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W4402615917
La conception universelle de l’apprentissage
Lionel Alvarez
2024
10.57161/r2024-03-01
fr
cc-by
Sciences humaines et sociales
Revue suisse de pédagogie spécialisée
2
Croisement des sources pour définir la CUA Qui n'a pas choisi le métier de l'enseignement dans le but de permettre à chaque élève de grandir, de se développer, de s'émanciper ? Régulièrement, ces aspirations se confrontent à des contraintes institutionnelles ou des cultures scolaires ne permettant plus de voir cette émancipation potentielle dans le quotidien pédagogique. Il y aurait n épreuves notées à réaliser d'ici les vacances, des moyens d'enseignement à suivre, ou encore des injonctions à avoir des pratiques uniformes au sein d'un cycle scolaire. Répondre aux injonctions institutionnelles et aux besoins de l'élève, les tensions semblent parfois insurmontables. Face à cela, la CUA est parfois présentée comme étant une approche permettant de retrouver cette « posture bienveillante » (Senécal et al., 2018, p. 3), dans laquelle chaque apprenante et apprenant aura l'espace pour opérer des choix, se responsabiliser et grandir. La CUA n'est donc ni une vision de l'éducation pensée pour un degré scolaire en particulier ni une recette à appliquer, mais bien une philosophie avec laquelle une diversité de pratiques pédagogiques et institutionnelles peut émerger. Par conséquent, cette diversité amène une conséquence importante : l'absence de preuves claires quant aux bénéfices de la CUA pour les élèves. Certes, certains résultats de recherche invitent à s'intéresser à la CUA, notamment parce qu'elle participerait à l'amélioration des processus d'apprentissage (Capp, 2017) sans pour autant avoir d'impact négatif sur les apprentissages effectifs (Ok et al., 2017). Toutefois, ces travaux scientifiques restent trop peu nombreux pour justifier un déploiement large de la CUA à tous les niveaux. Par exemple, il semble manquer de résultats *pretest et post-test* rigoureux ou une opérationnalisation univoque des critères qualifiant une pratique de CUA. En bref, > en tant que philosophie ou idéologie, il y a beaucoup à discuter à propos de la CUA, même si les principes sous-jacents de cette approche sont certainement étayés par un certain nombre de preuves. Les recherches visant à confirmer l'efficacité de la CUA sont actuellement limitées, en partie parce qu'il est questionnable si oui ou non la CUA dans sa globalité peut réellement faire l'objet d'une mise à l'épreuve. (traduit de De Bruyckere et al., 2020, p. 64) Les origines architecturales de la CUA sont explicites (Persson et al., 2015). La conception des espaces publics permettant l'accès au plus grand nombre se base sur sept principes fondateurs (Centre for Excellence in Universal Design [CEUD], 2024) : usage équitable, flexible, simple et intuitif, aux informations perceptibles, avec tolérance à l'erreur, peu d'effort physique nécessaire et un espace suffisant. En prenant en exemple une porte, cette liste se transforme ainsi : pour une main gauche comme une main droite, mais aussi pour les coudes, sans hésitation en arrivant devant, avec des pictogrammes explicites quant au sens d'ouverture, sans risque de se blesser, car légère notamment, et suffisamment grande pour qu'une personne à mobilité réduite puisse passer. Il semble donc y avoir un projet juste, sage et démocratique dans cette vision de société promue par la conception universelle. Comment la pédagogie s'en est-elle alors saisie ? Tout d'abord, il faut tout relever un problème de vocabulaire dans la terminologie francophone. Le terme « conception » s'accompagne d'une polysémie malvenue<fnref n="1" />, entre le faire et le croire. De plus, les termes « de l'apprentissage » tranchent avec la formulation anglophone « for learning ». C'est bien l'idée de générer (« conception ») des expériences de sorte que chacune et chacun (« universelle ») puisse trouver le nécessaire pour son développement et sa participation scolaire (« apprentissage »). Cette polysémie amène possiblement des propositions de termes parallèles, comme la pédagogie universelle (Bergeron et al., 2011) ou une pédagogie sans barrière (Degenhardt, 2020). Parfois présentée comme « une avenue éducative prometteuse [...] pour la prise en compte de la diversité fonctionnelle des élèves » (Tremplay, 2013, p. 43), la CUA invite à la dénormalisation (Bergeron et al., 2011) et à l'intégration de flexibilité dans les curriculums (CAST, 2024), laissant une place importante aux choix des apprenantes et apprenants (Murawski & Ricci, 2019) et donc leur responsabilisation. Le tout s'inscrit dans le but de tendre vers une école inclusive (Kennedy et al., 2018) conçue pour toutes et tous, non pour un élève moyen hypothétique (Meyer et al., 2014). <footnote n="1">¹ En témoigne la consensus wikipédien : https://fr.wikipedia.org/wiki/Conception.</footnote>
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Malgré certains intérêts évidents de l'orientation médicale de la pédagogie spécialisée (Florian, 2007), où il y a la nécessité d'analyser les besoins pour ensuite construire des interventions en conséquence, un appel au changement semble nécessaire lorsque l'école pour toutes et tous est souhaitée. En effet, il est pragmatiquement impossible pour le corps enseignant de concevoir 25 programmes scolaires adaptés, pour des raisons de distribution de l'attention, de planification ou de relations pédagogiques (Galkiene & Monkeviciene, 2021), dans une école où chaque élève est singulier. La CUA propose alors autre chose, en invitant à faire confiance aux élèves pour sélectionner les ressources, les médiations et les activités ajustées à leurs besoins, dans un environnement riche et pluriel où les objectifs d'apprentissage ont été explicités. Pour la pédagogie, c'est le passage d'une réponse à des individus – propre à la différenciation (ou du moins, à certaines définitions de la différenciation) – à une approche proactive où la pluralité est la norme (Proyer et al., 2021). De manière un peu caricaturale, le rôle de l'enseignante ou enseignant revient alors à : 1. expliciter les attentes ; 2. offrir un environnement d'apprentissage varié, avec une diversité de ressources et d'activités ; 3. accompagner les élèves dans la compréhension des attentes, la sélection des ressources et le témoignage des compétences développées. L'élève doit faire des choix et se responsabiliser pour apprendre selon des objectifs identifiés et un environnement ouvert. La CUA ne rejette évidemment pas l'approche d'analyses des besoins individuels pour y remédier – il serait indéfendable d'identifier des barrières à l'apprentissage et de ne pas les considérer –, mais elle arrive dans un second temps, quand les divers moyens pédagogiques mis à disposition et la liberté de choix laissé à l'élève ne suffisent pas à permettre le développement et l'apprentissage. > La CUA propose autre chose, en invitant à faire confiance aux élèves pour sélectionner les ressources, les médiations et les activités ajustées à leurs besoins, dans un environnement riche et pluriel où les objectifs d'apprentissage ont été explicités Une manière de présenter simplement cette vision de l'éducation et de la formation défendue par la CUA serait peut-être de décrire la temporalité dans la conception des environnements d'apprentissage. Si l'intégration invite à modifier quelques éléments de classe juste pour un élève avec un diagnostic officiel ; si l'inclusion invite à maintenir ces modifications pour les autres élèves qui pourraient possiblement en bénéficier (Charras et al., 2012) ; la CUA invite à anticiper une pluralité de solutions avant même de rencontrer la classe, soit au préalable de l'observation des besoins, car le postulat est que chaque élève est singulier. L'intégration et l'inclusion sont des réponses à des individus, la CUA est une conception d'un environnement d'apprentissage diversifié (Proyer et al., 2021). Il y aurait donc une bascule à opérer dans l'organisation de l'école, comme illustrée dans la Figure 1. <figure><img src="image_2.png" /><figcaption>Figure 1 : Tentative de représenter l'accueil de la diversité des élèves dans l'école inclusive, entre (a) une approche par intégration et des mesures d'aides et (b) la CUA</figcaption></figure>
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Malgré les limites induites par une représentation visuelle, la courbe illustre la diversité des élèves, avec au centre une plus grande majorité d'élèves avec des besoins similaires. La zone colorée représente ce que l'école régulière sans mesures particulières est capable d'assumer. Les flèches sont les mesures particulières qui s'y ajoutent. À gauche (a), c'est une représentation du système scolaire inclusif basé sur des mécanismes d'intégration et de réponse à des besoins identifiés. À droite (b), c'est une représentation du système scolaire inclusif basé sur la CUA. Cette promesse de la CUA s'accompagne de défis et de craintes qu'il est légitime d'écouter et d'analyser, surtout si une telle pédagogique devait être déployé. Défis identifiés à la mise en œuvre de la CUA Lorsqu'il s'agit d'adopter la vision pédagogique proposée par la CUA, de nombreux défis émergent dans les croyances et dans les pratiques. Tout d'abord, la CUA amène quelques craintes qui peuvent rendre difficile toute transposition concrète (Senécal et al., 2018). * La crainte d'un accroissement de la charge de travail qui, une fois les changements d'organisation opérés, ne semble pas fondée. En effet, les enseignantes et enseignants qui ont traduit la CUA dans leurs pratiques rapportent généralement un déplacement de la charge – plus d'anticipation – sans qu'au final celle-ci soit plus grande. Une réduction de la charge de travail et du stress est parfois documentée une fois que les pratiques orientées CUA sont en place (Katz, 2015). Toutefois, il y a des efforts non négligeables pour changer d'organisation. * La crainte d'un abaissement du niveau des élèves, puisqu'elles et ils ont l'opportunité d'opérer des choix. Sachant que les objectifs d'apprentissage sont imposés, cette crainte est toute relative. Il reste certes quelques pertes possibles dans le curriculum caché (Barthes, 2017), au sens d'apprentissage non prescrit, mais rendu possible par des expériences d'apprentissage vécues. En effet, les élèves pourraient théoriquement ne choisir que des modalités similaires pour apprendre, à l'exemple de l'utilisation exclusive de la synthèse vocale qui pourrait limiter de rencontrer des textes à lire. * La crainte de devoir mettre régulièrement les élèves face à des écrans, en individuel. Certes, les technologies numériques permettent d'ouvrir le champ des possibles en termes d'expériences d'apprentissage et ainsi de laisser un choix plus large aux élèves. Toutefois, cette ouverture passe aussi largement par d'autres vecteurs, sans interfaces numériques. * La crainte d'une nécessité de changer toutes les méthodes et habitudes en place. Pour ce point, il y a certainement une partie de vrai, même si les pratiques actuellement en place sont invitées à rester. Une évidence dans le défi de mise en œuvre de la CUA est la perte de contrôle de l'institution et du corps enseignant, puisque celui-ci est rendu aux apprenantes et apprenants (Yu et al., 2021). Cela n'est assurément pas compatible avec l'imputabilité que les gestions de l'école publique pourraient souhaiter dans des perspectives de new management (Lillejord, 2020; Verger et al., 2021), certes encore peu présent dans les écoles suisses (Högberg & Lindgren, 2021). En effet, si les élèves opèrent des choix, la maitrise de qui fait quoi, quand et comment devient plus défiante. Il semble possible d'observer et documenter, mais non de chiffrer et étalonner des performances. Dans un contexte de CUA, la qualité de l'enseignement ne pourrait pas être évalué avec des tests standardisés, mais les apprentissages effectifs en contexte pourraient être documentés de manière plurielle. Ceci appelle des modalités d'évaluation des compétences plus proches des portfolios que des épreuves PISA (Programme International pour le Suivi des Acquis des élèves). Dans un contexte de CUA, la qualité de l'enseignement ne pourrait pas être évalué avec des tests standardisés, mais les apprentissages effectifs en contexte pourraient être documentés de manière plurielle
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Enfin, pour s'engager vers la CUA, Grant et al. (2018) rappellent la nécessité d'adhérer à certains fondements. Il y a non seulement le fait de repenser le concept d'incapacité comme étant la mauvaise rencontre entre les ressources d'un individu et celles de l'environnement (et non un problème intrinsèque à la personne), mais aussi une acceptation du principe de retrait des barrières à l'apprentissage, à l'instar de la consigne orale lorsque l'écrit est difficile. S'ajoute la contrainte de séparer explicitement les objectifs et les contenus/activités. Les premiers sont imposés et les seconds proposés, voire incités, car le choix d'options laissées aux élèves est central dans cette approche. Finalement, c'est un déplacement des finalités de l'éducation et de la formation qui s'opère : le but premier est le développement de l'expertise d'apprendre. ## Retour d'expérience pour contextualiser la CUA Dans le cadre d'accompagnement d'établissements qui interrogeaient le projet d'école inclusive et souhaitaient être nourris par d'autres perspectives, l'occasion m'a été donnée d'exposer les promesses de la CUA et ses conditions induites par la diversification de l'environnement et les choix laissés aux élèves. Des retours d'expérience ont aussi pu être collectés, de manière très spontanée, sans dispositif de recherche particulier, ce qui invite évidemment à lire ces éléments avec grande prudence. Les éléments suivants méritent une attention particulière. * Le droit perçu de proposer un environnement pluriel et de laisser des choix. Plusieurs enseignantes et enseignants rapportaient ne pas se sentir légitimes d'ouvrir les outils d'aides à toute la classe à la suite de propos concernant notamment les casques antibruits que n'auraient pas dû être laissés à disposition de chaque élève. Ce point souligne la tension vécue dans la coexistence (i) des démarches d'analyses → réponses aux besoins alors clairement inscrites dans des démarches administratives formelles et (ii) la CUA invitant à une forme plus rhizomatique<fnref n="2" /> de l'organisation scolaire (Cormier, 2008 ; Cronje, 2016 ; Khine, 2023). * La temporalité dans l'introduction de la diversité des choix d'apprentissage. Plusieurs enseignantes et enseignants rapportaient ne pas savoir comment présenter le champ des possibles aux élèves par l'adoption de la CUA. Évidemment, ces personnes sont habituées à donner une consigne courte, précise et univoque pour une activité destinée à toute la classe. Une organisation nouvelle gagnerait à être trouvée. Un accroissement de la complexité de jour en jour sera assurément préférable qu'un environnement illisible pour les élèves dès le premier jour de classe. * L'incapacité des certains élèves à choisir selon leurs besoins. Plusieurs enseignantes et enseignants rapportaient avoir observé puis discuté avec les élèves de leur processus de choix des activités et ressources à disposition. Parfois, le choix était vécu comme une réelle opportunité. Quelques fois, il était vécu comme un défi quasi insurmontable, souvent résolu en copiant les camarades. Ce retour d'expérience rappelle l'importance de l'axe vertical de la matrice de la CUA<fnref n="3" /> (accéder → construire → internaliser), où l'apprenante ou l'apprenant est accompagné dans cette ouverture des possibles, dans la construction du choix et de l'autorégulation. * L'impact des mots choisis. Plusieurs enseignantes et enseignants rapportaient que lorsqu'un artéfact était présenté comme un « outil d'aide », les élèves semblaient moins chercher à l'utiliser. D'autres terminologies peuvent être proposées pour éviter de stigmatiser les élèves qui montrent un intérêt pour ces outils. Au-delà du mot lié à l'objet « aidant », c'est également une conception de l'intelligence, le statut et le droit à l'erreur, qui doivent parfois évoluer dans les discours. Ainsi, si la CUA est polysémique dans les pratiques qu'elles laissent émerger, des enjeux transversaux ont pu être identifiés. Le choix laissé aux élèves interroge, tant dans sa légitimité parfois, que dans son implémentation in situ et <figure><img src="image_3.png" /></figure> <footnote n="2">² « Structure évoluant en permanence, dans toutes les directions horizontales, et dénuée de niveaux. Cette structure s'oppose à la hiérarchie en pyramide » selon https://fr.wikipedia.org/wiki/Rhizome_(philosophie)</footnote> <footnote n="3">³ Consulter la matrice de la CUA ici : https://udlguidelines.cast.org/</footnote>
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dans les ressources des élèves pour en tirer profit. Nous pourrions envisager ici que l'école s'engage à développer des capabilités – au sens de possibilités effectives qu'une personne a de choisir ses modes de fonctionnement (Hart, 2012 ; Nussbaum, 2011) – et pas uniquement des connaissances et des compétences. Conclusion La CUA semble être une vision de l'éducation et de la formation avec des implications pratiques diverses et variées, ainsi qu'avec des éléments conceptuels relativement clairs : la pluralité de l'environnement d'apprentissage, les options et les choix pour responsabiliser les élèves, la distinction entre objectifs et tâches ou encore un intérêt central pour le développement de l'expertise d'apprendre. Si elle est une nième manière d'envisager le projet de l'école inclusive, elle se fonde sur des changements de paradigmes importants qui méritent d'interroger non seulement une organisation au sein de la classe, mais des structures et contraintes institutionnelles de l'école publique en général. C'est pour cela que la CUA ne doit pas être une simple reformulation du projet d'école inclusive. Dit autrement, il parait dangereux d'instrumentaliser le concept de CUA pour renouveler la demande au corps enseignant d'accueillir la diversité, sans opérer des changements institutionnels forts, rendant cela possible. Autrices et auteurs <figure><img src="image_4.png" /><figcaption>PD Dr Lionel Alvarez Prof. HEP HEP | PH FR & Unifr, Fribourg lionel.alvarez@unifr.ch</figcaption></figure> Références Barthes, A. (2017). Curriculum caché. In A. Barthes, J.-M. Lange & N. Tutiaux-Guillon (Eds.), *Dictionnaire critique des enjeux et concepts des « éducation à »* (pp. 617-622). L'Harmattan. Bergeron, L., Rousseau, N., & Leclerc, M. (2011). La pédagogie universelle : Au cœur de la planification de l'inclusion scolaire. *Éducation et Francophonie, 39*(2), 87-104. https://doi.org/10.7202/1007729ar Capp, M. J. (2017). The effectiveness of universal design for learning: A meta-analysis of literature between 2013 and 2016. *International Journal of Inclusive Education, 21*(8), 791-807. https://doi.org/10.1080/13603116.2017.1325074 CAST. (2024). *Universal Design for Learning Guidelines. About Universal Design for Learning*. https://www.cast.org/im-pact/universal-design-for-learning-udl Centre for Excellence in Universal Design [CEUD]. (2024). *The 7 principles*. https://universaldesign.ie/about-universal-design/the-7-principles Charras, K., Depeau, S., Wiss, M., Lebihain, L., Brizard, Y., & Bronsard, G. (2012). L'enfance et l'adolescence in situ : Fac-teurs environnementaux facilitateurs et inhibiteurs de troubles cognitifs et comportementaux. *Pratiques Psycho-logiques, 18*(4), 353-372. https://doi.org/10.1016/j.prps.2011.07.001 Cormier, D. (2008). Rhizomatic Education: Community as Curriculum. *Innovate: Journal of Online Education, 4*(5). http://nsuworks.nova.edu/innovate/vol4/iss5/2
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Le rôle des soviétismes dans les stratégies du discours politique russe contemporain
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# Le rôle des soviétismes dans les stratégies du discours politique russe contemporain *The Role of Sovietisms in the Strategies of Contemporary Russian Political Discourse* Valéry Kossov <figure><img src="image_1.png" /></figure> OpenEdition Journals **Édition électronique** URL : http://journals.openedition.org/ilcea/3045 DOI : 10.4000/ilcea.3045 ISSN : 2101-0609 **Éditeur** UGA Éditions/Université Grenoble Alpes **Édition imprimée** ISBN : 978-2-84310-294-3 ISSN : 1639-6073 **Référence électronique** Valéry Kossov, « Le rôle des soviétismes dans les stratégies du discours politique russe contemporain », *ILCEA* [En ligne], 21 | 2015, mis en ligne le 01 février 2015, consulté le 01 mai 2019. URL : http://journals.openedition.org/ilcea/3045 ; DOI : 10.4000/ilcea.3045 Ce document a été généré automatiquement le 1 mai 2019.
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Le rôle des soviétismes dans les stratégies du discours politique russe contemporain
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# Le rôle des soviétismes dans les stratégies du discours politique russe contemporain *The Role of Sovietisms in the Strategies of Contemporary Russian Political Discourse* Valéry Kossov 1. Le discours politique russe contemporain a subi de multiples transformations depuis la désagrégation de l'URSS. Cependant, le « soviétique » ne semble pas complètement oublié dans le discours du pouvoir et remplit certaines fonctions dans les stratégies de discours et de communication, qui constitueront l'objet de cet article. 2. L'étude des soviétismes a suscité un intérêt croissant et constant, en Russie, mais aussi en France, depuis l'ouvrage d'André Mazon (1920). Actuellement, les diverses études des soviétismes, qui ont changé de statut depuis Mazon, se font à partir de la presse, dans les sociolectes, dans le discours, ce qui a même fait émerger une nouvelle discipline, la « soviétologie linguistique » (БУДАЕВ & ЧУДИНОВ, 2009), où les chercheurs se sont efforcés de dégager un système à partir de l'emploi des soviétismes dans la langue, le langage et le discours. 3. Pourtant, des interrogations existent toujours sur la possibilité d'une définition unique du terme « soviétisme ». Les premières occurrences de ce terme se rencontrent dans un ouvrage de Geliy Tchernov (ЧЕРНОВ, 1958: 4) où le mot « soviétisme » s'écrit entre guillemets et est associé aux *realia* n'ayant pas d'équivalent dans les langues étrangères. À partir des années 1960, le terme « soviétisme » est couramment utilisé dans les ouvrages portant sur la théorie de la traduction, par analogie avec les germanismes, les anglicismes, les gallicismes (КАТЦЕР & КУНИНА, 1964: 40). 4. Dans notre étude, on entend d'une manière large sous le terme « soviétisme » tout mot, locution ou énoncé contribuant à la reconstitution explicite ou implicite du monde et de l'époque soviétique dans le discours politique contemporain.
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5 Étant donné la largeur du champ sémantique de « discours politique », nous nous sommes limités à un corpus de textes représentatifs du discours du pouvoir en tant que discours institutionnel, c'est-à-dire celui qui incarne le pouvoir et qui émane des détenteurs du pouvoir politique, ou des communicants mandatés par ce pouvoir, pour le représenter en Russie ou à l'étranger. Le discours institutionnel est censé faire passer un message du pouvoir à un certain public cible (électeurs, fonctionnaires, groupes socio-professionnels) et façonner l'image du pouvoir. Il sera donc question du discours du tandem « Président - Premier ministre » et de son entourage proche, qui soit est à l'origine du discours institutionnel, soit constitue le relais des thèses principales exprimées dans ce type de discours (représentants de l'Administration présidentielle, certains conseillers). Le corpus est constitué d'interventions publiques, interviews et conférences de presses, c'est-à-dire de textes se rapportant au genre oral par leur forme et interactif par leur fonction. 6 Ainsi, nous commencerons par une question générale : en quoi le recours aux soviétismes peut-il être considéré comme une stratégie du discours du pouvoir ? ## Les stratégies du discours 7 Remarquons tout d'abord que le terme de « stratégie » a pour référent l'art de conduire les opérations militaires dans le but de remporter la victoire. Il est également employé dans plusieurs théories scientifiques, comme la théorie des jeux (Von Neumann & Morgenstern, 1964 : 44), la psychologie cognitive (Esperet, 1990 : 8), la psychologie sociale (Chabrol, 1990 : 216). En linguistique et en communication politique, les stratégies du discours sont étudiées à partir de méthodologies diverses. Nous pouvons évoquer les approches des linguistes russes : pragmatiques (ТРУФАНОВА, 2001 : 58 ; МАКАРОВ, 2003 : 192), cognitives (ИССЕРС, 1999 : 100), psycholinguistiques (ВЕРЕТЕНКИНА, 2001 : 178). Compte tenu de cette diversité d'approches, nous pouvons considérer, dans cet article, comme stratégie du discours une orientation particulière du comportement discursif, choisie pour atteindre certains objectifs précis de l'acte de communication. 8 Dans notre démarche, nous nous appuierons sur un classement général des stratégies en fonction des objectifs de la communication. Patrick Charaudeau distingue trois groupes d'enjeux autour desquels se développent les stratégies du discours. C'est à partir de ces trois groupes que nous nous efforcerons de classer les types de stratégies. Exposons-les brièvement ici. 9 L'enjeu de légitimation ou de position d'autorité du sujet se fonde sur la construction de l'autorité institutionnelle et donne lieu à la stratégie d'autoreprésentation. Cet enjeu se fonde également sur la construction de l'autorité personnelle et s'associe à la stratégie de persuasion, d'argumentation ou d'agitation. 10 L'enjeu de crédibilité ou de position de vérité sert de fondement pour les stratégies informationnelle et interprétative, la stratégie d'émotions, la stratégie argumentative où l'on privilégie les tactiques de distanciation et d'accentuation. 11 L'enjeu de captation, consistant à faire entrer le partenaire dans l'échange communicatif, peut se réaliser sous forme de stratégies de discréditation, d'émotions, d'attaque et de défense, d'agitation et de manipulation (Charaudeau, 1998b : 13-14). 12 Devant l'enjeu de la captation, les stratégies participent de la mise en scène de l'information de telle sorte que celle-ci s'apparente à un spectacle qui doit toucher la
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sensibilité du spectateur (Charaureau, 1994b : 17), ce qui donne la production des effets discursifs de connivence (jeux de mots), d'émotion (description du « désordre social ») (Charaureau, 2000 : 148). 13 Certes, ce classement, où les stratégies se recoupent en fonction des enjeux, ne prétend pas à l'exhaustivité. Il nous servira de point de départ pour évaluer le rôle et les fonctions des soviétismes dans les stratégies du discours. Cela nous amènera à la question plus générale des objectifs que le pouvoir russe poursuit en adaptant les soviétismes à ses stratégies du discours. ## La légitimation du pouvoir à travers les soviétismes 14 L'enjeu de légitimation suppose le déploiement de stratégies visant à déterminer la position d'autorité du sujet parlant. Dans notre cas, il s'agit des communicants du pouvoir. 15 Les stratégies du discours s'appuient sur deux types de construction : * autorité institutionnelle fondée par le statut du sujet lui conférant autorité de savoir (expert, savant, spécialiste) ou de pouvoir de décision (responsable d'une organisation, chef d'État ou de gouvernement); * autorité personnelle fondée sur l'activité de persuasion et de séduction du sujet qui lui donne une autorité de fait pouvant se superposer à la précédente. (Charaureau, 1998b : 13) 16 Quel rôle jouent les soviétismes dans les stratégies de légitimation ? Quels types de soviétismes sont propres à ces stratégies ? 17 Dans la stratégie d'autoreprésentation, le discours du pouvoir construit une image institutionnelle ou personnelle de Soi par association, solidarité, ou distanciation, voire opposition vis-à-vis de l'époque soviétique. 18 Dans le cas des références explicites à l'URSS, la stratégie d'autoreprésentation par distanciation ou opposition se révèle récurrente. Dans ce cas, c'est l'autorité institutionnelle, celle du président ou du premier-ministre, qui est mise en avant : > Я ПОМНЮ БРЕЖНЕВСКИЕ ВРЕМЕНА, ПОМНЮ ВРЕМЕНА АНДРОПОВА, ПОМНЮ ВРЕМЕНА КОНСТАНТИНА УСТИНОВИЧА ЧЕРНЕНКО, ПОМНЮ ВРЕМЕНА МИХАИЛА СЕРГЕЕВИЧА ГОРБАЧЁВА. ЧТО БЫ МНЕ НИ ГОВОРИЛИ — ЭТО ДРУГИЕ ВРЕМЕНА, И СТРАНА У НАС БЫЛА ДРУГОЙ. ХОРОШИЕ, ПЛОХИЕ, АВТОРИТАРНЫЕ ИЛИ ЖЕ ДЕМОКРАТИЧНЫЕ, МЕДВЕДЕВ, ПУТИН, НО МЫ ВСЁ-ТАКИ ИЗ ДРУГОЙ ЭПОХИ. (МЕДВЕДЕВ, 15.10.2011) > «Je me rappelle l'époque de Brejnev, celle d'Andropov, celle de Konstantin Oustinovitch Tchernenko, celle de Mikhail Sergueevitch Gorbatchev. Quoi qu'on en dise, c'était un autre temps, et un autre pays. Qu'on soit bons, mauvais, autoritaires ou bien démocratiques, Medvedev, Poutine, nous sommes quand même d'une autre époque. » (Medvedev, 15 octobre 2011) 19 Dans l'exemple suivant, il s'agit davantage de distanciation que d'opposition, car l'intention du pouvoir n'est plus de critiquer l'époque soviétique, mais d'accentuer l'information positive relative à l'action politique actuelle, qui se veut nettement distincte de l'action du pouvoir soviétique : > ВО-ПЕРВЫХ, И В СОВЕТСКИЕ ВРЕМЕНА, И ДАЖЕ В НАЧАЛЕ 1990-Х — Я НЕ ХОЧУ, ЧТОБЫ ЭТО ВЫПЛЯДЕЛО, КАК ОГУЛЬНАЯ КРИТИКА — БЫЛО МНОГО И ПОЗИТИВНОГО, НО Я ЧТО-ТО НЕ ПРИПОМНЮ, ЧТОБЫ ПОСЛЕВОЕННОЕ СОВЕТСКОЕ РУКОВОДСТВО, ЛИДЕРЫ СОВЕТСКИЕ ПОСЛЕВОЕННЫЕ ТАК ЖЕ ИНТЕНСИВНО РАБОТАЛИ, КАК ЭТО ДЕЛАЮ Я ИЛИ ДЕЙСТВУЮЩИЙ ПРЕЗИДЕНТ МЕДВЕДЕВ ДМИТРИЙ АНАТОЛЬЕВИЧ. (ПУТИН, 17.10.2011)
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« D'abord, à l'époque soviétique, et même au début des années 1990, et je ne voudrais pas qu'on voit ici une critique débridée, il y avait aussi beaucoup de choses positives, mais autant que je m'en souvienne, les dirigeants soviétiques d'après-guerre, les leaders soviétiques d'après-guerre travaillaient avec autant d'intensité que moi aujourd'hui, ou que le président en exercice Dmitri Anatolevitch Medvedev. » (Poutine, 17 octobre 2011) 20 C'est plus largement l'évocation du modèle économique socialiste (comme ayant mené le pays au désastre de 1991), qui permet au pouvoir de recourir à la tactique de distanciation afin de mettre en valeur son image et sa légitimité : ТО, ЧТО МЫ ДЕЛАЕМ, УБЕЖДАЕТ МЕНЯ, ЧТО МЫ НА ПРАВИЛЬНОМ ПУТИ. КОНЕЧНО, МЫ НЕ МОГЛИ НЕ УЧИТЫВАТЬ РЕАЛИИ. ВСЯ ФИНАНСОВАЯ СИСТЕМА РАЗВАЛИЛАСЬ ПРИ СССР, ВСЯ СОЦИАЛЬНАЯ, У НАС ЭКОНОМИКА НАЧАЛА РУШИТЬСЯ, ПОТОМУ ЧТО БЫЛА НАСТРОЕНА НА ЗАКРЫТОЕ ПРОИЗВОДСТВО [...] ЖЕЛЕЗНЫЙ ЗАНАВЕС, КОГДА ПОТРЕБЛЯЕТСЯ ТОЛЬКО ТО, ЧТО ПРОИЗВОДИТСЯ, ПРИЧЕМ ПОТРЕБЛЯЕТСЯ ЛЮБОГО КАЧЕСТВА. (ПУТИН, in КОЛЕСНИКОВ, 30.08.2010) « Ce que nous faisons me conforte dans l'idée que nous sommes sur la bonne voie. Bien sûr, nous avons dû tenir compte des réalités. Tout le système financier s'est effondré à l'époque de l'URSS, tout le système social, notre économie a commencé à se détruire, parce qu'elle était conçue pour une production fermée. [...] Le rideau de fer, c'est lorsqu'on ne consomme que ce que l'on produit, et on le consomme quelle qu'en soit la qualité. » (Poutine, 30 août 2010) 21 Dans ses stratégies d'autoreprésentation par références explicites au soviétique, le pouvoir emploie principalement le procédé de distanciation. Cela semble faire partie de la rhétorique générale, qui ne laisse aucun doute sur le fait que le retour à l'URSS n'est pas envisageable pour le pouvoir, ce que confirme sans équivoque Vladimir Poutine : И мы же не ГОВОРИМ О КАКОМ-ТО ПОЛИТИЧЕСКОМ ОБЪЕДИНЕНИИ, О ВОЗРОЖДЕНИИ СОВЕТСКОГО СОЮЗА, ДА РОССИЯ ДАЖЕ И НЕ ЗАИНТЕРЕСЕВАНА В ЭТОМ СЕГОДНЯ. (ПУТИН, 17.10.2011) « Et nous ne parlons même pas d'une union politique, ni d'une renaissance de l'Union soviétique, la Russie n'est même pas intéressée par cela aujourd'hui. » (Poutine, 17 octobre 2011) Dans cet exemple l'association, dans l'autoreprésentation, se fait entre le « nous » collectif et la Russie. Nous n'avons pas trouvé d'exemples où le pouvoir s'identifierait nettement à l'époque soviétique par des références explicites. En revanche, dans le champ de l'implicite, nous avons constaté l'utilisation des autres procédés de la stratégie d'autoreprésentation, particulièrement en ce qui concerne la construction de l'image personnelle. ## L'évocation implicite des soviétismes dans la stratégie d'autoreprésentation 22 En effet, le lexique de l'époque soviétique est souvent repris tel quel dans le discours du pouvoir, avec ou sans changement sémantique, sans toutefois que soient perceptibles la prise de conscience ou la mise en valeur de la connotation soviétique. Il s'agit donc d'un emploi inconscient ou non intentionnel de mots autrefois courants dans le discours politique, tels que graždanin, otečestvo, rodina, tovarišč, klass. 23 Ainsi, ce phénomène peut prendre la forme d'un réemploi des mots relevant de la composante patriotique de l'idéologie soviétique. Comme nous le montre l'exemple suivant, il s'agit du procédé de manifestation de la solidarité des leaders politiques avec la
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société, ou de l'État avec son peuple, dans le cadre de l'autoreprésentation personnelle du pouvoir : ПОДЧЁРКИВАЮ, И ДЛЯ МЕНЯ, И ДЛЯ ВЛАДИМИРА ПУТИНА ГЛАВНЫМ ЯВЛЯЕТСЯ ПРИНОСИТЬ ПОЛЬЗУ НАШЕМУ ОТЕЧЕСТВУ, НАШЕМУ ГОСУДАРСТВУ. (МЕДВЕДЕВ, 30.09.2011) « Je le souligne, pour moi comme pour Vladimir Poutine, l'essentiel est d'être utile à notre patrie, à notre État. » (Medvedev, 30 septembre 2011) ВОТ ЭТО, Я СЧИТАЮ, КОНСТИТУЦИОННЫЙ ДОЛГ, ЕСЛИ ХОТИТЕ, ЛЮБОГО ГРАЖДАНИНА, КОТОРОМУ НЕЕЗРАЗЛИЧНА СУДЬБА СОБСТВЕННОЙ СТРАНЫ, СВОЕЙ РОДИНЫ. (МЕДВЕДЕВ, 30.09.2011) « Cela, si vous voulez, j'estime que c'est le devoir constitutionnel de tout citoyen qui n'est pas indifférent au destin de son propre pays, de sa patrie. » (Medvedev, 30 septembre 2011) 24 La stratégie d'autoreprésentation par solidarité peut également se présenter sous un angle nouveau. Comme on le voit dans l'exemple suivant, le mot *klass* est associé, suite à un glissement sémantique volontaire, à un corps de métiers, et l'intention du sujet parlant consiste à réhabiliter les fonctionnaires, sans pourtant les associer au système de la fonction publique soviétique : МОЖНО ЧТО УГОДНО ТАМ ГОВОРИТЬ: КОРРУПЦИЯ, ВЗЯТКИ. НО ЭТО ОСКОРБЛЯЕТ ЦЕЛЫЙ КЛАСС ОЧЕНЬ УМНЫХ, ВЫСОКОГО КАЧЕСТВА ЛЮДЕЙ. (СУРКОВ, 15.02.2010) « On peut dire ce qu'on veut : corruption, pots-de-vin. Mais c'est une offense pour toute une classe de gens très brillants, de première catégorie. » (Sourkov, 15 février 2010) 25 L'emploi explicite des soviétismes peut se transformer en implicite, toujours dans le cadre de la stratégie d'autoreprésentation, lorsque le soviétisme est censé véhiculer des émotions. Il s'agit, dans l'exemple suivant, d'une utilisation ironique du mot *tovarišč*. Cette ironie, intentionnelle, participe bien à la construction d'une autorité personnelle, respectueuse, mais aussi dominatrice : ДОГОВОРИЛИСЬ С ЗЮГАНОВЫМ ГЕННАДИЕМ АНДРЕЕВИЧЕМ, ЖИРИНОВСКИМ ВЛАДИМИРОМ ВОЛЬФОВИЧЕМ, МИРОНОВЫМ СЕРГЕЕМ МИХАЙЛОВИЧЕМ, ДРУГИМИ УВАЖАЕМЫМИ ТОВАРИЩАМИ. (МЕДВЕДЕВ, 30.09.2011) « On s'est mis d'accord, avec Ziouganov, Jirinovski, Mironov, et d'autres respectables (chers¹) camarades. » (Medvedev, 30 septembre 2011) 26 Le recours implicite aux soviétismes dans les stratégies d'autoreprésentation est bien plus fréquent lorsqu'il s'agit de mots de référence implicite. Dans la théorie de l'interdiscursivité, ce phénomène langagier consiste à utiliser le mot comme un repère, un marqueur, qui renvoie non pas directement au référent, mais à un certain nombre de traits distinctifs du mot. 27 Dans le discours du pouvoir actuel, le nombre de références implicites est élevé. Elles se rapportent aux *realia* soviétiques relatifs soit aux domaines politique et social, soit au domaine culturel. 28 Par exemple, lorsqu'il donne sa « parole d'honneur », Vladimir Poutine se réfère explicitement à son appartenance au parti « Russie unie », mais l'expression employée renvoie ses interlocuteurs au passé soviétique, où la parole d'honneur constituait un cliché utilisé à tous les niveaux de l'organisation politique : čestnoe oktjabrjatskoe, čestnoe pionerskoe, čestnoe kosomol'skoe : ПОВЕРЬТЕ МНЕ: Я ЭТОГО НЕ ЗНАЮ! Я ЭТИМ НЕ ЗАНИМАЮСЬ! Я ГОВОРЮ ОТКРОВЕННО И ДАЮ ВАМ ЧЕСТНОЕ ПАРТИЙНОЕ СЛОВО! (ПУТИН, 30.08.2010)
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« Je vous prie de me croire, je ne sais pas cela. Je ne m'occupe pas de cela. Je vous le dis en toute sincérité et je vous en donne ma parole sincère de membre du Parti ! » (Poutine, 30 août 2010) 29. De même dans l'exemple suivant, il emploie des mots désignant des realia soviétiques particuliers (subbotnik, voskresnik), pour parler des travaux de nettoyage et de la création d'un parc national sur la terre François-Joseph en Arctique. Cette référence s'avère suffisamment fonctionnelle et expressive pour mettre l'accent sur les volumes importants de travail à faire : > И ЧТО НАМ НУЖНО СЕЙЧАС СДЕЛАТЬ — БЕЗУСЛОВНО, ОРГАНИЗОВАТЬ ГЕНЕРАЛЬНУЮ УБОРКУ В АРКТИКЕ. НЕ ТОЛЬКО СУББОТНИК, НО И ВОСКРЕСНИК. И ПО ДРУГИМ ДНЯМ ПРИДЕТСЯ ПОРАБОТАТЬ. (ПУТИН IN СУББОТИНА, 16.10.2012) > « Et ce que nous devons faire à présent, c'est incontestablement organiser un grand ménage en Arctique. Pas juste un samedi rouge, mais aussi un dimanche, et tous les autres jours il faudra aussi travailler. » (Poutine, 16 octobre 2012) 30. Cet effet de connivence avec les interlocuteurs du pouvoir se renforce encore lorsqu'il s'agit de références aux réalités culturelles soviétiques, qui sont souvent véhiculées par des citations tirées de films cultes de l'époque. Elles peuvent s'employer dans le but de donner une appréciation négative ou positive. C'est, par exemple, le cas de l'expression « *vor dolžen sidet' v tjur'me* » (« la place du voleur est en prison »), utilisée à propos de la libération de Mikhaïl Khodorkovski (Poutine, 16 décembre 2010) qui est une réplique du personnage principal du film de Stanislav Govoroukhine Mesto vstreči izmenit' nel'zja. 31. Toutefois, parmi les références culturelles, les marqueurs à connotations positives sont plus fréquents, et ils remplissent une fonction d'animation du discours, mais aussi celle d'identification commune dans la référence entre le sujet parlant et ses interlocuteurs. Dans l'exemple suivant, Vladimir Poutine, expliquant son point de vue sur les rapports économiques entre la Russie et l'Union européenne, introduit à la fin une référence au film culte soviétique de 1978 *D'Artan'jan i tri mušketera* : > А ПРОБЛЕМА В ТОМ, ЧТО ВСЕ ЭТИ СТРАНЫ В СВОЁ ВРЕМЯ БЫЛИ ПРИНЯТЫ В ЕВРОСОЮЗ, И ЕВРОСОЮЗ ВЗЯЛ НА СЕБЯ ВСЕ ОБЯЗАТЕЛЬСТВА ПО СУБСИДИРОВАНИЮ ИХ ЭКОНОМИК. [...] ТО ЕСТЬ ОБЪЕДИНЁННАЯ ЕВРОПА ХОЧЕТ СОХРАНИТЬ ПОЛИТИЧЕСКОЕ ВЛИЯНИЕ И ЧТОБЫ МЫ ЗА ЭТО ЕЩЁ НЕМНОЖКО ЗАПЛАТИЛИ. НО ЭТО НЕКОНСТРУКТИВНЫЙ ПОДХОД. ЭТО ПЕРВАЯ ЧАСТЬ МАРЛЕЗОНСКОГО БАЛЕТА. (ПУТИН, 09.09.2012) > « Le problème, c'est que tous ces pays, à un moment ou à un autre, ont été acceptés dans l'Union européenne, et l'Europe s'est engagée à garantir par ses subventions leurs économies. [...] C'est à dire que l'Union européenne veut conserver son influence politique, et nous faire payer encore un peu plus. Mais ce n'est pas une approche constructive. C'est la première partie du ballet de la Merlaison. » (Poutine, 9 septembre 2012) Le ballet de la Merlaison évoqué ici par Poutine est un épisode du film qui se déroule dans une ambiance calme et solennelle, avec un maître de cérémonie qui en annonce les parties successives. La première partie symbolise un calme cérémonieux tout relatif, car au même moment d'Artagnan est en train de franchir de multiples obstacles, afin de faire parvenir les ferrets à la reine. Au moment de l'annonce de la deuxième partie du ballet, dans le film, il tombe sur le maître de cérémonie du palais, et le ballet est arrêté par une suite d'actions désordonnées, ce qui donne à l'expression « la deuxième partie du ballet de Merlaison » le sens métaphorique d'un véritable chaos. Même si le public russe n'a pas en mémoire les détails du film, cette citation est assez facilement identifiable, et elle permet au locuteur d'aménager une pause humoristique dans un propos au sujet sérieux.
