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| <p><title>L’Éclair</title>.<date>16 octobre 1897</date></p> |
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| <tei:term type="Sujet_principal">Édition</tei:term> |
| <tei:term type="Sujet_principal">Réception</tei:term> |
| <tei:term type="Titre_oeuvre">Tartarin de Tarascon</tei:term> |
| <tei:term type="Auteurs_cites">Claretie (Jules)</tei:term> |
| <tei:term type="Sujet_principal">Propriété littéraire et artistique</tei:term> |
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| <head>L’ACTUALITÉ</head> |
| <div> |
| <argument> |
| <list type="inline" rend="hyphenSeparated"> |
| <item><persName key="Jules_Claretie" type="auteur" xml:id="idp24184336">M. Jules Claretie</persName> et la révolution du livre</item> |
| <item>Être populaire</item> |
| <item>Le moyen d’y parvenir</item> |
| <item>Les jalousies de l’<placeName type="institution" xml:id="idp24186672">Académie</placeName></item> |
| <item>Une légende</item> |
| <item>Comment <title type="Daudet">Tartarin de Tarascon</title> a conquis |
| <placeName xml:id="idp24188800">Paris</placeName></item> |
| <item>La route est tracée</item> |
| <item>Place au « <persName key="" type="personnage" xml:id="idp24189968">Petit Jacques</persName> »</item> |
| </list> |
| </argument> |
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| <p>L’<placeName type="institution" xml:id="idp24191648">Académie</placeName>, qui ne sut pas offrir un fauteuil à <persName key="Pierre_Jean_de_Beranger" type="auteur" xml:id="idp24192432">Béranger</persName>, oublia aussi d’élire <persName key="Gustave_Nadaud" type="auteur" xml:id="idp24193472">Gustave Nadaud</persName> qui fut par excellence le chansonnier académisable. |
| Pourquoi la chanson fut-elle comme à système exclue de chez nos immortels ? Un chansonnier disait : <quote>ils sont jaloux. Qui d’entre eux ne donnerait |
| quelques-uns de ces succès restreints aux braves des salons pour le tumulte bruyant qu'une chanson en vogue soulève ? Un refrain que la foule s’en va |
| chantant, qui passe en proverbe, en satire, dont l’activité s’accompagne, qui vous poursuit, qui vous obsède, qui fait partie de la rumeur quotidienne, |
| des mois, des années, toujours : n’est-ce pas pour donner à son auteur la sensation délicieuse de la gloire ?</quote></p> |
| <p>Sans doute ceux qui prêtaient aux écrivains et aux érudits de premier plan une si médiocre envie s’abusaient ; on citait quelque chansonnier |
| qui relevait de telles preuves l’insipidité de sa gloire trop facile. Pourtant la popularité — et qui n’en apprécie le flatteur privilège — ne se |
| décerne que par la masse. Elle est à qui vient à elle, elle fait fête à ses chansonniers, à ses poètes : elle n’est pas moins reconnaissante |
| à ses romanciers. Elle s’attarde volontiers en la compagnie de ceux qui n’ont d’ambition que de lui plaire sans viser à plus ; mais elle est |
| pénétrée d’une gratitude qu’elle paie en bel enthousiasme pour les autres, ajoutant à leur célébrité, et répercutant à l’infini leur nom.</p> |
| <p>Comment atteindre la foule ? C’est en se mettant par le livre à portée de sa main.</p> |
| <div><head><hi rend="bold">Le livre se démocratise</hi></head> |
| <p>On en fait des livres et beaucoup. Jamais le métier d’écrivain n’exigea une application plus suivie. Le temps est passé où une réputation |
