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Parmi les signataires de ce manifeste, que l'on définira comme le cercle de Vienne, on trouve des philosophes - comme Moritz Schlick (1882-1936), l'animateur du groupe, ou encore Rudolph Carnap - mais aussi des logiciens Kurt Gödel, Otto Neurath, Hans Reichenbach, ainsi que des physiciens.
Pour le cercle de Vienne, comme on l'appelle alors, seule la science, fondée sur la démonstration rigoureuse et le recours aux faits d'observation, peut faire progresser la connaissance. Les connaissances scientifiques sont de deux ordres : il y a les propositions logiques et mathématiques qui sont cohérentes en soi et ne sont pas liées à l'expérience ; puis il y a les propositions empiriques, fondées sur les faits, qui doivent donc être soumises aux critères de vérification pour être établies comme vraies. Tout autre discours sur le monde est dénoncé comme vide de sens, ou réduit à des faux problèmes.
Pour rédiger leur manifeste, les membres du cercle se sont inspirés d'un essai publié quelques années plus tôt à Vienne : le
L'ouvrage est composé de façon étrange : il est rédigé d'une suite de formules qui
s'enchaînent comme des théorèmes mathématiques. Le livre débute ainsi :
, et L. Wittgenstein précise plus loin ce qu'il entend par là.
Il réduit le monde à un ensemble de faits. Le but du langage est d'essayer de décrire ces
faits. Le rapport du langage à la réalité est le même que celui qui existe entre un
tableau et son modèle. Le langage est également formé de propositions logiques qui peuvent
être vraies ou fausses mais qui ne nous disent rien sur le monde. Les propositions qui
s'appuient sur les faits ont un sens et sont susceptibles de vérifications. Les
propositions métaphysiques ou éthiques ne peuvent prétendre à une quelconque vérité, car
elles ne disent rien sur le monde réel.« Le monde est
tout ce qui arrive »
Une fois son livre terminé, Wittgenstein juge qu'il n'a plus rien à dire, que la philosophie n'a rien à faire, si ce n'est vérifier la validité des propositions du langage. Il quitte alors Vienne et fait don de l'immense héritage de son père. Il deviendra alors jardinier, instituteur, puis errera quelques années avant de rejoindre Cambridge où Bertrand Russell, son ancien professeur, fait appel à lui.
Quant au cercle de Vienne, il se dissoudra assez rapidement après sa constitution. Le
dénominateur commun du groupe était le rejet de la métaphysique, mais il n'est pas certain
que les membres aient eu une réelle unité de vue. Dès 1931, K. Gödel, démontre avec son
fameux théorème d'incomplétude, l'impossibilité de créer un discours logique clos sur
lui-même. L'espoir de fonder la science sur un discours logique totalement cohérent et
unifié a fait long feu. De son côté, le jeune Karl Popper, qui gravite autour du groupe,
sans en être membre, remet en cause l'idée de preuves en matière scientifique. Pour lui,
la science se caractérise par sa capacité à réfuter ou valider provisoirement des
hypothèses, jamais à apporter des preuves définitives. (voir l'article en p.84).
L'idée de preuve expérimentale est pourtant une des thèses centrales défendues par R.
Carnap, l'un des principaux animateurs du cercle.
Mais l'arrivée au pouvoir des Nazis, la chasse aux juifs en Allemagne puis en Autriche va contraindre une grande partie des membres du cercle à se réfugier en Angleterre ou aux Etats-Unis.
Popper, Wittgenstein, Carnap, Neurath... Les penseurs du cercle de Vienne exerceront désormais une influence décisive sur l'évolution de la philosophie des sciences anglo-saxonne.