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32 De même, dans un contexte relativement sérieux, dans son discours prononcé au centre d'innovation de Skolkovo, Dmitri Medvedev fait référence à une phrase du film d'Eldar Riazanov *Beregis' avtomobilja* qui soulève les rires dans la salle, du fait de son caractère reconnaissable et du contraste contextuel par rapport à Skolkovo (vu que le personnage du film parle de la Constitution soviétique) : ПОЭТОМУ КОГДА «СКОЛКОВО» КРИТИКУЮТ СРЕДСТВА МАССОВОЙ ИНФОРМАЦИИ, КОНЕЧНО, ОНИ ПОДНИМАЮТ РУКУ НА САМОЕ СВЯТОЕ, ЧТО У НАС ЕСТЬ. (МЕДВЕДЕВ, 15.10.2011) « Donc, quand ils critiquent Skolkovo, les médias lèvent la main sur ce que nous avons de plus sacré. » (Medvedev, 15 octobre 2011) 33 La fonction principale de l'emploi des mots de référence implicite consiste, pour le pouvoir, à se représenter en phase avec la population, qui pour une grande part s'identifie et se reconnaît dans ces allusions aux réalités soviétiques. Dans le cadre de la stratégie de l'autoreprésentation personnelle, ce procédé d'identification par l'implicite demeure un moyen assez efficace de mise en valeur de sa propre légitimité. 34 Tout comme les références implicites, les métaphores ou expressions métaphoriques se référant au monde soviétique occupent une place importante dans la stratégie d'autoreprésentation du pouvoir. Il peut s'agir d'une métaphore empruntée directement au discours soviétique, avec ou sans reprise du sens initial. Ainsi, les expressions « kuznica arktičeskix kadrov », « ruki po lokot' v krovi », « podstavit' plečo », « protjanut' ruku pomošči », sont employées dans leur sens initial. 35 Dans l'exemple suivant, la métaphore du « gendarme » n'est pas d'origine soviétique, mais elle renvoie au modèle de la « force injuste », récurrent dans le discours soviétique. Toutefois, le procédé d'opposition implicite, voire euphémistique à l'Autre, ici les États-Unis, s'inscrit dans la stratégie d'autoreprésentation qui était propre au discours soviétique, avec le « nous » concret et le « quelqu'un », en apparence indéterminé, mais indirectement connu de tous, étant donné l'emploi récurrent depuis les années 1990 de cette tournure pour désigner les États-Unis : НО КОРЧИТЬ ИЗ СЕБЯ МИРОВОГО ЖАНДАРМА НАМ НИ К ЧЕМУ, ЕСЛИ ЭТО КОМУ-ТО НРАВИТСЯ, ПУСТЬ ЭТИМ ЗАНИМАЕТСЯ КТО-ТО ДРУГОЙ. (ПУТИН, 17.10.2011) « Mais nous n'avons pas envie de nous faire passer pour le gendarme du monde, si cela plait à quelqu'un d'autre, qu'il le fasse. » (Poutine, 17 octobre 2011) 36 La même tactique de distanciation est employée lorsque l'Autre est désigné par un euphémisme provenant de la langue des affaires, le mot « concurrent ». Cette fois l'allusion semble renvoyer d'une manière plus générale à tous les pays développés occidentaux : ГЛАВНАЯ БОРЬБА ИДЁТ ЗА МИРОВОЕ ЛИДЕРСТВО, И ЗДЕСЬ МЫ С КИТАЕМ СПОРИТЬ НЕ СОБИРАЕМСЯ. ЗДЕСЬ У КИТАЯ ДРУГИЕ КОНКУРЕНТЫ. ВОТ ПУСТЬ ОНИ МЕЖДУ СОБОЙ И РАЗБИРАЮТСЯ. (ПУТИН, 17.10.2011) « La lutte principale, c'est pour la place de leader mondial, et nous n'avons pas l'intention de la disputer à la Chine. Elle a d'autres concurrents. Ils n'ont qu'à régler ça entre eux. » (Poutine, 17 octobre 2011) 37 Certains euphémismes, utilisés dans les tactiques de distanciation, sont formés à partir de la combinaison de modèles d'expressions politiquement correctes occidentales et soviétiques. Ainsi, l'expression « prinuždenie k miru » (« la paix par la contrainte »), apparue dans le discours à la suite de la guerre en Géorgie de 2008, reprend à la fois certains traits de « la lutte pour la paix » datant de l'époque soviétique, et des « opérations de pacification » plus récentes se rapportant à la guerre en Yougoslavie et à d'autres conflits armés plus contemporains. Faisant preuve d'un certain sens de l'humour,
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Dmitri Medvedev étend ce cliché au domaine des innovations : « Èto voobšče naš metod: prinuždenie togo ili inogo gosudarstva k miru, prinuždenie k inovacijam. » (« En principe, c'est notre méthode : la contrainte d'un tel État à la paix, la contrainte aux innovations. » Medvedev, 15 octobre 2011) Enfin, l'autoreprésentation s'inscrit également dans la stratégie de persuasion où Vladimir Poutine s'appuie sur la tactique de la promesse, adressée au destinataire extérieur en ce qui concerne le fond, et au destinataire interne quant à la forme. En effet, la métaphore employée ci-dessous appartient au modèle corporel, assez productif dans le discours soviétique : > ЭТОТ ПРОЕКТ ИМЕЕТ ШАНСЫ ПРЕВРАТИТЬСЯ В ОЧЕНЬ БОЛЬШОЙ, БОЛЬШОЙ ПО МЕЖДУНАРОДНЫМ МИРОВЫМ МЕРКАМ, ПОТОМУ ЧТО ЯПОНИЯ ОЧЕНЬ КРУПНЫЙ ПОТРЕБИТЕЛЬ ЭНЕРГОРЕСУРСОВ — СВОИХ ЭНЕРГОРЕСУРСОВ НЕТ, НО МЫ ГОТОВЫ ЗДЕСЬ ПОДСТАВИТЬ ПЛЕЧО ЯПОНЦАМ. (ПУТИН, 09.09.2012) > « Ce projet a toutes les chances de devenir un très grand projet, de dimension internationale, parce que le Japon est un grand consommateur de ressources énergétiques, or il n'a pas de ressources propres, mais nous sommes prêts à offrir notre épaule aux Japonais. » (Poutine, 9 septembre 2012) La construction de l'image personnelle passe également par le champ lexical où, à l'instar des leaders soviétiques, le pouvoir actuel a recours aux mots et expressions populaires ou familiers. Cette façon de se vouloir proche du peuple est récurrente et permet d'animer le style officiel, lors des interventions publiques ou des interviews. L'emploi du lexique populaire ou grossier, trait particulier du discours soviétique informel, vise également à se montrer plus expressif, direct, voire provocateur, comme c'est le cas dans une phrase de Vladimir Poutine concernant ses rapports avec le président biélorusse Alexandre Loukachenko : « Pytalsja kak-to capat', no ja kak-to na èto ne zatočilsja. » (« Il a essayé de me rentrer dedans, mais ça ne me fait ni chaud ni froid. » Poutine, 30 août 2010) Dans le discours de Vladimir Poutine, la tactique d'association avec le peuple russe se construit souvent par une référence directe aux proverbes, dictons ou mots du langage populaire. Cela s'inscrit dans les stratégies de construction de l'image de chef charismatique qui, dans le cas de Poutine, se traduit parfois par l'adoption des différents comportements des hommes politiques du passé. Notamment, l'emploi fréquent des proverbes dans le passé a été le propre du discours du général Lebed : « "Speška nužna tol'ko pri lovle" — tak u nas v narode govorjat » (« Il n'y a que pour attraper les puces qu'il faut se presser — c'est comme cela qu'on dit dans le peuple chez nous », Poutine, 17 octobre 2011) ; « Kto pokupaet, xotjat polučit' ego podeševle, a lučše voobšče na xaljavu, kak u nas v narode govorjat, za besplatno » (« Ceux qui achètent veulent l'avoir moins cher, et mieux encore gratis, comme on dit dans le peuple chez nous, gratuitement », Poutine, 17 octobre 2011). Les expressions populaires sont beaucoup moins fréquentes dans le discours de Dmitri Medvedev, ce qui semble cohérent avec son image d'homme politique proche de l'intelligentsia, mais aussi avec son statut de second du pouvoir, dont le charisme populaire ne doit pas surpasser celui du maître. Toutefois, les proverbes sont également employés par Dmitri Medvedev dans le cadre de la tactique d'association, ce qui s'apparente à une imitation du discours de Vladimir Poutine. Ainsi, afin d'asseoir sa légitimité, le pouvoir instrumentalise les soviétismes dans les représentations de Soi et de l'Autre en s'appuyant principalement sur les tactiques
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d'association avec le peuple. Il s'agit de l'usage des moyens implicites comme les métaphores, les euphémismes et allusions, les vulgarismes. Sur le champ des références explicites à l'époque soviétique, c'est au contraire une tactique de distanciation, voire d'opposition qui est déployée, ce qui a pour objectif de dégager l'image positive et crédible du pouvoir actuel. L'enjeu de crédibilité fait également partie des stratégies de discours du pouvoir russe, et nous nous interrogerons donc sur le rôle des soviétismes dans un discours qui cherche à se rendre crédible. 44 ## L'enjeu de crédibilité L'enjeu de crédibilité dans les stratégies du discours politique consiste à déterminer une position de vérité, de sorte qu'il puisse être pris au sérieux. Patrick Charaudeau distingue trois types de positionnements : 45 — se mettre dans une position énonciative de neutralité, effacer dans son mode d'argumentation toute trace de jugement et d'évaluation personnelle ; — se mettre dans une position d'engagement avec une prise de position dans le choix des arguments et une modalisation évaluative de son discours, ce qui produira un discours de conviction destiné à être partagé par l'interlocuteur ; — se mettre dans une position de distanciation qui le conduira à prendre l'attitude froide du spécialiste ou expert. (Charaudeau, 1998a : 14) À première vue, les évocations récurrentes de l'URSS dans le discours du pouvoir actuel apparaissent souvent associées au sentiment de nostalgie et de regret de la désagrégation rapide et irréversible d'une grande puissance. Nous pouvons donner, à titre d'exemple, le propos de Vladimir Poutine qui a été le plus médiatisé en Russie et à l'étranger, et qui lui a donné une image d'un nostalgique de l'URSS ou, du moins, d'un conservateur : « Kto ne žaleet o raspade SSSR, u togo net serdca. A u tex, kto želaet ego vosstanovlenia v prežnem vide, u togo net golovy. » (« Qui ne regrette pas la chute de l'URSS n'a pas de cœur. Qui souhaite son rétablissement à l'identique n'a pas de tête. » Poutine, 16 décembre 2010) 46 Certes, ce propos peut être interprété de multiples façons, concernant sa composante nostalgique. Il s'agit, d'une part, de la stratégie d'appel aux émotions. D'autre part, nous pouvons y constater une prise de position assez nuancée qui s'exprime par les métaphores de « sentiments » et de « raison ». Enfin, le président russe véhicule un message implicite sur sa propre « position de vérité » où la raison n'a pas à tomber sous l'emprise des sentiments. Au final, la stratégie d'appel aux émotions et la figure rhétorique d'une « fausse » alternative entre la « tête » et le « cœur » amène à constituer un ethos du chef de l'État suffisamment crédible pour la majorité des interlocuteurs, nostalgiques ou pas de l'époque soviétique. 47 Quoi qu'il en soit, les sentiments de regret et de honte pour ceux qui ont échoué à sauvegarder l'intégrité de l'empire soviétique se manifestent de façon récurrente dans le discours du pouvoir. La stratégie d'appel aux émotions peut toutefois s'appliquer de telle sorte que la personnalité du sujet parlant se fonde dans le propos à forte composition doxique. Comme nous le montre l'exemple suivant, Vladimir Poutine tente de s'effacer dans ce jugement, en s'associant au ressenti de la majorité des Russes : 48 > И ЭТОЙ ГОРДОСТИ НАШЕЙ С ВАМИ НЕ ХВАТИЛО ДЛЯ ТОГО, ЧТОБЫ СОХРАНИТЬ ЕДИНУЮ СТРАНУ. ПОТОМУ ЧТО У ЛЮДЕЙ, ПОДАВЛЯЮЩЕГО БОЛЬШИНСТВА, ВО ВСЯКОМ СЛУЧАЕ, ВОЗНИКЛО ТАКОЕ ОЩУЩЕНИЕ, ЧТО ХУЖЕ НЕ БУДЕТ. (ПУТИН, 17.11.2011)
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« Et cette fierté nous a manqué à nous tous pour conserver un pays uni, parce que les gens, la majorité en tout cas, ont eu l'impression que ça ne pourrait pas être pire. » (Poutine, 17 novembre 2011) 49 Outre la stratégie d'appel aux émotions, c'est surtout la stratégie d'information et de commentaire qui semble récurrente dans l'établissement de la position de vérité par rapport à l'époque soviétique. Notamment, le communicant se met dans la posture d'expert qui suppose un discours au caractère analytique et explicite : РАСПАД СОВЕТСКОГО СОЮЗА, КАК ВЫ ПОМНИТЕ, ПРОИЗОШЕЛ, ПО-МОЕМУ, В ДЕКАБРЕ... У НАС ДВА ТЯЖЕЛЫХ ПЕРИОДА БЫЛО: ЦАРЬ УШЕЛ, И СРАЗУ НАЧАЛИСЬ УЖАСНЫЕ СОБЫТИЯ, И 91-Й ГОД. (ПУТИН, 17.11.2011) La chute de l'Union soviétique, vous vous en souvenez, s'est produite, je crois, en décembre... Nous avons eu deux périodes dures : quand le tsar est parti, et qu'ont commencé aussitôt des événements horribles, et l'année 1991. » (Poutine, 17 novembre 2011) И мы ТОЖЕ, МЫ ПЕРЕЖИЛИ, ПО СУТИ, РАЗВАЛ ГОСУДАРСТВА: СОВЕТСКИЙ СОЮЗ РАСПАЛСЯ. А ЧТО ТАКОЕ СОВЕТСКИЙ СОЮЗ? ЭТО РОССИЯ И ЕСТЬ, ТОЛЬКО НАЗЫВАЛАСЬ ПО-ДРУГОМУ. (ПУТИН, 17.10.2011) « Nous aussi, de fait, nous avons connu l'effondrement de notre État, l'Union soviétique s'est effondrée. Et c'est quoi, l'Union soviétique ? C'est la Russie, sauf qu'elle s'appelait autrement. » (Poutine, 17 octobre 2011) 50 Le commentaire, dans la stratégie d'information, malgré son apparence de neutralité a pour objectif de se projeter sur l'époque contemporaine et de souligner implicitement ses avantages. Dans l'exemple suivant, il s'agit de mettre en valeur la liberté de conscience actuelle, en la présentant, à travers la comparaison, comme un des acquis sociaux actuels : ВЫ ЗНАЕТЕ, У НАС В СТРАНЕ ЕСТЬ ОЧЕНЬ ТЯЖЁЛЫЕ ВОСПОМИНАНИЯ НАЧАЛЬНОГО ПЕРИОДА СОВЕТСКОГО ВРЕМЕНИ, КОГДА ПОСТРАДАЛО ОГРОМНОЕ КОЛИЧЕСТВО СВЯЩЕННИКОВ, ПРИЧЁМ НЕ ТОЛЬКО ПРАВОСЛАВНЫХ СВЯЩЕННИКОВ, НО И МУСУЛЬМАН, И ПРЕДСТАВИТЕЛЕЙ ДРУГИХ РЕЛИГИЙ. (ПУТИН, 06.09.2012) « Vous savez dans notre pays on a de très mauvais souvenirs de l'époque du début de l'Union soviétique, où un nombre énorme de prêtres ont souffert, et pas seulement des orthodoxes, des musulmans aussi, et des représentants des autres religions. » (Poutine, 6 septembre 2012) 51 D'ailleurs, cette tactique de commentaire est assez souvent accompagnée de l'accentuation de l'information positive, qui débouche sur la proposition de solutions. La crédibilité du pouvoir en ressort renforcée, car ce panachage de tactiques réduit la distance entre le discours politique et l'action : КОГДА СТРОИЛИСЬ СОВЕТСКИЕ ЦЕНТРЫ, ОНИ БЫЛИ ПЕРЕДОВЫМИ ВО ВСЕМ. БЫЛА НЕКАЯ ЭКСКЛУЗИВНОСТЬ. КАЖДЫЙ, КТО ПОПАДАЛ ТУДА, ЗНАЛ, ЧТО ОН ЛУЧШИЙ И НАХОДИТСЯ СРЕДИ ЛУЧШИХ, ОН ДВИГАЕТ СТРАНУ ВПЕРЕД. ВСЕ ЭТИ ПАРАМЕТРЫ НУЖНЫ И СЕГОДНЯ. (СУРКОВ, IN ГЛИНКИН, КОСТЕНКО, 15.02.2010) « Quand ont été construits les centres soviétiques, ils étaient à la pointe sur tous les plans. Exceptionnels, en quelque sorte. Celui qui y était envoyé savait qu'il était le meilleur et qu'il était entouré des meilleurs, qu'il faisait avancer le pays. Tous ces paramètres, on en a besoin aujourd'hui. » (Sourkov, 15 février 2010) 52 La stratégie d'information et d'interprétation, avec la tactique de proposition de solutions, se distingue par des marqueurs formels, tels que la modalité dans les verbes et des adjectifs de qualification positive. La fonction de ces marqueurs consiste à neutraliser l'attitude négative des interlocuteurs par rapport à la situation actuelle et à renforcer la crédibilité du pouvoir :
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ЧТО БЫ Я ДЕЛАЛ? [...] НУЖНО БЫЛО СВОЕВРЕМЕННО В СОВЕТСКОМ СОЮЗЕ НАЧИНАТЬ ЭКОНОМИЧЕСКИЕ ПРЕОБРАЗОВАНИЯ И РЕФОРМЫ И ЗАКРЕПИТЬ ИХ ДЕМОКРАТИЧЕСКИМИ ПРЕОБРАЗОВАНИЯМИ В СТРАНЕ. (ПУТИН, 15.12.2011) « Qu'est-ce que j'aurais fait ? [...] Il aurait fallu en temps utile commencer les réformes économiques en URSS, et les consolider par une mutation démocratique dans le pays. » (Poutine, 15 décembre 2011) В 1920-1930-Х ГГ. БЫЛА ЭНЕРГИЯ СТРАХА. БОЛЬШЕВИКИ ХОТЯ БЫ БОЯЛИСЬ, ОНИ ВОЕВАЛИ СО ВСЕМ МИРОМ, ОНИ ОТ СТРАХА НАГРОМОЗДИЛИ СВЕРХДЕРЖАВУ И СОЗДАЛИ ПУСТЬ НЕСОВЕРШЕННУЮ, НО ВНУШИТЕЛЬНУЮ СИСТЕМУ ВООРУЖЕНИЙ, СДЕЛАЛИ РОССИЮ ИНДУСТРИАЛЬНОЙ СТРАНОЙ. ПОСТИНДУСТРИАЛЬНОЕ ОБЩЕСТВО С ПЕРЕПУГУ НЕ ВОЗНИКНЕТ. НУЖНА ПОЗИТИВНАЯ СОЗИДАТЕЛЬНАЯ ЭНЕРГИЯ. (СУРКОВ, in ГЛИНКИН, КОСТЕНКО 15.02.2010) « Dans les années 1920-30 il y avait l'énergie de la peur. Les Bolcheviks au moins avaient peur, ils étaient en guerre avec le monde entier, et par peur ils ont fait une superpuissance, ils ont créé un système de défense qui n'était pas parfait mais qui impressionnait, ils ont fait de la Russie un pays industrialisé. La société post-industrielle ne naîtra pas par la peur. Il faut une énergie constructive positive. » (Sourkov, 15 février 2010) Établissant ce parallèle entre l'époque soviétique et la Russie actuelle, le pouvoir se veut pragmatique, en pointant des pratiques négatives, mais aussi positives, du passé, dont certaines pourraient être réactualisées aujourd'hui. 53 Enfin, vouloir établir la vérité suppose également d'argumenter en recourant à des illustrations tirées d'exemples personnels. Malgré son aspect subjectif, l'illustration semble être une stratégie efficace, dans la mesure où elle rejoint les représentations doxiques. Le propos suivant est d'autant plus crédible qu'il est conforme au vécu collectif. En effet, au moment de la désagrégation de l'URSS, l'assimilation entre l'ancien État et la Russie était très répandue dans la conscience populaire : Я ВЕРНУЛСЯ ИЗ-ЗА ГРАНИЦЫ ТОГДА. [...] ПРИЕХАЛ ПОМЕНЯТЬ КОЛЕСО. МЕНЯ МУЖИКИ СПРАШИВАЮТ: «ТЫ ЗА СОЮЗ ИЛИ ЗА РОССИЮ?» Я ОБАЛДЕЛ, ГОВОРЮ: «А РАЗВЕ ЕСТЬ РАЗНИЦА?» НАЗЫВАЕТСЯ ТОЛЬКО ПО-ДРУГОМУ. (ПУТИН, 17.11.2011) «Je revenais de l'étranger. [...] je viens pour changer une roue. Les gars me demandent : "Tu es pour l'Union soviétique ou pour la Russie ?" J'étais estomaqué, je leur dis : "C'est pas la même chose ?" C'est juste le nom qui est différent. » (Poutine, 17 novembre 2011) 54 Ainsi, les stratégies du discours répondant à l'enjeu de crédibilité se traduisent principalement par des procédés consistant à interpréter ou à commenter les différents phénomènes de la période soviétique et le moment de la désagrégation de l'URSS. Les stratégies d'information sont accompagnées de propositions hypothétiques de solutions. Le pouvoir soit se met en position de neutralité, soit prend position sans sortir du cadre des éléments doxiques, ce qui lui évite de se montrer ouvertement critique ou, au contraire, favorable au passé. Le commentaire de la période soviétique est également employé dans le but de renforcer la crédibilité propre à un pouvoir qui se veut pragmatique et débarrassé des idéologies du passé. Est-ce suffisant pour rester crédible, voire pour capter les interlocuteurs et les séduire ? Quelle est la place des soviétismes dans les stratégies liées à l'enjeu de la captation ?
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# L'enjeu de la captation L'enjeu de la captation vise à « séduire le partenaire de l'échange communicatif [...] qui partage l'intentionnalité, les valeurs et les émotions de l'acte de communication » (Charaudeau, 1994a : 40). Il est supposé deux types d'attitude sur lesquels se fondent les stratégies du discours : * polémique, qui amène à mettre en cause certaines valeurs que défend le partenaire ou un tiers, ou à mettre en cause la légitimité de celui-ci ; * dramatisation, qui amène le sujet à mettre en œuvre une activité discursive faite d'analogies, de comparaisons, de métaphores et qui s'appuie davantage sur des croyances que sur des connaissances pour forcer l'autre à ressentir certaines émotions. (Charaudeau, 1998b : 14) Certes, l'enjeu de la captation est présent sous des formes diverses dans les stratégies du discours que nous venons d'aborder. Il ne semble pas toutefois dominant et joue un rôle plutôt secondaire par rapport à la légitimation ou la crédibilité. Nous nous efforcerons de présenter des cas où l'utilisation ou les références aux soviétismes s'avèrent répondre principalement aux besoins de la captation. Lorsque le pouvoir aborde l'époque soviétique dans les références explicites, la réserve que nous avons constatée dans les appréciations du « soviétique » peut aller jusqu'à prendre la forme d'une critique ouverte du régime, d'une remise en cause de l'efficacité du fonctionnement du Parti communiste et du modèle économique soviétique. Nous pouvons donc parler de stratégie d'attaque ou de polémique visant à discréditer un adversaire, qui dans notre cas est conventionnel et non existant. C'est le PCUS qui a provoqué la chute du pays parce qu'il persistait dans la conviction de son inamovibilité : « I, sobstvenno govorja, vot èta političeskaja sila povela stranu k kraxu i razvalu, sformirovala vse uslovija dlja razvala strany. » (« En fait, cette force politique a poussé le pays vers la faillite et l'effondrement, elle a créé toutes les conditions pour l'effondrement du pays. » Poutine, 17 octobre 2011) La tactique d'accusation sous-entend souvent une comparaison implicite ou explicite avec l'époque contemporaine, dans la mesure où l'image de Soi est confrontée à l'Autre soviétique, représenté parfois d'une manière exagérément caricaturale. Cette hyperbolisation des défauts de l'Autre fait partie de la stratégie de manipulation. Certes, l'exemple qui suit, celui de l'intervention de Dmitri Medvedev devant les membres du parti du pouvoir « Russie unie », ne semble pas refléter l'intention de manipuler les camarades du parti. Toutefois, elle consiste à dramatiser la situation afin de dynamiser les activités de « Russie unie » à la veille des élections législatives de 2011 : > КПСС В КАКОЙ-ТО МОМЕНТ ТОЖЕ СЧИТАЛА, ЧТО ВЛАСТЬ ОНА ПОЛУЧИЛА НУ ЕСЛИ НЕ ОТ БОГА, ТО, ВО ВСЯКОМ СЛУЧАЕ, ОТ КЛАССИКОВ МАРКСИЗМА-ЛЕНИНИЗМА, И ТАК БУДЕТ ПРОДОЛЖАТЬСЯ БЕСКОНЕЧНО. МЫ ЗНАЕМ, КАК БЫСТРО ЭТО ЗАКОНЧИЛОСЬ. МОЖНО ТОЧНО ТАК ЖЕ ОЧЕНЬ БЫСТРО ПОТЕРЯТЬ НАРОДНУЮ ЛЮБОВЬ ИЛИ ПОПУЛЯРНОСТЬ. (МЕДВЕДЕВ, 15.10.2011) > « Le PCUS à un moment pensait aussi qu'il avait reçu le pouvoir, sinon de Dieu, du moins des autorités du marxisme-léninisme, et que ça durerait éternellement. Nous savons comme ça s'est vite terminé. On peut tout aussi vite perdre l'amour du peuple ou la popularité. » (Medvedev, 15 octobre 2011)
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La stratégie de dramatisation avec effet théâtral peut s'avérer assez productive grâce au réemploi des métaphores soviétiques comportant un changement de sens ou une inversion de connotation. Ainsi, dans l'exemple suivant, de la métaphore soviétique du « train blindé », qui avait vocation à attribuer une appréciation positive à un phénomène, on ne garde que la forme, pour donner une appréciation négative à l'économie russe : > НО Я ВЕРЮ, ЧТО ЭТО НАДО ДЕЛАТЬ, ПОТОМУ ЧТО СЕГОДНЯ РОССИЙСКАЯ ЭКОНОМИКА ПОХОЖА НА СТАРЫЙ БРОНЕПОЕЗД БЕЗ ЛОКОМОТИВА. НА НЕМ СИДЯТ ЛЮДИ С КОМПЬЮТЕРАМИ И В ГАЛСТУКАХ И ГЛАМУРНЫЕ ДАМЫ, А ЕГО БРОНЯ УЖЕ ПОЧТИ ОСЫПАЛАСЬ И САМ ОН ЗАМЕДЛЯЕТ ХОД. (СУРКОВ, 15.02.2010) > « Mais j'estime qu'il faut le faire, parce qu'aujourd'hui l'économie russe ressemble à un vieux train blindé sans locomotive. Dedans il y a des hommes avec des ordinateurs et en costume cravate, et des dames glamour, mais le blindage est déjà presque complètement parti, et le convoi est en train de s'arrêter. » (Sourkov, 15 février 2010) Les métaphores corporelles, fréquentes dans le discours soviétique, sont également employées dans le cadre de la stratégie de dramatisation, pour atteindre un impact émotionnel. L'exemple qui suit est assez représentatif de l'usage de la métaphore dans la construction de l'image négative de l'Autre actualisé et concret, ici la Grande-Bretagne, contrairement à l'Autre du passé, le PCUS : > [...] В ВЕЛИКОВРИТАНИИ СКРЫВАЮТСЯ ЛЮДИ, У КОТОРЫХ РУКИ ПО ЛОКОТЬ В КРОВИ, КОТОРЫЕ РЕАЛЬНО ВОЕВАЛИ ЗДЕСЬ, НА НАШЕЙ ТЕРРИТОРИИ, С ОРУЖИЕМ В РУКАХ, ЛЮДЕЙ УБИВАЛИ. (ПУТИН, 06.09.2012) > « En Grande-Bretagne se cachent des personnes qui ont les mains dans le sang jusqu'aux coudes, qui ont combattu ici sur notre territoire, les armes à la main, qui ont tué des gens. » (Poutine, 6 septembre 2012) Outre les métaphores, la représentation de l'Autre se fait également par l'exagération avec des moyens lexicaux spécifiques, comme les grossièretés entachées de fortes connotations émotionnelles. La stratégie de dramatisation est dans ce cas proche de celle de la manipulation, car sont présentées d'une manière simpliste et hyperbolisée les règles des rassemblements publics en Grande-Bretagne : « Vot v Londone opredelili mesto. Gde nel'zja, b'jut dubinoj po baške. Nel'zja? Prišel? Poluči, tebja otovarili. » (« À Londres on a dit où c'est permis. Là où on n'a pas le droit, on se prend un coup de matraque sur la tête. C'est interdit ? Et t'es là ? Tiens, prends ça, t'es servi. » Poutine, 30 août 2010). Le champ lexical des realia soviétiques participe également au développement des stratégies de dramatisation ou de polémique, et ces mots ont pour fonction de produire un effet émotionnel ou de connivence. Outre les exemples de références aux realia soviétiques connotés positivement, d'autres peuvent être utilisés lorsqu'il s'agit de créer un effet négatif. C'est notamment le cas de mots comme lišenec, vrag, agent. Dans l'exemple suivant, le référent lišenec² n'a pas perdu ses traits caractéristiques d'origine, et l'intention de l'auteur est non seulement de créer un effet de connivence avec les interlocuteurs, mais aussi de produire, sous forme polémique, un effet d'émotion et de contraste entre le passé et l'époque actuelle, entre la réalité soviétique et les fonctionnaires d'aujourd'hui : « Nel'zja prevraščat' gosudarstvennyh ljudej v lišencev kakix-to... » (« On ne peut pas transformer des hommes d'État en “sans droits”... » Sourkov, 15 février 2010) Ainsi, les stratégies du discours participant de l'enjeu de la captation sont déployées davantage au niveau du lexique et des métaphores connotés comme soviétiques, que dans la polémique destinée à formuler une opinion critique du passé. Ces comparaisons et
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analogies avec le passé renforcent d'une manière générale le rôle que jouent les soviétismes dans les stratégies du discours, et qui consiste principalement en la construction de l'image de Soi et de l'Autre et vise l'objectif plus général de l'autoreprésentation. ## Conclusion : les soviétismes et l'autoreprésentation 66 Le constat que nous pouvons faire après l'étude des soviétismes dans les stratégies du discours du pouvoir russe actuel nous amène d'abord à souligner le rôle prépondérant des références explicites à la période soviétique et à la désagrégation de l'URSS dans les stratégies d'autoreprésentation. En effet, le pouvoir actuel tente de trouver sa légitimité mais aussi sa crédibilité dans le positionnement de Soi par rapport au passé. La stratégie d'autoreprésentation se réalise par des tactiques d'opposition ou de distanciation vis-à-vis de l'époque soviétique, pour souligner une autorité soit institutionnelle, soit personnelle du communicant. La tactique d'association, lorsqu'elle est employée dans la mise en valeur de Soi, se projette davantage sur le peuple ou l'État actuel que sur les valeurs ou les réalités soviétiques. 67 C'est toujours dans un souci de légitimation et d'autoreprésentation que les soviétismes sont réactualisés dans les stratégies du discours sur le plan de l'implicite. L'objectif en est de s'identifier aux interlocuteurs ayant connu l'époque soviétique, c'est-à-dire à la population encore majoritaire aujourd'hui. Il s'agit donc non seulement de construire une image de Soi, mais d'y associer toute cette population. 68 La réactualisation des soviétismes est moins présente dans les stratégies visant « l'établissement de la vérité ». En effet, l'interprétation de la période soviétique se fait de manière nuancée de sorte à ne pas prendre une position forte pour ou contre le passé. En revanche, les stratégies d'information, malgré leur neutralité apparente, s'inscrivent, elles aussi, dans l'objectif général de se légitimer par la constitution d'une image du régime soviétique qui se veut crédible. 69 L'accentuation de l'image positive de Soi se manifeste également lorsqu'il s'agit de l'enjeu de captation. En effet, en recourant à la stratégie de polémique ou de dramatisation, en grossissant certains défauts du passé, le pouvoir tente de se montrer distant du régime soviétique, tout en évitant sa critique frontale. 70 De toutes ces stratégies, ressort une intention plus générale qui, nous semble-t-il, vise à trouver un point de départ pour se réconcilier avec le passé, qui pourrait constituer le fondement d'une nouvelle idéologie conservatrice, pouvant trouver l'approbation de l'électorat des couches moyennes de la société russe. 71 Il s'agit principalement des quadragénaires, qui ont gardé en mémoire les dernières années du régime soviétique, et plus particulièrement l'époque de la perestroïka. Cependant, c'est aussi la génération qui a traversé les années turbulentes de l'époque eltsinienne et a fait carrière surtout pendant les années 2000. Par conséquent, la comparaison entre l'époque de Gorbatchev et celle de Eltsine, dans la conscience de cette majorité, n'est pas toujours en faveur de cette dernière, ce qui favorise les sentiments conservateurs de cette partie de la population et leur méfiance par rapport aux valeurs du libéralisme des années 1990. 72 C'est donc à cette partie majoritaire de la population russe, caractérisée par son conservatisme et une mémoire collective positive de l'époque soviétique, que sont
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adressés les soviétismes du discours du pouvoir sous leurs différentes formes, dont nous avons tenté de faire un classement. 73 Par ailleurs, étant donné l'intérêt du pouvoir russe actuel pour le développement de nouvelles technologies et de l'innovation, nous ne sommes pas étonné de constater dans son discours l'emploi fréquent des anglicismes. Sans avoir fait une estimation quantitative de l'emploi de ces néologismes, nous constatons toutefois la tendance à les utiliser plus souvent que les soviétismes, ce qui s'explique, d'une part, par le rajeunissement actuel de l'électorat et, d'autre part, par l'intérêt de la nouvelle génération des 20 ans, ceux qui sont nés pendant la période post-soviétique, aussi bien pour la politique, avec des mouvements de jeunes partisans de divers partis, que pour les nouvelles technologies. 74 Pour le moment, le discours du pouvoir tente à la fois de rassurer la majorité conservatrice des Russes par les références au passé soviétique et de se donner une allure moderne, indissociable de son époque, et non pas attardée dans le passé, par un emploi large de néologismes provenant pour la plupart de l'anglais. ## BIBLIOGRAPHIE БУДАЕВ Э.В. & ЧУДИНОВ А.П. (2009), ЛИНГВИСТИЧЕСКАЯ СОВЕТОЛОГИЯ, Ekaterinbourg : УРГПУ. ВЕРЕТЕНКИНА Л.Ю. (2001), « СТРАТЕГИЯ, ТАКТИКА И ПРИЕМЫ МАНИПУЛИРОВАНИЯ », ЛИНКВОКУЛЬТУРОЛОГИЧЕСКИЕ ПРОБЛЕМЫ ТОЛЕРАНТНОСТИ: ТЕЗИСЫ ДОКЛАДОВ МКОЖДУНАРОДНОЙ НАУЧНОЙ КОНФЕРЕНЦИИ, Ekaterinbourg : ИЗДАТЕЛЬСТВО УРАЛЬСКОГО УНИВЕРСИТЕТА. CHABROL Claude (1990), « Réguler la construction de l'identité du sujet du discours », A. Berrendonner et H. Parret (dir.), *L'interaction communicative*, Berne : Peter Lang. CHARAUDEAU Patrick (1994a), « Le discours publicitaire, genre discursif », *Mscope*, 8, Versailles : CRDP. CHARAUDEAU Patrick (1994b), « Le contrat de communication médiatique », *Le français dans le monde*, numéro spécial, « Médias, faits et effets », 8-19. CHARAUDEAU Patrick (1998a), « La télévision peut-elle expliquer ? », P. Bourdon et F. Jost (dir.), *Penser la télévision*, Paris : Nathan. CHARAUDEAU Patrick (1998b), « L'argumentation n'est peut-être pas ce qu'on croit », *Le français d'aujourd'hui*, 123. CHARAUDEAU Patrick (2000), « Une problématique discursive de l'émotion. À propos des effets de pathémisation à la télévision », C. Plantin, M. Douty et V. Traverso (dir.), *Les émotions dans les interactions*, Lyon : Presses universitaires de Lyon. ESPERET Éric (1990), « Apprendre à produire du langage : construction des représentations et processus cognitifs », *Le français dans le monde*, numéro spécial dirigé par D. Gaonac'h, « Acquisition et utilisation d'une langue étrangère. L'approche cognitive », 8-15.
