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- Bertrand, c’est marqué sur la plaque, vous n’aviez pas lu ?
- Soit ! Bertrand, charbonnier est maître en sa demeure, vous invitez qui vous voulez chez vous. Mais je crains néanmoins que...
- Ne craignez rien, personne ne vous mangera. Je ne vous invite pas pour figurer au menu ! Très bien ! 11.30 donc ! Tenez, voici ma carte. Vous devriez trouver facilement. Ah, j’oubliais : pas de fleurs, pas de chocolat, mon épouse n’apprécie pas trop. Par contre, un CD d’un chanteur des années 80, çà oui ! Bien entendu, je n'ai rien dit.
- Parfait ! Alors, à tout à l’heure ! »
- Ah bon, je lui ressemble tant que çà ?
- Oui, c’est vrai que vous, vous l’avez bien connu. Mais tout d’abord, bonjour Mr Marchand.
- Oh, pardonnez mon impolitesse. Bonjour, Madame !
- Très bien. Pour moi, ce sera donc René
- C’est vrai ! Que je suis bête.
- Bête ? Non ! Un peu secoué ces derniers temps, çà je veux bien croire. Bien ! Vous restez planté là ? Si vous attendez le défilé du 14 juillet, c’est un peu tard, ou un peu tôt. Pas le bon parcours non plus. Vous devez le savoir, non ? Entrez donc.
- Hélas, Bertrand ! La préf m’avait demandé un nouvel itinéraire pour la retraite aux flambeaux... vous savez ce que c’est... le temps de repérer les panneaux, localiser les déjections canines. Je ne vous ferai pas de dessin, çà prend du temps. Et de surcroit, les pentes sont rudes pour des vieilles jambes.
- Anick, tu ne te souviens pas ?
- Non ! Si ! Enfin, peut-être ! Les ferrites s’oxydent. Et pour les souvenirs, pas la peine d’en parler. Aux oubliettes.
- Quand tu auras fini de dire des bêtises, tu entreras. J’attends, moi !
- Qu’il est con, mon dieu qu’il est con. T’as manifestement pas changé sur ce plan là. Bon allez, entres vite. Que je vois si tu as toujours…
- Non ! J'les ais vendus pour me faire un peu d’argent de poche ! J’en avais marre, il parait que…
- Merci, c’est moi qui les ai peints !
- Alors, çà ne m’étonne qu’à moitié ! Vous avez raté votre vocation, Bertrand. Par contre, Nadine, je peux sans doute me tromper, mais je dirais autoportrait. Je ne sais pas pourquoi, je le sens comme çà.
Oh punaise que c’est bon ! Elle m’attendait, comme je l'espérais.
- Tais-toi ! J'suis occupée ! Ça se voit, non ? Tout le monde l’a vu depuis son retour, sauf moi. 45 ans de retard ! 45 ans que j'attends çà ! Je rattrape.
- Inutile, ma puce ! Parce que tu crois que moi...
- Pas le choix ! Trop souvent !
- Oui, j’ai toujours craint le soleil. Je l’encaisse mal, et je ne te parle pas de mes yeux. Pour eux, c’est la cata. Eux aussi ont dégusté, Anick. Méchant, même. La totale ! Çà a dérouillé sévère !
- Tes yeux... oui, tes yeux … ils n’ont pas changé eux. Je vois toujours dedans comme dans un verre d’eau. Et cette couleur qui change instantanément si on te touche. Nadine, viens voir ! Tu as vu ses yeux ? Regarde bien. Jamais tu n’en reverras de pareils !
- Erreur, Anick ! Un de mes petits-fils, Kevin, a exactement les mêmes. A cette différence que lui n’est pas myope. Du moins pas encore.
- Et je parie que le coquin fait des heureuses.
- Ce n’est pas le plus à plaindre, c’est vrai.
- Oui, comme son grand-père. Bon chien chasse de race. Forcément !
- Loi de la génétique, n’est-ce pas Bertrand ? Bon, à part çà, tu sais ce que çà me fait vraiment plaisir de te revoir… Il y a si longtemps que...
