Miras Baisbay
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"title": "Municipales 2026: l’élection qui pourrait révéler la France réelle - Causeur",
"text": "Plus de 35 000 communes sont appelées à renouveler leurs conseils municipaux et à choisir leurs maires, avec un premier tour prévu le 15 mars et un second tour le 22 mars. Traditionnellement considérées comme les élections les plus proches des préoccupations concrètes des citoyens — gestion des villes, sécurité locale, urbanisme, fiscalité municipale — les élections municipales prennent cette fois une dimension nationale particulière. Dans un climat de fortes tensions politiques, de recomposition des alliances partisanes et à un peu plus d’un an de l’élection présidentielle de 2027, ces municipales pourraient servir de laboratoire politique et de baromètre de l’état réel du pays. Derrière les débats locaux se dessine une interrogation plus profonde : que reste-t-il aujourd’hui de la cohésion française, et quelle direction prendra la nation dans les années à venir ?\n\nPendant que les écrans s’emplissent des images de la guerre — l’Iran, Gaza, le Liban, ces noms qui reviennent chaque soir comme les stations tragiques d’un monde où l’histoire n’a jamais cessé de se faire dans le fracas — la France regarde, commente, s’inquiète, comme il est naturel de le faire lorsqu’un conflit menace l’équilibre fragile de régions entières et rappelle que la violence demeure l’une des lois secrètes de l’histoire humaine.\n\nIl n’y a rien d’illégitime dans cette attention portée aux guerres lointaines. Les peuples qui cessent de regarder le monde deviennent aveugles à leur propre destin. Mais il est frappant de constater qu’au moment même où l’on analyse avec minutie les convulsions du Moyen-Orient, une autre inquiétude, plus diffuse, traverse silencieusement la société française — une inquiétude qui ne prend pas la forme d’un conflit déclaré, mais celle d’un malaise persistant, presque souterrain.\n\nCar pendant que l’on parle de ces guerres extérieures, les élections municipales approchent en France. Elles devraient être l’occasion d’un examen lucide de l’état du pays : de ses villes, de son ordre social, de la confiance — ou de la défiance — qui lie encore les citoyens à leurs institutions.\n\nMais il serait naïf de croire qu’il s’agira simplement d’élections locales réduites aux questions techniques qui occupaient autrefois les conseils municipaux : budgets, urbanisme, aménagement des rues ou embellissement des places. Cette époque est révolue. Les municipales sont désormais devenues l’un des premiers actes du grand théâtre politique national. Elles servent de terrain d’expérimentation aux alliances futures, de répétition générale aux affrontements qui mèneront à l’élection présidentielle.\n\nChaque ville devient ainsi un fragment du paysage politique français, un microcosme où se rejouent les grandes tensions du pays : la question de l’autorité, celle de l’identité culturelle, celle de l’ordre social, celle enfin du rapport entre un peuple inquiet et des élites souvent tentées de gouverner sans lui.\n\nA lire aussi:Sarah Knafo: «A Paris, le vote utile c’est moi!»\n\nLa France ressemble parfois à ces vieilles maisons dont la façade demeure intacte alors que les structures intérieures se fragilisent lentement. Les signes d’un désordre diffus apparaissent ici ou là : violences sporadiques, économies parallèles, tensions sociales qui ne trouvent plus d’espace symbolique pour être nommées et débattues. Rien qui ressemble à une guerre civile au sens classique du terme, mais plutôt une série de fissures qui dessinent l’image d’un pays inquiet de lui-même.\n\nCe qui frappe surtout, c’est la difficulté à parler de ces transformations sans être immédiatement renvoyé à une disqualification morale.\n\nDans la France contemporaine, certains mots semblent interdits. La nation, la continuité historique, la transmission culturelle — toutes ces réalités qui constituaient autrefois le socle implicite de la vie collective sont désormais entourées d’un soupçon.\n\nOn le voit à travers certains épisodes récents, qui ont traversé l’espace médiatique comme des éclairs révélateurs. Ainsi ce jeune homme — Quentin — dont le nom a soudain circulé sur les réseaux et dans les commentaires indignés, accusé d’être un néo-nazi, voué à une sorte de lynchage symbolique qui précède désormais toute enquête véritable. Or ceux qui se sont donné la peine de regarder au-delà des slogans ont découvert un tout autre portrait : celui d’un catholique fervent, attaché à une certaine idée de la France, de sa mémoire et de ses traditions — bref l’un de ces jeunes hommes qui, qu’on partage ou non leurs convictions, cherchent moins à renverser leur pays qu’à préserver ce qu’ils croient être son âme. Il y a dans cet épisode quelque chose de révélateur du climat moral de notre époque.\n\nLa France n’a jamais été une nation unanimiste. Elle s’est construite dans le conflit des idées, dans les querelles intellectuelles parfois violentes qui font la vitalité d’une civilisation. Mais ce qui apparaît aujourd’hui est d’une autre nature : une tendance croissante à transformer le désaccord en excommunication. Ainsi se met en place une étrange inversion. La fidélité à l’histoire nationale devient suspecte.\n\nLa volonté de préserver une continuité culturelle est assimilée à une menace. Et ceux qui expriment ces préoccupations se voient aussitôt assignés à une catégorie infamante qui dispense de discuter leurs arguments.\n\nPendant ce temps, la transformation démographique et culturelle du pays se poursuit, portée à la fois par les logiques de la mondialisation, par l’affirmation de certaines identités religieuses ou communautaires, et par une idéologie qui considère souvent la mémoire nationale comme un vestige embarrassant.\n\nCe mélange de certitude militante et de culpabilité historique produit un climat singulier : celui d’une société qui semble hésiter entre la fidélité à ce qu’elle fut et le désir furieux de se réinventer entièrement.\n\nIl existe pourtant un autre facteur, plus matériel, plus concret, qui pourrait bientôt fissurer cette torpeur morale : la question de l’énergie. Dans une Europe fragilisée par les tensions géopolitiques et par ses propres choix stratégiques, la hausse durable du coût de l’énergie pourrait réveillerdes colères que l’on croyait endormies. On se souvient de ce mouvement étrange et profondément révélateur qui surgit il y a quelques années sur les ronds-points : ceux que l’on appela les gilets jaunes.\n\nA lire aussi:Poitiers: un ex-trafiquant condamné en position éligible sur la liste de la maire écologiste\n\nCe mouvement, souvent caricaturé, exprimait moins une idéologie qu’un sentiment d’abandon. Des Français ordinaires — habitants des petites villes, des périphéries, des campagnes — découvraient soudain que leur mode de vie devenait économiquement impossible, et que leur voix comptait peu dans les décisions prises au sommet de l’État.\n\nSi la crise énergétique devait s’aggraver, il n’est pas impossible que cette France périphérique, silencieuse depuis quelques années, retrouve le chemin de la contestation. Les gilets jaunes pourraient alors apparaître rétrospectivement non comme une anomalie passagère, mais comme le premier signe d’une fracture plus profonde entre le pays réel et les structures politiques qui prétendent le représenter.\n\nAinsi les municipales qui approchent ne seront peut-être pas seulement une consultation locale. Elles pourraient devenir l’un des premiers révélateurs de la recomposition politique qui travaille silencieusement la France.\n\nCar une nation n’est pas seulement un territoire ni un ensemble d’institutions. Elle est une mémoire partagée, une langue, une manière d’habiter le temps et de transmettre le monde aux générations suivantes.\n\nLorsque cette mémoire devient suspecte, lorsque cette continuité est présentée comme une faute, lorsque l’inquiétude sociale gronde sous la surface, la question surgit inévitablement — non pas dans les discours officiels, mais dans les consciences : un peuple peut-il demeurer lui-même lorsqu’il apprend à se méfier de ce qu’il est, et lorsqu’il découvre que vivre comme il a toujours vécu devient peu à peu impossible ?",
"author": "Charles Rojzman",
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"title": "Kœnig, le roi de la Nature - Causeur",