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Le rôle des soviétismes dans les stratégies du discours politique russe contemporain
Valéry Kossov
2015
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Sciences humaines et sociales
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## NOTES 1. Nous avons fait une traduction littérale du mot russe *uvažaemyj*, employé par D. Medvedev dans une phrase affirmative qui n'est pas adressée directement aux personnes mentionnées. En réalité, ce mot associé à l'autre « camarade » est une expression d'adresse de l'époque soviétique. Afin de créer l'effet comique Medvedev place cette expression dans un propos dont l'objectif ne consiste pas à s'adresser aux personnes concernées mais à les évoquer, ce qui produit un décalage entre l'attente de l'interlocuteur et le résultat de l'énoncé. 2. Une catégorie de citoyens soviétiques à l'époque stalinienne privée de droits civiques sur la base de critères de classe. ## RÉSUMÉS Dans le présent article nous tentons d'évaluer le rôle et les fonctions des soviétismes dans les stratégies de discours du pouvoir russe contemporain. En effet, le discours politique russe en général, et le discours du pouvoir en particulier, ont subi de multiples modifications, allant des transformations lexicales jusqu'aux choix argumentatifs multiples s'inscrivant dans les nouvelles stratégies de communication. Malgré sa volonté de moderniser le discours politique, le pouvoir russe contemporain s'appuie pourtant d'une manière récurrente, dans ses stratégies de communication, sur des éléments de vocabulaire, mais aussi sur certaines représentations sociétales et culturelles soviétiques, afin d'atteindre certains objectifs de communication et, particulièrement, ceux de l'autoreprésentation, qui s'inscrivent plus globalement dans une politique d'autolégitimation. This study analyses different modes of re-actualization of sovietisms in contemporary Russian political discourse. Based on a corpus including interviews and public speeches by Russian political leaders this paper is focused upon different ways of introducing sovietisms in the political discourse (implicit references, metaphors or explicit intentional use) on one hand, and functions of sovietisms in the building of communicative strategies of Russian political power on the other. This paper highlights the correlation between transformed sovietisms in the contemporary political discourse and the target public represented by the middle Russian electorate. ## INDEX **Mots-clés** : discours politique, pouvoir russe contemporain, soviétisme, stratégie de discours, communication politique **Keywords** : political discourse, Russian political authorities, sovietism, strategy of discourse, communication
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AUTEUR VALÉRY KOSSOV Université Grenoble Alpes, ILCEA4 (CESC)
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W2409476699
La mortalité spécifique en urologie dans un hôpital de référence au Sénégal: analyse d’une série de 132 décès
Babacar Sine; Boubacar Fall; Yaya Sow; A. Sarr; Ndèye Aissatou Bagayogo; A.R.H. Zakou; Samba Thiapato Faye; D. Nanga; B. Diao; P.A. Fall; Alain Khassim Ndoye; M. Bâ; B.A. Diagne
2016
10.1016/j.afju.2015.08.004
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Économie et finance quantitative
African Journal of Urology
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identifier les causes des décès enregistrés dans un service d’urologie d’Afrique subsaharienne. Il s’agissait d’une étude rétrospective colligeant tous les décès entre février 2010 et février 2014. Les paramètres étudiés étaient l’âge au moment du décès, le sexe, les facteurs de co-morbidité, la durée d’hospitalisation et la cause du décès. Le nombre de décès était de 132 dont 7 femmes et 125 hommes. La mortalité hospitalière était de 2,9%. L’âge moyen des patients décédés était de 63,6ans (médiane à 66ans). La tranche d’âge la plus intéressée était celle entre 61 et 80ans. La mortalité était opératoire dans 0,8%. Il existait des facteurs de co-morbidité dans 28% des cas. Le cancer était la cause du décès dans 51,5% des cas. Le cancer de la prostate était la cause de décès dans 32 cas (47,1%), le cancer de la vessie dans 16 cas (23,5%), le cancer du rein dans 14 cas (20,6%), le cancer du testicule dans 4 cas (5,8%) et le cancer de la verge dans 2 cas (2,9%). La mortalité par les affections non cancéreuses était dominée par la rétention chronique d’urine et les phlegmons des organes génitaux externes. Dans notre centre, la mortalité spécifique reste élevée et les causes sont dominées par les cancers urologiques. To identify the causes of deaths in a urology department of sub-Saharan Africa. This is a retrospective study including all deaths between February 2010 and February 2014. The parameters studied were age at death, gender, co-morbidities, hospital stay and the cause of death. The number of deaths was 132 including 7 women and 125 men. Hospital mortality was 2.9%. The average age of deceased patients was 63,6 (median age 66). The most concerned age group was between 61 and 80 years. The operative mortality was 0.8%. There were co-morbidity factors in 28% of cases. Cancer was the cause of death in 51.5% of cases. Prostate cancer was the cause of death in 32 cases (47.1%), bladder cancer in 16 cases (23.5%), kidney cancer in 14 cases (20.6%), testicular cancer in 4 cases (5.8%) and cancer of the penis in 2 cases (2.9%). Mortality from non-cancer diseases was dominated by chronic urinary retention and cellulitis of the external genitalia. In our center, specific mortality remains high and the causes are dominated by urological cancers. # Introduction L’étude de la mortalité dans un service hospitalier permet un contrôle et une révision des mesures thérapeutiques car celles-ci sont susceptibles de dégradation dans leur mise en exécution au fil des années, ce qui impose une critique périodique. En milieu hospitalier urologique, les risques thrombo-emboliques, l’âge avancé des patients, la morbidité compétitive et la fréquence des cancers sont autant de facteurs qui augmentent le risque de décès [1]. Les études de mortalité faites dans ce domaine porte habituellement sur une affection ou sur une intervention chirurgicale précise et non sur la mortalité dans un service hospitalier [1,2]. Les objectifs de cette étude étaient de rapporter les cas de décès enregistrés au service d’urologie-andrologie de l’hôpital Aristide Le Dantec (Dakar), et d’en identifier les causes. # Patients et méthodes Nous avons effectué une étude rétrospective colligeant tous les décès sur une période de 4ans (février 2010 à février 2014) au service d’Urologie-andrologie de l’hôpital Aristide Le Dantec (Dakar). Les données ont été obtenues à partir des dossiers médicaux des patients et des bases de données des unités d’hospitalisation du service et du bloc opératoire. Les patients qui étaient décédés en cours d’hospitalisation dans le service ou suite à leur transfert en milieu de réanimation ont été inclus dans notre étude. Les patients arrivés décédés n’ont pas été inclus. Les paramètres étudiés étaient: l’âge au moment du décès, le sexe, les facteurs de co-morbidité, l’affection dont le patient souffrait, la durée d’hospitalisation des patients décédés et la cause du décès. Les données ont été saisies et analysées avec le logiciel Excel 2010. # Résultats Durant la période 4450 patients ont été hospitalisés et 3599 d’entre eux ont été opérés. Il s’agissait de 3215 hommes et de 384 femmes (sexe ratio 8, 3). Le nombre de décès était de 132 dont 7 femmes et 125 hommes (sexe ratio 17,8). Ainsi, la mortalité hospitalière était de 2,9%. L’âge moyen des patients décédés était de 63,6ans (âge médian 66ans). La tranche d’âge la plus intéressée était celle entre 61et 80ans (figure 1 ). Le nombre moyen de décès par an était 33. La mortalité était périopératoire dans 0,8%. Il existait des facteurs de co-morbidité dans 28%, 60% de ces patients avaient une Hypertension artérielle mal suivie (figure 4 ). Le cancer était la cause du décès dans 51,5% des cas. Le cancer de la prostate était la cause de décès dans 32 cas (47,1%), le cancer de la vessie dans 16 cas (23,5%), le cancer du rein dans 14 cas (20,6%), le cancer du testicule dans 4 cas (5,8%) et le cancer de la verge dans 2 cas (2,9%) (figure 2 ). La mortalité par les affections non cancéreuses était dominée par la rétention chronique incomplète d’urine (RCIU) compliquant une hypertrophie bénigne de la prostate (30,3%) et les phlegmons des organes génitaux externes (11,3%) (figure 3 ). # Discussion La mortalité hospitalière durant la période d’étude était de 2,9%. Ce taux est inférieur au taux rapporté par Dekou et coll (10,1%) [3]. Il était relativement comparable aux taux de mortalité dans les services de chirurgie générale au Cameroun et au Bénin [4] qui étaient respectivement de 3,14 et 5,5%. Cette différence de mortalité en milieu hospitalier urologique dans deux pays d’Afrique de l’ouest pourrait s’expliquer par une ressource humaine plus importante au Sénégal et par la crise politico-militaire qui sévissait en Côte d’ivoire entre 2002 et 2007, période pendant laquelle l’étude de Dekou et al. a était faite [3]. En effet selon ces auteurs, la mortalité élevée dans leur série était en rapport, d’une part avec la crise sociopolitique qui avait entrainé une désorganisation du système sanitaire ivoirien (augmentation de la fréquentation dans les trois CHU d’Abidjan dont le CHU de Cocody et d’autre part par l’insuffisance du personnel soignant et des moyens médicaux. La moyenne d’âge des patients décédés était de 63,6ans et 89,4% d’entre eux avaient plus de 40ans. Il était identique à celui de la série de Dekou et al. [3] (63,4ans). Takongmo [4] avait trouvé un âge moyen de 43ans. Par ailleurs dans notre étude, 32% des patients étaient âgés de moins de 60ans. Donc un patient décédé sur trois n’avait pas atteint l’espérance de vie au Sénégal qui était de 63,2ans [5]. Cette mortalité prématurée, élevée dans notre série, était d’origine cancéreuse dans 2/3 des cas avec par ordre de fréquence décroissante le cancer du rein (9 cas), de la vessie (8 cas), de la prostate (6 cas), du testicule (4 cas) et de la verge (1 cas). Cette implication des cancers dans la mortalité prématurée des hommes sénégalais justifie la mise en place de moyens conséquents pour une prise en charge efficace des cancers les plus léthales dans notre pratique à savoir le cancer du rein, de la vessie et de la prostate. La moyenne de la durée d’hospitalisation était de 12,3jours (1-112jours). Cette moyenne semble être acceptable dans un service d’urologie où la quasi-totalité des interventions se font par la chirurgie ouverte. D’une manière globale, les cancers urologiques représentaient 51,5% des causes de décès dans notre étude. La mortalité liée aux cancers était de 87,5% dans l’étude de Dekou et al. [3] et 36,5% dans l’étude de Takongmo [4]. Dans la plupart des pays européens comme en France, aux Etats unis et en Corée, les cancers urologiques représentent les premières causes de mortalité en urologie [6–9]. Le taux élevé de mortalité par cancer dans notre étude est dû au fait que les cancers étaient au moment du diagnostic localement avancés ou métastatiques dans la majorité des cas. En effet les patients consultaient tardivement au stade où la maladie est très avancée et un traitement curatif impossible. Le cancer de la prostate était la première cause de décès par cancer avec 47,10% des cas. Il était suivi du cancer de la vessie (23,6%), du cancer du rein (20,3%) et du cancer du testicule (6%). Ces résultats sont relativement comparables à ceux rapportés par Dekou et al. [3]. Dans leur étude, le cancer de la prostate était la première cause de décès (62,4%) suivi du cancer de la vessie (16,4%), des tumeurs rénales (6%) et des tumeurs testiculaires (2,6%). En France la mortalité par cancer de la prostate a connu une baisse de 26% ces 15 dernières années soit 2,5 à 4% par an en moyenne [10–1–2]. Par contre notre étude et celle de Dekou et al. [3] montrent qu’en Afrique, où le cancer est toujours découvert à des stades localement avancés ou métastatiques, la mortalité par cancer de la prostate reste toujours très élevée. La faible proportion de décès peropératoire (1%) témoignerait de la bonne qualité de la prise en charge chirurgicale des patients dans ce service d’urologie d’un pays en voie de développement. La RCIU compliquant une hypertrophie bénigne de la prostate (HBP) était responsable de la mortalité d’origine non cancéreuse la plus élevée. Ces patients décédaient dans la majorité des cas de troubles ioniques (hyperkaliémie). Il s’agissait le plus souvent de patients pris en charge dans d’autres structures sanitaires du pays puis référés vers notre centre devant une évolution défavorable. Cette mortalité élevée liée à des RCIU mal prises en charges pose le problème de l’organisation des urgences dans les structures sanitaires du Sénégal qui est loin d’être optimale. Les services d’accueil des urgences sont quasi-inexistants et dans les rares structures où ils existent, ces services sont confrontés à un manque criard de personnel qualifié et à une quasi-inexistence de médicaments d’urgence. Le phlegmon des bourses était la plus fréquente parmi les causes infectieuses de décès que nous avions enregistrées. Il représentait la deuxième cause de décès par affections non cancéreuses (23,4%) et environ 11,3% de l’ensemble des causes de décès. Alors que dans la série de Dekou et al. [3], aucun cas de décès lié à cette maladie n’avait été enregistré. En effet dans cette série les décès d’origine infectieuse étaient en rapport avec la Gangrène de Fournier exclusivement. Chez la plupart de ces patients, le phlegmon des bourses était en rapport avec la sténose urétrale qui représentait dans la série de Dekou et al. [3] environ 4,3% des causes de décès. Si sa fréquence a considérablement diminué dans les pays occidentaux [11,12], le rétrécissement urétral demeure encore un fléau en Afrique. Il représente plus de 12% des interventions chirurgicales à l’hôpital du point G au Mali [13]. # Conclusion La mortalité reste élevée en milieu urologique et les causes sont dominées par les cancers urogénitaux. Le cancer de la prostate occupe le premier rang des cancers les plus létaux dans notre service. Les décès dus aux RCIU compliquant une hypertrophie bénigne de la prostate sont nombreux mais restent évitables. # Classification under urology subject General urology # Conflit of interests Il n’ y a pas de conflit d’intérêt # Source of funding Aucun financement # Ethical committee approval (copy of the document or statement includes the number, date, and name, of the chairman) Le comité éthique local n’existe pas vraiment dans notre contexte. C’est les différents professeurs de rang magistral qui sont dans notre service (service d’urologie-andrologie du CHU Aristide Le Dantec de Dakar) qui se réunissent et donnent leur avis sur le plan éthique concernant tous les sujets de recherche. # Consent from the patient Non applicable # Author's contributions (With email address of each author) Dr Boubacar Fall (bbcarfall@yahoo.fr) nous a encadrés dans la rédaction et la correction de ce document. Dr Yaya Sow (yahyasowdj@yahoo.fr), Dr Alioune Sarr (sarramoc@yahoo.fr), Dr Ndéye Aissatou Bagayogo (bagaaicha12@yahoo.fr), Dr Abdou R. H. Zakou (razakzakou@yahoo.fr), Dr Samba T. Faye (thiape@live.fr), Dr Nanga David (nangadavid@yahoo.fr). Tous ces docteurs ont participé à l’étude car nous sommes dans le même service et par conséquent ils ont suivi ou opéré les patients que nous avons inclus dans l’étude. Pr Babacar Diao (babacardiao104uro@yahoo.fr), Pr Papa Ahmed Fall (papaahmed2@gmail.com), Pr Alain Khassim Ndoye (alainndoye@hotmail.com), Pr Baye Assane Diagne (bayediagne@msn.com). Ces professeurs sont les responsables d’enseignement dans notre service. Ils ont tous contribué à la rédaction et la correction de cet article.
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Sciences médicales et de la santé
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Une figure de l’exclusion : la mémoire mythique dans la topographie des Balkans
Sanja Bošković
2006
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Sciences humaines et sociales
Mémoire(s) identité(s) marginalité(s) dans le monde occidental contemporain
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1 F. Conte, Les Slaves, Aux origines des civilisation d’Europe centrale et orientale (VIe – XIIIe siè (...) 1L’importance de la religion archaïque des Slaves du Sud dans la constitution de leur identité culturelle a été consciemment négligée et marginalisée par les missionnaires chrétiens1. Les démarches oppressives de la part des représentants byzantins et romains lors de l’évangélisation de ces peuples eut comme résultat non seulement la destruction de temples et d’idoles païens mais également la condamnation à l’oubli de leur expérience religieuse primordiale. Pourtant l’exclusion imposée de la mythologie slave de l’héritage culturel des Slaves du Sud n’a pas donné les résultats désirés : mêmes refoulées et immergées dans l’inconscient, les vieilles croyances slaves continuèrent à vivre dans les représentations collectives, influant sur la nouvelle expérience religieuse. C’est ainsi que la mémoire mythique, consciemment interdite et exclue de la mémoire collective des Slaves du Sud, se mit en œuvre en inscrivant à travers les toponymes une géographie mythique des lieux portant les noms des divinités et des cultes païens. # Le temps et l’espace sacrés Dans toutes les sociétés païennes, l’espace joue un rôle important dans la conception du monde. Le commencement et la création du Cosmos sont toujours fixés en un lieu bien précis. Dans la vision métaphysique, cet endroit est considéré comme un lieu sacré. Celui-ci possède une puissance surnaturelle : il est habité par les divinités qui ont créé la vie et l’Univers, ainsi que par les âmes des ancêtres. À l’opposé du lieu sacré, il y a le monde ordinaire, le monde dans son état naturel réservé à l’homme et à son existence profane. Cette opposition sacré/profane reflète la conception dualiste de la mentalité primitive. D’un côté, le nombril du monde, le lieu sacré à partir duquel l’Univers entier a été créé, de l’autre, le reste du monde, le lieu où se manifeste la vie ordinaire. Par son mana divin, son énorme énergie créatrice, le lieu sacré possède également une autre catégorie du temps. C’est un autre niveau de l’existence qui, en dehors des périodes autorisées, est protégé et interdit à l’homme. Au lieu sacré coïncide donc le temps sacré, les deux étant inscrits dans la mémoire collective et évoqués dans les rites et les mythes de la création de l’Univers. 2 M. Eliade, Le sacré et le profane, Paris, Gallimard, 1987, 3e éd., p. 29. 3 Ibidem, p. 60. 5Le lieu où se croisent le temps et l’espace sacrés est considéré dans la conscience mythique comme le centre du monde. Selon Mircéa Eliade, le centre du monde n’est « qu’une irruption du sacré2 », pour l’homme traditionnel. L’espace n’est pas homogène. Une telle qualité permet la coexistence de ces deux mondes parallèles et opposés. L’irruption du sacré, que symbolise le lieu de la naissance de l’ordre divin, représente également une rupture de niveau, une rupture métaphysique qui, d’après Eliade, « ouvre la communication entre les niveaux cosmiques (la terre et le Ciel) et rend possible le passage, de l’ordre ontologique, d’un mode d’être à un autre3. » Grâce au centre du monde, l’homme traditionnel s’oriente dans l’espace, qui est, pour lui, plein de dangers. Connaître le lieu où le Cosmos a été créé signifie savoir se protéger contre le Chaos, synonyme du néant. En tant qu’acteur du rite dont le but est d’évoquer le temps et l’espace sacrés de la création divine et ainsi de renouveler l’Univers, l’homme change de nature : il n’est plus un être profane. En répétant les gestes rituels du commencement divin dans le lieu sacré et en évoquant l’histoire mythique de la création dans la mémoire collective de sa communauté, l’homme devient à son tour un être exceptionnel qui, initié par le savoir des ancêtres, participe également au mystère de la création. # Le rôle de la mémoire collective dans la société traditionnelle Les connaissances géographiques de l’homme païen coïncident donc avec la structure binaire de sa vision métaphysique qui, dans l’idée de l’espace, voit deux différentes catégories de l’existence. De même, le concept d’Histoire est limité par le contenu des mythes d’origine dont l’utilisation ponctuelle durant les rites de création divine constitue le savoir sacré, gravé dans la mémoire d’une communauté traditionnelle. Dérivant de la mémoire mythique et rituelle, la mémoire collective des sociétés archaïques est entièrement plongée dans le religieux et dans le sacré. Rythmée par le calendrier agraire et cosmique, elle constitue le pivot métaphysique et gnoséologique de l’homme primitif. De ce point de vue, les mythes et les rites ne sont que des empreintes éternelles de la mémoire collective d’une société traditionnelle. 4 M. Halbwachs, La mémoire collective, Paris, Albin Michel, 1997, 2e édition, p. 33 et 37. 9En parlant de différences entre la mémoire individuelle et la mémoire collective et sociale d’un groupe, Maurice Halbwachs souligne que « chaque mémoire individuelle est un point de vue sur la mémoire collective » et que « la mémoire autobiographique s’aiderait de la mémoire historique, puisque, après tout, l’histoire de notre vie fait partie de l’histoire en général4 ». Chez l’homme archaïque, ce rapport entre la mémoire individuelle et la mémoire historique est encore plus accentué. La mémoire collective d’une communauté primitive est enregistrée dans les mythes et les rites qui représentent ainsi le savoir sacré, indispensable pour préserver l’ordre divin de l’Univers et la survie du groupe. La mémoire individuelle est ici au service de la société entière. Mémoriser les mythes et les gestes rituels, cela veut dire sauver l’humanité des forces surnaturelles du Chaos. Transmettre ce savoir sacré en initiant les générations suivantes, cela signifie les accepter et les intégrer dans l’identité du groupe à travers la mémoire collective. La transmission d’un héritage métaphysique important pour la communauté concernée permet d’inscrire son histoire et son identité dans la durée. D’autant plus que le seul moyen de préservation du savoir sacré est sa mémorisation par la voie orale. Dans une telle communauté qui n’a pas encore acquis les avantages de la conservation par l’écrit, la mémoire individuelle se montre comme le moyen unique de la sauvegarde de l’identité collective. Le rôle du chaman, la personne initiée et à laquelle la mémoire collective a été confiée, coïncide plus tard avec le rôle du chanteur épique qui est aussi le gardien du vécu historique et métaphysique d’une société archaïque. Fruit d’une tradition narrative orale, la poésie épique se rattache, par son caractère anonyme et collectif, aux origines de la spiritualité humaine. Comme les mythes, l’épopée représente une oeuvre collective, un lieu de la mémoire d’un peuple qui dans la transmission orale de sa tradition, assure sa propre continuité historique et culturelle. Dans les Balkans, pendant des siècles d’occupation turque, les chanteurs épiques furent les seuls porteurs de la mémoire collective. Certains connaissaient des centaines de chants par cœur, englobant jusqu’à 80000 vers, bien plus du double de l’Iliade et de l’Odyssée. L’exemple des chanteurs épiques montre à quel point la mémoire individuelle était indispensable dans le maintien de la mémoire collective. La tradition narrative orale se confirme ainsi comme le berceau de la culture et de la civilisation. 5 Lewis, B., « Masada et Cyrus le Grand », Lewis, B., History Remembered, Recovered, Invented, Prince (...) 12Si l’on poursuit la réflexion de Bernard Lewis sur « l’histoire mémorisée » qui, selon lui, « exprime la vérité poétique et symbolique telle qu’un peuple la comprend5 », on peut dire que la mémoire collective des Slaves du Sud de l’époque païenne reste inconsciemment gravée dans leur esprit. La nature orale de leur héritage préchrétien, l’absence de toutes traces écrites ont fait que la langue est devenue le dépositaire principal de leur mémoire. Exposés aux pressions fortes des missionnaires chrétiens, une fois convertis, les Slaves du Sud gardent le souvenir de leurs divinités et des rites païens en désacralisant leurs noms et leurs lieux de culte. Devenus les paroles profanes qui nomment des collines, des plaines et des montagnes, les vieux dieux slaves continuent à peupler l’esprit des tribus balkaniques. Les toponymes des Balkans représentent ainsi une étrange écriture de la langue mythique sur l’espace géographique. L’héritage païen refoulé dans l’inconscient sort de l’ombre chrétienne et fait de la surface balkanique une carte d’identité mythique des Slaves du Sud. On a l’impression que l’ancienne religion leur était si importante qu’ils l’ont transformée en simples paroles afin de mieux la protéger de l’oubli. # Les toponymes mythiques des Balkans Établir le panthéon slave est une tâche difficile. Les scientifiques ne disposent que de sources secondaires pour reconstituer la nature, les rapports, les fonctions des dieux païens et des rites qui leur ont été consacrés. Les noms toponymiques se montrent ainsi comme les seules sources primaires permettant de vérifier les noms des divinités ou de situer les caractéristiques générales des lieux du culte. La carte topographique des Balkans devient une carte de la mémoire mythique. Les régions, si elles ne portent pas explicitement des noms de dieux païens, ont leurs noms, dont les radicaux sont les mêmes que ceux des divinités anciennes. Pour illustrer ce phénomène, nous allons présenter sept cartes dont les toponymes balkaniques sont basés, soit sur les noms des principaux dieux des Slaves du Sud, soit sur les noms des dieux slaves dont les cultes ont été vénérés ailleurs. # Les toponymes basés sur le radical « Perun »6 6 Les toponymes portant le radical « Perun » : a) Les montagnes : Perun (4), Perinski vrh, Pircev vrh (...) 16Le dieu du tonnerre, Perun, était l’une des divinités principales des Slaves de l’Est. D’après La Chronique dite de Nestor, son idole était en bois et possédait une tête en argent et une barbe en or. Le chroniqueur qui nous informe sur la conversion au christianisme du prince russe Vladimir raconte les difficultés causées par la statue du dieu suprême lors de son renversement dans le Dniepr. L’idole de Perun était la plus grande et la plus lourde. Pendant des jours, l’énorme statue en bois flotta sur l’eau. Le prince Vladimir interdit de la toucher ou de la sortir et ce sacrilège fut mal vécu par les habitants qui vénéraient le culte de Perun. Nous trouvons également dans les Balkans les traces de la dévotion au dieu Perun. Selon Veselin Cajkanovic [Studije iz srpske religije i folklora, Etudes du folklore et de la religion serbes, Beograd, Prosveta, 1994, tomes 1 et 2.], l’ethnologue serbe, Perun est un dieu céleste des Slaves du Sud qui, ancêtre de tous les dieux, se retire au ciel en laissant aux dieux inférieurs le soin de gouverner le monde. D’après ce schéma, typique pour les systèmes mythiques d’Eurasie, il y a une différence nette entre les dieux célestes et les dieux donateurs : aux premiers, aucune cérémonie n’est attribuée tandis qu’aux dieux donateurs, on accorde les rites sacrificiels. Cela contredit l’hypothèse de Cajkanovic : Perun ne peut pas être le deus otiosus des Slaves du Sud car on lui sacrifiait non seulement des chênes, mais aussi des bovins. Comparé souvent au dieu grec Zeus et au dieu germanique Thor, Perun, le dieu du tonnerre et de la foudre des Slaves du Sud, trouve également son double dans Saint Elie (Sveti Ilija). La tradition populaire transfère les attributs du dieu païen au prophète chrétien et préserve ainsi une partie de leur mémoire collective. Les nombreux toponymes basés sur le radical « Perun » illustrent l’importance de son culte dans les Balkans. En analysant la carte de l’espace yougoslave, nous avons trouvé trente-trois noms de montagnes, dix-huit noms de villes et seize noms de vallées et de fleuves qui dans leur radical portent le nom du vieux dieu slave. Le fait que trente-trois montagnes aient le nom de Perun permet de supposer que le culte qu’on lui consacrait a été pratiqué sur les hauteurs, dans des endroits propices à la foudre. Au fil du temps, le rite consacré à Perun a été oublié, mais le lieu de sa dévotion est resté gravé dans la mémoire collective : les toponymes portant son nom le prouvent amplement. # Les toponymes ayant le radical « Trojan », « Triglav » et « Troglav »7 7 Les toponymes portant le radical « triglav »/« troglav »/« trojan » : a) Les montagnes : Trajan (3) (...) 19Les morphèmes « troj » et « tri » correspondent au numéro « trois » en serbo-croate. Le premier tire son origine du numéro collectif « troje » qui signifie « les trois » et le second morphème du numéro radical « trois ». En effet, le chiffre « trois » – « tri » précise l’identité de cette divinité slave, connue dans les Balkans sous le nom Trojan et dans le reste du monde slave sous le nom Triglav. En effet, les idoles de Trojan et de Triglav possédaient trois têtes. Le culte de Triglav était vénéré par les Slaves de l’Ouest et son temple se trouvait à Stetin. La divinité était représentée par une statue en bois, avec trois têtes d’argent. Il lui était consacré aussi un cheval noir avec lequel les prêtres effectuaient des oracles. Le fait que Triglav possède trois têtes explique son caractère : le dieu suprême de la Poméranie avec ses trois têtes exprimait son pouvoir sur trois mondes : il gouvernait le monde céleste, le monde terrestre et le monde des morts. Son homologue chez les Slaves du Sud, Trojan, est aussi une divinité qui possédait trois têtes. Selon certains savants, qui doutaient de l’origine de ce dieu, Trojan n’est que l’empereur romain dont le souvenir est conservé dans la tradition populaire. Mais les nouvelles recherches montrent que Trojan est un dieu de caractère nocturne et lunaire lié au culte du taureau noir et qui, par sa volupté sexuelle, symbolise le dieu de la fécondité et de la prospérité. Selon l’ethnologue Spiro Kulisic [Stara slovenska religija u svjetlu novih istrazivanja posebno balkanoloskih, L’ancienne religion slave sous la lumière des nouveaux recherches balkaniques, Sarajevo, ANU BiH, 1979.], les trois têtes de Trojan représentent la transformation de la lune. Les contes populaires qui racontent les voyages nocturnes de Trojan confirment le caractère lunaire et chthonien de cette divinité qui, comme son homologue Triglav, possédait le cheval noir et traversait les montagnes et les plaines tout en se cachant du soleil et de la lumière. Les toponymes portant le nom du dieu Trojan sont nombreux : nous avons dénombré trente montagnes, seize villes et deux vallées. Parallèlement, on trouve dans le territoire balkanique certains toponymes fondés sur le nom du dieu Triglav ou Troglav : quinze montagnes et deux villes. L’existence des noms possédant le radical triglav ou troglav permet d’instaurer un lien hypothétique avec le culte du dieu suprême des Slaves de l’Ouest. Il est possible d’envisager que les Slaves du Sud, en arrivant dans les Balkans, vénéraient le dieu Triglav et que son nom évolua en Trojan, surtout dans les régions marquées par la présence de l’empereur romain Trajan (en serbo-croate Trojan). La symbiose des traditions est encore plus évidente dans le culte chrétien de Trojice qui est très important non seulement pour les peuples balkaniques, mais également pour les Russes et pour les Polonais. Il s’agit d’une célébration de la verdure et de la puissance rénovatrice de la vie, fêtée le cinquantième jour après Pâques. En même temps, Trojice (Trinité) représente une fête chthonienne dédiée aux âmes des morts. Le caractère binaire de cette cérémonie chrétienne rappelle la nature du dieu païen Triglav ou Trojice qui était à la fois le dieu de la fécondité et le dieu nocturne et lunaire. # Les toponymes basés sur le radical « Veles » ou « Volos »8 8 Les toponymes selon le radical « veles » ou « voles » : a) Les montagnes : Velebit, Velenjak, Veles (...) 23Veles, ou Volos, est la deuxième divinité mentionnée dans la Chronique dite de Nestor. Il était le dieu des troupeaux et de la richesse, et son culte était répandu non seulement chez les Slaves de l’Est mais également chez les autres peuples slaves. Dans la région de Kiev, son idole, à la différence de celle de Perun située dans les hauteurs, était placée dans la vallée. A l’époque chrétienne, cette divinité fut remplacée par Saint Blaise, considéré lui aussi comme le protecteur des animaux domestiques. Dans l’épopée Le dit de la bataille d’Igor, le dieu Veles est aussi lié à la tradition des chants rituels. 9 A. Loma, Prakosovo, slovenski indoevropski koreni srpske epike [Prakosovo, les racines slaves et in (...) 24Le dieu Veles est connu dans les Balkans en tant que protecteur des troupeaux, de la musique et de la poésie. La plupart des toponymes portant le radical du nom de cette divinité concernent les noms des villes et des vallées, ce qui permet de conclure que la géographie mythique constatée pour la région de Kiev se répétait dans les autres pays slaves. Les hauteurs sont réservées à Perun, dieu du tonnerre et de la foudre, tandis que les plaines sont attribuées à Veles, protecteur de l’élevage. Nous avons noté trente-deux villes portant le radical Veles ou Voles et dix vallées et fleuves. Il y a également dix-sept montagnes parmi lesquelles la plus intéressante est le mont Veles situé au nord-ouest de la Serbie. En face du mont Veles, où l’on trouve les traces du temple du dieu païen, il y a le mont Vila (Vila signifie la fée). Cette configuration spatiale rappelle à l’ethnologue serbe Alexandre Loma les schémas gréco-romains où les lieux du culte d’Apollon étaient régulièrement suivis par ceux de sa sœur Artémis. L’identification de Veles au dieu antique, protecteur de la musique et de la poésie, accentue encore plus l’hypothèse déjà exprimée dans l’épopée Le dit de la bataille d’Igor, où la divinité slave se manifeste comme protectrice des chants liturgiques et de la poésie épique9. # Les toponymes ayant le radical « Vid » ou « Vit »10 10 Les toponymes ayant le radical « vid » ou « vit » : a) Les montagnes : Sveti Vid, Vidalj, Videmski (...) 11 A. Loma, op. cit., p. 486. 25Il suffit de regarder la carte topographique et de constater que le territoire des Balkans est entièrement couvert par les toponymes, contenant la racine étymologique « vid » ou « vit ». Sur notre liste des toponymes, nous n’avons marqué que quelques exemples probants : vingt-deux montagnes, quarante-quatre villes et temples, dix vallées et fleuves. Selon certains ethnologues contemporains, le radical « vit » représente le suffixe régulier de la plupart des divinités slaves (Jarovit, Rujevit etc.). C’est la raison pour laquelle ils considèrent11 que le nom correct du dieu païen est Sventovit et non pas Sventovid. D’autant plus que le culte de son homologue chrétien Sanctus Vitus s’est introduit dans les Balkans par l’Italie et sous le nom déformé de Sveti Vid. 26Les historiens médiévaux Helmold et Saxo Grammaticus donnent des renseignements précis sur Sventovit, le dieu suprême des Slaves de l’Ouest. Son temple se trouvait à Arkona, une ville située sur l’île de Rügen (aujourd’hui en Allemagne) qui, aux XIe et XIIe siècles, exerça un pouvoir politique et économique sur la région. Helmold décrit Arcona comme une ville de commerce où les marchands venant de tous les pays devaient respecter les oracles de Sventovit et, pour pouvoir exercer le commerce, étaient obligés de faire des offrandes au dieu. Sventovit avait primauté sur les autres dieux et on le considérait comme deus deorum. Au milieu de son temple, se dressait son idole, une énorme statue en bois à quatre têtes sous un même chapeau. Dans une main, Sventovit tenait une corne d’or et, dans l’autre, une panoplie. De même qu’aux autres divinités slaves, un cheval lui a été consacré (cette fois-ci le cheval blanc), et Sventovit, comme Triglav, a été connu par ses oracles. Selon certains scientifiques, Sventovit est considéré comme une divinité de caractère solaire : d’abord, il possédait quatre têtes qui symbolisent les quatre coins du monde ; ensuite il lui était accordé un cheval blanc qui personnifie la lumière ; finalement, la couleur rouge orange dominait dans son temple. Les chercheurs contemporains comme Evel Gasperini (Il matriarcato slavo, 1973) ou Vittore Pisani (Il paganismo balto-slavo, 1949), en analysant les témoignages de Saxo Grammaticus, voient plutôt dans les promenades nocturnes de Sventovit et de son cheval blanc, qui revient à l’aube tout en sueur, les preuves d’une divinité lunaire. Selon eux, Sventovit est un chevalier de la nuit, et ses multiples têtes symbolisent la transformation de la Lune. En comparant les rites agricoles slaves à ceux trouvés chez les Estoniens ou chez les Germains, Gasparini constate que les chevaux sont toujours associés aux dieux de la nuit et aux fêtes consacrées à la Lune. En ce qui concerne le culte de Sventovit dans les Balkans, nous trouvons ses traces dans la fête de Noël où certaines coutumes rappellent les gestes magiques exercés par les prêtres de son temple à Arkona. Le nombre considérable des toponymes gardant le radical vit ou vid montre que ce personnage de la mythologie slave et son double chrétien sont profondément enracinés dans la mémoire culturelle des Slaves du Sud. # Les autres toponymes ayant le radical d’origine mythique 12 Les toponymes des villes selon le radical « Mokos » ou « Makos » : Makosa, Makose, Mokosice, Makosk (...) 13 Les toponymes selon le radical « Deva » : a) Les montagnes : Devic stijena, Devica, Device, Devin ( (...) 29Certains toponymes se réfèrent aux divinités slaves, sur lesquelles les ethnologues disposent de peu d’informations. C’est le cas de deux déesses, Mokos/Makos12 et Deva/Devana13 ou Ziva/Zivana. Selon le savant Lubor Niederle [Manuel de l’antiquité slave, Ancienne Honnoré Champion, 1923, tome 1 et 2.], Mokos représente une divinité féminine des Slaves de l’Est. Son idole avait aussi sa place dans le panthéon du prince Vladimir. En traduisant la racine de son nom mokr qui signifie mouillé, Niederle conclut que Mokos personnifie une déesse de l’amour. Les recherches contemporaines, notamment celles de Tokarev, montrent que cette divinité féminine enracinée dans les croyances populaires, symbolise plutôt la protectrice du tissage et des travaux féminins, d’autant que son double chrétien Sainte Petka exprime la même vocation. 14 S. Petrovic, Mitoloske mape [Les cartes mythologiques], Belgrade, Prosveta, p. 108 (livre II). 30En comparant la présence des toponymes portant le radical « deva » avec ceux ayant le radical « mokos », on peut conclure que les premiers sont beaucoup plus nombreux. En serbo-croate, deva/djeva signifie une fille vierge mais certains linguistes contemporains14 relient la déesse Deva à la déesse tchèque Dzevana, dont le nom coïncide avec le mot polonais signifiant une plante (Verbascum). C’est la raison pour laquelle on considère cette divinité féminine comme une divinité de la végétation. La préservation de ce nom sous la forme du prénom personnel répandu chez les Serbes, ou sous la forme de multiples toponymes, montre la résistance du vécu mythique chez les Slaves du Sud. On constate treize montagnes, quinze villes et sept rivières possédant le radical « deva ». 15 Les toponymes selon le radical « trebiste » : a) Les montagnes : Trebelnik, Trebez (4), Trebnica, T (...) 16 S.PETROVIC, Sistem srpske mitologije [Le système mythologique serbe], Belgrade, Prosveta, 2000, p. (...) 31D’ailleurs, notre dernière carte montre le nombre considérable de villes, de montagnes, de plaines et de rivières qui dans leurs noms abritent un vieux mot slave de l’époque païenne : trebiste15. Trebiste signifie l’oracle, le lieu où l’on immolait et apportait les offrandes – trebi — aux dieux16. En serbo-croate moderne, on distingue deux verbes portant la même racine : treb et dont les significations se réfèrent au sens originaire du vieux terme slave ; le premier, trebiti, signifie détruire et nettoyer et le second trebati – avoir besoin et devoir. La carte montre des dizaines de noms de montagnes, de rivières et de villes qui possèdent le radical « treb ». Sur notre liste, à titre d’exemple, nous avons noté les noms de dix-huit montagnes, de trente-cinq villes et de vingt-cinq vallées et fleuves. # Conclusion Les Slaves du Sud doivent beaucoup à leur mémoire collective. C’est grâce à elle qu’ils ont réussi à conserver une grande partie de leur identité mythique. La langue et la vive tradition orale sont les supports essentiels de leur héritage païen. Les missionnaires chrétiens exerçant une forte pression religieuse et politique sur les tribus slaves ne sont pas parvenus à effacer leur vécu collectif. Au contraire, le souvenir, devenu encore plus fort après une exclusion imposée, est refoulé dans l’inconscient, d’où il continue à influencer leur esprit et à former leur mentalité. La désacralisation des noms des dieux ou des lieux du culte et leur transformation en mots profanes confèrent aux divinités païennes l’importance accordée à la parole et à la langue. En tant que paroles ordinaires, les simples toponymes, les dieux slaves, déguisés, continuent à peupler non seulement la surface balkanique mais aussi la mémoire linguistique et collective des Slaves du Sud. Exclues et sans avoir le droit d’exister, les vieilles croyances slaves s’inscrivent dans la durée en montrant à quel point elles étaient importantes dans la formation de l’identité culturelle des peuples des Balkans. 17 P. Nora, Les lieux de mémoire, Paris, Gallimard, 1993, livre III, p. 3. 33Nous avons tenté de montrer comment les lieux topographiques peuvent se manifester comme les porteurs de la mémoire mythique. Dans son essai Les lieux de mémoire, Pierre Nora remarque : « Une tradition, c’est une mémoire devenue historiquement consciente d’elle-même17. » La tradition mythique des peuples yougoslaves n’est jamais devenue consciente d’elle-même. Mais cela ne l’a pas empêchée de participer vivement à la constitution de l’identité des Slaves du Sud. Cachées sous les formes chrétiennes, mémorisées dans l’étymologie du lexique, les anciennes croyances slaves s’inscrivent dans la durée. Dans ce sens, les toponymes balkaniques représentent les seuls lieux où la tradition mythique se manifeste d’une manière consciente et volontaire. <footnote n="1">1 F. Conte, Les Slaves, Aux origines des civilisation d’Europe centrale et orientale (VIe – XIIIe siècles), Paris, Albin Michel, 1986 ; C. H. Crosse, Les civilisations slaves à travers les siècles, Paris, Payot, 1955.</footnote> <footnote n="2">2 M. Eliade, Le sacré et le profane, Paris, Gallimard, 1987, 3e éd., p. 29.</footnote> <footnote n="3">3 Ibidem, p. 60.</footnote> <footnote n="4">4 M. Halbwachs, La mémoire collective, Paris, Albin Michel, 1997, 2e édition, p. 33 et 37.</footnote> <footnote n="5">5 Lewis, B., « Masada et Cyrus le Grand », Lewis, B., History Remembered, Recovered, Invented, Princeton, Princeton University Press, 1975, p.166.</footnote> <footnote n="6">6 Les toponymes portant le radical « Perun » : a) Les montagnes : Perun (4), Perinski vrh, Pircev vrh, Peruncevac, Perunski vrh, Perino bilo, Perska, Perinovac (2), Perin vrh (2), Perusic, Perin Dolac, Perina glava (3), Petrunovica, Perunika (6), Perovsko brdo, Perov vrh, Perunicka glava, Persa, Perinatica, Peren, Peronik ; b) Les villes : Perus, Pernat, Pernovac, Perovac, Perusinovci, Perinje, Perin grad, Perusici, Perunici, Perunovac, Perunika, Perane, Perenika, Peris, Pernice, Perenica, Perini, Perinici ; c) Les vallées et les fleuves : Perinas, Perunica, Perinka, Perunika (3), Perinovac, Peregino polje, Peruca jezero, Petrunova pecina, Perkusa, Pernic lokva, Peperigov polje, Peris (3), Peruniga, Perova reka.</footnote> <footnote n="7">7 Les toponymes portant le radical « triglav »/« troglav »/« trojan » : a) Les montagnes : Trajan (3), Triglav (4), Trislavica, Troglav (11), Trojan (7), Trojanov sopur, Trojanova cuka, Troje, Trojna, Trojvrh (4), Trovrh (11) ; b) Les villes : Trajana, Trajanova maala, Troglav bara, Troglav, Troj vrh, Troja, Trojan (2), Trojane, Trojanov grad, Trojanovac, Trojanovici, Trojanovina, Trojeglava, Trojinac, Trojinovac, Trojno ; c) Les vallées et les fleuves : Trojanci, Trojinac.</footnote> <footnote n="8">8 Les toponymes selon le radical « veles » ou « voles » : a) Les montagnes : Velebit, Velenjak, Veles (2), Veletin, Veletina glava, Velez (5), Velsusa, Volisce, Volnik, Volovica, Volujak, Voluska gora ; b) Les villes : Velecevo, Velenica, Velenici, Velenje, Veles (5), Velesevac, Velesici (2), Veleskovec, Velesnja, Velesovo, Velestovo (2), Veletovo, Velez (2), Volasi, Volcje, Volino, Volosko, Volosmon, Volovak, Volovsek (2), Volujak, Volus ; c) Les vallées et les fleuves : Velenik, Veleska reka, Veleski voslag, Veleta, Veletovski potok, Velevjec, Velunja reka, Veluska reka, Volavac, Volavcica.</footnote> <footnote n="9">9 A. Loma, Prakosovo, slovenski indoevropski koreni srpske epike [Prakosovo, les racines slaves et indo-européennes de la poésie épique serbe], Belgrade, SANU, 2002, p. 69.</footnote> <footnote n="10">10 Les toponymes ayant le radical « vid » ou « vit » : a) Les montagnes : Sveti Vid, Vidalj, Videmski hrid, Videz (3), Vidlic, Vidov Vrh (3), Vidova Gora (2), Vidovo brdo (4), Vidusa, Vitica, Vitorog, Vitovlja Glava, Vitovski vrh etc. ; b) Les villes et les temples : Sentvid (4), Sevid (2), Sveti Vid (26), Vid, Vidovac (2), Vidovaca, Vidovdan, Vidovice, Vidoviste, Vidovo, Vidovo selo, Vidusic, Vitakovo, Vitalj, etc. ; c) Les vallées et les fleuves : Vidna reka, Vidov potok, Vidova voda, Vidovacka reka, Vidovacki kljuc (2), Vitina bara, Vitina reka, Vitinsko polje, Vitonjcica reka etc.</footnote> <footnote n="11">11 A. Loma, op. cit., p. 486.</footnote> <footnote n="12">12 Les toponymes des villes selon le radical « Mokos » ou « Makos » : Makosa, Makose, Mokosice, Makoska (4).</footnote> <footnote n="13">13 Les toponymes selon le radical « Deva » : a) Les montagnes : Devic stijena, Devica, Device, Devin (3), Devinski hrid, Devjak, Devnica, Devojkin kamen, Devojkina cuka, Divice, Divina glava ; b) Les villes : Devca, Devce, Devcici (4), Devic, Devina, Rt Devistenje, Divaca, Divci, Divic (3) ; c) Les vallées et les fleuves : Devinjska reka, Devana, Devcanska reka, Devina, Devinac, Devnica reka, Divice.</footnote> <footnote n="14">14 S. Petrovic, Mitoloske mape [Les cartes mythologiques], Belgrade, Prosveta, p. 108 (livre II).</footnote> <footnote n="15">15 Les toponymes selon le radical « trebiste » : a) Les montagnes : Trebelnik, Trebez (4), Trebnica, Trebes, Trebacko brdo, Trebevic, Trebinjska brda, Trebova planina, Trebnjaca, Trebjeska glava, Trebenjak, Trebjes (3), Trebiska rid etc. ; b) Les villes : Trebisca (2), Trebez (5), Trebce, Trebnje, Trebni vrh, Trebelno, Gornja Trebinja (2), Donja Trebinja (2), Trebarjevo, Trebovci (3), Trebovac (2), Trebljevine (3), Trebaljevo (2), Trebinje, Trebotin, Trebovic, Trebinja (2), Trebicno, Trebenista, Trebovle, Trebiste etc. ; c) Les vallées et les fleuves : Trebusa, Trebisnja, Trebizat, Trebisnjica (2), Trebisna, Trebuca, Trebinjska (2), Trebesinjska, Trebovska, (2), Trebiska, Trebicka, Trebomarska, Trebeski dol, Trebes, Trebojevic Trebljevine, Trebez (6) etc.</footnote> <footnote n="16">16 S.PETROVIC, Sistem srpske mitologije [Le système mythologique serbe], Belgrade, Prosveta, 2000, p. 32.</footnote> <footnote n="17">17 P. Nora, Les lieux de mémoire, Paris, Gallimard, 1993, livre III, p. 3.</footnote>
