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culturelles et distinction de soi, La découverte, 2006. LAHIRE Bernard, Dans les plis singuliers du social, La découverte, 2013. MAUSS Marcel, « Les techniques du corps », in Sociologie et anthropologie, PUF, 2014 (1934). Articles et enquêtes ARCHAMBAULT Paul, « Séparation et divorce : quelles conséquences sur la réussite scolaire des enfants ? », Population et société, n°379, mai 2002. BALOGE Martin, GREGORY Marie-Ange, « Le vote à l'épreuve du couple », Travail, genre et société, n°40, novembre 2018. BERGER Peter, Kellner Hansfried, « Mariage et construction sociale de la réalité », (1964), article reproduit dans Idées économiques et sociales, n°150, décembre 2007. BERTRAND Julien, « La vocation au croisement des espaces de socialisation. Étude sociologique de la formation des footballeurs professionnels », Sociétés contemporaines, n°82, 2011. BERTRAND Julien, COURT Martine, MENNESSON Christine, et, « Forger sa volonté ou s'exprimer : les usages socialement différenciés des pratiques physiques et sportives enfantines », Sociologie, 2016/4 Vol. 7 BRINBAUM Yaël, « Famille immigrée et école : à l'encontre des idées reçues », Diversité, n°174, 4ème trimestre 2013. CARTIER M
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arie, COUTANT Isabelle, MASCLET Olivier et SIBLOT Yasmine, « Jeunes des pavillons. Entresoi dans les lotissements et avenir social incertain », Agora débats/jeunesses, 2009/3, n°53. COURT Martine et HENRI-PANABIERE Gaële, « La socialisation culturelle au sein de la famille : le rôle des frères et surs », Revue française de pédagogie, n°179, avril-juin 2012. (en ligne) COURT Martine, Corps de filles, corps de garçons : une construction sociale, La dispute, 2010. CRETIN Laurette, « Les familles monoparentales et l'école : un plus grand risque d'échec au collège ? », Éducation et formation, n°82, décembre 2012. GAXIE Daniel, « Appréhensions du politique et mobilisations des expériences sociales », Revue française de science politique, 2002/2, Vol. 52. HENRI-PANABIERE Gaële, « Socialisations familiales et réussite scolaire : des inégalités entre catégories sociales aux inégalités au sein de la fratrie », Idées économiques et sociales, n°191, mars 2018. IDÉES économiques et sociales, Dossier sur la socialisation », Idées économiques et sociales, n°191, mars 2018. Retrouvez éduscol sur MUXEL Anne, « La politique dans la chaîne des générations. Quelle place et quelle transmission
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? », Revue de l'OFCE, n°156, 2018. (en ligne) PERCHERON Annick, « La socialisation politique : défense et illustration », in M. Grawitz, J. Leca (dir.), Traité de science politique, vol. 3, Presses de Sciences Po, 1985. Site SES-ENS : un dossier ressource sur la socialisation. Retrouvez éduscol sur comment se construisent et évoluent les liens sociaux ? Objectifs d'apprentissage Comprendre et pouvoir illustrer la diversité des liens qui relient les individus au sein de différents groupes sociaux (familles, groupes de pairs, univers professionnel, associations, réseaux). Connaître les critères de construction des Professions et Catégories Socioprofessionnelles (PCS). Comprendre et savoir illustrer le processus d'individualisation ainsi que l'évolution des formes de solidarité en connaissant la distinction classique entre solidarité « mécanique » et solidarité « organique ». Comprendre comment les nouvelles sociabilités numériques contribuent au lien social. Comprendre comment différents facteurs (précarités, isolements, ségrégations, ruptures familiales) exposent les individus à l'affaiblissement ou à la rupture de liens sociaux. Problématique d'ensemble Retrouvez édusco
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l sur Constitutif de la naissance de la sociologie, le questionnement sur la nature, l'origine, les formes et les évolutions des liens se nouant entre les individus et par lesquels ils « font société » est au cur de nombreux travaux contemporains. Ce questionnement s'inscrit dans la continuité du programme de la classe de seconde au cours duquel les élèves ont appréhendé une des questions de base de la sociologie « comment fait-on société ? ». Les élèves sont tout d'abord amenés à comprendre la diversité des liens qui unissent les individus au sein de différents groupes sociaux auxquels ils appartiennent (familles, groupes de pairs, univers professionnel, associations, réseaux). Les élèves sont ensuite conduits à comprendre le processus d'individualisation et, ce faisant, à interroger la notion d'individu elle-même : dans une perspective durkheimienne, l'existence d'individus est pensée comme le résultat d'un processus social, qui s'accompagne d'une mutation de la forme des liens sociaux. Cette approche sociohistorique amène les élèves à s'approprier certains apports contemporains de la sociologie du lien social, qui, d'une part, interrogent la contribution des sociabilités numér
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iques à l'affiliation des individus et, d'autre part, présentent les facteurs de la fragilisation des liens sociaux. Savoirs scientifiques de référence Retrouvez éduscol sur Les sociologues contemporains insistent sur la multiplicité et la fluidité des appartenances sociales des individus. L'individu est ainsi membre de groupes sociaux (entendus au sens de collectifs d'individus liés les uns aux autres et se reconnaissant mutuellement comme tels) multiples et leur est attaché par des liens divers. On peut différencier les liens selon leur « ressort » (en distinguant par exemple, à la manière de Max Weber, les liens de type communautaire des liens de type sociétaire), selon la fréquence des interactions et échanges auxquels ils donnent lieu, selon qu'ils ont ou non un caractère électif ou bien encore selon le degré d'engagement émotionnel et affectif comme le fait Mark Granovetter (liens faibles versus liens forts). Combiner ces différentes approches permet de rendre compte de la diversité, de la complexité voire de la mutabilité des liens qui peuvent exister au sein d'un même groupe. Serge Paugam envisage ainsi la diversité des liens sociaux en les différenciant selon les form
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es de protection et de reconnaissance qu'ils offrent aux individus. « La protection renvoie à l'ensemble des supports qu'un individu peut mobiliser face aux aléas de la vie (ressources familiales, communautaires, professionnelles, sociales..), la reconnaissance renvoie à l'interaction sociale qui stimule l'individu en lui fournissant la preuve de son existence par le regard de l'autre ou des autres. L'expression « compter sur » résume assez bien ce que l'individu peut retirer de sa relation aux autres et aux institutions en termes de protection, tandis que l'expression « compter pour » exprime l'attente, tout aussi vitale, de reconnaissance » (Serge Paugam, 2009, p.31). Sous cette double dimension de protection et de reconnaissance, Serge Paugam distingue : le lien de filiation, qui se tisse au sein de la famille, dans laquelle l'individu fait ses premières expériences de la relation à l'autre, se voit reconnu dans son individualité et dont il peut obtenir des formes de protection « rapprochée » ; le lien de participation élective, qui se noue avec ceux que l'individu « choisit » (conjoints, amis..), et auprès desquels il peut obtenir la valorisation de sa personnalité, recevoir
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et donner de l'affection et du soutien (échanges de services par exemple) ; le lien de participation organique, qui résulte de l'exercice d'une fonction déterminée dans la division du travail. Cette participation à la division du travail permet d'accéder de manière socialement légitime à des ressources et à une protection (sociale) ; elle peut également être au fondement du sentiment d'être « utile » et conférer un statut social reconnu ; le lien de citoyenneté, qui inscrit l'individu dans une communauté politique (nation), assure, dans les sociétés démocratiques, l'égalité des droits et sa reconnaissance en tant que citoyen, apte à prendre part aux décisions engageant la communauté. Connaître les critères de construction des Professions et catégories socioprofessionnelles (PCS). La nomenclature des PCS propose une classification qui place la profession au centre de la définition de la position sociale, en opérant des distinctions selon la situation d'activité ou d'inactivité, et pour les actifs selon la nature du revenu (salariés/indépendants), de l'organisation productive (secteur d'activité, public/privé), le niveau de qualification et de responsabilité hiérarchique. À trave
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rs les catégories ainsi construites, cette nomenclature vise à rassembler dans une même catégorie des individus porteurs de caractéristiques et propriétés sociales communes. En dépit des critiques qui lui sont adressées, et sans occulter l'accroissement des disparités et de l'hétérogénéité intracatégorielles (par exemple selon l'âge ou la génération, le sexe, le type de contrat de travail), elle est (et reste) autant un outil puissant d'analyse de la différenciation sociale qu'un « indicateur du déplacement, souvent du maintien, parfois du renforcement, des inégalités socio-économiques » (Thomas Amossé, 2012, p.228). Les catégories socioprofessionnelles ne sont par ailleurs pas que de simples catégories statistiques « exogènes ». La nomenclature des PCS n'est en effet pas le simple produit de décisions des statisticiens : elle a largement repris des dénominations déjà utilisées par les individus pour classer et se classer (que l'on songe à la catégorie « ouvriers ») et est aussi héritière de classifications issus du monde du travail et de l'entreprise (principalement dans le secteur de la métallurgie) pour des usages très « concrets » (établissement de grilles de salaire et de qua
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lification, définition des collèges électoraux pour les élections professionnelles..) et que les individus se sont, au moins en partie, appropriés. « Son succès est lié sans aucun doute possible à sa proximité initiale avec le sens commun, avec ce qui était en quelque sorte une évidence des «milieux sociaux» pendant les Trente Glorieuses » (Thomas Amossé, 2012, p.226). Certaines des catégories employées dans la nomenclature correspondent (ou correspondaient) ainsi à de véritables groupes sociaux déjà existants (les ouvriers, les agriculteurs) ou en cours de construction (par exemple les cadres lors de la création du code des CSP dans les années 1950), quand d'autres - principalement quand elles agrègent des professions très différentes - restent de simples classes statistiques, peu appropriées par les individus eux-mêmes et ne créant aucun sentiment d'appartenance (les professions intermédiaires par exemple). Dans les sociétés holistes, « l'existence de lindividu ne se conçoit pas indépendamment de l'organisation sociale dans laquelle il s'insère » (Corcuff, Ion, Singly, 2005). Plus précisément, l'existence de l'individu en tant qu' « être autonome qui commande sa propre vie » (No
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rbert Elias, 1991), différent de tous les autres, c'est-à-dire doté d'une identité singulière (un « je »), n'est pas une donnée, intemporelle et commune à toutes les sociétés, mais le produit d'une construction sociale. La notion d'individualisation vise à rendre compte des processus sociohistoriques qui président à l'émergence d'un individu pensé et qui se pense comme sujet autonome et singulier. Retrouvez éduscol sur Retrouvez éduscol sur La thèse que développe Émile Durkheim dans De la division du travail social (1893) apparaît comme fondatrice de l'étude des processus d'individualisation ; elle lie l'émergence de l'individu aux transformations de la morphologie sociale. Selon Émile Durkheim, il existe, dans la conscience de chaque membre d'une société, une conscience individuelle (propre à chacun, qui « constitue notre personnalité individuelle ») et une conscience collective, constituée de l' « ensemble des croyances et des sentiments communs à la moyenne des membres d'une société ». Dans la société « primitive » ou « traditionnelle », la conscience collective recouvre presque entièrement la conscience de chacun des membres. Ces derniers sont liés les uns aux autres par le
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partage des mêmes tâches, l'adhésion aux mêmes valeurs et croyances, qui s'actualise dans des rituels collectifs visant à réaffirmer l'unité et la cohésion du groupe. La solidarité, alors dite « mécanique », dérive de cette similitude. Le droit (essentiellement répressif) sanctionne les écarts individuels à la règle en causant à celui qui commet l'infraction un tort jugé équivalent à celui dont il est l'auteur, et manifeste ainsi la toute-puissance du collectif. Mais cet état primitif va être confronté à la conjonction de plusieurs phénomènes interdépendants : le « volume de la société » augmente ainsi que la « densité matérielle » ; cela accroît la « densité morale ». Ces mutations de la morphologie sociale accentuent la pression sur les ressources et conduisent à un raidissement de la lutte pour l'existence. La division du travail est la réponse fonctionnelle de la société à la nécessité de maintenir son unité menacée quand « tous les liens sociaux qui résultent de la similitude se détendent progressivement » : « il faut ou que la vie proprement sociale diminue ou qu'une autre solidarité vienne peu à peu se substituer à celle qui s'en va ». La division du travail instaure en ef
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fet une complémentarité entre les membres de la société : ce qui les lie est alors moins ce par quoi ils se ressemblent (la conscience collective) que ce par quoi ils se différencient et qui les rend du même coup interdépendants. La différenciation des fonctions sociales permet en effet d'éviter la concurrence généralisée entre tous, elle est « un résultat de la lutte pour la vie : mais elle en est un dénouement adouci. Grâce à elle, en effet, les rivaux ne sont pas obligés de s'éliminer mutuellement, mais peuvent coexister les uns à côté des autres ». Elle est ainsi au principe d'une nouvelle forme de solidarité dite « organique », qui s'objective dans le développement d'un droit restitutif qui donne à la sanction la fonction est de « réparer » les torts commis et d'un droit visant à assurer la coopération entre les individus. Pour Émile Durkheim, la division du travail ne peut s'analyser que comme un fait social. Il réfute ainsi les analyses qui y voient le résultat d'un contrat entre individus ou de la compatibilité et de la satisfaction des intérêts individuels qu'elle assure. De telles analyses supposent en effet l'existence d'individus, ayant une conscience et des intérêts i
