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Systèmes de prise de décision Les responsables politiques ont besoin d'utiliser des systèmes de prise de décision applicables à un collectif; de même, chaque individu s'invente aussi de tels systèmes pour lui-même. Considérations générales. Pour prendre une décision, il faut réunir de multiples conditions: Selon les modalités adoptées, on classe chaque système dans un régime politique. On notera en particulier que : Systèmes de prise de décision. À noter : |
Situationnisme |
La Société du spectacle (livre) La Société du spectacle est un essai de Guy Debord publié initialement le chez Buchet/Chastel. Le livre connut un fort retentissement après les événements de Mai 68. La forme du livre et son propos. L'ouvrage est composé de 221 « thèses » et subdivisé en neuf chapitres comme suit : Le livre est agencé comme un essai politique et vise à exposer son sujet de manière assertive. En effet, Debord ne cherche pas à démontrer ni même à convaincre, mais à montrer. Il rejoint ainsi la conception de Marx en disant que la philosophie doit trouver sa réalisation et non plus sa discussion. L'auteur prolonge dans cet essai la critique du fétichisme de la marchandise que Marx développe en 1867 dans "Le Capital", elle-même un prolongement de la théorie de l'aliénation exposée par Marx dans ses Manuscrits de 1844. L'originalité de la réflexion de Debord consiste à décrire l'avance contemporaine du capitalisme sur la vie de tous les jours, c'est-à-dire dans son emprise sur le monde « à travers » la marchandise. Cette filiation s'exprime par un certain nombre de « clins d'œil » ou de reprises, dont la première phrase du livre est l'annonce. En effet, la phrase d'ouverture de "la Société du Spectacle" est un détournement de la phrase d'ouverture du "Capital" de Karl Marx : Thèses de l'auteur. "La Société du spectacle" est essentiellement une critique radicale de la marchandise et de sa domination sur la vie, que l'auteur voit dans la forme particulière de l'« aliénation » de la société de consommation. Le concept de spectacle se réfère à un mode de reproduction de la société fondé sur la reproduction des marchandises, toujours plus nombreuses et toujours plus semblables dans leur variété. Debord prône une mise en acte de la conscience que l'on a de sa propre vie, envers une illusoire pseudo-vie que nous impose la société capitaliste, particulièrement depuis l'après-guerre. "La Société du spectacle" décortique les processus d'individuation dans la société post-industrielle alors naissante. Il y est décrit l'évolution de la pratique de « séparation » comme dispositif économique capitaliste. Comment depuis l'introduction des chaines de montages où le travailleur est séparé de ce qu'il produit, la société libérale-marchande depuis les années 1950 produit le sujet/consommateur en tant qu'être séparé de ses véritables désirs par diverses industries socio-culturelles (cinéma, télévision etc.) : par exemple comment les stéréotypes du jeune branché ou du rebelle deviennent des modèles de comportements à suivre, faisant de notre volonté de se montrer à l'autre, un pastiche d'une reproduction consommable, interchangeable (« Le spectacle n'est pas un ensemble d'images, mais un rapport social entre des personnes, médiatisé par des images ». Thèse 4 du chapitre premier, « Le vrai est un moment du faux » ; thèse 9 du chapitre premier). Il soutient, dans le premier chapitre essentiellement, que la direction immanente du spectacle en est aussi le but et qu'ainsi, au fur et à mesure de son application, elle se justifie elle-même de façon exponentielle. Selon Debord, le spectacle est le stade achevé du capitalisme, il est un pendant concret de l'organisation de la marchandise. Le spectacle est une idéologie économique, en ce sens que la société contemporaine légitime l’universalité d’une vision unique de la vie, en l’imposant aux sens et à la conscience de tous, via une sphère de manifestations audio-visuelles, bureaucratiques, politiques et économiques, toutes solidaires les unes des autres. Ceci, afin de maintenir la reproduction du pouvoir et de l’aliénation : la perte du vivant de la vie. Aussi le concept prend plusieurs significations. Le « spectacle » est à la fois l'appareil de propagande de l'emprise du capital sur les vies, aussi bien qu'un « rapport social entre des personnes médiatisé par des images ». Dans les sociétés spectaculaires, la marchandise devient le vecteur, le dispositif des conditions économiques et sociales les produisant (« Sous toutes ses formes particulières, information ou propagande, publicité ou consommation directe de divertissements, le spectacle constitue le modèle présent de la vie socialement dominante. Il est l'affirmation omniprésente du choix déjà fait dans la production, et sa consommation corollaire. Forme et contenu du spectacle sont identiquement la justification totale des conditions et des fins du système existant ») – thèse 6. Dans les sociétés dites libérales, l'abondance et l'hétérogénéité des entreprises productrices et de leurs produits est décrite par Debord selon le terme « spectaculaire diffus » (thèse 65) tandis que dans les sociétés dites « socialistes », la gestion des marchandises et de leurs productions sont centralisées par les structures bureaucratiques gérant la totalité de ces États. Debord la décrit selon le terme « spectaculaire concentré » (thèse 64). En 1988, dans "Commentaires sur la société du spectacle", Debord décrit l'évolution de la société spectaculaire en ceci que ces rapports marchands se sont totalement fondus dans la société à tel point qu'ils sont devenus systémiques. Il la décrit en tant que combinaison des deux formes précédentes selon le terme « spectaculaire intégré » (commentaire IV). Debord y résume la thèse de son livre en une phrase, pour lui le « spectacle moderne » est « le règne autocratique de l’économie marchande ayant accédé à un statut de souveraineté irresponsable, et l’ensemble des nouvelles techniques de gouvernement qui accompagnent ce règne. » |
Sémantique La sémantique est une branche de la linguistique qui étudie les signifiés, ce dont on parle, ce que l'on veut transmettre par un énoncé, soit l'ensemble des processus concourant à la construction d'un "sens" dans la communication (langagière particulièrement). Le support de la sémantique, la syntaxe, concerne pour sa part le signifiant, sa morphologie, sa langue, sa graphie, sa grammaire ; c'est la forme de l'énoncé. En particulier, la sémantique possède plusieurs objets d'étude : Le terme de "sémantique" est utilisé en opposition à celui de syntaxe dans l'étude des langages informatiques, pour laquelle elle a été développée de manière formelle (voir sémantique des langages de programmation). Il y a entre la sémantique et la syntaxe le même rapport qu'entre le fond et la forme. La sémantique se distingue aussi de la pragmatique en ce que la pragmatique s'intéresse au sens en contexte, alors que la sémantique a pour objet d'étude le sens, en faisant abstraction du contexte (bien que la frontière entre sémantique et pragmatique puisse être floue). Étymologie. Le mot "sémantique" est dérivé du grec σημαντικός ("sêmantikos"), « signifié », lui-même formé à partir de σημαίνω ("sêmainô"), « signifier, indiquer » ou σῆμα ("sêma"), « signe, marque ». Il a été repris à la fin du par le linguiste français Michel Bréal, auteur du premier traité de sémantique, "Essai de sémantique" paru en 1897. Différence entre l'analyse sémantique et l'analyse syntaxique. L'analyse syntaxique aussi bien que l'analyse sémantique en linguistique ont pour finalité de caractériser l'énoncé dans son ensemble, principalement par la détermination des structures de l'énoncé. Dans les deux cas, la détermination des structures repose sur une caractérisation de ses éléments de base, les mots, et leurs propres constituants, mais de façon différente selon ces deux approches. L'analyse syntaxique s'occupe des syntagmes, par rapport à une phrase. Il n'est pas possible de réaliser une analyse syntaxique du mot « petites » par exemple s'il n'est pas inclus dans une phrase, en relation avec d'autres mots compléments ou chefs de groupe. L'analyse syntaxique peut ainsi être identifiée comme une analyse des structures fonctionnelles pouvant être obtenues au moyen de l'exercice des règles de la grammaire. L'analyse sémantique de son côté s'intéresse à ces structures en observant les mécanismes propres à la construction du sens. Un sème est la plus petite unité de sens. La sémantique peut s'intéresser à un mot pour le mot. À partir de ce même mot, d'autres analyses sont possibles sans forcément mettre en lumière un énoncé entier (cf. introduction). La distinction entre analyse syntaxique et analyse sémantique qui est établie ici correspond à l'approche la plus répandue en linguistique contemporaine, celle qui hérite du structuralisme introduit par Ferdinand de Saussure. On rencontrera les termes d'analyse structurale ou analyse componentielle employés comme équivalents pour signifier au plus directement l'approche utilisée pour effectuer l'analyse sémantique selon cette théorie. La structure est perçue comme directement sous-jacente à la phrase, cette dernière étant une structure ainsi qu'il est mis en évidence par la syntaxe ou la grammaire, et le mot étant considéré comme associé à ses "traits sémantiques". D'autres approches, comme principalement la grammaire de dépendance de Lucien Tesnière, antérieure au structuralisme, réservent la qualification de structure au niveau syntaxique. Pour Tesnière, le niveau syntaxique est appelé "plan structural" tandis que le "plan sémantique" est considéré comme relevant de la psychologie, et également de la logique. Applications à l'exploration de données. Les méthodes d'exploration de données permettent de dégager du sens d'un ensemble de données d'allure a priori disparates (voir aussi intelligence artificielle) et donc "créent" de la sémantique. La sémantique dégagée prend généralement trois formes (traduction par des signifiants formels) issues de l'intelligence artificielle : Ce sont des signifiants, au sens où ils "représentent" les connaissances. De telles structures sont ensuite annotées dans les données de départ, chaque donnée portant alors la marque de son appartenance à une branche de l'arbre, une case du tableau, etc. L'analyse reprend alors à un niveau de compréhension plus complexe. La découverte des connaissances dans les bases de données. Toutefois, la machine ne manipulant que des signifiants, il est impératif que la démarche de "forage de données" fasse intervenir un expert humain du domaine. Celui-ci va restituer la sémantique extraite et lui donner du sens, de la valeur. Trois critères sont exhibés à cette fin : L'idéal est d'avoir un triplet NON/OUI/OUI. Un tel projet est appelé « découverte des connaissances dans les bases de données », en anglais KDD, "Knowledge Discovery in Databases". Finalement, la sémantique extraite tient le rôle d'une cartographie de l'information, elle permet de situer les informations les unes par rapport aux autres. Ce rôle « cartographique » permet de stocker l'information, de la ranger et plus tard de la retrouver. Tout modèle, jeu de catégories, "topique" freudienne est alors "de facto" une cartographie de l'information, c'est-à-dire un contexte formalisé. Ce sont en fait des données sur les données, des métadonnées. Des architectures informatiques spécifiques permettent de gérer ces métadonnées, on parle de "client" ou de "serveur" de métadonnées. Un système connu est le Dublin Core Metadata Initiative (DCMI).<br> Le Web sémantique est un projet du même type que DCMI, visant à créer, gérer et exploiter des métadonnées systématiques pour chaque page web. Ainsi, le contenu de chaque page web étant explicité vers des signifiants, la machine serait capable de raisonner sur la pertinence du contenu et non plus sur des statistiques lexicales. Cela peut avoir des conséquences remarquables sur les technologies de recherche d'informations, ainsi que l'allure et le fonctionnement des moteurs de recherche. Cas particulier de la fouille textuelle. La fouille textuelle consiste à transformer un objet « texte » en un objet « tableau », « arbre » ou « graphe » à l'aide de traitements sémantiques ou syntaxiques puis à appliquer des techniques de fouille textuelle sur cet objet formalisé. Les résultats attendus sont généralement : L'approche sémantique a une littérature plus féconde que l'approche syntaxique : même si cette dernière a des résultats supérieurs, les ressources de calcul demandées font souvent pencher la balance en faveur de l'analyse sémantique. L'analyse sémantique transforme un ensemble de textes en une "matrice lexicale" : Cas particulier des ontologies. Le terme « ontologie » a une signification philosophique, mais en gestion des connaissances, il représente la forme probablement la plus évoluée de représentation sémantique des connaissances.<br>Il s'agit d'une sorte de « superthésaurus » destiné à indexer toutes les productions documentaires, stockées, entrantes ou sortantes dans un groupe social donné, typiquement une entreprise. Ainsi, un courrier électronique, un ouvrage de référence, un document de travail partageant les mêmes thèmes seront automatiquement mis en lien, donc mis en contexte, dégageant ainsi des connaissances sémantiques.<br>La structuration d'une ontologie est pratiquement un métier en soi, à l'instar de la conception et de la maintenance des thésaurus de bibliothèques. La construction est toujours collective et par agglomération de domaines de compétence. L'articulation de base d'une ontologie est la suivante : Exemple : OISEAU > AIGLE {aigle royal}. La machine peut alors inférer que l'aigle royal est un oiseau. En pratique, on pourrait ainsi traduire automatiquement un manuel d'histoire en ontologie, en considérant cinq types de concepts (date, lieu, événement, personne physique, personne morale) et une trentaine de catégories de liens verbaux. Pour la machine, raisonner sur les connaissances ainsi représentées revient à « se promener » dans le réseau de concepts, à la manière d'un réseau routier. Il existe des algorithmes spécifiques, par exemple les "chercheurs de chemins (Pathfinder)", qui cherchent le plus court chemin d'un concept à l'autre en respectant un critère d'économie : « plus petit nombre de concepts », « plus grand nombre de langues », « plus grand nombre de synonymes », etc. Les résultats peuvent être spectaculaires, surtout si l'on garde présent à l'esprit que le point de départ et le point d'arrivée ne sont pas les concepts, mais bien les URI indexés (documents de l'entreprise). |
Suzuki est un constructeur japonais de motos, d'automobiles et de moteurs de bateaux ; il est avant tout un important fabricant de motos. Histoire. Suzuki se fait connaître sur le marché automobile durant les années 1960. Toutefois, ses origines se situent en 1909, lorsque Suzuki Michio fonde la « Suzuki Looms Works » près de Hamamatsu (浜松) dans la préfecture de Shizuoka. À cette époque, elle se concentre uniquement sur des machines à coudre et à tisser destinées à l'industrie textile. L'année 1952 voit apparaître la première moto Suzuki, animée d'un petit moteur à deux temps de ; elle est dénommée « Power Free ». La transmission est assurée par une courroie. Grâce à cette moto et à la gamme qui va en découler, Suzuki peut se faire une place sur la scène commerciale et sportive. En 1954, la firme prend le nom de « Suzuki Motors » et présente son premier modèle de voiture, la , un mini-modèle de qui ne sortit qu'à 43 exemplaires. En 1955, Suzuki commercialise sa première véritable moto : la Colleda, mue par un monocylindre de . En 1956, la Colleda TT est mue par un bicylindre de . En 1961, les motos Suzuki débarquent en France. En 1962, la firme atteint enfin une production conséquente en sortant des usines . Grâce à ce succès, la firme va ouvrir des usines dans les villes japonaises suivantes : Toyama (冨山), Iwata (磐田), Ōsuka (大須賀) et Kosai (湖西). La production va également se diversifier et Suzuki va pouvoir proposer à ses clients non seulement des motos et des automobiles, mais également des véhicules utilitaires, des moteurs de bateaux ou encore des maisons préfabriquées. En 1965, Suzuki présente la fameuse T20, une moto dotée d'un moteur bicylindre de , très performante pour l'époque, ainsi que son premier moteur hors-bord. Durant les années 1970, les modèles « Fronte » (dans des déclinaisons différentes telles que la 360 ou l'Alto) ou « Jimny » (un petit tout-terrain) permettent d'élargir les exportations et ainsi faire connaître la marque, entre autres sur le continent américain. En 1972 est lancée la GT 380, une moto tricylindre de (il en existera une déclinaison de plus forte cylindrée, la GT 550) avec refroidissement par air amélioré par une écope spéciale dite , suivie en 1973 du lancement de la Suzuki GT 750, moto grand tourisme, avec un moteur tricylindre de (première moto de grande série à refroidissement liquide). Après le choc pétrolier et les nouvelles mesures anti-pollution appliquées aux États-Unis, Suzuki doit changer sa gamme de motos pour se tourner vers des moteurs à quatre temps, et lance en 1974 la Suzuki RE-5, une moto révolutionnaire ayant un moteur à piston rotatif à trois chambres de (soit ) sous licence Wankel, acquise plus tôt dans les . Ce fut un échec cuisant dont la firme aura du mal à se remettre, tant ce ratage a mis à mal ses finances, comme NSU et Citroën. Pour s'adapter aux nouvelles normes de pollution, Suzuki lance en 1976 la GS 750, en 1977 la GS 550, en 1978 la GS 1000, en 1979 la version et en 1980 la à cardan, puis la GS 400, la (quatre soupapes par cylindre) remplace finalement la fin 1980. Les motos de la sont des succès commerciaux, permettant de renflouer les caisses de l'entreprise. En 1981, Suzuki passe un accord avec General Motors pour répondre à la demande croissante de « petites voitures » aux États-Unis et elle lance la GSX 1100S Katana, moto au design révolutionnaire pour l'époque. De fil en aiguille, la collaboration se fait de plus en plus forte, et, avec l'aide d'Isuzu (filiale japonaise de General Motors), on voit la naissance d'une voiture de qui est vendue au Japon sous le nom de « Suzuki Cultus » et aux États-Unis sous le nom de « Chevrolet Sprint ». En 1983, Suzuki exporte ses modèles aux États-Unis sous la marque Geo, créée de toutes pièces par General Motors. Suzuki prend aussi une part importante dans le capital de la société indienne Maruti, lance la RG 250, première moto de série équipée d'un cadre en aluminium mue par un moteur bicylindre de , ainsi que le premier quad de série, le . En 1985, Suzuki lance deux motos révolutionnaires : la GSX-R 750 et la RG 500 Gamma. Pour la première fois, les motards pouvaient avoir accès à des replicas tout droit sorties du paddock. En 1987, Suzuki lance la DR 800, moto de série ayant le plus gros monocylindre au monde (). En 1989, Suzuki lance les motos à succès suivantes : la RGV 250, la GS 500E et la GSF 400 Bandit. C'est également à la même époque que Suzuki prend contact avec Land Rover pour que ce dernier fabrique sous licence la « Jimny », puis sa descendante la « Vitara ». En 1992, l'usine Magyar Suzuki Corporation ouvre en Hongrie, suivie, en , de l'usine Changan Suzuki Automobile en Chine. En 1995, la production totale de Suzuki atteignait plus de . Durant la même année, Suzuki lance également une moto qui a été un succès pour la firme à travers le monde, la GSF 600 Bandit. En , Suzuki et General Motors nouent des liens stratégiques qui se concrétiseront par une prise de participation de cette dernière. Au début du , la part de General Motors devient majoritaire. En 1999, Suzuki lance la GSX 1300R Hayabusa, première moto de série dont le carénage est modelé par des études en soufflerie et conçu pour atteindre plus de . Ce modèle est surtout réputé pour défrayer la chronique à sa présentation en 1998. En effet, c'est la première moto de série à revendiquer plus de de vitesse de pointe. L'usine annonce à . En , Suzuki et le constructeur italien Fiat Auto signent un double accord de coopération : En , General Motors, en grave difficulté financière, revend ses parts pour ne garder que 3 % symboliques du capital de Suzuki, puis sort complètement du capital en 2008. En 2007, Suzuki perd au Japon sa place de leader sur le marché des "keijidōsha", modèles limités à moins de et de moins de de long, très important au Japon, au profit de Daihatsu, filiale de Toyota. Suzuki tenait ce segment de marché depuis . En , c'est au tour de l'allemand Volkswagen de monter dans le capital de Suzuki. Il prend 19,9 % du capital pour de yens soit d'euros. Cette coopération sera de très courte durée car dès le milieu de l', Suzuki renouvelle son accord de coopération avec Fiat Group Automobiles, licence de fabrication de moteurs Fiat au Japon, et accuse même Volkswagen de n'avoir aucune technologie de niveau intéressant, avant de signer avec Fiat un accord de fourniture supplémentaire de diesel par an, pour ses productions japonaises, indiennes et hongroises. Toujours en 2009 est créée Chongqing Haojue Suzuki Motorcycle, une entreprise co-créée par Suzuki avec un partenaire chinois, l’entreprise Chongqing Haojue Industrial. En 2012, Suzuki annonce se retirer du marché des États-Unis. La diffusion sur ce marché cesse en 2013 ; l'entreprise entreprend une restructuration en profondeur et se concentre davantage sur les marchés émergents dont elle tire du profit. Elle est notamment large leader du marché indien par sa filiale Maruti Suzuki, le pays étant même le premier marché de Suzuki. L'aboutissement de cette réflexion donne naissance à des produits conçus mondialement, comme pour la moto GW 250 Inazuma, qui s'inspire de la moto B-King. Le , Suzuki annonce la fermeture de l'usine espagnole de Suzuki Moto. Le , Suzuki annonce la construction d'une usine d'assemblage en Inde pour d'euros. En , à la suite de nombreux désaccords avec Volkswagen, une instance de médiation mandatée par les deux entreprises demande à cette dernière de vendre sa participation de 19,9 % dans Suzuki à Suzuki elle-même, participation ayant environ une valeur de d'euros. De plus, Suzuki devra payer des compensations, l'instance ayant reconnu que celle-ci est responsable de l'arrêt d'une partie des accords entre les deux sociétés. En , Suzuki annonce la vente de sa participation dans Fuji Heavy pour de dollars. En 2019, Suzuki noue avec Toyota un accord de participations croisées. Les deux constructeurs se fournissent entre eux de nombreux modèles : Toyota permet à Suzuki de rebadger certains de ses modèles en Europe, et Suzuki fournit de la même manière des véhicules à Toyota pour les marchés émergents. Compétition. Dès les années 1960, Suzuki a brillé en Grand Prix. En 1964, Suzuki sort une deux temps bicylindre, distributeurs rotatifs, boîte à quatorze rapports et refroidissement liquide. Cette machine connaîtra de nombreux succès jusqu'en 1968. En 1967, Suzuki sort une à quatre cylindres, utilisant la même technique que la . De nombreux pilotes, tels Barry Sheene ou Kevin Schwantz, champions du monde en 1993 et Kenny Roberts, champion du monde 500 en 2000, ont défendu la marque en Grand Prix. En moto-cross, Suzuki peut s'enorgueillir d'être la marque ayant remporté le plus de titres de champion du monde. En championnat du monde Superbike, l'Australien Troy Corser remporta le titre au guidon d'une en 2005. Aujourd'hui, Suzuki fait également ses preuves au Master of Endurance (championnat composé de six courses dont les ). L'équipe officielle se nommait « Suzuki Endurance Racing Team » (SERT), devenu « Sarthe Endurance Racing Team » en 2019 au sein d'une nouvelle entité réunissant Yoshimura, SERT et Motul. Damien Saulnier en est le Team Manager. En Mai 2022, alors que l’entreprise venait de signer un renouvellement de contrat avec le Championnat du Monde MotoGP jusqu’en 2026, Suzuki annonce son retrait anticipé fin 2022 de la compétition (et toutes les autres compétitions), faute de moyens financiers et une bascule nécessaire des ressources allouées à la compétition vers l’automobile et son électrification. Moteurs marins. Suzuki est un grand constructeur de moteurs hors-bord. Actuellement, sa gamme couvre un éventail de puissance de . Les moteurs à deux temps sont référencés « DT » (T comme two, deux en anglais) suivi du chiffre de puissance en ch (chevaux-vapeur). Les ont une réputation de grande robustesse et bien que la production ait évolué vers le moteur à quatre temps pour des raisons écologiques, de très nombreux DT de toutes puissance servent encore au quotidien. Leur seul défaut connu, pour les versions à carburateur, est d'être assez gourmands en carburant. Certains moteurs deux-temps ont bénéficié d'un système d'injection, plus sobre, notamment le , extrapolé du à carburateurs (4-cylindres en ligne) et le (4-cylindres en V) les couleurs de présentation ont varié avec les années millésimes (blanc et orange pour les premiers modèles des , puis gris métallisé, marron métallisé et finalement noir et rouge). Les moteurs 4-temps sont référencés « DF » (F comme four, quatre en anglais) suivi du chiffre de puissance en ch. Ils sont de couleur noir ou blanc (Suzuki a fourni des moteurs commercialisés aux États-Unis et en Europe sous la marque Johnson, semblables mais peints en blanc). Les Suzuki sont plus lourds et complexes que les 2T équivalents en puissance, mais ils sont plus économes en carburant et moins polluants. Les Suzuki ont un système original de double réduction de la transmission par un engrenage entre le bloc-moteur et l'arbre vertical qui améliore la poussée et l'équilibrage de la tête motrice. Jusqu'à 175 ch, il s'agit de moteurs monocylindres ou en ligne, à 2 ou 4 cylindres ; les moteurs V6 développent des puissances supérieures. |
Système expert Un système expert est un outil capable de reproduire les mécanismes cognitifs d'un expert, dans un domaine particulier. Il s'agit de l'une des voies tentant d'aboutir à l'intelligence artificielle. Plus précisément, un système expert est un logiciel capable de répondre à des questions, en effectuant un raisonnement à partir de faits et de règles connues. Il peut servir notamment comme outil d'aide à la décision. Le premier système expert a été Dendral. Il permettait d'identifier les constituants chimiques. Composition. Un système expert se compose de 3 parties : Le moteur d'inférence est capable d'utiliser faits et règles pour produire de nouveaux faits, jusqu'à parvenir à la réponse à la question experte posée. La plupart des systèmes experts existants reposent sur des mécanismes de logique formelle et utilisent le raisonnement déductif. Pour l'essentiel, ils utilisent des règles d'inférence de la forme suivante (syllogisme) : Les plus simples des systèmes experts s'appuient sur la logique des propositions (dite aussi « "logique d'ordre 0" »). Dans cette logique, on n'utilise que des propositions, qui sont vraies, ou fausses. D'autres systèmes s'appuient sur la logique des prédicats du premier ordre (dite aussi « "logique d'ordre 1" »), que des algorithmes permettent de manipuler aisément. Il faut maintenir une certaine cohérence de l'ensemble des règles: Enfin, pour faciliter la description de problèmes réels sous forme de règles logiques, on a recours à des opérateurs ou des valeurs supplémentaires (notions de nécessité/possibilité, coefficients de plausibilité, etc.). Moteurs d'inférence. Il existe de nombreux types de moteurs, capables de traiter différentes formes de règles logiques pour déduire de nouveaux faits à partir de la base de connaissance. On distingue souvent trois catégories, basées sur la manière dont les problèmes sont résolus : peuvent être partiellement pilotés ou contrôlés par des méta-règles qui modifient leur fonctionnement et leurs modalités de raisonnement. Pour répondre à des objectifs spécifiques, ces moteurs d'inférence peuvent être doublés dans certains Systèmes Experts dits "inverses" ou "bimoteurs", ou encore être complétés par d'autres systèmes d'analyse pour constituer des Systèmes Experts dits "hybrides" . Acquisition des connaissances. Si les algorithmes de manipulation de faits et de règles sont nombreux et connus, la détermination de l'ensemble des faits et règles qui vont composer la base de connaissances est un problème délicat. Comment décrire le comportement d'un expert face à un problème particulier, et sa manière de le résoudre, là est la question. Car ce que l'on souhaite obtenir n'est ni plus ni moins que l'expérience, la connaissance pratique de l'expert, et non la théorie que l'on peut trouver dans les livres ni exclusivement les règles logiques d'inférence. Equivalents des méthodes d'analyse de l'informatique traditionnelle, des méthodes d'acquisition des connaissances sont développées. Les systèmes d'apprentissage automatique constituent une voie nouvelle d'acquisition des connaissances. Complexité et contrôle des systèmes experts. L'intelligence artificielle permettra peut-être de résoudre le problème de la complexité, mais avec le risque d'une perte de contrôle des systèmes dits "intelligents" . Historique. Le premier système expert fut "Dendral" en 1965, créé par les informaticiens Edward Feigenbaum, Bruce Buchanan, le médecin Joshua Lederberg et le chimiste Carl Djerassi. Il permettait d'identifier les constituants chimiques d'un matériau à partir de spectrométrie de masse et de résonance magnétique nucléaire, mais ses règles étaient mélangées au moteur. Il fut par la suite modifié pour en extraire le moteur de système expert nommé "Meta-Dendral". En 1972-73 fut créé , un système expert de diagnostic de maladies du sang et de prescription de médicaments, avec un vrai moteur et une vraie base de règles. Ses règles étaient affectées de coefficients de vraisemblance affectant chacune d'entre elles d'un poids relatif aux autres. Le moteur produisait un chaînage avant simple tout en calculant les probabilités (au sens bayésien) de chaque déduction, ce qui rendait difficile d'expliquer la logique de son fonctionnement et encore plus d'en détecter les contradictions. Quant aux experts, ils étaient obligés de trouver des poids de vraisemblance pour chacune de leurs inférences, démarche complexe, peu naturelle et éloignée de leur mode de raisonnement, en tout cas conscient. Opérationnel dans les années 1990 le projet "Sachem" (Système d'Aide à la Conduite des Hauts fourneaux En Marche, chez Arcelor) était conçu pour piloter des hauts-fourneaux en analysant les données fournies en temps réel par un millier de capteurs. Le projet a coûté entre 1991 et 1998 environ 30 millions d'euros, et le système économise environ par tonne de métal. Applications. Les systèmes experts sont utilisés dans de nombreux domaines. En voici quelques exemples : |
Saint-André-de-Cubzac Saint-André-de-Cubzac (en gascon "Sant Andrieu de Cubzat") est une commune du Sud-Ouest de la France, située dans le département de la Gironde, en région Nouvelle-Aquitaine. Géographie. La commune de Saint-André-de-Cubzac, traversée par le nord, est de ce fait située à égale distance du pôle Nord et de l'équateur terrestre (environ ). La commune fait partie de l'aire d'attraction de Bordeaux et de son unité urbaine. Elle était auparavant la commune-centre de l'unité urbaine de Saint-André-de-Cubzac absorbée par celle de Bordeaux selon la délimitation de 2020. Localisation et accès. Saint-André-de-Cubzac est située sur la rive droite de la Dordogne, lieu renommé pour son carrefour routier important et les ponts (le pont routier de Cubzac, le pont ferroviaire de Cubzac et le pont autoroutier de Cubzac) qui franchissent la Dordogne et qui sont les seuls passages routier et ferroviaire entre l'estuaire de la Gironde et Libourne. Ces ponts sont toutefois plus au sud, dans la commune voisine de Cubzac-les-Ponts. Située au nord de Bordeaux, Saint-André-de-Cubzac est le carrefour entre la RN 10 d'Hendaye à Paris entre Bordeaux et Angoulême et l'ancienne RN 137 de Saint-André-de-Cubzac à Saint-Malo, aujourd'hui route départementale, longe l'autoroute A 10 qui va vers Paris et se dirige vers Saintes. Autrefois rond-point entre la RN 10 et la RN 137, le carrefour entre l'A10 et la RN 10 est maintenant une jonction autoroutière. La route départementale 670 part du centre-ville et de ce carrefour pour aller vers l'est à Libourne. La route départementale 669 part du centre-ville et longe la rive droite de la Dordogne pour aller vers Bourg puis Blaye par l'estuaire. C'est le début de la "Route touristique de la corniche". Milieux naturels et biodiversité. Natura 2000. La Dordogne est un site du réseau Natura 2000 limité aux départements de la Dordogne et de la Gironde, et qui concerne les riveraines de la Dordogne, dont Saint-André-de-Cubzac. Seize espèces animales et une espèce végétale inscrites à de la directive 92/43/CEE de l'Union européenne y ont été répertoriées. ZNIEFF. Saint-André-de-Cubzac fait partie des concernées par la zone naturelle d'intérêt écologique, faunistique et floristique (ZNIEFF) de « La Dordogne », dans laquelle ont été répertoriées huit espèces animales déterminantes et cinquante-sept espèces végétales déterminantes, ainsi que quarante-trois autres espèces animales et trente-neuf autres espèces végétales. Urbanisme. Risques majeurs. Le territoire de la commune de Saint-André-de-Cubzac est vulnérable à différents aléas naturels : météorologiques (tempête, orage, neige, grand froid, canicule ou sécheresse), inondations, mouvements de terrains et séisme (sismicité faible). Il est également exposé à un risque technologique, la rupture d'un barrage. Un site publié par le BRGM permet d'évaluer simplement et rapidement les risques d'un bien localisé soit par son adresse soit par le numéro de sa parcelle. Risques naturels. La commune fait partie du territoire à risques importants d'inondation (TRI) de Bordeaux, regroupant les concernées par un risque de submersion marine ou de débordement de la Garonne, un des qui ont été arrêtés fin 2012 sur le bassin Adour-Garonne. Les crues significatives qui se sont produites au , avec plus de mesurés au marégraphe de Bordeaux sont celles du (, débit de la Garonne de ), du (, 1500 à ), du (, ), du (, ) et du (, ). Au , ce sont celles liées à la tempête Xynthia du (, ) et du (, 2500 à ). Des cartes des surfaces inondables ont été établies pour trois scénarios : fréquent (crue de temps de retour de à ), moyen (temps de retour de à ) et extrême (temps de retour de l'ordre de , qui met en défaut tout système de protection). La commune a été reconnue en état de catastrophe naturelle au titre des dommages causés par les inondations et coulées de boue survenues en 1982, 1989, 1992, 1999, 2009, 2010, 2013, 2014 et 2021. Les mouvements de terrains susceptibles de se produire sur la commune sont des affaissements et effondrements liés aux cavités souterraines (hors mines), des éboulements, chutes de pierres et de blocs et des tassements différentiels. Par ailleurs, afin de mieux appréhender le risque d’affaissement de terrain, l'inventaire national des cavités souterraines permet de localiser celles situées sur la commune. Le retrait-gonflement des sols argileux est susceptible d'engendrer des dommages importants aux bâtiments en cas d’alternance de périodes de sécheresse et de pluie. 96,3 % de la superficie communale est en aléa moyen ou fort (67,4 % au niveau départemental et 48,5 % au niveau national). Sur les dénombrés sur la commune en 2019, sont en en aléa moyen ou fort, soit 100 %, à comparer aux 84 % au niveau départemental et 54 % au niveau national. Une cartographie de l'exposition du territoire national au retrait gonflement des sols argileux est disponible sur le site du BRGM. Concernant les mouvements de terrains, la commune a été reconnue en état de catastrophe naturelle au titre des dommages causés par la sécheresse en 1989, 2003, 2005, 2011 et 2012 et par des mouvements de terrain en 1999. Risques technologiques. La commune est en outre située en aval du barrage de Bort-les-Orgues, un ouvrage sur la Dordogne de classe A soumis à PPI, disposant d'une retenue de de mètres cubes. À ce titre elle est susceptible d’être touchée par l’onde de submersion consécutive à la rupture de cet ouvrage. Toponymie. Le nom de la commune est "Sant Andrieu de Cubzat", parfois orthographié "Cubzac" mais prononcé avec un -"t" final dans le parler gascon du Cubzaguais. Histoire. La commune compte quelques vestiges préhistoriques et protohistoriques et plusieurs villas gallo-romaines qui témoignent de l’ancrage d’un habitat ancien qui s’est fixé dans cette zone dès la période antique. La période médiévale est surtout marquée par l’importance notable de la forteresse royale de Cubzac, construite en 1249 par Simon V de Montfort sur les bords de la Dordogne. Son plan en bastide prévoyait un fonctionnement qui reposait principalement sur l’auto-suffisance et l’autarcie, essentiel pour une place forte. Cependant, la proche petite ville de Saint-André avait été dotée par l’abbaye de la Sauve, dès la fin du , d’un prieuré. Il était le centre d'une mise en valeur des sols, l'habitat était déjà conçu comme une petite sauveté, et s'organisait avec des rues tracées à partir des deux premiers axes antiques, le cardo (axe nord-sud) et le decumanus (axe est-ouest). C’est au croisement même de ces deux voies qu’avait été érigée la première église Saint-André, agrandie depuis, et un peu plus haut dans le bourg une autre, plus modeste, l’église Saint-Étienne. Saint-André a toujours fondé son développement sur l’ouverture à l’économie locale et au commerce : dotée d’un marché important dès le , la ville s’ancrait fermement dans les échanges sur toute la rive droite de la Dordogne, voire avec l’Entre-deux-Mers. Elle apparaît comme un carrefour commercial dès la fin du et, à partir de là, elle ne cessera plus de prospérer, notamment avec le commerce de ses vins. En 1341, Édouard III d’Angleterre érigea la terre du Cubzaguais en châtellenie et la donna à Bérard III d’Albret, en raison de services rendus. Un peu plus d’un siècle plus tard, après la victoire de Castillon en 1453, les places anglaises revenaient à la France et Cubzac –dont la vocation à l’origine était principalement militaire– n’avait plus véritablement de raison d’exister. À la suite de ce déclin, le siège de la châtellenie se déplaçait du château de Cubzac à la maison noble du Bouilh, qui donnait à la région une impulsion nouvelle, à dominante clairement économique. Elle devint si prospère que le puissant voisin, le marquis de Fronsac, chercha plus tard à l’acquérir, en vain. Les guerres de religion ont sévi dans cette zone. Au cours de la période de la Convention nationale (1792-1795), la commune a adopté le nom révolutionnaire de "Montalon". Les archives départementales de la Gironde, notamment les terriers, présentent certains plans, parcellaires et croquis divers de lieux-dits, d’habitats et de routes du territoire de ce qui deviendra l’actuel Saint-André-de-Cubzac. Des plans originaux, inconnus jusqu'alors, levés par le célèbre et méticuleux géographe Claude Masse et colorés à la main, ont été découverts il y a quelques années ; ils se sont avérés être les plus fidèles et les plus anciens à ce jour et ils apportent beaucoup. Leur précision permet d'observer l’emplacement de monuments aujourd’hui disparus en partie (cloître des Cordeliers) ou totalement (église Saint-Étienne, anciens cimetières), et prouve que le clocher carré de l’église, en 1723, portait déjà une horloge, ce qui était rare au début du . Ces mêmes plans, très détaillés, permettent entre autres de comprendre les routes, les accès à la Dordogne, l’ancienne bastide de Cubzac et donnent une bonne indication de la mise en valeur du territoire. Pour la première fois il est possible d'examiner un relevé précis -et remarquable par sa rareté- de ce qu’était en 1723 l'ancienne maison forte du Bouilh (dont on sait qu'elle se trouvait sur une maison forte érigée dès 1331), ses jardins et ses dépendances agricoles avant qu’elle ne soit en très grande partie rasée vers 1780 et que les grands travaux de 1785-1790 n’en fassent l’édifice (château du Bouilh) que l’on connaît aujourd’hui. Les plans en couleur les plus importants, en raison de leur intérêt, ont été repris et publiés dans un ouvrage consacré à l'étude d'ensemble de Cubzac et de sa région. Un certain nombre d'érudits locaux et d'historiens se sont penchés, depuis plusieurs années déjà, sur l’histoire plus récente de Saint-André-de-Cubzac, y compris par l’examen des cartes postales anciennes qui témoignent, dans le début du , d’une ville en plein essor et en activité. Le cœur de la ville était alors symbolisé par une magnifique halle de pierre, construite vers 1780 par Jean de La Tour Gouvernet, lieutenant-général de la région, halle malheureusement démolie depuis. L'ancien petit port de Plagne, qui a connu un certain succès grâce à la pêche et au transport de marchandises a subi de plein fouet la concurrence des moyens de transports modernes. Il connaît depuis quelques années un certain renouveau en raison, entre autres, de la navigation de plaisance. Depuis quelques années, Saint-André-de-Cubzac, qui avait fréquemment eu peine à trouver sa voie entre ses deux grandes « rivales », Bourg à l’ouest et Libourne à l’est, ne semble qu'avec difficulté être parvenue à s’adapter à la période contemporaine dominée par une société de consommation et d’échanges, qui ne cesse de monter en puissance. Son centre historique est traversé par la rue Nationale qui a toujours constitué une sorte de poumon économique, où s’étaient fixés, parfois depuis longtemps, des commerces de proximité. Depuis l’étirement de la ville plus au nord, en direction de "la Garosse", cette rue principale (cardo), dans sa partie basse et dans le centre de la vieille ville, a été transformée en voie à sens unique dotée d’une piste cyclable presque aussi large que la chaussée. En quelques années il semble que les nombreux commerces de proximité qui s’y trouvaient se déplacent ou disparaissent des anciens axes routiers, dont il convient de reconnaître qu'ils sont peu pratiques à la circulation automobile contemporaine alors que se créent, loin du cœur historique de la ville, des zones commerciales. Population et société. Démographie. Les habitants sont appelés les "Cubzaguais". Pyramide des âges. La population de la commune est relativement jeune. En 2018, le taux de personnes d'un âge inférieur à s'élève à 38,4 %, soit au-dessus de la moyenne départementale (35,9 %). À l'inverse, le taux de personnes d'âge supérieur à est de 20,9 % la même année, alors qu'il est de 24,9 % au niveau départemental. En 2018, la commune comptait pour , soit un taux de 51,61 % de femmes, légèrement inférieur au taux départemental (52,06 %). Les pyramides des âges de la commune et du département s'établissent comme suit. Sports. La commune compte parmi ses associations le Racing Club Cubzaguais, club de rugby à XV dont Heini Adams a notamment été le manageur sportif entre 2016 et 2018 en division honneur. |
Selket |
Sopdet |
Sôpdit |
Sothis Sopdet (Sôpdit ou Sépédet) est une déesse égyptienne, son nom en grec est Sothis. Personnification divine de l'étoile Sirius (l'étoile du Chien en grec), elle symbolise l'arrivée de la crue annuelle du Nil qui coïncidait autrefois avec l'apparition de l'étoile au début du mois de juillet (le "lever héliaque" - en août à l'époque actuelle du fait de la précession des équinoxes). Cette crue annuelle étant indispensable pour fertiliser les terres arides des rives du Nil (par l'apport en eau et en limon), Sothis a été naturellement associée à la fertilité et à la prospérité à partir de la . Elle avait deux apparences, celle d'une femme ou celle d'une vache, toutes les deux portant une étoile sur la tête et entre les cornes. La crue du Nil était liée à la symbolique du fleuve nourricier, tel le lait de la vache qui nourrit aussi les hommes. C'est pourquoi Sopdet est illustrée soit par une vache, soit par une femme. Sopdet est représentée en général avec une étoile au-dessus de la tête. Cette étoile est la plus lumineuse du ciel, seulement dépassée en luminosité par les planètes principales (Vénus, Jupiter et par moments Saturne et Mars). Sopdet à l'origine de la constellation du Grand Chien ? Sopdet a été associée au culte de la déesse Neith comme le précise Françoise Dunand dans son livre "Le Culte d'Isis dans le bassin oriental de la Méditerranée "publié en 1973. C'est ainsi que les Grecs se sont inspirés de la déesse Neith (et la forme de sa constellation) et l'ont remplacée par Artémis, la Diane romaine qui, comme la déesse égyptienne, arbore un arc, mais a en plus un compagnon : un chien. Les Grecs ont transposé leur mythologie sur celle de l’Égypte antique. Il faut attendre le pour que Claude Ptolémée publie son "Almageste" dans lequel on découvre pour la première fois le nom de Sirius et la forme d'un chien. Entre-temps la précession des équinoxes a décalé les constellations vues de la Terre par rapport à l'écliptique. Le ciel à l'époque de Ptolémée n’étant plus comparable au ciel de l'Égypte ancienne du fait du basculement de l'axe oblique de la Terre, Claude Ptolémée a jugé nécessaire de l'adapter à son époque. C'est ainsi qu'il a remplacé la déesse Neith, l'archère, par un chien. C'est ce chien que, depuis, on appelle Sirius. L’émergence du christianisme a fait disparaitre un certain nombre de déesses du ciel dont Artémis-Diane, c'est pourquoi les Anciens se contentèrent du compagnon canin de leur déesse pour représenter la constellation du Grand Chien. Il est donc nécessaire d'éviter l'anachronisme entre deux époques différentes et la confusion entre deux cultures différentes. Sopdet, puis Isis n'ont jamais été représentées sous la forme d'un chien à l'époque de l'ancienne Égypte. La constellation de la vache Sopdet et la constellation de Neith l'archère étaient très voisines, les Anciens en firent une seule et même constellation, qu'ils nommèrent "Canis Major", avec pour étoile principale Sirius. Paradoxalement l'étoile Sirius était présente pendant les périodes de grande chaleur qui étaient connues comme périodes d'épidémies. Le Nil débordant était, certes, une bonne chose pour la fertilité et l'agriculture, mais il était aussi très destructeur et provoquait de nombreuses maladies pour le peuple habitant ses bords. |
Sommet de la Terre Un sommet de la Terre est un terme générique servant à désigner les rencontres décennales entre dirigeants mondiaux, organisées depuis 1972 par l'ONU, ayant pour but de définir les moyens de stimuler le développement durable au niveau mondial. Le premier sommet a eu lieu à Stockholm (Suède) en 1972, le deuxième à Nairobi (Kenya) en 1982, le troisième à Rio de Janeiro (Brésil) en 1992, le quatrième à Johannesbourg (Afrique du Sud) en 2002 et le cinquième et dernier sommet en date, appelé « Rio + 20 », a également eu lieu à Rio de Janeiro en 2012. Preuve du développement d'une culture mondiale de respect de l'environnement, les sommets de la Terre présentent un enjeu symbolique important. Ils visent à démontrer la capacité collective à gérer les problèmes planétaires et affirment la nécessité du respect des contraintes écologiques. Le sommet de 1972 a donné naissance à une organisation dépendante de l’ONU, le Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE). Le sommet de 1992, officiellement appelé « conférence des Nations unies sur l'environnement et le développement, a lancé avec succès : la convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) dont les pays signataires se rencontrent annuellement depuis 1995 ; la convention des Nations unies sur la diversité biologique ; la convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification. Mode opératoire. L'entrée en vigueur d'un traité international prend généralement plusieurs années. Il s'agit d'un processus complexe, car chaque pays doit compléter deux étapes pour y adhérer. La première étape consiste à signer le traité. La seconde consiste à le ratifier formellement. Le traité n'entre en vigueur que lorsqu'un nombre suffisant de pays l'ont ratifié (nombre variable d'un traité à l'autre). Les pays signataires de ce type de traité organisent, une fois par an en général, une conférence des parties (CP, ou COP en anglais). Avant chaque conférence est organisée une réunion préparatoire appelée SBSTTA (Organe subsidiaire chargé de fournir des avis scientifiques, techniques et technologiques) où les gouvernements négocient les détails techniques du traité. Le processus est similaire pour le sommet de la Terre, lequel comporte une série de conférences préparatoires préalables. Liste des sommets de la Terre. Conférence de Stockholm. La conférence des Nations unies sur l'environnement humain (CNUEH) s'est tenue du 5 au à Stockholm (Suède). Elle a placé pour la première fois les questions écologiques au rang de préoccupations internationales. Les participants ont adopté une déclaration de 26 principes et un vaste plan d'action pour lutter contre la pollution, dont une délégation des victimes de la maladie de Minamata a été témoin. Ce sommet a donné naissance au Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE). Au même moment, le Club de Rome a publié un rapport intitulé « Halte à la croissance ? ». À cette époque, les dirigeants mondiaux se sont engagés à se rencontrer tous les dix ans pour faire le point sur l'état de la Terre. A posteriori, cette conférence a parfois été qualifiée de Sommet de la Terre. Nairobi 1982. Un Sommet de la Terre s'est tenu à Nairobi (Kenya) du 10 au . Les événements de l'époque (Guerre froide) et le désintérêt du président des États-Unis, Ronald Reagan (qui a nommé sa fille déléguée des États-Unis) ont fait de ce sommet un échec. Il n'est d'ailleurs même pas évoqué comme un sommet de la Terre officiel. Rio de Janeiro 1992. Ce Sommet de la Terre s'est tenu à Rio de Janeiro du au , sous l'égide de l'Organisation des Nations unies. Cette Conférence des Nations unies sur l'environnement et le développement (CNUED) est généralement considérée comme une réussite : les priorités mondiales ont changé en dix ans, et avec la participation d'une centaine de chefs d'État et de gouvernement très diversifié, ce sommet demeure aujourd'hui le plus grand rassemblement de dirigeants mondiaux. Plus de ONG étaient également représentées. Le Sommet de Rio s'est conclu par la signature de la Déclaration de Rio. Cette déclaration, qui fixe les lignes d'action visant à assurer une meilleure gestion de la planète, fait progresser le concept des droits et des responsabilités des pays dans le domaine de l'environnement. Cependant, elle n'est pas juridiquement contraignante. Au contraire, elle reconnaît la souveraineté des États à « exploiter leurs propres ressources selon leur politique d'environnement et de développement ». Par ailleurs, le Sommet de Rio a conduit à l'adoption du programme Action 21, qui comprend environ recommandations (dont la plupart n'ont jamais été mises en œuvre), la Déclaration sur la gestion, la conservation et le développement durable des forêts et la gestion durable des forêts, de même que les trois conventions de Rio : Il a donné le coup d'envoi à un programme ambitieux de lutte mondiale contre les changements climatiques, l'érosion de la biodiversité, la désertification, et l'élimination des produits toxiques. Bien que ces conventions soient perfectibles, elles ont engagé les États dans un effort de mise en œuvre et, dans certains cas, dans un processus de négociations en vue de parvenir à l'adoption de protocoles contraignants, tel que le Protocole de Kyoto. Johannesbourg 2002. Ce sommet s'est tenu du au à Johannesburg (Afrique du Sud) sous l'égide des Nations unies. Il est aussi officiellement appelé « Sommet mondial sur le développement durable » (SMDD). Ce sommet constituait une occasion pour le monde entier de faire le bilan et de compléter le programme lancé lors du Sommet de Rio ; il était axé autour du développement durable. La rencontre de Johannesburg visait donc à inciter les États à réitérer leur engagement politique en faveur du développement durable, ainsi qu'à favoriser le renforcement d'un partenariat entre le Nord et le Sud. L'événement a rassemblé une centaine de chefs d'État et quelque délégués, ce qui en a fait la plus grande rencontre jamais organisée par les Nations unies. Le sommet a adopté un plan d'action en 153 articles, décomposés en 615 alinéas sur de nombreux sujets : pauvreté, consommation, ressources naturelles, globalisation, respect des Droits de l'homme... Les thèmes prioritaires étaient : L'enjeu politique du Sommet fut également important puisqu'il s'agissait de démontrer que la guerre contre le terrorisme n'est pas l'unique problème mondial actuel. Rio +20. Vingt ans après le Sommet de Rio de 1992, la Conférence des Nations unies sur le développement durable (CNUDD), mieux connue sous le nom de Rio+20, a eu lieu du 20 au à Rio de Janeiro, au Brésil. Avant cet événement, un premier comité préparatoire (PrepCom-1) s'était tenu à New York (États-Unis), du 17 au et un second du 7 et . Un troisième et dernier Comité préparatoire a eu lieu du 13 au à Rio de Janeiro (Brésil) mais, comme on s'y attendait, il n'a pas permis de conclure la négociation du "zero draft", de sorte que les négociations se sont poursuivies de manière informelle, sous l'égide du gouvernement brésilien, pendant les quatre jours qui séparaient cette réunion de l'arrivée des chefs d'État et de gouvernement. Même si Rio +20 devait porter sur « l'économie verte » et « le cadre institutionnel du développement durable », des divergences ont rapidement émergé sur ces deux thèmes, de sorte que le principal résultat de ce « Sommet de la Terre » est plutôt le lancement d'un processus devant conduire à l’établissement d’Objectifs du développement durable (ODD). |
SMDD |
Strasbourg Strasbourg ( ) est une commune française située dans la collectivité européenne d'Alsace dont elle est le chef-lieu. Elle est la préfecture du Bas-Rhin et de la région Grand Est. Capitale de la région historique d'Alsace, elle est bordée par le Rhin et directement frontalière avec l'Allemagne. Strasbourg est une des trois « » aux côtés de Bruxelles et Luxembourg, elle est parfois qualifiée de capitale parlementaire de l'Union européenne. La ville accueille en effet de multiples institutions européennes, notamment le Conseil de l'Europe dont dépendent la Cour européenne des droits de l'homme et la Pharmacopée européenne, mais également le Parlement européen ou encore le Médiateur européen. Avec notamment Bâle, Genève et New York, Strasbourg est l'une des rares villes au monde à être le siège de plusieurs institutions internationales sans être capitale politique d’un État. Strasbourg est également la deuxième ville de France en nombre de congrès internationaux, après Paris. Par sa population, Strasbourg "" est la première commune du Grand Est français et, à la date du , la huitième de France. Son aire urbaine est la huitième de France, comptant en 2018 dans sa seule partie française mais elle compte plus de au total avec la partie allemande. Ses habitants sont appelés les "Strasbourgeois". Elle est le principal pôle économique du Nord-Est et se distingue par un secteur secondaire très diversifié, un secteur marchand important et un secteur tertiaire essentiellement tourné vers les activités financières, juridico-légales, la recherche et le conseil aux entreprises. Strasbourg a été marquée par les différentes administrations germaniques et françaises. Son histoire, riche et tourmentée, a laissé un patrimoine architectural remarquable. Son centre-ville, situé sur la Grande Île, est entièrement inscrit au patrimoine mondial par l’UNESCO depuis 1988 et comprend notamment la cathédrale Notre-Dame de Strasbourg et le quartier de la Petite France. En 2017, le périmètre classé est étendu à une partie de la "Neustadt", quartier construit par les autorités allemandes à partir de 1880. Strasbourg est également devenue le symbole de la réconciliation franco-allemande et plus généralement de la construction européenne. La ville s’est progressivement spécialisée dans les fonctions politiques, culturelles, et institutionnelles. La présence de plusieurs établissements nationaux renommés, comme le théâtre national, la bibliothèque nationale et universitaire et l’Opéra national du Rhin en fait un centre culturel important. Strasbourg est aussi une grande ville étudiante, son université, ses grandes écoles et son hôpital universitaire forment un pôle universitaire majeur tourné vers l’international avec plus de 20 % d'étudiants étrangers et plus de cent nationalités représentées. L'université qui a accueilli 18 prix Nobel dans ses murs, a été lauréate de nombreux appels d'offres dans le cadre des investissements d'avenir, visant à en faire un pôle d'excellence dans l'enseignement supérieur et la recherche au niveau mondial. Géographie. Situation géographique. Excentrée par rapport au reste de la France, dont la plaine d'Alsace représente l'extrême façade nord-est, Strasbourg occupe en revanche une position centrale en Europe occidentale, sur une importante voie de passage nord-sud. Il faut en effet la replacer dans l'entité plus vaste dont elle fait partie de la vallée du Rhin supérieur qui, de Bâle à Mayence, forme un couloir naturel. À la limite de l'Europe atlantique et de l'Europe continentale, elle communique au sud par les vallées de la Saône et du Rhône avec l'Europe méditerranéenne et s'ouvre au nord, au-delà des massifs hercyniens allemands, sur les grandes plaines de l'Europe du Nord jusqu'à la vallée de la Ruhr. Strasbourg est distante de de Francfort-sur-le-Main, de de Luxembourg, de de Paris et de de Bruxelles (distance orthodromique). La ville est par ailleurs située à une trentaine de kilomètres du massif des Vosges à l'ouest et à la même distance de la Forêt-Noire à l'est. Hydrographie. La ville est construite sur l'Ill ainsi que le long de la rive gauche du Rhin. L'Ill est la colonne vertébrale de la ville, reliée au Rhin par des anciens bras désormais canalisés (le canal de jonction et différents bassins portuaires). Plusieurs affluents traversent les différents quartiers de la ville : la Bruche et le canal de la Bruche à la Montagne Verte et à Koenigshoffen, l'Aar au Contades et au Wacken, le Krimmeri et le Ziegelwasser (anciens bras du Rhin) à la Meinau, au Neuhof et au Neudorf, le canal de la Marne au Rhin au nord. Ainsi Strasbourg est constituée de plusieurs îles dont l'ellipse insulaire du centre historique, l'île Sainte-Hélène dans le quartier du Contades, l'île aux Épis et l'île du "Rohrschollen" dans le quartier du Port du Rhin. La ville est par ailleurs située sur l'une des plus grandes réserves d'eau potable d'Europe (près de ). La densité importante de l'hydrographie cumulée à l'affleurement de la nappe phréatique rhénane contribue à rendre le secteur très sensible aux inondations. C'est pourquoi la plupart des extensions urbaines de la ville puis de l'agglomération se sont faites au moyen de remblais importants (notamment pour la construction du quartier allemand), accompagnées du comblement ou de la canalisation des multiples bras d'eau, réduisant d'autant les surfaces d'épandage et augmentant la rapidité et le débit des eaux en cas de crue. Strasbourg est aujourd'hui confrontée à un risque d'inondation important dans certains quartiers (Montagne Verte au sud-ouest et La Robertsau au nord) qui pèse sur les projets d'extension urbaine et de densification de l'habitat. Géologie et relief. Située à une altitude moyenne de , Strasbourg est caractérisée par un relief relativement plat. Ainsi au centre-ville, on ne perçoit que de très légères ondulations du terrain, culminant notamment à proximité de la cathédrale et à la croisée de la Grand'Rue et de la rue du Fossé-des-Tanneurs, correspondant aux zones d'habitation les plus anciennes, établies à l'origine sur une butte émergeant des marais environnants. Pour des raisons historiques, le niveau normal d'Amsterdam, ou "Normalnull", a pu servir de référent altimétrique, comme en témoignent de vieilles plaques encore visibles. Mais à l'instar du reste de la France métropolitaine, le nivellement général de la France s'applique, et les altitudes sont données par rapport au niveau du marégraphe de Marseille. Le territoire de la commune se situe au sein de la plaine d'Alsace. Ce fossé rhénan d'effondrement, séparant le massif des Vosges à l'ouest de celui de la Forêt-Noire à l'est, est né il y a à l'occasion de l'érection des Alpes. Des fissures orientées Nord-Sud se formèrent alors ; la partie médiane s'effondra et fut envahie par la mer à l'Éocène supérieur (vers ) et à l'Oligocène inférieur (Rupélien, vers ). D'abord comblée par des dépôts marins qui recouvrirent le socle hercynien, la plaine accueillit le cours du Rhin qui y déposa ses alluvions fluviatiles, il y a un million d'années seulement. Le bassin houiller de la vallée de Villé s'étend à quelques kilomètres de la banlieue strasbourgeoise, au sud-ouest et au centre du département, quelques lambeaux de ce gisement sont dispersés vers le nord. Climat. Strasbourg étant située à l'intérieur des terres, le climat qui y règne est de type semi-continental ("Cfb" selon la classification de Köppen). Les températures peuvent être très contrastées entre les saisons (caractéristique du climat continental). Ainsi, les hivers sont froids avec des gelées fréquentes. La température minimale moyenne est de en janvier et peut atteindre par périodes, avec souvent de la neige. La ville est la plus concernée par la neige en France à basse altitude (inférieure à ). En revanche avec l'éloignement du littoral, les étés quant à eux sont chauds voire étouffants, la température dépasse très souvent et peut atteindre . La continentalité rend l'amplitude thermique importante entre ces deux saisons. L'humidité relative moyenne annuelle de Strasbourg est relativement basse de par la continentalité marquée. Les journées ensoleillées sont très souvent plus sèches que dans les villes méditerranéennes du sud de la France. De par sa situation entre deux massifs (Vosges et Forêt-Noire), les journées avec de la brume ou du brouillard sont fréquentes en automne et en hiver. La ville est peu exposée aux vents. De même, les précipitations sont relativement faibles et irrégulières comparées aux autres régions françaises grâce à la protection naturelle contre les vents d'ouest dominants que constituent les Vosges (effet de foehn). Le cumul annuel de pluie à Strasbourg est de contre pour Nice et pour Brest, ce qui la situe sous la moyenne nationale de par an. La ville est souvent sujette à de violents orages, surtout à la fin du printemps et en été. Avec d'orage par an, c'est une des villes de France avec le plus d'orages (moyenne nationale : 22 j/an). L'absence récurrente de vent, les températures élevées en été ainsi que la situation géographique favorisent régulièrement l'apparition de pics de pollution et d'orages. À la station de l'aéroport de Strasbourg-Entzheim, le record absolu de froid est de (23 janvier 1942) et le record absolu de chaleur est de (25 juillet 2019). Urbanisme. Typologie. Strasbourg est une commune urbaine, car elle fait partie des communes denses ou de densité intermédiaire, au sens de la grille communale de densité de l'Insee. Elle appartient à l'unité urbaine de Strasbourg (partie française), une agglomération internationale regroupant et en , dont elle est ville-centre. Par ailleurs la commune fait partie de l'aire d'attraction de Strasbourg (partie française), dont elle est la commune-centre. Cette aire, qui regroupe , est catégorisée dans les aires de ou plus (hors Paris). Occupation des sols. L'occupation des sols de la commune, telle qu'elle ressort de la base de données européenne d’occupation biophysique des sols Corine Land Cover (CLC), est marquée par l'importance des territoires artificialisés (66,7 % en 2018), une proportion sensiblement équivalente à celle de 1990 (65,6 %). La répartition détaillée en 2018 est la suivante : zones urbanisées (37,9 %), zones industrielles ou commerciales et réseaux de communication (22,3 %), forêts (16,6 %), eaux continentales (8,7 %), espaces verts artificialisés, non agricoles (6,5 %), terres arables (3,9 %), zones agricoles hétérogènes (2 %), prairies (1,2 %), milieux à végétation arbustive et/ou herbacée (0,7 %). L'IGN met par ailleurs à disposition un outil en ligne permettant de comparer l’évolution dans le temps de l’occupation des sols de la commune (ou de territoires à des échelles différentes). Plusieurs époques sont accessibles sous forme de cartes ou photos aériennes : la carte de Cassini (), la carte d'état-major (1820-1866) et la période actuelle (1950 à aujourd'hui). Voies de communication et transports. Dès l'origine, Strasbourg doit son nom à sa position « à la croisée des chemins ». Encore aujourd'hui, la ville bénéficie d'une situation géographique privilégiée qui en fait un important carrefour européen, à l'intersection de quelques-uns des principaux axes de communication du continent. Transports urbains. Strasbourg se dote d'un premier réseau de tramway en 1878. À son apogée, en 1937, celui-ci comptait près de de lignes urbaines tandis que le réseau suburbain était composé d'environ de lignes des deux côtés du Rhin. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le tramway entre dans une période de déclin et les dernières lignes sont définitivement fermées en 1960. Le réseau moderne du tramway, exploité par la Compagnie des transports strasbourgeois (CTS), est aujourd'hui le deuxième plus étendu de France (derrière celui de Lyon), avec plus de et de lignes. Outre Strasbourg, le tramway dessert six communes de l'Eurométropole ainsi que la ville de Kehl en Allemagne. Le maillage du réseau permet d'utiliser un tronçon pour plusieurs lignes. La capacité de transport (tram et bus) est de par jour. La première ligne du tramway moderne fut inaugurée le . Depuis cette date, le réseau n'a cessé de se développer et compte actuellement six lignes en service : A, B, C, D, E et F. La dernière extension est mise en service le : la est prolongée jusqu'au quartier de Koenigshoffen. Par ailleurs, le projet de tram-train devant relier Strasbourg à Gresswiller et Barr est abandonné fin 2012. Une ligne de bus à haut niveau de service (BHNS), reliant la gare centrale à l'Espace européen de l'entreprise à Schiltigheim, est mise en service le 30 novembre 2013. Elle est complémentaire du réseau de tramway et prend ainsi la désignation de . Une seconde ligne — désignée et utilisant des bus électriques — est ouverte le 24 février 2020 entre la gare centrale et le quartier du Wacken. Un réseau de bus, également exploité par la CTS, dessert l'ensemble de l'agglomération strasbourgeoise. Il comporte à la suite de la dernière restructuration intervenue en août 2018. Les lignes de bus portent un numéro pour les distinguer des lignes de tram et de BHNS, ces dernières étant désignées par une lettre. La ville compte également deux gares routières : place des Halles pour le trafic interurbain (réseau Fluo Grand Est) et place de l'Étoile pour les lignes nationales et internationales. Réseau routier. Strasbourg se situe sur un axe est-ouest qui la relie d'une part à Paris via Reims et Nancy/Metz (autoroute A4/RN4) et d'autre part à Munich via Stuttgart (E52). La ville est également placée sur un axe nord-sud qui la relie d'une part au Sud de la France via Lyon (autoroute A6, autoroute A7) et d'autre part à Francfort-sur-le-Main via Karlsruhe (E35). Strasbourg est par ailleurs reliée à l'Allemagne par deux ponts : le pont de l'Europe, situé à l'est de la ville et le pont Pierre-Pflimlin, situé dans l'agglomération sud et qui permet une meilleure desserte des villes d'Offenbourg et de Fribourg. Du fait de la conception des autoroutes qui prévalait dans les années 1970 et 1980, Strasbourg voit son agglomération traversée par des voies autoroutières portées aujourd'hui à deux fois trois voies (deux fois quatre voies sur un court tronçon prolongeant un tronçon surélevé condamné à rester en deux fois deux voies), et ce à moins d'un kilomètre du centre-ville. Il en résulte de fortes nuisances dans certains quartiers (Gare, Cronenbourg). L'autoroute A35, avec environ (dont ) par jour à hauteur de Cronenbourg, est en effet la plus saturée de France après le périphérique parisien. Entre 1990 et 2000, le trafic a en outre augmenté de 40 %. La construction d'une nouvelle autoroute de deux fois deux voies (autoroute A355), dite grand contournement ouest de Strasbourg (GCO ou COS) est évoquée depuis les années 1970. Il a pour objectif de capter le trafic de transit nord-sud et de délester la rocade ouest. Il doit permettre une réduction de la pollution et des nuisances sonores à proximité de la ville grâce à la requalification de l'A35 en boulevard urbain. Cependant, ses opposants craignent un effet d´aspirateur du trafic nord-sud européen et un accroissement des nuisances. Le tracé, de , relie la jonction A4/A35 au nord, à la bifurcation A35/A352 au sud. Les travaux débutent en octobre 2018 pour une mise en service le 17 décembre 2021. Voies ferrées. La gare de Strasbourg-Ville, aussi appelée "gare centrale", est le centre d'une importante étoile ferroviaire à cinq branches. Elle est le principal pôle d'échanges de l'agglomération. Elle est la gare de province en France la plus fréquentée après celle de Lyon avec plus de de voyageurs. Strasbourg est l'une des étapes de la « Magistrale européenne », principal axe ouest-est de l'Europe, de Paris à Budapest (soit le trajet de l'ancien Orient-Express). Le premier tronçon de la LGV Est européenne — reliant la gare de Paris-Est à Baudrecourt en Moselle — a été mis en service le , ramenant le meilleur temps de trajet vers Paris de à et . Les travaux du second tronçon — entre Baudrecourt et Vendenheim est ouvert le . Le temps de parcours entre Paris et Strasbourg est désormais d'environ 1 heure 50. L'ouverture de la LGV Rhin-Rhône, fin 2011, permet de placer la ville sur un second axe à grande vitesse entre mer du Nord et Méditerranée. Le trafic de la gare de Strasbourg-Ville était d'environ par jour en 2006, mais l'arrivée des TGV Est puis Rhin-Rhône et le développement des TER portent ce nombre à en 2012 et par jour en 2015. La gare accueille un total de 550 trains dont environ 50 TGV par jour. Les gares de Krimmeri-Meinau et Strasbourg-Roethig sont deux haltes ferroviaires affectées au trafic TER. Les autres gares voyageurs de l'Eurométropole sont les gares de Bischheim, Entzheim-Aéroport, Fegersheim - Lipsheim, Geispolsheim, Graffenstaden, Hœnheim, Lingolsheim, Mundolsheim, Vendenheim et La Wantzenau. Depuis le , les abonnés de la Compagnie des transports strasbourgeois résidant dans une commune de l'Eurométropole peuvent également utiliser les trains du réseau TER Alsace au sein de l'agglomération. La ville compte aussi trois gares ouvertes uniquement au service du fret : les gares de Strasbourg-Cronenbourg, Strasbourg-Neudorf et Strasbourg-Port-du-Rhin. Enfin, la vaste gare de triage de Hausbergen se trouve au nord de l’agglomération. Trafic aérien. L'aéroport de Strasbourg-Entzheim est situé à une quinzaine de kilomètres au sud-ouest de la ville, à Entzheim. Son trafic s'était stabilisé depuis 1996, oscillant autour de de passagers annuels (avec un pic à en 1999). Cependant, la mise en service de la première phase de la LGV Est européenne en juin 2007 et la suppression des vols vers Paris-Charles-de-Gaulle et Paris-Orly ont provoqué une chute du trafic qui oscille aux alentours de 1,1 million de passagers par an au milieu des années 2010. L'aéroport de Strasbourg souffre également de la proximité des aéroports de Bâle-Mulhouse-Fribourg (), de Stuttgart () et de Francfort (). Une cinquantaine de destinations sont desservies, essentiellement en Europe. Le trafic repart a la hausse depuis 2012 grâce à la diminution des taxes et au repositionnement vers les vols vacances (low cost). En 2018, le trafic s'élève à près de 1,3 million de passagers . La gare d'Entzheim-Aéroport permet de relier ce dernier à la gare centrale de la capitale alsacienne et européenne en une dizaine de minutes, à la fréquence d'un train tous les quarts d'heure en période de pointe. Pour les vols long-courrier, un service de bus réguliers effectue la liaison entre la gare centrale et l'aéroport de Francfort, qui est l'un des principaux hubs européens avec plus de 300 destinations autour du monde. L'aéroport de Karlsruhe-Baden-Baden, situé à une soixantaine de kilomètres de Strasbourg et accessible en voiture en moins de trois quarts d'heure, fait office d'aéroport « low cost » avec des lignes régulières vers de nombreuses destinations dont plusieurs capitales européennes comme Londres, Berlin, ou encore Vilnius. Cet aéroport est desservi principalement par la compagnie Ryanair. L'aérodrome du Polygone, située dans le quartier du Neuhof, est utilisé exclusivement pour l'aviation de loisir. Trafic fluvial. Strasbourg a été fondée sur l'Ill et les activités batelières y ont toujours été très importantes vu la densité du réseau hydrographique. En 2019, on compte sur les bateaux-promenades de "Batorama", le service touristique du Port autonome de Strasbourg (PAS). La ville accueille chaque année plus de grâce au tourisme fluvial. La ville possède d'importantes installations portuaires sur le Rhin, qui constitue la première voie navigable d'Europe et le premier fleuve commercial du monde. En 1920, le siège de la Commission centrale pour la navigation du Rhin fut transféré de Mannheim à Strasbourg et logée dans l'ancien palais impérial, rebaptisé palais du Rhin. Le Port autonome de Strasbourg est le deuxième port fluvial de France et le quatrième d'Europe (après Duisbourg, Paris et Liège) avec, en 2019, un trafic de de tonnes de marchandises transbordées et conteneurs. Les principales marchandises qui transitent par le port sont les céréales, les graviers et les produits pétroliers. Mobilité active. Ville marchable. En 2021, Strasbourg est classée deuxième dans le classement des villes marchables de plus de habitants. Réseau cyclable et location de vélos. Située à la jonction des deux EuroVelo routes EV5 et EV15, Strasbourg possède le premier réseau cyclable de France et l'un des plus importants d'Europe avec de pistes et bandes cyclables en 2017. Dès 1869, la municipalité strasbourgeoise édite un arrêté sur l'usage du vélo, complété par une réglementation détaillée en 1892. La première piste cyclable de la ville, reliant le cimetière Sainte-Hélène à la place du Faubourg de Pierre, est réalisée en 1930. Un « schéma directeur vélo » est adopté en 1978. Dix ans plus tard, la ville compte de pistes cyclables. D'autres plans d'action en faveur du vélo sont adoptés en 1994 puis en 2010. Strasbourg est reliée à Rotterdam, au nord, et à Andermatt en Suisse, au sud, par la véloroute Rhin (EuroVelo 15). Une jonction directe au réseau allemand s'effectue par la passerelle des deux rives empruntée par une piste européenne transfrontalière de près de de long qui relie Molsheim, sur la véloroute du vignoble d'Alsace, à Offenbourg, étape du « Drei Täler Radweg » sur la Route des Vins badoise, en longeant le canal de la Bruche. Une autre piste revêtue de longueur similaire, partie intégrante de l'EV5 (Via Francigena de Londres à Rome/Brindisi), entre dans l'agglomération par le canal de la Marne au Rhin depuis la sortie du tunnel d'Arzviller à proximité du plan incliné de Saint-Louis-Arzviller via Saverne. À Strasbourg, l'EV5 croise l'EV15 (véloroute Rhin) et quitte la capitale européenne vers l'ouest par la voie verte du canal de la Bruche pour rejoindre la véloroute du vignoble d'Alsace à Soultz-les-Bains. Quant à l'EuroVelo 15, elle quitte la ville par le sud sur le chemin de halage du canal du Rhône au Rhin pour rejoindre la Suisse par Bâle. Le principal itinéraire cyclable de l'agglomération est la "Piste des Forts". Celle-ci propose un parcours de , de part et d'autre du Rhin, permettant de découvrir l'ancienne ceinture de forts construite durant l'annexion de l'Alsace-Lorraine. La ville s'est dotée d'infrastructures adaptées et compte aujourd'hui plus de . Strasbourg compte également plusieurs parkings à vélos répartis en son centre. Le plus grand d'entre eux, couvert et sécurisé, est situé près de la gare et compte . Inauguré le , l'Eurométropole propose un service de location de vélos, le Vélhop. Basé sur la technologie Smoove et géré par la Compagnie des transports strasbourgeois (CTS), il permet de louer une bicyclette pour une courte (heure, journée) ou longue durée (semaine, mois, trimestre, année). Ne permettant pas de trajets occasionnels d'une station à une autre (« "" »), le Vélhop n'est pas un service de vélos en libre-service. Enfin, la Fédération française des usagers de la bicyclette (FUB), qui fédère plus de 170 associations locales de promotion du vélo en tant que mode de transport au quotidien, s'est implantée à Strasbourg à sa création en 1980. Morphologie urbaine. Tissu urbain. Le centre historique de Strasbourg, qui occupe la Grande Île, se caractérise par des rues étroites typiquement médiévales, notamment autour de la cathédrale Notre-Dame et dans le quartier de la Petite France. Le secteur allant de la cathédrale à la place Broglie et jusqu'à la place Gutenberg est néanmoins encore marqué par le plan en damier datant de l'époque romaine dont le "cardo décumanus" se croise rue des Hallebardes et rue du Dome. Au nord, le vaste quartier de la "Neustadt" construit entre 1880 et 1914 s'étend de la gare centrale jusqu’aux bassins du port. Il est irrigué par de larges avenues rectilignes qui débouchent sur des zones moins denses, notamment sur le quartier des XV dont les premières constructions remontent au début du . Le sud-est est occupé par le quartier de la Krutenau, l'un des plus anciens de la ville. Un peu plus à l'est se trouve le quartier de l'Esplanade. Construit à partir des années 1960 pour faire face à la poussée démographique, il est essentiellement composé de grands immeubles (plus de dix étages) ce qui en fait le plus dense de la ville. Ce quartier accueille le campus central de l'université. Les quartiers centraux sont entourés par la « ceinture verte ». Il s'agit de l'ancienne zone "non ædificandi" qui faisait partie des défenses de la ville. Les constructions y sont limitées à 20 % de surface bâtis au sol (les routes, autoroutes et voies ferrées ne sont cependant pas considérées comme des constructions). À l'ouest et au nord, les quartiers de Cronenbourg, Koenigshoffen et La Robertsau ont conservé leur aspect d'anciens faubourgs. Au sud, les habitations de densité moyenne prédominent, comme dans le quartier de Neudorf. Les habitations les plus récentes sont réparties dans l'agglomération, mais aussi au sein de la commune, notamment dans les quartiers sud et sud-est de la ville "Danube", "Rives de l'Étoile" et "Porte de France". Dans les quartiers ouest et sud-ouest, on retrouve la plupart des logements sociaux de la ville construits dans les années 1960 et 1970 : cité Nucléaire à Cronenbourg, Hautepierre, Koenigshoffen, Montagne Verte, Elsau et Neuhof. La ville compte deux zones industrielles : la plaine des Bouchers au sud-ouest et le Port du Rhin sur toute sa frange est. Afin d'améliorer la desserte du Port du Rhin et du pont de l'Europe, la route du Rhin (RN4) a été réaménagée en avenue. Elle doit permettre à terme de désengorger le trafic des poids lourds sur cet axe majeur et ainsi contribuer à créer une nouvelle centralité transfrontalière en désenclavant le quartier du Port du Rhin. L'objectif principal étant de paysager l'entrée en France depuis l'Allemagne. De l'habitat plus dense devrait donc apparaître, et connecter la ville aux franges du Rhin. Quartiers. Strasbourg compte 15 quartiers . Ces 15 quartiers ont vu le jour en 2013 après que la ville décida d'affiner le découpage des quartiers, qui comportait au départ 10 quartiers calqués sur les cantons de la ville, formant des regroupements de plusieurs véritables quartiers. Architecture. L'architecture est une spécificité intéressante de la ville, car elle est profondément biculturelle. Le centre historique regroupe de nombreuses maisons à colombages, notamment dans le quartier de la Petite France, aux abords de l'hôpital civil (quartier du Finkwiller) et de la cathédrale. Ces maisons ont été construites pour la plupart entre le ; les plus emblématiques sont la maison Kammerzell et la maison des tanneurs. D'autres courants architecturaux sont représentés par certains bâtiments remarquables : la Renaissance avec le Neue Bau et le Classicisme avec le palais Rohan et l'Aubette. À partir de l'arrivée de Louis XIV, Strasbourg reprend certains codes architecturaux français, notamment la construction d'hôtels particuliers : l'hôtel de Hanau (actuel hôtel de ville, place Broglie), l'hôtel de Deux-Ponts, le palais épiscopal, l'hôtel de Klinglin (actuelle résidence du préfet). Le grès rose des Vosges est l'une des pierres les plus utilisées, du fait de sa proximité géographique. On le retrouve donc sur de nombreux monuments, et notamment sur la cathédrale. La couleur de cette pierre est cependant très variable. Ainsi, l'église Saint-Paul utilise un grès pâle, tandis que l'Aubette présente une teinte très marquée. Le grès des Vosges est cependant une pierre très friable qui nécessite une attention régulière. Entre 1880 et 1914, le quartier allemand, dit de la "" (« nouvelle ville » en allemand) est construit. Il forme un ensemble particulièrement homogène à prédominance résidentielle et au style typiquement germanique (wilhelmien). Les architectes allemands reprennent de nombreux codes esthétiques : néo-renaissance pour le palais du Rhin (ancien palais impérial), néo-gothique pour l'hôtel des Postes, néo-classique pour le campus historique ; on note aussi la présence d'immeubles Art nouveau (notamment allée de la Robertsau, à l'intersection des rues Foch et Castelnau ou encore le palais des Fêtes) qui font de Strasbourg l'un des centres de cette architecture (Jugendstil allemand). Strasbourg est aussi la seule ville avec Metz qui a gardé une trace de l'architecture monumentale allemande du à travers la place de la République (palais du Rhin, préfecture, trésorerie générale, bibliothèque nationale et universitaire et théâtre national). Les immeubles résidentiels utilisent généralement la pierre de taille (pour le rez-de-chaussée et les ornements) associée à la brique (rouge ou ocre, pour le reste de la façade). Le grès rose est lui aussi couramment utilisé pour certaines parties. Logement. En 2014, Strasbourg compte . La ville possède soit 12,4 % du total tandis que l’État en détient 325 soit 1,2 %. Parmi ces , 44,6 % appartiennent à des copropriétés, 722 immeubles sont détenus par des SCI, 95 par des compagnies d'assurances et 78 par des banques. L'ensemble de ces est estimé à d'euros. En 2005, la commune de Strasbourg comptait . Par rapport à 1999, le nombre de logements a augmenté de 1,9 % alors que le nombre de ménages a grimpé de 6,8 % sur cette même période. Néanmoins, Strasbourg compte plus de 9 % de logements vacants. Selon le recensement complet de 1999, la ville compte 87,9 % de résidences principales contre seulement 0,4 % de résidences secondaires. Les logements individuels représentent 6,6 % du parc immobilier, ce qui est très faible comparé à des villes comme Bordeaux (26,9 %) ou Nantes (23,4 %) mais supérieur à Lyon (3,3 %). La ville se caractérise aussi par l'importance des logements anciens puisque 35,5 % d'entre eux ont été construits avant 1949. En revanche, les logements construits après 1990 ne représentent que 8,9 % du parc. Enfin, les logements strasbourgeois sont essentiellement de grande taille avec 38,3 % de et plus. Entre 1999 et 2005, la part des propriétaires a légèrement augmenté en passant de 24 % à 26 %, mais reste relativement faible. La part des locataires s’établit à 71 %. Les logements sociaux représentent environ 22 % des logements. Parmi les sociaux que compte la ville, 3,4 % d’entre eux sont vacants. Ces logements sont essentiellement des (37,6 %) et des (31,0 %). On dénombre en revanche peu de petits appartements (studios et 1 pièce). Projets d'aménagement. Le développement de la ville s'appuie sur plusieurs grands projets urbains, notamment : Aménagement des Fronts de Neudorf et des Deux-Rives. Depuis les années 1990, la ville envisage la requalification des anciennes zones portuaires situées aux abords de la place de l’Étoile. Lancé en 2011, le projet d'aménagement urbain « Deux-Rives » consiste à urbaniser l'axe Strasbourg - Kehl soit environ du Heyritz jusqu'au Port du Rhin. Selon la municipalité, cela devrait permettre d'ouvrir Strasbourg « à 360° ». Il s'agit d'un projet urbain de grande ampleur concernant près de et visant à la construction de . L'opération est articulée autour de l’extension de la ligne D du tramway de Strasbourg vers Kehl qui est inaugurée le . À cette occasion, un nouveau pont sur le Rhin est mis en service. Dans ce projet, on trouve notamment l'aménagement du quartier du Heyritz, la construction de l'écoquartier "Danube" ou la requalification du quartier du Port du Rhin avec le lancement d'un concours d'urbanisme pour les anciennes emprises douanières de Kehl et Strasbourg. La réalisation est échelonnée de 2012 à 2025. La presqu'île André Malraux, ou se trouvait l'ancien Armement Seegmuller, constitue le cœur du projet « Deux-Rives ». Celui-ci comprend, entre autres, la construction de trois tours de de haut, baptisées « "Black Swans" », dont la réalisation a été confié à l'architecte Anne Demians fin 2012 (les travaux se déroulent de 2014 à 2018), la construction d'une tour à énergie positive (la tour Elithis Danube) et l'aménagement de l'espace urbain. Parmi les équipements urbains déjà réalisés, citons : la création du parc du Heyritz, le réaménagement de la place de l’Étoile et de la route du Rhin, la construction de la Cité de la musique et de la danse, le centre commercial Rivetoile, le cinéma multiplexe UGC Ciné Cité Strasbourg Étoile, la médiathèque André Malraux ainsi que la réhabilitation de la tour Seegmuller en « Maison universitaire internationale » et d'un ancien bâtiment portuaire comportant logements, commerces et un lieu consacré à la culture numérique, le Shadok. Aménagement de « l'Archipel » (ancien projet « Wacken-Europe »). Le projet comprend la construction d'un nouveau parc des expositions (PEX), la rénovation et l'agrandissement du palais de la musique et des congrès (PMC), la construction d'un nouveau théâtre du Maillon mais principalement la réalisation d'un quartier d'affaires à la place de l'ancienne patinoire et d'anciens halls du parc des expositions. Le nom initial du projet, « Wacken-Europe », est changé pour celui d'« Archipel » en mars 2017. L'extension et la restructuration du palais de la musique et des congrès est achevée en 2016. Le quartier d'affaires comprendra de bureaux, pour les institutions européennes, de logements, de commerces, pour les équipements hôteliers ainsi que plusieurs parkings. Les travaux, réalisés en plusieurs lots, s'échelonneront jusqu'en 2022. Le premier occupant du quartier, Adidas France, s'y installe en . Le nouveau parc des expositions, conçu par l'architecte japonais Kengo Kuma, est livré en septembre 2022. Le club de basket-ball SIG Strasbourg souhaite également agrandir et transformer sa salle, le Rhénus Sport. Celle-ci passerait de à et comprendrait aussi de surfaces commerciales. Aménagement de la gare basse. Le projet d'aménagement de la gare basse de Strasbourg se tient à un horizon plus lointain ; 2025, car c'est le délai que la SNCF estime nécessaire pour déplacer toutes les installations ferroviaires de cette partie de la gare. À cette échéance, la ville souhaite aménager ce secteur pour permettre l'ouverture à 360° de la gare. Un quartier d'affaires prendra place sur ces emprises, en lien direct avec la LGV Rhin-Rhône et la LGV Est européenne. Toutefois, en 2014, ce projet est au point mort. En 2019, le maire Roland Ries laisse entendre que l'« ouverture de la gare à 360° » pourrait se faire après la mise en service du contournement ouest de Strasbourg (A355) et la requalification de l'autoroute A35 en boulevard urbain. Forêts et espaces verts. Le Nord-Est et le Sud-Est de la commune sont couverts de vastes forêts : la forêt de la Robertsau () et la forêt du Neuhof (). Elles sont les vestiges de l'ancienne luxuriante forêt rhénane qui occupait tout le lit majeur du Rhin, fleuve tumultueux et sauvage jusqu'au . Cette forêt présentait une vitalité et une richesse en espèces remarquables, abritant une avifaune très diversifiée. Si l'endiguement et les aménagements successifs du fleuve l'ont fortement réduite, elle conserve son caractère de zone humide et abrite, dans la partie sud du quartier du Port du Rhin, la réserve naturelle de l'île du Rohrschollen. Elle demeure un terrain d'élection pour la LPO. En outre, le programme « Rhin vivant » dans le cadre du projet « LIFE Nature conservation et restauration des habitats naturels de la bande rhénane » a été lancé avec l’objectif de restaurer les écosystèmes rhénans. En 2016, le domaine public de la ville compte arbres. Près de spécimens ont été plantés entre 2013 et 2015. Par ailleurs, la ville compte de parcs et de jardins dont le plus réputé est le parc de l'Orangerie. Situé face au palais de l'Europe, il comporte des attractions telles qu'un zoo, une mini-ferme, un élevage de cigognes et s'agrémente d'un lac avec une cascade romantique ainsi que d'un pavillon construit en 1804 en l'honneur de l'impératrice Joséphine. Il couvre une superficie de . Le jardin botanique possède quant à lui des origines très anciennes. Le premier jardin botanique de la ville est créé en 1619 puis transformé en cimetière en 1870 après le siège de la ville par les Allemands. Le jardin actuel, situé à l'arrière du palais universitaire, a été inauguré en 1884 pour les étudiants de la faculté de médecine et de pharmacie. Il regroupe réparties sur une surface de . Très original puisque situé sur les vestiges de la citadelle de Vauban construite en 1681 à l'Esplanade, le parc de la Citadelle s'étend sur . Plus conventionnel, le parc du Contades créé au par le maréchal de Contades est d'abord une promenade arborée extérieure à la ville. Aujourd'hui, il fait partie intégrante de la "Neustadt" et couvre . De nombreuses places de la "Neustadt" comportent un jardin central, caractéristique typiquement germanique. Situé à La Robertsau, aux abords de la forêt, le parc de Pourtalès est un espace de entourant le château du même nom qui abrite notamment une collection de sculptures contemporaines. Une grande partie des berges est également aménagée, notamment dans le centre, à la Montagne Verte, à la Robertsau et à la Meinau. Le nouveau quartier des Poteries situé à l'ouest de Strasbourg a été aménagé autour du parc du même du nom, de conception très contemporaine, inauguré en 1995. Le jardin des Deux Rives, ancien parc du Rhin, est quant à lui un parc transfrontalier situé de part et d'autre du Rhin, en partie sur la commune de Kehl. La superficie de sa partie française est d'environ . Les deux rives du Rhin sont reliées par la passerelle piétonne Mimram. En 2003, la place de l’Étoile a été réaménagée pour devenir un parc. Non loin de là, le nouveau parc du Heyritz a été inauguré en 2014. Enfin Strasbourg est la première ville en France à soutenir un projet de jardin partagé en permaculture sur dans le quartier de Koenigshoffen. Strasbourg a également été récompensée par deux fleurs au palmarès 2007 du concours des villes et villages fleuris et a obtenu sa troisième fleur en 2013. La ville de Strasbourg est aussi propriétaire des forêts du Hohwald (), du Herrenwald près de Brumath (), de l'Oedenwald près de Cosswiller () et de l'Elmerforst près de Balbronn (). Toponymie. Attestations anciennes : "Argentorate", "Argentoratum", "Argentina" (Antiquité), "Stradeburgum" (590), "Strateburgo" (590), "Stratburgo" (728), "Strasburga" (762), "Strazburc" (1061), "Straborc" (1262), "Estrabourch" (1289). Le premier nom de la ville fut en celtique "Argantorati" < "Argentorate", romanisé en ' ("Argentoraton" ), même nom qu'Argentré (Mayenne, "Argentrato" ). L’étymologie de ce terme est discutée, certains y voyant un lien avec la Grande déesse celte, dont "Argantia" est une des épithètes et qui est identifiée avec la lune. L’acception la plus courante voudrait que la racine celtique "arganto-" ("argent, luisant") renvoie à la couleur et la brillance argentée d'un cours d'eau (' l’Argens, l'Arc, etc.), en l'occurrence de l'Ill ("Ainos" en gaulois). Cette hypothèse est renforcée par l’ancien nom de Horbourg ("Argentovaria"), commune également située sur l’Ill, dont l'élément "ver" / "var" désigne précisément un cours d'eau en indo-européen. "-rate" de "rāti" désigne une levée de terre ou une fortification (' vieil irlandais "ráith" / "ráth", fortin, fortification). Cette hypothèse affirme donc qu' est l'enceinte sur l'Argenta, ' la cité de la rivière, du fleuve. Ce nom était alors en parfaite cohérence avec la perception de ce lieu frontière, situé à proximité du Rhin, fleuve large de plusieurs kilomètres dont les bras d'eau s'entremêlaient avec ceux de l'Ill. Avec la chute de l'Empire romain, les Alamans la renomment "Stratiburg" ce qui signifie "la place forte des routes". La ville étant située à la croisée de routes importantes et au niveau de l’un des rares ponts permettant de franchir le Rhin. Par ailleurs, les longues voies romaines pavées de plusieurs kilomètres reliant les faubourgs au "castrum", coeur de l'ancienne cité romaine, semblent bien octroyer cette nouvelle appellation. Son nom évolua ensuite en ', le château/la place forte (', bâtiment fortifié ) sur les routes ('), issu de ' nom antérieur à la mutation consonantique du haut allemand mentionné pour la première fois au par saint Grégoire. La commune est appelée ou ' en allemand, ' ou "Stroßbùrri" en alsacien (Alémanique) "" en francique rhénan (Nord de l'Alsace, Plateau lorrain, Palatinat), et Chtrasbourg en welche (dialecte francophone des vallées vosgiennes, notamment haute vallée de la Bruche). "Stras" est une appellation familière, dans l'agglomération strasbourgeoise et en Alsace, pour désigner Strasbourg. Histoire. Préhistoire et Antiquité. De nombreux objets du Néolithique, de l’âge du bronze et de l’âge du fer ont été retrouvés lors de fouilles archéologiques. Mais c’est des environs de 1300 av. J.-C. que date l’installation durable de peuples protoceltes. Vers la fin du le site est devenu une bourgade celte du nom d’Argentorate, dotée d’un sanctuaire et d’un marché. Grâce à d’importants travaux d’assèchement, les maisons sur pilotis cèdent leur place à des habitations bâties sur la terre ferme. Les Romains arrivent en Alsace en 58 av. J.-C. et s’installent sur le site de Strasbourg. En 12 av. J.-C. la ville devient un camp militaire fortifié positionné sur le limes du Rhin faisant partie des forts de Drusus. Au fil du temps, la ville va prendre de l’importance. Promue colonie militaire, Argentorate est déjà un carrefour commercial important et aux alentours de l’an 20 la population est estimée à près de , armée romaine incluse. La ville reste néanmoins essentiellement militaire et donc totalement dépendante de cette activité. Au cours des , avec l’agrandissement de l’Empire romain, Argentoratum va servir de base de repli pour les troupes romaines installées en Germanie. Mais en 260, les légions quittent la Germanie et Strasbourg redevient une ville frontière. À son apogée la ville romaine est constituée du castrum dans l'angle nord-est de la Grande Île, entre la place Broglie, la rue du vieux marché aux vins et les deux bras de l'Ill. Elle est prolongée par de vastes faubourgs qui se poursuivaient de manière rectiligne (avant les dévoiements du siècle pour les voies ferrées) sur la route des Romains (nommée route de Pierre jusqu'en 1911). L'analogie entre la route de Pierre et la rue du Faubourg de Pierre n'est pas un hasard : elles correspondaient dès le Haut Moyen Âge aux deux routes pavées romaines. En 355, la ville est saccagée par les Alamans. Julien reconquiert la ville en 357 après une victoire décisive sur les Alamans lors de la bataille de Strasbourg. Mais en 406 les Germains envahissent à nouveau la Gaule. Argentorate repasse sous administration romaine sous le terme d'un "comes argentoratum" pour un demi siècle. Mais en 451, la ville est complètement détruite (à l'instar de dizaines d'autres villes tel que Metz) par Attila. Moyen Âge. Ville épiscopale en développement. L'histoire est muette sur ce qui se passe entre 451 et la fin du . Il est probable que les restes de la chrétienté romaine y subsistent et y côtoient les Alamans qui s'installent dans la région. La cité est restaurée sous le nom de Strateburgum. Il semblerait que les Alamans, dans leur majorité, privilégient des implantations en campagne et évitent la ville. La transition linguistique entre le latin et l'alémanique dans la ville s'est faite très rapidement, du fait de l'apport conséquent d'Alamans et du peu de gallo-romains restés sur place. Après une série de batailles, dont la plus connue est celle de Tolbiac en 496, les Francs finissent par prendre l'ascendant sur la gouvernance de la ville et de la région (coté Alsace mais pas coté suisse alémanique) vers 530. Ces derniers favorisent le développement de la ville, après la conversion de au christianisme. En effet, elle est l’une des rares villes de la région à devenir le siège d'un évêque, véritable gouverneur de l’époque, à l'instar de Bâle plus au sud et de Cologne au nord. En cette période de paix, la ville se développe à nouveau. Dès le , sous l’impulsion de l’évêque Arbogast, une première cathédrale est édifiée à l’emplacement d’un ancien sanctuaire romain utilisé par les chrétiens depuis le (actuelle église Saint-Étienne). Sous l’ère mérovingienne, Strasbourg devient ville royale mais reste de taille très modeste. Au , la ville compte plus de et dirige le duché d'Alsace ainsi que les deux comtés d'Alsace, allant de Haguenau jusqu'au delà de Bâle ainsi qu’en Forêt-Noire. Les activités sont essentiellement agricoles mais on exporte déjà du vin, du blé et du bois de chêne vers l’Allemagne, les Pays-Bas, l’Angleterre et la Scandinavie. En 842, la ville accueille et qui s’allient contre leur frère Lothaire pour le partage de l’Empire légué par leur grand-père Charlemagne et prononcent les Serments de Strasbourg, le plus ancien texte rédigé en langue romane (ancêtre du français, entre autres) et en langue tudesque (ancêtre de l’allemand). En 843, le traité de Verdun attribue Strasbourg à Lothaire. Mais peu après sa mort, en 870, la ville revient à Louis le Germanique. En 962, Otton le Grand fonde le Saint-Empire romain germanique et Strasbourg va connaître une période d’expansion. Au cours du , les enceintes romaines sont réfectionnées et la construction d’une nouvelle cathédrale débute en 1015. Au de nouvelles enceintes fortifiées et un hôpital voient le jour tandis que la construction de l'actuelle cathédrale débute en 1180 tout en conservant le coeur roman de l'ancienne. En seulement deux siècles, la ville passe de à et devient l’une des plus grandes villes du Saint-Empire. L'enceinte fortifiée est agrandie aux et le système défensif des ponts couverts édifié. Les quatre tours actuelles faisaient partie des remparts (qui comptaient quatre-vingts tours) et étaient reliées par des ponts couverts d'une toiture en bois, disparue au . Elles abritaient les corps de garde mais servaient aussi de prison. En 1201, Philippe de Souabe élève Strasbourg au rang de ville libre. Peu après, en 1220, naît le conseil municipal. Il est alors chargé de fonctions jusque-là attribuées au clergé, notamment l’administration et la justice. La bourgeoisie acquiert une autonomie remarquable vis-à-vis du pouvoir épiscopal. Mais en 1260, Walter de Geroldseck est élu évêque de Strasbourg et exige qu’on lui restitue les pleins pouvoirs. Très vite, une guerre éclate entre les Strasbourgeois et l’armée épiscopale. En 1262, le prélat est vaincu à la bataille de Hausbergen, par les troupes strasbourgeoises, bien aidées par Rodolphe du Saint-Empire. Strasbourg tombe alors entre les mains des plus grandes familles nobles de Strasbourg dont les rivalités incessantes, ainsi que leur mépris des bourgeois, finissent par agacer et en 1332 une guerre civile éclate. Le pouvoir revient alors à la classe marchande. Au milieu du , la peste envahit toute l’Europe et atteint Strasbourg. Comme dans de nombreuses villes, les juifs sont accusés d’avoir empoisonné les puits. Lors du pogrom de Strasbourg le près de juifs sont brûlés vifs pour ce motif ou pour spolier leurs biens, notamment à la passerelle des Juifs qui enjambe un bras de l'Ill, près de la porte des Juifs de l'ancienne enceinte de la ville conduisant au cimetière près de l'actuelle place de la République, dans ce pogrom de Strasbourg appelé aussi « massacre de la Saint-Valentin ». Les Hospitaliers. En 1371, le banquier Rulman Merswin fonde la « maison de l’Îsle-Verte » destinée à devenir un ermitage pour des laïques désireux de vivre une vie authentiquement évangélique au cœur de la cité. Il rachète le couvent aux Trinitaires pour le confier aux Hospitaliers de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem. La commanderie devient un des hauts-lieux de la mystique rhénane où l’empereur du Saint-Empire romain germanique, Maximilien d’Autriche séjournera à plusieurs reprises entre 1492 et 1507, et qui hébergea aussi des légats pontificaux de passage à Strasbourg. L’ensemble était constitué d’une église, d’une grange, d’écuries et de divers bâtiments à usage de logements. En 1520 est érigé un petit hôpital pour syphilitiques dont le bâtiment subsiste encore de nos jours. La Commanderie Saint-Jean est évacués le et les locaux fermés. En , la démolition de la Commanderie est engagée. La majorité du mobilier est spoliée ou vendue. Malgré les efforts des Hospitaliers pour tenter de récupérer leur bien une fois la paix signée, le lieu reste à l’abandon. Il ne subsiste de cette époque que le petit pavillon de l’hôpital de 1547, avec sa façade ornée de fenêtres peintes en trompe-l'œil à la manière de Wendel Dietterlin. La ville prend possession du terrain et des ruines de la Commanderie en 1687. Devant l’état désastreux des prisons médiévales qui se trouvent alors dans les tours des Ponts couverts, la municipalité engage la construction d’une maison de force et de correction en 1734. Celle-ci est remaniée en 1747. Au milieu du le bâtiment est totalement vétuste. Le sol carrelé s’effondre en de nombreux endroits, les murs suintent d’humidité, la peinture au plomb s’écaille… Après restauration et restructuration des bâtiments pénitentiaires, effectués sous la direction des architectes Michel Moretti et Gérard Altorffer, Édith Cresson alors premier ministre annonce le 7 novembre 1991 le transfert de l’École nationale d’administration à Strasbourg. Strasbourg, ville impériale libre. Affranchie du pouvoir épiscopal, Strasbourg est reconnue Ville libre d'Empire par . En cette période de trouble politique, la cité va cependant accroître sa notoriété et de nombreux édifices y seront construits. Le commerce fluvial se développe sous l'égide de la corporation des bateliers, chargée de taxer les marchandises. À la fin du , un nouvel agrandissement de la ville est entrepris. Toute la cité se transforme en un véritable chantier d'églises et de couvents, fondés par des moines ou des familles nobles. De cet ensemble demeurent le cloître de l'église Sainte-Madeleine et celui de Saint-Pierre-le-Jeune ou la commanderie Saint-Jean. En 1439, après quatre siècles de construction, la flèche de la cathédrale Notre-Dame est achevée. Elle est alors le monument le plus haut de la chrétienté et symbolise la puissance de la ville. Cinq ans plus tard, en 1444, Strasbourg compte et peut lever, à tout moment, une armée de . Son enceinte fortifiée et son impressionnant dispositif d’artillerie en font une place fortifiée de tout premier plan. La ville est à son apogée. La ville sera jusqu'à la guerre de Trente Ans, l'un des grands centres du commerce des munitions de guerre (armes, armures, accessoires et poudre) en Europe. La cité en fabrique, mais en importe et en exporte dans la région, en France et en Allemagne. Une partie ne fait que transiter et est vendue aux foires de Lyon. S’ensuit au début du une période de conflits qui oppose les bourgeois strasbourgeois gouvernant la ville, à la noblesse alsacienne. Ville bancaire par excellence, Strasbourg est en effet une ville riche qui suscite la convoitise. La vie intellectuelle est marquée au par la révolution de l'imprimerie. Né à Mayence et installé à Strasbourg depuis 1434, Johannes Gensfleisch, dit Johannes Gutenberg, conçoit l’imprimerie à caractères mobiles. On note cependant que Gutenberg est retourné à Mayence entre 1444 et 1448 ce qui fait qu’on ignore exactement où a été finalisée cette invention majeure. Toujours est-il que Strasbourg devient très vite un des grands centres de l'imprimerie, puisque dès la fin du la ville compte une dizaine d’ateliers d’imprimerie, notamment la prestigieuse officine des Grüninger. De fait, Strasbourg va attirer nombre d’intellectuels et d’artistes. Sculpteurs, architectes, orfèvres, peintres, horlogers, la ville excelle dans de nombreux domaines. Époque moderne. Berceau de l'humanisme et bastion de la Réforme. Le développement de l'imprimerie favorise le courant humaniste qui fait jour à Strasbourg et qui va préparer l'avènement de la réforme protestante. En effet, l’humanisme et la Réforme sont les faits marquants de l'époque et Strasbourg est une des premières villes qui appelle au changement. Dès 1519, les thèses de Martin Luther sont affichées aux portes de la cathédrale et les dirigeants de la ville, notamment Jacques Sturm, sont favorables à ce changement. La ville adopte la Réforme en 1525 et devient protestante en 1532 avec l’adhésion à la confession d'Augsbourg. Strasbourg est alors l’un des principaux bastions de la Réforme protestante, ce qui va largement contribuer à son rayonnement. La ville devient une terre d’accueil pour les huguenots, ces protestants chassés de France pour leur croyance. Parmi eux, notamment Jean Calvin qui s’installera plus tard à Genève. Cependant, devenue ville protestante, Strasbourg ne sera pas autorisée à créer sa propre université. La ville propose déjà de nombreux enseignements, notamment en médecine et en théologie depuis 1538 grâce au gymnase de Jean Sturm, mais ceux-ci ne donnent pas lieu à un grade universitaire reconnu. Une période de conflits. Dans les années 1530, l’empereur Charles Quint, catholique, entre en guerre contre les princes protestants et leurs alliés et les vainc en 1547 à la bataille de Muehlberg. Strasbourg va alors conclure plusieurs alliances, notamment avec Zurich. Mais en 1592, après d’interminables délibérations, la cathédrale est partagée en deux avec l’élection de deux évêques : un catholique et un protestant. Commence alors la longue guerre des évêques qui va plonger la ville dans d’importantes difficultés financières. Ce conflit qui durera jusqu’en 1604 se solde par la victoire des Catholiques, Charles de Lorraine devenant l'unique évêque de la ville. En 1605, l'éditeur Johann Carolus commence à Strasbourg à produire la première gazette hebdomadaire du monde au nom de « Relation aller Fürnemmen und gedenckwürdigen Historien » (« Communication de toutes histoires importantes et mémorables »). Dans toute l’Europe, la tension monte entre les protestants et les catholiques et en 1618, la guerre de Trente Ans éclate. Strasbourg, à l’abri dans ses fortifications modernisées par Daniel Specklin, n’intervient pas dans le conflit. À l’issue de la guerre en 1648, par les traités de Westphalie, une partie de l’Alsace (les possessions des Habsbourg) est rattachée à la France, mais Strasbourg demeure ville libre impériale. Épargnée par la guerre, la ville est néanmoins isolée, financièrement affaiblie, et n’a rien à attendre de l’Empire germanique vaincu. Le , la ville est assiégée par une armée de sous le commandement de Louis XIV et deux jours plus tard, après de rapides négociations, Strasbourg accepte la reddition. Les privilèges et les institutions de Strasbourg sont confirmés et liberté de culte garantie, mais la cathédrale est rendue aux catholiques. Le , le roi Louis XIV fait une entrée somptueuse à Strasbourg, au son des cloches et des canons pour célébrer l'annexion de la ville à la France, qui sera confirmée en 1697 par le traité de Ryswick. Strasbourg, une ville du royaume de France. Un accord est passé entre Louis XIV et Strasbourg visant à préserver les libertés essentielles de la cité, sur les plans politique, administratif et religieux. Par contre, elle est privée de son artillerie et de ses milices et doit accepter l'installation d'une troupe de garnison. De surcroît, un prêteur royal doit veiller à ce qu’aucune décision ne soit préjudiciable aux intérêts du roi. Si la ville a changé de nationalité, elle reste une ville frontière et un point de passage important pour rejoindre l’empire germanique. De fait, Louis XV séjournera à Strasbourg durant la guerre de Succession d'Autriche. La société aristocratique se développe et de nombreux hôtels particuliers voient le jour. Si l’allemand reste la langue courante, Strasbourg accueille de nombreux immigrants : entre 1681 et 1697, la ville passe de à . Par ailleurs, Strasbourg abrite environ français, basés pour la plupart à la citadelle de Vauban dont les travaux ont débuté dès 1682. Sur le plan religieux, la ville prend un tournant important. En 1704, un prince de la famille Rohan devient évêque de la ville. La famille conservera le pouvoir épiscopal jusqu’en 1790 et fera construire le fameux palais des Rohan de Strasbourg, situé tout près de la cathédrale, sur les rives de l’Ill. Durant toute cette période, le catholicisme va se développer même si les protestants restent majoritaires. En 1716, peu après la mort de Louis XIV, des sociétés françaises de colonisation de l'Amérique décident de faire un vaste appel à l'émigration alsacienne, en particulier strasbourgeoise. Des publicités attirent en Louisiane des Alsaciens, qui fondent la ville Des Allemands. Assoupie depuis l’annexion de Strasbourg à la France, l’université de Strasbourg retrouve peu à peu son éclat d’antan et entre 1721 et 1755 la ville va accueillir plus de . L’université est déjà internationale : les étudiants étrangers viennent généralement d’Allemagne, de Scandinavie ou des Pays-Bas, mais aussi de Grande-Bretagne et de Russie. Certains d’entre eux sont devenus célèbres, comme Johann Wolfgang von Goethe qui y fit des études de droit. Le rayonnement universitaire de Strasbourg est important et certains enseignements comme le droit et la médecine sont très réputés. Chant pour l'armée du Rhin. Lorsque le la Bastille tombe aux mains des révolutionnaires, la population strasbourgeoise se soulève. Le , l’hôtel de ville est saccagé. Le calme revient très vite jusqu’en 1792, date à laquelle la France entre en guerre contre la Prusse et l’Autriche. Le , le jeune Rouget de l’Isle compose, à la demande du maire de Strasbourg, "Un chant pour l’armée du Rhin" sans se douter qu’il deviendra un symbole de la Révolution française en devenant la Marseillaise. Cette même année, François Christophe Kellermann, natif de Strasbourg, est nommé à la tête de l'armée de la Moselle, avec laquelle il remporte la bataille de Valmy, arrêtant les troupes ennemies à Verdun et Longwy, et sauve la France. Il sera par la suite nommé Duc de Valmy par Napoléon en 1808 en souvenir de son rôle historique. C'est également à cette époque que Jean-Baptiste Kléber, natif lui aussi de Strasbourg, commence à s'illustrer dans de nombreuses batailles pour la défense de la jeune République française. Lors de la déclaration de guerre de 1792, Kléber s'engage dans l'armée du Rhin et s'illustre dans la défense de la forteresse de Mayence assiégée en 1793. Il meurt assassiné au Caire, durant l'expédition napoléonienne. Sa statue trône au centre de la place Kléber, l'ancienne place d'Armes au cœur de la cité. Sa statue est l'œuvre de Philippe Grass en 1840. En 1797, l’armée française prend plusieurs villes allemandes, notamment Kehl et Offenbourg. Strasbourg est hors de danger, mais la révolution a profondément désorganisé la ville. Deux ans plus tard, Napoléon Bonaparte prend le pouvoir et plusieurs institutions voient le jour : la préfecture, la bourse de commerce en 1801, la chambre de commerce en 1802. Un nouveau pont sur le Rhin est construit et les routes sont rénovées. Autant d’évolutions qui vont favoriser les activités commerciales de la ville. Strasbourg redevient un carrefour commercial important ; on vend notamment du tabac, du vin, du coton et des épices. Sur la cinquantaine de noms qui composent la "liste des négociants et commerçants les plus distingués de Strasbourg" de 1810, cinq d'entre eux seulement appartiennent à de vieilles familles strasbourgeoises, toutes luthériennes: Franck, de Turckheim, Oesinger, Mannberger et Saum. Époque contemporaine. Révolution industrielle. À la fin du , la ville est engoncée dans ses murailles, et d’importants travaux débutent au début du . C'est le début de la révolution industrielle. De nouveaux canaux vont être construits, reliant la Marne et le Rhône au Rhin. La ligne Strasbourg - Bâle est mise en service entre 1840 et 1844 par la Compagnie du chemin de fer de Strasbourg à Bâle. La gare provisoire est alors installée à Koenigshoffen, en dehors des murs de la ville. La première gare "intra-muros" de Strasbourg est ouverte en 1846. La ligne de chemin de fer reliant Paris à Strasbourg est achevée en 1852. Le télégraphe électrique est mis en place la même année. Néanmoins, la ville reste essentiellement tournée vers le commerce et la finance, contrairement à Mulhouse dont l’industrie connaît un véritable essor. À partir de 1853, le français devient la seule et unique langue d’enseignement, mais l’allemand et l’alsacien restent les langues les plus utilisées au quotidien. Strasbourg, capitale du d'Alsace-Lorraine. La ville est prospère, mais en , une nouvelle guerre éclate. Dès le mois d’août, les Prussiens, sous le commandement du général August von Werder, envahissent l’Alsace et assiègent Strasbourg. La ville est mal préparée et son enceinte fortifiée du n’est pas adaptée aux tirs de l’artillerie moderne. Le , après plus d’un mois de bombardements discontinus, Strasbourg capitule et les Prussiens entrent dans la ville. Le traité de Francfort, signé le , rattache le Bas-Rhin, le Haut-Rhin (moins l'arrondissement de Belfort), une partie de la Moselle, une partie de la Meurthe et quelques communes des Vosges à l’Empire allemand. Strasbourg devient la capitale du "". Les Strasbourgeois sortent traumatisés de cette guerre, et le rattachement de la ville à l’Allemagne est très mal vécu. Mais Strasbourg retrouve rapidement la prospérité, grâce notamment à la volonté du gouvernement qui souhaite faire de la ville une vitrine du savoir-faire allemand. Un vaste plan d’urbanisation est mis en place, la "" voit le jour. Celui-ci s’organise selon deux axes, les avenues des Vosges et de la Forêt-Noire d'ouest en est et l'actuelle avenue de la Paix vers le nord. La place impériale (aujourd’hui place de la République) constitue alors le nouveau centre névralgique de la ville, regroupant l’hôtel des Postes, le palais impérial, la bibliothèque universitaire et, un peu plus loin, la nouvelle université. Une nouvelle gare est édifiée, ainsi que plusieurs églises, notamment l’église Saint-Paul. La ville s’agrandit considérablement et se modernise jusqu’à la Première Guerre mondiale. À partir de 1870, l’industrie va ainsi connaître un développement rapide, principalement dans les secteurs alimentaire (brasseries, conserverie) et mécanique. Ces nouvelles activités sont bien relayées par un réseau de tramway étendu (apparu en 1878 et électrifié en 1894) et le nouveau port autonome, construit hors de la ville. Les anciennes glacières, ensemble de bâtiments situés sur les canaux de l’Ill dans le quartier de la Petite France, ont abrité de 1897 à 1990 une usine de froid artificiel. Ils ont aujourd'hui été reconvertis en un hôtel cinq étoiles. Parallèlement, les activités bancaires s’intensifient, notamment depuis la création de la banque mutualiste du Crédit mutuel. Entre 1871 et 1914, la ville va gagner près de et la vie culturelle se développe. La Première Guerre mondiale va cependant mettre un terme à cette prospérité. Contrairement au conflit de 1870, Strasbourg est bien préparée à la guerre. La Première Guerre mondiale et l'entre-deux-guerres. Dès le début du conflit, les manifestations francophones sont interdites. Rudolf Schwander, maire de la ville, va cependant œuvrer de sorte que la population ne soit pas touchée par la faim et à l’issue de la guerre, Strasbourg sort relativement indemne. Par le traité de Versailles, l'Alsace-Moselle est rendue à la France. Durant la transition, influencé par la République des conseils de Bavière, un court épisode de République des conseils de Strasbourg a lieu. Le changement de nationalité se fait sinon dans la violence, du moins dans la brutalité : les Allemands sont expulsés de la ville et certains monuments impériaux sont détruits, notamment la statue de . Le bilan démographique est plus lourd. Aux Allemands chassés de la ville ou partis de leur plein gré s’ajoutent Strasbourgeois morts au combat sous l’uniforme allemand. Durant les années 1930, la croissance démographique va reprendre avec l’arrivée de juifs d’Europe centrale qui fuient la montée rapide de l’antisémitisme. La ville retrouve une certaine prospérité et le trafic fluvial augmente considérablement malgré une conjoncture économique peu favorable, due à la crise des années 1930. Le port autonome ainsi que le réseau de chemin de fer vont favoriser le développement de l’industrie et en 1932, une nouvelle bourse de commerce est édifiée. La Seconde Guerre mondiale. Le , l'Allemagne envahit la Pologne. Conscient que la guerre est imminente, le gouvernement français ordonne l'évacuation de Alsaciens et Mosellans. L'opération nommée « Exécutez Pas-de-Calais » avait été planifiée dès 1935. En , près de quittent la ville. Une garnison civile, composée de quelques centaines d'ouvriers municipaux et pompiers, veille à l'entretien de la ville. Le dispositif est appelé par les autorités « Strasbourg maintenue ». Après l'armistice du 22 juin 1940, l'Alsace-Lorraine est, de fait, annexée au Troisième Reich. Contrairement à l'annexion de 1871 à 1918, les deux départements alsaciens et la Moselle ne sont pas réunis. L'Alsace devient le CdZ-Gebiet Elsass et est intégrée au Gau Baden-Elsaß. Une politique de germanisation et de nazification est menée sous l'impulsion de Robert Wagner. Lorsqu’en les premiers réfugiés reviennent dans la ville, seuls les habitants d’origine alsacienne sont acceptés. Les juifs sont refoulés et la synagogue est incendiée. Les rues retrouvent leurs noms allemands ou sont rebaptisées et la langue française est interdite. Dès , Marcel Weinum, âgé de , organise un réseau de résistance constitué de 25 garçons de et spécialisé dans la propagande, le sabotage et le renseignement appelé La Main noire. Le groupe uni et déterminé débuta ses actions de manière « modeste » mais non moins courageuses à la lumière des sanctions encourues. Leurs premières mesures se concentrèrent sur la distribution de tracts et pamphlets en faveur de la France libre et contre l'occupant allemand, la levée du drapeau tricolore sur le fronton des enceintes publiques mais également le caillassage des boutiques allemandes ou des commerçants affichant le portait d'Hitler sur leur devanture. C'est par un jeu de circonstance que le jeune Marcel découvrit la voiture du régent de la nouvelle entité administrative, et décida de fomenter son attentat. Celui-ci fit grand bruit et irrita les plus hautes instances du pouvoir occupant. À la suite de l'attaque contre le Gauleiter Robert Wagner qui blessa le prélat, une traque fut mise en place et les membres du groupe furent tous arrêtés. Dix d'entre eux furent jugés par un tribunal spécial. Marcel Weinum quant à lui est condamné à mort et décapité à Stuttgart le 14 avril 1942. Il déclarera la veille de sa mort dans une lettre adressée à ses parents : « si je dois mourir, je meurs avec un cœur pur ». Ses compagnons, pour leur part, n'ont eu d'autre choix que l'incorporation forcée dans une armée et une guerre qui n'était pas la leur. Ils périront sur le front de l'Est en Russie. À partir de 1942, l'embrigadement est obligatoire et les jeunes d’Alsace et de Moselle sont enrôlés de force dans l'armée allemande. Les malgré-nous sont envoyés sur le front russe et très peu d’entre eux reviendront. Le , la ville est bombardée par une vingtaine d'appareils américains. Ce premier bombardement fit . Quatre autres suivront les , , et . On dénombre morts et environ 20 % des bâtiments de la ville sont touchés. L'église Saint-Jean et l'ancienne douane sont entièrement détruites (elles seront reconstruites à l'identique après la guerre), le palais du Rhin, l'hôtel des Postes, l'église Saint-Paul et le palais de la diète d'Alsace-Lorraine (actuel théâtre national de Strasbourg) sont endommagés. Les secteurs de la place de l'Homme-de-Fer, de la place Gutenberg et de la place du Corbeau sont également touchés. Neudorf est le quartier qui subit le plus de dégâts. Cependant, Strasbourg est libérée assez facilement, de par la rapidité de l'offensive menée par le général Leclerc, et de par la reddition tout aussi rapide du général Vaterrodt. Le , le drapeau français est hissé au sommet de la cathédrale. Strasbourg, ville symbole. En 1947, lors d’un discours à Strasbourg, le général de Gaulle annonce la création du Rassemblement du peuple français. Jusqu’en 1962, la droite gaulliste domine la scène politique, dont l’une des figures les plus emblématiques est Pierre Pflimlin. En 1949, Strasbourg se voit attribuer les premières institutions européennes, notamment le Conseil de l'Europe. À ce titre, le ministre britannique des Affaires étrangères, Ernest Bevin, a déclaré « Nous cherchions un centre qui puisse convenir aux nations européennes et devenir un symbole de l'unité de l'Europe. Le choix de Strasbourg m'a paru évident. Cette grande cité avait été témoin de la stupidité du genre humain qui essayait de régler les affaires par la guerre, la cruauté et la destruction ». Un an plus tard, Strasbourg accueille la Cour européenne des droits de l'homme. Puis, en 1952, la Communauté européenne du charbon et de l'acier (CECA). En 1969, l'Institut des droits de l'homme. En 1972, le Centre européen de la jeunesse. En 1979, le Parlement européen est élu pour la première fois au suffrage universel et son maintien à Strasbourg confirmé. Tombé en désuétude, le tramway effectue son dernier voyage le . Le nouveau pont de l'Europe, reliant Strasbourg et Kehl, est inauguré le 23 septembre de la même année. Le préfet du Bas-Rhin, siégeant à Strasbourg, devient également préfet de la région Alsace à partir de 1964. La communauté urbaine de Strasbourg (CUS) est créée le . Elle regroupe 27 communes et est l’une des quatre premières communautés urbaines de France avec Lyon, Lille et Bordeaux. Son objectif est d’optimiser la gestion des différentes communes. Au cours des années 1970, le port autonome se développe et le charbon laisse progressivement place à des marchandises à plus forte valeur ajoutée (pétrole, produits chimiques). En 1967, le Conseil de l'Europe donnait à la ville de Strasbourg le prix de l'Europe. Durant les Trente Glorieuses, de grands projets urbains sont mis à pied d’œuvre. Les édifices historiques sont restaurés et le quartier de l’Esplanade est construit. Les logements sociaux se multiplient, notamment dans les quartiers de Neuhof et de Hautepierre. L’université de Strasbourg est scindée en trois en 1970 puis est finalement réunifiée en 2009. La ville célèbre son bimillénaire en 1988. À cette occasion, la fontaine de Janus — dessinée par l'artiste strasbourgeois Tomi Ungerer — est érigée au nord de la place Broglie. En 1991, c'est à Strasbourg qu'est déployé et testé le premier réseau de téléphonie mobile français : le Bi-Bop. Après avoir envisagé la réalisation d'un métro automatique, la ville opte finalement pour la construction d'un nouveau réseau de tramway. La première ligne est ouverte le et connaît un vif succès. Les dernières extensions, réalisées en 2020, font du réseau strasbourgeois de France. La quasi-totalité de la ville est accessible en tram qui se divise en six lignes. En , la première ligne du bus à haut niveau de service de Strasbourg est mise en service. L'achèvement du premier tronçon de la LGV Est européenne en 2007 place Strasbourg à de Paris et renforce la position centrale de la ville au sein de l'Europe. Le second tronçon de cette ligne à grande vitesse est mis en service le . La capitale alsacienne est désormais à de Paris. Strasbourg mise beaucoup sur la coopération transfrontalière. La convention relative à la création de l'Eurodistrict Strasbourg-Ortenau a été paraphée en 2005. Son objectif est double : développer les échanges entre Strasbourg et l'Allemagne d'une part, et d'autre part franchir une nouvelle étape dans la construction de l'Europe en posant les jalons de ce qui pourrait être une métropole binationale de près d'un million d'habitants. L'accord de 2005 vise en effet à développer des projets communs dans les principaux domaines (transports, urbanisme, éducation, santé, emploi, environnement). L'Eurodistrict regroupe notamment les villes de Strasbourg, Kehl, Offenbourg, Lahr et Achern. Un arrêté préfectoral paru le rend officiel l'Eurodistrict dans sa forme de groupement européen de coopération territoriale (CEGT). Pour des raisons de rationalisation et d'internationalisation, le marque la fusion des trois universités strasbourgeoises : Louis-Pasteur pour les sciences, Robert-Schumann pour le droit, et Marc-Bloch pour les lettres. L'université de Strasbourg redevient ainsi un établissement unique tel qu'il avait été fondé au . Les 3 et , Strasbourg accueille le de l'OTAN. Entre et , la ville célèbre le millénaire des fondations de la cathédrale par une série d’événements et de manifestations. Le , la Communauté urbaine de Strasbourg devient l'Eurométropole de Strasbourg. Depuis le , la ville est le chef-lieu de la nouvelle région Grand Est (Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine). Le soir du , le centre-ville est le théâtre d'un attentat djihadiste à proximité du marché de Noël. Un terroriste ouvre le feu sur des passants, cinq personnes sont mortellement blessées, le terroriste est abattu après deux jours de cavale. L'attaque est revendiquée par