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Petite bibliothèque de nos origines Sciences Humaines L'Origine des Cultures Décembre 2005 / janvier-février 2006 Sciences Humaines Grands Dossiers n° 1
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Sur l'évolution de l'homme

Les ouvrages de Pascal Picq, <hi rend="i">Les Origines de l'homme. L'odyssée de l'espèce</hi> (rééd. Seuil, 2005) et <hi rend="i">Au commencement était l'homme. De Toumaï à Cro-Magnon</hi> (Odile Jacob, 2003) constituent d'excellents ouvrages d'introduction, à la fois clairs, informés et agréables à lire. <hi rend="i">Histoire d'ancêtres</hi> (Dominique Grimaud-Hervé, Frédéric Serre, Jean-Jacques Bahain et Roland Nespoulet, Artcom'/Errance, 4e éd. revue et augmentée 2005) servira également de très bonne introduction. Enfin, <hi rend="i">Aux origines de l'humanité</hi> (P. Picq et Yves Coppens, 2 vol., Fayard, 2002) s'impose comme une somme de référence.

Robert Boyd et Joan Silk sont tous deux professeurs d'anthropologie à l'université de Californie de Los Angeles. R. Boyd est connu pour ses travaux sur la coévolution gènes-culture. J. Silk a dirigé des recherches sur la vie sociale des primates. Dans <hi rend="i">L'Aventure humaine. Des molécules à la culture</hi> (De Boeck, 2003), les auteurs veulent appliquer la logique de l'évolution à la vie sociale ou encore aux formes d'intelligence des primates, humains compris. Il s'agit de voir comment l'évolution s'applique « de la biologie à la culture ».

Cultures et pensées animales

<hi rend="i">Les Origines animales de la culture</hi> (Flammarion, 2001) de Dominique Lestel se veut à la fois une synthèse des recherches sur les cultures animales (qui ne se résument pas aux grands singes mais couvrent les cétacés et les oiseaux) et présente une thèse selon laquelle certains animaux (grands singes et dauphins), dès lors qu'ils possèdent une culture, des émotions, des représentations mentales et des capacités intentionnelles peuvent être considérés comme des « sujets ».

Frans de Waal présente, dans <hi rend="i">Quand les singes prennent le thé. De la culture animale</hi> (Fayard, 2001), les travaux des primatologues japonais qui, dès les années 1950, avaient promu l'idée de « protoculture animale » après avoir observé que les singes ? notamment les macaques ? étaient capables d'innovation et de transmission de savoir-faire.

Marc Hauser, professeur de psychologie et de neurosciences à Harvard décrit, dans <hi rend="i">À quoi pensent les animaux ? </hi>(Odile Jacob, 2002), le résultat de nombreuses recherches sur les « outils mentaux » dont disposent les animaux : ceux ? partagés par toutes les espèces ? qui leur permettent d'identifier les objets et de se repérer dans l'espace, ceux qui leur permettent d'apprendre et d'imiter, et ceux enfin qui leur servent dans la communication, y compris pour « mentir ».

Sur la psychologie évolutionniste

Steven Pinker est le principal vulgarisateur et « gourou » de la psychologie évolutionniste. Dans <hi rend="i">Comment fonctionne l'esprit</hi> (Odile Jacob, 2000), il fait de la psychologie évolutionniste une synthèse entre la théorie cognitive de l'esprit et la théorie de l'évolution. Le même auteur récidive dans <hi rend="i">Comprendre la nature humaine </hi>(Odile Jacob, 2005). Le livre de Philippe Gouillou, <hi rend="i">Pourquoi les femmes des riches sont belles</hi> (Duculot, 2003), derrière un titre racoleur, cache un exposé assez technique et bien documenté sur la psychologie évolutionniste.

Le psychologue David Buss, de l'université du Texas, est l'un des pionniers des recherches empiriques en psychologie évolutionniste. En 1999, il a publié le premier manuel de référence <hi rend="i">Evolutionary Psychology: The new science of Mind</hi> (Allyn and Bacon). Un autre manuel est celui de Louise Barret, Robin Dunbar et John Lycett, <hi rend="i">Human Evolutionary Psychology</hi> (Palgrave, 2002).