"text": "Gaspard Kœnig était un philosophe prometteur : essayiste, romancier, fondateur du think tank libéral Génération libre et grand pourfendeur des lourdeurs administratives. Or voilà que, depuis quatre ans, il s’est laissé gagner par les mantras de l’écologie politique. Il ne jure plus que par les vertus du « naturel ».\n\nDans un texte paru dansParis Matchfin décembre, qui condense bien sa pensée, il déroule ainsi le récital classique sur la situation catastrophique de l’environnement : air pollué, pesticides omniprésents, sols dégradés, eau contaminée, polluants éternels et microplastiques« présents jusque dans les nuages », sixième extinction enclenchée et ainsi de suite. Tout y passe, sans hiérarchie ni mise en perspective historique, au point que l’amélioration de la qualité de l’air et de l’eau en Europe, ou la hausse spectaculaire des rendements agricoles ne compte pour rien. Jouant les moralistes, Kœnig en vient alors à demander :« Toute cette misère pour quel progrès ? »Selon lui, pas grand-chose. Un peu de confort, peut-être, mais rien de ce qui ferait les« vraies richesses : l’air frais, l’eau pure et le chant des oiseaux ».\n\nA lire aussi, du même auteur:Néolibéralisme: pourquoi tant de haine?\n\nComme si, pour des milliards d’êtres humains, l’accès à l’eau potable, à une médecine efficace, à l’éducation ou à la sécurité alimentaire ne constituait pas la première des richesses apportées par le monde industriel. De ce diagnostic hors-sol découle un appel convenu à la réconciliation de l’humanité avec la nature, présentée comme une victime qu’il faudrait enfin écouter. Nous devrions dès lors végétaliser les villes, bâtir en bois et dépolluer les sols avec des plantes qui absorbent les métaux lourds. Tout n’est certes pas à rejeter dans ces propositions. Mais un philosophe qui nous invite à nous plonger dans l’humus (titre d’un de ses derniers livres) semble pour le moins naïf. Comment peut-il oublier que c’est grâce à l’industrialisation que l’humanité a pu, pour la première fois de son histoire, réduire massivement la mortalité infantile et vivre plus longtemps, en meilleure santé ?",
"author": "Thomas Lepeltier",
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"title": "Cette confusion intellectuelle qui rejette le débat - Causeur",
"text": "Qui ose débattre ? La caricature, l’injure, l’excommunication ont, partout, éteint les utiles controverses, au profit de l’entre-soi et de l’auto-congratulation. A Paris, Rachida Dati (LR)a refusé d’affronter ses concurrentsà la veille du premier tour des municipales, ce dimanche. Elle traite Sarah Knafo (Reconquête) en indésirable, au risque d’empêcher une victoire de la droite unie le 22 mars si la talentueuse candidate « révolutionnaire »(voir vidéo CNews ci-dessous)dépasse les 10%, ce qui paraît probable.\n\nMême le RN qualifie le mouvement d’Éric Zemmour de « nauséabond » (Laurent Jacobelli1), en s’appropriant le cliché des cloueurs de bec. La chasse aux «fascistes», ouverte par une extrême gauche plus stalinienne que jamais, est aussi l’alibi d’une macronie subclaquante. N’entendant pas rendre des comptes de ses échecs, le parti présidentiel préfère dénoncer, derrière Emmanuel Macron, « l’internationale réactionnaire » et une « extrême droite » liquide et indéfinissable.\n\nA lire aussi, Philippe Bilger:Ils voient des fachos partout\n\nPour leur part, les antisionistes pavloviens, symbolisés par l’outrance lyrique de Dominique de Villepin, refusent d’entendre les arguments existentiels d’Israëlpour briser les reins du nazislamisme iranien, qui veut éliminer les Juifs de la région. Les anti-Trump, eux, persistent à ne voir dans leur paria qu’un illuminé clownesque qui se croit choisi par Dieu pour accomplir sa mission prophétique de lutte contre le Mal. Dans cette confusion intellectuelle, personne n’écoute personne. Certains en viennent à souhaiter la victoire des mollahs et à pleurer la mort de l’ayatollah Ali Khamenei, sanctifié par des naïfs pour avoir interdit naguère la production, le stockage et l’utilisation de l’arme nucléaire. Reste pourtant les 440 kilos d’uranium enrichi, dissimulés par le dictateur bonasse : ils permettraient de produire une dizaine de bombes nucléaires. Bombes « haram », mais pas trop…\n\nJamais la pensée dominante n’a été aussi stérile qu’en cette période historique où toutes les idéologies, ces prêts-à-penser, s’effondrent en même temps. DansOù allons-nous ?, Georges Bernanos note :« Nous sommes menacés de voir un jour – pas pour longtemps, hélas ! – des démocraties sans démocrates, des régimes libérés sans hommes libres ». C’est cette vacuité manichéenne que connait la démocratie française, qui craint plus que tout l’expression de son peuple oublié.\n\nLe discours officiel s’est laissé envahir par les prêcheurs, leurs inquisitions, leurs lynchages. Force est de constater l’incapacité à analyser en profondeur la possible mise en échec du totalitarisme coranique dont s’accommode le chef de l’Etat, obnubilé par Poutine. C’est pourtant un Nuremberg de l’islamisme qui devrait être promis aux mollahs et aux Gardiens de la révolution, récusés par une majorité d’Iraniens qui ne craignent pas d’applaudir Trump et Netanyahou pour leur guerre de libération.\n\nPlus généralement, il devient impératif, pour les élites en pilotage automatique, de se tourner enfin vers les Français ordinaires, dont les jugements ne sont pas tous corsetés par les dogmes et leurs interdits. Les municipales, dimanche, seront une première occasion pour tenter de secouer un système sclérosé, à encéphalogramme plat.",
"author": "Ivan Rioufol",
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"title": "Age ingrat - Causeur",
"text": "C’est peu dire que l’objectif aimante le visage éphébique et la gracile anatomie de Samuel Kircher, beau gosse à l’opulente et blonde chevelure : d’un bout à l’autre de ce premier long métrage, signé du réalisateur belge Valéry Carmoy, présenté l’an passé à Cannes dans la sélection de la Quinzaine des cinéastes, le jeune acteur photogénique se voit, pour ainsi dire, amoureusement dévoré par la caméra. Décidément éprise de gros plans sur les mines du mignon.\n\nSous les traits du comédien susnommé, aujourd’hui âgé de 21 ans (découvert il y a trois ans dansL’été dernier,ultime perle noirede l’irremplaçable Catherine Breillat) et frère cadet de Paul Kircher (tous deux confrères dans le métier), Camille, adolescent taciturne, accessoirement complexé, hé oui, de puer des pieds, a intégré une classe Sport Etude de haut niveau, en compétition pour des championnats de boxe inter-écoles, puis européens. Son hobby ? Flanqué de son meilleur pote Matteo (Faycal Anaflous), qui pratique également la boxe anglaise au sein de cet internat majoritairement peuplé de garçons, suspendre à des cordages, au cœur de la forêt avoisinante, des appâts carnassiers pour le plaisir candide de surprendre les renards sauvages s’emparer du bout de bidoche – d’où le titre du film: La danse des renards.\n\nA lire aussi:«Coutures» ou l’esthétique de la ligne… et ses limites\n\nOr il advient qu’au cours d’une de ces équipées Camille chute accidentellement d’une falaise. Sauvé par Matteo, lequel a courageusement rejoint les secours en portant l’ami blessé sur son dos jusqu’à la ville, le garçon peine à reprendre ses entraînements et à obéir au volontarisme viril du coach : une douleur térébrante l’assaille à l’endroit de la longue cicatrice qui lui strie l’avant-bras. Ses congénères soupçonnent Camille de fabuler, d’autant que les toubibs ne diagnostiquent aucune séquelle. La solidarité des jeunes mâles, tout comme l’amitié fusionnelle avec l’incontrôlable Matteo sont mises à l’épreuve… Baume à cette juvénile et belliqueuse masculinité, la tendresse secourable de la génitrice, mais surtout la prude délicatesse de Yasmine, adolescente un peu hommasse, championne de taekwondo et trompettiste à ses heures, sur l’épaule de qui Camille, ostracisé par le groupe, se consolera…\n\nOn comprend la portée symbolique que Valéry Carnoy semble prêter au canidé à grosse queue dont les meutes envahissantes seront promises à se voir décimées, au cours d’une chasse organisée par la municipalité, dans le dernier tiers du film. Sur le ring, un ultime combat décidera du destin futur de Camille, mais aussi du sort de sa vieille amitié fusionnelle avec Matteo.\n\nA lire aussi, du même auteur:Pas de clef pour percer l’énigme David Lynch\n\nLe réalisateur confesse que ce premier « long » serait une manière d’extrapolation d’un court métrage antérieur de 18mn,Titan, qu’à l’instar de votre serviteur vous pourrez d’ailleurs visionner en accès libre sur Vimeo : une petite bande d’ados passablement débiles s’infligent sadiquement des épreuves de virilité à coups de scarifications, de déshabillage forcé et de tirs de revolvers à plombs, le mouflet Titan, victime de ce bizutage en bande, s’apaisantin finedans les bras de sa maman…\n\nIl est à craindre que la fascination manifeste – légitime au demeurant, pourquoi pas ? – de Carnoy pour la chair vulnérable des petites brutes testostéronées ne suffise pas à véhiculer un suspense très accrocheur, sur une heure et demie que dure le film. Reste que, à travers un naturalisme anthropologique assumé,La danse des renardsportraiture hélas avec exactitude cette consternante jeunesse bigarrée de 2026, dont le lexique à l’oral, entre deux gnons, se résume tout au plus à une dizaine d’interjections :mytho, sa mère, bâtard, t’es ouf, frère, j’men bats les couilles,je kiffe, etc.\n\n1h30. En salles le 18 mars 2026",