- Si longtemps ? Tu veux rire ? Trop longtemps ! Une éternité, tu veux dire. Mais pourquoi…
- Pas le choix. Comme trop souvent, pas d'autre choix, Anick ! Parce que…
- Pas pour moi ! répliqua-t-elle en me tirant cette fois vers le canapé, et m'y poussant sans trop de ménagement. Mais aussitôt, sa main se posa sur ma nuque, puis redescendit en caressant mon bras pour enfin saisir la mienne, et la serrer très fort. Me retenir, des fois que....
- Volées sur le bureau de papa ?
- Si tu veux ! On dira " ça comme ça" ! répondis-je d'une voix sourde
- Pourquoi ? Tu n’es pas d’accord ? dit-elle en me broyant la main. Son regard plongé dans le mien. Attendant la réponse tant retardée et tant espérée.
- Oui, je vais repartir ! Quand ? Je n’en sais fichtre rien. Pas aujourd'hui, rassures-toi ! Ni même cette semaine ! Où ? Je connais à peine le 1/10eme du monde. Cà me laisse forcément le choix pour une destination. Seul ? Vraisemblablement oui, peut-être que non. Va savoir !
- Bon, d’accord ! Tu n’en diras pas plus. Du moins pour le moment (sa main relâche sa pression, et caresse mon poignet, sous le regard amusé de Bertrand, étonné de Nadine).Toujours ce soin de choisir et le lieu et l’heure des mises à jour, comme on dit aujourd’hui. Personne pour décider à ta place ! C’est çà qui désorientait tout le monde. On pouvait tout lire dans tes yeux : l’amour, la haine, la colère, la révolte, la compassion. Jamais ce que tu déciderais. Et si on pensait avoir trouvé, paf tu faisais l’inverse. Le champion du contre-pied, disait papa. Ô que…
- Maman ! Laisse notre invité respirer. Je te rappelle qu’il vient d’encaisser une méchante claque. Alors, laisse-le souffler 2 minutes. Et puis, souviens-toi : il n’était qu’un flirt. Seulement un flirt. Enfin, c’est ce que je croyais …
- Oui, répondit-elle avec un sourire énigmatique. Je sais çà aussi, on me l’a rapporté.
- Les culottes ? Ah oui ! Hé bien, parlons-en ! Les fameuses culottes poisseuses ? Que n'a-t'on pas brodé là-dessus ? Pourtant, jamais une de ces demoiselles ne m’en a offert une afin que je vérifie de visu. Une légende ! Fausse, bien entendu, comme toutes les légendes !
- Bien ! Puisque ces retrouvailles pour maman, découverte pour nous se déroulent dans un climat des plus agréables, renforçons cet instant magique. Je propose l’apéritif. Tout le monde est d’accord ?
- Oh, Indochine. Ma jeunesse çà ! On se prend la main… Cà, c’est une idée merveilleuse.
- Qui sait ? On ne peut pas tout avoir, Anick. Tu devrais t'en souvenir, non ? La première surprise, tu l’as déjà. Tu revois enfin ces yeux qui… bref, ceux de la Bachellerie. Profites-en bien ! Tu ne les verras plus avant longtemps (J'enlève mes lunettes. Annick devient livide. Ses ongles s'enfoncent brutalement dans mon poignet. Je grimace sous la douleur. Mais je la rassure d'un sourire tout en caressant sa main et en remettant les lunettes en place). La deuxième, je ne t’ai jamais oublié, malgré les vacheries de la vie. Trois, je vais répondre oui à ce que tu vas me demander.
- Et demander quoi, selon toi ?
- 1 : de ne pas partir tout de suite de Tulle évidemment. 2 : refaire le parcours derrière le lycée. 3 : rejoindre les bords de la Corrèze, sur la route des jardins de Bourbacou. 4 : monter au Puig saluer ton père. 5 : bien réfléchir avant de mettre le contact ou de m’envoler vers des horizons inconnus. 6 : ne pas réécrire le drame de Noël 64. Je continue ?
- Tu n’as vraiment pas changé, René. Tu donnes les réponses avant d’avoir reçu les questions. Le pire, c’est que j’allais les poser. Et tu le savais, pour ne pas changer, puisque tu as répondu. Et çà, çà me rassure (forte pression de la main). Tu en as pourtant oublié une.
