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W4395038729
Etude biomécanique du mouvement de fermeture de la mandibule chez Ophisaurus apodus (Sauria, Anguidae)
N. M. B. Gomes; Jean‐Pierre Gasc
1973
10.11606/0031-1049.1973.27.p1-25
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Lorsque le muscle est constitué de plusieurs faisceaux, nous avons utilisé comme vecteur-force la résultante obtenue par construction graphique. Le tracé des axes mécaniques dans le plan horizontal est fait à partir du plan sagittal. Sur ce dernier, le plan horizontal étant représenté par une droite, on projette chacun des axes mécaniques en abaissant des perpendiculaires à partir des points représentant les articulations. À partir de points de référence (nous avons pris <figure><img src="image_3.png" /></figure> <figure><img src="image_4.png" /></figure> Fig. 7. Détermination du centre moyen de rotation de la mandibule I, II, III et IV, les différentes positions d'ouverture buccale; c, centre moyen de rotation de la mandibule. Fig. 8. Mise en place de la direction des forces. Le *M. adductor mandibulae externus profundus* représenté dans la figure est formé par deux faisceaux musculaires, le premier (1) de fibres plus longues s'attache sur la face ventro-postérieure du pariétal, le deuxième (2) prend origine sur la face latérale du prootique; af, aponévrose du fond.
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le bout du museau et la projection de l'épiptérygoïde) on mesure les distances qui séparent une articulation (en projection) de ces points de référence. Ensuite, on reporte ces distances sur la droite représentant le plan sagittal dans la projection horizontale. A partir de ces points on élève des perpendiculaires qui passent sur les os où se trouvent les articulations qui nous intéressent. Par la jonction de ces points, on obtient les axes mécaniques en projection horizontale (fig. 9). On doit remarquer, que, dans cette dernière, apparaît un nouvel axe mécanique, celui de l'arti- culation carré-ptérygoïde, puisqu'en projection horizontale elle ne coïncide pas avec l'articulation carré-mandibule. On procède de la même façon pour trouver la direction des muscles dans la projection horizontale. En toute rigueur, nous ne devrions pas pouvoir procéder ainsi pour les intensités puisque dans les deux plans le module des forces est le résultat du produit de l'intensité du vecteur-force dans l'espace par le cosinus de l'angle formé par la direction de ce vecteur avec l'un et l'autre plan. Mais notre perspective n'étant ici que d'évaleur la part relative de ses vecteurs, et non pas une véritable étude quantitative, nous avons utilisé le plan sagittal comme base, sans tenir compte que les vecteurs figurés n'étaient alors que des projections. L'erreur est d'ailleurs probablement minime puisque la plupart des directions de forces s'écartent peu de plans parasagittaux. DÉVELOPPEMENT Dans un premier temps nous examinerons les conditions d'effi- cacité des différents muscles trigéminaux dans la fermeture de la mandibule, dans un second les réactions provoquées sur la chaîne cinétique crânienne lors de l'action de ces muscles, au cours de la fermeture de la mandibule. Nous procédons à la première analyse en décomposant les forces selon l'axe mécanique de la mandibule. Cette décomposition est faite d'après la détermination des axes mécaniques des segments du crâne, et de la transformation des muscles en vecteurs force. Pour la décomposition, on prend une force représentant un muscle et on la fait glisser selon sa ligne d'action jusqu'à l'axe de la mandibule. Celà nous donne une force de rotation fr, perpen- diculaire à l'axe, qui élève la mandibule; et une force de stabili- sation fs qui agit selon l'axe, tendant à maintenir la mandibule dans son articulation crânienne. La résultante des forces de rotation agissant sur la mandibule, dans une des positions d'ouverture, est déterminée par le procédé graphique de la construction du polygone des forces (fig. 11). La recherche de la résultante de toutes les composantes fr, nous aide dans la connaissance du degré d'efficacité des muscles lors de l'élévation de la mandibule. Les muscles situés entre le point d'application de la résultante et le centre de rotation de la mandi- bule théoriquement sont des muscles "de vitesse", tandis que ceux situés au delà du point d'application de la résultante, sont des muscles "de puissance". La construction de la résultante nous révèle en outre, l'impor- tance architecturale du processus du coronoïde; celui-ci accroît la valeur du moment de fr. La ligne d'action d'une force, ayant son
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point d'application sur le processus coronoïde, va recontrer l'axe mécanique de la mandibule à une distance *d* plus grande. 1. Recherche du moment de chaque force par rapport au centre de rotation de la mandibule, dans les projections sagittale et horizontale. A partir des constructions graphiques, on peut calculer le moment des forces. Ces constructions sont faites sur calque de tirages agrandis de radiographies du crâne, en faisant glisser le vecteur-force jusqu'à l'intersection de la direction avec l'axe mécanique de la mandibule. <figure><img src="image_5.png" /></figure> Fig. 9. Représentation des axes mécaniques du crâne en projection horizontale. A, articulation metacinétique (carré-processus para-occipital); am, axe mécanique de la mandibule; B, articulation carré mandibule; BA, axe mécanique de la mandibule; C, articulation nasal-maxillaire; CD, axe mécanique du nasal-frontal; D, articulation mésocinétique (pariétal-frontal); DA, axe mécanique du pariétal; DE, axe mécanique du jugal; E, articulation jugal-ectopterygoide; EC, axe mécanique du palais (maxillaire); EG, axe mécanique du pterygoide; G, articulation carré-ptérygoide. Fig. 10. Décomposition de la force du *M. adductor mandibulae externus profundus*, selon l'axe mécanique de la mandibulae en projection sagittale. d, distance du point d'application de la force au centre de rotation de la mandibule B; f, force représentant le muscle; fr, force de rotation de la mandibule; l, bras de levier de la force f; a, angle formé par la direction de la force et l'axe mécanique de la mandibule.
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11 <figure><img src="image_6.png" /></figure> <figure><img src="image_7.png" /></figure> <figure><img src="image_8.png" /></figure> Fig. 11. Détermination graphique de la résultante des forces fr agissant sur la mandibule. 1, M. adductor mandibulae externus profundus; 2, M. adductor mandibulae externus medialis; 3, M. pseudo-temporalis superficialis; 4, M. adductor mandibulae externus superialis; 5, M. pseudo-temporalis profundus; 6, M. adductor mandibulae posterior; 7, M. pterygomandibularis; R, résultante. Fig. 12. Graphique des moments de la force de rotation de la mandibule. Les valeurs des forces en ordonnée, les quatre positions d'ouverture buccale en abcisse, —— M. adductor mandibulae externus superficialis; — M. adductor mandibulae externus medialis; — M. adductor mandibulae externus profundus; ... M. pseudotemporalis superficialis; • • • M. pseudotemporalis profundus; — M. pterygomandibularis; — M. adductor mandibulae posterior.
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En traçant une perpendiculaire à la direction de la force passant par le centre de rotation de la mandibule, on obtient son bras de levier (I), ce qui nous permet de calculer le moment de la force pour chaque muscle, $M_f = F \times l$ (fig. 10). Chaque force se décompose en composantes de rotation fr (perpendiculaire à l'axe mécanique) et de stabilisation fs. Pour fr on peut calculer le moment, son bras de levier étant la distance *d* (fig. 10) du point d'application de la force au centre de rotation. Le moment de la force de stabilisation est nul, puisque la ligne d'action de la force passe par définition par le centre B. L'intensité des forces de rotation et de stabilisation est obtenue graphiquement, ainsi que le bras de levier *l* et *d*. A partir de ces données, on peut construire un tableau (tableau I) où l'on porte horizontalement l'intensité des forces, leur bras de levier, leur moment pour chacune des positions d'ouverture buccale (I, II, III et IV). Verticalement nous indiquons les muscles. Ces tableaux nous permettent de construire des courbes comparatives du degré d'efficacité des muscles dans l'élévation de la mandibule, en montrant la valeur de la force dans chaque position d'ouverture (fig. 12). Pour que la lecture puisse se faire de la gauche vers la droite, nous commençons par la position quatre. Dans la construction de ces graphiques nous mettons en ordonnée gauche les valeurs des moments de F et fr (composante de rotation) à droite on dispose les valeurs de fs (composante de stabilisation); l'abcisse indique les positions d'ouverture (IV, III, II et I). Les courbes représentant le moment de fr montrent une croissance graduelle vers le final de la fermeture. Le tracé du moment du *M. pterygomandibularis* y fait nettement exception; il décroît dans les positions II et I. Pour les *Ms. adductor mandibulae externus medialis* et *profundus* on observe, que le premier, ayant une cote fonctionnelle plus petite est plus efficace dans l'élévation des mâchoires, sauf en final de la fermeture (position I). Ce fait est du à la position du *M. adductor mandibulae externus medialis*, favorable à l'exercice d'une grande force sur une résistance. La position des *Ms. adductor mandibulae externus superficialis* et *pseudotemporalis superficialis* est aussi favorable à l'efficacité de ces muscles pour l'élévation de la mandibule. Par contre, le *M. adductor mandibulae posterior*, à même cote fonctionnelle, joue un rôle efficacé dans la rotation de la mandibule, son angle a et sa distance *d* étant plus petits. Pour le *M. pseudotemporalis profundus* en réalité la courbe ne représente pas l'action du muscle. Dans les positions III et IV la direction de la force étant perpendiculaire à l'axe il n'y a pas de composante de rotation, par conséquent on ne peut pas avoir le moment fr. Mais, si la force n'est pas décomposée dans ces positions, cela veut dire qu'elle agit de façon totale; donc sa cote étant 1, son moment est 2,6 en III, et 2,3 en IV (tableau I). Ce muscle agit uniquement dans l'élévation de la mandibule, sa composante de stabilisation étant nulle. ## 2. Décomposition de fs selon les axes mécaniques du crâne (projection sagittale). La décomposition de la force de stabilisation fs est faite selon les axes mécaniques du crâne et nous donne les réactions au niveau
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<table><caption>Tableau I. Des moments de la force de rotation de la mandibule pour les quatre positions d'ouverture buccale. Les muscles sont disposés verticalement, les valeurs de la force f, du bras de levier d, et du moment Mfr sont places horizontalement</caption><thead><tr><th></th><th>fr</th><th>d</th><th>Mfr</th><th>fr</th><th>d</th><th>Mfr</th><th>fr</th><th>d</th><th>Mfr</th><th>fr</th><th>d</th><th>Mfr</th></tr></thead><tbody><tr><td>Mames</td><td>1,5</td><td>4,1</td><td>6,15</td><td>1,5</td><td>4</td><td>6</td><td>1,4</td><td>4,2</td><td>5,88</td><td>1,2</td><td>4,3</td><td>5,16</td></tr><tr><td>Mamem</td><td>3,3</td><td>5,5</td><td>18,15</td><td>3</td><td>6,1</td><td>18,3</td><td>2,5</td><td>6,5</td><td>16,25</td><td>2</td><td>7,6</td><td>15,2</td></tr><tr><td>Mamep</td><td>2,5</td><td>6,2</td><td>19,5</td><td>2,3</td><td>6,9</td><td>16,87</td><td>2</td><td>7,8</td><td>15,6</td><td>1,4</td><td>9,2</td><td>12,88</td></tr><tr><td>Mpas</td><td>1,7</td><td>4,5</td><td>7,65</td><td>1,7</td><td>4,1</td><td>6,97</td><td>1,5</td><td>4,6</td><td>6,8</td><td>1,9</td><td>4,5</td><td>5,74</td></tr><tr><td>Mpsp</td><td>1</td><td>2,8</td><td>2,8</td><td>0,8</td><td>2,9</td><td>2,32</td><td>-</td><td>2,6</td><td>-</td><td>-</td><td>2,3</td><td>-</td></tr><tr><td>Mptm</td><td>2,1</td><td>2,4</td><td>5,04</td><td>2,2</td><td>2,1</td><td>4,62</td><td>2,5</td><td>2,5</td><td>7,25</td><td>2,8</td><td>1,8</td><td>7,04</td></tr><tr><td>Mamp</td><td>0,7</td><td>2,5</td><td>1,75</td><td>0,7</td><td>2,5</td><td>1,75</td><td>0,6</td><td>3,2</td><td>1,92</td><td>0,4</td><td>4,1</td><td>1,64</td></tr><tr><td>Résultes</td><td>13</td><td>4,7</td><td>61,1</td><td>12,7</td><td>4,6</td><td>58,92</td><td>10,5</td><td>5,2</td><td>54,7</td><td>9,8</td><td>5,1</td><td>49,98</td></tr></tbody><tfoot><tr><td colspan="13">fermeture</td><td colspan="3">ouverture II</td><td colspan="3">ouverture III</td><td colspan="3">ouverture IV</td></tr></tfoot></table> de chaque articulation crânienne. On est en présence d'une chaîne cinétique; par conséquent pour qu'on puisse déterminer le sens du mouvement relatif des segments il faut supposer un point fixe. Dans ce cas, nous prenons l'axe métacinétique A, qui devient l'axe de rotation du dermocrâne par rapport au chondocrâne. Pour décomposer la force fs, on la fait glisser sur l'axe mécanique de la mandibule jusqu'à l'articulation B. A ce niveau fs se décompose selon les axes mécaniques du carré et du ptérygoïde, qui se joignent en B. On a donc, deux forces, fq et fsp, la première agissant selon l'axe du carré, la deuxième s'exerçant selon l'axe du ptérygoïde (fig. 13). La composante fq n'a aucun effet puisqu'elle passe par A qu'on suppose incapable de translation (axe de rotation pure). La composante fsp dirigée selon l'axe mécanique du ptérygoïde agit librement et doit être décomposée en C, mais pas en E car l'axe du maxillaire EC est dans le prolongement de celui du ptérygoïde. La décomposition de fsp se fait selon le triangle DEC et nous donne une composante fn dirigée vers D, et une composante fm de rotation du museau vers le bas. La force fn transportée à D va se décomposer au niveau de cette articulation selon les axes DA et DE, donnant une force de compression de DA, fp; une force qui élève le jugal, fj. Cette dernière agit aussi en E où nous avons déjà la force fsp. La résultante de ces deux forces tend à voûter l'ensemble maxillo-ptérygoïde (fig. 13).
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La force que représente le *M. pterygomandibularis* est dirigée en sens contraire à celles des autres muscles trigéminaux. Ce fait est dû aux points d'origine et d'insertion de ce muscle, très bas sur le crâne (ectoptérygoïde) et très en arrière sur la mandibule. Ainsi, la décomposition de la composante fs de ce muscle dans la chaîne cinétique du crâne, donne des forces qui agissent en sens inverse par rapport aux autres muscles mandibulaires (fig. 14). En B, la force fsp tire l'ensemble articulaire vers l'avant. Cette force dirigée selon l'axe du ptérygoïde et maxillaire donne, au niveau de C, la force fm qui tend à élever le museau, et la force fn qui le tire vers l'avant. Au niveau de l'articulation D, on décompose la force fn et on obtient fj qui abaisse le jugal. En E la résultante des forces fj et fsp tend à tirer l'extrémité inférieure du jugal vers le bas et vers l'avant. <figure><img src="image_9.png" /><figcaption>Fig. 13. Décomposition de la force de stabilisation de la mandibule (fs) selon les axes mécaniques du crâne en projection sagittale. en B décomposition de fs selon l'axe du ptérygoïde (fsp) et l'axe du carré (fq); en C décomposition de fsp selon les axes CD (fn) et DE (fm); en D décomposition de fn selon les axes DE (fj) et DA (fp); en E on signale la résultante des forces fj et fsp. Fig. 14. Décomposition de la force du *M. pterygomandibularis* selon les axes mécaniques du crâne en projection sagittale. f est la force initiale décomposée selon l'axe mécanique de la mandibule en fr et fs. En B la décomposition de fs selon les axes AB et BE donnant les forces fq et fsp. En C la décomposition de fsp selon les axes CD et DE donnant les forces fm et fn. En D la décomposition de fn selon les axes DE et DA donnant les forces fj et fp.</figcaption></figure> Les données de la décomposition des forces (à l'exception de celles du *M. pterygomandibularis*), selon les axes mécaniques du crâne, sont rapportées sur le tableau II. A partir de ce tableau nous pouvons construire des graphiques qui montrent l'action des muscles au niveau des articulations B, C, D et E. Dans la fig. 15 nous avons les forces agissant en B, représentées par la composante fsp, dirigée selon l'axe du ptérygoïde; cette force est responsable du déplacement vers l'arrière de l'articulation B, que joint les axes mécaniques du carré, mandibule et ptérygoïde. D'après le graphique nous pouvons remarquer que les forces croissent de l'ouverture maximum à la fermeture, les muscles les plus efficaces étant ceux qui présentent les cotes fonctionnelles les plus hautes, soit les *Ms. adductor mandibulae externus medialis* et *profundus*. Pour les muscles ayant une même cote fonctionnelle les courbes se confondent; toutefois celle du *M. adductor mandibulae posterior*
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<figure><img src="image_10.png" /><figcaption>Fig. 15. Graphique des forces agissant sur l'articulation B. La valeur des cotes en ordonnée, les quatre positions d'ouverture buccale en abcisse, — résultante des forces fsp, la composante fsp; — — M. adductor mandibulae externus superficialis; — — M. adductor mandibulae externus medialis; — — M. adductor mandibulae externus profundus; — — M. pseudotemporalis superficialis; → M. adductor mandibulae posterior. Fig. 16. Graphique des forces agissant sur l'articulation C. On utilise les conventions de la Fig. 15, la résultante étant celle des forces fm. Fig. 17. Graphique des forces agissant sur l'articulation D. On utilise les conventions de la fig. 15, la résultante étant celle des forces fj. Fig. 18. Graphique des forces agissant sur l'articulation E. On utilise les conventions de la fig. 15, la résultante étant celle des forces fj + fsp.</figcaption></figure>
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est un peu plus élevée, ce qui est dû au point d'insertion mandibulaire du muscle, car plus a est petit, plus fs, et par conséquent, fsp croissent. On doit remarquer aussi, l'importance du *M. adductor mandibulae externus superficialis* au début de l'élévation mandibulaire. Les autres muscles travaillent davantage dans la position intermédiaire III et en fin de fermeture (position I). Dans l'articulation C (fig. 16) nous analysons la force fm qui abaisse le museau; là aussi il y a une croissance de la courbe de IV à I, et un pic dans la position intermédiaire III. Pour les forces ayant la même cote fonctionnelle le *M. adductor mandibulae posterior* est le plus efficace; le *M. adductor mandibulae externus superficialis* agissant dans ce cas, surtout en fin de fermeture. Le graphique de la fig. 17 représente la force fj nous remarquons que le dessin des courbes montre la même croissance vers la fin de la fermeture et le pic dans la position III. Les courbes représentant la résultante des forces fj et fsp (fig. 18) qui agissent en E, montrent pour la résultante et pour les *Ms. adductor mandibulae externus medialis* et *profundus* une croissance graduelle de l'ouverture IV à la fin de la fermeture. Les *Ms. adductor mandibulae externus superficialis*, *pseudotemporalis superficialis* et *adductor mandibulae posterior* font exception, ils montrent une petite dépression dans la position III. ### 3. Décomposition des forces dans la projection horizontale La décomposition des forces dans la projection horizontale met en évidence les résultats obtenus pour la projection sagittale. En décomposant f (m. amep. dans la fig. 19) selon l'axe mécanique de la mandibule BE, on obtient la force de rotation fr et la force de stabilisation fs. La première tend à tirer la mandibule médialement, tandis que fs la pousse vers l'arrière. Pour la décomposition de fs selon les axes mécaniques du crâne (fig. 20), on fait glisser cette force jusqu'à l'articulation carré-mandibule. Dans ce niveau articulaire on décompose fs selon BA (axe mécanique du carré) et selon BG (axe mécanique de l'articulation carré-pterygoïde). La force agissant selon BA est nulle puisque A est supposé fixe. La composante qui porte sur BG agit en G qui est l'extrémité libre de EG (axe mécanique du ptérygoïde). Cette force que nous appelons fa, se décompose en G, donnant une force de rotation qui tend à tirer le ptérygoïde vers l'intérieur, et une force de stabilisation dirigée vers E. Cette dernière est décomposée en E, en une force qui porte sur D et un autre qui agit en C. Celle agissant en D tire l'articulation pariétal-frontal vers l'extérieur, tandis que la deuxième force pousse le museau vers l'avant. Par la décomposition en C on a une force tendant à tirer médiatement le museau, et une force qui porte sur CD (axe mécanique du nasal). Cette dernière est nulle en projection horizontale, sa ligne d'action passant par A. La décomposition de la forces du *M. adductor mandibulae externus profundus*, nous montre graphiquement que son action retentit sur l'extrémité distale du carré, vu qu'à partir de E nous avons des vecteurs très petits que nous pouvons négliger. Les forces agissant en B et en G provoquent une rétraction et une abduction du carré.
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La décomposition de la force représentant le *M. pterygomandibularis* (fig. 21) montre, comme nous l'avons vu pour le plan sagittal, que ce muscle agit en opposition aux autres muscles trigéminaux. Sa composante $f_s$ qui porte sur la mandibule agit dans le sens d'une traction vers l'avant. La décomposition de $f_s$ selon BA et BG donne une force $f_q$ (nulle parce qu'elle passe par A), et une force $f_a$ qui agit en G dans le sens d'une poussée en direction mediale de cette articulation (fig. 22). A partir de $E$ les forces sont petites, ce qui prouve, comme pour les muscles adducteurs, que l'action <figure><img src="image_11.png" /></figure> Fig. 19. Décomposition de la force du *M. adductor mandibulae externus profundus* selon l'axe mécanique de la mandibule en projection horizontale. BE, axe mécanique de la mandibule; $f$, force représentant le muscle; fr, force de rotation de la mandibule; $f_s$, force de stabilisation de la mandibule. Fig. 20. Décomposition de la force de stabilisation de la mandibule ($f_s$) selon les axes mécaniques du crâne en projection horizontale. En B décomposition de $f_s$ selon AB ($f_q$) et BG ($f_a$), en G décomposition de $f_a$ selon EG, en E décomposition de la force selon CE et DE, en C décomposition de la force selon CD et DE, en E on signale les forces obtenues par les décompositions. Fig. 21. Décomposition de la force du *M. pterygomandibularis* selon l'axe mécanique de la mandibule en projection horizontale. BE, axe mécanique de la mandibule $f$, force représentant le muscle; fr, force de rotation de la mandibule; $f_s$, force de stabilisation de la mandibule. Fig. 22. Décomposition de $f_s$, du *M. pterygomandibularis*, selon les axes mécaniques du crâne en projection horizontale. En B décomposition de $f_s$ selon AB ($f_q$) et BG ($f_a$), en G décomposition de $f_a$ selon EG, en E décomposition de la force selon CE et DE, en C décomposition de la force selon CD et DE, en E les forces obtenues par les décompositions.
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musculaire, dans le plan horizontal, n'est efficace qu'au niveau des articulations carré-mandibule-ptérygoïde. <figure><img src="image_12.png" /><figcaption>Fig. 23. Mouvement du crâne pendant l'élévation de la mandibule, en traits pleins l'ouverture maximum, en pointillé la fermeture.</figcaption></figure> ## DISCUSSION Rôle probable des muscles lors de l'élévation de la mandibule Les *Ms. adductor mandibulae externus medialis* et *profundus* sont les plus efficaces dans l'élévation de la mandibule, cela est dû à leur cote fonctionnelle, à leur insertion mandibulaire sur le processus coronoïde et à l'angle a (inclination des fibres). Ces muscles sont aussi ceux qui agissent en puissance, ses composantes de rotation fr étant situées en avant de la résultante générale, et à une distance *d* plus grande, par rapport au centre de rotation de la mandibule. Le graphique du moment des forces (fig. 12), nous montre que ces muscles agissent davantage sur le temps final de la fermeture (positions I et II). Les *Ms. adductor mandibulae externus superficialis* et *pseudo-temporalis superficialis* ont aussi une position qui est favorable à l'élévation de la mandibule. Ils sont situés tout près de la résultante (entre elle et le centre de rotation B) et agissent en vitesse. L'action de ces muscles est presque constante de l'ouverture maximum à la fermeture. La composante de rotation du *M. pterygomandibularis* est nettement plus efficace dans la position d'ouverture IV et III; la cote fonctionnelle de ce muscle étant très élevée (comparable à celle des *Ms. adductor mandibulae externus medialis* et *profundus*); son moment de rotation s'approche de celui des *Ms. adductor mandibulae externus superior* et *pseudo-temporalis superficialis*; cela étant du à sa position très en arrière sur la mandibule.
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Sciences naturelles
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Etude biomécanique du mouvement de fermeture de la mandibule chez Ophisaurus apodus (Sauria, Anguidae)
N. M. B. Gomes; Jean‐Pierre Gasc
1973
10.11606/0031-1049.1973.27.p1-25
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Des *Ms. adductor mandibulae posterior* et *pseudotemporalis profundus* on peut dire qu'ils agissent surtout en vitesse, le moment de leurs forces de rotation est très bas. Rôle des muscles dans la modification de la chaîne cinétique du crâne. D'après les courbes représentant les différents niveaux articulaires (figs. 15, 16, 17) on observe que la résultante montre le même dessin en B, C et D; une élévation en III, une dépression en II, pour atteindre le point plus élevé en fermeture (I). Ce fait indique que les muscles agissent plus fortement au début et en fin de fermeture (position III et I). Les muscles les plus efficaces sont les *Ms. adductor mandibulae externus medialis* et *profundus*; muscles ayant une cote fonctionnelle plus grande, mais étant aussi grâce à l'angle a. De même, le *M. adductor mandibulae posterior* est plus efficace que les *Ms. adductor mandibulae externus superficialis* et *pseudotemporalis superficialis* (même cote fonctionnelle) dans la modification de la chaîne cinétique crânienne parce que son angle a est plus petit. Le *M. adductor mandibulae posterior* agit de façon constante dans les quatre positions d'ouverture buccale. La courbe de la résultante des forces fj et fsp (fig. 18) qui porte sur E monte graduellement de l'ouverture IV à la fermeture I, ce fait pouvant indiquer que l'extrémité inférieure du jugal est poussée passivement vers l'arrière, tandis que les autres courbes moins uniformes montrent l'action plus directe des muscles sur les articulations. La position de E, intermédiaire entre les autres articulations est favorable aussi à un mouvement passif. ## CONCLUSIONS Dans l'élévation de la mandibule on distingue deux types de muscles, ceux qui agissent en puissance et ceux qui sont de vitesse. Les premiers ont leur composante de rotation située avant le coronoïde (insertion sur le coronoïde) et sont aussi les muscles ayant le volume plus grand, coupé par des aponévroses bien développées. Ce sont les *Ms. adductor mandibulae externus medialis* et *profundus* situés dans les couches moyennes de la masse des muscles trigéminaux. Ces muscles sont les plus efficaces dans la rotation des mâchoires (fig. 12). Les muscles agissant en vitesse sont les *Ms. adductor mandibulae externus superficialis*, *pseudotemporalis superficialis* et *profundus*, *adductor mandibulae posterior* et *pterygomandibularis*. Ces muscles, à l'exception du *M. pterygomandibularis* sont peu volumineux et montrent des faibles aponévroses. Le premier fait partie des couches superficielles, tandis que les *Ms. pseudotemporalis superficialis* et *profundus* et *adductor mandibulae posterior* sont des muscles des couches profondes. Le *M. pterygomandibularis* qui possède un volume très considérable n'est pas très efficace dans l'élévation de la mandibule, car, nous le verrons plus bas, ce muscle a plutôt une fonction de suspension; dans la chaîne cinétique du crâne, il agit en opposition aux autres muscles trigéminaux.
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Quant au *M. pseudotemporalis profundus* son importance est surtout comme muscle de vitesse, il agit exclusivement dans l'élévation de la mandibule; sa ligne d'insertion étant perpendiculaire à l'axe, il ne présente pas de composante de stabilisation. Le *M. adductor mandibulae posterior* est le plus faible dans l'élévation des mâchoires. Par contre il a une action importante dans la chaîne cinétique du crâne. Sur ce point, les *Ms. adductor mandibulae externus medialis* et *profundus* sont les plus efficaces celà, comme nous l'avons déjà remarqué, est du à leur cote fonctionnelle et à un angle a petit. L'action de ces muscles, plus celle des *Ms. adductor mandibulae externus superior* et *pseudotemporalis superficialis* provoque un glissement de l'extrémité inférieure du carré ce qui permet le déplacement du ptérygoïde vers l'arrière (fsp). Au niveau des articulations du jugal avec l'ectopérygoïde (palais) E, et toit crânien D, l'action des muscles éleve le jugal et fléchit son extrémité inférieure (fig. 13). Le mouvement de la barre osseuse du jugal s'accompagne d'une rotation du museau vers le bas. D'autre part, la décomposition des forces dans le plan horizontal, révèle une rétraction et une abduction du carré (fig. 20), alors que les composantes fr provoquent une adduction des mâchoires (fig. 19). La composante fsp du *M. pterygomandibularis* pousse l'axe du ptérygoïde vers l'avant. Au niveau des articulations du jugal avec l'ectoptérygoïde et le toit crânien, les composantes des forces tendent à baisser le jugal et à fléchir son extrémité inférieure vers l'avant; au niveau du museau les forces travaillent pour le faire tourner vers le haut. L'action du *M. pterygomandibularis* dans la chaîne cinétique du crâne s'oppose donc à celle des autres muscles trigéminaux. Ce muscle ayant une composante de rotation active dans l'élévation de la mandibule. agit, comme l'a remarqué Iordansky (1970) dans la fixation de l'articulation mandibulaire et dans le transfert de la rétraction des forces du *M. adductor mandibulae externus*, de la mandibule au segment maxillaire. ## REFÉRENCES ALEXANDER, R. M. 1968. *Animal mechanics*, 346 pp. Sidgwick & Jackson, London. BENNETT, M. G. 1908. A contribution to the study of the movement of the mandible. *Proc. Roy. Soc. Med.* (Sec. Odont.): 79-95. BÖKER, H. 1935. *Einführung in die vergleichende biologische Anatomie der Wirbeltiere*, t. 1, 228 pp., Gustav Fischer, Jena. DULLEMEIJER, P. 1956. The functional morphology of the head of the common viper (*Vipera berus* L.). *Arch. Neerl. Zool. 12*: 387-497. EVANS, F. G. 1961. Biomechanical studies of the musculoskeletal system. 218 pp. Charles C. Thomas, USA.
