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Les spécialistes qui, il y a vingt ans, célébraient les conséquences de l'invention de l'écriture sont aujourd'hui plus mesurés : la parole, elle aussi, a ses vertus propres. David R. Olson L'oralité au pays des livres Sciences Humaines L'oralité au pays des livres Dossier Sciences Humaines Pourquoi parle-t-on ? L'oralité redécouverte - Mensuel n° 159 - Avril 2005
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L'oralité au pays des livres David R. Olson
Les spécialistes qui, il y a vingt ans, célébraient les conséquences de l'invention de l'écriture sont aujourd'hui plus mesurés : la parole, elle aussi, a ses vertus propres.

Dans toutes les sociétés modernes et développées, on signifie l'importance d'un événement en le fixant par écrit. Typiquement, les contrats, les constitutions, les partitions de musique et les textes sacrés sont conservés de cette façon. Mais même un événement aussi bénin qu'un anniversaire ou le passage à la nouvelle année peut donner lieu à des voeux écrits. L'écrit est omniprésent et fait de l'ombre à l'expression orale, qui représente tout de même notre principal moyen de communication. Les théories anciennes ont étroitement lié le progrès des sociétés à celui des formes écrites. Certains philosophes du xviiie siècle ont affirmé qu'il existait un lien direct entre le progrès des formes sociales et celui des techniques d'écriture pictographique, phonétique et alphabétique. « Ces trois manières d'écrire répondent assez exactement aux trois divers états sous lesquels on peut considérer les hommes rassemblés en nations. La peinture des objets convient aux peuples sauvages ; les signes des mots et des propositions, aux peuples barbares, et l'alphabet, aux peuples policés », écrivait Jean-Jacques Rousseau J.-J. Rousseau, <hi rend="i">Essai sur l'origine des langues</hi>, 1781, Flammarion, coll. « GF », 1993..

Bien que cette conception évolutionniste ait, depuis, perdu beaucoup de son crédit, des chercheurs modernes comme Lucien Febvre, Henri-Jean Martin, Jack Goody, Ian Watt, Eric Havelock, Walter Ong, Marshall McLuhan ont, chacun a sa manière, souligné l'importance psychologique et sociale du passage de l'oral à l'écrit. Selon le philosophe Jacques Derrida, « ce factum de l'écriture phonétique est massif, il est vrai, il commande toute notre culture et toute notre science, et n'est certes pas un fait parmi d'autres J. Derrida, <hi rend="i">De la grammatologie</hi>, 1967, rééd. Minuit, 1997.». Mais que faire de cet héritage ?

Les partisans de l'écrit n'ont pas eu toujours le dessus. Les linguistes, par exemple, suivent en majorité l'avis de Ferdinand de Saussure qui a défini le langage comme une forme parlée et réduit l'écriture à n'être qu'un mode d'enregistrement de la parole. De la même façon, certains analystes du discours ont détourné le concept de « texte » de sa signification première (« discours fixé par écrit ») pour désigner un fragment de discours oral : si la parole est un texte, l'écrit n'en est que la simple évocation. Les psychologues, eux aussi, ont volontiers minimisé les bénéfices cognitifs de la littératie, préférant y voir l'effet d'une éducation prolongée plutôt qu'une conséquence de la maîtrise de l'écriture.

L'influence décisive de l'écriture

A l'inverse, d'autres spécialistes de littérature comme Roland Barthes, J. Derrida, Julia Kristeva ont jugé la présence et l'influence de l'écriture si pénétrantes et décisives pour notre culture qu'ils ont adopté de nouveaux concepts comme celui « d'écriture » (qui désigne alors la « culture écrite »), ou « d'intertextualité » (qui désigne la dépendance mutuelle des textes entre eux) pour décrire les propriétés des oeuvres littéraires indépendamment de leur relation au langage parlé ordinaire.

