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Une expérience édifiante Sciences Humaines L'imaginaire contemporain Janvier 1999 Sciences Humaines Mensuel n° 90 Les limites de la traduction automatique
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Une expérience édifiante

On peut se livrer sur Internet à des essais édifiants de traduction automatique. Ainsi, le moteur de recherche Alta Vista propose un service de traduction automatique qui fonctionne avec le logiciel Systran.

Systran est un des premiers et des plus connus des logiciels de traduction. Il fut mis au point en 1968 par Peter Toma, un linguiste du California Institute of Technology. Le système fut testé par la Nasa, utilisé par des grandes firmes comme Xerox, ainsi que par la Commission des communautés européennes qui l'utilise pour la traduction de ses documents internes.

Voici de quoi Systran est capable

Essayons de traduire en anglais la première phrase de notre article :

« La traduction automatique (...) est un grand programme de recherche qui mobilise depuis maintenant plus de cinq décennies les spécialistes des sciences cognitives (linguistes, informaticiens, psychologues) dans le monde entier. »

Le traducteur propose au bout de quelques secondes :

"Machine translation is a great research program which mobilizes since now more than five decades the specialists in cognitive sciences (linguists, data processing specialists, psychologists) in the whole world."

La traduction est tout à fait correcte. Est-ce la preuve que la traduction automatique est désormais bien maîtrisée ?

Un petit piège sémantique

En réalité cette phrase, même longue, ne comporte aucune difficulté grammaticale ni sémantique. La structure est simple, les mots n'ont qu'un sens possible.

Essayons maintenant avec une phrase beaucoup plus courte mais possédant un mot piège :

« Il prend le verre et le casse. »

La traduction proposée est...

"It takes glass and the break-in."

Systran est tombé dans le premier piège sémantique tendu... « il » est traduit par "it " au lieu de "he", et « le casse » devient "the break-in ", soit... le cambriolage (un casse en argot !).

Essayons maintenant avec une phrase courte, mais grammaticalement complexe :

« Qu'est-ce que tu en dis ? »

Là encore, le programme se fourvoie lourdement. Il propose :

"What do you say some ?"

Alors qu'une traduction appropriée serait :

"What do you think about it ? "

On le voit, la traduction automatique ne semble utile que dans les cas de phrases simples et non ambiguës.