Matt Riddley, avec <hi rend="i">Nature vs Nurture: Genes, experience and what makes us human</hi> (Harper Collins, 2003), montre que l'approche évolutionniste, qui admet l'existence d'« instincts humains », n'est nullement en contraction avec l'approche culturelle qui donne une place à l'éducation dans « ce qui fait de nous des humains ». En gros, il s'agit de dépasser la vieille opposition nature-culture (nature-nurture en anglais). On trouvera une bonne présentation critique dans l'article de Jean-François Dortier « La nature humaine redécouverte » (Sciences Humaines, n° 139, juin 2003).

Peter Gärdenfors est professeur de sciences cognitives à l'université de Lund (Suède). Selon la thèse défendue dans <hi rend="i">How Homo Became Sapiens</hi> (Oxford University Press, 2004), la spécificité de la cognition humaine tient à une capacité unique à produire des « représentations détachées ». Ces représentations rendent possibles tout à la fois le langage, l'imagination, l'anticipation et les actions planifiées, ainsi que la conscience réflexive. Les bases neurologiques de cette capacité sont situées dans le cortex préfrontal (voir l'article de Peter Gärdenfors p. 58).

C'est à une conclusion identique qu'est parvenu J.-F. Dortier dans <hi rend="i">L'Homme, cet étrange animal... Aux origines du langage, de la culture et de la pensée</hi> (éd. Sciences Humaines, 2004), à ceci près que les « représentations détachées » sont désignées ici comme des « images mentales » ou des « idées ». Cet ouvrage offre par ailleurs un vaste panorama des recherches menées en éthologie cognitive, en sciences cognitives et en archéologie. L'auteur défend l'idée qu'une même aptitude mentale à produire des images mentales (les idées) est à l'origine du déploiement du langage, de l'imagination, des techniques, de la conscience de soi.

Sur les origines du langage

Jean-Louis Dessalles, dans <hi rend="i">Aux origines du langage. Une histoire naturelle de la parole</hi> (Hermès, 2000), présente un exposé critique des thèses en présence ainsi qu'une thèse originale sur les raisons de l'émergence du langage (voir l'article p. 44). <hi rend="i">Aux origines des langues et du langage </hi>(Fayard, 2005), sous la direction de Jean-Marie Hombert, offre un panorama récent des recherches, qui va de la communication animale à l'étude des liens entre génétique et histoire des langues.

Dans <hi rend="i">Paroles de singes</hi> (La Découverte, 1995), D. Lestel proposait un bilan des recherches sur l'apprentissage du langage aux primates. Jean-Adolphe Rondal aborde le même sujet dans <hi rend="i">Le Langage : de l'animal aux origines du langage humain</hi> (Mardaga, 2000).

Les origines de la pensée

L'archéologue anglais Steven Mithen, dans son livre <hi rend="i">The Prehistory of the Mind</hi> (Thames & Hudson, 1996), suppose qu'Homo erectus a développé plusieurs compétences spécialisées : une intelligence technique, liée à la fabrication d'outils ; une intelligence sociale et communicative, qui suppose une compréhension des intentions d'autrui. Il a aussi appris nombre de choses sur le monde naturel, les plantes, les animaux. Avec Homo sapiens, il y aurait eu, selonS. Mithen, une « fusion » entre ces différentes formes de compétence. Et cette fusion se serait faite sous la forme d'une intelligence générale ou « métareprésentationnelle ».

Michael Tomasello est l'un des spécialistes mondialement connus des recherches comparatives sur les capacités cognitives des primates et des enfants. Son livre <hi rend="i">Aux origines de la cognition humaine</hi> (Retz, 2004) se situe dans une perspective « néovygotskienne ». Les aptitudes cognitives proprement humaines tiennent à la capacité à se représenter les intentions d'autrui (ce que le psychologue nomme la « théorie de l'esprit »). C'est sur cette base que se greffe la possibilité d'un apprentissage et d'une culture propres aux humains.