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Sciences humaines et arts
W4375847318
« Être lesbienne est une fête »
Maël Maréchal
2023
10.26522/vp.v20i1.4309
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cc-by
Sciences humaines et sociales
Voix Plurielles
1
Turbiau, Aurore et al. *Écrire à l'encre violette. Littératures lesbiennes de 1900 à nos jours.* Paris : Le cavalier bleu : 2022. 296 pp. « ÊtreOMPENNE est une fête » Il existe des ouvrages dont on espérait la publication depuis longtemps tant l'absence se faisait sentir. C'est le cas d'Écrire à l'encre violette. Littératures lesbiennes de 1900 à nos jours publié aux éditions Le cavalier bleu en 2022 et écrit par un collectif de « jeunes chercheureuses lesbiennes, bies, folle-queer, engagées». Organisé en sept parties et suivant un parcours historique de 1900 à aujourd'hui, ce livre s'attarde à l'impact des histoires et cultures lesbiennes (en particulier françaises) sur la littérature et vice versa. L'ouvrage¹ s'ouvre sur deux constats. Le premier : il existe beaucoup d'écrits en France depuis 1900 et pourtant subsistent une grande méconnaissance de ces textes et leur exclusion des institutions littéraires. Le deuxième : il est difficile de définir une littératureOMPENNE. Plusieurs définitions sont explorées et, sagement, aucun choix particulier n'est fait, si ce n'est celui-ci: « On peut considérer qu'une œuvre estOMPENNE dès lors qu'elle est lue comme telle par le lectorat quelle que soit la position et l'intention de l'auteurice ». Camille Islert, qui signe les deux premières sections de l'ouvrage, défait l'idée reçue selon laquelle Paris et la Belle-Époque étaient un havre pour les lesbiennes. Bien que ce lieu et ce temps bénéficiaient d'une certaine libéralité des mœurs et que, soudain, plusieurs textes lesbiens écrits par des femmes aient été publiés, l'image « du 'Paris-Lesbos' repos[ait] en grande partie sur l'omniprésence des discours [des hommes] sur les lesbiennes, bien davantage que sur leur existence réelle dans l'espace public et littéraire ». Il y a « saphisme partout,OMPENNE nulle part ». Ou presque. Renée Vivien et Nathalie Clifford Barney, notamment, publièrent des textes poétiques où elles tentèrent de se réapproprier la figure de Sappho du regard des hommes. Comme Islert le soulève, la période de l'entre-deux guerre « coïncide avec l'ouverture de plusieurs lieux de sociabilité » lesbiens. D'une part, ceux-ci sont topographiques – Paris et Berlin sont des endroits de tolérance et le salon littéraire de Nathalie Clifford Barney devient un refuge pour quelques élu-es. D'autre part, ce lieu en développement est également littéraire. Si Le puits de solitude de Radclyffe Hall et Ladies Almanach de Djuna Barnes sont des œuvres marquantes, elles restent empreintes des clichés de l'époque et des discours médicaux. Deux visions du saphisme se côtoient à l'aube des années 1920. La première, en lien avec l'image maudite de la
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lesbienne incarnée par Renée Vivien, est celle de la féminité hellénique et de l'androgyne littéraire. La deuxième est la femme nouvelle, la garçonne « dont on prend volontiers Radclyffe Hall comme parangon [; elle] est l'un des catalyseurs d'une écriture moderniste ». Alexandre Antolin, qui rédige la troisième section, s'intéresse à la fictionnalisation et à la censure des vécus lesbiens. Bien que les autrices du temps de l'après-guerre semblent avoir narré des expériences similaires, elles ne faisaient pas communauté, si ce n'est par le monitorat littéraire. Pour être publiées, les femmes et les lesbiennes doivent être recommandées par un homme ou être riches. De plus, le rejet du « terme de lesbienne [...], car teinté de pornographie » a pour conséquence que « les héroïnes n'arrivent pas à nommer leurs émoiss ». La loi du 16 juillet 1949 qui crée la Commission chargée de la surveillance et du contrôle des publications destinées à l'enfance et à l'adolescence affecte la publication d'écritss. Les lesbiennes paraissent inoffensives tant qu'elles restent un matériel pornographique, mais dérangent « [d]ès lors qu'elles sortent de leur rôle attendu ». Leur présence en littérature doit être minimisée, en subissant une autocensure, comme dans *Ravages* de Violette Leduc, ou alors en étant banalisée sous une forme non-menaçante, comme celle d'une enfant dans *L'Opoponax* de Monique Wittig. La quatrième section, rédigée par Aurore Turbiau, couvre la période 1969-1985 durant laquelle le féminisme mondial forme la base « des contre-cultures lesbiennes ». On est en présence d'une « génération théorique et revendicatrice ». Très conscient chez les autrices qui se citent entre elles, un internationalisme se définit et se développe par un travail de traduction, de diffusion et de critique. Wittig est une figure centrale, à la fois du féminisme lesbien et radical et de la littérature lesbienne, qui théorise l'hétérosexualité et pense le lesbianisme comme posture politique. La littérature lesbienne se divise alors en deux branches très différentes : les écrivaines lisibles dites d'intégration ou classiques d'un côté, et les écrivaines illisibles, dites modernistes de l'autre. Turbiau, dans la cinquième section centrée sur les années 1986-2000, s'intéresse à la diffusion massive de la littérature lesbienne dans « l'ensemble du champ littéraire ». Marquée par la recherche d'archives et les mémoires, comme par l'avènement d'Internet et des sites web, c'est une période qui permet la naissance de l'édition lesbienne française. La recherche d'un lesbianisme heureux anime l'écriture des livres publiés. Cette période connaît aussi un « déplacement de la littérature lesbienne vers la littérature queer » avec des publications telles que *Sphinx* (1986) d'Anne F. Garréta et *Manifeste contra-sexuel* (2000) de Paul B. Preciado.
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Sciences humaines et arts
W4375847318
« Être lesbienne est une fête »
Maël Maréchal
2023
10.26522/vp.v20i1.4309
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Sciences humaines et sociales
Voix Plurielles
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Manon Berthier s'attarde, dans la sixième section, à retracer la présence du lesbianisme dans les littératures de l'imaginaire, soit la science-fiction, la fantasy et le fantastique (SFF). On trace l'origine thématique du lesbianisme dans « Christabel » de Samuel Coleridge en 1816 et *Carmilla* de Joseph Sheridan Le Fanu en 1872, qui représentent les « angoisses de leur époque concernant l'évolution des rôles sociaux des femmes ». Cette fiction vampirique, cette rencontre entre « héroïne innocente et une figure féminine surnaturelle » (173) sera actualisée par les écrivaines des littératures de l'imaginaire des années 1960 et 1970. Les autrices de SFF, présentes depuis 1949 en France, interrogent, dans leur fiction, les rapports sociaux de sexe, la sororité politique et la reproduction entre femmes. La septième section, rédigée par Margot Lachkar, porte sur une littérature lesbienne contemporaine où l'autofiction domine. Résolument politique, cette littérature s'attaque au mariage pour tous·tes et à l'homoparentalité, mais aussi à la racisation, la judéité et l'antisémitisme – sujets qu'abordent, par exemples, Nina Bouraoui, Fatima Daas et Constance Debré. Cette période voit toujours une profusion de publications lesbiennes : romans policiers et romances, bandes dessinées et romans graphiques, mais, curieusement, la littérature lesbienne met encore en scène des récits de sortie de l'hétérosexualité par des aventures lesbiennes. Le corpus étudié est moins blanc dans cette section, mais on peut regretter que les personnes racisées soient peu abordées et seulement vers la fin du livre. Plus d'un siècle de littérature lesbienne est maintenant accessible grâce à ce remarquable ouvrage collectif complet, facile à lire et bien structuré. Les auteurs rendent justice à des œuvres invisibilisées et aux mouvements de luttes ayant permis leur publication. Iels donneront probablement l'élan aux chercheurs d'écrire maintenant des livres spécialisés qui s'attarderont à des types particuliers de la littérature lesbienne, comme ceux de l'imaginaire, de la bande dessinée, de la littérature jeunesse ou du théâtre. Maël MARÉCHAL <footnote>Note</footnote> <footnote n="1">¹ Le titre de l'ouvrage est tiré d'un texte de Monique Wittig publié dans le journal féministe *Le Torchon brûle*.</footnote>
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Sciences humaines et arts
W4300021176
La forme interne immanente dialogique chez Bakhtine comme alternative à Humboldt et Potebnja
Ljudmila GOGOTIŠVILI
2016
10.26034/la.cdclsl.2016.489
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Sciences humaines et sociales
Cahiers du Centre de Linguistique et des Sciences du Langage
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La forme interne immanente dialogique chez Bakhtine comme alternative à Humboldt et Potebnja Ljudmila GOGOTIŠVILI Inst. de philosophie, Académie des sciences, Moscou Résumé : M. Bakhtine a réinterprété à sa façon les principales idées de Humboldt et de Potebnja (sur la «forme interne», le rapport entre pensée, langage et mythe, et entre poésie et prose). Considérant comme une fiction la notion d'«unité de la langue littéraire» (et par conséquent de sa forme interne), Bakhtine rejette l'idée que la forme interne soit propre à la langue envisagée comme un tout. Ce faisant, Bakhtine retourne le tranchant de l'idée d'une spécificité nationale et axiologiquement hiérarchisée de la forme interne et de l'organisation externe de chaque langue, en la transformant en la thèse que chaque langue, envisagée comme un tout ou dans ses variantes, est, par principe, une entité relative. Mots-clés : Bakhtine ; Humboldt ; Potebnja ; forme interne ; aspect énergétique du langage ; relativisme linguistique
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W4300021176
La forme interne immanente dialogique chez Bakhtine comme alternative à Humboldt et Potebnja
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Cahiers du Centre de Linguistique et des Sciences du Langage
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1) Bakhtine fait des allusions directes à Humboldt et Potebnja, mais celles-ci ne sont ni nombreuses ni développées. Pourtant, dans la mesure où les thématiques humboldto-potebniennes ont grandement contribué à former le champ de discussions des sciences humaines en Russie au début du XXème siècle, on a toutes les raisons de supposer qu'il a interprété à sa façon les idées de Humboldt et de Potebnja (sur la «forme interne», l'aspect énergétique du langage, le rapport entre pensée, langage et mythe, ainsi qu'entre prose et poésie), en leur donnant un sens et une forme conceptuelle fort spécifiques. 2) Bakhtine a élaboré ses idées linguo-philosophiques dans le domaine des études littéraires, comprises de façon extensive, entrant par là-même en une dispute implicite avec Humboldt et Potebnja, en particulier au sujet du rapport entre prose et poésie. Si pour ces derniers, qui considéraient que l'étape ultime d'évolution de la prose est sa forme *scientifique*, la *fusion* volontaire de la langue et de la pensée qui s'y faisait jour était un phénomène naturel et positif (pour Humboldt, la langue doit, «renoncer à faire valoir sa propre indépendance pour ne plus connaître que la pensée et s'accorder à elle aussi étroitement que possible» (Humboldt 1974, p. 353), pour Bakhtine au contraire, existe une béance entre la langue et la pensée : pour lui, l'auteur ne possède pas son propre mot [*slovo*], il n'exprime sa position qu'avec des réserves, dans une langue «éloignée de ses lèvres».<fnref n="1" /> Si en poésie, du point de vue de Potebnja, «le lien entre une image et une idée n'est pas à prouver» et que dans la prose scientifique «la soumission du fait à la loi doit être démontrée et la force des preuves est la mesure de la vérité» (Potebnja 1913, p. 166), si pour lui l'essence de la prose «consiste dans la complexité et l'abstraction de la pensée» (*ibid*., p. 182), pour laquelle «les mots qui entrent dans la prose ne sont que des signes de significations et non, comme dans la poésie, des images concrètes éveillant des significations» (*ibid*., p. 183), du point de vue de Bakhtine en revanche, la preuve en prose n'a aucune valeur constitutive, alors que les images au contraire conservent leur signification, mais sous une autre forme, comme images de langues particulières ou de «sous-langues» (voir *infra*). 3) L'attirance des idées bakhtiniennes pour le territoire de la littérature, cependant, ne bloque nullement la possibilité d'en donner une interprétation entièrement *linguistique*. En opérant une reconstruction fine de la ligne directrice des transformations que Bakhtine opère sur les traditions humboldtienne et potebnienne, on peut indiquer les pistes suivantes. <footnote n="1">¹ «Même si nous faisons abstraction des propos des personnages et des genres intercalaires, le discours même de l'auteur demeure un système stylistique de langages : des masses considérables de ce discours stylisent (directement, parodiquement ou ironiquement) les langages d'autrui et les propos d'autrui y sont disséminés, nullement entre guillemets, et appartenant formellement aux propos de l'auteur, mais distinctement éloignés de ses lèvres par uneintonation restrictive, ironique, parodique, ou autre» (Baxtin : «Slovo v romane», trad. par Daria Olivier, dans Bakhtine 1978, p. 227).</footnote>
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La forme interne immanente dialogique chez Bakhtine comme alternative à Humboldt et Potebnja
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4) En analysant en détail le problème de l'interaction des forces centripètes et centrifuges de la langue littéraire, Bakhtine considère que l'idée d'«unité de la langue littéraire» est une fiction, ou plus exactement (pour utiliser une terminologie néokantienne, proche de Bakhtine) — comme une visée idéologique, et non une donnée factuelle.<fnref n="2" /> 5) Cela signifie, en dehors de ce qui vient d'être dit, qu'avec l'idée de l'unité de la langue Bakhtine désavoue également la notion humboldtienne de forme interne comme inhérente à la langue dans sa totalité. 6) Estimant la notion de «langue littéraire commune» comme fiction, Bakhtine examine comme donnée réelle la «polyglossie» (raznorečie), c'est-à-dire l'état de la langue qui est le résultat d'un «pillage» intentionnel, se déroulant en permanence, de toutes ses données (lexicales, grammaticales, syntaxiques, stylistiques, expressives, etc.). Ce pillage in-tentionnel amène à la stratification de la langue en de nombreux styles ou genres, «sous-langues» sociales, professionnelles, de vision du monde, etc. (le terme de «sous-langue» est ici conventionnel; Bakhtine lui-même dit «langues» professionnelles, religieuses, de vision du monde, de genre, etc.). 7) Par là-même Bakhtine, d'une part, intensifie au maximum, de l'autre — inverse l'idée de spécificité nationale et de valorisation hiérarchique de la forme interne et de l'organisation externe de chaque langue. Le grand nombre des sous-langues, leurs constantes collisions dans la lutte pour posséder de la force de désignation du référent amènent Bakhtine à conclure au relativisme de principe aussi bien de toute langue en totalité, que de toutes ses variétés (sous-langues) discursives, et donc au relativisme de la forme interne de la langue et de ses variétés (à condition, bien sûr, d'en reconnaître l'existence). 8) La conscience littéraire et linguistique se comprend, par conséquent, comme entièrement décentralisée, c'est-à-dire comme «ressentant vivement» les frontières (ou la limitation) de la langue et de toutes ses formes discursives particulières par rapport aux intentions concernant le sens et les objets. 9) La notion de «forme interne» (ici, c'est mon interprétation) a également subi chez Bakhtine des modifications importantes. En la croisant avec la «forme architectonique» kantienne, Bakhtine (avançant dans la même direction que Špet, mais selon un itinéraire radicalement différent), renvoie la notion de forme interne non vers les langues dans leur intégralité (comme chez Humboldt), non vers le lexème (comme chez Potebnja), mais <footnote n="2">² «Une langue unie n'est pas donnée, mais en fait toujours à faire, et à chaque moment de la vie langagière elle s'oppose à un multilinguisme réel..» (Baxtin 2012, p. 24).</footnote>
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pas non plus vers les types de discours stratifiant la langue (ce qui, à première vue, aurait pu servir de prolongement organique de sa théorie du pillage intentionnel), mais bien vers l'œuvre de parole, ou énoncé [vyskazyvanie]. Bakhtine transforme la forme interne en stratégie de construction des énoncés (ou œuvres) en tant que touts. Dans un sens proche, on parle parfois de stratégies d'engendrement de textes ou de stratégies discursives. 10) On peut arriver à cette conclusion de la thèse, non formulée explicite-ment par Bakhtine mais sous-entendue, que la polyphonie est la forme interne des romans de Dostoïevski (dans la littérature critique on peut ren-contrer cette façon de voir, cf., par exemple, le travail de P. Bicilli, dans lequel aussi bien l'interprétation de V. Ivanov de la structure du roman de Dostoïevski comme «roman-drame» ou «hybride artistique», que la poly-phonie bakhtinienne sont appelées formes intérieures du roman, Bicilli 1996). 11) Puisque la polyphonie est bien, en y regardant de plus près, une stratégie d'engendrement de textes, que Bakhtine définit qualitativement, son interprétation en tant que forme interne acquiert une dimension de pro-cessus énergétique (qui correspond à l'accent que met Humboldt sur énergieia au détriment de ergon). 12) En examinant chaque conscience parlante comme remplie de types discursifs délibérément reconnus et, par conséquent, d'instances imma-nentes, également relatives, d'origine du sens, entrant dans diverses et complexes combinaisons mutuelles, et participant par cela même à la réal-isation de la stratégie polyphonique, Bakhtine introduit un nouveau critère pour mettre en évidence la forme interne de l'œuvre : le dialogisme intérieur. Ce qui est ici en vue n'est pas tant la communication avec le lecteur, qu'avant tout, lié avec le pillage et la stratification de la langue, le caractère inéluctable du dialogue intérieur entre diverses voix relativisées, imma-nentes à l'énoncé en construction et correspondant à la conscience langa-gière, ou plus exactement entre différentes instances internes d'éma-nation du sens (ou lieux d'énonciation [govorenie]). 13) Selon Bakhtine, dans tout énoncé se trouvent toujours, au minimum, deux lieux immanents d'énonciation, puisque l'acte de conception de son objet par le mot est toujours dialogique (c'est-à-dire, dans le cas le plus simple, dirigé aussi bien vers l'objet de discours que sur le mot étranger sur le même objet). 14) En tant que matrices langagières de dialogisme immanent, Bakhtine introduit les notions de «mot à deux voix» et de «construction hybride». Cette dernière, tout en possédant tous les signes formels d'appar-tenance à une «voix» unique, est interprétée comme contenant au moins deux ins-
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La forme interne immanente dialogique chez Bakhtine comme alternative à Humboldt et Potebnja
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tances immanentes d'émanation du sens, différentes par le ton et le conte- nu, dont l'une entre avec l'autre en relation dialogique. 15) Puisque les constructions hybrides à deux voix sont comprises par Bakhtine comme *non* marquées par des formes linguistiques externes (objectivées), la forme dialogique intérieure est comprise de la même manière — comme linguistiquement *non* marquée. On voit apparaître ici un compromis inattendu que fait Bakhtine avec la forme interne de Humboldt et de Potebnja : un des mots de la structure hybride, pris à la manière de Potebnja, c'est-à-dire de façon isolée, peut être perçu comme une abréviation du point d'énonciation étranger utilisé comme un tout et devenir porteur de sa forme interne au sens humboldtien. 16) On peut comprendre la thèse générale de Bakhtine dans ce sens que chaque énoncé de grande taille est construit comme partant, alternative-ment ou par accumulation, de plusieurs lieux d'énonciation, différents de par leur remplissage sémantique et leur orientation vers un but, entrant entre eux en de nombreuses et diverses relations dialogiques. 17) Les aspects typologiquement signifiants des rapports entre tous ces lieux immanents d'énonciation à l'intérieur d'une même œuvre constituent, selon Bakhtine, la stratégie de construction des différentes «formes internes» des œuvres. 18) Ce sont deux types limites de forme dialogique intérieure qui se déta- chent : monologique et polyphonique (il faut, cependant, avoir en vue que Bakhtine considérait le monologisme comme une des variétés du dialo- gisme).<fnref n="3" /> 19) Ce qui vient d'être dit ne signifie pas que Bakhtine relativisait les in- tentions sémantiques : en fin de compte, s'il a entrepris une relativisation de principe de la langue en totalité et de toutes ses variétés discursives particulières, c'est bien pour fonder la possibilité de ces formes internes, et par conséquent des stratégies discursives. Celles-ci, en articulant, en impo- sant, en opposant, en redistribuant, etc., les lieux d'énonciation relatifs immanents à l'énoncé, surmontent le relativisme de la langue par les forces du relativisme lui-même, en débouchant de la sorte sur un nouveau type d'adéquation, n'ayant d'analogue ni chez Humboldt ni chez Potebnja. © Ljudmila Gogotišvili (traduit du russe par Patrick Sériot) <footnote n="3">³ Pour plus de détails, cf. Gogotišvili 2013.</footnote>
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REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES — BAKHTINE Mikhaïl, 1978 : *Esthétique et théorie du roman*, Paris : Galimard. — BAXTIN Mixail, 2012 : «Slovo v romane» ['Le mot dans le roman', souvent traduit en français comme 'Le discours romanesque'], in Baxtin M.M. : *Sobranie sočinenij*, t. 3, Moskva : Jazyki slavjanskix kul'tur, p. 7-179. — BICILLI P., 1996 : «K voprosu o vnutrennej forme romanov Dostoevskogo» [La forme interne des romans de Dostoïevsky], in *Izbrannye trudy po filologii*, V. Vomperskij et al., éd., Moskva, p. 483-549. — GOGOTIŠVILI Ljudmila, 2013 : «K situacii vokrug polifonii» [La situation autour de la polyphonie], in *Revue philosophique électronique VOX*, n° 15 : http://vox-journal.org/content/vox15/Vox15-GogotishviliLA1.pdf — HUMBOLDT Wilhelm von, 1974 : *Introduction à l'œuvre sur le kavi et autres essais*, trad. par Pierre Caussat, Paris : Seuil. [orig. : 1835] — POTEBNJA Aleksandr, 1913 : *Mysl' i jazyk* [La pensée et le langage], Kharkov : Tipografija Mirnyj trud, Devičja ulica, n° 14 (1ère éd. 1862). <figure><img src="image_1.png" /><figcaption>Mixail Baxtin / Mikhaïl Bakhtine (1895-1975)</figcaption></figure>
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Les Gastéropodes du Santonien supérieur (Crétacé supérieur) des Corbières méridionales aux environs de Sougraigne (Aude, France) Neuvième étude|The gastropods of the Upper Santonian (Upper Cretaceous) southern Corbières, in the hinterland of Sougraigne (Aude, France). Nineth study
Xavier Chaix|Jérôme Plicot
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# Les Gastéropodes du Santonien supérieur (Crétacé supérieur) des Corbières méridionales aux environs de Sougaigne (Aude, France) Neuvième étude Xavier Chaix, Jérôme Plicot ► To cite this version: Xavier Chaix, Jérôme Plicot. Les Gastéropodes du Santonien supérieur (Crétacé supérieur) des Corbières méridionales aux environs de Sougaigne (Aude, France) Neuvième étude. Carnets Natures, 2024, 11, pp.81-91. hal-04889919 HAL Id: hal-04889919 https://hal.science/hal-04889919v1 Submitted on 15 Jan 2025 HAL is a multi-disciplinary open access archive for the deposit and dissemination of sci- entific research documents, whether they are pub- lished or not. The documents may come from teaching and research institutions in France or abroad, or from public or private research centers. L'archive ouverte pluridisciplinaire HAL, est destinée au dépôt et à la diffusion de documents scientifiques de niveau recherche, publiés ou non, émanant des établissements d'enseignement et de recherche français ou étrangers, des laboratoires publics ou privés. <figure><img src="image_1.png" /></figure> Distributed under a Creative Commons Attribution 4.0 International License
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Les Gastéropodes du Santonien supérieur (Crétacé supérieur) des Corbières méridionales aux environs de Sougraigne (Aude, France) Neuvième étude|The gastropods of the Upper Santonian (Upper Cretaceous) southern Corbières, in the hinterland of Sougraigne (Aude, France). Nineth study
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# Les Gastéropodes du Santonien supérieur ## (Crétacé supérieur) ## des Corbières méridionales ### aux environs de Sougraigne (Aude, France) ### Neuvième étude Xavier CHAIX<fnref n="1" /> et Jérôme PLICOT<fnref n="2" /> ## Résumé L'étude de nouveaux affleurements du Crétacé supérieur des Corbières méridionales (Aude) a permis la récolte de nombreux gastéropodes dans les formations des Marnes bleues de Sougraigne et de la Montagne des Cornes, datées du Santonien supérieur, Zone à Polyopsis, Sous-zone à Paraplanum. Sont cités dans cette neuvième étude, les nouveaux taxons suivants : Pour les familles : *Paleophasianellidae* ; pour les genres : *Paleophasianella* ; pour les espèces : *Paleophasianella auvrayi* et *Paleophasianella aenigmatica*. Sont également cités les genres et sous-genres : *Solariella*, *Tectus*, *Eucyclus*, *Gyrodes* et *Iscafusus*. https://zoobank.org/82E87D3A-FDF2-4240-955A-05B9A078B580 **Mots clés** : Gastropoda, Crétacé supérieur, Santonien, Corbières, Aude, France. ## The gastropods of the Upper Santonian (Upper Cretaceous) southern Corbières, in the hinterland of Sougraigne (Aude, France). Nineth study ## Abstract News ourcrops of the Upper Cretaceous of Sougraigne (Southern Corbières, Aude) has allowed to collect numerous gastropods in the “Marnes bleues de Sougraigne” and “Montagne des Cornes” Formations dating from the Lower Santonian, Carezi Zone and the Upper Santonian, Polyopsis Zone, Paraplanum Sub-zone. Are studied in this nineth study, new taxa discribed for the first time : new family *Paleophasianellidae* ; new genera : *Paleophasianella* and the next new species : *Paleophasianella auvrayi* and *Paleophasianella aenigmatica*. Are cited representatives of the genera *Solariella*, *Tectus*, *Eucyclus*, *Gyrodes* and *Iscafusus*. **Keyword** : Gastropoda, Upper Cretaceous, Santonian, Corbières, Aude, France. ## Introduction Le présent travail a pour but de poursuivre la réactualisation de la systématique des Gastéropodes du Santonien (Crétacé supérieur) des Corbières méridionales aux alentours de Sougraigne (Aude), qui n'ont pas fait d'étude paléontologique depuis les travaux anciens de d'Archiac (1854), de Roussel (1885), de Cossmann (1896-97, 1902, 1903), de Delpey (1938, 1942) et de Termier (1954). Dans cette neuvième étude nous décrivons les genres suivants : *Solariella*, *Tectus*, *Eucyclus*, *Gyrodes*, *Iscafusus* et le genre nouveau *Paleophasianella*. Deux nouveaux taxons : *Paleophasianella auvrayi* et *Paleophasianella aenigmatica*, ainsi qu'une nouvelle famille : *Paleophasianellidae*. Pour plus de détails sur le cadre historique et stratigraphique, se reporter à la première étude de cette révision (Chaix & Plicot, 2018). Rappelons cependant que les dépôts du Crétacé supérieur des Corbières méridionales appartiennent à la couverture méridionale du Massif hercynien de Mouthoumet et <footnote n="1">1. Musée de Paléontologie et de Préhistoire, 12 rue Saint-Mammès, F-11160, Villeneuve-Minervois.</footnote> <footnote>bernadette.chaix@wanadoo.fr</footnote> <footnote n="2">2. Jérôme Plicot, F-11200, Saint-André-de-Roquelongue.</footnote>
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Les Gastéropodes du Santonien supérieur (Crétacé supérieur) des Corbières méridionales aux environs de Sougraigne (Aude, France) Neuvième étude|The gastropods of the Upper Santonian (Upper Cretaceous) southern Corbières, in the hinterland of Sougraigne (Aude, France). Nineth study
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qu'ils s'expriment particulièrement bien au niveau du Synclinal de Rennes-les-Bains, dans lequel se développe un dispositif prodeltaïque à deux composantes sédimentaires disposées en relais latéral, l'ensemble témoignant d'une polarité vers le sud représentative de la marge nord-aquitaine (Bilotte, 2007). Au nord un complexe sédimentaire de 100 à 250 mètres d'épaisseur, de type deltaïque, regroupé dans la formation de la Montagne-des-Cornes, au sein duquel se développent des bioconstructions récifales à rudistes, qui occupent les trois reliefs de la Montagne-des-Cornes, des Cloutets et du Brenz. Au sud la formation des Marnes bleues de Sougraigne, uniformément constituée de 100 à 250 mètres de marnes micacées (parfois de couleur gris-bleu), témoignent d'un milieu de dépôt plus profond, représentant les faciès de type prodelta. Des faciès de transition et des indentations entre ces deux formations concourent à la complexité de la succession lithostratigraphique des environs de Sougraigne où divers faciès intermédiaires, latéralement bien délimités, ont été individualisés sous diverses dénominations, désignant des membres lithologiques très localisés tels les « Calcaires à Lima », les « Marnes à Turritelles et Corbules », les faciès terrigènes à « ossements de Mosasaures », ou encore les « Marnes du Moulin Tiffou ». La coupe historique du chemin de Sougraigne aux Cloutets, regroupe certains d'entre eux. ## Étude systématique, par Xavier Chaix **Embranchement :** Mollusca **Classe :** Gastropoda **Ordre :** Vetigastropoda **Sous ordre :** Trochina **Super-famille :** Trochoidea Rafinesque, 1815 **Famille :** Solariellidae Wood, 1842 **Genre :** Solariella Wood, 1842 **Espèce type :** Solariella maculata Wood, 1842 (type par monotypie) **Solariella cf. turonica** Cossmann, 1897 **Fig. 96 A-B** 1897 - Solariella turonica Cossmann, p. 266, pl. 2, fig. 42-45. **Holotype :** Collection Cossmann, conservé au Muséum National d'Histoire Naturelle de Paris. **Dimensions :** Hauteur : 10 mm ; diamètre du dernier tour : 11 mm. ### Description : Petite espèce de forme turriculée, formée de 6 tours aux bords convexes séparés par des sutures étroites et profondes. L'ornementation est faite de filets concentriques et crénelés, au nombre de 5 à 6 par tours. La base porte également des filets concentriques recoupés par une ornementation axiale et formant ainsi tout une suite de losanges inclinés. L'ouverture est de forme arrondie. L'ombilic est présent et semble profond, mais non dégageable sur notre échantillon. Cossmann (1897, p. 267), dans sa diagnose de l'holotype, précise concernant l'ombilic « une forte crénelure autour de la cavité ombilicale, la paroi de cet ombilic porte des plis dans le prolongement de ces crénelures, puis un sillon spiral et au fond quelques cordons granuleux ». <figure><img src="image_2.png" /><figcaption>**Fig. 96A-B** - Solariella cf. turonica Cossmann, 1897. K11730. Marnes Bleues, à la sortie du village de Sougraigne, après le pont (Aude). Échelle 1 cm.</figcaption></figure> ### Remarques : Ce taxon est très fréquent dans les Marnes bleues de Sougraigne. Malheureusement les échantillons récoltés sont toujours en mauvais état de conservation ou incomplets. C'est la raison pour laquelle nous n'avons pas créé une nouvelle espèce, malgré les différences avec la forme de Cossmann. Aucun des nombreux échantillons que nous avons pu observer ne présentent, en effet, les caractéristiques ombilicales exactes définies par Cossmann, tout au plus à l'ouverture de l'ombilic, une sorte de découpage en forme de flammèche correspondant sans doute aux crénelures indiquées par cet auteur (mal conservées suite à la fossilisation). Pour les mêmes raisons, nous n'avons pas souhaité modifier son attribution générique, dans l'attente de la découverte d'échantillons en parfait état. À noter que l'espèce de Cossmann n'a, d'après Zekeli (1852), été récoltée que dans le Turonien. Cet auteur figure plusieurs espèces voisines de Solariella turonensis, la plus proche étant Turbo arenosus (J. de C. Sowerby, 1832, pl. 38, fig. 14, sans figuration de l'ombilic), forme qui présente une ornementation spirale composée de gros filets ponctués alternant avec 1 à 2 filets de moindre importance, ce qui n'est pas le cas pour notre spécimen. **Âge et provenance :** Santonien supérieur, Zone à Polyopsis, Sous-zone à Paraplanum, trouvé en place dans les Marnes bleues, à la sortie du village de Sougraigne, après le pont sur la Sals. **Matériel figuré :** K11730 (Fig. 96A-B) conservé dans les collections du musée de Paléontologie et de Préhistoire de Villeneuve-Minervois (Aude). **Famille :** Tegulidae Kuroda, Habe & Oyama, 1971 **Genre :** Tectus Montfort, 1810
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Les Gastéropodes du Santonien supérieur (Crétacé supérieur) des Corbières méridionales aux environs de Sougraigne (Aude, France) Neuvième étude|The gastropods of the Upper Santonian (Upper Cretaceous) southern Corbières, in the hinterland of Sougraigne (Aude, France). Nineth study
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**Espèce type :** *Trochus mauritianus* Gmelin, 1791 *Tectus michaleti* Cossmann, 1903 Fig. 97, 98 1903 - *Trochus* (*Tectus*) *michaleti* Cossmann, p. 8, pl. 3, fig. 3. **Holotype** : Collection Cossmann, conservé au Muséum National d'Histoire Naturelle de Paris. **Dimensions** : Hauteur : 18 mm ; diamètre du dernier tour : 13 mm. **Description :** Coquille conique de taille moyenne, composée de 6 à 7 tours convexes en avant et excavés en arrière. La suture semble linéaire. L'ornementation n'a pas été conservée sur notre fossile, mais d'après Cossmann (1903, p. 8), elle serait composée de « *de filets spiraux peu appars* et de plis d'accroissement obliques, fasciculés vers la suture, *au-dessus de laquelle se forme un léger bourrelet* ». La base est excavée et porte de nettes lignes concentriques. Absence d'ombilic. L'ouverture est de forme rectangulaire, mais arrondie du côté du labre. **Remarques :** Ce taxon semble très rare. Nous figurons ici (Fig. 97) le seul exemplaire connu du Santonien des Corbières (Aude) récolté en 20 ans de recherches sur le terrain. Cossmann n'en connaissait qu'un exemplaire (reproduit Fig. 98) provenant du Coniacien de Figuieres (Bouches-du-Rhône). L'espèce la plus proche est très certainement *Trochus sougaignenensis* Cossmann (1903, p. 7, pl. 3, fig. 4-5), du Santonien de Sougaigne, qui se distingue de notre fossile par une taille plus grande et surtout par son ornementation formée de grosses ponctuations. **Âge et provenance** : Santonien supérieur, Zone à Polyopsis, Sous-zone à Paraplanum, trouvé en place dans les Marnes Bleues, en aval du Moulin Tiffou (Rennes-les-Bains, Aude). **Matériel** : K11724 (Fig. 97) conservé dans les collections du musée de Paléontologie et de Préhistoire de Villeneuve-Minervois (Aude). <figure><img src="image_3.png" /><figcaption>Fig. 97 - *Tectus michaleti* Cossmann, 1903. K11724. Marnes Bleues, en amont du Moulin Tiffou (Rennes-les-Bains, Aude). Échelle 1 cm.</figcaption></figure> <figure><img src="image_4.png" /><figcaption>Fig. 98 - *Tectus michaleti* Cossmann, 1903. Reproduction de la fig. 3, pl. 3 de Cossmann, 1903.</figcaption></figure> **Super-famille :** Seguenzioidae Verrill, 1884 **Famille :** Eucyclidae Koken, 1896 **Genre :** *Eucyclus* Eudes-Deslongchamps, 1860 **Espèce type :** *Eucyclus obeliscus* Eudes-Deslongchamps, 1860 *Eucyclus lapeyrousei* (d'Archiac, 1854) Fig. 99 A-B, 100 1854 - *Trochus lapeyrousei* d'Archiac, p. 219, pl. 4, fig. 10. 1903 - *Eucyclus lapeyrousei* (d'Archiac). Cossmann, p. 7, pl. 2, fig. 10-12. **Holotype** : Collection d'Archiac, muséum d'Histoire naturelle de Paris (non vérifié). **Dimensions** : Hauteur 18 mm ; diamètre du dernier tour : 11 mm. **Description :** Coquille de taille moyenne, de forme conique-trochoïde, composée de 7 à 8 tours imbriqués les uns dans les autres et séparés par une suture bien marquée. Une carène sépare les deux parties de chaque tour et porte une nette ponctuation. L'ouverture est presque holostome (= de forme circulaire). L'angle spiral et l'ornementation de la coquille peuvent varier d'un individu à l'autre. **Remarques :** *Eucyclus lapeyrousei* peut facilement être confondu avec *Eucyclus extractus* Cossmann (1903, p. 6, pl. 2, fig.15-17) qui est une autre espèce des mêmes niveaux du Santonien de Sougaigne. Les deux taxons, de taille sensiblement identique, peuvent facilement être distingués en comparant la base de leur coquille : présence de filets concentriques chez *Eucyclus lapeyrousei* ; présence de plis rayonnants arqués et concentriques chez *Eucyclus extractus*.
