Les tribulations du « quartier » Encodage en TEI Bertrand Gaiffe Vincent Meslard 326 ATILF (Analyse et Traitement Informatique de la Langue Française)
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Les tribulations du « quartier » Sciences Humaines Le changement personnel Décembre 2001 Sciences Humaines Mensuel n° 122
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Les tribulations du « quartier »

La recherche en sémantique lexicale n'est pas seulement une aimable spécialité érudite : elle peut mettre en évidence des usages que nous pratiquons tous les jours sans même en être conscients. Ainsi, comme le montre une étude de Sonia Branca-Rosoff, le mot « quartier », étymologiquement, évoque la partition de quelque chose en quatre. La recherche dans les textes montre que le mot n'est appliqué qu'à un nombre limité d'objets : les fruits (un quartier de pomme), certains aliments et matériaux (la viande, les roches), l'administration militaire (quartier général), et enfin les villes. C'est dans ce dernier contexte que ses usages sont les plus diversifiés, car si, au départ, le quartier désigne bel et bien une partie de ville (Montmartre est un quartier de Paris), il ne s'agit déjà plus, comme dans le cas de la pomme, d'une matière indifférenciée.

Les XIXe et XXe siècles voient apparaître des usages fréquents où le mot quartier ne désigne plus une partition mais une entité structurée, comme dans les expressions « les bourgeois du quartier », ou encore « le cinéma du quartier ». Bien souvent, l'usage n'exige même pas que l'identité du quartier soit précisée : tout le monde comprend qu'il s'agit de celui où vit le locuteur. Un quartier désigne alors un type de communauté locale urbaine, avec ses lieux de rencontre, sa population (tout le quartier est au courant), sa vie sociale (un établissement de quartier), etc.

Plus récemment encore, l'usage s'est enrichi d'un autre sens, encore différent, qui apparaît dès que l'on évoque les « jeunes des quartiers ». L'expression est sans doute une abréviation (quartier est mis pour « quartier difficile ») ou un euphémisme (quartier pour « bas-quartier »). Il n'empêche qu'elle confie à ce terme le soin de signifier encore une autre réalité de la ville : la fracture sociale.