Daech. Le , les départements du Bas-Rhin et du Haut-Rhin sont regroupés au sein de la collectivité européenne d'Alsace. Les deux préfectures, à Strasbourg et Colmar, sont cependant maintenues. Le siège de cette nouvelle collectivité est fixé à Strasbourg mais les assemblées se tiennent à Colmar. Strasbourg, capitale européenne. En changeant quatre fois de nationalité en (entre 1870 et 1945), Strasbourg est devenue la ville symbole de la réconciliation franco-allemande et, plus globalement, de l'unité européenne. Strasbourg est considérée comme du fait de la présence de nombreuses institutions de l'Union européenne mais également de l'Europe continentale, au même titre que Bruxelles, Luxembourg et Francfort-sur-le-Main. Par ailleurs, Strasbourg est la deuxième ville diplomatique française avec 1 ambassade, 41 consulats (dont Allemagne, Belgique, Luxembourg, Portugal…), 47 représentations permanentes d'États membres auprès du Conseil de l'Europe, ainsi qu'une centaine d'ONG à caractère international. Strasbourg est par ailleurs la seule ville française siège d’institutions européennes et une des rares villes avec New York, Genève et Lyon à accueillir des institutions internationales sans être la capitale d'un État. Strasbourg est, depuis 1920 et en conséquence du traité de Versailles, le siège de la première institution intergouvernementale jamais créée, la Commission centrale pour la navigation du Rhin. Cette commission avait été instituée à la suite du traité de Vienne, en 1815, et siégeait auparavant à Mannheim. Elle regroupe cinq pays : la France, l’Allemagne, la Suisse, la Belgique et les Pays-Bas. Institutions européennes. Conseil de l’Europe. Créé en 1949, le Conseil de l'Europe a pour objectif la défense des droits de l’homme, la mise en valeur de l’identité culturelle de l’Europe, la recherche de solutions aux problèmes de société (notamment la discrimination, le terrorisme, la bioéthique…), le développement de la stabilité démocratique. Cette institution regroupe . Le budget 2007 du Conseil de l’Europe est de d’euros. Strasbourg regroupe d'autres administrations européennes comme le Secrétariat général du Conseil de l'Europe dont le rôle est d'assurer la préparation et le bon fonctionnement de ses travaux. Il conserve également les actes et archives du Conseil. La ville abrite le Comité des ministres du Conseil de l'Europe qui est l'instance décisionnelle du Conseil de l'Europe et les 47 missions diplomatiques auprès du Conseil de l'Europe. L'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe, dont la première session date du , est la plus ancienne assemblée pluraliste internationale. Elle se réunit quatre fois par an en sessions plénières au palais de l'Europe à Strasbourg afin d'examiner les rapports et les projets relatifs à l'actualité européenne. Elle est ainsi un organe décisionnel, l'assemblée devant être consultée sur tous les traités internationaux émanant du Conseil de l'Europe. Cour européenne des droits de l’homme. Créée en 1959, la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) occupe le palais des droits de l'homme construit entre 1991 et 1995. Cette cour est un organe juridictionnel rattaché au Conseil de l'Europe qui est chargé de traiter les requêtes relatives à la violation de la Convention européenne des droits de l'homme. Parlement européen. C’est l’organe parlementaire de l’Union européenne. Il regroupe , élus par les citoyens européens. Il joue un rôle essentiel dans l'élaboration de la législation, notamment sur la protection de l'environnement, le droit du consommateur, le transport et la lutte contre les discriminations. Lors du Conseil européen d'Édimbourg, les 11 et , les gouvernements des États membres sont parvenus à un accord sur les sièges des institutions, aux termes duquel : Cette décision a suscité des critiques de la part de certains députés partisans du siège bruxellois. Cependant la Cour de justice (arrêt du ; - C 345/95) a confirmé qu'elle fixe bien le siège du Parlement conformément à l' 289 CE. Le contenu de cette décision a été inclus dans le traité d'Amsterdam sous forme d'un protocole annexé aux traités communautaires, ce que le Parlement européen a regretté. Le , le Parlement a officialisé l'achat de l'ensemble de ses bâtiments strasbourgeois, scellant par là son ancrage dans la ville. Le calendrier des sessions est fixé chaque année par le Parlement, sur proposition de la Conférence des présidents. Autres institutions et organismes européens. Strasbourg accueille d'autres institutions ou organismes européens, la plupart d'entre elles n'ont de rapport ni avec le Conseil de l'Europe ni avec l'Union européenne : Principaux écueils. Le contrat triennal instauré en 1980 sous l’impulsion de Pierre Pflimlin, a pour objectif d’accroître le rayonnement de la ville en finançant d’importants projets culturels, éducatifs ou d'infrastructures. Le dernier contrat en date, 2015-2017, pèse d'euros. La région Alsace y apporte , l’État , le conseil général du Bas-Rhin , la ville et sa communauté urbaine et d’autres partenaires . seront destinés à l'Orchestre philharmonique de Strasbourg, les liaisons aériennes bénéficieront de de subventions et seront réservés pour les extensions du tramway et les études sur le futur tram-train. Le contrat arrivé à échéance en 2011 pesait d’euros. d'euros étaient destinés à améliorer l'accessibilité de la ville (accélération des projets de ligne à grande vitesse, financement du déficit de certaines lignes aériennes notamment), étaient destinés à l'enseignement supérieur, la recherche et l'éducation et ont été consacrés au renforcement culturel de Strasbourg. La participation de l'État s’élevait au total à d'euros. Depuis l’arrivée du TGV Est en et du TGV Rhin-Rhône en 2011, l'accessibilité de la ville s'est améliorée. Strasbourg est reliée à Stuttgart, Munich et Francfort-sur-le-Main par TGV, grâce à la reconstruction du pont ferroviaire sur le Rhin. Achevé en 2002, le pont Pierre-Pflimlin est tout un symbole puisque depuis le , seuls huit ponts reliant la France à l’Allemagne ont été construits. Si l’idée d’un nouveau pont reliant les deux pays à hauteur de Strasbourg remonte aux années 1950, ce n’est qu’en 1996 que le projet a pris sa forme définitive. Ce pont est un instrument économique important : il améliore sensiblement l’accessibilité de la ville depuis l’Allemagne, assurant une meilleure desserte du port autonome de Strasbourg et de l’aéroport de Strasbourg-Entzheim. Initiatives franco-allemandes. La ville est au centre de nombreuses initiatives franco-allemandes ; aménagé en 2004, le jardin des Deux Rives est un parc situé le long du Rhin. Il relie Strasbourg à la ville allemande de Kehl par une passerelle piétonne, la passerelle Mimram. Autre initiative : le Forum franco-allemand créé en 1998, qui est à la fois un salon de recrutement et un salon de l’étudiant. Organisé tous les ans à l’automne par l’université franco-allemande, le forum a lieu à Strasbourg pendant deux jours. Son objectif est de réunir sous un même toit lycéens, étudiants et doctorants, entreprises, établissements d’enseignement supérieur français et allemands, ainsi que toutes les institutions engagées dans le rapprochement franco-allemand, afin de favoriser la prise d’information et les contacts en vue d’une formation binationale, d’un stage ou d’une embauche. Lancé en 2007, le programme « " - Avancer ensemble" » vise quant à lui à intensifier les échanges scolaires franco-allemands. La municipalité projette par ailleurs la construction d'une piscine franco-allemande, située sur la rive française du Rhin. Les rives du fleuve constituent en effet une zone vaste à fort potentiel, mais qui a été délaissée jusqu'au milieu des années 1990. En 2010 est lancé un projet transfrontalier d´expérimentation de 100 véhicules hybrides rechargeables entre Strasbourg, Offenbourg et Karlsruhe. Politique et administration. Strasbourg est la préfecture du département du Bas-Rhin et le chef-lieu de la région Grand Est. Elle est également le siège de la collectivité européenne d'Alsace. Vie politique. Le conseil municipal strasbourgeois compte, en plus du maire, 43 conseillers municipaux et 21 adjoints au maire. À la suite des élections municipales de mars 2008, Roland Ries (PS) devient maire de Strasbourg et succède à Fabienne Keller (UMP). Roland Ries avait déjà exercé cette fonction entre 1997 et 2000 à la suite de la nomination de Catherine Trautmann (PS) au sein du gouvernement Jospin. Historiquement, Strasbourg n'a pas d'ancrage politique particulier au sein d'une région qui est pourtant traditionnellement de centre droit. Avant la Seconde Guerre mondiale, la ville était majoritairement de gauche, voire d'extrême gauche avec l'élection de Charles Hueber en 1929. En 1935, la droite prend la tête de la ville avec Charles Frey, qui sera réélu à la fin du conflit, en 1945. Après le long mandat de Pierre Pflimlin, qui dirige la ville entre 1959 et 1983, et celui de Marcel Rudloff, maire de 1983 à 1989, les forces politiques se sont équilibrées. Majoritaire en nombre de voix depuis 1989, le Parti socialiste strasbourgeois est marqué par une rivalité entre deux tendances : la tendance sociale-démocrate menée par Catherine Trautmann, Armand Jung et Robert Herrmann et la tendance sociale-libérale menée par Roland Ries et Alain Fontanel, proche aujourd'hui de La République en marche. Lors de l'élection présidentielle de 2007, le candidat Nicolas Sarkozy a remporté 51,08 % des suffrages contre 48,92 % pour la candidate socialiste Ségolène Royal. Quelques semaines plus tard, lors des élections législatives, le seul député PS d'Alsace est réélu dans la première circonscription (centre de Strasbourg) avec plus de 56 % des voix. François Hollande est arrivé en tête lors des premier et second tours de l'élection présidentielle de 2012, avec 54,7 % des voix au second tour. Lors des élections législatives de la même année, la première circonscription du Bas-Rhin, entièrement localisée sur Strasbourg, a vu Armand Jung (PS) remporter le scrutin. La deuxième, située sur certains cantons de la ville et la commune voisine d'Illkirch-Graffenstaden, a vu remporter Philippe Bies (PS). En revanche, c'est un candidat UMP, André Schneider, qui a remporté les élections dans la troisième circonscription (quartiers nord de Strasbourg et quelques communes voisines). Récapitulatif de résultats électoraux récents. L'Eurométropole de Strasbourg (ancienne Communauté urbaine de Strasbourg) est présidée par Pia Imbs depuis le . Elle succède à Robert Herrmann (PS). Cantons de Strasbourg. Strasbourg est divisée en six cantons : Sécurité. Le taux de criminalité à Strasbourg est de 78,18 actes pour en 2009 et est donc sensiblement supérieur à la moyenne nationale (). Nonobstant, la ville se place dans la moyenne basse des grandes villes françaises, à mi-chemin Nice () et Orléans (). On compte un policier pour en 2011. Le nouvel hôtel de police (NHP) situé route de l'hôpital, derrière le centre administratif de l'Eurométropole, a été inauguré en 2002. Il remplace l'ancien commissariat central qui se trouvait rue de la Nuée-Bleue et qui a définitivement fermé en 2009. Strasbourg compte également plusieurs bureaux de police : à la Meinau, à Hautepierre, à Koenigshoffen, à La Robertsau, au Neuhof, au Neudorf et à la gare. La Compagnie républicaine de sécurité est installée à La Robertsau. La CRS autoroutière est basée à Cronenbourg. Avec 158 policiers (en 2012), la Police municipale de Strasbourg est l'une des plus importantes de France. Ces derniers sont dotés de motos, vélos, scooters et de voitures. Le bureau de la Police municipale se trouve au rue du 22 novembre. La Gendarmerie nationale occupe deux sites à proximité du musée d'art moderne, la "caserne Ganeval" et le "quartier Sénarmont". Par le passé il existait aussi de petites gendarmeries à Neudorf, à Koenigshoffen et à La Robertsau. La ville est le siège de la zone de défense et de sécurité Est depuis 2016, auparavant le siège était situé à Metz. Le préfet de la région Grand Est étant également le préfet de la zone de défense et de sécurité. Les services de la préfecture de la zone Est restent quant à eux localisés à Metz. À noter la présence d'une direction régionale des Douanes et droits indirects qui occupe l'hôtel des Douanes au avenue de la Liberté. Strasbourg accueille également le centre d’hébergement des bases de données de l'espace Schengen (système d'information Schengen), dépendant de l'Agence de l'Union européenne pour la gestion opérationnelle des systèmes d'information à grande échelle (EU-Lisa), installé dans le quartier du Neuhof. Garnison. En raison de sa situation géographique privilégiée, Strasbourg a toujours été un site stratégique. Lors de l'annexion, les autorités allemandes y stationnent une importante garnison (tout comme à Metz). En 1895, la ville compte dont . De nombreuses casernes sont construites, notamment dans le cadre de l'aménagement de la Neustadt, la plupart ont conservé leur affectation d'origine comme la vaste « "Manteuffel Kaserne" » actuel "quartier Stirn", la « "Illthor Kaserne" » actuelle "caserne Turenne", la « "Train Kasernement" » actuel "quartier Lecourbe", la « "Neue Feldartilleriekaserne" » au Neuhof actuel "quartier Lizé", la « "Flieger Bataillon Nr.4 Kaserne" » également au Neuhof actuel "quartier Aubert de Vincelles" ("caserne Guynemer" jusqu'en 1953) ou encore la « "Fuss-Artillerie Kaserne" » actuel "quartier Sénarmont" et la « "St Margarethen Kaserne" » en partie reconstruite en tant que "caserne Ganeval" (ces deux dernières sont aujourd'hui occupées par la Gendarmerie nationale). L'ancienne manutention militaire, « "Proviantamt" », a elle été réhabilitée pour accueillir le Pôle européen de gestion et d'économie. En plus des casernes, les Allemands érigent aussi une ceinture de forts autour de la ville afin d'en assurer la défense (12 sont situés en Alsace et 3 sur la rive droite du Rhin). Strasbourg disposait également d'un hôpital militaire. L'hôpital militaire Gaujot construit à la fin du est transformé en cité administrative en 1945. La même année, le chirurgical d’évacuation mobile s'installe au "quartier Lyautey" (ancien "quartier Lizé Nord") au Neuhof. Il devient ensuite hôpital des armées puis hôpital régional des armées en 1980 et enfin centre hospitalier des armées en 1986. L'hôpital militaire ferme en 1996 et devient une annexe des hôpitaux universitaires de Strasbourg jusqu'à sa fermeture définitive en 2008. Jusqu'à sa dissolution en 1994, la base aérienne 124 partageait ses infrastructures avec l'aéroport de Strasbourg-Entzheim. L'École militaire de Strasbourg (EMS) est dissoute en 1985. Le Centre de formation interarmées au renseignement (CFIAR) — ancienne École interarmées du renseignement et des études linguistiques (EIREL) — s'est alors installée dans les anciens locaux de celle-ci au "quartier Stirn". En 2021, le CFIAR quitte Strasbourg pour rejoindre Creil. La formation des linguistes reste cependant localisée à Strasbourg. La garnison de la ville est également européenne puisque Strasbourg accueille le corps européen (ou Eurocorps) depuis sa création en 1992. Celui-ci est soutenu par un bataillon de quartier général (BQG) multinational. En 2010, le Jägerbataillon (JgBtl 291) s’installe dans la commune voisine d’Illkirch-Graffenstaden. Il s’agit de la seule unité de la Bundeswehr stationnée en France dans le cadre de la brigade franco-allemande. Le du génie ( RG) était le régiment de tradition de la garnison de Strasbourg. Il est dissous en en même temps que la brigade du génie (BGen) dont l’état-major était aussi situé à Strasbourg. L’état-major de la blindée ( BB) et la de commandement et de transmissions ( CCT) sont présents à Illkirch-Graffenstaden depuis le . Depuis le , le commandement du renseignement (COM RENS) et le centre du renseignement terre (CRT) sont basés à Strasbourg. La garnison de Strasbourg comprend aussi le groupement de soutien de la base de Défense de Strasbourg-Haguenau (GSBdD), le centre médical des armées (CMA), une unité de soutien de l'infrastructure de la Défense (USID), un centre du service national (CSN), un centre information recrutement des forces armées (CIRFA) ainsi qu'un poste d'information et de recrutement de la Légion étrangère (PILE). Notons la présence d'un établissement public d'insertion de la Défense (EPIDE). Strasbourg est l'une des sept villes françaises possédant un Gouverneur militaire, celui-ci réside dans l'hôtel de Deux-Ponts, place Broglie. Juste en face se trouve le cercle mixte de garnison. Strasbourg est également l'une des dernières villes qui dispose d'un maître bottier et d'un maître tailleur. Autres unités ayant tenu garnison à Strasbourg : Finances publiques et fiscalité. La capacité d'autofinancement de la commune de Strasbourg reste élevée en 2010 grâce à l'augmentation des recettes d'investissement (+ d'euros) ainsi qu'à la baisse des dépenses (environ d'euros). En 2010, la dette représentait 4,7 % du buget de fonctionnement de la communauté urbaine de Strasbourg, soit environ d'euros (environ par habitant), ce qui reste faible. En revanche, la dette a tendance à augmenter du fait d'importants projets d'investissement (1 milliard d'euros sur la période 2011-2014). Les dépenses d'investissement étant sensiblement supérieures aux recettes, la capacité de désendettement de la communauté urbaine pourrait passer de actuellement à environ . Le budget pour l'année 2009 est d'environ d'euros pour le fonctionnement et de pour l'investissement. Le budget de la communauté urbaine de Strasbourg est de d'euros pour le fonctionnement et de pour l'investissement. Jumelages. Strasbourg est jumelée avec les villes suivantes : La commune entretient des coopérations avec les villes suivantes : La commune entretient des partenariats de coopération décentralisée avec 10 autres villes : La ville a aussi conclu des accords de coopération avec : Population et société. Démographie. Évolution démographique. En , la commune de Strasbourg comptait habitants répartis sur , ce qui fait de la ville la plus peuplée du Bas-Rhin, d'Alsace et du Grand Est français, ainsi que la ville la plus peuplée de France. La ville se caractérise par une faible densité de population, à peu près équivalente à celle de Toulouse et presque trois fois moindre que celle de Grenoble. Entre 1990 et 1999, le taux de croissance annuel moyen était de 0,5 %. Ce taux est supérieur entre 2013 et 2018, avec 0,65 % par an. Strasbourg est par ailleurs l'une des premières villes de France à avoir fusionné la majeure partie de son administration avec celle de la communauté urbaine, fusion motivée en 1966 par un souci d'efficacité et d'économie budgétaire et qui a donné naissance à la communauté urbaine de Strasbourg (CUS), devenue l'Eurométropole de Strasbourg le . Sur ses , elle comptait en 2020. L'unité urbaine de Strasbourg, c'est-à-dire l'agglomération au sens géographique de l'Insee, comptait dans sa partie française au recensement de 2020 et 521 162 avec la partie allemande. L'aire urbaine de la ville a été évaluée en 2019 à et avec la partie allemande, dans la nouvelle délimitation de 2010, ce qui en fait la urbaine de France. Avec une augmentation moyenne de 0,65 % par an entre 2013 et 2018, la croissance de la population de l'aire urbaine de Strasbourg est la plus rapide du quart Nord-Est de la France. En 2005 la CUS a créé l'Eurodistrict Strasbourg-Ortenau, en partenariat avec les villes françaises et allemandes (notamment Kehl, Offenbourg, Lahr et Achern). Il regroupe à ce jour et sera amené à remplacer l'eurometropole à plus long terme. Structure de la population. Strasbourg est une ville jeune puisque les moins de représentent 25,1 % de la population. 46,2 % des Strasbourgeois ont moins de . De fait, les petits ménages (une ou deux personnes) sont largement majoritaires puisqu'ils représentent 65,3 % des ménages. Par ailleurs, même si l'écart tend à se résorber, l'espérance de vie en Alsace est légèrement inférieure à la moyenne nationale, et plus particulièrement celle des femmes. Pyramide des âges. La population de la commune est relativement jeune. En 2018, le taux de personnes d'un âge inférieur à s'élève à 45,0 %, soit au-dessus de la moyenne départementale (35,9 %). À l'inverse, le taux de personnes d'âge supérieur à est de 19,0 % la même année, alors qu'il est de 24,5 % au niveau départemental. En 2018, la commune comptait pour , soit un taux de 52,41 % de femmes, légèrement supérieur au taux départemental (51,36 %). Les pyramides des âges de la commune et du département s'établissent comme suit. Immigration. La ville est également très cosmopolite, multiculturelle et hétéroclite puisqu'elle compte en 2008 soit 19 % de sa population (dont un tiers né en Europe et deux tiers nés hors d'Europe). Elle se place donc loin devant les moyennes nationale (8,5 %) et régionale (10,5 %) et se classe en derrière Paris (20 %) parmi les villes françaises ayant plus de . Les immigrés non européens sont principalement d'origine maghrébine (28,4 %), turque (12,9 %) et d'Afrique noire (12,5 %). Les nouveaux immigrants originaires d'Europe méditerranéenne et d'Algérie sont de moins en moins nombreux (les Italiens étaient majoritaires dans les années 1960). Depuis les années 2000, la majorité des immigrés viennent de Turquie, d'Allemagne, du Maroc et des Balkans. Enfin, la répartition des immigrés est très disparate. Ils représentent près de 40 % dans le quartier du Polygone, contre 3,6 % dans le quartier du Contades. Entre 1975 et 2015, la proportion des jeunes de moins de immigrés d'origine extra-européenne ou vivant avec au moins un parent immigré d’origine extra-européenne est passée de 6 % à 37 %. Les petits-enfants d'immigrés ne sont pas pris en compte. Enseignement. La ville est le siège de l'académie de Strasbourg qui couvre la collectivité européenne d'Alsace. Enseignement primaire et secondaire. Pour l'année 2004-2005, la ville comptait maternelles (), élémentaires () et 43 collèges (). Strasbourg comptait aussi répartis dans . À la rentrée 2008, la première école européenne de France est inaugurée à Strasbourg, accueillant une école maternelle et les deux premières années du cycle primaire et secondaire ; elle est destinée en priorité aux enfants du personnel des institutions européennes siégeant à Strasbourg. Le lycée Kléber, fondé en 1871 et reconstruit entre 1955 et 1959, est établissements publics d'Alsace. Il accueille chaque année plus de dont en classes préparatoires. Le taux de réussite au baccalauréat oscille entre 90 % et 94 % suivant les années, dont 45 % de mentions. Le lycée Kléber dispose de plus de 250 chambres d'étudiants individuelles. Le lycée international des Pontonniers qui est une ancienne école de jeunes filles fondée en 1815, est le plus réputé. Il occupe un édifice du tout début du et propose un enseignement résolument tourné vers l'international et les activités artistiques (théâtre, histoire des arts). Son taux de réussite au baccalauréat était de 100 % en 2006 et de 99,6 % en 2007. Le lycée international est par ailleurs le dixième mieux coté de France. Le lycée Fustel-de-Coulanges, situé en plein cœur de Strasbourg, jouxte la cathédrale Notre-Dame de Strasbourg. C'est l'ancien Collège royal de jésuites construit en 1685 par Louis XIV quand la ville de Strasbourg est devenue française. C'est l'un des 39 lycées impériaux que Napoléon crée en 1804. Il accueille des classes du second cycle, de la seconde à la terminale, ainsi que des classes préparatoires aux grandes écoles littéraires. Le lycée est d’ailleurs l’un des trois lycées de France préparant à l’École des chartes, sections classique et moderne. Par ailleurs Strasbourg accueille le plus grand établissement privé protestant de France, le Pôle Comenius, qui regroupe les classes de la première section de maternelle à la terminale. Cette école est le résultat de la fusion entre les lycées gymnase Jean-Sturm et Lucie-Berger. Enseignement supérieur. Repères. Avec plus de en 2009, Strasbourg est une ville étudiante importante. Mais elle est surtout résolument tournée vers l'international. En effet, plus d'un étudiant sur cinq n'est pas de nationalité française (21 % des étudiants universitaires en 2008), près de la moitié d'entre eux étant originaires d'Europe. Un tiers de ces étrangers vient d'Afrique. Au total, ce sont plus de cent nationalités qui sont représentées. 96 % des étudiants sont localisés à Strasbourg (75 % à elle seule) et Mulhouse. Viennent ensuite par ordre décroissant Illkirch, Colmar, Schiltigheim et Haguenau. Les étudiants en Alsace sont majoritairement des filles : elles représentent 56 % des inscrits. Elles sont sur-représentées dans les langues (73 %), les lettres et arts (69 %) ou encore le droit et Sciences-Po (63 %). En revanche, dans les sciences dites « dures », elles n'y sont plus que 26 %. Près de 70 % des étudiants en Alsace ont obtenu leur bac dans la région. En 2017, le site "L'Étudiant" élit Strasbourg comme meilleure ville de France pour la vie étudiante. Trois points ont été pris en compte : les initiatives locales telle que l'accueil des étudiants ou l'accessibilité à l'offre culturelle, le nombre d'étudiants pour et le score « offre culturelle ». Université. L’origine de l’université de Strasbourg remonte à 1538, avec la création d’un gymnase protestant, transformé en académie en 1566 par l’empereur Maximilien II, puis en université luthérienne en 1621. Après le rattachement de Strasbourg à la France, Louis XIV transfère en 1702 dans la ville l’ancienne académie catholique de Molsheim, qui devient université épiscopale. La Révolution supprime les anciennes structures, d’obédience religieuse, et les remplace par deux écoles spécialisées : l’école de santé en 1794, qui deviendra école de médecine en 1802, et l’école d’accouchement en 1796. En 1803, Napoléon met sur pied un enseignement universitaire cohérent fondé sur des facultés et entretenu par l’État. L’université impériale perdurera jusqu’en 1870 et s’illustrera par des savants tels que Fustel de Coulanges, Louis Pasteur ou encore Charles Gerhardt, inventeur de l’aspirine. Après la défaite de 1870, l’Alsace et une partie de la Lorraine sont annexées à l’Empire allemand. Un décret impérial de 1871 conduit à la création de la « Kaiser Wilhelm Universität » à Strasbourg. La volonté politique des gouvernements successifs, allemands et français, d'ancrer l'Alsace dans leurs espaces respectifs les conduit à investir Strasbourg en tant que pôle scientifique et universitaire. Dès la création de l'université allemande, un ensemble complet de nouveaux bâtiments sont érigés en quelques années et l'université est dotée de 124 postes d'enseignants, dont en chaire, alors que Berlin et Leipzig n’en comptent à l'époque que 102. Après 1918, la reconstitution d'une université française passe par la création de 150 postes de professeurs et de maîtres de conférences, ce qui fait de Strasbourg une université mieux dotée que la plupart des autres universités de province. Ces enjeux ont particulièrement marqué, davantage que d'autres disciplines, les sciences sociales naissantes de l'époque. La chaire de sociologie qui est occupée jusqu'en 1918 par Georg Simmel, un père fondateur de la discipline côté allemand, est maintenue après la guerre de sorte que, jusqu'en 1945, Strasbourg est la seule autre université en France, avec la Sorbonne, à bénéficier d'un enseignement de chaire professorale en sociologie. Le poste est occupé successivement par Maurice Halbwachs et Georges Gurvitch. En 1970, l'université de Strasbourg est scindée en trois établissements, l'université Louis-Pasteur (ULP) - Strasbourg-I (sciences) qui couvrait l'ensemble des domaines scientifiques, de la médecine aux sciences économiques en passant par la physique-chimie, l'université Marc-Bloch (UMB) - Strasbourg-II (nommée auparavant "université des sciences humaines de Strasbourg", USHS) dont les filières étaient essentiellement consacrées aux sciences humaines et sociales et l'université Robert-Schuman (URS) - Strasbourg-III (droit, sciences politiques, gestion) qui était spécialisée dans les sciences politiques et juridiques. Dès les années 1990, les universités strasbourgeoises s'étaient regroupées au sein du pôle universitaire européen. Le , les trois entités ont fusionné pour constituer une université multidisciplinaire, l'université de Strasbourg. Elle fait partie des premières universités françaises à accéder à l'autonomie au et est aussi l'une des premières à se doter d'une fondation, la Fondation Université de Strasbourg. L'université est aujourd'hui avec près de (dont 20,5 % d’étudiants étrangers), enseignants et enseignants-chercheurs, 38 composantes (unités de formation et de recherche, facultés, écoles, instituts) et 76 unités de recherche la seconde université française en termes d'étudiants et d'enseignants. Elle est aujourd'hui membre de plusieurs réseaux universitaires en Europe tel que la Confédération européenne des universités du Rhin supérieur (réseau EUCOR), un réseau regroupant les universités de Bâle, Fribourg-en-Brisgau, Karlsruhe et Mulhouse, ou encore la Ligue européenne des universités de recherche, regroupant de prestigieuses universités européennes et dont elle est l'un des membres fondateurs. Elle fut parmi les trois premiers lauréats des initiatives d’excellence (IDEX) en 2011. Autres établissements. La plus ancienne des grandes écoles d'ingénieurs de Strasbourg a été fondée en 1875. Il s'agit de l'INSA de Strasbourg (anciennement ENSAIS, Institut national des sciences appliquées de Strasbourg). C'est la plus importante de toutes les grandes écoles de Strasbourg avec ses et ses 8 spécialités (du génie-civil à la plasturgie, en passant par le génie électrique). Elle est à l'origine du réseau Alsace Tech, qui regroupe les 9 grandes écoles d'ingénieurs d'Alsace. L’INSA de Strasbourg est également l'une des grandes école d'architecture en France. Elle est la seule école française à délivrer les deux diplômes et l’habilitation à exercer la maîtrise d’œuvre en son nom propre. Une autre école d'ingénieurs, l'École nationale supérieure d'informatique pour l'industrie et l'entreprise, possède un campus dans la ville. Créé en 1919, l'EM Strasbourg Business School (IECS) est une école supérieure de commerce tournée vers l'international (cursus "grande école" de trois ans, dont un à l'étranger) et membre de la Conférence des grandes écoles. L'IECS est à l'origine du réseau HERMES, projet coopératif basé sur le principe du double diplôme. L'IECS publie par ailleurs le "Strassbuch", guide gratuit des bonnes adresses de Strasbourg réactualisé chaque année. L'IECS est devenue en 2007 l'EM Strasbourg Business School en fusionnant avec l'IAE. Au niveau du centre-ville, on compte aussi la présence de l'Institut supérieur européen de gestion Group. L'ISEG Group propose trois écoles en : ISEG Marketing & Communication School, ISEG Business School et ISEG Finance School. Concernant l'école ISEG Business School, la valeur ajoutée de l'école est "Sports, santé et loisirs". Le groupe se situe au sein d'un ancien hôtel particulier près de la place Broglie, en marge donc du Campus central de l'Esplanade. Strasbourg abrite plusieurs autres écoles d'ingénieurs, membres de la Conférence des grandes écoles, comme l'École pour l'informatique et les techniques avancées. La ville bénéficie par ailleurs d'une spécialisation dans les secteurs de la chimie, des biotechnologies et de l'environnement avec l'École européenne de chimie, polymères et matériaux de Strasbourg (ECPM), l'École nationale du génie de l'eau et de l'environnement de Strasbourg (ENGEES), l'École supérieure de biotechnologie de Strasbourg (ESBS) et l'École et observatoire des sciences de la Terre (EOST). Enfin, Télécom physique Strasbourg, école associée de l'Institut Mines-Télécom, offre une formation généraliste dans les domaines des TIC, et de la physique. L'établissement propose 7 options à ses élèves ingénieurs : Acquisition et traitement des images, Génie logigiel, systèmes et réseaux, Ingénierie des systèmes, automatique et vision, Ingénierie et sciences physiques du vivant, Micro et nanoélectronique : du composant au système sur puce, Physique et modélisation, Physique et technologies photoniques, ainsi qu'un master, Master IRIV (Images, Robotique et Ingénierie pour le Vivant), proposé aux élèves ingénieurs et à tout autre élève ayant validé les acquis nécessaires dans les matières concernées. L'école ne compte pas moins de 7 laboratoires : LSIIT, InESS, SERTIT, LSP, IPCMS, IREPA LASER, IMFS. Un partenariat avec l'École supérieure des arts décoratifs de Strasbourg (ESAD) existe également, et permet à certains élèves des deux écoles de travailler ensemble sur des projets communs. Créée en 1921, l'École hôtelière de Strasbourg connut plusieurs dénominations et changements depuis sa création. Elle est aujourd'hui installée aux portes de Strasbourg à Illkirch-Graffenstaden, s'appelle « lycée des métiers de l'hôtellerie et du tourisme Alexandre Dumas » et offre des formations à plusieurs niveaux (CAP cuisine et Service, BEP, BTH, BTS). Depuis 1992, sous l'impulsion d'Édith Cresson, Strasbourg accueille les élèves de l'École nationale d'administration (ENA) qui y suivent l'intégralité de leur scolarité depuis 2004. Le janvier 2022, l’ENA est remplacée par l’Institut national du service public. La ville abrite d'autres établissements spécialisés dans les fonctions politiques et géopolitiques, notamment l'Institut d'études politiques de Strasbourg (« Sciences Po Strasbourg »), l'Institut national des études territoriales (INET) et le Centre universitaire d'enseignement du journalisme (CUEJ). Enfin, Strasbourg accueille deux universités étrangères : l'université anglo-saxonne spécialisée dans le domaine spatial, l'International Space University (ISU) et la Schiller International University. Les arts graphiques sont représentés par l'école supérieure des arts décoratifs de Strasbourg (ESAD) et l'Institut supérieur des arts appliqués (LISAA) et l'École nationale supérieure d'architecture de Strasbourg (ENSAS). Enfin, l'école supérieure d'art dramatique, implantée au sein du théâtre national de Strasbourg, assure une formation théâtrale de grande qualité. Santé. Les Hôpitaux universitaires de Strasbourg comptent six établissements publics à Strasbourg et dans sa banlieue qui emploient pour un total de lits. 83,0 % des patients sont d'origine Bas-Rhinoise. Les principaux sites sont l'hôpital civil (hôpital pavillonnaire d'une capacité de 889 lits et existant depuis 1398), l'hôpital de Hautepierre ( lits) et l'hôpital de La Robertsau (395 lits). En a été mis en service le Nouvel Hôpital civil (NHC) d'une capacité de 715 lits et places, il tend à moderniser la prise en charge médicale offerte par les Hôpitaux universitaires de Strasbourg ; plus grand chantier hospitalier de France, le NHC a été conçu par l'architecte Claude Vasconi. Le budget 2006 des hôpitaux universitaires de Strasbourg est de d'euros et d'euros sont consacrés à la recherche et à l'innovation. Le Centre Paul Strauss, créé en 1923, est spécialisé dans la lutte contre le cancer. Strasbourg dispose aussi d'un Institut Universitaire de Réadaptation, le centre Clemenceau. La ville compte également plusieurs cliniques privées : la Clinique Sainte-Anne (qui a repris les activités de l'ancienne clinique Bethesda fermée fin 2008), la clinique Sainte-Barbe, la clinique de l'Orangerie et la clinique de la Toussaint. Le regroupement des cliniques Adassa, Diaconesses et Sainte-Odile aboutit à la création de la clinique « Rhéna », ouverte fin , dans le quartier Port du Rhin. Outre la tradition hospitalière strasbourgeoise existant depuis le , les hôpitaux universitaires de Strasbourg font partie des pionniers de la télé-chirurgie. En 2001, lors de l'opération "Lindbergh" dont le nom fais référence à l'aviateur Charles Lindbergh, le chirurgien Jacques Marescaux opère depuis New York une patiente située à Strasbourg. La création du pôle de compétitivité BioValley France consacré aux sciences de la vie et de la santé favorise les synergies entre les hôpitaux de Strasbourg et les entreprises impliquées dans le secteur de la santé. Le pôle est constitué de plus de et 60 laboratoires publics. Il a permis depuis sa création en 2005, de générer en Alsace la création de plus de directs et indirects et la création de , tout en labellisant plus de 63 projets de recherche-développement impliquant des entreprises et des laboratoires publics. Ce pôle de compétitivité à vocation mondiale est implanté au cœur de la "Biovalley". Cet équivalent de la « Silicon Valley » dans le domaine de la chimie, de la biologie et des technologies médicales regroupe les régions frontalières du Rhin supérieur que sont l'Alsace, le Bade-Wurtemberg en Allemagne et la région de Bâle en Suisse. Strasbourg compte également plusieurs centres de recherche et organismes spécialisés dans la santé, comme l'Institut de recherche contre les cancers de l'appareil digestif (IRCAD), l’Institut de pharmacologie clinique Roche (IPCR), l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM, dont Strasbourg gère le quart nord-est de la France) et l'Institut de génétique et de biologie moléculaire et cellulaire (IGBMC, fondé par le généticien Pierre Chambon). Sports. Équipements et investissements sportifs de l'agglomération. Avec plus de (soit 26,9 % de la population) répartis dans 220 clubs, Strasbourg est une ville résolument tournée vers le sport et dotée d'un équipement de qualité. L'Eurométropole de Strasbourg abrite une trentaine de stades (dont le stade de la Meinau), une cinquantaine de gymnases, 9 piscines (dont 5 à Strasbourg) et une patinoire de . De plus en 2003 a été inauguré le Rhénus Sport, un hall à vocation sportive d'une capacité de ( assises). La plupart des sports sont représentés dans l'agglomération tandis que la proximité du massif des Vosges permet la pratique du ski en hiver. Strasbourg disposait d'un centre aquatique, l'Océade, situé dans le parc du Rhin. Ouvert en 1986, il est définitivement fermé en 1996. Selon le classement du journal "L'Équipe", Strasbourg est la sixième ville sportive de France. La part du budget des sports s'élève à 6,3 %, soit par habitant. La ville propose aux seniors des activités sportives gratuites. Au printemps 2015, la ville a mis en place plusieurs parcours de santé urbains baptisés « "Vitaboucle" ». Principaux clubs. Strasbourg abrite plusieurs clubs de renommée nationale. En football d'abord, avec le Racing Club de Strasbourg. Ce club, fondé en 1906 est basé au Stade de la Meinau. Après une rétrogradation administrative en CFA2 prononcée en , le Racing retrouve le football professionnel en 2016 grâce à sa montée en Ligue 2 après avoir été sacré Champion de France de National. Le , le Racing Club de Strasbourg retrouve l'élite du football français en terminant Champion de France de Ligue 2. En 2019, le Racing Club de Strasbourg remporte la Coupe de la Ligue pour la troisième fois de son histoire et se qualifie pour les tours préliminaires de Ligue Europa. En basket-ball, avec la SIG Strasbourg, fondée en 1928, qui évolue en Pro A ( division). Le club est sacré champion de France en 2005 et est présent dans l'élite du basket français depuis quelques années, notamment en participant à cinq finales consécutives en championnat de France entre 2013 et 2017, ne parvenant cependant pas à s'imposer (record). En hockey sur glace, avec l'Étoile noire qui participe au championnat en Division 1, deuxième échelon du hockey français. L'équipe évolue dans la patinoire de l'Iceberg. D'autres sports sont représentés au niveau national comme le handball. Le Strasbourg Eurométropole Handball (fusion de l'ASL Robertsau Handball et du Handball Club Schiltigheim) porte les couleurs de l'Eurométropole. Les sports aquatiques sont bien représentés à Strasbourg grâce à une solide équipe de water polo évoluant en pro A et à des nageurs de niveau national, le tout sous le nom d'un même club : le Team Strasbourg. En badminton, la ville est représentée par de nombreux clubs : le CEBA Strasbourg a été sacré champion de France en 1993 tandis que l'ASPTT, avec ses nombreux joueurs en équipe de France et évoluant en première division Top 12 et a champion de France par équipes 2013. En rugby à XV, le Rugby Club Strasbourg évolue en Fédérale 1 depuis la saison 2015-2016. Les Strasbourg Kangourous représentent le football australien, un sport encore peu connu en France. En 2006, l'équipe a participé au championnat d'Allemagne et décroché la cinquième place. En 2009, les Kangourous prennent la deuxième place du premier championnat de France. Le CES (Cercle d'Échecs de Strasbourg) de la rue des Glacières, avec 15 coupes de France et 3 champions de France en individuel, est certainement l'un des clubs sportifs strasbourgeois le plus titré. L'handibasket est aussi présent au plus haut niveau national avec l'ASHPA Strasbourg. Le football américain est également représenté avec Le Minotaure qui évolue en Division 3 du championnat de France et se qualifie régulièrement pour les "playoffs". Médias. Chaînes de télévision. Strasbourg est le siège de la chaîne culturelle franco-allemande Arte depuis sa création en 1991, de France 3 Alsace (qui diffuse notamment un journal en dialecte alsacien, le "") et de BFM Alsace. En 2008, StrasTV.com, la première web-tv française fut créée à Strasbourg. Par ailleurs, Strasbourg accueille l'antenne MEDIA Strasbourg, succursale d'information et d'assistance technique du programme MEDIA de l'Union européenne, ainsi que l'Observatoire européen de l'audiovisuel. La ville concentre l'essentiel des activités audiovisuelles de la région. Le secteur emploie en effet plus de à Strasbourg sur les en Alsace. Radios. Plusieurs radios sont installées à Strasbourg en plus des stations nationales. Les plus renommées sont : L’arrivée de la DAB+ fin 2018 permet la diffusion de nouvelles stations (par exemple : (Africa Radio, Azur FM, etc). Malgré sa grande superficie et la diversité des radios proposées, Strasbourg est dépourvue de grandes radios nationales (RMC, Fun Radio, RTL2, Chérie FM, Rire et Chansons…) du fait de sa proximité allemande l'empêchant d'exploiter de nouvelles fréquences. Skyrock (96.0) et Oui FM (106.5) ne sont arrivées que récemment sur Strasbourg après de nombreux mois de négociations avec les autorités outre-Rhin. Ces deux radios émettent depuis la Tour de Chimie, sur la rue Blaise Pascal, alors que les autres radios privées diffusent leurs programmes depuis le site TDF du Port du Rhin. À noter que Radio France a renoncé au 94.2 pour Mouv', sélectionné en même temps que Skyrock et Oui FM. Presse écrite. La presse locale est quant à elle dominée par le quotidien régional "Dernières Nouvelles d'Alsace" (DNA), fondé en 1877 et dont le siège est à Strasbourg. Ce quotidien fait partie du groupe Est Bourgogne Rhône Alpes. Son tirage quotidien d'environ fait qu'il devance aisément l'autre journal régional "L'Alsace" implanté à Mulhouse. Le journal régional d’information "L'Ami hebdo" est également publié à Strasbourg. Les quotidiens gratuits "Métro" et "" (qui offre une édition locale) sont diffusés depuis 2005. Le petit format hebdomadaire wik-Strasbourg (anciennement "Repères") diffusé gratuitement sur papier et sur internet rapporte les programmations cinéma et culturelle de l'agglomération. Est également diffusé gratuitement dans les cafés et cinémas le mensuel "CUT", revue de cinéma, placée sous le parrainage de Gustave Kervern. Début 2012, le paysage des médias locaux a également vu l'arrivée d'un nouveau média en ligne spécialisé dans l'information locale, "Rue89 Strasbourg". La municipalité édite deux mensuels officiels gratuits et distribués dans les boîtes aux lettres : "Strasbourg Magazine" et "Euométropole Magazine". Cultes. Jadis, Strasbourg était surnommée la « ville aux mille églises » en raison du grand nombre d'édifices religieux qui s'y trouvait. Strasbourg fut d'ailleurs jusqu'au un centre théologique important puisque les principaux acteurs de la Réforme y prêchèrent, notamment Calvin. Ainsi, Strasbourg possède toujours de nombreuses églises et chapelles qui ont survécu aux guerres et aux destructions que la ville a subies. Dans le département du Bas-Rhin, les dispositions juridiques de la loi du concordat de 1801 demeurent en application. En 2014, la ville compte 185 lieux de cultes, toutes confessions confondues, soit 0,7 % du parc immobilier. Il s'agit du taux record rencontré en France. Catholicisme. Archevêché de Strasbourg. Strasbourg est le siège d'un évêché depuis le . La ville a été élevée au rang d'archidiocèse en 1988 ; l'archevêque actuel étant Luc Ravel (depuis 2017). La Faculté de théologie catholique dispense ses cours aux séminaristes et aux laïcs intéressés. Cathédrale Notre-Dame de Strasbourg. Strasbourg est connue notamment pour sa cathédrale. L'édifice se distingue aisément par sa couleur, due à l'utilisation de grès rose, et par sa tour unique. Les travaux commencent, en 1176, par le chœur, le transept et l'abside dans un style qui évoque le roman tardif. La construction de la façade ne débute qu'en 1276 dans un style clairement gothique qui s'apparente à la cathédrale Notre-Dame de Paris, avec notamment deux tours rectangulaires. C'est au cours du que la cathédrale va prendre progressivement son apparence définitive, avec l'arrivée de nouveaux architectes rhénans. Un beffroi est construit entre les deux tours, l'ensemble formant une immense façade rectangulaire. En 1439, la première tour est achevée. Haute de , elle a fait de la cathédrale de Strasbourg l'édifice le plus haut de la chrétienté entre 1625 et 1847. La seconde ne fut jamais construite, même si plusieurs architectes ont dessiné les plans d'un tel projet au cours des , . Ces projets n'ont pas abouti d'une part pour des raisons financières mais aussi parce que l'édifice, construit sur un sol instable, risquait de s'effondrer. La cathédrale Notre-Dame de Strasbourg est aussi connue pour son horloge astronomique chef-d'œuvre de l'art et de la science, sa grande rosace de de diamètre et son rayon vert créé par le vitrail de Juda qui se manifeste aux équinoxes lorsque le soleil brille sur la ville. Selon Louis Tschaen, le professeur qui a étudié en détail ce rayon, "Le phénomène de la lumière verte équinoxiale dans sa forme actuelle serait probablement dû au hasard, mais un hasard vraiment providentiel. Toutefois, on peut se poser la question de l'attitude de Juda qui montre de la main droite le pied gauche, origine du phénomène, tout en maintenant soulevée sa chape pour bien en dégager les chevilles, et porte le regard vers le médaillon circulaire. Et pourquoi existe-t-il un phénomène lumineux aussi spectaculaire au même endroit au solstice d'hiver? Serait-ce là encore le fruit du hasard? Mystère!". La cathédrale abrite en outre un impressionnant buffet d'orgue de de haut. La Fondation de l'Œuvre Notre-Dame suit et soigne l'édifice depuis 1246. Protestantisme. La ville se caractérise, de par son histoire, par une forte implantation protestante. Strasbourg possède donc une faculté de théologie protestante qui, à l'instar de la faculté catholique, est intégrée au système d'enseignement public (dû au statut particulier du droit local maintenant le régime des cultes reconnus). L'unité d'enseignement de théologie protestante est également, depuis toujours, une formation privée pour les élites intellectuelles de la ville. Ainsi, Catherine Trautmann, ancien maire socialiste de la ville, y a fait ses études de premier cycle. La communauté a, pour autorité reconnue, le président de l'Union des Églises protestantes (EPCAAL, EPRAL). L'église luthérienne Saint-Guillaume est particulièrement pittoresque. Achevé en 1667, l'ouvrage se distingue en effet par une obliquité flagrante et des vitraux pré-Renaissance. Cette église enferme également un exceptionnel tombeau à gisants du exécuté par Woelflin de Rouffach. Le long de l'Ill, se dresse également l'église Saint-Nicolas, de style gothique. Sa construction commence en 1381 mais le clocher ne sera édifié qu'en 1585. Cette église protestante présente des fresques médiévales. Albert Schweitzer y joua de l'orgue. L'église Sainte-Aurélie abrite une nef baroque, un orgue d’André Silbermann et une horloge de Jean-Baptiste Schwilgué. Certains éléments de l'église originelle du sont encore visibles aujourd'hui. Elle a cependant été remaniée à plusieurs reprises, notamment en 1765 (portail principal). Construite non loin du quartier de la "Petite France", l'église Saint-Thomas, a été construite à la fin du . Protestante depuis 1524, elle est d'un type architectural très particulier puisqu'il s'agit d'une église-halle à cinq nefs d'égale hauteur, s'opposant ainsi à la conception d'église à plan basilical habituelle. Elle conserve dans son chœur le célèbre tombeau du Maréchal de Saxe, dont l'auteur est le sculpteur du Jean-Baptiste Pigalle. Mozart et Albert Schweitzer ont joué sur son orgue Silbermann. L'église Saint-Pierre-le-Vieux, autre édifice religieux particulier, est constituée de deux édifices perpendiculaires : une église protestante et une église catholique. La partie protestante a été bâtie entre 1381 et 1428 où le simultaneum est imposé par Louis XIV en 1683. De nouveaux aménagements sont entrepris en 186] avec la construction d'une église catholique séparée. D'autres travaux ont été effectués au début du . L'église Saint-Pierre-le-Jeune protestante, abrite quant à elle un remarquable jubé, un cloître récemment rénové, des fresques du et une sépulture mérovingienne du . L'édifice est commencé au milieu du et sera remanié à plusieurs reprises. Devenue simultanée en 1681 sous ordre de Louis XIV, l'église est redevenu uniquement protestante en 1893. L'église du Temple-Neuf, édifiée en 1260 par les dominicains, est devenue la première paroisse réformée. En effet, dès 1538 cette église devient le lieu de culte des protestants et Jean Calvin y prêchera entre 1538 et 1541. L'édifice est malheureusement détruit lors du siège de Strasbourg, en 1870. Une nouvelle église est construite par l'architecte strasbourgeois Émile Salomon entre 1873 et 1876, dans un style néo-roman. Son clocher culmine à de hauteur. L'église réformée du Bouclier a elle aussi adopté la Réforme au cours du . D'autres églises sont construites sous l'ère allemande, au sein des nouveaux quartiers qui voient le jour. La plus fameuse d'entre elles est sans doute l'église Saint-Paul, anciennement "" (église luthérienne de la garnison). Située avantageusement entre le palais universitaire et la place de la République, elle est aujourd'hui vouée au culte réformé. Cette église aux proportions remarquables a été construite entre 1892 et 1897 dans un style néo-gothique par l'architecte Louis Muller. Ses flèches élancées, hautes de , en font l'église la plus haute de la ville. Le cœur comprend deux loges surélevées réservées à l'empereur et à l'impératrice. Orthodoxie. Un certain nombre d'églises orthodoxes sont présentes à Strasbourg, notamment de rite byzantin : églises serbe, russe, bulgare, roumaine, grecque. Dans le quartier du Port du Rhin, les locaux de la chapelle protestante de la Rencontre sont utilisés pour les offices de la paroisse orthodoxe Saint-Jean-Cassien (dépendante du vicariat Sainte-Marie-de-Paris-et-Saint-Alexis-d'Ugine, regroupant des paroisses de tradition russe au sein de la métropole orthodoxe grecque de France, cette dernière elle-même rattachée canoniquement au patriarcat œcuménique de Constantinople). L'église orthodoxe serbe Saint-Georges a été achevée en 2007 dans le quartier de Koenigshoffen. L'église orthodoxe de Tous-les-Saints est située au bord du canal de la Marne au Rhin, dans le quartier des Quinze. Elle est coiffée d'un bulbe doré culminant à de hauteur et comporte également un centre culturel. Elle est consacrée par le patriarche Cyrille de Moscou le . Judaïsme. Strasbourg compte une importante communauté juive avec environ . Les juifs furent pourtant bannis de Strasbourg durant plus de quatre siècles (de 1389 à la suite du Pogrom de Strasbourg à 1789), époque où ils s'installèrent dans les villages et petites villes des environs. Au , l'Alsace était la région où habitait le plus grand nombre de Français de confession hébraïque. Strasbourg compte plusieurs synagogues, notamment la vaste Grande synagogue de la Paix près du parc du Contades, la synagogue de Cronenbourg et la synagogue de Meinau. La ville est aussi dotée d'une clinique privée (la clinique Adassa, place de Haguenau), d'un hospice pour seniors (l'EHPAD/maison de retraite de la fondation Élisa, situé sur le territoire de Geispolsheim) ainsi que de plusieurs écoles et établissements secondaires (école Aquiba, école Yehouda Halévi, l'ORT) gérés par la communauté juive, elle-même guidée par le grand rabbin Harold Abraham Weill. Il existe plusieurs cimetières israélites : à Cronenbourg, 3 route d'Oberhausbergen, à Koenigshoffen, à l’angle de la rue de la Tour (29) et du Breuscheckweg, Adath Israël, 5 rue Jean-Pierre Clause à Cronenbourg. Islam. En 2020, la ville compte 35 lieux de cultes musulmans, mosquées et salles de prière sous l'égide de M. Mohamed Latahy, le président du culte musulman du Bas-Rhin. Située dans le quartier du Heyritz, la grande mosquée de Strasbourg est ouverte au culte le , lors du du Ramadan 1432. Elle est la deuxième plus grande mosquée de France après celle d’Évry-Courcouronnes et sa capacité d’accueil est de . Elle est officiellement inaugurée le en présence du ministre français de l’Intérieur et des Cultes Manuel Valls, du grand rabbin de Strasbourg René Gutman, de Christian Kratz, évêque auxiliaire de Strasbourg, et de Christian Krieger, président du Consistoire Réformé de Strasbourg. Le premier cimetière musulman municipal de France a été inauguré le . En 2014, la municipalité socialiste accorde à l’association musulmane turque Millî Görüş, association « politiquement proche du parti de Recep Tayyip Erdoğan, l’AKP, et inspirée des frères musulmans », un permis de construire pour un projet de 35 millions d’euros qui prévoit un complexe communautaire dont une mosquée à l’architecture traditionnelle musulmane turque, inspirée de l’époque ottomane. Celle-ci pourrait compter également une école, un dispensaire et des associations. Lors de la pose de la première pierre, le 15 octobre 2017, sont présents autour du préfet, le vice-premier ministre turc Bekir Bozdağ et le maire socialiste Roland Ries. En 2021, la construction de qui devrait être la plus grande mosquée d’Europe suscite une polémique politique et médiatique. Le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, accuse la maire EELV de Strasbourg, Jeanne Barseghian, de subventionner « une mosquée soutenue par une fédération qui défend l’islam politique ». Le projet est financé par la confédération islamique turque Millî Görüş qui a refusé de signer la charte de l’islam de France voulue par le gouvernement français et qui est réputée proche du pouvoir turc. Gérald Darmanin dénonce le financement « d’une ingérence étrangère » sur le sol français. Le Conseil municipal de Strasbourg adopte « le principe d’une subvention » de plus de d’euros pour la construction de la mosquée, un montant qui correspond à 10 % du montant des travaux. En novembre 2022. le tribunal administratif annule la délibération allouant la subvention. Bouddhisme. La ville a également de forts liens avec le bouddhisme. Ainsi, l'association France Tibet Libre et le Lycée international des Pontonniers ont-ils organisés la venue du dalaï-lama, dans les années 1980, et des échanges réguliers avec des moines bouddhistes sont maintenus. Le centre de bouddhisme zen de Strasbourg a été fondé par Maître Deshimaru en 1970. Il se situe rue des Magasins dans le quartier des Halles. Enfin un temple bouddhiste, Phô Hiên, est situé dans le quartier de La Robertsau. D'une surface totale de et pouvant accueillir 600 fidèles, il est conçu par les architectes Noël Kirtz et Jean-Luc Thomas pour l’association cultuelle bouddhique vietnamienne de Strasbourg. La première pierre a été posée le et le temple est inauguré en mai 2017. La communauté bouddhiste de Strasbourg compte environ fidèles. Société théosophique. Fondée à New York le , par Helena Blavatsky, ainsi que par le Colonel Henry Steel Olcott, William Quan Judge, Charles Sotheran, le Seth Pancoast, George H. Felt et quelques autres, les quartiers généraux de la Société théosophique furent établis en Inde, d'abord à Varanasi puis à Adyar (près de Chennai). Elle compte alors parmi ses plus éminents membres Charles Webster Leadbeater, Francesca Arundale, Annie Besant et Rudolf Steiner. Le Mahatma Mohandas Karamchand Gandhi confiait à son biographe Louis Fischer son admiration pour la théosophie : « La théosophie est la fraternité des hommes […]. C'est l'hindouisme dans ce qu'il a de meilleur ». Une statue du Mahatma Gandhi, œuvre du sculpteur indien Ram Sutar a été érigée en son honneur place de L'Étoile à Strasbourg le en présence du maire de la ville. La Société théosophique se présente ainsi : Dès 1920 Strasbourg compte une section autonome (appelée « branche ») fondée par Caroline Marthe North-Siegfried (1866-1939) : l'Association philosophique et humanitaire de la Bibliothèque Pythagore, qui a son siège actuel au 2, rue des Hallebardes à Strasbourg. Caroline Marthe North-Siegfried (1866-1939) était la présidente et fondatrice de la Croix-Rouge dans les départements du Bas-Rhin et du Haut-Rhin, présidente et fondatrice de la Société de protection des animaux à Strasbourg, présidente de l'Association des dames françaises, officier de l'instruction publique, médaille de la Reconnaissance française (1920). Elle soutint activement des œuvres pour aveugles, la léproserie de la chartreuse de Valbonne, le Foyer de la jeune fille et l'Armée du salut de Strasbourg. Elle fonda en 1920 la Bibliothèque Pythagore de Strasbourg, association philosophique et humanitaire, siège de la Société théosophique de Strasbourg. Elle repose au cimetière de Strasbourg-Cronenbourg et sa tombe est toujours fleurie. La loge de la Société théosophique de Strasbourg est actuellement peu active. La plupart de ses membres sont très âgés ou décédés. Seuls se poursuivent les activités régulières de la Bibliothèque Pythagore de Strasbourg sous forme de conférences. L'Église catholique libérale (ECL), mouvement religieux d'inspiration théosophique est implantée sous forme de paroisse à Strasbourg. Son église Saint-Raphaël se situe à Illkirch-Graffenstaden. On y pratique une "communion ouverte", à laquelle chacun qui le désire sincèrement, peut participer. Cérémonialiste, cette église se rattache à une tradition historique (messe de saint Pie V en langue française). Son but est de combiner la forme catholique du culte avec son rituel et son mysticisme. Non dogmatique, l'ECL affirme être attachée à la liberté intellectuelle et de respect pour la conscience individuelle. Franc-maçonnerie. La franc-maçonnerie est d'implantation ancienne à Strasbourg, l'un des centres de l'humanisme rhénan. Elle s'appuie sur l'héritage de la « maçonnerie opérative », présente à Strasbourg dès le sous forme de loges appelées "Hütten" de compagnons tailleurs de pierre, les "Steinmetzen". En atteste le "Livre des frères" comportant les ordonnances et règles de la loge de Strasbourg datant de 1563. À la suite de l'achèvement de la cathédrale de Strasbourg et aux troubles engendrés par la guerre de Trente Ans, d'« opérative », la maçonnerie strasbourgeoise devient de plus en plus « spéculative » : on parle de "Briefmaurer" (maçons de diplôme) face aux "Grüssmaurer" (maçons de salut). Le rattachement de Strasbourg à la France en 1681 accélère cet état de choses et la loge mère de Strasbourg perd son rôle dirigeant sur les autres guildes rhénanes dès 1707. Le décret royal de 1731 interdisant les réunions compagnoniques, les maçons opératifs glissent vers la clandestinité et trouvent accueil dans les loges « spéculatives ». Dès le début du , se mettent en place une multitude de loges maçonniques à Strasbourg. On peut noter : la loge « La Candeur », la « Grande Loge Écossaise », la loge « Saint-Louis d'Alsace » (fondée en 1760), les loges « La Modestie » (fondée en 1763), « L'Amitié » (fondée en 1764), « La triple Union de Sainte-Cécile » (fondée en 1765) et de nombreuses autres loges, ainsi que la présence d'une branche des « Illuminés de Bavière » ou « Illuminatenorden ». Joseph Balsamo dit Cagliostro fonde et préside dès 1780 une loge maçonnique « égyptienne » à Strasbourg, sous la protection et lettres patentes du cardinal de Rohan, prince-évêque de Strasbourg. Une ancienne loge maçonnique située au 21, avenue de la Liberté était fréquentée par le Kronprinz Guillaume de Hohenzollern, fils de l'empereur . Quelques loges maçonniques strasbourgeoises : Cimetières. La ville de Strasbourg dispose de treize cimetières. Le cimetière du Polygone, le cimetière israélite Adath Israël, le cimetière israélite de Cronenbourg, le cimetière juif de Koenigshoffen, la nécropole militaire, le cimetière musulman, le cimetière nord, le cimetière ouest, le cimetière Saint-Gall, le cimetière Saint-Urbain, le cimetière Saint-Louis, le cimetière Sainte-Hélène, et le cimetière sud. Économie. Repères. Strasbourg est le siège de la Chambre de commerce et d'industrie Alsace Eurométropole ainsi que de la Chambre de métiers d'Alsace. Grâce à son emplacement géographique, Strasbourg a toujours été un lieu de passage pour les biens et les personnes. Au centre de l’Europe, la ville se situe au carrefour d’un axe nord-sud historiquement très utilisé et d’un axe est-ouest. Son emplacement sur le Rhin favorise les échanges par voie fluviale. Comme toute grande ville, le secteur d’activité prédominant est le secteur tertiaire, bien que l’industrie représente encore une part non négligeable des emplois, en particulier dans les communes voisines. Strasbourg et son agglomération accueillent plusieurs grands sièges sociaux, notamment Adidas France, Le Coq sportif (à Entzheim), le Crédit mutuel Alliance fédérale, Lidl France, Lohr Industrie (à Hangenbieten), Puma France, Steelcase (à Schiltigheim), Wienerberger France (à Achenheim). L'économie strasbourgeoise est marquée par l'implantation de cinq pôles de compétitivité labellisés : Strasbourg est classée française préférée des entrepreneurs derrière Lyon et Lille. En 2006, la commune de Strasbourg comptait actifs dont voici la répartition : La CUS (aujourd'hui Eurométropole de Strasbourg) comptait environ actifs dont voici la répartition : Le taux de chômage a Strasbourg est, comme dans beaucoup de grandes villes françaises, supérieur à la moyenne nationale. Mais cela n'a pas toujours été le cas. Pendant longtemps, la ville s'est distinguée par un taux de chômage remarquablement faible, bien aidée par un secteur secondaire dynamique. Cependant, le recul des activités industrielles en France a progressivement réduit l'écart entre les moyennes strasbourgeoise, française et régionale. La ville est en outre la la plus inégalitaire de France, avec un coefficient de Gini de 0,445. Secteur secondaire. Les activités industrielles à Strasbourg ont pour particularité d'être totalement diversifiées. Elles représentent 14,6 % des emplois. Sur les industrielles, plus de 30 % sont à capitaux étrangers, notamment allemands et américains. Les principaux secteurs sont l’automobile avec Punch Powerglide (anciennement General Motors), une plateforme logistique et un centre d'appel de BMW et Adient (Johnson Controls) ; l’industrie pharmaceutique avec Lilly, Octapharma, Prestwick Chemical, Carex, Boiron, JZ Produits Naturels et l’agroalimentaire avec une usine Carambar & Co, les Grands Moulins de Strasbourg, la Société des Malteries d'Alsace (Groupe Soufflet), la malterie Cargill, les cafés Sati, Reck et Henri, l'informatique avec les serveurs 2CRSi... Jadis prospère, l’activité brassicole a périclité. La commune voisine de Schiltigheim était surnommée « la cité des brasseurs », toutefois les brasseries Adelshoffen, Schützenberger et Fischer ont fermé au cours des années 2000. En novembre 2022, Heineken annonce la fermeture de la brasserie de l’Espérance dans les trois ans. La société Kronenbourg a définitivement quitté son site historique du quartier de Cronenbourg pour Obernai, à de Strasbourg, début 2014. Enfin la brasserie Meteor est implantée à Hochfelden, à de Strasbourg. La papeterie Lana, installée à La Robertsau depuis 1872, a été labellisée entreprise du patrimoine vivant en . Depuis les années 1990, la création du pôle de compétitivité BioValley France a apporté de nombreux emplois dans l’industrie pharmaceutique. Outre les emplois de recherche créés par les laboratoires universitaires, avec la création de nouveaux centres de recherche comme l’Institut de génétique et de biologie moléculaire et cellulaire ou l’institut clinique de la souris sur le campus d'Illkirch, un certain nombre de multinationales se sont implantées à Strasbourg ou dans sa périphérie. Le point d’orgue de ce développement a été le transfert du siège social d’Aventis à Strasbourg en 2002, mais le rachat de la société par Sanofi-Synthélabo en 2004 a retransféré le siège social du nouveau groupe à Paris. Le port autonome de Strasbourg et la facilité de transport des marchandises sur le Rhin ont joué un rôle important dans le développement économique de la ville. Aujourd'hui, certains des espaces du port autonome sont des friches industrielles ; les anciens bassins situés près du centre-ville ont été revalorisés. Il reste des aciéries de part et d’autre du Rhin, celles du côté français avaient tendance à péricliter avant la remontée du prix de l’acier dans les années 2000 ; celles du côté allemand (groupe BSW - Badische Stahlwerke) se sont muées en micro-aciéries très rentables, embauchant alors beaucoup de travailleurs frontaliers. Électricité de Strasbourg et Gaz de Strasbourg, deux entreprises ayant échappé à la nationalisation au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, assurent la distribution d'électricité et de gaz. L'usine de valorisation énergétique des déchets ménagers résiduels est gérée par Sénerval, filiale de Séché Environnement, depuis 2010. La raffinerie de Reichstett, située au nord de Strasbourg, employait . Elle est définitivement fermée en 2011, seul subsiste un dépôt pétrolier. Une seconde raffinerie, nommée raffinerie de Strasbourg, se trouvait à Herrlisheim. Ouverte en 1963, elle est fermée en 1984 puis démantelée. Secteur tertiaire. Commerce. L'activité commerciale représente plus de à Strasbourg. La Grande Île et le centre-ville rassemblent de nombreuses boutiques ainsi que la "Place des Halles", centre commercial abritant près de et . Au Neudorf, un nouveau centre commercial baptisé "Rivetoile" a ouvert ses portes en . En 2014, le chiffre d'affaires commercial du centre-ville était de d'euros soit 38 % du total de l'Eurométropole. Selon une étude menée en 2016, le centre-ville de Strasbourg est le plus dynamique de France. Il compte mètres² de surfaces commerciales et . La zone commerciale nord sur le territoire des communes de Vendenheim, Mundolsheim, Reichstett et Lampertheim est l'une des plus grandes de France. Une extension appelée "Shopping Promenade Coeur Alsace" est ouverte en mars 2021. La zone commerciale de La Vigie se trouve au sud de l'agglomération sur le territoire des communes d'Ostwald et Geispolsheim. Finance. Strasbourg est l’une des premières places financière et bancaire de France et jouit d'une spécificité importante dans ce domaine. La ville compte plusieurs sièges sociaux de banques (notamment : le Crédit mutuel, le CIC Est, la Caisse d’épargne Grand Est Europe, le Crédit agricole Alsace-Vosges, le Crédit lyonnais Alsace-Lorraine, le Centre financier de la Banque postale, la Banque populaire Alsace-Lorraine-Champagne, le Crédit foncier et communal d'Alsace et de Lorraine), cinq salles de marchés et de nombreux établissements étrangers (UBS, Barclays, HSBC, Legal & General, Monte dei Paschi di Siena, etc.). Strasbourg s'est également doté en 1979 du premier World Trade Center de France. Les activités financières emploient plus de sur Strasbourg, secteur immobilier inclus. Tourisme. Le tourisme est une activité importante pour l'Alsace. Le secteur y emploie près de dont à Strasbourg. L'arrivée du TGV Est a permis d'enrayer la baisse des activités touristiques qui touchait la région depuis 2004. En revanche, la part des touristes étrangers continue de baisser : ils représentaient 32 % en 2007 contre 38 % en 2004. Par ailleurs, les touristes étrangers sont davantage présents l'été (environ 44 % des touristes) que l'hiver (environ 26 %). Chaque année, depuis 1570, le célèbre marché de Noël (ou Christkindelsmärik) ouvert pendant le mois de décembre, draine un nombre considérable de visiteurs, les capacités hôtelières de la ville et de toute la région faisant le plein à cette période. Ces capacités d’accueil sont moins utilisées le reste de l’année avec un taux d'occupation moyen des chambres de 54,7 % contre 60,4 % pour la France. Située à la jonction des EuroVéloroutes EV5 (Via Francigena – de Londres à Rome/Brindisi) et EV15 (véloroute Rhin de la source du Rhin à Rotterdam), Strasbourg, par ailleurs première ville cyclable de France, est visitée par de nombreux cyclistes de Pâques à fin octobre. Restauration. La restauration est très développée à Strasbourg, notamment dans la vieille ville. En plus de restaurants traditionnels français et plus spécifiquement alsaciens (brasseries, winstubs), des restaurants dits gastronomiques, des établissements à thème et de la restauration rapide, la cuisine du monde est très représentée, avec de nombreux restaurants italiens, asiatiques, du Proche-Orient (dont de nombreux döner kebab). Patrimoine architectural. Le centre historique, la "Grande Île" (ou "ellipse insulaire"), a été classé patrimoine mondial par l’UNESCO en 1988. En 2017, la partie centrale de la "Neustadt", vaste extension de la ville réalisée à partir de 1880, est également inscrite au patrimoine mondial dans le cadre d'une extension du périmètre classé. Strasbourg est aussi labellisée ville d'art et d'histoire par le ministère de la Culture depuis 2014. Si les vestiges de la ville romaine ont quasiment disparu, Strasbourg conserve en revanche un patrimoine architectural remarquable qui s'étend du Moyen Âge à aujourd'hui. Moyen Âge et Renaissance. Strasbourg abrite de nombreux témoins du Moyen Âge et de la Renaissance, notamment en son centre historique. Parmi les plus anciens vestiges de la ville, les ponts couverts, construits au avaient pour rôle de protéger l'accès fluvial. Le système défensif est revu à plusieurs reprises jusqu'à la fin du . Les tours visibles encore aujourd'hui sont les dernières des 90 que comptaient les défenses de la ville jusqu'au . Le barrage Vauban est la suite logique du système défensif des ponts couverts. Écluse fortifiée construite à partir de 1685 par Sébastien Le Prestre de Vauban, ce barrage vise à renforcer les défenses de la ville. Il pouvait servir à inonder l'accès sud de la ville afin de ralentir (voire de stopper) la progression ennemie. Strasbourg compte aussi de nombreuses maisons à colombages. La maison Kammerzell est sans doute l'une des plus emblématiques. Construite au , elle prend son aspect actuel en 1589 à la suite d'importants travaux. Cette maison se distingue par sa structure originale : un premier niveau en pierres, puis trois niveaux en bois de type Renaissance rhénane, et enfin trois niveaux de combles. Les ornements extrêmement nombreux et détaillés évoquent l'Antiquité, les cinq sens, le travail des hommes. Les maisons à colombages sont nombreuses dans le quartier de la "Petite France". Miraculeusement épargné par les guerres, ce quartier implanté sur l'Ill offre un véritable panorama de la Renaissance rhénane. Les maisons les plus remarquables sont la maison des tanneurs (construite en 1572 et retouchée au début du par son propriétaire) et la maison Haderer. Édifiée en 1358 le long de l'Ill, l'ancienne douane est l'un des rares témoins du commerce médiéval de la ville. Détruite par les bombardements de 1944, elle a été restaurée en 1956 et accueille aujourd'hui un restaurant traditionnel ainsi qu'un magasin de producteurs alsaciens. Toujours le long de l'Ill se trouve l'ancienne boucherie. Construit entre 1586 et 1588, l'édifice en forme de « U » se caractérise par la sobriété de son architecture. Il n'abandonne sa fonction initiale qu'en 1859 et abrite aujourd'hui le musée historique. Situé au sud du centre historique, l'hôpital civil est édifié à la fin du . En 1716, un incendie le détruit partiellement. La construction d'un nouvel hôpital (encore visible aujourd'hui) commence dès 1717 sous le contrôle de l'architecte Rodolphe Mollinger. Ses immenses toitures abritent trois étages de greniers. L'édifice est agrandi en 1741. Parmi les rares éléments ayant subsisté à l'incendie du , la cave historique est sans doute le plus remarquable. Construite entre 1393 et 1395, elle est utilisée pour élever le vin servi aux malades. Cette cave abrite notamment un vin blanc de 1472. Ce nectar de plus de n'a été servi qu'à trois reprises : en 1576, en 1716 ainsi qu'en 1944 aux libérateurs de la ville. Sur la place Gutenberg, l'un des plus anciens sites de Strasbourg, se trouve le "Neubau" qui abrite la chambre de commerce et d'industrie. Construit à partir de 1582 sous l'impulsion d'entrepreneurs suisses, le bâtiment est représentatif du style Renaissance. Il fit notamment office d'hôtel de ville. Il a été agrandi en 1867 dans le respect du style originel. L'hôtellerie du Corbeau est un autre lieu intéressant. Fermée au , elle a reçu des hôtes illustres tels que , Jean-Jacques Rousseau ou encore Alexandre Dumas. Le lycée Fustel-de-Coulanges (anciennement collège royal, lycée impérial et école centrale sous la République), jouxtant la cathédrale, a d'abord été le petit séminaire pour les jésuites après sa construction en 1685. Mais le lieu est surtout connu pour avoir abrité la première imprimerie de Strasbourg, dans la maison dite "". Strasbourg abrite plusieurs témoins de cette époque. L'Aubette, dessinée par l'architecte Jacques-François Blondel est édifiée entre 1765 et 1778 dans un style néo-classique sur la place Kléber. Ce bâtiment qui utilise un grès rose très coloré, sert dans un premier temps de corps de garde. Endommagé en 1870, il abrite par la suite le conservatoire de musique. Ce bâtiment est, avec la place du Marché-Gayot construite en 1769, la seule réalisation issue du plan d'embellissement Blondel qui prévoyait une restructuration complète de la Place Kléber. Un important projet de restauration a été achevé en 2010. L'Aubette abrite désormais une galerie commerçante. Le palais des Rohan est lui aussi remarquable. C'est notamment l'un des rares édifices de l'époque à utiliser un grès clair et non rose. Cet ancien palais épiscopal est construit entre 1728 et 1741 par l'architecte royal Robert de Cotte. Sa façade est ornée de nombreuses sculptures que l'on doit à Robert le Lorrain, de personnages religieux ou mythiques. Il accueille aujourd'hui trois musées : le musée archéologique, le musée des beaux-arts et le musée des arts décoratifs. Près de la place Broglie, on retrouve l'hôtel de Klinglin, imaginé par Jean-Pierre Pflug et construit entre 1731 et 1736 à la demande de François-Joseph de Klinglin alors prêteur royal de la ville. Il accueille un temps la préfecture du Bas-Rhin, c'est aujourd'hui la résidence du préfet. Détruit en 1870 pendant le siège de Strasbourg, il est rapidement restauré. Juste à côté, le bâtiment du Théâtre municipal (où joue l'Opéra national du Rhin), est édifié entre 1804 et 1821 par l'architecte Villot. Il est partiellement détruit en 1870 à la suite de bombardements allemands. Lors de sa restauration en 1888, la façade arrière est enrichie d'un avant-corps circulaire. Toujours aux abords de la place Broglie se trouve l'hôtel de Hanau, imaginé par Joseph Massol et achevé en 1736. Sa construction est financée par Régnier III de Hanau-Lichtenberg qui meurt avant la fin des travaux. Le bâtiment devient hôtel de ville en 1806. Aujourd'hui, il est principalement utilisé pour les célébrations de mariage. Dans le quartier de La Robertsau, le château de Pourtalès est un monument remarquable. Construit au , il a été remanié à plusieurs reprises au cours du puis au début du . Les pavillons sont agrandis, un parc à l'anglaise est aménagé, un nouveau corps de bâtiment voit le jour. Ce château est aujourd'hui la propriété d'une université américaine, la Schiller International University. Architecture impériale allemande. On prétend qu'après les destructions massives de la Seconde Guerre mondiale, où les grandes villes allemandes furent rasées par les bombardements alliés, c'est à Strasbourg qu'on peut admirer les plus beaux exemples de l'architecture wilhelmienne. Notamment dans le vaste quartier bâti par les Allemands, la (nouvelle ville en allemand) dont le point central est la "" (place impériale) actuelle place de la République. C'est pourquoi une partie de la est inscrite au patrimoine mondial depuis 2017. On retrouve en effet sur la place de la République plusieurs bâtiments caractéristiques comme le palais du Rhin, ancien palais impérial construit entre 1883 et 1888 par l'architecte Hermann Eggert dans le plus pur style germanique. Édifié pour accueillir l'empereur lors de ses visites à Strasbourg, il marque le rattachement de la ville à l'Empire allemand, et s'inscrit dans un programme de rénovation urbaine de grande ampleur. Il abrite depuis 1920 la Commission centrale pour la navigation du Rhin. L'actuel théâtre national de Strasbourg, dû aux architectes Hartel et Neckelmann, est un autre bâtiment important. Construit entre 1888 et 1899, il accueille dans un premier temps les sessions de la Délégation régionale. En 1911, il devient le Parlement d'Alsace-Lorraine, Landtag, jusqu'à la fin de la Première Guerre mondiale. Rattaché depuis 1972 au Ministère de la Culture, il est le premier théâtre national implanté en province. On doit aussi à ces deux architectes la Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg de style néo-renaissance, inaugurée en 1895. Elle est aujourd'hui, avec ses trois millions d'ouvrages, la deuxième bibliothèque de France. Strasbourg abrite d'autres bâtiments publics remarquables construits à la même époque, comme la préfecture (ancien ministère d'Alsace-Lorraine), édifiée en 1911, mais aussi, l'hôtel des Postes dessiné par l'architecte Von Rechenberg dans un style néo-gothique. Édifié entre 1896 et 1899 par l'administration des Postes, ce bâtiment a été lourdement endommagé en 1944. Lors de sa reconstruction, on utilisa du grès rose. Aujourd'hui encore il est utilisé par La Poste. L'établissement des bains municipaux, imaginé par Fritz Beblo et construit de 1905 à 1908, s'éloigne des standards d'alors, avec son imposante façade rouge et son style néo-roman. Le palais de justice, dû à Skjöld Neckelmann et réalisé entre 1894 et 1897 est aussi un témoin intéressant de l'époque. À l'instar de la plupart des édifices publiques construits sous l'ère allemande, ce palais utilise un grès gris clair. Plusieurs bâtiments affectés à l'enseignement font également partie du patrimoine strasbourgeois, notamment le palais universitaire « "Kaiser-Wilhelms-Universität Strassburg" » édifié en 1884 sous le contrôle du jeune et talentueux Otto Warth. Il accueille aujourd'hui encore certaines filières universitaires (histoire, archéologie, histoire de l'art, arts plastiques, théologie) et est considéré comme l'un des plus beaux monuments construits sous l'ère allemande. Le lycée international des Pontonniers est un ex-lycée de jeunes filles inauguré en 1904 qui rompt clairement avec les tendances néo-renaissance allemandes. La Neustadt offre également d'autres bâtiments publics à l'architecture caractéristique comme la gare centrale, inaugurée en 1883. Celle-ci est l'un des premiers édifices entrepris après le rattachement de l'Alsace-Lorraine à l'Empire allemand. La façade du bâtiment n'a quasiment pas été retouchée, elle est aujourd'hui surmontée d'une grande verrière. Le bâtiment de la « Gallia » (« Germania » à sa construction) achevé en 1885 est également typique de la ville et de l'époque. Il a d'abord abrité une compagnie d'assurances. Depuis les années 1920, il est le siège d'associations étudiantes (aujourd'hui le CROUS et l’Association fédérative générale des étudiants de Strasbourg). On doit le quartier Stirn à l'architecte Von Lilienstern. Construit entre 1884 et 1897, cet édifice est très moderne à l'époque. Il couvre une superficie de et peut accueillir trois bataillons d'infanterie. Après la guerre de 1870, Strasbourg devient en effet une base importante de l'armée allemande. Enfin, la ville offre des exemples remarquables d'ensembles architecturaux "Art Nouveau" ou "Jugendstil", comme le 22, rue du général Castelnau (architectes F. Lütke et H. Backes), la villa Schützenberger, au 76, allée de la Robertsau (architectes : Berninger & Krafft) ou encore l'hôtel Brion, 22, rue Sleidan (architecte : Auguste Brion). Citons aussi la capitainerie du Port du Rhin de style néo-gothique avec son haut beffroi. Architecture contemporaine. Strasbourg possède également de nombreux monuments plus contemporains comme le monument aux morts de Strasbourg, œuvre symbolique situé dans une région qui fut tantôt allemande et tantôt française au gré de l'Histoire. Situé place de la République et inauguré en 1936 par le président de la République Albert Lebrun, il porte comme seule inscription « À nos morts » sans mentionner la patrie pour laquelle les soldats sont tombés. La sculpture représente une mère (symbolisant la ville de Strasbourg) tenant sur ses genoux ses deux enfants mourants, l'un allemand et l'autre français. Ils se sont combattus et devant la mort enfin ils se rapprochent. La sculpture a été réalisée par Léon-Ernest Drivier. C'est un des rares monuments aux morts pacifistes français. La ville compte aussi quelques représentants du style art déco : rue du Travail et place des Halles, à l'angle de l'avenue des Vosges et de la rue Oberlin ou encore le parc des expositions au Wacken. Plusieurs bâtiments modernes se trouvent dans le quartier européen. Le palais de l'Europe, dessiné par l'architecte Henry Bernard et inauguré en 1977, abrite le Conseil de l'Europe. Le palais des droits de l'homme dû à Richard Rogers accueille depuis 1998 la Cour européenne des droits de l'homme. Le bâtiment épouse le cours de l'Ill, d'où sa forme en arc de cercle. Enfin, le parlement européen que l'on doit au cabinet Architecture-Studio est un autre bâtiment remarquable. Inauguré en 1999, il fait suite au sommet d'Édimbourg qui, en 1992, fixe définitivement le siège du parlement européen à Strasbourg. Sa surface totale est de pour de hauteur. L'architecture contemporaine est également marquée par des édifices à vocation culturelle comme le musée d'Art moderne et contemporain dû à l'architecte Adrien Fainsilber. Inauguré en 1998 il est situé à proximité du barrage Vauban et fait face à l'hôtel du Département (1989) dont l'architecture rappelle celle d'un paquebot. Plus récemment, le zénith, imaginé par Massimiliano Fuksas a été achevé en 2008 après deux ans de travaux. La Cité de la musique et de la danse, inaugurée en 2006, a été conçue par l'architecte Henri Gaudin ; elle est occupée par le pôle des écoles de musique de Strasbourg et principalement par le Conservatoire à rayonnement régional de Strasbourg. Enfin, la maison de la Radio-Télévision, inaugurée en 1961 et aujourd'hui siège de France 3 Alsace, abrite une mosaïque de de long imaginée par Jean Lurçat et intitulée "La Création du monde". Dans le domaine éducatif, on citera l'Escarpe, de l'université Robert-Schuman que l'on doit aux architectes Knecht et Schweitzer et surtout le Pôle européen de gestion et d'économie qui loge dans une ancienne manutention en briques rouges subtilement modernisée. L'hôtel de la Région a été construit par le cabinet Chaix et Morel entre 2002 et 2004 dans le quartier du Wacken. L'immense verrière de de long et de de haut conçue par Jean-Marie Duthilleul recouvre la façade historique de la gare centrale depuis l'arrivée du TGV Est en 2007. Les façades du grand magasin Printemps, place de l'Homme-de-Fer, ont été modernisées en 2013 par l'architecte Christian Biecher. Côté urbanisme, la Cité-jardin du Stockfeld et la cité ouvrière Ungemach ont été construites au début du selon un concept d'intégration d'un lotissement de logements sociaux dans des espaces verts. La passerelle Mimram, du nom de son architecte Marc Mimram est également une œuvre importante de l'urbanisme de strasbourgeois. Située dans le jardin des Deux Rives et exclusivement piétonne, elle relie Strasbourg à la ville allemande de Kehl. Sa fonction, essentiellement symbolique, traduit la volonté de rapprocher les deux rives du Rhin et donc les deux pays. L'ancien môle Seegmuller donnant sur le bassin d'Austerlitz, près de la place de l’Étoile, est un témoignage remarquable de l'architecture portuaire et industrielle des années 1930, les anciennes grues de manutention ont même été conservées. Le site est actuellement en pleine réhabilitation (médiathèque, logements, commerces, résidence étudiante), la ville veut en faire le cœur d'un vaste projet d'urbanisme reliant le quartier du Heyritz jusqu'au Port du Rhin. Panorama urbain strasbourgeois. La ville compte quelques immeubles et édifices de grande hauteur. Outre la cathédrale et ses , l'église Saint-Paul, avec ses deux clochers, culmine à ; elles sont suivies par : la tour de Chimie () , le Parlement européen et ses , deux silos de 69 et au Port du Rhin, l'église Saint-Maurice dont le clocher atteint , la tour Europe (haute de ) de la place des Halles, et la tour Schwab de la cité de l'Ill avec ses . La tour Elithis Danube, inaugurée en 2018, dans l'écoquartier Danube, atteint également , tandis que les trois tours dites « Black Swans », près du môle Seegmuller, en mesurent 55. Dans le même secteur, la tour « NoLiStra » (qui sera livrée fin 2019) culmine à . L'ensemble immobilier « Porte de France », près de la place de la Bourse, mesure environ de hauteur au maximum, tandis que la tour « Canopée » (anciennement « Maison du Bâtiment »), place de Haguenau, atteint . Enfin, l'ancien silo Seegmuller et le centre administratif de l'Eurométropole sont hauts de respectivement 50 et . Par ailleurs, la tour Valentin-Sorg, avec , surplombe la place de l'Homme-de-Fer. Le château d'eau de la brasserie de l'Espérance, à Schiltigheim, domine le nord de l'agglomération avec ses . Vie culturelle. Théâtres et salles de spectacle. Le théâtre national de Strasbourg (TNS), est l'un des hauts-lieux culturels de Strasbourg. C'est le seul théâtre national de France ne se trouvant pas à Paris. Descendant du Centre dramatique de l'Est, il obtient son statut de Théâtre national en 1968. Idéalement implanté aux abords de la place de la République, il propose entre par saison. La programmation laisse une place importante aux œuvres européennes, souvent méconnues du public français. Premier établissement national décentralisé, le TNS est également membre de l'Union des théâtres de l'Europe dont l'objectif est de développer une action culturelle commune. Strasbourg abrite d'autres structures, comme le TJP, fondé en 1974 par André Pomarat, et qui est spécialisé dans les arts de la marionnette. Aujourd'hui centre dramatique national, ce théâtre accueille environ par an. Autre scène de qualité, Le Maillon est un théâtre à la programmation particulièrement contemporaine. Essentiellement basé au Wacken (deux salles : ) cette institution culturelle dispose aussi d'une salle (en travaux) à Hautepierre, son siège historique. Le TAPS (Théâtre actuel et public de Strasbourg), que l'on retrouve sur le site de la Laiterie (TAPS Laiterie) et dans le quartier de Neudorf (TAPS Scala) sont gérées par la direction des affaires culturelles de la ville. Théâtre municipal de proximité, le TAPS propose une programmation tournée vers la création (de compagnies régionales particulièrement) et l’écriture contemporaine. Pôle Sud, scène conventionnée pour la musique et la danse, se situe dans le quartier de la Meinau. Ce lieu peut accueillir . Le Hall des Chars est un lieu interdisciplinaire géré par l'association La Friche Laiterie et consacré aux arts vivants. Il propose au public de découvrir la scène émergente du Grand-Est, sur ses trois espaces. Le café-théâtre et l'humour sont représentés par le Kafteur ainsi que le Camionneur, tous deux situés dans le quartier de la gare. Le Cube noir du CREPS, à Koenigshoffen, est davantage tourné vers le théâtre amateur. L'activité théâtrale de Strasbourg est aussi orientée vers les traditions régionales, avec la Choucrouterie, cabaret de Roger Siffer. Ce petit théâtre de accueille chaque année et propose des spectacles humoristiques sur le thème de l'Alsace. Le théâtre alsacien de Strasbourg, créé en 1898 est lui aussi essentiellement réservé aux metteurs en scène épris de théâtre dialectal. Musique. L'Opéra national du Rhin est né de la fusion des opéras municipaux de Colmar, Mulhouse et Strasbourg. Il a obtenu le statut d"opéra national" en 1997 et propose plus de 130 représentations par an avec la collaboration de l'Orchestre philharmonique de Strasbourg. Fondé en 1855, ce dernier est composé de 110 musiciens et donne plus de 30 concerts par an à Strasbourg. L'orchestre se produit également à l'étranger et a obtenu plusieurs récompenses nationales et internationales. La Cité de la musique et de la danse, consacré à la musique classique et contemporaine organise régulièrement des concerts. Son festival de musique, le plus ancien de France, y est organisé depuis 1932. Les musiques d'aujourd'hui sont également très diffusées grâce à La Laiterie - salle des musiques actuelles. Ce lieu inauguré en 1994 sur une friche industrielle est devenu, malgré sa taille modeste (deux salles : ), un lieu renommé avec 200 concerts et par an. Sa programmation est très éclectique. Strasbourg abrite d'autres petites salles, comme le Pôle Sud qui est essentiellement consacré au jazz et à la danse. Le Molodoï, centre autonome jeune crée en 1988, est pour sa part essentiellement tourné vers les musiques alternatives (hip-hop, punk, hardcore). Le centre culturel de Neudorf possède une salle de et accueille spectacles de danse, concerts et meetings politiques. La salle est également équipée d'un bar et offre occasionnellement des services banquet. La ville compte aussi trois grandes structures. Le palais de la musique et des congrès qui s'étend sur et abrite notamment deux auditoriums (de et ), accueille des concerts de musique classique. Il s'y déroule environ 350 manifestations pour chaque année. Le Rhenus est l'une des plus vastes salles de concerts de la ville. Ce hall peut accueillir et couvre . Il n'est néanmoins pas adapté aux concerts, sa vocation première étant d'accueillir des manifestations sportives et des expositions temporaires. D'où la construction du Zénith Europe à Eckbolsheim. Inauguré en , sa capacité maximale est de ce qui en fait le plus grand de France. Dans un domaine plus éducatif, Les Percussions de Strasbourg, sont un groupe instrumental créée en 1962 par six percussionnistes et qui se produit régulièrement dans le cadre de manifestations musicales. Les percussions de Strasbourg proposent aussi des cours, des stages et des interventions scolaires. La ville compte aussi des structures actives en musique contemporaine, comme la Fanfare des Externes et Internes de Strasbourg (Intimement appelée la FEIS et prononcée "la fesse"). Elle se compose d’une vingtaine de fanfaron(ne)s qui interprètent des rythmes endiablés, allant du dernier hit "groovy" au tube pop des années 80 et représente Strasbourg dans des événements tels que le festival des fanfares de médecine. Orgues. Strasbourg est également réputée pour la quantité et la variété de ses orgues baroques, néo-classiques, romantiques, "germaniques", modernes et éclectiques, dont beaucoup sont classés monument historique. La présence d'organistes réputés comme Marie-Joseph Erb, Albert Schweitzer et Helmut Walcha a contribué au renom des instruments de la ville et a favorisé la restauration des plus anciens de ceux-ci. Plusieurs dynasties de facteurs d'orgues sont représentés dans les églises mais aussi les salles de concert (palais des Fêtes, ancien Conservatoire, Cité de la musique et de la danse) de Strasbourg : les Silbermann, André et Jean-André (église Saint-Thomas, église Saint-Guillaume, église Saint-Pierre-le-Jeune protestante, église Sainte-Aurélie) ; les Schwenkedel, Georges et Curt (église Saint-Jean) ; les Walther ; les Roethinger, Edmond-Alexandre et Max (église Sainte-Madeleine, église Saint-Pierre-le-Vieux catholique) ; les Kern, Alfred, Gaston et Daniel (cathédrale Notre-Dame). D'autres grands noms de la facture d’orgues incluent Joseph Merklin (Temple Neuf, chœur de la cathédrale Notre-Dame) et Eberhard Friedrich Walcker (église Saint-Pierre-le-Vieux protestante). Événements culturels. Depuis 2013, Strasbourg mon amour propose de célébrer la Saint-Valentin durant une dizaine de jours au cours du mois de février. Soirées, concerts, spectacles, expositions ou encore conférences, décalés ou conventionnels, sont programmés sur le thème de l'amour. Musiques classiques et contemporaines. Strasbourg accueille plusieurs festivals musicaux. Le plus ancien d'entre eux est le Festival de musique de Strasbourg. Créé en 1932 par la "Société des amis de la musique de Strasbourg", il est consacré à la musique classique et à l'art lyrique. On doit aussi à cette société le Festival de jazz de Strasbourg, créé en 1987. Le festival Jazzdor réunit lui aussi les passionné de musique jazz. Fondé en 1986, il organise environ 40 concerts à Strasbourg. Le festival produit également des concerts en Allemagne ; à Offenbourg depuis 2002 et à Berlin depuis 2007 avec son édition berlinoise jazzdor berlin. Le Festival Musica, ou "Festival international des musiques d'aujourd'hui", créé en 1982, réunit plus de chaque année. En 2007 58 compositeurs ont proposé une centaine d'œuvres contemporaines. Les musiques actuelles sont représentées essentiellement par le Festival des Artefacts, créé au début des années 1990. Il se déroule sur plusieurs jours au mois d'avril, au Zénith Europe et à La Laiterie. Au mois de juin se déroule dans divers lieux de l'agglomération, le festival electro-groove et cultures urbaines Contre-Temps. La musique électronique est représentée par les Nuits électroniques de l'Ososphère, qui se déroulent chaque année en septembre à La Laiterie, à la Friche Laiterie et au Molodoï. Enfin l'un des événements de la rentrée culturelle strasbourgeoise, est le festival des Nuits européennes, investissant l'Eurométropole en collaborant avec ses institutions culturelles et ses lieux de vie nocturne dans un dialogue constant avec les grandes cités européennes. Danse et théâtre. Strasbourg accueille plusieurs festivals de danse et de théâtre, dont le festival Nouvelles Strasbourg Danse au mois de mai, qui investit les salles les plus importantes de la ville ainsi que les places et les rues ; mais également au mois de juin le festival de théâtre Premières, durant lequel de jeunes metteurs en scène européens présentent leurs premiers travaux. La ville possède également une importante structure polyvalente : le parc des expositions du Wacken, qui regroupe quatre halls d'une superficie de à pour un total . Il accueille notamment la Foire européenne ( exposants et par an) et le salon des vignerons indépendants. Strasbourg organise également la foire européenne d'art contemporain St-art. Créé en 1995, cet évènement accueille annuels et met l'accent sur l'ouverture européenne puisque près de 50 % des 95 galeries sont d'origine européenne. Littérature et livre. Depuis 2005 ont lieu chaque année en mars les Rencontres européennes de littérature à Strasbourg, organisées par l'Association Capitale européenne des Littératures (ACEL) en partenariat avec l'université de Strasbourg. C'est notamment dans le cadre de ces Rencontres que sont remis le prix européen de littérature, le prix Jean-Arp de littérature francophone et le prix du patrimoine Nathan Katz. Le but de ces Rencontres est de promouvoir, en collaboration avec l'ensemble des acteurs culturels locaux, nationaux et européens, la place de Strasbourg en tant que capitale européenne des littératures et de mettre en valeur, dans une perspective largement ouverte sur l'espace européen comme sur l'espace francophone, le très riche patrimoine littéraire de l'Alsace, qui reste largement encore à découvrir. En , Strasbourg a accueilli la première édition de la manifestation consacrée au , Strasbulles. Musées. Depuis les années 1990, l'offre culturelle s'est développée et diversifiée. D'abord avec le nouveau musée d'Art moderne et contemporain de Strasbourg (MAMCS), inauguré en 1998 et qui expose sur ses des œuvres contemporaines de 1870 à nos jours. Puis avec la réouverture du musée historique, situé dans le bâtiment de l'ancienne grande boucherie. L'édifice de 1586 nécessitait en effet d'importants travaux de stabilisation. Ce musée est essentiellement axé sur l'histoire urbaine, militaire et économique de la ville. On y découvre notamment une maquette à l'échelle 1/600 de Strasbourg en 1727. La culture alsacienne est représentée par le musée alsacien, des arts et traditions populaires. On y découvre notamment la vie rurale alsacienne entre 1750 et 1860 à travers des objets de toutes sortes : mobilier, jouets, documents, couverts et autres ustensiles. Le musée des arts décoratifs, situé dans l'enceinte du palais Rohan nous fait également découvrir l'artisanat strasbourgeois du sous toutes ses coutures, ainsi que les appartements du palais. Le palais Rohan abrite aussi le musée archéologique, qui propose une importante collection d'objets anciens (de à ) découverts en Alsace et le musée des beaux-arts, qui retrace l'histoire de la peinture en Europe. Ce musée propose entre autres de nombreuses œuvres italiennes dont la plus ancienne, de Sandro Botticelli, est datée de 1485. Le cabinet des estampes et dessins, fondé en 1890, abrite quant à lui environ dont les plus anciennes datent du . Non loin de là, face à la cathédrale de Strasbourg, le musée de l'Œuvre Notre-Dame déploie une riche collection d'œuvres anciennes, bien souvent à caractère religieux. On y retrouve notamment l'un des plus anciens vitraux de France, la "tête romane de Wissembourg" de 1060, ainsi que la statuaire du de la cathédrale. Plus ludique, le musée zoologique, rattaché à l'université, propose une collection impressionnante d'animaux, parfois rarissimes. Le musée abrite aussi une collection gigantesque d'un million d'insectes. Le musée de minéralogie, lui aussi universitaire, abrite plus de minéraux. S'y trouve notamment la deuxième collection de météorites en France (450 échantillons). L'observatoire astronomique avec son planétarium est un autre lieu intéressant. Sous sa coupole se cache la troisième lunette astronomique de France après celles de Meudon et de Nice. Le planétarium propose de nombreuses séances destinées à la découverte de l'Univers. Ouvert en 2005, Le Vaisseau est un espace de découverte scientifique destiné aux enfants. Il propose au public jeune d'apprendre tout en s'amusant. Inauguré en , le musée Tomi-Ungerer – Centre international de l'illustration présente la collection Tomi Ungerer, donation de l'artiste à sa ville natale. Il est désormais installé à la villa Greiner, à deux pas du centre historique. Ce musée possède un fonds de dessins originaux et jouets anciens. Dans un registre plus surprenant le musée de la Coop, installé dans les locaux historiques de l'entreprise au Port du Rhin, permet de découvrir l'histoire de la fameuse coopérative alsacienne. Un musée du parachutisme est présent à l'aérodrome de Strasbourg-Neuhof. La chocolaterie Schaal à Geispolsheim comporte également un musée du chocolat. En , un musée Vodou s'installe dans l'ancien château d'eau de la gare. Le premier musée français permanent consacré au jeu vidéo, « Pixel Museum », accueille ses premiers visiteurs le à Schiltigheim. Trois ans après son ouverture, le musée ferme définitivement ses portes en juin 2020 pour des raisons économiques. Quelques jours plus tard, le , c'est le musée militaire « MM Park France » qui ouvre ses portes à La Wantzenau. Bibliothèques. La Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg (Bnu) est, avec sa collection de trois millions de volumes la deuxième bibliothèque de France. Elle a été fondée à la suite des bombardements de 1870 qui ont détruit l'ancien édifice et les ouvrages qu'il abritait. Reconstruite sous l'ère allemande, la bibliothèque obtiendra son statut de bibliothèque nationale en 1926. Selon les chiffres de 2006, elle compte lecteurs inscrits dont 64 % d'étudiants. Chaque année, la bibliothèque fait l'acquisition de nouveaux ouvrages et met en ligne de documents numérisés. Les domaines favorisés par la Bnus sont l'Europe, l'Allemagne, l'Alsace, l'Antiquité et la religion. La bibliothèque municipale de Strasbourg (BMS), moins élitiste, propose un fonds de documents, dont destinés au jeune public et CD audio. Bibliothèque de proximité, la BMS compte neuf succursales réparties dans la ville. Elle accueille également des rencontres, des conférences et des ateliers pour enfants. Enfin, la bibliothèque propose le service "Bibliobus", un bus équipé comme une bibliothèque et qui s'arrête à certaines heures près des établissements scolaires. La ville abrite dix médiathèques. La plus importante est la médiathèque André-Malraux, occupant un ancien bâtiment portuaire dans le quartier des Fronts de Neudorf. Il s'agit d'une médiathèque de l'Eurométropole, elle fait donc partie du réseau des "Médiathèques de la Ville et de l'Eurométropole de Strasbourg". Elle regroupe documents en accès libre ainsi que anciens. Incunables. En tant qu’un des premiers centres européens de l’imprimerie (Johannes Mentelin et autres), Strasbourg s’est longtemps enorgueilli d’une très importante collection d’incunables. Celle-ci cependant fut presque totalement anéantie à la suite du bombardement de la bibliothèque et des archives municipales, en 1870. D’importants efforts de reconstitution des fonds menés à partir de 1872 sous les auspices notamment de Rodolphe Reuss font que Strasbourg peut aujourd'hui se vanter à nouveau de posséder un nombre considérable d’incunables dans ses bibliothèques, nombre réparti comme suit : bibliothèque nationale et universitaire, env. ; médiathèques et bibliothèques de la Ville et de l'Eurométropole, 349 ; bibliothèque du Grand Séminaire de Strasbourg, 237 ; médiathèque protestante, 66 et bibliothèque alsatique du Crédit mutuel, 5. Strasbourg dans la culture française. Strasbourg dans la littérature. Au Au Au Au Strasbourg au cinéma. En 2008, l'intrigue de "Dans la ville de Sylvia" de José Luis Guerín se déroule à Strasbourg. En 2011, Philippe Claudel filme une grande partie des scènes de "Tous les soleils" au centre-ville de Strasbourg et sur les quais. Tourné en 1967 à Strasbourg, le premier épisode de "L'Homme du Picardie" se déroule dans le centre-ville et sur le Port du Rhin. Ce feuilleton télévisé français réalisé par Jacques Ertaud a été diffusé à partir du 16 décembre 1968 sur la première chaîne de l'ORTF. L'intrigue de "" de Guy Ritchie (2011) débute par un attentat à Strasbourg sur le parvis de la cathédrale. Cinémas. Strasbourg compte cinq cinémas dont un multiplexe. Le centre-ville est investi par les cinémas indépendants à vocation culturelle, notamment l"'Odyssée". Ce petit cinéma situé dans les locaux d'un ancien théâtre cinématographique de 1913 propose par ailleurs une bibliothèque consacrée au cinéma (, photographies). Strasbourg abrite en son centre deux autres cinémas d'art et d'essai, le "Star" (4 salles) et le "Star Saint-Exupéry" (5 salles, surnommé "Star Saint-Ex"). Le "Vox" (6 salles) a une offre plus généraliste. Près de la place de l’Étoile, le multiplexe UGC Ciné Cité Strasbourg Étoile est le plus grand complexe UGC d'Europe (22 salles, , un écran de ). Un multiplexe Pathé (12 salles, ) est situé dans la commune périphérique de Brumath à une quinzaine de kilomètres au nord de Strasbourg. L'arrivée des multiplexes de cinéma a entraîné le déclin des salles en centre-ville, plus particulièrement dans la rue du Vieux Marché aux Vins : le "Pathé Club" a fermé ses portes en 1999, le "Méliès" en 2000, et enfin l'ancien "UGC Capitole" situé rue du . On trouvait également avant cela un cinéma dans le quartier du Neudorf, "Le Scala", aujourd'hui reconverti en théâtre. L'association des "Films du Spectre" organise depuis 2006, le Spectre Film Festival, un événement annuel, se déroulant en septembre et consacré au cinéma de genre science-fiction, horreur et fantastique. L'Association La Cigogne Enragée organise depuis 2011 le Festival Chacun son Court, un festival consacré aux courts métrages professionnels mais également étudiants. Gastronomie. En raison de l'activité touristique, des congrès, de la présence des institutions européennes, mais aussi de la fidélité, cependant moindre que dans le passé, de la clientèle locale, les restaurants de toutes catégories et de qualités gastronomiques très diverses abondent à Strasbourg. Cinq restaurants sont récompensés par un macaron (« étoile ») Michelin en 2017. Le guide rouge, qui n'a plus attribué ses « trois étoiles » depuis le relatif déclassement du "Crocodile", vendu par Émile Jung, et le départ d'Antoine Westermann, étoile cinq établissements en 2017 : "1741, Le Crocodile, Buerehiesel" (sous l'égide d'Éric Westermann, fils du triple étoilé Antoine parti à Paris en « rendant ses étoiles »), "Umami, Gavroche". L’équipe de Frédéric Lefèvre de "La Carambole" à Schiltigheim, dans les faubourgs de la ville, obtient la seconde place au Trophée Paul Haeberlin en 2014. Strasbourg fut longtemps célèbre pour ses ', « bistrots à vins (d'Alsace) » typés et conviviaux auxquels une clientèle locale était très attachée. Cela notamment grâce à la présence constante de patrons au comportement familier, de personnages tels qu'Yvonne Haller, dont l'accueil marqua longuement un établissement de caractère, toujours existant, mais moins « personnalisé » : "Chez Yvonne", dont le nom alsacien est '. "Le Clou", d'ancienne notoriété, le "Coin des Pucelles", le "" et quelques autres établissements perpétuent la tradition, bien que les étrangers à la ville y fussent souvent beaucoup plus nombreux que les Strasbourgeois. Mais beaucoup d'affaires ont été reprises, sont gérées de façon autre par des propriétaires ou investisseurs ne participant pas au service, moins proches de la clientèle. "L’Ami Schutz", dans le secteur touristique des Ponts-Couverts, entretient une atmosphère appréciée de sa clientèle peu locale, internationale. L'endroit se flatta longtemps d'être une « bierstub ». Terrasse et salles agréables, ambiance se voulant « alsacienne ». "Au Pont du Corbeau", près du musée alsacien, garde un répertoire terroir et une clientèle strasbourgeoise. Deux restaurants de renom sont installés dans des maisons historiques célèbres : la "maison Kammerzell", qui avait été reprise et a été cédée par Guy-Pierre Baumann (le créateur de la choucroute au poisson), à la fin des années 1960, et "La Maison des Tanneurs", quasi institutionnelle (remaniée, cette demeure spectaculaire date pour l'essentiel de 1572 : François Lenhardt, qui reprit la maison après sa mère, fêta les de l'édifice en 2012). Strasbourg est une ville de , ou prétendues telles, plus que de « brasseries alsaciennes ». La disparition de l'affaire familiale Schützenberger en 2006, dernière brasserie indépendante de Schiltigheim, entraîna la fermeture du très contemporain restaurant-bar "Le Schutzenberger", immédiatement proche de la place Kléber. De gros investissements avaient été faits par Schutzenberger au cœur de Strasbourg, pour ce vaste établissement aux multiples niveaux, aménagé par Jean Nouvel, mais il ne connut pas le succès et demeure fermé depuis des années. Les restaurants-brasseries existants ne se différencient guère de ceux d'autres régions. Pratique du dialecte alsacien. L'alsacien est le nom donné aux variantes dialectales de l'allemand pratiquées en Alsace. Ces dialectes sont l'alémanique (du sud de la région jusque vers Haguenau) et un peu le francique (méridional vers Wissembourg et rhénan en Alsace bossue). Le parler strasbourgeois, bien qu'étant de l'alémanique, se différencie de ses alentours par une forte influence du francique qui marque son vocabulaire. En France, l'alsacien est la deuxième langue régionale après l'occitan, connu par quelque 39 % de la population de la région (beaucoup moins dans les villes, notamment Strasbourg, mais vivace dans les espaces ruraux). Comme pour toutes les langues non établies, l’orthographe n’est pas fixée, car la prononciation, en particulier, varie, ou variait, d’un secteur à l’autre, voire d’un village à l’autre, quand ce n'est pas d'un quartier à l'autre. Les différences phonologiques, et dans une moindre mesure morphologiques, entre les parlers du nord au sud de l'Alsace sont importantes. Une méthode comme orthal tente de remédier à cet état des choses. De nombreux mots français ont été intégrés et ont enrichi le lexique alsacien au fil du temps. Au début du , le dialecte est de moins en moins parlé à Strasbourg, surtout par les jeunes générations. "A contrario", il est pratiqué encore par de nombreuses personnes d'un certain âge. Quelques expressions se perpétuent dans le langage courant, certains mots restent usuels (notamment sur les cartes des ). Hommage en astronomie. L'astéroïde (4690) Strasbourg a été nommé en honneur de la ville. Personnalités liées à la commune. Plusieurs personnalités sont nées à Strasbourg et la ville a accueilli de nombreux personnages historiques. Johannes Gutenberg y résida plus de dix ans. Il y conçut en partie l'impression à caractères mobiles. De nombreux humanistes et propagateurs de la Réforme s'installèrent à Strasbourg, notamment Sébastien Brant, Érasme et Jean Calvin. Après le passage de Goethe qui suivit des études de droit et y élabora sa pensée, Strasbourg accueille Rouget de Lisle qui composera "La Marseillaise". Le vit passer d'autres personnalités, comme Victor Hugo, celui-ci brièvement et ne s'intéressant qu'à « la munster » (la cathédrale), Louis Pasteur et Albert Schweitzer. L'écrivain et aviateur Antoine de Saint-Exupéry effectua son service militaire à Strasbourg en 1921. Les illustrateurs Boulet, John Howe et Marjane Satrapi furent élèves de l'École supérieure des arts décoratifs de Strasbourg. Héraldique, logotype et devise. Héraldique. Le , le blason de la ville a été apposé sur la de la SNCF. Logotype et drapeau. Le drapeau de la ville dérive de son blason, il présente une large bande rouge diagonale sur un fond blanc. Le rouge et le blanc sont également les couleurs traditionnelles de l'Alsace. Le premier logo de la ville et de la communauté urbaine, adopté dans les années 1990, représente la flèche de la cathédrale stylisée. Le cercle coloré symbolise le mouvement et la dynamique. Le logo actuel est adopté en 2015. Il est dérivé de celui créé en 2010, qui a été adapté à l'occasion de la transformation de la communauté urbaine en métropole. Le « ".eu" » fait directement référence au site internet de la ville ; il montre également que Strasbourg est tournée vers les nouvelles technologies et confirme la vocation européenne de la ville. Ledit logo est généralement accompagné d'une vignette rouge portant la mention "Capitale européenne". Le plus souvent, le logo est vert, mais il existe également des variantes de différentes couleurs : bleu, rouge, noir, orange Devise. Devise : "", le nom latin de la ville. |
Shuffle (musique jamaïcaine) |
Slack |
