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<p><title>Le Matin</title>.<date>1er juin 1896</date></p>
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<tei:term type="Sujet_principal">Éditeur</tei:term>
<tei:term type="Sujet_principal">Propriété littéraire et artistique</tei:term>
<tei:term type="Auteurs_cites">Bourget (Paul)</tei:term>
<tei:term type="Autres_noms_propres_cit&#xE9;s">Lemerre (Alphonse)</tei:term>
<tei:term type="Statut_du_texte">Enquête</tei:term>
<tei:term type="Auteurs_cites">Zola (Emile)</tei:term>
<tei:term type="Auteurs_cites">Malot (Hector)</tei:term>
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<!-- <dateline>1er juin 1896</dateline><head><date>1er juin 1896</date><lb/>
Le Matin<lb/> -->
<head>AUTEURS ET ÉDITEURS</head>
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<head>À PROPOS DU PROCÈS <persName key="Paul_Bourget" type="auteur" xml:id="idp27912448">BOURGET</persName> CONTRE <persName key="LEMERRE" type="&#xE9;diteur" xml:id="idp27913440">LEMERRE</persName></head>
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<item>Pour éviter la fraude</item>
<item>Obligation pour les éditeurs de timbrer les
volumes</item>
<item>Enquête auprès des intéressés</item>
<item>Le contrat de confiance</item>
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<p><persName key="ALPHONSE_DAUDET" type="Daudet" xml:id="idp27918304">M. Alphonse Daudet</persName>, qui nous reçoit dans son cabinet de travail, nous déclare
qu’il n’a jamais eu à se plaindre de ses éditeurs.</p>
<sp who="Alphonse_Daudet"><said><p>— J’ai eu la chance, nous dit-il, durant ma longue carrière d’écrivain, de
n’avoir que des éditeurs honnêtes. Sauf un seul, que je surpris, un jour, en
flagrant délit de mensonge. Peut-être se commet-il quelques fraudes chez certains
petits éditeurs <w type="hapax">marrons</w> ; mais je pense que dans les grandes maisons d’édition,
tout se passe avec la plus scrupuleuse probité. Je suis, en ce qui me concerne,
dans une situation toute particulière avec mes éditeurs que je considère, non
seulement comme des associés, mais comme des camarades. Il me serait pénible,
après avoir eu avec eux des relations d’amitié, d’user de moyens de <w type="hapax">suspicion</w>
qui, peut-être, pourraient froisser leurs sentiments de délicatesse et les
atteindre dans leur dignité professionnelle. J’ai fait, il est vrai, partie de la
Société des romanciers français ; mais c’est parce que les écrivains qui la
composaient avaient choisi comme président mon ami <persName key="Edmond_de_Goncourt" type="auteur" xml:id="idp27923632">de Goncourt</persName>. Je ne suis plus
d’un âge à batailler et, d’autre part, j’ai horreur des agitations stériles, des
mots creux, des phrases vides. Je ne vois pas bien l’utilité pratique du système
proposé jadis par <persName key="Hector_Malot" type="auteur" xml:id="idp27925088">M. Hector Malot</persName>, consistant à revêtir d’une griffe chaque
volume mis en vente. Croyez-vous que cette petite opération empêcherait les
éditeurs de commettre des fraudes, si telle était leur intention ? Je ne le pense
pas. Et puis, quel travail pour le romancier à gros tirages ! Il serait obligé
d’estampiller ses exemplaires un par un. Ainsi, pour vous citer un exemple, on va
mettre, cette semaine, en vente, le cent quatre-vingtième mille de <title key="#Tartarin" type="Daudet">Tartarin</title> : il
m’aurait fallu, par conséquent, timbrer cent quatre-vingt mille volumes. Quelle
besogne ! Quant au timbre apposé par l’État, je vous avoue que je n’ai pas
envisagé ce côté-là de la question. Il se peut que ce système donne d’excellents
résultats, mais n’est-ce pas revenir au timbre du <w type="hapax">colportage</w> qui existait sous
l’Empire ? Et puis, qui supportera ce droit fiscal ? Est-ce l’auteur ? Est-ce
l’éditeur ?</p></said></sp>
<sp who="Interviewer"><said><p>— Alors, vous croyez qu’il n’y a rien à faire ?</p></said></sp>
<sp who="Alphonse_Daudet"><said><p>— Je ne dis pas cela. C’est aux jeunes écrivains, que cette question intéresse
plus particulièrement, qu’il appert de trouver un terrain d’entente qui
satisfasse à la fois leurs intérêts et la légitime susceptibilité des éditeurs.
Le mot « argent » joue aujourd’hui, dans la littérature, un rôle beaucoup plus
important qu’autrefois. Je constate le fait sans vouloir en tirer aucune
conclusion chagrine ou désobligeante. Les jeunes écrivains veulent arriver très
vite et gagner beaucoup d’argent, énormément d’argent ; de là, chez eux, cette
tendance à tout ramener à la question pécuniaire, et à vouloir s’assurer qu’on ne
les trompe pas...</p></said></sp>
<div><p>Après un silence, <persName key="ALPHONSE_DAUDET" type="Daudet" xml:id="idp27933040">M. Alphonse Daudet</persName> conclut :</p></div>
<div type="dialogue"><sp who="Alphonse_Daudet"><said><p>— Et cependant, après tout, ils ont peut-être raison, mes jeunes confrères, de
prétendre contrôler les opérations commerciales de leurs éditeurs. Il y a une
chose certaine, c’est que l’on ne peut pas connaître d’une manière positive le
nombre d’exemplaires tirés ou vendus. Il faut s’en remettre à la bonne foi de son
éditeur. C’est ce que j’ai toujours fait, et je répète que je n’ai jamais eu à
m’en plaindre, sauf une seule fois...</p></said></sp></div>
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<signed><persName key="" xml:id="idp27936896">NON SIGNÉ</persName></signed>
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