Malgré ce débat, l'opposition théorique entre « oralité » et « écriture » a perdu un peu de son acuité à mesure qu'il devenait clair que l'écriture et la lecture pouvaient avoir des statuts très divers, et dépendaient étroitement de la parole. Plus simplement, il s'avère aujourd'hui évident aux yeux des spécialistes que l'oral et l'écrit coexistent dans les cultures traditionnelles, dans les sociétés bureaucratiques, tout comme dans notre psychologie personnelle, et continuent d'y jouer des rôles différents.

On est donc en droit de se poser quelques questions. Pourquoi a-t-on recours à l'écrit quand un simple accord oral pourrait suffire ? Ou encore, pourquoi les Saintes Ecritures occupent-elles une place si centrale dans les religions du Livre, alors qu'elles donnent lieu à des lectures aussi divergentes? Pourquoi accordons-nous tant d'importance au détail du texte d'une constitution ou d'un article scientifique ? Et, question plus troublante encore, pourquoi les lecteurs ne se contentent-ils pas d'étudier les textes et de les prendre tels qu'ils sont au lieu de se livrer à des commentaires, des interprétations et des débats à leur sujet ? Comment se fait-il que les textes écrits n'arrivent pas toujours à remplir la mission élémentaire que leur ont assignée leurs auteurs ? On en vient donc à se demander quels peuvent être les défauts de l'écrit, et pourquoi nous avons tout de même encore besoin de la parole ?

Les usages de l'écrit

Les avantages de l'écrit sont connus : l'écriture permet la conservation du discours dans le temps et l'espace. Cela suffit à justifier ses deux usages principaux : l'enregistrement des faits historiques et l'envoi de messages. Ces usages volontaires ne représentent toutefois que le début de l'histoire : d'autres effets, involontaires, se manifestent sitôt qu'on a recours à l'écrit. En effet, c'est bien parce que des documents survivent aux circonstances qui les ont vus naître que le problème de leur (mauvaise) interprétation et de leur (mauvais) usage peut devenir crucial. Comment être certain qu'un message écrit atteindra sa cible et sera bien compris ? A l'oral, tout un ensemble de dispositifs contribue à garantir la bonne compréhension des messages émis. Ces procédés comprennent non seulement les ressources de la langue, de l'accentuation et de l'intonation, mais aussi quantité d'autres éléments d'information contenus dans l'environnement, dans les savoirs partagés, et renseignés par l'identité des interlocuteurs. Les systèmes d'écriture, ceux qui existent actuellement, ne retiennent que certains aspects de la production langagière. Ils sont incapables de transcrire l'accentuation et l'intonation de la parole, la gestuelle, les hochements de tête et les clins d'oeil, tous ces petits détails d'expression qui sont utiles à l'interprétation correcte du discours à l'oral. De plus, lorsqu'un énoncé est déplacé dans le temps ou dans l'espace par le moyen de l'écriture, il est susceptible d'atteindre une audience différente de celle à laquelle il était destiné, et échappe plus ou moins au contrôle de son auteur. Cet énoncé écrit est placé comme « entre guillemets », car son récepteur n'est pas son destinataire premier, celui pour lequel il a été profilé. La difficulté - voire l'impossibilité - de restituer l'interprétation correcte du texte original a amené certains commentateurs à proclamer la supériorité de l'oral sur l'écrit. Ainsi, l'historien Jules Michelet récusait-il, en 1842, la prise de notes pendant ses cours : « La sténographie la plus complète, la plus exacte, reproduira-t-elle le dialogue ? Non ! Elle reproduira seulement ce que j'ai dit, et pas même ce que j'ai dit. Je parle aussi du regard et du geste ; ma présence et ma personne, c'est une partie considérable de mon enseignement. La meilleure sténographie paraîtra ridicule, parce qu'elle reproduira des longueurs, des répétitions très utiles ici, les réponses que je fais souvent aux objections que je vois dans vos yeux, les développements que je donne sur un point, ou l'approbation de telle ou telle personne m'indique qu'elle voudrait m'arrêter J. Michelet, <hi rend="i">Cours au Collège de France</hi>, tome I, Gallimard, 1995.. »