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<figure><img src="image_13.png" /><figcaption>Fig. 1. Radiographie du crâne, en A projection sagittale, en B projection horizontale.</figcaption></figure>
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W1666824496
Note sur la notion d’échelle dans la géographie française de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle
Marie‐Claire Robic
2011
10.4000/cybergeo.3961
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Sciences humaines et sociales
Cybergeo
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Dans la géographie française de la fin du XIXe siècle, et sous réserve d’inventaire, le terme d’échelle semble réservé à la cartographie. Ainsi dans l’Atlas général Vidal-Lablache il existe une planche spéciale dédiée aux « Cartes à grande échelle », dont la légende confronte des cartes « géographique », « chorographique » et « topographique » ou à grande échelle (supérieure à 1/200 000). Un lexique reprenant la terminologie de la hiérarchie cartographique peut toutefois être utilisé en géographie pour désigner les approches distinctes, de plus en plus détaillées, qui vont du globe à l’étude régionale et à la topographie locale. Ce lexique est courant par exemple chez Bertrand Auerbach (l’un des pionniers de la géographie universitaire de la fin du XIXe siècle, proche de Vidal de la Blache, cf. Robic, 1999), qui a été l’un des premiers promoteurs de la « géographie régionale » (Auerbach, 1893), qu’il appelait dans un premier temps géographie « chorographique » (Auerbach, 1890). Au-delà de cette acception cartographique de l’échelle, plusieurs débats signalent toutefois un problème d’appréhension géographique d’espaces d’étendue ou de propriété différentes, et au total d’une pertinence inégale du point de vue de la géographie. # Tout et parties Ainsi lorsque Paul Vidal de la Blache (1896) étudie la signification de ce qui lui semble être le principe de la tradition géographique scientifique, l’« unité terrestre », il met en valeur l’interrelation des parties et du tout et il souligne la transcendance du tout. « L’explication n’appartient qu’à la Terre, prise dans son ensemble » (Vidal de la Blache, 1896, p. 142), affirme-t-il ainsi dans un article après l’avoir affiché dans la préface de son Atlas (cf. Robic, 2004). Il développe de manière récurrente l’idée de la relation fondamentale entre les parties et le tout : > L’idée que la Terre est un tout, dont les parties sont coordonnées, fournit à la géographie un principe de méthode dont la fécondité apparaît mieux, à mesure que s’étend son application. Si rien n’existe isolément dans l’organisme terrestre, si partout se répercutent des lois générales, de sorte que l’on ne puisse toucher à une partie sans soulever tout un enchaînement de causes et d’effets, la tâche du géographe prend un caractère différent de celui qui lui est attribué. Quelle que soit la fraction de la Terre qu’il étudie, il ne peut s’y enfermer. Un élément général s’introduit dans toute recherche locale. […] Ces analogies ou « conformités », selon le mot bien connu de Bacon, dès que l’homme a commencé à dominer l’ensemble des phénomènes terrestres, elles se sont signalées à son attention. (Vidal de la Blache, 1896, p. 129). Par la métaphore de la syllabe et du mot, il insiste sur la place dépendante du détail par rapport à l’ensemble : > Ce qu’il [Buffon] appelle l’étude ‘de la nature en grand’ n’est pas, quoiqu’on en ait dit, le mépris du détail, mais la juste subordination du détail à l’ensemble. Profondément imbu du sentiment de l’ordre et de l’enchaînement des phénomènes, il ne prétend pas étudier la nature avec des yeux de myope ; il ne veut pas fractionner des traits qui, si on les isole, ressemblent à des syllabes qu’épellerait un enfant sans l’intelligence du mot auquel elles appartiennent. (id., p. 135) Il enjoint le géographe à prendre la Terre comme référence ultime de toute recherche localisée : > Un besoin de l’esprit nous pousse à rapporter le détail isolé, par lui-même inexplicable, à un ensemble qui l’éclaire. Les groupements partiels, par régions ou parties de monde, ont leur sens et leur raison d’être, mais ils ne reflètent qu’imparfaitement la seule unité d’ordre supérieur qui ait une existence sans fractionnement ni restriction. De toutes parts nous voyons se manifester des affinités qui ne cadrent point avec les divisions traditionnelles : types de côtes qui enjambent les hémisphères, types de climats qui alternent à l’est et à l’ouest des continents, déserts apparaissant d’un hémisphère à l’autre d’après la correspondance des zones. L’explication n’appartient qu’à la Terre, prise dans son ensemble. […] Au-dessus des mille combinaisons qui varient jusqu’à l’infini la physionomie des contrées, il y a des conditions générales de formes, d’étendue, de position, d’échanges, qui ramènent sans cesse l’image de la Terre. Les études locales, quand elles s’inspirent de ce principe de généralité supérieure, acquièrent un sens et une portée qui dépassent de beaucoup le cas particulier qu’elles envisagent. (id., p. 141-142) Vidal de la Blache s’inscrit donc bien dans une tradition de recherche sur l’échelle. Car l’interrelation entre tout et parties est l’une des composantes récurrentes de la réflexion sur la proportion et sur l’échelle (Hamon, 1991) et la prégnance de la totalité sur toute relation est primordiale, comme l’attestent en architecturologie la référence à la « dure obligation du tout » (Venturi) et le recours à une méta-échelle englobant toutes les autres, qui sont élémentaires (Boudon et al., 1994, p. 188). Privilégiant à l’inverse l’analyse par les parties, Lucien Gallois, le « lieutenant » de Vidal, comme on l’a souvent désigné, souligne en incipit de son livre Régions naturelles et noms de pays l’importance épistémologique du choix du cadrage régional adopté : « Le choix des divisions qu’il convient d’adopter dans l’étude des différentes régions du globe dépend de la conception même qu’on a de la géographie. » (Gallois, 1908, p. 1). Ces deux textes majeurs de l’école française de géographie émergente balisent des réflexions sur les composantes scalaires de la géographie, dont la division entre géographie générale et géographie régionale (ou spéciale), triviale pendant longtemps, est une expression. Mais ils orientent aussi vers des réflexions sur la spécificité de la démarche géographique et sur les correspondances entre tout et parties qui entrent en résonance avec d’autres manières d’envisager l’échelle que sa définition cartographique. Elles signalent une certaine complexité, évoquant des problèmes de pertinence, de correspondance, d’extériorité, qui ont été approfondis dans d’autres démarches disciplinaires telles celles engagées encore en architecturologie (Boudon, 1971 et 1991). # Projet et pertinence Aussi peut-on aller au-delà de la référence convenue au couple général/régional (versus local) dans l’étude de l’intérêt accordé aux échelles dans la géographie de la fin du XIXe siècle. Sans penser tendre à l’exhaustivité et en première approche, on pourrait évoquer trois ou quatre dimensions des débats qui animent les géographes dans cette période. Notons avec M.-V. Ozouf-Marignier (2000) que, s’il est souvent question du rôle du petit « pays » et de la « région naturelle », le débat est loin de s’y réduire. 1 Enseignant en Sorbonne, spécialiste de géographie coloniale, Dubois a cofondé avec Vidal de la Blac (...) 10L’une de ces dimensions relève du projet poursuivi, qui peut être notamment pédagogique, scientifique ou politique. Ainsi des interrogations des géographes sur le cadre approprié pour enseigner ou pour organiser territorialement la France : petit pays, région, province, ou territoire national ? En témoignent par exemple des articles de Paul Vidal de la Blache (1888) et de Marcel Dubois1 (1892) qui entrent dans une polémique pédagogique, Dubois critiquant un enseignement qui prendrait le parti, beaucoup trop particulariste selon lui (et qu’il attribue à tort au projet vidalien), d’adopter un découpage en pays pour enseigner la géographie de la France. Les travaux de Vidal de la Blache sur la région (1910) et ceux d’Élisée Reclus sur le pays (1905) participent, avec beaucoup d’autres (Ozouf-Marignier, 2000), d’un débat politique sur la décentralisation. Une autre dimension de débat est épistémologique. Elle relève donc d’un projet scientifique, car elle engage une réflexion sur les types de savoir ou de pratique cognitive engagés. Il s’agit alors de définir la géographicité propre d’une opération de découpage spatial, tel l’acte de discerner des entités régionales complexes, qui distingue le géographe des autres praticiens, par exemple le géologue et le botaniste : > 2 Voir aussi Gallois, 1908, qui vise notamment les géologues. S’il suffit au géologue, pour discerner un pays, de déterminer la composition du sol, le géographe – ou plus modestement le chorographe – ne saurait se contenter de cette primordiale constatation. Un pays n’est pas seulement une individualité physique, il est aussi une individualité politique (dans le sens le plus large du mot) […] (Auerbach, 1890, p. 176)2. Certains géographes vont jusqu’à constituer le petit pays en « cellule » de base du système géographique, en étalon de mesure : > De même qu’il existe des unités métrique et tactique [ou encore, en 1893, p. XII : monétaire], l’on pourrait dire que le pays est l’unité géographique. (Auerbach, 1890, p. 176) > Les pays s’agrègent comme les cellules vivantes d’un organisme qui est la patrie. (Auerbach, 1893, p. XV). L’un des combats consiste à découvrir des entités « naturelles », en opposition à l’arbitraire ou à la contingence du découpage administratif, comme l’affirment volontiers Vidal de la Blache (1888), Reclus (1905) et Gallois, 1908) : > […] il serait peu raisonnable de prendre pour guide, en matière géographique, des divisions historiques ou administratives. […] Quand on repasse en esprit les incidents historiques, les hasards de succession, les nécessités de circonstance qui ont influé sur la formation de ces groupements territoriaux, on conçoit quelque doute sur l’accord qui peut exister entre une province et une région naturelle. (Vidal de la Blache, 1888, p. 3) Plus originale est la distinction opérée par Gallois (1908) lorsqu’il prétend que le géographe sait discerner la « région géographique » là où le sens commun distingue plus volontiers des entités de taille inférieure. Une deuxième dimension scientifique concernerait la pertinence théorique ou méthodologique. On distinguerait dans cet ordre la question du « bon découpage » qui, depuis Strabon, propose de rechercher les linéaments naturels d’un espace, comme un anatomiste qui opère selon les joints et les masses organiques du corps à détailler. Si ce réflexe géographique se retrouve dans l’usage de la métaphore organiciste, dans la recherche de la cellule de base d’un organisme, à la manière d’Auerbach, ou dans la détermination des parties d’une individualité (cf . Vidal de la Blache), la démarche est peu théorisée. Les vues de Dubois (1898) sur l’inégal intérêt que représentent les régions du globe selon leur degré d’humanisation pourraient éventuellement entrer dans ce cadre, car elles induisent à ses yeux une inégale complexité, donc des conséquences sur les systèmes de causalité et sur les échanges interdisciplinaires à promouvoir : > Ce [les régions polaires] sont parages où le rôle du physicien prime et efface à peu près celui du géographe. […] la première condition d’une étude des rapports entre la terre et l’homme, est apparemment l’existence d’êtres humains. L’intérêt diminue ou s’accroît suivant qu’on envisage des pays plus ou moins peuplés, d’une civilisation plus ou moins complexe. Au désert, c’est une étude poignante de misère, d’oppression, d’épreuve de l’être humain, mais une étude relativement simple, puisque c’est à peu de chose près, celle de l’action climatérique rigoureuse sur des groupes d’hommes très clairsemés. Combien complexe et délicat au contraire l’art d’analyser, dans un pays comme le nôtre, la part de chacune des conditions, physiques ou humaines, naturelles ou historiques, dont le jeu nous éblouit ! (Dubois, 1898, p. 241-242) On inclurait certainement dans ce problème de pertinence scientifique les réflexions cursives d’un Gallois (1898 et 1908) sur les « principes de différenciation » du globe, car il signale la hiérarchie menant des grandes divisions zonales, produites par le facteur climatique, aux petits pays, liés au facteur pédologique, en passant par l’altitude et par la causalité géologique : > Mais les phénomènes de climat agissent généralement sur des aires assez étendues, et si, dans l’intérieur de ces aires, on veut faire une étude de détail, n’est-ce point au relief, à la nature du sol, qu’il faudra prêter attention ? » (Gallois, 1899, p. 43-44) > « Mais suivant que l’on considère à la surface du globe des régions plus ou moins étendues, l’importance relative de ces causes [de différence physionomique] augmente ou diminue. La plus décisive, celle qui marque le plus puissamment son empreinte, c’est, sans aucun doute, le climat. […] Mais le climat ne détermine que de très grandes régions. […] Après le climat, ce qui introduit la plus de différences dans les régions du globe, c’est l’altitude […]. Ces unités [simples] on ne les rencontre vraiment que dans les pays de faible relief, et il n’y a plus alors qu’un seul principe de différenciation qui intervienne : la nature du sol. (Gallois, 1908, p. 217-219) Enfin, une dimension empirique est présente dans les analyses relatives aux dimensions contemporaines de l’action telles qu’elles sont menées notamment par Vidal de la Blache à propos des régions françaises (Vidal de la Blache, 1910). La confrontation avec ce que nous appellerions aujourd’hui un changement d’échelle de la vie économique le conduit à esquisser une théorie de la relativité des divisions régionales, fonction de la capacité historique de mobilisation des hommes et des marchandises. Ici, l’ampleur des transformations sensibles au cours du XIXe siècle le conduit à discuter effectivement de changements qualitatifs de relations liés à des changements quantitatifs de vitesse et capacité de transport et à des changements qualitatifs dans la production. « Mesure », « proportion » et « disproportion », « rapport », « étendue », et enfin « échelle » appartiennent alors à son vocabulaire pour signifier un dimensionnement nouveau des projets d’organisation spatiale à concevoir : > Qu’arrivera-t-il si ce cadre [l’ancien département] rétrécit la vue, s’il nous trompe sur les proportions, s’il fausse les rapports ? Ce ne serait point d’un simple remaniement administratif, d’une sorte de mise au point qu’il s’agirait : il y aurait à corriger une périlleuse illusion d’optique, à prévenir le vice de conformation que l’usage d’un mauvais instrument risque de produire dans l’organe […] Or il nous semble qu’il existe en effet dans ce cadre et les phénomènes qu’il prétend circonscrire, une disproportion qui va s’accentuant, et que les législateurs de la Constituante étaient dans l’absolue impossibilité de prévoir. […]Une conséquence de ces changements a été que les mesures auxquelles nous étions habitués à rapporter les choses se sont modifiées. On s’est rendu compte que toute action pour être efficace doit prendre plus de champ, embrasser plus d’espace, coordonner un plus grand concours d’efforts. Le mot d’évolution dont on fait fréquent abus, est ici d’application stricte ; c’est le seul qui rend compte de l’allure progressive et générale du phénomène. (Vidal de la Blache, 1910, p. 822-823) > Les rapports d’étendue ont subi une profonde transformation. (id., p. 828) > La carte qu’on trouvera plus loin montre, mieux que ne le feraient sans doute de plus longues explications,l’application qui d’après nous pourrait être faite de certains principes généraux. [Il existe d’ailleurs] des tentatives pour coordonner des efforts embrassant plus d’espace, organiser des œuvres collectives sur une plus grande échelle et avec une plus grande étendue de moyens. (id., p. 845-846). Sa proposition de carte des « groupements régionaux » traduit iconographiquement cette nouvelle échelle du projet politique moderne. La métropole, ou « nodalité » régionale, est promue comme pivot de l’organisation nouvelle à l’échelle nationale. Mais ces propos souvent au fond polémiques ne se transcrivent pas dans des œuvres programmatiques ou de synthèse. Le Dictionnaire d’Albert Demangeon (1907) n’évoque que l’échelle cartographique. Quant au traité consacré aux Sciences géographiques, l’ouvrage d’un hétérodoxe de l’école française de géographie, Camille Vallaux (Orain, 2003, p. 64-66), il n’engage pas non plus de discussion sur la notion d’échelle, sauf définition de la géographie comme science de groupements ou d’ensembles spatiaux : science « molaire » (et non pas moléculaire) ou de l’observation des « choses de la surface du globe par masses » (Vallaux, 1925) qui distingue le géographe des naturalistes par exemple. Ce parti pris l’amène à envisager des méthodes de description synthétique régionale, fondées sur le « tour d’horizon » paysager, et des recherches d’ordre statistique qualifiant l’« ordre de grandeur » caractéristique de tel ou tel élément quantifiable (comme l’hydrographie, la population, etc.). Mais ce projet méthodologique visant l’étude de la différenciation régionale de la surface terrestre ne débouche pas sur un problème scalaire spécifié. Au tournant des XIXe et XXe siècles, sans être un problème complètement nouveau semble-t-il, mais dans le contexte de la promotion de la géographie au sein de pratiques cognitives concurrentes, la question de la « bonne échelle » pour la géographie suscite donc prises de position et discussions engageant les divers modes de la pertinence géographique. <footnote n="1">1 Enseignant en Sorbonne, spécialiste de géographie coloniale, Dubois a cofondé avec Vidal de la Blache les Annales de géographie en 1891, mais a été vite écarté de cette direction.</footnote> <footnote n="2">2 Voir aussi Gallois, 1908, qui vise notamment les géologues.</footnote>
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Sciences humaines et arts
W2889527196
Étude de la composition minérale et des teneurs en protéines et en matières grasses de huit variétés de sésame (<i>Sesamum indicum</i>L.) introduites au Sénégal pour un criblage variétal
Birama Sene; Fallou Sarr; Diégane Diouf; Amadou Kane; Djibril Traoré
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# Étude de la composition minérale et des teneurs en protéines et en matières grasses de huit variétés de sésame (*Sesamum indicum* L.) introduites au Sénégal pour un criblage variétal Birama Sene<sup>1,2,*</sup>, Fallou Sarr<sup>1</sup>, Diegane Diouf<sup>2</sup>, Amadou Kane<sup>1</sup> et Djibril Traore<sup>1</sup> Reçu le 20 février 2018 – Accepté le 30 juillet 2018 **Résumé** – Huit variétés de sésame (EF153, EF147, LC162, LC164, HB168, 32-15, 38-1-7 et Birkan) qui, selon le Centre d'Étude Régional pour l'Amélioration de l'Adaptation à la Sécheresse (CERAAS), sont les mieux appréciées sur le plan agro-morphologique, ont fait l'objet de cette étude. Les teneurs en protéines, en matières grasses et en éléments minéraux de chacune d'elles ont été déterminées. L'étude des éléments minéraux a porté sur le calcium, le phosphore, le magnésium, le fer et le zinc. Les résultats ont montré que, pour les huit variétés de sésame étudiées, les teneurs en protéines varient de 22,59 % à 29,37 % tandis que celles en matières grasses s'établissent dans une fourchette de 48,65 % à 52,45 %. L'étude montre aussi que toutes les variétés sont riches en éléments minéraux. Cependant, le calcium demeure l'élément le plus important dans toutes les variétés étudiées, suivi du phosphore, du magnésium, du fer et du zinc. Les meilleures teneurs minérales obtenues, pour tous les minéraux étudiés, sont avec la variété **38-1-7**: magnésium 455,04 mg/100 g ; phosphore 711,17 mg/100 g ; calcium 973,22 mg/100 g de ; fer 10,86 mg/100 g et le zinc 7,88 mg/100 g. L'étude statistique des teneurs en protéines, en matières grasses et en composition minérale des variétés a permis d'identifier trois variétés plus appréciées, mais aussi d'indiquer leurs domaines potentiels d'utilisation. Ainsi, les variétés LC162 et 38-1-7 pourraient être utilisées respectivement comme additifs en protéines et en éléments minéraux dans les aliments destinés aux enfants. Quant à la variété EF147, elle pourrait être recommandée pour la consommation d'huile. **Mots clés** : sésame / teneur / protéines / matières grasses / minéraux / sélection variétale **Abstract** – Study of mineral composition and contents about proteins and fats of eight sesame varieties (*Sesamum indicum* L.) introduced in Senegal for variety screening. Eight varieties of sesame (EF153; EF147; LC162, LC164; HB168; 32-15; 38-1-7; and Birkan), which are considered by the Regional Study Centre for the Improvement in Drought Adaptation (RSCIDA) as the best appreciated with regard to agro-morphological aspect, are studied. For each sesame variety, proteins, fats, and minerals contents are established. Studied minerals involve calcium, phosphorus, magnesium, iron, and zinc. Results show that, for the eight studied sesame varieties, protein's contents range from 22.59% to 29.37% whereas that of fats vary from 48.65 to 52.45%. Furthermore, this study shows that all tested sesame varieties are rich in minerals. However, calcium remains the most representative of all, followed by phosphorus, magnesium, iron, and zinc. The best mineral yields come from the sesame variety 38-1-7 from which rates are as follows: magnesium, 455.04 mg/100 g; phosphorus, 711.17 mg/100 g; calcium, 973.22 mg/100 g; iron, 10.86 mg/100 g; and zinc, 7.88 mg/100 g. Statistical study of contents about proteins, fats, and minerals, regarding the tested sesame varieties, permitted to identify three most appreciated sesame varieties, and also to point out their potential realms of use. Thus, LC162 and 38-1-7 varieties could be used, as protein and mineral additives respectively, in children's food. As for EF147 variety, it could be recommended for consumer oil. **Keywords:** content / fats / minerals / proteins / sesame / variety screening <footnote n="1"><sup>1</sup> Institut de Technologie Alimentaire (ITA), Route des Peres Maristes, Hann, Dakar, BP 2765 Dakar, Sénégal</footnote> <footnote n="2"><sup>2</sup> Université Cheikh Anta DIOP de Dakar, Avenue Cheikh Anta Diop, BP 5005, Dakar, Fann, Sénégal</footnote> <footnote>*Correspondance : birama.sene@ucad.edu.sn</footnote>
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# 1 Introduction Dans les pays en développement ou sous-développés, il existe un besoin urgent en produits végétaux alimentaires supplémentaires ou nouveaux pour répondre aux nombreux besoins nutritionnels ou économiques des populations. La dégradation de l'environnement agraire en Afrique, suite à la pénétration des climats vers les années 1970, a provoqué une diminution de la productivité des cultures vivrières en Afrique de l'Ouest et au Sénégal en particulier, ce qui fait perdre à l'arachide sa place de première culture de rente au Sénégal. La recherche d'alternatives aux cultures vivrières et de rente, s'impose ainsi pour assurer la subsistance des populations. La culture du sésame, connue pour ses besoins modestes en eau et en fumure (Boureima et al., 2010) et qui semblait répondre aux exigences de ce nouveau contexte, avait enregistré une forte reprise en pratique en Afrique, particulièrement au Sénégal vers les années 1985. Ainsi, ces dernières années, le sésame est de plus en plus cultivé dans la sous-région et au Sénégal en particulier, surtout dans les régions sud à sud-est du pays (Kolda, Ziguinchor et Tambacounda), du centre Nord et au Sud du bassin arachidier. Le sésame (Sesamum indicum L.), plante prometteuse de graines oléagineuses, avec un potentiel sous-utilisé dans l'industrie et dans l'alimentation en Afrique (Olowe et al., 2009), se positionne comme solution à la baisse de la productivité pour contribuer à la lutte contre la pauvreté des populations rurales. Son utilisation est très importante pour l'homme. Ses graines sont non seulement essentielles pour la production de l'huile et de la pâte (tehineh), mais aussi dans la formulation des aliments tels que Halaweh (de tehineh sucré) (Abou-Gharbia et al., 2000; Kanu et al., 2007). Cependant, pour une meilleure utilisation de ses graines, des études sur sa composition biochimique s'avèrent nécessaires. Appartenant à la famille des Pedaliaceae, le sésame est une plante ancienne des cultures oléagineuses indigènes cultivé dans les pays tropicaux et subtropicaux et principalement pour ses graines. Selon Burden (2005), les graines de sésame contiennent en moyenne 50 % d'huile, 25 % de protéines et 15 % de glucides. De fortes teneurs en huile des graines de sésame (35 à 60 %) ont été aussi rapportées par El Khier et al. (2008), Alyemeni et al. (2011), Borchani et al. (2010) et Jimoh et al. (2011). Les graines de sésame sont également source d'acides aminés essentiels et soufrés (Lee et al., 2003; Hahm et al., 2009). Elles sont riches en acides gras essentiels du groupe C18 (acides linoléique et linolénique) (Yogranjan et al., 2014). De plus, les graines de sésame contiennent de nombreux éléments minéraux et des vitamines (Kanu, 2011). Un profil minéral (mg/100 g) composé de Calcium 415,38 ± 3,14; Phosphore 647,25 ± 3,52; Potassium 851,35 ± 3,44; Magnésium 579,53 ± 0,42 et Sodium 122,50 ± 4,21 a été trouvé par Nzikou et al. (2010). Dar et Arumugam (2013) ont mis en évidence le fort plateau antioxydant du sésame avec des lignanes (sésamoline et sésamine). Il est aussi réputé d'être une source d'acides aminés essentiels et soufrés (Prakash et Naik, 2014). Selon Dang et al. (1997), les graines de sésame moulues pourraient être utilisées comme complément alimentaire contre la malnutrition infantile. Au regard de sa composition en huile, éléments minéraux, protéines, et antioxydants, le sésame (Sesamum indicum L.) est parfois considéré comme la « reine des graines oléagineuses » (Prasad, 2002; Gadade et al., 2017). Il occupe la 9e place parmi les 13 principales cultures oléagineuses qui représentent 90% de la production mondiale d'huile comestible (Adeola et al., 2010). D'ailleurs, son essor sur le marché international est dû à cette riche composition en matières grasses, en protéines, en éléments minéraux et à ses propriétés, entre autres. L'huile de sésame est aussi très riche en acides gras saturés et/ou insaturés. Afin de permettre aux producteurs de sésame de mieux valoriser leur activité, un programme de sélection variétale basé d'une part, sur les comportements agronomique et morphologique et d'autre part, sur la composition nutritionnelle pour laquelle les résultats de notre étude seront déterminants. Dans notre étude, nous avons effectué la détermination des teneurs protéiques et minéraux totaux tels que le calcium, le phosphore, le magnésium, le fer et le zinc ainsi que les teneurs en matières grasses. Le choix de ces paramètres est justifié par leur abondance et/ou leur rôle biologique essentiel dans le corps. Au total, les éléments minéraux représentent environ 4% du poids corporel et interviennent dans une large gamme de fonctions: minéralisation, contrôle de l'équilibre en eau, systèmes enzymatiques et hormonaux, systèmes musculaire, nerveux et immunitaire (Anses, 2017; https://www.anses.fr/fr/content/les-min%C3%A9raux). Cependant, pris individuellement, les minéraux choisis pour cette étude interviennent, chacun pour un bon fonctionnement de notre corps: le calcium intervient dans l'édification et le renouvellement du squelette et des dents (Brody, 1994). Il participe également à la contraction musculaire et cardiaque, à la coagulation sanguine, aux échanges cellulaires, à la perméabilité membranaire, à la libération d'hormones et à la transmission de l'influx nerveux. Le magnésium est un minéral essentiel pour l'activité enzymatique, comme le calcium et le chlorure. Il joue également un rôle dans la régulation du métabolisme glucidique et lipidique des tissus musculaires, cardiaques et nerveux et de l'équilibre acido-basique du corps. Le phosphore est nécessaire pour la croissance osseuse, la fonction rénale. Le phosphore est nécessaire pour la croissance osseuse et participe au bon fonctionnement de la fonction rénale de l'organisme. Il joue également un rôle dans le maintien de l'équilibre acido-basique du corps et participe à la plupart des réactions biochimiques de l'organisme, notamment sous forme d'adénosine triphosphate (ATP), la principale forme de stockage et de transport d'énergie dans la cellule. Quant au fer et au zinc, ils interviennent respectivement dans la fabrication et le fonctionnement de l'hémoglobine; une protéine des globules rouges qui véhicule l'oxygène depuis les poumons jusqu'aux cellules et dans la protection contre les radicaux libres et celles qui sont impliquées dans la synthèse protéique; d'où le rôle importance du zinc dans les phénomènes de renouvellement des cellules, de cicatrisation et d'immunité. L'objectif de cette étude est de participer au programme de sélection variétale de sésame au Sénégal en déterminant la ou les variété(s) la ou les plus riche(s) en protéines, en matières grasses et en éléments minéraux pour une recommandation dans des domaines potentiels pour leur utilisation après une transformation des graines: production d'huile de sésame, enrichissement en protéines (additif) dans les formulations de farines infantiles ou complément en éléments minéraux chez les enfants. Les informations scientifiques générées dans le cadre de la présente étude seront utiles aux phytochimistes et
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nutritionnistes pour contribuer au programme de sélection variétale afin d'améliorer les attributs de la qualité du sésame. # 2 Matériel et méthodes ## 2.1 Matériel expérimental et préparation des échantillons Les variétés de sésame étudiées appartiennent à la collection du CERAAS. Il s'agit de la « 32-15 » qui est issue d'un croisement de deux variétés, San Mario (Argentine) X Satara Branco (Brésil) et du « Birkan » issu d'un cultivar-mutant turc par rayons gamma de la variété Muganli-57 ; deux parents homologués au Sénégal qui nous viennent respectivement du Burkina Faso et de la Turquie, et des mutants « EF147, LC162, EF153 et LC164 » plus deux autres variétés « HB-168 et 38-1-7 », toutes, testées et appréciées en station et au champ au Sénégal. Les graines de sésame de ces variétés ont été nettoyées manuellement pour enlever celles endommagées. Ensuite, les graines nettoyées ont été triées et broyées puis stockées dans des sachets plastiques jusqu'à leur utilisation. ## 2.2 Analyses chimiques Les procédures standards ou les méthodes décrites dans AOAC (2007) ont été utilisées. Le nombre de répétions était de 4 pour les matières grasses et 6 pour les protéines et pour tous les minéraux étudiés. Le magnésium (mg/100 g) a été déterminé après digestion de l'échantillon (environ 1 g) en utilisant un spectrophotomètre d'absorption atomique (SAA) à 285,2 nm. La teneur en fer a été estimée à partir de la courbe d'étalonnage standard (0,125–0,25–0,5 mg Fer / l) préparée à partir de solutions certifiées à 1000 ppm et en utilisant de l'air-acétylène comme source de flamme pour l'atomisation. Le phosphore est déterminé sous forme de phosphate par la méthode spectrophotométrique à UV-visible, au moyen du vanadium phosphomolybdate (vanadate). Le phosphore présent sous sa forme orthophosphate (PO₄³⁻), réagit avec le réactif vanadate-molybdate pour produire un complexe jaune-orangé, dont l'absorbance est mesurée à une longueur d'onde de 470 nm. La teneur en phosphore est ensuite déterminée selon la courbe d'étalonnage standard (0–2,5–5–10–20–30–40–50 mg P / l) préparée en fonction de la concentration des étalons. Le fer (mg/100 g) a été déterminé après digestion de l'échantillon (environ 1 g) en utilisant un spectrophotomètre d'absorption atomique (SAA) à 248,3 nm. La teneur en fer a été estimée à partir de la courbe d'étalonnage standard (1,25–2,5–5,0 mg Fer / l) préparée à partir de solutions certifiées à 1000 ppm et en utilisant de l'air-acétylène comme source de flamme pour l'atomisation. Le calcium (mg/100 g) a été déterminé après digestion de l'échantillon (environ 1 g) par un spectrophotomètre d'absorption atomique (SAA) à 422,7 nm. La teneur en calcium a ensuite été estimée à partir de la courbe d'étalonnage standard (1–2–4 mg Ca / l) préparée à partir de solutions certifiées à 1000 ppm et en utilisant de l'air-acétylène comme source de flamme pour l'atomisation. Le zinc (mg/100 g) a été déterminé après digestion de l'échantillon (environ 1 g) par un spectrophotomètre d'absorption atomique (SAA) à 213,9 nm en utilisant de l'air-acétylène comme source de flamme pour l'atomisation. Le niveau de zinc a ensuite été estimé à partir de la courbe d'étalonnage standard (0,25–0,50–1,0 µg Zn / ml) préparée à partir de solutions certifiées à 1000 ppm et en utilisant de l'air-acétylène comme source de flamme pour l'atomisation. La teneur en protéines brutes de l'échantillon (environ 0,2 g) a été évaluée par la méthode de Kjeldahl avec un minéralisateur BUCHI Switzerland (kjeldigesteur K-449) et un distillateur kjelflex K-360). La teneur en azote multipliée par le facteur de conversion de l'azote en protéines (6,25) donne la teneur en protéines. La matière grasse brute (%) a été déterminée par extraction au soxtherm Gerhard, de l'échantillon (environ 1 g) en utilisant de l'hexane comme solvant. ## 2.3 Analyse statistique Des données en quintuplé ont été soumises à ANOVA en utilisant le système d'analyse statistique (XLSTAT) version 6.0. Les différences significatives entre les moyennes ont été déterminées par les tests à plages multiples de Turkey au seuil de 5%. # 3 Résultats et discussion ## 3.1 Caractéristiques physiques des graines de sésame La couleur des graines des huit génotypes ont été examinée par simple observations visuelles. Les graines de ces génotypes présentaient des couleurs variables allant du blanc, brun clair au brun. Ces variations de couleur ont été rapportées plus tôt par Gandhi et Srivastava (2007) puis par Mohammed et Hamza (2008). ## 3.2 Composition nutritionnelle ### 3.2.1 Composition minérale Le tableau 1 ci-dessus présente les teneurs en matière sèche des graines en éléments minéraux (Mg, P, Ca; Fer et Zn) des différentes variétés de sésame étudiées. Il ressort de ce dernier que les graines des variétés de sésame étudiées contiennent une quantité importante de minéraux. La concentration moyenne en mg/100 g de matière sèche du calcium (630,42) est plus élevée, suivie de celle du phosphore (603,74), du magnésium (390,59), du fer (10,50) et en fin du zinc (6,54). La composition minérale (Ca, P, Mg, Fer, Zn) des différentes variétés de sésame a montré des variations significatives. Leur choix se justifiait par leurs rôles dans l'organisme mais il existe d'autres minéraux. Parmi les macro-minéraux analysés, le calcium était prédominant suivi du phosphore et ensuite vient le magnésium. Cet ordre de prédominance des teneurs corrobore les études de Deosthale (1981), Elleuch et al. (2007), Kanu (2011) et de Deme et al. (2017). Par contre, pour les deux microéléments minéraux analysés, le fer a donné la valeur moyenne la plus élevée (15,63 ± 2,58 mg/100 g) avec la variété EF153, suivi du zinc avec 7,88 ± 0,40 mg/100 g pour la variété 38-1-7. Les teneurs en fer et en zinc, obtenues dans cette étude sont en accord avec les travaux rapportés par Deme et al. (2017). Des teneurs similaires ont été aussi rapportées par Sene et al. (2017) sur une variété très prisée au Sénégal avec la
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<table><caption>**Tableau 1.** Teneur en pourcentage pondéral (mg/100 g) de matière sèche des graines en éléments minéraux (Mg, P, Ca; Fer et Zn) des différentes variétés de sésame. Les moyennes d'une même colonne suivies d'une même lettre ne sont pas statistiquement différentes (α ≤ 0,05).</caption><thead><tr><th>Variétés</th><th>Magnésium</th><th>Phosphore</th><th>Calcium</th><th>Fer</th><th>Zinc</th></tr></thead><tbody><tr><td>EF 153</td><td>328,92 ± 6,88 b</td><td>535,20 ± 2,54 a</td><td>559,15 ± 30,91 bc</td><td>15,63 ± 2,58 f</td><td>5,43 ± 0,07 a</td></tr><tr><td>LC 164</td><td>338,87 ± 5,60 b</td><td>553,59 ± 2,10 a</td><td>654,69 ± 26,42 f</td><td>12,04 ± 6,73 e</td><td>5,86 ± 0,12 ab</td></tr><tr><td>HB 168</td><td>445,75 ± 10,81 e</td><td>608,91 ± 26,20 b</td><td>532,56 ± 7,43 b</td><td>10,45 ± 6,43 c</td><td>6,57 ± 0,12 c</td></tr><tr><td>38-1-7</td><td>455,04 ± 10,90 e</td><td>711,17 ± 4,03 d</td><td>973,22 ± 8,06 g</td><td>10,86 ± 1,63 d</td><td>7,88 ± 0,40 d</td></tr><tr><td>Birkan</td><td>381,34 ± 8,70 c</td><td>592,47 ± 10,31 b</td><td>596,55 ± 21,25 cd</td><td>8,86 ± 10,07 b</td><td>6,64 ± 0,33 c</td></tr><tr><td>LC 162</td><td>414,94 ± 6,00 d</td><td>609,46 ± 11,92 b</td><td>610,89 ± 13,18 de</td><td>8,73 ± 0,77 b</td><td>6,30 ± 0,43 bc</td></tr><tr><td>32-15</td><td>447,29 ± 1,61 e</td><td>665,18 ± 21,10 c</td><td>475,00 ± 15,58 a</td><td>10,96 ± 3,05 d</td><td>7,55 ± 0,45 d</td></tr><tr><td>EF 147</td><td>312,55 ± 1,44 a</td><td>553,96 ± 11,47 a</td><td>641,32 ± 29,98 ef</td><td>6,45 ± 6,08 a</td><td>6,07 ± 0,49 abc</td></tr><tr><td>Moyenne</td><td>390,59</td><td>603,74</td><td>630,42</td><td>10,50</td><td>6,54</td></tr></tbody></table> <table><caption>**Tableau 2.** Teneurs en protéines et matières grasses des différentes variétés de sésame comparées à celles de la littérature.</caption><thead><tr><th>Variétés</th><th>Protéines (%)</th><th>Matières grasses (%)</th><th>Protéines rapportées(%)</th><th>M grasses rapportées(%)</th></tr></thead><tbody><tr><td>EF153</td><td>25,26 ± 0,42 b</td><td>51,74 ± 0,74 cd</td><td>22 ± 1,5 (Gharby et al., 2015)</td><td>52 ± 2,5 (Gharby et al., 2015)</td></tr><tr><td>LC164</td><td>25,66 ± 0,61 b</td><td>50,22 ± 1,02 abc</td><td>34,4 ± 0,8 (Sabah El et al., 2008)</td><td>47,4 ± 0,4 (Sabah El et al., 2008)</td></tr><tr><td>HB168</td><td>26,92 ± 0,25 c</td><td>49,78 ± 0,29 abc</td><td>20 ± 0,12 (Nzikou et al., 2009)</td><td>54 ± 0,16 (Nzikou et al., 2009)</td></tr><tr><td>38-1-7</td><td>22,59 ± 0,07 a</td><td>49,46 ± 1,04 ab</td><td>19 ± 1 (Ogbonna et Ukaan, 2013)</td><td>36 ± 5 (Ogbonna et Ukaan, 2013)</td></tr><tr><td>Birkan</td><td>26,67 ± 0,34 c</td><td>50,92 ± 1,19 bcd</td><td>21 ± 0,1 (Unal et Yalcsn, 2008)</td><td>54,3 ± 1 (Unal et Yalcsn, 2008)</td></tr><tr><td>LC162</td><td>29,37 ± 0,18 d</td><td>48,65 ± 0,47 a</td><td>18,92-23 (Hassan, 2012)</td><td>56-60 (Hassan, 2012)</td></tr><tr><td>32-15</td><td>25,74 ± 0,27 b</td><td>51,12 ± 1,4 bcd</td><td>24,63 (Borchani et al., 2010)</td><td>49,7 (Alyemeni et al., 2011)</td></tr><tr><td>EF147</td><td>25,39 ± 0,55 b</td><td>52,45 ± 0,59 d</td><td>21,78 (Jimoh et al., 2011).</td><td>43,3 Gopalan et al., (2011)</td></tr></tbody></table> M = matières. même tendance de variation des teneurs, faisant du calcium l'élément minéral majoritaire, suivi du phosphore et du magnésium. De toutes les variétés étudiées, 38-1-7 a la plus forte teneur en calcium (973,22 ± 8,06) et la plus faible (475,00 ± 15,58) était trouvée sur la variété 32-15. Les teneurs en calcium de cette étude sont inférieures à celles rapportées par Sher et al. (2010) et par Zebib et al. (2015) qui ont trouvé, respectivement 1450 mg/100 g et 1225,71 ; 1172,08 mg/100 g dans certaines variétés de sésame indiennes et dans des cultivars éthiopiens. Une teneur plus faible en Ca (228,3 mg/100 g) a été rapportée chez certains cultivars libanais par Pellett et Shadarevian (1970) cités par Alyemeni et al. (2011). De même, Nzikou et al. (2010) ont obtenu des teneurs de calcium (415,38 mg/100 g) inférieures aux nôtres. Les teneurs en phosphore varient entre 535,20 (EF153) et 711,17 (38-1-7) mg/100 g chez toutes les variétés étudiées. Cette fourchette de teneurs en phosphore est en-deçà des résultats de Deosthale (1981) sur certains cultivars indiens qui ont donné de teneurs plus élevées (872 mg/100 g). Comparées aux résultats de teneurs (540 à 640 mg/100 g) d'Alyemeni et al. (2011) sur des cultivars saoudiens, nos variétés affichent une meilleure composition en phosphore mais confirment les teneurs trouvées par Nzikou et al. (2010) (647,25 mg/100 g). Nous avons noté que les valeurs obtenues pour le magnésium (312,55 à 447,29 mg/100 g) sont plus élevées que celles rapportées par Alyemeni et al. (2011) sur des variétés saoudiennes et indiennes et plus faibles que celles (579,53 mg/100 g) de Nzikou et al. (2010); cette variabilité de teneurs de ces macroéléments pourrait être attribuée à des combinaisons de facteurs environnementaux et génétiques ainsi qu'aux méthodes utilisées pour l'analyse. Les résultats ont montré qu'entre les variétés, et selon l'élément minéral, quelques ressemblances de teneurs sont notées dans la quantification de minéraux. Ce qui semble indiquer des relations de parenté entre les variétés. Cette ressemblance est notée entre les deux mutants (EF153 et LC164) de la variété de 32-15 pour les teneurs en magnésium et en phosphore et entre les variétés HB168 et 38-1-7 pour la teneur en magnésium. Il est aussi important de noter la différence des teneurs non significative entre les deux parents 32-15 et 38-1-7 pour les trois éléments minéraux que sont le magnésium, le fer et le zinc (Tab. 1). Le calcium et le magnésium jouent un rôle important dans la photosynthèse, le métabolisme des hydrates de carbone, des acides nucléiques et des agents de liaison des parois cellulaires (Russell, 1973). ### 3.2.2 Teneur proximale en protéines et en matières grasses des graines de variétés de sésame Le tableau 2 présente les résultats de la composition en protéines et en matières grasses brutes des graines des variétés de sésame soumises à notre étude. Il ressort de cette étude que la teneur en protéines dans les graines entières des variétés de sésame varie de 22,59 % à 29,37 % avec une valeur moyenne de 25,95 %. La variété LC162-1 présente la meilleure teneur en protéines (29,37 %) et la variété 38-1-7, la plus faible teneur (22,59 %).
