vulnérables ont créé le V20 jeudi 8 octobre. Et leurs besoins sont considérables : « Les pertes économiques annuelles dues au changement climatique pourraient dépasser 400 milliards de dollars en 2030 pour le V20, avec des impacts qui surpassent de loin nos capacités locales et régionales », d’après Cesar Purisima, ministre des Finances des Philippines.

L’aide actuelle ne se fait d’ailleurs pas sous la meilleure forme : « Actuellement, seuls 10 % environ des financements sont sous forme de dons analyse Romain Benicchio, conseiller à Oxfam France. Or, les prêts sont adaptés pour aider les pays émergents à financer des projets d’atténuation, mais inadaptés pour aider les pays les plus vulnérables parfois trop pauvres pour emprunter. »

« Les aides climatiques vont plutôt aujourd’hui aux émergents, car ils sont en forte croissance et ont des besoins en équipements, a répliqué le ministère des Affaires étrangères lors d’un point presse. Si on les aide à investir dans des mix énergétiques bas carbone, ces investissements auront un impact massif sur la réduction des émissions. On peut le regretter - les pays africains et les petites îles le regrettent - il va falloir le corriger à Paris. Mais ce n’est pas idiot. »

Pourtant, les sénateurs Fabienne Keller et Yvon Collin, insistent sur la nécessité de tenir compte des PMA, arguant que le changement climatique risque d’entraîner des « pressions migratoires importantes que l’ONU estimait à 250 millions de personnes d’ici 2050 » et que « la COP21 ne pourra pas être un succès sans l’adhésion de ces pays ». Les sénateurs proposent donc un objectif plus ambitieux : « Consacrer au minimum 20 % des financements climat à des actions d’adaptation au changement climatique, et, d’autre part, consacrer au minimum 20 % des financements climat aux PMA. »

Reste à trouver l’argent pour que les pays développés puissent honorer leur engagement des 100 milliards annuels d’ici 2020. Pour cela, plusieurs mécanismes sont envisagés aux niveaux international et national : entre autres, la mise en place d’une taxe sur les transactions financières (TTF), l’établissement ou le renforcement de marchés du carbone et de taxe carbone, ainsi que diverses taxes (transport aérien, maritime). Là aussi, les choses bougent, mais lentement.

Élargir la taxe française sur les transactions financières

Les députés français ont décidé d’avancer sur la TTF nationale, mise en place en août 2013, qui prélève une taxe de 0,2 % sur les achats d’actions d’une centaine de grandes entreprises françaises dont la capitalisation boursière dépasse le milliard d’euros. En 2014, cette taxe avait rapporté 700 millions d’euros à la France, dont 140 millions avaient été reversés à l’aide publique au développement.

Mercredi 7 octobre, la commission des Finances a adopté un amendement proposant l’élargissement de cette taxe aux transactions « intra day » - qui consistent à acheter et revendre des titres au cours de la même journée. Cet élargissement pourrait rapporter un milliard d’euros supplémentaires à la France, d’après une estimation du ministère de l’Économie. Pourtant, Bercy pourrait repousser cet amendement.

En effet, onze États-membres de l’Union européenne, parmi lesquels la France, tentent depuis 2011 de s’accorder sur la mise en place d’une TTF. Mais les négociations ont pris du retard. Les ministres des Finances concernés devront se réunir une fois de plus en novembre.

A Agen, le bétonnage de terres fertiles arrange bien les affaires personnelles des élus Marine Vlahovic (Reporterre) Reporterre 2015/10/13 Marine Vlahovic (Reporterre) (13 octobre 2015) A Agen, le bétonnage de terres fertiles arrange bien les affaires personnelles des élus. Reporterre. Grands projets inutiles fr

A Agen, le bétonnage de terres fertiles arrange bien les affaires personnelles des élus

Dans l’agglomération d’Agen, agriculteurs, riverains et citoyens se battent depuis des années contre la construction d’une technopole qui détruirait des centaines d’hectares de bonnes terres. Les opposants pointent les intérêts personnels d’élus dans cette opération foncière. Une instruction pour « prise illégale d’intérêts » est en cours. Le maire d’Agen, Jean Dionis du Séjour, est impliqué.

- Sainte-Colombe-en-Bruilhois (Lot-et-Garonne), reportage

À un jet de pierre de l’autoroute des Deux-Mers, des barricades fabriquées à la hâte sont assorties d’un panneau « Sortie de zadistes ». Kevin et Miguel montent la garde devant une maison squattée sobrement surnommée la « Bergerie ». Répondant à l’alerte d’une expulsion prochaine, ils sont venus prêter main forte aux opposants du technopole Agen-Garonne (TAG) pour engager un bras de fer avec l’agglomération d’Agen, porteuse du projet. Autour des deux sentinelles, les champs s’étendent à perte de vue dans la lumière tamisée du petit matin. « On a du mal à imaginer que tout ça puisse être bétonné un jour », dit Kevin en scrutant la ligne d’horizon crénelée par les épis de maïs.

Depuis l’appel à occuper ses terres lancé par l’agriculteur Joseph Bonotto en décembre dernier, la ZAD s’est étendue aux quatre coins de la zone de Sainte-Colombe-en-Bruilhois concernée par le TAG. Au fil des mois, des maisons abandonnées par leurs propriétaires et rachetées pour le compte de l’agglomération d’Agen ont été investies par les occupants. Mais, c’est à deux kilomètres de ces nouvelles positions que se joue l’avenir du projet. Pour bloquer un chantier, les zadistes ont érigé un camp de palettes en bordure d’un lotissement sage. « Enculés ! » hurle une habitante depuis une voiture qui file à toute berzingue au-dessus du campement sommaire. « Nous aussi, on t’aime ! » répondent les zadistes d’une seule voix. Habitués à ces insultes, ils empêchent depuis deux semaines la construction d’un petit rond-point, premier signe concret de l’aménagement des infrastructures routières censées desservir la future zone d’activité économique. Lundi 12 octobre au matin, cependant, les gendarmes sont intervenus pour dégager les occupants du rond-point. Une menace d’expulsion pèse par ailleurs sur la ZAD : un huissier doit venir sur place mercredi 14.

Le technopole Agen-Garonne, dont le coût est estimé à 65 millions d’euros, doit faire table rase de 220 hectares de terres agricoles fertiles et irrigables. C’est ce qui suscite l’opposition franche de riverains, d’écologistes et d’agriculteurs depuis des années. L’argument de la création de 4.000 emplois en vingt ans avancé par l’agglomération ne convainc pas les opposants, qui dénoncent une coquille vide : « Il a fallu vingt ans pour remplir les 70 hectares de l’Agropole, une zone d’activité économique voisine. Alors imaginez le temps qu’il faudra pour occuper ces 200 hectares ! », remarque André Crouzet, membre du Collectif de défense des terres fertiles du Lot-et-Garonne. Aucune entreprise ne s’est pour l’instant montrée intéressée pour s’installer dans cette technopole. « Le projet est axé sur la logistique. La TAG est destinée à accueillir des camions de transporteurs. Pas à créer de l’emploi. C’est une pensée industrielle du siècle dernier », peste M. Crouzet.

Malgré ces oppositions et un processus entaché d’irrégularités, le projet semble plus que jamais d’actualité. C’est que la technopole est destinée à accueillir la LGV Bordeaux-Toulouse. Depuis le feu vert donné par le gouvernement sur ce dossier ferroviaire controversé le mois dernier, tout s’accélère. « On sent qu’il veut aller vite », reproche André Crouzet, pour qui il s’agit d’« un passage en force et [d’]une personnalisation du dossier ». « Il », c’est Jean Dionis du Séjour, maire d’Agen (Nouveau Centre) depuis 2008 et président de l’agglomération agenaise. L’héritier de cette famille de propriétaires terriens a fait de la technopole son cheval de bataille personnel, bien décidé à marquer l’histoire de sa terre d’élection par ce projet.

« Ici, nous sommes en baronnie, nous n’avons pas encore fait la révolution de 1789 », souffle une autre membre du Collectif. Le groupe d’opposants a écumé les archives des municipalités limitrophes pour recenser le patrimoine personnel de Jean Dionis du Séjour et faire un lien direct avec le projet de TAG.

Un évident conflit d’intérêt

Leurs recherches ont abouti à constater un évident conflit d’intérêt. Jean Dionis du Séjour est propriétaire de plus de 7 hectares de terres au lieu-dit Le Commarque, sur la commune voisine de Brax. Soit à 500 mètres de la future gare LGV d’Agen. Assez loin pour éviter les nuisances sonores, assez près pour profiter des retombées économiques de cette nouvelle station.

« La gare LGV ? Ce sera une gare-betterave », peste Joseph Bonotto. Mais betterave ou pas, l’emplacement idéal des terres du maire d’Agen lui permettra de réaliser une juteuse opération s’il décide de les vendre à des promoteurs immobiliers. Car ses terrains agricoles non-constructibles sont passés, comme par magie, au statut de terrains constructibles entre 2002 et 2005. Il faut dire qu’à l’époque, le maire de Brax, Michel Bernines, était un proche de Jean Dionis du Séjour, dont il a soutenu la candidature pour les élections législatives de 2007.

Le maire d’Agen n’en est pas à son coup d’essai en matière foncière. Propriétaire de plusieurs hectares à Beauregard, une zone naturelle inconstructible sur la commune du Passage d’Agen, il les a fait progressivement classer en parcelles permettant l’installation de zones industrielles et en zones immédiatement constructibles à partir de 1998. Le maire de l’époque, Pierre Lapoujade, dont l’épouse est la cousine de la femme de Jean Dionis du Séjour, a approuvé cette décision, contre le schéma directeur de la commune et l’avis défavorable de la DDE. Jean Dionis du Séjour réalise quant à lui une transaction lucrative : en 2009, le propriétaire terrien vend une parcelle de plus de 2 hectares pour un montant d’1 million d’euros, soit 43 euros le m2. On est bien loin des 3,20 euros au m2 proposés par l’agglomération d’Agen aux agriculteurs concernés par le projet de technopole.

- Télécharger le document de vente :

Une instruction pour « prise illégale d’intérêts » est en cours

Curieusement, le maire d’Agen n’est mentionné dans aucun des documents qui permettent la conversion de ses terres. Une conversion qui s’est faite dans les règles via les municipalités de l’époque. « Ce qui est énervant, c’est qu’il n’y a rien d’illégal à proprement parler mais tout est litigieux »,­ confie une opposante au projet qui requiert l’anonymat.

À Sainte-Colombe-en-Bruilhois, il y a pourtant un cas d’illégalité manifeste concernant d’autres élus. À l’époque de l’adoption du plan local d’urbanisme (PLU) qui devait entériner le projet de TAG, un certain nombre de conseillers municipaux ont vu leurs terrains personnels devenir constructibles. Une instruction pour « prise illégale d’intérêts » est en cours. En charge du dossier, l’avocat Étienne Tête accuse « cette bande de copains qui se sont servis » au détriment des habitants et des agriculteurs touchés par le projet de technopole. La procédure est également remise en cause, car les conseillers municipaux concernés ont cru qu’il suffisait de ne pas prendre part au vote pour ne pas être inquiétés. Or, le quorum (le nombre de votes obligatoires) n’a pas été atteint.

Le 10 février dernier, ce plan local d’urbanisme a été annulé par le tribunal administratif de Bordeaux pour irrégularité en matière de concertation. Dans la foulée, une enquête publique sur la déclaration d’intérêt général du technopole a démarré. Cet été, les opposants ont découvert , non sans stupeur que le commissaire-enquêteur suppléant, Jean-Pierre Audoire, n’était autre qu’un proche de Jean Dionis du Séjour. Grâce à des captures sur le blog Internet de ce dernier, ils ont pu prouver que les deux hommes se gratifiaient de marques d’amitiés variées, (comme « Mon ami fidèle » ou « Amitiés toujours »).

Le 13 août dernier, les enquêteurs ont finalement donné une appréciation favorable et ce malgré les 246 avis négatifs déposés par des citoyens et des élus et l’avis réservé du conseil départemental contre 70 avis positifs.

« On a besoin des zadistes contre les copinages à tout-va des élus »

« Nous sommes dans un cas d’école de déni de démocratie locale », explique Jean-Christophe Robert, porte-parole de l’association Filière paysanne qui s’est également penchée sur le dossier du TAG, « et malheureusement ça se passe partout en France. »

Alléguant un agenda surchargé, M. Dionis du Séjour, le principal intéressé, n’a pas jugé bon de s’entretenir avec Reporterre, malgré nos questions insistantes sur ses biens fonciers et ses liens d’amitié avec le commissaire suppléant en charge de l’enquête publique.

« Dionis ? C’est un gros filou ! » tonne Patrice Vermond. Rien ne destinait ce commerçant ambulant fort en gueule à rencontrer un jour des zadistes. Et pourtant le quinquagénaire passe voir les occupants sur les différents sites une à deux fois par jour. « On a besoin de leur soutien contre les copinages à tout va des élus ! » tempête le propriétaire. Son habitation, un beau corps de ferme en pierre de taille qui trône au milieu d’un hectare arboré, est vouée à la démolition en raison du projet de TAG. Patrice se refuse de la vendre et de voir s’ériger la technopole : « L’important, ce n’est pas l’argent. C’est d’être bien là où on est. Et c’est mon cas. Ici, je vois des chevreuils tous les jours et les écureuils m’engueulent quand je suis trop près d’eux. »

Un hélicoptère de gendarmerie passe en rase-mottes au dessus de la tonnelle où Patrice offre le café. Ce mercredi 14 octobre, on attend une nouvelle décision de justice concernant une autre habitation : elle sonnera peut-être le glas de la ZAD d’Agen. En cas d’éviction, les occupants pourront se replier sur les constructions érigées sur la propriété de Joseph Bonotto. Officiellement exproprié depuis juin dernier, l’agriculteur peut encore faire usage de ses terres tant qu’il n’a pas été indemnisé. Mais les zadistes sont déterminés à défendre l’ensemble de la zone. « On espère que tout se passera bien », conclut André Crouzet.

L’An 02 est mort, vive L’An 02 ! Reporterre 2015/10/14 (14 octobre 2015) L’An 02 est mort, vive L’An 02 !. Reporterre. Culture et idées fr

L’An 02 est mort, vive L’An 02 !

Il y a quatre ans, nous lancions la revue L’An 02, une folle aventure collective, notre façon à nous d’agir sur l’avenir. On vous invitait alors à faire un pas de côté, on vous promettait de sauver le monde, les glaciers et les abeilles, on vous incitait à bousculer vos imaginaires pour briser les chaînes de l’écologie raisonnable. Nous voulions l’impossible : un objet chic mais pas cher, engagé mais accessible. On a essayé, on l’a fait. Quatre années de travail à confectionner cette revue et ses soixante pages en couleurs : des chroniques, des reportages, des lectures et un dossier. Sept numéros à explorer et à défricher les interstices de l’écologie politique, à ouvrir des brèches ici ou là, à imaginer et (ré)inventer une écologie qui redonne du sens à l’existence.

Aujourd’hui, L’An 02 est contraint de s’arrêter, les énergies s’épuisent, les dettes s’accumulent, il ne reste plus que quelques survivants. Alors si vous avez aimé notre travail, si vous souhaitez le faire découvrir à vos ami·e·s, si vous n’avez pas encore eu l’occasion d’y jeter un coup d’œil, c’est le moment où jamais. On a sept numéros à vendre, intemporels et impertinents. Dans le désordre, c’est 7 euros l’un, 10 euros les deux et 30 euros la collection complète. Pas le temps de lire ? Pas le budget pour l’acheter ? N’hésitez pas, faites-nous signe et on distribuera les ressources à la napolitaine, avec des numéros « suspendus ».

Faites-vous plaisir, soyez des indigènes refusant la nostalgie d’une monde illusoire qui démantèle nos vies avec des ersatz de pacotille. Il est toujours urgent de crier haut et fort : « On débranche tout, on réfléchit, et c’est pas triste ! »

L’An 02, revue semestrielle éditée par « Les ami·e·s de l’An 02 », 60 p., 7 euros

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Le Kit de survie Cop 21. Troisième volet : quels sont les grands enjeux ? Aurélie Delmas (Reporterre) Reporterre 2015/10/14 Aurélie Delmas (Reporterre) (14 octobre 2015) Le Kit de survie Cop 21. Troisième volet : quels sont les grands enjeux ?. Reporterre. Climat : de COP en COP fr

Le Kit de survie Cop 21. Troisième volet : quels sont les grands enjeux ?

Les 196 parties qui participent à la Cop 21 vont négocier un accord sur le climat à conclure le 11 décembre. Les discussions porteront sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre et sur la répartition des efforts entre pays développés et pays en développement. Reporterre vous explique les enjeux de ce grand-rendez vous grâce à un PDF à télécharger et une vidéo de Pierre Radanne, expert des questions énergétiques et climatiques.

Video : comprendre l’essentiel en 1’47’’

Pierre Radanne est expert des questions d’énergie et de climat, et président de l’association 4 D. Il explique l’enjeu de fond de la COP 21, qui se déroulera à Paris du 30 novembre au 10 décembre : diviser par deux les émissions planétaires de gaz à effet de serre.

Pierre Radanne from Reporterre on Vimeo.

Les principaux points à retenir concernant les sources d’informations sur le climat

- La Conférence des Parties qui se tiendra à Paris, doit « aboutir à un nouvel accord international sur le climat, applicable à tous les pays ».

- En amont de la conférence, tous les pays se sont engagés à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. L’objectif global est de limiter le réchauffement à moins de 2°C en 2100 et par rapport à l’ère préindustrielle, soit vers 1850.

- Le partage des efforts entre pays développés, qui ont émis historiquement le plus de gaz à effet de serre, et les pays émergents ou en voie de développement, sera au centre des discussions.

- Un point crucial de débat portera sur les financements. Une promesse a été faite à Copenhague en 2009 : la mobilisation de 100 milliards de dollars par an à partir de 2020 pour permettre aux pays en développement de lutter contre le dérèglement climatique.

Télécharger la fiche COP 21 : les grands enjeux :

Sur l’île de La Réunion, les milliards volent autour des promoteurs de l’autoroute sur pilotis Philippe Desfilhes (Reporterre) Reporterre 2015/10/14 Philippe Desfilhes (Reporterre) (14 octobre 2015) Sur l’île de La Réunion, les milliards volent autour des promoteurs de l’autoroute sur pilotis. Reporterre. Grands projets inutiles fr

Sur l’île de La Réunion, les milliards volent autour des promoteurs de l’autoroute sur pilotis

Le projet pharaonique de construction d’une route sur pilotis, met en péril l’environnement et les finances publiques de l’île de l’Océan indien. Elle intéresse dorénavant la justice, qui conduit une enquête pour « corruption » et « favoritisme »

• Actualisation — Lundi 6 mai 2019 — Le tribunal administratif de Saint-Denis de La Réunion a ordonné le 29 avril la suspension de deux arrêtés préfectoraux autorisant l’exploitation d’une carrière essentielle à l’aboutissement du chantier de la Nouvelle Route du Littoral (NRL). Le juge des référés a donné droit à la Société réunionnaise pour l’étude et la protection de la nature et à la mairie de Saint-Leu, commune sur laquelle doit s’ouvrir la carrière, qui avait déposé des recours motivés par des préoccupations environnementales. Source : Les Echos

• Article du 14 octobre 2015 — Le désastre écologique et l’effroyable gâchis d’argent public qu’est la construction de la Nouvelle route du littoral (NRL) sont-ils en train de se transformer en un scandale politico-financier comme La Réunion n’en a jamais connu ? Rien, pour l’instant, ne permet de l’affirmer, mais l’enquête pour « corruption » et « favoritisme » prend de l’ampleur et la « NRL » devient un élément central de la campagne pour les élections régionales, ce que voulait éviter Didier Robert, l’actuel président Les Républicains (LR) du conseil régional.

L’homme fort de la droite réunionnaise est désormais mis en cause personnellement. Jeudi 8 octobre, les forces de l’ordre sont en effet intervenues à son domicile, ainsi qu’au conseil régional et aux domiciles d’autres élus régionaux. Les enquêteurs sont venus éplucher les patrimoines, biens immobiliers et comptes bancaires de Didier Robert et des acteurs du dossier de la NRL pour chercher à déterminer s’ils présentent des éléments suspects. Les locaux du groupement GTOI/SBTC (Bouygues et Vinci), principal attributaire du marché de la NRL, ont également été perquisitionnés.

« Or il y a quelques semaines, Didier Robert avait porté plainte pour cambriolage, signalant notamment le vol de deux téléphones portables et d’ordinateurs privés et professionnels, et cela avait beaucoup ri dans le Landerneau », rappelle Jean-Pierre Marchau, élu EELV responsable des transports à la mairie de Saint-Denis et un des leaders du Collectif Non à la nouvelle route du littoral.

Puissance des lobbies de l’automobile et du BTP

L’arrivée sur l’île début septembre des policiers, gendarmes et agents du fisc et des douanes du parquet national financier a donné une nouvelle dimension à l’enquête préliminaire ouverte en fin d’année dernière par le parquet de Saint-Denis de La Réunion. « Le dossier a été transféré en avril dernier au parquet national financier après de premières perquisitions et des interrogatoires dans l’île, signe que l’affaire est prise très au sérieux. Didier Robert et Dominique Fournel, l’adjoint en charge de la nouvelle route du littoral, ont notamment déjà été entendus », rappelle aussi une journaliste de l’agence de presse réunionnaise Imaz Press.

Les soupçons de la justice porteraient sur l’attribution d’un marché de fourniture de matériaux, mais les opposants à la route se posent des questions sur le principal appel d’offre, celui du viaduc et des digues, attribué à Bouygues et à Vinci. Destinée à remplacer l’actuelle route côtière qui va de la préfecture de Saint-Denis au Port, la NRL serait en effet en grande partie construite sur pilotis. Un choix qui explique son coût très élevé (1,6 milliard d’euros selon le devis initial ; 2,5 à 3 milliards après les inévitables dépassements que prédisent les experts) et l’importance des dégâts sur l’environnement.

La contestation des opposants du collectif avait culminé en juin lors du passage de Manuel Valls à la Réunion puis lors d’importantes manifestations contre l’ouverture de carrières.. L’arrivée des enquêteurs ravive leur espoir de voir le projet de route annulé. Jeudi 1er octobre, le Théâtre sous les arbres, une institution culturelle locale, a joué Petit conte oriental et immoral, une courte pièce qui dénonce la nouvelle route et la puissance des lobbies de l’automobile et du BTP. Les opposants à la NRL s’apprêtent aussi à commémorer un triste souvenir : celui des accords dits de Matignon II, le 14 octobre 2010.

La question des dédommagements que pourraient réclamer Bouygues et Vinci

L’histoire du financement de la route est révélateur des collusions possibles entre les groupes de BTP et les hommes politiques au pouvoir dans l’île. Ainsi, avant la victoire surprise de Didier Robert aux élections régionales de 2010, ce n’est pas une route mais un tram-train qui avait été décidé, ce qu’avaient acté les accords dits de Matignon I, signés en 2007 entre le gouvernement de Dominique de Villepin et Paul Vergès, alors président (Parti communiste réunionnais) de la région. La décision n’a pas résisté à l’alternance. La droite, emmenée par Didier Robert, a fait campagne sur son opposition au tram. Arrivée au pouvoir, elle a dénoncé le contrat de tram-train et signé de nouveaux accords, dits de Matignon II, avec le gouvernement Fillon.

Bouygues, qui avait remporté au sein du consortium Tram’Tiss (dans lequel on retrouve aussi Veolia, Colas, Bombardier...), le contrat de 1,32 milliard du tram-train a saisi le tribunal administratif en réclamant 170 millions d’euros de dédommagement. Une somme que le groupe de BTP réclame toujours aujourd’hui - alors qu’il a remporté le contrat de la NRL associé à Vinci !

« Tout cela est scandaleux, d’autant plus que Bouygues s’est peut-être servi de cette épée de Damoclès pour faire pencher en sa faveur l’attribution du contrat de la NRL. On peut s’interroger aussi sur le comportement de Didier Robert, qui n’a pas respecté les engagements de ses prédécesseurs, fondant ainsi les arguments des avocats des membres de Tram’Tiss », se rappelle un proche de Paul Vergès.

La question se pose aujourd’hui des dédommagements que pourraient réclamer de nouveau Bouygues et Vinci si la gauche remporte les élections et annule le projet - dans les derniers sondages, les listes conduites par Didier Robert et sa principale opposante, la député PS Huguette Bello, sont au coude-à-coude. « Il y a aujourd’hui encore beaucoup d’inconnues sur l’enquête qui est menée par le parquet national financier et son calendrier, mais aussi sur les conditions de l’appel d’offre passé par la région. Cela explique la prudence des principaux candidats de l’opposition qui ne réclament pas une remise en cause de la NRL mais un audit, un arrêt des travaux et une plus grande place donnée au ferroviaire et aux transports collectifs dans le projet », indique Jean-Pierre Marchau.

Trop tard pour faire marche arrière ?

Un échangeur routier est déjà en construction à La Possession, l’entrée ouest de la future route du littoral. Un autre l’est également à La Grande Chaloupe, au milieu du trajet. « On construit également, au Port, l’usine d’où sortiront les éléments préfabriqués pour le viaduc. Didier Robert fait du forcing pour faire croire aux Réunionnais qu’il est trop tard pour faire marche arrière. Si le dossier est remis à plat après les élections, cela se traduira par des pertes financières supplémentaires alors que la région est déjà très endettée. C’est irresponsable », accuse Jean-Pierre Marchau, qui rappelle que l’abandon du tram-train s’est déjà soldé par une perte sèche de 70 millions d’euros d’indemnités contractuelles.

Et si la route se fait, quel argent restera-t-il pour mener à bien d’autres projets ? La question se pose, car l’État a clairement indiqué, au moment de la signature du protocole de Matignon, qu’il n’irait pas au delà de sa quote-part dans le financement de la NRL. « Les surcoûts seront à la charge de la région. Cela en serait fini d’un projet ferroviaire pendant 40 ans », se désole l’écologiste.

Quand France Télévision présente une apologie du nucléaire comme de l’information François Géal Reporterre 2015/10/14 François Géal (14 octobre 2015) Quand France Télévision présente une apologie du nucléaire comme de l’information. Reporterre. Tribune — Nucléaire fr

Quand France Télévision présente une apologie du nucléaire comme de l’information

Un reportage de France 2 dans une centrale atomique a fait réagir un lecteur de Reporterre. Il y voit une illustration de l’offensive publicitaire lancée par EDF et Areva pour promouvoir le nucléaire à deux mois à peine de la COP21.

François Géal est professeur de littérature comparée à l’Université Lyon 2-Lumière.

Les journaux télévisés, c’est bien connu, ne se soucient guère de distance critique. Il leur arrive même assez souvent de diffuser les clichés les plus éculés, voire de défendre, à l’insu de leur plein gré (comme disait l’autre), les idéologies les plus contestables. Le journal de Laurent Delahousse vient de nous en donner un exemple emblématique, pour ne pas dire caricatural, avec ce reportage sur la centrale nucléaire de Gravelines diffusé le 2 octobre sur France 2.

Le ton est donné dès le départ avec ces affirmations grandiloquentes, mêlées à quelques considérations objectives : « C’est une forteresse posée tout près de la mer du Nord, à Gravelines, la plus imposante et la plus puissante centrale nucléaire de l’Hexagone », où travaillent chaque jour 2.000 personnes, et qui procure quotidiennement de l’électricité à « 4 millions d’habitants ». C’est donc un rare privilège que d’être admis à l’intérieur de « ce territoire de l’atome ». Traduction en termes de sécurité (au sens de protection des installations) : tout individu qui aurait l’idée saugrenue d’y pénétrer accompagné de mauvaises intentions n’aurait pas la moindre chance de succès.

« Comme quand vous êtes à la plage »

Et à présent, nous voici au saint des saints : une jeune femme souriante, chargée de vérifier le taux de radioactivité à proximité du réacteur et de veiller ainsi à la sécurité (cette fois au sens radiobiologique du terme) du personnel, revêt sous nos yeux sa tenue avant de pénétrer dans une zone dangereuse. Traduisez : le nucléaire est sexy, plein d’avenir. Du reste, un de ses acolytes masculins nous prouve que décidément, il n’y a rien à craindre : au cas où le téléspectateur lambda n’aurait pas compris, un gros plan sur les appareils nous montre des mesures très inférieures aux normes en vigueur. Interrogé sur la notion de radioactivité, cet employé répond qu’elle s’apparente tout bonnement « aux rayons du soleil » (sic) et il ajoute : « C’est comme quand vous êtes à la plage. » À l’entendre, il s’adonnerait pour ainsi dire à une séance de bronzage...

Mais tout danger est-il écarté ? Une sirène vient de retentir, signalant une anomalie en quelque endroit : nous nous retrouvons soudain dans la salle de commande, tapissée d’écrans et garnie de centaines de boutons, où officie l’un des chefs d’exploitation de la centrale. Un beau et grand jeune homme (« 27 ans ») – c’est de nouveau l’indéfectible l’argument de la jeunesse pleine d’avenir –, muni d’épaisses lunettes, plein de sérieux et d’assurance, est là, d’ailleurs, pour nous rassurer : il ne s’agit que d’un de ces exercices récurrents destinés à prévenir tout danger. Le journaliste s’attarde sur sa trajectoire professionnelle : l’intéressé se serait tourné vers la filière nucléaire un peu par hasard, passionné qu’il était par le domaine de l’énergie en général ; il sous-entend qu’il a même installé des panneaux solaires sur le toit de sa maison. Traduisez : chez lui, pas de culte de l’électronucléaire ; jadis, les thuriféraires du nucléaire ressemblaient à des religieux zélés proclamant une mystérieuse Vérité : aujourd’hui, en matière de propagande, leurs successeurs n’ont plus besoin de faire de la surenchère, la télé s’en charge fort bien à leur place.

Promesse de vie éternelle

Une seconde, on croit percevoir chez le journaliste l’embryon d’un contre-discours, avec cette petite remarque critique : « Une source d’énergie de plus en plus controversée. » Que nenni ! La filière n’est pas menacée : « La centrale embauche cent personnes chaque année. » Et l’on voit un quinquagénaire entouré de ses jeunes disciplines (sous-entendu : voyez ce bel exemple de transmission du savoir entre les générations, un peu comme jadis chez les compagnons du Tour de France...). Le reportage s’achève sur cette promesse de vie éternelle : « La centrale de Gravelines, qui vient de fêter ses 35 ans, était prévue à l’origine pour durer jusqu’en 2020 », mais « sauf contre-ordre, elle pourrait fermer beaucoup plus tard. » CQFD.

Je laisse aux spécialistes de la juste cause antinucléaire – tels les savants rédacteurs du bulletin de l’association Sortir du nucléaire, qui effectuent, dans un silence médiatique assourdissant, un travail remarquable – le soin de démonter un à un les arguments avancés dans ce reportage. Je m’en suis tenu pour ma part au discours, dont je n’ai fait que mentionner les plus grosses ficelles. Mais il n’est pas douteux qu’à deux mois de la COP21, cet épisode s’inscrive dans la vaste offensive publicitaire lancée par EDF et Areva pour faire passer le nucléaire pour une énergie propre, seule capable de sauver la planète du réchauffement qui la menace...

Il serait grand temps de cesser de défendre l’indéfendable : le nucléaire est une énergie potentiellement mortifère (ce qu’on sait définitivement depuis l’accident de Fukushima), et – cela se sait aussi de mieux en mieux –, une énergie économiquement ruineuse (coût astronomique du prolongement de la vie des actuelles centrales, explosion du coût de l’EPR, sans parler de la gestion des déchets). Il est grand temps de se tourner, comme le font résolument nos voisins les plus avisés par des investissements massifs, vers les énergies renouvelables, d’autant que leurs performances accrues procurent une électricité de moins en moins onéreuse et qu’elles sont particulièrement prometteuses en termes d’emploi.

À Dunkerque, la Cour des comptes décortique les aberrations du projet Arena - heureusement abandonné Didier Harpagès (Reporterre) Reporterre 2015/10/15 Didier Harpagès (Reporterre) (15 octobre 2015) À Dunkerque, la Cour des comptes décortique les aberrations du projet Arena - heureusement abandonné. Reporterre. Grands projets inutiles fr

À Dunkerque, la Cour des comptes décortique les aberrations du projet Arena - heureusement abandonné

Ce projet surdimensionné d’une salle de 10.000 places avait soulevé une vive opposition citoyenne avant d’être abandonné en 2014. Il fait l’objet d’un rapport critique de la chambre régionale des comptes Nord - Pas-de-Calais, Picardie. Très instructif...

- Dunkerque, correspondance

Le 19 mai 2014, le nouveau président de la communauté urbaine de Dunkerque (CUD) Patrice Vergriete, annula le projet de construction d’une grande salle de sport de 10.000 places, dite Arena, qui devait accueillir des manifestations sportives importantes (matches de basket-ball et de hand-ball) ainsi que des spectacles de grande envergure. Le contrat de partenariat public-privé (PPP), fut signé en octobre 2012 par la CUD, présidée alors par Michel Delebarre, socialiste et ancien ministre d’État.

Rappelons le montage financier d’un contrat PPP : la collectivité territoriale ne s’occupe de rien, autrement dit, elle ne prend en charge ni la construction, ni l’exploitation de l’édifice public, ni la maintenance, ni le financement. L’ensemble de ces opérations est assuré par une société ad hoc, en l’occurrence pour le projet de cette grande salle, la société Dunkerque Arena SAS, dont le capital était partagé entre plusieurs acteurs parmi lesquels les plus influents furent Vinci et Beci, ce dernier étant omniprésent dans les opérations de promotion immobilière et commerciale dans le dunkerquois. En retour, la collectivité territoriale (ici, la CUD) se doit de verser à la société choisie, un loyer durant un certain nombre d’années au terme desquelles elle devient définitivement propriétaire.

Ni publicité ni mise en concurrence

Ainsi, la CUD disposait de vingt-sept années pour rembourser la part apportée par le privé. En termes clairs, les contribuables de l’ensemble des communes inscrites sur le territoire de la CUD se devaient d’assurer le remboursement de la construction d’une salle de sport surdimensionnée « offerte » au BCM (le club de basket) et à l’USDK (le club de hand-ball). On peut noter à ce sujet que la « dure loi du sport » prive aujourd’hui ces deux clubs, aussi prestigieux soient-ils, de leurs succès et par voie de conséquence de leurs recettes dont une partie devait être versée à la CUD pour utilisation de la salle Arena dans le cadre de leurs matches. De toute évidence, cela eut été un apport de trésorerie aléatoire pour la CUD. Ce fut l’un des motifs de mécontentement des opposants à ce grand projet.

Précisément, la résistance s’organisa, après la signature du contrat PPP, grâce au dynamisme des associations locales comme Les Amis de la Terre, Arena non merci et l’Adelfa (Assemblée pour la défense de l’environnement du littoral Flandre-Artois) et de quelques élus dunkerquois. L’action militante menée en pleine campagne électorale des municipales de 2014 permit d’obtenir la résiliation du projet Arena. « C’est bien une économie de 200 à 250 millions d’euros que nous avons réalisée », avait déclaré Patrice Vergriete à La Voix du Nord le 31 décembre 2014.

La chambre régionale des comptes vient de publier un rapport (pages 23 à 30) sur la gestion de la CUD entre 2007 et 2013. Elle se penche sur le projet Arena et tout particulièrement sur les conditions de passation du PPP. Sa lecture révèle que l’étude de préfaisabilité de construction de la grande salle n’avait fait l’objet d’aucune publicité ni de mise en concurrence. Cela, note la chambre, « contrevient aux principes de la commande publique édictés à l’article 1 du code des Marchés publics » Jean Sename, président de l’Adelfa commente : « C’est une infraction grave ! L’ancienne direction de la CUD a voulu précipiter les choses car les élections municipales se profilaient à l’horizon 2014. »

Protestation des militants écologistes

Le permis de construire, déposé par la société Dunkerque Arena SAS, a été délivré le 24 octobre 2013 et plusieurs aléas sont intervenus postérieurement en raison de la protestation des militants écologistes (recours gracieux puis recours en annulation du permis de construire devant le tribunal administratif de Lille le 21 mars 2014) et de l’action de la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (DREAL). Cette dernière a imposé de transplanter une variété d’orchidée et d’enlever la terre de surface, dans laquelle se trouvaient les racines et les graines de la zone, afin de faire respecter les règlementations en matière d’environnement. Ces aléas ont généré des retards dont le coût s’est élevé à 9,44 millions d’euros. « Ces coûts, observe la chambre, ont été facturés à la CUD alors que la société Dunkerque Arena SAS avait la charge de l’instruction et de la réalisation du permis de construire. Elle ne pouvait ignorer, tout comme la CUD, la possibilité d’une contestation. »

Autre information troublante : à la signature du contrat PPP, la CUD ne disposait d’aucune garantie quant à l’acquisition du terrain du site de Noort-Gracht sur lequel la salle Arena devait être implantée. L’analyse de la chambre régionale est sans équivoque : « Le contrat de partenariat public-privé a été signé en octobre 2012 sans que la CUD ne soit propriétaire du terrain de 28.000 m² affecté au projet ni détentrice du moindre engagement juridique de vente de la part du propriétaire de la parcelle. En effet, seul un projet de promesse synallagmatique de vente a été ébauché sans jamais être signé. »

Enfin, l’article 18 du contrat PPP relatif à la fiscalité imposait à la CUD de supporter, à l’exception de l’impôt sur les sociétés, la pression fiscale liée à la conception et à l’exploitation de la salle Arena. « Une disposition, relève encore la chambre régionale, qui peut paraître inadaptée dans un contexte de baisse des ressources fiscales. » En somme, une nouvelle contrainte financière à la charge des contribuables dunkerquois dans un contexte de crise économique, accompagnée de politiques d’austérité.

« Droit bafoué, contribuables financièrement floués : comment ne pas se féliciter que cette mariée, trop belle pour être pleinement honnête, ait été congédiée sans autre forme de procès », résume Jean Sename.

Les contours d’une Terre enfin sortie du carbone Maxime Combes Reporterre 2015/10/15 Maxime Combes (15 octobre 2015) Les contours d’une Terre enfin sortie du carbone. Reporterre. Climat fr

Les contours d’une Terre enfin sortie du carbone

Les entrailles de la Terre contiennent suffisamment de pétrole, de gaz et de charbon pour déclencher le chaos climatique. Prendre au sérieux le réchauffement climatique implique de laisser dans le sol la majorité des réserves d’énergies fossiles connues. Pour survivre, nous sommes donc condamnés à apprendre à vivre sans brûler des énergies fossiles dangereusement surabondantes.

Ceux qui tergiversent, ceux qui s’y refusent, ceux qui étendent la logique extractiviste en forant toujours plus loin et toujours plus sale, ceux qui professent que les marchés, la finance ou les technosciences vont sauver le climat nous détournent de l’essentiel. Ils gaspillent le temps et les ressources dont nous avons besoin pour enclencher la transition.

Nous ne nous résignons pas au naufrage planétaire. Contre l’extractivisme, les hydrocarbures de schiste, les grands projets inutiles et la marchandisation de l’énergie et du climat, nous inventons aujourd’hui les contours d’un monde décarboné, soutenable et convivial de demain. Il est temps de sortir de l’âge des fossiles. La transition, c’est maintenant !

Maxime Combes est économiste et membre d’Attac France, engagé dans les mobilisations citoyennes autour des grands enjeux environnementaux et énergétiques nationaux et mondiaux. Également contributeur du magazine en ligne Basta ! (bastamag.net), il est coauteur de l’ouvrage publié par Attac, La nature n’a pas de prix (Paris, LLL, 2012) et de Crime climatique stop ! (Seuil, « Anthropocène », août 2015).

Sortons de l’âge des fossiles ! Manifeste pour la transition, Maxime Combes, Le Seuil, « Anthropocène », 288 p., 18 euros

Source : Le Seuil

Les trains du quotidien, la priorité Corinne Morel Darleux Reporterre 2015/10/15 Corinne Morel Darleux (15 octobre 2015) Les trains du quotidien, la priorité. Reporterre. Corinne Morel Darleux fr

Les trains du quotidien, la priorité

Le train de Die, dans la Drôme, est surnommé la « ligne de vie ». Il est le train de tous les jours de ceux qui travaillent à Crest ou à Valence. Alors que résonnent des rumeurs de sa fermeture, c’est la question du transport ferroviaire et de son prix qu’il faut reposer plutôt que de multiplier les « cars Macron » sur les routes de campagne.

Corinne Morel Darleux est secrétaire nationale à l’écosocialisme du Parti de gauche et conseillère régionale Rhône-Alpes.

Le long de la vallée de la Drôme, les feuilles commencent à jaunir, virent à l’orangé et rougissent. Écarlates. C’est un vrai camaïeu d’automne qui s’étend sur les flancs du Vercors. En venant de Valence, à bord du train qui longe la rivière, on glisse le long des vignes, on croise un village, on traverse la rivière encore marron-limon de l’orage d’hier, on aperçoit le massif des Trois-Becs, et on se surprend à vouloir ouvrir une de ces fenêtres coulissantes à l’ancienne qui n’existent plus, pour humer l’air glacé, empreint de ce parfum persistant de feu de bois qui commence à envahir les rues du Diois.

Ce train, c’est celui de la ligne de Die, aussi appelée « ligne de vie ». C’est celui des stations de ski des Alpes, avec le train de nuit Paris-Briançon qui fonctionne à plein les fins de semaine en hiver. Mais c’est aussi le train de tous les jours pour celles et ceux qui travaillent à Crest ou à Valence. Qui montent le matin, qui avec son vélo, qui avec son tricot, en espérant qu’ils ne seront pas en retard au boulot. Et puis c’est aussi le train des internes, les lycéens qui retrouvent la gare joyeusement chaque vendredi pour rentrer chez eux. Et que je croise parfois dans la montée de la gare vers la ville le dimanche soir, encombrés de valises et, pour les options cirque, de quelques balles de jonglage ou même, une fois, d’un monocycle.

La gare de Die, c’est deux voies qu’on traverse à pied sur une planche qui, grâce à deux bandes de caoutchouc, n’est plus verglacée et glissante l’hiver. C’est ce moment précieux où on regarde les brumes du Vercors se lever en attendant son train tôt le matin. C’est aussi son antique balance ancrée à même le sol pour peser bagages et marchandises, qu’on a réussi à sauver lors des travaux de rénovation et qui ravit les gamins de passage - les adultes aussi. C’est mon train. Et c’est aussi celui des cheminots, conducteurs et agents en gare, qui m’engueulent gentiment à chaque fois que je viens retirer mes dossiers prépayés sur le site internet de la SNCF. Parce que ça ne rentre pas dans les statistiques de fréquentation. Et qui m’alertent en cette rentrée sur les rumeurs de fermeture du guichet, avec la suppression du personnel en gare. Une nouvelle bataille, on n’en finit jamais. J’ai vérifié si j’avais raté une info, en allant consulter le compte-rendu du comité de ligne, j’ai regardé si il y en avait un autre de prévu rapidement. Doublement négatif.

Alors, on a écrit à la SNCF :

Courrier à la SNCF.

Et j’ai ressorti une étude que j’avais soigneusement conservée, du conseil local de développement, en vue d’un guide des mobilités. Une enquête avait été réalisée auprès des personnes dites « empêchées », c’est-à-dire n’ayant pas de voiture et qui dépendent donc du train pour se déplacer : personnes âgées, jeunes, précaires... Elle mettait en évidence qu’aller au travail était le principal motif de déplacement dans la vallée, avec plus de 80 % des trajets en voiture. J’ajouterai qu’avec la disparition des services publics de proximité, il y a de plus en plus de besoins de se déplacer en zone rurale. Or, non seulement cela a un coût, mais si on prend le trajet de Saillans à Valence, y aller en voiture dégage 10,46 kilos de dioxyde de carbone (CO2). En train, les émissions tombent à 1,57 kilo.

Le refrain libéral reprend de plus belle

Certes. Seulement voilà : de plus en plus de trains sont remplacés par des cars, moins confortables et plus lents, quant aux trains, les retards s’accumulent, et au final les gens ne prennent plus ni car ni train. C’est un cercle vicieux. On voit le même à l’œuvre dans le cadre de l’éducation nationale, de la poste ou des hôpitaux publics : à force de compresser les salaires, les moyens de travail, le personnel, les investissements, fatalement à la fin ça ne marche plus aussi bien, les gens qui le peuvent se détournent du public, remaquillé en mastodonte inefficace et se tournent vers le privé. Idem pour la sécu ou pôle emploi. Et le petit refrain libéral reprend de plus belle, qui veut nous faire croire que l’inefficacité serait inhérente au secteur public, quand tout est orchestré pour déléguer le plus de choses possibles au privé, ce qui permet au gouvernement de faire apparaitre des économies de budget et de répondre aux injonctions d’austérité venues de Bruxelles, mais qui, en revanche, coûte cher au citoyen.

- Le réseau ferroviaire français s’est énormément contracté depuis 80 ans

Alors franchement, plutôt que de mettre des « cars Macron » sur les routes le long des voies ferrées en disant que ça coutera moins cher aux voyageurs que le train, est-ce qu’on peut deux secondes se poser la question de savoir pourquoi la SNCF a des tarifs aussi élevés ? Pour aller à Valence en car, sans abonnement c’est 13 euros l’aller simple, 7 euros d’essence pour s’y rendre en voiture. Pourquoi sur tant de trajets ça coute moins cher de prendre la voiture, et même l’avion, que le train ? Pourquoi les coûts des routes sont-ils pris en charge par la collectivité et ceux d’entretien des rails par les usagers, répercutés sur le prix de leur billet ? Pourquoi les paquets européens de libéralisation du rail ont-ils fait de la SNCF une entreprise qui cherche la rentabilité comme n’importe quelle boîte privée ? Comment se fait-il que la SNCF, par son volet routier, soit aujourd’hui la concurrente directe de la SNCF, pour ses trains ? Comment en est-on arrivé à ce titre, bon sang : « La SNCF va vous faire préférer la voiture ! » Absurde. Il ne faut pas s’étonner après que les syndicats de cheminots prennent pour une grosse farce le « train-climat » lancé tout spécialement à quelques semaines de la COP21. Eux savent l’abandon du fret et du wagon isolé, le manque d’effectifs en gare, la baisse des investissements, la course à la compétitivité et les plateformes abandonnées.

Pour avoir dénoncé le déni de démocratie, les conflits d’intérêt, la ruine financière et environnementale que représente le pharaonique Lyon-Turin, alors que l’existant pourrait être amélioré à moindre frais et rapidement utilisé, l’écrivain Erri de Luca se retrouve aujourd’hui devant la justice. Absurde toujours : les coûts exorbitants de ces gares TGV plantées au milieu de nulle part. Ces gares, qui en a décidé ? Est-ce qu’on est vraiment obligés de continuer les mêmes hérésies avec le projet aberrant de gare TGV à Allan, en plein milieu de la Drôme, quand il y en a déjà deux, à Valence et à Montélimar ? Tout ça pour qui ?

Les trains du quotidien, voilà la priorité. Venez faire un tour dans nos vallées, vous verrez comment les habitants se débrouillent. On n’a pas de métro dans le Diois, mais du joli multimodal, comme on dit. Celui de Claire, par exemple, qui habite Die et travaille tous les jours à Crest : le matin elle arrive en voiture à la gare de Die, prend le train, et finit à pied pour rejoindre son bureau. Et en cas de retard du train, il y a covoiturage inopiné sur le parking de la gare. Mais ce n’est pas très satisfaisant, avouez...

Alors on a écrit. Et on n’a pas fini d’en parler. Rien que cette semaine, il y a eu le café-citoyen du Rassemblement pour les régionales, mardi 13 octobre, sur les transports, il y a le vote à la région sur la prochaine convention TER avec la SNCF ce jeudi 15 octobre. Et on vous réserve une jolie surprise dans le coin le 28 novembre... Surveillez les rails

Voici comment l’Etat détruit les prairies et la biodiversité Marie Astier (Reporterre) Reporterre 2015/10/15 Marie Astier (Reporterre) (15 octobre 2015) Voici comment l’Etat détruit les prairies et la biodiversité. Reporterre. Agriculture fr

Voici comment l’Etat détruit les prairies et la biodiversité

Depuis 2006, de nombreux paysans ont vu s’effondrer les aides perçues pour le maintien des systèmes herbagers. Malgré les décisions favorables des tribunaux, ils peinent à se faire rembourser par l’administration française. Cette politique entraine la destruction des prairies au profit de la céréaliculture productiviste.

En l’an 2000, Jean-Paul Morand élevait deux cents vaches à viande sur une centaine d’hectares de prairies, et se convertissait au bio. Le résultat d’une prise de conscience : « Mon père avait la maladie de Parkinson à cause des pesticides, et on était en pleine crise de la vache folle. » Quinze ans après, cet agriculteur d’Indre-et-Loire a dû vendre tous ses bovins pour éponger ses dettes. Il gagne désormais sa vie grâce à son gîte et à la vente du foin de ses prairies. « Mais une prairie sans fertilisation par les animaux, cela ne peut pas durer longtemps », avertit-il.

Sa situation n’est pas le résultat de la crise agricole. En cause : la modification, en 2006, de la politique agricole commune (PAC), principal soutien financier des paysans européens. « À partir de ce moment-là, toutes mes aides aux prairies sont tombées, se désespère l’agriculteur. Ce sont presque 40.000 euros par an qui ne m’ont pas été versés depuis dix ans. »

« On donne des aides à ceux qui font du maïs à coups de pesticides »

La réforme de 2006 a instauré de nouvelles règles de répartition des aides européennes aux agriculteurs. « Rien qu’en changeant les règles de répartition, on choisit d’orienter vers un système intensif ou herbager », explique Jacques Pasquier, qui suit le dossier à la Confédération paysanne [1]. Or, pour appliquer la réforme, « la France a décidé de prendre trois années de références – 2000, 2001, 2002. On a regardé ce que l’agriculteur avait touché, et on a fait une moyenne », poursuit le syndicaliste. Résultat : les cultures telles que le maïs ou les céréales ont droit à des subventions dépassant les 350 euros l’hectare quand les prairies sont en dessous de 50 euros. « On donne des aides à ceux qui font du maïs à coups de pesticides, mais pas à ceux qui préservent l’environnement avec leurs prairies ! » s’insurge Jean-Paul Morand.

L’injustice apparaît d’autant plus grande que beaucoup d’agriculteurs se sont engagés à convertir leurs champs en prairies via des contrats « agri-environnementaux », promus par la PAC à la fin des années 1990. Ce faisant, ils ont vu leurs aides baisser en suivant les incitations des politiques publiques. « L’Union européenne avait prévu ce problème, tempère le responsable syndical. La PAC prévoyait que ceux qui s’étaient engagés à développer les prairies reçoivent des aides complémentaires, pour compenser. Mais la France n’a pas, ou très peu, appliqué cette mesure », regrette-t-il.

Jean-Paul Morand avait conclu un de ces contrats lors de son passage au bio. « Il s’est converti au mauvais moment », résume Jacques Pasquier. Il n’est pas le seul.

Patrick Guérin, éleveur de vaches laitières à Iffendic, en Ille-et-Vilaine, s’était engagé à conserver « au minimum 70 % de prairies sur les 30 hectares de (s)on exploitation ». Même chose pour sa voisine, Thérèse Fumery. « Sur 130 hectares, j’en avais 100 en herbe. L’État ne se gênait pas pour dire qu’il fallait faire plus de prairies, mais on n’avait pas d’aide », conteste-t-elle.

Pourquoi la France a-t-elle fait l’impasse sur ces compensations ? « Produire du lait ou de la viande avec de l’herbe, ça ne fait pas tourner le business des coopératives, des marchands de produits et de matériel agricole, avance Jacques Pasquier. Pour eux, la prairie est même un mauvais exemple : c’est une vache qui mange de l’herbe qui pousse toute seule ! » En clair, le lobby de l’agrobusiness aurait fait pression pour que les systèmes intensifs bénéficient de plus de subventions que les systèmes herbagers.

« A l’époque, presque 80.000 fermes, soit cinq millions d’hectares, avaient passé ces contrats agri-environnementaux, a-t-il calculé. On a estimé qu’il faudrait trouver environ 1,6 milliard d’euros pour réparer l’injustice sur neuf ans. Mais, après tout, très récemment, on a bien trouvé trois milliards d’euros pour un certain plan de sauvetage de l’agriculture. »

Des ministres de l’agriculture imperturbables

Dès 2006, un premier mouvement de protestation a eu lieu dans les Côtes-d’Armor. Durant plusieurs mois, des agriculteurs ont jeûné à tour de rôle devant la préfecture de Saint-Brieuc. Les aides des agriculteurs du département ont été recalculées dans ce département, mais pas ailleurs.

À la suite de ce mouvement, une poignée de paysans s’est engagée dans une procédure judiciaire pour contester les calculs de l’administration. Au bout de presque dix ans, Patrick Guérin a réussi à obtenir une première indemnisation de 20.000 euros pour quatre ans. Il continue la procédure pour les cinq autres années de la période concernée. « Il y a clairement une volonté de la part de l’administration de faire durer et d’épuiser les gens », estime-t-il. Thérèse Fumery, elle, attend toujours. « La justice m’a donné raison, mais la préfecture refuse de recalculer mes aides. L’État ne fait rien ! »

Idem pour Jean-Paul Morand, qui compte aujourd’hui dix-sept procédures. Le tribunal administratif a même prononcé une astreinte de 100 euros par jour contre la préfecture tant que les aides n’auraient pas été recalculées, mais elle continue de faire la sourde oreille. « Cela a commencé le 17 septembre et je n’ai toujours pas de nouvelles », regrette l’éleveur. Après près de dix ans de procédures, il s’interroge : « Ne veut-on pas de prairies en France ? Ne veut-on pas de bio ? »

Au niveau national, la Confédération paysanne a mené l’affaire devant le Conseil d’État, qui a pris une première décision en 2009, puis la Cour de justice de l’Union européenne. À chaque fois, la justice a donné raison au syndicat : la France doit recalculer les aides de ses agriculteurs. Mais les ministres de l’agriculture successifs sont restés imperturbables. Seule réaction : un arrêté de Bruno Le Maire en 2009, lui aussi retoqué. « Pourtant, il est très rare que le Conseil d’État donne tort à l’administration, note Jacques Pasquier. Ce que l’on constate, c’est qu’on a peu de moyens de contraindre un gouvernement à respecter une décision de justice. »

La dernière décision du Conseil d’État, en février 2014, aurait dû rouvrir le dossier au sein des services du ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll. « Quand on lui a demandé, il nous a répondu qu’il n’était pas au courant de la décision du Conseil d’État, déplore Jacques Pasquier. Puis, on a appris que le dossier avait été transmis au service juridique plutôt qu’au service technique. » Traduction, le ministère de l’Agriculture cherche à éviter un rattrapage qui s’appliquerait à tous les agriculteurs lésés, et qui lui coûterait très cher, de l’ordre, on l’a vu, d’1,6 milliards d’euros. Il serait en train de négocier des accords à l’amiable avec ceux ayant intenté des actions en justice. Sollicité par Reporterre, le ministère n’a, pour l’instant, pas répondu.

Une question de temps

De toutes façons, il n’est pas dit que les éleveurs concernés acceptent l’arrangement proposé par l’administration. « Le ministère voudrait donner un montant forfaitaire. Mais ce n’est pas l’affaire de 10.000 euros. Ce sont neuf ans d’aides ! proteste le syndicaliste. En plus, cela ne concernerait que les agriculteurs qui sont allés en justice. Et les autres ? »

Thérèse Fumery, Patrick Guérin et Jean-Paul Morand ont fait le choix de poursuivre la bataille judiciaire, dont l’aboutissement n’est plus qu’une question de temps. « On mène un combat pour défendre les prairies », affirme ce dernier. Ils ne veulent pas laisser le ministère enterrer l’affaire en silence. Le contexte est favorable puisqu’une nouvelle PAC est entrée en vigueur au début de l’année. Les aides vont de toutes façons être recalculées petit à petit pour les années à venir. « Pour tous ceux qui ne sont pas allés devant les tribunaux et qui ne demanderont rien, la dernière réforme de la PAC va tirer un trait sur tout ce qui n’a pas été versé et aurait dû l’être, prévoie Patrick Guérin. Mais en terme de redistribution, ce sont plus d’un milliard d’euros qui ne sont pas allés là où ils auraient dû aller. »

Les dates de la bataille des prairies

UNE PRAIRIE RICHE EN BIODIVERSITÉ RÉSISTE MIEUX AUX CAPRICES DU CLIMAT

« Dès les premières années de mon passage en bio, je me suis rendu compte que mes prairies marchaient très très bien, et produisaient beaucoup », raconte Jean-Paul Morand. Son observation est en quelque sorte validée par une étude publiée le 14 otobre dans Nature, à laquelle a participé le CNRS. Les chercheurs ont remarqué que quand survient un événement climatique extrême (sécheresse, canicule, pluies extrêmes), les prairies riches en biodiversité résistent mieux et maintiennent un niveau de production supérieur à celles où peu d’espèces se côtoient.

Et ceci, que ces caprices du climat « soient secs ou humides, modérés ou extrêmes, brefs ou prolongés, précise le communiqué de presse. Sur l’ensemble des études et événements climatiques considérés, il s’avère que la productivité des communautés végétales à faible diversité (qui ne comprennent qu’une ou deux espèces) s’écarte d’environ 50 % de son niveau normal pendant un événement climatique, alors que celle des communautés à haute diversité (qui comprennent 16 à 32 espèces), ne s’en écarte que d’environ 25 % ».

En revanche, un an plus tard, les deux types d’écosystèmes retrouvent leur productivité d’antan. C’est donc au moment de l’événement climatique que se joue la différence. « C’est un nouveau champ de recherche qui s’ouvre désormais aux théoriciens : comment la biodiversité améliore-t-elle la résistance des écosystèmes ? Quelle biodiversité faut-il protéger pour assurer la stabilité de leur fonctionnement ? », conclut la présentation de l’étude.

Le climat à portée de crayon ! Reporterre 2015/10/16 (16 octobre 2015) Le climat à portée de crayon !. Reporterre. fr

Le climat à portée de crayon !

Du 30 novembre au 11 décembre 2015, la France accueillera la COP21 (21e conférence des Nations unies sur le dérèglement climatique). Plusieurs dizaines de chefs d’État et de gouvernement et des milliers d’activistes sont attendus à Paris pour créer les conditions d’un accord ambitieux et universel permettant de sauver le climat.

Pour rendre compréhensible les enjeux posés par cette grande négociation internationale, l’association Agir pour l’environnement a décidé de contribuer à la rédaction du livre Le climat pour tous illustré par RED ! et rédigé par Stéphen Kerckhove (délégué général de l’association).

En 36 dessins répartis sur une soixantaine de pages, ce livre (à paraître aux éditions du Passager Clandestin) cherche à informer pour mobiliser, sans jamais tomber dans la peur du lendemain, source de fatalisme.

Rythmé par le trait ironique de Red !, ce livre allie sourires et données factuelles permettant de mieux comprendre les causes et conséquences de ce réchauffement climatique.

Chaque page est ainsi l’occasion : - de mesurer les effets de ce choc climatique annoncé : - d’identifier les responsabilités ; - de dénoncer les fausses-solutions ; - et surtout, de promouvoir les alternatives possibles et souhaitables.

Ce livre se clôt par une postface de Stéphen Kerckhove, délégué général d’Agir pour l’environnement, nous invitant au sursaut et à l’espérance.

Si nous n’atteignons pas les 10 000 euros, nous ne pourrons pas amortir le coût induit par sa publication : c’est le principe du tout ou rien. Nous comptons sur vous.

Le climat pour tous, Red ! et Stéphen Kerckhove, éditions du Passager Clandestin, 8 euros.

Source, et quelques dessins sur la page Ulule du projet. Si les 10.000 euros ne sont pas atteints, le coût induit par la publication ne sera pas amorti : c’est le principe du tout ou rien. Nous comptons sur vous.

Des graffeurs parisiens bombent les murs pour le climat Émilie Massemin (Reporterre) Reporterre 2015/10/16 Émilie Massemin (Reporterre) (16 octobre 2015) Des graffeurs parisiens bombent les murs pour le climat. Reporterre. Pédagogie Éducation fr

Des graffeurs parisiens bombent les murs pour le climat

Cinq artistes de « street art » ont investi les abords des canaux Saint-Martin et de l’Ourcq, invités par l’ONG Care France. Leurs fresques poétiques et colorées veulent sensibiliser les Parisiens aux conséquences du changement climatique pour les pays du Sud.

« Ma fresque raconte l’histoire d’une femme qui habite des terres agricoles, et qui a des difficultés pour aller chercher l’eau puisqu’elle doit pour cela gravir une montagne. En représentant une goutte d’eau à la manière d’un diamant, je veux montrer à quel point l’eau est précieuse est indispensable à tous. » Une bombe de peinture à l’eau à la main, Stoul commente son œuvre de cinquante mètres carrés, qui orne la façade du Point éphémère, dans le Xe arrondissement de Paris.

Le jeune femme, ainsi que Da Cruz, Doudou Style, FKDL et Koralie, ont été invités par l’ONG de solidarité internationale Care France à réaliser des œuvres monumentales le long du canal Saint-Martin et du canal de l’Ourcq, dans les Xe et le XIXe arrondissements de Paris. Ce projet, intitulé « le climat au pied du mur », vise à informer les jeunes urbains des impacts du changement climatique sur les populations les plus vulnérables des pays du Sud, et à les sensibiliser à la notion de justice climatique.

« Le street art est vraiment important pour nous, parce qu’il nous permet de sortir des médias traditionnels et de toucher des gens qui ne savent pas forcément ce qu’est la COP21, qui ne connaissent pas Care et ne sont pas forcément intéressés par l’environnement », explique Aurélie Ceinos, experte climat à Care France.

Pour ne pas laisser les passants seuls devant ces fresques, des balades guidées d’une heure et demie sont proposées tous les samedis à 11 h jusqu’à début décembre. Elles seront animées par Antonio, éclaireur à l’association d’insertion professionnelle L’Alternative urbaine.

« 750 millions de personnes n’ont pas accès à l’eau potable »

Ce dernier prend son rôle très au sérieux. Il conduit le groupe jusqu’au canal de l’Ourcq, où il aborde la question de l’accès à l’eau. « C’est très important, parce qu’il y a quand même 750 millions de personnes, douze fois la population française, qui, actuellement, n’ont pas accès à l’eau potable », souligne-t-il, avant d’évoquer les mesures d’économie d’eau mises en œuvre par la ville de Paris : « À Paris, il y a deux réseaux d’eau ; l’un potable et l’autre non-potable. L’eau non-potable sert à arroser les parcs et les jardins et à nettoyer les caniveaux. Cela me semble indispensable et très judicieux. »

Au pavillon des Canaux, Koralie présente sa réalisation, un papier peint illustré de pictogrammes et de personnages féminins stylisés qui tapisse les murs de la maisonnette. « J’ai choisi de représenter des femmes, parce que ce sont leurs personnages que je travaille habituellement, explique l’artiste. Ici, ils sont abrités sous des parasols, pour symboliser la protection, ou sont dans des balances, pour évoquer les inégalités sociales. »

« L’objectif de ces œuvres est surtout de montrer que des solutions existent, en France et partout dans le monde, conclut Aurélie Ceinos. Au Niger, pour limiter les dégâts liés aux sécheresses, nous avons aidé les paysans à remplacer le maïs par du manioc, et à élever des chèvres natives plutôt que des vaches, plus productives mais qui résistent moins à la chaleur. Nous espérons que cela donne envie aux Parisiens d’agir et de s’engager. »

Nicolas Hulot, ose prendre une chaise Hervé Kempf Reporterre 2015/10/16 Hervé Kempf (16 octobre 2015) Nicolas Hulot, ose prendre une chaise. Reporterre. Édito — Politique fr

Nicolas Hulot, ose prendre une chaise

Cher Nicolas,

On se voit de temps à autre, tous les deux ou trois ans, à l’occasion d’interviews ou simplement comme ça, pour discuter. Habituellement, je reste au « vous », et puis on glisse vers le « tu ». Aujourd’hui, je vais directement au tutoiement, ça sera plus simple. Ça me permet de dire d’entrée de jeu l’estime que je te porte : pour la sincérité de ton engagement, le sérieux de ton travail de réflexion (tu lis beaucoup - c’est rare -, tu veux toujours apprendre, tu réfléchis vraiment), ton talent remarquable de vulgarisateur. J’apprécie aussi ton parcours, d’être passé de l’ignorance totale des enjeux écologiques à la prise de conscience de ce qui se passait, et qui t’a conduit à t’engager vraiment, et à changer de vie. Ça n’a pas dû être facile tous les jours, ça n’a pas été facile tous les jours. Oui, tu es un allié de l’écologie, du mouvement, de celles et de ceux qui mesurent la gravité du moment historique et la nécessité de changer l’époque si l’on veut préserver la paix et une chance d’harmonie entre les humains.

A quel point être radical ?

Si on est d’accord sur beaucoup de choses, je me pose des questions sur ta... comment dire... politique, ta stratégie. Je ne dis pas que j’ai les réponses, mais plusieurs questions méritent d’être posées clairement - même si ça ne plait pas à beaucoup de personnes qui t’aiment bien -, parce qu’elles sont celles que se pose tout le mouvement écologiste. On peut les résumer à une seule : à quel point faut-il être radical dans nos actes, alors que nous savons que la crise écologique est si radicale qu’elle appelle une transformation radicale (ou une métamorphose, comme dit Edgar Morin) ?

Si on est trop radical, on se coupe du « grand public ». Si on ne l’est pas assez, on ne pèse pas et on ne change rien.

La difficulté est accrue par le fait que ce fameux « grand public », on le touche par les « grands médias ». Et les grands médias, je ne t’apprends rien, appartiennent aux miliardaires et hommes d’affaires Arnault, Bouygues, Bolloré, Dassault, Drahi, Niel, Pigasse, etc. Des gens qui ne veulent pas qu’on bouscule leur monde de profit, un profit qui passe par la destruction de l’environnement.

Comment trouver les moyens d’agir ?

Pour pouvoir peser, il faut trouver les moyens d’agir. Et agir, concrètement, ce sont des personnes qui y travaillent. Parce que même si on est dans un collectif, même s’il y a des myriades de bonnes volontés et de bénévoles, une action durable suppose des travailleurs permanents ou, en termes clairs, des salariés. Et puis quelques bricoles autour, des bureaux, des ordinateurs, et tutti quanti, dont il n’est pas possible de se passer même si on essaye de faire attention et de limiter la consommation matérielle.

Toi tu as fait le choix de créer une Fondation. Pas de problème. Depuis longtemps, tu la fais financer par divers groupes économiques importants. On t’a suffisamment reproché EDF, n’y revenons pas. Mais avais-tu vraiment besoin d’ajouter récemment à tes soutiens Avril, le groupe agro-industriel dirigé par Xavier Beulin ? Tu connais le rôle néfaste de ce groupe sur l’agriculture française. Comment ne pas mettre ce soutien en regard avec les passages de ton livre, Osons, qui appelle à une nouvelle agriculture, quand tu écris, (p. 56) : « Cette nouvelle vision de l’agriculture heurte de plein fouet les intérêts de certaines multinationales ». Mais tu acceptes qu’elles soutiennent ta Fondation !

La Fondation Nicolas Hulot reçoit aussi le soutien de Vinci Autoroutes. Tu sais quand même que Vinci veut construire un aéroport à Notre Dame des Landes, non ? Et que le préfet qui a préparé l’appel d’offres, remporté par Vinci, s’est retrouvé deux ans plus tard employé par Vinci Autoroutes ? Le même Vinci Autoroutes qui soutient ta Fondation. Ca pose problème, non ? Surtout quand tu écris (p. 46), qu’il faut « investir dans les transports au quotidien plutôt que dans de nouveaux aéroports ».

Trouver les moyens de travailler pour peser, pas facile, donc. Où met-on la barrière ? Personne ne connait le point optimal. Mais il est évident que tes discours sur l’agriculture et sur les aéroports ne convaincront guère tes auditeurs s’ils connaissent les soutiens de ta Fondation. Et d’ailleurs, t’entend-on suffisamment sur ces thèmes ?

Quelle alliance avec les politiques ?

Autre difficulté, centrale, qui se pose à tous : comment travailler avec les responsables politiques, avec ces élus qui ont la main sur de nombreuses décisions, et sans lesquels les mouvements citoyens, malgré leur vigueur éventuelle, ne peuvent transcrire dans la loi les avancées du combat ?

Certains font le choix de tout faire reposer sur les mouvements de la base, en supposant que ceux-ci gagneront suffisamment de force pour bousculer la table. D’autres pensent que tout passe par l’instance politique, et déploient leurs seuls efforts à entrer dans ce jeu de la « démocratie représentative ».

Quelle est la marge de manœuvre réelle des politiques dans une démocratie si dégradée qu’elle tourne à l’oligarchie ? Tu connais la question. Tu y réponds en attribuant aux politiques plus de marge de manœuvre qu’ils ne semblent en avoir face aux grands intérêts capitalistiques. Matière à débat, sans doute. Et te voilà donc « envoyé spécial du président de la République pour la protection de la planète ».

As-tu fait passer quelque chose chez François Hollande, ou celui-ci se sert-il de ton image ?

Tu me pardonneras d’exprimer mon scepticisme. La politique environnementale de ce gouvernement est ahurissante : de l’abandon de l’écotaxe au soutien au Lyon-Turin, de l’affaiblissement des normes environnementales incluses dans la loi Macron à l’autorisation des LGV Bordeaux-Dax et Bordeaux-Toulouse, du feu vert donné à l’extension du stade Roland Garros à l’autorisation du travail le dimanche, les mesures anti-environnementales sont constantes, que ne rachète pas une loi sur la transition énergétique qui a refusé de trancher le nœud gordien du nucléaire.

Je lis ton livre, et je constate que la politique du président auquel tu es lié est radicalement opposée aux douze axes que tu préconises (p. 40).

C’est presque chaque jour qu’il marque le mépris pour tout ce que tu proposes (et sur quoi nous sommes d’accord, pour l’essentiel) : « Réguler enfin la finance », écris-tu par exemple à juste titre, comme priorité de ce qu’il faudrait faire. Quel est le dernier acte en la matière du président ? Nommer à la tête de la Banque de France, en principe chargée de réguler le système bancaire français, le n°2 de la banque privée BNP-Paribas. Celle-ci, premier établissement financier français, est la championne de l’évasion fiscale et du lobby dressé pour éviter la séparation entre banques d’affaires et banques de dépôts, qu’avait promise François Hollande et qu’il a lâchement abandonnée.

Peut-être me diras-tu que, sur la taxe sur les transactions financières, ton action souterraine n’a pas été inutile. Vois-tu, j’en conviendrais. Tout en attendant que cette taxe indispensable pour financer l’aide aux pays pauvres contre le changement climatique soit vraiment actée. Quelle bataille ! Et as-tu mieux fait à l’intérieur que tu n’aurais fait à l’extérieur ?

Comment agir ?

La quatrième question que se posent les écologistes est celle des meilleures modalités d’action. Elle est bien sûr liée à la précédente. Et pour te donner rapidement le fond de ma pensée, la réponse se trouve dans une action de masse non-violente. Les rares batailles que les écologistes ont gagné dans la décennie passée - mais elles ne sont pas minces - l’ont été bien plus de cette manière que par l’action au niveau politique : que ce soit sur les OGM, le gaz de schiste ou Notre-Dame-des-Landes, l’essentiel pour remporter la victoire - provisoire, au demeurant, tant l’oligarchie ne veut rien lâcher - a été une mobilisation collective sans faille, qui a su gagner l’opinion publique par la ténacité et la force du message, par le courage physique, aussi, souvent.

Alors, la semaine dernière, tu as publié une vidéo et lancé une grande opération de communication. Je ne peux que dire, "Chapeau l’artiste". Du grand art, incontestablement. Une vidéo marrante, suffisamment second degré pour être bien dans l’air du temps. Mais, qui aboutit à quoi, finalement ?

Ouh là, je sens que tu n’es pas content. Je vais poser ma question autrement. Que demandes-tu aux gens de faire ?

Ré-écoutons le texte de la fin de ta fameuse vidéo. Quel est le message exact qu’elle veut transmettre ?

« Comment faire pression ? En signant. Plus nous serons nombreux, plus nos chefs d’Etat seront obligés de faire bouger les choses. (...) L’enjeu est d’enfin s’unir, pour dire d’une seule voix : ’C’est votre dernière chance de nous prouver qu’on ne vous a pas élus pour rien’. (...) Faites entendre votre voix. Chaque signature compte. Chaque voix compte ».

Et que s’agit-il de signer ? Ceci : "J’ai lu l’appel Osons et je demande aux Chefs d’Etat réunis lors de la COP21 à s’engager résolument à adopter toutes les mesures nécessaires pour limiter le réchauffement climatique en-dessous de 2°C. "

Que dis-tu aux spectateurs ? Pour agir, signer. Et si vous signez, les chefs d’Etat s’engageront.

Eh bien, cher Nicolas, permets-moi d’être doublement en désaccord. Les chefs d’Etat ne feront presque rien de plus que ce qu’ils se préparent à faire si l’on signe. Et signer - c’est-à-dire cliquer sur un bouton de son écran - n’est pas agir. Agir, c’est s’engager, sortir, se retrouver avec d’autres, réfléchir ensemble, et commettre un acte de rupture.

Être cent, deux-cents, mille, et aller faucher un champ de maïs transgénique. Être cent, deux-cents, mille, et aller faire barrage à un camion d’exploration de gaz de schiste. Être cent, deux-cents, mille, et intervenir dans une réunion publique contre un projet inutile.

Cela n’exclut pas les pétitions, cela n’exclut pas d’interpeller les responsables politiques, cela n’exclut pas de soutenir certains d’entre eux et de compter sur eux et sur leur travail qui peut être indispensable. Mais cela veut dire qu’il faut franchir les limites que trace le système politique et médiatique si étroitement soumis aux subtiles injonctions de l’oligarchie.

Cher Nicolas, je vais te dire ce qui permettrait, selon moi, d’être vraiment utile. Il conviendrait que tu t’engages dans l’action. Que tu délaisses les salons dorés et les avions pour aller dans la rue, avec d’autres, prendre des chaises dans une banque, comme d’autres l’ont fait tout récemment à Marseille, et comme d’autres vont le refaire.

Tiens, regarde comment on fait, il y a une vidéo. Bon, désolé, aucun "youtuber", pas d’agence de com’, la prise de son n’est pas top top... mais regarde, ça dure deux minutes :

Action militante d'Attac dans une agence BNP de... par Journal_La_Marseillaise

Et c’est quoi, cette histoire de chaises ? Nicolas, les banques ne sont pas gentilles. Elles envoient plein d’argent bizarrement gagné par leurs clients dans des paradis fiscaux, loin, aux Bahamas ou au Luxembourg, le petit Etat dont le président de la Commission européenne a longtemps été premier ministre. Paradis fiscal, ça veut dire que les banques n’y payent pas d’impôt. Autrement dit, qu’elles volent l’argent à la collectivité, à la société, à toi, à moi, à nous tous. On estime qu’il y a vingt mille milliards d’euros, dans ces paradis fiscaux. Dix fois le PIB d’un pays comme la France !

Si les banques arrêtaient de voler, on pourrait récupérer cet argent, et aider les pays pauvres face au changement climatique et engager une vraie politique de transition écologique, axée sur la sobriété.

Alors ce que des activistes - ce sont des gens normaux qui, simplement, ont un jour décidé d’agir - font depuis quelques semaines, c’est qu’ils vont dans des banques et ils y prennent des chaises. Le mouvement a été lancé le 30 septembre, et vise à récupérer 196 chaises, soit autant que de pays inscrits à la conférence Climat de Paris qui débutera fin novembre. Et on les apportera à l’entrée de la COP21, pour dire qu’il faut que les banques rendent l’argent.

Tu pourrais en prendre une, ou faire savoir que tu en as une chez toi (bon, tu pourrais la garder à l’Elysée, mais je ne veux pas te mettre la pression, quand même). Ça serait bien. Il y a des gens très bien, comme toi, qui l’ont fait, comme Edgar Morin ou Patrick Viveret.

Allez, Nicolas, sois utile, ose prendre une chaise.

Hervé

Post-scriptum : si tu veux me répondre, n’hésite pas, les lectrices et lecteurs de Reporterre, qui t’aiment bien, en seront heureux.

Les saboteurs du climat Reporterre 2015/10/16 (2015) Les saboteurs du climat. Reporterre. Climat fr

Les saboteurs du climat

C’est le nouveau livre de Reporterre, écrit par Nicolas de La Casinière. Une enquête serrée sur les fauteurs oubliées du changement climatique : les banques, les multinationales, les industries du pétrole et du charbon.

Le changement climatique, à qui la faute ? Vous, moi, les Etats, les riches, les pauvres ? Oui, mais pas seulement. Derrière les émissions de gaz à effet de serre, des multinationales et des banques s’obstinent au nom du profit à maintenir le vieux monde, fondé sur le charbon, le pétrole ou le gaz. Elles financent les climato-sceptiques et influencent les gouvernements par un lobbying d’autant plus intense qu’il est caché. Elles soutiennent une agriculture industrielle désastreuse et une déforestation dramatique. Elles brandissent l’éco-blanchiment pour détourner les regards.

Dans cette enquête fourmillant d’informations méconnues, Nicolas de La Casinière démonte les ressorts de la mécanique qui empêche une lutte résolue pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Une mécanique où de grandes groupes français, comme Total, Société générale ou Michelin, jouent un rôle notable. Pour enrayer le changement climatique, il faut empêcher de nuire les saboteurs du climat. En commençant par bien les connaître.

- Les saboteurs du climat, Nicolas de la Casinière, 144 p., 10 € (éd. Seuil, en partenariat avec Reporterre).

- « Une enquête serrée sur les fauteurs oubliées du changement climatique : les banques, les multinationales, les industries du pétrole et du charbon » - Revue de presse Climat de l’ONU en France.

L’agriculture de demain selon Afterres : biologique, prospère, locale, et totalement réaliste ! Entretien avec Sylvain Doublet (Solagro/Afterres) Reporterre 2015/10/16 Entretien avec Sylvain Doublet (Solagro/Afterres) (16 octobre 2015) L’agriculture de demain selon Afterres : biologique, prospère, locale, et totalement réaliste !. Reporterre. Entretien — Agriculture fr

L’agriculture de demain selon Afterres : biologique, prospère, locale, et totalement réaliste !

Ils sont ingénieurs et ont élaboré un scénario pour l’agriculture de demain, Afterres. Un scénario concret, répondant aux défis alimentaires, environnementaux et climatiques de la France dans trente-cinq ans. Reporterre s’est entretenu avec l’un de ses concepteurs, l’ingénieur agronome Sylvain Doublet.

L’idée leur est venue du scénario Négawatt, qui propose une transition énergétique et une division par quatre des émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2050. Les ingénieurs en agronomie, en écologie et en énergie de Solagro ont suivi la même voie mais pour l’agriculture. Ils rendaient en 2011 une première version de leur scénario, intitulé Afterres : quelle utilisation des terres en 2050 ?. Cette version a été déclinée par la suite dans 22 régions, puis les méthodes de calcul se sont affinées. Aujourd’hui, Solagro propose la dernière version de son scénario et dessine un futur souhaitable.

Reporterre - Vous fondez votre scénario sur la demande, sur les besoins alimentaires que nous auront en 2050. En quoi votre démarche est-elle originale ?

Sylvain Doublet - On ne savait pas que c’était original ! On pensait que le ministère de l’Agriculture et les syndicats auraient leurs propres scénarios et qu’on pourrait comparer. En fait, on s’est rendu compte que personne n’avait de scénario agricole piloté par la demande alimentaire de la France et de ses voisins. L’économie d’aujourd’hui ne raisonne plus beaucoup en fonction des besoins, mais plutôt en partant de l’offre.

Alors, qu’y aura-t-il dans notre assiette en 2050 ?

On a étudié l’assiette actuelle et on a regardé ce que l’on pouvait changer. On a diminué les surconsommations de sucre et de protéines. On a réduit le gaspillage alimentaire. On a aussi inversé les proportions entre protéines animales et végétales.

L’aliment qui pèse aujourd’hui le plus en grammes par jour, c’est le lait, sous toutes ses formes. En accord avec des nutritionnistes, on a divisé la consommation par deux.

Donc dans notre assiette en 2050, il y aura plus de fruits et de légumes, les céréales deviendront la principale source de protéines, on met deux fois moins de viande - au lieu du steak midi et soir, on ne mangera un steak que le midi -, les quantités de poisson sont aussi divisées par deux en raison de la crise des ressources halieutiques, les fruits à coque sont multipliés par cinq. Cela, par exemple, ce n’était pas prévu, mais tous les nutritionnistes ont pointé que c’était nécessaire pour augmenter l’apport en oméga 3.

Et à quoi ressemblera la ferme de 2050, que Reporterre avait déjà imaginée ?

Aujourd’hui, on part d’une situation d’hyper-spécialisation des territoires et des fermes. Donc le scénario les a diversifiés pour les rendre plus robustes des points de vue agronomique et climatique. Ensuite, on a regardé si on arrivait à nourrir tout le monde avec ces fermes. L’agriculture doit produire principalement pour nourrir les hommes (Aujourd’hui 80 % des terres nourrissent le bétail).

On va diversifier les productions des fermes de grande culture. On va introduire des pois, des pois-chiches, des lentilles dans les rotations. Un autre point important : on prévoit un développement de l’agroforesterie, il y aura des arbres dans les champs.

Du côté de l’élevage, on divise le nombre de bovins pour une production de lait diminuée de moitié. Mais attention, cela ne veut pas dire qu’on divise par deux le nombre d’éleveurs ! Afterres prévoit la diminution du nombre de vaches par exploitation, et qu’elles reviennent à l’herbe. La ferme produira moins de lait, mais elle compensera en produisant aussi des céréales, de l’énergie... On sera sans doute moins productif par vache, mais pas forcément par hectare.

Concernant les productions de poulets et de porcs, on supprime tout ce qui est intensif. On en a moins, et ceux qui restent prennent en compte le respect du bien être animal.

En résumé, la ferme du futur est plus ancrée dans son territoire : elle couvre ses besoins alimentaires et énergétiques dans le respect de l’écosystème.

L’élevage est aujourd’hui en crise, le métier d’agriculteur est l’un de ceux où l’on observe le plus fort taux de suicide… Qu’en sera-t-il de la qualité de vie des agriculteurs ?

On n’a pas de doute là-dessus, ça s’améliore ! Ce qui me fait dire ça, c’est que, quand on visite une ferme en agriculture bio ou intégrée, on trouve toujours des gens passionnés. Ils ont vingt ans d’avance sur les réglementations et ont retrouvé le goût de l’expérimentation. Alors que quand je vais voir un céréalier de la Beauce, il a son planning écrit pour les trente prochaines années et voit bien qu’il ne pourra jamais respecter les normes qui arrivent sur les pesticides, l’azote, l’eau... C’est quelqu’un qui va lutter en permanence pour exister.

Pour respecter l’environnement, quels modèles agricoles choisissez-vous ?

L’autre fait marquant du scénario, c’est qu’on n’a choisi que des techniques qui existent déjà. On a regardé toutes les cartes qu’on avait en mains : le modèle conventionnel et son dérivé l’agriculture raisonnée, l’agriculture de conservation et la production intégrée (très peu d’engrais chimiques et de pesticides), le bio. Aujourd’hui, ces deux derniers sont à 3 % chacun. On les pousse à 45 % chacun en 2050. Le conventionnel n’est plus qu’à 10 %.

Vous avez fait une tournée de présentation de la première version de votre scénario. Comment a-t-il été accueilli ?

Personne ne remet en cause nos calculs ni ne nous dit que c’est du pipeau. On arrive à aller vers tous les publics, car les savoirs sont robustes, et on n’a pas été jusqu’au-boutistes. On n’a pas mis 100 % de bio ou supprimé la viande par exemple. Une fois que les gens comprennent qu’on na pas poussé un modèle en particulier, ils acceptent d’entrer dans la discussion.

Afterres passe aussi bien auprès des Amaps, que du ministère de l’Agriculture ou de l’Assemblée générale des céréaliers. On a un scénario solide, qui permet de débattre, mais qui peut aussi avoir un impact sur les politiques publiques. Il pourrait inspirer des lois, comme Négawatt avec la loi de transition énergétique.

Comment ont réagi, par exemple, les céréaliers de la Beauce ?

Ils n’aiment pas quand on parle des impacts environnementaux du système conventionnel, ils ont une autre image de leur métier et de leur territoire. Certains nous répondent : « Mon système est très productif, je gagne ma vie avec, je ne vois pas pourquoi j’en changerais. » Mais d’autres nous disent qu’ils seraient intéressés pour aller vers des formes d’agriculture différentes, sauf qu’ils ne voient pas comment faire.

Il y a toujours un céréalier pour affirmer qu’il ne pollue pas. Au début, on devait avancer les arguments contraires nous-mêmes. Ce qui est intéressant c’est que maintenant, dans la salle, il y a toujours quelqu’un qui réagit et qui dit : « Attendez, il faut arrêter le déni et partager le constat pour avancer. »

On a aussi présenté Afterres en Bretagne, où la plupart disaient : « Si je peux faire ce métier avec deux fois moins de vaches et gagner ma vie tout en étant en bonne relation avec mes voisins, ça me va ! »

En fait, une fois qu’on arrive à dépasser les points de désaccord, on arrive assez bien à vendre notre scénario aux agriculteurs car leur métier est plus valorisé dans Afterres qu’aujourd’hui.

Mais est-ce un scénario réalisable ?

Bien sûr que oui ! On ne nie pas qu’il y a beaucoup de freins : la réglementation, le foncier, l’appareil de recherche et de formation aujourd’hui tourné vers le conventionnel...

Après, on observe de plus en plus de faits « Afterres-compatibles ». On ne pensait pas que les modes de consommation locale et alternative atteindraient 10 % des consommateurs. On a des exemples qui prouvent que les agricultures alternatives marchent partout. Les raisonnements alimentaires territoriaux se multiplient. C’est vrai aux échelles locale et régionale. Quand on pense que les 10 milliards d’euros annuels de la Politique agricole commune (PAC) de l’Europe vont être gérés au niveau régional, c’est un bras de levier immense.

Si dès maintenant, une ville de taille moyenne qui veut que 50 % de son alimentation dans les cantines proviennent du bio, elle peut le faire. Si elle veut faire des contrats de fourniture d’énergie localement, elle peut le faire. Tout l’arsenal juridique est prêt. - Propos recueillis par Marie Astier

Des grands projets utiles pour se remplir les poches Par Hervé Kempf Reporterre 2015/10/16 Par Hervé Kempf (16 octobre 2015) Des grands projets utiles pour se remplir les poches. Reporterre. Grands projets inutiles fr

Des grands projets utiles pour se remplir les poches

Présentés comme utile pour le développement et l’emploi, les grands projets destructeurs de l’environnement ont une autre fonction : faire couler l’argent dans les poches intéressées.

- Jeudi 15 octobre 2015

- Ecouter ici la chronique de Reporterre, par Hervé Kempf :

Photo du chapô : Des terres agricoles menacées par le béton, à Sainte Colombe en Bruilhois, près d’Agen (© Marine Vlahovic/Reporterre).

Lire aussi : Sur l’île de La Réunion, les milliards volent autour des promoteurs de l’autoroute sur pilotis

La chronique de Reporterre, tous les jeudis à 18 h 10 sur Radio Nova, dans l’émission « 2h1/4 avant la fin du monde », animée par Marie Misset et Armel Hemme.

« L’occasion de faire le point sur les combats et débats quotidiens de l’écologie ».

A écouter sur... et bien voici la carte des fréquences, selon le lieu où vous habitez.

Jardin sans pétrole - La morelle noire a faim d’azote Christine Laurent (Reporterre) Reporterre 2015/10/17 Christine Laurent (Reporterre) (17 octobre 2015) Jardin sans pétrole - La morelle noire a faim d’azote. Reporterre. Jardin sans pétrole fr

Jardin sans pétrole - La morelle noire a faim d’azote

L’automne est installé, c’en est bientôt fini des légumes d’été. Il est temps de déménager les jeunes fraisiers. Les radis sont en forme. Une découverte : le paillage a fait se multiplier les morelles noires.

Quelle belle journée d’automne ! Les rayons du soleil rasent la frondaison des arbres et filtrent à peine à travers les feuillages, laissant le potager dans l’ombre. Nous regardons les branches qu’il nous faudra rabattre dans quelques semaines quand l’aubépine, le chêne, le frêne et le saule des oliviers seront au repos.

Octobre annonce la fin des légumes d’été. Les haricots sont de moins en moins nombreux sur les rames. Nous en ramassons encore une belle poignée. Je suis partagée sur ce qu’il convient de faire. Sur les rames, des feuilles jaunes noircissent sous l’action des champignons mais elles portent aussi des fleurs qui promettent de nouvelles gousses. Finalement, je décide de nettoyer consciencieusement les rames en ôtant tout ce qui n’est pas franchement vert. Nous verrons la semaine prochaine. Avec les pluies et la douce fraîcheur, les radis semés en septembre ont donné de jolies racines et un feuillage abondant pour les premières soupes.

Il est grand temps de s’atteler à l’entretien des fraisiers. Ceux qui sont sous le chêne, moribonds début septembre sont repartis pour nombre d’entre eux. Leurs « enfants » mélangés aux poireaux ont à leur tour donné une nombreuses descendance que je déménage sous le chêne, où ces jeunes pousses pourront prendre racines. Les pelletées de compost grumeleux et souple rebondissent dans le sceau que j’emporte pour installer les jeunes pieds de fraisiers de l’année.

J’observe que cette année la renoncule rampante et le chénopode Bon-Henri ont été moins présents que l’année dernière. En revanche, la morelle noire se fait plus pressante. Il y en a plusieurs pieds par m2 ! On pourrait les confondre avec des jeunes pieds de pommes de terre, qui appartiennent à la même famille botanique : même feuillage vert sombre, même fleurs blanches avec le pistil jaune. Mais sur certains pieds de morelle noire, les fleurs ont laissé place à de petites baies vertes qui deviendront noires en mûrissant, d’où sont nom ! Ses baies, réputées toxiques pour l’homme, sont appréciées de certaines espèces d’oiseaux comme le pigeon, la corneille noire, le merle noir ou le rouge-gorge familier.

Sa présence en cette saison automnale m’étonne mais pour les connaisseurs, elle indique un phénomène connu sous le nom de « faim d’azote ». Explication : au printemps, des bactéries spécialisées dans la décomposition de la matière organique ont pompé dans l’azote du sol pour venir à bout des débris carbonés provenant de la dégradation des copeaux de peupliers que nous avions utilisés pour pailler le sol. Une fois leur travail terminé, les bactéries ont restitué l’azote, qui s’est trouvé disponible, favorisant la germination de la morelle noire qui en est très consommatrice.

Pas si simple, le paillage…

“J’ai appris que les petits gestes ont un impact impressionnant” Mathieu Clavel (Reporterre) Reporterre 2015/10/17 Mathieu Clavel (Reporterre) (17 octobre 2015) “J’ai appris que les petits gestes ont un impact impressionnant”. Reporterre. Pédagogie Éducation fr

“J’ai appris que les petits gestes ont un impact impressionnant”

Comment transmettre la protection de l’environnement aux jeunes ? Réunis dans les locaux de l’Association d’Education Populaire Charonne Réunion (AEPCR), une trentaine de personnes en ont discuté avec de jeunes animateurs, transformés en apprentis journalistes le temps d’un atelier média mené avec Reporterre dans le XXe arrondissement de Paris. Récit.

Menée dans le cadre du projet « Climat et quartiers populaires », une Rencontre de Reporterre s’est déroulée jeudi 15 octobre à Paris. Elle a permis de restituer le travail de reportage de jeunes animateurs sur leur quartier (publié sur Reporterre) et de réfléchir ensemble à l’éducation à l’environnement.

Tout a commencé par un round de présentation. Yahia, coordinateur de l’Association d’éducation populaire Charonne Réunion (AEPCR), rappelle que “tous les jeunes se sont impliqués, bien entourés pour une démarche intéressante”. Cette démarche, c’est une sorte de cours de journalisme prodigué aux jeunes de l’association par Emilie Massemin, journaliste de Reporterre. Le but ? Dans le contexte de la COP 21, faire réaliser par des habitants de quartiers populaires, à qui l’on ne donne jamais la parole dans les médias dominants, des articles en lien avec le réchauffement climatique.

Pour les jeunes de l’AEPCR, qui sont eux-même en contact avec les plus jeunes de leur quartier au sein de l’association, l’approche a tout de suite été pro, à en croire David : “On s’est demandé comment trouver quelque chose en rapport avec l’environnement pour plaire aux gens”. Mariamou, elle, préfère revenir sur les produits ménagers bio qu’elle a découverts. Et Clément de conclure les présentations : “Moi j’ai appris que les petits gestes, comme éteindre la lumière, ça peut avoir un impact impressionnant”.

Marie-Noëlle Botte, directrice de l’association les Fourmis vertes, qui promeut “l’éducologie urbaine”, est sur la même ligne que Clément : “L’important c’est de changer de direction, on peut toujours aller plus loin et faire un petit pas de plus”. Dans le public, on s’inquiète des conséquences, à savoir si ces jeunes vont continuer à s’investir pour l’écologie. Affirmatif : “Avant je jetais plein de trucs par terre. Après avoir rencontré les fourmis vertes j’ai arrêté”, répond Clément. Un point pour l’écologie. Marie va, elle, transformer l’essai au travail : “Je viens de passer mon BAFA [Brevet d’aptitude aux fonctions d’animateur], l’atelier m’a donné des idées pour faire des activités avec les jeunes”.

Thierry Barré, qui représentait le conseil de quartier pour cette soirée d’échange, expose ses pouvoirs : “Nous sommes une interface entre les citoyens et la mairie. Tout le monde peut venir nous proposer un projet. On ira le défendre devant le maire, qui a un budget écologie, et avec lequel on peut faire des choses”. Les mentalités changent avec l’éducation, y compris chez les plus jeunes : “Je voyais une petite fille il y a peu dans le quartier qui faisait des aller-retours entre un arbre et une fontaine. Je lui ai demandé ce qu’elle faisait. Elle m’a répondu ’Mais tu ne sais pas que eux aussi ils ont soif ?’ J’ai trouvé ça drôle”.

"Ne pas se laisser embarquer par la pub"

Chris Begneux, passée par l’association Cultures en herbe, martèle la possibilité de s’engager, quels que soient les moyens, quelles que soient les populations. “On s’adressait à des personnes dévaforisées, des polyhandicapés, des malades psychiatriques. On nous disait ’Ils ont trop de problème, on ne peut pas les aider’. Mais ce sont les premiers concernés. L’alimentation change quand on est éduqué sur ces problématiques”. Avec comme figure de proue l’image d’une mère de famille seule pour élever ses quatre enfants : “Elle ne voulait plus empoisonner ses enfants avec les pesticides des légumes de supermarché. Elle a contacté Biocoop et récupère leurs invendus qu’elle partage avec ses voisins”. Mieux, avec moins. Et un message qui sonne doux : “Ne pas se laisser embarquer par la pub”.

Au moment des questions, Florence Herrero, une enseignante du XXe arrondissement, demande aux apprentis journalistes quel sens prend pour eux la lutte pour l’environnement. Ameni prend le micro : “J’ai grandi sur une terre à peu près propre. Ma génération n’a pas connu le réchauffement climatique. Je voudrais que ceux qui nous succèderont sur terre connaissent cela aussi”. Rires dans l’assistance. Si le propos n’est pas scientifiquement exact, l’altruisme est partagé. Amine : “On a de la chance de vivre en France alors qu’en Afrique ou en Asie certains pays sont beaucoup plus pollués. Tout le monde n’est pas conscient de ça, mais les petits gestes à réaliser au quotidien, ça, ça touche les gens”.

Une autre voix s’élève dans le public : “Avant je voyais des papiers partout par terre et quand je demandais aux jeunes de ramasser ils me disaient ’c’est pas moi’. Aujourd’hui je ne vois plus de papiers, c’est un signe“. Puis un monsieur pousse un coup de gueule contre “tous ces maires qui veulent leur piscine, leur patinoire. Ma génération a été dopée à la dette, mais la condition de cette dette, c’est la destruction de la planète”.

Hafid, un habitant du quartier interrogé en juillet, clôture cette soirée par un regret : “Quand vous avez fait cet atelier média, vous transmettiez votre message par la parole mais pas par le feeling. Vous posiez les questions en attendant qu’on vous donne les réponses”. Marie répond en évoquant la fatigue d’enchaîner une journée de travail et les reportages. Amine assume : “On posait en effet des questions pour avoir des réponses”. Et Ameni avoue : “Ça n’est pas notre métier. On avait peur d’aller poser les questions. On se refilait le bébé en disant ’vas-y toi !’ On était timides !”. C’est le métier qui rentre.

En Ariège, un projet minier suscite l’opposition de la population Éloïse Lebourg (Reporterre) Reporterre 2015/10/19 Éloïse Lebourg (Reporterre) (19 octobre 2015) En Ariège, un projet minier suscite l’opposition de la population. Reporterre. Pollutions fr

En Ariège, un projet minier suscite l’opposition de la population

Une société australienne de prospection minière s’intéresse de près à l’ancien gisement de tungstène - contenant de l’amiante - du hameau ariégeois de Salau, dans les Pyrénées. Si l’opposition des habitants au projet est manifeste, certains hésitent devant les arguments économiques avancés par les prospecteurs.

- Couflens (Ariège), reportage

Monsieur le maire se souvient très bien de la scène. Il était assis à son bureau quand la porte s’est ouverte. Un homme est entré. Michel Bonnemaison a dit qu’il venait rouvrir la mine. Il a exposé son projet de recherche et d’exploitation minières au cœur du village de Salau, dépendant de la commune de Couflens, en Ariège, dont Henri Richl est le maire. En quittant les lieux, le visiteur a déposé une bouteille de champagne sur le bureau. Personne ne l’a ouverte et, quelques semaines plus tard, Henri Richl l’a rendue à Michel Bonnemaison, le directeur de Variscan Mines, en présence du sous-préfet à l’occasion d’une visite sur sa commune. Le message est clair : ici, rien n’est à fêter et rien ne se fêtera.

Couflens, petite commune de l’Ariège, est un paradis environnemental. Des montagnes, plusieurs espèces d’animaux protégés, un hêtre de 475 ans concourent à en faire un site touristique proche de la nature. Mais, en s’élevant vers Salau, on découvre les stigmates de la mine de tungstène en activité jusqu’en 1986. Là où les stériles, les déchets miniers jugés non valorisables, ont été stockés, rien ne repousse. La terre gorgée de fer est orangée, chargée de toxiques tels que l’arsenic.

Henri Richl peut raconter des heures durant la vie de sa commune et celle de la mine. Lui-même fut mineur, dès son arrivée d’Algérie. Pendant 17 ans, il était responsable de l’entretien. M. le maire a gardé d’excellents souvenirs de cette époque : « Nous n’avons fermé que deux fois la mine à cause de la neige. J’aurais tout donné pour cette mine, avant que je ne comprenne. » Cent cinquante mineurs travaillaient ici, faisant vivre le village. Des grands logements leur avaient été affectés. La mine donnait 700 tonnes par jour, dont 350 de minerai. Le tungstène partait majoritairement en Russie pour alimenter l’industrie de l’armement (le tungstène est utilisé pour le blindage des chars, l’armement et certains outils).

Puis, certains mineurs sont tombés malades. Et sont morts. Deux spécialistes sont parvenus tant bien que mal à faire des analyses, malgré l’interdiction formelle du directeur de la mine, qui était aussi président de la commission de recours à l’amiable de la Sécurité sociale minière de Saint-Gaudens. Le couperet est tombé : le minerai est chargé d’amiante. De 150 à 200 fibres par litre d’air. La chute du cours du tungstène est invoquée pour fermer la mine en 1986. Quatorze cas cancers du poumon sont dénombrés, dont très peu ont été reconnus en maladie professionnelle. À cette époque, Henri Richl fait partie des manifestants qui refusent la fermeture de la mine. « On ne comprenait pas, on ne voyait pas le danger et surtout on avait peur pour notre village. »

Coffre-fort de la mairie

Les mineurs ont alors eu six mois pour quitter leur logement. Certains sont partis dans d’autres mines. De deux cents habitants, Salau est passé à sept. On a fermé l’école et les commerces. « Ça a été dur à vivre, un vrai cauchemar. » Après 20 ans d’efforts pour rendre la commune attrayante, Salau compte aujourd’hui 40 habitants permanents, dont des actifs - artisans, commerçants, éleveurs).

Quand, en janvier, Variscan Mines a pointé le bout de son nez dans la petite mairie, le sang de l’ancien mineur n’a fait qu’un tour. « Il m’a dit qu’il allait faire une galerie de 2.500 mètres en plein dans le village pour pouvoir creuser la roche davantage et toucher le peu de tungstène qu’il reste dans nos sols », raconte le maire. Au printemps, un jeune étudiant en géologie débarque de l’université d’Orléans, son cursus payé par e-mines, une boite de conseils dont le directeur n’est autre que Michel Bonnemaison, le dirigeant de Variscan Mines. Ce jeune ramasse des cailloux sans autorisation ni de la mairie ni des propriétaires privés.

Henri Richl ne veut pas voir sa commune devenir un grand chantier qui détruirait une belle partie de son écosystème et toute son économie actuelle. Il a étudié le dossier. « En Autriche, il existe une mine de tungstène qui exploite 3.500 tonnes par jour, ce qui est énorme, et qui n’emploie que soixante salariés. À Salau, on parle de l’exploitation de 350 tonnes par jour, soit d’une mine dix fois moins importante. Combien de salariés travailleront ? Très peu ! Et combien mourront de l’amiante ? Non, ce projet n’a aucun intérêt économique pour notre territoire ! »

Henri Richl fouille dans le coffre-fort de la mairie et en sort un bout de roche. De l’amiante s’envole et se dépose sur le bureau. « Ça, dans tes poumons, ça reste à vie. » Malgré les pressions, le maire ne décolère pas. Il a reçu un courrier de l’université d’Orléans se plaignant du mauvais accueil fait à l’étudiant ; une pétition pour la mine a été lancée. « Les signataires ne comprennent rien. La réouverture de la mine ne permettra pas l’ouverture des commerces. Au contraire. Il faudra sortir les stériles. Par la route ? Alors des camions qui traverseront le village. Et puis, les eaux seront polluées par les produits de l’usine de traitement. Il faudra abattre la forêt. Quel touriste viendra passer ses vacances dans un lieu où l’on respire l’amiante ? Enfin, en France, plus personne ne connaît le métier de mineur, et on n’en forme même plus. On pourra toujours faire travailler les étrangers, mais pourquoi eux devraient le payer de leur vie ? »

Henri Richl, épaulé de son conseil municipal et des membres de l’association Couflens-Salau demain sont déterminés à ne rien laisser se faire. Ils se doutaient depuis quelques années déjà de cette possible réouverture : en 2006, la directrice mondiale de Variscan Mines, une Australienne, est passée au village. Il neigeait. Cela a pris du temps pour arriver à la porte de la mine, qui est dans les montagnes. « C’était un 18 janvier, raconte le maire, je rigolais en la conduisant. Elle se tenait fermement, et elle me disait : “Mais enfin, cette mine, vous ne pouviez pas l’exploiter en hiver !” C’est jour-là que lui est venue l’idée de faire une galerie en plein village. »

« Tout est bon à prendre »

Pourtant, à Couflens et à Seix, le petit village voisin, tout le monde s’interroge. « Et si la mine rouvrait ? » Le gérant d’une des auberges du village de Seix était la veille à une réunion publique organisée par M. Bonnemaison. « C’est sûr, il te vend du rêve. Il n’a pas parlé d’amiante, mais d’emplois et dans un endroit reculé comme le nôtre, tout est bon à prendre. Trois couverts de plus par jour, pour notre auberge, c’est important. Maintenant, c’est évident, si c’est pour polluer, tuer les gens, détruire notre environnement, on ne se laissera pas faire. Mais chez Variscan Mines, ils savent parler. On va attendre de voir. Peut-être les laissera-t-on faire leurs recherche. »

La question des ressources mérite d’être posée. Que reste-t-il dans les sous-sols de Salau ? Selon les sondages de l’époque, plus grand-chose. Henri Richl est du genre méfiant : « Moi, je pense qu’ils cherchent d’autres minerais, tels que le cuivre, ou peut-être même du gaz de schiste. »

Selon William Sacher, auteur de Paradis sous terre, comment le Canada est devenu la plaque tournante de l’industrie minière mondiale, Variscan Mines, comme le canadien Cominor, joue avec les permis miniers comme d’autres jouent avec les sociétés. « Un permis minier leur permet de vendre leur travail à de grosses sociétés exploitantes, qui, du coup, vont investir dans leur entreprise, afin qu’ils réalisent l’exploration. Variscan Mines ou Cominor savent souvent à l’avance que les recherches n’aboutiront pas, mais ils auront, comme au poker, fait un coup de bluff, et se seront enrichis, et en passant, auront détruit une belle partie de notre territoire. »

Sauf qu’en Ariège, et à Salau en particulier, Variscan Mines, ne fera sans doute pas sauter facilement le bouchon de champagne.

Regards sur nos assiettes Marie Astier (Reporterre) Reporterre 2015/10/19 Marie Astier (Reporterre) (19 octobre 2015) Regards sur nos assiettes. Reporterre. Pédagogie Éducation fr

Regards sur nos assiettes

Un atelier avec six étudiants s’interrogeant sur le contenu de leur panier de courses s’est transformé en un documentaire détricotant les logiques de la grande distribution puis vantant les mérites d’une consommation tournée vers le territoire.

Au départ, ce ne devait être qu’un atelier film avec six étudiants en géographie d’Annecy, qui voulaient s’interroger sur le contenu de leur assiette. Mais « leur curiosité et la pertinence de leur regard m’ont paru de nature à dialoguer avec les interrogations de nos concitoyens », explique l’initiateur de cet atelier, et réalisateur du film, Pierre Beccu. Il leur propose alors d’en faire un film grand public.

Les questions de départ sont simples et générales : D’où vient ce que l’on met dans notre assiette ? Est-ce bon pour notre santé ? Quel impact cela a-t-il sur l’environnement ? Armés de leur motivation, les étudiants commencent à étudier leur panier de courses, souvent effectuées au supermarché.

De là, ils détricotent et expliquent le mode de fonctionnement de la grande distribution. Ils expliquent les mécanismes de ces grands groupes pour cacher leurs bénéfices, montrent que ceux-là ne laissent qu’une portion congrue des bénéfices aux producteurs. Les chiffres et la pédagogie sont là, posant dès le départ un contexte clair.

Fraîcheur des questions, franchise des réponses

La fraîcheur de leurs questions permet d’obtenir des réponses franches. Ils nous emmènent, par exemple, dans une école d’horticulture enseignant l’hydroponie. « Pourquoi enseigner d’autres méthodes, puisqu’elles sont vouées à disparaître ? » estime le responsable. Ou encore dans l’arrière-boutique d’un boulanger qui avoue se poser peu de questions sur l’origine de sa farine.

Puis, au fil de leurs découvertes, ces étudiants décident de changer leur mode de consommation. Ils se tournent alors vers leur territoire, Annecy, et y cherchent des alternatives aux circuits longs de l’agroalimentaire.

Leurs nombreuses visites chez les producteurs locaux permettent de comprendre les enjeux de l’agriculture respectueuse des hommes et de l’environnement : son impact sur les paysages, la lutte entre préservation des terres agricoles et urbanisation, l’enjeu économique de la conservation de la richesse sur le territoire. Les sujets sont nombreux.

Dans leur enthousiasme de la rencontre de ces acteurs du territoire, ils nous perdent parfois un peu. Mais ce foisonnement permet aussi de constater la diversité des solutions pour se nourrir localement, à prix abordable. Au final, le message de ces étudiants à nous, consommateurs, est là : renouons le lien entre la terre et notre assiette.

Regards sur nos assiettes, documentaire de Pierre Beccu, BasCanal productions, 1 h 15, 2015.

La liste des projections en France est disponible ici.

L’écrivain Erri De Luca : « La construction du Lyon Turin doit être bloquée, sabotée » Andrea Barolini (Reporterre) Reporterre 2015/10/19 Andrea Barolini (Reporterre) (19 octobre 2015) L’écrivain Erri De Luca : « La construction du Lyon Turin doit être bloquée, sabotée ». Reporterre. Grands projets inutiles fr

L’écrivain Erri De Luca : « La construction du Lyon Turin doit être bloquée, sabotée »

Le tribunal de Turin a relaxé lundi 19 octobre le grand écrivain Erri De Luca. Il était accusé d’avoir soutenu le « sabotage » du projet de liaison ferroviaire Lyon Turin. Devant les juges, il a maintenu et répété ses propos.

Actualisation Lundi 19 octobre 2015 à 16h50

Erri De Luca a été relaxé par le tribunal de Turin lundi 19 octobre lors de son procès pour « incitation au sabotage » du chantier de la ligne à grand vitesse Lyon-Turin. Ce matin, il avait pris la parole devant les juges : « Je confirme mon idée que la construction de la ligne ferroviaire doit être bloquée, sabotée. Pour une légitime défense du sol, de l’air et de l’eau. Je me considère victime d’une volonté de censure. Je suis donc là pour comprendre si les principes de notre Constitution seront invalidés par ce tribunal ». « Ce qui est constitutionnel - avait-il ajouté - doit être défendu ici comme dans les écoles, dans les prisons, dans les lieux de travail, aux frontières traversées par les demandeurs d’asile. Ce qui est constitutionnel doit être défendu au rez-de-chaussée de la société ».

Le verdict du procès à l’écrivain italien Erri De Luca devait être prononcé lundi 19 octobre par le tribunal de Turin. L’auteur de Montedidio, de Trois chevaux ou du Poids du papillon est accusé « d’incitation au sabotage » : en 2013, dans une interview parue dans la version italienne de Huffington Post. Il avait affirmé : « Le Lyon-Turin doit être saboté. C’est pour ça que les cisailles sont nécessaires. Il ne s’agit pas de terrorisme. Elles sont nécessaires pour faire comprendre que la ligne à grande vitesse est un ouvrage nuisible et inutile. Le dialogue avec le gouvernement a échoué, les tentatives de médiation ont échoué : il ne reste donc que le sabotage ».

Il y a trois jours, l’écrivain a expliqué à Reporterre qu’il ne sais pas à quoi s’attendre de la part du tribunal : « Je ne peux pas donner des pronostics, ni moi, ni mes avocats, car il s’agit d’un procès expérimental. Je vais être jugé sur la base d’une loi sur l’instigation qui remonte au 1930, c’est-à-dire à l’époque fasciste. C’est une première. »

"On peut parler d’un procès politique"

De Luca confirme que, quoi qu’il arrive, il ne fera pas appel en cas de condamnation : « Je n’irai pas une nouvelle fois devant des juges à exprimer mes argumentations. Je comprends qu’un recours représenterait une sorte de deuxième chance pour la justice, pour éviter qu’elle condamne une personne pour ses opinions. Même mes avocats voudraient bien. Mais j’ai pris ma décision : il n’y aura pas d’appel ».

Quant aux accusations, selon De Luca, « on peut parler d’un procès politique, parce que c’est le contexte qui est évidemment politique, compte tenu de mon soutien à la lutte menée depuis désormais plus de 20 ans dans le Val de Suse ».

Lors de la dernière audience, le 21 septembre, les enquêteurs Andrea Padalino et Antonio Rinaudo ont proposé une condamnation à huit mois de prison ferme, « en raison de la force persuasive des paroles d’un écrivain » qui ont « un poids et une force suggestive déterminants » à cause de « sa notoriété internationale ».

En sortant du tribunal, De Luca - qui risquait jusqu’à cinq ans de prison - s’est dit « stupéfait par la différence entre les arguments » très durs, produits par le parquet, « et ce réquisitoire a minima. Je m’attendais le maximum ».

Dans une interview accordée à Reporterre, en janvier, l’écrivain se disait « accusé d’un délit d’opinion. Je crains qu’il y ait une volonté de condamnation et de censure contre la liberté d’expression. Il s’agit d’un procès issu d’une plainte déposée par une société privée qui n’aurait pas dû être prise en compte par les magistrats ».

C’est à cette société, la LTF (Lyon-Turin Ferroviaire, entreprise publique contrôlée par les Etats français et italien) qu’une centaine de personnalités ont adressé dans les dernières semaines un appel. Ils demandent d’arrêter l’action judiciaire. Parmi eux, le sculpteur Daniel Buren, le musicien italien Paolo Fresu, l’auteur allemande Brigitte Glaser, l’actrice Isabelle Huppert, le réalisateur anglais Ken Loach et l’écrivain anti-mafia Roberto Saviano. « Au total, plus de 500 personnalités, issues de 20 pays, défendent aujourd’hui le droit à la liberté d’expression d’Erri De Luca », s’est félicité son comité de soutien.

« Cette entreprise publique, expliquent-ils dans l’appel, a mené les études préparatoires pour un tunnel TGV de 57 kilomètres au travers des Alpes pour nous entraîner encore plus dans une vie à grande vitesse. Elle a déposé plainte à Turin contre Erri De Luca pour des propos sur le sabotage du projet ».

La France est actionnaire de la société qui poursuit Erri De Luca

« Nous avons lu La Parole Contraire, un livre où il défend sa liberté de parole. Alors que la France s’est récemment mobilisée pour la liberté d’expression, comment pourrait-elle laisser un écrivain risquer la prison pour ses déclarations publiques ? », demandent-ils. « En lecteurs, nous exprimons notre solidarité avec Erri De Luca. En citoyens du monde, nous demandons aux États français et italiens de faire retirer cette plainte d’une société dont ils sont aujourd’hui les seuls actionnaires. En défenseurs de la liberté d’expression, nous n’acceptons pas qu’un écrivain soit poursuivi pour ses mots ».

Une bataille qui ne s’arrête pas. Début octobre, les militants « No Tav » ont reçu une visite de la part d’une délégation de députés européens. Les parlementaires ont essayé de se rapprocher au chantier avec une cinquantaine d’activistes : les énièmes affrontements avec la police ont été filmés et publiés sur internet.

Le 15 octobre, environ deux-cents opposants se sont ressemblés devant le tribunal de Turin pour un autre procès, celui aux quatre activistes No Tav - Niccolò Blasi, Mattia Zanotti, Chiara Zenobi et Claudio Alberto - accusés de terrorisme, endommagement et incendie volontaire. L’audience a été toutefois suspendue : la reprise du procès est prévue le 30 novembre.

La lutte contre le TAFTA et un candidat socialiste écolo aux USA : les choses bougent Par Hervé Kempf Reporterre 2015/10/19 Par Hervé Kempf (19 octobre 2015) La lutte contre le TAFTA et un candidat socialiste écolo aux USA : les choses bougent. Reporterre. Monde fr

La lutte contre le TAFTA et un candidat socialiste écolo aux USA : les choses bougent

Cette semaine, sur « Prise de terre », l’émission de Radio Télévision Suisse sur l’environnement, Hervé Kempf revient sur deux événéments importants : la manifestation samedi 10 octobre 2015 qui a rassemblée plus de 150.000 personnes à Berlin pour protester contre le traité de libre-échange TAFTA, et l’émergence d’un candidat démocrate écologiste, Bernie Sanders, à la Primaire de la Présidentielle des Etats-Unis.

- Ecouter ici la chronique de Hervé Kempf :

- Le lien vers l’émission de Lucile Solari : Prise de Terre

Le texte de la COP 21 n’est pas à la hauteur du danger climatique Maxime Combes Reporterre 2015/10/19 Maxime Combes (19 octobre 2015) Le texte de la COP 21 n’est pas à la hauteur du danger climatique. Reporterre. Tribune — Climat : de COP en COP fr

Le texte de la COP 21 n’est pas à la hauteur du danger climatique

La négociation sur le climat reprend à Bonn ce lundi 19 octobre. Mais le texte dont discutent les Etats est vide d’engagements et n’est pas à la mesure du défi climatique. Si rien ne bouge fortement, estime Maxime Combes, une seule voie est possible : « Rejeter clairement ce texte parce qu’il n’est pas à la hauteur des enjeux. »

Maxime Combes est économiste et membre d’Attac France. Il vient de publier Sortons de l’âge des fossiles ! Manifeste pour la transition (Seuil, coll. Anthropocène).

Un crime climatique est en train de se dérouler, sous nos yeux, dans le cadre des négociations de l’ONU sur le changement climatique, qui reprennent ce lundi à Bonn (Allemagne), pour une dernière session intermédiaire. À moins de cinquante jours de la COP21 (30 nov. - 11 déc.), les négociateurs vont dire s’ils acceptent le texte récemment rendu public (disponible ici) comme une base de discussion. Ce nouveau texte, réduit à une vingtaine de pages, a été salué comme un texte « plus court, plus lisible » qui « permettra de faire avancer les négociations ».

Cela reste à démontrer. Regardons de plus près.

À l’ONU, on négocie le contenant. Pas le contenu

Tout d’abord, aussi incroyable que cela puisse paraître, il ne sera pas question à Paris de négocier les objectifs de réduction d’émission que les États sont invités à rendre publics avant la COP21. Ces objectifs, qui concernent la période post-2020 et qui sont volontaires et non contraignants, et aujourd’hui largement insuffisants, ne seront pas revus à la hausse sous l’effet des négociations. Les objectifs annoncés conduisent à un réchauffement climatique d’environ 3 °C d’ici la fin du siècle. Il semblerait logique que l’écart entre le réel et le souhaitable – 2°C maximum ou mieux 1,5 °C – fasse l’objet de négociations et que cet effort supplémentaire soit réparti entre les États. Logique, mais ce n’est pas à l’ordre du jour. Ce qui est à l’ordre du jour ? Savoir si ces objectifs s’appelleront « contributions » ou « engagements », comment on les mesure, les vérifie et les comptabilise. À l’ONU, on négocie le contenant. Pas le contenu.

L’article 3 de ce texte est emblématique de son inconsistance et du danger qu’il fait naître. Les scientifiques du climat ont clairement posé les objectifs de court, moyen et long terme, ainsi que les feuilles de route, qui permettraient de rester en deçà de 2 °C d’ici à la fin du siècle. Ils préconisent de réduire de 40 à 70 % les émissions mondiales d’ici à 2050, avec un maximum atteint d’ici à 2020, et de les contenir en deçà de 44 gigatonnes de CO2 équivalent carbone (Gt CO2-eq) en 2020, 40 Gt en 2025 et 35 Gt en 2030. Aucun de ces objectifs à court et moyen terme, qui résultent des travaux du GIEC, ne sont mentionnés dans le texte. Que propose ce texte ? On ne sait pas. Peut-être un pic d’émissions pour une année à déterminer, ou des termes encore plus flous autour de la neutralité carbone, du zéro-net émissions, ou de faibles émissions. L’ONU et les négociateurs proposent donc de négocier avec le climat.

Les compagnies pétrolières, gazières et charbonnières se frottent déjà les mains

Mieux. Voilà vingt pages d’un texte supposé définir un plan d’action contre le réchauffement climatique qui n’évoquent jamais les énergies fossiles. Ce texte fait comme s’il était possible de réduire les émissions de gaz à effet de serre sans agir sur ce qui les génère : au moins 80% des émissions résultent de la combustion des énergies fossiles. Les compagnies pétrolières, gazières et charbonnières, qui ne cessent de répéter qu’elles ne veulent pas geler leurs réserves, se frottent déjà les mains. Ce d’autant plus que le texte ne prévoit rien en matière de déploiement des énergies renouvelables : là aussi les préconisations du GIEC sont ignorées.

Chefs d’État et de gouvernement, négociateurs, commentateurs, ne cessent de se féliciter de négociations qui, pour la première fois, permettraient d’aboutir à un « accord universel », concernant l’ensemble des pays de la planète. En plus de ne pas être très sérieuse sur le fond, cette assertion est remise en cause par le nouveau texte : l’aviation et le transport maritime, qui comptent respectivement pour 5 % et 3 % des émissions mondiales de CO2, soit les émissions respectives de l’Allemagne et de la Corée du Sud, sont exemptés de tout objectif de réduction d’émissions. Et ce alors que les émissions de ces deux secteurs pourraient augmenter de 250 % d’ici à 2050 si rien n’est fait. L’universel qui laisse de côté près d’un dixième des émissions mondiales n’est donc plus vraiment universel.

Il y aurait également beaucoup à dire sur les financements, les fausses solutions, la façon dont les droits humains, sociaux et politiques sont marginalisés. Les ONG, associations et syndicats qui disposent d’une accréditation pour suivre les négociations vont tenter, depuis l’intérieur, d’éviter le pire et de limiter la catastrophe annoncée. C’est leur job. Laissons-leur.

En vingt-trois ans de négociations, les émissions ont augmenté de 60 %

Là n’est plus l’essentiel. Si ce texte ne répond pas à l’urgence climatique, ne faut-il pas l’exprimer clairement ? Nous qui sommes sincères dans notre engagement pour la justice climatique, devons-nous faire comme si ce texte pouvait être une base de discussion, ce qui revient peu ou prou à laisser entendre que les négociations sont sur la bonne voie ? Ce n’est pas le cas. En vingt-trois ans de négociations, les émissions ont augmenté de 60 % : de quelle manière faire la même chose qu’avant pourrait-il conduire à un résultat différent ?

Pourquoi ne pas exprimer notre consternation face à des négociations qui nous conduisent à la catastrophe climatique ? Rejeter clairement ce texte parce qu’il n’est pas à la hauteur des enjeux, c’est indiquer explicitement à l’opinion publique qu’il y a un problème. C’est générer une tension politique qui pourrait être salutaire. Un éventuel sursaut politique et citoyen n’est-il pas à ce prix ? Une telle proposition revient à expliquer clairement que, derrière les beaux discours, il n’y a rien. C’est enfin jouer notre rôle de lanceur d’alerte.

Si nous ne le faisons pas, qui le fera donc à notre place ?

Un an après la mort de Rémi Fraisse, des témoignages contredisent la version officielle Marine Vlahovic (Reporterre) Reporterre 2015/10/20 Marine Vlahovic (Reporterre) (20 octobre 2015) Un an après la mort de Rémi Fraisse, des témoignages contredisent la version officielle. Reporterre. Enquête — Sivens fr

Un an après la mort de Rémi Fraisse, des témoignages contredisent la version officielle

Rémi Fraisse a été tué dans la nuit du 25 au 26 octobre 2014 sur la ZAD de Sivens par une grenade lancée par un gendarme mobile. La première phase de l’enquête, menée par les gendarmes eux-mêmes, semble dédouaner le militaire. Reporterre a recueilli des informations et des témoignages qui contredisent le rapport des forces de l’ordre.

- Toulouse, correspondance

« Circulez, il n’y a rien à voir. » C’est, en résumé, l’idée générale qui se dégage de la première phase de l’enquête sur la mort de Rémi Fraisse, le 26 octobre dernier. Dans le cadre d’une information judiciaire contre X pour « violences par personne dépositaire de l’autorité publique ayant entrainé la mort sans intention de la donner », ouverte le 29 octobre 2014, les deux juges toulousaines en charge du dossier, Anissa Oumohand et Élodie Billot, ont délégué leurs pouvoirs d’instruction à la section de recherches de la gendarmerie nationale de Toulouse par le biais d’une commission rogatoire. À l’époque, ce procédé avait fait bondir : « Faire appel à des gendarmes pour enquêter sur d’autres gendarmes, ce n’est clairement pas objectif », expliquait Claire Dujardin, l’avocate toulousaine qui défend la famille de Rémi Fraisse aux côtés des avocats Arié Alimi et Éric Dupont-Moretti.

Depuis que la commission rogatoire a été retournée aux juges d’instruction par les enquêteurs cet été, tout laisse à penser que cette procédure est aussi inquiétante sur le fond que sur la forme. Car, selon les informations recueillies par Reporterre, les premiers éléments de l’enquête judiciaire sont à décharge pour le gendarme qui a lancé la grenade fatale cette nuit du 25 au 26 octobre 2014, sur la ZAD de Sivens.

Premier point : les auditions des gendarmes et celles des proches de Rémi Fraisse ne se sont pas déroulées dans les mêmes conditions. Les militaires interrogés par leurs confrères n’ont pas subi de pression et ont eu le temps de répondre et de préciser leurs pensées. Les proches de la victime n’ont pas bénéficié de la même bienveillance. Selon un témoignage recueilli par Reporterre, un des amis de Rémi Fraisse a eu la surprise d’être accueilli par un gradé très soupçonneux : « On sait tout. Attention à ce que vous allez dire ! » l’a prévenu l’enquêteur. Un autre camarade de la victime, rencontré par Reporterre, a, lui, été convoqué pour une audition qu’il considère comme tendancieuse : « Les gendarmes n’arrêtaient pas de me demander si Rémi fumait du shit », raconte ce jeune Toulousain. Pourtant, selon nos informations, aucune trace de stupéfiants n’a été décelée dans les analyses pratiquées lors de l’autopsie de Rémi. Pourquoi alors cette obsession des militaires ? « Tout l’entretien était mené comme s’ils voulaient prouver que Rémi était un vilain garçon », réagit ce proche, qui décrit Rémi comme « un jeune homme sensible, un peu grande gueule mais d’un tempérament profondément pacifiste ».

Témoignages quasi-exclusifs des gendarmes

Cette enquête de personnalité a été complétée au printemps dernier par une expertise de l’ordinateur portable de Rémi Fraisse pour déterminer s’il contenait des documents sur Sivens. Comme le révélait Médiapart en juillet dernier, rien de compromettant n’a été signalé. Une fois les conclusions rendues par l’expert, la famille de Rémi a pourtant mis plusieurs mois à récupérer cet ordinateur.

Dans la lignée de l’enquête administrative remise au ministre de l’Intérieur par l’Inspection générale de la gendarmerie nationale (IGGN), le 2 décembre 2014, (télécharger ici :) Rapport de l’IGGN sur la mort de Rémi Fraisse, décembre 2014. la première phase de l’enquête judiciaire se fonde quasi-exclusivement sur les témoignages des gendarmes déployés sur la ZAD de Sivens. De quoi alimenter une version officielle qui ne diffère peu ou pas depuis des mois : les gendarmes mobiles, retranchés dans une enceinte grillagée à l’emplacement de la future digue du barrage, ont dû faire usage de grenades offensives pour éviter d’être attaqués par une horde de manifestants hostiles et bien équipés.

Or, selon les informations recueillies par Reporterre, les récits des gendarmes qui valident cette version sont émaillés de zones d’ombres et de contradictions. Des incohérences à peine relevées par les enquêteurs et qui concernent au premier chef le maréchal des logis J., le lanceur de la grenade mortelle. Arrivé vers minuit sur la ZAD de Sivens, ce gradé est à la tête d’un petit groupe de gendarmes baptisé « Charlie 1 ». Le groupe est positionné sur le flanc sud-sud-est de la « zone de vie », une base de chantier de 30 mètres de côté entourée de grillages à mouton et cernée par des douves profondes. Face à eux, des manifestants dispersés sur une dalle d’argile et sur les hauteurs allument des feux de camps.

La mission des forces de l’ordre en cette nuit du 25 au 26 octobre 2014 est de tenir cette « zone de vie ». C’est en tout cas la ligne de défense adoptée par le maréchal des logis J., qui décrit des manifestants hostiles sur le flanc nord-est de la base, avant d’être victime, selon ses dires, de jets de grosses pierres, au sud de la « zone de vie », soit à proximité de la position de son groupe. Il affirme alors reculer de quelques mètres pour récupérer auprès du véhicule de Charlie 1 des jumelles de vision nocturne. De retour à sa position initiale et muni de ces jumelles appelées IL, pour « intensificateurs de lumière », il dit repérer un groupe de cinq ou six personnes avançant vers la « zone de vie ». Après avoir rapporté les jumelles, le gradé dégoupille une grenade offensive de type OF1, comme il en a l’autorisation. Il affirme l’avoir lancée en cloche par-dessus le grillage et dans une zone sombre dépourvue, selon lui, de manifestants. Quelques secondes après, plusieurs gendarmes aperçoivent une silhouette au sol. Il s’agit de Rémi Fraisse, tué sur le coup.

Pourtant, selon les informations recueillies par Reporterre, plusieurs témoignages de gendarmes présents sur la « zone de vie » contredisent l’utilisation des jumelles à vision nocturne par le maréchal des logis J. avant qu’il ne lance la grenade fatale. L’un de ses confrères affirme même que J. aurait disparu un moment entre son retour et le lancer.

Autre élément troublant, le maréchal des logis J. affirme avoir tiré sa grenade à 10 - 15 mètres de distance, sur la dalle d’argile, alors que Rémi Fraisse serait tombé à une distance allant de 25 à 30 mètres de l’endroit où le gendarme dit s’être posté. Ceci laisse planer de sérieux doutes sur la position véritable du maréchal des logis J. au moment des faits.

Ce dernier se défend à plusieurs reprises d’avoir exécuté un « bond offensif », c’est-à-dire une charge sur les manifestants. Plusieurs militaires affirment que leurs deux seules sorties de la « zone de vie » ont été pour secourir des manifestants blessés, dont Rémi Fraisse.

« Ils l’ont visé, en tir tendu »

Or, selon des témoignages d’opposants au barrage contactés par Reporterre et présents sur le lieu des affrontements cette nuit-là, les manifestants ont essuyé plusieurs assauts des gendarmes mobiles notamment sur le flanc nord-est de la « zone de vie ». Christian Decoster est formel : des charges ont aussi été effectuées sur le flanc sud de la base de chantier. Le zadiste, que Reporterre a interviewé à plusieurs reprises, est l’un des rares manifestants à avoir assisté de près à la scène et formule le désir de témoigner devant la justice pour attester de ce qu’il a vu cette nuit-là. Il faisait partie d’un petit groupe, au sud-est de la « zone de vie », que Rémi Fraisse a rejoint quelques instants avant son décès. Ce groupe a assisté à un assaut avant le lancer de la grenade. « J’ai vu les gendarmes arriver en face de nous, légèrement sur notre gauche. Ils étaient sept ou huit et ne se trouvaient pas dans l’enclos. Ils étaient cachés derrière une souche d’arbre située sur la dalle d’argile », raconte-t-il.

« Dès qu’on a vu les gendarmes, on s’est enfui dans la direction opposée. Il y a eu plusieurs explosions », poursuit M. Decoster, qui décrit ce moment comme une scène de guerre : « Rémi était le plus proche d’eux. Ils l’ont visé, en tir tendu. Ils voulaient juste l’immobiliser pour l’attraper et l’interpeller. »

Ce témoignage contredit la version donnée par les gendarmes et met l’usage de la grenade offensive en question. Car, malgré son appellation, elle ne peut être utilisée qu’en cas de défense, et pas en cas de « bond offensif », selon le jargon des forces de l’ordre. Christian Decoster atteste la poursuite des attaques après cet assaut : « Quand je me suis retourné, j’ai aperçu quelqu’un à terre. On ne pouvait pas l’approcher. Les gendarmes continuaient à nous charger pendant qu’ils le ramassaient. Je les ai vus le trainer comme un chien sur plusieurs mètres. J’ai crié : “Ils embarquent quelqu’un !” Ensuite, les affrontements ont continué pendant plusieurs heures alors qu’on ne savait pas que quelqu’un était mort », raconte-t-il.

Cette « sortie » de l’enclos par les gendarmes mobiles est confirmée par un autre témoin rencontré par Reporterre mais qui requiert l’anonymat le plus complet. Cette personne refuse de témoigner devant les juges : « Les gendarmes mentent mais je ne vais pas faire la guéguerre à la Grande Muette », déclare ce témoin oculaire inquiet pour sa sécurité.

Selon nos informations, un autre témoin direct de la scène, entendu trois jours seulement après le drame et qui évoquait alors une « charge » des gendarmes mobiles, est revenu sur ses déclarations quelques semaines plus tard. Au cours de sa deuxième audition, il se serait rétracté en insistant sur le fait que les forces de l’ordre défendaient la « zone de vie ». A-t-il subi une pression entre temps ?

Par peur ou par résignation, bon nombre de manifestants présents sur les lieux du drame cette nuit-là n’ont pas contacté les enquêteurs. Les deux juges d’instruction n’ont pas pris la peine de lancer un appel à témoin officiel.

Des plans et des croquis faux et tronqués

Au vu des nombreux témoignages contradictoires, il semble pourtant difficile d’assoir le déroulé des faits sur le seul récit des gendarmes. D’autant que, selon nos informations, aucune image filmée par la gendarmerie cette nuit-là n’a pu être exploitée pour déterminer les actions du groupe Charlie 1 au sud-sud-est de la « zone de vie ». Et pour cause : la caméra utilisée par les forces de l’ordre était braquée sur le flanc nord, là où étaient concentrés les manifestants les plus virulents. De plus, les constatations effectuées sur les lieux du drame par la section de recherche de Toulouse ne peuvent être que lacunaires : malgré les appels pressants des opposants au projet de barrage, les gendarmes n’ont effectué leurs premiers et uniques constats que 36 heures après les faits, comme peut l’attester Reporterre, alors présent sur place.

Les plans et croquis fournis dans l’enquête administrative de l’Inspection générale de la gendarmerie nationale (IGGN), qui a par ailleurs conclu qu’aucune faute professionnelle n’avait été commise par le maréchal des logis J., s’avèrent faux et tronqués. Les tâches de sang découvertes le lendemain des faits et photographiées par Isabelle Rimbert, de Reporterre,, sont situées à une dizaine de mètres plus au sud que la position indiquée sur le dessin. Un croquis également tronqué puisqu’il omet de mentionner l’existence d’une douve sur le flanc sud.

Les magistrats instructeurs ont refusé des actes importants comme la reconstitution des faits sur place ou l’audition du préfet du Tarn, ainsi que le révélait Mediapart. Depuis le retour de la commission rogatoire, les deux juges ont désormais le choix entre poursuivre leur enquête ou clore l’instruction.

Si elles choisissent cette dernière option, les proches de Rémi Fraisse craignent fort que la lumière ne soit jamais faite sur ces évènements. « J’ai peur qu’en l’état actuel on s’oriente vers un non lieu », déclare Jean-Pierre Fraisse, le père de Rémi, à Reporterre. Plusieurs organisations ont appelé à une marche « populaire, unitaire, apaisée et résolue » sur le site de Sivens pour rendre hommage à Rémi Fraisse ce dimanche 25 octobre.

D’autres n’ont pas attendu cette date pour rendre hommage à Rémi Fraisse. Une dizaine de personnes ont installé dans la nuit du 19 au 20 octobre et dans la plus grande clandestinité une sculpture d’1,8 tonne et de 2 mètres de haut sur la Zad de Sivens. Surnommé la « pelle masquée », ce groupe d’opposants au barrage a préparé cette opération, dont Reporterre a été témoin, pendant plusieurs mois et dans le plus grand secret.

Sur cette main ouverte surmontée d’une sphère, des mots simples et justes sont gravés à côté d’une renoncule, la fleur étudiée par Rémi : « Nous humains, enfants de la terre, continuons le combat pour la vie ».

Plongée au cœur du lobby climato-sceptique - ce soir à la télé Pascale Solana (Reporterre) Reporterre 2015/10/20 Pascale Solana (Reporterre) (20 octobre 2015) Plongée au cœur du lobby climato-sceptique - ce soir à la télé. Reporterre. Climat fr

Plongée au cœur du lobby climato-sceptique - ce soir à la télé

Climatosceptique, la guerre du climat, le film de Laure Noualhat et Franck Guérin, est projeté en présence des réalisateurs jeudi 5 février à 21h dans le cadre du 32e Festival International du Film d’Environnement. Une investigation poussée au cœur du lobby climatosceptique.

Ce documentaire de 52 mn va jouer sur vos émotions. Sans le vouloir, parce que ce n’est pas son propos en fait. Il s’agit d’une investigation poussée au cœur du lobby climatosceptique qui ne donne absolument pas dans le pathos. Mais au fil de l’enquête, vous pourrez passer par différents sentiments.

Au commencemen, on est sage et attentif car on nous explique la situation : la concentration de gaz à effet de serre qui atteint un niveau jamais égalé depuis quinze ans, le réchauffement qui a commencé, ses conséquences, fontes de glaciers, montée du niveau des mers, évènements climatiques, sécheresses ici, tempêtes là-bas, création du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) en 1988, travaux, prix Nobel en 2007.

Puis vient l’irritation et l’agacement devant les agitations médiatiques du physicien et ancien ministre Claude Allègre bavant sur les travaux scientifiques du Giec. Bien que non spécialiste du climat, il réussit à semer le doute sur la réalité du réchauffement climatique et les travaux d’éminents spécialistes.

L’homme a aujourd’hui disparu des écrans, mais 13 % des Français sont sceptiques face au réchauffement climatique et 22 % nient le lien entre le climat et les activités humaines. Si un fait scientifique est avéré, comment le doute est-il né ?, s’interroge la journaliste. Pour y répondre, elle nous emmène aux Etats-Unis où le mouvement climato-sceptique est le plus virulent au monde.

C’est à ce moment là que progressivement l’agacement se transforme en étonnement, puis en colère. Et l’on comprend pourquoi depuis 1997, les USA se sont si peu impliqués dans le protocole de Kyoto. On découvre les armes des climato-sceptiques portées par de redoutables communicants : la défense des libertés, une philosophie ultralibérale où rien ne doit être régulé.

Les mouvements de protection de l’environnement y apparaissent comme des apôtres du collectivisme n’aimant ni l’homme, ni la civilisation, la mauvaise foi est reine, le débat est politique.

C’est dans l’Oklahoma, le royaume des énergies fossiles en tout genre où se poursuit l’investigation que l’abattement surviendra. Peut-être à cause de cette femme indienne qui raconte son peuple malade et sa conception de la liberté.

Surviendra enfin le dégoût face à la corruption, à la puissance des forces occultes capables d’orienter science et politique. Ou la peur, parce que l’infiltration s’étend jusqu’au sommet de l’état. « C’est Dallas ! », comme le dit un des témoins. Comment serez-vous à la fin du film ? Lucide. Surtout en repensant au titre du documentaire, la guerre, mais c’est bien sûr…

- A voir ce soir mardi 20 octobre à 21h38 sur France 5

Climatosceptique, la guerre du climat, de Laure Noualhat et Franck Guérin, Production Compagnie des Phares-Balises, 52 mn.

Reporterre sur France Inter : L’Antarctique va fondre si le réchauffement dépasse 2°C Par Hervé Kempf Reporterre 2015/10/20 Par Hervé Kempf (20 octobre 2015) Reporterre sur France Inter : L’Antarctique va fondre si le réchauffement dépasse 2°C. Reporterre. Climat fr

Reporterre sur France Inter : L’Antarctique va fondre si le réchauffement dépasse 2°C

- Lundi 19 octobre 2015

L’Antarctique risque-t-elle de fondre sous l’effet du changement climatique ? Oui, et surtout si nous dépassons 2°C de réchauffement par rapport à l’ère pré-industrielle. Le scénario en a été étudié par modélisation informatique. C’est l’étude publié par des chercheurs néo-zélandais dans la revue Nature.

- Ecouter ici la Une de la Science avec Reporterre, avec Axel Villard, Hervé Kempf, de Reporterre, et le climatologue Hervé Le Treut :

Reporterre, tous les lundi à 14 h 05 sur France Inter, dans l’émission « La Tête au carré », animée par Mathieu Vidard.

« L’actualité de toutes les sciences dans tous les domaines de la recherche. Éclectisme, vulgarisation et pédagogie, sciences dures du vivant ou humaines : Mathieu Vidard s’intéresse à toutes les observations et les expérimentations du monde par le biais des sciences. »

À écouter sur France Inter, dont voici la carte des fréquences FM, selon le lieu où vous habitez.

L’Italie refuse les fromages à base de lait en poudre Élisabeth Schneiter (Reporterre) Reporterre 2015/10/20 Élisabeth Schneiter (Reporterre) (20 octobre 2015) L’Italie refuse les fromages à base de lait en poudre. Reporterre. Europe fr

L’Italie refuse les fromages à base de lait en poudre

La Commission européenne veut imposer la standardisation des fromages : leur fabrication à base de lait en poudre ne pourrait être refusée. L’Italie - paysans et gouvernement - se rebiffe contre cette mesure. Une révolte exprimée lors de Cheese, la foire aux fromages créée par Slow Food, qui était cette année consacrée à la biodiversité et aux producteurs de lait en montagne.

- Bra (Italie), reportage

Cheese, la foire biennale aux fromages, en septembre, à Bra, a été l’occasion pour l’Italie de confirmer son refus d’utiliser le lait en poudre dans la fabrication de ses fromages. Fin mai, la Commission européenne avait en effet sommé par lettre le gouvernement, sous peine de sanctions, de renoncer à sa loi de 1974 qui interdit les produits laitiers fabriqués à base de lait concentré, déshydraté ou en poudre. Les commissaires exigeaient par ailleurs que l’Italie ouvre son marché aux produits étrangers fabriqués avec ces substituts, conformément à la réglementation européenne.

Giuseppe Alai, président du consortium du Parmegiano Reggiano, un parmesan fabriqué avec du lait de vaches nourries exclusivement d’herbe, s’indigne : « Le fromage pourrait donc être fabriqué à partir de lait en poudre venant de toute l’Europe, sans aucun lien avec le territoire ! » Giorgio Apostoli, président de l’organisation agricole Coldiretti, ajoute : « Bien sûr, il y aura toujours les produits labellisés d’origine contrôlée, mais ils sont plus chers, alors qu’actuellement nous garantissons aussi la qualité des produits courants. »

L’influence des multinationales

Une position défendue par les autorités italiennes. « Le lait en poudre qui vient de n’importe où annule la relation entre le producteur et le consommateur. Le gouvernement italien est déterminé et réaffirme son refus du lait en poudre pour la production de fromage. Nous proposerons aussi à nos collègues européens d’être nos alliés dans cette bataille pour obtenir un étiquetage clair sur les produits, parce que chaque consommateur doit savoir ce qu’il achète et avoir la possibilité de choisir et de préférer la qualité, la passion et le savoir-faire » ; a ainsi déclaré Andrea Olivero, vice-ministre de l’agriculture, lors de l’inauguration de Cheese.

« L’industrie laitière va mal, a alerté Carlo Petrini, fondateur de Slow Food et de Cheese. Comment peut-on payer le litre de lait 35 centimes et croire que notre système alimentaire est durable ? Nous avons besoin d’un changement de politique qui défende la production locale et dise clairement non à la production de fromage à partir de lait en poudre. Il faut aussi réduire la paperasserie, car il est absurde que les fermiers passent plus de temps à remplir des formulaires qu’à travailler dans leurs champs. »

Piero Sardo, président de la Fondation Slow Food pour la biodiversité, pointe du doigt l’influence des multinationales comme Lactalis, le premier groupe laitier et fromager mondial, d’origine française, qui préfèrent travailler avec du lait en poudre, moins cher à transporter et à conserver. « Le lait en poudre, explique-t-il, est forcément pasteurisé et il a subi un traitement industriel violent qui lui retire ses qualités nutritives et gustatives. Il ne reste rien, que des matières grasses et des protéines ! » affirme-t-il.

À Bra, la pétition contre l’obligation européenne d’utiliser du lait en poudre et autres dérivés du lait dans la fabrication des fromages a recueilli 150.000 signatures, soit l’adhésion près de la moitié des visiteurs de Cheese.

LE PRÉCÉDENT DU CHOCOLAT

L’Italie avait déjà été condamnée en 2010 par la Cour européenne de justice pour avoir refusé d’appliquer une directive européenne autorisant jusqu’à 5 % de graisses végétales autres que le beurre de cacao dans la composition du chocolat. La Commission européenne avait jugé intolérable le fait que l’Italie étiquette « chocolat pur » les tablettes au beurre de cacao, et celles contenant des graisses végétales comme « succédanés de chocolat ». L’Italie a été obligée de se plier à l’exigence européenne.

TAFTA, « SENTINELLES », QUOTAS LAITIERS ET MORT DE L’ARTISANAT AGRICOLE AUSSI AU PROGRAMME

À Bra, 350 producteurs et éleveurs sont venus de 23 pays pour faire déguster leurs fromages à environ 270.000 visiteurs. Ceux-là ont pu, pendant quatre jours, goûter et acheter des produits laitiers et rencontrer les producteurs. Parmi ceux-là, les 54 « sentinelles » Slow Food qui, grâce à leur passion et leur engagement, résistent à la standardisation et à l’homogénéisation du goût. Ils fabriquent des produits de qualité tout en protégeant des territoires et des écosystèmes uniques. Ils réinstaurent des méthodes de fabrication traditionnelles et sauvegardent des races autochtones et des variétés végétales locales, malgré les contraintes de lois sur l’hygiène et la sécurité alimentaire qui leur sont plus difficiles à appliquer qu’aux industriels de l’agroalimentaire.

Les produits « sentinelles » (fromages, races animales, pains, céréales, miels et confitures) étaient présentés avec leur « étiquette narrative », un système d’étiquetage riche en informations sur les producteurs, les races animales, les techniques de production, le lieu d’origine et les conditions d’élevage des animaux.

Un débat sur le TTIP/Tafta, le traité de libre-échange transatlantique, a réuni des représentants de la société civile, de syndicats agricoles et des médias. Ils ont souligné qu’il est essentiel de se demander pour qui et pour quoi la Commission européenne veut ce traité, dans la mesure où ce n’est pas pour la protection de l’environnement ou le bien-être des peuples. Au-delà des modifications du contenu de nos assiettes, ce traité préfigure, selon les participants, une mutation profonde du système agricole, avec toutes ses conséquences environnementales, sociales et sociétales, soit une véritable menace de mort pour les petits producteurs.

Enfin, la conférence sur la fin des quotas laitiers en Europe a montré les effets pervers des variations permanentes du prix du lait et sa transformation en marchandise, soumise aux règles du commerce mondial et à la spéculation. Face à cet état de fait, les intervenants ont convenu de la nécessité du retour à une forme de régulation de la production laitière. Sinon, ni les petits éleveurs ni les territoires, notamment montagnards, aux écosystèmes fragiles, ne sortiront indemnes de l’industrialisation de la filière.

« J’ai l’immodestie de penser que mon action est utile » Nicolas Hulot Reporterre 2015/10/20 Nicolas Hulot (20 octobre 2015) « J’ai l’immodestie de penser que mon action est utile ». Reporterre. Tribune — Politique fr

« J’ai l’immodestie de penser que mon action est utile »

Nicolas Hulot poursuit le débat sur Reporterre et répond à notre lettre ouverte. « J’assume pour ma part d’avoir toujours choisi de créer des passerelles plutôt que des fossés », écrit-il.

Cher Hervé Kempf,

L’article de Reporterre du 7 octobre « À quoi Nicolas Hulot sert-il ? » et votre lettre ouverte du 16 octobre m’incitent à vous écrire quelques lignes.

Le débat sur les différentes modalités d’action est infini. Ma conviction est que c’est par la convergence des expressions et des formes de mobilisation que nous parvenons à avancer et à gagner des combats écologistes.

Cher Hervé Kempf, nous partageons souvent les mêmes ambitions mais nous empruntons des chemins différents. Ne perdez pas de temps à les opposer. L’urgence climatique et écologique nous oblige à tout tenter et à tous agir en même temps, et de façon complémentaire. La division ou les querelles sur les moyens d’action ne servent que les ennemis de l’écologie. Chaque action et stratégie ont leur efficacité et leurs limites, les vôtres comme les nôtres, et personne n’a le monopole de l’action.

Convaincre 365 jours par an au cœur de l’appareil

J’assume pour ma part d’avoir toujours choisi de créer des passerelles plutôt que des fossés, sous des formes diverses pour élaborer des solutions et les mettre au débat.

J’ai l’immodestie de penser que mon action, et notamment depuis trois ans avec cette double-casquette qui questionnait beaucoup, est utile. Tout d’abord pour convaincre 365 jours par an au cœur de l’appareil. Mais aussi pour mettre en œuvre la contribution énergie-climat, pour relancer la taxe sur les transactions financières, pour rééquilibrer la fiscalité gasoil-essence, pour que la France prenne des initiatives sur le prix du carbone, pour faire du risque carbone et de la transition énergétique des critères stratégiques pour les investisseurs, pour promouvoir la démocratie participative, pour pousser de nouveaux engagements sur l’aide au développement, pour préparer au mieux la COP21, pour avancer sur les néonicotinoïdes, pour arrêter les tirs sur les bouquetins et tant d’autres sujets. Le bilan n’est-il pas plus mesuré que ce que vous dites ? Ce sont des avancées - certes insuffisantes - mais auxquelles nous avons contribué.

Concernant ce débat sans fin sur les atouts et limites du mécénat d’entreprise et les incohérences entre certains mécènes de la fondation Nicolas Hulot (FNH) et mes engagements ou mes propositions, j’y vois plutôt l’expression de ma liberté de parole et de pensée. Le dialogue est aussi une action nécessaire pour faire évoluer les acteurs économiques.

Dix engagements individuels

Je vous invite aussi à creuser vos réflexions trop hâtives sur l’appel #Osons, qui est un livre sur l’action, sur les actions.

Ce serait l’appel d’un homme seul ? Dès le premier jour, plus de 40 organisations, syndicats, associations, le portaient avec nous. Je ne parlerais pas assez de NDDL ? Demandez l’avis des associations ACIPA et CeDpa.

Osons se limiterait à une signature de pétition ? Vous n’avez visiblement pas encore eu le temps de lire notre livre et de découvrir nos dix engagements individuels (dont d’ailleurs sur « militer et s’engager » !) qui sont autant de moyens d’agir. Osons permet aussi de mobiliser ceux qui sont parmi les moins au fait de nos sujets, au-delà du cercle de convaincus, et en particulier chez les jeunes...

En ouvrant mon livre, vous découvrirez aussi des développements sur ma position sur les paradis fiscaux. Je ne mésestime pas les incohérences qui subsistent. Mais vous verrez que nous partageons aussi ce combat, comme tant d’autres, et cela en particulier avec mes amis Edgar Morin et Patrick Viveret - que vous citez - et qui me font l’honneur de soutenir #Osons.

Voyage dans la dernière forêt naturelle d’Europe, refuge des bisons et des lynx Vladimir Slonska-Malvaud et Henri Le Roux (Reporterre) Reporterre 2015/10/21 Vladimir Slonska-Malvaud et Henri Le Roux (Reporterre) (21 octobre 2015) Voyage dans la dernière forêt naturelle d’Europe, refuge des bisons et des lynx. Reporterre. Reportage — Nature fr

Voyage dans la dernière forêt naturelle d’Europe, refuge des bisons et des lynx

À cheval sur la Pologne et la Biélorussie, la forêt primaire de Białowieża est un sanctuaire pour de nombreuses espèces vivantes, dont le fameux bison d’Europe. Classé au patrimoine mondial de l’Unesco, le site doit choisir entre exploitation forestière et protection de la nature.

- Bialowieza (Pologne), reportage

« Dans cette forêt, beaucoup de questions n’ont pas de réponse », plaisante Arek Szymura. Voilà plus de vingt ans que cet ancien professeur de musique guide les visiteurs sur les sentiers de la forêt ancienne de Białowieża. Nous sommes dans l’est de la Pologne, sur la plaine de Podlaskie, au cœur du dernier vestige de l’antique massif forestier qui couvrait l’Europe il y a plusieurs milliers d’années. De part et d’autre de la frontière avec la Biélorussie, la forêt de Białowieża, inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco, s’étend sur près de 150.000 hectares. Côté polonais, quelque 10.000 hectares composent le parc national de Białowieża – prononcer « Biaouovièja ». Le cœur de la forêt, située entre le village du même nom et les rivières Hwoźna et Narewka, fait l’objet d’une protection plus stricte : les visiteurs ne sont pas autorisés à y entrer sans un guide assermenté.

Bien qu’elle en possède la plupart des caractères, Białowieża n’est pas ce qu’il conviendrait d’appeler, à strictement parler, une forêt primaire, puisqu’elle a subi l’influence des activités humaines, notamment agricoles, pendant près de quatre millénaires. Mais sa partie la plus ancienne a été si bien préservée qu’elle constitue aujourd’hui un écosystème complexe unique en son genre. « La forêt est présente dans le paysage depuis environ 8.000 à 10.000 ans, explique le directeur du parc, Mirosław Stepaniuk. C’est la dernière forêt naturelle d’Europe, l’une des plus anciennes de cette zone climatique », ajoute ce géographe à la moustache impeccable. Une centaine d’employés est chargée de la surveillance du site et de l’accueil des 120.000 touristes annuels. Régulièrement visité par des chercheurs étrangers, le parc héberge chaque année une dizaine de projets scientifiques. Certains d’entre eux durent depuis plus de vingt ans.

« L’art de la nature est partout »

En ce mois d’octobre, les chemins qui traversent la forêt sont tapissés d’aiguilles d’épicéa. Leur cime culmine parfois à cinquante mètres. Une famille de sangliers sort tranquillement déjeuner. Les feuilles dorées des charmes tourbillonnent jusqu’au sol, jonché d’arbres morts. « L’art de la nature est partout », s’exclame Arek en enjambant le tronc d’un orme recouvert de mousses et de lichens. La première richesse de Białowieża est précisément la présence de ces nombreux arbres en décomposition. Laissés au sol, ils constituent une aubaine pour une foule de plantes, d’insectes et d’animaux. Certains, toujours dressés sur leurs profondes racines, servent d’abri aux pics à dos blanc ou aux chouettes hulottes tandis que les plus fragiles, terrassés par le vent ou les maladies, sont lentement décomposés par les larves de scarabées et les champignons rares. Dans cet environnement régi par la compétition pour la lumière, aucun représentant des vingt-et-une espèces de feuillus et de conifères composant cette forêt mixte ne dépasserait six cents ans. Plus discrète, la population animale est aussi d’une diversité étonnante. De grands mammifères, élans, cerfs, loups et lynx, y côtoient les rongeurs, reptiles et amphibiens. « Bialoviège » accueille également 180 espèces d’oiseaux comme l’aigle pomarin, et près de 12.000 espèces d’invertébrés.

En 1981, le gouvernement soviétique a décidé de clôturer la frontière entre la Pologne et l’actuelle Biélorussie – à l’époque en URSS –, en réaction à la montée du mouvement Solidarnosc. Dans son dernier rapport sur l’état de conservation du parc, datant de 2009, le Centre du patrimoine mondial de l’Unesco considère cette clôture comme l’un des « facteurs affectant le bien » car elle empêche « les mouvements transfrontières des animaux sauvages, en particulier des grands ongulés ». La principale victime de cette ligne de démarcation est le bison d’Europe, emblème de Białowieża. Incapables de franchir les épais grillages, environ cinq cents bisons vivent dans la forêt polonaise et autant dans le parc biélorusse. Si une partie de la communauté scientifique souhaiterait réunir les deux groupes, le rattachement de la Pologne à l’Union européenne en 2004, puis à l’espace Schengen en 2007, a accru les tensions politiques avec la Biélorussie, éloignant les possibilités de supprimer la frontière.

Côté polonais, on avance désormais que la frontière est davantage un mur scientifique que politique. Rafał Kowalczyk, directeur de l’Institut de recherche sur les mammifères, situé à Białowieża, affirme que sa suppression pourrait menacer le génome unique du bison des plaines (Bison bonasus bonasus) : « Les Biélorusses n’ont pas été très prudents, certains de leurs bisons des plaines présentent des traces d’hybridation avec le bison du Caucase (Bison bonasus caucasicus). (…) Si nous voulons préserver bison des plaines à l’état pur, nous pensons qu’il faudrait peut-être garder la clôture. » Prises des chasses royales depuis le XVe siècle, ces herbivores imposants ont survécu jusqu’à la fin de la Première Guerre mondiale, avant d’être réintroduits à l’état sauvage en 1952 grâce au travail acharné de biologistes et de conservateurs.

Haches et tronçonneuses

L’un d’entre eux se promène sur une vaste prairie au sud du parc. Non loin, on entend des cris, des bruits de haches et de tronçonneuses. Ce sont des employés de la compagnie forestière d’État, chargée par le ministère de l’Environnement de la gestion des forêts publiques. « C’est un lobby extrêmement puissant très connecté aux dirigeants politiques : les énormes bénéfices de l’exploitation du bois ne reviennent quasiment pas au budget de l’État », s’indigne Adam Wajrak, journaliste au quotidien Gazeta Wyborcza installé près de Białowieża.

Cent ans après l’exploitation forestière intensive organisée sous l’occupation allemande, et même si les mentalités semblent évoluer peu à peu, les villageois continuent à considérer la forêt comme un réservoir de bois. « Les Allemands ont détruit non seulement la forêt mais aussi le lien des habitants avec la nature », explique Adam Wajrak.

La loi polonaise autorisait jusqu’à cette année les populations locales à prélever 47.000 m² de bois par an, afin de subvenir à leurs besoins. Mais le gouvernement d’Ewa Kopacz vient d’augmenter ce volume de 75 %. « Et le prochain parti au pouvoir pourrait faire bien pire, s’inquiète le journaliste spécialiste de la nature. Mais ils commettent un suicide, parce que les Polonais sont très attachés à la protection de Białowieża. »

Les technopoles radieuses vues par Z Revue Z Reporterre 2015/10/21 Revue Z (21 octobre 2015) Les technopoles radieuses vues par Z. Reporterre. Culture et idées fr

Les technopoles radieuses vues par Z

La revue itinérante d’enquête et de critique sociale publie son numéro 9, y racontant sa vision de Toulouse

Une maison sur la colline de Jolimont, à deux pas de l’Observatoire de Toulouse, où logeaient autrefois les savants occupés à scruter les étoiles dans le ciel. Audébut de l’ère numérique, l’Observatoire s’est fait voler la vedette par une kyrielle de satellites. Désertée par les astronomes, la belle maison bourgeoise baptisée l’Obs est habitée par une joyeuse bande de squatteuses féministes qui ont accueilli les rédacteurs de Z, en majorité rédactrices d’ailleurs, et même leurs bébés.

Dans la ville comme dans la science, les ingénieurs ont pris le pas sur les astronomes. À l’heure du déjeuner, ils se transforment en joggeurs fous qui remontent la rue devant la maison de l’Obs, transpirants, haletants, en vêtements fluo. Entre deux footings, ils cherchent. Car si l’époque a des problèmes, les scientifiques ont des solutions. Dans les labos toulousains s’inventent des robots pour tenir compagnie aux personnes âgées, d’autres pour entretenir les champs de maïs, des implants pour faire entendre les Sourds et des capteurs pour connaître le flux d’une rivière en temps réel. Étrange comme les univers de la science-fiction deviennent réalité sous nos yeux, année après année, sans que personne ne semble particulièrement l’avoir voulu.

Et alors même que la mise en œuvre de toutes ces idées nécessite toujours plus de ressources naturelles, d’usines et d’énergie, tout en ne cessant d’augmenter la quantité de marchandises en circulation, c’est sur l’innovation technologique que mise la prochaine conférence des Nations unies sur les changements climatiques COP21), organisée en France. Ceux qui créent le désastre – au hasard, Renault, Air France, LVMH ou Suez Environnement, parmi les partenaires officiels de la COP21 – sont missionnés pour résoudre l’équation impossible de la croissance « soutenable ». La politique est engloutie sous la quincaillerie qui prétend sauver le monde et réduire les inégalités sociales et qui, globalement, fait l’inverse tout en se faisant appeler progrès. Mais, autant que ces entreprises prédatrices et leurs profits insolents, ce qui nous met aujourd’hui directement en danger, c’est cette croyance si partagée que la technologie pourrait résoudre le problème par elle-même. La foi dans la promesse sans cesse renouvelée de lendemains qui chantent, malgré les dégâts des étapes précédentes. Nous sommes allés rencontrer les gens derrière ce mirage : ceux qui imaginent les nouvelles trouvailles, celles et ceux qui sont censés les utiliser ou qui triment dans l’ombre pour les fabriquer.

Pour nous, entre deux entretiens, vient la quête de la prise où brancher les ordinateurs portables, ces machines affamées de courant que nous trimballons sans cesse. Comme d’autres, nous cherchons à limiter l’emprise des nouvelles technologies sur nos vies – et nous n’y arrivons qu’à moitié. Raison de plus pour ne pas nous laisser déposséder de nos choix, dans les couloirs des labos toulousains comme au grand spectacle des sommets internationaux. À Toulouse, sur les routes du Tarn et jusqu’à Bangalore et San Francisco, nombreux sont les lieux où s’inventent d’autres rapports à la technique, qui pourraient venir casser la morne hégémonie de la technopole.

Technopoles radieuses, revue Z, n°9, 216 p., 13 euros

Source et sommaire

Un parking plutôt que l’agriculture urbaine ! A Colombes, les vieilles idées triomphent Patrick Laroche Reporterre 2015/10/21 Patrick Laroche (21 octobre 2015) Un parking plutôt que l’agriculture urbaine ! A Colombes, les vieilles idées triomphent. Reporterre. Tribune — Agriculture fr

Un parking plutôt que l’agriculture urbaine ! A Colombes, les vieilles idées triomphent

La rénovation d’un quartier de cette ville des Hauts-de-Seine intègre... un parking, qui pourrait détruire un lieu agricole et pédagogique porté par des associations. Ce pourrait être une fable. C’est la réalité.

Patrick Laroche est « documenteur ». Il anime le blog unpalimpseste.

Imaginez un projet de rénovation urbaine, dans un quartier populaire un peu oublié d’une banlieue parisienne un peu chic. Disons, les Hauts-de-Seine, par exemple, dont le prince vient de mourir, sans avoir parlé. Comme un mafieux. Une ville moyenne au doux nom, Colombes, qui fut jadis un des emblèmes de l’industrie automobile française. Le quartier populaire pourrait s’appeler Fossés-Jean.

Cette rénovation urbaine serait en projet depuis dix ans, au moins. Les habitants seraient impatients. L’édile locale, élue à l’arrachée en 2014, ferait, dans le souci de répondre enfin à leurs attentes, de cette rénovation une priorité. Son devoir. Priorité à gauche ? Priorité à droite ?

Imaginez dans ce cadre un promoteur pressenti et approché pour cette rénovation, en partenariat avec l’OPHLM local. Il faut un promoteur solide et fiable, pense madame la maire. Une valeur sûre capable de mener à bien l’ensemble du projet. Le genre Vinci, par exemple.

Vinci ? Pourquoi pas ?

Agriculture, écoconstruction et auto-organisation

Ce promoteur se fait communiquer les plans du quartier, les données chiffrées et humaines, interroge élus et techniciens sur les besoins de la population et de la mairie.

Et puis madame la maire évoque une opération à tiroirs. Deux parkings (aujourd’hui sous-utilisés) seront détruits pour laisser place à une place publique. Du coup, on doit en construire un autre dans le quartier pour les remplacer.

« Qu’à cela ne tienne, dit le promoteur, on s’y connait en parking ! Un parking en vaut un autre. Nous l’appellerons parc de stationnement. Voilà tout. Mais qu’y a-t-il, aujourd’hui, à la place du parking que vous souhaitez construire ? Je vois un bâtiment et du vert. C’est quoi ça ? Vieux ou récent ? » — La maire : « Oh ! Ça n’est rien, un projet d’agriculture urbaine, européen. Il se termine le 30 septembre 2015. Et nous pouvons construire le parking à partir de là. » — Vinci : « Mais c’est intéressant, l’agriculture urbaine, dans un quartier populaire en rénovation. C’est le moment d’innover. Ça peut aider la médiation sociale et divertir la population… J’aimerais bien voir de plus près ce projet européen… »

Chemin faisant, un peu plus tard, un envoyé du promoteur en charge du développement durable lui rapporte photos et entretiens, un rapport complet. Le promoteur, vivement intéressé, rencontre à nouveau la maire et propose d’intégrer le projet à la rénovation urbaine, d’en faire un moteur d’une éducation à l’environnement de la population, insistant pour une construction à basse consommation HQE. D’autant plus intéressant que c’est un quartier populaire. Et la mairie peut obtenir des subventions spécifiques pour une rénovation écologique exemplaire. Ça peut être une opération fructueuse en terme d’image, même économiquement…

L’histoire est à peine fictive. Un chargé de mission de Vinci est bel et bien venu, en juin, voir l’Agrocité, réalisation réputée exemplaire en terme de résilience urbaine à partir de l’agriculture, de l’écoconstruction et de l’auto-organisation des habitants en termes démocratique et économique. Comme tant d’autres, des délégations des villes de Séoul ou Montréal, notamment.

Le projet est soutenu par la Commission européenne sur le programme LIFE +, coproduit par le Conseil régional Île-de-France, le département des Hauts-de-Seine et la mairie de Colombes, avant 2014, bien entendu. Intéressant pour la fondation Fabrique de la cité, faux nez créé par Vinci pour se donner un air de promoteur expert et innovant, chercheur de solutions urbaines.

Le projet R-Urban, incluant Recyclab, un fablab spécialisé en recyclage et l’Agrocité, cette « ferme urbaine » menacée, a été présenté en 2012 à la Biennale de Venise. L’équipe AAA (Atelier d’architecture autogérée) qui le porte a été invitée au MIT, à Harvard, à Sydney, au MOMA de New York pour présenter ce projet, avec lequel elle a eu le prix international Zumtobel pour la recherche et l’innovation.

Il n’y a que Mme Goueta, maire de Colombes, à qui ce projet déplait, qui a tout de même coûté 1,6 million d’euros, en tout, dont 630.000 à la mairie elle-même. En fait, la convention liant les partenaires cités à AAA, le producteur du projet, s’est conclu le 30 septembre 2015, mais avec l’exigence d’avoir à le poursuivre encore durant cinq années afin de développer l’expérience. Le relocaliser est envisagé mais pas au frais de l’association AAA, qui n’en a pas les moyens. Et puis, Mme Goueta prétend qu’il n’y a pas de relocalisation possible sur le territoire de Colombes. AAA a trouvé une vingtaine d’endroits possibles pour ce faire ou pour relocaliser le parking.

Trouver la faille

Mais Mme Goueta s’est trahie, en juin, lors d’un conseil municipal. À un conseiller socialiste qui demandait des détails sur les besoins de ce parking, que lui ne voit pas nécessaire avant 2020, selon la programmation de la rénovation urbaine, elle a répondu, agacée… « AAA est peut-être un Atelier d’architecture autogérée, mais il n’est pas au-dessus des lois. Ce que vous aimez au fond, c’est le désordre, c’est l’autogestion généralisée où tout le monde fait ce qu’il veut et le fait ratifier par des soviets locaux manipulés par des militants de votre bord. Je dis stop. Cela suffit. »

Fort heureusement, il arrive que les politiciens professionnels, dont l’intérêt est de masquer leurs vraies pensées et sentiments, sortent de leurs gonds et découvrent, dans l’ouverture provoquée par la chute, leurs motivations profondes ou leurs arrière-pensées. Pour autant, cela ne résout pas l’affaire.

Si AAA ne trouve pas, dans les conventions signées par les différents partenaires, coresponsables et liés entre eux, la faille qui apportera la réponse précise empêchant Mme Goueta de poursuivre sa propagande anti-AAA, du béton sera coulé sur les 3.000 m2 de l’Agrocité, avec ses jardins partagés, son maraîchage, son poulailler, son lombri-compost et ses ruches. Et « l’Atrocité » remplacera « l’Agrocité », comme mon correcteur d’orthographe automatique ne cesse de me le proposer… Un parking s’étalera, mortifère, à sa place.

À moins que, à moins que… une espèce de ZAD (zone à défendre) ne vienne modifier le cours malveillant des choses…

Pour aider, une pétition est en ligne ici Pour plus d’information sur le projet : R-URBAN et sa page Facebook. Et celle de l’Agrocité

A la ferme-usine des 1000 vaches, « on légalise l’irrégularité » Marie Astier (Reporterre) Reporterre 2015/10/21 Marie Astier (Reporterre) (21 octobre 2015) A la ferme-usine des 1000 vaches, « on légalise l’irrégularité ». Reporterre. Mille Vaches et fermes-usines fr

A la ferme-usine des 1000 vaches, « on légalise l’irrégularité »

La ferme-usine des Mille vaches, dans la Somme, est toujours en irrégularité, mais n’a toujours pas payé l’amende à laquelle elle a été condamnée. Pourtant, une enquête publique sera bientôt lancée pour l’autoriser à passer de 500 à 880 vaches.

Alors qu’elle est encore en infraction, la ferme-usine des Mille vaches, dans la Somme, pourrait bientôt régulariser sa situation. Une enquête publique, pour autoriser l’exploitation à passer de 500 à 880 vaches, et à mettre en place un méthaniseur de 0,6 mégawatts, doit commencer le 2 novembre et se terminer le 2 décembre.

Pourtant, début juin, Reporterre révélait que le nombre de vaches dépassait déjà les 500 autorisées. Le contrôle de la préfecture qui a suivi a confirmé l’infraction, comptant 763 vaches. Le 28 août août, la préfète de la Somme prononçait donc des sanctions : 7.800 euros d’amende immédiate, plus 780 euros d’astreinte par jour tant que la ferme-usine n’est pas en conformité.

Pour les opposants, la nouvelle de l’enquête publique est donc une mauvaise surprise. « La préfète nous avait promis que tant que le propriétaire Michel Ramery ne revenait pas à 500 vaches, sa demande pour passer à 880 était gelée, point barre », se rappelle Francis Chastagner, président de Novissen, l’association locale qui dénonce le projet. Le cabinet du ministre de l’agriculture Stéphane Le Foll, lui, avait promis que « cela ne se passerait pas comme ça, et qu’il lui faudrait se mettre en conformité avant de pouvoir imaginer demander l’autorisation d’augmenter son troupeau », souligne un communiqué de la Confédération paysanne, syndicat agricole en pointe dans la lutte contre la méga-ferme. A la préfecture, comme au ministère, on nie vigoureusement : non, cette promesse n’a jamais été faite.

« C’est quand même très bizarre, on a ici quelqu’un qui enfreint la loi, et on met quand même des fonctionnaires pour instruire son dossier d’agrandissement de troupeau. On a l’impression que l’on essaye de régulariser l’irrégularité », résume le porte-parole du syndicat paysan, Laurent Pinatel.

Il y a un an, lors d’une réunion au ministère, l’agrandissement de l’élevage avait déjà été demandé par le propriétaire de la ferme-usine, Michel Ramery. « Il avait essayé de négocier une augmentation du nombre de vaches, en échange d’une baisse de la taille du méthaniseur à 0,6 mégawatt, se souvient Michel Kfoury, président d’honneur de Novissen. Finalement, il est quand même passé à 800 vaches sans demander à personne ! » « Il y a la parole d’un ministre et il y a les volontés de la 360 e fortune de France », remarque, amère, la Confédération Paysanne dans son communiqué.

La préfecture en porte-à-faux

Grégoire Frison, avocat de Novissen et de la Confédération paysanne, tempère : « La préfecture est sans doute en porte-à-faux. Michel Ramery a déposé une demande d’autorisation d’exploiter pour 880 vaches il y a déjà plusieurs mois. Il arrive un moment où elle ne peut plus reporter indéfiniment l’instruction du dossier. La préfecture a été obligée de lancer l’enquête publique, au risque que sinon les 880 vaches soient autorisées automatiquement. »

A la préfecture, on appuie cette interprétation. « Les sanctions et l’enquête publique sont deux procédures distinctes, insiste-t-on. Une demande a été déposée dès début janvier pour passer à 880 vaches. Il fallait la compléter, les derniers papiers sont arrivés fin juillet. A partir de ce moment là, on était obligés de l’instruire ! Si nous ne le faisions pas, l’exploitant de la ferme était en droit de se retourner contre la préfecture. »

Cette enquête publique elle-même est peut-être la preuve de l’embarras des autorités. « Elle n’était pas obligatoire », rappelle Francis Chastagner. Mais c’était là aussi une promesse de Stéphane Le Foll. Le ministère a donc sans doute arbitré : il n’a pas bloqué le dossier, mais a imposé d’en passer par une enquête publique. Reporterre a posé la question au cabinet du ministre, qui a éludé, renvoyant vers la préfecture.

« Un canada dry de démocratie »

Dans le Courrier Picard, l’exploitant de la ferme Michel Welter se plaint déjà de la procédure. Cette enquête « vise à nous emmerder, foutre le bordel et laisser les opposants s’exprimer », se plaint-il dans le journal du 15 octobre.

L’association locale Novissen a décidé se saisir de l’occasion. « Cela ne se passera pas comme lors de la première enquête, prévient Francis Chastagner. On va mettre le paquet sur la qualité de l’eau et on va insister sur le fait qu’on est à la veille de la Conférence Climat de Paris ! »

A la Confédération paysanne du Nord-Pas de Calais, qui suit le dossier, on est moins enthousiaste : « Je peux déjà vous dire quel sera le résultat de l’enquête publique : il sera positif. Michel Ramery fait ce qu’il veut ! » regrette son porte-parole Antoine Jean.

« Il a été prouvé que Michel Ramery n’a pas la compétence technique pour gérer 500 vaches laitières, donc normalement il ne devrait pas avoir d’autorisation pour 880. C’est comme en construction : si vous êtes en infraction avec permis de construire, on ne devrait pas vous permettre d’agrandir. Mais c’est Michel Ramery… » déplore l’avocat Grégoire Frison. Lui aussi estime que l’enquête publique donnera un avis favorable. « Pour moi c’est du canada dry de démocratie », déplore-t-il.

Deux poids, deux mesures

Les opposants à la ferme-usine ont le sentiment que l’Etat a deux poids, deux mesures dans ce dossier. D ’abord, Michel Ramery « n’a toujours pas payé le moindre centime de l’amende journalière à laquelle il a été condamné, et n’en a pas subi les conséquences auxquelles n’importe quel citoyen pourrait s’attendre », note la Confédération paysanne. Le montant total de l’amende et des astreintes dépasse aujourd’hui les 40.000 euros. « Il y a un délai, explique-t-on à la préfecture. On doit attendre au moins le 15 novembre avant de lancer des procédures contentieuses pour non paiement. » Soit. Rendez-vous, donc, au 15 novembre.

Ensuite, la Confédération paysanne et Novissen ont déposé une plainte pour dépassement de cheptel. « On n’en a pas la moindre nouvelle », regrette Francis Chastagner. Les autorités judiciaires semblaient plus empressées quand il s’agissait de poursuivre les militants de la Confédération paysanne après leur action sur le chantier de la ferme.

Enfin, le ministère comme la préfecture ne semblent pas très empressés d’informer sur le sujet. « La préfecture nous avait dit qu’elle voulait des relations transparentes, et on a appris qu’il y avait une enquête publique par la presse, déplore le président de Novissen. On a ensuite demandé un rendez-vous au sous-préfet, et on n’a toujours pas de nouvelles... » En même temps, « le dossier est piloté par le ministère, c’est certain », assure l’association.

- Complément d’information : l’avis d’enquête publique :

Le KIT de survie COP 21 au complet Reporterre 2015/10/22 (22 octobre 2015) Le KIT de survie COP 21 au complet. Reporterre. Climat : de COP en COP fr

Le KIT de survie COP 21 au complet

Tout savoir pour la COP 21 : le B.A. du climat, les grands enjeux, le trombinoscope des acteurs, la mobilisation de la société civile,... Avec videos des experts et fiches d’information à télécharger.

- Cliquer sur les titres pour accéder aux articles

1 - Le B.A. BA Climat

2 - Où trouver les infos sur le climat ?

3 - Quels sont les grands enjeux de la COP 21 ?

4 - La mécanique de la COP

5 - Le trombinoscope de la négociation

6 - La société civile et les initiatives citoyennes

7 - Le rôle des entreprises et des collectivités territoriales

8 - Comment s’informer pendant la conférence ?

« Nous préparons la plus grande action de désobéissance pour le climat » Entretien avec John Jordan Reporterre 2015/10/22 Entretien avec John Jordan (22 octobre 2015) « Nous préparons la plus grande action de désobéissance pour le climat ». Reporterre. Luttes fr

« Nous préparons la plus grande action de désobéissance pour le climat »

La Coalition Climat 21, « l’un des plus grands regroupements pour la justice climatique qui aient été mis en place », a prépare des mobilisations pendant la COP21. L’artiste et activiste John Jordan dévoile les grandes lignes des actions visant à « avoir le dernier mot ».

Figure des milieux alternatifs depuis une vingtaine d’années, John Jordan fait la jonction entre le monde de la création et celui de l’activisme. Après un parcours dans l’art et le théâtre, il a impulsé le mouvement altermondialiste Reclaim the streets en Angleterre, avant de cofonder puis de déserter l’armée des clowns, dont les brigades de joyeux activistes ont essaimé dans le monde. Depuis quelques années, il est installé en Bretagne, et pilote avec Isabelle Frémeaux le Laboratoire d’imagination insurrectionnelle (Labofii), une sorte d’incubateur d’idées mêlant activisme politique et création artistique. Rencontre avec un personnage hors cadre et hors norme, au cœur du bocage de Notre-Dame-des-Landes.

Reporterre - Pourquoi mêler art et activisme ?

John Jordan - Je pense qu’on doit toujours renouveler les formes que prennent les luttes. L’État et la police s’adaptent souvent ; il faut sans cesse nous réinventer. L’armée des clowns est née de cette réflexion. Le personnage du clown est désobéissant, il questionne toujours le pouvoir. Et il est un être hypersensible. Pour moi, le militantisme commence avec la sensibilité, aux injustices par exemple. Par ailleurs, le temps militant et le temps artistique sont très différents. Dans le militantisme, tout va vite car il y a urgence à agir. Il en va autrement pour le temps artistique : tu peux passer des années sur une recherche. Depuis 20 ans je tente de mêler art et activisme, d’appliquer le côté créatif et artistique à l’action directe et à la désobéissance civile. Aujourd’hui, avec le Labofii, on essaye de créer des formes d’actions belles, inattendues, nouvelles. Et efficaces.

Quelle différence fais-tu entre action directe et désobéissance ?

L’action directe, c’est le fait d’agir directement sur un problème : si tu vois des gens à la rue, tu n’écris pas une lettre à ton élu, tu agis toi-même et tu ouvres un squat. La désobéissance civile est souvent plus symbolique. Par exemple, lors de la lutte pour les droits civiques aux États Unis, le boycott des bus était de l’action directe alors que les marches de Selma étaient, selon moi, de la désobéissance. Dans le cadre de la conférence sur le climat en décembre à Paris, on utilise le terme de désobéissance civile, car les actions vont entrer plutôt dans ce cadre .

Sur la COP justement, quels sont les objectifs de la Coalition Climat 21 ?

La Coalition Climat 21 est un des plus grands regroupements pour la justice climatique qui aient été mis en place, avec environ 150 organisations, ONG, syndicats ainsi que des groupes plus radicaux, comme Climate Justice Action (CJA). Trois moments sont prévus : une grande marche le 29 novembre, un week-end de présentation des alternatives les 5 et 6 décembre, et une journée d’actions le 12 décembre. Dès à présent, il est clair que les gouvernements sont en train de négocier un accord au rabais : il n’aura pas pour objectif de plafonner le réchauffement planétaire à 2°C, comme c’est nécessaire, mais probablement plus. L’objectif de la Coalition est d’avoir le dernier mot, car c’est le peuple qui a les solutions, et sûrement pas les gouvernements, achetés par les multinationales du pétrole, de la croissance, etc. Rappelons que la COP est financée par 35 sponsors dont Engie, Nissan, EDF, Suez...

Qui compose Climate Justice Action ?

CJA est un réseau de mouvements écologiques radicaux. Il y a des gens issus des Camps climat, de Blockupy, des personnes et des mouvements qui luttent contre des grands projets inutiles et imposés… C’est vraiment la base anticapitaliste du mouvement.

Concrètement, qu’est ce qui se prépare ?

Tout simplement la plus grande action de désobéissance menée pour le climat ! Au-delà de la marche appelée par la Coalition le 29 novembre, des groupes comme CJA, Attac, 350.org, ou la Confédération paysanne ont pris en main des actions prévues à la fin de la COP. Le pire serait que le 12 décembre, François Hollande parade dans les médias en disant qu’il est l’homme qui a sauvé la planète, alors qu’en 20 ans, les émissions de CO2 ont augmenté de 63 %. Le 12 décembre va matérialiser notre refus par une action autour des Red lines (télécharger à droite le document de présentation, en anglais), ainsi qu’avec un autre outil, les Climates Games. Red Lines TO CHANGE EVERYTHING WE HAVE TO STEP OUT OF LINE

Qu’est-ce que les Red Lines ?

Les Red Lines, c’est l’idée des « lignes rouges » qu’on ne peut pas franchir, qui définissent les limites nécessaires et minimales pour une planète juste et vivable. Chacun au sein du mouvement vient avec ses propres lignes, comme par exemple, « pas de marché carbone », ou encore « ne peut pas dépasser 1,5 °C de réchauffement »… Concrètement, le projet est de faire exister ces lignes avec des structures gonflables. On va encercler la COP avec des milliers de corps désobéissants, bloquer les routes et le transport pendant la dernière plénière. Nous voulons détourner l’attention médiatique des négociations vers les mouvements. Car la COP va être la grande fausse solution.

Et les Climates Games ?

Il s’agit d’un outil ludique développé il y a deux ans à Amsterdam par un groupe qui s’appelle Groen Front. Cet outil mélange l’Internet et la rue, et l’un de ses buts est d’amener de nouvelles personnes à la désobéissance et l’action directe. En amont, nous avons regroupé des artistes, des activistes, des hackers, des codeurs et des designers pour améliorer l’outil lors de trois sessions. Il y aura des équipes constituées en groupes affinitaires, et une carte sur le Web mise à jour par les joueurs. Et il y a des cibles. Chaque équipe définit sa cible et son action, puis en fait mention sur la carte. En face, il y a l’équipe bleue (la police), et les joueurs sont invités à indiquer les positions des bleus sur la carte. On a aussi imaginé des prix pour l’action la plus drôle, celle la plus inattendue, ou la plus efficace. C’est le côté pédagogique pour montrer comment élaborer une action efficace.

Des limites ont-elles été posées pour ces actions ?

Le mode d’action choisi, c’est la désobéissance créative, et il doit respecter la vie. Pour la journée du 12 décembre, il y a un consensus d’action, écrit et validé collectivement par 150 organisations, qui propose un cadre de désobéissance déterminée mais non-violente. Pour les Climate Games, il y a une équipe modératrice, et on sera un peu obligés de poser des règles. Tout dépend de la façon dont sont imaginées les actions : si elles sont ludiques et créatives, elles seront mises en lignes. Il ne s’agit pas d’une question morale, mais pour nous protéger, afin d’être encore en capacité de continuer dans les années à venir.

« Conscientiser les gens ne suffit pas, il faut créer des leviers qui influent sur les profits »

Quelle perspective ce mouvement a-t-il après la COP ?

La COP n’est qu’une étape. En 2016, nous avons prévu de mener une série d’actions de masse contre les infrastructures des énergies fossiles et les grands projets inutiles. Il y aura des grandes journées de blocages massifs prévues au printemps.

Pour être efficace, l’action directe doit toucher à l’argent : cela coûte beaucoup d’argent de militariser une zone pour protéger des projets imposés. C’est ainsi qu’en Angleterre, on a réussi à faire capoter 700 projets d’autoroutes. Conscientiser les gens ne suffit pas, il faut créer des leviers qui influent directement sur les profits. Et créer une culture de résistance qui soutienne ces actions de désobéissance, pour montrer que c’est possible.

Quelles sont les revendication politiques portées par les Climate Games ?

Les Climate Games sont juste un outil. Mais on peut penser que ce sont la désobéissance et l’action qui changent le monde et non pas les partis politiques ou les gouvernements. Si on revendique quelque chose, c’est : « Nous sommes la Nature qui se défend. » L’important, c’est d’avoir ces deux pôles complémentaires et indispensables que sont la création d’alternatives et la résistance. En ça, l’idée de ZAD, qui incarne la réunion de ces deux aspects, est un exemple parfait.

Pour toi, comment être plus efficaces dans les luttes ?

En créant des liens, des bordures entre les espaces de lutte. Les endroits les plus forts sont les lisières. Les haies, le littoral, les frontières entre forêts et prairies, là où il y a la plus grande biodiversité. Il y a, dans ces espaces, une force révolutionnaire et créative : c’est dense, solide et résilient. La beauté d’un lieu et d’une lutte comme Notre-Dame-des-Landes, c’est d’être une lisière entre agriculteurs, squatteurs, militants… À nous d’adapter nos stratégies aux situations, sans tomber dans les automatisme, afin de créer et maintenir le rapport de force.

- Propos recueillis par Isabelle Rimbert

- Infos sur les actions du 12 décembre : Paris 2015

L’heure du Crimm a-t-elle sonné à Courbefy ? Christophe Noisette Reporterre 2015/10/22 Christophe Noisette (22 octobre 2015) L’heure du Crimm a-t-elle sonné à Courbefy ?. Reporterre. Biens communs fr

L’heure du Crimm a-t-elle sonné à Courbefy ?

Un terrain de Haute-Vienne à l’abandon et propriété d’un sulfureux homme d’affaires coréen aujourd’hui décédé est devenu un lieu d’expérimentation et de recherche d’« un monde meilleur ». Mais le maire-adjoint de la commune ne l’entend pas à cette oreille...

- Courbefy (Haute-Vienne), correspondance

Le 15 octobre 2015, commençait à Saint-Nicolas de Courbefy, une colline située au sud de la Haute-Vienne (Limousin) une aventure originale : la création d’un Centre de recherche internationale pour un monde meilleur (Crimm). Dans les faits, il s’agit de l’occupation illégale d’un terrain d’une dizaine d’hectares. Damien, membre du Crimm, précise : « Je ne m’interroge pas sur la légalité de cette implantation mais je désire que l’on s’interroge ensemble sur sa légitimité. » Et que l’on débatte autour de la notion de bien commun.

Qu’est-ce que c’est que ce Crimm ? Comme le précise le communiqué de presse, le Centre de recherche international pour un monde meilleur est « un espace de vie et de partage, un lieu de création non soumis au dogme de la tarification », « un champ d’expérimentations artistiques ayant pour objet la recherche commune d’un monde meilleur », ou encore « un refuge parce que nous sommes tous des réfugiés territoriaux, culturels, intellectuels ». En résumé, un lieu non-marchand, sans étiquette, un lieu ouvert à toutes sortes d’activités artistiques, culturelles ou associatives. Pour le moment, seuls trois bâtiments de Courbefy sont occupés. Une vingtaine d’autres, qui nécessitent plus qu’un coup de peinture, attendent d’accueillir celles et ceux convaincus qu’il est urgent de faire quelque chose.

L’envie de s’installer dans la durée

Le concept est flou. Normal, puisque rien n’est prédéfini. L’idée des premiers occupants – six adultes et trois enfants – n’est pas de tout organiser ni de s’accaparer la place. Ils souhaitent accueillir tous celles et ceux qui veulent redonner vie à ce lieu abandonné. Ainsi, une assemblée générale se tiendra tous les soirs à la tombée de la nuit, dans la grande salle, afin de prendre en compte les envies de tous. Une première échéance est annoncée : le 31 octobre « sera célébrée la fête du vivant, avec des rencontres, des concerts, des échanges, des spectacles, des fous rires ». D’ici là, de grands chantiers sont prévus, afin d’« installer décors, chapiteau, chauffage, cuisine, eau , électricité, champ de blé, bien-être et synergie ». Un champ de blé ? Cela peut paraître décalé, mais ce champ souligne l’envie de s’installer dans la durée. Et l’agriculture et l’alimentation sont à la base de toute vie organisée, de toute société qui cherche un peu d’autonomie.

Courbefy, c’est aussi une histoire incroyable. Au Moyen Âge, place forte, repaire de brigands, lieu de pèlerinage avec ses « bonnes fontaines »… Au XXe siècle, un centre de vacances s’installe, et une piscine est creusée. Puis, c’est un restaurant qui tente de s’implanter et qui fait rapidement faillite. Finalement, le lieu est mis aux enchères.

C’est un Coréen, Yoo Byung-eun, qui, en 2012, gagne le gros lot, pour le modique somme de 520.000 euros. La classe politique locale s’emballe. En tête, Bernard Guilhem, maire-adjoint de Bussière-Galant, la commune officielle de Courbefy. Il reçoit les journalistes, fait des commentaires dans la presse en tant que « maire de Courbefy ». Il est omniprésent… et affirme qu’une journaliste de CNN l’a surnommé « le maire le plus connu du monde ». Il se félicite d’avoir contribué à la négociation et espère que le projet de l’homme d’affaires permettra une bonne dizaine d’emplois. Mais savait-il qui était ce mystérieux milliardaire qu’il n’avait jamais rencontré ? Un gourou évangéliste, un entrepreneur peu regardant, propriétaire de plusieurs sociétés, dont l’agence photographique Ahae – qui a loué pour exposer ses œuvres Le Louvre et Versailles [1] - et une entreprise de transport en mer dont l’un des ferries a sombré en avril 2014, entraînant la mort de plus de 300 personnes. Depuis, Yoo Byung-eun est mort, peut-être assassiné, et ses fils sont en prison (sa fille a été incarcérée à Fresnes).

Quand le pseudo-maire de Courbefy a appris la mort de l’investisseur coréen, il a déclaré à la presse : « Je suis très attristé par ce qui vient de se passer. Pour nous, ce projet de village d’artistes, c’était du pain béni. Cela allait créer une dizaine d’emplois locaux. Mais, aujourd’hui, tout est arrêté. »

« Des chasseurs » prêts à en découdre

Ne devrait-il pas être ravi de voir des circassiens s’installer ici, avec notamment l’envie de construire une résidence d’artistes ? Tout n’est pas arrêté ? Au contraire, tout commence… Pourtant il semble que le maire-adjoint ne soit pas aussi soulagé qu’on pourrait l’espérer. Il a même l’air inquiet, pour ne pas dire en colère. Le lendemain de l’installation du Crimm, le vendredi 16 octobre, il a rendu visite aux nouveaux occupants avec quelques gendarmes, pour montrer qu’il veille au grain. Il s’est d’ailleurs présenté comme « le propriétaire du terrain ». Depuis, tous les jours, les gendarmes viennent faire un tour sur place, histoire de relever quelques plaques d’immatriculations, d’évaluer le nombre de personnes présentes et de rappeler qu’il est toujours temps de partir avant que la situation n’empire. Samedi matin, une de ces patrouilles a d’ailleurs, sans ordre, interdit à un passant de s’engager sur le chemin qui mène au lieu. Une façon, à peu de frais, de mettre la pression. À propos de pression, à deux reprises, les occupants ont appris par les autorités qu’elles étaient là pour leur sécurité, car « des chasseurs » seraient prêts à venir en découdre avec eux.

Dimanche 18 octobre, Bernard Guilhem a affirmé aux occupants et à la presse locale qu’une plainte avait été déposée. De même, le chef de la brigade de gendarmerie de Châlus évoque une plainte en référé, qui peut mener à une expulsion sous sept jours. Pourtant, mardi 20 octobre, le secrétariat des plaintes du tribunal de grande instance de Limoges et le centre opérationnel de la gendarmerie de Limoges nous affirmaient n’avoir reçu aucune plainte. Joint au téléphone, le maire-adjoint confirme pourtant avoir une procuration au nom des ayants droits et avoir porté plainte. Ses propos sur le Crimm sont sans équivoque : il ternit l’image de la région, réputée « calme ». « Allez sur place, me lance-t-il, et vous comprendrez. Je ne veux pas de cela ici. » Une animosité confirmée aux journalistes de La Montagne : « Nous allons faire ce qu’il faut pour se débarrasser de ces gens », clame le maire-adjoint. Une agressivité qui s’expliquerait, du moins partiellement, par un attachement à ce coin de verdure. C’est sa famille maternelle, les Décroisants, qui étaient propriétaires de la totalité du village dont le dernier habitant est parti dans les années 1970. Ils ont alors vendu une partie du site, leurs héritiers gardant de nombreuses parcelles tout autour.

Le droit de reconstruire, de décorer, de faire vivre ce site

Au centre opérationnel de la gendarmerie de Limoges, on ne montre aucune animosité. On me précise au téléphone, que « pour le moment, il n’y a rien. Pas de trouble à l’ordre public, pas de dérive sectaire, pas de dégradation, pas de bagarre. Rien qui puisse justifier une intervention ». Et d’ajouter : « Le contact avec les occupants s’est très bien passé. D’ailleurs, ils ont un site Internet, si vous voulez en savoir plus. » Même calme apparent chez Stephan Hoff, le gérant d’Ahae, l’agence photographique de feu l’investisseur coréen, qui est venu sur place. L’échange entre lui et les occupants est resté « courtois et correct ». S’il a confirmé que Bernard Guilhem a bien une procuration des mystérieux propriétaires, il a aussi exprimé son soulagement en notant qu’aucune dégradation n’avait été commise, loin de là.

Alors plainte ou pas ? Et admettons qu’elle soit déposée - elle doit être motivée – il faut qu’elle soit suivie d’une saisie du tribunal pour que la procédure d’expulsion se mette en route. Le juge peut considérer qu’il n’y a pas urgence à agir et refuser la procédure en référé. Une chose est sûre, c’est que Bernard Guilhem a décidé de tout faire pour mettre un terme, rapidement, à cette aventure pour un monde meilleur. Préfère-t-il que le lieu finisse de se dégrader et que le pillage continue, ou faut-il accorder à ces femmes et à ces hommes le droit de reconstruire, de décorer, de faire vivre ce site situé en pleine nature ?

Dans l’attente de cette plainte hypothétique, le Crimm continue d’avancer. Aujourd’hui, ses membres nettoient et rénovent le terrain de tennis en vue d’un grand tournoi ce week-end, un tournoi gratuit, ouvert à tous. L’occasion de rencontrer leurs voisins et de leur expliquer ce projet. Et un comité de soutien est en train de se constituer afin de demander, notamment, un débat public et transparent sur l’occupation du site de Courbefy.

Actualisation - Jeudi 22 octobre, 19h00 - Le CRIMM a reçu ce matin une assignation en référé devant le tribunal de grande instance de Limoges, à la requête de AHAE Press Inc., société de droit américain basé à New York, et représentée par Emmanuel Lemasson, avocat à Limoges. La requête demande au tribunal d’"ordonner l’expulsion de Monsieur Combier (Damien) et de toutes les personnes occupant les lieux (village de Courbefy) et se réclamant du Centre de recherche international pour un monde meilleur". L’audience est prévue vendredi 23 octobre à 11h.

Alerte rouge sur la tulipe sauvage Reporterre 2015/10/22 (22 octobre 2015) Alerte rouge sur la tulipe sauvage. Reporterre. Nature fr

Alerte rouge sur la tulipe sauvage

Réalisé en autoproduction, de manière entièrement artisanale et sans aucune aide financière, le film-documentaire Alerte rouge sur la tulipe (2015, durée 1 heure) est actuellement diffusé par les circuits associatifs et dans les salles de cinémas.

Évoquant la disparition des tulipes sauvages (espèces végétales inféodées aux vignes et aux vergers cultivés de manière traditionnelle), il est l’occasion d’une réflexion générale sur les grandes problématiques environnementales : déclin de la biodiversité, agriculture conventionnelle et agriculture biologique et biodynamique, traitement des déchets urbains, disparition des terres agricoles, urbanisation, droit de l’environnement, rôle du lanceur l’alerte...

La première partie du film (environ 20 minutes) :

PARTIE 1 ALERTE ROUGE SUR LA TULIPE par alerte-rouge-tulipe

« Alerte rouge sur la tulipe », film documentaire de Jean-Christophe Mathias, réalisé en 2015, 1 heure.

Source : le site du film.

Le gouvernement prépare la relance des mines et de l’exploitation d’hydrocarbures Claude Taton Reporterre 2015/10/22 Claude Taton (22 octobre 2015) Le gouvernement prépare la relance des mines et de l’exploitation d’hydrocarbures. Reporterre. Tribune — Pollutions fr

Le gouvernement prépare la relance des mines et de l’exploitation d’hydrocarbures

Alors que l’État français vient d’accorder trois nouveaux permis de recherche d’hydrocarbures et d’en prolonger deux autres, un projet de loi de réforme du code minier vise, selon l’auteur de cette tribune, à faciliter l’exploitation du sous-sol.

Claude Taton est membre du réseau Frack Free Europe, qui milite pour une interdiction des méthodes de fracturation hydraulique.

La ministre de l’Écologie, Ségolène Royal, a annoncé, dans l’émission de France 5 C-Politique, qu’elle avait « un projet de loi sur la réforme du code minier » qui serait débattu à l’Assemblée nationale en janvier, permettant de donner au gouvernement des bases juridiques pour s’opposer à « des recherches d’hydrocarbures qui ne sont pas fondées ».

Avant de développer les dispositions que pourraient contenir cette réforme, il faut rappeler à Madame la ministre que le code minier actuellement en vigueur ne l’empêche pas juridiquement, contrairement à ce qu’elle prétend dans l’émission, de s’opposer aux nouveaux permis et de refuser de les signer. Elle vient récemment d’accorder trois nouveaux permis de recherche d’hydrocarbures liquides ou gazeux et d’en prolonger deux autres jusqu’à fin 2018.

Puissante mobilisation citoyenne

En effet, pour octroyer un permis, l’entreprise doit posséder les capacités techniques et financières nécessaires pour mener à bien les travaux de recherches. Or Mme Royal a accordé le 21 septembre un permis de recherches à Herbsheim, dans le Bas-Rhin, au profit de la SARL Bluebach Ressources, qui est une entreprise doté d’un capital de 8.378 € et qui n’a jamais entrepris aucun forage. Comment Bluebach peut-elle être à même de répondre aux conditions du permis alors que l’engagement financier minimal exigé (1,98 million d’euros) représente 236 fois le montant de son capital ? En janvier 2015, la ministre avait pourtant rejeté le permis de recherche d’hydrocarbures du Calavon, dans le Luberon, justifiant sa décision par l’absence « des capacités financières nécessaires » de la société Thétys Oil France AB. Ce qui est insuffisant pour le Vaucluse serait-il suffisant pour le Bas-Rhin ?

Madame la ministre déclare qu’un projet de loi sur la réforme du code minier serait déposé prochainement au Parlement. Pour rappel, cette réforme avait été engagée par le gouvernement Ayrault, en 2012, après la puissante mobilisation citoyenne soulevée en France à cause de la délivrance en catimini en 2010 de permis de recherches de gaz et pétrole de schiste. Le conseiller d’État Thierry Tuot, chargé de conduire cette réforme, avait remis en décembre 2013 au gouvernement son projet de nouveau code minier. Alors que cette réforme semblait enterrée, elle a refait surface en mars 2015 avec la publication en ligne sur les sites des ministères de l’Écologie et de l’Économie d’un avant-projet de loi soumis à consultation [1]. Depuis cette publication peu relayée par les médias, les ministères ont continué à travailler sur ce texte. Nous avons pu en lire une version plus récente.

si nous ne voulons pas dépasser les 2 °C de réchauffement, il faut laisser 80 % des réserves d’hydrocarbures dans le sol

Madame la ministre affirme que cette réforme apportera « des bases juridiques permettant au gouvernement de s’opposer à des recherches d’hydrocarbures qui ne sont pas fondées ».