"author": "Julien San Frax",
"date": "Unknown",
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"url": "https://www.causeur.fr/affaire-elisa-pilarski-chien-curtis-euthanasie-323833",
"title": "Curtis président! - Causeur",
"text": "Une pétition réclame la grâce de Curtis, pitbull qui a tué la compagne de son maitre.\n\nLe 16 novembre 2019, Elisa Pilarski, 29 ans et enceinte de six mois est retrouvée morte dans l’Aisne, le corps lardé de 56 morsures dans une forêt où elle se promenait avec le petit molosse (deux ans et 20 kilos, quand même). Son compagnon et le maître du chien, Christophe Ellul, accuse des chiens de chasse à courre mais les expertises désignent Curtis.\n\nLa semaine dernière, M. Ellul était jugé pour homicide involontaire – il a dressé Curtis pour mordre. La procureure a requis quatre ans de prison avec sursis. Et réclamé l’euthanasie de Curtis qui, depuis six ans, vit dans un chenil en Haute-Garonne, avec une courette de six mètres carrés mais aucun contact humain ou canin.\n\nA lire aussi, éditorial:L’inclusivité n’est pas un dîner de gala\n\nCette perspective enrage les défenseurs des animaux, toujours prompts à « manger de l’homme ». Des crétins numériques proposent de piquer plutôt le maître. Et il y a déjà deux pétitions, dont l’une comptabilisait ce matin près de 35000 signatures. « Curtis a déjà payé un prix immense : six années de sa vie enfermé » peut-on lire. Il ne doit pas finir sa vie isolé ou euthanasié. Une association veut l’accueillir. On ne sait pas ce qui est prévu pour sa réinsertion…\n\nC’est ce que disent les avocats et sociologues de l’excuse sur les voyous. Je n’ironise pas sur ce pauvre chien. Mais sur ces grandes âmes qui oublient un détail. Curtis n’est pas un homme ni une personne morale. Il ne peut pas être déclaré coupable ni condamné ni contraint de se soigner. Il ignore qu’une proc demande sa mort. Les animaux peuvent souffrir mais ne savent pas ce qu’ils font. Et on ne déclare pas non plus coupable le lion qui mange l’antilope. Cette différence, je dirais cette supériorité humaine mais c’est très mal, ne nous autorise certainement pas à les torturer mais à les tuer, les faire travailler ou se reproduire sans consentement.\n\nLe chien Curtis ne sait pas qu’il fait le mal. Après avoir tué Elisa, il a d’ailleurs attaqué Ellul et sa sœur – c’est sa nature ou ça l’est devenu. Il ne s’agit pas de punir un chien mais de protéger les hommes. Evidence partagée même par Aymeric Caron : si vous devez choisir entre la vie de votre enfant et celle de votre chien, vous sauverez l’enfant. Nous avons des devoirs envers les animaux. Pas celui de les considérer comme nos égaux et encore moins comme nos semblables.\n\nRetrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale au micro de Patrick Roger",
"author": "Elisabeth Lévy",
"date": "Unknown",
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"title": "Peut-on encore filmer un salaud? - Causeur",
"text": "On ne brûle plus les films. On les finance mais à la condition qu’ils soient moralement solvables. Voilà le progrès. Plus de ciseaux, plus d’interdits affichés. Simplement des dossiers qui ne passent pas, des budgets qui s’évaporent, des validations qui tardent. L’époque ne censure pas, elle filtre. Elle ne condamne pas, elle évalue.\n\nEssayez donc de produire aujourd’huiTaxi Driverdans son état brut. Un homme isolé, insomniaque, saturé de porno minable, traversé d’élans racistes, persuadé que la ville est une infection à purger. Il fantasme l’attentat politique, collectionne les armes, envisage le carnage. Puis il abat des proxénètes pour « sauver » une prostituée mineure et se retrouve sacré héros par les médias. Ambigu, dérangeant, sans panneau lumineux pour indiquer au spectateur quoi penser.\n\nQui finance ? Qui assure le tournage ? Quelle plateforme valide le scénario sans exiger qu’on « clarifie le message » ? Le problème n’est pas d’écrire Travis Bickle. Le problème est de le faire exister à l’écran sans l’entourer de garde-fous, de notes d’intention rassurantes, de signaux pédagogiques.\n\nA lire aussi:L’Empire du Bien va peut-être laisser les enfants tranquilles\n\nL’époque ne redoute pas la violence ; elle redoute l’ambiguïté. Elle veut qu’on précise que l’on condamne, que l’on distance, que l’on contextualise. Autrement dit : que l’on neutralise. Un personnage immoral peut encore apparaître, à condition d’être compensé par un dispositif rassurant, par un équilibre statistique, par une conformité aux nouvelles grilles d’évaluation qui mesurent la diversité des corps et des rôles avant même la nécessité dramatique.\n\nLes quotas – appelons-les objectifs, indicateurs, engagements – ne sont pas en soi le problème. Ils répondent à des revendications légitimes. Mais ils transforment insensiblement l’écriture : on ne part plus seulement d’un personnage, on part d’un tableau à remplir. On ajuste la distribution, on vérifie la représentativité, on sécurise la réception. Le récit devient une équation où l’ombre doit toujours être compensée par une lumière identifiable.\n\nRegardezMort à Venise. Un homme vieillissant fasciné par la beauté d’un adolescent. Tout repose sur le regard, le trouble, la décadence intérieure. Rien n’est expliqué. Rien n’est excusé. La zone grise fait toute la force de l’œuvre. Aujourd’hui, cette zone serait l’objet principal du dossier juridique et communicationnel – avant même le premier clap.\n\nRegardezSalò ou les 120 journées de Sodome. Une expérience-limite, une démonstration politique par l’horreur. Ce qui dérangerait désormais, ce n’est pas seulement la crudité des images, mais l’absence de cadre explicatif intégré au récit. Le malaise pur, non commenté, devient suspect dans un environnement où l’on anticipe la réaction des réseaux avant celle du public en salle.\n\nA lire aussi, du même auteur:Dantec, ou la revanche de la marge\n\nEt si l’on pousse plus loin, que ferait-on du romanCrime et châtimentde Dostoïevski ? Un étudiant théorise le meurtre, tue, délire, doute sans qu’un dispositif narratif ne vienne baliser la morale. Aujourd’hui, on demanderait à l’adaptation d’afficher clairement sa position éthique, d’inscrire la condamnation dans la structure même du film, de prévenir toute lecture jugée problématique.\n\nNous vivons un moment où l’industrie culturelle parle sans cesse de responsabilité. À force d’anticiper les mauvaises interprétations, on réduit la part de risque. À force de vouloir protéger le public, on lui retire la possibilité de se confronter seul à ce qui le dérange.\n\nOn pourra toujours écrire un nouveauTaxi Driver. On pourra même en faire un scénario brillant. Mais le faire advenir sans le corriger par avance, sans le rendre compatible avec les matrices morales et les tableaux de conformité contemporains – voilà ce qui devient improbable.\n\nLe danger n’est pas la provocation. Le danger est l’autorisation morale. Car dès qu’on réduit le monde à deux camps impeccables, on glisse vers une forme de fascisme intellectuel : celui qui ne tolère plus la complexité.",
"author": "Grégory Rateau",
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"title": "Au nom de l’antifascisme… - Causeur",