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ndividuels. Or la division du travail ne peut être le produit de décisions individuelles puisque c'est justement par elle qu'émerge chez les individus une conscience propre : à mesure que chacun se spécialise dans des fonctions particulières, il se différencie des autres. En chacun, la conscience collective s'affaiblit au profit d'une conscience individuelle. C'est en ce sens que l'on peut dire que la division du travail produit en même temps de l'individualité et de la solidarité, un individu « plus autonome » et plus étroitement dépendant de la société, « à la fois plus personnel et plus solidaire ». Émile Durkheim propose ainsi une première approche des processus d'individualisation. D'autres sociologues vont contribuer à historiciser la figure de l'individu. Il faut notamment évoquer Norbert Elias (notamment dans La société des individus, 1991 [1939]), qui tente d'établir la sociogenèse de l'émergence d'une « conscience de soi » et de l'affirmation d'un « je » en Occident. Mais, de manière générale, et dans la mesure où il existe des « traditions nationales de l'individualisme » (Martuccelli, 1999 ; voir aussi Martuccelli, Singly, 2009), il n'est pas aisé d'établir une histoir
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e linéaire et universelle des processus qui aboutissent, dans les sociétés contemporaines au primat de « l'identité du «je» » sur « l'identité du «nous». Retrouvez éduscol sur Cependant, l'individualisation peut être associée à la différenciation croissante des fonctions sociales (comme chez Émile Durkheim), à l'expansion du capitalisme et du marché, à l'industrialisation et à l'urbanisation, à l'émergence d'États démocratiques. Ces transformations sociales, économiques et politiques s'accompagnent du recul des appartenances communautaires, d'une déprise du religieux sur les comportements individuels, d'une dévalorisation de la tradition. Ainsi envisagée, l'individualisation donne naissance à un « individualisme générique ou abstrait » : la figure typique de l'individu qui émerge alors est en effet le Citoyen, libre, détaché de ses appartenances et mû par la Raison - c'est en ce sens que l'on peut aussi parler d'un individualisme universaliste -, tout en étant inscrit dans des institutions structurantes (la Nation, l'école...), autonome mais habité par des valeurs collectives. L'individualisation doit également être comprise comme le processus d'émergence (essentiellement à part
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ir des années 1960 dans les sociétés occidentales) d'un individualisme « concret » (Christian Le Bart, 2008), que l'on peut aussi qualifier de « particulariste », caractérisé par la valorisation de la singularité de l'individu et sa reconnaissance en tant que « personne ». L'individualisation apparaît alors comme un accroissement autant des marges d'autonomie et des possibilités individuelles de « choix »1 (qu'illustrent notamment les évolutions des modalités d'attribution du prénom à l'enfant - voir les travaux de Baptiste Coulmont - ou le « bricolage » auquel donne lieu l'appropriation par les individus des croyances et rites religieux - voir notamment Willaime, 2016) que des contraintes qui pèsent sur l'individu (Illouz, Cabanas, 2018) : elle comporte en effet une injonction à « être soi » qui ne peut être satisfaite que dans la reconnaissance accordée par autrui. Ce n'est que dans la relation aux autres, dans les liens tissés avec eux, que l'individu peut trouver une forme de validation de son travail de construction identitaire. Or, et en partie sous l'effet de l'individualisation elle-même, les modalités selon lesquelles ces liens - devenus plus « fluides » et parfois plus fr
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agiles, moins imposés ou contraints que choisis - s'établissent et se maintiennent ont, elles aussi, évolué. Les usages et pratiques des technologies du numérique constituent un excellent terrain d'observation des moyens renouvelés qu'utilisent les individus pour créer ou entretenir des liens avec autrui. Mettant à distance tant l'enthousiasme « technophile » que les inquiétudes « technophobes », la sociologie permet d'observer ce que font vraiment les individus de ces technologies (dont l'utilisation se généralise et transcende au moins partiellement les clivages sociaux et générationnels2), de restituer le sens qu'ils donnent à leurs pratiques et d'en objectiver leurs effets en termes de sociabilité et de création de liens sociaux. Des travaux les plus récents, on peut retenir plusieurs enseignements. Ils remettent d'abord en cause l'idée selon laquelle les relations « virtuelles » se substitueraient aux relations de face-à-face (dont on préjuge qu'elles seraient plus « réelles », plus « authentiques ») et mettent en évidence la « continuité entre la sociabilité de face-à-face et celle médiatisée par les outils de communication » (Cardon, Smoreda, 2014). Les individus (particul
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ièrement les jeunes) font fréquemment usage des réseaux et outils numériques pour communiquer avec des personnes avec lesquelles ils entretiennent par ailleurs des relations de face-à-face : « plus on se voit, plus on s'appelle » (Licoppe, Smoreda, 2000), et plus on est en contact via les réseaux numériques. Les échanges numériques constituent de ce point de vue un moyen pour faire vivre une relation et entretenir un lien affectif fort. Ils peuvent également permettre le maintien de liens par-delà l'éloignement que peut causer la mobilité géographique. L'usage des réseaux numériques apparaît par ailleurs comme un moyen de réactiver des liens anciens (via, par exemple, les sites qui permettent de retrouver et de contacter d'anciennes connaissances) ou de créer de nouveaux liens faibles, lesquels favorisent la circulation d'informations. On peut ici évoquer le cas des mobilisations sociales initiées ou démultipliées par l'usage d'Internet) ou la visibilité de soi, y compris à des fins utilitaires (Bidart, Kornig, 2017). De tels liens peuvent en effet être explicitement créés et entretenus parce qu'ils constituent des ressources potentielles. Enfin, l'usage des outils numériques insc
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rit parfois l'individu dans une « communauté » (de gamers, par exemple) et peut déboucher sur des rencontres physiques et l'établissement de liens plus chargés affectivement. Quoiqu'il en soit, leurs effets en termes de reconnaissance et de valorisation de soi ne peuvent pas être négligés. Pour autant, les « lois » et les codes qui régissent les sociabilités numériques ne sont pas très différents de celles qui structurent les sociabilités « hors ligne ». Les sociabilités numériques ne neutralisent pas les différences sociales (liées à l'âge, au sexe, à la position sociale..) et ne permettent ainsi que marginalement le franchissement des frontières sociales (Guérault, 2017) : l'homophilie (Bidart, Degenne, Grossetti, 2011) reste en grande partie la règle ; les processus sociaux responsables de l'homogamie sociale ne sont pas davantage suspendus (Bergström, 2016). Le travail de construction identitaire et d'expression de soi sur les réseaux (comme ailleurs) mobilise en outre des ressources (culturelles, linguistiques par exemple) inégalement distribuées dans l'espace social, de sorte que les individus ne sont pas égaux devant la possibilité de se voir reconnaître une identité numéri
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que valorisée et valorisante. Ils ne sont pas davantage égaux devant la possibilité d'accroître leur réseau relationnel et leur capital social qu'offrent ces technologies. De manière générale, il n'y a pas lieu d'opposer réseaux en ligne et hors-ligne : d'abord parce qu'ils se recoupent assez largement et, d'autre part, parce que les modalités et les ressorts de l'établissement et du maintien des relations numériques, comme les normes et codes sociaux qui les régissent, ne se distinguent pas radicalement de ceux qui caractérisent les relations de face-à-face (Bidart, Kornig, 2017). Il apparaît ainsi que les technologies numériques produisent des pratiques de sociabilité qui contribuent au lien social, mais dans la mesure où elles ont aussi une dimension excluante (Casilli, 2010), elles ne peuvent pas prétendre le (re)fonder ni même s'opposer de manière décisive aux facteurs qui le fragilisent. Retrouvez éduscol sur L'existence et le maintien des liens grâce auxquels l'individu peut obtenir protection et reconnaissance ne sont pas toujours assurés. De plus, la fragilisation de certains de ces liens peut avoir des répercussions sur les autres. C'est d'abord, dans une société conf
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rontée à un chômage massif et à l'instabilité de l'emploi, le lien de participation organique qui n'est pas garanti : il peut n'avoir jamais été créé ou être durablement rompu, il peut être discontinu et sans cesse menacé. Dans ce dernier cas, l'emploi n'est qu'insuffisamment pourvoyeur de protection. Le travail lui-même peut également Retrouvez éduscol sur n'apporter aucune valorisation de soi ou fournir une reconnaissance limitée. On peut ici évoquer les types différenciés d'intégration par le travail élaborés par Serge Paugam : assurée, incertaine, laborieuse et disqualifiante. La constitution et l'entretien de liens électifs stables passent par des pratiques de sociabilité qui ne sont pas accessibles à tous de manière égale. Le niveau de revenu ou de diplôme, l'âge, le lieu de résidence.. influent sur les possibilités de rencontrer des personnes et de nouer avec elles des relations durables. De plus en plus d'individus vivent des situations d'isolement relationnel et font, sans toujours l'avoir choisie, l'« expérience de la solitude » (Campéon, 2015). Il n'est, par exemple, pas suffisant de se porter sur le « marché matrimonial » pour être assuré de créer une relation conjuga
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le et, lorsque cette dernière se noue, elle reste soumise à de nombreux aléas. C'est justement parce que, sous l'effet du processus d'individualisation, elle est de plus en plus choisie et fondée sur le sentiment qu'elle devient plus fragile. Dans une sorte de paradoxe, le couple est devenu si important « qu'on ne tolère plus qu'il ne soit pas un succès » (Dechaux, 2007), c'est-à-dire qu'il ne remplisse pas les promesses de bonheur et d'épanouissement individuel qui lui étaient attachées. Parallèlement, les liens familiaux ont perdu de leur évidence. Les relations intergénérationnelles ne sont plus structurées par des rôles parfaitement définis, mais « négociés » : les individus expérimentent et improvisent plus qu'ils ne reproduisent des schémas qu'ils trouveraient tout faits ou des « modèles » dans lesquels il leur suffirait de se couler. La famille est devenue « incertaine » (Roussel, 1989). Ceci s'observe particulièrement au sein des familles recomposées dans lesquelles les termes employés pour interpeller ou désigner le.la conjoint.e du parent comme les modalités des relations entre l'adulte et les enfants avec lesquels il cohabite sans en être le parent, sont négociés. De la
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même façon, dans le cadre de la famille élargie, les relations familiales ne sont maintenues et entretenues que si elles sont chargées affectivement, la conformité à des coutumes et traditions ne suffisant plus à en garantir l'existence. La famille reste toutefois un lieu privilégié de « l'authenticité et de la « révélation de soi » et « une source essentielle de solidarité » (Cusset, 2011). Pour autant, les protections qu'elle peut offrir sont très largement dépendantes des ressources qu'elle peut mobiliser. Les inégalités économiques, sociales et culturelles, les phénomènes de discrimination et de ségrégation sociospatiale, sont, enfin, à l'origine de rapports différenciés aux droits et institutions politiques. Dans certains cas, le lien de citoyenneté se crée difficilement, se distend ou se rompt. L'individu ne jouit alors pas de l'ensemble des droits qui sont attachés à l'appartenance de fait à la communauté politique, ou ne les fait pas valoir. Le repli dans l'abstentionnisme électoral chronique est un exemple de manifestation d'une fragilisation de ce lien. Les phénomènes cumulatifs de fragilisation ou de rupture des liens sont par ailleurs fréquents : la rupture du lien c
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onjugal peut ainsi entraîner une difficulté à maintenir le lien de filiation ; la rupture du lien de participation organique est de même rarement sans effet sur les liens électifs et peut précipiter dans l'isolement relationnel. C'est ainsi que l'individu fragilisé par l'effritement de certains liens (en particulier lorsqu'il n'est pas, peu ou mal inséré dans la division du travail) peut être soumis à un processus de désaffiliation (Castel, 2009). Cette rupture progressive des appartenances (manque d'intégration par le travail et faible insertion dans un réseau de sociabilité) affecte toute la construction identitaire, entraînant, selon un mécanisme circulaire, perte de l'estime de soi et stigmatisation, ce que Serge Paugam nomme « disqualification sociale » (Serge Paugam, 1991). De manière plus générale, les incertitudes qui planent sur l'exercice du « métier d'individu » (Christian Le Bart, 2008) peuvent exposer à une « fatigue d'être soi » (Ehrenberg, 1998), font courir le risque d'une « crise des identités » (Dubar, 2010), d'autant qu'elles s'accompagnent d'une distribution inégale des ressources que les individus peuvent faire valoir pour affirmer leur autonomie et leur indiv