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<figure><img src="image_5.png" /><figcaption>**Fig. 99A-B** - *Eucyclus lapeyrousei* (d'Archiac, 1854). K11726. Marnes Bleues, niveau « des marnes à Mosasaures », sous le chemin des Cloutets à Sougraigne (Aude). Échelle 1 cm.</figcaption></figure> <figure><img src="image_6.png" /><figcaption>**Fig. 100** - *Eucyclus lapeyrousei* (d'Archiac, 1854). Reproduit de la fig. 10, pl. 2 de Cossmann, 1903, récolté à Sougraigne (Aude), sans indication précise de lieu.</figcaption></figure> Du même genre, *Eucyclus tabulatus* Cossmann (1903, p. 7, pl. 3, fig.1 & 2) est une forme plus grande, également présente dans le Santonien de Sougraigne (Aude) (taxon déjà décrit dans Chaix & Plicot, 2022, p. 72-73). **Âge et provenance** : Santonien supérieur, Zone à Polyopsis, Sous-zone à Paraplanum, trouvé en place dans les Marnes Bleues, au niveau des « marnes à Mosasaures », sous le chemin des Cloutets à Sougraigne (Aude). **Matériel étudié** : K11726 (Fig. 99A-B) conservé dans les collections du musée de Paléontologie et de Préhistoire de Villeneuve-Minervois (Aude). **Eucyclus extractus** Cossmann (1903) Fig.101A-B, 102 1903 - *Eucyclus extractus* Cossmann, p. 6, pl. 2, fig. 15-17. **Holotype** : Collection Cossmann, muséum d'Histoire naturelle de Paris (non vérifié). **Dimensions** : Hauteur : 20 mm ; diamètre du dernier tour : 15 mm. **Description** : Nous ne disposons, de cette rare espèce, que d'un seul individu, malheureusement déformé et très mal conservé, du moins pour ses premiers tours. Coquille de taille moyenne, de forme trochoïde, formée d'environ 7 tours de spire, dont seul le dernier en permet la description. L'espèce est caractérisée par la présence d'une double carène recoupée par des plis d'accroissement obliques, au nombre d'une vingtaine sur le dernier tour et séparés par de larges intervalles. Ouverture oblique-circulaire. La base porte une ornementation caractéristique formée de plis rayonnants curvilignes **Remarques** : D'après Cossmann (1903, p. 6), *Eucyclus extractus* serait nettement plus fréquent dans le Santonien de Sougraigne que *Eucyclus lapeyrousei*, avec lequel il se confond facilement ; ce que nous n'avons pu vérifier. Pour différencier facilement ces deux espèces, toutes deux présentes dans le Santonien de Sougraigne, il convient de se reporter au paragraphe « Remarques », concernant l'espèce précédente. **Âge et provenance** : Santonien supérieur, Zone à Polyopsis, Sous-zone à Paraplanum, trouvé en place dans les Marnes Bleues, niveau des « Marnes à Mosasaures », sous le chemin des Cloutets, à Sougraigne (Aude). **Matériel étudié** : K11725 (Fig. 101A-B) conservé dans les collections du musée de Paléontologie et de Préhistoire de Villeneuve-Minervois (Aude). **Ordre** : Trochida **Sous Ordre** : Trochina Cox & Knight, 1960 **Superfamille** : Trochoidea Rafinesque, 1815 **Famille** : Paleophasianellidae nov. fam. **Genre** : *Paleophasianella* nov. gen. **Générotype** : *Paleophasianella auvrayi* nov. sp. de la collection Chaix, conservé dans les collections du muséum d'Histoire naturelle de Toulouse (Haute-Garonne). zoobank.org/74A322D4-A54C-40F3-B9D3-0EFA3BAF756C zoobank.org/5ECB4C23-D2A1-466A-A13A-CDBD8BE184E8
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**Origine du nom :** Ce nouveau taxon, est composé du préfixe paleo (= ancien) et de Phasianella, genre décrit par Lamarck (1804), dont l'étymologie latine est phasianus (= faisan) : nom marchand donné à une espèce de ce genre (sans doute dû à la coloration de la coquille, faisant penser aux coloris du plumage de cet oiseau ; concordance amusante, les faisans appartiennent à la famille des Phasianidae). **Discussion :** Nous proposons la création d'un nouveau genre de *Trochoidea* (Rafinesque, 1815) regroupant les formes crétacées qui avaient été jusqu'à présent attribuées au genre *Phasianella* (Lamarck, 1804). La présence du genre *Phasianella* dans le Crétacé a souvent été mise en doute par les auteurs. Fischer (1885, p. 810) estimait que « *le genre Phasianella est signalé par les auteurs depuis le Dévonien jusqu’à l’époque actuelle, mais les espèces tertiaires seules paraissent certaines* ». Ce que semblait confirmer Cossmann qui précise (1918, p. 147) que « *les Phasianellidae sont loin d’être aussi ancien qu’on ne l’a cru pendant longtemps, il n’est même pas établi que cette famille ait des représentants crétaciques* ». Plus récemment Moore (1960, p. 1274) indiquait que les *Phasianellidae* ne sont à considérer que du Paléocène à Actuel. Il faut aussi noter que Kollmann (2005, p. 98-99) avait reclassé les quatre espèces crétacées de *Phasianella*, de d'Orbigny (1943), sous des taxons différents, par exemple : *P. ervyna* devient *Pseudomelania ervyna* ; *P. gaultina* est considérée comme « *species dubia et incertae sedis* » ; *P. neocomiensis* devient *Pictavia neocomiensis* et *P. supracretacea* devient *Pseudomelania? supracretacea*. Nous proposons de placer le nouveau genre *Paleophasianella* dans une nouvelle famille *Paleophasianellidae* dont les caractéristiques sont les mêmes que celle du genre ; elle regroupe en attendant l'identification de nouveaux fossiles pouvant lui être associé : un âge Crétacé et une répartition limitée à l'Europe occidentale. **Comparaisons et remarques :** Les représentants de la nouvelle famille des *Paleophasianellidae* et du nouveau genre *Phaophasianella* ont des caractères très proches des formes actuelles de *Phasianella* (Lamarck, 1804). Elles en diffèrent cependant par des tours presque plans (au lieu d'être bombés), sauf à l'épalement en direction de la suture où elles s'arrondissent. Le genre le plus proche, serait les *Pseudomelania* (Pictet & Campiche, 1862), qui sont de forme plus allongée et pointue et sont essentiellement représentées au Jurassique. **Âge et répartition géographique :** Le genre *Paleophasianella* nov. gen., n'a été récolté à ce jour que dans les Hautes-Corbières où nous l'avons rencontré dans deux niveaux distincts : le Coniacien de Soulatgé (Aude), horizon à Tridorsatum ; les Marnes Bleues du Santonien supérieur, de la région de Sougraigne, Zone à Polyopsis, Sous zone à Paraplanum. Nous attribuons à notre nouveau genre plusieurs espèces provenant du Crétacé supérieur de la région de Gosau (Autriche) tel « *Phasianella gausauica* » décrit par Zekeli (1852) que Delpey (1942, p. 31) précise avoir reconnu dans les Hautes-Corbières. **Paleophasianella nov. gen. auvrayi nov. sp.** **Fig.103A-C, 104** zoobank.org/7C488C95-9BCA-4B1E-94EE-BC2ED1C856BC **Localité et strate type** : L'Holotype provient de la formation des Marnes Bleues de Sougraigne, où il a été trouvé en place sur le chemin de Cloutets, à environ 800 mètres du village de Sougraigne (Aude). <figure><img src="image_7.png" /><figcaption>**Fig. 101A-B** - *Eucyclus extractus* Cossmann (1903). K11725. Marnes Bleues, niveau à Mosasaures, sous le chemin des Cloutets, à Sougraigne (Aude). Échelle 1 cm.</figcaption></figure> <figure><img src="image_8.png" /><figcaption>**Fig. 102** - *Eucyclus extractus* Cossmann (1903) reproduite de la fig. 16, pl. 1 de Cossmann, 1903, provenant du Santonien de Sougraigne.</figcaption></figure>
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**Âge** : Crétacé supérieur, Santonien, Zone à Polyopsis, Sous zone à Paraplanum. **Holotype** : Spécimen K11727 (Fig. 103) de la collection Chaix conservé dans les collections du muséum d'Histoire naturelle de Toulouse (Haute-Garonne). **Dimensions de l'Holotype** : hauteur : 34 mm ; diamètre dernier tour : 19 mm. **Origine du nom** : L'espèce est dédiée à mon ami Francis Auvray avec qui j'ai passé de nombreuses années à collecter des échantillons paléontologiques, dans le cadre des activités de la S.A.G.A. (Société Amicale des Géologues Amateurs), au nuséum national d'Histoire naturelle de Paris. **Diagnose et description :** Coquille de taille moyenne, non ombiliquée, composée d'environ 5 tours, légèrement bombés, s'étageant progressivement. Présence d'une nette et profonde suture, qui laisse supposer l'existence d'une coquille plutôt épaisse, comme permet de le confirmer le spécimen K11728) (Fig. 104), provenant du Coniacien, récolté à l'entrée du village de Soulatgé sur des blocs épars provenant de la destruction de murettes. Aucune ornementation ne figure sur les échantillons du Santonien et du Coniacien que nous avons pu étudier dans les collections particulières. L'ouverture, de forme ovale, est toujours mal conservée. **Remarques et comparaison :** Une espèce d'allure voisine, du Crétacé de Gosau (Autriche), décrite par Zekeli (1852, pl. 10, fig. 4) sous le nom de *Phasianella ervyna*, est renommée *Phasianella reussiana* par Stoliczka (1865, n°59, sans figuration) dans sa révision du travail de Zekeli. Cette espèce s'en distingue par une forme plus arrondie, une nette ornementation, des sutures peu marquées et surtout une ouverture presque holostome (= de forme arrondie). **Paleophasianella nov. gen. gosauica** (Zekeli, 1852) Fig. 105A-B, 106 1852 - *Phasianella gosauica* Zekeli, pl. 10, fig. 5. **Holotype** : Il est conservé dans les collections du musée d'Histoire naturelle de Vienne (Autriche). **Description :** Notre fossile (Fig. 105) correspond tout à fait à la figuration de Zekeli (Fig. 106). Cet exemplaire est formé de 5 à 6 tours de spire séparés par une suture peu profonde. Sa hauteur reconstituée est légèrement supérieure à celle de la figuration de Zekeli : 58 mm, au lieu de 43 mm. Aucune ornementation n'est visible et l'ouverture n'est pas observable. **Remarques :** Cette espèce semble assez fréquente ; nous l'avons retrouvée dans plusieurs collections particulières, mais présentant généralement une taille plus petite que celle ici décrite. *Paleophasianella gosauica* se distingue de *Paleophasianella auvreyi* par sa taille plus grande, une forme plus élancée et par des sutures moins accentuées. Delpey (1942, p. 31) signale, mais sans figuration, *Phasianella? gosauica* (Zekeli, 1852) dans le Coniacien de Soulatgé (collection Toucas), ainsi qu'à la base du Santonien supérieur de la Jouane et du Lit-de-l'eau Salée, à Sougraigne (collection Sénesse). L'auteur précise la présence de « *stries d'accroissement obliques de gauche à droite et la spire assez allongée paraissent bien appartenir à une espèce du genre Phasianella* ». **Âge et provenance** : Santonien supérieur, Marnes Bleues, Zone à Polyopsis, Sous-zone à Paraplanum, récolté non en place sur le chemin des Cloutets à Sougraigne (Aude). **Matériel étudié** : K10611 (Fig. 105) conservé dans les collections du musée de Paléontologie et de Préhistoire de Villeneuve-Minervois (Aude). **Paleophasianella nov. gen. ? aenigmatica nov. sp.** Fig. 107 zoobank.org/0B9DF5D8-D080-4EC1-8F70-A88B71C5FD54 **Localité et strate type** : L'holotype provient des Marnes Bleues de Sougraigne. Il a été récolté sur le chemin des Cloutets à environ 800 mètres du village de Sougraigne (Aude). **Âge** : Santonien supérieur, Zone à Polyopsis, Sous-zone à Paraplanum. **Holotype** : Spécimen K11729 (Fig. 107) de la collection Chaix conservé dans les collections du muséum d'Histoire naturelle de Toulouse (Haute-Garonne). **Dimensions de l'Holotype** : Hauteur 35 mm ; diamètre dernier tour 19 mm. **Origine du nom** : du Latin « *Aenigmatica* » (= énigmatique), en raison de ce qui pourrait être assimilé à de petites dents labrales internes. **Description :** Coquille de taille moyenne, formée de 7 à 8 tours de spire, ne portant aucune ornementation spirale ou axiale à l'exception, sur l'avant dernier tour, de ce qui pourrait être la présence de 3 petites dents internes ; elles sont curieusement situées dans une nette dépression bordée de chaque côté par un épaississement. La suture est très fine et les tours légèrement arrondis. L'ouverture n'est pas dégagée mais semble avoir beaucoup de similitude avec les autres taxons appartenant aux *Paleophasianellidae*. Avec quelques incertitudes, il est possible de distinguer à l'extrémité du labre, la présence de petites fosses laissant supposer de futures dents labrales. **Remarques :** Cette très curieuse espèce, dont nous ne connaissons aucune équivalence à cependant pour le moment été
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<figure><img src="image_9.png" /><figcaption>**Fig. 103A-C** - *Paleophasianella* nov. gen. *auvrayi* nov. sp. **Holotype**. K11727. Marnes bleues du Santonien, récolté sur le chemin des Cloutets à environ 800 mètres du village de Sougraigne (Aude). Zone à Polyopsis, sous zone à Paraplanum. Échelle 1 cm.</figcaption></figure> <figure><img src="image_10.png" /><figcaption>**Fig. 104** - *Paleophasianella* nov. gen. *auvrayi* nov. sp. K11728, récolté à l'entrée du village de Soulatgé (Aude) Étage Coniacien, Zone à Tridorsatum. Noter l'épaisseur de la coquille.</figcaption></figure> <figure><img src="image_11.png" /></figure> <figure><img src="image_12.png" /><figcaption>**Fig. 105A-B** - *Paleophasianella* nov. gen. *gosauica* (Zekeli, 1852). K10611. Marnes Bleues, trouvé non en place sur le chemin des Cloutets à Sougraigne. Échelle 1 cm.</figcaption></figure> <figure><img src="image_13.png" /><figcaption>**Fig. 107** - *Paleophasianella* nov. gen.? *aenigmatica* nov. sp. **Holotype**. K11729 Marnes bleues, récolté sur le chemin des Cloutets à environ 800 mètres du village de Sougraigne (Aude). Échelle 1 cm.</figcaption></figure> <figure><img src="image_14.png" /></figure> <figure><img src="image_15.png" /><figcaption>**Fig. 106** - *Paleophasianella* nov. gen. *gosauica* (Zekeli, 1852), reproduit de la fig. 5, pl. 10 de Zekeli, 1852.</figcaption></figure>
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classée parmi les *Paleophasianellidae* ; peut-être faudrait-il ultérieurement créer un nouveau genre la concernant, ou simplement considérer que des dents labrales se sont formées à la suite d'un traumatisme, puis que sa croissance a repris et que l'âge adulte ne serait pas tout à fait accompli. **Ordre :** Caenogastropoda **Superfamille :** Ampullinoidea Lozuet, Lesport & Renard, 2001 **Famille :** Gyrodidae Wenz, 1941 **Genre :** *Gyrodes* Conrad, 1860 **Espèce type :** *Natica* (*Gyrodes*) crenata Conrad, 1860 **Gyrodes peroni** (Cossmann, 1903) **Fig. 108, 109, 110** 1903 - *Natica peroni* Cossmann, pl. 2, fig. 4. **Holotype** : Collection Cossmann, muséum d'Histoire Naturelle de Paris. **Dimensions :** - K10616 (Fig. 108) : Diamètre :25 mm ; épaisseur :15 mm. - K11720 (Fig. 109), Diamètre : 23 mm ; épaisseur :18 mm. **Description :** Coquille de taille moyenne, de forme globuleuse, aplatie, dont la spire est formée de 5 à 6 tours, dont le dernier est égal au reste de la coquille. Les tours sont nettement séparés les uns des autres par une large et profonde suture. Aucune ornementation n'est visible sur notre fossile. Cependant Cossmann précise (1903, p. 2-3), pour cette espèce, la présence de stries obliques, sur des échantillons bien conservés provenant du même gisement (Sougaigne). L'échantillon K11720 (Fig. 109), laisse supposer la présence d'un profond et large opercule. L'ouverte n'est visible sur aucun de nos deux échantillons. **Comparaisons :** D'après Cossmann (1903, p. 2-3), l'espèce la plus proche est *Ampullina lyrata* (Sowerby, non d'Orbigny), mais elle s'en distingue cependant par une forme nettement moins écrasée, une spire plus saillante, ainsi qu'une suture moins profonde. Cependant les individus juvéniles de ces deux espèces, sont difficiles à différencier. *Natica semiglobosa* (Zekeli, 1852, pl. 8, fig. 6) est une espèce proche, qui s'en distingue principalement par sa forme infundibuliforme (= qui a la forme d'un entonnoir). En fait, toutes les espèces du genre sont très proches les unes des autres, comme le remarque Stoliczka (1865) dans le n°39 de sa liste rectificative des fossiles de Gosau (Autriche), dans laquelle il met en synonymie *Natica* *lyrata* Sowerby avec *Natica* *lyrata* Zekeli et *Natica* semiglobosa Zekeli. **Âge et Provenance** : Santonien supérieur, Zone à Polyopsis, Sous-zone à Paraplanum, trouvé en place dans les Marnes Bleues, au-dessus du vieux cimetière, à Sougaigne (Aude). **Matériel figuré** : K10616 (Fig. 108) et K11720 (Fig. 109), conservés dans les collections du musée de Paléontologie et de Préhistoire de Villeneuve-Minervois (Aude). **Gyrodes peroni cossmanni** nov. var. **Fig. 111** zoobank.org/EC0B6D32-5920-49DE-8957-35153BD61680 **Localité et strate type** : L'Holotype provient de la formation des Marnes Bleues de Sougaigne où il a été trouvé en place dans les marnes bleues, au-dessus du vieux cimetière, à Sougaigne (Aude). **Âge** : Santonien supérieur, Zone à Polyopsis, Sous zone à Paraplanum. **Holotype** : Spécimen K11722 (Fig. 111) de la collection Chaix, conservé dans les collections du Muséum d'Histoire Naturelle de Toulouse (Haute-Garonne). L'Holotype est un individu adulte. **Dimensions de l'Holotype** : Hauteur 35 mm ; diamètre 30 mm. **Origine du nom** : Dédié au grand taxonomiste Maurice Cossmann. **Diagnose :** Mêmes caractéristiques que pour l'espèce nominale, *Gyrodes peroni* (Cossmann), mais s'en distingue cependant par une forme nettement plus aplatie et un dernier tour de spire ne présentant aucune ornementation. Présence d'une large et profonde suture, ouverture et ombilic inconnu. **Comparaisons et remarques :** Nous avons tout d'abord hésité à créer pour notre fossile un nouveau taxon spécifique, pensant qu'il pourrait s'agir de la simple déformation d'un exemplaire de *Gyrodes peroni* ; cependant nous n'avons jamais trouvé dans le même niveau des échantillons ayant subi des compressions suite à la fossilisation ; c'est pourquoi vu la forme très nettement plus aplatie que celle présentée par l'espèce nominale, nous ne proposons la création que d'une simple variété de l'espèce. **Sous Ordre :** Neogastropoda **Superfamille :** Buccinoidea Rafinesque, 1815 **Famille :** Fasciolariidae Gray, 1853 **Genre :** *Iscafusus* Kollmann, 2005 **Espèce type** : *Fusus rigidus* J. de C. Sowerby in Fitton, 1836 **Iscafusus renauxianus** (d'Orbigny, 1843) **Fig. 112 & 113**
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Les Gastéropodes du Santonien supérieur (Crétacé supérieur) des Corbières méridionales aux environs de Sougraigne (Aude, France) Neuvième étude|The gastropods of the Upper Santonian (Upper Cretaceous) southern Corbières, in the hinterland of Sougraigne (Aude, France). Nineth study
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<figure><img src="image_16.png" /><figcaption>**Fig. 108** - *Gyrodes peroni* (Cossmann, 1903). K10616. Marnes Bleues, au-dessus du vieux cimetière à Sougraigne (Aude). Échelle 1 cm.</figcaption></figure> <figure><img src="image_17.png" /><figcaption>**Fig. 109** - *Gyrodes peroni* (Cossmann, 1903). K11720. Marnes Bleues, au-dessus du vieux cimetière à Sougraigne (Aude). Échelle 1 cm.</figcaption></figure> <figure><img src="image_18.png" /><figcaption>**Fig. 110** - *Gyrodes peroni* (Cossmann, 1903). Reproduit de la fig. 4, pl. 2 de Cossmann, 1903.</figcaption></figure> <figure><img src="image_19.png" /><figcaption>**Fig. 111-** *Gyrodes peroni cossmanni* nov. var. K11722. Marnes Bleues, au-dessus du vieux cimetière, à Sougraigne (Aude). Échelle 1 cm.</figcaption></figure> 1843 - *Fusus renauxianus* d'Orbigny, p. 339, pl. 223, fig. 10. 1920 - *Cryptorhytis renauxianus* (d'Orbigny). Roman & Mazeran, p. 64, pl. 41, fig. 18-19. 2005 - *Iscafusus renauxianus* (d'Orbigny). Kollmann, p. 148, pl. 16, fig. 18-19. **Holotype** : Collection d'Orbigny, muséum d'Histoire Naturelle de Paris. **Dimensions** : K11723 (Fig. 112) : Hauteur : 38 mm ; hauteur reconstituée : 43 mm ; diamètre du dernier tour : 15 mm. **Description** : Fossile de taille moyenne, composé de 5 à 7 tours ornés de grosses côtes axiales, au nombre de 7 à 8 sur le dernier tour, ce dernier occupant plus de la moitié de la hauteur totale de la coquille. Les côtes axiales se réduisent progressivement pour disparaître au niveau du cou siphonal. Présence d'une dizaine de cordonnets recoupant l'ornementation axiale. Le collier sutural est mal conservé sur notre échantillon, mais il est cependant observable. Le canal siphonal porte une nette ornementation spirale et est recourbé à son extrémité. L'ouverture n'est pas visible.
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**Remarques :** Comme Kollmann (2005, p. 149), nous rattachons notre fossile au genre *Iscafusus* (Kollmann, 2005), par sa forme générale, tout à fait conforme aux figurations qu'en a fait l'auteur de la Révision critique de la Paléontologie Française d'Alcide d'Orbigny (pl. 16, fig. 18 a-b), et ce, par la présence d'un collier sutural, ainsi que d'un canal siphonal légèrement oblique et par l'ornementation de ses tours. Nous n'avons pas figuré, l'illustration de d'Orbigny (pl. 223, fig. 10) qui est inexacte et pourrait prêter à confusion. <figure><img src="image_20.png" /><figcaption>**Fig. 112** - *Iscafusus renauxianus* (d'Orbigny, 1843). K11729. Marnes Bleues, sur le chemin des Cloutets, à Sougraigne (Aude). Échelle 1 cm.</figcaption></figure> *Fasciolaria baccata* (Zekeli, 1852, pl. 15, fig. 13) correspond, pour nous, à un stade juvénile d*Iscafusus renauxianus* (d'Orbigny, 1843). **Âge et provenance** : Santonien supérieur, Zone à Polyopsis, Sous-zone à Paraplanum, trouvé en place dans les Marnes Bleues, sur le chemin des Cloutets, à Sougraigne (Aude). **Matériel étudié** : N°K11723 (Fig. 112) conservé dans les collections du musée de Paléontologie et de Préhistoire de Villeneuve-Minervois (Aude). <figure><img src="image_21.png" /><figcaption>**Fig. 113** - *Iscafusus renauxianus* (d'Orbigny, 1843). Reproduit de la fig. 18b, pl. 16, de Kollmann, 2005.</figcaption></figure> **Références :** * Archiac A. d' (1854) - Coupe géologique des environs des Bains de Rennes (Aude), suivie de la description de quelques fossiles de cette localité. *Bulletin de la Société Géologique de France*, Paris, (2), 11 : 185-230, 6 pl. * Bilotte M. (2007) - Permanence, au Crétacé supérieur, de la position de la limite de la plateforme/bassin dans la zone sous-pyrénéenne orientale (Aude, France), implications géodynamiques. *Géologie de la France*, (I) : 33-53. * Chaix X. & Plicot J. (2018-2022) - Les Gastéropodes du Santonien supérieur (Crétacé supérieur) des Corbières méridionales, aux environs de Sougraigne (Aude, France). *Carnets natures* : Première étude, 2018, 5 : 17-33 ; Deuxième étude, 2020a, 7 : 15-28 ; Troisième étude, 2020b, 7 : 79-93 ; Quatrième étude, 2021a, 8 : 53-65 ; Cinquième étude, 2021b, 8 : 112-122 ; Sixième étude, 2022, 9 : 11-19 ; Septième étude, 2022, 9 : 67-76 ; Huitième étude, 2023, 10 : 67-76. * Conrad T.A. (1860) - Description of new Species of Cretaceous and Eocene fossils of Missisipi and Alabama, *J. Acad. Nat* ; *Sci. Philadelphia* (é) : 275-298, pl. 46-47. * Cossmann M. (1896-1897) - Observations sur quelques coquilles crétaciques recueillies en France. *Association française d'avancement des Sciences*, Paris, Paris, 25e session (congrès de Carthage) : 243-269. * Cossmann M. (1902) - Observations sur quelques coquilles crétaciques recueillies en France. (5e article). *Association française d'avancement des Sciences*, Paris, 31e session (congrès de Montauban) : 539-557. * Cossmann M. (1903) - Observations sur quelques coquilles crétaciques recueillies en France. (6e article). *Association française d'avancement des Sciences*, Paris, 32e session (congrès d'Angers) : 626-632. * Cossmann M. (1918) - Essai de Paléoconchologie comparée, Paris, Liv. 11, 388 p., 11 pl. * Delpey G. (1938) - Gastéropodes recueillis par P. Sénesse dans le Santonien supérieur des Corbières. *Bulletin de la Société d'Histoire naturelle de Toulouse*, 72 : 155-162. * Delpey G. (1942) - Gastéropodes du Crétacé supérieur dans le sud-ouest de la France (Groupe I). *Bulletin de la Société d'Histoire naturelle de Toulouse*, 77 : 161-197. * Eudes-Deslongchamps E. (1860) - Note sur l'utilité de distraire des genres *Turbo* et *Purpurina*, quelques
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coquilles des terrains jurassiques, et d'en former une nouvelle coupe générique sous le nom *d'Eucyclus*. *Bulletin de la Société Linnéenne de Normandie* (5) : 138-144, pl. 10-11. Fischer P. (1880-1887) - Manuel de Conchyliologie et de Paléontologie conchyliologique. Édition Savy, Paris. Gmelin J.F. (1791) - Caroli a Linné Systema Naturae, - Edito13, Aucta reformata. Classis VI : Vermes-Lipsiae, Tome I, pars 6. Kollmann H.A. (2005) - Révision critique de la Paléontologie française, d'Alcide d'Orbigny, Backhuys édit., Leyden. 239 p., 18 pl. Lamarck J.B. (1804) - Mémoires sur les fossiles des environs de Paris. *Annales du Muséum d'Histoire Naturelle*, Tomes 4 & 5. Lozuet P., Lesport J.F., Renard P. (2001) - Révision des Gastropoda (Mollusca) du Stratotype de l'Aquitanien (Miocène inférieur), site de Saucats (Larøy), Gironde, France. *Cossmanniana*, Paris, Hors-Série n°3 (Juillet 2001). Pictet F.-J. & G. Campiche (1862) - Description des Fossiles du Terrain Crétacé des Environs de Sainte-Croix. Deuxième partie, 1861-1864. *Genève (Georg)* : p. 752, pl. 44-98. Monfort P. (Denys de) (1808-1810) - Conchyliologie systématique et Classification méthodique des coquilles. Paris, édit. Schoell, 2 vol. Moore R.C. (1960) - sous la direction de - Treatise on Invertebrate Paleontology, *Univ. Kansas Press. et Geol. Soc. America*, New-York, part i, Mollusca 1 : xxii + 351 p., 216 fig. Orbigny A. d' (1842-1843) - Paléontologie française. Terrains crétacés. (II) : Gastéropodes. Edit. Arthus-Bertrand (Paris) : 1-456, pl. 149-236. Rafinesque C.S. (1815) - Analyse de la Nature, ou tableau de l'Univers et des Corps Organisés. édit. Palerme (Italie). Roman F. & Mazeran P. (1920) - Monographie paléontologique de la faune du Turonien du bassin d'Uchaux et de ses dépendances. *Archives du Muséum d'Histoire naturelle de Lyon*, 32 (2). 138 p., 35 fig., 11 pl. Roussel J. (1885) - Note sur le Crétacé supérieur et le Tertiaire des départements de l'Ariège et de l'Aude. *Bulletin de la société ariégeoise des Sciences Lettres et Art. (I)* : 327-337. Sowerby J. de C. (1823-1846) - The Mineral Conchology of Great Britain: or coloured figures and descriptions of those remains of testaceous animals or shells, which have been preserved at various times and depths in the earth. Arding & Merett edit. London. Stolitzka F. (1865) - Eine Revision der Gastropoden der Gosauschichten in den Ostalpen. *Sitzungsber. Kais. Akad. Wissensch.*, Wien, vol.52 (1): p.104-223, 1pl. Termier G. (1954) - Gastéropodes du Crétacé supérieur dans le sud-ouest de la France (Groupe II). *Bulletin de la Société d'Histoire naturelle de Toulouse*, 89 : 323-382. Wood S.V. (1842) - A Catalog of Shells from the Crag; *Annals and Magazine of Natural History* (1) 9, 535 p., 5 pl. Zekeli F. (1852) - Die Gastropoden der Gosaugebilde. *Abhandlungen der Kaiserlich-Königlichen Geologischen Reichsanstalt*, Wien, 2: 1-124. DOAJ DIRECTORY OF OPEN ACCESS JOURNALS <figure><img src="image_22.png" /></figure> Soumis le 20 mai 2024 Accepté le 15 juillet 2024 Publié en ligne (pdf) le 26 septembre 2024
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# Challenges to Healthcare Reform in Crisis-Hit Greece ## Desafios à reforma dos cuidados de saúde na Grécia afetada pela crise Maria Petmesidou <figure><img src="image_1.png" /></figure> ### Electronic version URL: http://journals.openedition.org/eces/4127 DOI: 10.4000/eces.4127 ISSN: 1647-0737 ### Publisher Centro de Estudos Sociais da Universidade de Coimbra ### Electronic reference Maria Petmesidou, «Challenges to Healthcare Reform in Crisis-Hit Greece», e-cadernos CES [Online], 31 | 2019, Online since 15 June 2019, connection on 12 December 2019. URL : http://journals.openedition.org/eces/4127 ; DOI : 10.4000/eces.4127 <figure><img src="image_2.png" /></figure>
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MARIA PETMESIDOU CHALLENGES TO HEALTHCARE REFORM IN CRISIS-HIT GREECE **Abstract:** This paper critically examines the health reform trajectory in Greece in the last decade. The first part provides an overview of the Greek healthcare system shortly before the crisis, with an emphasis on the incomplete development of a national health system beset by inequalities in coverage and funding. At the backdrop of the crippling debt-crisis that engulfed the country in the late 2000s, the second part of the study tracks the major healthcare reforms under the successive bailout packages. These are examined from the point of view of whether they can secure the public system's long-term viability and promote equity, or if they contribute to its withering away instead. The third part of the article looks at the impact of the austerity-driven reforms on inequalities in healthcare, highlighting some major findings regarding health outcomes. **Keywords:** austerity, health funds, inequalities in healthcare, national health system, out-of-pocket payments. DESAFIOS À REFORMA DOS CUIDADOS DE SAÚDE NA GRÉCIA AFETADA PELA CRISE **Resumo:** Este artigo analisa criticamente a trajetória da reforma da saúde na Grécia na última década. A primeira parte apresenta uma visão geral do sistema de saúde grego em vésperas da crise, com ênfase no desenvolvimento incompleto de um sistema nacional de saúde marcado por desigualdades na cobertura e no financiamento. No contexto da debilitante crise de endividamento em que o país mergulhou, no final da década de 2000, a segunda parte do estudo acompanha as principais reformas dos serviços de saúde sob os sucessivos programas de resgate. Estes são examinados da perspetiva da sua eventual capacidade de garantia de viabilidade do sistema público a longo prazo, questionando ainda se promovem a equidade, ou se, em vez disso, contribuem para o seu desaparecimento. Na terceira parte do artigo, analisa-se o impacto das reformas orientadas pela austeridade sobre as desigualdades nos cuidados de saúde e destaca-se algumas das principais conclusões sobre os resultados em matéria de saúde. **Palavras-chave:** austeridade, desigualdades nos cuidados de saúde, fundos de saúde, pagamentos do próprio bolso, sistema nacional de saúde.