"text": "«Il existe aujourd’hui une forme d’antifascisme archéologique qui est en somme un bon prétexte pour se voir décerner un brevet d’antifasciste réel. […] Une bonne partie de l’antifascisme d’aujourd’hui, ou, du moins, ce qu’on appelle antifascisme, est soit naïve et stupide, soit prétextuelle et de mauvaise foi ; en effet, elle combat, ou fait semblant de combattre, un phénomène mort et enterré, archéologique, qui ne peut plus faire peur à personne. C’est, en somme, un antifascisme de tout confort et de tout repos.»Pier Paolo Pasolini,Écrits corsaires.\n\nDepuis le meurtre abominable de Quentin, les médias de gauche, deLibérationauMonde, de France Info à France Inter et la télévision publique, distillent jour après jour, avec plus ou moins de subtilité, les mêmes discours sur ce que ce drame aurait permis de mettre en évidence – à savoir, selon eux, la présence sur notre sol de très nombreux et dangereux groupuscules fascistes. Ce sont eux qui, tout compte fait, seraient responsables des violences qui ont conduit au lynchage d’un jeune homme de 23 ans «présumé néo-nazi et antisémite», pour reprendre avec des pincettes antiseptiques les propos inqualifiables de Ségolène Royal. Le quotidienL’Humanités’est particulièrement distingué, multipliant jour après jour les couvertures et les articles les plus tendancieux voire les plus mensongers. Rappelons au passage que ce journal est subventionné avec l’argent de nos impôts à hauteur de 6 à 7 millions d’euros par an.\n\nLes titres de couvertures et des articles du quotidien communiste du 14 février, jour du décès de Quentin, au 20 février, annoncent la couleur. Elle est exclusivement brune : «Un militant identitaire de 23 ans est décédé à la suite d’affrontements. Une tragédie que récupère honteusement la galaxie réactionnaire.» «Des groupuscules néofascistes appellent à la vengeance.» «Le risque de représailles brunes». «À Lyon, la contagion fasciste. Plusieurs interpellations ont eu lieu dans l’enquête sur la mort du militant identitaire Quentin Deranque. Ce drame met en lumière l’implantation des groupuscules d’extrême droite dans la capitale des Gaules.» «La stratégie de terreur des identitaires. Laboratoire des idées xénophobes, la capitale des Gaules est régulièrement le théâtre d’attaques contre des militants de gauche et progressistes.» Pas un mot sur les exactions de la Jeune Garde qui, depuis sa création en 2018, insulte, harcèle, agresse, tabasse en meute militants du RN, étudiants de l’UNI et toute personne qu’elle soupçonne d’être un « fasciste ». Pas un mot non plus sur le co-fondateur de ce groupuscule hyper-violent, Raphaël Arnault, qui, déjà condamné pour violences en réunion, a menacé de mettre une «balle dans la tête» d’Alice Cordier, la directrice du collectif Némésis. Pas un mot sur les collaborateurs parlementaires du député LFI impliqués dans les actions violentes qui ont abouti au meurtre de Quentin.\n\nA lire aussi, du même auteur:Peut-on être un golden boy et gauchiste?\n\nLe 23 février,L’Humanitése déchaîne. Une couverture et sept pages dénoncent les «sordides calculs» d’une extrême droite qui exploiterait la mort de Quentin. Un journaliste écrit : «Saluts nazis, vociférations homophobes et racistes : le défilé de Lyon, samedi, n’avait rien d’une marche blanche en hommage au militant ultranationaliste Quentin Deranque, battu à mort le 12 février.» À croire que les 3500 participants ayant marché pacifiquement pour honorer la mémoire de Quentin et réclamer justice étaient tous des suppôts d’Hitler. Les journalistes deL’Humanité, comme d’ailleurs ceux duMonde,Libération,La Croixou France Info, n’ont vu que la dizaine de débiles faisant des saluts nazis ou tenant des propos racistes. Du message des parents de Quentin remerciant «les participants venus dans une démarche sincère et digne», ces médias n’ont retenu que la partie regrettant les «débordements racistes». Les mêmes médias ont par ailleurs omis de souligner la présence des crétins qui ont proféré les pires insanités sur Quentin et sur les manifestants au passage du cortège à Lyon. Adepte fanatique de lareductio ad hitlerum,Nathalie Tehio, la présidente de la Ligue des droits de l’homme, signe un papier affirmant que «la glorification du régime nazi est toujours présente». La violence de l’extrême gauche est «conjoncturelle» et répond à une menace tandis que la violence de l’extrême droite est «structurelle» et est intrinsèque à l’idéologie néo-nazie qui gangrènerait le RN, écrit-elle en substance. Rappelons que cette avocate s’est résolument opposée à la dissolution de… la Jeune Garde.\n\nEnfin, le quotidien communiste annonce qu’il s’est associéà Radio Nova,Les Inrocks,StreetPress et Blast pour éditerCombat ! Front commun contre l’extrême droite,un «manuel indispensable pour mener la bataille idéologique. À l’heure où, quatre-vingt-deux ans après l’assassinat par l’armée nazie des 23 de l’Affiche rouge, des néo-nazis ont pu défiler dans les rues de Lyon librement, samedi», écrit sans vergogne Fabien Gay, directeur deL’Humanité.\n\nPetits rappels. Radio Nova etLes Inrocksappartiennent au banquier gauchiste Matthieu Pigasse qui a affirmé vouloir mettre les médias qu’il contrôle –Le Monde,Télérama,Le Nouvel Obs, etc. – au service de son combat contre « la droite radicale ». Comme le révélait Boulevard Voltaire en juin 20241, le média d’extrême gauche StreetPress profite depuis des années de la générosité de L’Open Society Foundation de George Soros et est affilié à Sphera Network, un réseau européen d’ONG et de médias « indépendants » financé en partie par la Commission européenne. StreetPress est connu pour ses accointances avec la Jeune Garde. La journaliste Daphné Deschamps et le rédacteur en chef adjoint Christophe-Cécil Garnier s’affichent en effet aux côtés de Raphaël Arnault lors de conférences ou de réunions où apparaissent également des députés LFI. En octobre 2023, Mathieu Molard, rédacteur en chef de ce média, intervenait aux côtés de Raphaël Arnault dans un colloque organisé par la « fondation insoumise », l’institut La Boétie. Blast est un média d’extrême gauche sur lequel Pierre Sauvêtre, sociologue à l’université de Paris Nanterre, a expliqué que la mort de Quentin aurait surtout permis de révéler la formation d’un «arc néofasciste» extrêmement large, allant du PS au RN en passant par le LR et Renaissance, et ayant pour ennemi commun la seule formation politique antifasciste respectueuse de l’esprit républicain, LFI. Défense de rire.\n\nLe 27 février, le quotidien communiste continue de relayer les discours de Jean-Luc Mélenchon et de ses lieutenants réclamant la dissolution du collectif Némésis, en consacrant sa couverture et trois pleines pages à ce «mouvement fémonationaliste». Les jeunes femmes de Némésis y sont bien sûr traitées de tous les noms d’oiseaux néofascistes.\n\nA lire aussi, Martin Pimentel:Jean-Luc Mélenchon: l’ivresse de la radicalité\n\nLes communistes les plus anciens s’interrogent: comment le gauchisme, la «maladie infantile du communisme», selon Lénine, a-t-elle pu finalement contaminer les instances médiatiques et politiques du PCF ? Naguère, les trotskistes accusaient les communistes français d’être aux ordres de Moscou et les désignaient d’un seul vocable qui avait valeur d’injure suprême : « stalinien ». Les manifestations du PC et de la CGT étaient alors encadrées par un service d’ordre composé majoritairement d’ouvriers sachant, de toutes les manières possibles, manier le manche de pioche : les étudiants gauchistes qui tentèrent l’aventure d’une percée dans les rangs de ces cocos-là s’en souviennent encore. À l’époque, tout sépare les ouvriers communistes des étudiants gauchistes : «Les ouvriers demeurent et demeureront méfiants vis-à-vis des étudiants qu’ils considèrent comme des enfants de riches et de privilégiés qui ne connaissent rien au monde ouvrier», écrit Jean-Pierre Le Goff2.L’action politique des gauchistes se veut déjà radicale et conflictuelle ; la révolution permanente est censée aboutir au renversement dusystèmebourgeois et capitaliste et à l’avènement d’un mondesupposémentidéal, sans classes sociales, sans inégalités, sans interdits, sans hiérarchies, sans frontières. De son côté, le PCF opte pour la stratégie de « la voie démocratique au socialisme », abandonne la notion de « dictature du prolétariat » et, pour parvenir au pouvoir, envisage une alliance avec les socialistes – alliance qui lui sera fatale, comme chacun sait. Que s’est-il passé pour que les apparatchiks communistes d’aujourd’hui s’allient avec les adversaires gauchistes d’hier ? Il s’est d’abord passé que l’union de la gauche qui permettra l’accession au pouvoir de François Mitterrand, ne profitera électoralement qu’au PS. Il s’est passé ensuite que l’électorat communiste a fondu en même temps que fondait la classe ouvrière et