Creative Commons - Paternité - Pas d'Utilisation Commerciale - Partage des Conditions Initiales à l'Identique 2.0 France (CC BY-NC-SA 2.0)
Le langage, telle est la grande affaire pour Ludwig Wittgenstein. S’il y revient toujours, ce n’est pas parce qu’il veut construire une philosophie du langage au sens restreint du terme. C’est parce qu’il est convaincu qu’on ne peut guère lui donner congé. Nous sommes de plain-pied dans le langage – obstinément. Impossible d’adopter un point de vue angélique qui nous permettrait de penser le monde en dehors de lui.
C’est ce que montre déjà le « le
but de la philosophie est la clarification logique des pensées. La philosophie n’est pas
une théorie mais une activité »
(
Dans le
« Mes propositions sont des éclaircissements en ceci que celui qui me comprend les reconnaît à la fin comme dépourvues de sens, lorsque par leur moyen – en passant sur elles – il les a surmontées (il doit pour ainsi dire jeter l’échelle après y être monté) »(
Sur ce, Wittgenstein donne congé à la philosophie. En Autriche, il devient tour à tour instituteur, jardinier, architecte… avant d’être repris par ses vieux démons et de revenir à Cambridge. Il donne alors une nouvelle inflexion à sa pensée. Il abandonne l’analyse logique du langage au profit d’une approche plus descriptive de ce qu’il appelle les « jeux de langage », fictifs ou réels, comme rapporter un événement, deviner des énigmes, traduire d’une langue dans une autre, raconter une plaisanterie (voir ainsi une liste d’exemples donnée dans les
Il montre ainsi que les processus et les contenus mentaux (les intentions, les
sensations…) font l’objet de nombreuses confusions. Pour lui, l’idée que le sujet a seul
accès à ce qu’il pense ou à ce qu’il ressent est un préjugé qui repose sur un malentendu
grammatical. Il n’y a pas de langage privé, pas d’acte de l’esprit qui associe un signe et
une expérience intérieure. D’où une forte critique de l’introspection si chère à Descartes
et du « mythe de l’intériorité » (Jacques Bouveresse). Wittgenstein dénonce également la
conception qui fait de l’action volontaire l’effet d’une cause mentale. Pour en pointer
l’absurdité, il pose la question suivante : « Que reste-t-il donc quand je soustrais
le fait que mon bras se lève du fait que je lève le bras ? »
Des réflexions que
prolongeront Elisabeth Anscombe ou Anthony Kenny : l’intention n’est pas un état interne
du sujet ou de l’agent, autrement dit quelque chose qui serait directement connu par le
sujet et qui serait donné quel que soit le contexte.
Le « style » du Wittgenstein seconde manière n’est pas moins déconcertant que celui du
Pour Wittgenstein, la règle ne fixe pas une fois pour toutes ses applications futures
comme des rails. Elle ne donne pas lieu non plus à chaque fois à une interprétation.
Suivre une règle pour Wittgenstein est chose pratique, et non l’application d’un processus
mental. Comprendre une règle, c’est savoir comment l’appliquer, autrement dit savoir ce
qui compte comme une infraction ou une action conforme à la règle. « Dis-tu donc que
l’accord entre les hommes décide du vrai et du faux ?
— C’est ce que les hommes disent qui est vrai et faux ; et c’est dans le langage que
les hommes s’accordent. Cet accord n’est pas un consensus d’opinion, mais de forme de
vie. »
(