La linguistique en voie de dispersion ? Karine Philippe Encodage en TEI Bertrand Gaiffe Vincent Meslard 379 ATILF (Analyse et Traitement Informatique de la Langue Française)
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Discipline phare des sciences humaines dans les années 1960, la linguistique s'est subdivisée en une mosaïque de courants. Une richesse autant qu'une faiblesse. Karine Philippe La linguistique en voie de dispersion ? Sciences Humaines La pensée éclatée Janvier 2006 Sciences Humaines Mensuel n° 167
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La linguistique en voie de dispersion ? Karine Philippe Discipline phare des sciences humaines dans les années 1960, la linguistique s'est subdivisée en une mosaïque de courants. Une richesse autant qu'une faiblesse.

On ne voyait qu'elle : il y quarante ans, la linguistique était au cœur des sciences humaines. On la sacrait discipline « phare » tant son influence était grande. Sous l'impulsion de Roman Jakobson, linguiste russe émigré aux Etats-Unis, la linguistique exportait ses modèles vers d'autres disciplines, initiant le courant structuraliste, véritable lame de fond dans les années 1960. L'anthropologie (avec Claude Lévi-Strauss) ou la psychologie (avec Jacques Lacan) lui empruntèrent un rêve, ainsi que des éléments de méthode : révéler les structures qui sous-tendent les pratiques humaines.

L'essor du cognitivisme

A la même époque, aux Etats-Unis, Noam Chomsky élaborait sa grammaire générative, qui allait relancer des débats passionnés pour les années à venir, notamment autour de l'innéité du langage, ou des relations entre le langage et la pensée. Peu à peu, le structuralisme européen perdait du terrain, et l'ère du cognitivisme prenait son essor. Parallèlement, d'autres approches se développaient progressivement, notamment la pragmatique et la linguistique de l'énonciation. Mais une fois les géants essoufflés (structuralisme, générativisme), la linguistique s'est trouvée en panne de grand modèle fédérateur. Depuis les années 1990, on assiste à une multiplication des courants et des perspectives de recherches, une myriade de travaux, où il est parfois bien difficile de trouver des dénominateurs communs autour desquels pourrait se rassembler un tant soit peu la discipline. Difficile de concilier des approches aussi diverses que la sémantique du prototype de Georges Kleiber, la linguistique textuelle des discours de Jean-Michel Adam, ou la linguistique de l'énonciation d'Antoine Culioli.

« Mais que font les linguistes ? », s'interrogeait récemment l'Association des sciences du langage, qui s'inquiète de la marginalisation progressive de sa discipline. Alors que les études sur la généalogie, la vie et la mort des langues connaissent un certain succès (Henriette Walter, Claude Hagège, Alain Rey), la linguistique scientifique connaît une baisse sensible de sa cote d'amour. Elle est aujourd'hui jugée rebutante, prisonnière d'un vocabulaire scientifique opaque et rébarbatif, destiné aux seuls spécialistes. Reste néanmoins que la diversité de ses travaux constitue une véritable richesse pour la linguistique, mais nuit considérablement à sa visibilité.