que ce qu’il restait de cette dernière s’est tournée vers une droite nationale reprenant pour partie le projet économique du Programme commun de la gauche et ayant fait sien le discours sur l’immigration de Georges Marchais : «Il faut stopper l’immigration officielle et clandestine». Au versant économique qui justifiait déjà à l’époque cette revendication, il faut aujourd’hui ajouter la perte des repères socio-culturels, le prosélytisme islamique, l’insécurité grandissante, toutes choses qui ont un rapport, quoi qu’en disent nos dirigeants et une bonne partie de la gauche, PC inclus, avec l’immigration. Il s’est enfin passé que, la gauche socialiste ayant fait en sorte que de plus en plus de jeunes gens échouent, dans tous les sens du terme, sur les bancs universitaires, l’extrême gauche mélenchoniste, déjà fortement implantée dans l’enseignement supérieur, a immédiatement saisi cette opportunité pour endoctriner des étudiants incultes, manipulables, en quête d’émotions politiques pseudo-révolutionnaires et superficielles, étudiants auxquels elle a fait gober des notions facilement assimilables, un gauchisme anticapitaliste et islamophile rudimentaire mâtiné d’un zeste d’écologisme et d’une pincée de wokisme. En fait, après avoir collaboré à la propagande immigrationniste et multiculturaliste élaborée, au nom de l’antiracisme, par les ex-trotskistes de SOS Racisme, les mélenchonistes sont les premiers à avoir consciencieusement appliqué les consignes du think tank Terra Nova recommandant au PS de ne plus chercher les suffrages de la classe ouvrière mais de cibler plutôt «les diplômés, les jeunes, les minorités» – même si LFI connaît actuellement quelques déconvenues, le mal est fait et le PC ne peut survivre, électoralement parlant, qu’en se mettant à sa remorque.\n\nLes départements de Seine-Saint-Denis, du Val-de Marne et des Hauts-de-Seine comptaient 67 municipalités communistes en 1945. Il y en avait encore 54 en 1977. Il n’y en a plus que 17 aujourd’hui. Les Insoumis lorgnent sur certains de ces bastions communistes, Montreuil (93) et Vitry-sur-Seine ou Villejuif (94), entre autres. La ville de Saint-Denis, que les communistes ont perdue au profit du socialiste Mathieu Hanotin, verra aux prochaines élections une alliance LFI-PCF pour soutenir l’Insoumis Bally Bagayoko. En contrepartie, des accords sont prévus à Bobigny, Noisy-le-Sec, Sevran et Stains pour faire en sorte que ces communes demeurent dans le giron du PC. Bref, on sauve les (derniers) meubles en n’hésitant pas à s’acoquiner avec l’extrême gauche hier honnie et en caressant dans le sens du poil ses milices « antifascistes ».\n\nCelles-ci sont composées pour l’essentiel de fils de bonne famille. Ils se prénomment Raphaël, Jacques-Élie, Adrien ou Jean-Charles. Leurs parents sont enseignants, universitaires, journalistes, médecins, cadres supérieurs. Depuis plus de quarante ans, l’Éducation nationale les formate à l’idéologie gauchisante ; depuis trente ans, à l’écologisme ; depuis dix ans, au wokisme. Ils ont achevé leurs études sur les bancs d’écoles de commerce, d’IEP et d’universités gangrénées par les théories les plus mortifères, toutes issues des idéologies pré-citées, et où le militantisme remplace maintenant régulièrement l’enseignement et la transmission de connaissances. Faute de ces savoirs fondamentaux, ces activistes ne peuvent en rien rivaliser avec les personnages historiques dont ils se réclament: les éléments de langage ont supplanté les discours argumentés, les vociférations se sont substituées à l’art oratoire, les slogans gargouillés ont évincé les mots d’esprit. Ils haïssent la France et tous ceux qui l’aiment et la défendent et ont de l’action politique une idée assez binaire – il y a d’un côté les méchants fascistes, qu’il faut « éliminer », de l’autre les gentils « antifascistes ». Armés de principes simples et de gants coqués, ils se disent fiers d’éradiquer les néo-nazis, c’est-à-dire tous ceux qui ne pensent pas comme eux. Bêtes et bornés, leur inculture n’a d’égale que leur brutalité, brutalité verbale le plus souvent, brutalité physique lorsqu’ils sont à dix contre un, enivrés par l’odeur de mort qu’ils dégagent.\n\nA lire aussi, Lucien Rabouille:Pourquoi Pasolini se méfiait des antifa\n\nEn 1969, dans l’hebdomadaireTempooù il tient une rubrique intituléeLe Chaos,Pier Paolo Pasolini répond à la lettre que lui a envoyée Carletto, un «garçon du peuple» fasciste qui, à l’inverse des «odieux petits fascistes fils à papa», apparaît à Pasolini comme sensible et naïf, égaré dans sa recherche d’une «lumière» que tous les dogmes promettent «pourle futur» et que l’écrivain appelle la «lumière rhétorique» ou la «fausse lumière». «Un jour, lui écrit-il,tu découvriras avec horreur ce qui t’est arrivé au cours des dernières années durant lesquelles tu étais sans défense contre les mauvaises fréquentations». Pour accélérer l’avènement de ce jour, Pasolini ne lui fait pas la morale mais lui donne un conseil: «Étudie, pense, travaille, observe : la lumière est seulement dans la culture (ce qui ne veut pas toujours dire la culture enseignée à l’école), autrement dit, elle est seulement dans la renonciation rationnelle à toutes les fausses consolations.» À un autre jeune homme, Sarino, étudiant de gauche qui lui a écrit: «Pier Paolo, tu es un réactionnaire et un conservateur», Pasolini répond cette fois sans ménagement aucun: «Je n’aurais pas répondu à un message aussi péremptoire s’il ne me suggérait pas une confrontation avec le message précédent de Carletto. Carletto est un fasciste, cependant il est peu sûr de lui, humble au fond, il me demande de l’aide. Toi, tu es de gauche, d’extrême gauche, plus à gauche entre tous, et pourtant tu es fasciste. Tu es fasciste parce que tu es bête, autoritaire, incapable d’observer la réalité, esclave de quelques principes qui te semblent si inébranlablement justes qu’ils sont devenus une foi – horrible chose, lorsqu’elle ne s’accompagne pas de la charité, autrement dit, d’un rapport concret, vivant et réaliste avec l’histoire3. »",
"author": "Didier Desrimais",
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"url": "https://www.causeur.fr/macron-trump-les-copains-dabord-323546",
"title": "Macron, Trump: les copains d’abord - Causeur",
"text": "Jerome Powell, actuel patron de la Fed (la Réserve fédérale des États-Unis), achèvera son mandat en mai prochain. Hostile aux baisses des taux réclamées par Trump, bien que nommé par ce dernier en 2017 (!), Jay Powell s’est vu récemment gratifié de tombereaux d’injures par le Donald :« Qui est notre plus grand ennemi, Jay Powell ou le président Xi ? »\n\nLe président a déjà désigné Kevin Warsh, un proche, pour diriger la banque centrale. Il est donc de bon ton de souligner l’entorse ainsi faite à la sacro-sainte (quoique très théorique) indépendance d’une banque centrale. De là à voir dans cette nomination une preuve supplémentaire du despotisme trumpien, il n’y a qu’un pas que tous ses adversaires, notamment français, n’hésitent pas à franchir.\n\nC’est pas chez nous qu’un truc comme ça arriverait. Ah, en fait si. C’est même arrivé trois fois en l’espace de quelques jours. François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France, a opportunément annoncé sa démission. Macron s’apprête à nommer son remplaçant. Idem pour Christine Lagarde, dont le départ anticipé est annoncé. Enfin, Amélie de Monchalin va prendre la présidence de la Cour des comptes, afin de porter un jugement impartial sur… le budget qu’elle vient de concocter. Rien à voir évidemment avec les menées scélérates de Trump. Tous ces Français sont là pour une cause noble : faire barrage à Bardella, au cas où…\n\nQuel soulagement pour les amoureux de l’« État de droit ».",
"author": "Stéphane Germain",
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"title": "Cette confusion intellectuelle qui rejette le débat - Causeur",