| reposait sur un bouquet à <persName key="Chloris" xml:id="idp24200048">Chloris</persName>, où l’on entrait à l’<placeName type="institution" xml:id="idp24200816">Académie</placeName> pour une <w type="hapax">épigramme</w>. On fait donc beaucoup de livres ; mais, disent les libraires, |
| on n’en vend pas autant qu’on en fait. Ils ont appelé ce malaise : la crise des livres.</p> |
| <p>Et l’on a accusé les arts d’agrément, le football, la <w type="hapax">bicyclette</w>, les voyages économiques. On eût bien mieux fait d’accuser tout de go le |
| livre lui-même qui ne descend pas assez des régions où le juchèrent d’anciennes habitudes. Il ambitionne la popularité, et il ne va pas au peuple. |
| Il ne se démocratise pas.</p> |
| <p>Il va se démocratiser. C’est une révolution qui s’accomplit. Nous en avons vu de plus sanglantes qui étaient plus stériles. Le livre est ce qui |
| tuera cela, a dit <persName key="Victor_Hugo" type="auteur" xml:id="idp24205152">Hugo</persName>, désignant les ténèbres de l’ignorance. Mais encore faut-il pour qu’il atteigne à ce but qu’on l’ouvre, qu’on se l’assimile, |
| que les idées qu’il renferme soient comme les grains dans la main largement ouverte du semeur. Et comment y parviendra-t-il ? En s’offrant |
| luxueux, pratique et à si bon marché que le pain de l’esprit ne fasse pas tort à l’autre.</p> |
| <p>Il semble bien qu’on y arrive. N’avez-vous pas vu ce chef-d’œuvre étincelant de verve et de pittoresque, <title type="Daudet">Tartarin de Tarascon</title>, pour huit sous |
| au total, et payé en quatre fois ? Eût-il été plus beau de papier, de tirage et d’aspect aux prix forts de jadis ? Et il ne s’agit pas là d’une |
| œuvre banale signée d’un nom inconnu. Ce <title type="Daudet">Tartarin de Tarascon</title> est d’<persName key="ALPHONSE_DAUDET" type="Daudet" xml:id="idp24209248">Alphonse Daudet</persName>.</p></div> |
| <div><head><hi rend="bold">Les <persName key="Fayard" type="éditeur" xml:id="idp24211264">Fayard</persName> chez <persName key="ALPHONSE_DAUDET" type="Daudet" xml:id="idp24212256">M. Daudet</persName></hi></head> |
| <p>C’est que l’illustre romancier vit un jour arriver chez lui les frères <persName key="Fayard" type="éditeur" xml:id="idp24213648">Fayard</persName>, qui lui tinrent un petit discours, bref et clair, sur l’avenir |
| de la littérature par la publication à bon marché.</p> |
| <sp who="Alphonse_Daudet"><said><p>— Oui, dit le maître, <w type="hapax">embusqué</w> derrière son lorgnon et rejetant en arrière son opulente chevelure, je ne dirai pas : je vous attendais mais je |
| vous espérais. Car il ne s’agit pas, je le sais, des têtes de clous des romans bleus de la bibliothèque de <placeName xml:id="idp24216992">Troyes</placeName>, d’une suite <w type="hapax">typographique</w> |
| aux aventures des <title key="#Quatre_fils_Aymon" type="Montauban">Quatre fils Aymon</title>.</p> |
| <p><quote>— Nous n’en sommes pas là, <persName key="ALPHONSE_DAUDET" type="Daudet" xml:id="idp24219712">monsieur Daudet</persName>, répondirent les tentateurs à <rs ref="Alphonse Daudet">l’auteur de <title key="#L_Immortel" type="Daudet">L’Immortel</title></rs>. Si nous sommes venus vous demander de |
| publier vos œuvres complètes en fascicules de vingt-quatre pages et, pour dix centimes le fascicule, c’est que nous avons la prétention de |
| croire que le peuple, de même qu’il discerne une belle œuvre, discernera une œuvre brillamment éditée d’une autre. Mais nous croyons, en |
| ces matières, à la force du suffrage universel. Et c’est ce suffrage que nous solliciterons pour vous. Le lecteur ne s’est point retiré de |