Quelles seront ces bases juridiques dans un nouveau code minier qui sanctifiera, dans un chapitre spécialement créé, la politique nationale des ressources minières avec l’objectif de valoriser les ressources pour l’intérêt économique des territoires et de la nation ?

Comment prétendre apporter des garanties juridiques alors que le texte ne prévoit qu’une seule possibilité de recours non suspensive pour s’opposer à l’irrégularité de la procédure d’attribution d’un titre minier, et que tout recours ultérieur ne sera plus possible ?

Pourquoi le texte ne prévoit-il pas d’imposer à l’opérateur de déclarer clairement le type de gisement recherché et de conditionner la délivrance du titre minier aux types de travaux envisagés et à la manière dont il compte procéder à son exploration ou son exploitation ? Comment madame la ministre s’opposera-t-elle à des recherches d’hydrocarbures si toutes les données ne sont pas mises sur la table à tout instant et dans une transparence absolue ?

Pourquoi le texte n’envisage-t-il pas l’élaboration d’un schéma semblable au schéma d’aménagement et de gestion des eaux, qui définirait les conditions limitant ou interdisant une exploration/exploitation minière au regard des exigences environnementales et sanitaires ainsi qu’aux considérations relatives à l’aménagement du territoire ? Schéma qui serait opposable aux autorisations prévues par le code minier.

Cette décision ne peut être issue initialement d’un acte juridique mais doit d’abord traduire une volonté politique déterminée et courageuse, à savoir : arrêter d’encourager et de faciliter les investissements dans la recherche de nouveaux gisements d’hydrocarbures, quels qu’ils soient, ou de minerais. Comme cela a été maintes fois répété, si nous ne voulons pas dépasser les 2 °C de réchauffement climatique d’ici à la fin du siècle, les scientifiques recommandent de laisser 80 % des réserves actuelles prouvées d’hydrocarbures dans le sous-sol.

Aucune obligation d’informer et de consulter le public

Mais cette réforme du code minier, sous prétexte d’encadrer davantage les activités minières afin de mieux prendre en compte les considérations environnementales et sociales, cherche à faciliter l’exploitation du sous-sol en simplifiant les procédures et les délais d’obtention des titres miniers.

Il est prévu que les travaux de recherches ou d’exploration sous commande publique et dans le but d’acquérir des connaissances puissent être entrepris sans délivrance de titre minier. En l’absence de tout régime juridique, il n’y aurait aucune obligation d’informer et de consulter le public. Cette disposition inscrirait définitivement, dans le nouveau code minier, ce qu’a prévu l’article 4 de la loi du 13 juillet 2011 : la mise en œuvre d’expérimentations réalisées à seules fins de recherche scientifique. Elle ouvrirait la voie pour étudier la fracturation hydraulique ou les alternatives à la fracturation hydraulique.

Cette réforme, en nous faisant croire à la possibilité d’inscrire l’activité minière dans un cadre plus respectueux de l’homme et de l’environnement, cherche l’acceptabilité sociale du renouveau du secteur minier (minerais et hydrocarbures). Elle sert à refondre le cadre d’investissement minier pour accélérer et sécuriser juridiquement l’accès aux territoires, à adopter un régime fiscal incitateur, à faciliter l’accès aux données géologiques, à créer des processus de « participation » du public qui n’ont que l’apparence de ce qu’ils prétendent être alors que les populations sont manifestement et volontairement écartées du processus décisionnel.

L’hommage à Rémi Fraisse interdit à Sivens Marine Vlahovic (Reporterre) Reporterre 2015/10/23 Marine Vlahovic (Reporterre) (23 octobre 2015) L’hommage à Rémi Fraisse interdit à Sivens. Reporterre. Sivens fr

L’hommage à Rémi Fraisse interdit à Sivens

Un an après la mort du jeune naturaliste, tué par un gendarme à Sivens, la marche prévue dimanche 25 octobre pour lui rendre hommage a été interdite après une manigance de la FNSEA. Plusieurs organisations souhaitent se replier à Plaisance-du-Touch, ville de la banlieue toulousaine où a grandi Rémi.

- Toulouse, correspondance

L’appel était coiffé d’une renoncule, la fleur devenue le symbole de Rémi. Cette invitation à participer à une grande marche pacifiste à Sivens pour rendre hommage au jeune naturaliste circulait depuis quelques semaines sur les réseaux sociaux. Pourtant ce dimanche, il n’y aura pas de moment de recueillement sur l’ex-Zad du Testet. En tout cas, légalement.

Les organisateurs de la marche ont eu la surprise de découvrir vendredi 16 octobre que la FDSEA (Fédération départementale des syndicats d’exploitants agricoles) du Tarn et une association de riverains avaient déposé des demandes pour manifester sur le site de Sivens ce 25 octobre. Prétextant une opération « foin » et une opération « nettoyage », les agriculteurs favorables au barrage ont sorti le grand jeu pour organiser ce qui ressemble à une contre-manifestation.

Après quelques jours de négociations, la préfecture du Tarn n’avait toujours pas tranché pour prohiber ou autoriser ces évènements. La décision a finalement été prise hier jeudi 21 par la maire de L’Isle-sur-Tarn, où se trouve le site de Sivens. Pour éviter selon elle tout débordement, l’édile a interdit toute manifestation sur le territoire de sa commune ce dimanche. Un arrêté municipal listant toutes ces interdictions a ainsi été placardé sur l’ex-Zad du Testet. Cet arrêté précise que « le recueillement sera autorisé pour les membres de la famille de Rémi Fraisse, dûment accompagnés par les forces de l’ordre ».

« Ce serait un comble d’aller à Sivens escorté par des gendarmes », a réagi Jean-Pierre Fraisse, le père de Rémi qui avait déjà refusé cette option proposée par la préfecture du Tarn il y a quelques semaines. La famille de Rémi a signé dans Le Monde de ce vendredi une tribune (PDF Tribune) appelant à faire toute la vérité sur la mort du jeune naturaliste et demandant aux éventuels témoins de se signaler auprès des juges chargées de l’enquête. Ils concluent : « Un non lieu serait terrible ».

- Télécharger la tribune :

Aucun hommage ne pourra donc être rendu à Rémi, du moins officiellement, sur le lieu du décès du jeune homme où a été érigée dans la plus grande clandestinité en début de semaine une sculpture géante. Dans un souci d’apaisement, plusieurs organisations appellent donc à se réunir ce dimanche en début d’après-midi près du lac municipal de Plaisance-du-Touch, ville de la banlieue toulousaine où a grandi Rémi. Un rassemblement qui se tiendra à l’endroit même où Reporterre avait rencontré plusieurs proches de Rémi Fraisse quelques jours après sa mort et où un rassemblement avait été organisé pour ses obsèques en novembre dernier.

« La préfecture du Tarn a précisé que les forces de l’ordre seraient déployées à proximité de Sivens et la FDSEA a annoncé qu’elle se rendrait tout de même sur le site en toute illégalité », dit Ben Lefetey, du Collectif Testet, qui appelle avec France Nature Environnement Midi-Pyrénées à se replier à Plaisance-du-Touch. « Les risques de confrontation sont trop élevés. Nous ne voulons pas nous laisser enfermer dans ce piège, cette spirale de violence inventée de toute pièce par les pro-barrages et les autorités », explique-t-il. D’autres organisateurs de la marche souhaiteraient quant à eux se rassembler dans le Tarn, à proximité de Sivens. Sollicités par Reporterre, la Mairie de l’Isle-sur-Tarn et la FDSEA n’ont pas voulu répondre à nos questions.

De la France à la Chine, la folle fuite en avant dans le nucléaire Noël Mamère Reporterre 2015/10/23 Noël Mamère (23 octobre 2015) De la France à la Chine, la folle fuite en avant dans le nucléaire. Reporterre. Nucléaire fr

De la France à la Chine, la folle fuite en avant dans le nucléaire

EDF et une société chinoise ont signé un partenariat pour la construction de réacteurs en Grande-Bretagne. L’opérateur français s’obstine dans une technologie dépassée alors qu’il pourrait être leader des énergies renouvelables, estime Noël Mamère.

Noël Mamère est député écologiste

En aout 2008, Nicolas Sarkozy s’était félicité de la finalisation de l’accord de coopération entre EDF et l’électricien chinois China Guangdong Nuclear Power Holding Group (depuis devenu China General Nuclear Power Corporation, CGNPC), pour construire et exploiter deux centrales nucléaires EPR en Chine. Mardi 20 octobre, à l’Assemblée nationale, Ségolène Royal s’est de même réjouie de l’accord entre les deux principaux groupes nucléaires chinois et français pour le financement de la construction des réacteurs EPR d’Hinkley Point, en Grande-Bretagne. Dans le domaine du nucléaire, au moins, la continuité de l’État ne se dément pas !

Il y a trente ans, c’est EDF qui commençait son partenariat avec la Chine, en y construisant sa première centrale nucléaire… Aujourd’hui, c’est la Chine qui finance EDF et qui devient majoritaire dans ses projets ! Cette folle et insupportable fuite en avant aura de graves conséquences :

Un risque financier inconsidéré pour EDF

Une augmentation des tarifs, qui va coûter extrêmement cher aux contribuables et aux consommateurs Français et Britanniques. Ils vont s’endetter pour poursuivre dans une technologie dangereuse qui appartient déjà au passé. Les opérateurs, paniqués par l’augmentation du prix de la construction du réacteur, vont chercher à faire des économies sur la sécurité et recourront à la sous-traitance. Déjà, selon le Spiegel, les risques sismiques du projet d’‪EPR à ‪Hinkley Point ont été sous-évalués ! Les chantiers d’Olkiluoto, en Finlande, et de Flamanville, en France, avec leur multitude de malfaçons (cuve défectueuse, béton de mauvaise qualité…) le démontrent. Sur les quatre réacteurs EPR en cours de construction dans le monde, aucun ne fonctionne encore. La Finlande, qui demande des dédommagements pour un retard de dix ans, a renoncé à un deuxième réacteur.

EDF prend un risque financier inconsidéré. Déjà endettée à hauteur de 37,5 milliards d’euros, censé racheter les activités réacteurs d’Areva, elle prévoit également de dépenser 50 milliards d’euros sur dix ans, une somme sous-estimée selon l’Autorité de sûreté nucléaire, pour les travaux de remise aux normes et de prolongation des réacteurs français.

EDF, qui devrait devenir le leader de l’énergie renouvelable, choisit une fois de plus le nucléaire. À la veille de la COP 21, ce choix est politique. Côté face, le gouvernement continue de préserver l’énergie nucléaire en France et joue au chat et à la souris avec les écologistes en s’engageant à fermer Fessenheim… en 2018. Côté pile, il développe son rôle de premier VRP mondial du nucléaire.

Très nette violation de la loi européenne sur la concurrence

Les projets d’EPR en Grande-Bretagne illustrent la création d’un statut d’exception en Europe. La vente de réacteurs n’étant possible qu’au prix d’entorses manifestes au droit européen de la concurrence « libre et non faussée ». Si les EPR d’Hinkley Point sont un jour construits, leur électricité à 125 € le MWh, sera moins compétitive que celle des énergies renouvelables, dont les coûts ne cessent de baisser. Ce projet n’est finançable qu’à condition d’être massivement subventionné par le gouvernement britannique, ce qui constitue une très nette violation de la loi européenne sur la protection de la concurrence. C’est pourquoi le gouvernement autrichien a décidé de porter plainte auprès de la Cour de justice de l’Union européenne.

Pour la Chine, en revanche, l’accord est tout bénéfice. Si le projet est mené à son terme, ce sera la première fois qu’une centrale nucléaire occidentale est détenue par la Chine. Le programme nucléaire chinois vise à faire de ce pays un acteur majeur du nucléaire mondial. D’ici à 2020, la Chine veut maîtriser l’ensemble de la chaîne du nucléaire. Pour rééquilibrer un mix énergétique dominé par les centrales à charbon, le programme nucléaire chinois doit mettre en service 3 à 6 nouvelles unités par an pendant les 15 prochaines années. Finalement, le nombre de réacteurs installés croîtrait très fortement et la puissance installée pourrait être multipliée par 20. Le montant total des investissements pour atteindre ce but devrait s’élever à 67 milliards de dollars.

Plus que jamais, la Chine est reconnue comme la « nouvelle frontière » du nucléaire. Elle ne veut plus dépendre des technologies importées et développer sa propre technologie de réacteurs nucléaires de 3e génération. En février 2014, la Compagnie nucléaire nationale chinoise (CNNC) a vendu le réacteur ACP1000 au Pakistan, qui attendait le début du chantier chinois avec impatience. En février 2015, Pékin a également signé un accord préliminaire avec Buenos Aires. Londres et Paris déploient le tapis rouge au président chinois, XI Jin Ping ; les droits de l’homme, la situation au Tibet, à Hongkong et dans le reste de la Chine passent au compte des profits et pertes… Pour caser des centrales, la France continue à faire des courbettes aux régimes les moins fréquentables, comme la Chine, l’Arabie Saoudite ou l’Égypte.

Triste fin pour la gauche humaniste

L’ingérence humanitaire a fait place au business nucléaire. Le « French Doctor » est remplacé par l’ingénieur atomique. Triste fin pour la gauche humaniste. Enfin, cette « relance du nucléaire » a une fonction avant tout idéologique. Il faut sauver à tout prix une filière en déclin.

En France comme en Grande-Bretagne, il est urgent d’abandonner les énergies du passé et de se tourner enfin vers les économies d’énergie et les énergies renouvelables, seules à même de répondre aux défis climatique et énergétique de demain. Le complexe nucléocrate en butte à l’effet Fukushima est prêt à tout pour sauvegarder son existence. Il est plus que temps de mettre ces docteurs Folamour au rancart.

Reporterre sur Nova - Auchan est un ami du climat, foi de consommateur ! Par Marie Astier (Reporterre) Reporterre 2015/10/23 Par Marie Astier (Reporterre) (23 octobre 2015) Reporterre sur Nova - Auchan est un ami du climat, foi de consommateur !. Reporterre. Quotidien fr

Reporterre sur Nova - Auchan est un ami du climat, foi de consommateur !

- Jeudi 22 octobre 2015

- Ecouter ici la chronique de Reporterre, par Marie Astier :

- Image : magasin Auchan en Roumanie (Wikipedia)

La chronique de Reporterre, tous les jeudis à 18 h 10 sur Radio Nova, dans l’émission « 2h1/4 avant la fin du monde », animée par Marie Misset et Armel Hemme.

« L’occasion de faire le point sur les combats et débats quotidiens de l’écologie ».

A écouter sur... et bien voici la carte des fréquences, selon le lieu où vous habitez.

Genèse de la justice climatique mondiale Olivier Godard Reporterre 2015/10/23 Olivier Godard (23 octobre 2015) Genèse de la justice climatique mondiale. Reporterre. Climat fr

Genèse de la justice climatique mondiale

Des négociations internationales ont été lancées à la fin des années 1980 afin de prévenir le risque d’une « interférence dangereuse avec le système climatique de la planète ». Après des débuts convaincants, les États ont peiné à s’accorder sur l’ampleur et la répartition des efforts et sur l’architecture de l’action future. C’est dans un contexte très politisé entre Nord et Sud qu’a été posée depuis le début la question de la justice climatique mondiale (responsabilité des pays, droits à réparation et à compensation, partage équitable d’un « budget carbone » restreint).

Ce livre retrace les idées-forces et les oppositions sur deux plans : les conceptions avancées autour de la négociation climat ; la discussion parallèle en philosophie morale et politique. Il suit et discute les arguments. Il traque les fausses évidences de l’intuition, en particulier sur la responsabilité historique des pays. Il met finalement en lumière le caractère irréconciliable des conceptions cosmopolitiques et internationales de la justice mondiale.

La justice climatique mondiale, Olivier Godard, La Découverte, 128 p., 10 €.

L’écologie, grande oubliée des élections polonaises Vladimir Slonska-Malvaud et Henri Le Roux (Reporterre) Reporterre 2015/10/23 Vladimir Slonska-Malvaud et Henri Le Roux (Reporterre) (23 octobre 2015) L’écologie, grande oubliée des élections polonaises. Reporterre. Reportage — Europe fr

L’écologie, grande oubliée des élections polonaises

La Pologne, qui vote ce dimanche 25 octobre pour élire son Parlement, ne s’ouvre pas aux idées environnementales. La campagne pour les législatives a enterré la question avant même de l’avoir posée.

- Pologne, reportage

À quelques mètres du panneau explicatif de la zone Natura 2000 de Żurawce, près du village de Lubycza Królewska, dans le sud-est de la Pologne, une bannière en plastique fait la promotion de Stanisław Misztal, candidat dans la circonscription aux élections législatives du 25 octobre 2015. Sur le premier, la bannière étoilée du programme «  Life  » de l’Union européenne (UE). Sur l’autre, le logo du Parti paysan (PSL), vieille institution surtout connue pour être un indéfectible défenseur de l’agro-industrie.

La Plate-forme civique (PO), son actuel partenaire de la coalition victorieuse aux élections législatives de 2007, s’est impliqué dans une succession de mesures dommageables pour l’environnement : développement à marche forcée du gaz de schiste, projet d’ouverture d’une centrale nucléaire, et retentissant sabordage de la COP 17, qui se tenait à Varsovie en novembre 2013. Marquée par le limogeage du ministre de l’Environnement en pleine conférence et l’organisation en parallèle d’un Forum mondial sur le charbon, la réunion internationale avait viré à la pantalonnade.

Une idée exotique

Principal concurrent du PO, et favori des élections (voir ici les derniers sondages), le parti de droite conservatrice Droit et Justice (PiS), du très réactionnaire Jarosław Kaczyński, ignore simplement le sujet de l’écologie sur son site de campagne. Et, tout comme le PO, le PiS n’a pas répondu à nos sollicitations malgré de nombreuses relances.

Qui veut en savoir plus devra se contenter d’errer sur les pages web des candidats régionaux. Avec leurs détails folkloriques, comme sur le site de Barbara Dziuk : cette candidate PiS en Silésie, région du sud de la Pologne particulièrement dévastée par l’industrie du charbon, intitule son programme « l’écologie pour la survie des sociétés et des nations »… tout en s’affichant un faucon de chasse sur le bras. Les déclarations fracassantes contre les énergies renouvelables ou la protection des forêts sont légion.

Pour beaucoup ici, l’écologie est une idée exotique. Le réchauffement climatique est encore souvent présenté en Pologne comme une controverse. Magdalena Błeńska, tête de liste à Gdansk du parti du musicien Paweł Kukiz, nous explique qu’il n’existe « pas de preuve de l’impact humain sur le réchauffement climatique ». Nouveau venu sur la scène politique polonaise, Paweł Kukiz s’était illustré par son score de près de 20 % aux élections présidentielles de mai 2015, et sa rhétorique démagogique, nationaliste et conservatrice. Il est crédité de 5 % à 8 % des intentions de vote.

Grèves des mineurs de charbon

Un parti écologiste existe bien, le Partia Zieloni (littéralement « Parti vert »), depuis 2004. Mais, désespérant d’atteindre un jour la barre des 5 %, seuil nécessaire à atteindre pour envoyer des députés au Parlement, il a finalement rejoint la coalition de la Gauche unie (ZL), formée, à l’initiative de la confédération syndicale OPZZ, par l’Alliance de la gauche démocratique (SLD), le Mouvement Palikot (TR), l’Union du travail (UP) et le Parti socialiste polonais (PPS).

À la clef, quelques sièges potentiels, notamment dans les villes de Wroclaw (Silésie), de Szczecin (Poméranie occidentale, au nord-ouest) et de Varsovie. Et trois points du programme commun de la coalition apportés par les écologistes : « Priorité aux énergies renouvelables, interdiction de la fracturation hydraulique, et, sur les OGM, maintenir au moins le statu quo », énumère Ewa Sufin-Jacquemart, bouillonnante candidate franco-polonaise sur la liste ZL à Varsovie. Le reste du programme est apporté par les autres composantes de la coalition : infrastructures ferroviaires, développement du vélo et protection de l’environnement, notamment.

« Le principal thème (lié à l’environnement) de ces élections est celui des mineurs », dit dans un café de Varsovie, Katarzyna Guzek, porte-parole de Greenpeace en Pologne. L’exploitation du charbon en Silésie a été marquée par des grèves dures au début de l’année 2015. Seul le parti Nowoczesna s’est prononcé pour leur arrêt, mais sa position a davantage à voir avec l’application rigide d’un vieux principe libéral : laisser mourir les activités non-rentables.

Les Verts, le nouveau parti Razem et une partie des sociaux-démocrates affichent leur soutien aux mineurs, tout en critiquant l’industrie du charbon et en pointant la nécessité d’une transition énergétique. Dans un pays où le taux de chômage reste élevé (10 % en août 2015), les classes populaires craignent de perdre leur travail.

L’encyclique du pape sur l’environnement serait... anti-polonaise

La crispation est si forte que même la voix du pape, dans un pays pourtant très à cheval sur la religion, n’est pas écoutée. Consacrée à l’environnement, l’encyclique «  Laudato si  » a essuyé un vigoureux tir de barrage en juin 2015 : le quotidien de droite Rzeczpospolita l’avait alors présentée comme «  anti polonaise  ». Le pape y déclarait que «  la technologie reposant sur les combustibles fossiles très polluants – surtout le charbon (…) – a besoin d’être remplacée, progressivement et sans retard ». Un casus belli pour Varsovie.

En plein centre de Rzeszów, ville déshéritée du sud-est du pays, Jolanta Kaźmierczak, candidate PO dans la ville, nous répète qu’il lui faudra le « soutien de l’Union européenne pour investir dans l’écologie ». Pas question, donc, de le faire sur des fonds polonais.

Quelques rues plus loin, un bus flambant neuf est stationné. Affrété par l’un des principaux portails Internet polonais, il fait le tour du pays pour recueillir les impressions des citoyens avant les élections. Norbert Litwiński, éditeur vidéo, nous confie sa perplexité sur la place de l’environnement dans la campagne.

L’absence de considération des problèmes environnementaux au niveau politique recouvre peut-être une réalité plus complexe. Le pays n’est pas imperméable à la prise de conscience. Le dernier sondage TNS mené pour Greenpeace tend à montrer que les Polonais sont de plus en plus sensibles à la question des énergies renouvelables (92 % seraient favorables à une augmentation des investissements dans ce domaine).

Mais une semaine et demie plus tard et les trois quarts du pays traversés, le verdict de Norbert Litwiński n’a pas changé : «  Malheureusement, je n’ai entendu personne parler de l’environnement. »

Au jardin sans pétrole - L’incroyable pousse de l’artichaut Christine Laurent (Reporterre) Reporterre 2015/10/24 Christine Laurent (Reporterre) (24 octobre 2015) Au jardin sans pétrole - L’incroyable pousse de l’artichaut. Reporterre. Jardin sans pétrole fr

Au jardin sans pétrole - L’incroyable pousse de l’artichaut

Mi-octobre, il est plus que temps de ramasser les dernières tomates – encore vertes. Les plants de haricots ont rejoint le compost. Et l’artichaut promet une belle descendance !

Il n’est pas raisonnable de laisser les tomates dans un potager du sud de l’Île-de-France après le 15 octobre ! Nous voici sur nos bicyclettes de bonne heure dimanche matin, seul créneau dans un week-end chargé, avec l’intention de ramasser un butin encore vert. Deux bons kilogrammes de tomates toutes vertes… Ce serait dommage de les perdre. Sur le blog Tous au potager, j’ai appris que l’on pouvait provoquer le mûrissement des tomates en les enfermant dans un papier journal, le pédoncule tourné vers le bas, avec une pomme. Oui, avec une pomme, car celle-ci dégage de l’éthylène, lequel accélère le mûrissement des fruits en général et donc des tomates. On peut aussi les laisser rougir plus lentement en les emballant sans pomme. Certaines sont marquées de cicatrices causées par la sécheresse. La peau épaisse s’est déchirée en pleine croissance mais s’est refermée sans dommage. Je crains quand même que le mûrissement artificiel ne leur soit fatal et préfère tenter un chutney tomate-citron-gingembre.

Une cure de jouvence

Le temps a basculé, les feuilles tournoient dans l’air et les dernières fleurs de haricots se sont flétries sans nous offrir les gousses espérées. Il ne reste qu’à couper les rames et à les mettre au compost. Les couper et non les arracher, afin que le sol profite de l’azote capté dans l’air par les nodules accrochés aux racines qui caractérisent les légumineuses.

La rapidité avec laquelle l’artichaut a repoussé depuis septembre est incroyable. Il atteint déjà presque 50 cm de hauteur. Planté en mars 2014, il faudra l’année prochaine le rajeunir car l’artichaut (Cynara scolymus), qui appartient à la grande famille des composées, ne produit ses jolies fleurs comestibles que pendant trois ans. Ensuite, lit-on dans les ouvrages de jardinage, la taille des fleurs décline. Cette cure de jouvence nécessite un peu d’adresse puisqu’il s’agit de détacher sans les abîmer des sortes de rejets, les « œilletons », qui poussent à la base du vieux pied, sans blesser ce dernier pour éviter que la pourriture ne s’installe. En regardant le pied, on voit bien tous ces petits rejets mais nous attendrons la fin de l’hiver pour mettre en œuvre cette opération délicate, avec, à la clé, une descendance que l’on souhaite abondante.

Mort de Rémi Fraisse : les arrangements des gendarmes avec la vérité Par Marine Vlahovic (Reporterre) Reporterre 2015/10/24 Par Marine Vlahovic (Reporterre) (24 octobre 2015) Mort de Rémi Fraisse : les arrangements des gendarmes avec la vérité. Reporterre. Enquête — Sivens fr

Mort de Rémi Fraisse : les arrangements des gendarmes avec la vérité

Reporterre a pu prendre connaissance du retour de la commission rogatoire remise aux deux juges d’instruction en charge de l’enquête sur l’homicide de Rémi Fraisse le 26 octobre 2014. Il apparait que les gendarmes déployés ce soir-là sur la ZAD de Sivens dans le Tarn ont arrangé leurs témoignages pour se couvrir et assurer les arrières de leur hiérarchie.

- Toulouse, correspondance

Que s’est-il exactement passé la nuit du décès de Rémi Fraisse, naturaliste qui a perdu la vie après avoir reçu une grenade offensive dans le dos ? Un an après les faits, la conclusion d’une enquête administrative et l’ouverture d’une information judiciaire, les circonstances de la mort du jeune homme de 21 ans sur la Zad de Sivens ne sont pas éclaircies.

Comme le révélait Reporterre en début de semaine, la première phase de l’enquête ouverte dans le cadre d’une information judiciaire pour « violences par personne dépositaire de l’autorité publique ayant entrainé la mort sans intention de la donner » est truffée de zones d’ombres et de contradictions. Des incohérences à peine relevées par les enquêteurs de la Section de recherches de Toulouse et de l’Inspection générale de la gendarmerie nationale qui ont procédé aux investigations censées faire la lumière sur le décès de Rémi Fraisse.

Ces inexactitudes concernent en premier lieu le chef J., le lanceur de la grenade mortelle. À la tête d’un petit groupe de militaires baptisé « Charlie 1 », ce maréchal des logis se déploie avec son équipe sur le flanc sud/sud-est de la zone de chantier. Une base de chantier entourée de grillages et de fossés censée être défendue par les forces de l’ordre ce soir-là. À 1 h 45 du matin, face à des opposants qu’il juge dangereux, il dégoupille une grenade offensive et la lance à la main dans une zone « dégagée de toute personne ».

Le chef J. a-t-il utilisé les jumelles à vision nocturne ou pas ?

Quelques secondes après, les gendarmes distinguent une silhouette au sol. Il s’agit du corps de Rémi Fraisse. Avant d’exécuter son geste, le chef J. affirme aux enquêteurs qu’il a reculé de quelques mètres pour récupérer des jumelles à vision nocturne afin de d’observer la zone. Les jumelles, aussi appelées IL pour intensificateur de lumière, sont gardées par des militaires, autour d’un véhicule . Ces gendarmes contredisent la version du maréchal des Logis : « Au début, il a observé toute la zone mais par la suite, je ne pense pas », déclare l’un d’entre eux. Tandis que l’autre doute sérieusement de la version de son chef : « J’ai du mal à vous dire précisément si, juste avant le jet de sa grenade, il est venu observer la zone avec les “IL” », dit-il.

Pourtant, informé au cours de son audition de ces versions contradictoires, le chef J. persiste et signe : « Je maintiens que je suis venu de temps en temps pour effectuer des observations. » Les enquêteurs n’insistent pas pour éclaircir cette incohérence. D’autant que de nombreuses zones d’ombres apparaissent quant à la question d’un projecteur utilisé par les gendarmes pour éclairer ou non la zone. Certains attestent qu’il a servi. Alors que d’autres affirment qu’il ne fonctionnait pas.

Les gendarmes ont-ils ou non reçu des ordres de « fermeté » ?

Le chef J. et ses hommes ne sont pas les seuls à fournir des récits contradictoires aux enquêteurs. Leur hiérarchie fait également preuve d’imprécision. Ainsi, le commandant de gendarmerie mobile, qui a déclaré quelques heures après les faits que « le préfet du Tarn, par l’intermédiaire du commandant de groupement, nous avait demandé de faire preuve d’une extrême fermeté avec les opposants », comme l’avait révélé Médiapart en novembre 2014, est revenu sur ses propos lors de sa deuxième audition en déclarant : « Je ne suis pas certain qu’il ait parlé d’extrême fermeté, mais je confirme l’idée de fermeté. Je précise qu’il a également parlé d’apaisement vis à vis des opposants. » À 1 h 1, ce même commandant a donné l’ordre d’utiliser des grenades offensives, estimant que ses troupes sont en état de danger mais en affirmant pourtant « terrain tenu, pas de gros soucis ».

Il atteste informer régulièrement le Centre d’opérations et de renseignement de la gendarmerie (CORG) de la suite des évènements. Pourtant, aucun de ses appels n’est relevé pendant 50 minutes, jusqu’à l’annonce d’une silhouette au sol. Et ce, alors même que pendant ce laps de temps, la situation est censée être très violente, voire « apocalyptique », selon le terme utilisé par un gendarme au cours d’une audition.

Les gendarmes ont-il reçu l’ordre de procéder à des interpellations ?

Autre question cruciale : y a-t-il eu volonté d’interpeler des manifestants ? Le commandant de gendarmerie mobile déclare avoir eu ce jour-là pour consigne de procéder à des interpellations. Il précise même que, dans la journée, le directeur général (de la gendarmerie) lui a spécifié par texto : « On est attendu sur les interpellations. » Cette version est contredite par le gradé en charge de l’opération du maintien de l’ordre : « Pas de sortie pour aller interpeller ou provoquer les opposants », affirme-t-il avoir reçu pour consigne. Mais selon les appels émis par les forces de l’ordre cette nuit-là, un officier de la police judiciaire de la gendarmerie, et donc apte à constater des délits, aurait été désigné dès 1 h 6 du matin et serait arrivé sur la Zad de Sivens à 1 h 20.

Des vidéos tournées par la gendarmerie pendant les affrontements sont jugées inexploitables par les enquêteurs. Impossible, disent-ils, de s’appuyer sur elles pour éclaircir les conditions de la mort de Rémi Fraisse. Et pour cause, la caméra est orientée de l’autre côté de la zone de vie, là où se trouvaient selon les dires des gendarmes les manifestants les plus virulents. Ces images de très mauvaise qualité et sombres offrent pourtant des enregistrements sonores très intéressants. Ainsi, dès 1 h 29, soit un quart d’heure avant la mort de Rémi, il est fait question d’une « Personne interpellée... Expulsée à l’arrière du dispositif » dans une retranscription déposée sur PV. Il s’agit d’une manifestante tombée à terre et secourue par les forces de l’ordre. Au cours de leurs auditions, les gendarmes précisent qu’elle a été relâchée, en raison de l’absence d’un officier de police judiciaire sur place. Or, ce dernier serait arrivé sur les lieux dix minutes avant, comme mentionné plus haut.

Y a-t-il eu « bonds offensifs » ou les gendarmes sont-ils restés « en défense » ?

Ces images, considérées comme inutiles par les enquêteurs, présentent pourtant un intérêt certain. Trois retranscriptions et analyses différentes de la même bande-vidéo sont versées au dossier. La première version est une retranscription effectuée quelques jours après les faits, tandis que la seconde est exécutée quelques semaines après. La troisième, en revanche, est une audition du gendarme-caméraman, qui analyse fichier après fichier les images qu’il a lui-même tournées. Or, au fil des différentes transcriptions, le contenu des vidéos semble changer sensiblement. Comme si l’on avait ré-écrit le déroulé des faits.

Ainsi, à 1 h 53, lorsque le corps de Rémi est encore à terre, la première version, qui a l’avantage de donner des citations très parlantes, indique qu’un gendarme déclare : « Stop pour les F4... Il est là-bas le mec. OK, pour l’instant on le laisse », avant d’insister : « C’est bon, il va se relever… Il va se relever, c’est bon. »

Dans la deuxième version, ces paroles paniquées disparaissent et laissent place à un récit laconique : « On constate des lumières venant des manifestants et des feux sur le glacis. On entend des tirs et des explosions de grenade. » Quant au gendarme qui analyse ces images, il n’en fait pas mention et se contente de transcrire autre chose : « Une voix demande où se trouve le laser, quelqu’un répond qu’il était sur la droite tout à l’heure. Il doit s’agir d’un manifestant qui nous éblouissait avec un laser et que j’avais déjà aperçu. »

Toujours dans ces extraits vidéos retranscrits sur PV, il est noté qu’à 2 h du matin, les gendarmes font une sortie pour aller chercher le corps de Rémi Fraisse. Le chef (sans que l’on sache lequel) demande à deux reprises : « Il respire ou quoi ? » Ces paroles disparaissent totalement de la deuxième transcription mais réapparaissent au cours de l’audition du gendarme. À 2 h 3, selon la première transcription, un gendarme dit : « Il est décédé, le mec... Là, c’est vachement grave... Faut pas qu’ils le sachent. » Une déclaration savamment reformulée au cours des deux transcriptions suivantes où le terme « mec » disparaît.

Après une dernière vidéo de 4 secondes à 2 h 3, le gendarme ne filme plus rien pendant dix minutes. Dix longues minutes durant lesquelles le corps de Rémi Fraisse est au contact des gendarmes sur la « zone de vie ». Dix longues minutes durant lesquelles la caméra n’a pas capté ce qui s’est dit.

Pourquoi la vidéo s’interrompt-elle au moment fatidique ?

Enfin, à 2 h 13, après ce « trou noir », les captations vidéos reprennent, jusqu’à la fin des affrontements et sans qu’il soit fait mention de l’évènement dramatique et de ses suites. Le gendarme annonce pourtant un déchainement de violence et des jets de cocktails Molotov, qui sont pourtant absents à l’image. Il justifie ses commentaires par un manque de temps : « Le temps que je rallume, les faits se sont déjà passés. C’est pour cela que j’annonce ce qu’il s’est passé, même si on ne le voit pas sur les images », déclare-t-il aux enquêteurs.

Ces nombreuses contradictions pourraient dissimuler des faits bien plus graves. C’est-à-dire des charges lancées par les gendarmes contre les manifestants, alors même que depuis la mort de Rémi Fraisse, les forces de l’ordre ont toujours déclaré devoir défendre « la zone de vie » où ils étaient censés être retranchés. Mais des « mouvements » de groupes de gendarmes sont mentionnés dans les transcription de la bande-vidéo qui parlent de « bond offensif » sur la façade nord de la zone de chantier dès 1 h 39 du matin. Soit quelques minutes avant la mort de Rémi. Une audition de gendarme atteste quant à elle d’un second bond offensif effectuée par un autre groupe.

Les enquêteurs ont-ils fait suffisamment cherché à entendre les témoins civils ?

Ces informations semblent donc confirmer différents témoignages de manifestants présents ce soir là et recueillis par Reporterre. Des opposants affirment que des charges ont eu lieu cette nuit-là, notamment sur le flanc nord-est de la « zone de vie ». Le témoin Christian Decoster, quant à lui, est formel : un assaut a aussi été effectué sur le flanc sud/sud-est de la base du chantier juste avant que Rémi Fraisse ne tombe à terre.

Christian, que Reporterre a interviewé à plusieurs reprises, est l’un des rares opposants à avoir assisté de près à la scène. Il formule le désir de témoigner devant la justice pour attester de ce qu’il a vu cette nuit-là. M. Decoster n’a pas été entendu par les enquêteurs, contrairement à un autre témoin direct de la scène, entendu trois jours seulement après le drame. Il était alors précis sur la position et les mouvements des gendarmes mobiles : « lls étaient positionnés sur la droite et la gauche de cet enclos. Par moment, ils sortaient pour charger. » Une déclaration que les enquêteurs ont tout de suite signalée comme « n’apportant rien quant à la révélation des faits ».

Ce témoin est revenu sur ses déclarations quelques semaines plus tard. Au cours de sa deuxième audition, il s’est rétracté en insistant sur le fait que les forces de l’ordre « tenaient une position. Ils étaient dans une zone de vie ».

A-t-il subi une pression entre temps ? Un autre témoin oculaire entendu par les enquêteurs et qui a déclaré avoir « vu des projectiles tirés depuis la zone des gendarmes en tir tendu vers les manifestants » et vu les gendarmes trainer Rémi Fraisse a, lui, refusé de signer son procès-verbal d’audition et donc de confirmer ses déclarations, après avoir précisé que la dernière chose entendue provenant des forces de l’ordre avant qu’il ne quitte la zone était une insulte : « Bande de petits P.D. ! »

Dans une tribune publiée dans Le Monde en date du vendredi 23 octobre, (télécharger la tribune, à droite) Tribune des parents de Rémi Fraisse la famille de Rémi Fraisse a lancé un appel à témoin auprès des manifestants. « Un non-lieu serait terrible », déclarent les parents et la sœur de Rémi, qui interpellent : « Toutes les personnes présentes à côté de lui et qui peuvent nous expliquer comment cela s’est passé, où il était, ce qu’il a dit. Nous leur demandons, en son nom, pour lui, pour que de tels actes ne se reproduisent plus jamais sur notre sol, de venir témoigner pour nous aider à faire la lumière sur cet événement dramatique pour la nation toute entière. Nous voulons comprendre. » Les manifestants présents sur le lieu des affrontements lors de du décès du jeune naturaliste pourront se déclarer et être entendus directement par les juges d’instruction, et pas par les gendarmes, qui n’ont visiblement pas intérêt à ce que la vérité éclate.

Les trois questions cruciales

Si l’on doit résumer les éléments cruciaux que doit considérer la justice pour établir la vérité sur l’homicide de Rémi Fraisse et évaluer les responsabilités de ce drame, trois questions émergent :

- les gendarmes présents sur la zone ont-ils reçu de leur hiérarchie militaire et civile (le gouvernement) l’ordre de procéder à des interpellations durant la nuit du 25 au 26 octobre ?

- les gendarmes ont-ils procédé à des « bonds offensifs » visant à interpeller des manifestants ou à un autre but, ou sont-ils restés sur la défensive dans la « zone de vie » ?

- y a-t-il eu, durant l’enquête, volonté de dissimuler ou de travestir certains faits ?

Négociations climatiques : il va falloir passer la seconde ! Émilie Massemin (Reporterre) Reporterre 2015/10/24 Émilie Massemin (Reporterre) (24 octobre 2015) Négociations climatiques : il va falloir passer la seconde !. Reporterre. Climat : de COP en COP fr

Négociations climatiques : il va falloir passer la seconde !

Pour la dernière fois avant la COP 21, les 195 États négociateurs se sont réunis pour avancer au maximum vers un accord ambitieux pour le climat. Las, le texte adopté reste très flou et les discussions sur le fond n’ont toujours pas commencé.

Les 195 États-parties de la Convention-cadre des Nations unies sur le changement climatique étaient réunis à Bonn, en Allemagne, du 19 au 23 octobre. Objectif : avancer un maximum dans les négociations avant la COP 21, qui se déroulera du 30 novembre au 11 décembre, à Paris. Cette grande conférence climat doit aboutir à la signature d’un accord universel visant à contenir le changement climatique sous la barre des 2 °C.

Après cinq jour de négociations, ils ont finalement adopté un projet d’accord de 55 pages. « La crise a été évitée, apprécie Alix Mazounie, du Réseau action climat (RAC) France. Il faut dire que le Mexique est sur le point d’être frappé par l’ouragan Patricia de catégorie 5. Le président de la délégation mexicaine était au bord des larmes lors de la plénière de clôture. Le début de semaine a également été marqué par le passage du typhon Koppu aux Philippines. Ces phénomènes climatiques extrêmes ont mis la pression aux négociateurs. »

Les États ont pratiqué des « insertions chirurgicales »

La route a été longue avant d’en arriver là. Le 4 septembre dernier, à l’issue de cinq jours de négociations à Bonn, les 195 États avaient rendu un projet d’accord de 83 pages – bien trop long et fourre-tout pour être un outil de discussion efficace. Les deux coprésidents des négociations climatiques, Ahmed Djoghlaf et Daniel Reifsnyder, mandatés par les délégations, avaient donc toiletté le texte jusqu’à ce qu’il ne fasse plus que 20 pages.

Dès sa publication début octobre, le texte proposé par les coprésidents avait été vivement critiqué par les ONG pour son manque d’ambition. « Comment prétendre s’attaquer aux vrais moteurs du réchauffement de la planète avec un accord qui ne fera aucune référence aux énergies fossiles, dont la combustion représente 80 % des émissions de gaz à effet de serre ? Un accord qui n’évoquera pas les énergies renouvelables, qui nécessiteraient pourtant de puissants mécanismes de transferts financiers et technologiques internationaux ? » s’est interrogé Attac, dans un communiqué.

Lundi 19 octobre, à l’ouverture des discussions, la négociatrice française Laurence Tubiana a également dénoncé un texte qui manquait « d’ambition sur tous les points ». Le G77 + Chine, qui regroupe 134 pays en développement et émergents, a accusé le texte d’être « extrêmement déséquilibré » et de ne pas tenir compte de leurs propositions (appelées « options » dans le jargon onusien). Ulcérée, la déléguée sud-africaine, Nozipho Mxakato-Diseko, porte-parole du groupe, est allée jusqu’à accuser les coprésidents d’avoir rétabli « l’apartheid ».

Finalement, les coprésidents ont accepté que les États pratiquent des « insertions chirurgicales » dans le texte, en y réintégrant les propositions qui leur tenaient à cœur. « Toutes les idées ont donc été remises dans le texte, mais plus claires et mieux organisées qu’après la session de Bonn de septembre », résume Alix Mazounie.

Les meilleures propositions côtoient les pires

Le problème, c’est que ce nouveau texte ne permet pas d’avoir une idée précise de ce que contiendra l’accord de Paris. Les meilleures propositions côtoient les pires. « Par exemple, sur la mise en place d’un mécanisme de pertes et dommages qui permettrait d’indemniser les pays en développement victimes de catastrophes climatiques, les options sont extrêmement différentes, observe Alix Mazounie. La première définit précisément un mécanisme très ambitieux. La deuxième propose carrément de supprimer le mécanisme de l’accord. » Ce texte a donc le potentiel d’un accord ambitieux... ou catastrophique.

Plus grave, les États n’ont pas encore commencé à négocier sur le fond, c’est-à-dire à choisir quelles options seront maintenues dans l’accord final.

Or, d’importants points d’achoppement subsistent :

- Les financements climat : en 2009, les pays développés se sont engagés à mobiliser 100 milliards de dollars par an d’ici à 2020 pour aider les pays en développement à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre, et à s’adapter aux conséquences du changement climatique (sécheresses, inondation, montée du niveau des mers, etc.). Les pays en développement n’ont pas l’intention de signer un accord contraignant sur le climat si les pays développés ne présentent pas de garanties solides qu’ils honoreront cet engagement. Mais « le groupe “parapluie” (Australie, Canada, Japon, Nouvelle-Zélande et États-Unis) refuse d’intégrer tout engagement financier chiffré au projet d’accord », déplore Alix Mazounie.

- Un objectif de long terme : les pays insulaires, très menacés par la montée du niveau des mers, plaident pour que le réchauffement climatique soit contenu sous la barre de 1,5 °C d’ici à la fin du siècle. Mais d’autres Etats refusent tout objectif précis et préfèrent des formulations plus floues (« neutralité carbone » sans date butoir, par exemple).

- La révision à la hausse des contributions nationales des États : à ce jour, 154 pays ont présenté leurs objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2025 ou à 2030. Ces engagements couvrent 90 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Mais ils ne sont pas suffisamment ambitieux pour contenir le réchauffement climatique sous la barre des 2 °C. La trajectoire qui se dessine est plutôt une hausse des températures entre 2,7 et 3,4 °C, d’après une étude de Climate Action Tracker. Un mécanisme de révision à la hausse des objectifs des contributions nationales serait donc nécessaire. Pourtant, cette idée ne fait pas l’unanimité : certains États refusent qu’un tel dispositif soit obligatoire.

Un gros travail reste à faire. « Ces négociations n’auront pas lieu avant la COP 21, indique Alix Mazounie. Heureusement, il reste quelques rendez-vous politiques importants d’ici là. En particulier, la pré-COP, qui se déroulera du 8 au 10 novembre et rassemblera entre 80 et 100 ministres. Et bien sûr, l’ouverture de la conférence climat le 30 novembre, où les chefs d’État ont la possibilité d’annoncer de nouveaux engagements financiers et ainsi envoyer un signal fort en faveur d’un accord ambitieux. »

Les dessous de la cacophonie climatique Sylvestre Huet Reporterre 2015/10/24 Sylvestre Huet (24 octobre 2015) Les dessous de la cacophonie climatique. Reporterre. Climat fr

Les dessous de la cacophonie climatique

Que faut-il savoir du dossier climatique pour prendre part au débat citoyen sans se faire duper ? Que valent les slogans des uns et des autres ?

Pour faire le tri dans la cacophonie des discours contradictoires où se mêlent arguments économiques et sociaux, résultats scientifiques et convictions idéologiques, il convient de prendre du recul et de dire les choses telles qu’elles sont, même si ça fait mal !

L’auteur : Sylvestre Huet est journaliste à Libération. Spécialisé dans le domaine de l’information scientifique, il suit le dossier climatique depuis plus de trente ans. Il propose ici un antidote aux simplifications abusives qui polluent ce débat décisif pour l’avenir de nos sociétés, mais aussi pour l’évolution de l’environnement naturel dans lequel nous vivons.

Les Dessous de la cacophonie climatique, Sylvestre Huet, La Ville brûle, 144 p., 10 euros

Source : La Ville brûle

Rémi Fraisse : ses parents disent leur peine et leur vœu de vérité Reporterre 2015/10/24 (24 octobre 2015) Rémi Fraisse : ses parents disent leur peine et leur vœu de vérité. Reporterre. Tribune — Sivens fr

Rémi Fraisse : ses parents disent leur peine et leur vœu de vérité

Depuis un an, Jean-Pierre et Véronique, les parents de Rémi Fraisse, sont restés silencieux, par affliction et pour laisser la justice avancé. Aujourd’hui, ils s’expriment. Dans une lettre confiée à Reporterre, la maman de Rémi s’adresse à son fils. Et son père demande à ce que justice soit faite.

Rémi.

Rémi Fraisse.

Rémi, ce prénom ne nous appartient plus.

Ce prénom, que l’on attache à d’autres mots, certains qui lui étaient même inconnus, comme « zadiste », zadiste, qui d’ailleurs a perdu dans l’esprit des gens sa valeur première. Ce prénom utilisé, récupéré en fonction des intérêts, des idées, des couleurs ou croyances de chacun... ou même par ignorance, malveillance, voire les deux réunis pour faire le buzz ou, tout simplement, pour répéter ce qui se dit.

Ce prénom devenu un nom commun, sans aucune attache à un être vivant, celui qu’il a pu être. Un être aimant la vie, au regard bienveillant et aux yeux pétillants. Un être de partage, ayant des valeurs et ne laissant personne sur son chemin.

Si tu savais ce que l’on dit de toi, ou fait de ton prénom... Que penserais-tu de tout cela ? Ces vivants-là, ont-ils des enfants, ont-ils un cœur ? Qu’on-t-il fait des richesses de l’amour, de la solidarité, du partage, du respect, et de nos différences...

Nous avons eu le bonheur de partager ta vie pendant 21 ans. De t’apprécier à ta juste valeur, toi, derrière ce prénom. Heureusement, nos souvenirs de toi, Rémi, nous appartiennent à jamais.

De nombreuses organisations, associations et syndicats se sont organisés en ta mémoire pour un rassemblement le 25 octobre. Il me semble indécent que cette marche pacifique nous ait été refusée.

Véronique, ta maman

Jean-Pierre Fraisse : "J’espère que la lumière va se faire"

Depuis un an, le père de Rémi Fraisse est resté silencieux. Aujourd’hui, il se livre, pour que justice soit faite, et que la vérité du drame de Sivens surgisse officiellement.

Reporterre - Vous vous êtes peu exprimé dans les médias, et on sait finalement peu de choses sur la personnalité de votre fils. Pouvez-vous nous raconter Rémi en quelques mots ?

Jean-Pierre Fraisse - Rémi était un garçon très sensible, musicien, intelligent. Il aimait la nature et avait décidé d’y consacrer sa vie. Après son bac scientifique option Sciences de la vie et de la terre (SVT), il avait décidé de faire un BTS en environnement. Il ne pouvait pas penser que l’environnement serait peut-être la cause de son décès, malheureusement.

Que pouvez-vous répondre à ceux qui ont souvent avancé que Rémi n’avait rien à faire sur la Zad de Sivens ce soir-là ?

On est dans un État de droit, en France le droit de manifester est reconnu, et est là pour aider la démocratie à survivre. Si on ne peut plus manifester, et qu’on ne peut que faire des élections tous les cinq ans, ce sera la fin de la démocratie. Certains diront que Rémi était au mauvais endroit au mauvais moment, mais je pense tout le contraire. Dans un cas comme ça, il ne doit pas y avoir de « mauvais endroit au mauvais moment ». Il est de la responsabilité des gens qui font le maintien de l’ordre d’apaiser les choses, d’essayer de les circonscrire, de les maîtriser et de ne pas se mettre dans des positions de résistance, d’affrontement, d’utilisation de grenades complètement inappropriées.

Rendez-vous compte qu’on a envoyé contre Rémi une grenade de guerre, sa charge explosive est de 70 grammes, si je ne dis pas de bêtises, c’est le type de grenade mise au point en 14-18 dans les tranchées contre les Allemands. Mon fils est mort de ça. Grand paradoxe puisque ses arrières-grands-parents paternels ont participé à cette guerre,l’un a été décoré de la Légion d’Honneur, et l’autre de la Croix de Guerre. Mais on a quand même lancé sur cet enfant ce type de grenade. Je pense que c’est un scandale. C’est incompréhensible.

Près d’un an après la mort de votre fils, où en est l’enquête judiciaire ?

Nous sommes dans l’expectative. Une juge d’instruction est nommée, nous pensons qu’il faut que la justice suive son cours. Le temps de la justice n’est pas forcément le temps "normal". Nous espérons toujours que l’enquête va vraiment déterminer les responsabilités des uns et des autres. Il faut savoir que nous ne voulons pas absolument que la personne qui a lancé cette grenade soit la victime expiatoire de problèmes d’organisation, de méthodes qui ont cours apparemment couramment dans la gendarmerie mobile. Chacun doit prendre ses responsabilités, y compris au plus haut niveau, et au plus haut niveau de la gendarmerie, c’est cela que j’aimerais.

Avez-vous l’impression que la lumière est en train de se faire ?

Aujourd’hui, je n’ai pas cette impression-là. Ce type d’enquête est très difficile, il y a beaucoup d’enjeux. Ce sont tout de même des gendarmes censés circonscrire la violence, et ce sont eux qui ont lancé la grenade sur Rémi… Les circonstances sont très difficiles à éclaircir. J’espère que la lumière va se faire, mais quand, je ne sais pas. Nous avons tous cet espoir, en particulier la maman de Rémi et sa sœur.

De nombreuses questions sont en suspens ?

Oui, pour l’instant, il y a les versions contradictoires des uns et des autres sur la façon dont tout cela s’est passé. Nous comptons beaucoup sur les témoignages de personnes qui étaient sur place à ce moment-là et qui n’ont peut-être pas osé encore jusqu’à maintenant se déclarer, qu’elles viennent dire ce qu’elles ont vu réellement. Savoir si les gendarmes, contrairement à ce qu’ils prétendent, ne faisaient pas des sorties offensives sur les bords de la zone de chantier [la ’zone de vie’ à côté de laquelle Rémi a été tué NDLR] et qu’ils étaient censés défendre. Il y avait beaucoup de blessés ce soir-là, il y a des gens qui peuvent venir témoigner de la violence exercée ce soir-là. Il y a des gens qui peuvent aussi témoigner de la façon dont Rémi a été traîné sur le sol sur 40 mètres, son sang tachant la terre sur une vingtaine de mètres. Est-ce qu’ils ont vu cette scène ? Comment s’est-elle passée ? Aujourd’hui, nous avons besoin d’éclaircissements pour contre-balancer les témoignages qui ont été produits.

- Propos recueillis par Marine Vlahovic

Les fausses promesses du gaz de schiste polonais Vladimir Slonska-Malvaud et Henri Le Roux (Reporterre) Reporterre 2015/10/26 Vladimir Slonska-Malvaud et Henri Le Roux (Reporterre) (26 octobre 2015) Les fausses promesses du gaz de schiste polonais. Reporterre. Reportage — Europe fr

Les fausses promesses du gaz de schiste polonais

Pionnière dans l’exploration du gaz de schiste en Europe, la Pologne a surestimé ses réserves et sa capacité à les exploiter. Au bout du compte, beaucoup de vent et peu de gaz. Mais le vainqueur aux élections législatives du dimanche 25 octobre, le parti Droit et justice, soutient cette industrie.

- À Wysin (Pologne), reportage

Du cimetière de Wysin, on aperçoit la grande tour métallique marquée du logo PGNiG, la compagnie pétrolière publique polonaise. En ce mois d’octobre, ce petit village du nord de la Pologne, à quelques dizaines de kilomètres du grand port de Gdańsk, sur la Baltique, abrite le seul puits de gaz de schiste en activité dans le pays. Énorme machine qui s’enfonce dans le sol, projette de l’eau, du sable et des additifs chimiques sous grande pression à plus de cinq kilomètres de profondeur. La roche, brisée, libère le gaz qu’elle contient.

Cette technique non conventionnelle d’extraction des hydrocarbures, appelée fracturation hydraulique, devait apporter indépendance énergétique, emplois et argent frais à la Pologne. En 2011, les ressources étaient estimées par l’Agence états-unienne sur l’énergie à plus de 5300 milliards de m³. Les dernières estimations ont fait état de 346 à 768 milliards de m³ exploitables. Le nombre de concessions est passé alors de 58 à 32. L’ensemble des compagnies étrangères a quitté le pays.

La Plate-forme civique, le parti de droite libérale au pouvoir depuis 2007, voulait marcher dans les pas des États-Unis, grand producteur de gaz et d’huiles de schiste. Une bande partant de la Baltique, au nord-ouest, jusqu’à la frontière ukrainienne, au sud-est, a été découpée en de multiples concessions. L’affaire était entendue. En 2011, l’exploitation commerciale a été annoncée pour 2014, puis reportée jusqu’à nouvel ordre : la roche se révèle difficile à fracturer et les réserves moins importantes que prévu. Le prix du gaz a chuté. Signe des difficultés rencontrées, seuls 63 puits avaient été réalisés en juin 2014. Aucun n’a dépassé le stade de l’exploration. « Il est très probable que le gaz de schiste ne voit pas le jour avant au moins 20 ans », prévoit Zbyszek Karaczun, vice-président du Club écologique polonais, l’une des principales ONG de défense de l’environnement. « Nous avons beaucoup de chance, en Pologne, que le gaz soit si difficile à exploiter », se félicite Hieronim Więcek, membre du Partia Zieloni (les Verts).

« C’est de la propagande »

« Pour les industriels, la surestimation des gisements de gaz de schiste permet de faire passer au second plan les risques liés à leur exploitation », avertissait déjà le directeur de l’Institute for Policy Research and Development de Brighton, Nafeez Mosaddeq Ahmed, en mars 2013. Pourtant, contrairement à des pays comme le Royaume-Uni ou la France, où la mobilisation a jusque-là tempéré les velléités d’exploiter le gaz de schiste, le sujet a peu mobilisé en Pologne. L’emblématique lutte de Żurawlów, dans le sud-est du pays, est restée une exception. La compagnie états-unienne Chevron, qui détenait la concession, a jeté l’éponge en février 2015 après 400 jours de combat.

Ailleurs, la lutte n’est pas vraiment parvenue à mobiliser les citoyens. Comme dans le petit village de Szalenik, un peu plus au sud. Ici, PGNiG est venu, a foré, est reparti. Tout près des maisons, la présence du puits est aujourd’hui insoupçonnable. Les habitants ne semblent pas passionnés par le sujet. « Les gens qui ne sont pas directement impactés ne s’intéressent pas à la question », regrette Aneta Wadowska, militante originaire de Gdańsk et cofondatrice du groupe anti-fracturation Złupieni.

Même constat à Wysin. Dans le cimetière, un prêtre s’improvise traducteur. « Peut-être que si cela marche, cela apportera du travail », se demande Krystyna Stolc, sans lâcher des yeux la tour de PGNiG. « Je n’y connais pas grande chose, mais je pense que c’est bon pour l’environnement », abonde Kamila Bilicka, professeur d’anglais dans l’école publique de Wysin. Karol Ducher, son directeur, poursuit : « C’est aussi bon parce que nous avons plus d’argent. » Selon eux, PGNiG financerait depuis deux ans les activités de l’école : sorties scolaires, visites de l’installation, et… concours sur le thème de l’environnement. « C’est de la propagande », lance Eugeniusz Cempa, président de l’Association pour la protection de l’environnement et riverain du puits de forage de Wysin.

Du côté des compagnies impliquées, c’est le black-out. « Nous n’avons pas de nouvelles sur (le sujet des gaz de schiste) », nous écrit l’équipe de communication de PGNiG, qui refuse de nous rencontrer. PKN Orlen, l’autre compagnie polonaise impliquée dans les gaz de schiste, se tait également, tout comme le très officiel Institut géologique polonais. Au ministère de l’Environnement, on passe d’interlocuteur en interlocuteur, sans réponse. À Wysin, le responsable du puits de forage de PGNiG reste mutique. Tout juste parvenons-nous à jeter un œil par la porte d’un préfabriqué : des machines à laver qui tournent. Même le blanchissage n’est pas pour l’économie locale. Tous nos interlocuteurs s’accordent d’ailleurs sur l’absence de bénéfices pour la commune : « C’est impossible que cela crée des emplois, assure Eugeniusz Cempa. Ce sont des emplois très spécialisés. »

Un coût économique exorbitant

Pour les opposants, le prix à payer pour ces essais risque d’être élevé. Bien que le site web de promotion du gaz de schiste de PGNiG n’en touche mot, les témoignages se succèdent depuis plusieurs années déjà sur les dégâts que peut causer ce type d’extraction. Dans le nord de la Pologne, on s’inquiète d’abord pour l’eau. « La nappe phréatique est à environ 100 mètres de profondeur », s’alarme Eugeniusz Cempa. Le puits, avec ses 5000 mètres à la verticale et ses 2500 mètres de fracturation horizontale, la traverse donc de part en part. Sans compter la très grande quantité d’eau nécessaire à la fracturation hydraulique et les autres nuisances. « C’est un peu bruyant pour les habitants ici », admet Karol Ducher. « Contrairement aux États-Unis, il y a beaucoup de villages en Pologne. J’ai vu des puits si près des maisons », raconte Aneta Wadowska. Le coût économique est aussi exorbitant : les compagnies nationales, dépendantes de la volonté politique de Varsovie, s’entêtent. Or le forage d’un puits peut se chiffrer à plus de 12 millions d’euros.

Qui triomphera de la volonté politique ou des contraintes économiques ? « Kaczyński (candidat pour le parti de droite conservatrice Droit et justice et favori des élections législatives tenues hier) est favorable aux gaz de schiste. Mais ce ne sera pas facile », analyse Hieronim Więcek. « Le futur du gaz de schiste polonais n’est absolument pas mort », assure de son côté Paweł Nierada, « expert en énergie » à l’institut Sobieski, un cercle de pensée néolibéral et conservateur. « Je crois que les incertitudes liées au cadre réglementaire polonais sont la principale raison du départ des grandes multinationales », continue-t-il. Une affirmation à faire sourire Ewa Sufin-Jacquemart, candidate des Verts à Varsovie. Un projet de « loi spéciale sur les hydrocarbures » avait été présenté fin 2014 par le gouvernement : « Cette loi d’exception est terrible et non démocratique parce qu’elle se pose au-dessus de toutes les lois », assène-t-elle. Gelée depuis, la proposition pourrait refaire surface à l’issue des élections de ce dimanche. « Les associations ont acquis des connaissances, avertit Hieronim Więcek. Nous aurons moins de mal à informer les gens. »

Dans le Finistère, une manifestation calme pour dénoncer l’usine à grenades Nicolas de La Casinière et Lucas Mascarello (Reporterre) Reporterre 2015/10/26 Nicolas de La Casinière et Lucas Mascarello (Reporterre) (26 octobre 2015) Dans le Finistère, une manifestation calme pour dénoncer l’usine à grenades. Reporterre. Reportage — Libertés fr

Dans le Finistère, une manifestation calme pour dénoncer l’usine à grenades

Dans le Finistère, une usine méconnue fabrique grenades et balles, utilisées pour la répression policière, et qui souvent, tuent et blessent. Contre cette usine de mort, manifestations et débats ont eu lieu ce week-end. Reporterre y était.

- Pont-de-Buis (Finistère), reportage

Peint sur une toile de quatre mètre de large, le visage de Rémi Fraise avec la mention « Rémi, présent dans nos luttes » ouvrait le campement sur une butte face à l’usine Nobel Sport de Pont-de-Buis. Un périmètre de cent hectares collé au bourg, où se fabriquent des grenades lacrymogènes et des munitions de lanceurs de balle de défense. Du matériel utilisé pour la répression des manifestations, à Sivens ou à Notre-Dame-des-Landes, au Burkina Faso, au Bahreïn et partout en France. Et aussi dans ce petit bourg du Finistère où la poudrerie royale a été fondée par Colbert sous le règne de Louis XIV.

Les trois jours « de rencontres et d’actions », du vendredi 23 octobre à dimanche 25, initiés par des militants de l’Ouest, Rennes et Nantes, des zadistes et des Finistériens, ont vu la police faire de la poudrerie un camp retranché, interdisant toute approche de l’usine. Par trois fois, les manifestants, 300 à 500 selon les jours, ont buté devant les camions grilles de la gendarmerie barrant les ponts d’accès et les carrefours.

Les deux premières fois, les manifestants ont tourné le dos à ces blocus policiers fortement gardés. Vendredi après midi, une conférence de presse de « l’assemblée des blessés par la police » et de leurs familles s’est tenue devant les camions blindés de la gendarmerie, avec pour toile de fond ces hautes barrières posées contre le droit constitutionnel de manifester.

Samedi soir, dans la nuit, devant une autre route menant à l’usine Nobel Sport, des témoignages, aussi déterminés que drôles, ont été lus au micro, relayés par une sono mobile. Des témoignages d’ados de Notre-Dame-des-Landes et de sexagénaires italiens du Val de Suse qui luttent contre le percement du tunnel du Lyon Turin. Ecoute attentive, inattendue, aux flambeaux éteints, des tracasseries de la police et des ripostes narquoises de ceux qui refusent de subir ces présences militaires.

Un bourg meurtri dans sa mémoire

On pourra bientôt y ajouter les voix d’habitants de Pont-de-Buis, pas du tout hostiles aux jeunes manifestants, et plutôt surpris de voir leur bourg quadrillé par les gendarmes. Ils voient d’un bon œil ces trois jours contre une usine qui a tué et mutilé des ouvriers depuis des années : trois morts, quatre-vingt blessés, et des dizaines de maison détruites dans un rayon de 900 mètres lors d’une explosion en 1975. Un mort en 2006. Trois blessés graves en 2014. Sans parler des bras arrachés, des doigts coupés, des intérimaires blessés et dont les témoignages ont été ravivés par ces trois jours...

Même ceux qui y ont travaillé à temps plein ne défendent pas l’emploi dans cette usine dangereuse. « Mon oncle a vu sa deux-chevaux voler en l’air en 1975, expliquait la veille ce retraité sur un marché. Mon frère, mon beau frère et moi, on y a travaillé. Mais vous avez raison de manifester... » Devant un stand de crêpes à Châteaulin, la discussion s’engage : « Mais si on arrête les armes, qu’est ce qu’on y fera ? - Bah, après la Guerre de Quatorze, toutes les usines qui fabriquaient des obus et du matériel militaire se sont bien reconverties. Alors... ».

L’armement entre la blessure et la mort

Tuer et mutiler, c’est aussi un des thèmes récurrents des évolutions du maintien de l’ordre dans le monde qui auront été largement discutées et commentées, avec une documentation précise, lors des rencontres dans le campements à un kilomètre du bourg. La notion d’« armement rhéostatique » qu’évoque dans un livre récent le sociologue Mathieu Rigouste, a été commentée : elle cache sous les mots techniques une gradation de la dangerosité des armes, de la blessure légère à la mort. Développant une version froide, industrielle, de l’offre et la demande, le marché fait du client (les polices du monde), un partenaire réceptif aux propositions des fabricants.

D’où ces débats sur l’utilité, comme en Palestine, d’enquêter sur les implications économiques des entreprises, précédant la demande des Etats de réprimer désormais dans les corps. Cette notion de punition individualisée, de blessure personnelle trouve sa tragique illustration avec les mutilés à l’œil par balles de caoutchouc présents ce week-end, et l’évocation constante de la mort de Rémi Fraisse l’an dernier dans un bois du Tarn.

Gaza, Belfast, Soweto, mêmes combats

Dans la paille d’un hangar agricole monté sur place aux côtés de trois barnums, la projection d’un film sur l’armement israélien, The Lab, du réalisateur indépendant israélien Yotam Feldman, a montré l’absence de frontière entre technique d’opération militaire et répression civile, ce que l’euphémisme technocratique appelle la « gestion démocratique des foules ». Les techniques de répression se montrent évolutives, en expérimentation permanente, en Irlande du Nord dans les années 1970, en Afrique du Sud de l’Apartheid et depuis des années en Palestine.

Après le film, on a discuté des luttes actuelles dans le Finistère, des convois qui convergeront vers Paris pour la COP 21, des partages de savoir sur les premiers soins à prodiguer dans les manifestations, on a lu des textes de femmes contre les armes, chanté et lancé des montgolfières en papier.

Un camp autogéré, autonome pour tous ses repas grâce au soutien de deux cantines volantes venues de Rennes et de Brest, a posé « un acte de résistance à l’écrasement policier », dit un jeune femme venue de l’est de la France. Et ce un an après le meurtre de Rémi Fraise, omniprésent dans les discussions et les slogans, ponctués de « Ni oubli ni pardon ». Des Britanniques, des Québécois et des Espagnols étaient venus à Pont-de-Buis, attentifs à ce déplacement des mobilisations vers les usines d’armement à la dimension internationale évidente. « L’usine Nobel Sport réalise 90% de sa production pour l’export », dit un militant de la région.

Une fausse charge sur dix mètres

Après les prises de parole de l’Assemblées des blessés, des lectures du vécu d’habitants de la ZAD nantais ou de la vallée italienne du Val de Suse, les manifestants ont abandonné le face-à-face avec la police après avoir jeté quelques cailloux, deux cocktail molotov contre un camion grille et des feux d’artifice croisés avec les trajectoires de fumées de lacrymogènes. Sans autre dégât que matériel. Sans blessé. Sans arrestation.

Le dimanche, pour contourner le blocage policier des routes, la troupe de manifestants a franchi un viaduc et coupant par les champs et les bois, et s’est retrouvé dans un champ en pente face à l’entrée de l’usine toujours bien gardée, survolé par l’hélico de la gendarmerie omniprésent pendant ces trois jours.

Là, toujours dans le souci d’être imprévisible et sans volonté d’en découdre, une discussion s’est tenue en cercle, accroupi dans la terre caillouteuse du champ, pour décider d’une fausse charge sur dix mètres en rang serrés, déclenchant le recul des CRS et gendarmes mobiles à soixante mètres de là.

La charge, hilare, a aussitôt reflué. Le grenadage massif du champ qui a suivi n’a pas gêné les manifestants, faisant aussitôt une « retraite stratégique » par les bois, la fumée de lacrymogène revenant plutôt vers les casques des soldats de l’ordre. A un carrefour, au-dessus d’une maison d’habitation, l’échange de jets feux d’artifice colorés contre lacrymo tombant en cloche dans une prairie et effarouchant les vaches n’aura duré qu’un gros quart d’heure.

« Rester imprévisible »

Dimanche en fin d’après-midi, le retour au camp, s’est fait dans le calme d’une randonnée dans les bucoliques paysages d’automne. Le démontage des structures, du matériel de cuisine, des tentes, et le rangement des camions auront permis un départ géré collectivement de nuit, en convoi d’une centaine de véhicules voitures particulières, fourgons et camions. Un arrêté préfectoral tombé le dimanche matin autorisait les contrôle de véhicules et des identités entre midi et minuit, mais les militants ont refusé en bloc.

Spectacle étrange que celui d’un officier de gendarmerie exigeant que le convoi se scinde et s’égrène voiture par voiture pour procéder au contrôle individuel et qui, devant la tension qu’il a créé et la menace d’un blocage de la voie rapide Nantes-Brest toute proche, calme ses gendarmes très énervés, et autorise le convoi à partir au pas, les militants marchant à pied à côté des voitures, à un ou deux mètres des boucliers et des matraques des gendarmes, finalement sans le moindre contrôle d’identité.

« Le week end s’est achevé sur une gestion collective assumée, concertée, du rapport à la police. On ne va pas toujours subir », dit un militant avec son accent rocailleux bien finistérien. « On a montré qu’il est possible d’être imprévisible face à la police, de désigner les complices logistiques et économiques de la répression, et de préparer et de partager des réponses sur un territoire large en cas d’opération militaire tentant d’évacuer la ZAD, en janvier prochain comme les bruits en courent... » renchérit un zadiste.

A Sivens, l’émouvant hommage rendu à la mémoire de Rémi Fraisse Par Marine Vlahovic (Reporterre) Reporterre 2015/10/26 Par Marine Vlahovic (Reporterre) (26 octobre 2015) A Sivens, l’émouvant hommage rendu à la mémoire de Rémi Fraisse. Reporterre. Reportage — Sivens fr

A Sivens, l’émouvant hommage rendu à la mémoire de Rémi Fraisse

Des moments de recueillement ont été organisés dimanche 25 octobre, en hommage à Rémi Fraisse, jeune naturaliste tué par un gendarme voici un an à Sivens. Malgré l’interdiction de se rassembler sur le lieu de sa mort, plusieurs centaines de personnes ont pu se rendre sur l’ex Zad du Testet. Reportage.

- Sivens (Tarn), reportage

Le point de rendez-vous a été fixé sur le parking d’un centre commercial de Gaillac à 12h précises. Bravant l’interdiction de manifester édictée par la maire de Lisle-sur-Tarn, 350 personnes sont réunies dans une brume matinale qui peine à se dissiper. A cinquante kilomètres de là, un rassemblement « légal » est sur le point de débuter à Plaisance-du-Touch, ville de la banlieue toulousaine où Rémi Fraisse a grandi.

Sur le parking de Gaillac, les opposants au projet de barrage sont pourtant décidés : « J’ai les boules, je ne comprends pas cette interdiction », souffle un Toulousain qui n’aurait manqué ce rendez-vous pour rien au monde. Appuyée sur une béquille, Viviane a elle aussi tenu à venir : « Un hommage à Rémi, ça ne peut se faire qu’à Sivens » dit-elle. Des proches de Rémi Fraisse sont présents eux aussi.

L’arrivée du secrétaire général de la préfecture du Tarn fait sensation. Par « souci d’apaisement », la préfecture a décidé de tolérer le rassemblement au Testet . Les questions fusent : « Et si les pro-barrages sont là, qu’est-ce qu’on fait ? », « On y va à pied ou en voiture ? » Une assemblée générale se tient à même le bitume. Les participants s’engouffrent dans leurs véhicules. Roulant au pas, une centaine de voitures parcourent la quinzaine de kilomètres qui sépare Gaillac de Sivens, en passant sous le nez des gendarmes déployés tout autour de la Zad.

Le convoi arrive à la Maison de la forêt de Sivens, qui surplombe la zone humide du Testet. C’est là qu’aurait dû partir la marche pacifique finalement interdite. La brume se lève. Après avoir pique-niqué, les participants descendent à pied sur la Zad. « Avant le 26 octobre 2014 : arbres abattus. Après le 26 octobre 2014 : Rémi, 21 ans, abattu » : Guy a apporté la banderole confectionnée le lendemain de la mort du jeune naturaliste. « C’est malheureux qu’elle serve encore », confie-t-il, ému.

Au creux de la vallée du Tescou, une nouvelle fleur a poussé en début de semaine dernière. En toute clandestinité, une sculpture a été installée par le collectif La Pelle masquée sur la « zone de vie » défendue sur les forces de l’ordre la nuit de l’homicide de Rémi. Dans un silence quasi-religieux, le cortège se regroupe autour la main géante en pierre surmontée d’un globe terrestre en fer. Fuyant les caméras et les flashs des photographes, la mère et la sœur de Rémi se tiennent un peu à l’écart.

Munis d’un mégaphone, des intervenants lisent des poèmes. « Nous sommes nombreux, et nous n’avons pas oublié », dit l’un d’entre eux, un œil sur la sculpture. Rémi, 77 ans, s’avance pour prendre la parole d’une voix tremblante : « Je suis un ancien paysan productiviste, nous nous sommes trompés pendant des années », déclare-t-il.

Les partisans du barrage, qui avaient empêché le rassemblement en déposant eux aussi des demandes de manifestation, ne se font pas voir. Sur la base de chantier où étaient positionnés les gendarmes mobiles la nuit du 25 au 26 octobre 2014, des tomates ont poussé. Partout autour, la végétation a repris ses droits. Le dessin d’une renoncule, la fleur étudiée par Rémi, est posée sur un petit autel. « Ca fait bizarre de revenir ici » murmure un ancien zadiste, expulsé le 6 mars dernier, « ça remue plein de souvenirs ».

C’est ici, sur la dalle d’argile que le jeune homme de 21 ans est mort sur le coup et a été trainé sur une vingtaine de mètres. Muni de sa pancarte « On éteint pas le soleil en lui tirant dessus », Helios affiche un large sourire : « Nous avons eu raison de ne pas céder aux intimidations et de maintenir ce rassemblement, cela montre que quand nous sommes nombreux, nous pouvons faire des choses », constate-t-il.

Une partie des personnes rassemblées à Plaisance-du-Touch ont rejoint la Zad de Sivens pour un hommage émouvant et paisible : « Ca ne pouvait pas se passer autrement », conclut Laurent.

Video - Le changement climatique expliqué en quatre minutes #Datagueule Reporterre 2015/10/26 #Datagueule (26 octobre 2015) Video - Le changement climatique expliqué en quatre minutes. Reporterre. Climat fr

Video - Le changement climatique expliqué en quatre minutes

Datagueule #DTG ce sont des vidéos qui traitent de l’actualité, un jeu de Lego où une réalité se construit sous nos yeux sans que l’on s’en aperçoive. En passant d’un mot à un chiffre, une date, un symbole visuel, en posant ces blocs apparemment sans lien entre eux, chaque épisode tente de révéler ce que ne percevons pas, ou plus. Justement parce que nous avons le nez dans l’assiette et que l’on ne voit pas le reste de la table.

À l’occasion de la projection du film Planète Océan, dans le cadre du Mois du film documentaire, trois épisode de Datagueule seront diffusés le 19 novembre à 19 h 30 au

Centre d’animation Louis Lumière 46 rue Louis Lumière 75020 Paris

Voici l’épisode consacré au changement climatique

Source : Chaîne Youtube de #DTG

L’intellectuelle qui a inspiré Jean-Luc Mélenchon : « Nos sociétés sont post-démocratiques » Entretien avec Chantal Mouffe Reporterre 2015/10/27 Entretien avec Chantal Mouffe (27 octobre 2015) L’intellectuelle qui a inspiré Jean-Luc Mélenchon : « Nos sociétés sont post-démocratiques ». Reporterre. Entretien — Culture et idées fr

L’intellectuelle qui a inspiré Jean-Luc Mélenchon : « Nos sociétés sont post-démocratiques »

Chantal Mouffe est une intellectuelle peu connue en France, mais pourtant très influente à l’étranger, où elle travaille. Elle a notamment inspiré le renouveau de la gauche radicale. Et Jean-Luc Mélenchon. Dès 2015, elle était sur Reporterre, pour cet entretien en video.

Bien qu’elle soit francophone, Chantal Mouffe est encore peu connue en France. Il est vrai que cette philosophe politique belge a choisi de travailler en Angleterrre, où elle a théorisé une gauche « post-marxiste ». Son ouvrage fondateur est Hégémonie et stratégie socialiste, co-écrit avec Ernesto Laclau (publié en français aux éditions Solitaires intempestifs). Ses analyses ont notamment inspiré les porte-paroles du parti espagnol Podemos. On y retrouve le concept de « post-démocratie ». Voici le moment d’un entretien avec elle réalisé par Eduardo Febbro, en exclusivité pour Reporterre.

Voir la vidéo de l’entretien avec Chantal Mouffe

« Notre proposition fondamentale est de repenser le socialisme en termes de radicalisation de la démocratie. (…) Aujourd’hui, il faut d’abord récupérer la démocratie. Nos sociétés sont post-démocratiques : elles continuent à se présenter comme démocratiques, il y a toujours des institutions, mais en fait, la plupart des décisions importantes sont prises en-dehors du Parlement (…). Il faut un double mouvement, maintenant : récupérer la démocratie, et la radicaliser. De ce point de vue, on est dans une situation qui est plus grave qu’il y a trente ans.

On ne peut pas parler d’émergence de gauche radicale, parce que cette gauche radicale a toujours existé (…) . Ce qui est nouveau, avec des mouvements comme Podemos ou Syriza, c’est du populisme de gauche (…). C’est différent de la gauche radicale, qui voulait la révolution, et en finir avec le système démocratique libéral (…) Tant Podemos que Syriza ne rejettent pas la démocratie représentative, mais ils veulent transformer les rapports de pouvoir de façon fondamentale, ils veulent en finir avec l’hégémonie du néo-libéralisme par les moyens de la lutte démocratique, en investissant l’Etat pour le transformer.

On nous dit qu’il n’y a pas d’alternative à l’ordre néo-libéral. (…) Mais on peut imaginer une contre-hégémonie, il y a toujours des alternatives. »

COP 21 : le gouvernement freine la participation de la société civile Par Lorène Lavocat (Reporterre) Reporterre 2015/10/27 Par Lorène Lavocat (Reporterre) (27 octobre 2015) COP 21 : le gouvernement freine la participation de la société civile. Reporterre. Climat : de COP en COP fr

COP 21 : le gouvernement freine la participation de la société civile

A moins de six semaines de la COP21, des représentants de la société civile s’inquiètent du silence du gouvernement quant aux problèmes d’hébergement et de visas. Un manque de réactivité qui pourrait compromettre leur participation au Sommet. Et le gouvernement va rétablir le contrôle aux frontières, et freine l’arrivée de citoyens du Sud qui veulent venir participer aux événements.

Actualisasation 29 octobre - - La France introduit le contrôle aux frontières pour la durée de la COP 21

L’obtention des visas pour les milliers de citoyens de pays du sud qui veulent venir participer aux événements et actions de la COP 21 est un parcours du combattant. Par exemple, le président d’Attac Togo vient de se voir refuser son visa. Et ça ne devrait pas s’arranger dans les semaines à venir... Le site d’informations Basta ! publie ce jeudi 29 octobre une note du gouvernement français concernant « la réintroduction temporaire des contrôles aux frontières intérieures avec la Belgique, le Luxembourg, l’Allemagne, la Suisse, l’Italie et l’Espagne à l’occasion de la COP 21 ». Ces mesures exceptionnelles, qui entreront en vigueur dès le 13 novembre, seraient justifiées par « des menaces graves pour l’ordre public et la sécurité intérieure. »

Les premiers tweets estampillés « #privésdecop21 » ont commencé à pleuvoir à 10 h précises, lundi 26 octobre. Adressés à François Hollande ou à Anne Hidalgo, la maire de Paris, leur message est clair : « Le gouvernement veut nous priver de la COP21 ! »

L’opération, baptisée « tempête de tweets », vise à alerter les pouvoirs publics : en l’état actuel des choses, la participation active de la société civile à la COP21 est compromise.

Le réseau social se fait ainsi l’écho d’une colère grandissante au sein de la Coalition Climat 21, qui coordonne l’action de 130 organisations en vue du Sommet de Paris. « Nous avons le sentiment de ne pas être entendus », explique Juliette Rousseau, porte-parole de la coalition. « C’est comme si les pouvoirs publics faisaient tout pour nous décourager. »

Hébergement : des tentes dans les jardins publics en plein hiver ?

Au centre des préoccupations, la question du logement. Près de 40.000 personnes sont attendues début décembre dans la capitale. Et la Coalition Climat 21 demande depuis des mois plus de 20.000 places d’hébergement. « Pour le moment, on nous assure à peine 1.000 places, et la Ville de Paris traîne des pieds », dit la porte-parole, selon qui « les logements vides ne manquent pas. »

Sur Twitter, les militants s’emportent : « 60 millions d’euros de subventions pour les Jeux olympiques, mais 7.500 € pour accueillir les milliers de participants de la COP ! » En mars dernier, la maire s’était pourtant engagée à être « exemplaire en termes d’hébergement. »

La situation est urgente, car « le blocage actuel pousse certains de nos partenaires internationaux à remettre en question leur venue », explique-t-on dans les bureaux de la Coalition.

Les ONG ont donc envoyé un courriel lapidaire à Anne Hidalgo : « Ces personnes, qui portent la voix de celles et ceux touchés par le réchauffement climatique, sont-elles les bienvenues à Paris ? Jusqu’à présent, nous pouvons en douter, tant vous êtes restée sourde à nos demandes. »

Contactée par Reporterre, la Ville de Paris n’a pas répondu à nos questions.

« Quoiqu’il en soit, les gens vont venir », poursuit Juliette Rousseau. « Donc soit on gère intelligemment en amont, soit on gère dans l’urgence, avec des risques pour la sécurité des personnes. » On imagine déjà les parcs parisiens pris d’assaut par des tentes, le thermostat affichant péniblement 5° C.

D’ailleurs, les Jeunes écologistes viennent d’annoncer qu’ils camperaient sous la Tour Eiffel si aucune solution ne leur était proposée. « Nous cherchions des logements et des salles pour animer des ateliers, mais en vain. Puis nous avons eu cette super idée : nous devons camper », explique Léa, chargée de l’hébergement, dans un communiqué.

Autre problème, l’obtention des visas pour les milliers de participants venant de pays du sud. Déjà débordés, consulats et ambassades peinent en effet à répondre aux nombreuses demandes. « Ils se montrent très difficiles », déplore la porte-parole. « Ce qui nous donne la désagréable impression de ne pas être les bienvenus. »

Pourtant, le Président de la République le rappelait lui-même début septembre : le succès de Paris « dépendra bien sûr de la capacité, de la volonté des États, mais aussi de la force des peuples, des mouvements que vous [les ONG] représentez. »

En mars dernier, le Secrétaire général à l’organisation de la COP, Pierre-Henri Guignard, expliquait : « Le gouvernement a pris la décision d’associer très largement la société civile à la COP 21. » Symbole de cette volonté de dialogue, le « village de la société civile » au Bourget, devrait permettre de réunir ONG, entreprises et autres acteurs politiques. « Il s’agit d’un espace éloigné de Paris, restreint et piloté par le gouvernement », souligne Juliette Rousseau. « Si nous voulons une mobilisation la plus large possible, nous avons besoin au contraire d’espaces ouverts et inclusifs, auto-gérés par les citoyens. »

Même si Pierre-Henri Guignard assure entretenir « un dialogue constant » avec la société civile, les membres de la Coalition regrettent leur manque de participation : « On ne nous a pas donné le rôle d’acteur, seulement celui de consommateur d’espace contrôlé », s’emporte Juliette Rousseau.

Face à ce qu’elle qualifie de « manque de volonté politique », la militante s’interroge : « Quelle société civile veut-on avoir ? » Nombre d’ONG membres de la Coalition partagent ce sentiment d’exclusion : « Les politiques choisissent ceux, parmi les ONG et les mouvements sociaux, qu’ils ont envie d’entendre. »

Remarque : Reporterre a tenté de joindre les différents Ministères concernés, ainsi que la Ville de Paris. Personne n’a donné suite à nos questions, « en raison de délais trop courts ».

Lire aussi : Tribune publique de la Coalition Climat 21

Voici pourquoi je (re)mange de la viande Par Lorène Lavocat (Reporterre) Reporterre 2015/10/27 Par Lorène Lavocat (Reporterre) (27 octobre 2015) Voici pourquoi je (re)mange de la viande. Reporterre. Alimentation fr

Voici pourquoi je (re)mange de la viande

Notre journaliste était devenue végétarienne il y a cinq ans après un séjour au Chiapas. C’est un autre voyage, cet été, qui l’a décidée à manger de la viande à nouveau. Elle nous explique pourquoi.

Je suis devenue végétarienne il y a cinq ans, par conviction écologique. Aujourd’hui, je remange de la viande... par conviction écologique.

J’ai renoncé aux cuisses de poulet et au rôti de veau en 2010, lors d’un séjour au Chiapas mexicain. Là-bas, dans les montagnes, des communautés rurales mal nourries cultivent d’arrache-pied des lopins caillouteux pour y faire pousser du café. Et à moins de dix kilomètres, dans des plaines fertiles, des milliers de vaches paissent, attendant d’être réduites en steaks congelés pour le marché états-unien. Vision saisissante d’un système agricole absurde. Écœurée, je décidais alors de ne plus prendre part à ce cirque. Devenir végétarienne était un acte à ma portée, ma petite contribution au bien-être animal, à la préservation de la planète et à la lutte contre les inégalités sociales. Du moins, c’était mon avis jusqu’à peu.

En avril dernier, je suis partie en vélo à la rencontre des paysans. De ferme en ferme, j’ai découvert un monde que je pensais connaître. J’ai trébuché, les pieds pris dans mes a priori. Voilà ce qui arrive quand on troque ses bottines contre des bottes. Car la surprise est dans le pré. Surtout, je n’imaginais pas, en enfourchant ma bicyclette, que je redeviendrais carnivore.

Première étape : chez Polo, mes tripes vacillent

Aux Molles, le vent ariégeois balaie inlassablement les collines vertes. Polo, Martine et leur fils Ilan vivent ici depuis vingt-cinq ans, dans des maisonnettes de bric et de broc. Ils élèvent un petit troupeau de chèvres, vendent fromage et chevreaux. Tous les matins, ils traient à la main leurs amies cornues, puis les mènent en pâturage à travers les monts pelés. L’été, ils montent en alpage dans les Pyrénées. Ils vivent chichement et heureux, indéniablement.

« Quand nous sommes arrivés, il n’y avait que des ronces ici, rien d’autre ne poussait », me raconte Polo. Peu à peu, grâce à l’inextinguible appétit des chèvres, les buissons épineux reculent, laissant place aux prairies. Le paysage s’ouvre, les sols gagnent en fertilité. « Aujourd’hui, le lieu s’est transformé, il est devenu vivable. On peut s’y promener, planter des arbres fruitiers, et même cultiver un potager ! »

Au moment du dîner, ses paroles résonnent dans ma tête. Et sèment le doute dans mon estomac. Non, l’élevage, ce n’est pas que la ferme des 1.000 vaches et les feedlots nord-américains. Oui, élevage et écologie peuvent être compatibles. Une phrase de Jocelyne Porcher me revient en mémoire. Dans son livre Vivre avec les animaux, elle s’interroge ainsi : « Si l’élevage est une telle calamité pour l’environnement, comment se fait-il qu’il existe depuis dix millénaires et qu’il soit consubstantiel de la majorité des sociétés humaines ? » Bonne question, poil au mouton. Toute à ma rêverie, j’oublie de me servir. « Tu veux des tripes de chevreau, Lorène ? » me demande Polo. Confuse, j’articule un « nnoui » qui me vaut immédiatement une louche généreuse d’intestins caprins. Délectable !

La nuit ne sera pas aussi délicieuse. Il faut croire que mon système digestif fructivore supporte désormais mal les protéines animales. À moins qu’un génie vert ne soit venu punir mon manque de discipline. Quoiqu’il en soit, je décide de laisser les abats de côté, et ravale mes questionnements alimentaires.

Deuxième étape : dans les Alpes, je craque et je croque

Ils sont des « dinosaures », parmi « les derniers fous qui s’obstinent à faire quelque chose qui ne marche pas ». Aldo et Maria Magdalena vivent dans le Piémont italien. Leur point commun : ils élèvent des brebis brigasques – une race locale menacée d’extinction - suivant le système pastoral traditionnel. Journée de 15 heures et salaire moins que minimum. Ce qui les fait tenir ? La passion du métier et l’amour des animaux.

« L’élevage, en tant que rapport de travail avec les animaux, a d’abord une rationalité relationnelle, explique Jocelyne Porcher. La majorité des éleveurs, ceux qui ont choisi ce métier, travaillent avec les animaux pour vivre avec eux. »

Pour la chercheuse, la souffrance animale n’a rien à voir avec l’élevage, bien au contraire. Elle est liée à l’industrie, à la zootechnie, cette « science de l’exploitation des machines animales ». Dans la vallée de Santa Ana de Valdieri, je gamberge au rythme des sonnailles et des bêlements. Et si je me trompais de combat en étant végétarienne ? En voulant lutter contre l’industrialisation de l’agriculture, ne suis-je pas en train de participer à la disparition des petits paysans ?

Le soir, pour digérer mes remords, je me régale d’un peu de pâté de mouton (et bien oui, mon estomac ne s’est pas vraiment remis de l’épisode « tripe ») en écoutant Aldo. À plus de 1000 mètres d’altitude, au pied du Mercantour, côté italien, ce berger fait paître son troupeau sur des terres impropres au labour. Fromage, viande, laine. De tout temps l’élevage a ainsi permis aux paysans installés sur des sols non-fertiles de se nourrir et de se vêtir.

Troisième étape : en Roumanie, je rugis

Il y a les 1000 vaches, les 2000 truies, les 200.000 poulets. Il y a aussi des familles qui vivent avec cinq poules, trois cochons, une vache, un potager, un verger. À l’opposé des fermes usines, il existe encore de très nombreuses fermes maisons. C’est le cas en Transylvanie roumaine, où la plupart des villageois possèdent encore des terres agricoles.

Des écosystèmes à part entière, où tout est connecté : le petit lait issu de la fabrication du fromage nourrit les cochons, les restes du repas sont donnés aux poules, le potager reçoit le fumier et les arbres fruitiers donnent de l’ombre aux ruminants. Loin des élevages hors sol, ces systèmes paysans sont résilients et très « durables ». La preuve, ils persistent depuis plusieurs siècles !

À Vidra, Pavel promène sa jument dans les jardins de ses voisins, pour entretenir la pelouse. Il se rend régulièrement dans la forêt en charrette, et rapporte du bois pour le chauffage à ceux qui le souhaitent. En échange, il reçoit des légumes ou de la palinka, l’eau de vie locale. Le matin je l’observe traire à la main en parlant à sa vache : comment songer à la destruction de l’environnement ?

Finalement, l’équation « écolo égale végétarien » n’est peut-être pas si juste. Nous avons besoin de l’élevage, nous avons besoin des animaux. Oyez, amis de la nature, j’en suis désormais convaincue : la solidarité avec les paysans et la planète ne passe pas par le refus catégorique de consommer carné. Elle passe par le refus catégorique d’un élevage industriel, fondé sur la technologie tous azimuts, avec insémination artificielle, puçage et « nutrition de précision ». Et elle passe par la dégustation (à fréquence modérée) d’un bon gigot d’agneau acheté en vente directe au berger du canton !

- Cet article a suscité un très grand intérêt des lecteurs et suscité un débat. Lire ici les principales analyses des lectrices et des lecteurs

Reporterre sur France Inter : alerte à la fonte du pergélisol ! Par Hervé Kempf Reporterre 2015/10/27 Par Hervé Kempf (27 octobre 2015) Reporterre sur France Inter : alerte à la fonte du pergélisol !. Reporterre. Climat fr

Reporterre sur France Inter : alerte à la fonte du pergélisol !

- Lundi 26 octobre 2015

En Alaska, le spécialiste international du pergélisol (permafrost, en anglais), Vladimir Romanovsky, s’alame : le permafrost, cette couche de sol gelé qu’on trouve sur les terres autour du continent arctique, en Alaska, au Canada et en Russie, fond beaucoup plus rapidement qu’on nele prévoyait. Or, le pergélisol contient 1.600 milliards de tonnes de carbone, qui pourrait s’ajouter aux gaz à effet de serre sous forme de gaz carbonique ou de méthane.

- Ecouter ici la Une de la Science avec Reporterre, animé par Matthieu Vidard avec Axel Villard, Hervé Kempf, de Reporterre, et la spécialiste du pergélisol, Christelle Marlin, chercheuse au CNRS :

Reporterre, tous les lundi à 14 h 05 sur France Inter, dans l’émission « La Tête au carré », animée par Mathieu Vidard.

« L’actualité de toutes les sciences dans tous les domaines de la recherche. Éclectisme, vulgarisation et pédagogie, sciences dures du vivant ou humaines : Mathieu Vidard s’intéresse à toutes les observations et les expérimentations du monde par le biais des sciences. »

À écouter sur France Inter, dont voici la carte des fréquences FM, selon le lieu où vous habitez.

En Chine, esclaves des machines Reporterre 2015/10/28 (28 octobre 2015) En Chine, esclaves des machines. Reporterre. Chine fr

En Chine, esclaves des machines

Les machines ressemblent à d’étranges créatures qui aspirent les matières premières, les digèrent et les recrachent sous forme de produit fini. Le processus de production automatisé simplifie les tâches des ouvriers qui n’assurent plus aucune fonction importante dans la production. Ils sont plutôt au service des machines. Nous avons perdu la valeur que nous devrions avoir en tant qu’êtres humains, et nous sommes devenus une prolongation des machines, leur appendice, leur serviteur. J’ai souvent pensé que la machine était mon seigneur et maître et que je devais lui peigner les cheveux, tel un esclave. Il fallait que je passe le peigne ni trop vite ni trop lentement. Je devais peigner soigneusement et méthodiquement, afin de ne casser aucun cheveu, et le peigne ne devait pas tomber. Si je ne faisais pas bien, j’étais élagué.

Foxconn est le plus grand fabricant du monde dans le domaine de l’électronique. Ses villes-usines, qui font travailler plus d’un million de Chinois, produisent iPhone, Kindle et autres PlayStation pour Apple, Sony, Google, Microsoft, Amazon, etc. En 2010, elles ont été le théâtre d’une série de suicides d’ouvriers qui ont rendu publiques des conditions d’exploitation fondées sur une organisation militarisée de la production, une taylorisation extrême, l’absence totale de protection sociale et une surveillance despotique jusque dans les dortoirs où vivent les ouvriers.

Ce livre propose quelques éléments d’analyse du système Foxconn à partir du portrait que fait la sociologue Jenny Chan d’une ouvrière qui a survécu à sa tentative de suicide en 2010. Complété par le témoignage de Yang, un étudiant et ouvrier de fabrication à Chongqing, il retrace également le parcours de Xu Lizhi, jeune travailleur migrant chinois à Shenzen, qui s’est suicidé en 2014 après avoir laissé des poèmes sur le travail à la chaîne, dans « L’atelier, là où ma jeunesse est restée en plan ».

- La Machine est ton seigneur et ton maître, Yang - Jenny Chan - Xu Lizhi, 128 p., 9,50 € (éd. Agone)

Voleur de banques en cavale, Enric Duran prépare un nouveau monde Emmanuel Daniel (Reporterre) Reporterre 2015/10/28 Emmanuel Daniel (Reporterre) (28 octobre 2015) Voleur de banques en cavale, Enric Duran prépare un nouveau monde. Reporterre. Économie fr

Voleur de banques en cavale, Enric Duran prépare un nouveau monde

Le demi-million d’euros qu’il a escroqué à des banques espagnoles et reversé à des mouvements sociaux a valu à Enric Duran la notoriété et le surnom de « Robin des banques ». Contraint depuis au nomadisme, le Catalan milite pour l’avènement d’un système économique fondé sur la coopération. Reporterre a rencontré cet infatigable partisan.

- Quelque part (Europe), reportage

L’arrière-salle d’un café coopératif, quelque part en Europe. Un homme prend la parole dans un anglais hésitant devant une trentaine d’activistes. En préambule, il prend ses précautions. « Merci de ne pas prendre de photos de moi, et de ne pas parler de ma présence sur Internet ni sur les réseaux sociaux, demande-t-il, avant d’interroger la petite assemblée : Vous êtes au courant de ma situation ? » L’auditoire confirme par une vague de hochements de têtes. Il sait qu’Enric Duran est poursuivi par la justice de son pays.

L’homme qui se tient face d’eux, la quarantaine, les cheveux noirs, courts et blanchissants, les traits tirés, les chaussettes remontées jusqu’au milieu des tibias, s’appelle Enric Duran. Peu connu du grand public, il a acquis une notoriété internationale dans les milieux militants pour avoir escroqué 492.000 € à une quarantaine de banques espagnoles pour les reverser à des mouvements sociaux. Entre 2006 et 2008, il a contracté 68 prêts grâce à de fausses fiches de paie et à des entreprises fictives dans l’intention de ne pas les rembourser. Son action lui a valu d’être surnommé « Robin des banques » par les médias. Mais elle lui a aussi apporté quelques ennuis judiciaires.

En 2008, deux jours après la chute de Lehman Brothers, Enric Duran rend publique son action dans Crisis, un journal distribué gratuitement tiré à 200.000 exemplaires qui explique les origines de la crise financière. Enric entre alors dans la clandestinité, mais est arrêté et emprisonné quelques mois plus tard, le jour de la sortie de Podemos (« nous pouvons », en espagnol), un journal militant tiré à 350.000 exemplaires. Au bout de deux mois, un donateur anonyme paye sa caution. Les réseaux déjà denses d’Enric Duran grandissent de manière exponentielle avec sa célébrité nouvelle et lui permettent de donner un coup de fouet à un processus qu’il avait engagé : la création de la coopérative intégrale catalane, une des expériences autogérées les plus inspirantes du moment en Europe.

Un projet mûri depuis deux ans

Mais, alors que la coopérative est en plein essor, la justice rattrape le Robin des banques. En février 2013, il est appelé à comparaître en appel. Le jour de l’audience, dont il voulait faire une tribune politique, il ne se présente pas, dénonçant une parodie de justice : les 23 témoins qu’Enric Duran avait proposés, tous experts des questions bancaires, sociales et climatiques censés l’aider à défendre son action de désobéissance civile, ont tous été refusés par le tribunal. Il entre alors une seconde fois dans la clandestinité, où il vit toujours.

Le militant catalan commence son exposé en réglant son compte au système monétaire actuel qui repose sur la croissance illimitée et génère inégalités, drames sociaux et environnementaux. Pour le remplacer, Enric Duran propose rien de moins qu’un système économique mondial fondé sur la coopération. Cela près de deux ans qu’il mûrit ce projet alternatif, baptisé FairCoop. Cette coopérative nouvelle repose sur une monnaie cryptée et un système de crédit mutuel qui permettent, hors de tout contrôle étatique, de faire des achats à des acteurs éthiques et d’alimenter des fonds de réserve à injecter dans l’économie coopérative. Les participants au débat semblent dubitatifs, dépassés par la complexité des explications, et même déçus. Ils étaient venus discuter avec un révolutionnaire braqueur de banque, adepte de la désobéissance civile et de l’autonomie locale, ils se retrouvent à parler de monnaie de réserve, d’import/export et d’applications de paiement via un smartphone. Pendant les cinq heures d’interview qu’Enric Duran m’accorde, j’ai tenté de suivre le fil de son histoire pour comprendre comment un décroissant libertaire a pu se transformer en économiste technophile.

Il m’a fallu six mois d’échanges de méls chiffrés et de visioconférences entrecoupés de longues semaines de silence pour obtenir un entretien de visu avec lui dans un pays européen qu’il tient à garder secret. Notre première discussion a eu lieu dans la bibliothèque d’un squat. Enric est né dans une famille peu politisée et, pendant longtemps, il ne l’était pas beaucoup non plus, trop occupé à jouer au ping-pong et à entraîner une équipe de jeunes. Mais, en 1998, il découvre le mouvement des paysans sans terres et celui pour l’annulation de la dette du tiers monde. « Au début, j’étais surpris par le processus d’assemblée et la recherche du consensus. Ça me coûtait un peu, puis je m’y suis fait. J’ai vu de ma propre expérience que ça marchait, que les gens peuvent s’organiser de manière horizontale et que ça développe leur pouvoir d’agir. Maintenant je défends cette façon de faire. »

Après deux ans d’engagement, il quitte Vilanova i la Geltru, sa ville natale, pour Barcelone et « dédier (sa) vie à l’activisme ». « J’étais conscient de mes aptitudes à organiser, c’était ma responsabilité d’en faire quelque chose d’utile. J’ai été inspiré par les expériences de désobéissance civile à la Gandhi, à la Martin Luther King ou celles des groupes affinitaires anarchistes. J’ai vu que peu de personnes pouvaient compter. Je me disais que le monde ne pouvait pas attendre. J’ai donc cherché à avoir un impact fort. »

Une « solitude pesante »

Enric Duran s’implique d’abord dans le mouvement altermondialiste et l’organisation des contre-sommets, où il joue un rôle clé de coordination. Mais ces actions médiatiques et symboliques éphémères le laissent sur sa faim. Il veut du concret, du durable. Avec quelques proches, il s’oriente vers la « construction de l’autonomie à l’échelle locale », qui débouche en 2003 sur la création d’Info Espai, une coopérative qui offre services et outils mutualisés aux mouvements sociaux barcelonais. Puis viennent la Marche pour la décroissance, organisée à travers la Catalogne pour tisser des liens militants et populariser les concepts et pratiques décroissantes, son action contre les banques et la publication de journaux militants. Tous ces événements mènent à la création de la coopérative intégrale, la CIC, en mai 2010. Mais, l’entrée d’Enric Duran dans la clandestinité contraint sa liberté de mouvement et l’oblige à se couper des ses réseaux militants et de ses proches. Lui qui a dédié sa vie à la révolution doit désormais la mener au moyen de son ordinateur.

Durant sa première année de cavale, Enric Duran a vécu une « solitude pesante », qui lui a néanmoins laissé « beaucoup de temps pour lire et réfléchir ». Cette contrainte ne l’a pas empêché de faire du militantisme, il a simplement dû changer la forme de son engagement. FairCoop est le fruit des réflexions solitaires d’un homme qui n’avait à sa disposition qu’une connexion Internet. Enric Duran prétend que c’est un outil nécessaire pour relier des groupes isolés, que son projet s’appuie sur des tendances contemporaines, comme l’économie collaborative, le pair à pair et le logiciel libre. Il reconnaît cependant qu’il ne se serait pas lancé dans cette aventure s’il n’avait pas été bloqué devant son écran.

Celles et ceux qui l’ont côtoyé dépeignent un homme d’une intelligence rare et dévoué à la tâche. « C’est une personne qui a un grand sentiment de justice et une vision globale. C’est un super organisateur, il a des idées brillantes et il arrive à harmoniser les opinions de tout le monde pour créer du consensus. Son leadership vient du fait qu’il est toujours le premier à mettre les mains dans le cambouis », raconte Anna, une graphiste qui était en contact quotidien avec lui avant et pendant sa première année de cavale.

« Existence dédiée à la transformation sociale »

Cet homme effacé est un alchimiste de la révolution : il transforme les citoyens passifs en activistes à temps plein. Pourtant, il n’a rien d’un grand orateur. Je l’ai vu prendre la parole en public à cinq reprises, toujours avec sa voix monotone et son charisme d’expert-comptable. Mais l’aura qui l’entoure depuis son action contre les banques subjuguent ceux qui l’approchent. Carlos (le prénom a été changé) peut en témoigner : Enric et lui se sont rencontrés lors d’un festival militant où ils ont échangé pendant une heure. Quelques semaines plus tard, Carlos a reçu un mél d’Enric lui demandant de prendre part à la gestion du système informatique de la CIC. « J’ai pris un billet d’avion et j’ai traversé l’Espagne sans réfléchir. » Raquel, une trentenaire au look de punkette assagie raconte que sa rencontre avec le Robin des banques fut un électrochoc : « Il a développé mon désir de lire, il m’a fait comprendre que chacun pouvait créer. Il a réveillé en moi l’envie de comprendre, de créer et d’apprendre de mes erreurs. » Elle est aujourd’hui un des piliers de la CIC. « Je n’ai pas été au lycée, mais j’ai appris plein de choses depuis que je prends part à la CIC, notamment la façon de présenter mes idées et de m’exprimer », dit-elle, avec fluidité et assurance.

« Mon engagement militant date de ma rencontre avec lui, en 2010 », raconte Sarra, qui tente de créer une coopérative intégrale du côté de Nantes. C’est un personnage à part, d’une simplicité effarante et dont l’existence tout entière est dédiée à la transformation sociale. Je l’appelle l’Einstein de la cause », dit-elle, en parlant de celui que beaucoup décrivent comme un génie. Mais un génie sans « talent social », s’amuse Guy, qui a rencontré Enric Duran à plusieurs reprises pour des réunions de travail sur FairCoop.

En société, Enric Duran semble perdu et mal à l’aise, comme un enfant lors de la rentrée des classes. Mais il trouve dynamisme et assurance dès que les sujets de discussion l’intéressent. « Quand on parle de la vie de tous les jours, il est ailleurs et ne participe pas à la conversation, mais dès qu’on aborde un sujet politique, il s’agite sur sa chaise et se démène dans son anglais cassé », poursuit Guy. Enric Duran est si timide que dire bonjour à un inconnu semble lui coûter énormément. Pourtant, une fois lancé, il n’hésite plus à couper la parole à ses interlocuteurs. Ce n’est pas par manque d’intérêt pour ce qu’ils vont dire mais parce qu’il comprend, dès leurs premiers mots, où ils veulent en venir.

Anna ne tarit pas d’éloge sur Enric. Elle est aussi une de ses détractrices : « Parlons de la partie humaine d’Enric, s’il en a une. Il travaille 24 heures sur 24. Il est très exigeant avec lui- même et ceux qui l’entourent. » Enric Duran est en effet un acharné de travail. Pendant que le monde dort, lui réfléchit aux moyens de le changer. Un matin, je lui demande s’il a passé une bonne nuit. « Oui, mais courte », répond-il. Jusqu’à l’aube, il travaillait sur un projet avec un camarade hacker. Gabriela, une Colombienne de passage en Europe qui l’a côtoyé pendant une semaine de travail le décrit également comme une machine militante à la cadence insoutenable : « Il arrive tous les jours avec une nouvelle idée. Il ne pense qu’au militantisme et oublie que les gens ont d’autres préoccupations, qu’il n’y a pas assez de monde ni de temps pour tout faire. »

Aller vite

Enric Duran a une capacité indéniable pour saisir l’air du temps, analyser les rapports de force et proposer une solution. La crise grecque, l’indépendance de la Catalogne, il a une idée précise de l’objectif à atteindre et du meilleur moyen pour y arriver. Il invite les activistes à faire preuve « d’empathie politique », à flairer les changements qui traversent la société pour mieux la travailler. Mais lui-même manque d’empathie pour ses congénères humains. Lorsque je souligne ce paradoxe, il répond avec un air désolé : « Il y a des personnes qui n’ont pas eu de bonnes expériences avec moi. Je ne peux pas faire tout ce que je fais et après aller à la plage avec tout le monde. Je vois ce qui se passe au niveau humain, mais je n’ai pas le temps pour m’occuper de ça. »

Face à l’urgence climatique et sociale, Enric Duran veut aller vite. Il a dédié sa vie à la révolution et il est difficile de lui reprocher de l’avoir fait pour son intérêt personnel. Outre les frais de sa cavale, l’argent volé aux banques a servi à financer des mouvements libertaires. Enric a renoncé à l’héritage de son père, sinon un local dans Barcelone, qu’il a légué à la coopérative Info Espai. Il vit depuis près de vingt ans avec quelques centaines d’euros par mois issus des solidarités familiale et militante. Par dessus tout, c’est sa liberté qu’il a sacrifié à la « révolution intégrale ». Mais aujourd’hui, certains de ses plus fidèles soutiens refusent de le suivre dans l’aventure FairCoop. Trop technique, trop virtuelle, trop déconnectée du terrain pour beaucoup des membres de la CIC, attachés à prouver qu’il est possible dès aujourd’hui de « vivre sans capitalisme ».

Les réticences de ceux qu’Enric Duran tente de convaincre ne semblent pas rentrer en ligne de compte dans sa réflexion. Ce qui ne surprend pas Anna : « C’est un très bon gestionnaire mais il a un problème. Il veut une société parfaite sans considérer que les humains ne sont pas parfaits, qu’ils ont une volonté propre. » Parfois, cependant, il laisse ses sentiments parler. Au moment de nous dire au revoir, Enric me prend dans ses bras en me disant : « Prends soin de toi. »

Pour guérir la Terre, il faut soigner notre tête Juliette Kempf (Reporterre) Reporterre 2015/10/28 Juliette Kempf (Reporterre) (28 octobre 2015) Pour guérir la Terre, il faut soigner notre tête. Reporterre. Culture et idées fr

Pour guérir la Terre, il faut soigner notre tête

Avec l’essai Soigner l’esprit, guérir la Terre, Michel-Maxime Egger nous invite à comprendre intimement que nous ne sommes pas séparés du monde qui nous environne. L’écopsychologie rend possible ce changement radical de notre perception.

Sur 250 pages très documentées, le dernier livre de Michel Maxime Egger bouscule la vision de la psyché admise en Occident depuis plus d’un siècle. L’exclusivité de la théorie freudienne y est profondément remise en question, pour nous inviter à un véritable changement de perception quant aux liens qui unissent le « moi » et le « cosmos ». Egger décrit le mouvement de l’écopsychologie, né dans les années 1990 chez des penseurs anglo-saxons, qui révèle la nécessité réciproque de l’écologie et de la psychologie : selon ce mouvement de pensée, seule la réunion de l’écologie et de la psychologie peut résoudre la situation « d’écocide » dans laquelle nous nous trouvons, où l’homme comme la planète sont malades. L’enjeu thérapeutique essentiel est résumé par le philosophe James Hillman : « Nous ne pouvons être analysés ou soignés indépendamment de la planète. »

Ainsi, les écopsychologues ne prennent pas en compte l’individu séparé de son environnement mais le considèrent comme un être perméable aux dommages et déséquilibres subis par la Terre. La première tâche serait de quitter « la terrible illusion de la discontinuité », l’idée d’une séparation entre moi et le monde, créée dans la pensée moderne afin de prononcer les mots « je suis ». L’identité humaine ne comprend pas seulement l’individu, sa famille ou sa communauté, et la société à laquelle il appartient, mais aussi la « toile de vie », qui désigne le monde vivant dans son ensemble et sa diversité. Tout agit en interrelation. C’est à cet élargissement de perspective et de vécu que l’on nous appelle ici, afin de retrouver une valeur que nous portons tous en nous-mêmes : « La conscience de l’unité du réel. » Egger retrace les étapes de l’épopée humaine qui ont conduit à nous éloigner de cette conscience, faisant pourtant partie de notre structure fondamentale, ainsi que l’atteste l’étude des sociétés traditionnelles.

« Le changement de cap est l’aventure essentielle de notre temps »

L’écologie comme la psychologie connaisse chacune ses limites, qui s’expliquent justement par leur isolement. L’écologie ne gagnerait pas l’adhésion collective parce que l’individu moderne, dissocié intérieurement entre l’intellect et le cœur, construirait sans le savoir une sorte de bulle pour se protéger de la réalité. Les émotions face aux « vérités qui dérangent » sont ainsi refoulées, et privées du pouvoir de transformation dont elles sont porteuses. De l’autre côté, la psychologie occidentale dominante s’est limitée au monde strictement humain et souffre d’une conception atomisée, réductrice du moi. Pour Freud, « la nature » est un objet extérieur à l’être humain, une réalité matérielle sans âme contre laquelle nous devons nous défendre.

Carl Gustav Jung est convoqué par Egger comme précurseur fécond de la nouvelle discipline. Ayant exploré les dimensions historiques, cosmiques et spirituelles de la psyché, il voyait dans la nature « le vaste monde de Dieu, rempli d’un sens mystérieux » et reconnaissait que « l’existence humaine doit être enracinée dans la terre », puisqu’ « en touchant la terre, on ne peut éviter l’esprit ».

Renouant avec l’antique anima mundi, les nombreux auteurs cités par Egger appellent à passer d’un égo-humano-centrisme à une perspective éco-cosmo-centrique, tous attestant, bien que de façons différentes, de la réalité de « l’âme du monde ». « Le changement de cap est l’aventure essentielle de notre temps. Il naît de transformations dans nos cœurs, nos esprits et nos visions de la réalité. » Ces mots de l’états-unienne Joanna Macy témoignent de l’approche holistique qui nous est demandée pour suivre le chemin de l’écopsychologie, et pour accepter le paradoxe comme voie royale vers la conscience de l’unité.

Travailler à partir du corps

En pratique, les nouvelles approches éco-thérapeutiques travaillent à partir du corps, de la méditation, de l’interprétation symbolique et archétypale des rêves, de la médecine chamanique, proposent des séjours d’immersion dans la nature sauvage, etc. Theodore Roszak, dont le livre The Voice of the Earth a lancé en 1992 la notion d’écopsychologie, appelle quant à lui les militants de l’environnement à une transformation : « Nous devons ressentir en nous ce dont la Terre a besoin, comme si c’était notre propre désir le plus intime. »

La discipline n’omet pas le plan citoyen ! Face à « l’urgence spirituelle collective », son programme débouche de manière emblématique sur le politique, et elle reconnaît son besoin d’une théorie sociale. L’enjeu se trouve dans l’articulation de l’individuel et du structurel, en n’oubliant pas, tel que nous dit ultimement Roszak, « que seul l’amour peut nous changer. »

- Soigner l’esprit, guérir la Terre. Introduction à l’écopsychologie , Michel-Maxime Egger, éditions Labor et Fides, 288 p., 25 euros

Casse-tête chez Auchan : protéger le climat ou consommer ? Par Marie Astier (Reporterre) Reporterre 2015/10/29 Par Marie Astier (Reporterre) (29 octobre 2015) Casse-tête chez Auchan : protéger le climat ou consommer ?. Reporterre. Reportage — Climat fr

Casse-tête chez Auchan : protéger le climat ou consommer ?

Les hypermarchés Auchan ont installé une exposition sur le climat. Reporterre est allé la visiter - et interroger les consommateurs. Le climat ? « On a besoin de consommer ! »

- Bagnolet (Seine-Saint-Denis), reportage

Tout a commencé par un sympathique communiqué de presse d’Auchan. Son sujet, une exposition pour les enfants intitulée « Vivre avec moins de carbone », faisant le tour des centres commerciaux. Tiens donc, la grande distribution nous inciterait à consommer moins ? Auchan se mettrait à la lutte contre le changement climatique ?

Le paradoxe a soulevé la curiosité de Reporterre. Cela tombe bien, le service communication d’Auchan est ravi que l’on parle de sa bonne action. Rendez-vous un jeudi après-midi à l’hypermarché de Bagnolet, qui vient d’installer l’exposition.

Devant la grande entrée, les deux rangées de panneaux forment une magnifique allée dans laquelle s’engagent les clients. Ici, ils sont 12.000 par jour, un sacré potentiel de personnes à sensibiliser !

Les explications mettent en scène un petit personnage, « M’en fous » : il gaspille la nourriture, n’éteint pas les lumières, et met le chauffage à 25 degrés en hiver, un sacré mauvais élève de l’écologie... Heureusement, on vient lui expliquer avec pédagogie l’impact sur le changement climatique de ce que l’on mange, de l’énergie qu’on consomme, de tous les appareils électroniques que l’on utilise, etc. Alors M’en fous devient « M’en fous plus ». Désormais, il trie ses déchets et utilise un chargeur solaire pour son téléphone portable.

Un bel exemple, qui malheureusement n’a pas l’air d’attirer l’attention des clients d’Auchan. Ils passent, imperturbablement, au milieu de la rangée de panneaux. Seul un monsieur aux cheveux gris s’arrête pour les lire. Je m’approche, il s’emporte. « Cela ne sert à rien il y a neuf personnes sur dix qui ne regardent pas ! De toutes façons, que ce soit Auchan ou un autre qui parle d’écologie, cela ne me concerne pas, je suis trop vieux ! »

Je reste une demi-heure à surveiller les abords des panneaux. Personne d’autre ne s’arrête. Je décide d’intercepter une grand-mère et sa petite fille. « Madame, regardez, il y a une exposition sur le changement climatique faite par Auchan, qu’en pensez-vous ?- Ah, c’est bien, c’est déjà ça, mais eux, est-ce qu’ils font attention ? Il faudrait qu’ils vérifient comment sont fabriqués les produits qu’ils vendent. »

Je poursuis en alpaguant une famille qui sort le caddie bien chargé. « Quand je reviens avec mes courses, tout est emballage », remarque la mère. « Mais on a besoin de consommer ! » répond le frère.

Je tente une autre famille, qui va entrer. « Une exposition sur le changement climatique à l’entrée d’un hypermarché, cela vous semble-t-il contradictoire ? » Sentiment, le père, prend la parole. « Bien sûr que c’est contradictoire. Mais on doit bien se nourrir, alors qu’est-ce qu’on doit faire, on ne doit plus consommer ? Plus faire nos courses ici ? »

Sur ce, Bernard, vêtu de son petit gilet rouge Auchan, m’interpelle. Responsable de la logistique, il a aussi été volontaire pour présider le comité Développement durable du magasin. Je lui fait remarquer que son exposition n’intéresse, malheureusement, pas les foules. « C’est que la galerie commerçante ne nous appartient pas, alors c’est difficile de placer les panneaux, les magasins ne veulent pas n’importe quoi devant chez eux, explique ce cadre motivé. Mais pour intéresser les enfants, on a des animations en magasin le mercredi et le samedi, avec des coloriages, des gadgets et des questionnaires », nous rassure-t-il.

Quel est le message de l’exposition ? « Nous voulons alerter nos clients sur le climat, nous avons un vrai rôle d’éducation, nous devons leur montrer qu’il ne faut pas jeter les piles par le fenêtres, insiste-t-il. Et nous voulons aussi les sensibiliser à ce qui se passe sur le magasin », poursuit fièrement Bernard. Il évoque les ruches sur le toit, dont le miel est vendu aux clients ; les urnes pour récolter les bouchons de bouteilles, qu’une association récupère et revend pour financer du matériel pour enfants handicapés ; le nouveau matériel des rayons boulangerie et boucherie, moins énergivore ; les frigos et congélateurs aux portes désormais fermées, là aussi pour moins gâcher ; les associations qui récupèrent les invendus, même la nourriture pour chiens et chats, etc, etc. « Et si on le fait, c’est qu’il y a un retour sur investissement. Le bénéfice est à la fois écologique et économique. Mais les clients ne sont pas forcément informés sur tout ce qu’on fait », regrette-t-il.

Mais puisqu’Auchan est si écolo, pourquoi, par exemple, ne pas retirer des rayons les produits particulièrement mauvais pour la planète ? « Non, certains clients pourraient être mécontents, il faut contenter tout le monde », avance Bernard. Les inciter à moins consommer alors ? « Ce n’est pas moins consommer, mais mieux consommer. Si un produit est importé, c’est marqué sur l’étiquette, ils sont informés », poursuit-il. Il se concentre, puis reprend : « Ici, on est un magasin à promotions. Par exemple on fait la foire à 1 euro, ce sont des produits importés d’Asie, de mauvaise qualité, avec une mauvaise empreinte écologique, mais ça marche super bien ! C’est difficile d’éduquer les gens, vous savez, ici, on a 35 ethnies différentes. »

Enfin, Bernard, un haut lieu de la consommation tel qu’un hypermarché peut-il se poser en défenseur de la planète ? Il réfléchit un instant, se lance : « Non, ce n’est pas contradictoire. Que vous preniez une usine de pneus ou un supermarché, il y aura toujours une empreinte écologique ! »

Certes, mais voyons Bernard, êtes-vous vraiment au courant de tout ce que fait Auchan pour sauver la planète ? De tous ses projets de centres commerciaux qui viennent enfin donner une utilité aux terres agricoles en périphérie des villes ? Un petit tour sur Reporterre aurait pu t’informer, pourtant (http://www.reporterre.net/Manifestation-contre-la-premiere).

Par exemple, au nord de Paris, juste à côté de l’aéroport de Roissy, Auchan porte un projet de centre commercial sur 80 hectares de terres agricoles qui vont devenir des boutiques, des restaurants, des hôtels et même une piste de ski. Comme preuve que cet ensemble baptisé Europacity sera écolo, la présentation du projet annonce un toit végétal.

Auchan s’investit aussi à Cavaillon, dans le Vaucluse : là c’est 45 hectares de champs qui vont devenir ce qui sera, on n’en doute pas, un haut lieu de la consommation responsable.

Il faut aussi ajouter qu’Auchan, c’est le même groupe que Décathlon, avec ses villages Oxylane, ses villages du sport. Il y en a un qui recouvrirait 24 hectares de terres à Montpellier avec des enseignes comme Truffaut. Et encore un de 16 hectares à côté d’Orléans. Tout ça, pour nous sensibiliser aux sports de plein air et nous ouvrir à la nature, sans doute ?

Surtout, il ne faut pas oublier les quatre petits hectares de la ferme des Bouillons, à côté de Rouen. Cet été, Auchan a réussi à chasser le collectif de jeunes utopistes qui voulaient continuer de cultiver ces terres là. Ces rabat-joie disaient que ce sont des terres agricoles, qu’elles sont proches de la ville, qu’elles pourraient permettre de faire de l’agriculture de proximité, et surtout de construire un autre modèle alimentaire et agricole, plus respectueux de la nature et des Hommes.

Mais M’enfousplus répondra peut être que, ce qu’ils avaient oublié, c’est qu’Auchan est déjà là pour nous nourrir. Quoi de mieux que prendre sa voiture, son caddie, de caser les enfants aux animations climat du mercredi chez Auchan pendant qu’on fait les courses ? Rien de plus confortable, après tout, de se satisfaire des petits gestes qui sauvent la planète, mais de ne jamais dénoncer les grands qui la détruisent.

Le Kit de survie Cop 21. Quatrième volet : la mécanique de la Conférence Par Aurélie Delmas (Reporterre) Reporterre 2015/10/29 Par Aurélie Delmas (Reporterre) (29 octobre 2015) Le Kit de survie Cop 21. Quatrième volet : la mécanique de la Conférence. Reporterre. Climat : de COP en COP fr

Le Kit de survie Cop 21. Quatrième volet : la mécanique de la Conférence

Pour trouver un accord sur le climat, les 196 Parties enverront à la COP21 de nombreux délégués. Si les ultimes négociations auront lieu en décembre, les discussions sont engagées depuis plusieurs mois. Grâce à une vidéo d’Hervé Kempf, grand habitué des COP, et à un PDF à télécharger, Reporterre vous explique les coulisses de la Conférence des Nations unies sur le climat, qui se tiendra au Bourget.

Video : comprendre l’essentiel en 2’52’’

Herve Kempf from Reporterre on Vimeo.

Hervé Kempf, rédacteur en chef de Reporterre, a suivi plus de 10 COP depuis 1997. Ilexplique le fonctionnement des conférences sur le climat : discours officiels, assemblées plénières, et discussions informelles doivent amener à la proposition d’un texte final qui sera validé par tous les pays membres à la fin de la COP21... ou pas !

Les principaux points à retenir concernant la mécanique de la COP21

- En amont de la conférence de Paris, qui commencera le 30 novembre, de nombreux sommets ont permis aux pays d’avancer sur l’accord qui doit être conclu entre les 196 Parties (195 Etats + l’Union Européenne) le 11 décembre.

- Ce sont d’abord les négociateurs, des diplomates chargés de préparer et défendre la position de leur pays, qui feront la réussite ou l’échec de la COP21.

- Les négociations risquent d’être tendues jusqu’à la dernière heure, d’autant qu’elles achoppent sur les mêmes points depuis des années. Nombreux sont ceux qui redoutent que seul un accord a minima soit conclu à Paris.

- Le site de Paris-Le Bourget qui accueillera la COP21 sera divisé en trois zones : le centre de conférence où se dérouleront les discussions, un espace ouvert au public, et un autre réservé aux entreprises.

Téléchargez la fiche : La mécanique de la COP 21

Liens utiles

- Le site officiel de la Cop21 - Le site de la Convention-Cadre des Nations unies sur les Changements Climatiques - Sur Reporterre, le dossier COP 21 - Et les autres volets du « Kit de survie Cop 21 »

Quand Pierre Fournier dessinait la France des années 1950 Reporterre 2015/10/29 (29 octobre 2015) Quand Pierre Fournier dessinait la France des années 1950. Reporterre. Culture et idées fr

Quand Pierre Fournier dessinait la France des années 1950

Né en 1937, Pierre Fournier est l’un des pères fondateurs de l’écologie en France. Dessinateur puis chroniqueur à Hara Kiri et Charlie Hebdo, il inspire la contestation antinucléaire dès la fin des années 1960 et dénonce sans répit les ravages matériels et moraux de la société industrielle. Son combat est porté par un talent exceptionnel pour le texte et surtout le dessin. En 1972, il crée La Gueule ouverte, premier mensuel écologiste. Il meurt l’année suivante, à trente-cinq ans.

Quinze ans avant sa vie militante, Pierre Fournier traverse chaque été la France du nord au sud, en voiture, avec ses parents. Jour après jour, il dessine à l’encre le paysage, les bords de route, les choses vues. Sur ce carnet de voyage, la richesse, l’invention, la finesse, l’humour éclatent à chaque page. Nous sommes entre 1952 et 1954, la campagne et les villes n’ont pas encore subi les ravages de l’urbanisme. Pierre Fournier a quinze ans. Il invente son style et nous laisse un monde disparu.

Comment devient-on un grand dessinateur ? Comment passe-t-on de la fraîcheur spontanée de l’enfance à la maîtrise savante de l’âge adulte ? Sur cette période de la création, les documents de cette valeur sont très rares, voire inexistants.

Le surprenant carnet de route d’un dessinateur adolescent. Des paysages qui donnent à voir une France disparue. Un document rare sur l’éclosion d’un talent. Un témoignage bouleversant pour les écologistes d’aujourd’hui.

- Sur les routes de France, Pierre Fournier, (Ed. Les Cahiers dessinés, 128 p., env. 100 illustrations, 26 €).

Le droit international doit reconnaitre les « déplacés environnementaux » Esther Benbassa Reporterre 2015/10/29 Esther Benbassa (29 octobre 2015) Le droit international doit reconnaitre les « déplacés environnementaux ». Reporterre. Tribune — Climat fr

Le droit international doit reconnaitre les « déplacés environnementaux »

Avec le changement climatique, le nombre de « déplacés environnementaux » ne va cesser de croitre. Leur assurer un statut en droit international est une condition cruciale pour leur assurer un sort décent. Le Sénat a adopté une résolution allant dans ce sens.

Esther Benbassa est sénatrice EELV (Europe Ecologie Les Verts) du Val-de-Marne et directrice d’études à l’Ecole pratique des hautes études (Sorbonne).

L’actualité ne cesse de nous rappeler notre vulnérabilité face aux forces de la nature. Sécheresses, inondations, cyclones, tremblements de terre, glissements de terrain, crues glaciaires, fonte du pergélisol, fonte glaciaire, érosion du littoral sont autant de bouleversements environnementaux qui entraînent la dégradation des conditions de vie des populations humaines, jusqu’à menacer parfois leur survie.

Entre 2008 et 2014, 184,4 millions de personnes ont été déplacées en contexte de catastrophes, soit une moyenne de 26,4 millions de personnes nouvellement déplacées chaque année. Ce chiffre pourrait atteindre les 200 millions en 2050. Sur cette moyenne annuelle de 26,4 millions de personnes déplacées, 22,5 millions migrent en raison d’aléas liés à la météorologie et au climat. Les autres le font à la suite de l’élévation du niveau des mers, de la désertification et de la dégradation environnementale.

L’appréhension de ces flux migratoires n’est pas simple. Une multitude de dénominations ont été adoptées pour ces migrants, telles que « réfugiés environnementaux », « réfugiés climatiques », « migrants environnementaux », « déplacés environnementaux », dénominations variant selon les chercheurs, les organisations non gouvernementales ou internationales, les responsables politiques, et conduisant à une confusion générale.

La qualification de « réfugiés » environnementaux a été vivement condamnée par le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés. Ce dernier considère que cette qualification ne peut être employée parce qu’elle n’a aucun fondement en droit international des réfugiés, contrairement au cas des réfugiés politiques. Pour leur part, les experts conviennent généralement d’adopter le terme de « déplacés environnementaux », qui est aussi celui qui est préféré par les populations concernées elles-mêmes.

On observe en pratique que ces déplacements spécifiques s’effectuent majoritairement à l’intérieur des États. Il existe des déplacements interétatiques, c’est-à-dire qui conduisent au franchissement d’une frontière internationale, mais ceux-ci sont essentiellement entre les États du Sud. Ces deux tendances s’expliquent notamment par la vulnérabilité particulière des populations du Sud et par un manque de moyens qui les incite à se déplacer uniquement dans des régions proches de leur lieu de vie de départ.

De l’ensemble de ces considérations découle un constat inquiétant : les pays du Sud, victimes directes de la dégradation de l’environnement et de catastrophes naturelles toujours plus intenses, supportent et supporteront le fardeau des migrations environnementales, alors même que les pays développés sont historiquement et encore actuellement les premiers responsables des émissions de gaz à effet de serre, contribuant ainsi au réchauffement climatique et à ses retombées, dont le déplacement des populations.

Il n’existe pas à l’heure actuelle d’instrument juridique assurant aux déplacés environnementaux une protection globale et effective.

L’Initiative Nansen, lancée en 2012 par la Norvège et la Suisse, vise à atteindre un consensus entre les États intéressés concernant la meilleure manière de traiter les déplacements transfrontaliers dans le contexte des catastrophes naturelles, qu’elles soient liées au climat ou à la géophysique. Lors de la consultation intergouvernementale globale qu’elle a organisée ce mois d’octobre 2015, les États ont adopté un instrument non contraignant : l’Agenda pour la protection des personnes déplacées au-delà des frontières dans le cadre de catastrophes et de changements climatiques. Ce document regroupe et analyse les principes fondamentaux et les pratiques effectives des États en la matière.

Reste que le droit international ne dit toujours pas explicitement si et dans quelles circonstances les personnes déplacées en cas de catastrophe doivent être admises dans un autre pays, ni quels sont leurs droits pendant leur séjour dans le pays concerné et dans quelles conditions elles peuvent être rapatriées ou trouver une autre solution durable.

L’ensemble de ces considérations démontre la nécessité pour tous les Etats de coopérer afin de penser des mesures de prévention et de protection. C’est tout l’objet de la proposition de résolution que j’ai déposée au Sénat au nom du groupe écologiste en juillet dernier et que j’ai défendue le 21 octobre 2015 en séance. Ronan Dantec, sénateur EELV de Loire-Atlantique, était chef de file pour le groupe écologiste. Le texte a été voté par la Haute Assemblée à l’unanimité des suffrages exprimés.

La résolution « invite la France à promouvoir, dans le cadre de la COP21 ainsi qu’au sein des institutions européennes et internationales, la mise en œuvre de mesures de prévention et de protection des déplacés environnementaux présents ou à venir, qui ne bénéficient aujourd’hui d’aucune reconnaissance. »

- Télécharger le texte de la résolution :

Allez, décroissons, ce n’est pas si difficile ! Vincent Liegey Reporterre 2015/10/30 Vincent Liegey (30 octobre 2015) Allez, décroissons, ce n’est pas si difficile !. Reporterre. fr

Allez, décroissons, ce n’est pas si difficile !

L’idée de la décroissance fait son chemin et ses partisans sont de moins en moins traités par le mépris. Pourtant, des blocages subsistent, alors qu’il suffirait que chacun fasse de « petits pas de côté » pour atteindre la « masse critique » favorable à un « changement de société ».

Tous les mois, Vincent Liegey, « décroissant », porte son regard sur l’actualité. Comme les chroniques et tribunes publiées sur Reporterre, il exprime un point de vue propre, qui n’est pas nécessairement celui du Quotidien de l’écologie.

Il y a quelques années, en tant que « décroissant-e-s », nous étions rarement les bienvenus. Au mieux, on faisait sourire, on agaçait ; au pire, on était considérés comme de dangereux « khmers verts »... Lors de débats publics, depuis le fond de la salle, on essayait d’alerter sur les limites physiques et culturelles de la croissance. Ces remarques étaient souvent balayées avec mépris par la tribune. Les journalistes nous évitaient, ou ne cherchaient qu’à nous caricaturer, limitant la « décroissance » à quelques écogestes. J’observe que les choses changent très vite, du moins dans certains milieux...

Rêver d’une autre vie

Ces derniers jours, j’ai rencontré quelques amis journalistes. Toutes et tous se sont sentis obligés de s’excuser de ne pas parler plus de décroissance, par manque de temps et surtout parce que leurs rédactions en chef les bloquent. Même situation à Vienne, où j’enchaîne les rencontres pendant une après-midi à l’université, plus précisément à la faculté d’économie. Tout d’abord, je suis invité à présenter Un projet de décroissance, ce qui aurait été impensable il y a encore quelques années. L’organisateur, en off, s’excuse de ne pas pouvoir faire plus de décroissance et garde, face au public, ses distances, m’expliquant que cela n’est pas bien vu par les instances décisionnelles. Après cette rencontre, qui reçoit un accueil enthousiaste de la part des étudiants, je me retrouve dans une réunion avec une représentante du bureau du premier ministre pour voir comment intégrer la décroissance dans une conférence qu’ils co-organisent l’année prochaine. Sont aussi présents Attac et les verts autrichiens. Là aussi, que de doubles discours : « Personnellement, je suis entièrement d’accord avec la décroissance, mais il faut que je ménage ma direction, mon institution... »

J’arrête là la liste, mais ça va dans le sens de cette étude publiée sur la COP 21 auprès de 15-30 ans en France. Outre le fait que ces jeunes n’ont pas entendu parler de la COP 21, ou qu’ils n’en attendent rien, leurs préconisations sont intéressantes et loin de l’approche technocratique et économiciste qui domine. Ainsi, 34 % d’entre eux préconisent de changer totalement nos modes de vie et de prôner la décroissance, 21 % de relocaliser et 17 % sont favorable à l’économie du partage. Ces ordres de grandeur devraient nous interpeller.

Je reviens à mes amis journaliste, en particulier à l’une qui travaille pour une rédaction nationale et nous rend visite à Cargonomia. Elle explique sa frustration de ne plus pouvoir exercer son métier de journaliste, qu’elle aime, évoque les pressions, le stress, l’absence de moyens. Elle se dit rêver d’une autre vie, avec plus de temps, d’activités manuelles et aussi de liberté pour faire du journalisme qui a du sens. Ça me rappelle cette autre étude vue récemment : « Près de la moitié des Français estime passer à côté de sa vie »... Mon amie continue : « Oui, mais force est de reconnaître que, vu la situation, je ne suis pas malheureuse, j’ai un CDI, j’ai quand même des moyens pour travailler... et je peux voyager... »

Combien de personnes dans nos sociétés sont prêtes à faire le pas, des petits pas, et se réapproprier le sens qu’elles souhaitent donner à leurs vies ? Combien s’autocensurent, se l’interdisent ? Et oui, les chaînes de ce pseudo-confort offert par ce système sont fortes. L’inconnu est effrayant. Il faut être un peu fou pour faire ces pas de côté. Plus nous serons nombreux à le faire, plus ce sera facile.... La masse critique n’est pas loin. Et si les vrais blocages à un changement de société, construits et entretenus par ce système dominant, étaient en nous ? Alors, décroissantes et décroissants endormis, réveillez-vous à votre rythme, à votre niveau, les nouveaux mondes sont en construction et vous attendent !

Grands projets : la « démocratie participative » est passée aux oubliettes Par Lorène Lavocat (Reporterre) Reporterre 2015/10/30 Par Lorène Lavocat (Reporterre) (30 octobre 2015) Grands projets : la « démocratie participative » est passée aux oubliettes. Reporterre. Grands projets inutiles fr

Grands projets : la « démocratie participative » est passée aux oubliettes

Après la mort de Rémi Fraisse, François Hollande lançait un « chantier sur la démocratie participative », afin que de tels drames ne se reproduisent plus. Un an plus tard, le bilan est amer.

Ben Lefetey feuillette Le Chasseur français. Le porte-parole du Collectif pour la sauvegarde de la zone humide du Testet soupire. Mélange de colère et de déception. Il lit à voix haute : « Je n’admets pas qu’au nom de la nature, on empêche un certain nombre d’installations, dès lors qu’[elles] ont été prises dans le respect du droit et de l’intérêt général. » Ces mots ne sont pas de lui, mais de François Hollande. Quelques mots lâchés au milieu d’une longue interview parue cette semaine dans le magazine de chasse.

Un an après la mort de Rémi Fraisse, un an après l’engagement du Président « d’améliorer la démocratie participative », les opposants aux grands projets inutiles se sentent désabusés et trahis. Le 27 novembre 2014, afin d’éviter un nouveau « drame national », François Hollande s’engageait à mieux prendre en compte la parole citoyenne : « Tout doit être fait pour que sur chaque grand projet, tous les points de vue soient considérés (...) et que l’intérêt général puisse être dégagé. » Mais mercredi 28 octobre, associations et collectifs venus du Tarn, d’Ivry, de Chartres ou de Notre-Dame des Landes organisaient une conférence de presse pour crier leur colère. « D’un côté, le gouvernement nous parle de dialogue environnemental, et de l’autre il multiplie les signes oranges et nous considère avec mépris », déplore Ben Lefetey.

A ses côtés, bouillonnant, Benoît Hartmann, de France Nature Environnement, égraine les exemples : « Des projets de LGV (lignes à grande vitesse) sont engagés contre l’avis de la Cour des comptes, des bouquetins sont abattus contre l’avis du Conseil national de protection de la nature, Emmanuel Macron autorise l’extraction des sables coquillers en baie de Lannion contre l’avis des collectivités locales... où est la démocratie ? »

Pourtant, après trois mois de réflexion, le « chantier de la démocratie participative » avait abouti en juin dernier à un rapport intitulé Débattre et décider, remis par le sénateur socialiste Alain Richard à Ségolène Royal. Les rapporteurs concluaient à l’importance d’une concertation en amont des projets, à l’intérêt d’une étude approfondie de scénarios alternatifs, et à l’indépendance nécessaire de ceux qui prennent les décisions, en proposant une batterie de réformes. Parmi les principaux points, « la faculté d’organiser une participation amont déclenchée par le porteur de projet, par le préfet ou par un panel de conseils communaux, de citoyens ou d’associations environnementales. »

Mais depuis.... ? « Rien. Au lieu d’un sursaut démocratique, on assiste à une régression », constate Stéphen Kerckhove, d’Agir pour l’environnement. Rien dans la loi de transition énergétique, rien pour le moment dans la loi biodiversité.

« Le gouvernement n’enterre pas le texte, il travaille dessus », réagit Alain Richard, interrogé par Reporterre. D’après lui, les cabinets ministériels planchent depuis plus de quatre mois sur des ordonnances permettant notamment de rendre la concertation en amont obligatoire pour les projets recevant des financements publics. Depuis la loi Macron, le pouvoir exécutif peut en effet réformer le droit de l’environnement par ordonnance, sans passer par le Parlement. « Certains sujets ne sont pas encore tranchés, mais on aura un texte d’ici la fin de l’année », promet-il.

Cela suffira-t-il à apaiser les tensions ? Au téléphone, Arnaud Gossement ne cache pas son scepticisme. Pour l’avocat en droit de l’environnement, les textes à venir ne seront que « des rustines, des gages donnés aux associations environnementales à la veille de la COP 21. » Lui espérait une réflexion sur le dialogue environnemental, afin « non pas de faire plus de concertation, car il existe déjà nombre de procédures, mais de la faire mieux. » Il se dit par avance déçu du résultat de ce chantier présidentiel : « Ce n’est pas avec trois mois de commission et quelques ordonnances qu’on va résoudre le problème de la démocratie participative », résume-t-il.

« Si le gouvernement décide de passer outre, il y aura de nouveaux conflits »

Mais tandis que le gouvernement tergiverse sur une réforme du droit de l’environnement, la situation dans les territoires ne s’améliore pas. Si le projet initial de barrage de Sivens semble abandonné, les occupations continuent à Agen, à Roybon ou bien sûr à Notre-Dame des Landes.

Joël Bosc représente les opposants à l’aéroport au sein de la coordination nationale contre les projets inutiles. Il décrit une situation de statu-quo tendue, où zadistes et paysans locaux continuent d’inventer l’avenir malgré la crainte d’une intervention des forces de l’ordre. Mi-octobre, Manuel Valls déclarait ainsi que l’État ne céderait pas aux « intimidations d’une minorité d’individus ultraviolents. » Face aux propos « inconscients » du Premier ministre, face à la « duplicité des pouvoirs publics », dur de rester serein. Joël Bosc dit craindre ainsi de nouvelles flambées de violence : « A force de souffler sur les braises, Valls va provoquer de nouveaux conflits. »

Un avis partagé par Benoît Hartmann, qui voit là une « stratégie politicienne », une « provocation » : « Il nous ’pousse au crime’, car si nos mouvements cèdent à la violence, nous serons décrédibilisés aux yeux de l’opinion publique. » Alors que faire ? « La balle est dans le camp de l’État », estime Ben Lefetey. « Si le gouvernement continue de passer outre la démocratie participative, si les violences policières ne s’arrêtent pas sur le terrain, si les instituions nous méprisent encore, bien sûr qu’on aura de nouveaux conflits. »

« Ce que nous demandons, c’est le respect de la parole tenue, la cohérence », dit Stéphen Kerckhove. « Notre démocratie malade a urgemment besoin d’un nouveau souffle citoyen. »

Je t’aide, tu m’aides, on rénove nos maisons Lorène Lavocat et Isabelle Rimbert (Reporterre) Reporterre 2015/10/30 Lorène Lavocat et Isabelle Rimbert (Reporterre) (30 octobre 2015) Je t’aide, tu m’aides, on rénove nos maisons. Reporterre. Habitat et urbanisme fr

Je t’aide, tu m’aides, on rénove nos maisons

En Normandie, le programme Enerterre associe les habitants à la rénovation de leur maison en mettant à l’honneur la terre crue, aux atouts autant écologiques que patrimoniaux. Destiné aux ménages précarisés, ce dispositif se glisse dans un Système d’échange local, où le don contre don est la règle.

- Neuilly-la-Forêt (Calvados), reportage

Des croûtes de terre accrochées à son pull en laine, les yeux pétillants derrière ses lunettes, Claudine n’en revient toujours pas : « Je ne reconnais plus ma maison ! » Depuis trois jours, son foyer a des allures de fourmilière. Truelles en main, une petite équipe nettoie, enduit, taloche, lisse. Les murs arborent désormais une belle couleur brune.

Pourtant, il y a quelques semaines à peine, le logis avait des allures de camping. Quand Claudine et Jean-Pierre arrivent à Neuilly-la-Forêt, en 2009, la vieille maison en terre crue mérite quelques coups de pinceau... et de marteau. « Nous pensions avoir le temps de faire des travaux, mais les ennuis se sont enchaînés », raconte-t-elle. Problèmes de santé, chômage, feux de cheminée. Le couple peine à joindre les deux bouts, renonce au chantier et s’enlise dans l’inconfort. Jusqu’à ce que Claudine entende parler d’Enerterre, un programme mis en place par le Parc naturel régional du Cotentin qui permet de rénover les maisons à moindre coût en impliquant les habitants. Pour elle, ce sera « la bouffée d’oxygène ».

Maçonne en écoconstruction

« C’est ce qu’on appelle l’autoréhabilitation partagée, explique Laurent Bouyer, coordinateur du dispositif, lancé il y a trois ans. On réhabilite soi-même sa maison, accompagné d’un spécialiste et avec l’aide d’autres personnes bénévoles, sous forme de chantier participatif. » Ce jour-là, chez Claudine et Jean-Pierre, ils sont six à donner un coup de main. Tandis que la maîtresse de logis cuisine une échine de porc fumée, son fils encourage les travailleurs avec un morceau de cornemuse. « Ce sont les chantiers que je préfère », sourit Sarah Martin, l’une des deux professionnelles encadrantes. Rémunérée, elle intervient ici comme chef des travaux et formatrice. « Ici, on échange, on rit, et on transmet nos savoir-faire. »

Sarah se présente comme maçonne en écoconstruction. Paille, chaux, chanvre, terre crue. « Nous utilisons des matériaux locaux, recyclables et sains », explique-t-elle, en appliquant une couche d’enduit sur une paroi. Aussitôt, un lombric pointe sa tête hors de la masse terreuse. « C’est une matière vivante, qui assainit l’air et absorbe l’humidité. » D’après l’Agence de l’environnement et de l’énergie (Ademe), « la qualité de l’air intérieur est souvent moins bonne qu’à l’extérieur ». En cause : le manque d’aération, l’utilisation de peintures et de produits contenants des composés volatiles dangereux ou l’humidité ambiante.

Le dispositif Enerterre met donc à l’honneur la terre crue pour ses atouts écologiques autant que patrimoniaux. « La bâtisse traditionnelle cotentinaise est en bauge, c’est-à-dire un mélange de terre, de fibres et d’eau, explique Laurent Huet, élu d’une commune du Parc. Malheureusement, une grande partie de ces maisons est aujourd’hui recouverte de ciment, et les savoir-faire se sont perdus. » L’opération vise donc aussi à valoriser le patrimoine. À Saint-Germain-sur-Sèves, Valérie élève avec son mari un troupeau de vaches laitières. L’imposante ferme, vieille de plusieurs siècles, a déjà fait l’objet de plusieurs chantiers participatifs. « Avec les travaux, c’est comme si on s’inscrivait à notre tour dans cette longue histoire, on apporte notre couche de terre à l’édifice », observe l’éleveuse.

Accusations de concurrence déloyale

Des travaux que ni elle, avec ses quatre enfants et ses emprunts, ni Claudine, avec son salaire à temps partiel, n’auraient pu réaliser seules. « Ceux qui passent par l’autoréhabilitation partagée font souvent plus de 80 % d’économies », souligne Laurent Bouyer. En plus des aides pour les plus démunis, c’est surtout le recours à des bénévoles qui permet de diminuer le prix des chantiers.

Joues rosies par le grand air et sourire jusqu’aux oreilles, Mouna, éleveuse de chevaux, se rappelle sa rencontre avec Laurent Bouyer. « Il m’a dit : “Tu as une maison en terre et tu es pauvre, on peut sans doute faire quelque chose ensemble !” » Deux chantiers estivaux d’une semaine transforment bientôt sa maison froide et humide en un lieu accueillant. Coût estimé : 28.000 €. Mouna n’aura pourtant à débourser que 500 € pour les matériaux, ainsi que la nourriture pour la quinzaine de participants, qui ont effectué l’équivalent de 1.100 heures de maçonnerie.

Du travail au noir ? « Il s’agit d’une logique de don contre don, explique Laurent Bouyer. Chaque bénéficiaire qui reçoit un coup de main doit ensuite aider à son tour. » Claudine a ainsi participé à une quinzaine de chantiers avant d’accueillir des maçons bénévoles chez elle. Le tout se concrétise sous la forme d’un Système d’échange local (SEL), qui permet à chacun d’échanger des services ou des biens sans utiliser d’argent. Heure de main d’œuvre, repas, prêt de matériel, don de sable ou de terre. Même ceux qui ne peuvent pas mettre la main à la pelle y trouvent leur compte.

Pour autant, les membres d’Enerterre peinent à recruter des foyers. Depuis 2012, une petite trentaine de chantiers ont été réalisés. « Les gens ont du mal à se lancer, analyse Laurent Bouyer. Ils pensent que c’est trop cher, trop compliqué ou que ce sera mal fait. » Autre problème : le dispositif, censé toucher les personnes les plus précaires, ne parvient pas toujours à atteindre sa cible. « Il ne s’agit pas pour nous d’intervenir chez des gens qui pourraient payer des artisans », rappelle-t-il, conscient des accusations de concurrence déloyale lancées par certains professionnels du bâtiment.

Une épaisse couche de ballots de paille et de chanvre

Car Enerterre s’est construit comme une réponse à l’épineuse question de la précarité énergétique. « L’idée, c’était de créer un outil pour toucher les laissés-pour-compte des programmes de rénovation de l’habitat, raconte Denis Letan, chargé de mission Énergie-climat pour le Parc. Mais dans les faits, il y a peu de chantiers où l’on constate de réelles économies d’énergie. » En cause : les travaux à engager sont souvent trop importants et inabordables.

Pour Laurent Bouyer, « il est plus efficace d’améliorer le confort thermique en travaillant sur le taux d’humidité ou de petits travaux d’isolation par exemple ». Enduire les murs avec de la terre permet ainsi de diminuer la sensation de froid. Chez Valérie, le sol du grenier est désormais recouvert d’une épaisse couche de ballots de paille et de chanvre. Résultat : « Dans le lit, nous sommes passés de trois à deux couvertures, c’est beaucoup plus agréable ! »

Améliorer le confort, mais surtout la qualité de vie. « On est pas plus riche, mais on a avancé, assure Mouna. Avant, c’était juste un endroit où dormir, mais depuis les travaux, c’est devenu notre maison, on se sent chez nous. »

La rumeur des bavardages couvre le bruit des truelles

Depuis le dernier chantier, en 2014, l’énergique éleveuse de chevaux déborde de projets. Table d’hôte, exposition d’œuvres d’art, elle veut désormais ouvrir grand sa porte et partager. « J’aime rencontrer des gens, c’est sans doute pour ça que j’ai adoré les chantiers participatifs. » Des journées de travail où la rumeur des bavardages couvre le bruit des truelles. Chez Claudine et Jean-Pierre, les rires résonnent dans les pièces encore vides de meubles. Sarah, Anne, Olivier, Thibaud, David et Louise font une pause autour d’une torgoule, un riz-au-lait normand. « On apprend plein de choses, sur l’écoconstruction bien sûr, mais aussi sur le jardinage ou la cuisine », s’amuse Claudine.

Pour Laurent Huet, la dimension de « cohésion sociale » est essentielle : « Nous sommes dans une zone rurale, où les gens peuvent se sentir très isolés, explique l’élu. Grâce aux chantiers, des voisins se rencontrent et deviennent amis. » Un dispositif innovant qui pourrait pourtant disparaître, faute de financements. « Nous avons reçu des subventions pour mener le projet jusqu’à la fin de l’année, souligne Laurent Bouyer, Mais à ce jour, aucun collectivité ne veut reprendre le flambeau. »

Les chantiers s’arrêteront peut-être l’an prochain, mais les amitiés comme les maisons ont maintenant des fondations solides. Jeanne touchait le fond avant de croiser la route d’Enerterre. Aujourd’hui, elle invite tous les coconstructeurs à son mariage... une fête qui aura lieu dans sa petite maison, nouvellement enduite de terre et de chaux.

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Au jardin sans pétrole, la bête à bon Dieu a volé jusqu’aux cieux Christine Laurent (Reporterre) Reporterre 2015/10/31 Christine Laurent (Reporterre) (31 octobre 2015) Au jardin sans pétrole, la bête à bon Dieu a volé jusqu’aux cieux. Reporterre. Jardin sans pétrole fr

Au jardin sans pétrole, la bête à bon Dieu a volé jusqu’aux cieux

Profitant du redoux, les voraces coccinelles asiatiques sont de sortie. Voilà des années qu’elles ont pris la place des coccinelles indigènes, aux États-Unis comme en Europe, parmi lesquelles leurs sœurs à sept points.

Pas de chance ce matin, nous avons raté le train ! L’attente est longue sur le quai de la gare d’Austerlitz mais, avec le changement d’heure, nous avons une belle journée devant nous.

Au jardin, le temps s’est radouci et le soleil exacerbe les couleurs chatoyantes de l’automne. Je regrette d’être venue sans un carnet pour noter les plantes qu’il serait heureux de déplacer dans les prochaines semaines, comme cette jolie sauge grahamii blanche offerte par une amie, dont la touffe buissonnante va rapidement gêner les artichauts. J’ai aussi repéré des corolles naissantes d’onagre, une plante bisannuelle semée l’année dernière et qui en toute logique poussera au printemps prochain. Il y a partout des coccinelles dont nous assistons au vol groupé comme un escadron en patrouille.

Rien à voir avec la coccinelle à sept points de mon enfance ! Ces coccinelles sont les adultes des larves lâchées dans les jardins et les champs pour dévorer les pucerons. Elles représentent l’espèce Harmonia axyridis, originaire d’Asie orientale et centrale et particulièrement vorace. Comme elle se reproduit facilement – c’est à dire à bas coût – en laboratoire, elle a été désignée comme l’agent n°1 de la lutte intégrée contre les pucerons. Les États-uniens ont été les premiers à l’envoyer au combat dans les serres mais aussi en plein champ dès les années soixante. À la fin des années quatre-vingt, elle s’était naturalisée et aujourd’hui, selon différentes études américaines, elle est la coccinelle dominante, souvent au dépend des espèces indigènes dont elle n’hésite pas à dévorer les larves quand elle n’a plus de pucerons à se mettre sous la dent !

La bestiole prend le large

Ces premières alertes n’ont pas fait reculer les Européens, qui ont commencé les lâcher de larves à la fin des années quatre-vingt. L’Institut national de recherche agronomique mène alors des essais dans les vergers du sud de la France et en Île-de-France contre le puceron du rosier et dans le nord de la France contre celui du houblon. En 1995, la production industrielle de la souche « bon voilier » est confiée à la société Biotop. Ni bio ni top ! Car la bestiole prend le large… Elle a, depuis, été remplacée dans les jardineries par une espèce sédentaire qui ne sait pas voler…

Dans le jardin, la jolie bête à bon Dieu a bel et bien volé jusqu’au cieux.

- Pour apprendre à reconnaître les coccinelles et pour en savoir plus sur la coccinelle à sept points

Climat : les engagements des Etats sont insuffisants Par Émilie Massemin (Reporterre) Reporterre 2015/10/31 Par Émilie Massemin (Reporterre) (31 octobre 2015) Climat : les engagements des Etats sont insuffisants. Reporterre. Climat : de COP en COP fr

Climat : les engagements des Etats sont insuffisants

Vendredi 30 octobre, les Nations Unies ont publié leur une évaluation des engagements nationaux de réduction des émissions de gaz à effet de serre. D’autres études sur le sujet ont été publiés ou vont l’être. En voici la synthèse. Conclusion commune : si les Etats ne révisent pas très vite leurs ambitions, le réchauffement dépassera les 2 °C à la fin du siècle.

Vendredi 30 octobre, le secrétariat de la Convention-cadre des Nations Unies sur le changement climatique (CCNUCC) a rendu public son rapport d’évaluation des Contributions nationales déterminées volontairement (INDC – Intended nationally determined contributions - en anglais) pour la COP 21.

Les contributions nationales sont les feuilles de route que les pays ont été invités à remettre à l’ONU avant le 1er octobre. Ils y détaillent leurs objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) d’ici 2025 ou 2030. Ils y présentent aussi les politiques qu’ils envisagent de mettre en place pour y parvenir et les mesures d’adaptation aux impacts des changements climatiques qu’ils prévoient.

Ces engagements constituent une partie importante de l’accord qui doit être adopté à Paris lors de la COP 21, du 30 novembre au 11 décembre. Avec en ligne de mire, un objectif : limiter à 2 °C le réchauffement climatique à la fin du siècle, par rapport à la période préindustrielle (1890).

Le secrétariat de la CCNUCC n’est pas le seul acteur à s’être prêté au jeu des évaluations. Reporterre passe en revue les différentes études menées, et leurs conclusions.

ONU : la croissance des émissions va ralentir, mais insuffisamment

- L’étude de l’ONU : Rapport de synthèse sur l’effet global des INDC

Le 1er octobre 2015, 119 contributions nationales avaient déjà été remises, regroupant les objectifs de 146 gouvernements (l’Union européenne a présenté une seule contribution au nom de ses 28 membres). Agrégées, les émissions de GES de tous ces pays représentent 86 % des émissions mondiales comptabilisées en 2010.

Conclusion de ce rapport : les contributions nationales permettent de ralentir la croissance des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030. Le rapport évalue à 56,7 gigatonnes (Gt) de gaz à effet de serre équivalent CO2 la quantité émise dans l’atmosphère en 2030 si les mesures détaillées dans les contributions nationales sont appliquées. C’est 4 Gt de moins par rapport à un scénario « business as usual », c’est-à-dire sans adoption de mesures particulières de lutte contre le changement climatique.

Mais « les INDC ne peuvent limiter qu’à 2,7 °C la montée prévisible de la température moyenne en 2100 », estime Christiana Figueres, secrétaire exécutive de la CCNUCC. « C’est beaucoup plus bas que les 4 ou 5 degrés ou plus de réchauffement projetés par beaucoup avant les engagements, mais ce n’est en aucun cas suffisant. »

Climate action tracker : ce qui est sur la table conduit à un réchauffement dangereux de 2,7 °C

- L’étude de Climate action tracker : INDCs lower projected warming to 2.7°C

C’est dans l’étude du Climate Action Tracker (CAT), publiée le 1er octobre par les groupes de recherche européens Climate Analytics, Ecofys, NewClimate Institute et Potsdam Institute for Climate Impact Research, que la hausse de température est estimée à 2,7 °C à la fin du siècle si les contributions nationales sont respectées.

C’est plutôt mieux que dans la précédente évaluation du CAT, remise en décembre 2014, qui tablait sur 3,1 °C de réchauffement à la fin du siècle. D’après les chercheurs, cette amélioration tient pour beaucoup à la contribution remise par la Chine, qui a décidé qu’avant 2030, ses émissions liées au pétrole et au gaz naturel plafonneraient.

Un intérêt de cette étude est qu’elle « classe » les contributions nationales – et donc les pays – en fonction de leur niveau d’ambition. Ainsi, selon le CAT, les feuilles de route rendues par l’Australie, le Canada, le Japon, la Nouvelle-Zélande, Singapour, l’Afrique du Sud, la Corée du Sud et la Russie font dépasser la limite des 2 °C de réchauffement. Le Brésil, la Chine, l’Union européenne, l’Indonésie, le Mexique, la Suisse, la Norvège et les États-Unis sont un peu moins mauvais – ils permettent tout juste de redescendre à 2°C. Le Maroc et l’Ethiopie sont les meilleurs élèves de la classe.

IDDRI : Beaucoup trop de charbon

- L’étude de l’IDDRI : Au-delà des nombres : comprendre les transformations induites par les INDCs

Le 22 octobre, l’Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri) a publié son analyse. Plutôt que de s’intéresser au respect d’un objectif de 2°C à la fin du siècle, elle cherche à identifier « la nature des transitions mises en œuvre par les pays » et à donner des « conseils concrets », explique Thomas Spencer, chercheur à l’Iddri. Pour cela, elle favorise une analyse sectorielle (transports, production d’électricité, etc.).

Selon l’Iddri, l’intensité carbone de la production d’énergie pourrait baisser de 40 % d’ici 2030. Par contre, les Etats continueraient à prévoir beaucoup trop de charbon (50 % de plus que pour un scénario compatible avec 2°C de réchauffement à la fin du siècle). Et pas assez d’efforts sur le déploiement de technologies de captation et de stockage de carbone (CCS).

« On n’est pas des fans du CCS, précise Thomas Spencer. Mais le CCS deviendra indispensable au vu du peu d’efforts prévus dans un certain nombre de secteurs. Je m’explique : les mesures envisagées sont des changements à la marge. On ne prévoit pas de changements structurels, qui semblent pourtant nécessaires. Par exemple, rien sur l’urbanisme, type densification, pour faire baisser la demande de transports ». Du coup, les Etats font le pari qu’ils disposeront de technologies pour limiter leurs émissions, comme le CCS ou des voitures électriques, « sans savoir s’il sera possible de les mettre en œuvre à grande échelle. Et sans se donner les moyens de recherche et développement, d’investissements, pour rendre réellement possible ce déploiement ».

Ainsi, les contributions nationales actuelles manquent d’ambition, selon l’Iddri. « On sera à 54 Gt d’émissions de gaz à effet de serre en 2030 – 4 Gt de trop pour cadrer avec les scénarios 2 °C du Giec, calcule Thomas Spencer. Cela signifie que si on veut rester dans ces scénarios 2 °C, il faudra arriver à réduire nos émissions de plus de 4 % par an. C’est énorme ! » Une seule solution : « Renforcer l’ambition des contributions nationales avant 2020, et adopter un mécanisme de révision à la hausse des objectifs tous les cinq ans. »

Institut Pierre-Simon Laplace : Les Etats tablent sur des technologies qui ne sont pas mûres

- Travaux pas publiés au 31 octobre.

L’analyse est mené par une quinzaine d’experts (climatologues, économistes du climat et de l’environnement, etc.) réunis au printemps par le climatologue Hervé Le Treut, directeur de l’Institut Pierre-Simon Laplace (IPSL). Entre autres missions, l’équipe s’est donnée celle d’évaluer où nous situe l’agrégation des contributions nationales par rapport aux scénarios 2°C du Giec.

Leurs conclusions ne sont guère rassurantes. « Les contributions nationales sont dans la frange haute des scénarios 2°C modélisés par le Giec. C’est-à-dire qu’il y a encore quelques trajectoires 2°C du Giec qui passent par cette fourchette – peu, mais il y en a », observe Hélène Benveniste, ingénieure de recherche à l’IPSL.

Le problème est que ces scénarios compatibles avec les contributions nationales actuelles impliquent des rythmes de réduction d’émission très rapides à partir de 2030, d’au moins 4 % par an. « Cela n’a jamais été observé au niveau mondial. Les deux seuls cas où nous avons observé une baisse aussi importante, c’est lors du grand lancement du programme nucléaire dans les années 1980 en France, et de l’effondrement du régime soviétique. Soit des cas très particuliers, limités géographiquement et dans le temps », souligne la chercheuse.

Deuxième problème : ces scénarios recourent à des « émissions négatives », reforestation, travail sur les sols (qui sont des puits de carbone), CCS. « Or, la plupart de ces techniques ne sont pas matures sur le plan industriel et on ne sait pas si on pourra les mettre en oeuvre à une échelle suffisante, prévient Hélène Benveniste. Cela demande plus de moyens de recherche et développement et un prix du carbone suffisamment élevé. »

Les résultats des travaux de l’IPSL ne sont pas encore publiés, et le seront probablement après la COP 21.

D’autres évaluations des contributions nationales ont été menées par des ONG, comme la Fondation Nicolas Hulot ou Greenpeace, ou encore par le New Climate Institute – qui calcule les bénéfices que représente l’application des contributions nationales en matière de santé, d’emploi et d’économies.

D’autres seront publiées prochainement : par le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE) et par l’Agence internationale de l’énergie (AIE).

Avec, toujours, la même conclusion : c’est pas mal, mais il réduire les émissions de gaz à effet de serre plus vite.

Manger de la viande : Stop ou encore ? Les lecteurs ont la parole Lecteurs de Reporterre Reporterre 2015/10/31 Lecteurs de Reporterre (31 octobre 2015) Manger de la viande : Stop ou encore ? Les lecteurs ont la parole. Reporterre. Tribune — Quotidien fr

Manger de la viande : Stop ou encore ? Les lecteurs ont la parole

L’article « Voici pourquoi je (re)mange de la viande » a suscité de nombreuses réactions des lecteurs. Elles montrent combien le débat sur l’alimentation et l’agriculture de demain est essentiel, et vif. Reporterre est un espace de discussion et de réflexion, et les lecteurs ont aujourd’hui la parole.

Nous avions préparé depuis plusieurs jours notre article « Voici pourquoi je (re)mange de la viande » et il était prévu qu’il soit mis en ligne mercredi 27 ou jeudi. Il a été publié au lendemain d’une publication classant la viande rouge comme probablement cancérogène. L’article aurait mérité d’être mieux contextualisé. En tout cas, il a suscité un très vif intérêt, et de nombreuses réactions des lectrices et lecteurs, sur facebook, twitter ou sur notre adresse planete (arobase) reporterre.net. Nous publions aujourd’hui les principaux points de vue exprimés dans ce débat.

Rappelons cependant que cet article s’inscrit dans un travail continu de Reporterre - enquêtes, reportages, entretiens - autour du sujet « agriculture et écologie ». Il n’a pas pour objectif d’être exhaustif, mais de proposer un éclairage, parmi d’autres, sur cette question complexe.

Ecologique ?

Je trouve l’article incomplet sur un point. C’est vraiment la première phrase qui m’embête. « Je suis devenue végétarienne il y a cinq ans, par conviction écologique. Aujourd’hui, je remange de la viande... par conviction écologique. »

Pourtant, après lecture de l’article ce n’est pas vraiment le cas. Vous parlez d’éthique, de solidarité avec les petits producteurs mais pas d’environnement. Je ne vois aucune justification écologique dans l’article. La question des gaz à effet de serre (le problème principal) et la surconsommation n’est pas vraiment abordée (si on mange moins de viande, est-ce que cela freinera suffisamment nos émissions de gaz à effet de serre ?). Et même d’un point de vu éthique, légalement, il faut rappeler que même un petit éleveur doit passer par les super-abattoirs dont on a pu voir les images récemment.

À coté de ça, je ne suis pas sûr, en fin de compte, qu’utiliser l’élevage pour gérer les milieux soit une bonne idée (déjà parce qu’on ne devrait pas les gérer)... Rouvrir un milieu implique déjà d’aller contre un mécanisme naturel, la fermeture des milieux (liée à notre déprise agricole). Et la solution miracle, ce serait l’élevage, alors qu’on connaît les effets que ça a en arrière plan sur l’environnement, ou les changements climatiques ? Ça aura probablement un impact plus grand que de laisser ces milieux se refermer et d’arrêter l’élevage. Je ne trouve pas qu’à long terme ça soit une bonne solution.

Je suis bien évidemment pour le local, soutenir les petites exploitations, et globalement je trouve l’article bien ! Mais j’aurais préféré ne pas y voir ce terme d’« écologie » et que ça soit présenté comme une solution éthique et solidaire.

Mathieu

Lutter contre les a priori

En tant que rural, fils d’agriculteur et ingénieur agronome de formation, je suis toujours méchamment surpris d’entendre « écolo égale végétarien », qui, comme l’a constaté votre journaliste, n’est pas si juste. Ce raisonnement est faux et à plus d’un titre. - Il ne prend pas en compte les services écosystémiques que rendent l’élevage (maintien des estives en montagnes, non-retournement des prairies, conservation des haies, des arbres têtards, du bocage...), la liste est longue ! - Il ne prend pas en compte l’élevage biologique, qui utilise des méthodes d’élevage fondées sur la prévention (bien-être animal mis en avant par des logettes adaptées, des brosses leur permettant de se gratter, un accès aux pâtures, une alimentation conçue avec le fourrage et les céréales bien souvent produites par l’éleveur, de la prévention utilisant la phytothérapie...) - Il résume l’élevage comme étant forcément industriel, gourmand en antibiotiques, émetteurs de gaz à effet de serre... À mon sens, l’un des problèmes majeur du mouvement écologiste (dont je suis par ailleurs acteur, personnellement et professionnellement), c’est les nombreux a priori que les « écolos » ont sur de nombreux sujets. Ce problème est particulièrement important car il décrédibilise le mouvement ! Chacun selon ses convictions s’enferme dans ses idées, ses logiques (économiques, sociales religieuses, écologiques...). Cela ne permet pas d’avancer dans sa réflexion, son ouverture à l’autre...

Il faut visiter des exploitations agricoles, qu’elles soient bio ou non ! La palette d’actions agro-environnementales est très large !

Jean-Christophe

Mauvais timing

Je ne suis pas de religion végétarienne, je ne suis pour le moment aucun dogme en la matière, mais j’avoue que ce matin en ouvrant Reporterre ça m’a fait drôle.

Hier soir mes parents (et sûrement des millions de Français) ont vu leurs certitudes ébranlées en apprenant à la télé que la viande rouge transformée était potentiellement cancérogène.

Ce matin, un article sur Reporterre explique que manger de la viande, ce n’est pas MAL, sans même mentionner l’étude de l’OMS/CIRC (qui est néanmoins dans les brèves). En soi, je n’ai pas grand-chose à reprocher à l’article, c’est un témoignage, je ne lui demande donc pas de reprendre tous les arguments du débat (question de l’empathie envers les animaux, de l’abattage, de la non-nécessité de manger de la viande pour être en bonne forme, des impacts d’un régime carné sur la santé...).

Par contre, stratégiquement et politiquement, ça me questionne. Je comprends la volonté de rebondir sur l’actu, mais là, ça m’a fait penser à la réponse d’un lobby proviande qui réagirait après avoir été attaqué ! J’imagine bien que ce n’était pas l’intention, que le papier devait dormir dans les cartons et que c’était une bonne occasion de le sortir, mais là je trouve le timing malvenu.

La sortie de l’étude est un événement qui va bousculer pas mal d’idées reçues et Reporterre, quotidien de l’écologie en prend presque le contre-pied. Quand on lit l’article, on comprend que le message est : mangez moins de viande mais de la bonne viande. Mais le fait de le publier à ce moment est, je pense, assez maladroit !

Emmanuel

Pas dans le même panier

Merci pour votre article « Voici pourquoi je (re)mange de la viande », on l’a beaucoup aimé. Souvent les petits éleveurs sont mis dans le même panier que les gros, qui eux polluent et ne cocréent pas avec la nature, et ça fait du bien de lire que tous n’ont pas cette opinion.

Lauriane, la ferme du Vieux-Poirier

Petit trou de la serrure

Ma joie quotidienne de lire vos articles s’est aujourd’hui transformée en tristesse... Non, pas vous, pas ça, pas comme ça !! Les animaux font partie d’un paysage, d’un territoire, entretiennent des parcelles, fertilisent les terres... L’élevage paysan rend effectivement de nombreux services ! Rémunérons les éleveurs pour ces services.... sans que l’animal soit tué in fine ! Trois raisons poussent au végétarisme et au véganisme : environnementale, éthique et de santé publique. Mettre la lumière sur un type d’élevage extrêmement minoritaire qui respecte l’environnement est vraiment une manière de regarder par le petit trou de la serrure... Que certains élevages soient respectueux de l’environnement et du bien-être animal (du temps de leur courte vie) est une réalité. Mais de là à le mettre en une... L’urgence aujourd’hui est de faire prendre conscience aux gens de l’impact (énorme) de la viande sur l’environnement. À l’heure où végétariens et vegans sont toujours stigmatisés, montrés du doigt, tournés en ridicule...votre article, Reporterre, fait mal.

Anna

Ne pas se tromper de combat

Il y a toujours un amalgame réalisé entre le fait de manger de la viande et le fait de cautionner ce qu’il se passe dans de nombreux abattoirs. Le problème réside surtout dans le fait que les abattoirs sont des entreprises. Donc doivent dégager un maximum de bénéfices. Ce qui tue l’humanité selon moi, c’est simplement ça. Cette société ultracapitaliste qui nous fait foncer dans le mur tête baissée.

Nombre de végétariens consomment du tofu, mais le tofu est issu du lait de soja. En 2010, 0,23 % de la production mondiale de soja était française. Donc manger du tofu, c’est encourager une politique d’importation de masse au détriment de la consommation locale. Ça n’est pas très écolo non plus.

Ludovic

Changer de système

Dans l’article, vous écrivez, « si l’élevage est une telle calamité pour l’environnement, comment se fait-il qu’il existe depuis dix millénaires et qu’il soit consubstantiel de la majorité des sociétés humaines ? ». Autrement dit : si tout le monde le fait c’est qu’il faut continuer ! Les données sur l’impact de l’élevage (industriel ou non) sur la planète sont pourtant bien connues. Les infos ne manquent pas sur le sujet. Je vous conseille par exemple le documentaire Cowspiracy. Évidemment je ne parle ici que d’écologie, puisque c’est la spécialité de Reporterre, mais il n’est pas interdit d’avoir quelques questionnements éthiques...

Maxime

Que faire ?

Article très intéressant, mais qui m’a laissée sur ma faim ; j’étais parvenue à des conclusions assez similaires, sans avoir eu l’idée et le courage d’être totalement végétarienne. Donc, je continue à acheter du poulet à ma dame du marché qui sait exactement comment les volailles qu’elle a élevées avec respect et soin sont ensuite abattues. Pour moi, pas de problème, des gens qui font bien leur travail et et des bons plats à partager.

Le problème survient me semble-t-il lorsque les animaux sont traités comme une matière première, ce qui entraîne des conditions de vie et d’abattage indignes. La ligne de conduite acceptable serait donc d’être certain que, dans la « chaîne de production », tout soit fait de manière correcte, ce que les éleveurs, même petits, ne peuvent plus contrôler à 100 %.

Sur le marché, j’achète des yaourts de lait de brebis à un charmant producteur. Je me suis décidée à lui poser la question : que deviennent vos agneaux ? Contrit, il n’a pas pu me le dire car il les vend à un engraisseur, qui ensuite les conduit à l’abattoir : ce système fragmenté, qui dilue la responsabilité, permet tous les excès (exactement comme dans le textile). Et pourtant, ici, il s’agit tout de même d’un circuit relativement court. Évidemment, ce producteur n’est pas heureux de cette situation, mais que faire ? Je ne vais pas le sanctionner en arrêtant d’acheter ses produits...

C’est donc bien plus complexe que de s’abstenir purement et simplement de viande, voire de tout produit animal. Il faut à mon sens plutôt orienter nos efforts de pression en direction des élevages industriels (viande, poisson, oeufs, lait), et des abattoirs dont on ne parle que trop rarement...Du boulot en perspective !

Anne

LE PATIENT TRAVAIL DE REPORTERRE SUR UN SUJET ENFLAMMÉ

Et, pour ceux qui souhaitent poursuivre la réflexion, voici une sélection de tous nos articles sur le sujet. Bonne lecture !

- Le récit des premières semaines de végétarisme d’un de nos journalistes - Les deux enquêtes de Reporterre sur l’impact de l’élevage sur le climat : « L’élevage, atout ou malédiction pour le climat ? » « Faut-il devenir végétarien pour sauver la planète ? » - Un article qui donne la parole à des scientifiques spécialistes des liens entre climat et alimentation. Leur conclusion : oui, le régime végétarien est le plus « climato-compatible » - Une enquête sur les abattoirs halal - Une tribune sur les conditions de vie souvent déplorables des animaux - Le compte-rendu de la rencontre « Agriculture et climat », organisée par Reporterre et la Confédération paysanne en avril dernier. Parmi les sujets évoqués, les OGM, la mécanisation et bien sûr... l’élevage. - Un compte-rendu du documentaire Cowspiracy sur les ravages de l’élevage industriel. - Une découverte de la gastronomie végétale, pour montrer que manger sans viande, c’est délicieux ! - Un article fiction pour réconcilier agriculture, élevage et climat... en 2050. - Un entretien avec Sylvain Doublet, agronome, sur l’assiette de demain, biologique et beaucoup moins carnée. - Le dossier de Reporterre sur « Agriculture et climat ». et le dossier « Alimentation ».

Que vivent les paysans ! Silvia Pérez-Vitoria Reporterre 2015/11/02 Silvia Pérez-Vitoria (2 novembre 2015) Que vivent les paysans !. Reporterre. Agriculture fr

Que vivent les paysans !

Depuis une vingtaine d’années, les paysans du monde ne se laissent plus faire. Ils s’élèvent contre la volonté affichée par de nombreux chercheurs et politiciens de les faire disparaître pour les remplacer par des « techniciens du vivant ».

Ce livre est un cri de colère contre la destruction d’un mode de vie et contre les débats et les politiques actuels sur les questions agricoles qui apparaissent de plus en plus comme des leurres. Mais il fait aussi des propositions pour cheminer vers d’autres possibles. Des ruptures avec le système dominant sont nécessaires. Ce n’est qu’en redonnant toute leur place aux paysans dans nos sociétés que l’on pourra sortir de l’impasse à laquelle conduisent l’agriculture et l’alimentation industrielles et, plus généralement, un développement économique qui fait chaque jour la preuve de son échec.

Sommaire

Colères. La marchandisation généralisée de la nature // La spoliation et la destruction des terres agricoles // La libéralisation accrue des échanges agricoles // Le déni et l’élimination des paysans.

Impostures. Agriculture biologique et agroécologie : l’art de transformer une critique sociale en un ensemble de techniques « performantes » // De l’agriculture familiale et autres avatars // La faim dans le monde : au-delà des chiffres // Agriculture urbaine : la solution par les villes ?

Ruptures. Retour sur la question du développement // L’économie contre la nature // Rompre avec la toute-puissance des sciences et des techniques // Le mythe du consommateur.

Dissidences. Retrouver des formes d’autonomie // Reconquête des territoires ? // Paysans rebelles ! // Vers de nouvelles constructions sociales

Manifeste pour un XXIe siècle paysan, Silvia Pérez-Vitoria, Actes Sud, 192 p., 18 euros

Source : Actes Sud

L’électricité nucléaire est maintenant plus chère que l’électricité des renouvelables Yves Heuillard (ddmagazine) Reporterre 2015/11/02 Yves Heuillard (ddmagazine) (2 novembre 2015) L’électricité nucléaire est maintenant plus chère que l’électricité des renouvelables. Reporterre. Tribune — Nucléaire fr

L’électricité nucléaire est maintenant plus chère que l’électricité des renouvelables

L’analyse de l’accord passé par EDF pour la construction de réacteurs nucléaires EPR en Grande-Bretagne révèle une surprise : le coût prévu pour l’électricité nucléaire est plus élevé que celui de l’électricité fournie par les énergies renouvelables. Il est temps de changer les priorités d’investissement.

Yves Heuillard est ingénieur et animateur du site ddmagazine, avec lequel cet article est publié en partenariat.

La semaine dernière, EDF et l’entreprise publique chinoise CGN ont signé un accord pour le financement de deux réacteurs nucléaires de type EPR sur le site de Hinkley Point, dans le Somerset (Sud-ouest de l’Angleterre). C’est le dernier avatar d’une saga qui a démarré en 2008 avec l’annonce par le gouvernement britannique d’une renaissance nucléaire dans le pays et avec le rachat en 2009 par EDF des 15 vieilles bouilloires atomiques de British Energy pour 15 milliards d’euros [1]. En fait, EDF a surtout acheté un ticket d’entrée sur le marché britannique. La mise en service du premier réacteur était alors annoncée pour 2017 [2]. Elle sera ensuite repoussée à 2019, puis à 2023, puis maintenant à 2025.

Le gouvernement britannique, qui n’en est pas à une contradiction près, a admis d’une part qu’il voulait rompre avec la politique de refus de subvention au nucléaire de l’administration précédente, et d’autre part qu’il réduisait les aides au photovoltaïque de 87 % « parce qu’il vient un moment où les industries doivent se débrouiller toutes seules » [3]. Parallèlement le gouvernement britannique favorise le développement de l’éolien en mer - exceptionnellement coûteux et qui doit être aidé -, alors que l’éolien terrestre est devenu la source d’électricité la moins chère [4], et que les nouvelles éoliennes sont maintenant capables de produire autant sur terre qu’en mer [5].

La décision d’EDF de construire deux réacteurs EPR avec CGN sur le site de la centrale nucléaire existante de Hinkley Point a été annoncée comme un fait accompli. En réalité les détails contractuels du projet, dit Hinkley Point C, sont loin d’être finalisés. Et ce d’autant que la construction d’Hinkley Point rentre dans le cadre d’un accord plus large sur la construction de deux autres EPR à Sizewell dans le Sufolk et un réacteur de technologie chinoise, dite Hualong One, sur le site EDF de Bradwell dans l’Essex. Une fois les textes finalisés et signés, il faudra encore l’approbation des conseils d’administrations des deux entreprises, puis des autorités de la concurrence et autres organismes de régulation chinois et européens. Notez que les réacteurs de type Hualong One n’ont pour le moment pas obtenu la certification des autorités britanniques.

La participation d’EDF dans le projet de Hinkley Point sera de 65,5 % et celle de CGN de 33,5 %. Sans réduire cette participation initiale en dessous de 50 %, EDF envisage d’impliquer d’autres investisseurs dans le projet. En tout, les deux EPR coûteront 18 milliards de livres (25 milliards d’euros), dont le tiers pour le partenaire chinois. Le démarrage est maintenant prévu pour 2025, les deux réacteurs devant fournir 7 % de la consommation électrique britannique. En ce qui concerne les deux réacteurs de Sizewell, EDF et CGN formeront une filiale commune à hauteur de 80 % pour EDF et 20 % pour CGN. À Bradwell, une autre filiale commune sera majoritairement détenue par CGN.

Un énorme risque pour EDF et... pour le contribuable français

En 2014, le commissaire européen Joaquin Almunia avait estimé le coût de Hinkley Point à 24,5 milliards de livres, et prévenu que le coût pourrait s’élever à 34 milliards de livres si le projet rencontrait des problèmes [6], ce qu’EDF n’avait pas contredit. Aujourd’hui le coût est estimé à 18 milliards de livres, ce que l’entreprise explique par une structure différente du financement.

S’exprimant sur son blog, Benjamin Dessus, ingénieur et économiste, président de l’association Global Chance, calcule qu’il serait plus rentable d’investir l’argent de Hinkley Point dans les économies d’énergies et que dans le meilleur cas EDF ne gagnera pas d’argent avant 2060.

EDF avait en effet prévu de financer le projet par la dette en profitant d’une garantie de crédit de 16 milliards offerte par le gouvernement britannique. Au lieu de cela EDF a choisi de financer le projet par une combinaison de fonds propres, d’emprunts, et éventuellement par l’entrée d’un nouveau partenaire. Ce changement de mécanisme de financement transfère une partie du risque sur le contribuable et le consommateur français ; il supprime le coût de la garantie de crédit offerte par le Trésor britannique.

Reste que le financement des deux premiers EPR britanniques sera délicat. EDF, déjà endettée de plus de 40 milliards d’euros, s’est engagé à prendre le contrôle de l’activité réacteurs d’Areva pour 2,7 milliards d’euros et devra faire face, pour 50 milliards, aux opérations dites de « grand carénage » du parc nucléaire français afin d’en prolonger la durée de vie. L’électricien a déjà annoncé la vente d’actifs non stratégiques pour 10 milliards d’euros, mais l’équation est toutefois considérée comme difficile, sinon impossible, par nombre d’observateurs.

Le prix de l’électricité nucléaire est devenu un des plus élevés parmi les sources d’énergie

L’accord de Hinkley Point C a au moins le mérite de préciser le coût de production de l’électricité nucléaire, même s’il reste des zones incertaines, difficiles à évaluer, voire opaques. EDF n’a accepté la construction de deux EPR à Hinkley Point qu’après avoir âprement négocié un prix garanti de l’électricité nucléaire par le gouvernement britannique : 92,50 livres par MWh (mégawattheure) en euros 2012, pendant 35 ans après le démarrage des réacteurs, et indexé sur l’inflation. Au moment où nous écrivons ces lignes, ajusté de l’inflation [7], l’inflation en 2015 n’est pas encore connue., ce prix garanti est plus de deux fois élevé que le prix du marché sur la bourse de l’électricité britannique APX.

En France la confusion est fréquente entre le coût de l’électricité nucléaire issue de réacteurs vieux de 30 ou 40 ans, largement amortis et largement payés par l’investissement public, et le coût de l’électricité produite par les nouveaux réacteurs de type EPR. Pour le choix des investissements, c’est bien évidemment ce deuxième coût de production qui importe.

Une autre confusion vient d’une référence fréquente à la facture d’électricité des ménages, largement déterminée par les politiques publiques (les kWh ne comptent par exemple que pour 37 % en moyenne dans les factures d’électricité des ménages français), au lieu de considérer le prix auquel se négocie le kWh sur les marchés de gros.

Au moment où nous écrivons ces lignes, à la bourse européenne de l’électricité (EEX), le kWh se négocie 3,3 centimes.

En euros, et converti en centimes par kWh, une unité plus parlante pour le commun des mortels, le coût de l’électricité nucléaire produite par un EPR serait de 13,5 cts d’euros 2014. C’est le moyen de production de l’électricité le plus cher du monde, à l’exception de l’éolien en mer.

Les défenseurs du projet de Hinkley Point expliquent qu’avec l’augmentation prévue des prix de l’électricité, l’EPR sera une bonne affaire quand il rentrera en service et pendant les 60 ans de son exploitation. Sauf que depuis l’annonce du projet en 2008, le prix de gros l’électricité sur les marchés européens ont baissé de moitié. Sauf que les coûts de production de l’éolien et du solaire ont baissé respectivement de 50 % et de 75 % entre 2009 et 2014, et qu’ils vont continuer à baisser d’ici la mise en service du premier EPR de Hinkley Point s’il est jamais construit.

L’éolien et le solaire compétitifs avec zéro risque

Pour mémoire, la quasi-totalité des analyses indiquent des coûts de production (sans aide publique) de 6 à 9 cts du kWh selon les régions pour l’éolien terrestre, et entre 6 et 13 cts selon les régions pour le solaire photovoltaïque à grande échelle. Les analystes de Bloomberg New Energy Finance montrent que l’éolien est déjà la source d’électricité la meilleure marché au Royaume-Uni et en Allemagne ; ils concluent que l’éolien et le solaire photovoltaïque sont maintenant en mesure de concurrencer tous les moyens traditionnels de production de l’électricité, et ce beaucoup plus rapidement, qu’on pouvait le prévoir cinq ou dix ans. Même en Australie, pourtant quatrième producteur mondial de charbon, le solaire est déja compétitif.

L’accord de Hinkley Point C confirme mieux que toutes les analyses que l’éolien et le photovoltaïque sont déjà compétitifs avec l’électricité nucléaire des nouveaux réacteurs nucléaires de 2025, et déjà compétitifs avec l’électricité nucléaire de 2060, puisque l’accord britannique en fixe le prix pour 35 années.

Les promoteurs des énergies renouvelables expliquent que le développement des moyens de stockage de l’électricité, la baisse de prix des batteries, la gestion de la demande par les réseaux intelligents, l’investissement toujours gagnant dans l’efficacité énergétique, l’augmentation du facteur de charge des éoliennes terrestres bientôt capables de fonctionner 40 à 50 % du temps même dans les régions peu ventées, le recours à la biomasse, à l’hydraulique, et à la cogénération, la complémentarité saisonnière éolien/solaire lissent la production des sources d’énergies renouvelables et réduisent considérablement l’intermittence globale. Un EPR, prévu pour fonctionner 90 % du temps, ne peut pallier cette intermittence résiduelle.

Choix énergétiques et justice planétaire, une même équation

Un rapport récent l’Ademe [8] montre qu’un scénario électrique français avec 95 % de renouvelable à l’horizon 2050 ne coûterait pas plus cher que de continuer dans la voie du nucléaire. Les auteurs expliquent ceci par des trajectoires opposées des coûts des différentes énergies, ceux de l’éolien et du solaire baissant encore de 20 à 40% d’ici 2050 pendant que ceux du nucléaire augmentent de plus 30 %.

Tanzanie electrification photovoltaïque en zone rurale Nord de la Tanzanie, des micro-réseaux photvoltaïques apportent la lumière. Photo CC USAID

S’offrent alors deux possibilités : continuer dans la voie du nucléaire, construire deux EPR au Royaume-Uni, engager le gros des forces vives et des capacités de financement de notre électricien national dans la prolongation du fiasco d’Areva, offrir en même temps à l’industrie chinoise les conditions de lui ravir des marchés de plus en plus rares ; ou bien refaire ce qu’EDF a été capable de faire dans les années 70 et 80 avec le nucléaire, opérer un virage radical et devenir l’un des leaders des renouvelables et des solutions d’efficacité énergétique dans le monde.

D’autant que cette question contient la question de l’équité et de la justice sociale dans le monde et l’image que nous avons de nous-mêmes. Allons-nous laisser la moitié des habitants de la planète dans la pauvreté électrique, et donc dans la pauvreté tout court, ou croyons-nous sérieusement que nous allons pouvoir exporter des réacteurs nucléaires au Mali, à Madagascar ou à Haïti ?

Sachant qu’au delà de la question morale, le poids de cette pauvreté dans nos économies, par les conflits et les situations migratoires qu’elle génère, nous invite à agir rapidement dans notre propre intérêt.

Intolérance au gluten : et si la malbouffe était responsable ? Marie Astier (Reporterre) Reporterre 2015/11/03 Marie Astier (Reporterre) (3 novembre 2015) Intolérance au gluten : et si la malbouffe était responsable ?. Reporterre. Santé fr

Intolérance au gluten : et si la malbouffe était responsable ?

Le gluten, composant de la farine de blé, de seigle ou d’orge, est accusé d’être la source de nombreux maux de santé. Reporterre a mené l’enquête pour comprendre pourquoi nous sommes si nombreux à nous penser hypersensibles. Et comme dans tout bon polar, le coupable n’est pas celui qu’on croit...

Il est devenu la bête noire, la cause de nos maux de ventre, de notre fatigue, de nos douleurs articulaires, de nos tracas quotidiens qui nous plombent le moral et la santé sur le long terme : le gluten [1]. Du moins, c’est ce dont il est souvent accusé. Alors que le débat fait rage sur la Toile, Reporterre a décidé de se lancer dans l’arène… Faut-il céder à la folie du sans gluten ? Ou, au contraire, condamner cette mode frivole menée par une flopée de stars ?

Il faut d’abord bien distinguer les troubles provoqués par la dite protéine. Brigitte Jolivet, présidente de l’Association française des intolérants au gluten (AFDIAG), fait le tri : « Il y a d’abord, la maladie cœliaque, qui peut être diagnostiquée. Le gluten provoque une destruction de la paroi intestinale des patients. Ensuite, il existe une allergie au blé. Ces deux premiers problèmes requièrent un régime strict sans gluten. Enfin, de plus en plus de spécialistes sont confrontés à des patients qui réagissent quand ils mangent du blé, présentent des symptômes proches de la maladie cœliaque, mais ne l’ont pas. »

L’effet « nocebo »

C’est cette dernière catégorie, les « hypersensibles » au gluten, qui intrigue désormais les scientifiques. « Ils rapportent que, quand ils mangent du blé, ils ont des ballonnements, des maux de tête, se sentent fatigués ou ont mal à la tête, et que les symptômes cessent quand ils suppriment le gluten – donc en fait le blé – de leur alimentation, détaille Marie Bodinier, chercheuse spécialiste des allergies alimentaires à l’INRA (Institut national de la recherche scientifique) de Nantes. On estime que 10 % de la population française se plaint de ce type de symptômes. Mais on n’a, à ce jour, aucun argument scientifique pour affirmer que ces personnes ont de bonnes raisons de se déclarer sensibles au gluten. »

Marie Bodinier cite cependant l’exemple surprenant – et convaincant – d’une étude sur les sportifs de haut niveau. Dans le groupe d’athlètes étudié, 41 % d’entre eux ont arrêté le gluten et affirment que cela améliore leurs performances. « Pour l’instant, on en est au stade de l’observation, des études cliniques. Et on commence à poser des hypothèses », raconte la spécialiste des allergies.

La recherche prend donc le problème au sérieux depuis environ cinq ans, mais, pour l’instant, aucune des nombreuses hypothèses avancées n’a été validée…

La première est « l’hypothèse psychologique », comme la nomme Anthony Fardet, chercheur en nutrition à l’INRA de Clermont-Ferrand. L’engouement médiatique pour le régime sans gluten, soutenu par le fait que de grandes stars du cinéma, de la musique ou du sport s’y mettent, provoque un questionnement inquiet chez le grand public : et si mes problèmes de santé, et tous ces petits tracas de santé quotidiens, venaient en fait du gluten ? Avouez-le, vous vous êtes déjà posé la question. C’est ce que l’on appelle l’effet « nocebo », par opposition à l’effet placebo : le fait de savoir que le gluten peut être mauvais pour la santé fait que si vous arrêtez d’en manger, vous vous sentez tout d’un coup mieux. Pratique, non ?

La « qualité boulangère »

« Je pense que l’effet nocebo est très important, estime le scientifique. Mais ce n’est pas suffisant pour tout expliquer, probablement que l’hypersensibilité au gluten est la conséquence de facteurs multiples. » Le chercheur distingue donc deux autres types d’explications possibles : « Il y a l’hypothèse génétique : les gens présenteraient des sensibilités différentes au gluten. On a déjà constaté cela pour le lactose, par exemple. Enfin, il y a l’hypothèse technologique. La main de l’homme est allée trop loin dans la transformation du blé. »

Revenons donc au champ. Pour faire du pain, il faut du blé ayant une bonne « qualité boulangère », une caractéristique liée au gluten et en particulier à l’un de ses composants, les gluténines. « Dans les blés à forte valeur boulangère, les gluténines ont des poids moléculaires plus élevés », explique le nutritionniste Christian Remesy. Traduction : les molécules de gluten seraient plus lourdes, plus grosses, et donc plus difficiles à digérer. Or, c’est ce type de blés qui a été développé et semé dans les champs français ces trente dernières années.

Un gluten plus lourd, et aussi plus diversifié. C’est ce qu’explique Marie Bodinier à Nantes : « On a complexifié le système génétique du blé et donc augmenté la diversité des protéines de gluten. Or, plus on a de protéines différentes, plus on a de chances d’avoir des allergies. Je discutais avec mon boulanger sur le marché, il me disait que quand ses clients consomment du pain à base d’un blé ancestral, le blé Kamut, ils le digèrent plus facilement. Les blés anciens seraient plus digestibles que les blés modernes. C’est une hypothèse à tester. »

Un postulat réfuté par Gérard Branlard, généticien spécialiste des blés à l’INRA. « Dans les blés d’hier comme d’aujourd’hui, ce sont les mêmes protéines de gluten. Après, c’est vrai que leur diversité est très importante et qu’elles peuvent avoir des propriétés différentes », répond-t-il.

« Des farines très raffinées, très blanches »

Gérard Branlard cherche l’explication du côté du changement climatique. « Des températures élevées en juin et juillet, lorsque le blé mûrit, peuvent créer un stress, explique-t-il. Il y a des accidents lors de la constitution des protéines de gluten, elles s’assemblent et donnent parfois des polymères (des molécules constituées de nombreuses sous-unités) dix fois plus grosses que la normale, qui sont plus difficilement dégradées dans l’estomac. »

Surtout, le scientifique se tourne vers les étapes suivantes du traitement du blé. « Il faut regarder du côté de la technologie boulangère, elle a énormément évoluée ces cinquante dernières années », indique-t-il.

C’est ce sujet-là qu’a creusé Anthony Fardet. Première étape : la transformation du blé en farine. « On fabrique des farines très raffinées, très blanches, et cela élimine certains composants du blé qui sont anti-inflammatoires », explique-t-il.

Deuxième étape : la fabrication des aliments et en particulier du pain. « On fait subir à la farine des pétrissages très intensifs, qui créent des réseaux de gluten plus compacts et donc moins accessibles aux enzymes de notre système digestif », ajoute Anthony Fardet.

L’ajout de gluten, pratique courante de l’agroalimentaire

« Puis, le temps de fermentation a réduit. Avant, le pain reposait toute une nuit. Cela lui permettait de lever, mais, surtout, aux enzymes de commencer à découper le gluten. Désormais, la fermentation ne dure parfois que deux heures », complète Gérard Branlard.

Il poursuit avec la cuisson : « Le gluten est comme les œufs : pour être facilement dégradé par notre organisme, il doit coaguler. Cela arrive à 80-85 °C. Mais aujourd’hui, dans les terminaux de cuisson qui réchauffent du pain congelé, on n’arrive parfois pas à ces températures-là. On mange du gluten pas cuit ! »

« Et on ajoute aux aliments du gras et du sucre, qui eux sont inflammatoires, regrette encore Anthony Fardet. Donc, je pense que le problème est vraiment du côté du pain blanc raffiné, fabriqué à partir de pâte précongelée, et également des céréales du petit-déjeuner très transformées. »

Enfin, les scientifiques de l’INRA interrogés par Reporterre dénoncent en chœur une pratique courante de l’agroalimentaire : l’ajout de gluten. On en trouve dans les farines, pour augmenter leur « qualité boulangère », et donc dans toutes les préparations qui contiennent de la farine (pizzas, biscuits, pâtes). On en trouve aussi dans les plats préparés, les sauces, les desserts, où le gluten joue le rôle d’épaississant. Il arrive même dans l’alimentation animale, pour les poissons ou le lait en poudre donné aux veaux. « Environ 30 % des produits alimentaires sur les linéaires des supermarchés sont additionnés de gluten », estime Gérard Branlard. Et cela ne risque pas de s’arrêter : « Il est abondant, car c’est un sous-produit d’une autre industrie, celle de l’amidon. Le gluten est la protéine végétale la moins chère au monde. »

Notre système digestif serait donc saturé d’un gluten de plus en plus difficile à digérer… Mais attention, précise Anthony Fardet : « Le problème, ce n’est pas de manger du blé, c’est que l’on consomme trop d’aliments transformés ! »

« Au bout de trente à quarante ans d’alimentation industrielle, le système digestif de nos contemporains a probablement été fragilisé », appuie Christian Remesy. La sensibilité au gluten ne serait en fait que l’un des symptômes d’une dégradation générale de notre système digestif, attaqué par la malbouffe.