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idualité et la faire reconnaître. Ressources et activités pédagogiques Activités 1 et 2 : Groupes et liens sociaux Activité 1 Objectif : Savoir montrer que le lien social peut être compris comme l'ensemble des liens qui relient entre eux les individus. Étapes et ressources : On pourra faire travailler les élèves sur un ensemble de documents divers (photographies, extraits vidéo, textes) associé à un extrait de Serge Paugam, Le lien social, PUF, 2009, grâce auxquels ils mettront d'abord en évidence la multiplicité et la diversité des liens que nouent les individus et qui composent le lien social. S'appuyant sur les travaux de Serge Paugam, les élèves seront ensuite conduits à établir une typologie de ces liens, puis à mettre en évidence et à illustrer les formes de protection et de reconnaissance qu'ils offrent à l'individu. Activité 2 Objectif : Être capable de montrer comment les groupes sociaux construisent et entretiennent des liens sociaux entre leurs membres. Étapes et ressources : On pourra faire travailler les élèves sur un extrait de Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon, Sociologie de la bourgeoisie, La Découverte, 2003. Les élèves pourront d'abord montrer que la
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grande bourgeoisie correspond à la définition d'un groupe social puis que l'existence de ce groupe en tant que tel passe par des pratiques de sociabilité (cercles, réceptions, rallyes..) qui visent à tisser et maintenir des liens entre ces membres tout en réaffirmant les « frontières » du groupe. On pourra mettre en évidence la diversité des liens ainsi noués, en montrant qu'ils assurent des formes de protection (la défense collective des intérêts, mais aussi la protection individuelle de la position sociale contre les risques de déclassement, que font notamment courir les « mésalliances ») et de reconnaissance (la conservation - ou, pour les premiers descendants des « parvenus », l'acquisition - du prestige social, du capital symbolique). Activité 3 : Processus d'individualisation Objectif : Comprendre que l'émergence de l'individu en tant qu'être autonome, distinct du collectif, est le résultat d'un processus d'individualisation et savoir illustrer ce processus. Étapes et ressources : On pourra faire travailler les élèves sur les évolutions des modalités d'attribution du prénom de l'enfant, notamment à partir d'extraits de Baptiste Coulmont, Sociologie des prénoms, La Découve
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rte, 2011, de la vidéo d'un entretien qu'il a accordé à La vie des idées (http://www.laviedesidees.fr/Le-prenom-support-personnel-de-l.html). Les élèves seront conduits à montrer que, pendant longtemps, l'attribution du prénom ne relevait pas du libre choix des parents, mais devait inscrire l'enfant dans une filiation, indiquant le primat du collectif sur l'individu. Ils mettront ensuite en évidence une tendance progressive à la diversification des prénoms, qui témoigne d'un affranchissement par rapport aux modalités traditionnelles d'attribution. Ils pourront ensuite constater que la diversification s'accélère (recul des prénoms de « Saint »), que la législation change (les fonctionnaires de l'état civil ne pouvant dès lors plus guère s'opposer au choix des parents) élargissant encore la liberté de choix des parents, qui, à travers le prénom, entendent désormais singulariser leur enfant (individualisation). Cette activité pourra aussi être l'occasion de montrer que si l'attribution du Retrouvez éduscol sur prénom est de plus en plus « libre », elle n'en est pas moins soumise à des logiques sociales (effets de « mode », choix socialement déterminés..), l'individuation/individualis
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ation ne devant pas être confondue avec la fin des déterminations sociales. Activités 4 et 5 : Sociabilités numériques et lien social Activité 4 Objectif : Savoir mettre en évidence le développement de l'usage des technologies et réseaux numériques Étapes et ressources : On s'appuiera sur les résultats de diverses enquêtes statistiques (de l'Insee sur les équipements et usages https://www.insee.fr/fr/ statistiques/3743352?sommaire=3743360 ou du Credoc sur les conditions de vie et aspirations des Français et notamment le « baromètre du numérique » https://www.arcep. fr/cartes-et-donnees/nos-publications-chiffrees/numerique/le-barometre-du-numerique. html) pour permettre aux élèves de mettre en évidence une tendance à la généralisation de l'utilisation des technologies numériques et de leur usage à des fins de sociabilité. Activité 5 Objectif : Comprendre la contribution des sociabilités numériques au lien social Étapes et ressources : À partir d'un dossier composé de documents issus de diverses enquêtes (voir par exemple, le numéro de la revue Sociologie (vol. 8, 2017/1), consacré aux « Liens sociaux numériques » ainsi que Marie Bergström, « (Se) correspondre en ligne. L'homo
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gamie à l'épreuve des sites de rencontres », Sociétés contemporaines, 2016/4 (N° 104), p. 13-40 et de nombreux articles de la revue Réseaux), les élèves pourront montrer que les technologies et réseaux numériques sont utilisés par les individus pour poursuivre une relation de face-à-face par d'autres moyens et contribuent ainsi à consolider des liens forts, mais aussi à créer ou réactiver des liens plus faibles, qui parfois débouchent sur des relations de face-à-face. Ils saisiront ainsi que sociabilité hors-ligne et sociabilité en ligne ne peuvent pas être opposées. Ils pourront également comprendre que l'insertion dans des réseaux numériques peut fournir des supports de reconnaissance et de valorisation de l'expression de soi, tout en mettant en évidence les effets limités des sociabilités numériques dans la constitution de liens sociaux (forte homophilie et segmentation sociale, inégalités). Activité 6 : Facteurs d'affaiblissement ou de rupture de liens sociaux Objectif : Comprendre les facteurs de fragilisation des liens et les processus de cumul des vulnérabilités. Étapes et ressources : On pourra s'appuyer sur des récits de vie (par exemple dans Vincent de Gaulejac et Isab
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el Taboada Léonetti, La lutte des places, 1994 ; voir aussi les travaux de Maryse Bresson ou de Nicolas Duvoux) pour remobiliser la typologie des liens sociaux établie par Serge Paugam. Les élèves pourront alors mettre en évidence différents facteurs de fragilisation des liens et la manière dont la rupture de certains liens peut entraîner la fragilisation des autres. Ce travail pourra être complété de l'étude de données statistiques mettant en évidence les répercussions de la perte d'emploi ou du chômage de longue durée sur la sociabilité élective ou sur la participation politique. Les effets des discriminations et de la ségrégation sociospatiale pourront aussi être documentés avec des extraits de Serge Paugam, Bruno Cousin, Camila Giorgetti et Jules Naudet, Ce que les riches pensent des pauvres, Seuil, 2017. Retrouvez éduscol sur Bibliographie indicative Oeuvres classiques et ouvrages de référence Émile Durkheim, De la division du travail social, PUF, 2013 (1893). Ouvrage également disponible sur : http://classiques.uqac.ca/classiques/Durkheim_emile/division_du_travail/ division_travail.html Faisant explicitement référence aux concepts de solidarité mécanique et de solidarité
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organique, le programme invite à revenir à l'ouvrage fondateur d'Émile Durkheim, dont des extraits peuvent être soumis à l'étude des élèves. Selon cette analyse, le processus d'individualisation est relié à la division du travail, qui apparaît comme une réponse fonctionnelle aux évolutions morphologiques de la société. Norbert Elias, La société des individus, Fayard, 1991. Dans les deux contributions réunies dans cet ouvrage, Elias ouvre une discussion stimulante des concepts d'individu et de société. Il démontre le caractère fallacieux de l'opposition trop souvent établie entre ces deux termes et propose une analyse sociohistorique du processus d'individualisation. Certains extraits de l'ouvrage peuvent être travaillés en classe. Christian Le Bart, L'individualisation, Presses de sciences po, 2008. Dans ce livre, Christian Le Bart propose une analyse documentée et pédagogique des processus d'individualisation/individuation, inscrite dans une perspective sociohistorique. Danilo Martuccelli, Sociologies de la modernité, Gallimard, 1999. Dans ce livre, Danilo Martuccelli propose une relecture des grands sociologues en montrant comment ils se sont saisis de la question de la mode
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rnité, qui traverse leurs oeuvres. François de Singly, L'individualisme et un humanisme, Ed. de l'Aube, 2005 Dans ce court essai, François de Singly propose une réflexion stimulante sur l'individualisme, en montrant, à rebours des discours alarmistes, qu'il ne signifie pas la fin du lien social, mais sa transformation et sa recomposition. Serge Paugam, Le lien social, PUF, Coll. Que sais-je ? 2009. Cet ouvrage est beaucoup plus qu'un manuel universitaire de synthèse puisqu'il permet à Serge Paugam d'exposer ses travaux sur le lien social. Il est en grande partie exploitable avec les élèves. Ouvrages de synthèse Retrouvez éduscol sur Pierre-Yves Cusset, Le lien social, Armand Colin, 2011. Ce manuel permet d'aborder la question du lien social sous des angles variés, convoquant à la fois sociologues « classiques » et recherches plus contemporaines, travaux théoriques et enquêtes empiriques. Jean-Hugues Dechaux, Sociologie de la famille, La Découverte, 2007. François de Singly, Sociologie de la famille contemporaine, A. Colin, 2007. Ces deux manuels, rédigés par des spécialistes reconnus de la sociologie de la famille, constituent d'utiles synthèses sur l'état de l'art en la
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matière. Ils permettent d'interroger les mutations des liens conjugaux et familiaux. Danilo Martuccelli et François de Singly, Les Sociologies de l'individu, Armand Colin, 2009. Plus qu'un simple manuel, cet ouvrage propose à la fois une synthèse et une réflexion sur la manière dont la sociologie, trop souvent présentée comme la « science de la société » peut (et doit) s'emparer de l'individu en tant qu'objet d'étude. On y trouvera d'utiles développements sur le processus d'individualisation et sur les variantes nationales de l'individualisme. Articles récents et enquêtes empiriques Thomas Amossé, « Catégories socioprofessionnelles : quand la réalité résiste ! Après le crépuscule, une aube nouvelle ? », Revue Française de Socio-Économie, 2012/2 (n° 10), pp. 225-234. Après être revenu sur le contexte et les principes de l'élaboration de la nomenclature des PCS, cet article présente d'abord les critiques auxquelles elle est exposée puis montre que le recul de son usage par les statisticiens de l'Insee ne permet pas de conclure à son obsolescence. Il expose également la nécessité de la refonder au moins partiellement, en questionnant les tentatives récentes entreprises en ce sens,
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notamment au niveau européen. Marie Bergström, « (Se) correspondre en ligne. L'homogamie à l'épreuve des sites de rencontres », Sociétés contemporaines, 2016/4 (N° 104), p. 13-40. Cet article analyse les usages que font les individus des sites de rencontre en ligne. Il démontre que les échanges, quoique rompant avec certaines des pratiques des rencontres hors ligne, obéissent à des codes et des règles, mobilisent des ressources dont les participant.e.s sont inégalement doté.e.s, et, ce faisant, produisent de l'homogamie sociale. Arnaud Campéon, « Solitudes en France : mise en forme d'une expérience sociale contemporaine », Informations sociales, vol. 188, no. 2, 2015, pp. 20-26. Cet article analyse les différentes formes que peut prendre la solitude (subie ou choisie) et la diversité des expériences que peuvent en faire les individus. Collectif, « Liens sociaux et numériques », Sociologie, vol. 8, 2017/1. Ce numéro de la revue Sociologie contient plusieurs articles, dont des extraits peuvent être travaillés en classe, qui portent sur différents usages des réseaux numériques et sur les pratiques de sociabilité auxquelles ils donnent lieu. Chacun de ces articles apporte un éclai
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rage sur la contribution de ces formes nouvelles de sociabilité au lien social. Collectif, « Baromètre du numérique 2018 », Enquête sur les « Conditions de vie et les Aspirations, CREDOC, juin 2018 (https://www.arcep.fr/uploads/tx_gspublication/ barometre-du-numerique-2018_031218.pdf ). On trouvera dans cette enquête ainsi que dans celle de l'Insee https://www.insee.fr/fr/ statistiques/3743352?sommaire=3743360 de nombreuses données statistiques sur les usages du numérique. Autres références citées Retrouvez éduscol sur Claire Bidart et Cathel Kornig, « Facebook pour quels liens ? Les relations des quadragénaires sur Facebook », Sociologie, vol. 8, no. 1, 2017, pp. 83-100. Claire Bidart, Alain Degenne et Michel Grossetti, La vie en réseau, Dynamique des relations sociales, PUF, 2011. Maryse Bresson, Sociologie de la précarité : domaines et approches, Armand Colin, Paris, 2010. Dominique Cardon et Zbigniew Smoreda. « Réseaux et les mutations de la sociabilité », Réseaux, vol. 184-185, no. 2, 2014, pp. 161-185. Robert Castel, L'insécurité sociale. Qu'est-ce qu'être protégé ?, Seuil, Coll. La République des idées, Paris, 2003. Robert Castel, La montée des incertitudes. Travai
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l, protections, statut de l'individu, Seuil, 2009. Antonio Casilli, Les liaisons numériques. Vers une nouvelle sociabilité ?, Seuil, coll. « La couleur des idées », 2010. Philippe Corcuff, Jacques Ion et François de Singly, Politiques de l'individualisme : entre sociologie et philosophie, Textuel, 2005. Claude Dubar, La crise des identités. L'interprétation d'une mutation, PUF, 2010. Louis Dumont, Essais sur l'individualisme. Une perspective anthropologique sur l'idéologie moderne, Ed. du Seuil, 1983. Norbert Elias, Qu'est-ce que la sociologie ?, Edition de l'Aube, 1991, [1970]. Alain Ehrenberg, La fatigue d'être soi. Dépression et société, Odile Jacob, 1998. Élie Guéraut, « Quand les sociabilités numériques consolident les frontières sociales. Enquête sur le «milieu culturel» d'une ville moyenne », Sociologie, vol. vol. 8, no. 1, 2017, pp. 39-56. Grossetti, Michel, « Que font les réseaux sociaux aux réseaux sociaux ? Réseaux personnels et nouveaux moyens de communication », Réseaux, vol. 184-185, no. 2, 2014, pp. 187-209. Axel Honneth, La lutte pour la reconnaissance, Gallimard, 2013. Serge Paugam, La disqualification sociale. Essai sur la nouvelle pauvreté, PUF, 1991.