Stephen King Stephen King , né le à Portland dans le Maine, est un écrivain américain. Il publie son premier roman en 1974 et devient rapidement célèbre pour ses contributions dans le domaine de l'horreur mais écrit également des livres relevant d'autres genres comme le fantastique, la fantasy, la science-fiction et le roman policier. Tout au long de sa carrière, il écrit et publie plus de , dont sept sous le nom de plume de Richard Bachman, et plus de , dont plus de la moitié sont réunies dans douze recueils de nouvelles. Après son grave accident en 1999, il ralentit son rythme d'écriture. Ses livres se sont vendus à plus de d'exemplaires à travers le monde et il établit de nouveaux records de ventes dans le domaine de l'édition durant les années 1980, décennie où sa popularité atteint son apogée. Longtemps dédaigné par les critiques littéraires et les universitaires car considéré comme un auteur « populaire », il acquiert plus de considération depuis les années 1990 même si une partie de ces milieux continue de rejeter ses livres. Il est régulièrement critiqué pour son style familier, son recours au gore et la longueur jugée excessive de certains de ses romans. À l'inverse, son sens de la narration, ses personnages vivants et colorés, et sa faculté à jouer avec les peurs des lecteurs sont salués. Au-delà du caractère horrifique de la plupart de ses livres, il aborde régulièrement les thèmes de l'enfance et de la condition de l'écrivain, et brosse un portrait social très réaliste et sans complaisance des États-Unis à la fin du et au début du siècle suivant en abordant des sujets de société comme l'homophobie, le fanatisme religieux et la religion en général, le racisme, le harcèlement, etc. Stephen King a remporté de nombreux prix littéraires dont treize fois le prix Bram-Stoker, sept fois le prix British Fantasy, cinq fois le prix Locus, quatre fois le prix World Fantasy, deux fois le prix Edgar-Allan-Poe, une fois le prix Hugo, l'O. Henry Award et le prestigieux Grand Master Award des Mystery Writers of America pour l'ensemble de sa carrière en 2007. Il a reçu en 2003 le National Book Award pour sa remarquable contribution à la littérature américaine. Il a été décoré de la National Medal of Arts en 2015, directement des mains du président américain Barack Obama à la Maison Blanche. Ses ouvrages ont souvent été adaptés pour le cinéma ou la télévision avec plus ou moins de succès, parfois avec sa contribution en tant que scénariste et, une seule fois, comme réalisateur. Biographie. Jeunesse. Les parents de Stephen King sont Donald Edwin King, né le sous le nom de Donald Pollock, ancien capitaine de la marine marchande devenu représentant, et Nellie Ruth Pillsbury, née le , pianiste. Ils se marient le . Le , le couple, qui pense ne pas pouvoir avoir d'enfant, adopte un nouveau-né, David Victor King. Néanmoins, Ruth finit par tomber enceinte et Stephen Edwin King naît le au ' de Portland, dans le Maine. En 1949, Donald King, coureur de jupons invétéré à qui le rôle de père de famille ne convient pas, abandonne soudainement le domicile familial pour ne jamais réapparaître. Dès lors, Ruth King et ses deux enfants vivent dans des conditions financières souvent très difficiles et déménagent fréquemment, Ruth occupant de petits emplois et s'installant tour à tour près du domicile de ses nombreuses sœurs. De 1949 à 1958, la famille King réside ainsi successivement à Fort Wayne (Indiana), West De Pere (Wisconsin), Chicago, Malden (Massachusetts) et Stratford (Connecticut). À l'âge de quatre ans, le jeune Stephen connaît ses premières rencontres avec l'horreur. Dans la vie réelle tout d'abord, quand un train écrase un camarade de jeu sous ses yeux. Puis en écoutant l'adaptation radiophonique d'une nouvelle de Ray Bradbury, ', qui le terrifie. Pendant l'année scolaire 1953-1954, il est retiré de l'école en raison de divers problèmes de santé et passe l'essentiel de son temps à la maison, où il écrit ses premières histoires d'enfant. En 1958, la famille King retourne dans le Maine, à Durham, pour que Ruth puisse s'occuper de ses parents dont la santé est déclinante. Cette année-là, elle offre à son fils sa première machine à écrire pour Noël et Stephen écrit plusieurs nouvelles, largement inspirées par les bandes dessinées d'EC Comics, notamment "Les Contes de la crypte", et les films de science-fiction et d'horreur. En 1960, Stephen découvre une caisse de livres qui appartenaient à son père et dans laquelle se trouve ', une anthologie de nouvelles de H. P. Lovecraft qui constitue sa première lecture d'horreur « sérieuse ». Entre 1958 et 1966, il se rend en stop quasiment tous les samedis au cinéma Ritz de Lewiston, distant d'une vingtaine de kilomètres de Durham, pour satisfaire sa passion du cinéma. En 1961, il expédie pour la première fois une de ses nouvelles, ', à un magazine publié par Forrest J Ackerman. Il autopublie ses premiers récits vers la même période à l'aide d'une machine à ronéotyper que son frère utilise pour publier le journal ' ("Le Torchon de Dave") auquel Stephen contribue. Il vend ainsi sa première histoire, une novélisation du film "La Chambre des tortures" (', 1961), aux élèves de son école mais la principale l'oblige à rembourser ses gains. De 1962 à 1966, Stephen King va à l'école secondaire de Lisbon Falls. Il est bon élève, sauf en physique et en chimie, mais n'est ni très sociable, ni athlétique en raison de ses problèmes de poids. Il joue au poste d'offensive tackle dans l'équipe de football américain de son école secondaire. En 1963, il écrit son premier roman, ', texte de resté inachevé et jamais publié. À partir de 1964, il travaille comme journaliste sportif pour le journal hebdomadaire de Lisbon Falls et y apprend de son rédacteur en chef à corriger ses textes en supprimant les mots superflus. La première histoire qu'il réussit à faire publier, après de nombreux refus, est ' qui paraît en 1965 dans un fanzine d'horreur sous le titre "". Durant sa dernière année de son école secondaire, il écrit la première version de "Rage" mais la laisse inachevée. Après avoir obtenu son diplôme de fin d'études secondaires, King étudie la littérature à l'université du Maine d'Orono de 1966 à 1970. C'est pendant sa première année à l'université, qu'il écrit "Marche ou crève", premier roman qu'il termine. Il le présente à un concours du premier roman organisé par Random House, qui le rejette rapidement à la grande détresse de l'écrivain. En 1967, il réussit pour la première fois à vendre une nouvelle, ', au magazine ', qui la lui achète . Il écrit aussi des nouvelles qui paraissent dans le magazine littéraire du campus, "Ubris", et dans le journal des étudiants, ', pour lequel il écrit également des articles dans une rubrique intitulée ' ("Le Camion à ordures de King") à partir de 1969. Le professeur Burton Hatlen aide King à développer son talent à travers ses ateliers littéraires et l'encourage à persévérer dans l'écriture. Sa deuxième vente professionnelle est la nouvelle "L'Image de la faucheuse", qui lui rapporte au printemps 1969. Quelques mois plus tard, King rencontre Tabitha Jane Spruce, elle aussi étudiante en lettres, à la bibliothèque du campus et tombe amoureux d'elle. Durant sa dernière année à l'université, il achève le roman ', une histoire très sombre qui a pour toile de fond une émeute raciale dans une petite ville, mais il ne réussit pas à la vendre à un éditeur et ce roman demeure inédit. Au printemps 1970, il écrit également les deux premiers récits de ce qui constituera plus tard "Le Pistolero" ainsi que la nouvelle "Poste de nuit", que le magazine masculin ' lui achète . Stephen King sort de l'université du Maine avec un diplôme et un certificat d'enseignant en anglais ainsi qu'une mention en élocution et en art dramatique. Il emménage dans un appartement à Orono avec Tabitha mais il n'arrive pas à trouver un poste d'enseignant et doit se résigner à travailler dans une blanchisserie industrielle. Il essaie de compléter les maigres revenus de son ménage en envoyant des nouvelles à des magazines et se marie avec Tabitha le alors qu'elle est enceinte de leur premier enfant, une fille prénommée Naomi qui naît cinq mois plus tard. En 1971, King trouve un poste de professeur d'anglais à l'école secondaire de Hampden, pour un salaire de par an, mais continue à travailler dans la blanchisserie pendant les vacances d'été car la situation financière du foyer, qui vit de 1971 à 1973 dans une caravane à Hermon, est devenue plus précaire encore avec la naissance d'un deuxième enfant, Joseph Hillstrom, en 1972. Durant cette période difficile, où trois romans qu'il a écrits, "Rage", "Blaze" et "Running Man", sont refusés par les éditeurs, King développe une dépendance à l'alcool en cherchant du réconfort dans la boisson. Par ailleurs, il vend notamment les nouvelles "Le Cinquième Quart", histoire de gangsters qui est la seule qu'il ait publiée sous le pseudonyme de John Swithen, et "Cours, Jimmy, cours", achetée par "" , la plus forte somme qu'un récit lui a rapporté jusqu'alors. Carrière. Années 1970. En 1972, alors que Stephen King a , il entreprend la rédaction de "Carrie", l'histoire d'une adolescente souffre-douleur de ses camarades de classe qui développe un pouvoir de télékinésie, mais, doutant de la qualité de son récit, il jette les premières pages à la poubelle. Tabitha les retrouve et, après les avoir lues, encourage son mari à persévérer dans sa tentative. King termine donc "Carrie" et expédie le manuscrit à la maison d'édition Doubleday. L'éditeur accepte le roman en et fait signer à King un contrat type qui l'engage pour cinq romans. Doubleday programme sa publication pour l'année suivante, versant à King une avance sur les droits d'auteur de . La famille King déménage pour Bangor et Stephen commence à écrire un nouveau roman, "Salem", quand Doubleday l'informe que les droits en édition de poche de "Carrie" ont été vendus pour , somme dont la moitié lui revient. King décide alors d'arrêter sa carrière d'enseignant et de se consacrer uniquement à l'écriture. Sa mère meurt en d'un cancer de l'utérus diagnostiqué quelques mois auparavant, sa sœur Ethelyn lui ayant fait la lecture de "Carrie" un mois avant sa mort. "Carrie" est finalement publié par Doubleday le à , sont vendus la première année. Après la mort de sa mère, King et sa famille déménagent à Boulder, dans le Colorado, où il entreprend la rédaction de "Shining, l'enfant lumière" après avoir imaginé les bases de l'histoire lors d'un bref séjour au "" d'Estes Park. Ils reviennent s'installer dans le Maine en 1975, King achetant sa première maison à Bridgton, et "Salem" est publié par Doubleday le . Ce roman est une sorte de version modernisée de "Dracula" dans laquelle le vampire s'installe dans une petite ville du Maine. Il s'inspire aussi de "Peyton Place" pour le regard qu'il porte sur la mentalité régnant dans les petites villes. Toujours en 1975, "Carrie" est publié en édition de poche et se vend à plus de en moins d'un an. "Salem", dont les droits en édition de poche ont été vendus par Doubleday pour , sort dans le même format en et se vend à en six mois. En 1976, King ressent le besoin d'engager un agent littéraire pour le représenter car il n'est pas satisfait du faible pourcentage qu'il touche sur les droits d'auteur, et Doubleday refuse de renégocier son contrat. Il choisit de se faire représenter par Kirby McCauley, qui a gagné sa confiance en vendant certaines de ses nouvelles à des magazines généralistes, et ce dernier négocie en 1977 un nouveau contrat avec Viking Press qui engage King sur trois livres pour . "Shining, l'enfant lumière" paraît le . Le roman met en scène la famille Torrance qui passe l'hiver seule dans un hôtel hanté par une présence maléfique, laquelle veut s'emparer du jeune Danny, doté d'un pouvoir télépathique, en utilisant son père. Ce roman, "Shining, l'enfant lumière", étudie la désintégration de la cellule familiale à travers l'isolement, la folie et l'alcoolisme, ce dernier facteur reflétant de façon inconsciente les problèmes de King avec la boisson. Le roman se vend la première année à environ en édition cartonnée et dépasse légèrement les ventes de "Salem" en édition de poche. Il entre brièvement sur la liste des best-sellers du "New York Times", tous les romans de King allant devenir des best-sellers à partir de ce moment, à l'exclusion de ceux parus en édition limitée ou sous son pseudonyme. King se crée en effet le pseudonyme de Richard Bachman d'une part car les standards de l'édition de l'époque ne permettent pas à un auteur de publier plus d'un livre par an, et d'autre part pour se libérer de la pression que sa notoriété grandissante lui apporte désormais. Le premier roman qu'il publie sous son pseudonyme, et qui sort directement en édition de poche en , dans l'indifférence générale, est "Rage", roman de jeunesse entamé en grande partie au lycée et auquel il a mis la dernière main en 1971. Le sujet de ce drame psychologique est un lycéen qui abat son professeur, prend ses camarades de classe en otage et les pousse à confier publiquement ce qu'ils ont sur le cœur. Toujours en 1977, King vend sa maison de Bridgton et emménage en Angleterre avec sa famille, qui comprend désormais un troisième enfant, Owen, né en février, dans le but d'y rester un an pour y écrire un roman se déroulant dans ce pays. Cette tentative est toutefois un échec et la famille King revient dans le Maine au bout de seulement trois mois, King achetant une maison à Lovell qui deviendra par la suite sa résidence estivale. Durant son bref séjour en Angleterre, il rencontre l'écrivain Peter Straub et les deux hommes sympathisent rapidement, évoquant une possible collaboration dans le futur. En 1978, King accepte un poste de maître de cours offert par l'université du Maine et s'installe à Orrington pour un an. Cette année-là, deux nouveaux livres de King sont publiés par Doubleday. "Danse macabre", qui paraît en février, est un recueil de vingt nouvelles dont la plupart ont déjà été publiées dans divers magazines. C'est ensuite "Le Fléau" qui paraît au mois de septembre. Roman épique et post-apocalyptique dans lequel la quasi-totalité de la population meurt à la suite d'une pandémie de grippe créée en laboratoire et où les survivants sont ensuite irrésistiblement attirés par deux puissances opposées pour reproduire la lutte éternelle du Bien contre le Mal, "le Fléau" est l'une des œuvres les plus ambitieuses de King et est considérée comme l'un de ses chefs-d'œuvre. Doubleday ayant jugé le roman trop volumineux, King doit opérer d'importantes coupures, supprimant environ . Les ventes du "Fléau" connaissent un niveau comparable à celles de "Shining, l'enfant lumière". "Marche ou crève", le deuxième roman de King édité sous son pseudonyme de Richard Bachman, est publié en édition de poche en . Écrit dix ans auparavant, c'est un récit dystopique dans lequel les États-Unis sont devenus une dictature militaire et où une grande marche réunissant cent jeunes gens est organisée annuellement, la fortune étant promise au dernier marcheur survivant. Il est souvent considéré comme le meilleur roman publié sous le pseudonyme de Bachman. Un mois plus tard, c'est au tour de "Dead Zone" de sortir en librairie. Premier livre publié chez le nouvel éditeur de King, Viking Press, "Dead Zone" présente un contenu nettement moins horrifique que les précédents romans que l'auteur a publiés sous son nom et narre l'histoire de Johnny Smith, un enseignant qui se réveille d'un long coma avec le don de voir le passé ou le futur des gens par un simple contact. Ce don tourne peu à peu à la malédiction et provoque chez le héros un dilemme moral quand il découvre qu'un politicien en pleine ascension va être dans le futur responsable d'un désastre à grande échelle. "Dead Zone" se vend à la première année et est le premier roman de King à parvenir à la première place de la liste des best-sellers du "New York Times". Années 1980. Stephen King continue d'écrire à un rythme effréné et son roman suivant, "Charlie", sort en . Dans ce livre, Andrew McGee et sa fille Charlie, dotée d'un pouvoir de pyrokinésie, sont traqués par une agence secrète gouvernementale qui veut étudier le pouvoir de la petite fille, King exprimant dans ce roman toute la méfiance qu'il éprouve envers le gouvernement américain. Ce roman confirme que King est désormais l'une des valeurs sûres du milieu de l'édition avec une nouvelle première place sur la liste des best-sellers du "New York Times" et vendus la première année. La même année, il achète la "", une demeure victorienne de Bangor comportant 23 pièces et située au 47 West Broadway, dont il fait sa résidence principale. King publie trois nouveaux livres en 1981. "Chantier", qui paraît en mars sous le pseudonyme de Richard Bachman, est l'étude de l'obsession d'un homme refusant de quitter sa maison, qui doit être détruite pour permettre la construction d'une autoroute, et sombrant peu à peu dans la folie. Le mois suivant, l'écrivain publie son premier livre non-fictif, "Anatomie de l'horreur", dans lequel il étudie le genre horrifique à travers ses différents médias. Cet essai écrit dans son style narratif habituel remporte le prix Hugo et le prix Locus. Enfin, dans le roman "Cujo", édité en août, un énorme Saint-Bernard se fait infecter par le virus de la rage et se transforme en redoutable machine à tuer qui piège dans leur voiture une femme et son enfant. Ce livre ressemble à un roman de Bachman dans le sens où aucun élément fantastique n'y intervient et l'idée initiale de King était d'ailleurs de le publier sous son pseudonyme. "Cujo" se vend à la première année et remporte le prix British Fantasy. Ce rythme élevé de trois parutions par an est maintenu en 1982. Comme l'année précédente, King publie un nouveau roman sous le pseudonyme de Bachman, "Running Man", qui paraît en mai et dont il a écrit la première version en une semaine au début des années 1970. Ce roman dystopique situé dans un futur proche met en scène un homme qui participe à un jeu télévisé dans lequel il doit échapper pendant un mois à des tueurs lancés à ses trousses, et représente la première incursion importante de King dans le domaine de la science-fiction. En juin, l'auteur publie, dans une édition limitée à , "Le Pistolero", court roman composé de cinq nouvelles publiées auparavant dans un magazine et qui est le premier volume du cycle de "La Tour sombre", épopée au croisement de plusieurs genres littéraires retraçant la longue quête de la mythique Tour sombre par le pistolero Roland de Gilead. Enfin, "Différentes Saisons", publié en août, est un recueil de quatre récits trop longs pour une nouvelle et trop courts pour un roman et dont seul le dernier comporte un élément surnaturel. Ces récits sont considérés comme les meilleures œuvres de taille intermédiaire de King, particulièrement "Le Corps", qui fait partie de ses fictions les plus autobiographiques. Malgré son format inhabituel, le livre est un succès commercial, parvenant à la première place de la liste des best-sellers du "New York Times". King poursuit le même rythme de parution en 1983 avec trois nouveaux romans. "Christine", sorti en avril, qui narre l'histoire d'un adolescent tombant sous l'influence d'une Plymouth Fury modèle 1958 hantée par une présence maléfique, puis "Simetierre" et "L'Année du loup-garou", publiés tous deux en novembre. "L'Année du loup-garou" est un récit sur le thème de la lycanthropie paru en édition limitée. Il devait à l'origine être un calendrier avec des vignettes de écrites par King avant de se transformer en un court roman accompagné d’illustrations de Bernie Wrightson. Dans "Simetierre", Louis Creed est émotionnellement dévasté par la mort de son fils, âgé de deux ans, et décide de le ramener à la vie en l'enterrant dans un cimetière micmac que son voisin lui a fait découvrir. Roman sur la perte d'un enfant et l'idée que certaines choses sont pires que la mort, il est considéré comme le plus sombre ayant été écrit par King. L'écrivain, trouvant son histoire trop terrifiante, décide initialement de ne pas le publier avant de changer d'avis car son contrat avec Doubleday l'oblige à fournir encore un roman à son ancienne maison d'édition. Précédé par sa réputation, "Simetierre" est le plus grand succès commercial de King jusqu'alors, se vendant à la première année. "Christine" s'étant pour sa part vendu à , King classe pour la première fois deux de ses romans dans les dix meilleures ventes de fiction annuelles aux États-Unis avec la pour "Simetierre" et la pour "Christine". En 1984, l'auteur aborde le genre de la fantasy avec la parution de deux romans, "Les Yeux du dragon" et "Le Talisman". "Les Yeux du dragon" est un conte pour enfants classique que King écrit pour sa fille Naomi après avoir réalisé qu'elle n'a jamais lu un de ses livres par manque de goût pour ses récits horrifiques. Il paraît en édition illustrée et limitée à chez "", petite maison d'édition fondée par King en 1982 pour pouvoir imprimer des livres destinés à ses relations. "Le Talisman", coécrit avec son ami Peter Straub, est la concrétisation d'un projet dont les deux hommes discutaient depuis plusieurs années. Mêlant fantasy et horreur, il retrace la quête initiatique du jeune Jack Sawyer, qui voyage à travers les États-Unis ainsi que dans un univers parallèle où la magie a remplacé la science pour trouver le talisman seul capable de sauver sa mère. Bénéficiant d'une promotion de grande envergure de la part de Viking Press, "le Talisman", sorti le , se vend à en moins de deux mois et se classe en tête des meilleures ventes de fiction aux États-Unis en 1984. "La Peau sur les os", cinquième roman publié sous le pseudonyme de Richard Bachman, sort quelques jours après "le Talisman". Ce roman, dans lequel un homme est frappé par une malédiction qui lui fait perdre par jour, est le premier signé Bachman à sortir en édition cartonnée ainsi que le premier publié sous ce pseudonyme à faire intervenir un élément surnaturel. Les similitudes de "la Peau sur les os" avec les romans de King attirent l'attention des spécialistes et Steve Brown, un employé de librairie, découvre la supercherie en examinant les formulaires de copyright de la Bibliothèque du Congrès. En , Brown écrit une lettre à King dans laquelle il lui annonce sa découverte et son intention de tout dévoiler publiquement, et l'écrivain le prend alors de vitesse en avouant en février que Bachman et lui sont la même personne. Les ventes de "la Peau sur les os" explosent, passant en quelques semaines de à . King publie "Brume", un recueil de nouvelles composé de vingt textes, le . "Brume" est souvent perçu comme contenant bon nombre des meilleures nouvelles de l'écrivain, la nouvelle éponyme et "Le Chenal", qui a remporté le prix World Fantasy de la meilleure nouvelle en 1982, étant particulièrement mises en avant. Le livre reste neuf semaines consécutives à la première place de la liste des best-sellers du "New York Times", fait sans précédent pour un recueil de nouvelles, et remporte le prix Locus du meilleur recueil de nouvelles. En octobre, et pour répondre à l'énorme demande du public qui n'arrive pas à se les procurer, les quatre premiers romans de Richard Bachman sont publiés en un seul volume sous le nom de '. C'est à cette époque que la popularité de King atteint des sommets et que l'écrivain devient un phénomène médiatique. Dans la semaine du 17 au , il établit un nouveau record en plaçant cinq de ses livres sur la liste des best-sellers. "Ça", le roman suivant de King, est publié le et confirme la popularité de l'écrivain. Pour la première fois dans l'histoire de l'édition, le premier tirage d'un roman atteint le chiffre d'un million d'exemplaires. Condensé de tout ce que l'écrivain sait de l'horreur et de l'enfance, "Ça" retrace la lutte entre sept enfants, puis adultes, et une entité maléfique qui prend la forme des peurs les plus profondes de ses victimes. Roman complexe qui est le plus long publié par King jusqu'alors, il suit une structure de narration non linéaire en alternant entre deux périodes de temps principales ainsi qu'entre les différentes perspectives des personnages principaux, et est généralement considéré comme l'un de ses chefs-d'œuvre. "Ça" se classe en tête des meilleures ventes de fiction aux États-Unis en 1986 et remporte le prix British Fantasy. En , une version légèrement remaniée des "Yeux du dragon" est publiée par Viking Press, l'éditeur habituel de King. Ce roman très éloigné du style et du genre habituels de l'écrivain devient néanmoins lui aussi un best-seller avec plus de vendus la première année. Trois nouveaux romans de King sont édités la même année. "Les Trois Cartes", de "la Tour sombre" dans lequel Roland de Gilead se rend à New York à trois époques différentes pour en ramener des compagnons de quête, sort en mai et toujours en édition limitée. "Misery", huis clos dans lequel un écrivain est, après un grave accident, recueilli et séquestré par une admiratrice schizophrène qui l'oblige à écrire un roman pour elle, paraît le mois suivant. Commencé en 1984, ce roman exempt de toute trace de surnaturel était à l'origine prévu pour être publié sous le pseudonyme de Bachman avant que King ne soit obligé de changer ses plans à la suite de la révélation de son identité secrète. "Misery" remporte la première édition du prix Bram-Stoker. Enfin, "Les Tommyknockers" est publié en novembre. King mêle horreur et science-fiction dans ce long roman où un vaisseau extraterrestre exerce son influence néfaste sur les habitants d'une petite ville lorsqu'il est déterré. "Les Tommyknockers" et "Misery" sont deux nouveaux best-sellers qui se classent respectivement aux première et quatrième places des meilleures ventes de fiction aux États-Unis en 1987. Écrits en grande partie en 1985 et 1986, "Misery" et "les Tommyknockers" sont aussi une métaphore de l'addiction de King à cette époque. À sa dépendance à l'alcool, l'écrivain a en effet désormais ajouté une dépendance à la cocaïne et aux médicaments. Réalisant à quel point la condition de son mari se dégrade, Tabitha intervient pour lui faire prendre conscience de la situation. Réunissant ses proches, elle vide devant lui un sac contenant les restes de sa consommation récente de drogues et d'alcool et lui donne le choix : se faire soigner ou quitter la maison. Mis devant ses responsabilités, King part suivre une cure de désintoxication. Il cesse toute forme de consommation de drogue et demeure sobre par la suite. Cette épreuve interrompt néanmoins son activité créatrice et il a beaucoup de mal à retrouver son rythme, connaissant un blocage de l'écrivain de presque un an auquel il met fin en complétant la nouvelle "La Saison des pluies". La conséquence directe de cette pause créative forcée est qu'aucun nouveau livre de King ne sort en 1988, à l'exception de "", un livre de photographies de gargouilles avec une longue introduction de King. Son premier véritable livre à paraître depuis "les Tommyknockers" est le roman "La Part des ténèbres", publié le , dans lequel le pseudonyme d'un écrivain prend vie et cherche à s'emparer de celle de son créateur. "La Part des ténèbres" est directement inspiré par l'expérience vécue par King avec Richard Bachman, son « double littéraire ». Deux ans après son dernier succès, King quitte les années 1980 avec un nouveau best-seller, au classement des meilleures ventes de fiction aux États-Unis en 1989. Années 1990. Après de longues négociations avec son ancien éditeur Doubleday, il est enfin libre de publier "Le Fléau" sous la forme qu'il souhaitait. Une nouvelle édition du roman, comprenant environ cent cinquante mille mots supplémentaires, soit environ 520 pages coupées, ce qui en fait le livre le plus long de King, et réactualisée sur le plan des références culturelles et politiques, est éditée le . Les ajouts introduisent plus de variations de rythme, enrichissent la psychologie des personnages, intègrent deux longs passages certainement supprimés en 1978 pour cause de censure, et solidifient la conclusion du roman. En , c'est un deuxième recueil de quatre récits de taille intermédiaire qui paraît. ', "Minuit 2" et "Minuit 4" dans l'édition française, est néanmoins très différent de "Différentes Saisons" car les histoires qui le composent se placent résolument dans les genres fantastique et horrifique. Ce recueil remporte le prix Bram-Stoker dans sa catégorie. ' / "" et la nouvelle édition du "Fléau" se classent respectivement aux et des meilleures ventes de fiction aux États-Unis en 1990. Ayant retrouvé son rythme d'écriture, King publie deux nouveaux romans en 1991. "Terres perdues", publié en août dans une édition limitée à trente mille exemplaires, est le troisième volume du cycle de "La Tour sombre". Le petit groupe de pistoleros formé par Roland de Gilead s'y retrouve désormais au complet et se lance sur ce qui constitue la première étape de sa quête dans un monde post-apocalyptique. Dans "Bazaar", édité en octobre, King fait ses adieux à la petite ville de Castle Rock, apparue pour la première fois dans "" et dans plusieurs de ses récits depuis lors, en l'entraînant dans une spirale de violence et de destruction provoquée par les manigances du mystérieux propriétaire d'un nouveau magasin. Avec ce roman se terminant de façon cataclysmique pour Castle Rock, King semble vouloir tourner une page de sa carrière. Avec ses deux romans suivants parus en 1992, "Jessie" et "Dolores Claiborne", les deux premiers volets d'une , King confirme ce sentiment en prenant ses distances avec le genre qui a fait sa gloire. "Jessie", huis clos psychologique où l'héroïne est menottée à un lit pendant l'essentiel du récit, et "Dolores Claiborne", écrit sous la forme d'un monologue ininterrompu où une femme avoue le meurtre de son mari abusif, sont deux portraits de femmes qui se libèrent chacune à leur manière de la domination masculine. De cette trilogie, poursuivie plus tard avec "Rose Madder", "Dolores Claiborne" est généralement considéré comme le roman le plus abouti. Bien qu'ils soient, à l'exception d'une scène commune, dépourvus de tout élément surnaturel, les lecteurs de King lui demeurent indéfectiblement fidèles, "Dolores Claiborne" et "Jessie" parvenant tous deux à la première place de la liste des best-sellers du "New York Times" et se classant respectivement aux première et troisième places des meilleures ventes de fiction aux États-Unis en 1992. Après "Rêves et Cauchemars", un recueil de vingt-deux nouvelles et de deux textes sur le baseball, supprimés de la version en français, publié en , King continue à surprendre ses lecteurs avec son nouveau roman. "Insomnie", édité en , est en effet un roman méditatif au rythme lent et dont les personnages principaux sont deux personnes âgées souffrant d'insomnies et de visions impliquant trois êtres rappelant les Parques. Le roman prend une autre tournure quand l'écrivain vient y greffer un débat social, le droit à l'avortement, et le relie de façon prononcée au cycle de "la Tour sombre". King publie ensuite le troisième volet de sa , "Rose Madder", en . Ce roman aborde directement le thème de la violence conjugale avec son héroïne qui, après des années de sévices, cherche à refaire sa vie loin de son mari, un policier sadique qui entend la retrouver. L'élément fantastique est introduit au milieu du récit par le biais d'un tableau qui est un portail vers un univers parallèle. Bien que ces trois livres se classent dans les dix meilleures ventes annuelles de fiction aux États-Unis, ils ne connaissent pas le succès obtenu par la plupart de leurs prédécesseurs depuis le début des années 1980 et King semble sur le déclin, le magazine "Entertainment Weekly" soulignant sa baisse de popularité. King retrouve cependant les sommets dès 1996. Sa nouvelle "L'Homme au costume noir", qui narre la rencontre d'un jeune garçon avec le Diable, remporte cette année le prestigieux O. Henry Award, récompensant la meilleure nouvelle parue dans la presse nord-américaine l'année précédente, après avoir également obtenu le prix World Fantasy de la meilleure nouvelle. L'écrivain se lance ensuite dans deux concepts originaux. Il remet tout d'abord à l'honneur le genre du roman-feuilleton, tombé en désuétude, en publiant en édition de poche les six épisodes de "La Ligne verte" au rythme d'un épisode par mois entre mars et . "La Ligne verte", dont l'action se situe dans les années 1930, a pour cadre le quartier réservé aux condamnés à mort d'un pénitencier où est enfermé John Caffey, accusé du viol et du meurtre de deux fillettes et doté d'un pouvoir curateur. King continue à mettre en avant des thèmes sociaux en y dénonçant le racisme et la peine de mort. Ses deux romans suivants, "Désolation" et "Les Régulateurs", ce dernier étant publié sous le nom de Richard Bachman, sortent simultanément le . Les deux livres mettent en scène des personnages portant les mêmes noms et qui sont confrontés au même adversaire, une force maléfique nommée Tak, mais dans des situations et des décors radicalement différents. Dans le « match » opposant King à Bachman, c'est le premier qui sort vainqueur, "Désolation" devançant "les Régulateurs" au classement des meilleures ventes de fiction aux États-Unis en 1996 avec une contre une et étant mieux accueilli par la critique. L'écrivain américain établit cette année-là un nouveau record en plaçant huit livres sur la liste des best-sellers du "New York Times". "La Ligne verte" remporte par ailleurs le prix Bram-Stoker alors que "Désolation" est le lauréat du prix Locus du meilleur roman d'horreur. "Magie et Cristal", le quatrième volume de "la Tour sombre", est publié le en édition limitée à quarante mille exemplaires et revient en grande partie sur un épisode crucial de la jeunesse de Roland de Gilead. À la même période, King change de maison d'édition pour la deuxième fois de sa carrière et signe un contrat avec Scribner après vingt ans de collaboration avec Viking Press. Mais l'avocat qui lui tient lieu d'agent littéraire depuis 1988 négocie ce nouveau contrat avec fracas, attirant l'attention du milieu de l'édition en demandant dix-sept millions de dollars d'à-valoir pour le prochain roman de King. Ce dernier, gêné par le battage médiatique, renonce à cette considérable avance sur droits d'auteur pour devenir à la place le partenaire de Scribner en négociant une avance de deux millions de dollars par livre et un partage à 50 % des profits. Le premier roman publié chez Scribner est "Sac d'os", qui paraît le . À travers son personnage principal, un écrivain, veuf depuis peu, qui doit simultanément faire face à des fantômes hantant sa résidence et à un multimillionnaire qui veut séparer une mère de son enfant, King y évoque certains aspects de son métier. Cette , comme l'appelle King, est généralement considérée comme faisant partie de ses meilleures œuvres. "Sac d'os" est aussi son premier livre à remporter trois prix majeurs, le prix Bram-Stoker, le prix British Fantasy et le prix Locus, et se classe à la troisième place des meilleures ventes de fiction aux États-Unis en 1998. En 1999, King publie deux nouveaux livres. Dans "La Petite Fille qui aimait Tom Gordon", édité en avril, une petite fille se perd dans les bois du Maine et cherche à retrouver la civilisation en puisant du réconfort dans le joueur de baseball des Red Sox de Boston Tom Gordon qui devient son ami imaginaire. "Cœurs perdus en Atlantide", publié en septembre, est un recueil de nouvelles assez particulier, les cinq récits le composant, dont deux constituent la plus grande partie du livre, étant reliés par le personnage de Carol Gerber, qui sert de fil rouge. Avec ce recueil, King revient sur les années 1960 et la guerre du Viêt Nam, un sujet qu'il voulait évoquer depuis longtemps, et intègre le seul élément fantastique à travers le pouvoir psychique du personnage de Ted Brautigan, qui fera sa réapparition dans le dernier volume de "la Tour sombre". "Cœurs perdus en Atlantide" et "La Petite Fille qui aimait Tom Gordon", deux livres au contenu très peu horrifique, se classent respectivement aux sixième et huitième places des meilleures ventes de fiction aux États-Unis en 1999. Entre la publication de ces deux livres, la vie de Stephen King a toutefois radicalement changé. Il est en effet victime d'un grave accident survenu à proximité de sa maison de Lovell le samedi . Alors qu'il marche sur le bord de la route, il est renversé par une camionnette dont le conducteur, Bryan Smith, est distrait par son chien se trouvant sur le siège arrière. Souffrant de nombreuses fractures, neuf à la jambe droite et une au col du fémur, d'un poumon perforé et de quatre côtes cassées, il reste hospitalisé trois semaines durant lesquelles il subit cinq interventions chirurgicales. Il sort de l'hôpital le et se remet à écrire le 24 du même mois, les premières séances étant très laborieuses en raison de la douleur constante qu'il éprouve à rester longtemps en position assise mais l'écriture ayant à moyen terme un effet thérapeutique. De nombreuses versions accréditent le fait que King rachète le véhicule à l'origine de cet accident pour le détruire afin qu'il ne puisse pas être revendu sur des sites de ventes aux enchères à des fans trop intéressés par sa « proximité tragique » avec leur auteur favori. Cependant, selon l'interview accordé au journal français Paris-Match, il précise que c'est son épouse Tabitah qui a racheté ce van et l'a fait détruire. À la suite de cet accident, il achète une maison à Sarasota, en Floride, afin de passer l'hiver sous un climat plus favorable à son état de santé. Années 2000. King commence les années 2000 en étant l'un des premiers écrivains à explorer le marché du livre numérique, ce qu'il avait déjà expérimenté en 1993. En , il publie sous ce format la nouvelle "Un tour sur le Bolid"', écrite pendant sa convalescence. L'expérience est une grande réussite avec le premier jour et une demande qui demeure élevée pendant plusieurs semaines, faisant de ce le premier best-seller numérique. Encouragé par ce succès, l'écrivain va plus loin en proposant de télécharger le premier chapitre du roman "The Plant" de son site web et de payer de façon optionnelle, l'écrivain s'engageant à continuer tant qu'un nombre suffisant de lecteurs acceptent de payer. Les trois premiers chapitres de "The Plant" ont été écrits entre 1982 et 1985 et distribués par King à ses relations pour Noël avant que l'écrivain n'abandonne l'histoire après avoir réalisé qu'elle se rapprochait trop de "La Petite Boutique des horreurs". Entre juillet et , il remanie puis écrit six chapitres du récit au rythme d'un par mois mais le nombre de lecteurs payants diminue progressivement et l'écrivain finit par abandonner le projet. "", livre qui tient à la fois de l'essai sur l'art d'écrire et de l'autobiographie et sur lequel King travaillait déjà avant son accident, est publié le . Ce livre remporte le prix Bram-Stoker et le prix Locus dans sa catégorie. En 2001, King publie deux romans qui sont les premiers à avoir été entièrement écrits après son accident. "Dreamcatcher", qui paraît en mars, mêle horreur et science-fiction, les victimes d'un virus extraterrestre développant à l'intérieur de leur corps des créatures qui les tuent en arrivant à maturité. "Territoires", édité en septembre, est la deuxième collaboration de King avec Peter Straub et reprend le personnage principal du "Talisman" vingt ans après les événements de ce roman. King y établit plusieurs connexions avec "La Tour sombre". "Dreamcatcher" et "Territoires" se classent respectivement aux et des meilleures ventes de fiction aux États-Unis en 2001. En 2002, King annonce qu'il va prendre sa retraite d'écrivain après avoir terminé le cycle de "la Tour sombre" en raison du sentiment qu'il éprouve de se répéter et des douleurs engendrées par les séquelles de ses blessures. Il renonce à ce projet, mais ralentit néanmoins son rythme d'écriture. Deux livres sortent cette année-là. "Tout est fatal", paru en mars, est un recueil de 14 nouvelles dont la grande majorité ont été écrites dans la deuxième moitié des années 1990. "Roadmaster", publié en septembre, est l'histoire d'un étrange véhicule entreposé dans un hangar par les policiers d'une petite ville. Ce roman dont le premier jet a été écrit par King avant son accident est moins bien accueilli que la plupart de ses livres. Même s'il occupe pendant une semaine la place de la liste des best-sellers du "New York Times", il n'intègre pas les dix meilleures ventes annuelles de fiction aux États-Unis, première fois que cela arrive à un roman de King, à l'exception de ceux parus en édition limitée ou sous le pseudonyme de Richard Bachman, depuis la première édition du "Fléau" en 1978. À partir de , King partage environ toutes les trois semaines ses opinions sur la culture populaire dans une colonne de l"Entertainment Weekly" appelée ' (« La Pop de King ») qui est publiée jusqu'à . En novembre, il reçoit le National Book Award, prestigieuse récompense de la National Book Foundation, pour sa remarquable contribution à la littérature américaine, ce qui provoque quelques remous dans le milieu académique. Environ à la même période, il souffre d'une pneumonie, causée indirectement par son accident qui a fragilisé son poumon, et met plusieurs mois à s'en remettre. King s'est entretemps attaché à terminer le cycle de "la Tour sombre", commençant par remanier le premier volume, "Le Pistolero", pour le rendre plus cohérent avec les tomes ultérieurs. "Les Loups de la Calla", édité en , est inspiré par le western de John Sturges "Les Sept Mercenaires". Les deux tomes concluant la saga, "Le Chant de Susannah" et "La Tour sombre", sont publiés en juin et septembre 2004 et voient la quête de Roland de Gilead et de ses compagnons parvenir à son terme. King s'y adonne à la métafiction en se mettant en scène comme personnage, relatant notamment son accident sous la forme de fiction, mais de façon assez fidèle, dans le dernier volume. Le du cycle, au titre homonyme, remporte le prix British Fantasy. L'écrivain américain change ensuite complètement de genre avec la publication de "Colorado Kid", un roman policier dans lequel deux vieux journalistes content à leur jeune stagiaire l'affaire la plus mystérieuse de leur longue carrière. Ce court roman paraît directement en édition de poche le . L'année suivante, King revient à son genre de prédilection avec "Cellulaire", publié en , et dans lequel un signal transmis via les téléphones portables contamine les gens et les transforme en fous furieux assoiffés de sang. Ce roman est à la fois un hommage aux films de zombies et une attaque directe contre l'utilisation massive des téléphones portables. "Histoire de Lisey", paru en , présente un contenu nettement moins horrifique et est considéré par son auteur comme le meilleur livre qu'il ait écrit. Inspiré par la pneumonie qui l'a atteint en 2003, ce roman met en scène la veuve d'un écrivain qui suit un jeu de pistes post-mortem laissé par son défunt mari, qui était à la fois affligé d'une malédiction familiale et doté d'un don bien particulier, tout en étant harcelée par un déséquilibré. "Histoire de Lisey" et "Cellulaire" se classent respectivement aux et des meilleures ventes de fiction aux États-Unis en 2006, et "Histoire de Lisey" remporte par ailleurs le prix Bram-Stoker. Le , King reçoit le titre de de la Mystery Writers of America à l'occasion de la des prix Edgar-Allan-Poe. En juin, il publie sous son pseudonyme de Richard Bachman le roman "Blaze". Écrit au début des années 1970, c'est un roman à suspense psychologique, hommage littéraire à "Des souris et des hommes", où un kidnappeur légèrement attardé se prend d'affection pour l'enfant qu'il a enlevé. King le remanie profondément avant de le soumettre à la publication. Le roman suivant, "Duma Key", paraît en . Premier roman de King qui a pour cadre principal la Floride, son histoire est celle d'un homme qui s'installe sur un key après un grave accident et qui peint des tableaux, en rapport avec le passé trouble de l'île, qui peuvent altérer la réalité. Quelques mois plus tard, en novembre, il publie "Juste avant le crépuscule", un recueil de treize nouvelles écrites, à une exception près, au cours de la décennie écoulée. "Duma Key" et "Juste avant le crépuscule" remportent tous deux le prix Bram-Stoker dans leurs catégories respectives. En , l'auteur renoue avec le marché du livre numérique en publiant une nouvelle, "Ur", à l'occasion du lancement de la deuxième génération de l'Amazon Kindle et disponible uniquement sur le site Amazon.com. Cette nouvelle présente un Kindle ayant une fonction de recherche dans des univers parallèles. King coécrit également avec son fils Joe Hill une autre nouvelle, "Plein Gaz", à l'occasion d'une anthologie rendant hommage à Richard Matheson. Le paraît le roman "Dôme", un projet que King a par deux fois déjà abandonné dans le passé et qui est son troisième livre le plus volumineux après "le Fléau" et "Ça". Dans ce roman allégorique sur des questions écologiques et politiques, une petite ville est brusquement coupée du reste du monde par un dôme transparent et infranchissable. Années 2010. En 2010, Stephen King coscénarise avec Scott Snyder les cinq premiers numéros de la série de comics "American Vampire" en accompagnant la BD d'une introduction. En novembre de la même année, il publie "Nuit noire, étoiles mortes", son troisième recueil de quatre récits de taille intermédiaire, dont un seul relève du genre fantastique. Ce livre remporte le prix Bram-Stoker ainsi que le prix British Fantasy du meilleur recueil. "22/11/63", le roman suivant, paraît le , après avoir demandé un travail de recherches en amont bien plus important que l'écrivain n'en a l'habitude. Dans ce thriller uchronique que King avait l'intention d'écrire depuis le début de sa carrière, un enseignant remonte le temps par l'intermédiaire d'un portail qui conduit en 1958 dans le but d'empêcher l'assassinat de John Fitzgerald Kennedy. Ce roman est le plus grand succès commercial de King depuis "Sac d'os", avec quatre semaines passées à la place de la liste des best-sellers du "New York Times" et une au classement des meilleures ventes de fiction aux États-Unis en 2011 avec plus de vendus. L'écrivain retrouve ensuite l'univers de "La Tour sombre" avec "La Clé des vents", le du cycle, dont les événements se situent entre "Magie et Cristal" et "Les Loups de la Calla", et qui est publié en . Il utilise pour ce livre la technique du récit dans le récit, le récit encadrant cédant rapidement la place à une histoire de jeunesse de Roland de Gilead au cours de laquelle il conte une autre histoire, l'essentiel du roman, à un jeune garçon. Il collabore ensuite à nouveau avec son fils Joe Hill pour l'écriture de la nouvelle "Dans les hautes herbes", publiée en deux parties dans un magazine pendant l'été 2012. En 2013, il publie deux nouveaux romans. Il renoue tout d'abord avec le roman policier avec "Joyland", paru le directement en édition de poche, qui met en scène un jeune employé d'un parc d'attractions se lançant sur la piste d'un tueur en série ayant sévi dans ce parc. "Docteur Sleep", roman qui reprend le personnage de Danny Torrance, le jeune héros de "Shining, l'enfant lumière" désormais adulte, en le mettant aux prises avec un groupe d'immortels se nourrissant d'enfants possédant le même don que lui, est édité le . Pour assurer la promotion de ce roman très attendu, l'écrivain américain se rend en France et en Allemagne où il accorde plusieurs interviews et conférences ainsi qu'une séance de dédicace unique en Europe, à Paris. "Docteur Sleep" remporte le prix Bram-Stoker et se classe à la des meilleures ventes de fiction aux États-Unis en 2013 avec plus de vendus. Son livre suivant, publié le , est un autre roman policier, dont le titre est "Mr. Mercedes", dans lequel un criminel qui a tué plusieurs personnes en les écrasant avec sa voiture nargue le policier à la retraite qui était chargé de l'affaire et prépare un nouvel attentat encore plus meurtrier. Ce roman, lauréat du prix Edgar-Allan-Poe, est le premier d'une trilogie centrée sur le personnage de Bill Hodges, policier à la retraite. Le second volume, dont le titre est "Carnets noirs", sort le et traite d'un admirateur déséquilibré qui assassine un écrivain et tente, plusieurs années plus tard, de récupérer son carnet de notes inédites. Entre ces deux ouvrages, le , King publie "", roman dans lequel un guitariste retrouve un ancien pasteur fasciné par l'électricité qui a renié Dieu à la suite d'un terrible drame familial, et devient son assistant pour une ultime expérience. Ce roman aborde les thèmes du fanatisme religieux, de l'addiction et de la musique. Le , King est reçu à la Maison-Blanche pour y être décoré de la National Medal of Arts, la plus haute distinction accordée par le gouvernement américain à des artistes. Son nouveau recueil de nouvelles, intitulé "Le Bazar des mauvais rêves" et composé de vingt textes, est publié le . L'écrivain termine ensuite sa trilogie sur Bill Hodges en confrontant à nouveau l'ancien policier au tueur à la Mercedes dans "Fin de ronde", publié le . 2017 est une année placée sous le signe de la collaboration. Il coécrit avec Richard Chizmar le roman court "Gwendy et la Boîte à boutons", publié en mai et qui se déroule à Castle Rock, puis avec son fils Owen le roman "Sleeping Beauties", publié en septembre. Dans ce roman, une étrange épidémie plonge les femmes dans un profond sommeil durant lequel elles sont enveloppées d'un cocon. Le , il publie "L'Outsider", roman policier qui s'oriente vers le surnaturel dans sa deuxième partie et dans lequel intervient Holly Gibney, l'un des personnages principaux de sa trilogie sur Bill Hodges. Toujours en 2018, il reçoit le PEN America Literary Service Award en tant que défenseur de l'alphabétisation et de la liberté d'expression. Début , sort "Classe tous risques" une anthologie de nouvelles ayant pour thème tout ce qui peut mal se passer en avion, qu'il co-édite avec son ami Bev Vincent et pour lequel il propose la nouvelle inédite "L'Expert en turbulences". Le court roman "Élévation", sorti fin et qui a pour cadre la ville de Castle Rock, est un conte fantastique sur le thème de la tolérance. En 2019, un seul ouvrage écrit par Stephen King est publié : "L'Institut", roman paru courant septembre. Années 2020. De même qu'en 2019, "Si ça saigne", un recueil de quatre romans courts paru en mai, est le seul ouvrage de Stephen King qui soit publié dans l'année 2020. En 2021, Stephen King retourne à un rythme de deux ouvrages publiés avec les romans "Après", paru en mars, et "Billy Summers", paru en août. 2022 suit le même rythme avec la sortie des romans "Gwendy's Final Task" en février, coécrit avec Richard Chizmar, puis de "Conte de fées" en septembre. Vie privée. Stephen King vit avec sa femme Tabitha qu'il a épousée le et avec laquelle il a eu trois enfants prénommés Naomi (née le ), Joe (né le ) et Owen (né le ), les deux derniers étant également écrivains. Stephen King a été élevé dans la religion méthodiste et affirme qu'il croit en Dieu mais n'a pas besoin de religion organisée. Il possède et occupe trois maisons suivant les époques de l'année : une à Bangor dans le Maine, une à Lovell dans le Maine et une à Sarasota en Floride, où il passe l'hiver. Le , il obtient du conseil municipal de Bangor l'autorisation de transformer son manoir en centre d'archives et résidence d'écrivains. Il est propriétaire de deux stations de radio à Bangor : WZON, station d'informations sportives retransmettant les rencontres locales, et WKIT, station de rock classique. Atteint d'une prédisposition génétique à la dégénérescence rétinienne, il évoque la possibilité de devenir aveugle. Stephen King apparait au côté de sa femme dans une nouvelle écrite par son fils Joe Hill. La nouvelle, intitulée "Carrousel infernal", dévoile la vie passée de l'auteur et de sa famille. Centres d'intérêt. Baseball. Stephen King s'intéresse au baseball depuis son enfance et est devenu un fan inconditionnel de l'équipe des Red Sox de Boston en 1967. Il assiste fréquemment à leurs matchs, tant à domicile qu'à l'extérieur. En 1989, King est entraîneur assistant de l'équipe de baseball de son fils Owen, la , qui évolue dans la du Maine et qui remporte cette année-là le championnat de l'État. Il raconte son expérience dans ', un essai paru dans le "New Yorker" et dans la version américaine de "Rêves et Cauchemars". Dans ce même recueil se trouve un deuxième texte en rapport avec le baseball, "Août à Brooklyn", un poème qui ne fut également pas traduit dans la version française du recueil mais qui fut publié pour la première fois en français en janvier 2020 dans la revue "Galaxies". En 1992, Stephen King offre à la ville de Bangor pour la construction d'un terrain de baseball pour les équipes de jeunes. Ce terrain est baptisé officiellement ', en hommage au fils d'un entraîneur local mort d'une méningite, mais est plus connu sous le surnom de "" (« Terrain des hurlements »). Son roman "La Petite Fille qui aimait Tom Gordon", paru en 1999, présente une jeune protagoniste qui est elle-aussi une fanatique des Red Sox et qui perdue en forêt, maintient un lien avec la civilisation en écoutant les matchs de l'équipe sur sa radio portable, suivant en particulier les exploits de son joueur favori, le lanceur de relève Tom Gordon. En 2004, King coécrit avec Stewart O'Nan ', retraçant la saison 2004 des Red Sox jusqu'à leur victoire en Série mondiale de baseball, la première pour l'équipe depuis 1918. En 2005, il apparaît dans le film "Terrain d'entente" (') où il lance la première balle de la journée d'ouverture de la saison. En , il publie un court roman, "Billy Barrage", dont le personnage principal est un joueur de baseball détenteur d'un terrible secret. Moto. L'écrivain est également un passionné de la marque de motos Harley-Davidson. À l'automne 1994, il traverse les États-Unis avec sa Harley à l'occasion de la tournée promotionnelle du roman "Insomnie", s'arrêtant dans dix villes, du Vermont à la Californie, pour des séances de dédicaces dans des librairies indépendantes. En , il passe ses vacances en traversant l'Australie en Harley de Sydney jusqu'à Perth. Musique. Musicien amateur, King joue de la guitare dans un petit groupe, ', alors qu'il est étudiant à l'université du Maine. Plus de vingt ans plus tard, devenu célèbre, il assure la guitare rythmique au sein du groupe , créé en 1992 et presque uniquement composé d'écrivains, dont font également partie Matt Groening, Barbara Kingsolver, Al Kooper, Greil Marcus et Amy Tan. Le concert que le groupe donne en 1992, dans lequel il interprète des reprises de standards du rock 'n' roll des années 1950, a tellement de succès que King propose de faire une tournée de huit concerts en 1993, tournée relatée dans le livre ' (1994), écrit en commun par les membres de la formation. Le groupe se réunit par la suite à quelques occasions et donne son dernier concert en 2012, avant de retourner sur scène pour un concert unique en mai 2019 à Minnepolis durant un festival littéraire. King a également collaboré à plusieurs reprises avec des musiciens. En 1988, il enregistre une introduction pour une chanson de l'album-concept "Imaginos" du groupe Blue Öyster Cult. Il écrit dans les années 1990 la première version du scénario, profondément remaniée par la suite, du court-métrage "Ghosts" (1997) de Michael Jackson. En 2010, il réécrit les dialogues, dont il est le narrateur, de l'album-concept ' de Shooter Jennings. En 2012, il concrétise un projet plusieurs fois repoussé avec ', une comédie musicale dont il a écrit le livret avec une musique de John Mellencamp et une production de T-Bone Burnett. La comédie musicale est présentée pour la première fois sur scène à Atlanta en , et le CD de "" est sorti le . Engagement politique et social. Stephen King vote pour la première fois lors de l'élection présidentielle américaine de 1968 et apporte sa voix au candidat républicain Richard Nixon en croyant sa promesse selon laquelle il sortirait les États-Unis de la guerre du Viêt Nam. Voyant ses espoirs vite détrompés, il se tourne en moins d'un an vers le radicalisme contre la guerre, appelant dans ses articles les étudiants de l'université du Maine à la grève et faisant des comptes-rendus de manifestations pacifiques. Depuis cette époque, il soutient le parti démocrate. Il apporte notamment son soutien aux candidats Gary Hart durant la campagne présidentielle de 1984 puis Barack Obama durant celle de 2008. Pour celle de 2016, il soutient Hillary Clinton mais est beaucoup plus remarqué pour ses nombreux tweets contre le républicain Donald Trump. En 1986, l'écrivain américain prend publiquement position contre la censure à l'occasion d'un référendum organisé dans le Maine sur l'interdiction à la vente de produits obscènes (par exemple les magazines pornographiques). King, dont plusieurs livres ont été retirés des bibliothèques scolaires à travers le pays, s'exprime à ce sujet dans les médias locaux et affronte le président de la du Maine, à l'origine du référendum, lors d'un débat radiophonique. Il fait notamment valoir l'argument que la définition de l'obscénité est particulièrement floue et que cette loi ouvrirait la porte à certaines dérives. La proposition de censure est rejetée à une large majorité. Il s'est également exprimé à plusieurs reprises sur la législation des armes à feu aux États-Unis, faisant part de son désir de restreindre l'accès aux armes à feu. Dans son essai ", paru sous forme de livre numérique en , il milite pour l’interdiction de vendre et de posséder des armes automatiques et semi-automatiques. En 2011, il prend la parole lors d'un rassemblement de protestation contre la politique budgétaire du gouverneur de Floride Rick Scott et exprime son rejet du mouvement Tea Party et son désir que la tranche d'imposition la plus haute, dont il fait partie, soit taxée à 50 % au lieu de 28 %. En , il est accusé d'évasion fiscale par le gouverneur du Maine Paul LePage, à qui il s'est déjà plusieurs fois opposé. Il réfute l'accusation et révèle avoir payé 1,4 million de dollars d'impôts en 2014. L'annonce de LePage, qui s'est révélée erronée, est corrigée par le bureau du gouverneur. En 2019, il participe à une vidéo avec d'autres stars américaines pour demander que le rapport Mueller soit résumé, pour que, en quelques minutes, « le peuple américain comprenne son contenu et la personnalité de leur président ». Très engagé politiquement sur les réseaux sociaux, notamment très critique à l'encontre de Donald Trump, Stephen King annonce en qu'il quitte Facebook et Instagram : « Je ne suis pas à l’aise avec le flot de fausses informations autorisées dans sa publicité politique et je ne suis pas confiant dans sa capacité à protéger la vie privée de ses utilisateurs ». Philanthropie. Stephen King et sa femme Tabitha participent à de nombreuses œuvres philanthropiques dans le Maine. Ils fondent en 1986 la " afin d'assister les déshérités de cet État, notamment dans les domaines de l'éducation et des soins médicaux. Par l'intermédiaire de la fondation, ils donnent chaque année 10 % de leurs revenus à diverses organisations, caritatives pour la plupart. Parmi ses nombreux dons, l'écrivain a offert : plusieurs millions à la ', école privée de Milton où ses trois enfants ont étudié, pour la construction d'un théâtre baptisé ' en 1989 ; pour financer les travaux de construction d'une aile pour la bibliothèque publique de Bangor en 1989 ; pour permettre la création d'une nouvelle unité pédiatrique à l’' de Bangor en 1992 ; pour la construction d'une piscine municipale, le ', à Bangor en 2004 ; afin d'aider les familles du Maine dans le besoin à payer les factures de chauffage en 2011 ; pour permettre la construction d'un toit pour la bibliothèque de Bangor en 2013 ; aux écoles primaires du Maine en 2018 ; 1,25 million USD en faveur de la recherche généalogique; 40 000 USD pour des demandeurs d’asile. En 2019 il dédicace un exemplaire de "L'Institut" qui sera mis aux enchères au profit du fonds de bourses d'études de l'association de la presse du Maine. La Stephen & Tabitha King Foundation continue chaque année leurs efforts philanthropiques avec notamment la donation de 15 000 dollars pour une association d'infirmiers du Maine, une donation de 50 000 dollars pour une association luttant contre les injustices raciales, 50 000 dollars pour une association locale venant en aide aux habitants d'une ile du Maine, 50 000 dollars pour la rénovation d'une bibliothèque locale ou encore une subvention de 10 000 dollars pour des travaux de rénovation du bâtiment d'une association de vétérans. Analyse de l'œuvre. Méthode de travail. Stephen King écrit dans son , publiée en 2000, qu'il s'est fixé un quota journalier de deux mille mots, environ dix pages, et ne s'arrête pas d'écrire tant qu'il ne l'a pas atteint, avouant par ailleurs qu'il était plus prolifique au début de sa carrière. En 2006, il affirme que son rythme d'écriture a encore diminué et qu'il est désormais plus proche des mille mots par jour. Il s'appuie sur une méthode de travail intuitive en partant d'une situation de départ et en écrivant spontanément, sans bâtir d'intrigue à l'avance, à l'exception de quelques romans comme "Dead Zone", "Insomnie" ou "Rose Madder". L'évolution des personnages détermine alors celle de l'histoire et sa conclusion, qui est souvent différente de celle qu'il a envisagée initialement. Après avoir terminé le premier jet du récit, il se sert ensuite de l'étape de relecture pour mettre en avant la thématique ou le symbolisme qu'il a repéré. Style littéraire. La principale qualité de Stephen King, reconnue même par ses détracteurs les plus acharnés, est son sens de la narration, son talent de conteur capable de captiver le lecteur à travers une histoire rendue très rapidement intéressante. Ses personnages vivants et colorés, qui prennent une identité bien définie en quelques phrases, et son aisance à susciter la frayeur en frappant l'imagination de ses lecteurs, font également partie de ses forces en tant qu'écrivain. Le réalisme de ses personnages et des situations qui les introduisent sont d'ailleurs un facteur déterminant dans sa réussite à faire accepter par ses lecteurs l'irruption de l'horreur. À l'inverse, il lui est régulièrement reproché d'avoir écrit des romans trop longs qui auraient été bien meilleurs sous une forme plus condensée, comme "Les Tommyknockers" ou "Insomnie". Son style, notamment au début de sa carrière, a été qualifié par certains critiques de laborieux, voire de maladroit, et son recours à des scènes explicites pour provoquer la révulsion a également été critiqué. Sa méthode d'écriture intuitive est enfin la cause de conclusions parfois qualifiées de . Néanmoins, le style familier, les dialogues parfois vulgaires et le recours à des scènes choquantes sont totalement assumés par King, qui les justifie par un souci de réalisme et d'efficacité. King crée un grand nombre d'interactions entre ses livres où certains faits, certains personnages se croisent ou se retrouvent d'un roman à un autre. "Dolores Claiborne" et "Jessie" en sont un exemple flagrant ainsi que le diptyque "Désolation" et "Les Régulateurs". Ses œuvres présentent également une unité géographique, la majorité se situant dans le Maine et la ville fictive de Castle Rock étant emblématique. Des histoires semblant souvent n'avoir aucun lien entre elles sont en fait liées par des personnages secondaires récurrents ou des références à des événements s'étant déroulés dans une histoire précédente, par exemple, le personnage de Cynthia reliant "Rose Madder" à "Désolation". "La Tour sombre", constitué de huit volumes, est un cycle qui lui permet de lier tous ces romans à une seule réalité, constituée d'univers parallèles, et de donner à son œuvre une dimension épique plutôt que de considérer ses crossover comme anecdotiques. King qualifie d'ailleurs le cycle de . Bon nombre de ses romans font référence au cycle de "la Tour sombre" et vice-versa, souvent à travers des détails plus ou moins mineurs mais parfois de façon beaucoup plus essentielle, les connexions avec "Insomnie", "Cœurs perdus en Atlantide", "Salem" et "Territoires" étant les plus signifiantes. L'un des personnages de King qui revient le plus fréquemment est Randall Flagg, incarnation du mal dont la présence se décline sur plusieurs mondes parallèles ; il est ainsi l'homme en noir dans "La Tour sombre", le sorcier maléfique dans "Les Yeux du dragon", ainsi que le principal antagoniste du "Fléau" et, sans doute, de "Bazaar". King interrompt régulièrement la narration, parfois au milieu d'une phrase, pour indiquer en italiques ou entre parenthèses les pensées d'un personnage ou un souvenir qui ressurgit, et use très souvent de comparaisons et de métaphores, donnant ainsi un style très visuel à sa narration. De plus, il intègre dans son récit de multiples références à la culture populaire et des détails précis, résultant de son observation de la société, dans un souci de réalisme et afin que le lecteur puisse aisément s'identifier au monde présenté. Les romans publiés sous le nom de Richard Bachman se caractérisent par des éléments plus ancrés dans la réalité, une narration plus compressée qui traduit un sentiment d'urgence avec le temps qui passe ou un compte à rebours qui s'égrène, et un personnage principal qui poursuit une obsession. Bachman peut aussi être considéré comme , les quatre premiers romans publiés sous ce pseudonyme ayant comme point commun une forte connotation sociale et politique avec leur dénonciation du système éducatif, de l'esprit de compétition permanent, des pressions gouvernementales, de l'exclusion des marginaux et du pouvoir grandissant des médias. Thèmes. Son œuvre est parsemée de références à l'histoire et à la culture américaines, et particulièrement leurs côtés les plus sombres. Elles apparaissent le plus souvent dans les histoires de ses personnages, étant un facteur d'explication de leurs peurs les plus primaires. La violence, en particulier la violence au sein de la cellule familiale, le racisme et les aspects négatifs de la nature humaine en général sont des thèmes récurrents dans ses œuvres, qui portent un regard quasiment naturaliste et dénué de complaisance sur la société américaine, et notamment la vie dans les petites villes. Les livres de King se placent souvent dans le courant littéraire naturaliste qui part du principe que l'être humain est soumis à la destinée mais qu'il peut l'influencer dans une certaine part en prenant des décisions dictées par sa morale. L'élément le plus terrifiant, dans son œuvre, n'est pas l'intrusion du surnaturel mais le degré d'implication qu'elle exige de la part de l'humanité, ce qui met ainsi en lumière la vulnérabilité de nos institutions : le gouvernement, le système scolaire, les communautés locales et la cellule familiale. Les personnages principaux sont très souvent des écrivains : Ben Mears dans "Salem", Bill Denbrough dans "Ça", Paul Sheldon dans "Misery", Thaddeus Beaumont dans "La Part des ténèbres", Mike Noonan dans "Sac d'os"… King expose divers aspects de son métier dans sa . Il évoque les rapports parfois délicats entre un écrivain et ses admirateurs dans "Misery" (1987), la puissante influence que peut exercer sur lui ses créations dans "La Part des ténèbres" (1989) et la hantise du plagiat dans "Vue imprenable sur jardin secret" (1990). Plus tard, il aborde également le blocage de l'écrivain et se livre à une satire du monde de l'édition dans "Sac d'os" (1998). À travers ses personnages écrivains, King étudie sous plusieurs facettes le qui unit l'auteur à ses créations, la frontière séparant la réalité de l'imaginaire, le , les mystères de l'inspiration et l'angoisse de perdre celle-ci. L'enfance est également un thème majeur de l'œuvre de King, surtout dans ses premières œuvres, et les enfants jouent fréquemment des rôles essentiels dans ses histoires : "Shining, l'enfant lumière", "Charlie", "Le Talisman", "Ça", "Désolation"… La séparation entre le monde des adultes et celui des enfants est clairement établie et, dans les romans où des enfants ou des adolescents jouent les premiers rôles, les parents, et la famille en général, sont généralement définis comme ayant une influence destructrice sur leurs rejetons. Le thème de , au centre de la plupart des romans de King depuis "Carrie", trouve sa résolution dans "Ça", roman dans lequel l'auteur aborde tout ce qu'il voulait exprimer sur le sujet. L'écrivain brosse un portrait objectif de l'enfance, avec une prédilection pour la période qui s'étend de neuf à douze ans, en mêlant ses souvenirs personnels à son expérience de la paternité. L'enfance est souvent décrite comme un où l'imagination n'est pas encore limitée par les préoccupations du monde adulte mais aussi comme une période dangereuse où l'innocence est malmenée. La confrontation entre le Bien et le Mal est l'un des thèmes récurrents de l'univers de King, comme dans "Le Fléau", le cycle de "la Tour sombre" et "Bazaar". L'œuvre étant essentiellement morale, le Bien triomphe la plupart du temps mais le Mal ne disparaît jamais vraiment et corrompt régulièrement l'humanité. Le Mal se concentre souvent dans un bâtiment qui en est son émanation directe, un , par exemple "" dans "Salem", l'hôtel dans "Shining, l'enfant lumière", l'hôtel noir dans "Le Talisman", la maison de Neibolt Street dans "Ça", et le manoir de dans "Terres perdues". La morale étant en Amérique indissociable de la religion, celle-ci est omniprésente dans l'œuvre à travers plusieurs aspects. Ainsi, le fanatisme de la mère de Carrie et de celle de Johnny Smith dans "Dead Zone", de madame Carmody dans "Brume" ou encore des enfants du maïs permet à l'auteur de dénoncer le puritanisme encore très présent dans certaines régions du pays. À l'inverse, les actions de personnages comme la mère Abigaël et Tom Cullen dans "Le Fléau", David Carver dans "Désolation" et John Caffey dans "la Ligne verte" semblent même s'ils doivent consentir à de terribles sacrifices, une façon de souligner le paradoxe entre l'existence de Dieu et les événements effroyables qui se produisent sur Terre. La méfiance envers la technologie et les institutions est lui aussi un thème récurrent. King se montre ainsi régulièrement préoccupé par la dépendance croissante de l'homme envers la technologie et le potentiel destructeur de cette dernière. L'accident technologique causé par une erreur humaine ou par malveillance et provoquant une catastrophe fait ainsi partie intégrante de récits tels que "Le Fléau", "Brume", "Le Talisman" et "Cellulaire". L’asservissement de l'homme envers la technologie figure quant à lui au centre de romans comme "Christine" et "Les Tommyknockers" et de nombreuses nouvelles ("Poids lourds", "La Presseuse", "Le Camion d'oncle Otto"…). La dénonciation de l'abus du pouvoir politique ou économique, souvent relié au thème de la technologie, est lui aussi une constante de l'œuvre. L'utilisation abusive du pouvoir politique est ainsi présent dans "Charlie", "Dead Zone", "Le Talisman" ou encore "Dôme", alors que les sirènes du capitalisme sont notamment dénoncées dans "Bazaar" et "". Influences. Stephen King dit de Richard Matheson qu'il est . Les deux auteurs, entre autres parallèles stylistiques, intègrent régulièrement les pensées d'un personnage dans une narration à la troisième personne. La lecture de Matheson a notamment prouvé à King qu'un récit d'horreur pouvait tout à fait s'intégrer dans un cadre urbain, et même de proximité. À la suite de la disparition de Matheson, en , King lui a rendu un vibrant hommage. Il doit son premier contact avec le fantastique à Ray Bradbury et s'est inspiré de ses récits dans ce genre, comme "La Foire des ténèbres" (1962), dont l'action se déroule dans une petite ville, affirmant que . Il admire le travail de H. P. Lovecraft, dont l'influence se ressent par l'invention d'anciennes et étranges divinités et l'insertion dans le récit de coupures de presse ou d'autres documents comme instruments de narration. Sa nouvelle "Crouch End" est un hommage non déguisé au mythe de Cthulhu, et les nouvelles "Celui qui garde le ver" et "Mémé" font également particulièrement référence à Lovecraft. Cependant, King met l'accent sur les dialogues et la représentation des personnages, deux éléments notablement absents chez Lovecraft. King critique d'ailleurs ouvertement cette pauvreté des dialogues chez Lovecraft, prenant comme exemples des passages de "la Couleur tombée du ciel". Edgar Allan Poe a exercé lui aussi une certaine influence sur le style de King. Il lui rend hommage dans "Shining, l'enfant lumière", avec des références au "Masque de la mort rouge", et surtout dans sa nouvelle "La Cadillac de Dolan" dont l'intrigue reprend celle de "La Barrique d'amontillado". Il a déclaré son admiration pour Shirley Jackson. "Charlie" lui est notamment dédicacé, "Salem" s'ouvre sur une citation de "Maison hantée", roman qui a également influencé la création de l'hôtel dans "Shining, l'enfant lumière" et de la bâtisse hantée de "Rose Red", alors qu'une scène décisive de "La Tempête du siècle" s'inspire de sa nouvelle "La Loterie". Il a dédicacé sa nouvelle "le Molosse surgi du soleil" à John D. MacDonald qui, pour sa part, a écrit la préface de "Danse Macabre" et fait partie des auteurs de romans noirs qui ont le plus influencé King avec Raymond Chandler, James M. Cain et Ross Macdonald. La nouvelle "La Dernière Affaire d'Umney" est un pastiche des romans noirs se déroulant dans les années 1930. Le roman "Sa Majesté des mouches" (1954), de William Golding, est l'un des préférés de King et est évoqué dans plusieurs de ses livres, notamment "Cœurs perdus en Atlantide". La ville de Castle Rock tire son nom d'un lieu de ce roman, qui l'a également influencé par son utilisation des personnages enfantins. En 2011, Stephen King signe d'ailleurs une introduction à une nouvelle édition célébrant les 100 ans du roman de William Golding. "Le Seigneur des anneaux" de J. R. R. Tolkien a exercé une grande influence sur l'écriture du "Fléau" et du cycle de "la Tour sombre", qui sont les deux œuvres de King les plus proches de l'épopée. Parmi les écrivains « classiques » que King a étudié, et qui ont laissé leur empreinte sur son œuvre, se trouvent notamment les écrivains du courant naturaliste Thomas Hardy, Theodore Dreiser et surtout Frank Norris, dont il a repris le credo selon lequel un bon écrivain en s'attachant à ce que ses œuvres de fiction soient toujours . King a également clamé son admiration pour "La Bête humaine" (1890), d'Émile Zola, chef de file du naturalisme français. Il s'est par ailleurs inspiré de l'œuvre de William Faulkner, aussi bien en ce qui concerne la narration, en imbriquant le passé avec le présent, que dans son utilisation d'une géographie régionale fictive très précise, la région de Castle Rock étant construite sur le modèle du comté de Yoknapatawpha. Accueil critique et académique. L'horreur étant considéré comme un sous-genre littéraire par une grande partie des critiques et des universitaires, Stephen King a été rejeté d'emblée par ces milieux, et souvent même sans qu'ils n'aient lu un seul de ses romans. Cette situation commence néanmoins à changer dans les années 1990 quand un nombre de plus en plus important d'études sérieuses paraissent dans des publications universitaires alors que les critiques sont de plus en plus favorables. En 2008, à l'occasion de la sortie de "Duma Key", King explique ce revirement en partie par le fait que la plupart des critiques qui l'ont éreinté au début de sa carrière sont morts ou ont pris leur retraite et que la relève a grandi avec ses livres et est donc mieux disposée à son égard. Une fraction importante des critiques et des universitaires continue néanmoins de penser que King, en tant qu'auteur « populaire » qui touche un très large public, ne mérite pas d'être pris en considération sur le plan de la valeur littéraire. La polémique déclenchée par le National Book Award lui ayant été décerné en 2003 illustre la division qui règne à son sujet parmi les intellectuels. Harold Bloom, critique littéraire connu pour ses attaques envers les écrivains connaissant un grand succès populaire, a notamment vu dans cette récompense une preuve supplémentaire de la décadence culturelle des États-Unis. Des écrivains acclamés par la critique ont pris publiquement la défense de King : Joyce Carol Oates, considérée pour le prix Nobel de littérature, l'a présenté dès 1997 comme un ; Michael Chabon, lauréat du prix Pulitzer, a affirmé après la lecture d"Histoire de Lisey", . Dans les années 1980, Douglas E. Winter, critique littéraire, et Michael R. Collings, professeur de littérature à l'université Pepperdine, sont les premiers à s'intéresser de façon académique à l'œuvre de Stephen King. En 1995, Michael R. Collings estime que certains livres, notamment "Salem", "Shining, l'enfant lumière", "Dead Zone", "Ça" et la version intégrale du "Fléau", tous déjà étudiés de façon académique, ont de bonnes chances de résister à l'épreuve du temps et de devenir des classiques. Dans son livre "Stephen King as a Postmodern Author" (2013), Clotilde Landais, professeure de littérature à l'université Purdue, s’intéresse aux personnages d’écrivains et à leur double dans quelques romans de King. Elle propose une lecture de ces œuvres comme réflexions sur l’identité créatrice. Des correspondances ont été établies entre Stephen King et Charles Dickens : tous deux sont des écrivains prolifiques et populaires qui ont été en butte à la critique de leur vivant et dont une constante de leur œuvre respective est de dépeindre un portrait réaliste et sans complaisance de la société de leur époque. Traduction de ses œuvres en français. Depuis "Ça", la traduction de la plupart des romans de Stephen King, y compris ceux écrits sous le pseudonyme de Richard Bachman, a été principalement assurée par William Olivier Desmond. Avant cela, quasiment chaque livre avait un traducteur différent. Depuis, seules certaines œuvres ont été traduites par d'autres personnes, par exemple "La Petite Fille qui aimait Tom Gordon" et "Roadmaster", traduits par François Lasquin, les derniers tomes de la saga de "La Tour sombre", traduits par Marie de Prémonville (hormis "La Clé des vents", traduit par Jean-Daniel Brèque), ou encore "Histoire de Lisey", traduit par Nadine Gassie. Après "Dôme", dernier roman traduit par William Olivier Desmond, mort en 2013, Nadine Gassie a repris, en compagnie d'Océane Bies, le rôle de traductrice principale de l'écrivain. Néanmoins, "Sleeping Beauties" et "L'Outsider", parus en français respectivement en 2018 et 2019, sont traduits par Jean Esch. Œuvres. Il existe une étude bibliographique réalisée par Alain Sprauel qui recense toutes les œuvres de Stephen King dans leur traduction française. Romans. Série "Gwendy Peterson". Note : le deuxième tome, "La Plume magique de Gwendy" (""), a été écrit par Richard Chizmar, sans participation directe de Stephen King dans l'écriture si ce n'est un avant-propos au livre. Cinéma et télévision. En 1976, Brian De Palma réalise "Carrie au bal du diable", premier film adapté de l'œuvre de Stephen King. Le film est un succès commercial et critique et contribue à lancer la carrière de l'écrivain en le faisant connaître du grand public. À partir des années 1980, plusieurs réalisateurs renommés adaptent à leur tour des livres de King : Stanley Kubrick avec "Shining" (1980), David Cronenberg avec "Dead Zone" (1983), John Carpenter avec "Christine" (1983) et Rob Reiner avec "Stand by Me" (1986) et "Misery" (1990). À côté de ces adaptations réussies, auxquelles il faut ajouter celles de Frank Darabont, plusieurs autres films tirés de l'œuvre de King sont considérés comme très médiocres, notamment "Les Démons du maïs" (1984), "Charlie" (1984), "La Créature du cimetière" (1990), "The Mangler" (1995), "La Peau sur les os" (1996) et "Dreamcatcher" (2003). King fait ses débuts au cinéma en 1982 en écrivant le scénario de "Creepshow", réalisé par George Romero avec qui il se lie d'amitié et qui réalisera plus tard "La Part des ténèbres" (1993). En 1986, King se lance dans la réalisation en adaptant "Poids lourds", une de ses nouvelles. Mais le film, "Maximum Overdrive", est un cuisant échec artistique et commercial et vaut à King une nomination pour le Razzie Award du pire réalisateur. En 1991, il développe un scénario original pour la mini-série "Contretemps" mais les audiences sont décevantes. La seule adaptation que King a totalement désavouée est "Le Cobaye" ("", 1992), dont une seule scène présente un lien avec "La Pastorale", nouvelle ayant donné son nom au film. Furieux de voir son nom associé à ce film dans un seul but publicitaire, King intente un procès à la société de production New Line Cinema afin que son nom soit retiré de tout le matériel promotionnel du film. Le tribunal lui donne raison et condamne de plus à lui verser . King autorise les réalisateurs débutants, la plupart étant des étudiants en cinéma, à adapter ses nouvelles sous forme de court métrage contre la somme d'un dollar symbolique à condition que le film ne soit pas distribué dans un but commercial sans son autorisation et qu'une copie lui soit envoyée. Ce système, surnommé "" par l'écrivain, permet à Frank Darabont de réaliser en 1983 une adaptation de "Chambre 312" qui impressionne King quand celui-ci la visionne. Darabont établit par la suite sa réputation en réalisant trois adaptations qui comptent parmi les plus réussies de l'œuvre de King, "Les Évadés" (1994), "La Ligne verte" (1999) et "The Mist" (2007), et les deux hommes sont amis depuis 1994. King est également ami avec le réalisateur Mick Garris et les deux hommes ont collaboré à plusieurs reprises, avec des hauts, notamment l'adaptation du "Fléau" (1994), et des bas, "La Nuit déchirée" (1992), film d'après un scénario original de King. King a écrit plusieurs scénarios adaptés de ses livres, notamment ceux du film "Simetierre" (1989) et de la mini-série "Le Fléau" (1994). Il a toujours affirmé qu'il n'était pas satisfait du traitement de "Shining, l'enfant lumière" dans le film de Kubrick et, en 1997, il produit et scénarise une nouvelle adaptation de son roman sous forme de mini-série, réalisée par Mick Garris et plus fidèle à l'œuvre originale, qui remporte le Saturn Award du meilleur téléfilm. En 1998, il écrit la première version, révisée ensuite par Chris Carter, du scénario d'un épisode de la série télévisée "", dont il est devenu un admirateur trois ans plus tôt après avoir rencontré David Duchovny sur le plateau d'un jeu télévisé. L'épisode, intitulé "La Poupée", se déroule dans le Maine et met en scène une petite fille possédée par une poupée maléfique. King écrit ensuite notamment trois scénarios originaux pour des mini-séries, le premier étant celui de "La Tempête du siècle" (1999), qui remporte le Saturn Award du meilleur téléfilm. C'est ensuite le tour de "Rose Red" (2002), mini-série pour laquelle l'écrivain organise une campagne de marketing qui pousse des milliers de personnes à croire que la maison hantée nommée "Rose Red" existe vraiment. Il développe enfin "Kingdom Hospital" (2004), série de 13 épisodes basée sur "L'Hôpital et ses fantômes" de Lars von Trier et qui s'ouvre sur une scène directement inspirée par le grave accident dont il a été victime en 1999. King interprète souvent de petits rôles dans des adaptations cinématographiques ou télévisées de ses histoires, ainsi qu'un rôle plus important dans "". En plus de ces caméos, il prête sa voix à son propre personnage dans "Une fille de clown" (2000), un épisode des "Simpson", et il incarne un « nettoyeur » nommé Bachman, chargé de faire disparaître un cadavre, dans un épisode de la série télévisée "Sons of Anarchy" (2010). King déclare en 2008 que ses trois adaptations préférées sont ', "Les Évadés" et '. L'année suivante, il dévoile dans le livre "" ses dix adaptations favorites sans donner d'ordre de préférence. Outre les trois déjà citées, on y trouve "Chambre 1408", "Cujo", "Dolores Claiborne", "La Ligne verte", "La Tempête du siècle", "Misery" et "Un élève doué". Le , Stephen King et J. J. Abrams annoncent sur les réseaux sociaux l'arrivée prochaine de la série télévisée "Castle Rock". La série est produite par la société Hulu qui a déjà produit la série "22.11.63". Ce projet très attendu pourrait être la première tentative de mettre en place un adapté de l'œuvre de l'écrivain. Mais l'année 2017, très riche en ce qui concerne les adaptations, est surtout celle du film "Ça", qui explose le record de recettes pour un film adapté de Stephen King tout en étant un succès critique. Tout l'inverse du film "La Tour sombre", qui peine à récolter 114 millions de dollars au box office international. Cette même année, Netflix diffuse deux adaptations exclusives : "Jessie" et 1922. Le succès commercial du film "Ça" donne un regain d'intérêts aux studios pour optionner les histoires de Stephen King, et de nombreux projets sont annoncés dont certains sortent. Parmi les adaptations de Stephen King depuis sorties : "Simetierre" (2019), "" (2019), "Dans les hautes herbes" (2019, Netflix), "Doctor Sleep" (2019). Plusieurs séries voient également le jour, dont : "Mr. Mercedes" (trois saisons, de 2017 à 2019) adaptant la trilogie de livres, "Castle Rock" produite par J. J. Abrams (deux saisons de 2018 à 2019), une nouvelle série "Creepshow" (depuis 2019), une mini-série "The Outsider" (2020, produite par HBO), une mini-série "The Stand" (2020, adaptée du roman "Le Fléau"), et enfin "Histoire de Lisey" produite par J. J. Abrams diffusée en juin-juillet 2021 sur Apple TV. En 2023, sortira "Salem", nouvelle adaptation du roman du même nom. Notes et références. Références. Ouvrages. en français en anglais |
Musique soul La musique soul, ou simplement soul, est une musique populaire afro-américaine ayant émergé à la fin des années 1950 aux États-Unis, dérivée, entre autres, du gospel et du rhythm and blues. Elle est considérée par certains comme un retour du rhythm and blues aux racines dont il est issu : le gospel (musique d'église). Histoire. Le terme (en anglais, ' qui signifie « musique de l'âme ») est associé à la musique noire américaine et apparaît pour la première fois dans le titre de deux albums de Ray Charles : ' en 1958, et "" en 1961. Le développement de la musique soul est stimulé par deux tendances principales : l'urbanisation du rhythm and blues et la sécularisation du gospel. C'est Ray Charles qui mélangea sa passion pour le gospel avec les rythmes saccadés du rhythm and blues pour donner naissance à la soul. Se retrouve donc dans la soul une partie de l’émotion sacrée mêlée à des thèmes profanes, souvent à forte connotation sexuelle. La soul plonge ses racines dans le pop, le gospel et le negro spiritual. La jeunesse noire l'a utilisée comme un mouvement contestataire pour réagir face à la communauté blanche et à l'envahissement du rock 'n' roll, qu'il soit blanc ou noir. À la fin des années 1950, la volonté de proposer au public blanc des artistes noirs originaux conduit plusieurs labels à rechercher des versions commercialisables de la . Les deux labels les plus influents sont alors Stax (près de Memphis) et la Tamla Motown à Détroit. On les oppose souvent et l’on parle alors de "southern soul" avec Stax, plus proche des racines (soul rapide et incisive), et de "northern soul", plus dansante et plus influencée par la pop avec Tamla Motown. De même, en termes de management, Motown — dont le slogan « la musique de la jeune Amérique » épouse les volontés d'émancipation de l'époque — est le premier label fondé et dirigé par un noir américain, le redoutable Berry Gordy. À l'inverse Stax est fondé par un blanc, Jim Stewart, et nombre de ses plus fameux musiciens de studio sont blancs eux aussi (Steve Cropper, Donald « Duck » Dunn, et Tom Dowd). La soul explose véritablement dans les années 1960. Alors que, dans un style plus classique, s'impose le son du studio Muscle Shoals de Rick Hall et de ses compositeurs Dan Penn et Spooner Oldham (Muscle Shoals Recording : Aretha Franklin - "The Queen of Soul -" , Percy Sledge, Wilson Pickett, notamment), James Brown et Curtis Mayfield introduisent des rythmes plus syncopés et donnent alors une nouvelle orientation à cette musique. C'est la création du "funk", un style inséparable de la soul, qui atteindra son apogée dans les années 1970 et 1980, avec des groupes comme The JB's (les musiciens de James Brown), Sly and the Family Stone, Kool and The Gang, Earth, Wind and Fire, suivis par Bootsy Collins et George Clinton avec leurs formations déjantées (Parliament et Funkadelic) : le P-funk. Un son beaucoup plus axé sur les basses et les "beats", les prémices du neo soul. En 1966, les latinos de New York inventent la latin soul, également appelée boogaloo. Durant les années 1970, des albums sont produits et deviennent des classiques du genre (notamment ' de Marvin Gaye et "Super Fly" de Curtis Mayfield), mais la "soul" décline dans la seconde partie de la décennie, les ventes de disques étant alors dominées par le disco. À la fin des années 1970 et au début des années 1980, de nouveaux artistes renouvellent le genre, à l'image de Michael Jackson avec ', Rick James, Roger & Zapp, Prince et Luther Vandross. Ils popularisent définitivement la soul. Un peu plus tard, en samplant les standards des années 1960 et 1970, le rap contribuera à une nouvelle popularité de la musique soul. Certains groupes iront plus loin et fusionneront soul et rap, pour donner naissance au new jack swing, devenu hip-hop, puis enfin au neo soul dans la seconde partie des années 1990 (fusion d'instrumentations organiques mais typées hip-hop et de textes et vocalises toujours dans l'esprit soul). D'Angelo, De La Soul, Erykah Badu, Maxwell et Omar, seraient à l'origine de ce mouvement. Origines. La soul tient ses racines du gospel traditionnel afro-américain, du rhythm and blues, et de l'hybridation de leurs styles respectifs séculaires et religieux, dans leurs contenus lyriques et instrumentaux, qui s'organise dans les années 1950. Selon le musicologue Barry Hansen D'après AllMusic, la La phrase en elle-même, désignant la musique orientée gospel aux paroles séculaires, est d'abord attestée en 1961. Le terme "soul" met en avant la culture et la fierté de la communauté afro-américaine. Le jazz auto-consciemment dérivé du gospel s'appellera soul jazz. Tandis que des chanteurs commencent à utiliser des éléments issus du gospel et du soul jazz dans la musique afro-américaine populaire des années 1960, le terme de est peu à peu utilisé pour désigner de cette musique de l'époque. Pendant les années 1950, des innovateurs importants tels que Clyde McPhatter, Hank Ballard, et Etta James, contribuent à l'émergence de la musique soul. Ray Charles est souvent cité pour avoir popularisé le genre soul avec des chansons à succès qui démarreront depuis son album "I Got a Woman" (1954). Le chanteur Bobby Womack explique que Little Richard (qui inspirera Otis Redding) et James Brown sont également des contributeurs importants du genre. Brown est connu sous le nom de ' (parrain de la soul) et Richard s'autoproclame ', car sa musique implique des éléments de ces trois genres qu'il cite. Sam Cooke et Jackie Wilson sont aussi des principaux contributeurs du genre. Cooke se popularisera en tant que chanteur dans le groupe de gospel The Soul Stirrers, avant sa reconversion controversée dans la musique séculière. Sa chanson ' en 1957 propulse sa carrière dans la pop et son ' (1962) est décrit comme Jackie Wilson, contemporain de Cooke et James Brown, atteint le succès grâce à son titre "Reet Petite" (1957). Années 1960. L'écrivain Peter Guralnick est l'un des premiers à identifier Solomon Burke comme une personnalité clé dans l'émergence la musique soul, et Atlantic Records comme label discographique clé. Les premières chansons de Burke au début des années 1960, comme ', ' et "" sont considérées comme des classiques du genre. Guralnick explique que Ben E. King parvient également à atteindre le succès en 1961 avec sa chanson "Stand By Me", directement basée sur du gospel. Au milieu des années 1960, le succès initial de Burke, King, et d'autres, surpasse celui des nouveaux chanteurs de soul comme ceux de Stax incluant Otis Redding et Wilson Pickett. Selon Jon Landau La musique soul domine des classements afro-américains aux États-Unis dans les années 1960. Otis Redding atteint le succès lors du Monterey Pop Festival de 1967. Le genre se popularise en parallèle au Royaume-Uni. Différentes régions et villes américaines comme New York, Détroit, Chicago, Memphis, La Nouvelle-Orléans, Philadelphie, et Muscle Shoals, Alabama (localité des FAME Studios et Muscle Shoals Sound Studios) sont notées pour l'émergence de différents sous-genres dérivés de la soul et leurs styles d'enregistrement. En 1968, le mouvement de la soul commence à se scinder. Des artistes comme James Brown et Sly & the Family Stone se lancent dans la funk, tandis que d'autres tels que Marvin Gaye, Stevie Wonder, Curtis Mayfield et Al Green se concentrent sur une variété d'autres genres, parfois politiquement engagés. Cependant, Sous-genres. Parmi les sous-genres de la "soul music", on compte notamment les styles caractéristique d'une ville ou d'une région, comme ceux de Memphis, Détroit, Chicago, Philadephie, la Nouvelle-Orléans, la "southern soul", ou les croisements avec d'autres genres musicaux ("soul blues, country soul, soul jazz, afro-soul, boogaloo, psychedelic soul, hip hop soul, neo soul, future soul"). Le terme "blue-eyed soul" désigne la soul et le rhythm and blues interprétés par des musiciens blancs. La northern soul est un genre musical né à la fin des années 1960 au Royaume-Uni et popularisé au cours des années 1970. On parle de "plastic soul", pour un style de musique pop qui emprunte des éléments de soul de façon artificielle. Detroit (Motown) soul. Dominée par l'empire Motown Records de Berry Gordy, la Detroit soul est très rythmée et inspirée du gospel. Le style sonore Motown inclut des claquements de mains, des lignes de basse puissantes, et des violons. AllMusic cite Motown pour avoir lancé la pop-soul, un style de soul aux paroles agressives. Ce style inclut des artistes tels que Diana Ross, les Jackson 5, Stevie Wonder, et Billy Preston. Populaire dans les années 1960, le style s'adoucit dans les années 1970 et conduit au lancement du disco. Deep soul et southern soul. Les termes "deep soul" et "southern soul" désignent généralement un style de soul énergique et entraînant mêlant l'énergie du R&B à un son gospel sudiste américain. Le label Stax Records développera un son distinct de ce style. Labels. Principaux labels spécialisés dans soul music : |
Sound system Au sens strict, le terme « sound system » (en français « système de sonorisation » transportable, aussi parfois appelé discomobile selon le contexte) désigne le matériel de sonorisation utilisé lors d'une fête ou d'un concert. Par extension, il désigne également le groupe d'organisateurs de soirées mettant ce matériel à disposition, et la culture y étant associée. Histoire. La culture "sound system" est apparue en Jamaïque dans les ghettos de Kingston (Jamaïque) à la fin des années 1940. Née de l'exclusion d'une population pauvre et noire, n'ayant pas accès aux salles de spectacles et aux clubs (monopolisées par les riches blancs et métisses), les Jamaïcains plus modestes diffusaient alors leur musique dans la rue. Le concept de « "sound system" » est d'abord devenu populaire dans les années 1950 dans les ghettos de Kingston. Les DJ chargeaient un camion avec un générateur, des platines vinyles et des haut-parleurs et installaient une fête de rue ("street party"). Au début, les DJ jouaient du R&B américain mais au fur et à mesure, la production musicale jamaïcaine se mit à s'étoffer et les sons prirent des sonorités locales typiques. Les sound systems étaient de « grosses » affaires car ils représentaient un moyen sûr de se faire de l'argent dans une économie instable. L'organisateur (le DJ) pouvait faire du profit en demandant un petit droit d'accès et en vendant de la nourriture et de l'alcool. La concurrence était sévère entre les différents "sound systems" et deux DJs émergèrent comme des "stars" de la scène : Clement « Coxsone » Dodd et Duke Reid. La popularité d'un DJ de sound system tenait surtout à sa capacité à jouer de la musique innovante. C'est pourquoi les deux DJs stars se mirent à la production de disques, augmentant non seulement leur potentiel mais réduisant leur utilisation de musique américaine. Au début, ils ne produisaient des titres que pour leur propre sound system, limités donc à une copie. Ce qui commença par une simple copie du R&B américain fait par des musiciens locaux devint la première musique originale issue de Jamaïque : le ska. Au fur et à mesure que cette nouvelle tendance prit du succès, les deux DJs s'investirent de plus en plus dans la production. Le studio de production de Coxsone devint un studio réputé, alors que Duke Reid fonda le connu "Treasure Isle". À la suite de l'émigration de nombreux Jamaïcains vers l'Angleterre, les "sound systems" s'y implantèrent peu à peu. Ils finirent par se répandre dans différents pays en variant les différents styles de musique qu'ils produisaient, d'abord ska, rocksteady, reggae, dub, puis raggamuffin ou ragga - Jamaïque oblige - et enfin de plus en plus de musiques différentes, souvent électroniques, telles que l'électrodub, la hardtechno, la jungle, le drum and bass, etc. C'est ce type de sound systems dub qu'ont côtoyé à leurs débuts les sound systems anglais, considérés comme les parents du « mouvement free party ». En France, les sound-systems sont arrivés à la fin des années 1980 avec comme pionniers, Dread Lions, Reality, Youthman Unity, Kwame Nkrumah, High Fight, King Dragon, Blues Party, Stand Tall, Earthquake, Jah Wisdom, Ragga Dub Force, Ital Posse... Aujourd'hui, il existe de nombreux sound-systems français, diffusant la musique jamaïcaine sous sa forme originale, le 45 tours, ou exclusive sous forme de dubplates specials (morceaux uniques joués par chaque sound). Sound system français. Le sound system en France a commencé ses balbutiements au début des années 1980 dans les squats sur des chaines hi-fi et surtout grâce à l'équipe des DJs de Radio Ivre (Radio Irie). Les premiers gros sounds avec plus de 100 personnes ont été organisés vers 1982 à l'église des Panoyaux à Ménilmontant dans le de Paris avec Ras Gugus. En France l'appellation sound system a longtemps désigné une équipe constituée de selectas et de chanteurs (en particulier dans le ragga/dancehall parisien) ; l'utilisation était impropre, et est maintenant consacrée à une équipe qui dispose de son propre matériel de diffusion (console, amplis, enceintes...) La scène sound system française est, dans les années 2010, en pleine expansion, Les sound systems sont un argument de poids qui attire un public de plus en plus important dans les festivals, tels que le Dub Fest (2013) et le Dub Camp (2014), qui voient d'ailleurs le jour, regroupant scène française et internationale. Une carte des sound systems français a été publiée en 2013 par le crew I-Leaf. Sound system reggae/dub. Les sounds systems dub ont leur intérêt dans la séparation des fréquences. En effet, joue sur une platine unique, on ne mélange pas les morceaux, et on ne joue pas sur les transitions. Les différences d'enceintes dans le sound system permettent aux artistes de mixer en live les fréquences d'un morceau. Ainsi, les scoops, en bas, jouent les basses, les bas médium, au-dessus, jouent les fréquences médiums, puis les hauts médiums et les aigus, jouent les fréquences hautes. Les transitions entre les morceaux sont assurées par le MC, quoi que de plus en plus de sound system jouent sur deux platines, afin d'enlever ces transitions. Certains artistes abandonnent peu à peu le vinyle, et jouent leurs propres morceaux par ordinateur (et en mp3 en plus). Sound system tekno. Dans le milieu free party ou rave party, "sound system" désigne avant tout le matériel de sonorisation utilisé lors de la fête. Le sound system se compose d'un ensemble d'enceintes (souvent appelé « mur », métaphore comparant l'enceinte à une brique), de plusieurs amplificateurs et autres appareillages (égaliseur, etc.), ainsi que d'un moyen pour le DJ/Liver de diffuser la musique (platines vinyles ou CD et table de mixage, ordinateur, etc.). Par extension, le terme désigne le collectif (à l'origine nomades, voir free party) qui possède ce matériel, englobant également les dispositifs d'éclairage (spots et stroboscopes), la décoration, les moyens logistiques (souvent des camionnettes et utilitaires, type de véhicules très prisés dans le milieu des free parties). Le terme « 6tm » fait référence au mot "system" en langage SMS/texto français. Les "sound systems" (autant les individus que le matériel) bénéficient d'un respect quasi-totémique de la part des participants aux free parties. Il n'est pas rare, dans le cadre de certaines free parties, de voir ces derniers former un mur humain pour empêcher les forces de l'ordre d'accéder « derrière le son », endroit presque sacré réservé aux DJ et à leur entourage. Cet endroit est d'ailleurs plutôt une cachette, contrairement aux fêtes commerciales, où les organisateurs et les DJ se mettent en valeur sur une scène. En France juridiquement. Ces moyens matériels sont le point névralgique des "free parties" : ce sont donc naturellement eux qui ont été visés, en France par les lois votées depuis 2001 et leurs propriétaires menacés de saisie dans le cas de fêtes non-déclarées dépassant 250 participants. Le décret - 334 du modifiant le décret - 887 du pris pour l'application de l'article 23- 1 de la loi - 73 du et relatif à certains rassemblements festifs à caractère musical a ramené le nombre de participants à 500 (et modifié quelques termes de l'amendement dit « Mariani » de la Loi sur la sécurité quotidienne (LSQ)). |
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Skinhead Skinhead (des mots anglais "skin" « peau » et "head" « tête » : « cuir chevelu – à nu ») désigne à l'origine un jeune prolétaire britannique aux cheveux tondus ou non. Le phénomène skinhead est né au Royaume-Uni à la fin des années 1960. Il est une évolution de la mouvance "modernist" (les "mods"). En évoluant et en se diversifiant la culture Skinhead va adopter divers styles musicaux. Si au début leur culture musicale emprunte principalement à leurs ainés "mods" la soul américaine et le ska, à partir de 1967 les skinheads accompagnent l'explosion du rocksteady et du reggae naissant, dont l'impact en Grande-Bretagne en font les principaux amateurs en dehors de la communauté immigrée. Avec les années 1970, le glam rock vient s'ajouter à cet engouement, puis le retour des skinheads à partir de 1978 accompagne la naissance d'une partie de la scène punk rock puis de la Oi!. Il est à noter que le hardcore punk aux États-Unis est un style qui est adopté par les skinheads dès le début des années 1980 (avec Agnostic Front, Warzone ou The Abused par exemple). À la fois mode vestimentaire et musicale, cette première vague skinhead n'est rattachée à aucun mouvement politique tout en étant fortement influencée par ses origines ouvrières. En s'étendant au reste du monde dix ans plus tard, le phénomène skinhead a connu des évolutions importantes. À l'origine les skinheads n'étaient en aucun cas des militants politiques ou syndicaux. Leurs points communs étaient leur origine sociale modeste, leur amour de la musique noire, en particulier jamaïcaine, et leur goût pour la bagarre. Cette mode rassemblait aussi bien des blancs que des noirs. C'est avec l'apparition du punk rock en 1977, et surtout du chômage qui frappe de plein fouet l'Europe à la fin des années 1970, que le mouvement skinhead se scinde, et qu'une partie des skinheads est séduite par les textes néonazis de la seconde formation du groupe britannique Skrewdriver (voir Rock anticommuniste), tandis que d'autres se tournent vers l'extrême gauche ou refusent la politique. Actuellement, les skinheads sont nombreux à travers le monde, mais profondément divisés, tant par leurs références musicales, que par leurs attaches idéologiques. Le clivage principal demeure l'opposition politique, entre une tendance marquée par l'extrême droite, les apolitiques d'autre part, et l'extrême gauche par ailleurs. Il n'existe pas de mouvement global skinhead mais une mouvance hétérogène. Cette mouvance peut être définie et comprise comme un ensemble de références musicales et vestimentaires revendiquées en partie ou en totalité par des groupes d'individus aux comportements et aux idées très différentes. Description. Certains détails historiques semblent ancrer le phénomène skinhead dans une filiation plus ancienne bien que sujette à caution. Pendant la Première Révolution anglaise (1641-1649), les partisans du Parlement menés par Oliver Cromwell étaient appelés les "round heads" (têtes rondes) par leurs ennemis en raison de leur coupe de cheveux courte opposée à la longue chevelure des aristocrates partisans du roi Charles. La ressemblance avec les skinheads s'arrête là, car les partisans de Cromwell, même s'ils recrutaient beaucoup parmi les classes populaires, étaient avant tout des protestants puritains d'inspiration calviniste qui refusaient les prétentions absolutistes du roi et la possibilité d'un rétablissement du catholicisme en Angleterre. Il y aurait également mention d'individus répondant à la définition et à l'appellation du "skinhead" dès le début du dans la presse du Royaume-Uni, le terme désignait de jeunes voyous issus des quartiers pauvres et aux cheveux courts, l'équivalent des « Apaches de la zone » en France. Un ouvrage édité en 1908 "The Classic Slum" de Robert Roberts décrit de manière troublante les "corner kids", jeunes ouvriers violents vêtus de chaussures de sécurité, de chemises de travail et de bretelles, les cheveux tondus qui effraient la « bonne société » dans les quartiers malfamés du nord de l'Angleterre. Néanmoins, dans son acception moderne claire et stricte, "skinhead" s'applique à un mouvement de jeunesse né progressivement dans la seconde moitié des années 1960 au Royaume-Uni. Il s'agit en fait de la fusion progressive en une entité propre des "rude boys", jeunes noirs d'origine antillaise (surtout jamaïcaine), et des plus prolétarisés des "mods", jeunes blancs fans de scooters et de musique soul (qui seront rétrospectivement appelés "hardmods" à la fin des années 1970). Dans son sens grand public le terme skinhead signifie « un jeune aux cheveux rasés, vêtu de manière paramilitaire et exprimant avec violence idées racistes et néo nazies ». Pourtant la réalité des faits et leur histoire est bien plus complexe. En effet une partie des skinheads actuels dénie aux adeptes des thèses d’extrême droite le droit de s'appeler eux-mêmes "skinheads" et les qualifie de "boneheads" (littéralement « crânes d'os », ce qui familièrement signifie « crétins »). À l'inverse, les skinheads d'extrême droite se considèrent comme les seuls skinheads authentiques dans la continuité du paki-bashing, d'un patriotisme de plus en plus exacerbé par rapport aux skins originaux. Ces skins nationalistes, voire néonazis, surnomment les skinheads antiracistes "reds" (littéralement « rouges»). Ces ramifications, complexes et parfois incompréhensibles pour les non-initiés, rendent extrêmement difficile une description claire et définitive. Style vestimentaire. Certains prétendent que les premiers skinheads se sont tondus les cheveux pour se distinguer des hippies. Rien n'est plus faux puisque l'évolution des "mods" vers les skinheads est antérieure à la naissance des hippies britanniques. On raconte encore qu'il s'agit d'un moyen d'échapper à la police montée lors des émeutes ou des bagarres. En réalité, beaucoup de ces jeunes sont ouvriers. Ils portent les cheveux courts en raison des normes de sécurité imposées sur leur lieu de travail. Dans les familles issues de milieux populaires, porter les cheveux courts c'est faire partie de la société sérieuse et laborieuse. Ces explications nombreuses alimentent la mythologie skinhead : les skinheads ne veulent pas ressembler à des hippies, les skinheads sont issus de la classe ouvrière, les skinheads aiment se battre et détestent la police. Le look skinhead est beaucoup plus standardisé par rapport à l'individualisme forcené et en permanente évolution des "mods" originaux : cheveux courts (tondus ou coupés court, mais rarement rasés à blanc à cette époque), favoris, bretelles étroites dont les pinces sont posées parallèlement, blue-jeans Levi Strauss & Co., modèle 501 ou Sta press (pantalon cigarette à plis permanent) ou Wrangler coupé court ou pantalons du même type. Le classement des chaussures de sécurité comme armes à partir de 1969 et l'interdiction de les porter en dehors du lieu de travail va favoriser la généralisation du port du vêtement le plus emblématique de la garde robe skinhead, les chaussures de marque Dr. Martens. S'il s'agit à la base de chaussures orthopédiques de sécurité, les modèles sans coques sont les plus prisés. En effet les « docs coquées » classées comme arme, très peu de skinheads originaux se risquent à en porter contrairement aux idées reçues. Les Dr. Martens — alors que curieusement des marques autant portées à l'époque telles Hawkins (et son modèle Astronaut), Solovair ou Grafters sont tombées dans l'oubli — sont devenues la marque symbolisant à elle seule la mouvance skinhead. Un des plus gros succès des charts pop 1969 (une reprise reggae du tube de Nancy Sinatra de 1966 "These Boots Are Made for Walkin"') y fait explicitement référence : le refrain du "These boots are made for stomping" des anglo-jamaïcains Symarip précise : , (le "stomping" est une des danses des skinheads consistant à lever et reposer lourdement ses pieds en rythme). Les "Monkey boots" sont essentiellement portés par les skinhead girls (parfois affublées du terme légèrement péjoratif de "birds"), Dr. Martens ne proposant à l'époque pas de petites tailles pour leurs chaussures montantes. Loafers, Bowling shoes, Clarks "desert boots" sont autant de reliquats de la période "mod" ou plus rarement des chaussures de sport de type baskets (à l'image des "kicks" ou "samba" de chez Adidas qui se populariseront lors du revival des années 1980). La garde-robe est assortie de vêtements conçus pour le climat de la Grande-Bretagne et inspiré notamment du style Ivy league Américain (Harrington) ou Monkey Jacket (parfois appelé Mod Jacket). Le blouson Harrington — commercialisé par la marque Baracuta, porté par les mods, puis les skinheads et enfin, dix ans plus tard les punks —, n'est pas une marque mais un type de veste légère en toile de coton unie doublée de tissus à carreaux écossais (tartan). Le nom vient du héros de la série télévisée américaine "Peyton Place", très populaire au début des années 1960, Rodney Harrington, qui portait ce vêtement. D'une manière générale et indépendamment de l’allégeance à un de ces mouvements, le Harrington est une icône vestimentaire partagée par toutes les classes et toutes les générations de Britanniques dans les années 1960 et 1970. D'autres manteaux et pardessus sont couramment utilisés par les skins selon qu'ils soient au travail, à l'école ou en soirée. On peut citer le "donkey jacket" (manteau d'ouvrier inclus dans le paquetage des vêtements de travail, docker, mineur ou éboueur), enfin le Crombie (veste anglaise mais ressemblant au style des jeunes Jamaïcains) est considéré comme le plus élégant. Marginalement avant 1979, certains blousons tels le bombers jacket sont parfois portés. Dans les soirées, le costume de couleur noire ou en tissu "Tonic" (tissu changeant légèrement de couleur à la lumière), est porté pour danser ou frimer en soirée dans certains cercles skinheads les plus « pointilleux » et représente le « Saint Graal » de ces jeunes qui peuvent ainsi dépenser leurs premières paies en les faisant tailler sur mesure ("bespoke"). D'autres accessoires viennent parfaire la panoplie : écharpe de football ou aux motifs Kashmer (Paysley), en soie et à pois (Polka dot). Les casquettes plates (en feutre, en tweed, unie ou à chevrons) sont parfois portée en concurrence avec le chapeau "pork-pie" ou "trilby" pour afficher son appartenance à cette tribu urbaine. Les jeunes filles skinheads portent des pulls mohair, des mini-jupes, des costumes longs à quatre ou cinq boutons, des mocassins type Penny Loafers. La coupe de cheveux typique des "skinhead girls", dite "chelsea", est à l'origine une coupe « à la garçonne » telle que celle arborée par le mannequin Twiggy (cheveux coupés court sur le sommet du crâne avec une frange longue sur le devant et quelques mèches longues dans le cou et sur les côtés) elle raccourcira progressivement à la fin des années 1970 seulement à l'instar de la coupe de leurs homologues masculins, de même qu'il faut attendre cette période pour les voir adopter progressivement un look de plus en plus similaire aux hommes. Le tatouage aussi est un marqueur fréquemment associé aux skinheads. Les Britanniques de milieux modestes l'affectionnent et les skinheads en font une véritable institution. Il serait vain ici de décrire la vaste gamme des tatouages spécifiquement skinhead, mais on doit considérer qu'il faut attendre le "revival" de 1979 pour les voir popularisés. Le look skinhead est donc inspiré des ouvriers de l'époque auxquels se sont ajoutés des vêtements de travail et progressivement des références "sportswear", voire de surplus militaire. Ces adolescents et ces jeunes adultes s'approprient, comme ceux d'aujourd'hui, certaines marques qui deviennent ainsi emblématiques : Fred Perry, Lonsdale, Ben Sherman, Jaytex, Arnold Palmer, Loakes, Brutus ou encore Adidas. Histoire. Des mods aux skinheads. Les skinheads sont issus de la vague "modernist". Il faut donc rappeler brièvement qui sont les "mods" et de quelle manière ces skins vont devenir une entité autonome, puis totalement distincte des mods. Dans un premier temps, il s'agit principalement de jeunes Londoniens de la petite classe moyenne, souvent issus de famille juive ou grecque établies dans le négoce de vêtements dans les quartiers Est de Londres. À l'avant-garde de la mode, ils s'habillent de façon à la fois luxueuse et décontractée. Ils aiment les costumes italiens, le style américain, se passionnent pour le "modern jazz" et les musiques noires américaines, les films français... Vers 1963-1964, cet underground élitiste commence à devenir un phénomène de masse, notamment en raison de l'explosion du swinging London : de nombreux adolescents deviennent "mods". Plusieurs groupes se réclamant de cette tendance émergent (parfois grâce à l'influence de managers avisés). Le "mod beat", adaptation locale du rythm'n'blues puis de la soul des artistes afro-américains apparait. Les artistes réunissant les plus grands publics sont les Who, Small Faces, The Action, The Artwoods... Un des hymnes "mod" les plus célèbres est "My Generation" de The Who . Le paradoxe est que ce dernier groupe n'est pas considéré comme strictement "mo"d. La fascination des "mods" va en effet prioritairement vers la musique afro-américaine. Les faits divers, probablement exagérés, rendent les "mods" célèbres. Les batailles rangées entre "mods" et rockers (autre mouvement de jeunesse, axé sur les motos, les blousons de cuir et le rock'n'roll) font les gros titres des "tabloïds" de la presse à scandale populaire, et ce qui était un confidentiel courant "underground" devient alors un vrai phénomène de masse. L'image des bandes de "mods" en scooter et de rockers à moto se donnant rendez-vous à Brighton pour de mémorables bagarres devient une image de marque et attire de nombreux jeunes sans l'élitisme très recherché des précurseurs. Cette nouvelle vague de "mods" méprise les rockers, les jugeant arriérés et passéistes. Les rockers trouvent les "mods" maniérés et dégénérés. Ces considérations ne sont qu'un prétexte à la bagarre. le mouvement "mod" n'échappe pas à la culture des gangs et au hooliganisme, d'autant plus que la coupe du monde de 1966 organisée en Angleterre voit ces jeunes, bénéficiant du pouvoir d'achat des trente glorieuses, aller seuls en bande dans les stades, sans leurs parents, comme c'était le cas auparavant. Vers 1966-1967, la scène "mod" a vécu et il ne reste que des jeunes scootéristes à cheveux très courts. Cette tendance pratique le hooliganisme. Les vêtements de sport ou de travail pour traîner dans la rue (polo Fred Perry, chaussures Doc Martens noires ou rouges) commencent à remplacer les costumes sur mesure. Ils prennent le contre-pied de la mode branchée de l'époque (telle la vague psychédélique ou le mouvement hippie) et affichent et fièrement leurs origines ouvrières ("working class"). Ce clivage est particulièrement fort dans le Nord de l'Angleterre (Manchester) et en Écosse (Glasgow) où cette radicalité s'inspire du style vestimentaire des milieux liés à la pègre. Ces "hard mods" , tels qu'ils seront surnommés en 1972 par le sociologue Stanley Cohen dans le cadre d'une étude portant sur l'opposition entre "mods" et rockers - se crispent sur l'identité "modernist" de la période 1963-1965 : musique noire américaine (R'n'B, soul), style urbain et moderne, scooters Vespa et surtout Lambretta. Vivant dans les mêmes banlieues et quartiers ouvriers, les "hard mods" fréquentent les "rude boys", ou "rudies", jeunes immigrés antillais, surtout jamaïcains avec qui ils partagent le goût pour la musique noire américaine (soul, rhythm and blues) et jamaïcaine (ska puis un nouveau courant, le rocksteady). Vers 1968, ces "hard mods" (comme ils seront surnommés à posteriori) et ces "rudies" se confondent, et en , les grands titres de "Fleet Street" (la grande rue londonienne où sont regroupés les principaux quotidiens du pays) baptisent ces jeunes de plus en plus nombreux du nom de "skinheads" . Apparition au Royaume-Uni. En 1969, un véritable raz-de-marée skinhead envahit le Royaume-Uni pour quelques très courts mois. Il faut considérer que le gros de la vague skinhead en tant que tel s'abat outre-Manche en , pour être déjà dépassé par ses "séquelles" vers . Cette "mode skinhead" explose en même temps que la musique reggae, qui est la musique émergente de l'été 1969 au Royaume-Uni. De fait, pour nombre de jeunes cela ne se prolonge guère. Beaucoup n'ont été skinheads qu'un an ou deux, voire quelques mois. Cette contre-culture, en devenant soudain très à la mode, rapproche les jeunes des quartiers ouvriers, tant blancs que noirs. Les premiers skinheads écoutent de la soul, du rythm'n'blues (labels Stax, Motown ou encore Chess records), du mod beat, du ska, pourtant presque passé de mode en 1969, du rocksteady, mais surtout le son du moment : le reggae. Les skinheads seront la première population européenne à écouter massivement du reggae. Les artistes qui recueillent le plus de succès sont des artistes noirs venus directement des Caraïbes, Desmond Dekker, les Upsetters, Jimmy Cliff, The Harry J Allstars, Derrick Morgan, Dave Barker, ou produits spécifiquement pour ce public par des musiciens immigrés en Grande-Bretagne tels Simaryp, Laurel Aitken, Hot Rod Allstars, Joe The Boss ou encore Freddy Notes et son groupe The Rudies. Le reggae et le rocksteady apparaissent alors comme le son skinhead par excellence. Pour les puristes, on parle de "Boss Sound" (probablement en référence à un titre des Symarip). Un terme sera d'ailleurs inventé au début des années 1980 pour qualifier le son de ces années 69-71 : le "skinhead reggae" (les personnes étrangères à la scène skinhead parlent de "early reggae"). Dans la tradition moderniste, les skinheads aiment danser. Ils rivalisent de pas de danse compliqués pour frimer lors des "discoes", l'équivalent des « boums » françaises, organisées dans les Maisons de jeunes ou de manière clandestine chez des particuliers contre une modeste participation ("Blues Parties"). Les chansons traitent de thèmes transposables à leur vie quotidienne : romances, sexe, danse, émeutes, problèmes de tous les jours, mais aussi de nombreux thèmes variés et souvent amusants, tels le western, le kung fu, les monstres en tout genre ou la conquête spatiale. Les principales maisons de disques éditrices de "reggae" au Royaume-Uni sont Trojan Records, Pama Records et Torpedo Records. Le logo du label Trojan (un casque d'hoplite grec, comme on en portait lors de la guerre de Troie) a été repris par la suite pour désigner les skinheads traditionnels qui perpétuent l'esprit originel. Les skinheads constituent donc à la fois une mode vestimentaire liée à des goûts musicaux, mais aussi une véritable sous-culture de jeunes avec ses comportements typiques (phénomènes de bandes, clanisme, frime, violence, esthétique, danse...) et son argot. On parle de "bovver boys", littéralement « les jeunes mecs qui ne se laissent pas embrouiller », d"'Aggro" (agressivité, agression...) pour désigner la baston, de "bashing" ("to bash" signifie « casser la gueule »). Les leaders organisent des bandes (« crews », « fleets » ou « firms » selon un argot urbain préexistant) où les plus élégants et respectés sont les "boss skinheads" (à l'instar des « Faces », "mods" les plus considérés par leur pairs). Ces gangs de jeunes qui ont régulièrement un comportement violent vont hisser le "hooliganisme" au rang de problème de société. Certains avancent que les skinheads sont issus du hooliganisme. C'est à la fois vrai et faux : les jeunes Britanniques des classes moyennes et populaires se comportent souvent en hooligans dans les stades de football, mais le hooliganisme est plus ancien que la mode skinhead (il date du début du ) et les codes vestimentaires des hooligans varient beaucoup dans le temps (la plupart des hooligans actuels n'ont absolument pas le look skinhead). L'abus d'alcool et de drogues diverses (surtout les amphétamines pour pouvoir danser toute la nuit, les skinheads étant peu portés sur les opiacés et les drogues psychédéliques), n'arrange rien à l'image des skinheads. La presse "tabloïd" peut dès lors stigmatiser les skinheads, comme elle l'avait fait auparavant pour les "mods" ou les "rockers" : c'est la nouvelle menace. En 1969 et 1970, la mode skinhead est devenue si importante que certains artistes de rock l'adoptent afin de gonfler leur audience : c'est le cas du groupe Slade, pionnier du glam-rock. En 1969, influencé par l'opportunisme de son manager Chas Chandler, le groupe en adopte provisoirement les codes vestimentaires. Même s'il s'agit d'un calcul commercial, Slade peut être considéré comme un des premiers groupes skinhead composé de blancs. Fait moins connu, d'une manière plus "underground" et plus sincère, le groupe The Neat Change, arbore un look pré skinhead dès 1967, dix ans avant l'émergence du street-punk et de la oi!. Cette première vague skinhead est donc avant tout une mode et un style musical et vestimentaire largement méconnu hors du Royaume-Uni. Il n'y a pas de skinheads à cette époque en Europe continentale ou en Amérique du Nord. Seuls certains adolescents émigrés à cette époque en famille en Australie (donnant naissance à la sous-culture "sharpie") et au Canada exportent le style hors de Grande-Bretagne. Pour la plupart des journalistes britanniques, les skinheads ne sont qu'une nouvelle sorte de voyous incontrôlables (comme la France a ses « blousons noirs » à la même époque). La mouvance skinhead n'est pas véritablement politisée pour plusieurs raisons. Les jeunes qui s'y reconnaissent sont très jeunes (14-15 ans), ne bénéficient pas du droit de vote et ont des préoccupations d'adolescents. Les marqueurs idéologiques sont hérités de leur classe sociale mais si leurs parents votent majoritairement pour le Labour (travailliste), l'époque n'est pas encore à une remise en cause réfléchie du système. Pareillement, s'il y a le même taux de fils d'immigrés chez les skinheads que dans la société britannique, il est délicat de mettre en avant un antiracisme originel conscient, ou l'inverse "(paki bashing)" selon les critères de cette période où le racisme est très largement répandu . Deux éléments vont cependant marquer durablement l'image « éthique » des skinheads. D'une part l'usage fréquent des couleurs nationales (Union Jack pour l'ensemble des Britanniques ou Saint Georges Cross pour les Anglais) par les skinheads de cette époque est interprété comme un glissement vers le nationalisme, voire le fascisme. Cette affirmation est très exagérée, même si les jeunes Britanniques font souvent preuve d'un patriotisme très marqué, tel qu'on peut le rencontrer dans les tribunes des stades de football ("jingoism", équivalent du mot français « chauvinisme »). Les "mods" arboraient auparavant les couleurs nationales pour le côté « pop art » et les "punks" feront de même par la suite, par désespoir social et ironie. Cette fierté d'appartenir à la nation britannique est même selon certains un élément unificateur pour les jeunes Britanniques blancs et les Antillais noirs venus de la Jamaïque ou de Sainte-Lucie (États du Commonwealth, dont les habitants sont assimilés aux Britanniques puisque sujets de la même reine). Par ailleurs, il est vrai qu'une partie des skinheads de cette époque (qu'ils soient noirs ou blancs) fait preuve de violence à l'encontre des jeunes Indiens et Pakistanais, dont le style vestimentaire et les goûts musicaux les rapprochent selon eux des hippies (alors que ce serait plutôt l'inverse). Ils organisent régulièrement de véritables ratonnades à leur encontre : le "paki bashing". Cette violence, bien que largement non théorisée, n'empêche pas les ponts entre certains skinheads et Enoch Powell (homme politique conservateur, populiste et anti-immigrés). À l'opposé de l'échiquier politique, une minorité de skins est proche des centrales syndicales de la gauche travailliste, particulièrement dans le nord de l'Angleterre. De même, les bagarres entre bandes de skins de différents quartiers prennent une signification toute différente dans le Belfast déchiré par le conflit entre protestants et catholiques (chaque camp ayant des adolescents suivant ce mode de vie). Vers 1970, la vague skinhead s'essouffle. De nouvelles tendances musicales apparaissent, comme le glam rock, et une évolution du reggae vers le mouvement rastafari notamment par Bob Marley ainsi que vers le nationalisme noir (beaucoup de "rude boy"s deviendront de farouches défenseurs de la cause noire des États-Unis) éloigne les skins d'une musique qui leur « parle » moins, de par son mysticisme et sa revendication afro-identitaire. Lassés d'être interdits de stades et de se voir refuser l'entrée dans les clubs de par leur comportement discutable, les "rescapés" adoptent un style qui incorpore des éléments vestimentaires classiques à un look plus élégant (souvent inspiré des parrains de la pègre britannique), les cheveux repoussent et on parle maintenant des suedeheads (crâne de velours) : les skins peuvent désormais se fondre dans la masse plus facilement. Le mouvement skinhead originel n'a donc qu'une durée de vie de quelques mois, nombre de "hard mods" le laissant tomber par dégoût dès que celui-ci est identifié par le plus grand journal britannique comme une entité à part du mouvement "mod", le . La vague skinhead se prolonge encore pendant environ une année, puis elle se diluera les cinq années suivantes dans le hooliganisme, les scènes Northern Soul ou le phénomène scootériste... Réapparition et politisation. Après 1971, l'esprit skinhead ne disparaît pas pour autant et survit, à travers les suedeheads puis les "smoothies" (ces derniers portent les cheveux assez longs). Les deux adoptent le style "bootboy" lorsqu'ils descendent dans la rue : blue jean retroussé, Doc Marten's montantes, bretelles… C'est un style vestimentaire assez proche de celui arboré dans le film de Stanley Kubrick "Orange mécanique". Coïncidence troublante, les jeunes décrits dans le roman d'Anthony Burgess, dont s'inspire le film, portent déjà cet uniforme plus de dix ans auparavant. L'œuvre est violente, mais le message est plus subtil qu'il n'y paraît : il s'agit en fait d'une critique des théories comportementalistes et une caricature des aspects les plus ridicules des sociétés modernes. Par la suite, ce film constituera une source d'inspiration pour de nombreux groupes punks et surtout skinheads, contribuant à forger l'image du jeune rebelle violent, incontrôlable mais cyniquement lucide. Les "mods" ne font plus la une, mais restent nombreux, en particulier dans le nord de l'Angleterre où ils constituent les premiers bataillons de "Soul Boys", à l'origine d'un fort engouement pour une scène musicale particulière, la "Northern soul". Style musical aux définitions multiples, il s'agit de la redécouverte sur les pistes de danse de morceaux de soul rares et énergiques sortis de manière confidentielle par des labels existant en marge du « poids lourd » du genre, Motown. Les codes musicaux changent. Chez les "bootboys", le reggae, le rocksteady et le ska ont laissé la place au glam rock (David Bowie, T-Rex, Slade, Mott The Hoople, The Sweet pour les plus écoutés en Grande-Bretagne), au pub rock (Feelgood, Eddie and the Hot Rods) puis au punk-rock (genre musical inspiré aux États-Unis par les Stooges, encore les New York Dolls ou les Ramones). Nombre des premiers "punks" britanniques (fin 1976-début 1977) ont une image qui emprunte certains éléments au style "bootboy", à commencer par les Clash (par ailleurs fans déclarés de reggae et de pub rock). Il est à noter que certaines personnalités centrales de cette scène naissante ont eux-mêmes été skinheads auparavant tel Paul Simonon (The Clash) ou Steve Jones (Sex Pistols). Cette explosion médiatique "punk" de 1977 redonne une certaine vigueur à d'autres tribus urbaines. Les skinheads et même les "mods" réapparaissent et se mêlent aux "punks". Ils sont alors peu nombreux, noyés dans la masse punk qui constitue l'essentiel des « tribus urbaines » du moment. Les groupes The Jam, Secret Affair - qui compte un solide contingent de ces néo-skinheads dans son public - , The Chords, participent à la relance du courant "modernist" et de certains de ses avatars (look, musique, scooters...). Le film "Quadrophenia" (1979) par ailleurs est un immense succès et remet le mouvement "mod" au centre de l’intérêt de la jeunesse, y compris continentale, au grand dam des puristes. Après 1979 cependant, le punk-rock en voie d'extinction ou de récupération selon les groupes n'a plus la faveur des médias de masse, et le look "punk" d'une certaine frange se radicalise : les punks deviennent "not dead" (de l'expression "punk's not dead" – le punk n'est pas mort). En écho la chanson du groupe Crass créé la polémique avec son titre provocateur "Punk is Dead". C'est l'époque où apparaissent blousons en cuir cloutés avec slogans ou noms de groupes peints et crêtes iroquoises colorées. Certains sont surnommés à cette époque "the posers" (les poseurs) en raison de leurs prestations photographiques, généralement rémunérées, sur les cartes postales. Le fossé s'accroît entre jeunes membres de groupes issus des écoles d'arts et jeunes des quartiers défavorisés qui ont adhéré à l'explosion punk avant de voir celle-ci récupérée par le "mainstream", l'industrie discographique et médiatique destinée à la grande masse. Beaucoup de punks de la première vague adoptent alors le style skinhead, ce qui passe à la fois comme un retour aux sources et une radicalisation. Le phénomène skinhead connaît une nouvelle jeunesse. Cette scission donne naissance à une forme de punk plus axée sur les préoccupations de la rue, les réalités sociales et économiques, et on parle alors de "reality punk", puis de Oi ! music, c’est-à-dire une forme liée à la culture "cockney" (l'argot populaire), vulgaire voire violente, et de là, à une forme radicale de punk-rock. L'expression "street-punk" sera utilisée à partir des années 1990 pour se dissocier de la connotation sulfureuse du terme Oi! music, mais il désigne le même sous-genre musical. On retrouve dans cette musique la base du punk-rock, mais aussi l'influence des chants de supporters de football et les styles glam-rock ou pub rock des années précédentes. Les groupes punks de 1977 disaient rejeter les autres courants. Les groupes Oi! assument au contraire leur amour de groupes tels que les Who, Mott the Hoople, Slade, Small Faces ou Animals, vus comme des fondateurs et des références essentialistes. La violence de la musique (ce n'est pas toujours le cas, certains groupes étant même réputés pour être des groupes « mélodiques ») et aussi la force qui se dégage des refrains repris en chœur peuvent évoquer les tribunes des stades ou encore les chants de marche militaires. Oi !, dans l'argot "cockney", est la contraction de l'apostrophe : "Hey you !" (Hey, toi !). Ce punk-rock « de la rue » désigne aussi bien la musique de groupes punks que skinheads ou issus du mélange des deux. Les deux groupes précurseurs de la Oi ! sont Sham 69 et Slaughter and the Dogs, arrivent par la suite Menace, Cock Sparrer (qui existe depuis 1973, mais produisait alors un pub-rock teinté ensuite de punk-rock à la suite d'un changement de "line-up"), puis viendront enfin la masse des groupes considérés comme tels, Cockney Rejects (les spécialistes de l'apostrophe Oi ! scandée, devenue cri de ralliement), The Business, The 4 Skins, Last Resort, The Oppressed, Blitz, Angelic Upstarts… Paradoxalement, si le terme Oi! music est assimilé aux seuls skinheads, très peu des membres des groupes qui portent cette étiquette sont skinheads. Une partie est punk ou assimilée, et la plupart sont en fait des "herberts", à savoir des jeunes issus de milieux modestes qui arborent un look minimaliste et passe-partout. Sham 69, groupe emblématique de nombreux skinheads, n'ont jamais adopté un look skinhead bien que Jimmy Pursey, a lui-même été skinhead dans son adolescence. Les vidéos de la fin des années 1970 montrent souvent ce look "herbert" (mi-punk ou skinhead, mi-monsieur tout le monde). Les membres de Blitz ou de The Oppressed affichent quant à eux une apparence skinhead beaucoup plus standardisée (cheveux rasés ou tondus, chaussures montantes, polos Fred Perry, bretelles...). Cette époque connaît aussi un revival ska, rocksteady et "skinhead reggae" qui contribue à re-populariser le style skinhead avec des groupes comme Madness, The Specials, The Selecter poussés par la maison de disques 2 Tone, ou encore Bad Manners. Ces musiciens adoptent un style vestimentaire plutôt "modernist" ou "hard mod", mais le public comme certains musiciens de ces groupes sont largement skinheads. De nombreux artistes jamaïcains tombés dans l'oubli refont alors surface (comme le chanteur Laurel Aitken, surnommé le "godfather of ska" , ou le tromboniste Rico Rodriguez. Cette version du ska et du reggae énergisée par le bouillonnement punk constitue avec le phénomène Oi! music le fond sonore de cette deuxième vague skinhead. En 1979, contrairement à 1969, cette vague skinhead est nettement moins métissée tant dans ses influences que dans sa composition ethnique. C'est aussi à cette époque qu'apparaît l'habitude de se raser le crâne et que le slogan "ACAB" ("All the Cops Are Bastards" – Tous les flics sont des bâtards) fait son apparition, marquant une nette radicalisation des propos et des attitudes. À partir de cette année 1979, la mode skinhead dépasse le Royaume-Uni et touche l'Amérique du Nord et l'Europe de l’Ouest. En France, la première compilation skin-punk "Chaos en France - Vol 1" sort en 1982 sur le label Chaos Records créé par des membres des groupes Komintern Sect et Reich Orgasm, d'autres productions suivront). Chaque pays voit la formation d'un ou plusieurs groupes fondateurs de ces scènes locales: Nabat en Italie, Decibelios en Espagne, Daily Terror en Allemagne... C'est une contre-culture particulièrement vivace dans les années 1980, même si elle n'attire pas, tant s'en faut, la majorité des jeunes. En France, le street punk de Camera Silens, de Komintern Sect ou de La Souris Déglinguée attire un large public skinhead. Les groupes se multiplient parmi lesquels on peut citer Wunderbach (archétype du groupe skunk, c'est-à-dire skin/punk), R.A.S, L'Infanterie Sauvage, Swingo Porkies ou encore les très nationalistes (proches du groupuscule néo-fasciste L'Œuvre française) Tolbiac's Toads de Paris. Les skinheads sont nombreux à évoluer en marge de la scène dite « alternative » des années 1980, Les Garçons Bouchers (en particulier le multi-instrumentiste François Hadji-Lazaro) ou François Thilloy dit Fanfan de Bérurier Noir s'affichent en skinhead. Aux États-Unis, c'est autour de la scène musicale punk hardcore que la mouvance skinhead se développe. Trois villes sont à l'origine de cette émergence avec chacune des groupes emblématiques de cette tendance : Washington avec le groupe Iron Cross, Boston avec Slapshot et surtout New York avec Agnostic Front, Murphy's Law, Cro-Mags. 25 ans plus tard nombreux sont les groupes musicaux qui, bien que parfois très éloignés du style skinhead en revendiquent encore l'héritage : Sick Of It All, Madball, MOD. Cette seconde époque skinhead est aussi marquée par la politisation du mouvement. Sans que ce disque en soit la seule cause, "Strength Thru Oi!", une compilation sortie en , cause quelques controverses. Ce qui devait être la compilation phare de cette nouvelle vague punk surnommé Oi! est à la base d'un scandale sans précédent dans l'industrie discographique britannique. Les groupes participant ne sont pas d'extrême droite, même si certains groupes assument un discours très ambigu. Mais depuis plusieurs mois, les journalistes épinglent les actes xénophobes ou racistes de certains skinheads. Or le titre de la compilation est calqué sur "strength thru joy" (de l'allemand "Kraft durch Freude", la force par la joie), organisme des loisirs nazis du Troisième Reich. La presse révèle qu'une personne représentée sur la pochette, Nicky Crane est un néo-nazi emprisonné pour violences racistes, la production ne tentera même pas de gommer les tatouages gênants du modèle. Pour l'opinion publique britannique, il semble désormais évident que les skinheads sont des activistes d'extrême droite. Le , un concert à la Hamborough Tavern de Southall, où jouent The Business, The 4-Skins, et The Last Resort, est incendié par des jeunes Asiatiques armés d'un grand nombre de cocktails molotov. qu'il ait fallut quelques minutes de tensions avec un groupe de spectateurs dans l’après-midi pour que la soirée se transforme en ce qui restera une des plus chaudes émeutes de l'histoire de l'Angleterre (on comptera dans les jours qui suivront quatorze morts dans l'extension de ces événements). Par la suite, malgré un reportage télévisé à la BBC qui donne la parole à des skinheads opposés à l'extrême droite et tente de démontrer que les groupes Oi! concernés ne sont pas néonazis, la majorité des journalistes continuent d'associer la scène Oi! à l'extrême droite. Surfant sur cette vague de tension, dans une stratégie d'occupation du champ socioculturel, l'extrême droite cherche à s'implanter. Déjà certains skinheads à la fin des années soixante étaient sensibles au discours de Enoch Powell. À la fin des années 1970, le National Front fait des efforts financiers importants pour séduire les jeunes punks et skinheads blancs touchés de plein fouet par les effets de la crise. Cette organisation créé une presse spécialisée diffusée massivement dans les stades ou les concerts. La stratégie s'avère dans un premier temps payante puisqu'il multiplie ses effectifs en réussissant à intégrer dans ses rangs les plus jeunes d'entre eux. Cet entrisme a pour conséquence d'emmener des jeunes sensibles au discours de droite à adopter le style de vie skinhead sans en avoir les références culturelles et historiques. De 1979 à 1980 il existe même un éphémère "Punk Front" qui travaille activement à la diffusion des idées du National Front parmi la scène punk. Le "British National Party", né en 1982, suit la même trajectoire politique quelques années plus tard. Précisons qu'encore aujourd'hui, malgré une tentative de diluer son discours, ce parti refuse l'adhésion des Britanniques de couleur. Ian Stuart, chanteur du groupe punk Skrewdriver, est un exemple typique de cette dérive. Skrewdriver est en 1977, au début de sa carrière, un groupe glam-punk parfaitement apolitique (comme l'immense majorité des groupes punks à cette époque), mais particulièrement provocateur. Après une séparation de courte durée, Stuart, qui jusque-là cachait son engagement auprès du Front national britannique depuis 1975, reconstitue le groupe sous une forme politisée ouvertement néonazi. Il se trouve au cœur du dispositif créé par le Front national qui appuie financièrement la création du White Noise Club, principale cellule de promotion de ce courant culturel naissant. En 1987, la percée électorale du Front national amène ce dernier à repenser cette stratégie couteuse qui le coupe d'une potentielle base électorale effrayé par les débordements des émules de Stuart et lui coupe les vivres. Il crée alors "Blood and Honour". Initialement une revue, Blood and Honour devient un mouvement ultranationaliste, raciste et en particulier antisémite. Ian Stuart ne cache plus sa fascination pour Hitler et apporte directement son soutien aux associations néonazies, aussi bien au Royaume-Uni qu'en Allemagne. Il est suivi par une partie des skinheads et certains punks qui adoptent un comportement de plus en plus violent et basculent vers l'extrême droite. Beaucoup sont des hooligans fascinés par la violence sous toutes ses formes. Ils hurlent "Sieg Heil!" ou "Heil Hitler" dans les concerts et déclenchent de fréquentes rixes avec les autres skinheads ou les punks dans les rues des métropoles européennes. Mais leurs principales cibles sont les Noirs ou les immigrés. Le "paki bashing" reprend, motivé par le racisme. Ian Stuart ne cache pas ses