Le cercle de Vienne et le nouvel esprit scientifique Jean-François Dortier Encodage en TEI Bertrand Gaiffe Vincent Meslard 964 ATILF (Analyse et Traitement Informatique de la Langue Française)
44, avenue de la Libération BP 30687 54063 Nancy Cedex FRANCE

Creative Commons - Paternité - Pas d'Utilisation Commerciale - Partage des Conditions Initiales à l'Identique 2.0 France (CC BY-NC-SA 2.0)

La Conception scientifique du monde, tel est le titre d'un manifeste qui paraît à Vienne en 1929. Ce texte émane d'un petit groupe de savants qui ont décidé de partir en guerre contre l'esprit spéculatif et métaphysique qui règne, selon eux, sur la pensée. Jean-François Dortier Le cercle de Vienne et le nouvel esprit scientifique Sciences Humaines Le cercle de Vienne et le nouvel esprit scientifique Dossier Sciences Humaines 100 ans de sciences humaines - Hors-série n° 30 - Décembre 2000/Janvier-Février 2001
Jean-François Dortier Épistémologie cercle de Vienne positivisme logique français Rubriques définies par la revue sciences humaines Actualité de la recherche Classiques Courants et disciplines Dossier Echos des recherches Enjeux Entretien Evénement Grand Dossier Le point sur... Livres Références Disciplines définies par la revue sciences-humaines Communication Droit Économie Éducation Épistémologie Ethnologie Littérature Philosophie Préhistoire Psychanalyse Psychiatrie Psychologie Psychologie sociale Sciences cognitives Sciences du langage Sciences Humaines Sciences Politiques Sociologie
Le cercle de Vienne et le nouvel esprit scientifique Jean-François Dortier <hi rend="i">La Conception scientifique du monde</hi>, tel est le titre d'un manifeste qui paraît à Vienne en 1929. Ce texte émane d'un petit groupe de savants qui ont décidé de partir en guerre contre l'esprit spéculatif et métaphysique qui règne, selon eux, sur la pensée.

Parmi les signataires de ce manifeste, que l'on définira comme le cercle de Vienne, on trouve des philosophes - comme Moritz Schlick (1882-1936), l'animateur du groupe, ou encore Rudolph Carnap - mais aussi des logiciens Kurt Gödel, Otto Neurath, Hans Reichenbach, ainsi que des physiciens.

Pour le cercle de Vienne, comme on l'appelle alors, seule la science, fondée sur la démonstration rigoureuse et le recours aux faits d'observation, peut faire progresser la connaissance. Les connaissances scientifiques sont de deux ordres : il y a les propositions logiques et mathématiques qui sont cohérentes en soi et ne sont pas liées à l'expérience ; puis il y a les propositions empiriques, fondées sur les faits, qui doivent donc être soumises aux critères de vérification pour être établies comme vraies. Tout autre discours sur le monde est dénoncé comme vide de sens, ou réduit à des faux problèmes.

Pour rédiger leur manifeste, les membres du cercle se sont inspirés d'un essai publié quelques années plus tôt à Vienne : le <hi rend="i">Tractatus logico-philosophicus </hi>(1921). Son auteur, le jeune Ludwig Wittgenstein, est un personnage curieux. Issu d'une des grandes familles de la bourgeoisie viennoise, il vit à l'écart du monde. Après des études d'ingénieur, qu'il délaisse pour aller suivre les cours du philosophe et logicien anglais Bertrand Russell à Cambridge, il s'engage dans l'armée autrichienne au début de la Grande Guerre. C'est durant cette période qu'il écrit son <hi rend="i">Tractacus logico-philosophicus</hi>.

L'ouvrage est composé de façon étrange : il est rédigé d'une suite de formules qui s'enchaînent comme des théorèmes mathématiques. Le livre débute ainsi : « Le monde est tout ce qui arrive », et L. Wittgenstein précise plus loin ce qu'il entend par là. Il réduit le monde à un ensemble de faits. Le but du langage est d'essayer de décrire ces faits. Le rapport du langage à la réalité est le même que celui qui existe entre un tableau et son modèle. Le langage est également formé de propositions logiques qui peuvent être vraies ou fausses mais qui ne nous disent rien sur le monde. Les propositions qui s'appuient sur les faits ont un sens et sont susceptibles de vérifications. Les propositions métaphysiques ou éthiques ne peuvent prétendre à une quelconque vérité, car elles ne disent rien sur le monde réel.

Une fois son livre terminé, Wittgenstein juge qu'il n'a plus rien à dire, que la philosophie n'a rien à faire, si ce n'est vérifier la validité des propositions du langage. Il quitte alors Vienne et fait don de l'immense héritage de son père. Il deviendra alors jardinier, instituteur, puis errera quelques années avant de rejoindre Cambridge où Bertrand Russell, son ancien professeur, fait appel à lui.

Quant au cercle de Vienne, il se dissoudra assez rapidement après sa constitution. Le dénominateur commun du groupe était le rejet de la métaphysique, mais il n'est pas certain que les membres aient eu une réelle unité de vue. Dès 1931, K. Gödel, démontre avec son fameux théorème d'incomplétude, l'impossibilité de créer un discours logique clos sur lui-même. L'espoir de fonder la science sur un discours logique totalement cohérent et unifié a fait long feu. De son côté, le jeune Karl Popper, qui gravite autour du groupe, sans en être membre, remet en cause l'idée de preuves en matière scientifique. Pour lui, la science se caractérise par sa capacité à réfuter ou valider provisoirement des hypothèses, jamais à apporter des preuves définitives. (voir l'article en p.84). L'idée de preuve expérimentale est pourtant une des thèses centrales défendues par R. Carnap, l'un des principaux animateurs du cercle.

Mais l'arrivée au pouvoir des Nazis, la chasse aux juifs en Allemagne puis en Autriche va contraindre une grande partie des membres du cercle à se réfugier en Angleterre ou aux Etats-Unis.

Popper, Wittgenstein, Carnap, Neurath... Les penseurs du cercle de Vienne exerceront désormais une influence décisive sur l'évolution de la philosophie des sciences anglo-saxonne.