Les origines de la culture

Dans <hi rend="i">Not by Genes Alone</hi> (University of Chicago Press, 2004), Peter J. Richerson, chercheur en écologie, et Robert Boyd, anthropologue, tous deux installés en Californie, s'attachent depuis des années à l'élaboration d'un modèle darwinien de l'émergence de la culture humaine. Leur objectif est d'une part de montrer que l'apparition de la culture ? entendue comme ensemble des savoirs, savoir-faire et règles de vie en commun ? répond à une exigence adaptative, que cette émergence s'est construite par coévolution entre gènes et apprentissage, et d'autre part que la culture est un dispositif cumulatif et innovant permettant aux groupes humains de s'adapter à des environnements très différents. Par ailleurs, nos deux chercheurs ont rassemblé dans <hi rend="i">The Origin and Evolution of Cultures</hi> (Oxford University Press, 2005) des articles sur le sujet rédigés en commun depuis plusieurs années.

Il y a trente ans : le paradigme perdu

Lorsque dans les années 1970, les travaux de primatologie (notamment de Jane Goodall) ont commencé à se diffuser, de rares sociologues et psychologues sociaux ont commencé à s'y intéresser. Dès 1972, Serge Moscovici publiait <hi rend="i">La Société contre nature</hi> (rééd. Seuil, 1994) où il s'opposait à l'idée d'un « Rubicon » tracé entre nature et culture et voulait justement repenser leur lien et montrer leur interdépendance. L'année suivante, en 1973, Edgar Morin publiait <hi rend="i">Le Paradigme perdu : la nature humaine</hi> (rééd. Seuil, 1979). Prenant acte des connaissances accumulées sur la vie sociale des animaux, le sociologue affirmait que « la société n'est pas une invention humaine ».

Le but affiché par l'auteur du Paradigme perdu était de dépasser la stérile opposition nature-culture. Mais pour autant, l'idée d'une simple superposition des deux facteurs, « une couche de nature, une couche de culture », aurait été une solution trop pauvre ne permettant pas de régler le problème. « Il faut cesser de disjoindre nature et culture : la clé de la culture est dans notre nature et la clé de notre nature est dans la culture. » Autrement dit, la nature biologique de l'homme est déjà façonnée pour intégrer un développement culturel. Le cerveau est fait pour apprendre, les structures cérébrales du langage faites pour se déployer dans un environnement linguistique, tout comme notre estomac d'omnivore suppose un régime alimentaire de chasseurs-collecteurs fondé sur la consommation à la fois de légumes, de fruits et de viandes. Au cours de milliers d'années d'évolution, le cerveau humain a rendu possible une évolution culturelle mais, en retour, cette dernière a orienté l'évolution biologique dans un sens favorable à la culture. S'appuyant sur les recherches en préhistoire, en anthropologie, en éthologie,E. Morin décrivait le mouvement d'hominisation comme un processus complexe où s'articulent nature et culture : une nature humaine particulière imposant à l'homme de s'ouvrir à la culture ; la culture intégrant des contraintes liées à ses fondements biologiques.E. Morin avance ici une idée-force qui sera redécouverte quelques années plus tard sous le nom de « coévolution ».

A la même époque eut lieu le grand colloque « L'unité de l'homme », impulsé parE. Morin etMassimo Piattelli-Palmarini (vol. I : <hi rend="i">Le Primate et l'Homme</hi> ; vol. II : <hi rend="i">Le Cerveau humain</hi> ; vol. III : <hi rend="i">Pour une anthropologie fondamentale,</hi> rééd. Seuil, 1978).

Autour de « l'unité de l'homme »

Plusieurs ouvrages collectifs, parus ces dernières années, donnent un bon aperçu des recherches menées autour des origines des cultures, des liens gènes-culture, de l'apparition de la pensée symbolique : Robin Dunbar, Chris Knight et Camilla Power,<hi rend="i"> The Evolution of Culture</hi> (Edinburgh University Press, 1999), ou encore Michael Corballis et Stephen E.G. Lea,<hi rend="i"> The Descent of Mind</hi> (Oxford University Press, 1999) et, sous la direction de Jean-Pierre Changeux,<hi rend="i"> Gènes et culture</hi> (Odile Jacob, 2003)