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Cette variation des teneurs en protéines est généralement attribuée aux facteurs génétiques et/ou environnementaux ou à la méthode d'analyse. Toutefois, la fourchette des teneurs en protéines dans nos échantillons de variétés est plus large que celle rapportée par Kahyaoglu et Kaya (2006) et Adebowale et al. (2011) et dont les valeurs sont respectivement (16,20% à 26,29%) et (12% à 23,0%). Une gamme de teneurs en protéines de 19% à 25% qui est en-dessous de nos résultats a été aussi trouvée par Yahya (1998) avant d'être confirmée par celle (19,81% à 24,45%) d'Ozkan et al. (2012) sur des variétés de sésame turques. Comparées aux résultats (32 à 40%) trouvés par El Khier et al. (2008), nos variétés de sésame présentent des teneurs en protéines plus faibles mais donnent des teneurs supérieures à celles mesurées par Unal et Yalcsn (2008); Hassan (2012) et Gharby et al. (2015). Nos résultats sont aussi inférieurs au contenu de protéines trouvé par Orruno et Morgan (2007) et à celui rapporté par Kim et al. (2014) sur des variétés de sésame noir et blanc. En revanche, la moyenne brute des teneurs en protéines (25,95%) obtenue dans cette étude est également supérieure aux valeurs moyennes de 24,63%, 21,78% et 20,00% rapportées respectivement par Borchani et al. (2010), Jimoh et al. (2011) et Nzikou et al. (2010). Prenant seule la variété LC162, qui donne la meilleure teneur en protéine de notre étude, elle affiche une teneur en protéines supérieure à celles des cultivars de sésame analysés dans d'autres pays comme au Maroc 22%, au Congo 20%, au Nigéria 19%, en Turquie 21% et en Égypte 18,93% (Gharby et al., 2015). Sa teneur en protéines est aussi au-dessus de celles de l'arachide qui donne 27,50% en moyenne et du niébé qui fournit 19,90% de protéines. Cette particularité nous amène à la recommander dans ce programme de sélection et plus spécifiquement pour l'enrichissement en protéines (additif) dans les farines infantiles. Il est évident que la protéine est l'un des nutriments qui sont souvent faibles dans les produits végétaux. Étant donné qu'une teneur élevée en huile enregistrée dans les cultivars marocains (plus de 50%) est un trait souhaitable pour les programmes de sélection visant à améliorer les cultivars de sésame, certaines de nos variétés étudiées EF153, 32-15 et EF147 méritent une sélection. Elles ont des teneurs en matières grasses supérieures à 50%. En outre, il existe une différence significative entre les variétés concernant la teneur en matières grasses : elles varient de 48,65% à 52,456% avec une moyenne de 50,548%. Cette variabilité de la teneur en huile ne peut être attribuée qu'aux facteurs variétaux, environnementaux, à l'interaction des deux facteurs, à la date de récolte des graines ou à la méthode d'analyse. La meilleure teneur est observée avec la variété EF147 tandis que la variété LC162 affiche la plus faible teneur en matières grasses. Les résultats de la présente étude sont conformes aux conclusions de Mohammed et Hamza (2008), de Nzikou et al. (2009) et d'Asghar et Majeed (2013). Des résultats similaires (49,7%) ont été rapportés par extraction à partir de graines de sésame par Alyemeni et al. (2011) et Gadade et al. (2017). Ils corroborent les résultats de Bahkali et al. (1998) et de Dernekbasi et al. (2017) qui rapportent une composition respective de 43,2% à 54,0% et 47,8 à 52,2% d'huile dans des variétés turques. Ils sont aussi en accord avec la moyenne de teneurs (50%) trouvée par Kanu et al. (2007) mais également corroborent les conclusions en contenu d'huile (51%) des variétés de sésame étudiées par Peter (2004). D'autres études menées par Zebib et al. (2015) sur des variétés égyptiennes ont donné des résultats similaires (50,88%; 52,67%; 51,18%) pour les matières grasses. Cependant, les résultats de cette étude diffèrent de ceux de Makinde et Akinoso (2013 et 2014) sur des variétés nigérianes qui ont donné une moyenne de 46,09±0,04% de teneurs en matières grasses. Comparées aux résultats de Gopalan et al. (2011) et de Bukya et Vijayakumar (2013) qui ont trouvé respectivement 43,30% et 44,53% de matières grasses sur des graines entières de variétés de sésame en Inde, nos variétés donnent, toutes, des teneurs au-delà de leurs résultats. Cependant, Hassan (2012) a rapporté une teneur en huile de cultivars de sésame de 56%. D'autres moyennes de teneurs en huile significativement plus élevées (63,25%) ont été rapportées chez les cultivars turcs (Baydar et Turgut, 1999). Étant donné que la température influence la teneur en huile, Rondanini et al. (2003) ont rapporté qu'un stress hydrique précoce entraîne une réduction de la teneur en huile et lorsqu'il est tardif, il induit une augmentation de la teneur en huile. Cependant, selon El Asri et al. (2000) puis Flagella et al. (2000), un stress modéré après écoulement a toujours entraîné une augmentation de la teneur en huile. Par ailleurs, comparée aux teneurs habituelles d'huile de l'arachide (47,60%) et du soja (20%), la variété EF 147 qui est la plus riche en matières grasses (52,47±0,60%) de toutes les variétés de sésame étudiées, donne une teneur en matières grasses plus élevée. Par conséquent, elle est recommandée dans ce programme de sélection pour une production d'huile par une transformation de ses graines. Sa sélection dans ce programme pourrait impacter directement le niveau des revenus des populations qui sont dans la filière sésame. Comparées à d'autres spéculations comme le niébé et l'arachide, bien prisés, pour leur composition respective en protéines et en matières grasses, les variétés LC 162 et EF 147 donnent respectivement des teneurs en protéines (29,37±0,18%) et des teneurs en matières grasses (52,45±0,59%) plus importantes par rapport aux variétés 81D et 87D de niébé et aux variétés A26 et A32 de l'arachide. Selon Nwaga et al. (2000), les variétés de niébé 81D et 87D ont donné respectivement 24,34% et 29,21% de protéines et les variétés d'arachide A26 et A32 (27% et 49,50%) de matières grasses. L'étude corrélative de teneurs en protéines et en matières grasses montre que plus une variété est riche en protéines, moins bonne est sa teneur en huile. ## 4 Conclusion Cette étude montre que les graines de variétés de sésame de notre collection représentent une bonne source de protéines et de matières grasses brutes, mais aussi d'éléments minéraux comparées aux autres variétés de sésame cultivées dans le monde. Les variétés LC 162 et EF 147 présentent respectivement de très bonnes compositions protéiques et en matières grasses par rapport à toutes les variétés étudiées alors que la meilleure teneur en minéraux était obtenue avec la variété 38-1-7. Par conséquent, elles pourront être sélectionnées dans ce programme d'amélioration mais aussi pour la valorisation du sésame respectivement dans l'enrichissement en protéines des farines infantiles, dans la production d'huile et pour un complément en éléments minéraux. Cependant, pour une utilisation nutritionnelle plus efficace, il serait nécessaire de
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Étude de la composition minérale et des teneurs en protéines et en matières grasses de huit variétés de sésame (<i>Sesamum indicum</i>L.) introduites au Sénégal pour un criblage variétal
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procéder à des traitements qui réduisent la teneur en acide phytique de la graine. En plus, l'utilisation des graines de sésame comme aliment fonctionnel pour la nutrition humaine devrait être réalisée en mélange avec d'autres fruits concentrés. ## 5 Perspectives pour une étude plus exhaustive Au vu des teneurs obtenues dans cette étude sur certaines variétés et l'importance de ces nutriments dans l'organisme, il serait important de poursuivre l'étude afin de mesurer la biodisponibilité de ces éléments minéraux, en déterminant la composition des acides aminés essentiels et en étudiant le profil des acides gras de toutes les variétés. Cela permettrait une caractérisation plus complète et donc une recommandation précise pour leur sélection dans le cadre d'un programme d'amélioration et de redynamisation de la filière sésame. ## Références Abou-Gharbia HA, Shehata AAY, Shahidi F. 2000. 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Jacques Perriault : le profil d’un dénicheur et passeur d’idées
Henri Hudrisier
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Informatique
Distances et médiations des savoirs
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Cela fait maintenant presque deux ans que Jacques Perriault nous a quittés et sa disparition permet judicieusement d’analyser diachroniquement son apport scientifique. En effet, le décès d’un chercheur le replace obligatoirement dans une chronologie de l’histoire technique, scientifique et pour ce qui est des usages dans celle bien sûr des mentalités. De ce point de vue nous saute aux yeux sa qualité première de pionnier en matière d’usage des technologies d’information et de communication. Jacques était un « dénicheur » de sujets d’études. Il ne les gardait jamais jalousement pour les approfondir avaricieusement, il aimait les partager avec des étudiants, en faire des sujets de colloques, des projets de recherche ou de mise en œuvre pilote. Très souvent, ses premiers résultats d’études il les semait pour qu’ils germinent dans des conversations entre amis : le maître mot pour le définir serait : « Jacques Perriault était avant tout un passeur ». Tombé très tôt dans l’informatique, puis aussi dans le multimédia, son souci constant a consisté à en généraliser les usages sociaux, notamment dans le champ de l’éducation qui était son domaine. Même s’il a pu parfois être considéré comme un techno-optimiste du progrès numérique, il est indéniable que son approche des usages l’inclinait à savoir prendre en compte les effets négatifs, voire les scénarios catastrophes, mais aussi les détournements d’usages qui l’ont toujours passionné. Mais il est vrai que sa passion d’augmenter (mais aussi d’argumenter) la diffusion du savoir par les technologies faisait ressortir chez lui son optimisme du progrès techno-informationnel. Il aimait à dire, comme son ami Seymour Papert, qu’ils avaient grandi à une époque du tout analogique, un temps des engrenages, des bielles-manivelles et du presse-bouton. C’était un temps où la grande majorité des techniques nous étaient transparentes, au moins dans leur principe. Comme aimait à le dire Jacques : « Nous sommes une génération élevée avec des machines fonctionnant avec des ressorts et des rouages ». L’informatique des années 70 nous a projetés dans une nouvelle ère, celle où de nouvelles machines exigeaient pour pouvoir fonctionner d’être préalablement programmées, chacune selon un objectif programmatique spécifique. On entrevoyait bien sûr une nouvelle génération de technologies informatiques qui serait celle du génie logiciel ou des logiciels en kit. Néanmoins, pour nous, l’informatique continuait de s’inscrire dans la continuité de ce temps mécanique. La grande rupture, celle pourtant que nous avions tant espérée en ces périodes pionnières de l’informatique puis du multimédia, advint dès lors que l’échelle de la programmation explosa, induite par le cumul exponentiel des briques logicielles qui entraîna de facto une opacité des logiques programmatiques associées. Ce fut pour la génération des pionniers comme Jacques Perriault une rupture épistémologique qui n’alla jamais de soi. Elle nous marqua d’un questionnement constant : « certes on peut accepter sans problème la rapidité et la puissance du calcul, mais a-t-on le droit de céder, tout au moins pour la science et la transmission du savoir, à l’opacité d’un processus logiciel complexe ? » À moins que la sûreté et la qualité de ce maquis des logiques programmatiques associées soient garanties par l’État, d’où le développement des normes dans l’informatique, plus spécifiquement pour ce qui importait à Jacques, l’interopérabilité ou la réutilisabilité des briques logicielles et des ressources pédagogiques. # Un personnage de consensus 1 Pour ne pas alourdir le propos je préfère utiliser uniformément TICE ou TIC, même si je sais que po (...) 4Pour évaluer une personnalité comme Jacques Perriault dans son apport à la recherche, mais aussi sa contribution en matière d’usage des TICE1, j’aimerais souligner en ouverture combien ses activités, fonctions ou postures sont riches de diversité : tant en termes de discipline ou de multidisciplinarité d’analyse. D’aucuns ont pu lui reprocher cette trop grande variété d’activités, mais il me semble pourtant que l’hyperconvergence des TIC exige que collaborent en synergie des chercheurs hyperspécialisés, mais aussi des esprits encyclopédiques soucieux de débusquer des similarités et d’activer des correspondances. D’autre part je crois essentiel de ne jamais négliger sa personnalité, son caractère charismatique (quelquefois difficile), son humour de Pataphysicien et d’Oulipien, son « humanisme tricontinental militant ». Son militantisme transgressif, il pouvait lui arriver de le pousser au-delà des intérêts de l’instance qu’il présidait comme l’AFNOR-CN36. Mais sur le long terme, les avantages l’emportaient toujours sur la gêne ou la déstabilisation passagère. Dans la communauté internationale de l’ISO (ou quelquefois strictement nationale dans le cadre de l’AFNOR) pour établir des normes, le but suprême est avant tout le consensus. Il est souvent difficile et hautement polémique de l’atteindre, mais, une fois établi, l’unanimisme règne. Une personnalité comme Jacques Perriault avait pour immense avantage d’obliger parfois la communauté des experts à reconsidérer les fondements, la valeur technique ou d’usage, les risques de telle ou telle « splendide unanimité en passe de devenir norme ». Certains consensus de normes techniques peuvent avoir à terme des conséquences non seulement techniques (les industriels repèrent assez efficacement ces risques), mais des risques d’usages, voire des risques éthiques. Jacques Perriault était vraiment très apprécié par la communauté des normalisateurs des TICE parce qu’il n’avait jamais peur de les bousculer, souvent à bon escient, notamment en phase finale d’établissement d’un consensus. # Jacques Perriault, une « lanterne magique » dans le champ de l’interdisciplinarité Jacques Perriault n’avait de cesse de se mettre au service d’un « progrès technique numérique en matière de transmission du savoir » et il savait utiliser comme moteur de sa propre recherche la grande diversité de ses désirs d’exploration technique et scientifique, ce qui le conduisait à théoriser ses travaux dans un contexte souvent complexe, interdisciplinaire, interlinguistique, multimédia, multimodal, interculturel, qui ne lui faisait jamais peur, mais qui, pour certains, était ressenti comme une provocation, voire une démarche non scientifique. 2 L’analyse institutionnelle est un courant de sociologie critique qui prend naissance à la fin des a (...) 7N’oublions pas aussi de souligner que la génération de Jacques Perriault s’est épanouie à la grande époque de « l’analyse institutionnelle2 » qui s’est révélée être une démarche particulièrement adaptée pour faire évoluer des domaines où l’autorité est au centre du dispositif comme la psychiatrie et l’éducation. Changer les rôles et positions de tel ou tel acteur d’un processus, comparer les démarches scientifiques de plusieurs disciplines, les mettre en concurrence pour étudier un même objet est souvent très productif. Certes on pourra toujours dire que la posture interdisciplinaire entraîne le chercheur concerné à apporter une faible valeur ajoutée à chacun des domaines qu’il explore, mais, d’un autre côté, nombreux sont les chercheurs plus sectorisés qui témoignent de la grande importance qu’a constitué pour eux le fait d’avoir travaillé avec Jacques Perriault, de l’avoir eu comme directeur d’étude ou plus simplement de l’avoir croisé au cours de leur carrière. Directeur d’études à l’EHESS, comme enseignant servant de liant dans une toute nouvelle filière DEA science de l’INFO-COM (dans la 1ère année de normalisation de la 6e section de l’EHESS), il constituait un des meilleurs facteurs d’interdisciplinarité avec : 1) les mathématiques sociales avec entre autres Jean Paul Gilg (Opération Pilote Interministérielle de Télédétection, OPIT ; Inria) ; les statistiques démographiques avec Hervé Le Bras. 3 R. C. Cros, J. C. Gardin, F. Levy, L’Automatisation des recherches documentaires. Un modèle général (...) 112) Un archéologue comme Jean-Claude Gardin utilisateur et co-créateur du Syntol3, langage de description des objets et faits archéologiques. 4 Cf. Philippe Bonnet, La méthodologie de Pierre Bourdieu en action (2015), 21-42. Chapitre 2. Pour u (...) 123) Pierre Bourdieu qui eut avec Ben Zécri un débat extrêmement productif à propos de l’analyse multidimensionnelle des données4. 4) Les sémio-linguistes notamment (Greimas, Barthes, Ducrot). 5) Des chercheurs en Information scientifique et technique (Jean Meyriat, Madeleine Wolff-Terroine). 5 Mais aussi la mécanographie, ou la graphique : Bertin Jacques (1967). Sémiologie graphique, Paris, (...) 156) Mais aussi des spécialistes de l’analyse de l’image Christian Metz, Marc Ferro, Roland Barthes, ou des personnalités malheureusement très oubliées comme Jacques Bertin5. Toutes ces personnalités du monde de la recherche en sciences sociales voyaient en Jacques Perriault un collègue, mais aussi un exemple pour les aider à affronter la mutation du numérique que certains redoutaient. # Un prosélyte du savoir à distance (et de la normalisation informatique) 6 Ou plutôt d’instances préexistant à l’ISO. 7 Les normes sont une facette fondamentale de la diplomatie technique et à l’UIT (Union International (...) 17Pour ce qui est de la normalisation des technologies de l’éducation et de la formation en France, en Europe et dans la francophonie, Jacques Perriault a joué un rôle de mobilisation des acteurs considérable. Cette question qui le concernait du fait des freins d’usages dus à l’incompatibilité et la non-réutilisabilité grandissante des TICE est devenue pour lui un sujet théorique, un versant fondamental de la logique de l’usage. Historiquement, c’est surtout à partir du 19e siècle que des institutions (IEC, UIT, ISO)6 ont été fondées pour que des normes réglementent et garantissent étatiquement, puis internationalement7 des savoir-faire professionnels ou d’usages, mais aussi la qualité, la sécurité des productions qui de ce fait sont rationalisées, inaugurant ainsi l’ère du machinisme. C’est en effet une mutation de la spécification des activités qui s’installe après l’ère artisanale. La concurrence souvent contre-productive pour le progrès technique est dépassée lorsque des produits semi-finis peuvent être échangés sous garantie d’État, ouvrant de nouveaux potentiels de mise en œuvre grâce à l’assemblage modulaire de nombreux « composants normalisés (poutrelles métalliques, et pour les TIC, composants électroniques ou briques logicielles) » : ainsi s’instaure le machinisme, puis l’ère néo-industrielle. D’une certaine façon le passage de la standardisation (presque aussi vieille que la spécification des métiers dont elle pérennise les tours de main, les processus) à la normalisation permet la « socialisation des usages des technologies », mais fonde aussi des « biens communs » nationaux ou internationaux de la culture technique. 8 AFNOR, CEN, ISO, etc. 18Pour un universitaire la normalisation est un travail d’innovation collective, par construction anonyme qui rend très souvent la participation aux instances nationales et internationales8 de normalisation antithétique, voire contre-productive en termes de carrière, par rapport à la recherche académique. La standardisation de son côté pérennise souvent des secrets de fabrication, elle amorce des cycles vertueux entre création d’innovations qu’il faut protéger sans partage par des brevets, mais périodiquement sont mis en place des normes qui élargissent considérablement tel ou tel ensemble technique, en l’occurrence les TICE. Cette complémentarité, extrêmement passionnante à analyser, concerne étroitement la logique de l’usage. Malheureusement pour pouvoir étudier les usages des experts en normalisation, et plus encore celui de la standardisation, il n’est pas d’autre solution que de choisir la voie de la recherche-action, seul moyen de pénétrer cette communauté restreinte et confidentielle. Sachant que la mise en place de ces normes et standards conditionne hautement le devenir du développement des TIC(E), tant en termes de création de nouveaux usages que de technologies, peut-on considérer que l’universitaire qui contribue à ces instances, et par là fait gagner une visibilité prospective de deux ou trois ans, améliorant hautement sa vision technologique, infléchissant les choix d’une communauté disciplinaire et nationale, est un véritable chercheur ? De plus, cette participation active étant souvent le seul moyen d’analyser les choix faits en amont des TIC(E), il paraît légitime de penser qu’il s’agit de contribution effective à la recherche. Sur ces sujets Jacques Perriault n’a pas ménagé sa peine. Il a été un prosélyte extrêmement actif du savoir à distance convergent puis normalisé. # Un pionnier de la logique de l’usage informatique dans la recherche scientifique Mes premières rencontres avec Jacques Perriault datent de 1974 à l’EHESS : il y était chargé de cours et j’y étais doctorant. Il s’était investi dès les débuts des années 70, dans les usages sociaux de l’informatique. Les sciences sociales commençaient à connaître une révolution entre des Anciens (adeptes des méthodes traditionnelles de formalisation exclusivement consignées sur fiches et cahiers), et des Modernes, partisans de nouvelles pratiques de formalisation rationnelle du discours scientifique dont l’informatique devenait un support potentiel. 9 Enseignement, responsabilités institutionnelles, rapports, activisme militant pour l’information pu (...) 21Il est difficile de comprendre le rôle essentiel de « passeur » qu’a pu être Jacques Perriault si on ne replace pas l’ensemble de ses travaux9 dans une histoire du progrès technique des TIC, émergeantes à cette époque, et de l’impact qu’elles pouvaient avoir sur les nouveaux potentiels d’usages d’un discours scientifique obligatoirement repensé. Cinquante ans après les années 70, nous vivons dans un monde du numérique omniprésent et inévitable dans lequel, sauf exception, les langages informatiques nous sont devenus indispensables, mais totalement opaques. Pour un scientifique, ou même un élève, la bonne logique voudrait que nous devrions pouvoir être capables de construire et déconstruire la totalité du système symbolique (calcul, description, démonstration) qui nous permet de traiter des données. Or, ce programme a été un des soucis constants de Jacques Perriault notamment dans les vingt premières années de son parcours, mais aussi tout au long de sa vie. N’oublions jamais que les pionniers comme Jacques Perriault travaillaient avec des langages dont la logique d’organisation du raisonnement (la programmation) s’appuyait sur le potentiel d’un seul langage (Fortran, Basic, Cobol...) qui s’articulait directement avec le « langage machine ». 10 Perriault, J. (1989). La logique de l’usage. Essai sur les machines à communiquer, Paris : Flammari (...) 11 Perriault, J. (1972). L’ordinateur à l’école, révolutions informatiques. Actes de la décade "l’hom (...) 24C’est précisément parce qu’il appartenait à la communauté des pionniers des usages de l’informatique en construction et transmission du savoir que le travail de Jacques Perriault a été si marquant. Il est important de replacer ses publications dans l’histoire des mentalités et surtout des « potentiels techniques » des années 70 puis 80 lorsqu’il publie chez Flammarion en 1989, La logique de l’usage10 deux ans après sa thèse d’État quasi éponyme sous la direction d’Anne-Marie Laulan. Cet ouvrage est l’aboutissement de nombreux travaux publiés dès le début des années 70 sur les usages sociaux (et plus particulièrement scolaires) de l’informatique11. 12 De ce point de vue Jacques Perriault fut mon mentor (comme pour nombre de mes condisciples doctoran (...) 25Pédagogiquement parlant, l’informatique pionnière avait beaucoup d’avantages : l’apprenant, surtout le débutant, était obligé d’acquérir un très grand nombre de notions fondamentales de la cybernétique et des technologies de l’informatique, ce qui induisait une obligation de formalisation logique extrêmement rigoureuse. Mais, en revanche, tout projet d’utilisation un peu ambitieux était limité par le manque total de normalisation des fonctions logicielles produites. C’est dans la mise en évidence de la tension entre ces deux contraintes que la « logique de l’usage » telle que la propose Jacques Perriault prend tout son sens : l’élève (ou le chercheur12) conduit sa pensée de façon intéressante parce qu’il doit l’articuler, la calculer, la programmer au plus près d’une expression en « mots numériques (très vite des octets) », il maîtrise donc l’entièreté du raisonnement. En revanche, pour construire de plus vastes corpus scientifiques, on doit se contenter de cette informatique rustique rendant presque impossibles la transmission et la récupération des données de projet à projet. La transmission des données pédagogiques est, elle aussi, impossible. Les standards et les normes d’échange sont indispensables. L’exigence de normalisation, consubstantielle à l’informatique, traverse en permanence tout le travail de Jacques Perriault même s’il ne pense pas immédiatement à théoriser ce domaine. # Jacques Perriault et la convergence multimédia en « ensembles techniques » 13 Par exemple, une valise multimédia pédagogique éditée par la Documentation française ou le CNDP pou (...) 26En toutes ces matières, les discussions avec Jacques Perriault étaient pour moi essentielles, car elles permettaient de revenir avec un regard critique en des temps où les mass-médias étaient tous analogiques, et de ce fait, avaient beaucoup de difficulté pour converger avec l’informatique qui n’était pas encore, loin de là, un média de masse. La notion même de convergence des médias constituait à l’époque un anachronisme en termes d’histoire technologique. Il faut de surcroît souligner qu’analogique, comme d’ailleurs multimédia, avaient des significations beaucoup plus larges et hétérogènes qu’aujourd’hui13. 14 Rapport du Jacudi (Japan Computer Usage Development Institute), relevant du MITI (ministère de l’In (...) 15 Nora, S. et Minc, A. (1978). L’informatisation de la société. Paris : La Documentation française. 27L’extrême diversité des paradigmes technologiques de « l’ensemble technique » de la médiatisation de l’information et de la communication était en passe de s’unifier dans le numérique : les spécialistes du domaine l’envisageaient à moyen terme comme l’atteste par exemple le Rapport du Jacudi14 et le Rapport Nora-Minc sur la Télématique15, mais cette convergence ne devint réellement effective qu’au tournant de 2010, suite à l’abandon du broadcast analogique pour la télévision. C’est dans les séminaires de Jacques Perriault que j’ai compris toute l’importance de la « culture technique » et l’importance de Bertrand Gilles ou de Simondon. Hussard de la République « promotion Chevènement », Jacques Perriault n’avait de cesse qu’une élite informée des enjeux sociéto-technologiques se mobilise. Il se sentait porteur d’une véritable mission pour l’enseignement et la recherche : la convergence des logiques d’usages des supports, des réseaux et des divers « lutrins électroniques ». 16 Pour la communauté des disciples de Jacques Perriault, « l’effet diligence » constitue un clin d’œi (...) 29Pour gérer les divers projets pilotes dont il avait la responsabilité, Jacques Perriault aurait pu tenter leur standardisation en vue de générer une interopérabilité. Mais en fin technologue, il savait inutile de standardiser des technologies de transition. Si la convergence des technologies tardait tant, c’est que les industriels des grandes multinationales de l’informatique n’avaient pas encore atteint les niveaux de performances (notamment pour les composants : circuits imprimés ou puces) permettant que cela devienne un marché solvable. Chaque firme se devait en priorité de développer ses propres innovations selon ses « standards propriétaires », ce qui générait un maquis d’incompatibilités, mais favorisait la poursuite des développements techniques purement électronique ou informatique (les machines) au détriment de vastes projets d’échange qui auraient exigé la mise en réseau de systèmes (des données et des ensembles logiciels). On peut sourire de « l’effet diligence16 », mais cette métaphore servit à beaucoup de fil d’Ariane, de test pour évaluer la maturité ou l’état de transition des technologies introduite dans un projet. 17 Le Domesday Book (ou simplement Domesday), en français Livre du Jugement Dernier, est l’enregistrem (...) 30En toutes ces matières, les discussions avec Jacques Perriault étaient essentielles : par exemple grâce aux réseaux de transmission de la BBC, le Royaume-Uni était capable d’envisager une expérimentation pédagogique d’envergure, le « Domesday Book BBC BiteSize17 », reprise métaphorique par la BBC du Domesday Book de Guillaume le Conquérant pour désigner une approche pédagogique multidisciplinaire couvrant l’ensemble du territoire de l’Angleterre. # Dans le sillage de Simondon, militant de la culture technique 18 Les Tortues Logo ont pour avantage que leur palette d’usages est exceptionnellement ouverte et leur (...) 31Jacques Perriault était de ceux qui avec d’autres bien sûr, mais avec une détermination remarquablement performative, organisait – on devrait dire « programmait » – sa carrière professionnelle pour vivre au cœur du foisonnement des innovations techniques et sociales des médias du futur et expérimenter sans relâche leur convergence d’usage. Proche de la revue Futuribles et de la revue Culture technique, il était de ceux qui considéraient que l’extraordinaire disparité des paradigmes de l’information et de la communication constituait leur richesse même. Il était aussi de ceux qui avaient œuvré pour l’ouverture d’un « Centre mondial de l’informatique » et que les « tortues de Seymour Papert » y soient en bonne place. La convergence d’un tel outil ludique à vocation pédagogique18 avec de l’informatique constituait une contribution majeure à l’avancée des usages. 19 Derrida J. (1967). De la grammatologie, Collection « Critique ». Paris : éd. de Minuit, p. 14. 32Dans les années 70, un certain nombre de sociologues ou de linguistes, non des moindres, s’opposaient frontalement et a priori au futur communicationnel dont ils percevaient l’émergence inéluctable. Par exemple, Jacques Derrida : « L’avenir ne peut s’anticiper que dans la forme du danger absolu. [Les grammatologies à venir, les chimères issues de ces nouveaux langages informatiques sont] ce qui rompt absolument avec la normalité constituée et ne peut donc s’annoncer, se présenter que sous l’espèce de la monstruosité. Pour le monde à venir et pour ce qui en lui aura fait trembler les valeurs de signe, de parole et d’écriture, pour ce qui conduit ici notre futur antérieur, il n’est pas encore d’exergue19. » Face à cette frilosité, face au progrès informationnel, Jacques Perriault prenait une posture délibérément opposée. Le multimédia, l’interactivité, les réseaux, l’extension exponentielle des mémoires exigeaient bien sûr que nous repensions en profondeur leur « grammatologie technique et numérique », mais à l’évidence, comme pour la langue, ce n’était plus l’intelligence des signes en soi qui pouvait être en cause, mais leur « logique d’usage ». Mais il était d’autant plus délicat de développer les usages de cette révolution cybernétique du substrat techno-communicationnel et informationnel que l’informatique, surtout dans la phase infantile de son développement, exigeait de tout utilisateur un « tribut de maîtrise logique et symbolique » comme préalable à des usages programmatiques. La maîtrise symbolique des langages artificiels précédait leurs logiques d’usage ». D’où l’accent qui fut mis (notamment par l’INRP) sur l’informatique dans les projets pilotes au lycée. Jacques Perriault fut ainsi amené à jouer une grande diversité de rôles : promoteur-gestionnaire, utilisateur, évaluateur, responsable scientifique, chercheur. Disciple en cela de Simondon, Jacques Perriault pensait à juste titre qu’il était de notre responsabilité de prendre en compte la technique, mais surtout pas avec l’effroi de Derrida. Les êtres techniques ne sont que des prothèses, des extensions du geste ou de la pensée humaine collective « mise en conserve », qui peuvent certes être dangereuses, voire délétères, mais au lieu de les rejeter comme maléfiques, c’est à nous d’en domestiquer le développement harmonieux puis les usages. Même si l’ensemble technique de ce qui n’était pas encore devenu les TIC et les TICE actuels était beaucoup plus rustique et moins efficient qu’aujourd’hui, sa maîtrise d’usage était sans nul doute aussi complexe qu’elle ne l’est actuellement. Pour en développer l’usage, notamment dans le cadre de l’enseignement, il convenait d’être en mesure d’en dominer toutes les dimensions interdisciplinaires : technologique, linguistique, historique, sociologique... Toutes les évolutions technologiques induisent une cohorte de transformations, d’évolutions, périodiques et de révolutions suivies de mutations. Le rôle de tout décideur, de tout acteur responsable qu’il soit industriel, chercheur ou simple utilisateur consiste à leur donner sens. Mais l’appréhension panoptique de ces ensembles complexes et convergents est un préalable aux diverses mises en œuvre du sens. D’un certain point de vue, la mise en cohérence qu’induit la normalisation participe de cette meilleure visibilité panoptique. Au tournant des années 90, le web allait définitivement tout transformer. Une « nouvelle informatique » entrait progressivement en convergence avec celle des médias : la télématique, avant-coureur des convergences à venir, que viendrait rendre possibles des mémoires puis les réseaux de plus en plus performants : disques optiques de toutes espèces : vidéodisques, CD rom de tout format, les mémoires flash USB, l’Internet et surtout sa révolution déterminante du WEB. Tout convergeait vers une dynamique normative internationale inévitable dans laquelle Jacques Perriault était un acteur essentiel tant à l’échelle nationale que sur le plan international. # L’intérêt précoce de Jacques Perriault pour les normes et standards 20 Comme on dit dans le jargon de la normalisation. 