Prendre soin de son alimentation

« C’est l’une des hypothèses les plus sérieuses, affirme Marie Bodinier. Nous avons des régimes alimentaires qui contiennent trop de gras, de sucre et pas assez de fibres. Là dessus, on met des normes d’hygiène très strictes et on se bourre d’antibiotiques donc notre système immunitaire est moins en contact avec les pathogènes, on est moins résistant. » Pour elle, c’est notre « microbiote », soit l’ensemble des micro-organismes qui vivent sur notre peau ou dans notre système digestif, qui est atteint : « Tout cela crée des déséquilibres et donc des réactions inflammatoires qui se traduisent par des allergies, ou des hypersensibilités, au gluten par exemple. »

Alors, doit-on tous arrêter le gluten ? Sûrement pas sans avis médical, clame l’Association française des intolérants au gluten. En revanche, prendre soin de son alimentation semble être la bonne voie. « Les populations qui consomment moins de produits transformés, comme dans le régime méditerranéen, ont moins de maladies chroniques », rappelle Anthony Fardet. « Il faut développer d’autres variétés de blé et privilégier le pain au levain, pour une fermentation qui dégrade le gluten, complète Christian Remesy. Mais il ne faut pas dévaloriser un aliment aussi fondamental que le pain, surtout si c’est au profit de produits industriels pas forcément de meilleure qualité. »

La nature, quelle pédagogue ! Maëlle Guéroult (Reporterre) Reporterre 2015/11/03 Maëlle Guéroult (Reporterre) (3 novembre 2015) La nature, quelle pédagogue !. Reporterre. Pédagogie Éducation fr

La nature, quelle pédagogue !

À six semaines de la conférence sur le climat, Michel Scrive invite, dans Jouer nature, à « explorer les pistes de jeu qu’offre la nature » et à retrouver les liens qui nous y unissent.

« Marcher sur un tronc, lancer un caillou, écouter les chants des oiseaux, respirer le grand air, s’asseoir sur le sol… », écrit Michel Scrive en introduction de son livre Jouer nature. Des activités qui semblent loin des préoccupations actuelles.

En cette année d’accueil de la COP 21 à Paris, l’actualité n’est pas à notre relation à la nature. Le climat occupe tous les esprits. Comme si les deux sujets n’avaient pas de lien. Parallèlement à la préparation de la réunion officielle, des messages sont adressés aux citoyens. « Si la COP21 a pour objectif d’aboutir à un accord international sur le climat (…), elle est aussi l’occasion de sensibiliser aux bons gestes à adopter (…) pour réduire les émissions de gaz à effet de serre », peut-on lire sur le site Paris2015.

Éteindre sa lumière, ne pas gaspiller d’eau, recycler ses déchets. Pour nous, simples habitants, l’enjeu du dérèglement climatique se résumerait à mettre en œuvre ces actions quotidiennes. D’autres voix nous appellent à envisager les choses sous un autre angle. « Les crises économiques, écologiques et sociales sont autant d’opportunités de recréer un système fiable, durable en harmonie avec la nature et avec l’humain », indique le Mouvement Alternatiba. Et si nous commencions simplement par retrouver notre harmonie avec la nature ?

Une course folle dans un champ de blé

« Nous avons tous, gravé au fond de nous, ce sentiment de liberté ressenti à l’occasion d’une course folle dans un champ de blé ou d’un cache-cache dans les bois. Chacun de nous s’est rêvé boulanger en créant des petits pains en sable, potier en jouant à la gadoue, luthier en taillant son premier rameau de bois… », nous rappelle l’auteur du livre.

En 120 jeux et activités, Michel Scrive, éducateur nature, propose plusieurs approches pour retrouver ce lien à la nature. Le premier chapitre Jouer dans la nature, invite d’abord à explorer la nature, comme « terrain de jeu idéal, lieu propice à la contemplation et à la rêverie ». Jeux traditionnels, classiques de l’éducation populaire et de l’animation nature y sont rassemblés : gamelle, sardine, ricochets, billes, memory, kim, béret nature, contes sur les plantes et les animaux, jeux coopératifs.

Autant d’idées que l’éducateur nature envisage comme des outils pédagogiques. « Le jeu est indispensable aux enfants. Il permet de se dépenser, de se confronter au monde et aux autres, avec des règles. C’est une occasion d’expérimenter, de développer son intelligence, de prendre des rôles et des responsabilités, et de faire l’apprentissage de l’autonomie. »

Cette dimension pédagogique du jeu et de la nature s’inscrit tout au long du livre. Les éducateurs, animateurs nature, enseignants, parents, trouveront en introduction de chaque sous-partie des guides pour accompagner les enfants dans leur construction.

« Faire avec ce que l’on a »

Après l’exploration, le deuxième chapitre appelle à se relier aux éléments et à ses sens. Jeux d’eau, cueillettes et cuisine des plantes sauvages, créations en argile. Là encore des incontournables mais aussi des activités plus originales comme la fabrication de laine feutrée.

« Faire ses jouets à partir d’éléments naturels, c’est aussi faire avec ce que l’on a, ce que l’on trouve autour de chez soi (…). Jouer nature permet de ne plus être seulement consommateur et de se réapproprier les objets du quotidien, en étant capable de construire, d’agir. »

Le troisième chapitre et aussi le plus gros s’intéresse justement à la fabrication d’instruments, de jeux et de figurines à partir d’éléments récoltés dans la nature. Sifflets, toupies, moulins, bâtons de marche, catapultes, poupées, mikados. Quant au quatrième, il aborde la question des couleurs, encres, peintures et teintures végétales.

« Toute une mémoire à transmettre »

Chaque fois, les explications sont simples, claires, courtes. Il n’est pas réservé aux animateurs et instituteurs, mais est très accessible aux parents. L’ensemble tient en un petit format de 95 pages très pratique à emmener avec soi lors de ses balades. C’est un des intérêts de ce livre par rapport à tous les ouvrages existants sur le sujet. Mais aussi sa limite. Jouer nature est plutôt à utiliser comme un recueil. Pour creuser, mieux vaut aller fouiller dans d’autres documents, justement cités dans la bibliographie de l’auteur.

Michel Scrive n’oublie d’ailleurs pas les origines de ces savoirs compilés par d’autres avant lui. « Cette démarche remet du lien entre la nature et la culture : une culture populaire, un ensemble de savoir-faire et d’usages des plantes. En somme, toute une mémoire à transmettre (…). Certains de ces jeux traditionnels se retrouvent aux quatre coins du monde (…). Cela montre que les gestes et les savoir-faire circulent, que les cultures se construisent dans le dialogue et que les traditions peuvent, peut-être, nous rapprocher. » Quel enjeu plus actuel que celui-là ?

Jouer Nature, Collection Habiter la planète, Michel Scrive, illustrations de Sylvie Napolitano, Les Presses d’Île-de-France, 96 p., 14 €.

Débuter en permaculture Les 4 saisons du jardin bio Reporterre 2015/11/03 Les 4 saisons du jardin bio (3 novembre 2015) Débuter en permaculture. Reporterre. Agriculture fr

Débuter en permaculture

Au sommaire de ce HS « Débuter en permaculture » :

Philosophie et design - Tentative de définition - L’importance du design

Aménagements et techniques - Une terre jamais à nu - Le boom des buttes - Jardiner sans butte ? - Un potager en lasagnes - Un jardin mandala - Une spirale à aromatiques - Une haie fruitière - Une mare au jardin - Une serre adossée - Un poële rocket

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Le détail ici.

Débuter en permaculture, hors-série n° 8 de la revue les « 4 saisons du jardin bio », les éditions Terre vivante, 7,7 euros

Source : Terre vivante

L’humanité a des droits, voici leur déclaration Marie Astier (Reporterre) Reporterre 2015/11/03 Marie Astier (Reporterre) (3 novembre 2015) L’humanité a des droits, voici leur déclaration. Reporterre. Biens communs fr

L’humanité a des droits, voici leur déclaration

Le texte de la Déclaration des droits de l’humanité a été rendu public lundi 2 novembre au Conseil économique et social. La France compte le présenter lors de la COP 21 avant de la faire adopter par l’Assemblée générale des Nations unies. Reporterre en publie le texte aujourd’hui.

Après les droits de l’homme, les droits de l’humanité, c’est à dire ceux des générations passées, présentes et futures. Le président de la République, François Hollande, a souhaité cette Déclaration des droits de l’humanité et a confié à l’avocate en droit de l’environnement Corinne Lepage le soin de la rédiger. Pour cela, elle s’est entourée de spécialistes du droit public, de représentants d’ONG environnementales et d’anciens ministres de l’environnement. (la liste des auteurs est ici.)

Dévoilé hier au Conseil économique et social, le texte veut « rappeler que la génération présente a le devoir de sauvegarder le patrimoine légué par les générations passées, mais également de faire des choix qui engagent sa responsabilité vis-à-vis des générations futures », explique Corinne Lepage.

Assez courte, cette déclaration part du constat que « l’humanité et la nature » sont en péril, et de là, affirme quatre principes, six droits et six devoirs, dont la liste est ci-dessous, dans le texte de la déclaration.

Le but est de présenter le texte lors de la Conférence climat de Paris, en décembre, puis de le faire adopter courant 2016 par l’Assemblée générale des Nations unies.

PRÉAMBULE

Rappelant que l’humanité et la nature sont en péril et qu’en particulier les effets néfastes des changements climatiques, l’accélération de la perte de la biodiversité, la dégradation des terres et des océans, constituent autant de violations des droits fondamentaux des êtres humains et une menace vitale pour les générations présentes et futures,

Constatant que l’extrême gravité de la situation, qui est un sujet de préoccupation pour l’humanité tout entière, impose la reconnaissance de nouveaux principes et de nouveaux droits et devoirs,

Rappelant son attachement aux principes et droits reconnus dans la Déclaration universelle des droits de l’homme, y compris à l’égalité entre les femmes et les hommes, ainsi qu’aux buts et principes de la Charte des Nations Unies,

Rappelant la Déclaration sur l’environnement de Stockholm de 1972, la Charte mondiale de la nature de New York de 1982, la Déclaration sur l’environnement et le développement de Rio de 1992, les résolutions de l’Assemblée générale des Nations Unies « Déclaration du millénaire » de 2000 et « L’avenir que nous voulons » de 2012,

Rappelant que ce même péril est reconnu par les acteurs de la société civile, en particulier les réseaux de personnes, d’organisations, d’institutions, de villes dans la Charte de la Terre de 2000,

Rappelant que l’humanité, qui inclut tous les individus et organisations humaines, comprend à la fois les générations passées, présentes et futures, et que la continuité de l’humanité repose sur ce lien intergénérationnel,

Réaffirmant que la Terre, foyer de l’humanité, constitue un tout marqué par l’interdépendance et que l’existence et l’avenir de l’humanité sont indissociables de son milieu naturel,

Convaincus que les droits fondamentaux des êtres humains et les devoirs de sauvegarder la nature sont intrinsèquement interdépendants, et convaincus de l’importance essentielle de la conservation du bon état de l’environnement et de l’amélioration de sa qualité,

Considérant la responsabilité particulière des générations présentes, en particulier des Etats qui ont la responsabilité première en la matière, mais aussi des peuples, des organisations intergouvernementales, des entreprises, notamment des sociétés multinationales, des organisations non gouvernementales, des autorités locales et des individus,

Considérant que cette responsabilité particulière constitue des devoirs à l’égard de l’humanité, et que ces devoirs, comme ces droits, doivent être mis en œuvre à travers des moyens justes, démocratiques, écologiques et pacifiques,

Considérant que la reconnaissance de la dignité inhérente à l’humanité et à ses membres constitue le fondement de la liberté, de la justice et de la paix dans le monde,

Proclame les principes, les droits et les devoirs qui suivent et adopte la présente déclaration :

LES PRINCIPES

I Le principe de responsabilité, d’équité et de solidarité, intragénérationnelles et intergénérationnelles, exige de la famille humaine et notamment des Etats d’œuvrer, de manière commune et différenciée, à la sauvegarde et à la préservation de l’humanité et de la terre.

II Le principe de dignité de l’humanité et de ses membres implique la satisfaction de leurs besoins fondamentaux ainsi que la protection de leurs droits intangibles. Chaque génération garantit le respect de ce principe dans le temps.

III Le principe de continuité de l’existence de l’humanité garantit la sauvegarde et la préservation de l’humanité et de la terre, à travers des activités humaines prudentes et respectueuses de la nature, notamment du vivant, humain et non humain, mettant tout en œuvre pour prévenir toutes les conséquences transgénérationnelles graves ou irréversibles.

IV Le principe de non-discrimination à raison de l’appartenance à une génération préserve l’humanité, en particulier les générations futures et exige que les activités ou mesures entreprises par les générations présentes n’aient pas pour effet de provoquer ou de perpétuer une réduction excessive des ressources et des choix pour les générations futures.

LES DROITS DE L’HUMANITÉ

V L’humanité, comme l’ensemble des espèces vivantes, a droit de vivre dans un environnement sain et écologiquement soutenable.

VI L’humanité a droit à un développement responsable, équitable, solidaire et durable.

VII L’humanité a droit à la protection du patrimoine commun et de son patrimoine naturel et culturel, matériel et immatériel.

VIII L’humanité a droit à la préservation des biens communs, en particulier l’air, l’eau et le sol, et à l’accès universel et effectif aux ressources vitales. Les générations futures ont droit à leur transmission.

IX L’humanité a droit à la paix, en particulier au règlement pacifique des différends, et à la sécurité humaine, sur les plans environnemental, alimentaire, sanitaire, économique et politique. Ce droit vise, notamment, à préserver les générations successives du fléau de la guerre.

X L’humanité a droit au libre choix de déterminer son destin. Ce droit s’exerce par la prise en compte du long terme, et notamment des rythmes inhérents à l’humanité et à la nature, dans les choix collectifs.

LES DEVOIRS À L’ÉGARD DE L’HUMANITÉ

XI Les générations présentes ont le devoir d’assurer le respect des droits de l’humanité, comme celui de l’ensemble des espèces vivantes. Le respect des droits de l’humanité et de l’homme, qui sont indissociables, s’appliquent à l’égard des générations successives.

XII Les générations présentes, garantes des ressources, des équilibres écologiques, du patrimoine commun et du patrimoine naturel, culturel, matériel et immatériel, ont le devoir de faire en sorte que ce legs soit préservé et qu’il en soit fait usage avec prudence, responsabilité et équité.

XIII Afin d’assurer la pérennité de la vie sur terre, les générations présentes ont le devoir de tout mettre en œuvre pour préserver l’atmosphère et les équilibres climatiques et de faire en sorte de prévenir autant que possible les déplacements de personnes liés à des facteurs environnementaux et, à défaut, de secourir les personnes concernées et de les protéger.

XIV Les générations présentes ont le devoir d’orienter le progrès scientifique et technique vers la préservation et la santé de l’espèce humaine et des autres espèces. A cette fin, elles doivent, en particulier, assurer un accès et une utilisation des ressources biologiques et génétiques respectant la dignité humaine, les savoirs traditionnels et le maintien de la biodiversité.

XV Les Etats et les autres sujets et acteurs publics et privés ont le devoir d’intégrer le long terme et de promouvoir un développement humain et durable. Celui-ci ainsi que les principes, droits et devoirs proclamés par la présente déclaration doivent faire l’objet d’actions d’enseignements, d’éducation et de mise en œuvre.

XVI Les Etats ont le devoir d’assurer l’effectivité des principes, droits et devoirs proclamés par la présente déclaration, y compris en organisant des mécanismes permettant d’en assurer le respect.

Reporterre sur France inter : le gaz de schiste aggrave le changement climatique Par Hervé Kempf Reporterre 2015/11/03 Par Hervé Kempf (3 novembre 2015) Reporterre sur France inter : le gaz de schiste aggrave le changement climatique. Reporterre. Climat fr

Reporterre sur France inter : le gaz de schiste aggrave le changement climatique

- Lundi 2 novembre 2015

L’exploitation du gaz de schiste a des conséquences importantes sur le réchauffement planétaire, selon les travaux de Robert Howarth, chercheur à l’université de Cornell, aux Etats-Unis : dans une étude parue dans la revue Energy and emission control technologies, il montre que, du fait du développement récent du gaz de schiste aux Etats-Unis, les émissions de gaz à effet de serre de ce pays ont augmenté entre 2009 et 2013. En effet, la production et la consommation de gaz de schiste provoque un important dégagement de méthane, un puissant gaz à effet de serre.

- Ecouter ici la Une de la Science avec Reporterre, animé par Matthieu Vidard avec Hervé Kempf, de Reporterre, et l’économiste Thomas Porcher, auteur du Mirage du gaz de schiste.

Reporterre, tous les lundi à 14 h 05 sur France Inter, dans l’émission « La Tête au carré », animée par Mathieu Vidard.

« L’actualité de toutes les sciences dans tous les domaines de la recherche. Éclectisme, vulgarisation et pédagogie, sciences dures du vivant ou humaines : Mathieu Vidard s’intéresse à toutes les observations et les expérimentations du monde par le biais des sciences. »

À écouter sur France Inter, dont voici la carte des fréquences FM, selon le lieu où vous habitez.

Rencontre de Reporterre : À Paris, le 10 novembre, on prend soin des « biens communs » Reporterre 2015/11/04 (4 novembre 2015) Rencontre de Reporterre : À Paris, le 10 novembre, on prend soin des « biens communs ». Reporterre. Biens communs fr

Rencontre de Reporterre : À Paris, le 10 novembre, on prend soin des « biens communs »

Les « biens communs », késako ? C’est l’air que l’on respire, l’eau que l’on boit, les forêts que l’on exploite et dans lesquelles on prend plaisir à flâner, ce sont les semences, garantes de la biodiversité – et donc de notre survie – c’est la Terre, notre habitat. Mais ce sont aussi les logiciels libres, les modes de vie traditionnels, les connaissances, l’information, etc. Bref, ce sont des ressources naturelles ou culturelles gérées par une communauté qui se donnent ses propres règles en vue de les préserver.

Et si les « communs » constituaient cette fameuse « troisième voie », sociale et écologique, entre le marché et l’État ? Préfigurent-ils la révolution au XXIe siècle face à la dictature du néolibéralisme ? Mais comment se prémunir contre une « tragédie des communs », c’est-à-dire la surexploitation de ressources autogérées ?

C’est de tout cela – et plus encore – qu’il sera question lors de la Rencontre de Reporterre – « Biens communs : les citoyens reprennent le pouvoir » – qui aura lieu

Mardi 10 novembre à 19h30 au Lieu-Dit, 6 rue Sorbier, à Paris, dans le 20e arrondissement.

- Métro : Ménilmontant (ligne 2) - Bus : Arrêt Henri Chevreau (ligne 96) ou Arrêt Pyrénées-Ménilmontant (ligne 26).

Avec les intervenants :

- Benjamin Coriat, professeur de sciences économiques à l’Université Paris 13, membre du collectif des Économistes Atterrés - Laurence Comparat, adjointe à la Ville de Grenoble en charge de l’accès à l’information et à la libération des données publiques - Christophe Henner, président de Wikimedia France - Philippe Cacciabue, directeur de la Foncière Terre de liens

Entrée libre

Le mouvement des « faucheurs de chaises » s’amplifie Marie Astier (Reporterre) Reporterre 2015/11/04 Marie Astier (Reporterre) (4 novembre 2015) Le mouvement des « faucheurs de chaises » s’amplifie. Reporterre. Luttes fr

Le mouvement des « faucheurs de chaises » s’amplifie

Bayonne, Saint-Quentin-en-Yvelines, Toulouse, Nîmes, Chambéry, Marseille, Uzès, Charnay-les-Mâcons, etc. Les fauteuils des agences HSBC et BNP-Paribas de la France entière sont désormais sous la menace des militants pour le climat. Leur compteur est à 96 chaises réquisitionnées, sur un objectif de 196.

Mardi 3 novembre, des chaises ont de nouveau été récupérées à Paris par des « faucheurs de chaises ». C’est le plus récent épisode - mais sans doute pas le dernier - d’un mouvement qui prend comme une trainée de poudre, et qui devrait créer un des moments spectaculaires de la COP 21.

De quoi s’agit-il ? Le 30 septembre dernier, soixante-dix-sept personnalités et plusieurs associations telles qu’Attac, Bizi ! ou les Amis de la Terre ont lancé un appel à des réquisitions citoyennes de chaises.

Le but : rappeler que l’argent que les banques cachent dans les paradis fiscaux pourrait plutôt servir à la lutte contre le changement climatique. Depuis le 1er octobre, le même scénario se répète dans les agences bancaires HSBC et BNP-Paribas (la première est à l’origine du scandale « Swissleaks », la seconde est la banque française qui investit le plus dans les énergies fossiles) : un groupe de militants entre calmement, l’un d’eux explique l’action au directeur de l’agence, pendant que d’autres font les tours des bureaux pour ensuite ressortir avec les chaises ainsi récoltées.

Les 196 chaises, soit autant que de pays qui participent à la Conférence climat de Paris début décembre, seront utilisées pour une action symbolique lors de l’événement. En attendant, les sièges capturés sont hébergés par les philosophes Edgar Morin et Patrick Viveret, le résistant et économiste Claude Alphandéry, le sociologue Alain Caillé, la militante emblématique Susan George ou encore Guillaume Duval d’Alternatives économiques.

Le mouvement est né en février, lorsqu’à Bayonne, les militants de Bizi ! avaient enlevé plusieurs chaises dans l’agence locale de HSBC. Quelques jours plus tard, la police se mobilisait pour retrouver les chaises, convoquant trois fois le porte-parole de Bizi ! – alors que l’évasion fiscale dont est coupable HSBC restait impunie. Ce déséquilibre de l’action répressive a entraîné la réaction citoyenne.

Parmi les actions qui ont eu lieu depuis un mois :

- Le 3 novembre, 11 chaises sont réquisitionnées dans une agence BNP-Paribas de Paris.

- Le 2 novembre, trois sièges sont saisis à l’agence HSBC de Bayonne.

- Le 31 octobre, deux actions ont lieu simultanément dans des agences BNP Paribas : huit chaises sont fauchées à Saint-Quentin-en-Yvelines et six à Toulouse, où Geneviève Azam, d’Attac, participe.

- Le 24 octobre, Attac « emprunte » trois chaises à la BNP-Paribas de Nîmes.

- Le 20 octobre, deux chaises sont enlevées à Chambéry et huit dans une agence BNP-Paribas du 11e arrondissement parisien par les JEDI for Climate.

- Le 19 octobre, 14 chaises sont réquisitionnées à la BNP-Paribas de Saint-Paul, à Paris.

- Le 13 octobre, trois fauteuils quittent une agence BNP Paribas de Marseille, emportés par les militants locaux d’Attac.

- Le 12 octobre, les Amis de la Terre visent une agence HSBC pour dénoncer le scandale « Swissleaks » à l’occasion du procès du lanceur d’alerte Hervé Falciani. Bilan : neuf chaises.

- Le 10 octobre, c’est Attac qui frappe la BNP de l’avenue Victor Hugo dans le 16e arrondissement de Paris et embarque une seule chaise.

- Le 1er octobre, 12 chaises sont réquisitionnées dans une agence BNP de Paris. Reporterre y était.

Régionales : dans le Sud-Ouest, l’union de la gauche écologiste pourrait battre le PS Barnabé Binctin (Reporterre) Reporterre 2015/11/04 Barnabé Binctin (Reporterre) (4 novembre 2015) Régionales : dans le Sud-Ouest, l’union de la gauche écologiste pourrait battre le PS. Reporterre. Politique fr

Régionales : dans le Sud-Ouest, l’union de la gauche écologiste pourrait battre le PS

Un rassemblement politique réunit en Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées six formations politiques pour les élections régionales de décembre. À leur tête, l’écologiste Gérard Onesta. Promettant une autre pratique de la politique, cette liste plurielle se place dans le sillage des victoires aux municipales d’Éric Piolle à Grenoble et d’Ada Colau à Barcelone, devant le PS.

- Toulouse, reportage

« Je n’aurais jamais été candidat sur une liste uniquement EELV ou Front de gauche », assure Serge Regourd. C’est le rassemblement de ces deux formations politiques, en Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées, qui l’a convaincu. À un mois des élections régionales, l’ancien doyen de la faculté de droit et de sciences politiques de Toulouse a même accepté de mener cette liste plurielle, intitulée « Nouveau monde », dans le Tarn-et-Garonne. « Le département où le FN est le plus fort », précise celui qui ne revendique aucune appartenance politique ni syndicale. « Le rassemblement est la condition de l’alternative, le seul truc en lequel je peux encore croire. Sinon, c’est le désespoir politique. »

Une sinistrose contre laquelle veut lutter ce rassemblement « inédit », selon sa tête de liste, Gérard Onesta. Le candidat, estampillé EELV, conduit un liste unissant pas moins de cinq partis politiques aux côtés des Verts : le parti régionaliste occitan (Partit occitan), la Nouvelle Gauche socialiste – parti nouvellement fondé par l’ancien député européen et frondeur socialiste Liem Hoang Ngoc – mais surtout le Front de gauche, au complet. Avec PACA, Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées est la seule région de France où les écologistes sont unis avec le Parti de gauche, le Parti communiste et Ensemble !

Mais n’allez pas parler de « ralliements » à Gérard Onesta : « Le mot est faux, personne n’a fait allégeance. On est égaux, on partage le projet. On parle de partenariat, pas d’ouverture : cela sous-entendrait qu’il y en a un qui tient la clé pour fermer. » Un partenariat qui fait justement grincer plus d’une dent du côté socialiste : « C’est une alliance contre-nature », soutient Laurent Méric, élu local et membre actif dans la campagne de Carole Delga, l’ancienne secrétaire d’État au Commerce et à l’Artisanat, qui mène la liste PS.

Un autre notable socialiste dénigre le « fantasme Onesta » : « Il n’y a aucun élément de convergence entre tous ces partis, si ce n’est celui de virer le PS. Ce sera leur seul slogan de campagne. Mais historiquement, on est en territoire radical-socialiste, on ne gagne pas en faisant campagne à l’extrême-gauche. » Pourtant, Gérard Onesta invoque d’autres héritages. « C’est un terre cathare, de révolte. C’est une terre de Larzac, pour ‘’un autre monde possible’’. C’est une terre de Sivens. »

Les deux difficultés : le nucléaire et le projet de LGV Sud-Ouest

Et pour cause. Le Testet a joué un rôle clé dans l’impulsion de cette dynamique politique. « Dès notre appel à moratoire d’octobre 2013, EELV, le Parti de gauche et le Parti communiste ont été des soutiens indéfectibles, de toutes les manifestations, en signature de chacun des communiqués », témoigne Ben Lefetey, le porte-parole du collectif du Testet. La lutte crée alors les conditions du travail commun, comme une première expérimentation de l’unité possible. « Il n’y avait pas d’enjeu fondamental de pouvoir et on veillait à les mettre strictement sur un pied d’égalité », poursuit M. Lefetey qui s’est, depuis, engagé à leur côté. Non comme candidat, mais comme coordinateur de la campagne dans le Tarn : « Cela fait quinze ans que je suis dans le contre-pouvoir. Mais pour mener une vraie politique de transition, il faut aussi changer les gens au pouvoir et être élu. En cela, l’action des partis politiques est légitime et importante. »

Suffit-il cependant de lutter ensemble pour porter un projet commun ? « Communistes et écologistes ne partagent rien sur les dossiers de fond, ce serait une majorité impossible à gouverner », insiste Laurent Méric, en référence directe aux deux principales dissensions : le nucléaire et le projet de LGV Sud-Ouest. Ces derniers mois pourtant, des responsables politiques des différentes formations ont signé des tribunes communes pour dénoncer l’absurdité de l’investissement public dans ce projet d’infrastructure ferroviaire et pour porter un projet alternatif de restructuration de l’usine Areva-Malvési de traitement de l’uranium.

« Un emploi utile et responsable, non-précaire et non-délocalisable »

« Là où il a été impossible de s’entendre avec les communistes sur des sujets comme Roybon ou le Lyon-Turin en Rhône-Alpes-Auvergne, la construction des échanges dans le Sud-Ouest a permis de lever tous les verrous pour un véritable accord écologiste », analyse Julien Bayou, porte-parole national d’EELV. Presque tous, car la fédération Haute-Garonne du Parti communiste – la plus importante de la région – ferait encore sécession. Mais le soutien officiel du PCF est désormais acquis, Marie-Pierre Vieu, porte-parole du parti dans la campagne, ayant joué un rôle important dans le rassemblement des troupes tandis que Martine Pérez, conseillère régionale communiste sortante en Aveyron, confiait son optimisme (à écouter ici).

Sur quelle base ont été trouvés ces accords ? « Sur l’emploi, explique Gérard Onesta. Pas n’importe lequel, mais un emploi utile et responsable, non-précaire et non-délocalisable. Ainsi redéfini, l’emploi réinvente l’agriculture, l’énergie ou le transport et dessine un nouveau paradigme. Voilà comment on se met d’accord sur un projet foncièrement écologiste sans jamais dire que nous le sommes. » Trouver les bons angles pour regarder les objets de débat autrement : selon Patric Roux, ancien directeur de l’Estivada (un festival inter-régional des cultures occitanes) et secrétaire fédéral du Partit occitan, c’est la méthode qui fait consensus, comme dans la lutte autour de l’usine de Malvési : « Il ne s’agissait plus de lutter ou non contre le nucléaire, mais d’extraire des emplois de la pression du néo-libéralisme qui domine ce secteur, explique la tête de liste dans l’Aude. Là-dessus, tout le monde était d’accord. »

Un projet trop à « contre-emploi », justement ? Gérard Onesta l’assure, « le projet écologiste est totalement respecté, nous n’avons rien retranché ». L’emploi ancre le projet écologiste dans le concret : « C’est la vraie préoccupation des gens, la première des dignités qui ouvre la porte à de la santé, du logement, de l’éducation… » Il traverse ainsi les autres thèmes de campagne, parmi lesquels les lycées, premier poste d’investissement du Conseil régional Midi-Pyrénées avec 2 milliards d’euros prévus entre 2001 et 2019. « Un symbole de la défense d’un idéal de service public », estime Myriam Martin, porte-parole d’Ensemble !.

« Une véritable aspiration à faire de la politique autrement »

Autre compétence majeure des conseils régionaux : les transports. « On veut montrer qu’on peut faire autrement en privilégiant la rénovation des lignes inter-régionales, avance Liem Hoang Ngoc. La LGV représente une logique de métropolisation poussée jusqu’au bout. » L’idée de solidarité entre les territoires, c’est la raison de l’engagement de Judith Carmona : « Il y a un vrai souci de la ruralité et de sa place dans le développement de la région, un souci qui se ressent dans la composition des listes. » Éleveuse dans les Pyrénées-Orientales, elle a dû se mettre en congés de ses fonctions nationales auprès de la Confédération paysanne pour s’engager comme porte-parole « citoyenne » dans la campagne. Afin de défendre, par d’autres voies, son modèle d’agriculture, dit-elle.

Comme elle, Pascal Dessaint se lance pour la première fois dans des élections. « On ne peut pas toujours être dans la contestation sans prendre de dispositions par rapport à la vie réelle. C’est la limite de la posture face aux menaces qui pèsent », justifie l’écrivain, réputé pour ses polars mêlant nature et critique sociale. Il raconte avec enthousiasme le premier meeting de campagne et les 2.000 personnes devant lesquelles il a lu sa profession de foi : « C’est excitant, il y a une véritable aspiration à faire de la politique autrement. »

D’autres, telles Marie-France Barthet, la présidente de l’Université fédérale de Toulouse ou Anne-Marie Faucon, cofondatrice des cinémas Utopia, ont suivi la promesse d’une autre pratique de la politique, promesse incarnée par la proposition de Charte éthique à destination des élus et ses 43 articles fixant des règles de transparence ou de non-cumul des mandats.

« Se rassembler, non se ressembler »

Ce « citoyennisme » fait la fierté de la liste et se revendique l’héritage direct de Grenoble, où Éric Piolle avait emporté la mairie en mars 2014 sur la dynamique d’un mouvement similaire. La volonté de poursuivre ce laboratoire politique à plus grande échelle place la future troisième plus grande région de France (5,7 millions d’habitants) en possible jonction – pas seulement géographique – de Grenoble et de Barcelone.

Car de la cité catalane est né le « projet en commun » – l’intitulé étant directement inspiré du « Barcelona en Comú » qui a porté Ada Colau à la tête de la mairie au mois de mai. Sur cette plateforme publique, 4.000 contributions (consultables ici) ont été déposées de juin à août, à partir desquelles se sont construits les thèmes de campagne. La clef du succès pour Gérard Onesta : « Le juge de paix, c’est le projet, pas les tambouilles de parti. C’était un vrai défi : nous, formations politiques, étions-nous encore capables de pondérer ce qui fait combat commun chez les citoyens plutôt que ce qui fait différence entre nous ? »

Il en a tiré son slogan : Se rassembler, non se ressembler.

Ce soir à la télé : Enquête sur le tunnel Lyon-Turin Reporterre 2015/11/04 (4 novembre 2015) Ce soir à la télé : Enquête sur le tunnel Lyon-Turin. Reporterre. Grands projets inutiles fr

Ce soir à la télé : Enquête sur le tunnel Lyon-Turin

Deux fois plus cher que le tunnel sous la Manche, ce devrait être le plus grand chantier d’Europe. Un gigantesque tunnel de 57 kilomètres creusé sous la montagne pour traverser les Alpes, en TGV, entre la France et l’Italie. Le coût du total projet est faramineux : entre 26 et 30 milliards d’euros. Mais en ces temps de crise, on ne sait toujours pas où trouver les financements. Pourtant le chantier a déjà commencé. Ses promoteurs vantent un gain de temps de 3 heures sur la ligne de train Paris-Milan et le désengorgement des tunnels et des vallées alpines aujourd’hui asphyxiés par les camions.

Alors qu’en Italie le sujet déchaîne les passions et a provoqué de violents affrontements, en France, il a longtemps fait l’unanimité. Mais aujourd’hui il est de plus en plus remis en question. L’intérêt public d’un tel ouvrage est-il incontestable ? Les promesses de ce méga tunnel sont-elles fiables ? Qui va payer l’addition ? L’enquête de « PIÈCES À CONVICTION » met en lumière l’intense lobbying des géants du BTP et de certains élus locaux. Au mépris parfois des règles et de la loi. Le projet de tunnel Lyon Turin va-t-il nous mener droit dans le mur ?

Lyon - Turin : enquête sur un tunnel à 26 milliards, une enquête de 52 minutes réalisée par Ghislaine Buffard, une production CAT & Cie et TAC Presse avec la participation de France Télévisions. Diffusé mercredi 4 novembre 2015 à 23 h 15 dans l’émission Pièces à conviction.

Source : Pièces à conviction

« Une société doit décider de ce qu’elle met en commun » Entretien avec Christian Laval Reporterre 2015/11/05 Entretien avec Christian Laval (5 novembre 2015) « Une société doit décider de ce qu’elle met en commun ». Reporterre. Entretien — Culture et idées fr

« Une société doit décider de ce qu’elle met en commun »

Quel est le trait commun entre les luttes contre l’appropriation des ressources naturelles et humaines ? Pour Christian Laval, c’est la notion de « bien commun », ou même de « commun ». Coauteur avec le philosophe Pierre Dardot du livre Commun. Essai sur la révolution au XXIe siècle, il estime que ce principe est au cœur de l’alternative au néolibéralisme.

Christian Laval enseigne la sociologie à l’université Paris-Ouest Nanterre-La Défense. Il est également membre du conseil scientifique d’Attac.

Reporterre - Qu’est-ce qui vous a conduit à écrire cet ouvrage ?

Christian Laval - Ce qui nous a décidés à écrire ce livre, avec ce titre [1], ce sont les différents mouvements de contestation de l’appropriation privée et étatique et, plus particulièrement, le mouvement d’occupation des « places » (15M, Gezi, etc.) qui a porté de nouvelles exigences avec une énergie incomparable. Il y a eu là une mise en cause radicale de la démocratie « représentative » au nom d’une démocratie « réelle » qui se nouait à des revendications écologiques sur la préservation des « communs » (les espaces urbains notamment). En même temps, un peu partout, des luttes contre des privatisations ou des pratiques économiques et sociales alternatives, souvent de type expérimental, ont fait appel à une terminologie ancienne mais qui était chargée d’une énergie et d’une signification nouvelles : celle des « communs » ou des « biens communs ». Il nous est apparu que le « commun » émergeait littéralement de tous ces mouvements, de ces luttes et de ces expérimentations, avec cette signification : pas de co-obligation sans coparticipation à une même activité. Le commun n’est donc pas notre invention, il se dégage des luttes et expériences actuelles comme leur principe.

Comment définissez-vous le « commun » ?

L’émergence du commun comme principe s’explique d’abord sur fond de résistance historique à la généralisation de la logique propriétaire qui s’est manifestée un peu partout sous des formes différentes mais convergentes : les terres, les semences, les gènes, le littoral, l’éducation, les connaissances, etc. Les privatisations des biens publics depuis trente ans en sont l’un des aspects importants. Cette réponse est d’abord apparue sous la forme d’un « retour aux communs ». Par communs, on entend moins des biens à proprement parler que des institutions qui visent à produire, sauvegarder, entretenir une ressource destinée à une communauté d’usagers, restreinte ou large. L’essentiel est justement que les communs ne sont pas « produits » mais « institués » : c’est la raison pour laquelle nous sommes très réticents à l’égard de la notion de « biens communs ». Car tous les « biens » ainsi considérés partagent cette qualité d’être « produits ». Il nous semble qu’on doit renverser le raisonnement : tout commun institué (ressource naturelle, connaissances, lieu culturel, etc.) est un bien, mais aucun bien n’est par lui-même commun. Une fois institué, un commun n’est pas aliénable ni appropriable, il n’est pas une « chose ». Au sens où nous l’entendons, un commun est le lien vivant entre, d’une part, une chose, un objet ou un lieu et, d’autre part, l’activité du collectif qui le prend en charge, l’entretient et le garde.

De quelle façon les mouvements sociaux et écologistes actuels s’appuient-ils sur les communs ?

Parler de communs, dans le mouvement altermondialiste et écologiste, c’est refuser les « nouvelles enclosures », c’est-à-dire la manière dont la propriété absolutiste et exclusiviste limite les accès à ces ressources et à ces productions qui doivent être communes. Les enclosures sur les ressources naturelles conduisent à leur gâchis et à des effets externes de plus en plus nuisibles, comme la pollution de l’environnement. Dans le cas de la production de ressources nouvelles (les connaissances, par exemple), la logique propriétaire conduit à leur sous-production et à leur sous-utilisation, comme on s’en aperçoit avec les brevets qui freinent la circulation des résultats de la recherche. Mais ces conséquences négatives des enclosures ne peuvent pas être séparées d’un effet global de désintégration sociale et de crise de la démocratie due aux inégalités croissantes et aux pouvoirs accrus du capital. Propriété et démocratie s’opposent désormais de manière directe. C’est pourquoi le commun est d’abord une rationalité anti-« propriétariste » et donc radicalement anticapitaliste.

Cependant, il est plus que cela. Le principe du commun tel qu’il se dégage aujourd’hui tourne le dos au communisme d’État. L’État bureaucratique n’est pas l’alternative au marché. En fait, le commun représente la tentative historique d’échapper à ce duo infernal du marché et de l’État qui a structuré nos sociétés et organisé nos existences.

En quoi les communs sont-ils révolutionnaires ? De quelle révolution s’agit-il ?

Pour reprendre la formule de Camus, écrite évidemment dans un tout autre contexte, l’important dans certaines périodes est d’aller « de la résistance à la révolution ». C’est ce passage qui est à l’œuvre aujourd’hui partout : nous passons d’une phase de résistance au néolibéralisme à une phase d’expérimentations, de pratiques alternatives et de luttes politiques visant à « passer à autre chose ».

Encore « moléculaire », bien sûr, cette révolution est à prendre au sens très précis que lui donnaient le philosophe Merleau-Ponty et, à sa suite, Castoriadis : celui de ré-institution. Par cette formule, on peut entendre l’activité par laquelle les acteurs font vivre l’institution nouvelle à laquelle ils participent. Il reste à rendre à ces « mille révolutions » leur visibilité sociale, leur signification d’ensemble, le principe politique général qui s’en dégage.

Comment « instituer l’inappropriable » pour dépasser le néolibéralisme ?

Une société au fond doit décider de ce qu’elle met en commun. C’est cette décision qui détermine la dimension inappropriable d’un bien, d’un espace, du résultat d’une activité. À partir de là, on conçoit comment peut se développer la rationalité du commun dans toutes les activités et dimensions de l’existence : non pas comme un renoncement intégral et sacrificiel à toute propriété, mais comme une subordination du droit de propriété à un droit d’usage commun.

Lorsqu’on prolonge et décline ce principe, comme nous l’avons fait dans la dernière partie de notre livre, on s’aperçoit de ses potentialités transformatrices : ce n’est pas seulement le domaine associatif et coopératif qui est concerné, ce sont aussi les services publics et l’actuelle entreprise capitaliste qui peuvent et doivent, selon nous, être repensés et « réinstitués » comme des communs. C’est en ce sens que le commun est un principe transversal de subversion et de transformation de toute la société existante.

Comment les communs peuvent-ils redynamiser, réactualiser la pensée politique de gauche ?

La gauche ne peut se régénérer du haut, au sein d’états-majors de politiciens professionnels. Il n’est de vraie gauche qu’émanant des gens qui luttent pour une autre société. C’est donc en se liant à ce qui se passe dans la société qu’elle peut se redynamiser, se remettre en mouvement. Comme le disait Foucault, « les concepts viennent des luttes et doivent retourner aux luttes ». Il s’agit donc pour la gauche de redonner un avenir, et celui-ci ne peut naître que des potentialités du présent. Ce qui est possible n’est pas donné par les crises du capitalisme ni même par la catastrophe climatique, mais par les pratiques alternatives et les luttes de résistance qui montrent que l’on peut et que l’on veut vivre autrement.

Ce qui pose le problème de la forme politique que peuvent prendre les luttes, les mouvements et les expérimentations sociales. Il faut certainement déconstruire la coupure entre le parti et le mouvement social, et pour cela inventer une nouvelle expression politique des mouvements, des luttes et des expérimentations. Le mouvement écologiste, en s’inscrivant dans la politique professionnelle, a oublié le rôle qu’il a pu jouer et pourrait jouer dans cette direction. Ce qu’il y a de mieux dans Podemos en Espagne aujourd’hui, c’est cette recherche d’une nouvelle articulation entre luttes sociales et forme politique. Mais personne ne peut dire si cela aboutira.

Êtes-vous optimiste concernant un « retournement de l’histoire » contre le néolibéralisme ?

Un mouvement ne se décrète pas, il se développe sans qu’on puisse dire jusqu’où il ira et quelle sera sa force. Mais la souffrance générée par les modes de vie et de travail que l’on nous impose est telle qu’il y a des chances que montent les désirs de « vivre autrement ». Il ne suffit plus de contester le néolibéralisme, il s’agit de faire et de vivre autre chose en construisant de nouveaux liens, en modifiant le rapport aux choses et à la propriété. Dégager la signification politique plus générale de ce que les gens cherchent dans des pratiques collectives nouvelles, souvent en tâtonnant, peut avoir un effet de propagation et d’accélération non négligeable. La nouveauté tient à une certaine radicalité des mouvements qui ne visent pas seulement des aménagements du système (un peu plus de proportionnelle aux élections, un peu moins d’austérité, etc.). Cette nouveauté tient au fait qu’on institue des pratiques certes minoritaires mais à la fois exemplaires et virales, qui remettent en question tant la politique professionnelle que la propriété. Il y avait en effet longtemps que des forces sociales, et surtout des pratiques concrètes, n’avaient pas contesté à la propriété privée la sorte de prestige intellectuel qu’elle a sous sa forme exclusive et abusive depuis trois siècles. Nous croyons que les pratiques du commun ont joué un rôle considérable en montrant que la productivité, la créativité, et le plaisir sont dissociables de l’appropriation et de l’accumulation privées.

- Propos recueillis par Anthony Laurent

Reporterre organise mardi 10 novembre à Paris une rencontre autour des biens communs. Vous êtes bienvenu(e)s ! Entrée libre.

- Toutes les infos ici

« Super écolo » nous fait rire sur Arte Radio Charles Trahan Reporterre 2015/11/05 Charles Trahan (5 novembre 2015) « Super écolo » nous fait rire sur Arte Radio. Reporterre. Quotidien fr

« Super écolo » nous fait rire sur Arte Radio

Marre des discours catastrophistes sur le climat, ou des leçons de bonne conscience qui incitent chacun à faire un geste pour la planète ? Faites une pause dans la folie médiatique qui se prépare autour de la COP 21, la Conférence climat de Paris début décembre… Et écoutez la série « Super écolo » d’Arte Radio. Avouons-le, certains à Reporterre pourraient presque se reconnaître dans « le relou de l’immeuble », ou auraient pu proposer un article sur l’incroyable productivité de la ferme d’appartement.

Le journaliste québécois Charles Trahan tourne en dérision « les héros du climat » qui « feraient n’importe quoi pour sauver le monde ». Mais on ne lui en veut pas, car on a bien ri.

Un épisode chaque jeudi jusqu’au 19 novembre.

Diffusé le jeudi 15 octobre – Hippolib’ Après Vélib’ et Autolib’, la mairie de Paris propose Hippolib’. Un nouveau mode de déplacement vert qui remet l’animal au cœur de la ville. Avec Bertrand Bossard et Pierre Hiesler.

Jeudi 22 octobre – La cyclo-dynamie Contre l’électricité nucléaire, il produit sa propre énergie. Et il a même inventé un système pour recharger son portable SANS ELECTRICITE ET EN DORMANT : ça mérite des majuscules. Avec Paolo Palermo.

Jeudi 22 octobre – Le relou de l’immeuble

Une ampoule allumée dans une pièce vide ? Une bouteille dans la poubelle jaune ? Le relou de l’immeuble intervient. Super écolo (3/5) : il ferait n’importe quoi pour sauver le monde !

Jeudi 29 octobre – Une goutte de sel dans l’océan

Le saviez-vous ? Le réchauffement climatique désalinise l’eau du Gulf Stream, indispensable à notre écosystème. Jean prend la mer pour lutter contre cette menace.

Jeudi 5 novembre – épisode 5 : La ferme chez soi Dans cet appartement HLM, une famille cultive ses propres fruits, légumes, moutons et miel. Avec Mathieu et Cécile Hagnery.

Source : Arte Radio

Rénover l’aéroport de Nantes coûtera bien moins cher que de construire Notre-Dame-des-Landes Henri Le Roux (Reporterre) Reporterre 2015/11/05 Henri Le Roux (Reporterre) (5 novembre 2015) Rénover l’aéroport de Nantes coûtera bien moins cher que de construire Notre-Dame-des-Landes. Reporterre. Notre-Dame-des-Landes fr

Rénover l’aéroport de Nantes coûtera bien moins cher que de construire Notre-Dame-des-Landes

L’Atelier citoyen poursuit son patient travail pour convaincre les Nantais de garder et d’améliorer leur aéroport. Il publie ce jeudi deux rapports argumentés, l’un sur le potentiel de l’aérogare, l’autre sur la rénovation de la piste. Ces « cahiers » complètent ceux déjà produits et confirment l’inanité du projet de Notre-Dame-des-Landes.

- Nantes, correspondance

Alors que l’État a annoncé, vendredi 30 octobre, « la reprise des travaux » de construction de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, l’Atelier citoyen pour le maintien et l’optimisation de Nantes-Atlantique publie ce jeudi deux nouveaux numéros de ses « cahiers ». Le premier s’intéresse au potentiel de l’aérogare actuelle, lauréate en 2011 du trophée ERA Award du meilleur aéroport européen ; le second à la rénovation de son unique piste.

Ces documents s’ajoutent aux synthèses des groupes de travail sur le bruit, la circulation aérienne, la finance, l’économie et les emplois. Un autre cahier, qui sera diffusé dans une quinzaine de jours, étudiera les possibilités de relier Nantes à son aéroport par les transports en commun. L’expertise complète sera ensuite remise aux responsables politiques et aux promoteurs du projet de Notre-Dame-des-Landes.

« La DGAC est partie du principe que personne ne décortiquerait son étude »

Le réaménagement de l’aéroport actuel, situé sur la commune de Bouguenais, au sud de l’agglomération, avait déjà fait l’objet, il y a deux ans, d’une étude de la Direction générale de l’aviation civile (DGAC). « On a alors découvert qu’aménager Nantes-Atlantique était possible, mais coûterait très cher », explique Françoise Verchère, coprésidente du Collectif d’élus doutant de la pertinence de l’aéroport (CéDpa) et ancienne maire de Bouguenais. Trop cher ? La contre-expertise commandée par le CéDpa a mis en évidence les petits arrangements de l’État avec la réalité.

Cahier Piste

La piste est un bon exemple. La DGAC se prononce pour une refonte complète de la structure, jugée trop vétuste, trop courte, pas assez large, pour un total de 378 millions d’euros. En comparaison, la construction de deux pistes neuves à Notre-Dame-des-Landes est estimée à 60 millions d’euros… « On prend les gens pour des demeurés », s’indigne Jean-Marie Ravier, coordinateur du groupe de travail sur la piste. Selon ce chef d’entreprise, « la DGAC est partie du principe que personne ne décortiquerait son étude, sauf que, quand on gratte, on s’aperçoit que ça ne tient pas la route ».

« Ces mensonges discréditent les responsables politiques »

Il a été aidé sur ce point par un jeune retraité d’une entreprise de travaux publics, qui a réparé pendant trente ans la piste de Nantes-Atlantique, précisément. Grâce à son expérience, l’Atelier citoyen a pu analyser chacun des arguments présentés dans l’étude de la DGAC, de la classification du sol à l’accueil des gros porteurs. « Il en rejette l’essentiel, et conclut qu’un simple resurfaçage, additionné de quelques mises en conformité, conviendra parfaitement, le tout pour un coût de 25 millions d’euros », peut-on lire en introduction du cahier « piste ». Ce chiffrage « est tout à fait cohérent avec des rénovations récentes des pistes Francfort 1 et 2, Orly 1, CDG 4 et Tahiti », poursuivent les auteurs.

Qu’en est-il de l’aérogare, qui a accueilli en 2014 plus de quatre millions de passagers ? Face à l’argument de la « saturation », balayé l’an dernier par un article du Canard enchaîné, l’association critique l’« opacité » et les « mensonges » entourant le dossier, qui « discréditent les administrations et les personnalités politiques qui les ont portés ». « On s’est procurés les plans de Vinci », annonce l’architecte Ivan Fouquet, en charge de ce groupe de travail. Il ajoute : « On est donc capable de proposer pour Nantes-Atlantique le même type d’extensions que celles prévues à Notre-Dame-des-Landes » pour faire face à une augmentation du trafic.

Cahier Aérogare

Plus d’un siècle d’émission de CO2

Grâce au travail des thermiciens de l’association, vérifié par un professionnel des aéroports, l’Atelier citoyen a calculé que l’on peut réduire de 30 à 40 % les consommations énergétiques de la plate-forme actuelle, et diviser par trois ses émissions de gaz à effet de serre. Ivan Fouquet prévient : « Quand on parle de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes soi disant très économe en énergie, c’est sans compter l’énergie grise. » C’est-à-dire toute l’énergie nécessaire à la construction des bâtiments, mais aussi à la production, la transformation des matériaux, leur transport, leur mise en œuvre puis leur recyclage en fin de vie du bâtiment.

Ainsi, l’énergie grise pour la construction de la seule aérogare de Notre- Dame-des-Landes serait trois à quatre fois plus importante que dans le cas d’une rénovation de Nantes-Atlantique. En termes d’émissions de CO2, la construction de Notre-Dame-des-Landes serait équivalente à plus de 100 ans de ses consommations énergétiques, contre environ 28 ans pour la rénovation de Nantes Atlantique. « On ne peut décemment pas parler de réduction des gaz à effets de serre et refuser que le secteur aérien fasse, lui aussi, des efforts », dénonce Françoise Verchère.

Les auteurs du cahier « aérogare » rappellent qu’architectes et urbanistes se sont déjà penchés sur le site de Bouguenais, « déjà largement urbanisé et imperméabilisé ». Certaines de leurs idées « ouvrent la voie à des solutions constructives, sobres et économiques (...) pour consommer moins de matières premières, d’eau, d’énergie et préserver les espaces naturels et les terres agricoles d’une saturation d’asphalte et de béton », conclut le rapport.

« Si on rentre dans la logique des porteurs de projet, l’aéroport actuel est tout à fait améliorable, ajoute la coprésidente du CéDpa. Le secteur du BTP attend depuis des mois, comme une manne, la construction de Notre-Dame-des-Landes. Si on rénove Nantes-Atlantique, ils auront du boulot tout de suite ! »

Pour faire face aux déchets, le plan B’OM réduit leur volume Barnabé Binctin (Reporterre) Reporterre 2015/11/05 Barnabé Binctin (Reporterre) (5 novembre 2015) Pour faire face aux déchets, le plan B’OM réduit leur volume. Reporterre. Déchets fr

Pour faire face aux déchets, le plan B’OM réduit leur volume

Et si on prenait le problème des déchets à rebours des approches techniques portées par les pouvoirs publics ? C’est l’objet de l’alternative citoyenne zéro déchet, qui a fait ses preuves ailleurs dans le monde. L’association Zero Waste France dessine, avec son plan B’OM, les contours que prendrait une telle politique.

Opposition locale au projet d’hyper-incinérateur à Échillais (Charente-Maritime), abandon définitif du projet d’usine de méthanisation à Romainville, blocage des sites d’enfouissement de déchets en Corse... Ces événements récents posent une seule et même question : quelle politique de gestion des déchets mettre en place pour demain ?

Tous les projets cités répondent par une approche technique : incinérateurs, tri mécano-biologiques, mégadécharges… À grand renfort de nouvelles technologies, invoquées pour résoudre les problèmes posés par un volume de déchets toujours aussi important – bien que l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME) constate une « stabilisation des déchets produits ». En France, le traitement des déchets représente le premier poste de dépense publique en matière d’environnement – 15,7 milliards d’euros – et il est géré à plus de 90 % par le secteur privé, « avec de juteux bénéfices », comme le rappelaient récemment des responsables du Front de gauche dans une tribune publiée par Bastamag.

Penser en amont la question du déchet

La contestation citoyenne aux choix des pouvoirs publics propose, à chaque fois, un même mot d’ordre : l’alternative zéro déchet. L’enjeu est simple : penser en amont la question du déchet. « Le zéro déchet est fondé sur un changement de paradigme favorisant la réduction à la source et la collecte séparée des biodéchets », explique Flore Berlingen, directrice de l’association Zero Waste France [1]. Une démarche déjà à l’œuvre ailleurs dans le monde : si San Francisco fait référence depuis plusieurs années, d’autres municipalités ont emboîté le pas, comme en Italie. Avec des résultats surprenants : à Trévise, il n’y aurait plus que 53 kg d’ordures ménagères résiduelles (OMR) collectées par an et par habitant, là où un habitant français en produit en moyenne 354 kilos…

Comment alors se lancer dans la voie du « zéro déchet » aujourd’hui, en France ? L’association Zero Waste France a mené une étude spécifique, publiée il y a quelques semaines, qui donne de premières pistes d’action très concrètes. Le plan B’OM, pour « baisse des ordures ménagères », se veut ainsi une « alternative citoyenne zéro déchet à la reconstruction de l’incinérateur Ivry-Paris XIII ».

« La marge de manœuvre est colossale »

Ce projet, très contesté depuis plusieurs années et estimé à un coût avoisinant les deux milliards d’euros, illustre les vifs débats sur l’orientation des politiques de déchets : « Garder un incinérateur, c’est décourager la réduction des déchets et le recyclage pour de nombreuses années », explique de Anne Connan, coprésidente du collectif 3R (réduire, réutiliser, recycler) qui réunit une dizaine d’associations. À l’appui de leur contestation, les associations environnementales citent un chiffre éloquent : seuls 42 % des poubelles qui arrivent sur le site actuel de l’incinérateur auraient fait l’objet d’un tri préalable.

« La marge de manœuvre est colossale, estime Flore Berlingen. Le meilleur moyen de démontrer l’inutilité de l’incinérateur, c’est encore de réduire le volume des déchets qui s’y destinent. » Pour cela, le plan B’OM s’appuie en premier lieu sur la gestion des biodéchets, ces détritus d’origine végétales ou animales, dont « la loi de transition énergétique rend obligatoire la collecte d’ici à 2025 », rappelle Antoinette Guhl, adjointe à la mairie de Paris en charge de l’économie circulaire et porteuse du Livre blanc du Grand Paris, qui fait la part belle à cet enjeu.

Présenté ce jeudi soir lors d’une réunion publique à Ivry-sur-Seine, le plan B’OM insiste sur le double levier de gestion de ces biodéchets : l’action individuelle, d’abord, par une « gestion de proximité » fondée, par exemple, sur un compostage domestique, en pied d’immeuble ou de quartier, l’action publique, ensuite, par la collecte séparée – rendue donc obligatoire à partir de 2025. À horizon 2023, l’association a fait le calcul : « Il est possible de détourner 310.000 tonnes/an de biodéchets de la poubelle des OMR (la poubelle dite “mélangée”) », à raison de 32 kg/hab/an de biodéchets collectés séparément par le service public et de 7 kg/hab/an grâce au compostage de proximité. Auxquels, il faut ajouter la réduction du gaspillage alimentaire, évaluée à 14 kg/hab/an.

Le grand chantier du papier et du carton

L’autre grand chantier du plan B’OM, c’est le papier-carton. « Dans les poubelles ‘’non-triées’’ de Paris, on trouve beaucoup plus de carton qu’ailleurs en France », souligne Flore Berlingen. En misant sur une politique de prévention et un meilleur système de collecte – comme à Toulouse, où il existe une collecte spécifique pour le carton dans les zones commerciales, par exemple – Zero Waste France prévoit de réduire de près de 215.000 tonnes le volume de papier et de carton aujourd’hui traité par incinération ou par mise en décharge.

Au total, avec 12 mesures ambitieuses, dont une opération « zéro déchet au bureau » ou la relance de l’application du « Stop-pub », le plan B’OM espère diminuer de plus de 700.000 tonnes les OMR à horizon 2020.

Et ce n’est pas un hasard si le plan B’OM remet autant le citoyen au cœur de l’enjeu social, politique et écologique de la question des déchets, à quelques semaines de la COP 21. Car, comme le rappelle Flore Berlingen, « quand on évite un déchet, on évite autant de CO2 qu’il ne faudra pour le traiter ensuite, mais aussi tout le CO2 qu’il n’a fallu pour le produire ou tout le CO2 qu’il faudrait pour le remplacer ».

Notre-Dame-des-Landes : les Verts font monter les enchères Par Vladimir Slonska-Malvaud (Reporterre) Reporterre 2015/11/05 Par Vladimir Slonska-Malvaud (Reporterre) (5 novembre 2015) Notre-Dame-des-Landes : les Verts font monter les enchères. Reporterre. Reportage — Politique fr

Notre-Dame-des-Landes : les Verts font monter les enchères

Les provocations de Manuel Valls sur Notre-Dame-des-Landes suscitent le courroux d’Europe Écologie-Les Verts. Cécile Duflot, Emmanuelle Cosse et Noël Mamère sont venus le 4 novembre sur la ZAD réaffirmer leur opposition absolue au projet d’aéroport. Et ont proposé une alternative.

- Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique), reportage

Le déplacement se voulait aussi massif que symbolique : les figures nationales et locales d’Europe Écologie – Les Verts (EELV), réunies au grand complet sur la «  zone à défendre  » (ZAD) de Notre-Dame-des-Landes.

Préparée dans l’urgence, cette visite est la réplique du parti écologiste «  aux provocations du gouvernement  » sur ce projet d’aéroport. La préfecture de Loire-Atlantique a en effet publié, vendredi 30 octobre, un appel d’offre sur des travaux de débroussaillage préalables à la construction de la plate-forme aéroportuaire.

Les élus écologistes ont mené une visite éclair : une discussion à huis-clos d’une demi-heure avec les responsables associatifs suivie d’une conférence de presse.

À quelques semaines du démarrage de la Conférence des parties des Nations unies sur les changements climatiques (COP21) et à un mois des élections régionales des 6 et 13 décembre 2015, la rencontre ne pouvait pas mieux tomber. « Quand on est à cinq semaines de la Conférence sur le climat, où le monde entier va se rendre en France pour essayer de trouver un accord contraignant […], quel est le sens de relancer un aéroport qui en lui-même est le symbole du dérèglement climatique ? », interroge Emmanuelle Cosse, secrétaire nationale d’EELV.

«  Un dossier pourri, hors-la-loi  »

Très remontés par ces nouveaux éléments ainsi que par la déclaration de Manuel Valls, quelques heures auparavant, qui avait qualifié de «  minorité d’individus ultra-violents  » les opposants au projet (sur cette video à 21’28’’), les écologistes ont vertement critiqué «  un dossier pourri, hors-la-loi depuis le début  », selon les mots de Sophie Bringuy, tête de liste EELV dans les Pays de la Loire.

Une «  opération de communication indigne est en train d’être menée, qui consiste à dire que Sylvain [Fresneau], Julien [Durand], des paysans qui travaillent ici, qui cultivent cette terre depuis des générations, sont une minorité violente  », a dénoncé Cécile Duflot. L’ex-ministre du gouvernement Ayrault parle d’«  un mensonge organisé autour de ce qui se passe à Notre-Dame-des-Landes  ». Manuel Valls n’a pas hésité, au cours de la même intervention, à qualifier l’aéroport «  d’important pour l’environnement  » (21’05), malgré l’unanimité des critiques des écologistes et des naturalistes de tous bords.

Le Parti socialiste (PS), principal soutien politique du projet, est cependant dans une situation délicate : quatre des cinq départements de la région Pays de la Loire ont été remportés par les candidats LR lors des départementales de mars 2015.

L’occasion pour Sophie Bringuy et René Louail, tête de liste EELV en Bretagne, de faire monter les enchères en conditionnant toute alliance avec le PS au second tour des régionales à la réalisation en 2016 d’une étude indépendante sur l’optimisation de l’aéroport actuel.

Une étude qui ne serait pas sans rappeler les travaux de l’Atelier citoyen (voir notre article ici), qui remet en cause, arguments solides à l’appui, la pertinence du projet d’aéroport. «  Si cette étude indépendante a lieu, tout le monde verra que le projet de Notre Dame des Landes est un immense rideau de fumée  », ajoute Cécile Duflot.

«  On est venus pour tout le monde  »

Un peu en retrait, les deux seuls zadistes à s’être risqués jusqu’au lieu de la conférence de presse regardent avec circonspection les dizaines de journalistes massés devant les responsables écologistes : «  Ils viennent pour écouter la sainte parole des chefs et ils ne s’intéressent pas à nous  », regrette Blue. Au même moment, deux consœurs se rassurent : «  As-tu déjà vu des zadistes  ? Non. Moi non plus, jamais  ».

Le soutien des élus et des candidats écologistes est en revanche plutôt bienvenu : «  Je respecte leur courage politique, au-delà des différences  », explique Blue. Noël Mamère, qui avait claqué la porte d’EELV en 2013 mais reste membre du groupe écologiste à l’Assemblée nationale, exprime sa pleine solidarité : «  On est venu pour tout le monde, pour tous ceux qui veulent défendre un certain style de vie et qui se battent pour protéger les générations futures.  » Le maire de Bègles (Gironde), évoque également le souvenir de Rémi Fraisse, tué par les gendarmes en octobre 2014 à Sivens : «  La provocation à laquelle s’est livré le Premier ministre est d’autant plus grave, d’autant plus consternante et d’autant plus écœurante que nous sommes à peu près [à un an] de la mort tragique de Rémi Fraisse  », a-t-il souligné.

Retour de l’huissier avant la rencontre

Reste à savoir ce qu’il adviendra des principes au soir du premier tour. La même Cécile Duflot avait qualifié, en 2011, l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes de «  projet tellement stupide  »… avant d’entrer en 2012 au gouvernement de Jean-Marc Ayrault, ancien maire de Nantes et premier défenseur du projet.

Pour Julien Durand, le porte-parole de l’Acipa, ce type d’événements «  fait partie de la lutte ; Notre-Dame-des-Landes doit être présente dans toutes les campagnes : ce sont des moyens de pression à utiliser.  » Ce qui n’a pas retenu l’huissier de justice, de retour sur la ZAD quelques minutes avant le début de la rencontre. Pour apporter – sans rire – la notification de mise à disposition d’une indemnité d’expropriation refusée quelques jours plus tôt par un couple de locataires. Encore un pur hasard de calendrier.

A voir à la télé - Menaces sur la forêt française France 5 Reporterre 2015/11/06 France 5 (6 novembre 2015) A voir à la télé - Menaces sur la forêt française. Reporterre. Forêts fr

A voir à la télé - Menaces sur la forêt française

L’électricité « biomasse » arrive en France. Estampillée verte et renouvelable, cette énergie produite par la combustion de bois est encouragée par l’Union Européenne et largement subventionnée par l’État français. À Gardanne, en Provence, le groupe E-ON a entrepris dès 2012 la conversion d’une vieille centrale à charbon. Dégradation des paysages, pollution, industrialisation de l’exploitation forestière et destruction de la biodiversité : l’arrivée d’E-ON à Gardanne provoque l’indignation. De la France au Québec, militants, élus et scientifiques révèlent les menaces que l’industrie biomasse fait peser sur les forêts du monde.

Menaces sur la forêt française, film documentaire de 50 minutes de Benoît Grimont et Samuel Luret, diffusé sur France 5 le vendredi 6 novembre, à 1 h 05.

Source : France 5

L’État fait la guerre à la liberté Par Hervé Kempf Reporterre 2015/11/06 Par Hervé Kempf (6 novembre 2015) L’État fait la guerre à la liberté. Reporterre. Édito — Libertés fr

L’État fait la guerre à la liberté

L’État menace la pérennité de Mediapart et d’Arrêt sur images. La liberté est en cause, il faut soutenir ces médias.

Il y a quelque chose de fascinant dans le spectacle de la ténacité avec laquelle ce gouvernement s’enfonce toujours plus dans la médiocrité venimeuse. Il n’est pas de jour où il ne témoigne de sa soumission aux puissances d’argent. Et, plus il agite les mots nobles, plus c’est pour trahir leur sens réel. Il parle de démocratie en instaurant une loi sur la surveillance généralisée. Il prétend que faire l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes serait cohérent avec l’objectif de la COP 21. Et il va louant la liberté de la presse en assommant les médias libérés de la tutelle des milliardaires.

Jeudi 5 novembre, nous avons appris avec stupéfaction que Médiapart et Arrêt sur images étaient sommés de payer une somme considérable au fisc. Plus de 4 millions d’euros pour l’un, 540.000 euros pour l’autre. À peu près toute leur trésorerie. Suffisamment pour les mettre, tout simplement, en danger.

Ils vous expliquent en détail de quoi il s’agit, ici Edwy Plenel, de Mediapart et là Daniel Schneidermann, d’Arrêt sur images.

Résumons. Depuis longtemps, la presse bénéficie d’un taux réduit de TVA de 2,1 %. La raison en est que l’on considère qu’il est d’intérêt public dans une démocratie de faciliter la vie d’une presse diversifiée. Or, en vertu d’une loi ancienne adoptée avant l’arrivée d’Internet, les médias numériques ne bénéficient pas de cette libéralité. Selon l’administration fiscale française, ils doivent payer le taux normal de TVA de 20 %.

Depuis des années, Médiapart, Arrêt sur images et d’autres médias moins connus, ainsi que le SPIIL (Syndicat de la presse indépendante d’information en ligne) contestent cette interprétation : pourquoi un traitement différencié alors qu’à l’évidence - reconnue par une loi de 2014 -, il n’y a pas de raison de distinguer les deux presses ? Ce n’est pas le support matériel qui compte, papier ou Internet, mais la démarche journalistique.

L’administration fiscale, cependant, ne veut rien entendre : elle réclame les arriérés de TVA pour la période précédant la loi de 2014. Et le fait avec, évidemment, l’aval de son ministre de tutelle, donc du gouvernement.

Cet oukase est d’autant plus choquant que les médias imprimé de grande audience, qui sont presque tous aux mains des milliardaires et autres millionnaires, continuent de recevoir d’abondantes subventions (voir ici la liste des aides à la presse en 2014).

Soutenir la liberté, sans hésiter

À court terme, il n’y a qu’une chose à faire : soutenir les deux titres menacés par l’État. Reporterre lui-même, en accès libre, sans publicité, sans propriétaire, n’est pas bien grand. Et pour tout vous dire, on méditait de vous rappeler qu’il faut soutenir le quotidien de l’écologie, qui dépend largement des dons des lecteurs.

Mais aujourd’hui, nous vous demandons de soutenir Mediapart et Arrêt sur images : nous ne sommes pas toujours d’accord avec eux, l’écologie n’est pas au cœur de leur démarche, mais ils font un excellent travail d’information, et nous avons besoin d’eux, comme nous avons besoin des dizaines de titres et de sites moins connus qui se battent jour après jour pour que l’information ne soit pas volée par les riches.

Le Kit de survie Cop 21. Cinquième volet : le trombinoscope de la négociation Par Aurélie Delmas (Reporterre) Reporterre 2015/11/06 Par Aurélie Delmas (Reporterre) (6 novembre 2015) Le Kit de survie Cop 21. Cinquième volet : le trombinoscope de la négociation. Reporterre. Climat : de COP en COP fr

Le Kit de survie Cop 21. Cinquième volet : le trombinoscope de la négociation

Les 196 Parties qui vont prendre part à la COP21 seront représentées sur le site de Paris-Le Bourget par des chefs d’Etat et de gouvernement, des ministres, des chefs de délégations, des experts mais aussi des membres de la société civile. A l’aide d’un trombinoscope dans notre PDF à télécharger, Reporterre vous permet de repérer avec quelques semaines d’avance ceux qui feront la COP21.

Les principaux points à retenir concernant les acteurs de la COP21

- La France préside la COP21, mais elle ne négocie pas en son nom propre car les 28 pays de l’Union européenne parleront d’une seule voix. François Hollande a toutefois tenu à mettre en place une équipe interministérielle pour préparer cet événement d’une ampleur inédite.

- 80 chefs d’Etat venus du monde entier, dont le président américain, Barack Obama, et le président chinois, Xi Jinping, sont attendus à Paris.

- La parole des Etats du sud, particulièrement menacés par le dérèglementent climatique, sera portée par des ambassadeurs charismatiques comme Seyni Nafo, le porte-parole du groupe Afrique, ou Nozipho Mxakato-Diseko, la déléguée sud-africaine qui préside le G77.

- Les scientifiques et les responsables d’ONG et d’associations comme le Climate action network, Greenpeace ou Attac seront également sur le devant de la scène en tant qu’observateurs et commentateurs des négociations.

- Pour connaitre les principales figures de la COP 21, télécharger ci-dessous la fiche des Acteurs.

Liens utiles

- La présentation de l’« Equipe de France » sur le site de la COP21

- Le site de l’Alliance des petits Etats insulaires

- La page des Pays les moins avancés sur le site de la CCNUCC

- Le site du Giec

Les sites du Réseau action climat, de Greenpeace et d’Attac.

- Sur Reporterre, le dossier COP 21

- Et les autres volets du « Kit de survie Cop 21 »

- Le site officiel de la Cop21

- Le site de la Convention-Cadre des Nations unies sur les Changements Climatiques

Téléchargez la fiche : Les acteurs de la COP 21

Reporterre sur Nova - Rappe le climat, sauve la liberté ! Par Marie Astier (Reporterre) Reporterre 2015/11/06 Par Marie Astier (Reporterre) (6 novembre 2015) Reporterre sur Nova - Rappe le climat, sauve la liberté !. Reporterre. Libertés fr

Reporterre sur Nova - Rappe le climat, sauve la liberté !

- Jeudi 5 novembre 2015

Une passionnante expérience à Marseille, qui aide à changer le regard sur « les quartiers ». Mais aussi une inquiétude pour la liberté de la presse.

- Ecouter ici la chronique de Reporterre, par Marie Astier :

- Image : Les jeunes qui rappent le climat : Kinder, Nasser et Makler (© Vincent Lucas/Reporterre)

- Les paroles de la chanson à lire ici

La chronique de Reporterre, tous les jeudis à 18 h 10 sur Radio Nova, dans l’émission « 2h1/4 avant la fin du monde », animée par Marie Misset et Armel Hemme.

« L’occasion de faire le point sur les combats et débats quotidiens de l’écologie ».

A écouter sur... et bien voici la carte des fréquences, selon le lieu où vous habitez.

Aller à l’école en vélo, il n’y a rien de mieux Lorène Lavocat et Isabelle Rimbert (Reporterre) Reporterre 2015/11/06 Lorène Lavocat et Isabelle Rimbert (Reporterre) (6 novembre 2015) Aller à l’école en vélo, il n’y a rien de mieux. Reporterre. Quotidien fr

Aller à l’école en vélo, il n’y a rien de mieux

Une association rouennaise a développé une manière originale de conduire les enfants à l’école : un bus à pédales. L’initiative séduit enfants et parents.

- À Rouen (Seine-Maritime), reportage

Huit heures du matin, Rouen se réveille. Le long de la Seine, un étrange véhicule zigzague entre les voitures. Son doux vrombissement surprend au milieu des klaxons. Quatre roues, dix selles et vingt pédales. À mi-chemin entre le bus et le vélo, le S’cool bus arpente depuis plus d’un an les rues de la capitale seinomarine. Petites lunettes rondes et bonnet avec oreilles de chat, Édouard, dit Doudou, conduit ce vélocipède étonnant. « S’cool, c’est une contraction de school et de cool », explique-t-il. Car ce bus d’un nouveau genre transporte chaque matin une dizaine d’enfants à l’école. « Il s’agit d’un service de ramassage scolaire gratuit et alternatif ! »

Au royaume de la petite reine

Coup de sonnette devant la porte d’un immeuble, Baptiste et Élona accourent, cartables sur le dos. Ils enfilent casque et gilet jaune, puis montent en selle. Chacun pédale à son rythme, tandis que Doudou s’appuie sur une assistance électrique pour faire avancer l’engin dans les montées. « Moi, j’adore pédaler le matin, s’enthousiasme Élona, du haut de ses six ans. Ça fait les muscles, et ça réveille. » Le S’cool bus s’enfonce dans le centre médiéval. Avec son 1,3 mètre de large sur 4 mètres de long et ses 200 kilos tout mouillé, « il passe partout, dans les rues piétonnes comme sur les axes routiers ». Peu à peu, la petite troupe d’écoliers grossit. Emilio, Gaspard, Aimée, Antoine s’empressent de monter à bord. La ville prend des airs de parc d’attraction, et les ruelles résonnent des rires des enfants.

Tout a commencé il y a quatre ans, par un matin pluvieux sur les pistes cyclables de Nimègue, aux Pays-Bas. Amaury a quitté la Business School de Rouen pour un stage au royaume de la petite reine. Alors qu’il parcourt la ville néerlandaise, il se fait doubler par un étrange vaisseau cycliste. À son bord, une tribu de marmots enchantés. « J’ai trouvé ça extraordinaire, mais je n’ai pas immédiatement pensé à faire la même chose en France », raconte-t-il. Le déclic viendra en 2012. De retour dans la cité normande, Amaury cherche à développer un nouveau type de transport durable. « Je voulais pousser les gens à se déplacer autrement, explique-t-il. Et comme les enfants sont la meilleure cible pour faire changer les comportements, j’ai repensé à ce vélo-bus néerlandais. »

Très vite, il crée une association avec deux amis, contacte le constructeur du véhicule aux Pays-Bas, et démarche les écoles. En septembre 2014, le premier S’cool bus débarque dans les rues de Rouen. Il amène les élèves de l’école Sainte-Marie de leurs salles de classe au réfectoire, situé à quelques pâtés de maisons. Le succès est immédiat : près de 130 jeunes s’inscrivent pour aller déjeuner à vélo, et des parents charmés les sollicitent pour le ramassage scolaire. Aujourd’hui, l’association S’cool bus possède deux véhicules qui transportent tous les matins une quinzaine d’enfants. Pour Marine, maman d’Aimée et de Gaspard, « c’est une solution idéale, à la fois sportive et écolo ». En France, « trois Français sur quatre emmènent leurs enfants à l’école en voiture, souligne Amaury. Pourtant, la moitié d’entre eux habite à moins d’un kilomètre. » Pas de pollution, moins d’embouteillage, le vélo-bus apparaît ainsi comme une réponse innovante au problème du ramassage scolaire.

« Aller à l’école devient un jeu »

« L’accompagnement en voiture est en train de diminuer partout en France, constate Frédéric Héran, économiste des transports. Les familles commencent à nouveau à lâcher leurs enfants. » Dans les années 1970, avec le développement de l’automobile, le nombre d’accidents mortels impliquant des enfants sur le chemin de l’école explose. Les parents prennent peur et se retrouvent pris dans « le cercle vicieux de la maman ou du papa taxi » : « Ils sont inquiets, donc ils emmènent leurs enfants en voiture, donc ils participent à l’augmentation du risque d’accident », résume le chercheur. Mais la tendance est en train de s’inverser : d’après le Centre d’études sur la mobilité (Cerama), seul un enfant sur trois se rend en classe en auto à Marseille.

À Rouen, la petite troupe de Doudou poursuit son trajet entre les pistes cyclables et les rues piétonnes. À chaque intersection, tous tendent le bras vers la direction à prendre, dans une chorégraphie désordonnée du plus bel effet. « Nous les formons aussi aux règles de sécurité routière et de civilité », explique le chauffeur : ne pas se pencher, ne pas se lever (sauf pour pédaler en danseuse), saluer les passants. « Dans le S’cool bus, je n’ai jamais peur », confirme Baptiste.

Aimée, six ans, est souvent chiffonnée le matin. Mauvais réveil, dispute avec son frère, manque de motivation. Quand elle débarque, cheveux en bataille et mine renfrognée, Doudou la prend dans ses bras et la fait voler jusqu’au siège avant du vélocipède. Le vent frais du matin achève de lui donner le sourire. « Quand elle arrive à l’école, elle est rayonnante, sourit le conducteur. Grâce au bus, aller à l’école devient un jeu. »

« C’est le flou économique »

Vincent, alias Chouchou, était couvreur avant de se lancer dans l’aventure cyclopédique. Aujourd’hui, il conduit l’un des deux bus scolaires et s’occupe de toute l’administration de l’association. Il se rappelle de cet élève de l’école Sainte-Marie, venu lui demander le prix du véhicule. « Il m’a dit : “Je veux que mes parents achètent un S’cool bus, j’en ai marre de la voiture.” ». Le lendemain, le jeune arrivait avec un chèque de 10.000 €, subtilement subtilisé à sa mère.

Mais Doudou, Chouchou et leurs amis peinent à contenter toutes les demandes. Le bouche-à-oreille a déjà poussé plus d’une trentaine de parents à inscrire leurs bambins… alors que les bus ne peuvent transporter que seize cyclistes. « Il nous manque des financements, aujourd’hui c’est le flou économique », admet Chouchou.

Pour Frédéric Héran, c’est justement pour cette raison que le S’cool bus n’est ni innovant ni généralisable. « Un adulte pour transporter huit enfants, ce ne sera jamais un transport en commun rentable. » Il en veut pour preuve le relatif échec du Pédibus, cette formule d’autobus scolaire à pied. « Ce système a un coût important, il requiert une grande disponibilité des parents ou des moyens financiers pour payer des employés municipaux. » Il en va de même pour le S’cool bus : « C’est sympathique mais éphémère. »

La petite équipe ne manque pas d’idées

Il faut compter en effet 15.000 € pour un S’cool bus, sans la rémunération des chauffeurs, pour l’instant bénévoles. L’association vivote grâce au volontariat… et à la publicité. Quelques sponsors s’affichent ainsi sur les bus, à renfort de bâches colorées. Sur la Toile, Kiki Lambert, du mouvement Mieux se déplacer, s’agace : « C’est un espace publicitaire propulsé par des enfants qui pédalent vaguement mais n’apprennent pas pour autant à faire du vélo. » L’équipe justifie son choix par le manque de soutiens publics : « La municipalité traîne des pieds, elle ne nous contacte que pour nous rappeler les interdits », s’agace Chouchou. Côté mairie, l’élue en charge de la mobilité durable assure soutenir l’initiative : « C’est un principe intéressant, complémentaire à ce qui existe déjà, qui permet d’éduquer les enfants à se déplacer autrement », explique Céline Millet. Une rencontre avec les porteurs du projet devrait bientôt avoir lieu.

S’cool bus compte aujourd’hui 25 membres, tous âgés de moins de 30 ans. « C’est une initiative de jeunes qui veulent changer les mentalités pour changer le monde », résume Chouchou. Et la petite équipe ne manque pas d’idées pour développer son vélo-bus. Dans les cartons, une visite touristique de la ville baptisée « Cool-tour », un partenariat avec une clinique pour des séances cyclistes de rééducation cardiaque, du transport de particuliers… L’association fournit aujourd’hui des bus vélocipèdes, en vente ou en location, à d’autres structures ou collectivités. Marseille et Grenoble seraient ainsi intéressées. Dans leur hangar, les bénévoles les adaptent selon les besoins : barrières de sécurité pour les enfants, assistance électrique ou toit parapluie. Malgré l’incertitude financière, Chouchou se montre confiant : « Sur le principe, nous n’avons aucune limite, tout est à inventer. »

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Sous la menace du changement climatique, la Birmanie vote pour se libérer de la junte militaire Barnabé Binctin (Reporterre) Reporterre 2015/11/07 Barnabé Binctin (Reporterre) (7 novembre 2015) Sous la menace du changement climatique, la Birmanie vote pour se libérer de la junte militaire. Reporterre. Climat fr

Sous la menace du changement climatique, la Birmanie vote pour se libérer de la junte militaire

La junte qui contrôle la Birmanie depuis cinquante ans a relâché sa poigne de fer et les élections législatives de ce dimanche incarnent un espoir d’alternance démocratique. Mais les considérations environnementales sont absentes du débat politique, alors que le pays est un des plus menacés par le changement climatique.

Les Birmans sont appelés aux urnes, ce dimanche 8 novembre, pour un scrutin « historique ». En effet, ces élections législatives sont le premier acte démocratique du mouvement de sortie de la dictature militaire amorcée il y a quatre ans quand la junte s’est autodissoute, troquant l’uniforme pour des habits civils. Le scrutin est perçu par les Birmans comme le plus porteur d’espoirs de changement depuis le coup d’État militaire de 1962 [1], même si le quart des sièges est réservé constitutionnellement aux militaires : « Ces élections sont à situer dans le contexte politique fortement militarisé de ces cinq dernières décennies. Il n’est pas aussi inclusif et équitable qu’espéré, du fait notamment de l’exclusion du scrutin de nombreuses populations birmanes, dans le pays comme à l’extérieur. C’est un paradoxe observé dans d’autres contextes “transitionnels” de par le monde : ces élections ont de fortes chances d’être crédibles, même si injustes et peu transparentes », dit à Reporterre Renaud Egreteau, professeur à Sciences-Po.

Événements climatiques extrêmes

Les 32 millions d’électeurs birmans doivent choisir entre plus de 92 partis politiques. « L’enjeu du scrutin, c’est d’abord la fin de l’oppression et de la domination par une élite en place depuis tant d’années », résume le chercheur. Dans ce contexte, l’écologie passe à l’arrière-plan. « Aucun parti vert n’est enregistré », constate Cécile Harl, coordinatrice d’Info Birmanie, un centre de ressources documentaires sur le pays. Dans la campagne électorale lancée depuis septembre, aucune trace du changement climatique. « Le thème est complètement absent des programmes des plus de 6.000 candidats ».

Si la Birmanie est l’un des pays les moins responsables du changement climatique mondial [2], il est l’un des plus vulnérables à ses conséquences. Maplecroft, une agence de conseil en risque et stratégie pour les multinationales, classe Rangoun, l’ancienne capitale birmane, comme la quatrième ville la plus exposée aux effets du changement climatique au monde.

La Birmanie serait même le deuxième pays le plus concerné par des événements climatiques extrêmes, derrière le Honduras mais devant Haïti, selon l’étude « Global Climate risk index 2015 ». GermanWatch, le think tank allemand auteur de cette étude, dénombre 41 événements climatiques (inondation, cyclone, sécheresse, etc.) entre 1994 et 2013. En 2008, le cyclone Nargis avait à lui seul affecté près de 2,4 millions de personnes, causant la mort de 140 000. Le Centre for Science and Environnement, en Inde, avait estimé que cet événement météorologique extrême était « une catastrophe provoquée par l’homme et due au changement climatique ».

Été 2015, c’est le cyclone Komen et ses inondations qui ont touché plus d’1,5 million de personnes, provoquant des dégâts tels que la commission électorale birmane a proposé de reporter les élections, au motif qu’un grand nombre de personnes pourrait être empêché de voter. « On estime que près de 270.000 personnes ne pourront pas participer, dimanche, aux élections dans l’État Chin (Nord-Ouest du pays), à cause des inondations », précise Cécile Harl. La multiplication de ces événements couplés à l’augmentation de la température moyenne, à l’élévation du niveau de la mer ou à la hausse des précipitations sont autant d’observations faites par le département de météorologie et d’hydrologie birman, qui constate une forte évolution du climat depuis ces six dernières décennies.

Déforestation massive

Alors que près de 10 % du pays sont menacés par la montée des eaux, les conséquences s’annoncent lourdes pour l’agriculture - le premier secteur économique du pays - et sur les déplacements de populations : pas moins de 4,6 millions de personnes pourraient être concerné en 2050, selon une étude qui classe la Birmanie à la 13e position mondiale des pays les vulnérables.

Si le gouvernement s’est lancé ces dernières années dans une politique d’adaptation par un plan national de réduction des risques, la déforestation massive qui touche la Birmanie amplifie les effets du changement climatique. Un rapport récent de la FAO montre que le pays perd chaque année 2 % de sa couverture forestière, un des taux de déforestation les plus élevés au monde.

L’ouverture à la démocratie pourrait permettre une prise de conscience de l’état d’alerte qui menace la Birmanie : « Les Birmans ont encore très peu conscience des grands défis écologiques du monde actuel. Il y a un gouffre de connaissance en la matière, malgré les efforts de quelques groupes de la société civile birmane, analyse Renaud Egreteau. Pour l’heure, la Birmanie redécouvre le débat public et la discussion – c’est une très bonne nouvelle – et ces débats s’articulent d’abord sur un idéal de démocratie, pas encore de sauvegarde de l’environnement. »

Une « nouvelle économie » pour un monde nouveau Corinne Lepage Reporterre 2015/11/07 Corinne Lepage (7 novembre 2015) Une « nouvelle économie » pour un monde nouveau. Reporterre. Tribune — Économie fr

Une « nouvelle économie » pour un monde nouveau

Ni fossile ni fissile, verte, fondée sur le partage, engagée dans le numérique, plaçant l’humain et le bien-être en son cœur, l’économie du « nouveau monde » existe déjà, et ne demande qu’à croître. Deux « fils rouges » peuvent être tirés, selon Corinne Lepage, pour que le modèle dominant fasse enfin place.

Ancienne ministre de l’Environnement, avocate et présidente de Cap 21, Corinne Lepage a été chargée par Ségolène Royal de proposer 100 mesures concrètes pour « dessiner l’économie du nouveau monde ». Elle a remis son rapport en juin dernier.

La « nouvelle économie » – l’économie du « nouveau monde » – ne se définit pas par rapport à un secteur déterminé, notamment celui de l’économie verte. Elle se définit comme une économie ni fossile ni fissile, territorialisée, connectée et qui fait du bien-être et de l’humain le cœur de son objectif. Très clairement, cela signifie qu’elle embrasse non seulement l’économie circulaire, l’économie du partage, l’économie de fonctionnalité mais également les nouveaux domaines technologiques dans lesquels le numérique prend la main et, de manière peut-être plus paradoxale, les secteurs les plus traditionnels de l’activité économique qui sont en pleine mutation, à commencer par l’agriculture, le textile, la construction…

La bonne nouvelle pour les Français est que notre pays regorge de succès, qu’ils soient ceux d’entreprises, de collectivités locales ou d’initiatives citoyennes, qui démontrent à l’évidence, l’efficacité et la rentabilité de cette nouvelle économie. Le rapport « Pour une économie du nouveau monde » remis au mois de juin à Ségolène Royal cite près de 200 exemples qui vont du Master plan du Nord-Pas-de-Calais, permettant une autonomie énergétique complète en 2050, aux toits de Figeac (société coopérative d’agriculteurs au départ, dont le champ de compétence s’est étendu à l’énergie puis à la mobilité) en passant par Énergie partagée et Ercisol (sociétés coopératives d’habitants pour financer le renouvelable) ou BlaBlaCar.

Essayer de modifier la donne

La mauvaise nouvelle est qu’à quelques exceptions près, dont le dernier exemple cité, ces réussites restent au niveau microéconomique et il paraît impossible de massifier ces réalisations pour en faire le modèle dominant.

C’est précisément pour essayer de modifier la donne que le rapport propose cinq mesures structurelles, cinq révolutions et 100 mesures concrètes, qui sont formulées par catégories d’acteurs (entreprises, collectivités locales, citoyens, médias et État). En effet, bien qu’il s’agisse d’un rapport public remis à la ministre, les membres du groupe de travail ont estimé que nombre des propositions pouvaient reposer sur la société civile.

L’action de l’État s’avère toujours très aléatoire en raison de la spécificité du système entrepreneurial français, qui donne l’avantage à quelques grands groupes dont les relations avec l’État restent extrêmement étroites (pour des raisons historiques comme pour des raisons de proximité des dirigeants avec les hauts fonctionnaires et responsables politiques).

Il n’est pas possible de résumer toutes ces propositions mais deux fils rouges peuvent être tirés. Le premier concerne la prise en compte des externalités, qu’elles soient positives ou négatives. En effet, la nouvelle économie a pour particularité de promouvoir les externalités positives. Mettre au cœur des réformes l’internalisation des coûts externes, est donc positif pour le bien commun comme pour les entreprises concernées.

Celle-ci commence avec la comptabilité publique comme avec la comptabilité privée, continue avec la fiscalité et la politique de subventions publiques. Cela signifie concrètement prendre en compte dans la comptabilité privée les données extra-financières, l’impact carbone (et bientôt l’impact eau), et le comportement social notamment. Cela implique pour la comptabilité publique de donner une réalité au rapport Stiglitz et de sortir du sacro-saint PIB comme seul outil de mesure de l’efficacité du système économique.

La COP 21 a eu pour effet de mettre ces sujets sur la table et, en particulier, de démontrer l’absolue nécessité d’un prix du carbone, le double discours autour du financement des projets fossiles (voire fissiles). De plus, l’agenda des solutions porte la preuve de l’efficacité des entreprises qui ont choisi le « nouveau monde ». Il faut aller beaucoup plus loin dans les modes de financement (proposition des crédits d’externalités) la fiscalité (TVA circulaire et a minima une TVA au taux réduit pour les produits issus de l’économie circulaire et les produits bio) et, bien sûr, les choix d’investissement.

Changement de rapport de forces

Le second fil rouge concerne le changement de rapport de forces. Il ne peut y avoir changement de modèle que dans la mesure où les règles du jeu changent. Pour y parvenir, il est indispensable que tous les acteurs du « nouveau monde », à commencer par les entreprises, mutualisent leurs efforts et décident de peser ensemble. C’est l’objectif de la création du Mene (le Mouvement des entreprises de la nouvelle économie), qui rassemble aujourd’hui directement et indirectement environ 5.000 entreprises qui partagent la même vision de l’avenir. Les premières décisions consisteront à mettre en œuvre les propositions du rapport qui dépendent des entreprises.

Ainsi, le Mene pourra-t-il devenir l’outil de diffusion des méthodes et des réussites de la nouvelle économie afin de contribuer à en faire un modèle de plus en plus puissant, mariant l’environnemental et le numérique et faisant ainsi la preuve de notre créativité et de la capacité de notre pays à trouver une voie qui rend compatible l’efficacité économique, la recherche du bien commun et la création d’activités.

Le gang de « Big Pharma » en veut à notre santé Michèle Rivasi, Serge Rader, Marie-Odile Bertella-Geffroy Reporterre 2015/11/07 Michèle Rivasi, Serge Rader, Marie-Odile Bertella-Geffroy (7 novembre 2015) Le gang de « Big Pharma » en veut à notre santé. Reporterre. Santé fr

Le gang de « Big Pharma » en veut à notre santé

Multiplication des scandales sanitaires, inflation du prix du médicament, surconsommation de remèdes, collusions entre la sphère publique et la sphère privée : tous les ingrédients sont réunis pour une situation explosive. Notre système de santé est en péril, menacé par une privatisation rampante.

Si nous en sommes arrivés là, c’est en grande partie en raison de la démission du politique et du poids laissé aux firmes pharmaceutiques dans la fixation du prix des médicaments en France. Tournant le dos à l’innovation, elles privilégient la rentabilité immédiate, au risque de valoriser de « faux » médicaments, inutiles et parfois dangereux, comme en témoignent le drame du Mediator et bien d’autres.

Les auteurs démontent les stratégies de lobbying de « Big Pharma » et pointent les conflits d’intérêts liant les industriels aux pouvoirs politiques et aux autorités sanitaires. Mais, surtout, ils formulent de solides propositions pour une réforme en profondeur de la politique du médicament.

Dix milliards d’euros d’économies par an sont possibles sans brader la qualité des soins et l’accès égal de tous aux traitements. Seule une réappropriation citoyenne de ce « bien commun » qu’est la santé permettra de susciter une véritable volonté politique de transformer le système.

Le Racket des laboratoires pharmaceutiques et comment en sortir, Michèle Rivasi, Serge Rader, Marie-Odile Bertella-Geffroy, Les Petits matins, 200 p., 14 euros.

Source : Les Petits matins

Internet, le royaume où les biens communs prospèrent Émilie Massemin (Reporterre) Reporterre 2015/11/09 Émilie Massemin (Reporterre) (9 novembre 2015) Internet, le royaume où les biens communs prospèrent. Reporterre. Numérique fr

Internet, le royaume où les biens communs prospèrent

Aux antipodes des logiciels dits « propriétaires », les « libristes » défendent des ressources informatiques développées collectivement et utilisables par tous. Loin de se contenter d’enchaîner les lignes de codes, ces passionnés sont devenus des acteurs incontournables des combats citoyens.

« FBLB a un problème, il n’arrive pas à afficher l’agenda du libre sur son site web ! » Une tasse de potage aux cèpes agrémenté de croûtons à la main, les yeux rivés à son écran d’ordinateur, Manu suit avec attention la conversation qui se déroule sur IRC (Internet Chat Relay, un protocole de communication textuelle instantanée). À côté de lui, Magali analyse la scène : « L’agenda du libre recense tous les événements, réunions, conférences, festivals, en lien avec les logiciels libres. Pour l’améliorer, nous organisons des discussions sur IRC afin que les utilisateurs nous fassent remonter les bugs et nous proposent de nouvelles fonctionnalités. »

Comme tous les jeudis soirs, les deux « libristes » retrouvent d’autres compères du groupe francilien d’utilisateurs de logiciels libres Parinux au 38 de la rue Saint-Sabin, dans le XIe arrondissement de Paris. Lors de ces « soirée de contribution au libre », ils participent à l’enrichissement de ces ressources logicielles développées collectivement et utilisables par tous. Le réseau d’éducation populaire Framasoft dénombre plus de 1.600 logiciels libres, parmi lesquels le navigateur web Firefox développé par Mozilla, le lecteur multimédia VLC, la suite bureautique OpenOffice et le système d’exploitation Linux, pour ne citer que les plus connus. Sans oublier SPIP, le système de publication sur Internet qu’utilise Reporterre.

L’organisateur de ces soirées, Emmanuel Seyman, a découvert Linux pendant ses études d’informatique à la fin des années 1990. « Ce qui m’a frappé, c’est la quantité de logiciels disponibles et cette communauté qui passait son temps à améliorer les outils et à aider des autres à s’en servir, se souvient-il. Après quinze ans à utiliser des logiciels libres, résultants de travaux faits par d’autres, il est normal que je contribue. »

Les quatre libertés du logiciel libre

Mais au fait, qu’est-ce qu’exactement un logiciel libre ? « C’est un logiciel qui donne quatre libertés : la liberté d’exécuter le programme, de le copier, de le modifier et de le redistribuer », répond Sébastien Broca, sociologue et auteur de l’Utopie du logiciel libre, dont la version intégrale est disponible en téléchargement.. Cette définition implique que le code source du logiciel, sa « recette de cuisine » comme l’appelle le chercheur, soit accessible – ce qui n’est pas le cas dans les logiciels dits « propriétaires », développés par de grandes firmes comme Microsoft.

Lorsque les premiers ordinateurs sont apparus, leurs utilisateurs s’échangaient librement leurs programmes. Mais à partir des années 1970, les premiers éditeurs de logiciels se sont orientés vers la vente de licences d’utilisation. Le mouvement du logiciel libre est né au début des années 1980, en réaction à ce processus de privatisation. Sa figure de proue est Richard Stallman, développeur au Massachusetts Institute of Technology (MIT). Il a lancé en 1984 le projet GNU, un système d’exploitation entièrement libre, et créé en 1989 la licence publique générale (GPL). « Elle protège les quatre libertés du logiciel libre avec une clause supplémentaire : elle oblige tous les utilisateurs à utiliser les mêmes libertés dans les versions ultérieures. C’est le copyleft, en opposition au copyright », explique Sébastien Broca.

« Logiciel libre » versus « open source »

Aujourd’hui, dur de s’y retrouver entre « libre » et « open source ». L’expression « open source » apparaît à la fin des années 1990. Elle désigne les mêmes logiciels respectant les quatre libertés, mais la philosophie qu’elle véhicule est différente. « Les partisans de l’open source mettent en avant les avantages techniques et économiques de ces logiciels, plus performants et permettant une mutualisation des moyens, analyse le sociologue. Alors que pour Richard Stallman, le plus important est le respect des libertés et le mouvement social qui entoure le logiciel libre. » C’est peu de dire que cette nouvelle manière de voir a fait des petits. Apple par exemple, a bâti son système d’exploitation sur la Berkeley Software Distribution (BSD), une famille de systèmes d’exploitation libres.

Pour Sébastien Broca, le logiciel libre s’apparente aux « biens communs du savoir » décrits par l’économiste états-unienne Elinor Ostrom : « Le logiciel libre est un bien commun parce qu’il présente trois caractéristiques : l’existence d’une ressource, le logiciel ; un système de droits et d’obligations régissant l’utilisation de cette ressource, déterminé par des licences spécifiques comme la GPL ; et un mode de gouvernance, avec des communautés qui s’organisent pour prendre en charge et améliorer la ressource. »

Ces modes de gouvernance sont multiples. « L’association qui gère le logiciel de production de sites web SPIP par exemple, est restée dans une démarche très militante, observe Sébastien Broca. A l’inverse, les personnes qui développent Linux sont souvent des salariés de grandes entreprises comme Samsung. »

Modalités de participation multiples

Par exemple, n’importe quel internaute peut contribuer à OpenStreetMap, base de données cartographique libre lancée en 2004 par l’ingénieur britannique Steve Coast. Les modalités de participation sont multiples : le contributeur peut compléter la carte à partir d’une photo aérienne, enregistrer ses trajets à pied, en vélo ou en voiture grâce à un GPS, ou préciser des points d’intérêt (nom de rue, passage piéton, toilettes publiques, magasin accessible au personnes handicapées, etc.). « Comme ça, la sensibilité de chacun peut s’exprimer, souligne Gaël Musquet, porte-parole et ex-président de l’association OpenStreetMap France. On voit émerger ce que j’appelle des “troubles obsessionnels cartographiques”. Certains naturalistes vont jusqu’à préciser l’essence des arbres plantés le long des routes. Moi, ce sont les défibrillateurs ! Le résultat est une carte d’une très grande richesse, mise à jour de manière quasi instantanée si le paysage change. » Autre avantage, la communauté, bénévole, cartographie volontiers des lieux jugés inintéressants ou « peu rentables » par Google Maps, par exemple. Aujourd’hui, OpenStreetMap compte 2,2 millions de contributeurs enregistrés. « En France, 150 à 200 personnes cartographient quelque mille kilomètres chaque jour », précise Gaël Musquet.

Mais pour éviter la pagaille, cette communauté s’est fixée des règles précises. Elle communique grâce à une mailing-list et sur IRC. Un wiki, document collaboratif, décrit les règles de contribution préalablement votée (comment on cartographie une voie de bus, une route, un point de recyclage). Quand les contributeurs n’arrivent pas à se mettre d’accord – la cartographie est un exercice éminemment politique - un vote est organisé. « Ça arrive en cas de conflit, explique Gaël Musquet. Par exemple, on s’est rendus compte que le nom de Jérusalem n’arrêtait pas d’être changé – une fois en arabe, une fois en hébreu, et ainsi de suite. Du coup, on a demandé à tout le monde de voter, puis l’association a figé le nom de la ville. » Idem pour le conflit entre la Russie et l’Ukraine, la frontière entre l’Algérie et le Maroc, etc.

Une ONG, Humanitarian OpenStreetMap Team (HOT), a même été créée après le séisme de janvier 2010 à Haïti. Elle permet de mobiliser les contributeurs pour qu’ils recartographient au plus vite les lieux d’une catastrophe, de sorte que les humanitaires aient des cartes mises à jour des réseaux routiers, des hôpitaux et des pharmacies. « Nous avons renouvelé ces actions pour l’épidémie d’Ebola et le séisme au Népal », sourit le porte-parole.

« Défendre nos libertés numériques

Car le mouvement du libre, loin de se cantonner à des lignes de code, est un acteur incontournable de combats citoyens. Ses valeurs de coopération et de partage des connaissances amènent les libristes à faire cause commune avec des associations de domaines très différents. Notamment, lors des manifestations citoyennes contre l’Accord commercial anti-contrefaçon (Acta), signé en 2012, qui condamne de manière très dure les atteintes à la propriété intellectuelle (infractions au droit d’auteur sur Internet, produits contrefaits, certains médicaments génériques). « Plusieurs associations libristes se sont retrouvées à côtoyer des associations qu’elles ne connaissaient pas du tout, qui combattaient l’Acta pour que les semences agricoles ne soient pas brevetées, des associations médicales de lutte contre la pandémie de sida, se souvient Magali. On avait tous le même combat, contre des grosses entreprises et des laboratoires comme Monsanto, Microsoft ou Apple qui veulent breveter des idées ou des choses qui n’ont pas à être brevetées. » Grâce à cette mobilisation citoyenne, l’Acta a été rejeté par le Parlement européen le 4 juillet 2012.

« Il reste un fort militantisme chez les gens du libre, confirme Sébastien Broca. Bien que le mouvement rassemble des personnes d’horizons politiques très divers, du libertarien très à droite au militant très à gauche, ils exercent un lobbying intense pour défendre nos libertés numériques et la protection de nos données personnelles. » Alors, on troque Google Chrome contre Firefox et on les rejoint ?

Note : Reporterre met ses articles en accès libre, comme des biens communs, selon la licence libre Creative commons.

Reporterre organise mardi 10 novembre à Paris une rencontre autour des biens communs. Vous êtes bienvenu(e)s ! Entrée libre.

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Comment nous avons sauvé le pêcher dans l’automne radieux Par Christine Laurent Reporterre 2015/11/09 Par Christine Laurent (9 novembre 2015) Comment nous avons sauvé le pêcher dans l’automne radieux. Reporterre. Jardin sans pétrole fr

Comment nous avons sauvé le pêcher dans l’automne radieux

Dimanche matin, gare d’Austerlitz, je ne suis pas seule à tenir ma bicyclette sur le quai A, d’où partent les RER pour Saint-Martin-d’Etampes et Dourdan. La douceur du temps et le soleil radieux invitent à la promenade ou au jardinage en solo, dans les couleurs dorées de l’automne du jardin sans pétrole.

Aujourd’hui, j’ai l’intention de m’occuper du pêcher. Celui-ci est envahi de repousses d’acanthe et autres ronces que j’enlève avant de répandre à ses pieds un seau de bon compost que je recouvre d’un tapis de feuille de consoude. Un soin particulier pour cet arbre un peu frêle qui revient de loin.

Ce pêcher a poussé je ne sais quand : nous n’avons découvert sa présence qu’au printemps 2014. Intrigués par la forme de ses feuilles et loin d’imaginer un arbre fruitier, nous penchions pour une variété de saule inconnue de nous. Au printemps dernier, de vilaines boursouflures sont apparues sur ses feuilles. Déformées et recroquevillées, elles souffraient d’un mal invisible qui nous a permis d’identifier ce nouvel arbre. Les contorsions de ses feuilles étaient le fait d’un champignon microscopique, Taphrina deformans, qui s’attaque aux pêchers et à ses cousins les nectariniers et les brugnoniers.

J’ai immédiatement pris des mesures sanitaires en ôtant toutes les feuilles malades – sur l’arbre et au sol – que j’ai jetées dans le foyer du barbecue de fortune, en prévision d’une prochaine flambée. Puis, à l’occasion d’un week-end où nous sommes restés sur place, j’ai préparé une tisane de prêle car cette plante contient du silicium qui aide à la réparation des tissus des végétaux. J’ai aspergé l’arbre de cette potion.

Magique ! Je l’ai cru, car rapidement de nouvelles feuilles indemnes ont poussé, flattant mon habileté… D’autant qu’en juin trois petites pêches s’étaient formées, que les oiseaux ont barbotées.

J’ai depuis mené l’enquête pour comprendre l’origine de la contamination par le champignon. Elle semble liée au climat. Quand l’hiver est doux et pluvieux, les spores - qui sont au champignon ce que la graine est à la plante à fleurs – survivent très bien dans les anfractuosités des rameaux et sous les écailles des bourgeons. Au printemps, quand éclosent les bourgeons, ils se réveillent, fusionnent et donnent naissance au mycélium infectieux. Les spores voyagent avec le vent et la pluie, et s’installent sur de nouveaux arbres. Leur mycélium pénètre le tissu des feuilles pour se nourrir, créant un tel bazar que la feuille n’y survit pas. Elle se cloque, devient toute rouge, se racornit, se dessèche, noircit et meurt.

Heureusement, ce champignon déteste la chaleur sèche. Comme celle-ci s’est rapidement installée cette année, une fois la première attaque passée, notre jeune pêcher a eu le temps de se remplumer. Et ma décoction de prêle n’y est pas pour grand-chose !

« Face aux industries fossiles, nous avons le mouvement, les corps, l’action, les esprits » Entretien avec Bill McKibben Reporterre 2015/11/09 Entretien avec Bill McKibben (9 novembre 2015) « Face aux industries fossiles, nous avons le mouvement, les corps, l’action, les esprits ». Reporterre. Entretien — Luttes fr

« Face aux industries fossiles, nous avons le mouvement, les corps, l’action, les esprits »

Bill McKibben est à l’origine de 350.org. Né il y a quelques années, ce mouvement a remporté la bataille contre l’oléoduc Keystone XL, aux Etats-Unis, et lancé la campagne de désinvestissement des industries fossiles. A trois semaines de la COP 21, interview exclusive en France d’un des leaders du mouvement climatique mondial.

Reporterre - Quelle est l’histoire de 350.org et pourquoi ce nom ?

Bill McKibben - Je suis un écrivain. Les écrivains écrivent beaucoup de choses mais leurs écrits ne changent pas grand-chose. Je me suis rendu compte que nous perdions la bataille et écrire un nouveau livre n’allait pas changer la donne. J’ai alors recherché d’autres moyens d’agir. Avec sept étudiants de l’État du Vermont, nous avons trouvé l’idée de 350.org, avec laquelle nous allions organiser le monde entier. C’est un chiffre important, 350, peut-être le plus important du monde.

Que signifie-t-il ?

James Hansen, le climatologue de la Nasa, venait de dire que le chiffre de concentration de 350 parties par million de CO2 dans l’atmosphère est la limite pour vivre en sécurité. Ce niveau est déjà dépassé, d’où les dégâts que nous commençons à observer. On a aussi décidé que, si on voulait s’organiser mondialement, on ferait mieux d’avoir un nombre plutôt qu’un nom : les nombres signifient la même chose partout, à Paris comme à Lima ou à Djakarta. Nous avons commencé en 2008 et, dès 2009, nous avons organisé notre première Journée d’action, coordonnant 5.200 manifestations dans 121 pays. Cela ne s’est pas fait parce que nous serions des très bons organisateurs, mais parce que beaucoup de gens sur la planète veulent agir contre le changement climatique. Ce problème est si énorme, et chacun d’entre nous si petit, qu’il est facile de se sentir impuissant. Notre but était de pouvoir commencer à compter. On l’a fait par la diffusion géographique de notre mouvement. Et depuis, nous avons grandi, si bien que l’on peut mener des actions d’ampleur dans un endroit précis, comme réunir 400.000 personnes pour une marche à New York en septembre 2014 - et espérons-le, davantage à Paris en novembre. Mais le changement climatique va si vite qu’en rester à une démarche éducative n’est pas suffisant. On s’est aussi tourné vers la confrontation, en tâchant d’empêcher la construction de l’oléoduc Keystone XL, qui a été la première grande bataille autour d’une infrastructure de combustible fossile. Depuis, cela se répand partout, et une campagne internationale se déploie contre le charbon.

Vous cherchez un mouvement de masse ?

Le plus gros problème est l’industrie des combustibles fossiles, dont le pouvoir s’enracine dans l’argent. Comme nous n’aurons jamais beaucoup d’argent face à eux, il vaut mieux avoir une autre « monnaie » : le mouvement, les corps, l’action, les esprits, la créativité.

Votre principale bataille portait sur l’oléoduc Keystone XL. Vous avez finalement gagné

Nous avons réussi à capter l’attention publique sur ce sujet depuis quatre ans, et de grandes compagnies ont retiré des milliards de dollars de leurs investissements dans les sables bitumineux. La plus grande victoire a été de prouver que des gens pouvaient se dresser face au pétrole. D’autres de nos campagnes n’ont pas attiré autant l’attention : ce qui a changé la donne avec Keystone XL, c’est le lien avec le président des États-Unis – un sujet que les journalistes adorent couvrir.

Votre grande campagne du moment vise à convaincre les investisseurs et les épargnants de retirer leur argent des compagnies fossiles. Comment avez-vous eu l’idée ?

En 2012, Carbon Track a publié une étude montrant que les compagnies fossiles avaient plus de CO2 dans leurs réserves que ce que les scientifiques disaient que nous pouvions émettre si l’on voulait rester en-dessous de 2 °C de réchauffement. J’ai repris ces chiffres dans un article publié par Rolling Stone, qui a été l’article le plus partagé de toute l’histoire du journal. Quand vous connaissez ces chiffres, il devient clair que ces compagnies sont nuisibles. Avec mon amie Naomi Klein, on s’est dit qu’il fallait lancer un mouvement de désinvestissement dans les compagnies fossiles de la même façon qu’il y avait eu un boycott des compagnies qui investissaient dans l’Afrique du Sud de l’apartheid. Ainsi, à l’automne 2012, on a commencé aux États-Unis, l’année suivante en Australie, puis au Royaume-Uni, et c’est en train de devenir un mouvement dans le reste de l’Europe. On a commencé aux États-Unis parce que c’était l’endroit le plus facile où commencer : c’est là où nous sommes et c’est là que se trouvent les plus grosses masses d’argent. Et les universités ont été la première cible notamment parce que la campagne contre l’apartheid s’était déroulée en leur sein. En revanche, nous n’avions pas anticipé que le mouvement se répandrait si vite. L’argument de base est que l’industrie fossile fait partie des technologies du passé. Les gens retirent leur argent de cette industrie avant que leurs cours ne chutent ! Comme nous aurons à le faire tôt ou tard, autant commencer dès maintenant. La question est : irons-nous assez vite ? La puissance de l’industrie fossile reste très grande.

Mais il n’y a pas que les compagnies. Les réserves sont largement possédées par des pays, comme la Russie ou l’Arabie saoudite, et le charbon est aussi exploité par de grands pays. Comment peser sur eux ?

La Russie ne peut probablement pas exploiter ses réserves sans l’aide des compagnies occidentales. C’est pourquoi les Russes ont signé des accords importants avec Exxon et d’autres. Mais il est vrai qu’il y a plusieurs endroits sur Terre qu’il sera très difficile d’influencer.

On a appris en septembre qu’un grand gisement de gaz existait au large de l’Égypte. Peut-on imaginer que ce pays n’exploite pas cette ressource ?

On verra. Il y a vingt ans, les scientifiques ont montré l’importance de préserver la forêt amazonienne. Qui aurait pensé alors que le Brésil le ferait ? Eh bien, ils ont fait un bon travail pour freiner la déforestation, alors même que c’est un pays très pauvre. En fait, je m’inquiète moins des pays pauvres que des pays riches ! Il est plus difficile d’empêcher le Canada d’exploiter ses sables bitumineux que d’empêcher le Brésil de couper sa forêt.

Le coût de l’énergie solaire diminue rapidement. Pourrait-elle remplacer totalement les énergies fossiles, ou n’est-ce pas plutôt un problème de réduction de la consommation d’énergie ?

Il est clair que la première chose que nous devons faire est de réduire la consommation : isoler tout ce qu’on peut, rapidement, est la chose la moins coûteuse à faire. Si l’on est vraiment efficace dans l’utilisation de l’énergie, et qu’on cherche sérieusement à l’économiser, alors oui, les énergies renouvelables pourront satisfaire les besoins. Mais il n’y a pas de solution si tout le monde gaspille l’énergie de la même façon que les États-Unis.

Mais est-il possible de réduire fortement la consommation d’énergie aux États-Unis et au Canada sans dire aux gens : « L’American Way of Life, c’est fini » ?

Si on avait un prix sérieux sur le carbone, ce serait déjà fait. Pour le meilleur et pour le pire, cela ne représente pas des changements énormes. Si vous mettez une ampoule économe, vous avez le même service qu’avec une ampoule à incandescence, qui consomme dix fois plus ; si vous avez une voiture hybride, vous conduisez toujours, mais vous consommez beaucoup moins. Il est important de faire les changements dans la continuité de ce que les gens vivent. Manger autrement et changer la chaine de nourriture, est aussi une chose à évidente à entreprendre. Mais les problèmes de base sont structurels et systémiques. Les compagnies de l’énergie fossile empêchent des changements indispensables de se produire. Alors, s’il est important de changer sa maison – la mienne est recouverte de panneaux solaires -, il est au moins aussi important de sortir et de se joindre aux voisins pour s’organiser. Au fond, c’est un problème politique.

Pendant l’été, l’ancien président Jimmy Carter a déclaré que les États-Unis étaient devenus un système oligarchique.

Et je pense que l’industrie du pétrole et du gaz est la plus grande partie de cette oligarchie ! Les frères Koch, dont l’essentiel de la fortune vient des fossiles, et qui investissent massivement dans les sables bitumineux, dépensent 900 millions de dollars dans l’élection présidentielle à venir – c’est plus que ce que le Parti républicain ou le Parti démocrate ont dépensé lors de la dernière élection. Les frères Koch, c’est un parti qui compte deux personnes : voilà à quoi ressemble l’oligarchie.

Qu’attendez-vous de la COP 21 ?

Ce ne sera pas totalement désespérant, comme le fut Copenhague en 2009, parce que les dirigeants ne peuvent pas recommencer. Il y a tellement de mouvements à travers le monde qu’aucun leader ne veut avoir à rentrer chez lui en disant : « On a raté, désolé. » Mais je ne pense pas que le résultat sera à la mesure de ce vers quoi nous devons aller. Ce ne sera pas le mot final.

Voulez-vous dire que ce serait le début de quelque chose ?

À 350.org, on ne parle pas de « la route vers Paris » mais de « la route qui passe par Paris ». On prépare une grande manifestation, en avril 2016, pour signifier cela. Paris nous montrera où sont les limites et ce que les gouvernements peuvent faire pour l’instant, et combien il nous reste à faire.

Il y a quelques années, on pensait que le pic de pétrole arriverait rapidement, que le prix du pétrole augmenterait fortement, et que ce serait bon pour la lutte écologique. Et aujourd’hui, le prix du pétrole est très bas, et certains, comme Naomi Klein, disent que c’est bon pour le mouvement. Quelle est votre analyse ?

C’est mauvais, dans le sens où cela pousse à utiliser le pétrole en grande quantité. Mais c’est bon en ce que cela rend difficile pour l’industrie pétrolière de s’étendre et d’investir en Arctique, ou ailleurs. La vraie question est plutôt de savoir si l’on est dans une phase cyclique, comme par le passé, ou si cela témoigne d’un changement fort dans les choix des marchés financiers. J’espère que cela signifie que les investisseurs ont commencé à comprendre que les énergies renouvelables, qui se développent rapidement, sont l’énergie du futur, là où devraient aller les capitaux. L’espoir est que l’on progresse si rapidement sur les énergies renouvelables que cela ne sera plus rentable d’investir dans de nouvelles explorations pétrolières. Mais le problème est que ceci doit se passer très vite. Le problème climatique a ceci de différent des autres problèmes qu’il comprend une limite temporelle : si on ne le résout pas à temps, on perd toute possibilité de le faire.

- Propos recueillis par Hervé Kempf

Pour refroidir la Terre, posons des lignes rouges à la COP21 Geneviève Azam Reporterre 2015/11/10 Geneviève Azam (10 novembre 2015) Pour refroidir la Terre, posons des lignes rouges à la COP21. Reporterre. Tribune — Climat : de COP en COP fr

Pour refroidir la Terre, posons des lignes rouges à la COP21

Les négociations de Paris sur le climat, telles qu’elles s’annoncent, ne suffiront pas à maintenir la limite du réchauffement sous les 2 °C. Il revient aux citoyens d’agir et de poser les « lignes rouges » aux actes des gouvernements. Attac publie un guide pour y contribuer.

Geneviève Azam est membre du conseil scientifique et porte-parole d’Attac.

Les résultats de près de quatre ans de négociations internationales pour parvenir à un accord à Paris en 2015 en vue de la réduction des émissions de gaz à effet de serre sont désormais connus pour l’essentiel. Après l’abandon de la perspective d’un accord international contraignant et après avoir confié aux États le soin de déclarer leur contributions « volontaires » à la réduction des émissions, les additions sont douloureuses : les promesses de réduction cumulées conduiront à des émissions en équivalent CO2 de 55,5 gigatonnes (Gt) en 2025 et de 56,7 Gt en 2030. Or un rapport de 2014 du Programme des Nations unies pour l’environnement (Pnue), construit à partir des données du 5e rapport du GIEC, concluait que pour avoir une chance de rester en dessous des 2 °C, les émissions devaient se situer dans une fourchette entre 40 Gt et 48 Gt pour 2025, 30 et 44 Gt en 2030, 18 et 25 Gt en 2050.

C’est un premier pas, nous dit-on, qui pourra être corrigé après 2020, date de mise en œuvre de l’accord. Or, nous avons appris aussi bien des travaux du GIEC que de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), que les dix prochaines années sont déterminantes pour avoir quelque chance de contenir la hausse de la température terrestre en dessous des 2 °C, limite qui ne doit pas être considérée comme un objectif mais comme « une ligne de défense » dont il faudrait se tenir éloignés le plus possible [1]. Le réchauffement climatique est en effet irréversible et non linéaire : les émissions annuelles se concentrent dans l’atmosphère et cette concentration accélère le réchauffement climatique. C’est pourquoi le dépassement des budgets carbone dans les dix prochaines années, programmé par le futur accord, est un pas de plus vers la non-maîtrise du réchauffement climatique. À moins d’attendre le miracle des projets de capture et de séquestration du carbone, comme l’indique la déclaration commune France-Chine !

Fixer le cadre d’une justice climatique

Nombre de citoyens, informés et lucides, ont décidé de ne pas attendre et de se passer de ces projets souvent délirants. Ils sont engagés dans un processus de transition qui révèle une prise de conscience de l’effondrement d’une civilisation dévastée par des choix économiques à court terme et par la croyance en la maîtrise absolue de la nature. Des millions d’initiatives concrètes dessinent d’ores et déjà un post-productivisme et une démocratie fondée sur l’horizontalité des coalitions et des prises de décision. Cependant, ces transitions locales, pour s’étendre, se relier, et aboutir à des basculements globaux significatifs ont aussi besoin d’une perspective globale, d’un cadre juridique et politique qui les protège, les renforce, d’un accord international qui réponde concrètement aux risques d’écocide et fixe le cadre d’une justice climatique.

Le guide militant face aux crimes climatiques, publié par Attac, est un outil pour s’inscrire dans ce mouvement, pendant la COP21, à Paris et ailleurs, après la COP21. Il analyse les enjeux actuels de la crise climatique, énonce neuf lignes rouges pour un accord à la hauteur des enjeux et fondé sur la solidarité et la coopération, il examine les défaillances des négociations en cours et appelle les citoyennes et les citoyens à participer massivement aux manifestations, au Sommet citoyen pour le climat, au Village mondial des alternatives, aux actions de désobéissance non-violente face à la poursuite de la destruction légale des sociétés et de la Terre.

L’éviction des lobbies industriels et financiers

Ces lignes rouges sont dessinées à partir des limites mises en évidence par des rapports scientifiques répétés, des choix de justice et de solidarité, des aspirations au bien vivre. Les limites géophysiques, notamment le budget global des émissions de CO2 pour maintenir le réchauffement sous la barre des 2 °C, ne sont pas négociables. Elles devraient être le pivot d’un accord international. Elles tracent nos lignes rouges et en particulier : - l’arrêt des subventions aux énergies fossiles et l’organisation du désinvestissement dans ce secteur ; - des mesures significatives et contraignantes avant 2020, - un moratoire sur les projets de géo-ingénierie et bio-ingénierie qui freinent les engagements en laissant miroiter des « solutions » non-maîtrisées comme les projets de Bioénergie avec capture et stockage du carbone (BECCS) ; - la priorité à la relocalisation des activités au lieu du libre-échange généralisé ; - la sobriété et la décentralisation énergétique et l’abandon du nucléaire, - un financement public et multilatéral de la lutte contre le réchauffement servant notamment à l’adaptation à ses effets, déjà très sensibles dans nombre de pays pauvres, - la mise en place de taxes carbone au lieu de l’extension des marchés du carbone, - la reconnaissance des droits des déplacés environnementaux.

Pour cela, nous avons besoin d’un accord légalement contraignant au lieu du laisser-faire et de l’éviction des lobbies industriels et financiers colonisant les négociations.

Les lignes rouges guideront nos engagements pendant les deux semaines de la COP 21. Après avoir marché le 29 novembre, après avoir désigné par nos actions les multinationales et les groupes financiers responsables des choix qui accélèrent le changement climatique, le 12 décembre, à l’aube, nous marcherons tous ensemble vers le Bourget pour encercler le centre de conférence. Nos corps dessineront les lignes rouges, qui représentent les besoins minimaux nécessaires pour une planète juste et vivable.

- Petit guide militant face aux crimes climatiques, Stoppons la machine à réchauffer la planète, Attac France

Ce projet fou de LGV en Aquitaine que le gouvernement essaie d’imposer Tiffany Blandin (Reporterre) Reporterre 2015/11/10 Tiffany Blandin (Reporterre) (10 novembre 2015) Ce projet fou de LGV en Aquitaine que le gouvernement essaie d’imposer. Reporterre. Grands projets inutiles fr

Ce projet fou de LGV en Aquitaine que le gouvernement essaie d’imposer

Avis défavorable de la commission chargée de statuer sur son utilité publique, gouffre financier pour des acteurs publics endettés, désengagement des partenaires privés, impacts environnementaux, existence d’une alternative chiffrée… rien n’a, pour l’instant, fait dévier le gouvernement de son obstination à faire sortir de terre la ligne ferroviaire à grande vitesse reliant Bordeaux à Toulouse et à l’Espagne.

« J’ai une bonne nouvelle à vous annoncer. » Alain Rousset, le président de la Région Aquitaine, avait le sourire le 26 septembre dernier quand il a indiqué que Manuel Valls avait validé le Grand projet ferroviaire du Sud-Ouest (GPSO). Et pour cause, il a bien cru que sa LGV ne verrait jamais le jour. Certes, le Conseil d’État doit encore donner son aval avant que ne démarre le chantier de cette nouvelle ligne qui doit partir du sud de Bordeaux puis se scinder en deux pour desservir Toulouse et l’Espagne, dans la continuité de la ligne Tours-Bordeaux. Mais le gouvernement a l’air résolu à mettre ce projet sur les rails. En effet, en choisissant de poursuivre sa validation, l’exécutif a tout bonnement ignoré l’avis négatif de la commission chargée de statuer sur l’utilité publique d’une telle ligne. Cela ne s’était jamais vu pour un projet d’une telle envergure.

Dans le Sud-Ouest, quasi-unanimité contre la LGV

Cette décision peu commune n’a pourtant pas surpris les opposants à la LGV. « Dans ce dossier, on n’en est plus à une aberration près ! » lance Denise Cassou, du collectif d’associations girondines Coordination vigilance LGV. Il est vrai que le projet est démesuré : 327 kilomètres de lignes nouvelles au milieu des vignobles et sites naturels, 65 millions de mètres cubes de terre déplacés, 9,5 milliards d’euros d’investissement (soit près de 17 fois le coût de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes !). Et l’affaire n’est pas plus raisonnable quand on y regarde de plus près, comme le prouve la carte publiée en bas de cet article par Reporterre. Voilà pourquoi depuis dix ans, la population du Sud-Ouest se bat contre ce projet. Là-bas, la LGV fait quasiment l’unanimité contre elle. Sur les 20.000 riverains, élus, associations et chefs d’entreprise qui ont donné leur avis pendant l’enquête publique, 92 % étaient contre.

Premier grief des opposants, les LGV coûtent trop cher. C’est même la Cour des comptes qui le dit. Son rapport sur la grande vitesse ferroviaire publié en automne 2014 estime que le modèle du tout-TGV est « à bout de souffle, au coût devenu insupportable ». « Les LGV sont des aberrations économiques, complète Raymond Girardi, maire d’Argenton et président d’Alternative LGV, une association d’élus opposés au GPSO. En France, ces lignes sont toutes déficitaires, parce que leur coût est trop élevé. Et, comme il se répercute sur le prix des billets, les usagers se rabattent sur l’automobile, le covoiturage ou l’avion. »

« Le réseau historique est dans un état déplorable »

D’ailleurs, le secteur privé est en train de faire l’amère expérience du gouffre financier que représente la grande vitesse. Le groupe de BTP Vinci, qui a financé près de la moitié de la « grande sœur » de la LGV du Sud-Ouest, la ligne Tours-Bordeaux, a adressé une lettre à Manuel Valls expliquant que, sans intervention de l’État, la société créée pour l’exploitation de la ligne « sera très prochainement en situation de défaut vis-à-vis de ses prêteurs ». La raison ? En échange de son investissement, Vinci avait négocié de toucher pendant 50 ans les redevances versées par la SNCF pour pouvoir faire circuler ses trains. Mais comme les prévisions de fréquentation sont finalement trop basses, la compagnie ferroviaire refuse de programmer plus de 15 aller-retour quotidiens. Alors que Vinci tablait sur une bonne dizaine de trajets supplémentaires.

Si cet échec commercial se confirme, les sociétés privées refuseront de financer le projet GPSO. Autrement dit, il faudrait alors trouver 9,5 milliards d’euros dans les caisses de l’État, des collectivités locales et de SNCF Réseau, ex-Réseau ferré de France (RFF), l’établissement public propriétaire des voies ferroviaires.

De surcroit, le groupe SNCF (qui comprend SNCF Réseau) affiche une dette de 44 milliards d’euros, qui va encore gonfler ces prochaines années, puisque le géant du ferroviaire est actuellement engagé dans quatre chantiers de LGV. « La SNCF paie déjà 2 milliards d’euros d’intérêts chaque année, soit 20 % de son budget, dit à Reporterre Gilles Savary, le député PS de la Gironde, spécialiste des transports. C’est inadmissible. Ces sommes devraient être consacrées à la rénovation du réseau historique qui, à force d’être délaissé, est dans un état pitoyable. Cela en devient dangereux pour les usagers. » Ces dernières années, les accidents se sont en effet multipliés. En juillet 2014, à Denguin, près de Pau, la collision de deux trains avait fait une cinquantaine de blessés. L’incident était dû à un dysfonctionnement électrique qui avait déréglé les feux de signalisation.

Conscients que le Sud-Ouest est mal desservi, les opposants à la LGV ont imaginé une alternative : la modernisation des lignes ferroviaires existantes. À la demande d’élus du Lot-et-Garonne, un cabinet indépendant, Claraco, a calculé que la modernisation des lignes pour permettre aux trains de rouler à 220 km/h serait plus économique que la LGV, qui autorise une vitesse de 320 km/h. Il faudrait seulement débourser 2,8 milliards d’euros entre Bordeaux et Toulouse (contre 5,9 milliards pour cette même portion de ligne nouvelle). Et, comme les voies existantes sont plus directes, le trajet ne durerait que 6 minutes de plus. Mais SNCF Réseau ne veut pas entendre parler de cette solution, et vient de publier une étude qui chiffre ces travaux de modernisation à 4,5 milliards d’euros.

« Ça ne pouvait pas être pire »

Pour se consoler, les opposants à la nouvelle ligne peuvent toujours lire le dossier du maître d’ouvrage. SNCF Réseau y cite plus de 1.200 fois le terme « développement durable », se targue de prévoir plus d’un milliard d’euros pour compenser les dégâts environnementaux, et estime que les effets de la LGV sur la biodiversité seraient « faibles à négligeables ». Malheureusement, la promesse est balayée d’un revers de main dans le rapport d’enquête publique : « Les impacts (…) seront plus importants que faibles à négligeables. »

Au total, 4.830 hectares d’espaces naturels seraient directement impactés par la LGV. Dont le bassin versant du Ciron, une zone humide exceptionnellement préservée, probablement le site le plus fragile de la région. Et c’est à cet endroit précis que SNCF Réseau a choisi de placer le raccordement des deux parties de la LGV, ainsi qu’un barreau ferroviaire pour relier les deux voies, coupant ainsi une trentaine de cours d’eau. « Je ne m’explique pas pourquoi cette installation a été placée là. Ça ne pouvait pas être pire, se morfond Alexandra Quénu, chargée de mission pour Natura 2000 dans la Vallée du Ciron. Le site va être enclavé dans un triangle de rails. En plus, pendant les années que dureront le chantier, le bassin va être massacré, entre les déplacement de terre, le désherbage chimique, l’écoulement des eaux perturbé. »

Et SNCF Réseau s’acharne. Une nouvelle série d’études a été publiée au mois d’octobre. Notamment sur la modernisation des lignes existantes, dont nous avons parlé plus haut. Et concernant l’impact de la LGV sur les vins de Sauternes (voir la carte), qui serait inexistant. À noter que ces rapports ont été commandés après le résultat de l’enquête publique négative, démontrant que le gouvernement tient vraiment à sa LGV. « Cela a du sens de mettre Toulouse, qui est tout de même la quatrième ville de France, à 3 h 10 de Paris, se défend-on au cabinet d’Alain Vidalies, le secrétaire d’État chargé des Transports. Et le projet est tout aussi justifié pour la seconde portion de la GPSO, car l’Espagne est en train de construire une ligne à grande vitesse qui arrivera à la frontière vers 2019. »

Le financement de la LGV Tours-Bordeaux

En réalité, il y a une autre raison à cette obstination. Si le Grand projet du Sud-Ouest déraille, c’est tout le projet de la ligne jusqu’à Paris qui disjoncte. Pour comprendre, il faut remonter à 2011. Cette année-là, l’État peine à boucler le financement de sa nouvelle ligne, la LGV Tours-Bordeaux. Alors, l’idée d’impliquer les collectivités locales de l’Aquitaine et des Midi-Pyrénées dans ce projet surgit. Cinquante-huit communes, départements et régions sont démarchés. Au total, 1,01 milliard d’euros a été promis par les collectivités d’Aquitaine et de Midi-Pyrénées, non concernées par cette ligne. En échange, l’État signe un protocole qui conditionne ces financements à la prolongation de la LGV vers Toulouse et l’Espagne.

Alors, avec le rapport d’utilité publique négatif, les têtes de l’exécutif local ont vu leurs rêves de LGV s’évanouir. Beaucoup ont donc retiré leurs billes de la liaison Tours-Bordeaux, dont la région Midi-Pyrénées. En février dernier, 795 millions d’euros n’avaient toujours pas été versés par les collectivités locales. Pas sûr que la situation se soit débloquée, car le secrétariat d’État aux Transports n’a pas souhaité nous communiquer les nouveaux chiffres.

Considérant les enjeux, que fera le gouvernement si le Conseil d’État ne valide pas le projet ? Le cas s’est déjà présenté, avec la LGV Poitiers-Limoges. En décembre 2014, la haute juridiction a remis un avis négatif concernant cette ligne. Un mois plus tard, le projet a été officiellement validé.

LE TRACE ABERRANT DE LA LGV DU SUD-OUEST

- 1. Les vignobles de Sauternes ne se trouvent pas sur le parcours. Mais le microclimat doux et humide qui donne toute sa valeur à l’appellation provient du bassin du Ciron, fortement impacté par la ligne (voir 3). Les vignerons craignent la disparition de leur AOC.

- 2. Les deux branches de la LGV suivent le même tracé les 55 premiers kilomètres. Du coup, le parcours est rallongé. Entre Bordeaux et Toulouse, la nouvelle ligne fait ainsi 38 km de plus que la ligne existante. Ennuyeux, sachant que l’intérêt d’une LGV est justement d’écourter les trajets.

- 3. Zone humide très fragile, le bassin versant du Ciron va être scindé en trois parties par plus de 70 km de lignes nouvelles et défiguré par trois viaducs. C’est là que sera implanté l’intersection entre les différentes portions de la ligne.

- 4. À Captieux, la ligne passe en plein sur un embranchement de l’ « autoroute du gaz », un réseau géant de gazoducs primordial pour la France. RFF a prévu de « faire déplacer » l’installation construite en 2007. Coût de l’opération : des dizaines de millions d’euros.

- 5. Le pays d’Albret est une région très vallonnée. Mais apparemment, les ingénieurs de SNCF Réseau aiment les défis. Au lieu de faire passer la LGV dans la vallée, ils ont prévu d’assembler 40 km de ligne dans les reliefs. Dont un viaduc de 1,5 km de long, à 60 mètres de hauteur.

- 6. Seuls les centre-villes de Bordeaux et Toulouse seront desservis par la LGV. Pour les autres villes, des gares périphériques et des raccordements seront bâtis. À Agen, les délais de correspondance pour rejoindre le centre-ville sont estimés entre 16 et 21 minutes.

- 7. La LGV doit passer en plein dans le Parc naturel régional des Landes de Gascogne, conduisant à la destruction de 613 hectares de forêt.

- 8. Des mauvais esprit ont accusé François-Gilles Egretier, l’ex-conseiller de Christine Lagarde, d’avoir œuvré pour empêcher que la LGV ne passe à Uchacq-et-Parentis, où se situe la maison de sa mère. Il a comparu en mars dernier, mais a été relaxé, faute de preuves.

- 9. En moyenne, les trains assurant la liaison entre l’arrêt de TGV situé à 15 km de Mont-de Marsan et la gare du centre-ville transporteront 8 voyageurs. Coût du raccordement : 110 millions d’euros.

- 10. Les irréductibles opposants basques ont prouvé que les études de fréquentation que RFF a menées pour justifier la nouvelle ligne étaient biaisées. Depuis, la construction de la portion de ligne à grande vitesse entre Dax et Hendaye a été renvoyée aux calendes grecques.

Avec les biens communs, les citoyens reprennent la main Anthony Laurent (Reporterre) Reporterre 2015/11/10 Anthony Laurent (Reporterre) (10 novembre 2015) Avec les biens communs, les citoyens reprennent la main. Reporterre. Biens communs fr

Avec les biens communs, les citoyens reprennent la main

Les « communs » sont l’air, l’eau, les sols, les forêts, la Terre, les connaissances, la culture... Des espaces ouverts à tous aujourd’hui menacés par l’extension des domaines du marché et de l’État. La féconde réflexion qu’ils nourrissent dote les citoyens de nouveaux outils pour reprendre le pouvoir. Reporterre en fait le thème de sa Rencontre, ce mardi soir, à Paris.

Qui a déjà entendu parler des « biens communs » ? Pour certains observateurs, ces derniers seraient de « retour » et constitueraient « un espoir fort de transformation sociale ». Pour d’autres, il ne s’agirait, ni plus ni moins, que d’une « renaissance » : les biens communs apporteraient « une réponse aux multiples crises, économique, sociales et environnementale, que connaît notre société actuelle ». Pour d’autres penseurs encore, ils constitueraient « le terme central de l’alternative politique au néolibéralisme pour le XXIe siècle ».

Mais qu’est-ce qu’un bien commun – appelé souvent, plus simplement, « commun » (de l’anglais common) ? Pour la journaliste Alice Le Roy, « c’est l’air, c’est l’eau, ce sont les sols, ce sont les poissons des océans. Ils sont importants pour la planète mais on les surexploite parce qu’on cherche, les uns et les autres, à maximiser notre intérêt individuel aux dépens de l’intérêt collectif ». Plus généralement, « c’est un ensemble de ressources gérées par une communauté qui se donne ses propres règles », fait savoir Frédéric Sultan, qui anime le Réseau francophone des biens communs.

Très « pratiqués » dans l’Europe du Moyen-Âge

En ce début de XXIe siècle, les communs – pris dans leur acception la plus large – prennent des formes multiples et variées, qu’il s’agisse de ressources naturelles (l’eau, l’air, les forêts, les semences, les poissons, la Terre, le climat, etc.) ou de ressources culturelles (les logiciels libres, les connaissances, les modes de vie traditionnels, la culture, l’information, etc.).

Concept redécouvert en 2009, à la faveur de l’attribution du prix Nobel d’économie à la politologue étasunienne Elinor Ostrom, les biens communs trouveraient leur origine historique – sous la forme d’un droit coutumier – au temps de l’Empire romain, voire de l’Égypte antique, selon le chercheur indépendant et militant étasunien David Bollier.

Longtemps ignorés, ils sont pourtant très « pratiqués » dans l’Europe du Moyen-Âge, et notamment en Angleterre, à partir des Xe-XIe siècles. À cet époque, il s’agissait, pour les commoners, de participer au bon usage des terres (common lands) et des forêts du royaume. Or, aux XVIIe-XVIIIe siècles, avec la révolution industrielle et la montée du capitalisme, s’est imposé le mouvement dit des « enclosures » (ou inclosure en anglais), qui a remis en cause le principe même du commun en privatisant des espaces jusqu’alors ouverts à tous. C’est l’apparition récente de « nouvelles enclosures », par les pouvoirs publics mais surtout par les entreprises privées (la privatisation de l’eau, l’accaparement des terres, les brevets, les logiciels propriétaires, etc.) qui redonne aujourd’hui au seconde vie aux communs.

« Un choix politique, une lutte »

Ni biens privés ni biens publics, les biens communs dessinent une troisième voie entre le marché et l’État. Appartenant à tous – donc à personne –, ils sont considérés comme inappropriables. Et, pour certains « théoriciens » comme pour certains « praticiens », tout l’enjeu à l’heure actuelle consiste précisément à « instituer l’inappropriable », c’est-à-dire à mettre en place une « politique des communs », comme l’appellent de leurs vœux, par exemple, Christian Laval et Pierre Dardot. Pour le sociologue et le philosophe, cet inappropriable « résulte d’un choix politique, d’une lutte ». « Une société, au fond, doit décider de ce qu’elle met en commun. Et c’est cette décision qui détermine la dimension inappropriable d’un bien, d’un espace, du résultat d’une activité », écrivent-ils.

Pour Philippe Cacciabue, fondateur et directeur de la Foncière Terre de liens, la théorie des communs représente « un nouveau paradigme qui répond à plein de questions que l’on se pose sur l’absence de l’État, la force excessive du marché, la place du citoyen, de la société civile, etc. » [1] Silvère Mercier, cofondateur du collectif SavoirsCom1, y voit [« une brèche, un nouvel imaginaire qui s’ouvre et qui permet de réinterroger notre rapport au politique, au droit et à l’économie ».

Cela ne va pas de soi

Toutefois, la mise en œuvre d’une « politique des communs » ne voit pas de soi. Certains obstacles doivent encore être surmontés et des questions restent toujours sans réponse. Ainsi, les blocages psychologiques individuels restent encore nombreux. Le chercheur indépendant Pablo Servigne en dénombre pas moins de six, sans oublier « l’insondable complexité des comportements humains comme des institutions ». « La seule manière de démêler les incompréhensions est d’aller voir au plus profond de nos croyances et de nos imaginaires politiques », conseille-t-il.

En outre, le marché et l’État n’ont-ils réellement aucun rôle à jouer – même de façon transitoire – dans l’avènement des « nouveaux communs » ? Que penser d’initiatives comme Uber ou Airbnb ? Comment éviter absolument que ne se produise une « tragédie des biens communs » (la surexploitation d’une ressource commune autogérée selon des règles collectives) ? etc.

Autant de questions – et d’autres – qui seront abordées lors de la Rencontre de Reporterre consacrée aux biens communs – ce mardi 10 novembre, à 19h30 au Lieu-Dit, à Paris, 6 rue Sorbier, dans le 20e arrondissement.

Reporterre organise mardi 10 novembre à Paris une rencontre autour des biens communs. Vous êtes bienvenu(e)s ! Entrée libre.

- Toutes les infos ici

Reporterre sur France inter : les riches polluent plus que les pauvres Reporterre 2015/11/10 (10 novembre 2015) Reporterre sur France inter : les riches polluent plus que les pauvres. Reporterre. Climat fr

Reporterre sur France inter : les riches polluent plus que les pauvres

- Lundi 9 novembre 2015

Les économistes Lucas Chancel et Thomas Piketty viennent de publier une importante étude, Inégalités et émissions de CO2 : comment financer l’adaptation de manière équitable ? Ils y analysent les émissions de gaz à effet de serre, non pas par pays, comme cela se pratique habituellement, mais selon les individus classés par niveau de revenu. Et constatent que les riches émettent beaucoup plus de gaz à effet de serre que les pauvres. Ce qui induit de nouvelles façons de répartir l’effort pour lutter contre le changement climatique.

- Ecouter ici la Une de la Science avec Reporterre, animé par Matthieu Vidard avec Hervé Kempf, de Reporterre, et l’économiste Lucas Chancel.

Reporterre, tous les lundi à 14 h 05 sur France Inter, dans l’émission « La Tête au carré », animée par Mathieu Vidard.

« L’actualité de toutes les sciences dans tous les domaines de la recherche. Éclectisme, vulgarisation et pédagogie, sciences dures du vivant ou humaines : Mathieu Vidard s’intéresse à toutes les observations et les expérimentations du monde par le biais des sciences. »

À écouter sur France Inter, dont voici la carte des fréquences FM, selon le lieu où vous habitez.

Le rap peut-il faire le lien entre le climat et les quartiers nord de Marseille ? Barnabé Binctin (Reporterre) Reporterre 2015/11/12 Barnabé Binctin (Reporterre) (12 novembre 2015) Le rap peut-il faire le lien entre le climat et les quartiers nord de Marseille ?. Reporterre. Pédagogie Éducation fr

Le rap peut-il faire le lien entre le climat et les quartiers nord de Marseille ?

Dans le cadre du projet Climat et quartiers populaires, Reporterre a organisé une rencontre dans les quartiers nord de Marseille, à la Busserine. On a écouté « Le Rap du Climat » et parlé environnement. Afin de jeter un pont entre la planète et les préoccupations du quotidien.

- Marseille, reportage

Ni trafic de drogue, ni règlement de compte, ni violence. À Marseille, dans les quartiers, on peut réfléchir au climat, à l’environnement, le chanter et le jouer. Et le 4 novembre, Reporterre a organisé une rencontre à la Busserine, pour présenter en public le clip de rap que les jeunes du centre social L’Agora ont réalisé sur ce sujet.

Dans la salle, une petite trentaine de participants, composée pour moitié d’habitants du quartier. Parmi lesquels certains des neuf jeunes, âgés de 13 à 17 ans, qui ont composé et réalisé ce morceau. Les autres sont excusés : ils travaillent leur cours ou sont punis pour ne pas les avoir assez révisés, comme Hatem – « une décision collective avec les parents », explique l’animatrice. Mais les absents ont souvent tort : entre une simulation de négociation internationale sur le climat organisée en jeu de rôle ou un atelier pratique pour expliquer le mécanisme des gaz à effet de serre, l’animation de vulgarisation scientifique de l’association les Petits Débrouillards, en seconde partie de soirée, a presque autant séduit le jeune public que la collation de fin – « la première fois qu’on voit un buffet bio ici ! » s’exclamait une habituée des lieux.

« Un beau contrepoint à l’image négative des jeunes des quartiers Nord »

Ceux qui ont fait le déplacement pour rejoindre le centre social ont réalisé une gageure : les quartiers nord sont enclavés, séparés du reste de la ville par le barreau autoroutier, presque abandonnés par les transports en commun et non-atteignables en vélo. Mais, pour Rémi Carrodano, président du collectif Climat Aix-Gardanne, l’opportunité d’un rap sur le climat était trop belle : « Je me souviens d’un rappeur marseillais qui avait fait une chanson sur les gaz de schiste, il y a quelques années… Le rap est un moyen d’expression important, qui permet de porter un message plus fort que dans la chanson française traditionnelle. Il faut l’encourager. »

Expérimental, le clip Je survole le terre et je vois… fait en tout cas consensus. Diffusé sur plusieurs radios, il est reconnu pour sa qualité. Jefferson, des Petits débrouillards, déguisé en secrétaire exécutif des Nations unies pour la simulation et dont le costume-cravate tranche avec le code vestimentaire du reste de l’assemblée, dit prendre « une claque » lorsqu’il le découvre en direct : « Les paroles sont bien posées, sur un rythme bien posé lui aussi. Les images sont bonnes, le clip se regarde facilement… Il n’y a rien à dire, tant sur le fond que sur la forme. » D’autres voient plus loin : « La qualité du rendu est exceptionnelle et offre un beau contrepoint à l’image si négative de ces jeunes des quartiers Nord. Il se pose la question de sa diffusion à plus large échelle, à l’approche de la COP 21 », s’enthousiasme Catherine Vestieu, directrice d’une association culturelle et conseillère municipale des 15e et 16e arrondissements de Marseille.

Quelqu’un, dans le public, invite la troupe à la grande marche du 29 novembre prochain qui s’organise partout dans le monde. Pourquoi ne pas faire de ce morceau l’hymne officieux de la mobilisation marseillaise ? Timides, les jeunes artistes ne font pas preuve d’autant de ferveur. En coulisse, Nasser explique qu’il a beaucoup de boulot, entre sa classe de seconde et son job d’animateur. Aurélie Moulin, la pilote du projet avec l’atelier d’écriture rap, reconnaît qu’au démarrage, l’entrain était... mesuré : « L’association entre rap et environnement n’est pas évidente », concède-t-elle.

Émilie Massemin, la journaliste de Reporterre qui coordonne le projet Climat et quartiers populaires rappelle son objectif : « On n’entend jamais la voix de ces habitants sur les sujets environnementaux, on a voulu leur donner la parole. » Pourtant, quand le quotidien de l’écologie a débarqué à l’Agora pour proposer d’écrire sur le climat, c’était un peu la soupe à la grimace. Les jeunes n’avaient jamais planché sur le sujet. « Il n’y a pas beaucoup de vert, nos quartiers sont les oubliés de l’aménagement environnemental », glisse Aurélie, par ailleurs professeur d’histoire-géo dans ces mêmes quartiers.

« Aujourd’hui, il n’y a plus que la crise »

Dans ce clip, la poétique du rap opère à plein, avec son propre langage : « “Réchauffement de la planète’’, ‘’gaz à effet de serre’’, ‘’salinisation des terres’’… ce ne sont pas des termes très hip-hop. On a cherché à établir un autre champ lexical, avec leurs propres mots. Il ne fallait pas aseptiser l’aspect rap ni imposer aux jeunes notre vocabulaire scientifique. Cela donne un résultat moins COP 21, c’est sûr, mais peut-être plus sensible et créatif », assume Aurélie, qui voit un intérêt mutuel à cette démarche : « Travailler sur l’environnement permet aussi de déconstruire une certaine image du rap, aujourd’hui très commercial et pas très représentatif de la réalité du territoire sur lequel on vit. »

Le groupe a tout fait lui-même, de l’écriture jusqu’à l’enregistrement et au montage. Une première pierre qui en appelle d’autres, mais pas dans l’immédiat. Nasser dit ainsi préférer écrire sur son quartier, comme il en a l’habitude. Ce travail d’écriture lui a-t-il plu ? « Vite fait. » Sur quoi écrirait-il s’il devait recommencer demain ? « Sur (s)a mère. »

« C’est vrai que l’environnement, on y pense pas souvent, ce n’est pas qu’une question de musique. Quand j’y pense, c’est au moment de jeter un truc par terre, sinon, j’y pense pas trop », reconnaît Miad, venu féliciter ses potes, et qui n’a pu s’engager dans le projet à cause de son BTS informatique. Candidate aux élections régionales, Sophie Camard a également fait le déplacement, car « c’est original de voir les jeunes des quartiers Nord parler d’environnement ». La militante EELV admet la difficulté de faire une campagne écologiste sur le terrain : « Je ne viens pas pour prêcher la bonne parole, et on comprend que l’écologie ne soit pas leur première préoccupation. Il faut faire preuve d’humilité pour défendre ensemble le social et l’environnement, et démontrer que le climat, c’est leur vie de tous les jours. »

Le même phénomène est désigné : le décrochage du politique, « particulièrement avancé ici », selon Sophie Camard. En campagne conjointe avec le Front de gauche, Mohamed raconte l’abandon de ces quartiers dans lesquels il a grandi : « Avant, ces territoires étaient politisés, il y avait des lieux de débat et d’apprentissage, des structures associatives, des partis politiques, des syndicats… Aujourd’hui, il n’y a plus que la crise, et aucun relais pour l’expliquer. Ces lieux ont été complètement délaissés par le politique. » Est-ce alors décalé de parler ici d’environnement ? « Au contraire, c’est renouer avec des principes d’éducation populaire. Il faut échanger et expliquer. Sinon, comment s’étonner que les gens s’en foutent ? »

Miad retient de la soirée l’exercice de simulation : « Quand on voit les chiffres des gaz à effet de schiste (sic) et tous ces trucs, on se rend compte que c’est important. » Reste un problème de taille pour celui qui s’est inscrit sur les listes électorales sans y croire : « Moi, ce qui m’embête, c’est que je ne vois pas bien ce qu’on peut y faire. C’est un truc de politique, et la politique, ça n’intéresse personne. »

Ecouter le clip

"Je survole la Terre et je vois..." - Rap et changement climatique from Reporterre on Vimeo.

Une « végétalienne très très méchante » arrive en librairie Rosa B. Reporterre 2015/11/12 Rosa B. (12 novembre 2015) Une « végétalienne très très méchante » arrive en librairie. Reporterre. Alimentation fr

Une « végétalienne très très méchante » arrive en librairie

Insolente Veggie est un blog plein d’humour qui sévit désormais en librairie ! Cet album reprend les dessins qui ont fait le succès du blog et propose de très nombreux inédits.

L’auteure y aborde avec humour et esprit militant ce qui fait le quotidien des végétariens, des végétaliens et des vegans aujourd’hui : l’écologie, le carnisme, l’antispécisme...

Insolente veggie, Rosa B., éditions la Plage, 192 p., 15,90 euros

Source : éditions La Plage

C’est ennuyeux mais... la ville écolo est sexiste Yves Raibaud Reporterre 2015/11/12 Yves Raibaud (12 novembre 2015) C’est ennuyeux mais... la ville écolo est sexiste. Reporterre. Tribune — Habitat et urbanisme fr

C’est ennuyeux mais... la ville écolo est sexiste

La ville, étudiée par le prisme du genre, apparaît comme vecteur d’inégalité entre les hommes et les femmes. Et la ville durable ne réglerait en rien cette injustice, au contraire, selon l’analyse d’Yves Raibaud.

Yves Raibaud est spécialiste de la géographie du genre, chargé de mission Egalité femmes-hommes. Il est chercheur au laboratoire Aménagement, développement, environnement, santé et sociétés (Adess), à Pessac, en Gironde.

« À quoi ressemblera la ville de demain ? Comment la penser, la construire et la gérer ? » s’interroge le ministère français du Développement durable sur son site Internet. L’épuisement des énergies fossiles, le réchauffement climatique et la pollution apparaissent aujourd’hui comme des menaces aussi importantes pour la ville que les conflits sociaux et l’insécurité. Mais des solutions qui semblent faire consensus (développement des deux-roues, de la marche, des transports en commun, du covoiturage, etc.) sont aussi celles qui creusent les inégalités entre les femmes et les hommes. Par ailleurs, les décideurs (élus, responsables des finances, de l’urbanisme, des transports, des grands travaux), sont en grande majorité des hommes, comme le montrent nos travaux sur la Communauté urbaine de Bordeaux.

En premier lieu, l’analyse d’une enquête [1] montre que les femmes, de tous âges, seraient défavorisées par les « bonnes pratiques » de mobilité dans la ville durable, et notamment l’abandon de la voiture. Les raisons en sont aussi bien la nature des tâches qui leur sont encore majoritairement dévolues (accompagnement des enfants, des personnes âgées, courses) que leur sentiment d’insécurité dans l’espace public (crainte de l’agression dans certains quartiers ou bien la nuit). Les études [2] Adess/CNRS réalisées entre 2010 et 2014 sur la métropole bordelaise montrent ainsi que les femmes sont toujours moins nombreuses à vélo (en particulier la nuit ou lorsqu’il pleut) et qu’elles l’abandonnent à la naissance d’un deuxième enfant.

La voiture, un moyen de protection pour affronter la nuit

Les piétonnes regrettent qu’on éteigne de bonne heure les éclairages de rue pour faire des économies tandis qu’on éclaire et arrose abondamment des stades, considérés comme nécessaires à l’attractivité des métropoles et fréquentés uniquement par des hommes. Le harcèlement dans la rue et les transports en commun apparaît, à Bordeaux comme ailleurs, si peu anecdotique et tellement systématique (100 % de femmes en ont été victimes, selon le rapport 2015 du Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes) qu’on s’étonne du tabou qui entoure ce sujet, pourtant central dans la mise en place des mobilités alternatives. Dans ces conditions, la voiture, plus qu’un outil de mobilité, représente un moyen de protection pour affronter la nuit.

L’une de nos enquêtes sociologiques [3] porte en particulier sur une opération de concertation autour des nouvelles mobilités urbaine organisée en 2012. Pendant six mois, cette démarche participative exemplaire a réuni des centaines de citoyens, experts, élus et responsables associatifs. Mais elle n’a mobilisé que 23 % de femmes, représentées par seulement 10 % du temps de parole et par 0 % d’experts. La faiblesse du temps de parole des femmes n’était pas due à des mécanismes d’autocensure : les femmes n’étaient tout simplement pas « prioritaires » aux yeux des présidents de séances ; des mesures quantitatives (temps de parole) et qualitatives (pertinence de l’intervention) le prouvent.

Des pratiques d’hommes jeunes, libres d’obligations familiales et en bonne santé

L’étude montre ainsi comment les préoccupations portées par des voix de femmes (concernant en particulier les enfants, les personnes âgées ou handicapées, la sécurité) sont ignorées ou jugées comme des « cas particuliers » et écartés de ce fait des conclusions et synthèses des séances au profit de sujets qui paraissent plus importants aux yeux des hommes : la ville créative, intelligente, postcarbone, hyperconnectée. L’évocation du réchauffement climatique, de la pollution et de la protection de l’environnement a un effet anxiogène et culpabilisant. De nombreux aspects de la vie quotidienne des femmes sont donc minorés, renvoyés à la vie privée : comment oser dire qu’on a besoin de la voiture pour accompagner les enfants ou qu’on a peur de marcher dans la ville le soir lorsqu’il s’agit de l’avenir de la planète et de l’intérêt général ?

La promesse d’une ville durable tranquille, meilleure pour la santé, récréative, favorisant le vivre-ensemble nécessite que chacun fasse un effort pour s’y adapter. Mais, dans les faits, les nouvelles pratiques qui en découlent ressemblent comme deux gouttes d’eau à des pratiques d’hommes jeunes, libres d’obligations familiales et en bonne santé. Dans une société qui peut de moins en moins affirmer de façon frontale une prétendue infériorité des femmes, les nouveaux équipements et les nouvelles pratiques de la ville durable apparaissent comme des épreuves qui transforment le plus grand nombre de femmes en minorité : celles qui ne sont pas sportives n’ont qu’à faire du sport, celles qui ont peur la nuit doivent faire preuve de courage, celles qui ont trois enfants dans des écoles différentes n’ont qu’à mieux s’organiser, celles qui sont trop âgées (rappelons que 60 % des plus de 65 ans et 74 % des plus de 80 ans sont des femmes) n’ont qu’à rester chez elles. La preuve que ces femmes sont une minorité est apportée par d’autres qui arrivent à concilier ces contraintes : il y a donc les bonnes citoyennes et les mauvaises, en quoi cela serait-il la faute de la ville ?

L’expression d’un écoféminisme critique

La ville durable peut être considérée comme consensuelle si l’on considère l’environnement naturel comme un réel immuable que chacun doit protéger. Mais chaque société ne construit-elle pas ses « états de nature » pour assurer une répartition entre l’humain et le non-humain, le naturel et le social ? En France et dans le monde, de nombreux travaux, dont ceux de notre équipe, ont déjà montré les inégalités d’accès aux villes pour les femmes, quels que soient leur âge, leur situation familiale, leur classe sociale et leur origine. La ville durable de demain ne fera que les accentuer.

La reproduction des inégalités femmes-hommes se réalise en outre sous une apparence démocratique qui reste crédible tant que ne sont pas questionnés les processus de construction de la ville sous l’angle du genre. Pendant ce temps, comme le montrent des études menées par des réseaux européens et internationaux, [4] la gestion quotidienne des économies d’énergie, des déchets, de l’alimentation, de la santé continue d’incomber majoritairement aux femmes. Cela légitime d’autant plus l’expression d’un écoféminisme critique, indispensable dans les discussions actuelles sur les enjeux environnementaux. Faute de quoi les nouvelles pratiques de la ville durable pourraient bien n’être que les nouveaux habits de la domination masculine.

Faucheurs de chaises : l’objectif de 196 sièges est atteint Par Marie Astier (Reporterre) Reporterre 2015/11/12 Par Marie Astier (Reporterre) (12 novembre 2015) Faucheurs de chaises : l’objectif de 196 sièges est atteint. Reporterre. Luttes fr

Faucheurs de chaises : l’objectif de 196 sièges est atteint

Plusieurs actions menées ce matin 12 novembre à Nantes et à Paris ont permis d’atteindre l’objectif : 196 sièges ont été récupérées. Autant que d’Etats présents à la COP 21. Et un message fort pour dire que l’argent de l’évasion fiscale pourrait servir à la lutte contre le climat.

- Paris, reportage

Plusieurs actions citoyennes de réquisition de chaises se sont déroulées ce jeudi matin 12 novembre, dans des agences bancaires de Nantes et Paris. Elles ont permis d’atteindre l’objectif de 196 sièges confisqués d’ici la COP 21, en référence aux 196 Etats participant aux négociations.

Ces réquisitions, organisées par Action non-violente COP 21 (ANV-COP21), visent à dénoncer l’évasion fiscale en rappelant que l’argent caché par les banques dans les paradis fiscaux pourrait financer la lutte contre le changement climatique.

Une première action s’est déroulée ce jeudi à 9 h 30 dans une agence du Crédit agricole de Nantes. Cinq sièges ont été confisqués par une vingtaine de « faucheurs de chaises ».

Plusieurs actions on ensuite eu lieu à Paris. A 10 h, treize militants ont investi l’agence BNP République, où ils ont réquisitionné deux chaises. A 10 h 25, six autres sièges ont été confisqués dans une agence HSBC de Nation. D’autres ont été saisis à l’agence BNP Paribas Goncourt.

Ce n’est pas parce que l’objectif de 196 chaises saisies a été atteint que la mobilisation s’achève. Au contraire, les activistes appellent à « amplifier le mouvement » d’ici la COP 21.

Les chaises seront utilisées pour une action citoyenne pendant la COP 21, du 30 novembre au 11 décembre Paris, qui devrait aboutir à un nouvel accord international visant à limiter le réchauffement climatique à 2 °C d’ici la fin du siècle par rapport à l’ère préindustrielle.

Climat : les scientifiques s’alarment, les politiques piétinent Par Émilie Massemin (Reporterre) Reporterre 2015/11/12 Par Émilie Massemin (Reporterre) (12 novembre 2015) Climat : les scientifiques s’alarment, les politiques piétinent. Reporterre. Climat : de COP en COP fr

Climat : les scientifiques s’alarment, les politiques piétinent

Du 8 au 10 novembre, les représentants de 70 pays se sont réunis à Paris pour préparer le terrain avant la COP 21. Pour Laurent Fabius, cette « pré-COP » a permis quelques avancées – mais rien de précis, malheureusement. Alors que de nojuvelles études scientifiques font état d’une menace climatique grandissante.

« Un compromis est à notre portée. » C’est par ces paroles que le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius a clôturé la pré-COP, mardi 10 novembre à midi, devant un parterre de journalistes. Des propos encourageants à moins de trois semaines du coup d’envoi de la COP 21, qui se déroulera du 30 novembre au 11 décembre à Paris. Ce sommet devrait aboutir à l’adoption d’un accord entre les 195 États participants. Objectif : contenir le réchauffement climatique sous la barre des 2°C par rapport à l’ère préindustrielle.

Dans l’espoir de donner une impulsion politique à ce processus onusien laborieux, les représentants de 70 pays, parmi lesquels une soixantaine de ministres, étaient réunis du 8 au 10 novembre au centre de conférences du ministère des Affaires étrangères, dans le XVe arrondissement de Paris. Leur objectif n’était pas de retravailler directement le projet d’accord de 55 pages issu de la dernière session de négociations à Bonn, qui présente encore de nombreuses propositions contradictoires, mais de trouver des compromis sur des pierres d’achoppement récurrents. Par exemple, l’aide financière aux pays en développement, ou la mise en place d’un mécanisme de révision des ambitions nationales en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES).

Quatre groupes de travail

Pour ce faire, après s’être réunis en session plénière dimanche 8 novembre, les représentants des pays se sont répartis en quatre groupes de travail thématiques : ⁃ Niveau d’ambition de l’accord, c’est-à-dire l’objectif de long terme à intégrer à l’accord ; ⁃ Équité entre les pays, dans le respect du principe de « responsabilité commune mais différenciée » cher aux pays en développement. D’après ce principe, les pays développés, responsables historiques du changement climatique du fait de leur industrialisation précoce, doivent fournir davantage d’efforts de réduction des émissions que les pays en développement, et aider ces dernier à s’adapter aux impacts du changement climatique (sécheresses, inondations, phénomènes météorologiques extrêmes comme les typhons, etc.) ; ⁃ Actions de lutte contre le changement climatique à mener avant l’entrée en vigueur de l’accord en 2020 ; ⁃ Financements à apporter aux pays en développement après 2020.

D’après Laurent Fabius, cette pré-COP a permis des avancées sur plusieurs points :

⁃ L’idée qu’un bilan des engagements des Etats devrait être réalisé tous les cinq ans, « bilan permettant de formuler des propositions nationales à la hausse ». Ceci, espère le ministre des Affaires étrangères, devrait permettre de réduire l’écart entre la trajectoire de réchauffement de 3°C à la fin du siècle que dessinent les contributions nationales actuelles, et un objectif de 2 voire 1,5°C. Rien de nouveau cependant, dans la mesure où cette idée d’un mécanisme de révision des engagements nationaux a été évoquée à plusieurs reprises et affirmée dans la déclaration France-Chine sur le climat ;

⁃ Le principe de « no back tracking » (retour en arrière), selon lequel les Etats ne pourront pas revoir à la baisse le niveau d’ambition de leurs engagements ;

⁃ La formulation d’un objectif de long terme « opérationnel » aux dires du ministres, « low emission climate resilient pathway » (« trajectoire d’émissions basses adaptées au climat ») en complément de l’objectif des 2°C à la fin du siècle. Un objectif flou, bien loin de trajectoires précises comme 100 % d’énergies renouvelables en 2050 défendues par la société civile ;

⁃ En matière de financements post-2020, « il nous a semblé que l’idée d’un plancher [à l’aide financière accordée aux pays en développement] était acceptée », a prudemment avancé le ministre. Aucune annonce précise n’a été communiquée.

- Ecoutez Laurent Fabius :

117 chefs d’Etat et de gouvernement présents le 30 novembre

Laurent Fabius s’est également félicité que 117 chefs d’Etats et de gouvernement ont répondu positivement à son invitation de donner le coup d’envoi de la COP 21 le 30 novembre. Il a salué les contributions nationales de l’Arabie Saoudite, du Soudan et de l’Egypte, rendues publiques les 10 et 11 novembre. « Face à la menace, nous avons une obligation absolue de succès à Paris », a-t-il rappelé.

En effet, la publication de plusieurs études scientifiques pendant la pré-COP a fait monter la pression d’un cran chez les négociateurs. Dimanche 8 novembre, un rapport de la Banque mondiale établissait à 100 millions le nombre de personnes supplémentaires vivant dans l’extrême pauvreté d’ici à 2030, si aucune action n’est prise pour limiter l’impact du changement climatique.

400 millions de personnes sous l’eau si la température augmente de 3°C

Lundi 9 novembre, une étude de l’institut Climate Central indiquait qu’un réchauffement de 2°C aurait pour conséquence une hausse de 4,7 mètres du niveau des océans, impactant des zones abritant actuellement 280 millions de personnes. Un réchauffement de 3 °C, trajectoire dans laquelle nous placent les contributions nationales actuelles, et ce sont 400 millions de personnes qui seraient impactées par une hausse de 6,4 mètres du niveau des mers. De grandes villes comme Shangai, Bombay et Hongkong seraient vouées, à long terme, à partiellement disparaître sous les eaux.

Le même jour, l’Organisation météorologique mondiale (OMM) publiait son rapport annuel selon lequel le niveau de concentration moyenne de dioxyde de carbone (CO2) a atteint un nouveau record en 2014 (397,7 parties par million). De nouveaux records ont aussi été relevés pour le méthane et le protoxyde d’azote. « Cela signifie des températures globales plus élevées, plus de phénomènes météorologiques extrêmes telles que des vagues de chaleur, des inondations, la fonte des glaces et l’élévation du niveau des océans et de leur acidité, a prévenu l’organisation. Nous avançons en territoire inconnu et la machine s’emballe à un rythme effrayant. »

Dans le sud-ouest, Gérard Onesta, le rassembleur, se révèle comme la surprise des régionales Barnabé Binctin (Reporterre) Reporterre 2015/11/12 Barnabé Binctin (Reporterre) (12 novembre 2015) Dans le sud-ouest, Gérard Onesta, le rassembleur, se révèle comme la surprise des régionales. Reporterre. Politique fr

Dans le sud-ouest, Gérard Onesta, le rassembleur, se révèle comme la surprise des régionales

À la tête d’une liste d’union aux régionales en Languedoc-Roussillon Midi-Pyrénées, Gérard Onesta est un militant écologiste de longue date. Sa sincérité est reconnue même par ses adversaires. Député européen assidu, il préfère le parlement et le terrain que les plateaux télé. La surprise possible des régionales.

- Toulouse, reportage

« On dit bien vrai qu’un honnête homme, c’est un homme mêlé », disait Montaigne. Mêlé aux autres, Gérard Onesta l’est pour le moins, à la tête d’une liste d’union pour les régionales où se côtoient écologistes et communistes, intellectuels et régionalistes. « Il est parfaitement légitime, ce n’est pas un leader bonapartiste, il a un vrai souci de campagne collective », assure Serge Regourd, professeur de droit, qu’il a convaincu d’entrer en politique et de rejoindre sa liste.

Personne ne conteste à Onesta cette œuvre de rassemblement politique, la plus large en France dans cette campagne. « Il va chercher les gens directement, c’est une autre manière de faire de la politique », raconte Judith Carmona, également novice dans l’arène électorale. Une pratique qui passerait d’abord par l’écoute et la volonté de synthèse, selon cette paysanne en retrait de ses fonctions syndicales le temps de la campagne qu’elle mène comme porte-parole : « La démocratie participative, c’est un peu ‘’tarte à la crème’’ aujourd’hui, tout le monde en parle mais personne n’en fait. J’avoue que je n’y croyais plus beaucoup. »

« Une confiance aveugle

D’autres, comme Patric Roux, secrétaire fédéral du Partit occitan et tête de liste dans l’Aude, affichent « une confiance aveugle » depuis qu’ils ont eu affaire avec Onesta : « Je me souviens d’une nuit de tractations pour établir les têtes de listes, ce n’était pas simple. On avait fini à 4 h du matin… sauf que dès le lendemain, Gérard a tout annulé : on n’avait pas respecté la parité. »

Même ses plus proches adversaires, au Parti socialiste, reconnaissent la sincérité de sa démarche. « C’est un homme de convictions, humaniste et très travailleur », juge Laurent Méric, élu local et membre de la campagne de Carole Delga, candidate pour le PS. S’ils dénoncent « l’alliance de la carpe et du lapin » avec les communistes ou un « anti-Valls primaire », les éloges sur son intégrité sont unanimes : « Il est une personnalité très claire, il fait ce qu’il dit, rapporte un autre baron toulousain du PS. Mais il ferait quand même mieux de taper sur Reynié et Alliot » (les candidats de la droite et de l’extrême-droite).

Un tel patronyme - Onesta, « honnêteté » en italien - vaut presque obligation morale. Dans la famille, la défense des valeurs, on sait ce que c’est. L’homme conte avec l’accent idoine l’histoire de son aïeul, modeste charbonnier, qui aurait sauvé la vie d’un Robin des bois peu scrupuleux avant de reverser sa fortune à l’Église. Depuis, la famille a fui le fascisme et Gérard Onesta étudié dans le lycée où enseignait Jaurès.

Pourtant, le futur architecte a quitté la tradition « rouge » pour embrasser le mouvement écologiste. Un engagement qu’il date à la seconde près : le 16 mars 1986, à 20h, lorsqu’il découvre l’entrée du Front national à l’Assemblée nationale : « À l’époque, je parlais démocratie, solidarité, tiers-monde, féminisme. Et puis, il y avait les souvenirs de René Dumont, la qualité de vie, les paysages massacrés. J’avais l’impression que le vert englobait le rouge. En étant écologiste, j’étais antifasciste », raconte celui qui avait préféré, quelques mois plus tôt, passer dix jours en hôpital psychiatrique pour être réformé P4 du service militaire.

Professionnel de la politique

En quelques mois, il devient le secrétaire fédéral des Verts de Haute-Garonne, avant d’intégrer le conseil national du parti et d’en être la tête de liste aux municipales, à Toulouse, en 1989. Dans le même temps, il fonde le premier mouvement de jeunesse d’écologie politique en France, Écolo-J, qui trouve vite un relais au niveau européen avec la Fédération des jeunes écologistes européens. C’est à cette échelle qu’il connaît sa première élection, en décembre 1991 : il devient le benjamin du Parlement européen, à Strasbourg, à 31 ans. Il restera député européen jusqu’en 2009 – avec une pause au milieu des années 1990. Une progression fulgurante et une carrière dans les institutions (prolongée depuis au Conseil régional en tant que vice-président des relations internationales) qui lui valent parfois d’être taxé de professionnel de la politique.

On ne pourrait le nier, tant Gérard Onesta en maîtrise les codes les plus évidents : une faconde bien entretenue, maniant l’humour ou la référence historique avec la même aisance, qui ne le distrait jamais de distribuer les informations importantes en off ou d’expliquer les calculs stratégiques les plus politiciens. Gérard Onesta en est convaincu, s’il y a une région qui doit rester à gauche, ce sera la sienne. Et de partager avec un enthousiasme débordant, l’espoir un brin démagogique dont il a fini par se convaincre : « L’écologie touche aujourd’hui une majorité culturelle. » Opposez-lui tout ce que vous voulez, « vous ne me persuaderez pas du contraire ».

Pendant deux heures, Gérard Onesta fait son show et sort du cadre de l’interview. Le personnage fait amende honorable : « Je suis vivant, parfois un peu envahissant mais avec l’ego bien calibré. » Difficile, en effet, de lui faire reproche d’être trop attiré par la lumière des projecteurs. Depuis une pige d’un an comme porte-parole national en 1994 pour soutenir la candidature présidentielle de son amie Dominique Voynet, Gérard Onesta a quitté les jeux d’appareil. « Ça me rend moins visible, c’est sûr, mais ces histoires de tambouille interne me fatiguent. Les gens qui entrent pour se servir plutôt que servir, ça me débecte », lâche celui qui dit préférer les salles du Parlement aux plateaux télé.

Trouver les mots pour l’équipe

On peut le croire : en trois mandats, Gérard Onesta assure n’avoir jamais raté une seule séance. Son assiduité a été saluée par les observateurs. Cette constance dans le travail des dossiers lui a d’ailleurs valu la confiance de ses pairs, qui l’ont maintenu dix ans au poste de vice-président du Parlement. Une première. Mais sa plus grande fierté est de détenir le record du nombre d’amendements votés à l’assemblée de Strasbourg.

Sur le terrain, les interlocuteurs confirment son engagement. « Il a été très présent à Sivens, sans jamais se mettre en avant », estime Ben Lefetey, du collectif du Testet. Mais si Gérard Onesta jouit d’une reconnaissance régionale, il reste presqu’inconnu en France. Son cousin Claude, entraîneur de l’équipe de France de handball maintes fois victorieuse, le dépasse nettement en notoriété.

Qu’importe, le responsable politique juge « la comparaison flatteuse », et use de métaphores sportives. EELV aujourd’hui ? « C’est le mercato, j’ai sabré le champagne quand Placé est parti. » Cette alliance pour les régionales ? « C’est le grand chelem. »

Celui qui, jeune, a préféré le basket du fait de son 1,83 mètre, reconnaît s’être inspiré de la philosophie de son cousin : « On peut avoir le meilleur marqueur ou le meilleur défenseur, s’il n’a pas le sens de l’équipe, ça ne marchera pas. » Au sein d’une coalition politique que d’aucuns estiment intenables, c’est désormais à Gérard Onesta de trouver les mots pour l’équipe. Il a déjà les formules pour rassembler : « Il faut reconnaître la différence de l’autre comme un enrichissement, pas comme une possible agression. J’essaye, pour cela, de reconnaître quelle est la part de moi dans l’autre. » Reste à forger maintenant les paroles qui donneront envie aux électeurs d’ajouter une nouvelle ligne au palmarès des Onesta.

Ce soir, peut-être, lors d’un grand meeting d’union à Montpellier, auquel participeront Cécile Duflot, Clémentine Autain et Patrick Laurent - mais pas Jean-Luc Mélenchon, retenu par une grippe.

Le Kit de survie Cop 21. Sixième volet : le rôle de la société civile et les initiatives citoyennes Par Aurélie Delmas (Reporterre) Reporterre 2015/11/13 Par Aurélie Delmas (Reporterre) (13 novembre 2015) Le Kit de survie Cop 21. Sixième volet : le rôle de la société civile et les initiatives citoyennes. Reporterre. Climat : de COP en COP fr

Le Kit de survie Cop 21. Sixième volet : le rôle de la société civile et les initiatives citoyennes

Des milliers de citoyens et activistes du monde entier s’apprêtent à rejoindre Paris pour créer un large mouvement citoyen à l’extérieur de l’espace de négociations du Parc du Bourget. Grâce à une vidéo de Juliette Rousseau, porte-parole de la Coalition climat 21, et à un PDF à télécharger, Reporterre vous présente tous les lieux de mobilisation en marge des négociations officielles.

Video : comprendre l’essentiel en 1’49’’

Juliette Rousseau from Reporterre on Vimeo.

Juliette Rousseau est coordinatrice de la Coalition climat 21 qui regroupe plus de 130 associations, syndicats, mouvements sociaux et ONG en vue de la COP21. Elle revient sur « l’objectif de créer un mouvement de long terme sur le climat qui ne s’articule pas uniquement autour d’un sommet ».

Les principaux points à retenir concernant le rôle de la société civile

- Les mobilisations se préparent depuis de longs mois et les premières grandes réunions populaires ont déjà eu lieu. Les militants environnementaux ont un objectif : faire en sorte qu’une COP « off » voit le jour afin que les citoyens conservent la parole sur les questions climatiques.

- Un rendez-vous mondial est à l’agenda depuis longtemps : la grande Marche mondiale pour le climat. Elle aura lieu partout en France et dans les grandes capitales du monde les 28 et 29 novembre, veille d’ouverture de la COP21.

- Des quartiers généraux médiatiques, artistiques et associatifs s’installeront dans Paris et en banlieue pendant la COP21 afin de réunir un maximum de citoyens en parallèle des négociations diplomatiques.

- Comment parvenir à ce que la mobilisation en faveur du climat continue quel que soit le résultat du sommet officiel ? C’est l’un des principaux enjeux pour l’an prochain. Une journée d’action est d’ores et déjà prévue dès le lendemain de la Conférence, le 12 décembre, à Paris.

Les liens utiles

- Le site de la Coalition Climat 21 : http://coalitionclimat21.org/

- La page de la Marche mondiale pour le climat du 29 novembre : http://coalitionclimat21.org/fr/contenu/marchons-pour-le-climat

- La page du Sommet Citoyen pour le climat de Montreuil : http://coalitionclimat21.org/fr/contenu/le-sommet-citoyen-pour-le-climat

- La page de la Zone d’Action pour le Climat : http://coalitionclimat21.org/fr/contenu/la-zone-daction-pour-le-climat

- La page de la mobilisation du 12 décembre : http://350.org/fr/d12/

- Le site d’Alternatiba : https://alternatiba.eu/

- Le site de la Conference of Youth : http://coy11.org/fr/

- Le site de Place To B : http://www.placetob.org/

Téléchargez la fiche : Le rôle de la société civile et les initiatives citoyennes

Incendies en Indonésie : le lobby de l’huile de palme enfin visé par le président Élisabeth Schneiter (Reporterre) Reporterre 2015/11/13 Élisabeth Schneiter (Reporterre) (13 novembre 2015) Incendies en Indonésie : le lobby de l’huile de palme enfin visé par le président. Reporterre. Monde fr

Incendies en Indonésie : le lobby de l’huile de palme enfin visé par le président

Cet automne encore, comme chaque année depuis près de 25 ans, des pans entiers de la forêt indonésienne ont brûlé : planteurs de palmiers à huile et industriels de la pâte à papier mettent le feux aux tourbières, provoquant de terribles incendies. Pour la première fois, un président indonésien semble avoir pris la mesure de la catastrophe écologique.

L’air est rouge, opaque, la fumée épaisse et âcre. Les enfants étouffent, les animaux fuient, brûlent et meurent. Chaque année, au printemps de l’hémisphère Sud, en Indonésie, des dizaines de milliers d’hectares s’enflamment. Cette catastrophe écologique dure depuis plus de vingt ans… et aucun média ne s’y intéresse durablement.

Pourtant, cette année, au lieu des vagues excuses habituelles aux pays voisins, eux aussi affectés par les fumées, le président de l’Indonésie a transmis, fin octobre, une instruction au ministre de l’Environnement et des Forêts : « Nous devons restructurer l’écosystème des tourbières, a ainsi déclaré Joko Widodo aux journalistes. J’ai instruit le ministre de l’Environnement et des Forêts de ne plus donner de permis sur les tourbières et de commencer immédiatement leur revitalisation. »

Plus de CO2 dégagé en trois semaines que les émissions annuelles de l’Allemagne

Contacté par Reporterre, Rhett Butler, fondateur du site Mongabay, qui milite depuis longtemps pour une prise en compte du problème des feux de forêts indonésiens, pense que la décision présidentielle marque peut-être le début d’une prise de conscience : « La fumée et la pollution étaient devenue si graves qu’il fallait absolument une réaction ! Malheureusement, ce n’est qu’une instruction présidentielle. Elle n’est pas juridiquement contraignante. Mais je pense que Joko Widodo envoie un signal important et jette les bases d’une loi potentielle. Le texte de l’instruction est très fort et traite de nombreuses questions critiques. Cependant, cette instruction est déjà fortement contestée par les nombreux intérêts forestiers, ce qui rend difficile de savoir si elle sera appliquée. »

Chaque année, dans l’archipel indonésien, avec la saison sèche, d’immenses incendies repartent sur les îles de Bornéo et de Sumatra, allumés volontairement par les planteurs de palmiers à huile. Les feux dégagent des fumées épaisses et irritantes qui s’étendent sur des régions entières, et ils sont extrêmement difficiles à éteindre : ce n’est pas seulement la forêt qui brûle mais aussi la terre, riche en tourbe et en lignite. En se consumant dans la profondeur du sol, ils dégagent des gaz extrêmement toxiques. Cela peut durer des semaines, parfois des mois, libérant du dioxyde de carbone et des gaz rares, comme le cyanure d’ammonium, formant des nuages de méthane et de monoxyde de carbone. Le feu de tourbière se propage sans flamme visible. Il s’attaque aux racines des arbres, qui s’abattent même s’ils sont encore verts. Seule la saison des pluies (si elle arrive) vient à bout des ces incendies démesurés qui laissent les pompiers impuissants.

Les feux de 2015 sont aggravés par El Niño, un courant marin chaud particulièrement intense cette année. Ils ont déjà produit plus de dioxyde de carbone que l’économie états-unienne sur la même période et, ces trois dernières semaines, plus de CO2 que les émissions annuelles de l’Allemagne. Ce qui met l’Indonésie sur les rangs pour être, cette année, l’un des plus grands émetteurs de carbone au monde, selon les données publiées par Guido van der Werf, chercheur de l’université d’Amsterdam, sur le site Global Fire Emissions Database (GFED).

Cette catastrophe n’est pas qu’une simple question de pollution. Les incendies anéantissent des espèces et leur habitat : orangs-outans, léopards, ours Soleil (ou ours malais), gibbons, rhinocéros et tigres de Sumatra, sont parmi les milliers d’espèces menacées de disparition (brûlés vifs ou asphyxiés) par les flammes.

La nouvelle instruction présidentielle interdit les nouvelles plantations dans les zones brûlées. Elle exige la restauration des milieux naturels, la fermeture des canaux de drainage pour restaurer les nappes phréatiques et, le cas échéant, l’ouverture d’enquêtes pénales sur les causes des incendies. Elle interdit le dégagement de nouvelles tourbières, même dans les zones de concession existantes.

Règlements ignorés ou contournés

L’Indonésie a déjà fait un certain nombre de règlements censés protéger les tourbières, mais ils ont été systématiquement ignorés ou contournés par les autorités locales, les entreprises et les petits agriculteurs. Les gouverneurs de province, les chefs municipaux et les chefs de village encouragent souvent le drainage des tourbières et demandent des permis pour exploiter ces zones humides, malgré des impacts écologiques néfastes évidents : réduction de la quantité d’eau propre disponible, augmentation des inondations, des cycles de sécheresse, des risques d’affaissement... et des incendies qu’on ne sait pas éteindre.

Une pétition circule pour sauver les 2,6 millions d’hectares du mont Leuser, dans le nord de Sumatra, un territoire pourtant protégé par la législation nationale indonésienne. Le développement industriel (huile de palme, pâtes et papiers, mines) menace l’ensemble de cet écosystème, donc les millions d’habitants de la province d’Aceh qui en dépendent pour leur nourriture, leur eau et certains moyens de subsistance, mais aussi les nombreux animaux et plantes, dont les tigres, les orangs-outans, les éléphants et les rhinocéros…

« Nous avons peu de pouvoir, dit le journaliste anglais Georges Monbiot, mais il y a certaines choses que nous pouvons faire. Certaines entreprises utilisant de l’huile de palme ont fait des efforts visibles pour réformer leurs chaînes d’approvisionnement. D’autres cultivent l’opacité : Starbucks, PepsiCo, Kraft, Heinz et Unilever, par exemple. Nous pouvons ne pas acheter leurs produits. »

Face au dérèglement climatique, il faut changer les politiques de la montagne Corinne Morel Darleux Reporterre 2015/11/13 Corinne Morel Darleux (13 novembre 2015) Face au dérèglement climatique, il faut changer les politiques de la montagne. Reporterre. Nature fr

Face au dérèglement climatique, il faut changer les politiques de la montagne

Le milieu montagnard est déjà affecté par le changement climatique. La fusion de l’Auvergne et de Rhône-Alpes crée la première région montagneuse d’Europe. Il est urgent que le politique s’investisse pour en préserver les richesses naturelles et humaines.

Corinne Morel Darleux est secrétaire nationale à l’écosocialisme du Parti de gauche et conseillère régionale Rhône-Alpes.

Automne. Le temps est au glanage en montagne : champignons pour l’omelette et pommes de pin pour le feu. Entre deux tourbillons de campagne, je prends le temps de monter sur la crête de Desse dominée par les vautours ou vers la Croix de Justin et sa vue imprenable sur le Diois. Le temps de caresser la mousse et de prendre le vent dans les cheveux.

On y grimpe en tentant en vain de ne pas déraper sur le sol glissant, couvert de feuilles mortes, qui à l’ombre ne parvient pas à sécher, malgré le beau temps. On s’étonne de voir à quel point les sangliers ont retourné la terre. On aperçoit quelques minuscules oiseaux qui s’échappent sans un son, et même encore quelques papillons. On s’inquiète d’être en manches courtes en plein mois de novembre, en se demandant si c’est uniquement un été indien, comme il y en eut déjà, ou si c’est un signe du réchauffement du climat. En montagne, la question du temps qu’il fait prend un relief particulier. Parce qu’ici, une grande part de l’activité dépend des saisons, que ce soit pour l’agriculture ou pour le tourisme. Un hiver sans neige ne vaut pas mieux qu’un printemps sans pluie ou un été caniculaire. La neige, c’est l’assurance, à la fonte des glaces, du ruissellement vers la vallée et de réserves d’eau pour l’année. C’est aussi les sports d’hiver, le ski dans les petites stations du Vercors, les mushers et les sorties en raquettes sur le plateau.

Le climat, ce n’est pas que des chiffres obscurs

Et la montagne, c’est aussi le lien, un des seuls de cette fusion bâclée, qui unit les deux régions qui vont se rassembler en janvier : Auvergne et Rhône-Alpes vont devenir la première région montagneuse d’Europe. Or, les prévisions des météorologues indiquent que d’ici à 2030, il n’y aura plus de neige dans le Cantal. Dans le massif du Sancy, dans le Puy de Dôme, un accompagnateur en montagne m’a expliqué que le trolle d’Europe, une renoncule, est remontée de 250 mètres en altitude en 24 ans. Ici, dans la vallée de la Drôme, ce sont les chenilles processionnaires qui s’installent durablement. De l’autre côté du Rhône, les châtaigneraies d’Ardèche sont menacées.

Le climat, ce n’est pas que des chiffres obscurs, comme on le perçoit à l’approche de la COP 21, ce sommet qui se tiendra à Paris en décembre. On nous ensevelit de pourcentages, de taux d’émissions de gaz à effet de serre, d’années de référence et d’horizons qui varient sans cesse, entre 2020 et 2050, d’objectifs qui passent subrepticement de 1,5 à 2 °C et ne signifient rien pour la grande majorité des gens.

Quelques degrés de plus pour la planète : 1.5, 2 ou 5 °C, ça ne signifie rien à hauteur d’homme. Et pourtant, c’est comme une fièvre : quand on passe de 37 à 39 °C, on sent la différence et chaque dixième de degré supplémentaire compte. Faute de comparaison sur une échelle humaine, le message d’alerte a du mal à passer et se trouve dépassé par l’urgence sociale. 2050, quand la fin du mois avec son cortège de factures à payer est si proche, ça semble bien loin. En revanche, les effondrements rocheux qui explosent dans les Alpes sont déjà bien visibles, eux. Les décalages de récolte aussi. Tout comme l’arrivée de nouvelles maladies dans les cultures, ou le recul des glaciers. Ce ne sont pas des dates et des chiffres, ça ne se passe pas à l’ONU mais ici et maintenant, concrètement. Et c’est scientifiquement démontré, la montagne est plus touchée par le réchauffement : 2 °C de plus en moyenne, cela signifie 4 °C de plus en montagne. Insoutenable.

L’absurde folie des canons à neige

Alors, face à la menace climatique, certains investissent. Dans des canons à neige, comme à Super-Besse en Auvergne, cofinancés par la région. Des canons à neige qui pompent davantage encore dans les réserves en eau et dans les caisses publiques, provoquant un endettement colossal pour les stations. Car tout le monde le sait, qui plus est dans une station située à seulement 1.200 m et orientée au Sud : ces canons à neige ne seront vraisemblablement jamais amortis. Ils participent d’une nouvelle forme d’obsolescence programmée. Tout comme ces dispositifs fiscaux dits « Censi-Bouvard », qui favorisent les « lits froids », ces appartements qui ne sont occupés en montagne que quelques semaines dans l’année. Cet argent ne serait-il pas mieux employé à aider la diversification en montagne ? À aider les stations à développer d’autres activités toute l’année, et à encourager le tourisme d’été comme beaucoup ont commencé à le faire. À filer un coup de pouce financier aux porteurs de projet qui sont prêts à s’installer et à créer des emplois et de l’activité dans ces zones de montagne ?

La loi Montagne a 30 ans, son acte 2 se met en place mais ressemble déjà, hélas, à un couteau sans lame. Quid de la vulnérabilité de ces territoires au changement climatique, du vieillissement de la population, de la fermeture des exploitations agricoles, de la disparition des services publics ? Quid de la banalisation de la culture montagnarde, qui perd, en l’absence de transmission, ses valeurs essentielles d’harmonie avec la nature tout autant que de culture du risque ou de gestion des biens communs, souvent vitaux en altitude ? Quid des moyens alloués en pleine cure d’austérité ? Comme souvent, cela arrange les parlementaires du PS ou de l’UMP de ne voir que la dimension technique ou environnementale de la montagne. Cela leur évite d’avoir à repenser leur approche de la fiscalité comme cela leur évite aussi de se poser la question des aides publiques subordonnées à des critères et celle du maintien des services publics de proximité. Mais une politique humaine et responsable de la montagne ne peut se résumer à la fuite en avant de la course à l’équipement pour un enneigement artificiel ni à promettre un parc naturel régional, une zone Natura 2000 ou un espace naturel protégé, sans avoir ensuite le courage de le défendre quand il est menacé. Les politiques manquent à leur responsabilité s’ils ne tiennent pas compte des habitants, présents et futurs, et de leurs activités. S’ils ne se fixent pas comme objectif de bien vivre en altitude ou en zone reculée.

Tout est lié, et la politique des canons à neige n’est pas à la hauteur de l’enjeu. C’est une politique à courte vue qui ne rend service à personne. Ce dont nous avons besoin, c’est d’élus qui maîtrisent les réalités spécifiques de ces espaces, qui vivent la montagne et la ruralité - dont les enjeux sont souvent liés, et en imposent la transversalité dans l’ensemble des politiques régionales : pour qu’y subsistent des lycées professionnels, que des aides à la diversification des cultures agricoles prémunissent mieux les paysans contre les aléas climatiques et sanitaires, que la région lutte contre la disparition des services publics de proximité et la désertification, en reprenant par exemple la main sur les dispositifs d’installation-transmission qui ont été totalement délégués aux chambres d’agriculture, qu’elle impose un rapport de force et sa volonté politique à la direction de la SNCF pour maintenir les lignes ferroviaires locales.

La question de la montagne est transversale

La montagne abrite une biodiversité essentielle, en faune et en flore, elle est un espace de régulation climatique et représente des réserves majeures d’eau, de bois, de minéraux... Elle est un espace à caractère à la fois singulier et universel. Son histoire est forte des maquis de la résistance, le Vercors résonne encore des hôpitaux improvisés à l’abri des rochers. Son présent et son avenir concerne tous les habitants, qu’ils nichent près des sommets ou au creux des vallées. Elle doit être l’espace-temps qui nous permette de réapprendre la coopération entre les territoires.

Formation, tourisme, agriculture, préservation des zones fragiles, éducation à l’environnement, solidarité territoriale : la question de la montagne est transversale. À Grenoble, depuis 2014, un élu de la mairie y est dédié. Pourquoi pas, dans notre future région, une vice-présidence de plein exercice qui y soit consacrée, avec des comités de massif élargis et démocratisés, en les ouvrant davantage aux associations et en associant davantage les citoyens à leurs travaux ? Il est urgent de faire de la montagne une nouvelle opportunité, pour éviter qu’elle ne finisse pas au musée. Et il n’y a aucune raison pour que ça ne fonctionne pas : parce qu’on en a les ressources naturelles et humaines. Il ne manque plus que la volonté.

Des Anonymous antinucléaires ont été jugés à Nancy Isabelle Rimbert (Reporterre) Reporterre 2015/11/13 Isabelle Rimbert (Reporterre) (13 novembre 2015) Des Anonymous antinucléaires ont été jugés à Nancy. Reporterre. Déchets nucléaires fr

Des Anonymous antinucléaires ont été jugés à Nancy

Le tribunal de Nancy a jugé, en début de semaine, trois militants Anonymous accusés d’avoir bloqué temporairement l’accès aux sites Internet d’institutions pronucléaires. Cherchant à éviter l’écueil du procès politique, le parquet a requis une peine de prison avec sursis « symbolique et de principe ».

- Actualisation - Lundi 23 novembre, le tribunal de Nancy a condamné Boby, ErcUn et Seamymsg à quatre mois de prison avec sursis chacun. Voir info

- Nancy, reportage

Entre crachin lorrain et éclaircies soudaines, plus d’ une centaine de personnes sont venues soutenir, dès 9 heures du matin, les trois militants « Anonymous » Boby, ErcUn et Seamymsg (absent), appelés à la barre du tribunal de Nancy pour des attaques informatiques par déni de service (DDoS, pour leur abréviation en anglais), consistant à rendre un site temporairement inaccessible en le saturant de requêtes.

Les actions jugées dont sont accusés les trois hommes ont été réalisées fin 2014 et début 2015 dans le cadre de l’opGPII, une opération Anonymous contre les grands projets inutiles et imposés. Ces actions avaient pour cible l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra), le conseil départemental de la Meuse et le conseil régional de Lorraine, afin de protester contre le projet d’enfouissement de déchets nucléaires à Bure, et contre le ministère de la Défense, en réponse à la mort de Rémi Fraisse à Sivens en octobre 2014. Selon la loi, les prévenus risquaient pour ces faits jusqu’à dix ans de prison et 150.000 euros d’amende.

« Créer artificiellement un caractère de gravité »

Devant une cour exclusivement féminine, un masque d’Anonymous sous scellés trônait à coté de deux épais volumes du code pénal. Tout un symbole : faire entrer les « hacktions » incriminées dans un cadre juridique approprié allait vite relever de la quadrature du cercle. En termes juridiques, les attaques informatiques sont qualifiées d’ « accès et maintien frauduleux, entrave et/ou altération d’un système de traitement informatisé de données à caractère personnel mis en œuvre par l’État ». Étienne Ambroselli, l’avocat du jeune nancéien Boby, a soulevé une question prioritaire de constitutionnalité (QPC) : « Peut-on parler de “données à caractère personnel” dès lors qu’il s’agit de sites institutionnels et publics ? » Après une suspension d’audience pour délibérer, la cour a rejeté la QPC, qui n’ira donc pas titiller les neurones des « sages » du Conseil constitutionnel.

Cela n’a pas empêché les avocats des prévenus de passer au crible la définition juridique du délit. Rui Manuel Pereira, l’avocat d’ ErcUn, s’est interrogé sur l’une des circonstances aggravantes : le fait que la cible soit un système mis en œuvre « par l’Etat » : « Soyons précis, a-t-il argumenté, l’Andra est un établissement public à caractère industriel et commercial – un Épic -, ce n’est pas l’État, et le conseil départemental de la Meuse ou encore le conseil régional de Lorraine sont des personnalités juridiques autonomes. » Stéphane Vallée, l’avocat de l’absent Seamymsg, a estimé de son côté qu’il y avait conflit de qualification : « Entre accès, maintien et entrave, il faut choisir, et c’était au parquet de faire ce choix. Selon la jurisprudence, le DDoS est considéré comme une entrave. » Pour l’avocat, « ces imprécisions permettent de créer artificiellement un caractère de gravité ».

La nature même des actions a donné lieu à de vifs débats : « On vous brosse un tableau juridique très sombre, a résumé Stéphane Vallée. Avec neuf infractions (pour au moins l’un des prévenus) et la possibilité de dix ans de prison, on peut imaginer qu’il s’agit de piratage informatique de haut vol. Mais le DDoS, c’est presque le niveau zéro du hack. Alors, pourquoi faire naitre cette confusion ? » Boby a estimé que « ces moyens sont à reconsidérer dans leur impact réel : il n’ y a pas eu vol de données ».

« Une nouvelle façon de manifester »

Souvent comparées à des « sit-in numériques », ces actions de blocage informatique temporaire peuvent-elles être considérées comme la version dématérialisée d’un blocage géographique (d’usine, de ministère…) ? Pour la procureure, Véronique Girard, « qu’elle soit virtuelle ou physique, une action de blocage porte également atteinte à des libertés protégées ». Dans ce cas, pourquoi une telle différence de peines, a demandé, en substance, l’avocat d’ErcUn, qui a mentionné le cas d’agriculteurs bloquant des autoroutes afin d’entraver la circulation, sans pour autant faire l’objet de poursuites ?

« Ce type d’action, à la portée de presque tous, est une nouvelle façon de manifester », a expliqué ErCun. Ce n’était pas l’avis de Marc d’Haultfoeuille, avocat de l’Andra [1], dont le site reçoit, selon lui, en moyenne 30.000 requêtes par jour. « Les 16 et 17 décembre, le site était inaccessible à la suite de 465.400 et 712.000 requêtes. Un déni de service ? Moi, j’appelle ça un déni de démocratie ! » À « déni de démocratie », Rui Manuel Pereira a répondu « déni de justice » : « On ne peut pas dire que l’infraction soit constituée avec les seules investigations de la DGSI (la Direction générale de la sécurité intérieure) et du parquet de Nancy », a développé l’avocat, qui a déploré l’absence d’expertise contradictoire.

À la barre, les prévenus ont longuement été questionnés sur les moyens utilisés : VPN, proxys, compte Twitter dédié à la revendication des actions et salons de discussions instantanées Internet Chat Relay (appelés canaux IRC). Peut-être dans le but de caractériser la circonstance aggravante de « bande organisée ». Celle-ci suppose, selon un arrêt de la Cour de cassation de de juillet 2015 [2], la préméditation des infractions et, à la différence de l’association de malfaiteurs, une organisation structurée entre ses membres.