- Si tu m’en laisses le temps, nous parlerons de çà en privé, entre 4 yeux. Je note que Bertrand s’impatiente. Il a grande hâte d’aller tailler les rosiers, ton gendre. Il a tort, soit dit en passant. Février, ce serait mieux. Taille basse ! Moins de pourriture la saison prochaine. Floraison retardée, certes ; mais plus abondante et plus tenace.
- Étonnante, cette remarque ! Parce tu fais quoi, en ce moment, maman ?
- Là, belle-maman, je ne peux vous donner tort. René a une faculté de récupération réellement exceptionnelle. Ici, c’est le médecin qui parle. Quand on voit l'alerte de vendredi, la plupart serait toujours en observation à se faire dorloter. Lui, non ! Debout, on repart au combat. Marche ou crève. Dangereux. Mais chez certains, c’est le moteur. René est dans ce cas. On tombe, on se relève… et qui vivra verra. Bon, assez parlé boulot. René, je parierais pour un whisky. Je me trompe ?
- Pour les cardiaques, c’est çà en général. Du moins ceux qui savent ce qui leur est bon de ce qui ne l’est pas, ou plus. Et comme vous avez l’air dégourdi...
- C’est sympa, Bertrand ! Je m’en souviendrai quand besoin sera… répondis-je avec un clin d’œil.
- Maman, tu as raison sur ce point : René sait se faire apprécier.
- Mesdames, je ne voudrais pas interrompre cette intéressante conversation sur mes mérites réels ou supposés, et sur les nébuleuses vertus de la pédagogie militaire. Mais pensez-vous que ce soit le bon moment pour en débattre ? René n'est plus militaire, René n'a jamais été militaire. Officiellement du moins. Et Bertrand attend vos commandes depuis pas mal de temps.
- Merci, René ! Tu sais, si on les laisse tatasser, on y sera encore à Pâques.
- Je connais, j’en ai eu 5 à la maison !
- Non ! Une femme, qui m’a donné 4 filles. Chez moi, 4+1= 5. Le compte est bon.
- Non ! J’aimais les gosses, j’avais choisi une jeune femme qui en voulait aussi. Preuve, j'ai eu droit à un package d'entrée (étonnement plus ou moins marqué sur le visage de mes interlocuteurs). On se serait bien arrêté à 3. Mais comme c’était uniquement pisseuses, on s’est autorisé un dernier dérapage. A la mode Loeb : tout en glissade, mais pied au plancher. Bingo ! Encore une fille ! C’est ensuite que je suis rentré dans les ordres.
- Oui ! Enfin non ! Pas moine, seulement moinillon, apprenti-moine, quoi ! Servant, qu’on appelle çà ! Tu ne le savais pas ? Anick, ne me dis surtout pas que tu l’ignorais, alors que toute l’Europe ou peu s'en faut connaît cet épisode de ma biographie.
- Non, sincèrement, je ne savais pas ! Longtemps ?
- Trop longtemps, à mon goût. Surtout après réflexion, et retour dans le droit chemin.
- 32 minutes… les plus longues de ma vie !
- 32… Oh le con, mais qu’il est con. Et dire que j’allais le croire !
- Tu te rends compte, maman ? Tu aurais pu épouser un comique….
- J’aurais mille fois préféré çà à…
- Belle-maman, on arrêtera là, si vous le voulez bien. Ces affaires de famille n’intéressent certainement pas notre invité…
- Merci, René ! D’autant que vous aurez tout l’après-midi pour discuter de çà et d’autre chose. Je suppose que vous aurez beaucoup à vous raconter. 43 ans, c’est long !
- 44 dans notre cas, Bertrand, rétorqua Anick. C’est encore plus long que vous ne croyez, surtout quand celui qui occupe toutes vos pensées se promène en tenant la main d’une autre (instinctivement, elle met sa main dans la mienne). Une fieffée salope, qui plus est ! Et que vous vous demandez pourquoi, sans jamais trouver de réponse.
- René a donné partie de la réponse, Anick ! Pas d’autre choix. Bien, on arrête là, et on trinque au retour de l’enfant prodigue, si j’ai bien compris.