21 ISO-IEC-JTC1-SC36 International Organization for Standardization - International Electrotechnical C (...) 39Jacques Perriault a été désigné début 2000 comme premier Président de la Commission nationale N° 36 de l’AFNOR (TIC pour l’enseignement et la formation), en d’autres termes « l’instance miroir20 » du comité ISO-IEC-JTC1-SC3621 de l’ISO. Cette responsabilité lui a été proposée, parce qu’il avait une double compétence : 1) c’était un acteur ancien, donc ayant une culture assez éclectique, des nouveaux médias pédagogiques. 2) Par ailleurs, c’était incontestablement un enseignant-chercheur passionné par l’innovation dans les nouveaux médias, mais aussi une personnalité qui avait une vraie appétence pour l’international et pour ouvrir son réseau à un maximum d’acteurs du domaine : des étudiants aux grands décideurs tant français qu’européens. Dans les faits, son activité professionnelle de gestionnaire d’éducation et de chercheur-fondateur en Info-com lui avait, par le constat même des nombreuses carences de compatibilité, donné une forte sensibilité aux questions de normalisation. Jacques Perriault était aussi très attaché aux travaux de l’AUF qui était hautement soucieuse, notamment grâce à Didier Oillo, Directeur de programme, que les ressources pédagogiques ou les campus numériques soient les plus normalisés possibles pour permettre une circulation, et une réutilisation des efforts tant d’équipements que de productions de contenus. Tant sur le plan des constats que comme objet théorique, Jacques Perriault s’intéressait à ce débat, mais n’envisageait pas dans les années 90 de s’y investir comme expert normalisateur. Historiquement, pour mettre en œuvre des innovations dans tout ce qui touchait à l’audiovisuel et à l’informatique des années 70-80, on avait comme frein premier les disparités de normes tant territoriales que celles des fabricants, voire pour certains secteurs de graves carences en normalisation, donc en interopérabilité, ce qui rendait évidemment très prudentes les instances chargées d’équiper les établissements scolaires, mais aussi universitaires. L’opération Thomson TO7 fut lancée en 1971 (opération dite « des 58 lycées »). Cinq cents enseignants volontaires reçurent une formation lourde dans les universités ou chez certains fabricants, et dès le départ, il s’agissait d’utiliser l’informatique comme soutien à l’enseignement des disciplines traditionnelles. En 1979 fut promue une extension de ce plan, dite des « dix mille micro-ordinateurs ». Cette opération n’était plus limitée aux lycées, mais s’étendait à tous les niveaux, du primaire au baccalauréat. Usant de sa facilité de critique provocatrice, Jacques Perriault n’avait de cesse d’avertir et d’affirmer que pour Thomson il s’agissait bien d’une « technologie de transition » qui n’eut d’ailleurs aucune suite industrielle. Mais il ajoutait que l’expérimentation d’usage constituait aussi un enjeu fondamental. Pour toutes ces questions, Jacques Perriault n’a pas cessé de mettre en avant la question de l’usage : il ne cessait de rappeler qu’il est vital pour une société de ne pas prendre du retard dans l’usage des technologies émergentes qui en l’absence d’implication pionnière met en cause sa prospérité. Il est logique que plusieurs générations de doctorants, de chercheurs, de décideurs du domaine des TIC aient été de ce fait reconnaissantes à Jacques Perriault de la pertinence de ses analyses. 22 Scope de l’ISO-IEC-JTC1 SC24. 47Au tournant des années 90, j’étais membre du comité AFNOR MPEG, et je me souviens d’avoir discuté fréquemment avec Jacques Perriault des questions de normalisation technologique de l’ensemble technologique audiovisuel. L’instance mondiale de normalisation de l’audiovisuel surtout connu à travers MPEG et JPEG s’était imposée dès sa fondation au tournant des années 80 en prenant pour boussole de « planifier sur le moyen et le long terme la feuille de route d’un développement commun et solidaire des progrès graduellement possibles en matière de technologie audiovisuelle22 ». L’ensemble des grandes multinationales de l’électronique et du numérique, qui étaient pour la plupart étroitement associées à ce projet avait vu dans cette planification normative partagée, l’opportunité d’une véritable plate-forme mondiale « de co-développement-recherche » d’un audiovisuel tout numérique qu’aucune firme aussi multinationale, aussi puissante soit-elle, n’aurait jamais pu développer seule et surtout imposer seule au marché. Avant que les technologies TICE soient devenues assez mûres pour motiver la création d’une instance de normalisation, il avait été indispensable que les industriels et les utilisateurs dudit domaine aient pu établir le constat que la jungle des divers standards incompatibles était devenue insupportable et hautement contre-productive. L’extrême complexité de ces technologies et réseaux qui entraient à l’époque en convergence constituaient pour tous les acteurs de l’éducation une barrière préalable à toute mise en œuvre, recherche ou usage. Réussir à triompher de ces « impedimenta techniques » devenait plus important que profiter en toute sérénité de ces technologies prometteuses, mais que l’anarchie de leurs modalités innombrables de standardisation rendait insupportables. 23 Aviation Industry CBT Committee. CBT= Computer Based Technologies. Il s’agit d’une instance (d’un c (...) 49C’était déjà le même constat qu’avait déjà fait l’AICC23, c’est-à-dire la communauté des avionneurs, pour qui la pédagogie interactive vidéo et informatique n’était pas une option innovante facultative à même de proposer une aéronautique plus performante, mais une obligation de sécurité pour que l’avion reste à moyen sûr de voyager. Pour assurer la formation de tous les acteurs (techniciens de fabrication ou de maintenance, personnels navigants, etc.) il avait été indispensable de partager des ressources complexes, d’avoir recours à des plans, des schémas, des détails d’équipements, de récupérer la totalité ou des grains élémentaires de ces ressources, d’en assurer des niveaux ou des facettes d’usage divers, bref normaliser pour l’entièreté de la filière des normes de TICE. Ce premier succès né de l’alliance de IEEE et de l’AICC auquel s’étaient associées quelques universités de renom permit de proposer la création d’un nouveau Sous-Comité du JTC1 : le SC36. # Jacques Perriault artisan du rayonnement d’une CN36 à l’AFNOR 24 Françoise Thibault fut ainsi un des premiers décideurs de l’enseignement supérieur à voir l’intérêt (...) 50Hormis l’AFNOR, les premiers supports institutionnels académiques à la mise en place d’un groupe miroir du SC36 à l’AFNOR (la CN36) furent le PNER (Programme numérisation pour l’enseignement et la recherche), la FIED (Fédération interuniversitaire d’enseignement à distance) et GEMME (Groupement pour l’enseignement supérieur sur mesure médiatisé)24. 25 Assurer deux fois par an les missions de 4 ou 5 délégués AFNOR, sur tous les continents pour une di (...) 51La présidence de la CN36 (miroir du SC36) fut proposée à Jacques Perriault parce qu’il disposait d’abord d’une crédibilité d’omnipraticien et de chercheur en la matière et qu’il disposait d’un réseau relationnel national et international tant amical qu’institutionnel. Il sut d’ailleurs activer ce réseau pour obtenir rapidement le minimum de fonds qui était indispensable pour permettre à ladite CN36 de fonctionner25 de se pérenniser sur le long terme et de monter progressivement en puissance. Le souci d’une telle présidence était double : 26 Il faut porter au crédit de Jacques Perriault que, tant qu’il resta Président de la CN36, il sut ga (...) 521) animer un « groupe miroir d’experts en France » : donc des représentants d’institutions (enseignement supérieur et recherche ; enseignement primaire et secondaire ; sans négliger la formation26) ; des délégués de centres de recherche, des éditeurs et des entreprises. Dans les premières années de fonctionnement de la CN36 Afnor, on peut souligner la présence active d’un représentant d’Airbus-formation et d’un expert d’IBM France. 2) Participer aux travaux internationaux proposés par le SC 36. Pour ce qui est de l’animation et de la promotion de l’instance française AFNOR stricto sensu, Jacques Perriault fut incontestablement un président efficace. Comme on l’a déjà souligné, il n’était pas évident de persuader des institutions (en l’occurrence des ministères) de renouveler annuellement leurs subventions. La recherche de fonds avait comme intérêt second qu’elle contribuait à persuader la communauté des enseignants et des formateurs du bien-fondé de la démarche normative. À l’époque, une part non négligeable pour ne pas dire une majorité d’enseignants étaient persuadés que la normalisation des TICE allait les reléguer à ne plus être que des tuteurs devant accompagner la diffusion de cours identiques quant aux contenus. Ce travail « d’évangélisation » constituait, bien à raison, une part non négligeable du rôle du Président Jacques Perriault. 27 Le SMSI (Sommet Mondial de la Société de l’Information) s’est tenu en deux sessions : Genève 2003 p (...) 55Jacques Perriault savait aussi poser les questions d’usage et repérer les zones non sujettes à formalisation lors des premières années de modélisation du cadre normatif national et international. Il comprit aussi très vite que la réunion internationale des experts en TICE, par construction hors de tout contexte d’usage et de tout contexte éducatif et culturel, pouvait très vite assécher les travaux du SC36. Il fut le premier à proposer la tenue d’Open Forum académiques organisés conjointement par une instance scientifique et technique dans chaque pays hôte et le SC36. Pour mars 2003, date à laquelle l’AUF s’était proposé de servir de structure hôte à Paris, Jacques Perriault lança l’idée (acceptée avec enthousiasme par les autres délégations nationales) d’un Open Forum au Château de Versailles. Celui-ci eut un impact déterminant et pendant les 11 plénières qui suivirent (jusqu’à la fin de la mandature de Jacques Perriault au SC36), dix autres Open Forum furent organisés si on compte la tenue exceptionnelle d’un Open Forum pendant le SMSI27 de Tunis en novembre 2005. On peut noter néanmoins l’extrême difficulté pour un expert en normalisation à pouvoir mener de front la responsabilité de présider une délégation nationale (AFNOR CN36 pour Jacques Perriault) et celle d’être en même temps un expert international ouvert à la négociation systématique pour définir les compromis permettant d’aboutir à des normes communes définies en consensus. Peu de personnalités réussissent cet exercice. Jacques Perriault était sans doute une trop forte personnalité pour accepter de se plier aux compromis permanents entre diverses options de développement technique ou d’usage. Il était très souvent consulté par tous les experts des différentes délégations, mais il avait du mal à admettre que la communauté internationale ne retienne pas toutes ses propositions. 28 Par exemple, le Temple de la Littérature à Hanoï était « une maison des examens ». 58Il faut bien comprendre que chaque pays ou région continentale fonctionne selon des cultures très disparates de l’éducation et de la formation. Face au modèle des grandes universités américaines portées par des fondations, à la culture confucianiste de l’éducation dans le Sud-est asiatique qui implique une approche quasi-cultuelle de l’éducation28, à la décentration de l’éducation partagée par de nombreux pays, notamment l’Allemagne, face à ces disparités, l’extrême jacobinisme hypercentralisé de l’Éducation nationale française est une singulière exception. Les Français exigent de nombreuses normes pour répondre à leurs très nombreuses exigences nationales de régulation égalitaire de la transmission du savoir alors que la plupart des autres nations du monde (à l’exception notable de la Chine) n’en voient nullement la nécessité. L’éducation est chez nous un enjeu politique majeur, très souvent responsable de l’échec d’un gouvernement qui cherche à la réformer. Les normalisateurs français des TICE doivent répondre à une double contrainte : celle de réussir à normaliser le système français dans des normes nationales parce qu’il ne peut en être autrement ; puis ensuite d’imposer notre vision au reste du monde qui trouve cela souvent intéressant, mais totalement inadapté pour fonctionner comme modèle universel. Chevènementiste pour l’éducation et pour bien d’autres de ses réflexes politiques, Jacques Perriault avait beaucoup de mal à dépasser le rôle de conseiller très écouté. 29 Sommet Mondial de la Société de l’Information. 30 Avec le soutien de l’AUF, de l’INRA-Loria et le support efficace de Pierre Mœglin à la MSH Paris No (...) 60D’autre part, son honnêteté et sa fidélité politique très attachées au modèle humaniste, le rendaient très sensible à certains comportements politiques arbitraires de tel ou tel pays et par moment il refusait de collaborer avec des experts qui n’étaient pas responsables de leur gouvernement. Notons néanmoins qu’il réussit dès 2002 à faire prendre en compte par la communauté mondiale du SC36 les règles alors émergentes sur la protection des données personnelles. Il mobilisa pour l’occasion Louise Cadioux, présidente de la CNIL et Conseiller d’État. Sa venue à Adelaïde fit grosse impression. Par contre, bien qu’ardant défenseur de l’AUF, et fondateur des Open Forum, il refusa de cautionner l’Open Forum spécial co-organisé par le SC36 et l’AUF dans le cadre du SMSI29 à Tunis au prétexte que la Tunisie n’était pas (fait indéniable) un État respectueux de la liberté d’expression30. Avec le recul, le bilan de la présidence de Jacques Perriault à l’Afnor CN36 fut globalement positif et faste par rapport aux restrictions budgétaires qui suivirent. Lorsque la légitimité de la normalisation devint la doxa des décideurs de l’éducation et de la formation, les financements se firent paradoxalement beaucoup plus faibles et surtout on les attribua sous condition de faire résoudre par les experts de l’international la compatibilité des spécificités franco-françaises. Ce fut la période au cours de laquelle Jacques Perriault s’impliqua considérablement à l’Institut des sciences de la communication du CNRS (ISCC) et ce fut aussi le moment où la retraite venant, il put se consacrer à exploiter, comme chercheur en sciences sociales, son vécu de normalisateur. Tant sur le plan des publications, de l’organisation de séminaires, que du soutien à des projets touchant de près ou de loin à la normalisation et à la standardisation. Les publications sont suffisamment rares dans ce domaine pour qu’on puisse saluer ses actions en la matière. Quand on interroge des collègues, on se rend compte à quel point est vaste la postérité d’un Perriault. Il a certes souvent agacé, « escagacé » comme on dirait dans le Béarn où il repose. Même l’auteur de ces lignes peut témoigner des conflits qu’il pouvait engager avec ceux-là mêmes qui étaient ses proches amis. Mais il n’y avait pas de rancune et deux ou trois ans après, il pouvait reconnaître le bien-fondé de ce à quoi il s’était opposé. Pour jargonner un peu j’oserais dire qu’il confondait parfois disputatio et dispute. À une époque comme celle que nous vivons, celle de l’immédiateté du temps réel, de l’injonction de réponse immédiate (sans réfléchir, c’est-à-dire sans prendre le temps d’argumenter sa pensée par au moins deux rebonds), une époque aussi de la mondialisation indifférenciée des cultures, la mort d’un Jacques Perriault nous oblige à repenser l’intérêt d’établir des listes des personnalités illustres d’un domaine. Les hommes illustres d’un pays (ceux qui rentrent au Panthéon) sont en effet une maille trop vaste. Il en est de même des listes des « immortels des Académies », qui hormis l’exigence d’être à l’échelle d’une communauté nationale dans son ensemble sont des institutions qui par construction refusent les personnages transgressifs, ceux qui font avancer le progrès parce qu’ils soulignent le détournement d’usages, pointent du doigt la catastrophe ou la grave crise qui s’annonce. Une initiative comme celle de Distances et médiations des savoirs, ou celle précédente de la revue Hermès, correspond précisément à cette nécessité. Nous savons tous qu’il faudrait garder la mémoire des chercheurs historiques, même si pour les utiliser dans une recherche il faut savoir tenir compte de la diachronie. Le temps réel est trop omniprésent pour que l’historique des chercheurs soit à la mode. <footnote n="1">1 Pour ne pas alourdir le propos je préfère utiliser uniformément TICE ou TIC, même si je sais que pour les périodes pionnières ces termes (et surtout leur sigles) sont d’évidence anachroniques. Je m’y sens d’autant plus autorisé que Jacques Perriault est, en France, un des fondateurs de la discipline des SIC.</footnote> <footnote n="2">2 L’analyse institutionnelle est un courant de sociologie critique qui prend naissance à la fin des années 1960 et rassemble des sociologues, des psychosociologues, des psychanalystes et des pédagogues.</footnote> <footnote n="3">3 R. C. Cros, J. C. Gardin, F. Levy, L’Automatisation des recherches documentaires. Un modèle général : le Syntol, L’Homme, 1966, tome 6 n° 1, 140-141.</footnote> <footnote n="4">4 Cf. Philippe Bonnet, La méthodologie de Pierre Bourdieu en action (2015), 21-42. Chapitre 2. Pour une histoire sociale de l’analyse des données. Mis en ligne sur Cairn.info le 03/03/2016 https://doi.org/10.3917/dunod.lebar.2015.01.002</footnote> <footnote n="5">5 Mais aussi la mécanographie, ou la graphique : Bertin Jacques (1967). Sémiologie graphique, Paris, Mouton/Gauthier-Villars.</footnote> <footnote n="6">6 Ou plutôt d’instances préexistant à l’ISO.</footnote> <footnote n="7">7 Les normes sont une facette fondamentale de la diplomatie technique et à l’UIT (Union Internationale des Télécommunications), les présidents nationaux ont rang d’Ambassadeur.</footnote> <footnote n="8">8 AFNOR, CEN, ISO, etc.</footnote> <footnote n="9">9 Enseignement, responsabilités institutionnelles, rapports, activisme militant pour l’information puis la « multimédiatisation » de l’éducation et plus largement de la société.</footnote> <footnote n="10">10 Perriault, J. (1989). La logique de l’usage. Essai sur les machines à communiquer, Paris : Flammarion.</footnote> <footnote n="11">11 Perriault, J. (1972). L’ordinateur à l’école, révolutions informatiques. Actes de la décade "l’homme devant l’informatique", 10/18, Paris 1972, 233-240. Perriault, J. (1971). Éléments pour un dialogue avec l’informaticien, Paris, La Haye : Mouton, 237 p. Perriault, J. (1983). Vingt ans d’EAO : usages, oublis, diversifications, Éducation Permanente, 70-71, 1983, 7- 15.</footnote> <footnote n="13">13 Par exemple, une valise multimédia pédagogique éditée par la Documentation française ou le CNDP pouvait contenir un petit manuel imprimé, une pochette de diapositives, un microsillon 45 tours, une bobine cinéma 16mm, voire un strip-film, technologie bien oubliée aujourd’hui qui consistait à aligner bout à bout des images diapositives sur un film 35 mm qu’on faisait avancer image par image pour illustrer un cours : en fait un ancêtre des présentations Power Point.</footnote> <footnote n="14">14 Rapport du Jacudi (Japan Computer Usage Development Institute), relevant du MITI (ministère de l’Industrie et du commerce extérieur), paru en 1971.</footnote> <footnote n="16">16 Pour la communauté des disciples de Jacques Perriault, « l’effet diligence » constitue un clin d’œil de connivence. En effet il finissait par se parodier lui-même, citant chaque fois qu’il s’appliquait ce raccourci métaphorique de l’inertie d’évolution de certains paradigmes d’un ensemble technique, en prenant pour référence le développement des chemins de fer, les wagons conservant longtemps la forme initiale de la diligence.</footnote> <footnote n="18">18 Les Tortues Logo ont pour avantage que leur palette d’usages est exceptionnellement ouverte et leur gradation en niveaux de complexité et pluralité de disciplines. Voir McNaughton, R., Papert S. (1971). Counter-free automata. Cambridge, Mass.: M.I.T. Press, 163 p. et Papert S. (1980). Jaillissement de l’esprit. Ordinateurs et apprentissage. Paris : Flammarion, 252 p.</footnote> <footnote n="19">19 Derrida J. (1967). De la grammatologie, Collection « Critique ». Paris : éd. de Minuit, p. 14.</footnote> <footnote n="21">21 ISO-IEC-JTC1-SC36 International Organization for Standardization - International Electrotechnical Commission Joint Technical Committee N° 1/Sub Committee 36: Information Technology for Learning, Education and Training: en sigle court SC36.</footnote> <footnote n="22">22 Scope de l’ISO-IEC-JTC1 SC24.</footnote> <footnote n="23">23 Aviation Industry CBT Committee. CBT= Computer Based Technologies. Il s’agit d’une instance (d’un club) associant tous les grands avionneurs du monde ainsi que des compagnies aériennes. Entre 2000 et 2006 cette instance, membre du SC36, a été présidée par un Français d’Airbus, lui a fait suite un Américain de Boeing.</footnote> <footnote n="24">24 Françoise Thibault fut ainsi un des premiers décideurs de l’enseignement supérieur à voir l’intérêt de la démarche et à la financer.</footnote> <footnote n="25">25 Assurer deux fois par an les missions de 4 ou 5 délégués AFNOR, sur tous les continents pour une dizaine de jours n’était pas une mince affaire. Globalement l’agenda s’établit en décidant de répartir les efforts de déplacement pour tous les partenaires donc alternativement tous les six mois : Europe ; Amérique du Nord ; Asie du sud-est et Océanie.</footnote> <footnote n="26">26 Il faut porter au crédit de Jacques Perriault que, tant qu’il resta Président de la CN36, il sut garder comme contributeur financier, en plus de l’Éducation nationale et de l’Enseignement supérieur, le ministère des Affaires sociales en charge de la formation. Cette troisième composante ne résista pas au-delà de sa présidence.</footnote> <footnote n="27">27 Le SMSI (Sommet Mondial de la Société de l’Information) s’est tenu en deux sessions : Genève 2003 puis Tunis 2005.</footnote> <footnote n="30">30 Avec le soutien de l’AUF, de l’INRA-Loria et le support efficace de Pierre Mœglin à la MSH Paris Nord, nous proposions à cette occasion un modèle terminologique multilingue pour les TICE. Le refus de participation de Jacques Perriault compliqua considérablement notre tâche. Pourtant depuis cette date c’est encore aujourd’hui Mokhtar Ben Henda qui au nom de l’AFNOR et de l’AUF anime la sous-commission du SC36-Working Group Terminologie.</footnote>
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# An Overview on Related Searches Recommendation <figure><img src="image_1.png" /></figure> Check for updates Imène Saidi* ID, Nadir Mahammed ID, Badia Klouche ID, Khayra Bencherif ID LabRI-SBA Laboratory, Ecole Superieure en Informatique, Sidi Bel Abbes 22000, Algeria Corresponding Author Email: i.saidi@esi-sba.dz https://doi.org/10.18280/isi.280203 **Received:** 28 January 2023 **Accepted:** 23 March 2023 **Keywords:** recommender systems, entities recommendation, web search engines, knowledge graphs, users' context ## ABSTRACT Modern search engines have enriched their regular web search results by providing new kinds of recommendations to users' queries. These recommendations are suggestions in the form of named entities related to the main query. This new trend bridges the gap between two important domains: search engines and recommender systems. Studies and research on bridging these two popular systems vastly improve user experience when using such hybrid system. Indeed, it is very intuitive to a user to get related searches in the form of entities to the entity appearing in its search query. This new task has attracted considerable interest. In this paper, we conduct a survey of related searches recommender systems. We collected recently published papers in this area to summarize them from various perspectives. We investigate the proposed approaches by focusing on how they get benefit from contextual data and user's feedback and how they utilize the knowledge graph for accurate recommendations. # 1. INTRODUCTION Search engines are everywhere and are used by billions of people. They have become very commonplace this last decade, some argue we no longer even notice that search engines exist as a service [1]. Modern search engines have changed from being systems for document retrieval to being platforms for helping people find new information [2]. In fact, current web search engines provide recommendations to a user's query and offer a list of ranked related entities in an entity pane. This improves the quality of standard web search results and user' experience. Web search engines may be used in connecting search queries with knowledge base entities as a result of the growth of knowledge bases like DBpedia, YAGO, and Freebase [3]. Indeed, knowledge graphs are visual databases that show relationships between different types of entities and can be used to enhance user's search and to retrieve entities related to that search [4]. Graph embedding learning and recommendation methods can now be integrated for better suggestions thanks to knowledge graphs development [5]. Other methods of related searches suggestion incorporate entity recommendations for a query based on users' interaction with the search engines. This review's motivation is to present an overview of related searches and recommendations for users' queries. This new trend connected two important domains: web search engines and recommendation systems. This new combination has attracted considerable interest this last decade. Numerous researches have been conducted. We divided recent studies into two classes: recommending related entities according to an entity/query and recommending related entities according to a user. We presented different strategies and approaches proposed in the context of related searches recommendation and more precisely in the context of related entities recommendation. We conclude according to several studies that knowledge graph-based recommendation systems perform better when combined to users' behavior analysis. Furthermore, the ranking methodology is decisive to choose the most relevant related entities to a query. ## 1.1 Methodology Although there has been a lot of work done in the fields of recommender systems, web search, and information retrieval, entity recommendation and search techniques are distinct from these fields. In order to establish this new trend of recommending related entities to users' queries, numerous works and studies have been conducted. We followed PRISMA guidelines when conducting the review [6]. We searched papers related to searches and entities recommendations and related entities recommendation using Google Scholar (Springer link library, ACM library, Science Direct library, IEEE library, etc.) starting in 2013 (emergence of the first recommendation system of related entities to queries [7]). Additionally, we looked for publications that used knowledge graphs, user interactions and the context of user to recommend entities. Although there isn't much research on recommending related entities, we did notice that knowledge-based recommendation is widely used in general. The PRISMA flowchart is used in Figure 1 to depict the entire paper selection process [6]. As shown in Figure 1, Search terms "Entity recommendation", "Related entities recommendation", "Context-aware entity", "Knowledge graph entity recommendation", "Time aware entity recommendation," "Search log entity recommendation", "User interest entity recommendation" were used. We also kept the search results limited to papers after 2013. From the resulting articles, we categorized them to papers that recommend entities given an entity and papers that recommend entities given a query and papers that recommend entities given a user [8] as shown in Figure 2. Overall, for related entities recommendation, we selected
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around 25 papers out of which 12 articles recommend entities given an entity or a query and 10 articles recommend entities given a user, while 3 articles defined a new context task used for recommendation. <figure><img src="image_2.png" /><figcaption>Figure 1. Methodology flowchart used to select articles</figcaption></figure> <figure><img src="image_3.png" /><figcaption>Figure 2. Representation of related entities recommendation papers used, based on the variety of the approaches</figcaption></figure> Figure 2 presents the distribution of the selected research articles on the basis of the categories using a bar chart. The next step was to prepare an outline for this review. We evaluated the techniques used, how the results were reported, and the data used in the experiments. This review paper is organized as follows: Section 2 is an overview on the two domains: web search engines and recommender systems. Section 3, illustrates the concept of entity recommendation. Section 4, presents a literature review and highlights the works on related entities recommender systems. Section 5 discusses and compares the different works. Finally, a conclusion is discussed in Section 6. ## 2. A COMPARISON BETWEEN RECOMMENDER SYSTEMS AND WEB SEARCH ENGINES In many applications, recommender systems are a key technology. They offer users ranked lists of suggestions (recommendations). These recommendations are made for products that the user is most likely to find interesting. Three classical approaches are typically used to classify recommender systems [9, 10]. The first method, known as content-based filtering, involves reading through the descriptions or content of potential recommendation candidates. The recommendation outcomes in content-based recommender systems depend on the content of the query. To describe each item or product, these recommender systems build a profile. Collaborative filtering is the second strategy. In this instance, recommendations are based on user ratings. Users who share your taste are taken into consideration for recommendations [2]. The third strategy is a hybrid one. It combines content-based and collaborative filtering recommendations. Search engines on the web look for keywords to respond to user queries. The primary goal of search engines is to quickly and accurately answer user queries using cutting-edge algorithms [11]. The user's query is intelligently understood by the semantic web, which then looks for results that match the query's meaning and keywords [11]. A search engine's main objective is to provide excellent search results across the rapidly expanding World Wide Web. For instance, Google uses a variety of strategies, including page rank, anchor text, and proximity data, to enhance the quality of its search results. Google is an integrated web page collection, indexing, and search engine [12]. Table 1 lists the distinctions between conventional recommender systems and conventional search engines. <table><caption>Table 1. Traditional search engine vs. traditional recommender systems</caption><thead><tr><td></td><td>Traditional search engines</td><td>Tradition recommender systems</td></tr></thead><tbody><tr><td>Nature</td><td>Information retrieval tools</td><td>Information filtering tools</td></tr><tr><td>Input</td><td>Large unstructured content repositories.</td><td> Repositories on a single topic. Smaller content than in traditional search engines</td></tr><tr><td>Output</td><td>A wide variety of topics</td><td>Items (products / services / information, etc.)</td></tr><tr><td>Query</td><td>Documents/ web pages</td><td>Query isn't built. Recommendations engines observe actions and construct queries for user / Entering interest</td></tr><tr><td>Principle</td><td>Searching within a document for a particular information need</td><td>Predict users' interests and recommend product items that may be of interest</td></tr><tr><td>Domain</td><td>Web</td><td>Different domain: books, movies, products, services, scientific papers, etc.</td></tr><tr><td>Techniques</td><td>Representation, storage, organizing unstructured data, matching, scoring, ranking results</td><td>Predicting, ranking, selecting the most relevant items</td></tr><tr><td>Examples</td><td>Google/ Yahoo!</td><td>Amazon/ MovieLens</td></tr></tbody></table>