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Serge Paugam, Repenser la solidarité. L'apport des sciences sociales, PUF, Coll. Quadrige, 2011. Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon, Sociologie de la bourgeoisie, La Découverte, 2003. Louis Roussel, La famille incertaine, Odile Jacob, 1989. François de Singly, Libres ensemble, L'individualisme dans la vie commune, A. Colin, 2005. Retrouvez éduscol sur quels sont les processus sociaux qui contribuent à la déviance ? Objectifs d'apprentissage Comprendre la distinction entre normes sociales et normes juridiques, et connaître la diversité des formes de contrôle social. Comprendre que la déviance et/ou la désignation d'un acte comme déviant se définissent comme une transgression des normes et qu'elles revêtent des formes variées selon les sociétés et, en leur sein, selon les groupes sociaux. Comprendre que la déviance peut s'analyser comme le produit de différents processus sociaux (étiquetage, stigmatisation, carrières déviantes). Comprendre et illustrer la distinction entre déviance et délinquance. Comprendre et illustrer les difficultés de mesure de la délinquance. Problématique d'ensemble Dès son origine, la sociologie s'est emparée de la question de la déviance, s
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ans toutefois employer le terme de « déviance » dont l'apparition est récente. Les analyses sur la déviance sont centrales en sociologie car elles interrogent aussi bien l'existence et les conditions d'incorporation des normes et valeurs par les individus que les processus d'inscription dans le lien social. Le premier objectif d'apprentissage permet de différencier normes sociales et normes juridiques et d'identifier la pluralité des moyens par lesquels une société ou un groupe social cherchent à obtenir des individus qu'ils se conforment à leurs normes. Retrouvez éduscol sur 1. Qui sont abordées à la fois dans le programme de la classe de seconde (Comment devenons-nous des acteurs sociaux ? ) et dans celui de la classe de première (Comment la socialisation contribue-t-elle à expliquer les différences de comportement des individus ?). 2. Qui sont évoqués en classe de seconde (au cours de laquelle les élèves ont appréhendé une des questions de base de la sociologie Comment fait-on société ?) et approfondis en classe de première (Comment se construisent et évoluent les liens sociaux ?). Le deuxième objectif d'apprentissage invite à appréhender le caractère socialement et histo
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riquement situé de la déviance. Celle-ci ne peut en effet s'analyser que relativement à des normes qui, puisqu'elles sont socialement construites, sont elles-mêmes variables selon les époques, les sociétés et les groupes sociaux. Il s'agit alors de comprendre que la déviance résulte avant tout des processus de fabrication et d'institution des normes sociales et juridiques. Le troisième objectif d'apprentissage permet d'analyser la déviance à un niveau plus microsociologique comme un processus séquentiel scandé par un certain nombre d'interactions sociales qui, à partir de l'étiquetage comme déviant et de la stigmatisation qui en résulte, peuvent faire entrer l'individu dans une carrière déviante. Le quatrième objectif d'apprentissage amène à distinguer déviance et délinquance et à comprendre les difficultés de mesure de la délinquance. Savoirs scientifiques de référence Comprendre la distinction entre normes sociales et normes juridiques, et connaître la diversité des formes de contrôle social. Les sociétés, et les divers groupes sociaux qui les composent, définissent des normes qui s'imposent aux individus. Elles prennent la forme de prescriptions ou d'interdictions et règlen
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t ainsi les comportements des membres de la société ou d'un groupe social. « Les normes sociales définissent des situations et les modes de comportement appropriés à celles-ci : certaines actions sont prescrites (ce qui est bien), d'autres sont interdites (ce qui est mal) » (Howard S. Becker, 1985). Ni naturelles, ni universelles mais socialement définies et instituées, les normes sont toutes sociales. Certaines de ces normes peuvent toutefois « être édictées formellement par la loi », tandis que d'autres « représentent des accords informels, établis de fraîche date ou revêtus de l'autorité de l'âge et de la tradition » (Howard S. Becker, 1985). On réserve l'emploi de la notion de « normes juridiques » aux premières et celle de « normes sociales » aux secondes. Mais il importe de considérer que les normes juridiques ne sont qu'une catégorie particulière de normes sociales : celles qui, inscrites dans le droit (lois, code civil, code pénal, codes de déontologie, règlement, etc.), font l'objet d'une codification formelle. La distinction entre normes juridiques et normes sociales (c'est-à-dire non juridiques) conduit à s'interroger sur les relations réciproques entre le droit et les p
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ratiques sociales. On peut ainsi montrer que c'est souvent sous la pression des évolutions des pratiques sociales et des murs que le droit est amené à évoluer, non sans difficulté ou conflit (comme par exemple en ce qui concerne la législation sur la contraception, l'avortement, l'homosexualité). À l'inverse, il peut arriver que les évolutions du droit, promues de manière volontariste par le législateur, précèdent et favorisent une évolution des pratiques sociales et de l'opinion (comme dans le cas de l'abolition de la peine de mort). La distinction entre les deux types de normes permet aussi d'aborder la question des formes du contrôle social. Leur transgression, dès lors qu'elle est connue d'autrui, n'appelle pas le même type de sanctions. La transgression d'une norme sociale (non juridique) appelle une sanction (négative) informelle, diffuse, pouvant aller d'une simple manifestation de réprobation (froncement de sourcils, rires moqueurs, etc.) jusqu'à une forme d'exclusion sociale, et qui se Retrouvez éduscol sur manifeste parfois « avec plus de dureté que ne le ferait une quelconque contrainte juridique, du fait des conséquences extrêmement efficaces et sensibles du boycott s
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ocial » (Max Weber, 1920). La transgression d'une norme juridique, si elle s'accompagne le plus souvent aussi d'une réprobation sociale, appelle par ailleurs une sanction formelle, inscrite dans une loi, un code ou un règlement (code de la route, règlement intérieur d'un lycée, etc.) et qui s'énonce le plus souvent sous forme écrite et impersonnelle. Dans le premier cas, le contrôle social, en tant qu'ensemble des ressources matérielles et symboliques dont dispose une société ou un groupe social pour assurer la conformité du comportement de ses membres aux règles qui ont cours, est « l'affaire de tout un chacun, ou du moins de tous les membres du groupe auxquelles les normes sont censées s'appliquer » (Howard S. Becker, 1985). Dans le second cas, la sanction formelle met en action des institutions spécialisées ayant pour tâche de veiller à l'application des normes juridiques (forces de police, magistrats et tribunaux, conseils de l'ordre des médecins ou des avocats, etc.). Sans les opposer, on peut ainsi distinguer le contrôle social formel assuré par des institutions spécifiques et le contrôle social informel, qui s'exerce dans les interactions sociales. À ces deux formes de con
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trôle social externe, s'ajoute un autre facteur puissant de conformité à la norme (sociale ou juridique) : le contrôle social interne ou auto-contrôle qui résulte de l'incorporation par l'individu d'une norme et des comportements qui y sont liés (voir l'exemple de la pudeur étudié par Norbert Elias, 1973). Notons que ces trois formes de contrôle social ne s'excluent nullement mais peuvent coexister et opérer conjointement. Comprendre que la déviance et/ou la désignation d'un acte comme déviant se définissent comme une transgression des normes et qu'elles revêtent des formes variées selon les sociétés et, en leur sein, selon les groupes sociaux La sociologie, l'anthropologie ou l'histoire conduisent à penser les catégories du « normal » et du « pathologique » indépendamment de toute référence à un ordre naturel et universel. Comme le précise Émile Durkheim en 1893, il « ne faut pas dire qu'un acte froisse la conscience commune parce qu'il est criminel, mais qu'il est criminel parce qu'il froisse la conscience commune. Nous ne le réprouvons pas parce qu'il est un crime, mais il est un crime parce que nous le réprouvons ». Les normes sociales sont toujours socialement et historiquem
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ent situées ; elles diffèrent également selon les groupes sociaux au sein d'une même société. En ce sens, la déviance, en tant que transgression d'une norme, n'existe que relativement à la norme en vigueur. Il n'y a donc pas d'actes déviants en soi pas plus qu'il n'y a d'actes considérés comme déviants en tout temps et en tout lieu. De nombreux exemples illustrent cette relativité de la déviance (et donc de la norme), à la fois dans le temps (le fait, pour une femme, de porter un pantalon, considéré comme normal aujourd'hui, a pu autrefois être considéré comme déviant), dans l'espace (les pratiques homosexuelles sont de moins en moins considérées comme déviantes en France mais restent largement sanctionnées dans d'autres pays) et selon les groupes sociaux (des pratiques culturelles et sportives peuvent être considérées comme déviantes dans certains milieux et valorisées dans d'autres catégories sociales). De la même façon, les sanctions appliquées au même acte considéré comme déviant sont variables selon les époques et les sociétés. Retrouvez éduscol sur Cette définition relative de la déviance qui, selon Howard S. Becker, « n'est pas une qualité de l'acte commis par une personne
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, mais plutôt une conséquence de l'application, par les autres, de normes et de sanctions à un transgresseur » peut déboucher sur l'étude des processus sociaux par lesquels « les groupes sociaux créent la déviance en instituant des normes dont la transgression constitue la déviance, en appliquant ces normes à certains individus et en les étiquetant comme des déviants ». Howard S. Becker montre en effet que l'établissement de normes nouvelles est généralement l'uvre d'« entrepreneurs de morale », engagés et mobilisés « dans une croisade pour la réforme des murs » et qui estiment que « le monde ne peut pas être en ordre tant que des normes n'auront pas été instaurées pour l'amender ». Ces processus de fabrication de normes (et des actes déviants correspondants) peuvent être illustrés par de nombreux exemples classiques (comme la législation sur l'alcool au volant chez Joseph Gusfield, 2009) ou choisis dans l'actualité plus récente (les violences policières, le port d'armes aux États-Unis, les agressions sexuelles sur les femmes, etc.). Comprendre que la déviance peut s'analyser comme le produit de différents processus sociaux (étiquetage, stigmatisation, carrières déviantes). Retro
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uvez éduscol sur En faisant de la déviance une notion relative, la sociologie récuse également toute explication des comportements déviants faisant appel à des facteurs génétiques ou biologiques (une « nature criminelle »). Mais, tandis que certaines approches sociologiques cherchent à identifier les causes sociales des comportements déviants, les recherches qui se développent à partir des années 1950 au sein de la seconde école de Chicago mettent davantage l'accent sur les processus sociaux à l'uvre dans la fabrication de la déviance au niveau macrosociologique, notamment à travers le rôle des entrepreneurs de morale évoqué ci-dessus et dont Howard S. Becker rappelle que « sans [leurs] initiatives destinées à instaurer des normes, la déviance [...] n'existerait pas », comme au niveau microsociologique en démontrant que « la déviance est aussi le produit d'initiatives à un autre niveau. Une fois qu'une norme existe, il faut qu'elle soit appliquée à des individus déterminés avant que la catégorie abstraite de déviants que crée cette norme puisse se peupler ». Davantage centrées sur le « comment » devient-on déviant que sur le « pourquoi », ces théories compréhensives de la déviance
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déplacent l'attention sur la réaction sociale à laquelle se confronte l'acte déviant. Dans cette perspective, la déviance est analysée comme un processus résultant d'un ensemble d'interactions : « la déviance est une propriété non du comportement lui-même, mais de l'interaction entre la personne qui commet l'acte et celles qui réagissent à cet acte » écrit ainsi Howard S. Becker. Ce processus n'est pas nécessairement initié par la transgression effective d'une norme : il peut en effet suffire que l'individu se voit attribué par autrui un acte déviant, qu'il l'ait ou non commis (cas de l'« accusé à tort »). Considérant que « ce ne sont pas les motivations déviantes qui conduisent au comportement déviant mais à l'inverse, c'est le comportement déviant qui produit, au fil du temps, la motivation déviante » (Howard S. Becker, 1985), les approches interactionnistes de la déviance mobilisent le concept de carrière pour rendre compte des processus conduisant à la déviance. La carrière déviante est composée de différentes séquences ou étapes, dont l'enchaînement n'a rien de mécanique : si une séquence est bien la conséquence de la précédente, elle n'en est pas une conséquence nécessaire
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; à tout moment, en fonction des interactions que le déviant a avec autrui, sa carrière déviante peut prendre fin mais, « à mesure qu'une personne progresse dans sa [carrière], les décisions qu'elle a déjà prises tendent à limiter les alternatives qui restent ouvertes » (Howard S. Becker, 1985). Les formes d'étiquetage (ou de labellisation) et de stigmatisation auxquelles est soumis l'individu sont décisives dans cette carrière déviante. En effet selon Howard S. Becker, dès lors qu'un individu a été identifié (à tort ou à raison) comme ayant transgressé une norme, il court le risque d'être étiqueté comme déviant, de sorte qu'aux yeux d'autrui, la déviance devient son « statut principal » : l'« identité déviante » qui lui est attribuée, et à travers laquelle il est perçu, « commande les autres identifications » (Howard S. Becker, 1985). L'individu est alors porteur de ce qu'Erving Goffman (1975) appelle un stigmate, en tant qu'« attribut qui jette un discrédit profond »3 et impose à l'individu de se percevoir selon le jugement que l'on porte sur lui. Ce dernier peut alors développer une honte ou un dégoût de soi à moins qu'il parvienne à se défaire du stigmate, à le renverser ou à
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se l'approprier et même à s'en prévaloir. Par l'exemple l'étude de Sophie Divay (2004) montre que les femmes venant pour une consultation sociale préalable à une interruption volontaire de grossesse (IVG) sont conscientes du fait que l'acte auquel elles se préparent reste socialement stigmatisé. Face à leurs interlocuteurs, certaines manifestent ainsi tous les signes d'une intériorisation douloureuse du stigmate (honte, culpabilité), tandis que d'autres, refusant toute culpabilité, et « affichent une attitude indifférente ou distanciée par rapport à l'IVG ». Il apparaît donc que la désignation publique de l'individu comme déviant peut constituer le point d'entrée dans une carrière déviante ; elle participe également au maintien dans cette carrière. En effet, « le seul fait d'être stigmatisé comme déviant a des conséquences considérables sur la vie sociale future de l'individu et sur l'image qu'il aura de lui-même. Le label transforme en effet son identité aux yeux des autres. Il sera donc étiqueté comme «drogué», «maniaque», «cinglé» ; et traité en conséquence. [...] Dans de telles situations, il est difficile pour un individu de participer à la vie de groupes respectueux de la n