"text": "Qui ose débattre ? La caricature, l’injure, l’excommunication ont, partout, éteint les utiles controverses, au profit de l’entre-soi et de l’auto-congratulation. A Paris, Rachida Dati (LR)a refusé d’affronter ses concurrentsà la veille du premier tour des municipales, ce dimanche. Elle traite Sarah Knafo (Reconquête) en indésirable, au risque d’empêcher une victoire de la droite unie le 22 mars si la talentueuse candidate « révolutionnaire »(voir vidéo CNews ci-dessous)dépasse les 10%, ce qui paraît probable.\n\nMême le RN qualifie le mouvement d’Éric Zemmour de « nauséabond » (Laurent Jacobelli1), en s’appropriant le cliché des cloueurs de bec. La chasse aux «fascistes», ouverte par une extrême gauche plus stalinienne que jamais, est aussi l’alibi d’une macronie subclaquante. N’entendant pas rendre des comptes de ses échecs, le parti présidentiel préfère dénoncer, derrière Emmanuel Macron, « l’internationale réactionnaire » et une « extrême droite » liquide et indéfinissable.\n\nA lire aussi, Philippe Bilger:Ils voient des fachos partout\n\nPour leur part, les antisionistes pavloviens, symbolisés par l’outrance lyrique de Dominique de Villepin, refusent d’entendre les arguments existentiels d’Israëlpour briser les reins du nazislamisme iranien, qui veut éliminer les Juifs de la région. Les anti-Trump, eux, persistent à ne voir dans leur paria qu’un illuminé clownesque qui se croit choisi par Dieu pour accomplir sa mission prophétique de lutte contre le Mal. Dans cette confusion intellectuelle, personne n’écoute personne. Certains en viennent à souhaiter la victoire des mollahs et à pleurer la mort de l’ayatollah Ali Khamenei, sanctifié par des naïfs pour avoir interdit naguère la production, le stockage et l’utilisation de l’arme nucléaire. Reste pourtant les 440 kilos d’uranium enrichi, dissimulés par le dictateur bonasse : ils permettraient de produire une dizaine de bombes nucléaires. Bombes « haram », mais pas trop…\n\nJamais la pensée dominante n’a été aussi stérile qu’en cette période historique où toutes les idéologies, ces prêts-à-penser, s’effondrent en même temps. DansOù allons-nous ?, Georges Bernanos note :« Nous sommes menacés de voir un jour – pas pour longtemps, hélas ! – des démocraties sans démocrates, des régimes libérés sans hommes libres ». C’est cette vacuité manichéenne que connait la démocratie française, qui craint plus que tout l’expression de son peuple oublié.\n\nLe discours officiel s’est laissé envahir par les prêcheurs, leurs inquisitions, leurs lynchages. Force est de constater l’incapacité à analyser en profondeur la possible mise en échec du totalitarisme coranique dont s’accommode le chef de l’Etat, obnubilé par Poutine. C’est pourtant un Nuremberg de l’islamisme qui devrait être promis aux mollahs et aux Gardiens de la révolution, récusés par une majorité d’Iraniens qui ne craignent pas d’applaudir Trump et Netanyahou pour leur guerre de libération.\n\nPlus généralement, il devient impératif, pour les élites en pilotage automatique, de se tourner enfin vers les Français ordinaires, dont les jugements ne sont pas tous corsetés par les dogmes et leurs interdits. Les municipales, dimanche, seront une première occasion pour tenter de secouer un système sclérosé, à encéphalogramme plat.",
"author": "Ivan Rioufol",
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"url": "https://www.causeur.fr/la-novlangue-vous-salue-bien-323592",
"title": "La novlangue vous salue bien - Causeur",
"text": "« Ce n’est pas parce que Monsieur Le Pen disait qu’il préfère le soleil à la pluie que le soleil lui appartient » ; cette phrase, qui a marqué son époque, prononcée par l’ancien président de la République Nicolas Sarkozy au sujet de l’immigration en France1, pourrait aujourd’hui être pleinement associée à la récente remarque de Jean-Luc Mélenchon concernant la prononciation du nom du criminel sexuel le plus décrié du monde, Jeffrey Epstein.\n\nDerrière le parfum nauséabond utilisé par le patron de LFI autour de l’origine juive du roi déchu de la jet-set américaine, Mélenchon est loin d’être le seul à avoir remarqué la différence de prononciation des noms qui finissent par « stein », majoritairement d’origine juive allemande et dits depuis toujours « chteyn » en France, et la version « Epstine » que les médias américains, habités par ce dossier explosif, auraient imposée pour évoquer le scandale qui entache un nombre invraisemblable de gens influents de la société occidentale.\n\nSi Mélenchon voit dans cette manœuvre politico-phonétique la volonté de ses auteurs de russifier le nom du prédateur financier — ce qui est, il est vrai, dans le contexte actuel de guerre hybride entre l’Occident et la Russie, de nature à diaboliser davantage le malfaiteur (« Epstine » sonne presque comme « Eltsine », sic) — cette astuce sémantique confirme surtout la tendance à la création d’un nouveau langage, dans lequel les mots sont soigneusement choisis par un pouvoir dont l’identité précise nous échappe, mais qui nous guide depuis plusieurs décennies déjà dans la définition collective — et même individuelle — du bien et du mal.\n\nMalgré tout le déchirement que chacun de nous peut ressentir à l’égard des jeunes filles, mineures, manipulées et abusées par l’impitoyable empire de l’homme d’affaires new-yorkais, il serait aussi légitime d’interpeller le terme « survivantes » employé à leur égard. Les malheurs et les souffrances humaines ne sont ni des sujets de compétition ni des objets de comparaison sur une quelconque échelle de la douleur ou des dégâts physiques et moraux. Mais s’agissant des crimes, le terme « survivant », depuis la Seconde Guerre mondiale et l’horreur de la Shoah, a reçu un statut à part. Les revenants de l’enfer des camps de concentration l’avaient mérité et nous, les générations qui ont suivi, leur devons au moins cette définition.\n\nLes victimes d’abus sexuels méritent elles aussi un mot juste pour décrire leur souffrance. Mais l’utilisation du terme « survivant » pourrait presque laisser penser qu’un pouvoir invisible politico-médiatique cherche à vulgariser et ainsi banaliser les crimes du nazisme.\n\nA lire aussi:Jeffrey Epstein, l’homme aux 100 000 contacts\n\nMais le dictionnaire de la bien-pensance contemporaine ne se limite pas à l’affaire Epstein, bien évidemment. Depuis quelques années déjà, nous sommes habitués à l’usage du terme « complotisme » pour désigner un avis qui tranche avec la version courante des élites au pouvoir afin d’expliquer un événement social ou géopolitique, ou encore à celui de « propagande ». Ce dernier est utilisé, le plus souvent, pour lier les auteurs d’opinions alternatives au président russe Vladimir Poutine, champion toutes catégories des maux de l’Occident, ou à son acolyte asiatique Xi Jinping.\n\nCes mots « outils », utilisés pour dénigrer un désaccord profond avec la version officielle et pour anéantir la moindre tentative de débat — qui est pourtant la base vitale d’une démocratie — nous ramènent, encore et toujours, au livre qui, hélas, avait pressenti, il y a 80 ans, les risques de dérives totalitaires que pouvait courir l’Occident :1984, de George Orwell. L’une des armes les plus redoutables du parti de « Big Brother » fut la création d’un dictionnaire idéologique, avec pour objectif de « restreindre les limites de la pensée » au point de « rendre littéralement impossible le crime par la pensée, car il n’y aura plus de mots pour l’exprimer2». On se souvient des formules les plus efficaces du régime politique d’Océania, dans1984: « La guerre, c’est la paix », « La liberté, c’est l’esclavage » et « L’ignorance, c’est la force ».\n\nL’uniformisation de la pensée moderne mainstream, celle qui ne distingue plus la guerre contre un régime terroriste et le génocide, les élans populaires patriotes et les mouvements néo-nazis, les abus sexuels et l’extermination raciale, la volonté d’un peuple de choisir son leader et l’ingérence étrangère, est un véritable poison lent, qui a déjà vu les sociétés européennes sombrer dans le déni de la perte de leur souveraineté, de leur compétitivité et, tout simplement, de leur raison d’être dans le monde d’aujourd’hui.\n\n« La Révolution (totalitaire) sera complète quand le langage sera parfait », a prédit Orwell par la voix de l’un des personnages de son livre ô combien prémonitoire. Et si la survie de la France et de l’Europe se trouvait peut-être d’abord dans la capacité d’appeler les choses par leur véritable nom, dans la préservation et l’usage de toutes les nuances de la langue que tant de gens exceptionnels nous ont laissées en héritage ?",
"author": "Leonid Berkovich",
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"title": "Municipales: À Argenton-sur-Creuse, Pierre Gentillet (RN) décline la «stratégie de la cravate» en mode communal - Causeur",