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Despite having many similarities to recommender systems, as Table 1 demonstrates, search engines are not them. Both of them use user-generated content to create, generate, and update rankings of items. While search engines have used concepts from recommender systems (ex., a page is important is linked/endorsed by another) using the support provided by peers [13], research in recommender systems has taken techniques from information retrieval (e.g., content-based filtering). As search engine innovations incorporate lessons learned from information filtering techniques (e.g., collaborative search) and recommendation systems begin utilizing tried-and-true information retrieval methods (such as learning to rank), these two communities are increasingly coming back together. ## 3. ENTITY RECOMMENDER SYSTEMS The gap between search engines and recommendation systems is filled by entity recommendation. To assist users in finding information of interest, entity recommendation offers entity suggestions [14]. Following that, given the main entity of the user's query, related entities are suggested. Utilizing factors like similarity, popularity, relevance, etc., one can rank them. The characteristics of entity recommendation systems are summarized in Table 2 [13]. <table><caption>**Table 2.** Entity recommender systems</caption><thead><tr><th></th><th>Entity Recommender Systems (ERS)</th></tr></thead><tbody><tr><td>Input</td><td>Unstructured content repositories + knowledge base / user logs</td></tr><tr><td>Output</td><td>Related searches: entities relevant to the query's main entity</td></tr><tr><td>Query</td><td>Entities' query / extracted entities from a keyword query</td></tr><tr><td>Principle</td><td>Recommendation of relevant entities which are related to a query's main entity</td></tr><tr><td>Domain</td><td>Web / Different domain: Products, movies, etc.</td></tr><tr><td>Techniques</td><td>Blending techniques coming from the domains of search engines and recommendation systems</td></tr><tr><td>Examples</td><td>Current search engine like Google / Platforms like: Alibaba</td></tr></tbody></table> Entity recommendation is the task of returning a ranked list of related searches in the form of entities, as shown in Table 2. In this review, we highlight the most significant methods in this field; some of them make use of knowledge bases, while others also take user behavior into account. For this new field, various searching and ranking techniques were redefined. In the next sections we will summarize works on related entities recommender by dividing them into two classes: recommending related entities according to an entity/query and recommending related entities according to a user. We will then compare them. In the discussion section, we will present our findings and some future directions. ## 4. LITERATURE REVIEW ON RELATED ENTITIES RECOMMENDATION Entity recommendations have been put forth as a novel idea that offers users an engaging experience by assisting them in locating entities relevant to a given query [15]. As a result, the recommendation of related entities has become a common feature of modern search engine interfaces. These systems combine many different signals (features) that were extracted from content and interaction logs from different sources [7]. Knowledge graph has been incorporated into a number of recommendation models to enhance item information through related entities on the graph [16, 17]. In order to obtain a list of ranked related entities found in response to the main entity of a query, the system typically needs potential entities that can be thought of as relevant and related when using knowledge bases such as YAGO or DBpedia. One subset of knowledge-based approaches is content-based techniques [18, 19]. In fact, an understanding of the items can be inferred from the item characteristics. However, the content-based filtering techniques are more concerned with utilizing the description of the item or the content to compare different items. ### 4.1 Related entities recommendation approaches Recommendation of entities given an entity [13] and Recommendation of entities given a query [20, 8] are two approaches to recommending related. (1) Recommendation of entities given an entity: this method entails using various features, such as co-occurrence or similarity, to suggest entities given a primary entity. These kinds of approaches suggest related entities based on how closely they resemble the main entity the user is looking for. A recommendation entity and the main entity could be compared using a variety of similarity metrics. Calculating how often two entities are clicked on simultaneously across all search users is a useful measurement [21]. If a related entity frequently co-clicks with the primary entity, it is then suggested [22, 23]. (2) Recommendation of entities given a query: this is supposed to search and retrieve entities. While ignoring session contextual queries, entity recommendation can take into account queries issued at each time step separately [24, 25]. This method takes into account a query's most common meaning. To clarify the meanings of entities with the same surface form, it uses the query itself [26, 27]. Table 3 provides an overview of methods for suggesting related entities given an entity or a query. The majority of the methods in Table 3 present ranking methods from entities relevant to the user's current query. Other works concentrate on particular fields that demand feature extraction and selection from supervised knowledge bases [2]. The majority of Table 3's works take the current query into account while typically ignoring the users' previous system interactions. Other methods have tailored the ranking of suggested related entities to a query by taking into account the complete user history. The following section features these methods. Table 4 lists the drawbacks of some of the previously discussed approaches. In the next section, we will discuss and provide our inference on the previously presented works. ## 5. DISCUSSION Major search engines now offer a list of ranked related entities in an entity pane. Examples of these search engines are Google [30], Yahoo! [31], and Microsoft [32]. Along with standard search results, this entity pane displays information about the entity the user is looking for. Related entities recommendation is what this concept is known as [23]. In this
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study, a number of publications on related entities are gathered from journals and conferences in the Google Scholar library, with a search period of 2013–2022. The number of selected publications per year on related entity recommendations is shown in Figure 3. <table><caption>**Table 3.** Recommendation given an entity/query</caption><thead><tr><th>Papers</th><th>Purpose</th><th>Principle</th><th>Data sources / Domain</th><th>Dataset</th></tr></thead><tbody><tr><td>Blanco et al. [7]</td><td>A final recommendation list of entities is produced by Learning to rank approach.</td><td>Extract several features from various data sources. Final scores are produced by combining features.</td><td>Yahoo!, Flickr, Twitter</td><td>4797 search queries collected from commercial search engines</td></tr><tr><td>Yu et al. [22]</td><td>A generic framework for entity recommendation is presented.</td><td>Using different pairwise similarity features and extract them from user log dataset and Freebase entity graph.</td><td>Recommendation to movie-related entities.</td><td>User click log obtained from search engines + Freebase dataset</td></tr><tr><td>Aggarwal et al. [24]</td><td>An entity recommendation system is built.</td><td>Learning to rank methods are used and combined with different extracted features from Wikipedia.</td><td>Textual content and Wikipedia hyperlinks collection</td><td>4.5 K search queries. Each query has about 10 entities labeled by human experts</td></tr><tr><td>Bi et al. [23]</td><td>Hidden structures are extracted and captured using correlation users, primary entities, related entities.</td><td>A probabilistic Three-way Entity Model (TEM) providing personalized related entities recommendations.</td><td>Knowledge bases, search click history, entity pane log</td><td>Two real world datasets: “movies” and “celebrity” collected from commercials web searches engines</td></tr><tr><td>Cheekula et al. [25]</td><td>Hierarchical knowledge is used for recommendation.</td><td>A content-based approach is described and adapted to spread activation algorithm over DBpedia category structure to identify entities. A Personalized PageRank procedure is used to generate recommendation and its explanations.</td><td>Movie domain and DBpedia</td><td>Movielens dataset</td></tr><tr><td>Catherine et al. [26]</td><td>Recommendations and explanations are generated.</td><td>Three sets of features (interesting, unexpected, relevant) are used to find related entities and to rank candidate entity.</td><td>Knowledge base/ Movies</td><td>IMDb dataset</td></tr><tr><td>Huang et al. [14]</td><td>Entity recommendation's performance is boosted in terms of serendipity.</td><td>Entities are derived for diverse and complex queries for search support.</td><td>Shen Ma Search Engine and Browser by Alibaba</td><td>Real world datasets collected from the web search engine Baidu</td></tr><tr><td>Jia et al. [15]</td><td>Using queries without explicit entities</td><td>Entity representations is learned from their topology and content. They combined lightweight learning to rank algorithm for recommending related entities.</td><td>Yahoo! Knowledge-Graph, and its subset (Wikipedia)</td><td>Search logs extracted from commercial search engine in China</td></tr><tr><td>Ni et al. [27]</td><td>Wikipedia is organized into layers of graphs created on top of each other.</td><td>The effect of including ratings on non-item knowledge graphs entities is presented as a comparative study.</td><td>The movie domain</td><td>102,000 ratings are collected from 1174 users on entities and items</td></tr><tr><td>Brams et al. [16]</td><td>A new dataset is introduced and provides explicit ratings of users for knowledge graph entities and items.</td><td>A production level system generating related entities from a massive knowledgebase and searches logs.</td><td></td><td>A new evaluation set was proposed</td></tr><tr><td>Akase et al. [28]</td><td>The number of knowledge panels is increased to recommend related entities.</td><td>An approach for comprehensive digital activity monitoring and entity-based interaction is proposed.</td><td></td><td>Realistic dataset</td></tr><tr><td>Jacucci et al. [29]</td><td>Entity-based computing and interaction is introduced.</td><td></td><td></td><td></td></tr></tbody></table> <table><caption>**Table 4.** Drawbacks of approaches</caption><thead><tr><th>Approaches</th><th>Principle</th><th>Drawback</th></tr></thead><tbody><tr><td>Blanco et al. [7], Yu et al. [22], Bi et al. [23]</td><td>Considering the query independently from history at each time step.</td><td>Do not handle the ambiguous queries.</td></tr><tr><td>Huang et al. [14], Fernández-Tobías et al. [2]</td><td>Relying on past users behavior observed in searches logs.</td><td>Sparsity of data and cold start issues.</td></tr><tr><td>Existing datasets</td><td>Providing only explicit ratings on items.</td><td>Do not provide information about users' opinions of other entities. (non-recommendable).</td></tr><tr><td>Brams et al. [16]</td><td>Considering the queries with explicit entities</td><td>Fail to handle queries without entities (complex queries).</td></tr><tr><td>Blanco et al. [7], Aggarwal et al. [24], Blanco et al. [7], Huang et al. [14]</td><td>Considering the queries with explicit entities</td><td>Fail to handle queries without entities (complex queries).</td></tr><tr><td>Bi et al. [23], Blanco et al. [7], Yu et al. [22]</td><td>Requiring a rich set of entity features which are dependent of the domain and derived from a knowledge graph.</td><td>Can be applied only if the target domain is known.</td></tr></tbody></table>
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Figure 3 shows that from 2016 to 2019, the number of publications decreased before starting to rise in 2020. This is because recent works that take into account user-side information in the knowledge graph will be published (starting in 2020). The majority of works in this survey primarily concentrate on giving a user recommendation for the most pertinent [7] and/or personalized [2, 22, 23] entities that rank highly against the user's preference and/or the query. We chose about 25 papers, 12 of which used knowledge graph approaches as a primary technique, 10 of which used user interactions (user history), and 3 of which used user context. We discovered that papers falling under this latter category also employ knowledge graph techniques. <figure><img src="image_4.png" /><figcaption>**Figure 3.** Number of publications on related entities recommendation per year</figcaption></figure> Figure 4 (a) shows that about 60% of the selected papers (15 out of 25 papers) has used the technique based on knowledge graph as a filtering algorithm. Most of the experiments were performed on real world datasets collected from various search engines. Figure 4 (b) shows the identified domains used in the selected works. About 60% of the selected papers (Figure 4a) investigated how heterogeneous information in knowledge bases can be used to improve the quality of recommendations [17]. However, such existing knowledge bases may not cover all relationships that can be defined between related entities. Some studies have proposed extending the range of relationships defined by various mainstreams (ontologies, entity graphs extracted from various data sources) [7, 24, 32] while others suggested combining knowledge graph based recommendation to users' behavior analysis [22, 23]. On the other hand, most of the knowledge based approaches are combined to other methods (similarity features, user logs, learning to rank, etc.) to benefit from various strategies [33]. In about 40% of the selected papers (Figure 4a) There is growing interest in performing collaborative filtering using implicit user feedback [21, 24] which is much easier to collect. This type of approaches relies mainly on search click log and user behavior analysis. Figure 4b shows that a recurrent domain was “movies” in 38% of works. Other domains are: product (in 19% of works), people, books, music, and some diverse domains tested together (sports, entertainment, business, emergencies, society, science and politics [28]). In Table 5, we present comparison in term of effectiveness of several approaches (presented in Section 4). <figure><img src="image_5.png" /><figcaption>**Figure 4.** (a). Knowledge-based techniques VS other techniques</figcaption></figure> <figure><img src="image_6.png" /><figcaption>**Figure 4.** (b). Domains used in experiments of related entities recommender systems</figcaption></figure> <table><caption>**Table 5.** Comparison between approaches</caption><thead><tr><td>Approach</td><td>Comparison</td><td>Compared to</td></tr></thead><tbody><tr><td>Combining heterogeneous relationship information for user [22]</td><td>More effective</td><td>Implicit feedback recommendation techniques</td></tr><tr><td>Ranking by: Entropy-based methods [22]</td><td>Is better</td><td>Ranking by: Maximum likelihood and language modelling approaches</td></tr><tr><td>Recommending by: Behavioral Approach [22]</td><td>Is better</td><td>Recommending by: Semantic approach</td></tr><tr><td>Using Semantic Analysis [24]</td><td>Is better</td><td>Approach of Blanco et al. [7]</td></tr><tr><td>Inclusion of ratings on non-item knowledge-graph entities [16]</td><td>Improves recommendation quality.</td><td>Different state of the art recommendation models</td></tr><tr><td>Three-way Entity Model with a probabilistic framework [23]</td><td>More effective</td><td>State of the art baselines used by a web search engine</td></tr><tr><td>Interestingness is a strong feature set. Unexpectedness contributes to effectiveness [14]</td><td>Improves user engagement</td><td>Baseline methods: (co-click, Random, production, CTR model) and TEM [23]</td></tr></tbody></table> Recommendations based on KGs appear to be accurate and will benefit from the valuable data they contain.
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## 5.1 Future research directions We discovered that the vast majority of papers on recommending related entities employed knowledge graph techniques. In fact, recommender systems increasingly depend on knowledge graphs. As knowledge graphs advance, graph embedding learning and recommendation techniques are being integrated to improve the explanation of recommendations [5]. The results of knowledge graph-based recommender systems perform better when they can be explained, according to several studies on explainable recommendations [26, 34]. Research on knowledge graphs-based explanatory recommendation models can provide tailored recommendations in a variety of research fields [5]. One of the areas in which research on intelligent systems will go in the future is this. Other recent works [29, 35-38] take into account user side information, including the user network, user relation, and user's demographic data and suggest incorporating them into the structure of the present knowledge-based recommendation systems [39]. Another research direction might involve taking into account user-side data in the knowledge base and integrating it while recommending entities. ## 6. CONCLUSIONS Entity recommendations in current web search engines aim to enhance the user experience by assisting users in retrieving entities that are relevant to a given query. Nowadays, this idea has become crucial. Some users of web search engines are aware of what they are looking for, while others are searching for content that is relevant to their initial interest [24]. The majority of strategies have looked into the fact that a user's initial interest is frequently connected to an item in the knowledge base [7]. It makes sense in this situation to suggest explicitly linked entities for additional research [7]. The term for this was entity recommendation. This survey summarized the literature and classified and synthesized the papers in accordance with various viewpoints. The literature on related entities recommender systems is searched, gathered, and divided into categories between 2013 and 2022: recommendations given users (interactions-based recommender systems) and recommendations given entities or queries. We examine related entities recommender systems and provided an overview of recent developments in this field in this survey paper. In addition to various approaches that use user's context and feedback to improve recommendations, this paper also presents various approaches that use the knowledge graph as side information. Finally, a discussion and comparison between approaches is provided and some future directions are identified. While conducting this review, we discovered that existing knowledge bases may not cover all the relations that can be defined between the related entities. We tried to identify strategies that extend coverage of defined relations by various mains (ontologies, entity-graph extracted from different data sources, etc.). We also present other strategies that suggested combining knowledge graph-based recommendation to users' behavior analysis. We conclude that knowledge graph-based recommendation systems perform better according to several studies. Furthermore, the ranking methodology is decisive to choose the most relevant related entities to a query. We hope that this review will help readers to better understand the researches in this area. As far as we know, this is the first review on related entity recommendation that considers strategies that combine knowledge graph-based recommendation along with user's context and user's history. ## REFERENCES [1] Haider, J., Sundin, O. (2019). 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graph-based approaches for related entities recommendation. In Artificial Intelligence and Heuristics for Smart Energy Efficiency in Smart Cities: Case Study: Tipasa, Algeria, pp. 488-496. https://doi.org/10.1007/978-3-030-92038-8_49 [14] Huang, J., Ding, S., Wang, H., Liu, T. (2018). Learning to recommend related entities with serendipity for web search users. ACM Transactions on Asian and Low-Resource Language Information Processing (TALLIP), 17(3): 1-22. https://doi.org/10.1145/3185663 [15] Jia, Q., Zhang, N., Hua, N. (2019). Context-aware deep model for entity recommendation in search engine at Alibaba. arXiv preprint arXiv:1909.04493. https://arxiv.org/abs/1909.04493 [16] Brams, A.H., Jakobsen, A.L., Jendal, T.E., Lissandrini, M., Dolog, P., Hose, K. (2020). MindReader: recommendation over knowledge graph entities with explicit user ratings. 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Sur la construction des solutions approchées d'un problème de tsunami
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BERNARD DI MARTINO FABIEN FLORI CATHERINE GIACOMONI PIERRE ORENGA Sur la construction des solutions approchées d'un problème de tsunami Annales mathématiques Blaise Pascal, tome 9, n° 2 (2002), p. 269-281 <http://www.numdam.org/item?id=AMBP_2002__9_2_269_0> © Annales mathématiques Blaise Pascal, 2002, tous droits réservés. L'accès aux archives de la revue « Annales mathématiques Blaise Pascal » (http://math.univ-bpclermont.fr/ambp/) implique l'accord avec les conditions générales d'utilisation (http://www.numdam.org/legal.php). Toute utilisation commerciale ou impression systématique est constitutive d'une infraction pénale. Toute copie ou impression de ce fichier doit contenir la présente mention de copyright. NUMDAM Article numérisé dans le cadre du programme Numérisation de documents anciens mathématiques http://www.numdam.org/
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Sur la construction des solutions approchées d'un problème de tsunami
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# Sur la construction des solutions approchées d'un problème de tsunami Bernard Di Martino Fabien Flori Catherine Giacomoni, Pierre Orenga ## Résumé Nous présentons dans ce document un résultat d'existence d'un problème de tsunami. L'écoulement fluide est représenté par un modèle de type shallow water bidimensionnel alors que le déplacement de la lithosphère est représentée par un modèle de plaque. Nous donnons ensuite quelques résultats numériques permettant d'illustrer l'appariation de tsunamis. ## 1 Position du problème Nous proposons un modèle ainsi que l'analyse mathématique d'un phénomène de tsunami dû à un déplacement de la lithosphère. Lorsqu'un tsunami a lieu à proximité des côtes, c'est-à-dire en eau peu profonde, la hauteur de sa vague peut atteindre plusieurs mètres. Ce type de tsunami est le plus constructeur et c'est cette situation que nous considérons dans ce travail. Dans ce qui suit, toutes les constantes physiques ont été prises égales à 1 exceptées la viscosité $A$ et l'accélération $g = 10 \text{ m.s}^{-2}$ dont dépend le choix des données. L'écorce terrestre et la surface du fluide occupent un ouvert borné $\Omega$ de $\mathbb{R}^2$, simplement connexe (pour simplifier) avec une frontière $\gamma$ de classe $C^{1,1}$. On note $Q$ le cylindre $\Omega \times ]0, T[$ et on pose $\Sigma = \gamma \times ]0, T[$. Epaisse d'environ 60 km, la lithosphère est découpée en plaques mobiles qui se déplacent sur l'asthénosphère. Des failles permettent à ces plaques d'accomoder leur mouvement. Avant que l'énergie emmagasinée par les contraintes soit soudainement libérée au dessous des océans, les failles restent bloquées pendant de longues années. Les dimensions horizontales d'une plaque, de l'ordre du millier de kilomètres, étant grandes devant son épaisseur, le déplacement $d$ de la lithosphère
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peut être modélisé par l'opérateur de plaque mince ($\mathcal{S}$) où $f_1$ et $f_2$ sont les contraintes subies par la plaque au niveau des failles $$ (\mathcal{S}) \left\{ \begin{array}{ll} \displaystyle \frac{\partial^2 d}{\partial t^2} - \Delta \frac{\partial^2 d}{\partial t^2} + \Delta^2 d = f_0 - gh & \text{dans } Q \\ \\ d = f_1, \quad \nabla d \cdot n = f_2 & \text{sur } \Sigma \\ \\ d(t=0) = d_0(x), \quad \frac{\partial d}{\partial t}(t=0) = d_1(x) & \text{dans } \Omega \end{array} \right. $$ Dans l'analyse mathématique du problème on posera $f_1 = f_2 = 0$ pour ne pas alourdir inutilement les calculs. L'action du fluide sur la plaque est prise en compte par un terme de pression $-gh$ où $h = \zeta + H - d$, $\zeta$ étant l'élévation du niveau de l'eau et $H > 0$ la bathymétrie supposée constante. Enfin, on suppose que le modèle est à l'équilibre à $t = 0$ d'où $f_0$ est donné par $f_0 = g(\zeta_0 + H - d_0)$ et $d_0 = d_1 = 0$. Le mouvement de l'océan est décrit par un modèle (SW) d'eau peu profonde ($\mathcal{F}$) [11] dans lequel $\omega_c \wedge u$ est le terme de Coriolis, $C_d|u|u$ est le frottement du fluide sur la plaque et $f_3$ est l'action du vent à la surface [5, 10] $$ (\mathcal{F}) \left\{ \begin{array}{ll} \displaystyle \frac{\partial u}{\partial t} + \frac{1}{2} \nabla u^2 + \operatorname{rot} u \wedge u - A \Delta u + g \nabla \zeta + \omega_c \wedge u + C_d |u| u = f_3 & \text{dans } Q \\ \\ \displaystyle \frac{\partial h}{\partial t} + \operatorname{div}(u h) = 0, & \text{sur } Q \\ \\ \operatorname{rot} u \wedge n = 0, \quad u \cdot n = 0 & \text{dans } \Sigma \\ \\ u(t=0) = u_0(x), \quad h(t=0) = h_0(x) \ge 0 & \text{dans } \Omega \end{array} \right. $$ Notons que ce modèle est issu de l'intégration sur la verticale des équations tridimensionnelles des fluides géophysiques et prend naturellement en compte les variations de la lithosphère. Nous avons présenté récemment des résultats d'existence, de régularité et d'unicité des solutions de ce modèle [3]. Nous rappelons ici les résultats d'existence et nous complétons ce travail par une approche numérique pour laquelle nous donnons quelques résultats de simulation. ## 2 Un résultat d'existence L'existence de solutions pour le modèle de shallow water ($\mathcal{F}$) a été établie dans [9], quant au modèle de plaque ($\mathcal{S}$) il ne présente pas de difficultés particulières. Pour démontrer le résultat d'existence du modèle couplé, on utilise
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SOLUTIONS APPROCHÉES D'UN PROBLÈME DE TSUNAMI des techniques employées dans [1, 2, 4]. Ce résultat est obtenu pour $T$ fini et des données petites. Ceci est dû aux difficultés engendrées par le couplage entre la plaque et le fluide. Afin d'alléger les calculs, nous ne prenons pas en compte les actions de Coriolis, du vent et du frottement au fond. L'obtention de ce résultat d'existence se fait en trois étapes. Au lemme 2.1 nous montrons comment obtenir une borne sur $h$ dans $L^2(Q)$ en fonction de bornes sur $u$ dans $L^\infty(0,T; L^2(\Omega)) \cap L^2(0,T; H^1(\Omega))$, $h \log h$ dans $L^\infty(0,T; L^1(\Omega))$ et $d$ dans $W^{1,\infty}(0,T; H_0^1(\Omega)) \cap L^\infty(0,T; H_0^2(\Omega))$. On introduit au lemme 2.2 cette borne dans l'estimation d'énergie naturelle ce qui donne suffisamment de compacité pour obtenir une solution pour des données petites précisées au théorème 2.3. Nous pouvons alors montrer l'existence d'une solution $(u, h, d)$ du problème couplé vérifiant les équations $(\mathcal{F})_1$, $(\mathcal{F})_2$ et $(S)_1$ respectivement dans $L^{4/3}(0,T; H^{-1}(\Omega))$, $L^{4/3}(0,T; W^{-1,4/3}(\Omega))$ et $W^{-1,\infty}(0,T; H^{-2}(\Omega))$. Nous montons que l'on peut obtenir une solution sans la borne sur $h$ dans $L^2(Q)$ mais alors pour des données plus restrictives. Avant de développer ces résultats, précisons que l'on utilise l'inversion de l'opérateur $-\Delta$. Plus précisément, pour toute fonction $g$ telle que $\int_{\Omega} \mathrm{div} g \, dx = 0$, on note $w = (-\Delta)^{-1} \mathrm{div} g$ l'unique solution de $-\Delta w = \mathrm{div} g$ dans $\Omega$ avec $\frac{\partial w}{\partial n} = 0$ sur $\gamma$ et $\int_{\Omega} w \, dx = 0$. Dans ce qui suit on raisonne formellement sur $(\mathcal{F})_1$. Cette démarche est ensuite appliquée aux solutions approchées qui vérifient les hypothèses nécessaires. Ensuite, en appliquant l'opérateur $(-\Delta)^{-1} \mathrm{div}$ à chaque terme de $(\mathcal{F})_1$ et en notant que $u \in V = \{\varphi \in H^1(\Omega), \varphi \cdot n = 0 \text{ sur } \gamma\}$ peut se décomposer de façon unique sous la forme $u = \nabla p + \mathrm{Rot} q$, avec $\frac{\partial p}{\partial n} = 0$ et $q = 0$ sur $\gamma$, il vient : $$ \frac{\partial p}{\partial t} - A\Delta p + gh = -gd + \int_{\Omega} (gh_0 + gd) \, dx - \Delta^{-1} \mathrm{div}[(u \cdot \nabla)u]. \quad (2.1) $$ Avec ce résultat, on montre le lemme suivant : **Lemme 2.1:** Si $h_0 \ge 0$, $h_0 \log h_0 \in L^1(\Omega)$ et $p_0 h_0 \in L^1(\Omega)$, alors $h$ vérifie l'estimation : $$ \int_Q h^2 dx dt \le k_0 \left( 1 + \epsilon \|u\|_{L^\infty(0,T;L^2(\Omega))}^2 + \epsilon^{-1} \|h_0\|_{L^1(\Omega)} \sup_\tau \int_\Omega h(\tau) \log^+ h(\tau) dx \right) \\ + k_0 \left( \|u\|_{L^2(0,T;V)}^2 \|u\|_{L^\infty(0,T;L^2(\Omega))}^2 + \int_0^t \|\frac{\partial d}{\partial t}(\tau)\|_{H_0^1(\Omega)}^2 + \|\Delta d(\tau)\|_{L^2(\Omega)}^2 d\tau \right) \quad (2.2) $$ où $k_0$ dépend des données.
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Eléments de démonstration .—. Soit $\chi_\delta$, $\delta \in ]0, T[$, défini par $\chi_\delta(t) = 1$ si $0 \le t \le T - \delta$ et $\chi_\delta(t) = \frac{T-t}{\delta}$ si $T - \delta \le t \le T$. En multipliant l'équation (2.1) par $\chi_\delta h$ et en intégrant sur $Q$, il vient : $$ g \int_Q \chi_\delta h^2 dxdt = - \int_Q \frac{\partial p}{\partial t} \chi_\delta h \, dxdt - \int_Q \chi_\delta (\Delta^{-1} \mathrm{div}[(u \cdot \nabla)u]) h \, dxdt \\ + A \int_Q \Delta p \chi_\delta h \, dxdt + g \int_Q d\chi_\delta h \, dxdt \\ + \int_0^T \left\{ \int_\Omega (gh_0 + gd) \, dx \int_\Omega \chi_\delta h \, dx \right\} dt. \quad (2.3) $$ Estimons les cinq termes du second membre de (2.3), notés respectivement $T_1, T_2, T_3, T_4, T_5$. Le premier est celui qui pose le plus de difficultés et dont nous donnons les principales étapes de l'estimation. Tout d'abord, en utilisant la définition de $\chi_\delta$, on obtient : $$ T_1 = - \int_Q \frac{\partial p}{\partial t} \chi_\delta h \, dxdt = \int_\Omega p(0)h(0) \, dx + \int_Q p \frac{\partial \chi_\delta}{\partial t} h \, dxdt + \int_Q p \chi_\delta \frac{\partial h}{\partial t} \, dxdt. $$ Ainsi, en utilisant le fait que $\int_Q p\chi_\delta \frac{\partial h}{\partial t} \, dxdt = - \int_Q p\chi_\delta \mathrm{div}(hu) \, dxdt = \int_Q uh \nabla p\chi_\delta \, dxdt$, il vient : $$ \begin{aligned} T_1 &= \int_{\Omega} p(0)h(0) \, dx + \int_{Q} p \frac{\partial \chi_{\delta}}{\partial t} h \, dxdt + \int_{Q} ((\nabla p)^2 + \nabla p \mathrm{Rot} q) \chi_{\delta} h \, dxdt \\ &= \int_{\Omega} p(0)h(0) \, dx + T_{1,1} + T_{1,2}. \end{aligned} $$ Estimons $T_{1,1}$ et $T_{1,2}$. On introduit les espaces de Orlicz $L_A(\Omega)$, $L_{\delta'}(\Omega)$ et $L_{\hat{A}}(\Omega)$ où $\hat{A}$ est la N-fonction définie par $\mathcal{A}(x) = \exp(x^2) - 1$ et $\mathcal{A}'$ est la N-fonction complémentaire à $\mathcal{A}$, équivalente à la N-fonction $\hat{A}'$ définie par $\hat{A}'(x) = x\sqrt{\log^+(x)}$. On obtient, en utilisant le fait que $\|p\|_{L_A(\Omega)} \le k\|u\|_{L^2(\Omega)}$ : $$ T_{1,1} \le 2 \int_0^T \left| \frac{\partial \chi_\delta}{\partial t} \right| \| p \|_{L_A(\Omega)} \| h \|_{L_{\delta'}(\Omega)} \le C \int_0^T \left| \frac{\partial \chi_\delta}{\partial t} \right| \| u \|_{L^2(\Omega)} \left( \int_\Omega \hat{A}'(h) dx + 1 \right) dt. $$ Ainsi, en utilisant la formule de Young, on parvient à :
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SOLUTIONS APPROCHÉES D'UN PROBLÈME DE TSUNAMI $$ T_{1,1} \le C\epsilon \int_0^T \left| \frac{\partial \chi_\delta}{\partial t} \right| \|u\|_{L^2(\Omega)}^2 dt + \frac{C}{2\epsilon} \int_0^T \left| \frac{\partial \chi_\delta}{\partial t} \right| \left\{ 1 + \left( \int_\Omega \sqrt{h^2 \log^+ h} dx \right)^2 \right\} dt $$ avec $\left(\int_{\Omega} \sqrt{h^2 \log^+ h} dx\right)^2 \le \|h_0\|_{L^1(\Omega)} \|h \log^+ h\|_{L^1(\Omega)}$ grâce à l'équation $(F)_2$ qui donne $\int_{\Omega} h \, dx = \int_{\Omega} h_0 \, dx$. Finalement, comme $\frac{\partial \chi_\delta}{\partial t} = 0$ pour $t \in [0, T - \delta[$ et $\frac{\partial \chi_\delta}{\partial t} = -\frac{1}{\delta}$ pour $t \in [T - \delta, T]$, on obtient : $$ T_{1,1} \le C\epsilon \|u\|_{L^{\infty}(0,T;L^2(\Omega))}^2 dt + \frac{C}{2\epsilon} \left\{ 1 + \|h_0\|_{L^1(\Omega)} \sup_{\tau} \int_{\Omega} h(\tau) \log^+ h(\tau) dx \right\}. $$ Pour estimer $T_{1,2}$, on utilise successivement les inégalités de Hölder et de Gagliardo-Nirenberg : $$ T_{1,2} \le \frac{1}{2} \int_Q \chi_\delta h^2 \, dxdt + C' \int_0^T \|\nabla p\|_{L^2(\Omega)} (\|\nabla p\|_{L^2(\Omega)} + \|\mathrm{Rot}q\|_{L^2(\Omega)}) \|u\|_V^2 \, dt. $$ Enfin, puisque $L^2(\Omega) = \nabla H^1(\Omega) \oplus H_0(\mathrm{div}0, \Omega)$, alors $\|\mathrm{Rot}q\|_{L^2(\Omega)} \le \|u\|_{L^2(\Omega)}$ et $\|\nabla p\|_{L^2(\Omega)} \le \|u\|_{L^2(\Omega)}$. Ainsi, on peut remplacer $\mathrm{Rot}q$ et $\nabla p$ par $u$ dans le dernier terme de $T_{1,2}$. Passons à l'estimation des autres termes de (2.3). Sans plus de détails, on montre que $$ T_2 \le \frac{1}{4} \int_Q \chi_\delta h^2 \, dxdt + C'' \|u\|_{L^\infty(0,T;L^2(\Omega))}^2 \|u\|_{L^2(0,T;V)}^2 $$ $$ T_3 \le A \int_{\Omega} h_0 \log h_0 + 1 - h_0 \, dx $$ $$ T_4 + T_5 \le C[h(0)] + \frac{g}{4} \int_Q \chi_\delta h^2 \, dxdt + C''' \int_0^T \|d\|_{H_0^2(\Omega)}^2 \, dt. $$ En appliquant les estimations sur les $T_i$ ($1 \le i \le 5$) à (2.3) on obtient (2.2) en faisant tendre $\delta$ vers 0. **Lemme 2.2:** On note $C_1, C_2$ et $C_3$ des constantes dépendant uniquement des données. Sous les hypothèses du lemme 2.1 et si $u_0 \in L^2(\Omega)$, $d_0 \in H_0^1(\Omega)$, $d_1 \in H_0^2(\Omega)$ alors $u, d$ et $h$ vérifient l'estimation : $$ \|u\|_{L^{\infty}(0,T;L^2(\Omega))}^2 + G(u)\|u\|_{L^2(0,T;V)}^2 + (g - \epsilon^{-1}\|h_0\|_{L^1(\Omega)}) \sup_{\tau} \int_{\Omega} h(\tau) \log^+ h(\tau) dx \\ + \sup_{\tau} \int_{\Omega} h(\tau) \log^- h(\tau) dx + y(t) + \|h\|_{L^2(\Omega)}^2 \le k_1 + k_2 \int_0^t y(\tau) d\tau \quad (2.4) $$
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où $G(u) = C_1 - C_2 \|u\|_{L^\infty(0,T;L^2(\Omega))} - C_3 \|u\|_{L^\infty(0,T;L^2(\Omega))}^2$ et $y(t) = \|\frac{\partial d}{\partial t}(t)\|_{H_0^1(\Omega)}^2 + \|\Delta d(t)\|_{L^2(\Omega)}^2$. Eléments de démonstration .—. En multipliant l'équation de conservation de la quantité de mouvement par $u$ et en intégrant sur $\Omega$, il vient : $$ \begin{aligned} & \frac{1}{2} \frac{d}{dt} \|u\|_{L^2(\Omega)}^2 + A \|u\|_V^2 + g \frac{d}{dt} \left[ \int_{\Omega} h \log h - h + 1 \, dx \right] \\ & = \frac{1}{2} \int_{\Omega} u^2 \mathrm{div} u \, dx + g \int_{\Omega} \mathrm{div} u \, dx, \end{aligned} $$ où avec les inégalités de Gagliardo-Nirenberg, $\frac{1}{2} \int_{\Omega} u^2 \mathrm{div} u \, dx \le \frac{C}{2} \|u\|_{L^2(\Omega)} \|u\|_V^2$ et avec les inégalités de Young et de Poincaré, $g \int_{\Omega} \mathrm{div} u \, dx \le \epsilon \|u\|_V^2 + \frac{C}{\epsilon} \|d\|_{H_0^2(\Omega)}^2$. En outre, en multipliant l'équation de plaque par $\frac{\partial d}{\partial t}$ et en intégrant sur $Q$, on montre que : $$ y(t) \le C' + g \int_Q h \frac{\partial d}{\partial t} dx dt \le C' + \epsilon g \|h\|_{L^2(Q)}^2 + \frac{C''}{\epsilon} \int_0^T \|\frac{\partial d}{\partial t}\|_{L^2(\Omega)}^2 dt. $$ Finalement, en sommant (2.2) obtenu au lemme (2.1), (2.5) et (2.6) on obtient (2.4). **Théorème 2.3:** Sous les hypothèses des lemmes 2.1 et 2.2, et si les données vérifient les conditions $$ \begin{aligned} & \|u_0\|_{L^2(\Omega)} < \theta \\ & k_3 = \theta \frac{C_2 + \sqrt{C_2 + 4C_1C_3}}{2C_3}, \\ & k_1 + Tk_1k_2 \exp(k_2T) < \theta^2 k_3^2, \quad \|h_0\|_{L^1(\Omega)} < k_4 \end{aligned} $$ où $\theta \in (0,1)$ et $k_1, k_2, k_3, k_4$ dépendent des données, alors $G(u) > 0$ et le problème admet une solution $(u, h, d)$ telle que $u \in C([0, T]; L^2(\Omega)) \cap L^2(0, T; V)$, $h \in L^2(Q)$, $h \log h \in L^\infty(0, T; L^1(\Omega))$, $d \in W^{1,\infty}(0, T; H_0^1(\Omega)) \cap L^\infty(0, T; H_0^2(\Omega))$ et $\|u\|_{L^\infty(0,T;L^2(\Omega))} < \theta k_3$. Eléments de démonstration .—. On peut appliquer le lemme de Gronwall à (2.4) et obtenir les estimations annoncées si $\|h_0\|_{L^1(\Omega)} \le \epsilon g = k_4$ et $G(u) > 0$.