arrière-pensées politiques lorsqu'il déclare à la télévision belge : . Idéologiquement ces premiers skinheads et punks néonazis ratissent très large dans leurs influences : rescapés du nazisme britannique des années trente qui servent de mentors, partisans des milices loyalistes d'Irlande du Nord, antisémites de tout poil, xénophobes échaudés par l'immigration, anticommunistes qui dénoncent les États soviétiques, hooligans ultra-violents, se mélangent pour ces punks et skinheads dépourvus de repères idéologiques qui aiment provoquer en arborant des insignes nazis. Le contexte extrêmement dur de la Grande-Bretagne "thatchériste" précipite le phénomène. Écœurés par une évolution de plus en plus xénophobes de cette contre-culture et fidèles à leurs musiques noires, les skinheads non racistes ont commencé à se regrouper à partir de 1979-80 dans divers groupes affinitaires ou politisés. Il existe marginalement "Skinheads Against the Nazis" (SAN, impulsé et contrôlé par le Parti socialiste des travailleurs, trotskiste) groupe basé dans l'East End (pourtant bastion des skins d’extrême droite) qui aura un écho quasi nul. En parallèle certains individus ou bandes participeront activement à la campagne Rock against Racism initiée par l'Anti-Nazi League, ils constituent les premiers noyaux des futurs Redskins). Enfin certaines Firms de skins (London Trojan Skins, Glasgow Spy Kids) tenteront de faire survivre, non sans mal, le style traditionnel. Faute de trouver un espace d'expression et une coordination suffisante au grand jour, ces derniers seront réduits à l'underground. Ils sont cependant les fondateurs du courant traditionnel qui essaimera jusqu'à nos jours. C'est aux États-Unis que va naître le premier réseau international de skins antiracistes avec l'acronyme SHARP ("SkinHeads Against Racial Prejudice"). Ce mouvement, fondé à New York en 1987, est lui-même inspiré d'un groupe de skinheads de Cincinnati appelé "Baldies Against Racism" (Les rasés contre le racisme) existant depuis 1985. La figure emblématique du mouvement SHARP est Roddy Moreno, leader du groupe de Oi ! gallois The Oppressed et importateur en 1988 du SHARP au Royaume-Uni. The Oppressed chantent "Work together", hymne à la classe ouvrière de toutes les origines. Mais avant que les « pare-feux » ne se mettent à fonctionner, l'image des skinheads, et même de certains groupes emblématiques de la scène, a eu à pâtir de la dérive vers le néonazisme d'une partie d'entre eux. Ainsi les Sham 69 sont désespérés que de nombreux skinheads d'extrême droite fréquentent leurs concerts (la "SHAM Army", cohorte de fans du groupe, étant même largement volontairement noyauté par le National Front). Son chanteur Jimmy Pursey décide alors de remettre les pendules à l'heure en faisant jouer le groupe dans les festivals RAR ("Rock Against Racism") ou, par exemple, contre l'apartheid en Afrique du Sud. Ces festivals seront les points de ralliement des skinheads proches des mouvements antifascistes radicaux ou de l’extrême gauche. Les Sham 69 adaptent le chant révolutionnaire chilien "El pueblo unido jamas sera vencido" (Le peuple uni ne sera jamais vaincu) en "If the kids are united they will never be defeated" (Si les jeunes sont unis, ils ne seront jamais battus). Ces groupes réaffirment leur fierté d'appartenir à la classe ouvrière et de partager ses valeurs : fraternité, solidarité, luttes sociales… À la même époque les Dead Kennedys (groupe punk californien) dénoncent la dérive des punks et skinheads nazis dans le morceau "Nazi punks Fuck off !". Certains skinheads antiracistes sont engagés au sein du SWP, "Socialist Worker's Party", organisation marxiste révolutionnaire trotskiste qui participe aux mouvements en réaction à la politique libérale du gouvernement Thatcher (remise en cause des acquis sociaux, restructurations et privatisations dans l'industrie et les mines…). Le noyau dur de ces skinheads devenus militants révolutionnaires gravite autour du groupe de soul-rock The Redskins, animé par des militants du SWP. Malgré les accusations des militants nationalistes de vouloir faire basculer l'Europe Occidentale dans la sphère soviétique, ces militants trotskistes sont anti-staliniens et opposés à l'URSS. Cependant, la plupart des skinheads antiracistes de cette époque au Royaume-Uni sont plutôt proches de l'aile gauche du Parti travailliste, qui anime le "red wedge" (le « coin rouge ») à destination des jeunes (notamment punks et skinheads) et des jeunes travailleurs du syndicalisme réformiste. Les skinheads antiracistes considèrent les nationalistes et les néonazis comme de faux skinheads et les appellent "boneheads" (littéralement « crânes d'os », en fait l'équivalent anglais de « crétin »). Les skinheads d'extrême droite appellent leurs opposants "reds" (« rouges » ou « gauchos » en français). Ces termes, péjoratifs dans l'esprit de ceux qui les utilisent, ont toujours cours aujourd'hui. Époque actuelle. Actuellement, le phénomène skinhead est profondément divisé et hétéroclite, c'est pourquoi le terme mouvance correspond mieux à la réalité de cette culture urbaine devenue plurielle et même antagoniste, aux pratiques multiples et aux différences souvent irréconciliables. Mais le néophyte aura parfois bien du mal à en distinguer les courants ou tendances, d'autant plus que les codes vestimentaires sont généralement similaires malgré des centres d'intérêt musicaux variés ou des positions politiques radicalement différentes. La sous-culture skinhead étant fondée principalement sur un support musical à l'instar de ses pairs, la lecture des textes des chansons, l'imagerie des pochettes de disque, les prises de position des labels de distribution et des équipes de production, les logos ou slogans affichés... permettent alors davantage de localiser politiquement les artistes. Il faut cependant comprendre que l’affiliation ou l'assimilation à un courant politique n'est qu'une des composantes possibles de l'identité skinhead et qu'elle ne concerne pas nécessairement tous les acteurs de cette scène, tant s'en faut. Il y a néanmoins quelques points communs qui rassemblent (presque) tous les skinheads : ils sont généralement issus des classes sociales modestes ou moyennes, sont fiers de leurs origines sociales et font de la rue, des bars et des salles de concerts leur espace de sociabilité. Enfin, pour les plus actifs d'entre eux, les skinheads sont souvent engagés dans la rédaction et la diffusion de fanzines dédiés à la musique, au football et autres cultures connexes comme le tatouage ou le scootérisme par exemple, mais aussi la production musicale et la diffusion à travers sites, webradios ou autres émissions de radio FM, et enfin l'organisation de concerts et sound-systems permettant à la scène son expression. Trojans, Sussed et Trad skins. Parmi les branches de la mouvance skin qui n'ont pas forcément de coloration politique générale, on rencontre en particulier les "Trojan skinheads" ou skinheads traditionnels. Perpétuant « l'esprit de 1969 » (en référence à l'ouvrage de Georges Marshall), fans de reggae, de soul, de rocksteady et de ska, ils circulent souvent en scooter et sont parfois assimilables à la scène "mod". Ils ne mêlent pas forcément musique et politique, même s'ils constituent le gros des bataillons du S.H.A.R.P. Le terme "Trojan skin" (ou "Sussed skin") est à l'origine une précision utilisée dans la scène britannique pour se dissocier des groupes néonazis. Cette catégorie de skinheads met un point d'honneur à suivre de manière très précise (voire stricte) le "dress code" et les valeurs des skins originaux. Ils affichent un antiracisme sincère à travers leur amour pour les musiques d'origine jamaïcaine ou afro-américaine et revendiquent leur appartenance à la classe ouvrière. Ils sont, au sens historique, les fidèles continuateurs de la première vague skinhead. Ces skins vont accompagner la renaissance du courant traditionaliste au niveau international. Collectionneurs passionnés d'une musique dont les 45 tours ne coûtent plus rien au début des années 1980 en Angleterre, le pèlerinage à Londres et le shopping qui en découle favorisent l'extension du phénomène au niveau international. Ils seront les « gardiens du temple » en rédigeant un nombre incroyable de publications, en organisant des soirées, ou en s'impliquant dans le support à la scène dite du second revival (scène ska qui fait suite au mouvement 2 Tone, avec des groupes tels que les 100 Men, Maroon Town, No Sports, Frelons, Braces et de nombreux autres). Cette scène permettra la survie dans la mémoire collective et la redécouverte de vieilles stars tels Laurel Aitken ou Derrick Morgan. Il faudra attendre le milieu des années 1990 pour voir un prolongement de cette scène se transformer en nouvelle vague de fond notamment grâce à des groupes tels les Toasters, à des labels allemands comme Porkpie ou Grover, américains tel Moon Ska ou Stubborn, ou espagnols comme Liquidator, et à la reprise en main instiguée par le Sharp au niveau international. Cette effervescence finit par dépasser le strict milieu skin/ska et des groupes, dont les membres sont parfois issus de cette tribu, connaissent un succès qui semble concerner le grand public, comme The Slackers, Hepcat ou Aggrolites. En France, des groupes Ska sont fortement marqués à la fois par le son original et le mode de vie skinhead, comme les Rudeboy System, les 8°6 Crew et les Branlarians. Aujourd'hui la scène des skins d'obédience Trojan est essentiellement présente dans les "sound-systems" avec des villes où ces événements drainent un public international : Barcelone, San Francisco, Hambourg pour ne citer que les capitales les plus importantes du genre. Casuals, hooligans. Ces termes renvoient à la nébuleuse footballistique. Les "hooligans" sont des supporteurs qui utilisent la violence . Les hooligans habillés en skinheads représentent aujourd'hui une infime minorité, tant au Royaume-Uni que dans le reste du monde. Les "casuals" sont des hooligans bien habillés, très éloignés par leur allure vestimentaire du skinhead ou du « jeune de banlieue ». Leur style est un emprunt sans cesse renouvelé aux tendances les plus avant-gardistes du "sportswear", ils s'inscrivent à leur manière dans une certaine filiation moderniste tout en tentant de se rendre inaperçu par les forces de police. L'assimilation parfois exagérée entre skins et « tribus » de casuals repose essentiellement sur le fait que nombre d'entre eux sont souvent d'anciens skins au début du mouvement. Politique. Les skinheads politisés sont des skinheads affichant des opinions politiques voire s'investissant dans des organisations, politiques, syndicales ou associatifs. Ils évoluent généralement à la périphérie des différents courants de l'extrême gauche ou d'extrême droite. Dans ces groupes, le mode affinitaire est priorisé mais force est de constater que l'engagement réel dans des structures militantes dépend de la vitalité des scènes locales. Leur allégeance à un courant politique est visible au travers de leurs concerts, leurs fanzines et leur manière de s'afficher auprès du grand public. En dehors de similitudes vestimentaires et musicales (musique oi!), les skinheads d'extrême droite et d'extrême gauche s'opposent radicalement, parfois par la violence, aucune de ces tendances ne reconnaissant de légitimité à l'autre. Extrême droite. Une partie des skinheads affiliés à l’extrême droite est initialement proche des partis électoralistes (particulièrement le British National Party au Royaume-Uni). Avec la stratégie de normalisation en vue d'entrer dans les instances de pouvoirs, les rapports entre ces groupes et le milieu skinhead se sont diversifiés. De fait, on distinguera une différence d'approche marquée entre les organisations les plus médiatisées et les groupes les plus radicaux. Les premières ont tendance à éloigner ces sympathisants jugés trop turbulents et à limiter leur lien à leur emploi à des moments précis de l'action militante (sécurisation, diffusion de propagande), les seconds s’accommodent plus de cette forme de marginalité. Nationalistes, néonazis, suprémacistes, néofascistes.... Les skinheads, qu'ils se prétendent juste nationalistes ou se définissent néonazis, sont ouvertement antisémites (parfois assimilé à l'antisionisme), racialistes ou racistes. De plus, ils sont connus pour leurs agressions et font parfois la une des médias. Leur corpus idéologique est avant tout oppositionnel. Ils sont contre les antiracistes, les communistes, les juifs, les homosexuels, avec une nette hostilité pour les minorités issues de l'immigration : maghrébins en France, Turcs en Allemagne. Par ailleurs, ils sont en conflit permanent avec les skinheads d'autres obédiences, qu'ils soient traditionalistes ou redskins. Leur mode organisationnel relève généralement de modes affinitaires mais ils peuvent parfois être constitués en gang ou en groupes armés assimilables au grand banditisme. Ils constituent généralement les troupes de choc de l’extrême droite la plus radicale. Les skinheads néonazis se réclament de la classe ouvrière. Dans les années 1980, beaucoup d'entre eux se considéraient comme les fils spirituels des SA (Sections d'Assaut, brigades de militants nazis des années 1930 en Allemagne, recrutés généralement dans la pègre). Les SA tenaient un discours à la fois nationaliste, raciste mais aussi social peu développé et étaient issus du monde ouvrier et de la petite bourgeoisie. Les membres d'organisations néonazis au début des années 1980 ont cherché à instrumentaliser en valorisant la conduite des skins les plus racistes par le biais d'une assimilation aux SA, l'image des voyous politisés et organisés permettant un subtil parallèle.Le lien qui unit les skinheads NS du monde entier est le racisme : ils pensent représenter l'élite de la race blanche européenne et se préparent à la « guerre des races ». En Amérique du Nord, le terme « suprémaciste » désigne ceux qui croient en la supériorité de la race blanche. Leurs détracteurs d'autres tendances de la mouvance skinhead les surnomment "boneheads" (littéralement, crâne d'os), terme péjoratif utilisé par leurs opposants, ou de "naziskins". Les skinheads néonazis ont leur propre réseau pour se regrouper tels Blood and Honour, Hammerskins. D'autres groupes non spécifiquement skinheads comme Combat 18, un groupe terroriste Britannique organisé à partir du kop fasciste des "Chelsea Headhunters" ou le Ku Klux Klan américain les accueillent. Ces skinheads "WP" sont très visibles en Scandinavie, en Allemagne de l'Est (ex-RDA), dans certaines régions des États-Unis, ainsi qu’en Europe de l’Est, notamment en Pologne, Serbie ou surtout Russie, pays qui compte le plus grand nombre d'entre eux (où ils défraient souvent la chronique par leurs nombreuses agressions contre des immigrés ou Russes orientaux, allant couramment jusqu'au meurtre). L'apparence vestimentaire a évolué du look traditionnel avec des apports des années 1980 (jean passés à l'eau de Javel, treillis camouflage) parfois jusqu'à un look paramilitaire exacerbé, le tout accessoirisé de symboles du Reich et de groupes néofascistes (selon ce que permet les législations des différents pays où cette tendance est présente). À ces références historiques vient parfois s'ajouter l'imagerie ésotérique relevant du paganisme, du celtisme. La musique des skinheads N.S est le R.A.C : "Rock Against Communism" (ou rock anticommuniste). Paradoxalement le terme R.A.C n'est pas un style à proprement parler, il vient du nom des premiers festivals de rock NS de la première moitié des années 1980. Ce qui constitue le fondement du R.A.C est le message politique généralement minimaliste. Les thèmes abordés sont les mots d'ordre et slogans de l’extrême droite dans sa version la plus radicale. La plupart des groupes R.A.C sont diffusés de façon discrète, par la vente par correspondance depuis des pays où la législation sur le racisme est la moins contraignante, ou lors des concerts. Les bénéfices générés par les productions sont parfois importants, le contrôle des revenus de la vente de disques et de merchandising pouvant être réinvestis dans les organisations politiques, donne parfois lieu à de véritables guerres internes (c'est particulièrement le cas depuis le décès accidentel de Ian Stuart Donaldson, vocaliste de Skrewdriver). Beaucoup de « distros » (petites organisations indépendantes de distribution musicale) en France ou en Allemagne refusent de vendre des disques R.A.C (soit par antifascisme, soit pour éviter les ennuis). Ceux qui acceptent de distribuer cette musique, comme Bords de Seine, à Paris, sont alors identifiés par les skinheads antifascistes comme des agents sournois de l'extrême droite. Chez les skinheads le simple commerce n'est jamais neutre. Si les premiers groupes s'affichant comme tels sont assimilables musicalement à la Oi! music britannique, le style a progressivement évolué vers le métal, le hardcore, etc. Il existe, depuis quelques années, un rapprochement entre les skinheads "white power" et certains milieux black metal philonazi regroupés sous l'appellation national socialist black metal (NSBM), créant un style hybride qui commence à prendre une certaine ampleur, notamment en Europe de l’Est et aux États-Unis. Si l'on constate aussi une adhésion aux idées d'extrême droite dans une partie minoritaire des scènes industrielle et dark folk, la mouvance gothique est loin d'adhérer massivement à l'extrême droite. Il y a là encore une récupération partielle. Seul le R.A.C peut être considéré, par les idées qu'il véhicule, comme authentiquement d'extrême droite. Il s'agit d'ailleurs de la première stratégie réussie par l’extrême droite de création d'une contre culture destinée aux jeunes. Cependant nationalistes et néonazis fréquentent aussi d'autres univers musicaux qui ne leur sont pas réservés. Parmi la multitude de groupes musicaux néonazis, souvent d'une durée de vie éphémère, on peut citer existant ou séparés à l'heure actuelle : les Allemands Landser, les Français Légion 88, Bunker 84, Division Skinhead, les Australiens Fortress, les Polonais Konkwista 88, les Américains Bound For Glory ou encore les Suédois Pluton Svea. Le groupe de référence reste les Anglais de Skrewdriver (voir la première partie de l'article). En France, la seule tentative partiellement réussie d'organiser politiquement les skinheads d'extrême droite est l'œuvre de Serge Ayoub, à travers le groupuscule Jeunesses nationalistes révolutionnaires. Initialement proche du Mouvement Nationaliste Révolutionnaire de Jean Gilles Malliarakis, constitué de membres de la bande « Nazi Klan » de Serge Elie Ayoub, ces Jeunesses Nationalistes Révolutionnaires sont la branche jeunesse du mouvement avant de prendre leur autonomie politique. Ce groupe par le biais de son leader a entretenu des relations très complexes mais suivies avec le Front national de Jean-Marie Le Pen, puis de Marine Le Pen. En France, dans la période 1985-89, ces skinheads d’extrême droite représentaient la partie la plus visible des skinheads et probablement la plus importante numériquement. La tentative de Roger Holeindre d'intégrer directement des skinheads au Front national dans les années 1980 se solde par un échec partiel. Les skinheads et leur comportement violent et indiscipliné semblent inconciliables avec la stratégie de respectabilité d'une force politique en pleine expansion. Après le remplacement de Roger Holleindre par Bernard Courcelle comme responsable du service d'ordre du Front national, le Département protection sécurité (DPS), le Front national restructure son fonctionnement dans les années 1990 et met en place des critères plus stricts de sélection. De plus, la scission du Mouvement national républicain (MNR) de Bruno Mégret réduit d'autant la présence de radicaux dans ses rangs. Par la suite, la stratégie de normalisation du Front national mise en œuvre par Marine Le Pen à partir de 2011 conduit « les éléments les plus radicaux [à se tourner] vers des groupuscules plus en phase avec leurs idées. Et des groupes skinheads ont eux aussi recommencé à se développer, en Picardie, dans le Nord, en Alsace ou dans la région lyonnaise. Ce sont des bandes pas forcément très politisées mais qui entretiennent des rapports plus ou moins forts avec les organisations nationalistes. Les rapports avec le Front National sont marqués par des visées stratégiques divergentes : . Extrême gauche. À l'origine, il s'agit d'un groupe de soul-rock britannique The Redskins (1978 - 1987), dont plusieurs membres appartenaient au Socialist Workers Party et en étaient des permanents. Le nom vient d'une bande de skins de Sheffield proche du minuscule British Communist Party. Le groupe, qui tient un discours révolutionnaire sur fond de musique soul mâtinée de punk rock, passera la majorité de sa courte carrière à soutenir les luttes de résistance contre les dégâts sociaux et politiques du libéralisme de Margaret Thatcher. Notable signe d'indépendance et de radicalisme, ils refuseront de devenir animateurs du "Red Wedge" (le « coin rouge ») avec d'autres groupes et artistes (The Style Council, Billy Bragg, Bronski Beat/The Communards…) jugeant celui-ci trop proche du Parti Travailliste. Leurs incessantes tournées leur permettent d'être le point de rencontre où se regroupent d'authentiques skinheads « rouges » qui commencent plus ou moins à s'organiser pour reprendre la rue aux fascistes ou défendre les concerts. Ces skinheads sont regroupés dans la "Red Action Skinhead", fraction skinhead de la "Red Action", un petit groupe politique trotskiste issu d'une scission du SWP sur la question de l'antifascisme dans la rue, ou issus de bandes à caractère particulier, comme celle des skinheads de Coventry. Enfin ils permettront de fédérer nombre de skins traditionnels déçus par le tournant raciste de la scène, d'ex-punks rejetant le folklore "punk's not dead" et des étudiants en rupture de fac en amenant au grand public leurs thèmes de prédilection : anti-apartheid, soutien aux mineurs en grève et antiracisme dans les quartiers populaires. En France, les premiers redskins sont portés par l'émergence de la scène dite du rock alternatif, représentée par Bérurier Noir, Nuclear Device, Ludwig von 88, Babylon Fighters, Les Kamioners du Suicide, Laid Thénardier. Ils sont particulièrement actifs et reconnus nationalement durant les luttes étudiantes de l'hiver 86 où ils contribuent à sécuriser les manifestations contre les attaques de militants d'extrême droite. Ils affichent un look empruntant autant aux skinheads qu'aux tribus « rock » en général (punks, mods, psychobillys…). Nombre de ces redskins ont aussi gravité autour du réseau SCALP (sections carrément anti-Le Pen ou section de contre-attaque à la peur) et en particulier du SCALP-REFLEX parisien. C'est le cas de l'une des premières bandes de « chasseurs de skins », les Red Warriors. Au reflux de la vague alternative, à partir de 1989, certains se sont ensuite rapprochés du style skinhead originel en conservant parfois quelques particularismes hérités de cette première vague redskin : bomber retourné côté doublure orange, lacets rouges, insignes et patches communistes divers... C'est dans le Sud de la France, à Toulouse, Marseille et Bordeaux que la jonction avec un mouvement skin plus traditionnel va s'opérer encore plus avant. Mais tous les redskins ne se considèrent par pour autant comme skinheads. Si la majeure partie d'aujourd'hui peut être rattachée aux skinheads (musiques, style vestimentaire ou de vie…), il subsiste un courant qui n'en reste qu'à la marge ou, même, s'en éloigne parfois au niveau culturel (investis dans le rap…) et ne cultivant souvent avec les autres redskins qu'un lien social et politique. Fondé à New York au tout-début des années 1990, le réseau RASH (Red and Anarchist Skinheads), surtout européen et – depuis quelques années – latino-américain ou encore indonésien, regroupe d'anciens redskins de la première vague et de nouveaux skinheads engagés à l'extrême gauche, parfois issus de la mouvance SHARP, le premier groupe Rash étant issu du SHARP new-yorkais et de l"'Anti Fascist Action". Ses membres considèrent leur appartenance au mouvement skinhead comme un complément de leur engagement militant, le skinhead devenant une forme d'idéal ouvriériste, mais l'inverse est parfois vrai : certains skinheads « sentimentalement » ou culturellement de gauche, mais sans engagement, deviennent militants par les fréquentations, la formation ou l'acquisition expérimentale au sein de bandes et groupes où sont présents des militants du RASH. En France, le sigle Rash (deux haches croisées, visuel popularisé par le groupe indépendantiste basque Negu Gorriak) apparaîtra tout d'abord au Havre puis à Bordeaux autour des rédacteurs du bulletin Red'n'Skinhead (1995), puis du fanzine The Shaven Republic (ou RASH est décliné en Red Action Skin Head), pour ensuite s'implanter à Paris. La plupart des skinheads RASH en France gravitent principalement autour de la CNT-AIT, de la Ligue communiste révolutionnaire (ou de nos jours le NPA), du réseau No Pasaran (issu du SCALP) mais aussi de la Fédération anarchiste, de l'Union anarchiste / the Anarchist Black Cross, de l'Organisation communiste libertaire et de différents groupes trotskistes ou guévaristes, voire marginalement autonomes post-maoïstes. Ce mouvement revendique un antiracisme viscéral et un antifascisme radical et joue parfois la surenchère vis-à-vis du SHARP, tantôt considéré comme un allié, tantôt comme un concurrent (mais pas comme un ennemi). Les thèmes de la lutte des classes, de l'urgence révolutionnaire ou de l'internationalisme sont récurrents. Un slogan des skinheads Rash est : « Pas de guerre entre les races, pas de paix entre les classes. » Durant les années 2000 en Allemagne, au Royaume-Uni et en France, des skinheads Rash ou proches d'autres mouvements libertaires (tels l"'anarchist black cross") ont été impliqués dans les "black blocks". Ces derniers sont des môles de contestation musclés présents dans les manifestations anticapitalistes et altermondialistes. Ces "black blocks" s'en prennent aux forces de l'ordre mais aussi aux symboles du capitalisme comme les banques ou certaines chaînes de restauration rapide. Parmi la scène skinhead d'extrême gauche, on peut citer les italiens de Banda Bassotti, Erode, Los Fastidios ou les groupes indépendantistes catalans marxisants Opcio K-95 et Pilseners, les madrilènes de kaos Urbano, Guerilla Oi! ou Non Servium, les basques de Suburban Rebels ou Mossin Nagant, les groupes libertaires parisiens Brigada Flores Magon et Ya Basta ! ou les groupes bordelais Los Foiros et Redweiler. Nombre de groupes, sans être d'ailleurs idéologiquement marqués, soutiennent certaines initiatives du réseau Rash. On peut citer les Allemands de Stage Bottles, les légendes britanniques Angelic Upstarts, le premier groupe Oi! Italien Nabat ou encore les très Sharp The Oppressed. À noter que certains skinheads Sharp, Rash et de nombreux redskins s'affichent aussi comme indépendantistes, voire nationalistes. Ils se réclament des nationalismes de libération nationale en particulier au sein de minorités qui luttent pour leur reconnaissance ou leur indépendance : Bretons, Basques, Catalans, Québécois, Occitans… Ce nationalisme est généralement inspiré des groupes marxisants et internationalistes des années 1960 et 1970, il n'y a donc pas d'équivoque possible. Skinheads et apolitisme. Partout dans le monde où il y a une scène skinhead, nombreux sont ceux et celles qui refusent et rejettent à des degrés divers toute affiliation politique à un parti ou une tendance à travers leur identité skinhead. Ils constituent une part numériquement très importante du monde skinhead. Toutefois, cela ne signifie pas que ces skinheads sont dépourvus de conscience politique. En réalité, cette tendance se distingue par un refus de mélanger musique et culture skinhead avec quelconque engagement. Il est probable que la plupart d'entre eux votent, participent à des débats de société, s'engagent par ailleurs. Mais ils ne l'affichent pas sur leurs vêtements. , le militantisme politique au sein de la scène skinhead est un poison et le mouvement skinhead doit redevenir aussi apolitique que les scènes mod, psycho, scooteriste ou rocker. Cette mouvance apolitique n'est ni structurée ni organisée, mais cette tendance qui met paradoxalement son apolitisme comme identité politique fédératrice au centre de ses préoccupations est présente internationalement et se trouve parfois prise dans les affrontements de factions politisées antagonistes. Dans les scènes marquées à gauche de l'échiquier politique, les apolitiques sont parfois considérés comme des crypto-fascistes ou des spécialistes du retournement de veste. Il est vrai que certains skinheads français des années 1980 ont commencé par être apolitiques avant de devenir néonazis et que des passerelles existent entre « apos » et skins plus marqués à droite, mais aussi à gauche. On peut évoquer ici le très controversé chanteur du groupe L'Infanterie Sauvage, eurasien qui finira chanteur dans un groupe néonazi, mais il y eut aussi des parcours inverses. Les skinheads apolitiques se sentent parfois aujourd'hui pris entre « le marteau et l'enclume » de camps à l'antagonisme irréductible. Il est vrai que les tensions entre différentes tendances de skins rendent la situation pour ces skinheads plus que délicate, conduisant parfois ces derniers à prendre position d'une manière qui est justement politique. Lorsque le groupe français Œil pour œil, autoproclamé apolitique, choisit d'intituler son album "RAC - Rock Anti Caillera", il provoqua un mini scandale. De fait, un certain nombre de thèmes abordés dans ses chansons le sont d'un manière idéologiquement proche de l’extrême droite identitaire. Le sigle RAC désigne en fait la musique des skinheads néonazis et signifie "rock against communism" (rock anticommuniste). D'autant plus que de nombreux skinheads d'extrême droite avaient fait de la chasse aux délinquants et dealers (« la caillera », c'est-à-dire « la racaille ») un de leurs fantasme de prédilection. D'une manière générale, on trouve des skins « apolitiques » gravitant dans tous les courants de la scène skin. "SkinHeads Against Racial Prejudice". À l'origine, il s'agit d'un regroupement de skins refusant l'embrigadement par l'extrême droite au début des années 1980 aux États-Unis. Le mouvement SHARP américain peut être considéré comme initialement apolitique. Les fondateurs du SHARP en 1987, Marcus Pochelo et Bruce Kreitman, sont basés à New-York et sont principalement liés à la base du NYC hardcore et non à la scène traditionnelle. Ils refusent l'affiliation à une tendance politique précise et affichent un patriotisme US farouchement antiraciste. La réalité est différente en Europe où les SHARP sont généralement liés à la scène alternative de leur ville ou région et, ce faisant, aux groupes antifascistes radicaux issus des milieux autonomes et alternatifs de ces mêmes espaces locaux ou régionaux, voire nationaux dans le cas de petits pays. Le mouvement SHARP ("Skin Heads Against Racial Prejudice", en français : « Skinheads contre les préjugés raciaux ») désigne donc de façon générale des skinheads issus de différentes tendances musicales de la scène alternative (punk, oi !, hardcore, ska, reggae...) qui se positionnent toutes contre le racisme et le fascisme, autour d'un label commun et d'un logo évoquant celui du label musical anglais Trojan Records, consacré aux musiques jamaïcaines et clairement antiraciste, s'il en est. Le SHARP est ainsi une tendance active des groupes luttant contre l’extrême-droite, à commencer sur le terrain de la scène skinhead. Si le SHARP a très fortement contribué au développement de la scène skinhead antiraciste en étant un de ses courants dominants au début des années 1990, il s'agit davantage de nos jours d'un positionnement individuel ou de petits groupes d'amis que d'un réel réseau actif organisé, tel qu'il avait pu commencer à l'être dans la seconde moitié des années 1990.. Tendances et courants parallèles à la mouvance skinhead. Le positionnement des skinheads chrétiens est ouvertement antiraciste et antinazi (mais il existe aussi quelques skinheads chrétiens d'extrême-droite affiliés au Ku Klux Klan ou autres groupuscules fondamentalistes). Présents essentiellement en Amérique du Nord (Canada et États-Unis) où la scène rock chrétienne est importante, les skinheads chrétiens font rarement parler d'eux en Europe. Aux États-Unis, ils sont souvent issus de la mouvance évangélique progressiste plutôt que du catholicisme ou de l'évangélisme conservateur. Ils sont cependant beaucoup plus présents dans les milieux ska/rocksteady que dans le milieu "Oi!". Parmi les groupes skins chrétiens, on peut citer le groupe de ska/rocksteady américain The Israelites, le groupe de punk hardcore américain The Deal ou le groupe streetpunk américain aux sonorités écossaises Flatfoot 56. Par contre, il s'est avéré que le groupe Oi ! allemand Jesus Skins, qui fut pendant un temps le fer de lance de cet épiphénomène marginal... était en fait un canular orchestré par des musiciens et militants anarcho-punks et des skins antifascistes hambourgeois. Il convient de distinguer nettement l'existence de personnes gays et lesbiennes au sein de la mouvance skinhead et la sous-culture dite gayskin. Les premiers sont simplement investis dans la scène skin à l'instar de leurs pairs, au-delà des questions d'identité et sans affichage particulier à propos de leur orientation sexuelle, certains d'entre eux y introduisant éventuellement ensuite la question à travers par exemple la diffusion de matériels militants et éducatifs spécifiques, comme d'autres skins le font pour diverses causes variées traversant la mouvance skinhead (bien-être animal, droit au logement, accès à la culture...). Ces skins sont cependant parfois regroupés au sein de collectifs anti-racistes et anti-homophobes dans la mouvance SHARP américaine (collectif Brotherhood),ou espagnole (collectif Joligan), ou encore dans le Rash (notamment en Allemagne). Il s'agit donc de personnes partageant une culture identique à leurs homologues hétérosexuels, mais homosexuels discrets ou au contraire affirmés et revendiqués comme tels, mais qui ne constituent en aucun cas un mouvement ou une tendance en tant que telle. Les seconds sont plus déroutants à cerner. A l'occasion de divers revivals, la mode skinhead (généralement dans sa version la plus militariste et caricaturale) est à chaque fois réinvestie ostensiblement par certains homosexuels activistes appelés "gayskins" en raison de leur look empruntant tout ou partie de la panoplie des skinheads, mais ces "gayskins" n'ont en général à peu près aucun lien avec les skinheads au sens strict : ils n'en partagent qu'une allure générale due à des éléments vestimentaires communs, souvent fétichisés à l'extrême par ces gays en recherche d'affirmation viriliste. Dans la pornographie homosexuelle masculine, le skinhead est d'ailleurs souvent un avatar du "working class boy" (jeune ouvrier), généralement teinté de sadomasochisme, mais le principal avatar fantasmé de cette tendance est personnalisé par Nicky Crane, ancien membre de la sécurité du groupe néonazi Skrewdriver. Il tenta d'organiser les "Gay Aryan Skinheads" (Skinheads aryens gays), un groupe qui se référait volontiers aux SA et aux mœurs « grecques antiques » de ces derniers, mais il mourra du SIDA avant d'avoir concrétisé son projet et, finalement, après avoir totalement renié ses engagements politiques. Très connu dans le milieu homosexuel londonien (et au-delà) pour son image de dur à cuire violent, Nicky Crane, en mourant prématurément, est devenu la grande figure symbolique de la micro-mouvance gayskin, indépendamment de ses convictions politiques initiales. Plus marginale encore, l'existence rarement vérifiée de petits groupes de skinheads néonazis homosexuels. Ces "homo-naziskins" tentent surtout, à travers leurs contradictions à deux étages, de faire cohabiter une identité doublement marginale, en tant que skinhead et en tant que gay, dans leur propre espace sociopolitique, peu enclin à la tolérance et aux grandes démonstrations de cohabitation pacifique. La culture gabber, sous-culture imprégnée de musique techno hardcore de genre gabber, s'est développée aux Pays-Bas dans les années 1990. Le style vestimentaire de ses membres, les gabbers, a souvent été assimilée à tort par les médias à celui de la scène skinhead. Politiquement, la majorité des gabbers affiche des convictions antiracistes et antifascistes , une part relativement restreinte de ses auditeurs évolue dans la sphère d'influence de l'extrême droite, part estimée à 5 %. Néanmoins, un certain nombre de groupes politisés tentent de s'attirer les bonnes grâces de ces jeunes, souvent issus des milieux populaires, particulièrement les groupes nationalistes et identitaires à la recherche de jeunes militants dans ces milieux. Une minorité de membres de ce courant culturel, politisés, ont été désignés sous le nom de , appellation pas toujours revendiquée par ces personnes. Le look des gabbers a fait le jeu d'amalgames, apparentant faussement le mouvement gabber au mouvement skinhead, simplement dans sa version la plus « streetwear », et pour certains des éléments vestimentaires identifiant les groupes hooligans (marques de sports Lonsdale, Fred Perry...) les faisant nommer, pour la frange la plus violente, les . Cependant, la consommation fréquente de stupéfiants par les gabbers, les bagarres et la violence des thèmes abordés par la musique qu'ils écoutent ont fait des gabbers une cible toute choisie des politiques, stigmatisant l'ensemble de la scène gabber du fait de ces débordements, que toutefois nul organisateur d'événement gabber ne nie. Autre élément identitaire, la minorité gabba-skin pratique le hakken tout comme les autres gabbers : ce style de danse, proche du style jumpstyle quoique plus rapide et syncopé, est parfois considéré comme une sorte de marche crypto-fasciste voire nazie. Toutefois, les danseurs clament haut et fort qu'il ne s'agit que d'une danse inoffensive à l'image du style musical, visant à , . Géographiquement, cette mouvance gabba-skin est peu présente en France (dans le Nord essentiellement), au Royaume-Uni, au Canada, en Suisse et aux États-Unis. En revanche elle, est plus importante aux Pays-Bas, en Belgique et en Allemagne. Globalement, les liens de cette scène avec les différentes composantes de la scène skin sont très faibles, pour ne pas dire inexistants. Enfin, les gabbers revendiquent souvent la consommation de drogues comme un marqueur identitaire. S'il y a un rapprochement à faire sur le caractère antiraciste de ces deux sous cultures il y a définitivement une nette disjonction entre gabbers et skinheads. |
Straight edge Le est une sous-culture et un sous-genre musical du punk hardcore dont les adhérents ne consomment ni alcool, ni tabac et autres drogues récréatives. C'était une réaction directe au dévoiement de la révolution sexuelle, à l'hédonisme destructeur et aux excès associés au punk rock. Pour certains, cela s'étend à ne pas s'engager dans la promiscuité sexuelle, à suivre un régime végétarien ou végétalien et à ne pas consommer de caféine ou de médicaments. Le terme a été adopté et popularisé à partir de la chanson "" du groupe de punk hardcore des années 1980 Minor Threat. Le "straight edge" émerge au milieu des années 1980 à partir de la scène hardcore. Dès lors, une grande diversité de convictions et idées ont été intégrées dans le mouvement, véganisme abolitionniste (refus de l'exploitation animale), bien-être animal, communisme ou nationalisme ou encore croyances de la conscience de Krishna. Approches. Bien que certains groupes "straight edge" soient assimilés à un par les forces de l'ordre aux États-Unis, une étude de 2006 démontre que l'immense partie des groupes "straight edge" sont parfaitement pacifiques. Mais si la scène punk hardcore à Washington D.C. par exemple est félicitée pour son implication dans des changements sociaux positifs, le mouvement youth crew des années 1980 et le mouvement végétalien des années 1990 suscitent de nombreuses polémiques. De par la rigidité de certains de ses défenseurs, le "straight edge" est parfois perçu avec scepticisme, moquerie ou hostilité malgré l'idéologie pourtant moins dogmatique de certains autres. Histoire. Années 1970 et 1980. En 1999, le sociologue William Tsitsos, professeur associé au Department of Sociology, Anthropology and Criminal Justice de l'Université de Towson, identifie trois ères marquant le "straight edge" depuis son lancement au début des années 1980, mais depuis cette analyse, d'autres observateurs ont identifié une nouvelle ère dans le mouvement. Le "straight edge" émerge depuis la scène punk hardcore de la fin des années 1970 et du début des années 1980 et se caractérise principalement par des hurlements plutôt que par des chants. Les individus associés au "straight edge" de cette première ère sont également associés à certains idéaux punk comme l'individualisme ou le refus de travailler, et à des attitudes parfois dangereuses. Le "straight edge" est le sujet de plusieurs chansons des années 1980, particulièrement du groupe Minor Threat et notamment, très explicitement, dans sa chanson ', mais aussi dans la chanson ' du groupe punk britannique The Vibrators ou dans la chanson "" du groupe des années 1970 Modern Lovers (dans laquelle il rejette l'usage des drogues). En tant que personnalité de la scène hard rock rejetant l'alcool et la drogue, Ted Nugent a également influencé l'idéologie du "straight edge". Ian MacKaye, le chanteur de Minor Threat, refuse l'étiquette de fondateur du "straight edge" qui lui est accolée et affirme que Minor Threat n'est même pas un groupe "straight edge". Il avance au contraire que le mouvement est né d'un malentendu qui a pris de l'ampleur, tenant au sens des paroles de sa chanson : Le "straight edge" apparaît d'abord sur la côte est américaine et à Washington D.C., puis se propage rapidement dans le reste des États-Unis et jusqu'au Canada. Dans les années 1980, des groupes originaires de la côte est, comme America's Hardcore, Stalag 13, Justice League ou Uniform Choice, rencontrent une certaine popularité. À l'aube du mouvement, les concerts se composent souvent de groupes punk et "straight edge". Cette situation change néanmoins assez vite et le début des années 1980 est considéré comme la période . Les premiers groupes "straight edge" impliquent Minor Threat, State of Alert, Government Issue, Teen Idles, The Faith, 7 Seconds, SSD, DYS, Negative FX, Cause for Alarm ou The Abused. Un contre-courant du "straight edge", le "bent edge" ou "curved edge", est lancé par des membres de la scène hardcore de Washington, D.C. frustrés par la rigidité et l'intolérance de leur scène. Ce mouvement prend de l'ampleur mais s'avère être, par ses propres excès (jets d'alcool et de matériel destiné à l'usage de drogues durant les concerts), une simple antithèse du "straight edge" et ne sera finalement que de courte durée, s'effaçant rapidement à la fin des années 1990. Youth crew. À l'aube de la youth crew, sous-genre musical du punk hardcore lancé au milieu des années 1980, son influence s'accroît rapidement et significativement sur la scène "straight edge". Les premiers groupes du genre impliquent Minor Threat, Bad Brains, Negative Approach, Cro-Mags ou Agnostic Front. Bien qu'une partie de la musique youth crew soit similaire au hardcore mélodique, l'autre partie s'inspire du thrash metal ou encore du streetpunk mais la plupart des groupes youth crew s'inspirent désormais du heavy metal. Les groupes notables de cette approche incluent Youth of Today, Gorilla Biscuits, Judge, Bold, , ou Slapshot. Au milieu des années 1980, le groupe Youth of Today devient largement associé au "straight edge" et sa chanson ' exprime un désir de rassembler la scène et l'organiser en mouvement. C'est durant cette ère que le végétarisme devient un thème important et récurrent du "straight edge", à commencer par la chanson ' de Youth of Today, sortie en 1988, dont les paroles prônent le refus de la consommation de viande. La défense des droits des animaux et le véganisme atteignent leur pic de popularité dans le mouvement "straight edge" pendant les années 1990. . Années 1990. Au début des années 1990, un mouvement "straight edge" militant se fait entendre dans la scène punk et DIY. Néanmoins, les punks militants "straight edge" ne sont pas connus pour leur tolérance. Ils se disent fiers de leur militantisme et n'hésitent pas à faire usage de la force et de la violence pour faire entendre leur voix. Ces militants "straight edge" controversés, loin de faire l'unanimité au sein de la scène alternative, se veulent également plus conservateurs et moins tolérants envers l'homosexualité ou l'avortement. Au milieu des années 1990, un certain nombre de groupes qui défendent la justice sociale, le droit des animaux, le véganisme et les pratiques courantes du "straight edge" se convertissent au métal. À cette période, de nouvelles subdivisions apparaissent dans le "straight edge" : hardline et conscience de Krishna. Au début et au milieu des années 1990, le "straight edge" s'étend de façon parallèle aux États-Unis, dans les pays nord-européens, en Europe de l'Est, au Moyen-Orient ou en Amérique du Sud et se popularise dans le monde grâce notamment aux tournées permanentes de groupes de la youth crew. C'est également la décennie où le mode de vie "straight edge" dépasse son obédience d'origine pour essaimer dans des scènes voisines ou connexes (skinheads Oi ! et hardcore principalement) mais toutefois avec une ampleur moindre et dans des versions généralement plus souples, souvent limitées à la non-consommation d'alcool et de drogues et à la promotion du respect de soi. Le est célébré pour la première fois le National Edge Day, jour férié non officiel fondé par des gens associés au mouvement "straight edge". Années 2000. Au début des années 2000, seule une poignée de groupes "straight edge" militants parvient à survivre. Contrairement à certains médias qui considèrent les groupes "straight edge" comme un gang, de nombreuses études démontrent que les membres associés au mouvement sont pacifiques et non violents. Par ailleurs, une tolérance pour ceux qui ne participent pas au mouvement s'installe durablement dans la scène "straight edge" au cours des années 2000. Dans cette incarnation du "straight edge", les styles musicaux adoptés par les groupes peuvent varier, oscillant entre youth crew, metalcore et . Cette scène "straight edge" des années 2000 implique des groupes comme Champion, , , Have Heart ou Throwdown. Le "straight edge" a notamment été représenté par l'ancien catcheur et ancien combattant de l'UFC Phillip Jack Brooks, plus connu sous l'alias de CM Punk qui a notamment évolué à la WWE de 2006 à 2014 et qui, grâce à ses apparitions médiatiques, a permis au mouvement "straight edge" de se faire davantage connaître à travers le monde. Les catcheurs Kenny Omega, Darby Allin et le rappeur Lil Yachty se revendiquent "straight edge". |
Surréalisme Le surréalisme est un mouvement poétique et artistique du directement issu de la révolte incarnée par le mouvement dada tout à la fin de la Première Guerre mondiale. Comprenant l’ensemble des procédés de création et d’expression (peinture, dessin, musique, photographie, cinéma, poésie, contes...) utilisant toutes les forces psychiques (automatisme, rêve, inconscient) libérées du contrôle de la raison et en lutte contre les valeurs reçues, il est caractérisé par sa transdisciplinarité (poésie, peinture, objet, collage, cinéma, costume...) et l'importante collaboration entre ses membres. En 1924, André Breton le définit dans le premier "Manifeste du surréalisme" comme un « automatisme psychique pur, par lequel on se propose d'exprimer, soit verbalement, soit par écrit, soit de toute autre manière, le fonctionnement réel de la pensée. Dictée de la pensée, en l'absence de tout contrôle exercé par la raison, en dehors de toute préoccupation esthétique ou morale […] ». Le surréalisme repose sur la conviction qu'il existe une réalité supérieure dans certaines formes d'associations négligées jusqu'à lui, comme entre autres la toute-puissance du rêve ou le jeu désintéressé de la pensée. Il se plaît aux rapprochements inattendus entre des termes apparemment inconciliables, de façon à faire jaillir un sens neuf ou, comme le dit Breton, « une lumière particulière, lumière de l'image ». Le surréalisme tend à ruiner définitivement tous les autres mécanismes psychiques et à se substituer à eux dans la résolution des principaux problèmes de la vie (). En réactualisant la dimension poétique de la peinture, le surréalisme se heurte à la question de la représentation du non-figurable et de l'indicible. Histoire. Précurseurs et sources du surréalisme. Dans le courant du , le « super naturalisme » de Gérard de Nerval, le symbolisme de Charles Baudelaire et de Stéphane Mallarmé et, enfin surtout, le romantisme allemand de Jean Paul (dont les rêves annoncent l'écriture automatique) et d'Hoffmann peuvent être considérés comme des mouvements précurseurs du surréalisme. Plus proches, les œuvres littéraires d'Alfred Jarry, d'Arthur Rimbaud et de Lautréamont, et picturales de Gustave Moreau et Odilon Redon sont les sources séminales dans lesquelles puiseront les premiers surréalistes (Louis Aragon, André Breton, Paul Éluard, Philippe Soupault, Pierre Reverdy). Quant aux premières œuvres plastiques, elles poursuivent les inventions du cubisme. Dadaïsme et surréalisme. À partir de 1917, et du ballet "Parade", Cocteau et Apollinaire réfléchissent sur ce qu'ils ressentent être un "esprit nouveau". Apollinaire reprend les "Mamelles de Tirésias", qu'il avait rédigé en 1903, pour y ajouter des éléments qui lui semblent découler tout naturellement des sensibilités de l'époque : tout un peuple représenté par une seule personne, un kiosque à journaux parlant, ou diverses provocations. Ce courant, se nourrissant de la période dada, trouve une nouvelle concrétisation avec la pièce "Les Mariés de la tour Eiffel", en 1921. Pour cette pièce, Cocteau, à une musique bruitiste, préfère un amalgame de music-hall et d'absurde, poussant autant que possible la pataphysique de Jarry. À partir de là, débordant le mouvement dada, mais nourris par lui, les artistes recherchent des idées nouvelles. Après avoir été séduits par le dadaïsme, les surréalistes s'inscrivent en rupture par rapport à ce mouvement : ils considéraient que le surréalisme susciterait l'arrivée de nouvelles valeurs, ce que n'acceptaient pas les dadaïstes. Le dada, absolu dans sa dénonciation, ne survit pas à une querelle relative à l'engagement, suscitée par la Révolution soviétique et le risque d'une nouvelle guerre et, en 1924, naît le surréalisme avec la publication du premier "Manifeste du surréalisme" d'André Breton, soucieux d'agir sur la société, sinon sur l'individu, sans tomber dans l'embrigadement. Dalí affirme d'ailleurs être sûr que le surréalisme « changerait le monde ». Étant lui-même un adepte opportuniste de ce mouvement, il sera une des incarnations des ambiguïtés de ce changement quand celui-ci prétend rester circonscrit au terrain culturel. Influence de Marx et de Freud. Cette aventure (« une attitude inexorable de sédition et de défi ») passe en effet par l'appropriation de la pensée du poète Arthur Rimbaud (« changer la vie »), de celle du philosophe Karl Marx (« transformer le monde ») et des recherches de Sigmund Freud : Breton s'est passionné pour les idées de Freud qu'il a découvertes dans les ouvrages des Français Emmanuel Régis et Angelo Hesnard, en 1917. Il en a retiré la conviction du lien profond unissant le monde réel et le monde sensible des rêves, et d'une forme de continuité entre l'état de veille et l'état de sommeil (voir en particulier l'écriture automatique). Dans l'esprit de Breton, l'analogie entre le rêveur et le poète, présente chez Baudelaire, est dépassée. Il considère le surréalisme comme une recherche de l'union du réel et l'imaginaire : Freud lui-même ressentit la plus grande méfiance envers les représentants du mouvement jusqu’à sa rencontre avec Salvador Dalí le . Dans une lettre à Stefan Zweig datée du lendemain, Freud avoue : « J’étais jusque-là enclin à considérer les surréalistes, qui semblent m’avoir choisi pour saint patron, comme des fous absolus (disons à 95% […]). » Mais il avait changé d’avis devant l’incroyable technique du peintre et l’intérêt analytique de l’œuvre qui lui avait été présentée. Le surréalisme après la mort de Breton. En France, en 1966, la mort du poète André Breton, chef de file du groupe, va entraîner de grands soubresauts dans le surréalisme. Trois ans plus tard, Jean Schuster signa officiellement, dans le quotidien "Le Monde", l’acte de décès du mouvement dans un article intitulé « Le Quatrième Chant », mais la majorité des membres du groupe refuse cette décision brutale. Pour la plupart des surréalistes stupéfaits par la décision de Jean Schuster, celle-ci est fondée sur une manipulation politique dont l’origine se trouve dans l’engagement pro-cubain de Jean Schuster. Jean-Louis Bédouin écrit un virulent article de protestation publié dans "Le Monde" du , Vincent Bounoure lance au sein du groupe l’enquête "Rien ou quoi ?" qui mettra en évidence l’écartèlement du groupe sur la question de la dissolution. En plus de Jean-Louis Bédouin et Vincent Bounoure, Robert Benayoun, Jorge Camacho, Gherasim Luca, Marianne van Hirtum, Jacques Abeille, et d'autres vont refuser cette décision brutale et vont poursuivre l’aventure surréaliste. Dans le "Bulletin de liaison surréaliste" (10 numéros parus entre 1970 et 1976), dirigé par Jean-Louis Bédouin, puis dans les deux numéros de "Surréalisme" (janvier 1977, juin 1977), on retrouve, entre autres, aux côtés de Vincent Bounoure, les noms de Michel Zimbacca, Joyce Mansour, Jorge Camacho, Michaël Löwy, Yves Elléouët. Après la mort de Vincent Bounoure en 1996, le Groupe de Paris du mouvement surréaliste, réuni autour de Michel Zimbacca, se dote jusqu’en 2005 de la revue "S.U.R.R.". L’activité du groupe parisien se poursuit aujourd’hui, notamment à travers des expositions collectives et une nouvelle revue, "Alcheringa", dont le premier numéro a paru en 2019. À côté de ce courant qui continue d’affirmer la présence surréaliste au-delà même de la dissolution officielle du mouvement, les anciens membres ayant accepté cette dissolution, autour de Gérard Legrand, José Pierre et Jean Schuster, publieront au début des années 1970 la revue "Coupure". Mais certains des auteurs de "Coupure" s’opposeront à leur tour à Jean Schuster et José Pierre pour se retrouver autour de Radovan Ivšić et du jeune poète libertaire Pierre Peuchmaurd. Les rejoindront, entre autres, Jean Benoit, Georges Goldfayn, Gérard Legrand, Toyen et Annie Le Brun. Plus tard encore, un autre des derniers compagnons d’André Breton, Sarane Alexandrian, tout en considérant acquise la mort du surréalisme historique, constatant que rien n’est venu le remplacer, crée et anime la revue "Supérieur inconnu" (1996-2011), tentant lui aussi de fédérer les forces surréalistes en France (avec entre autres Alain Jouffroy, Jean-Dominique Rey, Christophe Dauphin, Basarab Nicolescu, Virgile Novarina ou Virginia Tentindo, laquelle a rejoint en 2013 le Groupe de Paris du mouvement surréaliste). Parallèlement, dès les années 1970, paraissent des revues émanant de collectifs se situant ouvertement dans la lignée du surréalisme ("Le Melog", "La Crécelle noire", "Camouflage") que fondent ou viennent rejoindre de plus jeunes recrues (Pierre Peuchmaurd, Alice Massénat ou Peter Wood). Le poète surréaliste irakien Abdul-Kader El Janabi anime divers groupes, et les éditions "Arabie-sur-Seine" qui publient des textes de Pierre Peuchmaurd, Jean-Pierre Le Goff, Karl Kraus, Theodor W. Adorno. Il faut noter que dans les principaux autres pays marqués par le surréalisme (Royaume-Uni, États-Unis, Tchécoslovaquie notamment), les groupes surréalistes existants n’ont guère été touchés par la décision de Jean Schuster de 1969 et que des groupes surréalistes y ont continué leurs activités de façon ininterrompue, y compris, pour le cas de la Tchécoslovaquie (avec entre autres Vratislav Effenberger, Martin Stejskal, Jan Švankmajer, Eva Švankmajerová, ), le groupe réapparu après le Printemps de Prague dans les conditions hostiles d'un pouvoir totalitaire censurant la vie intellectuelle. André Breton. Le poète et écrivain français André Breton (1896-1966) fut le principal fondateur du surréalisme, le seul poète, avec Benjamin Péret, à avoir appartenu au mouvement depuis son origine et jusqu'à sa mort. En 1924, c'est lui qui pour la première fois décrit le surréalisme dans le premier "Manifeste", puis, la même année, il contribue à la création du Bureau de recherches surréalistes. Louis Aragon, Robert Desnos, Paul Éluard, René Magritte, Giorgio De Chirico, Philippe Soupault, Marcel Duchamp, Salvador Dalí et Jacques Prévert sont quelques-uns des plus connus de ses camarades écrivains, poètes, peintres, artistes en somme. Nombre d'entre eux vont également adhérer au Parti communiste français pour soutenir leurs idées de révolution sociale : Breton rejoint le parti en 1927, mais n'assiste qu'à quelques réunions de cellule. Il en est exclu en 1933. Étymologie. Le poète Arthur Rimbaud (1854-1891) voulait être un visionnaire (ou plus exactement « voyant »), se mettre en état de percevoir la face cachée des choses, une autre réalité. C'est en poursuivant les tentatives de Rimbaud que Guillaume Apollinaire (1880-1918) part à la recherche de cette réalité invisible et mystérieuse. Le substantif « surréalisme » apparaît pour la première fois en mars 1917 dans une lettre de Guillaume Apollinaire à Paul Dermée : C'est le poète Pierre Albert-Birot qui décida Apollinaire, en mai de la même année, à sous-titrer la pièce que celui-ci était en train d'achever, "Les Mamelles de Tirésias", « drame surréaliste » plutôt que « surnaturaliste ». Le concept est divulgué par la plaquette de présentation qu'Apollinaire est chargé, par Serge Diaghilev, de rédiger pour la première de "Parade, ballet réaliste en un tableau", le au théâtre du Châtelet, à Paris. Du spectacle total conçu par Jean Cocteau conjuguant , où , il explique : Ainsi, Apollinaire entend théoriser le sursaut poétique provoqué par la Première Guerre mondiale par lequel Jean Cocteau, comme quatre ans plus tard dans le spectacle des "Mariés de la Tour Eiffel", dédouble la représentation « réaliste » du quotidien bourgeois du spectateur par celle de la fantaisie inhumaine et rêvée de personnages-machines. Dans ce manifeste se trouve déjà tout ce que ses détracteurs trouveront à reprocher au surréalisme : rupture avec tout traditionalisme, élitisme, modernité, c'est-à-dire progrès scientifique et, à l'instar des futuristes, industrialisme. Dans une chronique de consacrée au même ballet, Apollinaire, admiratif des décors créés par Picasso, revient sur le concept d'. Dans une lettre du adressée à Théodore Fraenkel, Jacques Vaché annonce la première des "Mamelles de Tirésias" pour le 24 : . Pour Gérard Durozoi, le mot surréalisme est . Cependant, Alain et Odette Virmaux pensent que cette et qu'elle . Influence internationale. Le surréalisme connaît une fortune particulière dans la littérature francophone belge. Paul Nougé, dont la poésie présente un aspect ludique très marqué, fonde en 1924 un centre surréaliste à Bruxelles avec entre autres les poètes Camille Goemans et Marcel Lecomte. Un autre groupe important, Rupture, se crée en 1932, à La Louvière, autour de la personnalité d'Achille Chavée. Le surréalisme belge prend ses distances à l'égard de l'écriture automatique et de l'engagement politique du groupe parisien. L'écrivain et collagiste E. L. T. Mesens fut l'ami de René Magritte. Les poètes Paul Colinet, Louis Scutenaire et André Souris et, plus tard, Marcel Mariën appartiennent également à ce courant. La francophonie d'outre-mer trouvera notamment en Jean Venturini, poète franco-marocain révolté et rimbaldien, un porte-parole original et indépendant, mort trop tôt pour donner sa pleine mesure, et auquel le poète Max-Pol Fouchet rendra un hommage fort. Le surréalisme exercera une action stimulante sur le développement de la poésie espagnole, mais à la fin des années 1920 seulement, et en dépit de la méfiance suscitée par l'irrationalisme inhérent à la notion d'écriture automatique. Ramón Gómez de la Serna définit ses rapprochements insolites, "greguerias", comme « humour + métaphore ». Le courant « ultraïste » déterminera un changement de ton chez les poètes de la « Génération de 27 », Federico García Lorca, Rafael Alberti, Vicente Aleixandre et Luis Cernuda. Les principes surréalistes se retrouvent en Scandinavie et en URSS. Le « poétisme » tchèque peut être considéré comme une première phase du surréalisme. Il s'affirme dès 1924 avec un manifeste publié par Karel Teige, qui conçoit la poésie comme une création intégrale, donnant libre cours à l'imagination et au sens ludique. Ses représentants les plus éminents furent Jaroslav Seifert et surtout Vítězslav Nezval, dont Soupault souligna l'audace des images et symboles. Le mouvement surréaliste yougoslave entretient d'étroits contacts avec le courant français grâce à . En dépit d'une perte de prestige à partir de 1940, le surréalisme a existé comme groupe jusqu'aux années 1960, en se renouvelant au fur et à mesure des départs et des exclusions. Le surréalisme fut également revendiqué comme source d'inspiration par l'Alternative orange, un groupe artistique d'opposition polonais, dont le fondateur, le Major (Commandant) Waldemar Fydrych, avait proclamé "Le Manifeste du surréalisme socialiste". Ce groupe, qui organisait des happenings, peignait des graffiti absurdes en forme de lutins sur les murs des villes et était un des éléments les plus pittoresques de l’opposition polonaise au communisme, utilisait largement l’esthétique surréaliste dans sa terminologie et dans la place donnée à l’acte spontané. Le surréalisme japonais est représenté par Junzaburō Nishiwaki (1894-1982), Shūzō Takiguchi (1903-1979), Katsue Kitazono (1902-1978). Parmi les peintres : Harue Koga (1895-1933), (1898-1992), Noboru Kitawaki (1901-1951), ou encore le photographe et poète Kansuke Yamamoto (1914-1987). Quant aux romanciers, les œuvres les plus marquantes nous ont été laissées par Kōbō Abe (1924-1993). Concernant les mangas, une brèche fut ouverte à la possibilité d'emploi de tournures surréalistes avec l'œuvre Nejishiki (ねじ式) de Yoshiharu Tsuge (publiée dans le numéro de juin du magazine "Garo", en 1968), puis le secteur put obtenir un appui écrasant de la génération du Zenkyōtō (équivalent de Mai 68), sous l'influence considérable d'artistes et de nombreux intellectuels non initiés à ce type d'œuvre. Le surréalisme japonais ne s'inscrit pas dans la continuité du dadaïsme. Au Japon, la quasi-totalité des écrivains appartenant au mouvement dadaïste (groupe d'écrivains faisant partie du MAVO) ne sont pas devenus surréalistes, et inversement, la plupart des surréalistes japonais n'œuvrent pas en tant que dadaïstes. Il appartenait à l'écrivain majeur de la Bolivie au , Jaime Sáenz, de porter le flambeau du surréalisme en Amérique latine, plus d'ailleurs en héritier libre et indépendant qu'en sectateur fanatique. Techniques d'écriture surréalistes. Les surréalistes cherchent à libérer l'inconscient. Pour ce faire, ils utilisent les diverses techniques ci-dessous. L'écriture automatique. L'écriture automatique est un mode d'écriture cherchant à échapper aux contraintes de la logique, elle laisse s'exprimer la voix intérieure inconsciente, dévie l'inconscient de la pensée. Il s'agit d'écrire ce qui vient à l'esprit, sans se préoccuper du sens. Définition de l'écriture automatique. Définition de l'écriture automatique par André Breton dans "Manifeste du surréalisme" (1924) :"Surréalisme, n. m. Automatisme psychique pur par lequel on se propose d'exprimer, soit verbalement, soit par écrit, soit de toute autre manière, le fonctionnement réel de la pensée. Dictée de la pensée, en l'absence de tout contrôle exercé par la raison en dehors de toute préoccupation esthétique ou morale."André Breton, (1896 / 1966), extrait du "Manifeste du Surréalisme" (page 328 du tome 1 des œuvres complètes de l'édition de "La Pléiade"), en 1924.« Secrets de l'Art magique surréaliste. Composition surréaliste écrite, ou premier et dernier jet. Faites-vous apporter de quoi écrire, après vous être établi en un lieu aussi favorable que possible à la concentration de votre esprit sur lui-même. Placez-vous dans l'état le plus passif, ou réceptif, que vous pourrez. Faites abstraction de votre génie, de vos talents et de ceux de tous les autres. Dites-vous bien que la littérature est un des plus tristes chemins qui mènent à tout. Ecrivez-vite sans sujet préconçu, assez vite pour ne pas vous retenir et ne pas être tenté de vous relire. La première phrase viendra toute seule, tant il est vrai qu'à chaque seconde il est une phrase, étrangère à notre pensée consciente, qui ne demande qu'à s'extérioriser ..."André Breton, (1896 / 1966), extrait du "Manifeste du Surréalisme" (pages 331-332 du tome 1 des œuvres complètes de l'édition "La Pléiade"), en 1924. Par l'écriture automatique, les surréalistes ont voulu donner une voix aux désirs profonds, refoulés par la société. L'objet surréaliste ainsi obtenu a d'abord pour effet de déconcerter l'esprit, donc de « le mettre en son tort ». Peut se produire alors la résurgence des forces profondes : l'esprit « revit avec exaltation la meilleure part de son enfance ». On saisit de tout son être la liaison qui unit les objets les plus opposés, l'image surréaliste authentiquement est un "symbole". Approfondissant la pensée de Baudelaire, André Breton compare, dans "Arcane 17", la démarche du surréalisme et celle de l'ésotérisme : elle offre . Écriture sexualisée. L'écriture sexualisée : d'après certains surréalistes comme André Breton, le moment de l'acte sexuel correspond à un moment où nos pulsions nous dominent. Dès lors, nos désirs profonds se révèlent, et ces instants peuvent être combinés à une pratique artistique désinhibée. Breton écrivait alors qu'il faisait l'amour et pensait que ses meilleures œuvres étaient le fruit de ces moments. Récit de rêve et "cadavre exquis". Les récits et les analyses de rêves consistent à décrire ses rêves et à trouver le « fil conducteur » qui les relie à la réalité. Des jeux d'écriture collectifs faisant intervenir le hasard sont également pratiqués ; le cadavre exquis en est un. Dans ce jeu, tous les participants écrivent tour à tour une partie de phrase sur une feuille sans connaître ce que les personnes précédentes ont marqué. L'ordre syntaxique nom-adjectif-verbe-COD-adjectif doit être respecté : on obtient ainsi une phrase grammaticalement correcte. Le nom de « cadavre exquis » vient de la première phrase obtenue de cette manière : « Le cadavre — exquis — boira — le vin — nouveau ». Enfin, pendant les séances de sommeil hypnotique, les participants notent leurs délires et hallucinations parfois provoqués par prise de drogues ou d'alcool. Méthode paranoïaque-critique. À l'opposé des techniques automatiques, se trouve la méthode paranoïaque-critique, . Patrice Schmitt, à propos d'une rencontre entre Dalí et Lacan, nota que . Elle est à la fois méthodique et critique. Elle a un sens précis et une dimension phénoménologique et s'oppose à l'automatique, dont l'exemple le plus connu est le cadavre exquis. Faisant le parallèle avec les théories de Lacan, il conclut que le phénomène paranoïaque est de type pseudo-hallucinatoire. Les techniques d'images doubles sur lesquelles Dalí travaillait depuis Cadaqués ("L'Homme invisible", 1929) étaient particulièrement propres à révéler le fait paranoïaque. Changement humain et sociétal. Le mouvement dada était antibourgeois, antinationaliste et provocateur. Les surréalistes continuèrent sur cette lancée subversive. (tract "La Révolution d'abord et toujours"). Ces principes débouchent sur l'engagement politique : certains écrivains surréalistes adhèrent, temporairement, au Parti communiste français. Aucun parti cependant ne répondait exactement aux aspirations des surréalistes, ce qui fut à l'origine de tensions avec le Parti communiste français. André Breton dénonce en 1924 . Dès 1930, pourtant, Louis Aragon soumet son activité littéraire « "à la discipline et au contrôle du parti communiste" ». La guerre fit que Tristan Tzara et Paul Éluard le suivirent dans cette voie. Condamnation de l'exploitation de l'homme par l'homme, du militarisme, de l'oppression coloniale, des prêtres pour leur œuvre qu'ils jugent obscurantiste et bientôt du nazisme ; volonté d'une révolution sociale et plus tard d'une dénonciation du totalitarisme de l'Union soviétique, tels sont les thèmes d'une lutte que, de la guerre du Maroc à la guerre d'Algérie, les surréalistes ont menée inlassablement. Ils ont tenté la synthèse du matérialisme historique et de l'occultisme, en se situant au carrefour de l'anarchisme et du marxisme, fermement opposés à tous les fascismes et aux religions. |
Super Mario Sunshine est un jeu vidéo de plates-formes développé par Nintendo EAD pour l'éditeur japonais Nintendo. Il sort sur la console de jeu GameCube au Japon le , puis aux États-Unis le et enfin en Europe le . Le jeu est aussi sorti sur Nintendo Switch le dans la collection "Super Mario 3D All-Stars". Cet épisode retrace les aventures du héros Mario sur l'île Delfino. Accompagné de la Princesse Peach, Papy Champi (qui fait ici sa première apparition) et de quelques Toads, pour ce qui devait être de simples vacances, il est de nouveau confronté à Bowser et Bowser Jr. (qui fait lui aussi sa première apparition). Pour les empêcher d'accomplir leurs plans, Mario se fait aider par J.E.T., un appareil créé par le professeur K. Tastroff de la série Luigi's Mansion. Comme "Super Mario 64" six ans auparavant, "Super Mario Sunshine" constitue l'épisode GameCube de la série principale "Super Mario" commencée en 1985. En , les ventes sont estimées à 6,3 millions d'unités. Trame. Univers. "Super Mario Sunshine" prend place dans un monde imaginaire exotique. L'histoire se déroule sur l'île Delfino, une île tropicale en forme de dauphin. Cette île ne fait pas partie du Royaume Champignon. Sa géographie est assez homogène : elle se compose de collines, d'un volcan, de falaises et de quelques petites plaines où se trouvent les plages et la majeure partie de la population. Cette population est essentiellement composée de deux espèces : les Piantas et les Noki. Delfino est divisée en dix lieux : un aéroport, un volcan (le Mont Corona), une ville (Place Delfino), trois villages (Collines Bianco, Baie Noki et Village Pianta), un port (Port Ricco), un parc d'attractions (Parc Pinna), un hôtel situé sur la Plage Sirena et une plage (Gelato-les-Flots). L'île est réputée pour son climat très favorable. Ce climat est dû à une multitude de soleils qui se concentrent autour de la Porte du Soleil située à Place Delfino. Leurs énergies se rassemblent et donnent ce temps ensoleillé. Delfino est donc l'endroit idéal pour se détendre et s'abandonner au farniente. Personnages. Le joueur contrôle Mario (doublage anglais : Charles Martinet). Lorsque le jeu débute, l'avion de Mario subit un atterrissage mouvementé. Sur la piste d'atterrissage, il découvre une substance mouvante qui a l'aspect d'une peinture. Plus loin, il fait la connaissance de J.E.T., un Jerrycan Expérimental Transformable qui est en fait une sorte de pompe à eau. Ce J.E.T. peut être considéré comme un outil par ses fonctions ou alors comme un personnage du fait qu'il parle et le joueur a la possibilité de le contrôler par le biais de Mario. Ainsi grâce à cette rencontre, Mario et J.E.T. vont pouvoir nettoyer l'aéroport. Pour ses vacances, Mario est accompagné de Princesse Peach, l'héritière du trône du Royaume Champignon, Papy Champi, le fidèle majordome de la princesse et de cinq Toads (Toad Violet, Toad Vert, Toad Rouge, Toad Bleu et Toad Jaune), eux aussi sujets de la princesse. Histoire. Alors que Mario s'apprête à profiter de vacances paisibles sur l'île Delfino avec Peach, Papy Champi et les Toads, ils découvrent une île polluée et salie par des graffitis. À cause de cette pollution, les soleils ("Shines sprites") ont disparu, ce qui plonge l'île dans l'ombre. Mario est arrêté car un délinquant a, sous son apparence, saccagé l'île en peignant des graffitis un peu partout. Mario est jugé et reconnu coupable. Il est alors condamné à faire des travaux d'intérêts généraux et à rétablir la tranquillité sur l'île sous peine de ne jamais en repartir. Pour la nettoyer, Mario est aidé par J.E.T., un canon à eau en forme de sac à dos. Entretemps, la princesse Peach est enlevée par le mystérieux individu qui s'appelle Antimario qui est armé d'un pinceau inventé par les mains du Pr. K Tastroff et Mario doit la sauver. Il suit Antimario jusque sur l'île Pinna où est construit un parc d'attractions. Là, Mario doit faire face à un gigantesque robot en forme de Bowser. Après le combat, Antimario révèle sa véritable identité : il s'agit en fait de Bowser Jr., le fils de Bowser. Ce dernier a annoncé à son fils que Peach était en réalité sa mère même si cette question reste ambiguë. Bowser Jr. s'enfuit en ballon vers le Mont Corona. Mario aura de nouveau affaire à Bowser Jr. toujours déguisé en Antimario dans les autres endroits de l'île. L'affrontement final a lieu dans le volcan, Mario grimpe la cheminée puis il trouve Bowser dans une baignoire ainsi que son fils et Peach. Mario sauve Peach en détruisant les extrémités de la baignoire et tous tombent. On retrouve Mario et Peach sur un îlot, en face de Place Delfino, qui assistent au retour des soleils sur l'île. Durant la chute, J.E.T. sera endommagé mais ensuite réparé. Enfin, les vacances peuvent commencer pour Mario tandis que Bowser, de son côté, explique à son fils que Peach n'est pas réellement sa mère. Système de jeu. Généralités. Le "gameplay" de "Super Mario Sunshine" ressemble beaucoup à celui de l'opus précédent, "Super Mario 64", mais Mario peut utiliser de nouvelles fonctions comme l'attaque en vrille, qui lui permet de sauter et d'attaquer tout en tournant sur lui-même. Toutefois, les deux jeux n'ont aucun lien scénaristique. À la différence de "Super Mario 64", dans "Super Mario Sunshine", Mario dispose d'un Jerrican Expérimental Transformable (J.E.T.) sur son dos. Comme dans "Super Mario 64", le joueur peut découvrir l'environnement dans toutes les directions sans limite de temps. Toutefois, l'environnement de "Super Mario Sunshine" est plus réaliste que dans son prédécesseur comme le montre certains éléments du décor (habitations, parc d'attractions, fruits, insectes...) et le fait que Mario peut avoir une insolation. Les niveaux regorgent d'ennemis qui attaquent Mario mais aussi de personnages qui aident Mario ou demandent un service. Mode de jeu et contrôles. "Super Mario Sunshine" est un jeu qui se joue en solo. L'écran d'accueil propose de choisir entre trois profils (A, B et C) qui permettent de jouer à trois parties différentes. Dans ce jeu, Mario dispose de plusieurs mouvements distincts. La plupart des mouvements tire parti du stick analogique (par exemple, Mario marche ou court selon l'inclinaison du stick), du bouton A (ce bouton permet à Mario de sauter, nager...) et du bouton B (Mario peut parler, porter, lancer ou encore glisser). Il est possible d'exécuter des sauts spéciaux : le triple saut (consiste à sauter trois fois de suite), la roue ou les rebonds sur un mur qui lui permettent d'atteindre des endroits élevés. Il est possible de nager et de plonger avec le bouton B mais le joueur doit faire attention à surveiller sa réserve d'air. Mario peut aussi se servir de J.E.T. avec le bouton R. Pouvoirs. Mario ne possède aucune transformation mais J.E.T., la pompe à eau, en a quatre. Ces quatre fonctions sont appelées buses. La buse d'arrosage, qui est active en permanence chez J.E.T., permet de projeter de l'eau devant soi, à la manière d'un tuyau d'arrosage, et est utilisée principalement pour nettoyer les différents graffitis de l'île, et faire disparaître la boue souillant les niveaux. Elle peut aussi servir à tuer certains ennemis. Mais le J.E.T. a d'autres buses interchangeables. En effet, on peut utiliser, en plus de la buse d'arrosage, trois buses différentes : la première, l'Aérobuse, est disponible dès le début du jeu et permet à Mario de planer un court instant dans les airs ; la deuxième, la Catabuse, sert de réacteur vertical et permet de faire des sauts gigantesques et de détruire certains blocs ; la troisième enfin, la Turbobuse, est une autre sorte de réacteur, mais horizontal cette fois, donnant à Mario la possibilité de courir ou de nager très rapidement. Sur l'île, Mario peut aussi chevaucher Yoshi en lui donnant le fruit qui est demandé. Yoshi peut ainsi cracher du jus. La couleur du dinosaure et de son jus diffère selon le fruit mangé. Ce jus peut servir à dissoudre des obstacles comme les substances orange et transformer les ennemis en plates-formes qui peuvent être utilisées comme ascenseurs suivant le fruit mangé. Yoshi disparaît quand il plonge dans une eau profonde ou lorsque son réservoir de nectar est vide. Niveaux. Le principe du jeu est d'alterner les différentes buses selon la situation et d'utiliser Yoshi pour atteindre de nouvelles zones dans les niveaux et récolter ainsi les 120 soleils. Ces soleils sont équivalents aux étoiles de puissance de "Super Mario 64" et le but du jeu est de tous les obtenir. Pour cela, le joueur peut se rendre librement et dans n'importe quel ordre dans les huit lieux de l'île, depuis Place Delfino. Chaque lieu est divisé en 8 épisodes, présentant chacun ses propres objectifs (généralement évoqués dans le titre de l'épisode) et donnant donc accès à un soleil distinct. Ces défis peuvent inclure un combat contre un boss, récupérer les huit pièces rouges, battre Antimario ou encore réussir une épreuve sans l'aide de J.E.T. Cependant, contrairement à "Super Mario 64", il n'est plus possible de récupérer un soleil autre que celui sélectionné dans le menu de sélection des niveaux. De plus, le joueur devra collecter 100 pièces dans chaque lieu (y compris Place Delfino) et trouver les deux soleils cachés. D'autres soleils se trouvent en dehors des lieux (sur la Place Delfino, dans le Mont Corona, ou sur l'Aéroport) et sont accessibles selon des manières que doit découvrir le joueur. Il faut également retrouver les 240 pièces bleues qui ont été disséminées sur toute l'île. Ces pièces intéressent une certaine personne sur la Place Delfino qui les achète en l'échange d'un soleil. Il faut 10 pièces bleues pour obtenir un soleil. Développement. Une suite de "Super Mario 64" était déjà en projet depuis plusieurs années. "Super Mario 64 2" et "Super Mario 128", dont les sorties ont été annulées, présentaient déjà quelques idées pour une suite de "Super Mario 64". Certains éléments de "Super Mario 128" ont été utilisées pour la conception de "Super Mario Galaxy". "Super Mario Sunshine" a été présenté, pour la première fois, au Spaceworld 2001 puis a été présenté une nouvelle fois à l'E3 2002. Au cours d'une interview avec le producteur Takashi Tezuka et les réalisateurs Yoshiaki Koizumi et Kenta Usui au sujet du développement de "Super Mario Sunshine", ceux-ci disent qu'ils ont rapidement eu beaucoup d'idées comme de pouvoir nettoyer les graffitis ou de planer dans les airs. Certaines avaient déjà été évoquées dans "". Takashi Tezuka dit : « le concept a repris des éléments de "Super Mario 64" en ajoutant leurs idées ». Les développeurs ont d'abord commencé par l'ajout d'une pompe à eau dans le "gameplay". Il y avait dix sortes de buses à eau différentes, mais J.E.T. a été retenu en raison de sa convenance dans le décor du jeu bien qu'il ne soit pas le favori. Certains types de buses ont dû être retirés car ils ont créé la polémique aux États-Unis. Par ailleurs, certaines caractéristiques de Yoshi ont également été enlevées. Les développeurs ont aussi créé un univers quatre fois plus grand que dans "Super Mario 64" et l'ont rendu plus réel. Équipe de développement. La musique a été composée par Koji Kondo et Shinobu Tanaka. Certaines pistes proviennent d'anciens jeux de Mario mais celles-ci ont été modifiées comme le thème "Underground". Pour les voix dans "Super Mario Sunshine", ce sont les acteurs habituels qui prêtent leur voix aux personnages. Ainsi Charles Martinet a donné sa voix à Mario et Papy Champi, Jen Taylor pour Peach et Toad, Scott Burns pour Bowser et Dolores Roger pour Bowser Jr.. "Super Mario Sunshine" est développé par le studio Nintendo EAD pour Nintendo. L'équipe complète comporte une centaine de membres environ. Les réalisateurs sont Yoshiaki Koizumi et Kenta Usui tandis que la production est dirigée par Shigeru Miyamoto et Takashi Tezuka. Futoshi Shirai dirige le "map design" et Koichi Hayashida l'équipe des programmeurs. Accueil. Critiques. "Super Mario Sunshine" a reçu les éloges de la presse spécialisée. "IGN" a apprécié l'ajout d'un canon à eau pour améliorer le "gameplay" ; Mario n'a plus à attendre qu'une plate-forme arrive vers lui, il peut utiliser J.E.T.. et "GameSpy" a ajouté une critique positive sur la conception du décor et des niveaux aux hauteurs. Le jeu a reçu une très bonne note de la part de "Nintendo Power" qui commente la qualité des graphismes, de la musique, de la mise en scène, des cinématiques et des énigmes. "GamePro" a également donné une note parfaite au jeu toujours pour la qualité des niveaux. L"'Official Nintendo Magazine" place le jeu à la parmi les 100 meilleurs jeux Nintendo de tous les temps. Néanmoins, la presse a trouvé des inconvénients. GameSpot a critiqué le système de caméra et que le jeu peut parfois être ennuyeux car il oblige à refaire les niveaux plusieurs fois pour finir le jeu. Il a également critiqué certains ajouts comme Yoshi qui « n'est pas très utile ». Il a critiqué les voix des personnages : la voix de Mario est limitée à des interjections, et les voix de Peach et des ennemis sont décevantes. Les voix des habitants sont elles aussi limitées à des interjections et des onomatopées alors qu'il aurait été plus agréable de les entendre parler. Ventes. "Super Mario Sunshine" a été un succès commercial à l'échelle du marché mais un échec au sein de la série, où il est à l'époque de sa sortie et jusqu'à celle de "New Super Mario Bros. U" (2012) l'un des jeux les moins vendus, deux fois moins que son prédécesseur "Super Mario 64" et que son successeur sur console "Super Mario Galaxy". Il a été vendu à près de 5,5 millions d'unités en juin 2006 puis 6,3 au . Le jeu était en 2002, le dixième meilleur jeu vendu aux États-Unis selon le NPD Group. Héritage. Nouveaux personnages. Super Mario Sunshine présente de nouveaux personnages dans la série. Tout d'abord les habitants de l'île, Piantas et Nokis font ici leur première apparition. Les Piantas sont des montagnards forts, sociables et curieux. Les arbres sur leurs têtes les protègent du climat de l'île. Les Nokis sont recouverts par des coquilles qui sont les vestiges du temps où ils vivaient dans la barrière de corail. Ils s'occupent du Parc Pinna. Bowser Jr. apparaît aussi dans ce volet, déguisé en Antimario. Il est devenu un personnage récurrent de la série principale en tant qu'adversaire ("New Super Mario Bros." où il est l'antagoniste principal, "New Super Mario Bros. Wii", "Super Mario Galaxy", "Super Mario Galaxy 2" et "New Super Mario Bros. U") et dans les "spin-off" sportifs en tant que personnage jouable (dans la série des "Mario Kart" depuis ', ', "Mario Power Tennis", "Mario Strikers Charged Football", "Mario Super Sluggers" ou encore "Mario & Sonic aux Jeux Olympiques d'Hiver)". Ce fut la première apparition de Papy Champi, qui revient souvent dans les jeux sportifs en tant qu'arbitre (ou plus rarement jouable comme dans "Super Mario Sluggers") et surtout dans la série des "Mario & Luigi". Flora Piranha, le boss des Collines Bianco, est devenue un personnage récurrent de l'univers de Mario. Il est devenu un personnage jouable dans ' avec pour partenaire le Roi Boo, et tant que boss dans "New Super Mario Bros.", ', "Super Smash Bros. Brawl" ou encore "". J.E.T. réapparait en tant que mouvement d'attaque de Mario et en trophée dans "Super Smash Bros. Brawl" et sa suite, "Super Smash Bros. for Nintendo 3DS / for Wii U". Postérité. Une réédition de "Super Mario Sunshine" intitulée "Super Mario Sunshine (Player's Choice)" est sortie en 2003. Le Player's Choice sélectionne les jeux les plus populaires et les vendent à des prix réduits. Sur la console de la génération suivante, la Wii, Nintendo publie en 2007 une suite, "Super Mario Galaxy", puis une autre, "Super Mario Galaxy 2", sortie le . Le "gameplay" reste le même sauf que les développeurs ont cette fois-ci préféré des plates-formes de type sphériques qui ressemblent à des planètes. Ces éléments ont été introduits dans un décor ressemblant à l'espace puis la gravité a été ajoutée. Shigeru Miyamoto confirma lors de l'E3 2007, la sortie du jeu le en Amérique du Nord et quatre jours plus tard en Europe, c'est-à-dire le . "Super Mario Galaxy" ne reprend aucune nouveauté de "Super Mario Sunshine". Cependant dans "Super Mario Galaxy 2", il est possible de chevaucher Yoshi (comme dans "Super Mario World") et ce dernier peut manger des fruits (comme dans "Super Mario Sunshine") qui lui donnent des capacités particulières. On peut également retrouver de nombreuses références à "Super Mario Sunshine" dans divers opus de la franchise "Mario". Outre les personnages, nous retrouvons beaucoup les Soleils dans des modes batailles de la série Mario Kart, ou dans les Mario RPG. Dans ', les Soleils servent à faire monter les partenaires en niveau. Dans ', ils servent à éclairer des zones sombres visitées par les bébés. Certains lieux introduits postérieurement à "Super Mario Sunshine" se situerait sur l'île Delfino. Il s'agit de circuits de la série "Mario Kart", avec le Quartier Delfino de "Mario Kart DS", la Jetée Delfino de "Mario Kart Wii" ou encore l'Aéroport Azur de "Mario Kart 8". L'île Delfino apparaît en stage dans les séries "Super Smash Bros." et "Mario et Sonic aux Jeux olympiques". Elle apparaît également dans les mini-jeux de DK dans "Mario Party 6" et "Mario Power Tennis". Le , "Super Mario Sunshine" a été annoncé comme faisant partie d'une compilation de trois jeux de la série principale "Super Mario" en 3D, "Super Mario 3D All-Stars", sur Nintendo Switch à l'occasion du trente-cinquième anniversaire de la franchise. |
Studio One Studio One est un label discographique créé à Kingston en 1962 par le producteur jamaïcain Clement Seymour Dodd, dit Coxsone. Histoire. Tout commence en 1954, lorsque C.S. Dodd décide de monter son propre sound system. Il y passe des disques de jazz, rhythm and blues ou boogie qu'il importe lui-même des États-Unis, il grave quelques années plus tard ses propres productions, enregistrées avec des musiciens locaux, sur des dubplates, disques tirés à un seul exemplaire, destinés uniquement à être passés lors des soirées de son sound system. En effet, aux États-Unis, les productions R&B noires appréciées par le public jamaïcain deviennent de plus en plus rares, éclipsées par le rock'n roll blanc. C'est seulement en 1959 qu'il produit ses premiers 45 tours destinés à la commercialisation. Il s'agit, entre autres, d'artistes comme Theophilus Beckford, Delroy Wilson. C'est la naissance de l'industrie musicale jamaïcaine. En 1962 apparaît un nouveau style : le ska. C'est cette même année que Dodd fonde son studio d'enregistrement, à Kingston, sur Brentford Road : Studio One. Son groupe de musiciens compte des légendes telles que le tromboniste Don Drummond, les saxophonistes Tommy McCook, Roland Alphonso, le trompettiste Johnny "Dizzy" Moore, ou encore le jeune organiste Jackie Mittoo. En 1964, ce groupe prend le nom de The Skatalites. Au cours des années 1960, Studio One enregistre de nombreux artistes jamaïcains de premier plan : The Wailers, Ken Boothe, The Skatalites, Marcia Griffiths, The Heptones, ou encore Delroy Wilson. Dans les années 1970, Studio One continue de découvrir et produire des musiciens d'immense talent : Johnny Osbourne, The Gladiators, Dennis Brown, Sugar Minott, The Wailing Souls, etc. Il lance en outre le concept de « discomix », versions longues des morceaux spécialement destinées aux pistes de danse. Il est à l'origine d'un grand nombre de riddims considérés aujourd'hui comme des classiques : le "Real Rock", le "Rock Fort Rock", le "Declaration of Rights" ou encore le "Still In Love". Formations. Dans les années 50, les différentes formations travaillant et enregistrant pour Coxsone Dodd sont dans un premier temps : "The Joe Williams Band", "The All Stars" et "The Blues Blasters" qui sont habituellement dirigés par Cluett Johnson (basse). Le groupe, avec des musiciens comme Theophilus Beckford (piano et chant) et Roland Alphonso (saxophone), jouent essentiellement du rhythm and blues. Dans la période de 1959 à 1963 ce seront des formations avec des hommes plus connus comme "Roland And His Alley Cats" ou "His Upsetters", "Don Drummond And His Greenlanders", "Studio One Band" et "Monty And The Cyclones", vers 63, 64, "Tommy McCook And His Group". Vers la fin 64 "The Skatalites" (écrit Ska-Talites) et vers la fin de 1965 avec l'internement et la mort de Don Drummond émergent les "Soul Brothers". Début 1967, suit un autre changement avec le rocksteady et les "Soul Vendors", les "Soul Defenders", "The New Establishment" ou les "Sound Dimension". Dans le début des années 70 les formations s'appellent "The Brentford Road Disco Set" et les "Underground Vegetables". |
Stanisław Lem Stanisław Lem ( ), aussi francisé en Stanislas Lem, né le à Lviv (aujourd'hui en Ukraine, ) et mort le à Cracovie, en Pologne, est un écrivain de science-fiction polonais. Son œuvre, traduite en quarante langues, caractérisée par l’étendue de sa palette, est construite autour d’une vision critique du comportement humain. Stanisław Lem est également l’un des écrivains polonais les plus traduits aux côtés de Witold Gombrowicz et Henryk Sienkiewicz. "Solaris" est sans doute son roman le plus célèbre et a été porté au cinéma par Andreï Tarkovski en 1972 puis par Steven Soderbergh en 2002. Certains de ses romans mêlent récit d’anticipation et intrigue policière, notamment dans "Le Rhume" ("Katar", 1976). Biographie. Fils d'un médecin juif oto-rhino-laryngologue, Stanislas Lem voit ses études de médecine à l’université de Lviv interrompues par la Seconde Guerre mondiale. Il travaille alors comme mécanicien et soudeur, et prend part à la résistance contre les Allemands. À l’issue de la guerre, l’Armée rouge occupe la Pologne et l’Union soviétique contrôle le pays. En 1946, Lem reprend les études de médecine à l’Université Jagellonne de Cracovie. Pour éviter une carrière de médecin militaire, il ne passe pas ses derniers examens et obtient seulement un certificat de fin d’études. Assistant de recherche d’une institution scientifique, il écrit ses premières histoires pendant son temps libre. En 1981, il reçoit un doctorat "honoris causa" de l’École polytechnique de Wrocław. Plus tard, l’Université d'Opole, l’université de Lviv et enfin l’Université jagellonne de Cracovie (1998) font de même. Stanislas Lem écrit sur l’incommunicabilité entre les humains et les civilisations extraterrestres, et sur le futur technologique de l’humanité. Il développe des idées sur une société idéale et utopique et explore les problèmes liés à l’existence de l’homme dans des mondes où le progrès technologique supprime tout effort humain. Ses sociétés extraterrestres mettent en scène des essaims de mouches mécaniques ("L'Invincible") ou l’océan pensant ("Solaris") avec lesquels les Terriens ne peuvent communiquer. Des utopies technologiques apparaissent dans "Pokoj na Ziemi" (Paix sur la Terre) ou dans "La Cybériade". Lem est un partisan de la civilisation occidentale. Malgré la censure inhérente au régime staliniste dans lequel il vécut, son œuvre contient une sévère critique du collectivisme. Lem est intronisé membre honoraire de la Science Fiction and Fantasy Writers of America (SFWA) en 1973. La SFWA annule cette décision en 1976 après les critiques de Lem contre la science-fiction américaine qu’il juge bas de gamme, mais lui propose toutefois une adhésion ordinaire, ce qu’il refuse. Il décrit cette littérature comme kitsch, pauvrement écrite et plus intéressée par la rentabilité que par les idées ou les nouvelles formes littéraires. Par ailleurs, de tous les auteurs américains de science-fiction, il n’adresse des éloges francs qu’à Philip K. Dick. À l’issue d’une longue maladie, Stanislas Lem décède à l’hôpital de Cracovie d’une crise cardiaque le lundi . Écrivain visionnaire. Günther Anders rend hommage à Stanislas Lem à l’égal de Jules Verne pour ses visions sur la révolution technique moderne. Œuvres. Lem écrivit principalement deux types d’œuvres, les textes de fiction (les plus connus et les plus traduits), et les textes qu’il regroupa lui-même sous le terme d’apocryphes (Apokryfy) en 1998, et qui correspondent pour la plupart à de fausses critiques de livres qui n’ont jamais existé. Ces derniers textes ont parfois paru dans divers ouvrages, et sous des titres différents. Le plus connu, et le seul traduit en français, est "Bibliothèque du " ("Biblioteka XXI wieku"). Cette section contient une sélection d’ouvrages traduits en français. Les dates de première édition polonaise diffèrent selon les sources, ceci vient bien souvent d’imprécisions au niveau du numéro de l’édition utilisée pour la traduction. |
Sun Microsystems était un constructeur d’ordinateurs et un éditeur de logiciels américain. Le , est racheté par pour 7,4 milliards de dollars. Avant son rachat, le chiffre d’affaires de l’entreprise était de de dollars pour l'année fiscale 2007-2008 et l’effectif d’environ (2006). était présent dans plus de (2005). Le nom vient de (réseau de l’université Stanford). a produit des serveurs et stations de travail fondés sur les processeurs m68k, SPARC et x86, et le système d’exploitation Solaris, anciennement SunOS. On lui doit aussi le langage de programmation Java. fut l’inventeur du standard NFS (), et fut également à l’origine de la standardisation d’UNIX System V, en partenariat avec AT&T. Ultérieurement, Sun a également développé le système de fichiers ZFS. L’idée originelle des stations de travail UNIX a été pensée lorsque ses fondateurs étaient étudiants à l’université Stanford (Palo Alto, en Californie). Histoire. Les débuts. Le prototype de ce qui allait devenir la première station de travail UNIX de Sun, le Sun-1, a été assemblé par Andy Bechtolsheim lorsqu'il était étudiant en maîtrise à l’Université Stanford, à Palo Alto, en Californie. Bechtolsheim avait conçu la station de travail comme un poste de CAO individuel, dans le cadre du projet de réseau de l'université (le "Stanford University Network"). C'était un ordinateur conçu autour d'une carte-mère Motorola 68000 avec une Unité de gestion mémoire (MMU) suffisamment sophistiquée pour faire tourner le système d'exploitation Unix avec une mémoire virtuelle. Il construisit les premiers exemplaires avec des composants fournis par le département d'informatique de Stanford et des grossistes de la Silicon Valley. Le 24 février 1982, Vinod Khosla, Andy Bechtolsheim et Scott McNealy, tous étudiants à Stanford, décidèrent de créer "Sun Microsystems". Bill Joy de Berkeley, un des développeurs du shell BSD, les rejoignit peu après et est reconnu comme l'un des créateurs de la marque. « Sun » est l'acronyme de Stanford University Network. Sun s'est avéré rentable dès le premier trimestre d'activité, en juillet 1982. En 1983, Sun avait acquis la réputation de produire des systèmes fondés sur la famille des Motorola 68, capable de produire des graphismes avec une très haute résolution. Ces systèmes étaient les seuls avec le VAX de DEC à exécuter le système d'exploitation BSD 4.2. Les premiers titres de Sun ont été mis sur le Marché en 1986 sous la mnémonique "SUNW", pour "Sun Workstations" (et par la suite, "Sun Worldwide"). En 2007, les titres ont changé de nom et sont devenus "JAVA ;" Sun estimant que sa plate-forme Java reflétait mieux la stratégie du moment de la compagnie. Le logo de Sun, qui représente quatre "sun" entrelacées, a été conçu par le professeur Vaughan Pratt, de Stanford. Dans sa version initiale, il était de couleur orange et en forme de carré horizontal/vertical ; il a ensuite été tourné de 45° pour le faire reposer sur un sommet, et est devenu d'abord violet (photo ci-contre), puis bleu. La "Bulle" et ses conséquences. Avec la demande en serveurs des "startups", Sun a d'abord tiré d'énormes profits de la bulle Internet : ses actions battaient record sur record en bourse, et simultanément, l'entreprise multipliait les investissements et augmentait ses effectifs. C'était une conséquence logique de la demande, mais une demande tirée par des petites sociétés qui spéculaient sur des gains de court terme. Lorsqu'en 2000, la bulle éclata, les ventes du département Matériels de Sun, le plus gros de la société, s'effondrèrent, car les clients mettaient la clef sous la porte et inondaient le marché d'ordinateurs d'occasion. Au bout de plusieurs trimestres de chute ininterrompue des ventes, il fallut comprimer les coûts de production, les cadres quittèrent la compagnie et il y eut des charrettes de licenciements. Au mois de décembre 2001, l'action était retombée à son cours de 1998, environ 100 $, et elle continuait à perdre de la valeur, et même plus rapidement que celles des autres sociétés industrielles. Un an après, elle était même tombée sous le cours des 10 $ (soit un dixième de sa valeur de 1990) mais finit par rebondir à 20 $. À l'été 2004, Sun ferma son usine de Newark (Californie) et concentra sa production à Hillsboro (Oregon) ; en 2006, cette usine a fini par fermer elle aussi ses portes. Depuis le crash. En 2004, Sun a renoncé à deux projets de développement de processeur parallélisme à gros grain et à fréquence d'horloge élevée, pour privilégier les processeurs optimisés pour le multi-threading et multiprocessing, comme le processeur UltraSPARC T1 (dit "Niagara"). Sun a par ailleurs passé des accords avec Fujitsu pour équiper ses serveurs moyens et haut de gamme (Serie M de SPARC Enterprise, 2007) de composants japonais. En février 2005, Sun a annoncé le déploiement du "Sun Grid", plate-forme de stockage et de calcul destinée aux entreprises moyennant un tarif de et de de stockage. Sun employait alors des équipes techniques à Bangalore, Pékin, Dublin, Grenoble, Hambourg, Prague, Saint-Pétersbourg, Tel Aviv, Tokyo, et Trondheim. En 2007–2008, Sun annonçait un chiffre d’affaires de et une trésorerie de cash ; mais au premier trimestre 2008 elles affichait des pertes de , faisant chuter son chiffre d’affaires de 7 % à . De novembre 2007 à novembre 2008, l'action Sun avait perdu 80 % de sa valeur, faisant tomber la valeur de la société à . La perte de plusieurs gros clients contraignit Sun à licencier 5 à salariés, soit 15–18 % de sa main-d’œuvre. Elle espérait ainsi retrouver une marge de 700 à par an, moyennant de charges en plus. Son soutien pour le logiciel libre. a aidé à de nombreuses reprises le monde du logiciel libre, par exemple : De plus, a rendu libre le "design" de certains de ses processeurs : les OpenSPARC. Matériel. a conçu, fabriqué et commercialisé différents matériels, classés en différentes gammes : a également conçu les microprocesseurs SPARC et UltraSPARC. |
Syncrétisme Un syncrétisme est un mélange d'influences. Le terme de syncrétisme vient du mot grec signifiant . Initialement appliqué à une coalition guerrière, il s'est étendu à toutes formes de rassemblement de doctrines disparates, et est surtout utilisé à propos de religion. Il est le résultat d’un processus d'adaptation endogène généralement imposé par une culture exogène. Religion. Le terme s'utilise surtout en histoire des religions, pour qualifier des confessions à part entière, mais dont plusieurs composants d'origine sont encore reconnaissables. C'est une religion dont la doctrine ou les pratiques sont un mélange d'éléments pris dans différentes croyances. Histoire. Sphère culturelle grecque et Méditerranée. On retrouve cette pratique très tôt dans l'Antiquité. La Bible fait mention du syncrétisme religieux du peuple d'Israël à l'époque du Roi de Juda, Osée (). Le donne un exemple frappant de ce mélange religieux entre la Loi mosaïque que Yahvé donna à Israël et . Traduction possible de cette citation : les Hébreux étant une tribu de pasteurs nomades vivant en Mésopotamie (Ur en Chaldée), leur religion était, selon toute vraisemblance, le Zoroastrisme. Mais leurs pratiques radicales et sectaires les tenaient à l'écart des autres populations et furent probablement à l'origine de leur exode, d'abord, sous la conduite de Terah, père d'Abraham, vers Harran (Turquie actuelle), puis, sous celle d'Abraham, pour le pays de Canaan. Ernest Renan considère la croyance éventuelle à une vie post-mortem comme un effet de la captivité des Hébreux en Égypte. Celle-ci possédait ce concept dont la religion juive était seule, selon lui, à faire l'économie à l'époque. Cette interprétation n'exclut pas l'hypothèse zoroastrienne. En effet, selon le Zoroastrisme, l'âme de l'Homme préexiste à sa naissance et survit à sa mort. Si les bonnes actions passées du défunt l'emportent sur les mauvaises, l'âme va dans la par un pont au-delà duquel l'attend le Seigneur de la Lumière et y reste pour l'éternité. Dans le cas inverse, elle va à la où elle séjourne un temps avant de rejoindre la . La croyance en une vie post-mortem n'est donc pas d'origine mais plus large ; le Zoroastrisme était probablement répandu dans tout le Moyen-Orient antique, comme il l'était, vers l'Est, jusqu'en Inde. Les Romains avaient pour politique d'incorporer les dieux locaux des pays qu'ils avaient conquis au panthéon romain. Ce choix leur évitait ainsi au moins toute opposition d'ordre religieux dans les pays polythéistes. Une situation semblable s’est développée, mais involontairement, lorsque des missionnaires ont introduit la religion catholique en Amérique du Sud. Ils ont converti la majeure partie de la population, mais, à l’image des Samaritains de l’Antiquité, la population n'a pas oublié pour autant ses anciens rites. Ainsi, au Brésil, des chrétiens pratiquent toujours les rites vaudou et célèbrent des fêtes en l’honneur d’anciennes divinités, telle la déesse Iemanjá. On observe le même phénomène dans d’autres pays d’Amérique du Sud. À l'époque contemporaine, la rencontre d'Assise de 1986 fut taxée de syncrétisme par quelques cardinaux du Vatican, bien que cela ne fût pas l'intention des organisateurs. Dans le monde. Le concept de syncrétisme est suffisamment abstrait pour être appliqué à de nombreuses traditions. Le sikhisme est composé d'un mélange de l'hindouisme et de l'islam. L'approche syncrétique permet d'analyser les influences qui constituent une religion, elle doit s'arrêter avant de perdre ce qui en fait l'identité. Les religions de l'Antiquité étaient très caractérisées par le syncrétisme, qu'il soit d'assimilation ou d'association, rendant les influences entre religions très complexes. Le culte de Mithra associé à Apollon dans le panthéon romain en est un exemple. Le syncrétisme du bouddhisme chan, forme de bouddhisme mahāyāna avec le taoïsme en est un exemple qui s'est principalement développé de la dynastie Han jusqu'à la fin de la dynastie Tang (189-907). Les panthéons des deux religions y sont progressivement mélangés, les textes bouddhiques sont réécrits par les taoïstes et les textes taoïstes par les bouddhistes. Le plagiat par le moine bouddhiste Xingduan (), dans son « Livre des Trois Cuisines prêché par le Bouddha » (), du moine taoïste Du Guangting et de son « Le Livre des Cinq Cuisines » () en sont un exemple qui introduisit le végétalisme taoïste dans cette forme de bouddhisme. On retrouve ainsi dans cette forme de bouddhisme et ses dérivées en Corée (son), Japon (zen) et Vietnam (thiền), le végétalisme du taoïsme, les notions de yin et yang, de voie (tao), ou l'importance du néant (wu). On y pratique aussi la divination par le Yi Jing (livre des transformations) ou certaines notions du fengshui (géomancie). Le confucianisme a également influencé cette forme de bouddhisme. La cohabitation du bouddhisme et du shintoïsme au Japon depuis le est un excellent exemple de syncrétisme, toujours observable aujourd'hui, et appelé "shinbutsu shūgō". Ainsi en 2005, selon les chiffres officiels on comptabilisait de shintoïstes ( de la population) et de bouddhistes ( de la population). Dans les faits, la plupart des Japonais fêtent les mariages et les naissances suivant les rites shintoïstes et les funérailles suivant les rites bouddhistes. De plus, on peut trouver dans la plupart des temples bouddhistes japonais un petit sanctuaire shinto et un petit autel bouddhiste dans de nombreux sanctuaires shinto. Un autre exemple de syncrétisme est la situation indonésienne, dans laquelle les gens, tout en se déclarant adeptes des « grandes » religions (bouddhisme, christianisme, hindouisme, islam), continuent d'adhérer à des croyances et à observer des rituels relevant des religions traditionnelles. Le caodaïsme vietnamien constitue aussi un exemple typique de syncrétisme, de même que la coexistence du vaudou et du christianisme dans certains pays africains ou en Haïti. Le culte antoiniste propose aussi une forme de syncrétisme religieux selon le sociologue Régis Dericquebourg, tandis que la jurisprudence belge l'a défini comme un . Linguistique. En linguistique, le terme signifie la fusion en un seul élément de plusieurs traits grammaticaux. On distingue parfois syncrétisme d'éclectisme, car des éléments fusionnés ne sont pas triés, ainsi que d'une synthèse, car les éléments mélangés sont encore distinguables. Culturellement. On parle de syncrétisme culturel lorsqu'un système religieux (comme dit précédemment) ou philosophique tend à faire fusionner plusieurs doctrines différentes. Lors d'une coexistence culturelle au niveau global, le syncrétisme est un métissage culturel, c’est-à-dire, une véritable création de nouveaux ensembles culturels qui trouvent une nouvelle cohérence à partir de plusieurs cultures différentes. |
Sacré Le sacré est une notion d'anthropologie culturelle permettant à une société humaine de créer une séparation ou une opposition axiologique entre les différents éléments qui composent, définissent ou représentent son monde : objets, actes, espaces, parties du corps, valeurs, etc. Le sacré comprend ce qui est situé en dehors des choses ordinaires, banales, communes ; il s'oppose essentiellement au profane, mais aussi à l'utilitaire. Les Français ont tendance à se référer au sacre d'un roi, tandis que les Anglais parlent en général de son couronnement ("coronation"), à la manière des Allemands ("die Krônung"), quoique les Allemands mentionnent plus volontiers "die Weihe" (la consécration) que les Anglais "the consecration" ou "the sacring")1. Il est d'usage de considérer que l'acte de sacraliser est spécifique des tribus primitives, des peuples isolés et des civilisations anciennes. Certains penseurs, tels C. G. Jung, Roger Caillois ou Jacques Ellul, estiment toutefois que la sacralisation reste un phénomène constant dans les sociétés modernes mais qu'il opère de façon totalement inconsciente. Introduction. Le sacré a toujours une origine naissant d'une tradition ethnique et qui peut être mythologique, religieuse ou idéologique (c'est-à-dire non religieuse). Il désigne ce qui est inaccessible, indisponible, mis hors du monde normal, et peut être objet de dévotion et de peur. Le sacré figure la croyance de l'homme en un principe supérieur, celui du monde non intelligible. Ainsi, le sacré peut s'exprimer sous diverses formes ; on peut prendre l'exemple de Robinson Crusoé dans "Vendredi ou les Limbes du Pacifique" de Michel Tournier, qui découvrant la grotte, le nombril de l'île Esperanza, enlace le Cosmos en redécouvrant son corps et vit une expérience exceptionnelle. Robinson, comprimé par les règles sociales, découvre en cette île la bonne position. « Il était suspendu dans une éternité heureuse », cette redécouverte verticalisante du monde, hors de la civilisation, c'est le sacré. Selon Camille Tarot, le concept du sacré est conçu par les anthropologues contemporains comme la réponse à un ensemble d'expériences propres non seulement aux sociétés archaïques et traditionnelles mais aussi à toutes les autres cultures qui leur ont succédé. Il semble devoir être admis comme une donnée constitutive de la condition humaine, c'est-à-dire comme : « une catégorie universelle de toute conscience humaine », face à sa finitude et à sa condition de mortel. Sur le plan phénoménologique, nous pouvons entrevoir ce qui, dans les cultures humaines, est visé dans les expériences du sacré : avant tout, le numineux. Le numineux est un concept avancé par Rudolf Otto, repris par C.G. Jung, et depuis largement utilisé. Dans son ouvrage "Das Heilige - Über das Irrationale in der Idee des Göttlichen und sein Verhältnis zum Rationalen" ("Du sacré - Sur l'irrationnel des idées du divin et de leur relation au rationnel") publié en 1917, Otto traduit le concept de "sacré" en référence au terme latin "numen", lequel se rapporte à la divinité, soit en un sens personnalisé, soit en référence à la sphère du divin en général. Pour Otto, le numineux se réfère à toute expérience non rationnelle du mystère, se passant des sens ou des sentiments, et dont l'objet premier et immédiat se trouve en dehors du soi. Le numineux est aussi pour Jung : « ce qui saisit l'individu, ce qui, venant d'ailleurs, lui donne le sentiment d'être », traduisant, par conséquent, une expérience affective d'être. Le sacré entre ainsi selon Camille Tarot dans « la composition d'une essence, celle de son identité ». Cette définition évoque irrésistiblement « la profondeur ontologique dans laquelle s'enracine le « sentiment » du sacré et donc l'importance de celui-ci dans toutes les cultures ». Sur le plan historique, « tantôt il [le sacré] semble s'identifier ou se confondre avec le divin : c'est le cas des religions archaïques, tantôt c'est le sacré qui s'estompe au profit du divin ou de la transcendance : c'est le cas des formes religieuses qui relativisent mythes et rites ou préconisent l'accès au divin ». Pour Roger Caillois, il n'existe que deux attitudes face au sacré : le respect de l'interdit ou sa transgression. Si l'Homme fait l'expérience du sacré, c'est qu'il veut précisément échapper à sa condition d'être fini et mortel ; pour ce faire, il y a "a priori" trois solutions : le tabou (totémisme), la magie (animisme) et la religion (surtout les religions dites naturistes). Enfin, toujours pour Camille Tarot, le sacré serait à l’origine du fait religieux, lequel serait à reconnaître « dans la conjonction du symbolique et du sacré ». Dans la religion romaine et la religion grecque, sont sacrés les objets qui ont été officiellement, et par un acte rituel, retranchés du monde profane pour en donner la propriété à une divinité. Dans le monde grec antique, il s'agit également de s'interroger de ce qui est juste et vrai dans les relations entre les hommes et les dieux ("hosios"), ainsi que de ce qui doit être retranché du commun des hommes ("hagios"). Dans le christianisme, l'expression "le sacré" désigne spécialement l'Eucharistie, mais le sacré se vit également par le baptême et l'ensemble des sacrements, en appartenant à l'Église du Christ et en vivant selon l’Évangile. Cette notion est aujourd'hui utilisée de façon plus générale dans d'autres contextes : une nation peut définir comme sacrés ses principes fondateurs ; une société peut définir comme sacrées certaines de ses valeurs, etc. Les anthropologues contemporains disent d'ailleurs que la notion de sacré est trop floue pour pouvoir être utilisée dans l'étude des religions — même s'ils continuent à travailler dessus. Les éléments du sacré sont généralement considérés comme intouchables : leur manipulation, même en pensée, doit obéir à certains rituels bien définis. Ne pas respecter ces règles, voire agir à leur encontre, est généralement considéré comme un péché ou crime réel ou symbolique : c'est ce qu'on nomme un sacrilège. Le pire des sacrilèges est la profanation, qui est définie comme l'introduction d'éléments profanes dans une enceinte sacrée (réelle ou symbolique). Pour Durkheim, les représentations religieuses sont en fait des représentations collectives : l'essence du religieux ne peut être que le sacré. Le sacré, être collectif et impersonnel, représente ainsi la société elle-même. Le sacré selon Mircea Eliade. La « voie du sacré » est à l'origine de ce que Mircea Eliade appelle "l'homo religiosus", « celui qui peut connaître lui-même l'irruption d'une vision transcendante et globalisante ». Mircea Eliade a montré que c'est autour de la conscience de la manifestation du sacré que s'organise le comportement de "l'homo religiosus." Ce dernier croit à une réalité absolue, le sacré, et de ce fait assume dans le monde un mode d'existence spécifique. Le sacré se manifeste sous une multitude de formes : rites, mythes, symboles, homme, animaux, plantes Il se manifeste qualitativement différent du profane et on appelle "hiérophanie" l'irruption du sacré à travers le monde profane. L'homme saisit l'irruption du sacré dans le monde et découvre ainsi l'existence « d'une réalité absolue, le sacré qui transcende ce monde-ci mais qui s'y manifeste et de ce fait, le rend réel ». En se manifestant, le sacré crée une dimension nouvelle. Découvrir cette dimension sacrale du monde est le propre de l"'homo religiosus", pour qui « le profane n'a de sens que dans la mesure où il est révélateur du sacré ». Mircea Eliade souligne que la religion ne doit pas être interprétée seulement comme « une croyance en des divinités », mais comme « l'expérience du sacré ». Il analyse la dialectique du sacré. Le sacré est présenté en relation avec le profane. La relation entre le sacré et le profane n'est pas d'opposition, mais de complémentarité, car le profane est vu comme une hiérophanie. Les hiérophanies. « On pourrait dire », écrit Mircea Eliade, « que l'histoire des religions, des plus primitives aux plus élaborées, est constituée par une accumulation de hiérophanies […]. L'occidental moderne éprouve un certain malaise devant certaines formes de manifestations du sacré : il lui est difficile d'accepter que, pour certains êtres humains, le sacré puisse se manifester dans des pierres ou dans des arbres. Or, […] il ne s'agit pas d'une vénération de la pierre ou de l'arbre en eux-mêmes. Les arbres sacrés ne sont pas adorés en tant que tels ; ils ne le sont justement que parce qu'ils sont des hiérophanies, parce qu'ils « montrent » quelque chose qui n'est ni pierre ni arbre, mais le sacré, le "ganz anderes" ». Et Eliade d'ajouter : On n'insistera jamais assez sur le paradoxe que constitue toute hiérophanie, même la plus élémentaire. En manifestant le sacré, un objet quelconque devient autre chose, sans cesser d'être lui-même, car il continue de participer à son milieu cosmique environnant. Une pierre sacrée reste une pierre ; apparemment (plus exactement : d'un point de vue profane) rien ne la distingue de toutes les autres pierres. Pour ceux auxquels une pierre se révèle sacrée, sa réalité immédiate se transmue au contraire en réalité surnaturelle. Mais hormis ces considérations sur l’aspect duel de l’objet sacré, Eliade, en dépit d’une œuvre considérable dédiée au sujet, ne dit, en revanche, jamais rien sur la nature probable de cette « autre chose », invisible, qui irradie, effectivement, de l’objet en question. Quant aux forces qui déterminent le profane « à devenir une hiérophanie, ou à cesser de l'être à un moment donné », Eliade reconnaît explicitement que « le problème dépasse la compétence de l'historien des religions ». Selon Daniel Dubuisson, l’approche eliadienne, compte tenu de son incapacité foncière à définir « quels principes, quelles règles, quels mécanismes régissent la disposition et l'organisation » de ce phénomène, conduit l’historien des religions sur une voie sans issue. La nature relationnelle des hiérophanies. « La seule chose qu'on puisse affirmer valablement » à propos du sacré, écrit Eliade, « c'est qu'il s'oppose au profane ». Selon Albert Assaraf, une telle explication reste fondamentalement à la périphérie du phénomène. « Autant, dit-il, expliquer le feu – comme le faisaient autrefois les aristotéliciens – en l’opposant à l’eau ; la terre, en l’opposant à l’air… ». Toujours selon cet auteur, la grande erreur d’Eliade – erreur d’où découleront les séries d’impasses précitées – est précisément là, dans sa tentative d’expliquer le sacré en l’opposant au profane, comme si sacré et profane étaient deux entités différentes que rien ne peut rapprocher alors que sacré et profane découlent d’un phénomène commun : à savoir la propension qu'ont les signes de lier et de délier les hommes. Même Eliade, fait remarquer Albert Assaraf, n’est pas sans admettre implicitement l’origine relationnelle du sacré : « Paysage natal », « site des premiers amours », « une rue ou un coin de la première ville étrangère visitée dans la jeunesse », ne sont-ce pas là tout simplement des objets d’attachements initiaux que l’esprit humain place très haut sur une échelle imaginaire verticale ? Le sacré aujourd'hui. Le terme « sacré » est régulièrement utilisé dans les sociétés modernes dans un sens non religieux, pour qualifier des valeurs jugées essentielles : parfois de façon banale (exemple : « le respect de la propriété est une chose sacrée »), parfois de façon solennelle. Il apparaît ainsi dans le couplet de l'hymne de la Marseillaise : "Amour sacré de la Patrie, conduis, soutiens nos bras vengeurs ! Liberté, Liberté chérie, combats avec tes défenseurs"). Plusieurs penseurs émettent l'idée qu'en société « sécularisée », la notion de sacré non seulement ne s'oppose pas à celle de profane mais s'exprime à travers des formes institutionnelles habituellement considérées comme profanes. Étudiant ainsi les raisons expliquant la montée et la légitimation du nazisme, C. G. Jung considère que l'entité la plus sacralisée dans les sociétés modernes est l'État et que les dictatures ne sont que l'expression la plus extrême de cette sacralisation. Roger Caillois est le premier à mener une étude comparative des sociétés archaïques et de celles qualifiées de « développées ». Selon lui, quelles que soient les périodes, le sacré se révèle principalement à travers la fête et la guerre. En apparence opposés, ces deux phénomènes sont régis par les mêmes principes : la transgression des règles, l'abolition des interdits, la dépense d'une énergie ayant pour fonction de renforcer les structures sociales. Jacques Ellul estime que l'État et la Technique sont sacralisés l'un autant que l'autre, de façon étroitement corrélée, et que toute sacralisation non conscientisée est source d'aliénation : Dans "Les nouveaux possédés" (1973), Ellul développe cette thèse en s'appuyant sur toute une série d'arguments. Tout d'abord, dit-il, l'homme moderne est persuadé que, grâce à ses inventions il est devenu « adulte », qu'il est sorti de l'âge de la magie, du religieux, que la société qu'il a forgée est sécularisée Or, souligne Ellul, cette conviction constitue elle-même une croyance. Premièrement, avance-t-il, il est nécessaire de déconnecter le sacré des notions de religiosité et de transcendance, auxquelles il est traditionnellement associé : il convient en revanche de le rattacher à la notion de "respect", un respect élevé à son plus haut degré d'intensité. L'action de sacraliser une chose a en effet pour visée, chez les humains, de s'attirer les faveurs de cette chose, parce qu'ils ont le sentiment qu'elle les dépasse, qu'ils se sentent face à elle petits et démunis et dont ils craignent certains effets. Ainsi, ce que les humains ont sacralisé en premier lieu pendant les siècles, c'est la nature. Deuxièmement, tout en sacralisant la nature, les humains ont conçu et fabriqué des outils sans cesse plus perfectionnés que les précédents, ils ont également revu leur façon de travailler et leur façon de vivre ensemble, L'outillage, la division du travail et l'État ont eu pour fonction commune d'optimiser l'action sur la nature, de réduire le nombre et la puissance de ses contraintes, et même d'accéder à un confort matériel inégalé. La « recherche de l'efficacité maximale en toutes choses », afin de limiter le poids des contraintes naturelles, s'est trouvée ainsi, au fil du temps, érigée en valeur quasi absolue. Troisièmement, et conséquence des deux premières étapes du processus, en même temps qu'ils désacralisaient la nature, les humains ont sacralisé à sa place, les processus leur ayant permis de la désacraliser, et qu'Ellul rassemble sous le nom de « technique ». Ils n'ont bien sûr pas sacralisé "les" techniques, "séparément" (les outils, les procédures, l'État…), mais "l'ensemble" qu'ils forment et qu'Ellul appelle « la technique » ou le système technicien. Depuis l'informatique et l'automation, la technique constitue aujourd'hui un "cadre de vie" à part entière, exactement au même titre qu'autrefois la nature. En 2011, l'IESR (Institut Européen en Sciences des Religions) organise un colloque intitulé « Qu'est-ce qui est sacré aujourd'hui ? » d'où il ressort essentiellement que cette question reste assez marginale dans le champ universitaire. |