Portée politique des actions mises en cause

La cour de Nancy a donc insisté sur le « comité restreint », constitué des personnes ayant le statut d’administrateur sur les canaux IRC dédiés aux opérations, et que la procureure n’a pas hésité à qualifier de « soviet suprême ». Une vision un brin caricaturale : « C’est un mouvement sans leader ni hiérarchie et ce comité restreint est constamment changeant », a démenti Boby, avant d’expliquer, avec un certain malaise, que les pressions subies en garde à vue l’ont conduit à donner à la DGSI cinq noms figurant dans ce comité. La procureure a tenu à souligner qu’« il y avait une quinzaine de pseudos régulièrement présents, parmi lesquels ceux des trois prévenus ». Pour Stéphane Vallée, « la présence sur IRC ne prouve rien. D’autres ont en effet été vus dans la même situation, mais n’ont pas reçu le même traitement que les personnes dont les idées donnent lieu à ces poursuites ».

Les avocats de la défense, dans la complémentarité de leurs plaidoiries, ont affirmé le manque de preuves tangibles contre les prévenus et la disproportion des moyens mis en œuvre au regard des infractions. « Il n’est pas fait de distinction entre une volonté de manifester une opinion politique et des attaques à but terroriste, a regretté Rui Manuel Peirera. Cette disproportion permet de museler certaines formes d’expression. » À la barre, ErcUn a rappelé que « cette opération avait pour but d’ouvrir enfin un débat avec le sénateur meusien Christian Namy sur l’enterrement des déchets nucléaires ». Selon Boby, « sur la question du nucléaire, les moyens démocratiques habituels sont inopérants ». Et de rappeler qu’en 2013, « une pétition en Meuse réunissant 60.000 signatures pour demander un référendum sur l’enfouissement a été totalement ignorée ».

Le ministère public a bien tenté d’évacuer la portée politique des actions mises en cause et du procès, mais celle-ci s’est immiscée crescendo dans les débats . « Si, dans dix ans, on décrète que l’enfouissement des déchets nucléaires est dangereux, on reconnaitra ce combat comme légitime a posteriori », a jugé Me Peirera. « Peu importe, ici, le mobile citoyen ou politique qui sous-tend ces actions, a estimé la procureure, l’infraction est caractérisée ». Pourtant, elle a requis une « peine symbolique et de principe » : 4 à 6 mois de prison avec sursis pour Boby et Ercun, 8 à 10 mois pour Seamymsg, « qui n’a pas daigné se présenter » et qu’elle considère comme « plus radical dans son positionnement ». Le parquet a demandé également la confiscation du matériel informatique utilisé pour les actions.

« Attaquez-vous aux menaces sérieuses, pas aux militants écolos et aux lanceurs d’alerte », a lancé Étienne Ambroselli en direction de la cour dans une diatribe enflammée, avant de laisser Boby déclamer un poème de son cru fustigeant le nucléaire. L’audience a pris fin sous un tonnerre d’applaudissements. Mis en délibéré, le jugement sera rendu le 23 novembre.

Une Meudonnaise perchée sur un tilleul pour empêcher l’abattage d’arbres centenaires Émilie Massemin (Reporterre) Reporterre 2015/11/14 Émilie Massemin (Reporterre) (14 novembre 2015) Une Meudonnaise perchée sur un tilleul pour empêcher l’abattage d’arbres centenaires. Reporterre. Luttes fr

Une Meudonnaise perchée sur un tilleul pour empêcher l’abattage d’arbres centenaires

Près de 150 tilleuls centenaires et sains, à Meudon, sont menacés d’être abattus dans le cadre d’un projet de rénovation de l’avenue du Château, classée monument historique. Des riverains se sont mobilisés pour empêcher ce que scientifiques et écologistes présentent comme une « catastrophe pour la biodiversité ».

Vendredi 13 novembre, Maria-Olga Bosse, 64 ans, était de nouveau perchée au sommet de son tilleul, comme les jours précédents. « Je viens au petit matin avant que les bûcherons n’arrivent avec leurs tronçonneuses, et je repars à la tombée de la nuit. C’est la dernière chose qu’on a trouvée pour essayer de sauver les arbres », déplore la riveraine, présidente du Comité de défense de l’avenue du Château (CDAC) de Meudon (Hauts-de-Seine). L’association, créée en 2010, rassemble quelque 500 habitants opposés à l’abattage de 149 des 269 tilleuls plus que centenaires qui ornent la montée vers l’Observatoire de la ville. Les premiers élagages ont lieu lundi 9 novembre, avant que la mobilisation de riverains et de politiques, dont certains ont rejoint Mme Bosse dans les arbres, ne perturbe les opérations.

Projet porté par la Direction régionale des affaires culturelles

Julien Bayou, candidat Europe Écologie-Les Verts (EELV) pour l’Île-de-France aux élections régionales, est venu soutenir la mobilisation vendredi 13 novembre. « Ce n’est pas seulement un combat de riverains, explique-t-il à Reporterre, visiblement impressionné. Maria-Olga Bosse entretient une lutte globale, généreuse, en insistant sur le rôle des arbres dans la régulation du climat. C’est une mobilisation citoyenne contre des décisions technocratiques, et incompréhensibles, d’abattre des arbres centenaires en très bonne santé pour en planter d’autres. On ne peut pas commencer la conférence climat en abattant des arbres, ou en accordant des permis pétroliers, ou en débutant les travaux à Notre-Dame-des-Landes. C’est de la schizophrénie. »

Rodéric Aarsse, adjoint (EELV) développement durable à la mairie de Malakoff (Hauts-de-Seine), a quant à lui passé neuf heures dans les branches d’un arbre, jeudi, en signe de solidarité avec les riverains. De nombreux passants sont venus lui apporter des gâteaux, des fruits et du café, et lui manifester leur sympathie. « Ce sont deux cultures qui s’affrontent, estime l’élu. D’un côté, les habitants qui ne veulent pas qu’on leur enlève leurs vieux arbres. De l’autre, la mairie et la Drac, pour qui un contrat est un contrat et qui sont attachés à ce que les arbres aient l’air neuf, soient plantés droit et respectent la perspective. » Pour lui, la solution est à portée de main : « Arrêter de couper les arbres, replanter là où il y a des trous et reprendre les discussions. »

Cette mobilisation se déroule sous étroite surveillance policière. « Chaque jour, la police nationale restreint l’accès à la zone des travaux, épaulée par la police municipale et les renseignements généraux, qui prennent en photos nos plaques d’immatriculation, comme si nous étions de dangereux activistes », ironise Mme Bosse. Petite victoire cependant, l’entreprise d’élagage ne s’est pas montrée ce vendredi 13 novembre. « Peut-être parce que j’ai passé des tas de coups de fil, choquée parce que cette société abattait des arbres qui ne devaient pas être coupés, et que j’ai fait venir un huissier », suppose la présidente du CDAC.

34 tilleuls doivent être abattus cette année, 115 l’année prochaine. Ces coupes sont prévues dans le cadre d’un projet de rénovation de l’avenue du Château et de ses contre-allées, porté par la Direction régionale des affaires culturelles (Drac). D’une durée de 18 mois, représentant 2,3 millions d’euros d’investissements, l’opération comprend la restauration de la voirie et l’installation de plots métalliques pour délimiter des places de stationnement. « Le problème, c’est que pour pouvoir remettre la chaussée des contre-allées aux normes, il faut couper les tilleuls anciens et en replanter de plus jeunes », regrette Mme Bosse.

« Très bonne santé des arbres »

L’autre raison avancée par la Drac pour justifier ces travaux est esthétique. Ouverte à la fin du XVIIe siècle par le marquis de Louvois, ministre de Louis XIV, l’avenue du Château a été classée monument historique le 12 avril 1972. « Il s’agit de restaurer l’alignement des arbres et de revenir à 520 sujets, le chiffre historique », explique Jean-Pascal Lanuit, directeur adjoint de la Drac, dans les colonnes du Parisien. Pour la présidente du CDAC, l’argument n’est pas recevable : « Les arbres ne sont pas homogènes car ils ne sont pas des poteaux, c’est normal. En plus, un petit arbre ne deviendra peut-être jamais aussi beau qu’un vieil arbre. On sait ce qu’on coupe, mais on ne sait pas ce qu’on va replanter. »

Enfin, pour justifier les abattages, la Drac prétend que certains arbres sont malades. « C’est faux, s’insurge Mme Bosse. Dans le cadre de notre procès contre la Drac, nous avons fait venir de nombreux experts, comme Alain Baraton (jardinier en chef du domaine national de Trianon et du grand parc du château de Versailles). Ils ont constaté la très bonne santé des arbres. » Âgés de 180 ans pour les plus anciens, les tilleuls n’en sont encore qu’au quart de leur vie. Indignée, Nathalie Frascaria-Lacoste, professeure à Agro Paris Tech, s’est fendue d’une lettre à la Drac pour dénoncer « une catastrophe pour la biodiversité ». Contactée, la Drac d’Île-de-France a renvoyé Reporterre vers plusieurs numéro différents, dont le dernier ne répondait pas.

Le maire (UDI) de Meudon, Hervé Marseille, lui, condamne la mobilisation politique autour du projet de la Drac : « Cela fait plus d’une dizaine d’années que ce projet est en discussion. Je m’émerveille que Julien Bayou et Wallerand de Saint-Just, qui n’ont assisté à aucune des réunions et débarquent d’on ne sait où, aient les compétences de juger s’il est bon ou pas. » L’édile dénonce des manifestations qui « ont troublé les cérémonies du 11 Novembre, ce qui est indigne, et la casse de matériel, qui ne sont pas des actes habituels dans ma commune ».

Un compromis avec les habitants

Pour Hervé Marseille, cette mobilisation n’a pas lieu d’être, car le projet porté par la Drac est le résultat d’un compromis avec les habitants. « Le premier projet de la Drac, qui était d’abattre tous les arbres pour en replanter d’autres, a été abandonné car jugé insatisfaisant par les habitants. Aujourd’hui, un compromis a été trouvé : couper 34 arbres pour en replanter 83, indique-t-il, prétendant que certains des arbres sont extrêmement malades, avec un tronc creux. C’est l’expert des tribunaux qui le dit dans un document officiel. » Les pancartes brandies par les habitants sont d’après lui mensongères : « Il est faux d’affirmer que ces arbres sont arrachés pour créer des places de stationnement : sur les 200 places actuelles, seules 100 vont être maintenues, les autres seront neutralisées. Enfin, ce projet est global et comprend la réfection des contre-allées, réclamée par les riverains. »

D’autres actions des riverains sont en cours. Soutenu par l’Association pour la protection des arbres au bord des routes (Asppar), le CDAC lance également trois pétitions. La plus importante, mise en ligne le 26 septembre, a déjà recueilli près de 15.700 signatures.

Un combat judiciaire de longue date est également mené par les riverains. Après les premières coupes de 1999, ils obtiennent, en 2000, un arrêté du tribunal administratif de Versailles interdisant les abattages. En 2010, des bûcherons munis de tronçonneuses reviennent à la charge. Le tribunal publie un nouvel arrêté mais l’association de riverains perd son procès face à la Drac. Déterminée, l’association saisit le Conseil d’État. « Malheureusement, nous ne savons pas quand sera rendu le jugement, soupire la présidente du comité de défense. En plus, les travaux ne sont pas suspendus pendant que le Conseil d’État examine le dossier. Quand il aura pris sa décision, il n’y aura peut-être plus d’arbres à sauver. » De fait, 230 arbres de l’avenue ont déjà été coupés depuis 1999. Qu’importe, pour les riverains, la lutte continue. « Ces tilleuls sont des êtres vénérables, respectables. Ils ont un seul tort, ne pas crier quand on les abat, fulmine Maria-Olga Bosse. Alors, aux arbres, citoyens ! »

Le temps suspendu Par Hervé Kempf Reporterre 2015/11/14 Par Hervé Kempf (14 novembre 2015) Le temps suspendu. Reporterre. Édito — Politique fr

Le temps suspendu

Vendredi 13 novembre, au soir, la vie normale s’est interrompue. Tous, à un moment, nous avons vu le téléphone scintiller, un ami nous donner une nouvelle incroyable, un silence s’établir. Interrogations, incrédulité, éberluement. Puis l’information a pénétré nos esprits : une série d’attentats meurtriers venait de se produire, le drame continuait de se produire dans une salle de spectacle, des dizaines de personnes innocentes étaient mortes.

Dans la soirée, dans la nuit, les faits ont cristallisé : des attaques en plusieurs points différents de Paris, des explosions au Stade de France, des hommes armés mitraillant la foule au Bataclan. 128 morts, plus de 180 blessés, huit des terroristes tués dont sept par leur propre ceinture d’explosifs. L’état d’urgence. Le pays choqué.

Les uns les autres, nous nous sommes appelés. Ca va ? As-tu des nouvelles de... ? Les enfants ? Les amis ? Prends soin de toi... Et nous avons pensé à celles et à ceux que le tonnerre mortel a frappé. Pensé à leurs proches, à leur peine, à la douleur. Certains d’entre nous ont prié.

Mais il nous faut penser, tâcher de comprendre, commencer à poser les mots sur les plaies, pour éviter qu’elles ne s’infectent, pour tenter d’enrayer d’autres mots qui seront de l’acide. Il nous faut penser du point de vue qui est le nôtre : la crise écologique est le phénomène politique et historique majeur de ce début de siècle. Tout en reconnaissant que le mouvement écologiste et ses intellectuels sont pour l’heure impuissants à analyser la situation au Moyen-Orient au regard de la crise écologique.

Ce qui s’est passé vendredi 13 novembre est un acte de guerre. Comme l’a été à Beyrouth, jeudi 12 novembre, l’attentat qui a tué quarante personnes.

Une guerre ne se mène jamais avec un seul acteur : les Français doivent se rappeler qu’il font la guerre, que leur armée est engagée dans plusieurs points du globe, et notamment en Syrie. Et que la France est un des Etats du monde dont l’armée est la plus active. Je ne porte aucun jugement en écrivant cela, mais je le rappelle. Quand on fait la guerre, il faut s’attendre à ce que l’ennemi cherche aussi à vous détruire.

Le drame d’hier, après celui du 7 janvier 2015 contre Charlie Hebdo, nous enfonce encore dans la voie sécuritaire et autoritaire qui s’est amorcée depuis plusieurs années en France et dans les pays occidentaux. La démocratie et les libertés sont en danger. Et nous savons que derrière la lutte légitime contre les terroristes qui nous font la guerre - mais peut-être faudrait-il les appeler « les guerriers » -, la tentation sera grande pour le pouvoir - celui d’aujourd’hui et celui qui lui succèdera - de faire la chasse aux mouvements sociaux, et à tous ceux qui enfreignent des règles. Exemple ahurissant de cette dérive, une proposition de loi examinée en ce moment associant dans son intitulé le terrorisme et la fraude dans les transports publics...

Une autre conséquence des événements : la question de la sécurité va s’imposer lourdement dans les semaines qui viennent à la conscience publique et au débat public. Dans moins de trois semaines doit se dérouler la Conférence des Nations unies sur le climat, la COP 21. C’est un rendez-vous crucial, celui où l’humanité cherche les moyens de s’accorder pour répondre à la gravité de la menace climatique. Il est à craindre que l’importance de cet événement et les mobilisations citoyennes soient effacées ou affaiblies par les retombées du 13 novembre. Ce serait, là, une sinistre victoire pour Daech.

Les réactions aux attentats du 13 novembre Reporterre 2015/11/14 (14 novembre 2015) Les réactions aux attentats du 13 novembre. Reporterre. Politique fr

Les réactions aux attentats du 13 novembre

Bernie Sanders : le changement climatique reste la première menace - « Nous sommes tous unis » - L’Etat islamique, cancer du capitalisme - Les réactions de l’extrême-droite - « Raconter une nouvelle histoire » - Alternatiba : « Continuons à construire un monde solidaire » - La COP 21 se tiendra bien, confirme Fabius - Rassemblements partout en France

Pour le candidat de la gauche aux Etats-Unis, Bernie Sanders, le changement climatique reste plus grave que le terrorisme

Dans un débat de politique étrangère, samedi 14 novembre, sur la chaîne CBS, le candidat démocrate Bernie Sanders, qui concurrence Hillary Clinton, a confirmé que, pour lui, le changement climatique était la première menace pour la sécurité nationale.

« Le changement climatique est directement lié à la croissance du terrorisme », a-t-il continué, « et si nous n’agissons pas et n’écoutons pas ce que les scientifiques disent, vous allez voir tous les pays dans le monde, c’es que ce que dit la CIA, lutter entre eux pour l’accès à des ressources limitées d’eau, des ressources limitées de terres agricoles, et vous allez voir toutes sortes de conflits internationaux. Mais bien sûr, le terrorisme international est le problème majeur qui se pose à nous aujourd’hui. »

- Source : Ecowatch

« Nous sommes unis »

- Source : Twitter, capture d’écran dimanche 15 novembre, 00h50.

Les guerres perdues de François Hollande et Nicolas Sarkozy

Thomas Cantaloube, Médiapart

« La France est en guerre depuis plus de quatre ans, sans stratégie, avec peu de moyens et de piètres résultats. Le fait d’avoir affaire à des fanatiques prêts à se faire exploser dans Paris en tuant un maximum de personnes n’absout pas de ses propres inconséquences. »

- Source : Médiapart. Lire la suite de l’article ici

Photo : Wikipedia

Les réactions de l’extrême-droite

- Source : Le Lab Europe 1

Attac : "Nous refusons de céder à la terreur"

« Malgré l’émotion et la tristesse, nous refusons de céder à la terreur, nous refusons la société de la peur, de la stigmatisation et de la recherche de boucs émissaires. Nous affirmons notre détermination à continuer à circuler, à travailler, à nous divertir, à nous réunir et à lutter librement.

« La France est en guerre », nous dit-on. Mais ce n’est pas notre guerre : après les désastres américains en Irak et en Afghanistan, les actuelles interventions françaises en Irak, en Lybie, en Syrie, au Mali, au Tchad, au Niger, en Centrafrique, contribuent à déstabiliser ces régions et à déclencher les départs de migrantsqui se heurtent à la forteresse Europe et dont les corps s’échouent sur nos plages. Inégalités et prédations déchirent les sociétés, les dressent les unes contre les autres.

Al Qaida ou Daesh tirent toute leur force inhumaine de ces injustices. Cette guerre ne mène à aucune paix car il n’y a pas de paix sans justice. Pour en finir avec cette guerre, nos sociétés devront se désintoxiquer de l’ivresse de la puissance, des armes, du pétrole, des métaux rares, de l’uranium...

Au-delà du terreau social et économique qui nourrit tous les désespoirs et les tous actes insensés, reste la « banalité du mal », c’est-à-dire le fait que l’humanité n’est jamais à l’abri du retour ou de l’instauration de la barbarie quand certains décident de s’affranchir du respect de l’être humain en tant qu’être humain.

Pour ce qui est à notre portée, plus que jamais, il nous faut lutter contre l’impérialisme fût-il « humanitaire », contre le productivisme destructeur, pour des sociétés sobres, libres et égales.

Nous refusons par avance toute restriction au droit de manifester et de lutter contre ce monde pourrissant, pour les alternatives que portent ensemble les peuples du Sud et du Nord. Du 29 novembre au 12 décembre, à l’occasion de la COP 21 et par nos mobilisations citoyennes, nous montrerons qu’un autre monde est possible, urgent et nécessaire. »

- Source : Attac France

L’Etat islamique, cancer du capitalisme moderne

Nafeez Ahmed

L’« Etat islamique » est un symptôme brutal de l’aggravation d’une crise de civilisation fondée sur la dépendance aux combustibles fossiles, qui porte atteinte à l’hégémonie occidentale et met à mal le pouvoir des Etats dans le monde musulman -

- Article de mars 2015. La suite ici

"Nous voulons raconter une nouvelle histoire"

- Source : Place to B

Hier soir, à deux semaines de l’événement, l’équipe était réunie au quasi-complet pour s’accorder un moment de détente bien mérité. Nous nous amusions quand nous avons appris la nouvelle. Inutile de vous dire que nous sommes tous sous le choc. Mais sains et saufs.

Nous tenions avant tout à vous remercier pour vos messages. Vous êtes nombreux, par email ou via les réseaux sociaux, à nous demander des nouvelles. Nous avons tous dans notre entourage des personnes touchées par les attentats. Vos messages nous vont donc droit au coeur. Nous en avons besoin pour croire encore que le monde n’est pas en train de sombrer… “Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres” disait Antonio Gramsci. Il nous est donc nécessaire, plus que jamais, de tenir bon et de faire front, tous ensemble.

(...)

Nous voulons raconter une nouvelle histoire, pour le climat mais également pour lutter contre tous ceux qui veulent empêcher nos sociétés d’avancer sur un meilleur chemin. Malgré la tristesse et la peur, nous nous devons de mieux réaffirmer nos valeurs, d’une voix encore plus forte, et vous remercier une fois de plus pour votre soutien sans faille.

En solidarité, les villes du monde s’illuminent aux couleurs de la France

A New-York, Washington, Rio de Janeiro, et ailleurs, des illuminations en bleu-blanc-rouge par amité pour la France en état de choc :

- Photo : @samantaKeo sur Twitter.

Alternatiba : Continuons à construire un monde solidaire, convivial et durable

La stupeur, le dégoût, la solidarité avec les victimes et leurs familles, et la peur pour ses proches, ce sont les premiers sentiments. Puis de suite vient le besoin de chaleur humaine, de sentir que l’amour, la fraternité continuent d’exister.

Aujourd’hui, c’est avant tout la douleur, le deuil, la peine pour ces familles touchées par ces drames brutaux. Daesh a frappé le peuple, dans nos lieux de rencontre, de vie sociale, pour nous faire peur, engendrer chez nous des envies de vengeance, de violence, et nous attirer à notre tour vers des réactions brutales et aveugles. Ils veulent nous faire tomber dans un piège : celui de rentrer dans leur jeu sanglant, leur logique de guerre.

Nous savons au contraire que les dérèglements du monde provoquent ces actes criminels insensés, qu’il nous faut persister inlassablement dans notre travail pour une société plus humaine, plus soutenable, plus juste, plus solidaire. Nous savons qu’il faut continuer à s’attaquer aux causes, à l’injustice, à la misère, à la guerre, aux inégalités, aux violations des droits de l’humain et des peuples, au saccage écologique et au dérèglement climatique pour tarir la source du fanatisme et du terrorisme.

Nous ne céderons pas à la peur, ni à celle que veulent nous imposer les auteurs de ces actes atroces, ni à celle que voudraient renforcer les forces guidées par la tentation d’utiliser ces crimes terribles pour imposer une dérive autoritaire et pour anéantir nos aspirations à une société plus soutenable et égalitaire. Nous ne connaissons que trop la stratégie du choc qui profite des catastrophes environnementales ou tragédies sociales pour créer des situations encore pires, des retours en arrière dramatiques sur le plan social, environnemental et démocratique.

Nous refusons d’entrer dans le cercle vicieux acte terroriste / dérive autoritaire et guerrière / réactions terroristes. Nous refusons de nous laisser entraîner dans une spirale infernale coupant court au débat démocratique et à la mobilisation citoyenne. Nous refusons de mettre entre parenthèse le travail pour la transition sociale et écologique. Nous pensons au contraire que ce combat déterminé pour une société, pour un monde plus juste, plus soutenable et plus équitable est la meilleure arme pour affaiblir les forces obscurantistes profitant de la détresse de larges secteurs de la population pour commettre de plus en plus d’attentats. Nous savons que si nous renoncions à tout faire pour gagner la bataille du climat dans les quelques années à venir, le monde engendré par le franchissement des seuils d’emballement climatique serait le théâtre d’une guerre permanente, d’une barbarie aux dimensions mille fois supérieures à celle que nous subissons aujourd’hui.

Il nous faut encore plus affirmer notre désir, notre volonté de solidarité, de paix, de fraternité, de démocratie, de respect des différentes cultures ; en un mot de vivre dans un monde libre et solidaire.

Il ne faut pas accepter que nos combats pour une planète vivable, pour le droit de vivre dignement et librement là où on le choisit soient mis entre parenthèses par le fanatisme où les dérives autoritaires qu’il vise à engendrer.

Entre les sociétés égoïstes et autoritaires, et les terrorismes aveugles et meurtriers, d’autres mondes sont possibles et nous continuerons à les construire !

- Source : Alternatiba

Rassemblements en France

De nombreux rassemblements se déroulent ou vont avoir lieu samedi et dimanche en hommage aux victimes des attentats de vendredi 13. France TV Info en dresse une carte interactive

Reporterre était à Arras, où un rassemblement émouvant s’est déroulé ce matin

La COP 21 aura bien lieu

« La COP21 doit se tenir. Elle se tiendra avec des mesures de sécurité renforcées mais c’est une action absolument indispensable contre le dérèglement climatique et bien évidement elle se tiendra », a déclaré le ministre des affaires étrangères, Laurent Fabius, samedi 14 novembre, depuis Vienne (Autriche) où se tient une réunion sur la Syrie.

- Source : Ministère des Affaires étrangères

Fluctuat nec mergitur

« Fluctuat nec mergiteur » « Il est battu par les flots, mais il ne sombre pas » : la devise de Paris, peinte par des graffeurs place de la République.

- Source : photo de Robert Nisbet sur Twitter (@RobNisbetSky)

Al Gore interrompt son émission sur le climat

L’ex-vice-président américain Al Gore, qui organisait vendredi et samedi au pied de la Tour Eiffel à Paris une émission mondiale de 24 heures sur le climat, diffusée sur internet, l’a interrompue en raison des attentats survenus en France, par « solidarité avec le peuple français ».

« Nous interrompons notre émission en raison des tragédies qui se déroulent ici à Paris, en raison de l’état d’urgence mais surtout parce que nous voulons exprimer notre solidarité avec le peuple français et la ville de Paris », a-t-il déclaré.

- Source : 20 minutes

Annulation de la marche de Novissen à propos de la ferme-usine des Mille vaches

« Novissen a décidé ce matin, au lendemain d’une telle soirée dramatique, d’annuler la manifestation prévue centre ville d’Abbeville par décence, solidarité et respect avec toutes les victimes des attentats d’hier soir. »

- Source : courriel des Novissen

Fermeture du salon Marjolaine

Le Salon Marjolaine, qui se tient tous les ans à Paris et présente les produits de l’agriculture biologique, sera fermé samedi 14 novembre. Il sera ouvert dimanche 15 de 10 h à 19 h 30 et l’entrée sera gratuite.

- Source : coup de téléphone à Reporterre et tweet de @SalonMarjolaine

Déclaration de EELV suite aux attentats du 13 novembre 2015

- Source : EELV

« Suite aux attentats de Paris du 13 novembre 2015, les plus meurtriers de l’histoire de France, nous partageons effroi et stupéfaction avec tous les Français et transmettons nos pensées solidaires aux familles et aux proches des victimes.

L’heure n’est pas aux conclusions définitives mais à un calme et digne recueillement. EELV a suspendu toutes ses campagnes électorales et appelle à faire preuve de retenue et de sang froid pour faire face à l’horreur de cette barbarie. Les écologistes s’inscrivent pleinement dans l’unité nationale, le soutien au Président de la République et aux autorités, et demandent à chacune et chacun de respecter les consignes de sécurité.

La vie ne sera plus comme avant mais nous ne nous arrêterons pas de vivre. A la lâcheté des tenants de la haine, nous opposerons le courage de la tolérance et notre détermination à défendre la paix.

Dans le cadre du deuil national, EELV appelle à se rendre aux rassemblements organisés en régions, s’ils sont autorisés par les autorités. En Ile-de-France et ailleurs, ils appellent à manifester par une bougie à la fenêtre, ou tout autre geste symbolique, sa solidarité avec les victimes et son attachement aux valeurs de la République.

Emmanuelle Cosse »

Annulation du Forum TAFTA contre Climat à Orsay

« Du fait des événements d’hier, et par décision préfectorale tous les lieux publics sont fermés à Orsay. En conséquence, le Forum "TAFTA contre Climat"de cet après midi (dont nous étions co-organisateurs en tant que membres du collectif Stop Tafta) est annulé. Il sera reporté à une date ultérieure »

- Source : courriel des Citoyens actifs et solidaires

Coalition climat 21 : réunion lundi

« Le groupe d’animation a prévu de se réunir en urgence ce lundi, une fois que nous aurons plus d’informations. Nous vous tiendrons informé.e.s des suites de cette réunion juste après sa tenue. »

- Source : courriel de la Coalition climat 21

Réaction du NPA : La barbarie des guerres impérialistes engendre celle du terrorisme

« Les attentats horribles qui ont eu lieu à Paris vendredi soir, faisant plus de 120 morts, des dizaines de blessés, cette violence aveugle, suscitent la révolte et l’indignation. Le NPA les partage et exprime sa solidarité aux victimes, à leurs proches. Ce drame est d’autant plus révoltant qu’il frappe des victimes innocentes, que les attaques meurtrières visaient la population.

Cette barbarie abjecte en plein Paris répond à la violence tout aussi aveugle et encore plus meurtrière des bombardements perpétrés par l’aviation française en Syrie suite aux décisions de François Hollande et de son gouvernement.

Ces bombardements sont censés combattre l’État islamique, les terroristes djihadistes, en fait, avec l’intervention et les bombardements russes, ils protègent le régime du principal responsable du martyr du peuple syrien, le dictateur Assad.

Et ce sont là aussi les populations civiles qui en sont les premières victimes condamnées à survivre sous la terreur ou à fuir au risque de leur vie.

La barbarie impérialiste et la barbarie islamiste se nourrissent mutuellement. Et cela pour le contrôle des sources d’approvisionnement en pétrole.

Dans une intervention pitoyable, Hollande s’est décomposé en direct et a bafouillé quelques mots sur la République. Lui qui joue les va-t-en guerres et porte une responsabilité immense dans ce nouveau drame réclame de la « confiance ». Il a décrété l’état d’urgence sur tout le territoire, estimant que la réponse à apporter était de piétiner les libertés fondamentales. Il a été immédiatement soutenu par Sarkozy. Les autorités politiques peuvent ainsi désormais interdire des réunions publiques et contrôler la presse.

Une nouvelle fois, les principaux responsables de ce déferlement de violence barbare appellent à l’union nationale. Ils tentent de retourner la situation dramatique à leur avantage pour étouffer l’indignation et la révolte. Ils ont pour cela un bouc émissaire tout trouvé, les musulmans. Nous refusons toute union nationale avec les responsables des guerres, la bourgeoisie, Hollande, Sarkozy et Le Pen. Nous dénonçons le racisme que distille l’État au nom de prétendues « valeurs de la république » au moment même où, sous couvert de lutte contre le terrorisme, ce sont les droits démocratiques qui sont menacés. Nous demandons la levée de l’État d’urgence.

La seule réponse aux guerres et au terrorisme est l’unité des travailleurs et des peuples, par delà leurs origines, leur couleur de peau, leurs religions, par delà les frontières pour se battre ensemble contre ceux qui veulent les faire taire, les soumettre, pour en finir avec ce système capitaliste qui engendre la barbarie.

Pour mettre fin au terrorisme, il faut mettre fin aux guerres impérialistes qui visent à perpétuer le pillage des richesses des peuples dominés par les multinationales, imposer le retrait des troupes françaises de tous les pays où elles sont présentes, en particulier en Syrie, en Irak, en Afrique. »

- source : communiqué de presse du Nouveau parti anticapitaliste

A Arras, un rassemblement émouvant pour les victimes des attentats Barnabé Binctin et Romain Guédé (Reporterre) Reporterre 2015/11/14 Barnabé Binctin et Romain Guédé (Reporterre) (14 novembre 2015) A Arras, un rassemblement émouvant pour les victimes des attentats. Reporterre. Reportage — fr

A Arras, un rassemblement émouvant pour les victimes des attentats

A Arras, plus de 400 personnes se sont réunies dans le recueillement, en hommage aux victimes des attentats du 13 novembre.

- Arras (Pas-de-Calais), reportage

Une fois, deux fois, trois fois… La sirène a retenti douze fois, durant une minute. Assourdissante, dans le silence de la place des Héros. A Arras, ce samedi 14 novembre à midi, des centaines de personne s’étaient réunies devant l’Hôtel de Ville, au pied du beffroi d’où était lancée cette sirène.

Sous les parapluies multicolores, des yeux rouges, des bougies et des fleurs, quelques mots brandis sur des pancartes. « Paix », « Solidarité », « Fraternité ». Mais ni banderole, ni drapeau, ni de revendication politique. Le rassemblement citoyen, auquel jeunes et moins jeunes, élus ou responsables religieux, ont répondu, a été lancé par le collectif des « Onze de l’expression ». Ce collectif est né au lendemain du 11 janvier à la suite des attentats de Charlie Hebdo.

Près de quatre cents personnes s’étaient regroupées, selon l’estimation donnée par le commandant de police. Debouts, immobiles et muets, les manifestants ont écouté pendant une vingtaine de minutes la succession des sirènes, auquel se mêlait le son des cloches d’une église proche.

Le rassemblement silencieux s’est clos par une Marseillaise, doucement entonnée par une large partie du public.

- Ecouter le chant :

Le groupe se disperse dans le calme, pendant que le marché voisin a déjà remballé ses stands.

A Lille, des anti-immigrés perturbent le rassemblement

Dans l’après-midi à Lille, un rassemblement silencieux était organisé sur la place de la République, selon Marine Tondelier, jointe au téléphone par Reporterre. Alors que les centaines de personnes se recueillaient silencieusement, une quinzaine d’individus sont arrivés par une rue latérale en scandant des slogans hostiles aux immigrés. Ils ont été repoussés par les manifestants et par la police.

Il y a des actes barbares, il n’y a pas de Barbares Patrick Viveret Reporterre 2015/11/14 Patrick Viveret (14 novembre 2015) Il y a des actes barbares, il n’y a pas de Barbares. Reporterre. Tribune — Monde fr

Il y a des actes barbares, il n’y a pas de Barbares

« Si la logique de la guerre de civilisations s’imposait aujourd’hui en Europe, cela nous mènerait à des régressions sources de guerre civile »

Ce texte a déjà été publié sur Reporterre le 20 mars dernier. Au lendemain des terribles attentats qui se sont déroulés à Paris le 13 novembre au soir, et qui ont provoqué la mort d’au moins 128 personnes, nous le republions, dans l’émotion, et dans la réflexion.

A menace globale il faut une riposte globale, déclare un responsable tunisien après les attentats de Tunis venant après ceux de Paris, de Copenhague, de Tunis... Certes, mais encore faut-il ne pas se tromper de menace si l’on ne veut pas que la riposte soit inadaptée ou pire contre-productive. Car si à l’évidence, nous sommes en présence d’un conflit mondial qui peut toucher n’importe quel pays à n’importe quel moment, qui concerne tout autant l’échelle planétaire que l’échelle locale de nos cités, il y a deux approches radicalement différentes de l’analyse et de la stratégie à mettre en œuvre.

La première est celle de la guerre de civilisation théorisée il y a quelques années par le penseur conservateur américain Samuel Huntington. C’est celle qui a conduit le gouvernement Bush à réagir par la guerre, le mensonge, la torture, et la restriction massive des droits à travers le Patriot Act.

Cette logique, si elle s’imposait aujourd’hui en Europe, nous mènerait droit vers des régressions comparables ou même pires et pourrait devenir source de guerre civile, ce qui signerait d’ailleurs la victoire de la logique terroriste dont c’est l’objectif à terme.

L’autre voie c’est au contraire celle qu’avait indiquée le premier ministre norvégien après l’attentat meurtrier d’un fanatique d’extrême droite dans l’ile d’Utoya en juillet 2011 : "J’ai un message pour celui qui nous a attaqués et pour ceux qui sont derrière tout ça : vous ne détruirez pas la démocratie et notre travail pour rendre le monde meilleur (...) Nous allons répondre à la terreur par plus de démocratie, d’ouverture et de tolérance." Cette seconde voie est celle de la logique de vie, du dialogue de civilisation, du refus de confondre violence et conflit. C’est celle de la Liberté face aux régressions sécuritaires, de l’égalité face à l’explosion des inégalités et bien sûr de la fraternité, cette grande oubliée de la République, face aux fanatismes et aux racismes de toute nature.

Tel est l’enjeu de ce conflit mondial qui n’est pas pour autant une guerre mondiale car son objet est précisément, dans un travail sur la paix, de substituer la logique du conflit entre adversaires à celle de la violence entre ennemis.

Il y a des actes barbares, il n’y a pas de Barbares

Simple nuance de vocabulaire dira-t-on ? Pas le moins du monde. La logique de la violence entre ennemis est celle de l’éradication. L’Autre, est identifié substantiellement comme extérieur au genre humain. Il est le Mal incarné, le Barbare, le Terroriste. Le détruire, l’éradiquer, c’est alors une opération de purification, purification ethnique comme le disaient les milices serbes contre les bosniaques, de « nettoyage » comme le disait l’armée française pendant la guerre d’Algérie.

Remarquons que cette posture est parfaitement symétrique, interchangeable. Aux yeux de Ben Laden hier, de Daesh aujourd’hui, c’est l’Occident qui fait figure d’axe du mal. Cette absolutisation autorise à utiliser tous les moyens, en particulier celui de l’élimination physique.

La logique du conflit est toute autre. Il y a des actes barbares, il n’y a pas de Barbares. La barbarie est un dérapage dans l’inhumanité qui menace tout individu, tout groupe humain. C’est une aliénation, une altération d’humanité qui n’est pas réservée à certains. L’Europe a payé le prix lourd pour comprendre que la barbarie pouvait naître au cœur de grandes civilisations. La patrie de Kant et de Beethoven pouvait aussi enfanter le nazisme. La patrie de Dante pouvait enfanter le fascisme, celle des droits de l’homme le colonialisme, celle de Cervantès le franquisme, celle de l’habeas corpus l’impérialisme, celle de la libération du tsarisme, la terreur stalinienne, celle de la statue de la liberté organiser un système international de torture.. La liste est infinie.

Le fait d’avoir été victime ne constitue en rien une garantie de ne pas devenir soi même bourreau. L’holocauste dont ont été victimes les juifs ne justifie pas la politique d’apartheid du gouvernement israélien. Et le drame que vivent les palestiniens ne justifie pas plus les actes meurtriers qui sont commis régulièrement contre des juifs.

La barbarie est intérieure, pas extérieure

Dès lors que l’on a compris cela, on comprend que la barbarie n’est pas du côté de la diabolisation de l’altérité mais de l’absolutisation de l’identité. Nous retrouvons alors ce que ne cessent de nous dire depuis des millénaires les traditions de sagesse : la barbarie est intérieure et non extérieure. Elle n’est pas étrangère à l’humanité, elle en constitue la face sombre, celle de sa propre inhumanité. S’il y a un djihad, une guerre sainte, c’est en réalité un conflit intérieur, un travail sur soi individuel et collectif contre cette barbarie intérieure.

Et c’est là que nous saisissons l’enjeu de la fraternité. Car le frater, étymologiquement c’est le genre humain. Et l’esprit de fraternité dont parle la Déclaration universelle des droits humains nous pouvons le définir comme le travail sur lui-même que doit faire « le peuple de la terre », notre fragile famille humaine pour apprendre à s’humaniser, pour apprendre à mieux s’aimer. Faute de ce mouvement vers une qualité supérieure d’humanité et de fraternité nous risquons comme le notait Martin Luther King dans une phrase célèbre de « périr comme des idiots » !

Il y a en effet un lien étroit entre la brutalité et la bêtise comme le signale la fameuse expression : « bête et méchant ». Et il y a au contraire un lien étroit entre l’intelligence et l’esprit de fraternité n’en déplaise aux cyniques qui hurlent aux « bisounours » dès que l’on évoque ce lien. Car l’intelligence se nourrit de l’interdépendance, du lien, donc de l’écoute de la différence et de la divergence dès lors que celle-ci ne dérape pas en violence.

Oui, il est temps de revisiter les valeurs-forces de vie qu’exprime la tension dynamique entre liberté, égalité et fraternité à condition de redonner toute sa force à la dernière, de cesser d’en faire non la cerise sur le gâteau mais la cerise dans le gâteau, non un simple supplément d’âme mais l’anima, le souffle même qui permettrait de revisiter les deux autres valeurs clefs et même les trois autres si l’on y ajoute la Laïcité.

Jardin partagé, ressourcerie et insertion : quand l’écologie aide aussi à mieux vivre Christelle, Évelyne, Francis, Laurent, Marie-France, Marina et Nathalie Reporterre 2015/11/16 Christelle, Évelyne, Francis, Laurent, Marie-France, Marina et Nathalie (16 novembre 2015) Jardin partagé, ressourcerie et insertion : quand l’écologie aide aussi à mieux vivre. Reporterre. Climat et quartiers populaires fr

Jardin partagé, ressourcerie et insertion : quand l’écologie aide aussi à mieux vivre

Comment concilier lutte contre le changement climatique et faibles revenus ? Sept journalistes citoyens de la Maison de l’emploi du Vermandois, dans l’Aisne, ont mené l’enquête, dans le cadre du projet Climat et quartiers populaires.

Cet article a été réalisé par Christelle, Évelyne, Francis, Laurent, Marie-France, Marina et Nathalie, habitants de Bohain (Aisne), dans le cadre d’un atelier média Climat et quartiers populaires organisé avec le Plan local pluriannuel pour l’insertion et l’emploi (Plie) du Vermandois.

- À Bohain (Aisne) et à Péronne (Somme), reportage

Acheter bio ? Pas possible quand on arrive tout juste à survivre. Et pourtant… Écologie et social peuvent se confondre. La lutte contre le changement climatique n’est pas réservée à une élite. Chacun est concerné, quelles que soient ses ressources. Certaines associations agissent pour l’environnement tout en favorisant le bien-être et l’insertion des habitants des quartiers populaires.

La Maison bleue est une association créée en 2010 dans le quartier défavorisé de la Barburesse, à Bohain-en-Vermandois (Aisne). Son but est d’aider les habitants à vivre mieux tout en faisant des économies. « On s’est rendus compte que certaines mamans du quartier regardaient manger leurs enfants et restaient le ventre vide, faute de pouvoir acheter suffisamment de nourriture », raconte Joëlle Dupont, coordinatrice de l’association.

Pour résoudre ces difficultés, un jardin solidaire a été planté en 2011. Des légumes de saison y sont semés, cultivés et récoltés sans produits chimiques. Ils sont arrosés de l’eau de pluie récupérée dans un « arbre de pluie », fabriqué avec des bouteilles en plastique. La décoration du jardin est faite à base d’objets de récupération, transformés en hérissons et autres animaux. De jolies fleurs embaument le quartier.

Des paniers de légumes du jardin sont vendus à petits prix en favorisant les personnes en difficulté, bénéficiaires du RSA et personnes âgées. L’association a écrit un livre de recettes économiques des quatre saisons. « Les légumes de saison sont moins chers, souligne Mme Dupont. On a des rythmes, la nature aussi. Il n’y a pas de logique à faire pousser des courgettes en hiver. À la Maison bleue, on est attentifs à être bien avec soi, avec les autres et avec la nature. » La coordinatrice de l’association fait la chasse au gaspillage : « On a appris à cuisiner les restes. On ne jette rien. » Les déchets sont compostés et servent d’engrais aux cultures.

La Maison bleue propose aussi des ateliers de fabrication de produits ménagers économiques et écologiques avec du savon noir, du savon de Marseille, du vinaigre blanc et du bicarbonate de soude, qui ne polluent pas la planète ni les nappes phréatiques. L’association travaille à la création d’un éphéméride perpétuel, avec, chaque jour, des gestes simples pour faire des économies d’eau et d’électricité : couvrir la casserole pour faire bouillir l’eau plus vite, utiliser des réducteurs d’eau ou encore éteindre les lumières inutiles. « Tout cela, parce que les habitants nous ont confié que leur principal problème était les factures difficiles à régler », rapporte Mme Dupont.

Pour les habitants rencontrés, la Maison bleue a vraiment son utilité. « Nous sommes tous impliqués dans l’association, confie Jessica, croisée en bas des HLM. Mes enfants sont au Centre et mon mari est au jardin. Cette maison pas comme les autres a fait renaître le quartier, tout en invitant les habitants à adopter des gestes écologiques dans leur vie quotidienne. D’autres associations se servent de la protection de l’environnement comme tremplin vers l’emploi.

« Rendre leur dignité aux gens »

Au milieu de nulle part, dans la campagne picarde, se trouve un hangar renfermant de nombreuses richesses : jouets, tondeuses à gazon, livres, écrans plats, ordinateurs, meubles réparés et vendus dans le magasin. Cette caverne d’Ali Baba, c’est la Ressourcerie de Péronne (Somme). Elle est gérée par l’association Artois insertion ressourcerie (AIR) qui a deux autres magasins, à Bapaume et à Ervillers (Pas-de-Calais).

Créée en 1992, cette association a pour but le recyclage de nombreux objets récoltés soit en porte-à-porte, soit en apport volontaire grâce à des partenariats avec les collectivités territoriales et des entreprises locales. Le tri, les réparations et la revalorisation sont effectués par une cinquantaine de salariés en parcours d’insertion. « L’objectif est de rendre leur dignité aux gens qui travaillent en insertion, de permettre aux gens de s’équiper à moindre coût, tout en ayant un réel impact sur l’environnement en favorisant le recyclage plutôt que l’enfouissement », explique Vincent Baralle, directeur de l’association. En 2014, l’association a valorisé 93 % des 594 tonnes de déchets récoltés en Picardie .

Chose surprenante, ni Mme Dupont ni M. Baralle ne mettent en avant les bienfaits de leurs activités sur le climat et l’environnement. Pour eux, c’est l’humain qui prime. Parce que les publics auxquels ils s’adressent polluent peu : peu d’entre eux ont un véhicule, ils surveillent de près leurs dépenses énergétiques et n’ont pas les moyens de gaspiller. Ces rencontres témoignent de l’injustice climatique que subissent les habitants des quartiers populaires : ils sont les premières victimes du changement climatique, sans en être les principaux responsables.

« AVANT, QUAND J’ENTENDAIS PARLER DE CLIMAT, JE ZAPPAIS. MAINTENANT, JE TENDS L’OREILLE »

- Emilie Massemin, journaliste à Reporterre, raconte comment s’est réalisé ce reportage.

Cet article a été réalisé par Christelle Beaurain, Nathalie Biloé, Marina Buvris, Évelyne Darras, Laurent Coez, Marie-France Lebay et Francis Rousseau, habitants de Bohain (Aisne) en recherche d’emploi suivis par le Plan local pluriannuel pour l’insertion et l’emploi (Plie) du Vermandois. Quand je leur ai proposé de travailler sur le thème du changement climatique, à l’aide de leur accompagnatrice, Delphine Preuvot, ils ont tout d’abord réagi avec méfiance. M. Rousseau doutait de l’origine humaine du changement climatique, et pensait qu’il était causé par un changement de l’axe de rotation de la Terre autour du Soleil. La plupart des participants ont immédiatement affirmé qu’ils ne pouvaient pas se permettre d’acheter bio ou français, parce que c’était trop cher. Et puis, difficile de concilier problèmes quotidiens et souci de l’environnement. Dans ce territoire rural mal desservi par les transports en commun, comment ne pas prendre la voiture si l’on travaille à 50 kilomètres de chez soi ? Comment ne pas se décourager quand on entend ses voisins dire qu’ils ne vont pas s’embêter à faire le tri alors qu’ils paient déjà la taxe sur les ordures ménagères ?

Puis, à force de discussions, les participants ont fini par trouver un lien entre écologie et social. Mme Buvris a parlé du supermarché Aldi, qui organise chaque semaine une distribution de ses invendus proche de la date de péremption. Tous ont salué cette initiative, qui permet de lutter contre le gaspillage alimentaire tout en permettant aux personnes les plus pauvres de se nourrir à moindre coût. Mme Biloé, proche de la Maison bleue, a parlé des ateliers de fabrication de produits ménagers économiques et écologiques organisés par cette association, ainsi que du jardin solidaire. Les participants ont décidé d’y effectuer leur premier reportage. Catherine Gaveriaux, directrice de la Maison de l’emploi, a ensuite suggéré un reportage à la Ressourcerie de Péronne (Somme) pour la partie « recyclage » de l’article.

« Avant, quand j’entendais parler de climat et de COP 21 à la télé, je zappais. Maintenant, je tends l’oreille », sourit Mme Beaurain – qui s’est mis à guetter les articles consacrés aux négociations climat dans la presse gratuite. Quant à Mme Biloé, elle a apprécié cet atelier, qui lui a permis de se changer les idées au cours d’une recherche d’emploi pas toujours facile. Mme Darras, passionnée de brocante, a bombardé de questions le directeur de la Ressourcerie et se verrait bien en ouvrir une à son tour dans le Vermandois. Quant à Mme Lebay, elle a rédigé un poème sur le climat et une lettre ouverte aux négociateurs de la COP 21 : « Vos conférences sont basées sur les chiffres, l’argent et le profit. Vous vous sentiez forts, et vous n’avez pas écouté les cris d’alarme de nos scientifiques (…). Toutes les catastrophes climatiques vont finir par vous coûter cher. (…) Stoppez donc toute votre pollution, mettez plus d’argent dans les énergies renouvelables. (…) Ne recommencez pas vos blablablas à la conférence de Paris (COP 21). Mettez-vous tous d’accord. Nous pouvons faire de grandes et belles choses. »

Comment porter la parole des climatologues ? Catherine et Éric Guilyardi Reporterre 2015/11/16 Catherine et Éric Guilyardi (16 novembre 2015) Comment porter la parole des climatologues ?. Reporterre. Climat fr

Comment porter la parole des climatologues ?

Ce livre raconte l’aventure d’une communauté humaine, celle des climatologues, engagés comme peu de chercheurs avant eux et à cette échelle, dans un combat loin de leurs laboratoires. Et quel combat ! Comment, quand on est climatologue, faire entendre l’urgence climatique sans être ni inaudible, ni alarmiste ? Et ce dans un monde hypermédiatisé où les négateurs du climat ont tribune ouverte dans certains médias ? De l’autre côté du micro comment, quand on est journaliste, relayer la parole des spécialistes du climat sans la déformer ? Comment, pour l’un comme pour l’autre, arriver à toucher le citoyen et lui faire comprendre qu’il est encore temps d’agir ?

Océanographe et climatologue au CNRS depuis 2002, membre de l’Institut Pierre Simon Laplace à Paris et professeur à l’université de Reading, en Grande-Bretagne, Eric Guilyardi est un expert reconnu du phénomène El Niño et de ses impacts sur le climat. Il a fait partie, de 2009 à 2013, des 35 scientifiques français qui ont contribué au 5e rapport du GIEC. Il est auteur et coauteur de plus de 70 publications scientifiques et a publié Océans et climat, quel avenir ? aux éditions Le Pommier, en 2008. Journaliste indépendante depuis vingt ans, Catherine Guilyardi réalise aujourd’hui des documentaires pour France Culture et la BBC, notamment sur les questions de multiculturalisme et de transmission.

Que feriez-vous si vous saviez ? Des climatologues face à la désinformation, Catherine et Éric Guilyardi, éditions Le Pommier, 192 p., 17 euros

Source : éditions Le Pommier

Sortir, marcher, vivre. Paris, samedi 14 novembre Lorène Lavocat (Reporterre) Reporterre 2015/11/16 Lorène Lavocat (Reporterre) (16 novembre 2015) Sortir, marcher, vivre. Paris, samedi 14 novembre. Reporterre. Quotidien fr

Sortir, marcher, vivre. Paris, samedi 14 novembre

Au lendemain des attaques dans Paris qui ont fait près de 130 morts, notre journaliste a parcouru les rues de la capitale. Pour sentir que la vie continue.

Aujourd’hui, je me suis promenée dans Paris.

Quels mots poser, quels gestes faire quand la haine et l’intolérance viennent frapper au coin de nos vies ? Samedi 14 novembre, enfermée dans la transe informationnelle, je peine à quitter mon état de stupeur. Puis, vers 14 h, une évidence. Sortir. Marcher, ressentir, humer Paris.

Dans le métro, on se croirait un matin de 15 août. Personne. Quelques policiers sur les quais. Place de la Bastille, je respire enfin. Moi qui ronchonne si souvent contre la foule parisienne, me voilà heureuse de croiser des passants. Des gens qui bavardent, sourient, se disputent. « Comme si de rien n’était », ou presque. La vie continue.

Je remonte le boulevard Richard-Lenoir. Aux abords du Bataclan, le doux halo des chapelles ardentes est éclipsé par la fureur lumineuse des projecteurs. Des dizaines d’équipes de télévision se relaient devant les barrières de sécurité. Des journalistes du monde entier se mêlent à une foule de badauds, des citoyens venus spontanément exprimer leur compassion et déposer une bougie, un mot, une fleur.

Un peu plus loin, place de la République, près de trois cents personnes sont rassemblées autour de la statue de Marianne. Elles aussi ont défié l’interdiction de se réunir énoncée par la préfecture de Paris. Comme le 7 janvier 2015, les gens viennent porter des messages de paix et d’amitié. Aux propos belliqueux de nos responsables politiques, les citoyens opposent la tolérance.

Le Kit de survie Cop 21. Septième volet : le rôle des entreprises et des collectivités territoriales Par Aurélie Delmas (Reporterre) Reporterre 2015/11/16 Par Aurélie Delmas (Reporterre) (16 novembre 2015) Le Kit de survie Cop 21. Septième volet : le rôle des entreprises et des collectivités territoriales. Reporterre. Climat : de COP en COP fr

Le Kit de survie Cop 21. Septième volet : le rôle des entreprises et des collectivités territoriales

Grâce au travail des négociateurs, des gouvernements, des écologistes du monde entier, de grandes directions seront données lors de la Conférence de Paris. Sur le terrain, ce travail diplomatique influence déjà les entreprises et les collectivités locales. Et inversement. Reporterre revient sur la communication et les décisions du monde de l’industrie et des élus locaux avec une vidéo du sénateur Ronan Dantec et un PDF à télécharger.

Video : comprendre l’essentiel en 2’54’’

Ronan Dantec from Reporterre on Vimeo.

Ronan Dantec est sénateur (EELV) de Loire-Atlantique. Il rappelle que si les Etats devront prendre des décisions, « ceux qui ont vraiment capacité à réduire les émissions » de gaz à effet de serre, ce sont les individus, les industries et les élus locaux.

Les principaux points à retenir concernant les entreprises et les collectivités territoriales

- La Cop21 a en partie été « sponsorisée » par des dizaines d’entreprises. Une situation qui a provoqué la colère de nombreuses associations et ONG qui estiment que de nombreuses entreprises ont intérêt à ce que l’accord de Paris ne soit pas trop ambitieux.

- Si elles sont souvent vues comme des freins aux avancées climatiques, de plus en plus d’entreprises, notamment européennes, considèrent néanmoins que la transition énergétique est une opportunité de croissance à saisir.

- Les entreprises, avec des associations et des collectivités territoriales participeront à Solutions Cop21. Elles présenteront leurs innovations en matière de lutte contre le changement climatique au Grand Palais pendant le sommet.

- Les collectivités locales ne seront pas assises à la table des négociations en décembre. Urbanisme, déplacements, choix énergétiques, rénovations des logements, traitements des déchets... Leur rôle est pourtant fondamental.

- Les élus locaux sont souvent mobilisés sur ces questions. Par exemple, a maire de Paris, Anne Hidalgo, a convié mille édiles du monde entier le 4 décembre pour placer les villes au coeur des discussions.

Les liens utiles

- La liste des entreprises et mécènes qui co-dinancent la COP21 : http://www.cop21.gouv.fr/partenaires/entreprises-et-mecenes/

- La conférence de presse du Medef pour préparer la Cop21 : http://www.medef.com/medef-tv/videos/detail/medeftv/conference-de-presse-du-medef-dans-la-perspective-de-la-cop-21.html

- Le site de l’exposition Solution Cop21 http://www.solutionscop21.org/fr/

- Le rapport de Ronan Dantec et Michel Delebarre sur les collectivités territoriales : http://www.assemblee-nationale.fr/14/evenements/mardi-avenir/2014-06/MAE-rapport-2013.pdf

Téléchargez la fiche : Le rôle des entreprises et des collectivités territoriales

La bourrache prend ses aises Christine Laurent (Reporterre) Reporterre 2015/11/16 Christine Laurent (Reporterre) (16 novembre 2015) La bourrache prend ses aises. Reporterre. Jardin sans pétrole fr

La bourrache prend ses aises

Dans la moiteur automnale et sous les couleurs des fleurs, le jardin garde belle allure. Semis spontanés ou mise à l’écart des graines en cuisine, il est temps de songer aux futures récoltes.

Une pomme, le compost, un vêtement pour la pluie et me voilà dans la rue dimanche matin dans la moiteur automnale. [C’était le 8 novembre]. Les Parisiens sont en tongs et les trottoirs jonchés de feuilles de platanes dans lesquelles il est amusant de rouler. Dans le jardin, les feuilles sont presque toutes tombées, des cerisiers, du petit pêcher, des aubépines, du pommier et des frênes. Seuls les chênes et le saule des oliviers tiennent tête à ce mois de novembre dont la douceur ravis les cavaliers du dimanche qui passent devant notre lopin.

Il a encore belle allure, réveillé par le jaune d’or des tagètes, l’orangé des soucis et des capucines, le bleu des fleurs de bourraches. Le mesclun - mélange de cresson alénois, de scarole, de roquette, de cressonnette marocaine, semé fin août a bien poussé et permet de cueillir une jolie salade.

Des minéraux remontés des profondeurs

Ça et là, des plantes sont laissées à monter en graines avec l’espoir de les voir germer au printemps prochain ou le suivant, selon que leur cycle végétatif se déroule sur une année, comme l’arroche et la roquette, ou sur deux ans, comme la mâche, la coriandre, les carottes et les choux. L’inconvénient des semis spontanés est qu’ils poussent le plus souvent au milieu des allées ! Ou qu’ils favorisent certaines plantes, comme la bourrache qui a trouvé dans notre jardin une terre d’élection et notre indulgence. Leurs fleurs ont un goût d’huître, qui ne plait pas seulement aux abeilles, et leurs feuilles vertes et râpeuses étalées sur les buttes freinent le déplacement des limaces. En se dégradant, elles apportent au sol des minéraux remontés des profondeurs du sol.

Pour d’autres plantes potagères, comme les potimarrons et les tomates noires de Crimée, la récupération des graines se passe en cuisine. On les met de côté en préparant le dîner, puis on les lave plusieurs fois, afin de supprimer la chair visqueuse qui s’accroche aux graines, avant de les mettre à sécher sur un torchon, à l’air libre. Ensuite, nous rangerons les plus belles dans des sachets de papier en indiquant la date de récolte, la variété et l’origine de la graine. Histoire de prendre de bonnes habitudes... et au fil des années peut-être, obtenir des graines adaptées aux conditions pédoclimatiques de notre jardin.

A Paris, devant le Carillon, le silence et l’émotion Par Camille Martin (Reporterre) Reporterre 2015/11/16 Par Camille Martin (Reporterre) (16 novembre 2015) A Paris, devant le Carillon, le silence et l’émotion. Reporterre. Quotidien fr

A Paris, devant le Carillon, le silence et l’émotion

C’est à deux pas de La Ruche, où travaille Reporterre, que se trouvent le Carillon et le Petit Cambodge. Ce lundi à midi, des centaines de personnes se sont réunies pour un long moment de silence et de recueillement.

Midi, malgré la foule, le calme règne rue Bichat. Un silence doux, à peine troublé par le crépitement des appareils photo. Derrière un cordon de caméras, des centaines de personnes sont venues se recueillir.

Devant les devantures fermées du Petit Cambodge et du Carillon, les trottoirs ont disparu sous un tapis de fleurs et de bougies.

Sur les fenêtres, dans les impacts de balles, des roses ont éclos. « Même pas peur », « Non à la haine », « L’amour, pas la guerre ».... les messages de paix défient la peur et l’amalgame.

Midi et une minute. Elle a paru durer bien plus longtemps. Des applaudissements, puis quelques voix entament doucement une Marseillaise, dans les sanglots, parfois.

- Ecouter La Marseillaise :

Le silence revient. Les mots se taisent.

Un instant d’hommage pour dire en silence notre solidarité. Puis chacun repart, prendre un café sur une terrasse ou un partager un repas entre amis. La vie continue.

Les écologistes ne peuvent se satisfaire de l’Union sacrée Noël Mamère Reporterre 2015/11/16 Noël Mamère (16 novembre 2015) Les écologistes ne peuvent se satisfaire de l’Union sacrée. Reporterre. Chroniques de Noël Mamère fr

Les écologistes ne peuvent se satisfaire de l’Union sacrée

Les terribles attentats de vendredi 13 novembre ne tombent pas du ciel. Mais d’une histoire politique et de causes écologiques et énergétiques qu’il faut comprendre. Répondre seulement par les armes ne peut être la solution, explique Noël Mamère.

Noël Mamère est député écologiste

Les écologistes, hormis la compassion, peuvent-ils avoir une réflexion spécifique sur l’acte de guerre qui vient de se produire dans notre pays, eux qui n’ont pas la culture de la guerre ? Leur philosophie reposant sur la non-violence, ils se posent rarement les questions essentielles de la géopolitique mondiale et ils ont tort. Car tout est lié.

Le chaos géopolitique du monde est directement lié à la crise écologique et climatique et aux activités de l’homme. Dans moins de 15 jours devrait commencer la COP 21, où il s’agit, paraît-il, de « sauver le climat pour sauver l’humanité ». Or le climat est déjà à l’origine d’une partie de la crise actuelle. Ainsi du conflit syrien qui est déjà une guerre du climat. Nombre d’experts considèrent que la sécheresse accentuée, résultat du réchauffement climatique, a entrainé les mauvaises récoltes et que la crise alimentaire, comme en 1789 en France, a participé au déclenchement de la révolution.

Les réfugiés qui arrivent à Lesbos, à Lampedusa ou dans les Balkans, sont en partie des réfugiés climatiques, victimes des sécheresses et des crises alimentaires. Au Soudan, par exemple, la guerre entre nomades et cultivateurs est directement le produit du dérèglement du climat.

Daech n’est pas le fruit du hasard

Tout est lié dans le monde de la barbarie productiviste. Daech n’est pas le fruit du hasard mais d’une bataille menée sur une longue durée pour le contrôle de l’économie carbonée. La colonisation et l’impérialisme ont donné un caractère mondial à la Révolution industrielle, dans le but de se partager les matières premières et, notamment, le pétrole puis le gaz. Ce fut l’objet des accords Sykes-Picot et du partage des frontières entre les mandataires Français et Anglais, en mars 1916.

Avec la décolonisation, ces accords débouchèrent sur la formation d’Etats nations, comme la Syrie et l’Irak, avec des partis directement issus des idéologies totalitaires européennes, notamment du national-socialisme. Le Baas surgit dans ces deux Etats pour dominer sans partage des populations morcelées ethniquement. Pour protéger les pays sunnites de la révolution chiite iranienne, Saddam Hussein a été encouragé à la guerre contre l’Iran par les occidentaux et particulièrement les Etats-Unis. Il l’a perdu. Ruiné, il a voulu se refaire financièrement en occupant le Koweit. Les Américains l’ont lâché et ont libéré un des coffres-forts pétroliers de la région.

Après dix ans d’un embargo qui a causé 100 000 morts, l’Etat bassiste a été démantelé par une coalition occidentale fondée sur le mensonge des armes de destruction massive.

Résultat : les militaires et les hommes de ses services de renseignement, désœuvrés mais experts en terrorisme, ont fusionné leur savoir-faire avec le fanatisme des militants d’Al Qaida dans les prisons américaines d’Irak ; ils ont créé l’Etat Islamique, qui profite de la révolution arabe pour exporter sa machine de guerre en Syrie et mettre fin aux frontières Sykes-Picot.

La guerre s’est internationalisée sans que les grandes puissances arment les forces démocratiques. Elle débouche aujourd’hui sur cette guerre des monstres où Bachar, soutenu à bout de bras par la Russie de Poutine, l’Iran et ses alliés, affrontent Daech dans un combat sans perspective politique autre qu’un accord des grandes puissances aux intérêts contradictoires.

Cette guerre se double d’un conflit régional entre chiites et sunnites, alimenté notamment part la France qui arme à coup de Rafales ses alliés égyptiens, saoudiens et Qataris. Quelle triste ironie quand on sait que l’Arabie-Saoudite est le principal exportateur de l’idéologie wahhabite et salafiste dans le monde !

Cette guerre n’est donc pas près de s’arrêter, mais elle concerne aujourd’hui directement les classes moyennes européennes, dont le mode de vie est touché en plein cœur et qui commencent à subir le boomerang des politiques folles menées par l’Occident depuis des lustres.

Pour la première fois, une attaque de masse, menée par un groupe fasciste religieux, nous fait ressentir dans notre chair, ici et maintenant, ce que subissent les millions de réfugiés qui ne fuient pas un massacre à Damas mais des milliers de bombardements d’explosifs largués par les avions de Bachar sur les civils des banlieues de Damas, d’Alep ou d’Oms, des centaines de voitures piégées lancées par Daech, des explosions kamikazes, des exécutions massives de part et d’autre... Quand un réfugié arrive chez nous, il a déjà subi une fois, dix fois, cent fois, ce que nous venons de subir à Paris et à Saint Denis.

L’écologie politique ne peut donc pas se satisfaire, même à court terme, de l’Union sacrée. Notre compassion va aux victimes pas à ceux, assassins, commanditaires ou acteurs indirects et intéressés des grandes puissances et des grandes compagnies, des Etats de la région, qui alimentent la guerre pour la guerre.

Oui, la société doit compatir et se défendre, mais la résistance passe toujours par la compréhension et la désignation du mal, non par l’émotion. Du local au global, disons-nous depuis toujours. Nous y sommes.

Reporterre sur France inter : le phénomène climatique El Nino frappera fort cette année Par Hervé Kempf Reporterre 2015/11/17 Par Hervé Kempf (17 novembre 2015) Reporterre sur France inter : le phénomène climatique El Nino frappera fort cette année. Reporterre. Climat fr

Reporterre sur France inter : le phénomène climatique El Nino frappera fort cette année

- Lundi 16 novembre 2015

L’Organisation mondiale de la météorologie lance l’alerte : le phénomène El Nino sera très fort cette année. Caractérisé par un réchauffement des eaux du Pacifique le long de l’Amérique latine, il entraine des sécheresses à l’ouest de l’Océan - où il a déjà favorisé les feux dramatiques en Indonésie.

Selon l’UNICEF, El Nino des entrainera des disettes voire famines dans plusieurs pays africains, et des difficultés en Amérique latine.

- Ecouter ici la Une de la Science avec Reporterre, animé par Matthieu Vidard avec Axel Villard, Hervé Kempf, de Reporterre, et Boris Dewitte, chercheur au Laboratoire d’étude en géophysique et océanographie spatiale :

Photo : Cartographie du phénomène El Nino en 1997 : les couleurs rouges signalent l’excès de chaleur des eaux de surface par rapport à la situation moyenne (CDN2).

Reporterre, tous les lundi à 14 h 05 sur France Inter, dans l’émission « La Tête au carré », animée par Mathieu Vidard.

« L’actualité de toutes les sciences dans tous les domaines de la recherche. Éclectisme, vulgarisation et pédagogie, sciences dures du vivant ou humaines : Mathieu Vidard s’intéresse à toutes les observations et les expérimentations du monde par le biais des sciences. »

À écouter sur France Inter, dont voici la carte des fréquences FM, selon le lieu où vous habitez.

À LA TELE CE SOIR - 2 °C avant la fin du monde Reporterre 2015/11/17 (17 novembre 2015) À LA TELE CE SOIR - 2 °C avant la fin du monde. Reporterre. fr

À LA TELE CE SOIR - 2 °C avant la fin du monde

À dix jours du début de la conférence sur le climat de Paris France 4 diffuse un documentaire spécial : 2 °C avant la fin du monde, écrit et réalisé par l’équipe du programme court #Datagueule.

- Ce mardi 17 novembre à 20h45

Difficile mission que celle d’éclaircir les enjeux climatiques qui seront évoqués au cours de la Cop 21. Comment se réduire aux simples textes quand on sait que le changement climatique affecte aujourd’hui la biodiversité, la sécurité humaine, la santé, etc. ?

Deux degrés avant la fin du monde décrypte les vingt Cop et le protocole de Kyoto qui ont précédé cet événement - sans vraiment changer la donne - et se penche sur causes diverses ainsi que les solutions envisageables. La neurologie, la pédagogie, les territoires en transition ou le changement des habitudes alimentaires sont autant de pistes aussi prometteuses (sinon plus) que celles proposées par l’ONU.

Un débat placé non seulement dans l’Agora numérique de YouTube dont Datagueule est coutumier mais aussi dans un réel espace de passage et de vie citoyenne : la place de la République. #Dataguele a fait d’un grand écran le point de rencontre pour cheminer avec leurs réactions dans le questionnement sur la nature du changement en cours.

Le documentaire « 2 °C avant la fin du monde » décline dans différents formats (interview, reportage, etc.) l’esprit du programme court #Datagueule et y ajoute la parole des passants croisés lors de lajournée de projection d’éléments du programme, pour ne pas laisser le monopole du débat aux seuls experts, décideurs et journalistes.

Quatre séquences ont déjà été diffusées et donnent un aperçu du propos et des formats originaux :

- un #Datagueule « classique » : https://www.youtube.com/watch?v=OQBcrKqyHJI - une interview augmentée de Dominique Bourg : https://www.youtube.com/watch?v=v4Z9sjVmj7c - un « reportage augmentée », sorte de #Datagueule sur image réel, sur les causes du changement climatique : https://www.youtube.com/watch?v=KAPzxR9VYRI - notre bande annonce (réalisée par Nico&Bruno, auteur des cultissimes Message à caractère informatif) en forme de détournement du clip officiel de la Cop21 : https://www.youtube.com/watch?v=xlhelqssUTg

Dans le métro parisien, des nez rouges contre la peur Lorène Lavocat (Reporterre) Reporterre 2015/11/17 Lorène Lavocat (Reporterre) (17 novembre 2015) Dans le métro parisien, des nez rouges contre la peur. Reporterre. Quotidien fr

Dans le métro parisien, des nez rouges contre la peur

Ils descendent dans le métro parisien affublés du nez rouge caractéristique. Les clowns de la compagnie Solstice vont à la rencontre des voyageurs pour « provoquer l’ouverture » des cœurs et des visages. Depuis les attentats de vendredi, croiser leur chemin aide aussi à conjurer la peur.

« Bonsoir Madame, je m’appelle Saucisse, j’ai passé une belle journée et je vous aime. » Dans le métro parisien, hier soir, des sourires s’esquissent. Un monsieur aux yeux bleus pétillants et aux cheveux grisonnants vient d’entrer dans la rame, station Hôtel-de-Ville. Avec lui, deux comparses, tous dotés d’un attribut étrange : un nez rouge.

Ils serrent les mains, entonnent « Mon beau sapin, roi des forêts », offrent des ballons en forme de cœur. Bref, ils distribuent de l’amour. Daniel, Guillaume et Angélina se rendent régulièrement dans les souterrains de la capitale pour dérider les passagers et « provoquer l’ouverture ».

Mais ce lundi soir est particulier. Plusieurs clowns assidus ont renoncé à venir, « à cause des événements de vendredi ». Sur la ligne 1, direction La Défense, les visages sont fermés et les regards fixés sur les écrans des téléphones. « C’est difficile d’entrer en relation avec les autres, car je me sens moi-même très affectée », explique Angélina. « Les énergies sont vers le bas », confirme Daniel, comédien et consultant en maïeutique, « l’art d’accoucher de soi-même ».

« Merci, c’est super ce que vous faites »

Convaincu que rire est un besoin aussi essentiel que manger ou respirer, il cherche à « rendre visible l’amour ». Sa compagnie se nomme [Solstice->http://compagnie-solstice.net/stagesrire.htm) et propose aussi des stages de yoga du rire. Ses outils ? Un nez rouge, quelques respirations profondes, un sourire « naturel » et des mots simples. « Dire bonjour et bonsoir aux inconnus, c’est du savoir-être que nous avons perdu, c’est s’adresser à l’humanité qui est en chacun de nous. »

Il s’avance vers un jeune homme en costard, lui tend la main et l’interroge : « Comment allez-vous ? » Pas très bien, pas le moral. Le sexagénaire sourit, allume un cierge magique, fait retentir une trompette à vélo. En face de lui, le garçon éclate de rire : « Merci, c’est super ce que vous faites. » Partout dans la rame, la tension diminue. Encouragée par les trois énergumènes, une femme se met à chanter, tandis qu’une autre s’interroge : « Vous vous appelez Solstice ? C’est que vous avez beaucoup de soleil à l’intérieur de vous ! »

Le Kit de survie Cop 21. Huitième volet : comment s’informer pendant la conférence ? Par Aurélie Delmas (Reporterre) Reporterre 2015/11/17 Par Aurélie Delmas (Reporterre) (17 novembre 2015) Le Kit de survie Cop 21. Huitième volet : comment s’informer pendant la conférence ?. Reporterre. Climat : de COP en COP fr

Le Kit de survie Cop 21. Huitième volet : comment s’informer pendant la conférence ?

Comment trouver les informations les plus pertinentes dans le brouhaha de la COP 21 ? Pour ne pas entendre que les rumeurs, et ne pas écouter que les nombreuses sources officielles sur l’avancée des négociations, Reporterre a listé les dispositifs de suivi en direct de la Conférence de Paris, sur place ou en ligne. Toutes les informations pratiques et les rendez-vous médiatiques grâce à une vidéo de Jade Lindgaard, journaliste à Mediapart, et un PDF à télécharger.

Video : comprendre l’essentiel en 1’56’’

Jade Lindgaard from Reporterre on Vimeo.

Jade Lindgaard est journaliste à Mediapart où elle s’occupe notamment des questions d’environnement. Elle explique comment le plus difficile pour les journalistes sera de s’éloigner des discours officiels et des « torrents de déclarations » dans « ce grand théâtre qu’est la COP 21 ».

Les principaux points à retenir pour s’informer pendant la COP

- Un centre de presse, conçu pour accueillir jusqu’à 3.000 journalistes, leur permettra de pouvoir travailler 24h/24 au Bourget.

- De nombreuses informations officielles seront délivrées en temps réel par l’organisation de la COP 21 et le gouvernement français. Les informations seront aussi disponibles pour ceux qui ne seront pas sur place notamment via les réseaux sociaux.

- À Reporterre, les débats et mobilisations seront bien sûr suivis de très près avec des articles quotidiens sur l’intérieur et l’extérieur de la COP21. Reporterre va aussi faire entendre sa voix lors d’émissions spéciales sur France Inter et Radio Campus.

- Médias étrangers, alternatifs, instituts… suivront aussi de près les travaux des groupes de travail et couvriront en direct la COP 21 dès qu’elle aura commencé,

- Les militants suivront eux aussi les discussions et commenteront les prises de positions des pays et des négociateurs. Des réunions publiques pour parler des débats et des mobilisations auront lieu.

Les liens utiles

Le site internet de la COP au jour le jour : http://www.cop21.gouv.fr/suivre/

Le site du Sommet Earth to Paris – Le Hub : http://www.earthtoparis.org/

Le dossier COP21 de Reporterre : http://www.reporterre.net/+-COP-21-+

Le site du centre alternatif des médias, Place to B : http://www.placetob.org/

Le site dédié du Réseau Action Climat Macop21 : http://macop21.fr/

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En finir avec la logique guerrière Roger Martelli (Regards) Reporterre 2015/11/17 Roger Martelli (Regards) (17 novembre 2015) En finir avec la logique guerrière. Reporterre. Tribune — Libertés fr

En finir avec la logique guerrière

La guerre a montré ses limites. Elle ne permet pas la sécurité qu’elle promet, comme le prouvent les attaques menées à Paris le 13 novembre. Pire, la logique guerrière renforce le contrôle de la société, et conduit à un rétrécissement des libertés publiques et individuelles.

Roger Martelli est historien, codirecteur de la rédaction du mensuel Regards.

Un pays abasourdi par un déchainement de violence inouïe… La sidération devant l’horreur d’un massacre inédit chez nous, depuis bien longtemps… Ce qui, depuis si longtemps et la plupart du temps dans l’indifférence, est le lot récurrent de nombreux pays d’Afrique et d’Asie envahit notre horizon. Ni Karachi, ni Bombay, ni Bagdad, ni Mogadiscio, ni Ankara, mais Paris. La France découvre que la guerre avec « zéro mort » n’existe pas. Le problème des guerres modernes est que l’on ne sait jamais trop bien quand elles s’arrêtent et que l’on ne sait pas vraiment s’il peut y avoir un vainqueur et un vaincu.

Au début septembre, le gouvernement français décidait de s’engager dans la voie des frappes aériennes contre l’État islamique. Deux raisons ont été alors données : « C’est Daech qui fait fuir, par les massacres qu’il commet, des milliers de familles », et « c’est depuis la Syrie, nous en avons la preuve, que sont organisées des attaques contre plusieurs pays, et notamment le nôtre ». La tuerie d’hier soir se présente comme une réponse barbare à cet engagement.

Pour une part, nous restons dans une logique qui, depuis au moins septembre 2001, est celle du monde occidental. À partir des attentats du World Trade Center, la notion dominante a été en effet, partout, celle de la « guerre contre le terrorisme ». Lancée à l’époque par l’administration Bush, elle est devenue une option internationale qui comprend deux volets indissociables. En effet, deux dimensions accompagnent ce choix : celle, proprement militaire, des frappes dites « ciblées » et celle de la prévention et du contrôle. Cette dernière passe par l’extension des activités de renseignement et, s’il le faut, par une législation qui vise à frapper par avance les terroristes potentiels.

Le désir d’un châtiment exemplaire

« Nous avons une guerre à mener », déclarait Manuel Valls au lendemain de la tuerie de janvier dernier. « La guerre a été déclarée à la France, à ses institutions », surenchérissait Nicolas Sarkozy au même moment. Après d’autres, la France a connu la récente loi sur le renseignement, votée dans la foulée de l’émotion « Charlie » de janvier dernier. Elle a pratiqué les engagements militaires dans sa « zone privilégiée » d’Afrique (intervention au Mali après l’intervention en Libye). Elle étend désormais son action vers le Proche-Orient, en rupture définitive avec la logique prudente exprimée par de Villepin en 2003.

Au bout du chemin, nous n’avons pas la sécurité promise. Au contraire, nous avons la guerre et « l’État fort ». Gauche et droite devraient rivaliser pour savoir qui, dans ce domaine, est le mieux placé pour assumer les responsabilités.

Cette dispute est tout aussi dangereuse qu’inefficace. L’effroyable bilan d’une nuit sanglante nourrit certes, nécessairement, le désir d’un châtiment exemplaire. Il nous renvoie à des périodes noires de notre histoire, que nous pensions avoir réussi à conjurer. Le légitime désir de punir les coupables ne doit pourtant pas faire oublier quelques idées simples.

La logique de la guerre, tout d’abord, a perdu de son efficacité. La guerre moderne n’est plus celle du passé et, en fait, elle est de plus en plus improbable. D’un côté s’affirme une technologie sûre d’elle-même et ultra-coûteuse qui agit à distance en couplant l’observation satellitaire et l’impunité du drone ; de l’autre côté se structure une combinaison surprenante mêlant la haute technologie informatique de la transmission et la rusticité d’un armement d’autant plus imprévisible et indétectable qu’il est constitué d’armes d’ancienne génération, théoriquement en voie d’obsolescence.

Depuis plus de trente ans, la surenchère technologique a montré son inefficacité. La sophistication des armes reste impuissante. L’extension de la surveillance informe de la possibilité du pire ; manifestement elle n’en empêche pas la réalisation, quand la rusticité des moyens sert de support à la barbarie.

L’illusion de la prédictibilité absolue

Le second risque touche à nos libertés. Rien ne sert de se cacher que, brutalement ou insidieusement, volontairement ou non, l’état de guerre conduit à l’état d’exception, fût-il légitimé au départ par l’état d’urgence.

Dans un moment de compréhensible trouble national, mieux vaudrait ne pas oublier que nous sommes, depuis quelque temps, dans un engrenage dangereux qui fait que le vocabulaire et les méthodes de la guerre tendent à se recouper de plus en plus avec ceux de la justice. La « dangerosité » est le concept clé, le « profilage » la méthode de prévention par excellence, la « mesure de sûreté » le critérium de la peine, au détriment de la culpabilité. Armée, police, justice ne traquent ni ne punissent plus les coupables, mais neutralisent les criminels en puissance.

Ainsi se structure le long cheminement judiciaire et policier qui, en un siècle, fait passer du criminel « responsable » au criminel « né », puis au criminel « potentiel ». Individus à risque, populations à risque, que l’on trace, contrôle, parque et isole… Alors, ce qui relève de l’exceptionnel éventuellement nécessaire (toute situation exceptionnelle exige théoriquement des actes exceptionnels) se transforme de facto en état d’exception. Et quand le second terme tend à dominer, comment empêcher, quelles que soient les volontés affichées, que l’exceptionnel de la mesure particulière nourrisse l’exception de la norme elle-même ?

La présomption fondée sur l’observation des comportements et des habitudes suffit à définir le suspect. L’impératif de prévention, ensuite, autorise son élimination, sans délibération ni confrontation. Le mythe de la sécurité totale repose sur l’illusion de la prédictibilité absolue ; il porte en lui la relativisation maximale de l’État de droit. L’« état de guerre » et la « tolérance zéro » se conjuguent pour faire du contrôle l’alpha et l’oméga de l’aspiration sécuritaire. L’état d’exception est la nouvelle norme, et la suspicion généralisée tend à fonctionner, de plus en plus, comme un principe d’organisation du social.

Jamais n’a paru aussi moderne la phrase de Benjamin Franklin prononcée en 1775 et reprise par le troisième président des États-Unis, Thomas Jefferson : « Ceux qui sont prêts à sacrifier une liberté fondamentale pour une petite sécurité temporaire ne méritent ni l’une ni l’autre et finissent par perdre les deux. »

Cantonner les pauvres ou éliminer la pauvreté ?

La logique de guerre est techniquement discutable : aucune guerre depuis plus de trente ans n’a connu de solution définitive et imposé durablement la paix. Elle est démocratiquement dangereuse. Enfin – et c’est le troisième risque – elle est inefficace, car elle contourne la question des causes structurelles du désordre du monde.

Diplomatiquement, le choix semble simple. Dans un univers de « guerre des civilisations », la France doit choisir l’engagement le plus conséquent possible dans le bloc occidental. La France a perdu son dynamisme politique face à l’Allemagne ; il lui reste sa force de frappe militaire. L’État ne peut plus agir sur l’économie ; il lui reste l’exercice de sa fonction régalienne.

Or le choix officiel repose sur l’oubli des causes structurelles profondes de la déstabilisation de nombreuses régions du globe, notamment en Afrique et au Proche-Orient. Cantonner les pauvres ou éliminer la pauvreté ? Qu’on le veuille ou non, c’est toujours la même question qui revient. Des organismes comme le Programme des Nations unies pour le développement expliquent depuis quelques décennies que les carences gigantesques en termes de développement humain et la polarisation persistante des ressources sont les bases mêmes de l’insécurité. Qu’en a-t-on fait ? Rien. Au début du XXIe siècle, on a défini avec tambours et trompettes de grands objectifs pour le Millénaire. Pour la plupart, ils ne sont pas atteints à ce jour.

La guerre contre la malnutrition et la faim, contre les maladies de masse, contre la face noire de l’urbanisation métropolitaine, contre les discriminations, contre le gouffre des inégalités, contre la dégradation environnementale, qui affecte avant tout les pauvres, contre toutes les fractures technologiques, contre les trafics d’armes entretenus par les pays riches, contre les paradis fiscaux qui distraient des sommes colossales dont le développement humain aurait besoin… ? Non : la guerre contre le terrorisme. L’Occident enfante et arme Ben Laden pour en faire ensuite le symbole du Mal – et faire oublier que le terreau dudit Mal n’est rien d’autre que cet écheveau de « maux » bien concrets qui nous tissent un monde invivable. On attribue à Goethe une phrase, datée de 1793, qui a fait l’objet de bien des dissertations : « J’aime mieux commettre une injustice que tolérer un désordre. » Phrase désormais sans objet : nous avons à la fois l’injustice et le désordre.

Cette logique est désastreuse

Les inégalités et le ressentiment qui en découlent étant inexorables, il n’y aurait pas d’autre solution que d’en maîtriser les effets par l’usage d’une force technologique supérieure et d’une combativité nourrie par le sentiment populaire du danger. Peu importe alors la caractérisation même dudit danger : défense des droits de l’homme, défense des valeurs libérales de l’Occident, défense des racines chrétiennes ou, plus simplement, désir de « rester maître chez soi ».

Or cette logique est désastreuse à plus d’un titre. Sur le plan international, elle ajoute du ressentiment à de la frustration, elle produit davantage de désordre que d’ordre. Culturellement, elle tourne le dos à la tradition pacifiste d’une gauche qui sait, depuis Jaurès, que le capitalisme porte la guerre comme la nuée porte l’orage. La logique guerrière est censée installer François Hollande en grand homme d’État. En réalité, elle légitime la droite, dans sa variante la plus radicale, et, au contraire, elle désarme la gauche.

Si logique il y a, il faut la combattre, la défaire et lui substituer une autre logique de développement, une autre conception de l’équilibre social. Face au fanatisme, la réponse n’est pas celle de la guerre mais celle de la justice ; elle n’est pas celle de l’identité à défendre mais de l’égalité à promouvoir. Partout et dans tous les domaines.

Le drame doit nous conduire au sursaut civique. Il ne doit pas nous précipiter dans un engrenage sans issue.

La Coalition Climat maintient la mobilisation pour la COP 21, mais les manifestations à Paris sont interdites Émilie Massemin (Reporterre) Reporterre 2015/11/17 Émilie Massemin (Reporterre) (17 novembre 2015) La Coalition Climat maintient la mobilisation pour la COP 21, mais les manifestations à Paris sont interdites. Reporterre. Climat : de COP en COP fr

La Coalition Climat maintient la mobilisation pour la COP 21, mais les manifestations à Paris sont interdites

Le gouvernement vient d’interdire la tenue des manifestations Climat du 29 novembre et du 12 décembre.

Actualisation - Samedi 21 novembre à 10 h 00 - Suite aux attentats, le nouveau visage de la mobilisation citoyenne

- Mercredi 18 novembre à 20 h 45 - La marche mondiale du 29 novembre et les rassemblements du 12 décembre interdits à Paris

- Mardi 17 novembre à 22 h 00 - Le gouvernement décidera « d’ici à jeudi » du maintien des manifestations citoyennes

« Nous maintenons nos plans de mobilisation. Nous allons travailler avec le gouvernement et la préfecture de police pour renforcer les mesures de sécurité. Mais pas de COP sans mobilisation citoyenne ! » Telle est la décision de la Coalition climat 21, annoncée par Juliette Rousseau lundi 16 novembre au soir, au terme de plus de deux heures de réunion au Mundo Montreuil (Seine-Saint-Denis). « Mais nous n’avons pas encore eu de rendez-vous avec le gouvernement », précise la porte-parole. Une première réunion de travail est prévue mardi 17 novembre à 11 h avec le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius.

Ce choix n’avait rien d’évident, alors que plusieurs attaques terroristes vendredi 13 novembre au soir, dans la salle de concert du Bataclan, aux terrasses de restaurants et de cafés des Xe et XIe arrondissement de Paris et aux abords du Stade de France, à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), ont entraîné la mort d’au moins 129 personnes et fait plus de 350 blessés graves.

Action de désobéissance civile de masse

La Coalition climat 21, qui rassemble environ 130 organisations (associations, ONG, syndicats, mouvements de jeunes, etc.), coordonne la mobilisation citoyenne pendant la COP 21, qui se déroulera du 30 novembre au 11 décembre au Bourget (Seine-Saint-Denis). Objectif : mettre la pression sur les délégations les Etats, pour qu’ils signent un accord ambitieux visant à limiter le changement climatique, et lancer durablement un mouvement citoyen sur le climat.

Pour ce faire, la Coalition organise dimanche 29 novembre une grande marche pour le climat entre les places de la République et de la Nation, à Paris. Un grand sommet citoyen pour le climat est prévu les samedi 5 et dimanche 6 décembre, à Montreuil, doublé d’un village mondial des alternatives. Le samedi 12 décembre, dernier jour des négociations, de grands rassemblements sont prévus à Paris, ainsi qu’une action de désobéissance civile de masse sur le site du Bourget.

« Ces attentats ne changent pas la priorité »

« On se pose encore beaucoup de questions sur les conditions, d’autant plus qu’on ne sait pas encore quelles mesures vont être prises par le gouvernement, admet Jon Palais, militant à Alternatiba et Bizi !. Ce qui se dégage, c’est que ces attentats ne changent pas la priorité, qui est le climat. Si on laisse le climat changer, les conséquences seront pires que celles de ces attaques. » Pour l’activiste, « il est difficile d’imaginer une COP sans mobilisation de la société civile, quelle que soit sa forme. Depuis le début, à Alternatiba, on sait bien que les solutions ne viendront pas d’en haut, des négociations. Alors, depuis les attentats, on n’a pas arrêté une seconde de travailler sur l’organisation du village mondial des alternatives. »

Quoi qu’il en soit, ce travail de préparation ne sera pas vain, dans la mesure où la COP n’est qu’une étape dans l’organisation d’une mobilisation au long cours. « Cela fait deux ans que nous mobilisons. Une centaine de villages des alternatives ont déjà été tenus, rappelle Jon Palais. On voit bien que quelque chose est en marche. Des militants des quatre coins de la France ont posé des congés pour s’installer à Paris et préparer la mobilisation. On n’a jamais eu une équipe aussi solide. Il s’agit d’utiliser la COP pour donner une impulsion qui se poursuivra bien au-delà, même si les attentats bouleversent forcément les choses. »

« Un moment d’espérance et de solidarité »

Le gouvernement a très rapidement décidé de maintenir la COP 21, malgré les attentats de vendredi. Dès samedi 14 novembre, Laurent Fabius déclarait, en marge d’une réunion sur la Syrie à Vienne, que « la COP 21 doit se tenir. Elle se tiendra avec des mesures de sécurité renforcées, mais c’est une action absolument indispensable contre le dérèglement climatique et évidemment, elle se tiendra ».

Dimanche, en réactions aux propositions de l’ex-président de la République Nicolas Sarkozy et des députés (Les Républicains - LR) Éric Ciotti et Philippe Goujon de reporter la COP 21, le premier ministre, Manuel Valls, réaffirmait cet engagement. Ce serait « céder à la violence », a-t-il estimé en marge d’une visite à la préfecture de Paris. Lundi, dans son discours au Congrès réuni à Versailles, le président de la République, François Hollande, a confirmé que « le grand événement international de la conférence sur le climat sera non seulement maintenu, mais sera un moment d’espérance et de solidarité ».

Le casse-tête de la sécurité

Mais la mobilisation citoyenne pourrait être compromise. Lors d’une interview accordée à RTL lundi matin, Manuel Valls a annoncé que « si nous devons organiser ce grand rendez-vous climat, les forces de sécurité doivent se concentrer sur l’essentiel », indiquant que les « concerts et manifestations festives » annexes « seraient sans doute annulés ». « Rien ne doit être fait qui puisse mettre en danger, en péril, y compris par des mouvements de foule, des gens qui manifesteraient dans Paris », a ajouté le premier ministre.

Il faut dire qu’assurer la sécurité de la COP 21 est un vrai casse-tête. Avant les attentats, les effectifs des forces de l’ordre envisagés étaient déjà impressionnants : 1.500 policiers, gendarmes et pompiers pour veiller sur les 40.000 visiteurs attendus chaque jour au Bourget, plus de 100 gardes onusiens et près de 300 agents de sécurité pour la zone réservée aux personnes accréditées (7.000 délégués, 10.000 observateurs et 3.000 journalistes), sous responsabilité des Nations unies.

« Vers une surenchère policière et militaire »

Moment fort des négociations, la venue de près de 120 chefs d’État et de gouvernement le 30 novembre va donner du fil à retordre aux équipes chargées de la sécurité. En effet, les attentats n’ont pas dissuadé les dirigeants de faire le voyage. Samedi, le président des États-Unis, Barack Obama, a réaffirmé son intention de venir ouvrir les négociations climat. « Aucun chef d’État, au contraire, ne nous a demandé de reporter ce rendez-vous, a souligné lundi Manuel Valls, au micro de RTL. Tous veulent être là. »

Des mesures exceptionnelles ont d’ores et déjà été prises, comme le rétablissement des contrôles aux frontières par dérogation aux accords de Schengen, effectif depuis vendredi et valable un mois. 30.000 policiers sont mobilisés pour ces opérations. La proclamation de l’état d’urgence, samedi par François Hollande, laisse envisager l’adoption de nouvelles dispositions. Contacté à ce sujet, le ministère de l’Intérieur n’a pas donné suite à nos sollicitations. Le secrétariat de la COP 21 n’a pas souhaité répondre à nos questions. Mais « qu’il y ait état d’urgence ou non, on se dirige vers une militarisation de la COP 21, avec une surenchère policière et militaire », estime Bastien François, professeur de droit constitutionnel à la Sorbonne.

Reste à espérer que ces mesures n’entraveront pas trop les actions menées par la société civile. « Les négociations ne sont pas à la hauteur, elles laissent entrevoir un réchauffement de 3 °C à la fin du siècle, rappelle Jon Palais. La mobilisation citoyenne est plus que jamais nécessaire. »

Dans les Vosges, l’économie circulaire fait revivre un village Baptiste Giraud et Lucas Mascarello (Reporterre) Reporterre 2015/11/18 Baptiste Giraud et Lucas Mascarello (Reporterre) (18 novembre 2015) Dans les Vosges, l’économie circulaire fait revivre un village. Reporterre. Économie fr

Dans les Vosges, l’économie circulaire fait revivre un village

Dans un village vosgien situé en pleine campagne, l’association Minos crée une dynamique sociale autour de l’économie circulaire et de sa recyclerie. L’objectif : permettre aux gens de travailler, pour faire vivre ce territoire rural.

- À Monthureux-sur-Saône (Vosges), reportage

Samedi matin, 8 h, la longue rue centrale et la place du marché sont couvertes de brume. Derrière son petit stand de légumes bio, et malgré les 5 °C qu’affiche la croix verte de la pharmacie, Jean tresse un panier en osier. S’il connaît la recyclerie Minos ? « Bien sûr, j’y ai travaillé un an en contrat d’insertion, en tant qu’agent de collecte. J’ai trouvé ça super, et puis ça m’a permis de rebondir et de me lancer dans le maraîchage. » Une dame vient lui acheter quelques noix et de la salade. « C’est formidable, ce qu’ils font à Minos. C’est dynamique. Vous vous rendez compte, dans un village comme Monthureux… »

Justement, c’est aujourd’hui que se tient la vente mensuelle de la recyclerie. Nous prenons la direction de l’ancienne fabrique de fil, qui sert pour quelques mois encore de stockage et de magasin. Difficile de la rater : parking complet, des voitures stationnent au bord de la route départementale. À l’intérieur, ça fourmille. Comme si tous les habitants des alentours s’étaient donnés rendez-vous. Meubles, livres, vaisselle, électroménager, outils, fripes, jeux, et même ordinateurs : « On trouve de tout ici. Franchement, chapeau ! » s’exclame Thérèse, occupée à choisir des revues. « Vu la vie actuelle, on est content de trouver moins cher, et j’ai pas honte. » À côté d’elle, Dominique a déniché des livres sur les loisirs créatifs, un coussin à « relooker » pour offrir à Noël, et des jeux pour ses petits-enfants.

« Enrayer ces cercles vicieux »

Devant les trois caisses, tenues par des bénévoles, une trentaine de personnes font déjà la queue. Jacques, président de l’association et « le nez dans le guidon », tient l’une d’elles. Ce ne sont pas n’importe quelles caisses, explique-t-il : grâce à un logiciel de gestion de données, développé par l’association Cap 3C, tous les flux sont enregistrés. « J’ai voulu qu’on identifie et qu’on pèse ce qui rentre et sort. Comme ça on peut dire à ceux qui nous aident : ’’Voilà le tonnage qui n’est pas passé dans le système d’élimination des déchets’’ », explique Jacques. Ce jour-ci, la vente s’avère fructueuse : plus de 4.400 € de recette, soit 3,158 tonnes d’objets partis vers une nouvelle vie. En 2014, 80 tonnes ont été collectées, 78 % des objets ont été valorisés, et un peu plus de 40 % vendus.

C’est Raynald Magnien-Coeurdacier qui a créé l’association en 2006. Malgré sa consonance sidérurgique, la famille Coeurdacier est ancrée dans le village depuis des siècles. Né ici, Raynald est d’abord parti travailler dans le théâtre et l’audiovisuel. Avant de se reconvertir dans l’économie sociale et solidaire et de revenir habiter sa maison de famille. Puis de lancer Minos, pour « moyen d’insertion novateur pour l’organisation sociale ». Deux ans plus tard, il se fait même élire maire du village. « Mais Minos est plus utile que la mairie », confie-t-il. « Les gens s’en vont d’ici parce qu’il n’y a pas de boulot », constate Raynald. Aux confins de la Lorraine, la Champagne-Ardenne et la Franche-Comté, 960 âmes entourées d’une forêt de chênes et de quelques pâturages, à 30 km de Vittel et à 50 d’Épinal : Monthureux fait partie de ce que certains appellent l’ « hyperruralité ». Desservi par trois bus par jour seulement, le village possède le minimum de commerces nécessaires pour assurer le quotidien des 3.000 personnes qui vivent aux alentours.

Aurélie Dupuy-Lanterne est responsable administrative et des ressources humaines à Minos. En 2014, 45 personnes ont été accompagnées. Elle connaît bien les profils des gens qui se retrouvent ici, les problèmes d’addictions, de femmes divorcées ayant peu, voire jamais, travaillé, les licenciements économiques. « Les gens se retrouvent ici parce que c’est pas cher et qu’il y a des logements sociaux. Puis, ils commencent à avoir des problèmes de voiture, de mobilité, pas d’argent pour se soigner, etc. On cherche à enrayer ces cercles vicieux. »

Éviter l’effet ghetto et la stigmatisation

Comment ? L’action de Minos se déploie sur trois niveaux : remobilisation sociale, chantier d’insertion et entreprise d’insertion. Le premier s’adresse aux personnes les plus en difficulté. Des ateliers (couture, cuisine, écriture) leur sont proposés afin de les faire sortir de chez eux et de retrouver un contact social. En veillant à éviter l’effet ghetto et la stigmatisation.

Certains jeudis, l’atelier cuisine prépare un repas auquel sont invités les gens du village. Parfois, un atelier d’écriture s’y mêle, raconte Raynald : le médecin ou l’artisan du coin se retrouvent à devoir faire les mêmes exercices d’écriture que les autres, se font aider, et lisent à leur tour leur production. « Les gens se demandent parfois pourquoi on y met tout cet argent public. Mais quand ils viennent voir, ils comprennent enfin l’intérêt de nos actions. »

Deuxième étape, les « remobilisés » peuvent postuler au chantier d’insertion que constitue la recyclerie. « En contrat d’insertion, ils travaillent 24 h par semaine. Ça laisse du temps à côté pour faire les démarches administratives. Et leur salaire est juste au-dessus du seuil de pauvreté, c’est important », explique Aurélie.

Le travail à la recyclerie se décompose en trois parties : la collecte des objets, chez des gens ou en déchetterie, mais à moins de 30 km à la ronde pour ne pas émettre trop de CO2 ; le tri et la valorisation de ce qui a été récupéré ; la mise en rayon dans le magasin et la vente. Pour Jacques, le président, « c’est quasiment l’outil idéal, car il n’y a pas besoin de techniciens. Ça les oblige à se lever le matin, et ça leur permet de répondre quelque chose quand on leur demande ce qu’ils font ». Les contrats durent un an maximum, le temps de construire un projet professionnel. Aurélie travaille avec une psychologue : « On les aide à trouver des formations, à comprendre comment ça marche. Et puis on cherche surtout à les rendre autonomes. »

Objectif particulièrement réussi pour Hervé. Après une année en insertion à la recyclerie, sa connaissance du travail et son investissement étaient tels que la direction lui proposa un CDI de responsable. Depuis, c’est lui qui encadre la petite dizaine d’ouvriers. « Je ne suis pas éducateur, mais j’essaie de faire en sorte qu’il y ait une vie de groupe », confirme l’intéressé. Son envie s’entend quand il évoque les possibilités d’évolution de l’activité : « Avec le gisement qu’on a, vous imaginez tout ce qu’on pourrait faire… »

Jouer le rôle d’« incubateur »

Dernier niveau, en place depuis cet été : une entreprise d’insertion qui produit des petits cubes en bois. Ils servent à faire vieillir le vin dans des cuves en -Inox. Cette fois, les salariés travaillent 35 h par semaine, ont des tâches plus techniques et des objectifs de production. Sans oublier l’importance de la quarantaine de bénévoles actifs, « force d’amorçage » de l’association, indispensables au bon déroulement de chaque vente et des ateliers. Récup’art, l’un de ces ateliers, donne un exemple de réutilisation des rebuts. « Ça marche très, très bien. Surtout avec les gamins, ils ont une créativité terrible », s’enthousiasme Hervé.

« On ne veut pas juste être une forêt et un lieu où les gens viennent fleurir la tombe et se balader à la Toussaint. On veut redonner de l’espoir aux habitants. Notre coin a un avenir ! soutient le maire, aujourd’hui directeur de Minos. Et si on veut que des endroits ruraux comme les nôtres existent, il faut que l’économie et les emplois marchent. Donc il faut inventer un système économique. » Tout en veillant à prendre soin de l’ « écosystème social », comme il l’appelle. « Des petites vieilles qui n’ont pas de bagnole, leurs enfants viennent pour la vente et passent les prendre en passant », raconte Jacques. « Et même les services sociaux donnent des bons d’achat pour Minos aux gens dans le besoin. Avec 200€, ils récupèrent tout ce qu’il faut pour aménager leur maison », ajoute Raynald.

Et l’écologie dans tout ça ? « Je n’ai pas vraiment la fibre écolo au départ. On a plus vu l’aubaine pour faire de l’emploi », avoue Raynald. Mais l’économie circulaire, ça, il y croit. Et puis, l’écologie n’est-elle pas dans le combat pour faire vivre nos campagnes sans qu’elles dépendent trop des villes ?

Minos se verrait bien jouer le rôle d’« incubateur ». « Des gens qui veulent venir à la campagne et développer leur projet, s’ils respectent nos valeurs, on les héberge, on les accompagne, on peut même leur fournir des salariés en insertion. » Sous quelque forme que ce soit, Raynald veut attirer des jeunes, compétents et créateurs, dans sa campagne vosgienne. Comme il vient de le faire pour Émilie, fraîchement sortie de l’école du bois d’Épinal et chargée de la fabrication et commercialisation d’un arbre de noël en bois à Minos : « Je souhaitais m’installer dans les Vosges. La ruralité, ça ne me fait pas peur. Jamais je ne pourrais vivre en ville. »

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Un jeune architecte écolo victime des attentats à Paris Par Barnabé Binctin (Reporterre) Reporterre 2015/11/18 Par Barnabé Binctin (Reporterre) (18 novembre 2015) Un jeune architecte écolo victime des attentats à Paris. Reporterre. Habitat et urbanisme fr

Un jeune architecte écolo victime des attentats à Paris

Quentin Mourier, un artisan de l’agriculture urbaine, est décédé vendredi 13 novembre.

Le monde de l’écologie, associative, jeune et joyeuse, a été frappé par les attentats du vendredi 13 novembre à Paris. Parmi les nombreuses victimes figure en effet Quentin Mourier, architecte doctorant de vingt-neuf ans et membre actif de l’association Vergers urbains que Reporterre vous avait présenté récemment.

Passionné de musique, il était vendredi soir au Bataclan. Accompagné de Matthieu, ami de longue date qui a échappé aux balles et décrit « un mec avec des convictions et des valeurs très fortes, qui essayait de mettre sa vie en cohérence avec celles-ci ». Notamment en intégrant le collectif de Vergers urbains, il y a quelques mois, afin d’y défendre l’agriculture urbaine dont il était un « amoureux » selon l’Observatoire de Natureparif qui lui a rendu hommage lundi matin 16 novembre.

Sébastien Goelzer, l’un des fondateurs du collectif, raconte un homme « qui s’est très vite investi à fond. Il était autant dans l’écriture que dans la réalisation de projet, c’est ainsi qu’il concevait un engagement total : l’action et la construction ». Aujourd’hui, c’est probablement le « Living Roof » sur le toit de la Cité de la mode et du design, sorte de résidence d’agriculture urbaine, qui illustre le mieux sa démarche : il avait monté le dossier de candidature, puis mené le chantier jusqu’à l’animation sur place de ce laboratoire en plein air.

C’est à cet endroit-même qu’un hommage lui a été rendu, lundi à midi, au cours duquel un olivier a été planté. « Il aurait sûrement souhaité qu’on renforce ce qui a été initié, qu’on continue de planter… Comme une solution face à l’obscurantisme qui nous frappe » explique Sébastien Goelzer.

Architecte diplômé d’Etat de l’Ecole Nationale supérieure d’architecture de Versailles (Ensav) pour laquelle il enseignait en TD ces derniers mois, Quentin Mourier menait, en parallèle de ces nombreuses activités associatives, une thèse sur « une nouvelle conception de l’agriculture urbaine » à partir de l’expérience de la ville de Detroit.

Voici le résumé qu’on peut en lire sur la page de son laboratoire de recherche : « Les questionnements relatifs aux crises environnementales, sociales et économiques à l’oeuvre dans le monde contemporain nous amènent à nous demander si notre Terre, notre habitat, ne deviendrait pas de plus en plus inhospitalière. A cet égard il semble que ce soit moins de la durabilité de cet habitat, que de sa capacité à accueillir la vie humaine - et peut être la vie tout court – le plus longtemps possible en son sein dont il est question. La ville de Detroit semble être, du moins dans l’imaginaire collectif, un archétype de l’environnement urbain hostile. Qui en effet voudrait vivre dans une ville dépeuplée et détruite ? Une ville dont les taux de criminalité comme les taux de pollution ont atteint des sommets historiques. Si l’histoire de la Motor City se raconte à travers le filtre de l’hostilité, n’y a-t-il pas également une histoire en creux de l’hospitalité ? De la fondation d’une plateforme logistique sur les Grands Lacs, à l’iconographie singulière des premiers artistes Techno, en passant par les expérimentations rurales d’Henry Ford et les premiers shopping malls de Victor Gruen, une histoire en négatif se joue, au fil de laquelle l’hospitalité se manifeste par sursauts et dans le secret ; l’histoire d’un environnement témoin et agissant. »

David Malaud, collègue de thèse, résume la problématique de « l’hospitalité » à laquelle se consacrait Quentin Mourier : « Son idée est que le travail de l’architecte est rendre le territoire accueillant aux hommes, mais aussi à la nature et à la biodiversité ». Et le choix de Detroit, ville d’où est parti le mouvement de l’agriculture urbaine, n’est pas anodin : « C’était ça, l’interrogation en forme d’espoir de Quentin : au cœur de la violence et de la destruction, comment peut-on recréer un monde sociabilisé, un monde qui accueille ? ».

En finir avec l’empire, réinventer la République, refaire société : les vraies réponses au terrorisme Christophe Bonneuil Reporterre 2015/11/18 Christophe Bonneuil (18 novembre 2015) En finir avec l’empire, réinventer la République, refaire société : les vraies réponses au terrorisme. Reporterre. Tribune — Libertés fr

En finir avec l’empire, réinventer la République, refaire société : les vraies réponses au terrorisme

Les dirigeants politiques n’ont que la rhétorique guerrière à opposer à la violence djihadiste. En se focalisant sur les symptômes, ils manquent les causes profondes de notre vulnérabilité. À rebours des « logiques impériales, verticales et autoritaires », il faut « renforcer l’immunité horizontale, la soif de liberté et le pouvoir d’agir citoyen ».

Christophe Bonneuil est historien, coauteur de L’événement anthropocène (Seuil, 2013) et de Crimes climatiques stop ! (Seuil, 2015).

« Nous sommes en guerre », nous dit-on. Mais qui peut se reconnaître dans ce « nous » des djihadistes ou dans ce « nous » de nos dirigeants ? Qui peut croire, après 25 ans d’intervention et de chaos, qu’envoyer hors-cadre des Nations unies plus de bombes au Moyen-Orient constitue la solution pour défendre notre démocratie ?

La guerre qu’on nous impose voit l’affrontement d’un intégrisme religieux (Daech…) ou identitaire (contre « les étrangers »…) et de l’autoritarisme de marché d’une oligarchie cosmopolite qui utilise l’épouvantail du terrorisme pour consolider un capitalisme financier post-démocratique via des dispositifs toujours plus sécuritaires et impériaux. Au lieu d’une VIe République plus démocratique et participative, on nous impose la constitutionnalisation d’un ordre sécuritaire, qui vise aujourd’hui les terroristes, mais, demain, les militants sociaux et syndicaux luttant contre les injustices sociales.

Surenchère sécuritaire et liberticide

Cette guerre-là n’est pas notre guerre. Notre combat est le combat permanent des forces de vie et de régénération contre les forces mortifères, de l’humanité contre l’inhumanité et l’oppression. Notre lutte pour une France solidaire dans un monde solidaire requiert de mettre en échec toute propagation de l’horreur (terrorisme intégriste) mais aussi tout gouvernement par la peur. Pour défendre l’idéal républicain de liberté et d’égalité, il nous faut donc aussi refuser la stratégie du choc de l’oligarchie, qui joue depuis les Bush la carte de la surenchère sécuritaire et liberticide ; résister au césarisme des nouveaux GI Joe que sont Hollande, Valls, Sarkozy ou Le Pen. Au soir des attentats de juillet 2011, le premier ministre norvégien Stollenberg avait déclaré : « Nous allons répondre à la terreur par plus de démocratie, plus d’ouverture et de tolérance. » On aurait aimé une telle hauteur de vue de la part de nos leaders politiques français, qui préfèrent se rêver en empereurs et sauveurs autoproclamés de la nation !

Les causes profondes de la vulnérabilité de notre pays aux actes terroristes de Daech sont connues. En premier lieu, la tutelle impérialiste (coloniale puis néocoloniale) des puissances occidentales sur le Moyen-Orient et la déstabilisation depuis des décennies de tout régime non inféodé aux intérêts pétroliers occidentaux, qui, ajoutée aux exactions israéliennes dans les territoires occupés, génèrent un ressentiment permanent dans le monde arabe. Deuxièmement, le changement climatique en cours dégrade déjà la situation sociale, migratoire et géopolitique d’une bande territoriale qui va de Nouakchott à Islamabad : en témoignent le drame du Darfour, les conflits au Mali, Boko Haram ou l’exode de centaines de milliers de paysans ruinés par les sècheresses de 2006-2011 vers les bidonvilles syriens qui fut le déclencheur de la guerre civile dont Daech a tiré profit. Troisièmement, un passé colonial et raciste non entièrement dépassé et une situation sociale injuste (des millions de précaires et de chômeurs, une absence de perspective pour la jeunesse, surtout basanée) rendent la France plus vulnérable à des actes de djihad terroriste que d’autres pays européens de forte immigration tels l’Allemagne ou l’Angleterre.

Un « choc d’égalité et de solidarité »

C’est à ces trois racines du mal terroriste, et non simplement aux symptômes, qu’il convient de s’attaquer : sortir d’une politique étrangère impérialiste dans le monde arabe ; agir contre le changement climatique qui, sinon, nous prépare un XXIe siècle véritablement barbare ; rebâtir une République black-blanc-beur par la création en cinq ans d’un million d’emplois (on le sait, ces emplois sont dans le vivier de l’agroécologie paysanne, des énergies renouvelables, de la rénovation et l’efficacité énergétique et du ménagement du territoire), par le passage à une VIe République redonnant sens et légitimité à l’action publique, et par un « choc d’égalité et de solidarité » (à l’opposé des politiques menées par la droite comme la gauche-libérale depuis quinze ans) afin de redonner la confiance dans un avenir commun.

On peut saluer le nécessaire travail d’enquête, de renseignement et de mise hors d’état de nuire sur notre territoire des djihadistes, mais refusons la normalisation d’un état d’urgence, qui demain servira à réprimer les luttes sociales et écologistes. Imaginons ensemble des stratégies de lutte et de résilience contre le terrorisme ! Elles ne seront efficaces que si elles abandonnent les logiques impériales, verticales et autoritaires pour, au contraire, renforcer l’immunité horizontale, la soif de liberté et le pouvoir d’agir citoyen, véritables antidotes au terrorisme djihadiste. Pour le court terme, voici quelques premières pistes versées au débat citoyen :

- Première proposition : le désengagement des intérêts français au Moyen-Orient plutôt que le cercle vicieux de la surenchère guerrière. Cessons les frappes en Syrie et n’alimentons plus la haine par des interventions militaires unilatérales, dont on connaît les arrière-pensées pétrolières et les effets désastreux depuis les années 1990 au Moyen-Orient, en Libye et au Sahel... Annonçons immédiatement l’arrêt de toute importation de gaz et pétrole du Moyen-Orient (et un plan national de descente énergétique) afin d’affranchir notre économie de cet « or noir » qui provoque depuis des décennies tant de drames géopolitiques et tant de victimes du dérèglement climatique. Alors seulement, des relations diplomatiques fraternelles et désintéressées avec les pays moyen-orientaux seront possibles et instaureront un nouveau climat.

Plus profondément, la situation exige de nous une « métamorphose de civilisation » (Edgar Morin). Après la désindustrialisation et une crise économique et sociale structurelle sur fond de basculement géologique de notre planète surexploitée (le passage de l’Holocène à l’Anthropocène) et de financiarisation, la présence de la violence de masse sur notre territoire vient nous rappeler la fin d’un modèle de développement. La France fut par le passé une puissance impériale, exploitant le reste du monde pour assurer une « croissance » achetant sa paix sociale intérieure, hiérarchisant les races, externalisant vers la périphérie du monde les dégâts, désordres et guerres causés par son modèle insoutenable de développement. Aujourd’hui la France ne peut plus porter la misère et la guerre – émissions de gaz à effet de serre, bombes ou drones – à sa périphérie sans recevoir en retour des coups mortels. Comme pendant la guerre d’Algérie une sale guerre revient en boomerang sur l’Hexagone. Comme pour la guerre d’Algérie, nous n’en sortirons par le haut qu’en abandonnant toute posture impériale.

- Deuxième piste : un grand mouvement citoyen de défense civile et de riposte antiterroriste. Chaque attentat est suivi d’une surenchère sécuritaire : davantage de soldats armés dans les rues et les gares, de vidéosurveillance, de méfiance envers l’étranger, l’autre. Cette stratégie est perdante : un surinvestissement sécuritaire ne peut faire face aux modes d’action d’un réseau souple de kamikazes prêts au martyre. Il est économiquement coûteux : l’Empire romain est aussi mort du coût de son armée face aux invasions « barbares. » Et surtout, il est dangereux pour la démocratie. Il déresponsabilise et anesthésie les simples citoyens devenus spectateurs d’une spirale de violences.

À la logique de guerre, substituons celle de la résistance et la résilience civiques. Ce qui limite les effets du terrorisme, c’est le courage ordinaire de chacun : neutraliser un assaillant dans le train, maitriser un forcené en bondissant sur lui quand il recharge sa mitraillette, etc. Face à quelques centaines de djihadistes fanatiques prêts à mourir, ne dressons pas une ligne Maginot de milliers de policiers, militaires et douaniers de plus, mais un bataillon de 60 millions d’héroïnes et de héros ordinaires. Formons, par les techniques de la non-violence et de l’éducation populaire, des militants du quotidien prêts à mourir en cas de force majeure pour sauver des vies et défendre une République sociale et écologique dont ils sont fiers et acteurs, des millions de citoyens maîtrisant les techniques de l’intervention non-violente et de l’autodéfense, chevaliers de la justice sociale et de la convivialité dans les quartier, confiants dans le pouvoir du courage collectif. L’immunité d’un corps social actif et solidaire plutôt que la dérive sécuritaire imposée par quelques-uns : telle est la seule réponse qui vaille face à tous les terrorismes.

- Troisième piste : des états-généraux citoyens contre le terrorisme et tout ce qui l’alimente et pour le vivre ensemble. Dans toutes les villes, tous les quartiers et territoires pourraient se monter des assemblées citoyennes de débat et de propositions contre le terrorisme et ceux qui le renforcent. Actes de résistance en surmontant la peur de se rassembler dans des cafés et lieux publics, espace de parole citoyenne, lieux d’expression des colères des musulmans déshonorés par la barbarie de Daech et guettés par l’exclusion d’une nation qui se replierait, forum des victimes des inégalités sociales ou du racisme, laboratoires d’une autre République française et d’autres mondes possibles. De ces assemblées pourraient remonter, par un processus d’état généraux, un ensemble de propositions pour refaire société, ensemble.

L’état d’urgence, vers un « Patriot Act » à la française Lorène Lavocat (Reporterre) Reporterre 2015/11/18 Lorène Lavocat (Reporterre) (18 novembre 2015) L’état d’urgence, vers un « Patriot Act » à la française. Reporterre. Libertés fr

L’état d’urgence, vers un « Patriot Act » à la française

Le gouvernement va légiférer pour instaurer l’état d’urgence durant trois mois. Décryptage de ce qu’implique cette situation. Selon des juristes, la France reproduit le « Patriot Act », la loi qui avait restreint les libertés aux Etats-Unis en 2001.

Actualisation - Jeudi 19 novembre à 17 h 55 - Les députés ont voté la prolongation de l’état d’urgence

C’est un régime d’exception, qui touche aux libertés fondamentales. L’état d’urgence, décrétée samedi dernier au lendemain des attaques perpétrées par des djihadistes en plein Paris, a d’ores et déjà permis plus de 160 perquisitions, 23 interpellations et 104 assignations à résidence. Et ce mercredi, les ministres doivent adopter un projet de loi permettant de le prolonger au delà des douze jours légaux.

Cette mesure est appliquée pour « aller plus vite que le rythme de la justice », explique Nicolas Binctin, professeur de droit à Poitiers. Quid alors du respect des droits fondamentaux ? « Il s’agit de restreindre les libertés individuelles pour accroître la sécurité collective », résume le juriste. Une balance délicate. Au XVIIIe siècle, Benjamin Franklin nous mettait déjà en garde : « Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l’une ni l’autre, et finit par perdre les deux. »

« Pérennisation de l’urgence »

Instauré par une loi d’avril 1955, pendant la guerre d’Algérie, l’état d’urgence peut être déclaré en cas de « péril imminent résultant d’atteintes graves à l’ordre public ou d’événements présentant, par leur nature et leur gravité, le caractère de calamité publique ». Le texte prévoit ainsi une batterie de mesures pour accroître notamment les pouvoirs des préfets et de la police. Instauration d’un couvre-feu, fermeture de bars ou de salles, interdiction de réunions, réglementation de la circulation ou du séjour, assignation à résidence par déclaration ministérielle, perquisitions sans passer par un juge, contrôle de la presse et de la radio... Autant de dérogations au droit commun.

« Ce n’est pas la fin de l’état de droit », tempère Nicolas Binctin. D’abord parce que le juge reste présent : seulement, il exerce son contrôle a posteriori, et non plus a priori. Ensuite, parce que l’état d’urgence ne peut être prolongé au delà de douze jours, sans vote du Parlement. D’où la volonté du gouvernement d’étendre à trois mois ce régime d’exception, « pérennisant ainsi l’urgence », dénonce le constitutionnaliste Bastien François. Une inquiétude partagée par le député socialiste Pouria Amirshahi : « Étendre ce délai est un recul, notre démocratie s’abîmerait à déléguer une part d’elle-même aux pouvoirs de police, pouvoirs exorbitants de droit commun », explique-t-il sur son site.

Surtout, il s’interroge sur l’efficacité de telles mesures : « Nous rognons sur nos libertés sans que ça n’empêche les attentats de se produire. » Inutile ? Concrètement, les 168 perquisitions menées depuis samedi n’auraient pas pu avoir lieu sans l’état d’urgence, puisqu’aucune enquête judiciaire n’existait. « Cela permet d’agir rapidement », assure Nicolas Binctin. Une source gouvernementale soutient ainsi : « Le contexte de menace très élevée, d’état de guerre, nécessite un cadre juridique adapté. »

Écoutes massives dénoncées par Edward Snowden

La guerre, voilà qui justifie également une possible modification de la Constitution : « Cette guerre d’un autre type face à un adversaire nouveau appelle un régime constitutionnel d’état de crise, afin de permettre aux pouvoirs publics d’agir, conformément à l’état de droit, contre le terrorisme de guerre », a ainsi déclaré François Hollande au Parlement réuni à Versailles, lundi.

Un discours cryptique qui mérite quelques explications. Aujourd’hui, la Constitution de 1958 ne prévoit que deux régimes d’exception, dérogeant au droit commun : l’état de siège (l’article 36), quand le pouvoir exécutif est assuré par les militaires, ainsi qu’une « sorte de dictature temporaire de salut public », résume Bastien François (l’article 16), où le président de la République dispose de pouvoirs extraordinaires.

Le gouvernement veut donc ajouter un nouveau régime, « un état de crise », afin de permettre ensuite l’adoption de lois restrictives des libertés : déchéance de la nationalité française pour des binationaux, interdiction de retour sans permis d’entrer pour des Français partis en Syrie, renforcement des possibilités de rétention ou de surveillance. Autant de mesures aujourd’hui contraires aux droits fondamentaux édictés par notre Constitution.

« Il s’agit de créer une sorte d’état d’urgence permanent, analyse Bastien François. Et surtout, d’établir les bases d’un Patriot Act à la française. » Aux États-Unis, le traumatisme provoqué par les attentats du 11 Septembre avait entraîné l’adoption d’une loi « pour unir et renforcer l’Amérique en fournissant les outils appropriés pour déceler et contrer le terrorisme ». Un texte très controversé sur son efficacité, qui a notamment conduit au scandale des écoutes massives dénoncées par Edward Snowden.

« L’impression d’une précipitation, d’un amateurisme dangereux »

Alors que penser de cette annonce présidentielle ? « Tout cela reste très flou, s’inquiète Françoise Dumont, présidente de la Ligue des droits de l’Homme. Nous avons l’impression d’une précipitation et d’un amateurisme dangereux, car on ne joue pas avec les libertés fondamentales. » Pour elle, la volonté de rassurer ne doit pas conduire à un « concours Lépine des propositions, sans réflexion ni débat démocratique ».

Du côté des écologistes, on frémit : « On ne peut toucher aux libertés publiques qu’en tremblant, a ainsi lancé Cécile Duflot, lors de son allocution à Versailles, lundi. Ce serait permettre aux terroristes de gagner que de faire reculer nos droits fondamentaux. » Julien Bayou, porte-parole d’EELV, parle, lui, d’un « cadeau » fait à l’État islamique. « Notre législation est adaptée à la situation, ce qui manque, ce sont les moyens », ajoute-t-il. Le président a d’ailleurs annoncé la création de 5.000 emplois dans la police et la gendarmerie d’ici à deux ans, ainsi que 2.500 postes supplémentaires au ministère de la Justice. En revanche, Emmanuelle Cosse, la secrétaire nationale d’EELV, a expliqué hier soir que son parti allait « certainement soutenir » la prolongation de l’état d’urgence, « en attendant tout de même le texte de loi et tout en rappelant que l’exception doit rester exceptionnelle ».

Contre le terrorisme et pour la planète : paroles d’un musulman écologiste Nabil Ennasri (Collectif des musulmans de France) Reporterre 2015/11/19 Nabil Ennasri (Collectif des musulmans de France) (19 novembre 2015) Contre le terrorisme et pour la planète : paroles d’un musulman écologiste. Reporterre. Tribune — Libertés fr

Contre le terrorisme et pour la planète : paroles d’un musulman écologiste

Dans l’épreuve que la France traverse, il est indispensable de faire preuve d’unité et de se retrouver autour des valeurs républicaines communes, sans hypothéquer les libertés. Mais le « fléau du radicalisme » ne doit pas occulter l’urgence écologique et la nécessité de « préserver les possibilités de la vie sur Terre ».

Nabil Ennasri est président du Collectif des musulmans de France (CMF).

Ce que nous vivons actuellement est unique dans l’histoire récente. La France vient de connaître ses pires attaques depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Le pays est touché, la nation est en deuil. Face à cette épreuve, nous devons faire preuve d’unité. Un front commun doit rassembler le pays dans un esprit inclusif de dénonciation de ces horreurs, de compassion envers les victimes et leurs familles et de solidarité pour protéger notre avenir.

L’objectif des terroristes, en plus de susciter l’effroi, est de semer la division au sein du peuple français. La stratégie des commanditaires est maléfique puisque, comptant sur l’ampleur de leurs forfaits, ils espéraient qu’une partie du pays en rejette la responsabilité sur ceux qui partagent la même religion que les kamikazes. Ce faisant, cette analogie engendrerait une poussée du discours raciste voire un irréparable passage à l’acte en guise de représailles. Par un enchaînement incontrôlable, on verrait alors certains musulmans se jeter dans les bras, par dépit et frustration, de ces semeurs de haine.

Cette stratégie de « propagande par le fait » a été produite dans l’histoire par plusieurs groupes sectaires et elle a même été théorisée par les idéologues du prétendu « État islamique », dont les pratiques comme les idées ne font que trahir la portée spirituelle du message de l’islam. Elle n’a que peu de chances d’aboutir. En tout cas, il est de notre responsabilité de tout faire pour lui donner aucune chance de voir le jour.

Négocier un virage historique

C’est donc un impératif de rassemblement qu’il nous faut promouvoir. Cet élan permettra à la nation de se retrouver autour de son pacte républicain et de ses valeurs de liberté, d’égalité et surtout de fraternité. Ce discours de convergence et de résistance collective à une épreuve qui a heurté la nation dans toutes ses composantes doit être martelé par tous. Par les autorités et les personnalités publiques qui jouent un rôle central dans le façonnage de l’opinion. Sur ce sujet, il faut saluer la responsabilité d’une large partie de la classe politique, même s’il est désolant de constater que certains ne se sont pas empêchés de récupérer ces crimes pour alimenter des amalgames aussi douteux qu’indécents.

Ce discours doit aussi être relayé par les médias, qui doivent avoir le maximum de scrupules en invitant des personnalités représentatives des différentes communautés et non relayer les figures qui ne bénéficient d’aucune crédibilité de la base. Enfin, par tous les leaders d’opinion, les acteurs associatifs et autres syndicats pour rendre définitivement caduc le spectre de la sédition, qui ouvrirait la porte à toutes les dérives. Sur ces sujets, la communauté musulmane a aussi une large part de responsabilité pour témoigner du sens véritable de son éthique, rassurer une partie de la société qui serait déboussolée face à pareille actualité et être force de proposition pour contribuer à un avenir meilleur.

La France est à la croisée des chemins. Pour résorber le fléau du radicalisme, il y a certes une réponse sécuritaire à apporter. Mais celle-ci, aussi indispensable soit-elle, ne devra jamais se faire au détriment des libertés. La force d’une démocratie, c’est de ne jamais céder à la psychose, en refusant que la panique ne vienne étouffer des droits conquis depuis plus de deux siècles et qui sont le socle de notre identité. En ce sens, les prochains jours et semaines sont déterminants afin de négocier un virage historique.

L’épicentre d’un moment unique

Enfin, si la France est à un moment charnière, le monde a aussi rendez-vous avec l’histoire. La crise du terrorisme ne devrait pas non plus occulter d’autres enjeux qui ont une portée planétaire. En ce sens, si Paris est aujourd’hui la capitale mondiale de la solidarité, elle sera aussi, dans quelques jours, l’épicentre d’un moment unique puisqu’il s’agira, lors de la COP 21, de remettre l’urgence écologique au centre de l’agenda international. Afin de préserver les possibilités de la vie sur Terre et ne pas léguer aux futures générations une planète dont le climat deviendrait chaotique, il ne faudra pas passer à côté de cette dernière occasion pour endiguer un phénomène que la communauté scientifique mondiale considère comme une urgence absolue.

Sur ces deux sujets, l’apport tant philosophique, intellectuel qu’humain des musulmans de France et d’ailleurs est indispensable. Car il s’agit, tout simplement, de se réconcilier avec le cœur même du souffle coranique, qui appelle tant au respect de l’humain, quel qu’il soit, qu’à celui de la création.

Les moules du Mont-Saint-Michel étouffent la baie magnifique Sarah Lefèvre (Reporterre) Reporterre 2015/11/19 Sarah Lefèvre (Reporterre) (19 novembre 2015) Les moules du Mont-Saint-Michel étouffent la baie magnifique. Reporterre. Animaux fr

Les moules du Mont-Saint-Michel étouffent la baie magnifique

Seul produit de la mer bénéficiant d’un label d’origine protégée, les moules du Mont-Saint- Michel sont réputées pour leur qualité. Mais leur production s’est industrialisée, au point de saturer la baie.

Le même ballet s’exécute chaque jour de la saison de récolte, de juillet à janvier, à marée basse, dans la baie du Mont-Saint-Michel. Des bateaux en aluminium roulent à la queue leu leu sur les chemins d’accès au large. Une nuée de goélands accompagne le cortège, impatients de plonger sur le festin qu’on leur a abandonné : des milliers de kilos de moules, trop petites pour être commercialisées car sous le seuil des 4 cm de la norme de l’Appellation d’origine contrôlée (AOP) [1].

« Vous voyez, ils sont en train de les jeter sur le sable. » Marie Feuvrier avance au pas de course à côté du cortège. Elle est présidente de l’Apeme, l’association pays d’Émeraude - mer - environnement. À une centaine de mètres, le bras articulé du bateau amphibie descend une caisse rouge à terre, la vide d’un tas de coquillages et la remonte. L’arrêt ne dure que quelques secondes. Le navire poursuit sa route vers le large.

Déchets, odeurs et risques sanitaires

Plus l’on s’approche, plus l’odeur est forte. « Quand il fait chaud, c’est encore pire ! » ajoute la militante. Un tapis de centaines de mètres carrés de petites moules en putréfaction craque sous les pieds. « Notre littoral est en danger. Avec toutes ces petites moules épandues dans la baie, on fait de notre terre une poubelle. Quels autres professionnels ont le droit d’épandre leurs déchets sur la voie publique ? » Selon elle, le phénomène ne cesse de s’amplifier. « Il y a dix ans, quand je me baladais dans la baie tout ça n’existait pas. Ce n’est que la face émergée d’une production de plus en plus intensive. »

Le sujet ne cesse d’être évoqué au Vivier-sur-Mer, en Ille-et-Vilaine, l’un des plus grands ports mytilicoles français. Les riverains se plaignent depuis des mois de ces déchets, de l’odeur et des risques sanitaires pour les locaux comme pour les touristes. Le maire de la commune, lui-même producteur, en a bien conscience. Il y a six mois, Arnaud Barbé a dû agir pour apaiser la colère de ses concitoyens : « À la fin de l’année 2014, j’ai porté plainte contre la profession pour mauvaise pratique, mais je me suis moi-même tiré une balle dans le pied ! Les autorités professionnelles ont été au courant de ma démarche et cela n’a pas plu à tout le monde. Mais je suis maire et je l’assume. » Affaire classée sans suite puisque, comme il dit, « c’est une plainte contre une profession, donc identifier les coupables est compliqué ».

Aucune réglementation n’existe au sujet de ces déchets. Cependant, le Sage, le Schéma d’aménagement et de gestion des eaux, dans un rapport publié en juillet, a reconnu leur nocivité pour l’environnement : « Le problème de l’épandage des moules non commercialisables sur l’estran, qui comporte des risques sanitaires et porte atteinte à l’image de la baie du Mont-Saint-Michel, devrait être considéré avec la même attention que celle apportée aux autres sources de la dégradation des masses d’eau. » « C’est une question très polémique en ce moment », admet Éric Hodbert, le président du comité de l’AOP. Il estime que chaque année entre 2.000 et 4.000 tonnes de « moules sous-taille », comme il les appelle, sont rejetées sur le sable. Mais « pas plus » et à comparer avec une moyenne de 11.000 tonnes vendues sur la même période.

Apparition de la « pêcheuse »

Un ancien producteur du Vivier-sur-Mer, qui souhaite rester anonyme, livre une toute autre analyse. Il dénonce les « chemins de la honte », ces deux routes de la baie qui mènent au large et sur lesquels les mytiliculteurs – les éleveurs de moules - épandent leurs déchets. Le mytiliculteur retraité estime qu’à son époque, il n’y avait que 5 % de rebuts. « Aujourd’hui, si on expédie 70 tonnes de moules quotidiennement, cela signifie que plus de 20 tonnes sont épandues sur le sable chaque jour », déplore-t-il.

Ce qui a changé ? La méthode. La production dans la baie du Mont-Saint-Michel est intensive. Les pieux de bouchot sont surchargés. Les mollusques n’ont pas assez d’espace pour se développer et sont tous récoltés en une seule fois. Les plus grosses moules sont vendues, les plus petites n’ont pas le temps de se développer. Le grand tournant a été pris en 1975 avec l’apparition de la « pêcheuse », le bras articulé qui récolte d’un seul coup les filets de moules sur un même pieu.

Tous les bateaux en sont équipés aujourd’hui : « C’est une révolution pour ceux qui savent s’en servir, mais si on l’utilise trop tôt, on pêche des moules qui ne sont pas encore prêtes », explique le mytiliculteur retraité du Vivier. Il regrette le temps où l’on cueillait les moules au fur et à mesure, pour laisser le temps aux plus petites de grandir. Les mytiliculteurs récoltaient alors la même quantité de moules qu’aujourd’hui. « On ne cultive plus, on produit et on veut produire toujours plus ! » s’indigne le retraité.

La baie étouffe. Il y a de plus en plus de moules à nourrir et de moins en moins de phytoplancton. Preuve de cette saturation, les éleveurs n’ont plus le droit d’ajouter un seul pieu dans la baie du Mont-Saint-Michel depuis l’obtention de l’Appellation d’origine contrôlée (AOC, la certification française) en 2006. Conséquence en bout de chaîne, la coquille bleue réputée pour sa chair orange et généreuse est de moins bonne qualité qu’auparavant. Parmi de nombreux locaux déçus par cette spécialité locale, un pêcheur de Cancale a par exemple refusé d’en manger durant l’été : « Elles sont minuscules ! C’est scandaleux d’avoir une appellation et de si petites moules. » La réponse de ses confrères mytiliculteurs le fait sourire : « Ils me répondent qu’ils n’ont pas le choix, parce qu’une fois que les moules sont détachées du pieu, on ne peut plus les raccrocher. »

Gigantesque projet d’élevage sur filières

Les producteurs n’ont plus qu’une solution : s’étendre au-delà de la baie. Dernière illustration de cette industrialisation de l’activité mytilicole, un gigantesque projet d’élevage de moules sur filières [2] au large des côtes sauvages de Cancale et Saint-Coulomb. La première tentative, d’une superficie de 300 hectares, soit près de 410 terrains de football, et portée par deux grands promoteurs de la baie, aurait couvert le large de la côte d’Émeraude.

Après un refus du préfet, le Comité régional de la conchyliculture, l’instance professionnelle du secteur, est revenu à la charge avec un projet « expérimental » sur trois ans pour prouver que la technique fonctionne. Ce dossier, soutenu par les mêmes éleveurs, a été retoqué le tribunal administratif de Rennes en juillet faute d’étude d’impact suffisante. À en croire un ostréiculteur local, de nombreux autres mytiliculteurs ont eux aussi déjà préparé leurs dossiers : « Ce n’est pas l’existence de filières que l’on a remis en cause, mais un défaut de procédure. D’autres projets verront sûrement le jour. »

Dans le Bâtiment 4 du port Est du Vivier-sur-Mer, la chaine de lavage de Xavier Salardaine vient de s’arrêter. Le conchyliculteur de 35 ans fait partie des éleveurs qui ont soutenu le projet sur filières, « pour produire plus, pour travailler plus et créer des emplois », explique-t-il fermement. Avec 200 tonnes de production annuelle, il se place parmi les entreprises de taille moyenne du secteur. Pour s’agrandir, les possibilités ne sont pas nombreuses : « Soit on tente de s’implanter ailleurs, soit on rachète des concessions dans la baie à ceux qui s’en vont. Mais les places sont très rares et coûtent très cher. »

Il rêve de reproduire l’histoire de ses arrières-grands-parents. Ces « pionniers », comme il les appelle, sont venus de Charente-Maritime en 1958 pour implanter les premiers bouchots dans la baie. « Il n’avaient pas assez de concessions en Charente, donc ils sont venus essayer ici. » Le milieu est encore vierge. La croissance des coquillages est vertigineuse. L’histoire pourrait se répéter avec le projet des moules sur filières, mais à moindres frais : pas besoin de déménager ni de réinvestir dans du nouveau matériel car la belle côte d’Émeraude n’est qu’à quelques milles marins de port du Vivier-sur-Mer.

« Trouver d’autres solutions »

Stéphane Hesry est un des leaders de la profession, qui a réinvesti ses bénéfices dans de larges domaines familiaux. Sa réputation repose aujourd’hui sur une stratégie commerciale de qualité : il a lancé y a trois ans « La Morisseau », sa marque propre. Plus grosse et plus charnue que l’AOP classique, elle se vend deux fois plus cher, soit environ 8 euros le kilo. Ce jour-là, Stéphane Hesry et son équipage ont revêtu leur combinaison pour garnir les pieux de jeunes moules qui arriveront à maturité l’année prochaine. Leur méthode n’est pas révolutionnaire : « Le secret, c’est de mettre la bonne quantité de naissains au départ. On en met moins pour qu’ils puissent s’étendre plus sur les pieux. »

Ce marketing du long terme s’oppose à la stratégie des producteurs qui cherchent avant tout à grandir pour générer de gros volumes. Ce modèle rappelle d’ailleurs quelque-chose à Stéphane Hesry : « Il y a 20 ans, quand j’ai commencé, il y avait 80 producteurs au Vivier. Aujourd’hui, nous ne sommes plus qu’une cinquantaine. On suit le même schéma que l’agriculture, mais avec un peu de retard. Pour s’en sortir, il faut trouver d’autres solutions. »

Le collègue mytiliculteur à la retraite de Stéphane Hesry en est lui aussi convaincu. Parmi les recommandations qu’il souhaite transmettre à la jeune génération : un meilleur espacement des cultures, un achat moins important de cordes de naissains importé de Charente-Maritime, soit « une culture plus raisonnée et finalement plus rentable, au nom de la sauvegarde de l’environnement de la baie, de l’image de l’AOP et donc de l’activité ».

Des déchets bientôt valorisés ?

Les producteurs réfléchissent à une valorisation des milliers de tonnes de petites moules qu’ils déversent sur l’estran de juillet à janvier en pleine saison touristique. « Nous souhaitons vraiment réussir à les commercialiser, lance Arnaud Barbé, conchyliculteur et maire du Vivier-sur-Mer. Des essais sont en cours et devraient être prêts pour le début de la saison prochaine. » Nous n’avons pas pu en savoir plus sur ce projet bien mystérieux.

Un documentaire sur la politique qui s’invente à Notre-Dame-des-Landes Vincent Lapize Reporterre 2015/11/19 Vincent Lapize (19 novembre 2015) Un documentaire sur la politique qui s’invente à Notre-Dame-des-Landes. Reporterre. Notre-Dame-des-Landes fr

Un documentaire sur la politique qui s’invente à Notre-Dame-des-Landes

Tourné entre le printemps 2012 et le printemps 2014, Le Dernier Continent propose un regard subjectif sur l’expérience politique atypique vécue par les opposants au projet de l’Aéroport Grand-Ouest sur la ZAD de Notre-Dame-des-Landes.

La ZAD, c’est 2.000 hectares de forêts et de prairies appelés « Zone à Défendre » par ceux qui y vivent et « Zone d’Aménagement Différé » par l’État et les promoteurs. Plusieurs centaines de personnes y partagent un quotidien et luttent ensemble « contre l’aéroport et son monde ».

Ils sont d’anciens habitants, des paysans, des sympathisants, des constructeurs, des combattants et des activistes. Ensemble, ils inventent des modes d’organisation collectifs et horizontaux pour dépasser la simple opposition au projet d’aéroport et mettre en place des modes de vie en cohérence avec leurs valeurs. Au travers des réussites et des impasses, l’expérience politique se réinvente chaque jour. Les militants transforment ainsi la ZAD par leur pratique de l’utopie, et la ZAD les transforme en retour.

Le Dernier Continent, un long métrage documentaire de Vincent Lapize, en salles depuis le 11 novembre, 1 h 17, France, 2015

Dates et lieu des projections ici.

Source : Le Dernier Continent

Le pétrole et l’argent de Daech : voici les faits Émilie Massemin (Reporterre) Reporterre 2015/11/19 Émilie Massemin (Reporterre) (19 novembre 2015) Le pétrole et l’argent de Daech : voici les faits. Reporterre. Énergie fr

Le pétrole et l’argent de Daech : voici les faits

Les pays occidentaux financent-t-ils le terrorisme de Daech (alias État islamique) en lui achetant du pétrole ? Non, selon les spécialistes interrogés par Reporterre. Daech tire deux millions de dollars par jour de l’or noir, soit environ un cinquième de ses revenus. Et sa production de moins de 40.000 barils par jour, largement autoconsommée, ne pèse pas lourd dans la région.

Les pays occidentaux financent-t-ils le terrorisme de Daech en lui achetant du pétrole ? Non, assurent les deux spécialistes interrogés, Matthieu Auzanneau (Shift Project) et Valérie Marcel (Chatham House). Si l’or noir reste une source de financement importante pour l’Etat islamique, ce dernier exporte peu et complète son budget par d’autres trafics. Faisons le point.

De quelles ressources pétrolières Daech dispose-t-il ?

L’État islamique contrôle actuellement 60 % des ressources pétrolières de Syrie. Il dispose principalement de champs pétroliers dans la province de Deir ez-Zor, dans l’est du pays. « C’est une province assez vaste, plus ou moins désertique et peu peuplée, située à frontière de l’Irak », décrit à Reporterre Matthieu Auzanneau, chargé de la prospective au Shift Project et auteur d’Or noir, la grande histoire du pétrole. Daech y produit de 30.000 à 40.000 barils chaque jour. « C’est très peu par rapport aux standards du golfe Persique, où la production se compte en millions de barils par jour », relativise ce spécialiste du pétrole.

Cette production, faible, est « structurellement en déclin », poursuit-il. En effet, la Syrie a dépassé son pic de production à la fin des années 1990. « Il est intéressant de voir que la diminution de cette manne pétrolière, pour des raisons écologiques d’épuisement de la ressource, a contribué au marasme économique du pays, remarque M. Auzanneau. Le même phénomène se produit, en pire, au Yémen, et y participe à l’effondrement des institutions étatiques. »

En Irak, quatrième exportateur mondial de pétrole et détenant 40 % des réserves mondiales, Daech ne disposerait pas de champs pétroliers, estime M. Auzanneau. « Une grande peur était que l’État islamique remette la main sur les puits pétroliers de Kirkouk, dans la zone d’autorité des Kurdes d’Irak, mais il s’est arrêté à Mossoul », constate-t-il.

En 2014, d’après le rapport Islamic State : the Economy-Based Terrorist Funding rédigé par Jean-Charles Brisard et Damien Martinez, Daech contrôlait encore 13 champs de pétrole dans les gouvernorats de Ninive, al-Anbar, Salah ad-Din et Kirkouk. Le pétrole produit dans ces champs représentait 10 % des capacités de production irakiennes.

Mais « Daech a perdu les trois-quarts des champs pétroliers dont il disposait dans l’ouest et le nord-ouest de l’Irak, reconquis par les forces kurdes et irakiennes », relate le docteur Valérie Marcel, chercheuse associée énergie, environnement et ressources à l’Institut royal des relations internationales (Chatham House) de Londres. Qui évalue toutefois la production de Daech en Irak à « 10.000 barils par jour, à rapporter au 3,4 millions de barils par jour de capacité de production que totalise l’Irak ».

Quels revenus Daech tire-t-il de sa production de pétrole ?

L’État islamique tire environ 2 millions de dollars par jour de la vente de brut et de produits pétroliers plus ou moins raffinés. « C’est très peu pour la région, mais cela représente une part substantielle du revenu de Daech, qui s’élève au total à un peu moins de 10 millions de dollars par jour [soit environ 3,5 millards d’euros par an], d’après les évaluations des services de renseignement américains et européens », analyse Matthieu Auzanneau. « A cette source directe d’or noir s’ajoute une autre, indirecte mais sans doute très importante : les pétrodollars donnés par de riches habitants des pays arabes du golfe arabo-persique, via divers canaux occultes », précise-t-il.

Contrairement à ce qui se lit parfois, le pétrole de Daech n’est pas vendu en-dessous des prix du marché, estime le chargé de prospective au Shift Project. « Le prix varie entre 25 et 40 dollars le baril, ce qui est moins cher que le baril de Brent mais correspond aux prix du marché dans la région, évalue-t-il. Sachant que le prix varie en fonction du type de pétrole : plus le pétrole est lourd, moins il est cher. »

« On exagère souvent les revenus que l’État islamique tire du secteur pétrolier, estime pour sa part Valérie Marcel. Je pense qu’aujourd’hui, ils tirent davantage de revenus de taxes, d’extorsions et de péages. » En effet, outre le pillage de la banque centrale de Mossoul en juin 2014, qui lui a apporté environ 500 millions de dollars états-uniens, Daech se finance par la contrebande de matières premières, la vente de produits contrefaits (cigarettes, vêtements), le zakat (l’aumône islamique obligatoire) et le mécénat de quelques grandes fortunes du Golfe.

« Historiquement, le pétrole a joué un rôle dans la fortune de Daech, mais actuellement tout est bombardé. Tous les oléoducs ont été fichus en l’air, idem pour les raffineries, renchérit Pierre Radanne, expert énergie à l’association 4D. Les revenus de l’État islamique viennent aussi du trafic de drogues et du trafic d’armes, ainsi que du racket des populations locales. Une des manières de casser Daech est de casser sa tirelire, mais pas forcément par le pétrole. »

Qui achète et consomme ce pétrole ?

Le pétrole produit par Daech est essentiellement consommé sur place, en Syrie et en Irak, explique Matthieu Auzanneau. « On soupçonne fortement que l’État islamique troque avec le régime de Bachar el-Assad du brut contre des produits raffinés, complète Valérie Marcel. Nous ne disposons pas de preuves fermes, mais le régime de Bachar el-Assad avait déjà noué une entente de ce genre avec al-Nosra, un groupe rival de Daech en Syrie. » Des soupçons d’autant plus forts que l’État islamique ne dispose que de faibles capacités de raffinage. L’existence d’un tel trafic semble possible à M. Auzanneau : « Cela a été évoqué par la CIA il y a un an et nous n’avons pas d’éléments nouveaux depuis. Mais cela semble plausible dans la mesure où l’armée de Bachar el-Assad a peu fait pression sur l’État islamique, avec peu d’actions aériennes. »

Concernant d’éventuelles exportations vers la Turquie, M. Auzanneau se montre prudent. « On entend beaucoup fantasmer sur cette idée, mais en réalité la production de pétrole de Daech est faible, et la part exportée vers la Turquie représente une goutte d’eau sur le marché turc et moins encore au niveau mondial », relativise-t-il. « Une portion de brut doit passer en Turquie, mais les volumes sont moins élevés qu’autrefois car les contrôles à la frontière sont plus importants », complète Mme Marcel.

Comment ces ressources pétrolières évoluent-elles ?

Les bombardements états-uniens et français sur l’appareil de production (champs, oléoducs, raffineries) ont fait redescendre la production de pétrole de Daech de 70.000 à 40.000 barils par jour en environ en un an.

Les bombardements de la coalition ont tout d’abord ciblé les grosses raffineries de pétrole contrôlées par Daech, plus faciles à détruire car plus localisées. Mais la multiplication de raffineries artisanales mobiles rend difficile l’éradication des capacités de raffinage. « L’État islamique et de nombreux opérateurs indépendants, qui essaient de profiter de la guerre, récupèrent le brut et le raffinent de manière artisanale. Une raffinerie artisanale est un simple alambic qui peut être installé dans une cave, décrit M. Auzanneau. Elle ne permet pas de produire du pétrole pour l’industrie pharmaceutique, mais suffit pour faire du diesel, de l’essence et de l’asphalte. »

En conséquence, depuis plusieurs semaines, les États-Unis et la France entreprennent de bombarder les champs de pétrole. « Même s’ils sont difficile à frapper car très étendus, une fois qu’ils sont détruits, il est plus difficile de relancer la production de pétrole, car cela nécessite d’importer des pièces détachées de l’étranger », remarque M. Auzanneau.

Le Brésil frappé par la pire catastrophe écologique de son histoire Mathilde Dorcadie (Reporterre) Reporterre 2015/11/20 Mathilde Dorcadie (Reporterre) (20 novembre 2015) Le Brésil frappé par la pire catastrophe écologique de son histoire. Reporterre. Nature fr

Le Brésil frappé par la pire catastrophe écologique de son histoire

Il y a deux semaines, la rupture de deux barrages miniers a libéré des dizaines de milliers de mètres cubes de boue polluée dans le Minas Gerais. Depuis, la coulée fraye inexorablement son chemin vers l’océan, provoquant un désastre sur les écosystèmes.

Près de deux semaines après l’accident survenu près de Mariana, dans l’État du Minas Gerais, le 5 novembre, le littoral brésilien est maintenant lui aussi touché par la pollution engendrée par la fuite de déchets issus de l’extraction minière.

La catastrophe a d’abord provoqué la mort de sept personnes et la disparition de quinze autres. Une localité a été rayée de la carte (Bento Rodrigues) en plus des villages inondés.

Et près de 60 millions de litres d’un mélange constitué de terre, de silice, de résidus de fer, d’aluminium et de manganèse (l’équivalent de 24 piscines olympiques, précise le journal Folha de S. Paulo) se sont déversés dans le Rio Doce (la douce rivière), le cinquième plus grand fleuve du Brésil. En quelques jours, des millions de poissons sont morts d’asphyxie et les habitants surnomment désormais ce fleuve le « Rio Morto » (la rivière morte).

Le mélange échappé du barrage n’est pas directement toxique pour l’être humain, disent les autorités, qui conseillent pourtant de jeter tous les objets et vêtements qui ont été en contact avec la boue. Les spécialistes, eux, expliquent que ce mélange pourrait agir comme une « éponge » qui piège les autres polluants. Quelques jours après le passage des eaux contaminées, des relevés ont ainsi montré un taux anormalement élevé de mercure à quelques kilomètres de la catastrophe. D’autres sources évoquent la présence de plomb, de cuivre et de divers métaux lourds.

Actuellement, ce sont plus de 500.000 personnes qui sont privées d’eau pour les approvisionnements domestiques et agricoles, le long des 850 km qui séparent Mariana et l’océan Atlantique. Des barrages et des usines de captation sont à l’arrêt à cause des déchets flottants et des tonnes de poissons morts. Par ailleurs, près de 600 personnes ont été déplacées à cause de la subite élévation des eaux. Par sa quantité et sa composition, cette vague de boue, qui progresse à la vitesse de 1,2 km/h, affecte toute une région pour au moins les cent prochaines années.

« Plusieurs siècles pour que la nature reconstitue un sol fertile »

Là où le « Fukushima brésilien », comme le désignent les internautes [1], a recouvert les terres, plus rien ne pourra repousser avant de longue années. « Ce type de résidu d’extraction est totalement infertile car il ne contient pas de matière organique », explique Mauricio Ehrlich, professeur de géo-ingénierie à l’Université de Rio de Janeiro (URFJ), « il faudra plusieurs siècles pour que la nature reconstitue un sol fertile ».

Plus graves encore que la création de cette zone de désert infertile, sont les conséquences fluviales et maritimes. Dans les premiers jours, les particules boueuses en suspension dans l’eau, en empêchant le passage des rayons du soleil, ainsi que la bonne oxygénation de l’eau, ont provoqué la mort d’une grande partie de la faune et de la flore. Les pêcheurs et les volontaires se sont démenés jour et nuit pour tenter de sauver poissons, crustacés et tortues sur le littoral avant l’arrivée de la vague. Et pourtant, même s’il est encore trop tôt pour le dire, les scientifiques craignent que certaines espèces endémiques de la région aient définitivement disparu, car la catastrophe a eu lieu en pleine période reproductive de nombreuses d’entre elles. Le pH (acidité) de l’eau se trouve également altéré, ce qui va continuer d’affecter durablement la reproduction animale et végétale. Selon plusieurs experts, dix ans au moins seront nécessaires avant que réapparaisse un semblant de vie aquatique.

Les preuves d’une négligence de maintenance

Enfin, le système hydrologique de la région est bouleversé par cet apport exceptionnel de sédiments en grande quantité, affectant le tracé et le volume des cours d’eau. La création de « poches de stagnation » et la perturbation des courants ont aussi un effet sur les écosystèmes, des fonds fluviaux aux berges. Les conséquences sur les nappes phréatiques sont pour l’instant peu connues, mais des contaminations sont à craindre. Des pollutions liées à la décomposition des animaux et des poissons morts commencent à préoccuper les autorités sanitaires. Par ailleurs, l’essentiel de la coulée de boue n’ayant pas encore atteint l’océan – seulement les particules très légères – les conséquences sur l’écosystème marin ne sont pas encore estimées.

Le responsable des barrages est l’entreprise Samarco, qui appartient au groupe minier brésilien Vale et à l’anglo-australien BHP Billiton. Le ministère public de l’État du Minas Gerais a affirmé que la rupture du barrage n’était pas un accident et qu’il rassemblait les preuves d’une négligence de maintenance. Une première amende de 250 millions de réaux (61 millions d’euros) a été infligée et annoncée par la présidente du Brésil, Dilma Rousseff. Mais les experts estiment que la facture devrait se chiffrer plutôt en milliards.

Sur le plan économique, il est encore trop tôt pour faire le calcul des productions agricoles et piscicoles perdues et des impacts sur les autres activités de la région liées aux fonctions de la faune et de la flore gravement atteintes. Sur le plan écologique, le calcul, lui, ne sera peut-être jamais fait car « comment estimer le coût de la disparition d’une espèce ? » souligne Alessandra Magrini, une des spécialistes qui va être chargées d’établir l’addition finale.

La menace de la rupture d’un troisième barrage

Le gouvernement a annoncé le 17 novembre un plan de « revitalisation » du Rio Doce qui devra être financé par l’entreprise responsable. Or, Samarco se retrouve actuellement confronté à la menace de la rupture d’un troisième barrage. Malgré les travaux d’urgence qui sont en train d’être effectués, les dirigeants ont fini par admettre, en début de semaine, que le risque existe toujours. Les habitants de la région s’attendent à voir le bilan s’alourdir.

La présidente de l’Institut brésilien de l’environnement (Ibama), Marilene Ramos, rappelle que la catastrophe de Mariana n’est pas la première de ce genre. En 10 ans, cinq incidents de la sorte se sont produits, bien que de moindre ampleur. Le Brésil doit donc désormais prendre au sérieux les menaces que constituent les activités extractives pour l’environnement et revoir ses réglementations de sécurité.

Faire le choix de relever le défi climatique Henri Landes et Thomas Porcher Reporterre 2015/11/20 Henri Landes et Thomas Porcher (20 novembre 2015) Faire le choix de relever le défi climatique. Reporterre. fr

Faire le choix de relever le défi climatique

Nous sommes conscients que notre activité est responsable du réchauffement climatique et nous en identifions les conséquences comme la fonte de la calotte glacière ou les dizaines de millions de réfugiés climatiques chaque année dans le monde. Pourtant, nous continuons à subventionner généreusement les énergies fossiles, à promouvoir des traités de libre-échange sans clause sur le climat et à utiliser des indicateurs de mesure qui comptabilisent uniquement la production marchande.

Ce livre dévoile cette hypocrisie et montre que nous avons les moyens de relever le défi climatique. Une autre voie existe, c’est en réalité juste une question de choix.

Henri Landes est maître de conférences à Sciences Po Paris et cofondateur de l’association CliMates dont il a été le président.

Thomas Porcher est docteur en économie, professeur associé à PSB (Paris School of Business) et chargé de cours à l’université Paris-Dauphine. Il est l’auteur de Le mirage du gaz de schiste (Max Milo, 2013).

Le déni climatique, Henri Landes et Thomas Porcher, Éditions Max Milo, 96 p., 9,90 euros

Source : Max Milo éditions.

« J’ai voté l’état d’urgence, mais... » Entretien avec Cécile Duflot Reporterre 2015/11/20 Entretien avec Cécile Duflot (20 novembre 2015) « J’ai voté l’état d’urgence, mais... ». Reporterre. Entretien — Politique fr

« J’ai voté l’état d’urgence, mais... »

L’Assemblée nationale a voté jeudi 19 novembre l’état d’urgence pour trois mois. Cécile Duflot l’a voté. Elle explique sa décision, et les réserves que lui inspire la démarche du gouvernement.

Reporterre - Pourquoi avoir voté, hier, la loi prolongeant l’état d’urgence ?

Cécile Duflot - L’état d’urgence a une durée limitée, et nous aurions même souhaité qu’elle soit plus brève. Mais dans ce contexte extrêmement préoccupant pour les habitants de ce pays, il nous a semblé légitime de voter cette prolongation pour être au diapason du besoin de protection exprimé par notre population. Nous sommes dans un moment très troublé et les gens ressentent le besoin qu’il y ait des décisions prises face à cette menace. La loi de 1955, ainsi modifiée, offre des dispositions qui permettent de pouvoir travailler plus vite, pour les perquisitions notamment. Et dans l’hypothèse de menaces très identifiées, l’assignation à résidence peut être un moyen très efficace. C’est un vote en conscience qui est compliqué avec mon histoire, mes engagements. Mon souci de la défense des libertés publique demeure entier.

D’autres députés écologistes ont justement jugé qu’une durée aussi longue constituait un risque suffisant pour ne pas voter la loi.

Chacun a un index avec lequel il appuie sur un bouton pour voter. Je partage les réserves et les critiques de ceux qui ont refusé de la voter. Je l’ai dit hier dans l’hémicycle : l’état d’urgence ne peut pas être un état d’exception permanent. Je demande au gouvernement de ne pas se tromper sur le sens de notre vote : ce n’est pas un quitus. Et je dois dire que voir le gouvernement accepter les amendements de la droite et refuser ceux des écologistes laisse songeur. L’unité nationale ne justifie pas d’avaler à gros bouillons la doctrine de nos adversaires.

Cette situation justifie-t-elle l’annulation des grands rendez-vous de la société civile pendant la COP 21 ?

Après les attentats de Charlie, on a manifesté avec tous les dirigeants du monde. Interdire la grande marche du 29 novembre me semble être une erreur et pas seulement parce que nombre de militants la préparent depuis deux ans. Le succès de la COP passe par la mobilisation de la société civile. C’est une partie de notre avenir qui se joue à la conférence de Paris. Nous devons trouver les formes pour faire entendre coute que coute la voix des citoyennes et des citoyens.

Soutenez-vous le projet de révision de la constitution annoncé par François Hollande ?

Non. J’ai des réserves importantes sur la nécessité de modifier la Constitution, et surtout de vives réticences quant à la temporalité de cette modification. Cette démarche est inutile et dangereuse. J’ai participé à la Commission sur l’avenir de nos institutions qui réunissait plusieurs personnalités qualifiées, des juristes, des constitutionnalistes, etc. Cette commission s’est réunie tout au long des derniers mois, après les attentats de janvier. Pourtant, personne n’a soulevé, à un seul moment, cette nécessité de modification. Je note par ailleurs que l’année de la COP 21, le président de la République n’a pas donné suite à notre demande d’intégrer l’objectif de lutte contre le dérèglement climatique dans la constitution et d’affirmer le caractère écologique de notre République.

Le tragique spectaculaire des attentats marque davantage les esprits que la catastrophe lente de notre modèle de développement. Le temps court ne doit pourtant pas obérer le temps long. C’est essentiel pour la sauvegarde de notre avenir.

Quid de la proposition de déchéance de nationalité qu’a également formulée François Hollande ?

Nous ne pouvons l’accepter. Cette proposition est totalement aberrante au regard de ce qui fonde notre pays, elle est au fond basée sur l’idée que les binationaux sont moins Français que d’autres. Il y a là quelque chose d’assez pervers qui revient à trier entre les Français. Cette distinction n’a rien à voir avec la lutte contre le terrorisme mais tout à voir avec la volonté affichée par nos adversaires de revenir sur le droit du sol. Y consentir serait une faute.

Sur le plan géopolitique, faut-il selon vous intervenir en Syrie ?

Laisser Bachar el Assad gazer son peuple a été une faute considérable. La position de Vladimir Poutine a consisté à geler toute capacité d’intervention. Le fait que l’Europe soit un nain politique et militaire en raison de notre incapacité à parler d’une même voix et faute d’avoir une politique de défense commune nous handicape considérablement. Au point où nous en sommes je ne suis pas certaine que les frappes aériennes, sporadiques, soient les plus efficaces. L’histoire mondiale récente, notamment en Afghanistan, l’a bien montré.

Faut-il alors intervenir au sol ?

Nous payons le prix de notre non-soutien aux kurdes. Mais il faut agir sur l’ensemble des clés, militaires certes, mais aussi diplomatiques, financières, géopolitiques. La fragilisation de la Syrie est aussi liée à une grande sécheresse qui a conduit à des déplacements de population massifs. Toutes ces questions sont imbriquées. Le terrorisme prospère sur la misère. Et il ne faut pas non plus oublier de se poser cette question essentielle : comment ces groupes trouvent-ils des bras dans nos propres sociétés ?

Votre réponse n’évacue-t-elle pas la question de la sécurité, qui semble un impensé de l’écologie ?

Absolument pas. Je plaide pour la « déminorisation » de l’écologie : ce qui implique que nous puissions formuler des réponses dans tous les domaines de l’action gouvernementale. Je réfléchis depuis de longs mois à ce que serait une « politique verte » de la défense. Dans le domaine de la géopolitique, intégrer le facteur environnemental dans les causes du désordre du monde est impératif. Le dérèglement climatique est indéniablement un multiplicateur de menaces qui a joué un rôle important par exemple dans la dislocation de la Syrie ou l’émergence de Boko Haram. Dans le cas de Daech, posons-nous la question du financement : la manne du pétrole de contrebande est une ressource considérable. Les ressources agricoles des régions fertiles passées sous contrôle jouent aussi un rôle important, à côté du trafic d’organes ou de la vente d’êtres humains. Aucune naïveté ne permettra de lutter contre le terrorisme. Cela vaut aussi pour notre territoire.

J’affirme que l’idée d’une surveillance de masse n’est pas seulement dangereuse pour nos libertés publiques mais inefficace pour lutter contre ce type de menace : la suppression des renseignements généraux a constitué une erreur importante de l’ère Sarkozy que nous payons maintenant au prix fort. Un algorithme ne remplacera jamais un agent formé, impliqué sur le terrain, capable de dire en temps réel ce qui se passe. Par ailleurs, je répète que nous devons assécher les sources de recrutement des intégristes : la République doit regagner du terrain dans les esprits, ce qui implique une lutte sans merci contre les inégalités. Les écologistes ne sont pas des naïfs. Noel Mamère n’a pas faibli quand il a fallu éloigner un imam dangereux de la mosquée de Bègles.

- Propos recueillis par Barnabé Binctin

Seuls six députés ont voté contre la prolongation durant trois mois de l’état d’urgence

. Pouria Amirshahi (PS) . Isabelle Attard (écologiste) . Sergio Coronado (écologiste) . Noël Mamère (écologiste) . Barbara Romagnan (PS) . Gérard Sebaoun (PS)

- Source : Assemblée nationale

Complément d’info : Texte de l’intervention de Cécile Duflot au Congrès, à Versailles

Molenbeek, un nid de terroristes ? Cette commune de Bruxelles est le lieu d’une belle alternative Julie Lallouët-Geffroy (Reporterre) avec Espaces possibles Reporterre 2015/11/20 Julie Lallouët-Geffroy (Reporterre) avec Espaces possibles (20 novembre 2015) Molenbeek, un nid de terroristes ? Cette commune de Bruxelles est le lieu d’une belle alternative. Reporterre. Monde fr

Molenbeek, un nid de terroristes ? Cette commune de Bruxelles est le lieu d’une belle alternative

Molenbeek, près de Bruxelles, est présenté comme un repaire de terroristes. Comme toujours, la réalité n’est pas si simple. Car dans cette commune jouxtant Bruxelles, une initiative de parc urbain autogéré est devenue un exemple extraordinaire de mixité et de tolérance.

Molenbeek, quartier populaire de l’ouest de Bruxelles, est le plus dense de la capitale belge avec 100.000 habitants. Un quartier pauvre où le revenu moyen n’excède pas les 9.000 euros/an et où la population immigrée est très présente. À sa limite Est, en bordure du quartier historique en plein renouvellement de Tour & Taxis, se trouve une ancienne friche ferroviaire que la région, à travers son administration Bruxelles environnement, a voulu réhabiliter main dans la main avec les habitants. Le résultat de l’aménagement de cet espace vert de cinq hectares, Parckfarm, est saisissant. L’autogestion organisée par l’administration tranche avec les pratiques habituelles des pouvoirs publics sur la démocratie participative et l’implication des citoyens. Ici, on est dans le réel, la création de lien social au sens propre et concret.

Le sens de l’esthétisme

Et pourtant, à lire la presse en ce moment, Molenbeek évoque un quartier laissé à l’abandon : désindustrialisation, taux de chômage flirtant avec les 60 %, communautarisme, trafic de drogues, déscolarisation.

À l’inverse, le parc est une respiration où des populations très contrastées se côtoient, les salariés en costard-cravate qui vont travailler dans les bureaux de Tour & Taxis avec les populations immigrées qui vivent dans le quartier. Une mixité étonnante surtout lorsque l’on s’aperçoit qu’elle s’étend aux personnes sans-abri, qui n’ont pas été exclues et au contraire intégrées à la vie du parc.

Présents depuis une dizaine d’années, avant même l’aménagement du parc, ils jouent aujourd’hui de fait un rôle de gardiens de nuit, prévenant les dégradations, le parc restant ouvert 24 h/24.

Parckfarm ne se compose pas d’un simple carré de pelouse, on y trouve un poulailler, des potagers, des ruches, un four à pain, une vaste table de pique-nique et une serre vitrée aménagée pour que l’on y cuisine et mange.

L’ensemble de ces nouveaux équipements est esthétique ; ils sont le fruit d’une biennale de design en 2014, Parckdesign. « Ce qui est beau est respecté », c’est la ligne que s’est fixée Martine Cantillon-Cuillier, en charge du projet au sein de Bruxelles environnement, et de fait, aucune dégradation n’est à déplorer depuis la création du parc.

Après la biennale, les habitants ont créé une association pour prendre le relais et gérer seuls les équipements et l’animation de l’espace. Aujourd’hui, Bruxelles environnement n’a plus qu’un rôle de financeur et de coordinateur. Arnaud Van Blommen, gestionnaire du parc explique : « Il est plus facile de fonctionner avec un référent qui prend les décisions seul, mais le lieu ne serait pas celui-ci sans la recherche de consensus. Un apprivoisement mutuel doit se créer. Les habitants comprennent vite que le parc est vraiment créé pour eux. »

Les cinq hectares d’espace vert sont aussi un lieu d’échange, de vente de produits régionaux, de rencontres, de débats et de concerts. Des ateliers gratuits sont également proposés chaque semaine. On y apprend à reconnaître les plantes, à les cultiver et à les cuisiner.

Manier le papier administratif et le dialogue institutionnel

Des visites guidées du parc sont organisées pour les touristes, les habitants d’autres quartiers, ainsi que pour des personnes fraîchement arrivées dans le pays qui souhaitent apprendre la langue française. Contraste garanti. Mustapha est très impliqué dans le quartier et dans ce parc d’un genre nouveau. « Là, j’emmène un groupe d’étrangers faire du pain. Comme ça, ils ne restent pas qu’entre eux et dans une salle de classe. C’est important d’avoir des lieux comme ici, qui permettent de faire des choses ensemble et de rencontrer du monde »

Mais n’allons pas croire que tout est parfait. Malgré une volonté commune d’améliorer le « vivre-ensemble », les tensions sont bien palpables en particulier sur un sujet : les prix. Dans la serre située au milieu du parc, des repas et boissons sont vendus mais les prix sont trop élevés pour les habitants du quartier. De quoi rendre certains réticents à s’investir, ne se sentant pas la cible du projet. D’un autre côté, le parc, par son design original, attire des populations aisées et la vente des produits augmente l’autonomie financière de l’association. Sur fond de gentrification, les habitants vivent ces transformations urbaines et doivent jongler entre sauvegarde du caractère populaire du quartier et place à accorder aux nouveaux venus en ascension sociale et aux travailleurs aisés des tours de bureaux voisines.

Entre les usagers, les différences sont nombreuses : financières, ethniques, mais aussi culturelles. Pas simple pour tout le monde de s’exprimer en public, de prendre une décision au consensus. Il y a un fossé entre ceux qui sont rodés au fonctionnement associatif et les habitants qui sont prêts à s’investir corps et âme mais ne savent pas manier le papier administratif et le dialogue institutionnel. Ces derniers se retrouvent dépassés, les personnes initiées au jeu associatif prennent les devants et les places les plus stratégiques. De manière générale, les populations d’origine turques et maghrébines ont, par exemple, plus de mal à s’intégrer entièrement dans le projet.

Lutte contre l’intégrisme

L’expérience Parkfarm a réussi à créer un espace où chacun peut se trouver une place, habitant du quartier, salarié aisé des bureaux ou simple passant. L’atmosphère qui s’en dégage est enthousiasmante. Bruxelles environnement a osé intégrer les habitants à la conception de ce parc et leur déléguer un certain pouvoir. Dans un contexte social difficile, un esprit de confiance et de tolérance s’installe, faisant des initiateurs du projet les premiers participants. Les tensions font parties du processus d’apprentissage de la décision en commun et de réappropriation de l’espace démocratique. C’est par ce genre d’initiatives qu’on participe à la cohésion sociale et qu’on lutte contre l’intégrisme.

Sur Europe 1, dans la revue de presse de Natacha Polony Reporterre 2015/11/20 (20 novembre 2015) Sur Europe 1, dans la revue de presse de Natacha Polony. Reporterre. fr

Sur Europe 1, dans la revue de presse de Natacha Polony

- Mardi 3 novembre 2015

Dans sa revue de presse quotidienne sur Europe 1, Natacha Polony a présenté notre article « Intolérance au gluten, et si la malbouffe était responsable ? », publié « sur Reporterre, qui est un site formidable ».

- Pour écouter l’ensemble de la revue de presse du 3 novembre « Climat : Paris joue la carte chinoise ». Citation à 3’03".

Suite aux attentats, le nouveau visage de la mobilisation citoyenne Par Émilie Massemin (Reporterre) Reporterre 2015/11/21 Par Émilie Massemin (Reporterre) (21 novembre 2015) Suite aux attentats, le nouveau visage de la mobilisation citoyenne. Reporterre. Climat : de COP en COP fr

Suite aux attentats, le nouveau visage de la mobilisation citoyenne

La Marche mondiale pour le climat du 29 novembre et les rassemblement citoyens du 12 décembre ont été annulés par le gouvernement, suite aux attentats du vendredi 13 novembre. La Coalition Climat 21 n’a que très peu de temps pour se retourner. Quels sont les plans B envisagés ? Reporterre fait le point.

Comment faire pression sur les négociateurs de la COP 21 sans manifester physiquement ? C’est ce casse-tête qu’affronte la Coalition Climat 21, depuis l’annonce mercredi soir 17 novembre de l’interdiction de la Marche mondiale pour le climat du 29 novembre et des rassemblements citoyens du 12 décembre. Une décision gouvernementale communiquée par le ministère des Affaires étrangères, suite aux attentats du vendredi 13 novembre à Paris et à Saint-Denis.

La Coalition n’entend pas baisser les bras. « On nous demande parfois si l’on peut toujours parler de climat dans un tel contexte, rapporte vendredi matin Juliette Rousseau, coordinatrice de la Coalition Climat 21, lors d’une conférence de presse. Oui, plus que jamais, pour deux raisons. D’une part, la crise climatique est liée à des enjeux énergétiques, sources de conflits. Elle va entraîner des guerres, des déplacements de population, et une aggravation de la situation dans laquelle nous nous trouvons. D’autre part, les attentats de vendredi ont attaqué un ’nous’, un collectif. Pour y faire face, il faut une résilience collective. »

Si la Coalition Climat 21 accepte la décision gouvernementale d’interdire ces deux grandes manifestations, ce n’est pas sans amertume. « Mardi matin, le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius nous a laissé entendre que des alternatives nous seraient suggérées. Mais le lendemain, la préfecture de police a renouvelé l’interdiction sans rien nous proposer, alors que d’autres événements comme le marché de Noël des Champs-Élysées ont été maintenus, regrette Juliette Rousseau. Manuel Valls a déclaré que la négociation serait réduite à l’essentiel. Visiblement, nous ne faisons pas partie de cet essentiel. »

Reste alors à reformuler les mobilisations des 29 novembre et 12 décembre, une lourde tâche à laquelle les organisations de la société civile s’attellent depuis jeudi matin.

→ La Marche mondiale pour le climat du 29 décembre

Plusieurs pistes sont envisagées pour que la problématique du climat soit présente dans l’espace public le dimanche 29 novembre à Paris. L’ONG Avaaz envisage de « faire exister le parcours de la marche grâce aux créations réalisées par les artistes depuis des mois, utilisées ingénieusement entre République et Nation », décrit Marie Yared, responsable des campagnes France de l’organisation. Ces installations visuelles pourraient se doubler d’un « parcours sonore ».

Un « signe de ralliement dans tout Paris » pourrait être adopté, comme le slogan « ça marche toujours pour le climat ». « En terrasses de café, dans les boulangeries, les coins de rue, les balcons et les fenêtres, et même sur les vêtements, un symbole sera proposé pour exprimer son engagement pour le climat », complète un communiqué de la Coalition Climat 21.

Avaaz travaille également à un « appel aux chaussures » pour recouvrir la place de la République et les rues avoisinantes, et ainsi symboliser les pas des marcheurs. « La négociatrice en chef de la délégation française Laurence Tubiana a même prévu d’envoyer ses Converse », sourit Marie Yared.

Un site internet baptisé March 4 Me sera mis en ligne mercredi 25 novembre, pour « faire que ceux qui ne peuvent pas marcher puissent marcher symboliquement », explique Benoît Hartmann, porte-parole de France Nature Environnement. Il sera complété sur Twitter du hashtag #March4Me. L’objectif est de mettre en relation les Franciliens privés de manifestation, avec des marcheurs d’autres villes voire d’autres pays, qui pourraient arborer leurs photos et prénoms sur leurs défilés. En effet, « 57 très grandes marches sont prévues dans des grandes villes du monde les 28 et 29 novembre, et 2 176 mobilisations dans le monde entier », selon Marie Yared.

Le collectif Les Désobéissants a pour sa part appelé à manifester malgré l’interdiction du gouvernement, dans un communiqué. « Nous refusons la stratégie du choc qui consiste à utiliser les attentats tragiques de ce vendredi 13 novembre pour restreindre les libertés », écrivent-ils. Vendredi soir, 2 900 personnes s’étaient déjà inscrites à cette marche sur la page Facebook de l’événement.

→ Les rassemblements citoyens du 12 décembre

Avant les attentats, deux temps forts étaient prévus : un encerclement du Bourget avec des structures gonflables rouges symbolisant les « lignes rouges » franchies par les négociateurs, et des chaînes humaines place de la République.

Pour l’instant, les organisateurs restent énigmatiques sur les plans B envisagés. « On réfléchit à des mobilisations ingénieuses pour que des dizaines de milliers de personnes soient dans la rue, mais sans rassemblements », indique seulement Malika Peyraut, des Amis de la Terre. « Certains pensent que la désobéissance civile est un devoir. Nous lançons un appel à la désobéissance civile, tout en tenant compte du contexte », complète Eros Sana, du mouvement de désinvestissement des énergies fossiles 350.org.

« Il ne faut pas céder à la peur »

Les autres manifestations ne changent pas. Les 5 et 6 décembre à Montreuil, se tiendront comme prévu le Village mondial des alternatives organisé par Alternatiba, le marché paysan des Amis de la Confédération paysanne et le Forum climat de la Coalition Climat 21.

La Zone d’Action Climat, du 7 au 11 décembre au CentQuatre dans le XIXe arrondissement de Paris, est également maintenue telle qu’elle avait été imaginée avant les attentats.

Reporterre reviendra sur ces événements dans les prochains jours.

« Partout à Paris, nous rencontrons cette idée qu’il ne faut pas céder à la peur et qu’il faut continuer à boire, danser et se mobiliser, souligne Eros Sana. Nos mobilisations sont une forme de résistance à la peur, à la terreur engendrées par les attentats. La résistance ne s’organise pas seulement autour de cacahuètes et de bières, mais aussi autour du climat. »

La non-violence est « la meilleure réponse au terrorisme » Lorène Lavocat (Reporterre) Reporterre 2015/11/21 Lorène Lavocat (Reporterre) (21 novembre 2015) La non-violence est « la meilleure réponse au terrorisme ». Reporterre. Pédagogie Éducation fr

La non-violence est « la meilleure réponse au terrorisme »

Aux attentats de Paris, la classe politique et médiatique a répondu, presque à l’unisson, par des propos martiaux. Une autre voix propose de voir au-delà de l’émotion et de sortir de « l’idéologie de la violence ». Cela suppose du temps, de la réflexion, un retour sur soi, une attention à l’autre.

Des bombardements en Syrie, des manifestations interdites et des militaires qui patrouillent dans les rues. Vous l’aurez compris, « la France est en guerre ». Médias et politiques ont salué le discours martial du président de la République, lundi 16 novembre, à Versailles. Députés et sénateurs ont largement approuvé la prolongation et le renforcement de l’état d’urgence. À l’intensification des frappes aériennes en Syrie s’ajoute la possibilité d’une intervention au sol. Pour répondre aux actes terroristes qui ont fait 129 morts, le gouvernement joue la carte guerrière.

Une décision plébiscitée par les Français, du moins si l’on en croit les sondages. D’après l’Ifop, « 84% des personnes interrogées sont prêtes à accepter davantage de contrôles et une certaine limitation de leurs libertés pour mieux garantir la sécurité, et 85 % approuvent l’intervention militaire en Syrie » [1].

« Il y a des moments bien sûr où il faut contraindre »

Pourtant, dans les rues de la capitale meurtrie, les citoyens ont préféré les bougies et les fleurs aux armes, les messages d’amour et d’humour à ceux de haine. « Il y a beaucoup de sagesse au sein de la population, les gens se tournent spontanément vers des actions non-violentes », observe Jean-Marie Muller, philosophe et penseur de la non-violence. Symbole de ce refus populaire de la vengeance, Antoine Leiris, un jeune papa qui a perdu sa femme dans les attentats. Son message adressé aux djihadistes a fait le buzz sur la toile : « Je ne vous ferai pas ce cadeau de vous haïr. Répondre à la haine par la colère, ce serait céder à la même ignorance qui a fait de vous ce que vous êtes. Je suis avec mon fils, qui va manger son goûter comme tous les jours, puis nous allons jouer comme tous les jours et toute sa vie, ce petit garçon vous fera l’affront d’être heureux et libre. »

Alors, la non-violence peut-elle être une réponse au terrorisme ? Oui, répondent sans hésiter ses défenseurs : « Seule la non-violence peut répondre à la violence. Vaincre le terrorisme, c’est refuser d’entrer dans sa logique de violence », explique Jean-Marie Muller.

Certes, face à une personne armée d’une kalachnikov et déterminée à tuer, la non-violence est un bouclier dérisoire. En 2009, le dalaï-lama affirmait : « Il est difficile de lutter contre le terrorisme par la non-violence. Les terroristes cultivent des mauvais sentiments, leur esprit est fermé. » En août dernier, un attentat a d’ailleurs été évité de justesse dans un train Thalys grâce à l’intervention musclée de trois jeunes états-uniens, militaires ou rompus aux arts martiaux. Ils se sont jetés sur un homme lourdement armé, lui ont porté plusieurs coups de cutter, avant de l’étrangler pour le rendre inconscient. Pas vraiment pacifiste comme action, mais elle a permis d’empêcher un drame.

« Il y a des moments bien sûr où il faut contraindre, reconnaît Serge Perrin, membre du Mouvement pour une alternative non-violente (le Man). Mais il faut absolument rester dans un cadre légal. Et la loi ne se construit pas dans l’urgence, mais dans le débat démocratique. » L’avis est partagé par Jean-Marie Muller, qui met en avant l’initiation à des pratiques de défense comme l’aïkido, qui retourne la violence contre celui qui en use. « Enseigner aux jeunes à se défendre sans violence, c’est aussi important que leur apprendre les maths ! », conclut-il.

La guerre ne résout rien

Former les jeunes à être « des artisans de la paix », c’est justement la raison d’être d’Intercordia, une association qui accompagne des 20-30 ans dans une mission de solidarité internationale. « Quand survient l’attentat, il est trop tard, admet Baptiste Anguis, chargé de projet au sein de l’ONG. C’est en amont qu’il faut agir, en construisant une culture de paix. » Prendre du recul et de la hauteur, c’est une des invitations de la non-violence : « La culture qui domine nos sociétés est structurée par l’idéologie de la violence nécessaire, légitime et honorable. Désarmer le terrorisme, c’est d’abord désarmer cette idéologie », estime Jean-Marie Muller.

Refuser la violence ne signifie pas nier le conflit, ou ne rien faire, mais proposer d’autres voies pour y répondre. « Pour vaincre le terrorisme, ce n’est pas la guerre qu’il faut faire mais la justice qu’il faut construire », insiste le philosophe. D’ailleurs, la guerre ne résout rien. C’est le constat fondamental de tous les mouvements pacifistes, de Gandhi à Martin Luther King. Dans un dossier consacré à la question du terrorisme, la revue Alternatives non-violentes rappelle ainsi que « l’histoire récente n’enregistre aucun cas dans lequel une lutte armée aurait su transformer un régime », et pointe au contraire – chiffres à l’appui – l’efficacité de la lutte non-violente, « qui est deux fois plus susceptible de mener ses auteurs à leur but que l’action armée ».

De l’Irak à l’Afghanistan, de la Libye au Nord-Mali, les faits semblent leur donner raison : comme l’ont rappelé nombre d’analystes, l’État islamique est né de la chute de Saddam Hussein, en conséquence à l’invasion états-unienne.

Contre la logique de guerre, les non-violents prônent l’intervention civile de paix. Jean-Marie Muller la définit comme « une intervention non-armée, sur le terrain d’un conflit, de missions extérieures venant accomplir des actions d’observation, d’information, d’interposition, de médiation et de coopération en vue de prévenir ou de faire cesser la violence, de créer les conditions d’une solution politique du conflit qui reconnaisse et garantisse les droits fondamentaux ». Missions d’observation, témoignages et plaidoyer sur la situation, création de zones démilitarisées, éducation populaire à la paix... Au Mexique, des observateurs internationaux se rendent ainsi tous les jours dans des zones de conflit afin d’éviter des massacres de populations civiles.

Prendre conscience de « la part de violence qui est en nous-mêmes »

« La paix se gagne au quotidien », insiste Baptiste Anguis. La logique de guerre, très court-termiste, suppose de désigner des coupables à punir. En fait, il vaudrait mieux « faire le constat de l’échec collectif ». « S’interroger sur notre responsabilité, c’est comprendre que notre mode de vie occidental, industrialisé, est un des moteurs de la violence. » Travailler sur les causes de la violence, certes, mais aussi construire au jour le jour « des relations positives, humaines », explique Serge Perrin. « Notre réponse aux actes terroristes passe par une résistance civile collective, par la cohésion sociale, par le vivre ensemble ». Fête des voisins, jardins familiaux, ateliers participatifs. « C’est pour cette raison que les manifestations prévues pendant la COP sont essentielles », pointe le militant.

Surtout, la non-violence n’est possible que si chacun d’entre nous prend conscience de « la part de violence qui est en nous-mêmes, explique Baptiste Anguis. Il faut commencer par faire la paix avec soi ». Une idée formulée en d’autres termes par Arun Gandhi, le petit fils du Mahatma : « L’attitude d’une nation ne sera toujours que le reflet de l’attitude des individus qui la composent. »

« La violence commence par nous-mêmes, par de petits gestes, de petits propos », soutient Baptiste Anguis. Il est possible d’y prêter attention. « Chacun peut s’y mettre, par des techniques de communication non-violente par exemple », précise-t-il. Écouter avec bienveillance et sans jugement, se mettre à la place de l’autre, ne pas catégoriser, ne pas confondre être et avoir, passer du « tu » au « je »... : autant d’actes qui permettent de « restaurer l’humanité en chacun d’entre nous ».

Exercez-vous ! Au lieu de dire : « Ces abominables terroristes », dites : « Des personnes qui ont commis des actes de terrorisme » ; au lieu de dire : « Tu m’énerves, espèce de journaliste imbécile », dites : « Je suis fatigué de lire des articles trop longs, j’ai besoin de me changer les idées ! »

Reporterre sur Nova - Terrorisme, climat : face aux maux, retrouver les mots Par Barnabé Binctin (Reporterre) Reporterre 2015/11/21 Par Barnabé Binctin (Reporterre) (21 novembre 2015) Reporterre sur Nova - Terrorisme, climat : face aux maux, retrouver les mots. Reporterre. Libertés fr

Reporterre sur Nova - Terrorisme, climat : face aux maux, retrouver les mots

- Jeudi 19 novembre 2015

Une semaine après les attentats, comment garder le regard de l’écologie au quotidien ? En ayant à l’esprit que tous les maux ne viennent pas de l’étranger, et qu’il faut retrouver les mots ici.

- Ecouter ici la chronique de Reporterre, par Barnabé Binctin :

- Image : Dans le métro, un nez rouge pour ré-apprendre à se parler (© Lorène Lavocat/Reporterre). Lire Dans le métro parisien, des nez rouges contre la peur

La chronique de Reporterre, tous les jeudis à 18 h 10 sur Radio Nova, dans l’émission « 2h1/4 avant la fin du monde », animée par Marie Misset et Armel Hemme.

« L’occasion de faire le point sur les combats et débats quotidiens de l’écologie ».

A écouter sur... et bien voici la carte des fréquences, selon le lieu où vous habitez.

Le mouron, gage d’une terre équilibrée Christine Laurent (Reporterre) Reporterre 2015/11/21 Christine Laurent (Reporterre) (21 novembre 2015) Le mouron, gage d’une terre équilibrée. Reporterre. Jardin sans pétrole fr

Le mouron, gage d’une terre équilibrée

Cette semaine, l’envie de jardin a été entamée par les attentats du 13 novembre. Sans bruit, les plantes s’y épanouissent, à commencer par le mouron blanc.

La chronique du Jardin sans pétrole relate les activités qui se déroulent au jardin le week-end précédent la publication. C’est donc samedi 13 novembre que Christine comptait se rendre sur son coin de terre.

Pas le cœur à prendre le RER C et encore moins à me prendre le chou avec un possible contrôle du contenu de mes sacoches de vélo, c’est-à-dire du seau des épluchures de la semaine. Les plantes dans le jardin vont nous attendre et continuer à pousser tranquillement.

En ôtant les herbes envahissantes dans un carré de mâche, j’ai découvert la semaine précédente quelques pieds de mouron blanc. Une présence nouvelle et très attendue, car cette annuelle discrète est une des rares plantes indicatrices d’un équilibre du sol ! Elle aime les terres riches en humus et équilibrées. Elle témoigne de la digestion du compost que nous avons ajouté à la terre par des bactéries aérobies qui permettent de libérer dans le sol des minéraux assimilables par les plantes. Elle indique que ces bactéries apparues sur la Terre il y a 400 millions d’années, lors de la sortie de l’eau des plantes et des animaux, sont à l’œuvre dans notre jardin !

Se consomme aussi en salade

Il y a tant d’hectares de terre que ces bactéries semeuses d’abondance ont dû déserter par manque de matière organique à boulotter que j’ai regardé avec émotion les minuscules fleurs du mouron blanc prometteur, dont la forme étoilée a donné à la plante son nom savant : Stellaria media. En regardant de plus près, j’ai découvert la délicatesse de ses tiges ornées d’une fine ligne de poils et de feuilles ovales allant par deux.

Ce mouron-là est celui que l’on nomme aussi le mouron des oiseaux, lesquels apprécient ses graines. Il a bien trouvé sa place auprès de la mâche et de la cardamine hirsute puisque il se consomme aussi en salade.

Pour l’heure, nous allons laisser ces quelques exemplaires fleurir et produire des graines. D’autant qu’avec leurs tiges, qui rampent au-dessus du sol, ils forment une excellente protection contre la pluie, l’érosion et tous les autres maux qui frappent la terre laissée à nue.

« À l’Assemblée nationale, ces derniers jours, j’ai eu honte » Entretien avec Isabelle Attard Reporterre 2015/11/21 Entretien avec Isabelle Attard (21 novembre 2015) « À l’Assemblée nationale, ces derniers jours, j’ai eu honte ». Reporterre. Entretien — Libertés fr

« À l’Assemblée nationale, ces derniers jours, j’ai eu honte »

Isabelle Attard est députée « citoyenne » du Calvados. Elle a récemment quitté EELV puis Nouvelle Donne. Elle est l’une des six députés à avoir voté contre la loi de prolongation de l’état d’urgence en novembre 2015. Elle s’explique sur Reporterre. A relire, alors que, le 20 juillet au matin, l’Assemblée nationale a voté la prolongation de l’état d’urgence pour six mois.

Reporterre – Pourquoi avoir voté contre la loi prolongeant l’état d’urgence ?

Isabelle Attard – Tout ce qui a été fait jusqu’à aujourd’hui pouvait l’être sans décréter l’état d’urgence, que ce soit les perquisitions de jour ou de nuit, les assignations, les expulsions d’imams dangereux... C’est un problème de moyens : on a peu de juges en France et on ne renouvelle pas les postes, du coup tout ça prend plus du temps. Et du coup, on estime qu’il faut s’en passer pour aller plus vite encore !

Craignez-vous des déviances sur les écoutes, la surveillance, etc. ?

Vous savez, les écoutes sont déjà généralisées par la loi sur le renseignement… Mais j’estime qu’on avait encore un minimum de justice dans notre pays jusqu’au 13 novembre. Depuis, on a atteint quasiment 500 perquisitions en quatre jours. Qu’est-ce que ça veut dire ? Soit qu’on n’a absolument rien fait depuis le mois de janvier. Soit que, depuis quelques jours, on fait n’importe quoi et que les perquisitions ne concernent pas seulement le terrorisme. Et ça, malheureusement, on sait que c’est un risque. C’est très inquiétant. Depuis vendredi soir, les services de renseignement peuvent pêcher au chalut, en eau profonde, avec des filets très larges. Et avec des innocents, forcément, au milieu. Mais il faut croire que tout le monde s’en fout.

L’état d’urgence est encadré, y a-t-il véritablement autant de risques ?

Mais bien sûr, c’est évident ! Très concrètement, l’état d’urgence signifie qu’on n’a plus besoin de la validation d’un juge pour faire une perquisition, donc on enchaîne les perquisitions. Lisez les réactions du syndicat de la magistrature, des bâtonniers, d’anciens juges antiterroristes, etc : on est en train de supprimer la justice. C’est très grave.

De surcroit, la loi introduit de nouvelles possibilités, notamment dans le domaine de l’Internet et du numérique. Prenons l’association La Quadrature du Net, qui s’est souvent illustrée dans la défense des libertés fondamentales. Comme ils font la promotion de la cryptographie, ils peuvent être perquisitionnés demain, en l’absence de juges. On peut aller fouiller leurs ordinateurs, leurs clouds et autres – car ça ne concerne pas seulement le matériel physique.

Est-ce la fin de l’État de droit ?

S’il n’y a plus de séparation des pouvoirs, vous n’avez plus la justice pour contrôler l’exécutif, c’est effectivement un danger pour la démocratie.

Mais on peut aussi considérer que l’état d’urgence a permis l’intervention mercredi 18 novembre à Saint-Denis : ne trouvez-vous aucune justification à ce dispositif ?

Je suis totalement favorable à cette mesure annoncée il y a une semaine. Aucun écologiste n’a d’ailleurs émis la moindre critique lorsque le président de la République a décrété l’état d’urgence. Quand c’est le chaos, on doit effectivement se donner les moyens d’agir très vite. Mais quand on est un responsable politique, on doit aussi réfléchir et utiliser son cerveau, non surfer sur l’émotion des gens une semaine plus tard. C’est ce que je reproche au gouvernement et au président de la République : au lieu de mettre l’émotion de côté, on tombe dans la démagogie en jouant la peur contre la peur.

Le gouvernement avait tout en main pour réagir dans l’immédiateté et rassurer les Français, sans prolonger l’état d’urgence. On n’est même pas encore dans la limite des douze jours. Il faut garder la tête froide, on ne peut pas légiférer dans l’urgence, François Hollande lui-même l’a dit. Là, on apprend qu’on va armer les policiers municipaux, sans aucune réflexion en amont, aucune étude d’impact – combien cela va-t-il coûter, est-ce efficace, qui l’a fait ailleurs ? Rien.

C’est donc la durée de cet état d’urgence qui pose problème ?

Après le 11 Septembre, le Patriot Act de Bush devait être temporaire. Il est toujours en vigueur, personne ne l’a démonté. Et à quoi a-t-il servi ? À mettre sur écoute le monde entier. À surveiller les écologistes et les associations citoyennes. Sûrement pas à lutter contre le terrorisme – le patron de la NSA l’a reconnu il y a peu devant le Congrès. On serait naïf de ne pas se faire de souci !

Chaque fois qu’il y a eu des modifications de la Constitution en France, le temporaire a eu tendance à durer très longtemps. La Constitution a été modifiée en 1962 pendant la guerre d’Algérie : on a encore la même aujourd’hui, et on en souffre.

Honnêtement, je n’ai pas un seul exemple historique à vous donner de situation où on a voté pour accorder ce genre de pouvoirs à la police et gendarmerie et où ça finit bien. Pas un seul exemple positif dans toute l’histoire de l’humanité !

Ne peut-on pas en tirer les leçons ? C’est honteux. Moi, j’ai honte pour mes collègues. On nous accuse d’être irresponsable parce qu’on n’a pas voté l’état d’urgence, mais ce sont eux, les irresponsables. Je suis atterrée par ce que j’ai entendu ces derniers jours à l’Assemblée nationale. J’ai eu l’impression de vivre des jours totalement surréalistes.

N’est-ce pas l’ « Union nationale »…

Une union nationale ? Au nom de quoi, pour quoi faire ?! Pour lutter contre le terrorisme, oui ! Mais pas pour faire n’importe quoi ! On a un cerveau, quand on est député, on ne le perd pas à l’entrée de l’Assemblée.

Et justement, que fait-on pour lutter contre Daech ?

Il faut assécher son financement. Il faut de la coopération internationale à l’ONU pour les services de renseignement. Surtout, il faut en finir avec l’hypocrisie de nos relations avec les émirats arabes. On sait que ce sont des mécènes des pays du Golfe qui financent Daech. Et nous, on continuerait à accueillir sur notre sol les Émirats, le Qatar, l’Arabie saoudite, parce qu’ils ont de l’argent, dans le cadre de relations commerciales et militaires ? Tout en détournant notre regard du financement de Daech ? La Suède a arrêté sa coopération militaire avec l’Arabie saoudite au mois de mars. Et nous, on fait quoi ? J’attends une réponse claire du président de la République à ce sujet.

Quid d’une intervention militaire, aérienne ou au sol, en Syrie ?

C’est l’intervention militaire américaine en Irak qui a créé Daech ! Ce sont les prisons américaines qui ont donné naissance à l’État islamique ! Comment cautionner, alors, une intervention militaire ? Pour créer un monstre militaire pire que Daech ? Non, je ne suis pas d’accord avec l’intervention militaire sur place.

Mais à court-terme, n’y a-t-il pas besoin d’affaiblir Daech ?

Il faut plus de coopération internationale, plus de moyens pour la justice, plus de juges et de magistrats… Il faut faire exister une coalition internationale, non pas pour faire la guerre, mais pour clore les relations financières avec les émirats. Et vous verrez que dans six mois, quand Daech aura moins d’argent pour acheter des armes, on aura moins d’attentats. C’est un travail collectif, mais il faut le décréter.

Je suis horrifiée d’entendre des propos guerriers inutiles. On va rassurer les Français en allant faire la guerre en Syrie ? C’est irresponsable, et ceux qui tiennent ces propos savent très bien comment l’État islamique est né. La gesticulation intempestive des torses bombés et va-t-en-guerre au son du « nous sommes la France et dans trois mois, c’est terminé », on a connu ça en 1914 et en 1939. On a vu ce que ça donnait.

On se doit d’être honnêtes avec les gens : contre les kamikazes, on ne peut rien faire, par contre, on peut se battre collectivement pour empêcher les kamikazes d’acheter des armes. Ce n’est pas utopique de dire ça. Ce n’est même pas être pacifique, c’est juste être réaliste.

- Propos recueillis par Barnabé Binctin

Seuls six députés ont voté contre la prolongation durant trois mois de l’état d’urgence

. Pouria Amirshahi (PS) . Isabelle Attard (écologiste) . Sergio Coronado (écologiste) . Noël Mamère (écologiste) . Barbara Romagnan (PS) . Gérard Sebaoun (PS)

- Source : Assemblée nationale

L’autre état d’urgence Bruno Latour Reporterre 2015/11/23 Bruno Latour (23 novembre 2015) L’autre état d’urgence. Reporterre. Tribune — Culture et idées fr

L’autre état d’urgence

Si les fanatiques armés doivent être combattus comme des criminels, leurs actes nous menacent moins que le changement climatique, affirme le sociologue Bruno Latour. Le bouleversement possible du climat « menace nos valeurs dans ce qu’elles ont de plus profond ». Et face à ce défi, c’est aux citoyens qu’il faut donner la liberté d’agir, et pas au seul Etat.

Bruno Latour est sociologue, anthropologue et philosophe des sciences. Son dernier ouvrage, Face à Gaïa, a été publié en octobre 2015, aux éditions La Découverte.

Ce qui décourage aussi dans l’action des terroristes, c’est qu’on est tenté de ramener la discussion sur leurs motifs à un niveau aussi insensé que leurs actions. À chaque attentat, on se rejoue le grand jeu de la guerre, de la nation en péril, de l’État protecteur en prétendant se dresser contre la barbarie. Ce qui est vrai, bien sûr, mais terriblement régressif. La sécurité doit être assurée et qu’on donne à l’État les moyens. Point.