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ormativité sociale » (Jacques Faget, 2002) dans lesquels on le définit comme « étranger » et auxquels il se sent lui-même étranger, soit parce qu'il développe un sentiment de honte, soit parce qu'il estime que ceux qui le jugent sont eux-mêmes étrangers à son univers. Il est alors possible que l'individu trouve auprès d'autres « stigmatisés » comme lui une sorte de refuge identitaire. Il entre dès lors dans un groupe déviant, dont il s'approprie la « sous-culture déviante », laquelle le fait progressivement s'affranchir des normes « officielles » et des « contrôles sociaux globaux » (Howard S. Becker, 1985) et le conduit à adopter les normes propres au groupe. L'étude menée par Howard S. Becker sur les fumeurs de marijuana illustre parfaitement cette approche processuelle de la déviance. Elle montre en effet qu'une première expérience de fumeur ne suffit pas à devenir un fumeur régulier. L'entrée et le maintien dans cette carrière déviante suppose un apprentissage. Il faut non seulement apprendre les « techniques » de consommation, apprendre à reconnaître et connoter positivement les effets de la drogue, à se procurer au moindre risque le produit, etc., mais aussi se défaire des n
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ormes officielles et s'affranchir des jugements négatifs portés par autrui pour adopter de nouvelles normes, à l'aune desquelles l'individu pourra justifier ses actes et trouver des ressources pour valoriser son identité déviante. Cet apprentissage se fait toujours dans l'interaction avec autrui. Autrui désignant ici à la fois tous ceux aux yeux desquels l'individu est discrédité et ceux qui, au contraire, lui fournissent d'autres codes sociaux. Cette socialisation déviante peut par ailleurs « échouer », entraînant alors une sortie possible de la carrière de fumeur. On voit ainsi que, loin de composer un enchaînement mécanique de relations de causalité, la notion de carrière permet de penser aussi bien le maintien dans la déviance que les « sorties » (pour des exemples d'enquêtes sur les sorties de la déviance ou de la délinquance, voir par exemple Marwan Mohammed, 2012). Retrouvez éduscol sur Comprendre et illustrer la distinction entre déviance et délinquance. Dans le sens commun, la notion de délinquance est revêtue de significations flottantes : elle renvoie tantôt à un ensemble de comportements ou d'attitudes jugés non conformes au regard des normes comportementales en vig
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ueur dans la société (elle peut être associée aux « incivilités »), tantôt à un ensemble de transgressions des lois en vigueur, dont sont généralement exclues les transgressions les plus graves : le « délinquant » est alors distingué du « criminel ». Il est nécessaire de tenir à distance ces deux acceptions en remobilisant les notions de normes juridiques et de normes sociales. Si la déviance est la transgression d'une norme, la délinquance peut être considérée comme une forme particulière de déviance : elle est la transgression d'une norme juridique. Dès lors que cette transgression est connue, elle engage une réaction des institutions spécialisées de contrôle social et peut entraîner une sanction formelle (emprisonnement, contravention, etc.) relative à la façon dont l'acte est juridiquement qualifié (crime, délit). Comprendre et illustrer les difficultés de mesure de la délinquance. La définition même de la notion de délinquance (transgression d'une norme juridique) permet d'emblée de mettre en évidence deux premières difficultés de mesure de ce phénomène. Il faut tout d'abord que l'acte soit connu. Or certains actes délinquants peuvent être commis à l'insu de tous ; c'est le
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cas lorsque, ne parvenant pas à la connaissance des institutions de contrôle social, ils ne font en outre pas de « victimes » (au sens juridique du terme), par exemple : infractions à la législation sur les étrangers, usage de produits stupéfiants. Ces actes délinquants ne pouvant, par définition, être dénombrés par quiconque, ils sont nécessairement exclus de la mesure de la délinquance, qui ne peut jamais être autre chose que la mesure de la délinquance « mesurable ». Ensuite, les comportements entrant dans la catégorie des actes délinquants ne forment pas un ensemble figé. Toute modification du code pénal entraîne en effet une redéfinition du champ de la délinquance : l'avortement, les pratiques homosexuelles, la prostitution ont longtemps été pénalisés et ne le sont plus aujourd'hui en France ; à l'inverse, la conduite en grand excès de vitesse (50 km/h au dessus de la limite autorisée), est récemment devenu un délit passible d'une peine d'emprisonnement en cas de récidive. La comparaison des mesures de la délinquance entre deux périodes (ou entre deux pays) ne devrait donc se faire qu'à champ constant, ce qui est difficile au regard des évolutions constantes des normes juridi
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ques. Au-delà de ces questions méthodologiques préalables, la mesure de la délinquance pose de nombreuses autres difficultés. Les institutions spécialisées de contrôle social (police, gendarmerie, justice) fournissent une première mesure de la délinquance. Elles mobilisent, pour ce faire, différents types de données : dépôts de plainte ou procès-verbaux pour ce qui relève des forces de police, jugements rendus pour ce qui concerne l'institution judiciaire. Mais les statistiques ainsi obtenues ne peuvent ni rendre compte de l'intégralité de la délinquance potentiellement mesurable sur une période donnée, ni garantir une comparabilité toutes choses égales par ailleurs dans le temps. D'une part, certains actes de délinquance ne parviennent pas à la connaissance des forces de police dès lors qu'elles n'en sont pas témoins ou qu'aucune victime ne se déclare. En effet, la propension des victimes d'actes délinquants à porter plainte est tributaire de multiples facteurs qui dépendent notamment de : Retrouvez éduscol sur leur perception de l'acte. Se considère-t-on soi-même comme une victime ? L'acte est-il ressenti comme une offense plus ou moins grave ? Est-il jugé comme relevant d'une
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intervention policière ou comme pouvant faire l'objet d'une autre forme de règlement ? Est-il socialement légitime de se déclarer victime ? Leur capacité ou leur possibilité (ressources sociales, culturelles, émotionnelles..) de le rapporter aux autorités policières : l'acte peut-il être, sans risque de représailles, ou sans que cela soit une épreuve psychologique insurmontable, rapporté aux autorités policières ; l'intérêt qu'elles peuvent avoir à porter plainte. Par exemple dans certaines situations, le dépôt de plainte peut être exigé par les assurances en vue du remboursement des dommages ; dans d'autres cas les chances estimées de réparations sont jugées tellement faibles que les victimes ne portent pas plainte ; l'efficacité qu'elles prêtent aux forces de police. D'autre part, lorsque les victimes s'adressent aux forces de police, les interactions qu'elles ont avec ces dernières sont déterminantes de la façon dont leur cas va être traité. Leur démarche peut ne pas donner lieu à un constat d'infraction ou s'accompagner d'une requalification des faits : requalification de tentatives de vols de voiture en simple dégradation, d'une simple altercation en coups et blessures, e
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tc. (voir notamment David Bon, Philippe Robert et Renée Zauberman, 2011). Selon les cas, les victimes peuvent être incitées à porter plainte ou, au contraire, à ne pas le faire. Tributaire de la propension (variable) des victimes à porter plainte ou à s'adresser à la justice et du déroulement de leurs interactions avec les institutions policières et judiciaires, cette mesure de la délinquance est aussi très largement dépendante de l'activité policière elle-même et des priorités que donnent aux forces de police leurs autorités de tutelle : si les policiers sont incités à traquer les consommateurs de stupéfiants, il est vraisemblable que la mesure du nombre d'actes relevant de cette infraction risque d'augmenter. Pour toutes ces raisons, la mesure de la délinquance au moyen des statistiques policières et judiciaires ne peut prétendre rendre compte de l'intégralité de la délinquance. Une autre mesure de la délinquance est fournie par les enquêtes de victimation. Celles-ci consistent à demander aux individus composant un échantillon représentatif d'une population (au niveau national ou local) s'ils s'estiment avoir été victimes d'acte(s) délinquant(s) qui sont présentés dans une list
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e. Ces enquêtes permettent d'obtenir différents indicateurs, en particulier : taux de prévalence (mesure dans une population du pourcentage de personnes (ou de ménages) atteintes au moins une fois au cours de la période de référence) ; taux d'incidence (mesure du nombre de faits subis pour 100 répondants au cours de la période de référence) ; taux de renvoi (proportion de victimes qui disent avoir alerté la police ou la gendarmerie) ; taux de plainte (la proportion de victimes disant avoir déposé plainte). Retrouvez éduscol sur Pas plus que la mesure de la délinquance par les autorités policières et judiciaires et en partie pour les mêmes raisons, les mesures obtenues via les enquêtes de victimation ne peuvent rendre compte de l'intégralité de la délinquance potentiellement mesurable, mais elles ont l'intérêt d'apporter un autre éclairage sur la délinquance. Elles permettent notamment de constater des écarts (surestimation ou sous-estimation) entre les déclarations des enquêtés et les statistiques policières et judiciaires et de les expliquer (pour un exemple, voir David Bon, Philippe Robert et Renée Zauberman, 2011). On peut aussi évoquer les enquêtes de délinquance auto-dé
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clarée qui invitent un échantillon d'une partie de la population à déclarer, avec des garanties d'anonymat, les infractions dont il est l'auteur. « L'hypothèse est que les auteurs seront beaucoup plus sincères que devant un policier ou un magistrat : face à l'enquêteur, ils ne risquent rien à se comporter ainsi. Et, effectivement, les taux de personnes auteurs d'une ou plusieurs infractions qu'on obtient par cette méthode sont tout à fait spectaculaires » (Sébastian Roché, 2005). La présentation des différentes manières de comptabiliser la délinquance est un moyen de montrer que l'« on n'a donc pas - [que l'on] ne peut pas avoir - de mesure de la délinquance en soi, mais seulement des comptages qui dénombrent, en tel ou tel point du processus, les désignations opérées par divers acteurs, professionnels ou profanes, qui ont traité comme délictueux certains comportements. Aucun de ces acteurs n'a de raison de prendre en considération le fantasme du chercheur - ou de l'homme politique - qui voudrait pouvoir connaître, de façon certaine, le nombre total d'infractions commises sur un territoire au cours d'une période donnée » (Renée Zauberman, 2015). Ressources et activités pédagogiqu
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es Activité 1 : Normes sociales et normes juridiques, diversité des formes de contrôle social. Objectifs Différencier normes sociales et juridiques, repérer et illustrer les diverses formes du contrôle social. Étapes et ressources On pourra présenter aux élèves une liste (ou un ensemble de photographies) d'actes ou de comportements choisis parce qu'ils : contreviennent à des normes juridiques ou à des normes sociales non juridiques ; ont pu éventuellement en d'autres temps, être considérés comme normaux et ne plus l'être aujourd'hui, ou, a contrario, être aujourd'hui considérés comme conformes aux normes sociales après avoir constitué, dans une époque antérieure, des transgressions ; peuvent apparaître comme normaux dans certains milieux sociaux et anormaux dans d'autres. L'étude de ces différents exemples permettra de faire émerger la différence entre normes sociales et normes juridiques. À partir d'un corpus de documents (composé d'un extrait tiré de La civilisation des murs de Norbert Elias, d'un texte évoquant le contrôle social communautaire - par exemple Catherine Clément-Denys, 2001 - et d'un autre relatant l'émergence d'institutions spécialement dédiées au contrôl
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e social - par exemple Jean-Louis Loubet del Bayle, 2006), les élèves identifieront et illustreront les différentes formes de contrôle social. Retrouvez éduscol sur Activité 2 : La diversité des normes et des déviances Objectifs Définir la déviance comme transgression d'une norme, comprendre la diversité des normes et des déviances dans le temps, l'espace et selon les groupes sociaux. Étapes et ressources La liste des actes et comportements utilisée dans l'activité 1 sera ici mobilisée pour illustrer la diversité des normes. On pourra ensuite approfondir l'analyse avec l'observation de la légalisation de l'avortement en France qui permet de montrer que, non sans résistances, des évolutions des murs et des combats collectifs peuvent modifier les normes juridiques. Étude du « manifeste des 343 » paru dans Le Nouvel Obs en 1971 : ce manifeste montre la modification de la norme sociale lorsque la norme juridique, elle, reste la même. Il est possible d'étudier également le Manifeste des médecins pour l'avortement sur le site de l'institut nationale de l'audiovisuel (INA). Étude du procès de Bobigny : ce procès montre comment la norme sociale permet le début d'un processus de m
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odification de la norme juridique (extrait du film Le procès de Bobigny : de 1h18 à 1h22) Étude de la loi Veil : les contours de la délinquance ont été modifiés puisque la norme juridique a évolué. À partir de l'exemple de la légalisation de l'avortement ou d'un autre exemple (violence conjugale, violence sexuelle à l'égard des femmes, violences routières, environnement..), cette activité pourra aussi être l'occasion d'évoquer le travail des entrepreneurs de morale en montrant comment une mobilisation peut faire changer une norme sociale et/ou juridique et instituer parallèlement une nouvelle déviance. Activité 3 : La déviance comme produit d'interactions sociales Objectifs Comprendre la déviance comme le produit de différents processus sociaux (étiquetage, stigmatisation, carrières déviantes). Étapes et ressources On pourra ici s'appuyer sur des extraits vidéos de films (par exemple Shéhérazade, 2018) ou de séries (The Wire, Peaky Blinders...) qui illustrent des cas d'entrée et de maintien dans une carrière déviante ou illustrent la difficulté de ne pas y entrer (ou d'en sortir) du fait de l'étiquetage et de la stigmatisation que subissent les individus, déviants ou non, ou
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de leur insertion dans des groupes déviants. On pourra, alternativement ou en complément, faire étudier un texte littéraire d'Eugène Sue (1804-1857), tiré de son roman Les mystères de Paris (1842-1843), qui évoque le cas des enfants de criminels, sur qui tombe l'opprobre social, les condamnant à devenir eux-mêmes criminels : « Alors, aigris, irrités par l'injustice, déjà flétris à l'égal des criminels pour des fautes dont ils sont innocents... quelquefois à bout de ressources honorables, les infortunés ne seront-ils pas bien près de faillir, s'ils sont restés probes ? » écrit ainsi Eugène Sue. Cette première approche pourra être complétée par l'étude de documents tirés d'enquêtes sociologiques à partir desquelles les élèves seront amenés à retrouver les grandes étapes Retrouvez éduscol sur d'une carrière déviante. On peut par exemple exploiter l'enquête de Howard S. Becker (1985) sur les fumeurs de marijuana ou celle plus récente de Christophe Brissonneau, Olivier Aubel et Fabien Ohl (2008) sur le dopage dans le cyclisme, qui présente tout à la fois le travail des entrepreneurs de morale pour interdire le dopage et rend compte, à un niveau plus microsociologique, des processus