Sexisme Le sexisme est une discrimination fondée sur le sexe, ou, par extension, sur le genre d'une personne. Le sexisme est lié aux préjugés et au concept de stéréotype et de rôle de genre, pouvant comprendre la croyance qu'un sexe ou qu'un genre serait intrinsèquement supérieur à l'autre. Dans sa forme extrême, il peut encourager le harcèlement sexuel, le viol ou toute autre forme de violence sexuelle. Le sexisme évoque également la discrimination de genre sous la forme des inégalités hommes-femmes. Les cibles du sexisme sont principalement les femmes. La thématique du sexisme est abordée par différentes disciplines comme l'analyse des médias, la sociologie, la science politique, la psychologie ou la philosophie. Définitions et étymologie. Étymologie. Selon le bibliothécaire , le terme « sexisme » a très probablement été inventé le par Pauline M. Leet durant un « "" » au . De manière plus spécifique, le terme sexisme apparaît durant la contribution de Pauline M. Leet intitulée . Elle définit celui-ci par comparaison au racisme, établissant que : Ce discours a été traduit en français sous le titre "Sexisme, le mot pour le dire !". Selon la même source, la première fois que le terme « sexisme » apparait à l'écrit se situe au sein du discours de « ' », publié le dans '. Dans ce discours, elle affirme qu’. Le mot apparaît ensuite pour la première fois dans un dictionnaire américain en 1972 (""). Définition. Le sexisme peut être défini comme l’adhésion à des croyances discriminatoires ou préjudiciables fondées sur le sexe ou le genre. Il peut également être considéré comme recouvrant des attitudes, des croyances et des comportements qui soutiennent l’inégalité entre le statut des femmes et celui des hommes. Ces croyances peuvent être structurées sous la forme d'une idéologie légitimant les rôles traditionnellement assignés en fonction du genre. Cette idéologie sert d'assise au patriarcat. La sociologie a examiné le sexisme comme une manifestation à la fois au niveau individuel et institutionnel. Des comparaisons ont été établies avec d'autres systèmes idéologiques de discriminations agissant aux mêmes niveaux, telle que le racisme. Selon Schaefer, le sexisme est perpétué par l'entièreté des organisations sociales les plus fréquentes. Les sociologues Charlotte Perkins Gilman, Ida B. Wells et Harriet Martineau ont décrit les systèmes aboutissant à une inégalité de genres, mais sans utiliser le terme encore inexistant au tournant du . Des sociologues tels que Talcott Parsons, ayant adopté le paradigme fonctionnaliste, expliquent les inégalités de genre comme la conséquence naturelle du dimorphisme du modèle de genre. Les psychologues Mary Crawford et Rhoda Unger définissent le sexisme comme un ensemble de préjugés tenus par des individus et englobant les attitudes et jugements négatifs à propos des femmes comme groupe. Peter Glick et Susan Fiske ont inventé le terme de sexisme ambivalent pour décrire comment les stéréotypes concernant les femmes peuvent être à la fois positifs et négatifs et comme ces stéréotypes orientent les comportements individuels. L'autrice féministe bell hooks définit le sexisme comme un système discriminatoire ayant pour résultat de désavantager les femmes. La philosophe et féministe radicale Marilyn Frye définit le sexisme comme de suprématie masculine, de chauvinisme masculin et de misogynie. Il y a un consensus universitaire sur le fait que le sexisme touche principalement les femmes. Les arguments en faveur de cette acception sont toutefois remis en cause, entre autres par Anthony Synnott, professeur de sociologie qui se consacre à l'étude de la masculinité au . Effectivement il définit le terme de misandrie en fonction de plusieurs notions, notamment l'histoire et la loi. Pointant la trop grande invisibilité de cette notion, alors que les comportements associés sont culturellement acceptés, voire normalisés, il estime que la misogynie engendre la misandrie. Il qualifie d'ailleurs les travaux de Nathanson et Young sur ce sujet de « majeurs ». Leurs écrits (une trilogie sur le thème de la misandrie écrite par deux professeurs de sciences des religions de l'université McGill) expriment effectivement l'idée que la misandrie serait le produit direct de la volonté de privilégier le point de vue féminin. . Certains s'appuient sur ces écrits pour affirmer qu'à la fin du , la société s'est transformée, et est devenue misandre, notamment dans le domaine de la publicité et du cinéma/télévision. En conséquence, la vision des femmes en tant que victimes de violences sexuelles (notamment au cinéma) serait plus misandre que misogyne. Ces écrits ont également influencé une relecture du rôle joué par les hommes dans la fiction. Notions approchantes. La misogynie est l'hostilité à l’égard des femmes, tandis que la misandrie est l'hostilité à l'égard des hommes. Le terme machisme quant à lui réfère à l’idéologie prônant la domination des hommes sur les femmes. Bien qu'il n'ait pas de nom spécifique, le pendant féminin du machisme consacre la suprématie des femmes sur les hommes et vise à créer une société qui reflète cette supériorité. Origines du sexisme. Le concept de sexisme a été élaboré à la fin des années 1960 par la deuxième vague féministe. Il s'agissait de rendre compte de la spécificité du rapport de domination exercé sur les femmes. C'est à cette période qu'est reformulé le concept de patriarcat, élaboré celui de sexisme et que l'accent est mis sur la sphère privée comme lieu privilégié de la domination masculine : le « privé est politique ». Rôle de genre. Approche de la psychologie évolutionniste. Selon l"Encyclopædia Universalis", la psychologie évolutionniste est une orientation et un courant de pensée mettant l’accent, dans l’explication de l’esprit et du comportement humain, sur les adaptations mises en place à l’époque préhistorique par la sélection naturelle, et qui constitueraient aujourd’hui le socle génétiquement inscrit de la nature humaine. Cette approche, contrairement à l'approche essentialiste, est non globalisante. Elle ne prétend pas expliquer la « nature » de la personne en fonction de son genre. Elle cherche plutôt à fournir une explication évolutionniste à la présence renforcée de certaines caractéristiques selon le genre. En ceci, elle s'oppose à l'idée de tabula rasa souvent défendue au sein de la sociologie constructiviste. L'origine biologique du lien social/femme et mécanique/homme est, par exemple, défendue au sein de la psychologie évolutionniste. Approche essentialiste. Pour les partisans de l’essentialisme, les différences entre hommes et femmes (que ce soit sur leur manière de penser, de ressentir ou encore d’agir) seraient donc biologiquement fixées et immuables. Ce sont leurs différences biologiques qui détermineraient leurs différences psychologiques. La domination masculine s'expliquerait par une supériorité par essence (ou naturelle) des hommes sur le « beau sexe », admiré mais relégué aux tâches subalternes et sans grand intérêt (bavardages et commérages). Deux raisons permettent d'expliquer la popularité de l'approche essentialiste. Tout d'abord, le sexe est sous-tendu par une dichotomie explicite (généralement visible) : on est soit une femme, soit un homme, ce qui n’est pas le cas pour d'autres catégories sociales. Du point de vue de l'approche essentialiste, les femmes et les hommes sont donc biologiquement divisés. Il existe une opposition claire entre les deux sexes, que l'on distingue très facilement, contrairement à d'autres catégories pour lesquelles les frontières sont plus floues. Par exemple, la religion n'est pas une catégorie bien distincte, on peut changer de religion au cours du temps. Ensuite, des caractéristiques physiques évidentes (y compris les organes génitaux) différencient les hommes et les femmes. Par exemple, les hommes sont en moyenne plus grands et plus lourds que les femmes. L’essentialisme divise les hommes et les femmes en catégories mutuellement exclusives, et de ce fait renforce la perception des deux sexes comme biologiquement opposés. Dans l'approche essentialiste, c'est la nature qui l’emporte sur la culture. Approche de la sociologie constructiviste. Pour les défenseurs du constructivisme, ce sont principalement les croyances culturelles qui seraient à l’origine des différences comportementales entre les deux sexes. Ainsi, les constructivistes mettent en avant diverses théories. On peut par exemple citer la théorie de l'apprentissage social, selon laquelle les nouveaux comportements sont acquis via un processus d’observation : en observant la manière dont se comportent les autres personnes (et dans ce cas précis, les autres personnes du même sexe), on acquiert de nouveaux comportements similaires. Cette théorie explique que les enfants découvrent et apprennent ce que c’est qu’être un homme / une femme via l’observation des personnes du même sexe qu’eux. Une autre théorie est celle de la « socialisation du genre ». Il s’agit d’un processus dans lequel les enfants découvrent les identités féminines et masculines. Cela s’explique principalement par le fait que dès leur venue au monde, les enfants sont traités différemment selon qu’ils soient de sexe masculin ou féminin. Les enfants jouent un rôle actif dans ce processus. Les constructivistes mettent également l’accent sur la manière dont la société communique les croyances culturelles, partagées par tous, sur la manière dont les hommes et les femmes devraient se comporter. Ces croyances culturelles touchent des domaines multiples tels que les couleurs (ex : rose pour les filles, bleu pour les garçons) ou encore les métiers (ex : docteur pour les garçons, infirmière pour les filles). Ces croyances culturelles sont à l’origine de ce que l’on appelle des « schémas de genre » : ces schémas guident les perceptions que les gens ont d’eux-mêmes et des autres (leur comportement, leurs préférences, etc.) et forment leur vision du monde social, ils apparaissent dès l’enfance et persistent à l’âge adulte. Par ailleurs, on peut relever trois catégories d'acteurs qui joueraient un rôle capital dans la transmission des croyances culturelles qui influencent les enfants, à savoir : les médias (ex : la télévision, Internet, etc.), les figures d’autorité (ex : les parents, les professeurs, etc.) et les pairs. Étant donné que ces acteurs renvoient à des croyances culturelles, ils joueraient indirectement un rôle dans l’apparition des stéréotypes de genre. Le constructivisme, via un mécanisme d'apprentissage des rôles sociaux, des valeurs, des normes et des attentes culturelles d'une société, peut expliquer l'apparition de certaines formes de sexisme. Stéréotypes de sexe et de genre. Définition. On peut définir le stéréotype en général comme « une croyance concernant les traits caractérisant les membres d’un groupe social ». En particulier, les stéréotypes de sexe (tout comme les stéréotypes de genre) aboutissent à attribuer des qualités ou des fonctions distinctes aux femmes et aux hommes, niant ainsi la possibilité pour les uns ou pour les autres de posséder des attributs étendus et communs aux deux sexes. Les stéréotypes de sexe sont à la fois descriptifs et prescriptifs. D’une part, la composante descriptive des stéréotypes de genre concerne les attributs constitués à partir des croyances que les gens ont de ce à quoi devraient ressembler les membres d’un groupe (exemple pour les femmes : émotives, dépendantes, passives, faibles, non compétitives, non confiantes). Autrement dit, ils suscitent des attentes relatives aux comportements que les hommes et les femmes sont susceptibles de présenter (exemple : les femmes aiment acheter des chaussures). D’autre part, la composante prescriptive est composée des comportements qui sont appropriés pour le groupe cible (exemple : les femmes doivent avoir de bonne compétences relationnelles, elles doivent être passives et dociles et doivent coopérer avec les autres). Cette dimension des stéréotypes de genre impose aux hommes et aux femmes de correspondre strictement et uniquement à des rôles et attributs stéréotypés, sous peine d’être perçus comme étant déviant par rapport à leur genre (exemple : les hommes doivent avoir un travail, ils ne peuvent pas être des hommes au foyer). Pour un groupe qui souscrit à cette vision stéréotypée des genres, il est plus grave de violer un stéréotype prescriptif plutôt que descriptif (exemple : un homme au foyer est plus sévèrement jugé par le groupe qu'une femme qui n'aime pas acheter des chaussures). Tous les stéréotypes incluent des composantes descriptives et prescriptives mais les stéréotypes de genre sont plus prescriptifs que les autres. Cela est dû au fait que les individus côtoient de plus en plus les deux genres. En effet, en observant et en interagissant avec les autres, ils développent une multitude d’idées complexes à propos de comment les membres de chaque genre doivent se comporter. Contenu. Les stéréotypes de genre peuvent être associés à des attributs incluant : Par ailleurs, les stéréotypes portant sur des groupes sociaux peuvent être abordés selon deux grandes dimensions : la « chaleur » (le groupe est-il chaleureux, sociable, ouvert et sympathique ?) et la compétence (le groupe est-il intelligent, travailleur, efficace et autonome ?). Ces deux dimensions peuvent être croisées avec le statut social relatif entre deux groupes et la compétition entre ceux-ci, ce qui aboutit à la matrice suivante : Le modèle de Fiske porte sur les stéréotypes en général mais peut également s'appliquer aux stéréotypes de genre. Selon ce modèle, par exemple, les femmes au foyer sont considérées (sous un angle stéréotypé) comme très chaleureuses mais peu compétentes. Ceux qui adhèrent à une vision stéréotypée les prendront donc en « pitié » ou éprouveront de la compassion pour elles. "A contrario", toujours selon le modèle de Fiske, le groupe « féministe » sera perçu comme plus compétent mais plus froid, pouvant susciter des réactions de jalousie chez les individus adhérant aux stéréotypes de genre. D'autre part, la théorie des rôles sociaux d'Eagly offre une autre typologie du contenu des stéréotypes de genre. En effet, Eagly considère que les stéréotypes portant sur le sexe féminin concernent des traits dits « communaux » (centrés sur le relationnel et l'affectif) tandis que ceux sur les hommes sont « agentiques » (relatifs à l'indépendance et à l'autonomie). On peut dès lors constater que les stéréotypes de genre sont complémentaires. En effet, les femmes sont essentiellement stéréotypées comme étant sociables, chaleureuses et axées sur les relations humaines (plus que les hommes) alors que les stéréotypes concernant les hommes les définissent comme étant compétents, indépendants et axés sur la réussite (plus que les femmes). En d’autres termes, les stéréotypes de genre attribuent à chaque groupe un ensemble de qualités que l’autre groupe ne possède pas. En outre, ces qualités propres à chaque groupe contrebalancent les faiblesses attribuées par les stéréotypes de genre (exemple de stéréotype complémentaire : les femmes sont chaleureuses mais peu compétentes alors que les hommes sont indépendants mais peu sociables). Une étude menée en 1974 et reconduite en 2000 aux États-Unis a déterminé les adjectifs stéréotypés les plus souvent attribués : Cette étude met en évidence le clivage entre les traits communaux (ou de « chaleur ») chez les femmes et les traits agentiques (ou de « compétence ») chez les hommes. Origine. Le processus de naissance des stéréotypes de genre peut être expliqué par la théorie du rôle de genre d’Alice Eagly. Cette théorie repose sur deux aspects structurels : la division du travail et la hiérarchisation sociale basées sur le genre. Selon Eagly, ces facteurs structurels fondés sur le genre génèrent des représentations partagées socialement sur les hommes et les femmes. Par exemple, l’éducation des enfants réclame des qualités de pourvoyeur de soin et de tendresse, entre autres. Or, comme ce sont les femmes qui ont longtemps hérité de cette tâche de par leur grossesse, il est socialement attendu d’elles qu’elles soient douces et qu’elles prennent soin de leur entourage pour remplir leur rôle. Cette répartition genrée des rôles sociaux expliquerait l’émergence des stéréotypes de genre mais également les différences de comportements entre les genres en créant une réalité correspondante. En effet, les individus sont élevés dans l'idée d'endosser les traits dictés par ces rôles de genre (exemple : on apprend aux filles à être chaleureuses et sont récompensées lorsqu'elles agissent de la sorte). Par la suite, ces mêmes individus adoptent les traits qui leur ont été appris sur base de leur genre, ce qui augmente l'intensité avec laquelle ils démontrent des comportements correspondant à ces rôles (exemple : lorsque les femmes deviennent mères, leur rôle social les incite à adopter des comportements de pourvoyeur de soin). La théorie des rôles sociaux d’Alice Eagly présuppose que les stéréotypes de genre proviendraient de différences réelles entre les hommes et les femmes. Ce « noyau de vérité » des stéréotypes de genre a été remis en cause par Hoffman et Hurst. Pour les besoins de leur expérience, ils ont imaginé une planète fictive composée de deux groupes : les Orinthiens et les Ackmiens. Pour une moitié des sujets de l'expérience, les Orinthiens travaillent en ville tandis que les Ackmiens s'occupent des enfants. Pour l'autre moitié des sujets, les proportions sont inversées : les Ackmiens sont travailleurs et les Orinthiens s'occupent des enfants. Chaque individu de chaque groupe imaginaire présentait des traits de personnalité concernant soit la chaleur, soit la compétence, de sorte que chaque groupe obtienne globalement le même ratio chaleur/compétence. Les traits de personnalité étaient donc équivalents entre les deux groupes, seuls les rôles sociaux différaient. Il n'y avait pas de différence réelle entre les Orinthiens et les Ackmiens, le « noyau de vérité » n'était alors pas présent. Pourtant, les sujets de l'expérience attribuaient plus de chaleur au groupe s'occupant des enfants et plus de compétence aux travailleurs alors que les groupes avaient été construits pour être équivalents sur ces deux dimensions. Autrement dit, les participants stéréotypaient les groupes alors qu'ils n'y avaient pas de différence de personnalité entre les Orinthiens et les Ackmiens. Hoffman et Hurst ont tiré la conclusion que les stéréotypes de genre seraient le résultat d'une inférence effectuée par les individus : ils permettent d'expliquer, voire de justifier, la manière dont l'environnement social est structuré. Maintien. Le processus de maintien des stéréotypes de genre s’opère notamment via un mécanisme de prophétie autoréalisatrice. Cette « prophétie » consiste en un cercle vicieux composé de quatre éléments : Conséquences. Les stéréotypes de genre peuvent avoir différentes conséquences sur les hommes et sur les femmes. Menace du stéréotype. Les travaux sur la menace du stéréotype sont relativement récents. Ce courant de recherche ambitionne d’étudier les conséquences des stéréotypes sur les individus qui en font l’objet. La menace du stéréotype représente donc l'effet qu'un stéréotype peut avoir sur une personne visée par celui-ci. Par conséquent, le stéréotype associé à un groupe aurait un effet direct sur lui-même. De nombreux domaines et groupes sont touchés par la menace du stéréotype, notamment celui de la différence de genre. C’est un phénomène complexe impliquant multiples facettes. Schmader, Johns et Forbes ont développé en 2008 un modèle pour tenter d'expliquer comment la menace du stéréotype influence la performance dans des tâches cognitives et sensorimotrices. La mémoire de travail joue un rôle crucial pour la bonne efficience de ces tâches. Les auteurs ont essayé de mieux déterminer ce qui pourrait la perturber. Le fait d’être confronté à cette menace du stéréotype provoquerait du stress, une plus grande surveillance de soi, des pensées et des émotions négatives, une motivation afin de ne pas se comporter de manière conforme au stéréotype et des efforts pour éliminer les pensées négatives. Finalement, l’ensemble de ces efforts consommeraient d’importantes ressources en mémoire de travail et entraîneraient donc une baisse de performance. On remarque par exemple que les femmes performent en moyenne moins bien que les hommes lorsqu’elles passent la tâche de la figure complexe de Rey-Osterrieth (exercice consistant à reconnaître des figures en trois dimensions) et que cette étude est présentée comme un test de géométrie. "A contrario", lorsque cette tâche est présentée comme un test de mémorisation ou un exercice de dessin, les différences entre hommes et femmes ne sont plus observées. Une autre étude a aussi montré que, lorsqu'on fait travailler deux groupes de femmes sur un même exercice de mathématiques, le groupe auquel on aura préalablement précisé que les filles ne réussissent généralement pas l'exercice récoltera de plus mauvais résultats que dans celui où rien n'est dit. Les différences de comportement entre homme et femmes pourraient donc être modifiées à cause de cette menace du stéréotype. Effet de contrecoup. De par la menace que peut représenter le groupe si un individu ne se conforme pas aux stéréotypes de genre (surtout concernant leurs aspects prescriptifs), ces derniers peuvent engendrer un effet de contrecoup ("backlash effect" en anglais), c'est-à-dire des « représailles économiques et sociales suite à des comportements qui vont à l'encontre des stéréotypes de genre ». Cet effet de contrecoup a été particulièrement étudié dans le cadre du travail car c'est notamment dans ce domaine que les stéréotypes de genre sont particulièrement prégnants. Tout d'abord, il faut rappeler que la composante prescriptive des stéréotypes de genre fait que toute violation de ces derniers est sévèrement punie et engendre des réactions négatives de ceux qui y adhèrent, même de façon plus ou moins inconsciente. Ce côté prescriptif est particulièrement problématique pour les femmes sur leur lieu de travail. En effet, puisque ces stéréotypes ne leur attribuent que très peu de traits de compétence (ou traits « agentiques »), elles sont obligées d'aller à l'encontre de ces stéréotypes dans le but d'évoluer dans leur carrière. Elles seraient forcées d’agir « comme des hommes » (c’est-à-dire en adoptant des comportements davantage axés sur la compétence que sur la chaleur et les relations humaines) afin de percer sur un lieu de travail. Même si ces femmes sont généralement perçues comme compétentes, elles peuvent être mésestimées par leurs collègues, qu’ils soient féminins ou masculins. Par exemple, les femmes qui réussissent dans une fonction de manager sont perçues comme étant plus hostiles et égoïstes que leurs homologues masculins. Bien que les hommes subissent aussi l'effet de contrecoup s'ils n'agissent pas en fonction des stéréotypes de genre, ils ne doivent pas nécessairement aller à l'encontre de ces derniers pour avancer dans leur carrière puisque les stéréotypes leur attribuent naturellement des traits de compétence. L'effet de contrecoup des stéréotypes de genre aurait tendance à saper la carrière des femmes à tous ses niveaux dont, entre autres : Même si l'effet de contrecoup est particulièrement ressenti par les femmes, il peut également concerner les hommes dont le comportement ne correspondrait pas aux normes fixées par les stéréotypes de genre. Il peut par exemple s'agir d'hommes qui présentent plus de traits « communaux » (ou de chaleur) que de traits « agentiques » (ou de compétence). Dans ce cas, ils seront jugés encore plus sévèrement sur leur lieu de travail que les femmes dont le comportement est agentique. Formes de sexismes. Théorie du sexisme ambivalent. La notion de sexisme ambivalent, comprenant le sexisme hostile et le sexisme bienveillant, est issue de la théorie développée par Glick et Fiske en 1996. Celle-ci postule que les relations entre les genres sont caractérisées par deux éléments : des différences de pouvoir et une interdépendance entre les hommes et les femmes. D'une part, les hommes dominent au sein des différentes institutions dans la société, ce qui constitue le pouvoir structurel, d'autre part, les hommes sont dépendants des femmes en ce qui concerne les besoins affectifs, les besoins de reproduction ainsi que pour gérer l'éducation des enfants, ce qui constitue le pouvoir dyadique. La coexistence de ces deux pouvoirs entraînerait une ambivalence au niveau des attitudes traditionnelles envers les hommes et les femmes. Celles-ci présenteraient des composantes à la fois hostiles et bienveillantes. Selon cette vision, le sexisme pourrait mêler des sentiments positifs à des sentiments antipathiques envers une même personne quel que soit son genre. Sexisme hostile à l'égard des femmes. Ce sexisme hostile découle du pouvoir structurel et correspond, lui, à la conception traditionnelle du sexisme, c’est-à-dire qu’il se caractérise par des attitudes explicitement négatives envers les femmes, qui sont considérées comme des manipulatrices et des séductrices. Il peut se manifester au travers de comportements tels que : Il aurait pour objectif de punir les femmes ne respectant pas leurs rôles traditionnels liés au genre. Attitudes hostiles à l'égard des hommes. Les attitudes hostiles à l'encontre des hommes en raison de leur genre se caractérisent par des attitudes explicitement négatives envers les hommes qui ne satisfont pas aux clichés de pouvoir et de dominance liés à leur genre. Ceux-ci sont alors considérés comme manipulés et faibles. Il aurait pour objectif de punir les hommes ne respectant pas leurs rôles traditionnels. Selon certaines sources, bien que les hommes puissent être victimes de discriminations dues à leur genre, le rapport de force dans la société invaliderait l’existence d’un sexisme anti-homme. Les discriminations à leur égard reposeraient sur la valorisation de leur genre, et ils seraient rarement opprimés en raison de leur genre ou de leur sexe. Sexisme bienveillant. Le sexisme bienveillant, parfois appelé effet « les femmes sont formidables » ( en anglais), est un phénomène observé par Alice Eagly et Antonio Mladinic en 1994, puis théorisé dans la notion de "sexisme ambivalent" par Peter Click et Susan Fiske en 1996. Contrairement au sexisme traditionnel, le sexisme bienveillant se caractérise par une attitude subjectivement positive et attendrie des hommes envers les femmes. Il vise à récompenser les femmes qui respectent les rôles sociaux issus de l'histoire sociale liés au genre. Cette forme de sexisme découlerait d’une relation d’interdépendance existant entre les hommes et les femmes qui induirait, notamment, un sentiment de dépendance sentimentale d'un conjoint envers l'autre lui permettant d’être épanoui. Cette dépendance affective favoriserait le sexisme bienveillant car elle les amène, d’une part, à penser que les femmes sont une ressource précieuse qu’il faut protéger et, d’autre part, à donner de l’affection aux personnes qui satisfont leurs besoins. Cet attachement pousse certaines femmes hétérosexuelles à développer des attitudes positives en réponse au rôle protecteur qu'adoptent les hommes. Le sexisme bienveillant est rarement vécu comme un préjugé et se trouve de la sorte mieux accepté, il est aussi plus difficile à percevoir car plus discret. Dans le cas le plus courant des femmes, il repose sur la domination traditionnelle des hommes et partage quelques-uns des présupposés du sexisme hostile, à savoir que les personnes sont mieux adaptées à certains rôles et à certains espaces en fonction de leur genre, qu’elles sont ainsi prédisposées comme étant « plus fortes » ou « plus faibles » et par conséquent que cela justifie la bienveillance à leur attribuer. Le sexisme étant une discrimination et la bienveillance constituant une forme d'attention aux autres, le caractère implicite du sexisme bienveillant rend la lutte contre le sexisme plus difficile et résiste donc aux dispositions législatives relatives au sexisme. En fait, le sexisme bienveillant peut même se révéler plus néfaste que le sexisme hostile, puisqu’il peut être utilisé pour compenser ou légitimer le sexisme hostile. Il est associé à l’émergence chez les femmes d’un sentiment d’incompétence qui amoindrirait leurs performances. Il diminue en outre, chez les femmes, la motivation à vouloir lutter contre les discriminations liées au genre, à l’inverse du sexime hostile. La galanterie est parfois considérée comme un exemple de sexisme bienveillant, mais cette interprétation n’est pas consensuelle. Une étude de 2015 relative aux expressions verbales et non-verbales manifestées chez les hommes sexistes quand ceux-ci conversent avec des femmes a mis en évidence que les hommes sexistes bienveillants sont plus patients, plus souriants et complimentent davantage les femmes dans leurs conversations. Ceci n'est pas du tout le cas pour les sexistes hostiles, pour lesquels les corrélations sont d'ailleurs négatives si nous reprenons les dimensions relatives aux sourires et aux compliments. Les sexistes bienveillants montrent également plus d'expressions verbales d'affiliation (accessibilité, comportements amicaux, chaleur) et semblent plus à l'aise avec ces dernières. On peut classer la dénonciation des pratiques de "" dans ces illustrations du sexisme bienveillant. À l'égard des femmes enceintes. D'autres auteurs démontrent que plus les hommes sont sexistes bienveillants, plus ils sont restrictifs à l'égard des femmes enceintes. De la sorte, ils leur imposent toute une série de règles arbitraires concernant leurs actions afin de protéger leur santé mais en réalité, elles ne courent aucun risque. À titre d'exemple, le mari de la femme enceinte va interdire à sa femme durant sa grossesse de conduire parce qu'il juge selon lui que cela est trop risqué. Toutefois, le sexisme hostile peut également se manifester à l'égard des femmes enceintes et mères. Par exemple, une femme qui reviendrait de son congé de maternité et qui aurait souhaité une promotion avant son départ peut ne plus l'obtenir parce que son patron juge arbitrairement qu'elle n'est plus capable de gérer de telles responsabilités ou qu'elle n'est plus intéressée puisqu'elle est devenue mère. Complémentarité entre sexisme bienveillant et sexisme hostile. Les sexismes hostile et bienveillant forment une combinaison puissante : ils articulent récompenses et punitions pour que les victimes aient conscience de la place qu’elles doivent occuper. En isolation, le sexisme hostile seul amènerait de la rébellion. En revanche, le sexisme bienveillant permettrait d’affaiblir la résistance des victimes à l’égard de l'autorité par son côté gratifiant. Du reste, les deux formes de sexisme sont corrélées positivement d’après les recherches empiriques. Il semble d'ailleurs que les femmes adhéreraient d'autant plus au sexisme bienveillant dans des sociétés dans lequel le sexisme hostile chez les hommes est intense. En effet, c'est dans ce type de société que la protection par les hommes, et donc le sexisme bienveillant, leur apparaissent comme les plus précieux. Selon une étude publiée en 2007, les sexismes hostile et bienveillant de la part des hommes peuvent être liés au besoin de domination sociale pour le premier et à l’« » pour le second. Selon une étude publiée en 2013, les attitudes sexistes hostile et bienveillante à l’égard des hommes peuvent, chez les femmes se déclarant comme hétérosexuelles, être liées à des carences affectives pour la première et à l’anxiété de attachement pour la seconde. Conséquences du sexisme ambivalent. Le sexisme ambivalent peut avoir des conséquences négatives sur les performances et sur l'estime de soi. Conséquences sur les performances. Le fait d'être confronté à des formes de sexisme bienveillant pourrait exercer des effets négatifs sur la performance. Il semblerait, en effet, que le sexisme bienveillant soit plus dommageable que le sexisme hostile en ce qui concerne les performances. Le sexisme bienveillant opère grâce à deux mécanismes : d'une part, les individus valorisent les compétences sociales de la femme et, d'autre part, ils dévalorisent sa performance dans les aspects typiquement associés aux hommes tels que la puissance, l’indépendance, l’intérêt de l’accomplissement personnel. La présence conjointe de ces deux mécanismes entraîne une détérioration cognitive. En effet, le sexisme bienveillant engendre dans l’esprit des femmes des pensées intrusives liées au doute de parvenir à réaliser la tâche. Cela entraîne une surcharge mentale qui consomme une partie des ressources cognitives qui ne peuvent donc plus être utilisées pour se concentrer sur la tâche en question. Par conséquent apparaît une détérioration de la performance à la tâche puisque les femmes adoptent la croyance qu'elles ne sont pas compétentes pour accomplir certaines tâches davantage associées au rôle masculin. Par exemple, dans une étude menée en Belgique, des femmes sont amenées à réaliser des entrevues de sélection en vue de l'obtention d'un poste dans une industrie chimique au sein de laquelle la population est majoritairement masculine. Le recruteur adopte avec ces femmes différentes attitudes : Lors de cette entrevue, il leur est proposé une tâche de résolution de problème géométrique dans laquelle elles doivent trouver le chemin le plus court pour se rendre d'un point à un autre sur une carte. Cette étude montre que la performance des femmes dans la condition hostile est meilleure que dans la condition bienveillante. Ils en concluent donc que le sexisme bienveillant a un impact négatif sur les performances. Ce qui n'est pas le cas pour le sexisme hostile qui est néanmoins source de préjudice, ou encore pour les attitudes non sexistes. Conséquences sur l'estime de soi. Une étude réalisée aux Pays-Bas a montré l'influence du sexisme bienveillant sur l'estime de soi des femmes. Au cours de cette étude, les participantes sont tout d'abord placées dans deux groupes et amenées à lire un texte faisant référence respectivement à du sexisme bienveillant et à du sexisme hostile. Le texte bienveillant indique que les femmes : Le texte hostile indique lui que les femmes : Les participantes sont ensuite amenées à répondre à des questions sur l'estime de soi et sur les compétences. Les résultats obtenus à la suite de cela indiquent que les femmes exposées au sexisme bienveillant ont une perception d'elles-mêmes plus négative en ce qui concerne l'aspect « réalisation de tâches » (aspect habituellement associé aux hommes). Elles se décrivent également davantage en termes relationnels (aspect traditionnellement associé aux femmes) que celles exposées au sexisme hostile. En conclusion, les femmes exposées au sexisme bienveillant s'estiment plus orientées « relationnel » et moins orientées « tâches » que les femmes exposées au sexisme hostile. Cela est en accord avec les caractéristiques traditionnellement associées à chaque sexe par les stéréotypes de genre. Mesure du sexisme ambivalent : l’"" (ASI). Dans une étude de 1996, Glick et Fiske utilisent une échelle mise au point par Swim en 1995, qui permet de mesurer le sexisme ambivalent au niveau individuel. Celle-ci vise à mesurer les différences individuelles du sexisme ambivalent (hostile et bienveillant). Elle se compose de , qui sont évalués à travers une échelle de Likert. L’échelle est répartie en deux sous-échelles : la sous-échelle du sexisme hostile (SH) et la sous-échelle du sexisme bienveillant (SB). La première comporte des items comme , , ou encore . La seconde comporte répartis en trois dimensions qui évaluent les différents aspects du sexisme bienveillant : l'intimité hétérosexuelle (IH), la protection paternaliste (PP) et la différenciation de genre (DG). Elle comprend des items comme ou . Depuis l’étude initiale, d’autres recherches ont montré la validité et la pertinence de cette échelle. Bien qu’étant conçue en anglais, elle est valide dans d’autres langues , indépendamment de la culture. D’autres études suggèrent que des attitudes sexistes ambivalentes à l’égard des hommes existent également indépendamment de la culture. L’ASI a cependant deux limites : il repose sur l’auto-déclaration et peut donc souffrir du biais de désirabilité sociale, et, selon les chercheurs Tadios Chisango et Gwatirera Javangwe, les notions de sexisme « bienveillant » et « hostile » seraient trop abstraites et non applicables dans certaines langues. D’autres chercheurs ont proposé des adaptations de l’ASI qui ne requièrent pas d’auto-déclaration, voire d’autres échelles, comme le "" (« échelle du sexisme moderne »). Sexisme moderne et néo-sexisme. Le sexisme moderne et le néo-sexisme sont des formes actuelles du sexisme. Elles sont relativement proches et sont sous-tendues par les mêmes croyances : Sexisme moderne. La forme « moderne » du sexisme a été identifiée par analogie à l'évolution du racisme constatée en 1986. En 1995, Swim définissent le sexisme moderne comme le déni d'une discrimination continuelle fondée sur le sexe et le sentiment que les femmes exigeraient trop des législateurs. Cette thèse se fonde sur trois mythes : Le sexisme moderne engendre des réactions négatives et un manque de soutien à l'égard des personnes qui se plaignent de sexisme. Il peut donner lieu à des réactions défavorables quant aux efforts effectués en vue de réduire les inégalités. Par conséquent, le sexisme moderne semble en partie maintenir les inégalités. Néo-sexisme. Le néo-sexisme serait un conflit entre des valeurs d’égalité et des vestiges de croyances et de sentiments négatifs envers un genre. Il affecterait les genres féminin et masculin, selon le philosophe et sociologue Pierre-André Taguieff. Les individus néo-sexistes seraient empreints d'égalité mais conserveraient néanmoins des sentiments négatifs à l'égard d'un genre. En outre, le néo-sexisme se réfère à des caractéristiques dites « externes », soit à la tâche et non à l'individu. Liens entre les différentes formes de sexisme. Le sexisme moderne et le néo-sexisme ont des caractéristiques communes avec le sexisme bienveillant : tous trois ne s’affichent pas de manière explicite, comme le fait le sexisme traditionnel. En revanche, le néo-sexisme et le sexisme moderne diffèrent du sexisme bienveillant parce qu’ils donnent l'illusion d'une égalité entre genres tout en omettant la discrimination touchant les femmes. Le sexisme bienveillant, quant à lui, se dissimule sous une apparence chevaleresque mettant les femmes sur un piédestal. Sexisme et système patriarcal. Le système patriarcal est un système dans lequel les hommes exercent « un contrôle structurel sur les institutions politiques, juridiques, économiques et religieuses ». Il repose sur six structures : l’emploi, le travail domestique, la culture, la sexualité, la violence et l’État. Ces structures sont indépendantes mais il existe des interactions entre elles, et ces interactions sont à l’origine de différents types de patriarcats, regroupés entre deux extrémités : d’un côté le patriarcat privé, de l’autre le patriarcat public. Le patriarcat privé englobe les tâches domestiques qu’on associe à la femme, qui est ainsi maintenue dans la famille mais exclue de l’espace public. Le patriarcat public, quant à lui, comprend le travail salarié et l’État, il ségrègue et subordonne la femme dans l’espace public. Pour les féministes, le patriarcat est « un système de domination des hommes sur les femmes permettant d’expliquer la prévalence des inégalités hommes-femmes ainsi que leur continuité dans l’histoire ». On peut donc mettre en lien direct ce concept avec celui de sexisme. Selon la théorie de la justification du système, les stéréotypes de genre et le sexisme bienveillant permettraient à trois mécanismes de maintenir un système patriarcal et de le justifier : Néanmoins, ces trois mécanismes ne sont pas autosuffisants, il faut qu'ils agissent en interaction pour être efficaces. En effet, la complémentarité des stéréotypes de genre ne peut justifier un système sexiste que si elle est soutenue par le processus de justification des rôles ainsi que par celui de cooptation. La théorie de la justification du système suppose que le sexisme est une conséquence d'une société inégalitaire. D'autres travaux démontrent le contraire : le sexisme produirait les inégalités et non l'inverse. Dans cette ligne de conduite, une étude internationale menée en 2005 et 2007 dans 58 pays s'est penchée sur la relation entre le taux de sexisme et la présence d'inégalités au sein d'un pays. Les résultats démontrent que les inégalités entre les genres sont renforcées lorsque le sexisme hostile augmente dans une société. Autrement dit, si deux pays ont un niveau d'inégalité identique au départ et si le niveau de sexisme est plus élevé dans l'un que dans l'autre, le pays avec le niveau de sexisme plus élevé verra les inégalités entre les genres se marquer davantage avec le temps. Réification et hypersexualisation des femmes. La réification (fait de considérer les femmes comme des objets) et l'hypersexualisation (fait de donner un caractère sexuel à la femme) sont des formes de manifestation du sexisme qui peuvent entraîner des conséquences préjudiciables pour les femmes. Réification sexuelle à l'égard des femmes. La réification est un processus cognitif à travers lequel un individu s'évalue ou est évalué par les autres comme étant un objet. Ainsi, le corps d'une personne devient la principale représentation de son identité. Ce processus découle de la théorie de la réification développée par Barbara Fredrickson et Tomi-Ann Roberts en 1997, qui vise à étudier les effets entraînés par le fait d'être considéré comme un objet. Ce processus de réification peut, comme les stéréotypes, affecter certaines catégories de personnes (femmes, minorités ethniques…). Ainsi, par rapport aux hommes, les femmes auraient plus tendance à être victimes de réification sexuelle. À force d'être considérées comme tels, les femmes en viendraient à percevoir leur propre corps comme étant destiné au désir d'autrui. Réification d'autrui. La philosophe Martha Nussbaum identifie sept façons de considérer une personne comme un objet : Trois autres catégories ont été ajoutées par Rae Langton à celles de Nussbaum : Deux éléments tendent à démontrer la réification sexuelle des femmes : le face-isme et l'effet d'inversion. Face-isme. Les hommes et les femmes ne sont souvent pas représentés de la même manière, que ce soit dans les publicités, dans les articles de journaux, dans les portraits et les autoportraits, ou encore dans les dessins. Ainsi, dans la publicité, il n'est pas rare que le corps de la femme soit mis en avant. Même s'il arrive d'apercevoir celui d'un homme, un constat marquant peut être fait : les compétences de l'homme sont davantage mises en avant (homme d'affaires par exemple). De plus, les représentations des femmes laisseraient davantage apparaître, en plus du visage, une partie du buste, ce qui n'est pas le cas pour les hommes. Les représentations de ces derniers laisseraient uniquement apparaître le visage. Ce phénomène porte le nom par anglicisme de « -isme ». De fait, la vision d'un visage plus proéminent serait associée à des qualités comme l'intelligence et l'ambition. Les photos des hommes, laissant apparaître uniquement le visage, maintiendraient donc la présence de stéréotypes de genre. Effet d'inversion. Les objets et les corps (ou visages) humains sont analysés différemment par notre cerveau. Ainsi, les objets sont analysés selon un mode analytique, c'est-à-dire en tenant uniquement compte des parties constituantes de ceux-ci. À l'inverse, les personnes (corps ou visages) sont analysées selon un mode configural. Cela signifie que les relations spatiales entre les différentes parties du corps sont prises en compte. Il est, par conséquent, plus facile de reconnaître des objets présentés à l'envers que des visages ou des corps humains puisque le traitement des objets ne tient pas compte des relations spatiales (mises à mal lors d'une inversion de l'image perçue). Ainsi, une étude réalisée en Belgique a montré que les femmes en petite tenue seraient davantage analysées selon un mode analytique que les hommes en petite tenue. Par conséquent, ces dernières seraient davantage associées à des objets que les hommes. Une autre étude présentait des photos de femmes et d'hommes en petite tenue à des étudiants. Une première photo leur était montrée à l'endroit. Ensuite, cette même photo, accompagnée d'une photo identique mais présentée en miroir leur était montrée soit à l'endroit, soit à l'envers. Ils devaient alors dire laquelle des deux photos montrées en deuxième lieu correspondait à la première image. Il a pu être constaté que les photos présentant un homme étaient plus facilement reconnues lorsqu'elles étaient présentées à l'endroit et moins bien reconnues lorsqu'elles étaient présentées à l'envers. Cela montre que le corps de l'homme est donc analysé comme étant un tout. Tandis que pour les images présentant une femme, celles-ci sont bien reconnues, tant à l'endroit qu'à l'envers. Le corps des femmes sexualisées serait, dès lors, regardé de manière analytique tout comme le sont les objets. Auto-réification et auto-sexualisation. Auto-réification. L'auto-réification consiste à se percevoir soi-même comme un objet en adoptant, pour cela, le regard d'un observateur extérieur. Cette manifestation du sexisme touche davantage les femmes que les hommes. Par conséquent, ces dernières porteraient une plus grande attention sur leur apparence, leurs vêtements, leur maquillage sous le poids de l'auto-réification. Elles s'imposeraient également une alimentation stricte ou pratiqueraient du sport de manière intense pour être satisfaites de leur image et pour modifier le regard que les autres portent sur elles. Il existe deux types d'auto-réification : Auto-sexualisation. L'auto-sexualisation correspond à l'ensemble des actions entreprises par une personne afin de mettre en évidence sa fonction sexuelle. Cette stratégie, étant guidée par des buts individuels comme la recherche d'attention, peut être associée à la stratégie du faible. En effet, celle-ci est utilisée pour compenser un manque de pouvoir ou encore pour acquérir de bonnes relations sociales. Ainsi, elle est souvent utilisée par des femmes se trouvant dans une position sociale faible. Afin d'y voir plus clair, donnons l'exemple de deux femmes hétérosexuelles s'embrassant en soirée afin d'attirer l'attention des hommes ou encore des magazines affichant des femmes à moitié dénudées. Conséquences de l'auto-réification et de l'auto-sexualisation. Conséquences de l'auto-réification. L'auto-réification entraîne différentes conséquences psychologiques sur les femmes : L'auto-réification augmente l'anxiété des femmes par rapport à leur sécurité physique, c'est-à-dire leur peur d'être violées ou agressées. Elle augmente également leur anxiété quant à leur apparence physique. Celles-ci ont en effet peur de la manière dont leur corps va être jugé et regardé. L'auto-réification amène aussi un certain sentiment de honte chez les femmes vis-à-vis de leur corps étant donné qu'elles se comparent à des standards de beauté et ne les atteignent pas. L'auto-réification diminue la capacité des femmes à être totalement absorbées dans des activités mentales et physiques complexes (=le « flow »). Ainsi, ces activités ont tendance à être interrompues quand leur apparence ou une fonction de leur corps fait l'objet d'attention de la part d'autrui. Elle diminue également la capacité des femmes à prendre conscience de leurs sensations internes telles que la faim, la soif, etc. L'ensemble des éléments ci-dessus ainsi que les expériences extérieures de réification sexuelle peuvent mener à des problèmes mentaux tels que les troubles des conduites alimentaires, la dépression et des troubles sexuels. Le schéma suivant permet d'illustrer le mécanisme de l'auto-réification et ses conséquences : Conséquences de l'auto-sexualisation. L'usage de la stratégie d'auto-sexualisation, souvent utilisée par des femmes se trouvant dans une position sociale faible, entraîne des risques. En effet, elle peut rendre encore plus vulnérables au harcèlement et aux violences sexuelles. De plus, cette stratégie maintient les femmes dans leurs rôles d'objet sexuel et justifie donc leur position subalterne. Médias et hypersexualisation. L'hypersexualisation (en anglais « "" ») consisterait à donner un caractère sexuel à un comportement ou à un produit qui n'en a pas en soi. Elle se caractérise par un usage excessif de stratégies axées sur le corps dans le but de séduire et apparaît comme un modèle de sexualité réducteur, diffusé par les industries à travers les médias, qui s'inspirent des stéréotypes véhiculés par la pornographie : homme dominateur, femme-objet séductrice et soumise. Pour l’APA (American Psychological Association), il y a hypersexualisation lorsque l'un des quatre critères suivants est rencontré : Elle peut prendre diverses formes : Cette surenchère à la sexualité est présente dans tous les aspects de notre quotidien et concerne tant les hommes que les femmes, bien que ces dernières soient plus touchées. L’hypersexualisation serait également une tendance à ramener l’identité des individus à leur seule dimension sexuelle, c’est-à-dire au fait d’avoir un sexe et des relations sexuelles. Développement de l'hypersexualisation. C'est un phénomène qui se développe chez les jeunes adolescents et adolescentes qui adoptent des attitudes et des comportements sexuels jugés trop précoces comme l'utilisation précoce d’éléments issus de la mode féminine adulte ou encore « des attitudes de petites femmes sexy ». Ces pratiques s’inscrivent dans des transformations plus générales. En effet, les enfants revendiquent aujourd’hui une autonomie plus précoce et en bénéficient, non seulement du fait de l’évolution des modèles familiaux, mais aussi par l’arrivée des nouveaux médias de masse et des nouveaux outils de communication. Cette autonomie s’exprime sur de nombreux plans culturels que ce soit dans les domaines de la musique, des nouvelles technologies ou encore de la mode. L’hypersexualisation du corps des jeunes filles interroge par conséquent les modalités contemporaines de construction des adolescents. Plusieurs travaux de recherche se sont penchés sur cette question et ont mis en exergue les liens existant entre médias et construction de la sociabilité. Certains montrent, par exemple, qu’en s’identifiant au modèle des stars de la musique et du cinéma, les filles expérimentent et s’approprient les codes de la séduction corporelle. D’autres insistent sur le fait que les adolescents utilisent les médias, notamment la musique pop, pour explorer les limites de la séduction et apprendre à devenir des adultes. Des chercheurs remarquent que les mères des enfants des classes supérieures se montrent bien plus critiques à l’égard de ce phénomène qu’elles trouvent trop précoce. Cela implique, selon elles, un danger aussi bien physique que scolaire. Elles tentent par conséquent de le retarder et, dès lors qu’elles acceptent l’usage de vêtements issus du vestiaire féminin adulte, l’accompagnent au plus près. Les recherches féministes s’attachent aussi à dénoncer le discours sur l’apparence proposée aux « préadolescentes » par les médias et, plus particulièrement, des magazines. Elles insistent sur l’idée d’imprégnation idéologique liée aux médias qui, sous couvert de libération sexuelle et d’épanouissement de soi, prépare en réalité les filles à leur place asymétrique dans les rapports sociaux de sexe. Les médias joueraient, au moment de l’entrée dans l’adolescence, un rôle essentiel dans la socialisation vestimentaire des filles et, plus particulièrement, dans leur prise en compte des normes dominantes de la féminité. Nombre de ces figures féminines issues de la chanson pop, ou encore du monde du RN’B qu’affectionnent les filles au collège, leur proposent un modèle de féminité axé sur une apparence hypersexualisée. Influence médiatique. L'hypersexualisation serait donc en partie véhiculée par les différents médias. Or, les médias, avec le concours d’autres institutions sociales, sont des agents de socialisation qui contribuent à l’intériorisation des normes de conduite, à la construction de l’identité et à l’élaboration de références communes. De nombreux spécialistes soulignent les dérives possibles d’un « sexocentrisme » relayé par les médias qui véhiculent une image du corps à travers le culte de la performance sexuelle et de l’apparence physique. De plus, la publicité et les médias utilisent, en général, de plus en plus des représentations de la femme et de l'homme « objet sexuel » à des fins strictement commerciales. Cette pratique modifierait les rapports sociaux égalitaires entre les femmes et les hommes. Une étude belge analysant la presse, des publicités et des programmes (clips, téléréalités, dessins animés, feuilletons) à destination des préadolescents souligne que : Outre une représentation des femmes souvent près d’une fois et demie supérieure à celles des hommes (248 femmes pour 152 hommes dans les publicités et 92 femmes pour 72 hommes pour les clips), l’analyse de ces programmes met en avant une mise en scène morcelée du corps. Le corps de la femme est présenté sous forme de « plans coupés », parties du corps anonymisées et sexualisées. Les plans courants étant ceux des fesses, des seins, de la bouche. Cette présentation des personnages féminins renforce donc l’idée de la femme en tant qu’objet sexuel. Les clips de R’n'B et de rap présentent également des images très clivées entre les femmes et les hommes. Les hommes sont généralement présentés comme décontractés, aucune partie de leur corps n’est spécialement mise en avant généralement. Les femmes sont quant à elles plus souvent présentées avec des postures évoquant la sexualité. Pornographisation. La pornographisation peut donc se comprendre comme un processus qui a permis de transférer certaines valeurs (comme le culte de la performance sexuelle, l’importance donnée à l’apparence physique, les stéréotypes de l’homme viril et de la femme-objet) ainsi que certaines pratiques (comme la dissociation entre l’agir sexuel et les sentiments, les danses lascives, les mimiques faciales et positions corporelles suggestives, une grande diversité de pratiques sexuelles avec un grand nombre de partenaires différents, des façons de s’habiller) du monde de la pornographie vers la société en général par l’intermédiaire des médias. Ces attitudes comprendront des caractéristiques sexuelles dont les codes seront issus du monde de la pornographie et seront clairement identifiables grâce aux stéréotypes sexistes mis en œuvre. Porno chic. Le « porno chic » est un exemple de cette pornographisation de la culture. Le terme désigne une pratique publicitaire qui puise son inspiration directement dans la pornographie. Le but principal de cette publicité, outre le fait qu’elle vise à élargir la clientèle, est de retenir l’attention du public et d’influencer son opinion à l’égard de la marque. Le « porno chic » est né aux États-Unis au début des années 1970 pour désigner les productions les plus élaborées de films pornographiques, un genre qui sortait à l'époque d'une semi-clandestinité et commençait à être autorisé à la diffusion dans des salles de cinémas. C'est un phénomène qui touche beaucoup la publicité des produits haut de gamme, de luxe (parfums, haute couture, mode). Il consiste en une représentation considérée par ses détracteurs comme souvent déshumanisée de l'être humain en utilisant tantôt la nudité, tantôt la soumission ou encore l'asservissement sexuel. La stratégie du « porno chic » des grandes marques de luxe a pour objectif de susciter un désir chez le consommateur tout en lui faisant mémoriser la marque, ce pour quoi la provocation est très utile. En impliquant fortement le consommateur, le "shockvertising" (publicité provocatrice) garantit la remarquabilité de l’annonce et augmente son taux de mémorisation. Toujours selon ses détracteurs, on distingue généralement trois formes de publicité « porno chic » : Conséquences de l'hypersexualisation. Difficultés psychologiques et physiques. Les jeunes adolescents subiraient diverses pressions des médias et de leur entourage. Ils deviendraient dépendants de l’appréciation des autres et, par le fait même, vulnérables avec des conséquences néfastes sur leur santé mentale. Cette survalorisation de l’apparence et de la séduction comme mode de rapport à l’autre comporterait également des risques pour la santé physique des jeunes filles comme des troubles des conduites alimentaires, l’utilisation récurrente de régimes amaigrissants dès le plus jeune âge, la consommation de drogue et d’alcool, le tabagisme, le recours aux chirurgies esthétiques, les relations sexuelles. Selon des études, même si les filles sont meilleures dans plusieurs domaines, leur estime de soi serait plus faible que celle des garçons. L'Association américaine de psychologie distingue trois types de problèmes de santé mentale rattachés à l'hypersexualisation chez les jeunes filles : les troubles des conduites alimentaires, la faible estime de soi et la dépression. D'autres enjeux identitaires comme l'insatisfaction face à leur image corporelle serait également une des conséquences de ce processus d'hypersexualisation entraînant des comportements à risques (malnutrition, comportements sexuels sans protection…). L'hypersexualisation toucherait également les hommes et mènerait à une diminution de l’attirance pour leur partenaire, mettrait en péril la capacité d’être empathique avec leur partenaire féminin et interférerait sur leur capacité à conserver une relation. Transformation en objet de fantasme. L’hypersexualisation renforcerait également les stéréotypes sexuels et l'idée selon laquelle la femme doit être soumise tandis que l’homme doit avoir le pouvoir. Ce phénomène entraînerait également une compréhension plus mécanique du corps (un corps malléable que l’on peut et doit modifier à des fins esthétiques et sexuelles). La sexualité deviendrait également un simple rapport de communication et de consommation dans la société. En conditionnant l'image des hommes et des femmes, les médias accentueraient donc les inégalités de genre dès le plus jeune âge. Ce processus d'hypersexualisation s'impose donc comme un véritable argument marketing auprès de marques. Ainsi, la ligne de sous-vêtements « Jours Après Lunes », lancée en , propose des soutien-gorge à partir de quatre ans. L'entreprise Abercrombie & Fitch propose également des bikinis rembourrés vendus « dès 7 ans ». Les fillettes peuvent même allaiter leur poupée « Breast Milk Baby » à l’aide d’un débardeur avec tétons intégrés. La marque Tammy (Etam pour les 8-16 ans) a également commercialisé des strings pour enfants. Ce phénomène de sexualisation précoce serait pour certains auteurs l'une des explications du sexisme. Selon eux, puisque les enfants apprennent du monde des adultes, ceux-ci sont vulnérables face aux compagnies de marketing. Or, les modèles et les produits qu’on leur propose sont très sexualisés, tels les poupées, vêtements, jeux, dessins animés et téléréalités diffusées aux heures de grande écoute. Outre cela, ce phénomène contribuerait à la demande de plus en plus croissante de pornographie en mettant en scène des mineurs. Pourtant, selon certains auteurs, si les jeunes s’inscrivent dans de telles démarches ou sont tentés de le faire, c’est que ces comportements servent de support à leur sociabilité. Y adhérer serait non seulement pour eux une manière d’affirmer qu'ils grandissent, mais aussi de marquer leur adhésion aux normes du groupe dans lequel ils sont insérés. Violences et agressions sexuelles. L’hypersexualisation contribuerait également à l'augmentation des violences et des agressions sexuelles. Un nombre grandissant de magazines, vidéos, calendriers, jouets, vedettes de la chanson, sites Internet pornographiques et publicités de toutes sortes accentueraient quotidiennement le message que le corps des filles et des femmes peut être utilisé, exploité, vendu, agressé. En effet, la surexposition des jeunes à des contenus pornographiques peut être vécue comme une « effraction psychique » sur un plan psychologique. Les représentations véhiculées dans la pornographie autour de la violence et de la domination sur les femmes en particulier induiraient une certaine forme de légitimation de la violence entre pairs. Ces mécanismes sont à l’œuvre dans le cyberharcèlement, le harcèlement sexuel entre adolescents et toutes les pratiques déviantes. Prévention et lutte contre le sexisme. En 2022, alors que et que selon le dernier rapport du HCE ; et à l'occasion d'une campagne nationale de sensibilisation intitulée « "Le sexisme on ne sait pas toujours quand ça commence, mais on sait comment ça se termine" », sur demande du Haut Conseil à l'égalité (HCE), le Gouvernement français déclare que le 25 janvier « journée nationale contre le sexisme pour une société plus égalitaire ».. Le droit et le dispositif pénal de plusieurs pays permettent de sanctionner les actes sexistes, y compris le harcèlement de rue. Lutte contre l'hypersexualisation. La lutte contre l’hypersexualisation encourage à développer la capacité d’analyse des jeunes et leur esprit critique en développant l’éducation aux médias et au décodage publicitaire. Certains spécialistes expliquent également l'importance de discuter avec l'entourage de la question de l’hypersexualisation, les sensibiliser aux messages communiqués dans les vidéos, la musique, les magazines, la publicité, les télé-réalités, les concours des plus belles filles, etc. Ils mentionnent également l'importance d'éviter la promotion de produits sexistes. D’autres outils didactiques développés par plusieurs organismes et chercheurs, par exemple ceux du projet « Outiller les jeunes face à l’hypersexualisation : Oser… être soi-même » sont également mis en place dans le but sensibiliser les gens. Le « Y des femmes » produit également plusieurs outils qui peuvent servir à cette sensibilisation. Développement du sexisme chez les enfants. Rôle des jouets. Les objets du quotidien sont fondamentaux dans l’explication de l’apparition du sexisme chez les enfants, puisqu’ils induisent déjà chez eux des stéréotypes que ces derniers ne soupçonnent même pas. En effet, ces objets rendent concrètes les différences qui existent entre les filles et les garçons. Ce phénomène est très bien illustré dans les magazines de jouets qui sont publiés en période de fêtes de fin d’année : on distingue clairement les jouets destinés aux filles et ceux destinés aux garçons, les premiers étant la plupart du temps de couleur rose, les seconds de couleur bleue. Littérature jeunesse. Les livres sont également importants. Ils touchent en effet les enfants de manière très précoce. Ainsi, il existe déjà des livres pour les tout petits enfants, ce sont souvent des livres d’images, cartonnés ou en tissu. Par la suite, quand ces mêmes enfants grandissent, ils passent alors aux bandes dessinées, et plus tard encore aux histoires de plus grande envergure sous forme de romans. Ce qu’il est important de soulever ici, c’est que les garçons et les filles n’occupent pas des places égales au sein des livres, en particulier dans la littérature jeunesse. En effet, une étude menée en 1994 montre que les personnages féminins y sont largement sous-représentés (en proportions, dans la littérature jeunesse, les personnages principaux de sexe féminins ne représentent que 40 % des cas). De façon contradictoire, on y retrouve toutefois davantage de mères et grands-mères que leurs équivalents masculins, alors que le versant du monde du travail est, quant à lui, en grande partie constitué de personnages de sexe masculin. Par ailleurs, dans ces histoires, les personnages féminins sont limités à certains métiers, puisque la plupart du temps elles exercent des métiers en lien avec l’enseignement, les enfants ou la vente (caissière). À l’opposé, les hommes y occupent souvent des postes divers et variés, et qui les valorisent d’un point de vue social. Ces représentations renvoient des modèles d’identification différents aux jeunes filles et aux jeunes garçons : les premières n’ont d’autre choix que de constater qu’elles sont absentes de la littérature jeunesse (ou de s’identifier à un personnage de sexe masculin), et les seconds n’ont que très peu de modèles féminins auxquels s’identifier. Mouvements sociaux en lien avec le sexisme. Mouvement féministe. Le mouvement du féminisme, apparu au, plus ou moins, avec Christine de Pisan, Marie de Gourney au , a pris de l'ampleur après la Première et surtout la Seconde Guerre mondiale, permettant une avancée vers l'émancipation des femmes et la visibilité et la critique de plus en plus grande des phénomènes de discrimination sexiste, quels que soient ses domaines. Malgré ce processus général amorcé d'abord dans les sociétés de l'Europe du Nord et de l'Amérique du Nord dans les années 1960, et suivi plus tardivement dans l'Europe latine (en particulier dans les pays méditerranéens où des régimes conservateurs, tels le franquisme, l'Estado Novo de Salazar ou le régime des colonels en Grèce étaient en place) et en Amérique latine (où des dictatures militaires conservatrices étaient aussi en place, parfois national-catholiques). Les premières revendications ont porté sur le droit à l'éducation. Marie de Gournay, dans "L'égalité des hommes et des femmes" (1622), réclame l'accès à l'éducation pour les femmes et affirme que leur prétendue infériorité ne tient qu'au fait qu'elles n'aient pas accès à l'école. L'égalité hommes-femmes est le principal objectif du féminisme. Dès le , les féministes réclamèrent le droit de vote des femmes, mouvement qui se poursuivra au début du avec les suffragistes (couramment désignées par le terme péjoratif « suffragettes ») au Royaume-Uni, pour ne l'obtenir qu'au milieu du (1945 pour la France par exemple). Le mouvement revendique aussi l'égalité dans la sphère du droit personnel (mariage, divorce, autorité parentale, etc.), à l'autonomie économique et financière (droit au travail, droit d'utiliser un compte bancaire, etc.), et à la disposition de son corps, déliant la sexualité de la reproduction sexuelle (révolution sexuelle avec l'apparition des différents moyens de contraception et luttes pour le droit à l'avortement…). Ce mouvement n'a pas été restreint aux pays occidentaux, émergeant par exemple en Égypte dans les années 1920 (fondation de l'Union féministe égyptienne par Huda Sharawi en 1923), en même temps qu'aux États-Unis, ou en Tunisie (Tahar Haddad). Il n'a cependant pas eu autant d'influence dans ces pays qu'en Europe ou aux États-Unis. En Amérique latine, il a aussi été considérablement retardé. Depuis peu, on voit cependant des ébauches de mouvements en faveur des droits des femmes se diversifier dans le monde entier. On peut ainsi citer le congrès sur le féminisme musulman à Barcelone du 3 au , ou encore une série de lois indiennes du qui ont modifié l'essentiel du droit de la famille dans un sens égalitaire. Mouvement masculiniste. Le masculinisme (également appelé hominisme) est un mouvement issu de pays francophones dont le but est d'intégrer la préoccupation de la condition masculine à la préoccupation de la condition humaine en général. Certaines revendications masculinistes dénoncent les jugements en matière de divorce ou de séparation qui favorisent les femmes. Pour les masculinistes, les violences contre les hommes, en particulier conjugales, ne sont ni reconnues ni combattues par les pouvoirs publics. Au Canada, jusqu'en 1999, seules les femmes étaient interrogées lors d'enquêtes importantes sur la victimisation en milieu conjugal. Ils dénoncent également la sur-mortalité masculine, résultante d'une sous-prise en compte de la santé des hommes. Mouvement "queer". Les positions "queers" (désignant les personnes LGBT, soit les lesbiennes, gays, bisexuels et personnes trans) mettent l'accent non seulement sur le genre, mais aussi sur tous les phénomènes d'inter-genre ou encore de « troisième sexe » : transidentité (lorsque le genre subjectivement ressenti entre en conflit avec « le sexe naturel »), intersexuation (hermaphrodisme, etc.), dragqueens, etc, et soutiennent que la division même de l'humanité entre hommes d'un côté, femmes de l'autre, est une bipartition socio-historique ayant des effets de violence symbolique et parfois concrète dans l'imposition de catégories juridiques (c'est un homme ou une femme?) pour des personnes intersexuées). Les Principes de Jogjakarta réaffirme en citant les mots de la Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes qu'il faut « abroger l'idée de l'infériorité ou de la supériorité de l'un ou l'autre sexe ou d'un rôle stéréotypé des hommes et des femmes ». Domaines de manifestation du sexisme. Éducation. Les systèmes éducatifs perpétuent souvent les inégalités de genre au lieu de les combattre. Dans de nombreux contextes, les préjugés sexistes et la discrimination fondée sur le genre continuent d’imprégner l’ensemble du processus éducatif. Ce biais se retrouve dans les processus d’enseignement et d’apprentissage, notamment dans l’engagement différentiel , et dans les stéréotypes de genre présents dans les manuels scolaires et les matériels didactiques. L’inadéquation des ressources et des infrastructures visant à offrir des environnements sûrs et propices à l’apprentissage, ainsi que l’insuffisance des cadres politiques, juridiques et de planification, liés aux mesures d’exécution, qui respectent le droit à l’éducation, le protègent et le mettent en œuvre, sont trop souvent la norme. L’éducation des filles s’est avérée bénéfique non seulement au niveau des individus, mais aussi à celui de la société dans son ensemble. Lorsque les filles reçoivent une éducation, leur vie et celle de leurs enfants, de leur famille, de leur communauté et de leur pays s’améliore. Les perspectives en matière de santé, d’éducation et de leadership ainsi que les perspectives sociales et économiques s’améliorent tandis que diminue la vulnérabilité à la pauvreté, à la maladie, à l’exploitation et à la violence. L’amélioration des résultats scolaires des garçons favorise également leur transition en douceur vers un emploi productif et leur participation active à la vie sociale, contribuant ainsi à l’édification d’une société plus égalitaire. Économie et différences salariales. Concernant les systèmes de retraite, les retraites par capitalisation (fonds de pension) désavantagent les femmes, contrairement aux systèmes par répartition, en étant calculées en fonction de l'espérance de vie. Ainsi, au Chili, en 2008, la différence entre une femme médecin et un homme ayant cotisé à un fonds de pension depuis 1981, date de son instauration par la junte militaire, sur les mêmes bases, était importante : pour une femme et pour un homme. En France, les inégalités sont aussi visibles puisqu'en 2011, selon la DREES, un homme touche en moyenne une pension 42 % plus élevée qu'une femme (en moyenne pour un homme contre pour une femme). Cependant, toutes les statistiques relatives à la rémunération signalent un net désavantage aux professions historiquement féminines. À poste identique, les salaires des femmes sont souvent inférieurs à ceux des hommes dans plusieurs pays. Dans un rapport datant de 2016 le cabinet Glassdoor mentionne le , une discrimination spécifique aux femmes ayant des enfants. Il note que ce poids est présent dans presque tous les pays étudiés, à l'exception de l'Italie. Le cabinet confirme que . Droit et politique. Diverses mesures législatives ont été prises dans plusieurs États pour promouvoir l'égalité homme-femmes. Le Parti travailliste britannique proposait ainsi, en 2010, la promulgation de l' qui reprendrait la plupart des mesures promulguées antérieurement, en en ajoutant quelques-unes; le pape s'est durement opposé à cette proposition de loi. La discrimination fondée sur le sexe est anticonstitutionnelle et illégale dans de nombreux pays. Dans les États membres du Conseil de l'Europe, elle tombe sous le coup de l' (vie privée et familiale) et de l' de la Convention européenne des droits de l'homme. Mais même dans les pays ayant établi l'égalité des sexes dans la loi, il peut rester des lois conférant une prérogative ou un devoir à un genre plutôt qu'à l'autre, par exemple concernant les obligations militaires. Mesures conférant une prérogative aux femmes. La Constitution européenne précise en son qu', mais précise en son , réservé à l'égalité entre femmes et hommes, que Plusieurs entreprises ferroviaires proposent des wagons réservés aux femmes pour favoriser leur tranquillité face au risque de harcèlement sexuel. En Chine, au Luxembourg et en Corée du Sud, des parkings réservent des emplacements aux femmes, qui sont plus larges et dotés d'une signalisation plus voyante. Ces mesures sont controversées car elles conforteraient les clichés de la femme fragile ou maladroite. Langage. Les usages linguistiques, comme l'utilisation du masculin grammatical (ou plus rarement du féminin grammatical) dans les langues comportant le neutre ou l'absence de titres professionnels ne faisant pas référence au genre (voir Féminisation des noms de métiers en français) sont également considérés par des linguistes telle Marina Yaguello comme des formes de sexisme. Science. Le discours scientifique véhicule de nombreux biais sexistes en dépit de l'exigence de neutralité à laquelle il est en principe soumis. Les sciences de la vie (biologie, anatomie, médecine etc.) ont donné une autorité savante aux stéréotypes de genre, et joué un rôle historiquement dans la justification de l'inégalité sociale entre hommes et femmes. Ainsi, les études de craniologie au qui visaient à démontrer l'infériorité intellectuelle des femmes ont fourni des arguments contre l'instruction des jeunes filles. Religion. La majorité des grandes religions actuelles, dans leurs textes fondateurs ou leurs pratiques, attribuent des fonctions différentes aux femmes et aux hommes. C'est le cas pour les trois religions monothéistes : christianisme, judaïsme, islam. C'est aussi le cas de l'hindouisme. Évolution de la représentation des femmes dans l'histoire des religions. Selon Élisabeth Badinter, la divinisation des femmes connait son apogée avec le développement de l'agriculture, pour ensuite connaître une période de basculement vers, dans un premier temps, une parité des statuts entre les puis vers les religions concomitantes à l'avènement du patriarcat. Élisabeth Badinter met en doute l'explication de Jean Przyluski, qui y voit les conséquences de la découverte des mécanismes de la sexualité et attribue notamment cette évolution à la montée d'une classe guerrière à l'âge du bronze, soit mixte comme dans le cas des celtes, soit essentiellement masculine. Dans le cas du shintoïsme, c'est Amaterasu, la déesse-mère, qui est la divinité à l'origine du monde. Dans l'ancienne Europe, du paléolithique au néolithique, on relève de nombreux cas de cultes dédiés aux divinités féminines. Dans l'hindouisme, on trouve un contre-exemple avec la persistance du culte de la déesse-mère avec les traditions liées aux "kumaris" dans la vallée du Népal. Justice. Antoine Mégie, maître de conférence à l'université de Rouen et spécialiste de la justice antiterroriste, note que . . D'après Marc Juston, juge aux affaires familiales à Tarascon, mais restent dans un . Au sein des professionnels du droit, la tradition de l'immunité de la parole par la liberté qu'elle offre aux avocats défenseurs dans les affaires pénales peut contribuer à perpétuer certaines considérations discriminantes à l'égard des femmes. Cependant, le discours tirant argument de préjugés sexistes , relève en 2019 l'avocate Caroline Mécary : Sexualité et mariage. Polygamie. Selon Jacques Attali, À titre d'exemple, la polygamie est autorisée en Inde et au Qatar, qui comptent pourtant bien davantage d'hommes que de femme, le ratio étant de 3,39 dans ce dernier. |
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Simple Mail Transfer Protocol (SMTP, littéralement « protocole simple de transfert de courrier ») est un protocole de communication utilisé pour transférer le courrier électronique (courriel) vers les serveurs de messagerie électronique. SMTP est un protocole assez simple (comme son nom l'indique). On commence par spécifier l'expéditeur du message, puis le ou les destinataires d'un message, puis, en général après avoir vérifié leur existence, le corps du message est transféré. Il est possible de tester un serveur SMTP en utilisant la commande telnet sur le port 25 d'un serveur distant. Le SMTP commence à être largement utilisé au début des années 1980. Il est alors un complément à l'UUCP, celui-ci étant plus adapté pour le transfert de courriers électroniques entre des machines dont l'interconnexion est intermittente. Le SMTP, de son côté, fonctionne mieux lorsque les machines qui envoient et reçoivent les messages sont interconnectées en permanence. Le logiciel Sendmail est l'un des premiers, sinon le premier serveur de messagerie électronique à utiliser SMTP. Depuis, la plupart des clients de messagerie peuvent utiliser SMTP pour envoyer les messages. Certains nouveaux serveurs sont apparus, comme Postfix, Qmail de Daniel J. Bernstein, Exim et Exchange de Microsoft. Comme le protocole utilisait du texte en ASCII (7 bits), il ne fonctionnait pas pour l'envoi de n'importe quels octets dans des fichiers binaires. Pour pallier ce problème, des standards comme MIME ont été développés pour permettre le codage des fichiers binaires au travers de SMTP. Aujourd'hui, la plupart des serveurs SMTP acceptent le MIME sur 8 bits, ce qui permet de transférer des fichiers binaires presque aussi facilement que du texte simple. SMTP utilise TCP pour le transfert des données. SMTP ne permet pas de récupérer à distance des courriels arrivés dans une boîte aux lettres sur un serveur. Les standards Post Office Protocol (POP) et IMAP ont été créés dans ce but. Principes d'envoi. Le transfert de messages entre serveurs de messagerie électronique se fait généralement sur le port 25 qui est le port standard enregistré auprès de l'IANA. Les serveurs utilisent les enregistrements MX des serveurs DNS pour acheminer le courrier. Les clients de messagerie utilisaient aussi le port 25 (SMTP) pour soumettre des messages en utilisant le protocole SMTP. Mais la nécessité de mieux contrôler les envois des clients, en particulier par l'authentification, a conduit à l'attribution du port 587 (submission). Les administrateurs de serveur peuvent choisir si les clients utilisent le port TCP 25 (SMTP) ou le port 587 (, ou soumission en français), tel que formalisé dans la (2476 précédemment), pour relayer le courrier sortant vers un serveur de messagerie. Les spécifications et de nombreux serveurs acceptent les deux. Bien que certains serveurs ont longtemps pris en charge le port historique 465 (SMTPS, aussi appelé "submissions") pour le SMTP sécurisé, en violation des spécifications jusqu'à fin 2017, il est préférable d'utiliser les ports standard et les commandes ESMTP (Extended SMTP) standard selon la , si une session sécurisée doit être utilisée entre le client et le serveur. Cependant début 2018, la a finalement affecté officiellement le port 465 au protocole SMTP avec TLS implicite. Syntaxe type d'une session SMTP. Le test par telnet mentionné ci-dessus donnerait, dans une fenêtre de terminal shell, un dialogue semblable à : "(la saisie de l'utilisateur est en et les messages du serveur sont en )" "Connected to smtp.----.----." "Connection closed by foreign host." Notons que la fin du texte est repérée par un point seul sur sa ligne. Lorsque le texte doit contenir un point seul sur sa ligne, il est donc nécessaire de le doubler (<CR><LF>..<CR><LF>). Les codes retour SMTP. Comme on le constate dans l'exemple ci-dessus, il existe une syntaxe précise pour envoyer les messages et une série de codes retour sur trois chiffres pour indiquer le statut de la demande. Le premier chiffre du code retour indique le statut global de la demande, les deux autres chiffres donnent le détail du statut : Messages les plus courants : Sécurité et problème du spam. Une des limitations de SMTP vient de l'impossibilité d'authentifier l'expéditeur. Pour ceci, l'extension SMTP-AUTH a été définie. Malheureusement, l'impossibilité d'imposer largement SMTP-AUTH a rendu ce protocole impuissant face au phénomène du spam. Le spam est dû à un certain nombre de facteurs dont : l'implémentation de logiciels Mail Transfer Agent (MTA) ne respectant pas les standards, les failles de sécurité dans les systèmes d'exploitation autorisant les spammeurs à contrôler à distance des PC utilisateurs pour leur faire envoyer du spam et enfin un manque d'intelligence de certains MTA. Afin de lutter efficacement contre ce phénomène, il existe deux approches : modifier profondément SMTP (voire le remplacer) ou bien lui adjoindre d'autres protocoles pour combler ses lacunes. Modifier SMTP de manière importante, ou le remplacer complètement, ne paraît pas faisable, à cause de l'importance du réseau de serveurs déjà installé. Malgré tout, des solutions alternatives ont été développées comme ou ePost. Une autre approche consiste à créer des systèmes visant à assister les opérations du protocole SMTP. Le groupe de recherche anti-spam (ASRG) de l', travaille actuellement sur l'authentification des courriers électroniques dans le but de fournir un système flexible, léger, extensible, et évolutif. L'ensemble de ces recherches ont abouti au protocole MARID en 2004 ainsi qu'au protocole DomainKeys Identified Mail en 2006. Blocage du port 25 par les fournisseurs d'accès. En 2006, l'AFA recommande aux fournisseurs d'accès internet (FAI) de bloquer les paquets TCP/IP sortant à destination du port 25. L'idée développée est qu' À l'époque entre 50 % et 80 % du spam était généré par des ordinateurs infectés. En France et au Canada, les principaux FAI ont suivi cette recommandation : Orange, Bell, Videotron et CCAPcable bloquent le port 25 depuis , Free depuis (c'est une option, le blocage peut être désactivé), AOL depuis 2003. La pratique aujourd'hui est la soumission du message par l'utilisateur au serveur de messagerie en utilisant du SMTP authentifié (port 587). Le port 25 sert uniquement aux serveurs SMTP entre eux. |
Samuel Beckett Samuel Beckett, né le à Foxrock (Dublin) et mort le dans le , est un écrivain, poète et dramaturge irlandais d'expression principalement française et anglaise, lauréat du prix Nobel de littérature en 1969. Il est l'auteur de romans, tels que "Molloy", "Malone meurt" et "L'Innommable" et de poésies en prose, mais il est surtout connu pour son œuvre théâtrale. Sa pièce de théâtre la plus célèbre est "En attendant Godot", chef-d'œuvre du théâtre de l'absurde. Son œuvre est austère et minimaliste, ce qui est généralement interprété comme l'expression d'un profond pessimisme face à la condition humaine. Ce pessimisme n'exclut cependant pas l'humour, omniprésent chez l'auteur, l'un étant au service de l'autre, pris dans le cadre plus large d'une immense entreprise de dérision. Avec le temps, il traite ces thèmes dans un style de plus en plus lapidaire, tendant à rendre sa langue de plus en plus concise et sèche. En 1969, il reçoit le prix Nobel de littérature pour « son œuvre, qui à travers un renouvellement des formes du roman et du théâtre, prend son élévation dans la destitution de l'homme moderne ». Biographie. Étapes d'une vie. Origines et jeunesse. Samuel Barclay Beckett naît le , jour du Vendredi saint, dans une famille de la bourgeoisie protestante irlandaise, issue de huguenots français réfugiés en Irlande. La demeure familiale, "Cooldrinagh", située dans une banlieue aisée de Dublin, Foxrock, est une vaste maison bourgeoise. Il est le deuxième fils de William Frank Beckett, métreur, et de May Barclay Roe, infirmière. Il vit une enfance heureuse, partagée entre les études, les parties de tennis, de cricket, les baignades en compagnie de son père, les randonnées à bicyclette et les parties d'échecs, loisirs qui, avec la lecture, occuperont également sa vie adulte et alimenteront ses œuvres. Beckett reçoit ses premiers rudiments de français et apprend le piano dès l'école primaire, puis entre en 1915 à la Earlsfort House School, établissement multiconfessionnel, pour quatre années, mêlant études et sport. L'ambiance change en 1920, lorsqu'il rejoint son frère à l'internat de la d'Enniskillen (comté de Fermanagh), au règlement plus strict, mais qui lui apporte des valeurs comme le sens de l'honneur, de la loyauté et de l'intégrité. Parcours universitaire. Entre 1923 et 1927, Beckett étudie le français, l'italien et l'anglais au Trinity College de Dublin. Il suit notamment les cours de Thomas Rudmose Brown qui aura l'influence la plus déterminante sur son parcours intellectuel, lui faisant découvrir de nombreux auteurs français et anglais. Il suit également des cours d'italien et éprouve une véritable révélation avec Dante. Beckett acquiert ainsi les fondements d'une culture qui fera de lui l'un des écrivains les plus érudits du vingtième siècle. Ses études à Dublin favorisent son accès à la culture avec, par exemple, la découverte du théâtre de Synge, de la peinture à la National Gallery ou du cinéma. Il éprouve de réelles difficultés d'insertion sociale, en raison de son refus de toute compromission, mais aussi de la conscience qu'il a de sa propre valeur intellectuelle, isolement à l'origine d'une tendance dépressive. C'est aussi le début des troubles physiques, cardiologiques et pneumologiques, qui compliqueront son existence pendant de nombreuses années. C'est enfin l'époque d'une première expérience sentimentale, malheureuse, puis d'un début d'idylle avec l'une de ses cousines mais qui sera l'occasion d'une scène violente avec sa mère et qu'il rompt. Il obtient cependant une bourse de troisième cycle, voyage à nouveau en France et en Italie, puis est admis comme lecteur d'anglais à l'École normale supérieure de la rue d'Ulm. Il arrive à Paris en . Après le conformisme et le puritanisme de Dublin, ce séjour lui paraît enchanteur, pour sa richesse culturelle. Il se lie d'amitié avec Thomas MacGreevy, qui sera son seul confident jusqu'à la guerre. MacGreevy l'initie à la vie parisienne intellectuelle et artistique, et surtout l'introduit dans le cercle des intimes de James Joyce, rencontre qui marque profondément Beckett. Instabilité et analyse. Son retour à Dublin en comme maître de conférence au Trinity College marque le début d'une longue période d'instabilité. Alors que ses parents l'incitent à trouver un « emploi stable », il comprend que les fonctions d'enseignant ne lui procureront aucune satisfaction. Il trouve quelques compensations littéraires dans des traductions et la publication de poèmes mais reste en marge de la vie universitaire de Trinity College, et ne parvient décidément pas à s'intégrer dans la société irlandaise. En fin d'année 1931, il démissionne de l'université brusquement, voyage en France et en Allemagne, travaille à un roman et tente de s'établir à Paris, puis à Londres comme critique littéraire. Mais son manuscrit est refusé par tous les éditeurs, et il doit rentrer à Dublin à la fin de 1932. Dans l'atmosphère déprimante de Cooldrinagh, sans indépendance financière, il se met à trop boire. Son père, auquel il était uni par une vraie complicité, meurt en 1933, et il hérite d'une somme qui lui sera versée par mensualités. En 1934 il parvient à publier un premier recueil de nouvelles, qui reçoit un accueil mitigé, dont les ventes sont très lentes, et qui est censuré en Irlande. Sur les conseils d'un ami, il part à Londres pour entreprendre une psychothérapie. L'analyse qu'il effectue avec Wilfred Bion lui fait identifier, comme cause de ses angoisses et de ses maux physiques, les relations avec sa mère. Celle-ci, par une éducation rigide tout en le mettant sur un piédestal, aurait contribué à son isolement social par un sentiment de supériorité intellectuelle. Cette période aura cependant été relativement fructueuse sur le plan littéraire, avec la publication de plusieurs articles critiques, la rédaction d'un roman, "Murphy" et la publication des poèmes "Echo's bones". En , il part en Allemagne pour un voyage de six mois essentiellement consacré à la peinture : visites d'ateliers d'artistes, de musées et de galeries, mais qu'il qualifie de désastre. Il revient à Cooldrinagh mais toujours incapable de s'entendre avec sa mère, il part pour Paris où il retrouve l'ambiance et les amis qu'il avait connus en 1930. Il y rencontre en particulier les peintres Bram et Geer Van Velde avec lesquels il ressent une véritable complicité. En il est victime d'une agression au couteau par un voyou et la blessure est grave, mais c'est à cette occasion qu'il retrouve une amie qu'il avait connue au tennis à l'ENS et qui sera sa compagne jusqu'à sa mort, Suzanne Dechevaux-Dumesnil, . Sa vie commence ainsi à se stabiliser , "Murphy" reçoit un accueil plutôt favorable de la presse anglaise, et à partir de ce moment il passera chaque année un mois auprès de sa mère. Les années de guerre et de résistance. Beckett se trouve auprès de sa mère en Irlande lorsqu'il apprend l'entrée en guerre de la France. Le , il écrivait : . Il rentre donc immédiatement à Paris et se porte volontaire comme ambulancier. Mais il doit quitter la capitale et, aidé par Joyce, puis Valéry Larbaud et Marcel Duchamp, il se réfugie à Arcachon avant de revenir finalement à Paris et rejoindre la Résistance, au sein du réseau Gloria, le . Averti par Maya Péron d'une trahison, il échappe juste à temps aux arrestations et s'enfuit avec Suzanne. Aidés cette fois par Nathalie Sarraute, ils arrivent, six semaines après, à Roussillon dans le Vaucluse, où il est rejoint par un ami peintre, juif, Henri Hayden. Il aide aux travaux des champs et écrit, elle donne des leçons de piano. Le , il se voit décerner la croix de guerre et la Médaille de la Résistance. L'œuvre de Beckett est profondément marquée par les récits de déportation et par la guerre. La notoriété. De retour à Paris au début de 1945, Beckett effectue rapidement un voyage à Dublin pour revoir sa mère qu'il n'a pas vue depuis six ans. C'est au cours de ce séjour, alors qu'il se trouve dans la chambre de sa mère, touchée par la maladie de Parkinson, âgée de soixante-quatorze ans, qu'il a une sorte de « révélation » (le mot est de lui), aboutissement d'un cheminement personnel après l'analyse avec Bion, les années de Résistance, l'éloignement hors de l'Irlande maternelle. Cette « vision » change sa conception de l'écriture. Il revient à Paris convaincu que c'est là qu'il doit vivre et se fait d'abord engager comme économe-interprète par la Croix-Rouge irlandaise qui construit un hôpital à Saint-Lô. Il y fait l'expérience d'une immense misère collective. Son dévouement infatigable reflète la mutation psychologique qui s'est opérée en lui, contrastant avec l'attitude de réserve et d'isolement de ses années dublinoises. Malgré les conditions matérielles difficiles, entraîné par la certitude de sa vocation et la compréhension offerte par cette « révélation », il va vivre pendant huit années une véritable « frénésie d'écriture ». À la mort de sa mère, il hérite d'une somme qui lui permet de faire construire une maison modeste à Ussy-sur-Marne où il vient avec Suzanne régulièrement pour écrire au calme. Les écrits s'accumulent et c'est Suzanne qui parvient à trouver un éditeur, Jérôme Lindon, pour les romans, mais les ventes restent modestes. Ce n'est qu'en 1953, grâce encore aux démarches de Suzanne, que Roger Blin monte la pièce "En attendant Godot", premier véritable succès, qui le fait accéder à la notoriété et lui apporte une certaine aisance financière. Dès lors, le théâtre prend une place nouvelle dans sa vie d'artiste, par l'écriture mais aussi comme metteur en scène de ses pièces. L'Irlande lui reste pourtant « étrangère » : en 1958, il interdit jusqu'à nouvel ordre toute représentation de ses pièces pour protester contre la censure dont y est victime Seán O'Casey. À Paris, il assume une vie littéraire et artistique intense (nombreuses rencontres avec des peintres) chargée de rendez-vous et de dîners, de concerts avec Suzanne, et doit effectuer de nombreux déplacements en Europe pour monter ses pièces. Ussy est alors un refuge pour l'écriture et les traductions, mais il part aussi en vacances au soleil de l'Afrique du Nord ou en Sicile. La « catastrophe » : le Nobel. Les années 1960 représentent une période de profonds changements pour Beckett, dans sa vie personnelle comme dans sa vie d'écrivain. En 1961, au cours d'une cérémonie civile discrète en Angleterre, il épouse sa compagne Suzanne Déchevaux-Dumesnil, principalement pour des raisons liées aux lois successorales françaises. Ils déménagent boulevard Saint-Jacques, dans un appartement qui domine la prison de la Santé. Sa notoriété n'en finit pas de s'étendre, entraînant d'innombrables sollicitations. En plus d'une production littéraire constante, prose et théâtre, son écriture évolue vers des œuvres toujours plus minimales, et des formes variées : mimes, pièces radiophoniques ou télévisuelles, cinéma. Ce rythme de travail intense s'accompagne de nombreux problèmes de santé, et il souffre d'un abcès au poumon dont le traitement et le repos nécessaire le maintiennent cloîtré pendant les événements de mai-. Le prix Nobel de littérature lui est attribué en 1969 : il considère cela comme une « catastrophe » ; en fait, il rejette par là une certaine industrie beckettienne, au sens où cette récompense accroît considérablement l'intérêt de la recherche universitaire pour son œuvre. D'autres écrivains s'intéressent à lui, et un flot constant de romanciers et de dramaturges, de critiques littéraires et de professeurs passent par Paris pour le rencontrer. Son désarroi de recevoir le prix Nobel s'explique aussi par son désintérêt pour les mondanités et les devoirs qui y sont liés. Son éditeur Jérôme Lindon va tout de même chercher le prix, dont il distribue le montant de la dotation à ses amis. Fin de vie. Les dernières années sont marquées par la disparition de nombreux amis, et le besoin de solitude. Sa production littéraire reflète cette situation personnelle mais sans apitoiement, avec des personnages orientés vers l'examen. Ainsi "Mal vu mal dit", évoquant sa mère, et appréhendant la disparition de Suzanne, ou "Solo" décrivant un mur de photographies de famille. Suzanne Beckett, son épouse, décède le . Samuel Beckett, atteint d' et de la maladie de Parkinson, part dans une modeste maison de retraite où il meurt le 22 décembre de la même année. Il est enterré le au cimetière du Montparnasse ( division), dans une tombe aux côtés de son épouse, . Vers l'abstraction en littérature. Le cheminement d'artiste de Beckett est décrit en particulier par quatre critiques proposant des analyses complémentaires sur l'évolution de son écriture. décrit les conditions de narration et d'énonciation ; Gilles Deleuze met en évidence trois niveaux de langage, et l'intervention de formes musicales ; Pascale Casanova étudie l'auto-référence comme une voie vers l'abstraction et pour concilier les deux directions de la recherche beckettienne, le langage et la forme, elle évoque ; enfin Lassaad Jamoussi montre comment Beckett radicalise le dépouillement du langage. L'aporie initiale. Dès 1937, Beckett annonce dans une lettre l'entreprise langagière dans laquelle il souhaite s'engager : . Cette déclaration définit son ambition esthétique, qui le conduira progressivement vers l'abstraction. En conduisant son intellect vers la création d'un monde abstrait où il n'y aurait plus rien à perdre, cette voie lui permet aussi d'assumer son radicalisme spirituel mais en évitant toute réaction émotionnelle. Une telle ambition formelle est sans précédent en littérature, où elle opère une subversion de ses fondements, dans une démarche s'appuyant sur la recherche esthétique déjà réalisée en peinture, et sur les procédés de la musique contemporaine. Ludovic Janvier souligne la présence dans toute l’œuvre de et propose, comme métaphore de cette obligation de parler, la contrainte, l'impulsion première donnée au bébé à la naissance pour ouvrir la bouche, commencer à respirer une « nourriture aérienne » : la parole, qui vous « soulage sans fin » et qui s'opposerait au . En effet, Beckett avait entrepris une psychanalyse en 1935, qui révèla des souvenirs d'étouffement liés à la naissance : . Au début des années 1960, il entreprend ainsi une démarche formelle au sein de la littérature. Il est convaincu qu'une forme émergera et . Il ne faut cependant pas concevoir son travail d'écriture comme l'accomplissement d'un projet maîtrisé par avance, mais plutôt comme un "Work In Progress" à la manière de Joyce, opérant par ruptures, mais aussi par mises au point successives. Dans la progression des premières œuvres aux dernières pièces, au fur et à mesure que le processus de réduction et d'abstraction de l'écriture accroît le pouvoir d'évocation, musicale ou visuelle, du texte, l'écriture de Beckett se rapproche de la peinture et de la musique, et fait de l'élaboration du récit ou de l'image théâtrale un travail plastique de plus en plus tangible. Décomposition du moi et du réel. Dans ses premiers romans, Beckett fait encore intervenir un narrateur extérieur, d'abord omniscient (), puis, plus ambigu, subordonné au personnage ( et ). Cependant, il peine à être publié et son audience reste encore confidentielle, aucune reconnaissance artistique ne vient justifier ses choix esthétiques ou littéraires. Mais lors d'un séjour en Irlande en 1946, « tout devient clair » pour lui, comme il le raconte en 1958 dans : Beckett n'explicite pas la nature de cette solution, mais ses essais critiques et sa correspondance montrent que c'est en considérant les questions formelles posées, et les réponses apportées, par les peintres d'avant-garde, qu'il a pu sortir de l'aporie littéraire dans laquelle il était enfermé et rompre avec les évidences de la représentation. Gilles Deleuze considère que Beckett utilise à ce moment un premier niveau de métalangage « Langue I » exprimant une imagination (production d'images) encore entachée de raison, une langue , culminant avec , dont il dit cependant quelques années plus tard Dans les ouvrages suivants (, ), le personnage devient son propre narrateur et adopte le "je" du monologue, puis est évincé du discours comme une entité inconsistante. Gilles Deleuze remarque que dans , , ce qu'annonce d'ailleurs explicitement Beckett : . Au refus de l'intériorité psychologique, Beckett ajoute celui des métaphores , et de la transcendance. Il n'est plus question de constituer un univers fictif, mais de s'interroger sur la possibilité de la narration. Le langage est reconnu impuissant à décrire le réel et à rendre compte de soi, le "je" est un sujet grammatical sans substance psychologique, le discours est décomposé, « poussière de verbe ». La voix qui s'écoute se taire. Avec l', Beckett reste dans la continuité de ses innovations précédentes, mais les radicalise. Il attaque les conventions littéraires restant encore, considérées comme fondements de l'« effet de réel ». Les premières lignes du roman () mettent en cause les repères spatio-temporels de la création littéraire. Gilles Deleuze identifie dans l' un deuxième niveau de métalangage, « Langue II », procédant non plus avec des noms mais avec des voix, et une imagination débarrassée de la raison mais encore dépendante de la mémoire Mais une telle Une critique de Maurice Nadeau à la sortie du livre, comprend et explicite la recherche que Beckett poursuit avec l"'Innommable" et Beckett l'en remerciera chaleureusement : Beckett cherche ainsi à opposer une « littérature du non-mot » à la démarche inverse de Joyce d'apothéose du mot. Mais cette recherche, constitue, avec les et jusqu'à , une nouvelle impasse pour Beckett : . Il cherche la forme la plus faible, la plus proche de l'expression du rien, le pire, le moindre, la voix qui s'écoute se taire mais . Avec les "Textes pour rien", qui il tente de sortir de cette impasse, et Ludovic Janvier explique que ces textes ne sont pas "pour rien" mais qu"'ils ont le rien pour sujet". Dire l'échec à dire. Plus de sujet, plus de contenu, presque plus de signification, c'est l'impossibilité d'écrire qui doit devenir l'objet de l'écriture, il n'y a plus à dire que et Beckett reprend à son compte la réflexion qu'il avait décelée dans certains tableaux de Braque, ressemblant à . Mais il doit pour cela trouver d'autres dispositifs littéraires, et il se tourne vers le théâtre, où la scène dispense le discours d'indiquer textuellement le processus énonciatif, et permet une nouvelle épuration littéraire par un ascétisme dramaturgique et par l'évidement du discours scénique. Les grandes et premières pièces (, et ) ne contiennent pas d'intrigue (il s'agit surtout de meubler une attente), ont un espace simplifié, les personnages sont rares et réduits à leur parole puisque sur la scène particulièrement, , et le langage se substitue même parfois à l'enveloppe corporelle. Alain Chestier décrit les dernières étapes de l'écroulement du langage. Le vacillement, dans la syntaxe et la sémantique, avait débuté dans "Oh les beaux jours" . Il s'accroît dans les pièces suivantes (, et ). Le langage achève de se disloquer avec dans un discours décousu, des répétitions de syntagmes nominaux ou de propositions participiales, un discours non daté, sans mode, sans aspect, ni objet ni sujet, discours intérieur des voix du silence. Dans , , et le parleur se retrouve finalement seul avec sa voix dans : . La ritournelle des images. C'est dans , qui totalise selon Pascale Casanova l'ensemble de ses innovations littéraires précédentes, que Beckett approche le mieux (le pire) l'objet de sa recherche, de son processus d'« abstractivation ». Au bout de cette révolution formelle, pour laquelle , Beckett a « tant bien que mal » abstrait le langage, jusqu'au point où il n'y a « plus moyen ». Déjà dans , qui est en quelque sorte le discours préliminaire à son œuvre ultérieure, Beckett évoquait (voir encadré). Pierre Longuenesse souligne cet effet d'abstraction, lorsqu'il évoque l'influence de la musique devenue un principe structurant, dans , pièce très formaliste, fragmentée en trois voix, monologues eux-mêmes fragmentés par des silences. Cette pièce, , et produit une musique concrète de bruits et de mots. (pièce sans paroles) peut être vue comme une « fugue de mouvements ». La critique utilise ainsi fréquemment des termes musicaux pour désigner littéralement ou métaphoriquement la structure des pièces. Gilles Deleuze propose de voir une étape littéraire ultime dans l’œuvre théâtrale tardive de Beckett, avec par exemple , et , pièces proches du ballet, où dominent les images (visuelles ou auditives), associant sans hiérarchie son, lumière, mouvements, au langage, avec le développement d'un imaginaire sonore et musical dans les textes. Les pièces du recueil "Quad" constituent des « ritournelles d'images » mettant ainsi en œuvre un troisième niveau de métalangage, la « Langue III » de Gilles Deleuze, celui des images sonnantes et colorantes, que Lassaad Jamoussi appelle langue picturale et que Beckett maîtrise de plus en plus dans les œuvres les plus tardives. Ce sont des "parmi les ombres appesanties" avec . La choseté et le non-mot. Les que Beckett perçoit dans l'art pictural, révélant les tensions internes de l'artiste, sont également la problématique essentielle de sa création littéraire. La réalité est constituée en chaos, et l'enjeu de son œuvre, comme de ses amis peintres est de . Mettre en forme des objets dans l’œuvre d'art, en littérature comme en peinture, c'est poser un leurre, et Beckett est là aussi en accord avec Malevitch : Pour échapper à l'illusion mensongère d'une possibilité de représenter le monde, l'artiste doit créer une œuvre d'art . L’œuvre d'art est alors de fait un agrégat de détails rebelles qui se donnent à prendre et non à comprendre, chacun étant indépendant causalement des autres, mis dans un rapport d'interférences, de superpositions, de contiguïté. Beckett considère, en prenant exemple sur la peinture, que . Tous ces détails (objets de la peinture ou de la littérature, issus de la ) sont issus du même effort de représentation et du même désarroi dans l'impossibilité d'être représentés, caractérisant la « choseté », et Beckett leur affecte une couleur indistincte entre le « noir clair » et « blanc sombre ». C'est cette « choseté », concept final résumant la quête théorique de Beckett, qui, en se substituant au principe de représentation, permet au récepteur de se mettre en symbiose avec l’œuvre : . Ainsi que l'exprimait déjà Proust, . Dans sa propre création littéraire, Beckett met en œuvre ces principes que la peinture a élaborés, son projet poétique est de présenter ce monde, mais . Beckett rejoint Merleau-Ponty pour considérer que seule une vision polysensorielle évite de figer et appauvrir l’œuvre d'art, en retardant la prise de conscience de l'objet par une démarche qui sinon serait réductrice et univoque. La vision polysensorielle (musicale, picturale) du Rien, a un potentiel de surpuissance créatrice (puisqu'il ne s'agit pas d'une imitation du réel) qui se dissémine dans les textes et les pièces de Beckett : le chaos, caractérisé par le Choseté, est le matériau de sa création. L'indistinct de cette choseté permet à la prose artistique d'être une pensée positive de l'indistinct. Selon Lassaad Jamoussi, . Les images tiennent lieu de pensée dans le projet poétique de Beckett (), et sont, avec la voix des dernières pièces radiophoniques et télévisuelles, l'objet du discours en même temps qu'un élément narratif. « L’œil écarquillé », qui est alors scène et spectateur de tout, accède au statut de personnage, et le discours lui-même se présente comme une sorte d'image, brille et s'éclipse : . Les figures sont des personnages conceptuels. Ce n'est plus seulement l’œil qu'il faut écarquiller afin de faire, d'avoir, l'image, ce sont les mots qu'il faut réinvestir : la main qui écrit se substitue à l’œil qui voit, pour « écarquiller la langue » et retrouver derrière les concepts les mots, et derrière les mots, les images. Selon Saussure, . Dès qu'on donne une forme verbale aux phénomènes inintelligibles, qu'on donne des mots aux choses, les phénomènes deviennent des images dotées de signification. La poétique beckettienne cherche à s'en affranchir, et se caractérise par cette recherche de langages nouveaux transgressant la raison commune, se libérant de tout ancrage dans un espace-temps, et s'affranchissant par là d'une nécessité de produire du sens. Tout en utilisant des mots, ils se rapprochent des procédés de la peinture (reptation, formes...) pour atteindre, chez le lecteur, non pas son intellection, mais ses facultés sensibles. Les formes littéraires. Poésie et poétique. Beckett, poète. En , un éditeur interroge Beckett en reprenant la question posée par Hölderlin à propos des poètes : "" ? Mais à propos de la poésie comme du théâtre, Beckett refuse de fournir des réponses sur l'utilité de l'écriture poétique ou sa signification sociale ou morale. Il ne s'intéresse qu'à , et les derniers mots de sa dernière œuvre, un poème écrit quelques mois avant sa mort, sont : "comment dire". Les poèmes de Beckett ne représentent que trois des volumes des Éditions de Minuit, mais la poésie est présente partout dans cette œuvre protéiforme. Dès sa jeunesse d'écrivain, ami de Thomas McGreevy, il aborde la poésie, se plaçant dans une filiation de Yeats et de James Joyce. L'œuvre est dominée par les textes courts, où Beckett s'exprime par la forme et par l'image, , son projet est de susciter des affects puissants par des images saillantes et . L'enjeu de sa réflexion littéraire est de parvenir à un texte qui soit ni prose ni poème, ou prose et poème à la fois, et c'est finalement l'ensemble de l’œuvre qui est un vaste poème, pourtant Beckett n'existe pas en tant que poète dans les anthologies ou dans les livres consacrés à la poésie, probablement parce qu'. Les poèmes. Les Éditions de Minuit ont publié trois volumes désignés comme recueils de poèmes. La poésie en prose. Selon Ludovic Janvier . Ainsi : La poésie dans la prose et le théâtre. On peut citer en particulier : Pourtant Beckett estimait la poésie incompatible avec le théâtre : . La poétique de Beckett. L'Irlande fournit des paysages de désolation où ses créatures déambulent sans pouvoir s'en évader, et les mots sont issus de grands système de signification ("Purgatoire" de Dante pour "Le dépeupleur", la Crucifixion pour "Bing"…). L'aporie et l'aposiopèse sont employées pour représenter faisant dire à Benjamin Britten que ces figures de style donnent à la langue de Beckett . Le style est sans emphase, au profit d'un prosaïsme dépourvu d'adjectifs, les phrases nominales prolifèrent dans des textes proches d'un discours didascalique, entraînant parfois le texte presque vers le silence. Poésie du prosaïque, poésie brisée dans un rythme brisé, une cadence syncopée. Les métaphores ne sont pas descriptives (le caractère descriptif des métaphores employées par Baudelaire dans le poème "Les phares" l'avait empêché de traduire ce poème), et elles postulent pour leur compréhension non pas un dictionnaire, mais une encyclopédie, faisant référence à des lieux communs propres à l’œuvre de Beckett dans son ensemble. En quête de nouveauté et d'originalité, le langage chez Beckett perd sa nature représentative et ne peut plus assurer sa fonction traditionnelle de communication et d'expression. : la démarche esthétique de Beckett rejoint celle de Malevitch et la radicalise, pour . Œuvre théâtrale. Les prémices. Beckett s'intéresse au théâtre depuis ses années d'étudiant, lorsqu'il découvre le théâtre irlandais avec John Millington Synge et le théâtre français avec Racine alors qu'il manifeste une aversion pour Corneille. Il présente Racine en 1930 à ses étudiants de Trinity College où il est maître de conférences de français, et il revendiquera toujours son influence sur sa propre écriture théâtrale. C'est pendant cette période à Dublin qu'il aura son unique expérience d'acteur, dans une pochade d'étudiant sur le thème du Cid (« le Kid »). Avant Godot, Beckett entreprend d'écrire deux autres pièces : "Human Wishes" dans les années 1930, inachevée, et en 1947, jamais jouée. Quand il écrit , il n'a donc encore aucune expérience théâtrale : , et Jean Martin qui fut "Lucky" à la création de "Godot" avoue . La pièce, mise en scène par Roger Blin, obtient un succès critique (Armand Salacrou, Jean Anouilh, Jean Duvignaud) mais déclenche des polémiques. Le scandale, que ni Beckett ni Blin n'avaient prévu, assure cependant le succès de la pièce qui reste à l'affiche pendant des mois. Beckett passe du statut confidentiel de poète et romancier irlandais à celui d'auteur de théâtre d'avant-garde et sa réputation de critique et théoricien littéraire se renforce par son refus de toute explicitation de son œuvre. Il prend alors beaucoup d'assurance vis-à-vis du phénomène théâtral qu'il ne connaissait pas mais « devinait superbement », et Roger Blin qui a mis en scène le premier "Godot" au Théâtre de Babylone va le faire connaître dans le milieu des petits théâtres de la rive gauche où il trouvera sa consécration d'écrivain mais aussi réalisera son initiation de praticien du théâtre. Le réseau professionnel et amical de Roger Blin lui ouvre ensuite les portes de théâtres plus importants comme à Paris le Théâtre de l'Odéon mais aussi à l'étranger, surtout Londres et Berlin, les plus ouverts à l'écriture française d'avant-garde. Il reste pourtant encore un auteur irlandais, proche de Synge, et dont les pièces sont destinées à de petites salles. Beckett reste cependant toujours en retrait vis-à-vis du public, et n'assiste jamais à une représentation publique de l'une de ses pièces, laissant parfois Suzanne, sa femme, y assister. Une seule fois il assiste à la première, au Schlossparktheater de Berlin en 1953, et accepte de venir saluer le public. Le directeur général raconte : . Beckett artiste théâtral. Les précédentes tentatives d'écriture théâtrale, en particulier "Eleuthéria" achevé mais jamais joué, sont purement littéraires, alors que les didascalies sont très nombreuses dans "Godot", révélant la préoccupation de l'auteur pour la dimension scénique de son œuvre. Ces didascalies reflètent la confusion initiale qui fut la sienne, entre la vision préalable de l'auteur, et la réalisation scénique, mais dont il prend rapidement conscience . Les pièces de Beckett ont une tonalité philosophique qui met les acteurs et les metteurs en scène à la recherche d'un sens : , interprétations que découragent systématiquement le texte, par l'épanorthose, et l'auteur lui-même, qui refuse de fournir interprétation et refuse toute herméneutique. Il se crée ainsi , et la présence de l'auteur devient indispensable pour donner aux acteurs les indications nécessaires. La création de "Godot" en 1953 l'amène ainsi à s'intéresser à ce processus de la création théâtrale à partir du texte de l'auteur. Il assiste d'abord aux répétitions, et Roger Blin l'initie à cet art. En 1958, il conseille Georges Devine à la création à Londres, puis est assistant de Blin à l'Odéon en 1961. En 1966 il assure seul la mise en scène de "L'hypothèse" de Pinget puis celle de et sera dès lors en mesure de mettre en scène ses propres pièces. Son implication dans la mise en scène l'amène à réduire les didascalies dans les pièces suivantes, et, inversement, c'est la mise en scène qui devient nécessaire pour finaliser le texte. En 1956, pour "Fin de partie", il précise ainsi . D'autre part, son travail avec Blin l'amène à prendre en compte le travail sur le corps rendu possible par la mise en scène, et il entreprend, après "Godot", d'écrire un mime, le "Mime du rêveur", qui reste cependant inachevé. Beckett se révèle alors être aussi un artiste du théâtre, capable de créer des images puissantes et souvent ambiguës, et il est également sollicité par Robert Pinget qui lui demande en 1966 de mettre en scène sa propre pièce, l"Hypothèse" : . James Knowlson évoque . Il est prêt, à l'occasion de la mise en scène de ses pièces traduites (en allemand, en anglais, en français), à apporter des modifications importantes les versions déjà publiées, sur la base des données concrètes mises en lumière par le travail scénique. Il s'agit généralement d'aller vers un amoindrissement par des suppressions, mais aussi d'un travail sur la dimension « musicale » du texte, en établissant des rythmes ou des structures de mots et de sons. Pour Beckett, la mise en scène n'est donc pas simplement une nouvelle représentation de quelque chose contenu dans le texte, mais c'est surtout l'occasion de lui donner une forme visuelle et sonore. Elle devient pour lui un moyen de prolonger, par une coopération auteur / metteur en scène avec lui-même, son projet artistique par la création théâtrale. Il produit également par ce travail scénique, comme par la traduction, des variantes littéraires qui ne sont pas des désaveux des versions précédentes, ni des équivalents littéraires, mais des textes nouveaux, par re-création. Le rapport direct au théâtre devient alors un élément crucial de son activité créatrice, après un « épuisement » de sa création narrative. Comédiens ou interprètes. Beckett redoute de voir des interprétations occulter les enjeux internes de ses pièces, ce qui n'est pas dénué de fondements puisque Jean-Paul Sartre regrettait que "Godot" soit une pièce "bourgeoise" parce que sans références aux réalités sociales, et que Bertolt Brecht a envisagé de transposer les personnages de "Godot" dans un contexte politique : Estragon en prolétaire, Vladimir en intellectuel, etc. Cette crainte, et son refus constant d'expliciter le sens de ses pièces, sont à l'origine d'incompréhensions récurrentes entre Beckett et les comédiens ou les autres metteurs en scène. Il demande aux comédiens de se concentrer sur le jeu corporel, sur l'effectuation du discours, pour les détourner de toute posture intellectuelle et éviter toute tentation rhétorique ou herméneutique, et ainsi éviter de parler du sens. Ses personnages sont des figures qui se précisent par le travail scénique, comme il l'indique à Carlheinz Caspari qui met en scène "Godot" à Bonn : . En laissant le sens dériver au gré de libres associations, on obtient , et que Beckett refuse au metteur en scène, mais aussi au comédien qui substituerait son "roman" au texte de l'auteur. Il veut laisser cette liberté au spectateur. Les enjeux d'interprétation au sujet du matériel de la mise en scène, ou du décor, sont également évacués : , c'est d'ailleurs ce que proclamait Molloy qui n'étant porteurs d'aucun sens, ne peuvent donner le prétexte à interprétation. L'énoncé du texte tend finalement à être distinct du personnage-figure, et Beckett envisage même d'aller jusqu'à une disparition du comédien : Ici et maintenant, le moindre. Le théâtre de Beckett est engagé, selon Jean-Baptiste Frossart, dans une rupture totale avec les règles du théâtre traditionnel, en revisitant et radicalisant en fait la règle des unités. Beckett imite en cela Racine, dont il admire la simplicité, qui représente dans Bérénice un monde statique, préservé de tout changement, et dont il remarquait que . Pour Beckett, l'environnement du drame, c'est la scène elle-même, et la première qualité des personnages est d'être "en scène", irrémédiablement présents, jouant à être des acteurs : . En éliminant les références temporelles il refuse de sortir de et déroute le spectateur. Les personnages sont incapables de se situer au sein d'une histoire et n'ont pas d'autre activité qu'attendre et meubler l'attente : . Vladimir et Estragon attendent Godot, Hamm et Clov attendent que ça finisse, Winnie attend la fin de la journée. Attentes sans objet, dont l'action est donc "a priori" exclue. Dans les pièces télévisuelles, Beckett rejette même la notion classique de « personnage en action » du drame, l'attention est concentrée sur un visage ou simplement une bouche dans des pièces très courtes, où une voix intérieure incarne une image très concentrée de l'existence et où l'action est remplacée par une intensification des tensions : . Pour Beckett, tout est déjà dans le texte : et . Le lieu est le décor, et il propose même à Blin de remplacer certains éléments du décor par des pancartes "ceci est un arbre" ou d'intégrer dans le texte l'information sur le décor. Il s'oppose à toute théâtralité, qu'il stigmatise par le terme de "wagnérisme" : . Il refuse ainsi la cohabitation des arts, par la présence de musique ou de peinture sur scène, sous forme de musique de scène ou de décors peints, qui seraient de l'esthétisme, un simple « agrément », voire « un pénible contresens ». . Au bout de l'amoindrissement se trouve « le moindre », qui n'est pas seulement un amenuisement mais : il ne s'agit donc pas d'un art minimaliste mais de l'invention d'un spectaculaire dénué des fastes wagnériens, et . Plus aucune transcendance ne peut intervenir sur scène, et la « parole vaine » des personnages n'est pas une façon de combler le vide, mais c'est ce qui permet au rien de se dire et de se montrer dans des figures. Le théâtre beckettien. Beckett se situe dans une évolution, et peut-être à son terme, de la forme théâtrale. Le théâtre avait vu la mort de la tragédie et l'avènement du drame, le théâtre psychologique s'imposant, et remplaçant le cadre mythique de la représentation classique par un ancrage contextuel des pièces et par un approfondissement psychologique et social. Au contraire de cette tendance, Beckett s'inscrit dans la tradition racinienne et décontextualise ses pièces par un temps et un lieu vagues. Le dépouillement et le « style humble » de ses mises en scène suggèrent une tragédie tout en évitant philosophie et sensibilité, dans « une construction rhétorique et poétique éblouissante ». La souffrance, tue, essentielle, reste suggérée en arrière-plan, évitant l'écueil de la dramatisation passionnelle. Le théâtre de Beckett, que ce soit dans ses premières grandes pièces ou dans les pièces suivantes, ne demande cependant pas que le spectateur soit immédiatement capable de décoder les enjeux intellectuels, parfois complexes, sous-tendus par le texte. Au contraire, le spectateur doit d'abord laisser sa sensibilité accessible à l'impact global des images, inoubliables, composées d'une manière absolument neuve d'un grand nombre d'éléments linguistiques, visuels, dramatiques. Beckett fabrique et met devant les spectateurs des objets et des figures, mais le public vient parfois au théâtre en espérant, par un mécanisme de défense contre une vérité inacceptable, qu'à la fin du spectacle il aura donné des réponses ou des remèdes (voir encadré). Les trois « grandes pièces » ("En attendant Godot", "Fin de partie" et "Oh les beaux jours", peut-être complétées par "La dernière bande") sont encore d'une facture relativement traditionnelle, celle d'un romancier venu au théâtre, et le langage repose encore sur des personnages. Mais au début des années 1960, Beckett s'engage dans un théâtre de plus en plus formaliste, accordant au visuel une part aussi grande qu'au langage, produisant un théâtre plus statique qu'actif, et plus lyrique que dramatique, mimodrames, dramaticules, ou pièces radiophoniques. Il se tourne également vers la télévision (, , , , ) où la réalisation est plus souple, avec un regard plus « féroce », plus froid. Ses mises en scène font souvent référence à des tableaux, mais il ne cherche surtout pas à contrefaire la peinture, ou à composer des tableaux sur scène. Il s'agit plutôt d'une picturalité « en sourdine », et la scène beckettienne relève de l'image et non du tableau, . Pour les trois grandes pièces, on cite ainsi, parce qu'on sait que Beckett connaissait ces tableaux, "Deux hommes contemplant la lune" de Caspar David Friedrich pour "En attendant Godot", un tableau de décollation pour "Fin de partie" : "Salomé avec la tête de Saint Jean Baptiste" de Caravage, et "Portrait de Frances Day" d'Angus Mc Bean pour "Oh les beaux jours". Pour "Fin de partie" encore, Roger Blin estime que Beckett voyait la pièce . Il s'inspire également de modèles musicaux, utilisant un vocabulaire musical de tempo et de mouvement pour « orchestrer » le langage, mais aussi pour installer le comédien dans une modélisation formelle plutôt qu'une interprétation littéraire. Dans cette évolution vers le « moindre », représente l'impasse créatrice, qui imprègne la structure de l’œuvre, et le manque est devenu le texte. Au bout de ce parcours, , pièce de trente-cinq secondes, scène dépeuplée, vestiges d'une présence humaine, . Proses narratives. Le terme « prose narrative » désigne les romans et nouvelles écrits entre en 1934 puis surtout en 1938 et les nouvelles du recueil en 1955, les textes en prose ultérieurs s'apparentant plutôt à des poèmes en prose. Cet ensemble comprend également en 1942, en 1945 et en 1946. Parmi cet ensemble, trois ouvrages forment une trilogie : (1951), (1952) et (1953) selon les indications de Beckett lui-même : . Une prose originale. Ces ouvrages sont parfois classés à tort par le public dans la catégorie du "Nouveau Roman". Mais seul Alain Robbe-Grillet tente de l'intégrer dans cette famille, contrairement à Claude Simon ; Jean Ricardou ne le mentionne pas en 1967 dans son ouvrage théorique "Problèmes du Nouveau Roman", et il n'est pas non plus inclut en 1971 au programme du colloque du Centre culturel international de Cerisy-la-Salle consacré à ces auteurs. Beckett propose en fait une refondation du « geste de la littérature » et rejette toute tradition littéraire. Il a toujours refusé une quelconque affiliation à un style, effectuant au contraire un travail progressif de démystification de la littérature par la mise en crise de l'original, du style et du langage : il ne se passe généralement rien dans ces romans et nouvelles, sauf la production du texte. Sa prose ne peut être rattachée à aucune tradition littéraire : rupture avec les anciens genres (« vieux styles ») et pas de disciples. C'est donc faute d'un concept plus adéquat qu'il faut bien appeler « romans » ou « nouvelles » ces curieuses narrations. Les textes ont en commun une forme de plus en plus abstraite, mettant en œuvre des images souvent puissantes et poétiques, au service d'une réflexion informelle et réflexive sur l’œuvre en train de s'écrire et sur l'art. Beckett y pratique souvent un mélange des genres, en insérant, au milieu d'une situation ordinaire de son roman, une référence à un « discours noble » (scientifique, moral, philosophique) produisant un effet burlesque. Cet effet d'érudition, très présente dans les premiers ouvrages de cette série de proses, risquant d'éblouir mais aussi de lasser le lecteur, se réduit au profit d'une écriture plus sensible qu'intellectuelle, avec le choix du français et la prise de distance par Beckett par rapport au style de Joyce. L’œuvre narrative est à la fois une fiction et un discours sur cette fiction, et la place du commentaire dans l'écriture de Beckett s'accroît graduellement, non seulement dans la construction du roman lui-même, mais aussi par le travail de retour sur le texte que constitue l’auto-traduction. Depuis "Murphy", puis "Watt" et "Mercier et Camier" qui marquent la transition de l'anglais vers le français avant la Trilogie en français, jusqu'à "l'Innommable", le style évolue en multipliant les répétitions et les retours, les digressions ou l'énumération obsessionnelle (l'« épuisement ») de toutes les solutions d'une situation donnée, sapant ainsi les fondements du genre romanesque. La voix et les personnages. Les aléas de la voix du narrateur constituent alors la dernière aventure romanesque, voix toujours en danger de narration, risquant de filer le coton de la fiction. Parmi les romans qui précèdent la "Trilogie", et qui forment selon Beckett lui-même une série, "Watt" représente un tournant, établissant une opposition entre d'une part le monde des hommes et des choses et d'autre part les mots. Cette opposition est ensuite approfondie dans les romans ultérieurs, où le « soulas sémantique » vient au secours de la détresse des personnages, jusqu'à devenir le sujet principal de "l'Innommable". Les personnages de Beckett sont bavards, il racontent des histoires, le plus souvent dans le registre de l'absurde et de l'insignifiant, anecdotes que chacun raconte pour passer le temps, monologues souvent si désaccordés que ce sont des monologues parallèles. Ces histoires finissent pourtant par produire du sens, et Beckett parvient finalement à exprimer quelque chose de la vie en ne disant rien ou très peu. Raymond Federman montre comment Beckett mêle pseudo-réalité et sous-fiction, et fait converger les voix de l'auteur, du narrateur et du héros, pour dénoncer l'aspect illusoire de toute fiction, ces histoires qui prétendent passer pour la réalité. Contrairement aux pièces de théâtre, les personnages des romans s'agitent beaucoup, mais en succédanés d'action, parfois comiques, souvent absurdes, insignifiantes. Personnages très peu personnifiés, difficiles à définir, beaucoup ont tendance à se confondre à travers une initiale M, ou inversée en W, et se ramènent finalement à une seule et même personne non identifiée objet de "l'Innommable", masques du narrateur. Ils vont par couples, illustrant un dilemme : autrui me permet de croire à mon existence ; autrui m'empêche d'être moi-même. Ces romans et nouvelles font intervenir de nombreux souvenirs d'enfance et de jeunesse et d'éléments personnels, pour finalement une écriture de soi, mais sans pour autant que l'auteur raconte l'histoire de sa vie, formant ainsi une « autographie ». Une esthétique du confusionnisme. bien qu'il ait lu de nombreux philosophes, J.-F. Louette le rappelle, cette remarque est valable aussi bien pour la prose que pour l’œuvre théâtrale, Beckett décourage toute interprétation définitive en interdisant de les prendre au sérieux. Dans les premiers ouvrages, il affiche avec une érudition bouffonne et sûre, mais sans se soucier des conventions, des références et allusions à des spéculations philosophiques diverses (Descartes, Geulincx, Vico, Schopenhauer...) par des persiflages, collages et transpositions caricaturales. Les ouvrages suivants font appel de plus en plus aux figures rhétoriques, qui deviendront habituelles, pour créer la confusion : épanorthose, humour, et syllepse de sens. J.