Ce qui rend encore plus décourageant la situation présente, c’est que les crimes du 13 novembre ont lieu quelque jours avant une autre échéance, concernant d’autres tragédies, qui obligent, elles, contrairement aux assassinats de Daech, à inventer de tout autre réponses à de tout autres menaces. Je veux parler bien sûr de la Conférence climat de Paris, la COP 21, qui risque de paraître moins grave, en tous cas moins urgente, que la réponse policière aux sanglantes équipées de ces branquignoles surarmés.

Ce serait là commettre une grave erreur d’appréciation dans l’ordre et l’ampleur des menaces qui pèsent sur les États modernes. Les fanatiques armés sont criminels mais ils ne mettent pas en péril comment nous devons vivre, penser, produire, apprendre, habiter. Il faut se défendre contre eux. Mais il n’y a rien dans leur idéologie qui mette en péril la manière dont nous tenons à nos valeurs — pas plus que les pirates ne menacent les valeurs du commerce international. Il faut les combattre, c’est tout. Aucun message politique n’en sort, pas même une originalité tactique, et bien sûr aucune sorte de leçon religieuse. Quelle scientifique, quel citoyen, quelle artiste, quelle commerçante, quelle juge, quelle mère, quel musicien, quel sportif aspire à être dirigé par Daech ? J’ajouterai même : quel croyant ? Rien à voir de ce point de vue avec les anciennes guerres civiles qui divisaient de l’intérieur. Contre ce banditisme criminel, malgré les coups de clairon et l’agitation des drapeaux tricolores, c’est une question de police, pas de guerre.

Il en est tout autrement du nouveau régime climatique. Il menace tous les États dans toutes leur dimensions de production, de culture, d’habitation, d’art et de commerce. Il menace nos valeurs dans ce qu’elles ont de plus profond. Et là, les États sont vraiment en guerre les uns contre les autres pour l’occupation de territoires et le développement de l’économie comme de la culture. Et chacun d’entre nous est divisé contre lui-même. S’il y a « une guerre de civilisation », c’en est probablement une — et elle nous concerne tous. Or, contre ces nouvelles menaces, on le sait, les anciens États sont démunis et aussi désemparés que devant la menace terroriste. La police ne suffit pas. C’est toute la société civile qui doit prendre en main son destin pour forcer les institutions politiques à d’autres réponses.

On voit le danger si les mesures à prendre contre le terrorisme, mesures nécessaires, obligeaient l’État français à limiter la COP 21 à une discussion diplomatique entre fonctionnaires et spécialistes, dans le camp fortifié du Bourget devenue une sorte de Zone verte, comme à Bagdad. Et cela, au moment même où la question climatique prenait enfin la dimension civilisationnelle qui lui a manqué jusqu’ici.

C’est pourquoi il semble important de multiplier les pressions pour que, malgré les exigences de sécurité, la société civile puisse s’exprimer pacifiquement sur ce qui la concerne au premier chef. L’éradication de Daech sera longue, mais sa condamnation est déjà prononcée. Cette terreur peut se prolonger, mais elle est tirée vers le passé, sans autre innovation que l’ajout d’une ceinture d’explosifs à une autre ceinture d’explosifs. La menace résumée par le terme de Climat, elle, appartient à l’avenir et dépend de ce que nous tous, et pas simplement la police, nous serons capable d’inventer. Il est donc vain de vouloir régler l’une en délaissant l’autre.

D’autant que, par un lien qui n’a rien de mystérieux, elles sont intimement liées. Je ne veux pas parler de la connexion incertaine, en tous cas trop indirecte, entre les transformations climatiques au Moyen-Orient et la crise en Syrie. Je ne veux pas non plus parler de l’horreur des réfugiés chassés par les terroristes, par la destruction de leur pays et par notre propre réaction. Je veux parler de cette terrible attirance qui fait préférer au destin terrestre la mort dans l’au-delà. Bien sûr le nihilisme des candidats au suicide paraît simpliste, mais, comme dans un inepte et atroce modèle réduit, il offre l’image de ce suicide collectif auquel nous entraîne le développement du front de modernisation. Le 13 novembre est une préfiguration gore de la catastrophe qui suivra l’échec de la conférence de Paris et des suivantes. Si vous utilisez avec raison le terme de nihilisme pour décrire les militants fous, il me semble que le terme s’applique aussi, mais à une échelle démultipliée, à ceux qui ont aussi, à leur façon, le goût pervers de l’au-delà. Tout comme ceux qui se tuent en tuant, ceux qui prétendent ne pas aborder de front la grande mutation climatique, s’écrient au fond, selon deux registres différents mais qui résonnent avec la même stridence : « Vive la mort ! »

Il serait vraiment tragique qu’en s’occupant avec raison de détruire ceux qui ne peuvent que tuer pour un temps limité des innocents, on retarde une fois encore de s’occuper de ceux qui peuvent tuer massivement, longtemps, progressivement en entraînant dans leur délire bien d’autres êtres que les humains. S’il est légitime qu’un état d’urgence calibré permette de manifester en sécurité, il faut rappeler aux pouvoirs publics qu’il existe un autre état d’extrême urgence qui permette à la société civile d’apprendre comment repérer ses autres ennemis, comment s’équiper contre eux. Surtout que pour cette guerre-là, nous sommes vraiment divisés, dans chaque peuple, chaque territoire et, plus tragique encore, que nous sommes divisés en nous mêmes sur les causes comme sur les remèdes. Là, vraiment, l’État est démuni. Il a besoin de tous ses citoyens. Il ne doit pas les empêcher de l’aider en manifestant — fut-ce de manière plus inventive qu’un énième défilé de la République à la Nation.

Demain, Un nouveau monde en marche Reporterre 2015/11/23 (23 novembre 2015) Demain, Un nouveau monde en marche. Reporterre. fr

Demain, Un nouveau monde en marche

Et si montrer des solutions, raconter une histoire qui fait du bien était la meilleure façon de résoudre les crises écologiques, économiques et sociales que traversent nos pays ?

En 2012, Cyril Dion prend connaissance d’une étude, menée par vingt-deux scientifiques de différents pays, annonçant la disparition possible d’une partie de l’humanité d’ici à 2100. Cette nouvelle fait à peine l’objet d’un traitement de seconde zone dans les médias. Considérant qu’amplifier le concert des catastrophes ne fonctionne pas, il décide de partir, avec l’actrice-réalisatrice Mélanie Laurent et une petite équipe, découvrir à quoi notre monde pourrait ressembler si nous mettions bout à bout certaines des meilleures solutions que nous connaissons déjà dans l’agriculture, l’énergie, l’économie, l’éducation et la démocratie.

Villes produisant elles-mêmes leur nourriture et leur énergie, systèmes zéro déchet, entrepreneurs et municipalité créant leur propre monnaie pour empêcher la spéculation et l’accaparement des richesses, peuples réécrivant eux-mêmes leur Constitution, systèmes éducatifs pionniers, ils découvrent partout des femmes et des hommes qui changent le monde.

En reliant ces initiatives, ils mettent au jour une nouvelle philosophie, une communauté de pensée entre tous ces acteurs qui ne se connaissent pas. Un nouveau projet de société…

- Demain, Cyril Dion, éd. Actes sud, 22 €, 360 p.

La tracto-vélo de Notre Dame des Landes se dirige vers la COP 21 Par Nicolas de La Casinière Reporterre 2015/11/23 Par Nicolas de La Casinière (23 novembre 2015) La tracto-vélo de Notre Dame des Landes se dirige vers la COP 21. Reporterre. Reportage — Notre-Dame-des-Landes fr

La tracto-vélo de Notre Dame des Landes se dirige vers la COP 21

Un bel élan militant et convivial a lancé le convoi de tracteurs et de vélos samedi 21 novembre de Notre Dame des Landes. Objectif : Paris, en fin de semaine, pour faire entendre la voix des landes et de l’écologie à la COP 21.

- Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique), reportage

« Du courage, du jarret ! Réussir à partir, c’est déjà une victoire. On continue à dire non à l’aéroport mais pas que ! », dit Geneviève au mégaphone, au-dessus des thermos de café fumant. Le convoi a élargi son appel en « solidarité avec les populations qui subissent les guerres, le réchauffement climatique, l’Etat d’urgence ».

Samedi matin 21 novembre, le rayon de soleil oblique sur la ZAD chauffe la troupe des militants cyclistes. Ils baignent dans l’euphorie : lancer ce convoi en roue libre vers Paris affirme dans l’espace public une force politique en des temps troublés. Une énergie collective cordiale et enthousiaste, du café bouillant, des tartines généreuses en confiture emplissent la Vache-Rit. Ce hangar agricole est le QG habituel du mouvement et point de départ de cette « tracto vélo » qui associe deux centaines de cyclistes et cinq tracteurs. Six jours sont prévus pour rallier Paris pour la COP 21.

Certains révisent leurs freins à la dernière minute, revissent un garde-boue, d’autres réalisent des panneaux peints « Attention vélos devant ». Une perceuse bricole les montants de la banderole apposée au flanc d’un camion : « L’aéroport de Notre Dame-des-Landes, même pas COP ! ». La vaisselle du petit déjeuner géant fume dans les bassines. On refait du café. Les pains blonds de le boulangerie de la Zad sont en rangs serrés, à la parade, comme les bouteilles de jus de pomme. Le temps est aussi frais que l’ambiance est chaleureuse. « Bouffe, matos de réparation, de cuisine, textes et brochures de l’infokiosk, je vois pas de quoi on pourrait manquer... » « Faudrait des pompes à pied... »

Chacun s’affaire à la fièvre du départ, qu’une corne de brume va lancer par ce temps très clair, au ciel dégagé. Sur le bas côté de la départementale, les voitures des militants venus saluer le départ s’étirent sur deux kilomètres.

« Ce convoi offre l’avantage de nous retrouver ensemble, dans une belle unité. Sa réussite, ce sera déjà d’arriver aux portes de Paris, dit Marcel Thébaud, un des paysans historiques de Notre-Dame-des-Landes, en collant noir de cycliste bien équipé. Moi, je fais quatre étapes, jusqu’au Mans. A la ferme, on est trois, ca s’organise bien. On fait une rotation parmi les paysans présents sur le convoi. »

« Ne pas se laisser museler par l’état d’urgence »

« On tenait à maintenir cette critique sociale et environnementale de la COP21 et pas se laisser museler par l’état d’urgence, explique un zadiste. La COP21 déborde d’hypocrisie : le gouvernement s’apprêtait à venir ici nous expulser pour détruire des terres, bocages et zones humides. Le long du parcours, on va se reconnecter avec les comités locaux de soutien, ce qui permettra de redire que ce qui se passe notamment ici sur la Zad est un espoir politique, qui se construit depuis des années au cœur de la lutte , qui voir se réinventer des manières d’habiter, de pratiquer l’agriculture. Est-ce qu’on parviendra à entrer à Paris, ça, c’est le mystère. On se rejoindra en tous cas avec les autres convois venus d’autres luttes, notamment contre l’enfouissement des déchets à Bure, contre le Center Parcs de Roybon, pour le maintien des trois fermes potagères des Lentillères à Dijon... ».

- Voir la video du départ :

« Les raisons d’organiser ce convoi sont intactes. La Cop 21 va se tenir à l’abri des contestations, comme des discussions de salon entre gouvernements, lobbies et multinationales, ajouté Geneviève, militante d’Attac et de la coordination contre l’aéroport. Et si d’autres vont continuer à consommer, nous on continuera à vivre, à lutter, à militer, même si, dès 2012, on nous a traités de "terroristes"... Il est possible que les forces de police soient occupées ailleurs et que le début des expulsions [envisagé en janvier ou février] soit repoussé. Je ne suis pas madame Soleil... Il y aurait de toutes façons une opposition très forte des habitants et des gens de la région, voire plus large. Mais le retard n’est pas notre objectif. Ce qu’on veut c’est l’abandon du projet. »

Quatre cents kilomètres les attendent avec de haltes à Ancenis, Angers, La Flèche, Le Mans, Nogent-le-Rotrou, Chartres et Saclay. « J’ai changé les freins, acheté une nouvelle chambre à air, mais au-delà, je saurais pas réparer. Dans le groupe, je devrais bien trouver des gens compétents. » Il y a des cyclistes bien équipés et les plus dilettantes. « T’as pas de gants ? on annonce des températures bien fraîches pour les prochains jours... » « Moi je suis jaloux : s’il pleut, les copains ont des protections étanches, pour les godasses... »

Un camp autogéré mais roulant

Edifiées en récupération de palettes, coiffée d’un bâche agricole noire, la cabane d’accueil pour chaque halte et étape a fière allure juchée sur sa remorque.

« Ah ! ça fait du bien de partir, finalement... Il y a trois jours, on s’est quand même demandé si on y allait ou pas, si on nous laisserait rouler... J’ai la bizarre impression qu’on a organisé une manif de 400 km... Aux étapes, les mairies PS bloquaient pour l’obtention de salles mais les comités et les gens qui nous accueillent ont fait pression, et un bel élan est né. A La Flèche, faute de salle autorisée pour dormir, l’appel à trouvé très vite 165 places d’hébergement chez l’habitant, et il y en aura sans doute plus à mesure qu’on va avancer sur le parcours... », dit une des Camille de la ZAD. Mais Camille, il y en a aussi dont c’est le vrai prénom, et justement, on la cherche.

Cinq tracteurs font le parcours de bout en bout, tractant des remorques où chaque cycliste dépose son fourbi, duvets et rechanges, le pain pour les repas, la vaisselle, le groupe électrogène, les brochures photocopiées de l’infokiosk militant, les légumes pour la cuisine... La remorque n°3 détaille son contenu : « Tréteaux, bancs et trop plein ». « Ca me fait comme organiser un camp autogéré mais roulant... » dit une autre Camille qui s’appelle en réalité Mathilde.

La procédure d’appels d’offres lancés par les services de l’Etat pour le débroussaillage avant travaux à Notre Dame des Landes se clôture ce lundi 23 novembre. « Ca n’aboutira à rien, dit un zadiste. Mais de notre côté, on lance nos propres appels d’offres de chantiers d’entretien des chemins, des haies, de nos communs. Il y a des lots à pourvoir pour les comités locaux de soutien, et tous les gens qui veulent réaliser une partie de ces chantiers collectifs et solidaires ». Rendez-vous les 30 et 31 janvier prochain.

On ne passe pas ! - Si !

Dimanche matin, à Anetz, un peu à avant la sortie de Loire-Atlantique, la police bloque le convoi. Prétexte : procéder à un contrôle individuel d’identité pour signifier personnellement à chaque participant l’interdiction de manifester en Ile de France. Une assemblée générale s’est improvisée au milieu de la route. Refus catégorique et unanime du contrôle d’identité. L’information a été vite relayée et d’autres militants de la région commençaient à se rendre sur place. Le ministère de l’Intérieur a finalement accepté de laisser repartir librement le convoi, en se contentant d’une déclaration au mégaphone. Après deux heures de tracasserie administrative, entre le test de la détermination des cyclistes et paysans, et le coup de pression pour affirmer son autorité, le cortège est reparti son petit bonhomme de chemin.

« C’était déjà arrivé lors de la précédente tracto-vélo, en 2011, précise un vétéran de ces périples militants d’escargots roulants. En cas de blocage, on avait prévu des itinéraires bis, comme cette fois. On était toujours très encadrés, parfois juste pour faire la circulation à notre passage, parfois pour nous bloquer... »

La dernière étape prévoit de rallier Chartres au plateau de Saclay. Mais une dizaine de kilomètres après Chartres, la limite entre l’Eure-et-Loire et les Yvelines marque l’entrée en région Ile-de-France, territoire interdit par les autorités.

Catastrophe écologique au Brésil : le littoral frappé par la coulée de boue toxique Mathilde Dorcadie (Reporterre) Reporterre 2015/11/24 Mathilde Dorcadie (Reporterre) (24 novembre 2015) Catastrophe écologique au Brésil : le littoral frappé par la coulée de boue toxique. Reporterre. Monde fr

Catastrophe écologique au Brésil : le littoral frappé par la coulée de boue toxique

Après avoir dévasté un des plus importants fleuves du pays, le mélange de boue et de résidus d’exploitation minière se déverse désormais dans la mer, menaçant la vie marine et le tourisme dans la région.

- Sao Paulo (Brésil), correspondance

Depuis samedi 21 novembre, les habitants de la commune de Regência, où se situe l’estuaire du Rio Doce, assistent impuissants au spectacle d’une mer qui se teinte d’un rouge-brun de mauvais augure. Située à 600 km au nord de Rio de Janeiro, dans l’Etat d’Espírito Santo, l’embouchure du fleuve est connue pour ses plages prisées par les surfeurs, son offre d’éco-tourisme et pour être la zone de reproduction d’une espèce de tortue marine géante déjà menacée d’extinction.

Durant les 16 jours qui se sont écoulés entre la rupture du barrage, à 650 km en amont, et l’arrivée de la boue contaminée, la population a tenté de se préparer. Pour éviter la concentration dans l’embouchure du fleuve, les autorités ont entrepris de dégager son ouverture en creusant dans une bande de sable afin que les eaux troubles se diluent plus rapidement dans l’océan.

Selon les prévisions du ministère de l’Environnement, basées sur l’étude des capacités de dispersion et d’assimilation de l’océan, la pollution ne devrait affecter que 9 kilomètres de côtes. L’étude a été menée par les chercheurs de l’Université de Rio de Janeiro (Coppe-UFRJ), mais d’autres experts estiment que cette prévision est sous-évaluée.

Ainsi Andres Ruchi, le directeur de l’Ecole de Biologie Marine, située à Santa Cruz dans l’Etat d’Espírito Santo, évoque le rôle nourricier pour les espèces marines de toute la zone de l’estuaire. « Elle fournit des nutriments à toute la chaîne alimentaire de la région sud-est du Brésil et la moitié de l’Atlantique Sud », a-t-il expliqué à la BBC. Pour le biologiste, les conséquences pourraient se ressentir sur l’écosystème pendant des dizaines d’années.

Sur la plage de la réserve naturelle de Comboios, les volontaires du projet Tamar, qui luttent depuis 35 ans pour préserver les tortues marines, continuent de recueillir quotidiennement les œufs de tortues luths afin de leur éviter toute perturbation. Car malheureusement, le mois novembre correspond à la période de reproduction de l’espèce Dermochelys coriacea. Malgré sa taille (1,80 mètre de long pour 400 kilogrammes à l’âge adulte), l’animal est très sensible aux changements de son environnement. L’augmentation de la température des océans affectait déjà sa reproduction depuis plusieurs années. Cette catastrophe arrive au plus mal, selon les membres de l’ONG.

Ce weekend, les biologistes de l’Institut Chico Mendes de préservation de la biodiversité (ICMbio) ont repêché un grand nombre de poissons morts aux branchies obstruées par la boue. La présence inhabituelle de silures a été observée dans l’estuaire du fleuve. En effet, ces poissons d’eau douce semblent avoir fui devant l’arrivée de l’eau polluée pour se retrouver coincés par l’eau de mer. Pour protéger la végétation de l’estuaire, des bouées de contention ont été disposées par les pêcheurs de la région engagés par Samarco, l’entreprise responsable de la catastrophe. Cependant ce système n’est pas efficace à 100%. La boue est en effet constituée de diverses particules plus ou moins fines qui flottent à des vitesses et des profondeurs différentes.

Inquiétude des populations riveraines

Samedi 21 novembre, la population locale a protesté contre la destruction irrémédiable de son environnement et de ses ressources. A Regência, les 1.200 habitants ont exprimé aux médias leurs inquiétudes pour l’avenir de leur région lors d’une manifestation. Un homme, tout de noir vêtu, déguisé en « grande faucheuse » arborait une faux sur laquelle était écrit « Samarco ». Les manifestants ont porté des cercueils et des banderoles demandant « Combien vaut le Rio Doce ? ». La région littorale vit en effet essentiellement de la pêche et du tourisme, grâce à la proximité de spots de surf et de réserves naturelles où les visiteurs viennent observer les tortues, les baleines et les dauphins. Depuis lundi, les plages sont interdites à la baignade pour une durée indéterminée.

Outre les préoccupations envers l’environnement et l’économie, le million et demi de riverains du fleuve s’inquiètent des conséquences sur la santé publique. Plusieurs municipalités ont décidé de couper l’approvisionnement en eau et Samarco a été obligé par les autorités d’assurer la livraison d’eau en bouteilles pour des centaines de milliers de personnes. L’exploitant de la mine continue d’affirmer qu’il n’y a pas de substances toxiques dans l’eau, mais des relevés effectués par des instances indépendantes évoquent la présence de mercure et d’arsenic à des taux dangereux pour l’homme. Officiellement, les autorités n’ont pas tranché clairement la question, ce qui en fait un point plutôt préoccupant.

Sanctions financières

Cette semaine Samarco, l’entreprise concessionnaire de la mine de fer, qui appartient à parts égales au brésilien Vale et à l’anglo-australien BHP Biliton, s’est vu infliger de nouvelles amendes. En plus des 62 millions d’euros qu’elle devra verser à l’agence environnementale brésilienne (Ibama) au titre des dommages causés à l’environnement, elle devra s’acquitter d’une amende de 28 millions auprès de l’Etat du Minas Gérais où s’est produite la catastrophe. L’entreprise s’est engagée à payer 253 millions d’euros pour les opérations de nettoyage et l’indemnisation de victimes. En attendant, le ministère de la Justice du Minas Gérais a annoncé le blocage d’une « caution » de 76 millions d’euros sur les comptes de l’entreprise.

Reporterre sur France Inter - Bruno Latour, le climat est « une situation de guerre civile » Par Hervé Kempf Reporterre 2015/11/24 Par Hervé Kempf (24 novembre 2015) Reporterre sur France Inter - Bruno Latour, le climat est « une situation de guerre civile ». Reporterre. Climat fr

Reporterre sur France Inter - Bruno Latour, le climat est « une situation de guerre civile »

- Lundi 23 novembre 2015

Bruno Latour, sociologue des sciences et un des intellectuels actuels les plus stimulants, revient sur les idées développées dans sa tribune, « L’autre état d’urgence ».

« Il est légitime de s’occuper de la sécurité, explique-t-il, mais il y a un autre état d’urgence : il y a la COP dans cinq jours ». Pour Latour, « se priver des manifestations civiles est une grave erreur, car [sur le climat], l’Etat a besoin de nous ». La bataille du climat s’apparente même à une « situation de guerre civile ». Il critique le nihilisme des négationnistes du climat, les associant aux terroristes par leur commun « mépris pour la Terre ».

- Ecouter ici la Une de la Science avec Reporterre, animé par Matthieu Vidard avec Axel Villard, Hervé Kempf, et Bruno Latour :

Pour manifester, Bruno Latour propose de se joindre à La Grande clameur.

Photo : . Bruno Latour (Wikimedia) . Grande Clameur : Martin Malte (Great clamor)

Reporterre, tous les lundi à 14 h 05 sur France Inter, dans l’émission « La Tête au carré », animée par Mathieu Vidard.

« L’actualité de toutes les sciences dans tous les domaines de la recherche. Éclectisme, vulgarisation et pédagogie, sciences dures du vivant ou humaines : Mathieu Vidard s’intéresse à toutes les observations et les expérimentations du monde par le biais des sciences. »

À écouter sur France Inter, dont voici la carte des fréquences FM, selon le lieu où vous habitez.

BNP-Paribas obstinée sur les paradis fiscaux, les faucheurs de chaises vont agir Par Lorène Lavocat (Reporterre) Reporterre 2015/11/24 Par Lorène Lavocat (Reporterre) (24 novembre 2015) BNP-Paribas obstinée sur les paradis fiscaux, les faucheurs de chaises vont agir. Reporterre. Luttes fr

BNP-Paribas obstinée sur les paradis fiscaux, les faucheurs de chaises vont agir

Les représentants des « faucheurs de chaises » ont été reçus hier par la direction de BNP-Paribas, qui a refusé toute fermeture de ses filiales aux Îles Caïmans. Les militants pour le climat ont donc annoncé la poursuite des « réquisitions citoyennes » pour combattre l’évasion fiscale.

« Une réunion pour rien. » Thomas Coutrot, d’Attac, Pauline Boyer et Txetx Etcheverry d’Action non-violente COP 21, et Florent Compain des Amis de la Terre, ne cachent pas leur déception ni leur colère. Ils sortent d’une rencontre avec des dirigeants de la BNP-Paribas, entrevue obtenue après de longs mois de pression citoyenne à travers une opération de « fauchage de chaises ».

« Nous espérions l’annonce de la fermeture des sept filiales que le groupe possède aux Îles Caïmans, explique Txetx Etcheverry. À la place, nous avons assisté à une séance de justification. » Philippe Bordenave, Michel Konczaty et Laurence Pessez, tous membres de la Direction générale du premier établissement financer français, leur ont rappelé que les Îles Caïman ne figuraient plus sur la liste noire des paradis fiscaux de l’OCDE. En 2009, l’archipel a en effet signé des accords de coopération avec l’organisation internationale, s’engageant ainsi à plus de transparence. Mais pour de nombreux observateurs comme le Tax Justice Network, c’est loin d’être suffisant. En 2015, les Îles ont ainsi été classées au cinquième rang des pays les plus opaques.

Trophées de chasse

La BNP justifie sa présence dans les Caraïbes par l’absence de normes contraignantes. « Pour eux, il s’agit d’un paradis réglementaire et non pas fiscal », résume Thomas Coutrot. Pas de changement de politique en vue, malgré l’annonce de la fermeture de trois des sept filiales, « pour des raisons d’ordre économique et stratégique ». Les associations ont donc décidé de poursuivre leurs actions, et même de les intensifier pendant la COP 21.

Car depuis février dernier, elles réclament la fin de l"évasion fiscale, au nom de la lutte contre le réchauffement climatique. Leur leitmotiv est « l’argent pour sauver le climat existe : il est dans les paradis fiscaux ». Leur moyen d’action : la « réquisition citoyenne de chaises ». Dans les faits, des militants non-violents se sont introduits dans 35 établissements bancaires pour y prendre des sièges. Le mobilier est ensuite entreposé chez des particuliers, dont Edgar Morin et Patrick Viveret, ou dans les locaux d’organisations. Greenpeace affiche ainsi dans sa vitrine quelques-uns de ces trophées de chasse. Le but : réunir 196 chaises – une pour chaque État représenté lors des négociations sur le climat – lors du Sommet citoyen pour le financement de la transition sociale et écologique, qui se tiendra à Montreuil le 6 décembre prochain. Ils en ont actuellement près de 200.

« Toute intrusion dans nos agences pouvant avoir des conséquences très graves »

Quid de l’état d’urgence et de la menace terroriste ? Pour Txetx Etcheverry, il n’est pas question de baisser les bras : « Pour lutter contre les actes terroristes, nous avons encore plus besoin de lutter contre l’opacité financière. » Un avis partagé d’ailleurs par... Michel Sapin. Le ministre des Finances a plaidé lundi 23 novembre pour une plus grande coopération des paradis fiscaux dans la lutte contre le blanchiment. L’État islamique et d’autres organisations mafieuses cachent en effet leur argent via de nombreuses sociétés écrans localisées dans des paradis fiscaux.

C’est pourtant au nom de l’état d’urgence que la BNP a réclamé la semaine dernière l’arrêt des actions de désobéissance civile. Dans un courrier adressé aux ONG, la direction demandait « de cesser les actions de vols de chaise, toute intrusion dans nos agences pouvant avoir des conséquences très graves ».

« Nous avons respecté bien sûr une période de deuil, les actions ont été mises en stand-by, souligne Txetx Etcheverry. Mais il faut faire pression sur la BNP pendant la COP 21, d’autant plus que la banque est un des sponsors de l’événement. » Les associations appellent donc à une action massive de « fauchage de chaises », le jeudi 3 décembre à 10 h, boulevard des Italiens, devant le siège de l’établissement.

Le nucléaire n’est pas une bonne réponse au réchauffement climatique Yves Marignac Reporterre 2015/11/24 Yves Marignac (24 novembre 2015) Le nucléaire n’est pas une bonne réponse au réchauffement climatique . Reporterre. Tribune — Climat fr

Le nucléaire n’est pas une bonne réponse au réchauffement climatique

Pour contenir le réchauffement climatique sous le seuil des 2 °C, Nuclear for Climate propose de doubler la capacité de l’énergie nucléaire dans le monde. Mais cette solution est inefficace et dangereuse, démontre Yves Marignac.

Yves Marignac est le directeur de Wise-Paris (World Information Service on Energy).

Comme à chaque conférence internationale sur le climat, l’industrie nucléaire va saisir l’opportunité de la COP 21 pour convaincre qu’elle constitue une solution indispensable pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. L’initiative Nuclear for Climate, plate-forme qui dit réunir 140 organisations professionnelles et sociétés savantes du secteur nucléaire, affirme ainsi que « pour limiter le réchauffement climatique à 2 °C, nous devons doubler la capacité nucléaire dans le monde » [1].

Il ne faut pas s’étonner que le ban et l’arrière-ban du lobby nucléaire se mobilisent pour cette campagne. L’industrie nucléaire a sincèrement cru, à la fin des années 1990, que la lutte contre le climat allait provoquer sa « renaissance ». Sa vertu climatique devait permettre de passer outre les problèmes économiques, et surtout les risques spécifiques à cette énergie – prolifération nucléaire, accident majeur, déchets radioactifs – qui en empêchaient le développement. Après près de vingt ans de déclin continu, qui ont vu sa contribution à la production d’électricité dans le monde passer de près de 17 % à moins de 11 %, l’argument climatique est devenu pour elle une question de survie.

L’idée est pourtant a priori logique : le nucléaire ne brûle pas de combustible fossile, donc n’émet pas directement de CO2, donc il constitue une énergie non-carbonée pouvant se substituer au gaz, au pétrole et au charbon.

Méthode de calcul réaliste

Elle trouve cependant rapidement plusieurs limites, que Wise-Paris vient de rappeler dans un rapport commandé par plusieurs ONG sur le sujet [2]. Tout d’abord, le nucléaire émet indirectement, dans son cycle de vie, des gaz à effet de serre. Ces émissions varient fortement selon les conditions et les méthodes de calcul, dans une fourchette considérée par le Giec entre 4 et 110 grammes de CO2 par kWh. Soit quelques dizaines de grammes en moyenne, une valeur plus faible que les centaines de grammes des énergies fossiles, cependant non négligeable.

Ces émissions indirectes doivent être comparées, pour mesurer les émissions que le nucléaire permet d’éviter, à celles qui auraient été émises, toutes choses égales par ailleurs, sans recours au nucléaire. Il faut évidemment introduire ici une hypothèse. L’industrie nucléaire ne s’embarrasse pas sur ce point et considère, afin de maximiser le bénéfice attribué à ses réacteurs, qu’un kWh nucléaire remplace un kWh de centrale électrique thermique au fioul ou au charbon. On pourrait, à l’inverse, considérer que chaque kWh nucléaire aurait pu être remplacé par une production à base d’énergies renouvelables, voire par des actions d’économie d’énergie permettant de se passer de l’électricité correspondante, ramenant ce bénéfice à zéro.

Wise-Paris propose sur ce point une méthode de calcul réaliste : il s’agit de considérer qu’un kWh nucléaire produit à un moment donné remplace un kWh fourni par le reste du mix électrique réel du moment. Cette méthode fournit une estimation de l’évolution des émissions évitées par le nucléaire depuis son développement, qui peuvent être rapportées à l’ensemble des émissions de CO2 générées par la production et l’utilisation d’énergie dans le monde.

Système énergétique productiviste

Le résultat est édifiant. Il apparaît en effet que le nucléaire n’a eu qu’un rôle très marginal sur l’évolution des émissions. Sa contribution représente aujourd’hui environ 1,5 milliard de tonnes de CO2 évitées, ce qui ne correspond qu’à 4 % des émissions réelles de CO2 liées à l’énergie. Cette contribution n’a jamais représenté plus de 6 % des émissions réelles, pic que le nucléaire a atteint en 2000.

Ainsi, le développement du nucléaire jusqu’à son niveau actuel n’a jamais été en mesure ne serait-ce que d’infléchir significativement la croissance vertigineuse des émissions. Celle-ci a représenté depuis les années cinquante, moment où le nucléaire a été introduit, une augmentation de près de 30 milliards de tonnes par an, soit vingt fois plus que ce que le nucléaire a permis, au mieux, d’éviter.

Le nucléaire n’apparaît donc pas comme une alternative aux énergies fossiles, mais beaucoup plus comme une composante du système énergétique productiviste fondé sur ces énergies dont le développement nous a conduit à la crise actuelle. Ce constat, établi à l’échelle mondiale, s’applique d’ailleurs aussi dans les pays qui ont le plus développé le recours au nucléaire. Les États-Unis, par exemple, qui exploitent un quart du parc nucléaire mondial, sont aussi restés longtemps les premiers émetteurs de gaz à effet de serre de la planète, avant d’être dépassés par la Chine.

L’exemple de la France est encore plus significatif. Avec près de 80 % d’électricité nucléaire, celle-ci a poussé le rôle de cette énergie plus que tout autre pays. Cet effort, qui lui a valu une réduction de 15 % environ de l’ensemble de ses émissions de gaz à effet de serre, lui permet certes de se targuer d’un niveau d’émissions par habitant plus faible que de nombreux pays développés. Mais la France consomme toujours beaucoup d’énergie, dépend toujours à 70 % des énergies fossiles (contre 80 % au niveau mondial), et ses émissions de gaz à effet de serre restent quatre fois supérieures au niveau recommandé par le GIEC.

Contribution mineure

Faut-il, pour autant, rejeter la revendication de l’industrie nucléaire à « faire partie de la solution » au dérèglement climatique ? Il ne s’agit pas ici, comme elle cherche à le faire croire, d’additionner les efforts dans le développement équilibré de toutes les productions bas-carbone. L’urgence commande de se concentrer sur les solutions les plus efficaces et de les combiner de la façon la plus cohérente et rapide possible. L’enjeu est une transformation profonde du système énergétique, s’appuyant d’abord sur des efforts de maîtrise de la consommation d’énergie, et sur le déploiement des énergies renouvelables au plus près des potentiels territoriaux. Ces filières sont désormais matures, et leur capacité à se déployer pour réduire les émissions de CO2 est, en termes de coût, de délais et de performance, sans commune mesure avec le nucléaire. Cette transformation doit intervenir au plus vite.

Le doublement de la capacité nucléaire recommandé par Nuclear for Climate représente, compte tenu du vieillissement du parc actuel, un effort de construction de réacteurs dans le monde sans commune mesure avec les niveaux actuels de construction, très supérieur au rythme moyen observé dans le passé, et difficilement atteignable en l’état des capacités industrielles de la filière. Un tel développement constituerait un investissement majeur pour une contribution qui resterait mineure.

On ne peut investir un euro qu’une fois. L’urgence commande de faire les meilleurs choix. Partout dans le monde, les solutions plus performantes, plus compétitives et plus rapides de la transition énergétique seraient retardées par l’engagement de nouveaux réacteurs. La priorité ne pourra pas être de sauver le nucléaire si elle est de sauver le climat.

« Bonjour, vous mettez un peu de pollution dans votre voiture ? » Aïcha, Grace, Isra, Sirine, Safa, Cherine, Douga, Adem, Adam, Khadija, Malik, Ilyesse, Ranime, Maya Reporterre 2015/11/24 Aïcha, Grace, Isra, Sirine, Safa, Cherine, Douga, Adem, Adam, Khadija, Malik, Ilyesse, Ranime, Maya (24 novembre 2015) « Bonjour, vous mettez un peu de pollution dans votre voiture ? » . Reporterre. Transports fr

« Bonjour, vous mettez un peu de pollution dans votre voiture ? »

Une dizaine d’enfants de la maison de quartier du Haut-Pantin ont participé à un atelier média organisé par Reporterre dans le cadre du projet Climat et quartiers populaires. Équipés de micros, d’appareils photo, de leur jugeote et de leur enthousiasme, ils sont partis en reportage. Le sujet : Trop de voiture dans la ville ?

Cet article a été réalisé par Aïcha, Grace, Isra, Sirine, Safa, Cherine, Douga, Adem, Adam, Khadija, Malik, Ilyesse, Ranime, Maya, habitants de Pantin (Seine-Saint-Denis), dans le cadre d’un atelier média Climat et quartiers populaires.

Voitures, motos, camions font beaucoup de bruit, on entend très peu les oiseaux. On est sur l’avenue Jean Lolive, à Pantin, en Seine-Saint-Denis. On voit très peu de vélos, de rollers ou de trottinettes mais beaucoup de gens en voiture dans cette grande rue.

Les trottoirs sont étroits, notre groupe a du mal à passer. On arrive au supermarché Leclerc, on attend que les gens sortent du parking.

« Bonjour Madame, avez-vous une voiture ? Pourquoi vous ne prenez pas le bus ? Vous n’avez pas de vélo ? »

« Quand vous partez en vacances, vous mettez un peu de pollution dans votre voiture ? »

On sort de Leclerc, on va à la station-service, à cinq minutes à pied. On aborde un homme en train de mettre de l’essence dans sa voiture.

« Bonjour Monsieur, on fait un reportage sur la pollution. Sentez-vous la pollution lorsque vous ouvrez les carreaux de vos voitures quand il y a un embouteillage ? – Oui… En fait, tout le monde est conscient de cette problématique de pollution et d’environnement, le problème c’est que... »

Un autre Monsieur, un peu plus vieux, accepte lui aussi de répondre. Il utilise la voiture pour son travail.

« Je ne peux pas prendre le vélo parce que c’est loin et j’ai des affaires dans la voiture dont j’ai toujours besoin ! »

Pourtant à Pantin, il y a aussi beaucoup de transports en commun. Nous allons à la station de métro Église-de-Pantin. « Sur Paris, il n’y en a pas vraiment besoin de la voiture, il y a les transports, remarque une voyageuse. Mais peut-être que certaines personnes sont fainéantes ? »

Pour éviter de polluer la terre, il faudrait beaucoup de vélos et de trottinettes dans les rues. Pourquoi n’y voit-on presque que des voitures ? Olivier Razemon, journaliste spécialiste des transports, et Delphine Grinberg, du collectif Paris sans voitures, peuvent répondre à la question.

« À Paris, seulement 10 % des trajets se font en voiture, explique Olivier Razemon. Donc, il y a plus de gens qui prennent le métro et de gens qui marchent que de gens qui prennent la voiture. (…) Et il y a quand même plein de voitures ! Ben, en fait, la voiture ça prend de la place. Imaginez si on tenait cette réunion chacun tous dans une voiture. Il nous faudrait un parking ! Les voitures prennent énormément de place alors qu’il y a pas beaucoup de gens qui les utilisent, et on leur donne beaucoup de place aussi. »

Et les voitures vont prendre de plus en plus de place. Olivier donne des chiffres : aujourd’hui dans le monde il y a un milliard de voitures, il y en aura deux milliards en 2050 ! Or la voiture pollue beaucoup : « D’abord, il y a le pot d’échappement, commence-il. C’est facile, vous voyez les gaz qui en sortent. Ils contribuent aussi au dérèglement climatique. Après la voiture pollue de plein d’autres manières. Elle a tous ces composants électroniques et ces métaux rares qu’on est allé chercher dans le monde entier et elle ne sert que 5 % du temps ! Et à la fin, quand on ne l’utilise plus, on la met à la casse mais tout ce qu’il y a dedans risque encore de polluer. »

« Quand on a fait la journée sans voitures à Paris, ajoute Delphine, le truc qui était le plus dingue, c’est que, tout d’un coup, on entendait les gens rires et on entendait les fontaines. Alors que d’habitude, on n’entend que le bruit des voitures. Ça, c’est de la pollution aussi. »

Mais, alors que l’on sait tout cela, pourquoi utilisons-nous la voiture aussi souvent ? « Ce que l’on voudrait tous, c’est un tapis volant, répond Olivier. Et aujourd’hui, ce qui ressemble le plus à un tapis volant, c’est la voiture... » « Avant, j’avais une voiture, ajoute Delphine. Je ne me cassais vraiment pas la tête et dès que je devais aller quelque part, je la prenais. À un moment, elle a cassé et je n’avais pas de sous pour la réparer. Mais j’ai trouvé un vélo à la cave. Alors je n’ai pas réparé la voiture et j’ai trouvé des tas d’autres façons de me balader. » Pour elle, il faut se rendre compte qu’il y a d’autres tapis volants que la voiture.

Avec son collectif Paris sans voitures, Delphine a donc pu organiser la Journée sans voitures à Paris. Alors, s’il n’y avait plus de voitures, que se passerait-il ? « J’ai envie qu’on ferme tous les yeux et qu’on imagine, répond-t-elle. À quoi ressembleraient les rues, s’il n’y avait pas les voitures qui prenaient toute la place ? Tout ce qu’on pourrait faire dans ces rues : pour jouer, pour pique-niquer ! Après, il faut réfléchir à comment on ferait pour se déplacer. Il y a des choses à inventer... »

« Mais cela ne sert à rien d’inventer des nouveaux trucs ! l’interrompt Olivier. Je n’arrête pas de répéter ça. On a déjà tout ! Il y a déjà un métro et des bus performants, des vélos, des trottinettes, la marche à pied, les RER… Il y aura toujours des voitures. Par contre il peut y en avoir beaucoup, beaucoup, moins. – On commence demain alors ? propose Delphine – On est en train de commencer ! » s’exclame Olivier.

« ÇA VA ENCORE PLUS POLLUER LA TERRE, QUI VA ÊTRE PLUS CHAUDE »

- Marie Astier, journaliste à Reporterre, raconte comment s’est réalisé cet atelier.

« Est-ce que vous savez ce que c’est que le climat ? » La question plonge la dizaine d’enfants de l’étude du vendredi soir dans la perplexité. L’atelier se passe à la maison de quartier du Haut-Pantin, à Pantin, en Seine-Saint-Denis. Adam, 9 ans, se risque à répondre : « C’est quand il fait froid ou il fait chaud ? » Pas mal. Après explications, deuxième question : « Et le changement climatique, vous en avez déjà entendu parler ? »

Pour Aïcha, « c’est quand il fait chaud au Nord et froid au Sud ». Adam, le bavard de la bande, évoque « la glace qui fond au pôle Nord et au pôle Sud et la mer, elle va remonter, remonter... » Grace, 10 ans, sort son cours de SVT sur la rotation de la Terre autour du Soleil, qui explique les saisons. Aïe, fausse piste. On reprend. J’évoque les océans qui montent, les saisons qui se détraquent, la température qui s’élève. « Avez-vous une idée de pourquoi la température augmente ? » « Parce que la Terre se rapproche du Soleil ! » répondent-ils en chœur. Re-aïe.

« Non, en fait, c’est la faute à nous, les humains... » Les enfants partent sur le thème de la pollution. « Le parterre, c’est pas une poubelle ! » proclame Chérine, 7 ans. « Il y en a qui jettent leurs déchets et après ça pollue la Terre », ajoute Isra, 8 ans. « Ce qui pollue la Terre, c’est surtout le plastique », estime Douga, 9 ans, appuyé par Sirine, du même âge : « Les gens, ils fabriquent trop de choses, ça pollue encore plus la Terre. »

« Est-ce que la pollution, ça réchauffe la Terre ? » demande Adem. J’esquisse un dessin pour expliquer l’effet de serre. Il y a donc des gaz qui perturbent le fonctionnement du climat de la planète. « Selon vous, d’où viennent-ils ? »

Les voitures, la cigarette, les scooters, les motos, les usines sont cités. « Je voudrais en revenir aux voitures, avance Safa, 8 ans. Quand on met le gasoil, qu’ensuite on allume, la fumée sort par derrière. Ça va encore plus polluer la Terre, qui va être plus chaude. »

Chacun écrit sur un papier le sujet dont il souhaite parler. Les enfants y inscrivent les déchets, les usines, ou encore « les cheminées sur les toits » des immeubles de la rue, mais les voitures remportent la mise. Laure, l’animatrice, leur demande : « Qui a une voiture ici ? » Presque tous lèvent la main.

« On est sur Radio Pantin »

Rendez-vous donc pendant les vacances de la Toussaint pour une matinée de reportage sur la trace des voitures. On discute des lieux où aller. Unanimement, ils désignent « Hoche », quartier du centre-ville traversé par une grande avenue. Le parking du supermarché Leclerc semble être le lieu idéal pour attraper des automobilistes. Aïcha a l’idée de la station-service. Chacun prépare ses questions, et c’est parti. Micros et appareils photos à la main, notre petite troupe se met en route. « On est sur Radio Pantin, en route pour Hoche pour vous parler des voitures et de la pollution ! » lancent les présentateurs d’un jour.

Pour les interviews, il y a deux styles : les timides et les entreprenants. Les passants se laissent prendre au jeu. L’équipe des photographes est chargée de tirer les portraits. La récolte est bonne. On repart dans le brouhaha des voitures pour la station service. Moins facile d’interpeller les conducteurs aux vitres fermées. Adam et Yacouba n’hésitent pas à toquer pendant qu’ils attendent leur tour. Sirine et Ilyesse préfèrent attendre qu’ils sortent pour faire le plein. Les questions sont rodées.

Aïcha suggère d’aller à la station de métro à deux pas. On y trouve moins de passants qu’à la station service ou au supermarché ! Quelques voyageurs se prêtent au jeu, puis il est déjà temps de repartir.

Au retour, on se rend compte que les petits doigts n’ont pas toujours suffisamment appuyé sur le déclencheur de l’appareil photo, ou que le micro est parfois trop près, ou trop loin de l’interlocuteur. Mais dans l’ensemble, il y a largement de quoi faire un beau reportage.

Séance suivante, on passe aux explications. Delphine Grinberg, du collectif Paris sans voitures et Olivier Razemon, un journaliste indépendant spécialiste des transports, viennent à la Maison de quartier répondre aux questions des enfants.

On a une heure pour les préparer. Florilège : « Pourquoi les voitures polluent beaucoup ? » « Combien y a-t-il de voitures à Paris ? En France ? Dans le monde ? » « Les gens utilisent-ils plus la voiture ou le métro ? » « Les gens prennent-ils plus la voiture pour aller au magasin, en vacances ou au travail ? » « Pourquoi utilisons-nous la voiture très souvent ? », etc.

Olivier et Delphine jouent le jeu. À leur arrivée, les enfants leurs demandent d’abord comment ils sont venus. « À vélo ! » répondent les deux. La discussion dure une heure trente et il reste encore des questions à la fin… Les enfants se sont montrés bien plus attentifs qu’espéré !

Vient enfin la séance de mise en forme : on écoute et sélectionne les sons, on se rappelle les réponses marquantes d’Olivier et Delphine. On assemble tous ces blocs d’information, l’article se dessine peu à peu. Là encore, pendant près de deux heures le groupe maintient son attention. À la fin, la récompense est la séance de sélection des photos.

Certains n’ont participé qu’à une ou deux séances. D’autres sont venus à chaque fois. Un noyau dur a suivi le projet. À la fin, ils sont quatorze à avoir participé à l’élaboration du reportage : Aïcha, Grace, Isra, Sirine, Safa, Cherine, Douga, Adem, Adam, Khadija, Malik, Ilyesse, Ranime, Maya.

Laure, référente socio-éducative du centre social du haut et du petit Pantin, a accueilli et accompagné l’atelier jusqu’à la fin.

Martin Bodrero, de Radio Campus Paris, est venu avec ses micros et ses enregistreurs et a permis à Radio Pantin d’exister.

Mathieu Clavel, journaliste et photographe, a suivi notre reportage et prêté avec gentillesse son matériel aux apprentis reporters.

Pour poursuivre la réflexion, une Rencontre de Reporterre vendredi 27 novembre à Pantin

- à partir de 17 h 30, à la Maison de quartier du Haut-Pantin

Au programme :

- Présentation de leur reportage - Discussion avec leurs invités, Lorelei Limousin (spécialiste des transports au Réseau action climat et Marielle et Pek de la Cyclofficine de Pantin - La surprise des enfants - Débat participatif animé par les enfants - Et pot de l’amitié pour poursuivre la discussion !

- Toutes les informations ici

Rencontre de Reporterre : À Pantin, le 27 novembre, les enfants parlent de la place de la voiture en ville Reporterre 2015/11/24 (24 novembre 2015) Rencontre de Reporterre : À Pantin, le 27 novembre, les enfants parlent de la place de la voiture en ville. Reporterre. Pédagogie Éducation fr

Rencontre de Reporterre : À Pantin, le 27 novembre, les enfants parlent de la place de la voiture en ville

Au début ils étaient perplexes : « Mais le changement climatique, qu’est-ce que c’est ? » Alors, on a discuté. Finalement, ils ont choisi de parler de la voiture. Ben oui, ça émet plein de gaz, et on en voit partout. Pourquoi y a-t-il autant de voitures alors que l’on sait si bien que ça pollue ?

C’est la question que se sont posés les enfants de la Maison de quartier du Haut-Pantin. Avec Reporterre, ils sont allés interroger les automobilistes, les passagers du métro et des spécialistes. Les adultes ont joué le jeu et répondu sincèrement. Cela a donné un article en sons et en images.

Aïcha, Grace, Isra, Sirine, Safa, Cherine, Douga, Adem, Adam, Khadija, Malik, Ilyesse, Ranime, Maya et Malik vous invitent à poursuivre le débat sur le thème Trop de voitures dans la ville !, ce

vendredi 27 novembre, à partir de 17 h 30, à la Maison de quartier du Haut-Pantin

Au programme :

- Présentation de leur reportage - Discussion avec leurs invités, Lorelei Limousin (spécialiste des transports au Réseau action climat et Marielle et Pek de la Cyclofficine de Pantin - La surprise des enfants - Débat participatif animé par les enfants - Et pot de l’amitié pour poursuivre la discussion !

Pour vous rendre sur place :

Maison de quartier du Haut-Pantin,

- 42 rue des Pommiers (ne pas confondre avec la Maison de quartier du Petit-Pantin)

. Métro Église de Pantin (ligne 5) ou Mairie des Lilas (ligne 11) – 15 minutes de marche . Bus 249, station Les Pommiers – 1 minute de marche (la rue des Pommiers est celle en-dessous du pont).

À Bure, les travaux de la poubelle nucléaire avancent en catimini Pierre Bonneau et Gaspard D’Allens (Reporterre) Reporterre 2015/11/25 Pierre Bonneau et Gaspard D’Allens (Reporterre) (25 novembre 2015) À Bure, les travaux de la poubelle nucléaire avancent en catimini. Reporterre. Déchets nucléaires fr

À Bure, les travaux de la poubelle nucléaire avancent en catimini

En octobre, l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs a franchi une nouvelle étape dans la préparation de son projet d’enfouissement des déchets, pourtant toujours privé d’existence légale. Les travaux battent leur plein, suscitant une réprobation locale grandissante.

- À Bure (Meuse), reportage

« Eh ben alors, les fouilles ont commencé, qu’est-ce-que vous attendez pour vous allonger devant les machines ? » À Bure, lorsque un agriculteur du coin interpelle les habitants de la Maison de résistance à la poubelle nucléaire, l’inquiétude est prégnante. Lundi 28 septembre, le grondement métallique des machines a réveillé la campagne. Les travaux ont débuté dans l’opacité et pris tout le monde de court.

Sur des dizaines d’hectares en contrebas du laboratoire de l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra), les tracto-pelles creusent des tranchées régulières de 50 centimètres à 2 mètres de profondeur. Les engins charrient des tonnes de terre rocailleuse. « Ils ont débuté le diagnostic archéologique, ils quadrillent le terrain pour voir s’il est nécessaire de faire des fouilles plus approfondies, explique Sylvie (les prénoms ont été modifiés), permanente de la Maison de résistance, devant ce qui ressemble à un champ de bataille. C’est une étape préalable et obligatoire à tout projet d’aménagement. » Sur le chantier, des archéologues supervisent les opérations. Les gendarmes et les vigiles, eux, surveillent.

Après les « cartographies détaillées », les « études géotechniques » ou les « états initiaux environnementaux » commencés depuis des mois, les fouilles préventives marquent le franchissement d’une nouvelle étape. L’État avance ses pions alors que le projet Cigéo (pour Centre industriel de stockage géologique) « n’a aucune existence légale. Ni déclaration d’autorisation de chantier ni déclaration d’utilité publique », s’indigne Sylvie.

Depuis 2007, l’Andra s’est façonné un empire, son appétit a grignoté le territoire. En Meuse et en Haute-Marne, l’Agence a progressivement acquis près de 2.900 ha – 2.000 ha de forêt et environ 820 ha de terres agricoles. Une vaste réserve foncière qu’elle utilise comme monnaie d’échange pour s’emparer des parcelles se trouvant dans la zone d’emprise du projet Cigéo, avec l’appui des Sociétés d’aménagement foncier et d’établissement rural (Safer) de Lorraine et de Champagne-Ardenne.

« Avec des offres parfois alléchantes, l’Agence incite agriculteurs et propriétaires à échanger leurs terrains contre des terres situées en dehors de la zone, raconte Julien, un autre habitant de la Maison de résistance. L’Andra démarche individuellement les gens, elle fabrique du chacun pour soi. » Une méthode qui permet de « nettoyer le territoire en évitant les longues procédures d’expropriation ». « Ceux qui essayent de résister font face à un harcèlement, doublé de menaces d’expropriations et de contrôles », ajoute-t-il.

« Le territoire va devenir un désert nucléaire »

Jusqu’au début des travaux, les agriculteurs ayant vendu ou échangé leurs terres bénéficiaient d’un effet d’aubaine, ils pouvaient continuer à les cultiver gratuitement grâce à des baux précaires. « Aujourd’hui, c’est fini. Les travaux prennent une ampleur phénoménale, constate, amer, un paysan devant ses anciens champs de céréales lacérés par des tranchées. Si j’avais su, je n’aurais pas échangé mes parcelles. »

À deux kilomètres à peine des fouilles, tracto-pelles et dameuses agrandissent une route autour du projet Syndièse, un projet satellite du Cigéo financé par le Commissariat à l’énergie atomique. Il vise à produire du carburant à partir de biomasse et condamne, selon Lorraine nature environnement, « les forêts locales à devenir le réservoir de nos voitures ». En parallèle, dans les bois achetés par l’Andra, les bûcherons ont déjà effectué des coupes à blanc et en prévoient d’autres.

L’emprise du projet de Cigeo ne cesse d’augmenter, passant d’environ 300 ha lors du débat public contesté de 2013, à près de 600 ha en 2015. « La taille estimée de l’installation de stockage de surface a quasiment doublé, ainsi que la surface pour entreposer les 10 millions de m3 de remblais. Chaque mois ou presque, on découvre une nouvelle installation liée au projet », déplore Régine Millarakis, de Lorraine Nature Environnement. Pour qualifier ce développement tentaculaire, certains militants parlent d’« Andraville ».

Début septembre, les opposants ont par exemple appris que RTE (Réseau de transport de l’électricité) prévoyait de détruire 7 ha au sud de Bure pour l’installation d’un transformateur électrique raccordant Cigéo au réseau. Et que des « projets de zone à urbaniser à vocation économique, avec supérette et boulangerie, » allaient fleurir dans la foulée.

« Les habitants ne sont pas au courant de tous ces projets », et les associations peinent à obtenir des informations. Pour Régine Millarakis, la vision d’ensemble reste cependant limpide : « À terme, c’est tout le territoire qui est condamné. Cette zone agricole et forestière va être vidée de ses habitants historiques pour devenir un désert nucléaire. Avec toutes les infrastructures associées, ses travailleurs, et ses gendarmes. »

Briser la chape de résignation

Sur place, le ras-le-bol s’exprime et la résistance continue de s’organiser. Le 2 octobre, une cinquantaine d’individus se sont retrouvés à Mandres-en-Barrois . Dans ce petit village de 150 personnes, situé à 3 km à l’est du laboratoire, « c’est la première fois, en vingt ans, que les habitants appellent à une réunion », témoigne Yves, l’un des initiateurs de l’événement.

Cette commune est depuis plusieurs années dans la ligne de mire de l’Andra, qui souhaite s’approprier le bois communal pour le raser et y construire une zone de puits, de ventilation et de stockage des remblais sur 270 ha. À 500 m de profondeur, 300 km de galeries seraient également creusées pour stocker les déchets nucléaires. Début juillet, le conseil municipal a accepté l’offre de l’Andra dans l’opacité complète et sans aucune consultation populaire. « Ils se sont même réunis à 6 heures du matin pour décourager les opposants ! »

Certains habitants ont alors brisé la chape de résignation pour envoyer, au cours de l’été, une lettre de demande de recours gracieux au préfet. « On n’avait plus le choix, il fallait oser, poursuit Yves, qui participe pour la première fois – comme la plupart – à une réunion publique. Le plus dur, ça a été d’afficher nos noms dans la lettre. On a eu 30 personnes. Sans le recueil des identités, on en aurait eu deux fois plus. Beaucoup ont peur des représailles. »

Cette peur, ils ont encore dû la braver ce soir-là : le maire, partisan du projet Cigéo, a refusé de leur prêter la salle communale, au mépris de la loi. « Il pensait nous faire reculer, mais il s’est trompé », poursuit Yves, en installant le projecteur face au mur extérieur du bâtiment. Les participants se serrent près des braseros, un verre de soupe à la main. « Ce soir, on se sent moins seul. On s’aperçoit que beaucoup de gens sont contre le projet. »

Tout au long de la présentation des cartes de l’emprise de Cigéo par des militants de l’association BureStop, l’assemblée bruisse d’indignation. Beaucoup prennent conscience de l’ampleur de la future poubelle nucléaire. « Ça y est, cette fois j’ai compris, ils vont tout nous prendre ! » confie un jeune agriculteur du village à sa grand-mère. « Que faut-il faire ? » demande un habitant. « Continuer d’organiser des réunions dans d’autres villages ! » lui répond quelqu’un. Dans leurs communiqués, les associations appellent à « l’action collective » tandis que des membres du collectif VMC, organisateur du camp estival, appellent à « se tenir prêts à converger vers l’Est pour les bloquer ».

Dépasser l’isolement

Pour Julien, de la Maison de résistance, les mobilisations de l’été ont aussi permis de dépasser l’isolement. « Entre l’action des 100.000 pas, l’Alter Tour, le camps des Ami.e.s de Silence !, le camp anticapitaliste du collectif VMC, les rencontres ont été nombreuses. » Depuis, à la Maison de la résistance, cette ancienne ruine agricole transformée en lieu de vie collectif, « il n’y a jamais eu autant de passage : des militants d’ici et d’ailleurs, mais aussi des habitants qui n’osaient pas venir avant ! »

À ses côtés Camille acquiesce énergiquement. À la fin de l’été, la jeune trentenaire a décidé, comme quelques autres militants, de s’installer sur le terrain de l’ancienne gare de Luméville-en-Ornois, qui a accueilli les campements. Des chantiers collectifs mensuels se poursuivent pour rendre habitable le lieu et préparer un espace de maraîchage. Tous refusent le terme de ZAD : « Chaque lutte est spécifique, il n’y a pas de recette magique d’occupation, on continue de s’ancrer localement sans étiquettes. »

Après la réunion, quelques petits groupes s’attardent autour des braseros pour discuter et prendre des nouvelles. Une odeur épicée de vin chaud flotte dans l’atmosphère, et les étoiles veillent. Pour certains, qui ne se sont pas vus depuis cet été, c’est l’heure des retrouvailles. Et des convergences. Au coin du feu, un habitant du village interpelle Camille : « Tiens, mais tu es revenue, toi ! – Oui, vu tout ce qu’il se passe ici en ce moment c’est là qu’il faut être ! Passe donc nous voir sur le chantier à la Maison de résistance, ou à la Gare. – D’accord ! Vous avez toujours besoin de palettes ? »

« On accorde trop d’attention au climat par rapport aux autres questions environnementales » Entretien avec Guillaume Sainteny Reporterre 2015/11/25 Entretien avec Guillaume Sainteny (25 novembre 2015) « On accorde trop d’attention au climat par rapport aux autres questions environnementales ». Reporterre. Entretien — Climat fr

« On accorde trop d’attention au climat par rapport aux autres questions environnementales »

Et si la question climatique avait phagocyté les politiques environnementales ? C’est la thèse de Guillaume Sainteny, professeur à Polytechnique et qui a travaillé plusieurs années au ministère de l’Écologie. Il la développe dans son dernier ouvrage, Le Climat qui cache la forêt. Entretien pas vraiment orthodoxe.

Reporterre – Pourquoi opposer politique environnementale et politique climatique ?

Guillaume Sainteny – Je ne les oppose pas, je me demande juste si la question du climat est vraiment la plus importante. On peut le faire selon plusieurs critères. D’abord, est-ce le sujet considéré comme le plus important par les gens ? Les sondages depuis les années 1990 montrent que non.

Deuxièmement, on peut prendre le nombre de morts. La pollution de l’air, c’est 7 millions de décès prématurés par an dans le monde, à 90 % dans les pays en voie de développement. Le changement climatique, c’est moins de 10 % de cela. Et même en 2030, on comptera toujours plus de morts par pollution de l’air.

Troisièmement, on peut se référer aux recommandations des organisations internationales. Il n’y en a aucune qui vous dise que la priorité est le changement climatique. Elles vous disent qu’il y a aussi l’eau, l’air, l’utilisation non-rationnelle des ressources naturelles, etc.

Enfin, on peut lire les études sur les coûts des différentes atteintes à l’environnement. Le coût annuel des perturbateurs endocriniens ou celui de l’érosion de la biodiversité est du même ordre de grandeur, voire supérieur, à celui du changement climatique.

Je ne conclus pas que le changement climatique est un problème secondaire, mais dis simplement que, par rapport à ces indices, on lui accorde trop d’importance médiatiquement, politiquement, dans les politiques publiques, par rapport à d’autres questions d’environnement. Ce déséquilibre du climat par rapport aux sujets environnementaux est accentué en Europe par rapport au monde, et accentué en France par rapport à l’Europe.

À Reporterre, on tente d’intéresser les lecteurs au changement climatique. Et on a plutôt l’impression qu’on ne parle jamais assez du climat !

C’est drôle, je n’ai pas du tout cette impression. Un exemple parmi d’autres est que la majorité actuelle, depuis 2012, a lancé deux grands projets de loi : l’un sur la transition énergétique, l’autre sur la biodiversité. Comparez la surface médiatique consacrée à ces deux projets, c’est sans commune mesure !

C’est pour cela que je n’étais pas favorable à ce que la France organise la COP 21. Cela contribue à ancrer l’idée dans l’opinion publique française que le seul sujet qui compte, c’est le climat. C’est un paravent extraordinaire pour focaliser l’attention des ONG et médias sur ce seul sujet. Or pendant ce temps-là, le gouvernement entérine des reculs extraordinaires dans le domaine de l’environnement – vous l’avez d’ailleurs relevé sur Reporterre – mais presque personne n’en parle.

Les militants du climat, en particulier le mouvement Alternatiba, répètent qu’on a seulement dix ans pour gagner la lutte contre le changement climatique. Le climat n’est-il pas le problème environnemental le plus urgent ?

Ce n’est pas faux, plus on tarde, plus il sera coûteux de lutter contre le changement climatique. Mais est-ce dix, vingt, trente ans ? Bien malin celui qui saurait le dire, car on disait déjà cela il y a dix ans. Et puis, on peut dire la même chose sur d’autres questions environnementales. À partir de quel moment l’érosion de la biodiversité devient-elle un problème pour la survie de l’homme sur Terre ? Idem pour l’eau : si la baisse des nappes phréatiques continue, à partir de quand cela déclenchera-t-il des migrations ? Pour la pollution atmosphérique, à partir de combien de millions de morts considère-t-on qu’on ne maîtrise plus la situation ? Donc, je suis d’accord avec ce que les militants d’Alternatiba disent, mais je ne suis pas sûr que cela ne s’applique qu’au climat.

Pourtant, si on perd la bataille du climat, ne perd-t-on pas toutes les autres batailles environnementales ?

La focalisation extrême sur le changement climatique a conduit à considérer qu’il était la cause des autres problèmes environnementaux – érosion de la biodiversité, désertification, sécheresse accrue, accès à l’eau, etc. – alors qu’en fait, il en est la conséquence. Par exemple, l’une des contributions majeures aux émissions de gaz à effet de serre, c’est la déforestation, à hauteur d’environ 25 %. L’une des mesures les moins chères à prendre en matière de lutte contre le changement climatique serait de la stopper. Il faut commencer par là.

Quelle conséquence cette focalisation sur le climat a-t-elle sur les autres politiques environnementales ?

Quand vous faites une route, une autoroute, un lotissement, le barrage de Sivens ou l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, il y a une étude d’impact. Ces études sont complètes sur certains sujets et faibles sur d’autres. L’impact environnemental se résume de plus en plus à l’impact CO2. Par exemple, vous décidez de construire une autoroute. On ajoute au bilan financier les coûts sociaux. En positif, il y a le gain de temps, les morts, les blessés, ou le CO2 évités. En France, la commission Boiteux a donné un coût pour tout ça. Et pour le reste, elle a dit : « Je ne sais pas chiffrer. » La biodiversité vaut zéro, le paysage zéro, etc.

Y a-t-il des politiques climatiques qui se sont révélées délétères pour l’environnement ?

Oui, par exemple le soutien aux agrocarburants. Ils supposaient des cultures intensives avec épandages de phytosanitaires, ils ont donc provoqué une pollution accrue de l’eau et de l’air, une réduction de la biodiversité, etc. Ils ont aussi provoqué la remise en culture de zones qui étaient anciennement des friches et qui stockaient du carbone. Donc, le résultat budgétaire est négatif, celui sur l’environnement aussi, et le résultat pour le climat contestable.

Deuxième exemple, il y a une loi en France extrêmement importante, c’est la loi Littoral. Or il y a eu des amendements à la loi Littoral, déposés presque tous par des députés écologistes, pour permettre la construction d’éoliennes de plus de 50 mètres de haut, jusqu’à 150 mètres, sur le littoral. Là, deux intérêts environnementaux s’affrontent : celui de développer les énergies renouvelables et celui de préserver le littoral. Il y a un arbitrage politique à avoir, mais ce débat n’a pas eu lieu.

Comment réconcilier les politiques climatique et environnementale ?

Il faut privilégier les mesures à double, triple, voire quadruple dividende. C’est-à-dire des mesures qui ont un effet bénéfique à la fois sur le changement climatique, sur la pollution de l’air, sur la biodiversité, etc. Il s’agit de presque toutes les mesures d’adaptation au changement climatique parce qu’elles vont presque toujours dans le sens de la nature : économies d’énergies, mesures pour diminuer la pollution atmosphérique, modes de déplacement doux, tous les transports collectifs, etc.

Et aussi, bien sûr, toutes les politiques qui prennent en compte le changement d’usage des terres : arrêter de retourner les prairies, d’urbaniser les sols agricoles, d’assécher les zones humides, etc.

Que pensez-vous de la façon dont la COP 21 aborde le climat ?

Nous n’avons pas les bons critères pour évaluer le succès environnemental et climatique de l’événement. Je critique d’abord cette focalisation sur les 100 milliards pour le Fonds vert. C’est compréhensible que les pays du Sud les réclament à ceux du Nord comme préalable aux négociations. Sauf que le problème des subventions publiques aux énergies fossiles est totalement absent des négociations. Cela représente 550 milliards de dollars par an avant impôts et 490 milliards après impôts, dont plus des trois quarts sont distribués par les pays du Sud. Donc si on leur donne 100 milliards sans qu’ils diminuent les subventions aux énergies fossiles, on obtient 550 moins 100 égalent 450. Tant qu’ils ne diminueront pas ces subventions, ils resteront dans un mode de développement non-durable. Ce sont des subventions qui perpétuent des rentes, des oligarchies, grâce aux revenus du pétrole. Je parle du Nigeria, de la Russie, des pays du Golfe, du Vénézuela, etc.

Un autre problème est la définition des pays riches telle qu’elle a été faite par Rio et Kyoto. Depuis, il y a eu la mondialisation, la réduction de l’extrême pauvreté, la montée des pays émergents et l’arrivée des pays nouveaux riches. Par exemple Singapour, la Corée du Sud, le Chili, l’Argentine, la Malaisie, le Brunei, le Qatar, l’Arabie saoudite, le Koweït, les Émirats-arabes-unis, Israël. Tous ces pays sont plus riches, par habitant, soit que la France, soit que la moyenne de l’UE, et ils n’ont aucun engagement de réduction de gaz à effet de serre ni de devoir aider financièrement les pays en voie de développement. Ce n’est pas normal. Il faut inclure dans les engagements les nouveaux pays riches, mais ce sujet n’est pas abordé.

Votre ouvrage bouscule pas mal d’idées reçues. Quelles réactions ont suivi sa publication ?

Refaire un énième livre catastrophe sur le climat, ce n’était pas la peine. J’ai essayé de dire ce que je pensais. Je suis conscient qu’il dit des choses qui bousculent le politiquement correct, mais beaucoup plus de gens que je ne l’imaginais pensent comme moi. Certains au ministère de l’Écologie m’ont dit qu’effectivement, ils avaient l’impression que le ministère ne s’intéresse plus qu’au climat.

- Propos recueillis par Marie Astier

Guillaume Sainteny vient de publier Le climat qui cache la forêt, éd. Rue de l’échiquier, 18 €, 192 p.

Au-dessus de Nice, la plaine du Var est menacée par le béton Mathilde Gracia (Reporterre) Reporterre 2015/11/26 Mathilde Gracia (Reporterre) (26 novembre 2015) Au-dessus de Nice, la plaine du Var est menacée par le béton. Reporterre. Grands projets inutiles fr

Au-dessus de Nice, la plaine du Var est menacée par le béton

Le projet d’aménagement de la plaine du Var, dans les Alpes-maritimes, inquiète riverains et scientifiques. L’urbanisation des berges du fleuve et son endiguement exagéré accroissent les risques d’inondation alors que se multiplient les épisodes de pluies torrentielles. Et des terres agricoles risquent encore de disparaitre.

- Nice, correspondance

Des trombes d’eau se sont abattues en quelques heures sur les rives de la Méditerranée en octobre, faisant sortir de leur lit de nombreux cours d’eau et piégeant mortellement vingt personnes. Le phénomène dit « cévénol » de pluies intenses (et qui a largement mis en cause l’urbanisation excessive dans les Alpes-maritimes) était concentré sur les communes d’Antibes, Cannes et Mandelieu-la-Napoule.

À Nice, à quelques kilomètres à l’est, dans la vallée du Var, où habite Nadège Bonfils, la pluie n’a pas été aussi forte. Mais l’aménagement autour du fleuve lui laisse toujours présager le pire lors de fortes pluies. Car le Var est un fleuve torrentiel, par le biais duquel une grande partie des eaux des Alpes du Sud atteignent la Méditerranée. Un fleuve aménagé de manière désordonnée depuis le XIXe siècle : « Bétonnage des berges, construction de seuils, activités intensives d’extractions de matériaux, installation de micro-centrales, décrit le GIR maralpin [1]. Lors de fortes pluies ou d’épisodes pluvieux prolongés, avec parfois un effet cumulé avec la fonte des neiges, son débit peut subitement et massivement augmenter », ajoute-il. [2]. La dernière grande crue date de 1994 et avait inondée une grande partie de la ville de Nice, causant 187 millions d’euros de dégâts.

Bétonner davantage les rives

Mais si Nadège est si inquiète, c’est que Christian Estrosi, le député-maire de Nice, a obtenu le statut d’Opération d’intérêt national (OIN) [3] pour la plaine du Var et prépare un immense projet d’aménagement promettant près de 2,5 milliards d’euros d’investissements à long terme. Baptisé « Éco-Vallée » et présenté comme un parangon de développement durable, l’OIN prévoit surtout de bétonner encore davantage les rives du fleuve.

Le 15 octobre dernier, Nadège Bonfils, des élues et d’autres associations ont été entendues à la commission des pétitions du Parlement européen, où elles voudraient condamner la France pour le non-respect de certaines directives européennes dans le cadre de l’OIN. Leur saisine avait été jugée recevable en janvier 2014 mais, après enquête, la commission a jugé que rien ne semblait aller à l’encontre de la législation de l’UE. Après l’exposé des différents intervenants, elle a tout de même demandé davantage de précisions aux opposants, leur accordant ainsi un délai pour fournir des documents prouvant les infractions. « Nous préparons un complément argumenté avec l’appui de naturalistes et d’hydrogéologues », commente Nadège Bonfils. Depuis plus de cinq ans, cette Niçoise étudie de près les évolutions du projet d’OIN et la manipulation du risque d’inondation par l’administration est certainement ce qui motive le plus son opposition au projet.

Étant donné les risques, une grande partie des berges est classée en zone inondable « rouge » le long du Var. Des zones où les constructions sont presque totalement interdites. Cela ennuie le département et certaines collectivités qui souhaitent poursuivre l’urbanisation et le développement de la plaine du Var. Les collectivités ont donc profité du Papi (programme d’actions de prévention contre les inondations), élaboré en collaboration entre l’État et les collectivités dans les zones à risques, pour engager des travaux. En renforçant les digues et en aménageant le lit du fleuve, le dispositif et le chantier sont censés « prévenir » les risques d’inondation. Mais ils permettent aussi, par la suite, de modifier le classement des zones inondables alentours : considérées comme mieux protégées par ces opérations, elles peuvent être « déclassées ».

Technique de « déclassement »

Sur ce document qui date de 2008, le département étudie les conséquences des travaux du Papi sur le classement des zones : on voit clairement des zones en rouge (inconstructibles) qui pourraient passer en bleu (constructibles sous conditions) grâce à l’endiguement. La zone proche de l’aéroport, hautement stratégique, mais aussi la zone industrielle de Carros, plus au nord dans la vallée.

Cette technique de « déclassement » était revendiquée par le préfet d’alors, Francis Lamy. « Quel est l’objectif (du programme de prévention des crues) », demandait Nice Matin : « Tout simplement de rendre “désinondable”, excusez ce néologisme, plusieurs centaines d’hectares, répondait le préfet. Dès le mois de mars 2010, les grandes zones stratégiques, comme à l’embouchure du cours d’eau ou autour de Carros, n’auront plus de problème d’inondation. Les secteurs aujourd’hui en rouge sur la carte seront demain redessinés en bleu. » [4]

En jetant un œil au PPRI (le Plan de prévention des risques d’inondation, qui détermine le classement des zones inondables) approuvé par le préfet en avril 2011, on voit que certaines zones sont bel et bien passées du rouge au bleu. De nouveaux permis de construire vont pouvoir être délivrés, le préfet l’affirme sans vergogne en 2011 : « Des entreprises vont pouvoir déposer leur permis de construire pour s’agrandir, comme Schneider. ArkoPharma, Virbac, Ubaldi et d’autres sont concernés. » [5]

Mises en garde des experts

Le néologisme du préfet n’avait pas échappé à Bruno Ledoux, spécialiste de la prévention du risque d’inondation : « En novembre 2009, le préfet (des Alpes-maritimes) prétend sans sourciller rendre “désinondables” plusieurs centaines d’hectares de la plaine du Var pour y implanter une future opération d’intérêt national. (…) Or que nous apprend l’histoire ? Que les ouvrages de protection, même les plus solides, ne résistent pas au temps. Pas seulement à l’usure du temps, mais à la négligence inéluctable de ceux qui en ont la charge, si aucun événement violent ne vient tirer la sonnette d’alarme. » [6]

Reporterre a interrogé la Direction générale de la prévention des risques (DGPR) au ministère de l’Écologie sur la légalité de ce type de déclassement en demandant si cette pratique est en accord avec la politique de lutte contre les risques d’inondation préconisée par la DGPR. Celle-ci ne nous a pas répondu, nous dirigeant vers la préfecture des Alpes-maritimes, puisqu’il s’agit d’un projet « local », nous dit-on.

Au cabinet de la préfecture, le bureau de la communication interministérielle assure que toutes les réglementations sont respectées et conformes aux attentes de la DGPR : « Un des objectifs du Papi était de mettre en cohérence un ensemble de digues hétérogène et la cartographie 2008 (mentionnée plus haut) résultait de ce constat initial. Le quartier ouest de Nice était une zone déjà urbanisée depuis près de 30 ans en 1994, avec des infrastructures de transport de toutes natures (aéroport, voies autoroutières, routières et ferroviaires), des installations à enjeu économique comme le MIN, le centre administratif, le quartier des Moulins... »

De manière générale, les experts ne cessent pourtant de mettre en garde contre l’urbanisation excessive autour des cours d’eau et contre l’endiguement. Pour Freddy Vinet, professeur de géographie à l’université Montpellier 3 et spécialiste du risque d’inondation, cette dernière technique « se révèle être un facteur essentiel de la production du risque par l’autorisation qu’elle octroie indûment à urbaniser les espaces situés à l’arrière ».

Favoriser les zones « d’extension du fleuve »

La première phase des travaux le long du Var (Papi 1) disposait d’un budget de 25 millions d’euros. En octobre 2013, l’État, le département des Alpes-maritimes, la métropole Nice-Côte d’Azur ainsi que l’EPA (l’Établissement public d’aménagement de l’OIN) ont signé le Papi 2, pour un budget de plus de 67 millions d’euros cofinancé par tous ces signataires. Le deuxième volet prévoit-il de rendre de nouvelles zones « désinondables » ? Christian Tordo, le président de l’EPA n’était pas en mesure de répondre à cette question au téléphone. À la suite des événements du 3 octobre, il assure que le risque d’inondation « est un élément que nous allons évidemment prendre en compte dans nos réflexions, mais à ce jour aucune réunion n’est prévue à ce sujet », dit-il.

Les documents d’évaluation environnementale (comme ce plan de gestion Natura 2000 recommandent de favoriser les zones « d’extension du fleuve » pour qu’il trouve des espaces de liberté où il puisse s’étendre. Or un aperçu de la carte satellite suffit à voir que le fleuve est cerné de routes, de zones industrielles et de quelques parcelles agricoles. L’embouchure du fleuve est même déviée... par l’aéroport, dont la superficie s’étend sur l’eau depuis des travaux de remblayage de la mer dans les années 1970.

Le cabinet néerlandais West 8, auteur d’une étude sur l’aménagement de la vallée, conseillait d’ailleurs de tout simplement déplacer l’aéroport pour reconstituer le delta du Var. Il prévoyait aussi un tracé où le fleuve aurait repris ses droits et s’étendrait sur des zones aujourd’hui urbanisées. Mais le prix du foncier dans la région incite bien davantage à grignoter le plus d’espace possible.

- Télécharger l’étude de West 8 :

Les recettes pour devenir autonome Jean-Pierre Tuquoi (Reporterre) Reporterre 2015/11/26 Jean-Pierre Tuquoi (Reporterre) (26 novembre 2015) Les recettes pour devenir autonome. Reporterre. Quotidien fr

Les recettes pour devenir autonome

La jeune maison d’éditions Ypy Pyp propose une quinzaine de fiches pour mettre l’autonomie à la portée de chacun : faire du feu, construire sa maison, réussir un compost, reconnaître les plantes sauvages, etc.

Qui n’a pas rêvé d’être autonome et de vivre de façon agréable en tirant profit des ressources de la terre mais sans la saccager ni imposer lourdement notre présence ? C’est ce rêve enfoui au cœur de chacun que proposent de concrétiser les toutes jeunes éditions Ypy Pyp avec, en quelque sorte, des fiches cuisine sur l’autonomie appliquées à vie quotidienne.

En suivant pas à pas leurs recommandations, construire une maison minuscule (tiny house), un four solaire ou des toilettes sèches est à la portée des moins bricoleurs, produire son électricité s’apparente à un jeu d’enfant, réussir un compost, composer un jardin luxuriant, faire du pain ou des fromages végans, se nourrir sans gluten tous ces exploits de la vie quotidienne paraissent à portée de main.

La collection des fiches – aujourd’hui une quinzaine mais d’autres viendront sans doute s’y ajouter – est éclectique en diable. Les titres concernent aussi bien les champignons (Je cultive mes champignons à la maison) que les cosmétiques bio, l’art de faire du feu en pleine nature ou de bâtir un igloo en terre (une kerterre). Des fiches permettent de savoir reconnaître les plantes sauvages dans la nature tandis que d’autres promettent de « soulager (les) maux par simple pression des doigts », de créer « un jardin luxuriant en recyclant (les) eaux usées » ou de maîtriser « l’art du souffle ».

Alimenter une illusion et nourrir un rêve

Chaque fiche (format 30 cm x 40 cm) pliée en trois marie texte et illustrations. Celles-ci sont des aquarelles magnifiques avec un trait précis et des couleurs douces. Les textes, eux, sont denses et précis. Rédigés par des spécialistes qui le plus souvent réussissent à résumer avec le minimum de mots des années d’expérience et de pratique, disent l’essentiel. En cas de doute ou lorsque les explications paraissent insuffisantes, le lecteur peut compléter le continu de la fiche cuisine en allant sur l’Internet. La plupart des auteurs ont développé leur spécialité sur un site, le leur ou celui d’une association. La fiche, alors, se transforme en porte d’entrée…

Mais achète-t-on les fiches cuisines de l’autonomie parce que l’on veut vraiment construire un sac à dos en fibres végétales ou maîtriser l’art du feu comme nos lointains ancêtres ? Probablement que non. L’essentiel et leur intérêt est ailleurs.

Aussi bien faites soient-elles, elles sont là pour alimenter une illusion et nourrir un rêve, celui qui nous fait croire que, même si nous passons des heures et des heures à naviguer sur l’Internet et à pianoter sur des smartphones, une porte de sortie existe, à portée de mains, qui nous ouvre la voie de l’autonomie et donc de la liberté.

Devenir autonome, fiches pratiques, éditions Ypy Pyp, format 30 cm x 40 cm, 3,90 euros l’unité

Aux Etats-Unis, des enfants gagnent un procès pour protéger le climat Élisabeth Schneiter (Reporterre) Reporterre 2015/11/26 Élisabeth Schneiter (Reporterre) (26 novembre 2015) Aux Etats-Unis, des enfants gagnent un procès pour protéger le climat. Reporterre. Climat fr

Aux Etats-Unis, des enfants gagnent un procès pour protéger le climat

La cour supérieure de l’Etat de Washington, aux Etats-Unis, vient de rendre une décision favorable aux enfants. Ceux-ci attaquaient le ministère local de l’Environnement. Le juge confirme que les lois de l’Etat sur le CO2 sont insuffisantes. Cette décision s’inscrit dans un mouvement international de justice pour le climat.

« Je ne vais pas rester assise et regarder mon gouvernement ne rien faire. Nous n’avons pas de temps à perdre. Je pousse mon gouvernement à prendre des mesures concrètes sur le climat, et je ne m’arrêterai pas jusqu’à ce qu’ils changent d’attitude. » C’est ce qu’a dit Zoe Foster, 13 ans, l’une des enfants qui viennent de gagner un procès contre l’État de Washington, aux États-Unis.

Les États ne réussissant à se mettre d’accord sur le climat et traînant les pieds pour agir lorsqu’ils ont décidé quelque chose, les citoyens saisissent depuis quelques années, la justice. En 2015, plusieurs procès ont été gagnés et d’autres commencent.

En juin dernier, le Tribunal de La Haye donnait raison aux neuf cents citoyens néerlandais et à la fondation environnementaliste Urgenda, qui demandaient au gouvernement des Pays-Bas de réduire ses émissions de gaz à effet de serre.

Début novembre, une Haute Cour au Pakistan, donnant raison au fermier qui attaquait l’État, a créé un précédent juridique en ordonnant au gouvernement d’appliquer effectivement sa politique de changement climatique et de créer une commission pour en superviser le processus.

Les enfants s’en mêlent

Et tout récemment, aux États-Unis, le 19 novembre, Hollis R. Hill juge de la Cour supérieure de King County, dans l’État de Washington, a rendu une première décision aux États-Unis, dans le cas sans précédent de huit adolescents, dont le plus jeune avait 9 ans au début de la procédure. Le tribunal leur a donné raison en validant le fait qu’il existe des « preuves scientifiques selon lesquelles les taux actuels de réduction du CO2, inclus dans les lois de l’État de Washington ne peuvent pas assurer la survie d’un environnement propre à permettre aux enfants d’atteindre l’âge adulte en toute sécurité. »

Dans une pétition, en juin 2014, les enfants demandaient deux choses au Washington Department of Ecology (ECY, l’agence de l’écologie pour l’État de Washington) : d’édicter une réglementation des émissions de carbone qui protège l’atmosphère pour leur génération et pour celles à venir, et d’informer les législateurs de l’État, afin qu’ils révisent les lois existantes relatives à la réduction des gaz à effet de serre.

En août 2014, ECY avait rejeté leur demande, sans explication, tout en ne contestant pas la base scientifique sous-jacente du plaidoyer de pétitionnaires.

En juillet 2015, les enfants ont rencontré le Gouverneur Inslee, qui a décidé d’ordonner lui-même à ECY de rédiger une nouvelle réglementation. Mais, en août 2015, ECY a refusé de prendre en considération les droits constitutionnels des enfants. Un procès a donc eu lieu le 3 novembre et le 19, le juge a donné raison aux enfants.

« Cette décision signifie que ce que fait le ministère de l’Écologie doit avoir pour but de nous protéger, nous les enfants de Washington, et pas seulement nous, mais aussi les générations futures, comme mes enfants et ceux à venir. Maintenant, au lieu d’une vision économique à court terme, qui ne tient pas compte de l’intérêt des enfants, ils sont tenus de prendre en compte nos droits, constitutionnels et publics, à un climat stable », a déclaré le jeune plaignant de 13 ans, Gabriel Mandell.

Des procès semblables, portés par des enfants et des adolescents sont en cours en première instance en Caroline du Nord, en Pennsylvanie et au Colorado, et devant les tribunaux d’appel dans le Massachusetts et l’Oregon.

Les lobbies sentent le danger

En août 2015, 21 jeunes Américains, originaires de différents États ont attaqué le gouvernement fédéral américain, devant la U.S. District Court for the District of Oregon. Ils sont soutenus par James Hansen, célèbre climatologue, ancien directeur de l’institut Goddard d’études spatiales de la NASA. M. Hansen intervient en tant que gardien de sa petite-fille, qui fait partie des plaignants.

L’affaire est prise au sérieux par les lobbies : les organes représentant l’industrie des combustibles fossiles ont déposé une demande d’intervention dans ce procès, pour protéger leurs intérêts économiques commerciaux dans l’exploitation des combustibles fossiles, tentative de contrecarrer la demande des enfants qu’on protège leurs droits constitutionnels fondamentaux.

L’American Fuel and Petrochemical Manufacturers (représentant ses membres Exxon Mobil, BP, Shell, Koch Industries et presque tous les autres raffineurs ou pétroliers), l’American Petroleum Institute (représentant 625 sociétés de pétrole et de gaz naturel), et la National Association of Manufacturers, affirment que le procès intenté par les adolescents est « une menace directe pour leurs entreprises. »

Roger Cox, l’avocat qui a gagné aux Pays-Bas, interrogé par Reporterre, commente cette prise d’intérêt des lobbies des industries fossiles : « Compte tenu des récents jugements favorables aux plaignants, la pression juridique va continuer d’augmenter sur les États et sur les entreprises de combustibles fossiles, les obligeant peut-être à réduire substantiellement la production et les émissions de CO2. Le fait que l’industrie des combustibles fossiles tente d’intervenir dans le procès contre l’État fédéral aux États-Unis montre que ce procès est valable, qu’il pourrait être couronné de succès et nuire aux intérêts des combustibles fossiles. Dans un sens, cette intervention est un compliment aux enfants, à la Fondation Our ChildrenTrust qui les soutient, et à son équipe juridique. »

Changement climatique et développement sont indissociables Michel Damian Reporterre 2015/11/27 Michel Damian (27 novembre 2015) Changement climatique et développement sont indissociables. Reporterre. Tribune — Climat : de COP en COP fr

Changement climatique et développement sont indissociables

Le changement climatique est aujourd’hui reconnu comme interdépendant des questions de développement économique et social. L’accord qui sera sans doute signé à Paris entérinera cette nouvelle approche.

Michel Damian est professeur émérite à l’Université de Grenoble-Alpes (laboratoire EDDEN, PACTE, CNRS). Il vient de publier Les chemins infinis de la décarbonisation.

Depuis deux décennies, les négociations climatiques, orientées par les débats des diplomates et les travaux d’experts des pays du Nord, avaient établi une sorte de mur coupe-feu entre le climat et les autres questions qu’affrontent les sociétés : le risque climatique était considéré comme ne ressemblant à aucun autre et jugé plus menaçant que tous les autres. L’accord qui devrait être adopté au terme de la conférence de Paris, marquera, à bien des titres, la fin de cet « exceptionnalisme climatique ».

Une menace grave mais parmi d’autres

La conférence de Cancun, en 2010 (COP16), a mis au sommet de l’agenda, au-delà du seul climat, la notion d’« accès équitable au développement soutenable », signifiant par là la priorité du développement économique et social et de l’éradication de la pauvreté pour les 134 pays du groupe G77+Chine, qui représente environ 70% de la population de la planète.

Nicholas Stern, qui a dirigé en 2006 la fameuse Stern Review, a fait de cet « accès équitable au développement soutenable » la clé d’un accord à Paris : si l’on échoue dans le combat contre la pauvreté, on échouera dans celui contre le changement climatique. Amartya Sen, un des plus célèbres prix Nobel d’économie, soutient de son côté que le changement climatique n’est qu’une des multiples menaces qui requièrent notre attention. Il y en a bien d’autres, dont celles liées au manque d’accès à l’énergie, à l’éducation, à la liberté et à la démocratie, qui entravent les processus de développement dans les pays pauvres.

Un tournant est en cours sur le plan de l’appréhension des risques. Le rapport du groupe de travail III du Giec, consacré aux politiques d’atténuation des changements climatiques (dans leurs aspects à la fois scientifiques, techniques, environnementaux, économiques et sociaux), publié en avril 2014, en est une illustration : le changement climatique est une menace grave mais parmi d’autres, et interdépendant de tous les enjeux de développement. The Economist, dans son édition du 5 avril 2015, en tirait la conclusion que ce rapport témoignait de la fin de « l’exceptionnalisme climatique » et du « début du réalisme ». Habitué à brocarder tous les rêveurs et alternatifs, le grand hebdomadaire libéral britannique avait là visé juste.

De l’approche « par le haut » à l’approche « par le bas »

L’accord de Paris verra un basculement des politiques climatiques d’une approche « par le haut » (celle de l’architecture internationale et du protocole de Kyoto, qui est une impasse) vers une approche « par le bas », centrée sur les politiques nationales et les promesses de réduction d’émissions des États à l’horizon 2030. Tensions, conflits productifs, sociaux et de redistribution internes aux États ne manqueront pas. Ce n’est pas au niveau international que se transforment les conditions politiques, matérielles et écologiques de l’accumulation du capital. C’est au niveau national, local, et des communautés dans leur diversité, que les préoccupations relatives au climat s’entremêleront de plus en plus avec bien d’autres risques environnementaux, d’autres enjeux liés aux questions de pauvreté, de pollution atmosphérique et de santé publique, de vulnérabilité, de sécurité alimentaire, de solidarité, mais aussi de réconciliations nationales dans des pays dévastés dont on peine à imaginer les issues.

François Hollande, le 20 mai 2015, lors de son discours pour l’ouverture du Sommet des entreprises pour le climat, a eu des paroles de longue portée, dont on ne sait s’il en a bien pris la mesure : « Ce qui se joue à Paris, c’est aussi la transformation du monde, soit parce que nous n’aurons pas été capables de trouver un accord, et alors nous serons sur une planète qui sera de plus en plus difficile à vivre (…) Ou alors nous parvenons à un accord et, à ce moment-là, c’est aussi une révolution qui s’opère : dans les modes de production, de transport, de consommation, de développement et, pour tout dire, dans les modes de vie. »

Programme immense, dont la mise en œuvre, par-delà la vanité des mots, devra affronter, à l’échelle séculaire, les turbulences de changements qui ne se limiteront pas au seul « climat ». La prochaine conférence climatique (COP22) se déroulera à Marrakech, donc sur le continent africain, où se joue en partie l’avenir de l’humanité, avec des défis que l’on connait pour notre Vieux-Continent.

Michel Damian vient de publier Les chemins infinis de la décarbonisation, éd. Campus ouvert, 136 p., 12 €.

Reporterre sur Nova - Non, les écologistes ne sont pas des terroristes Par Barnabé Binctin (Reporterre) Reporterre 2015/11/27 Par Barnabé Binctin (Reporterre) (27 novembre 2015) Reporterre sur Nova - Non, les écologistes ne sont pas des terroristes. Reporterre. Libertés fr

Reporterre sur Nova - Non, les écologistes ne sont pas des terroristes

- Jeudi 26 novembre 2015

L’état d’urgence, adoptée à la quasi-unanimité du Parlement, se révèle un grand danger pour la démocratie. Plus de 1300 perquisitions ont déjà eu lieu, dont visent des activistes. Toutes les manifestations autour de la COP 21 ont été annulées. Mais la société civile se remobilise et en ce moment, la tracto-vélo parti de Notre-Dame-des-Landes se dirige vers Paris. Car l’état d’urgence décisif, c’est celui du changement climatique.

- Ecouter ici la chronique de Reporterre, par Barnabé Binctin et le témoignage de Camille, un participant de la tracto-vélo :

- Image : Sur la tracto-vélo, le 25 novembre (© Isabelle Rimbert/Reporterre).

La chronique de Reporterre, tous les jeudis à 18 h 10 sur Radio Nova, dans l’émission « 2h1/4 avant la fin du monde », animée par Marie Misset et Armel Hemme.

« L’occasion de faire le point sur les combats et débats quotidiens de l’écologie ».

A écouter sur... et bien voici la carte des fréquences, selon le lieu où vous habitez.

Des jeunes du monde entier s’unissent pour le climat Émilie Massemin et Éric Coquelin (Reporterre) Reporterre 2015/11/27 Émilie Massemin et Éric Coquelin (Reporterre) (27 novembre 2015) Des jeunes du monde entier s’unissent pour le climat. Reporterre. Climat : de COP en COP fr

Des jeunes du monde entier s’unissent pour le climat

Reporterre a rencontré des jeunes qui luttent en commun contre le changement climatique. Ils sont réunis ces jours-ci pour la Conférence de la jeunesse. Ils témoignent et dessinent les voies de l’avenir.

Du 26 au 28 novembre, des milliers de jeunes du monde entier se sont donné rendez-vous au parc des expositions de Villepinte (Seine-Saint-Denis) pour la Conference of Youth (COY). Par des rencontres, des conférences, des débats et des ateliers, ils cherchent à définir une position commune de la jeunesse mondiale, qu’ils transmettront aux négociateurs de la COP 21.

Félix Nanti-Allah Altebaye : « Le désert poursuit son avancée »

« Je suis juriste en droit public. Je souhaite m’inscrire à un master en droit de l’environnement. En parallèle, je suis agent d’escale à la compagnie Asky Airlines pour financer mes études.

Le Tchad est un grand pays de 1,284 million de kilomètres carrés, situé au cœur du continent africain. Mais la majeure partie du pays est occupée par le désert, qui poursuit son avancée. Le lac Tchad, inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco, est menacé par la sécheresse et sa superficie diminue. Les conditions de vie sont devenues très difficiles pour les habitants. Auparavant, le poisson était très bon marché ; aujourd’hui, il est très cher car il n’y en a presque plus dans le lac. Les pêcheurs, les agriculteurs et les éleveurs fuient le territoire et vont au Niger, au Nigéria ou rejoignent la capitale, accélérant l’exode rural.

Quand j’étais au lycée, je militais déjà pour les droits de l’homme. En licence, j’ai suivi des cours de droit de l’environnement. Je me suis dit qu’il fallait faire quelque chose pour affronter la menace du changement climatique. Un ami a lancé un club pour la promotion des espaces verts au Tchad et j’ai tout de suite adhéré. Nous sensibilisons les lycéens et les étudiants à ne pas jeter n’importe quoi par terre, par exemple.

Bien que les Tchadiens vivent de la pêche, de l’agriculture et de l’élevage, ils n’ont pas le sens de la protection de l’environnement. Ils jettent des ordures – bouts de fer rouillés, plastiques et même piles toxiques – dans les caniveaux. Ils utilisent des pesticides pour les cultures. L’eau des puits est polluée, les habitants sont malades. Aujourd’hui, le message commence à passer mais il reste du chemin à parcourir. »

Elizabeth Buchan : « Comment réduire notre dépendance au charbon ? »

« Nous exportons beaucoup de charbon. Cela représente beaucoup d’argent pour le pays mais contribue largement aux changements climatiques. Comment réduire ces exportations ? Comment réduire notre dépendance au charbon ? L’énergie est notre principal défi.

Nous ressentons de plus en plus la chaleur et le manque d’eau. Les sécheresses ont eu des conséquences désastreuses pour l’agriculture. En ce moment, nous avons beaucoup de feux de forêts. Ces dernières années, nous avons également connu des précipitations extrêmes et des inondations. Nous sommes également inquiets devant la montée du niveau de la mer, mais pour l’instant ce n’est pas un problème trop sérieux.

Quand j’avais 17 ans, j’ai vu Une vérité qui dérange, d’Al Gore. C’est ce film qui m’a poussé à m’intéresser au changement climatique. J’ai assisté à la COP de 2012 grâce à l’organisation Global Voices. J’ai par la suite contacté CliMates. Nous suivons différents sujets en lien avec le changement climatique, et nous leur consacrons des billets de blog pour que nos membres puissent s’informer sur les négociations. Aujourd’hui, je m’intéresse particulièrement à la question du prix du carbone.

Je pense qu’en Australie, les gens comprennent de mieux en mieux l’importance de lutter contre le changement climatique. Le nouveau premier ministre, Malcolm Turnbull, est plus engagé que Tony Abbott dans les processus internationaux, ce qui est une bonne chose. Mais il n’a pas été officiellement élu, il n’a pas encore lancé de nouvelle politique contre le changement climatique. »

Rizman Jaffar : « Les glaciers ont fondu, ce qui a provoqué des inondations dans tout le pays »

« Le Pakistan est une région très montagneuse de l’Himalaya. Nous avons cinq des dix plus grandes montagnes au monde, et le K2, deuxième plus haut sommet mondial après l’Everest. Nous sommes très dépendants de l’eau qui provient de ces montagnes.

Mais ces deux dernières années, l’été a été plus chaud que d’habitude. Les glaciers ont fondu davantage, ce qui a provoqué des inondations dans tout le pays, principalement près des rivières où habitent dix millions de personnes. C’est un très grand défi.

L’autre problème environnemental que nous connaissons est la pollution du milieu marin. Toutes les grandes villes sont situées en bord de mer. Les usines rejettent leurs déchets dans l’eau, ce qui est très dangereux pour les espèces marines.

Je représente le mouvement scout au Pakistan. Les scouts se sont engagés dans la lutte contre le changement climatique il y a un an. En septembre au Pakistan, nous avons lancé le World Solar Challenge, une campagne mondiale de promotion de l’énergie solaire. Il y a beaucoup de soleil dans le pays. Nous travaillons aussi à sauver les vies humaines et animales lors des inondations. »

Jin Young : « Il reste toujours cette vieille génération ignorante »

« Depuis quelques années, l’été devient plus long. Nous avions de très beaux printemps, mais ils ne durent plus qu’un mois. L’an dernier, nous avons aussi connu une sécheresse record : la pire depuis au moins quarante ans ! Les paysans sont lourdement touchés, car ils ne peuvent plus récolter quoi que ce soit. Ils sont également frappés par des catastrophes naturelles plus fréquentes qu’auparavant.

Le problème sur le plan économique, c’est le commerce des émissions de gaz à effet de serre. L’État a imposé des plafonds aux entreprises, mais elles s’en plaignent. De l’autre côté, les citoyens disent que ces plafonds ne sont pas assez ambitieux. L’État répond qu’il y “travaille” mais se retrouve pris entre deux injonctions contradictoires.

J’ai commencé à m’intéresser au changement climatique en 2009, après avoir assisté à une conférence de l’Unep pour les enfants consacrée à ce sujet. J’ai ensuite rencontré des militants de l’ONG de désinvestissement des énergies fossiles 350.org. Ils m’ont appris qu’en 2009, la concentration de dioxyde de carbone avait atteint 390 parties par million (ppm), et qu’il fallait absolument qu’elle redescende à 350 ppm. J’ai ensuite lancé ma propre organisation, Green Environment Youth Korea.

Je suis venue à la COY parce que tous les jeunes qui s’intéressent au changement climatique sont réunis ici. C’est passionnant d’écouter les différents point de vue. L’organisation Youngo va aussi nous permettre de définir une position commune de la jeunesse, qu’on va remettre aux négociateurs de la COP 21.

Aujourd’hui, les Coréens commencent à s’intéresser au changement climatique, surtout les jeunes. Mais il reste toujours cette vieille génération ignorante du dérèglement du climat et qui continue à prendre des décisions qui empirent le phénomène. »

Henry Samoniego Arrogo : « Il faut protéger la forêt »

« Au Pérou, il fait de plus en plus chaud et le phénomène El Nino s’accentue. Cela affecte la production de services et de matières premières, en particulier agricoles. L’eau disponible diminue.

Jusqu’à présent, ces changements n’ont pas réellement transformé la vie dans ma communauté d’Alto Puruz, où vit mon ethnie Ashaninka. Les gens essaient de résister plutôt que de changer. Quand quelqu’un manque d’eau ou de nourriture, on partage. C’est lié au fait que, dans les communautés, la propriété n’existe pas et les règles sont différentes par rapport au reste du pays.

Ma communauté vit dans un territoire montagneux, collé à l’Amazonie. Nous nous organisons avec la région pour protéger la forêt. Quand j’étais chef de ma communauté, pendant cinq ans, nous avons élaboré un « livre des actes » établissant des règles communes de bonne conduite. Par exemple, protéger les sources pour éviter qu’elles ne soient polluées, ou planter des arbres natifs pour éviter que la forêt ne recule et que les animaux s’en aillent. Aujourd’hui, je coordonne des actions avec le gouvernement pour protéger mon peuple et son environnement. Je souhaiterais en parallèle reprendre des études pour devenir gestionnaire d’espaces naturels.

Je serai également présent à la COP 21. Je voudrais faire passer un message aux jeunes et aux négociateurs : il faut protéger la forêt. »

Voici les lieux et les dates des mobilisations climat de samedi et dimanche Tiffany Blandin (Reporterre) Reporterre 2015/11/27 Tiffany Blandin (Reporterre) (27 novembre 2015) Voici les lieux et les dates des mobilisations climat de samedi et dimanche. Reporterre. Luttes fr

Voici les lieux et les dates des mobilisations climat de samedi et dimanche

Malgré l’interdiction de manifester édictée par le gouvernement, de nombreuses actions de mobilisation citoyenne se tiendront ces samedi et dimanche à Paris et en région, à la veille de l’ouverture de la COP 21. Reporterre fait le point.

À la suite des attentats du 13 novembre, le gouvernement a annoncé l’interdiction des manifestations sur la voie publique prévues ces prochains jours à Paris et dans plusieurs grandes villes. Il a même précisé samedi 28 novembre que toutes les manifestations étaient interdites. Les Français n’auront donc pas le droit de participer à la marche pour le climat, une mobilisation mondiale destinée à montrer la détermination de la société civile à voir les négociations climatiques aller dans le bon sens. Ce rassemblement, qui devait réunir des dizaines, voire des centaines, de milliers de personnes à travers la France, était censé envoyer un signal fort aux décideurs à la veille de l’ouverture de la COP 21 au Bourget.

Bonne nouvelle, la plupart des organisations appellent à contourner cette interdiction en organisant des rassemblements ou des actions de remplacement. « Face au chaos climatique que prépare la COP 21, impossible pourtant de se résigner. Il est temps de déclarer l’état d’urgence climatique ! » a notamment écrit Maxime Combes, membre d’Attac et économiste. Aux quatre coins de la France, les organisateurs des manifestations rivalisent d’imagination pour trouver une façon de permettre aux citoyens de se mobiliser. Mais il n’est pas facile de s’adapter, les préfectures laissant parfois planer le doute sur la tenue des manifestations jusqu’au dernier moment. « L’interdiction est tombée hier alors que la police nous confirmait que la marche était autorisée la veille », nous a confié jeudi Sébastien, un organisateur de la marche de Montpellier. Dans certaines villes, le programme de ce week-end des 28 et 29 novembre n’est donc pas encore arrêté. Nous avons tout de même essayé de recenser les mobilisations citoyennes partout en France. Mais si aucune n’est prévue dans votre ville, n’hésitez pas à consulter les sites et pages Facebook que nous vous avons indiqués, car les organisateurs pourraient bien retomber sur leurs pattes au dernier moment.

Samedi 28 novembre

- À Paris : Dans la capitale et alentour, l’essentiel de la mobilisation aura lieu dimanche. Néanmoins les actions démarreront dès samedi, - à 14 h au RER C Château de Versailles – rive gauche. Chacun(e) est invité(e) à venir "avec de quoi festoyer et partager : une petite tarte salée, sucrée ou votre plat préféré." Le "banquet" devrait commencer à 14 h à Versailles, place d’Armes ; - à 16 h, avec un hommage aux victimes des attentats et du climat au cinéma le Cinaxe, dans le parc de la Villette, organisé par le collectif Toxic Tour 93 ; - à 17 h, démarrera l’inauguration de la base arrière du mouvement Alternatiba pendant la COP 21, baptisée le « Quartier génial ». Au programme, interventions de personnalités comme Jean Jouzel ou Denis Cheissoux et visite du gymnase entièrement réaménagé à la sauce Alternatiba.

Adresses et liens :

- Banquet festif et marche sur la COP : http://anticop21.org/le-banquet-des-irreductibles-face-4243

- Le Cinaxe, galerie La Villette, face à la Cité des sciences et de l’industrie, https://www.facebook.com/Toxic-Tour-Detox-93-641260695994905/ - Gymnase Alice Milliat, 24 rue Arnold Géraux, L’Île-Saint-Denis. https://alternatiba.eu/

- Ailleurs en France : La plupart des manifestations prévues en région ont été interdites. Certains organisateurs proposent des rassemblements ou des actions alternatives. Voici ce qui est prévu.

- Ajaccio, manifestation interdite. Les organisateurs sont en train de chercher un plan B. https://www.facebook.com/collectif.climat.corse

- Amiens, manifestation interdite, mais appel à une mobilisation dispersée à 14 h dans le centre-ville. https://www.facebook.com/events/477040302458038/

- Avignon, manifestation interdite mais conférence publique à 17 h 30 place de l’Horloge. https://www.facebook.com/events/1215454225147865/

- Brest, manifestation interdite, remplacée par une chaîne humaine à 15 h. http://7seizh.info/2015/11/27/brest-5/

- Caen, manifestation interdite. Une chaîne humaine est organisée à 14 h. Rendez-vous devant la maison du vélo, 54 quai Hamelin. https://www.facebook.com/MarcheClimatCaen28nov2015/?fref=nf

- Chambéry, manifestation interdite. Une chaîne humaine est organisée à 15 h 30. Rendez-vous place de la Mairie.

https://www.facebook.com/Coalition-Climat-21-Savoie-et-Haute-Savoie-776837009110875/?fref=ts

- Clermont-Ferrand, rassemblement autorisé mais « déambulation interdite ». Les organisateurs ont donc prévu une chaîne humaine et diverses animations autour de la place de Jaude entre 14 h et 20 h. https://www.facebook.com/events/1716079495274719/

- Dijon, manifestation interdite, mais certains militants se réuniront à 14 h place de la Libération pour chanter en hommage aux victimes des attentats et aux victimes du dérèglement climatique https://www.facebook.com/alternatibadijon/

- Le Mans, manifestation interdite mais journée d’action de 9 h 30 à 20 h dans le centre-ville. https://alternatiba.eu/lemans/cop21-le-28-novembre-au-mans/

- Limoges, manifestation interdite mais « marche diffuse » entre 15 h et 17 h dans les rues du centre-ville. https://www.facebook.com/LimogesMarchepourleClimat/?fref=ts

- Nantes, manifestation interdite mais « rassemblement » à 14 h au miroir d’eau, en face du château des ducs de Bretagne. https://www.facebook.com/collectifclimat44

- Poitiers, ballades à vélo sur la thématique du climat, puis village alternatif de 10 h à 18 h. Rendez-vous devant l’incinérateur, 1 rue Branly. https://www.facebook.com/AlternatibaTour86/photos/pb.652173061585478.-2207520000.1448558046./709124775890306/?type=3&theater

- Rennes, manifestation interdite. Les organisateurs sont en train de chercher un plan B. https://www.facebook.com/coalitionclimat21rennes

- Roubaix, Roubaix à vélo, diverses animations autour du vélo de 9 à 17 h à la maison des associations. http://www.upc-roubaix.org/spip.php?newsletter91

- Rouen, manifestation interdite. Accueil maintenu à 14 h à l’Eglise Saint-Sever, avec un brassard vert.

- Tours, stands et animations à plusieurs endroits de la ville de 14 h à 17 h 30 et flash mob de mobilisation citoyenne à 18 h place Jean Jaurès. https://www.facebook.com/CC21Touraine

Dimanche 29 novembre

- À Paris :

La marche pour le climat est interdite. Mais plusieurs organisations ont lancé des initiatives pour permettre aux citoyens de se mobiliser malgré tout.

- Le rendez-vous est donné à midi pour former une chaîne humaine sur les trottoirs du boulevard Voltaire, entre République et Nation. Pendant une heure, les participants afficheront les visuels confectionnés pour la marche mondiale pour le climat. http://coalitionclimat21.org/fr/contenu/etat-durgence-climatique-une-chaine-humaine-pour-un-climat-de-paix

- La place de la République sera recouverte de chaussures pour symboliser les pas des manifestants de la marche du climat de Paris. Ces chaussures sont collectées chaque jour à différents endroits de la capitale. L’association Avaaz indique que le Pape François sera représenté lors de l’installation par une paire de chaussures portant son nom ainsi que l’inscription Laudato Si’ (Loué sois-tu), titre de l’Encyclique papale sur la protection de la planète. https://secure.avaaz.org/fr/paris_march_next_steps_/?slideshow

- Il est possible de télécharger gratuitement des affichettes « ensemble pour le climat ». Le but est d’en déposer un peu partout : dans la rue, au travail, chez les commerçants, sur les panneaux d’affichage... http://ensemblepourleclimat.agirpourlenvironnement.org/ensemblepourleclimat-affichons-nous/

- Les militants sont invités à photographier leurs yeux et à poster le cliché sur les réseaux sociaux avec le hashtag #EyesOnParis ou #ClimateChange accompagné d’un message précisant leurs attentes sur les engagements pris par les décideurs pendant la COP.

- La marche mondiale pour le climat est maintenue dans la plupart des villes à l’étranger. En s’inscrivant sur le site March4me.org, chaque personne qui ne pourra pas manifester dimanche peut demander à se faire représenter par des marcheurs à l’étranger. Ces derniers porteront alors une affiche avec le prénom et la photo de ceux qui n’ont pas pu défiler. http://www.march4me.org/

- Ailleurs en France :

La plupart des manifestations prévues en région ont été interdites. Certains organisateurs proposent des rassemblements ou des actions alternatives. Voici ce qui est prévu.

- Besançon, dépôt de vieilles chaussures ou d’empreintes découpées, dimanche 29 à partir de 14 h, place de la Révolution. invitation à pavoiser de vert les fenêtres et balcons de la ville. http://sudeduc.fcomte.over-blog.com/2015/11/marche-pour-le-climat-29-novembre-2015-besancon.html. Besançon :

- Bordeaux, manifestation interdite. Les organisateurs sont en train de chercher un plan B. https://www.facebook.com/marchepourleclimatBordeaux

- Calais, manifestation interdite. Opération dessine-moi un coeur vert dans toute la ville dimanche. https://www.facebook.com/events/126134917747316/

- Briançon, manifestation interdite mais appel à un rassemblement à 10 h 30 au stand de la coalition du marché de la place de l’Europe. http://05.demosphere.eu/rv/743

- Grenoble, la marche devrait être maintenue. Rendez-vous à 14 h 30 au Jardin de ville. https://www.facebook.com/events/902897053134424/

- Lille, manifestation interdite mais « marche diffuse » entre 14 h 30 et 16 h dans les rues piétonnes en arborant des brassards pour symboliser son engagement pour le climat, et appel à dessiner à la craie des pas et des messages. https://www.facebook.com/events/175231292820122/permalink/191912564485328/

- Lyon, manifestation interdite, mais chaîne humaine de midi à 13 h à Lyon Presqu’île. https://www.facebook.com/events/444081972467245/

- Marseille, manifestation interdite, mais rendez-vous à 13 h place Villeneuve-Bargemon pour déposer des messages de paix et former une chaîne humaine jusqu’au parc Longchamp. https://www.facebook.com/events/1659838864260151/

- Montpellier, manifestation interdite, les organisateurs vont sans doute appeler à une réunion place de la Comédie à 14 h https://alternatiba.eu/montpellier/le-29-novembre-2015-grande-mobilisation-pour-le-climat-a-montpellier/

- Nouméa, journée climat de 9 h à 17 h à l’anse Vata.

- Nice, manifestation interdite mais appel à venir déposer chaussures et messages entre Castel Plage et Opéra Plage le long de la promenade de Nice à partir de 11 h. https://www.facebook.com/events/487723144734496/

- Pau, échanges et musique autour du climat de 14 h à 18 h au village Emmaüs de Lescar-Pau, Chemin Salié, à Lescar. http://www.emmaus-lescar-pau.com/village-associatif_10_49_75.html

- Poitiers, animations de 16 h à 18 h place de la Mairie https://www.facebook.com/AlternatibaTour86/

- Strasbourg, manifestation interdite, mais les organisateurs appellent à porter un message de soutien « Je marche pour le climat ». http://www.rue89strasbourg.com/index.php/2015/11/25/breve/cop21-marche-strasbourg-annulation/

- Toulouse, manifestation interdite. Les organisateurs sont en train de chercher un plan B. https://www.facebook.com/events/177930355882396/

Et dans plein d’endroits du monde aussi

De nombreuses marches sont prévues dans des villes du monde. Voir ici

LA SÉCURITÉ DE CES MOBILISATIONS ÉLUDÉE PAR LES AUTORITÉS

De nombreux préfets ont décidé d’interdire les manifestations sur la voie publique. Dans les arrêtés, il est écrit que « les manifestations sur la voie publique sont de nature à constituer (…) une cible potentielle pour des actes de nature terroriste ». Certaines organisations ont délibérément choisi de jouer avec les limites de cette interdiction en proposant des marches « dispersées » ou des chaînes humaines. Pour l’instant, les autorités ignorent superbement ces mobilisations alternatives. Ainsi, Bernard Cazeneuve, le ministre de l’Intérieur, qui a tenu une conférence de presse sur la sécurité de la COP 21 mercredi 25, n’a pas évoqué ces initiatives, et encore moins les dispositifs policiers qui pourraient assurer la sécurité des personnes qui souhaitent ce mobiliser ce week-end. La question de la sécurité se pose donc. Mais, comme l’a fait remarquer la Coalition climat 21, le rassemblement des organisations de la société civile, « paradoxalement, les marchés de Noël et les rencontres sportives sont maintenus ». À chacun de voir.

La vidéo des mobilisations

Au jardin sans pétrole - La petite histoire et le grand voyage du coqueret du Pérou Christine Laurent (Reporterre) Reporterre 2015/11/28 Christine Laurent (Reporterre) (28 novembre 2015) Au jardin sans pétrole - La petite histoire et le grand voyage du coqueret du Pérou. Reporterre. Jardin sans pétrole fr

Au jardin sans pétrole - La petite histoire et le grand voyage du coqueret du Pérou

Le froid subi fait craindre pour la santé de cette plante annuelle originaire d’Amérique latine, dont l’arrivée en France a été motivée par la curiosité.

Coiffés de bonnets et gantés, emmitouflés dans nos parkas, nous pédalons dans la grisaille de novembre jusqu’au jardin. Le froid est arrivé si brusquement ! Il n’a été que de passage, mais le pied de coqueret du Pérou que nous avons planté en mai n’est pas censé supporter le gel. Or, dans la nuit de samedi à dimanche le thermomètre est passé en-dessous de zéro.

Le coqueret du Pérou, en latin Physalis peruviana, est une grande plante annuelle dont les rameaux se couvrent de petites fleurs aux pétales jaunes maculées de pourpre, puis de petits fruits ronds, orangés, qui mûrissent à l’abri d’une cloche végétale et nervurée. Une de ces créations de la nature qui vous laissent admiratif de plaisir. J’avais goûté une confiture de ce fruit lors d’une fête des plantes en pays berrichon, il y a des années, et le goût acidulé ne m’a pas quittée. D’où cette plantation un peu décalée dans le jardin sans pétrole.

Cousine en robe de la tomate cerise

Originaire du Pérou et plus généralement de la chaîne andine, il a été cultivé par les premiers colons du cap de Bonne-Espérance et d’autres pays d’Afrique sud-tropicaux au début du XIXe siècle, puis par ceux de Nouvelle-Zélande, de Tasmanie et d’Australie.

Il n’est arrivé en France que tardivement, cultivé dans un jardin du petit village de Crosnes-en-Essonne, à quelques kilomètres de notre lopin. Auguste Paillieux, industriel renommé dans la production du tulle de coton, était aussi jardinier amateur. À l’heure de la retraite, il créa ce « potager d’un curieux » avec l’intention d’y cultiver des plantes potagères du monde entier (mais surtout des colonies françaises).

Pour se procurer des graines et expérimenter ces nouvelles cultures, il s’était associé à Désiré Bois, éminent botaniste du muséum d’histoire naturelle de Paris et membre de la société d’acclimatation. Ainsi, en 1878, ils reçurent des graines d’un de leurs correspondants de l’administration française, directeur du pénitencier agricole de Dumbéa, en Nouvelle-Calédonie. Ce dernier n’en connaissait pas le nom mais appréciait la saveur des fruits de cette solanée, cousine en robe de la tomate cerise !

Désiré Bois commença son enquête pour identifier ladite plante et découvrir son nom et son origine dans les Mémoires de la société botanique de Cherbourg, décrite par Charles Jouan, un capitaine au long court de Saint-Vaast-la-Hougue…

Elle ne semble pas avoir souffert, pour l’instant, et je ne peux pas faire grand-chose pour lui éviter de prendre froid, si ce n’est de la protéger avec un peu de paille.

Joyeux et mobilisés, les cyclistes de la Tracto Vélo arrivent à Paris Lorène Lavocat et Isabelle Rimbert (Reporterre) Reporterre 2015/11/28 Lorène Lavocat et Isabelle Rimbert (Reporterre) (28 novembre 2015) Joyeux et mobilisés, les cyclistes de la Tracto Vélo arrivent à Paris. Reporterre. Reportage — Notre-Dame-des-Landes fr

Joyeux et mobilisés, les cyclistes de la Tracto Vélo arrivent à Paris

Baignant dans la bonne humeur, superbement organisés, résolument pacifiques, absolument déterminés : les cyclistes de la Tracto-Vélo, partis de Notre-Dame-des-Landes arrivent dans l’agglomération parisienne samedi 28 novembre. Pour faire entendre la voix des citoyens sur le climat.

- Coulombs (Eure-et-Loir), Emancé (Yvelines), reportage

C’est avec la pleine lune comme unique éclairage que j’atteins un petit bosquet perdu au milieu des champs beaucerons, à quelques kilomètres du village de Coulombs (28). En ce jeudi 26 novembre, le thermomètre avoisine les 5°C, et la fumée des braseros apparaît comme le premier signe de bienvenue.

Une dame emmitouflée apparaît derrière un camion orné d’une banderole « Cap sur la COP », et lance dans un sourire : « Vous rejoignez le convoi ? ». Le lieu-dit du Bois-Midi accueille pour un soir la tracto-vélo, une caravane d’un genre nouveau partie de Notre-Dame-des-Landes samedi 21 novembre en direction de Paris.

Une longue rangée de véhicules, puis des dizaines et des dizaines de bicyclettes, jalonnent l’entrée du campement. A l’entrée, une petite guitoune avec un tableau où chacun peut s’inscrire s’il recherche un hébergement en dur pour la nuit.

Une roulotte en palettes accrochée à un tracteur sert de Point info. A l’intérieur, Alain (tous les prénoms ont été modifiés) délivre un feuillet rassemblant les informations pratiques : horaires de repas, règles de vie, répartition des tâches.

« Il s’agit d’un camp autogéré », explique-t-il. « Chacun est invité à participer aux tâches quotidiennes, comme la cuisine, la vaisselle, le rangement. » Des commissions organisent en amont les trajets, les repas ou la communication du convoi, financé grâce aux dons « à prix libre ». Il ne manque rien : une cantine végétalienne, une équipe médicale, un atelier de réparation de vélo, un groupe « Oreille », chargé d’écouter les problèmes de chacun, d’éviter les agressions et de réguler les conflits.

Dehors, deux jeunes hommes grimpent sur une estrade improvisée, mégaphone en main. Ce sont les crieurs du soir, chargés de déclamer les messages reçus toute la journée dans la petite « boîte à mots ». Ils annoncent : « Recherche une écharpe noire », « On est bien tous ensemble ! », « Qui veut apprendre à fabriquer un moteur à électrolyse ? »... et puis un « Bienvenue aux gens du Sud ! ». Car ce soir, une vingtaine de marcheurs partis de la ZAD d’Agen début octobre viennent de rejoindre le convoi. D’autres militants en provenance de Bure (Meuse) sont attendus le lendemain.

« Pas taper, pas casser »

Dans la file pour prendre son repas – galette de sarrasin aux champignons, boulgour et légumes – chacun apprend à se connaître. Une jeune Rennaise discute avec un Anglais de passage depuis quelques mois à Notre-Dame-des-Landes. Un couple de retraités venu de La Rochelle en vélo sympathise avec un infirmier. « Nous sommes tous très différents, avec des âges, des vécus, des caractères distincts, mais nous sommes là pour la même chose », observe Jean-Pierre. « Il y a une très bonne ambiance, les rencontres sont riches. »

Zadistes, paysans, membres de comités de soutien ou amoureux du vélo, tous ont répondu à l’appel du convoi. Leur objectif, « porter nos luttes de territoire et dénoncer la mascarade de la COP », à Paris. Mais depuis l’annonce de l’état d’urgence, les interdictions de manifester tombent, et la capitale s’est transformée en « zone interdite. »

Qu’à cela ne tienne, l’important est de « rester soudé ». « On veut aller tous ensemble le plus loin possible », tel est le leitmotiv partagé par tous les participants. Une envie résumée grossièrement par un « pas taper, pas casser » consensuel. Afin d’éviter les tensions et les divergences quant aux stratégies d’actions, les décisions sont discutées en assemblée générale, tous les soirs. « Nous construisons un faire-ensemble, en prenant soin les uns des autres, en écoutant les avis de chacun, en pratiquant l’autogestion », explique Cécile.

Pour Cyril, paysan en Loire-Atlantique, c’est justement cette diversité qui fait la force du mouvement. « C’est tous ensemble - avec le combat juridique, paysan, zadiste - qu’on arrivera à faire tomber le projet. Et c’est tous ensemble qu’on arrivera à terminer ce convoi. »

Les militants peuvent d’ailleurs compter sur la solidarité d’habitants sympathisants de la cause. Ce soir-là, plus de 130 personnes ont ainsi pu dormir au chaud, logées dans des maisons voisines.

« Notre bonne humeur est contagieuse »

Bien loin des images d’opposants agressifs, le convoi Cap sur la COPa tout d’une caravane militante, conviviale et festive. D’ailleurs, après avoir craint « des groupuscules radicaux », la préfecture d’Eure-et-Loir s’est finalement félicitée d’un passage sans encombre sur son territoire. « Notre bonne humeur est contagieuse », sourit un cycliste. Le vendredi matin s’éveille d’ailleurs avec une bonne nouvelle : les autorités franciliennes ont finalement décidé de laisser passer les véhicules, sans pour autant lever l’interdiction de manifester.

Après une tasse de café, des réunions techniques et un grand rangement, tout le monde se met en branle. Une voiture passe en tête, suivie d’une centaine de cyclistes. Puis viennent les tracteurs et autres véhicules à moteurs, avant un autre peloton cyclopède. Vélos couchés dernier cri ou engins rafistolés, chacun se met en selle. Les sonnettes répondent aux trompettes, des « COP21, mascarade ! » résonnent entre les arbres. Certains arborent des masques colorés, pour éviter d’être identifié par les gendarmes et les RG (renseignements généraux) qui suivent de près la procession.

Ce vendredi, il n’y a que 20 km à parcourir pour rejoindre Emancé, petite commune des Yvelines où un agriculteur propose des champs et des hangars pour accueillir la troupe. Une fois en route, le convoi s’étend sur près d’un kilomètre, créant à chaque intersection des embouteillages. L’occasion de distribuer des tracts et de discuter avec les automobilistes, généralement compréhensifs, parfois énervés, souvent enthousiastes. Des cyclistes se détachent du peloton pour réguler la circulation, quand ce n’est pas déjà fait par les policiers qui veillent tout au long du trajet.

A l’arrivée, la troupe vélocipédique déballe le campement pendant que des petits groupes planchent sur la suite. Car l’objectif initial d’un banquet final samedi 28 novembre, près de Châtillon dans le sud de Paris, semble encore très compromis. Même si le sous-préfet des Yvelines vient de passer voir « si tout allait bien », chacun craint des blocages policiers. Les nouvelles des perquisitions et des assignations à résidence de membres proches du mouvement suscitent colère et inquiétude.

Certains souhaitent « aller jusqu’au point de blocage pour montrer notre refus de l’état d’urgence et rendre visible la lutte » tandis que d’autres préfèrent éviter tout risque de dérapage. Mais malgré les divergences, tous semblent d’accord sur un point : « On ira jusque là où on pourra, avec notre détermination et l’envie de rester tous ensemble. »

Samedi, en tout cas, rendez-vous est donné à 14 h au RER C Château de Versailles – rive gauche. Chacun(e) est invité(e) à venir "avec de quoi festoyer et partager : une petite tarte salée, sucrée ou votre plat préféré." Le "banquet" devrait commencer à 14 h à Versailles, place d’Armes.

Complément : vidéo de l’arrivée à Versailles, samedi midi

Vidéo de Stéphane Trouille

Banquet des ZAD et autres territoires en lutte // Versailles // 28 novembre 2015 from stéphane trouille on Vimeo.

La police traite les militants du climat comme des terroristes Tiffany Blandin (Reporterre) Reporterre 2015/11/28 Tiffany Blandin (Reporterre) (28 novembre 2015) La police traite les militants du climat comme des terroristes. Reporterre. Libertés fr

La police traite les militants du climat comme des terroristes

Des squats d’activistes écolo et artistes et des maraîchers bio perquisitionnés, un membre de la Coalition climat 21 assigné à résidence... deux semaines après l’instauration de l’état d’urgence, l’Etat a dans son collimateur des militants associatifs et altermondialistes.

Vendredi 27 novembre, l’Annexe, un squat du Pré-Saint-Gervais, en région parisienne, a été perquisitionné par plus d’une centaine de membres des forces de l’ordre. À 8 heures, le quartier entourant la rue Baudin a été entièrement bouclé. « Nous avons compté 250 policiers, 27 camions de CRS, un bus, et deux véhicules de déminage », indique Roch, un habitant du squat. À 8 h 15, l’assaut a été donné. Une partie des hommes, affublés de casques et de boucliers, sont montés sur le toit de l’immeuble de deux étages, tandis qu’une autre équipe a forcé à la porte d’entrée. « Une fois à l’intérieur, les policiers ont mis en joue les occupants de la maison avec leurs mitraillettes, poursuit Roch. Certains ont été plaqués au sol pendant une vingtaine de minutes. »

Les 34 occupants ont été regroupés dans le salon pendant que les policiers fouillaient les différentes chambres et ateliers du bâtiment. « De toute façon, c’est déjà sale et mal rangé », aurait lancé un membre des forces de l’ordre. Un autre se serait emparé d’un masque de soudure trouvé sur place et, après l’avoir enfilé, aurait crié : « Je suis ton père », singeant le film Star Wars.

« Ils cherchaient des armes »

Une source policière a indiqué à l’AFP que le lieu était un squat « d’anarchistes », possibles membres d’un groupe de « Black blocs ». Impossible d’en savoir plus. La préfecture de police, que nous avons contactée vendredi, n’a pas donné suite à notre demande d’interview.

Les occupants se défendent d’appartenir à ces mouvances. D’après eux, l’annexe est un lieu communautaire, qui a été autorisé par le propriétaire des locaux. Des artistes, notamment le collectif Eroles Project, et des activistes y préparent la COP 21, « avec des méthodes non violentes », nous ont précisé plusieurs habitants. Les éléments de décor de la Zone action climat, un grand événement de la société civile qui se tiendra au 104 du 7 au 11 décembre, y ont notamment été fabriqués. Rien de très dangereux. Les policiers sont d’ailleurs repartis les mains vides, comme l’atteste le procès verbal remis aux occupants de l’Annexe.

Que sont venus chercher les forces de l’ordre dans ce squat d’artiste ? « Ils nous ont juste dit qu’ils venaient faire une perquisition dans le cadre de l’état d’urgence, raconte Roch. Il est clair qu’ils cherchaient des armes, vu qu’ils avaient des chiens démineurs. Mais ils se sont vite rendus compte qu’il n’y avait rien ici. Un homme des services de renseignement a même dit qu’il ne comprenait pas ce qu’il faisait là. » Les occupants de l’Annexe ont aussi constaté que leurs activités militantes intéressaient particulièrement les policiers. « Dès qu’ils interrogeaient une personne, ils lui demandaient pourquoi elle était là, si c’était pour la COP », raconte Lucas, un autre résident.

« Des actions revendicatives susceptibles de troubler gravement l’ordre public »

Cette semaine, les forces de l’ordre ont multiplié les perquisitions administratives chez des militants écologistes. Jeudi, le Massicot, un squat d’Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne), qui abritait plusieurs militants, a été perquisitionné. Mardi, un couple de maraîchers bio qui avaient milité à Notre-Dame-des-Landes, a aussi eu droit à une visite surprise des forces de l’ordre. D’autres ont reçu des assignations à résidence. Mercredi et jeudi, six personnes ont été assignés à Rennes, et deux à Paris. Dont Joël Domenjoud, un membre de l’équipe juridique de la Coalition climat 21, qui regroupe 130 organisations de la société civile. « En sortant de chez moi le matin, je me suis rendu compte que j’étais suivi par trois policiers en civil, raconte cet habitant de Malakoff (Hauts-de-Seine). J’ai eu peur, alors je me suis réfugié chez des amis. Ma voisine m’a téléphoné en début d’après-midi pour me prévenir que la cage d’escalier était remplie de policiers. J’habite au troisième étage. » Convoqué au commissariat dans la foulée, Joël Domenjoud se voit remettre une assignation à résidence. Jusqu’au 12 décembre, il a interdiction de quitter le territoire de sa commune. Il doit rester chez lui entre 20 h et 6 h du matin, et se rendre chaque jour au commissariat à 9 h, 13 h et 19 h 30.

Le document précise que « des mesures particulières s’imposent pour assurer la sécurité de la (…) COP 21 », que « le ministre de l’Intérieur peut assigner à résidence toute personne à l’égard de laquelle il existe des raisons sérieuses de penser que son comportement constitue une menace pour la sécurité et l’ordre public », et qu’« il y a tout lieu de penser que la présence de M. Domenjoud en région parisienne aux dates prévues vise à participer à des actions revendicatives susceptibles de troubler gravement l’ordre public ».

Les activités militantes de Joël Domenjoud sont pourtant non violentes. Son casier judiciaire est vierge. « J’ai eu principalement des rôles organisationnels », précise-t-il. Le militant s’est notamment investi dans la préparation du campement de Bure, contre le projet de site d’enfouissement des déchets nucléaires, en août dernier, et dans la logistique de l’arrivée à Paris des convois de militants des différentes ZAD françaises. Il a aussi fait partie des personnes qui ont déposé un recours jeudi contre l’arrêté préfectoral interdisant les manifestations dans le cadre de l’état d’urgence, rejeté le jour-même.

1.616 perquisitions administratives menées en deux semaines

« Nous ne sommes pas habitués à voir des citoyens assignés à résidence sans jugement, remarque Muriel Ruef, son avocate, cela a quelque chose d’inquiétant. » La loi de 1955 sur l’état d’urgence comporte deux dispositions essentielles : les assignations à résidence et les perquisitions sans l’autorisation d’un juge. Le 20 novembre 2015, la loi a été modifiée pour s’appliquer plus largement à toute personne lorsqu’il existe « des raisons sérieuses de penser que son comportement constitue une menace ». Muriel Ruef a déposé un recours auprès du tribunal administratif contre l’assignation à résidence de Joël Domenjoud. Elle saura si elle obtient une audience dans les prochains jours.

L’avocate ne sera pas seule. En deux semaines, 1.616 perquisitions administratives ont été menées, et près de 300 citoyens ont été assignés à résidence. Alors, les dossiers s’empilent au tribunal administratif. Des dizaines de cas ont recensés sur une page créée par la Quadrature du net.

La liste risque bien de s’allonger ces prochains jours. À Rouen, cinq militants d’Alternatiba ont été convoqués au commissariat vendredi après-midi. Il leur a été remis l’arrêté préfectoral interdisant les manifestations de ce week-end, leur rappelant les amendes et les peines de prison qu’ils encourent s’ils bravent l’interdiction. Les policiers ont aussi évoqué la possibilité d’assigner à résidence les contrevenants. Mais, à peine sortie de l’hôtel de police, une militante nous a confié : « Cela ne nous empêchera pas de nous réunir samedi comme prévu. »

La COP 21 doit réparer l’injustice climatique faite à l’Afrique Benjamin Bibas et le collectif Wangari Maathai Reporterre 2015/11/28 Benjamin Bibas et le collectif Wangari Maathai (28 novembre 2015) La COP 21 doit réparer l’injustice climatique faite à l’Afrique. Reporterre. Tribune — Monde fr

La COP 21 doit réparer l’injustice climatique faite à l’Afrique

Le continent africain compte six des dix pays les plus vulnérables au changement climatique et pâtit déjà de ses conséquences. La COP 21 doit donner les moyens de remédier à cette situation d’autant plus injuste que l’Afrique n’émet que 4 % des gaz à effet de serre.

Benjamin Bibas est journaliste et documentariste. Il a produit une dizaine de documentaires radiophoniques sur l’exploitation des ressources naturelles en Afrique, les formes de résistance qu’elle suscite et les violations graves des droits humains qu’elle engendre. Avec le collectif Wangari Maathai, il a signé une note publiée par la Fondation de l’écologie politique qui adresse des recommandations aux négociateurs de la COP 21 et aux gestionnaires du Fonds vert pour le climat.

Du 30 novembre au 11 décembre 2015, les représentants de la communauté internationale se réunissent à Paris pour tenter de limiter le réchauffement climatique mondial à 2 °C par rapport au début de l’ère industrielle. Plus qu’ailleurs, la COP 21 est attendue en Afrique.

En effet, le continent compte six des dix pays les plus vulnérables aux effets du changement climatique [1]. Et si le réchauffement global est limité à 2 °C, c’est de 3 °C que la température augmentera en Afrique, selon le Giec, avec un stress hydrique générant « des effets négatifs considérables sur la sécurité alimentaire ». À vrai dire, le réchauffement de l’Afrique a déjà commencé : sécheresses et inondations chroniques expliquent déjà bon nombre de migrations internes et vers l’Europe [2].

Alimenter le Fonds vert

Cette situation est injuste. D’abord parce que l’Afrique représente à peine 4 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre et n’a aucune responsabilité historique dans le changement climatique. Ensuite parce que le continent le plus pauvre de la planète n’a pas les moyens de mettre en œuvre les mesures nécessaires pour protéger sa population - pour « s’adapter » au changement climatique, dit-on dans le langage technique des négociations. Enfin parce que les pays africains ne disposent pas d’États et d’organisations régionales assez efficaces pour, d’une part, peser dans les négociations climatiques et d’autre part, protéger leurs ressources naturelles – et notamment les ressources fossiles – contre l’exploitation effrénée par des acteurs asiatiques ou occidentaux. Or cette exploitation renforce le réchauffement climatique, en même temps qu’elle diminue les capacités d’adaptation du continent.

Il est donc crucial que la COP 21 marque un tournant pour l’Afrique. Mais comment ?

À la demande de la Fondation de l’écologie politique, nous avons posé la question à six écologistes africains [3]. Leurs réponses sont diverses. Pour l’ancien ministre sénégalais de l’Environnement Haïdar El Ali, il n’y a pas grand-chose à attendre de la COP 21 : l’économie et la diplomatie sont trop centrées sur les enjeux financiers et ce sera le cas jusqu’à ce qu’une grande catastrophe naturelle vienne remettre les écosystèmes au centre des échanges humains. La journaliste kényane Mildred Barasa fonde au contraire beaucoup d’espoirs sur le Fonds vert pour le climat (« Fonds vert ») créé à Copenhague en 2009 : si la COP 21 en décide ainsi - et c’est l’un de ses principaux enjeux -, ce fonds réunira 100 milliards de dollars par an à partir de 2020, pour financer l’adaptation au changement climatique des pays les plus vulnérables et leur permettre d’enclencher un développement économique non carboné. Entre ces deux points de vue, le militant environnementaliste gabonais Marc Ona Essangui pointe la nécessité de réformes financières et juridiques, aux plans national et international, pour que les écosystèmes africains puissent être protégés.

Nous avons déduit de ces réponses une dizaine de recommandations aux négociateurs de la COP 21 et aux gestionnaires du Fonds vert, tournées vers une exploitation durable des ressources naturelles africaines, au bénéfice des Africains. Quelques unes d’entre elles, destinées par exemple à alimenter le Fonds vert : - rendre l’accord issu de la COP 21 contraignant, les contrevenants voyant leur contribution au Fonds vert drastiquement augmentée ; - instaurer des taxes mondiales, échappant aux paradis fiscaux, sur les transactions financières ou les activités polluantes comme le transport aérien ou le fret maritime ; - dans les pays qui n’ont pas atteint l’autosuffisance alimentaire, lutter contre l’accaparement des terres en taxant les investissements étrangers agricoles destinés à l’export.

Le Fonds vert serait ainsi financé par les principaux responsables du changement climatique : surtout sous forme de contributions nationales par les pays industrialisés, dont la responsabilité historique est écrasante ; et surtout sous forme de taxes par les entreprises des pays émergents, qui sont désormais parmi les plus grands émetteurs de gaz à effet de serre.

Renforcer les capacités coercitives

Ces mesures, développées dans le cadre des négociations onusiennes, seront-elles suffisantes pour réparer l’injustice climatique en Afrique ? On peut en douter.

Nos entretiens nous ont plutôt convaincus que la justice climatique passe par un renforcement des capacités coercitives des justices nationales et de la communauté internationale face à la pression financière sans limite sur l’exploitation des ressources naturelles. Pour envisager la COP 21 comme un tournant pour l’Afrique, il est essentiel que les industries extractives, dont les impacts sanitaires et environnementaux continuent à générer des dégradations inacceptables sur ce continent comme ailleurs, prennent leur part de responsabilité.

Pour cette raison, une deuxième partie des recommandations vise à intégrer aux négociations climatiques des mécanismes naissants comme l’Initiative pour la transparence des industries extractives (Itie) ou les législations sur le devoir de vigilance des sociétés investissant à l’étranger. Si elles deviennent contraignantes, la transparence financière et la vigilance légale seront des outils puissants pour briser l’alliance opaque qui existent entre nombre de multinationales et de régimes autoritaires en Afrique et réparer ainsi la dette écologique. Car il n’y aura pas de régulation du climat sans protection accrue des écosystèmes et des populations.

« Terrorisme et urgence climatique » - débat sur TV5 Reporterre 2015/11/30 (30 novembre 2015) « Terrorisme et urgence climatique » - débat sur TV5. Reporterre. Climat : de COP en COP fr

« Terrorisme et urgence climatique » - débat sur TV5

Hervé Kempf a participé dimanche 29 novembre à l’émission « Kiosque » de TV5, animée par Silvia Garcia. Le débat sur le thème « Terrorisme et urgence climatique » rassemblait Louis Keumayou, du Club de l’info africaine, Alain Lallemand, du Soir de Bruxelles, Elisabeth Levy, de Causeur, et Hervé Kempf, de Reporterre.

Voir toute l’émission

La police a parqué et brutalisé des manifestants non-violents à Paris Barnabé Binctin (Reporterre) Reporterre 2015/11/30 Barnabé Binctin (Reporterre) (30 novembre 2015) La police a parqué et brutalisé des manifestants non-violents à Paris. Reporterre. Reportage — Libertés fr

La police a parqué et brutalisé des manifestants non-violents à Paris

Des incidents ont éclaté dimanche 29 novembre à l’issue de la chaine humaine pour le climat. Mais les « hommes en noir » qui les ont suscités ont rapidement disparu. Et la police a ensuite parqué et brutalisé des centaines de citoyens non-violents qui occupaient la place de la République. Reporterre était là et a filmé.

Dimanche, entre 13 h et 14 h : alors que la chaîne humaine qui a joint les places de la République et de la Nation se dissout, la tension monte place de la République. Vers 14h30, quelques dizaines de personnes cagoulées et tout de noir vêtues – pour éviter les polémiques autant que les risques d’instrumentalisation, Reporterre a décidé de ne pas catégoriser cette frange d’activistes violents – se confrontent avec la police.

Assez rapidement pourtant, les fumées des gaz lacrymogènes et les grenades assourdissantes ont mis fin aux échauffourées. Aucune vitrine cassée n’est d’ailleurs à déplorer. Les manifestants cagoulés disparaissent sans qu’apparemment aucune interpellation n’ait lieu.

La place est occupée par des centaines de personnes. Il est environ 15h30 quand le cordon policier s’organise concrètement, dans l’angle nord-ouest de la place rectangulaire de la République, à Paris. Un peu plus loin, l’entrée du boulevard Magenta est entièrement bloquée par plusieurs véhicules policiers. En quelques minutes, toutes les issues se sont refermées. C’est une prison à ciel ouvert qui attend désormais, pour plusieurs heures, ces centaines de manifestants qui chantaient et dansaient alors pour le climat.

De l’autre côté de la rangée de CRS, d’autres sont encore libres de leur mouvement, dans un périmètre pourtant très largement encadré par les forces de l’ordre. Séparés d’une cinquantaine de mètres par le cordon policier, la solidarité s’établit par chants interposés. « Libérez nos camarades » entonne-t-on du côté libre. Puis les captifs entament un « C’est à babord, qu’on gueule le plus fort » auquel le « tribord » répond immédiatement, en chœur.

L’ambiance est encore bon enfant. Des clowns et des fleurs tentent de faire résonner un autre message face aux boucliers policiers. Des jeunes et des moins jeunes s’asseoient alors en rang, du côté libre. Quelques instants plus tard, leur pacifisme ne récolte que les coups de matraque et les gaz lacrymogènes. Reporterre a pu filmer l’une de ces exactions policières.

- Voir la vidéo :

Dispersée, la foule se replie et découvre un peu plus loin un autre groupe de manifestants encerclés par les camions et les policiers. Au niveau de la rue du faubourg du Temple, une centaine de personne est ainsi parquée par les CRS. Pendant plus d’une heure, ils vont être exfiltrés un à un – pas toujours avec douceur, bien entendu – avant d’être embarqués dans de grands bus aux vitres à moitié blanchies. Hagards, sans aucun autre moyen de révolte que la sidération, les spectateurs « libres » assistent à ces interpellations inexpliquées.

Tandis que quelques caméras de télévisions étrangères filment la scène, on découvre les profils variés des dangereux suspects : des personnes à l’âge aussi avancé que les cheveux ne sont blancs, des groupes d’amis séparés violemment, des jeunes qu’on devine à peine étudiants… Pourquoi eux ? Un activiste roumain venu travailler dans le cadre des négociations partage son émotion : « Ce sont des abus très graves, il n’y a même pas eu de sommation. D’autant plus que ce ne sont visiblement que des militants climatiques ! ».

Il n’y avait dans les zones de parcage policier aucun des « hommes en noir » qui ont suscité les incidents au début d’après-midi. Peu importe, ils ont servi sur un plateau cette logique de répression non moins violente. « C’était malheureusement à prévoir, dit un organisateur de la Coalition Climat 21, qui avait justement déconseillé de manifester pour cette même raison. Il suffisait du moindre débordement, incontrôlable, pour justifier toute une ligne de sécurité et de répression ».

Pendant plusieurs heures, trois à quatre cents manifestants ont donc été séquestrés, dans des conditions difficiles selon les différents témoignages que Reporterre a pu recueillir. « Certains ont été blessés par des grenades désencerclantes, et n’ont pas pu recevoir de soins malgré leurs plaies ouvertes. Pendant quatre heures, nous avons dû rester immobiles, dans le froid et la nuit, sans eau ni toilettes, pendant que les policiers se comportaient avec violence », dit le journaliste Gaspard Glanz, qui a filmé de nombreuses scènes de l’après-midi.

Jointe par téléphone alors même qu’elle était bloquée dans le même périmètre, Léa Vasa, conseillère municipale du 10e arrondissement de Paris, insiste sur le sang-froid des otages : « C’est très calme et pacifiste, on joue un peu de musique en attendant de voir qui est le prochain à se faire embarquer. Cela semble totalement arbitraire ». D’autres responsables politiques, comme Olivier Besancenot, porte-parole du Nouveau parti anticapitaliste, se sont eux aussi retrouvés prisonniers, ainsi que plusieurs journalistes, français et étrangers.

Hier soir à 21h, la préfecture de police indiquait à Reporterre les derniers chiffres : 289 interpellations et 174 garde-à-vue. Un bilan qui se voulait « provisoire », avant la nuit. La liste des militants écologistes visés par la police pourrait bien encore s’allonger.

A Paris, vingt mille mains unies joyeusement pour le climat Lorène Lavocat et Eric Coquelin (Reporterre) Reporterre 2015/11/30 Lorène Lavocat et Eric Coquelin (Reporterre) (30 novembre 2015) A Paris, vingt mille mains unies joyeusement pour le climat. Reporterre. Reportage — Climat : de COP en COP fr

A Paris, vingt mille mains unies joyeusement pour le climat

Dimanche 29 novembre, une dizaine de milliers de personnes ont formé une chaîne humaine à Paris, pour déclarer « l’état d’urgence climatique ». Un rassemblement non-violent et joyeux, tenu malgré l’interdiction de manifester.

- Paris, reportage

« Bonjour, veuillez avancer le long du boulevard, pour ne pas créer d’attroupements ! » Dès la sortie du métro Voltaire, des militants en gilet jaune accueillent les manifestants. Mais peut-on parler de manifestants ? Car la chaîne humaine qui se forme ce dimanche midi entre la place de la Nation et celle de République n’a pas officiellement le statut de manifestation autorisée. « Malgré l’état d’urgence, nous refusons de rester muets, explique Geneviève Azam, porte-parole d’Attac, l’une des organisations à l’origine de l’initiative. La chaîne permet de symboliser notre responsabilité partagée et notre solidarité. »

Plus que de braver l’interdiction, il s’agit pour les militants de réaffirmer « l’état d’urgence climatique », et de mettre la pression sur les gouvernements, à quelques heures de l’ouverture de la Conférence climat. C’est ce que nous explique Jean-Pierre Dubois, président d’honneur de la Ligue des droits de l’homme.

Une COP21 qui ne pourra réussir, d’après Jon Palais, d’Alternatiba, que grâce à une mobilisation massive de la société civile : « L’action des citoyens est aussi importante que celle des gouvernements, car leurs engagements médiocres nous emmènent tout droit vers le chaos climatique. » Pour le militant écolo, le gouvernement a ainsi commis une « faute » en interdisant les rassemblements. « Les attentas ont créé un état de stupéfaction, il faut en sortir, lever le couvercle », ajoute-t-il.

Sur les trottoirs du boulevard Voltaire, des centaines de personnes ont donc répondu à l’appel. Venus en famille ou entre amis, tous se prennent la main dans la bonne humeur. « La dégradation du climat et des écosystèmes va nous entraîner vers toujours plus de guerres, estime Laurence, une banderole « À qui profite le chaos ? » tenue à bout de bras. Résoudre le climat, c’est œuvrer pour la paix dans le monde. » Un avis partagé par Pierre, la quinzaine, heureux d’être là, « même s’il a fallu se lever à 9 h un dimanche ». « Il y a 100 personnes qui meurent à cause du terrorisme, et on en parle pendant des semaines, alors qu’on ne parle jamais des 600.000 personnes qui sont tuées à cause du changement climatique », explique-t-il.

Plus loin, une femme-pingouin discute avec un homme maquillé de vert qui lui tend un tract sur le gaz de schiste. Nucléaire, Notre-Dame-des-Landes, Tafta... toutes les luttes écologiques sont représentées. Tous les combats, et tous les pays. Cathy est venue du Canada pour « mettre la pression sur les gouvernants », et Pablo arrive de Bolivie afin de porter « la voix des communautés autochtones menacées par le changement climatique ». D’autres préfèrent mettre en avant les solutions en arborant des éoliennes miniatures. Isidore et Sacha – 10 et 8 ans – détaillent leurs gestes quotidiens pour la planète : « On prend des douches de 5 minutes maximum, on choisit le métro plutôt que la voiture, et puis surtout, on vient ici pour manifester ! »

Des citoyens « déterminés »

Des cyclistes vêtus de gilets verts sillonnent le boulevard, portant des messages d’un bout à l’autre de la chaîne : « On manque de gens à Charonne ! » Vers 12 h 10, la nouvelle arrive sous forme de clameur : « Ça y est, on a rejoint les deux places, il y a plein de monde ! » Batucada et accordéon redoublent de vigueur musicale, apportant une touche résolument festive au rassemblement pacifique.

Puis à 12 h 30, moins de 45 minutes après le début de l’événement, l’annonce tombe d’un mégaphone : « Merci à tous, merci pour la planète, il faut maintenant se disperser ! » Un grand-père, sa petite fille sur les épaules, grommelle : « Quoi, déjà ? Mais on n’a pas lancé tous nos slogans. » Plusieurs personnes refusent de se lâcher, et continuent de crier « Changeons le système, pas le climat ! » Mais rapidement, le gros des troupes reprend son chemin le long du boulevard. Place Léon-Blum, Guillaume Durin, d’Alternatiba, rayonne : « Plus de 10.000 personnes, c’est un signal très fort pour montrer que les citoyens entendent se mobiliser sur la question de l’urgence climatique. »

Sans parler de victoire, les organisateurs se félicitent de la présence en nombre de citoyens « déterminés », prêts à mettre en œuvre « des nouvelles pratiques de désobéissance massive non-violente » : « Pour faire face aux interdictions, nous avons aujourd’hui besoin de toute l’inventivité, de toute l’imagination sociale dont nous sommes capables, sourit Geneviève Azam. Nous avons été relégués sur les trottoirs, privés de grande marche, mais nous ne sommes pas désarmés ! »

14 h. Des dizaines de personnes remontent à présent vers la place de la République. Certains portent une paire de tennis à déposer près de la statue, dans le cadre de l’opération « Nos chaussures marchent pour nous », lancée par l’ONG Avaaz. À quelques mètres de l’arrivée, une centaine de manifestants du NPA (Nouveau Parti anticapitaliste) et d’Ensemble avancent lentement mais sûrement vers un cordon de CRS. Parmi eux Nico, venu revendiquer « son droit à manifester pour l’urgence climatique ».

Arrivée à République, la fumée blanche et une sensation piquante dans les narines témoignent du recours à des gaz lacrymo. Malgré la présence massive des policiers, des centaines de personnes arpentent encore la place, dont de nombreuses familles. De festive et joyeuse, l’ambiance se tend peu à peu. Une troupe de l’Armée du Clownistan tente d’apaiser l’atmosphère en organisant un « 1, 2, 3 soleil » improvisé devant des CRS impassibles.

La COP 21, c’est parti ! Voici les clefs pour comprendre la négociation Emilie Massemin (Reporterre) Reporterre 2015/11/30 Emilie Massemin (Reporterre) (30 novembre 2015) La COP 21, c’est parti ! Voici les clefs pour comprendre la négociation. Reporterre. Climat : de COP en COP fr

La COP 21, c’est parti ! Voici les clefs pour comprendre la négociation

On s’y prépare depuis des mois et cette fois, on y est ! La COP 21 a commencé ses travaux dimanche 29 novembre à 17 h, sur le site du Bourget. Elle a deux semaines pour finaliser un accord mondial visant à limiter le réchauffement climatique à 2°C d’ici la fin du siècle... Reporterre fait le point sur les enjeux et le programme.

La COP 21 a commencé ses travaux dimanche 29 novembre à 17 h sur le site du Bourget (Seine-Saint-Denis), vingt-quatre heures plus tôt que prévu. Elle devrait s’achever vendredi 11 décembre - ou vraisemblablement samedi matin 12. Pendant deux semaines d’intenses tractations, les 196 Etats-parties de la Convention-cadre des Nations Unies pour les changements climatiques (CCNUCC) devront définir ensemble un accord mondial visant à contenir le réchauffement climatique de 2°C d’ici la fin du siècle, par rapport à l’ère pré-industrielle.

Quels sont les enjeux et les sujets de désaccords ? Quel est le programme des négociations ?

Les enjeux

Les sessions de négociations qui se sont succédées depuis la COP 20 de Lima, n’ont pas permis de préciser le projet d’accord. Le texte issu de la dernière réunion de Bonn, du 19 au 23 octobre, compte toujours 55 pages et contient de nombreuses options contradictoires. Pays développés et pays en développement s’affrontent régulièrement sur le principe de « responsabilité commune mais différenciée ». Celui-ci exprime le fait que les pays du nord sont les responsables historiques des émissions de gaz à effet de serre et qu’ils doivent venir en aide aux pays du Sud, principales victimes du dérèglement du climat.

1 - Les financements climat accordés aux pays en développement

Lors de la conférence de Copenhague en 2009, les pays développés se sont engagés à apporter 100 milliards de dollars par an d’ici 2020 aux pays en développement, pour les aider à s’adapter aux impacts du changement climatique sur leurs territoires (sécheresses, inondations, phénomènes climatiques extrêmes, etc.). Une partie de cet argent devait transiter par un dispositif appelé le Fonds vert.

Où en est-on aujourd’hui ? D’après un rapport de l’OCDE publié début octobre, le total des financements climat déjà réunis s’élevait à 61,8 milliards de dollars en 2014. Mais ces financements sont en grande partie privés et accordés sous forme de prêts, ce qui les rend peu accessibles aux pays les plus pauvres.

L’effort financier des pays développés n’est pas à la hauteur. En effet, de nombreux pays en développement conditionnent le niveau d’ambition de leurs politiques climatiques à l’aide financière que les pays riches voudront bien leur accorder. Ils n’accepteront pas de signer un accord ambitieux à Paris s’ils n’obtiennent pas en retour de solides garanties financières.

Réunis en pré-COP du 8 au 10 novembre à Paris, les représentants de 70 pays auraient avancé sur le sujet. « Il nous a semblé que l’idée d’un plancher [à l’aide financière accordée aux pays en développement après 2020] était acceptée », a estimé le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius à l’issue des réunions. Mais au G20, les 15 et 16 novembre en Turquie, la question du financement de la lute contre les changements climatiques a été soigneusement mise de côté.

2 - Un mécanisme de révision à la hausse des contributions nationales

Les contributions nationales sont les feuilles de route que presque tous les pays ont remis à l’ONU avant le 1er octobre. Ils y détaillent leurs objectifs de réduction d’émissions de gaz à effet de serre d’ici 2025 ou 2030, les politiques qu’ils compte mettre en œuvre pour y arriver, et, pour les pays en développement, les mesures d’adaptation au changement climatique qu’ils entendent adopter. A ce jour, environ 170 pays ont remis leur contribution, ce qui représente plus de 90 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre.

Problème, d’après des études de l’ONU, de Climate Action Tracker, de l’Iddri et de l’Institut Pierre-Simon Laplace, ces contributions ne permettent pas de limiter le réchauffement climatique à 2°C d’ici la fin du siècle – à moins de changements de politiques extrêmement brusques à partir de 2030. Elles entraîneraient plutôt une hausse de température d’environ 3°C en 2100.

Pour rectifier le tir, les ONG plaident pour l’inscription dans l’accord d’un mécanisme de révision à la hausse des contributions nationales, tous les cinq ans. L’idée fait son chemin chez les négociateurs, mais des désaccords subsistent. Lors de la pré-COP, les Etats se sont mis d’accord sur la réalisation d’un « bilan » tous les cinq ans, « permettant de formuler des propositions à la hausse », rapportait Laurent Fabius. Bref, du très flou. Et le projet d’accord qui servira de base aux négociations pendant la COP 21, contient encore des propositions contradictoires sur ce point.

3 - La définition d’un objectif de long terme

L’objectif de rester en-dessous de 2°C de réchauffement d’ici la fin du siècle n’est plus contesté. Mais certains Etats insulaires souhaiteraient que cet objectif soit ramené à 1,5°C, pour les protéger d’un risque de submersion liée à la montée du niveau des mers. Et lors de la pré-COP, l’objectif de long terme évoqué était on ne peut plus vague : « low emission resilient pathway » (« trajectoire d’émissions basses adaptées au climat »). Rien sur la nécessité d’abandonner les énergies fossiles au profit d’énergies renouvelables. Au sujet des 450 milliards de dollars de subventions accordés chaque année par ses membres aux énergie fossiles, le G20 (dont fait partie l’Arabie saoudite) s’est contenté de déclarer, avec une prudence extrême, la nécessité de « rationaliser et lever progressivement à moyen terme les subventions inefficaces ».

4 - Un accord contraignant ?

La France défend l’adoption d’un accord juridiquement contraignant à Paris. Mais cet aspect ne fait pas l’unanimité. Le membre du Conseil sur le changement auprès du premier ministre indien, Chandrashekhar Dasgupta, déclare mi-novembre qu’« insister pour qu’un accord soit contraignant, c’est pousser les Etats à revoir à la baisse leurs ambitions puisqu’ils voudront minimiser les risques ». Dans un entretien publié le 12 novembre dans le Financial Times, le secrétaire d’Etat américain John Kerry a indiqué que l’accord « ne sera certainement pas un traité » et qu’il « n’y aura pas d’objectifs de réduction juridiquement contraignants, comme cela avait été le cas à Kyoto ». Des déclarations qui n’incitent guère à l’optimisme...

Le programme des négociations

Les négociateurs sont déjà à Paris depuis le lundi 23 novembre. Rassemblés à l’Unesco, ils coordonnent leurs positions sur des points clés de l’accord.

De manière inédite, un sommet des chefs d’Etat a lieu lundi 30 novembre sur le site du Bourget. 140 chefs d’Etat sont attendus. La cérémonie d’ouverture commence à 11 h avec un hommage aux victimes des attentats du 13 décembre. Ensuite, les allocutions de François Hollande, du secrétaire général de l’ONU Ban Ki-Moon et de Laurent Fabius seront suivies par les déclarations de tous les chefs d’Etat et de gouvernement rassemblés dans les deux salles plénières du site.

Mais les négociations à proprement parler auront commencé le dimanche 29 novembre à 17 h, sur le site du Bourget. Soit 24 h plus tôt que prévu, parce que les coprésidents des négociations Ahmed Djoghlaf et Daniel Reifsynder « ont estimé qu’un début anticipé de la session offrirait l’occasion d’utiliser de la meilleure façon possible le temps très limité à disposition pour finaliser les négociations sur le projet d’accord de Paris », rapporte le secrétaire exécutive de la CCNUCC Christiana Figueres.

La première semaine, le « segment technique » des négociations se déroulera. L’ADP (plate-forme de Durban pour une action renforcée), le groupe de travail chargé en 2011 lors de la conférence de Durban de conclure un accord universel de 2015, sera à pied d’oeuvre jusqu’au samedi soir.

La deuxième semaine sera plus politique, avec le début du « segment ministériel ». Après les déclarations des ministres lundi 7 décembre, des discussions informelles auront lieu jusqu’à mercredi soir. « C’est un sas de sécurité pour revoir certains éléments du texte qui restent problématique », indique Alix Mazounie, du Réseau Action Climat.

Puis, dès le jeudi 10 décembre au matin seront adoptées les décisions et les conclusions, jusqu’à l’adoption de l’accord vendredi 11 décembre en début de soirée. Ce qui est en tout cas prévu par Laurent Fabius – mais toutes les COP précédentes se sont prolongées tard dans la nuit, voire jusqu’au samedi dans l’après-midi.

Le mouvement de la bonne humeur Par Hervé Kempf Reporterre 2015/11/30 Par Hervé Kempf (30 novembre 2015) Le mouvement de la bonne humeur. Reporterre. Édito — Libertés fr

Le mouvement de la bonne humeur

« Les matraques et les gardes à vue n’auront pas raison de la vie et de la jeunesse. Car elles défendent le passé, et nous défendons l’avenir. »

Une surprise, une bonne surprise, une très bonne surprise ! Dimanche midi 29 novembre, il y avait plein de monde pour former une chaîne humaine, entre République et Nation, à Paris. Colorés, heureux d’être là, d’être si nombreux, souriant, parlant, bienveillants, patients.

Heureux, souriants, bienveillants. Mais surtout posant un acte fort, pour signifier que ni les kalachnikovs ni les lois répressives ne doivent empêcher de dire à la face du monde ce qui domine notre destin proche : la cause écologique, la gravité du moment, le péril climatique.

Une manifestation, qu’on espérait immense, était prévue et préparée de longue date pour porter l’attention publique sur le changement climatique, montrer par la voix de centaines de milliers de personnes que la question ne pouvait rester entre les seules mains des gouvernements. Les attentats du 13 novembre et l’état d’urgence en ont décidé autrement. Dans l’urgence, une chaîne humaine s’est réorganisée dans la semaine. Et des milliers de personnes sont venues.

Je retiens ce moment d’amitié, dans un Paris lumineux, cette réunion inquiète qui s’est transformée, pour une heure, en l’affirmation joyeuse que le monde peut être autrement.

C’est le paradoxe que portent celles et ceux qui se retrouvent dans ce que désigne aujourd’hui l’écologie : ils sont sans doute les témoins les plus pessimistes de l’époque, parce qu’ils mesurent plus que la majorité le péril angoissant que recèle la destruction toujours frénétique du monde ; et pourtant ils sont les plus joyeux, les plus libres, parce qu’ils savent que ce destin mauvais, le monde peut l’éviter par un changement des esprits, par une mutation des pratiques, par une transformation de la société.

Voyez cette chaine humaine : des couleurs, des clowns, des masques, des jeux de mots, des plaisanteries, des gestes d’amitié ! Eh oui, la bonne humeur : voilà la meilleure arme contre les forces ténébreuses qui, dans l’âme d’individus perdus, les conduisent à la haine et à la barbarie ; la meilleure arme contre les desseins autoritaires d’un système néo-libéral fissuré de partout. L’arme de la bonne humeur, de la confiance, de l’optimisme.

Alors que s’ouvre au Bourget une conférence internationale sur le climat décisive quoiqu’incertaine, alors que les élections régionales s’annoncent comme une nouvelle montée des idées sécuritaires et de repli sur soi, il est vital d’affirmer que l’espoir est justifié, que l’alternative est possible, que le rire peut éclairer les jours sombres. De l’affirmer, et de savoir que ce doit être porté dans la lutte : contre les idées noires, et contre des pouvoirs toujours plus hostiles à l’alternative, qui est la seule force qui les menace vraiment. En témoigne la brutalité imbécile encore déployée dimanche par un gouvernement sourd aux citoyens. Mais les matraques et les gardes à vue n’auront pas raison de la vie et de la jeunesse. Car elles défendent le passé, et nous défendons l’avenir.

Partout dans le monde et en France, des centaines de milliers de manifestants pour le climat Camille Martin (Reporterre) Reporterre 2015/11/30 Camille Martin (Reporterre) (30 novembre 2015) Partout dans le monde et en France, des centaines de milliers de manifestants pour le climat. Reporterre. Climat : de COP en COP fr

Partout dans le monde et en France, des centaines de milliers de manifestants pour le climat

De Berlin à Toulouse, de Tokyo à Rennes, des manifestations multiples pour le climat.

Environ 600 000 personnes ont manifesté dans le monde

- A Berlin, contre le charbon

« Protéger le climat, arrêter le charbon », scandait dimanche la foule en passant devant la Chancellerie à Berlin. Ici, on marchait pour le climat, mais on marchait surtout contre l’énergie fossile. Dans le sillage des organisations de défense de l’environnement, 10 000 à 17 000 personnes ont ainsi rallié la Porte de Brandebourg avec un message clair : il est urgent d’agir.

Pour atteindre ses objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre, l’Allemagne doit, selon Martin Hausding de Greenpeace, « immédiatement et très rapidement sortir du charbon. Les centrales, dans la Lusace ou dans la Ruhr, émettent beaucoup de CO2 et sont les plus polluantes d’Europe. La première étape, c’est de les fermer ».

La coalition au pouvoir a bien voté cet été la mise en sommeil de cinq centrales, mais Lara Dovifat, de l’ONG Campact, fustige, elle, la « décarbonisation XXS d’Angela Merkel et les subventions accordées aux grands groupes énergétiques pour qu’ils continuent à construire des centrales ».

Parti de la gare centrale à la mi-journée, le cortège comptait aussi dans ses rangs des Allemands qui avaient initialement prévu d’aller manifester à Paris, avant que la marche ne soit interdite. Des pancartes « We march together » marquaient la solidarité des Berlinois avec ceux qui n’ont pas pu défiler dans la capitale française.

La foule témoignait de son espoir que la Conférence de Paris aboutisse à un accord contraignant, mais n’oubliait pas que les précédents sommets sur le climat n’avaient pas tenu leurs promesses.

- Le Brésil mobilisé

Récemment touchés par une des plus graves catastrophes écologiques de leur histoire, les Brésiliens ont, eux aussi, participé à la Marche mondiale pour le Climat, ce dimanche 29 novembre, à la veille de la Conférence de Paris pour le Climat, à travers 19 villes du pays. À Rio de Janeiro, c’est entre les plages d’Ipanema et Copacabana que les 500 manifestants ont marché, vêtus de costumes bariolés, fidèles à la tradition du carnaval. Des hommes-arbres ont ainsi réclamé l’arrêt complet de la déforestation en Amazonie.

La protection de la forêt tropicale est l’une des préoccupations majeures des sympathisants écologistes, une question liée de très près à celle des ressources en eau. Le Brésil souffre à la fois de la sécheresse dans plusieurs régions, notamment dans le Nordeste, et d’épisodes pluvieux violents, par exemple dans le Sud, où plusieurs villes ont connu de graves inondations le mois dernier. à São Paulo, c’est d’ailleurs sous la pluie que 400 marcheurs se sont retrouvés pour parcourir sur l’Avenida Paulista, la plus célèbre avenue de la ville, récemment rendue aux piétons le dimanche, pour réclamer la fin de l’utilisation des énergies fossiles, et le renforcement d’une politique favorable aux énergies solaires et éoliennes. Les manifestants ont demandé par ailleurs la tenue d’une enquête approfondie après le désastre industriel qui a contaminé un fleuve et une région entière avec des déchets miniers, début novembre. Le Centre Brésil pour le Climat est l’un des organisateurs de la manifestation au niveau local. Son directeur exécutif, Alfredo Sirkis, présent à la Marche de Rio, ira dans les prochains jours à Paris. Il souligne que le Brésil est plutôt un bon élève relativement aux autres pays, mais qu’il faudrait faire plus en termes de réduction des émissions carbones face au défi du climat. Plusieurs artistes ont aussi soutenu le mouvement en offrant aux Paulistes une soirée de concerts dans le parc Ibirapuera, l’un des plus grands parcs urbains au monde.

- A Washington, timide marche pour le climat

Les Etats-Unis n’ont pas échappé aux marches pour le climat ce week-end, avec des rassemblements à Austin, Los Angeles, New York, et dans la capitale, Washington. Sous un ciel gris et presque pluvieux, entre 200 et 300 personnes en anorak, bonnets et capuches étaient réunies à la Maison Blanche dimanche après-midi. C’est peu, mais toujours un peu plus que la cinquantaine de participants qu’espérait Deirdre Shelly, une des organisatrices de 350.org. « Notre objectif est de mettre la pression sur Barack Obama, explique-t-elle en désignant la résidence du président américain, gardée par les agents du Secret Service. Et notre mobilisation est très largement axée sur l’appel à mettre fin aux énergies fossiles. » « Hey hey, ho ho, fossil fuels have to go ! », est donc l’un des refrains de cette (petite) marche dans la capitale américaine.

Lorsqu’un militant s’arme d’un microphone pour rappeler une première victoire remportée il y a quelques semaines, la suppression du projet de l’oléoduc Keystone XL, les applaudissements fusent. L’ambiance s’éteint quelques secondes plus tard quand l’organisateur appelle à une minute de silence pour tous les morts liés au changement climatique. Parmi la foule, Laurie avance avec sa petite fille de cinq ans, Sarah : "Je suis là parce qu’on peut tous faire quelque chose pour le climat." Evoquant la responsabilité écrasante des Etats-Unis dans les émissions de gaz à effet de serre, elle dit se sentir "particulièrement responsable en tant qu’Américaine".

Un peu plus loin, en tête de la marche, trois étudiants sont venus ensemble. Si Colleen admet n’y "connaître pas grand chose" en matière d’environnement, elle dit participer à la marche pour en savoir plus. Pour son ami Willie, plus militant, "la vie est sacrée : la terre doit donc être protégée au même titre que les êtres humains". En commençant par "lutter contre le gaspillage", pour lequel les Américains sont champions. Mais le jeune homme de 21ans semble peu convaincu par un accord à Paris : "Malheureusement je pense que je serai encore là dans deux semaines, pour dénoncer les décisions qui seront prises." Un nouveau rassemblement à la Maison Blanche est en effet déjà prévu par les Amis de la Terre. Il aura lieu le 12 décembre, au lendemain du dernier jour de la COP21.

A Ottawa, au Canada, 25 000 personnes se sont retrouvées pour affirmer que les solutions au changement climatique existent.

De Welligton aux plus petites îles de Nouvelle-Zélande, près de 15 000 personnes ont manifesté afin de réduire la pollution.

En Australie, les nations des îles du Pacifique ont rejoint les manifestants de Sydney, totalisant 40 000 personnes. Environ 50 000 personnes se sont rassemblées à Melbourne. Au total 140 000 habitants de l’Océanie sont sortis dans la rue ce week-end.

Un millier de Mexicains se sont réunis à Mexico pour rendre hommage à « la tierra madre », la Terre mère. Le gouvernement a promis de baisser de 22% les émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030.

5 000 personnes se sont rassemblées à Dacca, au Bangladesh, avec des fleurs dans la main.

Environ mille personnes ont défilé au Japon, à Tokyo. Le Japon, touché par l’accident de Fukushima, lutte aujourd’hui pour les énergies renouvelables.

3 000 personnes se sont rassemblées à Manille dans les Philippines, touchés par de nombreux cyclones. Les Philippines sont les îles les plus menacées par le réchauffement climatique.

1 500 militants écologistes se sont retrouvés dans la ville du Cap, en Afrique du Sud.

Partout en France des marches pacifiques

A Toulouse, le cortège était sous haute surveillance policière. Plus de mille personnes ont défilé dimanche aux cris de « État d’urgence, État policier. On ne nous empêchera pas de manifester » et « Dictature pour trois mois, ça ne changera pas le climat ».

Lyon et Marseille ont organisé une chaîne humaine ce dimanche de midi à 13 heures, en même temps que celle de Paris. A Lyon, Alternatiba Rhône affirme avoir réuni plus de 800 personnes. A Marseille, la chaîne faisait plus d’un kilomètre sur le vieux port.

A Lille, dimanche, c’est une marche qui a eu lieu. Pour braver l’interdiction de manifester, les Lillois étaient invités à « se retrouver par hasard, entre 14h30 et 16h, quelque part à Lille ». Ils se sont rejoints grâce aux réseaux sociaux. Deux mille personnes ont déambulé joyeusement dans le centre ville, la police n’est pas intervenue.

En Normandie, samedi, quelques rassemblements ont eu lieu. Une soixantaine d’habitants du Havre ont affronté les rafales d’un vent glacial, et se sont réunis à proximité des jardins de l’Hôtel de Ville avec banderoles et affichettes. A Caen, 300 personnes environ ont formé une chaîne humaine. A Rouen, quelques centaines de personnes se sont aussi rassemblées.

Côté Bretagne, à Rennes, 400 personnes se sont réunies place de la mairie. Encerclées par la police, elles ont marché en rond... A Brest, une chaîne humaine s’est également formée. A Quimper, des guirlandes de chaussures ont été accrochées sur les berges de l’Odet, en remplacement de la marche. A Hédé-Bazouges, au nord de Rennes, une particulière a elle réussi à réunir une trentaine de voisins pour une « marche » dans son jardin.

A Bordeaux, les organisateurs avaient opté pour une chaîne humaine. Des centaines de personnes se sont donnés la main place de la Victoire et sur les quais de la Gironde.

Dès samedi, à Chambéry, cinq cents personnes se retrouvaient pour former une chaîne humaine sur la place Genève.

A signaler également un rassemblement à Dijon, place de la Libération dimanche

Même à Jaujac, en Ardèche, une petite marche était organisée par le collectif stop gaz de schiste du département.

A Monaco, dimanche, la marche pour le climat était en revanche autorisée. La Fondation Albert II de Monaco elle-même appelait à défiler aux côtés de la famille princière, qui a fait venir l’Archevêque de Monaco, le gouvernement Princier ou encore les maires des communes limitrophes.

A Montpellier, même scénario dimanche. Un millier de personnes environ se sont donné la main puis ont marché pour le climat.

A Nantes, c’est samedi qu’une chaîne humaine s’est formée dans le centre-ville.

A Vichy, 130 personnes ont défilé pour le climat.

Les chefs d’Etat ont lancé la COP 21 Emilie Massemin (Reporterre) Reporterre 2015/12/01 Emilie Massemin (Reporterre) (1er décembre 2015 à 10h35,) Les chefs d’Etat ont lancé la COP 21. Reporterre. Climat : de COP en COP fr

Les chefs d’Etat ont lancé la COP 21

Lundi 30 novembre, lors de l’ouverture officielle de la COP, 150 chefs d’Etat et de gouvernement se sont succédés dans les deux salles plénières du Bourget pour donner une impulsion politique à la COP. Des discours forts ont été prononcés, et des promesses financières ont été faites. Mais la tension entre pays en développement et pays riches est perceptible.

- Le Bourget (Seine-Saint-Denis), reportage

La COP 21, c’est parti ! Ce lundi 30 novembre à 10 h, dans l’une des deux salles plénières en bois massif du site du Bourget (Seine-Saint-Denis), Manuel Pulgar-Vidal, ministre de l’Environnement du Pérou président de la COP 20, a eu l’honneur d’ouvrir une journée de discours. Pas moins de 150 chefs d’Etat et de gouvernement étaient présents, venus du monde entier donner l’impulsion à la grande conférence climat de Paris. Ce sommet des dirigeants au premier jour de la COP est une première dans l’histoire de la Convention-Cadre des Nations Unies pour les changements climatiques (CCNUCC). « Ce qu’on en attend, c’est un leadership politique », dit Keya Chatterjee, de l’ONG Uscan.

Il faut dire que l’enjeu est de taille. Les délégués des 195 Etats-parties de la CCNUCC disposent de onze petites journées seulement pour transformer un brouillon de négociation de 55 pages bourré de propositions contradictoires, en un accord « différencié, juste, durable, dynamique, équilibré [et] juridiquement contraignant », comme l’a souhaité le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius dans son discours d’ouverture. L’objectif est de limiter le changement climatique à 2°C d’ici la fin du siècle, par rapport à l’ère préindustrielle. Alors que de nombreux points de tension subsistent entre les pays – sur l’objectif de long terme, le montant des financements climat aux pays pauvres les plus impactés par les changements climatique, la mise en place d’un mécanisme de révision des engagements de chaque pays en matière de réduction d’émissions de gaz à effet de serre, entre autres.

« La solidarité climatique doit progresser »

A l’issue de la première journée, la mission des chefs d’Etat et de gouvernement semble accomplie. Laurent Fabius, à peine élu président de la COP 21, a souhaité que le futur accord de Paris soit suffisamment ambitieux pour « qu’à l’horizon 2100 la température, du fait des émissions de gaz à effet de serre, ne s’élève pas de plus de 2°, voire 1,5°, par rapport à l’ère préindustrielle ». « La solidarité climatique doit encore progresser ; la mobilisation des financements et des technologies en faveur des pays du Sud également. L’accord de Paris doit être aussi un pacte pour la justice et contre les inégalités », a-t-il ajouté.

Le discours de François Hollande, président de la République, a été tout aussi vigoureux. « Jamais l’enjeu d’une réunion internationale n’avait été aussi élevé puisqu’il s’agit de l’avenir de la planète, l’avenir de la vie », a-t-il affirmé. Avant de mettre lui aussi l’accent sur la justice climatique (« Comment accepter que ce soit les pays les plus pauvres, ceux qui émettent le moins de gaz à effet de serre qui soient les plus vulnérables ? ») et la nécessité de limiter le réchauffement climatique « en dessous des 2°C, ou 1,5°C si possible ».

Mains tendues vers les pays en développement

Ces déclarations liminaires n’ont rien d’anecdotique. Les pays en développement n’accepteront de signer le futur accord de Paris que s’il reste fidèle au principe de « responsabilité commune mais différenciée » inscrit dans la CCNUCC - c’est-à-dire s’il reconnaît que les pays industrialisés sont historiquement responsables des émissions de gaz à effet de serre et du changement climatique actuel, et qu’ils doivent en cela soutien technologique et financier aux pays en développement « innocents » mais lourdement impactés par les dérèglements du climat.

D’autres dirigeants ont abondé dans ce sens. « Nous nous engageons à déployer des ressources pour que les pays en développement évitent de de passer par la phase polluante du développement », a déclaré Barack Obama, président des Etats-Unis.

« Le changement climatique est une responsabilité qui nous incombe, a reconnu la chancelière allemande Angela Merkel. L’Allemagne participera à de nombreux programmes de recherche sur les énergie propres et d’aide aux pays les plus pauvres ».

De nouveaux engagements financiers

Autre point positif, les dirigeants des pays développés ne se sont pas contentés de belles paroles. L’Allemagne, les Etats-Unis, le Royaume-Uni, la France, le Canada, le Danemark, la Suède, l’Irlande, la Suisse, l’Italie et la Finlande se sont engagés à verser 248 millions de dollars au Fonds des pays les moins avancés, qui joue un rôle clé dans l’aide à l’adaptation de ces territoires particulièrement vulnérables. Barack Obama a promis par ailleurs d’annoncer un nouvel objectif de financement dès mardi. Malcolm Turnbull, premier ministre australien, a déclaré qu’il allait mobiliser « un milliard de dollars au moins sur les cinq années à venir pour aider les pays vulnérables à faire face au changement climatique ». La Nouvelle-Zélande a offert un « soutien de 200 millions de dollars dans les quatre prochaines années, qui profiteront surtout à [ses] voisins du Pacifique ».

Les pays en développement ne relâchent cependant pas la pression. « L’adaptation reste la priorité pour le gouvernement djiboutien, a rappelé Ismail Omar Guelleh, président du Djibouti. Nous sommes déjà confrontés à des catastrophes climatiques, à des rendements écologiques faibles, etc. Il faut que les financements soient équilibrés entre atténuation et adaptation. Nous sommes inquiets devant la tendance actuelle, décrite dans le dernier rapport de l’OCDE, de seulement 17 % des financements destinés à l’adaptation - ce qui est largement insuffisant. »

« Ce montant des 100 milliards devra être revu à la hausse »

« Les pays développés devront être à la hauteur de leurs engagements, mobiliser 100 milliards de dollars en 2020 et apporter un soutien financier accru au-delà. Ils doivent aussi organiser des transferts de technologies en faveur des plus vulnérables », a martelé Xi Jinping, président de la Chine. « Ce montant de 100 milliards devra être revu à la hausse », a appuyé Issoufou Mahamadou, président du Niger.

D’autres points cruciaux des négociations ont été abordés par les chefs d’Etat, comme l’adoption d’un mécanisme de révision des engagements nationaux, tous les cinq ans environ. A l’heure actuelle, les feuilles de route remises par 180 pays, dans lesquelles ils détaillent leurs engagements en matière de réduction d’émissions de gaz à effet de serre, nous situent dans une trajectoire de réchauffement de 3°C environ d’ici la fin du siècle. Bien au-dessus des 2°C visés. « Il faudra nous fixer un horizon de long-terme, prévoir une évaluation régulière de nos progrès au regard des dernières conclusions de la science, et mettre en place un mécanisme de révision à la hausse de nos engagements, avec des rendez-vous tous les 5 ans », a rappelé François Hollande. « Les mécanismes d’ambition dont il faut nous doter devront être contraignants, a appuyé Angela Merkel. Nous savons que les objectifs doivent être renforcés et pas diminués, tous les cinq ans ». Mais ce mécanisme n’a pas été évoqué ni par les Etats-Unis, ni la Chine.

Négociations... et business

Les dirigeants ont également fait la part belle à la société civile – du moins dans sa composante des entreprises. Barack Obama a lancé sa « mission innovation », un programme d’investissements de près de 20 milliards de dollars d’ici 2020 dans la recherche pour les énergies propres, rassemblant une vingtaine de pays dont la France. L’Inde a donné le coup d’envoi de l’Alliance solaire internationale, un projet visant à développer une énergie solaire bon marché – comparé à « l’OPEP du solaire » par Matthieu Orphelin, de la Fondation Nicolas Hulot.

Que pensent les ONG de cette première journée ? « Ce matin, Laurent Fabius et François Hollande ont ouvert la COP avec des mots qu’on peut qualifier de très forts, a apprécié Célia Gautier, du Réseau Action Climat (RAC). François Hollande a insisté sur la notion de justice climatique, en réponse au Premier ministre Modi et à l’Inde, inquiète de l’équité de l’accord. » Pour Romain Benicchio d’Oxfam, les promesses pour le Fonds des pays les moins avancés « peuvent créer des conditions de négociations plus positives ». « Aujourd’hui, l’objectif de la France de créer un climat de confiance a été atteint, s’est réjoui Pierre Cannet, du WWF France. Maintenant, cette confiance doit se traduire dans les négociations. »

En effet, après leurs discours et leurs promesses, les chefs d’Etat et de gouvernement vont rentrer chez eux et passer la main aux équipes techniques, qui devront rendre un projet d’accord jeudi soir. On saura donc très vite si le sommet des dirigeants mondiaux aura porté ses fruits.

350 interpellations arbitraires place de la République : salariés, étudiants, designers, clowns... Barnabé Binctin (Reporterre) Reporterre 2015/12/01 Barnabé Binctin (Reporterre) (1er décembre 2015 à 09h55,) 350 interpellations arbitraires place de la République : salariés, étudiants, designers, clowns.... Reporterre. Libertés fr

350 interpellations arbitraires place de la République : salariés, étudiants, designers, clowns...

Le bilan de l’opération policière de dimanche contre les manifestants écolos s’est alourdi, atteignant 341 interpellations et près de 320 gardes à vue. Aucun casseur ne figurerait parmi les personnes arrêtées.

C’est confirmé : la liste des interpellations et des garde à vue, après les manifestations de la place de la République dimanche 28 novembre, s’est allongée. De 289 interpellations annoncées hier soir (lire le récit des événements de dimanche sur Reporterre), le bilan est passé à 341, selon la préfecture, contactée par Reporterre.

Le nombre des garde à vue pourrait, lui, avoir presque doublé. Selon des sources policières relayées par différents médias, 317 personnes auraient été placées en garde à vue. Un chiffre que ni la préfecture – qui renvoie au Parquet, la justice ayant « pris la main sur la communication dans ce dossier » – ni ce dernier ministère, qui n’a pas répondu à nos sollicitations, n’ont pour l’instant confirmé. Lundi, en fin d’après-midi, la plupart des personnes retenues avaient été libérées – sauf neuf, dont la garde à vue a été prolongée, selon Le Monde.

À quelle suite judiciaire s’attendre ?

Pour l’instant, mis à part ces neuf personnes toujours détenues pour « violences », difficile de savoir s’il y aura des poursuites judiciaires. « À ma connaissance, il n’y en a pas pour l’heure, rapporte Raphaël Kempf, avocat au barreau de Paris qui a assisté sept personnes depuis dimanche soir. Elles ont été mises en garde-à-vue pour “participation à un attroupement non-armé suite à sommation de se disperser”. »

Les informations restent difficiles à vérifier, car les interpellés ont été disséminés un peu partout dans la région parisienne – Bobigny, Saint-Denis, Livry-Gargan dans le 93, mais aussi Rueil-Malmaison dans le 92, etc. « Ils ont été amenés dans le 18e arrondissement avant d’être ensuite redistribués dans différents commissariats », poursuit Me Kempf, qui pointe de grosses difficultés pour être mis en relation avec ses clients : « On n’a pu les voir que très tard dans la soirée ou seulement le lendemain matin. » Selon une information non encore vérifiée, un Belge aurait été emmené au centre de rétention de Vincennes avec une procédure d’expulsion en cours.

Qui sont les personnes interpellées ?

Comme nous le racontions dès hier, il y avait visiblement peu d’« hommes en noir » (ceux qui se sont confrontés à la police dimanche vers 14 h) parmi les interpellés. Un constat confirmé par Alice Becker, avocate parisienne qui a de son côté assisté quatre personnes depuis dimanche : « Parmi les gardés à vue, il y a des quidams de province et des Parisiens, de 25 à 65 ans. Des salariés, des étudiants, des designers, un clown. Ils ont des profils très disparates mais pas du tout de casseurs. Les enquêteurs que j’ai croisés reconnaissaient d’ailleurs qu’ils n’en ont pas interpellés. »

Selon plusieurs avocats, beaucoup se sont fait piéger en tentant de quitter la place de la République. « Ce sont juste des gens qui ne sont pas sortis assez vite de la nasse. Les enquêteurs leur “reprochent” d’être restés en spectateurs sur la place au lieu d’obéir aux sommations. L’aberration étant que les gens n’ont pas pu sortir ! » poursuit l’avocate. « Ils nous ont laissés entrer sans difficulté sur la place et quelques minutes plus tard, on ne pouvait plus en ressortir », raconte à Reporterre un manifestant qui s’est fait parquer pendant près de quatre heures au niveau de la rue du Faubourg du Temple. Ce dernier conteste par ailleurs qu’il y ait eu « la moindre sommation ».

L’arbitraire de l’opération pose par ailleurs question – pourquoi avoir scindé la foule des manifestants à cet endroit précis ? Pour Olivier Besancenot, qui est resté captif pendant 3 h 30 dans cette poche de la rue du Faubourg du Temple, il s’agit d’une « décision politique ». Joint par Reporterre, il raconte que le cortège – qui rassemblait des militants du Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) mais aussi d’Alternatives libertaires et d’Ensemble ! – était identifié par les forces de l’ordre. « Nous avions fait le tour de la place plusieurs fois, et quand nous avons voulu sortir par le nord, nous en avons été empêchés. On s’est rendu compte alors qu’on était complètement encerclés. » Sur la centaine de militants concernés, près des trois-quart ont fini embarqués par la police. « Une journée noire pour le droit à manifester en France », conclut l’ancien porte-parole du NPA.

Peut-on y voir une manœuvre politique ?

Dans le contexte actuel, difficile d’imaginer, comme le dit Olivier Besancenot, que l’opération policière de dimanche n’ait pas eu quelques intérêts à très court-terme. Alors que s’ouvre la COP 21 et son lot d’actions depuis longtemps annoncées par la société civile, la mise en œuvre d’une telle répression pourrait d’abord en décourager plus d’un : « Ce sont des moyens de pression pour dissuader les gens de participer à ce genre d’événements », estime Me Kempf. Selon Me Becker, « le but est de rassurer l’opinion publique en disant “regardez, on a interpellé du monde” et d’annoncer du chiffre. Et entre le nombre d’interpellés, de gardes à vue ou de comparutions immédiates, il y a un effet d’entonnoir qui permet aux autorités de dire qu’elles font le tri. »

Si manœuvre politique il y a, elle ne rend pas gagnante la démocratie, rappelle ainsi Raphaël Kempf : « Être privé de liberté pendant 24 heures, parqués dans des bus sans pouvoir voir de médecin ni d’avocat quand on en a besoin, tout ça alors qu’on est non-violent, ce n’était pas nécessaire. »

Nos vies sont colonisées par l’économie Vincent Liegey Reporterre 2015/12/01 Vincent Liegey (1er décembre 2015 à 09h23,) Nos vies sont colonisées par l’économie. Reporterre. Économie fr

Nos vies sont colonisées par l’économie

Nos imaginaires, nos choix quotidiens, nos considérations politiques sont forgés à travers le prisme de l’économie, réducteur à l’excès. Pour éviter le pire, remettons « l’économie à sa place ».

Tous les mois, Vincent Liegey, « décroissant », porte son regard sur l’actualité. Comme les chroniques et tribunes publiées sur Reporterre, il exprime un point de vue propre, qui n’est pas nécessairement celui du Quotidien de l’écologie.

En 1944, Karl Polanyi publie La Grande Transformation, un livre majeur sur l’histoire de l’économie. Il y explique comment l’économie de marché s’est imposée avec force et violence, et non sans résistance, dans nos sociétés occidentales. Tout commence avec l’enclosure en Angleterre et s’accélère avec la révolution industrielle. Même si les marchés ont toujours joué un rôle dans l’organisation des civilisations, Polanyi montre à quel point cette centralité du marché est nouvelle dans l’histoire. Le libéralisme économique devient ainsi la valeur centrale de la vie de nos sociétés, marginalisant les autres approches : la culture, l’éthique, la réciprocité, le partage, la solidarité, le politique, la spiritualité, etc.

Polanyi explique aussi comment, face aux instabilités économiques, cet enfermement autour du libéralisme engendre replis et protectionnismes, développe l’avènement des totalitarisme puis la tragédie de la Seconde Guerre mondiale.

Ainsi, face au désastre, Polanyi entrevoit « la phase finale de la chute de l’économie de marché » et escompte « le début d’une ère de liberté sans précédent ». Il ajoute : « Débarrassés de l’utopie du marché, nous voici face-à-face avec la réalité de la société ».

Dogme au-dessus de la politique

Ces prédictions, qui s’avèrent prématurées, sont reprises soixante ans plus tard par Serge Halimi, dans Le Grand Bond en arrière, un livre qui explique par quels mécanismes le libéralisme a su s’imposer de nouveau, à tel point qu’il est présenté comme inhérent à la nature humaine : « Il n’y a pas d’alternative. » Alors nous revoilà « en guerre » si tant est que nous l’avions quittée... les replis protectionnistes sont de retour... et que dire de la tentation autoritaire au nom de la sécurité...

Les tragédies que nous vivons quotidiennement ne peuvent pas s’expliquer à travers le seul prisme de la critique du libéralisme. Toutefois, la centralité de l’économie, aussi bien en tant qu’imaginaire aveuglant que dogme au-dessus de la politique, doit être questionnée. C’est même au cœur de la pensée de la décroissance.

On ne manque malheureusement pas d’exemples des méfaits de cet économicisme. Individuellement, nous faisons face à la tentation d’aller vers le prix le moins cher, à l’encontre de nos valeurs, sans prendre en compte les conséquences écologiques et humaines de ces choix dits rationnels. De même, en ce qui concerne nos emplois contraints par une dépendance à ce système économique.

Éviter les retours de boomerang violents

À l’échelle politique, il suffit de regarder l’exemple criant du Premier ministre fanfaronnant sur son compte Twitter après son séjour en Arabie saoudite :

Le tout au nom de l’économie, d’un certain réalisme, d’une rationalité biaisée...

Plus que jamais, il est temps de remettre l’économie à sa place, de relocaliser nos vies et de sortir de ces visions réductionnistes. C’est ce que Karl Polanyi préconisait à travers le ré-encastrement de l’économie.

Afin d’éviter les retours de boomerang violents, regardons l’histoire ancienne et récente, posons-nous les bonnes questions, faisons le lien entre nos choix et leurs conséquences profondes. Décolonisons notre imaginaire économiciste, d’homo economicus et redevenons des citoyens en assumant la primauté de la politique, de l’éthique, du sens, du dialogue et de la cohérence.

Il y a la COP officielle – et celle des citoyens : voici les lieux alternatifs et leurs acteurs Tiffany Blandin (Reporterre) Reporterre 2015/12/01 Tiffany Blandin (Reporterre) (1er décembre 2015 à 09h38,) Il y a la COP officielle – et celle des citoyens : voici les lieux alternatifs et leurs acteurs. Reporterre. Luttes fr

Il y a la COP officielle – et celle des citoyens : voici les lieux alternatifs et leurs acteurs

Les attentats de Paris ont bousculé le programme des mobilisations citoyennes mais plusieurs lieux restent ouverts au grand public pour la durée de la COP 21. Reporterre vous les présente, ainsi que leurs animateurs.

Non, la COP 21 ne sera pas « réduite à la négociation », comme l’avait annoncé Manuel Valls au lendemain des attentats du 13 novembre. Certes, la marche mondiale pour le climat du 29 a été interdite à Paris - la société civile a cependant organisé une chaine humaine réussie. Tout comme les actions prévues pour la clôture de la Conférence. Mais les organisations de la société civile, réunies au sein de la Coalition climat 21, ont annoncé qu’il était plus que jamais indispensable de se mobiliser « pour construire un monde à l’abri des guerres (...) et des ravages de la crise climatique ».

Malgré l’état d’urgence, plusieurs lieux de mobilisation seront donc ouverts aux militants et au grand public. Situés à Paris ou en Seine-Saint-Denis, ces espaces permettront aux visiteurs de mieux comprendre le déroulement des négociations, de découvrir des solutions à la crise climatique, ou même de préparer des actions de désobéissance civile.

Cela fait des mois que des militants et représentants d’ONG préparent ces événements. Quelques jours avant le top départ de la COP, nous sommes allés à leur rencontre. D’abord pour mieux les connaître, et puis aussi pour leur demander ce qu’ils nous ont préparé.

Justine Fautrelle se charge de la logistique du Sommet citoyen pour le climat

L’année dernière, Justine Fautrelle a travaillé sur le Sommet des peuples, le grand rassemblement de la société civile organisé en parallèle de la COP 20 de Lima. Après cette expérience, qui lui a permis de valider son master en gestion de projet de développement, elle est rentrée en France... pour faire la même chose. Elle a en effet rejoint l’équipe chargée d’organiser le Sommet citoyen pour le climat. Il s’agit, comme à Lima, de proposer une COP alternative, qui se veut être un lieu de débats, de libre expression et de recherche de solutions.

Ce grand événement, prévu le week-end des 5 et 6 décembre, à Montreuil, devrait être maintenu dans son intégralité malgré l’état d’urgence. Les prises de paroles et concerts doivent se succéder sur une grande scène installée sur la place Jean-Jaurès, tandis qu’un village mondial des alternatives (voir plus bas) et un marché paysan investiront les rues voisines. « Dans les rues, la programmation est festive et populaire, et plaira même à ceux qui ne sont pas sensibilisés à la question climatique, explique la jeune femme de 24 ans, qui s’est occupée de la logistique de l’événement. Et dans les établissements publics de la ville, des activités plus informatives sont organisées pour ceux qui auraient envie d’aller plus loin. » Le lycée, la salle des fêtes, le cinéma, le théâtre, et la salle de concert de la commune accueilleront ainsi 260 conférences, ateliers, ou projections 100 % gratuits.

- Programme du sommet citoyen pour le climat

Yannick Montaulieu organise le Village mondial des alternatives

Les militants d’Alternatiba connaissent tous le visage rieur de Yannick Montaulieu. En effet, ce Bayonnais est là depuis les débuts de l’aventure Alternatiba. Il faisait même partie de l’association Bizi !, à l’origine du mouvement. Devenu salarié de l’organisation, il a travaillé sur plusieurs villages de présentation des alternatives. L’été dernier, il a coordonné le tour de France à vélo des militants. Et aujourd’hui, il est aux commandes de l’immense événement que prépare le réseau : un village mondial des alternatives, qui se tiendra les 5 et 6 décembre à Montreuil, dans le cadre du Sommet citoyen sur le climat (voir plus haut).

Dans les rues de la ville de Seine-Saint-Denis, plus de 250 associations, collectifs, coopératives ou collectivités locales organiseront des stands d’information, des ateliers pratiques, des animations et des concerts. Il y aura par exemple une maison témoin. De la cuisine à la chambre, les visiteurs y découvriront comment consommer de manière plus durable. « L’accroche festive a pour but de faire comprendre au public qu’il est possible de faire plein de choses dès aujourd’hui pour agir contre la crise climatique, analyse le militant de 31 ans. Comme pour chaque village Alternatiba, le but est de faire comprendre que modes de consommation et climat sont liés. »

La particularité de cette édition d’Alternatiba ? Les exposants viendront du monde entier. Et des événements y seront organisés tout au long du week-end. Notamment le sommet des 196 chaises. Cette action mettra en scène les sièges réquisitionnés dans des agences bancaires ces dernières semaines par des militants, notamment pour dénoncer les banques soutenant les énergies fossiles.

- Le village mondial des alternatives

- Le village s’est bien tenu les 5 et 6 décembre : lisez le récit de ce beau week-end

Sabrina Caron coordonne la Zone action climat du 104

Sabrina Caron n’est pas une militante comme les autres. « Mon but est de rendre la science compréhensible par le plus grand nombre », explique cette Parisienne de 38 ans. Passée par la Cité des sciences et de l’industrie, où elle était chargée de concevoir des outils éducatifs, elle a rejoint en 2003 l’équipe des Petits Débrouillards Île-de-France, une association d’éducation populaire. Du coup, quand la Coalition climat 21 s’est mise à chercher des volontaire pour organiser un événement pendant la COP visant à informer le grand public, elle s’est proposée.

À l’arrivée, la « Zone action climat » proposera pas moins de 178 activités pédagogiques. Elle sera installée au 104, dans le 19e arrondissement de Paris, entre le 7 et le 11 décembre. Sous la nef de ce gigantesque bâtiment, une assemblée générale viendra terminer la journée. Chaque soir à 18 h, les membres des organisations de la coalition accrédités pour le site du Bourget viendront y raconter leur journée. En plus, des invités extérieurs apporteront leur éclairage sur la situation. Naomi Klein, figure de l’altermondialisme, est notamment attendue.