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SOLUTIONS APPROCHÉES D'UN PROBLÈME DE TSUNAMI Cette dernière condition n'est vérifiée que si $\|u\|_{L^\infty(0,T;L^2(\Omega))} \le k_3$. Pour montrer ce point, on utilise les conditions sur les données. Puisqu'en dimension finie $u$ est continue de $[0,T]$ dans $L^2(\Omega)$ et que $\|u_0\|_{L^2(\Omega)} \le \theta k_3$ avec $\theta \in (0,1)$, il existe alors un temps $t_1 \le T$ tel que $\|u(t_1)\|_{L^2(\Omega)} \le \theta k_3$. Par conséquent, pour tout $t \in [0, t_1]$, $G(u)$ est positif et (2.4) donne $y(t) \le k_1 + k_2 \int_0^t y(\tau)d\tau$ ce qui avec le lemme de Gronwall conduit à $y(t) \le k_1 \exp(k_2T)$. Le membre de droite de (2.4) peut alors être estimé par $k_1 + Tk_1k_2 \exp(k_2T)$ qui est strictement inférieur à $\theta^2k_3^2$. En notant $t_2$ le plus petit temps tel que $\|u(t_2)\|_{L^2(\Omega)} = \theta k_3$, l'estimation (2.4) écrite pour $t = t_2$ conduit à la contradiction $\theta^2k_3^2 \le k_1 + Tk_1k_2 \exp(k_2T) < \theta^2k_3^2$. Ainsi $\|u(t)\|_{L^2(\Omega)} < \theta k_3$ pour tout $t \in [0, T]$ et $G(u) > 0$ ce qui permet de conclure. Puisque $u \in L^2(0, T; H^1(\Omega))$, $h \in L^2(Q)$, $uh \in L^1(Q)$, $\frac{\partial h}{\partial t} = -\text{div}(hu) \in L^1(0, T; W^{-1,1}(\Omega))$ et d'autre part $\|u - u(\cdot + \zeta, t)\|_{L^2(Q)} \to 0$ quand $|\zeta|$ tend vers 0 car $u \in L^2(0, T; H^1(\Omega))$, on peut passer à la limite au sens des distributions dans le terme $hu$ en utilisant le lemme 5.1 p.12 de [6]. On utilisera encore ce lemme pour passer à la limite dans le terme non linéaire $(u \cdot \nabla)u$ en remarquant que $\frac{\partial u}{\partial t} \in L^{4/3}(0, T; W^{-1,4/3}(\Omega))$. Pour construire des solutions approchées vérifiant les estimations, on utilise un point fixe bien adapté à la résolution numérique de ce problème. Soit $\{\phi_n\}$ une base régulière de $V$ et $V_n$ l'ensemble des combinaisons des n premières fonctions $\phi_i \in H^4(\Omega)$ de cette base. Grâce à la régularité de cette base, les espaces $L^2(0, t; V_n)$ et $L^2(0, t; V_n \cap W^{1,\infty}(\Omega))$ sont algébriquement et topologiquement identiques. On fixe $u_n = u_n^* \in X = L^2(0, t; V_n)$ dans l'équation de continuité que l'on résout avec la méthode des caractéristiques de ce qui permet de conserver la positivité de $h_n$. On obtient l'estimation $\|h_n\|_{L^\infty(0,t;L^2(\Omega))}^2 \le C \exp(\int_0^t \|u_n^*\|_{V_n \cap W^{1,\infty}(\Omega)} dt)$. On résout ensuite l'équation de plaque avec la méthode de Galerkin ce qui donne $d_n$ et grâce à l'estimation précédente on a $y_n(t) \le C' + C''t^2 \exp(t^{1/2}\|u_n^*\|_{L^2(0,t;V_n \cap W^{1,\infty}(\Omega))})$. Enfin, toujours avec Galerkin, on résout l'équation de conservation de la quantité de mouvement et on obtient l'estimation $\|u_n\|_X^2 \le C''' + C''''t^2(1+t^2) \exp(t^{1/2}\|u_n^*\|_X)$ où $C'''$ dépend des données. L'opérateur $\Pi: u_n^* \in X \mapsto u_n \in X$ est donc une application continue et on peut toujours choisir un $R$ et un $t$ tels que si $\|u_n^*\|_X < R$ alors $\|u_n\|_X < R$. Ainsi $\Pi$ envoie la boule $B(0, R)$ de $X$ dans elle même ce qui permet d'appliquer le théorème de point fixe de Schauder [12]. Les solutions ont été construites pour un $t$ qui peut être petit mais on peut prolonger à $T$ grâce aux estimations.
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# 3 Approximation numérique Lorsqu'il se produit en haute mer, où la profondeur est importante, le tsunami présente une hauteur de vague de faible amplitude (quelques centimètres tout au plus) et une très grande longueur d'onde. C'est en se rapprochant des côtes que la longueur d'onde diminue et que l'amplitude s'accroît. Pour certaines configurations particulières du fond, le front de vague peut converger vers un point sur lequel l'amplitude devient très grande (plusieurs dizaines de mètres). Les conséquences peuvent alors être desastreuses pour les populations et les infrastructures présentes sur le littoral. ## 3.1 Caractéristiques des calculs Le domaine d'étude idéalisé que nous considérons est un domaine carré d'un millier de kilomètres de côté dont le centre est également le centre du repère de coordonnées. La remontée du fond liée au plateau continental est représentée par une marche située entre 100 et 200 kilomètres du littoral situé du côté droit du carré (i.e. du coté des $x$ positifs, le côté est). La haute mer correspond à une profondeur de 1000 mètres alors que le plateau continental est située à une profondeur de 100 mètres. Cette bathymétrie est supposée ne dépendre que de $x$ (constante suivant $y$). Elle est donnée par la fonction $$ \begin{cases} 1000 & \text{si } x \le 300 \text{ km} \\ 1000 - (x - 300000) * 9/1000 & \text{si } 300 \le x \le 400 \text{ km} \\ 100 & \text{si } x \ge 400 \text{ km} \end{cases} \quad (3.5) $$ La pente de la marche permettant d'accéder au plateau continental est relativement faible (de l'ordre de 0.9%) ce qui va engendrer une relativement faible amplitude du tsunami. Cependant, pour des raisons de coût de calcul, il n'a pas été possible d'augmenter cette pente.
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<figure><img src="image_1.png" /><figcaption>FIG. 1 – Représentation du domaine idéalisé</figcaption></figure> La présence de la pente ne permet pas d'utiliser le modèle de plaque proposé sur la totalité du domaine. Nous avons donc considéré un modèle de plaque uniquement sur une partie du domaine consistant en une bande d'une largeur de 100 kilomètres et d'une longueur de 1000 kilomètres, située à une distance de 100 kilomètres de la limite gauche du domaine (cf figure 1). La méthode numérique de résolution du problème d'écoulement fluide est basée sur une méthode de Galerkin utilisant une base spéciale que l'on ne détaillera pas (voir par exemple [7, 8]) couplée à une méthode de caractéristiques pour la hauteur d'eau. L'équation de plaque est également résolue par une méthode de Galerkin en construisant une base de $H^2(\Omega) \cap H_0^1(\Omega)$ vérifiant $$ egin{cases} \Delta^2\varphi = \lambda\varphi \text{ dans } \Omega \\ \varphi = 0 \text{ sur } \partial\Omega \\ \Delta\varphi = 0 \text{ sur } \partial\Omega \end{cases} \quad (3.6) $$ Dans le cas de cette géométrie simplifiée, les bases utilisées sont accessibles analytiquement, ce qui évite d'avoir recourt à un module de calcul par éléments finis. Afin d'avoir une simulation donnant des résultats interprétables, nous avons utilisé l'équation de plaque avec les propriétés physiques de la croûte terrestre. Ceci nous a conduit à utiliser les paramètres suivants : un module de Young de $2.6 \times 10^{10}$, un nombre de Poisson de 0.3, une masse volumique de $2.8 \times 10^3$ et une épaisseur de 5000 mètres. Le schéma de résolution numérique est basé sur une méthode de point fixe similaire à celle utilisée lors de
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la construction formelle des solutions approchées (expliquée dans la démonstration du théorème d'existence 2.3). ## 3.2 Résultats et Discussion Nous avons représenté le profil de l'onde de surface à différents instants, correspondant à 1200, 1400 et 1600 secondes. En effet, l'onde se déplaçant à une vitesse de l'ordre de $\sqrt{gh}$, sa vitesse en haute mer est de l'ordre de 100 m.s$^{-1}$. Elle aura donc parcouru environ 120 kilomètres au bout des 1200 premières secondes. Notons que par la suite, la hauteur d'eau diminuant fortement, la vitesse de l'onde diminue aussi pour atteindre l'ordre de 30 m.s$^{-1}$ sur le plateau continental. Sur la figure 2 nous apercevons le déplacement <figure><img src="image_2.png" /><figcaption>FIG. 2 – Représentation de l'élévation en fonction de x</figcaption></figure> de la vague au large et à l'approche du plateau continental. Nous notons en parallèle à la vague principale la présence de plusieurs autres vagues de moindre amplitude. Celles qui apparaissent derrière la vague principale proviennent d'une part du fait que la plaque continue à osciller après la première excitation et d'autre part par un retour de l'onde réfléchie par la "frontière ouest" du domaine.
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<figure><img src="image_3.png" /><figcaption>FIG. 3 – Représentation de l'élévation en fonction de x</figcaption></figure> La figure 3 montre la hauteur de vague lorsque celle-ci s'écrase sur la "côte ouest". Sa hauteur a triplé par rapport à la hauteur d'origine. Cette hauteur de vague est encore très faible pour engendrer des catastrophes importantes sur la côte et une géométrie plus élaborée de la bathymétrie devrait permettre d'obtenir des résultats plus convainquants. Cependant, la complexité du front de vague qui perd sa géométrie monodimensionnelle et les différentes réflexions de cette vague sur la côte rendent alors les résultats des simulations plus délicats à interpréter. En conclusion, le modèle présenté dans ce document est une première approche de ce que pourrait être un modèle couplé océan-croûte terrestre. De nombreux perfectionnement sont envisagés, citons par exemple l'utilisation d'un modèle élastique plus complet pour représenter la croûte terrestre, l'utilisation d'un modèle hydrodynamique tridimensionnel pour l'océan. Il serait également intéressant de prendre en compte des conditions aux limites absorbantes ou semi-absorbantes pour éviter les multiples réflexions non physiques sur les frontières du domaine. Références [1] F.J. Chatelon, M.L. Munōz, et P. Orenga. On a bi-layer shallow water
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problem. *preprint*, 2002. [2] F.J. Chatelon et P. Orenga. Some smoothness and uniqueness results for a shallow water problem. *Adv.Diff.Eq*, 3, 1998. [3] B. Di Martino et al. Analyse d'un problème de tsunami. *C. R. Acad. Sci. Paris*, 334:1-6, 2002. [4] A.V. Kazhikhov. Some new statements for initial boundary value problems for Navier-Stokes equations of viscous gas. In *Progress in theoretical and computational fluid mechanics*, ed. G.P. Galdi, J. Malek and J. Necas, Pitman Research Notes in Mathematics Series 308, pages 33-72. Longman, 1994. [5] R. Lewandowski. *Analyse mathématique et océanographie*. Masson, 1997. [6] P.L Lions. *Mathematical Topics in Fluid Mechanics, Compressible models*, volume 2. Oxford Science Publications, 1998. [7] B. Di Martino, F.J. Chatelon, et P. Orenga. The nonlinear Galerkin's method applied to the shallow water equations. M³AS, 9(6):825-854, 1999. [8] P. Orenga. Construction d'une base spéciale pour la résolution de quelques problèmes d'océanographie physique en dimension deux. *CRAS*, 314:587-590, 1992. [9] P. Orenga. Un théorème d'existence de solutions d'un problème de shallow water. *Arch. Rational Mach. Anal.*, 130:183-204, 1995. [10] J. Pedlosky. *Geophysical Fluid Dynamics*. Springer, 1987. [11] S Tinti, E. Bertolicci, et C. Chiavettieri. Zap. Nauchn. Sem. *Pure Appl. Geophys.*, 158:759-797, 2001. [12] E. Zeidler. Applied Functional Analysis. In *Applications to Mathematical Physics*, volume 108 of *Applied Mathematical Sciences*. Springer, 1995.
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SOLUTIONS APPROCHÉES D'UN PROBLÈME DE TSUNAMI BERNARD DI MARTINO UNIVERSITÉ DE CORSE UMR 6134 QUARTIER GROSSETTI BP 52, 20250 CORTE FRANCE dimartin@univ-corse.fr FABIEN FLORI UNIVERSITÉ DE CORSE UMR 6134 QUARTIER GROSSETTI BP 52, 20250 CORTE FRANCE flori@univ-corse.fr CATHERINE GIACOMONI DEPARTMENT OF MATHEMATICS UNIVERSITÉ DE CORSE QUARTIER GROSSETTI BP 52, 20250 CORTE FRANCE giaco@univ-corse.fr PIERRE ORENGA DEPARTMENT OF MATHEMATICS UNIVERSITÉ DE CORSE QUARTIER GROSSETTI BP 52, 20250 CORTE FRANCE orenga@univ-corses.fr
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Du naturalisme piétiste à l’expressionnisme mystique d’August Strindberg
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Daniel S. Larangé Åbo Akademi Domkyrkotorget 3, 20500 Turku, Finland Du naturalisme piétiste à l'expressionnisme mystique d'August Strindberg *La théologie du hasard : travailler comme la nature, non d'après la nature.<fnref n="1" />* Écrivain, dramaturge, peintre, photographe et homme de sciences, polyglotte et cosmopolite, August Strindberg (1849-1912), figure majeure de la Suède de la seconde moitié du XIXe siècle et père du théâtre moderne, connaît une évolution spirituelle qui se lit à travers une œuvre tant littéraire que picturale. On peut y déceler l'influence du catholicisme et du socialisme français. Le passage du réalisme au symbolisme témoigne de la transformation d'un *naturalisme piétiste* en un *expressionnisme mystique*, notamment par la sublimation du réel et la volonté de rechercher du sens dans le chaos de la création. Les années 1890 sont essentielles pour cette maturation qui trouve son point culminant dans la crise évoquée dans le plus français de ses romans : *Inferno* (1897). Strindberg en vient à s'intéresser d'abord aux sciences, à la chimie et à la biologie en particulier, puis à l'occultisme <footnote n="1">¹ Strindberg A., Lettre du 13 août 1894.</footnote>
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et à la théosophie, afin de dépasser le réel et atteindre la sphère du surréel. Quelles sont les caractéristiques de cette spiritualité paradoxale où monisme panthéiste et mysticisme rationnel viennent à se heurter ? La soif de connaissance conjuguée à une quête spirituelle conduit August Strindberg à longer les bords du gouffre de la folie comme ultime étape, pourtant indispensable, de la connaissance. Il s'agit d'explorer la cohérence et la cohésion spirituelles d'une œuvre artistique, comprenant peintures et photographies, bâtie sur le je(u) complexe des paradoxes, plaçant ainsi l'art comme viatique entre la science et la conscience, de sorte que le projet mallarméen de livre total verse dans la réalité. ## Le complexe des paradoxes Artiste tourmenté et homme instable, August Strindberg s'impose une sévère discipline pour produire et terminer ses projets. Une pareille ascèse lui est salutaire car la diversité de ses activités témoigne de sa propension naturelle à se disperser. Elle manifeste le déchirement intérieur qui s'opère en lui et qu'il se plaît à faire remonter à ses origines, sous la pression des pérégrinations géographiques et des péripéties sentimentales. En effet, la question de l'identité devient problématique dans la mesure où le « je » (jag) qui se pose comme sujet se révèle peu à peu caution à illusions (Johanesson 1962 : 1-35 : Jaspers 1993 ; Olsson 2002) > Tout ce que je sais – cela est si peu ! – dérive du Moi, comme point central. La culture, non : le culte de ce Moi s’affirme donc comme le but suprême et final de l’existence (Strindberg [1897] 1996 : 126-127). Il est le quatrième des huit enfants de Carl Oscar Strindberg, agent d'un armateur, et de son épouse, née Ulrika Eleonora Norling, ancienne domestique de la maison paternelle. Son enfance oscille entre négligence et ferveur religieuse, et de fréquents déménagements l'empêchent de fixer son attention durablement. Il commence sa scolarité dans un établissement dont la sévérité et le rigorisme laisse une empreinte indélébile sur sa personnalité. En revanche, ses études
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se poursuivent à partir de 1861 dans un lycée privé de Stockholm, d'esprit plutôt libéral, où il développe des aptitudes exceptionnelles en français et en sciences naturelles. Ce contraste façonne une personnalité complexe et complexée qui, à la fois, élargit facilement ses domaines de compétence et s'impose une ascèse quasi masochiste pour mener à terme chacun de ses projets. Après le décès de sa mère en 1862 et le remariage du père, avec lequel il entre en conflit, l'adolescent trouve refuge dans le piétisme. Dès l'automne de 1867, il se lance dans des études de médecine à l'université d'Uppsala, rapidement interrompues au printemps de 1868 par son installation à Stockholm, où il obtient un poste de précepteur. La complémentarité entre les sciences et la foi, qui échappe la plupart du temps à la critique, découle d'une conception humaniste et romantique du réel, très en vogue à son époque, permettant à la mystique de se séculariser par un engagement social. L'année suivante, il découvre sa vocation d'auteur dramatique et renonce à la médecine. Deux autres séjours à Uppsala, en 1870 et en 1871, ne lui rapportent aucun titre universitaire. De 1874 à 1882, une place d'assistant à la Kungliga Biblioteket lui assure un salaire fixe et lui permet d'approfondir, en autodidacte, ses connaissances. Il fréquente un atelier de chimie à l'université de Lund et entame en parallèle une carrière de peintre, de photographe et de télégraphiste. L'activité artistique, la technologie et les sciences ne lui apparaissent pas comme des domaines antithétiques ; il s'y consacre pleinement, menant ainsi plusieurs projets de front. Il y a bien une cohérence, certes irrationnelle, qui explique une activité si dispersée et si intense. La stabilité relative de son premier mariage lui permet de mener à terme son premier grand drame, Maître Olof (1872) et surtout un roman de critique sociale, Röda rummet [Chambre rouge] (1879), considéré comme le premier roman naturaliste suédois. En dépit de son succès auprès du grand public, les critiques s'acharnent contre lui, et sa susceptibilité maladive le force à quitter la Suède. En 1883, il rejoint avec sa famille la colonie d'artistes scandinaves, les Christian Skredsvig, Christian Krohg, Karl Nordström, Carl Larsson, Karin Bergoo, Julia Beck, Bruno Liljefors, Ernst Lundström, Oscar Björck,
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Peter Kroyer, à Grez-sur-Loing en France. L'année suivante, il s'installe en Suisse. Ses travaux plastiques se multiplient. Cependant la parution de la première partie de *Gift I* [Mariés] (1884), aussitôt interdit par la censure, lui vaut un procès. Sa vie intellectuelle ainsi écartelée en un grand nombre d'activités, auxquelles s'ajoute une pratique spartiate de la lecture d'ouvrages traitant autant de littérature que de science, d'art et de religion, n'est pas sans conséquences sur sa vie sociale et personnelle. Il se marie à trois reprises, mais son caractère hypersensible, voire névrosé, conduit chacune de ses unions au divorce. Il abandonne même l'écriture romanesque et théâtrale qui lui assure une reconnaissance internationale, puis se sépare de sa famille pour s'installer à Paris afin de se consacrer entièrement à la peinture et aux recherches scientifiques, donnant lieu à quelques communications académiques. Il touche même à l'alchimie, avec le projet de synthétiser l'or à partir du fer. Alors que sa seconde épouse, Frida, entretient une liaison avec le dramaturge allemand Frank Wedekind (1864-1918), il traverse une grave crise psychique et spirituelle. Son autobiographie romanesque, écrite en français, *Inferno*, y puise la matière de son récit. Il remédie à l'instabilité par une ascèse intellectuelle et morale, qui varie néanmoins en fonction des époques et de ses engagements éthiques ou esthétiques. Ses œuvres de facture naturaliste ont suscité d'abord l'admiration des classes ouvrières. Il est lui-même tenté par le socialisme, voire l'anarchie. Sa fille Karin épouse d'ailleurs Vladimir Mikhaïlovitch Smirnov (1887-1937), l'un des meneurs de l'insurrection de février 1917 à Moscou. Ses idées politiques le rendent très populaire dans les pays socialistes, notamment en Union soviétique et à Cuba. Toutefois, à la fin des années 1880, il renie le socialisme et découvre Friedrich Nietzsche avec lequel il correspond jusqu'à l'internement de ce dernier (Milochevitch 1997). Le philosophe lui propose de traduire *Ecce Homo*, mais le projet est rapidement abandonné faute de sources d'investissement. Strindberg y renonce, et se tourne à nouveau vers le mysticisme. Il rompt ainsi avec le naturalisme et plonge dans le symbolisme. Il est aujourd'hui considéré
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comme l'un des pionniers de l'expressionnisme européen moderne. Sa production littéraire s'est renouvelée comme en témoigne le drame allégorique intitulé *Till Damaskus* [Vers Damas] (1898-1904). Les quelques années d'apparente stabilité ne dissimulent pas les nombreuses contradictions qui l'habitent. Elles relèvent des difficultés de concilier raison et émotion : homme et nature, athéisme et mysticisme, réalisme et symbolisme, socialisme et intimisme, ange et démon. Or, il reste convaincu que les oppositions peuvent être dépassées. Selon lui, elles doivent s'articuler et se compléter à un certain degré de conscience. ## L'art entre science et conscience Les études et albums consacrés aux œuvres plastiques de Strindberg n'ont cessé de se multiplier (Derkert 1962 ; Mätte Schmidt 1972 ; Söderström, Rangström, Pasche, Gundlach 1981 ; Söderström 1989 ; Hedström 2001 ; Granath, Campany, Sainsbury, Söderström 2005) depuis l'article fondateur de Gunnel Sylwan (Sylwan 1949). Les travaux de Göran Söderström (Söderström 1972) restent encore des références d'actualité, alors que l'ouvrage de Per Hemmingsson (Hemmingsson, 1962 ; 1963 ; 1970 ; 1989) a initié toute une réflexion sur la photographie étudiée en France par Clément Chéroux (Chéroux 1994). La réception de l'œuvre plastique s'est modifiée au cours des époques. Durant les années 1890, la critique y a vu une représentation de l'impressionnisme scandinave. Elle s'est ensuite accordée à le classer plutôt parmi les expressionnistes. Au début des années 1960, il a été considéré comme le précurseur de l'expressionnisme abstrait et de l'art automatique contemporain. Peu à peu, la critique universitaire a rapproché les différents arts ; la relation entre peinture et photographie s'est vue enrichie par l'analyse de l'occultisme d'une part, et par celle des sciences naturelles d'autre part. L'œuvre strindbergienne n'ayant jusqu'à présent fait l'objet que d'études disparates sur ses différentes facettes, il est temps de la reconsidérer dans sa totalité, comme l'expression d'un art synesthésique, produit
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du néoromantisme et du symbolisme. L'analyse menée par Harry G. Carlson reste sur ce point remarquable (Carlson, 1996). En effet, la peinture issue d'une expérience immédiate, évite l'emploi complexe des mots au profit du langage des couleurs et de la lumière, des intensités et des contrastes. Elle relève d'un art de la suggestion qui permet d'accéder à une réalité supérieure, comme en témoigne la première expérience de composition picturale rapportée dans *Tjänstekvinnans son* [*Le Fils de la servante*], lorsqu'en février 1872 « il vit que la couleur bleue lui faisait la même impression qu'un ciel très clair, il en fut tout ému, et, lorsqu'ensuite il créa comme par enchantement des buissons tout verts et des pelouses, un bonheur indicible l'envahit, comme s'il avait pris du hachisch. » La couleur « bleue » est celle attribuée à la Sainte-Vierge et fonctionne comme une « apparition » ou une « révélation » à laquelle vient s'ajouter le « vert » de l'espérance et des illusions, provoquant ainsi une sensation apparentée aux effets d'une drogue. Toute une conception de l'art comme émotion héritée du romantisme noir, de Charles Baudelaire et de Thomas de Quincy, se retrouve ainsi revisitée. La lumière – les contrastes – et les couleurs – l'intensité – sont bien les deux paramètres à partir desquels l'image se compose chez Strindberg. Toute une dialectique se déploie entre le regard extérieur et la vision interne (Strindberg 1921 : 384-385 ; Carlson 2000 : 264-270). Per Hedström, dans son panorama des arts plastiques de Strindberg, suggère que l'écrivain recourt à la peinture, à la musique ou à la photographie quand il ne parvient plus à exprimer par l'écriture tous ses tourments (Hedström 2001 : 9-102). Afin de dépasser les contradictions qui le hantent, il adopte d'abord les théories de son professeur d'esthétique, le poète Carl Rupert Nyblom (1832-1907) qui œuvre pour une synthèse entre réalisme et idéalisme (Nyblom 1863 ; 1869). En dépit de quelques différends entre eux, Strindberg correspond avec lui (Poulenard 1962 : 27). Même si Strindberg prend rapidement parti pour la peinture réaliste d'inspiration française révélée en Suède par Alfred Wahlberg, et exprime sa désapprobation face à l'impressionnisme dans le compte rendu qu'il fait de sa visite de la galerie Durand-Ruel, il finit peu à peu par saisir les subtilités de
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Monet. Ses séjours dans une France qui a traversé des révolutions et de brusques évolutions au cours du siècle le sensibilisent à la nécessité de transformer la société. Cela le conduit, à la fin des années 1880, à prendre de plus en plus de distance avec le réalisme et l'utilitarisme qui ont trouvé en Scandinavie un terreau fertile. Son approche des sciences naturelles s'imprègne alors du romantisme et de l'occultisme qu'il découvre dans la capitale des arts, en fréquentant le mage Papus et les théosophes (Gavel 2000 : 173-184). En effet, il reconnaît dans le discours interdisciplinaire tenu par Helena Petrovna Blavatsky et Annie Besant les arguments de l'hylozoïsme, courant philosophique selon lequel la matière est douée de vie car le monde serait un être vivant pénétré par l'Âme du monde si chère à Schelling. > Partant des minéraux, je passe par le règne des plantes et des animaux, pour arriver à l'homme, derrière lequel je découvre le Créateur. Le Créateur, ce grand artiste qui se développe en créant, fait des esquisses qu'il rejette, reprend des idées avortées, perfectionne et multiplie les formes primitives. Certes, tout est l'œuvre de ses mains (Strindberg [1897] 1996 : 136). La théosophie opère justement sur un réseau d'analogies entre les sciences naturelles et la culture, cherchant à donner une assise scientifique aux spéculations métaphysiques (Larangé, 2014 : 255-279). Or l'intérieur possède virtuellement en germe l'extérieurité, tout comme l'extérieurité recèle encore les traces de l'intérieurité. Ce monisme, qui remonte à la mystique rhénane et se perpétue à la Renaissance dans les courants néoplatoniciens puis chez les Platoniciens de Cambridge, notamment par l'intermédiaire du philosophe hébraïsant Ralph Cudworth (1617-1688), se retrouve chez Emanuel Swedenborg (1688-1772). Ce retour à la primauté de la subjectivité sur l'objectivité caractérise, selon Strindberg, la modernité qui ne peut s'exprimer que par une réconciliation des connaissances. C'est pour cette raison que la photographie a pour sujet central le portrait, tandis que la peinture a le paysage. Les deux activités sont complémentaires car ses clichés cherchent à saisir extérieurement la présence de l'âme dans le corps, tout comme le paysage décrit sa vie
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intérieure, ses émotions et ses sentiments de peintre. Une expression, une sensibilité que le spectateur partage avec lui. Les années 1890 sont celles qui marquent la crise de l'Inferno, crise à son paroxysme en 1896. Pendant ces sept années, Strindberg délaisse la littérature pour se consacrer, de concert, à l'art et aux sciences. La peinture prend alors une tournure beaucoup plus personnelle et une dimension résolument mystique. Dans la préface de son essai Jardin des plantes (1896), il expose ses théories concernant l'histoire naturelle, fondées surtout sur des analogies : Voyez ici mon Univers, tel que je l'ai créé, tel qu'il m'est apparu. Pèlerin qui passe, si tu veux me suivre, tu respireras plus librement car dans mon Univers règne le désordre, et c'est la liberté (Strindberg [1896] 1986 : 11). Cette invitation est une proclamation ouverte de la suprématie de l'imaginaire sur la réalité. La subjectivité guide véritablement l'inconscient, tandis que la conscience se leurre en se pensant objective. Ce thème est rabattu dans *En blå bok* [Un livre bleu], où l'éclectisme atteint des sommets poétiques sous la forme d'une somme presque théologique ! Aussi est-il convaincu d'avoir inventé un nouveau courant artistique du « merveilleux » qu'il baptise skogssnufvismen, néologisme à partir du terme dialectal de skogssnuva, qui provient de skogsrä, elfes et sylphes qui peuplent le monde invisible. Par observation, il a découvert la double nature de la réalité. Ainsi le tableau Rivage, par une nuit d'été (1892) est-il d'abord la production d'une lumière et la gamme chromatique du paysage qui se limite à des nuances de rose et de bleu clair, couleurs symboliques des noces de la révélation, fait transparaître à travers une mince couche de blanc, du sable où des empreintes de pieds restent visibles, une fleur dessinée minutieusement par contraste, un ciel et une mer. Comme l'a si bien montré Douglas Feuk, Strindberg est fasciné autant par les couleurs que par la lumière (Feuk 1991) qui permettent de relier l'art aux sciences physiques, en référence notamment à Isaac Newton (1643- 1727) (Strindberg 1921 : 423-428), dont les travaux sont différemment
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interprétées dans les loges maçonniques (Larangé 2011 : 28-49). D'où le manque de clarté et le caractère équivoque de ses réalisations. <figure><img src="image_1.png" /><figcaption>Rivage, par une nuit d'été (1892) Huile sur feuille de zinc : 20 x 32 cm Collection privée</figcaption></figure> À ce titre, *Image double* (1892) reste une exception puisque deux peintures se trouvent insérées l'une dans l'autre, l'une claire et l'autre sombre, l'une tourmentée et l'autre apaisée. La toile illustre bien le principe néoplatonicien qui veut que l'univers matériel ne soit que le reflet imparfait du monde parfait des idées. La vie se déroule alors sur deux plans distincts. Mais notre conscience reste trop attachée au matériel par les tourments pour s'ouvrir au spirituel, espace de la quiétude (Caliandro 2004 : 53-75).