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qui président à l'entrée dans une carrière de cycliste dopé. Activité 4 : La mesure de la délinquance Objectifs Identifier les différentes mesures de la délinquance et leurs limites respectives. Étapes et ressources On pourra ici s'appuyer sur des extraits de David Bon, Philippe Robert et Renée Zauberman (2011). Les documents statistiques qu'on y trouvera permettront aux élèves de constater, pour les mêmes infractions et sur le même territoire, des écarts entre le nombre d'infractions dont les individus se sont déclarés victimes dans une enquête de victimation, le nombre d'infractions pour lesquels ils ont déclaré s'être adressés aux forces de police, le nombre d'infractions ayant fait l'objet d'un procès-verbal par ces mêmes forces de police. On pourra ensuite inviter les élèves à formuler des hypothèses pour expliquer ces écarts puis confronter ces hypothèses aux conclusions établies par les chercheurs. On pourra alternativement utiliser l'article de Renée Zauberman (2015), qui contient le même type de données. Bibliographie indicative Ouvrages de référence ou de synthèse Becker Howard S., Outsiders, Études de sociologie de la déviance, Métaillié 1985, première édition 1
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963. Dans cet ouvrage devenu un classique en matière de sociologie de la déviance dans une perspective interactionniste, Howard S. Becker propose une analyse qui rend compte du travail des entrepreneurs de morale dans la fabrication de normes sociales et mobilise la notion de carrière déviante. Certains extraits peuvent être travaillés avec les élèves, notamment le chapitre 5 « Comment devient-on fumeur de Marijuana ? » qui décrit les différentes étapes qui composent la carrière du fumeur. Elias Norbert, La civilisation des murs, Calmann-Lévy, 1973. Cet ouvrage, dont des extraits peuvent être utilisés en classe, montre comment l'autocontrôle est devenu une modalité décisive de la conformité aux normes. Gusfield Joseph, La Culture des problèmes publics. L'alcool au volant : la production d'un ordre symbolique, Economica, 2009 (1981). Cet ouvrage constitue un classique des études portant sur la construction des problèmes publics. Il montre le travail de mobilisation des entrepreneurs de morale et peut être utilisé en classe. Ogien Albert, Sociologie de la déviance, Armand Colin, 1995. Cet ouvrage de synthèse présente les différentes théories de la déviance de manière problématis
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ée. Retrouvez éduscol sur « La déviance », Idées économiques et sociales, n°181, septembre 2015. Un dossier de synthèse sur la déviance dont les articles sont exploitables en classe. Articles récents et enquêtes empiriques Bon David, Robert Philippe, Zauberman Renée, « La délinquance : entre statistiques de police et enquêtes de victimation », Note Rapide de l'Institut d'aménagement et d'urbanisme d'Île de France (IAU-IDF), 2011, 538. Dans cet article, on trouvera des données sur la délinquance issues à la fois des statistiques policières et des enquêtes de victimation ainsi que des explications des écarts constatés. Brissonneau Christophe., Aubel Olivier et Ohl Fabien, L'épreuve du dopage. Sociologie du cyclisme professionnel, PUF, 2008. Cet ouvrage d'enquête, largement inspiré par la sociologie interactionniste, met en évidence le travail des entrepreneurs de morale pour interdire le dopage et rend compte des processus qui président à l'entrée dans une carrière déviante. de Larminat Xavier, « Sociologie de la déviance : des théories du passage à l'acte à la déviance comme processus », site SES-ENS, juillet 2017. Divay Sophie, « L'avortement, une déviance légale », Dévian
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ce et Société, n°2, Vol. 28, 2004, p.195-209. Cet article montre que l'avortement, bien que légalement autorisé, reste largement considéré comme une pratique déviante, y compris par les femmes qui y ont recours et qui réagissent différemment à la stigmatisation qui peut peser sur elles. Zauberman Renée, « Les enquêtes de victimation. Une brève histoire, quelques usages », Idées économiques et sociales, n°181, 2015, p. 8-21. Cet article, exploitable avec les élèves, revient sur les enquêtes de victimation et leurs enjeux et propose aussi une analyse de données issues d'enquêtes de victimation et des statistiques policières. Autres références citées Clément-Denys Catherine, « De l'autorégulation sociale au contrôle policier : la naissance de la police moderne dans les villes du nord de la France au XVIIIème siècle », in Pedro Fraile (dir.), Régulation et gouvernance, Université de Barcelone, 2001. Durkheim Émile, De la division du travail social, PUF, 2013 (1893). Faget Jacques, Sociologie de la délinquance et de la justice pénale, ÉRÈS, 2002. Goffman Erving, Stigmates. Les usages sociaux des handicaps, Minuit, 1975. Loubet del Bayle Jean-Louis, Police et politique. Une appr
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oche sociologique, L'Harmattan, 2006. Mohammed Marwan (dir.), Les Sorties de délinquance : théories, méthodes, enquêtes, La Découverte, 2012. Roché Sébastian, « La mesure des délits des jeunes à partir d'une enquête sur la délinquance autodéclarée. Commentaire », Revue économique, vol. 56, no. 2, 2005, pp. 337-347. Weber Max, Économie et société (1920), Plon, 1995. Retrouvez éduscol sur comment se forme et s'exprime l'opinion publique ? Objectifs d'apprentissage Comprendre que l'émergence de l'opinion publique est indissociable de l'avènement de la démocratie : d'abord monopole des catégories « éclairées », l'opinion publique est désormais entendue comme celle du plus grand nombre. Comprendre les principes et les techniques des sondages, et les débats relatifs à leur interprétation de l'opinion publique. Comprendre comment le recours fréquent aux sondages d'opinion contribue à forger l'opinion publique et modifie l'exercice de la démocratie (démocratie d'opinion) et de la vie politique (contrôle des gouvernants, participation électorale, communication politique). Problématique d'ensemble L'attention portée à l'opinion publique et aux sondages d'opinion dans les démocrat
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ies contemporaines est paradoxale : l'opinion publique, sans cesse auscultée via les sondages, est devenue un élément essentiel de la vie politique, mais la capacité des sondages à véritablement saisir et mesurer l'opinion publique est fortement contestée et l'existence même d'une opinion publique fait l'objet de débats. Le premier objectif d'apprentissage permet de s'interroger sur la manière dont cette opinion publique se forme, c'est-à-dire comment elle émerge historiquement. Le deuxième objectif d'apprentissage conduit à présenter les principaux éléments de méthode des sondages et à se questionner sur leur capacité à rendre compte de l'opinion publique. Le troisième objectif d'apprentissage permet de montrer que le recours fréquent aux sondages d'opinion contribue à forger l'opinion publique et que les usages de ces sondages modifient l'exercice de la démocratie et de la vie politique. Retrouvez éduscol sur : Savoirs scientifiques de référence La notion d'opinion publique est déjà évoquée dans la pensée antique (chez Platon et Aristote notamment), mais elle prend forme concrètement au 18ème siècle. Elle est d'abord considérée comme l'opinion d'une élite « éclairée » mue par
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la Raison, celle de la bourgeoisie, qui porte un regard critique sur le pouvoir. Cette élite bourgeoise contribue alors à la formation d'un espace public tel que le conçoit Jürgen Habermas : le lieu d'une délibération collective, qui se forme alors dans les salons littéraires, les cafés, la presse d'opinion, et bien sûr le Parlement. Mais cette conception élitiste de l'opinion publique s'accorde difficilement avec les principes démocratiques qui se mettent progressivement en place au 19ème siècle, avec l'avènement du suffrage universel (masculin) et la reconnaissance des libertés individuelles (liberté de conscience, d'opinion, de la presse, de réunion). Chaque citoyen est jugé apte à se forger sa propre opinion et chaque voix se vaut. Le vote est ainsi un processus démocratique qui permet de faire émerger l'opinion publique sur un projet politique lors du scrutin. Mais l'opinion des citoyens doit pouvoir être appréhendée en dehors des périodes électorales. De fait, le pouvoir démocratique, tirant sa légitimité du peuple, doit s'appuyer sur l'opinion du plus grand nombre pour améliorer son action politique. Cette opinion publique devient alors un objet que l'on cherche à mesurer
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aussi en dehors des élections, particulièrement avec l'apparition des sondages. Alors que les sondages existent depuis les années 1930, c'est au cours des années 1960 que leur précision croissante a permis aux sondeurs d'imposer leur définition de l'opinion publique : une définition qui se veut objective parce que évaluée sous une forme chiffrée. L'opinion publique ne se réduit cependant pas à une simple agrégation des opinions individuelles ; Jean Stoetzel [1973] la définit comme « un ensemble de jugements sur les problèmes actuels auxquels adhère une grande partie des membres d'une société ». Dans cette perspective, elle est donc l'opinion du public, c'est-à-dire une expression de la pensée du peuple, mais aussi l'opinion rendue publique, qui suppose un travail collectif de délibération et d'affichage, indissociablement lié à la pratique démocratique (rôle des partis politiques et des médias par exemple). Cette tension dans la définition de l'opinion publique n'est pas sans poser question, notamment quant au rôle des sondages dans le recueil de l'opinion publique. Comprendre les principes et les techniques des sondages, et les débats relatifs à leur interprétation de l'opinion
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publique. Retrouvez éduscol sur : La naissance des sondages électoraux dans les années 1930 permet désormais d'appréhender l'opinion publique comme une agrégation d'opinions individuelles. Il s'agit techniquement de rendre compte de l'avis majoritaire d'une population en n'en interrogeant qu'une partie. La loi du 25 avril 2016 définit un sondage comme « une enquête statistique visant à donner une indication quantitative, à une date déterminée, des opinions, souhaits, attitudes ou comportements d'une population par l'interrogation d'un échantillon ». Retrouvez éduscol sur : L'américain George Horace Gallup (1901-1984), considéré comme le père fondateur des sondages, crée en 1935 l'American Institut of Public Opinion, qui prédit en 1936 la réélection de Roosevelt. Le sondage est introduit en France par Jean Stoetzel, qui crée en 1938 l'Institut français d'opinion publique (Ifop). Son premier sondage porte sur les accords de Munich, approuvés à 57 % par les Français. La réalisation d'un sondage repose sur trois règles : 1. La construction d'un échantillon (échantillon représentatif selon la méthode des « quotas », c'est-à-dire que les personnes interrogées doivent se répartir s
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elon les mêmes caractéristiques sociales - sexe, âge, profession, niveau de diplôme, etc. - et les mêmes proportions que la population à étudier ; il doit être d'une taille suffisante - au moins 1000 personnes). 2. L'élaboration des questions (qui doivent être simples, univoques et neutres, et ne pas introduire de biais dans les réponses. Ainsi, une question posée de manière positive ou de manière négative n'appellera pas les mêmes réponses). 3. L'interprétation des résultats (nécessité de tenir compte de l'ampleur des non-réponses - comme de l'abstention pour un vote - et des marges d'erreur mesurées par les intervalles de confiance). De nombreuses critiques s'élèvent cependant pour contester la capacité des sondages à refléter l'opinion publique. Ainsi Pierre Bourdieu affirme-t-il dès 1973 que « l'opinion publique [des sondages] n'existe pas ». Pour lui, les sondages ne se contentent pas d'enregistrer l'opinion, mais ils la créent. Il remet en cause trois postulats qui sous-tendent la légitimité des sondages : « tout le monde peut avoir une opinion » ; « toutes les opinions se valent » ; il y a un « accord sur les questions qui méritent d'être posées ». Or, les questions po
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sées par les sondeurs ne sont pas des questions que se posent effectivement toutes les personnes interrogées ; certaines n'ont pas d'opinion préétablie. Toutes les opinions ne se valent pas, dans le sens où elles n'ont pas toute la même force sociale (certaines personnes sont plus informées ou plus mobilisées que d'autres). Les questions posées reflètent davantage les préoccupations des sondeurs ou de leurs commanditaires (« effet d'imposition de problématique »). À sa suite, Patrick Champagne [1990], considère que « les sondages font l'opinion » et que l'opinion publique est un artefact fabriqué par les acteurs du champ politique pour légitimer leur domination. En ce sens, c'est un instrument de confiscation du pouvoir. Néanmoins, plusieurs chercheurs réaffirment le caractère foncièrement démocratique des sondages. De fait, les sondages d'opinion et le suffrage universel reposent sur une logique commune : le résultat est obtenu par une agrégation des voix, où chacune pèse le même poids. Il s'agit donc d'un mode d'expression égalitaire qui met en avant les préférences des citoyens qui ne s'expriment pas traditionnellement sur la scène publique. Alain Lancelot [1980] conçoit les
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sondages comme un renforcement de la démocratie : ils permettent aux gouvernants d'avoir accès à l'opinion des citoyens, sur laquelle ils peuvent s'appuyer pour légitimer leur action politique et répondre aux attentes des citoyens. Symétriquement, ils permettent aux citoyens de participer à la sélection des gouvernants et au contrôle de leur action. Les instruments et techniques de mesure utilisés pour les sondages se sont largement perfectionnés et suscitent aujourd'hui peu de critiques. On sait mesurer, mais sait-on ce qu'on mesure ? Ainsi, une intention de vote ne correspond pas toujours au vote ; une enquête d'opinion n'est qu' « une photographie des opinions à un instant précis » et ne peut pas prétendre être une prédiction toujours vérifiée des résultats du scrutin. C'est ce qui peut expliquer certaines surprises, telles que le Brexit, l'élection de D. Trump, les résultats des primaires de droite ou de gauche, et bien sûr le résultat du 21 avril 2002. George Gallup disait lui-même, en guise de pirouette, que l'opinion publique n'est finalement rien d'autre que ce que mesurent les sondages. Que l'on mette en doute ou non la réalité d'une opinion publique préexistante aux son
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dages, une évidence s'impose : la publication massive et régulière de sondages politiques a des effets réels et fait de l'opinion publique un acteur central de la vie politique. Les chercheurs s'interrogent alors sur les usages sociaux et politiques qui en sont faits. Il est aujourd'hui communément admis que les sondages ont un effet rétroactif sur cette même opinion publique. Les sondeurs et leurs commanditaires sont ainsi souvent considérés comme des « faiseurs d'opinion ». La publication d'un sondage, prenant la forme de quelques chiffres synthétiques, permet de dégager une opinion majoritaire et crée de ce fait un effet de consensus (P. Champagne [2015]). Les sondages favoriseraient donc le consensus et un certain conformisme conduisant ceux qui ont une opinion divergente à se taire. Les sondages contribuent à dicter l'agenda médiatique et à structurer les débats par l'effet d'imposition de problématique préalablement évoqué. Plus que cela, certains sociologues mettent en garde contre une instrumentalisation voire une manipulation de l'opinion publique sondagière par ceux - sondeurs, journalistes ou hommes politiques - qui prétendent faire parler l'opinion au risque d'une réi
