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<p><title>L’Éclair</title>.<date>26 janvier 1897</date></p>
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<tei:term type="Sujet_principal">Académie Goncourt</tei:term>
<tei:term type="Auteurs_cites">Goncourt (Edmond de)</tei:term>
<tei:term type="Auteurs_cites">Hennique (Léon)</tei:term>
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<!-- <dateline>26 janvier 1897</dateline><head><date>26 janvier 1897</date><lb/>
L’Éclair<lb/> -->
<head>L’ACTUALITÉ</head>
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<item>Une nouvelle querelle suscitée à l’<placeName type="institution" xml:id="idp8807264">Académie Goncourt</placeName></item>
<item>À quand la séance d’inauguration ?</item>
<item>La question de <persName key="Henry_Bau&#xEB;r" type="auteur" xml:id="idp8808800">M. Henry Bauër</persName></item>
<item>À la recherche des huit</item>
<item>Chez <persName key="ALPHONSE_DAUDET" type="Daudet" xml:id="idp8810496">M. Alphonse Daudet</persName> et chez <persName key="Hennique" type="auteur" xml:id="idp8811376">M. Léon Hennique</persName></item>
<item>Il n’y a qu’à attendre</item>
</list>
</argument>
<p><persName key="Henry_Bau&#xEB;r" type="auteur" xml:id="idp8813344">M. Henry Bauër</persName> s’étonnait hier de la discrétion de ceux qu’<persName key="Edmond_de_Goncourt" type="auteur" xml:id="idp8814432">Edmond de Goncourt</persName> désigna pour constituer l’<placeName type="institution" xml:id="idp8815360">Académie</placeName> qui portera son nom.
Chaque fois que nous voulons parler de l’« <placeName type="institution" xml:id="idp8816208">Académie</placeName> de
la littérature », disait-il, on nous prie de prendre patience et d’attendre : <quote>Attendre quoi ? L’agrément de qui ? Ce que nous attendions, nous, c’est que les huit tinssent une séance
solennelle, se déclarassent investis et fissent acte de déférence aux volontés de <persName key="Edmond_de_Goncourt" type="auteur" xml:id="idp8817792">Goncourt</persName> en désignant leurs deux collègues complémentaires et en décernant le prix annuel de
douze cents francs. Il y aurait eu de la dignité à fournir le montant de ce prix, à s’affirmer envers et contre tous, sans nulle considération d’argent ni de succession.</quote></p>
<p>Et <persName key="Henry_Bau&#xEB;r" type="auteur" xml:id="idp8819824">M. Bauër</persName> concluait en posant cette question aux huit : <quote>Estimez-vous que l’existence de l’<placeName type="institution" xml:id="idp8821200">Académie</placeName> <persName key="Edmond_de_Goncourt" type="auteur" xml:id="idp8821824">Goncourt</persName> soit subordonnée à la question d’argent ?
Pourquoi l’<placeName type="institution" xml:id="idp8822928">Académie</placeName>
<persName key="Edmond_de_Goncourt" type="auteur" xml:id="idp8823664">Goncourt</persName> ne s’est-elle pas encore réunie, constituée en séance d’inauguration ?</quote></p>
<div><head><hi rend="bold">Les membres de l’<placeName type="institution" xml:id="idp8825760">Académie <persName key="Edmond_de_Goncourt" type="auteur" xml:id="idp8826320">Goncourt</persName></placeName></hi></head>
<p>La mort a clos les volets du grenier d’<placeName xml:id="idp8827632">Auteuil</placeName>, jadis le dimanche si hospitalier, et c’est à travers les divers quartiers de <placeName xml:id="idp8828224">Paris</placeName>, où les disséminent leurs habitudes, qu’il nous
a fallu chercher les « huit ». Nous en avons vu quelques-uns. Ils s’étonnent de cette question qui leur est posée ; ils s’étonnent même qu’on puisse songer à la leur poser. Il ne
faut pas jouer sur les mots. En somme, la question se résume à ceci : un homme est mort qui légua tout ce qu’il possédait à huit écrivains, à charge par eux de désigner à leur tour
deux autres écrivains qui deviendront leurs collègues et qui toucheront la même rente qu’eux-mêmes — à charge aussi d’instituer un prix annuel dont le montant, variable encore, sera
de cinq mille francs, le jour où la totalité des revenus du legs atteindra soixante-cinq mille francs — soit cinq mille francs pour ce prix et six mille francs pour chacun des dix
membres de l’<placeName type="institution" xml:id="idp8830400">Académie</placeName>.</p>
<p>Les dispositions testamentaires d’<persName key="Edmond_de_Goncourt" type="auteur" xml:id="idp8831568">Edmond de Goncourt</persName>, disent-ils, sont précises et règlent minutieusement tous ces détails : la déférence à la volonté du mort commande aux