- Bertrand, vous ne parliez pas de whisky ? Parce que parti comme c’est parti, vous allez voir que le 3eme âge va se mettre à larmoyer. Alors qu’on doit se réjouir de ces retrouvailles inespérées.
- Maman, tu me stupéfies ! Jamais tu n’as parlé autant du passé, et de grand-père. Jamais non plus tu n’as été si prolixe sur ces aspects de ta jeunesse. Alors, je me pose des questions.
- René, c’était seulement un flirt de jeunesse ?
- Je comprends mieux ! Mais çà ne me dit pas...
- Et vous René, vous en pensez quoi ?
- Redoutables, vos analyses, René ! Vous voyez véritablement le monde avec un autre regard. Je pensais que c’était de la galéjade, cette légende du jeune rebelle qu’on aimait parce que son cas était attristant, donc forcément romantique. Mais je me trompais. Vous êtes véritablement tel qu’annoncé. Cela fait peur, vous savez ? Et il ne me surprend plus si maman est toujours éprise de vous. Il suffit de la regarder. Elle n’a jamais cessé de l’être, cela crève les yeux. L'évidence ! N’est-ce pas Bertrand ? Vous êtes unique, René ! Remarquez : c’est sans doute mieux pour tout le monde !
- Mais vous ne m’avez ni blessée, ni choquée, René. Je suis sidérée, le mot est faible, de voir que vous êtes réellement tel qu’on le dit. Franc, sec, brutal parfois, assassin sans doute, mais tellement ouvert. Avec une justesse d’analyse et de concision tenant de la magie. Je comprends le pourquoi de votre popularité chez les jeunes filles, à l’époque. Elles l’avaient repéré, l’oiseau rare.
- Tu étais dans le très petit lot des élues, Anick. Elles n'étaient pas si nombreuses ; une main suffit amplement pour les compter. Trois, pas une de plus. Très loin donc de ce qui me serait attribué dans les sondages ou les bandes dessinées.
- Oui, mais pas ce que j’aurais pu espérer. Je voulais être l’unique, la seule. Je l’ai été, c'est vrai... pas très longtemps, pas assez longtemps. Hélas !
- Dès que vous l’aurez rempli, Bertrand.
- Mais je n’attends que vos ordres, Monseigneur !
- Pendant de nombreuses années, c’est exact. Mais on dit beaucoup de choses, Bertrand !
- Certes ! Mais tout n’est pas faux ! Il n’y a jamais de fumée sans feu. Bon, cette fois, on arrête, et on trinque. On reprendra cette conversation plus tard. Après les soupirs de belle-maman, on s’occupe des corps. Et là, c’est le médecin qui parle. Les bonnes choses aident à voir la vie sous un jour meilleur. René, je ne peux trinquer à votre santé, à vos amours (moue d’Anick), ce serait de mauvais goût ! Alors, à votre retour. Cà, c’est du positif !
- Rien de très précis, maman. Mais qui a pourtant l’air de se dessiner bigrement vite.
Je me levai pour prendre congé de mes hôtes, les remerciant de leur accueil si sympathique. Anick, il va sans dire, ne l’entendait pas de cette oreille. Sa main broyant la mienne, elle demanda une nouvelle fois à Bertrand s’il tenait tant à tailler ses rosiers, et mettre de l’ordre dans son cabanon. Devant sa réponse affirmative, elle fit la moue. Cette décision, prise quelques jours auparavant, bouleversait ses projets. Ses nouveaux projets, devrais-je dire : ce qui était prévu au saut du lit ce matin s’avérait malvenu l’après-midi. Vu qu’entre-temps, elle avait reconnu ce cher vieux copain qui…
« Mais non ! A ce soir, René. Pensez tout de même à prendre votre brosse à dents et un pyjama ! Vous gagnerez du temps. »
Anick passa par toute la gamme des écarlates. Puis prit son parti : « Je suis libre, ma fille ! Et je n’ai aucun compte à rendre ! Pas plus à toi qu’au reste de la Terre. René non plus, sinon à lui-même »
A l’évidence, Bertrand partageait l’avis de Nadine. La suite des évènements ne faisait guère de doute dans son esprit. Du moins, sur la volonté affichée de sa belle-mère. Difficile d'être plus précise : elle mourait d'envie de violer son invité. En réalité, le récupérer. D'accord, l’affaire ne datait pas de ce matin : soif de revanche contre le destin.