"text": "On avait un peu perdu de vue Pierre Gentillet. En 2024, l’avocat médiatique, estampillé CNews et Sud Radio, a fait partie des grands brûlés de l’élection législative. Candidat dans le Cher, il était largement en tête au premier tour avec  43% des voix, mais dut s’incliner au second face au sortant philippiste Loïc Kervran. Deux ans après, le voici de retour, en lice pour les municipales à Argenton-sur-Creuse, dans le département voisin de l’Indre.  Parachutage ? Pas vraiment. Alors que nous cheminons avec lui dans les rues de la ville, il évoque ici un souvenir d’enfance, là la façade d’un commerce fermé et autrefois tenu par un oncle… et affiche surtout un objectif : réussir le pari de l’enracinement à l’échelle communale. Un exercice où la droite nationale a très souvent échoué.\n\nVu avec les lunettes de la vie politique nationale, son point de chute n’a rien de crucial. Argenton, c’est cinq mille habitants, un chef-lieu de canton, une gare TER direction Limoges d’où ne sont descendus avec nous qu’un étudiant et un couple de grands parents. Le genre de municipalité dont les édiles sont généralement sans étiquette. Pourtant, la Venise du Berry, ainsi nommée en raison de ses façades peintes en bord de Creuse, est pourvue d’un doge socialiste, Vincent Millan, maire depuis 2014, candidat à sa réélection et héritier des réseaux de Michel Sapin, lequel fut maire intermittent entre deux ministères de 1995 à 2012. L’ancien éléphant de la Hollandie a su couver sa portée : son fils, Clément Sapin est troisième sur la liste Millan. Un système, donc.\n\n«Quand Pierre Gentillet arrive dans un village, on n’est pas loin de la guerre civile de clocher» nous confie, sourcils froncés, l’animatrice d’un collectif citoyen «engagé contre l’extrême droite à Argenton-sur-Creuse», constitué exprès pour barrer la route de l’avocat. Dans le Cher, où il avait promis de faire « tous les bars » pendant sa campagne, on ne voyait et on ne parlait que de lui. A Bélâbre, village de l’Indre, sa mobilisation contre l’installation d’un centre d’accueil de migrants avait provoqué en 2024 deux manifestations antagonistes, sur un mode presque théâtral. D’un côté, les pro-migrants, dont beaucoup fonctionnaires militants catégorie B en préretraite, des cadres associatifs et des profs; de l’autre, les anti-migrants, au style nettement plus rural, chauffés par Gentillet sur les placettes et dans les débits de boisson. A Argenton comme ailleurs, on prend les mêmes et on recommence : la gauche de service public contre le pays réel des bistrots. Vierges rouges contre nez rouges.\n\n« Gentillet a logiquement la base des électeurs RN» peste un partisan de la mairie sortante… Pourtant, l’avocat est surtout en train de réussir son pari de l’embourgeoisement. Sur sa liste : commerçants, figures locales et même l’opposante historique de la droite municipale. Des messieurs en blazer, quelques cheveux lissés, des personnages respectables. Dans leur programme, on parle patrimoine, embellissement, soutien au petit commerce, qualité de vie… Sur Facebook, le candidat fait de la poterie avec un artisan, de la pâte avec le boulanger ou s’extasie devant les merveilles du terroir. Gentillet apparaît comme un notable de province, même pas RPR, quelque chose entre une UDF ou un vieux CNI ressuscité. Prudence d’ailleurs sur les sujets qui fâchent. L’insécurité ? Les caméras seront« à l’essai» et pour plus de précisions «je vous rappelle qu’on a une élection présidentielle dans un an». Robert Ménard n’aurait pas dit mieux. Le discours prend-il ? «On vote plutôt LR à l’origine» nous confie le patron de l’agence de voyage présent sur sa liste.\n\nQue l’on soit RN ou non, Gentillet bénéficie du ras-le-bol municipal. Dans les rues, notre tournée des boutiques donne une idée de la popularité «du clan Sapin». «On ne les voit jamais» ici. «Ils ne font rien pour embellir la ville» là. «Impossible d’avoir qui que soit au téléphone».« Je pars, l’ambiance est impossible» soupire un libraire qui liquide son stock d’ouvrages de patrimoine local. Les électeurs municipaux n’attendent pas des miracles, seulement les gestes élémentaires du pouvoir local : voirie entretenue, présence humaine, histoire et identité locale. Autant de petits riens qui, dans une mairie, font des tout mais échappent parfois à la hauteur de vue des apparatchiks socialistes.\n\nBref, Gentillet a un coup à jouer. Conscient du danger, Nicolas Forissier, nouveau ministre délégué chargé du commerce extérieur et de l’attractivité de France, élu député dans la circonscription depuis 1993, a dépêché sa suppléante sur une liste divers droite bricolée à la hâte. «Pas une candidate sérieuse», grogne un tavernier pro-Gentillet ; la farce politique pourrait valoir au RN un second tour… qui pourrait, comme en 2024, entraîner une dynamique de barrage, mais sur la Creuse cette fois-ci. D’autant que la mairie dispose de quelques atouts, un rien clientélistes, pour mobiliser contre le candidat Gentillet. Dans une boutique associative, dont l’activité est soutenue par la commune, les réponses se font gênées, hésitantes… : «Bah oui, il y a un enjeu… bah oui, on en parle beaucoup… bah oui, sa présence change quelque chose…» et puis «oui on a un peu peur ».Les associatifs subventionnés craignent des coupes sombres dans leur budget. Les profs du lycée Rollinat, très gauche des années 1980, lui seraient assez hostiles.\n\nFace à eux, les pro Gentillet ne la ramènent pas trop. Une commerçante craint des « représailles » pour s’être trop affichée avec le candidat. Une autre nous demande de ne pas mentionner son témoignage. Dans les bars, souvent favorables mais rarement bruyants, ce sont les grandes gueules de gauche qui dominent les conversations. «Ceux qui râlent parlent plus fort», observe une habituée.« Ceux que plus personne ne peut blairer», résume brutalement un colistier.\n\nOn devine la ligne de fracture : la gauche d’argent public, braillarde comme le premier député mélenchoniste venu, face aux commerçants et indépendants, aux manières plus policées. «En l’attaquant systématiquement, sur les réseaux, dans ses réunions, les opposants du RN travaillent en vérité pour lui» résume la serveuse d’un bar. L’intimidation morale a vécu.\n\nCe soir, Gentillet tient réunion dans une salle municipale en sous-sol d’une barre d’immeuble, carrelage seventies, chaises dépareillées : le décor est populaire, la réunion aussi. Les militants habituels mais aussi les habitants du quartier, ceux que François Hollande appelait jadis les sans-dents. Gentillet déroule son discours de bon père de famille : écouter, comprendre, réparer. Tourisme, label «cité de caractère», embellissement, fleurs, petites industries… Mais la salle vibre aussi aux paroles fortes. Quand on fait tourner le micro dans l’assistance, les quidams parlent de cambriolages, de seringues dans les cages d’escalier et même, avertit une vieille dame à qui l’on donne le micro, «de migrants trop nombreux… même si ça ne plait pas à tout le monde». Les opposants sont au fond, notamment une prof de français en retraite membre du collectif anti-Gentillet : «Les études montrent que les caméras ne servent à rien ! ».Aussitôt, une riposte fuse dans le fond de la salle: « et les grands-mères agressées ?» Le vécu contre l’expertise universitaire. Ça siffle, ça applaudit, ça s’enflamme. Gentillet tranche, poli et calme :« Ce que nous venons de vivre ce soir, ce sera mon mandat pendant six ans : écoute, débat, dialogue» et de fait, la scène vaut un résumé de la campagne. Argenton ne joue peut-être qu’une vieille pièce provinciale : la morale« citoyenne» et administrative contre les espoirs et colères populaires. Avec un enjeu plus sérieux : la transformation d’un candidat et d’un parti polémique en notabilité municipale. Un test à valeur nationale.",
"author": "Lucien Rabouille",
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"title": "La mémoire du chaos - Causeur",
