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<title>Paul Ricoeur (1913-2005) - Expliquer plus pour comprendre mieux</title>
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<note type="resume">Au cœur d’une époque où toute pensée sérieuse est exclusive, Paul Ricœur
pratique la conciliation entre philosophie et sciences humaines : esprit ouvert à tous les
savoirs, il plaide pour la coexistence bienveillante de l’explication et de la
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<title>Paul Ricoeur (1913-2005) - Expliquer plus pour comprendre mieux</title>
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<title level="a">Cinq siècles de pensée française</title>
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<date when="2007-10-05">octobre - novembre 2007</date>
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<head>Paul Ricoeur (1913-2005) - Expliquer plus pour comprendre mieux</head>
<head>Au cœur d’une époque où toute pensée sérieuse est exclusive, Paul Ricœur pratique la
conciliation entre philosophie et sciences humaines : esprit ouvert à tous les savoirs, il
plaide pour la coexistence bienveillante de l’explication et de la compréhension.</head>
<p>Philosophe de tous les dialogues, Paul Ricœur a été l’un des rares philosophes français à
discuter avec la plus grande rigueur les travaux des sciences humaines de son temps. Au-delà
des disciplines, il a largement contribué à l’orientation portée vers l’interprétation de
l’action que connaissent aujourd’hui les sciences humaines. Le premier défi que Ricœur
rencontre sur son parcours remonte à sa thèse. Il est alors engagé à la réalisation d’un
travail sur la volonté. Il croise la question du corps et les disciplines des sciences
humaines, la biologie et la psychologie. S’il accueille la psychologie dans sa recherche,
Ricœur tient toute forme de réductionnisme naturaliste comme l’adversaire désigné. Il
s’efforce de bien distinguer les types d’approche en faisant la part de ce qui relève du
discours proprement scientifique et du discours philosophique. Grâce au détour par les
sciences expérimentales, la philosophie réflexive, explique-t-il, peut mieux éprouver ses
limites. En retour, cette expérience vaut aussi pour les sciences expérimentales.
Contrairement au reproche que l’on a souvent formulé contre Ricœur, il ne place pas la
posture philosophique en surplomb et ne prétend pas à la maîtrise globale des sciences
humaines. Au contraire, chaque discipline doit aller jusqu’au bout de ses capacités
explicatives, sans pour autant se laisser aller à la démesure de se présenter comme un
savoir totalisant.</p>
<div>
<head>Mise en garde contre les programmes englobants</head>
<p>La
seconde traversée des sciences humaines entreprise par Ricœur est celle de la psychanalyse.
En 1960, il entreprend une lecture systématique du corpus freudien qui aboutira en 1965
<hi rend="em">(De l’interprétation. Essai sur Freud)</hi>. Son objectif, totalement incompris en
France à la sortie de l’ouvrage, est de défendre le statut singulier de scientificité propre
à la psychanalyse contre les critiques des logiciens comme Karl Popper qui invalidait le
savoir psychanalytique au nom de son incapacité à prouver ses énoncés. Ricœur entreprend de
montrer, textes de Freud à l’appui, que la psychanalyse relève d’une épistémologie mixte. Il
distingue l’imbrication chez Freud de trois moments : une énergétique des pulsions, une
exégèse du sens apparent, et une vision du monde autour d’Éros et Thanatos.</p>
<p>Insistant
sur l’efficacité de telle ou telle discipline des sciences humaines, Ricœur met par contre
en garde contre les programmes qui entendent tout englober. D’où sa confrontation avec le
programme structuraliste <hi rend="em">(voir l’article p. 76)</hi>. </p>
<p>Dans un dialogue avec Claude
Lévi-Strauss en 1963, il reconnaît la fécondité de l’anthropologie structurale en tant que
méthode et sa possibilité d’avoir accès aux logiques du signe. Mais l’horizon du sens, du
comprendre et le fait que la langue ne s’actualise que dans l’acte de parole restent
présents à ses yeux.</p>
<p>Ricœur a aussi visité à plusieurs reprises le territoire de
l’historien. Il défend la légitimité de la pratique historienne en même temps qu’il dénonce
certaines illusions, lorsque la corporation prétend, au nom d’un savoir objectif, concevoir
la société comme une chose. Ricœur montre en chacune de ses interventions à quel point
l’histoire relève d’une épistémologie mixte qui se situe entre l’explication et la
compréhension, entre la narration et le réel. Avec <hi rend="em">Temps et Récit</hi> (1983-1985), il
s’en prend à l’illusion de l’école historique française des Annales <hi rend="em">(voir l’article p.
66)</hi> à vouloir reléguer le récit historique au statut de
l’insignifiance.</p>
</div>
<div>
<head>La part explicite et réfléchie de l’action</head>
<p>Ricœur
va profiter de sa nomination comme professeur à Chicago dans le début des années 1970 pour
mener un dialogue serré avec la philosophie anglo-saxonne, qu’il va d’ailleurs contribuer à
faire connaître en France. Dès <hi rend="em">Temps et Récit</hi>, il insiste sur l’apport du courant
narrativiste qui conçoit tout récit, y compris littéraire, comme un <hi rend="em">« gisement de
sens »</hi>. Il en tire la conclusion essentielle que raconter, c’est déjà expliquer. Par
contre, il maintient qu’il existe une différence marquée entre l’histoire (qui tend à la
vérité) et le récit de fiction.</p>
<p>Dans la fin des années 1990, Ricœur entreprend de
dialoguer avec celui qui incarne les neurosciences dans leur ambition la plus forte,
Jean-Pierre Changeux. Ce dialogue aboutit à une publication commune (<hi rend="em">La Nature et la
Règle</hi>, 1998). Ricœur est tout aussi disposé à admettre le bien-fondé et l’apport des
sciences cognitives, mais là encore à condition qu’elles ne s’érigent pas en savoir
universel : <hi rend="em">« Je combattrai donc ce que j’appellerai désormais un amalgame sémantique,
et que je vois résumé dans la formule, digne d’un oxymore : </hi><hi rend="em">“Le cerveau
pense”. »</hi></p>
<p>Au réductionnisme potentiel des neurosciences, il oppose un dualisme
sémantique qui laisse s’exprimer une double perspective. Ricœur critique notamment la
relation d’identité postulée par J.‑P. Changeux entre le signifié psychique et la réalité
corticale. Cette identification, selon lui, abolit la différence entre le signe et ce qu’il
désigne. Depuis le début de ses interventions dans le champ des sciences humaines, la
position de Ricœur est la même et consiste à défendre fermement la position selon laquelle
<hi rend="em">« je veux expliquer plus pour comprendre mieux »</hi>.</p>
<p>Cette exigence de la
traversée interprétative au cœur même de l’esprit de méthode ne sera pas entendue au moment
où la configuration des sciences humaines trouve son expression philosophique dans les
pensées du soupçon, les stratégies de dévoilement. Mais à partir des années 1980, le
basculement est manifeste et se traduit par une tout autre orientation intellectuelle, qui
se distingue par une attention nouvelle portée à la part explicite et réfléchie de l’action.</p>
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