« Il faut informer les gens sur le mécanisme du climat, sa complexité et ses enjeux, explique Sabrina. C’est important que le grand public s’approprie le combat du climat, car la mobilisation doit être aussi bien locale et quotidienne, que globale et militante. » Ceux qui auront été convaincus par les ateliers pédagogiques n’auront qu’à descendre un étage pour passer aux travaux pratiques. Le sous-sol du 104 est en effet réservé à la préparation des diverses actions qui auront lieu pendant la COP. « Tout le monde est le bienvenu, même ceux qui n’ont jamais milité, précise Sabrina. On n’est jamais trop nombreux ! »

- Zone d’action pour le climat, au « 104 », 5 rue Curial, à Paris

Jay Ralitera mobilise aux quatre coins du monde pour la Conférence des jeunes

« Dire que ça va se passer ici ! » s’enthousiasme Jay Ralitera, tandis que nous l’accompagnons repérer le hall 8 du Parc des expositions de Villepinte, quelques jours avant la Conférence des jeunes, ou COY (pour Conference of Youth), qui s’est tenu jeudi 26 novembre jusqu’au samedi 28 (lire notre reportage).

Il faut dire que la jeune femme de 26 ans a passé ses journées et ses week-ends à préparer ce grand rassemblement de jeunes intéressés par les problématiques climatiques. Elle s’est occupée des questions administratives en tant que salariée, et de la mobilisation internationale, pendant son temps libre. Diplômée d’un master en coopération et solidarité internationale, elle est engagée dans la vie associative depuis cinq ans, et est passé par Oxfam, des associations étudiantes, Warn et CliMates, deux mouvements qui coorganisent la Conférence des jeunes.

Depuis mars, Jay n’arrête pas. Il faut dire que l’événement a pris une ampleur inédite cette année. Organisées en marge des COP depuis 10 ans, les COY sont habituellement réservées aux « Youngo », les représentants officiels des jeunes auprès de l’ONU, qui ont accès à certains ateliers lors des négociations. Pour la première fois cette année, le rassemblement a été ouvert à tous les jeunes. Au total, ils sont 5.000 à y participer au Parc des expositions. Et 3.600 en plus dans les huit villes du monde qui organisent en parallèle une COY locale.

« C’est important de constituer un réseau de jeunes, parce qu’ils sont capables plus que les autres de créer, de transformer, d’être ouvert à de nouvelles idées », estime Jay. Leurs idées, les jeunes participants les regrouperont dans un manifeste, qui devra être prêt à la fin de la Conférence des jeunes. Leurs représentants officiels pourraient alors l’utiliser comme outil de plaidoyer pendant la COP.

- COY 11

Sami Cheikh Moussa gère Place to B, le QG des journalistes alternatifs

Il y a deux ans, Sami Cheikh Moussa était ingénieur télécom, et enchaînait les missions dans les multinationales. Le voilà aujourd’hui responsable de Place to B, le quartier général des journalistes et blogueur alternatifs de la COP 21.

« En 2013, j’ai tout plaqué pour suivre un Master de développement durable à Sciences-Po. Puis en février, j’ai commencé à constituer la communauté de Place to B sur Internet, en tant que bénévole », raconte Sami. L’association Écolo info, qui organise l’événement, a ensuite embauché l’ancien ingénieur pour gérer le lieu qui accueillera Place to B. Un grand immeuble de six étages, à deux pas de la gare du Nord. À l’intérieur, l’auberge St Christopher’s Inn est entièrement réservée pour les participants. Quant au bar Belushi’s, il se transformera en centre de presse pendant toute la durée de la COP. Plus de 1.000 blogueurs et journalistes de 42 nationalités différentes se croiseront dans l’espace de coworking de 200 mètres carrés, la salle de conférence ou la « Creative Factory », destinée à produire toute sorte de contenus en lien avec la COP, du texte à la vidéo en passant par l’illustration ou la production d’objet. « Ce n’est pas qu’un centre de presse. Nous voulons profiter d’avoir au même endroit toutes ces personnes capables de raconter des histoires pour permettre de trouver des manières de parler différemment du climat », confie le Parisien de 29 ans.

Chaque soir, un débriefing sera organisé pour commenter les décisions officielles de la COP. Puis, à 20 h, le lieu ouvrira ses portes au public. Au programme, concerts, pièces de théâtre, et projections. Et discussions passionnantes avec les membres de Place to B.

- Place to Be, au Belushi’s, 5 rue de Dunkerque, à Paris

Anaïs Roesch prépare la programmation d’Art COP 21, une Conférence des parties créatives

Anaïs Roesch a deux passions, l’écologie et la culture. La jeune femme a fait ses armes en Amérique latine, où elle a notamment accompagné des communautés Mapuche opposées à l’implantation de centrales hydroélectriques sur leur territoire. Puis, elle a été recrutée par l’association Coal, dont le but est de faire émerger une culture de l’écologie.

Sa mission ? Préparer une conférence des parties « créative » dans le décor de café vintage du premier étage de la Gaîté lyrique. Ici, pas question de débattre quota d’émissions ou degrés Celsius. « Le public pourra réfléchir avec des auteurs ou artistes engagés sur la manière de préserver le climat, confie la jeune femme de 26 ans. Il sera par exemple question du rôle de la fiction pour imaginer la société du futur. Ou de la critique de la course à l’innovation technologique. » Depuis 10 mois, cette Alsacienne diplômée de Sciences-Po Grenoble travaille sur la programmation de l’événement, plutôt engagée. « Nous avons une position engagée, mais positive, précise-t-elle. Pour nous, il est possible d’imaginer et d’inventer un autre avenir grâce à la culture. Nous voulons montrer que la question climatique n’est pas seulement entre les mains des politiques. »

Baptisé Art COP 21, l’événement aura lieu tous les après-midi du 1er au 11 décembre. L’entrée est gratuite et il n’y a pas besoin de réserver. Les conférences seront diffusées en direct sur le site Internet de la Gaîté lyrique. Puis les rencontres seront consultables sur la page de l’association Coal. De quoi occuper ceux qui, comme Anaïs, ont envie d’aborder la question du climat autrement.

- Art COP 21, à la Gaîté lyrique, 3 bis rue Papin, à Paris

Julie Prêtre chapeaute le « quartier génial » d’Alternatiba

« On va complètement réaménager le lieu. Il y aura des canapés de récup, des tapis, des tissus et même des plantes vertes. » Julie Prêtre nous fait visiter le gymnase ultramoderne qui, pendant la COP 21, accueillera le quartier général d’Alternatiba. Le quartier « génial », comme le mouvement citoyen l’appelle, sera la base arrière du mouvement. 200 militants vont y dormir pendant deux semaines, et plusieurs dizaines d’autres y passer leurs journées. Le gymnase a été ouvert au public lors de l’inauguration samedi 28 novembre, et le sera mercredi 2 décembre après-midi. Julie, qui a été chargée de la coordination du projet, a prévu un espace dortoirs, une cuisine extérieure, des douches, et des toilettes sèches. Sur la mezzanine qui surplombe le gymnase, l’espace est dédié au bricolage de banderoles et de matériel divers pour les actions pendant la COP.

L’ampleur du projet n’a pas fait peur à Julie. À 25 ans, elle est déjà une militante aguerrie. L’an dernier, la jeune femme a notamment étudié le processus de transition des agriculteurs indiens vers un modèle biologique. Puis, toujours en Inde, elle s’est engagée dans un projet de reforestation. En juin dernier, elle enfourchait son vélo pour faire le tour de France avec d’autres militants Alternatiba.

La visite guidée se termine devant un petit bureau. « Ici, ce sera le sas de décompression, informe la jeune femme. Nous allons être tous ensemble dans un climat de négociation internationale avec des enjeux qui vont concerner l’humanité. Ça va être très chargé en information, en émotion et en tension. »

- Quartier génial, gymnase Alice Milliat, 24 rue Arnold Géraux, L’Ile-Saint-Denis

Demain, un nouveau monde en marche Reporterre 2015/12/02 (2 décembre 2015) Demain, un nouveau monde en marche. Reporterre. fr

Demain, un nouveau monde en marche

Le film de Cyril Dion et Mélanie Laurent, Demain, sort mercredi 2 décembre.

Mercredi 2 décembre, au milieu de la COP 21 à Paris, sort le film Demain. Réalisé par Cyril Dion et Mélanie Laurent, ce road-movie montre des solutions possibles pour améliorer le monde de demain. En traitant de thématiques d’agriculture, de démocratie, de système social le film estime qu’« il serait réducteur de le qualifier uniquement de ’documentaire écolo’. Il s’agit d’un regard sur la société telle qu’elle pourrait être demain. » Le film veut démontrer que le fait de changer de mode de vie pour la planète n’est pas quelque chose de douloureux, tout au contraire.

C’est suite à la lecture d’une étude publiée en juillet 2012 par Anthony Barnosky et Elizabeth Hadly dans la revue Nature, que Cyril Dion, co-créateur du mouvement Colibris, et Mélanie Laurent, actrice, ont estimé qu’il est indispensable de proposer à tous des initiatives permettant de ne pas laisser une planète détruite aux générations futures.

Voir la bande annonce

- Source : Film Demain

Dans un « quartier sensible » de Valence, le jardin partagé cultive bien plus que la terre Emmanuel Daniel et Matthieu Clavel (Reporterre) Reporterre 2015/12/02 Emmanuel Daniel et Matthieu Clavel (Reporterre) (2 décembre 2015) Dans un « quartier sensible » de Valence, le jardin partagé cultive bien plus que la terre. Reporterre. Quotidien fr

Dans un « quartier sensible » de Valence, le jardin partagé cultive bien plus que la terre

Dans le quartier « sensible » de Fontbarlettes, à Valence, quatre jardins partagés servent de potager et d’espaces de liberté. Entre les barres d’immeubles et les façades tristes, entraide et convivialité font pousser l’espoir.

- Valence (Drôme), reportage

« Fontbarlettes ! C’est un quartier où il ne fait bon ne pas vivre. » « Le fils d’une amie est mort à cause d’une balle perdue. » « Ils auraient besoin de plus de police. » Ce samedi, sur le marché de Valence, les badauds sont peu nombreux à me parler de manière positive du quartier de Fontbarlettes, une ZUS (Zone urbaine sensible), dans l’est de la ville. Mes premières impressions confirment les leurs. Certains immeubles ont été rénovés ces dernières années mais d’autres affichent des façades tristes et fatiguées. Les parkings et certains murs gardent les stigmates des voitures brûlées pendant les nuits de colère ou d’ennui. Des jeunes sillonnent les rues en roue arrière, sans casque, sur leurs scooters, tandis que d’autres me proposent des drogues diverses.

Un peu plus loin, entre des barres d’immeubles, la maison de retraite et l’école, on voit se dessiner un village de cabanes, protégé par des haies et des portails. À l’intérieur, une quinzaine de personnes s’activent. Taille de haie, désherbage, paillage, broyage, réparations diverses... Ils participent à un des deux chantiers collectifs obligatoires de l’Oasis de Rigaud, le plus grand des quatre jardins partagés du quartier. Thomas et Maxime, deux salariés de l’association Le Mat Drôme coordonnent, mais chaque participant sait à peu près ce qu’il a à faire. En un peu plus de deux heures, les parties communes du jardin sont nettoyées et les arbres taillés.

« Un moment de convivialité »

Dans l’Oasis, 47 parcelles de 50 à 100 mètres carrés, occupent l’espace. Sur chacune d’elle ou presque, les jardiniers ont construit une tonnelle, une terrasse, et bien sûr organisé un potager. Un peu plus loin, l’association dispose également d’une trentaine d’autres parcelles, réparties en trois jardins. En tout, 1,5 hectare divisé en soixante-dix parcelles cultivées par autant de familles, a gagné du terrain sur le béton.

Les parcelles servent de potagers mais aussi d’espaces de liberté en bas des tours. « Ça permet de retrouver le lien à la terre, avoir ses propres légumes, son coin de verdure et, le plus important, le barbecue ! L’Oasis porte vraiment bien son nom, estime Kamel, qui se repose sur le manche de sa fourche. Si on ne regarde pas en hauteur, on a l’impression qu’on n’est plus dans le quartier », poursuit-il.

En cette matinée de chantier participatif, l’Oasis s’emplit de vie et de sons. Celui des binettes qui grattent les allées, des sécateurs qui courent le long des feuilles, des conversations en arabe, de la tronçonneuse de Thomas, des éclats de rires de Kamel et de Denise. « C’est un moment de convivialité, s’enthousiasme cette retraitée, qui prend une pause au soleil. Ça me permet de voir des gens et de sortir de mon appartement. »

Ces activités communes tissent des relations entre les jardiniers et les poussent à s’entraider. Aziz, la trentaine, me montre les quelques pieds de tomates qui subsistent en ce début novembre. Il me parle en déracinant les « mauvaises herbes » devant sa parcelle. Entre deux coups de binette, il explique que dès qu’il aura fini, il passera à celle d’à côté. Quand je lui demande si ça le dérange de nettoyer devant chez son voisin, il me regarde d’un air surpris : « Ben non, il ferait pareil pour moi. Bosser en équipe, c’est mieux que tout seul. »

« Le cœur de la vie des gens »

Chacun a ses raisons pour venir au jardin. Deux motivations reviennent néanmoins régulièrement dans la bouche des habitants. La qualité des produits et le gain économique. « Quand on est une famille de six personnes, économiquement, ça fait la différence. En plus, on sait ce qu’on a dans nos assiettes. Ça vient pas du supermarché », lance Sophie, au jardin depuis quelques mois, alors qu’elle ramasse un tas de feuille avec ses deux enfants enthousiastes. Kamel met lui aussi en avant l’aspect économique. « J’achète environ 60 % en moins de légumes », explique ce nouveau passionné de jardin. Il a même été salarié de l’association trois heures par semaine pendant une période de chômage.

Pour Thomas, ces petits changements alimentaires sont d’autant plus importants que les habitants du quartier sont plutôt habitués à « chercher le premier prix » quand ils font leurs courses. Pour lui, ces jardins participent à la souveraineté alimentaire du quartier. « Relocaliser la production est un enjeu plein de sens pour demain. En cas de choc, pétrolier par exemple, on devra peut-être produire nous même notre nourriture », prévient-il.

Mais dans un quartier de 8.000 habitants dont le revenu moyen par foyer est de 744 euros, le problème ne se pose pas en ces termes. On pense moins à préparer l’avenir qu’à faire face au présent. « Ils n’ont pas une approche idéologique mais pragmatique. Leur motivation de départ est d’avoir des légumes frais. Mais en jardinant, ils entrent dans un monde et une logique qu’ils n’avaient pas entrevus jusque-là : le respect de l’environnement », dit le maraîcher aux longs cheveux glissés dans son bonnet de rasta. « Le jardin est devenu le cœur du quartier, le cœur de la vie des gens », poursuit-il. Et pas seulement celle des jardiniers. « Avant l’extension de l’Oasis, on a fait le tour des immeubles. Il y a des personnes qui n’avaient pas envie de jardiner mais se réjouissaient de cette qualité de vie supplémentaire. »

Prendre aux jeunes pour donner aux vieux

Aziz, la trentaine, était adolescent au moment de la création du jardin. Il se rappelle qu’à l’époque, il n’avait pas vu d’un bon œil la transformation en potagers de la vaste esplanade, terrain de jeu idéal pour leurs déambulations en scooters. « On avait l’impression qu’il prenaient aux jeunes pour donner aux vieux. » Mais aujourd’hui, les jeunes du quartier semblent l’avoir accepté. « Les gamins savent qu’ils vont bouffer les légumes qui sortent du jardin. Le jardin est respecté alors que le mobilier urbain ne tient pas deux mois », fait remarquer Thomas, en montrant un banc calciné le long des haies. Il anime des classes pédagogiques avec les élèves des écoles alentour et, depuis cinq ans, il travaille une parcelle chaque mercredi avec un groupe d’élèves qui se partagent la récolte en fin de journée. Après le jardin, ces jeunes de 6 à 12 ans se réunissent en assemblée pour régler les conflits de l’après-midi.

Celui qu’on surnomme Tonton Kader, généreux de son temps et de ses mains quand il s’agit d’aider l’association, se réjouit de les voir prendre goût au travail de la terre. « C’est important qu’ils soient ici plutôt que dans la rue. Car, quand on s’ennuie, on fait des bêtises. » Thomas liste les effets positifs de ces ateliers pédagogiques : « Les plus turbulents à l’école sont les meilleurs éléments au jardin. Les autres les regardent différemment et ça leur donne une image positive d’eux-mêmes. Venir jardiner pendant cinq ans tous les mercredis, ça les marquera à vie. »

L’association le Mat Drôme est implantée dans le quartier depuis 1988 quand quelques personnes issues de la coopérative Ardelaine ont décidé de s’installer à Fontbarlettes pour lancer une activité tricotage. Petit à petit, ils ont constitué un réseau et des relations de confiance. « On a commencé à intervenir avec les habitants sur les espaces de vie pour les rendre différents », raconte Meriem, présidente de l’association, en citant différents exemples de rénovation avec les habitants : l’aménagement de cours, d’aires de jeux, de cages d’escaliers et d’espaces en pied d’immeubles. « Une fois que l’habitat était plus serein, on a pensé jardinage. »

Lancer et entretenir une dynamique collective

En 1998, le « jardin des enfants qui rêvent », composé de quelques bacs de ciment squattés sur un parking, a vu le jour. Au gré des subventions (73 % du budget vient des institutions et 8 % des fondations comme AG2R ou Vinci) et des Plans de rénovation urbaine (PRU), de nouveaux jardins se sont créés, dont l’Oasis de Rigaud, qui comptait 20 parcelles à sa création en 2003 et en est à 47 depuis son agrandissement en 2011.

Les jardiniers les plus volontaires deviennent membres du comité de gestion et participent à ce titre à l’embauche des quatre salariés de l’association et à l’attribution de nouvelles parcelles. « Jusqu’à 10 parcelles par jardin, les gens se connaissent, s’échangent des outils, des légumes, des conseils, des graines, des coups de mains. » Mais, plus le nombre de parcelles augmente, plus la participation et le sens des responsabilités décroissent.

À l’Oasis de Rigaud, la présence d’animateurs et l’organisation de chantiers collectifs obligatoires paraissent nécessaire à Thomas, afin de lancer et d’entretenir une dynamique collective, ce qui ne l’empêche pas de vouloir insuffler une culture de l’autogestion. Les jardiniers ont coécrit à 47 le règlement du jardin. « Pour beaucoup, c’était la première fois qu’ils participaient à une réunion. » Il aimerait que plus d’habitants s’impliquent dans la vie de l’Oasis plutôt que de se reposer sur les animateurs. « Ce n’est pas une œuvre de charité, on ne veut pas faire à leur place. Je leur dis souvent qu’aujourd’hui, l’association existe, mais demain, on ne sait pas. »

Un projet de micropaysannerie urbaine

En attendant, l’association doit « gérer le manque », comme l’explique Meriem. Une cinquantaine de personnes patientent sur la liste d’attente alors qu’une à deux places seulement se libèrent chaque année. « Le fait qu’il y ait des gens qui s’impatientent est un bon signe, cela montre à la mairie qu’il y a un réel besoin, que ce n’est pas juste par idéologie qu’on veut plus de jardins », observe Xavier, vice-président de l’association.

Pour stabiliser le salaire de Thomas et redorer l’image du quartier, deux parcelles sont réservées au projet de micropaysannerie urbaine : la production et la vente de sirops, de conserves de légumes produits au quartier et transformés dans un atelier associatif de la région. Depuis trois ans, une fois par semaine, un membre de l’association se rend le samedi matin au marché du centre-ville pour vendre les productions Made in Fontbarlettes et montrer qu’il se passe des choses positives dans cette zone urbaine sensible.

Quelques courges, des chantiers collectifs et un tas de compost ne suffiront pas à générer la « transformation profonde de la société » que Meriem espère. Mais cette habitude du faire-ensemble et de l’entraide qu’ils ont trouvée au jardin, « ce pouvoir citoyen qu’ils ont acquis, personne ne le leur enlèvera », assure-t-elle. À défaut d’avoir vraiment réussi à changer l’image du quartier, les jardins de Fontbarlettes ont au moins réussi à changer l’image que les jardiniers ont d’eux mêmes. Pour Thomas, « en participant au jardin, ils découvrent qu’ils peuvent être acteurs de ce qui se passe en bas de chez eux ».

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L’écologie à Hénin-Beaumont, la vitrine du Front national ? Un vernis vite craquelé Barnabé Binctin (Reporterre) Reporterre 2015/12/02 Barnabé Binctin (Reporterre) (2 décembre 2015) L’écologie à Hénin-Beaumont, la vitrine du Front national ? Un vernis vite craquelé. Reporterre. Reportage — Politique fr

L’écologie à Hénin-Beaumont, la vitrine du Front national ? Un vernis vite craquelé

Bien placé pour remporter les élections régionales ce week-end en Nord-Pas-de-Calais-Picardie, le Front national a fait d’Hénin-Beaumont, ville qu’il dirige, son « laboratoire politique ». Reporterre a rencontré des habitants et le maire, Steeve Briois, pour parler écologie, et regarder derrière la « façade ripolinée ».

- Hénin-Beaumont (Nord), reportage

S’il est une région qui n’a pas attendu les attentats du 13 novembre pour voir le Front national monter encore dans les sondages, c’est le Nord-Pas-de-Calais-Picardie. Marine Le Pen y est donnée favorite pour prendre la tête du Conseil régional – une possibilité qu’aurait « conforté » les récents événements.

Le Front national est déjà au pouvoir dans le fief de la présidente du FN, Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais). Depuis sa victoire aux municipales de 2014, Steeve Briois dirige cette commune de 27.000 habitants devenue la vitrine du parti nationaliste. Une des villes les plus en vue, gagnées au suffrage universel, un suffrage universel qui représente le graal frontiste. Même si seulement moins d’un tiers des électeurs inscrits ont voté pour lui, Steeve Briois a bien été élu dès le premier tour, le 23 mars 2014. Et, dix-huit mois plus tard, cette victoire se serait transformée en plébiscite : « S’il y avait une élection municipale dimanche prochain, je gagnerais à 65 ou 70 % dès le premier tour », fanfaronne l’édile local.

« Le nouveau maire a fait un super marché de Noël »

Ce matin du vendredi 13 novembre, jour de marché au centre-ville, les interlocuteurs se montrent souvent plus réticents à donner leur nom que leur avis sur ce changement à la tête de la ville. « On est bien à Hénin, ah oui ! assure une cliente venue acheter des oreilles de porc séchées pour son chien. Quand on voit ce qu’il se passe dans le reste du monde, la guerre,… » Un peu plus loin, un revendeur de fruits et de légumes refuse catégoriquement de juger mais concède que « les clients ne s’en plaignent pas ».

Au PMU, Ben, 78 ans, ancien harki, fait la moue : « Pour l’instant, y’a pas grand-chose à dire. Le nouveau maire a fait un super marché de Noël. Et aussi une nouvelle école, mais je crois qu’elle était prévue avant. » En grattant son Amigo sur le comptoir, il refait l’histoire de l’Algérie française – « pendant 132 ans » – jusqu’au travail dans la mine et les fours à coke, « pendant 34 ans, sept jours sur sept, même le nouvel an ». Le problème est là, pour celui qui dit n’avoir jamais eu de soucis avec la police : « S’il y avait du boulot pour tout le monde, il n’y aurait pas d’histoires. »

Un contexte socio-économique difficile dans lequel la baisse des impôts locaux annoncée par le FN – 10 % en 2014 puis 5 % en 2015 – a été particulièrement appréciée. « Une fois passé le 10 du mois, c’est dur », constate le vendeur de friandises qui tient l’un des plus grands stands du marché – et s’inquiète de la fin des sacs en plastique à partir de l’année prochaine : « Ça va devenir plus cher et qui va payer ? »

Une bienveillance générale à l’endroit du maire justifiée par l’aspect encore récent du changement : « La seule chose qui bouge par rapport à l’ancien maire, c’est l’entretien et les espaces verts, c’est tondu régulièrement. Pour le reste, c’est trop tôt pour juger », juge un autre « Monsieur anonyme », son pain au chocolat à 60 centimes à la main. Un sentiment largement partagé par Jalal et Moustapha, devant leur étal de coques téléphoniques. « Tout ce qui est diabolisé par les médias, on s’en méfie, ça veut dire qu’ils gênent », estiment les deux trentenaires, avant d’ajouter : « Franchement, ceux qui étaient à la mairie avant le FN étaient plus racistes. »

Un passant se met alors à soliloquer : « Hénin-Beaumont est une ville qui a changé en bien. Quel changement ? C’est difficile de savoir, c’est un général (sic). Sûrement le fait de foutre un grand coup de balai à tous ceux qui détiennent le pouvoir, toute cette gauche qui ne sert à rien… Marine Le Pen, c’est le renouveau, elle propose des solutions, les gens se sentent plus sécurisés et le maire est plus proche des gens. »

Artisans de la « normalisation » du FN

Quelques mètres plus loin, au milieu de l’allée, Steeve Briois, costume-cravate et sourire indéfectible accroché aux lèvres, écoute attentivement les doléances de ses concitoyens. Quels que soient l’âge ou la couleur de peau, les habitants patientent pour venir lui serrer la main et raconter leurs problèmes de voisinage ou de voirie, que le jeune chef de cabinet consigne immédiatement dans son carnet. Des problèmes de logement ? Le maire évoque avec calme sa politique « d’urbanisation des vieilles friches ».

Autour de lui, l’équipe postée devant le stand d’informations municipales dit n’avoir aucun lien avec le FN mais pourfend « les fonctionnaires qui s’encroûtent ». Avant de s’enquérir de la raison de notre présence. L’écologie ? M. Bernard s’en offusque : « Il faudrait déjà faire le ménage chez les autres. Regardez en Chine, toute la pollution. Et ce serait à nous de trinquer ? Qui paye pour le tri et le déchet ? C’est le contribuable ! Et on se chaufferait comment, alors ? Si vous voulez vraiment revenir à l’écologie, il faut revenir au Moyen Âge, s’éclairer à la bougie, ne pas rouler en voiture… Il vaut mieux balayer devant sa porte avant de donner des leçons. »

Bruno Bilde, l’homme qui filtre les rendez-vous avec les journalistes, y voit pourtant un intérêt : « Vous êtes les premiers à venir nous interroger sur l’écologie. C’est bien. Du fond, pas de la polémique. » M. Bilde qui, à côté de son rôle à Hénin-Beaumont, occupe les fonctions d’assistant parlementaire européen en plus d’être le directeur de campagne de Marine Le Pen pour les régionales, est un des artisans de la « normalisation » du FN, dont Hénin-Beaumont se veut le laboratoire. L’écologie est partie intégrante de cette stratégie.

« Il faut bien que la mairie montre l’exemple »

Après avoir acheté ses légumes – pas bio, le marché n’offrant que du « raisonné » – et réglé un dernier problème de GPS – une rue d’Hénin-Beaumont ne serait pas répertoriée – Steeve Briois se pose donc dans un café avec le journaliste de Reporterre pour parler écologie, « un travail de tous les jours ». Dénonçant « un retard considérable et des politiques environnementales au niveau 0 » hérités de ses prédécesseurs, l’homme de 43 ans justifie sa première mesure en la matière, la modernisation de l’éclairage public, par l’immédiateté de sa mise en place, « sans besoin de réunion ou de commission, ou d’autres contraintes administratives ».

Difficile toutefois de savoir combien de points lumineux ont été concernés par ces opérations de « relamping » - seul le stade municipal semble pour l’heure équipé de nouvelles ampoules LED, « plus écologiques et donc plus économiques ». L’autre chantier sur les économies d’énergies, c’est la rénovation thermique des bâtiments publics : « Avant de demander aux particuliers de faire des efforts, il faut que la mairie montre l’exemple. » Mais, hormis un audit des services techniques de la mairie, rien de plus concret pour l’instant que « ce projet de travaux d’isolation à terme ». La faute aux financements : « À l’Etat de donner les moyens aux communes qui souhaitent investir dans ce domaine. J’aimerais bien, par exemple, que l’État nous fasse un crédit de 10 millions d’euros pour la rénovation de l’ensemble des bâtiments, pour mettre des pompes à chaleur dans les écoles, etc. »

Ces objectifs ne sont pas directement justifiés par la question du réchauffement climatique. Pourtant, à quelques jours de la COP 21, Steeve Briois en reconnaît l’existence… grâce à l’observation météorologique :

S’il admet l’origine anthropique du phénomène – « les industriels, les habitants, c’est un peu tout le monde qui est responsable » – Steeve Briois se montre gêné à engager la parole du FN au niveau national. À son échelle locale, il promet des pistes cyclables. Encore invisibles : « Ce n’est pas évident à mettre en place, ça ne se fait pas en claquant des doigts. » Principale difficulté selon lui ? La culture de la consommation : « Il faut changer le comportement des usagers qui sont habitués au tout-automobile, qui n’ont pas de moyens de transport doux. On est dans l’hyper-consommation. C’est culturel. » Pourtant, au Parlement européen, où il est élu député, Steeve Briois reconnaît avoir voté en faveur des grands projets autoroutiers portés par l’Union européenne, notamment en Europe de l’Est, au prétexte de leur retard de développement : « Je ne suis pas dogmatique, si on veut désenclaver certains secteurs, il faut commencer par le routier. »

« Un bon coup de pied au cul »

Plus encore qu’une vitrine, Hénin-Beaumont apparaît comme l’allégorie de la « mascarade du FN » en matière d’écologie [1]. « Quel Héninois sait que la mairie FN valide un parc éolien dans la Somme (sur des terres lui appartenant) après avoir voté contre de tels projets sur son propre territoire ? », dit Marine Tondelier, la jeune mais tenace opposante écolo d’Hénin-Beaumont, seule élue EELV au conseil municipal. Le FN continue ainsi à tenir des discours anti-éolien, en acceptant les éoliennes chez les autres…

Cette schizophrénie s’applique in fine à l’ensemble de la politique municipale, comme en témoignent les traitements subis par le Secours populaire ou la Ligue des droits de l’homme (LDH). « Le Front national cherche à lisser son image par une politique démagogique de séduction des citoyens, autour de fêtes populaires, de réalisations symboliques – comme l’inauguration d’une stèle au général de Gaulle – ou de mesures spectaculaires de protection, avec la vidéosurveillance par exemple, analyse Alain Pruvot, président de la LDH à Hénin. Mais derrière cette façade ripolinée, qui porte certes ses fruits, c’est nettement moins réjouissant. »

Quand le journaliste interroge Steeve Briois à ce sujet, il finit par s’entendre dire qu’on mérite « un bon coup de pied au cul »…

Une violence verbale dont des responsables politiques témoignent quand ils décrivent les manifestations publiques ou conseils municipaux tenus par le maire. « Ce n’est pas un fantasme, ce sont des fous », juge un élu d’une commune voisine. Une violence contre laquelle la justice permet toutefois encore de lutter : il y a trois semaines, le tribunal administratif de Lille annulait ainsi l’arrêté antimendicité déposé en mai 2014 par Steeve Briois, quelques jours après son installation à la tête d’Hénin-Beaumont. Mais, dans un contexte politique consacrant la suspension de l’État de droit et la dérive du tout-sécuritaire, le Front national n’a jamais semblé en meilleure posture d’imposer par les urnes sa culture de la violence en politique.

Reporterre sur France inter - Les deux mondes parallèles de la COP 21 Reporterre 2015/12/02 (2 décembre 2015) Reporterre sur France inter - Les deux mondes parallèles de la COP 21. Reporterre. Climat : de COP en COP fr

Reporterre sur France inter - Les deux mondes parallèles de la COP 21

- Lundi 30 novembre 2015

Le dérèglement climatique est déjà une réalité et l’équilibre des conditions atmosphériques qui prévalait depuis dix mille ans est en passe d’être rompu. Il est lié aux émissions de gaz à effet de serre dus aux activités humaines, et a un impact sur les milieux naturels sur les activités humaines.

Malgré les alertes, ces émissions ne cessent d’augmenter et ont crû de 30 % entre 1990 et 2010.

Que peut-on attendre de a COP 21 de Paris ? Quels sont les obstacles à un accord universel ? Quel est le rôle de la société civile

Pour discuter des deux mondes parallèles de la COP, celui des négociateurs, et celui de la société civile, La tête au carré et Reporterre ont réuni Amy Dahan, Txetx Etcheverry, Valérie Masson Delmotte, et Hindou Oumarou Ibrahim.

- Ecouter ici l’émission sur "La COP 21- Deux mondes parallèles avec Reporterre, animé par Matthieu Vidard.

Photos : Pendant la chaine humaine du 29 novembre à Paris (© Eric Coquelin/Reporterre)

Reporterre, tous les lundi à 14 h 05 sur France Inter, dans l’émission « La Tête au carré », animée par Mathieu Vidard.

« L’actualité de toutes les sciences dans tous les domaines de la recherche. Éclectisme, vulgarisation et pédagogie, sciences dures du vivant ou humaines : Mathieu Vidard s’intéresse à toutes les observations et les expérimentations du monde par le biais des sciences. »

À écouter sur France Inter, dont voici la carte des fréquences FM, selon le lieu où vous habitez.

Connaître les saboteurs du climat pour les empêcher de nuire Philippe Thureau-Dangin (Reporterre) Reporterre 2015/12/02 Philippe Thureau-Dangin (Reporterre) (2 décembre 2015) Connaître les saboteurs du climat pour les empêcher de nuire. Reporterre. Climat fr

Connaître les saboteurs du climat pour les empêcher de nuire

Ils sont les fauteurs oubliés du changement climatique : banques, industriels du pétrole et du charbon... Et pourtant, moins d’une centaine de ces multinationales sont responsables des deux-tiers des émissions de gaz à effet de serre dans le monde. Dans Les saboteurs du climat, enquête documentée et chiffrée, le journaliste Nicolas de la Casinière les tire de l’anonymat.

Les Anglo-Saxons appellent cela disclosure. Disons donc tout de suite que le livre dont je vais vous parler, Les Saboteurs du climat, est coédité par Reporterre, le site où vous êtes... Je ne vais donc pas vous en dire trop de bien, ce serait louche ni trop de mal d’ailleurs, car le livre en question est tout à fait pertinent et documenté.

L’auteur, Nicolas de La Casinière, qui est correspondant à Nantes de Libération et de... Reporterre, rappelle d’emblée une donnée trop vite oubliée : même si tout le monde est peu ou prou responsable de la catastrophe climatique annoncée, 90 grands groupes mondiaux sont à l’origine des deux-tiers des émissions de gaz à effet de serre ! Ces entreprises – qui touchent au pétrole, charbon, pneumatiques, etc – ne sont guère vertueuses, même si elles prétendent souvent le contraire. Et parmi cette cohorte de « saboteurs », certains sont français, et quelques-uns ont même l’État comme actionnaire minoritaire !

« Le charbon est à la fois le passé et l’avenir »

Ce sont ces mauvais exemples hexagonaux que le livre pointe principalement du doigt. On y retrouve bien sûr le groupe Total en bonne place, qui n’hésite pas à se lancer dans l’exploitation des sables bitumineux et souhaiterait bien s’attaquer au gaz de l’Arctique... On y croise le beaucoup moins connu groupe familial Sparkling Capital, fondé en 2009, qui s’est spécialisé dans cette industrie délaissée par d’autres : les charbonnages. Même si le charbon pèse pour 44 % des émissions de gaz à effet de serre, l’ingénieure Michèle Assouline, la présidente de Sparkling, en est persuadée : « Le charbon est à la fois le passé et l’avenir : il est indispensable », a-t-elle dit au micro de RTL.

Cela dit, Sparkling (qui veut dire « éblouissant, pétillant » en anglais) n’est pas le seul à turbiner au charbon. EDF ou Engie (ex GDF-Suez) « détiennent, totalement ou partiellement, ou via des filiales, 46 centrales à charbon émettant plus de 151 millions de tonnes de CO2 par an, soit l’équivalent de près de la moitié des émissions totales de la France ». EDF, par exemple, est présent en Pologne, en Chine, en Belgique et en France (deux centrales)... Quant à Engie, rappelle Nicolas de La Casinière, sur les 30 centrales que le groupe possède de par le monde, dix d’entre elles sont cataloguées comme « subcritiques », autrement dit des installations vétustes, gourmandes en eau et en combustible... Morale : même si la France se veut la championne du nucléaire, ses grands groupes continuent d’émettre sans vergogne.

L’image des saboteurs est en jeu

Faut-il pour autant être pessimiste ? Il y a tout de même des progrès ici ou là. Certains saboteurs se rendent compte que leur image est en jeu. D’autres cèdent devant l’action des écologistes. C’est ainsi que l’association Bizi !, en annonçant à l’avance les actions qu’elle allait entreprendre, a poussé la Société générale à renoncer à financer un projet charbonnier australien. Même Total a décidé de se désengager de la production de charbon en Afrique du Sud. Et Michelin, autre saboteur notoire, ne cultive presque plus en direct l’hévéa (tout en continuant bien sûr à en consommer). L’industriel du pneumatique a même piloté en Indonésie un projet de reforestation. On peut, comme le fait l’auteur du livre, souligner que cette reforestation ne concerne que 50 % des surfaces, l’autre moitié étant replanté en... hévéa, mais c’est tout de même mieux que rien. Dans sa fougue militante, La Casinière reproche d’ailleurs à Total de « vouloir préserver le plus longtemps ses profits » (ce en quoi il n’y a rien de criminel) et plus loin il se désole que les pétroliers investissent dans l’éolien et le solaire. Pourtant ces investissements ne peuvent pas nuire.

Mais l’auteur a parfaitement raison lorsqu’il décrit tous les artifices de la communication qui permettent à ces grands groupes de s’auto-décerner des labels verts, ou de présenter leur action comme « responsable ». Et lorsqu’il relève que des entreprises comme le cimentier Lafarge, le sidérurgiste Arcelor-Mittal ou GDF-Suez ont financé tout récemment les sénateurs états-uniens les plus climatosceptiques, on tombe des nues et on se dit que le climat, malgré toutes les COP, est encore un combat à venir.

- Les saboteurs du climat, Nicolas de la Casinière, 144 p., 10 € (éd. du Seuil, en partenariat avec Reporterre).

« Pas question d’avocat, ici, c’est moi qui commande. » Témoignages de gardes à vue en état d’urgence Deux manifestants placés dimanche en garde à vue Reporterre 2015/12/03 Deux manifestants placés dimanche en garde à vue (3 décembre 2015) « Pas question d’avocat, ici, c’est moi qui commande. » Témoignages de gardes à vue en état d’urgence. Reporterre. Libertés fr

« Pas question d’avocat, ici, c’est moi qui commande. » Témoignages de gardes à vue en état d’urgence

Reporterre publie deux témoignages de manifestants arrêtés dimanche après-midi, place de la République, à Paris, et placés en garde à vue.

Dimanche 29 novembre, la police a parqué et violenté des manifestants pacifiques place de la République. Plus de trois cents ont été emmenés en garde à vue. Emmanuel et Camille étaient de ceux-là. Ils racontent ce qu’ils ont vécu.

- La nuit est tombée et cela fait environ deux heures que nous sommes encerclés avec environ 200 personnes dans un coin de la place de la République par un impressionnant cordon policier. Ceux-ci restent statiques pendant de longues minutes puis, suivant une logique qui m’échappe encore, s’avancent en petits groupes vers la foule pour en extraire une poignée de manifestants, a priori repérés à l’avance, qui seront ensuite emmenés vers les camions malgré quelques timides tentatives des autres manifestants pour les retenir.

Malgré la pression policière, l’urine qui recouvre le sol, le froid, l’absence d’accès à l’eau ou à la nourriture, la foule reste paisible et joyeuse. Des chants militants, une enceinte et un grimpeur qui va accrocher un drapeau multicolore au sommet d’un arbre assurent l’animation. Mais vers 18 h, de nouveaux bus de police arrivent et les policiers se placent de telle sorte qu’on comprend qu’ils vont passer à l’offensive. Alors que nous réclamons depuis deux heures de sortir de la place sans heurt ni arrestation, ils viennent attraper des manifestants à un rythme plus élevé qu’avant et, cette fois-ci, au hasard.

Une volée de coups de pieds et de matraques

Notre groupe fond. Pour protester contre ces arrestations, nous nous regroupons et nous tenons les bras en chantant : « On sort tous libres, ou on sort pas ! » Sourds à nos cris, les policiers continuent d’embarquer les manifestants sans qu’il y ait trop de protestations. Quand vient mon tour et que plusieurs CRS m’arrachent de ce filet de solidarité bien fragile, je me laisse tomber par terre pour leur compliquer la tâche tout en levant mes bras en l’air en signe de non-agression. D’emblée, malgré les protestations de la foule, une volée de coups de pieds et de matraques s’abat sur mes jambes et mes côtes, suffisamment bien placés pour faire mal sans laisser de traces. Ma non-coopération pacifique énerve les flics qui, en me traînant hors de portée des caméras, me menacent « tu vas dérouiller », « tu vas regretter », « tu vas comprendre ta douleur ». Ils finissent par me plaquer dos au sol, à l’abri des caméras. Un policier se place au dessus de moi et me décoche un coup de poing dans la mâchoire alors que je ne montre aucun signe d’agressivité. Pendant qu’ils me fouillent, les menaces et les petits coups continuent. Juste avant de me faire entrer dans le bus, ils me font un croc-en-jambe et je me retrouve face contre terre.

Une fois plein, notre bus se dirige vers Bobigny, où nous sommes parqués entre des barrières, pendant quatre heures, sur un parking venteux. Normalement, notre garde à vue aurait dû nous être notifiée. D’après ce que j’ai compris de la loi, après quatre heures de contrôle d’identité, nous devons être relâchés, ou un OPJ [officier de police judiciaire] doit nous notifier notre mise en garde à vue et lire nos droits. Or, ce délai est largement dépassé et nous ne savons toujours pas ce qu’ils comptent faire de nous. Les manifestants, qui pour la plupart n’ont rien de militants professionnels et encore moins d’activistes violents, gardent le moral. Au compte goutte, les personnes pénètrent le bâtiment et on les voit ressortir, environ 30 minutes plus tard, menottées, et amenées vers un camion. Une fois ceux-ci pleins, ils partent vers une destination inconnue.

À situation exceptionnelle, moyens exceptionnels

Vers 11 h du soir, la procédure s’accélère, les personnes ne restent pas plus de quelques minutes dans la salle. Quand vient mon tour, l’OPJ me signifie mon placement en garde à vue depuis 15 h 45 pour participation sans armes à un attroupement après sommation de se disperser. Je lui demande pourquoi personne ne m’en a informé avant. Elle me rétorque sur le ton de l’évidence qu’à situation exceptionnelle, moyens exceptionnels. Selon elle, un magistrat nous aurait collectivement placés en garde à vue à partir du moment où le cordon s’est refermé sur nous. Je lui indique plusieurs noms d’avocats volontaires pour assister les manifestants mais sans être en mesure de donner leurs numéros. Les autres interpellés ont déjà donné des dizaines de fois ces numéros à ses collègues et sûrement à elle-même, mais elle refuse de les inscrire si je ne suis pas capable de lui fournir le numéro moi-même. Elle coupe court à tout dialogue : « Ce sera un commis d’office ou rien. »

Par défaut, je choisis ces avocats. Nous sommes répartis en petits groupes et amenés, certains menottés d’autres non, dans différents commissariats parisiens. Nous faisons une partie du trajet en bus, puis le reste avec un véhicule banalisé qui roule à plus de 100 km/h en agglomération, gyrophare allumé, alors qu’aucune urgence ne semble imposer ce type de conduite. Une fois arrivés, on nous menotte à un banc en attendant notre fouille. Trente minutes plus tard, nous sommes en cellule, un cagibi de quelques mètres carrés composé d’un banc en pierre, et de toilettes à la turque dégageant une puissante odeur d’excréments. Aux murs, des tags qui semblent avoir été réalisés avec des matières fécales donnent la nausée. Le froid, le stress, l’humidité, les odeurs, les allers-retours et la dureté du banc en pierre m’empêchent de fermer l’œil de la nuit.

« J’aime pas ta gueule et ton air »

Au petit matin, un policier en civil particulièrement désagréable et hautain vient nous demander si on nous a pas pris nos empreintes. « Si vous refusez, c’est 15.000 euros d’amende et un an ferme », dit-il pour nous mettre la pression. Au moment de prendre les miennes, il me glisse : « J’aime pas ta gueule et ton air. Je préfère encore les petits branleurs de cité. » Mon codétenu demande à voir son avocat avant de décider d’accepter le relevé d’empreintes. « Pas question d’avocat ici, c’est moi qui commande. » Il se fera donc ficher sans avoir pu le consulter. Rapidement, des petits délinquants rejoignent la cellule. On se retrouve bien serrés sur notre petit banc. Quelques heures plus tard, on me sort de cette cage de béton, de métal et de plastique pour voir le médecin. Quand je lui parle des coups reçus au corps et au visage, il m’écoute distraitement en me tenant la main pour prendre mon pouls. Sans même regarder mon corps, il me dit qu’on verra ça plus tard. Je ne le reverrai pas.

Je vois l’avocat en fin de matinée, 16 heures environ après le début officiel de ma garde à vue. Contrairement aux flics qui traînaient dans les sous sols puants, ceux qui réalisent mon audition sont presque aimables et se plaignent de ce coup de filet massif et « stupide ». Une fois l’audition terminée, je retourne dans ma cellule pour déguster un plat de pâtes et suis libéré vers 15 h, comme la plupart des manifestants parfaitement inoffensifs arrêtés la veille. Je repars dégoûté par ces abus de pouvoir ordinaires et ce sentiment de toute puissance de la police, cette garde à vue absurde et ces violences verbales et physiques banalisées mais je reste déterminé à lutter contre cette mascarade qu’est la COP 21.

Emmanuel

- Dans le bus, on était persuadés qu’on ressortirait vite. On rigolait, on chantait, c’était la colo. On a attendu longtemps, chauffage à fond et vitres fermées, de sortir et on s’imaginait que c’était la faute à un comité de soutien. Les filles sont sorties les premières, on est descendu par l’entrée parking, on nous a fouillées et fait enlever nos soutifs. La GAV [garde à vue], c’est sexiste, nous autres on sera beaucoup mieux traitées. Dans le couloir on m’a finalement notifiée ma garde à vue, il était 19 h 20. Je crois que j’ai souri devant tant d’absurdité. Nous étions devant une grande cellule où étaient disposées des tables et des OPJ [Officier de policier judiciaire]. La mienne, qui se désolait de ne pas avoir assez de feuilles et mal au bras, m’a paru sympa au début. Elle m’a affirmé, en rigolant comme si j’étais naïve, que c’était elle qui allait joindre ma mère et que je n’aurais pas le droit de lui parler. Elle ne lui communiquera pas le nom du commissariat. J’ai demandé un médecin et un avocat et on m’a envoyée en cellule. Je suis passée devant les cellules des mecs. Dans la première, on ne pouvait plus s’asseoir, la seconde était en remplissage.

Mes camarades m’ont applaudie en rentrant. On était une vingtaine, toutes belles, entre 20 et 30 ans, les cheveux propres. On a commencé a chanter, à se demander quel jeu on pourrait faire. On discutait avec « les garçons » et certains flics complètement mal à l’aise. L’ensemble des cellules a communié au son de Cayenne, d’Hexagone et de la chanson de la ZAD du Testet. On s’étonnait de trouver nos visages familiers, d’avoir les mêmes références. J’ai voulu aller aux toilettes, la policière m’a tenu la porte. J’étais gênée, mais elle m’a conseillé de prendre mon temps parce qu’après le transfert, ce serait pire.

« Le viol de la CEDH, c’est maintenant ! »

De fait, il y aura deux temps. Celui du centre souterrain spécial COP où nous n’avions ni bouffe, ni couverture, ni médecin mais où ça chantait et où on dormait serrées les unes contre les autres pour se réchauffer et celui après le transfert. Nous n’avons pas eu droit à un GAV normale, à peine ai-je eu un aperçu, vers 5 h, quand on a refusé de nous donner de l’eau tant qu’on se « roulerait pas comme des chiens ». Ils [les policiers] ont été sympas avec nous, emmerdés qu’ils étaient qu’on leur prenne autant de place et de temps.

Lorsque j’ai vu mon avocat commis, il m’a clairement dit que dans le contexte de l’état d’urgence, je n’avais que mon gentil minois pour m’en tirer parce qu’ils pouvaient faire ce qu’ils voulaient. On en parlait au policier : « Le viol de la CEDH [Cour européenne des droits de l’homme], c’est maintenant ! » L’OPJ m’a auditionnée la dernière et je pense que je l’ai autant écoutée. Elle était désabusée de tout, essayait de me faire comprendre qu’ils n’étaient pas tous méchants, qu’ils avaient des ordres. L’OPJ d’une camarade lui a sorti : « On pensait que Sarkozy était le pire, mais là... » C’était pas un commissariat syndiqué Alliance [syndicat policier classé à droite], mais il y a des témoignages d’autres commissariats qui vont dans le même sens. La politique du chiffre pour les flics aussi, c’est épuisant. À part sur mon « CV militant », cette affaire ne devrait pas avoir de conséquences, selon les officiers. C’était fatiguant, on a attendu plus de 13 h avant de manger, trop de camarades n’ont pas eu de couvertures, des vices de procédures ont rythmé ces 24 heures, mais je ne suis pas traumatisée, au contraire. Maintenant que je sais ce que c’est, je peux entrer plus avant en désobéissance.

Camille

Les légumes peuvent changer notre rapport au monde Marie Astier (Reporterre) Reporterre 2015/12/03 Marie Astier (Reporterre) (3 décembre 2015) Les légumes peuvent changer notre rapport au monde. Reporterre. Quotidien fr

Les légumes peuvent changer notre rapport au monde

Anne Closset raconte dans le documentaire Autrement (avec des légumes) l’aventure collective des Amap, ou Gasap, comme on dit en Belgique. Et montre comment notre relation à la culture de la terre modifie bien plus que le contenu de nos assiettes.

Un jour, Anne Closset s’est inscrite à une Amap. Ou plutôt un Gasap, comme on dit en Belgique, c’est-à-dire un Groupe d’achat solidaire de l’agriculture paysanne. Pendant un an, elle s’est engagée à acheter tous les quinze jours un panier de légumes produits en agriculture biologique, livré à Bruxelles par un producteur local. Une façon de retisser le lien avec la terre, mais aussi le lien social dans son quartier. L’histoire aurait pu s’arrêter là. Mais très vite, cette petite aventure collective a donné envie à la documentariste de sortir sa caméra :

« Dans les années soixante-dix, quatre-vingt, il y avait des groupes d’achat en Belgique et en France. Ma mère y participait. En tant que femme de médecin, elle avait conscience qu’il fallait une alimentation sans pesticide. Donc, elle vendait des produits aux gens de son quartier dans son garage, mais elle le faisait toute seule. C’était l’émergence du bio. Aujourd’hui, ça recommence. Je me suis dit, tiens, c’est étonnant. Quel est l’enjeu désormais ? »

Anne Closset comprend qu’il y a deux « bios » : un intensif et un paysan. « Il ne suffit pas d’enlever les pesticides », constate-t-elle. Elle décide de suivre ce mouvement de renouveau de l’agriculture paysanne. Dans son film, elle nous emmène à travers l’Europe, accompagnant les représentants de son Gasap à travers la Belgique, mais aussi en Italie, en France ou en Croatie, à la rencontre de ce que l’on appelle plus généralement la CSA, ou Community Supported Agriculture, soit Agriculture soutenue par la communauté (ASC). Première surprise : on se rend compte que l’idée se développe dans plus de 16 pays d’Europe, « mais aussi à l’international », souligne-t-elle. Aux États-Unis, bien sûr, ou encore au Brésil par exemple.

« À chaque scandale, on a créé un label »

Autre intérêt de ce voyage, il nous fait rencontrer « la grande créativité » de ces mouvements. Du système où le consommateur va mettre les pieds dans le champ une fois par an à celui où il y va plusieurs fois par semaine, de l’achat au panier à celui de l’investissement dans une ferme, « il n’y a pas un groupement qui est le même, un réseau qui est le même. C’est important de préserver toutes ces personnalités-là, car c’est une réponse à l’unification des modes de production agricoles », estime la documentariste.

Bien au-delà du modèle – sans doute le plus répandu en France – où le producteur vient livrer les légumes une fois par semaine, le film nous emmène par exemple en Flandre, chez Tom. « Il a mis en place un système d’“autocueilllette”, raconte Anne Closset. Les gens viennent cueillir quand ils en ont besoin. En début d’année les mangeurs décident avec lui de son plan de culture. Tom dit je peux nourrir 300 personnes avec un hectare de terre et il me faut 70.000 euros. Et chacun met en fonction de sa bourse. Cela coûte 200, 300 euros à l’année, ce n’est vraiment pas cher. Les gens n’achètent plus un panier de légumes, ils prennent une part de production. »

Le spectateur découvre le pouvoir de cette ASC, qui, en remettant en cause tous les mécanismes de l’agriculture intensive, change aussi un peu le monde. Comme quand elle permet de s’affranchir des banques. « Si un agriculteur veut s’installer, ou faire un investissement pour des serres ou un point d’eau sur son exploitation, il peut réunir ses mangeurs et en quinze jours avoir l’argent sur la table », se réjouit Anne Closset.

En Belgique, le réseau des Gasaps remet en cause les instances officielles de contrôle de l’agriculture et cherche à ne plus utiliser le label bio, car « c’est quelque chose qui s’est construit à travers toutes les dérives de l’agro-industrie. À chaque scandale, on a créé un label », explique la réalisatrice. À la place, le réseau tente la mise en place d’un système de suivi des agriculteurs. Avec chaque année une visite d’exploitation complète et un point sur le projet du paysan visité. « On n’est pas dans un contrôle mais dans le désir de faire évoluer ensemble les modes de production et de consommation », précise-t-elle.

Autre intérêt, chacun participe en fonction de son temps, de ses moyens et de sa compétence. « Dans ces systèmes-là, on inclut le citoyen. Ce n’est plus une question d’argent mais de participer. » Le mode de gouvernance autogestionnaire, horizontal et participatif se révèle très efficace et diffuse peu à peu une nouvelle culture politique parmi les mangeurs. Anne Closset filme les débats, nous montre un mouvement en construction, plein d’idées mais aussi en tâtonnement, elle ne cherche pas à sublimer cette alternative.

Faire disparaître la frontière entre agriculteurs et consommateurs

Enfin, dernière piste de réflexion, on comprend que ce mouvement de la CSA pourrait peu à peu faire disparaître la frontière entre agriculteurs et consommateurs. Toujours en Flandre, chez Tom, elle se souvient d’une anecdote qu’il lui a racontée : « Un des consommateurs lui a dit : “Je voudrais bien des fleurs.” Tom a répondu qu’il n’avait pas le temps, mais qu’il y avait un bout de terre disponible s’il voulait s’y mettre. Ce consommateur, avec d’autres, s’est mis à cultiver des fleurs pour toute la communauté. Les gens s’approprient aussi la terre. »

Elle a aussi constaté que plusieurs membres des Gasaps de Bruxelles sont devenus des maraîchers. « Moi même quand il pleut, je me dis, ah c’est bien, sourit-elle. Je plante des choses à manger dans mon jardin, je pense comme un fermier. Je ne suis plus dans un rapport où j’achète quelque chose. Les légumes que je mange c’est aussi un peu les miens. » La possibilité que des citoyens gèrent et cultivent une terre en commun est même esquissée, le documentaire montrant que le cadre juridique pour un tel projet n’existe pas encore.

Alors, l’ASC est-elle l’avenir de l’agriculture ? « Au Japon, ce système est né il y a quarante ans et aujourd’hui un tiers de la population se nourrit à travers ces minicoopératives. En Europe, ce mouvement se construit sur une recherche de sens et pas sur des moyens financiers. C’est pour cela que je pense qu’il est durable », répond Anne Closset.

Convaincue de la puissance de cette alternative, la réalisatrice renouvelle les questionnements sur un mouvement qui avait un peu disparu des radars des médias. Elle nous rappelle que cette affaire de légumes peut changer le contenu de nos assiettes, mais aussi bien plus que cela.

Les prochaines projections sont ici dont, ce jeudi 3 décembre au cinéma Jacques Prévert à Aulnay-sous-Bois et vendredi 4 décembre à la Médiathèque Albert Camus, à Évry.

Autrement (avec des légumes), film d’Anne Closset, produit par Athanor Production, 67 minutes, 2015.

La géo-ingénierie sur le sentier de la guerre Luc Mampaey Reporterre 2015/12/03 Luc Mampaey (3 décembre 2015) La géo-ingénierie sur le sentier de la guerre. Reporterre. Tribune — Climat fr

La géo-ingénierie sur le sentier de la guerre

Ravivant le fantasme militaire d’agir sur le climat, la géo-ingénierie propose des expérimentations à grande échelle. Le droit international possède pourtant des outils limitant les manipulations de l’environnement, comme la Convention Enmod. Or, « faute d’une révision urgente », elle risque de « sombrer dans les limbes », explique Luc Mampaey dans cette tribune.

Luc Mampaey est docteur en sciences économiques et titulaire d’un DES en gestion de l’environnement. Il vient de publier l’étude « COP 21, Enmod et le 6 novembre : la paix et la guerre pour enjeux » ».

À quelques jours de l’ouverture de la 21e Conférence des parties (COP 21) à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC), prenons le temps d’évoquer ce dont elle ne parlera pas : l’impact des forces armées sur le changement climatique. Nul besoin de rappeler que les guerres et la militarisation de la planète exercent une action intrinsèquement destructrice sur nos écosystèmes. Mais on sait moins que l’environnement peut aussi devenir une arme en soi, et qu’il existe des instruments de droit qui s’attachent à prévenir ce risque.

Le droit international humanitaire dispose de deux instruments principaux pour veiller à la protection de l’environnement en situation d’hostilités. D’une portée très générale, l’article 55 du Protocole additionnel aux Conventions de Genève du 12 août 1949 (Protocole I du 8 juin 1977), précise que « la guerre sera conduite en veillant à protéger l’environnement naturel contre des dommages étendus, durables et graves. […] ». [1]

De l’iodure d’argent dispersé par voie aérienne

Le droit des conflits armés ira cependant plus loin que cette simple exhortation à la protection. Dès les années 1940, des recherches militaires avaient porté sur des procédés pour perturber les climatopes. Les recherches gagnèrent en intensité avec la guerre du Vietnam et le projet Popeye lancé en 1966 par les États-Unis. Son objectif était d’inonder la piste Hô-Chi-Minh pour ralentir les mouvements ennemis grâce à un accroissement des précipitations par un ensemencement des masses nuageuses avec de l’iodure d’argent dispersé par voie aérienne. L’opération fut poursuivie de 1967 à 1972.

La communauté internationale tira alors la sonnette d’alarme : la révélation de ces expériences convainquit les États réunis à la Conférence du désarmement d’adopter des dispositions interdisant d’exploiter l’environnement comme une « arme de guerre ». C’est l’objectif de la Convention sur l’interdiction d’utiliser des techniques de modification de l’environnement à des fins militaires ou toutes autres fins hostiles, dite Convention Enmod, adoptée à New York le 10 décembre 1976, et entrée en vigueur le 5 octobre 1978 [2]. Elle compte aujourd’hui 77 États-Parties. C’est peu, mais les puissances militaires sont là : la Russie et le Royaume-Uni ont ratifié en 1978, les États-Unis en 1980, la Chine en 2005. Pas la France, puissance nucléaire et pays hôte de COP 21 ! Voilà qui tombe mal…

En ratifiant la convention Enmod, les États-Parties s’engagent « à ne pas utiliser à des fins militaires ou toutes autres fins hostiles des techniques de modification de l’environnement ayant des effets étendus, durables ou graves, en tant que moyens de causer des destructions ou des préjudices à tout autre État-Partie » (Article 1er).

L’article 2 définit une « technique de modification de l’environnement » comme, « toute technique ayant pour objet de modifier – grâce à une manipulation délibérée de processus naturels – la dynamique, la composition de la Terre, y compris ses biotopes, sa lithosphère, son hydrosphère et son atmosphère, ou l’espace extra-atmosphérique ». Il se risque même à en proposer une liste (dans un accord interprétatif de l’article 2), mais en confondant les techniques et leurs effets, et en total décalage par rapport aux évolutions technologiques des vingt dernières années : « Tremblements de terre ; tsunamis ; bouleversement de l’équilibre écologique d’une région ; modifications des conditions atmosphériques (nuages, précipitations, cyclones de différents types et tornades) ; modifications des conditions climatiques, des courants océaniques, de l’état de la couche d’ozone ou de l’ionosphère. »

Pour corriger ces décalages entre le texte et l’état de la science, l’article 8 de la Convention prévoit la tenue de conférences d’examen à des intervalles non inférieurs à cinq ans. La dernière (qui n’était que la seconde) remonte à 1992. Depuis, plus rien…

Intérêts commerciaux et militaires

Or, pendant ce temps, profitant du fossé entre l’extrême urgence de la lutte contre le réchauffement climatique et la timidité des mesures consenties par les gouvernements, l’ingénierie du climat (ou géo-ingénierie) – à savoir l’intervention technologique délibérée sur le système climatique afin de contrer le réchauffement de la planète ou d’en atténuer les effets – est de plus en plus envisagée par certains scientifiques comme une solution possible. Modifier la composition chimique des océans ou envelopper la planète d’une couche de particules réfléchissant les rayonnements du soleil sont deux illustrations parmi la trentaine de techniques évoquées par ces apprentis sorciers pour réduire le réchauffement et stocker le CO2, à défaut de réduire nos émissions [3].

Les fantasmes de prise de contrôle du temps et du climat ont toujours été étroitement liés aux intérêts commerciaux et militaires, nous rappelle l’historien des sciences James Fleming [4]. L’avenir ne sera pas différent, et l’agitation militaire de ces dernières années pour l’ingénierie climatique devrait retentir comme un nouveau signal d’alarme : faute d’une révision urgente pour prendre en compte les avancées technologiques et prévenir les usages hostiles, la convention Enmod risque de sombrer définitivement dans les limbes du droit international humanitaire.

Seul instrument juridique qui pourrait faire obstacle aux applications militaires de l’ingénierie du climat, au risque de compromettre davantage encore les fragiles équilibres de la planète, la Convention Enmod mérite un sort meilleur. La France doit la ratifier. L’Union européenne dans son ensemble doit sans délai appeler à la convocation d’une nouvelle conférence d’examen.

BNP-Paribas, championne de l’évasion fiscale, sous la pression des faucheurs de chaises Barnabé Binctin et Lorène Lavocat (Reporterre) Reporterre 2015/12/03 Barnabé Binctin et Lorène Lavocat (Reporterre) (3 décembre 2015) BNP-Paribas, championne de l’évasion fiscale, sous la pression des faucheurs de chaises. Reporterre. Luttes fr

BNP-Paribas, championne de l’évasion fiscale, sous la pression des faucheurs de chaises

Ce jeudi matin, la banque française était à nouveau la cible des faucheurs de chaises. L’enjeu : qu’elle rapatrie son argent caché dans les paradis fiscaux pour les mettre au service de la protection du climat.

Assiégée et « dessiégée », en même temps. Ce jeudi 3 décembre, la BNP Paribas a vu son siège parisien de l’Opéra, à Paris, pris d’assaut par près de deux cents militants tandis que, peu avant, d’autres subtilisaient plusieurs sièges dans l’une de ses agences, près de Bastille. Des actions non-violentes pour dénoncer le rôle de la banque dans l’évasion fiscale et le changement climatique. Reportage en duplex.

9 h 58 – Un larcin très politique

Le métro ralentit à la station Bastille. Pierrot lève le bras en jetant des coups d’œil à droite et à gauche dans le wagon, d’où sortent simultanément, l’air détaché, la vingtaine de militants. Jeunes ou vieux, hommes et femmes avancent par petits groupes pour éviter d’attirer l’œil.

Le temps de l’Escalator, on ajuste les derniers préparatifs. Le sourire aux lèvres, l’adrénaline du petit coup monté entre copains se fait plus pressante. Il va falloir faire vite. Les portiques de sortie franchis, chacun enfile le maillot de l’équipe qu’il représente. Par là, un T-shirt des Amis de la Terre. Par ici, les gilets jaunes fluorescents d’ANV-COP 21. Le pas s’accélère. Quelques mètres plus loin, la bouche du métro voit émerger les Arsène Lupin du climat au grand jour.

9 h 59 – « Qu’ils nous rendent notre pognon »

Pendant ce temps, au 16 du boulevard des Italiens, où siège la banque BNP-Paribas, les trottoirs prennent des allures de Paris-Plage. Devant les hautes portes du géant financier, crocodiles et palmiers gonflables dansent au-dessus de la foule. Militants de longue date ou novices, les citoyens sont nombreux à avoir répondu à l’appel d’un groupe d’ONG, parmi lesquelles Attac et Bizi !.

L’opération « Prenons le siège de la BNP ! », annoncée publiquement, se déroule à visage découvert. Hubert est venu « demander aux banquiers qu’ils nous rendent notre pognon ». La banque détient plusieurs filiales dans des paradis fiscaux comme les Îles Caïman. Pour Dominique Pilhon, porte-parole d’Attac, « ce sont ainsi des milliards d’euros qui nous échappent, alors qu’ils pourraient servir à financer la transition écologique et sociale ».

Se frayant un chemin à travers les pancartes et la quinzaine de journalistes, Txetx Etcheverry joue les chefs d’orchestre : « Il faudrait se resserrer devant l’entrée de la banque. » Un ruban de signalisation entoure le groupe, délimitant une « zone d’évasion fiscale ». Derrière eux, sur l’entrée massive de la BNP, un panneau officiel affiche « fermé ». Les militants s’installent tranquillement sur les marches, sous l’œil attentif des forces de l’ordre.

Txetx Etcheverry fait le compte des 1.500 milliards d’euros qui pourraient servir au climat :

10 h 01 – « Une simple réquisition citoyenne de chaises

À quelques kilomètres de là, près de Bastille, l’organisation minutieuse porte ses fruits et les activistes sont pile à l’heure dans l’escalier qui débouche sur le boulevard Beaumarchais. Face à eux, l’agence BNP-Paribas fait l’angle avec le boulevard Richard-Lenoir. En file indienne, ils s’élancent d’un pas décidé en direction du sas d’accueil. Le ballet peut commencer : l’une, postée à l’entrée pour observation, deux autres gardent les grilles pour éviter un enfermement impromptu, et trois médiateurs prennent la parole pour expliquer calmement le but de l’opération aux deux clients impassibles.

Seul le guichetier se montre un peu plus farouche et bouscule les intrus en tentant de faire obstruction. Il vocifère : « Non, vous ne touchez à rien ! On appelle les flics ! » Les militants répondent sur un ton pédagogique : « On ne touche pas à vos effets personnels, c’est une simple réquisition citoyenne de chaises. » Un peu plus loin dans le couloir, une employée se montre plus détendue et rassure son collègue, qui obtempère finalement, malgré lui.

Il est déjà trop tard : d’autres activistes ont profité de la distraction pour s’emparer des premières chaises venues. Le coordinateur général orchestre le rappel de sortie. En une minute chrono, peut-être moins, tout s’est joué et une partie de l’équipe est ressortie avec le butin. Le ballet est terminé, sans fausse note. Vite, sans précipitation, efficace efficace.

10 h 02 – « Si les citoyens ne se bougent pas, rien ne se fera »

« La prise de la Bastille s’est parfaitement déroulée ! » Boulevard des Italiens, l’annonce est salué par un grand hourra. Devant le parterre de journalistes, Txetx Etcheverry affiche un large sourire. « Nous sommes venus dire à la BNP : “Tant que vous ne fermerez pas vos filiales, nous continuerons à mettre la pression” ».

Écharpe bleu blanc rouge sur sa doudoune marron, Pierre Larrouturou ne cache pas non plus sa satisfaction. Citant le président états-unien Roosevelt, il rappelle qu’« il est plus dangereux d’être gouverné par l’argent organisé que par le crime organisé ».

Deux hommes grisonnants s’approchent à petits pas de l’assemblée. L’ancien résistant Claude Alphandéry et le philosophe Patrick Viveret sont « les premiers receleurs de chaises ». Depuis le lancement des opérations de fauchages, début 2015, les militants ont récupéré plus de deux cents sièges, qu’ils stockent au sein d’associations ou chez des personnalités. « On pourrait faire tellement mieux de l’argent des banques, pour l’éducation, le logement, le climat, explique Claude Alphandéry. Et si les citoyens ne se bougent pas, rien ne se fera. »

10 h 03 – « Pour quelle raison pourrait-on bien tirer la sonnette d’alarme ? »

Pendant ce temps, à Bastille, la moitié de l’équipe repart direction Richelieu-Drouot et le siège de la BNP, sous le regard placide du Monsieur RATP, qui ne semble pas remarquer les trois objets nouveaux transportés difficilement par-dessus les tourniquets. Une chaise-accoudoir, un fauteuil et un siège de bureau. Les couloirs du métro paraissent plus longs, on se relaie pour porter les sièges, qui s’avèrent utiles pour se dissimuler des caméras de surveillance.

Sur le quai, le panneau indique quatre minutes d’attente, le temps de recouvrer ses esprits et de se féliciter du succès du plus gros morceau de l’opération. À moins d’un improbable retournement – « pour quelle raison pourrait-on bien tirer la sonnette d’alarme ? » s’amuse Wandrille, qui imagine des scénarios de science-fiction en voyant arriver une dame avec une cage à lapin – la situation semble bien en main. D’ailleurs, pas besoin de cette attitude faussement détachée au moment de pénétrer dans la rame avec les sièges, les lecteurs lèvent à peine la tête de leur journal. Comme si de rien n’était.

10 h 18 – « La désobéissance civile est une nécessité »

Quelques stations plus loin, on touche au but. Bart’, qui a suivi toute l’opération par téléphone avec Pauline en superviseuse, attend sur le quai. La présence nombreuse de policiers qu’il annonce n’entame en rien la satisfaction de la mission accomplie. Avec brio. La voie est dégagée. Il est temps de gravir les dernières marches pour mener, en héros-receleur solidaire, les derniers symboles de la lutte, sous les applaudissements de la foule.

« Le peuple récupère ses biens, ce qui lui appartient ! » s’exclame José Bové, venu lui aussi soutenir les faucheurs de chaises. À ses côtés, Éric Coquerel, du Parti de gauche, rappelle combien « il est important, voire essentiel, de désobéir en ces temps de restriction des libertés ». Un avis partagé par Dominique Pilhon : « La désobéissance civile est une nécessité face à des actions illégitimes. »

10 h 35 – Malgré la répression policière

Les organisateurs sonnent l’heure de la dispersion. Les deux-cents participants rejoignent petit à petit les bouches de métro. Pour tous, « c’est une réussite ». Malgré l’interdiction de manifester pendant la COP 21, malgré la répression policière de dimanche dernier, « les citoyens continuent à se mobiliser pour le climat, à travers des actions non-violentes », se félicite Txetx Etcheverry. Les quelques deux cents chaises réapparaîtront quant à elles dimanche 6 décembre, à Montreuil, à l’occasion d’un Sommet citoyen pour discuter du financement de la transition écologique.

« Peut-on décarboner nos vies ? » À « 28 minutes », sur Arte Reporterre 2015/12/03 (3 décembre 2015) « Peut-on décarboner nos vies ? » À « 28 minutes », sur Arte. Reporterre. fr

« Peut-on décarboner nos vies ? » À « 28 minutes », sur Arte

Hervé Kempf a participé mardi 2 décembre à l’émission « 28 minutes » d’Arte, animée par Elisabeth Quin. Sur le thème « Comment décarboner nos vies », le plateau réunissait Benoit Hartmann, porte-parole de FNE (France nature environnement) et Célia Gautier, du RAC (Réseau action climat), et Hervé Kempf, de Reporterre.

Voir la vidéo - débat à partir de 13’30’’ minutes

Quand des gens normaux interrogent une experte sur le climat Christelle, Évelyne, Francis, Laurent, Marie-France, Marina et Émilie Reporterre 2015/12/03 Christelle, Évelyne, Francis, Laurent, Marie-France, Marina et Émilie (3 décembre 2015) Quand des gens normaux interrogent une experte sur le climat. Reporterre. Entretien — Climat : de COP en COP fr

Quand des gens normaux interrogent une experte sur le climat

Reporterre a organisé une rencontre entre Alix Mazounie, spécialiste des relations internationales au Réseau action climat, et des habitants de Bohain, dans l’Aisne, tous chômeurs de longue durée, pour une après-midi de discussions sur la COP 21 et le changement climatique.

Dans le cadre de son projet « Climat et quartiers populaires », Reporterre a animé en juillet dernier un atelier média à la Maison de l’emploi de Bohain (Aisne). À l’issue de cet atelier, nous avons organisé une rencontre à Paris entre ceux qui y ont participé, Christelle, Évelyne, Francis, Laurent, Marie-France et Marina, tous chômeurs de longue durée en parcours d’insertion, et Alix Mazounie, chargée des relations internationales au Réseau action climat (RAC) France.

Les négociations climatiques et la COP 21

Le groupe de journalistes citoyens de Bohain – Pourquoi attendre 2020 pour l’entrée en vigueur de l’accord s’il est si important de lutter contre le changement climatique ?

Alix Mazounie – Pour une raison technique : à la fin de la COP 21, les chefs d’État vont signer un bout de papier, l’accord de Paris, mais cela ne suffira pas. Il faut que cet accord soit également signé par les parlements nationaux, et c’est un processus qui peut prendre du temps. Les élections ne simplifient pas la chose : par exemple, les États-uniens vont voter pour un nouveau président le 8 novembre 2016, et la nouvelle majorité peut très bien refuser de signer un texte approuvé par l’ancienne. C’est pour cela que l’ONU laisse une marge avant l’entrée en vigueur de l’accord.

Mais je suis d’accord avec vous : il est important que des mesures soient prises dès à présent, pour qu’on puisse contenir le changement climatique sous la barre des 2 °C. C’est même la priorité si on ne veut pas que l’accord soit caduc avant même son entrée en vigueur.

Quelles sont les concessions que l’État français est prêt à faire ?

Le rôle des ONG est de montrer que les mesures de lutte contre le changement climatique peuvent rapporter de l’argent et créer de l’emploi. Mais même comme ça, c’est difficile d’obtenir de vraies concessions. Prenons l’exemple de la ligne Bordeaux-Paris. Il existe un doublon entre l’avion et le train. Pourtant, les dirigeants n’osent pas fermer une ligne à cause des suppressions d’emploi que cela entraînerait, alors que l’argent gagné pourrait être réinvesti ailleurs. De plus, le gouvernement est très influencé par les lobbies. Il subit certaines pressions qui l’empêchent d’avancer. Et évidemment, il faut penser cette question de l’emploi : il faut pouvoir retrouver un emploi et des opportunités professionnelles à ceux qui travaillent dans des secteurs non soutenables.

Quel est le rôle du Réseau action climat (RAC) France dans les négociations ?

C’est d’emmerder le gouvernement ! Pendant la COP 21, le rôle de la France, en tant que présidente, sera de faciliter les négociations. Nous devons vérifier qu’elle fait vraiment son travail et qu’elle ne cherche pas simplement à faire plaisir à tout le monde, pour que tout le monde reparte avec le sourire. Nous devons aussi vérifier que le gouvernement met en œuvre des mesures au niveau national, car c’est là le gros du travail à faire pour lutter contre le changement climatique. Surtout dans un contexte d’Union pour l’énergie où tout le monde fait un peu ce qu’il veut.

Nous nous concertons avec les ONG du monde entier. Nous nous mettons d’accord sur les grands points et nous ne lâchons pas. Il faut voir ça, toutes les ONG rassemblées dans la même salle lors des sessions de négociations, en train de présenter leurs arguments et défendre leur point de vue face aux délégations. Nous avons aussi un rôle par rapport à la presse, pour mettre la pression au gouvernement qui veut se montrer bon élève. En effet, toutes les télés du monde vont se tourner vers la France pendant la COP 21.

Avez-vous un impact sur les négociations ?

Oui et non. Oui, parce que si nous n’étions pas là, ça serait encore pire. Derrière chaque virgule et chaque mot se cache de grosses nuances et nous, on veille au choix des mots. On pèse aussi sur les enjeux de solidarité internationale avec les pays les plus pauvres, on est un peu comme le phare dans la tempête, on indique la bonne direction.

Non, parce qu’on sait l’ampleur des changements nécessaires et malgré tous nos efforts, la négociation continue de les occulter. Par exemple, la négociation ne traite pas directement de la question énergétique alors qu’on sait que c’est à la fois la cause du problème climatique et sa solution.

Êtes-vous plus sensibilisée sur un sujet ?

Je suis très sensibilisée aux souffrances du continent africain. Il subit directement les impacts du changement climatique et de manière quotidienne. Sans compter que ces impacts viennent frapper ceux qui sont déjà frappés par la pauvreté. Ça me révolte et j’estime que l’accord de Paris doit se battre pour eux en priorité.

Je suis aussi très sensible au fait que la pollution ne nous affecte pas tous de la même manière en France : les habitants de la Seine-Saint-Denis, par exemple, ne vivent pas la pollution de l’air comme tout le monde. Et ça c’est juste le symptôme de beaucoup d’autres inégalités et injustices.

Le changement climatique et ses conséquences

Francis – Le changement climatique est-il réellement dû aux humains ? Parce qu’il y a déjà eu des changements climatiques et des climats différents il y a des millions d’années.

Cette fois, c’est très différent, du fait de la rapidité du changement. La température augmente rapidement depuis cinquante, cent ans, alors que, les fois précédentes, le processus mettait des millions d’années. Chaque année, chaque mois bat de nouveaux records et c’est ça la grosse différence.

L’autre différence, c’est à quoi est dû le changement climatique : nos modèles de consommation et de production qui reposent quasi-uniquement sur le charbon, le pétrole et le gaz, qui font qu’on n’a jamais autant émis de gaz à effet de serre en si peu de temps.

Francis – J’ai aussi entendu qu’une modification de l’axe de rotation de la Terre autour du Soleil pourrait avoir un rôle dans le changement climatique...

Je ne sais pas. Mais une chose est sûre : même si le changement climatique n’était pas dû aux activités humaines (pourtant, c’est vraiment le cas), on aurait quand même intérêt à renoncer aux énergies fossiles parce que c’est une source d’énergie limitée, en voie d’épuisement.

Quel effet a le changement climatique sur la couche d’ozone ?

Ce n’est pas la même chose. Les gaz responsables du trou dans la couche d’ozone (HFC, anciens gaz contenus dans les déodorants, les frigos, les climatiseurs) ne sont pas les mêmes que ceux responsables du changement climatique. Pour lutter contre le trou dans la couche d’ozone, il existe une autre instance de l’ONU, le Protocole de Montréal, qui se réunit tous les ans, comme la COP.

Mais il existe un lien entre les deux : on a réussi par la coopération internationale à progressivement résorber le trou dans la couche d’ozone, preuve qu’on peut trouver des solutions à 195 États. Mais attention, il faut tirer une leçon importante de la gestion du trou dans la couche d’ozone : un des gaz qui permet de remplacer les gaz responsables de ce trou est un puissant gaz à effet de serre. Attention donc aux fausses solutions !

Quelle est l’influence du changement climatique sur la faune ?

Je ne suis pas spécialiste, mais je sais que le changement climatique cause des disparitions d’espèces car leur vitesse de déplacement n’est pas toujours suffisante pour fuir le changement climatique et se rendre dans des milieux plus adaptés. Certaines associations s’occupent spécialement de cette question, comme France nature environnement.

Évelyne – C’est vrai que quand j’étais petite, quand on m’emmenait à la pêche, il y avait plus de poissons que maintenant. Certaines espèces comme les épinoches ont disparu. À l’inverse, d’autres poissons qui n’étaient pas là avant sont arrivés. Et aujourd’hui, certaines cigognes restent là toute l’année au lieu de migrer comme elles le faisaient avant.

Quel est le prix des conséquences du changement climatique ?

Un rapport sénatorial est paru en juillet dernier sur le coût économique et financier de la pollution de l’air. Il chiffre ce coût à cent milliards d’euros par an !

Par ailleurs, les pays commencent à s’alarmer, car ils réalisent qu’il serait plus coûteux de ne rien faire et de devoir s’adapter à des changements climatiques importants, plutôt que de prendre des mesures de réduction des émissions dès à présent.

Le changement climatique et les personnes à faible revenus

Quel est le point de vue des dirigeants sur la pollution des personnes à faibles revenus ?

Ils n’ont pas vraiment de point de vue... ou alors, un point de vue faussé. Ils pensent que certaines mesures nécessaires sont impopulaires et les empêcheraient d’être réélus, mais l’expérience démontre le contraire : aujourd’hui, le climat et la pollution, c’est aussi une question de pauvreté. On n’est pas tous égaux face à la pollution et aux impacts du changement climatique et quand on parle aux gens, on se rend compte qu’ils veulent des réformes et du changement pour lutter contre les phénomènes.

Pourquoi avoir accepté de nous rencontrer ?

Je suis très contente de vous avoir rencontré, parce qu’habituellement je rencontre surtout des négociateurs et des experts du climat – pas assez de gens qui n’ont pas de voix dans ces débats. Or, quand on présente nos arguments et nos mesures aux États, ils nous répondent qu’on ne sait pas si c’est ce que veut la population, si elle est d’accord avec ça !

- Propos recueillis par Christelle, Évelyne, Francis, Laurent, Marie-France et Marina

BNP, EDF et Chevron champions de l’hypocrisie, selon les ONG d’environnement Marie Astier et Elisabeth Schneiter (Reporterre) Reporterre 2015/12/04 Marie Astier et Elisabeth Schneiter (Reporterre) (4 décembre 2015) BNP, EDF et Chevron champions de l’hypocrisie, selon les ONG d’environnement. Reporterre. Économie fr

BNP, EDF et Chevron champions de l’hypocrisie, selon les ONG d’environnement

Les prix Pinocchio ont été décernés par plusieurs ONG écologistes jeudi 3 décembre. Ces prix ciblent les compagnies championnes de l’éco-blanchiment. Lauréats de cette année : la banque BNP-Paribas, l’électricien EDF et le pétrolier Chevron.

Pinocchio : ce petit garçon a un air innocent et sympathique, une multinationale l’aurait volontiers choisi pour une campagne de communication. Les Amis de la Terre, eux, l’ont élu pour son nez qui s’allonge, s’allonge, s’allonge, quand il raconte trop d’histoires inventées… Jeudi 3 décembre au soir, la cérémonie de remise des prix Pinocchio a couronné trois poids lourds du monde de l’énergie : l’électricien EDF, la banque BNP Paribas et le pétrolier Chevron. EDF et BNP-Paribas sont des sponsors de la COP21, la Conférence climat de l’ONU qui se tient en ce moment au Bourget.

43.000 internautes ont voté pour choisir les lauréats parmi les neuf entreprises en lice. Pour cette spéciale climat, étaient ciblés « les entreprises multinationales dont les activités ont un impact direct sur le climat et les communautés à travers le monde, et celles dont l’influence, à travers le lobbying, (…) détruit les politiques climatiques », indiquent les organisateurs : les Amis de la Terre, Peuples solidaires, Corporate Europe Observatory et le Centre de recherche et d’information sur le développement.

Sur la scène de la Flèche d’Or, dans le 20e arrondissement de Paris, deux acteurs présentent la soirée façon Oscars. La salle est pleine, l’ambiance chaleureuse. Seule différence, les lauréats ont été invités, mais ont curieusement décliné…

L’énergie nucléaire, « décarbonée » ?

Le premier prix décerné est celui du greenwashing (éco-blanchiment). « C’est un peu comme si Dominique Strauss-Kahn devenait moine », tente d’expliquer le présentateur sous les rires de la salle. Les nominés sont les deux géants français de l’énergie EDF et Engie, ainsi que le leader mondial des engrais de synthèse Yara. Et le prix est remis à… EDF !

Le géant français de l’électricité « utilise son statut de sponsor officiel de la Conférence internationale sur le climat (COP21) pour lancer une campagne publicitaire à grande échelle vantant les vertus du nucléaire comme énergie « propre » et « sans CO2 », dénoncent Les Amis de la Terre. Or, l’extraction de l’uranium nécessaire à l’énergie nucléaire « requiert des quantités considérables d’énergie et entraîne donc des émissions importantes de gaz à effet de serre, poursuit le rapport. (…) Le bilan carbone du nucléaire peut se révéler dans certains cas supérieur à celui de certaines sources fossiles. »

L’électricien se définit pourtant comme « partenaire officiel d’un monde bas carbone », via une série de publicités diffusées dans les grands quotidiens. « Dans ces messages, EDF ne parle jamais de nucléaire, il met en avant les renouvelables. Or en France, si on enlève les grands barrages, les renouvelables ne représentent que 0,2 % du mix électrique », rappelle Charlotte Mijeon de l’association Sortir du Nucléaire.

« Pendant la COP 21 notre objectif est de montrer que l’électricité décarbonée réduit la dépendance de nos sociétés aux énergies fossiles, répond EDF à Reporterre, qui l’a interrogée dans l’après-midi. Notre campagne pour la COP21 s’appuie sur des faits : nous sommes le leader européen des énergies renouvelables et nous avons l’intention de doubler nos capacités dans le monde d’ici 2030. »

« EDF cherche surtout à légitimer les investissements dans le nucléaire, tempère Charlotte Mijeon. Il est prévu un programme d’au moins 55 milliards d’euros pour prolonger la vie des centrales à 40 ans. Mais chaque euro investi dans le nucléaire, c’est autant qui ne va pas dans les renouvelables. »

Une banque française bien placée dans le charbon

Deuxième prix, celui de l’impact sur les populations locales. Anglo American (grosse entreprise minière), Shell et BNP Paribas sont les nominés. C’est cette dernière qui remporte le prix. Elle aussi a pu devenir sponsor de la COP 21, pour la somme de 250.000 euros, selon l’enquête d’ATTAC. « Pour eux, c’est de l’argent de poche », précise Maxime Combes, auteur de la note.

« Cela n’empêche pas BNP-Paribas d’avoir augmenté ses financements dans le secteur du charbon entre 2005 et 2013 », note Lucie Pinson, en charge du dossier aux Amis de la Terre. Elle cite le rapport publié mercredi en collaboration avec l’ONG Bank Track : la BNP Paribas est la première banque française pour le financement du charbon, la quatrième dans le monde.

« Par exemple la BNP a financé la gigantesque centrale à charbon Tata Mundra, sur la côte nord ouest de l’Inde, poursuit la chargée de campagne. Elle prétendait apporter l’électricité aux populations locales. En fait, elle n’est pas rentable et a fait augmenter le prix de l’énergie, sans parler des conséquences environnementales. »

Le même scénario est en train de se répéter en Afrique du Sud, où les troisième et quatrième plus grosses centrales à charbon du monde sont en train de se construire. « La totalité des grandes banques françaises, dont la BNP, ont en fait participé au financement de ces projets », regrette Lucie Pinson. En plus de l’impact climatique, « les conséquences sur place pourraient être catastrophiques, craint Tristen Taylor, de l’ONG Earthlife Africa, qui lutte contre le projet depuis le début. Il y a d’abord les quantités d’eau utilisées qui sont énormes et renforcent les problèmes de sécheresse. Et puis la Banque mondiale avait mis, comme condition au financement de ces centrales, qu’elles limitent leurs rejets toxiques dans l’atmosphère. Mais pour l’instant il n’est pas prévu de les équiper pour cela. »

Chez BNP, la réponse du service de presse est en désaccord : « Nous en avons déjà discuté avec les ONG, nous ne sommes pas d’accord avec leur système de calcul. Nous avons fait un bilan : dans le mix électrique financé par la BNP, il y a 23,5 % de charbon, alors que dans le mix mondial il y en a 40,4 %. Donc nous sommes en avance. »

Mais qu’en est-il de l’impact sur les populations locales ? « Chez nous un projet doit faire l’objet d’une consultation des populations locales, d’un dédommagement et d’un mécanisme de recours, pour que les habitants puissent faire appel devant des pouvoirs locaux », répond l’attachée de presse.

Enfin, troisième catégorie des prix Pinocchio, celle du lobbying. Chevron est l’heureux « vainqueur ». L’entreprise américaine est dénoncée « pour sa politique très agressive de lobbying pro-gaz de schiste en Argentine », indiquent les organisateurs du Prix (plus d’informations dans l’encadré ci-dessous).

Des lobbys qui « paralysent » la COP

« Le fait que deux de nos lauréats soient des sponsors de la COP 21 est un symptôme", estime Pascoe Sabido, de l’ONG Corporate Europe Observatory. « C’est la partie immergée de l’iceberg, complète Malika Perreault des Amis de la Terre. Cela fait vingt-et-un ans que les négociations climat s’enlisent parce que les gouvernements sont paralysés par les lobbys. » Elle cite les rencontres, soirées et événements qui permettent aux représentants des grandes entreprises de côtoyer les décideurs.

L’exemple le plus significatif étant le World Climate Summit, qui aura lieu ce dimanche 6 décembre. Décrit comme le rassemblement de la finance, du business et des décideurs, il accueillera notamment le ministre des affaires étrangères Laurent Fabius et la maire de Paris Anne Hidalgo. « Tout cela participe à une ambiance générale, où les gouvernements travaillent avec les entreprises plutôt qu’avec la société civile », conclut Maxime Combes.

PLUS DE VINGT ANS DE BATAILLE ENTRE CHEVRON ET DES HABITANTS DE L’AMAZONIE

Chevron est peu connu en France, mais cette compagnie pétrolière états-unienne l’est beaucoup plus en Equateur. Car depuis plus de 20 ans, 30.000 Équatoriens vivant dans la forêt tropicale amazonienne se battent contre elle. Ils accusent la compagnie d’avoir sciemment dévasté leurs terres et leurs vies en rejetant dans la nature les déchets d’exploitation des puits de pétrole, chargés en métaux lourds et très polluants. Chevron a déclaré 19,2 milliards de dollars de profits en 2014, l’équivalent de la moitié du budget de l’Équateur, et refuse obstinément de dédommager les victimes.

L’affaire remonte à l’exploitation par Texaco – racheté par Chevron en 2001 – du million d’hectares de forêt primaire concédés par l’État équatorien entre 1964 et 1990. Alors que des techniques éprouvées permettent de limiter les pollutions dues à l’exploitation pétrolière dans les zones habitées en réinjectant les déchets dans les puits, Texaco les rejetait dans les rivières, les stockait dans des piscines à ciel ouvert non étanches et les utilisaient même pour recouvrir les routes utilisées par ses camions, favorisant ainsi la diffusion dans l’environnement des produits toxiques.

Présenter des excuses publiques

Les plaignants, qui souffrent de cancers et de maladies à cause des eaux polluées, sont défendus principalement par l’avocat équatorien Pablo Fajardo et l’avocat états-unien Steven Donzinger. Leur première plainte collective est déposée aux États-Unis en 1993, puis le procès se déroule en Équateur à partir de 2001 avant de s’internationaliser. Au lieu de reconnaître ses responsabilités dans cette catastrophe écologique et humanitaire, Chevron choisit la stratégie de l’épuisement des plaignants, en déplaçant le procès sur plusieurs fronts et en espérant qu’ils ne pourront pas suivre financièrement.

En 2008, Pablo Fajardo et son collègue Luis Yanza reçoivent le prix Goldman pour l’environnement, ce qui accroît la médiatisation du procès. Chevron y répond par une campagne de relations publiques diffamatoire soutenue pas des personnalités acquises à sa cause.

Le 14 février 2011, 17 ans après la première plainte, le juge équatorien Nicolás Zambrano condamne Chevron-Texaco à payer 8,56 milliards de dollars, la somme passant à 18 milliards de dollars si Chevron ne présente pas des excuses publiques. Cette amende est l’une des plus élevées dans l’histoire du droit de l’environnement, bien supérieure à celle de 4,5 milliards de dollars infligée à ExxonMobil pour la marée noire provoquée par le naufrage du pétrolier Exxon Valdez en Alaska en 1989.

Chevron refuse de payer et contre-attaque aux États-Unis, alléguant que le jugement aurait été remis tout écrit sur une disquette au juge, corrompu par les plaignants équatoriens. Le 9 février 2011, Chevron obtient d’un juge fédéral états-unien, Lewis Kaplan, de la cour de Manhattan, une ordonnance interdisant aux demandeurs de faire exécuter ce jugement équatorien aux États-Unis. Mais, le 26 janvier 2012, la cour d’appel fédérale états-unienne statue que le juge Kaplan n’a pas le pouvoir de bloquer cette exécution.

Chevron n’a toujours rien payé

Le feuilleton judiciaire se poursuit simultanément en Équateur, aux États-Unis et devant la Cour internationale de La Haye. Celle-ci confirme, en mars 2015, la condamnation de Chevron par le juge Nicolás Zambrano. La compagnie attaque alors personnellement l’avocat Steven Donziger, en avril dernier, mais le rapport d’un expert, Christopher Racich, vient infirmer les allégations de Chevron et prouve que le jugement de Nicolás Zambrano a bien été écrit sur ses propres ordinateurs sur une période de quatre mois. En novembre, le principal témoin de Chevron qui accusait le juge Nicolás Zambrano de malversations se rétracte…

Un demi-siècle après avoir conçu des puits de pétrole qui déversaient leurs déchets non traités dans la forêt tropicale, Texaco-Chevron n’a toujours rien payé à ceux qu’il a lésés. Commencés il y a plus de vingt ans, les procès continuent simultanément en Équateur, dans certains pays où Chevron a des actifs, dans des juridictions de nature différentes, certaines des tribunaux d’arbitrage. Petit à petit, pourtant, la multinationale perd du terrain. Les droits des Équatoriens et des pauvres qui se battent contre Chevron et ses semblables seront-ils un jour reconnus ?

Un zadiste candidat aux élections régionales Anna Quéré (Reporterre) Reporterre 2015/12/04 Anna Quéré (Reporterre) (4 décembre 2015) Un zadiste candidat aux élections régionales. Reporterre. Luttes fr

Un zadiste candidat aux élections régionales

Mathieu Carpentier, ancien porte-parole de la ferme des Bouillons, ZAD située près de Rouen et expulsée fin août, a choisi de s’engager sur une liste EELV pour les élections en Normandie. Zad et politique ? Cela paraît antinomique. Mais Carpentier assume le paradoxe.

- Caen, reportage

Si ce n’étaient ses longues dreadlocks, Mathieu Carpentier pourrait passer pour un étudiant sérieux et rangé. Mais, sous ses airs de jeune homme réfléchi, Mathieu est un militant politique de longue date, qui affirme son indépendance d’esprit. À 31 ans, il participe à la campagne des régionales, aux côtés des têtes de listes d’Europe Écologie-Les Verts (EELV), en Normandie. Une terre qu’il a appris à connaître depuis qu’il y est arrivé il y a quelques années, en provenance de Lille. Un territoire rural qui lui tient à cœur, alors que ce jeune urbain, fils de fonctionnaires, n’était pas destiné à s’intéresser au monde agricole. Une campagne électorale au sein d’un parti classique : un engagement surprenant pour un jeune homme investi dans l’action militante radicale.

« J’ai passé mon bac en 2002, dans la foulée des attentats du 11 septembre et de l’arrivée de Le Pen au 2e tour de l’élection présidentielle. On était prêts pour entrer dans la vraie vie ! » ironise t-il d’un ton blagueur. Le brillant étudiant débarque à Rennes pour ses études, brusquement interrompues par la naissance de ses jumeaux. Il a 20 ans. Entre petits boulots, éducation des enfants et lectures à foison, Mathieu cherche sa voie. « Je cherchais à concilier le fait d’avoir des enfants et la difficulté de trouver un boulot qui soit en adéquation avec mes idées. La relocalisation, qui pouvait permettre de résoudre les questions liées à l’alimentation et la lutte contre le chômage, m’est apparue comme l’une des solutions. Cela devenait un moyen de lutte au niveau local qui avait du sens. » Toujours à Rennes, Mathieu reprend ses études en fac d’histoire et passe un master en économie sociale et solidaire. Il commence alors à travailler dans diverses structures et atterrit à Rouen pour travailler au sein de la Civam de Haute-Normandie, un réseau associatif qui œuvre pour le développement agricole dans un esprit solidaire.

La mort de Rémi Fraisse les bouleverse

C’est un collègue de travail de Mathieu qui l’entraine la première fois sur le site de la ferme des Bouillons. Cette modeste exploitation de Mont-Saint-Aignan, dans la banlieue de Rouen, a connu un étrange destin : en 2012, elle est tout d’abord vendue par ses derniers propriétaires à Immochan, une filière d’Auchan, qui envisage d’y construire un centre commercial. Mais c’est sans compter la mobilisation de nombreux militants, qui décident d’occuper les lieux dès décembre 2012. Quelques mois plus tard, Mathieu découvre ces 4,5 hectares préservés, entouré de forêts : « Quand je suis arrivé, j’ai d’abord été frappé par la beauté du lieu. Je suis tombé amoureux de cette ferme », raconte-t-il. Il s’engage dans l’action et vient alors habiter la ferme aux côtés d’autres militants (écouter son ITV fin 2014).

Cet été-là, Mathieu fait venir ses parents pour qu’ils visitent les lieux : d’un milieu plutôt conservateur, ils n’ont encore jamais côtoyé ce genre de militants mais sont conquis par l’esprit collectif et convivial de la ZAD (zone à défendre). « Depuis, raconte Mathieu, fier et ému, ma mère ne cuisine plus que des produits bio ! »

Entre maraîchage, concerts et conférence, les occupants de la ZAD décident de tenter un rachat collectif du site, devenu entretemps zone naturelle protégée. Ami proche de Mathieu Carpentier, lui aussi occupant actif de la ZAD, Mathieu Defrance observe son camarade faire ses premières armes comme porte-parole des Bouillons : « Mathieu a une solide formation universitaire. Il lit énormément. C’est un intellectuel. Du coup, il est capable d’étayer, de contrebalancer. Il peut tenir une parole constructive. C’était salutaire à ce moment-là aux Bouillons. » Car loin de la paisible ferme, à l’autre bout de la France, des zadistes des Bouillons ont rejoint les occupants du barrage de Sivens. Les affrontements y sont violents. Le 25 octobre, la mort de Rémi Fraisse les bouleverse. « Pour moi, c’est vraiment le point de basculement », explique Mathieu.

Le grand bain de la politique

Avec ses camarades, il participe à la création d’une ZAD, en dressant tentes et cabanes devant le palais de justice de Rouen. De nouveaux militants arrivent aux Bouillons. L’ambiance n’est plus la même. Alors que le projet de rachat de la ferme se formalise bon an mal an au début de l’été 2015, le scénario bascule : Auchan signe un compromis de vente avec une SCI familiale. La vente est entérinée le 18 août. Le lendemain, les CRS expulsent la trentaine de militants présents sur la ferme. Mathieu est parmi eux. Il se laisse emmener sans violence, mais se souviendra avec amertume de ce petit matin du 19 août.

Un mois plus tard, lorsque les partis politiques commencent à préparer leurs listes pour les régionales, EELV décide d’ouvrir les siennes à des personnes issues, disent-ils, de « la société civile ». Claude Taleb, tête de liste en Seine-Maritime et vice-président chargé de l’Agriculture en région Haute-Normandie, a suivi de près le dossier de la ferme des Bouillons. Il connaît Mathieu Carpentier, apprécie son sérieux et son engagement : « Quand on a commencé à monter les listes, j’ai tout de suite pensé à Mathieu. Selon moi, être candidat aux régionales, c’est une expérience intéressante pour lier un combat citoyen à l’action publique. »

Mathieu Carpentier sourit : « Quand on m’a proposé cette place sur la liste, j’ai hésité. J’avais peur de me fâcher avec les autres. Finalement, je vois ça avant tout comme un engagement personnel. »

Les Verts, il les connaît déjà un peu, pour les avoir fréquentés dans ses années étudiantes, à Rennes. « Il y avait des gens intéressants mais je trouvais que beaucoup jouaient trop le petit jeu politicien classique. » Aujourd’hui, pourtant, entre visite de fermes bio et meetings, c’est la plongée dans le grand bain de la politique. José Bové est à leurs côtés ce jour-là. Mathieu Carpentier semble heureux de cette présence : « Ça me fait plaisir de le voir là. Millau, le démontage du Mac Do, j’avais 15 ans à cette époque. C’était l’irruption de l’altermondialisme en France. Ça répondait à plein de questions que je me posais, ça me parlait ! »

« La politique, c’est une arme, un outil »

Pour Mathieu, la campagne politique qu’il mène est un prolongement de l’action sur le terrain. « La politique, c’est une arme, un outil. Quand on est militant, il faut savoir s’en emparer. Si on n’y va pas, on n’a que nos yeux pour pleurer. Et puis, on est conscients qu’il faut des courroies politiques. Lors du combat pour la ferme des Bouillons, on a trouvé des élus pour nous entendre. »

Mathieu Defrance, son ami de la ZAD des Bouillons, est plus mitigé : « Je suis partagé sur l’engagement politique institutionnel. Les Verts se donnent une belle image grâce à Mathieu. Ensemble, on a beaucoup discuté sur la lutte des classes. Les Verts refusent d’en parler, je trouve ça dommage. En s’engageant à leurs côtés, Mathieu espère peut-être de faire passer des idées novatrices dans les structures écologistes. J’ai des doutes mais je respecte son choix. »

Mathieu Carpentier préfère ne pas se projeter sur l’après-élections. « Mes colistiers m’ont prévenu que, même si je suis élu, je vais être déçu car, d’après eux, l’action politique, c’est d’abord un travail de patience. Il faut faire des compromis. Ça avance très lentement. » Il pense à son paradis perdu, à cette ferme des Bouillons à laquelle il s’était tant attaché. « La région avait demandé des comptes sur cette histoire, et n’a obtenu que des réponses lacunaires. Si la droite passe, explique Mathieu, on n’en entendra plus jamais parler. Alors, il faut qu’on mette la gomme ! »

La police violente de nouveau des manifestants pour le climat Marie Astier et Maëlle Ausias (Reporterre) Reporterre 2015/12/04 Marie Astier et Maëlle Ausias (Reporterre) (4 décembre 2015) La police violente de nouveau des manifestants pour le climat. Reporterre. Reportage — Libertés fr

La police violente de nouveau des manifestants pour le climat

Une manifestation pacifique était organisée ce matin dans le Grand Palais, à Paris, où les entreprises tiennent un salon des « Solutions » au changement climatique. Mais la police est violemment intervenue, évacuant ceux qui dénoncent ces « fausses solutions ». Reporterre était là, et s’est fait bousculer.

- Paris, reportage

Le rendez-vous était donné à midi à l’intérieur du Grand Palais, près des Champs-Élysées, par des associations (Attac, Amis de la terre, Peuples Solidaires,...). Enjeu : dénoncer ce qui, selon nombre d’associations écologistes, sont des "fausses solutions" au changement climatique.

Pour mettre en avant leurs projets auprès du grand public, de nombreuses entreprises y ont organisé « Solutions COP21 ». Avec des associations et des collectivités territoriales, elles y présentent leurs innovations en matière de lutte contre le changement climatique lors d’une immense exposition gratuite organisée au Grand Palais, à Paris, du 4 au 10 décembre. Cette initiative a coûté 4 millions d’euros.

En attendant le début de l’action, on fait le tour des stands. Chez Engie, le directeur environnement Hervé Casterman nous explique que « le gaz émet deux fois moins de gaz à effet de serre que les autres énergies fossiles, c’est donc un moyen d’accélérer la transition écologique. » Chez Evian, on nous explique fièrement que le recyclage d’une bouteille permet de fabriquer quatre stylos. Chez Cisco, entreprise californienne fournisseur de services pour l’internet, le directeur développement durable Philippe Dumont explique qu’on peut changer « la vie quotidienne et les comportements grâce à la technologie. » Au stand d’Avril, une magnifique voiture de tournesols symbolise les avantages environnementaux du Diester, qui « émet 40 à 60 % moins de gaz à effet de serre que le diesel », nous détaille une des employées du service développement durable.

Un brouhaha de fond donne une ambiance calme, agrémentée d’un bruit de grenouilles fait par de petits véhicules verts à pédales.

Dans le public, on croise des visages connus, on comprend que les militants commencent à entrer dans le Grand Palais avec le public. Mais certains témoignent d’avoir été séparés de leurs amis : « À l’entrée ils font une sélection selon l’apparence, et ils écartent certaines personnes sans explications. Des dreadlocks ou un bonnet coloré ça ne passe pas ! » On constate que des gendarmes sont postés à l’entrée et semblent fouiller le public.

Vers 13h30, les organisateurs décident qu’il y a suffisamment de militants à l’intérieur. Une militante lève une feuille blanche marquée du signe « EN », « Toxic Tour in english », appelle-t-elle. Un amas de caméras s’amasse autour d’elle. Puis un second lance « Toxic Tour in French ! », une feuille blanche « FR » surgit. On suit.

Très vite, le groupe de journalistes et de militants est dirigé par des policiers en civil [1] dans un couloir, au bord des stands. « Vous ne voulez pas qu’on puisse voir les logos des entreprises, c’est cela ? » questionne Sylvain Angerand, chargé de campagne aux Amis de la Terre. C’est lui qui mène la visite. « Ce n’est pas grave, regardez derrière vous par exemple, il y a le stand d’Engie. Ils disent qu’ils ne construiront plus de centrales à charbon, mais ils en ont encore trente en fonctionnement ! »

Il cite également Intermarché, la lessive Le Chat, le groupe Avril, Renault, énumérant des exemples démontrant en quoi ces entreprises n’ont pas de solutions pour le changement climatique mais que leurs action l’accentuent.

Pendant ce temps là, les autres « lobbys tours » poursuivent eux aussi leur chemin. Le ministre de l’agriculture, Stéphane Le Foll, est en visite au salon. Un groupe de paysans se poste sur son passage, chantant « Si t’aimes bien le greenwashing, frappe dans tes mains ! ». La police intervient pour les mettre dehors.

Dans le groupe mené par Sylvain Angerand, nous sommes cernés. D’un coup, une bousculade, les policiers le saisissent violemment pour l’évacuer du Grand Palais. Puis, les policiers entreprennent de sortir les militants qui l’entouraient et qui s’assoient, chantant à nouveau la chanson du greenwashing. Les policiers les prennent un à un, en les forçant à sortir par une des portes latérales du bâtiment. Une femme emmenée fait une crise d’asthme : « Donnez moi ma Ventoline ! » Les policiers n’écoutent pas et l’embarquent. Une autre dame, elle aussi d’une cinquantaine d’année, proteste. Elle est emmenée manu militari.

L’ambiance semble se calmer. On se regroupe avec d’autres journalistes, un photographe, bousculé dans la cohue, a pris un coup sur l’arcade sourcilière. Le président des Amis de la Terre, Florent Compain, nous apprend que Sylvain Angerand vient d’être mis dehors, il n’est pas interpellé.

« Les fausses solutions sentent mauvais ! »

On voit passer d’autres militants, un policier sous chaque bras, se faisant accompagner vers la sortie. C’est là que les policiers nous saisissent fermement. Malgré nos protestations en tant que journalistes, ils nous emmènent aussi dehors. Avec nous, deux journalistes étrangers. À la sortie, un groupe de policiers relève les identités des personnes exfiltrées. Nous refusons de donner les nôtres. Finalement, un gendarme nous conduit à la bouche de métro.

- Écouter l’échange, enregistré au téléphone à 14 h 32 (le son n’est pas très bon) entre Marie Astier et des policiers : ceux-ci veulent l’interpeller, puis l’empêcher de travailler. Elle rappelle qu’elle exerce son métier de journaliste et empêche les policiers d’interpeller Maëlle Ausias, étudiante en journalisme et stagiaire à Reporterre :

Une chaîne de militants se forme devant le Grand Palais. Pour la briser et repousser les militants, les gendarmes utilisent de petites bombes lacrymogènes. Une banderole est déployée devant les marches : « Fausses solutions 21 : pas de paix sans justice climatique ! » L’ambiance se calme. Les manifestants crient « liberté, liberté ! ». Les gendarmes mobiles encerclent le regroupement, évacuent les manifestants. L’un d’eux, monté en haut d’un poteau d’éclairage public, est délogé par des gendarmes voltigeurs. Une journaliste états-unienne de Vice News pleure à chaudes larmes, choquée. « Certaines personnes qui essayaient de sortir de la nasse des gendarmes ont été poussées et ont reçu des coups de pieds des gendarmes », affirme un témoin. « Ils n’y sont pas allés de main morte, témoigne un des paysans présents, Emmanuel Aze. Je pense que les policiers en civil étaient de la BAC [Brigade anti criminalité], qui n’a pas la même culture d’intervention que les CRS [Compagnies républicaines de sécurité] »

Vers seize heures, le calme est revenu, les gendarmes retournent à leurs camions. Les militants se dispersent. L’un d’eux nous demande : « Vous n’avez rien senti dans le Grand Palais ? » Ses mains sentent le poisson. « On a répandu des extraits de poisson, car les fausses solutions sentent mauvais ! »

Alors que la police a annoncé qu’« une trentaine de manifestants ont été repoussés du Grand Palais, puis contrôlés », donc qu’aucune interpellation n’a eu lieu, les organisateurs évaluent qu’une petite centaine de militants ont pu entrer à l’intérieur et que cinq cents ont accompagné l’action depuis l’extérieur. Ils appellent à revenir sur les lieux pendant toute la Conférence climat, afin de maintenir la pression. Sous quelle forme ? « Les manifestations sont un des moyens d’expression mais il faut se montrer créatif », nous confient-ils.

TÉMOIGNAGE DE PIERRE MOREL, PHOTOJOURNALISTE

« Aujourd’hui 4 décembre 2015, un peu avant 14 h. Je couvrais en tant que photojournaliste accrédité et en commande pour le site d’information Les Jours l’action non violente « Fausses Solutions 21 » organisée au sein du Grand Palais. Un des policiers en civil qui encerclaient des militants et des journalistes a asséné un violent coup de coude à mon appareil photo qui a ensuite heurté mon visage et ouvert une plaie au dessus de l’arcade. Je ne sais pas si son geste était volontaire ou non, mais la conséquence est là.

Rien de grave pour moi si ce n’est une prise en charge par la sécurité civile et quelques points de suture aux urgences de l’hôpital Saint-Louis. Et bien sûr, l’impossibilité de suivre le reste de l’action et le salon.

Lors de cette action, de nombreuses personnes ont été arbitrairement interdites d’entrer dans le Grand Palais. Celles qui sont entrées ont été rapidement et violemment évacuées après le début de l’action. Peu après 14 h, les policiers en civil (que je présume de la BAC, brigade anticriminalité) ont aussi procédé à l’évacuation manu militari des journalistes restants (dont une journaliste de l’Agence France Presse et une autre de Reporterre, évacuée sous mes yeux). Ces dernières ont été clairement visées.

Je tiens à souligner que je n’ai pas été la seule personne visée et de nombreux journalistes et militants ont aussi subi l’action violente de la police en civil. »

TÉMOIGNAGE DE GILLES DEGUET, VICE-PRÉSIDENT EELV DE LA RÉGION CENTRE

- L’élu a été expulsé par la police, alors qu’il n’avait rien à voir avec les manifestations.

« Je suis venu à 10 h pour visiter le lieu. Nous avons un stand, en tant que collectivité territoriale au sein de Solutions 21. Vers midi, des gens passent en manifestant. Donc, curieux, je vais les voir pour discuter. Mais vite, je me rends compte qu’on est encerclés par des policiers, et que c’est pour nous pousser vers la sortie.

Franchement, c’est imbécile et scandaleux, il ne faut pas empêcher le débat. Il n’y a eu aucune violence de la part des manifestants. Dans le Grand Palais, ce sont les policiers qui ont créé le désordre. Après, un gus sort une banderole, dix policiers lui tombent dessus pour le mettre dehors. Moi, j’ai sorti un mouchoir pour voir si ça faisait le même effet... et ça a fait le même effet ! Deux types m’ont pris par les bras, et je me suis retrouvé mis dehors. »

TÉMOIGNAGE DE NOMAN, PHOTOGRAPHE

VIDEO SUR CE QUI S’EST PASSE A L’EXTERIEUR

Un reportage vidéo sur comment la police a empêché les gens d’entrer dans le Grand Palais, par Stéphane Trouille

Pourquoi je lutte contre la COP 21 Emmanuel Daniel Reporterre 2015/12/05 Emmanuel Daniel (5 décembre 2015) Pourquoi je lutte contre la COP 21. Reporterre. Tribune — Luttes fr

Pourquoi je lutte contre la COP 21

L’auteur de cette tribune estime qu’il n’y a rien à attendre de la conférence de Paris sur le climat. Les solutions envisagées y seraient portées par des pompiers pyromanes pour « ne pas remettre en cause le capitalisme et sa logique folle d’accumulation et de destruction ». Manifester permet de rappeler que « luttes climatiques et sociales sont intrinsèquement liées ».

Emmanuel Daniel est journaliste.

Depuis lundi se tient au Bourget la COP 21, la conférence des Nations unies sur le changement climatique. De quoi s’agit-il ? Près de 200 chefs d’États se réunissent dans un aéroport avec certaines des multinationales les plus polluantes de la planète et quelques ONG pour tenter de contenir le réchauffement. Ces pompiers-pyromanes veulent faire oublier leurs responsabilités dans le changement climatique et faire croire qu’il s’agit d’une catastrophe naturelle, un péril tombé du ciel. Pourtant, ce sont bien les orientations politiques et économiques prises ces dernières années, la recherche à tout prix de la croissance et du profit, qui nous ont amenés au bord du gouffre social et climatique.

Les Saboteurs du climat nous assurent malgré tout qu’ils vont tout faire pour le réparer. Ce refrain, ils le chantent depuis longtemps déjà. La COP 21 est le 21e sommet pour le climat. Or, depuis la première réunion à Berlin en 1995, la situation n’a fait qu’empirer. Malgré les promesses à répétition, les émissions de CO2 n’ont jamais été aussi élevées qu’aujourd’hui. S’ils avaient la capacité ou la volonté d’agir vraiment, on pourrait raisonnablement penser qu’ils auraient commencé à le faire avant. Malgré l’évidence de l’échec de ces négociations, la COP 21 est souvent présentée comme le « sommet de la dernière chance ».

À nous d’agir pour éviter que ce monde ne devienne plus irrespirable qu’il ne l’est déjà

Les participants vont tenter de se mettre d’accord sur des engagements « contraignants » pour éviter que la planète devienne invivable d’ici à la fin du siècle. Ces politiciens et ces multinationales nous proposent toute une batterie de fausses solutions qui, selon eux, nous permettraient de polluer moins, ou mieux. Parmi les mesures suggérées : quotas de CO2, nucléaire et charbon « propres », agrocarburants, géo-ingénierie, data centers écoresponsables, compteurs électriques « intelligents », charte de bonne conduite des multinationales, outils de mesure de la pollution... Ces fausses pistes leur permettent de ne pas parler des vraies causes du changement climatique (l’extraction des énergies fossiles, l’agriculture intensive...) et de ne pas remettre en cause le capitalisme et sa logique folle d’accumulation et de destruction.

Manifester contre la COP 21, c’est rappeler que les luttes climatiques et sociales sont intrinsèquement liées. Dans les deux cas, ce sont une minorité de riches qui font subir les conséquences de leur domination à une majorité de pauvres. Si nous descendons dans les rues malgré l’état d’urgence, c’est pour dénoncer cette mascarade et empêcher les responsables du changement climatique de se faire passer pour les sauveteurs du climat. C’est également dire aux personnes qui se soucient du sort de la planète et des êtres qui y vivent qu’elles n’ont rien à attendre des responsables politiques et des multinationales. C’est à nous d’agir pour éviter que ce monde ne devienne plus irrespirable qu’il ne l’est déjà. Les manifestations contre la COP 21 qui ont déjà eu lieu (et qui continueront à se dérouler dans les prochains jours malgré le climat de terreur qu’ils tentent d’imposer) sont également l’occasion pour celles et ceux qui sont convaincu-e-s que notre avenir est entre nos mains et pas dans les leurs de se rencontrer et de s’organiser pour que la mobilisation pour le climat et contre le capitalisme ne s’arrête pas avec la fin de la COP 21.

Les transports, enjeu majeur des élections régionales en Île-de-France Aurélie Delmas (Reporterre) Reporterre 2015/12/05 Aurélie Delmas (Reporterre) (5 décembre 2015) Les transports, enjeu majeur des élections régionales en Île-de-France. Reporterre. Politique fr

Les transports, enjeu majeur des élections régionales en Île-de-France

Derrière la « sécurité », il y a les problèmes que peuvent vraiment résoudre les régions, alors que le premier tour des élections régionales a lieu dimanche 6 décembre. Les transports sont l’une des prérogatives des nouvelles régions. En Île-de-France, où les réseaux sont saturés, les candidats ont multiplié les propositions tous azimuts. Quitte à frôler l’irréalisme.

Métro, RER, tramways, autobus… Chaque jour, environ 8,3 millions de déplacements sont effectués dans les transports en commun franciliens. C’est donc tout naturellement que les candidats aux élections régionales d’Île-de-France en ont fait un thème central de la campagne 2015.

Le conseil régional élu en 2010, présidé par le socialiste Jean-Paul Huchon, laisse un bilan contrasté. Le socialiste François Kalfon, conseiller régional et actuel président de la Commission transport, salue « le mandat de la mise en œuvre de la révolution des transports ». « Il y a quinze ans, se félicite Pierre Serne, vice-président EELV du conseil régional chargé des transports. le budget transports de la région était aux deux tiers pour la route, aujourd’hui on est passé à 90 % pour les transports en commun », « Il y a eu une prise de conscience, dire le contraire serait mentir », admet Stéphane Beaudet, tête de liste LR-UDI-MoDem en Essonne, tout en pointant des failles et des retards.

« La situation reste critique »

Mais pour la Fédération nationale des usagers des transports en commun (Fnaut), « la situation reste critique » : pas d’amélioration de la ponctualité sur les lignes les plus chargées, augmentation du trafic, peu de progrès sur les connexions de banlieue à banlieue… « Même les réalisations récentes sont déjà saturées », déplore Marc Pélissier, président de Fnaut Île-de-France.

À ce problème, les réponses des candidats sont très proches. Premier point commun, aucun candidat ne compte revenir sur le Pass Navigo à tarif unique. Pierre Serne (EELV) réclame même la gratuité pour les moins de 6 ans et le Front de gauche souhaite carrément « aller vers la gratuité des transports en commun » en commençant par un Pass Navigo gratuit pour les moins 18 ans et les chômeurs, et à 35 euros pour les seniors.

« Liste au père Noël »

Autre objectif consensuel, réduire les temps de trajet : renouvellement du matériel, renforcement de l’offre de bus en grande couronne, services de nuit, création de parkings à proximité des gares… « En 2021, toutes les rames des lignes RER et Transilien seront neuves ou totalement rénovées », promet la droite dans son programme, pendant que les socialistes promettent un réseau entièrement automatisé en 2025.

Parmi les projets d’ampleur soutenus par les têtes de liste PS et LR-UDI-MoDem : le Grand Paris Express. Ces quatre lignes de métro automatiques, plus l’extension de deux lignes existantes, doivent réduire à la fois la saturation du réseau parisien et l’isolement des habitants de la grande couronne.

La Fnaut reste « sceptique sur la rapidité avec laquelle les candidats promettent de tout changer ». Par exemple, elle estime qu’il manque encore 250 millions d’euros pour financer le Grand Paris. « On préfèrerait une liste plus réduite de priorités mais des engagements plus fermes. Les programmes font figure de liste au père Noël », regrette Marc Pélissier.

Éric Coquerel, tête de liste Front de gauche à Paris, se prononce en faveur d’un projet moins ambitieux qui favorise « les transports du quotidien, plutôt que des lignes express qui ne serviraient qu’aux décideurs qui veulent aller plus vite d’Orly à Roissy ». Pour Pierre Serne (EELV), le projet du Grand Paris doit être aménagé sur certaines lignes, « en remplaçant le métro par un mode plus léger » de type tram ou bus. D’autant que certaines lignes doivent passer par des terres agricoles et naturelles, rappelle la tête de liste dans le Val-de-Marne. La candidate FN Audrey Guibert, elle, fustige ce qu’elle appelle « le grand huit », « budgétivore et titanesque ». « C’est de la démagogie et cela va peser sur la fiscalité des entreprises », regrette-t-elle.

Lutte contre la pollution

Mais en attendant le Grand Paris, qui ne sera terminé qu’à l’horizon 2030, l’Île-de-France manque de trains. « Le problème, ce sont les heures de pointe, explique Bruno Marzloff, sociologue spécialiste des questions de mobilité. On est obligés de calibrer le réseau sur ces heures là, c’est absurde ! » En plus des solutions évoquées ci-dessus, le PS mise donc sur « la gestion en temps réel du trafic » et, à terme, un fonctionnement des transports en commun 24 h/24. Les candidats envisagent également de demander aux entreprises d’aménager les horaires de travail pour « désaturer » l’heure de pointe.

Autre option relativement rapide à mettre en place pour absorber le trafic : améliorer le réseau de bus. Pour le PS, « doubler le plan bus » et mettre en place des bus de nuit en grande couronne. EELV s’engage à ce que la correspondance de 100 % des bus soit garantie jusqu’à la fin du service, et la droite promet 1.000 nouveaux bus pour la grande couronne.

Plus de bus et de trains, mais moins de voitures… La lutte contre la pollution, elle aussi, se retrouve sur toutes les listes. Priorité évidente des écologistes, elle passe par plusieurs points précis : le covoiturage afin de passer de 1,2 voyageur par véhicule à 2, la sortie du diesel notamment par la promotion de la voiture électrique, le développement du vélo, et la réduction du nombre de véhicules en circulation en favorisant le report modal. Dans la même dynamique, François Kalfon (PS) propose « des voies réservées au covoiturage et aux véhicules en autopartage ». Il indique aussi qu’une prime, complémentaire de la prime de l’État, pourrait être accordée à ceux qui changent leur véhicule diesel et promet une conversion de l’ensemble du parc de bus à l’hybride puis à l’électrique

Forces de sécurité

À droite, la route prend plus de place dans les programmes. Valérie Pécresse propose d’élargir certains tronçons autoroutiers autour de Paris, garantie pour elle de la diminution des embouteillages et donc de la pollution. La candidate FN, elle, veut bien « lutter contre les embouteillages » en réaménageant les points d’étranglement, mais refuse « la persécution des automobilistes ».

La sécurité est aussi un sujet qui préoccupe tous les candidats. De la lutte contre la fraude – qui coûte aujourd’hui 188 millions d’euros par an à la RATP – au renforcement de la vidéosurveillance, aucun ne prend le sujet à la légère. Chez Bartolone comme chez Pécresse, on veut réorganiser les forces de sécurité pour qu’elles n’aient plus qu’une seule direction.

Sans surprise, Audrey Guibert (FN-RBM) propose l’option la plus extrême avec « au moins un binôme d’agents de sûreté dotés de prérogatives judiciaires armés » dans chaque gare de l’ouverture à la fermeture. Sur les listes d’union de la droite, on veut instaurer la détention obligatoire de la carte d’identité, et la mise en place de portiques de sécurité dans les grandes gares. Éric Coquerel (FG), qui estime que « le tout vidéo ne règle rien », et Pierre Serne (EELV) se démarquent. Pour ce dernier, la présence humaine est très dissuasive et doit être renforcée et prolongée la nuit.

Besoins de déplacement

Enfin, la politique des transports ne peut pas être dissociée d’une politique territoriale, rappelle le sociologue Bruno Marzloff : « La moitié des actifs du territoire francilien sort quotidiennement de son bassin de vie pour aller travailler ailleurs. » La faute à la centralisation : les emplois sont à Paris et à l’ouest, et les logements en périphérie et à l’est. « On ne résoudra pas le problème en augmentant l’offre de transports », résume-t-il, mais plutôt en diminuant les besoins de déplacement.

Les candidats affirment avoir cerné le problème. « Les accords de télétravail doivent être promus », avance François Kalfon (PS), Eric Coquerel (Front de gauche) va plus loin : « Aujourd’hui, la région consacre 230 millions par an aux entreprises : on peut mettre des critères sur la relocalisation », estime-t-il. Il prône également l’abandon de projets tels qu’Europa City, centre commercial et de divertissement prévu à proximité de Roissy, car « ces pôles se construisent au détriment de l’économie locale ».

Les grands objectifs semblent tous aller dans le même sens en vue des élections régionales. Mais si les grands projets et les rénovations prennent encore du retard, c’est la grande couronne – que tout le monde prétend défendre – qui sera pénalisée.

LES TRANSPORTS, PLUS D’UN TIERS DU BUDGET DE LA RÉGION

Les transports représentent plus d’un tiers du budget de la région. Et les leviers pour augmenter les recettes sont peu nombreux. Parmi les pistes de financements la droite mise sur les économies. En supprimant les « dépenses inutiles » de la région, et en déménageant son siège en banlieue, Stéphane Beaudet pense pouvoir économiser 450 millions d’euros, et compléter le budget en modifiant le système d’emprunts et en obtenant des subventions européennes. À sa droite, Audrey Guibert refuse de « faire subir une pression fiscale » supplémentaire aux PME et PMI et réclame aussi des « coupes dans les dépenses de fonctionnement ». Comme la droite de Valérie Pécresse l’a inscrit dans son programme, le FN prévoit la « fin de la quasi-gratuité du Pass Navigo pour les personnes en situation irrégulière ».

Au PS, on entend bien profiter d’un coup de pouce du gouvernement et « récupérer 800 millions par an auprès de l’État » pour améliorer les infrastructures, mais aussi bénéficier de quelques subsides européens. Éric Coquerel prend le contrepied : « On est la seule liste à ne pas accepter le cap de l’austérité pour l’IDF. (…) On peut augmenter les moyens de la région sous formes d’emprunts et de taxes et attaquer l’État pour récupérer 1,7 milliard d’euros non donnés en même temps que les transferts de compétences. (…) On envisage aussi de taxer d’avantage les parkings des supermarchés, ce qui rapporterait 130 à 140 millions d’euros », énumère-t-il.

Enfin, l’écotaxe poids lourds régionale est présentée comme un nouvel argument financier. Le PS y voit une manne pour 200 millions d’euros annuels en affranchissant les camions franciliens. En réalité, les recettes qui pourraient en découler restent floues et l’État devra se prononcer sur la question.

Le jardin sans pétrole appelle la belette en renfort contre le campagnol Par Christine Laurent Reporterre 2015/12/05 Par Christine Laurent (5 décembre 2015) Le jardin sans pétrole appelle la belette en renfort contre le campagnol. Reporterre. Jardin sans pétrole fr

Le jardin sans pétrole appelle la belette en renfort contre le campagnol

Nous n’avons pas pu nous rendre au jardin. Pas que nous soyons assignés à résidence mais à cause de travaux sur la ligne c du RER... Dommage, la mâche s’était développée et nous aurions pu cueillir une bonne salade !

J’avais aussi prévu de voir comment installer un abri pour tenter d’attirer un couple de belettes dont l’espèce semble bien présente dans l’Essonne. J’ai découvert qu’elle été signalée comme courante dans une étude sur la biodiversité réalisée chez nos voisins du plateau du Hurepoix.

La belette (Mustela nivalis) est le plus petit carnivore d’Europe. Elle mesure une vingtaine de centimètres et pèse moins de 100 grammes. Son corps svelte et sa tête étroite lui permettent de se glisser dans les trous et les fissures les plus étroites et d’aller chasser les campagnols jusqu’au fond de leurs galeries. Elle les tue d’une morsure dans la région occipitale qui leur disloque les vertèbres cervicales ; puis elle festoie car le campagnol est sa nourriture favorite et constitue 80 % de son alimentation.

Mais comment les attirer dans notre jardin ? Dans la nature, la belette installe sa tanière sous des tas de pierres et la garnit de plumes et de poils. Elle peut aussi se contenter d’un trou dans un mur ou dans une vieille souche d’arbre. Elle s’installe en lisière de bois, près des champs de céréales, dans les talus, les broussailles, les haies et les buissons.

Nous avons dégoté le plan d’un « terrier » dans notre bible Le guide de l’autonomie au jardin aux éditions Terre vivante. Un modèle en bois avec un vestibule et une chambre, accessible par un orifice rond de 2,5 cm de diamètre. La précaution importante est de ne pas le poser à même le sol et de le dissimuler sous des buissons ou des branchage.

Cette méthode sera peut-être plus efficace que le piégeage, car jusqu’à maintenant le campagnol, malin rongeur, a parfaitement réussi à l’éviter.

Reporterre sur Nova - La société civile bien présente dans la COP 21, malgré l’état d’urgence Par Lorène Lavocat (Reporterre) Reporterre 2015/12/06 Par Lorène Lavocat (Reporterre) (6 décembre 2015) Reporterre sur Nova - La société civile bien présente dans la COP 21, malgré l’état d’urgence. Reporterre. Luttes fr

Reporterre sur Nova - La société civile bien présente dans la COP 21, malgré l’état d’urgence

- Jeudi 3 décembre 2015

La COP 21 a commencé. Finalement, un beau rendez-vous de tous les pays du monde. Mais pour que les choses avancent, il faut que la société civile se fasse entendre. Malgré la police, c’est possible !

- Ecouter ici la chronique de Reporterre, par Lorène Lavocat :

- Photo : Dans la chaîne humaine pour le climat, le 29 novembre (© Eric Coquelin/Reporterre).

La chronique de Reporterre, tous les jeudis à 18 h 10 sur Radio Nova, dans l’émission « 2h1/4 avant la fin du monde », animée par Marie Misset et Armel Hemme.

« L’occasion de faire le point sur les combats et débats quotidiens de l’écologie ».

A écouter sur... et bien voici la carte des fréquences, selon le lieu où vous habitez.

Village mondial des alternatives, ce week-end, un rayon de soleil face à l’orage Par Camille Martin (Reporterre) Reporterre 2015/12/07 Par Camille Martin (Reporterre) (7 décembre 2015) Village mondial des alternatives, ce week-end, un rayon de soleil face à l’orage. Reporterre. Reportage — Alternatiba fr

Village mondial des alternatives, ce week-end, un rayon de soleil face à l’orage

Ce week-end, à Montreuil, aux portes de Paris, se tenait le Village mondial des alternatives, un sommet citoyen en marge de la COP 21. Un succès, avec près de trente mille personnes venues discuter des solutions pour éviter le changement climatique. Et dire que l’argent pour les mettre en œuvre existe : chez les banques et dans les paradis fiscaux.

- Montreuil (Seine-Saint-Denis), reportage

En sortant de la bouche de métro, entre la mairie de Montreuil et les tours de verre qui surplombent le centre commercial, on a l’impression d’un village gaulois : petites tentes blanches à toits pointus, gens devisant ici, gens déguisés là, mais le village encercle le centre commercial, son Mac Do et ses enseignes à marques, avant de se ramifier dans les petites rues adjacentes rendues piétonnes. L’événement, qui se prépare depuis des mois - animations de rue festives, marché, buvettes, très nombreux débats… -, regroupe au cœur de la ville onze quartiers thématiques de l’alimentation et l’agriculture à l’énergie en passant par la solidarité et les migrations ou l’habitat. Et un quartier Médias et Culture, où Reporterre tenait un stand. But de l’événement, qui s’est tenu samedi 5 décembre et dimanche 6 : montrer, en plein milieu de la COP 21, que les alternatives permettant d’éviter l’aggravation du changement climatique existent déjà et sont réalistes.

« Que ne voulez-vous pas perdre ? »

Devant l’entrée du centre commercial, un drôle d’arbre composé de panneaux mobiles de bois, a poussé : The Climate Ribbon, ou arbre du climat. Des rubans multicolores attirent le regard. Cédric, un bénévole parmi la centaine mobilisés pour Alternatiba, explique aux curieux : « Réfléchissez à ce qui vous est cher et que vous ne voudriez pas perdre face au réchauffement climatique ! Écrivez-le sur un ruban, accrochez-le. » L’arbre a germé dans la tête d’Andrew Boyd, artiste écrivain newyorkais, qui l’avait conçu à l’occasion de la marche Climat de New-York en 2014. Pour Cédric, « c’est un bon point de départ d’échanges. Le dialogue, c’est la clef pour avancer non ? »

Plus loin, à l’entrée du quartier consacré à la justice sociale, aux migrations et à la solidarité, un autre artiste, le sculpteur danois Jens Galschiot, en combinaison d’ours polaire, prend la pose avec un groupe d’Africains sous son installation artistique, une réplique kitsch de 6 mètres de haut de la statue la Liberté.

Un homme passe, s’arrête, saisi par la représentation. De la torche tendue vers le ciel de la statue se dégage de la fumée, tandis que, d’un bras, elle tient un panneau « permis de polluer », le nom de l’installation. À ses pieds, des statues d’hommes symbolisent des réfugiés climatiques victimes de notre mode de vie non durable.

Dany Bruet, membre des Déconnomistes, venu d’Aix-en-Provence, réagit : « Tout est dit. Je vois un résumé saisissant, des pays qui imposent un système s’arrogeant la liberté de polluer. En dessous, muets, ceux qui paient. » Qu’est-ce qui pourrait se perdre à cause du réchauffement climatique ? Dany répond sans hésiter : « Notre humanité ! Le dérèglement climatique nous conduit vers des temps barbares. »

« Bravo Reporterre ! »

Mais à 12 heures trente, sur le parvis de la mairie, les tigres, les ours, le chef de paix et le cortège de la parade de rue s’ébrouent joyeusement, en fanfare. Myrtille, bénévole d’Alternatiba, accompagne le cortège. Elle est venue de Toulouse, où elle étudie à la fac Jean Jaurès. Elle fait partie du Grappe, réseau d’associations d’étudiants engagées dans l’écologie, avec lequel elle s’investit sur le potager et à l’Amap du campus, participe à des conférences gesticulées et aux ateliers De la Fourche à la fourchette, sur l’alimentation, sa relocalisation notamment et… oups, pas le temps de continuer, « On se recause plus tard hein !? Et bravo Reporterre, vous assurez grave ! »

Plus loin, quartier de l’agriculture et de l’alimentation, ça fleure la saucisse rustique, le coup de rouge sur frometon, et ça palabre troc de graines, semences populations ou hybrides et meilleur moyen de préserver la biodiversité, autour d’un distributeur rempli de sachets de semences. Martial Gronnier, membre des Massyculteurs qui habite… Massy (91) en banlieue parisienne, explique à quatre personnes venues du Sud-Ouest comment il a récupéré la PLV (panneau publicitaire) d’une parfumerie pour fabriquer le distributeur. Il rêve de voir ce type d’étagère de trocs fleurir dans tous les commerces, les lieux publics, afin que chacun puisse participer au brassage des graines et au maintien de la biodiversité.

Devant le stand voisin, Sonia rêve plus modestement de faire pousser sur son mini balcon une courgette, au moins une ! Sophie Guillement de l’association Dedale, [Démarche dynamique pour des alternatives éthiques>www.dedaleasso.org] dans les Yvelines, lui assure que c’est possible ! Et de montrer le trognon de salade et de poireau amenés pour la démo qui racinent dans leur bouteille en plastique. Si on les place dans une palette de commerce on obtient un jardin vertical.

Plus loin, dans le quartier de la mobilité Guy et Marie-Noëlle, agriculteurs lyonnais à la retraite, commentent le prix et les performances d’un vélo deux places à assistance électrique conçu par une petite société montreuilloise naissante, JetBaïk. « À peine plus long et large qu’un Vélib, assure Soraya Sekkouri, il répond aux gens que freinent l’utilisation du vélo et prennent pour X raisons la voiture pour des petites distances ! Toutes les pièces sont fabriquées en France, où nous ambitionnons de créer des emplois. »

Un des locaux du centre commercial a été investi par les bénévoles. « Un ancien restaurant qu’on a mis quatre jours à nettoyer », explique le responsable, Antoine. Ça entre et ça sort en permanence. « C’est un rythme de folie ! s’enthousiasme le militant. J’accueille chaque personne qui veut participer et je les répartis en fonction des postes. Pour ce week-end, on a besoin d’un peu plus de six cent bénévoles. Là, il est dix-sept heures, on en a déjà quatre cents rien que pour la première journée et il y a encore des gens qui viennent s’inscrire ! Au début ils s’engagent pour trois heures, puis ils sont lancés, et finalement ils restent jusqu’à la fin. Toute cette énergie positive crée une émulation et de l’envie. »

De l’accueil des artistes à la gestion du compost des toilettes sèches, les tâches sont plus ou moins gratifiantes, mais tout le monde trouve sa place. « On a des bénévoles très jeunes, de dix-sept, dix-huit ans, jusqu’aux retraités », observe le jeune homme. Florent et Juliette profitent de leur pause café. « Ici c’est festif, joyeux et on rencontre des gens », se réjouit le premier. « Je viens en tant que citoyenne, poursuit la seconde. Et j’aime l’idée que chacun puisse s’emparer des questions écologiques, même s’ils n’ont pas une conscience écologique très élevée. »

Le jetable au musée

La lumière décline et le vent pince. Les rues sont encore remplies. Bien malin qui pourrait distinguer le militant du badaud. Dans le quartier Fabriquer, réparer, zéro déchet, petit attroupement devant le Musée du Jetable, ou du Jetable au musée, une exposition de Jeanne Guien, doctorante en philo.

Plus loin, Camilo Sanchez invite à pédaler sur un vélo pour recharger une batterie de téléphone. Le jeune urbaniste d’origine colombienne a monté une société de transport à vélo de personnes et de marchandises et officie sur les Champs Élysées. « Pédaler permet de prendre conscience et de mesurer concrètement l’énergie immatérielle… » Et toi, Camilo, qu’aurais-tu peur de perdre à cause du réchauffement climatique ? « Je crois que je pourrais me passer de tout. Sauf des arbres et des fleurs ! Sans eux, il n’y a pas d’intérêt à vivre. De plus, nous ne sommes pas des observateurs extérieurs de la nature. Nous sommes la nature. La perte de l’équilibre de la nature équivaut à la destruction de l’homme. C’est la loi de Pachamama ! »

Yvelines en transition met de son côté à disposition un vélo équipé d’une turbine produisant en direct du courant… pour faire tourner un presse-agrume et ses oranges bios, pour le plus grand plaisir des enfants ! Un peu plus loin, une association yvelinoise, Beynes en transition, présente son projet de service d’auto-stop pour « désenclaver les petits villages franciliens mal desservis par les transports en commun ».

Dans le quartier de l’énergie, Dominique Béroule et Philippe Denegel, deux ingénieurs, commentent une maquette qui représente le château de la Madeleine surplombant un village, près de Rambouillet, en Ile-de-France. Sur le modèle de couplage énergétique expérimenté sur l’île de Hierro aux Canaries, ils montrent comment produire de l’énergie électrique à partir de panneaux photovoltaïques et d’éoliennes à taille humaine reliés à un bassin d’eau. Ce système permet le stockage et la réutilisation locale d’énergies intermittentes. Ce qu’il ne veut pas perdre à cause du dérèglement du climat, Dominique, c’est « la beauté des glaciers de montagne qui donnent tant d’émotion… ». Philippe, lui, est touché par « ces millions de réfugiés climatiques… »

18 heures et des poussières. Il fait nuit et froid. Dernier vin chaud avant les concerts du soir. Retour à l’arbre du Climat rempli de rubans multicolores. Cédric s’est décidé à accrocher le sien. Il ne veut pas « perdre la beauté des relations humaines, la sensibilité dans le cœur des hommes ». Mais c’est une excuse pour parler des solutions alternatives, insiste-t-il. « C’est ce qui nous rassemble ici. Nous voulons faire remonter ce que les gens ne voient pas. Montrer qu’il y a pleins de solutions et elles sont en marche. Nous ne sommes pas un lobby alternatif ou écolo ! Mais des centaines de milliers mobilisés pour défendre des biens communs ! »

Je quitte le Village mondial avec la pêche, de circonstance puisque c’est le nom de la monnaie locale de Montreuil, et en poche, la pensée d’une autre que je ne connais pas : sur un ruban, Bryana Amberst, du Massachussetts, a écrit « My home… Mother Earth » et dessiné un cœur.

Dimanche, le Village rouvre dans la même atmosphère joyeuse et bruissante. Mais l’événement du matin, c’était le Sommet des 196 chaises. Celles-ci, réquisitionnées dans des agences BNP ou HSBC de toute la France depuis le 30 septembre, se sont retrouvées à Montreuil dimanche 6 décembre. Le symbole : dénoncer l’évasion fiscale pratiquée par ces banques, et dire que l’argent caché dans les paradis fiscaux pourrait financer la transition écologique pour éviter l’aggravation du changement climatique. Et pourquoi 196 ? Parce qu’il y a 196 parties à la COP 21, qui se déroule au Bourget !

À quelques rues du Village mondial des alternatives, les bénévoles s’organisaient pour cadrer au mieux le transport des chaises jusqu’à la place Jean-Jaurès, centre du Village mondial. « Nous agissons à visage découvert, nous sommes tous responsables de nos actions », explique l’un des Faucheurs de chaises. À midi, toutes et tous se placent en file indienne et commencent à marcher jusqu’au lieu de l’Assemblée des peuples. Sous les applaudissements de la foule, des gens de tout âge, au sourire malicieux, ont relevé le défi, parfois dur pour certains, de porter les lourdes chaises des banques sur le trajet long de 700 mètres.

Au son d’une fanfare, la file se fraie un chemin à travers la foule, qui applaudit. Sur la place, plusieurs cercles ont été tracés à la craie jaune, et les quatre rangées de chaises, fauteuils, tabourets se mettent en place. Les premiers faucheurs, comme Patrick Viveret, des représentants d’associations – et notamment Attac, Bizi, Les Amis de la Terre, qui ont lancé le mouvement -, des économistes, des porteurs de chaises, s’assoient solennellement pour écouter les discours.

Après une danse basque de bienvenue, Susan George, présidente d’Attac, Marcos Arruda, économiste brésilien, Hindou Oumarou Ibrahim, de l’association des femmes peules du Tchad et Annabella, du syndicat…, lisent les demandes de « l’Assemblée des peuples » aux gouvernants : des solutions concrètes et réalisables pour financer la transition sociale et écologique. Dans ces propositions, l’Assemblée demande l’arrêt de l’évasion fiscale, l’annulation des dettes multilatérales, une taxe mondiale sur les transactions financières, la fin des subventions aux combustibles fossiles. En conclusion de cette action, un appel à l’internationalisation des réquisition de chaises a été lancé.

REPORTERRE À LA RENCONTRE DE SES AMIS

Le Village comprenait un quartier Culture et Médias, afin de montrer que, dans l’information aussi, l’alternative existe et peut changer le paysage. Aux côtés de nos amis de L’Age de faire, Basta, L’Humanité, Kaizen, Lutopik, Politis, Silence, le stand de Reporterre n’a pas désempli pendant les deux jours. Avec les bénévoles qui ont superbement répondu à notre demande, on a pu discuter avec les lecteurs, faire découvrir le quotidien de l’écologie à ceux qui ne le connaissaient pas, expliquer notre travail, recueillir des informations, vendre les livres que nous publions (et notamment le dernier, Les saboteurs du climat. Un beau et grand moment, qui a réjoui toute l’équipe et préparé l’essor en 2016 des Amis de Reporterre.

Vagabondages d’un faucheur d’OGM Jean-Baptiste Libouban avec Jean-Pierre Garbisu Reporterre 2015/12/07 Jean-Baptiste Libouban avec Jean-Pierre Garbisu (7 décembre 2015) Vagabondages d’un faucheur d’OGM. Reporterre. OGM fr

Vagabondages d’un faucheur d’OGM

Jean-Baptiste Libouban est l’initiateur du mouvement des Faucheurs volontaires, qui organise la lutte de la société civile contre la dissémination incontrôlée et irréversible des OGM. Aux côtés de José Bové notamment, il a participé à de nombreux fauchages et a été plusieurs fois condamné. Dans ces Vagabondages, il revient sur les grandes étapes de sa vie, guidée par la non-violence et la vie communautaire et spirituelle.

Vagabondages d’un faucheur volontaire, Jean-Baptiste Libouban, entretiens avec Jean-Pierre Garbisu, éd. L’Harmattan, 280 p., 26,60 euros.

- Source : L’Harmattan

Un dimanche noir. Comprendre, résister, inventer Hervé Kempf (Reporterre) Reporterre 2015/12/07 Hervé Kempf (Reporterre) (7 décembre 2015) Un dimanche noir. Comprendre, résister, inventer. Reporterre. Édito — Politique fr

Un dimanche noir. Comprendre, résister, inventer

Il y a eu 2002 : le Front national se hissait à la deuxième position - derrière Jacques Chirac, à la présidentielle. Il y a 2015 : le Front national est en première position - aux régionales.

Ce dimanche 6 décembre est un jour noir. Et d’autant plus que, dans la foulée des attentats de Daech le 13 novembre, le terrain a été préparé pour que l’on s’habitue à l’état d’urgence, c’est-à-dire au recul de l’État de droit et des libertés publiques.

La porte s’est ouverte à une situation comparable au fascisme. Ne croyez pas que j’exagère. Nous manquons de mots pour désigner la réalité politique qui s’affirme dans le capitalisme oligarchique du XXIe siècle. Le régime de Poutine, en Russie, n’est pas fasciste. Celui d’Erdogan, en Turquie, ne l’est pas. Celui de Ben Ali et des militaires, en Algérie, ne l’est pas. Celui de MM. Hollande et Valls et de l’état d’urgence, qui ouvre la voie à Mme Le Pen, ne l’est pas. Mais dans l’évolution délétère du capitalisme de ce début de siècle, la conjugaison de l’inégalité, du contrôle des médias, de l’autoritarisme, se traduit par cette situation qui éteint peu à peu l’espoir et laisse s’épanouir les armes, la répression, la violence, la haine.

Comprendre

On peut comprendre la montée apparemment irrépressible du parti de Mme Le Pen depuis une dizaine d’années. La raison fondamentale en est la démission du Parti socialiste, qui a adopté la même politique néo-libérale, soumise aux marchés financiers, que ses supposés adversaires conservateurs. Renonçant à libérer l’Europe du pouvoir des banques, refusant de lutter contre la montée des inégalités, renâclant à parler au peuple des ouvriers, des paysans et des petits salariés victimes d’une mondialisation sans limites, trahissant ses engagements et mentant, le PS a perdu l’adhésion des forces sociales qui pouvaient le soutenir. Beaucoup se sont réfugiées dans l’abstention, un bon nombre sont parties vers le FN.

La stratégie intelligente de celui-ci ne saurait être niée. Effacement par Mme Le Pen de l’antisémitisme de son père, focalisation sur les immigrés, récupération à l’occasion de thèmes de gauche, attention portée aux territoires oubliés des métropoles.

La responsabilité des écologistes et de la gauche hors PS ne saurait non plus être occultée. Elle traduit deux erreurs. D’abord, l’incapacité à trancher nettement la relation avec le PS. Avec ou concurrent ? Le tournant perdant a sans doute été pris en 2012, quand EELV a accepté un accord insatisfaisant, n’a pas exigé le ministère de l’Écologie, a avalé ensuite couleuvre sur couleuvre sans broncher.

Quant au Parti de gauche, il s’est rendu incapable de rattraper les classes populaires, par l’erreur tactique d’une confrontation directe avec le Front national, et par le maintien, à travers le Parti communiste, d’une alliance électorale avec le PS qu’il ne cesse par ailleurs de dénoncer.

Écologistes et Parti de gauche ont aussi une lourde responsabilité de ne pas avoir travaillé sérieusement sur ce qui les rapprochait et sur leurs points de désaccord.

Et puis, ce qui est sans doute le plus important, la liaison entre les partis politiques écologistes et de gauche et le mouvement social et écologiste s’est trop distendu. Au lieu d’être irrigué par ce qui se dit dans les rues, dans les champs et dans les entreprises, les partis semblent isolés dans la sphère des institutions et du buzz médiatique, oublieux du mécontentement général à l’encontre de la classe politique et qui s’exprime par l’adhésion au Front national, qui parvient à faire croire qu’il n’en est pas.

Résister

Le programme de Mme Le Pen est simple : tout le malheur de la France vient des immigrés.

Tout ce qu’il y a à dire est simple : le malheur de la France ne vient pas des immigrés.

Et ensuite, il faut réfléchir, argumenter, convaincre :

- la France, l’Europe, ne peuvent être des forteresses, sauf à devenir des prisons où chacun aura en permanence à rendre compte à des policiers et à des administrations de surveillance ;

- la gravité des problèmes écologiques, si on la laisse empirer, ne peut que conduire à une poussée migratoire ou à des guerres incessantes ; croire que le terrorisme, les migrations, les guerres sont indépendants du changement climatique est un leurre dangereux ;

- la raison cruciale du malaise social et du chômage vient de l’inégalité et du système financier, qui détourne une large partie de la richesse publique vers des intérêts privés ;

- enfin, les politiques écologiques sont créatrices de bien-être et avant tout d’emploi : que ce soit dans les économies d’énergie, l’agriculture, les transports, les énergies nouvelles, l’éducation, des centaines de milliers d’emploi sont à créer, sur tout le territoire. À condition, justement, que l’on reprenne l’argent qui est volé par les banques et par les grandes entreprises dans les grands projets inutiles.

Inventer

Et oui, il nous faut inventer une nouvelle politique. Qui écoute et entende les gens. Qui suscite la parole. Qui ne concentre pas les pouvoirs. Qui contourne les médias ou les mette franchement en cause. Qui sache que beaucoup de nos concitoyens ne lisent pas beaucoup, voire pas du tout. Qui rappelle que la délibération collective est le cœur même de la démocratie, le moyen d’exposer les conflits pour parvenir à la paix.

La quasi-débâcle des listes écologistes Barnabé Binctin (Reporterre) Reporterre 2015/12/07 Barnabé Binctin (Reporterre) (7 décembre 2015) La quasi-débâcle des listes écologistes. Reporterre. Politique fr

La quasi-débâcle des listes écologistes

Le premier tour des élections régionales a vu une nette avancée du Front national, qui passe devant les LR et le PS. Les listes écologistes voient leur score divisé par deux. Et dans le Sud-ouest, la liste d’alliance écologiste et gauche ne fait pas de miracle. Chez EELV, on cherche les raisons de l’échec, sans mettre en doute l’alliance avec le PS.

Le premier tour des élections régionales, dimanche 6 décembre, voit une percée historique du Front national : il approche des 30 % des suffrages exprimés, et est en tête dans six des treize régions. Les Républicains sont en deuxième position, le PS dégringole, EELV rapetisse, les alliances EELV-PG déçoivent.

La synthèse des résultats

. Alsace-Champagne-Ardennes-Lorraine : FN 36 %, LR 25 %, PS 16 %. . Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes : PS 30 %, LR et centre 27 %, FN, 23 %. . Auvergne-Rhône-Alpes : LR 31 % , FN 25 % PS 24 %, EELV-PG 7 %. . Bourgogne-Franche-Comté : FN 31 %, UDI 24 %, PS, 23 %. . Bretagne : PS 35 %3, LR 24 %, FN 18 %. . Centre-Val de Loire : FN 30 %, UDI 26 %, PS 24 %. . Ile-de-France : LR 30 %, PS 25 %, FN 18 %, EELV 8 %, FG 7 %. . Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées : FN 32 %, PS 24,41 %, LR 19 %, EELV-PG 10 %. . Nord-Pas-de-Calais-Picardie : FN 41% 41 %, LR 25 %, PS 18 %, EELV-PG 5 %. . Normandie : LR-UDI 28 %,FN 28 %,PS 24 %. . Pays de la Loire : LR-UDI 33 %, PS 26 %, FN 21 %. . Provence-Alpes-Côte d’Azur : FN 41 %, LR 27 %, PS 17 %, EELV-PG 7 %.

- Voir chiffres du ministère de l’Intérieur

C’est une soirée étrange que l’on a pu vivre hier soir au QG d’EELV (Europe Ecologie Les Verts). « Ce n’est pas la débandade annoncée », dit David Cormand, secrétaire national adjoint du parti, en charge des élections. « Un score en baisse mais qui ne s’effondre pas », juge Emmanuelle Cosse, la cheffe du parti, dans une brève allocution. Le score du parti écologiste a pourtant été divisé par deux comparé aux dernières élections régionales de 2010 – 12,2% alors contre 6,6% aujourd’hui.

C’est que le siège national d’EELV était aussi le siège de la campagne francilienne, pour laquelle le score final – 8 % – est jugé rassurant. « On est content d’être plus proche des 8 que des 6 % », dit Corinne Rufet, vice-présidente EELV sortante du Conseil Régional d’Ile-de-France. En duplex en direct pour France 3, Emmanuelle Cosse se dit « heureuse du score fait en Ile-de-France » tout en reconnaissant « un sentiment mitigé ».

Car sur l’ensemble du territoire, une seule liste écologiste franchit la barre des 10% qui permet de se maintenir au second tour. Avec 10,26 % des suffrages exprimés, Gérard Onesta réalise le meilleur score avec sa liste de rassemblement en Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées. Très loin, pourtant, des 24,41 % de Carole Delga, la candidate socialiste, alors que les sondages avaient un temps laissé croire qu’il était en mesure de la dépasser. Et à Toulouse, Gérard Onesta n’a pas cherché à cacher la réalité : évoquant la situation politique du pays, il a dit que « le bateau est en train de couler ».

Les autres listes de rassemblement avec la gauche non PS ne dépassent pas les 7%. En PACA, la « coopérative » emmenée par Sophie Camard avec le Front de Gauche réalise 6,5 % tandis que la région Rhône-Alpes-Auvergne déçoit, avec seulement 6,9 % pour la liste emmenée par le duo Jean-Charles Kohlhaas (EELV) et Corinne Morel-Darleux (Parti de Gauche). Pis, dans le Nord-Pas-de-Calais-Picardie, la liste d’alliance avec le Parti de Gauche de Sandrine Rousseau, porte-parole d’EELV, passe en-dessous des 5%. Un seuil de 5 % synonyme de remboursement des frais de campagne, que ne franchit pas non plus, en Bourgogne–Franche-Comté, la liste menée par Cécile Prudhomme.

Pour expliquer cet échec, chacun y va de son argument, même si tous s’accordent sur la conjoncture politique défavorable qui entoure cette élection – « un contexte sans précédent » pour Sandrine Rousseau. « L’effet ‘’attentats du 13 novembre’’ a anéanti tout effet ‘’COP 21’’ », dit Mounir Satouri, président du groupe des 51 élus écologistes à la région Ile-de-France. Parmi les embûches « nombreuses », Emmanuelle Cosse dénonce « les départs très très médiatiques de certains élus, à la rentrée, qui ont fait prendre du retard sur la campagne ». Sont directement visés les membres du nouvel UDE.

Selon Bénédicte Monville, porte-parole de la campagne EELV en Ile-de-France, il faut aussi voir dans ces résultats « la reconnaissance de l’hégémonie culturelle du FN », et la responsabilité dans cela, d’un « camp progressiste qui s’abandonne à ses thématiques ». Une critique à peine voilée du gouvernement socialiste et de ses récentes propositions autour de l’état d’urgence, telles la déchéance de nationalité ou le port d’armes pour les policiers municipaux, inspirées du programme frontiste.

Il y avait pourtant quasi-unanimité pour valider la consigne donnée par la direction du parti, dès les résultats tombés : la fusion des listes et l’alliance avec le Parti Socialiste. Un choix qui ne fait aucun doute pour Julien Bayou, porte-parole d’EELV : « A un moment donné, tu votes pour le moins pire ».

Une stratégie qui satisfait Cap 21, avec qui EELV était allié en Ile-de-France : « Nous sommes favorables à l’alliance avec la gauche raisonnable », explique Hervé Jacob, secrétaire général adjoint du parti de Corinne Lepage et candidat sur les listes de Paris. Ce directeur d’une entreprise de fabrication et de pose de murs d’escalade assure que « le tournant écologiste a été pris par le Parti Socialiste ». Quid de la répression des mouvements écologistes ces derniers jours ? « Nous sommes légalistes, nous n’avons pas été manifester place de la République, nous n’avons pas de culture activiste ».

C’est le discours de la responsabilité politique qui revient en bloc : « J’appelle à rejoindre Bartolone, il faut y être pour porter notre voix, on ne peut pas seulement râler », dit Alice Barbe, candidate d’ouverture en tant que responsable associative, et non-encartée à EELV. « On ne peut pas se permettre de ne plus avoir d’élus », assure un cadre du parti.

La plupart se montre confiants sur les négociations d’entre-deux tours, malgré le rapport de force largement défavorable. « C’est un duel de cynisme, explique Corine Rufet. Ils ont besoin de nos voix ? On va en profiter pour ‘’cranter’’ un certain nombre d’accords sur des dossiers chauds comme des GPII contre lesquels on lutte, par exemple. C’est de la vraie négociation politique ». Si certains admettent que le report des voix de l’électorat écologiste vers les socialistes n’est pas acquis, d’autres se veulent confiants : « Sur le terrain, les électeurs n’ont jamais mis en débat notre partenariat privilégié avec le PS. C’est une alliance naturelle, je n’ai pas de doutes sur le respect de nos électeurs » prédit Mounir Satouri.

Mais quelques voix discordantes expriment en off une gêne à l’égard de la stratégie du parti, « brandir l’épouvantail du FN pour mieux se jeter dans les bras du PS ».

Mais d’épouvantail, le FN se fait plus menaçant désormais, avec deux millions de voix en plus qu’en 2002. « On a beau se féliciter de rassembler 30 000 personnes dans les rues de Montreuil – car qui, dans le contexte actuel, est capable d’autant mobiliser dans l’espace public ? – force est de constater que cela ne se transforme pas dans les urnes, souligne Wandrille Jumeaux, membre d’EELV et un des organisateurs du Village mondial des alternatives. Numériquement, c’est même le grand écart avec le Front National ». Dimanche soir, Alternatiba semblait déjà loin.

La nature, l’alliée à ne pas oublier dans la lutte contre le changement climatique Charlotte Flechet Reporterre 2015/12/08 Charlotte Flechet (8 décembre 2015) La nature, l’alliée à ne pas oublier dans la lutte contre le changement climatique. Reporterre. Tribune — Climat fr

La nature, l’alliée à ne pas oublier dans la lutte contre le changement climatique

Forêts qui piègent le dioxyde de carbone, mangroves qui protègent les côtes, résilience des milieux riches de leur biodiversité... les écosystèmes offrent naturellement une protection contre le changement climatique, justifiant leur préservation et leur restauration, explique l’auteure de cette tribune.

Charlotte Flechet fait partie de l’équipe de « Climate Trackers », du réseau Global Call for Climate Action, qui rassemble près de 450 ONG du monde entier.

Quand on pense à la lutte contre le changement climatique, les premières solutions qui viennent en tête sont la réduction de la consommation des énergies fossiles, la transition vers les énergies renouvelables et le changement de nos modes de vie. On pense moins souvent à la protection de la nature. Pourtant, si elles ne peuvent se substituer à des réductions fermes des émissions de gaz à effet de serre (GES), la protection et la restauration des espaces naturels dégradés offrent une opportunité relativement peu coûteuse et facile à appliquer pour réduire les émissions de GES. Une étude récemment publiée dans Science a démontré qu’entre 1990 et 2007, les forêts ont permis d’absorber un sixième des émissions de CO2 produites par les énergies fossiles entre 1990 et 2007.

Lors d’un événement organisé à l’occasion de la COP 21, à Paris, la semaine dernière, Jane Alice Razanamiharisoa, du Bureau national de coordination du changement climatique de Madagascar, a présenté son expérience en matière d’intégration des politiques climatiques et de protection de la nature. La restauration des mangroves et des forêts a permis à l’île, en plus de renforcer ses puits de carbone et sa biodiversité, de diversifier les activités génératrices de revenus pour les populations locales. Ces approches fondées sur la protection et le renforcement des écosystèmes procurent de nombreux bénéfices tout en étant avantageuses financièrement.

« L’hypothèse de l’assurance »

Des estimations récentes évaluent aux alentours de 20 % les émissions de gaz à effet de serre liées à la déforestation et à la dégradation des forêts dans le monde. Il y a donc un énorme potentiel au niveau de l’intégration des actions en matière de biodiversité et de climat. Selon Ricardo Tejada, directeur de la communication à l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), « nous savons que des forêts en bonne santé absorbent le carbone, mais nous les détruisons à un rythme considérable. Il y a dans le monde deux milliards d’hectares de forêts qui pourraient être restaurées, et cette restauration pourrait être un énorme allié dans la lutte contre le changement climatique. Restaurer 350 millions d’hectares sur ces 2 milliards, absorberait l’équivalent des émissions de toutes les voitures dans le monde. On parle ici de gros chiffres ».

Une étude parue récemment dans le journal Nature fournit de solides preuves qu’une biodiversité abondante renforce les écosystèmes face aux événements climatiques extrêmes. Cela est dû notamment à ce que les scientifiques appellent « l’hypothèse de l’assurance » selon laquelle un nombre d’espèces élevé au sein d’un écosystème permet que ses fonctions ne soient pas affectées par le déclin ou la disparition d’une espèce isolée. De plus, investir dans des milieux naturels tels que les mangroves ou les zones humides, permet de réduire la vulnérabilité des populations aux impacts du changement climatique, en protégeant les côtes, ou en régulant le niveaux des eaux en cas d’inondation dans le second.

Des « solutions fondées sur la nature »

Au sein de la Convention des Nations unies sur le climat, le programme Redd+, qui fait référence à la réduction des émissions liées la déforestation et à la dégradation des forêts, est le principal exemple d’intégration de la nature et du climat au niveau national. Pourtant, davantage de solutions existent.

L’idée n’est pas de favoriser la plantation d’arbres à tout va, ce qui risquerait d’encourager l’accaparement des terres et de mettre à mal la sécurité alimentaire, mais bien de restaurer des zones actuellement dégradées afin de maximiser leur potentiel en matière d’atténuation et d’adaptation au changement climatique.

Depuis 2009, l’Union internationale pour la conservation de la nature a contribué au développement du concept de « solution fondée sur la nature ». Ces solutions reposent sur l’idée que des écosystèmes sains, résilients, fonctionnels et diversifiés permettent le développement de solutions au bénéfice de nos sociétés et de la biodiversité confrontées aux changements globaux [1].

En septembre 2011, le « défi de Bonn » a été lancé lors d’un événement réunissant des dirigeants du monde entier. Son objectif est de restaurer 150 millions d’hectares de terres et forêts dégradées d’ici à 2020. Plus de 20 pays se sont déjà engagés à réhabiliter 60 millions d’hectares de terre et les promesses continuent d’affluer. Si l’objectif était atteint, il nous permettrait de séquestrer 47 gigatonnes de CO2, soit environ l’équivalent d’une année entière d’émissions de CO2 dans le monde.

Aujourd’hui, les forêts absorbent environ 11 % des émissions de GES, mais un rapport préparé pour The Centre for Global Development, suggère que ce pourcentage pourrait grimper jusqu’à 24 – 30 % si l’on inversait les tendances actuelles à la déforestation dans les pays tropicaux.

Il ne s’agit pas seulement des forêts, mais de toute une série d’écosystèmes marins et terrestres. Contrairement aux infrastructures grises, la nature peut largement prendre soin d’elle-même si on la laisse tranquille.

La répression violente contre le journalisme environnemental s’aggrave dans le monde Marie Astier (Reporterre) Reporterre 2015/12/08 Marie Astier (Reporterre) (8 décembre 2015) La répression violente contre le journalisme environnemental s’aggrave dans le monde. Reporterre. Monde fr

La répression violente contre le journalisme environnemental s’aggrave dans le monde

Depuis 2010, dix journalistes ont été assassinés parce qu’ils enquêtaient sur des sujets environnementaux, selon Reporters sans frontières. Les sujets écologiques traitent des enjeux qui peuvent bousculer les pouvoirs politiques et économiques, et il faut donc mieux protéger les reporters qui les couvrent.

Il y a des rapports qui nous touchent plus que d’autres. A Reporterre, on ne peut pas rester indifférent à celui publié samedi 5 décembre par Reporters Sans Frontières, intitulé Climat hostile contre les journalistes environnementaux.

On y apprend que depuis 2010, au moins dix journalistes sont morts pour avoir enquêté sur des sujets environnementaux. En Inde, cette année, ils sont deux à avoir été tués parce qu’ils enquêtaient sur l’exploitation minière illégale. Au Cambodge, c’est la déforestation et la pêche illégales qui ont coûté la vie à quatre journalistes entre 2012 et 2014. Autres pays concernés par des assassinats de reporters : l’Indonésie, les Philippines et la Russie. Dans la plupart des cas, l’enquête sur la mort de ces journalistes est classée sans suite. Autre signe que s’intéresser aux questions environnementales est dangereux, Global Witness rapportait il y a un an qu’entre 2002 et 2013, près de neuf cent militants écologistes ont été tués dans trente-cinq pays.

Et il n’y a pas que ça. Le rapport de RSF recense des agressions contre des journalistes au Pérou qui couvraient, au printemps 2015, des manifestations contre le projet de mine de cuivre à ciel ouvert Tia Maria ; en Italie, des menaces de la mafia contre un journaliste des Pouilles qui dénonce les touristes s’installant illégalement dans les zones protégées ; des menaces encore en Chine, contre un photo-reporter qui a réalisé un documentaire sur le braconnage des oiseaux migrateurs.

La menace peut aussi venir de l’État, note Reporters sans frontières. Par exemple en Ouzbékistan, où un pigiste (journaliste indépendant) trop curieux a été accusé de trafic de drogue et condamné à dix ans de prison. En Algérie, un caricaturiste qui a fait apparaître dans ses dessins l’opposition aux gaz de schiste s’est retrouvé devant le tribunal - il a été acquitté. En Russie, lors des jeux de Sotchi l’an dernier, une journaliste a été emprisonnée trois jours pour avoir voulu couvrir les dégâts environnementaux, subissant ainsi les mêmes pressions que les associations environnementales locales. Aujourd’hui dans le monde, au moins sept journalistes environnementaux sont en prison pour avoir exercé leur métier, estime l’ONG.

« Jamais un tel niveau de violence avait été atteint », estime le rapport. Il observe que les terrains, souvent reculés, sur lesquels s’aventurent les journalistes environnementaux sont dangereux. « Quand Naomi Klein évoque “un système économique [...] en guerre contre la vie sur Terre”, ne sous-entend elle pas que les journalistes environnementaux travaillent en zone de conflit,au même titre que les reporters de guerre ? », s’interroge le document.

Quand les reporters ne sont pas directement menacés, il reste l’arme de la censure pour empêcher que certaines informations soient publiées. En Chine encore, lors de l’explosion à l’usine de produits chimiques de Tianjin, « les journaux n’ont eu d’autres choix que de raconter la bravoure des pompiers et les sauvetages héroïques. En revanche, pas un mot sur l’origine des explosions, sur la mort de nombreux sauveteurs et sur les personnes disparues », remarque RSF. Les autorités chinoises ont également empêché les équipes de journalistes occidentaux d’approcher des lieux du drame, affirme le rapport. Il cite également l’Équateur, où les autorités tentent d’empêcher la diffusion d’information sur l’exploitation minière dans le parc naturel du Yasuni.

Les pays du Sud ne sont pas seuls concernés. Au Canada, les sables bitumineux sont un sujet « tabou », observe RSF. Deux exemples sont cités : « Le bureau de conservation des ressources énergétiques (Energy Resources Conservation Board) a tenté par tous les moyens d’empêcher la publication du livre du reporter Andrew Nikiforuk,Tar Sands (Les sables bitumineux), en 2010. ». Au pouvoir jusqu’en octobre dernier, le gouvernement Harper a également complexifié « les demandes d’accréditation pour les demandes d’interview auprès des chercheurs qui travaillent pour l’État. » Résultat : « Quatre scientifiques de renom, régulièrement sollicités par les médias, ont répondu à 12 interviews en 2008, contre 99 en 2007 », regrette le document.

Le journaliste canadien Stephen Leahy, auteur de nombreuses enquêtes, confirme : « Un chercheur que j’avais interviewé sur la couche d’ozone a vu ses financements supprimés par le gouvernement. Et même de petites associations locales avaient peur de parler dans les médias, car elles craignaient un contrôle fiscal qu’elles n’auraient pas pu payer. » La situation devrait cependant s’améliorer au Canada, avec l’arrivée au pouvoir du nouveau Premier ministre, Justin Trudeau début novembre.

Enfin, RSF documente plusieurs cas de tentatives de corruption, où des journalistes se sont vus proposer de l’argent de la part d’entreprises, en échange de leur silence… Ceux qui témoignent ont bien entendu refusé.

Etre journaliste écolo, c’est parler, bien sûr, des fleurs et des petits oiseaux, mais aussi de sujets économiques et politiques. « Ils traitent aussi de la déforestation, des exploitations de ressources naturelles ou de pollution. Des sujets dont les enjeux vont souvent au-delà de la protection de l’environnement, surtout quand il s’agit de mettre en lumière des activités illégales de groupes industriels, de la mafia locale, voire des autorités, remarque RSF. Les sujets environnementaux, habituellement relégués en queue de peloton en conférence de rédaction, défient désormais les grands thèmes d’actualité qui se disputent la Une des quotidiens ou l’ouverture des journaux télévisés. Il est également temps de prêter la même attention aux journalistes environnementaux pour mieux les protéger. »

- Télécharger le rapport :

Place to B et le Jardin d’Alice : deux alternatives différentes à la COP officielle Tiffany Blandin et Lorène Lavocat (Reporterre) Reporterre 2015/12/08 Tiffany Blandin et Lorène Lavocat (Reporterre) (8 décembre 2015) Place to B et le Jardin d’Alice : deux alternatives différentes à la COP officielle. Reporterre. Climat : de COP en COP fr

Place to B et le Jardin d’Alice : deux alternatives différentes à la COP officielle

D’un côté, le formel Place to B, pensé pour l’émulation des journalistes, blogueurs et membres d’ONG. De l’autre, le Jardin d’Alice, convivial et un peu foutraque. Les militants du monde entier de passage à Paris pendant la COP s’adaptent à leurs qualités et à leurs défauts, entre activités intellectuelles et manuelles.

- Paris, reportage

Devant un grand immeuble aux larges baies vitrées, deux imposants vigiles fouillent les sacs. Juste derrière eux, une jeune femme souriante accueille les visiteurs : « Bienvenue à Place to B ! » Après vérification sur sa longue liste d’inscription, elle ouvre une lourde porte avec son badge et laisse entrer les curieux dans le hall fourmillant de ce « lieu où il faut être ».

Pendant les deux semaines de la Conférence climat, l’auberge de jeunesse Saint Christopher Inn et le bar Belushi accueillent journalistes indépendants, blogueurs ou membres d’ONG venus des quatre coins du monde. Le lieu se pense comme un hub, une plate-forme d’échanges et de rencontres online et in live. « Nous avons besoin d’endroits pour nous retrouver, faire du réseau, partager des expériences », assure Boris, de l’association Etika Mondo. De passage pour un rendez-vous, il apprécie l’atmosphère « propice au hasard créatif ».

Complet depuis plusieurs semaines

Accoudé au bar, un documentariste français discute avec une militante écologiste étasunienne, tandis que le serveur prépare un burger de canard aux champignons de Paris, châtaignes et poires (12 €). À côté, Marie-Hélène, étasunienne d’origine haïtienne, observe les allées et venues incessantes : « Hier, j’étais avec une militante de la République dominicaine, et ce matin, j’ai aidé un réalisateur kényan à traduire son film sur le Kilimandjaro. »

Dans la salle principale règne un brouhaha franco-anglais à base de « climate » et de « sustainable development ». Karen arrive des États-Unis avec une centaine de membres de la Climate Justice Alliance, un réseau nord-américain d’associations écologistes et sociales. Même si elle apprécie le cosmopolitisme du lieu, pour elle il s’agit avant tout d’une « good place to sleep ».

L’auberge de jeunesse affiche d’ailleurs complet depuis plusieurs semaines. « Les 600 lits ont été réservés spécialement pour la COP, nous accueillons une centaine de nationalités différentes », explique l’un des employés. Derrière lui, un écran plat indique le programme de la journée. Conférences, ateliers, films. Mais le lieu sert surtout d’espace de travail. « C’est plus calme que d’habitude, c’est très studieux », confirme l’employé en souriant.

Un réseau social en chair et en (Mac) OS

Les ordinateurs envahissent les tables, et les prises électriques deviennent des biens rares. Dans un recoin, une journaliste interviewe Vandana Shiva, pendant que Public Sénat enregistre une émission en direct.

« C’est plus qu’un centre de presse, explique Sami, membre de la « Team » de Place to B. Nous voulons profiter d’avoir au même endroit toutes ces personnes différentes pour trouver des manières de parler différemment du climat. » Un « récit alternatif » qui se construit notamment au sein de la Creative Factory.

Ce mercredi, une vingtaine de participants, dont un expert en bien-être et un apiculteur, planchent donc autour du thème « les merveilles et le pouvoir guérisseur de la nature ». L’objectif, en deux jours : « Faire naître une réflexion collective et produire un message alternatif, positif sur la crise écologique », explique Tiphaine, qui coorganise la Factory. Vidéo lyrique, poème ou autoroute végétal à insectes... tout est possible !

Seul problème pour le moment, cette « usine créative » peine encore à interagir avec les coworkers de Place to B. Pour Flick, jeune anglaise de la Youth Climate Coalition, logée avec ses quinze collègues à l’auberge, « ici, c’est très sympa, très dynamique mais très institutionnel. Au Jardin d’Alice,c’est plus branché autogestion, activisme et art ».

« Zone de gratuité »

Le Jardin d’Alice, un immeuble associatif situé à Montreuil, est un autre point de rassemblement pendant la conférence climat. Le 1er octobre, le collectif d’artistes qui loue cet immeuble de 2.600 mètres carrés a ouvert tout le rez-de-chaussée aux militants.

Ici, pas besoin d’être inscrit sur une liste. La porte du bâtiment est grande ouverte. Dans l’entrée, des piles de tracts et brochures sur le climat ou les ZAD. Puis, une « zone de gratuité » où chacun peut prendre ou déposer livres et objets divers. Un peu plus loin, posées sur des grandes tables en bois, d’énormes marmites.

« Ce midi, c’est fricassée de butternut, sarrasin, purée de courge et salade », dit Jimmy, en charge du service. Comme tous les jours, le menu proposé ce mercredi par les radicales cocottes, le collectif qui s’occupe de la restauration du lieu pendant la COP, est 100 % végétalien. Pendant que Jimmy remplit généreusement une assiette, une jeune femme dépose une pièce dans le panier marqué « prix libre ». Autour, quelques « clients » déjeunent sur de grandes tables.

Matteo, lui, a emporté son repas dans le vaste atelier qui occupe les deux tiers du rez-de-chaussée. « J’ai beaucoup de travail », se justifie cet Étasunien qui a connu le Jardin d’Alice en lisant un article sur Internet.

Une vingtaine de personnes sont éparpillées dans l’atelier. L’ambiance y est studieuse. Au fond, une dizaine de militants Alternatiba, qui séjournent au quartier génial de l’Ile-Saint-Denis, peignent en rouge, bleu et vert des palettes de bois pour le village mondial des alternatives. Sur la droite, deux filles dessinent l’inscription « État d’urgence climatique » sur une banderole de dix mètres de long installée sur des tréteaux.

« Ce n’est pas très organisé, mais le lieu fonctionne bien »

Un peu à l’écart, un groupe d’une dizaine d’Étatsuniens s’affaire. Il s’agit des militants de l’organisation 350.org, qui a choisi le Jardin d’Alice comme atelier. L’ONG Avaaz a aussi utilisé les locaux pour préparer le matériel de la marche pour le climat. Mais l’événement a été interdit, et remplacé par une chaîne humaine.

Du coup, les centaines de pancartes et de décorations en tout genre qui avaient été confectionnées pour l’occasion ont à peine servi. Elles sont maintenant empilées un peu partout. « Ça fait mal au cœur de voir tout le monde se donner autant de mal, alors que beaucoup de mobilisations n’auront pas lieu », se désole Leila, qui travaille à l’accueil des militants non parisiens.

Trois personnes, l’air un peu perdu, entrent dans la grande pièce. Aurélie, Marion et Leeroy sont venus donner un coup de main. Ils se dirigent vers un atelier de découpe d’un curieux tissu argenté. Artur, du collectif berlinois Tools for Action (des outils pour l’action) supervise la fabrication de cubes gonflables de deux mètres de diamètre. « Nous sommes au complet. Il n’y a besoin que de quatre personnes pour chaque cube », dit en anglais l’activiste. « Je peux vous laisser ma place si vous voulez essayer », propose gentiment une femme.

Scotché au mur, le planning de la semaine reste vide, alors que les activités s’enchaînent. « Ce n’est pas très organisé, mais le lieu fonctionne bien, estime Elise, une militante d’Alternatiba. Les personnes qui viennent ici sont responsables et bienveillantes. En fait, ce sont les gens qui font le lieu. »

« On se sent en sécurité tous ensemble »

Assis à une table, cinq habitants de Notre-Dame-des-Landes discutent. Ils ont une idée d’action. Des séances de rire collectif devant les sièges sociaux des « sponsors » de la COP 21. Ils sont arrivés de la ZAD le samedi précédent avec le convoi de vélos et de tracteurs. N’ayant nulle part où aller, ils ont frappé à la porte du Jardin d’Alice. Même si des lieux comparables, comme l’Annexe, au Pré-Saint-Gervais, ont été perquisitionnés quelques jours avant. « Je n’ai pas vraiment peur de ça, confie Estelle, arrivée elle aussi de Notre-Dame-des-Landes. Je ne fais que fabriquer des vélos en carton. Et puis, on se sent en sécurité tous ensemble. »

L’heure du dîner approche. Les travailleurs de l’atelier commencent à affluer dans la salle de restauration, tandis qu’une quinzaine d’anglophones viennent d’arriver. Ce sont les Youngos, le groupe représentant la jeunesse à la conférence climat. Logés à Place to B, ils avaient besoin de trouver un lieu tranquille où se réunir. Et de prendre un peu l’air. « Place to B, ce sont des gens riches qui parlent à des gens riches, confie Cassy, une Youngo. On a entendu beaucoup de bien du Jardin d’Alice. Et apparemment, ce serait plutôt ici “the place to be”. »

Circulez, y’a rien à voir ! Un super dossier de « La Brique » sur les transports La Brique Reporterre 2015/12/08 La Brique (8 décembre 2015) Circulez, y’a rien à voir ! Un super dossier de « La Brique » sur les transports. Reporterre. Transports fr

Circulez, y’a rien à voir ! Un super dossier de « La Brique » sur les transports

Au sommaire du n°45 (en détails ici)

- Édito : Réarmer les imaginaires - Cours ou crève - Pierre de Saintignon : si vous aviez raté un métro - Lille Métropole sert la soupe à Keolis et crache dans celle des pauvres - Mutuelle des Fraudeurs, ensemble créons des liens - Réseau express vers la faillite - SNCF : la voie libérale - Tous mobiles ou tous flexibles ? Les dessous de la « mobilité généralisée »... - Prisonniers de Calais - Mon vélo est-il révolutionnaire ? - La ville à mobilité réduite - BD Google Car par Achille Blaster - Delta 3 : dans l’enfer du capitalisme logistique - Péniches d’hier et d’aujourd’hui - Canal Seine Nord - Des marins marchands aux marchands de marins - Fives : voie rapide contre voix ouvrières

Circulez, y’a rien à voir !, La Brique, n° 45, automne 2015, 2 euros

Source : La Brique

Des activistes climatiques internationaux ont été expulsés d’un squat à Paris Lorène Lavocat (Reporterre) Reporterre 2015/12/09 Lorène Lavocat (Reporterre) (9 décembre 2015) Des activistes climatiques internationaux ont été expulsés d’un squat à Paris. Reporterre. Reportage — Libertés fr

Des activistes climatiques internationaux ont été expulsés d’un squat à Paris

Ils sont venus de tous les pays du monde, pour participer aux actions de la société civile lors de la COP 21. Les forces de l’ordre les ont expulsés mardi 8 décembre.

- Paris, reportage

Mardi 8 décembre à 19h. La rue Blanche (Paris 9e) est particulièrement encombrée. Les voitures avancent au ralenti, car la voie est largement occupée par une longue file de véhicules bleu et blanc. Un car de police, et au moins dix camions de gendarmerie… un dispositif impressionnant.

Un squat hébergeant pour la durée de la COP 21 des activistes du climat est en cours d’expulsion par les forces de l’ordre. Au 29-31 de la rue, des policiers – au moins une quarantaine – bloquent l’accès, casque et matraque en main.

Des dizaines de militants, jeunes ou vieux, sortent du bâtiment à la façade délabrée, sac à dos et duvet dans les bras. Des agents relèvent les identités de chacun. « Je me sens bouleversé », explique un Espagnol. « On nous a mis dehors, et on se retrouve dans la rue de nuit, et sans logement. » Comme lui dans le squat, ils seraient une petite centaine d’activistes venus de France, d’Europe et d’ailleurs pour participer aux actions citoyennes en marge de la COP21.

Ce lieu aurait ouvert le week-end dernier. D’après « Camille », l’un des occupants, le bâtiment qu’ils occupent est vide depuis trois ans. L’affirmation est confirmée par une voisine, qui explique « que des travaux sont prévus de très longue date. » La dame semble par ailleurs étonnée du remue-ménage qui se déroule sur le pas de sa porte : « J’étais là tous les jours, je n’ai vu personne ! »

Le squat compte environ vingt-cinq chambres, une cuisine et des lieux de réunion. « C’est ridicule ! », s’exclame une anglaise sexagénaire. « Nous ne faisions aucun mal, nous avions juste besoin d’un lieu où dormir pendant la COP. »

La police leur a proposé de se loger dans des gymnases, accessibles uniquement de 22 h 00 à 9 h 00. Mais les squatteurs, craignant d’y être surveillés, préfèrent chercher d’autres solutions.

Ils entassent matelas, matériel de cuisine et autres bidouilles dans des camions « amis », sous l’œil attentif des policiers. « D’un côté, c’est bien car tout s’est passé sans violence », estime une militante espagnole. « Mais c’est triste et révoltant d’être ainsi mis dehors, sans lieu pour nous réunir. »

Par ailleurs, les squatteurs attendent l’arrivée mercredi 9 décembre d’environ soixante-dix activistes venus de l’étranger.

L’occupation de ce squat est liée au manque criant de logements prévus pendant la COP. Il y a déjà plusieurs mois, la Coalition 21 avait alerté les autorités quant à ce problème, en vain, comme Reporterre l’avait relaté.

Frappée par les inondations, l’Inde négocie âprement dans la COP 21 Barnabé Binctin et Émilie Massemin (Reporterre) Reporterre 2015/12/09 Barnabé Binctin et Émilie Massemin (Reporterre) (9 décembre 2015) Frappée par les inondations, l’Inde négocie âprement dans la COP 21. Reporterre. Monde fr

Frappée par les inondations, l’Inde négocie âprement dans la COP 21

Le second pays le plus peuplé au monde est touché par les conséquences du changement climatique, ce qu’attestent les meurtrières inondations dans l’État du Tamil Nadu. Au Bourget, les représentants indiens défendent une ligne de négociation rigide, qui s’explique par la difficulté du pays à assurer sa transition énergétique.

Au moins 269 morts et plusieurs millions de personnes sinistrées, gares et aéroports paralysés, électricité coupée, armée envoyée à la rescousse par bateau ou par hélicoptère… Les inondations qui affectent depuis plusieurs jours l’État du Tamil Nadu, dans le sud de l’Inde, et sa capitale, Chennai [1], ont donné lieu à des scènes de chaos.

La métropole tamoule, quatrième ville la plus peuplée d’Inde avec 6 millions d’habitants, a été recouverte par les eaux. Les chiffres sont frappants : mardi 1er décembre, Chennai a reçu en 24 h l’équivalent de deux mois de pluie. Depuis, l’épisode torrentiel s’est calmé mais les services météorologiques restent en alerte. D’importantes pluies étaient encore attendues pour la journée de mardi. Sur place, les rues restent largement inondées, comme en témoigne une vidéo du magazine Time, tournée lundi.

Le pire déluge dans la région depuis un siècle

Si l’aéroport devait rouvrir en début de semaine, il était encore impossible, hier mardi, de joindre par téléphone la région de Chennai. « La communication n’est pas rétablie, nous avons de gros problèmes pour joindre nos interlocuteurs », nous confirmaient les services du consulat français basé à Pondichéry, à 150 kilomètres au sud de Chennai.

La situation est d’autant plus « désastreuse » – selon les termes du ministre de l’Intérieur, Rajnath Singh – que le phénomène climatique s’étend dans la durée. Il y a quelques semaines, à la mi-novembre, de premières inondations avaient déjà durement frappé le sud du pays. Avec des conséquences dramatiques, déjà, et au moins 71 morts recensés. Des interlocuteurs indiens avaient notamment fait parvenir à Reporterre cette vidéo-choc d’un bus emporté par les flots.

Inondations dans le Tamil Nadu, automne 2015. from Reporterre on Vimeo.

Il s’agirait là du pire déluge connu dans la région depuis un siècle. Selon Le Monde, « en un mois, il est tombé près de 121 centimètres de pluie, soit le triple de la moyenne observée à cette saison ». Un phénomène que les responsables scientifiques sont de plus en plus nombreux à attribuer au réchauffement climatique : « Nous avons relevé que ces précipitations de mousson sont de plus en plus fortes depuis 20 à 30 ans. Le nombre de jours de pluie diminue, mais quand il pleut, c’est beaucoup plus intense. Cela peut être attribué au réchauffement des océans, qui entraine une plus grande évaporation et donc plus de pluie », expliquait ainsi sur Radio France Internationale (RFI) Madhavan Rajeevan, directeur de l’Institut indien de météorologie tropicale.

Les services météorologiques indiens ont attribué ces fortes pluies au phénomène climatique « El Nino » – un courant marin chaud du Pacifique – annoncé particulièrement intense en 2015 et qui a commencé à se former en mars.

Les scientifiques attestent du lien entre changement climatique et mousson

Or, l’amplitude croissante d’El Nino sous l’effet du réchauffement climatique devient « une certitude », selon Le journal du CNRS : « Sous l’effet d’un réchauffement climatique non contrôlé, les El Nino extrêmes seront plus fréquents. » Une tendance confirmée dans cette revue par le climatologue Éric Guilyardi : « Alors que ce type d’événement survient actuellement tous les quinze ans, nos résultats ont pu montrer sans ambiguïté que cette fréquence doublerait à compter de 2050 si rien n’est fait d’ici là pour enrayer les émissions de gaz à effet de serre. »

De manière générale, de plus en plus d’études insistent sur le lien en Inde entre le changement climatique et la puissance de la mousson, dont la perturbation devrait donner lieu à la multiplication de ces événements extrêmes, sécheresses sévères ou, à l’inverse, inondations. Le gouvernement en aurait même pris la mesure : à la veille de la COP 21, le premier ministre indien, Narendra Modi, avait évoqué un lien de causalité entre ces inondations et le changement climatique lors de son allocution hebdomadaire à la radio.

Respecter la promesse sur les financements climat

Or, cette posture politique est peu suivi d’effet au Bourget, où la délégation indienne adopte une position de négociations rigide durant la COP 21. Lors de son allocution en plénière, lundi 30 novembre, le premier ministre indien a déclaré que la communauté internationale « ne peut pas imposer la fin des énergies fossiles » aux pays en développement. L’Inde renâcle sur deux points cruciaux des négociations. Elle ne veut pas que le seuil de 1,5 °C de réchauffement d’ici la fin de siècle soit inscrit dans l’accord – ce que souhaitent pourtant un nombre grandissant de pays vulnérables comme développés. Elle bloque aussi sur la mise en place d’un mécanisme ambitieux de révision des contributions nationales tous les cinq ans, dont le premier rendez-vous serait fixé avant 2020.

En fait, l’Inde refuse de bouger d’un pouce tant qu’elle n’aura pas reçu de solides garanties que les pays développés respecteront la promesse faite en 2009, à Copenhague, d’apporter 100 milliards de dollars de financements climat aux pays en développement en 2020. « L’Inde est ici pour s’assurer que les pays riches paient la dette carbone qu’ils ont contractée », a ainsi répété le ministre de l’Environnement indien, Prakash Javadekar. Qui, mardi 8 décembre en conférence de presse, s’est dit « déçu » des engagements des pays développés et a exigé, avec ses homologues chinois, brésilien et sud-africain, une « hausse substantielle » de l’aide financière promise. Cette position l’oppose à certains pays développés comme les États-Unis, qui estiment que les pays émergents en capacité de le faire doivent aussi mettre la main à la poche.

Soutiens financiers et transferts technologiques

Pour comprendre cette rigidité, il faut replacer les choses dans leur contexte. Certes, le mix énergétique de l’Inde est composé à 60 % de fossiles, en premier lieu de charbon. Certes, cette consommation est censée doubler, voire tripler dans les quinze prochaines années, ce qui propulserait l’Inde premier émetteur de gaz à effet de serre mondial, ex-æquo avec la Chine. Mais le pays est encore très pauvre. « 300 millions de personnes n’ont pas accès à l’électricité, rappelait la semaine dernière, en conférence de presse, Krishnaswamy Srinivas, président de la fondation indienne Vasudha. L’Inde envisage toutes les options pour que tous ses citoyens aient accès à l’électricité sans interruptions. » Sanjay Vashit, directeur du Climate Action Network pays du sud, espère que « le gouvernement Modi se détache du charbon plus vite. Mais demander ça maintenant, nous ne le pouvons pas ». À moins que les pays développés ne l’aident dans sa transition énergétique, en lui offrant des soutiens financiers et des transferts technologiques. Le lancement de l’Alliance solaire internationale par Narendra Modi, le 30 novembre dernier au Bourget, témoigne de cette ouverture.

Gestes de terre, et la danse Reporterre 2015/12/09 (9 décembre 2015) Gestes de terre, et la danse. Reporterre. fr

Gestes de terre, et la danse

Titre : « Gestes de terre, et la danse »

Auteur(s) : ouvrage collectif sous la conduite de Patricia Ferreira et Bianca Millon-Devigne

Equipe rédactionnelle : Nathalie Auboiron, Dominique Crébassol, Catherine Grout

Graphisme : Bianca Millon-Devigne

Design graphique & programmation numérique de l’édition, Crédits photographiques : Théo Abadon et Bianca Millon-Devigne

Gestes de terre est un processus de réflexion et d’actions portant, d’une part, sur la place du danseur dans la société à une époque de décroissance et, d’autre part, sur la danse et son renouvellement ou actualisation à partir du travail de la terre. Il s’agit d’un ensemble de mise en actes, en paroles et en présences issu, entre autres, de l’intérêt de Patricia Ferrara pour l’origine du mouvement.

L’idée de Gestes de terre, espace d’échanges et de créations, est initiée par le Groupe toulousain de danse contemporaine Unber Humber. A partir du mois d’octobre 2012, le Groupe Unber Humber active des rencontres (artistes, acteurs culturels, agriculteurs, écrivains, enseignants, habitants) autour de la question de notre relation à la terre. Quatre fermes sont au centre de cette proposition. Elles accueillent des danseurs, venus travailler et procéder à un « collectage d’impressions » en suivant leurs hôtes pas à pas.

Les religions s’engagent pour le climat Aurélie Delmas (Reporterre) Reporterre 2015/12/09 Aurélie Delmas (Reporterre) (9 décembre 2015) Les religions s’engagent pour le climat. Reporterre. Enquête — Écologie et spiritualité fr

Les religions s’engagent pour le climat

La sauvegarde de la « maison commune », comme le pape François appelle la Terre, est devenue un enjeu pour les croyants et les responsables des principales religions mondiales. À l’occasion de la COP 21, ils le font savoir et prennent position.

Ils sont chrétiens, musulmans, juifs, hindouistes, bouddhistes, Européens, Philippins, Indiens, Sud-Africains… À la veille de la COP 21, ils ont réuni 1.780.528 signatures pour un accord ambitieux et juste pour le climat, qu’ils vont remettre à François Hollande. Mais que vient faire la foi dans cette histoire de climat ?

« C’est une préoccupation très ancienne, un discours que la religion porte depuis bien avant que le sujet ait été abordé par les politiques et les scientifiques. » Pour le pasteur François Clavairoly, président de la Conférence des responsables de cultes en France (CRCF), la légitimité des cultes à parler de climat est une « évidence ». « L’intérêt général des États additionnés ne fait pas le bien commun. Ce qui fait l’universalité du message religieux, c’est que ni les chrétiens, ni les musulmans, ni les juifs… n’ont d’intérêt étatique à défendre », rappelle-t-il. Alors que 84 % de la population mondiale se réclame d’une religion, selon des chiffres de 2010 du Pew Research center – et, parmi eux, de nombreux chefs d’États –, les cultes peuvent faire passer un message commun au delà des frontières.

Certains admettent avec honnêteté un « retard » des religions sur ces questions, mais tous se trouvent aujourd’hui dans la même dynamique. Michaël Azoulay, rabbin à Neuilly-sur-Seine et chargé des questions de société par le Grand Rabbin de France considère qu’« on n’a pas assez insisté sur l’importance de la préservation de la planète » mais se félicite que la thématique environnementale soit désormais « un vrai point de rassemblement » entre les religions. « Il faut qu’on reprenne la main dans nos discours, qu’on évoque la question du consumérisme, du gaspillage, du gâchis, de la plus juste répartition des richesses », souhaite-t-il, en espérant que ces questions soient abordées pour la première fois lors du prochain Congrès rabbinique.

« Nous avons peut-être plusieurs dieux, mais nous vivons sur une planète »

La question climatique est prise de plus en plus au sérieux aux sein des instances religieuses. La plupart des représentants religieux avaient d’ailleurs décidé de participer à la grande marche pour le climat du 29 novembre à Paris, qui a finalement été annulée, et se sont engagés au sein de la Coalition climat 21. Les prises de position des responsables religieux en faveur du climat et de la protection de la planète se sont multipliées cette année : encyclique Laudato si du pape François, déclaration des six principales religions de France et rédaction d’un plaidoyer commun, déclaration musulmane), déclaration hindoue, appel de 154 responsables chrétiens et non-chrétiens, lettre rabbinique sur le changement climatique… Pour finir, une pétition de près de 1,8 million de signatures récoltées à travers le monde pour la COP 21 sera remise à François Hollande.

Et cette voix porte en haut lieu. Christiana Figueres, secrétaire exécutive de la Convention-cadre des Nations unies contre le changement climatique (CCNUCC), et Nicolas Hulot, envoyé spécial de François Hollande pour le climat, étaient présents le 28 novembre à Saint-Denis pour écouter les témoignages de pèlerins pour le climat venus tout spécialement pour le sommet climatique. Patrick Braouezec (FG), élu de la ville, est lui aussi venu accueillir les pèlerins, soulignant à la tribune le « besoin de se rassembler et de faire corps pour que cette planète puisse avoir un avenir » dans un « monde particulièrement perturbé ».

Parmi les marcheurs, Latifa Begum est une musulmane originaire du Bangladesh qui vit au Royaume-Uni. Elle estime que « les religions jouent un rôle très important pour mettre la pression » sur les décideurs. « Nous avons peut-être plusieurs dieux, mais nous vivons sur une planète », explique celle qui prie pour que la COP 21 ne reproduise pas l’échec de Copenhague.

« Le critère du lobby privé n’est pas le bien commun »

Les mots des cultes ont changé. « Nous ne sommes pas du tout créationnistes, je le souligne à trois traits. On accepte la théorie de l’évolution, mais on croit qu’il y a un Créateur et que nous avons une responsabilité », éclaircit Martin Kopp, chargé de plaidoyer de la Fédération luthérienne mondiale pour la justice climatique. Ce doctorant en théologie protestante explique avec clarté que l’anthropocentrisme du judéochristianisme occidental est en pleine évolution. Depuis plusieurs dizaines d’années, l’image de l’humain qui voyait la nature comme un outil à exploiter évolue. « L’anthropocentrisme doit être entendu comme une responsabilité spécifique de l’être humain (...) : on a une liberté une capacité à choisir et on doit répondre de nos actes », analyse-t-il, textes à l’appui. Aujourd’hui « il faut un changement spirituel et moral. Si cela ne se fait pas, c’est qu’il y a un problème de valeurs. Si on suit le lobby privé, on ne suit pas comme critère le bien commun. On n’est pas dans une position d’amour du prochain si on le met en danger », poursuit celui qui avait promu en France le jeûne pour le climat. Le président de l’Union bouddhiste de France ne dit pas autre chose : « On vit dans un monde qui ne peut plus supporter les égoïsmes, ni individuels, ni nationaux, ni d’entreprises, ni même d’un continent. Ils doivent tomber les uns après les autres », explique Olivier Wangh Gengh.

Quand Martin Kopp considère que « s’engager, ce n’est pas être écolo, c’est être chrétien », Olivier Wangh Gengh aussi voit l’engagement de ceux qui partagent ses idées comme un geste naturel : « Un bouddhiste, par esprit de responsabilité, fait tout pour avoir un comportement qui soit le moins nuisible possible, un comportement responsable à tout point de vue notamment en respectant la nourriture et ne laissant pas de trace derrière soi. » « Si le message du bouddhisme peut être utile dans ce moment précis où on sait que rien ne sera comme avant, tant mieux », ajoute-t-il.

« Créons les conditions de la paix »

« Aucun des problèmes du monde ne peut être réglé seul ou par une organisation », Gopal Patel en est convaincu. Responsable du projet Bhumi, qui se veut la voix hindouiste mondiale sur les préoccupations environnementales, il estime que « la religion ne parle pas qu’à la tête, elle parle au cœur. Voilà ce qu’elle apporte dans le débat sur le changement climatique. Il ne s’agit pas de conversion, mais de changer le coeur et l’esprit des gens », assène-t-il, convaincu que la religion peut parler aux peuples comme aux dirigeants. « La spiritualité sera présente à la COP 21, sans l’ombre d’un doute », dit-il.

Des discours qui entrent en résonance les uns avec les autres, au point de tenir ensemble. « La place de la religion ? c’est de réconcilier les peuples. Nous devons dire : “Créons les conditions de la paix.” Le cœur de nos religions n’est pas la compétition », met en perspective l’archevêque anglican Thabo Makgoba. Au-delà des outils politiques, techniques et juridiques, au-delà même de leurs ressources propres, la parole de ces religions unies veut amener de l’humanité et de la solidarité dans le débat sur la crise climatique afin de protéger ce que le pape François a appelé « la maison commune ».

« Ce qui nous importe, c’est que cette petite voix de la spiritualité puisse alimenter y compris ceux qui ne se retrouvent pas dans une confession », résume François Clavairoly, pour qui ces religions sont « comme le sel dans la soupe », « là pour donner du goût, des saveurs », mais elles doivent laisser les décisions aux responsables politiques. Il s’agit donc de prendre part autant que possible la mobilisation, qui n’appartient à aucun parti. « La COP 21 rend publique et quasi universelle cette problématique », se félicite le pasteur.

D’ailleurs, nombreuses sont les associations cultuelles qui seront représentées au Bourget pour défendre les pays les plus vulnérables auprès des délégués et revendiquer plus de justice entre les pays du Nord et ceux du Sud. « Quelque chose, dans le fond, est en train de bouger », veut croire Olivier Wangh Gengh. L’optimisme est de mise dans les rangs des religieux, qui, disent-ils, entendent bien rester mobilisés après le sommet climatique.