"text": "L’avertissement avait sonné depuis plusieurs minutes sur mon téléphone vibrant et il annonçait que l’alerte serait imminente. Un missile était sur le point de survoler nos têtes et si l’alerte sonnait, cela signifiait que le missile allait tomber près de notre localisation.\n\nDepuis quelques jours, les avertissements ne sont pas nécessairement suivis d’alertes, alors, une sorte de nonchalance s’est installée, chacun de nous faisant des arbitrages, ou pariant que peut-être, cette fois-ci, l’alerte ne sonnera pas.\n\nPour ma première sortie à vélo depuis le début de la guerre, j’étais gâtée. L’alerte était en train d’hurler alors que j’étais près de mon domicile ; mais pas assez proche pour y arriver dans les temps ; il fallait donc que je me mette à l’abri au plus vite.\n\nA peine le temps d’abandonner mon vélo au milieu de la route, je réalise que même trouver un abri public est ambitieux, je vais devoir aviser. Heureusement, je ne suis pas seule, ce matin, je suis accompagnée de Zwicka.\n\nUn carré d’herbes nous tend les bras, casques de vélo encore vissés sur la tête, c’est de circonstance, nous nous allongeons à même le sol, comme il l’est demandé dans les instructions adressées à la population civile. Les yeux rivés vers le ciel, je suis obligée d’avouer que cet instant n’est pas si désagréable, un doux rayon de soleil caressant nos visages.\n\nLe ciel d’Israel nous a habitués à ses changements d’humeur, hésitant encore en ces jours de début mars entre le printemps et l’hiver, ou oscillant en l’espace de quelques minutes de la quiétude à l’hostilité soudaine. La guerre ici n’a pas le visage que nous lui pensions. Elle se loge dans des menus détails, se lit sur les mines fatiguées des nuits coupées, dans les sursauts quand, au moindre bruit, nos corps trahissent l’état d’hyper vigilance dans lesquels ils sont plongés depuis toujours.\n\nIl n’empêche que le corps posé sur l’herbe, je ne peux m’empêcher d’observer ce ciel parfait : les nuages y voilent ce matin les missiles, tandis que leurs détonations nous ôtent d’un doute, s’il en demeurait encore un, sur l’existence d’une menace réelle au-dessus de nos têtes.\n\nCela dure plusieurs minutes, les oiseaux se dispersent dans tous les sens, sans unanimité claire sur la direction à prendre, le chaos ne se trouve pas seulement sur la terre ferme, il existe aussi dans les airs. Zwicka garde le silence puis, pour dédramatiser, me dit, pendant que la sirène hurle, qu’il faut relativiser. C’est quand le climat d’urgence s’abat sur nous que la sagesse israélienne est la plus bavarde ; et ce matin, elle se résume en un mot, presque intraduisible :proporziot.\n\nOui, me dit-il, pendant la Deuxième Guerre mondiale, les populations civiles n’avaient pas notre chance d’avoir un système anti-missile aussi robuste, ainsi que des habitations, des villes aussi bien équipées en abris publics. Nos téléphones sont devenus nos gardiens, ils nous préviennent en temps et heure des missiles qui sont lancés et nous montrent sur la carte quelles parties du pays ont été visées.\n\nA lire aussi:Non, Trump n’est pas encore « néocon »!\n\nSelon les rumeurs du moment, cette guerre sera longue. Plusieurs semaines. Plus longue que nous voulons bien le croire et c’est avec cette perspective d’une guerre d’usure qui s’annonce que j’ai décidé ce matin de ne plus vivre confinée et dans la peur panique des alertes. C’est aussi ce qui explique que c’est la première fois que je n’ai pas le temps de gagner un abri dans les temps. Je manque d’expérience en la matière. Ce matin, les détonations sont tellement fortes que Zwicka est sûr qu’il s’agit du dernier joujou iranien, à savoir desmissiles à fragmentationsqui semblent plus difficiles à arrêter que les précédents.\n\nLa raison en est qu’à une certaine altitude, le missile s’ouvre pour libérer des dizaines ou parfois des centaines de petites bombes appelées sous-munitions, qui se dispersent dans l’air et explosent en touchant le sol ou bien juste au-dessus du sol pour causer le maximum de dégâts matériels et humains.\n\nLes yeux rivés vers ce ciel déserté par les oiseaux, alors que Zwicka me dit que nous ne vivons pas dans un pays normal, mais que c’est le prix à payer pour l’avoir, je réalise que je n’ai pas peur. Est-ce parce que les détonations se sont arrêtées ou qu’elles étaient lointaines ? Est-ce parce que je sais que notre système anti-missile est robuste ? Je ne crois pas.\n\nIl y a dans la peau de chaque Israélien, y compris chez les enfants, unemémoire du chaosque le monde confond avec de la «résilience ». Depuis deux ans et demi, nous n’avons cessé d’être soumis au tumulte de l’histoire. Nous avons appris à nous détourner des plaisirs occidentaux pour habiter le moment présent, aux côtés de ceux qui partagent notre condition. Cette guerre a laissé une marque supplémentaire dans les corps déjà traumatisés des Israéliens. Au-delà de la menace physique, elle a creusé davantage la rupture d’avec le reste du monde. Depuis le 7-Octobre, chaque alerte réveille une mémoire plus profonde, comme si chaque Israélien portait en lui l’empreinte silencieuse de toutes les catastrophes traversées ou à venir.\n\nAllongée dans l’herbe, je prends conscience que mon corps porte déjà beaucoup de cette mémoire collective. Je ne tremble pas, je ne ressens pas la peur, je vis dans une forme de confiance un peu inconsciente, et je réalise sous ce grand palmier qui me toise que cette guerre ressemble à la guerre des douze jours, tout en s’en distinguant pourtant.\n\nEn juin 2025, nous étions seuls. Douze jours suspendus, intenses mais contenus, que nous avons vécus comme une tentative herculéenne pour détruire les installations nucléaires et ballistiques du régime iranien, qui menaçaient notre survie. Une guerre éclair, presque chirurgicale, où seule la frappe finale des B2 américains est venue rompre notre solitude.\n\nCelle-ci est différente. Depuis le mois de juin 2025, non seulement l’alliance avec l’Amérique de Trump s’est renforcée, mais un nouveau pacte silencieux s’est noué entre le peuple israélien et le peuple opprimé d’Iran, pris en otage par un régime qui a fait de la confrontation avec Israël sa colonne vertébrale idéologique.\n\nCette fois-ci, les messages de soutien venant d’Europe et du reste du monde se sont faits plus rares, comme si l’idée qu’il revenait au minuscule Etat d’Israël de combattre seul (ou presque) au nom de la liberté s’était peu à peu normalisée. Comme si le monde avait fini par croire que nous pouvions nous passer de son soutien et de son empathie.\n\nLa sirène finit par se taire et les oiseaux reviennent. Nous nous levons, nous reprenons nos vélos, prêts à nous élancer à nouveau, jusqu’à la prochaine alerte, jusqu’au prochain missile, jusqu’au prochain décompte des blessés ou des morts, qui, dans ce monde pourtant si prompt à se mobiliser pour des causes à la mode, ne semblent émouvoir personne d’autre que nous-mêmes.",
"author": "Nathalie Ohana",
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"title": "Son cul sur la commode - Causeur",
"text": "Rachele Borghi est maître de conférences à la Sorbonne où elle enseigne la géographie. Attention, pas n’importe quelle géographie… la « géographie sociale et culturelle ».\n\n« En tant que géographe, je m’intéresse au post-porno dans ses potentialités de rupture de l’ordre hétéronormatif de l’espace public », baragouine-t-elle lors d’une de ses conférences. Post-porno, kézako ? Le post-porno consiste essentiellement en l’exploration méticuleuse d’une partie précise de l’anatomie humaine. Cette exploration a permis à Mme Borghi d’aboutir à des conclusions fulgurantes qui resteront sûrement dans les annales de la géographie d’obédience butlérienne:« Le post-porno met l’accent sur l’anus comme laboratoire des pratiques démocratiques. En effet, l’anus est cet espace où l’on ne peut pas différencier les individus “assignés femmes” ou “assignés hommes”. Aussi, les pratiques anales viennent défaire l’idée selon laquelle la pénétration est une pratique uniquement hétérosexuelle et patriarcale. »Pour éclairer le fondement de ses réflexions, Mme Borghi n’hésite pas, lors de certaines de ses conférences, à se mettre littéralement à nu.« Mon anus doit être visible pour ne pas être caché par l’hétéronormativité », brame-t-elle alors en montant à poil sur la table.\n\nA lire aussi, du même auteur:Au nom de l’antifascisme…\n\nLe 8 février, dans le cadre d’un colloque diffusé sur le média communautariste Paroles d’honneur, cette universitaire qui se qualifie de propalestinienne, décoloniale et queer a dénoncé, en vrac,« les savoirs dominants blancs et coloniaux »,« l’usage élitiste de la langue française »,« les méthodes d’évaluation discriminantes comme la dissertation »,« la blanchité des enseignants »et« l’islamophobie ». Elle a ensuite recommandé de« se faufiler dans l’université, d’y voler tout ce qu’on peut, d’abuser de son hospitalité », car, a-t-elle conclu,« la seule relation possible à l’université aujourd’hui est une relation criminelle ».\n\nPratiques anales démocratiques ou pas, il faut reconnaître qu’il y a quand même des coups de pied au derrière qui se perdent…\n\nLes Gobeurs ne se reposent jamais",
"author": "Didier Desrimais",
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