exécuteurs testamentaires de s’y conformer, de ne rien préjuger, de ne prendre aucune initiative personnelle qui pourrait par la suite se trouver en contradiction avec des
dispositions pour lesquelles une évaluation rigoureuse est maintenant impossible.</p>
<p>Car, ajoutait l’un d’eux — et c’est là le point capital — tout reste à régler ; la base même de la situation est encore à établir. Un testament a été fait, et ceux qui sont appelés
à en bénéficier sont pénétrés de reconnaissance envers son auteur, mais ce testament « existe-t-il » au sens vrai du mot ? Diverses oppositions ont été faites à la délivrance des legs
institués par le testateur : ce n’est que lorsqu’il aura été statué sur ces oppositions qu’il sera possible de faire quelque chose.</p></div>
<div><head><hi rend="bold">Chez <persName key="Hennique" type="auteur" xml:id="idp8835152">M. Léon Hennique</persName></hi></head>
<p>Sur la demande des exécuteurs testamentaires, la première chambre civile a nommé récemment un administrateur provisoire de la succession : de cette façon on pourra vendre quand on voudra
les collections laissées par <persName key="Edmond_de_Goncourt" type="auteur" xml:id="idp8836864">Edmond de Goncourt</persName>.</p>
<sp who="Autre"><said><p>— Mais ici encore, nous disait <persName key="Hennique" type="auteur" xml:id="idp8838832">M. Léon Hennique</persName>, il faut attendre ce que produira cette vente ; nul ne le sait. Ce peut être six cents mille francs comme ce peut être deux millions...
Or, une œuvre a été constituée pour répartir entre un certain nombre de personnes les revenus résultant d’un legs. Comment cette œuvre pourrait-elle fonctionner avant d’avoir été mise en
possession de ce legs ?</p>
<p>Il y aurait eu de la dignité, nous dit-on, à fournir le montant du prix annuel... Mais de quel droit le ferions-nous ? Un <w type="hapax">donataire</w> nous charge d’instituer un prix dont le montant est d’ailleurs
variable et ne peut être connu que lorsque la situation sera parfaitement établie ; de quel droit irions-nous nous substituer à lui et, préjugeant de ce que peut être cette somme, de quel
droit irions-nous l’attribuer à quelqu’un ? À quoi bon nous réunir et désigner deux collègues appelés à bénéficier avec nous de ce legs alors que, tant qu’il n’aura pas été statué sur les
diverses oppositions faites à ce legs, nous ne savons même pas s’il nous reviendra ? Alors quoi... Nous n’avons pas de dictionnaire à faire... Nous réunir pour parler de littérature ?
Nous le faisons quand nous voulons. Est-il besoin pour cela de séance solennelle ?</p></said></sp></div>
<div><head><hi rend="bold">Chez <persName key="ALPHONSE_DAUDET" type="Daudet" xml:id="idp8844512">M. Alphonse Daudet</persName></hi></head>
<p>C’est également ce que nous dit <persName key="ALPHONSE_DAUDET" type="Daudet" xml:id="idp8845808">M. Alphonse Daudet</persName> qui veut bien nous recevoir dans son cabinet de la <placeName xml:id="idp8846832">rue de
Bellechasse</placeName> :</p>
<sp who="Alphonse_Daudet"><said><p>— Nous avons à perpétuer l’admiration et la mémoire d’un grand écrivain et d’un grand cœur, nous dit-il ; nous n’avons besoin pour cela ni de séance, ni de solennité... Nous avons aussi
à exécuter la volonté d’un esprit généreux : nous avons à répartir la fortune que sa bonté nous lègue ; mais est-il nécessaire de dire que nous ne pouvons rien faire avant de savoir ce qu’est
cette fortune, si c’est à nous qu’elle revient... Jusqu’à ce que nous soyons fixés à cet égard nous ne pouvons qu’attendre. Nous réunir solennellement ? Et pour quoi faire ?... Et pour quoi
dire ? Nous ne sommes plus des enfants. Certes, si nous avions dix-huit ans, notre premier acte aurait peut-être été de chercher une coupole, de nous composer un uniforme, de tenir une
séance solennelle... Mais nous sommes des hommes et nous avons mieux à faire pour témoigner de notre admiration, de notre
vénération envers <persName key="Edmond_de_Goncourt" type="auteur" xml:id="idp8849440">Goncourt</persName>.</p></said></sp>
<p>Les raisons sembleront assez logiques. Quel acte d’héritiers peuvent faire les « huit », quand ils ne sont pas encore envoyés en possession d’héritage ? Ils pourront dîner à vingt francs
par tête, mais des vœux que leur ami exprima, ce n’est apparemment pas celui qu’il leur tient le plus à cœur de réaliser.</p></div>
<signed><persName key="" xml:id="idp8851728">NON SIGNÉ</persName></signed>
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