-F. Louette recense par exemple pour "Molloy" cinq interprétations proposées par des auteurs critiques, avant de suggérer la sienne en synthèse, selon laquelle Beckett propose un « non-savoir paisible », forme de renoncement à la sagesse, qui serait la forme ultime de la sagesse. Ce qui pourrait échapper à la confusion et au désastre du savoir érudit, Beckett le dégrade encore par le burlesque et la trivialité, comme le souligne Adorno, et Beckett fait ainsi subir à la philosophie une « métamorphose prosaïque » donnant aux spéculations abstraites une dimension de banalité quotidienne, athéisme artistique qui rejette toute croyance en un au-delà littéraire, pour une refondation matérielle du geste de la littérature. Le narrateur beckettien, aux prises avec les mots, n'a de cesse de ruiner sa crédibilité, contribuant ainsi au discrédit du sens, et ce narrateur problématique devient le sujet de l’œuvre, d'un récit en train de s'écrire, avec l'ambition d'une littérature entrant dans l'âge de l'abstraction pour exprimer la vie en ne disant rien, ou très peu. Beckett n'écrit aucune fin dans son œuvre, radicalisant ainsi l'idée d'un « work in progress », mouvement de poursuite d'un ouvrage à l'autre. Cette voix, . Effet de ressassement et d'épuisement du dernier ouvrage en prose, "L'Innommable", « ton fiévreux » où il semble que la voix dise toujours la même chose, c'est-à-dire rien ou un « presque rien » dans un mouvement qui se dérobe constamment à sa propre fin, laissant ainsi indécidables, faute de sens, toutes les interprétations. Beckett enferme ainsi dans sa dialectique le lecteur, pris dans sa quête d'un sens à donner à ces fictions, prétention à la vérité que les images employées peut susciter, mais qui lui est refusée dans le même temps, et le jeu poétique apparaît comme un échec incessant de la quête de vérité. Mais le lecteur qui se convainc alors que ces interprétations qui s'imposent à son esprit lui sont en fait interdites par le texte, et qui se rabat sur une lecture purement abstraite des romans, se heurte encore à cette injonction de Beckett : « imagination morte, imaginez », puisque l'esprit humain est ainsi fait qu'il ne peut s'empêcher de donner du sens. On dirait du Beckett. Une grammaire particulière. Les allers-retours de Beckett entre les deux langues, anglaise et française, font naître un « ton beckettien », tiers-langage neuf incorporant en l'infléchissant le génie propre à chacune. Dans sa recherche d'une abstraction dans la littérature, Beckett porte dans ses romans ce langage à une sorte d'apothéose non pas en tendant vers le silence comme dans ses textes ultérieurs, mais en exploitant toutes ses ressources en l'absence de choses à exprimer ou à raconter. . Oralité feinte, par l'ordre de la phrase, ou par les répétitions, phrases nominales, commentaires méta-énonciatifs ou d'impuissance devant le langage, récits désorganisés par du spontané, ou des digressions incontrôlables. La langue de Beckett est « sans style », minimaliste : de longues phrases parataxiques, complexes mais non subordonnées, ponctuées de virgules, à l'époque où il se libère, dans ses romans, de l'influence de Joyce pour créer une « littérature du non-mot » qu'il souhaite. Pourtant, malgré les apparences, la langue de la prose de Beckett n'est pas simple, et chaque ouvrage oppose à la lecture une résistance en raison d'une grammaire particulière, fondée sur des règles que le lecteur doit discerner. . La ponctuation. L'étude des variantes de ses écrits montre que Beckett apportait un soin particulier à la ponctuation, pour imposer le rythme à la lecture et produire les effets rhétoriques ou stylistiques recherchés. Sa prose narrative fait apparaître certains écarts par rapport aux usages, habituels en français et reconnus par les grammaires normatives : présence plus fréquente de virgules en fin de phrase, plus rare en début de phrase (relevée par Karine Germoni) ; usage ou absence inhabituels de points d'exclamation (relevés par Georges Mathieu). Le lecteur français perçoit automatiquement ces écarts et identifie la motivation de l'auteur. Beckett s'écarte généralement de l'usage majoritaire, et recommandé en français, de l'exclamation, pour des raisons métadiscursives et réflexives, surtout dans les trois romans de la "Trilogie". Après des termes tels que "ah", ou "quel", une absence de point d'exclamation donne au lecteur un sentiment de monologue intérieur, où l'intonation est généralement considérée comme absente. Cette absence produit également une exclamation à demi-étouffée, avec là encore un effet d'épanorthose. Cet usage de Beckett, comme son refus d'utiliser des points de suspension, peut aussi être de sa part un refus d'un usage pléonastique, lorsque le contexte ne permet pas l'équivoque. Beckett utilise par contre toujours le point d'exclamation pour souligner un effet de réduplication, lorsqu'il répète des termes déjà employés dans la phrase précédente, cet usage étant assez courant dans sa prose. Les dernières proses. Les textes en prose de la seconde période de Beckett sont ceux écrits après "Godot" et "Fin de Partie", alors qu'il compose également des œuvres de genres très divers : poèmes, pièces radiophoniques, télévisuelles ou théâtrales, scénarios. Les versions anglaises de trois de ces textes en prose ("Compagnie", "Mal vu mal dit", "Cap au pire") ont été regroupées en une seconde trilogie sous le titre "Nohow On" par ses éditeurs américain (Grove Press) et anglais (Calder), malgré l'opposition de l'auteur mais cette présentation est reprise ensuite par beaucoup de critiques. Les textes de cette période, qui rassemblent également "Comment c'est", "Soubresauts", et les "Foirades", ont cependant peu de chose en commun dans leur forme : certains sont écrits en anglais, les autres en français, dans une grande diversité formelle et avec des techniques d'écriture non comparables. Après l'exubérance baroque de la première période, ces textes constituent une œuvre plus resserrée, de plus en plus brefs : en 1961 "Comment c'est" compte 257 pages, "Compagnie" 88 pages en 1979, et "Soubresauts" seulement 28 pages en 1989. Au-delà de cette épure formelle, une certaine unité thématique apparaît cependant. À travers un nombre limité de mots ressassés et quelques images obsédantes, on atteint . Il s'agit encore de récits qui sont en même temps des réflexions sur ces récits mêmes : . Le thème de l'écriture se resserre autour de l'expérience du deuil et de la mélancolie . Les personnages sont souvent des vieillards. À force de chuter, ils sont réduits à l'immobilité, dénuement ultime et l'écriture fragmentaire constitue une mise en scène de cette perte. Par son degré de compression, une part de l'œuvre reste obscure au lecteur, et sa lecture devient une expérience de cette mélancolie : dans ces tragédies dépourvues d'action, . Interprétations sauf erreurs. Épanorthose mais sentiment de sens. Dans , Clov et Hamm évoquent le risque de la signifiance (serions-nous en train de signifier quelque chose ?), en présence d'un intelligence susceptible de les surprendre. Par l'épanorthose, ou plus explicitement, chaque ouvrage tourne en ridicule les tentatives de comprendre ses enjeux. Pour Beckett c'est même l'épanorthose qui semble être la « chose à dire » et Bruno Clément souligne que et invalide toute tentative herméneutique. Toutes les interprétations sont généralement possibles, y compris l'absence de sens, mais chaque interprétation devrait être accompagnée de la mention : "sauf erreur". Beckett s'est ainsi toujours opposé à fournir une interprétation à ses œuvres, citant Proust , et n'a même jamais laissé entendre que ses ouvrages puissent faire l'objet d'interprétations philosophiques (sans pour autant affirmer explicitement le contraire). Dans une lettre à Michel Polac qui l'interrogeait en 1952 à propos de , il exprime très clairement ce refus : Il décourage ainsi toute démarche herméneutique, mais est encore plus explicite sur le principe même d'un symbolisme : . Tout au plus évoque-t-il en 1967, et à contre cœur, deux pistes lors d'un entretien : . L'abstention suprême est ainsi ce . Sur l'exemple de , Martin Mégevand estime malgré tout que le projet de l’œuvre semble être de susciter chez le lecteur (au-delà de l'ironie toujours présente dans la représentation) et produisant un « sentiment de sens » qui continue de hanter le lecteur une fois refermé le livre. Les chercheurs du "Dépeupleur". Dans une étude sur , Antoinette Weber-Caflisch montre que ce texte peut être « interprété » comme une allégorie de la lecture interprétative, Beckett y évoquant ce que le lecteur peut, ou doit, attendre quant à une éventuelle interprétation de ses textes. Dans "Le Dépeupleur", Beckett met en scène, à l'intérieur d'un cylindre, un « fonctionnement », et un « personnel », et ce texte serait auto-référentiel car une partie des agents constituant le personnel, et qui s'appellent les « chercheurs », pourraient symboliser le lecteur obsédé par la quête d'un sens. Or Beckett ajoute deux précisions relatives à la quête de ces chercheurs : et, comme le remarque finement Antoinette Weber-Caflisch, on peut dire qu'à l'intérieur du cylindre où ils restent confinés, . Ces chercheurs seraient alors une image en abyme des lecteurs, lorsqu'ils tentent d'accéder par des échelles à des « niches » pour y loger des hypothèses de lecture, alors que le texte, abstrait, se refuse à toute interprétation. Le lecteur pourrait alors tenter de se convaincre de cette impossibilité d'interpréter le texte, mais Beckett lui refuse même cette sortie, considérant que l'esprit humain est ainsi fait qu'il ne peut s'empêcher d'interpréter : . Comme tous les ouvrages de Beckett, "Le dépeupleur" défie la vraisemblance, n'est pas une vision réaliste du monde. Il se termine sans s'achever, donc sans épuiser les possibles de sa signification. Antoinette Weber-Caflisch propose ainsi douze interprétations possibles pour ce seul texte, qui semble même fait pour les "susciter". L'écriture de Beckett mobilise ainsi moins d'énergie pour créer le sens que pour empêcher sa détermination. Il crée . Sauf erreurs. Beckett refuse particulièrement la qualification de « théâtre de l'absurde » et Alain Badiou repousse les interprétations habituellement attachées à l’œuvre de Beckett : , avant de proposer lui-même sa propre interprétation de cette œuvre. Dans , certains « chercheurs » sont qualifiés de « vaincus ». Alain Badiou souligne cependant, comme Antoinette Weber-Caflisch, que les chercheurs vaincus ne sont pas défaits de n'avoir pas trouvé, ou défaits par quelqu'un d'autre, mais d'avoir renoncé à leur recherche, à leur désir. Badiou "interprète" ainsi le "Dépeupleur" : pour ceux qui malgré tout, après avoir renoncé, désireraient désirer de nouveau, la défaite est cependant réversible, car si le désir s'amoindrit ou s'annule, ce choix de renoncer détruit tout, mais la "possibilité" reste indestructible car l'esprit humain ne peut se soustraire à cette injonction : "Imagination morte, imaginez". Son œuvre est gonflée de signification, mais si la motivation originaire de Beckett a été affective, elle n'en laisse plus rien paraître. Le sens en est étroitement solidaire de ses choix formels, et s'épuise avec eux, mais son but est d'. Elle est devenue un produit intellectuel d'où sont chassés l'intuition et les battements de cœur du « vieux style », et affiche un « non-savoir ». Si l’œuvre de Beckett peut avoir non pas une signification mais une influence, c'est pourtant bien dans le domaine de l'éthique. Eoin O'Brien, médecin, exprime ainsi cette influence : . Autres aspects de l’œuvre. Le bilinguisme. Le bilinguisme distingue cette œuvre de toutes les autres et en constitue l'essence même. Le projet d'écrire, avant même d'écrire, prend en compte cette composante. En 1937 déjà Beckett écrivait en allemand à un destinataire germanophone et Joyce lui avait conseillé de lire Vico : . Ces questions sont présentes également chez Barthes ou Blanchot, mais Beckett y apporte une réponse originale avec le bilinguisme. Joyce se démarque de l'anglais par le lexique, alors que Beckett choisit de travailler sur la syntaxe. En 1945, , écrit en anglais, est une œuvre académique, raffinée, et apparaît à Beckett comme une impasse littéraire. Il choisit alors de se détourner de l'anglais, coupable de maintenir l'ancien ordre littéraire, et qui représente . De plus sa véritable langue maternelle est le gaëlique, et il pourrait dire de l'anglais, comme Joyce, . De l'irlandais, il gardera sa faconde et l'humour, parfois de mauvais goût. Doué d'une extraordinaire faculté à assimiler les secrets d'une langue, ses dons linguistiques sont remarqués dès ses années d'étudiant à Trinity College, et il n'éprouve aucune difficulté à s'exprimer en français (ainsi qu'en allemand et en italien). Déjà en 1937 il écrivait des poèmes en français, en 1939 achevait la traduction de son premier roman, , et il choisit cette langue comme moyen d'expression. Il affecte cependant en français une maladresse fondamentale, un langage voué à manquer l'essentiel, maladroit, faible, simple, familier, hésitant, mais qui se corrige et se moque de son ignorance. Beckett répond parfois par des boutades () lorsqu'on l'interroge sur les raisons de l'écriture en une langue étrangère. Michael Edwards, autre écrivain parfaitement bilingue, remarque cependant qu'au-delà de la recherche vers l'abstraction littéraire, sa véritable motivation, il invoque également le plaisir de l'écrivain et la joie simplement de travailler le langage . Beckett se justifie finalement par la quête d'une langue « sans style » du fait de l'étrangeté qu'on éprouve à l'égard d'une langue acquise, lui permettant de se libérer des clichés et d'obtenir une certaine maladresse dans l'expression. Il évite ainsi le L'exercice de décalage linguistique trouve cependant sa limite avec les "Foirades", et les . Mais l'usage du français lui a permis de déstabiliser la langue maternelle, et il peut dès lors revenir parfois à l'anglais comme à une langue étrangère. Ce changement de langue n'est cependant pas un simple changement de tonalité ou de technique (l'anglais langue théâtrale, le français langue narrative...), le bilinguisme libère l'auteur des automatismes propres à chaque langue. Pour , Beckett écrit le premier texte en anglais, puis le traduit et le publie d'abord en français avant de réviser le texte anglais. Chiara Montini met en évidence des écarts de traduction entre les deux textes, qui ne sont ni original ni copie, jouant parfois sur les mots pour valoriser un léger écart de métaphore entre les deux langues. Pour , elle met même en évidence des interactions entre les deux textes, l'un commentant l'autre par intertextualité. Michael Edwards suggère que la meilleure compréhension est celle d'un anglophone lisant la version française, peut-être parce qu'il est en mesure lui-même de percevoir ces subtilités culturelles propres à chaque texte. C'est donc à Beckett qu'il revient de faire les traductions de ses textes, et, s'il en laisse le soin à d'autres (Bowles, Pinget), il doit les reprendre mot à mot : . Il considérait cependant comme intraduisible du fait de la disparition des pronoms dans la version anglaise. Ces auto-traductions constituent en fait des re-créations, et produisent deux œuvres originales (et même trois pour "Godot" que Beckett traduit également lui-même en allemand). Il travaille beaucoup sur la voix, le rythme des phrases (en particulier à travers les combinaisons et répétitions), travaille ainsi plusieurs versions de "Malone meurt", mais peut apporter des modifications plus fondamentales, par exemple dans , où il semble poursuivre l'épanorthose en passant de la version française à l'anglaise, et pour . Enfin, Antony Cordingley souligne avec de nombreux commentateurs que les couples de personnages, si fréquents chez Beckett, prennent la forme d'allégorie de l’œuvre bilingue, , la figure de l'auto-traduction est ainsi présente en particulier dans , et . L'humour. L'humour est très présent dans la prose et le théâtre de Beckett. Depuis les premières œuvres, traduites de l'anglais ("Murphy", "Watt"...) dans lesquelles on perçoit cette tradition irlandaise, et jusqu'à "Comment c'est", l'humour est en fait omniprésent sous forme d'ironie, de jeux de mots, de plaisanteries ou de situations comiques. Il permet à Beckett d'être selon Clément Rosset, en particulier par un humour « bien irlandais », parfois de mauvais goût, empreint d'obscénité, contrastant aussi avec d'autres passages où le comique naît de l'usage d'un français pur, pédant ou archaïque. Sa nature évolue cependant dans sa nature, d'« un rire énorme à propos du monde » dans les premiers romans à une ironie plus personnelle. Il devient progressivement moins comique, plus discret, après "Comment c'est", puis s'estompe et se raréfie après "Compagnie", enfin est absent des derniers textes comme "Soubresauts". Il n'est cependant jamais destiné à faire rire. Il est d'abord, selon Clément Rosset, , et renforce l'originalité de l’œuvre, sans en être pour autant un élément principal. L'humour y relève souvent de l'insolite, de détails pittoresques ou de commentaires incongrus, dans un écart créé entre les mots et les situations, et en cela participe de l'épanorthose (), autre figure de style omniprésente, en amoindrissant la dimension tragique des situations dans lesquelles sont plongés ses personnages. Rire sans joie, c'est le rire noétique, sa fonction est ainsi de montrer sans prendre parti, en refusant d'appuyer le sens, et en évitant . Beckett explique que , et il présente dans son théâtre . Alain Badiou estime ainsi que la vraie destination du comique de Beckett est humaniste : , et c'est bien ainsi que Beckett met en scène . Le comique joue alors un rôle central pour éviter l'abstraction philosophique et l'esthétique de la sensibilité et préserver le tragique de l'écueil de la sentimentalité : le seul moyen de se garder du ridicule est de l'assumer entièrement, et Beckett parvient à préserver l'émotion tout en faisant échec au pathétique grâce à l'humour (associé à une hypertrophie de la rationalité). Il prend simplement acte du malheur, en le représentant, parfois en l'exagérant, mais sans l'analyser ni le contester. Ionesco croit retrouver chez Beckett « le sentiment d'une fissure profonde entre Dieu et l'homme » que présentait déjà Synge, et estime que en regrettant cependant que l'ironie n'y soit pas encore plus présente dans « la plainte de l'homme contre Dieu ». Cette ironie, Beckett l'applique également à lui-même s'observant dans l'acte d'écrire, dimension réflexive qui est également présente dans toute l’œuvre. Beckett traducteur. Samuel Beckett a eu une activité de traduction constante et importante, et Christine Lombez rappelle qu'il est issu d'une nation irlandaise réellement bilingue, avec le gaëlique et l'anglais. Si des motivations prosaïques sont mises en avant, cette activité fait cependant partie intégrante de son œuvre. Traduire d'autres auteurs est également , cette activité a un impact sur sa conception de la littérature, et ces influences (en particulier celle d'Apollinaire, sur sa poésie) fournissent des éléments permettant de mieux comprendre son œuvre déroutante. De l'anglais vers le français, Beckett participe surtout, en collaboration avec Alfred Péron, à une traduction d'Anna Livia Plurabelle que Joyce ne retiendra finalement pas. Depuis le français, il réalise l'auto-traduction d'une grande partie de son œuvre, traduit des poètes modernes (Rimbaud, Apollinaire, Éluard) qu'il a , des surréalistes (Breton, Tzara, Crevel) sans pour autant se sentir proche de ce mouvement, mais aussi des œuvres classiques (Chamfort). Il envisage également de traduire Sade qui dont il admire le style, y renonce par crainte de l'impact sur sa réputation littéraire, mais reste cependant intéressé par cet auteur dont il traduit plus tard quelques lettres qui seront publiées par Gilbert Lely et qu'il trouve « extrêmement belles ». Il réalise également des traductions vers l'anglais d'auteurs italiens (Montale), de langue allemande (Rilke) et de langue espagnole (anthologie mexicaine réunie par Octavio Paz) Relations avec les autres arts. Peinture. Samuel Beckett dispose d'une mémoire visuelle stupéfiante, gardant la mémoire de chaque exposition et des tableaux, leur composition, leur couleur et leur impact. Cette disposition naturelle favorise la prise en compte constante de la peinture dans sa conception littéraire et dans ses œuvres. Il entretient, tout au long de sa vie, des relations profondes et durables avec le monde des arts plastiques. Ses écrits critiques sur la peinture, éclairent son œuvre littéraire. Une culture étendue. Avant la guerre, il court les musées et les galeries à Dublin, pendant ses voyages en Allemagne qu'il décrit comme un , et à Paris. Thomas MacGreevy puis Georges Duthuit l'initient à l'histoire de l'art. Il admire la peinture allemande des années 1920 et 1930, s'intéresse surtout à la peinture moderne et d'avant-garde, et rejette le courant surréaliste. Sa culture comprend une variété de genres, la peinture à l'huile traditionnelle, la sculpture, la gravure, les collages et les dessins de la tapisserie moderne. Au cours de cette exploration de la peinture, il se lie d'amitié avec de nombreux artistes, leur achète des toiles (souvent pour les aider financièrement), publie des articles critiques et il restera en relation avec eux jusqu'à la fin : Jack Butler Yeats de ses années d'étudiant à Dublin, Bram et Geer van Velde avant la guerre, Henri Hayden compagnon d'exil en 1943, Giacometti, Marcel Duchamp, Avigdor Arikha. Il est en relation également avec des collectionneurs et galeristes : Aimé Maeght, Peggy Guggenheim avec qui il a une relation amoureuse et qui lui présente Suzanne, sa future femme, Thomas McGreevy, Georges Duthuit. Geer et Bram van Velde font la rencontre de Beckett en 1937 et en 1990, Elisabeth, la veuve de Geer, se souvient : . La peinture réalisait des recherches formelles considérables depuis les années 1930, et comme d'autres écrivains de cette époque (Apollinaire, Gertrude Stein et ses logogrammes...), Beckett travaille à la remise en cause des présupposés littéraires en s'inspirant des travaux des peintres . Il écrit des articles critiques dans la revue "transition" dès 1929 avec quelques textes, puis à partir de 1947 par des traductions d'études sur la peinture et participe aux discussions de groupes d'artistes réunis autour de Georges Duthuit qui dirige cette revue. Il traduit pour cette revue des textes de René Char sur Gustave Courbet, de Paul Eluard sur Picasso, de Francis Ponge sur Braque, mais ne parvient pas à traduire les "Phares" de Baudelaire, qui le « paralysent ». Ses rares essais critiques sont pratiquement, avec sa correspondance, les seuls témoignages dont nous disposions sur ses conceptions artistiques. Vers l'iconoclasme avec Bram van Velde. C'est avec la peinture de Bram van Velde que Beckett éprouve le plus d'affinités pour ses propres recherches littéraires, il y voit . Cette peinture de Bram van Velde rompt avec les évidences de la représentation, et les problèmes qu'elle soulève correspondent aux questions littéraires que Beckett se pose lui-même : . Jean Frémon lui ayant proposé en 1974 de faire illustrer par une lithographie de Bram l'un de ses textes, Beckett choisit le correspondant, selon Frémon, à la personnalité du peintre. Dans le numéro d’hiver 1945-1946 des "Cahiers d’art", Beckett publie un texte (ensuite republié sous le titre ), consacré à l’œuvre des frères van Velde : c'est un questionnement profond sur la représentation et l'origine de l'image. Pour Beckett, Bram représente l'espoir d'un grand bouleversement général de la peinture, révélant la seule vérité, c'est-à-dire , et Beckett condamne l'image et le . En 1955, son article sur Henri Hayden ne parle plus de l’œuvre : il témoigne seulement d'une amitié, et correspond à une renonciation, à ses exigences éthiques. Il chemine vers l'iconoclasme, faisant écho au "logoclasme" qu'il appelait de ses vœux dès 1937. Cette évolution () se produit dans le cadre de discussions entre Beckett et Duthuit, que les deux hommes ont à propos surtout de la peinture de Bram van Velde. Il tente de convaincre Bram de ce qui est devenu clair pour lui, , réflexion à dessein ironique et paradoxale mais qui paralyse son ami en lui faisant penser que peindre est un acte impossible. Beckett prend conscience, à partir de 1949, de l'influence qu'il a pu avoir sur l'art de Bram, contaminant sa peinture avec ses propres catégories littéraires, et lui faisant porter la charge fantasmatique d'une peinture à côté de la tradition occidentale, entraînant le peintre dans une dérive que sa vulnérabilité psychique ne lui permettait pas d'assumer. Il choisit de ne plus écrire sur la peinture. Autre ami proche de Beckett, Giacometti , parle lui aussi de son propre travail toujours en termes d'échec à saisir sa vision, à représenter une figure, poursuivant l'inaccessible. Bram, Giacometti et Beckett ont en commun le mystère de la représentation et de la présence dans l'image, l'infatigable recommencement et l'économie de moyens, une probité à toute épreuve et le profond dédain de la carrière. Des échanges et des influences nombreux. Au-delà des réflexions sur les conceptions esthétiques, les influences réciproques et les échanges entre Beckett et les peintres sont nombreux dans la réalisation de son œuvre. Ses premiers romans contiennent de nombreuses allusions à la peinture. Ainsi l'image centrale de lui est inspirée par "La décollation de Saint Jean le Baptiste", du Caravage et la conception visuelle de par un tableau de Caspar David Friedrich, "Deux hommes contemplant la lune", il dispose ses comédiens en conséquence, et en 1961 demande à Giacometti d'en dessiner l'arbre. Par contre, il repousse la proposition de Nicolas de Stael d'un décor réalisé par un peintre, ce qui serait de l'esthétisme, un simple « agrément » qui détournerait l'attention du spectateur : Il accepte cependant des illustrations non figuratives pour des éditions de bibliophilie de ses œuvres non théâtrales. Ainsi, en 1972, il demande ainsi à Arikha d'illustrer une édition des (, puis du "Dépeupleur", et Sean Scully intitule l'un de ses tableaux . Selon Lois Oppenheim, le lien avec l'expressionnisme allemand est évident, en raison des personnages de Beckett qui appréciait par exemple Kirchner, et Nolde, dont il avait pu voir les œuvres dans les musées en Allemagne avant la guerre. Si Beckett nie, avec une fausse modestie, une inspiration consciemment expressionniste pour son théâtre, c'est bien pour repousser toute tentative herméneutique : . Dans la même lettre, il rejette plus nettement le symbolisme : Un lien avec le cubisme peut être également établi en raison d'une géométrisation présente dans les mises en scène et les textes , mais aussi par les mentions à Braque dans sa correspondance. Et l'accent de Bram van Velde (Bram, encore), son vocabulaire, se retrouvent dans le "Texte pour rien XIII" et dans : Musique. La musique est présente au quotidien pour Beckett qui possédait une solide formation musicale. Il écoute surtout Mozart, Beethoven, les quatuors de Haydn et Schubert. Très bon pianiste, érudit, amateur de concerts, il connaît les classiques et les compositeurs contemporains, et fréquente le milieu musical avec Suzanne, sa femme, pianiste professionnelle. Ludovic Janvier estime que sa vie était « adossée » à la musique, obsédé par la voix et n'aimant rien tant, métaphoriquement, que la musique dans la langue, par exemple chez Racine ou Apollinaire. Des modèles pour l'écriture. Plus encore que la peinture, la musique accroît l'écart entre le sensible et l'intelligible et s'éloigne encore plus du réel qu'elle ne peut, contrairement au texte et à la peinture, représenter. Elle correspond ainsi à la réflexion de Beckett sur le langage et la structure du récit et lui fournit des modèles pour une abstraction du texte. Par l'usage de formes utilisant la répétition (reprises, variations, réexposition d'un thème, sérialisme...), la musique « dé-linéarise » le récit. Beckett y trouve des modèles pour donner une « narrativité musicale » au texte, une au théâtre, ou rendre possible, par une syntaxe dominée par les modèles musicaux, la suspension du narratif. James Knowlson trouve des analogies entre la méthode de composition dramatique de Beckett et la composition musicale, que Beckett lui-même avait constatées : . Cette influence est particulièrement sensible dans les derniers textes de Beckett () tels que ou "(texte encadré)", échappant au récit linéaire, donnant forme au murmure, vers une « littérature du non-mot », faisant entendre l'« insondable gouffre de silence » qui est au fond de tout : . La recherche littéraire de Beckett vers l'abstraction a produit de nombreux textes dont se sont ensuite inspirés des compositeurs contemporains, et certains de ces textes ( ou par exemple) sont aussi ultra-radicaux et modernistes que le fut le système de composition musicale dodécaphonique de l'École de Vienne. Ainsi Dutilleux, son neveu John Beckett, Heinz Holliger pour et , Philip Glass pour et , Luciano Berio dans "Sinfonia" pour l'. Morton Feldman compose à la demande de Beckett, pour "(texte encadré)" une pièce musicale pour soprano solo, dans un registre aigu, égrainant les vers du poème, à peine intelligibles, fragments d'un monde perdu. L'effort de recherche de Beckett se poursuit avec sa collaboration à la composition d'un opéra par Marcel Mihalovici, "Krapp" d'après , pour lequel il envisage, avant d'y renoncer, l'idée d'. Il reprend pourtant cette idée avec succès dans , selon l'interprète de la version anglaise, Billie Whitelaw : Marcel Mihalovici rend un hommage appuyé au travail musical de Beckett dans sa coaboration pour : Présence de la musique dans les œuvres. Cependant Beckett repousse toute proposition de musique de scène pour ses pièces et précise pour "Godot" que ce serait , admettant par contre l'idée d'une musique , éventuellement "inspirée" par la pièce : . De la même manière, il désapprouve violemment "Endgame" mis en musique par Philip Glass, lors de sa représentation à l'American Repertory Theatre de Cambridge, Massachusetts, sous la direction de JoAnne Akalaitis. Toutefois, il finit par accepter, de la musique composée pour "Company", quatre pièces courtes et intimes pour quatuor à cordes qui sont jouées entre les phases dramatiques. Cette dernière composition était originellement vue par Philip Glass comme une musique de fond. Par la suite, "Company" fut publié en tant que "Quatuor à cordes " de Glass. Le compositeur français Pascal Dusapin écrit, en 1994, un concerto pour trombone intitulé "Watt", inspiré du roman de Beckett. En tête de l'ouvrage, une citation du roman fait référence au caractère indicible, innommable des choses du monde, et des états dans lesquels se trouve le narrateur. Le musicologue Harry Halbreich parle, à propos de ce concerto, d'un « voyage autistique destiné à s'achever dans le désespoir complet ». La musique est présente sous différentes formes dans de nombreuses œuvres de Beckett : le reprend des thèmes d'une œuvre de Beethoven en . Dans et , la musique intervient comme un personnage. Les grandes pièces ("Godot", "Oh les beaux jours", "Fin de partie") contiennent des chansons. Cinéma et télévision. Beckett est né quelques années seulement après le cinéma. Il découvre le cinéma avec les films burlesques américains, comme Laurel et Hardy, Chaplin ou Buster Keaton, qui ont pu lui inspirer certaines scènes des personnages de ses pièces, par exemple . En 1936, il envisage de se former à l'art cinématographique, lit des livres sur ces techniques et écrit même à Eisenstein en lui demandant de le prendre en stage. Mais il craint déjà, après la sortie d'un premier film Disney en Technicolor, la . Ce n'est cependant qu'en 1964 qu'il sera en mesure de travailler pour un film, sur le tournage de "Film" avec Buster Keaton dont il fut, aux côtés de Alan Schneider, le véritable réalisateur comme le reconnaît celui-ci : . Pour ce film unique, Beckett utilise le noir et blanc (la couleur risquant de détourner l'attention du spectateur), et les gros plans pour un film « bidimensionnel ». Le film est pratiquement muet, le seul mot audible est « Ssssh ! » demandant le silence. Il souhaite ainsi proposer une forme . Il écrit et réalise des pièces pour la télévision, où , cette forme trouvant son apogée dans , « drame chorégraphié corpusculaire », que Deleuze appelle : comme dans le cinéma de Marguerite Duras, . Beckett accepte une transposition de au cinéma, mais le résultat s'avère peu satisfaisant. Par contre il refuse catégoriquement les offres qui lui sont faites pour une adaptation de ses « grandes » pièces de théâtre au cinéma (un film "Godot" avait été envisagé). Un projet de dessin animé (scénario et croquis) est proposé en 1960 par William Scott (Jay Ward Productions, Hollywood) à partir d"Acte sans Paroles I". Beckett, qui aime beaucoup le dessin animé, se déclare très intéressé par ce projet dont le scénario suit fidèlement le texte. Il trouve l'idée charmante et l'accepte immédiatement, mais le film ne fut jamais réalisé. Influences. Beckett influencé par…. Le terme d"influences" est peut-être inadéquat s'agissant de Beckett, alors que sa recherche esthétique est celle d'un ailleurs, et que l’œuvre est pleine de excluant toute filiation. Deux œuvres originales. Bilingue et auto-traducteur, Beckett a produit de fait deux œuvres originales, donnant lieu à deux traditions critiques. Dans "Watt" il met en scène Sam réorganisant les mots de Watt, épreuve répétée par les traductions, et Chiara Montini montre que Beckett démystifie ainsi la notion d"original" qui se présente finalement comme un brouillon, la traduction devenant elle-même une œuvre originale de l'auteur. Le bilinguisme problématise et enrichit toute analyse lexicale par la différence des deux corpus lexicaux utilisés. Le bilinguisme est donc une caractéristique constitutive, essentielle, de son œuvre, écrivant et traduisant en anglais et en français. Pour chacun de ses textes, le choix de la langue originale et, lorsqu'il ne traduisait pas lui-même, du traducteur, sont significatifs. Les informations reportées dans le tableau et la bibliographie des œuvres de Beckett proviennent de la biographie par Knowlson, du Cahier de l'Herne, de la bibliographie réunie par Bruno Clément, et du catalogue des Éditions de Minuit. Pour la période de 1945 à 1950, la plus créatrice, les dates et la chronologie sont cependant moins fiables, cette époque étant, de l'aveu de Beckett, une époque confuse et chaotique. Le premier livre de Samuel Beckett à être publié en français, "Murphy", a été publié par les éditions Bordas en 1947. Ensuite, les œuvres de Samuel Beckett sont toutes publiées aux Éditions de Minuit. Elles sont publiées en anglais chez Faber & Faber (théâtre) ou chez (romans) et chez Grove Press aux États-Unis. |
San Francisco San Francisco (signifiant en espagnol, prononcé en anglais américain : et en français ), officiellement « » (en anglais : « ' »), est une ville des États-Unis et l'un des comtés de l'État de Californie. Elle est située à l'extrémité nord de la péninsule de San Francisco, entre l'océan Pacifique à l'ouest et la baie de San Francisco à l'est. Son nom est couramment abrégé en « SF » et la ville est surnommée « ' » (« La ville sur la baie »). Fondée en 1776 par des Espagnols au sein de la vice-royauté de la Nouvelle-Espagne, la ville est nommée en l'honneur de saint François d'Assise (en espagnol « San Francisco de Asís »). Elle fait partie du territoire mexicain jusqu'en 1848 et sa prise par les Américains et prend son essor lors de la ruée vers l'or et son prolongement, l'embellissement de San Francisco par les millionnaires du Nevada. Puis elle devient le berceau du jeans avec la fondation de Levi Strauss & Co. Les années 1950 voient la naissance de la Beat Generation et la ville est dans la décennie 1960 l'épicentre du mouvement hippie. À partir de la deuxième partie du , l'industrie des hautes technologies se développe dans la région de la baie. Aujourd'hui San Francisco est la ville la plus densément peuplée des États-Unis après New York. La municipalité-comté de San Francisco compte dans ses limites administratives et dans son aire métropolitaine (2020), la douzième du pays. La région de la baie de San Francisco, qui comprend aussi la grande ville de San José et toute la Silicon Valley, se chiffre à de personnes en 2020. Cette région est le premier pôle de hautes technologies du monde qui accueille un nombre important d'entreprises de technologie de pointe de renommée mondiale telles que Cisco, Apple, Tesla Motors, Hewlett-Packard, Google, Intel ou encore Facebook. Dans le domaine universitaire, elle accueille les prestigieuses universités de Stanford et de Berkeley. San Francisco est également le siège de la Wikimedia Foundation, dont fait partie le projet Wikipédia, et d'Internet Archive. Au nord s'étendent la Napa Valley et la Sonoma Valley, renommées pour leur viticulture. San Francisco fait partie des villes progressistes dans le domaine de l'écologie et du développement durable. Troisième destination touristique préférée des Français aux États-Unis, la ville est célèbre pour le pont du Golden Gate, l'île et ancienne prison d'Alcatraz, Fisherman's Wharf, la Transamerica Pyramid, la Coit Tower, ses maisons victoriennes, ses « » et ses nombreuses collines découpées de rues en pente. Haut lieu de la contre-culture, ville de tolérance et d'émancipation des minorités, San Francisco est également connue pour son Chinatown, ses quartiers homosexuels, comme Le Castro. Elle représente un foyer culturel et économique majeur aux États-Unis et accueille chaque année plusieurs événements d'ampleur mondiale, mais vibre également au rythme des festivités animées par les différentes communautés locales. Elle se revendique comme une ville sanctuaire pour les sans papiers depuis 1989. Sur le plan sportif, les 49ers au football américain, les Giants au baseball et les Warriors au basket-ball sont les équipes phares de la ville. Histoire. Période précolombienne. Les plus anciennes traces d'occupation humaine sur le territoire de la ville actuelle remontent à environ . Les premiers habitants connus de la région de la baie de San Francisco sont les Amérindiens Ohlones (ou Costanoan), terme indien signifiant « le peuple de l'Ouest ». La région était également peuplée des tribus Pomo, Wintun, Yokut et Miwoks. Après l'arrivée des Européens. Le navigateur britannique Francis Drake longe la côte californienne en 1579, mais il n'entre pas dans l'actuelle baie de San Francisco. Les Espagnols sont les premiers Européens à explorer et à coloniser la région, en faisant un établissement renforçant leur domination sur l'océan Pacifique, le « lac espagnol », avec leurs possessions philippines et américaines notamment. Ce qui deviendra San Francisco représente alors l’extrémité septentrionale d'un chapelet plus ou moins continu d'implantations militaires et religieuses destinées à assurer physiquement la souveraineté espagnole et peut-être française sur ce vaste territoire. L'expédition de don Gaspar de Portolà arrive le , dans la baie de San Francisco. Le , les Espagnols fondent un « presidio » et le 9 octobre la mission nouvellement construite (mission Dolores) est dédiée au patron des missionnaires, San Francisco de Asís (saint François d'Assise). Comme le reste de la Californie, San Francisco passe sous la souveraineté mexicaine en 1821. Ce n'est cependant qu'en 1836 que sont installées les premières habitations d'un village sur le bord de la baie en un endroit appelé "Yerba Buena" (« la bonne herbe ») par référence à la plante, qui pousse abondamment sur les collines environnantes. En 1846, lors de la guerre américano-mexicaine, la ville est prise par les Américains, et Yerba Buena est rebaptisée San Francisco, en référence à la mission éponyme située à proximité. En 1848, par le traité de Guadalupe Hidalgo, le Mexique perd toute la Californie, ainsi que les États actuels de l'Arizona, du Colorado, du Nevada, du Nouveau-Mexique et de l'Utah. Ruée vers l'or. La ville ne prend son essor qu'avec la ruée vers l'or de 1848-1849, accueillant les émigrants à la recherche du précieux minerai. Elle est le terminus du premier chemin de fer transcontinental. Les aventuriers du monde entier sont attirés par ce pays de l'or où l'on arrive par la Porte dorée (). Quelques années plus tard, la découverte de gisements d'argent dans la Sierra Nevada accélère le développement de l'agglomération. De 1847 à 1850, la ville passe de quelques centaines d'habitants à plus de ; elle devient alors la plus grande agglomération de la côte ouest. En 1847, Levi Strauss s'installe à San Francisco et crée les premiers jeans, lesquels remportent un grand succès auprès des prospecteurs et des chercheurs d'or. Pendant la guerre, les usines Levi Strauss & Co. fournissent l'armée américaine en jeans. San Francisco compte dès 1862. La ville se couvre de bâtiments modernes, des sociétés en pleine expansion viennent s'y implanter. Les actions de centaines de compagnies minières du Comstock Lode s'échangent à la Bourse de San Francisco, produisant plusieurs millionnaires qui animent la vie politique et culturelle : James Graham Fair, John William MacKay, James C. Flood et leur Banque du Nevada, Adolph Sutro, William Sharon et sa Bank of California ou encore John P. Jones et Alvinza Hayward. Ils ont fait construire le , le Théâtre de Californie, le , le et le palais du . C'est également dans la deuxième moitié du que la diaspora chinoise commence à s'installer à San Francisco ; ils surnommaient alors la Californie la « montagne dorée ». Les émigrés fuyaient les conséquences des guerres de l'opium et ont prospéré dans la restauration, le commerce, la pêche et la blanchisserie : San Francisco était alors une ville d'hommes (mineurs, aventuriers) qui avait besoin de laveries. Les Chinois constituèrent des sociétés secrètes pour régler leurs différends. Le quartier chinois n'avait pas bonne réputation. Dans certains bars, on avait aménagé une porte étroite pour retarder l'avance des policiers. Au début du , des Juifs issus de la bourgeoisie allemande s'installent à San Francisco. À partir de 1896, San Francisco devient le principal port de départ pour la ruée vers l'or du Klondike, immortalisée par Jack London dans "L'Appel de la forêt". San Francisco fut également la ville de Joshua Norton, empereur autoproclamé des États-Unis. En 1906, elle subit un tremblement de terre et une grande partie de la ville est détruite par le gigantesque incendie qui s'ensuit. Il fallut trois jours pour circonscrire le sinistre. La ville fut ensuite rapidement reconstruite, notamment grâce à l'afflux d'une main-d'œuvre étrangère venue d'Europe et d'Asie. En 1915, l'Exposition internationale de San Francisco attire de visiteurs. Pendant la Grande Dépression, la ville est affectée par l'agitation sociale : la devint générale le à la suite du « jeudi sanglant » (deux dockers tués par les policiers) le 5 juillet, mais finit par échouer. Les travaux du Golden Gate Bridge débutent le , sous les auspices du (PWA) puis, à partir de 1935, sous ceux du (WPA), programmes lancés à l’initiative du président Franklin Delano Roosevelt dans le cadre de sa politique de grands travaux. Il s’agissait de créer des emplois dans les travaux publics, payés par les fonds fédéraux afin de réduire le chômage. L'Exposition internationale du Golden Gate a lieu en 1939 et 1940 sur l'île artificielle de fraîchement construite. La Seconde Guerre mondiale voit le développement des industries militaires en Californie : le port de San Francisco sert de point de départ des troupes pour les batailles du Pacifique contre l'Empire japonais. Après la Seconde Guerre mondiale, une première conférence de la paix se réunit à San Francisco. Elle aboutit le à la signature de la charte de l'ONU par cinquante pays. En 1951, la deuxième « Conférence de la paix » s'y est tenue et a débouché sur le traité de San Francisco. Ce traité entre en application le et met fin à la période d'occupation (1945-1952 au Japon). La révolution industrielle de la deuxième moitié du transforme l'économie de la région : le développement de la , au sud de la ville, donne une image dynamique et moderne de cette région de la Californie. La ville constitue la « dernière frontière », la cité américaine la plus à l'ouest. Ville d'ouverture. San Francisco est, de par sa tradition de tolérance, souvent à l'avant-garde de l'émancipation des minorités et des droits civiques. Le programme « », du mouvement révolutionnaire afro-américain , est parti de San Francisco. La ville fut également dans les années 1960 un foyer important de la contre-culture hippie, du psychédélisme et du . Elle fut le berceau du mouvement Beatnik. San Francisco est également devenue une ville emblématique de la cause homosexuelle, notamment dans les années 1970, avec l'activisme politique d'Harvey Milk, assassiné en 1978 avec le maire George Moscone. Depuis les années 1980, la ville est à la pointe dans le domaine de la mutation écologique et de la lutte contre le changement climatique. En 1989, la ville adopte la City of Refuge ordinance par laquelle elle refuse de collaborer avec les autorités fédérales sur le plan de la lutte contre les étrangers en situation irrégulière. Cette ordonnance fait d'elle une ville sanctuaire pour les sans papiers. Aujourd'hui, la concentration d'entreprises de dimension internationale contribue à attirer des « cerveaux » du monde entier. Géographie. San Francisco se trouve sur la côte ouest des États-Unis, dans l'État de Californie et à au nord-ouest de Los Angeles. La ville se situe sur l'extrémité nord de la péninsule de San Francisco. Elle est entourée à l’est par les eaux de la baie de San Francisco, au nord par le détroit du et à l’ouest par l’océan Pacifique. Plusieurs ponts relient la ville aux rives de la baie : les plus célèbres sont le pont du Golden Gate (au nord) et le , qui relie San Francisco et Oakland à l'est-nord-est. Plusieurs îles appartiennent à la commune de San Francisco (île d'Alcatraz : , ), de même que de petits secteurs d' et , près du pont Richmond-San Rafael. Les îles Farallon, situées dans l'océan Pacifique à à l'ouest-sud-ouest de la cité, dépendent administrativement de la municipalité, mais ne sont pas habitées et servent de réserve naturelle. La commune de San Francisco s’inscrit grossièrement dans un carré d’environ de côté, mais elle est en fait légèrement plus petite. D'après le Bureau du recensement américain, la ville s'étend sur , dont de terre et de surface aquatique. Les eaux occupent donc 79,869 % de la surface totale. San Francisco est célèbre pour les plus de cinquante collines situées à l'intérieur des limites de la commune. Une « colline » san-franciscaine est définie par une altitude de plus de . Certaines d'entre elles correspondent à un quartier, comme , , ou ; d'autres sont des jardins publics ou des parcs comme ceux de Twin Peaks, Mont Sutro, Mont Davidson et Buena Vista. Une série de collines moins densément peuplées couvrent le centre géographique de la ville. Le Mont Sutro domine cette zone surmontée de la , une tour de transmission rouge et blanche imposante bien connue des San-Franciscains. À proximité se trouvent les , deux collines tout aussi populaires, formant l'un des plus hauts points de la ville. À environ un kilomètre et demi au sud de là se dresse le point culminant de San Francisco, Mont Davidson, à d'altitude. Une croix de de haut y fut dressée en 1934. San Francisco se trouve à proximité des failles de San Andreas, qui traverse la « région de la Baie » du nord au sud, et de Hayward, ce qui explique la fréquence des séismes dans la région. Les deux principaux tremblements de terre ayant touché la ville sont ceux de 1906 et de 1989 (7,1 sur l'échelle ouverte de Richter). Les normes parasismiques ont limité les dégâts et le nombre des victimes de ce dernier. La péninsule de San Francisco est le résultat de l'affrontement de deux plaques tectoniques : la plaque pacifique et la plaque nord-américaine. Les roches qui composent les fondations géologiques de la ville se sont formées à la marge d'une zone de subduction entre et d'années avant notre ère. Pendant cette période, les roches du manteau ont été métamorphisées et ont subi d'importantes transformations physiques. Ce substrat rocheux a ensuite été recouvert par des sédiments lorsque le niveau de la mer s'est élevé. La géologie de San Francisco est complexe. Les terrains superficiels sont dominés par des couches sédimentaires, sauf au centre : ils se sont formés il y a quelques milliers d'années et recouvrent un substrat rocheux plus profond. Au nord et le long de la côte Pacifique se trouvent des sables du quaternaire. Le quartier de Mission District est construit sur des alluvions datant du pléistocène. Les quartiers sud-ouest reposent sur des couches de boue de la fin de l'holocène. Les collines du centre (Twin Peaks, Forest Hill, Diamond Heights) sont composées de roches de natures diverses : le complexe franciscain de silex ("") a été formé à la fin du crétacé ou au début du jurassique. Mais on trouve également des roches volcaniques et métamorphiques datant de la même époque. Les secteurs de et comprennent des couches de serpentinite, une roche métamorphique du Jurassique. Des quartiers entiers de la ville reposent sur des remblais (de type polder, composés de boue, sable et des débris de précédents tremblements de terre) et d'autres terres créées artificiellement le long de la baie lorsque l'espace vint à manquer. Les anciens docks furent ainsi comblés et l'on trouve dans les sous-sols du Financial District plusieurs dizaines d'épaves des bateaux utilisés par les "forty-niners" pour rallier la ville lors de ruée vers l'or en Californie. Ce type de terrain devient extrêmement instable lors d'un séisme, et la liquéfaction qui en résulte cause des dégâts considérables aux structures qui y sont bâties, comme on put le constater dans le quartier de la Marina lors du séisme de Loma Prieta en 1989. est certainement l'exemple le plus spectaculaire de quartier construit sur de tels remblais. Bâtie à partir de matériaux directement creusés dans la baie et résultant du perçage du tunnel de lors de la construction du , cette île fut le site de l'Exposition internationale du Golden Gate en 1939 et 1940. Elle devait également accueillir l'aéroport municipal de San Francisco, mais devint une base navale au début de la Seconde Guerre mondiale. En 1997, fut rendue à San Francisco, de laquelle elle offre une vue unique sur la ville. Climat. Le climat de San Francisco est de type méditerranéen à été tempéré, avec des caractères propres et bien marqués : les spécialistes le rangent dans le type californien. Selon la classification de Köppen, le climat y est de type "Csb" en ville et "Csc" sur la côte, donc c'est un climat méditerranéen à été tempéré. Sur la côte, l'été est encore plus tiède et les températures supérieures à sont rares. La moyenne des précipitations annuelles s'élève à , dont 85 % tombent de novembre à mars. L'amplitude thermique est modérée et la moyenne annuelle des températures plutôt tiède. Les températures maximales moyennes oscillent l'été entre 15 et , et l'hiver entre 10 et pendant la journée, mais peuvent tomber à la nuit. Le climat de San Francisco est très comparable à celui que l'on trouve sur la côte atlantique du Maroc ou encore au centre du Chili. Les hivers sont pluvieux et doux. Le gel est quasi inexistant et la neige reste un phénomène peu fréquent. En janvier, les températures matinales minimales avoisinent , et l'après-midi . Les étés sont généralement brumeux mais secs et la canicule est extrêmement rare. En septembre, pendant l'été indien de San Francisco, la température minimale moyenne est de , et les maximales tournent autour de . Septembre et octobre sont les mois les plus chauds de l'année. La situation de San Francisco explique l'originalité de son climat : la ville se trouve à la même latitude que Palerme en Sicile, mais sa position sur le littoral du Pacifique lui donne des caractéristiques particulières. Le courant froid de Californie apporte des perturbations chargées de pluies en hiver. Ainsi, les eaux de l'océan Pacifique, qui bordent la côte occidentale de la ville, sont rafraîchies tout au long de l'année, et avoisinent . Les surfeurs se protègent toute l'année avec des combinaisons, même l'été, où l'eau est à sa surface souvent encore plus fraîche que l'hiver en raison du courant maritime sud-ouest qui l'été provoque la remontée d'eaux froides à la surface. Ensuite, l'association du courant froid et de la chaleur de la Californie intérieure est responsable des nappes de brouillard caractéristiques qui se forment dans certains quartiers de la ville et au-dessus des eaux de la Baie pendant l'été et au début de l'automne. Ces brumes peuvent couvrir l'agglomération jusqu’à à l'intérieur des terres. De ce fait, les températures estivales à San Francisco sont généralement beaucoup plus basses que dans d'autres endroits de la Californie, notamment la vallée centrale, où la chaleur peut atteindre . Le brouillard est moins prononcé à la fin du printemps et pendant les mois de septembre et octobre, qui sont considérés comme les véritables mois d'été à San Francisco. Il dure une centaine de jours dans l'année. Cette fraîcheur estivale est sans doute à l'origine d'une légende urbaine selon laquelle Mark Twain aurait écrit "". La combinaison de l'eau froide océanique et des chaleurs intenses de l'intérieur de la Californie est à l'origine du brouillard caractéristique qui peut couvrir la moitié occidentale de la ville pendant parfois toute la journée en été et au début de l'automne. Le brouillard est moins prononcé dans les quartiers à l'est, à la fin du printemps, et pendant les mois de septembre et d'octobre. Le relief prononcé et les influences maritimes sont à l'origine d'une multitude de micro-climats qui coexistent au sein même de la ville, et sont généralement plus marqués l'été que l'hiver. Les collines les plus hautes, dans le centre géographique de la ville, sont responsables pour une variation de l'ordre de 20 % dans les précipitations annuelles enregistrées dans différents endroits de la ville. Les collines protègent les quartiers situés sur leur côte est des conditions brumeuses et fraiches qui affectent les quartiers du Sunset ou de Richmond. À l'inverse, les quartiers les plus ensoleillés sont SoMa, Bayview, Mission et Noe Valley. Quartiers. San Francisco possède un Japantown et un Chinatown, et tous deux sont parmi les quartiers de ce type les plus vieux des États-Unis. La ville comprend aussi une population vietnamienne importante dans le quartier du Tenderloin et une concentration de Philippins dans les quartiers de Crocker-Amazon et South of Market (SOMA), une communauté italo-américaine historique dans North Beach, un modeste quartier français parfois appelé "Little France" dans le Financial District, et des communautés d'origine irlandaises, chinoises et russes dans le Richmond District. Le quartier de Mission est le plus ancien quartier de la ville — il a été construit autour de la Mission Dolores, fondée en 1776 par les missionnaires espagnols. La communauté hispanique y est prédominante, mais l'endroit est en cours de gentrification. Russian Hill est un quartier résidentiel connu notamment pour le tronçon sinueux de Lombard Street qui le traverse. Haight-Ashbury a été l'épicentre de la contre-culture hippie des années 1960, et le quartier du Castro est réputé pour sa forte concentration d'homosexuels. Il existe aussi d'autres quartiers où la communauté gay et lesbienne est particulièrement présente, notamment Noe Valley, Diamond Heights, Bernal Heights, Potrero Hill, Haight-Ashbury, Hayes Valley, Twin Peaks et SOMA. San Francisco est célèbre pour ses nombreuses demeures victoriennes, dont les plus connues sont certainement l'alignement des "painted ladies" d'Alamo Square. Les "", les fameux tramways à traction par câble, mis en service en 1873, sont l'un des symboles de la ville et il est toujours possible de les emprunter pour monter ou descendre Nob Hill ou Russian Hill. Coit Tower, qui trône sur Telegraph Hill, est également un monument instantanément reconnaissable de San Francisco. L'expansion démographique actuelle se concentre dans l'est et le sud de la ville. Le quartier de SOMA a été l'un des épicentres du "dotcom boom" de la fin des années 1990, et subit actuellement un renouveau immobilier et économique. La commission d'urbanisme de la ville a proposé une transformation du quartier autour du terminal de bus situé dans SOMA, qui consisterait notamment en un trio de gratte-ciel dont le plus haut culminerait à . Un projet débuté avec la Salesforce Tower. Le quartier récent de Mission Bay, à l'extrémité orientale de SOMA, est en cours de réaménagement, et compte le stade de baseball Oracle Park et une annexe de l'école médicale de l'Université de Californie à San Francisco. Les quartiers de Bayview et Excelsior, dans le sud-est de la ville, comptent une population pauvre et majoritairement afro-américaine. Les récents efforts de la municipalité pour y réduire le taux de criminalité n'ont eu guère de succès. Bien que les personnes noires ne représentent que 5 % de la population de San Francisco, elles constituent 37 % des sans-abri. Les prix de l’immobilier sont extrêmement élevés. Il faut compter en moyenne 1,6 million de dollars pour une petite maison individuelle et un loyer mensuel de pour un deux-pièces. Parcs, jardins publics et plages. Le plus connu et le plus grand des espaces verts de San Francisco est le parc du Golden Gate, s'étendant du centre jusqu'à la côte pacifique ouest de la ville. Ce parc compte plus de 70 hectares de plus que le Central Park de New York, mais reste moins étendu que Griffith Park à Los Angeles. Autrefois recouvert d'herbacées indigènes et de dunes, le parc a été créé dans les années 1860 en y plantant des milliers d'arbres et plantes importés. Ce vaste parc est riche de points d'intérêts naturels et culturels tels que le Conservatory of Flowers, et le jardin botanique de San Francisco. Au sud du Golden Gate se trouve un autre parc célèbre, la base militaire désaffectée du Presidio. Ce dernier fait partie de la "Golden Gate National Recreation Area (GGNRA)", qui inclut l'île d'Alcatraz et de nombreuses autres aires protégées. Ce parc national américain est l'un des plus visités parmi l'ensemble des parcs gérés par l'agence fédérale National Park Service avec plus de de visiteurs chaque année. Dans le parc du Presidio se situe aussi , un ancien terrain d'aviation dont on a réapproprié l'écosystème de marais maritime autrefois présent. la GGNRA gère aussi Fort Funston, , Fort Mason et Alcatraz. De son côté, le National Park Service gère le San Francisco Maritime National Historical Park, une flotte de navires historiques ainsi que la propriété maritime autour de l'Aquatic Park. Buena Vista Park, situé dans le quartier de Haight-Ashbury, est le plus ancien jardin public de la ville, créé en 1867. Non loin de là, Alamo Square est célèbre pour ses vues sur la ville et sa rangée de demeures victoriennes surnommées les "Painted Ladies". Un important lac d'eau douce, le lac Merced, s'étend dans le sud-ouest de la ville près de l'Université d'État de San Francisco et Fort Funston. Il est entouré d'un vaste espace vert et se trouve près du zoo de San Francisco qui abrite plus de , dont beaucoup sont considérées comme des espèces menacées. Finalement, on compte plus de 200 parcs dans la ville. Parmi les autres points d'intérêts de la ville, il y a Baker Beach, une plage faisant partie du Presidio, ainsi que Ocean Beach, autre plage qui longe la côte ouest de San Francisco et souvent fréquentée par une communauté de surfeurs. Mais ces plages sont réputées dangereuses pour les nageurs à cause de leurs eaux froides et leurs courants qui se révèlent régulièrement fatals aux surfeurs ou baigneurs imprudents. Population. Sources : Bureau du recensement des États-Unis Au recensement de 2010, San Francisco comptait , et . La municipalité, dont les limites correspondent à celles du comté de San Francisco, est la quatrième de Californie en nombre d'habitants, derrière Los Angeles, San Diego et San José. Cependant, l'agglomération de San José-San Francisco-Oakland, qui regroupe plusieurs municipalités autour de la baie, rassemble près de d'habitants. Cette aire urbaine se classe au mondial et au pour les États-Unis. Selon le recensement fédéral de 2020, San Francisco est la plus grande ville des États-Unis. Avec près de par kilomètre carré, San Francisco est la seconde grande ville américaine en termes de densité de population après New York. En 2000, le comté de San Francisco occupait la cinquième place en tant que comté américain. Population des dix villes de Californie les plus peuplées (2016) Caractéristiques sociales. Selon l""', pour la période 2011-2015, 13,2 % de la population vit sous le seuil de pauvreté (15,5 % au niveau national). Ce taux masque des inégalités importantes, puisqu'il est de 31,6 % pour les Afro-Américains et de 9,0 % pour les Blancs non hispaniques. Le nombre de sans-abri a augmenté de 17 % entre 2017 et 2019. Proportionnellement, la baie abrite plus de milliardaires que tout autre région sur la planète (1 milliardaire pour ). D'après "The Washington Post", à San Francisco, citant notamment l’hypergentrification et le manque de diversité, le coût des loyers ( par mois pour un deux-pièces), les embouteillages monstres et la disparition des petits commerces dans beaucoup de quartiers. San Francisco doit aussi faire face depuis 2018 à l'explosion de la consommation de fentanyl, un opioïde de synthèse, provoquant plusieurs centaines de morts par overdose chaque année. Entre 2020 et 2021, le fentanyl y a causé la mort de personnes. La ville abrite sans-abri toxicomanes. Langues. Selon l""', pour la période 2011-2015, 55,76 % de la population âgée de plus de déclare parler l'anglais à la maison, 18,58 % une langue chinoise, 11,10 % l'espagnol, 2,88 % le tagalog, 1,47 % le russe, 1,32 % le vietnamien, 1,10 % le français, 0,81 % le japonais, 0,80 % le coréen, 0,57 % l'allemand, 0,54 % l'hindi et 5,07 % une autre langue. Composition ethnique. Avec 33,3 % de sa population s'identifiant comme asiatique . Les Sino-Américains représentent la plus importante population asiatique de la ville, en 2010 21,4 % des San-Franciscains appartenant à cette communauté, et le Chinatown est le plus peuplé des États-Unis après celui de Manhattan. Les Philippino-Américains représentent quant à eux 4,2 % de la population de la ville. D'autres quartiers possèdent une forte concentration asiatique comme Sunset, Richmond et Visitacion Valley. La population afro-américaine, qui ne cesse de reculer. Les principaux quartiers afro-américains sont Bayview et Bayview, dans lesquels les Noirs représentent plus de 40 % de la population. La part des Hispaniques est la plus élevée à Mission District, Ingleside, Excelsior et . 8,8 % des San Franciscains revendiquent une origine irlandaise, 7,7 % une origine allemande, et 6,1 % des racines anglo-saxonnes. Communauté LGBT. San Francisco est réputée pour sa vie homosexuelle qui s'est d'abord développée autour du Castro et pour accueillir la part la plus importante de parents homosexuels du pays, ainsi que celle des célibataires gays. Les hommes homosexuels sont plus nombreux que la population lesbienne, qui se concentre davantage dans les banlieues de l'est de la baie. D'après une étude de William McFarland pour les services de santé publique de la ville, en 2006, un homme sur cinq à San Francisco est gay, et un peu plus d'un homosexuel san-franciscain sur quatre est infecté par le VIH. Administration municipale et vie politique. San Francisco dispose d'un gouvernement consolidé ville-comté depuis 1856. La ville fait ainsi partie des 58 comtés de Californie tout en étant une municipalité. Ce statut fait que la ville est administrée par une structure particulière : le maire est également le chef de l'exécutif du comté et le conseil du comté ("Board of Supervisors") officie en tant que conseil municipal. Depuis 1900, le maire de San Francisco et les conseillers municipaux sont élus par l'ensemble des électeurs de la municipalité ; avant cette date, le maire était désigné par le conseil de la ville. En 1989, la municipalité a voté une ordonnance dite « sanctuaire » qui implique la non-coopération avec les autorités de contrôle de l'immigration. En 2007, elle a décidé d'octroyer des papiers d'identité à toute personne pouvant prouver un lieu de résidence, y compris aux immigrés clandestins. Au printemps 2008, la ville a lancé une campagne d'information pour les immigrés clandestins, diffusée sur des brochures et à la radio en plusieurs langues, afin de leur faire savoir qu'ils ne seront pas dénoncés par les services municipaux (hôpitaux, écoles, police) aux services fédéraux de l'immigration. La municipalité mène une politique environnementale ambitieuse. Elle a interdit les sacs plastiques et 69 % des déchets y sont recyclés à la fin des années 2000. En 2014, ce taux est supérieur à 80 %, et les bouteilles d'eau en plastique sont également interdites à la vente dans l'espace public. En 2005, la Journée mondiale de l'environnement eut lieu à San Francisco autour du thème « Des villes vertes, un plan pour la planète ! ». Depuis 2010, des panneaux solaires ont été installés sur les toits de l'ancienne prison d'Alcatraz. Depuis 2006, les ferrys qui relient l'île au continent sont des ferrys solaires. Le budget municipal pour l'année fiscale 2011-2012 était de de dollars. La municipalité emploie environ . Le , la ville vote un décret interdisant le nudisme dans les rues, et qui devait entrer en vigueur en février 2013. Économie. Dans le passé, San Francisco a tiré sa prospérité de l'exploitation de l'or, de l'argent et du pétrole. Pendant la Seconde Guerre mondiale, avec les opérations militaires dans l'océan Pacifique contre le Japon, la base navale de San Francisco fournit des milliers d'emplois directs et indirects. Dans les années 1960, les activités portuaires déclinent. C'est le port d'Oakland qui prend alors le relais. Les PME sont une force majeure dans l'économie de San Francisco, puisque d'après la Chambre de Commerce de la ville, près de 90 % des entreprises san-franciscaines comptent moins de . San Francisco est l'une des rares villes américaines à imposer son propre salaire minimum, prenant précédent sur celui de l'état, qu'il dépasse. En , les électeurs san-franciscains ont également approuvé une mesure qui instaurerait des congés maladie obligatoires pour les employeurs de la ville, à la hauteur d'une heure maladie par travaillées. Tourisme. Le tourisme est l'activité économique principale de San Francisco, qui compte parmi les dix principales destinations américaines. San Francisco est la américaine qui attire le plus de touristes étrangers. Fisherman's Wharf est la troisième attraction touristique des États-Unis. D'après "The Economist", la ville a été visitée en 2004 par quelque de touristes, rapportant de dollars. San Francisco a reçu de touristes en 2006. Ceux-ci ont engendré des revenus de de dollars. Les touristes français privilégient les grandes villes américaines : ainsi, sur les vingt premières destinations touristiques des Français, cinq sont américaines. La première est New York, la cinquième San Francisco et la huitième Las Vegas. Grâce à ses infrastructures (Moscone Center), la ville se classe dans les dix premières places pour les conventions et les conférences en Amérique du Nord. Finances et banques. L'héritage de la ruée vers l'or a fait de San Francisco le centre financier et bancaire principal de la côte pacifique. Dans la foulée, plusieurs banques voient alors le jour et administrent les richesses de la ruée et de l'argent extrait à Comstock Lode au Nevada dans les années 1850 et 1860. Entre autres, Amadeo Giannini fonde la Bank of Italy qui deviendra plus tard la Bank of America. Montgomery Street dans le centre financier est souvent considéré comme le « Wall Street de l'Ouest ». Il est le siège du de la Réserve fédérale et des institutions Wells Fargo Charles Schwab Corporation et Visa. De nombreuses autres banques, institutions financières et sociétés de capital risque y ont élu domicile afin de pouvoir y faire affaire avec les firmes de Silicon Valley. Bank of America a été fondée à San Francisco dans les années 1960 et son siège social occupe l'immeuble du 555 California Street. Avec plus de 30 institutions financières internationales, sept sociétés classées au Fortune 500, San Francisco est considérée comme l'une des dix villes mondiales. La ville se place au mondial des villes les plus riches et au mondial des places financières, selon le "Global Financial Centres Index". Haute technologie. Au cours des années, San Francisco s'est progressivement imposée comme un pôle de compétence dans les secteurs des biotechnologies, de la biomédecine et l'informatique. En , San Francisco est choisie pour héberger le siège du programme de recherche californien de cellules souches. Le plus gros de ces industries se concentre dans le quartier de Mission Bay, dans le sud-est de la ville. Le CBD abrite plusieurs sièges sociaux : McKesson, une entreprise de médicaments, qui se classait au des entreprises mondiales par le chiffre d'affaires en 2009 ; Pacific Gas and Electric Company dans le secteur de l'électricité et du gaz ; la chaîne de magasins de vêtements Gap. Plus récemment dans le secteur informatique, la société Twitter Inc. a implanté son siège social au cœur de la ville. De nombreuses autres startups ont suivi le mouvement comme la société Square, Inc. Les quartiers de SOMA et de Mission hébergent aujourd'hui desx incubateurs de startups et la ville cherche à attirer les talents de la Silicon Valley par des mesures fiscales incitatives. Selon l’enquête de Hired, 60 % des salariés du secteur de la tech installés à San Francisco souhaitent quitter la ville. Voies de communication et transports. Réseau routier. En raison des contraintes géographiques (collines, site de péninsule) et de l'opposition des San-Franciscains à la construction d'autoroutes urbaines à la fin des années 1950, San Francisco est l'une des rares métropoles américaines à avoir des artères urbaines plutôt que de nombreuses voies express. Le Bay Bridge, récemment rénové (2013), est l'unique axe routier rejoignant directement San Francisco à l'est de la baie "via" Treasure Island. De la même façon, le célèbre pont du Golden Gate, rejoint San Francisco au comté de Marin, au nord de la baie. Les axes routiers principaux dans San Francisco sont l'Interstate 80, qui commence sur le Bay Bridge et continue vers l'est, l'U.S. Route 101, qui prolonge l'Interstate 80 vers le sud vers Silicon Valley. Dans sa direction nord, l'US 101 se confond avec deux des artères principales de la ville, Van Ness Avenue et Lombard Street pour ensuite suivre le Golden Gate Bridge et traverser le comté de Marin. L'Interstate 280 commence dans South of Market vers l'ouest et bifurque ensuite vers le sud vers Silicon Valley et la "Highway 1" et "via" Park Presidio Boulevard à travers l'ouest de la ville. Après le séisme de 1989, les autorités municipales ont décidé de détruire l'Embarcadero Freeway ainsi qu'une partie de la Central Freeway et de les convertir en boulevards urbains. La California State Route 35 qui traverse la majeure partie de la péninsule de San Francisco le long des monts Santa Cruz, entre dans la ville par le sud avec le Skyline Boulevard et se termine à son intersection avec la Highway 1. La arrive à San Francisco par le sud avec , suit la route historique du Camino Real et se termine à la jonction avec l'autoroute 280. Le terminus occidental de la route historique Lincoln Highway se trouve dans le Lincoln Park. Les principales artères est-ouest sont le , le Lincoln Way, la Fell Street, Portola Drive et Market Street. Transports en commun. San Francisco a probablement le réseau de transport public le plus dense sur la côte occidentale des États-Unis. C'est aussi l'un des réseaux les plus utilisés, puisque 32 % des San-Franciscains l'empruntent quotidiennement, ce qui classe la ville au premier rang de la côte ouest et au troisième rang des États-Unis. Le réseau de transport public municipal, Muni, est géré par la ville. Il comprend le réseau de tramways de la ville (notamment en métro léger), y compris les " si appréciés des touristes, et un réseau de bus et trolleybus. Muni est le septième plus grand réseau de transport public des États-Unis avec en 2006. L'ensemble de la région est desservie par un réseau ferroviaire express, BART ("Bay Area Rapid Transit"), inauguré en 1974, qui relie San Francisco à l'est de la baie par un tunnel (le Transbay Tube) et au nord du comté de San Mateo, où se situe notamment l'aéroport international de San Francisco. Caltrain est une ligne ferroviaire dont le terminus san-franciscain est dans le quartier de SOMA. La ligne, qui relie San Francisco à la ville de Gilroy, via San José, suit plus ou moins en parallèle l'avenue El Camino Real, et dessert de nombreuses gares le long de la péninsule de San Francisco. Il existe plusieurs lignes régionales de cars dont le terminus est le Transbay Transit Center. La compagnie ferroviaire Amtrak propose une navette en bus entre San Francisco et la gare d'Emeryville, située de l'autre côté de la baie. Un projet de train à grande vitesse, accepté par les Californiens lors du référendum du reliera San Francisco à Anaheim, dans l'agglomération de Los Angeles, soit une distance de . La bicyclette est un mode de transport apprécié des San-Franciscains, l'utilisant chaque jour. Le système de vélos en libre-service Bay Area Bike Share a été mis en place en 2013 et compte pas moins de et fournis par une l'entreprise canadienne PBSC Solutions Urbaines. Enfin, une modeste flotte de ferries fait la navette entre le quartier The Embarcadero et le comté de Marin, Oakland, Vallejo et le comté de Solano. Les principales stations sont situées dans le Ferry Building et au Pier 39. Le coût d'utilisation du réseau reste toutefois assez élevé. Il faut compter pour un ticket de bus, pour un accès unique aux , pour un abonnement à la journée et 70 à pour un abonnement mensuel. Ces formules ne permettent qu'un accès au seul territoire de la ville de San Francisco dans la mesure où la ville se confond avec le comté (les comtés sont les autorités organisatrices des transports en commun aux États-Unis) contrairement à l'agglomération de Los Angeles regroupée dans un seul et même comté. Pour rejoindre les villes voisines, il faut acheter d'autres tickets ce qui additionne à chaque fois les coûts. Les tickets MUNI ne sont pas non plus utilisables sur les autres réseaux de transports en commun que sont le Golden Gate Bridge, Highway and Transportation District ou le BART et ce même sur le territoire de la ville de San Francisco (sauf abonnements longue durée). La compréhension de la tarification du réseau de transports en commun s'avère d'ailleurs très peu aisée pour les touristes contrairement aux autres métropoles des États-Unis. Transport aérien. L'aéroport international de San Francisco (SFO) (en anglais, "San Francisco International Airport") se situe à au sud de la ville, dans le comté de San Mateo, au bord de la Baie de San Francisco. C'est le deuxième plus gros aéroport en Californie, après celui de Los Angeles, et se classe pour le trafic de passagers en 2010. Il est connecté au réseau ferroviaire BART et via BART ou navette à Caltrain. Il est sous la juridiction du comté et de la ville de San Francisco. L'aéroport de San Francisco est un hub important pour les compagnies américaines United Airlines et Virgin America. Il détient le plus grand terminal international d'Amérique du Nord. Les deux autres aéroports principaux de l'agglomération sont l'aéroport international d'Oakland, à à l'est de San Francisco, et l'aéroport international de San José, à au sud-ouest. Transport maritime. Le port de San Francisco était autrefois le plus large et le plus fréquenté de la côte occidentale américaine, mais ce titre est désormais détenu par les ports de Los Angeles et Long Beach. Même si la baie de San Francisco reste une destination portuaire importante, c'est désormais le port d'Oakland qui accueille la plupart des cargos, disposant de plus d'espace et d'une meilleure infrastructure, notamment pour accueillir les porte-conteneurs. Le trafic total de marchandises dans le port de San Francisco était de en 2011. Comme nombre de vieux ports américains, celui de San Francisco a été construit à base de pontons ("piers") perpendiculaires à la côte. Le cargo était ensuite déchargé par grues et transporté manuellement vers des hangars construits sur les quais. C'est à travers ces pontons que transita le très important commerce du bois de la côte occidentale. L'avènement de l'ère des conteneurs sonna le glas du port de San Francisco, qui n'était pas équipé pour ce type de cargo. Nombre de ses hangars devinrent obsolètes et restèrent à l'abandon jusqu’à leur récente reconversion en bureaux, centres commerciaux ou espaces d'exposition. Le port de San Francisco continue à être actif, mais ses activités sont désormais limitées aux ferries qui transitent à partir du Ferry Building, à la plaisance et au tourisme. Le Pier 39 accueille un centre commercial touristique et les vaisseaux de croisière : le port de San Francisco accueille chaque année entre 60 et 80 paquebots et . Les croisières passant par San Francisco vont vers l'Alaska et le Mexique. Une rénovation des Piers 27-31 est en projet. Sports. San Francisco accueille plusieurs équipes professionnelles. L'équipe de football américain des 49ers de San Francisco, qui évolue en National Football League (NFL), est la plus renommée et la plus ancienne de la ville. Cette équipe a débuté en 1946 et joue de 1971 à 2013 dans le Candlestick Park. Depuis 2013, l’équipe évolue au Levi's Stadium à Santa Clara. Elle a connu son apogée dans les années 1980 et 1990 en remportant cinq titres du Super Bowl grâce à des joueurs comme Joe Montana, Steve Young, Ronnie Lott ou encore Jerry Rice. En 2006, les propriétaires de l'équipe ont annoncé leur intention de déménager en 2015 l'équipe à Santa Clara, toujours en Californie, bien que l'équipe conservera son nom en référence à San Francisco. L’équipe de baseball des Giants de San Francisco, qui évolue en Ligue majeure de baseball (LMB), est l'autre équipe phare de la ville. La franchise fut créée à New York et y resta jusqu'au déménagement à San Francisco en 1958. Bien que bénéficiant de joueurs importants tels que Willie Mays, Willie McCovey et Barry Bonds, le club a attendu jusqu'à son premier titre Série mondiale en 2010, pour ensuite en remporter deux autres en 2012 et en 2014. Depuis 2000, les Giants jouent à l'Oracle Park, que les San-Franciscains continuent d'appeler "Pac Bell Park". Ce stade de plus de fait partie du projet de rénovation de et de Mission Bay. Il y a également d'autres équipes professionnelles telles que le Victory de la Californie (Première division des United Soccer Leagues) ou les Deltas de San Francisco (North American Soccer League) pour le football, les Dragons de San Francisco (Major League Lacrosse) pour la crosse et les , et les Bulls de San Francisco, dans l'ECHL. La ville compte aussi plusieurs équipes universitaires, parmi lesquelles les Dons de l'université de Californie à San Francisco qui jouent en Division de la National Collegiate Athletic Association (NCAA) et qui ont gagné le championnat en 1955 et 1956 à lépoque de Bill Russell, les Rams du City College of San Francisco et les Gators de l'université d'État de San Francisco et les Urban Knight de l'Academy of Art University qui sont en Division II de la NCAA. La coupe Redbox Bowl de la ligue de football américain NCAA se tient à San Francisco chaque mois de décembre. La course à pied a lieu chaque année depuis 1912. Elle est l'occasion pour certains participants d'y courir en costumes. Le marathon de San Francisco a lieu chaque année au mois de juillet, et inclut traditionnellement une boucle qui comprend le pont du Golden Gate. Le triathlon Escape from Alcatraz a lieu depuis 1980 annuellement. L'Olympic Club, fondé en 1860, est le plus ancien club d'athlétisme aux États-Unis. Son parcours de golf privé, situé sur la frontière avec Daly City, a accueilli l'US Open de golf à cinq reprises. Le parcours public de golf, le TPC Harding Park, est une étape occasionnelle sur le PGA Tour. La Route de l'Or est une compétition nautique qui relie New York à San Francisco sans escale. San Francisco sera l'hôte de la Coupe de l'America 2013. Avec un climat idéal pour les activités de plein air, San Francisco a de vastes ressources et possibilités pour la pratique du sport amateur et les loisirs. Il y a plus de de voies et pistes cyclables dans la ville et le cyclisme se développe. The Embarcadero et Marina Green sont des lieux favorables à la pratique du skateboard. De vastes installations publiques de tennis sont disponibles dans le parc du Golden Gate et le Dolores Park, ainsi que de plus petites à travers la ville. Le nautisme, la planche à voile et le kitesurf sont parmi les activités les plus populaires sur baie de San Francisco, et la ville conserve un port de plaisance dans le Marina District. Culture. Dans les années qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale, San Francisco a accéléré sa transformation en un pôle de cultures et modes de vie alternatifs. Les mouvements qui ont contribué à cette évolution sont nombreux : la "Beat Generation", incarnées par les beatniks (un terme né de la plume de l'éditorialiste local Herb Caen), la Renaissance de San Francisco des années 1950, la culture hippie, la libération sexuelle, les droits civiques homosexuels et le fameux « Été de l'Amour » dans le quartier de Haight-Ashbury dans les années 1960. Les liens de San Francisco avec l'Asie sont déterminants pour comprendre la ville : la communauté chinoise est l'une des plus importantes d'Amérique du Nord ; San Francisco a le deuxième Chinatown le plus peuplé des États-Unis derrière celui de New York. La ville est notamment jumelée avec Shanghai et a développé des liens étroits avec la culture asiatique : la célébration du Nouvel An chinois, le Musée d'Art asiatique et le jardin japonais du parc du Golden Gate témoignent de cette relation. En 1975, une exposition temporaire de vestiges archéologiques chinois avait attiré quelque en deux mois. Dénominations. Les habitants de la région de San Francisco désignent généralement la ville tout simplement par "the City" (qui signifie littéralement "la Ville") et l'ensemble de la métropole par "Bay area" ou "the Bay" (qui signifie littéralement la "région de la Baie" ou simplement "la Baie"). San Francisco est parfois poétiquement appelée en anglais "The City by the Bay", et l'éditorialiste san-franciscain Herb Caen l'a aussi baptisée "Baghdad by the Bay" et "The City that Knows How". Les habitants de la région de la Baie n'utilisent jamais le surnom de "Frisco", que seuls les touristes semblent affectionner. "San Fran" n'est pas non plus très populaire chez les San-Franciscains, qui en revanche abrègent le nom de la ville par ses initiales, « SF ». Lieux culturels et patrimoine. Architecture et monuments. La géographie particulière du site de San Francisco a conditionné de nombreux aménagements qui marquent aujourd'hui la ville : les ponts comme le pont du Golden Gate en sont l'exemple le plus significatif. En raison de sa position stratégique, des structures à but défensif ont été érigées comme Fort Point dans les années 1860. Les bâtiments anciens sont rares à San Francisco car la ville a été fondée tardivement et a été en grande partie détruite par l'incendie qui suivit le séisme de 1906. La Mission San Francisco de Asís est l'un des plus vieux bâtiments de la ville. De nombreux quartiers sont marqués par l'architecture civile victorienne de la deuxième moitié du comme Nob Hill ou Haight-Ashbury : ils sont composés de maisons mitoyennes en bois et peintes de couleurs vives appelées "painted ladies". Le style Beaux-Arts est bien représenté avec les édifices du Civic Center (hôtel-de-ville, opéra, bibliothèque) et de l'Exposition universelle de 1915 (Palace of Fine Arts). L'influence européenne se retrouve également dans l'architecture du Ferry Building (1898). Parmi les monuments les plus visités de San Francisco, la Coit Tower est une tour de style Art déco construite dans les années 1930, à la même époque que le pont du Golden Gate. L'installation de diverses communautés à San Francisco se lit dans l'architecture : immeubles de style chinois dans le Chinatown, pagodes japonaises du jardin de thé. À cause des tremblements de terre, les constructions de la ville doivent être consolidées ou élaborées selon des normes parasismiques comme c'est le cas pour les gratte-ciel du centre des affaires. L'architecture contemporaine est bien représentée à San Francisco qui se veut une ville d'avant-garde : achevée en 1972, la Transamerica Pyramid avait suscité bien des débats en raison de sa forme originale. Elle n'est plus le plus haut bâtiment de la ville avec de hauteur, depuis que le bâtiment abritant les locaux de l'entreprise de Marc Benioff a ravi ce titre. La préoccupation écologique marque aussi les dernières réalisations architecturales : ainsi Renzo Piano a dessiné les plans de l'Académie des sciences de Californie (2008) en suivant des normes environnementales strictes. Musées. La vie culturelle de San Francisco est particulièrement riche grâce à ses nombreux musées. Le plus ancien est l'Académie des sciences de Californie : fondée en 1853, cette institution est consacrée aux sciences. Après le séisme de 1989, l'académie des sciences a dû intégrer un nouveau bâtiment situé dans le parc du Golden Gate qui abrite des aquariums, un planétarium, un cinéma 3D et des salles d'exposition. Dans le domaine des sciences, l'Exploratorium (1969) est l'un des plus populaires de la ville puisqu'il reçoit chaque année la visite de , dont de nombreux élèves de l'agglomération. Les liens culturels avec l'Asie sont symbolisés par le Musée d'art asiatique. Il s'agit du plus riche musée d'art asiatique du monde après celui de Taïpeh. Le Musée des Beaux-Arts de San Francisco, est la plus grande institution d'arts de la ville et l'un des plus grands musées de Californie. Il est composé du Le musée américain des relieurs (""), ouvert depuis 2009, est le seul musée d'Amérique du Nord dédié à la préservation et à la promotion de l'art et de l'histoire de la reliure occidentale. Le musée d'art moderne de San Francisco (SFMOMA) est consacré à l'art contemporain. Il a ouvert ses portes en 1935 et était alors le seul musée de ce type sur la côte ouest des États-Unis. Il abrite quelque d'Henri Matisse, Georges Braque, Jackson Pollock, Andy Warhol, Paul Klee, Marcel Duchamp, Ansel Adams, parmi d'autres. Des musées plus petits retracent l'histoire de la ville (San Francisco Cable Car Museum, , ), des minorités ethniques () ou des groupes culturels (Contemporary Jewish Museum). Enfin, la vocation maritime de San Francisco est soulignée par le San Francisco Maritime National Historical Park (1988) qui comprend le musée maritime de la ville et plusieurs navires datant de la fin du et du début du . Bibliothèques. La bibliothèque publique de San Francisco est un réseau de réparties dans les quartiers de la ville et d'une bibliothèque centrale qui se trouve dans le Civic Center. La première bibliothèque municipale de San Francisco ouvre ses portes au public en 1879 sur Bush Street. En 2007, l'ensemble des bibliothèques publiques de San Francisco compte plus de de documents, dont sont conservés dans la bibliothèque centrale. L'actuel bâtiment qui abrite la bibliothèque centrale a été construit en 1993-1995 et coûta de dollars. Sa superficie totale est de répartis sur six étages et un sous-sol. La nouvelle bibliothèque est deux fois plus grande que l'ancienne, qui avait été endommagée par le séisme de Loma Prieta en 1989. Opéras, théâtres, cinémas et salles de spectacles. La ville comprend de nombreuses salles de spectacles, à commencer par celles de l'Orchestre symphonique de San Francisco, l'Opéra de San Francisco et le Ballet de San Francisco. Créés dans l'entre-deux-guerres, l'opéra et le ballet de la ville comptent parmi les troupes les plus anciennes des États-Unis. La ville est également le siège de l', souvent abrégé A.C.T., une institution majeure de la scène théâtrale de la région de la Baie depuis sa fondation en 1965. Le Roxie Theater (1909) est le plus ancien cinéma de la ville encore en activité. Le Castro Theatre se distingue par son architecture hispanique des années 1920 : ce cinéma compte actuellement . Le et le datent de la même époque. Le Théâtre Rhinoceros est un théâtre gay et lesbien, dédié à la production de pièces de théâtre par et sur les homosexuels et les lesbiennes. San Francisco dans les arts. Littérature. Au , Jules Verne fait passer les héros du "Tour du monde en quatre-vingts jours" par San Francisco ; il la décrit (sans l'avoir jamais visitée) comme l'archétype de la ville cosmopolite et portuaire : San Francisco est la ville où a grandi l'écrivain Jack London. Elle est souvent évoquée dans ses romans. Jack Kerouac, dans son livre "Sur la route" (1957), évoque à de très nombreuses reprises « Frisco », la ville de Dean Moriarty. À la même époque, les écrivains et poètes Alan Watts, Kenneth Rexroth, Madeline Gleason, Gary Snyder et Jack Micheline font rayonner la Renaissance de San Francisco. Parues à partir de 1978, "Les Chroniques de San Francisco" d'Armistead Maupin se passent entièrement dans la ville et sa région. Dans le roman fantastique "Les Héritiers de l'Aube", t.2 "Des profondeurs" de Patrick McSpare, l'action se situe pendant le séisme de 1906 à San Francisco. Cinéma et télévision. San Francisco est probablement l'une des villes les plus pittoresques d'Amérique du Nord, ce qui lui vaut d'être le décor de nombre d'œuvres cinématographiques et de séries télévisées. Aux débuts du cinéma, Charlie Chaplin tourne deux films muets en noir et blanc dans la ville : "Charlot veut se marier" et "Charlot dans le parc". Les collines de San Francisco ont servi de décor à maintes poursuites de voitures, de "Bullitt" à "The Rock", mais aussi à de nombreuses comédies romantiques comme "La Blonde ou la Rousse", "Madame Doubtfire" ou "En direct sur Ed TV". La ville a aussi été le cadre de nombreux films noirs ou à suspense, des "Passagers de la nuit" à "Zodiac" en passant par "Sueurs froides" ou "The Game". Enfin, le pont du Golden Gate apparaît dans plusieurs films, dans le James BOND "Dangereusement Vôtre". puis dans lesquels il est détruit ("Fusion" (2003) ; "Magnitude 10,5" (2004) ; "" (2006)). La ville sert également de décor aux cinq films de "L'Inspecteur Harry" incarné par Clint Eastwood. San Francisco accueille chaque année un festival international du film (Festival international du film de San Francisco), ainsi que de nombreux autres plus spécialisés. De nombreuses séries télévisées se situent dans la « Cité près de la Baie ». La ville a été immortalisée dans la série policière "Les Rues de San Francisco" ou par l'adaptation des "Chroniques de San Francisco". À noter cependant que depuis les années 1980, nombre de séries ou mini-séries ayant la ville comme décor sont pour l'essentiel tournées soit en studio dans la région de Los Angeles (comme les comédies de situation "La Fête à la maison" ou "La vie à cinq" ou les séries "" ou "Charmed"), soit au Canada, à Toronto, Montréal ou plus fréquemment en Colombie-Britannique, où les coûts de production sont moindres. La dernière exception à cette règle était la série "Nash Bridges", intégralement filmée à San Francisco et dans sa région entre 1996 et 2000. Mais les épisodes de "Monk" sont ainsi tournés à Vancouver à l'exception de quelques rares scènes extérieures, la série vite annulée "Bionic Woman" était intégralement tournée elle aussi en Colombie-Britannique. "Journeyman", diffusée en 2007, était en grande partie tournée dans la région de Los Angeles, tout comme "Eli Stone" et "Women's Murder Club" (2007). Depuis le milieu des années 2000, la ville de San Francisco a tenté de séduire les sociétés de production en baissant notamment les coûts des permis de tournage et en simplifiant le système, mais avec pour l'instant un succès limité. Une série est cependant en production depuis 2009, "Trauma", qui doit être tournée principalement à San Francisco. La série "Sense8", se déroulant en partie à San Francisco, a filmé toutes les scènes de la ville sur place. Les films issus de l'univers Marvel "Ant-Man" et "Ant-Man et la Guêpe" se déroulent également en partie à San Francisco. Musique et chansons. Le "San Francisco Sound" est une composante de la musique rock née dans les années 1960. De nombreux groupes s'y rattachent comme Sly and the Family Stone, The Charlatans, The Beau Brummels, Jefferson Airplane, Grateful Dead, Big Brother and the Holding Company, Quicksilver Messenger Service, It's a Beautiful Day, Steve Miller Blues Band, Fifty Foot Hose, Carlos Santana, Moby Grape, Blue Cheer, ou encore Uther Pendragon. Parmi toutes les salles de concert de San Francisco, "The Fillmore" a été dans les années 1960 l'épicentre de la musique psychédélique et de la contre-culture hippie. Des artistes comme Pink Floyd ou Janis Joplin y firent leurs débuts. La ville a inspiré de nombreux auteurs et interprètes, de Henry Mancini aux Arctic Monkeys, en passant par les Village People et Chris Isaak. Maxime Le Forestier a immortalisé dans "San Francisco" son expérience bohémienne pendant l'âge d'or du mouvement hippie de la ville, et Otis Redding a chanté la nostalgie d'un natif de la Géorgie dans "(Sittin' on) The Dock of the Bay". Les deux chansons les plus prisées des San-Franciscains sur leur ville restent cependant "San Francisco", chantée par Jeanette Mac Donald dans le film du même titre, et "I Left My Heart in San Francisco", par Tony Bennett. San Francisco accueille notamment le fameux , un chœur de homosexuels, ainsi que le San Francisco Lesbian/Gay Freedom Band, la première fanfare gay et lesbienne du monde. La ville compte aussi deux autres chœurs gays, le Gay Chorus of San Francisco et le Golden Gate Men's Chorus. Plusieurs festivals de musique ont lieu chaque année à San Francisco, parmi lesquels le San Francisco Blues Festival, le plus vieux festival de blues américain, tenu chaque automne depuis 1973, et le San Francisco Jazz Festival, chaque automne depuis 1982. Depuis 1993, le festival Noise Pop célèbre par ailleurs les dernières tendances musicales rock, le San Francisco Electronic Music Festival a été lancé en 2000, et le Mission Creek Music Festival met à l'affiche des interprètes locaux depuis 1996. Vie nocturne. San Francisco a une vie nocturne intense et variée, offrant nombre de bars, "lounges" et clubs à ceux qui y sortent. Les quartiers qui vivent le plus la nuit sont North Beach, le Mission District, la Marina, le Castro et South of Market. Certaines salles de concert san-franciscaines sont légendaires, comme The Fillmore et The Warfield. Bimbo's 365 et le Great American Music Hall sont également connues pour accueillir des interprètes à la popularité grandissante, et 1015 Folsom et Ruby Skye sont parmi les boîtes de nuit les plus fréquentées. À cause d'un éclairage nocturne intense, de la réverbération de la lumière sur l'eau et de l'humidité et de la pollution de l'air, la ville est souvent couverte d'un halo nocturne qui traduit un phénomène de pollution lumineuse affectant notamment les oiseaux à l'époque des migrations. Parades. L'année est rythmée par une série de parades et d'événements qui animent les rues de San Francisco. La parade du nouvel An chinois est la plus importante du monde en dehors du continent asiastique. Elle existe depuis les années 1860. Un carnaval est organisé en février dans le quartier de Mission. La gay pride qui a lieu en juin depuis 1970 est la plus importante des États-Unis. Médias. Plusieurs journaux sont publiés à San Francisco : le "San Francisco Chronicle" constitue le quotidien le plus important de Californie du nord en matière de distribution. Il a été créé en 1865 et fait partie de la Hearst Corporation, et son tirage quotidien atteint en semaine, et le dimanche. Herb Caen y travailla à partir de la fin des années 1930. "The San Francisco Examiner" fut l'un des journaux les plus remarquables de l'empire médiatique de William Randolph Hearst ; puis il déclina pour devenir aujourd'hui un petit tabloïd. "" se place parmi les plus grands journaux chinois de la Baie de San Francisco. Plusieurs quotidiens et hebdomadaires gratuits sont distribués à San Francisco, notamment "San Francisco Bay Guardian", un hebdomadaire progressiste, ou le "SF Weekly". La ville accueille également les sièges des magazines citadins "San Francisco Magazine" et "7x7", ainsi que de nombreuses autres publications, comme les mensuels culturels "The Believer" et "Planet", le magazine de mode et design "Surface" ou le magazine asio-américain "Hyphen". L'agglomération de San Francisco est la cinquième région sur le marché américain en termes d'audience télévisuelle, et la quatrième en termes d'audience radiophonique. Tous les réseaux de télévision américains (ABC, NBC, CBS, Fox, The CW, PBS) y ont une chaîne affiliée, et la ville accueille également d'autres stations de télévision indépendantes et non affiliées, ainsi que des bureaux régionaux pour CNN et la BBC. San Francisco est aussi le siège de nouveaux médias tels que le webzine "Salon.com", la firme CNET Networks et la société de publication orientée LGBT PlanetOut. Enseignement. En 2021, une commission chargée d’éliminer « la glorification de personnalités liées à l’esclavage, au racisme ou aux violations des droits de l’homme » décide de débaptiser un tiers des écoles, soit quarante-quatre établissements. Parmi les établissements qui devront changer de nom se trouvent ceux qui portent des noms illustres comme George Washington, Thomas Jefferson, James Madison, Francis Scott Key, auteur de l'hymne national américain, et même Abraham Lincoln, voire, selon "Le Monde" « des figures contemporaines comme la vénérable sénatrice démocrate Dianne Feinstein, maire de San Francisco de 1978 à 1988. ». Cette dernière avait fait remettre un drapeau confédéré qui faisait partie d'une vingtaine d'autres étendards flottant traditionnellement devant l'hôtel de ville et qui avait été vandalisé lorsqu'elle était maire de San Francisco, en 1986. La commission était composée de douze personnes, éducateurs, élèves, parents, mais d'aucun historien. Cette décision a provoqué de nombreuses critiques, parmi lesquelles l'actuelle maire de San Francisco, London Breed, qui est noire. En octobre dernier, celle-ci avait jugé « insultant » pour les parents d'enfants privés d'écoles à cause de la pandémie que les autorités scolaires consacrent leur énergie à changer le nom des établissements plutôt que de les rouvrir. En avril 2021, le Conseil de l’éducation de San Francisco vote à l’unanimité la suspension de ce projet et met ainsi fin à la controverse qui provoquait des débats depuis plusieurs mois. De nombreux San-Franciscains s’étaient déclarés outrés par ce projet de changement de nom des écoles publiques. Jumelages et coopérations. Liste des villes jumelées à San Francisco : La ville a par ailleurs signé un pacte d'amitié et de coopération avec Paris en 2009. En septembre 2017, la municipalité de San Francisco fait installer, dans un parc du quartier asiatique de la ville, un monument en mémoire des « femmes de réconfort », esclaves sexuelles coréennes, chinoises, philippines ou néerlandaises de l'Armée impériale japonaise du début des années 1930 à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Un an plus tard, Hirofumi Yoshimura, maire d'Ōsaka, au Japon, met fin au jumelage soixantenaire entre les deux villes, afin d'affirmer officiellement l'opposition japonaise à l'érection du monument aux femmes de réconfort. Voir aussi. Bibliographie. Géographie Architecture, urbanisme et société Histoire, politique et administration Culture, art et littérature Population et société |
Tigrigna Le tigrigna (en tigrigna : , "tǝgrǝñ(ñ)a", ) – également orthographié tigrinya ou tigriña – est une langue chamito-sémitique appartenant à la famille des langues sémitiques et parlée essentiellement au nord-est de la Corne de l'Afrique. C'est la langue officielle de l'Érythrée et, en Éthiopie, de l'État régional du Tigré. Le tigrigna avait en Éthiopie en 2007, en Érythrée en 2006, et quelque tous pays confondus. Il est aussi beaucoup parlé en seconde langue, tant en Érythrée et en Éthiopie, qu'au sud-est du Nord Soudan et à Djibouti, ce qui rend difficiles les estimations des locuteurs de cette langue. Comme plusieurs langues de la Corne de l'Afrique, le tigrigna s'écrit au moyen d'une version de l'alphasyllabaire guèze. Description. À la suite de la colonisation de l'Érythrée par l'Italie entre 1885 et 1941, de nombreux mots italiens s'intègrent au tigrigna, en ce qui concerne l'Érythrée. Depuis 1950, les nouveaux termes proviennent plutôt de l'anglais et de l'arabe. En Éthiopie, pays qui n’a jamais été colonisé, les mots qui s'intègrent au tigrigna viennent de l'amharique et de l'oromo. Il y a plusieurs dialectes du tigrigna. Écriture du tigrigna. Le tigrigna s'écrit à l'aide de l'alphasyllabaire guèze auquel s'ajoutent quelques caractères. Dans le tableau qui suit, les graphèmes sont rangés par ligne selon leur consonne initiale, et par colonne selon la voyelle qui la suit. Par exemple, la première ligne se lit "hä, hu, hi, ha, he, h(ə), ho". |
Théorie quantique des champs La théorie quantique des champs est une approche en physique théorique pour construire des modèles décrivant l'évolution des particules, en particulier leur apparition ou disparition lors des processus d'interaction. Il ne s'agit donc pas d'une seule théorie, mais plutôt d'un cadre théorique, qui tire son nom de la combinaison entre la notion classique de champ et des principes et outils de la mécanique quantique relativiste. Selon cette approche, l'attention est portée non pas sur des particules, mais sur des champs, pénétrant l'espace et considérés comme plus fondamentaux. Développée au cours du , surtout entre 1920 et 1950 par des physiciens tels que Dirac, Fock, Pauli, Tomonaga, Schwinger, Feynman et Dyson, la théorie quantique des champs est aujourd'hui un des piliers conceptuels de la description physique de l'univers, au travers notamment du modèle standard. À ce titre le développement de la théorie a été récompensé par de nombreux prix Nobel de physique, et les progrès mathématiques nécessaires pour lui donner corps ont donné lieu à plusieurs médailles Fields. Toutefois, en dépit de nombreux efforts, il ne semble pas possible d'y intégrer une description de la théorie de la relativité générale. Pour cette raison, de nombreux physiciens cherchent une théorie plus générale, dont la théorie quantique des champs (et la théorie de la relativité générale) ne seraient que des approximations. La théorie quantique des champs a été développée initialement pour comprendre les phénomènes de physique des hautes énergies au sein des accélérateurs de particules, ce pour quoi elle est principalement utilisée aujourd'hui. Mais elle permet également d'expliquer des phénomènes de physique de la matière condensée, tels que la supraconductivité, l'effet Hall quantique, ou la superfluidité. Histoire. Le développement de la mécanique quantique, à la fin du et au début du , se concentrait sur la notion de « particule », héritée de la physique classique. Les premiers travaux de Dirac, Heisenberg et Schrödinger culminent ainsi dans une description nouvelle des propriétés des particules élémentaires, capables d'expliquer avec succès les observations expérimentales, par exemple dans la prédiction des spectres d'émission atomiques. Ce succès sur les systèmes isolés constitués de particules en nombre restreint et prescrit, laissait toutefois de côté de nombreuses questions, notamment en ce qui concerne l'interaction entre matière et rayonnement. Par ailleurs, plusieurs tentatives de concilier l'équation de Schrödinger avec la mécanique relativiste avaient été suivies, donnant notamment naissance à l'équation de Klein-Gordon et à l'équation de Dirac, l'une et l'autre soulevant des difficultés théoriques et d'interprétation. Par analogie avec le champ électromagnétique, décrit par les équations de Maxwell, il est possible d'associer à chacune de ces équations un champ, et une densité de lagrangien d'où l'équation découle par le principe de moindre action. Néanmoins il s'agit encore de champs n'interagissant pas entre eux, et le nombre de particules est fixé. Impossible donc de décrire la création ni l'absorption de ces particules avec ce formalisme. Les origines : 1926-1930. S'appuyant sur des intuitions mises en avant par Born, Jordan et Heisenberg, c'est Dirac qui proposera le premier une théorie quantique du rayonnement en 1927. S'intéressant d'abord au rayonnement électromagnétique, Dirac propose une procédure de passage à la limite, et s'appuie sur le modèle de l'oscillateur harmonique quantique pour expliquer l'apparition et l'absorption de photons. Poursuivant cet effort, Jordan introduit les opérateurs de création et d'annihilation et la notion de « seconde quantification ». Après des difficultés initiales pour garantir la cohérence de la théorie (notamment l'invariance relativiste), une première théorie quantique des champs électromagnétique est ainsi proposée dès 1929 par Werner Heisenberg et Wolfgang Pauli. Le problème des divergences et la renormalisation : 1930-1950. Le succès rapide des méthodes de théorie quantique des champs, par exemple dans le calcul de la diffusion Compton, n'occultait pas certains problèmes. D'une part, il existait un écart non négligeable entre les prédictions et les mesures dans plusieurs expériences impliquant les rayons cosmiques. D'autre part, et plus inquiétant pour la cohérence de la théorie, le développement des calculs au-delà du premier ordre, par des méthodes perturbatives, donnait lieu à des séries divergentes. Ainsi par exemple, la self-énergie de l'électron, ou les fluctuations du champ électromagnétique, étaient « infinis » selon la théorie. Plusieurs formes de divergences infinie apparaissent ainsi dans l'application directe des méthodes de la théorie quantique des champs. Des tentatives naïves (de troncation, de soustraction des termes divergents, etc.) pour gérer les infinis n'ont abouti qu'à des approches mathématiquement contradictoires, des résultats éloignés des expériences, ou des violations des lois de conservation physique. En dépit de ces doutes sur la solidité de la théorie, ces méthodes sont appliquées en 1933 par Fermi au problème de la radioactivité β, pour décrire l'interaction faible. Puis, en 1934, Pauli et Weisskopf appliquent les techniques de théorie quantique des champs à l'équation de Klein-Gordon, et montrent qu'elle décrit l'évolution d'un champ scalaire. Néanmoins, ces progrès étaient tous suspendus par les doutes qui pesaient sur l'avenir de la théorie. Il fallut attendre la fin de la Seconde Guerre mondiale pour que soit proposée une méthode cohérente et systématique pour gérer les divergences : la technique de renormalisation. C'est en 1949 que cette technique naît avec un article de Freeman Dyson, dans lequel il réconcilie des propositions de la génération de physiciens qui l'a précédé : Hans Bethe, Julian Schwinger, Richard Feynman et Shin'ichiro Tomonaga. En 1955, Lehmann, Symanzik et Zimmerman montrent comment obtenir, à partir d'une densité de lagrangien, les observables physiques de la matrice de diffusion : c'est la formule de réduction LSZ, qui va grandement faciliter le travail des théoriciens et des expérimentateurs, en traduisant les propriétés des théories quantiques en prédictions expérimentales. D'un côté, la renormalisation résout les difficultés effectives en faisant disparaître les infinis des résultats : ainsi, le calcul du moment magnétique anomal de l'électron et du décalage de Lamb atteignent un niveau de précision jamais espéré par aucune théorie physique auparavant. De l'autre côté, la conséquence de cette approche est que certaines grandeurs, comme la charge et la masse de l'électron, ne peuvent pas être déduites de la théorie et doivent donc être fixées « de l'extérieur ». La théorie quantique des champs électromagnétiques, ou électrodynamique quantique, ne peut donc pas prétendre au statut de théorie fondamentale car il demeure à expliquer les valeurs de ces paramètres. Les théories de jauges et le modèle standard : 1950-1970. Le succès expérimental de l'électrodynamique quantique, et les résultats préliminaires de Fermi sur l'interaction faible, motivèrent la recherche d'autres phénomènes que la théorie quantique des champs pourrait expliquer. Une théorie se développe pour l'interaction forte, et un lien est établi par Murray Gell-Mann entre les groupes de symétries et les théories quantiques des champs : c'est la notion de théorie de jauge. En associant les descriptions quantiques de l'électromagnétisme, de l'interaction faible et de l'interaction forte, on obtient une théorie renormalisable associée au groupe SU(3) × SU(2) × U(1), appelée « modèle standard ». Cette théorie (qui est bien plus qu'un modèle) a été développée par Sheldon Glashow, Steven Weinberg et Abdus Salam entre 1959 et 1967, qui montrent notamment que l'interaction faible et l'interaction électromagnétique sont issues d'une même interaction, dite électrofaible. Puis par Frank Wilczek, David Gross et David Politzer qui expliquent en 1973 le comportement de l'interaction forte, introduisant la notion de liberté asymptotique. Enfin, les travaux de Peter Higgs, François Englert, Robert Brout permettent de comprendre le mécanisme par lequel certaines interactions, qui selon la théorie devraient avoir une portée infinie, ont en fait une portée très limitée : il s'agit d'un couplage à un champ scalaire, le boson de Higgs-Englert-Brout. Ce champ scalaire apparaît du fait d'un mécanisme de brisure spontanée de symétrie, dont Martin Veltman et Gerard 't Hooft ont montré qu'il était renormalisable en 1971. Le modèle standard permet de prédire l'existence de particules : six types de leptons et six types de quarks, chacune de ces 12 particules étant un fermion de spin 1/2 ; chaque interaction est associée à des particules de spin 1 : le photon pour l'interaction électromagnétique, les bosons W et Z pour l'interaction faible, les gluons pour l'interaction forte. Toutes les particules prédites par la théorie ont été mesurées expérimentalement ; le boson de Higgs, le dernier à avoir été confirmé, a été mesuré pour la première fois en 2011 au LHC. Depuis 1970 : physique de la matière condensée, champs conformes, axiomatisation, et questions ouvertes. Malgré les succès impressionnants des théories quantiques des champs, plusieurs questions et problèmes ont été soulevés, qui constituent aujourd'hui des axes de recherche encore ouverts. D'une part la théorie s'est construite par ajouts successifs de mécanismes et d'outils, et il est naturel de chercher une description mathématique cohérente de cet ensemble. Les axiomes de Wightman, proposés en 1956, cherchent à contraindre toute théorie des champs visant à décrire la nature ; des jeux d'axiomes alternatifs ont été proposés, par Haag-Araki en 1962, par Haag-Kastler, ou par Osterwalder-Schrader notamment. L'intérêt d'une base axiomatique est la possibilité de démontrer formellement des résultats qui seraient autrement des observations expérimentales difficiles à expliquer, comme le théorème spin-statistique ou le théorème CPT, et qui sont promus au rang de résultats généraux s'appliquant à toute théorie quantique des champs. Au cours des années 1980, le point de vue a changé, avec la découverte notamment des phénomènes tels que l'effet Hall quantique, dans lequel il n'y a pas de brisure spontanée de symétrie. Pour un tel système, c'est la topologie et non la géométrie qui est responsable de la physique observée. Dans le cas de l'effet Hall, une théorie des champs effective basée sur la théorie de Chern-Simons a pu être construite : la question fut alors posée de développer, pour les théories du modèle standard, si une telle extension était possible. D'un côté, cela a engendré tout un corps de recherche associé à Michael Atiyah, Graeme Segal, Edward Witten, Richard Borcherds et Maxim Kontsevich qui cherchent à construire une théorie topologique des champs quantiques (TQFT). D'un autre côté, le développement de théories invariantes d'échelle, dites théories conformes, ont montré comment saisir de nombreux phénomènes physiques tels que les transitions de phase, et au travers de la correspondance AdS/CFT dessinent un lien entre théories quantiques et cosmologie. Enfin, les paramètres des théories (dont le modèle standard) sont encore mal compris, et il n'existe pas à l'heure actuelle de mécanisme permettant de quantifier sans incohérences des théories comme la relativité générale ; associées à des difficultés mathématiques, comme le problème ouvert du gap de masse des théories de Yang-Mills, ces questions poussent à la recherche de nouvelles approches ou de meilleurs outils. Principes. Motivations. La théorie quantique telle qu'initialement développée décrivait un ensemble de particules au moyen d'une fonction d'onde formula_1, qui permet de calculer la probabilité de mesurer une particule en un point donné de l'espace. Une telle fonction évolue dans le temps selon l'équation de Schrödinger : formula_2, où formula_3 est l'opérateur hamiltonien et formula_4 est l'opérateur énergie. Néanmoins, ce formalisme ne permet pas de capturer plusieurs phénomènes physiques, notamment : Les tentatives de corriger l'invariance relativiste de l'équation de Schrödinger, qui ont donné lieu aux équations de Klein-Gordon, puis de Dirac, se heurtent en fait à une incohérence structurelle : une théorie relativiste de particules en interaction ne peut pas supposer un nombre constant de particules. Théorie classique des champs. La théorie classique de l'électromagnétisme, décrite par les équations de Maxwell, est relativiste. On peut déduire l'évolution d'un champ électromagnétique via le principe de moindre action, c'est-à-dire que le champ effectivement observé physiquement rend minimal la quantitéformula_5appelée action, et calculée à partir du lagrangien associé au champ. Les méthodes variationnelles classiques donnent alors les équations de champ comme une solution aux équations d'Euler-Lagrange :formula_6 Ainsi, l'évolution du champ magnétique est déterminée par sa densité de lagrangienformula_7 La théorie quantique des champs prend le même point de départ : une densité de lagrangien est fixée pour le champ d'intérêt. Cependant, au lieu de déterminer les équations d'évolution par le principe de moindre action, qui est un principe classique, un procédé de quantification est appliqué. Quantification canonique et intégrales de chemin. Quantification canonique. La quantification canonique (historiquement appelée seconde quantification), est une procédure permettant d'obtenir une théorie quantique à partir d'une théorie classique, en s'efforçant de conserver la structure de la théorie, notamment ses symétries, autant que possible. Le nom de seconde quantification vient de ce que la théorie quantique développée auparavant traitait les particules dans un cadre quantique, mais les champs (au travers de l'énergie potentielle) étaient encore classiques. Cette approche partielle, qualifiée de première quantification, laisse donc la place à un traitement intégralement quantique des phénomènes physiques. La procédure de quantification canonique suit le principe suivant, dû initialement à Dirac : on associe au champ formula_8 le moment canonique formula_9 via une transformée de Legendre, puis formula_8 et formula_9 sont promus au rang d'opérateurs et dotés des relations de commutation canoniques :formula_12 Illustrons ce mécanisme sur le champ libre classique, de densité lagrangienneformula_13En travaillant dans le domaine de Fourier,formula_14et puisque les champs sont à valeurs réelles, formula_15 et formula_16. Le hamiltonien classique associé au champ formula_8 s'écritformula_18où on a posé formula_19. Autrement dit, il s'agit d'une collection d'oscillateurs harmoniques indépendants. La quantification, via l'utilisation des relations de commutation canonique, donne alors le hamiltonien comme une collection d'oscillateurs quantiques, et les opérateurs d'échelle formula_20permettent d'écrire l'opérateur hamiltonien ainsi :formula_21Dans ce contexte, les opérateurs d'échelle s'interprètent donc comme la création ou la destruction d'une particule, et l'état de plus basse énergie est assimilé au vide. Pour des champs en interaction, la notion de vide peut être plus complexe, entre autres parce que des effets de polarisation apparaissent. La densité de lagrangien associée au champ libre en tant que théorie quantique est alors formula_22 Intégrales de chemin. Une approche alternative pour obtenir une théorie quantique des champs est la méthode des intégrales de chemin. Elle repose sur une reformulation du principe de moindre action, où ce n'est plus la trajectoire qui minimise l'action, car cette notion n'a plus de sens en mécanique quantique. À la place, on considère une somme pondérée sur toutes les trajectoires possibles, qui prend la forme d'une intégrale :formula_23ici, formula_24 désigne une intégrale prise sur "toutes les configurations" de champ possible. En pratique, cette quantité est calculée par un processus de limite, le champ étant découpé sur une grille de plus en plus fine. L'utilisation de propagateurs permet alors de calculer les propriétés recherchées, comme les probabilités de transition. Parmi les intérêts de cette approche, elle rend visible l'invariance de Lorentz dans les équations, car les coordonnées de temps et d'espace y jouent un rôle très clairement identique, ce qui n'est pas du tout clair dans la formulation de la quantification canonique. L'utilisation du formalisme lagrangien, plutôt que hamiltonien, laisse également au physicien une intuition parfois plus claire. En revanche, d'autres propriétés sont moins évidentes, comme la conservation de la probabilité. Quoi qu'il en soit, on sait aujourd'hui que les deux approches, quantification canonique et intégrales de chemin, sont équivalentes. Dynamique des champs quantiques. Champ quantique libre. La quantification canonique du champ libre donne un hamiltonien qui correspond à une collection d'oscillateurs harmoniques, dont l'énergie totale est conservée : il s'agit de la somme des énergies individuelles de chaque particule. Ces particules n'interagissent pas, et évoluent librement ; leur nombre est conservé car aucun processus d'interaction ne vient les détruire ni en ajouter. Cette conservation n'est pas imposée a priori, comme c'était le cas avec l'approche quantique à base de fonction d'onde : il s'agit d'un résultat des équations de champ obtenues. Ainsi ce champ peut être décrit en termes de nombre d'occupation, c'est-à-dire la donnée, pour chaque niveau d'énergie, du nombre de particules qui occupent ce niveau. Ces particules sont indiscernables : elles n'interviennent dans la théorie qu'au travers de leur niveau d'énergie ; par exemple, échanger deux particules n'a aucun effet physique et ne constitue donc pas un état différent. Par ailleurs, il n'y a pas de contrainte sur le nombre de particules qui peuvent occuper un niveau d'énergie : le principe d'exclusion de Pauli ne s'applique pas, et le champ libre héberge donc des bosons. Il est possible d'obtenir un champ libre de fermions : lors du processus de quantification, ce sont des règles d'anti-commutation qui sont imposées (ou, par la méthode des intégrales de chemin, l'utilisation de variables grassmanniennes). Théorème spin-statistique. Un des résultats que permet de montrer la théorie des champs est le théorème spin-statistique, qui dit ceci : les particules de spin entier sont des bosons, et les particules de spin demi-entier sont les fermions. Formulé d'abord en 1939 par Markus Fierz et Wolfgang Pauli, ce principe a d'abord été vérifié sur les théories de champs libres, mais ils ne pouvaient pas le démontrer en général. Une première preuve générale est donnée par Julian Schwinger en 1950, et depuis plusieurs dizaines de preuves ont été établies qui cherchent entre autres à satisfaire le souhait de Feynman qu'un principe aussi facile à énoncer puisse être aisé à expliquer. Champs quantiques en interaction. Les interactions entre particules sont la conséquence de non linéarités dans le champ quantifié, sous la forme par exemple de produits du champ dans le lagrangien ou dans le hamiltonien. La quasi-totalité des théories d'intérêt en physique sont des théories avec des interactions. Par exemple : On associe à ces produits une constante numérique, appelée constante de couplage, qui mesure l'intensité relative de l'interaction. En général, il n'est pas possible de calculer exactement les solutions pour un champ en interaction. Plutôt, des approximations successives sont obtenues en tronquant un développement en séries où les puissances des constantes de couplage apparaissent : c'est l'approche perturbative. Cette méthode fonctionne bien pour l'interaction électromagnétique, car la constante de couplage électromagnétique aux basses énergies est petite, formula_32, et les puissances de ce nombre tendent rapidement vers 0. Ce n'est pas le cas des autres interactions, et il n'est pas en général possible de traiter les champs en interaction complètement par le seul moyen d'une approche perturbative. Outils et phénomènes apparentés. Diagrammes de Feynman. Dans une expérience de collision, des particules sont préparées dans un état initial, puis accélérées afin de subir des collisions à hautes énergies. Les produits de la collision sont alors mesurés. Une des grandeurs importantes est donc la probabilité de mesurer un certain état final, étant donné un certain état initial. On peut ramener cette question au calcul d'une matrice S (matrice de diffusion ou de « "scattering" »), qui donne alors la probabilité recherchée au travers de l'amplitude formula_33. Cette matrice formula_34 n'est en général pas connue, mais peut être exprimée comme un développement perturbatif du hamiltonien d'interaction au travers de la série de Dyson, ou plus prosaïquement : formula_35où formula_36 est la constante de couplage, supposée faible. Le physicien américain Richard Feynman a proposé en 1948 un ensemble de règles permettant d'effectuer ce calcul de probabilités au travers de diagrammes, qui portent aujourd'hui son nom. Suivant la philosophie de l'intégrale de chemin, et conservant un caractère intuitif, la démarche consiste à établir pour un processus donné tous les scénarios possibles ayant le même état initial et le même état final. Tous ces scénarios ne sont pas aussi probables les uns que les autres, ils sont donc pondérés en conséquence. Négliger les scénarios les moins probables revient à tronquer le développement perturbatif à un certain ordre. Ainsi, le processus de diffusion Compton, dans lequel un électron et un photon interagissent, se décompose en plusieurs diagrammes :Dans chaque diagramme, l'électron est représenté par une ligne pleine fléchée, et le photon par une ligne ondulée. Les particules créées et absorbées au cours de l'interaction, qui n'apparaissent pas dans l'état final, sont dites virtuelles. Elles ne sont pas mesurables dans le laboratoire, mais contribuent au calcul de la probabilité totale. L'ordre du diagramme correspond au nombre de nœuds, ainsi dans l'illustration ci-dessus les deux premiers diagrammes sont d'ordre 2, et le troisième diagramme est d'ordre 4. Les diagrammes d'ordre supérieur contribuent des corrections de plus en plus petites à la probabilité recherchée, lorsque la constante de couplage est assez faible. Les diagrammes de Feynman constituent ainsi un outil privilégié en théorie quantique des champs. Toutefois, ils ne sont utilisables que dans les contextes où un développement perturbatif est possible, ce qui n'est pas le cas pour l'étude du confinement en QCD par exemple, ni pour le traitement de solutions localisées comme les solitons ou les instantons de certaines théories. Renormalisation. L'approche perturbative possède en fait des limites même dans le régime où les interactions sont faibles. Dans le développement en diagrammes de Feynman du processus de diffusion Compton ci-dessus, le troisième diagramme est en fait divergent. La technique de renormalisation a été développée pour éliminer ces divergences, ne laissant derrière que des quantités finies et physiquement mesurables. L'idée clé est que les divergences proviennent d'une extrapolation à des échelles arbitrairement petites (ou, ce qui revient au même, à des échelles d'énergies arbitrairement grandes). Par exemple, dans le diagramme divergent en question fait apparaître la self énergie de l'électron, en tant que sous-diagramme : Ici l'électron émet un photon, qui est immédiatement réabsorbé. Il faut ajouter toutes les contributions provenant des positions et moments que peuvent prendre ces particules dans ce scénario, ce qui donne une self énergieformula_37Or cette expression est divergente. Cet infini est non physique, et peut être évité par l'approche suivante (dont l'intuition se retrouve chez Stueckelberg et Bethe) formalisée par Schwinger, et systématisée par Feynman, Dyson, et Tomonaga : elle consiste à redéfinir la masse et la charge de l'électron qui interviennent dans cette équation, formula_38 et formula_39. On obtient une théorie régularisée, qui n'est plus aussi précise, mais qui ne possède plus de divergences. Les valeurs de formula_38 et formula_39 utilisées, qui ne correspondent pas à ce qui est mesuré sur les particules, sont dites « nues » : les inévitables interactions avec le champ alentour modifiant la quantité mesurée. Seules les valeurs nues sont fondamentales, et les quantités définies en termes de ces valeurs ne divergent pas. Cette manière d'éliminer les divergences, appelée renormalisation, donne en pratique d'excellents résultats. Mais plus fondamentalement, elle informe sur la nature des divergences dans les théories quantiques des champs. Il arrive qu'il ne soit pas possible d'absorber ainsi dans les paramètres de la théorie les phénomènes de divergence. On distingue ainsi les théories des champs « renormalisables » de celles qui ne le sont pas. En particulier, les théories du modèle standard sont renormalisables, mais ce n'est pas le cas de la théorie de la relativité générale par exemple. Symétries. Théories de jauge. Dans la théorie classique de l'électromagnétisme, le potentiel vecteur jouit d'une propriété remarquable appelée invariance de jauge. Concrètement, on peut ajouter le gradient d'une fonction arbitraire au potentiel vecteur, cela n'a aucun effet sur les équations d'évolution des champs et donc sur la physique. Cette invariance s'interprète comme une symétrie locale de la théorie, qui doit être prise en compte de même que les symétries globales lors de la quantification. Pour l'électromagnétisme, ou sa version quantifiée l'électrodynamique quantique, cette symétrie correspond au groupe formula_42 qui est commutatif et de rang 1, dit groupe de jauge de l'électromagnétisme. La symétrie est capturée lors de la quantification par la présence d'un champ de jauge, dont les particules correspondent aux générateurs du groupe de jauge : dans le cas de l'électromagnétisme, formula_42 est engendré par un seul élément, qui correspond au photon. Une théorie de jauge est ainsi une théorie quantique des champs dans laquelle l'interaction est portée par les particules d'un champ de jauge, dont on peut montrer qu'elles sont des bosons. Dans le cas général, le groupe de jauge n'est pas nécessairement commutatif, c'est notamment le cas des théories de Yang-Mills. Le boson de jauge dans le cas non commutatif porte lui-même une charge (contrairement au cas commutatif, où le photon par exemple est neutre). Les couleurs de particules correspondent à la représentation fondamentale du groupe, et les bosons de jauge à la représentation adjointe. Ainsi pour le groupe formula_44, il y a trois couleurs de particules (les quarks) et 8 couleurs de bosons de jauge (les gluons), ces derniers correspondant aux matrices de Gell-Mann. Le modèle standard est une théorie de jauge, pour le groupe de symétrie formula_45, et d'une manière générique les théories de jauges ont de bonnes propriétés mathématiques et physiques. La théorie de la relativité générale peut aussi être formulée comme une théorie de jauge, associée à la conservation de l'énergie et de l'impulsion ; il ne s'agit toutefois pas d'une théorie renormalisable. Brisure spontanée de symétrie et origine de la masse. L'existence de symétries exactes pour les théories de jauge garantit que les bosons de jauge sont sans masse. Or l'expérience montre que l'interaction faible et forte sont de portée limitée, de l'ordre du femtomètre, ce qui semble en contradiction avec une masse nulle. De même, les fermions qui composent la matière devraient posséder une masse nulle, une prédiction également en violent contraste avec l'expérience. La solution fut trouvée par le concours de trois groupes indépendants de chercheurs dans les années 1960 : Robert Brout et François Englert; Peter Higgs; et Gerald Guralnik, C. R. Hagen et Tom Kibble. Il s'agit du mécanisme de Brout-Englert-Higgs-Hagen-Guralnik-Kibble, qui a valu à Brout et Englert le prix Nobel de physique en 2013, un an après que le CERN a annoncé la découverte expérimentale du boson de Higgs prédit par ce mécanisme. L'idée clé est d'expliquer l'acquisition de la masse des bosons de jauge comme un phénomène de brisure spontanée de symétrie, s'étant produit avec le refroidissement de l'Univers. Dans ce scénario, un champ dit de Higgs initialement compatible avec les symétries de jauge et couplé aux bosons présente progressivement une instabilité centrale en « chapeau mexicain » : de manière analogue au flambage d'une poutre sous la pression, des conditions symétriques donnent lieu à une solution asymétrique de plus basse énergie. Cette asymétrie se manifeste mathématiquement comme un terme quadratique analogue à un terme de masse, et en ce sens la brisure de symétrie dote les bosons de jauge d'une masse non nulle. S'agissant d'un phénomène géométrique, tous les bosons ne sont pas affectés identiquement. Par exemple, le modèle standard décrit aujourd'hui l'interaction électromagnétique (dont les bosons de jauge, les photons, sont sans masse) et l'interaction faible (dont les bosons sont massifs) comme le résultat d'une brisure spontanée de symétrie sur une interaction électrofaible dont tous les bosons sont sans masse. L'unification électrofaible a valu à Sheldon Glashow, Abdus Salam et Steven Weinberg le prix Nobel de physique en 1979. Le mécanisme exact de brisure de symétrie dans le cas électrofaible peut être décrit en analysant le lagrangien correspondant, mais il est souvent plus pratique de travailler sur un modèle simplifié, comme la théorie φ4 décrite plus bas, pour développer les outils et l'intuition physique du phénomène. Notons enfin que le mécanisme de brisure de symétrie n'apporte pas de réponse quant aux grandes différence de masses observées parmi les particules élémentaires, notamment entre le quark le plus léger et le plus lourd, et ne donne pas de borne inférieure sur les masses pouvant apparaître dans la théorie. La preuve de l'existence d'un gap de masse dans les théories des champs quantiques constitue l'un des problèmes du prix du millénaire. Théorème CPT. Trois symétries discrètes jouent un rôle particulier dans les théories quantiques des champs. Il s'agit de la symétrie de renversement du temps, notée "T" ; de la symétrie de renversement de l'espace, notée "P" ; et de la symétrie de renversement des charges, notée "C". Un théorème, initialement démontré par Schwinger en 1951 (puis développé et raffiné par Lüders, Pauli, Bell et d'autres) montre qu'une application simultanée des trois symétries "C", "P" et "T" laisse toutes les observables invariantes : autrement dit, il n'est pas possible de distinguer notre univers d'un univers identique auquel on aurait appliqué une symétrie "CPT". Ce résultat fondamental porte le nom de théorème "CPT" (ou parfois théorème de Lüders-Pauli) et repose sur des hypothèses minimales d'invariance de Lorentz et de localité. On pourrait croire qu'il en est de même pour une symétrie prise indépendamment, par exemple "P". Cependant, des expériences des années 1950 sur l'interaction faible (notamment l'expérience de Wu sur la désintégration bêta du cobalt 60) montrent que la symétrie "P" est violée. De même, l'application d'une symétrie "C" uniquement aurait pu laisser les lois de la physique invariantes, mais une telle symétrie transforme par exemple un neutrino de chiralité gauche en un antineutrino de chiralité gauche, or ce dernier n'interagit pas dans le modèle standard. Ainsi "C" est également violée. Enfin, la symétrie composée "CP" est également violée, un résultat découvert en 1964 et qui a valu à James Cronin and Val Fitch le prix Nobel de physique 1980. Leur expérience s'appuie sur l'existence des kaons neutres, qui peuvent se transformer en leur propre antiparticule (chaque quark devenant l'anti-quark de l'autre), mais avec une probabilité différente dans un sens et dans l'autre. Ces violations de la symétrie "CP" ont depuis été confirmées, par exemple dans les expériences NA31, NA48 du CERN, ou KTev du Fermilab, et d'autres violations de "CP" ont été obtenues sur les mésons B dans les expériences BaBar et Belle au début des années 2000. Mathématiquement, l'existence de la violation "CP" est capturée par les matrices de mélange (matrice CKM et PMNS) ; à l'heure actuelle aucune théorie n'explique les valeurs mesurées expérimentalement pour ces matrices. De manière intéressante, expérimentalement, aucune violation de "CP" n'est observée pour les processus dépendants de l'interaction forte (décrite en théorie des champs par la chromodynamique quantique). Rien n'interdit pourtant une telle violation dans le lagrangien de QCD, et l'absence de violation apparaît en fait comme un ajustement particulièrement heureux de paramètres : on parle du « problème "CP" de l'interaction forte ». Le modèle standard n'explique pas ce phénomène, qui constitue l'une des motivations (et une des contraintes) pour les théories alternatives. Symétries approchées. Peu après la découverte du neutron, dont la masse est sensiblement similaire à celle du proton, Heisenberg a proposé un modèle dans lequel proton et neutron sont deux états d'une même particule, ce qui donnerait un mécanisme par lequel un proton se transforme en neutron ou vice versa. Par analogie avec le spin électronique, Wigner a introduit le terme de spin isotopique, ou « isospin » pour décrire cette théorie. Avec la découverte au cours du de nombreux hadrons et mésons, l'idée de les regrouper par masse et de les traiter comme des multiplets d'isospin a été un des principes classificateurs qui a finalement abouti à la théorie des quarks. L'isospin est une symétrie de l'interaction forte sous l'action de SU(2), dont le traitement mathématique est analogue à celui du spin électronique et se généralise bien à des multiplets plus larges, et peut être adaptée à d'autres contextes (comme l'isospin faible pour les bosons W). On sait cependant que la masse du neutron diffère de celle du proton (ce qui correspond à une différence de masse entre les quarks up et down, et aux effets de l'interaction électromagnétique) ; par ailleurs les quarks "s, c, b, t" découverts depuis ont des masses encore très différentes. Il n'est donc pas possible d'étendre l'isospin à tous les quarks, car une théorie SU(6) fournirait des prédictions qualitativement et quantitativement incorrectes. Néanmoins, les symétries approchées restent des outils utiles pour simplifier ou comprendre une théorie des champs. Supersymétrie. La supersymétrie est une symétrie "supposée" entre fermions et bosons. Elle associe à chaque particule d'un type une particule partenaire de l'autre type. Comme l'isospin, il s'agit d'abord d'un principe classificateur, qui permettrait de regrouper la compréhension de plusieurs phénomènes ; une première version de la supersymétrie fut proposée par Miyazawa en 1966, entre mésons et baryons. Cependant le théorème de Coleman-Mandula interdit l'introduction de nouvelles symétries scalaires au groupe de Poincaré. Néanmoins autour de 1971 différents physiciens saisissent et corrigent l'idée (Gervais-Sakita en 1971, Golfand-Likhtman en 1971, Volkov-Akulov en 1972, Wess et Zumino en 1974), ce qui permit notamment d'en dégager la structure mathématique. En 1975, le théorème de Haag-Łopuszański-Sohnius légitime ces efforts et montre qu'il est possible dans une certaine mesure de contourner le théorème de Coleman-Mandula, au prix de remplacer l'algèbre de Lie des symétries par une superalgèbre de Lie, les nouvelles symétries correspondant à l'ajout de spineurs. C'est une justification "a posteriori" de la cohérence de la théorie de Wess-Zumino, la première théorie supersymétrique renormalisable. En 1977, Fayet propose une extension minimale du modèle standard pour y incorporer la supersymétrie, et prédit l'existence de nombreuses particules super-partenaires. Même si aucune des particules super-partenaires supposées n'ont aujourd'hui été observées dans les expériences de collisionneur, l'élégance théorique de la supersymétrie en fait un candidat sérieux et un outil efficace, qui motive également des travaux mathématiques (l'étude des superalgèbres de Lie gradées). Les modèles supersymétriques sont contraints par l'expérience à basse énergie : la mesure du moment magnétique anomal du muon (Fermilab), la densité de matière noire (WMAP), les détecteurs directs (XENON-100 et LUX). Ils sont également contraints par les expériences de collision au LHC, Tevatron et au LEPC. Les expériences UA1 et UA2 effectuées au SPS du CERN ont posé des limites sur les masses des squarks et des gluinos (partenaires supersymétriques des quarks et gluons respectivement), plus tard renforcées par le LEP, puis par l'expérience D0 du Tevatron en 2006. Les résultats de WMAP montrent qu'une théorie supersymétrique doit inclure un mécanisme réduisant fortement la densité de neutralinos (le partenaire du neutrino) sans quoi ils ne peuvent expliquer la densité de matière noire observée. Les expériences du LHC, qui ont permis la découverte du boson de Higgs en 2011-2012 à 125 GeV, ont également confirmé un couplage aux fermions et au boson cohérents avec le modèle standard, sans trace de superpartenaires. La théorie MSSM peine à expliquer l'absence de détections de superpartenaires à une telle énergie, qui nécessite pour s'accomoder de l'expérience d'importantes corrections radiatives des squarks stop (de l'ordre du TeV). Ces corrections n'étant pas motivées théoriquement, le pouvoir explicatif de cette théorie particulière s'en voit fortement diminué. Des expériences sont en cours pour contraindre davantage les théories supersymétriques, telles que XENON-1T. Théories quantiques des champs. Champ libre. En l'absence d'interactions, on obtient une théorie quantique du champ libre, correspondant au lagrangien de Klein-Gordon avec source : formula_46 Dans cette équation, formula_47 est un terme source d'origine externe, et formula_48 est la masse de la particule considérée. Pour obtenir les grandeurs d'intérêt physique, on porte attention à l'amplitude de diffusion, obtenue via la formule de réduction LSZ : formula_49où l'état formula_50est le vide de la théorie. Pour évaluer cette amplitude, qui dépend a priori de formula_47, on considère les transformées de Fourier formula_52et formula_53de formula_8et formula_47respectivement, et on pose formula_56, ce qui permet d'écrireformula_57Puisque formula_58on obtient alors formula_59et formula_60 où formula_61est le propagateur de Feynman, qui est une fonction de Green pour l'équation de Klein-Gordon. On obtient ainsi, par exemple, que formula_62, qui est un cas particulier du théorème de Wick. Sans surprise, dans une théorie de champ libre, les particules se propagent indépendamment les unes des autres. Ainsi, on connaît toutes les solutions exactes de la théorie : l'espace de Hilbert est l'espace de Fock des états à plusieurs particules créés à partir du vide formula_50. Théorie φ4. La plus simple théorie quantique décrivant des champs neutres (scalaires) en interaction fait apparaître un terme d'ordre 4, c'est la « théorie φ4 ». Si elle n'est pas motivée par une réalité physique, cette théorie simple présente déjà de nombreux phénomènes intéressants (dont une brisure spontanée de symétrie) et peut servir de modèle approché pour comprendre les interactions plus complexes des théories physiques. Des solutions exactes à cette théorie sont connues. Le choix de l'exposant 4 s'explique d'une part par la volonté d'avoir un champ d'interactions (il faut donc un exposant plus grand que 2) et d'autre part par le mauvais comportement de l'exposant 3, qui donne lieu à des solutions non bornées et présente un point critique instable à l'origine. La théorie φ4 est donc bien en ce sens la plus simple. La densité de lagrangien de la théorie est celle d'une particule libre, ajoutée d'un terme d'auto-interaction quadratique :formula_64Les règles de Feynman correspondant à ce lagrangien sont illustrées dans la figure ci-dessous : Lorsque "m"2 devient négative mais que λ reste positif, le vide dégénère : une brisure de symétrie apparaît, et avec elle des états collectifs intéressants. En vertu du théorème de Goldstone, cette brisure donne notamment naissance à un boson. En particulier, c'est une des manières de comprendre le mécanisme de Brout-Englert-Higgs. Électrodynamique quantique (QED). L'électrodynamique quantique est une théorie de jauge abélienne pour le groupe U(1), déterminée par la densité de lagrangien :formula_65Dans cette équation, formula_66correspond aux matrices de Dirac, le champ formula_25 décrit l'évolution des particules (électrons et positrons), formula_68est l'adjoint de Dirac du champ,formula_69 est la dérivée covariante de jauge, "e" est la constante de couplage de la théorie autrement dit la charge électrique de la particule correspondante, "m" est la masse de l'électron et du positron, formula_70est le 4-potentiel électromagnétique covariant engendré par l'électron, formula_71est un éventuel champ externe, et enfinformula_72est le tenseur électromagnétique. La charge et la masse des particules (électrons et positrons) est sujette à renormalisation. La théorie de l'électrodynamique quantique est certainement la théorie quantique des champs « réaliste » la mieux comprise, et la faible valeur de la constante de couplage permet l'introduction de méthodes perturbatives très efficaces, en accord impressionnant avec l'expérience. On sait en revanche que la théorie n'est qu'une approximation : d'une part elle est mal définie aux hautes énergies ; d'autre part l'interaction électromagnétique est indissociable de l'interaction faible, et il faut donc aborder les deux phénomènes de manière conjointe sous l'angle de la théorie électrofaible. Lagrangien électrofaible. La théorie de l'interaction électrofaible a pour densité de lagrangien :formula_73Les termes correspondent aux phénomènes suivants : Après brisure de symétrie, qui se produit autour de 246 GeV, le champ de Higgs acquiert une valeur moyenne non nulle dans le vide. On peut alors réécrire le lagrangien en faisant explicitement apparaître le champ de Higgs. Le couplage résiduel au champ de Higgs s'interprète alors comme des termes de masse pour les bosons de jauge (et pour le boson de Higgs). De plus, les champs subissent un mélange, responsable de l'apparition du photon γ et du boson Z d'une part, et de bosons W± d'autre part : formula_76 formula_77 L'angle "θW" est appelé angle de Weinberg. Sa valeur n'est pas prédite par le modèle standard, et il n'y a pas aujourd'hui de théorie faisant consensus pour déterminer la valeur de l'angle de Weinberg. Cependant, des expériences précises contraignent les valeurs possibles. Le CODATA donne en 2014 la valeur formula_78 correspondant à un angle "θ"W autour de 30 degrés. Chromodynamique quantique (QCD). La chromodynamique quantique est une théorie de jauge pour SU(3), décrite par la densité de lagrangien :formula_79Dans cette expression formula_80 est le champ de quarks, formula_81 est la dérivée covariante de jauge, formula_82 sont les matrices de Dirac, et formula_83 est le tenseur chromodynamique. Ce dernier est analogue au tenseur électromagnétique en QED, si ce n'est qu'il correspond à trois couleurs au lieu de deux charges. Le tenseur chromodynamique s'écrit explicitementformula_84 où formula_85 correspond aux champs de gluons de couleur formula_86 et formula_87 sont les constantes de structure de SU(3). Le lagrangien fait également apparaître la masse formula_48des quarks et la constante de couplage formula_36, ces deux quantités étant sujettes à la renormalisation. Ainsi la QCD décrit deux champs : quarks et gluons, et leurs interactions. Les quarks sont des fermions massifs de spin 1/2 portant une charge de couleur et une charge électrique (-1/3 ou +2/3). Les gluons sont des bosons sans masse de spin 1, neutres électriquement, qui portent également une charge de couleur. Applications. Physique des hautes énergies. La motivation initiale, et la principale application, du développement des théories quantiques des champs est d'expliquer et prédire les résultats des expériences à haute énergie, telles qu'observées dans les collisionneurs et accélérateurs de particules. Le modèle standard, assemblé à partir des théories quantiques de jauge pour trois des quatre interactions fondamentales (la gravité ne se prêtant pas à ce formalisme), est en accord remarquable avec l'expérience et a permis la prédiction de nombreuses particules. Toutes les particules prédites par le modèle standard ont été observées, les deux dernières étant le quark top (prédit en 1973, observé en 1995, prix Nobel 2008) et le boson de Higgs (prédit en 1964, observé en 2011, prix Nobel 2013). L'électrodynamique quantique (QED) peut être traitée dans une large mesure par des méthodes perturbatives, mais pour l'instant les solutions exactes sont confinées à des situations très restrictives (en dimension 2 par exemple). La chromodynamique quantique (QCD) se prête mal aux méthodes perturbatives, et la simulation directe reste un des meilleurs moyens de sonder la théorie. Physique de la matière condensée. Les théories quantiques des champs ont également trouvé de nombreuses applications en physique de la matière condensée. Des phénomènes tels que la condensation de Bose-Einstein, les plasmas de gaz d'électrons en interaction, certaines phases supraconductives s'expliquent mieux au travers d'une analyse de brisure spontanée de symétrie par exemple. Plus récemment, la découverte de phases topologiques telles que la transition Berezinsky-Kosterlitz-Thouless (prix Nobel de physique 2016) et l'étude de l'effet Hall quantique fractionnaire montrent la pertinence des théoriques topologiques des champs quantiques pour l'étude des propriétés de conductivité dans la matière. Les outils développés pour la théorie quantique des champs permettent également d'aborder certains problèmes hors équilibre, par exemple via le formalisme de Keldysh. |