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<figure><img src="image_2.png" /><figcaption>*Image double* (1892) Huile sur panneau : 40 x 34 cm Collection privée</figcaption></figure> Ténèbres de la jalousie (1893), offert en cadeau de fiançailles à Frida Uhl, représente une mer houleuse qui exprime l'émotion du peintre et la propage au spectateur. Tous les éléments primordiaux – air, terre, eau – remontent à leur origine commune, afin de se transformer en émotion et donc en énergie – le feu. Aussi la lettre
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qu'il adresse à son ami d'enfance Leopold Littmannsson confirme cette conception symboliste de l'art : > Chaque tableau a pour ainsi dire un double contenu : il a un côté exotérique, que tous peuvent saisir, quoique parfois avec peine, et un côté ésotérique, réservé au peintre et à quelques élus (Strindberg 1987 : 733). Par conséquent, il s'acharne à vouloir photographier sans employer de lentille, laquelle alterne, selon lui, la réalité, avec « la volonté de voir au-delà du visible ». À partir de 1906, il fabrique même son propre appareil, la « Wunderkamera », qu'il ne tarde pas à remplacer par un appareil plus conventionnel. L'art sert donc bien de viatique entre la science et la conscience. Son engagement social se flétrit car il comprend peu à peu que c'est grâce au travail sur soi que la société peut se transformer et se régénérer, à travers non plus une utopie purement objective mais une reconnaissance de l'intersubjectivité commune. Le narcissisme symbolique est une tentative de rencontrer l'autre en soi-même, de découvrir dans sa particularité les traces de l'universalité (Daneshvar-Malevergne, 2009). Il se livre bien à un calcul : « Ainsi, l'équation de ma vie : un signe, un exemple pour servir à l'amélioration des autres » (Strindberg [1897] 1996 : 244), car l'égoïsme ne peut être que fatal : « [...] voici le péché mortel, l'amour de soi-même, qui est châtié sur-le-champ. » (Strindberg [1897] 1996 : 236) Le sens est finalement diffus. Ce n'est que dans le concert des voix, dans la polyphonie orchestrée par l'artiste, que le peuple trouve sa propre voie, individuellement et non plus collectivement. Tout l'enjeu métaphysique de l'art de Strindberg se situe dans l'interprétation qui découle de son monisme. « *Un coup de dés jamais n'abolira le hasard* » (Stéphane Mallarmé) Le roman autobiographique Inferno rapporte le témoignage d'une âme tourmentée, à la recherche de l'expiation<fnref n="2" />, qui plonge dans le mysticisme afin de se régénérer : « Car je suis devenu athée au cours du temps, alors que les puissances inconnues laissaient aller le monde, <footnote n="2">² « [...] la seule voie de salut : chercher les démons dans leur repaire, en moi-même, et les tuer par... le repentir. » (Strindberg [1897] 1996 : 231).</footnote>
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sans donner signe de vie » (Strindberg [1897] 1996 : 25). L'ouvrage, complètement rédigé en français, répond à un second, écrit dix ans auparavant en allemand puis en français, intitulé *Plaidoyer pour un fou* (1887-1888). Il marque l'évolution de sa folie larvée vers sa résurrection en fol-en-Christ. Retour aux origines. C'est en enfant prodigue qu'il revient dans le giron du catholicisme. Aussi professe-t-il à la fin de ses confessions : « Ce n'est pas moi qui ai cherché le catholicisme, c'est lui qui s'est imposé à moi, après m'avoir poursuivi durant des années. » (Strindberg [1897] 1996 : 241) D'ailleurs l'emploi du français comme langue pour exprimer toute sa conception métaphysique vient du fait que Paris est présenté dans *Bland franska bönder* comme une Babylone, centre du monde et sommet de la civilisation (Strindberg 1985 : 11 ; Briens, 2010 : 84-86 et 307-309), et qu'« il est évident que la France chez lui prend l'envergure d'une providence. » (Röhl 1994 : 34) Le nombre d'articles en français reste impressionnant, dont la plupart traitent soit de sciences soit d'ésotérisme (Grimal 1994 : 65-67). L'architecture du roman est à cet égard emblématique, puisque ses premières pages ouvrent sur un mystère, *Coram populo* (face au peuple) : *De creatione et sententia vera mundi*, en cinq actes, structure théâtrale classique inscrite dans un roman autobiographique, construit avec des collages, des envolés lyriques, des méditations, des considérations de toute nature. Cette courte pièce renverse la théologie pour introduire à une athéologie dans laquelle Lucifer – « celui qui porte la lumière » (*Luci ferit*) – aurait envoyé son Fils pour sauver les hommes de la cruauté de Dieu, détournant alors les normes et faisant de la folie des hommes la raison de Dieu. Le thème est basé sur la repentance, à savoir celle de Dieu pour sa création comme celle de l'auteur pour ses actes. Au-delà des puissances, il y a pourtant l'Éternel qui reste le *Deus absconditus* de Thomas d'Aquin, repris par Pascal. La verve symboliste y est parfaitement reproduite. Vingt chapitres suivent, logiquement répartis en deux mouvements allant de la révélation de la transcendance de « la main de l'invisible » (I) au « Purgatoire » (IX) et d'« Inferno » (XI) à la question pleine d'espérance « Vers quel but » (XX). Le centre de l'ouvrage est
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dominé par le plus long chapitre X (24 pages), combinant un extrait de son journal à partir du 13 mai 1896, date à laquelle justement Strindberg décide de tenir son *Ur ockulta dagboken* [*Journal occulte*], qu'il termine le 11 juillet 1908. La confession se déploie comme un chemin de pénitence avec ses stations, qui sont autant une descente aux enfers qu'une tentative de résurrection. L'analogie reste la grande clef herméneutique dont l'artiste et le mystique usent à profusion. Ce principe est placé au cœur des péripéties du roman : le narrateur voit des signes dans la nature, et en fait une lecture qui passe par les quatre sens de l'Écriture (littéral, allégorique, tropologique ou moral et anagogique). Certes, il est conscient que cette approche de la réalité qui voudrait mettre de l'ordre dans le chaos de la vie, – bouillon de cultures, idées et paroles ressassées par une infinité d'hommes et de femmes –, risque de le précipiter dans la folie. Toutefois, il compte dépasser la démence en dément(el)ant le mensonge sur lequel le réel s'est construit. Je sais très bien que les psychologues ont inventé un vilain nom grec pour définir la tendance à voir des analogies partout, mais cela ne m'effraie guère, car je sais qu'il y a des ressemblances partout, attendu que tout est en tout, partout (Strindberg [1897] 1996 : 56). Ce qui le conforte dans sa conviction, c'est que justement la photographie, technique alors de pointe à laquelle il a même consacré des articles ou des communications en français, montre comment la lumière joue avec des reflets en imprimant des images produisant du sens. « Il est reconnu que le soleil est un photographe merveilleux ! » (Strindberg [1897] 1996 : 56) Aussi reproduit-il l'une de ses communications au chapitre VI, « La tête-de-mort (Acherontia Atropos) : essai de mysticisme rationnel » (Chéroux 2001 : 213-228). Pourtant il nous met en garde : « Lecteur : Je ne suis pas d'une nature superstitieuse » (Strindberg [1897] 1996 : 64). Lumière et ténèbres jouent pour lui un rôle essentiel comme pour la plupart des artistes scandinaves. Les étincelles qui illuminent par scintillement un monde enténébré transmettraient des messages que seul un œil aguerri serait à même de percevoir – d'où son intérêt pour le télégraphe par lequel l'oreille voit d'autant plus que l'œil reste à l'écoute !
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En optique, il existe des images réelles ou vraies, qui peuvent être captées par un écran, et des images virtuelles ou mirages, qui ne peuvent l'être [...]. L'œil est un bel instrument qui peut rendre l'irréel réel (Strindberg [1907] 2006 : 23). C'est pourquoi il accorde autant d'importance aux célestographies et aux cristallogrammes qui reproduisent la nature. Il photographie les nuages et le ciel étoilé afin de percer le langage secret de la nature, en suivant ainsi à la lettre les métaphores du poète mystique romantique suédois Erik Johan Stagnelius (1793-1823), adepte du mandéisme, mettant de l'âme dans ses paysages. Des clichés des cristaux sont conservés à la Kungliga Biblioteket de Stockholm. Les solutions des différents sels dont il enduit les plaques de verre, avant de les exposer aux effets de la température, se cristallisent et le résultat est ensuite directement transposé, à partir des plaques, sur du papier photo. Il est particulièrement fasciné par les formes qui invitent son imagination à une interprétation botanique. Les ressemblances entre l'organique et l'inorganique constituent, pour lui, la preuve que les mêmes forces sont à l'œuvre à tous les niveaux de l'univers.
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<figure><img src="image_3.png" /><figcaption>Cristallogramme (années 1890) 12 x 9 cm Stockholm, Kungliga biblioteket</figcaption></figure> L'athéologie de Strindberg, expression de son « mysticisme rationnel », est un retour à la théologie naturelle du catholicisme, rompant alors en partie avec l'orthodoxie luthérienne dont le piétisme conduit à une théologie plus dialectique, avec Friedrich Schleiermacher (1768-1834) et Wilhelm Dilthey (1833-1911), à la différence près que la nature devient artiste et non l'art naturel. Le « merveilleux » découle de considérations scientifiques tant botaniques qu'optiques et chimiques. Je retourne sur mes pas, plongé dans des réflexions sur cette combinaison de hasards qui, pris ensemble, composent un grand Tout, qui est merveilleux sans être surnaturel (Strindberg [1897] 1996 : 179).
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Du naturalisme piétiste à l’expressionnisme mystique d’August Strindberg
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L'analyse des couleurs du spectre solaire le conduit à s'intéresser au Soleil et il tente de photographier l'astre céleste, ses facules, ses taches et ses protubérances, puis la Lune et les étoiles comme leurs pendants. Le monde est hermétique à celui qui ne possède pas la clef herméneutique pour dépasser le réel et percevoir les mécanismes de la nature. Par conséquent, il photographie les nuages afin de déceler des états d'âmes. Le monde extérieur, naturel, fait donc partie du monde intérieur, et le paraître reflète ce qu'il y a de plus profond dans l'être. Mais il faut savoir dépasser le voile des apparences premières pour percevoir les causes principielles. Impressionnisme et expressionnisme s'articulent de la sorte. Le rationalisme qui caractérise son siècle n'est plus que l'expression moderne de la piété des siècles précédents. Sa lecture d'Auguste Comte semble confirmer le passage de l'ère théologique à l'époque scientifique : « Les esprits sont devenus positivistes comme l'époque actuelle, et ne se satisfont pas de visions » (Strindberg [1897] 1996 : 101). Chaque image extérieure renvoie alors à une image intérieure qui se révèle pour lui antérieure, car la vie n'est qu'une répétition et la mort et la résurrection sont les étapes d'un seul et même cycle. Dans ce jeu interminable où chaque vie cherche à se libérer de ses péchés, Dieu devient l'Auteur par excellence : « Le grand artiste-créateur s'est amusé en artiste-maître à former sans but pratique, l'art pour l'art, peut-être un symbole » (Strindberg [1897] 1996 : 81). D'où la géométrie fractale de l'univers où tout devient mise-en-abîme (Hamman, Morse, Sefusatti 2005 ; Emmer 2012). Le bouddhisme le tente bien évidemment ; il voit dans la vie une mort et dans la mort une possibilité de vie. C'est pourquoi il se plaît à arpenter quotidiennement les allées du cimetière de Montparnasse. Traduction libre : la terre est une colonie pénitentiaire où nous avons à subir la peine de crimes commis dans une existence antérieure, et dont nous gardons le vague souvenir dans la conscience qui nous pousse vers l'amélioration. Nous sommes, par conséquent, tous des criminels et il n'a pas tort, lui, le pessimiste, qui pense et dit du mal de son prochain (Strindberg [1897] 1996 : 78). Les images procèdent alors comme d'un kaléidoscope. C'est un hasard déterminé qui permet à l'artiste de créer car seul Dieu crée
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selon sa volonté (Stockenström 2000 : 191-209). Un texte court, publié en français dans la Revue des revues de 1894, est à cet égard éloquent : « Du hasard dans la production artistique ». « L'art automatique » de Strindberg se fonde ainsi sur l'exploration du hasard qui guide la main de l'artiste. Il y commente sa propre création picturale des grottes ou cavernes : > Par le trou illuminé, m'apparaît une perspective infinie de lumière rose et bleue dans laquelle des êtres vaporeux, sans corps, inqualifiables, flottent comme des fées au manteau traînant de nuages. Le bois s'est mué en une caverne, souterraine, barrée de broussailles [...] (Strindberg [1894] 1990 : 27). La caverne platonicienne du livre VII de la République, thème récurrent dans les paysages strindbergiens, est la matrice de la connaissance. La nature ensuite qui l'entoure est un temple où de vivants piliers laissent parfois sortir de confuses paroles : les correspondances de Charles Baudelaire permettent d'accéder par synesthésie à une compréhension hollistique. La question sociale n'a pas disparu de son imaginaire mais elle s'est transformée, car toutes les images ne sont que des avatars des idées éternelles. Seules les volontés de l'artiste et du public permettent alors de faire émerger du sens dans l'œuvre (Strindberg 1903).
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<figure><img src="image_4.png" /><figcaption>Pays merveilleux (1894)</figcaption></figure> Huile sur carton : 72,5 x 52 cm Stockholm, Nationalmuseum
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D'où le sens mystico-scientiste du *Sylva Sylvarum* (1897), qui s'inscrit à la suite de cet autre essai rédigé à Brno en octobre-novembre 1893, l'*Antibarbarus* qu'il a adressé au philosophe Ernst Haeckel (1834-1919), l'auteur du célèbre *Kunstformen der Natur* (1899-1904), et lequel lui a assuré toute la validité de ses thèses monistes. Pour Ernst Haeckel également, la biologie est liée à l'art. Il attire l'attention sur la symétrie présente dans la nature, entre autres celle des micro-organismes monocellulaires comme les radiolaires. Ses images d'organismes présents dans le plancton et les méduses illustrent l'impressionnante beauté du monde biologique. De surcroît, il maintient que toute forme est appelée à se transformer en fonction de ses nécessités d'adaptation. Le monisme que Haeckel développe scientifiquement prolonge, pour Strindberg, la philosophie scientifique de Francis Bacon (1561-1626), auteur du premier *Sylva Sylvarum* (1627). Comme l'a très bien montré Robert Michael Brain, l'intérêt pour les sciences naturelles se trouve aussi au cœur du mouvement expressionniste que tant Strindberg qu'Edvard Munch défendent en Allemagne (Brain 2010 : 7-38). Enfin, dans *Inferno* et dans son journal occulte, Strindberg reconnaît sa renaissance à trois figures de proue dont il a fait la (re)découverte à Paris : le scientifique Mathieu Orfila, le Balzac de *Séraphîta* et le philosophe et théologien suédois Swedenborg. C'est l'ombre de Mathieu Orfila (1787-1853), auteur d'un manuel de physique que Strindberg ne cesse de consulter, et qui est paradoxalement le père de la toxicologie médico-légale. C'est sous son patronage spirituel que le narrateur passe de trépas à la vie, le rencontrant dans les allées du cimetière de Montparnasse, habitant un hôtel portant son nom, consultant son manuel de chimie, lisant son *Traité des poisons* (1813). Orfila devient pour lui un symbole, symbole de la science qui verse dans l'occultisme. Dans son nom même se trame l'indistinction primitive entre les ténèbres du chaos et la puissance ordonnatrice de la lumière par laquelle tout se créé (Gn 1,1-5). En effet, la retranscription en hébreu d'*Orfila* est identique à *ערפל*, le brouillard. Et Strindberg est un hébraïsant accompli qui accorde une signification importante aux jeux de mots, comme le
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montre cet ouvrage étonnant où il voit dans l'hébreu les racines de toutes les langues : « Lingua sancta sex hundra hebreiska rötter jämförda med gretiska, latinska, romanska och germaniska ordfränder » (Strindberg 1911). De plus dans Orfila, l'alchimiste des lettres reconnaîtrait celui qui « fila » l'« or ». Ce jeu de mots ésotérique renvoie bien entendu à Honoré de Balzac dont la passion pour l'occultisme se retrouve dans « Le Livre Mystique » qui regroupe *Les Proscrits* (1831), *Louis Lambert* (1832) et *Séraphîta* (1834). Balzac est précisément l'écrivain du réalisme qui plonge peu à peu dans le mysticisme, mettant en scène la théorie selon laquelle l'intelligence connaît plusieurs avatars, depuis l'intelligence de la brute jusqu'à l'intelligence des anges. C'est pourquoi le génie de l'homme n'est pas toujours accessible à ses maîtres. *Séraphîta* qui séduit l'imagination du narrateur, met en scène l'être total, l'androgyne, un des séraphins, êtres ailés entourant le trône de Dieu (Levander 1994 : 53-64), exprimant ainsi toute l'ambiguïté d'une identité (Cavallin, Westerståhl Stenport 2006). Balzac puise son inspiration dans le *Traité de l'amour* d'Emanuel Swedenborg (1688-1772), scientifique, théologien et philosophe suédois qui invente un système décimal monétaire, se distingue dans l'étude de la cristallographie, calcule et détermine la longitude à partir d'un point maritime ou terrestre, suivant l'observation des phases lunaires, et introduit en Suède le calcul infinitésimal. Dans le tome I de ses *Opera philosophica et mineralis* (1734), il émet l'hypothèse de la formation du système solaire, décrivant la nature de la Voie lactée. Il élabore même une théorie moderne de l'atome, une théorie vibratoire de la lumière, une théorie cinétique de la chaleur, et s'intéresse au magnétisme. Il tente de formuler une théorie expliquant les relations entre la matière et l'esprit, et s'intéresse pour cela à l'anatomie. Swedenborg découvre alors la fonction des glandes endocrines, le fonctionnement du cerveau et du cervelet, puis décrit la circulation du sang et la relation du cœur et des poumons. L'esprit scientifique se mêle au savoir ésotérique quand il rédige le *Traité des représentations et des correspondances* (Clavis Hieroglyphica arcanorum naturalium et spiritualitium per viam Repraesentationum*
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et *Correspondentiarum*, 1741, publ. à Londres en 1784), que Strindberg lit dans la traduction française (Swedenborg [1741] 1857). Dans l'entretien qu'il accorde en mai 1899 à l'écrivain danois Georg Bröchner, Strindberg cite parmi ses ouvrages préférés la Bible dont il puise abondamment les références (Cedergren 2005), *Le Génie du christianisme* de Chateaubriand, *Arcan Coelestia* de Swedenborg, *Les Misérables* de Victor Hugo, *Little Dorrit* de Dickens, *Les Contes d'Andersen* et les *Harmonies* de Lamartine (Strindberg, 1964 : 125). Quant à la question sociale, elle reste actuelle, même si elle prend des formes plus poétiques, voire mystiques. Elle subit, à travers l'art, une transformation naturelle qui conduit à repenser la connaissance en termes philosophiques et théosophiques (Szalczer 1998). L'intersubjectivité devient alors le fondement du lien social : > [L]e réel n'était que le reflet de ton monde intérieur et de celui des autres, c'est-à-dire que chaque homme porte vraisemblablement en lui son ciel et son enfer ; nous voici amenés à conclure que la religion est quelque chose de subjectif et, par conséquent, en dehors de tout raisonnement [...] car ce qui est subjectif est ce qui est primordial pour l'individu, qui se soucie avant tout de soi-même, dans la mesure où l'élévation vers le surhomme constitue le but de chaque existence (Strindberg [1907] 2006 : 29-30). Tout est en correspondances. Strindberg partage cette conviction, notamment lorsqu'il représente le ciel (שֵׁמֶם sḥamaym) comme un prolongement de la mer (מַמָי maym). Ce qu'il y a dans l'un se reflète dans l'autre. Même les paysages montagneux finissent par devenir ainsi maritimes, car tout retourne à ses origines, et la descente en enfer de Strindberg est une initiation parisienne qui le conduit à retrouver le chemin de la Suède natale, en se réconciliant avec elle, ce à travers la figure controversée de Swedenborg, mystique rationnel chez qui l'orthodoxie luthérienne et l'hérésie sont parvenues à dépasser leurs contradictions. Retour à la mer/mère, donc retour aussi au catholicisme. La lumière émerge justement de la nuit obscure (saint Jean de la Croix). La somme des couleurs retourne au blanc primordial, comme la somme des péchés aspire à la blancheur virginale. L'art fonctionne à l'image de la nature car celle-ci est le Grand-Œuvre : l'or de tous les
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matins des magiciens. La caractéristique principale de la spiritualité strindbergienne relève de l'alchimie que cette œuvre protéiforme met en place pour transformer le monde et son observateur. Ainsi le naturalisme piétiste qui prône l'humilité et la simplicité se retrouve peu à peu dans l'expressionisme mystique dont la folie dissimule une profonde sagesse face à l'illusion même du monde, au règne du non-sens et de la méchanceté « mondianisé ». Bibliographie: Œuvres d'August Strindberg Strindberg A. (1990) : *Du hasard dans la production artistique* [1re éd. 1894]. Paris : L'Échoppe. Strindberg A. (1896) : Inferno [1re éd. 1897], éd. C.G. Bjurström. Paris : Gallimard. Strindberg A. (1986) : Jardin des plantes [1re éd. 1896]. Göteborg : Torsten Hedlund. Strindberg A. (1903) : *Der bewusste Wille in der Weltgeschichte: Skizze zu einem Buch*. Leipzig : H. Seemann. Strindberg A. (1921) : « L'horizon et l'œil », in : *Samlade Skrifter* – 27 : *Prosabitar från 1890-talet: Svensk natur, Historiska uppsatser, Naturvetenskapliga skrifter, Varia* [Œuvres complètes – tome 27 : proses depuis 1890: la nature suédoise, essais d'histoire, écrits en sciences naturelles, varia]. Stockholm : Albert Bonnier. Strindberg A. (1987) : *Werke in zeitlicher Folge – Band 10*, hrsg. A. Gundlach. München : Insel. Strindberg A. (1985) : *Samlade Verk – del 23*, red. P.E. Ekholm. Stockholm : Almqvist & Wiksell. Strindberg A. (2006) : *Un livre bleu* [1re éd. 1907], trad. E. Balzamo et P. Morizet. Paris : L'Herne. Strindberg A. (1911) : *Młoch שרתית Världs-Språkens rötter* [Racines des langues mondiales]. Stockholm : Albert Bonnier. Littérature secondaire Brain R.M. (2010) : « How Edvard Munch and August Strindberg contracted protoplasmania: memory, synesthesia, and the vibratory organism in Fin-de-Siècle Europe », *Interdisciplinary Science Reviews*, Vol. 35 n°1, pp.7-38.
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La bonification antique des grands marais de Bourgoin-La Verpillière (Isère) : colonisation, grande hydraulique agricole et mise en culture pendant le Haut-Empire
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# La bonification antique des grands marais de Bourgoin-La Verpillière (Isère) : colonisation, grande hydraulique agricole et mise en culture pendant le Haut-Empire Nicolas Bernigaud, Jean-François Berger, Stéphane Bleu, Laurent Bouby, Claire Delhon, Odile Franc, Grégory Gaucher, Catherine Latour-Argant ► To cite this version: Nicolas Bernigaud, Jean-François Berger, Stéphane Bleu, Laurent Bouby, Claire Delhon, et al. La bonification antique des grands marais de Bourgoin-La Verpillière (Isère) : colonisation, grande hydraulique agricole et mise en culture pendant le Haut-Empire. Nicolas Mathieu; Bernard Rémy; Philippe Leveau. L'eau dans les Alpes occidentales à l'époque romaine, actes du colloque organisé par le CRHIPA à Grenoble (14-16 octobre 2010), CRHIPA, pp.265-289, 2011, 978-2-913905-19-1. hal-04412634 HAL Id: hal-04412634 https://hal.science/hal-04412634v1 Submitted on 23 Jan 2024 HAL is a multi-disciplinary open access archive for the deposit and dissemination of sci- entific research documents, whether they are pub- lished or not. The documents may come from teaching and research institutions in France or abroad, or from public or private research centers. L'archive ouverte pluridisciplinaire HAL, est destinée au dépôt et à la diffusion de documents scientifiques de niveau recherche, publiés ou non, émanant des établissements d'enseignement et de recherche français ou étrangers, des laboratoires publics ou privés. <figure><img src="image_1.png" /></figure> Distributed under a Creative Commons Attribution 4.0 International License
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Fruit du colloque international organisé par le CRHIPA à Grenoble les 14, 15 et 16 octobre 2010, les quinze contributions de ce livre donnent un panorama actualisé de la diversité des utilisations de l'eau - agricoles, artisanales, industrielles - et de ses avantages comme de ses contraintes en milieu de montagne et à sa périphérie, principalement dans les Alpes du Nord durant l'Antiquité romaine. Par contraste, le regard d'un historien et archéologue moderniste sur une vallée du Vercors - celle des Écouges -, où l'eau est partout et tout le temps présente, favorise la mise en perspective des usages et des risques liés à l'eau dans l'Antiquité, des liens entre les hommes et le milieu, de la conception de l'aléa dans l'installation humaine et l'exploitation du territoire. Les questions et les définitions juridiques de la diversité des eaux et de leur utilisation en ville et en dehors, la notion d'espace ou de chose publique ou privée, de propriété ou de jouissance sont autant de sujets abordés ici par des archéologues et des historiens qui ont croisé les sources (textuelles : épigraphiques, juridiques, littéraires ; archéologiques) et fait appel aux géosciences paléo-environnementales, pour affiner, dans le prolongement du livre sur La ville des Alpes occidentales à l'époque romaine, Grenoble, CRHIPA, 2008 (Cahiers du CRHIPA N°13), la connaissance globale des territoires et des sociétés alpines et préalpines. Photo de couverture : © Fotolia ISBN : 978-2-913905-19-1 ISSN : 1297-3785 Prix : 25€ <figure><img src="image_2.png" /></figure> <figure><img src="image_3.png" /></figure> <figure><img src="image_4.png" /></figure> Rhône-Alpes Région Conception graphique : Catherine Brun Les Cahiers du CRHIPA N° 19 L'EAU DANS LES ALPES OCCIDENTALES À L'EPOQUE ROMAINE # L'EAU DANS LES ALPES OCCIDENTALES À L'EPOQUE ROMAINE Sous la direction de Nicolas Mathieu, Bernard Rémy et Philippe Leveau Cahier du CRHIPA N° 19 <figure><img src="image_5.png" /></figure>
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La bonification antique des grands marais de Bourgoin-La Verpillière (Isère) : colonisation, grande hydraulique agricole et mise en culture pendant le Haut-Empire
Nicolas Bernigaud|Jean-François Berger|Stéphane Bleu|Laurent Bouby|Claire Delhon|Odile Franc|Grégory Gaucher|Catherine Latour-Argant
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# La bonification antique des grands marais de Bourgoin - La Verpillière (Isère) : colonisation, grande hydraulique agricole et mise en culture pendant le Haut-Empire Nicolas Bernigaud, Jean-François Berger, Stéphane Bleu, Laurent Bouby, Claire Delhon, Odile Franc, Grégory Gaucher, Catherine Latour-Argant ## INTRODUCTION Les recherches archéologiques et paléoenvironnementales menées en Isère dans le cadre du PCR « Peuplement et milieu en Bas-Dauphiné (Isle Crémieu), de l'apparition de l'agriculture à l'époque moderne » et du programme ANR « Paleohydrology and human-climate-environment interactis in the Alps » (Pygmalion)<fnref n="1" /> ont apporté, ces dernières années, un faisceau de connaissances inédites sur la genèse des milieux humides. Cet article a pour but de présenter un moment particulièrement important de l'histoire des marais de Bourgoin - La Verpillière au début de l'Antiquité. Des campagnes de prospections archéologiques et l'étude des clichés aériens montrent que ces grands marécages ont été colonisés et ont fait l'objet de travaux considérables en hydraulique agricole. Plusieurs centaines de tranchées réalisées à la pelle mécanique ont permis d'étudier ces réseaux de canaux et fossés anciens. Le remplissage de ces structures a donné lieu à des analyses sédimentologiques et paléobotaniques qui nous éclairent sur leur fonctionnement et le paysage agraire environnant. ## Présentation géographique des marais de Bourgoin - la Verpillière Les marais de Bourgoin - La Verpillière se sont formés dans l'une des plus grandes cuvettes glaciaires de l'avant-pays alpin français, à la limite entre deux grandes entités géologiques. Au nord, se trouve, dans le prolongement du Jura méridional, le plateau calcaire, de forme triangulaire, de l'Isle Crémieu, au pied duquel s'écoule le Rhône. Au sud, s'étendent les collines mollassiques du Bas-Dauphiné, formant jusqu'à la vallée de l'Isère un vaste complexe d'alluvions sableuses, qui se sont accumulées en <footnote n="1">¹ Le premier coordonné par Jean-François Berger, UMR EVS Lyon 2, le second dirigé par Fabien Arnaud, UMR Edytem, Chambéry.</footnote>
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contrebas des Alpes pendant l'ère tertiaire (fig. 1). Marquant la limite entre ces deux formations, la grande vallée de Bourgoin - La Verpillière s'étire en longueur d'est en ouest sur plus d'une vingtaine de kilomètres pour 0,8 à 6 km de large. Pendant les périodes glaciaires du Pléistocène, cette vallée a été surcreusée par une langue du glacier du Rhône, qui s'est retiré il y a environ 20 000 ans (Mandier et al. 2003). Avant la recolonisation végétale des versants au début de l'Holocène, l'intense érosion fluvio-glaciaire des collines mollassiques a probablement entraîné l'accumulation de sables sur plusieurs mètres d'épaisseur au fond de la cuvette. La fonte tardive de blocs de glace résiduels ensevelis sous les alluvions tardiglaciaires aurait entraîné, en surface, le creusement de dépressions et la formation de lacs (Kettles Holes), progressivement comblés par des craies lacustres dans la première moitié de l'Holocène, puis scellés par des tourbières pendant le Néolithique. La formation de marais sur plus de 6000 ha au cours de l'Holocène s'explique par la très faible pente (proche de 0,5 %) de la vallée alluviale qui se trouve ainsi naturellement mal drainée. Cette dépression, qui reçoit l'eau d'assez nombreux affluents, est principalement traversée par la Bourbre, qui débouche dans le marais à l'aval de Bourgoin. Au Xe s., le môle calcaire de l'Isle d'Abeau, émergeant au milieu des marais, était alors qualifié d'île entre la Bourbre et le Chéruy (Insulam inter binas has aquas Bulbarum et Carussium)<fnref n="2" />. Ce dernier cours d'eau, qui prenait sa source vers Sablonnières, dans la partie orientale des marais, est aujourd'hui canalisé par le grand collecteur du Catelan. <footnote n="2">² Regeste Dauphinois (Chevalier, t.1, n° 1528).</footnote>
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<figure><img src="image_6.png" /><figcaption>Fig. 1 : Situation des marais de Bourgoin - La Verpillière (MNT IGN)</figcaption></figure> Le secteur est resté très rural jusqu'aux transformations importantes survenues dans les années 70 avec le développement urbain de l'Isle d'Abeau. La création de cette ville nouvelle, regroupant initialement cinq communes (Four, l'Isle d'Abeau, Saint-Quentin-Fallavier, Vaulx-Milieu, Villefontaine), avait pour objectif d'anticiper, dans le territoire isérois, le développement de l'agglomération lyonnaise, en très forte croissance depuis quarante ans. Ce projet a encore évolué avec la création en 2007 de la communauté d'agglomérations Porte de l'Isère (CAPI), qui rassemble aujourd'hui pas moins de 93 000 habitants dans vingt et une communes.
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## L'assèchement des marais Aussi loin que les archives écrites nous permettent de remonter dans le temps, les grands marais de Bourgoin - La Verpillière servaient de pâturage commun. Dès le Bas Moyen Âge, on y menait les bœufs de labours et les chevaux par les « bouvaresses », chemins qui partaient des villages. Dans la châtellenie delphinale de Bourgoin, les paysans devaient s'acquitter, pour cet usage, d'une redevance en avoine, appelée civerage ou avenage. Ils fauchaien aussi dans les marais des herbages hygrophiles pour la litière (carex notamment), qui une fois passée sous les bestiaux dans les étables, servait à fabriquer le fumier (Bravard 1987). Par lettre patente, Louis XIV donna en fief en 1668 au Maréchal de Turenne les marais de Bourgoin - La Verpillière et de Brangues - Le Bouchage, à condition qu'il les assèche. Cette donation suscita immédiatement l'hostilité des communautés rurales riveraines du marais, qui craignaient d'être privées de leurs droits d'usage. Leur opposition contribua largement à l'échec des premiers travaux hydrauliques menés par des entrepreneurs d'origine hollandaise, les frères Koorte (ou Coorte). Après plusieurs autres tentatives infructueuses au XVIIIe s., l'opération put enfin être réalisée au début du siècle suivant, sous Napoléon Ier. En 1807, un décret impérial fixa les conditions du dessèchement et les premiers coups de pioche furent donnés en 1809 à Pont-de-Chéruy pour le creusement du grand canal de la Bourbre. Le réseau de canaux achevé, en 1815, les géomètres procédèrent au partage des terrains asséchés. Cette longue opération d'arpentage qui dura près de cinq années est à l'origine de l'actuel parcellaire géométrique du marais, structuré autour des deux grands canaux de la Bourbre et du Catelan. La réception officielle des travaux n'eut lieu que le 12 janvier 1820 (Abel et Roche 1960). L'entretien des canaux et fossés (curage, faucardage, consolidation des berges...) est actuellement assuré par le syndicat intercommunal des marais de Bourgoin (SIMB), propriétaire de 350 hectares de marais et de 180 kilomètres de canaux et fossés. ## Historique des recherches archéologiques Dans les années 1980, la disparition progressive du paysage rural de l'Isle d'Abeau, en raison du développement de la ville nouvelle, entraîna la prise de conscience, par d'anciens membres de groupes archéologiques amateurs, de la nécessité de protéger le patrimoine. Sous l'impulsion de Jean Chauffin fut créée l'Association pour la Protection et l'Animation des Sites (APPAS), à laquelle on doit la publication de plusieurs plaquettes consacrées à l'histoire et à l'archéologie locales. Les membres de cette association découvrirent, les premiers, dans le marais, des sites gallo-romains qu'ils interprétèrent souvent comme des bergeries occupées saisonnièrement (APPAS s. d. n° 7). En 1997 et 1998, des prospections systématiques furent entreprises
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dans la partie orientale du marais de Bourgoin, dans le cadre d'un mémoire de maîtrise (Berthier 1999). Elles permirent de nombreuses découvertes archéologiques. Ce travail fructueux, sur lequel nous avons pu appuyer nos recherches, fait état d'une quarantaine de petits sites archéologiques gallo- romains. Il s'agit le plus souvent d'épandages de fragments de tuiles romaines (tegulae et imbrices), où il n'est pas rare de trouver des tessons de céramique et autres objets domestiques (fragments de meule en lave, pesons, monnaies...). L'inventaire présente aussi un mobilier métallique intéressant (monnaies gauloises et romaines, clochettes, fusaïoles métalliques...). En 2003 et 2004 nous sommes retournés sur ces sites pour collecter des tessons et affiner ainsi la caractérisation et la chronologie de leur occupation. Nous avons entrepris dans le même temps de nouvelles prospections dans le marais de La Verpillière, qui restait moins bien connu. À ce jour, nous avons répertorié près de quatre-vingts sites archéologiques. LES SITES ARCHÉOLOGIQUES Durant l'Antiquité, le Nord Dauphiné se trouvait, en Narbonnaise, dans la vaste cité des Allobroges qui s'étendait de Vienne, sa capitale, jusqu'à Genève. Située à une quarantaine de kilomètres aussi bien du chef- lieu de cité que de Lyon, dans la province voisine de Lyonnaise, Bourgoin était alors une agglomération secondaire, qui apparaît figurée sur la *Table de* *Peutinger* sous le nom de *Bergusium*, à XXI milles de Vienne (31 km), sur la grande voie impériale menant vers l'Italie. D'assez nombreuses observations archéologiques concernant le passé gallo-romain de Bourgoin ont été réalisées dans les années 50, lors de travaux de modernisation, notamment la pose des conduites de gaz (APPAS s. d. n° 3). Le centre-ville fait actuellement l'objet d'un suivi archéologique, afin de mieux cerner la topographie et l'importance de l'agglomération antique, qui reste encore mal connue (Helly 2009). Dans un rayon d'une quinzaine de kilomètres aux alentours, on recense aujourd'hui sur les coteaux une vingtaine de villae ou supposées telles, comme à l'Isle d'Abeau, la villa dite Le Ga, en partie fouillée dans les années 1980 (Allais et Chauffin 1980). Un peu plus loin, nous pouvons aussi prendre pour exemple, à Panossas, la villa Les Buissières (Burnand 1976) près de laquelle a été découvert un fragment d'inscription monumental mentionnant un pontife (ILN Vienne, 575) et provenant vraisemblablement d'un mausolée. On suppose donc que certains des domaines appartenaient à de grands magistrats de la ville de Vienne relativement proche, voire de Lyon.