Ces faiblesses de l'écrit ont trois conséquences importantes. D'abord, lorsque l'auteur perd le contrôle de l'interprétation des énoncés qu'il a émis à cause de leur mise à distance, un écart s'ouvre entre l'intention de l'auteur et la signification attribuée à ces énoncés. La mise par écrit, tout comme la mise entre guillemets, ouvre un écart entre le sens d'une phrase et l'intention de son auteur. Les auteurs ont donc des efforts à faire s'ils veulent que leurs énoncés conservent et transmettent le sens qu'ils y ont mis. Selon le linguiste Roy Harris, l'histoire du développement de l'écriture est essentiellement celle des efforts que l'homme a déployé pour récupérer tout ce qu'il avait perdu en passant de l'oral à l'écrit. Le contexte d'énonciation du message, les gestes, les accents et les intonations qui signalent la manière dont un énoncé oral doit être compris ont dû être portés à la conscience et transcrits en mots, en signes grammaticaux et soigneusement codifiés pour entrer dans le contenu de la phrase écrite. Penser une phrase écrite, c'est faire en sorte que sa structure lexicale et sa syntaxe portent le maximum d'indications permettant au destinataire d'en reconstruire le sens. L'auteur doit, par exemple, notifier au lecteur si sa phrase est conjecture plausible ou fait établi, si son texte est simple suggestion ou énoncé contractuel. La formulation, le vocabulaire et la ponctuation sont chargés d'accomplir ce qu'auraient fait à l'oral l'intonation et le contexte. On se fait souvent des illusions sur le succès de cette opération, mais c'est par leur qualité d'édition que les textes écrits ont pu gagner en autorité, autorité que Richard de Bury reconnaissait dès le xive siècle lorsqu'il affirmait que « tout le savoir est dans les livres ». La croyance dans l'intégrité des textes écrits est un trait particulier à l'esprit des Modernes. Leurs efforts ont en effet consisté à rechercher une écriture si claire et transparente qu'un lecteur soit assuré de parvenir au sens exact, le vrai, l'unique.

La deuxième faiblesse de l'écrit se manifeste dans le fait qu'il a besoin d'être soutenu par tout un appareil de discours oral. Jusqu'il y a peu de temps, les textes étaient écrits pour être lus à haute voix. Cependant, même profilé pour la consultation muette, même rédigé le plus soigneusement du monde, tout texte appelle des interprétations multiples. Les tribunaux, les jurys savants, les Eglises, les instances morales et les gens s'affairent donc à commenter ces interprétations, à en déclarer certaines légitimes et d'autres hérétiques. L'historienne Françoise Waquet a montré comment, du xvie siècle à nos jours, la culture occidentale s'est dotée d'une « oralité savante » dans laquelle le discours parlé ne fonctionne pas seulement dans les marges et dans l'informalité, mais occupe une place centrale, à égalité avec l'écrit et la haute culture, dans nos assemblées, dans les sciences, les arts et les humanités. « Dans la civilisation de l'imprimé, écrit-elle, le monde intellectuel a non seulement beaucoup parlé, mais il a manifesté une confiance durable dans une oralité qu'il a investie d'une forte valeur cognitive F. Waquet, <hi rend="i">Parler comme un livre. L'oralité et le savoir (xvie-xxe siècles)</hi>, Albin Michel, 2003.».

Lorsque l'oral s'appuie sur l'écrit

L'anthropologue Ruth Finnegan a également montré que dans les cultures de l'écrit, paroles et textes sont étroitement liés, et fonctionnent en s'appuyant l'une sur l'autre. Les textes écrits trouvent place dans des communautés de parole : le foyer domestique, l'Eglise, l'Etat, la spécialité scientifique. Ces communautés examinent, discutent et font en sorte d'établir la véritable et unique signification des textes. Comme dit le proverbe, il n'y a pas de lois sans tribunaux, pas de religions sans Eglises. L'illusion durable de l'ère moderne a été de croire qu'un sens véritable et définitif se trouvait enfoui dans les textes, et qu'il pouvait être redécouvert par une lecture attentive. Autrement dit, que le sens pouvait être intégralement et définitivement placé dans le texte de manière à en limiter l'interprétation. Cette conviction anime actuellement les différents fondamentalismes qui prétendent contrôler le discours et parfois menacent nos sociétés civiles.