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# 1. INTRODUCTION Greece has suffered the most severe consequences of the crisis that followed the global financial meltdown of 2008. The country went through an eight-year program of external financial assistance by the European Commission (EC), the European Central Bank (ECB) and the International Monetary Fund (IMF), the so-called Troika, in exchange for strict austerity measures and structural adjustment across a large spectrum of policy areas. A moderate economic recovery in 2017 and 2018, accompanied by a limited fall in the unemployment rate (from 25% in 2015 to about 19% in late 2018), is a positive development. Yet the economy is still in dire straits. Sovereign debt amounts to around 180% of Gross Domestic Product (GDP) – the highest in the European Union (EU) – and it remains 25% lower than its pre-crisis peak.<fnref n="1" /> Moreover, post-bailout commitments for exorbitant fiscal primary surpluses in the years ahead will deprive the economy of serious resources in the road to recovery. On August 20, 2018 Greece formally exited its bailout program. Yet as the country is highly indebted to the European official sector (close to €260 billion), “enhanced” surveillance by the international lenders will continue (IMF, 2018; EC, 2018a). Compared to the other Euro area countries that went through a financial bailout, in Greece post-program surveillance will be of higher frequency (on a quarterly basis) and the monitoring of specific policies stricter.<fnref n="2" /> For a long time, the Greek healthcare system was stuck halfway between a highly fragmented social health insurance and a national health service model. In the early 1980s a universalist national health system ESY (Ethniko Sistima Ygeias) was introduced. However, until lately, the ESY hardly reached the state of a fully-fledged national health service. Both in terms of funding and service delivery a mixed system continued to operate: an occupation-based health insurance system combined with a national health service, but private provision was expanding too (mostly out-of-pocket payments as private health insurance remained negligible). The economic and financial crisis that engulfed the country as well as strong outside pressure by the international lenders brought reform, along the lines of the “path shift” introduced in 1983, high on the agenda. This precipitated changes, such as the unification of health funds, the standardization of contributions and the equalization of the benefits package across socio-occupational groups. Yet, at the same time, rising user charges, rolling back of <footnote n="1">¹ This is a dismal performance compared to the other South European countries, which were badly hit by the crisis too. In Portugal GDP (in real terms) reached its 2008 level in 2018, and in Spain it even surpassed its pre-crisis level (Romei, 2018).</footnote> <footnote n="2">² This indeed is “no true exit”, and “Greece’s parliament will have limited economic decision-making authority for years, or perhaps decades” (Mody, 2018).</footnote>
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public provision, and rationing through increasing waiting times and other blockage mechanisms have a negative impact on access, equity and service quality. We start our analysis by briefly laying out an explanatory framework for the "incomplete reform" until the eruption of the crisis and the window of opportunity that has emerged since then for pursuing system rationalization and consolidation. Then, we critically discuss the major reforms that took place over the last decade. These are examined along two core dimensions of health systems: a) the funding and allocation of financial resources to providers, and (b) the structure and governance of provision. A major question addressed is whether the ongoing reforms can enhance and sustain universalism, or instead do they contribute to the withering away of a public system, which, anyway, never in the past embraced strong universalistic principles. Corroborating evidence of a bleak future is manifested by data on increasing inequalities in healthcare regarding accessibility to and affordability of health services. ## 2. THE CRISIS AS CATALYST: AN ANALYTICAL CONTEXT Two analytical accounts of policy reform are illuminating for understanding: a) why the path shift towards a national health system has for a long-time remained a half way reform in Greece, and b) which dynamic underlies the attempts to complete the reform in the last few years, though amidst severe fiscal retrenchment. These consist in Thelen's conceptualization of "institutional layering" (2004), and Kingdon's analysis of "windows of opportunity" for policy breakthroughs (1995).<fnref n="3" /> As extensively shown in the social policy literature, institutional arrangements are characterized by a considerable “stickiness”. They consolidate interests and commitments that create “veto” points, which highly increase the political (and often also the economic) cost of change (see Pierson, 1996; also Wilsford, 1994 on “Path dependency”). Critical junctures due to economic and/or political crises provide windows of opportunity for major reforms. However, for this to happen there needs to be an alignment favorable to change between three components: actors, institutions and ideas. Namely, there needs to be problem recognition by actors, willingness/ability to act and availability of policy ideas (Kingdon, 1995). Furthermore, as Thelen (2004: 35) has shown, incremental change, particularly in the form of “institutional layering” (that is, adding a new “layer” on an otherwise stable institutional setting) can be a driver of transformation too, particularly in the long run. Under certain conditions, if this “layering” process takes place in a prolonged period it can “significantly alter the overall trajectory of an institution’s development” (ibidem). <footnote n="3">³ For a detailed analysis of the political and policy dynamics in Greece, at various stages of the evolution of the healthcare system since the restoration of democracy in the mid-1970s, see Petmesidou (forthcoming).</footnote>
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In the realm of health politics and policy, in Greece, three reform efforts are of crucial importance: a) the introduction of ESY in the early 1980s; b) a failed attempt to revive reform momentum for completing the shift towards a national health system in the early 2000s; and c) a crisis-driven reform under the bailout program. A few years after the restoration of democracy in the country, the introduction of a national health system took place at a critical juncture consisting in the rise to power, for the first time, of a socialist party (the Panhellenic Socialist Movement Party – PASOK), in 1981. The way the reform fared reveals the obstacles to wholesale change. As shown elsewhere (Petmesidou, forthcoming): Path-dependent institutional factors hindered the government's willingness/ability to pursue the breakthrough initiated by Law 1397 of 1983 that established ESY. PASOK consolidated its dominant position in the Greek political system by effectively rebuilding/expanding clientelist relations, a condition that hardly allowed even a minimum consensus among social actors about how to articulate redistributive issues along the lines of universalist citizenship values and criteria. Hence, a watered-down version of the reform was implemented. This was a politically expedient solution as the government was confronted by strong veto points within the medical profession and the privileged health insurance funds (mostly sickness funds of employees in public banks, telecommunications and other public enterprises). Major stipulations in the law, such as uniform funding and service provision for all citizens, the gradual absorption of the private by the public sector, and a more balanced regional distribution of health infrastructure and personnel remained largely on paper, and the reform did not significantly change the status quo in health insurance. Universal access was limited to hospital care. Primary care was neglected, largely provided by the private sector, the health centers of IKA (the Social Insurance Organization for the majority of private sector employees), as well as by medical practitioners contracted by various sickness funds. Private spending continued to rise, and many privileged health insurance funds maintained their prerogatives. Thus, quite soon after the proclamation of a radical reform, social policy returned to its old patterns. Following Thelen (2004), we would argue that the reform added "a new 'layer' (universalist healthcare) onto an existing stable institutional framework (a splintered health insurance system)" (Petmesidou, forthcoming). In the context of a political dynamics heavily relying on statist/clientelist practices, instead of this process triggering a momentum of policy breakthrough over time, it sustained a "disjointed
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pattern" with low degree of institutional coherence and prevalent path-dependent features, over the following two decades (ibidem). Diversity of coverage, multiplicity of funding and system fragmentation persisted and accounted for lack of coordination of purchasing policies, soaring ESY deficits, alarmingly rising pharmaceutical expenditure and other system predicaments. At the turn of the century, an initiative by the Ministry of Health, under the then PASOK government, to tackle fragmentation, rationalize and de-concenter decision-making and control, and regulate relations between key health actors met strong opposition from various quarters, even within the government. This caused the resignation of the Minister of Health and the downsizing of reform ambitions. The deep economic and financial crisis significantly reshuffled political relationships. Strong outside pressure by the country's international lenders made it imperative for the government to push through reforms, in tandem with harsh cuts in funding and receding public provision. Under the bailout program a (more or less forced) alignment between the three spheres mentioned above – institutions, actors and ideas – has occurred. This created a window of opportunity that made long-overdue reforms possible (Petmesidou, forthcoming). Amidst a severe economic and financial crisis, the resources for clientelist exchanges significantly diminished, the legitimacy of political parties, trade unions and other major political actors waned, and the party system exhibited a deep systemic crisis (Petmesidou, 2017: 157). Moreover, the bailout deal imposed an upward shift in decision-making for major reforms to the international lenders (and mainly to the crisis-management apparatus of the EU). The role of the executive was strengthened, while the ability of trade unions, associations, and other "veto" groups to sway political decisions significantly weakened (Petmesidou and Glatzer, 2015: 170-176). Moreover, the bailout conditions allowed the government to shift the blame of reform and austerity to the Troika, in order to shield itself from political risk. Importantly, a pool of policy measures and regulatory instruments (among others, e-prescribing, diagnosis protocols, closed-budgets of health units, etc.) provided the constitutive elements of the reform. These were advocated by the EC, the IMF and the World Health Organization (WHO), which played a crucial role in guiding policy. The combination of the above factors facilitated a coupling of the three major streams in policy. Namely, under the sovereign debt crisis, the shift in the power and decision-making dynamics forced political actors to recognize the system's functional deficits, made imperative for them to act, and set the policy options.
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# 3. THE REFORM TRAJECTORY ## 3.1. TRENDS IN HEALTH EXPENDITURE – MAIN DIMENSIONS OF REFORM Soaring deficits by public hospitals and rapidly increasing pharmaceutical expenditure over the 2000s greatly strained the state budget. In the decade prior to the eruption of the crisis, per capita total health expenditure (measured in constant Purchasing Power Parities, PPPs) grew on average annually by about 6.6% (EU15 average: 3.6%; Petmesidou, forthcoming). Markedly, average yearly per capita private spending rose faster than public spending (by 7.7 and 5.8% respectively). Especially high was the rate of growth of per capita pharmaceutical spending: 11.1% yearly on average (in constant PPPs) during the 2000s (average for the other three South European countries: 1.3%; ibidem).<fnref n="4" /> Nevertheless, in 2009, per capita public health expenditure (in constant PPPs) was about a third lower of the EU15 average. Yet private spending exceeded the corresponding rates for the EU15 and the other three South European countries (Table I). Deep spending cuts took central stage in Greece's Economic Adjustment Program (EAP) under the successive bailout packages. So did also some key issues, which have been debated since the inception of ESY in 1983, but never materialized, such as devolution, integration of primary and secondary care, reduction of fragmentation in health insurance, etc. The changing demographic makeup is also a matter of concern as Greece is set to experience rapid ageing in the coming decades: the share of the population aged over 65 years from about 20% in 2015 is estimated to reach 35% in 2060 (among the highest rates in the EU; EC, 2018b: 191). Together with fast medical technology advancement and rising expectations for quality provisions and choice, population ageing will increase pressure on public spending (particularly on chronic diseases and geriatric and personal care).<fnref n="5" /> Strict ceilings were set in the EAP for total public health financing and its constitutive schemes – for instance, total public health spending is capped at (or below) 6% of GDP and pharmaceutical expenditure at about 1% of GDP, which however has shrunk by a quarter since 2010, as mentioned above. From 2009 to 2017 total health spending (in current prices) dropped from €22.5 billion to €14.9 billion and public spending (government and compulsory social health insurance) almost halved (from €15.4 to €9.1 billion).<fnref n="6" /> This is a rather steep contraction compared to the other three <footnote n="4">⁴ In 2009, outpatient pharmaceutical expenditure amounted to roughly about 40% of total public health spending.</footnote> <footnote n="5">⁵ According to the latest data by the Hellenic Statistical Authority (ELSTAT), in 2014, about 50% of the population suffered from a chronic disease. Accessed on 20.08.2018, at http://www.statistics.gr/en/statistics/-/publication/SHE22/.</footnote> <footnote n="6">⁶ OECD health database. Accessed on 15.09.2018, at https://stats.oecd.org/index.aspx?DataSetCode=HEALTH_STAT.</footnote>
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South European countries, which have also implemented austerity programs (for instance in Portugal, in 2017 public health spending in current prices was only about 6% lower than its peak rate in 2009). <table><caption>TABLE I – Health Indicators</caption><thead><tr><th rowspan="3"></th><th colspan="10">Per capita expenditure (constant PPPs, OECD base year*)</th></tr><tr><th colspan="5">2009-2013</th><th colspan="5">2017</th></tr><tr><th>Greece</th><th>Portugal</th><th>Spain</th><th>Italy</th><th>EU15</th><th>Greece</th><th>Portugal</th><th>Spain</th><th>Italy</th><th>EU15</th></tr></thead><tbody><tr><td>Total health expenditure</td><td>2826/1960</td><td>2651/2340</td><td>2885/2722</td><td>3103/2965</td><td>3860/3936</td><td>2015</td><td>2515</td><td>2981</td><td>3033</td><td>4084</td></tr><tr><td>Public health expenditure</td><td>1937/1218</td><td>1854/1566</td><td>2175/1933</td><td>2430/2255</td><td>3055/3054</td><td>1233</td><td>1676</td><td>2110</td><td>2245</td><td>3186</td></tr><tr><td>Private health expenditure</td><td>889/726</td><td>798/774</td><td>710/789</td><td>673/710</td><td>804/881</td><td>781</td><td>839</td><td>871</td><td>788</td><td>899</td></tr><tr><td>Total expenditure on medical goods**</td><td>834/567</td><td>635/461</td><td>639/620</td><td>588/588</td><td>686***/623</td><td>625</td><td>474</td><td>674</td><td>625</td><td>642</td></tr><tr><td>Public expenditure on medical goods**</td><td>648/337</td><td>351/229</td><td>306/229</td><td>313/322</td><td>436***/370</td><td>367</td><td>231</td><td>324</td><td>353</td><td>391</td></tr><tr><th rowspan="3"></th><th colspan="10">Average yearly change of per capita expenditure (constant PPPs, OECD base year*)</th></tr><tr><th colspan="5">2009-2013</th><th colspan="5">2013-2017</th></tr><tr><th>Greece</th><th>Portugal</th><th>Spain</th><th>Italy</th><th>EU15</th><th>Greece</th><th>Portugal</th><th>Spain</th><th>Italy</th><th>EU15</th></tr><tr><td>Total health expenditure</td><td>-8.7</td><td>-3.1</td><td>-1.4</td><td>-1.1</td><td>0.5</td><td>0.7</td><td>1.8</td><td>2.3</td><td>0.6</td><td>1.7</td></tr><tr><td>Public health expenditure</td><td>-11.0</td><td>-4.1</td><td>-2.9</td><td>-1.8</td><td>0.0</td><td>0.3</td><td>1.7</td><td>2.2</td><td>-0.1</td><td>1.1</td></tr><tr><td>Private health expenditure</td><td>-4.9</td><td>-0.7</td><td>2.7</td><td>1.3</td><td>2.1</td><td>1.9</td><td>2.0</td><td>2.5</td><td>2.6</td><td>0.5</td></tr><tr><td>Total expenditure on medical goods**</td><td>-9.3</td><td>-7.7</td><td>-0.8</td><td>0.0</td><td>-</td><td>3.3</td><td>0.9</td><td>2.8</td><td>1.6</td><td>1.0</td></tr><tr><td>Public expenditure on medical goods**</td><td>-15.1</td><td>-10.2</td><td>-6.3</td><td>0.7</td><td>-</td><td>2.9</td><td>0.3</td><td>1.2</td><td>2.4</td><td>1.8</td></tr></tbody></table> Notes: *Constant prices (2010), constant PPPs (2010), in US dollars. ** Mostly pharmaceuticals (for Greece, Portugal, Spain and EU15 most recent data for expenditure on medical goods refer to 2016). *** EU average in 2009 excludes Ireland and the UK due to missing data. Source: OECD Health Data and own elaboration. Accessed on 30.10.2018, at https://stats.oecd.org/Index.aspx?ThemeTreeld=9. Between 2009 and 2013, per capital public health spending, in real terms, contracted by 11% on average annually, and stagnated afterwards. Thus, in 2017 per
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capita total health spending dropped to about half that of the EU15, and per capita public expenditure to a third of the respective EU15 average (Table I). Equally sharp has been the decline of per capita public spending on medical goods (mostly pharmaceuticals, in PPPs and constant prices). Private spending (out-of-pocket – including informal – payments and private health insurance premiums, the latter of limited importance though) stood at €7.1 billion in 2009 (Figure I). It decreased until 2012, but it then resumed a slight upward trend, despite falling household incomes until recently. In 2016, private spending amounted to about 40% of total health spending, compared to about 30% in the other three South European countries, and to 24% in EU15 (Figure II). Taking also into account the persistently low degree of satisfaction with public health services (Petmesidou et al., 2014: 333-335; Eurofound, 2017: 54-56), extensive reliance on private spending highly questions whether a truly universal system has ever been in place in Greece. <figure><img src="image_3.png" /><figcaption>FIGURE I – Health Care by Financing Scheme (2009-2016, Current Prices)</figcaption></figure> Note: The amount of government financing for 2018 is taken from the State budget. Source: ELSTAT health data. Accessed on 30.10.2018, at http://www.statistics.gr/en/statistics/-/publication/SHE35/-.
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<figure><img src="image_4.png" /><figcaption>FIGURE II – Percentage Constitution of Health Care Financing</figcaption></figure> Note: SE = average for Spain, Italy and Portugal. Source: Petmesidou, forthcoming. The crisis intensified financial, organizational and equity problems that characterized healthcare in the country for several decades. Most importantly, great diversity in the range and quality of provisions among the plethora of sickness funds kept inequality high.<fnref n="7" /> Since 2011, in the context of the reform dynamics briefly highlighted above, a number of measures have been introduced, apparently in order to tackle major system deficiencies. However, a controversial trend is clearly manifest. Steps are taken towards the completion of the transition to ESY and system rationalization. But large-scale public health spending cutbacks and a range of policy options are shifting the cost away from the State and impose significant barriers of access to and use of care. Strikingly, at the level of rhetoric, the framing of the reform stresses the need for deep cuts as a way to keep the publicly operated system afloat, yet a shift towards a “universalism” of basic provision looms large (Petmesidou et al., 2014: 345). <footnote n="7">⁷ As Petmesidou and Guillén stated (2008: 115): “in 2006 health care expenditure (including health care services and benefits) per head of the insured in the social fund for the self-employed (OAEE [the Social Insurance Fund for Self-employed Workers], excluding the professions) amounted to 344 euros. The corresponding rates for IKA, OGA (Agricultural Insurance Organization) and some of the ‘noble funds’ for public utility employees, like those in telecommunications and electricity, were 635, 648, 1,040 and 980 euros respectively”.</footnote>
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On the funding side, a major structural reform consists in the separation of the health from the pension branches of social insurance funds and the merging of the former into a unitary organization (the National Health Services Organization, Greek acronym EOPYY, legislated in 2011), to act as a single purchaser of health services. This was accompanied by the equalization of contributions and the standardization of the health benefits basket across occupational groups. Also, mechanisms of monitoring and control of services were put in place, facilitating a tighter spending oversight. Changes in the allocation arrangements, by which funding is transferred to services providers, were also implemented, particularly regarding hospital payment systems. On the organizational/governance side, consolidating hospitals into larger units, re-configuring cost-accounting and management, as well as integrating primary and secondary care have been varyingly implemented so far. Of significant importance is a three-year plan to overhaul primary care, which started being rolled out in 2018. The aim is to create a gate-keeping system with the establishment of first contact, decentralized local health units, which will guide patients, through referral procedures, to the second tier of ambulatory care and to inpatient care. The Greek health system has persistently been highly centralized. Despite the establishment of Regional Health Authorities (YPEs in the Greek acronym) in the early 2000s, plans to devolve responsibility for the operation and management of health units failed to materialize. Recent reforms disclose a two-way trend: The pooling of health insurance contributions through the creation of EOPYY indicates a move towards centralization, while the assignment of control over primary care to YPEs points in the direction of decentralization. However, it remains to be seen whether the latter move will be backed by the devolution of real decision-making power. ## 3.2. FUNDING SIDE CHANGES: HOW HEALTHCARE REVENUE IS RAISED AND ALLOCATED TO SERVICE PRODUCERS Health financing derives from three sources: taxation – over 50% of it being indirect taxes in 2017 (Independent Authority for Public Revenue, 2017: 2 and 6) –, social insurance contributions and private, mostly out-of-pocket, spending. Between 2009 and 2016, we observe a significant change in the composition of healthcare financing with the sharp drop of the health funds' share from about 40 to 29% and the increase of out-of-pocket payments to over a third (Figure II above). Rising unemployment and inability to pay contributions by a significant number of self-employed and small businesses account for the decline of health insurance revenues. Moreover, extensive reliance on out-of-pocket payments and indirect taxation renders the system highly regressive.
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From 2011 to 2016, the amalgamated pension branches of social insurance funds were responsible for collecting contributions, which then were transferred to EOPYY. In 2017, this function was undertaken by a new body (the Unified Body of Social Insurance, Greek acronym EFKA,) responsible for the collection of health and pension insurance contributions. EOPYY should maintain a balanced budget, as state subsidy is henceforth confined to the organization's operational costs (around 0.4% of GDP; Economou et al., 2017: 56; see also Karakolias and Polyzos, 2014).<fnref n="8" /> While the health insurance funds were under the jurisdiction of the Ministry of Labour, Social Insurance and Welfare, EOPYY came under the authority of the Ministry of Health. Initially the organization was also responsible for the management of primary care (the healthcare centers previously belonging to the health insurance funds). But in 2014, a split took place between insurance-purchasing functions retained by EOPYY, and primary and ambulatory care provision undertaken by a new organization, the National Primary Healthcare Network (PEDY, the Greek acronym). Potentially, as the single purchaser of publicly provided healthcare services, EOPYY could weigh heavily on bargaining with suppliers. But its powers are greatly limited as decisions rest with the Ministry of Health in a context of highly centralized collective bargaining with suppliers' associations.<fnref n="9" /> The State budget covers the salaries of health and administrative personnel in public hospitals, primary/ambulatory care in local health units, health centers and outpatient departments, and capital investment. It also provides subsidies to public hospitals and EOPYY, as mentioned above. Services offered by public hospitals are paid by EOPYY, until 2013 on a fixed per person, per diem basis, and since then on the basis of diagnostic related groups (DRGs). EOPYY also funds service provision by contracted physicians, private diagnostic laboratories and clinics. Regulatory mechanisms introduced include: a) budget ceilings for EOPYY accompanied by a clawback/rebate mechanism for private providers (pharmacies, pharmaceutical companies, diagnostic laboratories and private clinics) so as to keep expenditure within the budget limits;<fnref n="10" /> and b) thresholds on physicians' activity (limits in <footnote n="8">⁸ A tiny number of health insurance funds did not join EOPYY (and EFKA). These include the health insurance funds of the Bank of Greece and the National Bank of Greece.</footnote> <footnote n="9">⁹ Recent legislation (Government Gazette 148/A/9-10-2017, accessed on 30.05.2018, at https://www.e-nomothesia.gr/kat-ygeia/proedriko-diatagma-121-2017-fek-148a-9-10-2017.html) sets limits to EOPYY's status as an independent organization, through the establishment of a special department in the Ministry of Health, accountable directly to the Minister of Health and responsible for overseeing a wide spectrum of decisions concerning EOPYY's budget, the terms and conditions under which private practitioners, diagnostic laboratories and private clinics are contracted, and other activities.</footnote> <footnote n="10">¹⁰ A clawback system requires pharmaceutical companies, private diagnostic centers and clinics, if expenditure exceeds the public health budget, to repay to EOPYY the excess. In 2018, the clawback by pharmaceutical companies reached €560 million, which is about 20% higher than in 2017.</footnote>
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the number of referrals for diagnostic tests, compulsory prescribing by active substance, and electronic monitoring). The introduction of e-governance tools and attempts to make the public procurement system more transparent and efficient are also among the main cost-containment measures. However, in the absence of systematic health needs assessment at different levels (e.g. regional, local), caps on referrals and prescriptions per specialty (and prefecture), in place in the last few years, are drawn in a rather ad hoc way. For instance, according to a recent Ministerial Circular<fnref n="11" /> average monthly per capita prescription rates for pathologists range from €34 to €45, while for forensic surgeons, who seldom issue prescriptions, the rate is set at about €55. Equally unfounded on any sound evidence of demographic and morbidity trends is the fluctuation of rates per prefecture/per month. The obvious aim is a further cut in the value of physicians' prescriptions in tandem with the doubling of the generics share from about 20 to 40%. Co-payments for pharmaceuticals more than doubled, from about 10 to 25% (plus an extra charge of €1 per prescription), and a 15% co-payment for diagnostic and laboratory tests in contracted centers was introduced. Exemptions from co-payments (or lower rates) apply to individuals and families with very low income (including the uninsured with low income) and some vulnerable groups (e.g. people with chronic diseases) on the basis of income criteria.<fnref n="12" /> At the same time, existing exemptions from user charges for some groups were lifted. For instance, for the chronically ill persons exemptions are strictly related to their chronic illness, even though some of their ailments maybe an indirect consequence of their health conditions (Petmesidou, 2014: 20). Other major measures for lowering prices and volumes of pharmaceuticals embrace the establishment of a drug-pricing observatory and a reference pricing system that sets the rates on the basis of the average price of the three lowest-priced markets in the EU; the introduction of a positive (and negative) list for reimbursement purposes; the reduction of the profit margin for pharmacies; and ceilings in physicians' prescriptions, as stressed above. An entrance fee of €3 for outpatient care, introduced in 2010 (and increased to €5 in 2011), as well as a €5 fee charged for every hospital admission since 2014, were abolished in 2015. But private outpatient clinics, run within public hospitals in the afternoon, charge fees per visit, which, however, are not covered by social insurance. In the last few years, the rising number of visits to afternoon clinics of public hospitals is <footnote n="11">¹¹ Accessed on 15.10.2018, at https://www.taxheaven.gr/laws/circular/view/id/29287.</footnote> <footnote n="12">¹² The income thresholds for exemption or lower rates of co-payments are set at €2400 and €3600 per year, respectively, for a single person (they increase by €600 for each dependent).</footnote>
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the result of long waiting lists for free access to specialists. Also, since 2012, patients who receive treatment in private hospitals/clinics contracted by EOPYY must pay 30% of the total cost. Informal payments have persistently been a major component of out-of-pocket payments keeping private spending high and exacerbating inequalities in care. They are common for skipping waiting lists and as undeclared cash payments to physicians and surgeons. Comparatively low salaries of ESY health personnel in Greece vis-à-vis other EU countries, further reduced during the crisis, partly account for this behaviour. Strikingly, a rough estimate by Liaropoulos (2010) sets the size of the black economy in the health sector (defined as the aggregate of “graft, fraud and under-the-table payments” in the public and private sector) at about €4 to €5 billion annually, during the decade of the 2000s. This should total approximately €50 billion in the end of the decade, an astonishing amount that is equal to the cumulative public deficit from 2003 to 2009 (ibidem). Even though this estimate should be taken with caution, it provides a glaring indication of the serious inefficiencies of the healthcare system. Nevertheless, it is worth noting that, despite measures for combating systemic problems, and the strains on household incomes during the crisis, the practice of under-the-table payments continues unabated. A survey conducted in 2012 “reports under-the-table payments for approximately 32.4% of public hospital admissions” (Souliotis et al., 2016: 159), and an equally high percentage (36%) of undeclared fees paid for visits to private practitioners and dentists (ibidem; see also Liaropoulos et al., 2008). In a nutshell, considerable improvements in rationalizing funding accrue to the pooling of resources, the establishment of a single payer, the shift from retrospective reimbursement for secondary health service provision (based on the patient cost per specialty) to a case-mix payment, and a raft of strict monitoring policies for doctors. Yet, policy wise, a systematic allocation of resources across the country on the basis of need, drawing upon demographic, socio-economic and epidemiological data has hardly been in place. YPEs could potentially play a crucial role in developing needs assessment mechanisms, provided their budgetary and planning competences are strengthened. A Health and Welfare Map to monitor health needs, allocation and use of resources that could feed into policy decision-making has been on the agenda of the Ministry of Health since the early 2000s, but with very little progress so far. ### 3.3. INSTITUTIONAL/ORGANIZATIONAL ARRANGEMENTS IN SERVICE PROVISION Organizational reform embraces: a) a two-way trend of centralization/decentralization of administrative and governance functions and controls, and b) a consolidation of secondary care providers into larger units.
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<figure><img src="image_5.png" /></figure> ### 3.3.1. A Two-Directional Trend The split trend along the first dimension consists, on the one hand, in: the pooling of financial resources through the establishment of EOPYY (and, later on, of EFKA); the centralization of decision-making and control over the range of service provision and resource allocation methods; and the ongoing trend of centralized procurement of medical supplies and devices so as to reduce less-than-optimal outcomes and improve transparency. Also, new information systems – such as electronic platforms for collecting/monitoring data on performance – accompany centralization policies of governance. Though, so far, these do not embrace any quality indicators and quality assurance strategies. On the other hand, legislation for primary care enacted in 2014 transferred responsibility for primary care coordination to regional health authorities. The law provided for the redrawing of the primary care map by creating a mixed-system of providers embracing the about 200 hundred rural surgeries (transferred from ESY to PEDY), the urban primary healthcare units (ex-IKA units transferred to EOPYY in 2012, and to PEDY in 2014), and contracted physicians and private laboratories. However, the networking plan was hardly implemented. A significant reduction of the medical staff in the ex-EOPYY health centers considerably limited public service provision. The reduction in staffing levels was caused by the change in the employment conditions for medical doctors under PEDY. Physicians employed in the ex-EOPYY units were asked to choose whether to become full-time employees in the National Primary Healthcare Network and close down their private practice, or else terminate their participation in the system. Medical doctors of ex-EOPYY health units strongly opposed the reform bill, demanding that full-time work conditions be in force only for new appointments in PEDY, while those who served under IKA and EOPYY for over 15 years be allowed the option of combining private practice with provision of services in PEDY units until they retire. Eventually the reform bill turned into law, as this was a policy stipulated by the bailout package, and a significant number of physicians of urban health centers chose not to join the new organization. In 2017, new legislation passed by the coalition government between SYRIZA (Coalition of Radical Left) and ANEL (Independent Greeks, a small, far-right populist party) added a further layer of primary services, the so-called Local Units of Primary Care (TOMYs, in the Greek acronym), planned to operate as gate-keepers to the system and strengthen primary prevention and health promotion activities. Under the new plan, PEDY units will function as a second-tier ambulatory care. TOMYs, together with contracted private physicians (general practitioners, pathologists and pediatricians) will establish a local gate-keeping network, targeting family doctor
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services for all. Once more, an attempt is made to integrate primary care into the public system and counteract overreliance on specialist and inpatient care. However, the implementation of the plan is beset with problems. The time-span of budgetary provision for the operation of TOMYs is limited (up to four years maximum) and funding is tied to EU sources. Besides, adequate infrastructure is hardly available in many localities. Similarly, to other services relying on EU sources (e.g. the Home Help program), there is the risk of service discontinuity when EU funding stops. These uncertainties account for the low response by doctors (even junior ones facing unemployment) to repeated calls by the Ministry of Health for filling positions in TOMYs.<fnref n="13" /> Equally difficult has been so far to attract private practitioners to the local primary care network, to be contracted family doctors. Significant changes in EOPYY’s contract conditions (lower earnings for higher workload and restrictions on private practice) met with the reluctance of private practitioners to join the planned primary healthcare network. As stressed in a recent report (EC, 2018c: 36), “slow progress may increase the risk of future discontinuation or reversal”. 3.3.2. Consolidation of Secondary Care Providers Re-configuration of secondary healthcare service providers has been on the way during the last few years with the aim to contain cost and rationalize structure and governance. Policy measures embrace the redrawing of the hospitals map, by combining them into fewer units under common administration, the cutting down and/or rearrangement of clinics and functional beds, changes in the function of several ESY healthcare facilities, staff relocation and redistribution of heavy equipment across hospitals. However, so far, these policies have limited implementation, and according to a recent study their positive effect on overall hospital efficiency has not been significant (Kaitelidou et al., 2016). Efficiency improvement is also sought by measures such as the introduction of a double-entry accounting system for costing services, the all-day functioning of hospitals, extension of working hours of outpatient offices, and the revision of emergency and on-call duty. Notably, staff shortages have intensified, due to hiring freeze for several years, and persistent reliance on term-contract appointments of health personnel. Most importantly, the shortage of nursing staff seriously affects service delivery – in some of the main hospitals in Athens cutbacks have left one nurse to look after 20 or more patients (Petmesidou, 2014: 19). Greece ranks last among the EU28 countries in terms of the ratio of nurses per 1,000 population (3.2 in 2014, EU28 average 8.4). Staff <footnote n="13">¹³ In late 2018, only about 100 TOMYs (from a planned total of 240 units) started operating.</footnote>
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shortages also affect intensive care units, some of them operating below their capacity (Economou et al., 2017: 78). According to WHO standards, 9 to 12% of functional hospital beds must be in intensive care units. In Greece, the rate is close to 2%, while over a fifth of them are not in operation due to qualified staff shortages.<fnref n="14" /> Overall, major challenges remain with regard to the deployment and management of resources, coordination with primary care, response to need, and quality of services. ## 4. INEQUALITIES OF HEALTHCARE: ACCESSIBILITY AND AFFORDABILITY Austerity-driven cuts and reforms cast doubts on the “universal” character of the system. Equalization of provision across social insurance funds was accompanied by a significant review of the range of public provision, leading towards a low common denominator. This shifted provision to the private sector and, in tandem with significant inequalities in the geographical distribution of public health facilities, greatly impacted upon accessibility to and affordability of healthcare. Importantly, the crisis conditions brought to the fore the serious problem of a rapidly increasing number of uninsured people. In 2013, it was estimated by EOPYY (Petmesidou et al., 2014: 345) that there were about 2.5 million people lacking healthcare coverage. These included the long-term unemployed and their dependents, people who filed business bankruptcy, or who might still run a business but were unable to pay contributions due to severe hardship, and legal/illegal immigrants and refugees. In 2013, a program was launched providing (on a means-tested basis) vouchers that allowed uninsured persons and their dependents to have access to primary and ambulatory care. However, eligibility and range of ambulatory provisions were limited, inpatient care was not covered, and the scheme fell short of covering need. In 2016, new legislation lifted most barriers for uninsured citizens in accessing outpatient and inpatient publicly provided care. Nevertheless, as the uninsured are barred from contacting private providers contracted by EOPYY, inequity of access persists, especially in regions/localities with staff shortages and lack of diagnostic equipment in public health facilities. Increased co-payments and fees as well as long waiting lists also function as rationing measures creating barriers to access. In certain prefectures, the quicker appointment one can get for seeing a pathologist or a cardiologist in EOPYY could be in two or more weeks, while in the national hospitals network it might take even longer (Petmesidou, 2014: 23). Particularly long are waiting times for heart surgery: on <footnote n="14">¹⁴ Data from a research carried out by the Panhellenic Federation of Public Hospital Employees (POEDHN). Accessed on 05.10.2018, at https://www-poedhn.gr/deltia-typoy/item/2939-megali-eregna-tis-poedin-gia-tis-monades-entatikis-therapeias-se-74-nosokomeia.</footnote>
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average, two to four months across the country, but in certain cases waiting may reach or surpass six months (Boulountza, 2016). A ministerial decision issued in late 2016 made obligatory a more transparent use of priority medical criteria for waiting lists. Public hospitals have started complying with this measure, but it is too early to assess its effectiveness. Discontinuity in the procurement of vital medical supplies in ESY hospitals and PEDY health centers is another blockage mechanism. Household expenditure data of the lowest income quintile show that, in the beginning of the crisis, average equivalized monthly health spending was a little over 10% of total consumption expenditure.<fnref n="15" /> It sharply dropped to about 7% in 2012, but increased afterwards reaching again a ratio close to 10% in 2016 (with a slight decrease in 2017), even though total household expenditure persistently followed a downward trend from 2009 onwards. With regard to the constitution of average monthly spending on healthcare by households in the lowest income bracket (up to €750 monthly), a striking 60% concerns pharmaceuticals (and medical devices), about 25% payments to physicians, and the rest mostly inpatient care in private hospitals and clinics. As healthcare demands are inelastic, significant cuts in public provision made necessary even among poorer households to spend a growing part of their monthly income in order to cover healthcare needs. In the available literature, a threshold of 10 to 15% (or over) of household monthly income (or consumption) spent on out-of-pocket healthcare payments is considered to be a “catastrophic” and “impoverishing” cost for households (see Xu *et al.*, 2007). A case study conducted by Grigorakis *et al*. (2017) on the basis of a sample of people covered by mandatory social insurance, who “were hospitalized at least once in private providers contracted by EOPYY”, highlights the high risk of “catastrophic health costs”. About a third of their respondents declared having incurred a cost amounting to over 30% of their monthly income for health treatment (for the poverty impact of out-of-pocket payments see also Petmesidou *et al.*, 2015: 253-268; Chantzaras and Yfantopoulos, 2018). Other case studies (see Tsiligiani *et al.*, 2013 and 2014; Petmesidou *et al.*, 2015: 295-342) also show that a substantial number of people discontinue medication or lower their doses, as they cannot afford the cost, with perilous effects on their health though. The geographical distribution of health facilities and personnel is a major dimension of unequal access. Among EU countries, Greece exhibits a high ratio of practicing physicians per 1,000 population (6.3, almost double the ratio EU28, in 2015), the vast majority of whom are specialists. There are very few general practitioners, and <footnote n="15">¹⁵ ELSTAT data accessed on 15.10.2018, at http://www.statistics.gr/el/statistics/-/publication/SFA05/-/</footnote>
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shortage of nursing staff is a persistently serious problem, as indicated earlier. Figure III shows the high concentration of health personnel in the two regions with the largest urban centers (Attica and Central Macedonia), as well as in two regions with well-established medical schools (Epirus and Kriti). It also depicts the prevalence of disability (and chronic diseases) by region (latest available data from an ad hoc study of disability carried out by ELSTAT in the early 2000s). Strikingly, the regions with the highest rates in the prevalence of disability score lowest in terms of health personnel per hundred thousand inhabitants. Inequalities in the spatial distribution of health facilities are compounded by the problem of physicians' brain-drain since the eruption of the crisis (see Ifanti et al., 2014). According to the most recent available data, until mid-2018 about 12,700 physicians (mostly specialists) left the country.<fnref n="16" /> <figure><img src="image_6.png" /><figcaption>FIGURE III - Regional Distribution of Health Personnel (2016) and Prevalence of Disability</figcaption></figure> Source: Eurostat data on health personnel by region and ELSTAT ad hoc study on disability (2002). Accessed on 20.11.2018, at https://ec.europa.eu/eurostat/data/database and http://www.statistics.gr/en/statistics/-/publication/SJO12/- respectively. Barriers to accessing public health services in a time of crisis and inability to get medical treatment in the private sector (because this is unaffordable for people in economic hardship) seriously increase unmet need for medical care. This is reflected in the increasing use of free access clinics run by Non-Governmental Organizations – NGOs (e.g. Médecins du Monde). Until the late 2000s, people turning to NGOs were mostly immigrants. Only about 4% of Greeks sought “street medical care”. Yet, amidst <footnote n="16">¹⁶ Data obtained from the Athens Medical Association.</footnote>
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the crisis, estimates indicate that about a third of the Greek population turn to such clinics or seek support for covering their healthcare bills (Petmesidou, 2014: 24; see also Petmesidou et al., 2015: 269-293; Adam and Teloni, 2015). In the lowest income quintile unmet needs for medical examination have steadily increased from 2008 onwards (Figure IV). In 2017 close to a fifth of this income group declared unmet needs. A significant increase characterized also middle-income groups (3rd income quintile). The respective rate for this income group equaled 12% in 2014, and slightly declined to 10% in 2017.<fnref n="17" /> Compared to the other three South European countries (and to the EU28 average) unmet needs have been most prevalent in Greece until recently. It is noteworthy also that, in the last few years, the intensification of refugee (and immigrant) flows in the country (mainly from the Middle East and Africa) further ratcheted up the pressure on public and voluntary health services. <figure><img src="image_7.png" /><figcaption>FIGURE IV – Self-reported Unmet Needs for Medical Examination (“too expensive, too far to travel or long waiting list”)</figcaption></figure> Source: Eurostat data accessed on 10.11.2018, at http://ec.europa.eu/eurostat/data/database. Although life expectancy at birth steadily increased over the last decades (81.5 years in 2016, EU28 average 81.0 years), healthy life years at birth have been falling since 2007. Accelerating demographic ageing is a significant factor affecting this decline. Yet, at the same time, there is evidence that austerity measures have significantly impacted upon the decrement in the populations' health. According to the Global Burden of Disease Study (2016: e404), “from 2010 to 2016, Greece was faced with a five-times greater rate of annual all-cause mortality increase and a more modest increase in non-fatal health loss compared with pre-austerity”. Specifically, we observe “a rise in communicable, maternal, neonatal, and nutritional diseases since 2010” <footnote n="17">¹⁷ A study by Zavras *et al.* (2016: 5), referring to the early years of the crisis, found that, for the total population, “the odds of unmet needs due to financial reasons were 44% higher in 2011 as compared with 2006”.</footnote>
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(ibidem; see also Laliotis et al., 2016). Undoubtedly, it is rather difficult to disaggregate potential root cause factors of these outcomes (i.e. demographic profile, long-standing system specific characteristics, and the effects of austerity measures). Nevertheless, the fact that the worsening of public health takes place in tandem with a sharp reduction in public health spending and provision, makes it highly likely for the latter to have played a major role in the deterioration of the population's health conditions. ## 5. CONCLUSION For a long-time health insurance and healthcare in Greece followed a splintered pattern. In the early 1980s, on a highly fragmented health insurance system, a layer of universalist healthcare was introduced. However, inequalities in the scope and coverage among socio-occupational groups persisted, and the path breaking reform of the introduction of ESY hardly managed to become a driver of wholesale change towards a fully developed national health system. Instead a "disjointed" configuration prevailed. This combined limited application of the principle of universal access with fragmented and unequal health insurance, in tandem with rapidly rising private, out-of-pocket payments. The statist-clientelist mode of socio-political integration that characterized the country for many decades accounts for the consolidation of strong "veto" points resisting change. Subsequent reform attempts in the decades of the 1990s and the 2000s made little progress in tackling inherent system inequities and financing/organizational deficiencies. The crisis provided a window of opportunity for promoting system integration, as envisaged by the 1981 reform, yet under conditions of sharply declining public spending and a leaner basket of provisions. A number of factors have facilitated reform. Fiscal surveillance by and increasing influence of supranational actors shifted decision-making upwards to the international lenders and the national executive branch, while traditional veto players, such as major trade unions and privileged health insurance funds, were sidelined. At the same time convergent policy options among EU countries guided reform towards: a) strict cost-containment and control measures shifting the cost to patients, and b) a two-pronged approach to governance consolidating service providers but also decentralizing administration and management. Undoubtedly, reforms increased system rationalization but blunt ceilings set by the bailout package drastically compressed the scope, quantity and quality of services. Seemingly, unification and standardization of health insurance aimed to tackle inequalities in coverage and access. But shrinking public provision runs counter to this. Unmet need for medical care greatly increased among lower-income groups (with a
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noticeable rise also among middle-income groups) and inequalities in terms of accessibility to and affordability of services deepened. Mandatory, state-regulated complementary insurance through the market is absent and the risk of catastrophic out-of-pocket payments appears to be high, particularly so, as “reforms increasingly co-opted universal public healthcare into private operators” (Petmesidou, forthcoming). Greece’s post-bailout commitments stipulating strict fiscal targets for the years ahead, in order for the country to service its huge public debt, leave little room for any policy options, in the near future, which could reverse course and harness the potential of reform for enlarging the scope and improving quality of universal healthcare. ## MARIA PETMESIDOU Emeritus Professor of Social Policy, Department of Social Administration and Political Science, Democritus University of Thrace P. Tsaldari 1, Komotini 69100, Greece Contact: marpetm@otenet.gr Received on 13.12.2018 Accepted for publication on 02.05.2019 ## REFERENCES Adam, Sofia; Teloni, Dimitra Dora (2015), *Solidarity Clinics in Crisis-ridden Greece: The Experience of Health Care Provision when Public Health Care is in Retreat* [in Greek]. Athens: INE-GSEE – Observatory on Economic and Social Developments. Accessed on 25.09.2018, at https://www.inegsee.gr/ekdosi/kinonika-iatria-stin-ellada-tis-krisis-i-empiria-tis-parochis-ipiresion-igias-otan-to-ethniko-sistima-igias-ipochori/. Chantzaras, Athanasios; Yfantopoulos, John (2018) “Financial Protection of Households against Health Shocks in Greece During the Economic Crisis”, *Social Science & Medicine*, 211, 338-351. Grigorakis, Nikolaos; Floros, Christos; Tsangari, Haritini; Tsoukatos, Evangelos (2017), “Combining Social and Private Health Insurance versus Catastrophic Out of Pocket Payments for Private Hospital Care in Greece”, *International Journal of Health Economics and Management*, 17(3), 261-287. Boulountza, Penny (2016), “Up to a Year on the Waiting List for Surgery”, *Kathimerini Newspaper*, 14 February, p. 26. EC – European Commission (2018a), “Commission Implementing Decision of 11.7.2018 on the Activation of Enhanced Surveillance for Greece”. Accessed on 30.11.2018, at https://ec.europa.eu/info/sites/info/files/economy-finance/2_en_act_part1_v7_adopted.pdf.