Sur mon cas, il n’était pas certain à 100%. Plus que probable que… Mais toujours cette possibilité non nulle que je me contente de retrouvailles, et seulement de retrouvailles.
Mais il avait vu, de ses yeux vu, ceux du scientifique, qu’en une fraction de seconde, l'espace d’un simple regard, le temps s'était brutalement inversé. Le ressort enfin détendu. Un véritable big-bang. La relativité vérifiée : le temps pouvait se remonter.
En fait, au bout du compte, qu'en restait-il, de cette fichue légende ?
Anick avait instinctivement relancé la machine, en se jetant à son cou. C'était la seule chose à faire : répondre enfin à l’appel. L'appel au secours jadis lancé, conservé au plus profond d'elle-même : la fameuse dissertation dérobée au nez et à la barbe du papa feignant ne rien remarquer. Dont chaque mot avait depuis irrigué ses veines, avait-elle avoué. Mais elle avait cette fois réagi : étouffer le snipper pour libérer l’évadé. Lui rendre les clés d'une prison dont il eut tant de peine à s'éloigner : ses bras, et ses lèvres !
Tellement naturel et prévisible, leur baiser : rien d’autre qu’un engagement, un contrat. Impossible de se tromper : Anick réaffirmait son territoire. Et, sans le dissimuler, avouait retrouver un sens à sa vie. Celui qui aurait du être, et n’avait pu être. René une nouvelle fois dans la peine, elle ne se dérobait pas, cette fois. Avec lui, à ses côtés. Et qu'importe le motif de la peine. Elle en prenait sa part.
Et ses « qu’il est con, mon dieu qu’il est con » cachaient simplement les cris d'amour « que je l’aime, mon dieu que je l’aime » si longtemps étouffés. Très longue nuit de 44 ans. Et, au terme, la fin de la traque inavouée, sans butin inventorié. Un peu comme ces pirates qui enterrent leur part de trésor, espérant vivre assez longtemps pour venir la déterrer et en profiter avant le grand saut.
C'était donc çà, le talent de son visiteur ! Remettre les choses à leur vraie place, en réglant, à sa façon, le battement du pendule. Etonnant de simplicité. Simplicité au service d'une logique implacable, l'élève égaré que recherchait tant le prof de maths. Pas ou jamais compris qu'il n'était pas dans le bon tempo, tout bêtement ! Et le papa d'Anick s'était bien gardé de le lui révéler. Malin, l'Ancien : " si tu le veux, vas donc le chercher ! "
Le surprenant, c’est que le cas de sa belle-mère n’était pas unique. Personne n’ignorait que... et que... ou que... Pourquoi ? Oui, pourquoi ?
Derrière l'enfant de troupe, il y aurait toujours ce gosse qui n'avait pas eu de chance. Et qui réclamait son dû : un peu de tendresse que l'armée fut bien entendu incapable de lui apporter. Et qu'il allait tout naturellement chercher auprès des jeunes filles, en faisant le mur. Le con, avait-il dit. Indispensable néanmoins : sa soupape de sécurité. Sa dépression après la rupture l'avait prouvé mieux que mille discours.
Il se rassura. Ce soir, il aurait la réponse : Anick l’apporterait. Mais aussi compris que pour sa belle-mère, c’était quitte ou double. Elle avait perdu, sans le mériter, la première manche. René l'avait reconnu, sans faux-fuyants. Celle qui se jouerait cet après-midi serait décisive. Il n’y aurait pas de belle. Aucun appel possible. Ou le lit, ou la guillotine. Simple, l’alternative !
Tellement simple, encore une fois...
- Depuis tellement longtemps, n’est-ce pas ?
- Pour moi, trop longtemps, et…
- Je m'en doutais. Ne me demandes pas pourquoi : je le pressentais. Ce que je voudrais juste savoir, c’est pourquoi.