Good Cop Bad Cop, les Radios Campus suivent la COP 21, avec Reporterre Reporterre 2015/12/10 (10 décembre 2015) Good Cop Bad Cop, les Radios Campus suivent la COP 21, avec Reporterre. Reporterre. Climat : de COP en COP fr

Good Cop Bad Cop, les Radios Campus suivent la COP 21, avec Reporterre

Good Cop Bad Cop21, c’est la couverture médiatique radiophonique assurée par les Radio Campus (une émission par jour pendant deux semaines dans différents lieux liés à la COP 21).

Une émission quotidienne et collaborative réalisée et diffusée par les Radios Campus pendant toute la durée de la COP 21. Avec un site Internet dédié, une webradio 24h/24 et une application mobile.

Good Cop Bad Cop, ce sont des émissions hors les murs, des studios en public, à la fois au cœur de la ZAC Coalition Climat 21 au 104 et dans les lieux périphériques.

Un dispositif alternatif et innovant dans sa manière de faire et de voir les événements et initiatives conjecturées par la Conférence Paris Climat 2015

Une couverture médiatique, mobile et sensible, écartée de toute destination de tous !

Reporterre sur le site de Radio Campus

L’œil de Reporterre : Place to B et le Jardin d’Alice, deux alternatives différentes à la COP officielle, introduit par un reportage de nos équipes au Jardin d’Alice.

Les « 2 phoners » en direct avec Émilie Massemin, bilan d’étape des négociations au Bourget :

Lundi 7 :

Mardi 8 :

Le programme

L’émission quotidienne au 104, en direct de 13 h à 15 h, jusqu’au 12 décembre.

- Voir les fréquences de Radio Campus

Agenda des directs

Tous les événements facebook sont ici : GOODCOPBADCOP21 EVENTS FACEBOOK

Toutes les infos, podcasts, interviews, reportages sont à retrouver sur le site : GoodCopBadCop21

Sauver le climat ? un jeu d’enfants... désobéissants ! Lorène Lavocat (Reporterre) Reporterre 2015/12/10 Lorène Lavocat (Reporterre) (10 décembre 2015) Sauver le climat ? un jeu d’enfants... désobéissants !. Reporterre. Luttes fr

Sauver le climat ? un jeu d’enfants... désobéissants !

Défendre la justice climatique par des actions artistiques et décalées, dans le cadre d’un grand concours planétaire. Voilà l’enjeu des Climate Games, auxquels participent déjà plus de 300 équipes dans le monde. Chacun a jusqu’au 12 décembre pour contribuer. Et, grâce au jeu, faire grandir son envie de désobéir.

Il y a ceux qui se déguisent en orangs-outans au milieu de l’aéroport de Doha pour dénoncer la destruction des forêts tropicales pendant que d’autres ensemencent des champs transgéniques avec des « bombes à graines » paysannes. Il y a ceux qui ornent les distributeurs d’essence de panneaux « hors-service pour cause d’état d’urgence climatique », et ceux qui vont taguer en pleine nuit les abords du pont d’Austerlitz d’un immense « L’état d’urgence pour cacher les tas d’urgence ». Depuis le début de la Conférence climat, des centaines de citoyens participent aux Climate Games, « le plus grand jeu d’action-aventure désobéissant du monde ». Leur but : faire pencher le jeu international en faveur de la justice climatique. Leurs armes : la créativité et la désobéissance civile.

Blocage de convois ou d’entreprises, tags en tout genre, flash mobs... « Chacun agit à son niveau, selon ses idées et ses possibilités », explique Isabelle Frémeaux, sociologue, activiste et coorganisatrice de ces jeux. « Les équipes sont en autogestion, ça permet à tous d’explorer notre propre créativité. » Près d’une centaine d’actions ont déjà eu lieu à travers la planète, menées par 300 équipes. « Il y a une soif d’agir, les gens veulent reprendre le pouvoir entre leurs mains », estime-t-elle.

« Renouveler les formes de mobilisation »

Les Climate Games sont nés en 2014, à Amsterdam. Pour protester contre l’industrie du charbon, un groupe d’activistes néerlandais, Groenfront !, lance un défi citoyen. Le but : aller planter un drapeau le plus prêt possible du siège de multinationales du charbon. L’opération remporte un vif succès : près de 200 personnes y participent. « Ces jeux permettent de renouveler les formes de mobilisation, explique Isabelle Frémeaux. Des actions moins ennuyantes, plus surprenantes et donc plus efficaces. »

« Nous voulons donner envie aux gens de désobéir, sourit Isabelle Frémeaux, qui a également cofondé le Laboratoire de l’imagination insurrectionnelle. L’avortement, la grève... tous nos droits ont été acquis par la désobéissance civile. » Sur le site des jeux, l’équipe « C’est maintenant ou jamais » fait part de son enthousiasme : « On discute beaucoup, et finalement, on ne fait pas grand chose. Mais cette fois, on va monter sur Paris et c’est sûr, on va faire un truc. »

Ne pas se prendre au sérieux

Ne pas mobiliser que par le biais de la catastrophe, « car la politique de la peur nous paralyse ». Ne pas se prendre au sérieux, « tout en faisant les choses sérieusement ».Tels sont les leitmotivs de ces Climate Games. Et ce, malgré l’état d’urgence et les répressions policières. « Il y a une atmosphère arbitraire qui rend les choses difficiles, reconnaît la sociologue. Tout est devenu désobéissant. »

Détournement de publicités ou graffitis en mousse végétale.... Nombre des « aventures » en cours rapprochent art et activisme. Une idée défendue de longue date par le Laboratoire d’imagination insurrectionnelle. « Les artistes sont créatifs mais bien souvent égocentriques et peu engagés. Les militants sont au contraire très engagés, mais ils manquent d’imagination, note Isabelle Frémeaux. Donc, on a tout à gagner d’une synergie entre les deux. »

Face au « bunker du Bourget », face à la « déconnexion » des gouvernements, les organisateurs des Climate Games placent leurs espoirs dans la « capacité de créativité et de résilience des mouvements sociaux ».

COMMENT JOUER ?

- Créer une équipe. De deux membres à une trentaine, avec des novices ou des activistes chevronnés, « les inscriptions sont totalement ouvertes, et totalement anonymes ».

- Se former à l’action de désobéissance civile non-violente. Des stages sont proposés pendant toute la COP 21, notamment au 104 à la Zone d’action climat.

- Inscrire un terrain de jeu. Sur le site des Climate Games, une carte interactive et participative répertorie l’ensemble des « terrains de jeu » possibles : sièges de firmes multinationales, lieux publics, aéroports ou centres commerciaux.

- Réaliser une action, appelée « aventure ». Avec deux règles : « Personne ne doit être mis en danger » ; pas de compétition entre groupes, sauf contre « l’équipe bleue », celle des forces de l’ordre.

- Télécharger sur le site un compte-rendu de l’aventure : vidéo, photo, texte ou dessin.

- Une cérémonie pour remettre les 16 prix est prévue à la fin de la COP 21. Parmi les récompenses, « la coupe du courage qui se propage », « l’insigne de l’invention insurrectionnelle », ou encore « la cape d’invisibilité ».

Appel à se rassembler samedi pour le climat Reporterre 2015/12/10 (10 décembre 2015) Appel à se rassembler samedi pour le climat. Reporterre. Tribune — Luttes fr

Appel à se rassembler samedi pour le climat

Prenant acte que, en l’état actuel, les négociations au Bourget mènent le monde à la catastrophe climatique, de nombreuses associations et organisations non gouvernementales lancent un appel à la mobilisation citoyenne pour éviter l’inacceptable.

Nous, Amis de la Terre France, Alternatiba, Action Non Violente COP21, Bizi, Confédération Paysanne, Coordination de l’Action Non-Violente de l’Arche, Mouvement pour une Alternative Non-Violente, Collectif National Pas Sans Nous, Village Emmaüs Lescar Pau appelons à un rassemblement massif, pacifique et déterminé déclarant l’état d’urgence climatique ce samedi 12 décembre à 14 h à Paris, sur le Champ-de-Mars, devant la Tour Eiffel.

Nous vous appelons à signer et relayer massivement la pétition appelant à ce rassemblement et à se mobiliser massivement samedi prochain sur le Champ de Mars devant la Tour Eiffel.

Signer l’appel

Mobilisé-e-s par l’urgence climatique, l’exigence de justice sociale, la lutte contre toutes les formes de domination et la protection des populations affectées, nous sommes hautement préoccupé-e-s par le déroulement actuel de la COP 21. Alors que ce sommet international avait pour mission d’aboutir à un accord permettant de stabiliser le climat, tout indique qu’il n’en sera rien.

Les engagements actés de réduction d’émissions de gaz à effet de serre ne garantissent aucunement une stabilisation de la température moyenne au-dessous du seuil de + 2 °C à l’horizon 2100. Au contraire, ils nous mènent vers un dérèglement de plus de 3 °C, nous faisant franchir les seuils irréversibles et incontrôlables d’emballement du climat. L’absence de mesures suffisantes et contraignantes pouvant être mises en place entre 2015 et 2020, renforce la certitude de franchir ces seuils, et pose les bases d’un véritable crime contre l’humanité. En outre, la facture humaine que nous devrons payer est alourdie par l’insuffisance criante de financements propres permettant aux pays et populations les plus vulnérables de se protéger contre les conséquences catastrophiques du dérèglement climatique en cours et à venir.

Responsabilité historique dans ce moment décisif

Aujourd’hui, les chefs d’État du monde entier, et notamment les États du Nord, ne sont pas à la hauteur du défi et de leur responsabilité historique dans ce moment décisif pour notre avenir commun. Or, les climatologues le confirment, il ne nous reste plus que quelques années pour agir.

On ne peut pas nous demander d’accepter l’inacceptable ! Nous devons alerter la population mondiale sur ce qui se joue à Paris. En invitant tout d’abord l’ensemble de la société civile à renforcer les alternatives et solidarités concrètes permettant de réduire immédiatement les facteurs de dérèglement et d’augmenter nos capacités à faire face à leurs effets. En appelant ensuite à la mise en place d’une vaste mobilisation citoyenne, interpellant sans relâche au cours des années à venir les dirigeant-e-s politiques et économiques en vue de changer le cours des choses pendant qu’il est encore temps.

Le samedi 12 décembre à 14 heures sur le Champ de Mars devant la Tour Eiffel nous constituerons de très larges chaînes humaines, portant les messages d’alerte et de mobilisation que nous adresserons aux peuples du monde. Les murs que nous ferons tomber ensemble deviendront des ponts. Nous aurons le visage découvert, comme signe de notre participation strictement non-violente à ce rassemblement.

Samedi, toutes et tous à Paris pour déclarer l’état d’urgence climatique !

A MIDI SAMEDI, LIGNES ROUGES POUR LE CLIMAT

D’autres organisations appellent à une autre action samedi à midi

Alors que les négociations sur le climat se terminent, des milliers de militants vont se rendre dans les rues de Paris – le parcours sera communiqué – pour former un rassemblement créatif de grande ampleur symbolisant l’engagement du mouvement à poursuivre la lutte en faveur de la justice climatique. Les participants tiendront une fleur rouge dans la main en hommage aux victimes passées et futures du changement climatique et pour symboliser leur détermination à poursuivre la mobilisation après la fin des négociations sur le climat.

Ce rassemblement public transmettra une image forte après deux semaines de négociations. Les organisateurs prévoient de dérouler une banderole sur 100 mètres pour former une ligne rouge géante le long d’un grand boulevard. Plus de 5 000 tulipes rouges (issues d’une production belge respectant des pratiques durables) seront déposées le long de la ligne.

Les manifestations publiques, y compris la grande marche qui était prévue à l’ouverture du sommet, ont été interdites en raison de l’état d’urgence. Cette mobilisation intitulée « Les lignes rouges » est un événement non autorisé au cours duquel des citoyens vont descendre dans les rues de Paris pour participer à une grande manifestation pour la première fois depuis les attaques tragiques du 13 novembre.

Même si les organisateurs annoncent que la manifestation aura lieu dans le centre de Paris, ils gardent secret l’endroit exact pour le moment. Les journalistes et les personnes intéressées sont invitées à s’inscrire sur le site Web du D12 et recevront un message électronique et un SMS lorsque le lieu sera divulgué.

Mercredi après-midi, les organisateurs ont publié un communiqué de porte-paroles de premier plan du mouvement qui invitent les citoyens à participer à la manifestation et qui soulignent l’importance de son caractère pacifique.

« Nous nous rassemblerons pour le respect », ont-ils déclaré. « Nos dirigeants ont fait preuve de peu de respect à l’égard des droits des peuples sur une planète touchée par les inégalités et le racisme et à l’égard des lignes rouges pour une planète juste et habitable. Des lignes que nous ne devrions pas oser franchir. Par conséquent, nous nous tiendrons les uns aux côtés des autres pour former ces lignes rouges et montrer notre détermination à protéger notre planète de la destruction. »

Cette mobilisation autour des lignes rouges a pour ambition de lancer une nouvelle vague d’actions de « désobéissance civile », comme disent certains militants, pour s’attaquer à l’industrie des combustibles fossiles, la plupart du temps de nouveaux grands projets d’infrastructures tels que des pipelines ou des mines de charbon. Jeudi, les chargés de campagne vont annoncer à la COP21 l’organisation d’une grande mobilisation qui aura lieu en mai 2016 et qui sera intitulée « Break Free ». Dans le cadre de cette action, des citoyens du monde entier vont faire obstacle aux pires projets de combustibles fossiles dans leur région.

QUAND : Samedi 12 décembre à 12 h (12.12.12). Le lieu exact sera annoncé juste avant son déroulement. Les informations seront publiées ici

QUOI : Des milliers de personnes vont former ensemble une « ligne rouge » en hommage aux victimes passées et futures du changement climatique, de la guerre et du terrorisme et pour démontrer l’engagement commun ininterrompu du mouvement pour la justice climatique : laissons les combustibles fossiles sous terre et engageons-nous dans une transition juste vers une énergie 100 % renouvelable.

Dans la dernière ligne droite de la COP 21, la société civile multiplie les actions Camille Martin (Reporterre) Reporterre 2015/12/10 Camille Martin (Reporterre) (10 décembre 2015) Dans la dernière ligne droite de la COP 21, la société civile multiplie les actions. Reporterre. Luttes fr

Dans la dernière ligne droite de la COP 21, la société civile multiplie les actions

Alors que les négociations au Bourget se poursuivent, la société civile se mobilise pour changer de système. La journée de mercredi a été bien remplie, avec les paysans de la Via Campesina devant le siège de Danone, des artistes se livrant à une performance au Louvre et HK improvisant un concert dans une agence de BNP-Paribas.

LES PETITS PAYSANS CONTRE L’OGRE DANONE

Les grands boulevards parisiens sont vides en ce mercredi matin. On a rendez-vous près de la BNP Paribas, mais, cette fois-ci, ce n’est pas la cible. Une clameur monte cent mètres plus loin sur le boulevard Haussman. Elle vient du siège de Danone. Une cinquantaine de paysans se sont réunis devant l’immeuble.

Certains scandent des « What do we want ? Food sovereignty ! » et « Down, down Danone ! » tandis que d’autres tracent à la peinture un épais trait rouge sur le sol. « C’est la ligne rouge franchie par Danone », explique Josie Riffaud, membre de la Via Campesina. Ce mouvement paysan international est l’organisateur de l’action. « Ils dépassent ce que la planète et surtout l’humanité peuvent supporter ! »

À l’entrée de l’immeuble, un vigile impassible assiste à la scène. Adam, maraîcher près de Londres et membre de la Land Workers’ Alliance (syndicat britannique de petits paysans), prend la parole à son tour : « Les paysans produisent aujourd’hui 70 % de la nourriture dans le monde, en utilisant 30 % des ressources et 25 % des terres. Les agrobusiness comme Danone produisent 30 % de nourriture avec 70 % des ressources et 75 % des terres. »

Fonds de compensation carbone

Les banderoles, rouges elles aussi, dénoncent les conséquences de l’agriculture industrielle : « accaparement des terres », « gaspillage alimentaire », « érosion des sols », « émissions de méthane », « monopole du marché », « engrais chimiques », « mort des abeilles », etc.

Danone a été choisi comme symbole de cette agriculture industrielle. Dans le groupe, des paysans indonésiens, mexicains, français bien sûr, ou turcs. Ils dénoncent notamment l’annonce de Danone, affirmant viser « zéro émissions » d’ici à 2050, appuyé par la création d’un fonds de compensation carbone, « au service des communautés rurales pauvres dans la mesure où il leur apporte les ressources financières pour leur permettre de réaliser des projets à forte valeur sociale et environnementale », se réjouit le communiqué.

« Le problème, c’est que ce modèle se fait aux dépens des paysans, rétorque Adam. Danone accapare 10.000 hectares de terres au Sénégal, et explique que c’est pour la séquestration de carbone. Donc, des centaines de familles paysannes sénégalaises ont perdu leurs terres pour que Danone puisse expliquer à tout le monde qu’elle compense ses émissions carbone. »

Un Indonésien, représentant d’une organisation de petits paysans, poursuit : « Danone a déjà accaparé de nombreuses terres pour y exploiter les ressources en eau. Chez nous il prive la population et les paysans d’eau, notamment pour l’agriculture, et ensuite il nous revend cette eau en bouteilles ! »

Les Nations unies phagocytées par les multinationales

Venu de Turquie, Adnan a aussi été mandaté par les petits agriculteurs pour venir les représenter à Paris pour la Conférence climat. « Chez nous, Danone achète le lait à prix très bas aux petits producteurs, et il fait voter des lois par le gouvernement pour les empêcher de vendre leurs produits en direct sur le marché », dénonce-t-il.

« Danone propose de fausses solutions politiques, économiques, sociales, environnementales », résume Josie Riffaud. Des solutions prônées à travers l’Alliance mondiale pour l’agriculture intelligente face au climat, soutenue par les Nations unies mais, en fait, dominée par les multinationales de l’agriculture et de l’agroalimentaire (Reporterre l’a raconté ici). « Leur seul objectif, c’est continuer à faire le plus de profits possibles, poursuit la paysanne. On est dans la perversité totale du capitalisme vert. La seule solution, c’est de changer de système pour aller vers l’agroécologie paysanne et la souveraineté alimentaire. »

Après trois prises de parole et une nouvelle rafale de slogans, la petite assemblée se disperse rapidement. Les forces de l’ordre arrivent quelques minutes plus tard, mais il ne reste plus, sur place, qu’une longue ligne rouge.

GUÉRIR LA CULTURE DE SA DÉPENDANCE AU FOSSILE

Étrange balais devant la pyramide du Louvre, ce mercredi 9, à midi. Depuis novembre, l’accès à la cour est limité par des barrières, avec des policiers à chaque ouverture. Mais aujourd’hui le dispositif est renforcé. Une dizaine de fourgons, des policiers demandant d’ouvrir les sacs à l’entrée, et des patrouilles de CRS aux abords.

Malgré l’impressionnant dispositif, une foule anormalement importante se presse à l’entrée de la cour et parvient à passer. Tout le monde se rassemble devant la pyramide du Louvre, discutant par petites grappes. D’autres sont refoulés et forment un second attroupement à l’extérieur des barrières. Ils sont bientôt rejoints par les « anges gardiens du climat », déjà présents dimanche 29, place de la République.

Soudain, à 12 h 30, une soixantaine de militants sortent leur parapluie noir et se regroupent, formant les mots : « Fossil Culture » (culture fossile). Devant eux, un large ruban rouge est déposé. Puis ils se mettent à chanter, progressivement repris par environ deux cents personnes venues assister à l’action-performance : « Oil money, out of The Louvre / Move, move, move / Eni, Total : Au revoir / Allez, aller, allez » (Argent du pétrole, sort du Louvre / Bouge, bouge, bouge).

Danse des parapluies

Chris, chef d’orchestre de l’action-performance, en explique les raisons à la foule : « Nous sommes ici parce que Le Louvre est financé par des entreprises pétrolières, Total et Eni. » En effet, la française et l’italienne figurent en bonne place dans la liste des mécènes du musée. Eni se vante même sur son site de contribuer à une « culture de l’énergie, énergie de la culture ». « Il est temps de les dégager de nos musées et galeries, parce que l’on a besoin d’une culture sans pétrole. Nous sommes solidaires des militants et communautés indigènes, dont les droits sont rabaissés lors de la COP 21. Let’s go contest », conclut-il. Le bataillon de parapluies se met en branle et s’organise en file indienne. Cette fois-ci, ils dessinent les mots « Fossil Free Culture » (Culture sans fossile). Les parapluies prennent la direction de la sortie, toujours en chantant. Les policiers ouvrent un passage au cortège au milieu des barrières – l’accès à la cour était complètement bouclé pendant l’action, qui aura duré une vingtaine de minutes, sans aucun heurt.

Au même moment, un autre groupe, appartenant à une organisation différente, avait réussi à s’introduire dans le hall du musée du Louvre, sous la Pyramide. Répandant du pétrole sur le sol, ils ont marché dedans pieds nus afin de l’étaler en cercle, pendant quelques minutes. Dix de ces militants ont été arrêtés à la sortie.

Des manifestations créatives

Dans les rangs des activistes, beaucoup d’Anglais, mais aussi des Néerlandais, Irlandais, Belges et États-Uniens. Le rassemblement, nommé « Sortons les pétroliers de la culture ! » était en effet organisé par un collectif d’organisations comme BP or not BP ? et Liberate Tate de Grande-Bretagne, Occupy Museums des États-Unis, ainsi que 350.org. À leur tête, le collectif anglais Oil Not Art : il cherche à rendre visible le lien entre les entreprises exploitant des énergies fossiles et le monde de l’art et des musées en général. « C’est une manière pour les entreprises de se laver de la pollution qu’ils entraînent, explique à Reporterre Chris, d’Art Not Oil. Le Louvre, en sponsorisant ces entreprises, contribue à les légitimer. C’est la même chose avec la COP : les pétroliers la financent, ce qui leur donne une certaine légitimité », poursuit-il.

Art Not Oil participe ainsi au mouvement en faveur du désinvestissement des énergies fossiles. Le collectif Liberate Tate a ainsi organisé de nombreuses actions de désobéissance « créatives » à la Tate Gallery de Londres, dans le but de faire cesser son financement par des entreprises pétrolières. « C’est un nouveau type de campagnes militantes, des manifestations créatives. Et le mouvement grossit de plus en plus. J’espère qu’il se développera aussi en France… » souffle Chris. Des militants d’Art Not Oil avaient aussi mis en lumière le financement du Science Museum de Londres par Shell : « Ils essayaient de changer la manière dont le musée parlait du changement climatique », selon Chris.

HK FAIT DANSER LA BNP

15 h 50. Devant l’Opéra de Paris, des dizaines de personnes se pressent à l’entrée de l’agence de la BNP Paribas. Certains se postent devant les portes coulissantes, tandis que d’autres abordent les agents d’accueil, visiblement troublés. « Ne vous inquiétez pas, nous venons juste faire un concert ! »

Aussitôt dit aussitôt fait, un jeune homme dévoile un ampli et un autre, casquette anglaise et foulard blanc, sort un micro. Lui, c’est Kaddour Haladi, dit HK, chanteur du groupe français de musique populaire et engagée HK et les Saltimbanques. Tout sourire, il entame un de ses tubes, « Sans haine, sans arme et sans violence ». Autour de lui, des militants d’Action non-violente COP21 (ANV-COP 21) déploient des banderoles. « On est ici pour dénoncer de manière festive et non-violente les activités climaticides de la BNP, explique Boris. La banque investit dans le charbon et contribue à la pollution de la planète, tout en étant sponsor de la COP21. »

Une valse endiablée

Très vite, la luxueuse agence se transforme en salle de concert improvisée. Cent cinquante militants se trémoussent, applaudissent, et reprennent en cœur « Niquons la planète ! » une chanson ironique de HK. « Banques qui Niquent la Planète, ça fait BNP », précise Boris. Au premier rang, José Bové entame une valse endiablée avec une quinquagénaire d’ANV-COP 21. « On veut interpeller les gouvernements pour leur montrer que l’argent existe pour venir en aide aux pays du Sud,mais que cet argent est planqué dans les paradis fiscaux, notamment par la BNP », explique le député européen, familier des actions de désobéissance civile.

Pendant ce temps, une discussion animée s’engage avec des cadres de la BNP. « Ils nous ont accusé d’agresser leurs collaborateurs avec notre concert, rapporte Aline, d’ANV-COP 21. Pour eux, notre action n’a aucun sens, à part brusquer les employés déjà très choqués par les attentats. » Dans le hall, un petit groupe regarde d’un air agacé la fête improvisée. « On est ici pour tourner un film, je perds du temps », se plaint l’un d’eux, tentant vainement d’interpeller les danseurs. Non loin, une hôtesse d’accueil semble bien plus calme. « On savait que c’était arrivé ailleurs... Ils ne sont pas violents », lâche-t-elle d’un air détaché, avant de raccompagner un client tranquillement vers la porte de derrière. Des policiers en civil assistent à la scène, discutant avec le directeur des ressources humaines. « Ça va, tout est calme », se rassure-t-il. « C’est l’avant-dernière chanson, après on sort », promet Boris.

« Pour nos gosses »

C’est sur l’air de « On lâche rien » et un tonnerre d’applaudissements que se termine la petite fête. En sueur et les yeux pétillants, HK se dirige tranquillement vers la sortie : « En chantant ici, les paroles prennent tout leurs sens. Pour moi, c’est important de soutenir ces associations qui mènent des combats pour nous, pour nos gosses. »

Près de la sortie, Sophie, nouvelle dans le monde du militantisme, observe avec scepticisme une exposition de la BNP sur le « réchauffement climatique ». L’un des panneaux explique, sans ironie, que « dans le contexte de changement climatique, on en est à un point où il faut changer nos économies et nos modes de vie ».

Dehors, les policiers ont installé un cordon. « On les raccompagne jusqu’au métro, pas plus », assure un officier. À 16 h 35, la première banderole pointe le bout de son nez entre les portes coulissantes. C’est toujours en chantant que la manif se poursuit jusqu’à la bouche de métro. « Même les collaborateurs de la banque étaient en train de danser ! » se réjouit une militante.

L’émouvant témoignage d’une journaliste américaine sur la violence policière en France Geoffrey Couanon (Reporterre) Reporterre 2015/12/10 Geoffrey Couanon (Reporterre) (10 décembre 2015) L’émouvant témoignage d’une journaliste américaine sur la violence policière en France. Reporterre. Libertés fr

L’émouvant témoignage d’une journaliste américaine sur la violence policière en France

Vendredi 4 décembre, la police réprimait une manifestation pacifique au Grand Palais. « Reporterre » propose aujourd’hui un reportage vidéo de cet événement, dont le témoignage bouleversé d’une journaliste états-unienne.

Des associations (Attac, Amis de la Terre, Peuples Solidaires...) avaient donné rendez-vous, vendredi 4 décembre, à midi, à l’intérieur du Grand Palais, près des Champs-Élysées. De nombreuses entreprises y ont organisé « Solutions COP21 », pour mettre en avant leurs projets auprès du grand public.

L’enjeu de la manifestation était de dénoncer ce qui, selon nombre d’associations écologistes, sont des « fausses solutions » au changement climatique. Reporterre, qui était présent, l’a raconté.

Rapidement, les policiers sont intervenus pour disperser les protestataires, les évacuant manu militari du Grand Palais.

Une journaliste américaine, Desiree Kane, était présente, et a été malmenée. Elle était aussi place de la République le 29 novembre, et y a aussi été témoin d’actes de brutalité, notamment sur un enfant et sur une vielle dame. Elle raconte :

Geoffrey Couanon, réalisateur de cette vidéo, a aussi fait un reportage de ces événements, que voici :

L’inventaire de l’éco-blanchiment : une enquête collective par la Coordination des médias libres Reporterre 2015/12/11 (11 décembre 2015) L’inventaire de l’éco-blanchiment : une enquête collective par la Coordination des médias libres. Reporterre. fr

L’inventaire de l’éco-blanchiment : une enquête collective par la Coordination des médias libres

La Coordination des médias libres, dont Reporterre fait partie, a exploré le monde des fausses solutions et de l’éco-blanchiment. La moisson, hélas, a été abondante : centrales à biomasse, gaz de schiste, parc d’attraction nucléaire, agro-industrie, un bon paquet d’enquêtes !

En 2015, l’écologie ne sentirait-elle pas le sapin ? Et on ne parle pas ici de la santé de l’écologie politique.

Nous savons maintenant, au lendemain des attentats, que l’état d’urgence met malheureusement en péril la dimension citoyenne de la COP21. Cette dernière pourrait être réduite à la portion congrue, c’est-à-dire aux négociations entre les chefs d’Etat. Au-delà du fait qu’au pays des droits de l’homme, on préfère le bleu marine au vert, et que ça ne date pas d’hier, espérons que des voix discordantes se feront entendre pendant cette « verte quinzaine ».

Le vert, on ne le tolère que sur les billets ou quand il permet de faire joli dans un projet ou un discours.

Alors, ce n’est peut-être pas un hasard si en mai dernier, au cœur de la verte Corrèze, une poignée de médias « libres », « indépendants », « pas pareils », ont décidé, entre deux réunions le cul dans l’herbe, de saluer à leur façon la tenue de la COP21, en mettant en avant ce qu’ils considéraient comme les plus belles opérations de « green-washing », ou, en bon français, d’éco-blanchiment..

Des centrales géantes à bois aux élus frontistes qui se tournent vers l’écologie, du gaz de schiste au timbre vert de la Poste, en passant par un musée à la gloire de l’uranium ou le programme international de recherche sur la fusion nucléaire (Iter) : les médias partenaires de cette opération pointent du doigt les décalages entre discours et pratiques, les faux labels et les vraies manipulations.

Nous vous proposons une plongée dans le monde de ces fausses solutions climatiques, où les ressources restent illimitées et la croissance, infinie. Un monde où l’on préfère maquiller en vert les vieilles recettes qui menacent directement la planète, la cohésion sociale de nos sociétés et, sur le long terme, la vie humaine, plutôt que de s’attaquer aux racines du réchauffement climatique.

Si le tri fut bien évidemment hautement sélectif, la liste est malheureusement loin d’être exhaustive.

Bonne lecture !

- TOUS LES ARTICLES A DECOUVRIR ICIhttp://www.medias-libres.org/2015-greenwashing/#articles/2]

A Paris, la police interdit de rire - c’est vrai ! Par Lorène Lavocat (Reporterre) Reporterre 2015/12/11 Par Lorène Lavocat (Reporterre) (11 décembre 2015) A Paris, la police interdit de rire - c’est vrai !. Reporterre. Reportage — Libertés fr

A Paris, la police interdit de rire - c’est vrai !

Une opération de « thérapie par le rire », moquant le décalage entre les discours écolos des entreprises et leurs actes, a été interrompue par la police, jeudi, à Paris. Des clowns et des comédiens ont été parqués pendant plus d’une heure. Un reportage à écouter - et qui prête à rire, ou à pleurer.

- Paris, reportage

Sur le fronton de l’édifice, avenue George V, l’inscription « Chambre d’agriculture » met la puce à l’oreille. À quel nouvel événement va-t-on assister ? Bientôt, une jeune dame s’avance, tailleur bleu marine et grand sourire. Sur sa veste, une étiquette indique « Monsanto » . Le présentateur, cheveux soigneusement peignés, l’interroge : « Que faites-vous pour le développement durable ? » La dame énumère les bonnes pratiques de l’entreprise, mais, très vite, des rires tonitruants couvrent ses propos.

L’opération « Thérapie par le rire », lancée par une poignée d’activistes écolos, vise à mettre en lumière le décalage entre les discours et les actes des entreprises. L’idée est simple : « Nous lisons les vrais discours, trouvés sur le site officiel des compagnies, explique Manu, puis on en rit, et ça permet de montrer l’absurdité de leurs dires ! »

Ils sont une trentaine, ce jeudi 10 décembre, à parcourir les rues des quartiers chics de la capitale. Dans leur collimateur impertinent, Monsanto, Carrefour, BNP-Paribas, Vinci. La petite troupe traverse les Champs-Élysées, sous l’œil attentif de l’Armée du Clownistan, venue prêter main forte.

Deuxième arrêt devant l’entrée d’un magasin Carrefour. Mais le discours du porte-parole improvisé est très vite interrompu par des sirènes. Dix, vingt et bientôt une quarantaine de policiers encerclent les militants. « Vous n’avez pas le droit de manifester sur la voie publique dans ce secteur », leur intime l’un des officiers suréquipés. « Nous faisons du théâtre de rue ! » rétorquent les autres.

Contrôles d’identité et arrestations à ciel ouvert commencent et vont se dérouler pendant près d’une heure. Des passants observent, sceptiques : « Autant de policiers pour si peu de contestataires, des joyeux drilles en plus, c’est un peu disproportionné, non ? » Pour passer le temps, les militants redoublent de créativité : chansons, exercices de clown ou discussions avec les forces de l’ordre. « Je leur ai parlé de Monsanto, explique Lisie, ça s’est plutôt bien passé, je pense qu’eux-mêmes ne comprenaient pas bien pourquoi ils étaient là. »

Finalement, cinq personnes sont conduites au poste de police pour vérification de leur identité, et les autres sont reconduits au métro, sous escorte. « C’est sidérant de bloquer des gens qui ne font que rire ! s’exclame Manu. La France devient un vrai sketch. »

À Notre-Dame-des-Landes, Vinci recule, les expulsions n’auront pas lieu Nicolas de La Casinière et Isabelle Rimbert (Reporterre) Reporterre 2015/12/11 Nicolas de La Casinière et Isabelle Rimbert (Reporterre) (11 décembre 2015) À Notre-Dame-des-Landes, Vinci recule, les expulsions n’auront pas lieu. Reporterre. Luttes fr

À Notre-Dame-des-Landes, Vinci recule, les expulsions n’auront pas lieu

Vinci a demandé l’expulsion de paysans et d’habitants de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes. L’audience avait lieu jeudi, mais Vinci s’est ravisé. Les expulsions n’auront pas lieu. Au même moment, à Paris, des centaines de sympathisants de la ZAD se sont rassemblés pour signifier leur soutien.

- Nantes, correspondance

Pour la première fois, Vinci a visé les paysans opposants historiques au projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes (NDDL). Ils se sont retrouvés face-à-face hier, au tribunal de Nantes. Arguant d’un « calendrier opérationnel » de travaux imminents pour débloquer le dossier en démarrant le chantier, l’entreprise a demandé, il y a quelques jours, l’expulsion de quatre exploitants agricoles et de onze familles habitant sur le site du projet. Leur assignation en référé a été assortie d’une astreinte de 200 euros par jour pour tout retard à vider volontairement les lieux.

Entre son habitation et son exploitation, un agriculteur comme Marcel Thébault cumule quatre dossiers retenus par Vinci. Il risquait de voir un compteur accumuler 800 euros de jour-amendes. « Quatre fois 200 euros multiplié par le nombre de jours, sans avoir eu le temps de phosphorer pour trouver des alternatives, ben, on a du mal à dormir avec ça au-dessus de la tête. Depuis trois ans, on pensait qu’on n’était pas dans les priorités de Vinci, et que les plus vulnérables étaient les squatteurs. Cette analyse vient de se révéler fausse. Les pressions financières affectent a priori moins les zadistes, qui sont plus mobiles que nous. Là, on a essayé de nous faire peur au portefeuille... »

Calculs des socialistes

Mais la menace s’est finalement dissipée à l’audience. L’avocat de Vinci, Tadjdine Bakari, a accepté d’abandonner sa procédure en annonçant un report, en fait une relance possible de la demande en janvier, mais sans être trop précis sur la date : « Naturellement pas pendant les fêtes de Noël. Début janvier, la première quinzaine, ou alors la troisième semaine... » On ne le sent pas très déterminé. « Le calendrier opérationnel nous contraint pour la réalisation de l’aéroport. Vous n’ignorez pas que l’État a décidé de lancer le début des travaux pour le début de l’année 2016. »

Cette manière de se raviser à l’audience dépasse le cadre du seul concessionnaire qui aurait besoin de faire place nette pour organiser la venue des engins de travaux publics. Ce revirement est forcément lié au contexte politique. « On a fait jouer tous les leviers », indique Julien Durand, porte-parole de l’association citoyenne Acipa. Nicolas Hulot est notamment intervenu auprès de l’Élysée, et les calculs des socialistes du gouvernement ont sans doute pesé fort dans la balance.

« On a d’un côté Vinci et Manuel Valls dans la même logique d’accélérer les expulsions, de l’autre François Hollande, qui préférerait ne pas, et Ségolène Royal, qui trouve que ce projet est une connerie. Si le procès se concluait aujourd’hui, il faisait aussitôt exploser l’accord socialo-écolo pour le deuxième tour des régionales en Pays de la Loire », note un paysan solidaire, devant le tribunal avec son tracteur.

L’accord régional signé à l’issue de premier tour par EELV avec le PS intègre des clauses sur le projet de Notre-Dame-des-Landes. Clauses qui prévoient une étude indépendante sur l’optimisation de l’aéroport Nantes-Atlantique déjà existant. Quant à prolonger le moratoire sur les travaux et sur l’évacuation de la zone, demandé par les Verts, le PS a répondu qu’« aucune date de démarrage des travaux n’est publiquement avancée, ce qui rend incompréhensible l’accélération brutale par AGO [1] Vinci – concessionnaire de l’État –, des procédures d’expulsion de familles et d’agriculteurs habitant légalement sur le site avant la déclaration d’utilité publique (DUP). Pour nous, ces expulsions ne peuvent pas intervenir sans mise en œuvre effective du transfert d’aéroport ».

L’audience au tribunal portait donc des enjeux plus sensibles que seulement judiciaires. La tête de liste d’EELV en Pays de la Loire, Sophie Bringuy, était présente dans la salle d’audience avec son staff.

Il est urgent de ne rien faire

Les faits : AGO, la société dominée par Vinci pour gérer le projet d’aéroport, a pourtant tenté de prendre de vitesse le mouvement anti-aéroport, en lançant une procédure ultrarapide de demande d’expulsion. Pour un projet imaginé dans les années 1960 et gelé depuis trois ans, l’impératif d’urgence peut paraître étrange au bon sens commun. Mais le tribunal des référés, saisi par Vinci, se place sous l’égide du droit, pas du bon sens.

Il est d’urgent de ne rien faire. Telle aura donc été la ligne de conduite de l’avocat de Vinci après avoir lancé une procédure d’expulsion contre les habitants et paysans historiques de Notre-Dame-des-Landes, assignés en référé dans une forme de précipitation organisée : les derniers n’ont reçu le pli d’huissier que lundi dernier, pour une audience quatre jours plus tard. Des délais trop courts pour les droits de la défense, prise de cours par un calendrier aussi serré.

Le débat judiciaire a été assez compliqué à suivre. Dans une premier temps, la demande de renvoi du procès à une date ultérieure, pourtant acceptée par les deux parties, avocats des occupants et celui de Vinci, a été refusée par le juge. Motif : « Je ne veux pas contribuer à laisser les gens dans une incertitude permanente, quand ça fait des années que ça dure. » Mais les avocats, pourtant opposés, ont dégainé une procédure commune imparable, un article du code de procédure civile (dont relèvent les démarches d’expropriation) qui ne laisse aucun choix au juge quand les deux parties du procès demandent par écrit son ajournement. Le juge des référés n’a pu que s’exécuter, retirant aussitôt l’affaire de l’audience. Chacun avait préparé son courrier, déposé illico sur le bureau du juge. Son assesseure a sorti son tampon encreur. Blam ! L’affaire a été « désenrôlée », c’est à dire retirée du calendrier programmé des audiences.

« Au plan juridique comme pour la communication ou au plan politique, le projet de Notre-Dame-des-Landes a toujours procédé par avancées et reculs », note Me Basouclergue, un des des avocats défendant les paysans et les habitants de la ZAD. Ce jeudi matin, le recul a marqué un point de plus. Pour son collègue Me Erwan Lemoigne, ce retrait est mieux qu’un renvoi. « Il signifie que la procédure d’expulsion est mise de côté. Et elle peut le rester, comme l’aéroport. »

AU MÊME MOMENT, À PARIS, UNE MANIFESTATION DE SOUTIEN

- Paris, reportage

« Quelles que soient les conclusions de l’audience, on ne lâche rien. » Voilà en substance le message porté par les environ 250 personnes rassemblées place Stalingrad, jeudi 10 décembre, à Paris. Dans un froid mordant, les militants se réchauffent avec une soupe brûlante servie par une cantine mobile, au rythme des percussions d’une batucada joyeuse et colorée. Autour d’un info-kiosque, des banderoles accrochées aux arbres donnent le ton : « Des légumes, pas du bitume. ZAD forever », « Solidarité avec les assignés », ou encore « Expulser NDDL ? Ça va pas la COP ! ».

Sara, jeune occupante de la ZAD, estime qu’il est « primordial de montrer notre solidarité avec les opposants historiques qui sont aujourd’hui menacés d’expulsion immédiate ». Elle est affublée d’une cape rose, signe de reconnaissance de l’équipe chargée de faire l’interface avec la police en cas de problème lors de ce rassemblement déclaré en préfecture.

« Double discours et tentative de passage en force »

Jean-Pierre, 65 ans, arrive tout droit des Pyrénées : « Je suis venu en soutien à Notre-Dame-des-Landes (NDDL). L’entêtement du gouvernement au moment de la COP 21 est ridicule, de même que ce double discours et ces tentatives de passage en force. » Comme lui, des personnes de tous âges et de tous horizons sont venues braver le froid et les tentatives d’intimidation policières, matérialisées par des dizaines de cars de CRS alignés dans les rues adjacentes. Robert, fringant sexagénaire, a participé au convoi à vélo entre NDDL et Paris. Ce membre du collectif parisien de lutte contre l’aéroport tient à rappeler qu’« à chaque provocation de l’État à NDDL, il y a et il y aura des répercussions immédiates partout ailleurs, notamment grâce à la réactivité des quelques 200 collectifs locaux ». Et d’avertir : « On est prêts à des actions décentralisées en cas de tentative d’expulsion de la ZAD. »

Au cours d’une prise de parole, des occupants de la ZAD et d’autres composantes du mouvement anti-aéroport rappellent le contexte dans lequel a lieu l’audience de Nantes : celui de la COP 21, des « beaux discours du gouvernement », des assignations à résidence, perquisitions, et gardes à vue concernant des militants écolos.

« NDDL, c’est l’émergence d’une société nouvelle »

Les messagers rappellent également l’accord politique passé en 2012, réactualisé en 2014 avec François Hollande, qui avait exclu toute expulsion de la ZAD avant épuisement des recours juridiques. « Les assignés ont été jugés en première instance, il reste donc la possibilité de l’appel et de la cassation ou du Conseil d’État. » Et mettent en avant les incohérences concernant NDDL : « AGO (Aéroport du Grand-Ouest) Vinci demande l’expulsion immédiate et, dans le même temps, l’entreprise signe des baux précaires pour que des parcelles de la ZAD soient mises en culture la saison à venir. »

Laurent Pinatel, porte parole de la Confédération paysanne, a profité de cette tribune pour « inviter Stéphane le Foll a venir voir sur la ZAD l’extrême richesse des projets humains et agricoles qui s’y construisent. Car NDDL, c’est clairement l’émergence d’une société nouvelle ». Un autre porteur de message a enfin exhorté « Laurent Fabius, président de la COP 21, à avoir enfin le courage politique de se prononcer clairement sur ce projet d’aéroport ».

Le gel de la procédure, mais non son abandon, a été annoncé grâce à une liaison téléphonique avec Nantes, provoquant des applaudissements. « C’est sûrement une claque pour Vinci, qui n’a pas obtenu l’expulsion. Pour nous, c’est bien sûr positif, mais la menace n’est pas écartée », nuance Geneviève, une opposante historique.

Entre une assiette de soupe et un bol de café, une chorale a ensuite chauffé l’ambiance avec des reprises de chansons aux paroles détournées, puis un faux représentant de Vinci est venu déclamer d’authentiques discours officiels tirés du site web de l’entreprise tels que « tous nos métiers sont au cœur de la transition énergétique » provoquant de grands éclats de rire, avant d’inviter la foule à reprendre en chœur la formule désormais célèbre : « Vinci dégage, résistance et sabotage. »

Que faire au second tour des régionales ? Le choix déchirant des écologistes Barnabé Binctin (Reporterre) Reporterre 2015/12/11 Barnabé Binctin (Reporterre) (11 décembre 2015) Que faire au second tour des régionales ? Le choix déchirant des écologistes. Reporterre. Enquête — Politique fr

Que faire au second tour des régionales ? Le choix déchirant des écologistes

Bloquer le Front national ? Bien sûr. Mais comment voter pour Les Républicains, ou le PS, qui a trahi tous ses engagements, réprime les écologistes, et bafoue l’état de droit ? Les écologistes de tout poil s’interrogent...

« Une capitulation détestable » qui ajouterait « de la confusion à la confusion et se paiera par un recul de nos idées ». Les mots sont de Paul Ariès, dont la tribune publiée mardi 8 décembre dans Politis visait directement « les liquidateurs », les partis écologistes et de gauche qui ont décidé de fusionner avec le Parti socialiste pour le second tour des élections régionales – comme en Rhône-Alpes-Auvergne, un « cas exemplaire ».

La réponse n’a pas tardé, le lendemain, dans les mêmes colonnes, par Corinne Morel Darleux, porte-parole de la liste de rassemblement dans cette même région : « Se pincer le nez de loin est facile. Mais (…) Laurent Wauquiez n’est pas juste libéral, il n’est pas juste de droite. Cet homme traite les bénéficiaires de minima sociaux d’assistés, veut installer des portiques de sécurité et des caméras dans les lycées. Cet homme est dangereux. Il faut être bien à l’abri pour s’en laver les mains et penser que sa victoire ne changera rien au sort des plus pauvres et malheureux » écrit la candidate issue du Parti de Gauche, interrogeant in fine : « D’où vient la trahison ». Comprendre : ceux qui rallient le PS ou ceux qui font le lit du Front national ?

L’échange reflète l’âpreté du dilemme qui se pose au mouvement écologiste, au lendemain de l’échec cuisant du premier tour. Que voter, dimanche 12 décembre ? Seul Gérard Onesta aurait pu se maintenir pour le second tour en Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées avec ses 10,26 % - seule liste ni PS-ni LR-ni FN au-dessus du seuil des 10 %. Une option vite évacuée après l’analyse du sondage en cas de quadrangulaire avec le FN (32 % au premier tour), le PS (24 %) et LR (19%) : « On finissait crédités de 13 points et le FN l’emportait avec sept d’avance », dit le porteur de la plus large liste de rassemblement politique de ces élections.

La fusion avec le PS, là où il est encore présent, n’aurait ainsi guère fait de débat, ni en interne - « Si je me maintenais, la plupart de mes colistiers retiraient immédiatement leur candidature » - ni avec le nouveau partenaire politique : « Comment voulez-vous négocier un peu moins de LGV face au risque FN ? ». Une fusion qu’assume Gérard Onesta pour deux raisons : elle offre la capacité de bloquer le PS qui n’aurait ainsi pas la majorité absolue en cas de victoire, dimanche, et elle n’engage aucun accord programmatique sur le fond. Une fusion purement technique en somme, dont le principal objectif reste de maintenir une opposition directe au sein même des institutions : « L’alternative de la résistance n’existe que lorsque le rapport de force est créé. Et pour cela, il faut être dans le jeu, malgré ses règles » insiste Gérard Onesta.

Une fusion qui n’aura malgré tout pas la voix de Geoffrey, qui a milité pour la liste d’Onesta : « Je voterai blanc. J’ai du mal à voir comment les programmes pourraient être compatibles, tant il y avait de différences jusqu’à présent. Je ne suis pas opposé à l’idée de compromis, mais à trop en faire, cela devient contre-productif ». Quant à l’argument du « moins pire », il reconnaît ne plus y adhérer : « Au contraire, à force, je crains que cela ne fasse le jeu des extrêmes ! »

Ainsi se dessine la fracture chez les écologistes eu égard au vote de dimanche : d’un côté, ceux qui maintiennent une certaine hiérarchie dans les valeurs politiques, considérant que le Parti socialiste reste préférable à la droite et au FN. « Je vais voter Bartolone. Pas par conviction, mais parce que c’est le choix par défaut le plus acceptable. Voter est aussi une question de nuances, et je préfère une Région sous la direction de Bartolone tenu par un accord avec EELV et le Front de Gauche que sous Pécresse ou Saint-Just ! » explique Caroline de Haas, la fondatrice des Chantiers d’espoir. « Et puis concrètement, c’est quoi le plan B, si on va pas voter ? ».

De l’autre, ceux qui refusent de céder aux appels du « vote utile ». « Le PS est devenu un tel repoussoir, je préfère voter blanc que Bartolone » raconte ainsi un doctorant et militant associatif, qui a voté pour la liste FLUO au premier tour, « la vraie liste d’écologie politique ». Le contexte d’état d’urgence renforce son sentiment de « trahison » : « Le PS est en train de bafouer l’Etat de droit et reprend un à un les thèmes du FN sur la sécurité. Le dégoût est trop profond pour que le chantage au vote utile puisse fonctionner ».

D’autres insistent sur la nécessaire distinction entre le niveau national et l’échelle plus locale. « On ne peut pas mettre dans le même panier les élus de terrain et ceux qui font la politique gouvernementale » assure Olivier Kalousdian, élu local EELV dans les Hauts-de-Seine. Co-président de l’association Humus 44 dans les Pays De la Loire, Christophe confirme de son côté qu’au niveau local, « les alliances EELV-PS ne fonctionnent pas si mal », raison pour laquelle il votera PS après avoir voté EELV au premier tour. D’autant plus que le Conseil Régional a « des compétences importantes dans les politiques publiques ».

C’est d’ailleurs pour cela que Corinne Morel Darleux a décidé de ne pas abandonner le terrain institutionnel, après avoir « sérieusement envisagé de se retirer du deuxième tour » comme elle l’a confié à Reporterre. Mais elle mise encore sur l’utilité, parfois trop peu visible, de l’élu dans certaines luttes : « Quand un lycéen sans papier se fait expulser par exemple, un conseiller régional peut y faire écho beaucoup plus vite que n’importe qui, par un courrier, en alertant les médias, etc. ». La modalité de l’alliance conclue en début de semaine pour le second tour doit lui permettre de garder son autonomie puisqu’il n’y est pas question de co-gestion ni de solidarité dans la majorité. « On s’est donné les moyens de porter notre projet critique pendant six ans tout en gardant notre capacité à se faire le relais de certaines luttes » poursuit celle qui rappelle par ailleurs son précédent mandat : « J’ai été élue en 2010 sur une liste PS, au second tour, en compagnie d’EELV : peut-on nous accuser d’ avoir servi la soupe aux socialistes pendant 5 ans ? ».

Cécile Duflot l’a martelé, sur les plateaux de télévisions, dès les résultats tombés : « Les écologistes ont toujours été d’accord pour le rassemblement tant que les conditions étaient réunies ». Mais le sont-elles vraiment, à l’heure où, un peu partout en France, s’opère une sévère répression des militants écologistes ? Le sont-elles encore, quand le seul candidat socialiste à avoir tiré son épingle du jeu, le ministre Le Drian en Bretagne, décide de mépriser ouvertement les écologistes dans le cadre d’une alliance de second tour ?

Manifestement non pour Isabelle Attard, qui votera blanc. La députée écologiste, aujourd’hui non-encartée, dit vouloir « alerter sur le très grand danger d’un front républicain factice » : « C’est le même scénario qu’on répète à chaque élection depuis dix ans. On se bagarre toute l’année et au moment des élections, on veut faire croire qu’on peut s’entendre ? C’est se moquer des électeurs, ce n’est pas comme ça qu’on fera revenir dans l’isoloir les 60% d’abstentionnistes et de non-inscrits ». L’une des six députés à avoir voté contre la prolongation de l’état d’urgence estiment que c’est à « ceux qui sont responsables de cette situation [d’] assumer ».

De son côté, souvent divisé en interne, EELV fait pourtant front commun sur le sujet depuis dimanche soir. Dès l’annonce des résultats, ses responsables politiques ont multiplié les appels au vote utile. « Si t’es écolo, ton premier devoir est de faire barrage à la droite » expliquait le porte-parole, Julien Bayou, tandis que sa collègue au Conseil régionale, Corinne Rufet, interrogeait : « Est-ce que je veux la politique du pire au prétexte que je ne suis pas satisfaite ? ». D’autres refusent « la double-peine » - perdre des élus, remplacés en plus par les pires ennemis politiques : « Nous sommes peut-être malades mais certainement pas suicidaires : nous faisons encore la différence entre la gauche et la droite » poursuit David Cormand, le secrétaire national adjoint du parti.

Une mobilisation des cadres qui traduit aussi la crainte de l’effet inverse, chez leurs propres électeurs. Le n°2 du parti l’admet : « Le report des voix n’est absolument pas assuré ». Une tendance confirmée par Erwan Lecoeur, politologue spécialisé dans le mouvement écologiste : « Le peuple écologiste a un gros potentiel abstentionniste et refuse qu’on lui impose le syndrome du vote-utile. D’autant plus dans le contexte actuel, où il y a un manque d’enthousiasme évident pour voter socialiste. La mort dans l’âme, certains préfèreront ne pas voter ». Sont ainsi prédits des scrutins très serrés en Ile-de-France et en Rhône-Alpes-Auvergne, en dépit de ce que doit garantir le calcul des reports de voix. La victoire du PS serait moins remise en cause en Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées, où le FN a fait de meilleurs scores au premier tour : « Là où il y a un FN dangereux, les écologistes se mobiliseront car il y a une fibre anti-frontiste très forte. Ils ne voteront pas parti socialiste, ils voteront contre le FN ».

A la Zone Action Climat, un des lieux de Paris où se retrouvent cette semaine les activistes du climat, les avis sont partagés. Beaucoup ont dit aller voter au deuxième tour, à l’image d’Adrien, qui appelle à faire la part des choses : « Il faut voir le programme des candidats de droite, tout de même ! ». Mais un ardent défenseur de la justice climatique a rappelé les dangers de la satellisation politique de l’écologie : « A un moment donné, il va falloir marquer une véritable rupture avec le PS. Sinon, ce n’est qu’une agonie qui s’éternise ».

Et si finalement le mot de la fin se trouvait dans les yeux ronds d’étonnement de Victoire ? « La question me ramène presque à des choses anciennes, concède la militante très investie dans l’organisation des actions de la société civile autour de la COP 21. Entre activistes du climat, personne n’a parlé des régionales, ce n’est absolument pas un sujet de conversation. ». Elle a tout de même voté EELV au premier tour et s’apprêter à voter pour Bartolone au second ; elle marque une pause puis conclut : « Je crois qu’il y a aujourd’hui une vraie envie de dissociation des militants écologistes avec le mouvement politique ».

Vu de Tunisie : « Le chaos climatique est déjà perceptible, mais ce n’est pas la priorité des gens » Entretien avec Radhouane Addala Reporterre 2015/12/11 Entretien avec Radhouane Addala (11 décembre 2015) Vu de Tunisie : « Le chaos climatique est déjà perceptible, mais ce n’est pas la priorité des gens ». Reporterre. Entretien — Climat fr

Vu de Tunisie : « Le chaos climatique est déjà perceptible, mais ce n’est pas la priorité des gens »

La question du changement climatique est peu débattue en Tunisie. Reporterre a rencontré le journaliste Radhouane Addala, l’un des seuls dans son pays à porter l’attention sur les conséquences pour les populations du « chaos climatique ».

Journaliste indépendant, Radhouane Addala a réalisé, avec un journaliste états-unien, Sam Mc Neil, un film sur la question du réchauffement climatique en Tunisie, intitulé A Siege of Salt and Sand, soit Un siège entre sable et sel.

Reporterre – Comment le changement climatique se manifeste-t-il en Tunisie ?

Radhouane Addala – Par des changements que l’on peut constater à l’œil nu : la sécheresse, la montée des eaux, l’avancée du désert… Dans le film, on préfère parler de « chaos climatique » ou de « violence climatique ». Le changement climatique est un phénomène naturel et ce que nous vivons est différent : l’action humaine perturbe l’environnement.

Quels en sont les principaux dangers sur le sol tunisien ?

Il y a cette double menace, avec d’un côté, l’élévation du niveau de la mer et, de l’autre, l’ensablement. C’est comme un siège qui menace la population, avec la mer et le désert qui avancent de chaque côté, comme si l’armée du climat attaquait la Tunisie.

D’autres phénomènes « naturels », observés depuis des décennies, sont amplifiés par l’intervention humaine : c’est le cas de la désertification marine, liée au réchauffement des eaux et à la surpêche.

Mais on voit aussi le développement de maladies telles le leishmaniose, une maladie cutanée assez grave, dont plusieurs scientifiques ont montré qu’elle était favorisée par le réchauffement climatique dans les pays d’Afrique du Nord.

Y a-t-il une prise de conscience populaire de ces dangers ?

Je viens du Sud, de Tataouine, où tous ces phénomènes sont connus et ressentis par la population. Les paysans qui ne peuvent plus cultiver leur terre, les pêcheurs qui expliquent qu’il n’y aura plus de poissons dans 30 ans… Pour les ruraux, c’est leur vie quotidienne, certains ont perdu toutes leurs sources de revenus. Donc ils sont bien conscients de ces dangers. Mais personne ne relie ça au « chaos climatique ». Tout le monde dit que le désert a toujours existé. Et si cela gagne un peu plus… Idem pour l’élévation du niveau de la mer, considérée comme un phénomène naturel, donc c’est normal et dans le même temps, on construit des hôtels sans respecter la distance depuis la mer, on détruit les dunes, qui sont un premier barrage naturel contre ces vagues, etc.

Le sujet n’apparaît pas non plus comme une priorité des pouvoirs publics…

Dans un pays en voie de développement, avec plein de problèmes, la question climatique vient en 5e, 6e voire 10e position dans le classement des priorités. C’est une des répercussions du néolibéralisme. En Tunisie, ce qu’on appelle les « new liberal policy », engendrent un désengagement social, les priorités sont limitées au champ économique. D’un côté, on appauvrit le pays, avec un Code d’investissement qui est un code mafieux, qui n’incite pas à la transparence et qui aide le grand capital à gagner toujours plus alors que c’est le citoyen lambda qui paye le plus de taxes. De l’autre, comme les gens n’ont plus de quoi vivre, ils acceptent n’importent quoi. Regardez à Gabès, où le complexe chimique est à la source des problèmes sociaux, de santé et d’environnement. Et malgré ça, on prévoit la construction de nouvelles usines... Pourquoi ? Pour faire de l’emploi. C’est ça, le discours néolibéral. On limite l’attention des gens à des priorités économiques. C’est aussi pour cela que la problématique du gaz de schiste ne parvient pas à mobiliser.

Et puis, nous sommes dans une période post-révolutionnaire : les demandes de la révolution portaient sur le travail, la dignité et la liberté. Pas l’environnement. Et celui-ci reste largement associé à l’ancien régime de Ben Ali, qui en avait fait un outil de propagande politique avec son emblème du fennec, Labib.

On m’a aussi dit que la Tunisie n’avait pas à se soucier du changement climatique puisqu’elle n’est pas un émetteur important de gaz à effet de serre

Mais le problème n’est pas là. L’Afrique du Nord n’est certes pas la région qui contribue le plus, mais elle est une des plus menacées au monde. C’est désolant : les pays qui se battent contre le changement climatique sont les pays les moins menacés, comme la Norvège, le Danemark… Ici, si la souffrance est pour l’instant encore limitée, le problème va s’étendre au fil des années.

Il est donc urgent de lancer l’alerte, selon vous ?

Il faut montrer que le changement climatique est un problème, et non plus se contenter d’expliquer le phénomène. On a été voir les régions touchées, on a discuté avec les gens. On voulait montrer le côté humain, pas scientifique, pour intéresser les gens au phénomène, pour les sensibiliser.

Beaucoup de scientifiques travaillent sur le problème, comme l’Institut d’agriculture tunisien ou l’Institut des terres arides au sud. Mais ont-ils de l’audience ? Non. Même dans la stratégie du ministère de l’Agriculture ou de celui de l’Environnement, il n’y a pas plus de quatre lignes sur le changement climatique…

On a essayé de faire le premier pas pour que le sujet intéresse les médias. Mais c’est difficile, car ce n’est pas ni révolution ou le printemps arabe ni Daech.

- Propos recueillis par Barnabé Binctin

A Siege of Salt and Sand de Samuel McNeil et Radhouane Addala, 43’, 2014.

Madame l’ange-gardienne, que faites-vous ici ? Kate (Climate Angels) Reporterre 2015/12/12 Kate (Climate Angels) (12 décembre 2015) Madame l’ange-gardienne, que faites-vous ici ?. Reporterre. Climat : de COP en COP fr

Madame l’ange-gardienne, que faites-vous ici ?

Kate fait partie des Anges gardiens pour le climat, les Climate Angels, une organisation australienne.

Le Journal de la COP : l’accord de Paris a été accepté à 19h32 Camille Martin (Reporterre) Reporterre 2015/12/12 Camille Martin (Reporterre) (12 décembre 2015) Le Journal de la COP : l’accord de Paris a été accepté à 19h32. Reporterre. Climat : de COP en COP fr

Le Journal de la COP : l’accord de Paris a été accepté à 19h32

Adoption ! En répondant à la dernière minute à une demande des Etats-Unis et en négligeant l’objection du Nicaragua.

Samedi 12 décembre

• LA NEGOCIATION ET LA SOCIETE CIVILE

- 19h52 - Si Fabius n’avait pas imposé l’accord par son coup de marteau, aurait-il été validé ? Car les pays prennent la parole les uns après les autres pour donner leur avis. Et un vilain petit canard, le représentant du Nicaragua, met les pieds dans le plat : « Nous ne sommes pas surpris que la présidence n’ait pas donné la parole au Nicaragua, ni avant l’approbation du document. Cette procédure est anti-démocratique. (...) Nous voulions faire des suggestions sur des points très importants. Et nous voulons expliquer maintenant pourquoi nous ne pouvons pas accompagner ce consensus. » Il explique ensuite que « le niveau d’ambition [de l’accord] nous mène à 3°C. En outre, beaucoup des engagements sont fondés sur des financements. Or, les financements ne sont pas là. »

Et de poursuivre par une explication technique mais pertinente : « Nous voulons un article 12 bis disant : ’Si le résultat des INDCs [contributions volontaires des Etats] amène à plus de 1,5°C sur la base des informations scientifiques disponibles, il faut calculer le bilan carbone général conforme aux responsabilités historiques et permettant la lutte contre la pauvreté. Ainsi, il y aurait un plan B car nous ne pouvons pas risquer ces 3°C. Le faire dans dix ans, ce n’est pas suffisant. Une fois que le génie est sorti de la bouteille, on ne peut plus retourner en arrière. » Le délégué insiste sur la création d’un Fonds d’indemnisation basé sur les responsabilités historiques et regrette qu’il n’y ait pas de possibilité juridique de poursuivre les Etats responsables du réchauffement.

Malaise. On glisse. Selon l’agende de presse ABC, Barack Obama et Raul Castro auraient appelé le président du Nicaragua pour l’enjoindre de ne pas bloquer le texte.

Quant à l’article 4.4, et à la demande expresse des Etats-Unis qu’il ne contienne pas le mot « shall » - fera - mais « should » - ferait, il est modifié selon le désir de Washington.

- Le texte final, ainsi corrigé, ici ou à télécharger :

Les gros sont contents, les petits négligés, tout va bien. On peut célébrer « l’accord historique ».

- Revoir ici la vidéo de la plénière

- 19h32 - Et dans la foulée, il regarde la salle, dit qu’il n’y a pas d’objection, et tape du marteau : « L’accord de Paris est accepté ». Applaudissements prolongés.

- 19h30 - Laurent Fabius va proposer de clore la réunion du Comité de Paris pour passer à l’Assemblée plénière de la COP (Conférence des parties) à sa XXIe session.

- 19h18 - La plénière a enfin repris. Une intervention commence sur les problèmes de traduction. « Des erreurs ont été commises par des collègues qui n’ont pas dormi depuis des jours », explique le Secrétaire général adjoint de la CNUCCC. Les corrections vont être faits.

- 19h07 - Retard plénière : « Il y aurait un réel problème sur le texte, selon une source ministérielle française » (selon Simon Roger).

- 19h06 - Près de République, les quelques dizaines de manifestants interpellés par la police semblent avoir été libérés après un contrôle d’identité.

- 18h53 - Raison possible du retard de la plénière : le retrait de la mention des Etats Africains dans l’article 4.6. Ce qui susciterait une discussion de dernière minute.

- 18h26 - Dans le quartier de la République, les quais le long du canal Saint Martin sont complètement bloqués par des dizaines de camions de police alignés sur le quai de Jemmapes au croisement de la rue de Lancry. Une manifestation contre la COP 21 avait lieu. Une centaine de manifestants sont encerclés par des CRS.

- 18h22 - Le retard se prolonge, M. Fabius serait en discussion avec le G77 (source).

- 18h10 - La traduction du texte en français est disponible

. En téléchargement ici :

- 18h00 - L’accord n’est pas encore signé, mais en salle de presse, les journalistes péruviens trinquent déjà !

- 17h55 - La délégation d’Afrique du sud, porte-parole du G77+Chine, très entourée.

- 17h52 - Al Gore est là. A sa gauche, une ministre de l’Ecologie, toujours placée sur la photo...

- 17h47 - Fabius entre sous les applaudissements. Séance à suivre en video ici

- 17h42 - La salle de la plénière se remplit. Tiens, John Kerry, le Secrétaire d’Etat américain, est là.

- 17h35 - Chine, Inde, Arabie Saoudite satisfaites du projet d’accord, indique le porte-parole du groupe de pays qui les regroupe, Gurdial Singh Nijar.

- 17h30 - Les délégués commencent à rentrer dans la salle Seine où va se tenir la plénière. Les gardes en uniforme bleu sont des Nations unies, puisque, durant la COP, tout le site est sous l’autorité de l’ONU. Aucun policier français ! Ca repose...

- 17h20 - Pour la journaliste Jade Lindgaard, « C’est quand tu traduis en français des bouts de l’accord que tu prends la mesure du charabia technocratique dont il est plein... ». Un débat s’ouvre. Pour Reporterre, il s’agit plutôt de bouillie de chat. Mais il n’est pas impossible que nous trouvions un accord pour dire que ce texte est indigeste. On va réunir un comité de haut niveau et chercher des facilitateurs.

- 16h53 - Retard de la plénière : problème de traduction ? Peut-être. Mais aussi des discussions qui continuent. Les Etats-Unis n’apprécient pas la fomulation de l’article 4.4 : « Developed country Parties shall continue taking the lead by undertaking economy-wide absolute emission reduction targets. Developing country Parties should continue enhancing their mitigation efforts (...) ». Pourquoi ? Parce qu’il signifie que les pays développés « continueront à prendre la tête » dans les objectifs de réduction, alors que les pays en développement « devraient continuer leurs efforts » : cette différence entre les obligations des uns et des autres serait refusée par les Etats-Unis. De son côté, mais ici Reporterre ne peut assurer que c’est un élément actuellement bloquant, la Chine n’apprécie pas la fixation de la date de 2023 pour rendre compte de ses efforts (article 14).

- 16h05 - Les organisateurs du rassemblement au Champ de Mars annoncent 15 000 participants, et même 20 000 : de nombreuses personnes arrivent autour, mais sont ralenties par le cordon policier qui fouille les sacs.

- 16h01 - Le Comité de Paris prévu à 15h45 est repoussé à 17h30.

- 15h35 - Sur le podium du Champ de Mars, Geneviève Azam, d’Attac : « Ce n’est pas un accord historique (...), c’est un accord miteux. (...) Cet accord ne formule rien pour l’humanité. C’est nous maintenant qui devons, jour après jour, rester debout pour lutter contre le changement climatique, contre ce que nous appelons un véritable écocide. Nous allons poursuivre nos alternatives, nous allons poursuivre nos résistantes, et nous nous opposerons à ceux qui ont sacrifié l’avenir de l’humanité et des autres espèces sur la planète. Nous allons continuer le combat ».

- 15h28 - Beaucoup de monde au Champ de Mars, sous la Tour Eiffel. Les chaînes humaines ont rejoint le podium, qui se trouve près de l’Ecole militaire, et où HK chante : « On ne lâche rien »

. Ecouter trois secondes, son à l’arrache par téléphone :

- 15h00 - Quelques points qui émergent de la lecture rapide du texte : . les contributions volontaires déposées jusqu’ici par les pays conduisent à un niveau de réchauffement supérieur à 2°C (alinéa 17) ; . le Giec devra préparer pour 2018 un rapport sur les impacts qu’aurait un réchauffement de 1,5°C au-dessus de la température à l’époque pré-industrielle (alinéa 21) ; . le montant d’aide de 100 milliards de dollars annuels prévus pour 2020 est un plancher qui devra être relevé (alinéa 54 ), mais on parle de l’aide financier sans préciser si elle sera nouvelle ou additionnelle (article 9) ; . le rôle de la finance carbone, dont le prix du carbone, est reconnu (alinéa 137) ; . l’Accord vise à maintenir le réchauffement global bien en-dessous de 2°C par rapport aux niveaux pré-industriels et vise à limiter ce réchauffement à 1,5°C (article 2,1,a) ; . le pic mondial des émissions devra être atteint aussi vite que possible - mais sans qu’une date soit précisée. La notion très floue de « neutralité carbone » est évacuée (article 4,1) ; . les parties communiqueront leurs contributions volontaires (efforts de réduction des émissions) tous les cinq ans (article 4, 4) ; . l’importance des « pertes et dommages » pour les pays les plus pauvres est reconnue (article 8) ; .

- 14h54 - Dix à quinze mille personnes étaient réunies depuis midi près de l’Arc de Triomphe pour l’action Lligne rouge, selon les organisateurs. Vers 13h30, la manifestation a pris le chemin du Champ de Mars. Celui-ci se remplit progressivement. Des barrages policiers bon enfant sont disposés pour vérifier le contenu des sacs des arrivants.

- 14h35 - Décryptage frénétique du texte par les délégués, les ONG, les journalistes... Quel bouillie de chat, cet accord !

- 14h30 - Les chaînes humaines se forment au Champ de Mars :

- 13h40 - Le texte proposé par la présidence pour l’Accord de Paris est mis en ligne.

En téléchargement :

- 12h30 - Après un discours de François Hollande, Laurent Fabius lève la séance. Le texte sera distribué à 13h30 - il faut parachever la traduction - et la plénière reprendre à 15h45. Remarque de Jean-Marc Nollet : « Texte pas disponible avant 13h30. Ce qui veut dire qu’il a encore bougé en toute fin de négo. Attention donc. »

- 12h30 - C’est le succès pour La Ligne rouge pour le climat, avenue de la Grande Armée à Paris :

- 12h12 - M. Fabius : « Le monde retient son souffle et il compte sur nous tous ». FIn de son allocution. Applaudissements nourris.

- 12h11 - Ce qu’a dit Laurent Fabius : "Nous voici donc presque au bout du chemin, et sans doute au début d’un autre. Je veux d’abord vous remercier pour votre travail non seulement ces derniers jours et nuits, mais aussi ces derniers mois et dernières années. Le projet d’accord final qui vous est soumis ce matin doit beaucoup aux progrès accomplis ici à Paris, mais personne n’oublie ceux obtenus depuis Durban." M. Fabius rappelle ensuite la méthode suivie, "faite d’écoute, d’ambition et de recherche de compromis".

Selon lui, le texte proposé ce jour est "différencié, juste, durable, équilibré et juridiquement contraignant. Il reconnaît la notion de justice climatique et tient compte sur chaque sujet des responsabilités différenciées des parties et de leurs capacités respectives. Il contient l’objectif de contenir le réchauffement climatique bien en-dessous de 2°C et de poursuivre nos efforts pour 1,5°C.Il fixe objectif de long terme ambitieux mais nécessaire. Il prévoit la révision tous les cinq ans de contributions nationales qui ne pourront être que plus ambitieuses. Il reconnaît la coopération sur les pertes et dommages. Il prévoit les moyens nécessaires pour permettre accès de tous au développement durable" Le texte indique aussi que 100 milliards de dollars sont un plancher. Un nouvel objectif devra être défini au plus tard en 2025. Le texte prévoit tous les cinq ans un bilan collectif de nos progrès qui nous permettra de réagir si les efforts insuffisants.

"Si ce texte est adopté, ce sera un tournant historique. (...) Tous aujourd’hui sont d’accord pour nous concentrer sur les lignes vertes d’un accord universel. Ce texte, que nous avons bâti ensemble, constitue le meilleur équilibre possible, puissant et délicat, qui permettra à chacun de rentrer chez soi la tête haute, avec des acquis importants." (...) "En ce mois de décembre, nous sentons qu’il existe à Paris un ’momentum’ particulier, notamment au regard de la mobilisation de la société civile. Une telle conjonction de planètes n’a jamais autant été éunie qu’aujourd’hui. Nous avons la grande responsabilité de ne pas laisser passer l’occasion unique qui s’offre à nous. Personne ici ne veut répétition de Copenhague. (...) Aujourd’hui, si nous échouons, comment rebâtir l’espoir ? La confiance en la Convention serait altérée, et au-delà, la multilatéralité. Aucun de nous ne va négliger ces aspects. Nos concitoyens, nos enfants, ne le comprendraient pas, sans doute ne nous le pardonneraient pas. (...) Quelqu’un a rappelé cette phrase de Nelson Mandela : « Cela semble toujours impossible jusqu’à ce que cela soit fait ». Je veux ajouter les autres mots du même héros : « Aucun d’entre nous, en agissant seul, ne peut atteindre le succès ». Vous allez dans cette salle conclure un accord historique. Le monde retient son souffle et compte sur nous."

- 12h10 - M. Fabius : "Personne ne veut ici la répétition de Copenhague".

- 12h07 - Laurent Fabius indique que l’accord inclut l’objectif de limiter le réchauffement climatique à 1,5°C. Un nouvel objectif chiffré de réduction des émissions sera fixé au plus tard en 2025. Les pertes et dommages sont reconnus dans un paragraphe spécifique.

- 11h55 - François Hollande est arrivé, il s’installe à la tribune. Laurent Fabius commence à parler. Ban ki-Moon, le secrétaire général des Nations unies est à la tribune. Au second rang, Ségolène Royal s’est installée.

- 11h48 - Les mots "Climate justice peace" commencent à se lire sur une photo aérienne de Paris (source ici) :

- 11h40 - Les délégués s’installent. Le Comité de Paris va commencer. A suivre en video en direct ici.

- 11h17 - L’action Ligne rouge pour le climat se prépare près de l’Etoile :

La chaîne humaine au Champ de Mars se déroulera à partir de 14 h. Voici le plan d’accès :

- 11h16 - Ultimes tractations et préparatifs avant la réunion du Comité de Paris à 11h30 : . Le G77+Chine :

. La Coalition de haute ambition, groupe de cent pays développés et en développement :

- 11h00 - La réunion du Comité de Paris doit reprendre à 11h30. Le texte du projet d’accord sera distribué. Vraisemblablement, les pays vont avoir quelques heures pour en discuter, et la plénière d’adoption pourrait avoir lieu dans l’après-midi.

- 10h30 - Un point presse des pays les moins avancées (LDC, Least developed countries) s’est tenu à 9h00. Selon le porte-parole, Giza Gaspar-Martins, la mention du mécanisme permettant d’éviter les pertes et dommages sur ces pays sera présent dans le texte final, ainsi que l’objectif de ne pas dépasser 1,5°C de réchauffement.

De son côté, Matthieu Orphelin, de la Fondation Nicolas Hulot, a tenu un point presse. Il souligne plusieurs points notables qui ont marqué cette COP : - la mobilisation des collectivités (notamment l’engagement de 700 grandes villes à réduire émissions de gaz à effet de serre), - la mobilisation du secteur financier : des organismes pesant 3.400 milliards de dollars d’actifs se sont engagés dans le désinvestissement des fossiles ; - la multiplication des annonces par les Etats d’engagements d’aide en 2020 pour les pays en développement (85 milliards de dollars annoncés) ; - l’essor des énergies renouvelables, qui recueillent maintenant plus d’investissements nouveaux que les énergies fossiles ; - mobilisation des citoyens qui ont permis d’obtenir la fin des aides au charbon et l’abandon de l’oléoduc XL Keystone.

- 09h56 - A Paris et ailleurs, les actions de la société civile commencent. Pour lancer la matinée, l’opération Climate Justice for Peace. Florent Compain nous l’expliquait hier. Et c’est à suivre sur le hashtage #climatejusticepeace et sur le siteClimate justice peace.

- 09h50 - Le texte - peut-être final si les parties l’acceptent en fin de matinée - est en cours de traduction dans les différentes langues officielles des Nations Unies.

- 09h16 - François Hollande sera au Bourget au moment de la présentation du texte, indique le Huffington Post.

- 09h14 - « Les pertes et dommages et la cible 1,5°C présents dans accord » de 11:30 selon la porte-parole du groupe des pays les moins avancés, indique la journaliste Béatrice Heraud.

- 09h11 - Selon Matthieu Orphelin, de la Fondation Nicolas Hulot, on s’oriente vers un texte « à prendre ou à laisser ».

- 09h01 - Pendant toute la semaine, le compte twitter de Ségolène Royal a turbiné comme un robot spam pris de folie (@RoyalSegolene). Mais la ministre de l’Ecologie travaillait au « Plan d’actions Lima Paris (Agenda des solutions) ». Ca a l’air très bien : regardez ici. On n’a pas eu le temps de regarder si l’Agenda des solutions incluait l’annulation du projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. « Allo, Mme la ministre ? ». Oh, trop triste, ça ne répond pas.

- 03h25 - Texto de la Présidence à la presse : « Le Comité de Paris se réunira samedi 12 décembre à 11h30 pour examiner le projet d’accord universel sur le climat, présenté par le président de la COP. »

Vendredi 11 décembre

• LE POINT DE LA NEGOCIATION

- 20h15 - Aujourd’hui, les négociateurs ont été privés de réunion plénière. Laurent Fabius a rencontré les différents groupes de pays en rendez-vous particuliers, tout au long de la journée, dans les bureaux de la présidence française de la COP. Lors d’un poit presse à 19h30, M. Fabius a confirmé son intention de remettre un nouveau texte aux parties demain samedi 12 décembre à 9 h. « C’est demain que vont être prises les décisions, a-t-il déclaré. Toutes les conditions sont réunies pour obtenir un accord universel et ambitieux. (...) On ne retrouvera jamais un »momentum« aussi favorable. »

« Mais maintenant la responsabilité appartient aux ministres qui demain auront à faire un choix, a-t-il poursuivi. Je vais leur présenter un texte qui est le plus ambitieux et le plus équilibré possible, mais demain chacun n’obtiendra pas 100 % de ce qu’il demande. Quand il y a 196 parties sur un sujet aussi complexe, si chacun exige les 100 %, chacun obtient 0 %. Donc il faut avoir le souci du compromis. Tout ce que je souhaite, c’est qu’on se souvienne du message du premier jour, quand 150 chefs d’Etat et de gouvernement du monde entier sont venus dire au monde le besoin d’un succès. J’espère que chacun prendra à coeur ses responsabilités et de saisir à la fois sa chance et celle du monde entier, car l’accord doit permettre à l’humanité de vivre décemment. »

Etrange conférence où l’information sur les négociations est au fait inaccessible hors la voix officielle de la présidence. L’habitude dans les COP sur le climat était une grande interaction entre les diplomates, les ONG et les médias. A Paris, ou plutôt au Bourget, les parties et la présidence ont privilégié le quasi-huis clos. On verra demain samedi ce que cette méthode peu transparente produit.

- 18h27 - Le mystère de la « Neutralité carbone » . L’objectif de long terme du futur accord de Paris se dessine. Dans l’article 2, les parties à la Convention climat s’engagent à « tenir l’augmentation de la température moyenne globale bien en-dessous de 2°C par rapport aux niveaux pré-industriels et de poursuivre leurs efforts pour limiter l’augmentation de la température à 1,5°C ». Dans l’article 3, il est indiqué que « les parties ont pour but d’atteindre le pic d’émissions de gaz à effet de serre dès que possible, reconnaissant qu’un pic prendra plus de temps pour les pays en développement, et d’entreprendre par la suite des réductions rapides vers la neutralité des émissions de gaz à effet de serre dans la deuxième moitié du siècle ».

Cet objectif de « neutralité des émissions de gaz à effet de serre » n’est pas clair pour tout le monde. « Beaucoup de parties ont dit que c’était flou et ont demandé des prévisions », confie à Reporterre Jean-Marc Nollet, député fédéral à la Chambre de Belgique et co-chef du groupe Ecolo/Groen, qui a suivi avec attention les négociations de cette nuit. D’après lui, la Pologne serait derrière cette formulation, pour éviter à tout prix le terme « décarbonisation » incompatible avec son exploitation intensive du charbon.

Mais alors, que signifie « neutralité des émissions de gaz à effet de serre » ? Décryptage par deux scientiifiques.

- Valérie Masson-Delmotte, paléoclimatologue, coprésidente du groupe 1 du Giec : "Le terme de neutralité carbone signifie que vous pouvez continuer à émettre des gaz à effet de serre, mais que vous devez en parallèle déployer des solutions pour en capter : faire croître les forêts, mettre en place des systèmes artificiels (industrie) ou naturels (pratiques agricoles). Le niveau d’ambition n’est pas le même que si vous programmez des réductions d’émissions de gaz à effet de serre. Par exemple, la contribution nationale de la Russie est exprimée en neutralité carbone : le pays ne fera pas grand-chose pour réduire ses émissions mais comptera sur sa forêt pour les absorber.

Cela pose le problème de la vérification méthodologique des émissions et des absorptions. On ne sait pas mesurer ces flux, on sait seulement mesurer des concentrations de gaz carbonique dans l’atmosphère. Ces concentrations sont plus importantes là où du CO2 est rejeté, et plus faible là où il est absorbé. On en déduit le flux grâce à des modèles atmosphériques et océaniques. On sait le faire ponctuellement, sur des territoires donnés, mais on n’a pas les moyens de le mesurer dans d’autres pays. On a donc besoin d’un réseau mondial de mesures.

- Hervé Le Treut, climatologue et membre du Giec : "Cela signifie qu’on ne peut plus rien émettre qu’on soit capable de capter. C’est un objectif fort dans la mesure où on le situe dans le temps - dans la deuxième moitié du siècle. Et chiffré, en quelque sorte, puisqu’il suppose qu’on ne rejette pas dans l’atmosphère du carbone qu’on serait incapable de récupérer. Pour atteindre cet objectif, il faudra une mutation très profonde de nos économies dans les prochaines années. Le fait que les pays le reconnaissent est très important. Cette phrase implique deux cas de figure : - si la captation de carbone est possible, on peut se permettre d’émettre encore ; - par contre, il existe encore une incertitude sur le fait qu’on sera capable, à l’avenir, de capter du carbone à grande échelle - si on n’y arrive pas, il faudra arrêter d’émettre."

- 12h53 - Laurent Fabius vient de tenir une conférence de presse. "Demain matin, je présenterai aux parties un texte à 9h00, et je suis sûr qu’elles l’accepteront"

- 12h34 - Sur le texte, selon nos informations recueilies auprès des ONG (Fondtion Nicolas Hulot et Attac), il n’y a plus que cinq points en discussion. Plusieurs points ont marqué des avancées : . l’article 2 intègre l’objectif de viser un réchauffement inférieur en 2°C en poursuivant les efforts pour ne pas dépasser 1,5°C ; . sur le financement post-2020 (article 6), un objectif de rééquilibrer les financements entre adaptation et atténuation est inclus, même si ce n’est pas chiffré ; un cycle de révision des engagements financiers est mentionné.

En revanche, le prix du carbone disparait du texte. En ce qui concerne l’objectif de long terme, la nécessité de réduire les émissions de 40 à 70 % d’ici 2050 a disparu du texte au profit d’une formulation vague qui prévoit juste un pic à une date non définie et un objectif flou de "neutralité carbone".

Les négociateurs n’ont pas réintégré dans le texte la taxation des transports aérien et maritime. La notion de "croissance économique" a été intégrée dans l’article 6. Il n’y a par ailleurs aucune mention des énergies fossiles, et les énergies renouvelables ne sont mentionnées qu’en ce qui concerne l’Afrique.

- 11h00 - Les présidents américain Barack Obama et chinois Xi Jinping se sont entretenus ce vendredi au téléphone à propos de la COP 21. « A l’approche de la fin des négociations à la conférence de Paris, la Chine et les Etats-Unis doivent renforcer leur coordination avec toutes les parties et déployer des efforts communs pour s’assurer » que la COP21 « parvienne à un accord comme prévu », a déclaré le président chinois, cité par le ministère sur son site internet.

- 10h52 - Les délégués ont été se reposer à la fin de la nuit. Les discussions reprennent calmement en bilatérale, c’est-à-dire que la présidence voit les uns après les autres les principaux protagonistes. Pour l’instant, il n’est pas annoncé de réunion du Comité de Paris en plénière.

- 07h32 - Alors que l’accord final de la COP21 devait être présenté ce vendredi soir, il ne le sera finalement que samedi matin. Laurent Fabius l’a annoncé ce vendredi matin : « Nous préférons nous donner le temps de consulter les délégations tout au long de la journée de vendredi », avant de présenter le texte final en vue d’une adoption directe en séance plénière, dit-on dans son entourage. Le texte « sera présenté samedi matin tôt pour une adoption à la mi-journée », a-t-on ajouté.

Le compte twitter de Jean-Marc Nollet (@jmnollet) raconte en détail les négociations de la nuit : presque tous les pays ont remis presque tous les points sur la table. On s’est empaillé sur la différenciation (distinction entre les pays développés et les autres). Les Etats-Unis refusent tout ce qui serait contraignant. L’Arabie saoudite et la Russie refusent 1,5°C (à 5h20). Le Venezuela refuse les mécanismes de marché. La Suisse dit que les responsabilités historiques (dans les émissions de gaz à effet de serre) ne peuvent être illimitées. Singapour s’oppose à la demande de l’Union européenne de faire revenir l’aviation dans le texte. Les Barbades : "Si ça continue, ce ne seront plus des scientifiques qui se pencheront sur le climat, mais des archéologues".

- 07H08 - Rien ne va plus. L’accord ne s’est pas fait durant la nuit. L’opposition pays développés-pays en développement ressurgit plus fort que jamais. L’accord est repoussé à samedi.

Tout tenter, jusqu’au bout. Alors que l’accord final de la COP21 devait être présenté ce vendredi soir, il ne le sera finalement que samedi matin. C’est Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères et président de la COP21, qui l’a annoncé ce vendredi matin. « Nous préférons nous donner le temps de consulter les délégations tout au long de la journée de vendredi », avant de présenter le texte final en vue d’une adoption directe en séance plénière, a-t-on précisé la COP21. Le texte « sera présenté samedi matin tôt pour une adoption à la mi-journée », a-t-on ajouté. « Il y a encore du travail, a expliqué Laurent Fabius à BFM TV. Mais les choses vont dans le bons sens. »

• LA VIE DE LA COP

- 15h00 - Une centaine de militants d’ONG du monde entier ont déroulé une immense bande de tissu rouge, dans la grande allée de la zone de négociations du Bourget. "Le but est de rappeler aux Etats, dans les dernières heures de négociations, qu’ils ne doivent pas franchir cette ligne rouge qui représente cinq principes : l’équité, la justice, le respect des règles, le zéro émissions et les financements", a expliqué à Reporterre Aurélie Ceinos, chargée de mission changement climatique à Care France.

- 10h50 - Des militants ont été empêchés de tracter ce matin au Bourget. Ces membres d’Action non violente - Cop21 se tenaient devant l’entrée du centre de Conférence de la COP 21, pour distribuer des tracts invitant à l’action organisée par la société civile demain samedi. Ils ont été « raccompagnés » par la police. « C’est la première fois que cela arrive, les autres jours nous faisions la même chose et on ne nous en a pas empêchés », s’étonne-t-on à ANV-Cop21.

Jeudi 10 décembre

• LE POINT DE LA NEGOCIATION

- 21h24 - Voici ce qu’a dit Laurent Fabius : "Hier soir, nous avons tenu une séance importante de notre Comité et chaque groupe a eu l’occasion d’exprimer ses sentiments. Ces interventions ont été utiles car elles ont permis de préciser le contenu. A l’issue du Comité d’hier soir, j’ai présidé une réunion en format Indaba pour poursuivre de manière inclusive et transparente la réflexion sur trois grands thèmes : ambition, finances et différenciation. Parallèlement, Manuel Pulgar-Vidal a assuré une autre réunion sur les pertes et dommages. En parallèle, il y a eu une permanence à la présidence. Cela a été une très longue nuit de travail mais elle a permis d’avancer. A la suite de ces réunions vous avez poursuivi vos contacts pour parvenir aux compromis dont vous nous avez informé.

Après cet important travail des derniers jours et toute une série de rencontres aujourd’hui, nous pouvons franchir une étape décisive. Une nouvelle version du projet de texte va vous être distribué. Ce projet prolonge la version soumise hier. Il a tenu compte des avis que vous avez eu lors du comité de Paris d’hier, de la réunion Indaba et des consultations. Il y a eu un série de choix dans un souci d’équilibre et d’impartialité, et lorsqu’il nous a paru qu’il y avait un compromis suffisant. Le texte est plus court et tranche sur certaines options, mais il reste des crochets sur la différenciation, la finance et l’ambition. Il n’ y a pas d’autre solution que la discussion dans les heures à venir. (...) Je pense, chers amis, que nous allons y arriver."

La séance est levée à 21h20, sous les applaudissements.

- Télécharger le texte présenté ce soir

Que va-t-il se passer maintenant ? Les pays disposent de deux heures et demie pour prendre connaissance du texte. A 23 h 30, Laurent Fabius rassemblera toutes les parties au sein d’une réunion Indaba (terme zoulou d’Afrique du Sud désignant une grande conférence). Cette assemblée examinera les trois points qui posent encore problème : la différenciation, l’ambition et la finance. Elle se déroulera dans la salle de réunion du Rhône, assez petite. En conséquence, les délégations ne disposeront que de trois badges d’accès chacune, transférables. Les négociateurs qui ne peuvent pas rentrer regarderont les débats retransmis en direct sur les écrans de deux salles voisines. Ces trois salles seront fermées aux observateurs et à la presse.

« Ce qui importe maintenant, c’est de trouver des convergences », a rappelé Laurent Fabius. En cas de désaccord sur un point, un facilitateur réunira les chefs de délégation concernés dans un coin de la salle ou dans une salle voisine. Ils devront revenir avec une solution au bout de 45 minutes maximum. « Nous savons que le compromis consiste à renoncer à ce qui serait 100 % idéal pour nous, pour arriver à ce qui est acceptable pour tout le monde », a souligné le ministre des Affaires étrangères.

Autant vous dire qu’une longue nuit mouvementée attend les négociateurs. Objectif, que le président puisse présenter, vendredi, un projet d’accord final.

- 21h09 - La salle plénière se remplit, elle commence à l’instant. Laurent Fabius prend la parole. Le projet d’accord va bientôt être distribué. Il est plus court que le précédent, et tranche sur plusieurs options, explique M. Fabius. Mais laisse ouvertes trois questions : la différenciation, la finance et l’ambition que se fixe l’accord. La discussion aura lieu dans les heures à venir. M. Fabius appelle au compromis.

- 18h38 - La plénière de 19 h est repoussée à 21 h ! Et le nouveau texte itou. La soiré sera longue...

- 18h11 - Un scénario qui se dessine : les négociations deviennent plus âpres, texte présenté ce soir, nouveau round de discussion cette nuit, et on boucle demain vendredi - ou pas...

- 18h05 - Le trafic aérien et maritime disparait de l’accord... alors que leurs émissions sont très importantes. Quant aux énergies fossiles, elles n’y figureront pas davantage.

- 18h01 - Les réunions s’enchaînent pour les négociateurs, alors que le futur accord de Paris doit (en théorie) être adopté demain vendredi 11 décembre à 18 h. Mais au fait, quel pays a la plus grosse délégation ? La plus riquiqui ? Le Maroc arrive en tête, avec 439 délégués (dont une partie sont « observateurs », des négociateurs de « second rang » qui peuvent être priés de quitter les salles de réunion si la place vient à manquer). Viennent ensuite la Guinée (398), la France (395), le Canada (382) et la République de Corée (351). La Syrie et Trinidad et Tobago sont les deux plus petites délégations (3 négociateurs), et l’Erythrée, Niue et l’Ouzbékistan en comptent à peine plus (5 négociateurs). Liste complète sur le site de Carbon Brief.

Chose amusante, certains pays paient des diplomates indépendants pour négocier à leur place, à indiqué à Reporterre un membre de la délégation française. Ainsi, l’Australien Dean Bialek, de la compagnie Independent Diplomat, négocie pour les Îles Marshall...

- 15h02 - Le texte attendu à 15 h ne sera publié qu’à 19 h, au mieux, apprend-on sur les écrans de la COP.

- 14h30 - Alors qu’une nouvelle mouture du projet d’accord est prévue pour 15 h (ou plus vraisemblablement 19 ou 20 h, d’après plusieurs bruits de couloirs), que dit le texte rendu public il y a 24 heures ?

- Revoici le texte à télécharger :

Tout d’abord, il a subi une nouvelle cure d’amaigrissement par rapport au précédent. Il ne compte plus que 29 pages et quelque 350 crochets, qui matérialisent les propositions encore en suspens. 19 points sont encore en discussion. Mais il est difficile de se faire une idée de ce que contiendra l’accord final, car des options faibles et fortes cohabitent dans les différents paragraphes.

Premier exemple, dans l’article 3 consacré à l’atténuation. L’option 1 prévoit des objectifs chiffrés et datés de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Une proposition ambitieuse de 70 à 95 % de réduction des émissions en 2050 par rapport à 2020 est même mentionnée entre crochets. L’option 2, en revanche, ne fixe aucun objectif quantitatif et daté pour l’atténuation et se contente de propositions vagues de « neutralité climat » et de « décarbonisation », entre crochets dans le texte.

Autre exemple, dans l’article 6 consacré à la finance. Dans le paragraphe « graduation », l’option 2, ambitieuse et favorable aux pays en développement, indique que « la provision et la mobilisation de ressources financières (...) doit représenter une progression au-delà [des] efforts précédents, avec une trajectoire clairement identifiée de niveaux annuels attendus de ressources, pour atteindre des objectifs de court-terme collectifs et quantifiés pour la période après-2020, et être périodiquement réaffirmés et revus ». L’option signale aussi que « les ressources financières doivent être réhaussées à partir d’un plancher de 100 milliards de dollars par an [somme promise aux pays en développement par les pays développés en 2009, NDLR], (...) en tenant compte des besoins et des priorités des pays en développement ». L’option 3 en revanche, ne mentionne aucun objectif chiffré, utilise le conditionnel « devraient » , et met dans le même sac des donateurs les pays développés et les pays en développement.

Bref, le mystère reste entier. Seule quasi-certitude, la mention d’une limite de réchauffement de 1,5°C au lieu de 2°C, dans l’article 2 du texte. En effet, lors de la plénière de mercredi soir, plusieurs pays les plus vulnérables ont affirmé qu’ils ne rentreraient pas chez eux avec un accord conservant un seuil de 2°C de réchauffement.

- 14h14 - La minute Tête au carré / Reporterre : écouter ici :

- 13h30 - La tension monte, après une nuit de négociation d’où peu de choses filtrent. Deux options sur la suite des événements, selon les ONG observatrices : . la présidence sort un texte qu’elle a rédigé, et qui lui semble refléter les “zones d’atterrissage” les plus crédibles) et met les parties au pied du mur (take it or leave it) – avec le risque qu’il soit rejeté ; . la présidence publie une version (un peu) plus avancée du texte d’hier et relance un tour de consultations ; la négociation prendrait alors du retard.

- 12h00 - La réunion des délégués, suite au Comité de Paris, s’est prolongée jusqu’à 4 h 50 du matin. Toute cette matinée, les négociations se poursuivent. Une nouvelle mouture du texte sera présentée ce jeudi à 15 h lors d’une réunion du Comité de Paris.

• LA VIE DE LA COP

- 17h20 - Pour sensibiliser les enfants au changement climatique, les Nations unies soutiennent Comics uniting nations (Bandes dessinées unissant les nations), qui publient une aventure de Chakra, un super-héros indien, combattant le réchauffement :

- 14h20 - Pour la COP, les vélos ne semblent pas faire partie des « solutions ». Seule réponse, la poésie de ce cycliste :

Les organisateurs ont fini par se rendre qu’il y avait quelques écologistes à deux roues sans pétrole qui venaient à la COP (voir notre billet du jeudi 3 décembre ci-dessous) et ont installé un enclos :

- 14h00 - A la recherche des visiteurs... Je suis revenue ce matin au salon de Génération Climat , à côté du lieu où se les négociations se poursuivent, bien determinée à trouver des visiteurs venus ici par curiosité, sans lien aucun avec la COP 21. Mais de nouveau, je fais chou blanc. Toutes les personnes interrogées tiennent un stand ou sont liées à un projet ou à un organisme présent ici. Exemple : dans un espace semi-clos au milieu de la grande salle, trois femmes aux habits colorés déjeunent tranquillement. Véronique, Daphné et Alex n’ont pas de tailleurs et n’ont pas l’air d’avoir à s’organiser pour tenir un stand. « On fait partie des Petits Débrouillards, quatre d’entre nous sont accrédités pour suivre les négociations et on est venu ici pour voir ce que ça donnait. » Les Petits Débrouillards élaborent une campagne sur la transition sociale et écologique et font partie de la Coalition Climat. « On est installé à l’auberge de la COP qui héberge plein d’associations. Ceux qui sont accrédités font un point tout les soirs sur les négociations. » Daphné confie qu’elle trouve que Génération Climat fait « très stand ».

Victor Romano, qui a participé à l’organisation de la COP 21, confie qu’il a entendu parler d’un trafic de 7 500 personnes par jour. « On attendait un flux massif mais il y a eu les attentats. » Malgré l’organisation efficace de la RATP - les navettes allant des stations de métro ou de RER vers la COP 21 fonctionnent très bien -, Génération Climat n’a pas attiré les foules.

- 11h15 - 23 militants d’Action Non-violente COP21 se sont fait contrôler par la police jeudi 10 décembre autour de 11h. Ils venaient de mener une action non-violente au siège de l’Union française des industries pétrolières (Ufip), afin de dénoncer « les 650 milliards de dollars de subventions publiques annuelles aux énergies fossiles ». Les activistes se sont introduits dans les bureaux de l’Ufip, déguisés en membres de la famille Addams, et y ont parodié une fête macabre. La police a procédé à des contrôles d’identité avant de reconduire les militants vers le métro. Elle a également obligé le documentariste Pascal, de Fokus21 à effacer ses rushs.

Mercredi 9 décembre

• LE POINT DE LA NEGOCIATION

- 23h05 - 23 h. Reporterre doit vous faire un aveu. A 22 h, après avoir écouté près de deux heures de réactions de ministres au nouveau projet de texte publié à 15 h, nous avons crié grâce. Espérons que la Papouasie-Nouvelle-Guinée, la Bolivie, le Nicaragua et les orateurs suivants ne nous en tiendront pas trop rigueur.

Laurent Fabius avait appelé à des « interventions assez brèves, pour que nous puissions commencer le travail immédiatement ». A 19 h, devant les 195 pays rassemblés en salle plénière pour un nouveau Comité de Paris, le ministre des Affaires étrangères français a commencé par un point d’étape. Le nouveau texte compte 29 pages, dont 14 de projet d’accord à proprement parler. Il reste trois grandes questions à trancher : la différenciation (autrement dit, la prise en compte du principe de responsabilité commune mais différenciée inscrite dans la Convention-cadre des Nations Unies sur le changement climatique), les financements, et le niveau d’ambition du texte (objectif de long terme et révision régulière des engagements des pays).

L’objectif pour M. Fabius est de présenter une nouvelle version du texte demain jeudi, en début d’après-midi. Pour cela, les travaux se poursuivront toute la nuit, et durant la matinée.

Le ministre des Affaires étrangères a ensuite invité les ministres à prendre la parole. Plutôt que de vous livrer une liste exhaustive et, il faut le reconnaître, assez indigeste des interventions, Reporterre se propose de décerner trois palmes.

- Palme de la prise de parole la plus émouvante, décernée au... Venezuela. La déléguée du Venezuela a réaffirmé son soutien à un objectif de limiter le réchauffement à 1,5°C au lieu de 2°C. « Mais les contributions nationales actuelles nous conduisent vers une trajectoire de réchauffement de plus de 3°C. Dans la rue, personne ne s’y trompe. On ne peut inscrire 1,5°C dans un accord et nous diriger quand même vers 4°C de réchauffement. » Elle s’en est est ensuite prise aux marchés carbone. « Il ne faut pas se remettre dans une situation où les pays riches peuvent polluer pour payer, a-t-elle plaidé. Certains ont dans la poche des droits à polluer acquis légalement grâce à Kyoto, et qui à eux seuls représentent 1°C supplémentaire de réchauffement. Est-ce que nous voulons cela pour l’accord de Paris ? Non. Nous ne devons pas reproduire les erreurs du passé. Le prix du carbone est revenu à plusieurs reprises dans le texte, alors qu’il n’y était pas la semaine dernière. Les lobbies sont très forts. » Elle a conclu : « C’est la seule ambition humaine que j’ai. Rentrer chez moi, regarder mes filles dans les yeux et leur dire que ça va aller. »

- Palme de la prise de parole la plus déplorable, décernée à... l’Arabie Saoudite. « Un accord durable doit avoir un objectif durable, a déclaré le royaume. C’est pourquoi nous ne voulons pas un objectif chiffré, qui menacerait notre développement et même notre sécurité alimentaire ». On avait cru mal entendre, mais la suite ne valait pas mieux. Le magnat du pétrole s’est attaqué à la possibilité d’une contribution volontaire des pays développés, à des efforts collectifs de financement, et à la formule « pays en capacité de le faire » : « Qui va nous dire ce que nous sommes capables de faire ? Nous, Etat souverain, allons-nous accepter que quelqu’un nous dise de quoi nous sommes capables ? Clairement, non ! » Enfin, l’Arabie Saoudite s’est acharnée contre la possibilité d’un prix du carbone, arguant que « cela risquerait de taxer [son] économie ».

- Prix spécial de la déclaration la plus bizarre, décerné au... Japon. Le Japon a remis sur la table la date d’entrée en vigueur, 2020, inscrite dans l’article 18. « Nous avons besoin d’un espace de discussion pour l’article 18 », a-t-il déclaré. Un OVNI débarqué en salle plénière, jamais évoqué auparavant...

Et qu’en disent les observateurs ?

. Célia Gautier, du Réseau Action Climat France, estime que « ce texte ne répond pas aux attentes des ONG. Il comporte moins de crochets, d’options, mais il est incapable de répondre aux grands enjeux de justice et d’équité. Certes, la limite de réchauffement de 1,5°C est de plus en plus probable, mais les moyens et la feuille de route pour y parvenir sont absents ». . Après avoir lu le texte, Jean-François Julliard de Greenpeace France se met dans la peau d’un investisseur dans les énergies fossiles, et « [se] dit [qu’il] peut continuer comme ça. C’est un accord de papier, des belles paroles mais rien de concret ».

- 20h20 - La plénière a commencé. Laurent Fabius annonce que les articles 12 à 26 sont « clean » (propres) et peuvent être envoyés en traduction. La plénière continue. On vous en fait le bilan en fin de soirée.

- 17h30 - A 17 h, une centaine d’observateurs et de membres d’ONG ont participé à un sit-in à proximité de la salle plénière de la Seine, où se déroulent les moments-clés de la COP21. Un jour avant l’adoption d’un texte final, ils enjoignent les négociateurs de prendre des décisions ambitieuses et respectueuses de la justice climatique.

Pourquoi participer à un sit-in des observateurs devant la salle plénière du Bourget ? Malika Peyraut, chargée de campagne Institutions financières internationales et énergie aux Amis de la Terre :

- Ecouter ici :

- 15h17 - Laurent Fabius en plénière : « Nous avons progressé, mais il reste pas mal de travail ». Le texte va être distribué, les délégués vont l’étudier. « Il faut nous préparer à travailler cette nuit et demain pour respecter les délais fixés. Je suis convaincu que nous pouvons trouver un accord ».

Il souligne que trois questions principales restent à arbitrer : la différenciation entre pays développés et en développement, le financement et le niveau d’ambition de l’accord.

- Télécharger le texte « Draft Paris outcome » :

- 14h40 - En conférence de presse, John Kerry, le secrétaire d’Etat (ministre des Affaires étrangères) des Etats-Unis annonce que ceux-ci vont doubler le budget de leur aide à l’adaptation.

- 14h14 - La minute Tête au carré / Reporterre : écouter ici :

- 13h41 - Le nouveau brouillon du projet d’accord, initialement prévu à 13h00, ne sera rendu public qu’à 15h00, lors d’une réunion du Comité de Paris. Les délégations vont passer l’après-midi à étudier le texte, et le Comité se réunira pour faire un premier point à 19h30.

Mais les ONG ont l’impression que le texte sera décevant par rapport à ce qui serait nécessaire pour limiter le réchauffement à 2°C. Un point de vue bien synthétisé par Romain Benicchio, porte-parole d’Oxfam France : « Nous sommes extrêmement préoccupés par la tournure que semblent prendre les négociations, les pays préférant visiblement choisir la facilité plutôt que de se battre pour ce qui est juste pour leurs citoyen-e-s et la planète. Nos experts s’inquiètent de voir les négociateurs se contenter du plus petit dénominateur commun dans plusieurs domaines critiques. »

- 09h45 - La journée reprend. Avec comme principal rendez-vous à 13 h 00 du nouveau texte de projet d’accord. Tout a été calme (voir ci-dessous, mardi 8 au soir, notre Point de la négociation). Va-t-on se réveiller ?

- 09h00 - En Inde, dans l’Etat du Tamil Nadu, les inondations refluent lentement. Au Bourget, la position du géant de l’Asie du sud-est reste une des plus fermes parmi celles des pays en développement. Lire ici notre enquête, avec la video saisissante d’un bus emporté par les flots.

• LA VIE DE LA COP

- 17h43 - Pendant ce temps, à Paris, une action est menée par ANV-COP21 à l’agence BNP-Paribas à Opéra. Reporterre y est et vous le raconte bientôt.

- 17h16 - Génération Climat, à côté des halls où se déroule la COP 21, se présente comme un salon d’exposition. Avec des palettes très propres, des plaques de bois contreplaqué peintes en vert et des plantes en pots. Une partie est dédiée aux régions et communes qui présentent des projets de sensibilisation à l’environnement, une autre aux ONG et une dernière aux innovations techniques, aux conférences et au pavillon des peuples indigènes. Boubou, Harun et Guy viennent de Saint-Denis. Pendant qu’ils rigolaient sur des gendarmes de l’« équipe déminage », je leur demande ce qu’ils font là. « On présente notre projet » répondent-ils fièrement. Et ils peuvent l’être. Ces jeunes sont partis deux semaines avec la ville de Saint-Denis au Chili voir les impacts des changements climatiques. Venu ce mercredi 9 décembre à Génération Climat, ils ont montré leur photos et échangé avec les gens présents. Génération Climat leur permet de voir qu’il « y a plein de choses qui se font. On découvre énormément de projets. Et on voit qu’il y a du monde d’intéressé aussi. »

Maria Eugenia Morales n’est pas dans cette optique. Présidente de l’association Nochari qui lutte pour le développement rural du sud du Nicaragua, elle reste mitigée quand à la utilité de Génération Climat. Maria explique qu’elle a voulu déposer des documents de son association et des bracelets sur la vulnerabilité des pays d’Amérique Centrale face aux changements climatiques. « Mais l’accueil refusait. J’ai dû discuter pendant longtemps pour que quelqu’un parlant espagnol vienne, m’écoute et m’autorise à déposer mes documents. Au final, on peut parler mais pour communiquer sur nos luttes, c’est plus compliqué. » Quand on lui demande ce qu’elle pense de Génération Climat, Maria répond avec une moue. « Ce salon Génération Climat est bien car il nous donne la parole pour expliquer et dénoncer. Nous sommes victimes du changement climatique alors que nous n’en sommes pas la cause. Mais ceux qui ont l’argent sont content de leur confort et au final, ils ne nous écoutent pas tant que ça. »

- 15h26 - L’armée des Etats-Unis est le plus gros consommateur institutionnel au monde de produits pétroliers. Or, le Pentagone a obtenu une « provision de sécurité nationale » qui place ses émissions de gaz à effet de serre hors contrôle global. Lors des négociations du protocole de Kyoto, en 1997, les États-Unis ont exigé, comme condition à leur signature, que l’ensemble des opérations militaires américaines à travers le monde et toutes les opérations auxquelles les USA participent dans le cadre de l’ONU et / ou de l’OTAN soient exemptés des calculs de réductions. Après avoir obtenu cette concession gigantesque, l’administration Bush a ensuite refusé de signer les accords. - (Source : Counterpunch et Truthout).

- 14h52 - Les journées commencent à être dures pour les diplomates. « Je dors comme un bébé, raconte l’un d’eux, mais seulement cinq heures par nuit. Pour l’instant, ça va, la fatigue ne perce pas. Mais je m’attends à m’écrouler la semaine prochaine. » Il faut encore tenir trois jours avec, il faut le craindre au moins une quasi-nuit blanche voire deux.

Mardi 8 décembre

• LE POINT DE LA NEGOCIATION

- 22h10 - 21 h 45 : Comité de Paris bref et sans relief, ce soir, dans la salle plénière Loire. Les facilitateurs de la dizaine de groupes de travail en cours (financements, amibition de l’accord, adaptation, action pré-2020, forêts, etc.) ont fait un rapide bilan de leur journée de travail et ont énuméré les précisions techniques, en soulignant pour la plupart qu’il restait du pain sur la planche. Laurent Fabius a ensuite apporté quelques précisions sur la suite de la COP. Demain mercredi, à 13 h, les 195 pays se réuniront de nouveau en Comité de Paris pour prendre connaissance d’un nouveau texte. Ce document, rédigé par la présidence française à l’aide du secrétariat général de la Convention et des facilitateurs, aura pour base le texte de samedi dernier, auquel seront rajoutées les propositions issues des différents groupes de travail. Les pays auront ensuite jusqu’à 17 h pour prendre connaissance du texte, heure à laquelle le Comité de Paris sera de nouveau réuni pour recueillir les réactions des délégations. Cette proposition a recueilli l’accord de la part des pays, dont plusieurs ont même exprimé des remerciements et leur confiance dans la présidence française. Comment expliquer l’ambiance feutrée de ces négociations ? Pour Pierre Radanne, expert en énergie et membre de la délégation française, le processus s’apparente à « une course cycliste sur piste. Personne ne veut aller trop vite. » Cette tranquillité tient aussi à la diplomatie de Laurent Fabius, « qui a été très clair sur le processus. Personne n’a trouvé à redire à son calendrier. Ils disent qu’ils ont confiance. » Le fait qu’à ce stade les négociations semblent traîner en longueur n’a rien de surprenant, pour M. Radanne, vieux renard des négociations climat : « Voyez sur les écrans, les négociateurs sont crevés, avec les traits tirés. Ils enchaînent les nuits blanches mais n’en ont pas encore assez. Cela fait partie du rituel : il faut qu’ils aillent au bout d’eux-mêmes. Cela, Laurent Fabius l’a compris, c’est pour cela qu’il leur accorde une demi-journée de plus jusqu’à demain 13 h. »

- 19h30 - Fiasco sur la taxe financière : l’Europe n’a pas voulu prendre une décision ferme. Ecoutez l’analyse Maxime Combes, un porte-parole d’Attac : "En quoi le fiasco de la taxe sur les transactions financières (TTF) européenne est-elle une mauvaise nouvelle pour la COP 21 ?" :

Ecoutez ici :

. 14h51 - Déception : à Bruxelles, les onze pays, dont l’Allemagne, la France, l’Italie et l’Espagne) réunis en conseil des ministres ECOFIN pour discuter du projet de taxe sur les transactions financières, n’en ont décidé que le principe. L’essentiel des discussions est reporté à 2016, et le point crucial du taux de prélèvement n’a pas été tranché. Un mauvais signal envoyé aux pays en développement.

- 14h14 - La minute Tête au carré / Reporterre : écouter ici :

. 10h22 - Aujourd’hui, les couloirs de la COP bruissent de l’attente du résultat de la réunion de onze ministres des finances européens depuis hier à Bruxelles. Ceux-ci doivent décider s’ils adoptent une taxe sur les transactions financières. La moitié du produit de celle-ci serait affectée au financement de la lutte contre le changement climatique. L’Estonie s’est retiré du groupe des onze. Si la décision était prise, cela serait un signal très positif à l’égard des pays en développement.

- Pour en savoir plus sur la taxe, relire notre article

Pendant ce temps, les réunions de travail se poursuivent :

• LA VIE DE LA COP

- 19h00 - A Paris, expulsion d’un squat où logeaient pour quelques jours des activistes venus de tous les pays du monde pour participer aux actions de la société civile. Lire notre reportage ici.

- 17h00 - « Nous dessinons le futur que nous voulons », répond Intu, de l’Université James Cook à Cairns, en Australie, quand on lui demande pourquoi elle peint sur une grande fresque accroché au mur. « Chacun fait un croquis, me le présente et je lui choisis une place sur la fresque. » Les personnes ayant participé inscrivent ensuite leur nom et le pays d’où ils viennent sur une liste. Près du lieu de conférence sur les peuples indigènes, la gouache se mêle aux tissus colorés et aux sourires de gens du monde entier.

. 08h00 - La hausse fulgurante des émissions de CO2 provenant des énergies fossiles et des industries observée depuis l’an 2000 semble s’être stabilisée au cours des deux dernières années, selon une étude parue sur le site de la revue scientifique Nature Climate Change. Après s’être stabilisées en 2014, les émissions de gaz carbonique devraient baisser cette année pour la première fois durant une période de croissance économique mondiale. Selon une moyenne des projections pour 2015, basées sur des données de juin à octobre, les émissions devraient baisser d’environ 0,6 %. Les divers scénarios oscillent entre une baisse de 1,6 % à une hausse de 0,5 %.

(Source : Radio Canada)

Lundi 7 décembre

• LE POINT DE LA NEGOCIATION

- 21h45 - La première réunion du Comité de Paris se tient depuis 19h20, ce qui permet de faire le point sur les 36 premières heures de négociations ministérielles. Laurent Fabius a annoncé la création de sous-groupes de travail supplémentaires. La Bolivie et la Suède ont été chargés d’animer les discussions dans le cadre d’un nouveau groupe consacré à l’adaptation des pays en développement aux impacts du changement climatique - un rôle de « facilitateurs », dans le jargon onusien. D’autres groupes de discussions ont été lancés sur les mécanismes de coopération (facilité par le Canada) et sur les forêts (Equateur). Les facilitateurs ont ensuite fait le bilan des avancées des négociations dans leurs groupes respectifs : . Sur les financements climat (« moyens de mise en oeuvre » en dialecte onusien) : le ministre des Affaires étrangères du Gabon a estimé que « les pays développés se sont montrés rassurants sur le fait qu’ils devaient jouer leur rôle de chef de file ». Mais d’autres pays devraient contribuer, selon certains : autrement dit, des pays prospères du groupe G 77+Chine. La ministre de l’Environnement du Brésil Isabella Teixeira a confirmé que « les pays développés continueraient à être en tête pour fournir des ressources [financières] aux pays en développement. Pour ce qui est de la base des donateurs, il n’y aura pas de nouvelles obligations pour les pays en développement, mais ils seront encouragés à participer à titre volontaire ». Rien de concret en revanche sur la promesse de 100 milliards. Deux autres sous-sous-groupes vont compliquer encore le mille-feuille onusien, le premier sur les transferts de technologie (Arabie Saoudite et Autriche) et le second sur les « constructions de capacité » (Gambie et Union européenne).

. Sur le niveau d’ambition du texte, qui regroupe l’objectif de long terme et le mécanisme de révision régulière des engagements nationaux : ça coince toujours, puisque « de nombreux pays se disent prêts à étudier un texte faisant référence à un objectif de 1,5°C [de réchauffement à la fin du siècle, par rapport à l’ère préindustrielle]. Mais d’autres ont réaffirmé le seuil [de 2°C] décidé lors de la conférence de Cancun », rapporte James Fletcher, ministre de Développement durable et de l’Energie de Sainte-Lucie.

Pour ce qui est du mécanisme de révision, l’ambition n’est pas vraiment au rendez-vous puisque de nombreux pays estiment qu’un rendez-vous tous les cinq ans doit être « une occasion de réévaluer les objectifs, mais pas une obligation. Cela ne doit pas constituer un nouveau fardeau ».

. C’est finalement l’action pré-2020 qui a le plus avancé, puisque le secrétaire d’Etat à l’Energie et au Changement climatique du Royaume-Uni s’est félicité d’une « convergence sur l’importance primordiale d’une action climatique pré-2020 » - sans que des propositions concrètes soient néanmoins évoquées.

- 14h14 - La minute Tête au carré / Reporterre : écouter ici :

- 14 h 00 - Comment ils travaillent Depuis 11 h 20 ce matin, les prises de parole des ministres et les représentants des groupes de pays se succèdent en salle plénière. Dans ces allocutions minutées (une sonnerie retentit au bout de 3 minutes de discours), les dirigeants réaffirment leurs priorités dans les négociations (mécanisme de révision des engagements nationaux tous les cinq ans, principe de différenciation, objectif de 1,5°C, etc.). En parallèle, depuis dimanche après-midi, les délégations travaillent sur le projet d’accord. Le texte compte 48 pages : 21 pages d’accord, une vingtaine de pages de décisions concernant la période pré-2020, et cinq pages rassemblant les propositions d’ajout des différents pays. Les négociations ont lieu au sein de quatre sous-groupes thématiques : financements, différenciation, ambition (objectif de long-terme et mécanisme de révision), et action pré-2020. Au moins une fois par jour, toutes les délégations feront le point sur les avancées au sein d’un « Comité de Paris » présidé par Laurent Fabius.

Lors d’une conférence de presse à 13 h 15, le ministre des Affaires étrangères français a souhaité qu’une « première vision d’ensemble de l’accord final » soit disponible mercredi. « Il sera nécessaire de disposer d’un texte dès jeudi », a-t-il ajouté.

- Qu’est-ce qui coince ? Pour l’instant, la principale pierre d’achoppement des négociations est le respect du principe de différenciation inscrit dans la Convention. Les pays en développement considèrent que les pays développés sont historiquement responsables du changement climatique. En conséquence, ils attendent que les pays riches les aident à faire face aux impacts du dérèglement du climat, dont ils sont les premières victimes. Ils demandent donc des garanties sur les 100 milliards annuels de dollars en 2020 promis en 2009 à Copenhague. Et veulent aussi qu’un mécanisme de « pertes et dommages », pour l’indemnisation des dégâts causés par des catastrophes climatiques, soit inscrit dans l’accord.

D’autres points font l’objet de discussions intenses : . la mise en place d’un mécanisme de révision des engagements nationaux tous les cinq ans, et la date de la première revue (2017 pour les plus ambitieux, 2025 pour les mauvaises volontés), . la définition d’un objectif de long terme. Les pays les plus vulnérables, parmi lesquels les petits Etats insulaires, réclament qu’une cible de réchauffement de 1,5°C soit inscrite dans l’accord. D’autres, comme l’Arabie Saoudite, s’y opposent.

- 13h30 - Le point Radio Campus-Reporterre. A écouter ici

- 12h00 - La plénière s’est ouverte en fin de matinée. Des ministres ont commencé à arriver pendant le week-end. Ils vont commencer à travailler sur le texte qui, hors annexe, fait vingt pages.

• LA VIE DE LA COP

- 22h00 - Un des principaux militants du climat de la planète manque à la Cop21, le sommet climatique de l’ONU à Paris. Pourquoi ? Parce qu’il se trouve en ce moment dans une cellule de prison, sur une des îles de l’archipel des Maldives. Surnommé le Mandela de l’Océan Indien, Mohamed Nasheed se bat depuis son enfance pour la liberté et pour sauver les Maldives des conséquences du changement climatique. Elu Président des Maldives en novembre 2008, lors des premières élections multipartites dans l’histoire du pays, ce militant avait fait tomber le dictateur qui tenait le pays depuis 30 ans. Nasheed, qui a un long passé d’opposant, aura été incarcéré plus de vingt fois. entre 1990 et 2015. En 2009, lorsque l’association 350.org avait appelé pour la première journée mondiale d’action pour le climat, Mohamed Nasheed avait tenu un conseil des ministres sous l’eau, signant une proclamation demandant à l’ONU d’agir pour faire baisser le niveau de carbone dans l’atmosphère et sauver l’archipel de la montée du niveau de l’océan.

Il a été renversé par un retour en force de la dictature précédente en 2013, et les nouveaux dictateurs ont immédiatement abandonné les plans de la neutralité carbone des Maldives. Le 22 février 2015, Mohamed Nasheed a été arrêté pour « terrorisme », et le 13 mars 2015, il a été condamné à 13 ans de prison, au terme d’un procès qu’Amnesty International a qualifié de parodie de justice. - Pétition pour la libération du Président Mohamed Nasheed

- 15h12 - Trois pingouins jouant du Ukulélé étaient présents, pour la COP (Conference of the Pinguin) à l’espace Génération Climat. Interpellant les passant pour leur rappeler comment « ça chauffe là-haut, et un de ces quatre, ça va vous retomber dessus aussi ! », ils sont venus représenter leurs amis les ours polaires, les manchots et les pandas, « tout ceux qui sont en danger de disparition. » « D’ailleurs, nous aussi on est en voie de disparition » confie un pingouins sur un air plus sérieux. Ces pingouins font partie de d’une troupe d’intermittents du spectacle, Pile poil Compagnie, qui travaille sur la sensibilisation au développement durable « sans prétention et sans culpabilisation. »

- 14h40 - Pékin vient d’être placée en alerte maximale "rouge" à la pollution atmosphérique ce lundi 7 décembre. C’est la première fois que le Bureau de la Protection environnementale de la ville déclenche ce niveau d’alerte, alors qu’un nouvel épisode "d’airpocalypse" est attendu dans la journée. Une série de mesures exceptionnelles seront mises en place de mardi matin à jeudi, pour limiter les dégâts sur la santé de quelque 20 millions de Pékinois : entre autres, circulation alternée pour les voitures (sauf électriques), 200 bus supplémentaires et interruption de l’activité des usines les plus polluantes.

- 11h30 - Dans la série N’importe quoi, voici la pomme COP 21...

Dimanche 6 décembre

Les bruits de l’extérieur ne parviennent pas vraiment à l’intérieur de la COP. Et il est peu probable que beaucoup de diplomates aient entendu parler du Village mondial des alternatives, qui se tenait le week-end à Montreuil, à quelques kilomètres du Bourget. Le mouvement ANV (Action non violente)-COP 21 y a notamment rappelé que chaque année dans le monde, 650 milliards de dollars sont versées en subventions aux énergies fossiles...

Samedi 5 décembre

• LE POINT DE LA NEGOCIATION

- 18h57 - L’assemblée plénière applaudit "un mot plus personnel" de Laurent Fabius, président de la COP, au terme de son discours : "On ne peut pas remettre la négociation à demain, comme cela peut être le cas dans d’autres négociations, a-t-il dit. Parce que nous vivons un momentum exceptionnel en ce moment à Paris. Et parce que pendant ce temps, les émissions de gaz à effet de serre continuent à augmenter. Nous devons réussir. Ce qui est en jeu, c’est la vie. Je mets toute l’expérience de ma vie au service de la réussite de cette négociation".

Auparavant, il avait proposé une méthode de travail pour les négociations de le semaine prochaine. Serait créée une « instance unique ouverte à tous de consultations informelles », le Comité de Paris, sera présidé par lui-même et éventuellement, s’il est empêché, par Laurence Tubiana.

Quatre sous-groupes thématiques seront également constitués : . Un groupe sur les soutiens, moyens de mise en œuvre et financements, coprésidé par le ministre des Affaires étrangères du Gabon et le ministre de l’Environnement de l’Allemagne ; . Un groupe sur la différenciation (atténuation, financements et transparence), coprésidé par le ministre de l’Environnement du Brésil et le ministre des Affaires étrangères de Singapour ; . Un groupe sur l’ambition (objectif de long-terme et révision périodique des engagements) ; . Un groupe sur l’action pré-2020 (Workstream 2 en jargon onusien).

Les réunions de ces sous-groupes commenceront « si possible » dès dimanche après-midi, a précisé M. Fabius. Leurs conclusions seront transmises au Comité de Paris, dont la première réunion aura lieu lundi après-midi et qui se réunira ensuite chaque jour, « et plus si nécessaire ».

Le Comité de Paris devra remettre l’ensemble de ses travaux le jeudi 10 décembre au soir, de sorte que l’accord de Paris puisse être adopté vendredi 11 décembre à 18 h.

- 12h40 - L’assemblée plénière de clôture "de la plate-forme de Durban", organe de la CNUCC qui a négocié pendant la première semaine, s’est ouverte à 11h45. Le texte présenté par les co-présidents a été adoptée. Il s’agit de la version de compromis des facilitateurs (dont nous avons parlé vendredi 4 décembre, voir ci-dessous). Ce texte des facilitateurs a été complété par une "reflexion note", comprenant les ajouts demandés vendredi soir par des Parties.

Laurence Tubiana, pour la France, a dit qu’"une page se tournait, avec une certaine émotion". Laurent Fabius devrait proposer vers 18 h une méthode de travail pour la deuxième semaine, quand se tiendra l’assemblée plénière de la COP. Mme Tubiana a conclu : "Il souffle un vent d’optimisme sur cette COP, espérons qu’il nous porte jusqu’à la fin".

Nozipho Mxakato-Desiko, pour le G77+Chine, a ensuite indiqué que "les résultats sont en-dessous de ce que le groupe espérait." Pour elle, "l’adaption, les finances, le transfert des technologies, les pertes et dommages, doivent faire l’objet d’une approche équilibrée et exhaustive dans l’accord. L’atténuation et l’adaptation doivent faire l’objet de la même attention".

- 11h38 - Le "brouillon de l’Accord de Paris" présenté par les "co-présidents" vient d’être publié. En avance sur l’horaire prévu. Le voici en téléchargement :

- 09h00 - On attend le nouveau texte, qui doit être publié ce samedi midi.

• LA VIE DE LA COP

- 15h00 - Les médias ne font pas le lien entre changement climatique, sécurité alimentaire et migration, concluent une enquête financée par le Fonds international pour le développement de l’agriculture (IFAD) et présentée vendredi 4 décembre. Intitulée « Alimentation, migrations et changement climatique : une histoire non-dite" , elle a été menée en septembre dernier sur huit grands médias britanniques et français : BBC, Channel 4, TF1, The Guardian, Daily Mail, Le Monde, Libération et France 2. »La recherche montre clairement que les médias analysés ne font pas le lien entre le changement climatique et de nombreuses autres histoires qui dominent les agendas médiatiques au même moment. En fait, le changement climatique n’a jamais atteint la première page des nouvelles sorties que nous avons regardées."

- 13h28 - Laurence Tubiana, ambassadrice chargée des négociations pour la France, se déplace en véhicule électrique à travers les halls immenses de la COP. Il y a quinze jours, elle a été opérée d’une appendicite en Afrique du sud.

- 10h40 - Un bon portrait de Nozipho Mxakato-Desiko, la présidente du groupe G77+Chine. Elle sera un des piliers de la négociation globale, comme l’avait repérée notre indispensable trombinoscope des acteurs de la négociation, à télécharger ici :

- 10h30 - James Hansen, un des chercheurs états-uniens qui a le plus contribué à lancer l’alerte sur le changement climatique, prend position pour l’énergie nucléaire. « Nous devons utiliser tout ce qui est à notre disposition [contre le dérèglement climatique], et il est clair que l’énergie nucléaire, spécialement la prochaine génération de centrales nucléaires, a un potentiel énorme pour être une grosse partie de la solution », a-t-il déclaré dans un événement parallèle promouvant le nucléaire. Le débat est un des fils souterrains de la COP 21. Le 30 novembre, le chancelier autrichien, Werner Faymann, avait pris position fermement : « L’énergie nucléaire n’est pas un chemin pour lutter contre le changement climatique » (voir sa video en anglais ici).

- 10h00 - L’Arabie saoudite a remporté hier soir le « Fossil Award » qui désigne tous les jours le pays gênant le plus l’avancée des négociations. - voir la vidéo, en anglais :

Vendredi 4 décembre

• LE POINT DE LA NEGOCIATION

- 17h00 - Ca se bagarre entre délégations, ce vendredi après-midi sur le site du Bourget. Réunis depuis 15 h en assemblée, les délégués des 195 Etats ont pour mission d’avancer un maximum sur le projet d’accord de Paris. Le texte devra être remis samedi 5 décembre à midi au président de la COP21 Laurent Fabius. Il sera ensuite transmis aux ministres, qui devront se mettre d’accord sur les derniers points litigieux avant vendredi 11 décembre au soir. Deux textes, publiés ce vendredi à 10 h, sont en discussion (à télécharger ci-dessous) . Le premier, long de 46 pages, compile le travail réalisé en réunions par les délégués. Le second, comptant 38 pages, a été rédigé par les co-présidents de la COP 21 Ahmed Djoghlaf (Algérie) et Daniel Reifsnyder (Etats-Unis) et par les facilitateurs, des fonctionnaires chargés d’aider les négociateurs à discuter. Cette conciliation a été saluée ce matin par Sven Harmeling, de l’ONG Care, lors d’une conférence de presse. « Avec cette proposition de rapprochement, les facilitateurs nous amènent au-delà du point où l’expression ’no text’ [qui exclut une idée du projet d’accord, NDLR] serait une option. » Mais pour Kelly Dent, d’Oxfam, « il n’y a pas encore eu assez de changements pour que les pays en développement soient assurés qu’ils disposeront du soutien financier dont ils ont besoin pour s’adapter au changement climatique ».

En cette fin d’après-midi, les discussions sur ce texte des facilitateurs sont âpres entre les délégués du groupe de contact, rapportent quelques observateurs sur Twitter (au hashtag #ADP2). « Le G77 soulève quelques problèmes dans le texte de propositions des facilitateurs. Les pays les moins avancés disent qu’il ne reflète pas les discussions sur le mécanisme de pertes et dommages », tweete Megan Rowling, journaliste à la Fondation Thompson Reuters. Excédé, le Brésil se serait même exclamé que « les crochets sont comme des molécules de carbone, ils polluent notre accord », retient Jennifer Unelius, de la délégation suédoise.

Pour Samuel Leré, chargé de projet COP 21 à la Fondation Nicolas Hulot, c’est clair : « Déjà plus d’une heure et la première lecture du texte est toujours bloqués à l’article 2. La journée est loin d’être finie... »

- 14h14 - La minute Tête au carré / Reporterre : écouter ici :

- 13h30 - « Le compte n’y est pas encore », dit Laurent Fabius, président de la COP, en conférence de presse.

- 10h30 - Une nouvelle mouture du texte de négociation a été rendue publique ce vendredi matin. Il compile les résultats des travaux d’hier, et ne fait plus « que » 46 pages.

- Télécharger le document :

Un deuxième document a été publié, qui regroupe les propositions de compromis des facilitateurs et des coprésidents des négociations. Ce travail a été réalisé à la demande du G77 + Chine, qui regroupe les pays en développement. « C’est peut-être un peu baroque, mais cela peut être bonne solution pour les les parties puissent dépasser leurs formulations initiales », juge Matthieu Orphelin, de la Fondation Nicolas Hulot, dans la conférence de presse qu’il a tenu ce matin.

- Télécharger le document :

• LA VIE DE LA COP

- 11h08 - Des hackers de Anonymous ont fait fuiter les détails de connexions privées de près de 1.415 fonctionnaires de la COP 21, a révélé The Guardian. Ils ont piraté le site des organisateurs du sommet, la Convention-cadre des Nations Unies sur le changement climatique (CCNUCC), et posté des noms, des numéros de téléphone, des noms d’utilisateur, des adresses mail et des questions/réponses secrètes sur un site de publication anonyme. Anonymous a revendiqué cette attaque comme un acte de protestation contre l’arrestation de manifestants pour le climat à Paris. Les fonctionnaires dont les données ont fuité viennent d’un éventail de pays incluant le Royaume-Uni, la Suisse, le Pérou, la France, et les Etats-Unis.

- 10h00 - Dans la série « qu’est-ce qu’on se marre à la COP », les espiègleries des réunions du « groupe de contact » (destinées à faire le bilan des avancées de la journée). Jeudi soir vers 19 h 30, un facilitateur (en jargon onusien, sorte d’animateur de négociations) a proposé de remplacer les acronymes trop compliqués du texte par des smileys Emoji. Il portait par ailleurs une très belle cravate, illustrée de petits éléphants rouges. Qui a dit que les négociateurs étaient d’austères créatures ?

Jeudi 3 décembre

• La négociation : la finance au coeur du débat

- 15h30 : Les pays en développement tapent du poing sur la table. Et ce qui se passait depuis deux jours dans les salles éparses de négociations a été posée nettement en conférence de presse cet après-midi par Nozipho Mxakato-Diseko, représentante du groupe G77 + Chine. « Nous avons besoin de garanties que les engagements en matières de financements seront respectés », a martelé l’ambassadrice sud-africaine.

Elle fustige la volonté « d’un groupe de pays » qui, selon elle, prétend qu’il est impossible de négocier sur les questions de financement, sans modifier la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC). « La finance est quelque chose qui peut, qui doit être négocié, a-t-elle insisté. Essayer d’amender la Convention est une approche inutile et crée une ambiance malsaine dans les négociations. »

Autre point de crispation, les tentatives de certaines parties d’inscrire des critères économiques pour l’obtention d’aides financières. « Toute tentative de remplacer cette obligation fondamentale des pays développés d’apporter un soutien financier aux pays en développement par un certain nombre de critères économiques définis arbitrairement est une violation des règles de base des processus internationaux et menace l’issue des négociations, ici à Paris », a-t-elle averti, dans un texte de position rendu public mercredi soir.

- Télécharger le texte du G77+China (en anglais) :

Le G77 + Chine rassemble 134 pays pauvres et émergents, particulièrement impactés par les changements climatiques. Lors de la conférence de Copenhague, en 2009, les pays développés leur avaient promis d’augmenter leurs aides pour arriver à 100 milliards de dollars par an en 2020. Montant qui doit être réévalué après 2020, réclament le G77 + Chine.

- 14h14 - La minute Tête au carré / Reporterre : écouter ici :

- 08h00 : La nouvelle version du texte de négociation est publiée. Le voici en PDF

La vie de la COP

- 17h00 : Au sortir d’un point presse « off », après avoir erré un quart d’heure dans un immense hall occupé par les pavillons des différents pays, on tombe sur notre amie espagnole Sarah Acosta, qui anime Balena Blanca, un média espagnol sur l’environnement. L’occasion de l’interroger : "En France, on parle beauocup de la COP 21. Et en Espagne, les gens s’y intéressent-ils ?

Réponse à écouter ici, en une minute :

- 15h00 - Wikileaks a publié plusieurs documents relatifs aux négociations secrètes pour le Trade in services agreement (Tisa), qui se veut le pendant du traité commercial transatlantique (Tafta). Ces documents concernent l’énergie et les transports, négociés à l’automne 2014, et montre la volonté de lever les barrières réglementaires et environnementales dans les services de l’énergie, en foulant du pied la souveraineté des Etats. (Source : Mediapart]).

- 11h00 : Dans la file d’attente pour l’espace Générations Climat, je rencontre Petrovic Nara, Slovène, observateur pour l’association Ecolise : sans doute une des seules personnes de la COP à marcher pieds nus !

« Anatomiquement, les pieds sont nus. Vous ne portez pas de gants, mais vos mains sont habituées à être plus froides. Eh bien mes pieds ne sont pas chauds, mais je suis habitué. Les extrémités sont censées être plus froides que le reste du corps. Des études scientifiques ont mesuré la température de pieds portant des chaussures à 39,5°C - c’est beaucoup trop. Vous créez une situation qui n’est pas naturelle. En plus, marcher pieds nus permet à la peau de se développer.

C’est aussi un choix culturel. Notre culture viole notre anatomie. Je ne suis pas d’accord avec ça. Quand les gens disent "oh regarde, il est pieds nus !", j’ai envie de lui répondre "et toi, tu portes des chaussures et tu ne sais même pas pourquoi, simplement parce que les autres le font !" A une personne qui ne voulait pas me laisser entrer pieds nus au Parlement européen de Strasbourg, pour mon association, j’ai répondu qu’elle était raciste, parce qu’elle me jugeait sur mon apparence. »

- 09h30. Equipée d’un casque et d’un gilet fluo, je décide de rejoindre le Bourget à la force du mollet. Mauvaise surprise à l’arrivée : il n’y a même pas de vrai parking pour les deux-roues, seulement trois barrières reléguées le plus loin possible de l’entrée du site, à peine surveillé. J’ai l’impression qu’on doit être une dizaine tout au plus sur 40 000 personnes à venir en mode de transport vraiment « doux »... Pendant ce temps, Ségolène Royal se fait mousser sur Twitter en promouvant à fond la voiture électrique, dans le cadre du Plan d’action Lima-Paris. Révélateur !

Et ce n’est pas tout... L’indemnité kilométrique vélo, mécanisme pour inciter les salariés à se rendre au travail à bicyclette, fera finalement l’objet d’une exonération d’impôt et de cotisations plafonnée à 200 euros par an et par salarié, prévoit un amendement gouvernemental au projet de budget rectificatif 2015 voté mardi soir à l’Assemblée. Le biclou n’a décidément pas la cote auprès du gouvernement !

Mercredi 2 décembre

La négociation

- Plus de 500 institutions du monde entier renoncent à leurs investissements carbonés

C’est le sujet de La minute Tête au carré / Reporterre : écouter ici :

Mardi 1 décembre

La négociation

- La minute Tête au carré / Reporterre : écouter ici :

Tous les jours, en partenariat avec La Tête au carré, sur France inter.

. Les chefs d’Etat ont lancé lundi 30 novembre la COP

Contre le réchauffement climatique, laissons le pétrole dans le sol Maxime Combes Reporterre 2015/12/12 Maxime Combes (12 décembre 2015) Contre le réchauffement climatique, laissons le pétrole dans le sol. Reporterre. Tribune — Climat fr

Contre le réchauffement climatique, laissons le pétrole dans le sol

Geler l’exploitation des énergies fossiles est un moyen essentiel pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Pourtant cette idée, née dans les pays du Sud il y a vingt ans, n’est pas même discutée par les négociateurs de la COP, où l’expression « énergie fossile » a déjà disparu de l’accord.

Maxime Combes est économiste et membre d’Attac France. Il vient de publier Sortons de l’âge des fossiles ! Manifeste pour la transition (Seuil, coll. Anthropocène).

Il y a tout juste vingt ans, le 10 novembre 1995, Ken Saro-Wiwa, leader du Mouvement pour la survie du peuple Ogoni (Movement for the Survival of the Ogoni People, ou Mosop), était exécuté par pendaison, en compagnie de huit autres leaders de son mouvement, par le gouvernement nigérian du général Sani Abacha. Cet écrivain, prix Nobel alternatif en 1994, plusieurs fois emprisonné par la dictature nigériane, ne cessait de dénoncer les crimes écologiques commis dans le delta du Niger par des multinationales du pétrole. Shell, qui fait l’objet d’une plainte pour complicité dans l’élimination du militant des droits de l’homme, a accepté de payer 15,5 millions de dollars en juin 2009 pour ne pas être jugé devant la justice états-unienne.

Quelques semaines après la mort de Ken Saro-Wiwa, les organisations écologistes Amis de la Terre Nigeria (Environmental Rights Action) et Acción Ecológica en Équateur se retrouvent à Lago Agrio, dans la partie de l’Amazonie équatorienne dévastée par les agissements de Texaco depuis plusieurs dizaines d’années. Ils y fondent le réseau international Oilwatch, regroupant des organisations du Sud en lutte contre l’extraction pétrolière. C’est de cette réunion que provient l’idée consistant à « laisser le pétrole dans le sol », une exigence qui sera mise en avant tout au long de la période préparatoire de la conférence de Kyoto (1997, COP 3).

En bonne place dans les préconisations des climatologues

Alors que les États négocient un accord international de réduction des émissions de gaz à effet de serre, ces organisations de pays du Sud proposent un moratoire international sur toute nouvelle exploration et exploitation d’énergies fossiles. Les dévastations engendrées par l’exploitation pétrolière sur les territoires n’ont-elles pas les mêmes causes structurelles que le réchauffement climatique, demandent-elles ? Tout en ajoutant que le régime d’impunité dans lequel évoluent les multinationales du pétrole leur permet d’en exploiter toujours plus, sans tenir compte du climat, de l’environnement, des territoires et des populations locales. Geler les réserves de pétrole leur apparaît donc comme une mesure qui peut faire d’une pierre deux coups.

Cette proposition sera complètement ignorée par des États désireux de minimiser leurs engagements, et par une majorité d’ONG focalisées sur les objectifs de réduction d’émissions de gaz à effet de serre et peu disposées à écouter ces organisations du Sud. Elle constitue néanmoins une avancée majeure en tant qu’initiative préconisant d’instaurer des régulations écologiques effectives au niveau international, limitant et contraignant les activités d’extraction des multinationales. Alors que les habitants de la planète sont dépossédés du droit de déterminer leur avenir énergétique, cette proposition de moratoire international consiste, ni plus ni moins, à retirer des mains des multinationales de l’énergie et des États producteurs le pouvoir de décider des gisements à exploiter.

Réincarnée dans le projet porté par les organisations écologistes et indigènes équatoriennes consistant à geler les réserves des gisements ITT du parc national Yasuni, la proposition consistant à introduire des formes de restrictions, de moratoire ou d’interdiction à l’exploration et l’exploitation des énergies fossiles se retrouve aujourd’hui en bonne place dans les préconisations des climatologues. Avec un raisonnement aussi simple que juste : pour rester en deçà de 2 °C de réchauffement climatique mondial d’ici à la fin du siècle – ou mieux 1,5 °C – il faut apprendre à vivre en laissant dans le sol des ressources fossiles dangereusement surabondantes.

Soif de profits et désirs de puissance

La dernière étude en date, celle de Christophe McGlade et Paul Ekins, de l’University College de Londres, publiée dans la revue Nature du 8 janvier 2015, propose que toutes les réserves d’hydrocarbures non conventionnels (pétrole et gaz des grandes profondeurs océaniques, pétrole et gaz de schiste, sables bitumineux, hydrocarbures des régions arctiques, etc.), sur lesquelles se précipitent États et multinationales, soient classées comme « non brûlables ». Ils proposent ainsi une forme de moratoire international sur toute nouvelle exploration et mise en exploitation d’énergies fossiles.

En plus de vingt ans de négociations de l’ONU sur le changement climatique, il n’a jamais été question de laisser tout ou partie des réserves d’énergies fossiles dans le sol. Aucun État, aucune multinationale et aucune institution internationale ne propose de limiter à la source la production de charbon, de gaz et de pétrole. Au contraire, ils les exploitent sans limites, avec avidité pour assouvir leur soif de profits et leurs désirs de puissance, en faisant miroiter les promesses matérielles de leur course au productivisme.

À la veille de la clôture de la COP 21, il est donc cruel de constater qu’une telle proposition n’ait toujours pas franchit l’enceinte hyper-sécurisée des négociations : le mot énergies fossiles ne figure même pas dans le texte ! Pour désamorcer la bombe climatique, c’est pourtant bien en s’appuyant sur ces exigences, notamment portées par les groupes mobilisés contre l’exploitation des hydrocarbures et pour le désinvestissement des énergies fossiles, qu’il faudrait s’appuyer. C’est la tâche à laquelle nous devons nous atteler dans les semaines et mois à venir.

Le Conseil d’Etat valide les assignations à résidence des militants écologistes Isabelle Rimbert (Reporterre) Reporterre 2015/12/12 Isabelle Rimbert (Reporterre) (12 décembre 2015) Le Conseil d’Etat valide les assignations à résidence des militants écologistes. Reporterre. Libertés fr

Le Conseil d’Etat valide les assignations à résidence des militants écologistes

Le Conseil d’Etat n’a pas jugé illégale l’assignation à résidence de militants écologistes au nom de l’état d’urgence, vendredi 11 décembre. Selon une avocate, « le combat juridique doit continuer ».

Pointer au commissariat trois fois par jour durant deux semaines, ne pas quitter son domicile entre 20 h et 6 h du matin, et, pour certains, se voir interdire le territoire d’ile de France, le tout sous peine de 6 mois de prison, voici en quoi consistent les assignations à résidence. Décidées sous le régime de l’état d’urgence, elles ont concerné 26 militants de différents réseaux répartis dans toute la France pour toute la durée de la COP 21. Plusieurs d’entre eux se sont tournés vers la justice, et treize référés liberté ont été déposés auprès de tribunaux administratifs.

Douze ont été rejetés par ordonnance dites « de tri », c’est à dire sans audience, pour « défaut d’urgence ». La seule personne qui a eu la possibilité de s’exprimer devant un juge a vu son recours débouté par le tribunal administratif de Melun.

Sept plaignants (deux en région parisienne et les autres en Bretagne) ont donc saisi le Conseil d’Etat (la plus haute juridiction administrative, jugeant les actes des personnes publiques), afin de mettre en question la légalité des mesures de restriction de liberté prises à leur encontre.

L’audience a eu lieu vendredi 11 décembre en début d’après-midi. Le Conseil d’Etat a décidé que les assignations à résidence « n’étaient pas manifestement illégales » (voir communiqué de la décision).

« Nous sommes sous un régime d’exception, celui de l’état d’urgence. A ces mesures exceptionnelles, vous devez exercer un contrôle exceptionnel », a dit à la Cour Denis Garreau, avocat de la défense au Conseil d’état.

« Juridiquement, il y a bien une difficulté, qui touche à la séparation des pouvoirs », explique Muriel Ruef, avocate de l’un des assignés. Selon la procédure du Conseil d’Etat, elle ne pouvait s’exprimer directement devant cette juridiction, et a dû recourir à un avocat spécialisé auprès du Conseil, en l’occurrence Me Garreau.

« Selon la Constitution, poursuit Me Ruef, le juge judiciaire est le gardien des libertés individuelles. Or ces assignations sont des décisions exceptionnelles prises par le ministre de l’Intérieur, une personne publique, sous le seul contrôle du juge administratif. Une telle décision prise par l’exécutif en l’absence de contrôle du juge judiciaire est dangereuse pour la démocratie. La présomption d’innocence, le principe de loyauté dans la recherche de la preuve, les garanties propres au procès pénal, tout cela n’existe pas dans la juridiction administrative ».

La délimitation du champ d’application de l’assignation a résidence, a donc donné lieu à une question prioritaire de constitutionnalité, dont le Conseil d’Etat a accepté qu’elle soit transmise au Conseil Constitutionnel.

Quand aux fameuses ordonnances de tri, permettant de rejeter les recours en référé liberté contre les assignations à résidence sans audience, elles ont été jugées illégales : le Conseil d’Etat reconnait une présomption d’urgence ; cependant, tout assigné à résidence aura droit à une audience sur la base du référé liberté. Le Conseil d’Etat a également conclu que, dans le cadre de ce référé liberté, le juge administratif devait exercer un contrôle maximal « visant à vérifier si la mesure est effectivement appropriée, et si elle n’est pas excessive », mentionne Muriel Ruef.

« Voilà pour le coté positif. Par contre, sur les six dossiers de pourvoi en cassation, le Conseil d’Etat a considéré que sur le fond, ces personnes représentaient bien une menace pour l’ordre public et que donc, la mesure d’assignation était justifiée. C’est une grosse déception ». D’autant que l’éventuelle menace que représentent les personnes assignées ne repose sur rien d’autre qu’une « note blanche », unique pièce au dossier.

Derrière cette appellation mystérieuse se cache une réalité prosaïque : la note blanche désigne en réalité « une simple feuille A4 émanant des services de renseignement, sur laquelle est jetée un texte non daté ni signé, avec des faits non probants et non vérifiables ». Dans le cas des assignés, les personnes y sont présentées comme ayant « participé à telle ou telle réunion ou manifestation qui montre leur activité militante, sans aucun élément de preuve ni aucune garantie procédurale ».

Si le juge administratif a validé le caractère probant de cette note, « celle-ci n’aurait pas suffi à un juge de l’ordre judiciaire », observe Me Ruef, qui émet de sérieux doutes sur la légalité de la procédure. Ces doutes n’ont visiblement pas effleuré le Conseil d’Etat, qui n’a pas remis en cause la validité des notes blanches et a admis cette pratique.

Pour Muriel Ruef, « Le combat doit continuer. On va pouvoir saisir la cour européenne des droits de l’homme. » Et de conclure : « La décision du conseil d’Etat valide le fait que le gouvernement peut donc sans souci assigner à résidence des personnes sur la prédiction d’un comportement de nature à troubler l’ordre public. On est dans une justice prédictive, c’est très inquiétant ».

« La mesure d’assignation à résidence peut-elle être appliquée pour d’autres motifs autres que la mouvance terroriste pour laquelle elle a été mise en place ? Aujourd’hui elle concerne les militants écolos, demain les étudiants agités ou les représentants syndicaux ? », s’alarme de son côté Me Garreau .

Pour Pascal Spinosi, avocat de la Ligue des droits de l’homme, qui est intervenu durant l’audience, « les services de police ont un blanc-seing de la part du gouvernement. Or, on assiste à des dérives de plus en plus régulières de la part des forces de l’ordre. On est face à une montée en puissance de l’Etat policier. L’Etat de droit ne doit pas céder devant l’état d’urgence ». Au vu des décisions du Conseil d’état qui a validé les assignations à résidence de militants politiques, ça parait pour le moins mal parti.

Le retour du ver de terre au Jardin sans pétrole Christine Laurent (Reporterre) Reporterre 2015/12/12 Christine Laurent (Reporterre) (12 décembre 2015) Le retour du ver de terre au Jardin sans pétrole. Reporterre. Jardin sans pétrole fr

Le retour du ver de terre au Jardin sans pétrole

Léthargiques durant l’été, les vers de terre se réveillent avec les pluies automnales. Trois familles se répartissent le travail – ô combien utile – de la terre.

Journée humide et grise. Nous rassemblons quelques branchages et allumons une petite flambée de bois mort pour réchauffer lentilles et pieds de cochon. Une nourriture qui tient au corps avant de nous atteler au brassage du tas de compost. Un mètre cube d’un mélange de végétaux du jardin, de crottin de cheval, de paille souillée, et d’épluchures de légumes. Le tout semble avoir bien chauffé mais reste très compact, presque un peu collant. On est loin de l’humus grumeleux attendu. Sans doute trop d’eau et de poids…Il faut aérer !

Tandis que Jean-Marie décompacte, je vais faire le plein de feuilles mortes sur la terrasse des propriétaires du centre équestre. En moins d’une demi-heure, Léonie et moi-même rapportons six brouettes d’un mélange de feuilles que nous allons incorporer au compost encore « vert » en alternant les couches comme dans un mille feuilles. Nous chapeautons le tas d’un plastique récupéré. Le plastique plutôt que le carton, car nous voulons protéger au mieux notre tas des écoulements et des fragments de branche des thuyas qui se trouvent juste au-dessus, ayant découvert, au fil de mes lectures, que ces derniers contiennent des substances fongicides, insecticides et herbicides, susceptibles de perturber la microfaune à l’œuvre.

Survie menacée par les produits chimiques

Cette journée grise et humide marque le retour des vers de terre. Ceux que l’on peut observer en surface, dans les premiers centimètres du sol, appartiennent à deux familles différentes. Il y a les vers de terre épigés – surnommés les décomposeurs –, qui vivent dans les matières organiques en décomposition, feuilles mortes, paillage, bois en décomposition mais aussi bouse de vache ou crottin de cheval. Ce sont eux qui sont mis à contribution dans les lombricomposts. Quand ils ont de quoi se nourrir, ils se multiplient très rapidement.

On peut voir les seconds en remuant la terre du jardin. Les vers de terre anéciques appartiennent à la famille la plus nombreuse et visible. Pourtant, leur survie est menacée par certains produits chimiques utilisés en agriculture, d’autant que leur capacité de reproduction est faible, établie à moins de 10 pour 1 en moyenne. Ils vivent dans des galeries verticales et viennent se ravitailler à l’air libre, entrainant alors les feuilles et les débris organiques dans leurs galeries où ils les ingurgitent avec de la terre. On repère facilement leur présence active à leurs excréments, qui remontent à la surface du sol sous forme de tortillons. Totalement léthargiques en été, ces vers de terre se réveillent avec les pluies automnales.

Enfin, il existe une troisième famille de vers, qui eux vivent dans la terre. Les endogés creusent des galeries horizontales, mélangeant terre et matières végétales décomposées à longueur de journée et traînant à proximité des racines des plantes où ils déposent des « rations » de nutriments. Un compagnonnage efficace, discret et généreux…

Reporterre sur France Inter - L’accord de Paris - et après ? Reporterre 2015/12/13 (13 décembre 2015) Reporterre sur France Inter - L’accord de Paris - et après ?. Reporterre. Climat : de COP en COP fr

Reporterre sur France Inter - L’accord de Paris - et après ?

- Vendredi 11 décembre 2015

L’accord de Paris est en voie d’adoption. Que peut-on en attendre ? Va-t-il changer la donne ? Que se passera-t-il en 2016 sur le climat ? Quel est le rôle de la société civile ? Pour y réfléchir, La tête au carré et Reporterre ont réuni Maxime Combes, Pierre Radanne, Olivier Godard, et Hindou Oumarou Ibrahim.

- Ecouter ici l’émission sur "La COP 21 et après ? avec Reporterre, animé par Matthieu Vidard ; la discussion sur la COP 21 est jusqu’à 3’06’’ et reprend à 13’00’’).

Reporterre, tous les lundi à 14 h 05 sur France Inter, dans l’émission « La Tête au carré », animée par Mathieu Vidard.

« L’actualité de toutes les sciences dans tous les domaines de la recherche. Éclectisme, vulgarisation et pédagogie, sciences dures du vivant ou humaines : Mathieu Vidard s’intéresse à toutes les observations et les expérimentations du monde par le biais des sciences. »

À écouter sur France Inter, dont voici la carte des fréquences FM, selon le lieu où vous habitez.

Climat : qu’y a-t-il vraiment dans l’accord de Paris ? Emilie Massemin (Reporterre) Reporterre 2015/12/14 Emilie Massemin (Reporterre) (14 décembre 2015) Climat : qu’y a-t-il vraiment dans l’accord de Paris ?. Reporterre. Climat : de COP en COP fr

Climat : qu’y a-t-il vraiment dans l’accord de Paris ?

L’Accord de Paris sur le climat, adopté le 12 décembre, marque une étape, après l’échec de Copenhague, en 2009. Tous les pays, riches et pauvres, sont d’accord pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre, et visent un réchauffement inférieur à 1,5°C. Mais pour le reste, le texte est très décevant. Voici son décryptage.

« Ce marteau est petit, mais il peut faire de grandes choses ! » Telles ont été les paroles de Laurent Fabius, président de la COP21, samedi 12 décembre à 19 h 32, au moment de marquer d’un coup l’adoption de l’Accord de Paris. « Un moment historique », ont jubilé de nombreux pays, après un tonnerre d’applaudissements.

Mais que contient réellement cet accord de Paris ? Est-il, conformément à la formule du ministre des Affaires étrangères, « différencié, juste, durable, équilibré et juridiquement contraignant » ? Reporterre est sceptique : il y a quelques bonnes idées, poussées par les pays en développement les plus vulnérables au changement climatique, mais elles ont été affaiblies au maximum par les pays qui ont encore intérêt à polluer.

- Le texte final, ici ou à télécharger :

La portée juridique de l’accord

L’accord de Paris, qui devrait rentrer en vigueur en 2020, compte 17 pages. Il est précédé d’une « décision » de la COP (Conference of parties) de 22 pages, dans laquelle sont précisés certains points de l’accord, ainsi que l’action à mener avant 2020.

La portée juridique de ces deux documents est différente. La décision de COP a un pouvoir juridique relativement faible : elle peut être contredite par la décision de la COP suivante.

En revanche, l’accord constitue un traité, s’il est ratifié par 55 pays représentant 55 % des émissions, et c’est un acte juridique international dont les dispositions engagent les Etats qui le ratifient.

Cependant, la force juridique d’une proposition dépend de plusieurs critères – place et formulation. Par exemple, une proposition comme « respecter, promouvoir et prendre en considération les droits de l’homme » n’est pas contraignante si elle est placée dans le préambule de l’accord.

Si elle se trouve dans un article, elle est contraignante si elle est formulée au présent ou au futur simple « les parties doivent respecter, promouvoir... », pas contraignante si elle est formulée au conditionnel « les parties devraient respecter... ». Cette nuance entre temps simple et conditionnel est également valable pour la décision de COP. Le document actuel, qui regroupe décision et accord, compte 141 propositions formulées dans un temps simple, et 41 formulées au conditionnel.

Mais la contrainte est toute politique, puisque l’ONU ne prévoit pas de sanction pour les mauvais élèves. Qui ont la possibilité de quitter l’accord trois ans après son entrée en vigueur, sans être inquiétés (article 28).

Ne pas dépasser 1,5°C et plafonner les émissions - mais sans date et sans moyen

Les pays se sont fixé un objectif de long terme réellement ambitieux : « [Contenir] l’élévation de la température moyenne de la planète nettement en-dessous de 2°C par rapport aux niveaux préindustriels et [poursuivre] l’action menée pour limiter l’élévation des températures à 1,5°C par rapport aux niveaux préindustriels » (article 2, paragraphe 1. a)).

Cette mention à une limite de 1,5°C a été portée par les pays les plus vulnérables au changement climatique, en premier lieu les petits Etats insulaires, qui ont réussi à imposer leur volonté face aux réfractaires (Arabie Saoudite, en premier lieu). Cependant, l’accord ne spécifie aucun moyen véritable pour atteindre cette ambition.

Il est seulement précisé que « les parties cherchent à parvenir au plafonnement mondial des émissions de GES [gaz à effet de serre] dans les meilleurs délais, (...) et à opérer des réductions rapidement par la suite, (...) de façon à parvenir à un équilibre entre les émissions anthropiques par les sources et les absorptions anthropiques par les puits de gaz à effet de serre au cours de la deuxième moitié du siècle » (article 4, paragraphe 1).

En clair, cela signifie que les Etats ne devront plus émettre de GES qu’ils ne seraient pas capables d’absorber (en plantant des forêts, en changeant de pratiques agricoles de sorte à améliorer le stockage du carbone dans le sol, etc.).

Cette formulation est décevante, alors qu’une précédente version du texte proposait des objectifs précis de réduction des émissions (40-70 % voire 70-95 % de réduction des émissions en 2050).

Tous les Etats publieront leurs objectifs d’émissions

Chaque Etat doit se donner des objectifs de réduction des émissions de GES, indiqués dans une contribution nationale remise à la Convention-cadre des Nations Unies sur le changement climatique (CCNUCC). Aujourd’hui, 189 pays ont remis leurs contributions.

Mais ces efforts nationaux additionnés ne suffisent pas à contenir le réchauffement sous la barre des 2°C, a fortiori de 1,5°C, comme le reconnaissent les Parties (paragraphe 17 de la décision de COP). Un cycle de révision de cinq ans des contributions nationales a donc été inscrit dans l’accord (article 4, paragraphe 9), ce qui est une très bonne chose. Mais le premier bilan mondial des contributions nationales n’aura lieu qu’en... 2023 (article 14, paragraphe 2). Un peu tard pour rectifier le tir !

Par ailleurs, « la [contribution] suivante de chaque partie représentera une progression par rapport à la [contribution] antérieure et correspondra à son niveau d’ambition le plus élevé possible », indique l’accord (article 4, paragraphe 9). Mais rien de plus précis : l’article 4 (paragraphe 4), qui engageait les pays développés à « montrer la voie en assumant des objectifs de réduction des émissions en chiffres absolus, à l’échelle de l’économie », a été reformulé in extremis au conditionnel par les Etats-Unis, juste avant la plénière de clôture de la COP (comme raconté dans Le journal de la COP).

Ce travail commun de publication des "contributions", avec date et méthodologie commune, constitue le coeur opérationnel de l’Accord de Paris, sa seule vraie exigence : tout le monde publiera ses données et ses objectifs, et l’on espère que l’émulation entrainera le mouvement. Ceci prolonge une disposition inscrite dès... 1992 dans la Convention sur les changements climatiques : son article 4.1.a prévoyait l’établissement, la mise à jour périodique et la publication des "inventaires nationaux des émissions".

Aucune action concrète pour limiter les émissions

Pire, les moyens concrets de lutte contre le changement climatique sont éjectés de l’accord et renvoyés à des décisions ultérieures des COP (la prochaine aura lieu en novembre 2016 à Marrakech, au Maroc), à la portée juridique moindre. Les énergies renouvelables ne sont mentionnées que dans le préambule de la décision, et encore, seulement en ce qui concerne les pays en développement et en particulier l’Afrique. Rien sur les émissions liées aux transports maritimes et aériens, ni sur les énergies fossiles. La mise en place d’un prix du carbone n’est mentionné que dans la décision (paragraphe 137). Par contre, l’accord ne ferme pas la porte aux marchés carbone (article 6), sur lesquels les pays riches « achètent » le droit de polluer chez eux à condition de compenser leurs émissions dans les pays en développement.

Les pays pauvres victimes du réchauffement privés de recours juridique

Principale victoire des pays les plus vulnérables, la mention d’une limite de réchauffement de 1,5°C. Pour le reste, les principales revendications apparaissent, mais reléguées dans la décision de COP ou dans le préambule. Tout a été bordé pour que les recours juridiques des pays en développement contre les pays développés, pour les obliger à assumer leurs responsabilités de pollueurs historiques, soient quasiment impossibles.

Les pertes et dommages victimes d’une catastrophe non-climatique

Autre revendication importante des pays les plus vulnérables, la mise en place d’un mécanisme de « pertes et dommages » - sorte d’assurance pour les aider à se relever après une catastrophe climatique type typhon, tempête, inondation, etc. Ce mécanisme fait bien l’objet d’un article à part dans l’accord (article 8). Seul problème, il est vide. Tout juste les parties reconnaissent-elles la « nécessité de réduire au maximum les pertes et préjudices » et évoquent-elles le mécanisme international de Varsovie, sans indiquer des objectifs d’aide financière chiffrés. Pire, la décision de l’accord précise que « l’article 8 de l’accord ne peut donner lieu ni servir de fondement à aucune responsabilité ni indemnisation » (paragraphe 52).

Les 100 milliards de dollars continuent à jouer l’Arlésienne

En 2009, lors de la conférence de Copenhague, les pays développés avaient promis aux pays en développement de leur fournir 100 milliards de dollars de financements climat, chaque année à partir de 2020. Les pays en développement étaient arrivés à la COP21 avec trois revendications relatives à ces 100 milliards : 1) la garantie d’arriver à rassembler cette somme, 2) le respect d’un équilibre entre aide à l’atténuation (déploiement d’énergies renouvelables, par exemple) et l’aide aux projets d’adaptation aux changements climatiques (construction de digues pour lutter contre la montée du niveau des mers, par exemple), et 3) la promesse que ces 100 milliards constitueront un plancher, régulièrement rehaussé après 2020.

La récolte est maigre. La somme de 100 milliards associée à la notion de plancher a été rejetée de l’accord et reléguée dans la décision de COP (paragraphe 115). L’accord lui-même ne comporte sur ce point aucun objectif chiffré, et seulement des propositions au conditionnel : « Cette mobilisation de moyens devrait présenter une progression par rapport aux efforts antérieurs » (article 9, paragraphe 3) et « la fourniture de ressources financières accrues devrait viser à parvenir à un équilibre entre l’adaptation et l’atténuation » en tenant compte de « la nécessité de prévoir des ressources d’origine publiques et sous forme de dons pour l’adaptation » (article 9, paragraphe 4). Rien non plus sur le fait que ces financements seront additionnels à l’aide au développement déjà apportée, ce qui laisse craindre que des petits malins se contenteront de requalifier en « financements climat » l’aide déjà apportée par ailleurs.

Politique : quand est-ce qu’on se réveille ? Julien Bayou, Isabelle Attard, Pierre Larrouturou, Corinne Morel Darleux Reporterre 2015/12/14 Julien Bayou, Isabelle Attard, Pierre Larrouturou, Corinne Morel Darleux (14 décembre 2015) Politique : quand est-ce qu’on se réveille ?. Reporterre. Tribune — Politique fr

Politique : quand est-ce qu’on se réveille ?

Le deuxième tour des élections régionales a vu le Front national encore progresser en nombre de voix et d’élus. Certes, il n’a pas remporté de régions. Mais ce “barrage" est-il solide ? Que faire, alors que les écologistes et la gauche hors PS a subi un lourd échec. Premières réponses...

Le deuxième tour des élections régionales, dimanche 13 décembre, a vu une nouvelle progression en voix du Front national. Cependant, en raison du report de voix d’électeurs du PS sur des candidats LR, et du fait d’une mobilisation des abstentionnistes, le Front national ne pourra diriger aucune région.

Face à cette situation, des personnalités écologistes réagissent.

Julien Bayou : « Tout remettre à plat »

Julien Bayou est porte-parole d’Europe Ecologie Les Verts (EELV). Il était candidat en Ile-de-France sur la liste conduite par Claude Bartolone.

« Il faut d’abord saluer les électeurs qui se sont fait violence et ont empêché que des régions tombent aux mains du Front National. Mais c’est un soulagement de maigre durée. Il ne peut pas y avoir aujourd’hui de satisfecit. Ces alternances dans les régions vont peser sur les politiques publiques et avoir des conséquences importantes dans la vie quotidienne de nos concitoyens. Pourtant, Hollande ne change pas de Premier ministre et Valls ne veut pas changer de politique. Le vrai danger est là : que le train-train politique reste le même.

Il faudra que les écologistes tirent leur bilan. On ne peut pas dire pour l’instant s’ils ont joué un rôle charnière dans ces résultats du second tour, il faudra analyser les reports de vote, voir s’ils ont voté Xavier Bertrand ou Christian Estrosi par exemple. Est-ce un constat d’échec ? Non. Mais un vrai besoin de tout remettre à plat. Il est clair que l’enjeu de 2016 sera de rouvrir le dialogue avec ceux qui font l’écologie au quotidien, comprendre pourquoi ils ne se sentent plus représentés, et reconstruire ensemble. »

Corinne Morel Darleux : "Il faut un sursaut citoyen"

Corinne Morel Darleux est membre du Parti de gauche. Elle a été candidate malheureuse en Rhône-Alpes, sur une liste unissant EELV et Front de gauche.

« Le Front National n’a gagné qu’une seule région ce dimanche soir, c’est la nôtre, en Rhône-Alpes-Auvergne. Laurent Wauquiez a fait campagne sur ses idées, de manière éhontée. Wauquiez, c’est la droite dure, alors nous serons l’opposition dure. Nous n’aurons pas beaucoup d’élus – entre 7 et 8. Il va nous falloir organiser la solidarité sur le terrain par rapport à tout ce qui va être détruit, la perte des nombreuses subventions. Nous allons transformer son mandat en pur cauchemar, mettre en place des observatoires, des systèmes de vidéos virales pour alerter la société civile. Car les quelques élus que nous allons avoir auront besoin d’elle : il faut un sursaut citoyen. »

Pierre Larrouturou : "Abattre les cloisons à gauche pour créer une vraie convergence"

Pierre Larrouturou est responsable de Nouvelle Donne.

« Il y a plein de raisons de s’inquiéter ; en nombre de voix, le Front National réalise un meilleur score qu’aux dernières présidentielles. Il reste dix-huit mois avant les prochaines législatives, et il y a désormais un vrai risque que le pays devienne ingouvernable avec le tripartisme [LR, FN, PS] qui se développe. Nous n’avons plus très longtemps pour nous réveiller.

Il faut que ce soit la dernière fois qu’on ait affaire avec ce chantage du « vote utile », car les vieux partis traditionnels sont incapables de se remettre en cause. On entend toujours les mêmes discours au lendemain de ces élections : « faire davantage », mais jamais autrement. Il y a besoin d’un véritable dépassement politique, aujourd’hui : alors que les digues tombent à droite avec les Républicains qui alimentent sans vergogne le Front National, il faut construire une force capable d’abattre également les cloisons à gauche pour créer de vraies convergences ».

Isabelle Attard : "On crève de ce faux front républicain"

Isabelle Attard est députée écologiste, ex-EELV et ex-Nouvelle Donne, aujourd’hui sans parti.

« Puisque tout le monde parle de faire barrage, autant pousser la métaphore jusqu’au bout. A chaque élection depuis quinze ans, on nous appelle à faire barrage au Front National. Le problème, c’est que la pression derrière ce barrage, elle, continue de se faire de plus en plus forte. Et lorsqu’on voit les résultats de ce second tour, avec 42 % pour Marine Le Pen ou 46 % pour Marion Maréchal-Le Pen face à des candidats dit de « Front Républicain ». On ne peut plus nier la réalité… Le FN est en droit de se sentir le premier parti de France. Et j’ai très peur que le barrage finisse par céder au moment des prochaines élections, les législatives et les présidentielles. Moi, j’ai toujours défendu un vrai système de proportionnelle qui aurait certes donné des élus FN beaucoup plus tôt, mais qui aurait aussi vite anéanti le fantasme du FN comme parti anti-système. Aujourd’hui, on crève de ce faux « front républicain » qui donne toujours plus raison au Front National dans ses discours… sauf que la prochaine fois, ce sont les législatives. Il faut que les élus écoutent enfin l’appel des citoyens, on ne peut plus seulement se mobiliser dans les urnes pour éviter le pire. »

Les principaux résultats

- Alsace Lorraine Champagne Ardenne : Philippe Richert, LR, 48 %, Florian Philippot, FN, 37 %.

- Aquitaine Limousin Poitou Charentes : Alain Rousset, PS, 44 %, Virginie Calmels, LR, 34 %.

- Auvergne Rhône Alpes : Laurent Wauquiez, LR, 41 %, Jean-Jack Queyranne, PS, 37 %.

- Bourgogne Franche Comté : Marie-Guite Dufay, PS, 35 % François Sauvadet, LR, 33 %.

- Bretagne : Jean-Yves Le Drian, PS, 51 %, Marc Le Fur, LR, 30 %.

- Centre Val de Loire : François Bonneau, PS, 35,4 %, Philippe Vigier, LR-UDI, 34,6 %.

- Ile de France : Valérie Pécresse, LR, 44 %, Claude Bartolone, PS, 42 %.

- Languedoc Roussillon Midi Pyrénées : Carole Delga, PS, 45 %, Louis Aliot, FN, 34 %. aussi : Carole Delga remporte l’élection en Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées

- Nord Pas de Calais Picardie : Xavier Bertrand, LR, 58 %, Marine Le Pen, FN, 42 %.

- Normandie : Hervé Morin, UDI, 36,4 %, Nicolas Mayer-Rossignol, PS, 36,1 %.

- Pays de la Loire : Bruno Retailleau, LR, 43 %, Christophe Clergeau, PS, 36%.

- Provence Alpes Côte d’Azur : Christian Estrosi, LR, 55 %, Marion Maréchal-Le Pen, FN, 45 %.

- Voir les résultats détaillés sur le site du ministère de l’Intérieur

Vingt mille personnes ont lancé samedi à Paris le mouvement de la justice climatique Camille Martin (Reporterre) Reporterre 2015/12/14 Camille Martin (Reporterre) (14 décembre 2015) Vingt mille personnes ont lancé samedi à Paris le mouvement de la justice climatique. Reporterre. Reportage — Luttes fr

Vingt mille personnes ont lancé samedi à Paris le mouvement de la justice climatique

Couleur, déguisements et bonne humeur : malgré l’état d’urgence, les manifestations pacifiques ont eu lieu à Paris samedi 12 décembre, au moment même où s’achevait la COP 21. Enjeu : avoir « le dernier mot », affirmer l’impératif de justice climatique, dire que les citoyens ne peuvent s’en remettre au seul gouvernement contre le changement climatique.

- Paris, reportage

Elle fut longtemps incertaine, cette manifestation, face aux autorisations changeantes du ministère de l’Intérieur. Mais elle s’est bien tenue, ce samedi 12 décembre. Et de belle manière, sans aucun incident durant les événements organisés. Au contraire, les milliers de manifestants ont mis leur imagination au service de cette mobilisation, aussi joyeuse que déterminée à porter un message fort pour la suite.

Après un premier rassemblement original « online » (lire reportage en bas de cet article), les militants avaient rendez-vous à midi, entre l’Arc de Triomphe et la Défense, sur l’avenue de la Grande Armée. Tout un symbole, déjà, pour cette action dite des « lignes rouges » : des lignes rouges représentant le seuil de l’état d’urgence climatique, des lignes à ne plus dépasser. Près de 15.000 personnes s’étaient déplacées pour ce rassemblement qui a commencé comme un recueillement : vers midi quinze, les appels des cornes de brume artisanales ont sonné un long temps de silence. Dans le cortège, des centaines de tulipes se lèvent vers le ciel.

« Nous voulons rendre hommage aux victimes passées et futures du changement climatique », explique Dominique Plihon, porte-parole d’Attac, l’une des organisations à l’origine de la mobilisation. « L’accord de Paris ne sera pas suffisant pour éviter la crise à venir, et nous ne nous arrêtons pas là ! »

- Ecouter Dominique Plihon :

Symbole de cette résistance citoyenne, le rouge, décliné sous toutes ses formes. Tulipes, rubans, foulards, maquillage. Bientôt, les manifestants se déploient en file indienne le long de l’avenue, chacun portant au-dessus de sa tête d’épais tissus rouges de plusieurs dizaines de mètres.

Parmi eux, Richard, un papy anglais venu défendre « la planète de ses petits-enfants », Sophie avec son tablier coccinelle « pour montrer qu’il y a du pain sur la planche » ou Sarah, arrivée des États-Unis afin de « porter la voix et les solutions des peuples autochtones ».

- Ecouter :

Nathaly, seize ans, a même raté une journée d’école hier, à Londres, pour venir participer à sa première COP, encouragée par sa maman : « Ce ne doit pas être aux multinationales de prendre les décisions concernant les citoyens », dit-elle avec assurance.

L’action des Red lines prend vite des allures de « marche mondiale pour le climat », tant le rassemblement est cosmopolite. Certains sont venus à pied depuis de la Hollande, d’autres comme Nelly ont pédalé jusqu’à Paris. « Mon village en Angleterre vient d’être inondé pour la deuxième fois en dix ans. Nous ne pouvons plus continuer ainsi ! »

L’avenue de la Grande Armée se peuple bientôt de groupes étranges. Des ours polaires rockers, un Père-Noël air-guitariste, un clown qui repeint en vert toutes les publicités « pour faire du greenwashing », des plongeurs qui miment un monde submergé... Ca et là, des chorales éphémères s’improvisent.

L’ambiance est festive, créative, mais le message est clair et unanime : « La ligne rouge est la ligne de départ d’une grande mobilisation citoyenne mondiale », espère Julien paysan du Morbihan. « Nous sommes lancés et rien ne nous arrêtera, pas même l’état d’urgence ! »

- Ecouter la chorale :

Deux heures plus tard, les vuvuzelas sonnent la fin de l’événement. Nicolas Haeringer, de l’ONG 350.org, semble ravi : « Plus de 10.000 personnes, c’est trois fois plus que ce qu’on espérait ! »

Vers 13 heures, alors que les manifestants devaient se disperser tranquillement, le cortège continue le long de la grande avenue. Chacun avance à son rythme, entraîné par les batucadas et les cyclistes de la Vélorution qui traînent les lignes rouges. Arrivé à un rond-point, un cordon de policiers oriente, avec l’aide des clowns, une majeure partie des manifestants sur une rue à gauche. En faisant passer les milliers de personnes par vague, les policiers se montrent coopérants et fluidifient la masse qui va doucement marcher en direction du Champ de Mars. Puis, rapidement, la route se bloque, les anges devancent le cortège et la gestion de la circulation se fait de manière autonome et pacifique par les participants. « De toute façon, personne ne peut plus nous arrêter » explique un manifestant souriant.

C’est ainsi que la foule arrive par vagues progressives, sur l’esplanade du Trocadéro. Face à elle se découvre la majestueuse tour Eiffel. L’Assemblée rieuse descend les escaliers et poursuit son périple vers les pelouses de Champ de Mars. Portés par d’innombrables petites mains, le cortège charrie cet immense drap qui faisait encore office de ligne rouge un peu plus tôt. D’en haut, le message apparaît alors clairement : « It’s up to us to keep it in the ground » (il n’en tient qu’à nous de les [les énergies fossiles, ndlr] laisser dans le sol).

Des passants font obstacle aux voitures sur le carrefour, mais les râles des automobilistes ne pèsent pas lourd face à la bonne humeur des manifestants. Après avoir fait courir petits et grands sous la grande banderole, un sit-in s’organise devant la Tour Eiffel. De l’autre côté de la grande dame de fer, l’autre manifestation organisée par Alternatiba prend le relais.

Mais pour la rejoindre, les manifestants se heurtent à un barrage de policiers. Fouille et confiscation de tout objet pouvant servir d’arme. Piquets de banderole et pancartes rigides forment un tas triste sur le trottoir.

- Voir la vidéo montrant la fouille policière : https://vimeo.com/148853025

Choqués et déçus, de nombreux militants rebroussent chemin. « Se faire fouiller parce qu’on vient manifester pacifiquement, quel scandale ! », s’exclame une jeune maman, qui s’interroge : « Comment les organisateurs ont-ils pu accepter un tel compromis ? ». « C’est humiliant d’être traité ainsi, j’ai honte pour la France », ajoute une sexagénaire. Un militant d’Action Non-violente-COP21 tente de les retenir : « Ces barrages visent justement à décourager les manifestations, ne leur donnez pas raison ! ».

De l’autre côté du cordon policier, les prises de parole s’enchaînent sur la scène montée pour l’occasion. Geneviève Azam, d’Attac, commente l’accord qui, dans l’après-midi même, est présentée au Bourget, au sein de la COP : « Ce n’est pas un accord historique (...), c’est un accord miteux. (...) Cet accord ne formule rien pour l’humanité. C’est nous maintenant qui devons, jour après jour, rester debout pour lutter contre le changement climatique, contre ce que nous appelons un véritable écocide. Nous allons poursuivre nos alternatives, nous allons poursuivre nos résistantes, et nous nous opposerons à ceux qui ont sacrifié l’avenir de l’humanité et des autres espèces sur la planète. Nous allons continuer le combat ».

Naomi Klein salue ensuite les « héros climatiques » du jour face « au manque de courage des dirigeants » : « L’accord est un désastre, à aucun moment dans le texte, le mot fossile n’apparaît » précise-t-elle. Un paysan colombien de la Via Campesina dénonce de son côté les « trafiquants du climat » avant de lancer : « Vive la planète sans Monsanto ! ». Juliette Rousseau, la porte-parole de la Coalition Climat 21, salue enfin la « formidable montée en puissance des mobilisations citoyennes »lors de cette COP 21. Le mouvement pour la justice climatique a réussi son pari : il a pris pacifiquement les rues de Paris. Et compte bien continuer en 2016.

TELEPHONES ET INTERNET POUR DIRE : LA JUSTICE CLIMATIQUE, C’EST LA PAIX

Samedi 12 décembre, les Amis de la Terre, CCFD-Terre Solidaires et Peuples Solidaires ont rassemblé 3.000 personnes pour une manifestation 2.0. « On a cherché les failles de l’état d’urgence et de l’interdiction de manifester afin de porter quand même un message en cette fin de COP21 », dit Malika Peyraut des Amis de la Terre. Cette « action inédite » a pour but de créer un message « online », c’est-à-dire visible uniquement sur Internet. Climate Justice Peace a été écrit dans tout Paris entre 10h30 et 11h30 par le biais d’une géolocalisation des portables.

Les participants avaient rendez-vous à 9h30 dans différents lieux, où des coordinateurs de lettres leur remettaient une carte répertoriant les « puces » à activer avec leurs mobiles. Une fois leur localisation rejointe et le message écrit dans tout Paris, les militants ont clamé des slogans, brandi des pancartes et tagué des trottoirs avec un pochoir. « L’action était à la fois online mais aussi off line, c’est-à-dire dans les rues. » explique Malika Peyraut des Amis de la Terre. Chaque lettre était gérée par une association, parmi lesquelles Oxfam, Greenpeace, Alternatiba, Jeunes Ecolos et COY...

En haut du parc de Belleville, à 11h, un petit groupe d’une dizaine de personne rigole et chante en regardant un portable. Ils ont le « E » de Climate. Venus d’Irlande, d’Amsterdam et de Paris, les militants racontent en anglais leur voyage à la capitale française pour venir participer à l’action. « Au moins, on aura vu la tour Eiffel », dit une dame en pointant du doigt la brume matinale de Paris. « C’est par les Amis de la Terre que nous sommes venus, ils s’occupent de cette lettre. Et nous ne sommes qu’un petit point au bout du E. » Puis, à 11h30, les manifestants se retrouvent, chantent, frappent des percussions. La plupart ont réussi à activer leurs puces, d’autres non. Pas grave !

Retour au QG, à 11h45. Pierre, des Amis de la Terre, sourit : « Cela s’est passé exactement comme on le voulait. » C’est lui qui a lancé, avec les autres associations, ce défi : un rassemblement comme personne ne l’avait fait avant. « Ca nous a pris dix jours de préparation. » Mais au-delà de l’aspect technique novateur, cette manifestation a aussi « permis à des gens pas forcément militants de participer. Le but c’est que la société civile ait le dernier mot de cette Conférence pour le Climat. Car c’est eux qui détiennent les solutions », dit Pierre.

Face à l’échec, EELV et Parti de Gauche s’interrogent sur leurs alliances Barnabé Binctin (Reporterre) Reporterre 2015/12/15 Barnabé Binctin (Reporterre) (15 décembre 2015) Face à l’échec, EELV et Parti de Gauche s’interrogent sur leurs alliances. Reporterre. Politique fr

Face à l’échec, EELV et Parti de Gauche s’interrogent sur leurs alliances

Les élections régionales se traduisent par un sévère recul du nombre des élus EELV et Front de gauche. Et les obligent à repenser leur stratégie. Leur faut-il se rapprocher du PS ? Ou suivre l’exemple du sud-ouest, où l’union des écologistes et de la gauche hors-PS permet de peser ?

Les chiffres sont implacables : le piètre résultat des écologistes et de la gauche non-PS a fait fondre le nombre de leurs élus dans les conseils régionaux.

Europe-Ecologie-Les Verts : - 75 % du nombre d’élus

Le parti revendique environ 65 élus dans sept régions différentes. Soit 3,4 % du nombre total d’élus - 1.910 - dans tous les conseils régionaux. Hormis l’Ile-de-France qui compte 14 élus (11 encartés EELV, 1 Cap 21 et deux candidats d’ouverture) malgré la défaite, les plus gros contingents se situent dans les régions où l’alliance s’est faite avec le PS au second tour et où la victoire a été emportée : 18 élus écologistes en Aquitaine, 11 de la grande liste de rassemblement en Midi-Pyrénées-Languedoc-Roussillon (voir ci-dessous) et 9 dans le Centre. Ailleurs, EELV compte également quelques élus dans l’opposition en Normandie, Pays-de-la-Loire et Rhône-Alpes.

EELV comptait 263 élus lors de la précédente mandature : le parti écologiste enregistre donc une baisse de plus de 75 % du nombre de ses élus au soir du second tour des régionales. En 2010, ce parti avait le plus progressé en nombre de sièges. En 2015, il est celui qui diminue le plus en proportion.

Le Front de Gauche : bérézina !

Le Parti Communiste ne se porte guère mieux. Avec 29 élus répartis sur l’ensemble du territoire, il est très loin de la centaine de conseillers régionaux qu’il comptait avant ces élections.

Dans ce contexte, son partenaire du Parti de Gauche sauverait presque les meubles avec 7 conseillers élus comparés à la quinzaine qu’il comptait jusqu’alors. Mais ils ne sont représentés que dans trois régions : en Ile-de-France par l’intermédiaire de son coordinateur, Eric Coquerel, en Rhône-Alpes-Auvergne avec trois élus parmi lesquels Corinne Morel-Darleux, et trois également en Midi-Pyrénées-Languedoc-Roussillon.

Dans cette région, Myriam Martin a également été élue et représentera Ensemble !, la dernière composante du Front de Gauche, qui totalise trois élus, parmi lesquels Clémentine Autain, sa porte-parole.

Au final, le Front de gauche compte une quarantaine d’élus sur les 1910 sièges pourvus ce dimanche, soit 2 %.

Les plus petits partis

Deux partis participaient à leurs premières élections régionales. Ils obtiennent chacun un élu. En Rhône-Alpes-Auvergne pour Nouvelle Donne, le parti de Pierre Larrouturou. Et en Midi-Pyrénées-Languedoc-Roussillon pour la Nouvelle Gauche socialiste, avec Liem Hoang Ngoc qui a lancé ce parti il y a quelques mois. A noter dans cette région, l’élection de Patric Roux pour le POC, parti régionaliste occitan.

La fin des essais d’alliance EELV-PG ?

Les forces écologistes de la gauche non-PS ne représentent donc qu’à peine plus d’une centaine de conseillers régionaux quand le Front National en compte maintenant 358. Une claque que les appareils de parti vont devoir interpréter dans les prochaines semaines, après le temps de réactions à chaud. « Les gens n’ont pas voté en faveur de l’opposition de gauche, il faut comprendre pourquoi » , assure David Cormand, à EELV.

Du côté du Parti de Gauche, Mélenchon parle d’une « humiliation ». « Un constat d’échec » reconnaît Eric Coquerel, contacté par Reporterre. Ce responsable du PG mène l’auto-critique sur le Front de Gauche : « On s’était donné pour objectif de gagner en homogénéité et de travailler à des stratégies communes au fil du temps. C’est l’opposé qui s’est produit, et le Front de Gauche s’est transformé en un cartel de partis, sans aucune lisibilité à cause de stratégies différenciées liées au refus de nationaliser les élections ».

A dix-huit mois des élections présidentielles et législatives, ces résultats renforcent-ils le besoin d’alliances politiques entre tous ces partis, ou signent-ils au contraire leur échec ? A EELV, on se montre sceptique : « Les expérimentations aux départementales n’ont pas été concluantes, et nous avons été incapables de massifier ce mouvement pour les régionales », dit David Cormand. « Force est de constater que les alliances avec EELV n’ont pas amélioré la situation, dit Eric Coquerel, qui dit toutefois ne pas regretter cette stratégie. « Il fallait les faire, mais il aurait fallu pouvoir en faire plus sur l’ensemble du territoire. La situation révèle aussi la responsabilité d’EELV qui continue d’hésiter entre deux stratégies au niveau national ».

Au lendemain de l’échec, les deux principales forces d’opposition au PS, à gauche, se renvoient donc la balle. « Il n’y a pas qu’un problème d’offre politique, il y a aussi un problème de demande, insiste David Cormand. La réalité du scrutin est que le PS reste fort et que lorsque le Front de Gauche part sans nous, il finit derrière nous… Aujourd’hui, il faut s’interroger sur la pertinence d’un espace politique alternatif qui ne se construirait qu’en opposition au PS ».

Mais Eric Coquerel, au PG, ne voit pas les choses ainsi : « Un sondage donne aujourd’hui Mélenchon à 10 % au premier tour des présidentielles en 2017. Cela veut dire que l’électorat existe, qu’il faut le faire vivre. Mais pour cela, il faudra faire à peu près l’inverse de tout ce qui a été fait depuis 2012. Comment éviter les erreurs du passé ? Il n’y a pas d’autres solutions que le rassemblement. Et la région Midi-Pyrénées-Languedoc-Roussillon nous montre qu’on peut y arriver, lorsqu’on est tous ensemble ».

Le sud-ouest, plus que jamais un laboratoire ?

Avec ses 27 élus au total – répartis comme suit : 11 EELV, 11 Front de Gauche (7 PC, 3 PG et 1 Ensemble !), 1 NGS, 1 régionaliste et 3 dits de la « société civile », parmi lesquels Judith Carmona, ancienne responsable de la Confédération Paysanne, ou Serge Regourd, ex-doyen de la Faculté de Droit et de sciences politiques de Toulouse, la liste menée par l’EELV Gérard Onesta ferait presque figure de village gaulois dans le paysage politique de second tour des régionales.

« Ce n’est pas le nombre d’élus qui est intéressant, c’est ce qu’il pèse dans l’hémicycle » dit Gérard Onesta à Reporterre. Car avec 158 sièges, la majorité est fixée à 80 élus. Or le PS n’en compte que 49 à l’issue du second tour. Et même avec les élus du PRG (Parti radical de gauche), au nombre de 17, le compte n’y est pas. « Sans nous, rien n’est possible » assure celui qui a su construire la plus grande liste de rassemblement politique pour ces élections. « C’est une situation unique en France ».

Ce rapport de force va-t-il peser au moment de désigner les vice-présidences au Conseil Régional ? Pour Gérard Onesta, il s’agit d’abord d’influencer le fonctionnement de l’institution : « Nous allons faire des propositions très précises pour changer la gouvernance de l’institution. Il faut fixer le cadre d’une nouvelle pratique politique ». Parmi ces propositions, l’idée d’un budget participatif sur le modèle grenoblois. « S’il n’y a pas d’accord sur cette base essentielle, alors cela ne veut rien dire de participer à l’exécutif et le PS doit en prendre la responsabilité ».

Une position confirmée par Myriam Martin, élue dans la région pour le Front de Gauche : « Nous tenons à garder notre autonomie et notre capacité d’agir, les discussions sur l’exécutif viendront dans un second temps ». La suite ? « Ce que nous avons construit ensemble fait plus que jamais sens, dit Gérard Onesta. C’est un signal politique envoyé à l’ensemble du pays : le laboratoire continue ».

« COP 21 : le monde a-t-il sauvé la planète ? », sur TV5 Monde Reporterre 2015/12/15 (15 décembre 2015) « COP 21 : le monde a-t-il sauvé la planète ? », sur TV5 Monde. Reporterre. Climat : de COP en COP fr

« COP 21 : le monde a-t-il sauvé la planète ? », sur TV5 Monde

Hervé Kempf a participé dimanche 13 décembre à l’émission « Kiosque » de TV5, animée par Silvia Garcia. Trois thèmes étaient abordés : la COP 21, la situation en Centrafrique, l’ascension de Donald Trump aux Etats-Unis. Le débat rassemblait Xavier Colin, de Radio Télévision Suisse, Johnny Bissakonou, journaliste indépendant, Mustapha Tossa, de Radio Montecarlo Doualiya et Hervé Kempf, de Reporterre.

Voir le résumé sur l’Accord de Paris

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Le « lobby tour » à Paris : sur les traces des criminels du climat Reporterre 2015/12/15 (15 décembre 2015) Le « lobby tour » à Paris : sur les traces des criminels du climat. Reporterre. Climat fr

Le « lobby tour » à Paris : sur les traces des criminels du climat

À la suite des attentats de Paris, de nombreux événements et manifestations qui avaient été prévus par la société civile en vue de la Conférence internationale sur le climat ont dû être annulés, ou réduits dans leur ampleur. Il sera donc plus difficile que jamais pour les citoyens et les mouvements sociaux de faire entendre leur voix. En revanche, pour les criminels et les profiteurs du climat, rien n’a changé : le lobbying et le greenwashing des grandes entreprises pourra se poursuivre sans entraves.

Des énergies fossiles à la finance et à l’agriculture industrielle, Lobby Planet Paris - Spécial COP 21 cartographie les multinationales, les lobbies et les associations professionnelles qui s’efforcent de capturer les négociations climatiques avec le soutien de nombreux gouvernements et institutions internationales, dans le but de maintenir le statu quo et de continuer à amasser les profits.

Au fil des années, les grandes entreprises ont acquis une influence considérable dans les discussions internationales sur le climat. Le Sommet de cette année promet d’être un nouvel apogée de leur emprise. Des champions des énergies sales comme Engie et EDF figurent parmi les sponsors officiels de la COP21. Les multinationales occupent également une place éminente dans l’« agenda des solutions » qui pourrait être annexé à un futur accord intergouvernemental. D’innombrables salons et événements sont prévus pour vanter les mérites du secteur privé, comme Solutions COP 21 au Grand Palais ou la « Galerie des solutions » au Bourget.

De La Défense aux Champs-Élysées et au Bourget, l’ouvrage guide les lecteurs dans les hauts lieux du lobbying de la capitale française. Il contient aussi des informations sur les entreprises sponsors officiels de la Conférence et sur les principaux événements organisés par le secteur privé qui vont se tenir à Paris pendant la COP, en expliquant pourquoi ils ne font que détourner l’attention des véritables solutions à la crise climatique.

Si vous souhaitez en savoir plus sur la manière dont les multinationales polluantes font pression pour empêcher toute action significative pour le climat et essaient de verdir les énergies fossiles ou l’agriculture industrielle pour les présenter comme des « solutions », rejoignez-nous pour un « lobby tour » dans les rues de Paris sur les traces des criminels du climat :

cop.lobbytours@corporateeurope.org

Lobby Planet Paris - Spécial COP 21, le guide du lobbying et du greenwashing autour du sommet de l’ONU, est publié par AITEC, Attac France, CEO, l’Observatoire des multinationales et TNI.

Vous pouvez télécharger le Lobby Planet en version française ou anglaise grâce aux liens ci-dessous : Lobby Planet Paris, Spécial COP21 version française Lobby Planet Paris, COP21 english version

Source : Aitec

Ungersheim, un village où la transition écologique ne convainc pas tous les habitants Baptiste Giraud et Lucas Mascarello (Reporterre) Reporterre 2015/12/15 Baptiste Giraud et Lucas Mascarello (Reporterre) (15 décembre 2015) Ungersheim, un village où la transition écologique ne convainc pas tous les habitants. Reporterre. Économie fr

Ungersheim, un village où la transition écologique ne convainc pas tous les habitants

La commune alsacienne d’Ungersheim est montrée comme exemple de la transition écologique en France. Les réalisations et les projets, surprenants par leur nombre, leur envergure et leur audace, doivent beaucoup au maire du village mais ne séduisent pas la totalité de ses 2.000 habitants.

- Ungersheim (Haut-Rhin), reportage

C’était le bassin de la potasse. Nord-Ouest de Mulhouse. La plaine d’Alsace s’étale aux pieds des Vosges. Ne dépassent à l’horizon que les clochers, les châteaux d’eau, et quelques terrils, ces collines de sel résultant de l’extraction de la potasse. Durant le XXe siècle, c’est elle qui a fait vivre la région.

La potasse, minerai rose orange, est bien connue des agronomes : elle est l’un des trois engrais miracles de l’agriculture – le trio « NPK » –, avec l’azote et le phosphore. Ungersheim en a exporté dans le monde entier, participant ainsi à la révolution agricole productiviste. Aujourd’hui son maire, Jean-Claude Mensch, ancien mineur, montre l’exemple de la transition vers une société décarbonée.

La reconversion du bassin potassique a été comme une première transition, dans les années 1990. Des PME-PMI sont venues s’implanter, reprenant une partie du personnel. « Cela s’est bien passé parce qu’il y a eu anticipation », explique Jean-Claude Mensch. Passé par la JOC (jeunesse ouvrière chrétienne), la CGT (Confédération générale du travail), membre du CHSCT (Comité hygiène et sécurité…) de la mine pendant 15 ans, il est maire d’Ungersheim depuis 1989. « Au début, mon engagement était social. La première mission, c’est la défense des défavorisés, l’altruisme, le respect de l’autre. »

Foisonnement d’idées

Cet engagement, il le poursuit notamment à travers le développement d’une Maison des jeunes et de la culture (MJC) qu’il préside pendant de nombreuses années. Jusqu’à ce que le nombre d’adhérents dépasse celui des habitants dans le village. La MJC propose des activités sportives, culturelles et artistiques.

Jean-Claude Mensch, 69 ans aujourd’hui, dit avoir toujours nourri des convictions écologiques, notamment en militant contre la centrale nucléaire de Fessenheim. Mais c’est lentement qu’elles infusent dans la politique municipale. En commençant par la piscine construite par ses prédécesseurs, chauffée à l’électricité, et donc au nucléaire. Le maire étudie alors plusieurs solutions, avant de choisir le chauffage solaire : « En 2000, on était parmi les pionniers sur cette technologie. »

Puis les décisions se multiplient. Une chaufferie bois est construite pour alimenter les équipements municipaux. L’installation de « gradateurs » sur l’éclairage public réduit de 40 % sa consommation électrique. Les produits phytosanitaires sont bannis des espaces verts, et les produits d’entretien utilisés doivent être certifiés écologiques. La distribution de l’eau est reprise en régie municipale, occasionnant une baisse de 10 % du prix, tandis que des compteurs d’eau relevables à distance permettent de repérer et réparer les fuites. Le conseil municipal vote une motion pour la fermeture de Fessenheim.

Ce foisonnement d’idées s’est traduit par l’élaboration d’un programme de « vingt-et-une actions pour le XXIe siècle », qui décline le thème de l’autonomie dans trois domaines : intellectuel, énergétique et alimentaire.

Pour le premier, cinq commissions participatives sont mises sur pied. Chaque administré peut y contribuer, après avoir signé une charte de bonne conduite plaçant la recherche du bien-être de la population comme but. Une quarantaine de personnes est aujourd’hui impliquée dans ce processus. « Pour une petite commune, il y a un bon dynamisme », estime Gille Barthe, nouvel habitant du village.

Projet d’autonomie alimentaire

Côté énergétique, un parc photovoltaïque a été construit sur un terrain qui servait autrefois au stockage des résidus de l’extraction minière. Les panneaux fournissent l’équivalent de la consommation électrique de 10.000 personnes par an. Depuis, la mairie a aussi impulsé la construction d’un écohameau selon les principes de BedZED, le Champré. Neuf personnes devraient bientôt y emménager. Enfin, un cadastre solaire a établi le potentiel énergétique des toitures du village et encourage les habitants à installer des panneaux solaires.

Quant au projet d’autonomie alimentaire, il se construit autour d’une filière « de la graine à l’assiette ». La graine, ce sont les Jardins du trèfle rouge qui s’en occupent : ce jardin de cocagne emploie une trentaine d’ouvriers-maraichers en insertion, sur huit hectares et en bio. Avec les Jardins d’Icare, installés sur la commune voisine, ils produisent et distribuent plus de 400 paniers de légumes bio chaque semaine, tiennent un stand au marché du vendredi matin, et alimentent… la cuisine bio d’Ungersheim, tenue par un autre organisme d’insertion (l’Insef). 500 repas y sont préparés chaque jour à destination de huit écoles, dont les deux du village. Une fois par semaine, les enfants ont même droit à un plat végétarien. « On fait des choses simples, mais on les fait bien », confie Philippe Perenez, le cuisinier.