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De l’analyse systémique à la production d’une théorie générale : parcours d’une chercheure impliquée
Françoise Thibault
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Sciences humaines et sociales
Distances et médiations des savoirs
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<figure><img src="image_1.png" /></figure> Il est heureux que le web puisse donner à voir et à entendre le beau parcours de celle qui déclare après plus de quarante ans de travaux sur les technologies pour l’éducation : « le statut de l’image, c’est mon sujet de recherche essentiel. » Certes, mais à écouter Geneviève Jacquinot ce que nous retenons est aussi l’indéfectible lien qu’elle a tissé entre ses travaux de recherche et son implication personnelle dans les systèmes éducatifs et universitaires. 1 http://www.canal-u.tv/video/canal_tematice/entretien_avec_genevieve_jacquinot.3591 2L’interview que nous avons réalisée avec Jacques Wallet1, le 4 octobre 2006, dans le cadre du programme imaginé avec Georges-Louis Baron : « Mémoires des TICE » constitue un riche témoignage de cet engagement en acte. # Les cadres de l’engagement En sciences humaines et sociales, évoquer l’implication du chercheur, c’est faire en général référence à l’un des différents courants de la « recherche-action » et à ses méthodes d’investigation de la vie en société. La méthodologie est ancienne et a été développée, dès les années 1930 aux États-Unis dans le cadre de la première École de Chicago. La « sociologie clinique » qui y est alors pratiquée se centre sur la personne individuelle en difficulté et induit, de la part du chercheur, un engagement personnel, un éprouvé empathique face aux problèmes rencontrés par les acteurs voire la recherche de solutions. Nous n’évoquerons pas ici la longue liste des approches et méthodes qui se déploieront jusqu’aux années 1980 dans de nombreux pays et continents dans la mouvance de la « recherche-action » ou de « l’intervention » (Amérique du Sud autour de Paulo Freire, Danilo Dolci en Italie, Kurt Lewin aux États-Unis …). La vie urbaine et les cohabitations entre les groupes sociaux sont les sujets les plus étudiés de cette période. C’est dans les années 1960 et 1970 que la question de l’éducation devient centrale dans les pratiques scientifiques se réclamant de l’intervention. Sociologues travaillent avec psychologues et psychanalystes de plus en plus présents dans le champ des SHS. Les chercheurs interventionnistes se retrouvent dans les courants de la pédagogie institutionnelle, de la psychothérapie institutionnelle ou encore celui de l’intervention psychosociologique. Bien qu’insistant sur le lien entre la recherche et l’action qu’elle n’a cessé de cultiver tout au long de sa carrière, c’est à un tout autre cadre que fait référence Geneviève Jacquinot dans son entretien, et à une tout autre personnalité : Etienne Brunswic qui a notamment œuvré pour le développement des programmes de télévision éducative en Afrique francophone. Rencontre entre réflexions pédagogiques et grande vision pour l’éducation, l’approche systémique telle que commentée et exposée par E. Brunswic s’enracine dans la conviction que les « pays du tiers monde », peu organisés, peuvent être le terrain d’expérimentations audacieuses, sources de nouveaux modèles éducatifs. Souvent citée, la deuxième édition du livre de 1981 fait oublier que « L’Éducateur et l’approche systémique". Manuel pour améliorer la pratique de l’éducation dans les pays en voie de développement » est sorti aux Presses de l’Unesco dès 1976. Cet ouvrage est, en fait, la traduction française d’une étude réalisée à la demande de l’Unesco par trois personnalités de pays du « Tiers et du Quart Monde » : Taju Balogun du Nigeria, Shirad Kulharni d’Inde et Seti Jadi d’Indonésie, tous impliqués dans des projets éducatifs. Charles Blake a assumé la rédaction finale de la version anglaise. Guy Berger et Etienne Brunswic, ce dernier secrétaire de la Commission française auprès de l’Unesco, ont traduit et adapté le manuel original. On peut voir dans cette configuration la préfiguration d’un phénomène qui va se généraliser dans bon nombre de secteurs, à partir du début dans des années 1980 : le recours à l’expert (mi-savant, mi-homme d’action) comme moyen de faire bouger les organisations. Revendiqué comme produit de la réflexion de praticiens, le concept d’analyse systémique présenté dans le Manuel pour améliorer la pratique de l’éducation dans les pays en voie de développement correspond à l’étude rationnelle d’un problème, c’est-à-dire à la recherche de solutions pour adapter les moyens dont on dispose aux fins que l’on vise. Elle repose sur l’élucidation d’un ensemble de questions et la prise en compte d’une diversité de paramètres. Les questions sont simples : quels sont les objectifs que vise tel ou tel système d’enseignement ? Quels sont les moyens dont on dispose concrètement pour réaliser ces objectifs ? Quelles sont les multiples contraintes extérieures qui vont intervenir pour aider ou pour gêner les efforts à faire ? Quels sont les multiples décideurs qui interviennent dans le problème en question et quelle est la zone d’action de chacun d’eux ? L’analyse systémique s’accompagne de l’élaboration de stratégies d’actions, c’est-à-dire de combinaisons appropriées, et convenablement organisées dans le temps, des moyens choisis parmi ceux dont on dispose, cela afin de réaliser les finalités que l’on s’est fixées. Produit de la réflexivité et de l’observation de spécialistes, l’analyse systémique est destinée prioritairement à des professionnels. Ce projet est fort explicite dans la préface de l’édition de 1981 : > « Ce manuel présente au lecteur une technique, généralement connue sous le nom d’approche systémique, qui permet d’analyser des situations éducatives pratiques en vue d‘améliorer l’efficacité du processus d’enseignement ou d’apprentissage. Il a pour objet d’aider tous ceux qui exercent des activités éducatives (enseignants, chefs d’établissement, documentalistes, formateurs d’adultes, animateurs de collectivités, agents de développement, spécialistes des méthodes et techniques, administrateurs, inspecteurs, etc.) à identifier les points forts et les points faibles des situations pédagogiques auxquelles ils sont confrontés et à y apporter les modifications en leur pouvoir, compte tenu du niveau de décision auquel ils opèrent. (…) On peut espérer que le lecteur apprendra ainsi à décomposer une situation éducative en ses éléments et surtout à déterminer ceux sur lesquels il peut agir(…). Enfin, le lecteur devrait être à même de concevoir et de mettre en œuvre des changements, c’est-à-dire d’introduire des innovations de nature à moderniser le système éducatif considéré. » La fidélité de Geneviève Jacquinot à l’approche systémique revêt, en 2006, une portée toute particulière. En effet, à une époque où la science dispose d’une sorte de monopole de la pensée, s’en référer à une pratique qui se positionne clairement comme une méthode et non comme une science ne manque pas d’originalité voire d’audace. > « (L’approche systémique) n’est pas une science, ni même une conception particulière des faits éducatifs et sociaux. Son objet est de permettre à tous ceux qui travaillent dans une situation complexe, et quels que soient les rôles qu’ils y jouent, d’analyser cette complexité, de la décrire, de percevoir, le cas échéant, les dysfonctionnements, de prendre en considération les différents niveaux de la réalité sociale ou institutionnelle. D’autre part, elle s’efforce de permettre à celui qui intervient de maîtriser autant que possible les transformations en chaîne qu’il détermine et d’en mesurer les conséquences. » (Brunswic, p. 10) En dotant la science des qualités nécessaires à l’exercice de la réflexivité du praticien, c’est la pratique que met au centre de ses préoccupations Geneviève Jacquinot et, contrairement à beaucoup de propos sur l’éducation, l’argument scientifique n’est pas là pour justifier la pratique, il l’alimente. Bien que l’auteur de « Image et pédagogie » rappelle, au début de cette interview, que contrairement à bon nombre d’audiovisualistes, elle n’est pas passée par la célèbre formation de l’École Normale Supérieure de Saint Cloud, elle s’avère en être une bonne représentante, passée par l’école de la vie, en enseignant et en participant à la réalisation de films éducatifs avec des réalisateurs comme Almendros ou Éric Robert. Personnalité d’un groupe informel qui se reconnaît dans les « technologies éducatives », elle a besoin, comme elle le dit, « de prendre du recul par la recherche » mais aussi d’être capable de concevoir un produit pédagogique pour optimiser les usages des élèves. L’implication sur le terrain est ainsi centrale. Dans les années 1960 et 1970, Geneviève Jacquinot intervient sur des expérimentations qui ont fait date, au niveau du primaire et du secondaire : le collège expérimental de Marly-le-Roi et la télévision scolaire en Côte d’Ivoire. Elle suit de nombreux programmes d’éducation télévisuelle à l’étranger. Convaincue qu’il est nécessaire de faire soi-même l’expérience des médias pour comprendre les phénomènes en jeu dans l’enseignement par les médias, elle participe logiquement à l’expérience de Paris 8-Vincennes. Cooptée comme assistante, elle y défend l’idée qu’un apprentissage de l’image par l’image est nécessaire à la formation des esprits qui participe à la démocratisation de la société. Que lui apprennent ces terrains ? Que les pionniers eux-mêmes peuvent être divisés : c’est le combat stérile des années 1980 entre les tenants de « l’éducation à l’image » et les tenants de « l’éducation par l’image ». Que le travail en équipe est un facteur clé, pour les enseignants comme pour les élèves, c’est la grande preuve de Marly. Que la ressource éducative, même de grande qualité, ne règle pas la question de l’apprentissage. Que le mépris de la technique et du support est puissant et d’origines diverses : les défenseurs des disciplines au nom du savoir à transmettre ; la hiérarchie éducative qui préfère un enseignant seul devant sa classe à un enseignant intégré dans une équipe (à Marly, les inspecteurs ont dû inspecter des équipes d’enseignants, mais très vite l’inspection individuelle a repris sa place) ; une partie des enseignants de la gauche libertaire qui rejette les médias (le studio de Vincennes sera en partie détruit au nom de la lutte contre les médias de masse, instruments d’un pouvoir central). Que l’institution n’est pas prête à se transformer et que nous sommes loin de la généralisation. L’interrogation que Geneviève Jacquinot porte sur ces expériences qui ont connu leur heure de gloire mais sont restées sans suite, la ramène vers l’analyse systémique. Pour elle, la généralisation suppose la maîtrise de l’ensemble des niveaux. Les pionniers n’ont pas réussi à « tenir tous les niveaux ». Les expériences ont donc échoué. La boucle pourrait être bouclée et la pionnière juste déçue. Mais la pionnière aime « les débuts » et « marcher dans les gravats » comme à Marly. Elle voit dans l’informatique et surtout dans l’internet la force d’une pression sociale qui va obliger l’institution scolaire et universitaire à se réformer. Les niveaux pourraient, presque d’eux-mêmes, se trouver embarqués dans des transformations profondes qui ont jusqu’alors été rendues impossibles. L’heure serait alors à la production d’une « théorie globale » qui articule les enseignements de la sémiologie, de la psychologie cognitive et de la théorie des usages. Pour Geneviève Jacquinot, si nous disposons bien de briques, la théorie est à construire dans son ensemble. Beau programme que nous dessine notre grande dame de « l’image pédagogique ». <footnote n="1">1 http://www.canal-u.tv/video/canal_tematice/entretien_avec_genevieve_jacquinot.3591</footnote>
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Sciences humaines et arts
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Brexit : les sujets de la discorde
Yves Petit
2017
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Économie et finance quantitative
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Les négociations de l’accord de retrait du Royaume-Uni de l’Union européenne (UE) ont débuté officiellement le 19 juin 2017. Comme le précisent les directives de négociation, qui s’appuient elles-mêmes sur les orientations du Conseil européen, l’article 50 TUE « confère à l’Union une compétence horizontale exceptionnelle pour aborder dans l’accord toutes les questions nécessaires à l’organisation du retrait. » Il faut en effet mettre fin à 44 ans de relations communes et souvent tumultueuses, et en même temps parvenir à un retrait ordonné de l’UE. Il est effectivement vital que le retrait soit organisé de manière ordonnée, « afin de ne pas porter préjudice » à l’UE, à ses citoyens ou au processus d’intégration européenne ». Les enjeux sont très nombreux, en raison des incidences du Brexit sur les plans humain, économique, financier, juridique, social et politique, sans compter qu’une absence d’accord aurait certainement des conséquences graves. Les têtes de chapitre des orientations du Conseil européen et des directives de négociation permettent de se faire une idée des multiples sujets que la négociation de retrait devra aborder et régler : les droits des citoyens, le règlement financier, la situation des marchandises mise sur le marché, les procédures en matière de coopération administrative et répressive, de coopération judiciaire civile, commerciale et pénale. Une procédure en trois temps – appel d’offres, évaluation par la Commission, décision finale des 27 en novembre 2017 – conduisant à une décision relative au transfert de l’Agence européenne des médicaments et de l’Autorité bancaire européenne a été arrêtée le 22 juin 2017. Trois sujets se détachent cependant. Les deux premiers sont prioritaires : les droits des citoyens ; le règlement financier du Brexit. Le troisième découle de la transformation du Royaume-Uni d’État membre en État tiers, ce qui « fait émerger des conflits mis en sommeil grâce à l’Union européenne ». ## Les droits des citoyens européens Un working paper, « Essential Principles on Citizens’ Rights », a été adopté par l’Union et transmis au Royaume-Uni le 12 juin 2017. En retour, la première ministre Theresa May a présenté, le 26 juin 2017, un document intitulé « Safeguarding the Position of EU Citizens Living in the UK and UK Nationals Living in the EU ». La négociation du retrait entre ainsi dans le vif du sujet, car plus de 4 millions de citoyens de l’Union sont directement concernés par le Brexit. Un peu plus de 3 millions d’Européens (notamment 900 000 Polonais, 300 000 Irlandais et 230 000 Roumains) vivent et travaillent au Royaume-Uni. Environ un million de citoyens britanniques sont installés dans un autre État membre, plus du tiers vivant en Espagne. Si l’UE et le Royaume-Uni estiment à l’unisson que les citoyens européens constituent une priorité en raison de la menace pesant sur leurs droits, leurs positions respectives doivent être rapprochées pour parvenir à un accord. L’offre britannique du 26 juin a été jugée trop peu généreuse, car manquant d’ambition, de clarté et de garanties selon le négociateur en chef de l’Union, Michel Barnier. ## Le respect du principe de l’égalité de traitement Pour l’UE, un retrait ordonné implique la conclusion d’un accord portant sur des garanties réciproques préservant le statut et les droits des citoyens des États membres de l’UE à 27 et du Royaume-Uni, ainsi que des membres de leur famille affectés par le Brexit. L’accord de retrait devra ainsi lister les droits à protéger : droits de séjour, relatifs à l’accès au marché du travail, à l’éducation, aux soins de santé et à la sécurité sociale, aux pensions et la reconnaissance des diplômes. Ils devront être protégés sur le fondement du droit de l’UE, et garantis par la Cour de Justice de l’UE. Les garanties apportées devront être effectives, opposables, globales, fondées sur le principe de l’égalité de traitement et inclure un droit de séjour permanent après 5 ans de séjour régulier ininterrompu. <figure><img src="image_1.png" /><figcaption>Theresa May, à Bruxelles, le 23 juin 2017. Olivier Matthys/AFP</figcaption></figure> L’offre britannique du 26 juin 2017 est présentée comme « équitable et sérieuse » par la première ministre britannique Theresa May. Elle ne va cependant pas sans soulever de difficultés, même si « Le Royaume-Uni s’engage à protéger les ressortissants européens ». Il veut créer un nouveau statut sécurisé de résident permanent (« settled status ») qui leur octroiera quasiment les mêmes droits que les citoyens britanniques en ce qui concerne l’emploi, la santé, l’aide sociale ou la retraite. Les Européens vivant depuis plus de 5 ans au Royaume-Uni avant une date qui reste à fixer (« specified date ») en seront bénéficiaires. Le statut des Européens qui ne posséderont pas ces 5 ans « d’ancienneté » reste, pour le moment, incertain. La situation du ou des membres d’une famille n’ayant pas le statut de citoyen européen doit encore être précisée. Plusieurs points restent en suspens. La date butoir (« cut-off date »), à partir de laquelle il ne sera plus possible pour les Européens et les Britanniques de bénéficier des mêmes droits, n’est pas arrêtée. Elle devrait intervenir entre le 29 mars 2017 – date de la notification du retrait – et au plus tard à la sortie du Royaume-Uni. L’offre britannique aligne (à la baisse ?) les droits des Européens sur ceux des Britanniques, et exclut la compétence de la Cour de justice en cas de litige. Il faudra donc veiller à ce que « l’intégrité du droit de l’Union, y compris de la Charte des droits fondamentaux », soit respectée et éviter toute dégradation des droits liés à la liberté de circulation, ainsi que toute discrimination entre citoyens de l’UE. ## Le règlement financier du retrait L’UE a proposé au Royaume-Uni un deuxième working paper, « Essential Principles on Financial Settlement ». Quand on connaît l’histoire budgétaire de l’Union, et notamment l’épisode célèbre du « chèque britannique », figurant toujours en bonne place dans la décision « Ressources propres » et dont le principe a été posé en juin 1984 lors du Conseil européen de Fontainebleau, ce sujet est potentiellement le plus conflictuel. Afin de régler l’ardoise de la sortie, le principe retenu par les orientations du Conseil européen est celui d’un « règlement financier unique ». Le Royaume-Uni doit honorer l’ensemble des engagements financiers qu’il a pris en qualité d’État membre de l’UE, ce principe ayant pour but de couvrir l’ensemble de ses relations financières avec l’Union. Comme l’a spécifié Michel Barnier, l’objectif est de solder les comptes : « Il ne s’agit pas d’une punition, ni d’une taxe de sortie. » Le retrait du Royaume-Uni a donc un coût, que le gouvernement britannique doit assumer financièrement et politiquement. Non seulement, il devra s’acquitter de la totalité de ses obligations et des paiements correspondant aux engagements contractés durant le cadre financier pluriannuel 2014-2020, financer les pensions des fonctionnaires européens britanniques et le transfert des deux Agences dont le siège est à Londres, mais des compensations pourraient lui être demandées par certains pays tiers liés à l’UE par des accords commerciaux. Pour le moment, la Commission européenne n’a précisé aucun chiffre. Le montant le plus fréquemment avancé de cette soulte varie entre 40 et 60 milliards d’euros. Cette somme « pourrait (cependant) être réévaluée à 100 milliards d’euros, afin de prendre en compte les coûts supplémentaires induits par le Brexit sur la mise en œuvre de la politique agricole commune et le fonctionnement administratif de l’UE ». Une méthode de calcul rigoureuse s’impose donc. De plus, le départ du Royaume-Uni va contraindre la Commission et les 27 à combler le « trou béant » laissé par un important contributeur net, et à gérer les tensions probables entre les contributeurs et les bénéficiaires du budget de l’Union. Ce gouffre financier est évalué à 8,5-10 milliards. Le Brexit vaut par conséquent son pesant d’euros ! ## Eviter le retour de conflits européens « gelés » Le futur statut d’État tiers du Royaume-Uni risque de réactiver des tensions « oubliées », grâce à l’action de l’Union et de son droit. Ainsi, le cadre de négociation du Brexit aborde les trois questions spécifiques de la relation entre la République d’Irlande et l’Irlande du Nord, des zones de souveraineté du Royaume-Uni à Chypre, et de l’avenir de Gibraltar. Alors que la garantie du statut et des droits des citoyens européens travaillant sur les bases militaires souveraines d’Akrotiri et de Dhekelia (à Chypre) devrait pouvoir faire l’objet d’un arrangement sans grande difficulté, il n’en va pas de même des deux autres questions. L’accord de retrait devra ainsi éviter la réouverture des plaies irlandaises, car l’UE a promu avec succès la paix et la réconciliation consacrée par l’accord du Vendredi saint. Garante du respect de cet accord qui a mis fin aux violences en Irlande du Nord, elle devra éviter le retour d’une frontière physique sur l’île d’Irlande, tout en respectant l’intégrité de l’ordre juridique de l’Union. Une fois le Brexit entériné, la frontière entre les deux Irlande deviendra une frontière extérieure de l’Union. Il faudra alors permettre un transit des marchandises sans encombre, l’Irlande exportant par exemple plus de 40 % de sa production agricole et agroalimentaire vers le Royaume-Uni. <figure><img src="image_2.png" /><figcaption>Gibraltar, le rocher de la discorde. Karan Jain/Flickr, CC BY</figcaption></figure> Gibraltar « constitue un territoire européen dont un État membre […] le Royaume-Uni, assume les relations extérieures », et le droit de l’Union ne s’y applique que partiellement. Gibraltar ne participe pas à l’union douanière et est exempté de la politique agricole commune et de la politique commune de la pêche. Suite au Brexit, le rétablissement d’une frontière terrestre entre l’Espagne et Gibraltar est susceptible d’affecter la libre circulation des personnes et le tourisme. L’avenir de Gibraltar ne se pose toutefois pas uniquement en termes économiques ; il revêt également une dimension politique car, pour l’Espagne, le retrait britannique représente une occasion de récupérer la souveraineté sur le Rocher. Face à un Royaume-Uni devenu un État tiers, la revendication espagnole acquiert davantage de poids. Les orientations du Conseil européen prévoient ainsi qu’« aucun accord entre l’UE et le Royaume-Uni ne pourra s’appliquer au territoire de Gibraltar sans accord entre le Royaume d’Espagne et le Royaume-Uni ». Comme bien d’autres questions, le statut de Gibraltar mérite une attention particulière. Finalement, on ne soupçonnera jamais assez les innombrables enjeux qui s’attachent au Brexit. De toute évidence, le retrait du Royaume-Uni nécessite beaucoup de pédagogie, sans quoi le « no deal » risque d’être au bout du chemin.
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Sciences sociales
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L’Europe des lipides : enjeux et méthode
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# L'Europe des lipides : enjeux et méthode ## Lipids in Europe: challenges and methods Oléagineux, Corps Gras, Lipides. Volume 7, Numéro 2, 133-4, Mars - Avril 2000, La filière, aujourd'hui, demain **Auteur(s)** : Michel PARMENTIER **Résumé** : Ce n'est pas la première fois que les chercheurs et les industriels européens tentent de s'organiser dans le but de s'identifier et de se renforcer, face à la puissance et l'organisation du grand partenaire américain. L'AOCS (American oil chemists Society), dont tous les Européens connaissent l'efficacité et utilisent les services, possède en effet une image irremplaçable dans le secteur : ses journaux, ses congrès, sa présence dans l'ISF (International society for fat research), toute la communication « Lipides » qu'elle véhicule sont pour le chercheur européen une aide précieuse. Ce devrait être également pour tous une incitation à la fois forte et récurrente à une affirmation de l'identité et de l'autonomie du Vieux continent. Inconsciemment ou consciemment, comme dans de nombreux (pour ne pas dire tous) domaines scientifiques et techniques, l'Amérique nous aiguillonne, nous impressionne, nous culpabilise dans notre atavique incapacité à monter dans le même train de l'efficacité et de la puissance affirmée. **Summary** : At the end of the eighties, the European scientists and technologists launched Eurolipid, which was devoted to pave the way for an European organisation. Unfortunately, Eurolipid did not survive to its first supranational event: the structure dead just after having successfully set up the Congress of Angers. 20 years later, despite to national strong specificity, the European dynamism together with the permanent challenge between European and American science and industry lead to the need of a new federative approach by the involved local societies. **Keywords** : lipids, Europe, federation, science, technology. ## ARTICLE À la fin des années 80, Eurolipid avait soulevé l'enthousiasme en montrant que, ensemble, les sociétés savantes européennes du secteur des lipides étaient capables d'organiser un congrès qui tenait la comparaison avec les grandes messes de l'AOCS ou de l'ISF. Angers avait été un grand cru, et nous avons tous un souvenir fort de cette manifestation. Pour ma part, c'était la première participation à un congrès sur les matières grasses : quelle chance ! quelle image de ce secteur, de son dynamisme, de sa capacité d'organisation et de mobilisation... Malheureusement, Angers n'a pas eu de lendemains, et toutes les sociétés organisatrices en ont sans doute fait le constat : une belle réussite, mais ponctuelle... Pourquoi ? Sans doute la fin des années 80 n'avait pas encore généré le dynamisme européen qu'ont fait exploser des réalisations ultérieures comme le marché unique, l'ouverture complète de certaines frontières... et surtout l'euro. C'est une première raison. Une autre, tout aussi importante, est que, à
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ce moment (avant la guerre du Golfe, l'explosion d'Internet), la toute-puissance américaine ne réduisait pas encore de façon aussi évidente l'Europe à faire la course derrière. Si bien que s'en remettre à l'Amérique apparaissait naturel et somme toute confortable... et nous pouvons tous en parler en toute aise, puisque nous sommes tous membres de l'AOCS, et à deux titres pour la plupart d'entre nous : individuellement d'abord si nous sommes à jour de la cotisation, et collectivement dans la mesure où toutes les associations européennes sont elles-mêmes membres de l'AOCS ! Nous avons tous entendu, et nous entendons encore : « Pourquoi donc perdre son temps et son argent dans une organisation européenne alors que tous les services sont disponibles en adhérant à l'AOCS ». Laquelle AOCS possède d'ailleurs une politique active de fédération de groupes hors Amérique du Nord, et donc pourquoi pas une section européenne ? Puisqu'il était franchissable, le pas a évidemment été franchi, et la section européenne de l'AOCS a vu le jour, relayant avec efficacité et sérieux l'esprit de la maison mère. Cette création, dont le mérite n'est pas à remettre en cause, revenait à prendre acte de l'incapacité finale des Européens à s'organiser, si ce n'est sous l'égide des États-Unis, comme c'est le cas dans bien d'autres domaines autrement plus stratégiques encore. On peut toutefois se poser quelques questions : que l'on soit chercheur scientifique ou industriel, peut-on affirmer que nos intérêts sont toujours convergents avec ceux de la toute-puissante Amérique ? Les différences d'appréciation existent, aussi bien dans l'organisation des marchés que dans l'approche nutritionnelle, et dans ces deux cas le secteur des lipides et des oléagineux est tout particulièrement impliqué : la compétition Europe-Amérique y est de toute façon féroce commercialement. Un espace européen de la science et de la technologie des lipides se doit donc d'exister et, pour dialoguer comme il devrait le faire avec le partenaire américain, il doit en plus être fort puisqu'il n'a pas le choix du partenaire... C'est partant de cette réflexion que, récemment, les deux présidents de la DGF (Deutsche Gesellschaft für Fettwissenschaft) et de l'AFECG (Association française pour l'étude des corps gras) ont repris un dialogue abandonné en friches au lendemain de l'Eurolipid d'Angers. La volonté des présidents Vermeersch et Spener a permis de réactiver en 1998 l'idée d'une fédération européenne des lipides, en travaillant à deux niveaux : un niveau institutionnel - comment organiser une telle fédération ? - et un niveau concret - par quelles actions sur le terrain peut-on relancer la dynamique ? L'approche institutionnelle peine déjà et, on peut le dire, pour les mêmes raisons que la tentative Eurolipid : les moyens financiers. Alors que tous les partenaires (allemands, français, anglais, hollandais) sont d'accord sur l'intérêt, l'importance et les choses à faire, personne n'arrive à dégager les moyens financiers puissants et stables qui seuls peuvent permettre de pérenniser la structure. Et comme les personnes physiques européennes ne peuvent évidemment pas « empiler » les cotisations (sociétés nationales, AOCS, fédération européenne), la démarche, telle quelle est, est vouée au même échec (« les mêmes causes... »). Heureusement, les premiers contacts franco-allemands avaient permis de mettre en place une démarche pragmatique (« à l'européenne ») faite non pas de constructions théoriques mais de réalisations concrètes : premier exemple, organiser tous les deux ans un congrès des deux sociétés. Ce sera en octobre 2000, le premier « DGF and AFECG Joint Congress » à Würzburg. La préparation de ce congrès a été l'occasion de nombreux contacts, et tout particulièrement dans le cadre d'un
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comité scientifique unique et paritaire. Nul doute que cette méthode est la bonne : ainsi nous apprenons à nous connaître, à travailler ensemble, à nous apprécier... et finalement la dynamique qui se crée aboutira à la création « de fait » de cet esprit européen qui nous fait tellement défaut face à un compte de gestion. Si Würzburg est un succès, nul doute que la fédération européenne aura fait un grand pas car, à peine Würzburg achevé, nous nous remettrons au travail pour la deuxième édition de notre « Joint Congress ». Ce sera en 2002, à Strasbourg... tout un symbole bien sûr, mais surtout une dynamique, un mouvement. D'autant que notre organisation commune se veut ouverte : la langue officielle y est évidemment l'anglais, et tous nos collègues européens ou étrangers sont non seulement invités mais bienvenus. Ils y trouveront un cadre, une volonté de travailler en commun, sans palabres ni juridisme inutiles, en toute liberté et efficacité. C'est à mon sens beaucoup plus fort, plus motivant dans l'objectif à long terme d'une organisation européenne, que tous les statuts et montages financiers compliqués dont l'horizon est de toute façon limité. Ce premier pari de la pérennisation des congrès Eurolipid est la condition incontournable du succès d'une approche européenne dans notre secteur. L'autre pari européen est celui de la communication écrite, c'est-à-dire les journaux. À l'exigence d'une lisibilité scientifique affirmée lors de notre première réunion, nos collègues allemands ont répondu par une initiative aussi forte que rapide : remplacement de leur propre journal (Fett Lipid) par le European Journal of Lipid Science and Technology (EJLST) dont le premier numéro est sorti six mois après. Ce journal est pour l'instant l'organe de la DGF, mais son pool éditorial est déjà complètement européen, et il n'y a pas de doute qu'il prendra toute sa place dans la communication scientifique malgré l'extrême difficulté que représente une telle création et surtout le positionnement qu'il vise. Face à cette initiative hardie de nos partenaires, nous avons, par une démarche différente, progressive, pris la décision de faire évoluer OCL vers l'Europe. C'est moins facile : OCL existe, remplit un rôle reconnu dans son créneau. C'est un journal de partenariat entre plusieurs structures, un journal de débat, de dossiers. Partant de cette position de réussite, nous allons avec l'aide de tous conduire son évolution non pas thématique mais de champ : la formule a un succès évident, elle peut donc élargir son lectorat sans renier quoi que ce soit de ce qui fait son originalité et son succès. C'est à ce prix que les petits pas de chacun vers un esprit plus européen nous conduiront vers une structure mieux intégrée, solidaire, donc capable de prendre toute la place qui doit être la sienne dans le concert mondial de la science et de l'industrie des lipides. Apporter ma modeste contribution à la conduite de cette évolution aura été la grande fierté de mon passage à la présidence de l'AFECG. Mais nous ne sommes qu'au commencement d'une marche longue, semée de difficultés à surmonter, de susceptibilités à transgresser, dans une dynamique qui marquera pour un temps encore long la marche de notre association et de nos partenaires scientifiques et industriels.