Modèle standard de la physique des particules Le modèle standard de la physique des particules est une théorie qui concerne l'électromagnétisme, les interactions nucléaires faible et forte, et la classification de toutes les particules subatomiques connues. Elle a été développée pendant la deuxième moitié du , dans une initiative collaborative mondiale, sur les bases de la mécanique quantique. La formulation actuelle a été finalisée au milieu des années 1970 à la suite de la confirmation expérimentale des quarks. Depuis, les découvertes du quark top (1995), du neutrino tauique (2000) et du boson de Higgs (2012) ont donné encore plus de crédibilité au modèle standard. Toutes les particules du modèle standard ont désormais été observées expérimentalement. Par son succès à expliquer une large variété de résultats expérimentaux, le modèle standard est parfois vu comme une « théorie de presque tout ». C'est une représentation qui s'applique à des objets quantiques et qui tente d'expliquer leurs interactions. Elle est bâtie sur le triptyque "particule, force, médiateur", c'est-à-dire qu'elle distingue des familles de particules par les forces auxquelles elles sont sensibles, chaque force s'exerçant au moyen de médiateurs échangés par les particules qui y sont soumises. Ces médiateurs sont connus comme étant des bosons, alors que les particules constituant la matière sont appelés fermions (quarks et leptons). Le modèle standard possède, en 2016, dix-neuf paramètres libres pour décrire les masses des trois leptons, des six quarks, du boson de Higgs et huit constantes pour décrire les différents couplages entre particules. La valeur de chacun de ces paramètres n'est pas fixée par des principes premiers, elle doit être déterminée expérimentalement. Pour les théoriciens, le modèle standard est un paradigme de la théorie quantique des champs, qui met en œuvre un large spectre de phénomènes physiques. Il est utilisé pour bâtir de nouveaux modèles qui incluent des particules hypothétiques, des dimensions supplémentaires ou des supersymétries. Histoire. L'idée que toute matière est composée de particules élémentaires remonte au moins au . Au , John Dalton, au travers de ses travaux sur la stœchiométrie, conclut que chaque élément de la nature était composé d'un seul et unique type de particule. Le mot "atome", d'après le mot grec ἄτομος, "atomos" (« indivisible »), renvoie depuis lors à la plus petite particule d'un élément chimique, mais les physiciens découvrirent bientôt que les atomes ne sont pas, en fait, les particules fondamentales de la nature, mais un conglomérat de particules plus petites, tels que les électrons, autour de son noyau, lui-même composés de protons et de neutrons. Les explorations du début du en physique nucléaire et en physique quantique culminèrent avec la découverte de la fission nucléaire en 1939 par Lise Meitner (fondée sur des expériences de Otto Hahn) et de la fusion nucléaire en 1932 par Mark Oliphant ; les deux découvertes ont aussi conduit au développement des armes nucléaires. Le développement des accélérateurs de particules après la Seconde Guerre mondiale, a permis, tout au long des années 1950 et 1960, de découvrir une grande variété de particules lors d'expériences de diffusion profondément inélastique. Il était alors question de « zoo de particules ». Ce terme est tombé en désuétude après la formulation du modèle standard durant les années 1970 dans lequel le grand nombre de particules a été expliqué comme des combinaisons d'un relativement faible nombre d'autres particules encore plus élémentaires. La découverte du boson de Higgs a permis le consensus et la mise à jour en 2014 du tableau des composants de la matière qui avait été établi en 2005 à l'occasion de l'année mondiale de la physique. Vue d'ensemble. À ce jour, la matière et l'énergie sont mieux comprises en termes de cinématique et d'interaction des particules élémentaires. Jusqu'ici, la physique avait réduit les lois régissant le comportement et l'interaction de toutes les formes connues de matière et d'énergie à un petit nombre de lois fondamentales et de théories. Un des objectifs principaux de la physique est de trouver une base commune unifiant toutes ses théories dans une théorie du tout, dans laquelle toutes les autres lois connues seraient des cas particuliers. Limites de la théorie. Bien que le modèle standard soit considéré comme une théorie autonome et cohérente, et qu'il ait eu beaucoup de succès en fournissant des prédictions expérimentales (symétrie CP ou le problème de la hiérarchie), il laisse plusieurs phénomènes inexpliqués et ne peut prétendre être une théorie du tout. Il n'apporte ainsi pas de justification théorique à la gravitation, telle que la décrit la relativité générale, ni ne rend compte de l'accélération de l'expansion de l'Univers (qui pourrait être expliquée par une énergie sombre). Ce modèle ne contient non plus aucune particule qui pourrait composer la matière noire, possédant toutes les propriétés requises par les observations cosmologiques. Il ne décrit pas non plus correctement l'oscillation des neutrinos ni leur masse. Particules élémentaires. Le modèle standard inclut les membres de plusieurs classes de particules élémentaires (les leptons, les quarks, les bosons de jauge, et le boson de Higgs), qui peuvent à leur tour être différenciées par d'autres caractéristiques, telles que leur charge de couleur. Si on compte les particules en distinguant leurs différentes couleurs et leurs antiparticules, on dénombre en tout 61 particules élémentaires. Fermions. Le modèle standard inclut douze particules élémentaires de spin ½ (spin demi-entier), qui sont donc des fermions. Selon le théorème spin-statistique, les fermions respectent le principe d'exclusion de Pauli. À chaque fermion correspond une antiparticule. Les fermions obéissent à la statistique de Fermi-Dirac et ne peuvent pas coexister entre eux dans le même état quantique (sur la même orbitale atomique par exemple). Les fermions élémentaires se répartissent en leptons et en quarks, suivant trois "générations" qui ne diffèrent l'une de l'autre que par la masse, plus élevée à chaque génération. Seules les particules de première génération forment la matière ordinaire. En effet, les particules de deuxième et troisième générations sont instables et se désintègrent rapidement en particules de première génération, plus légères. Bien qu'élémentaires, les quarks ne peuvent exister isolément. Ils sont regroupés dans des hadrons qui se présentent sous forme de paires quark-antiquark (les mésons), ou de trios de quarks (les baryons). Par exemple, les protons sont formés de deux quarks "up" et d'un quark "down", tandis que les neutrons sont formés d'un quark "up" et de deux quarks "down". Les tableaux ci-dessous regroupent les différents fermions par génération. Pour ne pas surcharger ce tableau, les antiparticules n'y sont pas représentées. La charge électrique y est indiquée en charges élémentaires. Bosons de jauge. Dans le modèle standard, les bosons de jauge sont vecteurs ou supports de force et jouent un rôle de médiateur entre les forces fondamentales : faible, forte et électromagnétique. Les bosons de jauge obéissent à la statistique de Bose-Einstein ; ils sont de spin entier et peuvent coexister entre eux dans le même état quantique (des milliards de photons identiques cohabitant dans un faisceau laser). Le boson de Higgs n'est pas un médiateur de force, et n'appartient donc pas à la classe des bosons de jauge. Ces particules de champ peuvent être réelles ou virtuelles. Dans ce dernier cas, elles ont une durée d'existence extrêmement brève et sont observées indirectement par leur action, qui consiste essentiellement à transmettre les forces fondamentales. C'est d'ailleurs pourquoi ces particules virtuelles sont aussi appelées « particules messagères » ou « médiateurs ». Photon. Les photons γ (de spin 1 et de masse et charge nulles) sont les médiateurs de la force électromagnétique entre particules chargées électriquement. Bosons faibles. Les bosons de jauge W, W et Z (de spin 1 et de masse élevée) sont les médiateurs de l'interaction faible entre particules de différentes saveurs (quarks et leptons). Gluons. Les huit gluons (de spin 1 et de masse nulle) sont les médiateurs de l'interaction forte entre particules ayant une charge de couleur (quarks). Boson de Higgs. Le boson de Higgs (de spin 0, qui est un champ scalaire), est supposé conférer leur masse aux autres particules par un mécanisme de brisure spontanée de symétrie appelé dans ce cadre le mécanisme de Higgs. Le CERN a annoncé le avec une confiance de 5 sigma (99,99997 %) avoir découvert grâce au LHC une particule d'une masse de 125,3 GeV⋅c−2 ± 0,6. Cette particule pourrait être le boson de Higgs, mais des études plus poussées restent nécessaires pour pouvoir l'affirmer en toute certitude. Aspects théoriques. Algèbres et théorie des groupes du modèle standard. D'un point de vue mathématique, les théories quantiques des champs ont été formalisées dans le cadre de théories de jauge à l'aide de groupes de symétrie locale prenant la forme de groupes de Lie complexes sous-tendant chacun les symétries de jauge modélisées. Ainsi : Théories physiques du modèle standard. Les dix-neuf paramètres libres du modèle standard de la physique des particules. Les dix-neuf paramètres libres du modèle standard sont les masses des neuf fermions, quatre paramètres de la matrice CKM, les constantes de couplages pour les trois forces, l'angle thêta de la chromodynamique quantique et deux paramètres de Higgs. Limites. Le modèle standard n'est pas une théorie complète des interactions fondamentales, et plusieurs de ses caractéristiques laissent penser qu'il doit y avoir une « physique au-delà du modèle standard ». Cependant, au moins jusqu'en , aucune mesure ou expérience n'a mis en défaut ses prévisions. Gravitation. Le modèle standard n'inclut pas la gravitation. Parmi les multiples théories qui tentent d'unifier mécanique quantique et théorie de la relativité, plusieurs envisagent l'existence du graviton, un hypothétique boson. Les dix-neuf paramètres libres. Selon Alain Connes, . Trois familles de fermions. Le modèle standard ne prédit pas pourquoi il existe trois générations de fermions portant les mêmes charges, mais dans des gammes de masse très différentes. La masse du quark "u" est de l'ordre du MeV.c−2 alors que celle du "t" est de l'ordre de .c−2. D'autre part, rien ne dit qu'il n'existe pas d'autres familles. En date de 2008, aucune théorie au-delà du modèle standard n'explique de manière précise l'existence de ces trois familles. L'unitarité de la matrice CKM est un test sensible de l'existence d'une autre génération de fermions. Problèmes de jauge. Le lagrangien de jauge du modèle standard est composé de trois symétries internes aux particules formula_1, formula_2 et formula_3. De la même façon que pour les familles de fermions, rien n'interdit l'existence de sous-groupes de symétries. Ceci est d'ailleurs un sujet cher aux théories de grande unification, qui permettent en principe d'expliquer ces symétries en les incluant comme sous-groupes d'un groupe plus large que les trois premiers. Le groupe mathématique formula_4 aurait pu convenir et c'est sur lui que reposait la théorie de la Grande Unification ("GUT" en anglais). Mais cette symétrie de jauge compliquait le modèle standard en obligeant à postuler 24 bosons, et surtout, elle prédisait la désintégration des protons, qui n'a jamais été observée expérimentalement. Matière et antimatière. Le modèle standard intègre le fait qu'à chaque particule correspond une antiparticule. Une particule et son antiparticule ont la même masse mais des charges (baryonique et leptonique) opposées. Leurs caractéristiques physiques sont quasiment identiques. Dans le modèle standard, aucun mécanisme n'apparaît suffisant pour expliquer l'asymétrie matière-antimatière de l'Univers (principalement constitué de matière). Matière noire. Le modèle ne décrit pas la matière noire dont serait composé une grande partie de l'univers. La plus légère des hypothétiques particules supersymétriques serait un des candidats pour la matière noire. Il reste à formuler une théorie complémentaire au modèle standard qui expliquerait pourquoi aucune de ces particules n'a été détectée jusqu'à maintenant (par le LHC ou par un autre détecteur). Volume de la charge électrique du proton. Les expériences sur le volume de la charge électrique du proton donnent deux chiffres différents, et les scientifiques ne peuvent pas déterminer si l'erreur est dans les conditions de l'expérience ou si c’est la théorie elle-même qui est incomplète. Non conformité du lepton tau. Le modèle standard suppose que les interactions des leptons chargés, c'est-à-dire les électrons, les muons et les tauons, varient uniquement du fait de leurs différences de masses. Les expériences réalisées avec les électrons et les muons ont confirmé cette hypothèse, mais des études récentes sur la désintégration du méson B impliquant le lepton tau ou une paire muon-antimuon montrent des déviations par rapport à la théorie. Si ces résultats sont confirmés, cela pourrait ouvrir la voie à de nouvelles interactions entre les particules. Anomalies du muon. Le modèle standard prévoit pour le muon un moment magnétique dont le facteur de Landé est proche de 2 mais légèrement supérieur, en raison des créations et annihilations de couples de particules virtuelles à son voisinage, et les caractéristiques des particules connues permettent de calculer la différence "g"−2 (le « moment anomal »). En 2001, la mesure de "g" au laboratoire national de Brookhaven (État de New York, États-Unis) donne un résultat un peu supérieur à la valeur calculée, mais avec une marge d'erreur insuffisamment petite pour garantir la contradiction. En avril 2021, après deux années d'acquisitions de données avec des appareillages différents, le Fermilab de Batavia (Illinois) annonce un résultat très voisin. La combinaison des deux mesures donne une différence entre valeur mesurée et valeur théorique 4,2 fois plus grande que l'écart type, donc significativement non nulle. Une explication possible est l'existence de particules non prévues par le modèle standard, et donc de nouvelles particules virtuelles. Un méson « beau » (comportant un quark b) se transforme en un méson « étrange » (comportant un quark s) avec l'émission soit d'un électron et d'un positon, soit d'un muon et d'un antimuon. Le modèle standard prédit que les différents leptons chargés, l'électron, le muon et le tau, exercent et ressentent les mêmes forces d'interaction électrofaible. En , des collisions proton-proton analysées par le détecteur LHCb du Grand collisionneur de hadrons du CERN montrent une dissymétrie entre électrons et muons, ces derniers étant émis en moins grand nombre (la différence est de 3,1 écarts types). Si ces résultats sont confirmés, ce serait un autre désaveu du modèle standard, et peut-être l'indication d'une nouvelle interaction fondamentale entre quarks et leptons. |
Télécommunications Les télécommunications sont définies comme la transmission d’informations à distance en utilisant des technologies électronique, informatique, de transmission filaire, optique ou électromagnétique. Ce terme a un sens plus large que son acception équivalente officielle « communication électronique ». Elles se distinguent ainsi de la poste qui transmet des informations ou des objets sous forme physique. Les télécommunications dont les prémices datent, entre autres, des signaux de fumée et du télégraphe optique, concernent depuis le début du l'utilisation d'équipements électriques puis électroniques associés à des réseaux analogiques ou numériques comme le téléphone fixe et mobile, la radio, la télévision ou les ordinateurs connectés à Internet. Elles constituent une partie importante de l'économie et font l'objet de régulations au niveau mondial. Robert Hooke invente en 1667 le premier téléphone de l'histoire : le téléphone à ficelle. Par la suite, au , des inventeurs comme Antonio Meucci, Alexander Graham Bell ou Guglielmo Marconi ont mis au point des dispositifs de communication comme le télégraphe, le téléphone ou la radio. Ceux-ci ont révolutionné les moyens traditionnels tels que les pavillons ou le télégraphe optique Chappe. L'installation sous les océans de câbles sous-marins raccordés aux réseaux terrestres permet le transit des données sur de très grandes distances d’un continent à un autre. Généralités. Étymologie. Le mot "télécommunications" vient du préfixe grec "tele-" (τηλε-), signifiant "loin", et du latin "communicare", signifiant "partager". Le mot "télécommunication" a été utilisé pour la première fois en 1902 par Édouard Estaunié, ingénieur aux Postes et Télégraphes, pour intituler un cours de l'école professionnelle des Postes et Télégraphes (ancêtre de l'École nationale supérieure des télécommunications, devenue Télécom ParisTech) dont il est directeur de 1901 à 1910. Le terme est repris et popularisé en 1904 par Édouard Estaunié dans son "Traité pratique de télécommunication électrique", pour désigner les multiples réseaux créés tout au long du pour assurer la diffusion des signaux écrits et sonores. Définition. Les télécommunications ("abrév. fam." télécoms), sont considérées comme des technologies et techniques appliquées et non comme une science. On entend par télécommunications toute transmission, émission et réception à distance, de signes, de signaux, d’écrits, d’images, de sons ou de renseignements de toutes natures, par fil électrique, radioélectricité, liaison optique, ou autres systèmes électromagnétiques. Histoire. Origine des télécommunications. Les moyens simples naturels anciens comme la parole ou les signaux à vue, permettent de communiquer à courte distance. Le besoin de communiquer à plus grande distance dans les sociétés humaines organisées a amené très vite à développer des télécommunications primitives : tambours, signaux de fumée, langage sifflé, etc. Certains de ces types de communications, comme les pavillons, sémaphores ou héliographes sont encore utilisés dans la marine, même si cet usage est devenu marginal. Télégraphe et téléphone. Bien que la communication par signaux optiques entre des points hauts soit très ancienne, on doit à l'ingénieur Claude Chappe la création à partir de 1794 du premier réseau simple et efficace de transmission optique de messages. Ce réseau qu'il a nommé fut développé sur les grands axes français et resta en service jusqu'en 1848. Le premier service commercial de télégraphie électrique fut construit par Charles Wheatstone et William Fothergill Cooke, et ouvrit en 1839. C’était une amélioration du télégraphe électromagnétique inventé auparavant. Samuel Morse développa indépendamment une version de télégraphe électrique, qu’il montra le . Le code Morse était une avancée importante comparé au télégraphe de Cooke et Wheatstone. Le premier câble télégraphique transatlantique opérationnel fut mis en service le entre Terre-Neuve et l’Irlande. Sa longueur était de pour un poids total de . Le téléphone classique fut inventé indépendamment par Alexander Bell et Elisha Gray en 1876. Cependant, c'est Antonio Meucci qui inventa le premier dispositif permettant la transmission de la voix à l'aide d'une ligne parcourue par un signal. Télécommunications et sciences. Le domaine des télécommunications est un lieu de convergence et d'interaction entre différentes technologies et disciplines scientifiques. Les mathématiques et plus particulièrement les mathématiques appliquées sont à la base du développement des théories du traitement du signal (modernisation des télécommunications), de la cryptologie (sécurisation des échanges), de la théorie de l'information et du numérique. La physique a permis grâce au développement des mathématiques d'édifier la théorie de l'électromagnétisme. Sont apparus alors les premiers postes à galène, puis les tubes à vides, les semi-conducteurs et l'opto-électronique, qui sont à la base de l'électronique. L'électromagnétisme, en particulier l'étude des phénomènes de propagation, permet de modéliser la propagation des ondes à travers un canal, qu'il soit filaire (coaxial, fibre optique…) ou sans fil (propagation hertzienne). De même, l'invention du laser par les physiciens a ouvert la voie aux communications par fibres optiques modernes (prix Nobel de physique 2008). La chimie, par le biais de l'affinement des processus chimiques, a permis de réduire le poids et d'allonger l'autonomie des batteries, autorisant l'emploi d'appareils portables de télécommunications. L'informatique fondamentale et appliquée quant à elle a révolutionné le monde de la communication à distance par le développement des langages de programmation et des programmes informatiques (génie logiciel) associés à la microélectronique. Technique des télécommunications. Principes. Une liaison de télécommunications comporte trois éléments principaux : Par exemple, en radiodiffusion, l’émetteur de radiodiffusion émet grâce à son antenne la voix ou la musique, qui passe dans l’espace sous forme d’onde électromagnétique, jusqu’à un récepteur AM ou FM qui la restitue. Les liaisons de télécommunications peuvent être monodirectionnelles, comme en radiodiffusion ou télévision, ou bidirectionnelles, utilisant alors un émetteur-récepteur. Quand plusieurs liaisons sont interconnectées entre plusieurs utilisateurs, on obtient un réseau, comme le réseau téléphonique ou Internet. Médias de transmission. La transmission s'effectue par différents médias selon les systèmes. Historiquement le fil téléphonique fut le premier support de télécommunication et permit le développement du télégraphe et du téléphone. Il est toujours le média principal pour le raccordement aux réseaux téléphoniques et aux réseaux informatiques (téléphone, fax, minitel, internet…), sous forme de paire(s) torsadée(s). Le câble coaxial était le média du haut débit avant l'apparition des fibres optiques, il est toujours utilisé dans les réseaux industriels en raison de sa robustesse face aux perturbations. C'est aussi le support de prédilection pour les raccordements en radiofréquence à l'intérieur d'un équipement, parfois remplacé par le guide d'ondes pour les transmissions de micro-ondes de forte puissance. La fibre optique, qui raccorde progressivement les abonnés en ville, est aussi le média des câbles sous-marins modernes. C'est un fil en verre ou en plastique très fin qui a la propriété de conduire la lumière. La radiocommunication, qui peut être définie comme toute communication par l'intermédiaire de l'espace hertzien, a révolutionné les télécommunications au début du . C'est le média de la radiodiffusion de programmes, des services de communications en radiotéléphonie, des réseaux de téléphonie mobile, du Wi-Fi, des loisirs radio comme le radioamateurisme, des liaisons par satellite de télécommunications ou par faisceau hertzien, aussi bien que des simples télécommandes domestiques. La radioélectricité étudie la transmission hertzienne, la propagation des ondes, les interfaces avec l'émetteur et le récepteur par l'intermédiaire des antennes. Les liaisons optiques dans l'espace, donc non guidées par fibres, sont utilisées en communications par satellites, ainsi que dans des applications aussi simples que les télécommandes audio-vidéo. Enfin, certains milieux ne peuvent être traversés que par des ondes acoustiques, c'est le cas des communications dans les mines, ou entre plongeurs, qui s’effectue par ondes ultra-sonores. Émetteur et récepteur. Quel que soit le média de transmission, un émetteur convertit l’information en signal électrique, optique ou radioélectrique adapté au média, en le modulant et en l’amplifiant. Inversement, un récepteur convertit le signal transmis en information utilisable. La technique de ces fonctions d’interface est donc très dépendante du média, de la fréquence d’utilisation, et surtout de la puissance nécessaire pour compenser les pertes de propagation. Ainsi, la transmission sur une ligne Ethernet par exemple n’utilise que quelques circuits intégrés et du câble de faible section, alors qu’une liaison vers une sonde planétaire demande des émetteurs de forte puissance et des antennes de plusieurs dizaines de mètres. Dans un canal de transmission hertzien, le signal porté par l'onde radioélectrique est atténué par l'affaiblissement de propagation, les absorptions atmosphériques et les précipitations, et dégradé par les diffractions et réflexions. L'équation des télécommunications inclut tous ces facteurs et détermine la puissance et les antennes nécessaires. L'antenne radioélectrique convertit les signaux électriques en onde radioélectrique à l'émission, et inversement en réception. De nombreux types d'antennes ont été développés, selon la fréquence d'utilisation, le gain nécessaire et l'application, depuis les antennes miniatures intégrées aux téléphones mobiles, jusqu'aux paraboles géantes de radioastronomie. Dans les applications bidirectionnelles, comme la radiotéléphonie, les deux fonctions peuvent être combinées dans un émetteur-récepteur. Un récepteur suivi d'un émetteur constituent un répéteur, par exemple sur un satellite de télécommunication, ou dans un câble sous-marin. Partage du média de transmission. Le partage du média entre utilisateurs se fait par les techniques d'affectation, de multiplexage et d'accès multiple. L'affectation de fréquences par bande et par service sur le média hertzien est la première technique apparue pour empêcher les brouillages mutuels. À l'intérieur d'une bande de fréquences, le multiplexage fréquentiel est la division d’un média de transmission en plusieurs canaux, chacun étant affecté à une liaison. Cette affectation peut être fixe, par exemple en radiodiffusion FM, une station émet à , une autre à . L’affectation des fréquences peut être dynamique comme en FDMA (Accès multiple par division en fréquence), utilisée par exemple lors de transmissions par satellite. Chaque utilisateur du canal y reçoit dans ce cas une autorisation temporaire pour une des fréquences disponibles. En communications numériques, le multiplexage peut également être temporel ou par codage : Le fonctionnement de ces techniques d’accès multiple nécessite des protocoles pour les demandes d’affectation, les adressages, dont le plus connu est le TCP/IP d'Internet. Traitement du signal. Le traitement du signal permet d'adapter l'information (sous forme de signal analogique ou numérique) au média de transmission et de la restituer après réception. À l'émission, les techniques de compression permettent de réduire le débit nécessaire, idéalement sans perte de qualité perceptible, par exemple sur la musique (MP3) ou sur la vidéo (MPEG), les codages transforment le signal d’information binaire en une forme adaptée à la modulation. À la réception, les opérations inverses sont effectuées : démodulation, décodage, correction et décompression. La correction d’erreur permet, grâce à un ajout d'information redondante par un code correcteur, de diviser de plusieurs ordres de grandeur le taux d’erreur. Ces techniques varient selon que les signaux à transmettre soient analogiques, comme la musique, la voix, l’image, ou numériques, comme les fichiers ou les textes. Un signal analogique varie continûment alors qu’un signal numérique est une succession d’états discrets, binaires dans le cas le plus simple, se succédant en séquence. Dans de nombreuses applications (TNT, téléphonie mobile, etc), le signal analogique est converti en numérique, ce qui permet des traitements plus efficaces, en particulier le filtrage du bruit. Seuls la modulation, l’amplification et le couplage au média restent alors analogiques. Systèmes de télécommunications. Un ensemble de liaisons et de fonctions permettant d'assurer un service, constitue un système de télécommunications. Ainsi le système de satellites Inmarsat, destiné aux communications mobiles, comporte plusieurs satellites, plusieurs types de liaisons d'utilisateurs selon les débits et usages, des milliers de terminaux adaptés, et des liaisons de télémesure et de télécommande permettant le contrôle des satellites depuis les stations terrestres, celles-ci étant également connectées par des liaisons terrestres dédiées. Un système de télécommunications peut avoir une architecture : Un réseau de radiotéléphonie de secours est un réseau simple entre un central et des mobiles, géré par des procédures radio et des opérateurs. Un réseau commuté comme le réseau téléphonique fixe, comporte des liaisons individuelles d'abonnés comme une ligne analogique, une ligne RNIS ou une ligne ADSL, des centraux téléphoniques pour établir un circuit entre deux abonnés et des liaisons à haut débit pour relier les centraux téléphoniques. Un réseau par paquet, comme Internet, comporte des routeurs qui aiguillent les paquets d’information d'une machine vers une autre désignée par son adresse IP. Applications. Voix et son. Le transport de la voix par la téléphonie, fut la première avancée des télécommunications, juste après les premiers télégraphes. Le téléphone est l'appareil qui sert à tenir une conversation bidirectionnelle avec une personne lointaine. Il est utilisé à titre privé, pour garder le contact avec ses proches ou à titre professionnel, pour échanger des informations orales sans avoir à se rencontrer physiquement. La téléphonie qui repose sur le réseau téléphonique permet également des services plus avancés tels que la messagerie vocale, la conférence téléphonique ou les services vocaux. La ligne téléphonique sert aussi de solution d'accès à Internet, d'abord avec un modem en bas débit, puis en haut débit grâce à l'ADSL. La radiotéléphonie, c’est-à-dire la communication à distance sans fil, a d'abord été appliquée aux communications maritimes pour en accroître la sécurité, puis militaires dès la première guerre mondiale, avant de devenir un média populaire avec la TSF. La radiotéléphonie est encore le moyen principal de communication du contrôle aérien, des liaisons maritimes par la radio maritime et des liaisons de sécurité (police, secours). C'est aussi l'activité principale du radioamateurisme. La radiodiffusion est la distribution de programmes à partir d'un émetteur vers des auditeurs équipés d'un récepteur. D'abord en modulation d'amplitude en basse fréquence (GO) et moyenne fréquence (PO), puis en modulation de fréquence en VHF, elle évolue vers la radio numérique, diffusée par satellite ou en VHF terrestre. La téléphonie mobile offre la possibilité de téléphoner sans connexion filaire soit par une solution terrestre basée sur des zones de couverture hertzienne d'antennes-relais, soit par satellite. Le développement de ce moyen de communication est un phénomène de société remarquable de la fin du . Le geste de téléphoner dans la rue devient banal, au point d'inquiéter sur ses risques sanitaires et de créer un langage particulier, le langage SMS. L'accès à Internet et aux chaînes de télévision est déjà facile sur les dernières générations de téléphones (smartphones). Image et vidéo. La transmission d’images fixes par ligne téléphonique remonte au bélinographe, et est toujours utilisée sous le nom abrégé de fax, comme échange de pages photocopiées, documents commerciaux ou technique. Le radiofacsimilé qui permet de transmettre des images par radio est utilisé surtout pour la diffusion de cartes météo, soit directement depuis les satellites d'observation, soit retransmises vers les navires ou les terrains d'aviation. Après le téléphone et la radio, la télévision est présente dans tous les foyers. Les forêts d'antennes yagi et de paraboles ont envahi les villes, les chaînes satellites, d'abord analogiques puis numériques ont multiplié les programmes nationaux et internationaux. Les récepteurs modernes à plasma ou LCD fournissent des images de haute qualité et la télévision numérique terrestre augmente encore le choix des usagers. La transmission d’images simultanées à une liaison de téléphonie est possible grâce à la visioconférence utilisant des canaux à haut débit dédiés, par la transmission à balayage lent analogique ou SSTV, immortalisée par les premiers pas sur la lune, et par les techniques numériques nouvelles, webcam sur internet ou téléphone mobile de dernière génération. Cinéma. Préparation et présentation à Paris, le , de la première transmission de cinéma numérique par satellite en Europe d'un long métrage cinématographique par Bernard Pauchon, Alain Lorentz, Raymond Melwig et Philippe Binant. Cette démonstration marque l'origine, en France, de l'application des télécommunications à l'industrie cinématographique avec les retransmissions par satellites d'opéras et d'événements dans les cinémas, l'acheminement des rushes dans les salles de vision et des films dans les salles de cinéma. Texte et données. Le télégraphe est l'ancêtre des transmissions de données et la première application des télécommunications : transmettre des caractères, donc un message, par signaux optiques, puis sur une ligne puis par ondes radio (Télégraphie sans fil). Le télétype puis le radiotélétype l'ont automatisé. Un réseau informatique est un ensemble d'équipements reliés entre eux pour échanger des informations. Quoique l'Internet ne soit pas le seul système de réseau informatique, il en est presque devenu synonyme. La structure d'Internet est complexe et peut se séparer en plusieurs parties : La télémesure, terrestre comme en hydrologie ou en météorologie, ou spatiale comme les images météosat ou celles des sondes planétaires lointaines, permet la surveillance des installations industrielles, augmente notre connaissance de l’environnement, du climat ou de l’univers. La télécommande, la plus simple comme en domotique ou en HiFi et vidéo, ou la plus complexe comme celle des robots martiens, est la commande à distance sans fil, optique ou radio, généralement couplée à la télémesure. Autres applications. Le signal radioélectrique peut contenir d'autres informations, comme des paramètres permettant les calculs de position, le temps universel, la détection de cibles ou la cartographie du terrain. Télécommunications et société. Les télécommunications représentent un secteur d'activité économique significatif. Télécommunications et développement. Les télécommunications sont un élément crucial de la société moderne. En 2006, l’industrie des télécommunications représentait un revenu de de dollars, soit 3 % du revenu mondial. Plus précisément en France, le secteur des télécoms représente le quart de la croissance entre 2000 et 2008, en 2010 et plus de six milliards d'euros d'investissements annuels par les opérateurs, notamment pour le développement des réseaux fixes et mobiles. C'est le premier secteur d'investissement privé dans les infrastructures d'après une analyse de Arthur D. Little pour la Fédération française des télécoms sur la base de données Insee. À l’échelle microéconomique, les entreprises utilisent les télécommunications pour construire leur activité, comme les ventes en ligne, ou améliorer leur efficacité, comme les magasins traditionnels. Dans le monde entier, des services à domicile peuvent être obtenus sur simple appel téléphonique, des livraisons de pizzas au dépannage. Dans les communautés les plus pauvres, le téléphone mobile sert aussi bien au Bangladesh qu’en Côte d'Ivoire pour négocier les ventes agricoles au meilleur prix du marché. En raison des avantages économiques d’une infrastructure correcte de télécommunications, à laquelle une grande partie du monde n’a pas accès, l’écart de développement par manque de télécommunications, ou fracture numérique, peut se creuser. Culture et télécommunications. Les télécommunications modernes permettent de transmettre des images, du son et du texte dans le monde entier. Ces moyens techniques sont neutres par rapport à leur contenu. Cependant, les télécommunications sont à l'origine de débats en termes d'uniformisation de la culture, d'identité nationale ou, au contraire, de nouvelles possibilités d'expression, de communication permettant de s'affranchir des frontières et des espaces traditionnels. Le développement des moyens de transmission hertzien, terrestre puis satellitaire, a favorisé le déploiement à grande échelle des médias de masse (radio, télévision…) dans les sociétés, modifiant ainsi les modes de pensée et les schémas culturels traditionnels. Par exemple, pendant la guerre froide, la radio reçue internationalement en ondes courtes depuis les émetteurs américains vers la RDA, russes vers l'Europe ou chinois installés en Albanie, a servi de média de propagande entre deux idéologies. La télévision par satellite dont les paraboles garnissent les immeubles des banlieues européennes, permet aux communautés minoritaires de garder leur lien culturel. Enfin, la convergence des réseaux numériques et des infrastructures de télécommunications mondiales permet de se connecter au Web par le biais du réseau Internet presque en tout point de la surface terrestre. Ce nouveau mode de communication transforme progressivement les manières d'échanger, de communiquer et de travailler non seulement dans une société, mais aussi entre sociétés de cultures différentes. Cependant, on trouve aussi sur le Web par exemple des albums CD et des films avant leur mise en vente, ce qui provoque des réactions restrictives, voire policières, des grands distributeurs. Les informations vraies ou fausses peuvent circuler en quelques jours, les groupes extrémistes ou criminels peuvent s'organiser sans limitation. Entreprises de télécommunications. Les industriels des télécommunications conçoivent et produisent des équipements et des logiciels destinés aux télécommunications. Ils participent aussi à la normalisation en proposant de nouvelles solutions aux organismes de standardisation. Les constructeurs peuvent être des entreprises multinationales issues de plusieurs fusions-acquisitions comme Aastra, Alcatel-Lucent, Nokia-Siemens ou des start-up comme Fortinet. Ils sont d'Amérique du Nord : Cisco, 3Com (maintenant HP), d'Europe : Ericsson, Nokia ou de Chine (ROC ou RPC) : Huawei, ZTE, D-Link. Certains constructeurs se focalisent sur une technologie comme Extreme Networks sur Ethernet. D'autres, comme Cisco, essayent de couvrir la plupart des technologies, tous les marchés (particulier, entreprise, opérateur de télécommunications), tous les services (support, installation, architecture). Un opérateur de télécommunications est une entreprise qui commercialise des services en utilisant des infrastructures de télécommunications. Cela peut être une entreprise indépendante qui possède ses réseaux, ou une filiale d'un constructeur, qui loue une capacité sur un réseau pour vendre des abonnements et des connexions individuelles, ou encore une ancienne entreprise publique propriétaire du réseau, comme les opérateurs historiques européens. En 2011, les plus grands opérateurs mondiaux de télécommunications par nombre d'abonnés étaient : Google, Apple ou Facebook tentent de se développer dans ce domaine avec leurs technologies d'infrastructure. Selon certains, ils pourraient ainsi concurrencer directement les acteurs majeurs des télécommunications. Organismes de normalisation et de standardisation. L'interopérabilité entre équipements ou systèmes différents nécessite des standards et des protocoles de télécommunications précis qui évoluent en versions successives selon les avances techniques. Un fabricant dont une ou plusieurs innovations sont à la base d'une norme ou d'un standard, est assuré de prendre une avance significative sur son marché. Les constructeurs d'équipements tissent donc des liens très étroits avec les organismes de normalisation et de standardisation. Parmi les principaux organismes de normalisation-standardisation mondiaux, citons : Administration des télécommunications. Pour optimiser l'utilisation du spectre de fréquence et limiter les interférences entre systèmes, les États s'accordent au niveau international : Chaque pays gère ces règlementations internationales à l'intérieur de ses frontières, sous le contrôle d'administrations nationales : Le secteur des télécommunications était historiquement lié à la puissance publique de chaque état et exploité par cet état. Depuis les années 1980-1990, un mouvement mondial de déréglementation (ou dé-régulation) du secteur des télécommunications est intervenu, amenant par exemple au dégroupage des réseaux téléphoniques. Télécommunications et philosophie. Le secteur des télécommunications a été profondément influencé en France par la philosophie des réseaux, qui est un concept inventé par Saint-Simon. Après la mort de ce philosophe en 1825, le saint-simonisme s'est constitué à l'origine comme une secte. Télécommunication et environnement. Selon une étude du cabinet Gartner, en 2009, les secteurs des télécommunications et de l'information seraient responsables de 2 % des émissions anthropiques de gaz à effet de serre (équivalent à l'aviation). Selon l'IDATE, en 2010, on estime les rejets liés à l'activité télécoms dans les cinq grands pays européens à un peu plus de de , soit 1,1 % de leurs émissions totales. En France, pour ce qui est des consommations électriques, le secteur des télécoms représente 1,5 % des consommations. Cette part reste modérée au regard de sa contribution économique pour la France : plus de 2 % du produit intérieur brut en 2010. Les opérateurs français ont signé en une charte d'engagements volontaires pour le développement durable dont l'objectif est de diminuer l'impact environnemental des TIC. En , ils ont réalisé le premier bilan d'application de cette charte dont le principal enseignement est que malgré une explosion des usages, les consommations électriques du secteur restent maîtrisées. |
Thaïlande La Thaïlande, en forme longue le royaume de Thaïlande (en thaï : , ' et , '), est un pays d’Asie du Sud-Est. Avant 1939, il s’appelait le royaume de Siam. Il est bordé au sud-ouest et au nord-ouest par la Birmanie, au sud par la Malaisie, au sud-est par le Cambodge et au nord-est par le Laos. La langue officielle est le thaï et la monnaie le baht. Sa capitale est Bangkok – elle a officiellement changé de nom en 2022. Le Siam n'a jamais été colonisé par les puissances occidentales qui au et siècles étaient installées dans tous les pays alentour. C’est une monarchie constitutionnelle depuis 1932 dans laquelle le roi est officiellement le chef de l'État, chef des Forces armées, partisan de la religion bouddhiste et défenseur de toutes les confessions. Sur un plan politique, la Thaïlande a connu dix-neuf coups d'État dont douze réussis par l'armée depuis 1932, le dernier en date ayant eu lieu le 22 mai 2014. À partir de 1946, plusieurs générations de Thaïlandais ne connurent qu'un souverain, Bhumibol Adulyadej (Rama IX), dont le règne a duré , jusqu'à sa mort le . Son fils Vajiralongkorn (Rama X) lui a succédé le . Il est le souverain de la dynastie Chakri qui règne depuis 1782. Le pays est classé par ordre de superficie () et pays le plus peuplé du monde avec en , une superficie et une population très proches de celles de la France métropolitaine. Il est constitué d'une large partie continentale prolongée au sud sur près de mille kilomètres par la péninsule Malaise qu'il partage côté ouest avec la Birmanie et dans son sud avec la Malaisie. Environ 75 % de la population sont d'ethnie thaïe, 14 % sont des Chinois, et 3 % sont Malais, le reste étant composé de groupes minoritaires : les Môns, les Khmers et les diverses tribus des collines. La religion principale est le bouddhisme, pratiquée par environ 95 % des Thaïlandais. La Thaïlande a connu une croissance économique rapide entre 1985 et 1995. C'est un des nouveaux pays industrialisés, comptant parmi les Tigres asiatiques. Son économie repose notamment sur le tourisme, avec des destinations touristiques bien connues comme la région de Chiang Mai, le parc d'Ayutthaya, la station balnéaire de Pattaya, la capitale Bangkok, les provinces méridionales de Phuket, de Phang Nga, de Krabi et de nombreuses îles dans le golfe de Thaïlande et dans la mer d'Andaman, comme celles de Ko Samui et de Koh Phi Phi. Les exportations contribuent aussi de manière significative à l'économie. Le pays compte environ d'immigrés légaux et illégaux en Thaïlande, dont un certain nombre d'expatriés des pays occidentaux. Géographie. La Thaïlande fait partie de la péninsule indochinoise, jusqu’à l’isthme de Kra, qui marque la transition avec la péninsule Malaise. Le pays s’étend sur environ d’est en ouest et du nord au sud. Au centre, on trouve une vaste plaine, la plaine alluviale de la Chao Phraya, le plus grand fleuve thaïlandais. C’est la région la plus dense au niveau de la population et la plus riche du point de vue agricole. Bangkok est située à proximité du fertile delta du Maenam Chao Phraya (Mae Nam - - littéralement mère-eau (l’eau mère de la vie), veut dire rivière ou fleuve en thaï). Tout autour de ce bassin s’élèvent des massifs montagneux. Les massifs qui longent la frontière birmane sont les sommets les plus élevés, culminant à au Doi Inthanon. Quant à la région péninsulaire, bordée d’étroites plaines côtières, elle atteint son point culminant au Khao Luang à . À l’est du bassin du Chao Phraya, on trouve une autre chaîne montagneuse, d’axe nord-sud, qui culmine à grâce au Doi Pia Fai. Un plateau bas et aride s’étend au nord et à l’est de cette chaîne : c’est le plateau de Khorat, qui occupe le tiers oriental du pays (appelé l’Isan) et borde la vallée du Mékong (Mae Nam Khong), à la frontière avec le Laos. Climat. La Thaïlande bénéficie d’un climat tropical. On distingue globalement deux saisons : Toutefois, le pays s'étalant sur plus de , il y a une variation de climat notable entre les régions plus au nord, et les zones côtières du sud du pays. La température varie généralement entre et en moyenne. Selon le Climate Institute, une association spécialisée dans des solutions pratiques au changement climatique, les changements climatiques menacent en grande partie l’agriculture notamment avec l’augmentation des températures, les inondations, les sécheresses, tempêtes et l'élévation du niveau de la mer. Le pays a subi plus de de pertes dues à ces catastrophes entre 1989 et 2002. Ces dernières années, les conditions climatiques ont aggravé la situation, ce qui a abouti à des catastrophes à grandes échelles. Ces cataclysmes ont dévasté l’agriculture et l’économie. L'imprévisibilité des précipitations, des changements de températures et bien d’autres faits néfastes vont s’intensifier dans les années à venir . Ce qui veut dire que la Thaïlande devra faire face à des sécheresses en plein milieu de la saison des pluies. Environnement. Les principales sources de pollution sont la circulation automobile et les industries utilisant le charbon. Les réglementations existantes ne sont pas respectées et la répression contre les manquements reste faible. La pollution de l'air diminue l’espérance de vie des Thaïlandais de quatre années. La Thaïlande a vu ses importations de déchets décupler en 2018, en conséquence de la décision de la Chine de cesser ses propres importations. Les problèmes écologiques et sanitaires se sont accentués en conséquence. Histoire. Le premier royaume connu des historiens sur le territoire thaïlandais est le royaume de Funan. En effet, celui-ci remonte à peu près au premier siècle de notre ère. Ce dernier couvrait une grande partie de l’Asie du Sud-Est, il s’étendait ainsi sur le Cambodge, le sud du Vietnam, certaines parties du Laos, la Birmanie, des péninsules malaisienne et enfin la Thaïlande. Il était le plus puissant de la région à cette époque et dura presque cinq siècles. À partir du , les différents peuples qui composaient le royaume du Funan établissent la principauté de Dvâravatî. On parle même de civilisation du Dvâravatî. Cela s’étendait principalement en Thaïlande et dans le sud de la Birmanie. Cette période s’étend jusqu’au . L’ère du Dvâravatî est un point charnière puisque c’est à cette période que les historiens attribuent l’arrivée du bouddhisme dans la région. Dès le , la principauté de Dvâravatî tombe sous l’allégeance du royaume des Khmers établi au siècle précédent. Techniquement, le Dvâravatî était vassal du royaume khmer pendant un peu plus de deux siècles. Les historiens estiment qu’au début du , plusieurs chefs de différents clans et tribus thaï s’affranchissent progressivement de leur statut auprès du royaume khmer. De nombreux royaumes, principautés ou empires se partagent le pays dans une histoire imbriquée, les invasions et dominations étrangères se perpétuant jusqu’à la fin du . Résumé chronologique : Royaume de Sukhothaï et Lannathai. Selon les historiens modernes, la sécession de Sukhothaï d'avec l'Empire khmer commença dès 1180, sous le règne de Po Khun Sri Naw Namthom, souverain de Sukhothaï et de la cité voisine de Sri Satchanalai (actuel Amphoe Si Satchanalai, dans la province de Sukhothaï). Sukhothaï bénéficiait à cette époque d'une large autonomie, mais elle fut reprise vers 1180 par les Môns de Lavo sous leur roi Khomsabad Khlonlampong. Deux frères, Po Khun Bangklanghao et Po Khun Phameung ("Po Khun" était un titre de noblesse) arrachèrent Sukhothai aux Môns en 1239. Bangklanghao gouverna Sukhothai sous le nom de "Sri Indrathit" et fut le premier souverain de la dynastie Phra Ruang. Il agrandit son royaume aux cités voisines. À la fin de son règne en 1257, le royaume de Sukhothaï couvrait toute la haute vallée de la Chao Phraya. Po Khun Banmeaung et son frère Ramkhamhaeng (r. 1239-1317) agrandirent le royaume aux dépens des civilisations voisines. Pour la première fois, un état Thaï devenait un pouvoir dominant en Asie du Sud-Est. La tradition historique décrit l'expansion de Sukhothaï avec force détails, mais l'exactitude de ceux-ci est discutée. Dans le sud, Ramkamhaeng soumit le royaume de Supannabhum et Sri Thamnakorn (Tambralinga, dans la péninsule Malaise) et, par son intermédiaire, adopta le bouddhisme theravada comme religion d'État. Dans le nord, Ramkamhaeng fit payer tribut à Phrae et Luang Prabang. Ramkhamhaeng demanda aux moines de Sri Thamnakorn de propager le bouddhisme theravada à Sukhothaï. En 1283, il inventa l'alphabet thaï, figuré sur la fameuse « stèle de Ramkamhaeng » découverte par le roi Mongkut (Rama IV) plus tard. Cette stèle représente un témoignage capital sur Sukhothaï à l'époque. Le gouvernement de Ramkhamhaeng est caractéristique de celui du royaume de Sukhothaï, un type monarchique "patrocratique", où le roi est considéré comme le "père" et les sujets comme ses "enfants". Ramkhamhaeng encouragea le commerce en déclarant : « Qui souhaite vendre des éléphants, qu'il le fasse. Qui souhaite vendre des chevaux, qu'il le fasse. » C'est aussi de cette époque que datent les premières relations avec la nouvelle dynastie Yuan et que Sukhothaï commença à envoyer des missions commerciales en Chine. Sukhothaï exportait des "Sangkalok" (littéralement, des "poteries de la dynastie Song" !). Ce fut la seule période où le Siam produisit des céramiques de style chinois. La puissance de Sukhothaï fut de courte durée. Après la mort de Ramkhamhaeng, les royaumes vassaux s'émancipèrent sous le règne de son fils Phaya Loethai (1298-1323). Ce furent d'abord la province d'Uttaradit dans le nord, puis les royaumes laotiens de Luang Prabang et Vientiane. En 1319, les Môns rompirent leur allégeance dans l'ouest et en 1321 le Lanna (fondé en 1259) s'empara de Tak, une des plus anciennes villes contrôlées par Sukhothaï. Dans le sud, la puissante cité de Suphanburi prit également son indépendance sous le règne de Loethai. Ainsi le royaume fut-il rapidement réduit à son ancienne puissance locale. Puis à partir de 1350, le nouveau royaume d'Ayutthaya ne cessa de gagner de la puissance. En 1378 ses armées envahirent Sukhothai et le roi Thammaracha II fut obligé de devenir son vassal. Royaume de Ayutthaya. U Thong pour échapper à la menace d'une épidémie, déplace sa cour au sud dans la riche plaine inondable du fleuve Chao Phraya. Il fonde une nouvelle capitale sur une île du fleuve, Ayutthaya (Phra Nakhon Si Ayutthaya, พระนครศรีอยุธยา), du nom de la ville d’Ayodhya, en Inde du nord, ville de Rāma, héros de l'épopée du "Ramayana". U Thong prend le nom royal de Ramathibodi (1350-1369). Durant son règne, Ramathibodi tente d'unifier le royaume. En 1360, il déclare le Bouddhisme theravāda religion officielle d'Ayutthaya et invite des membres d'un sangha (communauté monastique bouddhiste) de Ceylan à établir un nouvel ordre religieux et à propager la foi parmi ses sujets. Il promulgue également un nouveau code légal, fondé sur le Dharmaśāstra (un texte légal hindou) et la coutume thaïe, fondement ensuite de la législation royale. Composée en pâli, langue indo-aryenne des textes du Theravada, elle avait force d’injonction divine. Complété par des arrêtés royaux, le code légal de Ramathibodi est demeuré en vigueur jusqu’à la fin du . À la fin du , Ayutthaya est considérée comme l'entité politique la plus puissante de l'Asie du Sud-Est. Dans les dernières années de son règne, Ramathibodi parvient à s'emparer d'Angkor. Son objectif était de sécuriser la frontière orientale du royaume en devançant les ambitions viêt sur les territoires khmers. Durant une bonne partie du , Ayutthaya va consacrer son énergie à la péninsule Malaise, où se trouvait Malacca, le port le plus important de l'Asie du Sud-Est. Malacca et les autres États malais au sud de l'ancien royaume de Tambralinga s'étaient progressivement convertis à l'islam au cours du . Les Thaïs échouèrent à soumettre Malacca, qui s'était mise sous la protection de la Chine. Ayutthaya réussit néanmoins à contrôler l'isthme de Kra, où venaient les marchands chinois en quête de produits de luxe très prisés en Chine. À partir du , le royaume d'Ayutthaya fut presque constamment en guerre contre la Birmanie (dynastie Taungû puis dynastie Konbaung) avec des fortunes diverses. Le roi birman Bayinnaung prit la ville en 1569, mais Ayutthaya reprit son indépendance dès 1584 et Naresuan lui redonna toute sa puissance : sous son règne (1590-1605), le royaume atteignit son expansion maximale. Il ne fut abattu que deux siècles plus tard par le roi birman Hsinbyushin (1767). Royaume de Thonburi. Après plus de de puissance, en 1767, le royaume d'Ayutthaya est conquis par les armées birmanes, sa capitale incendiée et son territoire démembré. Le général Taksin parvient à réunifier le Siam à partir de sa nouvelle capitale de Thonburi et se fait proclamer roi en 1769. Cependant, le roi Taksin est déclaré fou, dépossédé de son titre, emprisonné et exécuté en 1782. Le général Chakri lui succède en 1782, premier roi de la nouvelle dynastie Chakri. La même année, il fonde une nouvelle capitale, Bangkok, sur la rive de la Chao Phraya, en face de Thonburi. Royaume de Rattanakosin. Après la victoire des Anglais sur le royaume birman d'Ava en 1826, les héritiers de Rama I s'inquiètent de la menace du colonialisme européen. La première reconnaissance thaïe d’une puissance coloniale dans la région est formalisée par la signature d'un traité d'amitié et de commerce avec le Royaume-Uni en 1826, le traité Burney. En 1833, les États-Unis inaugurent des échanges diplomatiques avec le Siam. Cependant, c’est pendant les règnes de Mongkut (Rama IV) et de son fils le roi Chulalongkorn (Rama V) que la Thaïlande se rapproche fermement des puissances occidentales. Les Thaï attribuent aux qualités diplomatiques de ces monarques et aux réformes modernistes de leurs gouvernements le fait que le Siam est le seul pays d'Asie du Sud-Est à avoir échappé à la colonisation. Progressivement, au , le Siam recule face à deux puissances européennes : le Royaume-Uni et la France. Ces deux puissances grignotent le pays, à la fois territorialement sur ses marges, et dans sa souveraineté. La France, en 1873 et 1883, intervient deux fois pour mettre fin à la piraterie des Pavillons noirs dans le Tonkin, théoriquement sous protectorat siamois. En réaction, le Siam occupe Luang Prabang en 1883, mais ne peut empêcher l’installation d’un vice-consulat français dans cette ville en 1886 (Auguste Pavie), ni l’annexion en 1888 de 72 cantons par la France.En 1893, plusieurs incidents opposent le Siam et la France : soit celle-ci les provoque, soit elle en exagère l'importance, faisant ainsi monter la pression, jusqu’à l’envoi illégal de deux canonnières à l’embouchure de la Chao Phraya, que leurs capitaines annoncent leur intention de remonter jusqu’à Bangkok. Le Siam se met en tort en ouvrant le feu : le "casus belli" est saisi par Pavie, résident français à Bangkok ce qui déclenche la guerre franco-siamoise de 1893. Il exige l’abandon de la rive orientale du Mékong ; un blocus est mis en place à l’embouchure du Chao Phraya. Le Siam cède et la France ajoute à ses exigences une zone démilitarisée large de le long de la rive occidentale du Mékong, plus les provinces de Battambang et de Siem Reap. La ville de Chanthaburi est occupée par une garnison française (traité signé le 3 octobre 1893). Le 13 février 1904, la France annexe Luang Prabang et Champassak. Du côté anglais, des provinces sont réunies à la Birmanie. Le chemin de fer vers Singapour est concédé en exclusivité à une société britannique. Le Royaume-Uni obtient de plus l’assurance qu’aucun canal ne sera percé dans l'isthme de Kra. Le traité anglo-siamois de 1909 établit la frontière moderne entre le Siam et la Malaisie britannique. Le Siam doit céder à l’Angleterre les états malais de Kedah, Kelantan, Perlis et Terengganu, jusque-là ses vassaux et qui deviennent protectorats britanniques. La suzeraineté thaïe est maintenue sur le royaume de Patani (divisé depuis pour donner les provinces de Pattani, Yala, Narathiwat) et le district de Setul, détaché du Kedah (et devenu depuis la province de Satun). Une série de traités avec la France a fixé la frontière orientale présente du pays avec le Laos et le Cambodge, le Siam plus tôt avait fait des réclamations et dans une certaine mesure contrôlé ces deux territoires. Au total, le Siam a perdu ² durant le règne de Chulalongkorn. Monarchie parlementaire. Le , une révolution de palais, qui dura , met fin à la monarchie absolue. La « révolution de 1932 », comme elle est nommée, a été menée par un groupe d’une centaine de personnes, le « », composé à parts égales d’officiers commandés par Plaek Phibunsongkhram et de civils dirigés par Pridi Phonmayong. En décembre 1938, le maréchal Pibul Songgram devient Premier ministre. Le pays prend le nom de Thaïlande. Son régime militariste et ultranationaliste est aligné sur le Japon pendant la Seconde Guerre mondiale. Pibul Songgram se retire du gouvernement à l'approche de la capitulation du Japon, mais il reprend le pouvoir en 1947 et le conserve jusqu'en 1957. Depuis lors, l'équilibre entre le pouvoir royal, l'armée et le camp démocratique reste précaire, et ce sont ainsi pas moins de 20 coups d'État qui ont été tentés ou réussis par les forces armées jusqu'à la première décennie du . Ces coups d'État ont également permis à la royauté de reprendre une grande part de son pouvoir perdu. La mesure la plus significative a été la restauration du « crime de lèse-majesté », lequel permet au pouvoir de condamner un opposant politique, un journaliste, ou quiconque, sur la simple accusation d'atteinte à l'image du roi ou de son entourage. Histoire contemporaine. Crises politiques et coups d’État. En 1972, des centaines de paysans, peut-être plus de , soupçonnés de soutenir la rébellion communiste, sont massacrés par les forces armées dans la province du Phattalung, dans le Sud de la Thaïlande. Jusqu'alors, les suspects communistes arrêtés par l'armée étaient habituellement abattus et leurs corps laissés sur place. Cette fois-ci, la méthode des « barils rouges » a été introduite pour éliminer toute preuve possible. Les suspects ont été frappés jusqu'à être rendu semi-conscients, avant d'être jetés dans des barils contenant de l'essence et brûlés vifs. En 1973, des manifestations essentiellement menées par des étudiants et soutenues par des centaines de milliers de citoyens à Bangkok aboutissent au départ du dictateur militaire Thanom Kittikhachon, au prix de quelque 70 manifestants tués (peut-être près de ), et la Thaïlande s'ouvre à l'une des rares périodes démocratiques de son histoire. Celle-ci prend fin trois ans plus tard : le , à Bangkok, des militants d’extrême droite ultraroyalistes, appuyés par la police et par l’armée, ouvrent le feu sur une manifestation d'étudiants de gauche. Les manifestants qui tentent de s’enfuir à la nage, par le fleuve Chao Phraya, sont abattus. Ceux qui se rendent sont battus, certains à mort, et d’autres brûlés vifs. Plusieurs jeunes filles sont violées puis tuées. Les autorités font état de , mais le bilan réel pourrait être d'une centaine de tués. Le même jour, l'armée conduit un putsch, avec l’assentiment du roi. Années 1990. En 1997 est adoptée la première constitution thaïlandaise. Comme les autres pays asiatiques, la Thaïlande bénéficie au début des années 1990 d'un afflux massif de capitaux étrangers qui se retirent ensuite, déstabilisant la monnaie puis l'économie de la Thaïlande et de ces pays. Les provinces touristiques du sud du pays sont ravagées par le tsunami du 26 décembre 2004. Chemises jaunes contre chemises rouges. Au cours des années 2000 et 2010, un camp dénommé les « chemises jaunes » (la couleur du jour du roi) s'oppose aux « chemises rouges ». Les premières rassemblent surtout une élite urbaine, conservatrice, hostile à la démocratie dite « à l’occidentale » et fervente partisane de la monarchie. Elles soutiennent le Parti démocrate et l'armée. Les secondes représentent essentiellement les classes les moins aisées, séduites par les mesures de lutte contre la pauvreté. Favorables au maintien de la démocratie et de moins en moins favorables à la monarchie, elles soutiennent le parti Thai rak Thai devenu en 2008 le Pheu Thai dominé par la famille Shinawatra et qui remporte toutes les élections depuis 2001. Un coup d'État a eu lieu le , alors que le Premier ministre Thaksin Shinawatra était à New York, à l’occasion de l'Assemblée générale des Nations unies. L'armée a pris le pouvoir. Moins d'une semaine après la prise de pouvoir, l'armée déclare l'« état d’urgence généralisé ». Dès lors, celui-ci se retrouve appliqué à l'ensemble du pays et non plus seulement aux trois provinces musulmanes du sud. Des blindés ont entouré les bureaux du gouvernement à Bangkok et les militaires ont pris le contrôle des chaînes de télévision, avant d'annoncer l'instauration d'une autorité provisoire fidèle au roi de Thaïlande. Le premier ministre Thaksin Shinawatra déchu s'est réfugié à Londres où il possède une résidence secondaire. Surayut Chulanon, ancien commandant en chef de l'armée, a été investi en qualité de premier ministre par le roi de Thaïlande. Si son gouvernement ne comporte que deux anciens militaires, sur vingt-six ministres, il est sous le contrôle absolu des généraux de l'état-major. Le gouvernement provisoire a soumis au référendum un projet de Constitution anti-démocratique visant à limiter le pouvoir des élus au profit de l’armée. Approuvé à hauteur de 56,69 %, il a mené à la tenue d’élections législatives pour le à la suite desquelles le Parti du pouvoir du peuple (PPP), issu du Thai rak Thai de Thaksin a obtenu sur 480, à la déception des putschistes. Samak Sunthorawet, chef du PPP, a été élu Premier ministre par les députés (contre Aphisit Wetchachiwa, le leader du Parti démocrate soutenu par les généraux), a formé un gouvernement. Le , un gouvernement dominé par le Parti démocrate et soutenu par les généraux a été désigné par le Parlement avec Abhisit Vejjajiva comme Premier ministre. Les luttes entre les « jaunes » et les « rouges » (partis politiques majeurs) bloquent le pays et en particulier la capitale de d'habitants, Bangkok pendant des mois en 2010 et entre 2013 et 2015, avec de très fortes manifestations de rue et des violences. En , la sœur cadette de Thaksin, Yingluck Shinawatra, a été élue avec une majorité écrasante. Elle est la première femme qui est devenue premier ministre en Thaïlande. Elle a été destituée le par la Cour constitutionnelle de Thaïlande, sous la pression de la junte militaire dirigée par le général Prayut Chan-o-cha. Le , le gouvernement formé par la junte militaire a condamné Yingluck Shinawatra à d'inéligibilité prétextant son plan de subvention coûteux aux riziculteurs. Le , l'armée instaure la loi martiale et la censure sur le territoire thaïlandais. Le coup d'État intervient le par la voix du général Prayuth Chan-ocha, lorsqu'il annonce que les forces armées prennent le pouvoir « Pour que le pays revienne à la normale » et afin de « restaurer l'ordre et lancer des réformes ». Plusieurs dizaines d’intellectuels, journalistes et militants sont détenus dans des camps militaires pour avoir enfreint la loi martiale dans les semaines qui suivent son adoption. Toute critique à l'égard du Chef du gouvernement autoproclamé Prayut Chan-o-cha, de sa politique ou de ses proches est considérée, par ricochet, comme une atteinte au roi, et est punissable de de prison comme tout autre crime de lèse-majesté. Cette mesure avait permis l'emprisonnement de nombreux opposants durant la période trouble des cinq années qui avaient suivi l'éviction du Premier ministre Thaksin Shinawatra par le coup d'État de . La dictature au pouvoir organise aujourd'hui une lutte acharnée et féroce à toute forme d'opposition, et a déjà bloqué des milliers de sites internet sur son territoire. En octobre 2016, Rama X devient le nouveau roi de Thaïlande. Actuellement, la société thaïlandaise est clivée entre les partisans de Yingluck Shinawatra, principalement des riziculteurs et les pauvres, et les élites de Bangkok, dont les généraux au pouvoir, qui les exècrent comme de « dangereux populistes » Héritiers de la mouvance communiste, les membres du mouvement républicain thaïlandais ont pour la plupart rejoint les Chemises rouges dans les années 2000 pour s’opposer au régime militaire. Le républicanisme est considéré comme un crime de lèse-majesté et est passible de quinze ans de prison. Des militants républicains réfugiés au Laos sont assassinés par les autorités thaïlandaises. Conflits dans le sud de la Thaïlande. Les provinces du sud, l’ancien royaume de Patani, sont majoritairement musulmanes et secouées par des violences interreligieuses et séparatistes depuis les années 1970. Entre et , ces tensions ont fait . 87 musulmans sont morts le après une manifestation dans la province de Narathiwat (« massacre de Tak Bai »). Six mois plus tôt, au cours de la tuerie de la 32 « rebelles » avaient été tués par les forces de l’ordre. Le , le gouvernement thaïlandais impose l’état d’urgence dans le sud du pays pour rétablir la sécurité : des « rebelles » lancent des cocktails Molotov sur les bâtiments publics et des bonzes sont assassinés. Le , une série d’attentats et d’incendies fait quatre morts et dans les provinces méridionales. Le , une série d’attentats fait trois morts et plusieurs dizaines de blessés dans la ville de Yala. Le conflit a fait plus de entre 2004 et 2009. Des milliers de personnes suspectées d’être en rapport avec l’insurrection musulmane ont été emprisonnées, souvent en vertu de lois d’exception imposées à la région. Plusieurs ONG ont accusé les forces de sécurité de monter de toutes pièces des accusations contre des musulmans. Système politique. Instauration d'une monarchie constitutionnelle. Avant la révolution de 1932, il n’y avait jamais eu de constitution écrite en Thaïlande. C'était une monarchie absolue : le roi établissait toutes les lois et il n’y avait pas d’acte constitutif établi par celui-ci ; et le roi était considéré comme chef suprême qui dirigeait en accord avec la loi naturelle (Dharma). C’est l’année 1932 qui marque le début de la législation moderne thaïlandaise. La révolution, guidée par le et s’insurgeant contre la monarchie absolue, résulte d’un coup d’État et d’une prise de pouvoir. À la suite de cela, une constitution est rédigée. La toute première constitution thaïlandaise reconnaît comme régime politique la monarchie constitutionnelle - en tout cas en théorie. En réalité, jusqu'aux années 2000, et souvent encore de nos jours, l’ordre hiérarchique traditionnel réserve l'espace politique à des personnes qualifiées de « supérieures » en termes moraux et de compétences, excluant les travailleurs pauvres et les petits paysans jugés trop incultes pour participer à la vie politique. L’ensemble des Premiers ministres thaïlandais ont mené des politiques non disruptives, avec peu d’impact sur la structure sociale. Thaksin Shinawatra introduit néanmoins certaines réformes sociales et politiques, mais ne peut les mener à bien face à l'opposition de l'armée. Promulgation de la Constitution de 1997. À partir de 1932, 12 constitutions ont été rédigées puis promulguées jusqu’à la rédaction de la Constitution du peuple en 1997. Cette constitution marque d'importantes avancées démocratiques et sociales ainsi qu'une véritable participation du peuple thaïlandais au sein du régime. En effet, cette constitution prévoit deux chambres élues. La Constitution de 1997 reconnaît aussi l’existence de nombreux nouveaux droits civiques, garantit la gratuité de l'éducation à l'école primaire mais aussi au collège et au lycée, met en place des mécanismes institutionnels pour assurer la stabilité du régime et instaure également des organes de contrôle et de sanction (cour constitutionnelle, tribunaux…). Suspension de la Constitution de 1997 et nouvelle constitution. Le , l’armée effectue un coup d’État contre le Premier ministre Thaksin Shinawatra. La constitution de 1997 est abrogée aussitôt. Le pays est par la suite dirigé par l’entremise des lois martiales. Une constitution provisoire est publiée par l’armée le . Les forces militaires organisent le le premier référendum de l’histoire en Thaïlande. Le taux de participation n'est que de 55 % et une majorité de 58,34 % des votants approuve la nouvelle constitution proposée par les militaires. La tenue de ce référendum et son adoption prévoyaient de favoriser un retour à la démocratie et la tenue d’élections pour y parvenir. En , des élections furent organisées. La loi martiale est instaurée après la crise de 2013-2014, interdisant les rassemblements politiques. Le gouvernement se divise en trois branches, pouvoir exécutif, pouvoir législatif et judiciaire. Rôle du monarque. Depuis 2016, le roi Rama X est à la tête du pays. Chef de l’armée, ses pouvoirs sont soumis et contraints par la constitution. Il est également tenu d’être bouddhiste et de défendre la pratique de la religion à travers son mandat. Il est protégé des critiques notamment par l'article 112 du code pénal thaïlandais, assimilé à un crime de lèse-majesté, relevant de la sécurité nationale et pouvant aboutir à plusieurs dizaines d'années de prison. Cette loi est fortement critiquée, étant applicable à tout individu (y compris hors de Thaïlande), et utilisée pour empêcher le débat démocratique depuis la prise de pouvoir d'une junte militaire au milieu du . Forces armées. La force militaire de la Thaïlande se nomme Forces armées royales de Thaïlande. Elle est composée de trois composantes : la force armée royale maritime, la force armée royale aérienne et la force armée royale de terre. On compte actuellement actifs et . Le chef de l’armée thaïlandaise est le roi mais ce titre n’est qu’honorifique. Dans les faits c’est le Premier ministre qui la dirige. C’est la seizième puissance militaire mondiale. Selon le quatrième chapitre de la constitution de 2007, il est du devoir de tous les citoyens de servir dans l’armée. Dans les faits, seulement les hommes de plus de vingt et un an peuvent le faire. Ainsi chaque année, tous les hommes de plus de vingt et un an sont éligibles au service militaire pour une période de six mois à deux ans. Dans les faits, on effectue un tirage au sort et seuls les personnes sélectionnées sont tenues de réaliser leur service militaire. Relations étrangères. La section suivante a pour objectif de dresser un bref état des lieux des principales relations bilatérales entretenues par la Thaïlande : au niveau de l’organisation de l’ANASE, des États voisins et des quelques plus grandes puissances mondiales. Organisation régionale. France. Historiquement, les premiers contacts entre la Thaïlande et la France remontent au milieu du lorsqu’un prêtre français décida de se rendre sur le territoire afin d’y prêcher le christianisme, sans succès probant. La France avait alors pour ambition de répandre le christianisme et d’établir un protectorat au sein du royaume de Siam. En 1856, les deux pays signent un traité d’amitié et de commerce par Napoléon III et le roi Rama IV. Ce traité doit garantir une paix constante et une amitié continuelle entre les deux pays. La Deuxième Guerre mondiale verra s’affronter les deux États, notamment lors de la bataille de Ko Chang. En 1960, le roi Bhumibol et son épouse se rendent à Paris et sont reçus par le président Charles de Gaulle. Cette visite marque le début de l’établissement des relations modernes entre la France et la Thaïlande. Cependant, à l’inverse, depuis le traité de 1856, ce n’est qu’en 2006 qu’un président français (Jacques Chirac) se rend en visite officielle en Thaïlande. La Thaïlande est le partenaire le plus ancien de la France en Asie du Sud-Est. En 2016, les deux pays ont célébré de relations bilatérales. Économiquement, la Thaïlande est le deuxième partenaire économique de la France au sein de l’ANASE, avec de dollars américains d’exportations. Selon le Ministère des Affaires étrangères français, plus de deux cent quatre-vingts entreprises françaises se sont implantées en Thaïlande. En Europe, la France est le cinquième investisseur de la Thaïlande. En matière d’éducation, la France a mis en place, comme dans de nombreux pays, un programme bilatéral de bourses d’excellence. Celui-ci permet à des étudiants méritants de venir effectuer leurs études et inversement. Birmanie. Les relations entre la Birmanie et la Thaïlande sont marquées par une longue histoire commune de conflits. Entre le et la Seconde Guerre mondiale, les deux États se sont affrontés dans de nombreuses guerres. Quatre grandes guerres exclusivement entre les deux pays sont à noter : 1547-1549, 1584–1593, 1594–1605, 1765–1767 et 1785–1786. Au , la Birmanie devint une colonie de l’Empire Britannique. Cela mit fin aux affrontements mais réduisit aussi considérablement les interactions entre les deux pays. Durant la Seconde Guerre mondiale, la Thaïlande envoya des troupes armées dans les États birmans de Shan et Kayah dans le but de se procurer de l’opium, mais cela créa un incident diplomatique. Ce n’est qu’une fois la guerre terminée, avec la création de l’ANASE, dont les pays sont membres que leurs relations diplomatiques furent officiellement établies. En 2010, après les élections législatives birmanes, un conflit frontalier a éclaté entre les deux pays. Forces armées nationales birmanes et l’armée de libération de Karen (qui milite pour l’indépendance du peuple Karen en Birmanie) se sont affrontées pendant deux ans, ce qui a forcé plus de à fuir vers la Thaïlande et a ainsi impliqué le pays dans le conflit. En 2019, les relations entre les deux pays sont très peu développées, mais les deux États maintiennent respectivement des ambassades en Thaïlande et en Birmanie. Russie. Le 3 juin 1897, la première réunion officielle du roi Siam Rama V Chulalongkorn et de l'empereur Nicolas II à Saint-Pétersbourg a eu lieu. Le roi Chulalongkorn le Grand a été le premier des rois siamois à visiter la Russie et à jeter les bases des relations diplomatiques entre la Thaïlande et la Russie. À la fin du , le roi du Siam s'est fixé les tâches suivantes : obtenir le soutien de la Russie pour résoudre les conflits avec la France dangereux pour le Siam et établir des relations diplomatiques avec la Russie, dans une lettre datée du à l'empereur de Russie Nicolas II. La Russie a une ambassade à Bangkok et deux consulats honoraires à Phuket et Pattaya. La Thaïlande a sa propre ambassade à Moscou et deux consulats à Saint-Pétersbourg et à Vladivostok. En 2017, les pays de la Russie et de la Thaïlande célèbrent d'établissement de relations diplomatiques entre la Russie et la Thaïlande. La célébration est un programme d'État mené par les gouvernements des deux pays. Chine. La Chine (RPC) et la Thaïlande, au-delà de l’établissement de leurs relations formelles en 1975, disposent d’un passé commun depuis le début de notre ère. Au départ c’est avec Taïwan (République de Chine) que la Thaïlande établit des relations diplomatiques. En 1963, le roi thaïlandais de l’époque Bhumibol se rendit à Taipei. Cependant, en 1975 ce dernier coupe les relations avec Taïwan (République de Chine) au profit de la République Populaire de Chine. En effet, avant cela, le choix d’établir des relations avec Taïwan plutôt que la République populaire de Chine fut principalement la résultante de suspicions communes. La République populaire de Chine supportait activement les mouvements d’extrême gauche thaïlandais et la Thaïlande était méfiante vis-à-vis de l’implication de la République populaire de Chine dans le conflit ayant alors lieu au Cambodge. Cependant, en 1978 la République populaire de Chine soutient publiquement la Thaïlande dans sa présence au sein du conflit au Cambodge. Commercialement, les deux pays sont d’actifs partenaires économiques. En 2003, les deux pays ont signé un accord bilatéral de libre-échange, majoritairement concernant les produits agricoles. La Chine est le second plus gros marché d’exportation de la Thaïlande. La Chine prévoit dans les prochaines années de créer le « China City Complex » en Thaïlande. Il s’agit d’un organisme ayant pour but d’augmenter de façon considérable les échanges entre les deux pays et au niveau de l’ANASE. Militairement, l’armée royale thaïlandaise se fournit en grande partie en Chine. Les deux pays ont pour projet d’ouvrir une usine commune d’armes en Thaïlande à Khon Kaen. États-Unis. La Thaïlande est le premier pays asiatique à établir des relations formelles avec les États-Unis. En 1856, un traité d’amitié, de commerce et de navigation est signé entre un représentant du gouvernement américain et le roi Rama IV, qui accordaient notamment aux Américains des droits extraterritoriaux au sein de certaines parties du pays. Économiquement, En 1966, les deux pays signent un traité d’amitié et de relations économiques qui facilite l’accès à leurs marchés respectifs. En , les deux pays négocient un accord de libre-échange. Cependant, le coup d’État de 2006 suspend la ratification de cet accord. Le coup d’État de 2014 fut publiquement condamné par les États-Unis. Le secrétaire général de l’époque, John Kerry déclare publiquement que cet acte aura des conséquences négatives pour les relations bilatérales avec la Thaïlande, en précisant que cela sera particulièrement le cas concernant les relations de coopération militaire. Militairement, les deux pays sont signataires du pacte de Manille de 1954, plus connu sous le nom Organisation du Traité de l'Asie du Sud-Est (OTASE). Les États-Unis ont aidé la Thaïlande dans la construction et le renforcement de son armée, tant au niveau des infrastructures que de la technique militaire. En effet, des programmes d’entraînement des soldats thaïlandais par l’armée américaine furent mis en place. Les États-Unis ont ainsi dépensé près de vingt-neuf millions de dollars américains dans l’établissement de ces programmes. Cependant, le coup d’État de 2006 a entraîné la suspension de ces programmes et c’est encore le cas actuellement. L’engagement des États-Unis dans la lutte contre le terrorisme sur la scène internationale se concentre, parmi une série d’États, sur la Thaïlande. En effet, aux côtés de la piraterie, le terrorisme est devenu un des deux nouveaux enjeux de sécurité en Thaïlande. Un exemple probant de cela remonte à 2003 lorsque conjointement, la CIA et la police thaïlandaise ont capturé un combattant indonésien prêtant allégeance à Al-Qaïda. ANASE. La Thaïlande fait partie des cinq membres fondateurs de l’ANASE en 1967 aux côtés de quatre autres États : la Malaisie, Singapour, les Philippines et l'Indonésie.La déclaration de Bangkok signée par les cinq pays est l’acte constitutif de l’association qui a pour buts premiers de promouvoir la stabilité, la paix et d’accélérer le progrès économique, social et le développement de la culture. L’ANASE compte aujourd’hui dix membres. Selon le gouvernement thaïlandais, la participation à l’ANASE est un point central de sa politique régionale. Entre 2008 et 2012 le secrétaire général de l’ANASE était thaïlandais. Sous ce mandat, la Thaïlande met en avant plusieurs avancées significatives au sein de l’ANASE. Par exemple en 2009, c’est sous l’initiative de la Thaïlande que le "plan de route pour la communauté de l’ANASE" est voté pour une durée de six ans. Ce plan met en place une série de mécanismes pour guider l’association dans le développement de trois piliers : la communauté socio-économique, la communauté politique et sécuritaire et la communauté économique. La Thaïlande revendique également son rôle central au sein de l’ANASE dans la promotion et développement des droits humains au sein de la communauté. C’est sous son impulsion et son secrétariat que fut créée La Commission Intergouvernementale de l’ANASE pour les Droits Humains en 2009. Indonésie. Avant l’établissement de relations bilatérales moderne, l’Indonésie et la Thaïlande ont des relations depuis le environ. Pendant la période coloniale durant laquelle l’Indonésie était sous le joug néerlandais, la Thaïlande effectuait des visites diplomatiques auprès des dirigeants coloniaux. Le roi Rama V, s’est rendu à Java à trois reprises. C’est une fois l’indépendance de l’Indonésie obtenue en 1945 et sa reconnaissance en tant que nation souveraine quatre ans plus tard par les Pays-Bas, que la Thaïlande établit des relations avec la nouvelle nation indonésienne. Les deux pays sont parmi les membres fondateurs de l’ANASE. Ils font également communément partie de la Coopération économique pour l'Asie-Pacifique et du Mouvement des Non Alignés. Économiquement, l’Indonésie est le sixième partenaire économique de la Thaïlande. En 2012, leurs échanges économiques s’élevaient à de dollars américains. Au sein de la communauté de l’ANASE elle est le troisième. Cependant, aucun accord bilatéral n’a été signé pour promouvoir les échanges et préserver leurs intérêts économiques. Philippines. Les historiens établissent des relations entre les Philippines et la Thaïlande depuis le . Durant la période coloniale, lorsque les Espagnols prirent le contrôle du territoire dès le , les relations entre les deux pays existaient car le Royaume d’Espagne voyait la Thaïlande comme une possible expansion de sa domination coloniale. En 1949, trois ans après avoir obtenu leur indépendance des États-Unis, les Philippines et la Thaïlande signent un Traité d’Amitié. Les deux États sont membres fondateurs de l’ANASE.Contrairement à ses relations avec d’autres États de la région, la Thaïlande a signé un grand nombre d'accords bilatéraux avec les Philippines. En effet, depuis 1949, vingt-trois ententes bilatérales ont été signées dans le domaine de la défense, du tourisme, de l’économie, l’agriculture, les télécommunications et l’échange de techniques et savoir-faire. Un volet important de leur relation, qui est d’ailleurs énoncé de manière claire par l’ambassade des Philippines en Thaïlande, est la coopération mutuelle en cas de catastrophes naturelles. En , la Thaïlande a délivré cinq cent vingt tonnes de riz au gouvernement philippin pour venir en aide aux victimes du typhon Ondoy. En 2011, la Thaïlande a ainsi donné cent mille dollars américains aux victimes de la tempête Sendong. De leur côté, les Philippines ont envoyé des experts légaux et criminels pour aider la Thaïlande à identifier les victimes du tsunami ayant eu lieu cette même année. Les deux capitales des pays, Manille et Bangkok, sont jumelées depuis 1997. Vietnam. La Thaïlande, à l’époque ou elle était le Royaume du Siam, a affronté le Vietnam dans de multiples guerres au cours des , principalement entre le royaume Ayutthaya (Siam) et Rattanakosin (Vietnam). C’est l’établissement des colons français au Vietnam, à l’époque Indochine française, qui mit fin à ces affrontements. Les relations modernes entre les deux États datent de 1986. Vers la fin de la guerre froide, le Vietnam change de direction concernant sa politique étrangère et accepte également les règles du jeu de la coopération propre à son adhésion à l’ANASE. En effet, face à une crise interne économique et politique le Vietnam décide d’adopter de nouvelles réformes « compréhensives » appelées Doi Moi. Au sein de ces nouvelles réformes, on trouve la création et le développement des relations bilatérales avec la Thaïlande. Cependant, au départ, des suspicions mutuelles politiques, économiques et territoriales perdurent. Ainsi, des mesures de construction de confiance mutuelles sont mises en place concernant les points les plus sensibles. Le premier point de discorde étant les conflits territoriaux. En 1997, un accord est signé pour délimiter de façon claire la zone maritime de chaque partie dans le conflit les opposant au sein du golfe de Thaïlande et créa une patrouille maritime commune pour la zone. Aujourd’hui, les deux pays ont signé plus de trente accords bilatéraux dans les domaines de l’économie, de la politique et de la sécurité. En 2004, ils créent même un cabinet de consultation bilatérale pour la coopération stratégique. Commercialement, les deux pays échangent énormément, mais le Vietnam souffre depuis 2007 d’un déficit commercial dans ses échanges avec la Thaïlande. De plus les deux pays se concurrencent sur de nombreux marchés d’exportations et de développement, et notamment deux majeurs : celui du riz et du niveau d’attractivité des investissements directs étrangers. Cependant, depuis le coup d'État de 2006 en Thaïlande, qui a destitué le Premier ministre Thaksin Shinawatra, tous ces mécanismes tournent au ralenti. Un second cabinet de consultation commune, à la suite de celui de 2004 était prévu pour 2008 et n’a pas eu lieu et les visites de la part des chefs d’États se font très rares. Cambodge. Historiquement, le Cambodge et la Thaïlande entretiennent des relations depuis le . Les deux nations ont une longue histoire commune, marquée par de nombreux conflits qui perdurent encore aujourd’hui. Au , lors de la mort du dernier roi Khmer Jayavarman VII en 1218, l’Empire khmer connaît un déclin graduel. La Thaïlande, ainsi que la Chine, ont tenté de tirer profit de cette situation en cherchant à prendre le contrôle de plusieurs territoires. L’Empire survivra jusqu’en 1431, date à laquelle la Thaïlande réussit à prendre le contrôle d’Angkor Thom et força le roi en place à cette période à l’exil. Un siècle plus tard, la Thaïlande a tenté une nouvelle fois de prendre le contrôle de plusieurs parties du territoire cambodgien. Au fil des siècles, le Cambodge s’est senti de plus en plus menacé par ses voisins, la Thaïlande et le Vietnam. En 1863, le roi du Cambodge Norodom, incite la France à prendre le contrôle du Cambodge sous forme de protectorat, qui subsistera jusqu’en 1953. Pendant la période du protectorat français, la présence de l’administration française mit un terme aux rivalités entre les deux pays. Durant cette période les relations bilatérales entre les deux États n’étaient que peu existantes. Ces éléments historiques sont importants pour comprendre l’origine des relations tumultueuses entre les deux États. Pendant la guerre froide, le Cambodge suivait une politique neutre, mais reconnaissait la République populaire de Chine. La Thaïlande, au contraire, était une alliée de États-Unis. De plus, à cette même période, le Cambodge est dirigé par les Khmers Rouges sous le régime du Kompuchea Démocratique. Ce mouvement, responsable du génocide cambodgien, força de nombreux Cambodgiens à s’exiler et demander asile en Thaïlande. En 2003, des émeutes ont éclaté dans la capitale cambodgienne de Phnom Penh. Un journal cambodgien a alors publié les propos d’une actrice thaïlandaise qui affirmait que la ville d’Angkor Watt, devait appartenir à la Thaïlande. Cet évènement qui peut sembler minime, a déclenché des émeutes dans les rues de Phnom Pen. Il a également contribué à refroidir davantage les relations, déjà peu existantes, entre les deux pays. À la suite de cet évènement, le Premier ministre cambodgien a banni les émissions de télévision thaïlandaises. En 2008, une dispute frontalière a démarré entre les deux pays. Le conflit a eu lieu au niveau du temple de Preah Vihear, au nord du Cambodge. Le temple est situé sur une falaise qui appartient au Cambodge, mais l’accès à ce temple ne peut se faire exclusivement que par la Thaïlande. Des soldats thaïlandais ont alors pénétré sur le territoire et des tirs ont été échangés. Depuis ce jour, la dispute sur l’appartenance du territoire est toujours d’actualité et a fait plusieurs morts et blessés. Le conflit est aujourd’hui devant la Cour internationale de justice. L’ambassade de Thaïlande au Cambodge, exprime le désir de transformer les huit cents kilomètres de frontière entre les deux pays, en une zone de paix et de stabilité. De plus, elle souhaite renforcer les relations bilatérales avec le Cambodge. L’ambassadeur de Thaïlande au Cambodge actuel, Panyarak Poolthup déclare ainsi sur le site officiel de l’Ambassade de Thaïlande au Cambodge, que la Thaïlande et le Cambodge partagent une culture, une religion et des racines qui doivent servir de socle pour bâtir de fortes et prospères relations bilatérales. Économiquement, peu d’accords bilatéraux existent entre les deux pays. Cependant, les gouvernements thaïlandais et cambodgien ont fait part de leur intention de doubler leurs échanges commerciaux d’ici 2020, avec la signature d’un accord en 2015. En 1999, le pays rejoint l’ANASE, dont la Thaïlande est également membre. Laos. Historiquement, les deux pays frontaliers ont des relations depuis l’existence de chacun des deux pays. Cependant, les relations bilatérales entre les deux États ont souvent été conflictuelles. En 1980 un conflit entre des patrouilles maritimes laotiennes et thaïlandaises a éclaté, ce qui a conduit la Thaïlande à fermer complètement ses frontières avec le Laos. Ce n’est qu’en 1988 que le Premier ministre thaïlandais Chatchai Chunhawan rétablit le contact économique et frontalier entre les deux pays. Il s’ensuit alors une période d’échanges économiques, d’accords bilatéraux et d’assistance mutuelle dans de nombreux domaines (culture, infrastructures, éducation), très prospère. Par exemple, En 2011, lors des inondations meurtrières en Thaïlande, le gouvernement laotien a fait don d’ de bahts au gouvernement thaïlandais afin de venir en aide aux victimes. En 2012, le gouvernement thaïlandais a accordé deux prêts de de bahts, au Laos pour la construction d’infrastructures et le développement d’un aéroport. La Thaïlande exprime publiquement son désir de renforcer ses liens avec le Laos, dans tous les domaines. De plus, la Thaïlande souhaite investir davantage dans le développement du secteur privé au Laos. Les deux pays sont tous les deux membres de l’ANASE. Provinces. Le pays est divisé administrativement en 77 provinces, en considérant que Bangkok est elle-même une province, ("jangwat" - , singulier et pluriel), réparties en cinq groupes. Le nom de chaque province est dérivé du nom de sa capitale. Ce n’est que par l’effet du Traité anglo-siamois de 1909 que l’ancien royaume de Patani devint partie intégrante du royaume de Siam, sous la forme de quatre nouvelles provinces : Pattani, Yala, Narathiwat et Satun. Capitale. La capitale thaïlandaise a changé de nom en 2022, ne s'appelant plus désormais Bangkok (thaï : , "", « "Cité des anges" ») mais, officiellement, Krung Thep Maha Nakhon (thaï: กรุงเทพมหานคร, « "la grande cité des anges" » ; en forme longue traduite en français : « "La grande cité des anges, grande ville, résidence du Bouddha d’émeraude, ville imprenable du Dieu Indra, grande capitale du monde ciselée de neuf pierres précieuses, ville heureuse, riche dans l’énorme Palais royal pareil à la demeure céleste, règne du dieu réincarné, ville offerte à Indra et construite par Vishnukarn" »). Il s'agit du nom de ville le plus long au monde selon le Guinness World Records. Cependant, selon les autorités thaïlandaises, en alphabet romain il sera toujours possible d'écrire Bangkok. Économie. En 2015, la Thaïlande est la seconde plus grande économie de l'Asie du Sud-Est, après l'Indonésie mais devant la Malaisie. La Thaïlande est membre de la Coopération économique pour l'Asie-Pacifique (APEC). Les Japonais investissent en Thaïlande et provoquent une industrialisation rapide dans les années 1980 et 1990, en particulier dans les industries électroniques et la sous-traitance mécanique, créant de nombreuses usines à bas coût pour alimenter leur machine industrielle. Depuis 2001, le Produit intérieur brut (PIB) de la Thaïlande enregistre des taux de croissance particulièrement soutenus : 6,9 % en 2003, 6,1 % en 2004 et 4,5 % en 2005. La croissance prévisionnelle du PIB pour 2014 est d’environ 1,5 % selon la Banque mondiale. Le dynamisme de l’économie thaïlandaise repose sur une demande interne robuste (consommation et investissements privés), qui la rend moins sensible que certains de ses voisins aux à-coups de la demande mondiale. Ces bonnes performances ont permis au royaume de s’affirmer comme puissance économique régionale. En 2022, la Thaïlande est classé en pour l'indice mondial de l'innovation. L'industrie (39,2 % PIB), fortement exportatrice, demeure le principal poumon économique du pays, loin devant le tourisme (env. 10 % PIB) : la Thaïlande est particulièrement compétitive dans les industries électroniques, chimiques, papetières, de construction (Siam Cement, Thaï, , cinq divisions : BTP, ciment, chimie, papier et distribution) et d'assemblage, les industries agroalimentaires et le tourisme. Elle attire également de nombreuses multinationales qui se servent de leur filiale thaïlandaise comme base d’exportation régionale, voire mondiale. Cependant, le montant élevé des importations thaïlandaises de matières premières devrait peser sur la croissance économique de 2005, notamment en raison de la hausse des prix du pétrole.Grâce à un pilotage fin de sa politique économique, le gouvernement a largement contribué aux performances actuelles. Selon une stratégie baptisée « » (la voie double), le gouvernement ajuste son soutien en fonction de la conjoncture internationale : en période de ralentissement, les dépenses publiques soutiennent la consommation ; en période plus favorable, le rythme des dépenses diminue et le gouvernement peut s’attaquer aux réformes plus structurelles. Cette politique est rendue possible par la situation remarquable des finances publiques : l'élargissement de la base fiscale conjugué à l'augmentation naturelle des revenus (du fait de la conjoncture) a permis au gouvernement de mettre un terme au déficit budgétaire dès 2003 et d'afficher un excédent de 0,7 % en 2012. Pour atténuer l'impact du ralentissement de 2005, les autorités avaient mis sur pied un vaste programme d'investissements publics destiné à moderniser en profondeur les infrastructures du pays, routes, transports et télécommunications en particulier. Outre un effet positif pour la croissance, ces projets d'investissement de long terme renforcent l'économie du pays et créent de nouvelles opportunités d'échanges et de croissance. De 2006 à 2013, l'économie thaïlandaise a connu une croissance plus faible, avec une moyenne de 4 %, dopée par une industrie forte (39,2 % du PIB en 2012), de fortes exportations agricoles, une forte activité commerciale (13,4 % PIB, 2012) et logistique (9,8 % PIB, 2012) et dans une moindre mesure par la consommation intérieure. Et pourtant, du fait de l'affaiblissement des exportations en 2012 et 2013 à cause de plusieurs chocs économiques et politiques, la consommation intérieure voit sa part dans la croissance grandir au fil des ans. Le PIB était de de dollars en 2012, faisant ressortir un PIB/habitant de par habitant, soit (environ ) par mois et par habitant en moyenne. La fortune cumulée des 50 Thaïlandais les plus riches s'élève à plus de de dollars en 2019. Les bénéfices de la croissance et de l’industrialisation de ces dernières décennies ont été essentiellement captés par l’aristocratie traditionnelle et les nouvelles élites économiques et financières. Selon le rapport du Crédit suisse de 2018 sur la répartition de la richesse mondiale, 1 % de la population détient 66,9 % de la richesse du pays. Les stratégies de bas salaires/hauts profits ainsi que le désinvestissement de l'État envers les campagnes a conduit à une fracture rurale-urbaine et à l’exclusion de pans entiers de la société confrontés à l’exode, à la massification du secteur informel, à l'absence de protection sociale ou aux difficultés d'accès à l’éducation et aux services de base. Les familles thaïes d'origine chinoise, qui ne comptent qu'environ 6 % de la population, contrôlent la plupart des secteurs économiques du pays. Agriculture. L'agriculture, la transformation et l’exportation de produits agricoles, notamment du riz, ont formé l’ossature de son économie. En effet, la Thaïlande avec en moyenne trois récoltes par an est souvent classé deuxième exportateur mondial de riz (après l'Inde) et sixième producteur de riz de la planète (derrière la Chine, l'Inde, l'Indonésie, le Bangladesh et le Vietnam). Bien que parmi les pays les plus prospères d'Asie, le fait qu'elle dépende d'une monoculture l'a rendue extrêmement sensible aux fluctuations des cours mondiaux du riz et aux variations de la production. Le gouvernement thaïlandais s'est efforcé d'atténuer cette fragilité en cherchant à diversifier l'économie et à promouvoir des méthodes de culture scientifiques comme l'irrigation contrôlée des rizières, de façon à stabiliser la production même lorsque les précipitations sont insuffisantes. Les élevages de crevettes sont aussi une source majeure d'exportations. La Thaïlande compte ainsi plus de élevages donnant une production de tonnes en 2006. Ces exportations génèrent un chiffre d'affaires de de dollars et ont majoritairement lieu vers l'Europe, le Japon et les États-Unis. Mais une partie de la pêche qui sert à alimenter les crevettes est régulièrement accusée au début des années 2010 de détruire les mangroves naturelles et d'être réalisée par des migrants réduits en esclavage. La Thaïlande est aussi traditionnellement un important exportateur de produits issus de la canne à sucre, grâce à son climat et à des sols propices. Sur les six premières années de la décennie 2010, le pays a confirmé sa cinquième place au palmarès des producteurs mondiaux de sucre. Le PIB du secteur agricole, du fait d'une moindre croissance que l'industrie ou le tourisme, ne représente plus que 8,4 % du PIB en 2012. Tourisme. À partir du milieu des années 1980, le tourisme joue un rôle majeur dans le développement économique du pays. La croissance annuelle fut exceptionnelle entre 1985 et 1993 (de l’ordre de 10 %). Elle est encore de 8 % en 1993, année où le PNB s’élevait à de dollars. Le Japon, les États-Unis, l’Allemagne, la Malaisie, la Chine et les Pays-Bas sont les principaux partenaires commerciaux de la Thaïlande. Après le tsunami de fin 2004 qui a touché toute l'infrastructure hôtelière et la côte sud-ouest, les touristes désertent les lieux, laissant des commerçants thaïs exsangues. La majorité des centaines de morts de sur les côtes étaient étrangers, en particulier Allemands, Suédois, Danois, Anglais et Australiens. Les prix de l'immobilier ont baissé à Koh Lanta (par exemple) de presque 50 %. Grâce à ses autres ressources touristiques, la Thaïlande s'est remise de ce cataclysme avec une croissance touristique de plus de 10 % en 2006 par rapport à 2005 après la chute et les annulations dues au tsunami. En 2019, la Thaïlande a accueilli de touristes, se classant au mondial : le tourisme international a contribué cette année-là à 11,4 % du PIB et le tourisme intérieur à 6%. En 2019, les dix-sept principaux pays d'origine des touristes étaient : L'évolution de l'arrivée des touristes par rapport à 2018 est indiquée entre parenthèses. Longtemps restreinte au tourisme balnéaire vers les plages de sa péninsule, la Thaïlande souhaite développer les voyages culturels et attirer les touristes vers les provinces du nord, riches en vestiges archéologiques. Parmi les monuments des provinces, on peut citer : Le nombre de voyageurs internationaux a été réduit à presque néant en 2020 et 2021 pour éviter que l'épidémie de Covid-19 ne se propage dans le pays : entre 7 et de touristes en 2020 et rien que internationaux en 2021. Après près de de quarantaine stricte obligatoire pour tous étrangers venant en Thaïlande, il est désormais possible dès juillet 2021 de profiter de la Thaïlande sans quarantaine en passant obligatoirement d'abord sur l'île de Phuket. Les visiteurs étrangers peuvent ensuite explorer le reste de la Thaïlande (en cas de test PCR négatif). À partir du , les autorités ouvrent le pays sans quarantaine pour les voyageurs de . Au premier trimestre 2022, seulement internationaux sont venus en Thaïlande. Les prévisions de fréquentation touristique étrangère du début d'année pour 2022 ont donc été revues à la baisse, chutant de de personnes espérées à , soit 7,5% des quelque de 2019 ! Visas. Les visiteurs entrant en Thaïlande doivent être en possession d’un passeport en cours de validité (encore valide au moins à compter de la date d’entrée dans le pays). Les visiteurs, membres de la Communauté européenne, entrant en Thaïlande pour des motifs touristiques, sont dispensés de visa d’entrée : c’est le « transit without visa » (ou exemption de visa), une formalité gratuite, mais limitée dans le temps () et extensible de supplémentaires dans un des bureaux d'immigration du pays, délivré dans les aéroports. Aux postes frontières, il n’est délivré qu’au maximum deux fois par année calendaire.Pour la plupart des pays de l'Union Européenne, il est possible de demander un visa touristique valable (uniquement auprès d'une ambassade, donc à l'extérieur de Thaïlande, par exemple : l'ambassade royale de Thaïlande de Paris), renouvelable en payant 1900 baths (environ ) au bureau d'immigration local. Il n'est pas possible de revenir dans le pays après la sortie même si le délai de n'est pas dépassé, sauf si ce visa comporte des entrées multiples. Transports. Les transports en Thaïlande sont variés, sans qu'un moyen de transport particulier prédomine. Les bus sont fortement utilisés pour les trajets longue distance et à Bangkok, tandis que les motos supplantent les vélos dans les villes. Le transport routier est le principal moyen de transport des marchandises dans le pays. Le réseau ferré existe depuis longtemps mais les lignes sont lentes, bien qu'il soit prévu de déployer des lignes à grande vitesse dans plusieurs régions de Thaïlande. Le transport aérien intérieur a récemment connu un gain de popularité, grâce à l'arrivée de compagnies low-cost. Dans les grandes villes, il existe un service public de moto-taxis. À Bangkok, le nombre de taxis en circulation est impressionnant. Depuis l'ouverture du métro aérien de Bangkok en 1999, le nombre de passagers journaliers a dépassé les et plusieurs lignes additionnelles sont en construction. L'automobile, dont la croissance rapide a contribué à l'engorgement du trafic de Bangkok au cours des deux dernières décennies, a gagné en popularité, en particulier auprès des touristes, des expatriés, de la classe aisée et d'une partie grandissante de la classe moyenne. Le réseau autoroutier se construit graduellement. La plupart des cours d'eau navigables accueillent des bateaux ou offrent des services de transport. Enfin, on note plusieurs moyens de transport particuliers, tels que le tuk-tuk ou le voyage à dos d'éléphant en zone rurale. Route. Le réseau routier thaïlandais comporte environ de routes. Les voies rapides relient toute la Thaïlande. Elles sont souvent traversées par des passages piétons, espacés d'environ en zone urbaine. Elles n'ont pas de voies d'insertion ni de décélération mais ont une séparation centrale, excepté à Bangkok où abondent les voies pour demi-tour. De nombreuses routes à deux voies ont été converties en quatre voies à séparation centrale, augmentant ainsi grandement sécurité et vitesse. Le système autoroutier est restreint () mais le gouvernement thaïlandais prévoit des investissements massifs pour l'étendre. Le bus est un moyen de transport majeur pour les personnes et les marchandises, et le plus populaire pour les trajets longue-distance. Il existe des bus luxueux pour les circuits touristiques, tandis que les bus de ville ou de seconde classe sont souvent anciens et couverts de peinture et de publicités. Train. Le réseau ferroviaire thaïlandais est géré par la compagnie nationale State Railway of Thailand (SRT) en thaï การรถไฟแห่งประเทศไทย. Ce réseau comprend plus de de voies ferrées. La gare Hua Lamphong, au centre de Bangkok, est le point de départ des lignes de trains partant vers tout le pays. Les quatre lignes principales sont le réseau nord, qui va jusqu'à Chiang Mai, le réseau nord-est, qui va jusqu'à Ubon Ratchathani et la frontière laotienne, le réseau est, qui va jusqu'à Aranyaprathet à la frontière cambodgienne, et le réseau sud, qui va jusqu'à la frontière malaisienne. La gare de Thonburi est le point de départ des trains pour Kanchanaburi et son célèbre pont. Le train de prestige, le Eastern and Oriental Express, circule régulièrement entre Bangkok et Singapour, et entre Bangkok et Chiang-Mai chaque semestre. Bangkok est la seule ville du pays équipée d'un métro (depuis 1999 pour sa partie aérienne et depuis 2004 pour sa partie souterraine) et d'un service de bus touristique. Transport aérien. Le principal aéroport de Thaïlande est l'aéroport de Suvarnabhumi à Bangkok, avec plus de de passagers en 2017. Viennent ensuite les aéroports internationaux de Don Mueang (Bangkok), Phuket et Chiang Mai. La compagnie nationale est Thai Airways International, fondée en 1988, qui compte 84 destinations dans en 2018. Elle fait partie des dix meilleures compagnies du monde selon Skytrax cette année-là. Elle possède une filiale low-cost nommée Thai Smile. La société privée Bangkok Airways assure des vols réguliers depuis 1986 et possède trois aéroports en Thaïlande dont celui de Ko Samui. Elle dessert 12 destinations en Thaïlande et 18 à l'étranger. Le nombre d'avions des compagnies à bas prix basées en Thaïlande est passé de 42 en 2013 à 136 en 2018. Les trois plus grandes compagnies sont AirAsia (filiale de la compagnie malaisienne AirAsia), Thai Lion Air (filiale de la compagnie indonésienne Lion Air) et Nok Air (dont l'actionnaire principal est Thai Airways). Transport fluvial. De nombreux cours d'eau sont navigables dans le pays, formant un réseau de . À Bangkok, la Chao Phraya est une artère principale de communication sur laquelle naviguent ferries , bateaux-taxis ou encore les barques traditionnelles "long-tails" propulsées à l'aide d'un moteur de camion. Des ferrys relient des centaines d'îles au continent, et circulent aussi sur les rivières navigables. Il existe de nombreux ferrys internationaux. Population et société. Démographie. Statistiques de The World Factbook : (Estimations ). Langues. Si la langue officielle, parlée par au moins 85 % de la population, est le thaï, les linguistes dénombrent plus de en Thaïlande. Le thaïlandais ou thaï est proche des deux dialectes lao parlés au Laos (dont le plus important est le Lao Soung avant le Lao Soum); La seconde langue maternelle est le chinois, langue présente en deux dialectes (entre 1 et de locuteurs), dont le Hakka, avec environ . L'anglais est la seconde langue administrative et la langue commerciale, et est parlé en seconde langue par réels ou partiels. Mais l'anglais a tendance à faire jeu égal avec le chinois, qui, cependant a toujours été important comme langue commerciale. Le français, qui fut la troisième langue administrative après le thaï et l'anglais, de 1885 à 1945, et la seconde langue diplomatique, après l'anglais, est très peu parlé par les Thaïlandais de nos jours (moins de ophones), mais de nombreux ressortissants français, belges, ou canadiens francophones vivent dans le sud de la Thaïlande, dans les zones touristiques. Le roi parle le thaï, l'anglais et le français, ce qui était dans la norme de l'éducation d'un prince avant 1946. Le successeur du roi Rama IX parle le thaï, l'anglais, et le chinois mandarin. Religions. 94.6 % des Thaïlandais sont "bouddhistes", 4,6 % des musulmans, 0,7 % des chrétiens et le reste de diverses religions. Santé. La constitution thaïlandaise garantit l’accès aux soins à chaque citoyen dans différents domaines. Elle précise que l’État doit fournir un service de santé publique à la population, c’est pourquoi des indicateurs ont été créés afin de mesurer la couverture moyenne des services. En 2003, avec son neuvième plan national de développement de la santé, l’État s’est engagé à assurer à tous les citoyens de Thaïlande de bonnes conditions de santé. Cette politique s’attache, non seulement à traiter les maladies, mais aussi à toucher les populations marginalisées telles que les pauvres des zones urbaines, les immigrants sans papiers, etc. Une loi, adoptée en 2002, prévoit le développement d’une caisse nationale d’assurance. L’avortement est interdit (sauf en cas de viol) et puni de trois ans d'emprisonnement, tant pour la femme que pour la personne pratiquant cet acte. Culture. La culture de la Thaïlande est profondément imprégnée par le bouddhisme theravāda, religion officielle. Une grande part des arts — peinture, sculpture, architecture, danse et musique — subit cette influence et est au service des représentations traditionnelles du bouddhisme et de ses dérivés. Conformément aux enseignements de Bouddha, les moines pratiquent l’ascétisme. Tous les matins, ils vont chercher leur nourriture auprès des habitants et des commerçants vers 6 h du matin (même dans la capitale mégapole, Bangkok - "Krung Thep" en thaï). On observe aussi une grande pérennité des croyances animistes. Elles se manifestent dans la croyance aux amulettes magiques et dans le culte domestique rendu aux « esprits du lieu » ("chao thi"), auxquels sont consacrées les maisons des esprits, petits édicules présents devant les habitations ou magasins (quand cela est possible) et que les Thaïs remercient ou prient tous les jours s’ils le peuvent par des offrandes (des colliers de fleurs et de la nourriture).En Thaïlande, on parle « des cultures » plutôt que de « la culture », à savoir : culture bouddhique, culture profane traditionnelle et culture musulmane. Les musulmans vivent dans le sud du pays, sur la péninsule, près de la frontière avec la Malaisie, dans les trois provinces de Pattani, Yala et Narathiwat. À l’origine, les Thaïs seraient venus de Chine du sud (province du Yunnan) à partir du . Toutefois, la langue thaïe n’a pas de parenté avec le chinois. Elle appartient au groupe tai de la branche dite kam-tai de la famille des langues taï-kadaï. La culture bouddhique et traditionnelle englobe la Thaïlande entière, et comprend en gros deux types de cultures : la culture laotienne dans les provinces du Nord-est et du Nord (appelé jadis « Lanna-Lao », puis « Lanna-Thai »), et la culture thaïlandaise proprement dite (dite siamoise). Lorsque le pouvoir s’installe à Bangkok en 1782, après la destruction d’Ayuthaya par les Birmans en 1767, les dirigeants siamois font appel aux artistes et artisans lao pour construire la ville elle-même. La pagode du Bouddha d’Émeraude « Wat Prakao » (à prononcer « ouat prakéo ») à Bangkok fut érigée par eux, emmenés de force par les Siamois, après le sac de Vientiane (capitale du royaume lao) par l’armée siamoise vers 1778. Le Nord-Est, ou Isan, est habité par des populations proches des Lao, que l’on appelle « Thaï Isan ». Ils ont une culture distincte (très fortement influencée maintenant par la télévision thaïlandaise), car ce territoire faisait partie intégrante du royaume lao de Lan Xang, avant l’arrivée des Français en 1893. Annexé définitivement par le Siam dans les années 1900, après le Traité franco-siamois du , ce territoire prit le nom d’Isane (« Nord-est ») vers 1907-1910. Depuis lors, les lao du Nord-Est ou les « lao isane » perdent leur identité ethnique, actuellement sous le nom « thaï isane » (la nourriture isane est très spécifique à la région et désormais recherchée et reconnue dans toute la Thaïlande), parlant toujours lao et ont du mal à sauvegarder leur culture. Dans les années 1930, les lao du nord-est étaient opprimés par le pouvoir en place (sous P. Pribun-Sangkhrama) : ils n’avaient pas le droit de parler lao, de chiquer du bétel, de porter des jupes lao pour les femmes Architecture. Il existe peu de bâtiments antérieurs à l'an 1000, généralement ruinés ou trop restaurés, ce sont essentiellement des constructions religieuses : jusqu'au les bâtiments civils étaient construits en matériaux périssables. Wat. Un wat (du pali : avasa et du sanskrit : avasatha; parfois orthographié vat) signifie « école ». En Thaïlande, dans la langue quotidienne, wat désigne n'importe quel lieu de culte. Un wat-type comprend les bâtiments suivants : Les moines vivaient à l'origine dans le w"ihan". Leurs habitations (y compris leurs cellules, les "kuti") sont aujourd'hui séparées des bâtiments sacrés. Maisons traditionnelles. Elles sont construites sur pilotis pour les protéger des inondations. Le toit de chaume est souvent remplacé par un toit de tôle. On accède au premier étage par un escalier extérieur, réduit à une simple échelle dans les zones rurales. On se déchausse en général au bas des marches. L'escalier mène à une sorte de véranda couverte dont le sol est en bois. Cette véranda sert de salle à manger. De la véranda, on accède à une grande pièce, parfois la seule de la maison. Derrière, un autre balcon sur pilotis donne sur un petit bâtiment isolé qui sert de cuisine. Arts visuels et plastiques. Peinture. Les artistes thaïs ne possédaient au départ qu'un ensemble de cinq couleurs primaires (le rouge, le bleu, le jaune, le blanc et le noir), dont ils se servaient pour produire d'autres sortes de pigments. Ces pigments permettaient alors aux artistes de créer des peintures murales, aussi utilisées pour les bannières et les illustrations. Les représentations étaient plus ou moins grandes selon le degré d'importance, l'utilisation de l'ombre n'existait pas encore et les techniques picturales étaient très évoluées pour l'époque. Dans une optique religieuse et traditionnelle, la peinture thaï orna les murs des temples et des palais, tout comme les illustrations des livres. La religion, ainsi que la royauté, prit rapidement une place importante au sein même des peintures afin d'y faire ressortir la beauté des objets et des richesses. Au , les pigments s'enrichirent et de nouvelles techniques, venues d'Occident, déferlèrent pour donner aux peintures un aspect plus moderne. L'utilisation des feuilles d'or apporta plus de lumière aux représentations et les couleurs plus de détails. Malgré la persévérance du style traditionnel, certains artistes réussirent l'exploit de créer leur propre style, né de la fusion entre le style traditionnel et le style occidental, un style unique alliant tradition et modernité. Sculpture. Durant la période de Sukhothaï (), les sculptures représentaient généralement Bouddha assis. Leur taille pouvait aller de onze mètres de large pour de grandes statues, comme on peut le voir aujourd'hui dans le temple Wat Si Chum, à la taille d'un pouce pour de petites amulettes. Ces sculptures étaient faites le plus simple possible afin de garantir la sérénité énigmatique émanant du Bouddha. Les détails, tels que les muscles ou les structures du corps, n'étaient donc pas acceptés. Savoir-Faire et Objets artisanaux. Objets artisanaux. Beaucoup de monde en occident connaît les objets artisanaux thaïlandais, expression fidèle de la vie culturelle d’un peuple. Ils montrent les coutumes et les goûts de la majorité de ce peuple plutôt que ceux d’un petit groupe ou d’une élite cultivée. On trouve nombre d'objets artisanaux très utiles venant de plusieurs provinces, par exemple un panier en bois qui sert à mettre du riz. De plus, il y a les récipients qui reflètent le mode de la vie thaï. Les Thaïs les utilisent pour boire de l’eau. Les céladons se fabriquent au Nord aussi. Ils sont originaires de la région de Chiang Mai. En général, il y a plusieurs objets artisanaux qui reflètent le mode de vie thaï comme les nattes tressées, celles que les thaïs utilisent pour s’asseoir par terre. Ces nattes sont tressées à la main. Le service à bétel (c’est-à-dire “หมาก” en thaï) des personnes âgées. Le mouvement des poissons peut faire que les enfants s’y intéressent. De ce fait, les objets artisanaux offrent une vision du mode de vie d’un peuple. Ils sont souvent attirants et élégants grâce à l’habileté de l’artisan. En Thaïlande, certains objets sont rarement vus hors des villages producteurs. Pourtant, on continue à les fabriquer de façon traditionnelle et à les utiliser dans la vie quotidienne. D’ailleurs, ces objets sont exportés dans le monde entier non seulement cela améliore l’économie thaïlandaise, mais aussi le revenu par tête des habitants. Céramique. Les traditions étaient différentes selon les régions. Au nord de la Thaïlande, les poteries étaient légèrement vernies avec de la terre cuite et huilées afin de retenir les liquides à l'intérieur des récipients. La coutume voulait que soient placés au-dehors des temples et des maisons des pots pour étancher la soif des étrangers de passage. Dans le Nord-Est, à Nakhon Ratchasima, ou à Ratchaburi, à l'Ouest de Bangkok, des poteries brun foncé sont produites dans des fours sous toutes les formes et sont connues pour leurs belles décorations aux couleurs jaunâtre et verte, ornées de dragons et de motifs floraux. À la fin du xiiie siècle, la technique du bleu-vert céladon fit son apparition lorsque le roi de Sukhothai demanda à 300 potiers chinois de rejoindre son royaume. Cette technique est encore utilisée de nos jours selon les mêmes procédés utilisés dans l'ancien temps. Littérature et poésie. La littérature thaïlandaise est la littérature des Thaïlandais, presque exclusivement écrite en thaï (bien que différents systèmes d'écriture autres que le thaïlandais puissent être utilisés). La plupart des œuvres littéraires imaginatives en thaï, avant le , ont été composées en poésie. L'écriture en prose était réservée aux documents historiques, aux chroniques et aux documents juridiques. Par conséquent, la forme poétique en langue thaïlandaise est à la fois nombreuse et très développée. Le corpus des œuvres poétiques pré-modernes de la Thaïlande est vaste. Ainsi, bien que de nombreux ouvrages littéraires aient été perdus avec le sac d'Ayutthaya en 1767, la Thaïlande possède encore un grand nombre de poèmes épiques ou de longs récits poétiques- certains avec des histoires originales et d'autres avec des histoires tirées de sources étrangères. C'est un contraste frappant entre la tradition littéraire thaïlandaise et les autres traditions littéraires est-asiatiques, comme le chinois et le japonais, où les longs récits poétiques sont rares et où les poèmes épiques sont presque inexistants. La littérature classique thaïlandaise a exercé une influence sur la littérature des pays voisins de l'Asie du Sud-Est, en particulier le Cambodge, le Laos et la Birmanie. Voici quelques grands noms de la littérature thaïlandaise, le poète le plus connu de la Thaïlande Sunthorn Phu, l'écrivain majeur du XXe siècle Chote Praepan plus connu sous le nom de Jacob et l'écrivain multi-récompensé (Prix des écrivains de l'Asie du Sud-Est et Artiste national de Thaïlande) Saneh Sangsuk. Arts du spectacle. Théâtre et Danse. Au sein de la culture dramatique thaïlandaise, se distinguent plusieurs sortes de théâtre. Depuis la période d'Ayutthaya se sont créés quatre styles différents de théâtre, le Khon, le Lakhon, le Nang Talung et le Nang yai (et leurs marionnettes Hun). Le Khon était joué uniquement par des hommes, même lorsque les personnages représentaient des femmes. Plus tard, dans le , la femme reprit son rôle en tant qu'actrice dans les représentations. Ce genre de théâtre classique mélange jeu d'acteur et danse. La musique joue aussi un grand rôle dans les représentations car elle est à l'origine des actions exécutées par les acteurs, comme marcher, courir, rire... Les acteurs ne portant pas de masque ont à certains moments le droit à la parole, au contraire des acteurs masqués. Pour ces derniers, une chorale chante et récite des versets accompagnant leurs actions. Les masques de ces acteurs étaient richement décorés d'or, de laque et de bijoux. Chacun d'entre eux dévoilait une personnalité différente grâce à la signification de sa mimique. Les costumes, tout aussi riches et dignes d'habits royaux, étaient particuliers par leur couleur qui conférait aux acteurs le titre de personnages principaux. Le Lakhon (par exemple le Lakhon nok), différent du Khon malgré la ressemblance des costumes, est plus expressif dans ses représentations. Le corps y est en constant mouvement, fluide, gracieux, ce qui donne à la danse un caractère émotionnel sans précédent. Le port du masque est réservé aux créatures fictives. Les représentations étaient fondées principalement sur le "Ramakian", mais aussi sur les Jātaka (récits des vies antérieures du Bouddha) et autres contes populaires. Cinéma et Musique. 1990, on peut parler d'une thaïlandaise, avec l'apparition de réalisateurs tels que Prachya Pinkaew, Banjong Pisanthanakun, Nonzee Nimibutr, Pen-ek Ratanaruang ou Apichatpong Weerasethakul, mondialement célébrés dans les festivals, ou de stars du cinéma d'action comme Tony Jaa. Films d'arts martiaux avec Tony Jaa: "Ongbak" (2003), "L'Honneur du dragon" (2004), (2008), "" (2009). Films d'horreur populaires en Asie: "Shutter" (2004)", The Unseeable" (2006), "Le Pensionnat" (2006), "Alone" (2007). Comédie horrifique: "Peemak" (2013) avec de dollars au box-office surtout en Asie. Films d'animation thaïlandais tels que: "Khan Kluay" (2006), "Yak" (2012), "The Legend of Muay Thai: 9 Satra" (2018). Le film historique est aussi un incontournable du cinéma thaïlandais : l'une des plus grosses productions est "Suriyothai" de Chatrichalerm Yukol en 2003. On peut citer également "King Naresuan" (2006), qui évoque le règne de Naresuan au . D'autres films , tels "Bang Rajan" (2000). Il y a aussi des séries télévisées du type Teen drama très populaires en Asie telles que : "The Gifted" (2018), "Girl From Nowhere" (2018), "The Stranded" (2019), "" (2020). Parmi les artistes de danse pop de renommée internationale, citons Tata Young et Lalisa Manoban. Cuisiner. La cuisine thaï est très parfumée car elle utilise une variété d'herbes et de racines. Le pays est riche en fruits de mer, en poissons, en produits fermiers, en légumes, en herbes, en épices et en fruits. La présentation ajoute au plaisir de la dégustation. La sculpture des fruits et des légumes est en effet un art dans lequel excellent les Thaïlandais. La cuisine thaïlandaise, bien que semblable en certains points à celle de ses voisins chinois, indiens et birmans, se démarque par des saveurs et des ingrédients originaux, tels que le curry, la menthe, la citronnelle, la coriandre ou encore le basilic rouge. Pimentée à l'excès pour le palais occidental et presque toujours accompagnée de sauces ou fumets de poisson ("nam pla"), elle rencontre un succès international croissant. Traditions. Art martial. Muay-thaï et Muay boran. Muay-thaï est un art martial, et plus précisément, un sport de combat. La boxe thaïe trouve son origine dans des pratiques martiales ancestrales, notamment dans le muay boran (boxe traditionnelle) et le krabi krabong (pratique avec les armes). Elle doit sa popularité au fait qu’elle est une discipline nationale professionnalisée. Sa pratique permet à de nombreux pratiquants, athlètes (même très jeunes), entraîneurs, managers et promoteurs, d'en vivre. Elle représente un marché lucratif en Thaïlande générant autour d’elle une économie non négligeable. Comme les boxes apparentées elle a la réputation d’être une pratique de combat particulièrement violente et on lui reproche surtout de répandre l'idée selon laquelle « tous les coups sont permis ». Le muay-thaï est la forme moderne (codifiée au milieu du ) du muay-boran. Au , le muay-thaï faisait partie de l'entraînement militaire. Le roi Naresuan le grand (r. 1590-1605) aurait encouragé sa pratique à ce titre. Il atteignit sa plus grande popularité au début du , sous le règne de Pra Chao Sua, "le Roi Tigre". C'était le passe-temps favori de la population ; chaque village organisait des combats régulièrement. Le roi, qui était un boxeur de première force s'amusait à défier les champions locaux ! À l'époque les combattants protégeaient leurs poings en se bandant les mains avec du crin de cheval. Selon une légende, Naï Khanom Tom, soldat et boxeur capturé par les birmans en 1767, fut opposé à dix champions birmans qu'il mit K.O.. Il est devenu un héros national, auquel les Thaïlandais rendent hommage chaque année à l'occasion de la « Nuit des boxeurs ». La pratique de la boxe thaïlandaise est considérée comme sport national en Thaïlande. De nombreux petits clubs d'entraînement (appelés « camps ») parsèment le pays et accueillent les jeunes à partir de sept ans. Les combats importants sont régulièrement retransmis tous les samedis et dimanches par les chaînes de télévision régionales et nationales. Chez les professionnels, le combat se déroule en cinq rounds de trois minutes. Il est précédé par une « danse » rituelle : le "Wai Khru Ram Muay" durant laquelle le "nak-muay" (boxeur) porte le "mongkon" (bande de tissu autour de la tête pour marquer la tradition du peuple thaï et, entre autres, manifester le respect à son entraîneur ainsi que pour optimiser sa perception mentale). Cette danse est composée de gestes codifiés exécutés par les deux adversaires individuellement et qui peuvent être propres à chaque école ou style de muay-thaï. Les coups autorisés sont les suivants : coups de poing, de coude, de genou et de pied. Les corps à corps peuvent être assez longs, et sont souvent l'occasion de coups de genou et peuvent se terminer par une projection voire être interrompus par l'arbitre. Le coup de pied circulaire à différentes hauteurs (tête, tronc et cuisses) est souvent délivré avec le tibia. Le coup de pied circulaire semble le plus usité et est souvent considéré comme le « coup de base » du combattant de compétition. Il est également possible d'effectuer une balayette dans le but de faire tomber et déstabiliser l'adversaire. Les deux stades de muay-thaï les plus connus se trouvent à Bangkok : ce sont le stade de boxe du Lumpinee et celui du Rajadamnoen. Connus dans le monde entier, ils sont considérés comme la référence absolue en muay-thaï. Krabi krabong. Dans le passé le travail, des armes, le krabi krabong (thaï : กระบี่-กระบอง) était un système d'attaque et de défense inventé par des guerriers inoccupés pour pratiquer et évaluer leur habileté au combat, aussi bien que pour se maintenir affuté et compétent pour la guerre. Sur le champ de bataille, ces techniques affinées sont devenues de véritables tourbillons de destruction et de mort. |