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fication sous la forme du fameux « Les Français pensent que.. ». Les sondages semblent exercer une influence importante, quoique indirecte sur le processus électoral. D'une part, les sondages peuvent jouer un rôle de pré-sélection de l'offre électorale, à l'aune de la cote de popularité dont jouissent les prétendants au pouvoir (exemple de Ségolène Royal à l'élection présidentielle de 2007). D'autre part, le recours massif aux sondages tout au long des campagnes électorales les fait s'apparenter de plus en plus à des courses de chevaux : la prévision de l'ordre d'arrivée des candidats devient prévalente sur le traitement des enjeux de la campagne. L'influence de ces sondages électoraux sur le vote est en revanche contrastée. On retient principalement trois effets : le vote stratégique ou vote utile : l'électeur se met à soutenir un parti qui n'est pas son premier choix pour empêcher l'élection d'un autre parti ; l'effet bandwagon - « prendre le train en marche » - ou effet de contagion : l'électeur est incité à voter pour le vainqueur pressenti, pour être dans le camp du gagnant ; en contradiction avec le précédent, l'effet outsider : l'électeur se remobilise pour sauver un ca
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ndidat en perte de vitesse. Par ailleurs, l'influence des sondages sur l'opinion publique est reconnue par le politique, puisque les législateurs ont mis en place une Commission des sondages dont l'objet est « d'empêcher que la publication de sondages électoraux vienne influencer ou perturber la libre détermination du corps électoral » (notamment en introduisant une période de réserve à la veille du scrutin). Retrouvez éduscol sur : La notion de démocratie d'opinion s'oppose à la démocratie représentative, en ce sens qu'elle consacrerait la victoire des sondages face aux instances traditionnelles de représentation que sont les partis politiques ou les syndicats, en instaurant grâce aux sondages un lien direct quasi-instantané entre les gouvernants et le peuple. Elle se caractérise ainsi par l'omniprésence de l'opinion publique, le développement des stratégies de communication politique et la personnalisation du pouvoir. Plus globalement, les sondages sont souvent invoqués comme un argument d'autorité, à l'ombre desquels toute opinion autre doit se justifier. Un mouvement social peut ainsi être discrédité s'il n'est pas soutenu par « une majorité de Français » ; un homme politiqu
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e peut l'emporter dans un débat s'il argue que « les Français » pensent comme lui. Cela renvoie à l'effet de consensus, déjà évoqué. Les hommes politiques eux-mêmes développent des stratégies de marketing politique pour gagner des voix ou des points de popularité (des parts de marché sur le marché politique). La démocratie d'opinion est aussi souvent dénoncée pour son risque de dérive populiste ou démagogique : les gouvernants se contenteraient de suivre l'opinion majoritaire en soumettant au test des sondages la popularité des mesures à prendre (gouverner selon l'opinion) et abandonneraient ainsi leur faculté de gouverner, de mener un projet politique réfléchi et cohérent. Ressources et activités pédagogiques Activité pédagogique 1 : Quelle opinion publique à l'ère d'Internet ? Finalité : Comprendre comment les nouvelles technologies et les réseaux sociaux renouvellent la réflexion sur la formation de l'opinion publique. Étapes et ressources préconisées : Étude d'un article de Libération du 28 septembre 2018 : interview de Baptiste Kotras par Erwan Cario : « Le Web rouvre cette question essentielle : toutes les opinions se valent-elles ? » Lien Internet : https://www.liberati
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on.fr/debats/2018/09/28/baptiste-kotras-le-web-rouvre-cette-question-essentielle-toutes-les-opinions-se-valent-elles_1681888 Entretien avec Dominique Cardon sur la « démocratie Internet », notamment les troisième, sixième et septième paragraphes. http://ses.ens-lyon.fr/articles/un-invite-sur-ses-ens-entretien-avec-dominique-cardon-sur-la-democratie-internet-116634 Ou bien : Cardon D., Culture numérique, Les Presses de Science Po, 2019 (Notamment le chapitre 3 « culture participative et réseaux sociaux » et le chapitre 4 « l'espace public numérique ») Retrouvez éduscol sur : Activité pédagogique 2 : Comment se fabrique un sondage ? Finalité : comprendre comment sont construits les sondages et quelles peuvent être leurs limites méthodologiques. Étapes et ressources préconisées : 1. Présentation de quelques principes méthodologiques : Une vidéo qui explique en 3 mn la technique du sondage : site Internet Le Monde, « comment les sondages sont-ils élaborés ?» Jamet R. « De l'art de bien sonder », in Sciences et Vie Junior n°346, juillet 2018, pages 62-63. [Une illustration claire et ludique des règles à respecter pour constituer un échantillon représentatif.] Article du Mon
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de, du 23 janvier 2017 : « Comment lire un sondage », Les Décodeurs. 2. Étude de critiques méthodologiques de sondages parus : Mayer N., « Il faut parler d'antisémitisme avec rigueur », Le Monde, Dialogues, samedi 6 décembre 2014, page 15 Ferrer M., Sénécat A., « Comment la victoire de Trump a-t-elle pu échapper aux sondages et aux médias? », Le Monde.fr, mercredi 9 novembre 2016. Sénécat A. « Elections européennes : les sondages politiques, un thermomètre si fragile », Le Monde.fr, jeudi 30 mai 2019. http://www.observatoire-des-sondages.org/nucleaire-comment-tns-sofres-truque-son-sondage Bibliographie indicative Blondiaux L., La Fabrique de l'Opinion, Une histoire sociale des sondages, Seuil, 1998. [L'auteur montre comment, dans les démocraties occidentales, les sondages d'opinion ont réussi à se prévaloir d'un quasi-monopole de l'expression de l'opinion publique.] Blondiaux L., «Ce que les sondages font à l'opinion publique», in Politix, vol.10, n°37, 1997, pages 117 à 136. Version Internet : https://www.persee.fr/doc/polix_0295-2319_1997_num_10_37_1653 Bourdieu P., « l'opinion publique n'existe pas », in Les temps modernes, n°318, janv. 1973, repris dans Questions de
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sociologie, Minuit, 1980. [Un article classique qui montre que l'opinion publique créée par les sondages est une illusion.] Version internet : https://www.acrimed.org/L-opinion-publique-n-existe-pas Cayrol R., Opinion, sondages et démocratie, Les Presses de Science Po, 2011. [L'auteur, politologue et fondateur de l'institut de sondage CSA, se demande à quelles conditions les sondages peuvent être utiles aux citoyens, aux politiques et aux chercheurs. Il montre comment les sondages sont devenus un instrument essentiel de connaissance, voire de liberté dans certains pays.] Champagne P., Faire l'opinion, le nouveau jeu politique, Editions de Minuit, 2015 (1990). [Un ouvrage qui se situe dans le prolongement de la pensée de Pierre Bourdieu et cherche à montrer que le jeu politique est de plus en plus une affaire de spécialistes qui, à travers notamment les sondages, prétendent «faire parler le peuple».] Article connexe en version Internet : https://www.persee.fr/doc/arss_0335-5322_1988_ num_71_1_2407 Retrouvez éduscol sur : Dormagen J.Y., Mouchard D., Introduction à la sociologie politique, De Boeck Supérieur, 4e édition, 2015. [En particulier le chapitre 9 « L'opinion publique »
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, pages 147 à 160.] Duclos D., Meynaud H.-Y., Les sondages d'opinion, La Découverte, collection Repères, 2007. [Un ouvrage qui présente une vue d'ensemble des sondages dans leur dimension historique, technique et professionnelle.] Garrigou A., L'ivresse des sondages, La Découverte, 2006. [Un ouvrage qui montre que la pratique des sondages d'opinion confine à l'imposture, et que leur usage intensif a entraîné nombre d'effets pervers qui nuisent à la vie démocratique.] Lancelot A., « Sondages d'opinion et suffrage universel », in Commentaires n°10, 1980. [Un article de référence qui, en réponse à Pierre Bourdieu, souligne les vertus démocratiques des sondages d'opinion : critiquer les sondages, c'est critiquer la démocratie.] Lefebvre R., Leçons d'introduction à la science politique, Ellipses, 2013. [En particulier le chapitre « L'opinion publique et les sondages », pages 295 à 300] Riutort Ph., « L'opinion publique : histoire, mesure et effets de réalité », conférence enregistrée le 8 février 2019 à PSE-École d'économie de Paris. http://ses.ens-lyon.fr/ articles/lopinion-publique-histoire-mesure-et-effets-de-realite Stoetzel J., Girard A., Les sondages d'opinion publique, PUF
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, 1973 (1948). [Ce manuel, écrit par le fondateur des sondages en France, se propose de définir ce qu'est un sondage, d'indiquer ses objectifs et de déterminer son intérêt pratique et scientifique.] Sitographie indicative https://www.acrimed.org/ [Action Critique Médias est une association qui regroupe des journalistes, universitaires et acteurs du mouvement social ; elle revendique une mission d'observatoire des médias.] http://www.sciencespo.fr/cevipof/fr [Le centre d'étude de la vie politique française est le centre de recherches politiques de Sciences Po. Il analyse les grands courants et idées politiques qui façonnent les forces et les institutions politiques, ainsi que les facteurs qui contribuent à orienter les comportements et les attitudes politiques de nos concitoyens.] http://www.commission-des-sondages.fr/ [Le site officiel de la commission des sondages.] www.observatoire-des-sondages.org [L'observatoire des sondages exerce une veille scientifique sur les différentes facettes des sondages : aspects méthodologiques et commentaires politologiques ou journalistiques qui en sont faits.] Des sites d'instituts de sondages : https://www.bva-group.com/ https://www.if
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op.com/ https://www.ipsos.com/fr-fr https://www.tns-sofres.com/ Retrouvez éduscol sur : voter : une affaire individuelle ou collective? Objectifs d'apprentissage Être capable d'interpréter des taux d'inscription sur les listes électorales, des taux de participation et d'abstention aux élections. Comprendre que la participation électorale est liée à divers facteurs inégalement partagés au sein de la population (degré d'intégration sociale, intérêt pour la politique, sentiment de compétence politique) et de variables contextuelles (perception des enjeux de l'élection, types d'élection). Comprendre que le vote est à la fois un acte individuel (expression de préférences en fonction d'un contexte et d'une offre électorale) et un acte collectif (expression d'appartenances sociales). Comprendre que la volatilité électorale revêt des formes variées (intermittence du vote, changement des préférences électorales) et qu'elle peut refléter un affaiblissement ou une recomposition du poids de certaines variables sociales, un déclin de l'identification politique (clivage gauche/droite notamment) et un renforcement du poids des variables contextuelles. Problématique d'ensemble Comme tou
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t fait social, le vote synthétise des aspects individuels et collectifs. Cette question a pour objet de montrer comment le vote et la participation électorale s'expliquent conjointement par des ressorts individuels et des dynamiques sociales. [Les références aux dimensions collectives et individuelles du vote et de la participation invitent le professeur à convoquer des modèles et des paradigmes variés. Pour autant, les élèves n'ont pas à connaître ces paradigmes pour eux-mêmes, les attentes se limitant aux notions citées dans les objectifs d'apprentissage.] Retrouvez éduscol sur Le premier objectif d'apprentissage invite à maîtriser l'interprétation d'indicateurs relatifs à l'inscription, à la participation et à l'abstention électorale. Les élèves doivent savoir lire ces indicateurs et comprendre les informations qu'ils apportent. Ainsi, la baisse du taux de participation en Europe constitue une évolution importante du rapport au politique et fait du refus de voter un comportement électoral à part entière. Le deuxième objectif d'apprentissage envisage la participation électorale comme liée à la fois à «divers facteurs inégalement partagés au sein de la population» et à des «va
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riables contextuelles». La première expression renvoie aux déterminants sociaux de la participation électorale, la deuxième à des logiques plus individuelles et contextuelles. L'objectif d'apprentissage ne hiérarchise pas ces deux types d'explications, mais permet de les articuler, comme ce fut le cas dans l'histoire de la sociologie électorale. Le troisième objectif d'apprentissage vise à comprendre que le vote est à la fois un acte individuel (expression de préférences en fonction d'un contexte et d'une offre électorale) et un acte collectif (expression d'appartenances sociales). Le quatrième objectif d'apprentissage est centré sur la volatilité du comportement électoral, appréhendée comme un signal du déclin des déterminants sociaux du vote. Longtemps vu comme l'expression et le renforcement d'une d'identité collective, le vote voit ses analyses modifiées à partir des années 1980 et l'irruption de la volatilité électorale, permettant de redécouvrir les approches rationnelles et d'approfondir la dimension contextuelle des scrutins. La problématique du chapitre invite cependant à nuancer cette hypothèse : si les variables sociales sont moins prédictives du vote, elles continuent
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de peser. Savoirs scientifiques de référence Retrouvez éduscol sur L'article 3 de la Constitution de 1958 dispose que «sont électeurs tous les nationaux français majeurs des deux sexes, jouissant de leurs droits civils et politiques». Le droit de vote est étendu aux citoyens de l'Union européenne pour les élections locales et européennes (traité de Maastricht, 1992). Mais pour participer aux élections, encore faut-il être inscrit sur la liste électorale de sa commune de résidence. Le taux d'inscription mesure la part d'une population en âge de voter qui s'est inscrite sur les listes électorales (nombre d'inscrits/nombre de personnes en âge de voter). Au 1er mars 2018, d'après l'Insee, 88 % des majeurs résidant en France et de nationalité française sont inscrits sur les listes électorales, ce qui signifie que 12 % de ceux qui pourraient figurer sur les listes électorales ne le sont pas ou sont mal inscrits (par choix ou suite à un changement de commune du domicile). Cette proportion reste faible comparée à celle observée ailleurs - aux États-Unis, lors de l'élection présidentielle de 2008, 29 % des électeurs potentiels n'étaient pas inscrits (Patrick LEHINGUE, 2011) - mais elle
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varie en fonction de l'âge et du niveau de diplôme : en France la part des non ou mal inscrits est de 15 % pour les 18-24 ans et de 24 % pour les sans diplôme (contre 8 % des diplômés du supérieur). Le taux d'inscription est cependant relativement stable depuis le début des années 2000. Retrouvez éduscol sur De plus, les inscrits ne se déplacent pas toujours pour voter. L'abstention se distingue de la non-inscription sur les listes électorales et du vote blanc et nul. Elle désigne le comportement consistant pour un inscrit à ne pas participer à une élection. Le taux de participation mesure la part des inscrits qui sont allés voter lors d'un scrutin (nombre d'inscrits ayant voté à une élection/nombre d'inscrits sur les listes). Le taux d'abstention mesure la part des inscrits qui ne se sont pas déplacés au bureau de vote le jour de l'élection (nombre d'abstentionnistes/ nombre d'inscrits sur les listes; ou 100 - taux de participation). Le taux d'abstention, qui tend à croître en France, est un indicateur du niveau de représentation politique dans une démocratie. Ainsi, seuls 74,6 % des électeurs sont allés voter au second tour de l'élection présidentielle de 2017. Avec 25,4 % d'a