| ses lectures favorites comme on l’a cru, il n’attend qu’une occasion de le prouver.</quote></p> |
| <p>— Je suis une sorte de révolutionnaire, répondit <persName key="ALPHONSE_DAUDET" type="Daudet" xml:id="idp24223840">Daudet</persName>. J’aime les audaces... Et c’est d’enthousiasme que je souscris à celle-ci.</p></said></sp> |
| <p>L’apparition de ses œuvres en fascicules fut un étonnement chez ses confrères. <quote>Ce <persName key="ALPHONSE_DAUDET" type="Daudet" xml:id="idp24225808">Daudet</persName>, disait-on, toujours original : il n’entre |
| pas à l’<placeName type="institution" xml:id="idp24226912">Académie</placeName> mais il entre chez <persName key="Fayard" type="éditeur" xml:id="idp24227744">Fayard</persName>.</quote> Et lui de répliquer :</p> |
| <sp who="Alphonse_Daudet"><said><p>« Il est peut-être plus facile d’être immortel par le pont Saint-Michel |
| que par le pont des Arts. »</p></said></sp></div> |
| <div><head><hi rend="bold"><persName key="Jules_Claretie" type="auteur" xml:id="idp24230608">M. Claretie</persName> révolutionnaire</hi></head> |
| <p>Mais voilà du nouveau : l’<placeName type="institution" xml:id="idp24232080">Académie</placeName> à son tour capitule. La dernière forteresse du livre, la gardienne de ses préjugés et de sa routine, à son |
| tour tire sur le livre. Et qui pointe les pièces ? Qui réduit au silence l’antique redoute ? Un écrivain aimé, un lettré délicat, d’une |
| courtoisie qui d’ailleurs n’exclut pas la fermeté, d’une bienveillance qui réserve toute sa liberté d’action ; indépendant dont l’indépendance |
| a de bonnes façons, révolutionnaire qui affecte par tactique une parfaite <w type="hapax">condescendance</w> pour la discipline : c’est <persName key="Jules_Claretie" type="auteur" xml:id="idp24234160">M. Jules Claretie</persName>. |
| Un membre de l’<placeName type="institution" xml:id="idp24235200">Académie</placeName>, un président de société et d’œuvres pondérées, un fonctionnaire prudent, un journaliste sage, un romancier dont le |
| charmant talent a connu le succès sans sacrifier au scandale, nettement, accepte d’entrer dans la lice et de bouleverser, comme à boulets rouges, |
| toutes les habitudes reçues en matière de romans signés de noms illustres.</p> |
| <p>Ses œuvres comme celles de <persName key="ALPHONSE_DAUDET" type="Daudet" xml:id="idp24236976">Daudet</persName> pénétreront de nouvelles couches de lecteurs, feront la conquête des âmes éprises d’idéal et de romanesque |
| qui sont légion. Elle berceront les imaginations de ceux qui ne savaient que par ouï dire, ce qu’il y a de charme pénétrant et doux, de tendresse |
| mouillée de larmes, d’émotion profonde et neuve, dans ce <title key="#Petit_Jacques" type="Claretie">Petit Jacques</title>, |
| qui inaugure la série ! C’est une longue histoire — courte à lire — qui |
| formait un gros volume bien cher, et qui, deux sous par deux sous, deux fois la semaine en dix fois, va prendre sa place sous la lampe, cet hiver |
| dans tous les foyers.</p> |
| <p>C’est là une forme nouvelle d’édition en harmonie avec les goûts et les ressources de la masse des acheteurs. N’est-il point curieux que depuis |
| le temps qu’il y a des hommes et qu’on pense — ce soit à cette masse si intéressante qu’on n’ait à peu près jamais pensé ?</p></div> |
| <signed><persName key="" xml:id="idp24241328">NON SIGNÉ</persName></signed> |
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