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Jean-François Dortier Comment évolue une langue Sciences Humaines Qui sommes nous ? Les âges de la vie bouleversés mai 2008 Sciences Humaines Mensuel n° 193
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Comment évolue une langue Jean-François Dortier

500 ans nous séparent de Montaigne. Dans son <hi rend="em">Voyage en Italie</hi> (1580), il écrivait : « M. de Montaigne fut arresté, à cause de sa colicque qui fut aussi cause qu’il laissa le dessein qu’il avoit aussi faict de voir Toul, Metz, Nancy, Jouinville & St. Disier, comme il avoit délibéré, qui sont villes épandues autour de cette route ; pour gaigner les beings de Plombieres en diligence. » Tout cela nous semble bien étrange aujourd’hui. Mais à quoi ressemblera le français dans 500 ans ? En 2007, des chercheurs de l’université de Harvard annonçaient avoir mis au point un modèle mathématique établissant la rapidité avec laquelle évoluent les mots d’une langue Erez Lieberman et al., « Quantifying the evolutionary dynamics of language », Nature, vol. CDXLIX, n° 7163, 11 octobre 2007.. L’étude porte précisément sur la transformation des verbes irréguliers entre le vieil anglais et l’anglais d’aujourd’hui. Il apparaît qu’un verbe évolue d’autant plus vite qu’il est rare. Inversement, les verbes très fréquents (comme « to be », « to have », « to do ») sont très longs à changer. La formule mathématique dit que les mots changent en relation inverse de leur fréquence. Autrement dit, plus l’usage est courant, moins les mots changent vite. Mais l’évolution n’est pas forcément linéaire. C’est ce que s’attache à démontrer une recherche publiée elle aussi en février 2008 par le linguiste Quentin D. Atkinson Quentin D. Atkinson et al., « Languages evolve in punctuational bursts », Science, vol. CCCXIX, n° 5863, 1er février 2008.. Selon lui, les modifications substantielles dans le langage surviennent suite à de brusques poussées évolutives. Une langue évolue lentement si la population reste isolée et stable dans un même lieu. Inversement, elle évolue très rapidement lorsqu’une population migre dans un autre pays et entre en contact avec de nouveaux groupes. Ainsi les Saxons ont traversé la manche pour s’installer en Grande-Bretagne, et l’ancien langage germanique s’est très rapidement transformé pour devenir l’anglais. De la même façon, Q.D. Atkinson et ses collègues ont montré qu’en Afrique, 31 % des différences de vocabulaire entre les langues bantoues sont apparues dans un moment de « divergence initiale » (séparation en deux de la population, ou conquête d’une population par une autre). 21 % des différences dans les langues indo-européennes se so nt également créées durant cette phase de séparation. Selon les chercheurs, ces changements « reflètent la capacité humaine à adapter rapidement les langues à des moments cruciaux de l’évolution culturelle, comme lors de l’émergence de nouveaux groupes rivaux. »