Troisième conséquence, enfin : la maîtrise de l'écriture exige des compétences nouvelles de la part des scripteurs et des lecteurs. N'oublions pas qu'un texte écrit ne retient que les composantes linguistiques des énoncés. Comme nous l'avons dit, l'histoire de l'écriture est celle des efforts déployés par les hommes pour compenser les pertes de sens subies par le discours lors du passage à l'écrit. L'ambition de faire dire aux textes exactement ce que nous voulons leur faire dire continue d'animer nos efforts de rédaction des textes, de conception des documents, et de perfectionnement des outils d'écriture (typographie, ponctuation, etc.). A l'oral, un locuteur maîtrise une bien plus large palette de ressources qu'à l'écrit. Pour faire bonne mesure, les rédacteurs de textes doivent inventer des substituts lexicaux ou grammaticaux aux aspects non linguistiques de la communication (expression faciale, ton de voix, etc.). Les psychologues disent que notre « vocabulaire écrit » excède largement en volume notre « vocabulaire oral », car nous avons besoin de plus de mots à l'écrit pour compenser ce que nous perdons de l'expression orale. Les rédacteurs font appel à un vocabulaire élargi, à une grammaire plus formalisée, à des structures de discours plus organisées. En outre, ils font appel à des outils graphiques tels que la ponctuation, les guillemets, et toutes sortes de tournures modalisant le discours, comme « affirmer que », « insinuer que », « réclamer », « conclure », etc., qui précisent la manière dont les énoncés doivent être entendus. Il ne s'agit d'ailleurs pas seulement de remplacer ce qui, de l'oral, a été perdu à l'écrit. Mais de rendre explicites, réfléchis et contrôlés certains aspects langagiers qui à l'oral restent largement implicites. A l'oral en effet, un simple changement de ton par exemple peut signifier qu'on parle sérieusement. A l'écrit, il faut prendre une décision consciente : est-ce une suggestion ou un ordre, une supposition ou une affirmation ? Il faut le préciser en choisissant entre plusieurs expressions telles que « je suggère que » ou « j'affirme que ». Or, c'est ce genre de réflexion métalinguistique qui nous permet d'accéder à la pensée conceptuelle.

Les performances de l'oral

Penser de manière convenable pour écrire est ce qui caractérise ce que nous pouvons imaginer être la pensée « lettrée », qui, une fois maîtrisée, peut aussi bien s'exprimer par oral et constitue alors ce que F. Waquet appelle « l'oralité savante ». Mais si les phrases ne sont pas adaptées à leur signification, si elles demandent toujours à être interprétées, pourquoi ne pas revenir à l'oral tout simplement ? La transparence de l'oral est probablement plus apparente que réelle. C'est surtout dans les circonstances exigeant une coordination de l'action que l'oral atteint un haut niveau de communication. Dans d'autres contextes, ses performances sont moindres. Le caractère explicite de l'écrit lui permet d'atteindre de plus hauts niveaux d'intercompréhension dans des domaines comme les contrats, les lois et les écrits scientifiques. Par exemple, un texte soigneusement rédigé est souvent plus fidèle aux intentions de l'auteur qu'une interview. Nos croyances et nos pensées sont fluides et liées entre elles d'une tout autre manière que peut l'être l'écrit. Les exigences de la parole imposent certaines structures à nos pensées. De la même façon, l'écrit impose d'autres cadres à notre discours. Ecrire, c'est organiser sa pensée et lui conférer une structure plus rigide, parfois au prix de brouillons multiples. C'est pourquoi les documents écrits deviennent des références plus fiables que nos énoncés oraux ou que nos pensées non écrites. La maxime « tu ne tueras point » reste claire jusqu'au moment où l'on se demande si elle s'applique seulement aux humains, ou aussi aux animaux, ou bien encore dans la vie courante mais pas en temps de guerre... Toute tentative d'éclaircir la signification de cette injonction biblique mène à la rédaction d'un code de lois bien fourni.