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Chronologie des occupations La colonisation des marais (I<sup>er</sup> s. av J.-C. - I<sup>er</sup> s. ap. J.-C.) De ces grands domaines dépendaient peut-être les sites plus modestes retrouvés dans différentes unités de paysage. Au cœur des marais s'implanta au début de l'Antiquité un semis d'occupations, privilégiant apparemment la plaine alluviale du Chéruy, les buttes sableuses dans l'axe longitudinal des marais, ainsi que la partie occidentale de l'actuelle commune de Saint-Savin (fig. 2). Au vu du mobilier archéologique collecté, ces créations peuvent être échelonnées entre 40/30 av. J.-C. et le courant du Ier s. ap. J.-C. On localise par exemple à Saint-Savin, lieu-dit Les Grandes Marques, une des occupations les plus précoces, qui a livré un abondant mobilier sur environ 2500 m². Signalons une monnaie à l'éléphant de César et plusieurs centaines de tessons (céramiques communes de tradition indigène, sigillée du Gaule du Sud, amphores Dressel 2-4 etc.) (Berthier 1999, p. 79-83). Postérieur d'un siècle, l'établissement le plus tardif semble être à l'Isle d'Abeau celui de La Renardière, dont on pense que la création pourrait dater de la seconde moitié du Ier s. ap. J.-C. La découverte d'éléments architecturaux et décoratifs relativement cossus (tesselles de mosaïque, enduits peints, fût de colonne etc.), laisse penser qu'il s'agirait ici d'une petite villa implantée en pleine zone marécageuse (Berthier 1999, p. 97-100). Il n'est pas impossible qu'une inscription funéraire, trouvée au XIXe s. lors du creusement des canaux de drainage (ILN Vienne, 576), ait d'ailleurs un lien avec ce site.
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<figure><img src="image_7.png" /></figure> 1: St-Savin "les Grandes Marques"; 2: l'Isle d'Abeau "la Renardière"; 3: Vénérieu "les Ouches"; 4: St-Savin "Communaux de Sartine"; 5: St-Marcel-Bel-Accueil " la Herse"; 6: St-Marcel-Bel-Accueil "les Manges"; 7: St-Marcel-Bel-Accueil "Sous le Vernay"; 8: St-Marcel-Bel-Accueil "Au Vert"; 9: St-Hilaire-de-Brens "le Grand Marais"; 10: St-Savin "la Robinière"; 11: l'Isle d'Abeau "Gauchay-de-l'Isle"; 12: Bourgoin-Jallieu "le Vers" <caption>Fig. 2 : les sites gallo-romains du marais de Bourgoin</caption> *Une déprise de l'occupation au début du IIe s. ap. J.-C. ?* Cette colonisation graduelle entre les périodes césaro-augustéenne et flavienne, pourrait avoir été suivie d'une phase d'abandon dans la première moitié du IIe s. ap. J.-C. On constate en effet pour cette période un étonnant déficit de mobilier. Si des problèmes de typo-chronologie céramiques ne sont pas à écarter, nous disposons toutefois d'un indice qui pourrait laisser entendre que des troubles se sont produits localement. Il s'agit de la découverte d'au moins une vingtaine de monnaies en argent, cachées dans un puits de la villa du Ga, vraisemblablement sous le règne d'Hadrien (117- 138 ap. J.-C.), d'après les monnaies les plus récentes (Loriot et Rémy 1988, p. 45, n°14). *L'acmé du peuplement entre 150 et 250 ap. J.-C.* Les sites livrent une majorité de poteries communes, parmi lesquelles des céramiques dites allobroges, qui se trouvent essentiellement sur le territoire de la cité de Vienne. Ces productions, qui présentent la particularité d'être signées du nom du potier, ont suscité ces dernières années l'intérêt des céramologues (Laroche 2003). On estime aujourd'hui qu'elles ont été commercialisées entre 150 et 250 ap. J.-C. environ. La localisation des ateliers reste encore inconnue, mais l'abondance d'estampilles trouvées à
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Bourgoin au nom de *Martinus*, a déjà laissé penser que l'atelier de ce dernier était implanté localement (Dangréaux 2001). Dans les marais de Bourgoin nous avons pu relever des fonds de ces poteries à Vénérieu (lieu-dit Les Ouches), Saint-Savin (Communaux de Sartine), l'Isle d'Abeau (La Renardière) et sur plusieurs sites de Saint-Marcel-Bel-Accueil (La Maison Noire, La Herse, Les Manges). Les estampilles, fragmentaires, ne sont pas toujours lisibles, mais nous croyons pouvoir restituer les noms de quelques potiers déjà répertoriés (*Sevvuo, Mascuricus, Maximus*). L'importante représentation de lèvres et de fragments de panse à pâte grise ou noire appartenant sans doute à ces céramiques suggère une forte densité de l'occupation dans les marais entre la seconde moitié du IIe s. ap. J.-C. et la première moitié du IIIe s. ap. J.-C. *Une occupation du Bas-Empire en demi-teinte (IIIe-Ve s. ap. J.-C.)* La quasi absence d'éléments de datation du dernier tiers du IIIe s. ap. J.-C. plaide pour un abandon généralisé des sites à cette époque. Si les archéologues et les historiens prennent aujourd'hui leur distance avec la figure historiographique de la crise du IIIe s. ap. J.-C. (Fiches dir. 1996), il n'est pas pour autant possible d'oublier le contexte historique, défavorablement marqué par la guerre civile et les invasions germaniques (anarchie militaire, période tétrarchique). Plusieurs trésors dissimulés dans le voisinage de *villae* ont en effet été découverts à Nivolas-Vermelle (lieu-dit Ruffieu) Trept (Cozance/Mas du Var) [Loriot et Rémy 1988] et à l'Isle d'Abeau (Champoulant) [Rémy 2009]. Les monnaies les plus récentes authentifiées dateraient respectivement ces enfouissements des règnes de Gallien (253-268), Claude II (268-270) et Dioclétien (284-305). Trois autres lots d'objets précieux cachés sous Constantin (306-337) ont été trouvés à Saint-Chef, ainsi que dans le marais de Bourgoin, à Saint-Marcel-Bel-Accueil (lieu-dit Sous le Vernay). À cet endroit, un gobelet renfermait au moins cinquante-six monnaies fourrées (Dioclétien, Constance Chlore, Constantin) avec une bague et des appliques décorées en bronze (Berthier 1999, p. 59). Ces découvertes semblent bien traduire un contexte d'insécurité, susceptible d'expliquer l'étiolement du peuplement constaté au même moment. Peut-être faut-il placer postérieurement aux troubles de la période constantinienne, la réoccupation de quelques sites dans le courant du IVe s. ap. J.-C. Nous avons en effet trouvé à Saint-Marcel-Bel-Accueil (lieux-dits Les Manges et Au Vert) des céramiques communes à bord en crochet de type Lyon-Vaise « Charavay » (Lascoux et Batigne-Vallet, 2003), ainsi que de la vaisselle dite luisante dans le style de Portout. Le milieu du Ve s. ap. J.-C., qui marque la fin de production des formes les plus tardives identifiées (comme la luisante 62), peut être pris comme *terminus ante quem* pour l'abandon définitif des établissements du marais, qui n'auraient donc pas été occupés au-delà de l'Antiquité.
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Les indices d'activités Tissage et filage Sur le territoire de Saint-Marcel-Bel-Accueil, des fusaïoles à cabochons en plomb ont été relevées en plusieurs points (lieux-dits Sous le Vernay, Marais de Villieu, Butte de Villieu). Ces petits anneaux lourds étaient vraisemblablement placés au bout des fuseaux, auxquels ils servaient de volant d'inertie. Sur d'autres sites (Les Manges (I), Au Vert, La Herse) ont été trouvés des pesons pyramidaux en terre cuite, estampés pour certains de motifs géométriques. Ces contrepoids étaient sans doute destinés à lester les fils de chaîne des métiers de tisserands. Le tissage pourrait avoir concerné le chanvre, dont la présence est attestée par les études palynologiques régionales (Royet *et al.* 2006). Il est en outre curieux de constater que fusaïoles et pesons n'ont pas été identifiés sur les mêmes sites, ce qui suggérerait que ces deux activités auraient été exercées distinctement. La métallurgie du fer Plusieurs sites ont livré des scories de fer à St-Hilaire-de-Brens (Le Grand Marais), Saint-Savin (La Robinière) et Saint-Marcel-Bel-Accueil (La Herse), où ont aussi été observées des parois rubéfiées en terre cuite qui pourraient provenir de bas fourneaux. J. Chauffin a été le premier à envisager l'exploitation du fer des marais, qui se présente sous forme de petites concrétions jaunâtres de limonite (APPAS n° 3, s. d.). Cette hypothèse est loin d'être invraisemblable. Même s'il n'est pas contemporain et pourrait sembler, pour cela, anachronique, nous signalons, par exemple à titre de comparaison, le secteur de Trois-Rivières, en Mauricie (Québec), où la ressource en fer des marais sur les rives nord du fleuve Saint-Laurent a entraîné, au XVIIIe s., l'implantation d'un important complexe de forges. Le minerai y était dégagé au pic et à la pelle, puis mis en tas près de puits dans lesquels il était débarrassé des impuretés. Au besoin, il était encore lavé à grande eau à même les sites des fourneaux<fnref n="3" />. La présence de fer dans les plaines alluviales de même que la nécessité du lavage expliqueraient assez bien que tous les sites métallurgiques repérés dans la cuvette de Bourgoin - La Verpillière soient proches des rivières. Toutefois, d'autres gisements connus dans le secteur auraient pu être exploités, bien que nous n'en ayons pas de preuve pour cette période. Il existe en effet entre les couches calcaires du plateau de l'Isle Crémieu des bans horizontaux oolithiques du Toarcien, de quelques mètres d'épaisseur. Ce minerai, d'une teneur en fer d'environ 30 % et riche en fossiles marins, a été extrait dans le courant du XIXe s. à Corbeyssieu et <footnote n="3">³ Claude BOUDREAU, Serge COURVILLE, Normand SÉGUIN, *Atlas historique du Québec, le territoire*, Laval, Les Presses de l'Université, 1997, (voir p. 75).</footnote>
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Chanille<fnref n="4" /> sur la commune de Saint-Marcel-Bel-Accueil. La production antique de fer dans les marais était sans doute destinée à la fabrication d'outils et autres objets. On pense plus particulièrement aux clous forgés, dont quelques-uns ont été identifiés en association avec des scories, à Sétives de Culées, dans la même commune de Saint-Marcel-Bel-Accueil. ### L'exploitation de l'énergie hydraulique Il n'est pas rare de retrouver, sur les sites, des fragments de meules en basalte (probablement du Massif Central). La plupart se rapportent vraisemblablement à des moulins à bras, mais peut-être aussi dans certains cas à des meules hydrauliques. À l'Isle d'Abeau, Gauchay de l'Isle se trouve être un petit site au bord d'un canal fossile, visible sur les clichés aériens. Au sol, la présence de blocs calcaire et de mortier de chaux suggère l'emplacement d'un bâtiment en pierres maçonnées, près duquel a été observé un important fragment de meule. L'ensemble de ces éléments pourrait faire penser à un moulin hydraulique, mais seule une fouille permettrait éventuellement de confirmer cette hypothèse. En 1810, la découverte d'une petite meule antique lors du creusement des canaux de drainage, avait déjà amené l'archéologue Aimé Champollion-Figeac (le frère du célèbre égyptologue) à supposer l'existence d'un moulin gallo-romain dans les marais<fnref n="5" />. Dans les années 1980, J. Chauffin envisageait à son tour, au lieu-dit Badolle, à l'est de l'Isle d'Abeau, des installations hydrauliques antiques, malheureusement sans présenter de preuves archéologiques à l'appui de cette interprétation (APPAS n° 7, sd, p. 66). Lors d'une opération d'archéologie préventive menée en 2007 aux Vers, à Bourgoin-Jallieu, a été mis au jour dans le marais, près d'un ancien lit de rivière du Bion, un canal aux berges étayées par des rangées serrées de pieux et palplanches en chêne étudiés par Pierre Mille (Bleu et al. 2007). Une trentaine d'entre eux ont pu être datés du Haut-Empire par la dendrochronologie<fnref n="6" />. Sur une des berges de ce bief a été dégagé un massif rectangulaire de pierres calcaires marquant peut-être l'emplacement d'un petit moulin. L'alimentation régulière en eau pourrait avoir été assurée par un bassin de rétention (ou serve), l'empierrement d'une chaussée ayant été dégagé sur plusieurs mètres de longueur (fig. 3). <footnote n="4">⁴ Voir la notice de la carte géologique au 1/50 000e de Bourgoin-Jallieu par S. ELMY, R. ENAY, C. MANGOLD, N. MONGEREAU (n° 723), p. 50.</footnote> <footnote n="5">⁵ Aimé Champollion-Figeac, *Chroniques dauphinoises et documents inédits relatifs au Dauphiné pendant la Révolution*, Vienne, Imprimerie de Savigné, 1880. Voir p. 169 : « Au mois de septembre 1810, on retira des marais une petite meule antique constatant la présence d'un moulin romain dans cette localité ».</footnote> <footnote n="6">⁶ Étude C.E.D.R.E. par Olivier GIRARDCLOS et Christophe PERRAULT (09/2007). Voir Bleu *et al.* 2007.</footnote>
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La couverture photographique à haute résolution de l'IGN réalisée en 2003 (BD Ortho) laisse apparaître dans les marais de Bourgoin - La Verpillière un chevelu hydrographique fossile très ensablé, artificialisé par des canaux (fig. 4), de même que des fossés représentant en tout plus de 100 kilomètres linéaires. Un peu plus d'une quinzaine de ces anciennes structures visibles sur les clichés aériens ont été recoupées par des tranchées à la pelle mécanique lors de différentes opérations programmées, menées, notamment, en deux sites de la commune de Frontonas (Les Cariaux, en 2004, et Les Sétives, en 2006). Enfin, aux Vers, des travaux d'archéologie préventive de l'INRAP (ZAC de la Maladière), ont permis de compléter avantageusement l'étude (Bleu *et al.* 2007). <figure><img src="image_8.png" /><figcaption>Fig. 3 : Le bief de moulin de Bourgoin-Jallieu, lieu-dit Les Vers (d'après Bleu *et al.* 2007)</figcaption></figure>
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<figure><img src="image_9.png" /><figcaption>Fig. 4 : Grand réseau hydraulique fossile du marais de La Verpillière</figcaption></figure>
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Les remplissages sédimentaires des canaux et fossés ont fait l'objet d'analyses paléobotaniques (palynologie, carpologie, anthracologie), ainsi que de datations radiocarbone réalisées sur des macrorestes végétaux identifiés et choisis autant que possible parmi les espèces ou organes à durée de vie courte (bois, brindilles, noisettes...) (voir tabl. 1). Ce type d'étude pluridisciplinaire, qui apparaît encore aujourd'hui novateur, a été développé par Jean-François Berger lors des travaux d'archéologie préventive du TGV Méditerranée en Moyenne Vallée du Rhône (Berger et Jung 1996). ## Éléments de chronologie des structures hydrauliques *De grandes réalisations hydrauliques de la Tène finale (IIᵉ-Ier s. av. J.-C.) ?* (fig. 7A) Quelques jalons chronologiques peuvent être posés grâce aux datations radiocarbone, même si leur validité soulève parfois des questions, notamment deux d'entre elles qui situeraient la création de grands systèmes de canaux au IIᵉ-Ier s. av. J.-C. Un vaste réseau hydraulique fossile a pu être identifié dans la partie la plus orientale des marais de Bourgoin à Trept, lieu-dit Le Grand Marais. Nous avons partiellement pu dégager en coupe l'un des principaux canaux dans lequel a été trouvé un pieu demi-rond en chêne (fig. 5). Cet élément qui servait sans doute à étayer la berge du canal a été daté de 2040 ± 45 BP (172 av. J.-C. à 55 ap. J.-C.) (Ly-13891). Nous préférons pour le moment rester prudents face à cette datation car nous avons pu constater par ailleurs, à Bourgoin-Jallieu (Les Vers) qu'un pieu en chêne daté de 2035 ± 30 BP (151 av. J.-C. à 50 ap. J.-C.) (Poz-21183) s'est avéré avoir été abattu, d'après la dendrochronologie, durant l'automne-hiver 110/111 ap. J.-C. (Bleu et al. 2007). À Frontonas (Les Cariaux), les premiers dépôts de sable au fond d'un long canal ont été datés de 2090 ± 30 BP (196 à 42 av. J.-C.) et la partie médiane du remplissage de 2385 ± 30 BP (723 à 393 av. J.-C.). Cette incohérence chrono-stratigraphique implique nécessairement l'invalidité de l'une ou l'autre de ces datations, voire des deux. Il n'est pas impossible que les fragments de bois ayant fait l'objet des mesures d'âges proviennent de formations tourbeuses plus anciennes, sapées à l'amont par les courants d'eau. La structure étudiée ici est un canal de colature de près de 4 km de longueur creusé dans l'axe longitudinal de la tourbière de La Verpillière, qui était alimenté en eau par une série de dérivations pratiquées sur deux anciens cours d'eau (voir fig. 4).
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<figure><img src="image_10.png" /></figure> A: coupe de canal (C 8) à Frontonas "les Cariaux" (05°09'07.7" E - 45°39'20.1" N) <figure><img src="image_11.png" /></figure> B: coupe de canal à Trept "le Grand Marais" (05°18'32.6" E - 45°40'06.8" N) Fig. 5 : Les canaux de La Tène finale/période républicaine La bonification flavio-antonine (fin Ier-IIe s. ap. J.-C.) (fig. 7B) Dans l'attente de résultats d'analyses complémentaires, une incertitude subsiste donc encore quant à la mise en place de ces vastes systèmes hydrauliques dès La Tène finale. En revanche, la réalisation de grands travaux durant la période flavio- antonine ne fait aujourd'hui aucun doute (voir fig. 7). Aux Vers, l'analyse dendrochronologique d'une trentaine de pieux en chêne qui étayaient les
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berges du bief de moulin, met en évidence qu'une dizaine d'individus ont été abattus à l'automne-hiver 85/86 ap. J.-C. et les autres en 102/103 et 110/111 ap. J.-C. Cette structure pourrait donc avoir été construite dès la fin du Ier s. ap. J.-C. et avoir fait l'objet de plusieurs réfections ultérieures, à moins que l'ensemble n'ait été réalisé peu ou prou après l'abattage des bois les plus récents. Quoiqu'il en soit, la base du remplissage sableux de ce bief, datée de 1855 ± 30 BP, témoigneraient encore de son utilisation dans la seconde moitié du IIe s. ap. J.-C., voire au début du siècle suivant. Dans ce même secteur, trois autres datations concordantes concernant fossés et canaux (1920 ± 30 BP ; 1900 ± 30 BP ; 1890 ± 30 BP) couvrent encore cette période, ainsi que d'autres, dans la commune de Frontonas, aux Cariaux (1870 ± 30 BP) et aux Sétives (1840 ± 40 BP) (Figure 7B). <figure><img src="image_12.png" /><figcaption>Fig. 6 : Structures hydrauliques. Les Vers (Bourgoin-Jallieu)</figcaption></figure>
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<table><caption>Tabl. 1 : datations radiocarbone obtenues dans les structures hydrauliques</caption><thead><tr><th>N°</th><th>Struct.</th><th>Code lab.</th><th>Mat. Daté</th><th>Datation</th><th>Calibr. 2 δ</th></tr></thead><tbody><tr><td>1</td><td>F-C C8</td><td>Lyon-3394</td><td>Bois</td><td>2090 ± 30 BP</td><td>196-42 BC</td></tr><tr><td rowspan="2">2</td><td>T-GM</td><td>Ly-13891</td><td>Pieu chêne</td><td>2040 ± 45 BP</td><td>172 BC-55 AD</td></tr><tr><td>BJ-P17</td><td>Poz-21183</td><td>Pieu chêne</td><td>2035 ± 30 BP</td><td>151 BC-50 AD</td></tr><tr><td>3</td><td>BJ-V F21</td><td>Lyon-5309</td><td>Mat. vég.</td><td>1920 ± 30 BP</td><td>2-206 AD</td></tr><tr><td>4</td><td>BJ-V F 75</td><td>Poz-21133</td><td>Branchette</td><td>1900 ± 30 BP</td><td>28-214 AD</td></tr><tr><td>5</td><td>BJ-V F109</td><td>Poz-21131</td><td>Noisette</td><td>1890 ± 30 BP</td><td>55-219 AD</td></tr><tr><td>6</td><td>BJ-V F21</td><td>Lyon-5308</td><td>Mat. vég.</td><td>1885 ± 35 BP</td><td>60-220 AD</td></tr><tr><td>7</td><td>F-C C8</td><td>Lyon-3393</td><td>Bois</td><td>1870 ± 30 BP</td><td>73-227 AD</td></tr><tr><td>8</td><td>BJ-V S142</td><td>Poz-21130</td><td>Branchette</td><td>1855 ± 30 BP</td><td>82-234 AD</td></tr><tr><td>9</td><td>F-S T1</td><td>Lyon-3753</td><td>Bois</td><td>1840 ± 40 BP</td><td>75-313 AD</td></tr><tr><td>10</td><td>BJ-V S15ter</td><td>Poz-21125</td><td>Branchette</td><td>1790 ± 30 BP</td><td>132-331 AD</td></tr><tr><td>11</td><td>BJ-V F109</td><td>Lyon-5302</td><td>Noisette</td><td>1765 ± 35 BP</td><td>138-381 AD</td></tr><tr><td>12</td><td>BJ-V F109</td><td>Lyon-5303</td><td>Noisette</td><td>1745 ± 30 BP</td><td>227-389 AD</td></tr><tr><td>13</td><td>SM-P C30</td><td>Ly-13232</td><td>Bois</td><td>1735 ± 40 BP</td><td>214-413 AD</td></tr><tr><td>14</td><td>BJ-V S15ter</td><td>Poz-21126</td><td>Branchette</td><td>1615 ± 30 BP</td><td>387-539 AD</td></tr><tr><td>15</td><td>BJ-V S142</td><td>Poz-21129</td><td>Charbon</td><td>1570 ± 30 BP</td><td>420-557 AD</td></tr></tbody></table>
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<figure><img src="image_13.png" /><figcaption>Fig. 7 : Datations radiocarbone obtenues dans le remplissage des structures hydrauliques (les numéros se référent au tableau 1)</figcaption></figure>
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<figure><img src="image_14.png" /><figcaption>A: coupe de fossé (F 75-S 375 bis) à Bourgoin-Jallieu "les Vers"</figcaption></figure> <figure><img src="image_15.png" /><figcaption>B: coupe de fossé (F 109-S 294) à Bourgoin-Jallieu "les Vers"</figcaption></figure> <figure><img src="image_16.png" /></figure> Fig. 8 : Les Vers (Bourgoin-Jallieu) : fossés du Haut-Empire
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Déshérence de l'hydraulique vers 300 ap. J.-C. (voir fig. 7C) Quelques datations permettent d’envisager l’utilisation de certaines de ces structures hydrauliques jusque vers 300 ap. J.-C. au plus tard, après quoi il est probable que tout ou partie des réseaux a été abandonné. À Bourgoin-Jallieu (Les Vers), un long fossé de drainage a, semble-t-il, fait l’objet d’un recreusement dans la seconde moitié du IIIe s. ap. J.-C. (1765 ± 35 BP) pour être délaissé quelques décennies plus tard, permettant la formation sus-jacente d’une épaisse couche de tourbe autour de 1745 ± 30 BP (234 à 384 ap. J.-C.) (fig. 8). Cette dernière datation apparaît d’ailleurs très proche d’une autre obtenue à Saint-Marcel-Bel-Accueil (Le Puisat) (1735 ± 30 BP), dans le tout dernier niveau de fonctionnement alluvial d’un large canal. Cette déshérence des ouvrages hydrauliques au milieu de l’Antiquité viendrait bien conforter la déprise humaine déjà envisagée par la raréfaction du mobilier archéologique sur les sites. L’irrigation et les cultures Irrigation gravitaire et prairies Le système hydraulique réalisé dans le marais de La Verpillière présente la morphologie d'un système d'irrigation gravitaire. Une série de canaux dérivés de deux cours des rivières joignaient un canal de colature situé topographiquement plus bas (voir fig. 4). Celui-ci devait permettre d'évacuer le surplus d'eau qui s'était écoulé à la surface du sol. La coupe transversale réalisée révèle un creusement plus large que profond, avec un remplissage sableux très laminé. Les nombreuses petites passées terrigènes à microstructure granulaire, qui s'intercalent entre les lits sableux, témoignent de phases de mise à sec régulières, qui pourraient plaider pour un fonctionnement saisonnier. Un tel système pourrait avoir servi à submerger pendant la saison estivale des prairies humides entretenues sur la tourbière, en vue de faucher du foin ou de la litière pour le bétail. L'analyse palynologique des alluvions dans le canal révèle en effet dans un premier temps la présence d'une prairie humide à cyperacées, ainsi que des fougères (spores monolètes) (fig. 9).
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<figure><img src="image_17.png" /><figcaption>Fig. 9 : Analyses paléobotaniques. Les Cariaux (Frontonas)</figcaption></figure>
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*La mise en culture des marais ?* Dans la partie supérieure du même diagramme on peut observer l'apparition du pollen du noyer, *iuglans*, et de la vigne, *uitis*, autour de 1870 ± 30 BP (73 à 227 ap. J.-C.). À quelques centaines de mètres plus au nord, dans le lit ensablé de la rivière mettant en eau cette structure, ont été identifiés les restes de plusieurs plantes cultivées et de leurs adventices (Bouby 2010) (fig. 9). Dans cette séquence alluviale, formée entre la fin du 1er et la première moitié du IIe s. ap. J.-C., se trouvaient des coquilles de noix et d'assez nombreux pépins de vigne cultivée (*vitis uinifera*), ainsi que des céréales (blé nu, orge, millet). Signalons encore des pépins de figue (*ficus carica*), et plus étonnant, une graine de gourde calebasse (*lagenaria siceraria*), cucurbitacée d'origine africaine aux usages alimentaires et techniques. Ces découvertes ayant été faites dans le réseau hydrographique, il est ici difficile de certifier que des plantes domestiques aient été cultivées dans le marais. On ne peut exclure un apport plus lointain de ces restes végétaux par les courants d'eau ou par l'homme. Cependant, aux Vers, des macrorestes de taxons cultivés ont été retrouvés dans le comblement de plusieurs fossés de drainage. Leur conservation dans une sédimentation authigène à texture fine et souvent enrichie en matière organique laisse ici relativement peu de doute quant à leur provenance locale. L'un des fossés (F109) a, par exemple, livré un noyau de pêche, plusieurs pépins de vigne et une branchette coupée en biseau (fig. 10). Bien que d'apparence modeste, cette découverte pourrait étayer l'hypothèse de vignobles dans les marais. Il s'agit en effet de bois d'orme, *ulmus*, un arbre qui, dans l'Antiquité, comme le décrit en détail Columelle (*De re rustica* 5, 6), était souvent taillé pour y faire monter la vigne. Signalons d'ailleurs qu'une serpe à ébrancher (ou « goyard »), a été trouvée sur le site de la petite villa de La Renardière, bâtie un peu plus au nord dans le marais (fig. 10). La poursuite des analyses devrait permettre de vérifier cette hypothèse de la présence d'exploitation arboricoles-viticoles en milieu humide. Un éclairage particulièrement intéressant pourrait être apporté ici sur la production de vin allobroge, célèbré par de nombreux auteurs latins (André et Levadoux 1964). À l'instar du célèbre Cécube campanien dont Pline (*Hist. Nat.*, 15, 8, 2) décrivait les vignes menées sur des peupliers entre Terracine et Fondi, la cité de Vienne aurait-elle produit aussi un vin de palu ?
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<figure><img src="image_18.png" /><figcaption>1 et 2: branchette d'orme coupée et pépins de raisins (Bourgoin-Jallieu "le Vers"-S294)</figcaption></figure> <figure><img src="image_19.png" /><figcaption>3: goyard (serpe à ébrancher) trouvée sur la présumée villa de l'Isle d'Abeau "la Renardière", (d'après Berthier 1999).</figcaption></figure> Fig. 10 : Branche d'orme coupée, pépin de raisin et serpe à ébrancher gallo-romaine retrouvés dans le marais au nord de Bourgoin-Jallieu ## Conclusion Situés dans l'avant pays-alpin français, les grands marais de
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Bourgoin - La Verpillière ont fait l'objet de très importants travaux en hydraulique agricole pendant l'Antiquité. Ces réalisations apparaissent concomitantes d'une colonisation que rappelle aujourd'hui un semis de petits sites archéologiques, qui étaient sans doute pour la plupart dépendants des villae implantées sur les coteaux. Nous avons pu mettre ici en lumière l'utilisation pendant le Haut-Empire de canaux dérivant l'eau des rivières, dont certains ont peut-être été réalisés dès le IIe-Ier s. av. J.-C. Il pourrait s'agir de grands systèmes d'irrigations gravitaires destinés à l'arrosage des prairies de fauche, voire à certaines cultures développées dans le marais durant la période flavio-antonine (vigne, arbres fruitiers...). Soulignons aussi l'exploitation de l'énergie hydraulique, dont témoigne un probable bief de moulin aux Vers. Enfin, des occupations implantées près des rivières utilisaient selon toute vraisemblance leur eau pour des activités artisanales spécifiques (lavage du minerai de fer, rouissage de plantes textiles...). Les modifications du réseau hydrographique consécutives à ces aménagements ont manifestement contribué à son ensablement accéléré dans les premiers siècles de l'Antiquité. Elles ont laissé des traces visibles aujourd'hui sur les clichés aériens. Remerciements : Les auteurs tiennent ici à remercier Benoît Helly (SRA Rhône-Alpes) qui a encouragé depuis les débuts du PCR toutes les opérations de terrain dans les marais de Bourgoin - La Verpillière. Nous tenons aussi à témoigner notre reconnaissance à Robert et Elvyre Royet pour leur soutien et leur aide concernant l'étude du matériel céramique. Nous n'oublierons pas Emmanuel Oudot, amateur à qui l'on doit la collecte de nombreux tessons dans les marais.
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Emprunts et migrations des termes de la linguistique dans les langues romanes et non romanes
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Romanica Cracoviensia
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This present paper looks at migration and borrowings concerning the particular scientific terms of lin-guistics terminology. From an etymological analysis of two terms in French, morphème and phonème, we will observe how they were introduced into the French lexicon. We will examine the history of these French vocables in order to consider how kinds of borrowings they are. The etymological study will be completed by a sociolinguistic approach so as to explain that internationalisms must be considered within a linguistic system. The borrowing is a choice and we’ll show that scientific terms lose their arbitrary nature in this choice.
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Sciences humaines et arts
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La conception universelle de l’apprentissage
Lionel Alvarez
2024
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Revue suisse de pédagogie spécialisée
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# La conception universelle de l'apprentissage ## D'une vision partagée aux pratiques plurielles, en passant par ses défis Lionel Alvarez ### Résumé La promesse est forte : la conception universelle de l'apprentissage (CUA) prétend participer à une approche inclusive de l'éducation et de la formation, dans laquelle chaque élève peut s'épanouir et apprendre. Pour ce faire, des organisations nouvelles sont conviées, parallèlement à une réattribution de la responsabilité d'apprendre aux bénéficiaires de l'enseignement, alors invité à opérer des choix. Cependant, il relève de l'évidence qu'un tel projet, s'il est retenu, ne se déploiera pas sans écueils, que ça soit pour des raisons de temps, de ressources, de formation ou de complexité. Cet article propose une synthèse de ce que la CUA propose, confronté à ce qu'elle exige. ### Zusammenfassung Das Versprechen ist gross: Das Universal Design for Learning (UDL) soll zu einer inklusiven Bildung beitragen, bei der alle Schülerinnen und Schüler sich entfalten und lernen können. Um dies zu erreichen, werden neue Organisationsformen gefordert. Die Verantwortung für das Lernen wird wieder auf die Empfänger:innen der Bildung übertragen, die dann Wahlmöglichkeiten haben. Es gibt auch Hindernisse bei der Umsetzung von UDL, sei es aus Gründen der Zeit, der Ressourcen, der Ausbildung oder der Komplexität. Dieser Artikel bietet eine Zusammenfassung dessen, was das UDL vorschlägt und was es verlangt. **Keywords:** Conception universelle de l'apprentissage, inclusion, choix, responsabilisation / Inklusion, Universal Design for Learning, Wahlmöglichkeiten, Verantwortungsübernahme **DOI:** https://doi.org/10.57161/r2024-03-01 Revue Suisse de Pédagogie Spécialisée, Vol. 14, 03/2024 <figure><img src="image_1.png" /></figure> ## Introduction Le projet de l'école inclusive relève d'un défi dont la taille a parfois été sous-estimée. Il n'est pas rare de voir dans certaines classes de nombreux élèves bénéficiant d'adaptations ou d'un soutien pédagothérapeutique individualisé. Cette réalité interroge plusieurs aspects, que ça soit la charge induite par la coordination de la multiplicité d'interventions ou encore la capacité effective du système scolaire à accueillir une diversité d'élèves aux profils pluriels (Hornby & Kauffman, 2023). Certes, des mécanismes administratifs régulent l'accès à ces interventions pédagothérapeutiques, afin de rester dans les couts, d'éviter les délégations de charges non justifiées et de veiller à ce que les compétences restent dans la classe. Toutefois, les tensions semblent perpétuelles, entre des velléités d'une école pour toutes et tous et la faisabilité d'une institution ouverte à la diversité (Graham et al., 2023). Dans le contexte éducatif nord-américain ayant des contraintes et des contingences différentes, d'autres fonctionnements ont émergé pour participer au projet de l'école inclusive. L'un d'eux est la conception universelle de l'apprentissage (CUA). Certes, il y a du slogan dans cette philosophie, ainsi que de la prétention laissant croire à l'universalité. Mais, cette autre manière d'aborder la diversité des élèves mérite de s'y intéresser pour peut-être s'en inspirer quelque peu et interroger tant les pratiques enseignantes que les fonctionnements institutionnels. Le but de cet article est donc de synthétiser une partie de la littérature traitant de la CUA et d'y ajouter quelques retours d'expériences, pour faciliter l'appropriation de cette manière de faire école, entre changement paradigmaticque et défis de mise en œuvre.
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Sciences humaines et arts