Ferdinand de Saussure réinvente la linguistique Jean-François Dortier Encodage en TEI Bertrand Gaiffe Vincent Meslard 464 ATILF (Analyse et Traitement Informatique de la Langue Française)
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Avec F. de Saussure (1857-1913), la langue apparaît désormais comme une structure avec sa cohérence interne. Jean-François Dortier Ferdinand de Saussure réinvente la linguistique Sciences Humaines Ferdinand de Saussure réinvente la linguistique Dossier Sciences Humaines 100 ans de sciences humaines - Hors-série n° 30 - Décembre 2000/Janvier-Février 2001
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Ferdinand de Saussure réinvente la linguistique Jean-François Dortier Avec F. de Saussure (1857-1913), la langue apparaît désormais comme une structure avec sa cohérence interne.

En linguistique, il y a un avant et un après Ferdinand de Saussure. Au XIXe siècle, cette science est dominée par une approche historique et comparative. Etudier une langue, c'est rechercher son origine, son histoire, son évolution en la comparant avec d'autres langues pour en trouver les racines communes. C'est ainsi que les linguistes du XIXe siècle ont reconstruit la généalogie des langues indo-européennes. Après F. de Saussure (1857-1913), la langue prend un autre visage, apparaissant désormais comme une structure avec sa cohérence interne.

Cette nouvelle vision du langage a commencé à prendre corps à Liepzig, à la fin des années 1870. C'est là que règne le courant des néogrammairiens, en train d'introduire la notion de « lois » du langage. C'est auprès d'eux que F. de Saussure vient étudier la linguistique. A 22 ans, il publie un mémoire sur le système des voyelles dans les langues indo-européennes. Son approche est radicalement nouvelle. Les voyelles d'une langue entretiennent entre elles des relations fonctionnelles ; elles forment un système et leur usage s'explique par les liens qui les unissent.

Ce mémoire contient déjà les principales intuitions saussuriennes. Sa thèse en poche, il est nommé professeur de linguistique à Paris. Il y restera de 1881 à 1891. Très influencé par les idées du sociologue Emile Durkheim, qui est en train de concevoir sa théorie de la société comme un « tout » qui dépasse les individus, de Saussure pense qu'il en va de même pour la langue : « C'est un système organisé et doué d'une fonction sociale. » Il élabore alors les grands axes de sa linguistique générale.

Il est deux façons d'étudier la langue. En reconstituant son histoire, c'est l'approche diachronique. Mais on doit surtout la comprendre à partir de son organisation interne à un moment donné, c'est l'approche synchronique. Cette théorie structurale (qualifiée par la suite de structuraliste, bien que F. de Saussure parle de système plutôt que de structure) conçoit la langue comme un système d'éléments interdépendants. Les signes de la langue prennent sens les uns par rapport aux autres selon des règles d'opposition et de distinction. Tout signe est composé de deux facettes : le signifiant et le signifié. Le signifiant correspond à « l'image acoustique », c'est-à-dire au son produit pour énoncer un mot. Le signifié renvoie au concept, au contenu sémantique attribué au signe. Les relations entre signifiant et signifié sont purement arbitraires.

En 1891, F. de Saussure revient à Genève, où il enseigne le sanskrit, la grammaire comparée et la linguistique générale. Lorsqu'il meurt en 1913, il n'a rien publié de sa théorie linguistique. Trois ans plus tard, deux de ses disciples vont éditer son <hi rend="i">Cours de linguistique générale</hi> à partir de notes manuscrites d'élèves. Toute la linguistique du xxe siècle en sera l'héritière.