Les sémiotiques et leurs applications Encodage en TEI Bertrand Gaiffe Vincent Meslard 1328 ATILF (Analyse et Traitement Informatique de la Langue Française)
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A partir des années 60, la sémiotique s'est constituée en une pluralité de spécialités définies par leur objet et par les méthodes qu'elles mettent en oeuvre. S'affranchissant de la tutelle de la linguistique, la sémiotique visuelle s'est développée en s'appliquant à des objets qui n'avaient pas été conçus dans l'intention de communiquer comme un paysage, une architecture ou une posture du corps. Les sémiotiques et leurs applications Sciences Humaines Du signe au sens Mai 1998 Sciences Humaines Mensuel n° 83
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Les sémiotiques et leurs applications

A partir des années 60, la sémiotique s'est constituée en une pluralité de spécialités définies par leur objet et par les méthodes qu'elles mettent en oeuvre. S'affranchissant de la tutelle de la linguistique, la sémiotique visuelle s'est développée en s'appliquant à des objets qui n'avaient pas été conçus dans l'intention de communiquer comme un paysage, une architecture ou une posture du corps.

La sémiotique du texte et du discours

S'applique au texte de fiction, à la biographie, au texte politique (déclarations, tracts), juridique, scientifique. La poésie et le roman donnent lieu à une sémiotique littéraire, plus centrée sur la stylistique et la rhétorique (Umberto Eco, Les Limites de l'interprétation, 1992).

La sémiotique des médias

Elle s'intéresse aux messages visuels, écrits ou sonores. La publicité, l'affiche politique, les jeux télévisés, les reportages, sont des objets de prédilection. (Jean-Marie Floch, Sémiotique, marketing et communication, 1990). Roland Barthes est considéré en France comme l'initiateur de l'analyse de l'image publicitaire, avec son article de 1964 sur l'affiche des pâtes Panzani : les trois couleurs jaune, vert et rouge, la présence du poivron et de la tomate forment un condensé de l'italianité attribuée au produit par un public français. En 1957, déjà, dans ses Mythologies, Barthes avait abordé les messages publicitaires de lessives : il y distinguait les produits « purificateurs » qui « tuent la saleté » (Javel), les détergents (Omo) qui « chassent la saleté » («un petit ennemi malingre qui fuit à toutes jambes »), et les produits « mousseux » qui « flattent l'imagination aérienne de la matière » et évoquent la « spiritualité ».

La sémiotique des spectacles

(cinéma, théâtre, opéra).

C'est un domaine à part entière, fondé sur l'analyse de messages « plurivoques » : image, mouvement, parole, musique. (Christian Metz, Langage et cinéma, 1992).

La sémiotique visuelle

Elle s'applique à l'image en général. Les études sur la peinture s'intéressent particulièrement au signe plastique. L'analyse du dessin, de la bande dessinée, de la photographie, plus souvent au signe iconique. (Traité du signe visuel,Groupe m, 1992)

La sémiotique de l'espace

Concerne l'architecture, l'urbanisme et le paysage, en tant qu'il est créé par l'homme, mais aussi fait l'objet de représentations. (Christian Norbert-Schultz, La Signification dans l'architecture occidentale, 1977).

La sémiotique du geste

Traite de tous les codes corporels, qu'ils soient naturels - expressions, postures -, ou artificiels - langage des sourds-muets. (Edward T. Hall, La Dimension cachée, 1971).

L'analyse des codes signalétiques

(routiers, urbains, graphiques) Elle a des applications industrielles, et s'intéresse aux aspects plastiques et sémantiques des symboles et des indices. Georges Mounin a ébauché en 1970 une analyse des blasons (Introduction à la sémiologie). Il y distinguait deux types de signes : - des indices, comme la forme ronde ou « en écu », qui dépend de l'origine géographique, et les couleurs, qui souvent représentent des métaux (jaune = or, blanc = argent, etc.) ;

- des symboles : figures animales, végétales, astres, tours, clés, croissants... qui souvent renvoient à des valeurs morales (courage, constance, gloire).

Certaines combinaisons de ces signes forment un code propre : un losange dans un écu signale les armoiries d'une fille. Le casque fermé au-dessus de l'écu signale un nouvel anobli. Les figures mutilées sont des marques d'ignominie.

La sémiotique du récit

Elle s'intéresse à la dimension narrative de textes écrits et oraux comme les mythes, les contes, les romans, les biographies. (Joseph Courtès, Analyse sémiotique du discours, 1991).

La sémiotique narrative fondée par A.J. Greimas repose sur l'idée que les récits (en particulier les contes) suivent un schéma universel (la quête d'un objet). Les narrations développent des oppositions de valeurs situées à un niveau plus profond («vérité »/«mensonge », par exemple). Le récit actualise le passage d'une valeur à l'autre, leur médiation, à travers deux opérations : la négation et l'assertion, qui forment ce qu'on appelle le « carré sémiotique ».

S'inspirant de cette méthode, J.-M. Floch montre, par exemple, que le récit de Tintin au Tibet par Hergé se rapporte à l'opposition sacré/profane, incarnée par le couple Tintin/Haddock. Tintin est un être spirituel, animé par la foi, le capitaine Haddock est un être matérialiste (le whisky est son seul plaisir), prêt à renoncer au moindre obstacle. Cette opposition est doublée d'une autre, surtout présente dans le dessin, entre verticalité (de la montagne, de la lévitation du moine) et horizontalité (adoptée par Haddock dans des épisodes ridicules). Des négations interviennent lorsque, par exemple, Haddock enjambe une vache sacrée en Inde, passe du mauvais côté d'un lieu sacré. Tintin, lui, a des moments de découragement pendant lesquels il abandonne la recherche de son ami Tchang.

En fin de compte, une médiation

est assurée entre deux valeurs extrêmes :

la consécration totale à la vie spirituelle (celle des lamas) et la vie matérialiste incarnée par Haddock (mais aussi vécue par Tintin, d'ordinaire). Tintin, à la fin, rentre chez lui récompensé et convaincu que l'expérience spirituelle ne peut être que temporaire.

(Une lecture de Tintin au Tibet, Puf, 1997).