L'écrit est donc fondamental dans le domaine des lois et des contrats, et sans doute aussi celui des sciences. Pourquoi les sciences ? Parce que l'objectif de la connaissance scientifique est de décrire les propriétés des choses à l'aide de lois et de principes sans ambiguïté. La science évolue lorsque l'interprétation d'un énoncé bien établi commence à prêter à discussion. Mais les discussions et les lectures divergentes ne sont intéressantes que lorsque l'énoncé est rédigé avec précision. Dans le cas contraire, il y a peu de chances que la discussion amène un progrès du savoir. Lorsque les désaccords menacent, la précision devient indispensable et le besoin d'écrire se fait sentir. Ainsi dit le Coran : « Ô croyants, lorsque vous contractez une dette, entre vous et à date fixe, faites-le par écrit, et recourez au scribe pour en fixer le contenu exact. »

Le passage de l'oral à l'écrit n'est en fait plus considéré aujourd'hui comme la clé de la transformation des mentalités et des sociétés. Du fait de sa robustesse, l'écriture a rapidement trouvé son utilité dans l'archivage et le transport des messages. Ces usages ont soulevé d'autres problèmes, notamment celui d'avoir à rendre le texte fidèle à son intention de départ, de barrer la route aux mauvaises interprétations, et de relier le texte à un auteur pour éviter la contrefaçon. D'un côté se sont développées des formes d'écritures spécialisées, destinées à encadrer la lecture, et de l'autre de nombreuses instances orales de discussion scientifique, juridique, académique, capables de commenter et de fixer la lecture correcte des textes. Apprendre à écrire, c'est apprendre à compenser ce qui se perd dans l'acte de transcrire la parole. Compenser cette perte exige de penser à l'activité d'écrire. Et réfléchir avant d'écrire est une activité de pensée profitable pour l'esprit, même à l'oral.

David R. Olson Professeur de sciences cognitives à l'Institut de Recherche en Éducation de l'Ontario (Canada) et auteur de L'univers de l'écrit. Comment la culture écrite donne forme à la pensée, Retz, 1999. Les penseurs de l'écrit

Historien des temps modernes, il est l'un des fondateurs de l'école des Annales (1929). Il a publié en 1957, avec Henri-Jean Martin, une histoire de l'imprimerie (L'Apparition du livre).

Anthropologue britannique, il est l'auteur d'une série de travaux sur l'histoire et les effets de l'accès à l'écriture (La Raison graphique, 1979). En 1963, il a publié, avec Ian Watt, un premier article défendant la thèse d'une révolution intellectuelle accompagnant l'accès à l'écriture (« The consequence of literacy », repris en 1968 dans Literacy in Traditional Societies).

Ce spécialiste de l'Antiquité grecque (The Literate Revolution in Greece and its Cultural Consequences, 1982) a défendu et développé cette thèse avec Walter Ong, professeur à Toronto, dans Orality and Literacy, 1982.

Il est le théoricien célèbre du « village global » ; en 1964, il attribuait à l'invention de l'alphabet une très forte influence sur les formes prises par les civilisations humaines.

Il a développé dès ses premiers ouvrages (De la grammatologie. Voix et différence, 1967) une défense du texte écrit contre la primauté de la parole, au nom de ses propriétés d'autonomie sémantique.

Ecrivain et spécialiste de littérature, il a participé, de même que Julia Kristeva (née en 1941), au mouvement Tel Quel dans les années 70. Tous deux ont défendu la notion d'écriture comme expression du sens historique d'un énoncé. Voir R. Barthes, Le Degré zéro de l'écriture, 1953, et J. Kristeva, Semeiôtikè, 1969.