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bstention, c'est le taux le plus élevé du second tour d'une élection présidentielle depuis la victoire de Georges Pompidou en 1969. Quelques semaines plus tard, jamais des élections législatives n'ont attiré si peu d'électeurs, avec une participation de 42,64 % des inscrits. L'abstention est un comportement électoral qui se développe dans toutes les démocraties occidentales, sauf celles qui ont rendu le vote obligatoire (Belgique ou Autriche par exemple). En France, si on ajoute les abstentionnistes systématiques (aux alentours de 12 % du corps électoral) et les personnes non inscrites, c'est environ deux citoyens français susceptibles d'être électeurs sur dix qui restent à l'écart du vote. C'est donc surtout la part des abstentionnistes intermittents qui s'est accrue au fil du temps. À distinguer de ce «non vote», les bulletins blancs ou nuls expriment plutôt des formes de «non choix». Le vote blanc consiste à glisser un bulletin blanc dans une enveloppe. C'est un vote où l'on ne se prononce pas pour l'un des candidats en lice. Le vote nul consiste à glisser dans l'enveloppe du vote un bulletin non conforme (griffonné ou raturé) ou plusieurs bulletins de différents candidats ens
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emble. On observe en France une progression de cette forme de participation. Ainsi, lors du second tour de la Présidentielle de 2017, 4 millions d'électeurs sur un total de 35,5 millions de votants, se sont déplacés sans voter, ni pour Emmanuel Macron, ni pour Marine Le Pen, soit 10 % des votants (alors que seuls 4 à 6 % des électeurs font d'ordinaire ce choix pour un scrutin comparable). Les votes blancs et nuls traduisent l'insatisfaction des électeurs vis-à-vis de l'offre électorale et nourrissent des débats sur leur prise en compte dans les suffrages exprimés. Les causes de l'abstention sont nombreuses et non exclusives, mais relèvent principalement de deux grands types d'explication. Premièrement, elle exprime un déficit d'intégration sociale. Pour Alain LANCELOT (1968), dans un ouvrage pionnier, «l'abstentionnisme doit être considéré plutôt comme une norme culturelle conditionnée par des rapports sociaux. La participation électorale apparait au total comme une dimension secondaire de la participation sociale. Elle procède d'un facteur général qui est le degré d'intégration à la collectivité». Nonna MAYER et Cécile BRACONNIER (2015) s'inscrivent dans cette perspective quand
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elles mesurent la forte corrélation entre le degré de précarité et le comportement abstentionniste. L'exclusion sociale entretient un sentiment d'éloignement et de distance par rapport au champ politique et nourrit un abstentionnisme structurel lié aux prédispositions sociologiques des individus. En faisant le parallèle avec les sans réponses dans les sondages, Daniel GAXIE (1978) et Pierre BOURDIEU (1979) considèrent que l'abstention peut être appréhendée comme la manifestation d'un sentiment d'incompétence à comprendre les débats et enjeux des élections. Les abstentionnistes ont échappé à la socialisation politique à l'uvre dans les milieux diplômés ou militants, qui assure la transmission du rituel du vote. Nonna MAYER et Pascal PERRINEAU (1992) synthétisent ces approches en introduisant la notion d'abstentionnisme sociologique pour désigner le comportement des abstentionnistes peu intéressés par la politique et cumulant des difficultés d'insertion. Deuxièmement, l'abstention peut au contraire revêtir les formes d'un acte motivé. Nonna MAYER et Pascal PERRINEAU observent que cet abstentionnisme politique concerne des électeurs intéressés par les élections et souvent proches d'u
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n parti. Il exprime une protestation à l'encontre de la classe politique, une sanction pour les candidats ou un refus de choisir entre eux. Il entend peser sur les résultats de l'élection, envoyer un signe fort à l'ensemble de la classe politique et ainsi influer sur ce que les candidats peuvent proposer. Anne MUXEL et Jérôme JAFFRÉ (2000) proposent une grille de lecture analogue. Les abstentionnistes «hors-jeu» se retrouvent tendanciellement dans les catégories populaires, sont le plus souvent peu diplômés, sans emploi ou occupant des emplois peu valorisés. Leur manque de repères politiques débouche sur un rejet d'ensemble de la classe politique et des mécanismes de désignation par le vote. Au contraire, les abstentionnistes «dans le jeu», généralement plus diplômés, davantage intéressés par la politique, dotés d'un fort sentiment de compétence politique et dont la proportion tend à augmenter parmi les abstentionnistes, proposent une forme d'abstentionnisme politisé, souvent lié au contexte politique et électoral. Ils affichent par leur abstention une posture de contestation active à l'égard du système politique. Pour reprendre les catégories économiques de Albert HIRSCHMAN, très
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utilisées en science politique, leur comportement relève à la fois de la «défection» (Exit) et de la «prise de parole» (Voice). L'abstention tient aussi à des variables plus contextuelles, comme le degré d'importance attribué à une élection (locale ou nationale), la concurrence plus ou moins forte entre les partis politiques en compétition, l'enjeu plus ou moins complexe d'un scrutin, la multiplication ou l'absence récente de consultations électorales, le mode de scrutin (proportionnel ou majoritaire), etc. Retrouvez éduscol sur Dans le sillage de la révolution néo-libérale des années 1980, la science politique s'intéresse aux motivations individuelles du vote et aux effets de contexte. Elle considère l'hypothèse d'un électeur rationnel, qui voterait pour le parti lui offrant le plus d'avantages personnels et le moins de désagréments. Cette approche accorde une place importante aux stratégies de rationalité limitée conduisant les électeurs à voter en fonction de l'information la plus facilement accessible ou la moins coûteuse socialement : évaluation des candidats et des partis à l'aune de leurs performances passées (sanction des sortants par exemple); délégation du soin d'éval
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uer un candidat ou un parti (à un journal, un proche, une association, une personne de référence); maintien d'un alignement obsolète pour ne pas à avoir à assumer une réorientation politique auprès de son entourage, etc. Cette approche permet de saisir la tendance au recentrage des plateformes programmatiques des partis : étant des entreprises politiques cherchant à maximiser les votes, ils ont intérêt à développer un argumentaire flou et à géométrie variable pour capter une plus grande part du marché des électeurs. Aller voter n'est pour autant pas un acte individuellement rationnel. Pour Anthony DOWNS (1957), la décision d'aller voter chez un acteur rationnel doit reposer sur un calcul d'utilité. La rétribution dépend de trois paramètres : le bénéfice attendu, la probabilité que son bulletin fasse la différence et les coûts de participation, c'est-à-dire s'inscrire, se déplacer, s'informer. Il résulte de cette approche un paradoxe du vote : personne ne devrait aller voter car la probabilité d'agir sur le résultat final d'une élection est dérisoire par rapport aux coûts de participation; et pourtant des millions d'électeurs se rendent aux urnes. Pour dépasser ce paradoxe, la scie
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nce politique s'est très tôt penchée sur l'analyse des déterminants du vote. L'analyse des raisons du vote est historiquement centrée sur l'étude des variables lourdes proposées par les modèles de Columbia et de Michigan. Lors de la campagne électorale américaine de 1940, Paul LAZARSFELD et son équipe de l'université de Columbia utilisent pour la première fois le sondage d'opinion (mesure au niveau individuel des caractéristiques sociales, des pratiques, des opinions, et possibilités de croiser les résultats) et la panélisation (plusieurs vagues d'enquêtes et mesure de l'évolution dans le temps des préférences politiques). Ces techniques donnent des résultats étonnants pour l'époque : l'électeur américain se révèle peu intéressé par la politique et prête une attention discrète à la campagne électorale; les orientations électorales apparaissent largement prédéterminées par les caractéristiques sociales des individus; un indice de prédisposition politique (IPP) combinant le statut social, la religion et le lieu de résidence, permet de prédire les choix politiques avec beaucoup de précision. Les auteurs en tirent un modèle explicatif du vote, résumé par l'adage «un individu pense pol
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itiquement comme il est socialement» («a person thinks, politically, as he is, socialy. Social characteristics determine political preference»). Mais si la position sociale objective de chacun (évaluée par le niveau de revenu ou la richesse du patrimoine) est prédictive du vote, la manière dont les agents se perçoivent l'est encore plus. Le fait de se définir comme travailleur ou appartenant au monde des affaires augmente considérablement et respectivement la probabilité de voter démocrate ou républicain. Une confirmation de ce résultat a été apportée en France par Guy MICHELAT et Michel SIMON (1977), notamment pour les ouvriers (2004), et Nonna MAYER (1986) pour les petits indépendants. Dans le modèle de Columbia, l'individu se forge une opinion politique au contact de ses semblables, dans des petits groupes primaires et par les conversations de face à face. Le choix électoral, ainsi prédéterminé par l'appartenance sociale, résulte de la mise en conformité du vote avec les normes du groupe et procède plus d'une logique collective que d'une décision individuelle. Le paradigme de Michigan (The American Voter, 1960) propose en retour un modèle où le vote est établi à partir d'un ali
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gnement des électeurs sur leur identification partisane. Élaboré à partir de l'élection présidentielle de 1948, ce modèle a longtemps été dominant dans la sociologie électorale. Il se démarque du déterminisme social de Paul LAZARSFELD, en affirmant que le vote résulte d'un champ de forces psychologiques, mais s'en rapproche aussi en relevant la faible compétence politique des électeurs et l'importance de l'insertion sociale dans le vote : des structures économiques et sociales composent l'environnement politique des électeurs depuis leur enfance; famille et activité, lieu de résidence, appartenance religieuse, groupe ethnique n'influencent pas directement le vote, mais façonnent les identités et les valeurs des individus; ces structures fondent une attirance pour un parti et construisent sur le temps long une identification partisane. Il s'agit d'un attachement affectif durable à un parti, transmis par les parents, entretenu par le milieu professionnel et qui se renforce avec l'âge. Plus on s'identifie à un parti, plus on est favorable à son candidat et aux positions qu'il soutient. Ainsi, les enjeux d'un scrutin et l'image des candidats sont-ils passés au filtre de l'identificatio
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n partisane d'un individu, ce qui permet de prévoir son vote. Les attitudes issues de l'identification partisane composent en quelque sorte un habitus politique. Établies dans le contexte du bipartisme stable des États-Unis, la notion d'identification partisane n'est pas Retrouvez éduscol sur facilement exportable dans un pays à multipartisme instable comme la France, où seuls 50 % des électeurs s'identifient à un parti existant. L'identification à gauche ou à droite donne de meilleurs résultats, mais la dernière enquête de l'IFOP (2019) sur l'auto-positionnement sur un axe gauche-droite fait apparaître que 35 % des Français s'identifient au centre et 15 % ne répondent pas. La «camisole de force» (selon l'expression de Valdimer Orlando KEY) des déterminismes sociaux est remise en question à partir des années 1970. L'apparition de la volatilité électorale conteste l'approche par variables lourdes de Columbia et Michigan. La volatilité électorale peut se définir comme un comportement peu fidèle au vote partisan, autorisant des changements de camp politique ou alternant entre vote et abstention. La remise en question des variables lourdes ouvre surtout la voie à une interprétation
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du vote en fonction des enjeux des élections. La thématique du vote sur enjeu modifie la perception d'un électeur perçu comme dénué de compétence et d'intérêt pour la politique. Elle considère que l'électeur perçoit un enjeu majeur propre à une consultation électorale, est capable d'avoir un avis sur ce sujet, de percevoir des différences entre les partis sur la manière de traiter cet enjeu et d'orienter son vote en fonction de sa proximité avec un candidat sur ce sujet. Cette approche ne nie pas l'existence d'identification partisane, mais conteste la lecture univoque du vote portée par le paradigme de Michigan. Elle souligne que l'attachement à un parti est de moins en moins durable et affectif, de plus en plus marqué par l'indifférence. Elle reprend l'approche économique du vote en décrivant un électeur plus réactif et politisé. L'approche par le vote sur enjeux est apparue particulièrement séduisante dans les années 1960-1970, quand émergent de nouveaux enjeux politiques aux États-Unis : guerre du Vietnam, mouvement des droits civiques, récession économique et fin du compromis fordiste, etc. Les nouveaux clivages qui en résultent recoupent difficilement les lignes de partage tr
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aditionnelles entre gauche et droite. Dans le cas de la France, l'exemple du référendum de Maastricht ou celui du référendum sur la Constitution européenne, illustrent le phénomène d'explosion des lignes de partage traditionnelles entre gauche et droite. Ces changements sont aussi dus à l'arrivée dans le débat public de nouveaux électeurs : plus jeunes (effet de génération et de distinction), plus diplômés (hypothèse de progression du sentiment de compétence politique) et acquis à la consommation de masse (avec transposition au secteur politique de comportements consuméristes, dans lesquels le changement de marque n'engage pas son identité). Sans qu'elle s'identifie complètement à ces approches, on peut également citer les travaux de Ronald INGLEHART (1977), qui attribue le désalignement progressif des électeurs au développement de valeurs post-matérialistes dans les sociétés post-industrielles, ou ceux de Alain TOURAINE, qui considère que les citoyens ont changé et que leur mobilisation ne passe plus par les formes traditionnelles d'action politique. D'une façon plus générale encore, on peut mentionner les approches en terme d'individualisation des sociétés comme participant à ce
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renouveau théorique. Retrouvez éduscol sur Toutefois, cette approche n'a pas engendré un nouveau paradigme. Si elle a mis l'accent sur la volatilité électorale, suscitant de nouvelles études pour la comprendre, on tend aujourd'hui à revenir aux variables lourdes, parce qu'on observe que ces «swinging voters» ont des comportements moins tranchés que ne le laisse supposer l'approche par enjeu : avec le temps, ils tendent à être moins volatiles dans leur choix et à s'aligner sur un parti (Bruno CAUTRÈS et Vincent TIBERJ, 2009; Florent GOUGOU et Vincent TIBERJ, 2017). La volatilité électorale est en effet souvent issue des apories des instruments de recueil de données, l'analyse généralisant sans beaucoup de précaution des résultats toujours plus individualisés. De même, cette volatilité est souvent brève parce que liée à la bonne fortune de nouveaux entrants en politique, qui peinent à capitaliser leurs votes au-delà de leur surgissement (les Verts dans les années 1990 et le Modem dans les années 2000 en France, Die Linke en Allemagne). La volatilité est aussi plus forte pour les scrutins locaux que pour les scrutins nationaux, où les électeurs tendent à retrouver leur famille poli
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