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## Lipids, Fats and Oils: Opportunities and Responsibilities in the New Century October 8-10, 2000, Würzburg, Germany The Deutsche Gesellschaft für Fettwissenschaft (DGF) and the Association Française pour l'Etude des Corps Gras (AFECG) cordially invite you to attend the Joint International Congress and Expo ### Award Lectures H. Steinhart, Normann Medallist 2000 University of Hamburg, German. Trans-and Conjugated Fatty Acids in Food - Contents and Analytical Aspects R. Verger, Normann Medallist 2000 CNRS, Marseille, France Lipases: Interfacial Enzymes with Attractive Application G. Vermeersch, Chevreul Medallist 2000 Sofiproteol, Paris, France Development of a Biodiesel Activity F. Spener, Chevreul Medallist 2000 University of Münster, Germany Fatty Acids Regulate Fatty Acid Metabolization - A Nutritional Opportunity ### Scientific Program: main topics * **New Generation of Products by Chemical and Biotechnological Approaches** Biodiesel Production and Refining Innovative Approaches New Application of Lipases in Lipid Transformation * **Concepts in Human Nutrition and Animal Feeding** Conjugated Fatty Acids Safety and Processing New Developments in Animal Feeding * **Biochemistry and Bioengineering** Products from Renewable Resources: Whole Cell Systems New Application of Lipases in Lipid Transformation Functionalization and Isolation of Fatty Acids Properties and Applications of (Phospho-)lipases * **Developments in Analytical Methods and Management** Autoxidation - Oxidation - Stability Analysis of Minor Components and Contaminants Hyphenated Analytical Methods
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<figure><img src="image_1.png" /></figure> HAL open science # Détection des changements de profil respiratoire des patients sous oxygénothérapie de longue durée Juliana Alves Pegoraro ► To cite this version: Juliana Alves Pegoraro. Détection des changements de profil respiratoire des patients sous oxygénothérapie de longue durée. Sciences du Vivant [q-bio]. Université de Paris / Université Paris Descartes (Paris 5), 2021. Français. NNT: tel-04015145 HAL Id: tel-04015145 https://hal.science/tel-04015145 Submitted on 9 Mar 2023 HAL is a multi-disciplinary open access archive for the deposit and dissemination of sci- entific research documents, whether they are pub- lished or not. The documents may come from teaching and research institutions in France or abroad, or from public or private research centers. L'archive ouverte pluridisciplinaire HAL, est destinée au dépôt et à la diffusion de documents scientifiques de niveau recherche, publiés ou non, émanant des établissements d'enseignement et de recherche français ou étrangers, des laboratoires publics ou privés. Public Domain
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<figure><img src="image_2.png" /></figure> Université de Paris École doctorale de Sciences Mathématiques de Paris Centre (ED 386) Laboratoire : Mathématiques Appliquées à Paris 5, MAP5-UMR 8145 CNRS # Détection des changements de profil respiratoire des patients sous oxygénothérapie de longue durée par JULIANA ALVES PEGORARO Thèse de doctorat de Mathématiques appliquées Dirigée par ETIENNE BIRMELÉ ET JÉSUS GONZALEZ-BERMEJO Présentée et soutenue publiquement le ... 22 octobre 2021 Devant le jury composé de : <table><tr><td>CHRISTOPHE AMBROISE</td><td>PU, Université d'Evry Val d'Essonne</td><td>Examineur</td></tr><tr><td>ETIENNE BIRMELE</td><td>PU, Université de Paris</td><td>Directeur</td></tr><tr><td>MAGALI CHAMPION</td><td>MCU, Université de Paris</td><td>Examinatrice</td></tr><tr><td>JÉSUS GONZALEZ-BERMEJO</td><td>PU-PH, Sorbonne Université</td><td>Co-directeur</td></tr><tr><td>MYRIAM MAUMY-BERTRAND</td><td>MCU-HDR, Université de Technologie de Troyes</td><td>Rapporteure</td></tr><tr><td>JEAN-LOUIS PEPIN</td><td>PU-PH, Université Grenoble-Alpes</td><td>Rapporteur</td></tr><tr><td>PHILIPPE SALAMITOU</td><td>PhD, entreprise Srett</td><td>Invité</td></tr><tr><td>THOMAS SIMILOWSKI</td><td>PU-PH, Sorbonne Université</td><td>Examineur</td></tr></table>
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# Détection des changements de profil respiratoire des patients sous oxygénothérapie de longue durée ## Résumé. La bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) est l'une des principales causes de mortalité et de morbidité dans le monde. Sa prise en charge représente un véritable fardeau économique et de santé publique, accentué par des périodes de détérioration aiguë de la maladie, appelées exacerbations. Afin d'améliorer la prise en charge précoce des exacerbations de la BPCO, ce manuscrit de thèse porte sur le développement d'un outil et d'une méthode de détection automatique des anomalies de la mécanique respiratoire chez les patients sous oxygénothérapie de longue durée (OLD), en particulier ceux atteints de la BPCO. En combinant des intérêts médicaux et industriels, cette thèse est composée de deux phases principales : i. choix des indicateurs à surveiller et développement de la technologie ; ii. surveillance en continu des indicateurs et détection des exacerbations. Dans la première étape, des études sont menées sur les changements du profil respiratoire pendant les ajustements à court terme de l'équilibre charge-capacité, comme le sommeil et l'exercice, chez des sujets sains et des patients atteints de BPCO. Les enregistrements des signaux bruts de pression nasale permettent de valider les mesures de la fréquence respiratoire et d'évaluer le pouvoir prédictif d'autres descripteurs du signal. L'étude montre que la fréquence respiratoire seule est un indicateur assez pauvre en termes de prédiction des changements respiratoires et que l'ajout de l'un des autres indicateurs proposés améliore le pouvoir de classification. Ainsi, en accord avec les résultats et pour des raisons technologiques, le dispositif de surveillance est mis à jour pour mesurer à la fois la fréquence et l'amplitude respiratoires. Dans un deuxième temps, le dispositif de surveillance évolué est utilisé pour surveiller des patients atteints de BPCO pendant leur séjour dans un service de réhabilitation après une exacerbation aiguë. Des méthodes supervisées, non supervisées et de détection de la nouveauté sont appliquées aux séries temporelles de la fréquence respiratoire, de l'amplitude et du débit d'oxygène. La classification non supervisée des profils respiratoires montre une variété de motifs, pour la plupart constants pour le même individu. La comparaison des profils quotidiens d'un même individu indique que le suivi de la fréquence et de l'amplitude respiratoires fournit des informations suffisantes pour l'identification des périodes de changement. Des résultats préliminaires sur la relation de ces changements avec les événements d'exacerbation sont obtenus, justifiant une future collecte de données à plus grande échelle. **Mots-clés** : Apprentissage automatique ; Séries temporelles ; Détection de la nouveauté ; Médecine personnalisée ; Bronchopneumopathie Chronique Obstructive ; Oxygénothérapie de longue durée.
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# Detection of respiratory profile changes in patients under long-term oxygen therapy ## Abstract. Chronic obstructive pulmonary disease (COPD) is a leading cause of mortality and morbidity worldwide. Its management represents real economic and public health burdens, accentuated by periods of acute disease deterioration, called exacerbations. In order to improve the early management of COPD exacerbations, this thesis manu- script focuses on the development of a monitoring device and methods for the automatic detection of abnormalities of respiratory mechanics in patients under long-term oxygen therapy (LTOT), in particular those with COPD. By combining medical and industrial interests, this thesis is composed by two main phases: i. choice of monitoring features and technology development; ii. continuous fea- tures monitoring and exacerbation detection. In the first step, studies are conducted on changes of the respiratory profile during short- term load-capacity balance adjustments, such as sleep and exercise, in healthy subjects and COPD patients. Recordings of raw nasal pressure signals allow for the validation of the respiratory rate measurements and the evaluation of the predictive power of other descriptors of the signal. The study shows that breathing rate alone is a quite poor feature in terms of prediction of breathing change and the addition of any of the other proposed features improves the classification power. Thus, based on the results and for technological reasons, the monitoring device is updated to measure both breathing rate and amplitude. In the second step, the evolved monitoring device is used to monitor COPD patients during their stay in a rehabilitation unit after an acute exacerbation. Supervised, unsuper- vised and novelty detection methods are applied in the recorded time series of breathing rate, amplitude and oxygen flow. The unsupervised classification of respiratory profiles shows a variety of patterns, mainly constant for the same individual. The comparison of daily profiles from the same individual indicates that the monitoring of breathing rate and amplitude provides sufficient information for the identification of periods of change. Preliminary results on the relationship of this changes with exacerbation events are obtained, justifying a future larger scale data collection. **Keywords:** Machine learning; Time series; Novelty detection; Personalized medicine; Chronic Obstructive Pulmonary Disease; Long-term oxygen therapy.
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# Contents I Introduction 2 1 COPD 3 1.1 Signs, diagnosis, prognosis 3 1.2 Epidemiology 4 1.2.1 Descriptive epidemiology 4 1.2.2 Analytical epidemiology 4 1.3 COPD severity (GOLD) 5 1.4 Treatments 6 1.5 Exacerbations and economic burden 7 1.6 Problem and hypothesis 8 2 Respiratory mechanics 9 2.1 Lung volumes 10 2.2 Minute ventilation 10 2.3 Pressures and flow 12 2.4 Lung hyperinflation 13 2.5 Respiratory variability and complexity 14 2.6 Respiratory functional explorations 14 2.6.1 Spirometry 15 2.6.2 Polysomnography 16 2.6.3 Exercise testing 16 2.7 Problem and hypothesis 16 3 Telemedecine 18 3.1 Solutions for telemonitoring 18 3.2 Remote monitoring of acute events 19 3.3 Remote monitoring and intelligent exacerbation prediction 20 3.3.1 Exacerbation events 20 3.3.2 Periods type definition 21 3.3.3 Parameters choice 22 3.3.4 Statistical methods 28 3.4 Problem and hypothesis 28 4 Artificial intelligence 29 4.1 Feature extraction from time series 29 4.1.1 Fourier transform 30 4.1.2 ARIMA 31 4.2 Classification in times series 32 4.2.1 Hidden Markov Model 32 4.2.2 Series likelihood under HMM 34
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<table><tr><td>4.3</td><td>Supervised classification</td><td>34</td></tr><tr><td>4.3.1</td><td>SuperLearner</td><td>35</td></tr><tr><td>4.3.2</td><td>Mixed effect models</td><td>35</td></tr><tr><td>4.4</td><td>Novelty detection</td><td>36</td></tr><tr><td>4.4.1</td><td>Mahalanobis distance</td><td>36</td></tr><tr><td>4.4.2</td><td>Wasserstein distance</td><td>36</td></tr><tr><td>4.4.3</td><td>Cross-entropy and Kullback-Leibler divergence</td><td>37</td></tr><tr><td>4.4.4</td><td>Methods for time series</td><td>38</td></tr><tr><td>4.5</td><td>Final hypothesis of the investigation</td><td>39</td></tr></table> ## II Technology development 40 ### 1 TeleOx® monitoring device 41 1.1 Commercial TeleOx® 42 1.2 TeleOx® adaptation for research 42 ### 2 Validation of breathing rate measurements 44 2.1 Study protocol 44 2.2 Signals comparison 44 2.3 Filtering 45 2.4 Flow and volume estimation 46 2.5 Breath-by-breath identification 47 2.5.1 Pressure minima or maxima 48 2.5.2 Signal crossing zero 49 2.5.3 Volume minima and maxima 49 2.5.4 Laplacian of Gaussian filter 49 2.6 Breathing rate estimation 50 2.6.1 Validation of breathing rate measurements 51 ### 3 Estimation of indicators of respiratory mechanics profiles 53 3.1 Study protocols 53 3.1.1 Healthy subjects 53 3.1.2 COPD patients 55 3.2 Visual analysis of the events 56 3.2.1 Nasal and oral respiration 56 3.2.2 Deglutition and coughing 57 3.2.3 Speech 58 3.2.4 Rest and exercise 59 3.3 Indicators of respiratory profiles 59 3.3.1 Inspiration-to-expiration times ratio 59 3.3.2 Flow-volume loop 60 3.3.3 Amplitude 60 3.3.4 Cycle-to-cycle variability 60 3.3.5 ARIMA coefficients 61 3.3.6 Fourier transform coefficients 61 3.4 Choice of the parameters 61 3.4.1 Inspiration-to-expiration times ratio 61 3.4.2 Flow-volume loop 62 3.4.3 Amplitude 64
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<table><tr><td>3.4.4 Cycle-to-cycle variability</td><td>67</td></tr><tr><td>3.4.5 ARIMA coefficients</td><td>68</td></tr><tr><td>3.4.6 Fourier transform coefficients</td><td>68</td></tr><tr><td>3.5 Conclusion</td><td>68</td></tr></table> 4 Validation of indicators of respiratory mechanics profiles 71 <table><tr><td>4.1 Classification</td><td>71</td></tr><tr><td>4.1.1 Classification data</td><td>71</td></tr><tr><td>4.1.2 Supervised classification under the homogeneity assumption</td><td>71</td></tr><tr><td>4.1.3 Supervised classification with random effects</td><td>72</td></tr><tr><td>4.1.4 One-class classification</td><td>72</td></tr><tr><td>4.2 Results</td><td>73</td></tr><tr><td>4.2.1 Data and feature extraction</td><td>73</td></tr><tr><td>4.2.2 Supervised classification under the homogeneity within the population</td><td>73</td></tr><tr><td>4.2.3 Supervised classification with random effects</td><td>73</td></tr><tr><td>4.2.4 One-class classification</td><td>77</td></tr><tr><td>4.3 Discussion</td><td>78</td></tr><tr><td>4.4 Conclusions</td><td>79</td></tr></table> 5 Remote monitoring 80 <table><tr><td>5.1 TeleOx® algorithm upgrade</td><td>80</td></tr><tr><td>5.2 Real time data acquisition</td><td>80</td></tr><tr><td>5.3 First conclusions</td><td>81</td></tr></table> III Analysis and results for exacerbation detection 82 1 Medium-term monitoring of chosen features 83 <table><tr><td>1.1 Data acquisition</td><td>83</td></tr><tr><td>1.2 Data treatment</td><td>84</td></tr><tr><td>1.3 Results</td><td>84</td></tr><tr><td>1.4 Discussion</td><td>87</td></tr><tr><td>1.5 Conclusion and perspectives in data treatment</td><td>87</td></tr></table> 2 Automatic detection of respiratory profiles 89 <table><tr><td>2.1 Methods</td><td>89</td></tr><tr><td>2.1.1 Dataset</td><td>89</td></tr><tr><td>2.1.2 Barycenters</td><td>90</td></tr><tr><td>2.1.3 Clustering</td><td>90</td></tr><tr><td>2.2 Results</td><td>91</td></tr><tr><td>2.2.1 Week mean distribution</td><td>91</td></tr><tr><td>2.2.2 Considering all weeks</td><td>91</td></tr><tr><td>2.2.3 Baseline and prodrome weeks</td><td>92</td></tr><tr><td>2.3 Discussion</td><td>94</td></tr><tr><td>2.4 Conclusion</td><td>94</td></tr></table> 3 Automatic detection of respiratory changes 96 <table><tr><td>3.1 Detection of sleep and wakefulness</td><td>96</td></tr><tr><td>3.1.1 Method</td><td>96</td></tr><tr><td>3.1.2 Results</td><td>97</td></tr></table>
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<table> <tbody> <tr> <td>3.1.3</td> <td>Discussion</td> <td>100</td> </tr> <tr> <td>3.2</td> <td>Detection of post-exacerbation and stable weeks</td> <td>100</td> </tr> <tr> <td>3.2.1</td> <td>Methods</td> <td>101</td> </tr> <tr> <td>3.2.2</td> <td>Results</td> <td>102</td> </tr> <tr> <td>3.2.3</td> <td>Discussion</td> <td>106</td> </tr> <tr> <td>3.3</td> <td>Conclusion</td> <td>107</td> </tr> <tr> <td>4</td> <td>Taking temporality into account using a Hidden Markov Model</td> <td>108</td> </tr> <tr> <td>4.1</td> <td>Estimation of model parameters</td> <td>108</td> </tr> <tr> <td>4.1.1</td> <td>Modeling example</td> <td>109</td> </tr> <tr> <td>4.2</td> <td>Comparing with real physiological states</td> <td>110</td> </tr> <tr> <td>4.3</td> <td>Initial and final profiles</td> <td>112</td> </tr> <tr> <td>4.3.1</td> <td>Log-likelihood under the HMM</td> <td>112</td> </tr> <tr> <td>4.3.2</td> <td>Cross-entropy and Kullback-Leibler divergence</td> <td>113</td> </tr> <tr> <td>4.4</td> <td>Conclusion</td> <td>115</td> </tr> <tr> <td>5</td> <td>Exacerbation and novelty detection</td> <td>116</td> </tr> <tr> <td>5.1</td> <td>One-class metrics</td> <td>116</td> </tr> <tr> <td>5.1.1</td> <td>Threshold estimation from model sampling</td> <td>116</td> </tr> <tr> <td>5.1.2</td> <td>Threshold estimation from training anomaly scores</td> <td>117</td> </tr> <tr> <td>5.2</td> <td>Novelty detection of initial profiles</td> <td>118</td> </tr> <tr> <td>5.3</td> <td>Novelty detection of prodromal profiles</td> <td>119</td> </tr> <tr> <td>5.4</td> <td>Detection of less stable days</td> <td>121</td> </tr> <tr> <td>5.4.1</td> <td>Results for recordings with exacerbation</td> <td>123</td> </tr> <tr> <td>5.4.2</td> <td>Results for recordings without exacerbation</td> <td>125</td> </tr> <tr> <td>5.5</td> <td>Conclusion</td> <td>129</td> </tr> <tr> <td>6</td> <td>Conclusion and perspectives</td> <td>131</td> </tr> <tr> <td colspan="2">Bibliography</td> <td>133</td> </tr> </tbody> </table>
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# Acronyms **6MWT** 6 minutes walking test. **ARIMA** Autoregressive Integrated Moving Average. **COPD** Chronic Obstructive Pulmonary Disease. **DALY** Disability-Adjusted Life Years. **FEV1** First second expiratory volume. **GOLD** Global Initiative for Chronic Obstructive Lung Disease. **HMM** Hidden Markov Model. **LTOT** Long-term oxygen therapy. **NIV** Non-invasive ventilation. **OVD** Obstructive ventilatory defect. **SpO2** Oxygen saturation. **YLL** Years lost to disability.
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# Part I ## Introduction
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# Chapter 1 ## COPD Chronic Obstructive Pulmonary Disease (COPD) is a chronic disease mostly associated to tobacco smoking and characterized by a chronic dyspnea and repetitive crisis. Although it is treatable and preventable at first stages, COPD is one of the main causes of morbidity and mortality worldwide, being a leading problem of public health [35]. In this chapter, we present the disease, going through different medical aspects. Its complexity, importance and cost for our society are in the core of this work motivation. ### 1.1 Signs, diagnosis, prognosis COPD is a chronic respiratory disease physiologically characterised by an Obstructive ventilatory defect (OVD) not fully reversible. This means that the patient presents a persistent obstruction in the airways which cannot be reverted with treatment. The first symptom perceived by the patient is dyspnea, present mainly at effort. With the disease evolution, the symptoms become more frequent and multiple, interfering in the patient's life quality. The diagnosis is done by an examination called spirometry, the most objective and reproducible method for testing lung function [75] (more information in Section 2.6.1). The level of obstruction is quantified by assessing the values of maximum First second expiratory volume (FEV1). The examination is executed before and after bronchodilator administration and, in case of obstruction with little to no reversibility, a COPD is diagnosed. The characteristics of COPD are near to those presented by patients with asthma. What differentiates both diseases is the complete reversibility after bronchodilator therapy, observed only in asthmatic patients. Pathologically, COPD is caused by an abnormal lung inflammation due to chronic irritants. It may be associated with chronic bronchitis and/or emphysema, although neither of those conditions are required for COPD diagnosis. One of the chronic problems, the chronic bronchitis, is associated to mucus hypersecretion, resulting in chronic productive (“wet”) cough. Mucus accumulation may result in airway narrowing and air trapping, in which case it corresponds to COPD. The other problem is the destruction of the parenchymal tissue, resulting in emphysema. The structural issue reduces the lungs capacity to recoil and interfere on gas exchanges. As the condition evolves, symptoms also develop and become more present. Shortness of breath (dyspnea) is the main symptom. Initially, it only occurs with exertion, but as the disease progresses it may become more severe and be present during simple daily activities. Dyspnea is a subjective sensation, often underestimated by patients, who rarely consult
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before an advanced stage of functional deterioration. The evolution of breathing difficulty often leads to a reduction in daily activities and a deterioration in the quality of life. Other symptoms include cough, expectoration and wheeze. The loss of skeletal muscles strength may be a consequence of a dramatic evolution of the disease. In addition to chronic symptoms, patients may present periods of acute worsening of symptoms, called exacerbations. Exacerbations are characterized by a worsening of a patient's condition beyond daily variations, lasting more than 48 hours or leading to a change in usual treatment [22]. The main trigger are bacterial and/or viral infections. Spikes in pollution and other environmental changes can also trigger exacerbations. However, in about a third of cases no specific triggering factor can be identified [22]. These episodes increase mortality risks and require additional medical care. ## 1.2 Epidemiology ### 1.2.1 Descriptive epidemiology In France, COPD prevalence was at 7.5% among population over 40. It was estimated to be more important among men and to increase with age, achieving 11.2% for population above 70 years-old [78]. Globally, the prevalence was estimated at 11.7% in 2010, an increase of 69% in two decades [1]. In the same year, COPD ranked third in the list of the leading causes of mortality globally, being responsible for around 3 million deaths [53, 69]. Besides, the COPD prevalence is said to probably be under-estimated. Patients may not contact healthcare until moderate-to-severe stages of the disease and the access to proper examination for diagnostic may be difficult in some contexts, leading to under-diagnosis [33, 42]. COPD is also responsible for an important loss in quality of life. Disability-Adjusted Life Years (DALY) is an indicator that combines Years lost to disability (YLL) and years lost to disability (YLD) to express the number of years of life lost due to premature mortality and to disability. In this way, diseases and injuries that cause low mortality with high disability may be compared with diseases causing high mortality and low disability. Globally, DALY concerning COPD has been increasing. In 2013, COPD was the 5th leading cause of DALY in the world [63]. In the USA, it was in second place in 2010, only behind ischemic heart disease [64]. Moreover, as world's population presents an increase in longevity, the exposure to risk factors and its consequences will be important. It is projected that COPD will remain among the seven leading causes of DALY and the fourth main cause of mortality worldwide [55]. According to the WHO's projections of mortality and causes of death, COPD should represent more that 7 million deaths per year by 2060 [69]. The negative impact of COPD on the aging population, enhanced by exacerbation prevalence, makes COPD a major public health problem in high-income countries, like France. ### 1.2.2 Analytical epidemiology Cigarette smoking is known to be the main causal factor for developing COPD. Indeed, in industrialized countries, the majority of deaths caused by COPD are attributed to smoking. For men, they represent 84% between 30 and 69 years-old and 77% above 70 years-old. For women, 62% and 61% respectively [28].
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Multiple studies have shown that smoking has a prejudicial effect on lung function. It may affect lung development during childhood and adolescence reducing peak FEV1 and enhancing or anticipating FEV1 decline through adulthood [48, 3, 46, 98, 94, 36, 20]. However, in developing countries, smaller fractions of COPD mortality are attributed to smoking: 49% among men between 30 and 69 years-old and only 20% in the case of women in the same age range. For people with 70 years-old or more, this fraction is even lower: 45 and 12% for men and women respectively [28]. Epidemiological studies have shown that smoking is not the only risk factor for COPD and that never-smokers can develop COPD [50]. In fact, indoor and outdoor air pollution is also associated with increased chances of developing COPD [84, 26, 35]. Generated by the use of biomass fuel and coal for cooking or to pollutants from industries and traffic, these factors are especially important in under development countries. Moreover, poor socioeconomic status and low level of education have also been shown to be contribute to the risk of developing COPD [40, 73]. Hence, COPD also represents a health problem in low- and middle-income countries. Although the burden levels may vary between countries and populations, COPD is a global issue with worldwide consequences. ## 1.3 COPD severity (GOLD) The degree of bronchial obstruction can be objectively quantified by spirometry. The intensity of symptoms, especially dyspnea, is more subjective and can be quantified using questionnaires. The frequency of exacerbations and the presence of comorbidities are also important factors in determining the prognosis [35]. Global Initiative for Chronic Obstructive Lung Disease (GOLD) proposes a classification of the severity of COPD according to the severity of their bronchial obstruction (Table 1.1). Spirometry should be performed after administration of an adequate dose of at least one short-acting bronchodilator. For simplicity, predefined thresholds are used by expressing FEV1 as a percentage of the theoretical value for an individual of the same age, sex, weight and height. <table><caption>Table 1.1 – Classification of airflow limitation severity in COPD</caption><thead><tr><td>Grade</td><td>Severity</td><td>Definition</td></tr></thead><tbody><tr><td>GOLD 1</td><td>mild</td><td>FEV1 ≥ 80%</td></tr><tr><td>GOLD 2</td><td>moderate</td><td>50% ≤ FEV1 &lt; 80%</td></tr><tr><td>GOLD 3</td><td>severe</td><td>30% ≤ FEV1 &lt; 50%</td></tr><tr><td>GOLD 4</td><td>very severe</td><td>FEV1 &lt; 30%</td></tr></tbody></table> However, this scale does not necessarily correspond to the severity of the symptoms experienced. Different questionnaires have been proposed to quantify it. The Modified British Medical Research Council (mMRC) questionnaire is a simple measure of breathlessness considered adequate in the past. According to the mMRC, degrees of dyspnea range from 0, for shortness of breath only after heavy exertion, to 4, for shortness of breath while only getting dressed. Today, other methods are more widely used, as the impact of COPD on the lives of patients goes far beyond dyspnea. The two main ones are the COPD Assessment Test (CAT) and the COPD Control Questionnaire (CCQ). These methods consider different scenarios such as the quality of sleep and the presence of cough and mucus.
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Now, a more complete understanding of the impact of COPD on a patient's quality of life must combine symptom assessment with spirometry classification and the risk of exacerbations. Thus, the GOLD scale had to be revised to highlight the importance of preventing exacerbations and to include symptoms described by patients. From 2017, a new classification scheme is used (Table 1.2). It identifies four groups according to two factors of clinical severity: the exacerbation history and the presence of symptoms. <table><caption>Table 1.2 – Classification of COPD clinical severity</caption><thead><tr><th rowspan="2"></th><th rowspan="2"></th><th colspan="2">Groups</th></tr><tr><th>C</th><th>D</th></tr></thead><tbody><tr><td rowspan="2">Exacerbation history</td><td>≥2 or ≥1 leading to hospitalization</td><td>A</td><td>B</td></tr><tr><td>0 or 1 without hospitalization</td><td colspan="2">mMRC &lt; 2 mMRC≥2<br/>CAT &lt; 10 CAT≥10</td></tr><tr><td colspan="3">Symptoms</td></tr></tbody></table> The strategy is to combine the classification of the severity of bronchial obstruction (GOLD 1 to 4) with the classification of clinical severity (GOLD A to D). The former allows treatment strategies to be tailored to a specific patient and the latter allows attention to individual therapies and exacerbation prevention. Thus, the prevention of exacerbation in this very frequent disease is becoming the center of governments' interests, targeting a reduction of hospital readmissions and the costs associated with it [65]. ## 1.4 Treatments Whatever the stage of the disease, patients should receive help in stopping smoking and appropriate pharmacological treatment. Moreover, patients should be given access to respiratory rehabilitation, including exercise training, respiratory physiotherapy and nutritional and therapeutic education. COPD treatment focuses in the improvement of quality of life, with reduction of the symptoms and of future risks of exacerbations. The reduction of lung function decline is only possible with smoking cessation. It is the single strategy capable of reducing FEV1 decline. It is especially effective when quitting happens earlier in the disease development [48, 94, 20, 90]. Smoking cessation may also reduce the symptoms, risks associated with comorbidities and exacerbations. Pharmacological treatment is used to reduce current symptoms, improving exercise capacity and quality of life. Although COPD is characterised by an airway obstruction not fully reversible, bronchodilators have shown to have an impact in the reduction of dyspnea. It might be explained by a partial reversibility in the bronchi, a reversibility in the small bronchi not detected by FEV1 measure or still a change not identified in the forced maneuver. Two types of bronchodilators can be used: anticholinergics and β2-agonists, alone or in association. They can be short-acting or long-acting according to the need of treatment for occasional or permanent symptoms, respectively. In some cases long-acting bronchodilators may also be associated with corticosteroids to reduce the symptoms and prevent exacerbation events. In some specific cases, lung volume reduction surgery and lung transplantation may be considered. Non-invasive ventilation (NIV) can be prescribed to assist inspiration through a periodic positive pressure. It is often combined with a lower continuous pressure in expiration.
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This assistance is delivered through a nasal or face mask. The positive pressure opens the airway to facilitate air passage and gas exchange, reducing the concentration of carbon dioxide in the bloodstream. Thus, it is indicated for patients with chronic or acute hypercapnic respiratory failure. NIV assistance may significantly reduce work of breathing and dyspnea. For some patients, NIV may improve survival after discharge, reduce length of hospitalisation [35] and the risk of hospital readmission [62]. Patients with severe hypoxemia at rest are often prescribed with Long-term oxygen therapy (LTOT) administrated through nasal cannula. Air can be delivered in continuous or pulsed flow according to the oxygen source model. Pulsed oxygen concentrators only deliver oxygen during inspiration while continuous oxygen sources provide steady flow at specified rate. Unlike NIV, oxygen therapy does not generate ventilatory assistance, but increases the oxygen concentration of inspired air. To avoid carbon dioxide retention, periodic re-evaluation is required, targeting an oxygen saturation between 88 and 92% [35]. LTOT through at least 15 hours per day has shown to improve survival rate in patients with severe hypoxemia [24]. In France, according to the last report of the *Association Nationale pour les Traitements A Domicile, les Innovations et la Recherche* (Antadir), about three quarters of COPD patients were under oxygen-therapy alone or combined with NIV or another treatment, being the most prescribed non-pharmacological treatment [8]. ## 1.5 Exacerbations and economic burden Exacerbations are usually associated with an increase in airway inflammation, mucus production and air trapping, which intensifies dyspnea, expectoration, cough and lung hyperinflation. These enhanced symptoms impact negatively the patient's quality of life [10]. The severity is variable, possibly requiring treatment in the city, in the event of a mild exacerbation, or hospitalization for moderate or severe exacerbations [35]. About half the cases even passes unreported [86, 108]. After an exacerbation, it may take several weeks for the patient to regain his previous physiological condition [75]. After 5 weeks, only 75% of the patients recover to the lung function baseline. After 3 months, 7% still have not [86]. The exacerbations lead to a severe worsening of the disease. With each new exacerbation, the chances of making a new exacerbation and the risk of mortality increase [97], at the same time as the pulmonary functions are weakened [45]. A combination of pulmonary rehabilitation, education and self-management interventions is important to prevent hospitalisations and improve health status and the management of future exacerbations [35]. Early management of exacerbations is essential to reduce mortality and limit the loss of ventilatory capacity. Not seeking treatment in the early stages of exacerbations is associated with poorer quality of life and greater risks of emergency hospital admissions. In the other hand, starting treatment as early as possible has a significant influence on rapid recovery [108]. Besides, exacerbations also represent a significant economic burden. In France, the average cost of COPD is € 5,516 per year per patient. Each exacerbation treated in town has an average additional cost of € 1,467 and those with hospitalization produce an additional cost of around € 8,300 each [51]. A review published in 2020, analysed the costs related to COPD worldwide [42]. They noted that the costs vary across and within countries. The lowest and highest reports of cost related to COPD per patient per year were found in Italy, with € 1,047 for patients
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with mild COPD and € 38,820 for patients with very severe COPD. In Italy the mean cost for a hospitalisation due to an exacerbation is on average US$ 3,164 per year, while in the United States a hospitalised exacerbation has the highest cost: US$ 18,120 per year. Despite the different expenses among countries, the most important cost is related to severe exacerbations requiring hospitalisations. In an attempt to reduce expenses and improve the quality of care, some countries (USA, UK, Australia) have implemented a program to establish penalties for frequent hospital readmissions. In the United States, COPD-related readmissions were not impacted by the COPD-related penalties from the Hospital Readmission Reduction Program [65]. Thereupon, other ways of decreasing the cost of COPD must be explored. In France, telemonitoring of COPD patients have been contemplated by government funding since 2018, through a project named ETAPES [92]. With the objective of improving health care pathways, focus is given to the monitoring of NIV parameters. However, as previously stated, patients treated with NIV only correspond to a small portion of the population. Therefore, more extensive monitoring tools should be considered to cover a larger number of patients. ## 1.6 Problem and hypothesis COPD is a complex disease of high prevalence worldwide. It represents one of the main causes of morbidity and mortality, contributing to important economic and public health burdens. The exacerbations are periods of acute deterioration of the disease, able to emphasize its already adverse outcomes. A good management of the exacerbations is important to reduce the economic and social consequences, but there seems to be a problem in the reporting behavior (many late reported or not reported exacerbation cases). Our hypothesis is that for reducing COPD consequences in society, it is necessary to stimulate and improve early management of COPD exacerbations by applying new tools and artificial intelligence for the detection of changes in the condition of the patient in respect to his own respiratory mechanics.
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Juliana Alves Pegoraro
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# Chapter 2 ## Respiratory mechanics Patients with COPD undergo a series of physiological changes. To understand how this changes influence exacerbations, this chapter explains some important concepts of respiratory mechanics in healthy and COPD patients. Respiration is a rather complex process, controlled by both voluntary and involuntary components and guided by a set of receptors and neurotransmitters, willing to maintain homeostasis. Breathing needs to adapt to a series of situations. The changes can be environmental like the composition of the air, the presence of irritants (e.g. the pollution) and variation of the temperature and humidity. Daily behaviours and activities also affect breathing, as crying, laughing, speaking, singing, sleeping, exercising and many others, including changes in body position and emotions. Most time, we are not conscious about those changes. That is because ventilation happens in an involuntary manner, which is essential for life sustenance. The purpose of breathing is to exchange gas between interior and exterior, bringing in oxygen and expelling carbon dioxide. It is important to differentiate between two types of breathing: the tidal or quiet breathing (also called eupnea) and the forced (or maximal) breathing. The former is associated with resting and involuntary respiration and the latter is related to exercising and conscious breathing. The two phases of breathing are inspiration and expiration. Succinctly, inspiration happens when a central command is sent through nerves to respiratory muscles that contract. With the contraction, the ribs and the sternum move outwards, increasing the thoracic cavity volume and decreasing its pressure. These modifications will cause air to flow inside the lungs. In quiet breathing the inspiratory muscles are the diaphragm and the external intercostals. In forced inspiration, accessory muscles are also required so thoracic volume increases even more. Some of the respiratory accessory muscles are the sternumcleidomastoid, scalenes and pectoralis minor. Inspired air, rich in oxygen, is brought to the alveoli, where gas exchange with the bloodstream takes place. The bloodstream loads in oxygen and discharges the carbon dioxide. In quiet breathing, expiration is completely passive. At the end of inspiration, chemical feedback will inhibit the inspiratory centers in the medulla. The inspiratory muscles relax, the lungs recoil, the thoracic cavity volume decreases while the pressure increases, allowing air to flow out. In case of increased respiratory need, like physical effort or a respiratory trouble, forced expiration requires muscles, as the abdominal wall muscles and the internal intercostals.
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## 2.1 Lung volumes The lung volumes are the amount of air engaged at different phases of the respiratory cycle (Figure 2.1) [34, 74]. The total lung capacity (TLC) is measured when the lungs are at their fullest, after maximal forced inspiration. At TLC the force of the muscles at maximal inspiratory effort and the elastic forces of the respiratory system balance. <figure><img src="image_4.png" /><figcaption>Figure 2.1 – Representation of the lung volumes</figcaption></figure> The vital capacity (VC) is the amount of air that can be exchanged with maximal breathing, i.e. the volume that can be exhaled after maximal inspiration. It is composed by : * Tidal volume ($V_T$): the volume engaged in quiet breathing. * Expiratory reserve volume (ERV): maximal volume that can be expired from the end of tidal expiration. * Inspiratory reserve volume (IRV): maximal volume that can be inspired from the end of tidal inspiration. The inspiratory capacity (IC) is the maximal volume that can be inspired after a tidal expiration ($IC = IRV + V_T$). The volume of air from the TLC that does not participate in the VC is called residual volume (RV). It is the volume remaining in the lungs even after forced expiration, when the pressure in the respiratory system is balanced out by the effort of the expiratory muscles. Finally, the functional residual capacity (FRC), also called end-expiratory lung volume (EELV), is the volume remaining in the lungs at the end of tidal expiration. ## 2.2 Minute ventilation Minute ventilation ($\dot{V}_E$) is the respiratory volume moved in 1 minute. Thus, this indicator of the ventilation is not a volume, but a flow. It is therefore defined by the relation $\dot{V}_E = f_R \times V_T$, where $f_R$ is the respiratory rate and $V_T$ is the tidal volume, which can be visualized as the depth of breathing [102].
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Different approaches can be used to increase or decrease the $\dot{V}_E$. The contributions given by the $f_R$ and/or the $V_T$ vary according to the individuals and the types of stimuli. Figure 2.2 presents a schema of those changes in case of increased respiratory demand. As represented in the figure, for increasing the $V_T$ part of ERV and/or IRV is engaged in breathing. <figure><img src="image_5.png" /><figcaption>Figure 2.2 – Representation of the lung volumes adaptation in case of increased respiratory demand</figcaption></figure> Even in a healthy individual, the path chosen for increasing the $\dot{V}_E$ has a significant impact on his alveolar ventilation $\dot{V}_A$, the amount of air actually available for gas exchange. With each breath, part of the inspired volume does not participate in gas exchange. This volume, called physiological dead space ($V_{Dphys}$) is of two types. The first is the anatomical dead space, formed by the airways which do not carry out gas exchange, such as the nose, pharynx and trachea. The second type, called alveolar dead space, includes alveoli that are poorly ventilated or poorly perfused and can be increased in the case of certain respiratory diseases. $V_{Dphys}$ varies from person to person and is constant at each breath. Thus, a larger fraction of the inspired air will not be available for gas exchange during shallower breathing. The wasted ventilation is represented by $\dot{V}_D = V_{Dphys} \times f_R$. And $\dot{V}_A = \dot{V}_E - \dot{V}_D$. To respond to changes in ventilation demand, the $\dot{V}_E$ can be adapted by modifying at least one of the following four parameters: i. inspiratory flow and ii. duration of inspiration, which determine the volume at the end of inspiration, and iii. expiratory flow and iv. duration of expiration, which determine the volume at the end of expiration. The combination of these variables will change the tidal volume (by the inspired and exhaled volumes) and/or the respiratory rate (by the duration of inspiration and expiration). Adapting $f_R$ is the cheapest in terms of the average force exerted by the respiratory muscles. Since different $f_R$ and $V_T$ can be used to obtain the same $\dot{V}_A$, in one extreme we would have a very low $f_R$ which requires a very large $V_T$, requiring muscular strength important to compensate for the elasticity of the lungs and rib cage. And in the other extreme, low $V_T$ associated with too high $f_R$ also represents a significant muscular demand, because of need to compensate for the ventilation wasted by the dead spaces and to undergo
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