Depuis l’été 2015, une conserverie profite également des surplus des jardins. La poignée de bénévoles qui s’en occupe a déjà cuisiné et rempli plus de 2.000 bocaux : soupe, coulis de tomates, ratatouille, etc. Une légumerie est également en projet, afin de mettre sous vide les légumes non cuisinés. Pour trouver des débouchés à toute cette production, la mairie imagine une épicerie en vrac dans le village, inspirée de La Recharge bordelaise.

Le nombre et l’ampleur de ces initiatives, pour un petit village de 2.000 habitants, ne manquent pas d’étonner. Tout comme le fait que c’est la mairie qui en est à l’origine. Alors quoi, le poids des règles, de l’administration, des partis politiques, de l’électorat, ne seraient pas si paralysant qu’on se plaît à le dire ?

Réponse du maire : « Humainement, politiquement, ça va très vite quand on prend conscience que notre pouvoir peut être un levier de mise en œuvre de la transition. Gouverner, c’est prévoir, anticiper, innover. Et le courage politique est sanctionné favorablement, si on démontre à la population l’intérêt de ce qu’on fait. » Quant aux partis : « Ils vous bouffent votre espace vital », glisse-t-il en pensant à EELV, dont il a été membre un temps.

La transition ne fait pas rêver tous les Ungersheimois

Jardins du trèfle rouge, cuisine de l’Insef, écohameau : la « méthode Mensch » semble consister à lancer les idées, trouver et rassembler des acteurs ayant l’envie ou les compétences pour les réaliser, et faciliter leur installation en mettant à disposition terrain ou infrastructures. Pas plus. Dans le cas du parc photovoltaïque, la mairie a été à l’origine en proposant le terrain pour ce type de projet, mais le développeur et les investisseurs sont privés.

Toutefois, et même si le maire continue d’être apprécié, les quelque 2.000 Ungersheimois ne se sont pas tous convertis à l’écologie. Un certain nombre semble rester indifférent à toute cette « transition ». « Si ça peut être utile à la commune, si ça peut créer des emplois… Il faut voir ce que ça donnera », hésite Claude, croisé dans la rue principale.

D’autres sont plus sévères, comme Joseph, qui s’occupe des jeunes au club de foot : « Ça coûte très cher tout ça, pour le plaisir d’une personne. » Il nous raconte la distance qui s’est progressivement créée entre le maire et une partie du village. Chaque année, à l’Ascension, une « fête du cochon » rassemble des milliers de personnes, durant une semaine : « La mairie a voulu imposer de la choucroute bio. Mais ça n’a pas marché, on en a vendu 50, sur 4.000 ou 5.000 repas en tout. »

La transition ne fait pas rêver tous les Ungersheimois. Et lors des élections régionales, la liste du FN est arrivée en tête. Par contre, la transition rayonne aux alentours, jusqu’à Mulhouse et Colmar. Les citadins, qui prennent les paniers du Trèfle rouge et investissent dans l’écohameau, ne sont pas pour rien dans la réussite de la petite commune. Tout comme les entreprises installées ici depuis la fermeture des mines, qui ont contribué à sa prospérité. L’une d’elles, Amcor, imprime des paquets de cigarettes.

Si les projets vont bon train, survivront-ils à ce visionnaire de maire ? En 2014, alors qu’il était en poste depuis 25 ans, il aurait hésité à se représenter. « La relève n’était pas assurée, les projets pas finalisés, les vautours attendaient », se défend-il. Au second tour des dernières cantonales, c’est l’abstention qui était en tête avec 55 % des inscrits, devant le Front national, à 55 % des votants.

Comment, alors, réduire la distance entre les uns et les autres ? Entre la transition municipale et les préoccupations quotidiennes des administrés ? C’est une des questions que se pose Jean-Sébastien Cuisnier. Il est chargé depuis mai 2015 de la mise en place d’une régie agricole municipale, dernier grand projet du maire. Objectif : tendre à l’autonomie alimentaire du village via un service public de production agricole, le tout en s’affranchissant des énergies fossiles.

Pour y parvenir, Jean-Sébastien fait le pari du cheval, délaissé au profit du tracteur depuis 60 ans. Richelieu et Cosack, les deux chevaux « municipaux » seront donc chargés de labourer les champs, débarder, transporter. Pour commencer, ils font du ramassage scolaire : chaque jour, attelés à une calèche et conduits par un employé municipal-cocher, ils desservent un des cinq quartiers du village.

Court-circuiter l’agriculture productiviste et subventionnée par la PAC

Pendant ce temps, Jean-Sébastien étudie l’organisation de la production, ainsi que la distribution des récoltes. Dans l’idée de court-circuiter l’agriculture productiviste et subventionnée par la Politique agricole commune (PAC) et d’assumer le caractère public de la production alimentaire. « On pourrait mettre en place des tarifs soutenus, voire distribuer gratuitement, comme un grenier municipal. Par exemple, si on produisait 2.000 kg de courge, chacun aurait droit à un kilo », imagine-t-il.

Aujourd’hui, seule une vingtaine de paniers des Jardins du trèfle rouge sont distribués sur place. Et le village ne compte que deux boulangeries, un seul restaurant, mais pas de supérette. Selon les calculs de la mairie, 95 % du budget alimentation des habitants est utilisé à l’extérieur, soit environ 4 millions d’euros. L’objectif est d’en capter la moitié. Dans cette logique, Jean-Claude Mensch a aussi conçu une monnaie locale, le radis : environ 10.000 radis circulent aujourd’hui.

En 2016, une SCIC (société coopérative d’intérêt collectif) devrait être créée afin de chapeauter la filière alimentation. Et la rendre autonome de la mairie. La « Potassine » regroupera la conserverie-légumerie, l’épicerie et la malterie, ainsi que la régie agricole. Pour abriter ses différentes activités, une Maison des natures et des cultures, sorte de MJC nouvelle génération, est en cours de construction. Dans la mairie ou en dehors, Jean-Claude Mensch n’est pas prêt de s’arrêter.

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Le dîner de cons Noël Mamère Reporterre 2015/12/15 Noël Mamère (15 décembre 2015) Le dîner de cons. Reporterre. Chroniques de Noël Mamère fr

Le dîner de cons

Le 13 décembre, TF1 diffusait « Le Dîner de cons », le soir même du deuxième tour des élections régionales. Une coïncidence hélas bienvenue. Car, interroge Noël Mamère, « en 2017, allons-nous battre le pavé pour Nicolas Sarkozy ou Alain Juppé ? »

Noël Mamère est député écologiste

Pendant la soirée électorale, TF1 a diffusé un film dont le titre, Le dîner de cons, résume à lui seul le paysage politique qui se dégage de ce week-end de dupes. Deux de ces dîners de cons se sont déroulés sur des scènes parallèles, jouées dans un même espace-temps, sur le même territoire : une France en état d’urgence.

Le premier avait pour cadre le deuxième tour des élections régionales, dont le résultat est à l’image de la confusion qui règne dans les familles politiques dites républicaines. Tous les partis, sauf peut-être le FN, ont perdu. L’extrême droite n’a pas gagné de régions, mais consolide son électorat ; elle n’a jamais engrangé autant de voix dans sa besace, ni acquis autant d’influence dans l’air du temps. La droite dite républicaine a réalisé un piètre résultat en regard de ses espérances, mais elle remporte l’Ile de France, la région la plus riche et la plus peuplée du pays. La gauche, dans toutes ses composantes, disparaît corps et biens dans deux grandes régions du pays.

Pas de vainqueurs, donc, mais des vaincus, tel Manuel Valls, qui continuent à creuser leur tombe, tout en nous racontant sur tous les plateaux qu’ils ont bien entendu le message, mais qu’ils ne vont rien changer. Tout va bien, puisque le FN a été vaincu grâce au sursaut des citoyens. Le vrai « con » c’est donc lui, le peuple-citoyen, l’invité d’honneur du dîner, à qui on aura demandé une fois de plus de venir sauver la patrie en danger face au diable incarné par les filles Le Pen.

"Nous ou le FN" : le nouveau narratif de l’Elysée et du PS

En 2002, nous avions appelé à voter Chirac. Treize ans après, la gauche et les écologistes ont fait campagne pour Estrosi et Bertrand. En 2017, allons- nous battre le pavé pour Nicolas Sarkozy ou Alain Juppé ? Car tel est le résultat réel de ces régionales.

Les politiques de droite et de gauche ont aggravé la désespérance sociale, développé comme jamais le chômage et la précarité, surfé sur le rejet des Roms et de l’Islam, alimenté la déferlante sécuritaire… Tous ont joué de la « triangulation », récupérant en vrac les idées de gauche ou de droite, pour engendrer cette confusion ambiante qui tue la politique. Résultat : le dégoût et le désespoir ont alimenté le FN, seul parti qui profite de cette dynamique anti-système. Majoritaire chez les ouvriers, il est maintenant le parti préféré dans la jeunesse… Et quelles réponses nous apportent Manuel Valls et Jean-Christophe Cambadelis ? Un grand rassemblement anti-FN autour du parti socialiste ! Ce n’est plus « moi ou le chaos », de De Gaulle en 1968, mais « nous ou le FN », selon le nouveau « narratif », comme le disent les spin doctors de l’Elysée et de Matignon.

Sauf que ce chantage au Front républicain ne servira qu’à décourager un peu plus les millions d’abstentionnistes et de déçus d’une gauche de droite qui mène une politique aux antipodes des aspirations de ses électeurs. Que François Hollande arrive ou non au deuxième tour, en 2017, dans ces conditions calamiteuses, ne servira qu’à liquider une gauche déjà agonisante. Un processus de transformation « à l’italienne » est en train de se mettre en place, inexorablement. Le parti de Valls, Macron, Raffarin, Bayrou et de quelques écolos égarés, se constitue déjà sur les décombres d’une gauche réduite à regarder passer les trains de sa défaite.

La refondation d’un mouvement d’émancipation prendra du temps. Pour l’instant, il faut oser lutter contre la mise en place d’une société de l’hyper-surveillance, de l’état d’urgence et de ses effets, une société où l’on renie les principes de notre socle démocratique avec, par exemple, le recours indigne à la déchéance de la nationalité.

COP 21 : l’échec de la communauté internationale à isoler les pays pétroliers

Le deuxième « dîner de cons » avait lieu au Bourget, samedi après-midi. Le petit marteau vert de Laurent Fabius, frappant la table pour signifier la fin des négociations, a été l’occasion d’un happening frénétique rarement vu dans une instance internationale. Comme si, ce samedi 12 décembre 2015, les délégués de la COP 21 avaient sauvé l’humanité, la planète, le climat ! Cette mascarade a pourtant masqué l’échec de la communauté internationale à isoler les pays pétroliers, en particulier l’Arabie Saoudite, qui avec l’effet cumulé de la baisse des prix du baril et l’essor des gaz de schiste, continuent à mettre en danger pour longtemps le climat… Avec les subventions des pays riches.

Contrairement à ce qui est claironné, l’accord n’est en aucun cas contraignant ; il se contente de valider des contributions nationales volontaires, qui conduisent vers un réchauffement à 3°C malgré l’affichage de 1,5°C exigé par les pays menacés de disparition pure et simple. Rien n’est dit sur les méthodes, et donc sur les énergies renouvelables.

Les vrais vainqueurs de cette COP 21 sont les entreprises pétrolières, assurées de pouvoir continuer à polluer la planète, le lobby nucléaire français consolidé, les apprentis-sorciers de la géo-ingénierie… Et la mafia de la compensation carbone. Dans quelques années, cet « accord historique » risque d’apparaître comme un gigantesque « dîner de cons » où les heureux élus qui croyaient au miracle auront été les dindons de la farce.

Finalement, le programmateur de TF1 s’est trompé, il aurait dû choisir de diffuser La grande bouffe, ce film de Marco Ferreri, réalisé en 1973, qui raconte l’histoire de quatre hommes fatigués de leurs vies ennuyeuses et de leurs désirs inassouvis ; ils décident de s’enfermer dans une villa pour ce qu’ils appellent un « séminaire gastronomique », mais ils se livrent, en fait, à un suicide collectif en mangeant jusqu’à ce que mort s’ensuive… Nos responsables politiques de France ressemblent à ces quatre personnages : ils sont devenus autophages à force de se contenter de gérer les conséquences d’une économie obscène et d’un capitalisme de la destruction.

Le réveil de la Force Jedi contre les étoiles noires du climat Entretien avec Nathalie Delhommeau Reporterre 2015/12/16 Entretien avec Nathalie Delhommeau (16 décembre 2015) Le réveil de la Force Jedi contre les étoiles noires du climat. Reporterre. Entretien — Climat fr

Le réveil de la Force Jedi contre les étoiles noires du climat

Les JEDI for Climate puisent leur inspiration dans la série Star Wars. Depuis avril 2015, ils multiplient les actions pour l’écologie, toujours du bon côté de la Force. À l’occasion de la sortie ce mercredi d’un nouvel épisode du film, Reporterre a rencontré l’une de ces Padawan.

Nathalie Delhommeau est « écolocoach » et s’est engagée dans l’ordre des combattants aux sabres laser, avec les Jedi for the climate.

Reporterre – De quelle manière les films Star Wars vous influencent-ils ?

Nathalie Delhommeau – Quand Georges Lucas a sorti Star Wars (La guerre des étoiles), il s’est appuyé sur la théorie du « bon guerrier ». Aujourd’hui, cette notion s’accorde avec la désobéissance civile et l’auto-éducation à la contestation. Quand on est rempli de colère, il faut savoir la contrôler et bien l’utiliser. Comme le fait maître Yoda quand il va dans la forêt. C’est essentiel afin de clarifier son message et de ne pas le fausser. Il ne faut jamais se tromper de discours ni de cible. De plus, il faut savoir que Georges Lucas est le plus grand donateur de Greenpeace et que la planète Naboo, qui est défendue par les Jedi, est celle des peuples autochtones. Star Wars est une série écologiste, dans la veine artistico-intellectuelle de Greenpeace et des mouvements sociaux des années 1970 lancés par ceux qui ne voulaient pas aller au Vietnam.

Qu’est-ce que la logique du « bon guerrier » ?

Le bon guerrier, c’est celui qui est en permanence dans l’auto-apprentissage et l’auto-réflexion. Nous sommes tous des Padawan. Notre but est de savoir garder notre énergie pour la lâcher au bon moment. On s’attache toujours à bien définir nos cibles, nos « étoiles noires », et à réfléchir sur la façon de les toucher. Cette vision des choses est un peu manichéenne, mais on a de vraies étoiles noires en ce moment en France, comme Manuel Valls.

On fonctionne aussi par épisodes : le premier, c’était les « pipo’lazers » avec Xavier Beulin et au salon des Solutions 21 au Grand Palais. Le deuxième épisode, c’étaient les actions au marché de Noël, le troisième, la chorale intergalactique.

- Voir la video de l’action :

En quoi le lien avec Star Wars influence-t-il le message que vous portez ?

Pour Notre-Dame-des-Landes, on s’est planté à 200 sur le parvis de la cathédrale de Notre-Dame de Paris pour monter la chorale intergalactique qui demandait au Petit Papa Hollande d’abandonner définitivement le projet d’aéroport. Et personne ne nous a sortis, alors qu’on était dans un endroit hyper-sécurisé. Mais, avec l’humour, on ne pouvait pas nous arrêter. Les JEDI du Climat sont dans une maîtrise de la force qui permet de faire des attaques au bon moment, au bon endroit. Savoir taper là où ça fait mal. Ces actions des JEDI déclenchent aussi des signaux culturels et permettent aux gens de mieux comprendre le message envoyé. Parce que Star Wars est une mythologie multiculturelle.

- Propos recueillis par Maëlle Ausias

Laurent Wauquiez, l’homme qui insulte les écologistes Barnabé Binctin (Reporterre) Reporterre 2015/12/16 Barnabé Binctin (Reporterre) (16 décembre 2015) Laurent Wauquiez, l’homme qui insulte les écologistes. Reporterre. Politique fr

Laurent Wauquiez, l’homme qui insulte les écologistes

Laurent Wauquiez, nouveau n°2 du parti Les Républicains, a qualifié les écologistes d’« ayatollahs ». Dans le contexte post-attentats, l’injure est particulièrement perverse. L’homme politique a utilisé illégalement des fichiers d’organismes publics pour envoyer sa propagande injurieuse.

Laurent Wauquiez n’aime pas les écologistes. Après les avoir qualifié de « dogmatiques » dans une lettre destinée aux chasseurs – lettre que Reporterre avait révélé le 3 décembre dernier –, le vainqueur des élections régionales en Rhône-Alpes-Auvergne a franchi un nouveau palier dans la calomnie.

Dans une lettre cette fois-ci adressée aux agriculteurs, également envoyée dans les jours précédant le premier tour des élections régionales, il stigmatisait sans vergogne les « ayatollahs écologistes ».

- Lire la lettre de M. Wauquiez :

Dans le contexte post-attentats, on appréciera l’acuité du propos et de l’imaginaire qui l’accompagne…

La complicité du candidat avec les idées du FN n’est pas nouvelle : « Wauquiez a fait campagne de manière éhontée sur ses idées [du Front National, ndlr]. [C’est] la droite dure » rappelait Corinne Morel-Darleux, du Parti de gauche, dès dimanche soir. De fait, l’utilisation d’un tel vocable faisant allusion aux ayatollahs et au terrorisme pour dénigrer le mouvement écologiste est un grand classique du parti d’extrême-droite français (lire ici, ou là).

Détournement de fichiers publics

Mais Laurent Wauquiez a peut-être poussé le zèle frontiste trop loin. Pour faire parvenir son courrier injurieux à tous les agriculteurs de la Région, il semble avoir récupéré indûment des fichiers informatiques appartenant à des organismes publics – en l’occurrence ceux des Chambres d’agricultures, mais d’autres chambres consulaires pourraient être concernées – à des fins de communication électorale. Une telle pratique est interdite par le Code pénal.

« Plusieurs salariés des Chambres d’agricultures régionales ont même reçu directement un courriel sur leur boîte mél professionnelle », rapporte André Bouchut, qui a également reçu la lettre de propagande comme producteur de champignons et de myrtilles à Grammond (Loire).

Deux plaintes ont été déposées contre ce détournement. L’une par Jean-Jack Queyranne, le candidat PS malheureux du second tour. L’autre par Jean-Luc Flaugère, président de la Chambre régionale d’agriculture de Rhône-Alpes.

Le tribunal est saisi. Cela n’a pas empêché M. Wauquiez d’être nommé hier numéro 2 du parti Les républicains par Nicolas Sarkozy.

En Espagne, Podemos a cristallisé la révolte contre les élites Entretien avec Florent Marcellesi Reporterre 2015/12/16 Entretien avec Florent Marcellesi (16 décembre 2015) En Espagne, Podemos a cristallisé la révolte contre les élites. Reporterre. Entretien — Monde fr

En Espagne, Podemos a cristallisé la révolte contre les élites

Dimanche, l’Espagne renouvelle son parlement avec un scrutin qui s’annonce très ouvert. Le Parti Populaire – au pouvoir – et le Parti socialiste sont bousculés par l’émergence de deux formations politiques, Podemos et Ciudadanos, qui promettent un renouvellement du personnel et de la vie politique.

Florent Marcellesi, Français installé en Espagne, est député européen et membre du parti écolo Equo, qui s’est allié à Podemos pour la campagne des législatives. Il nous explique les enjeux des élections générales de dimanche, alors que s’annonce un grand renouveau politique en Espagne.

Reporterre – L’écologie n’est pas très forte en Espagne… En parle-t-on dans la campagne ?

Florent Marcellesi – Pas vraiment. Le premier thème, la corruption, a été mis en avant par les partis émergents. Le Parti populaire (PP) [1] a été très fortement critiqué. Chez eux, la corruption ne concerne pas juste quelques personnes, elle est structurelle et institutionnalisée. Le sujet suivant, c’est l’économie. On a encore 22 % de chômage en Espagne, donc la relance économique est au cœur du débat avec la santé, les retraites, l’état providence. Enfin, le dernier sujet, c’est la réforme de la constitution et la réforme territoriale : que faire avec la Catalogne, qui veut l ’indépendance ?

La bonne nouvelle, de notre point de vue écologique, c’est que notre alliance avec Podemos [2] nous donne la possibilité d’obtenir deux députés. Et la transition écologique est incluse dans le programme de Podemos. Un bémol : ce n’est pas sa priorité. Par exemple, il y a eu deux grands débats entre les candidats, en pleine COP 21. Dans le premier, il était prévu de parler du changement climatique à la fin, mais le temps a manqué. Dans le deuxième, les journalistes ont dit qu’on n’avait pas parlé de changement climatique, mais que ce n’était pas grave parce qu’on peut lire les propositions des candidats sur internet.

Même avec Podemos, nous avons encore de longs débats à avoir. Ils défendent « la social-démocratie du XXIe siècle » et veulent relancer la consommation. Nous demandons le passage à un modèle qui prenne en compte les limites de la planète… Pour nous, c’est se tromper de siècle que de ne pas parler d’écologie.

Quelles sont les prévisions pour le scrutin de ce dimanche 20 décembre ?

Il est très difficile de savoir ce qui va se passer. C’est la première fois que les partis Podemos et Ciudadanos [3] se présentent aux législatives. La seule chose que l’on sache est que le système bipartisan va devenir un système à quatre partis. On pense que le Parti populaire sera premier, avec un score en baisse, de 40 % aux dernières élections à 25 % dimanche, mais on se demande qui va finir deuxième.

Il est peu probable qu’un parti obtienne la majorité absolue dimanche. A-t-on une idée des alliances qui pourraient se former entre PP, PSOE [4], Podemos et Ciudadanos ?

Non, tout est ouvert. Le système espagnol a été pensé pour avoir deux partis majoritaires qui alternent au pouvoir. Mais la situation actuelle fait voler en éclat la Constitution de 1978. On ne l’a jamais essayée pour un système à quatre partis et on a de gros doutes qu’elle fonctionne.

Ces élections présentent un enjeu majeur pour l’avenir du pays. Cela redonne-t-il envie aux citoyens de participer à la vie politique ?

Les débats télévisés sont très, très, suivis. On pense que la participation à ces élections sera très élevée. Il y a beaucoup d’attente. Le système politique espagnol va être chamboulé.

On sait que le changement est possible, mais qui dit changement ne dit pas forcément amélioration. La seule chose que l’on sache, c’est qu’il faut virer le PP du pouvoir pour qu’il y ait du changement.

Par exemple, concernant les questions du changement climatique et de l’énergie, le PP a fait la pire réforme d’Europe pour les énergies renouvelables, alors même que l’Espagne est un des pays qui a le plus de potentiel. Le PP a autorisé des prospections de pétrole aux Baléares et aux Canaries, il soutient le gaz de schiste en Espagne contre les communautés autonomes qui n’en veulent pas. Et l’Espagne est un des pays qui a le plus augmenté ses émissions de gaz à effet de serre depuis la crise.

La fin du bipartisme signifie-t-elle que, chez vous, le changement peut venir par la politique institutionnelle ?

La recomposition du paysage politique ne peut pas se comprendre sans les Indignés [5]. Ce sont eux qui ont placé la démocratie et la corruption au centre du débat politique et sociétal en Espagne. Ils ne font pas de politique partisane mais ils ont permis, depuis la naissance de Podemos, une opposition non pas sur un axe gauche/droite, mais sur un axe ceux d’en bas contre ceux d’en haut, démocratie contre dictature, le neuf contre le vieux. Podemos a réussi à transformer l’hégémonie culturelle des Indignés en hégémonie politique.

Il y a environ deux ans, les mouvements sociaux ont vécu un changement de perception et de concept. Ils ont compris que, s’ils pouvaient changer les choses d’en bas, il leur fallait vraiment avoir un pied dans les institutions et un pied dans la rue pour généraliser et porter leurs idées.

En mai dernier, les élections municipales ont marqué un premier changement institutionnel clair. À Barcelone, à Madrid, à Saint-Jacques de Compostelle, à La Corogne, à Cadix, des mouvements sociaux appuyés par des partis politiques ont emporté de grandes mairies. [Lire ici le reportage de Reporterre à Barcelone

En France, aux régionales, la liste menée par Gérard Onesta en Languedoc Roussillon-Midi Pyrénées ressemble le plus à cette alliance société civile-partis politiques. Mais elle n’a recueilli que 10 % au premier tour.

On ne peut pas comparer ce qui se passe en France et ce qui se passe en Espagne. Chez vous, il y a le Front national, un parti anti-élites qui profite depuis trente ans des erreurs de la droite comme de la gauche, et du manque d’espérance. Il occupe déjà le créneau du ras le bol des élites, où se situent les listes comme celle qui a gagné les municipales à Grenoble ou celle d’Onesta. En Espagne, le renouvellement des élites se fait sur la base des Indignés. Cet espace politique n’était pas encore occupé, il n’y a pas de FN. Podemos l’a occupé et Ciudadanos s’est faufilé dans la brèche.

Ne pas avoir de FN, une vie politique institutionnelle qui peut apporter un vrai changement… On vous envie, l’Espagne !

C’est typiquement français de dire ça, mais il faut se rappeler que l’écologie politique reste bien plus puissante en France qu’en Espagne. D’un côté, j’envie la France parce que, dans les villes et les régions, un gros boulot a été fait par les élus pour mettre en place la transition énergétique. Et puis, il y a quand même une loi de la transition énergétique. Ça paraît peut-être peu, mais cette loi a le mérite d’exister ! Et en même temps, je ne vous envie pas d’avoir le FN comme premier parti. Ce que j’aimerais, c’est à la fois un pays qui renouvelle ses élites en se fondant sur les Indignés et qui ait une écologie politique présente dans ses institutions.

- Propos recueillis par Marie Astier

ÉcoRev’ dégaine contre la Brute capitaliste et la COP Truand Reporterre 2015/12/16 (16 décembre 2015) ÉcoRev’ dégaine contre la Brute capitaliste et la COP Truand. Reporterre. Culture et idées fr

ÉcoRev’ dégaine contre la Brute capitaliste et la COP Truand

L’Écologie, le Capitalisme et la COP : Le Bon, la Brute et le Truand

Il faut croire que le point de vue d’une revue critique d’écologie politique, cheminant depuis 1999 au cœur du questionnement affiché des organisateurs de la COP - celui de savoir comment faire face aux enjeux humains du réchauffement climatique - n’est pas très convenable. En effet, aux yeux de ces organisateurs il n’est manifestement pas de bon aloi de permettre à la contradiction de s’exprimer, puisque leur comité de labellisation a rejeté notre demande pour ce numéro spécial.

Proposer de démontrer, comme le fait ÉcoRev’ dans ce numéro, qu’il y a incompatibilité entre l’économie capitaliste mondialisée - dont le productivisme est consubstantiel - et un monde respectueux de l’humain et de son environnement ne semble pas concevable, voire sembe inacceptable, et de fait non discutable dans le cadre de la COP 21. Ce qui est au programme de cette dernière, et depuis des années de celui des COP successives, est bien plutôt d’appréhender - avec moult contradictions - les effets du réchauffement climatique, d’une manière qui puisse être acceptable pour l’économie de marché.

Pourtant, de très nombreuses populations de par le monde mettent d’ores et déjà en œuvre des pratiques écologiques qui démontrent qu’une autre société - pour ne pas dire une autre civilisation - est possible. Car, désormais le réseau Internet permet aux militants de l’écologie de se mettre en lien à l’échelle planétaire, avec un effet cumulatif sans précédent, créant ainsi les conditions d’une dialectique entre une pensée globale et des actions locales. Bénéficiant des réflexions et expériences de tout un chacun, cette dialectique permet de redécouvrir l’empirisme agricole, artisanal ou sanitaire dont les populations ont été spoliées par les transnationales. Elle dessine les contours d’une sortie civilisée du capitalisme, celle de l’écologie politique, alternative à la sortie barbare qui se met en place - dès lors que nous laissons nos institutions faire la promotion du développement durable ou du capitalisme vert, ou encore favoriser une économie marchande mondiale inféodée à la production d’armement et d’énergies fossiles, au blanchiment d’argent et aux alliances politiques scabreuses, en somme de ce qui fait le lit du terrorisme international.

L’Écologie, le Capitalisme et la COP : Le Bon, la Brute et le Truand, dossier coordonné par Emmanuel Dessendier & Anita Rozenholc, ÉcoRev’ n° 43, hiver 2015, 7 euros

Source : ÉcoRev’

Reporterre sur France Inter : l’Accord de Paris, un succès en demi-teinte Reporterre 2015/12/16 (16 décembre 2015) Reporterre sur France Inter : l’Accord de Paris, un succès en demi-teinte. Reporterre. Climat : de COP en COP fr

Reporterre sur France Inter : l’Accord de Paris, un succès en demi-teinte

- Lundi 14 décembre 2015

La COP 21 a fermé ses portes et l’accord de Paris a été adopté. Une bonne nouvelle, certes, puisqu’un échec aurait été calamiteux. Mais le contenu réel du traité a ratifié est très décevant.

- Ecouter ici la Une de la Science, dans « La Tête au carré », avec Reporterre, animé par Matthieu Vidard avec Axel Villard, Hervé Kempf, et l’analyse d’Olivier Godard, auteur de La justice climatique mondiale :

- Lire le décryptage de Reporterre : « Qu’y a-t-il vraiment dans l’accord de Paris ? »

Photo : . Chapo : Chefs d’Etat le 30 novembre 2015 au début de la COP (capture d’écran UNFCCC) . réunion durant la COP 21 : © Emilie Massemin/Reporterre

Reporterre, tous les lundi à 14 h 05 sur France Inter, dans l’émission « La Tête au carré », animée par Mathieu Vidard.

« L’actualité de toutes les sciences dans tous les domaines de la recherche. Éclectisme, vulgarisation et pédagogie, sciences dures du vivant ou humaines : Mathieu Vidard s’intéresse à toutes les observations et les expérimentations du monde par le biais des sciences. »

À écouter sur France Inter, dont voici la carte des fréquences FM, selon le lieu où vous habitez.

Après les régionales, rassembler les opposants et agir Par Corinne Morel Darleux Reporterre 2015/12/17 Par Corinne Morel Darleux (17 décembre 2015) Après les régionales, rassembler les opposants et agir. Reporterre. Politique fr

Après les régionales, rassembler les opposants et agir

A-t-on tout essayé ? Dans la région Auvergne Rhône Alpes, la liste de gauche écologiste a mis en oeuvre une méthode vraiment démocratique. Mais les électeurs n’étaient pas au rendez-vous. Il faudra réfléchir. Mais d’abord, se relever, de suite, pour agir face à Laurent Wauquiez, l’homme de la droite dure.

Corinne Morel Darleux est secrétaire nationale à l’écosocialisme du Parti de gauche et conseillère régionale Rhône-Alpes.

Créer un parti creuset, une alliance de la gauche radicale, un rassemblement de la gauche et des écologistes, dépasser les cartels de parti, s’ouvrir aux citoyens, inventer d’autres formes de prises de décision en assemblée représentative, refuser le cumul des mandats, faire converger le social et l’environnement, construire l’écosocialisme, créer des passerelles entre le terrain et l’institution, écrire ce qui se passe dans les coulisses, dénoncer, continuer à militer, soutenir les luttes sociales, croiser la rue et les urnes, penser la révolution citoyenne, renouveler les pratiques - ce sentiment tétanisant depuis dix jours d’avoir tout essayé, sans succès.

Peut-être n’avons-nous pas essayé assez fort, peut-être était-ce trop décalé dans cet air du temps guerrier, peut-être nous sommes-nous trompés sur les aspirations de nos concitoyens, peut-être est-ce l’agonie de la 5e république, peut-être n’avons-nous tout simplement pas été entendus, peut-être. Je ne sais pas. Mais comme je l’ai tant répété, il n’y a pas de baguette magique en politique, pas de raccourci. Et nous sommes sur la ligne de crête d’une situation complexe qui ne peut se résumer à aligner les responsabilités.

Le marasme est généralisé. Le constat, celui d’un paysage politique dévasté. L’analyse de ce qui nous y a conduit est décourageante. L’enchaînement a de quoi plonger dans des abîmes de perplexité. Quand en allumant la radio le matin, on entend que Manuel Valls, le premier ministre d’un gouvernement dit « socialiste », appelle à travailler avec la droite pour réduire le chômage. Quand quelques minutes après on voit sur BFM Laurent Wauquiez, un professionnel de la politique, exhorter au salariat, déplorer la revalorisation du Smic et traiter les bénéficiaires du RSA d’assistés, en concluant qu’il se déclare prêt à coopérer sur le chômage avec le gouvernement... On se dit qu’on est entré dans la 4e dimension. On se retient de l’envie de fuir. Et on se retient de pleurer.

Le meilleur moyen d’avancer, c’est d’entrer en action

Et malgré tout, un sentiment depuis dimanche émerge fortement. Un truc qui vient des tripes et que je n’avais pas vu venir, qui finalement prend le pas sur les incertitudes, le coup de massue des résultats, l’abattement et même sur la nécessaire réflexion à mener. Un sentiment qui fait remettre à plus tard, quand la poussière sera un peu retombée, les analyses théoriques. C’est l’urgence de réagir vite et d’envoyer un message fort : toutes celles et ceux qui se sentent inquiets aujourd’hui, qui ont peur de cet avenir fait de portiques de sécurité et de chasse aux « assistés », ne sont pas isolés. Et une conviction se dessine : le meilleur moyen d’avancer, c’est d’entrer en action. En résistance acharnée. On nous a souvent dit, à nous têtes dures du Parti de gauche d’ailleurs, que c’était dans l’adversité qu’on se révélait. C’est le moment de le prouver.

En Auvergne Rhône-Alpes, depuis lundi 14 décembre, de nombreux messages nous arrivent des associations, conseils locaux de développement, du monde de la culture, des acteurs de terrain, de la lutte contre les inégalités ou de la défense de l’environnement. Tous s’inquiètent à juste titre de l’arrivée de Laurent Wauquiez à la tête de la Région. Tous expriment l’attente forte d’une opposition forte, et ceux-là naturellement se tournent vers nous, choqués de ce résultat.

Alors mon urgence là, ce n’est pas de participer aux chasses aux sorcières du microcosme ni d’en tartiner des pages sur l’échec de la gauche. C’est avant tout de leur signifier très vite qu’ils pourront compter sur nous pour porter leur voix dans l’assemblée. Sans attendre, nous avons donc décidé de nous réunir en urgence pour organiser l’opposition à Wauquiez à Lyon dès samedi 19 décembre avec nos sept autres nouveaux élus régionaux du Rassemblement citoyen, écologique et solidaire : Monique Cosson, Andréa Kotarac, Emilie Marche, JC Kohlhaas, Fatima Bezli, Myriam Laidouni-Denis, et Fabienne Grebert. Au programme des jours et des semaines qui viennent, si on veut que sur le terrain le sursaut du lendemain d’une élection traumatisante vive au-delà de l’émotion et se transforme en un maillage de résistance politique, nous allons devoir organiser les réseaux de solidarité de terrain, écrire aux acteurs qui peuvent constituer un vivier de lanceurs d’alerte et s’en faire les relais, dénoncer et alerter sur ce qui se trame dans les couloirs de la Région, éplucher chaque dossier porté par Wauquiez, trouver des tribunes et des relais, rédiger des chroniques de l’assemblée...

Face à la droite dure il nous faut rapidement structurer et incarner l’opposition dure, et pour cela huit élus malgré tout leur courage n’y suffiront pas. Nous allons avoir besoin d’être informés, entourés, conseillés, épaulés : par notre assemblée représentative bien sûr, qui doit se réunir très vite, mais aussi par toutes celles et ceux qui, ayant ou non fait campagne, partagent aujourd’hui la même volonté de résister.

C’est possible, à condition de s’y mettre tout de suite et de frapper fort et ferme dès le début. Comme je l’ai écrit dimanche soir : qu’ils essayent de tuer nos rêves et nous serons leur cauchemar, sur le terrain et dans l’assemblée.

Voilà. L’appel est lancé.

Enfin, un dernier mot plus personnel. Après sept ans de porte-parolat, de responsabilités politiques, d’alliances à préserver, de campagnes électorales, de poussière sous le tapis et de termes soupesés, au bord parfois de l’autocensure pour ne pas désespérer, j’ai réagi dimanche publiquement par un « fuck » tonitruant à l’annonce des résultats. Et vous savez quoi ? C’est en guerrière zen émancipée et mâtinée de rock’n roll, parce que rock il le sera, que j’ai envie de mener ce mandat. Sans mâcher mes mots, sans voiles ni faux-semblants. Il y a quelques jours, alors que j’écrivais cette citation de génie de Gramsci, « le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres », mon correcteur d’orthographe - est-il idiot ou clairvoyant ? – a transformé automatiquement « Gramsci » en « Hardcore ». Signe des temps.

Les détails et modalités pratiques d’organisation suivent. A très vite.

« Aujourd’hui, en France, un contrôle généralisé de la population est possible » Entretien avec Joël Domenjoud, écologiste assigné à résidence Reporterre 2015/12/17 Entretien avec Joël Domenjoud, écologiste assigné à résidence (17 décembre 2015) « Aujourd’hui, en France, un contrôle généralisé de la population est possible ». Reporterre. Tribune — Libertés fr

« Aujourd’hui, en France, un contrôle généralisé de la population est possible »

Le Conseil constitutionnel se penche aujourd’hui sur les assignations à résidence décidées dans le cadre de l’état d’urgence. Joël Domenjoud, fait partie des 26 militants écologistes qui ont subi cette mesure. Il explique ce que lui inspire le virage sécuritaire du gouvernement et ce que cela implique pour les mouvements contestataires.

Reporterre – Peux-tu rappeler les faits ? Joël Domenjoud – Le jeudi 26 novembre, des amis m’appellent pour me dire qu’il y a une perquisition chez eux, à Ivry, qui semblait liée à la COP 21. Je me suis dit qu’il valait mieux que je sorte de chez moi. J’ai alors vu que j’étais suivi. S’ils voulaient m’interpeller, mieux valait que je sois dans un lieu public. Je me suis posé dans un café et j’ai passé des coups de téléphone. J’ai appris l’assignation d’une autre personne, donc j’ai compris ce qu’il se passait. J’ai été appelé par ma voisine, qui m’a dit que l’immeuble était plein de policiers, puis, j’ai reçu ce coup de fil : « Venez immédiatement au commissariat, on a un papier à vous remettre. » Je me suis donc présenté pour retirer mon assignation.

Quels étaient les motifs ? Le motif était mon implication dans l’organisation d’événements autour de la COP 21. La possibilité que les manifestations et l’organisation d’actions dans le cadre de la COP 21 aboutissent à des troubles à l’ordre public.

Te voila l’un des 26 militants dits écologistes assignés... Oui, 26. Moi, je me suis présenté comme écologiste parce qu’on essayait à tout prix de me définir, alors j’ai préféré le faire moi-même. Je me suis défini par rapport à ce qu’on me reprochait dans la fiche de renseignement, par exemple mon implication à Bure, et je ne m’en suis pas caché. En l’occurrence, je suis un militant écologiste, mais qui lutte aussi sur le terrain social.

Qu’est ce que ces mesures disent de l’état du pays ? Le virage sécuritaire qui était déjà pris est encore plus prononcé. Ça confirme une tendance de plusieurs années : dès qu’il se passe quelque chose en France, on répond par de nouvelles lois sécuritaires. Là, c’est même pire : on met en place un régime d’exception, qui rappelle la période de la guerre d’Algérie. L’état d’urgence de 2005 était un état d’exception localisé autour d’une situation donnée, mais, en réalité, dans les banlieues et les quartiers populaires, l’état d’exception est perpétuel, avec une impunité policière permanente. Aujourd’hui, on a en place un cadre qui permet un contrôle social généralisé de l’ensemble de la population, qui rappelle aussi les années de plomb.

Que t’évoque cet acharnement sur des opposants politiques ? Ça fait plusieurs années qu’on constate une criminalisation des militants, c’est la continuité de la logique, avec une cran bien supérieur. On est dans la prédictibilité de ce que les gens pourraient faire, alors qu’avant, c’était plus une amplification de ce qu’ils avaient fait. C’est beaucoup plus dangereux encore.

En tant que militant, qu’est-ce que cette assignation a changé pour toi ? Ça met en état d’alerte sur le niveau de répression et de contrôle social. Notre niveau d’engagement comme militant au quotidien est-il à la mesure de la répression ? Il ne s’agit pas d’un réflexe de peur, car, en vérité, cela amplifie ma révolte et réaffirme ma détermination, mais il faut avoir conscience que les dangers sont réels : on peut facilement se retrouver privé de liberté, à partir d’une fantasmagorie construite autour d’un profil d’appartenance à une mouvance.

S’agit-il d’une volonté d’en punir un pour en toucher cent ? Il y a clairement une logique ; le message est : « Attention, on va coincer des personnes, mais toutes celles qui sont autour d’elles peuvent subir la même chose. » Ça fait que les gens dans l’entourage peuvent être tentés de rétrograder leur niveau d’engagement, renoncer à un certain nombre de choses, être impressionnés par le contexte et, pour finir, s’autocensurer. De ce point de vue, c’est plus une attaque psychologique qu’une réelle mesure coercitive. Avoir ciblé vingt-six personnes dans toute la France, dans des milieux très différents, est une façon de dire à plein réseaux : attention, maintenant l’état d’urgence nous permet de vous assigner pendant des semaines sur la base de simples présomptions ou à cause d’idées politiques.

Qu’est-ce que l’assignation a changé dans ta vie personnelle ? Je dois pointer trois fois par jour au commissariat. Si je n’y vais pas, je suppose qu’ils viennent me chercher, et le risque, c’est six mois de prison. À partir de la déclaration de l’état d’urgence, c’est quelque chose qu’on avait vaguement envisagé. Il y a pas mal de militants fichés "S", et la fiche S n’est pas fondée sur des actes commis mais sur les engagements des personnes. Ça peut aussi bien concerner des personnels d’ONG, des syndicalistes….

Le Conseil d’État a modifié la date de l’audience... Oui, elle devait se tenir mercredi 9, et finalement, elle a eu lieu vendredi 11. Ainsi, il n’y avait aucun moyen pour le tribunal de suspendre l’assignation, qui prenait fin le lendemain. Donc, le pouvoir ne prenait pas de risque : on subissait cette assignation jusqu’à la dernière seconde, quelle que soit la décision rendue par le Conseil d’État. À partir de là, ma prochaine bataille, c’est la possibilité de demander des indemnités pour ce que ça m’a coûté, et aller à la Cour européenne des droits de l’homme, ce que je trouve intéressant car il y aura un jugement rendu depuis l’extérieur de la France. La famille française des énarques qui ont partagé les bancs des mêmes écoles, qui vont diner au Siècle, qui trouvent que la franc-maçonnerie fait un bon réseau social, cette famille est monde à part, qui se protège et ne va pas se sanctionner, car toute l’institution républicaine est en jeu. Par contre, si le jugement vient de l’extérieur de cette grande famille, il y a une chance qu’il puisse être indépendant.

Comment analyses-tu la réaction du gouvernement aux mouvements de contestation sociale et écologique ? Comme tout gouvernement, l’actuel redoute de perdre le pouvoir. Il sent qu’il est en train de le perdre face au FN, donc il a des réflexes autoritaires. Il se dit peut-être que, par des démonstrations de force et d’autorité, il va regagner une légitimité. C’est un réflexe très martial et qui, rappelons-le, vient d’un gouvernement socialiste. Mais cela s’est déjà vu dans l’histoire : ce n’est pas inintéressant de faire le parallèle avec l’époque où la gauche a préparé le terrain à Vichy. C’est cette grande famille qui réagit, celle qui inclut la droite et la gauche : c’est le jeu des jacobins contre les montagnards, le même jeu de ping pong depuis trois siècles au cours desquels le pouvoir reste à peu près dans les mêmes sphères. Le FN n’en fait pas partie. Le danger qu’il représente, c’est que le pouvoir quitte la grande famille. Et cela provoque une inquiétude profonde, car risquent d’être dépossédés non seulement des politiciens, mais aussi des notables, chefs d’entreprises, toute une économie, une administration.

Je ressens l’état d’urgence comme une façon pour le pouvoir de tenter de figer le cadre et de faire le ménage tout autour. Envisager de prolonger l’état d’urgence est un aveu clair et net, car cet état permet de faire plein de choses. C’est comme passer des lois au 49.3 quand tout indique qu’autrement elles ne passeraient pas. De la même façon, quand il y a des blocages parlementaires, des blocages d’opinion et un défaut de légitimité, on crée un régime d’exception qui permet de tout passer.

Comment vois-tu l’avenir pour les luttes de territoire ? Quand on nous tape dessus comme ça, et je parle du militantisme au sens large, incluant bien sûr l’associatif et le syndical, il faut regarder à moyen terme ce qu’on veut envisager d’ici 2017. Il faut nous projeter, imaginer ce dont on aurait besoin si le contexte politique devenait autoritaire. Qu’est-ce qu’on se doit d’avoir réalisé d’ici là ? Le contexte plus dur implique qu’il faut mutuellement se protéger, avoir des bases sociales plus fortes, prendre le temps de vivre dans nos quartiers, éviter les isolements. Tous ces liens sociaux dans et au-delà des cercles militants, il faut les travailler, les entretenir. C’est peut-être ça qui me semble le plus important aujourd’hui. Pour que, quand la police vient te chercher, tout ton quartier réagisse, se sente touché. Car le manque de lien et l’isolement renforce énormément le contrôle social.

Un mot à propos de l’audience au Conseil d’État ? C’était un grand moment de spectacle. L’État s’interpelle et se juge lui-même, sans que nous n’ayons jamais de place ni de parole : il ne s’agit pas d’établir si la mesure est illégitime pour nous, mais si l’État est correctement autorégulé. Le Conseil d’État écoute le rapporteur public, qui, durant une demi-heure, va démontrer les risques contre les libertés fondamentales, pointer un moment historique de décision, pour, à la fin, justifier pleinement la mesure par le risque potentiel que nous représenterions et par les nécessités de l’état d’urgence. Et nous, qui n’avons jamais eu la parole pour nous défendre, restons assignés jusqu’au bout.

Propos recueillis le 8 décembre 2015 par Isabelle Rimbert

Les ateliers vélo antisexistes roulent de mieux en mieux Guillaume Gamblin (Silence) Reporterre 2015/12/17 Guillaume Gamblin (Silence) (17 décembre 2015) Les ateliers vélo antisexistes roulent de mieux en mieux. Reporterre. Luttes fr

Les ateliers vélo antisexistes roulent de mieux en mieux

Le collectif À vélo Simone a créé à Lyon un atelier non mixte de réparation de vélo, Les heures félines. Ce type d’espace antisexiste se développe dans de nombreux ateliers vélo.

- Lyon (Rhône), reportage

« Avant, quand je faisais du vélo, j’étais toujours derrière, explique Kelly Koide, cycliste assidue depuis quelques années et membre du collectif lyonnais À vélo Simone. Quand j’ai changé de vélo, j’ai réussi à aller plus vite et à rouler sur plus de distances. » Comme elle, beaucoup de femmes ont des vélos peu efficaces. Elles veulent par exemple être assises plus près du sol, par manque d’assurance. Résultat : avec les jambes moins tendues, elles ont moins de force pour pédaler. C’est un peu la même différence qu’entre de bonnes baskets et des chaussures à talons pour courir.

Les pratiques du vélo restent aujourd’hui différentes pour les hommes et les femmes, estiment Kelly et Marine Joos, elle aussi membre du collectif. Elles constatent : « Quand je monte la colline de la Croix-Rousse à vélo, je me fais régulièrement applaudir », ce qui n’arrive pas aux hommes. Par ailleurs, des études ont montré que les accidents des hommes et des femmes ne sont pas les mêmes. Pour ces dernières, il est plus dur de s’imposer et de prendre sa place sur la route. Résultat : elles montent davantage sur les trottoirs, qui ne sont pas adaptés aux vélos, rasent plus les bords de chaussée avec les risques liés aux ouvertures de portières. Elles se rendent finalement plus vulnérables en voulant se protéger.

« Il y a plus d’entraide »

C’est pour toutes ces raisons que certaines femmes, comme Marine et Kelly, ont ressenti le besoin de créer des espaces anti-sexistes dans le monde du vélo. Et d’autant plus dans les ateliers de réparation, où la mécanique demeure un monde imprégné de sexisme et difficile d’accès pour les femmes.

C’est dans l’Atelier du chat perché, lieu associatif et autogéré de réparation de vélo, que cette idée s’est concrétisée, en janvier 2015. Deux fois par mois sont organisées des permanences « en mixité choisie sans hommes cisgenres » précise Marine. De quoi s’agit-il ? En bref, tout le monde est bienvenu, sauf les personnes nées mâles et se revendiquant de genre masculin [1] . Il s’agit donc d’accueillir des femmes mais aussi des personnes travesti-e-s, transgenres, intersexes, etc., et de leur offrir un lieu de découverte et d’apprentissage de la mécanique vélo à l’écart des réflexions et comportements sexistes.

Comment se passent ces ateliers ? « Chaque permanence dure 3 à 4 heures. Elle commence par un petit cours de mécanique d’environ 15 minutes, se poursuit par un temps de réparation, et se termine par un temps de discussion autour d’un verre ou d’un pique-nique », explique Kelly. « Nous sommes 4 ou 5 bénévoles pour accueillir et accompagner les femmes. Par rapport aux autres permanences mixtes, il y a plus de complicité, nous sommes plus proches », poursuit-elle. « Il y a plus d’entraide, ajoute Marine, et moins d’attentes sur la réparation en elle-même. L’ambiance est différente. » Ces moments permettent à des femmes ayant eu de mauvaises expériences dans un atelier de revenir vers la mécanique. Et plus largement, ils sont une occasion et un moyen de réfléchir sur la construction de savoirs non masculins, sur la confiance en soi et l’occupation de l’espace.

Quelles ont été les réactions ? « Il a d’abord été difficile de convaincre les autres membres de l’atelier de faire une permanence dédiée, explique Marine. Pour l’accepter, il faut que les hommes aient conscience de leur statut de dominants. » Parfois, dans les ateliers mixtes, des usager-e-s, hommes ou femmes, tenaient à dire que la création d’un espace non mixte les dérangeait. Mais Kelly note une évolution : désormais, lors des ateliers classiques, les bénévoles font plus attention, sont plus sensibles à cette question du sexisme. Pourtant, regrette Marine, « on nous questionne encore souvent sur le pourquoi de cet espace en mixité choisie, preuve que c’est encore bizarre. On en a marre de se justifier tout le temps ! »

Constellation de féministes à vélo

Pour créer cette permanence, les femmes du Chat perché ont enquêté sur ce qui existait déjà ailleurs. Elles ont participé à une rencontre nationale de L’Heureux Cyclage, le réseau national des ateliers vélo participatifs et solidaires, qui était consacrée à la thématique du sexisme. À Saint-Étienne, elles ont rencontré les animateurs-trices d’un atelier qui se déroule dans un espace dénommé Une lieu, lui-même en mixité choisie sans hommes cisgenres, et qui fait un travail non seulement sur le sexisme mais aussi sur l’ensemble des dominations : de race, de classe, etc.

Cette constellation de féministes à vélo ne s’arrête pas à la France, loin de là. À Sao Paulo, au Brésil, le collectif Pedalinas, créé en 2009, organise chaque mois une « masse critique » uniquement féminine. Elles sont peu nombreuses mais persistent, l’objectif étant de se donner confiance pour circuler en ville. « Quand j’y suis arrivée en 2010, témoigne Kelly, je débutais le vélo. Une fille est venue me chercher chez moi, nous sommes allées sur de grandes avenues, j’avais peur mais elle m’a donné beaucoup de confiance. » En Espagne, en Italie, des collectifs organisent également des ateliers et des actions autour du sexisme et du vélo, et les États-Unis ne sont pas en reste, formant ainsi une internationale des cycloféministes discrète mais déterminée…

CLITORAL MASS, AUX ÉTATS-UNIS

À Los Angeles, en 2012, à l’initiative du collectif Ovarian Psycos, des femmes inventent une variante de la critical mass, l’occupation revendicative et en masse de la rue à vélo. Elles organisent aujourd’hui à Los Angeles, Oakland, Chicago, New York, Atlanta et Toronto des clitoral mass, « masses clitoridiennes », afin d’encourager les femmes à pratiquer le vélo avec un sentiment de plaisir, de sécurité et de confiance en elles, et de faciliter leur liberté de mouvement. Infos (en anglais) sur http://ovarianpsycos.com et http://clitoralmass.org

POUR ALLER PLUS LOIN

- Le réseau L’Heureux Cyclage héberge une liste de discussion interne consacrée aux questions de sexisme : Enclume-à-Clavette.

- « Pourquoi les femmes roulent-elles moins à vélo ? », www.terraeco.net, le 26 septembre 2014

- Ateliers non mixtes Lyon : Les heures félines, à L’Atelier du chat perché, le 2e et le 4e jeudis de chaque mois, de 19 h à 21 h 30, 32, rue Montesquieu, 69007 Lyon, http://ateliervelo.free.fr

Grenoble : Entre femmes, à Un P’tit vélo dans la tête, 1er vendredi de chaque mois, de 16 h à 20 h, 5, rue de Londres, 38000 Grenoble, www.ptitvelo.net

Rennes : Ladies Night, le 3e jeudi de chaque mois, de 19h à 22h, dans le local de La Petite Rennes (20, rue Chicogné, tél : 09 84 36 31 09, http://lapetiterennes.org)

Paris : le 3e mercredi de chaque mois, à 19 h, au local de la Cyclofficine, 15, rue Pierre-Bonnard, Paris 20e

Paris : le 2e et le 4e mercredis de chaque mois, à 18h (horaires provisoires), animés par l’atelier Vélorution Bastille, 6, rue Jacques-Cœur, Paris 4e

D’autres monnaies pour une nouvelle prospérité Reporterre 2015/12/18 (18 décembre 2015) D’autres monnaies pour une nouvelle prospérité. Reporterre. fr

D’autres monnaies pour une nouvelle prospérité

Avec plus d’une trentaine de monnaies locales complémentaires (MLC) en circulation aujourd’hui sur ses territoires, la France s’inscrit dans l’importante vague d’innovation monétaire qui se développe un peu partout sur la planète. On estime à près de 5.000 le nombre d’initiatives et de dispositifs qui promeuvent dans la quasi-totalité des régions du monde de nouveaux systèmes d’échange construits autour de monnaies différentes des seules monnaies nationales.

Cette dynamique ne fait sans doute que commencer. La crise économique et financière de 2008 a conduit en effet à renforcer beaucoup de citoyens dans la conviction qu’il importe de ne pas laisser aux banques et aux États le monopole de l’émission de la monnaie. De même, de nombreuses entreprises portent un intérêt croissant à ces nouveaux systèmes d’échanges qui leur permettent de contrecarrer les effets délétères des crises financières à répétition sur l’activité tout en amoindrissant leur dépendance vis-à-vis du crédit bancaire. Voilà donc que la question démocratique et celle de l’ancrage local du développement économique et social convergent aux travers de ces innovations.

Cet ouvrage est une version remaniée et raccourcie d’un rapport remis au gouvernement français en avril  2015. Replaçant la situation française dans ce mouvement planétaire, il retrace notamment le cheminement d’une des avancées majeure obtenue par la Mission : la reconnaissance des monnaies complémentaires dans la loi relative à l’Économie Sociale et Solidaire de juillet 2014. Il comporte enfin dans sa deuxième partie, quelques-unes des contributions des meilleurs experts de ces sujets.

- D’autres monnaires pour une nouvelle prospérité, Christophe Fourel, Jean-Philippe Magnen et Nicolas Meunier, éd. du Bord de l’eau, 264 p., 20 €,

Le Conseil constitutionnel va-t-il marquer une limite à l’État policier ? Barnabé Binctin (Reporterre) Reporterre 2015/12/18 Barnabé Binctin (Reporterre) (18 décembre 2015) Le Conseil constitutionnel va-t-il marquer une limite à l’État policier ?. Reporterre. Libertés fr

Le Conseil constitutionnel va-t-il marquer une limite à l’État policier ?

Devant les juges de la constitutionnalité des lois, les avocats des militants écologistes assignés à résidence dans le cadre de l’état d’urgence ont exprimé leurs craintes d’un « État sécuritaire ». Ils ont dénoncé des « procès d’intention » et la « faiblesse » des preuves avancées par la police.

- Actualisation - Mardi 22 décembre 2015 : Le Conseil Constitutionnel juge conformes à la Constitution les assignations à résidence durant l’état d’urgence (détails ici).

Une première pour le Conseil constitutionnel. Le conseil des Sages était saisi jeudi 17 décembre d’une question prioritaire de constitutionnalité (QPC) concernant les assignations à résidence de plusieurs militants écologistes pendant la COP 21. Celles-ci ont été décidées par le ministère de l’Intérieur en vertu de l’état d’urgence et des moyens exorbitants qu’il donne au pouvoir exécutif. La décision du Consei fera date, puisqu’elle constitue la première QPC dans ce domaine [1].

Cette fois-ci, le Conseil constitutionnel a battu un record de rapidité dans l’examen d’une QPC. Alors que le délai moyen est de deux mois et demi, le délibéré est attendu pour mardi 22 décembre, soit 11 jours après la saisine par le Conseil d’État. Si celui-ci a jugé, vendredi 11 décembre, que les assignations à résidence « n’étaient pas manifestement illégales », il a renvoyé vers l’autorité des Sages la question de la conformité de ce régime avec la « liberté constitutionnelle d’aller et venir » telle qu’elle est garantie par l’article 66 de la Constitution.

Des « notes blanches » obscures

Jeudi, à la barre, plusieurs avocats se sont succédé pour exprimer « la crainte d’un État sécuritaire » où peuvent naître « les dérives, l’injustice et l’arbitraire », selon Me Denis Garreau. « L’état d’urgence, ce n’est pas un état de non-droit ni d’absence de droit, c’est seulement un état d’insuffisance de droit. »

Parmi ses insuffisances de droit, les avocats ont insisté sur les « notes blanches » sur lesquelles se fondent l’accusation. D’où viennent-elles ? Sur quelles preuves s’appuient-elles ? « On ne sait même pas quel service les rédige », souligne Me Raphaël Kempf. Ce sont pourtant les seules pièces au dossier justifiant l’assignation à résidence. C’est ainsi que Joël Domenjoud a pu être soupçonné d’avoir participé à des manifestations « d’ultra-gauche radicale » à Bure, sans n’avoir pourtant « jamais été inquiété, interrogé ni jugé coupable de quelque délit », que ce soit, souligne son avocate, Me Muriel Rueff, qui rappelle que son client n’a pas de casier judiciaire.

C’est ce que Me Marie Dozé a appelé « la défense empêchée » : « Le principe du contradictoire est bafoué car, sur le terrain, nous ne pouvons pas contredire l’objet même de l’accusation. » En effet, ces « notes blanches » ont eu valeur de preuve, ce qui fait regretter à Me Alexandre Faro « le trop faible niveau d’exigence que s’est fixé le ministère de l’Intérieur en matière de preuves factuelles ». C’est ainsi la « violation manifeste » de l’article 16 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, faisant état du droit à un procès équitable, que dénonce Me Kempf : « On ne tolèrerait pas d’un journaliste, d’un chercheur ou d’un avocat qu’il avance sa thèse sans la démontrer. Peut-on l’accepter de l’État ? » La simplicité de la preuve a de grandes limites, comme le fait remarquer Me Rueff : « Et si un agent de renseignement produisait un faux document, qui serait en capacité de le distinguer ? »

Risques d’une répression politique

« Joël Domenjoud “devrait être particulièrement actif pendant la COP 21”, selon la note blanche de son dossier », rapporte Me Rueff, qui souligne « ce conditionnel qui se prend pour un futur ». Cette supposition est le véritable fondement de l’assignation à résidence de son client. « Le procès d’intention », telle est l’accusation formulée par la plaidoirie de la défense. « Il n’y a pas d’autre motivation que des éléments relatifs à des opinions qu’on vous impute, des intentions qu’on vous prête, des appartenances politiques qu’on vous connaît », constate Me Kempf.

La conséquence : des mesures privatives de liberté. Face à un tel déséquilibre, nombreux sont ceux qui pointent les risques d’une répression politique. Car, s’il n’y a pas « d’opposition à la répression du terrorisme », comme l’affirme Me Spinosi, avocat de la Ligue des droits de l’homme, cibler des militants écologistes pose question. Le champ d’application de l’état d’urgence n’est désormais plus limité à la menace terroriste, soutient Me Garreau : « Ainsi, des militants écologistes, certes actifs, mais jamais soupçonnés de terrorisme, pourraient être assignés à résidence. Et qui d’autre, encore ? »

Qu’a répondu le représentant de l’Etat ? Enumérant textes de loi et jurisprudence, Thierry-Xavier Girardot, directeur au Secrétariat général du gouvernement, a nié les principaux arguments. « Il a été reproché de méconnaître l’article 66 de la Constitution : ce grief est inopérant ». Selon le représentant du gouvernement, l’assignation à résidence relève de la restriction de libertés, non de la privation de la liberté individuelle – que le Conseil Constitutionnel interpréterait depuis une décision 1999 comme « la liberté de ne pas être détenue arbitrairement ». Dès lors, « aucune circonstance propre à la présente affaire » ne justifierait d’en juger autrement, d’autant que l’assignation à résidence « ne peut être assimilée à un confinement domiciliaire imposant à l’intéressé de rester à son domicile » puisque « l’astreinte est limitée par la loi à une période maximum de 12 h sur 24 », a ajouté M. Girardot.

Quant aux autres griefs, il les juge « infondés » , en invoquant « le caractère essentiellement temporaire et exceptionnel des circonstances ». Les notes blanches ? C’est aux juges administratifs de se prononcer – et tant pis, s’ils n’en ont pas la possibilité…

Tout cela a de quoi mettre en danger la démocratie, « sacrifiée sur l’autel de la peur », selon Me Spinosi. Qui a interpellé avec gravité les huit sages du Conseil constitutionnel dans une dernière adresse : « Vous êtes la dernière digue face au glissement qui est en train de s’opérer, d’un abandon du pouvoir législatif vers le pouvoir exécutif, d’un risque considérable d’une police administrative qui peut être demain une police politique ! »

- Complément d’infos : Voir la vidéo de la séance

Vaccins : il est temps d’en parler franchement Michèle Rivasi et Didier Lambert Reporterre 2015/12/18 Michèle Rivasi et Didier Lambert (18 décembre 2015) Vaccins : il est temps d’en parler franchement. Reporterre. Tribune — Santé fr

Vaccins : il est temps d’en parler franchement

Le lien de confiance entre les Français et les vaccins s’est rompu. En cause, les scandales sanitaires et les conflits d’intérêt des médecins chargés des recommandations, alors que ce marché est très lucratif. Dans ces conditions, le débat national sur l’obligation vaccinale doit se dérouler dans la transparence.

Michèle Rivasi est députée européenne EELV, professeure agrégée en biologie. Didier Lambert est porte-parole de la campagne Pour des vaccins sans aluminium.

Face à la défiance des Français envers la vaccination, le premier ministre a confié le 28 février dernier une mission à Sandrine Hurel dans le but de formuler des recommandations concernant notamment l’obligation vaccinale . Ce rapport doit être suivi d’un débat national. Trois mois plus tard, la ministre de la Santé affirmait d’un ton péremptoire : « La vaccination, cela ne se discute pas. » Et lors des discussions sur la loi de santé, tant à l’Assemblée nationale qu’au Sénat, elle s’opposait à tous les amendements demandant la remise à disposition de vaccins sans aluminium. Cette opposition systématique à toute évolution augure bien mal du débat annoncé par le gouvernement !

Comment est-il possible de ne pas tenir compte des alertes scientifiques régulièrement rappelées par l’Association E3M, à l’initiative de la campagne Pour des vaccins sans aluminium ? Comment ne pas entendre la voix des citoyens qui signent par centaines de milliers les pétitions portées par E3M ou le Pr Joyeux, ou celle des 90 élus qui, dès 2013, demandait le retour de vaccins sans aluminium ?

Scandales sanitaires

La perte de confiance envers les vaccins marque la fin d’une époque : celle de la sacralisation de la parole des « sachants ». Fini, l’époque où les Français déléguaient aveuglément leur santé à leur médecin. Nous sommes maintenant dans une relation plus égalitaire entre le médecin et son patient, celui-ci ayant accès plus facilement à l’information scientifique. L’échange que cela permet est la garantie d’un choix éclairé dont on est peu habitué dans le domaine de la vaccination. Aussi, il ne faut pas craindre le débat sur la politique vaccinale française. Il faut faire confiance à l’intelligence collective, à la capacité de compréhension des uns et des autres, loin des oukases de l’ancien temps. Car comment ne pas être favorable à la vaccination quand on connaît les ravages du passé causés par la polio, le tétanos, la diphtérie ? Au XXe siècle, les vaccins ont permis, avec l’amélioration des conditions de vie et d’hygiène et l’usage des antibiotiques, de diminuer fortement la mortalité infantile et d’éradiquer certaines maladies infectieuses. L’adhésion populaire a été immédiate, car le vaccin était un produit de santé. Il est malheureusement devenu, depuis les années 1980, un produit essentiellement marchand, ce qui a généré (et génère toujours) de nombreuses dérives qui ont alimenté la méfiance de nos concitoyens.

Deux scandales sanitaires de taille expliquent en partie cette perte de confiance à l’égard des vaccins : celui du vaccin contre l’hépatite B avec la vaccination de masse commencée en 1994 ayant entraîné plus d’un millier de cas de scléroses en plaques, de maladies de Guillain-Barré, de scléroses latérales amyotrophiques et d’autres affections auto-immunes telles que les myofasciites à macrophages… ; celui du vaccin contre la grippe H1N1 où 94 millions de vaccins ont été commandés avec un coût de 2,2 milliards d’euros pour la collectivité contre une pandémie qui n’en était pas une, comme l’avaient fait remarquer, dès le mois de mai 2009, les professeurs Marc Gentilini et Bernard Debré.

La question des adjuvants

D’autres motifs d’inquiétude pèsent sur les vaccins comme la question des adjuvants, à l’instar des sels d’aluminium vaccinaux dont les conséquences sur la santé sont maintenant avérées, comme l’indique la solide jurisprudence établie par le Conseil d’État.

Sur la sellette également : le vaccin Gardasil. Il est présenté comme prévenant le cancer du col de l’utérus, alors qu’il ne protège en réalité que des dysplasies dues à certains papillomavirus pouvant entraîner un cancer. À ce jour, il n’a fait la preuve ni de son efficacité ni de son innocuité alors que « le frottis de dépistage est le meilleur moyen de lutter contre le cancer du col de l’utérus ». Les indices inquiétants s’amoncellent sur le Gardasil, avec des dizaines de décès et des milliers de pathologies graves qui pourraient lui être imputables. Plus récemment, le Canard enchaîné a révélé la mort de deux nourrissons liée aux vaccins Rotarix et Rotateq contre la gastro-entérite recommandé après l’intervention de Jérôme Cahuzac.

Enfin, des chercheurs italiens (Stefano Montanari et Antonietta Gatti) alertent sur la présence de nanoparticules de métaux présents dans les vaccins. Outre des cancers, ces nanoparticules, non biodégradables, pourraient avoir un rôle actif dans la survenue de maladies cardiovasculaires, de thrombo-embolies pulmonaires, d’infarctus du myocarde, d’AVC… Deux cents vaccins sont aujourd’hui en voie de développement par les firmes pharmaceutiques alors qu’il n’y en avait que quelques dizaines il y a encore quelques années. Le chiffre d’affaire mondial lié à la vente de vaccins est passé de 6 milliards d’euros en 2006 à 20 milliards en 2012 et le marché atteindra 56 milliards en 2017.

Les conflits d’intérêt foisonnent

Pour qu’une politique vaccinale reçoive l’adhésion d’une population, le contenu des deux plateaux de la balance bénéfices-risques doit être parfaitement identifié, selon un processus d’évaluation qui donne toutes les garanties de transparence. Or, les mêmes ingrédients se retrouvent toujours dans les scandales sanitaires liés aux vaccins : les alertes sanitaires sont systématiquement ignorées, les effets indésirables sont officiellement sous-évalués, les conflits d’intérêts foisonnent.

La situation du professeur Daniel Floret comme président du Comité technique des vaccinations (CTV), est révélatrice. Le professeur Floret exerce des activités régulières avec Sanofi au sein du groupe « avancées vaccinales ». Il participe à des travaux scientifiques avec Bio Mérieux / Fondation Mérieux, GSK et Sanofi. Il intervient en formation continue lors de sessions organisées par les laboratoires GSK et Sanofi et participe enfin à des études cliniques pour Pfizer et GSK. M. Floret travaille aussi avec l’industrie pharmaceutique au sein du Réseau d’investigation pédiatrique des produits de santé (RIPPS) et entretient des liens étroits avec le LEEM (le syndicat de l’industrie pharmaceutique). Il est aussi membre de l’association Activ, qui bénéficie de financements importants de l’industrie pharmaceutique.

Cette situation n’est pas isolée, les deux-tiers des membres du CTV sont en situation de conflits d’intérêts avec les laboratoires pharmaceutiques. Le CTV conseille le gouvernement sur la politique vaccinale à mener en émettant des recommandations très suivies par les pédiatres. Comment accorder quelque crédit aux recommandations émises par cet organisme ?

Face au discrédit croissant pesant sur notre politique vaccinale, face au manque criant de transparence des procédures actuelles, face à l’omerta qui pèse sur les effets secondaires de nombreux vaccins, il convient de garantir la transparence du débat voulu par le gouvernement. Nous demandons à ce qu’il soit organisé par la Commission nationale du débat public (CNDP). Cette autorité administrative indépendante apporte la garantie d’une démarche fondée sur les valeurs d’indépendance, de neutralité, de transparence, d’égalité de traitement. Les décisions qui en découleront favoriseront la mise en place d’une vraie politique vaccinale, dans l’intérêt commun et non pas de quelques-uns. Les citoyens pourront alors accéder en confiance à des vaccins sécurisés répondant à un réel besoin de santé publique.

En Espagne, la campagne électorale oublie l’écologie Vladimir Slonska-Malvaud et Julia Abadía González (Reporterre) Reporterre 2015/12/18 Vladimir Slonska-Malvaud et Julia Abadía González (Reporterre) (18 décembre 2015) En Espagne, la campagne électorale oublie l’écologie. Reporterre. Monde fr

En Espagne, la campagne électorale oublie l’écologie

Les élections générales espagnoles du 20 décembre sont les plus ouvertes depuis le retour de la démocratie en 1978. Mais l’écologie ne s’impose pas parmi les principaux thèmes de campagne que sont la situation sociale et la fin annoncée du bipartisme.

- Madrid, reportage

À une semaine du vote, les élections législatives espagnoles, considérées comme les plus importantes des dernières décennies, sont dans toutes les têtes et sur toutes les ondes, elles envahissent les espaces publicitaires et une multitude de sondages noircissent les journaux. Dimanche 20 décembre, les Espagnols doivent élire les 350 députés et les 208 sénateurs au suffrage universel du parlement bicaméral pour un mandat de quatre ans.

Ignorant la trêve électorale, un épais nuage de pollution recouvre la capitale, Madrid. Le débat est ailleurs. Les deux partis historiques, le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE, social-démocrate) et le Parti populaire (PP, droite), parviendront-ils à sauver leur domination ininterrompue depuis la chute du régime franquiste face aux nouveaux venus, Podemos (gauche) et Ciudadanos (droite) ? La controverse fait rage, et l’écologie, bien qu’évoquée dans la campagne, se retrouve en queue de liste des priorités.

La crise économique et son lot de misère, d’expulsions, de coupes budgétaires et de licenciements préoccupent davantage les électeurs que le nouvel épisode de pollution qui frappe la capitale ou les températures particulièrement clémentes de ce début d’hiver. Sans compter les innombrables scandales de corruptions qui exaspèrent la population.

« Droits sociaux et environnementaux doivent être liés »

L’Espagne a pourtant de quoi se faire du mouron : la péninsule ibérique est menacée par la désertification alors que les épisodes de sécheresse se succèdent à un rythme alarmant. Le bilan de l’actuel gouvernement de Mariano Rajoy (PP), ne risque pas d’arranger la situation : affaiblissement drastique de la protection des parcs nationaux, du littoral et des zones montagneuses, coup d’arrêt donné au développement des énergies renouvelables et prospection pétrolière en haute mer. La liste n’est pas exhaustive.

« Aucun parti n’a inclus d’engagement important » en faveur de l’environnement dans son programme, juge Theo Oberhuber, coordinateur de projets d’Ecologistas en acción, une importante fédération d’associations écologistes. « Certaines mesures ont été acceptées parmi les propositions des associations de protection de l’environnement, mais pas l’ensemble, or elles sont très interdépendantes les unes des autres », regrette Theo Oberhuber.

Même constat du côté d’Equo, le parti vert espagnol. La formation, qui disposait d’un seul député, part cette fois-ci allié à Podemos dans presque toutes les provinces, « pour sa capacité de transformation et de changement », explique María Pastor Valdés, n° 10 sur la liste à Madrid. « Il n’y a pas eu de réelle intégration du programme d’Equo à celui de Podemos », nuance-t-elle tout en signalant que « seul Pablo Iglesias [le chef de file de Podemos) dit que les droits sociaux et environnementaux doivent être liés. En pleine COP 21, personne ne parlait de ce sujet dans les débats électoraux ! »

Le parti devrait obtenir au moins 60 députés, selon les derniers sondages. Ses prises de positions contre le gaz de schiste et le grand marché transatlantique (Tafta, voir ici et là) ou en faveur de la transition énergétique font de lui, au-delà de son alliance avec Equo, la principale expression politique du tissu associatif écologiste, avec Izquierda unida (IU). Et ce malgré le « relatif manque de consistance programmatique » en matière environnementale que reconnaît Pedro Arrojo Agudo, tête de liste Podemos dans la province de Saragosse, docteur en sciences physiques de l’université de Saragosse et récipiendaire du prix Goldman, en 2003, pour son travail sur « la nouvelle culture de l’eau ». « L’ADN de Podemos est la lutte sociale, rappelle l’universitaire. Mais cela se comprend aussi : le parti a été créé il y a seulement un an [en 2014] et tout a été très vite. Sur un certain nombre de questions, il n’y a pas encore eu de débat sérieux. Ces points seront développés plus tard », ajoute-t-il. L’environnement n’en reste pas moins présent dans le programme. IU, éclipsé par l’émergence de Podemos, présente aussi des propositions en la matière.

Piteux bilan environnemental de la droite

Autre nouveau venu parmi les « grands partis » espagnols, Ciudadanos, créé en 2005 et souvent présenté comme un Podemos de droite, passe, quant à lui, à côté de la question. Cinq déclarations d’intention, de portée très générale, constituent l’abrégé du programme consacré à l’environnement. Sa version longue ne propose pas grand-chose de plus que de respecter les lois et les engagements internationaux existants, à l’exception de la promesse faite de revenir sur le détricotage des lois de protection par le gouvernement Rajoy. Le parti, qui n’a pas répondu à nos sollicitations, se déclare pour la non-prolongation de la durée de vie des centrales nucléaires, ou favorable à un moratoire sur la fracturation hydraulique. Sur le Tafta, le parti refuse de faire savoir sa position.

Toujours majoritaire dans les enquêtes d’opinion, le PP, qui regroupe la droite et l’extrême droite postfranquiste, ne se caractérise quant à lui pas seulement pour son piteux bilan en matière environnementale. L’un de ses derniers clips de campagnes assurait que Mariano Rajoy n’avait rien contre les baleines : il n’aura pas fallu vingt-quatre heures pour que la vidéo tourne à la farce, avec le rappel de l’autorisation par son gouvernement de la prospection pétrolière dans les eaux des îles Canaries, un des principaux sanctuaires de cétacés dans le monde. Le programme est à l’avenant : un demi-chapitre sur les énergies renouvelables, sans aucun engagement concret hormis la promesse de maintenir la production d’énergie nucléaire. Le parti n’a pas répondu à nos demandes d’entretien.

Le nouveau parti de la droite catalane, Democràcia i Llibertat, majoritaire aux dernières élections (en coalition), présente des propositions idéologiquement ancrées dans la pensée libérale. « Il est impossible que la Catalogne s’intègre dans l’économie globale sans parier sur l’économie verte », explique Carles Campuzano, deuxième sur la liste du parti.

Force politique historique depuis la transition démocratique [1], le PSOE mène quant à lui une campagne axée sur le bilan ancien du parti, jusqu’aux premières années de José Luis Rodríguez Zapatero, entre 2004 et 2008. « Zapatero a fait approuver, dans les premières années de son mandat, une importante législation sur les ressources et le patrimoine naturels, ou la protection du littoral », rappelle Álvaro Abril Aparicio, coordinateur du groupe sur le changement climatique, le développement durable, l’agriculture, le monde rural et la pêche du PSOE. Un bilan positif que ne remet pas en cause Theo Oberhuber, d’Ecologistas en acción. Mais le parti ne parvient pas à dissiper le souvenir de ses dernières années de gestion, entre 2008 et 2011, beaucoup moins appréciées des associations écologistes.

Coup d’arrêt dû à la crise économique de 2008

Le PSOE mettra « en place une commission fondée sur le principe du consensus avec les autres partis et organisations, pour élaborer un modèle de transition énergétique », promet le coordinateur du parti. « Le dernier réacteur nucléaire doit fermer en 2028 », affirme-t-il également. Autres propositions : arrêt total des projets d’exploitation de gaz de schiste et retour des lois supprimées par le PP. Sur le Tafta, « si les lignes rouges que sont le respect des droits sociaux, environnementaux et du travail sont franchies, nous ne sommes pas d’accord », élude Álvaro Abril Aparicio. Avant de lâcher, devant notre insistance, que « pour le moment, ce n’est pas le meilleur accord, donc pour le moment, c’est non ». « Le problème est qu’ils conditionnent l’environnement à l’économie, et non le contraire », analyse Theo Oberhuber. Les socialistes obtiendraient environ 90 sièges dans le nouveau parlement.

De moindre importance, le parti social-démocrate Unión Progreso y Democracia (UpyD), défend un programme axé sur le développement des énergies renouvelables et sur l’incitation aux bonne pratiques plutôt que sur l’amende. UPyD refuse, par exemple, le principe « pollueur-payeur » qui a contribué, selon Carlos Moreno, membre de la direction, à ce que certains « polluent parce qu’il peuvent se le permettre ».

À l’évidence, la prise de conscience de la population en matière d’environnement est réelle en Espagne. Et ce malgré le coup d’arrêt dû à la crise économique de 2008, qui a focalisé le débat sur la question sociale. Bonne dernière des priorités pour le 20 décembre, l’écologie risque cependant encore de passer après tout le reste. Si toutefois les candidats n’enterrent pas tout simplement leurs promesses sitôt les élections passées.

Pierre Rabhi invite à prendre le tournant de l’agroécologie Reporterre 2015/12/19 (19 décembre 2015) Pierre Rabhi invite à prendre le tournant de l’agroécologie. Reporterre. fr

Pierre Rabhi invite à prendre le tournant de l’agroécologie

Depuis près de cinquante ans, Pierre Rabhi en est persuadé : c’est en nous reconnectant à la terre qui nous nourrit, en prenant le temps de comprendre le miracle qui transforme une graine en de multiples fruits, que nous trouverons les ressources nécessaires pour construire une société véritablement intelligente et pérenne.

Car, selon lui, l’agriculture tient la place centrale de nos organisations humaines. Elle conditionne non seulement notre capacité à nous nourrir et donc à survivre, mais également la possibilité d’élaborer nos cultures et toutes les activités qui constituent nos sociétés.

Or, nous sommes aujourd’hui face à un choix. Continuons-nous à favoriser l’agriculture industrielle, responsable de près de 70 % des destructions écologiques sur la planète et de la disparition de millions de petits paysans ? Ou prenons-nous le tournant de l’agroécologie qui, selon nombre d’experts, permettrait de nourrir sainement l’humanité tout en régénérant les écosystèmes ?

Pierre Rabhi, un des pionniers de l’agroécologie, met les choses au point dans un dialogue passionnant avec Jacques Caplat, chercheur et agronome. À la fois scientifique, politique et philosophique, cet ouvrage éclaire la relation entre l’être humain et la nature, et propose des solutions à mettre en œuvre par tous.

- L’Agroécologie, une éthique de vie, Pierre Rabhi et Sophie Rabhi, entretien avec Jacques Caplat, Actes Sud, 80 p., 8 euros.

La décroissance à portée de main Fabrice Flipo Reporterre 2015/12/19 Fabrice Flipo (19 décembre 2015) La décroissance à portée de main. Reporterre. Tribune — Culture et idées fr

La décroissance à portée de main

La pensée de la décroissance est foisonnante et féconde. Un ouvrage en rassemble les notions clé pour mettre en valeur « ce mouvement et cet enjeu majeur de notre temps ».

Fabrice Flipo est maître de conférences en philosophie politique et sociale, spécialiste de l’écologisme et de la modernité. Il enseigne à l’école des Télécoms d’Evry et a publié notamment Nature et politique, contribution à une anthropologie de la globalisation et de la modernité. Il anime un blog.

Récemment est paru un ouvrage important, consacré au vocabulaire de la décroissance. Il s’agit d’un projet international, déjà édité en Angleterre et en Espagne, coordonné par trois chercheurs de l’Institut des sciences et technologies environnementales de l’Université autonome de Barcelone, et tous les trois membres du groupe d’étude Research & Degrowth (Recherche et Décroissance). Le livre réunit les contributions de 60 auteurs sur 528 pages.

Il comprend quatre parties. La première est consacrée aux courants de pensée, où l’on retrouve l’anti-utilitarisme, la bioéconomique, les courants de l’écologisme ou encore la critique du développement. Les huit entrées font le tour des grandes sources d’inspiration de la décroissance, qu’elles soient militantes ou plutôt académiques, comme la political ecology anglo-saxonne.

La seconde s’intéresse aux notions clé que l’on retrouve fréquemment utilisées dans les différents courants de la décroissance : autonomie, bien commun, bonheur, capitalisme, croissance (évidemment !), entropie, extractivisme, simplicité volontaire, etc. Les 25 entrées expliquent chacune en quelques pages quelles sont les principales réflexions et analyses sur le sujet.

Construire un paysage commun

La troisième partie aborde la question de l’action, avec une présentation de certaines actions et mesures emblématiques de la décroissance, tels que les coopératives, la désobéissance, les monnaies communautaires, l’économie féministe ou encore le partage du travail. Les 18 entrées montrent que la décroissance n’est pas seulement théorique et abstraite, mais qu’elle s’incarne dans des pratiques et des utopies concrètes (entrée « néo-utopistes ») qui incarnent les idéaux et nous font entrer dans le monde de demain.

La quatrième partie regarde du côté des alliances possibles. Le buen vivir, l’économie féministe ou l’ubuntu (le bien vivre au sens sud-africain) sont les pistes principales avancées dans ce domaine. L’idée est de montrer que si la décroissance n’invente pas tout, elle entre en résonance avec des pratiques existantes, dans le monde entier, c’est donc de là que vient l’espoir.

Pourquoi cet ouvrage est-il important ? Parce que dans un paysage décroissant minoritaire, morcelé, aux échanges parfois difficiles, mais avec une réelle dynamique et une forte créativité, du commun doit se construire, ce qui passe notamment par une mise en valeur des lieux de rencontre, ce qui construit un paysage commun, où chacun peut se repérer.

La vie que nous pourrions choisir de mener demain

L’ouvrage donne accès de manière simple et lisible aux notions clés utilisées dans les milieux qui prennent au sérieux la question de la décroissance. Le lecteur non-spécialiste et non-initié trouvera ici un outil efficace et agréable à lire, lui permettant de s’instruire et de se faire sa propre idée. Les entrées sont relativement courtes, elles évitent toute complication inutile, mais étudient en profondeur le poids des logiques économiques et industrielles qui pèsent sur les conditions d’existence collective. Elles présentent d’autres formes d’organisation de la production et des échanges, critiquent les effets de nos choix de société sur le rapport au politique, montrent les expériences collectives qui témoignent d’ores et déjà de l’existence de résistances créatives et vivaces partout dans le monde. Il s’agit là d’un panorama complet de notre vie quotidienne, et de la vie que nous pourrions choisir de mener demain !

Décroissance. Vocabulaire pour une nouvelle ère s’appuie en outre sur un grand nombre d’auteurs, venant de spécialités et de pays variés. Ils offrent une perspective internationale sur le sujet, démontrant que la thématique mobilise largement, même si la France a joué un rôle important en la matière. Rappelons que le colloque de Leipzig, en 2014, a stoppé les inscriptions à 3.000 participants !

Le livre, initialement publié en anglais, est en cours de traduction dans plusieurs langues, c’est un ouvrage fédérateur, appelé à devenir une référence. Chaque édition dans une nouveau pays s’enrichit de nouvelles contributions, dont en France celles de Serge Latouche, Paul Ariès, Agnès Sinaï, Anna Bednik...

La décroissance est à la fois un mouvement et un enjeu majeur de notre temps, comme le rappellent la COP 21 ou le quinquennat de François Hollande, qui s’achève sans que la promesse principale d’une réduction du chômage n’ait été réalisée, ce qui n’est pas sans rapport avec le fait que la croissance ait été la principale sinon l’unique stratégie du président socialiste pour atteindre cet objectif. Les plus grandes mesures en la matière auront en effet été le Cice (le Crédit impôt, compétitivité, entreprise) et la loi Macron (libéralisation des lignes de car, travail le dimanche...), qui n’ont eu aucun impact mesurable sur l’emploi. Sortons de la pensée unique ! Sapere aude, disait Kant : « Osons penser par nous-mêmes ! »

Décroissance. Vocabulaire pour une nouvelle ère, Giacomo D’Alisa, Federico Demaria et Giorgos Kallis, Éditions Le Passager clandestin, 528 p., 25 euros

Au jardin sans pétrole et sans froid, les soucis fleurissent Christine Laurent (Reporterre) Reporterre 2015/12/19 Christine Laurent (Reporterre) (19 décembre 2015) Au jardin sans pétrole et sans froid, les soucis fleurissent. Reporterre. Jardin sans pétrole fr

Au jardin sans pétrole et sans froid, les soucis fleurissent

Les plantes hésitent à hiberner, trompées par la température plus chaude qu’à l’accoutumée. Il faut néanmoins préparer le jardin à l’arrivée du froid en fournissant le paillage.

Nous avons passé la journée sous une brume humide, dans le silence de la nature qui s’assoupit. La température rend l’hibernation végétale hésitante. Des coccinelles se promènent encore dans l’herbe. Un rouge-gorge sautille d’un thuya au rebord du bac de compost, puis de la brouette à la branche du charme, avant de voler un peu plus loin.

Je récolte des fleurs de tagètes fanées pour en conserver les graines et aussi celles des soucis. Quelques graines rapportées d’un stage de permaculture et semées en 2013 forment maintenant un joli massif, dans lequel je prélève des plants pour favoriser l’installation de cette fleur dans d’autres parties du jardin où mes graines n’ont pas germées. Le souci (Calendula officinalis L., 1753) est vivace dans les régions méditerranéennes mais survit moins bien d’une année à l’autre en Île-de-France. Vu le nombre de graines que contient chaque fleur, j’espère qu’elle s’installera sur les buttes du potager. Son odeur forte tient tête aux pucerons, aux vers du chou, de l’asperge et de la tomate, aux mouches blanches, aux puces noires et aux doryphores… Sa couleur jaune attire les pollinisateurs, les abeilles bien sûr, mais aussi les syrphes, ces mouches à rayures souvent mal considérées, voire confondues avec les guêpes, alors que leurs larves, comme celles des coccinelles, sont de grandes dévoreuses de pucerons.

Au fond du jardin, l’actinidia a perdu toutes ses feuilles. Tombées au sol, elles ont fini de recouvrir la cabane de la fouine que nous avions cachée au pied de la vigne, sous un entrelacs de lierre, en espérant avoir bientôt des occupants. Nous récoltons une dizaine de kiwis. Ils n’ont pas l’air moins mûrs que ceux du commerce. Dans le doute, nous en laissons encore une bonne trentaine, le gel n’étant pas encore annoncé cette semaine.

Il faut néanmoins se préparer à l’arrivée du froid. Certaines de nos vivaces n’y résistent pas, comme l’artichaut, dont nous avons rabattu le feuillage à trente centimètre du sol et que nous avons enfoui sous la paille. Nous avons aussi poursuivi le ramassage des feuilles mortes, qui deviendront des paillages protecteurs.

Avant de repartir, nous cueillons encore de la mâche, un peu de roquette et de chicorée rouge, de la cardamine hirsute ; une belle salade du dimanche soir en perspective.

Pourquoi faut-il juger Monsanto ? Hans Herren Reporterre 2015/12/19 Hans Herren (19 décembre 2015) Pourquoi faut-il juger Monsanto ?. Reporterre. OGM fr

Pourquoi faut-il juger Monsanto ?

Hans Herren est le Président de l’Institut du Millénaire. Il fait partie de l’équipe de lancement du Tribunal International Monsanto, une initiative d’ONG et de citoyens qui compte juger ce géant de l’agrobusiness, en Octobre 2016, à la Haye aux Pays-Bas.

La surprenante activité de Podemos dans des campagnes à l’abandon Julia Abadía González et Vladimir Slonska-Malvaud (Reporterre) Reporterre 2015/12/19 Julia Abadía González et Vladimir Slonska-Malvaud (Reporterre) (19 décembre 2015) La surprenante activité de Podemos dans des campagnes à l’abandon. Reporterre. Monde fr

La surprenante activité de Podemos dans des campagnes à l’abandon

Le parti né des manifestations des «  indignés  » dans les grandes villes du pays a revitalisé la politique espagnole jusque dans les campagnes, frappées par les difficultés économiques et le dépeuplement. Pour les élections générales de dimanche, il fait campagne en défendant le monde rural.

- Ejea de los Caballeros, Tafalla, Molina de Aragón, Teruel (Espagne), reportage

« Quelle est la position de Podemos sur l’utilisation de l’hydrogène pour les tracteurs  ?  » À Ejea de los Caballeros, c’est la fin du meeting, jeudi 10 décembre. La question émerge du premier rang du public, et son auteur est agriculteur dans cette petite bourgade de province typique du nord de l’Espagne. L’interpellation, surprenante pour qui n’est pas habitué des rencontres de Podemos, en dit long sur la revitalisation politique provoquée par l’apparition du parti violet, lors de la campagne pour les élections européennes de mai 2014. Jusque loin des grands centres urbains, d’où le parti à pris son essor.

Dès ses débuts, deux cercles (la structure de base de Podemos) dédiés aux problématiques des zones rurales ont été créés à l’échelle du pays : Podemos Celtiberia – Mundo Rural et «  agriculture, élevage, pêche et alimentation  » (Agpa).

« On a depuis toujours la sensation d’être oubliés par tous les partis politiques. Les campagnes représentent un faible poids électoral  », constate Iván Flamarique, membre du cercle « monde rural » de la communauté autonome de Navarre (Nord).

« Une politique pour les villages depuis les villages  »

Installé dans un café face à la mairie de Tafalla (10. 966 habitants en 2014), cet agriculteur de 35 ans explique son retour dans son village natal de Mendívil (58 habitants en 2014), pour développer un projet de permaculture. Attiré dès sa création par Podemos, il a décidé de rejoindre le mouvement pour partager ses connaissances sur un secteur professionnel jusque-là très peu représenté dans le parti. Depuis l’été 2015, dix militants liés de façon directe ou indirecte au monde agricole composent le cercle monde rural de Navarre.

Les autres cercles ruraux locaux se sont constitués, peu à peu, à l’initiative des habitants des zones concernées. Ils se sont ainsi ajoutés à Podemos Celtiberia – Mundo Rural et à Agpa pour mettre leurs expériences et leurs connaissances au service des instances nationales du parti. «  Le problème que Podemos a rencontré à ses débuts, y compris dans son cercle rural national, est qu’il y avait très peu de membres directement liés au monde rural », explique Iván Flamarique. Les cercles ruraux régionaux se sont donc constitués pour remédier à ce manque.

Le niveau local et le niveau national s’articulent selon le principe fondateur de Podemos : « Ce sont les gens qui portent les propositions, pas nous. Personne ne connaît mieux les problématiques d’un endroit que celui qui les vit  », affirme Marta Chordá, membre de Podemos Celtiberia – Mundo Rural et candidate aux élections générales du dimanche 20 décembre pour la province de Saragosse. «  Il faut faire une politique pour les villages depuis les villages  », résume-t-elle.

« Les services de base ne sont pas garantis »

Reste la question de la participation des classes populaires des campagnes dans les cercles ruraux. Selon Marta Chordá, deux profils type s’y retrouvent : «  Des personnes qui habitent à la campagne depuis toujours, et des citadins avec un travail et des études universitaires qui souhaiteraient revenir là où ils sont nés mais qui y renoncent, car les services de base ne sont pas garantis. »

Politiquement, le spectre est encore plus large : «  On rencontre des gens sans aucun passé militant et qui adhérent à Podemos pour la perspective de changement qu’il offre. Mais aussi d’anciens membres d’autres partis politiques, des militants de la marea blanca [mouvement pour la défense de la santé publique], de la marea verde [pour le droit à l’enseignement public de qualité]  », constate Pedro Arrojo, tête de liste de Podemos dans la province de Saragosse, et figure du mouvement écologiste en Espagne. «  Podemos a articulé les forces du changement  », sourit-il.

Tous reprennent le mot d’ordre de la lutte contre le dépeuplement de l’intérieur de l’Espagne, et réclament des services publics de proximité et des infrastructures de télécommunication de qualité. La révolution industrielle des années 1960 a provoqué en effet un grand exode vers Madrid et Barcelone. Les campagnes se sont vidés de leurs habitants.

Selon le directeur de l’Institut d’investigation sur le développement rural Serranía Celtibérica, Francisco Burillo, « les territoires sujets au dépeuplement en Espagne représentent plus de 63.098 km², soit le double de la Belgique, et la densité de population de ces zones est inférieur à 8 habitants par km²  ». Avec des autocars qui passent seulement une fois par jour, des ambulances qui arrivent en retard, des communes de 3.500 habitants sans aucune formation professionnelle pour les jeunes, des réseaux des communications insuffisant et des hôpitaux à parfois 150 kilomètres, ces zones continuent à perdre des habitants faute d’une qualité de vie attractive.

« Il ne s’agit pas d’une question d’égalité, mais de justice »

La  loi pour le développement durable du milieu rural , approuvée sous le gouvernement du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE, social-démocrate) de José Luis Rodríguez Zapatero (2004-2011), posait le cadre juridique pour lutter contre le dépeuplement de l’intérieur de l’Espagne. Mais elle n’a jamais été appliquée. La situation, déjà alarmante, dans les années de croissance économique, est devenue insoutenable avec la crise de 2008 et les coupes budgétaires du Parti populaire (PP, droite) de Mariano Rajoy (2011-2015).

L’application de cette loi, de même que la lutte contre le clientélisme dans les institutions ou la création d’emplois dans les zones rurales font partie des mesures proposées par Podemos pour s’attaquer au problème. Le parti s’engage également à préserver l’existence de toutes les municipalités, contrairement au nouveau parti de droite Ciudadanos, qui propose de supprimer les communes de moins de 5.000 habitants. Le PP avait de son côté opté pour l’asphyxie financière.

« Les fonds Forcol [fond régional de coopération locale de la région de Castilla – La Mancha] représentaient 13 % du budget de la mairie. En 2011, María Dolores de Cospedal [présidente PP de la région] a décidé de les supprimer  », raconte Montserrat Lacalle Herranz, conseillère municipale Molina Se Mueve (membre de la coalition de Podemos) à Molina de Aragón, dans le centre de l’Espagne. «  Les mairies ont très peu de revenus. Dans notre village, nous avons un important patrimoine historique qu’il faut restaurer, mais il n’y a pas d’argent. La partie arrière de notre château, l’un de nos principaux symboles, est en train de s’effondrer , regrette-t-elle. Le monde rural a besoin d’investissement. Il ne s’agit pas d’une question d’égalité, mais de justice . »

Autre absurdité : Molina de Aragón, avec ses belles maisons en pierre et ses 3.500 habitants, est inscrite depuis quelques mois dans le réseau des municipalités-refuge. « Nous avons trois maisons prêtées par des riverains pour accueillir des réfugiés. Nous leur avons prévu aussi des services de conseil juridique, d’accompagnement et d’appui linguistique pour faciliter leur arrivée . » Malgré la bonne volonté des habitants, les trois maisons restent vides : l’accueil et la répartition des réfugiés relèvent de la compétence du gouvernement national…

Indignation sans précédent dans le pays

L’émergence tonitruante de Podemos sur la scène politique ne doit pas faire oublier le long chemin de croix de la lutte contre l’oubli des zones rurales. Le nouveau parti peut en effet compter sur les nombreuses initiatives de ceux qui l’ont précédé, avec plus ou moins de succès, dans l’Aragon, en Castilla – La Mancha, en Castilla y León, dans la communauté de Valence et dans La Rioja ces vingt dernières années : Teruel Existe, Soria Ya, La Otra Guadalajara, La Plataforma Cívica de Cuenca, Al Jiloca ya le Toca.

Mais les temps ont changé. Le chômage et les scandales de corruption au sein du PP et du PSOE ont provoqué une indignation sans précédent dans le pays. « Le ras-le-bol qui s’est manifesté sur la place de la Puerta del Sol, le 15 mai 2011 à Madrid, était aussi présent dans le monde rural. Mais il n’y avait pas la même force de mobilisation pour le montrer  », explique Marta Chordá.

«  Beaucoup des gens n’ont pas fait le lien, jusqu’à très récemment, entre le dépeuplement des campagnes et la mauvaise gestion du gouvernement. Nous avions une perception fataliste de la réalité. Maintenant, cela a changé , avertit Pedro Arrojo.  L’espoir qu’il y a aujourd’hui n’avait jamais existé auparavant. Les militants locaux voient que leurs luttes peuvent se concrétiser  », poursuit-il.

Bien que les zones rurales ne soient pas une réserve substantielle de votes pour Podemos (faute, notamment, d’un grand nombre d’habitants), le parti s’active dans les petites localités de province. Les campagnes renouent avec un niveau de revendication qui ne s’était pas vu depuis longtemps, et l’ambiance est à l’espoir dans les rangs des militants. « Le fait qu’aucun parti n’accorde de l’importance à ces zones laisse un espace dont nous pouvons profiter, estime Iván Flamarique. Les médias ont exagéré la radicalité de Podemos, mais avec des propositions concrètes, on peut contribuer à changer les choses à long terme. Le modèle productif actuel fait preuve d’épuisement , ajoute-t-il. C’est une question de temps.  »

En Espagne, Podemos s’est imposé comme le troisième parti Reporterre 2015/12/21 (21 décembre 2015) En Espagne, Podemos s’est imposé comme le troisième parti. Reporterre. Monde fr

En Espagne, Podemos s’est imposé comme le troisième parti

Les élections du 20 décembre en Espagne ont vu l’irruption de Podemos, « le parti des Indignés », qui bouscule la gestion PP-PSOE en vigueur depuis trente ans. Voici nos enquêtes pour aider à comprendre ce qui s’est passé.

Lors des élections législatives en Espagne, dimanche 20 décembre, le parti né des Indignés, Podemos, a recueilli 20,62 % des voix (5,18 millions d’électeurs), soit 69 des 350 sièges du futur Congrès des députés. C’est une percée cruciale pour un parti qui avait obtenu 8 % aux européennes de mai 2014. Il devient le troisième parti d’Espagne.

Les deux partis dominants, conservateurs du Parti populaire (PP) et socialistes du PSOE n’ont recueilli que 50,7 % des voix exprimés le 20 décembre. Le PP vire en tête (28,7 %) devant le PSOE (22 %), mais n’a pas la majorité au Parlement.

Voici les reportages que nous avons réalisés pour comprendre ce qui s’est passé :

- Podemos a cristallisé la révolte contre les élites

- La surprenante activité de Podemos dans des campagnes à l’abandon

- En Espagne, la campagne électorale oublie l’écologie

- En Espagne, les citoyens font plier les banques... parce qu’ils agissent ensemble

- À Barcelone, la liste citoyenne et écolo est arrivée en tête des élections

Le gouvernement célèbre la COP 21 par une mesure anti-vélo Barnabé Binctin et Émilie Massemin (Reporterre) Reporterre 2015/12/21 Barnabé Binctin et Émilie Massemin (Reporterre) (21 décembre 2015) Le gouvernement célèbre la COP 21 par une mesure anti-vélo. Reporterre. Transports fr

Le gouvernement célèbre la COP 21 par une mesure anti-vélo

D’un côté, la COP 21, les grands discours pour sauver la planète de la menace des gaz à effet de serre. De l’autre, le gouvernement qui plafonne l’indemnité kilométrique vélo prévue par la loi de transition énergétique. À l’arrivée, une nouvelle contradiction des socialistes.

« L’Histoire arrive, l’Histoire est là, toutes les conditions sont réunies et elles ne le seront plus avant longtemps. Nous sommes, vous êtes, sur la dernière marche, il faut se hisser encore à la hauteur de l’enjeu. Il n’y aura pas de report, il n’y aura pas de sursis possible, l’accord décisif pour la planète, c’est maintenant. » François Hollande, samedi 12 décembre, au Bourget, s’essayait à la grandeur, le soir de la COP 21 : « La France vous demande, la France vous conjure d’adopter le premier accord universel sur le climat de notre Histoire. »

Sortez mouchoirs et violons ! Mais la grandiloquence du président de la République n’a pas ému son Premier ministre. Car, quelques jours auparavant, Manuel Valls et son gouvernement ont fait passer une décision contraire à l’esprit de l’accord de Paris.

« Ce n’est pas la COP 21, c’est la COM 21 ! »

Mardi 1er décembre, alors que la COP 21 est lancée depuis deux jours, l’amendement 674 au projet de loi de finances rectificatives est défendu lors de la première séance par Christian Eckert, le secrétaire d’État au Budget. Son objectif : plafonner l’exonération d’impôt sur le revenu et de cotisations sociales de l’indemnité kilométrique vélo (IKV) à 200 euros par an et par salarié. Tout en soulignant que cette indemnité reste au libre choix de l’employeur.

C’est un recul marqué par rapport à la disposition inscrite dans la loi de transition énergétique, adoptée le 23 juillet 2015. Pour la première fois, la loi avait instauré cette incitation financière à l’usage du vélo pour les déplacements domicile-travail. Le 30 septembre dernier, elle avait été fixée à 25 centimes d’euro par kilomètre, soulevant les autocongratulations du secrétaire d’État aux transports, Alain Vidaliès, qui qualifiait ce montant de « bel engagement du gouvernement ».

À partir d’une moyenne de 7 kilomètres aller-retour par jour pour le trajet domicile-travail, calculée par le ministère de l’Écologie, on parvient à la somme de 35 euros par mois, selon le Club des parlementaires pour le vélo, qui défendait en conséquence un plafond annuel situé autour de 385 euros. Dès lors, revenir à 20 euros par mois est un recul important, souligné par le député Baupin (EELV) durant la discussion parlementaire : « Au concours Lépine de qui trouvera les meilleurs dispositifs pour casser les mesures favorables au vélo, […] ils [les services de Bercy] font preuve d’une obstination et d’une imagination à nulle autre pareille ! » De son côté, Éric Straumann, député des Républicains, raillait la contradiction du gouvernement : « Ce n’est pas la COP 21, c’est la COM 21 ! »

L’indemnité kilométrique vélo multiplie par deux le nombre de cyclistes

Ainsi plafonnée, cette exonération d’impôt sur le revenu (pour le salarié) et de cotisations sociales (pour l’entreprise) perd de sa substance incitative. Or, l’incitation financière est un levier important de changement des comportements, d’après l’étude « Évaluation de la mise en œuvre expérimentale de l’indemnité kilométrique pour les vélo » réalisée par le cabinet Inddigo pour le compte de l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie).

Cette étude, effectuée de juin à décembre 2014 sur les salariés de 18 entreprises françaises volontaires, constate que l’IKV multiplie par deux le nombre de cyclistes. « Nous avons compté jusqu’à 25 % de cyclistes sur 200 les salariés de l’entreprise pendant l’expérimentation, alors que d’habitude, nous tournons autour de 10 à 12 %, résume Guillaume Lucas, d’Inddigo. J’ai même un collègue qui a continué à prendre le vélo ensuite ! »

Mieux encore, cette indemnisation encourage les cyclistes à allonger leurs trajets. « Le distance moyenne parcourue est 30 % à 50 % plus importante pour les adhérents à l’IKV que celles issues de l’Enquête nationale transports et déplacements (ENTD) de 2008, de l’ordre de 3,6 kilomètres », indique le document d’Inddigo.

L’Ademe poursuit sa mesure de l’évolution de la pratique du vélo chez les salariés des 18 entreprises de la période d’expérimentation. De nouveaux résultats seront publiés début 2016. « Les changements de comportements de mobilité ne se font pas en quelques mois », dit Mathieu Chassignet, ingénieur transports et mobilité à l’Ademe. Mais « on voit que l’effet de l’IKV se renforce dans le temps. L’augmentation de la pratique est encore plus forte au bout d’un an. C’est spectaculaire. »

Avec le plafonnement de l’exonération, l’avantage comparatif du vélo par rapport aux autres moyens de transport disparaît. En effet, la prise en charge des frais réels liés à la voiture s’élève également à 200 euros par an et par salarié. La prise en charge par les entreprises du « Pass Navigo » [1] s’élève à 385 euros par an.

Le mépris du gouvernement pour le vélo

Le plafond décourage également les cyclistes qui pensaient investir dans un vélo à assistance électrique, alternative intéressante aux voitures et deux-roues les plus polluants puisqu’il permet de parcourir facilement des trajets d’une dizaine de kilomètres. « Pour amortir un vélo électrique, il faut une indemnité de 500 euros par an, calcule Mathieu Chassignet. Avec 200 euros, on est très loin du compte. »

Enfin, l’argument de M. Eckert, présenté le 11 décembre au Sénat et selon lequel « l’employeur peut, s’il le désire, accorder une indemnité au montant qu’il souhaite, mais, à partir de 200 euros par an, celle-ci sera fiscalisée et assujettie à cotisations sociales », ne convainc pas l’ingénieur de l’Ademe. « Il est très peu probable que les entreprises aillent au-delà de l’exonération, estime-t-il. Jusqu’à présent, les entreprises auraient très bien pu, spontanément, fixer une IKV non exonérée. Aucune ne l’a fait. »

Cette attaque contre l’IKV dénote le mépris du gouvernement pour le vélo. Une indemnité à 25 centimes le kilomètre avait été présentée comme une mesure antipollution par Ségolène Royal, le 30 septembre dernier sur France 2. Or, M. Eckert, sur « arbitrage rendu au nom du Premier ministre », prétend aligner l’IKV à l’indemnité kilométrique voiture pour des raisons d’équité... Ce qui a fait s’étrangler M. Baupin. « Il n’est pas illégitime qu’en tant que parlementaires, nous décidions de favoriser certains modes de transport plutôt que d’autres dès lors qu’ils sont meilleurs à la fois pour les finances, pour la qualité de l’air et pour la santé publique », s’est exclamé le député EELV.

« Favoriser le bien-être des gens, préserver leur santé permet à l’État de faire des économies », a pour sa part plaidé Evelyne Yonnet, sénatrice (PS), le 11 décembre. En effet, l’IKV « a permis de réduire de moitié le nombre de personnes ayant une activité physique insuffisante », d’après l’évaluation. Globalement, « un euro investi dans le vélo peut rapporter 6 à 7 euros selon les études », confirme Olivier Schneider, président de la Fédération des usagers de la bicyclette.

« Le seul outil posé aujourd’hui sur la table »

L’InterKoalitionVélo, nouvelle structure née ces jours-ci afin de rassembler tous les acteurs associatifs impliqués dans la promotion du vélo, reconnaît que la mesure ne constitue pas l’alpha et l’oméga d’une politique ambitieuse pour le vélo. « Ce n’est pas parmi les mesures prioritaires que l’on aurait porté en premier si on avait eu le choix, explique Olivier Schneider, président de FUB et membre de ce regroupement. Mais c’est à peu près le seul outil posé aujourd’hui sur la table, alors nous nous y accrochons pour demander d’aller au moins jusqu’au bout de sa logique. »

L’IKV représente au fond une première marche, dont la difficulté à être franchie symbolise les réticences des pouvoirs publics à rouler pour le vélo. « C’est une bonne mesure, ne serait-ce que parce que cela permet de rééquilibrer un peu les politiques favorables au vélo par rapport à toutes celles pour l’automobile », défend Pierre Gogin, président de la Fédération professionnelle des entreprises du Sport et des Loisirs (FPS), également membre de l’InterKoalitionVélo. « Il ne faut pas y aller en se bouchant le nez, mais prendre une mesure concrète. Plafonner l’indemnité à 200 euros, c’est quasiment du greenwashing ! »

L’IKV est en tout cas un symbole du hiatus entre le discours et les actes du gouvernement en matière d’écologie. « On ne sortira pas du fossile sans développement massif du vélo, qui est un outil réel pour atteindre nos objectifs de réduction des gaz à effet de serre », assure Lorelei Limousin, du réseau Action climat-France. Dans le pays du Tour de France, le recul sur l’IKV ressemble à une première sortie de route sur le long chemin de l’accord de Paris.

En stage de non-violence pour désobéir sereinement Maëlle Ausias (Reporterre) Reporterre 2015/12/21 Maëlle Ausias (Reporterre) (21 décembre 2015) En stage de non-violence pour désobéir sereinement. Reporterre. Luttes fr

En stage de non-violence pour désobéir sereinement

La lutte non-violente, pour revendiquer ses idées ou contester celles qui sont imposées, ça s’apprend. C’est même la raison d’être des Désobéissants, collectif spécialisé dans la formation à ces actions. Reporterre a assisté à l’un de leurs stages, en banlieue parisienne.

- L’Ile-Saint-Denis (93), reportage

« Alors, vous devez juste dire : “Vous n’avez pas le droit d’être ici, vous devez reculer.” D’accord ? » Rémi Filliau explique à des stagiaires hilares comment jouer le rôle des policiers pour réaliser un exercice. En attendant le début de l’activité, les « policiers » s’entraînent gentiment à empêcher des passants de traverser le parc de l’Île-Saint-Denis. Jeudi 3 décembre, en pleine COP 21, les Désobéissants ont proposé un stage de désobéissance civile. Une manière d’initier les militants aux techniques non-violentes de revendications face aux forces de l’ordre afin d’être prêt pour les nombreuses manifestations prévues en ce début décembre.

Les Désobéissants est un collectif qui forme des associations, syndicats et particuliers à la lutte non-violente. Crée en 2006 par des anciens de Greenpeace, les Désobéissants veulent permettre à tous de pouvoir contester des idées imposées et de revendiquer les leurs. Rémi : « On veut donner des outils aux militants et aux citoyens qui voient qu’il y a des problèmes dans la société mais qui ne savent pas comment s’organiser. Ils découvrent les désobéissants, viennent s’informer, se former, puis deviennent autonomes dans leurs luttes. »

La légitimité de l’action justifie son illégalité

Dans la salle de formation du 6, rue Arnold Géraux, à l’Île-Saint-Denis, près de Paris, Rémi, grand, brun, au visage taillé, discute avec la vingtaine de participants au stage. Avec une élocution et un propos très clairs, il répond aux interrogations des stagiaires en partageant son expérience, forte de 200 actions non-violentes. L’ambiance a des allures de vacances. Les participants, venus des quatre coins de la France pour manifester contre la COP 21, ont choisi de s’offrir cette journée entre deux actions.

Assis en rond, par terre, sur des chaises ou sur des tables, les stagiaires parlent de leurs expériences et de leurs ressentis. Le débat le plus vif porte sur la dissimulation ou non du visage pendant une action. Pour Rémi et les Désobéissants, pas de doute : ne pas se cacher montre qu’on assume ses actes et construit une image plus rassurante pour les médias. Par ailleurs, la légitimité de l’action justifie son illégalité, il n’y a donc aucune raison de se camoufler. « Il faut bien faire comprendre aux gens que, pour nous, cette action est certes illégale mais c’est pour le bien commun qu’on le fait. » Une Anglaise réfute : « Dans le contexte actuel, je ne comprends pas que l’on puisse inciter les gens à faire des choses illégales à visage découvert et prendre ainsi le risque d’être fiché. »

Dans la brume matinale de l’Île-Saint-Denis, le groupe de stagiaires marche en riant jusqu’au parc. Rémi demande qui a déjà connu une interpellation ou un contrôle d’identité. Cinq personnes s’avancent, dont certains l’ont vécu pour la première fois dimanche 29 novembre, place de la République, à Paris. « Vous décrochez donc votre diplôme de la police nationale ! » et joueront donc le rôle des forces de l’ordre. S’ensuivent des exercices pour franchir des barrages policiers ou créer soi-même un blocage. Du coté des « policiers » comme des « manifestants », les stratégies sont élaborées. Puis, survient le conflit.

Le premier exercice est de traverser un cordon de policiers pour faucher un champ d’OGM – en réalité un terrain de basket en béton. Le groupe de manifestant s’avance, se plante devant les forces de l’ordre et chacun, profitant d’un manque de vigilance des hommes en bleu, essaye de passer en vitesse. Rémi filme la scène avec son portable. Peu à peu, les policiers paniquent, les manifestants crient, s’accrochent les uns aux autres, le chef des forces de l’ordre met sa main sur le portable pour l’empêcher de filmer... la scène dérape, dans un flot de rires. L’exercice fini, tout le monde se met en rond et discute de ce qui aurait été mieux à faire.

« La violence, c’est la facilité »

Rémi explique les différentes manières de franchir un cordon. « Soit vous arrivez devant et vous parlez agressivement au policier, explique-t-il en s’avançant insolent vers le plus grand des stagiaire. Et puis vous essayez de passer. Mais ça passe pas », dit-il, en se faisant repousser sans ménagement. La manière non-violente consiste alors à se laisser tomber sur le dos dans les bras de policiers. « Comme ça, ils ne peuvent pas empêcher vos amis de passer », conclut Rémi en se lovant dans les bras du « policier ». Une stagiaire réplique qu’elle a utilisé cette technique dimanche 29 novembre, place de la République : « J’ai été embarquée tout de suite ! » Gêne. Le formateur répond qu’il y a forcément des conditions à respecter pour ce genre d’actions et des risques à prendre.

Le stage de désobéissance civile permet à tout un chacun d’acquérir des clés d’action et de réflexion pour la lutte non-violente, définitivement la seule efficace, selon Rémi. « Pour nous, la violence, c’est la facilité. Après, la violence est subjective, confie-t-il. On peut dire qu’il y a de la violence quand on atteint une personne physiquement ou physiologiquement. Les sabotages et les barricades, ce ne sont pas des violences. » Hélène raconte : « On m’a parlé d’une action où des gens d’Attac, qui étaient là pour un salon, étaient venus écouter un discours des Faucheurs d’OGM. Pendant le discours, alors que les policiers encadraient la foule, les Faucheurs sont partis discrètement faucher le champs. En fait, Attac avait permis de faire diversion. »

Sam [1], un Audois venu à Paris pour manifester lors de la COP 21, explique avec son accent du Sud : « Je suis là pour apprendre à agir autrement car, d’instinct, je peux parfois avoir des réactions violentes contre les CRS. » Pour Rémi, le processus est souvent le même : « Il y a une provocation policière, qui engendre une violence des manifestations qui conduit à une répression. Tout cela dégrade l’image des luttes et des manifestations. Finalement, c’est le gouvernement qui en profite. »

Alors que le groupe de « manifestants » scande à des employés imaginaires de Total « Employé, rentre chez toi, c’est bon pour le climat ! » bloquant l’accès à la balançoire du parc, Hélène s’avance d’un pas décidé. « Je suis le sergent-chef de la police et je vous ordonne de vous en aller. Vous ne pouvez pas déranger la production de Total, fleuron de l’industrie française et vitale à la création de richesses en France. » Tout le monde rigole, dans le froid hivernal de Paris. Un petit bol d’air frais avant de reprendre la lutte.

Monsieur Retailleau, avec Notre-Dame-des-Landes, ne trahissez pas la jeune génération Quentin Noire Reporterre 2015/12/21 Quentin Noire (21 décembre 2015) Monsieur Retailleau, avec Notre-Dame-des-Landes, ne trahissez pas la jeune génération. Reporterre. Tribune — Notre-Dame-des-Landes fr

Monsieur Retailleau, avec Notre-Dame-des-Landes, ne trahissez pas la jeune génération

Les bruits de bottes recommencent à se faire entendre autour de Notre-Dame-des-Landes. Mais n’est-il pas temps de tourner la page sur un projet du passé et dépassé ? C’est ce que demande un jeune ingénieur au nouveau président de la région des Pays de la Loire.

Quentin Noire est un jeune ingénieur et vit près de Nantes. Il a envoyé cette lettre ouverte à Reporterre.

A l’attention de M. Bruno Retailleau, Président de la région Pays de la Loire

Monsieur Retailleau,

Je m’appelle Quentin. Je suis un citoyen de 24 ans, ingénieur de formation (à l’Icam Nantes), résidant en Loire-Atlantique.

Je vous fais part via cette lettre du sentiment d’incompréhension qui m’anime en ce moment.

La première action que vous avez prise après votre élection à la tête de notre région a été la suivante : appeler le ministre de l’Intérieur pour lui demander d’expulser au plus vite la ZAD de Notre Dame des Landes afin de commencer les travaux de l’aéroport dans les prochains mois.

Je ne suis pas un zadiste, ni un paysan prêt à être expulsé, je suis un jeune de 24 ans au parcours « classique » qui souhaite comprendre vos motivations, vous qui nous représentez aujourd’hui.

Je ne comprends pas. Comment est-il possible de vouloir bétonner autant de surface agricole pour la construction d’un aéroport ? Pourquoi souhaitez-vous faire passer « l’emploi » avant toute considération de long terme (comme la possibilité pour l’humanité de vivre sur une planète habitable) ? Comment pouvez-vous vous lever le matin en sachant que vos petits-enfants vous accuseront d’avoir hypothéqué leur avenir au nom de la « croissance économique » ?

Monsieur Retailleau, je ne souhaite pas entrer en conflit avec vous. Je souhaite uniquement comprendre votre motivation à vouloir réaliser coûte que coûte un projet qui date d’un autre siècle. Oui, au 20ème siècle, l’aéroport de Notre Dame des Landes avait sa raison d’être, si l’on prenait uniquement en compte des critères économiques. Mais nous sommes entrés depuis seize ans dans le 21ème siècle, une période pendant laquelle les considérations écologiques sont prioritaires si nous souhaitons que les générations futures puissent vivre en toute sérénité.

En mettant la réalisation de l’aéroport de Notre Dame des Landes comme priorité de votre mandat, ce n’est pas seulement toute la jeune génération que vous trahissez. Vous trahissez vos enfants, vos petits-enfants, et tous ceux qui se sont battus dans le passé pour que le monde ne soit pas un champ de bataille.

Monsieur Retailleau, au nom de la jeunesse et des générations futures, je vous demande d’écouter. Faites l’effort d’écouter tous ceux qui mettent l’intérêt général avant toute considérations purement économiques de court terme.

Que voulez-vous que l’on retienne de vous dans dix, cinquante ou cent ans ? Vous avez le choix de décider maintenant. Voulez-vous que l’on se souvienne d’une personne irresponsable symbolisant la vision du monde du 20ème siècle où l’homme pillait la planète sans broncher ? Ou voulez-vous que vos enfants et petits-enfants se souviennent d’un homme politique courageux devenu un héros dans le monde entier après l’abandon du projet de Notre Dame des Landes ?

Oui, Monsieur Retailleau, le monde vous regarde. Notre Dame des Landes n’est pas uniquement un projet d’aéroport, c’est toute une vision du monde qui est en sursis aujourd’hui.

Ne nous décevez pas.

En vous souhaitant tout le courage nécessaire pour prendre des décisions allant dans le sens de l’intérêt général,

Quentin Noire

L’accord de Paris sur le climat est une chance à saisir par la société civile Éric Piolle Reporterre 2015/12/22 Éric Piolle (22 décembre 2015) L’accord de Paris sur le climat est une chance à saisir par la société civile. Reporterre. Tribune — Climat : de COP en COP fr

L’accord de Paris sur le climat est une chance à saisir par la société civile

Insatisfaisant sur bien des points, l’accord final de la COP 21 est pourtant « utile », écrit le maire de Grenoble. Il marque une « bascule » plaçant « nos sociétés aux portes d’un changement de cap historique ».

Éric Piolle, membre d’Europe écologie-Les Verts, est maire de Grenoble depuis avril 2014.

À l’issue de la COP 21, 195 pays, dont la France, validaient noir sur blanc l’objectif de contenir « bien au-dessous de 2 °C » le réchauffement du climat d’ici la fin du siècle. Au même moment, le gouvernement français privait de mobilisation les citoyens descendus dans la rue pour pousser les dirigeants du monde à aller plus loin, à enfin prendre des engagements juridiques et financiers concrets. Au-delà de son absurdité apparente, cette scène préfigure en réalité les relations à venir entre la société civile et les institutions sur la question climatique.

En inscrivant l’objectif des 2°C dans l’accord, tout comme celui de la neutralité carbone à partir de 2050, les États ont en effet offert une légitimité officielle et objective aux acteurs engagés pour un progrès durable et décarboné, partout sur la planète. Et elles sont déjà nombreuses, ces initiatives, qu’elles soient scientifiques ou économiques, citoyennes ou artistiques ; qu’elles soient individuelles – Nicolas Hulot, Naomi Klein, Erri de Lucca, Claude Lorius, Paul Watson, Pierre Rabhi, Moussa Samb, etc., ou bien collectives – Alternatiba ici, la fondation Urgenda aux Pay-Bas, Meu Rio au Brésil, etc. À sa façon, en touchant le cœur des 2,4 milliards de chrétiens du monde entier, l’encyclique Laudato Si du pape François contribue elle aussi à la mobilisation climatique. Hier maintenues à la périphérie du débat public, l’accord de la COP 21 les a propulsées en son cœur.

Un bélier au service des mobilisations

Car la plus grande avancée de la COP 21 n’est pas juridique ou financière, elle relève d’abord de la mise à jour collective d’une norme, celle de Progrès. Bâtir et partager un modèle de société qui respecte, et même qui valorise, les équilibres de la planète au lieu de les bafouer : voilà le nouveau cadre d’action des générations présentes et à venir. Au regard de la trajectoire empruntée jusqu’à présent par l’ensemble des 195 pays, cette bascule place nos sociétés aux portes d’un changement de cap historique !

Oui, cet accord n’est pas satisfaisant – il ne clôt pas la bataille pour le climat – mais il est utile. Aux dirigeants d’honorer au quotidien, et dans les faits, les objectifs qu’ils ont ratifiés devant la communauté internationale. Aux acteurs de la société civile d’utiliser l’accord pour ce qu’il est : un bélier au service de leurs mobilisations. On le voit, le centre de gravité du débat public s’est repositionné de part et d’autre de la question climatique.

Il suffit de constater l’attitude du gouvernement français, qui oscille entre déclarations audacieuses et choix anachroniques (des grands projets inutiles au nucléaire en passant par les nouveaux « cars Macron » où le « report » de la taxe sur les poids lourds…), pour mesurer le chemin qu’il reste à parcourir. Devant ces hésitations, l’accord issu de la COP 21 devient l’allié stratégique de la société civile, pour qu’elle continue d’exiger du gouvernement de la cohérence, le respect de la parole donnée et un peu plus de courage que prévu.

Le XXe siècle fut le siècle de tous les affrontements et de toutes les concurrences, des chocs et des blocs. Quelles que soient leurs formes ou leurs décennies, les apôtres de la croissance et de l’expansion sans limite n’auront réussi qu’à une seule chose : prendre en otage le monde et à le précipiter au bord de sa disparition. Notre génération devra apprendre, et puis transmettre, l’art de durer sans exclure, de prospérer sans ruiner et de produire sans détruire. À travers les semaines de négociations qui viennent de s’écouler apparaît le défi du siècle qui s’ouvre : par-delà les singularités, porter la coopération internationale autour d’objectifs communs plutôt que de laisser faire l’émiettement du monde.

Cadeaux de Noël : et si on pensait autrement ? Maëlle Ausias (Reporterre) Reporterre 2015/12/22 Maëlle Ausias (Reporterre) (22 décembre 2015) Cadeaux de Noël : et si on pensait autrement ?. Reporterre. Quotidien fr

Cadeaux de Noël : et si on pensait autrement ?

Les fêtes de fin d’année arrivent, et comme chaque année, le dilemme : qu’offrir ? De la joie, d’abord, et des cadeaux qui ont du sens... Voici les idées proposées par les Amis de la Terre.

Et si, plutôt que de courir dans les grands magasins et les centres commerciaux juste avant Noël, on se posait pour réfléchir à des cadeaux « qui ont un sens » ? C’est la démarche qu’a proposé fin novembre le groupe du Rhône des Amis de la Terre lors d’un atelier sur les cadeaux de Noël. « Dans cette période de surconsommation on a voulu proposer aux gens des idées de cadeaux éthiques et responsables », dit Sylvain, membre de l’association. L’atelier s’est tenu à la Super Halle à Oullins, un espace rassemblant un magasin de vente directe de producteurs locaux, une épicerie bio et un traiteur. « On a voulu toucher, en plus de notre réseau, des clients du magasin qui étaient déjà sensibilisés aux questions de consommation en matière d’alimentation » explique Laure-Hélène, épicière de la Super Halle et une des deux animatrice de l’atelier.

« On a réfléchi tous ensemble sur l’importance d’un cadeau, puis, chacun a décrit son meilleur et pire cadeau. Plus que la valeur monétaire, ce qui est ressorti de la discussion est que compte surtout l’attention de la personne qui offre, l’utilité de l’objet », relate Laure-Hélène. « C’est toucher à l’intime de parler des cadeaux qui nous ont plu, qu’on aimerait offrir... Mais ça a permis de briser la glace. Et il y a de belles anecdotes qui sont sorties, surtout quand il s’agissait des cadeaux qui nous ont déplu. » Des idées ont émergé, désacralisant le cadeau obligatoire pour chaque membre de la famille. Tel le tirage au sort, où tous les cadeaux sont mis au pot commun et distribués au hasard du sort.

Dans un deuxième temps, les participants ont élaboré une liste de personnes à qui ils voulaient offrir un présent de Noël. Puis, chacun a médité à ce qui correspondrait le mieux à la personne et comment l’acheter ou le confectionner de manière responsable. « Offrir différemment des cadeaux de Noël demande de l’anticipation. Au départ les gens étaient étonnés que la réflexion soit menée si tôt avant Noël, mais ils ont compris que ça prenait du temps de se poser pour trouver le bon cadeau à la bonne personne », analyse Laure-Hélène.

Des actions concrètes pour une consommation responsable

Cet atelier est le troisième de ce genre pour l’association des Amis de la Terre. « Depuis 2013, on réalise beaucoup d’atelier sur la consommation responsable. L’idée d’en faire un sur les cadeaux de Noël nous est apparu comme quelque chose d’original mais aussi de très pratique et concret », relate Sylvain. Le premier atelier portait sur les conséquences de nos consommations : les conditions de travail dans les pays du Sud, l’impact des déchets électroniques... et présentaient des cadeaux « alternatifs », comme des cadeaux immatériels (place pour un spectacle ou abonnements à une revue), des « bons » ou des cadeaux fait maison. L’année suivante, les animateurs ont visé le côté pratique en organisant des ateliers de création de cadeaux fait main.

« Il y a deux ans, on a proposé aux participants de s’engager à offrir aux moins deux cadeaux suivant ces démarches responsable », dit Sylvain. Et cette année, tout le monde est reparti avec une liste précise d’idées de cadeaux. « Les propositions de cadeaux que l’on peut trouver sur Internet sont assez limitées au final. En trois ans, on a eu le temps d’accumuler les adresses et idées de cadeaux », conclut Laure-Hélène.

• Pour quelques idées de cadeaux, à lire ici : le compte-rendu des idées qui sont ressorties durant cet atelier. Cadeaux immatériels, fait-maison, pour les enfants, les personnes âgées, il y en a pour tous les goûts - avec emballages réutilisables et esthétiques !

La passionnante histoire de l’herbier Vilmorin Reporterre 2015/12/22 (22 décembre 2015) La passionnante histoire de l’herbier Vilmorin. Reporterre. Nature fr

La passionnante histoire de l’herbier Vilmorin

L’épopée de la famille Vilmorin commence avant la Révolution française. Philippe-Victoire de Vilmorin, fils d’agriculteur, se passionne pour les plantes et invente en plein Paris le commerce scientifique des graines. Pendant plus de 200 ans et sur six générations, la famille est à la pointe de la recherche agronomique et horticole en France et dans le monde. Pour leurs travaux et par passion pour les végétaux, les Vilmorin constituent un herbier étonnant, le seul du genre arrivé jusqu’à nous.

Cet herbier a bien failli disparaître à la fin du siècle dernier, mais l’enthousiasme de quelques-uns l’a sorti de l’anonymat. La commune de Verrières-le-Buisson, terre des Vilmorin de 1815 à 1966, s’est attachée à valoriser ce patrimoine exceptionnel. En 2006, l’herbier, qui comprend quelque 50.000 planches botaniques – dont un herbier dédié à Parmentier, une importante collection de blés, des aquarelles du Japon, un album d’iconographie de légumes… – a été classé Monument historique.

Ce livre raconte la contribution exceptionnelle des Vilmorin à l’amélioration des plantes comestibles et d’ornement. Il est illustré de quelque cent planches, parmi les plus belles de cet herbier remarquable.

Christine Laurent, historienne de formation, anime sur Reporterre la chronique du Jardin sans pétrole. Elle a été journaliste scientifique de 1985 à 2000. Depuis 2001, elle est chargée de mission à la Mairie de Paris et travaille à la direction des Espaces verts et de l’environnement.

Les photographies sont de Johannes von Saurma, auteur de nombreux reportages autour du monde dans la presse européenne. Depuis 1990, sa recherche sur le monde du travail, l’artisanat et le spectacle fait l’objet d’expositions dans des musées et galeries, et d’éditions.

- L’herbier Vilmorin. Deux siècles de passion pour les plantes comestibles et d’ornement, Christine Laurent (textes) et Johannes von Saurma (photos), éditions Belin, 192 p., 29,9 euros

Source : éditions Belin

Les zadistes et opposants de Notre-Dame-des-Landes attendent 2016 de pied ferme Nicolas de la Casinière (Reporterre) Reporterre 2015/12/22 Nicolas de la Casinière (Reporterre) (22 décembre 2015) Les zadistes et opposants de Notre-Dame-des-Landes attendent 2016 de pied ferme. Reporterre. Notre-Dame-des-Landes fr

Les zadistes et opposants de Notre-Dame-des-Landes attendent 2016 de pied ferme

La ZAD de Notre-Dame-des-Landes sera-t-elle évacuée ? Alors que les signaux se multiplient sur la scène politique, les anti-aéroport s’organisent et mobilisent. Et convient à une journée d’action le 9 janvier. Avant un chantier solidaire à la fin du mois.

- Nantes, correspondance

Il affirme sa volonté d’en finir. Bruno Retailleau, nouveau président de la région des Pays de la Loire, en avait fait un engagement de campagne. La première sortie publique du nouveau président de droite prévoyait une entrevue avec Manuel Valls pour demander l’expulsion sans délai des zadistes. Bruno Retailleau voit cette persistance des occupations comme un « symbole de l’impuissance de l’État, de l’affaissement de l’autorité de l’État ».

La rencontre avec Valls a eu lieu au Sénat le 15 décembre. La région ne pilotant pas le dossier du maintien de l’ordre, l’ancien lieutenant de Philippe de Villiers passé à l’UMP et désormais étiqueté Les Républicains ne peut que faire une requête insistante. Mais les échanges entre le président de la région et le Premier ministre laissent place au flou et cachent un éventuel calendrier confidentiel. Travaux, évacuation, les deux ? « Depuis les déclarations de Ségolène Royal [exprimant fin octobre sa grande réserve sur la pertinence du projet d’aéroport nantais], le Premier ministre n’avait pas repris la parole. Ce n’est pas anodin, cette annonce à un président de région nouvellement élu. Mais évidemment, il faut que les travaux suivent immédiatement l’évacuation, sinon ce n’est pas la peine. Oui, c’est vrai, pour une question d’espèces protégée, la porte se referme en mars. Bien évidemment, le Premier ministre n’a pas donné de date », explique à Reporterre Louis-Marie Leroy, le nouveau directeur de cabinet de Bruno Retailleau.

« Assurer la sécurité et la compétitivité des Pays de la Loire »

L’évacuation en question concernerait une soixantaine de sites d’habitation, sans compter les fermes des paysans historiques, déclenchant forcément un soutien de tout le mouvement antiaéroport, paysans de la région inclus. « Manuel Valls est favorable aux travaux et il sait parfaitement que pour pouvoir commencer les travaux, il faudra évacuer, c’est tout ce que je peux dire », a expliqué Retailleau à la chaîne Public Sénat.

« Le Premier ministre m’a confirmé sa volonté d’engager les travaux. Je lui ai dit que je serai très attentif au calendrier, qui témoignera de la volonté et de la capacité du gouvernement à assurer la sécurité et la compétitivité des Pays de la Loire », avait fait savoir Bruno Retailleau. Aucun commentaire côté Matignon.

La posture du nouveau président de région est dans la droite ligne de son prédécesseur socialiste, Jacques Auxiette, qui, sans en avoir le pouvoir, a maintes fois réclamé l’évacuation musclée de la ZAD, avec recours à l’armée « comme au Mali », oubliant que l’Opération Serval a causé officiellement de 200 à 300 morts, casques bleus, soldats maliens, français, tchadiens, et djihadistes.

De la place dans les hôtels...

« Différentes sources proches du dossier affirment qu’une dizaine d’hôtels de l’agglomération nantaise et du pays de Retz ont été réservés par la gendarmerie pour janvier », affirme le quotidien nantais Presse-Océan le 15 décembre.

Renseignement pris auprès de deux hôtels du nord de Nantes de 300 et 81 chambres, qui ont dans le passé accueilli les forces de l’ordre, les chambres n’ont pas l’air indisponibles. Des amis de Reporterre ont pu y réserver pour un groupe d’une vingtaine de personnes pendant une semaine, première ou deuxième semaine de janvier, il y a de la place. Westotel, qui dispose de 300 chambres, propose une douzaine de chambre à prix préférentiel pour la première semaine, tarif plein la seconde semaine, « la demande étant plus forte à cette date ».

Du côté du mouvement anti-aéroport, habitants et paysans sur le terrain, la menace est cependant prise au sérieux. Le mois de janvier voit se multiplier les déplacements dans les comités locaux de toute la France et replace l’objectif : l’abrogation de la DUP, la déclaration d’utilité publique, condition sine qua non de l’abandon du projet. Objectif stratégique qui peut se retrouver totalement bousculé par une tentative d’évacuation militaire, ré-édition de l’opération César qui avait échoué en novembre 2012. Mais depuis des mois sont échafaudés des plans de blocage et d’interventions militantes en riposte à une intervention policière, tant sur place et aux abords de Nantes que dans le reste de la France. Depuis l’été dernier, des affiches ont été publiés et collées : « En cas de démarrage des travaux et d’expulsion de la ZAD, mobilisations, occupations blocages. »

Journée d’action le 9 janvier

Les appels à la remobilisation passent aussi par les rendez-vous déjà programmés. Une journée d’action est prévue le 9 janvier dans toute la France. Depuis plusieurs mois, des liens sont renoués pour raviver le réseau des comités de soutiens à la lutte de Notre-Dame-des-Landes. Il comptait deux centaines de groupes dans tout l’Hexagone aux lendemains de l’Opération César, fin 2012. Cortège alliant tracteurs et vélocipèdes, une tracto-vélo, comme celle qui a relié la ZAD de Notre-Dame-des-Landes à Versailles pendant la COP 21, est prévue ce 9 janvier, ainsi qu’une marche dans la région.

Fin octobre, la préfecture de Loire-Atlantique a rendu public un appel d’offres pour les travaux de débroussaillage de la zone et le rétablissement des accès. Pied de nez à cette annonce, les zadistes ont lancé un grand programme de travaux solidaires avec des « lots à pourvoir » pour autant de chantiers sur divers sites de la ZAD : clôtures à installer, douches à rénover, débroussaillage des ronces, coupes de haies, construction d’un mur d’escalade collectif ou aménagement intérieur de l’Auberge des Q de plomb, qui réunit tous les mois les paysans voisins et militants du mouvement. Candidature éligible à « toutes celles et ceux qui participent à la lutte dans la région et bien au-delà, qu’ils soient organisés en comités ou en groupe d’amis ».

Selon l’appel d’offre officiel du « comité de pilotage pour un avenir sans aéroport », le marché est voué « à renforcer les structures collectives, matérielles, agricoles, défensives et festives existantes sur la ZAD de Notre-Dame-des-Landes. Il s’agit de travaux divers, adaptés à tous les goûts et à tous les corps de métier. Les chantiers mentionnés devront être effectués, ou tout au moins sérieusement démarrés, les 30 et 31 janvier 2016 ». Fourches, marteaux, pinceaux et bonnes volontés sont invitées à poursuivre tout au long de l’année. Chaque lieu-dit, chemin, lieu de vie ou d’activité concerné sera jumelé avec un lieu choisi par le groupe concessionnaire « dans sa bourgade ou son quartier, pour que les échanges se prolongent bien au-delà du week-end ». La liste complète des chantiers proposés est disponible sur zad.nadir.org. Toutes les candidatures seront retenues. Dossiers à envoyer avant le 10 janvier : appeldoffreszad@riseup.net

En ville, les oiseaux sont les champions de l’adaptation Montaine Delmotte (Reporterre) Reporterre 2015/12/23 Montaine Delmotte (Reporterre) (23 décembre 2015) En ville, les oiseaux sont les champions de l’adaptation. Reporterre. Animaux fr

En ville, les oiseaux sont les champions de l’adaptation

La ville, néfaste à la biodiversité ? Ce n’est pas le cas pour les oiseaux, dont les populations augmentent, notamment à Paris. La Ville lumière, malgré des désavantages, est digne d’intérêt pour les volatiles, qui parviennent à s’y adapter.

Qui n’a jamais râlé en retrouvant une fiente de pigeon sur sa voiture ? C’est que les oiseaux, même s’il n’est pas simple pour eux de vivre en ville, s’y trouvent de mieux en mieux. « Contrairement à une idée reçue, le nombre d’espèces capables de se reproduire en milieu urbain a augmenté au cours du XXe siècle, spécialement depuis 1950, et le phénomène continue », indique Frédéric Malher, vice-président du Centre ornithologique d’Île-de-France (Corif), dans son article « Les oiseaux en ville, une surprise qui s’explique ». Mais la diversité de ces espèces reste faible.

D’après le Corif, les oiseaux les plus courants à Paris en 2013 sont le pigeon biset, le martinet noir, le moineau domestique et l’étourneau sansonnet.

On y trouve aussi des espèces plus surprenantes. Tel cet oiseau paré d’un plumage vert jaune, d’une longue queue et d’un bec crochu, large et arrondi, de couleur rouge rose. Avez-vous deviné qui il est ? C’est la perruche à collier, qui vit en Afrique centrale (Ouganda) et en Asie du Sud (Inde et Sri Lanka). On présume que les premiers individus installés à Paris se sont échappés de conteneurs d’avions-cargos à Orly et à Roissy entre les années 1970 et 1990.

Les espèces qui se plaisent à Paris sont globalement des espèces grégaires d’origine forestière. Côté alimentation, elles sont omnivores (elles mangent de tout) et opportunistes (elle profitent des restes alimentaires des autres espèces). Côté habitat, elles sont sédentaires et préfèrent nicher dans des cavités en hauteur. Ces espèces sont donc capables de s’adapter au milieu urbain et à ses conditions. « On les trouve un peu partout, surtout dans les bois de Boulogne et de Vincennes », indique David Bismuth, d’Ornithomédia, un portail d’information sur l’étude et l’observation des oiseaux. Très peu d’espèces ont disparu de Paris. Seules ont déserté la capitale des espèces migratrices, insectivores et nichant assez bas.

En ville, les oiseaux souffrent de... malbouffe

Les oiseaux choisissent de s’installer dans les villes comme Paris car ils y trouvent de nombreux avantages. La température, supérieure de 2 à 3 °C à la campagne environnante, en est un : durant l’hiver, ils ont moins froid. Leur période de reproduction est donc plus longue, explique Frédéric Malher, vice-président du Corif, dans son article déjà cité.

« Les oiseaux de Paris, originaires des montagnes ou des falaises, se plaisent sur les toits des nombreux bâtiments » qui remplacent leur habitat d’origine, indique-t-on, par téléphone, à Natureparif, l’Agence régionale pour la nature et la biodiversité d’Île-de-France. La nourriture est abondante et disponible sans effort. En conséquence, il y a « moins de compétition avec les autres oiseaux qu’à la campagne », poursuit-on, à Natureparif. Les espèces bénéficient aussi de la politique de réduction des pesticides menée par la municipalité. Pas non plus de chasseurs pour leur tirer dessus, et un peu moins de prédateurs. Ces avantages sont tels que certaines espèces comme le pigeon biset, le moineau domestique, l’hirondelle des fenêtre et le martinet noir auraient du mal à survivre en-dehors des villes et en sont dépendantes.

Mais paradoxalement, la vie en ville n’est pas toujours facile pour ces petites boules de plumes. Premier piège : la malbouffe. Que faites-vous si vous avez devant vous un plat préparé ou les ingrédients pour cuisiner ? Vous préférez la facilité. Chez les oiseaux, c’est la même chose. Ils choisissent les restes de nourriture et les aliments distribués par les humains, plutôt que les insectes, graines et autres becquées qu’ils doivent chercher dans la nature. Mais les aliments des humains ne sont pas les meilleurs pour les volatiles : « Cette alimentation inadaptée provoque une baisse de l’espérance de vie et des taches blanches sur le plumage des corneilles », constate-t-on au Corif. Elle empêche même les jeunes oiseaux de s’envoler.

Prédateurs redoutables

Les espaces verts, qui abritent les oiseaux, sont peu nombreux et éloignés les uns des autres. Le nombre d’animaux y augmente et entraîne une surpopulation. Le niveau sonore lié à la circulation les oblige à s’adapter. « Les oiseaux urbains, pour compenser les problèmes de bruit de la ville, chantent plus tôt, plus fort ou plus aigu, et de manière plus variée », observe Frédéric Malher. L’éclairage public, la pollution chimique et les ondes électromagnétiques les gênent aussi.

Les chats de compagnie des humains se révèlent enfin des prédateurs redoutables pour les volatiles urbains, comme le montre une enquête de la Ligue de protection des oiseaux (LPO).

Malgré tous les inconvénients de la ville pour les oiseaux, leur présence est importante. Elle participe à « un écosystème », indique-t-on à la LPO. « Elle crée de la biodiversité et un équilibre écologique », précise David Bismuth, d’Ornithomédia. En effet, les oiseaux limitent la prolifération des insectes, leur met préféré. Cette biodiversité urbaine est « importante pour la santé des citadins », estime Frédéric Malher, dans son article. Avec un aspect à ne pas négliger, pour M. Bismuth : « Le plaisir des yeux, bien sûr ! »

Les villes prennent conscience de la problématique des oiseaux, notamment la ville de Paris. « La capitale a mis en place un plan biodiversité et essaye de gérer les problèmes qu’ils peuvent », observe Natureparif. « Paris met en œuvre des politiques de réduction des pesticides », signale Frédéric Malher. La Ville lumière « limite aussi la pollution lumineuse en éclairant moins la nuit. En plus, cela permet des économies ! » explique Denis Couvet, professeur au Muséum national d’histoire naturelle. Il y a de l’idée, mais tout n’est pas parfait. « Paris fait élaguer les arbres » qui sont le refuge des oiseaux et « l’herbe y est trop souvent coupée », explique la LPO.

Il existe pourtant des solutions simples à quelques-uns de ces problèmes. « Tondre l’herbe deux à trois fois par an suffit. Dans les copropriétés, les propriétaires peuvent se mettre d’accord pour laisser pousser le gazon dans le parc ou la parcelle de végétation appartenant aux immeubles », poursuit la LPO.

Comment les aider ?

Paris a également posé des nichoirs pour les faucons pèlerins, une espèce qui s’était raréfiée dans les années 1950 à cause des pesticides. Avec succès : un couple de faucons résidant dans le XVe arrondissement a donné naissance à trois petits en 2013, une première depuis 1947 !

« On pourrait enherber les toitures et mettre d’autres nichoirs pour d’autres espèces d’oiseaux », continue la LPO. Mais aussi, renforcer le ramassage des déchets, aménager des espaces verts et des friches y compris en centre-ville...

Les villes ne sont pas seules à pouvoir agir. Vous aussi, vous pouvez aider les oiseaux ! L’hiver, n’hésitez pas à nourrir les passereaux avec des graines et d’autres aliments spécialisés. Cette nourriture, riche en calories, leur convient bien pendant les périodes de gel, car ils consomment énormément d’énergie. Mais gare au pain, qui leur fait gonfler le ventre et provoque des troubles digestifs. N’oubliez surtout pas de mettre de l’eau à leur disposition car les points d’eau les plus proches sont souvent à un ou plusieurs kilomètres de là. Pensez aussi à la changer le plus souvent possible.

L’hygiène a aussi son importance : il faut régulièrement nettoyer les mangeoires et leurs alentours pour retirer fientes, restes alimentaires et éviter la transmission de maladies. Installez aussi des nichoirs.

Si vous voulez aussi aider les autres oiseaux, plantez des arbres à baies dans votre jardin, si vous en avez un. Enfin, évitez l’utilisation de pesticides pour préserver la santé de nos amis les bêtes.

À TÉLÉCHARGER

- Le rapport d’activité 2013 de l’Observatoire régional des oiseaux communs à Paris. Le rapport d’activité 2013 de l’Observatoire régional des oiseaux communs à Paris.

Le train perd ce qu’il « avait d’imprévu, de rencontre et de poétique » Entretien avec Benoît Duteurtre Reporterre 2015/12/23 Entretien avec Benoît Duteurtre (23 décembre 2015) Le train perd ce qu’il « avait d’imprévu, de rencontre et de poétique ». Reporterre. Entretien — Transports fr

Le train perd ce qu’il « avait d’imprévu, de rencontre et de poétique »

Benoît Duteurtre est un amoureux des trains, mais un amoureux éconduit. Disparition de lignes, fin de la tarification au kilomètre, systèmes de réservation et de contrôle de plus en plus sophistiqués, gares éloignées du centre-ville ou devenues des galeries commerciales… La poésie du voyage s’efface. Mais le système ferroviaire est un miroir des mutations contemporaines.

Benoît Duteurtre est un romancier, essayiste et critique musical français. Son dernier livre, La Nostalgie des buffets de gare, est paru aux éditions Payot et Rivages.

Reporterre – La SNCF s’appelle Société nationale des Chemins de Fer, mais peut-on encore considérer le service ferroviaire comme un service public ?

Benoît Duteurtre – C’est ce que j’appelle la schizophrénie française : ce double-jeu où, d’un côté, on sert de grands discours de service public, mais de l’autre la réalité est à la privatisation permanente. En France, qui est un pays marqué historiquement par son centralisme et son attachement à une certaine tradition étatique, l’Etat n’a jamais fait son « outing » néolibéral. Aucun pouvoir, de droite comme de gauche, ne veut dire qu’il sacrifie le service public, même s’il le fait concrètement. C’est exactement ce qui se passe pour les trains en France : personne ne remet en cause l’existence de la SNCF comme grande entreprise d’Etat, et en réalité, toutes les réformes menées à l’intérieur visent à l’aligner sur le modèle de l’entreprise privée.

Vous affirmez que le service ferroviaire se calque sur le modèle aérien. Comment ?

L’aérien est entré beaucoup plus vite que le chemin de fer dans cette logique d’entreprise, de marque et de concurrence. C’est certes lié aux contraintes géographiques : pour déplacer des trains, il faut un réseau ferré fixe qui demande, de fait, une sorte de gestion publique – qui est moins nécessaire dans l’aérien.

Mais aujourd’hui, on calque le service sur le modèle aérien, à l’image du système de réservation, fondé sur la modulation des prix en fonction de la demande et des objectifs de remplissage, en remplacement du « prix unique du kilomètre », fondement de l’ancien service public. Le système Socrate, acronyme de Système offrant à la clientèle des réservations d’affaires et de tourisme en Europe, a d’ailleurs été acheté par la SNCF à American Airlines.

Autre exemple, c’est le développement de gammes low-cost, comme Ouigo. Transformer les trains en marques contribue à déstructurer l’idée d’un service global – et donc de service public. Ce n’est plus qu’un groupe d’entreprises où chaque train est une entreprise.

Vous insistez sur la « centre-commercialisation » des gares, qui ressemblent de plus en plus aux aéroports. Cela remet en cause ces lieux comme espace public. Notre photographe n’a ainsi pas pu prendre de photos de la gare Saint-Lazare sans autorisation…

Transformer le temps d’attente en temps d’achat : c’est le principe même de la rénovation de la gare Saint-Lazare. Rendre compte de la métamorphose du monde en galerie commerciale est une sorte d’obsession chez moi. Cette transformation de l’espace est directement perceptible à Saint-Lazare : on a perdu tout ce qu’on avait d’imprévu, de rencontre et de poétique dans ces lieux. C’est ce qui a donné le titre à mon livre : la disparition des buffets de gare et des comptoirs en zinc, et des serveurs, remplacés par des restaurants en libre-service, où le consommateur fait tout lui-même, du choix des produits jusqu’à la file d’attente pour régler à la caisse.

Cela induit une transformation profonde de l’idée de « service » : l’usager devenu client finit par s’en charger lui-même. Il doit tout faire : imprimer le billet de train chez lui, se rendre au wagon-restaurant, etc. Ainsi, le service, devenu entreprise commerciale, tend à réduire toujours plus son personnel et à imposer à la clientèle la totalité des tâches. Cela ne vaut pas que pour le train, c’est une tendance fascinante de nos sociétés.

La salle des « pas perdus » serait devenue la salle des « pas rentabilisés » : le développement du TGV et de son idéal de vitesse ont-ils favorisé cette tendance ? La grande vitesse contribue à cette rentabilisation maximum du temps et à cet accroissement de la productivité de chaque individu – on fait des réunions à Lyon ou à Marseille dans la journée mais on est rentré le soir à Paris pour être opérationnel dès le lendemain matin. Cela a engendré une distinction entre le monde du rapide et le monde du lent, le monde de la rentabilité et le monde du service.

Je ne nie pas le côté pratique ni la fascination que peut induire la prouesse technique du TGV. Mais le train ne se résume pas à la possibilité de se déplacer le plus rapidement possible d’un point à un autre sur le territoire. C’est une irrigation de l’ensemble de ce territoire.

Que penser des projets de nouvelles lignes LGV annoncées par le gouvernement ?

Je ne suis pas contre le développement de la grande vitesse en soi, à condition qu’elle soit un élément supplémentaire dans l’ensemble du réseau. La grande vitesse doit être reliée au réseau secondaire, pas créer un autre réseau. Or, c’est ce que nous faisons actuellement ! Les nouvelles gares TGV ne sont plus connectées au réseau existant : quand vous descendez à Aix-TGV, vous ne pouvez pas accéder directement à la gare centrale d’Aix, il vous faut prendre un bus ou une voiture…

On crée donc, de toutes pièces, un autre système de chemin de fer, fondé sur d’autres conceptions économiques, à la place de celui qu’on laisse mourir à l’abandon et que l’on veut ensuite remplacer par des autocars… Je ne suis pas du tout d’accord avec ce projet. Il faut d’abord perfectionner le réseau existant, en y ajoutant ensuite, pourquoi pas, des lignes rapides.

D’autant qu’on finit par perdre les bénéfices écologiques de l’utilisation du train...

Le train est le meilleur mode de transport… à condition qu’il desserve tout le territoire ! Pas s’il rend la voiture de plus en plus obligatoire puisque les gares sont moins nombreuses et situées hors des villes.

Que Macron ait pu lancer sa loi sur les autocars au moment où le président Hollande préparait la COP 21 en se présentant comme le grand défenseur de la qualité de l’air et de la lutte contre le réchauffement climatique - c’est ahurissant. La politique devient un discours de communication qui n’a plus rien à voir avec l’action réelle des pouvoirs publics.

Paradoxalement, en refermant votre livre, on pourrait finir par croire qu’il n’y a plus d’autres solutions que la loi Macron, justement...

On laisse délibérément pourrir un certain nombre de services pour que, finalement, le public en arrive presque à être satisfait de leur disparition. C’est une technique communément répandue.

Mais, pour moi, rien ne se compare au train, on ne peut pas le remplacer par des autocars. Le train est un mode de transport particulier, exceptionnel, par son confort, sa régularité, la liberté qu’il laisse à l’usager de se reposer, de travailler, de bavarder, de manger, de se dégourdir les jambes. C’est un produit hautement civilisé qu’on veut aujourd’hui regarder comme quelque chose de dépassé, démodé qu’on voudrait remplacer par un nouveau modèle. Je pense au contraire que le « vieux » modèle du train desservant l’ensemble du territoire était une des grandes réussites de la modernité – à partir du moment où l’on considère la modernité comme un gain dans la qualité de la vie.

- Propos recueillis par Barnabé Binctin

- La Nostalgie des buffets de gare, Benoît Duteurtre, éditions Payot et Rivages, 112 p., 40 euros.

Le prix du pétrole est bas ? C’est pourtant sa fin. Qui annonce la fin de la croissance Matthieu Auzanneau Reporterre 2015/12/23 Matthieu Auzanneau (23 décembre 2015) Le prix du pétrole est bas ? C’est pourtant sa fin. Qui annonce la fin de la croissance. Reporterre. Tribune — Économie fr

Le prix du pétrole est bas ? C’est pourtant sa fin. Qui annonce la fin de la croissance

Et si nous atteignions les limites de la croissance économique ? C’est l’hypothèse défendue ici : les cours très bas du pétrole rendent impossible les investissements nécessaires pour puiser dans les réserves encore disponibles. Le moteur de la croissance, l’énergie fossile, va donc bientôt caler. Entraînant la chute de l’économie.

Matthieu Auzanneau est spécialiste de l’énergie. Il anime le blog Oil Man, chroniques du début de la fin du pétrole. Il est l’auteur d’Or noir. La grande histoire du pétrole , publié à la Découverte

De lourds nuages s’amoncellent (encore) au-dessus de l’économie mondiale. Tandis que des experts de la Banque des règlements internationaux s’inquiètent de l’avenir d’un monde « dans lequel les niveaux d’endettement sont trop élevés, la croissance de la productivité, trop faible, et les risques financiers, trop menaçants », la banque britannique HSBC constate tout simplement : « Nous sommes déjà en récession. » Nouveaux médecins de Molière, les économistes paraissent plus démunis que jamais. Même le patron de la Banque centrale européenne, Mario Draghi, « porte un chapeau trop grand » pour lui, estime le quotidien économique les Échos, « un chapeau qui lui couvre les yeux, mais qui ne l’empêche pas de foncer ». La confiance règne.

Résumé des épisodes précédents :

- la crise de 2008 fut une crise de la dette ;

- les grandes banques centrales y ont remédié grâce… à davantage de dette, notamment en abaissant plus bas que jamais les taux d’intérêts ;

- chacun voit bien qu’il serait grand temps de décider d’une remontée de ces taux d’intérêt, si l’on veut résorber un endettement global parvenu à un niveau saugrenu (210 % du PIB mondial, contre « seulement » 180 % en 2008) ;

- toutefois, les maîtres de la finance redoutent que le retour à des taux d’intérêt normaux provoque une récession planétaire (un resserrement monétaire est qualifié de « principale menace pour l’économie mondiale » dans la version provisoire d’un récent communiqué de la Banque centrale états-unienne).

L’alternative à laquelle le capitalisme mondial paraît voué se résume ainsi :

- soit la bulle gigantesque de la dette explose d’elle-même ;

- soit elle explose à cause d’une remontée des taux d’intérêt.

L’économie de croissance peut-elle échapper à cette prise du crabe ? Le diagnostic que je vais résumer (développé auparavant ici) n’est qu’une hypothèse, en même temps qu’une question fatidique :

Et si l’actuel ralentissement de l’économie était en passe de révéler les « limites à la croissance » annoncées dans le rapport du club de Rome de 1972 ?

On a souvent considéré qu’une limite à la croissance devrait se manifester par une hausse sans fin des cours du pétrole et des autres grandes matières premières. Au contraire, les limites de la croissance pourraient être révélées par un prix des matières premières trop bas, c’est-à-dire par une demande globale trop faible pour que reste rentable l’extraction sans cesse plus coûteuse des flux de matières requis par la croissance. Un prix trop bas, autrement dit, pour financer la nécessaire quête de nouvelles sources intactes de pétrole à très grande profondeur au large du Brésil ou sous le pôle Nord, ou bien encore pour financer le déploiement massif des énergies renouvelables.

Exagérations (ou purs mensonges) de Pékin

Marqué par l’effondrement inattendu des cours du pétrole, le ralentissement présent de l’économie (c’est-à-dire en particulier de la croissance chinoise, laquelle assure à elle seule la moitié de la croissance mondiale) amène à reconsidérer ce qu’il se passe vraiment depuis la crise de 2008, au-delà des subterfuges monétaires par lesquels le système financier a pu empêcher sa propre implosion.

À mon sens, le symptôme décisif est précisément cet effondrement du prix du pétrole brut, passé depuis l’été 2014 de plus de cent dollars à une cinquantaine de dollars seulement.

Avant la révélation, durant l’été 2015, des exagérations (ou des purs mensonges) de Pékin au sujet du rythme de croissance de la Chine, la conjoncture économique mondiale présentait des caractéristiques fort surprenantes. Si, en dépit d’une croissance chinoise que l’on croyait encore être fulminante, les cours du brut étaient capables de chuter autant, cela voulait forcément dire que nous étions en train d’entrer dans une nouvelle ère d’abondance énergétique et matérielle. En particulier, les sombres pronostics d’un déclin imminent, pour cause de limites géologiques, de la production pétrolière mondiale se révélaient nuls et non avenus.

Aux yeux des économistes, tout dès lors redevenait possible, sinon envisageable. Grâce à la fracturation hydraulique et aux hydrocarbures de schiste, ces diables d’États-uniens avaient bel et bien réussi à repousser une fois encore le spectre de l’épuisement de l’or noir. Les « limites à la croissance » et même toute limite au génie technique humain apparaissaient à nouveau comme fumisteries bonnes à effrayer des écolos dépressifs. Preuve était faite que la technologie était capable d’à peu près n’importe quoi. C’est à peine si quelques-uns s’étonnaient de voir les émissions de CO2 de la Chine ralentir malgré la croissance de son économie. Le paradoxe s’expliquait par un boom jugé « miraculeux » des énergies renouvelables. Ce miracle chinois venait opportunément faire pièce, aux yeux des écologistes technolâtres, à un autre « miracle » : celui du boom du gaz et des pétroles de schiste aux États-Unis.

Las, les lois physiques sont intransigeantes : la croissance de la Chine était bel et bien exagérée (le ralentissement de ses émissions s’avère probablement dû au fléchissement de sa demande de charbon).

Si l’effondrement des cours du brut est un symptôme décisif de l’état réel de l’économie, il n’est pas pour autant isolé. Car outre le pétrole, ce sont les cours de toutes les grandes matières premières industrielles qui ont chuté, signe évident du ralentissement de l’activité industrielle chinoise et mondiale, et non du début d’une nouvelle ère d’abondance.

Les économistes sont des horlogers newtoniens

« Et alors ? entends-je maugréer le lecteur impatienté, ce n’est pas la première fois que les économistes se trompent ! » Prête encore patience, ami lecteur, car il se pourrait qu’il y ait bien mieux dans tout ceci, ou bien pire.

Admettons qu’ainsi qu’ils le prétendent, les économistes aient compris ce qu’est la toile de fond qu’ils analysent, mais qu’ils se trompent dans l’interprétation des scènes qu’ils observent sur cette toile. Sur le tableau que les économistes perçoivent, un « cycle économique » finit toujours par en chasser un autre, perpétuellement : dans le cas présent, si les prix des matières premières ont chuté, alors la demande en profitera tôt ou tard pour repartir, et les prix remonteront jusqu’à permettre aux industriels d’investir à nouveau et d’accroître la production. La croissance économique pourra repartir.

Une remarque sur cette vision des choses. Si les économistes ont tendance à penser en termes de cycles, c’est que leur « science » est née petite sœur de la science physique, lorsque celle-ci obéissait à une approche « mécaniste », envisageant les phénomènes physiques comme des mécanismes indéfiniment reproductibles. C’était avant l’avènement de la thermodynamique, laquelle, par la découverte de l’entropie, a imposé au temps sa flèche irréversible.

La vision dominante de l’économie souffre de ce retard conceptuel congénital. Les économistes sont des horlogers newtoniens s’attardant à concevoir des mouvements perpétuels, lorsque les physiciens bannissent pareilles chimères depuis plus d’un siècle.

Pendant ce temps, les champs de pétrole s’épuisent.

La grave crise dans laquelle l’effondrement des prix du brut plonge l’industrie pétrolière mondiale promet (pas simplement à mes yeux, voir également ici ou encore là) d’avoir de graves conséquences sur le futur de l’économie de croissance toute entière. Les investissements dans les pétroles non-conventionnels et extrêmes (sables bitumineux canadiens, pétroles de schiste aux États-Unis, puits offshore ultra-profonds au Brésil, forages en Arctique), censés suppléer le pétrole conventionnel, sont à peu près à l’arrêt aujourd’hui. Après s’être relevée de ses cendres grâce à la fracturation hydraulique et aux pétroles de schiste, la production américaine d’or noir connaît de nouveau le déclin depuis le mois d’avril. Et si les cours ne remontent pas, le déficit d’investissements finira aussi par avoir un lourd impact sur les grands producteurs de pétrole conventionnel, dont beaucoup – Venezuela, Mexique, Algérie, Norvège, Indonésie, Gabon, etc. – se trouvaient déjà dans l’incapacité de maintenir leurs extractions lorsque le prix du baril planait à plus de cent dollars.

Sous forme de pétrodollars, l’or noir a remplacé le métal jaune

Malgré elle, l’industrie du pétrole (la première du monde) se trouve depuis dix ans engagée dans une course périlleuse sur un tapis roulant très vite en sens inverse. Ce tapis roulant, c’est le déclin dit « naturel » de nombre de régions pétrolifères plus ou moins anciennes. Afin, ne serait-ce que de maintenir la production mondiale de brut, les pétroliers doivent mettre en production l’équivalent de quatre nouvelles Arabie saoudite, soit rien de moins que la moitié de cette production mondiale… tous les dix ans ! Tôt ou tard, cela deviendra impossible, faute de réserves suffisantes techniquement exploitables de façon rentable.

Tel est le fond de la question du « pic pétrolier ». En bref, (1) si les investissements s’arrêtent aujourd’hui, la production chutera demain, et surtout (2) tenter de maintenir cette production deviendra de plus en plus coûteux, nécessairement. Pour quelle raison ? À cause d’un tropisme bien naturel : ce que n’est qu’une fois que l’on a cueilli les plus beaux fruits à portée de main que l’on se résout à risquer chaque année des dizaines de milliards de dollars pour aller forer au-delà du cercle polaire ou jusqu’à dix mille mètres sous la surface des flots, et pour fracturer les roches mères et excaver les sables bitumineux avec une intensité et sur des superficies toujours plus phénoménales.

Rappel : la chute des prix du pétrole, on l’a vu, n’est pas fondamentalement la conséquence du boom des pétroles de schiste, d’ailleurs aujourd’hui interrompu, mais le résultat d’un net fléchissement de la croissance. Un fléchissement (voire une récession) qui fait chuter les cours du brut, mais aussi ceux de la plupart des autres matières premières.

Le danger sur lequel je voudrais attirer l’attention est que l’activité économique globale pourrait d’ores et déjà ne plus être en mesure de générer suffisamment de richesses pour faire face à l’inflation écologiquement inévitable des coûts d’extraction de certaines matières premières essentielles, et du pétrole en tout premier lieu. La question des « limites à la croissance » que remet à l’ordre du jour la décélération de l’économie – que de nombreux économistes qualifient désormais de « stagnation séculaire », et qui remonte en fait aux chocs pétroliers des années soixante-dix – est une question de solvabilité de la demande face à des contraintes physiques et des coûts économiques d’extraction promis à s’élever sans cesse, et peut-être finalement inaccessibles si jamais ils s’accroissent trop rapidement par rapport aux revenus des consommateurs engendrés par la croissance.

Voici trois indices d’une telle éventualité :

- 1. Les majors occidentales du pétrole sont en déclin. Faute d’obtenir des retours suffisants sur leurs investissements, la plupart des grandes compagnies pétrolières occidentales ont décidé simultanément, début 2014, de réduire leurs investissements dans la production six mois avant la chute des cours du brut, alors même que le baril se maintenait depuis quatre ans au plus haut. À l’instar du groupe français Total, depuis le milieu des années 2000, ces pétroliers se sont en effet avérés incapables de maintenir leurs extractions de brut, en dépit d’un accroissement historique de leurs efforts d’investissement rendu possible par une envolée non moins historique du prix du baril. Encore une fois, avant la chute des cours, de la mer du Nord à l’Indonésie, c’est comme si ces firmes avaient déversé toujours davantage d’engrais pour n’obtenir que des récoltes de plus en plus médiocres...

- 2. Le pétrole russe est menacé de déclin. Par une dépêche laconique en 2014, toujours avant la chute des cours, le Kremlin mettait en garde contre une imminente chute « attendue » de la production russe d’or noir. Pourtant, à peu près n’importe quel projet pétrolier était alors finançable. La limite n’était pas économique, mais bel et bien naturelle, géologique. Depuis un siècle, les ressources pétrolières russes sont intensément exploitées. Plus vite on vide un verre, plus vite il se vide. Maintenant que la moitié de la valeur du baril s’est évaporée, tarissant l’investissement, de sérieux doutes pèsent sur la capacité de la Russie (un leader mondial du brut dont de nombreux puits atteignent des taux de déclin « naturels » de pas moins de 10 % par an) à empêcher la chute d’une production d’hydrocarbures dont l’Union européenne est le principal client…

- 3. Derrière le miracle des gaz et pétroles de schiste, la politique de la FED, la Banque centrale des États-Unis. Last but not least, la plupart des experts s’accordent à considérer que le boom du gaz et des pétroles de schiste n’aurait pas eu lieu sans la politique monétaire plus qu’accommodante mise en place par la FED, en réponse à la crise de 2008. Il se trouve que la chute des cours du baril coïncide aussi bien avec le début de retour à la normale décidé par la Banque à l’automne 2014, qu’avec le coup d’arrêt du boom des hydrocarbures de schiste. Les pétroles de schiste étaient jusqu’alors considérés comme la forme de pétrole non-conventionnel la plus prometteuse (car la moins chère) pour compenser le déclin de nombreuses importantes sources de pétrole conventionnel parvenues « à maturité ». La planche de salut est en fait une planche à billets, et elle s’avérerait pourrie si elle ne pouvait perdurer que dans le contexte de politiques monétaires exceptionnellement généreuses.

Dans l’[histoire du pétrole que j’ai écrite, j’inspecte les liens méconnus entre l’amorce décisive du déclin du pétrole conventionnel aux États-Unis en 1970, le choix de Washington de mettre fin en 1971 à l’étalon-or qui a marqué le début d’un règne absolu de « l’argent-dette », et enfin le premier choc pétrolier de 1973. Sous forme de pétrodollars, l’or noir a remplacé le métal jaune comme incarnation ultime et par excellence de la valeur économique. L’or, symbole immémorial de rareté, a été supplanté par un symbole trompeur d’abondance.

Subterfuges monétaires

La crise de 2008, dite crise des subprimes, a coïncidé avec l’atteinte du record absolu des cours du brut, et avec le plafonnement jugé depuis irrémédiable de la production mondiale de pétrole conventionnel (laquelle constitue 80 % de la production totale de carburants liquides). Malgré cela, rares sont ceux qui comme moi envisagent la possibilité que cette crise de 2008 ait pu être directement, non seulement un choc pétrolier, mais aussi et surtout la première crise économique de l’histoire engendrée par une limite écologique globale.

Les subterfuges monétaires mis en place en réponse à la crise de 2008 auraient dès lors servi à masquer l’avènement des premières limites à la croissance. Jusqu’à l’automne 2014 (c’est-à-dire jusqu’au début de la fin de la politique d’« assouplissement quantitatif » de la FED et jusqu’à la chute concomitante des cours du baril), ces subterfuges auraient permis au prix du pétrole de se maintenir au niveau très élevé nécessaire au financement du développement très coûteux de nouvelles sources de carburant, indispensable afin de compenser le déclin de quelques-unes des plus grandes zones traditionnelles de production de pétrole « facile ». Un niveau de prix insoutenable pour les consommateurs (comme ce fut le cas lors de la crise de 2008) en l’absence de ces subterfuges.

Si cette hypothèse est juste, l’issue est sombre : ce serait celle d’une grave déflation par la dette.

Certes, ces subterfuges peuvent encore durer, lorsque l’idée même de valeur économique telle qu’elle est incarnée par l’argent-dette est devenue pour le moins énigmatique (que signifie encore cette valeur une fois que sont apparus des taux d’intérêt négatifs ?) Mais le gonflement perpétuel de la dette que les tours de passe-passe monétaires encouragent risque d’atteindre un jour ou l’autre le point de rupture. Si cela se produit, la croissance mondiale ralentira fortement, les cours des matières premières chuteront encore davantage, la valeur des capitaux industriels s’effondrera en même temps que leurs productions. En particulier, il risque fort de devenir impossible d’empêcher le « déclin naturel » de la source d’énergie la plus nécessaire à nos sociétés thermo-industrielles.

Et si je me trompe, il me reste encore une chose à écrire : ceux qui croient l’écologie capable de transformer la politique doivent se pencher sur le lien consubstantiel qui unit production d’énergie et croissance de l’économie. Ne serait-ce que parce qu’une déflation par la dette, et tôt ou tard le déclin de la production de pétrole, rendraient très incertain le déploiement massif des produits industriels sophistiqués globaux qui constituent l’appareillage de transformation des sources renouvelables d’énergie. Il est douteux que quelque chose comme une « croissance verte » survive à la sortie de gré ou de force des énergies fossiles.

- Or noir. La grande histoire du pétrole, de Matthieu Auzanneau, La Découverte, 718 pages, 26 €.

- L’avis de Reporterre sur ce livre : Remarquable ! A lire sans hésiter. Vaut le meilleur roman de plage - mais l’histoire est vraie !

Jean-Marie Pelt est parti vers les étoiles Barnabé Binctin (Reporterre) Reporterre 2015/12/24 Barnabé Binctin (Reporterre) (24 décembre 2015) Jean-Marie Pelt est parti vers les étoiles. Reporterre. Culture et idées fr

Jean-Marie Pelt est parti vers les étoiles

L’écologiste et botaniste Jean-Marie Pelt est décédé mercredi 23 décembre. Pionnier de la lutte contre les OGM, merveilleux vulgarisateur, il a toute sa vie raconté combien la nature est indispensable aux sociétés humaines.

Jean-Marie Pelt est décédé, mercredi 23 décembre, à l’âge de 82 ans, d’un infarctus au lendemain d’une seconde opération.Fatigué, il était hospitalisé depuis une dizaine de jours et une première opération.

Agrégé de pharmacie, Jean-Marie Pelt était un scientifique passionné de nature, à la fois biologiste et botaniste, deux matières qu’il a longtemps enseignées à l’Université. Une vocation à la croisée d’un savoir colossal et de son envie de le partager : « C’est quelqu’un qui a toujours été passionnant par son immense culture de la nature. C’était un pédagogue essentiel pour comprendre les fonctionnements de la biodiversité. Il savait parler à tout le monde » décrit François de Beaulieu, porte-parole des Naturalistes en lutte, interrogé par Reporterre.

Denis Cheissoux, « ami de 25 ans » du botaniste, anime la célèbre émission « CO2 mon amour » sur France Inter, dont Jean-Marie Pelt était un chroniqueur régulier. Interrogé par Reporterre, Denis Cheissoux dit que le professeur honoraire était un « encyclopédiste de la trempe des humanistes du XVIIIe siècle. Il a mené un véritable travail de relieur entre les fleurs, les animaux et les hommes. Il a énormément voyagé, et connaissait particulièrement bien le Moyen-Orient : il a herborisé en Syrie, en Irak, en Afghanistan, au Yémen, etc. ».

« Formidable vulgarisateur » pour Antoine Waechter qui a régulièrement croisé sa route, Jean-Marie Pelt fut aussi un écrivain prolixe, avec plus de 120 publications scientifiques et une soixantaine d’ouvrages de botanique ou d’écologie. Parmi les plus connus, son Tour du monde d’un écologiste a connu un franc succès en 1990, avec plus de 100.000 ventes.

Reporterre s’est souvent fait l’écho de ses ouvrages, celui de son dialogue avec Pierre Rabhi ou lors de la parution des Carnets de voyage d’un botaniste. Nous l’avions aussi interviewé plusieurs fois, notamment lors de la parution de Héros d’humanité.

Figure de l’écologie reconnue par tous, Jean-Marie Pelt s’était rarement associé au mouvement de l’écologie politique. De la politique, il en a pourtant fait longtemps, à Metz, où il fut premier adjoint au maire pendant treize ans, de 1970 à 1983. C’est dans la cité lorraine, à quelques kilomètres de Thionville où il naquit en 1933, qu’il s’est fait une réputation internationale, qui lui vaut notamment le surnom de « Konrad Lorenz du monde végétal » (Lire le portrait de La Croix, en 2009). A Metz, il s’est fait le promoteur de l’écologie urbaine en lançant notamment l’Institut européen d’écologie, en 1971, qu’il a présidé jusqu’à son décès. « Il a fait de Metz une ville-jardin plutôt qu’une ville éventrée par des autoroutes 2x2 voies. Jean-Marie était un homme de terrain, c’est lui qui a créé avec toute son expérience la dynamique de l’écologie urbaine » raconte Denis Cheissoux.

L’homme s’est cependant le plus souvent tenu en retrait du jeu politique. « C’est vrai qu’il s’en méfiait, il a vu très tôt la dérive des partis écologistes qui ont fait de la politique comme tous les autres – pas du tout autrement », confirme Denis Cheissoux. Cela ne l’a jamais empêché de prendre des positions politiques fortes – encore récemment, sur le projet de Notre-Dame-des-Landes auquel il avait redit son opposition le mois dernier (voir la vidéo ici).

« Jean-Marie Pelt a toujours rappelé avec force l’absurdité environnementale de ce projet » souligne François de Beaulieu.

Scientifique, écrivain, vulgarisateur, conférencier talentueux, Pelt a multiplié les terrains, les supports et les activités différentes pour passer le message de la « beauté de la nature », selon les mots de Denis Cheissoux. « C’était un homme de conviction, et courageux, quand il a fallu mener le combat contre les OGM » se rappelle le présentateur radio. Dès 1996, Jean-Marie Pelt a dénoncé les biologistes jouant aux « apprentis-sorciers ». En mai 1996, précurseur, il avait tenu une conférence de presse au Museum d’histoire naturelle pour appeler au moratoire sur les OGM.

Il avait ensuite participé à la création du CRII-GEN (Comité de recherche et d’information indépendantes sur le génie génétique), dont il fut longtemps secrétaire général. Il fut aussi « parmi les premiers à pointer les dangers de l’amiante » a par ailleurs rappelé hier Dominique Gros, actuel maire de Metz.

Dans ces luttes comme dans son travail d’écrivain, Pelt transmettait le même message : il faut repenser les rapports humains à la nature, les sociétés humaines ne peuvent pas vivre en méprisant les écosystèmes. « Son véritable combat, c’était de ravauder, au noble sens de la langue française, c’est-à-dire recoudre ensemble, raccommoder cette scission entre l’humain, devenu technicien de tout, et la nature, chaque jour un peu plus saccagée », analyse Denis Cheissoux. Pourfendeur du productivisme et de l’hyper-consommation, c’est la société technicienne que visait Jean-Marie Pelt. Dans le passage, qu’il déplorait, d’une agriculture de l’agronomie du paysan à la chimie des grandes multinationales, il voyait même quelque chose « d’immoral », disait-il encore en septembre dernier à « CO2 mon amour ».

Dans sa réflexion spirituelle, ce chrétien très croyant a toujours gardé un principe fondamental : « la foi en la vie », dit Denis Cheissoux. « Jean-Marie, c’était un sourire. Un type très jovial, qui avait une grande bienveillance à l’égard de son prochain ». Aux côtés de Pierre Rabhi – avec qui il travaillait encore à une suite à leur dernière conversation sur Le monde a-t-il un sens ? – d’Hubert Reeves ou d’Edgar Morin, Jean-Marie Pelt faisait partie des grands humanistes écologistes de ce début de XXIe siècle.

Réécouter Jean-Marie Pelt sur Reporterre :

- Pourquoi les botanistes

- Pourquoi la crise écologique est-elle une crise du sens ?

Le mot de Hervé Kempf

Je connaissais Jean-Marie Pelt depuis mai 1996. J’avais alors suivi sa conférence de presse au Museum d’histoire naturelle - nous n’étions que deux journalistes - durant laquelle il avait lancé en précurseur, avec ses amis d’Ecoropa, l’Appel au moratoire sur les OGM. J’ai appris ensuite à découvrir son travail de botaniste, l’interrogeant de loin en loin à propos des OGM.

Et puis, nous nous sommes croisé plus régulièrement depuis quelques années, devenant des amis. Jean-Marie Pelt était, humainement, un homme chaleureux, simple, modeste, et toujours malicieux. En quelques phrases parties de la vie quotidienne, il vous emmenait vers des discussions profondes mais toujours enracinées dans le réel.

La maladie l’affaiblissait depuis quelques années, mais n’enlevait rien de cette vivacité d’esprit et de cette amitié qu’il prodiguait à tous ceux qu’il rencontrait.

Naturaliste engagé et botaniste encyclopédique, il était aussi, et c’est important de le souligner à un moment où le mouvement écologique tend à oublier la beauté du monde, un conteur infatigable de la vie des êtres de plume et de feuilles, de la solidarité profonde des humains et du cosmos. Profondément chrétien, Jean-Marie Pelt croyait à l’au-delà. Il a eu la malice de partir la veille de Noël, un moment de renouveau au coeur de l’hiver. Une façon de nous faire signe qu’il faut toujours espérer, parce que la lumière reviendra. Au revoir, Jean-Marie Pelt.

Les huîtres bataillent contre l’industrialisation Marie Astier (Reporterre) Reporterre 2015/12/24 Marie Astier (Reporterre) (24 décembre 2015) Les huîtres bataillent contre l’industrialisation. Reporterre. Nature fr

Les huîtres bataillent contre l’industrialisation

Les scientifiques ont inventé dans les années 1980 une huître stérile génétiquement modifiée, la triploïde. Aujourd’hui, la majeure partie des huîtres françaises en sont. Catherine Flohic raconte l’histoire de cette industrialisation qui n’évite aucun des écueils de l’agriculture productiviste. Mais l’alternative existe encore, des huîtres élevées en mer.

Savez-vous ce qu’est une huître triploïde ? Connaissez-vous la biologie, l’histoire, les techniques d’élevage de l’huître ? Avouez que, même si vous aimez déguster ce mollusque, voire que vous vous occupez vous-même de les choisir et les ouvrir à Noël, vous seriez bien en peine de répondre précisément à ces questions. C’est parce qu’elle se les posait que Catherine Flohic, éditrice et gastronome, a voulu y répondre, ce qui a conduit au livre L’Huître en questions. Dès les premières pages, l’ouvrage décortique de façon complète et pédagogique la vie de ce mollusque. « Je me suis rendue compte que je ne connaissais pas grand-chose sur les huîtres, avoue cette Bretonne. Mais aussi que les gens ne savent même pas ce que signifie huîtres fines ou spéciales, si une huître est hermaphrodite, ou pourquoi on ne peut en manger que les mois en “R” [tous sauf de mai à août] ». Même les journalistes qui écrivent sur le sujet ne savent pas bien de quoi ils parlent. »

Ce sont les « triploïdes », des huîtres qui contiennent trois paires de chromosomes au lieu de deux naturellement, qui ont éveillé sa curiosité. « J’avais entendu parler des organismes génétiquement modifiés, je me suis donc demandé ce que cela signifiait pour l’huître. C’est un produit accessoire sur le plan économique, lié au plaisir, au luxe et à la tradition du littoral. Alors pourquoi y touche-t-on ? »

« On reproduit les mêmes bêtises et les mêmes saloperies – il n’y a pas d’autre mot – que dans l’agriculture »

La question en a amené d’autres, et c’est comme cela que Catherine Flohic a décidé d’écrire un livre sur les huîtres, toutes les huîtres, depuis la larve jusqu’à nos assiettes. Elle nous emmène dans son enquête, une série de longs entretiens, agrémentés de reportages aux magnifiques photos. D’ostréiculteur en cuisinier, de scientifique en écloseur, elle se fraye un chemin dans cette filière peu bavarde. Les interviews, quasi brutes, veulent « nous faire sentir la personnalité de chacun ». Les tenants d’une ostréiculture traditionnelle, proche de la nature, s’opposent à ceux qui prônent une modernisation et une industrialisation de la filière. Tous sont représentés.

L’auteure, éditrice d’ouvrages sur la gastronomie avec sa maison d’édition, Les Ateliers d’Argol, ne cache pas son parti pris. Le premier chapitre est intitulé « Les huîtres naissent en mer », alors que c’est justement là que toute la différence se fait : les huîtres nées en mer se font de plus en plus rares, les ostréiculteurs préférant acheter des « naissains », c’est à dire de jeunes huîtres, à des écloseries [1].

C’est donc le processus d’industrialisation de l’ostréiculture que ce livre-documentaire décrit. « Cinquante ans après, dans le tout petit monde de l’huître, on reproduit les mêmes bêtises et les mêmes saloperies – il n’y a pas d’autre mot – que dans l’agriculture », dénonce l’éditrice d’un ton calme mais ferme.

On apprend par exemple que la majorité des huîtres produites en France sont ces fameuses triploïdes. Tout a commencé dans les années 1980 : « Les Américains, qui mettent les huîtres en bocaux, se sont rendus compte que, pendant la période de gestation, les huîtres sont plus grosses, plus grasses et meilleures au niveau gustatif. En revanche, après avoir lâché leurs gamètes, les huîtres sont maigres et ne sont plus exploitables par l’industrie. Donc, ils ont fait des recherches en laboratoire pour que les huîtres n’aient plus cette période de reproduction et soient bonnes toute l’année. Les scientifiques ont trouvé qu’en manipulant le nombre de chromosomes, ils pouvaient stériliser ces huîtres », raconte-t-elle.

Ces chercheurs états-uniens et l’Ifremer (Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer) se mettent d’accord pour se partager un brevet. Les mâles brevetés sont ensuite vendus aux écloseries. On découvre avec étonnement ces bâtiments pleins de fioles aux couleurs bariolées, où sont produites les algues qui servent à nourrir les petites huîtres. Les interviews avec de grands écloseurs nous apprennent comment les mollusques sont sélectionnés, triés, élevés dans des atmosphères confinées et parfois soignés aux antibiotiques avant d’être vendus aux ostréiculteurs.

De « cueilleurs » d’huîtres, les ostréiculteurs deviennent exploitants

On comprend aussi que la filière n’a pas pu résister à cette facilité : « Les ostréiculteurs achètent une caissette avec des millions de bébés huîtres qu’ils n’ont plus qu’à mettre dans des poches pour ensuite les faire grandir. Sinon, ils doivent mettre en mer des objets sur lesquels se fixent les petites huîtres, pour au bout de quelques mois les gratter et les mettre dans des poches. C’est toute une manipulation et il y a de la perte. »

Dépendance des ostréiculteurs obligés d’acheter leur naissain aux écloseries, supermarchés voulant développer la consommation à coups de pression sur les prix, banques qui incitent aux investissements pour développer les écloseries, expansion des surfaces dédiées à la culture des huîtres sur le littoral, augmentation du nombre de coquillages dans les poches… Les témoignages décrivent l’intensification d’un secteur. De « cueilleurs » d’huîtres, les ostréiculteurs deviennent exploitants.

Mais les mêmes travers que ceux qui touchent l’agriculture industrielle ont rattrapé le secteur. De fortes mortalités touchent les mollusques à partir de 2005. « Les ostréiculteurs, au moment où il y a eu la maladie, prenaient leurs poches et les secouaient. Le bruit de l’huître vide qui cliquette dans la poche, c’est quelque chose de dramatique, il y a eu des suicides », raconte la Bretonne.

L’expansion des triploïdes est-elle responsable de ces fortes mortalités ? Là encore, les entretiens permettent de confronter ceux qui pensent que de nouvelles sélections génétiques permettront de faire face au problème à ceux qui estiment que les triploïdes sont justement plus fragiles. « La maladie a remis en question beaucoup de choses, certains refont des huîtres naturelles parce qu’ils se disent qu’elles seront plus résistantes, observe celle qui les a tous écoutés. Tous ces gens sont démunis face à la nature. Quand c’est la vache folle, c’est un désastre financier, mais on peut se dire qu’on va repartir vers autre chose. Alors que quand on est devant la mer qui vous refuse, là tout bascule, et humainement c’est très, très émouvant. »

Contre l’uniformisation des goûts

La Bretonne n’oublie pas non plus l’impact sur le milieu. « Quand on touche à un produit comme l’huître, on touche au milieu naturel », s’inquiète-t-elle. Quid des conséquences de ces concentrations d’huîtres affamées, vidant le milieu de son plancton et relâchant leur déchets ? Et si les triploïdes risquaient de rendre les huîtres sauvages elles aussi stériles ? Le brevet de l’Ifremer expirant cette année, comment va-t-on désormais contrôler la reproduction des huîtres triploïdes ?

Enfin, on en arrive à l’assiette. L’ouvrage nous rappelle que, comme les terroirs pour le vin, il existe des « meroirs ». Contre l’uniformisation des goûts qu’apportent les triploïdes, certains ostréiculteurs cultivent des huîtres « sauvages » tirant leurs saveurs de la variété des sables sur lesquels elles grandissent.

En offrant ce voyage dans le monde de l’huître, Catherine Flohic nous souffle des questions mais nous laisse composer nos réponses à partir de celles de ses personnages. Je choisis celle d’un ostréiculteur-philosophe, Christian de Longcamp, installé en Normandie : « Quarante ans de gâchis : des sommes énormes dépensées dans la recherche, une surproduction suicidaire, des tonnes de triploïdes imprévisibles, une mortalité sans précédent (…) Laissons faire la nature. (…) Il faut guider les productions pour trouver une alchimie entre la nature et ce qu’elle apporte de plus authentique et sincère. »

COMMENT CHOISIR SES HUÎTRES À NOËL ?

Dur dur de faire le tri… En ce qui concerne les huîtres creuses. Il existe des triploïdes (modifiées pour être stériles) et des diploïdes (des huîtres « normales »). Les triploïdes sont forcément nées en écloseries. Elles grandissent plus vite et ont un goût plus « standardisé », conforme aux souhaits du consommateur, disent les chercheurs et les écloseurs.

Les diploïdes, elles, soit naissent en écloserie, soit sont naturellement captées en mer. Aucun label officiel ne permet de distinguer actuellement les huîtres nées en mer. Le seul signe distinctif est celui de l’association des ostréiculteurs traditionnels, qui apposent sur leurs bourriches un petit logo « ostréiculteur traditionnel, huîtres nées en mer ». S’il n’apparaît pas, il faut discuter avec votre fournisseur, en espérant qu’il sache vous répondre.

- L’Huître en questions, Catherine Flohic, Les Ateliers d’Argol, 352 p., 29 ;90 euros

Ensemble, des familles réduisent leurs factures et soulagent la planète Par Baptiste Giraud (Reporterre) Reporterre 2015/12/30 Par Baptiste Giraud (Reporterre) (30 décembre 2015) Ensemble, des familles réduisent leurs factures et soulagent la planète. Reporterre. Énergie fr

Ensemble, des familles réduisent leurs factures et soulagent la planète

Chaque hiver, partout en France, des familles relèvent le défi de faire baisser leurs factures d’eau et d’énergie. Organisées en équipes, elles s’entraident et se motivent de décembre à avril pour diminuer collectivement leurs consommations, atteignant en moyenne une économie de 12 % par rapport à l’année précédente.

- Bordeaux, reportage

« Pensez à éteindre la lumière, ça fait du bien à la planète et aussi au portefeuille de maman ! » Christel a l’habitude de le dire à ses deux filles, Ines et Elena. Cet hiver, elle pourra aussi faire valoir que ces petits gestes sont autant de points gagnés pour le défi des « familles à énergies positives ». Avec six autres foyers du sud-ouest de Bordeaux, Christel, Ines et Elena forment l’équipe des « Croque Watts ». Face à eux, les « Talencelow de l’énergie » (à Talence), « Bass’Tension » (à Bassens), « Eco Corico » (à La Bastide), ou encore « Méri’Watt » (à Mérignac), affûtent également leurs éco-réflexes, peaufinent leur condition thermique, et surveillent leurs compteurs. De début décembre à fin avril, une dizaine d’équipes de l’agglomération bordelaise vont ainsi s’affronter par factures interposées.

En tout, ce sont plus de 8.000 familles qui participent au niveau national. « On ne pensait pas que ça allait prendre une telle ampleur », reconnaît Anne Huguet, directrice de Prioriterre. Cette association a lancé le défi en Haute-Savoie en 2008, après en avoir découvert le principe en Belgique. Depuis, de nombreuses collectivités se sont emparées du modèle et l’ont développé sur leur territoire.

La formule est simple : un « concours d’économies » entre équipes constituées de plusieurs familles. Chaque équipe a son capitaine, et cherche à réduire sa consommation globale en eau et en énergie (électricité, gaz, fioul, bois bûche…), sans investir ni entreprendre des travaux. On ne porte pas de jugement sur le niveau des consommations de départ, ce qui compte c’est l’effort de réduction.

Jean-Jacques et Anny, retraités, y participent pour la quatrième année consécutive. En entrant chez eux, on ne remarque rien d’anormal. Il y fait bon. On y voit clair. Même si la lumière de l’escalier s’éteint toute seule au bout de quelques secondes. « Les premiers gestes sont les plus simples, ce sont ceux qui ne demandent pas d’investissement », expliquent-ils. D’abord, baisser son chauffage : « 19° le jour, et 16° la nuit, c’est confort ». Puis prêter attention à l’éclairage, éteindre en quittant une pièce, regardez les ampoules avant d’acheter… « C’est un état esprit » conviennent-ils.

Christel, qui élève seule ses deux filles, parle de son côté d’une « philosophie » déjà présente dans son foyer. Si elle participe, c’est pour apprendre de nouvelles astuces, de nouveaux gestes. Par exemple, en commençant une douche, récupérer l’eau qui n’est pas encore assez chaude à l’aide d’un seau, et l’utiliser pour arroser ses plantes ou laver ses légumes : « En entendant ça je me suis dit oui, c’est pas bête ! » raconte-t-elle.

Limiter la consommation, et maximiser le confort

Dans tous les cas, il ne s’agit pas de se priver : « Si ce n’est pas confortable, ça ne nous intéresse pas » disent clairement Jean-Jacques et Anny. Question de point de vue ? Car pour prendre des photos dans leur maison, les choses se compliquent, faute de luminosité… amenant Anny à jouer l’assistante lumière avec le lampadaire ! Il faut dire que le parcours de ces deux oiseaux n’est pas banal : longtemps adeptes de cyclo-randonnée, ils vivent aujourd’hui une bonne partie de l’année à bord d’un bateau. « Là, les économies sont obligatoires, car le réservoir ne contient que 380 litres d’eau », dit Anny, avant d’expliquer comment prendre une douche avec 1,5 litre quand le contexte l’exige : « On prend une bouteille, on la remplit, on perce le bouchon, et on la met au-dessus de soi. » En toute simplicité.

En y prêtant attention, on remarque chez eux toute une panoplie de petits équipements économes. Des ampoules basse consommation qui diminuent par cinq la consommation d’électricité ; des émulseurs au robinet et sur la pomme de douche, qui font passer le débit « de 12 litres par minute à 6 » ; des radiateurs équipés de robinets thermostatiques programmables ; des rideaux épais aux fenêtres exposées au nord… Et même un petit système qui débranche les appareils lorsqu’ils sont en veille : « Ma télé se coupe automatiquement après 35 secondes d’inactivité », explique fièrement Jean-Jacques. En 2014, l’année où il était capitaine de son équipe, celle-ci avait atteint la troisième place du défi sur Bordeaux, grâce à une diminution de consommation d’eau de 19 %.

Mais après quatre participations, difficile pour eux de réaliser des économies supplémentaires. Si ce n’est par des travaux de rénovation, suite logique du défi : isolation intérieure, extérieure, fenêtres triple vitrage, et bientôt un abaissement des plafonds de 30cm, pour ne pas chauffer l’espace inutilement. Mais Jean-Jacques et Anny trouvent toujours leur place dans le défi, en partageant leur expérience avec les autres participants. Tout comme avec les étudiants qu’ils logent dans des studios, au rez-de-chaussée. « On les implique, on leur donne des conseils ». Jean-Jacques tient à jour un tableau de la consommation de chacun, « mois par mois », et surveille s’ils sont « dans les clous » ou pas. Un moyen de lier conscience environnementale, budget et confort, pour une population – les étudiants – souvent confrontée à des logements-passoires et à des fins de mois difficiles.

Allier conscience environnementale et réduction des factures

Justement, si le défi attire, c’est sans doute grâce aux différents aspects qu’il réunit : l’environnement à protéger, les factures à diminuer, tout en ne touchant pas au confort de vie. Pour Christel, c’est d’abord la planète qui compte : « À la naissance de ma fille aînée, il y a 14 ans, ça a été une sorte de révolution, raconte-t-elle. Je me suis interrogée sur mon impact environnemental : qu’est-ce que je fais pour laisser à ma fille une planète où elle pourra vivre ? » À l’inverse, pour Anny, « au départ, on voulait faire des économies. Vous savez, la philanthropie… », ce n’est pas ça qui fait avancer, semble-t-elle avouer.

L’hiver passé, 8,5 millions de kWh ont été économisés en France à travers le défi, l’équivalent de 1.400 tonnes de CO2. En moyenne, les familles à énergie positive économisent 12 % de leur consommation, ce qui représente une baisse de 200 € sur les factures annuelles. « Quand les gens voient que les petits gestes portent leurs fruits, alors ils deviennent convaincus et sont prêts à engager quelques frais pour économiser encore plus, analyse Jean-Jacques. Par contre, si vous commencez à les montrer du doigt, c’est fini. »

La convivialité et l’esprit d’équipe sont les clés de la réussite du défi. Entre ateliers organisés par les conseillers info-énergie locaux, et réunions d’équipe autour d’un verre, les familles participantes se retrouvent régulièrement pour échanger astuces et bon conseils. Des rencontres et échanges d’où tirer la motivation et l’envie de persévérer dans ces petits gestes qui peuvent paraître dérisoires si rien ne les lie au mouvement collectif. Quant aux enfants, c’est la forme compétitive qui les attire le plus souvent. « Cela permet de leur montrer certains comportements, en espérant qu’ils en gardent quelque chose pour plus tard », explique Christel.

« Nous faisons Kyoto à la maison »

L’objectif minimum du défi, fixé par les organisateurs, est de réduire de 8 % les consommations. Pourquoi 8 ? C’est le pourcentage de réduction des émissions de gaz à effet de serre auquel s’était engagée l’Union européenne dans le cadre du protocole de Kyoto. Pour Anne Huguet, le message envoyé par les participants au défi pourrait donc être le suivant : « Nous n’attendons pas que les gouvernants donnent des objectifs. Nous faisons ces économies, nous faisons Kyoto, à la maison ».

Mais que représentent ces quelques milliers de familles dans la course contre le changement climatique ? « Je me dis que je suis ce petit colibri qui apporte sa goutte d’eau pour éteindre l’incendie. Ça peut paraître ridicule, mais il y a peut-être un voisin qui fait pareil, et à force de faire tout ça ensemble, il y a peut-être quelque chose qui va se passer. » De manière générale, les participants sont en effet des « colibris » déjà bien sensibilisés aux problèmes environnementaux, engagés dans des milieux associatifs. S’ils s’engagent fortement, ils demeurent des cas particuliers.

En revanche, leur engagement, voire parfois leur acharnement, fait ressortir en négatif l’inaction des grandes entreprises et des responsables politiques. « Beaucoup de particuliers font des efforts, mais les grandes industries, qu’est-ce qu’elles font ? » s’étonne Jean-Jacques. « Moi je fais des économies, et à côté de ça d’autres n’y prêtent aucune attention ! » proteste-t-il en évoquant les tas de journaux publicitaires déposés dans sa boite aux lettres. Ou encore aux cartons d’emballages dans les supermarchés : « En passant à la caisse, je déballe les cartons et je leur laisse. Je n’ai pas acheté le carton moi. Et après on vient nous culpabiliser ? Il y a deux poids deux mesures. »

Et si, à propos d’environnement comme d’autres sujets, tout le monde n’occupait pas la même position ? Pour Jean-Jacques, « il y a ceux qui tirent la charrette et ceux qui montent dessus : nous on tire. » Pas question pour autant de remettre en question ses comportements vertueux. « Maintenant qu’on a cette façon d’être, on ne pourrait pas arrêter. On ne sait pas être passifs. » Sauf en termes énergétiques.

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Huit alternatives pour changer le monde... et bien commencer l’année Reporterre 2015/12/31 (31 décembre 2015) Huit alternatives pour changer le monde... et bien commencer l’année. Reporterre. Quotidien fr

Huit alternatives pour changer le monde... et bien commencer l’année

En fin d’année, on s’est fait plaisir, et on est allé aux quatre coins de la France pour rencontrer des gens comme vous et moi... qui changent le monde. Ils sont solidaires, innovateurs, courageux, imaginatifs, modestes. Un point commun : l’optimisme.

De la Bretagne à la Drôme en passant par les Vosges ou Bordeaux, de Rouen au Cotentin, nos reporters ont parcouru une France qui bouscule les résistances, les conservatismes et le fatalisme. Vous pouvez savourer les reportages en lisant l’article en ligne, et/ou en téléchargeant le PDF imprimable.

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