Tourisme Le mot tourisme désigne le fait de voyager pour son plaisir hors de ses lieux de vie habituels, et d'y résider de façon temporaire, mais aussi un secteur économique qui comprend en plus de l'hôtellerie l'ensemble des activités liées à la satisfaction et aux déplacements des touristes. Le voyage d'agrément existe depuis l'Antiquité mais le tourisme apparaît à partir du en Angleterre avec le développement du "Grand Tour", grand voyage. En 1803, le terme « touriste » apparaît dans la langue française, dérivant du mot anglais "tourist" apparu en 1800, désignant des voyageurs parcourant des pays étrangers avec d'autres buts que les affaires, l'exploration scientifique ou le prosélytisme religieux, avant de revenir chez eux. Stendhal publie en 1838 "Mémoires d'un touriste" où il relate ses voyages en Normandie, en Bretagne, et dans plusieurs régions françaises. Le mot « tourisme » arrive plus tard sans recouvrir une définition plus précise que celle donnée par le "Supplément Larousse" de 1877 : « Tourisme, habitude de touriste ». Sa définition s'affine à partir des années 1960. En 2000, quatre organisations internationales donnent une définition commune au terme : . Entre l'art d'être touriste et un secteur économique devenu majeur, ses représentations varient, tant par le nombre d'acteurs concernés, que ses lieux ou formes de pratiques, du tourisme de santé, balnéaires, de montagne, récréatif, sportif, culturel et de (patrimoine) au tourisme vert (paysages et écosystèmes...), etc. Il profite de nouveaux modes de transport, du développement de l'hôtellerie et de la restauration, utilisant des infrastructures existantes ou les créant pour ses besoins (stations touristiques...). Depuis les années 1990 et la prise de conscience environnementale, une nouvelle forme de tourisme se présente comme respectueuse de son environnement sous le nom de tourisme durable. En France, une enquête de l'Alliance du tourisme a montré que "85% des Français sont intéressés par un tourisme durable, mais que seulement 40% sont prêts à payer plus cher. Mais différentes voix se sont élevées contre ce modèle, auquel on reproche d'allier deux termes difficilement conciliables, voire inconciliables: pollution liée aux transports (en particulier aérien), surconsommation d'eau, altération des paysages naturels, leurre d'une véritable rencontre entre les cultures sont quelques-uns des principaux reproches adressés au tourisme durable, à quoi vient s'ajouter le déséquilibre des échanges économiques entre population locale, touristes et investisseurs. On notera aussi qu'en 2018, le tourisme représente environ 8 % des émissions de gaz à effet de serre avec environ 4,5 gigatonnes par an d'équivalent-dioxyde de carbone dissipées dans l'atmosphère (quatre fois plus que ce qui avait été précédemment estimé). Le développement du tourisme est lié au développement des transports et à la baisse de leurs coûts (voiture, train, bateau, et surtout avion) et à l'apparition des classes aisées et moyennes des pays occidentaux (Europe et d'Amérique du Nord), plus récemment des pays émergents (Chine, Inde ou Brésil) ; dans ces régions, l'élévation du niveau de vie et l'accès aux congés permettent de consacrer plus de temps et d'argent aux loisirs, notamment au tourisme. Étymologie et définitions. L'origine du mot est anglaise, "tourist", qui trouve son étymologie dans le mot français "tour" (voyage circulaire). Il désigne au le voyage que font les jeunes de l'aristocratie britannique sur le continent européen pour rejoindre la ville de Rome. Il est tout d'abord un adjectif, puis devient un substantif. Le mot "tourist" apparaît en Angleterre en 1800. Trois ans plus tard, il est utilisé dans la langue française, pour lequel, le "Littré" donne dans ses différentes éditions du la définition suivante : Pierre Larousse donne une version moins négative avec sa définition , dans son "Dictionnaire Universel du ". Le mot semble se populariser à partir de 1816 et Stendhal contribue à son usage avec "Mémoires d'un touriste", publié en 1838. L'usage du mot "tourisme" est, lui, plus tardif et il faut attendre la fin du siècle pour que les dictionnaires lui donnent une définition. Le "Supplément Larousse" donne ainsi une ébauche de définition dans son édition de 1877 : « Tourisme, habitude de touriste ». En 1937, la Société des Nations donne une définition de dimension internationale au mot "touriste" : . La temporalité devient un élément important de ce déplacement récréatif. Les spécialistes de la thématique relèvent qu'il est difficile de donner une définition stricte à cette notion. Ainsi, l'historien spécialiste du tourisme, Marc Boyer (2005) relève qu'il existe un flou et retient que Les auteurs Jean-Michel Dewailly et Émile Flament (2000) éludent quant à eux la question dans leur manuel en indiquant . Cependant, en 1993, l'Organisation mondiale du tourisme adopte une série de définitions concernant le tourisme et devant permettre d'établir des outils afin de mieux connaître et mesure le phénomène. En 2000, trois autres organisations internationales — , Eurostat et OCDE — adopteront cette même définition. L'OMT précise sur son site que le tourisme est . Dans "Tourisme et sciences économiques : conceptualisation, enjeux et méthodes", l'économiste Bruno Marques considère que cette définition est fortement influencée par le prisme économique. Au début des années 2000, l'approche géographique de Rémy Knafou et Mathis Stock, puis à leur suite les membres de l'équipe M.I.T. regroupant des enseignants-chercheurs en géographie et spécialistes du tourisme, proposait une autre lecture du phénomène en adoptant une approche systémique du tourisme, le définissant comme un « système d'acteurs, de pratiques et d'espaces qui participent à la récréation des individus par le déplacement et l'habiter temporaire hors des lieux du quotidien » et demandant notamment de mettre au cœur de ce système un acteur : le touriste. Histoire. Les premières formes. Bien que la notion de « tourisme » soit récente, le sociologue du tourisme Rachid Amirou note des analogies de comportement plus anciens, par exemple l'attrait de la mer pour les Romains ou encore avec les pèlerinages médiévaux. Il étudie également comment, depuis le s'est opposée la notion méliorative du « voyageur » à celle, péjorative, du tourisme de masse et de quelle manière s'est construit un imaginaire touristique (par exemple l'île et le fantasme construit culturellement du « paradis perdu ») avec les dérives que cela peut engendrer (comme la mise en valeur d'une authenticité qui serait surtout une assignation identitaire à l'immuabilité des peuples visités. Des spécialistes de sciences historiques comme Korstanje et Saidi dénoncent l'ethnocentrisme de la vision officielle des origines historiques du tourisme. Bien avant le Grand Tour, les voyages culturels sont pratiqués ailleurs qu'en Europe. La tradition de l'hospitalité est présente chez la plupart, voire tous les peuples, mais est peu mise en valeur. C'est pourtant cette valeur de l'hospitalité qui est un des principaux leviers du tourisme et de la découverte culturelle d'autrefois, et elle garde une importance relative aujourd'hui. Ce trait social explique bien le désir de mobilité à travers les continents et les époques. Cette soif d'exploration, d'apprentissage et de repos laisse de nombreuses traces archéologiques, telles les routes et cités de pèlerinage. D'autres traces du développement de l'activité touristiques sont restées : des graffitis remontant à il y a plus de sur des pyramides égyptiennes, des vestiges d'hôtels en Crète en 1500 av. J.-C., etc.. Grand Tour. Les termes « tourisme » et « touriste » furent utilisés officiellement pour la première fois par la Société des Nations pour dénommer les gens qui voyageaient à l'étranger pour des périodes de plus de 24 heures. Mais l'industrie du tourisme est bien plus ancienne que cela. Le tourisme moderne apparaît avec ce que l'on appelait le Grand Tour, un voyage traditionnel en Europe (en particulier en Allemagne et en Italie), entrepris principalement par des jeunes hommes nobles européens. En 1624, le jeune prince de Pologne, Ladislas Sigismond Vasa, fils aîné et héritier de Sigismond III, entreprit un voyage à travers l'Europe, comme c'était le cas chez la noblesse polonaise. Il a parcouru les territoires de l'Allemagne d'aujourd'hui, de la Belgique, des Pays-Bas, où il a admiré le siège de Breda par les forces espagnoles, il a visité la France, la Suisse, l'Italie, l'Autriche et la Bohême. C'était un voyage éducatif dont l'un des résultats a été l'introduction de l'opéra italien dans la République polono-lituanien. Le terme de « tour » devint populaire en Grande-Bretagne au , quand le « "Grand Tour of Europe "» (Grand Tour de l'Europe) devint une part de l'éducation des jeunes et riches gentilshommes britanniques. Pour parachever leur éducation et fuir le mauvais temps de leur île natale (bien que cela s'explique également politiquement par le recul du pouvoir de caste des nobles anglais après la révolution anglaise de 1641 qui se replient sur leur domaine tout en se tournant vers l'extérieur et donc d'autres horizons), nombre de jeunes gens allaient partout en Europe, mais surtout en des lieux d'intérêt culturel et esthétique comme Rome, la Toscane ou les Alpes, et les capitales européennes. Dès le , nombre d'artistes britanniques et européens faisaient le « voyage en Italie », comme Claude Lorrain. Si Rome, Naples et Florence attiraient depuis longtemps les visiteurs étrangers, c'est l'influence des poètes romantiques comme Lord Byron et William Blake qui rendit la campagne, les Alpes, les torrents et les gorges de montagnes, populaires Les aristocrates britanniques du raffolaient particulièrement du « Grand Tour », profitant de l'occasion pour découvrir les richesses artistiques et archéologiques de l'Italie en particulier, et accumuler des trésors artistiques de toute l'Europe. Ils jouèrent un rôle prépondérant dans la naissance de l'archéologie, avec la découverte de Pompéi et Herculanum, notamment. Ils ont ramené ainsi des œuvres d'art dans des quantités jamais égalées ailleurs en Europe, c'est ce qui explique la richesse actuelle de nombreuses collections tant publiques que privées britanniques. Le tourisme de cette époque était fondamentalement élitiste, voyage d'agrément et de formation qui permettait de rencontrer ses homologues dans toute l'Europe. Le tourisme, au sens moderne du terme, s'est développé au ; il représente de nos jours la majeure partie de l'industrie touristique. Le début de cette industrialisation du tourisme fut une invention britannique durant ce siècle, avec notamment la création de la première agence de voyages par Thomas Cook. Cette activité répondait aux besoins croissants de déplacement des Britanniques, dont le pays fut le premier État européen à s'industrialiser. Dans un premier temps, ce sont essentiellement les nobles, bientôt suivis par la bourgeoisie formée par les propriétaires des moyens de production - les usines -, les commerçants et progressivement la nouvelle classe moyenne qui bénéficièrent de temps libre. Mais pour cela, encore fallait-il avoir l'idée et l'envie de voyager. Dans ce contexte, les expositions universelles jouèrent un rôle considérable dans le développement de l'activité touristique. Elles constituèrent des buts de voyage fort appréciés et prisés, à commencer par la première exposition universelle de Londres, en 1851, qui attira plus de six millions de visiteurs, fascinés par l'attrait et l'éclat des expositions mais aussi du bâtiment qui les accueillait, le Crystal Palace. Le tourisme se diversifie au cours du avec d’autres pratiques telles que le voyage d'agrément, le voyage d'affaires, le thermalisme (qui connaît un très fort développement), tandis que progressivement on recherche d'une part la mer, mais aussi bientôt la douceur du soleil méditerranéen durant la froide saison. Plus tard, au tournant du , les cures de soleil pour soigner la tuberculose - un des fléaux de l'époque- amènent le développement des sanatoriums. L'origine britannique de cette nouvelle industrie est attestée par de nombreux noms : Ce sont également des hôteliers du village de St Moritz, en Suisse, et des touristes britanniques qui inventèrent les sports d'hiver, en 1865. Un hôtelier de la station réussit à convaincre des touristes anglais de revenir durant l'hiver, leur promettant un climat ensoleillé, aux antipodes des hivers britanniques. Dans le cas contraire, ils seraient remboursés. Cet événement marque le début des sports d'hiver et de ce que l'on appelle la « saison hivernale ». Le rôle du chemin de fer dans le développement du tourisme. Le tourisme de masse ne commença à se développer que lorsque les moyens de transport eurent progressé et que le nombre de gens bénéficiant de temps libre eut augmenté. L'invention du chemin de fer et le développement du réseau ferré au ont abouti à la croissance de villes au bord de la mer facilement accessible pour les citadins britanniques… Blackpool a été créé par la construction d'une ligne en direction de Fleetwood et quelques stations ont été promues par les sociétés de chemin de fer- Morecambe par Midland Railway et Cleethorpes par Great Central Railway. D'autres stations ont inclus Scarborough dans le Yorkshire, pour les habitants Leeds et Bradford ; Weston-super-Mare dans le Somerset, accueillant les habitants de Bristol ; et Skegness, été fréquenté par les résidents de l'Est industriel de Midlands. Les Cockneys de Londres ont afflué à Southend-on-Sea, principalement par bateau à roues à aubes de la Tamise et les stations de la Côte Sud tel que Broadstairs, Brighton et Eastbourne étaient seulement à un court trajet en train, avec d'autres plus loin comme Bournemouth, Bognor Regis et Weymouth. Pendant un siècle, le tourisme local était la norme, avec des voyages à l'étranger réservés pour les riches ou les personnes culturellement curieuses. Un certain nombre de destinations à l'intérieur des terres, comme le Parc national du Lake District et Snowdonia ont fait appel à ceux qui aimaient la campagne et les beaux paysages. Le camp de vacances a commencé à apparaître dans les années 1930, mais ce phénomène s'est vraiment étendu dans la période de l'après-guerre. Butlins et Pontins mirent en place cette tendance, mais leur popularité déclina avec la hausse des voyages organisés à l'étranger et le croissant confort auxquels les visiteurs sont devenus habitués à la maison. Vers la fin du ce marché a été réanimé par les stations locales haut de gamme de la société hollandaise Center Parcs. Le tourisme colonial. Un exemple de développement d'un tourisme dans les colonies est le cas des Indes néerlandaises. Entre 1890 et 1910, les publications de guides de voyage se multiplient. Le gouvernement colonial comprend le profit qu'il peut tirer de cet intérêt, et construit des relais d'étape à travers l'île de Java, les "pasanggrahan". Entre 1900 et 1930, le tourisme par des Européens à Java connaît un essor remarquable. À Batavia, capitale de la colonie, un "Travellers' Official Information Bureau" publie des guides vantant les charmes des « Indes orientales ». Le fabricant de pneumatiques Goodyear publie des cartes. De prestigieux hôtels sont construits à travers l'île. Ce développement est rendu possible par l'amélioration des liaisons maritimes entre Batavia et Singapour, principale colonie britannique dans la région et déjà un port important. Un autre exemple est le tourisme colonial français : création de la station d'altitude de Đà Lạt au Việt Nam en 1916, tourisme au Maghreb à la fin du favorisé par le Grand Tour des aristocrates à partir du , les voyages des intellectuels et artistes au et puis par les autorités impériales qui suscitent la curiosité et le goût de l’exotisme. Ces autorités, par l'intermédiaire d'organisations publiques ou d'institutions privées (Touring club de France, syndicats d'initiatives, compagnies transatlantiques comme la Compagnie générale transatlantique, compagnies ferroviaires comme la PLM), mettent en place des Comités d'hivernage, font construire des hôtels, casinos, théâtres, routes, des stations touristiques, publier des guides, préserver le patrimoine local (souks, mosquées). Elles s'en servent de propagande pour glorifier la colonisation, voire favoriser la venue de nouveaux colons. Après la crise de 1929, ce tourisme naissant décline au profit du « tourisme intérieur » des fonctionnaires coloniaux et du tourisme plus populaire (notamment les adhérents de l'association "Tourisme et Travail" de Jean Faucher, de l'association touristique des cheminots qui prennent leurs congés avec les comités d'estivage). Les autorités créent parallèlement des institutions "ad hoc" (OFALAC en Algérie, Lotus en Tunisie) pour développer économiquement ces territoires colonisés, par exemple multiplication des parcs nationaux d'Algérie. Après la Seconde Guerre mondiale, avec le développement du tourisme de masse, sont mises en place des actions concertées de développement touristique. Évolutions récentes. La seconde moitié du est marquée par les fameux quatre S du modèle touristique, Sea, Sun, Sand, Sex (la Mer, le Soleil, le Sable, le Sexe), idée qui a été popularisée de façon satirique par le film "Les Bronzés". Des évolutions se manifestent dans cette seconde moitié du . Le touriste n'est plus seulement « toute personne en déplacement hors de son environnement habituel pour une durée d'au moins une nuitée et d'un an au plus» (définition de l'Organisation mondiale du tourisme) ; c'est un ensemble beaucoup plus vaste d'activités, de pratiques extrêmement variées. Si en France jusqu'en 1936 il était l'apanage de classes sociales aisées, avec l'instauration des congés payés, il a connu un essor tout autre ; la masse des travailleurs et de leurs familles pouvant ainsi enfin se déplacer pour leur agrément. Le développement du tourisme de masse en France a lieu après la mise en place de la troisième, puis de la quatrième semaine de congés payés, en 1956 et 1969. Cependant, à bien des égards, le tourisme (en tant que voyage) reste un luxe seulement accessible aux classes aisées et moyennes de la population des pays développés. Quelques tendances émergent ces dernières années. Tout d'abord, on observe un émiettement de la durée des vacances, avec pour corollaire un étalement de la « saison ». Cette tendance à l'émiettement contribue aussi à développer un tourisme de proximité. On observe également un goût plus prononcé pour l'itinérance : la mobilité s'accroît en fonction de la météo, des besoins familiaux, des envies du moment, des fêtes ou événements divers. Cette diversité des goûts et des pratiques contribue également au développement des séjours à thèmes. Ces facteurs impliquent une bonne connaissance des flux touristiques. Ces dernières années, en raison d'une diminution du temps de travail offrant à chacun plus de temps de loisirs mais aussi en fonction du coût de la vie qui, en augmentation constante, limite les dépenses, s'est créé le « tourisme d'un jour » qui prend de plus en plus d'extension. Une nouvelle forme de tourisme se développe depuis quelques années: le tourisme créatif qui offre aux visiteurs une participation active à la culture d'un pays ou d'une région. Les formes du tourisme. Le tourisme se présente sous diverses formes avec notamment le tourisme balnéaire, sports d'hiver ou encore tourisme vert, voire selon des thématiques comme le tourisme d'affaires, culturel, sexuel, de mémoire, de naissance ou encore l'écotourisme. Au niveau du tourisme mondial, la moitié des touristes internationaux recensés en 2016 voyagent à des fins de détente, loisirs et vacances, contre 15 % à titre de tourisme d'affaires, et un quart environ pour d'autres motivations : visites aux parents et amis, religion, pèlerinage. 54 % des visiteurs internationaux voyagent vers leur destination par avion, tandis que le reste voyage par transports terrestres (46 %) : par la route (39 %), le rail (2 %) ou l'eau (5 %). Tourisme créatif. Le tourisme créatif existe, comme forme de tourisme culturel, depuis les origines mêmes du tourisme. Ses racines européennes renvoient au Grand Tour qu'effectuaient les jeunes aristocrates européens dans le but de découvrir d'autres cultures en réalisant des voyages basés sur l'expérience. Plus récemment le tourisme créatif a été reconnu comme tel par Crispin Raymond et Greg Richards, qui, en tant que membre de ATLAS (Association for Tourism and Leisure Education) ont dirigé un grand nombre de projets et études pour la Commission Européenne. Le tourisme créatif réunit de plus en plus d’adeptes dans le monde, désireux de réaliser une activité artistique et créative qui leur permette de découvrir la culture de leur lieu de séjour en vivant des moments privilégiés avec ses habitants. L’engouement croissant des touristes pour cette nouvelle façon de découvrir une culture intéresse particulièrement les responsables territoriaux et les opérateurs, sensibles à la possibilité d’attirer un tourisme de qualité tout en mettant en valeur le patrimoine immatériel (ateliers d’artisanat, stages de cuisine, etc.) et en optimisant l’utilisation des infrastructures existantes (via par exemple la location de salles et auditorium). Tourisme d'affaires. Le tourisme est également lié au monde du travail par le biais du tourisme d'affaires et par celui des pratiques appelées en anglais « "incentive" ». Le premier concerne toute l'offre touristique (divertissement, découverte) qui entoure les voyages d'affaires, les congrès, les séminaires, les salons - et la France est encore pour quelques années la première destination mondiale des salons et congrès. Le second (« "incentive" ») consiste en des voyages organisés pour le personnel d'une entreprise (en français : voyage de stimulation). Il peut comprendre des épreuves sportives ou ludiques, mais aussi des activités culturelles, en complément de séminaires ou de réunions. On observe que les pratiques se diversifient, s'entrecroisent, créant autant de niches pour les producteurs du tourisme. Une clientèle ne se définit plus par une pratique unique, une pratique ne définit plus un seul profil de clientèle. En République populaire de Chine, le tourisme et la consommation touristique ont fortement augmenté : en 2003, on estime que plus de 100 millions de Chinois ont parcouru et visité leur pays, en dehors des voyages pour motif familial. Ce nombre a atteint 130 millions en 2008, alors que 46 millions de Chinois sont allés à l'étranger. Tourisme scientifique. La notion de tourisme scientifique reste évolutive. Certaines propositions de définitions ont été proposées. Cette forme de tourisme particulière est pensée pour constituer une passerelle entre le tourisme et le monde scientifique. Il est possible de distinguer différentes formes de pratiques : E-tourisme. L'avènement de l'e-tourisme est à l'origine de la désintermédiation et la consolidation du secteur du tourisme (dématérialisation du billet papier en billet électronique, développement de grandes plateformes de distribution, etc.). Internet offrant de nouvelles sources d'informations sur les destinations, cela favorise le développement du tourisme participatif tel que le mouvement greeter, une offre de tourisme non marchand qui permet au touristes de rencontrer les habitants et qui aide à réinventer les rapports entre visiteurs et populations visitées. Tourisme sombre. Apparu plus récemment, le tourisme sombre (ou noir) (de l'anglais "dark tourism") consiste à visiter des endroits évoquant souffrance, mort et peur : le camp d’extermination d’Auschwitz, l'île de Gorée, la centrale de Tchernobyl. Tourisme sexuel. Le tourisme sexuel est un type de tourisme pratiqué par des individus qui voyagent dans le but d'avoir des relations sexuelles à caractère commercial avec les habitants du lieu de destination. Les aménagements touristiques. Un aménagement est l’ensemble des constructions humaines aménagées pour faciliter la vie d’une collectivité. Exemples : routes, port, aqueducs, égouts, etc. Les aménagements touristiques servent à mettre en valeur des attraits ainsi qu’à les rendre accessibles. Exemples : belvédère, funiculaire, centre de location d’équipement, route, etc. Économie et statistiques. Chiffres clés du tourisme (statistiques et tendances). Le tourisme est un des phénomènes les plus marquants depuis le milieu du . En 1950, quelque 25 millions de touristes franchissent une frontière internationale. Ils passent à 500 millions dans les années 1990. La barre du milliard est franchie en 2012. L'Organisation mondiale du tourisme (OMT) annonce un nouveau record d’arrivées de touristes internationaux avec le chiffre brut de 1,322 milliard en 2017, soit une hausse de 7 %, l'Europe accueillant 671 millions de personnes, soit la moitié des touristes internationaux. Il s'agit de la huitième année de croissance depuis la crise économique de 2008, ces résultats étant en partie attribuables à l’essor économique mondial, à une demande musclée du tourisme émetteur de nombreux marchés traditionnels et émergents, et à un risque terroriste moins présent. Pays les plus visités. Par arrivées de touristes internationaux Par présence de touristes internationaux Après avoir chuté de 3,9 % en 2010 (« pire année depuis 60 ans » selon Taleb Rifai, secrétaire général de l'Organisation mondiale du tourisme), le nombre de touristes dans le monde a progressé de 6,6 % en 2011, 5 % en 2012 et 4 % en 2013, année qui voit le nombre de touristes dans le monde dépasser le nombre symbolique d’un milliard de personnes. L'OMT précise dans son rapport annuel le nombre de touristes dans la plupart des pays du monde. Ces chiffres comprennent non seulement les touristes qui ont pour destination le pays concerné mais également ceux pour qui ce pays est une voie de transit dans lequel ils passent une nuit, conformément à la définition du tourisme : ces derniers constituent environ 20 % de la part des touristes en France. Il est à noter qu'en 2010, la Chine a surpassé l'Espagne pour devenir le troisième pays le plus visité. Recettes du tourisme international. Les recettes du tourisme international engrangées par les destinations à travers le monde enregistrent une croissance spectaculaire depuis le milieu du , passant de 2 milliards de dollars en 1950, à 104 milliards en 1980, puis à 495 milliards en 2000 et 1260 milliards en 2015. Selon l'OMT, le tourisme international et interne représente 10 % du PIB mondial, en impact direct, indirect et induit, et un emploi sur 11 dans le monde (également en impact direct, indirect et induit). Cela correspond à 12 % des recettes fiscales des états, à 30 % des exportations totales de services dans le monde et à 7 % des exportations totales de biens et de services. Les dix pays recevant le plus de recettes du tourisme international en 2012 sont, selon l'Organisation mondiale du tourisme : Dépenses du tourisme international (2012). Selon l'Organisation mondiale du tourisme, les dix pays dépensant le plus d'argent dans le tourisme international sont, en 2012 : Villes les plus visitées, par arrivées de touristes internationaux (2018). Le classement des dix villes les plus visitées au monde est établi selon les statistiques fournies par les services officiels de chaque ville. Il comprend à la fois le tourisme de loisir et le tourisme d'affaire (ce dernier constituant par exemple entre 40 et 50 % des arrivées parisiennes). Les méthodologies sont susceptibles de différer (nombre de touristes internationaux enregistrés dans les hôtels et/ou autres types d'hébergement, nombre d'arrivées de passagers par avion dans les pays insulaires, aire géographique couverte…). Certaines villes comme Madrid et Rome ne fournissent que des statistiques concernant l'hébergement hôtelier, ce qui rend difficile une estimation réelle. Enfin, certaines villes comme New York et Antalya n'indiquent pas si leurs calculs incluent également les visiteurs pour moins de 24 heures (qui n'ont donc pas le statut de touriste). Dans ce classement, les villes européennes bénéficient de manière importante du marché international les environnant. Ainsi, les villes américaines sont beaucoup plus visitées que ne le suggère le tableau, mais avant tout par des nationaux, non compris dans le classement. Conséquences sur le plan économique, social et environnemental du tourisme. Le tourisme est une activité économique majeure permettant aux régions où se localise le développement d'obtenir une source de revenus importants. Toutefois, le développement des différentes activités et infrastructures engendre également des problèmes que l'on qualifie parfois d'effet « pervers » dans les différentes littératures. En effet, des auteurs ou des observateurs accusent ainsi régulièrement les activités touristiques d'être responsables de la destruction des modes de vie traditionnels ou de surconsommation des ressources locales (énergies, eau, etc.), de participer à l'augmentation des différents coûts, à une forme de spéculation foncière, à la destruction de l'environnement. Conséquences économiques. Le tourisme a différentes conséquences économiques sur les différents pays. Premièrement, il apporte un certain revenu aux gouvernements des pays ciblés, mais il participe également au développement de certaines industries, notamment dans le secteur de la restauration et de l'hôtellerie. La tendance courant dans les déplacements touristiques est des pays riches vers les plus pauvres puisque c'est chez les premiers que les ressources pour les voyages sont les plus disponibles. De grandes organisations comme l'UNESCO et la Banque mondiale, durant la seconde moitié du veulent profiter de ce mouvement humain et le traduire en un mouvement de transfert de finances et de capital, bref en faire un « passeport pour le développement », pour dire comme Kadt. Comme l'analyse Saidi, la perspective alors priorisée est celle du développementalisme, notamment chez les économistes et les gestionnaires, qui conçoivent alors le tourisme comme une industrie dont il faut tirer profit. La pandémie du coronavirus débutée en 2019 a un impact notable sur le tourisme mondial. . Conséquences sociales et culturelles. Le tourisme peut créer des effets « collatéraux » sociaux-culturels (perte d'identité, acculturation, prostitution, folklorisation des sociétés traditionnelles, « consommation des mœurs »…). Le contexte des aspects sociaux les plus marquants peuvent être : Il peut aussi créer une dynamique de pouvoir entre la personne qui regarde et la personne (touriste) qui est regardée (issue de la population locale). Saidi explique pourquoi la personne qui regarde est celle qui détient la plus grande part du pouvoir dans cette relation : c'est elle qui module ce qui est dit de l'autre puisque c'est son intérêt de curiosité qui est priorisé. De plus, de façon générale, les activités reliées au tourisme cherchent à plaire justement aux personnes visiteuses, parfois au détriment des autres. Conséquences écologiques et climatiques. La dégradation des milieux naturels. Le tourisme frappe l'environnement, et est à son tour touché par la dégradation de la nature. Le tourisme vert et les touristes en général recherchent notamment des environnements et une biodiversité préservée ou de qualité. Mais il est actuellement source de dégâts environnementaux non compensés, via notamment les routes, aménagements hôteliers, urbanisme touristique, ports, marinas, golfs, pistes de ski, parkings, pollution lumineuse, etc. et il augmente la consommation de ressources naturelles localement pas ou peu renouvelables, en encourageant parfois la surfréquentation voire la destruction d'habitats et milieux naturels ou terres cultivables. Parmi les problèmes les plus fréquents : « Empreinte écologique » et climatique liée aux transports. L'empreinte écologique individuelle des touristes croît rapidement, de même que le nombre de touristes circulant dans le monde (exemple : doublement en France de 1964 à 2004, passant de 200 à plus de 400 millions de touristes/an). Certaines formes de tourisme ont une empreinte énergétique et climatique particulièrement élevée (transports aériens, grandes croisières, etc.). À titre d'exemple, une étude a montré qu'en 2006, rien que le transport des touristes français a produit 6 % des émissions de gaz à effet de serre (GES) du pays. 5 % des touristes ont émis 50 % du total des émissions liées au tourisme (rien qu'en se transportant sur leur lieu de vacances), et 10 % des touristes ont émis près des deux tiers des GES » (environ 3 millions de personnes qui ont émis 15 millions de tonnes de gaz à effet de serre). Toujours selon cette étude, en 40 ans, le touriste français moyen a beaucoup évolué. Ses séjours sont plus courts (passant de 20 à 12 jours), mais plus nombreux (de 1,5 en 1968 à 2,2 en 2008) et plus lointains (+ 12 % à 19 % de séjours à l'étranger). L'avion est le premier contributeur aux émissions de GES des touristes, bien que restant le moins utilisé pour se rendre sur le lieu de vacances. En 2006, 7 % des touristes l'ont utilisé (contre 75 % qui ont utilisé leur voiture) ; pourtant ces avions ont produit 62 % des émissions de GES du tourisme français, soit 18,5 millions de tonnes, contre « "une dizaine de millions de tonnes" » pour la voiture (36 % des émissions totales). Les voyages de France vers des pays lointains (hors Europe et Maghreb) n'ont représenté qu'environ 2 % de la totalité des séjours de 2006, mais ont émis 43 % des émissions du tourisme, soit 13 millions de tonnes de GES. Les séjours en France métropolitaine ont représenté 36 % des émissions de GES (10,7 millions de tonnes). Les trajets vers le Maghreb et l'Europe ont compté pour 21 % des émissions (6 millions de tonnes de CO). Ce bilan ne tient pas compte des effets liés à la construction des routes, parkings et aménagements touristiques ni du tourisme d'affaire (qui s'il avait été intégré dans cette étude aurait porté la part du transport touristique non pas à 6 % du total des émissions françaises, mais à 8 %). La visite de grands sites naturels (quatrième place dans les activités liées aux déplacements les plus émetteurs) a en 2006 produit en moyenne de GES par séjour, ce qui est le triple d'un séjour moyen. En France, les transports vers les zones de sports d'hiver produiraient de moindres émissions de GES, grâce au TGV et à des destinations plus proches (limitées au territoire français). En 2007, un sommet de l'OMT sur le climat et le tourisme s'est conclu sur une Déclaration finale engageant le secteur du tourisme à réagir rapidement à la modification du climat s'il veut connaître une croissance durable. En 2017 (10 ans après) le tourisme s'est encore accru, représentant pour 160 pays étudiés 8 % des émissions de gaz à effet de serre (si l'on tient compte des émissions directes et indirectes). Le tourisme introduit maintenant environ 4,5 gigatonnes/an d'équivalent-dioxyde de carbone émis dans l'atmosphère, soit quatre fois les estimations antérieures qui étaient de 1 à 2 Gt/an). L'empreinte carbone annuelle du tourisme croît : elle passe de 3,9 Gt en 2009 à 4,5 Gt en 2013, et tend à encore augmenter : le "statu quo" devrait porter l'empreinte carbone du tourisme à 6,5 gigatonnes avant la fin 2025 selon une étude publiée en 2018. Les Américains sont les premiers contributeurs via leurs voyages ailleurs et via ceux des personnes venant visiter les États-Unis. Mais les pays émergents progressent rapidement (Chine, Inde et Brésil notamment). Selon l'Organisation mondiale du tourisme/ONU en 2017, les Chinois ont été les touristes les plus dépensiers (258 milliards de dollars US, près du double des 135 milliards de dollars dépensés par les Américains en 2017). La recommandation de moins prendre l'avion ne porte pas et le kérosène échappe toujours à la taxe carbone pendant que le désir de voyager plus et plus loin ne fléchit pas, et qu'il est encouragé par les publicités touristiques. De plus, les investissements important faits en faveur du tourisme sont un . « Empreinte écologique » liée aux activités sur place. Outre le transport des touristes, leurs achats et leur alimentation qui ont les impacts climatiques les plus élevés. En France une étude a montré que la minorité de touristes séjournant dans des hôtels trois étoiles et plus ou dans des clubs de vacances sont aussi ceux dont le déplacement a été (en 2006) le plus producteur de GES (36 % du total des émissions produites par le transport touristique). Au contraire, les vacances dites « familiales » ont produit proportionnellement beaucoup moins de carbone (moins de par séjour pour une famille résidant chez des amis ou dans la famille, mais ces derniers types de touristes font des séjours plus fréquents notent les auteurs de l'étude). Selon une autre étude, en France et en 2006, les déplacements automobiles de proximité ou moyenne distance, des week-ends et vacances ont représenté 16 % des émissions annuelles de CO des véhicules particuliers. Des formes de tourisme durable ou de tourisme solidaire tentent de limiter ces effets et/ou les compenser (compensation carbone, tourisme éthique, etc.), voire souhaitent avoir davantage d'effets positifs que négatifs écotourisme. L'empreinte du tourisme sur le climat. Elle est devenue considérable : en 2017 il est responsable de 8 % du total des émissions de gaz à effet de serre des humains. Elle est due aux transports et aux activités sur place, aux touristes eux-mêmes ainsi qu'aux professionnels du tourisme. Les déplacements intérieurs sont les plus coûteux en émission. Les États insulaires, dits "destinations exotiques" dans le milieu touristique, comme les Maldives ou Chypre, sont fortement pénalisés de ce point de vue. Tourisme et responsabilité sociale d'entreprise ( RSE ). Les respect par les donneurs d'ordres des normes sociales et environnementales tout au long de la chaine de leurs prestataires est indispensable. Cela passe entre autres la certification d’organismes indépendants des opérateurs du tourisme. Certaines entreprises du secteur ont adopté des démarches de Responsabilité sociétale des entreprises. D'autres sont concernés par le Devoir de vigilance Guides et presse touristiques. Deux types de produits éditoriaux concernent le tourisme : les guides de tourisme et les magazines et revues spécialisées. Ce panorama de l'édition touristique ne serait pas complet si on omettait l'offre gratuite qui a deux sources principales : Outre leur gratuité, elles présentent l'inconvénient d'être limitées géographiquement dans le premier cas ou d'être limitées à une offre constituée et peu informative pour d'autres usages que ce à quoi la destine le voyagiste dans le second cas. En définitive, elles ne sont pas concurrentielles avec la production éditoriale marchande. Les guides de tourisme. Les objets principaux des guides de voyage sont : La plus ancienne et la plus fortement établie est celle consacrée à la restauration et à l'hôtellerie (avec par exemple en France les guides : Michelin « rouge », Gault-Millau, Bottin Gourmand ; Touring Editore, Slow Food Editore, Le Guide de l'Expresso, La Guida Michelin en Italie ; Der Michelin Führer en Allemagne et en Autriche ; les guides Michelin Benelux, Europe main cities, Espana-Portugal, Great Britain & Ireland, London, Portugal, Suisse/Schweiz/Svizzera). Lectorat. Les guides de tourisme sont utilisés traditionnellement pendant le voyage, d'où pour beaucoup une taille adaptable à la boîte à gants de l'automobile. Un certain nombre de guides (les mêmes que les précédents ou d'autres) ont une fonction préparatoire au voyage, ou encore une fonction de souvenir. Dans le premier cas (préparation du voyage), on trouve notamment les ouvrages précis et rigoureux avec des informations factuelles à jour : ils servent à déterminer l'itinéraire, les visites projetées et servent aussi à budgétiser le voyage. Dans le deuxième cas (souvenir), on trouve des ouvrages comportant plus de rédactionnel destiné à compléter la connaissance du territoire découvert lors du voyage, une iconographie plus riche qui les range dans la catégorie des beaux livres illustrés. Nouveaux supports. La plupart des éditeurs de guides touristiques amorcent en ce moment un virage vers les supports électroniques en ligne dans la dynamique du e-tourisme, tout en n'abandonnant pas le papier qui a pour lui d'être itinérant, quoique pesant, et qui présente de plus l'inconvénient majeur d'être obsolète quasiment dès sa parution, notamment pour les renseignements pratiques. Le guide sur support électronique, notamment en ligne, a pour lui d'être mis à jour instantanément. Il est particulièrement adapté à un public de niche, qui prépare activement son voyage, qui recherche des informations fiables et qui dispose d'outils informatiques et télématiques. L'édition de guides touristiques s'intéresse de plus en plus aux nouveaux supports, notamment mobiles. Un bel exemple sur support électronique est proposé par l'éditeur australien Lonely Planet (qui édite encore principalement sur support papier) dont le site francophone reçoit par mois en 2001, (il faut préciser que son site anglophone reçoit près de 3 millions de visiteurs par mois). Ce site n'est pas encore marchand, la fonction portail est privilégiée, mais Lonely Planet travaille à un projet de guide vendu directement en ligne. Des guides créés par LP sont déjà disponibles sur PSP pour certaines grandes villes européennes. Le Guide du Routard est l'éditeur de guides dont le site était le plus visité en 2007 (avec plus de pages vues par jour), et son offre s'est désormais élargie à des guides audio, en partenariat avec Nouvelles Frontières, et des guides sur GPS, en partenariat avec le constructeur Navigon. Quant à Michelin, certaines bonnes adresses issues des Guides Rouges ou des Guides Verts sont désormais disponibles sur les GPS développés par la marque. Mais les guides francophones sont globalement en retard par rapport à l'offre sur support électronique des guides anglophones : le site lonelyplanet.com propose des extraits de chapitres à télécharger ; Rough Guides propose plusieurs solutions comme la consultation intégrale de guides en ligne, des podcasts, des guides sous forme de ebooks, des cartes interactives et des bonnes adresses à télécharger ; DK a lancé a lancé un nouveau site interactif consacré au voyage, basé sur les informations des collections Eyewitness. Wikivoyage est un guide touristique sur le web, rédigé de manière participative par des auteurs bénévoles, et dont le contenu est sous licence libre. Les revues spécialisées. Dans le tourisme, les magazines sont nombreux. Chaque éditeur choisit un axe éditorial spécifique. Il peut s'agir des voyages et de la photographie, de la nature ou encore de la culture et de l'histoire. Depuis quelques années, l'axe régional a été également exploré avec des magazines dédiés à certaines régions françaises. On ne peut négliger les revues thématiques qui consacrent des rubriques entières aux voyages comme cela est le cas pour des magazines traitant d'équitation, de randonnée, de golf, de plongée, de pêche… mais également des grands quotidiens ou hebdomadaires pour lesquels la rubrique voyages est un incontournable qui fait rêver leurs lecteurs. Les guides de tourisme ont aussi des périodiques, comme Michelin avec Étoiles ou Le Petit Futé. D'autres guides fournissent du contenu rédactionnel via des partenariats avec les médias. Enfin, la presse professionnelle est également présente dans le domaine des voyages d'affaires, des congrès, des transports et tourisme et de l'hébergement. Des revues scientifiques se sont également spécialisées dans le domaine avec par exemple "Téoros - Revue de recherche en tourisme", "Espaces" ou encore dans certains numéros d'Études caribéennes. Sécurité. Entre le premier janvier 2013 et le 31 décembre 2015, ont été reportés tués par la presse. Les principales activité recensées dans ces accidents sont les activités nautiques (1035 tués) ; le transport non aérien (875 tués) ; le transport aérien (490 tués) ou les activités de terrain (167 tués). |
Algorithme de tri Un algorithme de tri est, en informatique ou en mathématiques, un algorithme qui permet d'organiser une collection d'objets selon une relation d'ordre déterminée. Les objets à trier sont des éléments d'un ensemble muni d'un ordre total. Il est par exemple fréquent de trier des entiers selon la relation d'ordre usuelle « est inférieur ou égal à ». Les algorithmes de tri sont utilisés dans de très nombreuses situations. Ils sont en particulier utiles à de nombreux algorithmes plus complexes dont certains algorithmes de recherche, comme la recherche dichotomique. Ils peuvent également servir pour mettre des données sous forme canonique ou les rendre plus lisibles pour l'utilisateur. La collection à trier est souvent donnée sous forme de tableau, afin de permettre l'accès direct aux différents éléments de la collection, ou sous forme de liste, ce qui peut se révéler être plus adapté à certains algorithmes et à l'usage de la programmation fonctionnelle. Bon nombre d'algorithmes de tri procèdent par comparaisons successives, et peuvent donc être définis indépendamment de l'ensemble auquel appartiennent les éléments et de la relation d’ordre associée. Un même algorithme peut par exemple être utilisé pour trier des réels selon la relation d'ordre usuelle « est inférieur ou égal à » et des chaînes de caractères selon l'ordre lexicographique. Ces algorithmes se prêtent naturellement à une implémentation polymorphe. Les algorithmes de tri sont souvent étudiés dans les cours d'algorithmique pour introduire des notions comme la complexité algorithmique ou la terminaison. La classification des algorithmes de tri est très importante, car elle permet de choisir l’algorithme le plus adapté au problème traité, tout en tenant compte des contraintes imposées par celui-ci. Les principales caractéristiques qui permettent de différencier les algorithmes de tri, outre leur principe de fonctionnement, sont la complexité temporelle, la complexité spatiale et le caractère stable. Principe de fonctionnement. On distingue les algorithmes procédant par comparaisons successives entre éléments, dits « tris par comparaisons », des algorithmes plus spécialisés faisant des hypothèses restrictives sur la structure des données à trier (par exemple, le tri par comptage, applicable uniquement si les données sont prises dans un ensemble borné connu à l'avance). Les algorithmes de tri par comparaison lisent les entrées uniquement au moyen d'une fonction de comparaison binaire ou ternaire (lorsque le cas d'égalité est traité différemment). Il existe encore différents principes de fonctionnement au sein de cette classe : certains algorithmes de tri par comparaison procèdent par insertions successives, d'autres par fusions, d'autres encore par sélection. En l'absence de précisions, on entend habituellement par « algorithme de tri » un algorithme de tri procédant par comparaisons. Complexité algorithmique. La complexité en temps est souvent notée formula_1 et est exprimée comme une fonction du nombre formula_2 d'éléments à trier à l'aide des notations de Landau formula_3 et formula_4. Certains algorithmes de tri simples ont une complexité en temps quadratique, "i.e." formula_5, tandis que d'autres, plus élaborés, ont une complexité quasi linéaire : formula_6. La complexité temporelle en moyenne d’un algorithme basé sur une fonction de comparaison ne peut pas être meilleure que formula_7. Les tris qui ne demandent que formula_7 comparaisons en moyenne sont par conséquent dits optimaux. Ce résultat constitue une borne inférieure asymptotique, mais on montre également que le nombre exact de comparaisons nécessaires est minoré par formula_9. Pour certains types de données (entiers, chaînes de caractères de taille bornée), il existe cependant des algorithmes plus efficaces au niveau du temps d'exécution, comme le tri comptage ou le tri par base. Ces algorithmes n'utilisent pas la comparaison entre éléments (la borne "n·log(n)" ne s'applique donc pas pour eux) mais nécessitent des hypothèses sur les objets à trier. Par exemple, le tri comptage et le tri par base s'appliquent à des entiers que l'on sait appartenir à l'ensemble [1, "m"] avec comme hypothèse supplémentaire pour le tri par base que "m" soit une puissance de 2 (c’est-à-dire de la forme 2k). Critères de classification. Tri en place. Un tri est dit "en place" s'il n'utilise qu'un nombre très limité de variables et qu’il modifie directement la structure qu’il est en train de trier. Ceci nécessite l’utilisation d'une structure de donnée adaptée (un tableau par exemple). Ce caractère peut être très important si on ne dispose pas de beaucoup de mémoire. Toutefois, on ne déplace pas, en général, les données elles-mêmes, mais on modifie seulement des références (ou pointeurs) vers ces dernières. Tri stable. Un tri est dit "stable" s'il préserve l’ordonnancement initial des éléments que l'ordre considère comme égaux. Pour définir cette notion, il est nécessaire que la collection à trier soit ordonnancée d'une certaine manière (ce qui est souvent le cas pour beaucoup de structures de données, par exemple pour les listes ou les tableaux). Les algorithmes de tri instables peuvent être retravaillés spécifiquement afin de les rendre stables, cependant cela peut être aux dépens de la rapidité et/ou peut nécessiter un espace mémoire supplémentaire. Parmi les algorithmes listés plus bas, les tris stables sont : le tri à bulles, le tri par insertion et le tri fusion. Les autres algorithmes nécessitent formula_10 mémoire supplémentaire pour stocker l'ordre initial des éléments. Tri interne et externe. Un tri interne s'effectue entièrement en mémoire centrale tandis qu'un tri externe utilise des fichiers sur une mémoire de masse pour trier des volumes trop importants pour pouvoir tenir en mémoire centrale. Certains types de tris, comme le tri fusion ou les tris par distribution, s'adaptent facilement à l'utilisation de mémoire externe. D'autres algorithmes, à l'inverse, accèdent aux données de telle sorte qu'ils ne se prêtent pas à cet usage car cela nécessiterait d'effectuer constamment des lectures/écritures entre les mémoires principale et externe. Tri parallèle. Certains algorithmes permettent d'exploiter les capacités multitâches de la machine. Notons également que certains algorithmes, notamment ceux qui fonctionnent par insertion, peuvent être lancés sans connaître l'intégralité des données à trier ; on peut alors trier et produire les données à trier en parallèle. Comparaison des algorithmes. Le tableau ci-dessous permet de comparer différents algorithmes de tri procédant par comparaisons. formula_2 y représente le nombre d'éléments à trier. Toutes les complexités doivent être interprétées à l'aide d'un grand O de Landau. Il est supposé que les opérations élémentaires comme les comparaisons et les échanges peuvent être effectués en temps constant. Exemples d'algorithmes de tri. Tris par comparaison. Algorithmes rapides. Pour un algorithme de tri donné instable, il est facile d'en obtenir une variante stable en utilisant un tableau supplémentaire pour mémoriser l'ordre initial des éléments. L'algorithme obtenu n'est toutefois pas en place. Algorithmes moyennement rapides. Pour un algorithme de tri donné instable, il est facile d'en obtenir une variante stable en utilisant un tableau supplémentaire pour mémoriser l'ordre initial des éléments. L'algorithme obtenu n'est toutefois pas en place. ence en travaillant sur des listes). Algorithmes lents. Ces algorithmes ont une complexité asymptotique en formula_49 et sont par conséquent considérés comme lents pour des entrées dont la taille est de plus de quelques dizaines d'éléments. Algorithmes très lents. Ces algorithmes ont une complexité asymptotique moins bonne que formula_49, qui est la complexité des algorithmes les plus intuitifs. Tris externes. Les algorithmes de tri doivent aussi être adaptés en fonction des configurations informatiques sur lesquels ils sont utilisés. Dans les exemples cités plus haut, on suppose que toutes les données sont présentes en mémoire centrale (ou accessibles en mémoire virtuelle). La situation se complexifie si l'on veut trier des volumes de données supérieurs à la mémoire centrale disponible (ou si l'on cherche à améliorer le tri en optimisant l'utilisation de la hiérarchie de mémoire). Ces algorithmes sont souvent basés sur une approche assez voisine de celle du tri fusion. Le principe est le suivant : Choix empirique d'un algorithme de tri. Beaucoup d'algorithmes existent, mais certains sont bien plus utilisés que d'autres en pratique. Le tri par insertion est souvent plébiscité pour des données de petite taille, tandis que des algorithmes asymptotiquement efficaces, comme le tri fusion, le tri par tas ou quicksort, seront utilisés pour des données de plus grande taille. Il existe des implémentations finement optimisées, qui sont souvent des algorithmes hybrides. Timsort utilise ainsi à la fois les méthodes de tri fusion et de tri par insertion, et est utilisé entre autres par Android, Java et Python ; Introsort, qui combine quicksort et tri par tas, est utilisé dans certaines implémentations du tri C++. La comparaison empirique d'algorithmes n'est pas aisée dans la mesure où beaucoup de paramètres entrent en compte : taille de données, ordre des données, matériel utilisé, taille de la mémoire vive, etc. Par exemple, les essais effectués sur des données tirées aléatoirement ne représentent pas forcément très fidèlement les comportements obtenus avec des données réelles. Accès à la mémoire vive. Afin de comparer différents algorithmes, il est important de prendre en compte la taille des données à trier ainsi que la quantité de mémoire vive disponible. Lorsqu'il n'y a plus assez de mémoire vive pour stocker les données, l'ordinateur aura recours à l'usage de mémoire externe, ce qui résulte en des temps d'accès nettement plus longs. Dans cette situation, les algorithmes qui travaillent successivement sur des parties de plus petites tailles de l'entrée (qui seront par exemple fusionnées par la suite) auront tendance à mieux fonctionner que des algorithmes comme quicksort qui effectueront plus d'accès à la mémoire externe. Il est également possible d'éviter de telles situations, par exemple en associant aux données à trier des clés plus petites, et en triant directement ces clés en mémoire vive. Lorsque la taille des données est vraiment conséquente, un algorithme de tri externe sera utilisé afin de minimiser le nombre d'accès à la mémoire externe. Problèmes liés. Parmi les problèmes proches du tri, on peut mentionner le , qui consiste, pour formula_58 fixé, à trier les formula_58 plus petits éléments, ou le problème de sélection, qui consiste à trouver le formula_58-ième plus petit élément de l'entrée. Bien que trier l'entrée en intégralité permette de résoudre ces problèmes, il existe des solutions plus subtiles et moins coûteuses. C'est le cas par exemple de quickselect, qui possède des similitudes avec le tri rapide. À l'inverse, on peut chercher à construire des algorithmes qui mélangent de manière aléatoire l'entrée qui leur est donnée ; c'est le cas par exemple du mélange de Fisher-Yates. Un autre problème est de trier un tableau qui est déjà presque trié (c'est le cas avec les mégadonnées où les algorithmes conventionnels sont disqualifiés). Cela peut réhabiliter des algorithmes comme le tri par insertion. Histoire. La création de la première routine de tri est attribuée à Betty Holberton, lors de la seconde guerre mondiale. |
Tarn (département) Le Tarn () est un département français de la région Occitanie, traversé par la rivière Tarn qui lui a donné son nom. L'Insee et la Poste lui attribuent le code 81. Les habitants sont nommés les Tarnais et Tarnaises. La préfecture est Albi, et l'unique sous-préfecture est Castres. Le département fait partie de l'académie de Toulouse sur le plan scolaire et dépend de la cour d'appel de Toulouse sur le plan judiciaire. Le département actuel résulte d'une longue histoire qui a précédé sa création en 1790. Commencée il y a avec les plus anciennes traces humaines, elle se poursuit avec la tribu gauloise des Rutènes. Leur territoire est tour à tour intégré dans l'Empire romain, le Royaume wisigoth de Toulouse et le Royaume franc. Devenu vassal du comté de Toulouse, le territoire du Tarn, nommé Albigeois en référence à Albi sa capitale, est ravagé par les combats de la croisade des albigeois. Il est intégré au domaine royal en 1270 et appartiendra désormais à la province du Languedoc. Il souffre de nombreux combats et massacres pendant les guerres de Religion. À la Révolution, il prend le nom du Tarn, la principale rivière qui le traverse. Son histoire industrielle a été marquée par des luttes syndicales importantes. Sa géographie repose sur une forte opposition est-ouest : le relief et la géologie en sont la cause. Une autre dualité se retrouve dans la démographie et l'économie, mais dans le sens nord-sud. Département le plus industriel de l'ex-Midi-Pyrénées après la Haute-Garonne grâce à l'énergie issue du charbon de Carmaux, à la richesse de son sous-sol et à l'énergie hydroélectrique de la Montagne Noire, il conserve une part agricole riche qui participe à la renommée de la cuisine tarnaise. Le tourisme contribue pour une part importante au développement économique du département, grâce à un patrimoine culturel important et à une variété de paysages naturels attractive. Toutefois, l'enclavement est encore un sujet de réflexion, particulièrement dans le sud du département. Parmi les nombreux Tarnais qui ont laissé une marque dans l'histoire de leur spécialité, on trouve les explorateurs Jean-François de Lapérouse et Jean-Louis Étienne, les sportifs Yannick Jauzion, Vincent Moscato et Laurent Jalabert, les politiques Jean Jaurès et Émile Combes, les médecins Philippe Pinel et Pierre Amalric ou les militaires maréchal Soult et Séré de Rivières, pour n'en citer que quelques-uns. Étymologie. Le nom est attesté anciennement sous la forme "Tarnis". Selon Ernest Nègre, le mot « Tarn », rivière et département, vient de vocables pré-celtes "tar" fait référence à la rivière, suivi du suffixe "-no". Xavier Delamarre le relie au thème gaulois "taro-" signifiant « qui traverse ». Histoire. Le département a été créé à la Révolution française, le en application de la loi du , à partir d'une partie de la province du Languedoc. Ses limites reposent approximativement sur celles des anciens diocèses d'Albi, Castres et Lavaur. Il reprend une partie de l'ancienne vicomté d'Albigeois mais aussi des portions orientales du comté de Toulouse. Toutefois, l'histoire du territoire circonscrit aux limites du Tarn est beaucoup plus ancienne. Préhistoire. Les vestiges humains les plus anciens datent de près du confluent entre Tarn et Agout. Bien des siècles plus tard, des vestiges des néandertaliens montrent leur intérêt pour le silex de la vallée de la Vère. L'arrivée d'Homo sapiens sapiens se produit il y a environ . Au paléolithique apparaissent les premières traces d'art rupestre à Penne. Au néolithique, de nombreuses statue-menhirs sont érigées autour de Lacaune en continuité avec celles élevées dans le Rouergue. Le défrichage et l'établissement de premiers villages permanents leur sont contemporains. Des fouilles archéologiques dans le quartier du Castelviel à Albi, ont mis au jour un ancien oppidum. D'autres ont été repérés à Montans, Berniquaut ou ceux de Saint-Clément et du Renard dans la forêt de Grésigne. Au , l'arrivée des Rutènes, peuple celte, sur une aire qui représente approximativement les actuels départements de l'Aveyron et du Tarn, s'accompagne d'un développement de l'agriculture, et de l'exploitation de mines de fer et cuivre. Leur capitale, est l'actuelle Rodez, dans l'Aveyron. Un artisanat florissant met en valeur le territoire. La métallurgie, outillage en fer, bijoux en or et bronze, exploite les gisements locaux et la poterie prospère notamment à Montans. Les Volques Tectosages occupent la partie occidentale du Tarn actuel, la frontière avec les Rutènes restant mal connue et peut être un peu fluctuante au fil des siècles. Antiquité. Au moment de la guerre des Gaules, les Rutènes s'allient aux Arvernes pour combattre Jules César. Après la bataille d'Alésia, le territoire est annexé à la Gaule aquitaine et ses occupants n'interviennent pas dans les derniers soubresauts qui conduisent au siège d'Uxellodunum. Durant cette période, la région reste essentiellement rurale avec le développement de villas, majoritairement situées dans la plaine des rivières Tarn et Agout. Des vestiges de villa ont été retrouvés à Cestayrols ou près de Rabastens. Albi est une petite bourgade sortie des limites de l'oppidum celte et Castres un village d'artisans. Seul Montans, siège d'une importante production de céramique sigillée, offre une densité digne d'être considérée comme une ville. Cependant, aucune agglomération tarnaise ne comporte les éléments habituels d'une ville romaine : thermes et amphithéâtre. Le développement de la poterie sigillée date du de notre ère. Le travail des métaux s'intensifie sur les sites déjà connus des Celtes. Les échanges se développent, sur la rivière Tarn entre Montans et Tolosa ou Burdigala, sur les voies romaines vers Tolosa, Divona Cadurcorum, (Cahors) Segodunum ou Baeterrae. (Béziers) Le vignoble de Gaillac prend son essor à cette époque. La toponymie en « ac » est un suffixe celte qui signifie la propriété. Ainsi, Cahuzac est la propriété d'un Caïus, Marssac celle d'un Martius... Moyen Âge. Au , le Tarn est inclus dans le Royaume wisigoth lors de l'arrivée du peuple des Wisigoths. Des traces de leur mode de vie ont été retrouvées : sépultures ou bijoux. Leur présence est attestée par la toponymie à finale en « ens » : Rabastens, Brens, Giroussens... La région est annexée par les Francs après la bataille de Vouillé ; la christianisation les accompagne. Des incursions des Vikings et des Sarrazins sèment la terreur. À la relative stabilité à l'époque de Charlemagne succède le début de la féodalité. Seuls les monastères sont des havres de paix et leur rôle dans la renaissance de villes est capital : Castres, Sorèze, Gaillac... L'art roman vient mettre en valeur les édifices religieux : église Notre-Dame-de-l'Annonciation de Roumanou, église Saint-Michel de Lescure-d'Albigeois, prieuré de Burlats... Une civilisation occitane s'établit sous la coupe des vicomtes d'Albi de la maison Trencavel. L'aristocratie se fait mécène des troubadours, promeut l'amour courtois et adhère progressivement au catharisme, suivie par une partie du peuple. Cet engouement pour la nouvelle croyance provient, d'une part de l'incompétence et du faste du haut-clergé languedocien et d'autre part, de l'opposition entre la noblesse locale et le pouvoir considérable des prélats. Le terme d'« albigeois », donné aux hérétiques par la papauté pourrait provenir du concile de Lombers, un débat théologique tenu en 1165 ; ayant eu lieu en Albigeois, le nom serait resté». La croisade des albigeois décrétée par le pape Innocent III oppose des armées du nord de la France aidées de contingents étrangers, aux seigneurs occitans. Le comte de Toulouse Raymond VI (VIII) possède l'Albigeois dans son comté, mais son vassal, le vicomte Raymond-Roger Trencavel en est le seigneur. Rapidement emprisonné à Carcassonne, Trencavel meurt, ses terres étant annexées par Simon IV de Montfort nommé chef de la croisade. Le siège de Lavaur de 1211 et la bataille de Montgey sont les principaux combats menés dans le Tarn. La mise au bûcher de deux hérétiques à Castres, en 1209, marque le début des exécutions et la prise de Lavaur entraine la mort de , le plus grand bûcher de la croisade. Plusieurs villages entre les rivières Tarn et Aveyron sont rasés par les croisés lors de leurs raids : Saint-Marcel, le Carla dans l'actuelle commune de Castelnau-de-Lévis, La Gardelle sur la commune de Villeneuve-sur-Vère... Après de lutte, les Languedociens semblent avoir gagné la guerre, mais le pays est exsangue et le roi de France succède à Amaury VI de Montfort, fils de Simon IV. La guerre reprend et Raymond VII (IX) ne peut lutter. Il se soumet au roi Louis IX et signe le traité de Meaux-Paris. L'Albigeois dépend alors directement du domaine royal, administré par des familles de croisés comme celle de la maison de Lévis. Ils donneront leur nom à Castelnau-de-Lévis et Labastide-de-Lévis. La lutte contre le catharisme est confiée à l'inquisition. Le pays se relève de ses ruines grâce au travail de gestion et de création de bastides initié par Doat Alaman puis son fils Sicard, lieutenants généraux des biens des comtes de Toulouse. Ces villes nouvelles permettent de loger des personnes chassées de villages rasés, puis d'absorber la hausse de la démographie ; leur fiscalité réduite attire de nouveaux arrivants. Cordes-sur-Ciel, Castelnau-de-Montmiral, Castelnau-de-Lévis, Labastide-de-Lévis, Lisle-sur-Tarn, Pampelonne, Réalmont, Briatexte, Valence-d'Albigeois... datent du . Cet urbanisme rationnel fondé sur des impôts allégés, permet un essor de l'artisanat et du commerce. À Albi, les évêques entament la construction de la formidable cathédrale Sainte-Cécile et d'un imposant palais épiscopal, le palais de la Berbie, symboles de la puissance retrouvée de l'Église catholique romaine et de la prospérité économique restaurée. À cette époque, la redécouverte de la terre cuite comme matériau de construction permet l'invention de la brique foraine, moins chère et plus facile à utiliser que la pierre et moins sensible au feu que le colombage. À partir du , la culture du pastel enrichit le pays de Cocagne dans le triangle Albi-Toulouse-Carcassonne. Une bourgeoisie du pastel fait construire de somptueux hôtels et tout le pays profite de cette manne financière. Son déclin est dû à la culture de l'indigo moins cher en région tropicale. Le château de Magrin conserve un séchoir à pastel et un musée consacré à la plante tinctoriale bleue y est implanté. Période moderne. À partir de la Renaissance, on peut réellement parler de renaissance albigeoise, tant l'urbanisme de la ville a été profondément marqué. Les évêques d'Albi Louis et Louis II d'Amboise, riches et familiers de la cour du roi, transforment la cathédrale d'Albi : un baldaquin en pierre est ajouté sur l'entrée et un jubé permet de séparer les croyants du chapitre de chanoines. Le palais de la Berbie perd une partie de ses défenses au profit du confort : la place d'arme devient jardin et le donjon est amputé d'une tour. L'aile orientale voit s'ouvrir des fenêtres sur la ville et des toitures en ardoise donnent un air ligérien à la ville de briques et tuiles roses. À cette époque, la bourgeoisie du pastel se fait construire de beaux hôtels particuliers à Albi, Gaillac, Castres... Peu après, la Réforme protestante marque profondément le département. Albi reste ancrée au catholicisme alors que Castres est sensible au protestantisme. Des combats et massacres ont lieu avant que la paix ne revienne avec la signature de l'Édit de Nantes. Le sud du Tarn en sort transformé, les protestants ayant systématiquement détruit les édifices religieux antérieurs : églises, cloîtres, monastères, crucifix... Cet épisode coïncide avec l'arrêt de la culture du pastel détrôné par l'indigo venu des zones tropicales. Des épidémies de peste et de famines ponctuent les époques jusqu'au règne de Louis XV : Jean-Louis Biget a comptabilisé près de tragiques en , une moyenne d'une calamité tous les sept ans. Il faudra attendre le pour retrouver une population équivalente à celle du . Période contemporaine. Pendant la révolution française, le département d'Albigeois créé en 1790 est rapidement renommé Tarn en référence à la rivière principale qui le traverse. En vertu de la loi du , les départements de l'Hérault et du Tarn ont échangé le canton d'Anglès qui faisait partie du diocèse de Saint-Pons, et le canton de Saint-Gervais-sur-Mare qui faisait partie du diocèse de Castres. Castres en est la préfecture jusqu'en 1795. À cette date, la tiédeur révolutionnaire convainc les décideurs de confier la préfecture à Albi. En dépit de plusieurs demandes de Castres pour récupérer la prééminence administrative, la décision restera. Le département fournit quatre bataillons de volontaires nationaux pour défendre les frontières. Les guerres révolutionnaires et napoléoniennes permettent de rapides montées en grade. Quelques tarnais se distinguent : Jean-de-Dieu Soult devient maréchal d'Empire, Jean Joseph Ange d'Hautpoul, militaire royal, épouse la révolution et meurt à la bataille d'Eylau avec le grade de général, tandis que les trois frères Delga de Gaillac, soldats de la révolution devenus officiers meurent, deux à la bataille de Wagram, le troisième durant la retraite de Russie. Sur le plan économique, l'exploitation du charbon de Carmaux, d'abord artisanale, s'intensifie à partir de la concession accordée par Louis XV à Gabriel de Solages. Il crée la compagnie minière de Carmaux et une verrerie ; il alimente en charbon la Société des Hauts-Fourneaux, forges et aciéries du Saut-du-Tarn à Saint-Juéry. Face au coût du transport vers Bordeaux, il privilégie un usage local et l'exportation de produits manufacturés plus rémunérateurs. L'arrivée du chemin de fer fera décoller l'exploitation minière. Dans le sud du département, les protestants plus instruits créent une bourgeoisie industrieuse qui met en valeur les atouts locaux. La laine de l'élevage local montagnard devient une matière première textile importante. Le travail des peaux et du cuir se développe grâce à l'énergie des moulins installés le long des rivières. Mazamet se spécialise dans le délainage des peaux et on y parle d'une révolution industrielle, Castres dans le textile et Graulhet dans le travail du cuir. Sur le plan politique, l'opposition classique entre la classe ouvrière et la bourgeoisie est représentée par la carrière politique de Jean Jaurès, né à Castres et député socialiste des mineurs Carmaux. Dans le sud, cette opposition prend un caractère plus original : la bourgeoisie protestante est acquise aux idées de la Révolution qui lui a donné la liberté de culte et les ouvriers catholiques sont fortement influencés par le clergé dont une partie fut réfractaire. À la fin du les patrons votent majoritairement républicain à gauche et les ouvriers conservateurs à droite. La Première Guerre mondiale est un événement tragique. Le nombre de soldats morts au front marque l'époque. Castres subit une explosion dans la manufacture d'explosifs de Mélou en 1917. Elle fera et , et le quartier est sinistré. Durant la Seconde Guerre mondiale, le Tarn est soumis au régime de Vichy. L’archevêque d’Albi, Jean-Joseph Moussaron, proteste ouvertement dès 1942 contre les persécutions à l’encontre des Juifs. Il organise parallèlement l’accueil clandestin de réfugiés juifs dans certaines institutions catholiques de la région et nomme secrètement des aumôniers dans les maquis. Les petits séminaires de Castres et de Pratlong deviennent le refuge de professeurs et d’élèves juifs ainsi que de Résistants et servent d'infirmerie au maquis de Vabre à partir de l'hiver 1943. Arrêté par la Gestapo le 12 juin 1944 puis incarcéré à Toulouse, Jean-Joseph Moussaron est accueilli triomphalement par les albigeois à sa libération. En 1942, la zone sud est envahie par les occupants allemands. Cet événement et la réquisition des jeunes pour le service du travail obligatoire alimente la résistance tarnaise en recrues. Les Maquis de Vabre, de la montagne Noire ou de la Grésigne ont fortement compliqué la tâche des occupants. En 1944, il fait partie des départements libérés par les forces françaises de l'intérieur : la libération de Carmaux, grâce à des maquis venus en renfort, est le siège de durs combats. Une fois la bataille gagnée, les opérations seront plus facile et la garnison de Castres se rend sans combattre. Après huit jours de batailles rangées et d'actes de guérilla, et sont tués contre 165 dans les forces d'occupation. Au la région Midi-Pyrénées, à laquelle appartenait le département, fusionne avec la région Languedoc-Roussillon pour devenir la nouvelle région administrative Occitanie. Emblèmes. Il s'agit d'emblèmes proposés par Robert Louis qui n’ont jamais fait l’objet d'une adoption officielle. Blason (non officiel). Ce blason du Tarn reprend les couleurs du Languedoc auquel il appartenait avant la Révolution, gueules à croix occitane d'or. La couleur rouge prend la forme d'un « T » majuscule. Ce blason du Tarn reprend un ancien blason d'Albi. Il figure dans l'Atlas de Levasseur (1854). Drapeau (non officiel). Cette proposition de drapeau du Tarn reprend les mêmes couleurs que celles du blason, proposé par Robert Louis, sans aucun caractère officiel. Géographie. Le Tarn fait partie de la région Occitanie. Il est limitrophe des départements de l'Aveyron, de l'Hérault, de l'Aude, de la Haute-Garonne et de Tarn-et-Garonne. La principale rivière est le Tarn. Les extrêmes du département sont : - Arfons (Sud) - Jouqueviel (Nord) - Montdurausse (Ouest) - Murat-sur-Vèbre (Est) Relief. Le relief prend la forme d'un amphithéâtre ouvert vers l'ouest. Le puech de Rascas, avec , est le point culminant sur la commune de Lacaune et la partie la plus basse est sur la commune de Saint-Sulpice, à . La partie sud-est du département est la plus élevée. Au sud, la montagne Noire présente une ligne continue abrupte qui sépare le Tarn de l'Aude. Elle atteint au pic de Nore. À l'est, le relief descend régulièrement des monts de Lacaune, plateau montagnard vers le Ségala, zone vallonnée et la rivière Viaur qui le coupe du Ségala aveyronnais. Au nord-ouest, la forêt de Grésigne occupe un point haut à à l'arbre de la Plane, proche d'un plateau calcaire qui constitue la pointe sud-est des causses du Quercy. Au centre, à l'ouest et au sud-ouest, le relief est moins marqué : les pentes se succèdent entre des cuestas et falaises abruptes ou des collines au relief plus doux, dans une roche tendre modelée par l'érosion. Ce paysage est creusé de larges plaines alluviales de part et d'autre des rivières Tarn, Agout et Dadou. La largeur de la vallée du Tarn atteint près de Gaillac. Géologie. Le département est coupé en deux unités géologiques appartenant au Massif central et au bassin aquitain. Le massif Central est représenté par la montagne Noire, séparée par un fossé d'effondrement où coule le Thoré des monts de Lacaune. Ce dernier se poursuit au nord par le ségala d'altitude décroissante mais à l'histoire commune. Ces zones viennent de sédiments du paléozoïque plissés à la naissance du massif Central lors de l'orogenèse hercynienne. Après érosion lors du mésozoïque, l'orogenèse alpine rajeunit le vieux massif, lui restituant un relief plus élevé. Ces épisodes de plissements et cassures ont donné des schistes, grès et gneiss. Ponctuellement, quelques plutons granitiques affleurent. Le plus grand a donné le massif du Sidobre entre Castres et Lacaune. La partie ouest appartient au bassin aquitain. Ce sont des roches sédimentaires détritiques issues du démantèlement du relief de l'est par l'érosion : molasses et argiles à graviers. Ces roches plus ou moins anciennes ont été peu touchées par les orogenèses de l'époque hercynienne puis alpine. Au nord-ouest, le massif de la Grésigne est une zone passionnante pour les géologues par l'ancienneté des sous-sols sédimentaires et les accidents géologiques qu'ils ont subi : plissements, érosion, soulèvement, cassures... Les vallées creusées par les rivières sont encaissées dans la partie orientale dure, et plus larges avec des terrasses dans les coteaux molassiques. Ces dernières sont constituées de couches horizontales d'argiles, limons, sables et graviers. La plus haute terrasse comporte des sols lessivés de type boulbènes. Sa mauvaise fertilité explique la présences de forêts à Giroussens ou à Sivens, commune de Lisle-sur-Tarn. La partie orientale est parcourue de veines de quartz parfois très épaisses dans lesquelles se trouvaient des minerais de fer, plomb, zinc ou fluorine. Ces gisements ont été exploités depuis les Rutènes de l'Antiquité avant d'être abandonnés par épuisement ou coût de production excessif. L'exploitation a été réduite à la fluorine dans la seconde moitié du ; le Tarn représentait 90 % de la production française mais l'extraction a cessé en 2005. Le bassin houiller de Carmaux est issu d'un dépôt organique du carbonifère. L'activité minière y a cessé en 1997 sans avoir épuisé les réserves. Des carrières ont longtemps été exploitées localement pour la construction : pierre de taille, ardoise et argile pour brique et tuiles. Elles ont fermé à l'exception de celles qui extraient le granite du Sidobre. Les matériaux de construction récents utilisent le sable et le gravier extraits de carrières par concassage ou de gisements dans les terrasses alluviales. Hydrographie. La quasi-totalité du département fait partie du bassin de la Garonne, à l'exception de quelques ruisseaux descendant vers la Méditerranée. La ligne de partage des eaux suit la crête de la montagne Noire et des monts de Lacaune. Le relief de l'est du département est un véritable château d'eau avec plus de et ponctuellement jusqu'à . La saison arrosée va de décembre à avril et le débit des rivières suit la même durée, la masse neigeuse stockée étant très faible et de courte durée. Les mois secs vont de juin à août et correspondent à une baisse du débit des rivières. L'étiage est sévère sur les petits cours d'eau mais plus lissé dans les rivières en aval. La principale rivière est le Tarn. Il draine une grande partie du département avec son affluent majeur, l'Agout. Ce dernier, né dans les monts de Lacaune, reçoit les eaux du Thoré et du Sor rive gauche, et celles du Dadou, rive droite. Ces cours d'eau ont vu les redoutables crues comme celle des inondations de mars 1930 dans le Tarn écrêtées par des barrages. Outre leur rôle régulateur du débit, ils constituent des réserves d'eau pour l'adduction d'eau potable, d'eau pour l'irrigation, la production d'électricité et sont souvent aménagés pour l'accueil de bases nautiques : barrage de la Raviège et sur l'Agout, barrage du Laouzas sur la Vèbre, barrage des Cammazes sur le Sor, Barrages de Rassisse (ou Razisse) et la Bancalié sur le Dadou, barrage des Saints-Peyres sur l'Arn, barrage de la Roucarié et lac de Fonbonne sur le Céret. Le plus ancien est le barrage de Saint-Ferréol qui partage ses rives avec la Haute-Garonne, et l'aude, construit par Pierre-Paul Riquet pour assurer l'approvisionnement en eau du canal du Midi. Depuis 1997, le barrage est inscrit au titre des monuments historiques et fait partie des Grands Sites Occitanie. Le projet du barrage de Sivens sur le Tescou a été très médiatisé par les affrontements juridiques et physiques entre partisans et adversaires. Au nord du département deux rivières se jettent dans l'Aveyron, ce sont la Vère et le Cérou. Concernant la qualité halieutique des rivières et ruisseaux, environ un tiers du département est classé en cours d'eau de première catégorie, essentiellement la partie sud-est. Le reste est en deuxième catégorie. Climat. Le Tarn est soumis à trois types de climats distincts dont la limite est floue et progressive. Le climat océanique dégradé concerne le nord-ouest du département. Les hivers sont doux et pluvieux et les étés chauds avec une tendance orageuse. L'Autan amène une influence méditerranéenne par un effet de foehn. Il est violent dans la région de Castres, plus modéré au nord où ses effets sont favorables à la maturité du raisin du vignoble gaillacois. Il souffle en moyenne par an. Le climat continental dégradé (ou montagnard) affecte la partie sud-est du département. Il est influencé par la proximité du Massif Central. C'est là qu'il neige le plus sur le Tarn, et qu'il fait le plus froid l'hiver. Des épisodes méditerranéens peuvent affecter le sud-est entre Mazamet et Labastide-Rouairoux. Un gradient de température négatif continu va de Lavaur à Lacaune. Le climat méditerranéen dégradé concerne le nord-ouest du département avec un important ensoleillement (Albi, ) et des températures relativement douces toute l'année. Démographie. Les habitants du Tarn sont les "Tarnais" et les "Tarnaises". Entre 1990 et 1999, les communes de l'est du département se sont dépeuplées, comme les bassins de Carmaux et Castres-Mazamet, alors que l'ouest était en croissance, en particulier le croissant Lavaur-Gaillac-Albi. Cette évolution se poursuit dans les mêmes tendances avec la dynamique des bassins d'emploi. La densité est très hétérogène, allant de dans des petites communes du sud-est, dans la montagne, à plus de dans des aires urbaines d'Albi et Castres-Mazamet. Le solde migratoire compense le bilan négatif entre naissances et décès. Environnement. Sites natura 2000. Le Tarn possède dix sites classés natura 2000. Ces zones sont concernées par une gestion extensive de l'agriculture avec des pratiques préservant l'environnement, l'information des usagers des sites sur leur fragilité et la conciliation des activités économiques et l'accès aux promeneurs. Faune. La faune sauvage est variée en fonction des espaces naturels ou modifiés par l'homme. Les animaux les plus connus sont ceux qui servent de gibier : sangliers, cerfs, chevreuils, lièvres... À Albi, des silures sont devenus célèbres depuis que des scientifiques sont venus étudier leur méthode de chasse au pigeon que les poissons gobent au bord de l'eau. Dans la même ville, des faucons pèlerins ont élu domicile sur les toits de la cathédrale. La mairie d'Albi a fait installer des caméras et un blogue leur est consacré pour suivre les nichées. Flore. Les espaces boisés naturels majeurs sont ceux de la forêt domaniale de Grésigne, la forêt de Sivens, la forêt de la Montagne noire et celle des Monts de Lacaune. Ailleurs, quelques bois signalent des espaces incultes ou les rives des cours d'eau. Des tourbières, présentes dans le sud-est du département, représentent une biodiversité fragile. Ces biotopes sont situés majoritairement dans les monts de Lacaune, mais aussi dans le Sidobre, la montagne Noire et les monts d'Alban. Ils sont caractérisés par une humidité permanente liée à un climat frais et arrosé, uns situation en point bas abondamment pourvu en eau de ruissellement et un sous-sol acide. Ce milieu est menacé par le drainage, la plantation de résineux et l'abandon du pâturage naturel. Économie. Secteur primaire. La place de l'agriculture dans le Tarn est importante. La partie montagneuse est affectée à l'élevage : les sols riches et l'eau abondante permettent une bonne pousse de l'herbe qui supporte mieux le climat plus froid que les grandes cultures. Le Ségala, ancien fournisseur de bovins de travail, est une terre de tradition d'élevage bovin, laitier et boucher. Les monts de Lacaune ont donné leur nom à la brebis lacaune dont le lait sert à élaborer le fromage de roquefort. La partie occidentale du département est cultivée pour produire des céréales (blé, triticale, maïs), des oléagineux (colza, tournesol) et des protéagineux (luzerne, soja). À Gaillac, le vignoble bimillénaire occupait en 2008. Production. La forêt représente , soit 28,4 % de la surface totale. En 2013, le département était placé en deuxième place régionale pour l'élevage, derrière l'Aveyron au niveau de la population bovine ( dont et et de la population ovine. ( dont ). Les vaches produisent de lait, les brebis et les chèvres . La production céréalière, toujours en 2013, occupait pour une production de de quintaux de blé dur, blé tendre, orge et maïs. Les oléagineux produisaient sur (colza, tournesol), étaient consacrés aux protéagineux et aux prairies naturelles et cultivées. En 2012, 5 % des exploitations étaient certifiées en agriculture biologique, représentant 3,6 % de la surface agricole utile. Secteur secondaire. L'industrie du Tarn est née du développement industriel au deuxième tiers du : charbon de Carmaux, sidérurgie à Saint-Juéry, délainage à Mazamet, textile à Castres ou mégisserie à Graulhet. Ces secteurs ont subi réorganisation des filières, délocalisations et fermetures. Le Tarn a dû créer de nouvelles activités et recomposer une industrie prospère. La verrerie ouvrière d'Albi est l'héritière d'une longue tradition verrière du Tarn alors que les laboratoires Pierre Fabre de Castres sont un groupe pharmaceutique et cosmétique datant seulement d'une cinquantaine d'années. Secteur tertiaire. Les services et le commerce ont permis le développement des deux pôles Albi-Carmaux et Castres-Mazamet. Immobilier. Le prix de l'immobilier a beaucoup augmenté dans le Tarn entre 1999 et 2007, passant d'un indice 100 à un indice 250. En 2009, cet indice était de 220, 240 en 2011 et environ 225 en 2015. Tourisme. Le tourisme est un axe de développement important. Même sans accès à la mer ni à la montagne, le tourisme culturel côtoie le tourisme vert et sportif, permettant une bonne répartition de l'accueil dans le département entre hôtellerie et camping. L'accueil à la ferme est également important, permettant de mettre en valeur la cuisine tarnaise et la vente de ses produits. La cité épiscopale d'Albi appartient au Patrimoine mondial de l'Unesco depuis 2010, et Cordes-sur-Ciel a été élu village préféré des Français en 2014. Par ailleurs, quatre villages adhèrent à l'association des plus beaux villages de France : Castelnau-de-Montmiral, Lautrec, Monestiés et Puycelsi. Les zones vertes naturelles permettent le développement du tourisme vert et sportif. Le département offre de chemins de randonnées dont de grande randonnée et grandes randonnées de pays. Le sud-est du département appartient au parc naturel régional du Haut-Languedoc. L'aire délimitée englobe des zones vertes ou arides sauvages. Les villages offrent produits régionaux et activités aux visiteurs : culturelles, découverte du milieu naturel ou sportives. Culture. Langue régionale. Le Tarn est situé au cœur de l'Occitanie. Le languedocien est une variante dialectale de l'occitan. Même si le nombre de locuteurs a beaucoup baissé, un effort de maintien avait été entrepris dans les années 1930 : le parler paysan a laissé la place à un renouveau culturel après la Seconde Guerre mondiale. L'occitan s'est enrichi d'un institut d'études occitanes qui a codifié la grammaire et unifié le vocabulaire issu d'un parler aux accents multiples. Depuis le début du , des panneaux bilingues aux entrées d'agglomération sont apparus, et des cours sont dispensés. Le régionalisme occitan est stimulé par radio , albigeois en français, radio locale associative. À Cordes-sur-Ciel, l'association Cordae et le groupe la Talvera, œuvrent en commun. Les concerts en occitan des débuts, en 1981, se sont enrichis d'un travail de recherche et de diffusion sur les anciens poètes et chansonniers de langue occitane, la création poétique et musicale, la connaissance de la musique ancienne et des instruments qui lui sont associés et la formation pour faire vivre cette culture au-delà des générations. La culture occitane dans le Tarn doit aussi à d'autres personnages marquants (liste non exhaustive) : Daniel Loddo, membre de la Talvera, Louisa Paulin, poétesse réalmontaise, Georges Blanc, écrivain-philosophe-traducteur français-occitan, Auger Galhard, poète rabastinois du , Mathieu Blouin, rapporteur des guerres de Religion en Languedoc, (histoire véritable des causes les plus mémorables arrivées en la ville de Gaillac en Albigeois durant les troubles de France)... D'après Abel Hugo, vers 1835, le dialecte en usage dans le département du Tarn était le langage de tous les habitants des campagnes ; ils entendaient difficilement la langue française et ne la parlait presque jamais. À la même époque, le peuple des villes entendait bien le français, mais le parlait mal. Il s'exprimait communément en dialecte. La loi Deixonne de 1951 sur l'enseignement des langues et dialectes locaux à l'école est nommée du nom du député du Tarn Maurice Deixonne qui l'a portée. Le nationalisme occitan est un mouvement politique qui vise à obtenir l'autonomie de l'Occitanie, voire son indépendance. Ce mouvement est marginal dans la population tarnaise : en 2014, lors des élections européennes, la liste « Occitanie, pour une Europe des peuples. () » a recueilli 0,02 % des suffrages. Gastronomie. Le Tarn est à cheval entre les cuisines languedocienne et gasconne. La partie orientale du département, terre montagneuse d'élevage, est lié à la charcuterie. Le jambon de Lacaune en est le fleuron, utilisé en cuisine dans de nombreuses recettes. À ses côtés, le galabard, boudin à la viande, le fetge ou foie salé, les saucisson et saucisse de Lacaune et le "melsát", sorte de saucisse, sont des spécialités locales. La cuisine albigeoise utilise souvent le jambon ou les lardons pour graisser marmite et poêle à frire. La viande de marques Le Veau d'Aveyron & du Ségala et Agneau fermier des pays d'Oc sont des produits labellisés. La partie occidentale est le domaine des céréales et de l'élevage volailler qui lui est associé. Poulets et canards sont fréquents et la graisse de canard a une place importante en cuisine. Le Tarn appartient aux délimitations IGP du canard à foie gras du sud-ouest et des volailles du Lauragais et du Languedoc. Les légumes frais sont très utilisés dans la cuisine estivale. L'hiver, les plats mêlant viande et légumes sont courants, dont le cassoulet local ou le févoulet, son cousin à base de fèves. Les vins locaux bénéficient des AOC Gaillac et Gaillac-premières-côtes, mais aussi des IGP Côtes-du-tarn et comté tolosan ; le vignoble produit des vins des trois couleurs (blanc, rosé et rouge) des vins secs ou doux et liquoreux et des vins effervescents. L'autre produit phare connu bien au-delà des limites du département est l'ail rose de Lautrec. Les fromages sont principalement des fromages de chèvre de type cabécou et le roquefort. Ce dernier, s'il est exclusivement affiné dans les caves de Roquefort-sur-Soulzon, n'en est pas moins un fromage partiellement tarnais au vu du nombre de producteurs de lait de brebis et de la race lacaune exclusivement utilisée pour son élaboration. La pâtisserie départementale comprend des desserts qui dérivent de pâte à pain parfumée ou feuilletée au beurre, tels le poumpet ou la croustade aux pommes ou au raisins secs. Des petits gâteaux comme le petit janot, la navette et la gimblette d'Albi, les croquants de Cordes ou les curbelets accompagnent café ou vin blanc en fin de repas. Yves Thuriès est un des cuisiniers tarnais le plus connu. Deux fois élu meilleur ouvrier de France dans les catégories pâtisserie-confiserie et glaces-sorbets-crèmes glacées en 1976, il a créé une chocolaterie et le musée des arts du sucre et du chocolat de Cordes-sur-Ciel. Architecture. La riche histoire du Tarn lui permet de conserver un patrimoine bâti important. Deux sites sont inscrits au patrimoine mondial de l'UNESCO : la cité épiscopale d'Albi et l'église Notre-Dame-du-Bourg de Rabastens au titre des Chemins de Compostelle en France. L'architecture ancienne se réparti en trois grands ensembles : la brique foraine, la pierre calcaire blanche et la pierre grise schisteuse ou granitique. La première domine dans la vallée du Tarn et secondairement dans celle de l'Agout. Elle donne des villes rouges à toiture en tuile canal de même origine et couleur. Dans les campagnes, la brique en terre crue, moins chère, est encore visible sur des constructions agricoles annexes. La pierre blanche domine les coteaux molassiques de l'ouest du département. Elle se taille bien pour encadrer les ouvertures et sert à orner les encadrements sur les maisons et églises en brique. La couverture est de tuile canal. Ponctuellement, la présence de grès rougeâtre permet de bâtir aussi, Cordes-sur-Ciel et Réalmont en sont des exemples. La partie orientale du Tarn est en pierre grise. Proche de la région de l'argile, les toitures sont en tuiles, mais dans les Monts de Lacaune, l'ardoise donne une unité grise. Le granite permet des encadrements d'ouverture de grande taille et solides. De nombreuses habitations de ville anciennes sont à colombage dans toutes les zones. Elles témoignent d'une époque où le bois était le matériau le plus abordable. Plus récemment, la révolution industrielle a enrichi le patrimoine tarnais. Plusieurs de ces constructions sont distinguées par les monuments historiques : le viadur ferroviaire du Viaur dû à l'ingénieur Paul Bodin, la Centrale électrique de la mine de charbon de Carmaux ou la Centrale hydroélectrique n° 1 du Saut du Tarn à Saint-Juéry. Des travaux d'aménagements ont modifié le centre-ville d'Albi au à la suite des plans de Jean-François Mariès, comme l'ouverture de la place Jean-Jaurès à Castres pour créer un espace urbain non bâti. Quelques éléments d'architecture contemporaine ont été construits. À Albi, le quartier des cordeliers est la zone avant-gardiste de la ville. Il comporte la médiathèque Pierre-Amalric due à l'architecte Pierre Brunerie et inaugurée en 2001. De l'autre côté de la rue, un complexe regroupe un théâtre et un cinéma. Le bâtiment dessiné par Dominique Perrault est mis en service en février 2014. Jules Hardouin-Mansart, architecte, et André Le Nôtre, jardinier du roi, ont dessiné le palais épiscopal et les jardins de l'Évêché de Castres. Jean-François Mariès est connu pour avoir écrit une lettre demandant l'abandon de la démolition de la cathédrale d'Albi décidé sous la Révolution, puis pour avoir initié des travaux d'aménagement du vieil Albi. Pierre Amalric, Albigeois d'adoption, a été mécène de la préservation du centre ancien d'Albi et initiateur de l'association pour la sauvegarde du vieil Alby. Charles Portal a fait un gros travail d'historien et de préservation du patrimoine bâti de Cordes-sur-Ciel. Il est à l'initiative de la création de l'association des amis du vieux Cordes et du musée qui porte son nom. Littérature. Outre les écrivains de langue occitane, le Tarn a vu naître des plumes de langue française. Au , l'académie de Castres, puis début au salon littéraire de l'écrivain Antoinette de Salvan de Saliès, les auteurs contemporains sont lus, commentés et stimulent les plus hardis à proposer leurs textes. Joseph Vaissète né à Gaillac, participe à la rédaction de la monumentale histoire générale de Languedoc. Maurice de Guérin, poète et écrivain, a laissé quelques œuvres méconnues pourtant louées par Charles-Augustin Sainte-Beuve ou George Sand. Sa sœur, Eugénie, a laissé un journal et sa correspondance avec son frère. Des érudits tarnais incluent Balzac, dont le père, Bernard-François Balssa, était natif de la vallée du Viaur. Marcel Marchandeau est un poète gaillacois. Henri Pascal de Rochegude, homme de lettres, a légué son château à la ville d'Albi avec sa bibliothèque. Michel Folco est un écrivain contemporain. Les bibliothèques sont nombreuses. Initialement reliées par la bibliothèque départementale permettant de mutualiser les collections, elles ont été reprises par les intercommunalités sous le vocable de médiathèque, ajoutant presse et outils vidéo à l'édition papier classique. Jean Noël Dominique Escande (1933-2016), écrivain, historien, a collaboré a plusieurs ouvrages collectifs (La Chartreuse de Saix, Jean Valette, la cuisine tarnaise...), a publié des articles dans les revues locales (Sud-Tarn tribune, Les cahiers tarnais, la revue du Tarn...) et a fait paraitre, d'après des correspondances inédites, plusieurs ouvrages sur l'histoire dans le Tarn ( "Escoussens sous la royauté", "Escoussens sous la révolution", "Le Languedoc en Carmagnole", "Les papiers d'Anarcharsis Combes", " Le Vent du Boulet", "Le Journal de Mathieu", " l'Enfance de Clément") disponibles aux Éditions Château d'Escoussens. Peinture et sculpture. Raymond Lafage, dessinateur et graveur, est né à Lisle-sur-Tarn où un musée lui est consacré. Henri de Toulouse-Lautrec a son musée au palais de la Berbie d'Albi. Marcel Briguiboul est l'initiateur du musée Goya de Castres. Jules Cavaillès appartient au mouvement des peintres de la réalité poétique. De nombreuses sculptures ornent places, rond-point et square, mettant à l'honneur la gloire locale. Casimir Ferrer est un artiste contemporain dont de nombreuses œuvres ornent les villes du Tarn. Le musée des beaux-arts de Gaillac présente une collection de peintures d'artistes locaux : Firmin Salabert, élève d'Ingres, Raymond Tournon (père) et ses fils Georges et Raymond. Casimir Ferrer, peintre et sculpteur né à Trébas, a installé son atelier à Saint-Juéry. Jean Noël Dominique Escande (1933-2016), dessinateur, peintre. Musique. Musiciens. Daniel Loddo et la Talvera militent en musique pour la conservation du patrimoine occitan. Claire, du duo féminin d'accordéon burlesque Les Délinquante, est albigeoise. François Sudre, professeur de musique du a créé la méthode solresol. Pierre Boussaguet est un contrebassiste de jazz. Festivals. Festival Pause Guitare à Albi, Été de Vaour, Musique des Lumières à Sorèze, Summer Festival à Blaye-les-Mines... Cinéma et théâtre. Éric Carrière (humoriste), membre du duo Les Chevaliers du Fiel, est né à Gaillac. Fleur Geffrier, actrice de cinéma et de télévision, est originaire de Rabastens. Sciences. Guillaume de Nautonier de Castelfranc est un astronome et géographe protestant. Il a construit un observatoire astronomique dans son château de Castelfranc. De nombreux médecins tarnais ont marqué leur époque. Un des plus anciens connus est Barthélémy Cabrol, chirurgien de Henri IV, puis Pierre Borel au . Au , Philippe Pinel a jeté les bases de la psychiatrie et l'hôpital de Lavaur porte son nom. À la même époque, Antoine Portal, médecin de Louis XVIII, impulsa la création de l'académie de médecine. Au cours du , Pierre Amalric a été un ophtalmologue de réputation mondiale, faisant progresser sa science grâce entre autres à des congrès organisés à Albi. Il a aussi œuvré à la préservation de la vieille ville d'Albi. Toujours dans les métiers de la santé, Pierre Fabre, pharmacien castrais a créé les Laboratoires Pierre Fabre, entreprise de pharmacie et cosmétique. L'expédition de Lapérouse partie en 1786, avait une mission scientifique d'exploration. Elle emmenait des botanistes et zoologistes chargés de noter les êtres vivants rencontrés et devait reconnaître les limites des côtes de l'Océan Pacifique et des archipels qui l'occupent. Jean-François de Lapérouse était leur chef, choisi pour ses qualités humaines et son expérience de la navigation. Paul de Viviès est un météorologue qui mena en 1949, une expédition dans les terres australes et antarctiques françaises, notamment sur l'île Amsterdam où une base scientifique porte son nom. Jean-Louis Étienne, médecin et aventurier, est un explorateur des régions désertiques et un scientifique préoccupé d'environnement. Il a mené des expéditions entre 1986 et 2010. À partir des débuts de l'aviation, mécaniciens et pilotes explorent les airs. Deux Tarnais firent partie des débuts de l'aéropostale : Gaston Vedel, aviateur ou Louis Cavaillès, mécanicien. Cultes. Catholique. L'Église catholique dans le Tarn comporte trois cathédrales à Albi, Castres et Lavaur, issues de l'ancienne organisation à trois diocèses. Seule celle d'Albi est le siège de l'archidiocèse du Tarn. De nombreuses églises représentent les paroisses. Chaque commune a au moins la sienne. Joseph Vaissète, moine né à Gaillac, est connu pour sa participation à la rédaction du monumental ouvrage Histoire générale de Languedoc. Émilie de Vialar a fondé les sœurs de Saint-Joseph-de-l'Apparition, Victor-Félix Bernadou fut cardinal et Antoine Gaubil missionnaire. Jean-Joseph Moussaron, archevêque d'Albi de 1940 à 1956, a initié la béatification de Jeanne-Émilie de Villeneuve et a été reconnu Juste parmi les Nations pour son action sous l'Occupation. Protestants. Historiquement, le sud du département est un bastion du protestantisme. Cette implantation de longue date se présente sous la forme de la présence de temple dans de nombreuses communes, même petites. Les églises évangéliques, réformée. Quelques protestants tarnais sont passés à la postérité. Guillaume de Nautonier de Castelfranc est un pasteur et astronome. Jean de Ligonier, protestant castrais, a fui les persécutions à . Accueilli en Angleterre, il est devenu officier de son armée. Les affaires Calas et Sirven, portées par Voltaire, ont défrayé la chronique des années 1760-1765, obligeant la justice à plus de retenue contre les protestants. Quelques pasteurs du ont marqué l'histoire ou la philosophie de leurs écrits en plus de leur ministère : Daniel Moziman, Camille Rabaud ou Héliodore Jospin. Musulman. Cette religion récente dans le Tarn est essentiellement liée à l'immigration de travailleurs issus de l'Afrique du Nord au . Des mosquées et lieux de prière sont implantés dans les villes d'Albi, Aussillon, Castres, Gaillac, Graulhet, Labruguière, Lavaur, Mazamet et Saint-Juéry. Israélite. Il n'a a pas de synagogue dans le Tarn, les plus proches étant à Toulouse et Montauban. Autres. L'Institut Vajra Yogini, à Marzens est un centre bouddhique. Dans la commune voisine de Labastide-Saint-Georges, le monastère Nalanda accueille des moines. Les deux sites sont des représentants de la tradition Gelugpa, la plus récente des quatre écoles du bouddhisme tibétain. Sport. Rugby à XV. Le Castres olympique est quintuple champion de France de (1949, 1950, 1993, 2013 et 2018), triple vice-champion de France (1995, 2014 et 2022). Le CO termine également premier de la saison régulière en 2001 et en 2022. Le CO est champion de France du groupe B en 1989, vainqueur de la coupe de France en 1948, du Challenge Sud-Radio et du Bouclier européen en 2003. L'US Carmaux est champion de France de en 1951 de en 1972 et de en 1995. Le SC Mazamet est vice-champion de France en 1958 et remporte le challenge Yves du Manoir cette même année. C'est le seul club du département à avoir remporté ce trophée. Le SC Graulhet club phare du département devant le SC Albi et le Castres olympique de 1976 à 1988 est champion de France de groupe B (1991). Le SCG termine notamment premier de la saison régulière du championnat de France de première division en 1965 et 1968. Le SC Albi devient notamment champion des Pyrénées en battant le champion de France en titre le Stade toulousain en 1926, club axé sur la formation qui a récemment vu éclore Adrien Seguret champion du monde junior en 2018. Enfin l'union athlétique gaillacoise ou l'ASV Lavaur ont aussi une équipe connue. La liste non exhaustive de joueurs nés dans le Tarn et ayant porté le maillot de l'équipe de France de rugby à XV montre que le département est une terre de formation de grands joueurs : Daniel Revallier, Alexandre Albouy, Jean-Marc Aué, Yannick Jauzion, Clément Poitrenaud, Yannick Caballero, Geoffrey Palis. Chez les femimines, Safi N'Diaye . Le club de Gaillac a donné le nom de Bernard Laporte au stade Laborie en 2003, et celui de Castres a donné le nom de Pierre Fabre au stade Pierre-Antoine en 2017. Rugby à XIII. Le club Albi Rugby League XIII a remplacé le Racing Club albigeois XIII en 2008. Ce dernier a longtemps constitué l'un des clubs les populaires comme en témoigne les cinq titres de Championnat de France remportés en 1938, 1956, 1958, 1962 et 1977, ainsi qu'une Coupe de France en 1974. Le Racing Club Lescure-Arthès XIII a été champion en en 1991. Réalmont XIII, Marssac rugby XIII, Racing club Valdériès XIII, XIII Saint-Pierrais sont d'autres clubs départementaux. Football. L'ASPTT féminines dispute le Championnat de France de première division pour la première fois. Ce club a connu une brève heure de gloire lorsque Stephanie Roche, joueuse d'Albi, a vu un de ses buts arriver en deuxième place du Prix Puskás de la FIFA 2014 du plus beau but mondial. L'Union sportive d'Albi et le Castres Football Club sont les plus grands clubs masculins en termes de licenciés. Le district du Tarn possède de football labellisées FFF. Claude Puel natif de Castres, jouait en juniors au Castres Football Club quand il est remarqué par l'AS Monaco dont il intègre son centre de formation en 1977. Nabil Taïder natif de Lavaur, commence le football à l'âge de six ans au Castres FC. Repéré dans les équipes de jeunes du Castres FC par Erick Mombaerts, il intègre le centre fédéral de préformation de Castelmaurou à l'âge de treize ans. Guillaume Borne natif de Castres, commence le football à l'AS Lagarrigue, dans la banlieue de Castres, avant de rejoindre le Castres Football Club dans la catégorie benjamins. Lorsqu'il passe dans la catégorie 13 ans, il intègre le Centre de préformation de Castelmaurou. À 15 ans, il intègre le Centre de formation du Stade rennais. Saphir Taïder natif de Castres a joué au Castres FC et à l'US Albi avant d'intégrer le centre de formation du Grenoble Foot 38. Autres sports collectifs. Albi Volley-Ball - USSPA, Castres Volley-Ball Athlétisme. La piste d'athlétisme d'Albi accueille régulièrement des compétitions de haut niveau, organisées par l'ECLA Albi, le club local. Le Championnat de France 2011 a notamment vu Christophe Lemaitre battre le Record de France du 100 mètres en le 29 juillet 2011. En 2012, le DécaNation a permis au public albigeois de voir quelques médaillés se mesurer une semaine après les Jeux olympiques de Londres de 2012, notamment Renaud Lavillenie ou Justin Gatlin. Albi accueille une troisième fois le championnats de France élite en 2018 et le 7 juillet 2018, Ninon Guillon-Romarin ajoute un centimètre à son propre record de France du saut à la perche en décrochant son deuxième titre élite en plein air avec la marque de . Le Marathon d'Albi ou la Ronde givrée du Sidobre sont des compétitions de plein air sur route. Virginie Michanol (sprint) et Célia Perron (heptathlon) sont natives d'Albi et licenciées à l'ECLA Albi. Cyclisme. Le relief varié du Tarn offre des routes variées pour la pratique du cyclisme, mais le département ne possède pas de vélodrome. Le cyclisme de route a donné quelques grands champions comme le Castrais Jacques Esclassan, les frères de Mazamet Laurent Jalabert ou Nicolas Jalabert. Plus récemment on retrouve l'Albigeois Lilian Calmejane vainqueur d'étape sur le Tour de France. Le développement d'autre formes de cyclisme comme le cross ou la descente permet de varier les compétitions. Autres sports individuels. Le judo et le tennis sont des sports bien représentés et l'équitation est bien répartie dans tout le département, entre centre équestres ou tourisme équestre. Sports mécaniques. Le circuit des Planques, entre Albi et Saint-Juéry, a accueilli de 1933 à 1955. L'actuel Circuit d'Albi du Séquestre l'a remplacé en 1959, le premier étant trop dangereux. Les rallye Val d'Agout, rallye du Sidobre et rallye des Côtes du Tarn font partie de la coupe de France des rallyes. Transports. Routier. Réseau. Le réseau routier était de près de en 2012 réparti en d'autoroute, 105 de routes nationales, de routes départementales et de voies communales. L'artère principale du département est l'axe Toulouse-Lyon via la A68 (et la RN88 entièrement en 2x2 voies dans le département) desservant Saint-Sulpice, Gaillac, Albi et Carmaux. Depuis les années 1990, le pôle Castres-Mazamet constate le développement économique du nord du département grâce à cette autoroute et se sent écarté. Un projet d'axe A68-Puylaurens-Castres se met en place. Après d'évolution du projet, de recherche de financement, de choix du parcours et de consultations, en 2015, le dossier est bouclé. Seule l'enquête publique reste à venir avant le début des travaux, même si les détracteurs soutenus par des candidats aux élections départementales continuent à mobiliser contre le projet. Le 12 septembre 2022, le Conseil national de la protection de la nature rend un avis défavorable sur le projet d'autoroute A69, l'objectif de démarrer les travaux en 2023 est cependant maintenu. Transports en commun. Le conseil général a favorisé la réalisation d'un transport d'autobus public départemental, nommé Tarnbus. Pour réduire le nombre de véhicules sur les grands axes, des aires de covoiturage ont été mises en place, en particulier aux bretelles d'accès de l'A68. Ferroviaire. Historique. Lors de la construction du réseau ferré, le Tarn était séparé entre la compagnie d'Orléans et la compagnie du Midi. Cet état de fait explique la présence de deux gares dans une ville de la taille d'Albi. De la ligne de Castelnaudary à Rodez, il ne reste que la portion Albi-Rodez. La plateforme de la portion Albi-Laboutarié-Castres a été transformée en voie verte pour les bicyclettes et amateurs de jogging. la portion Castres-Castelnaudary a été déferrée. La ligne de Castres à Bédarieux a été réduite à la section Castres-Mazamet. La ligne de Brive-la-Gaillarde à Toulouse-Matabiau via Capdenac traverse le Tarn entre Saint-Sulpice et Milhars. Sur cette ligne, à la gare de Tessonnières, se greffe l'embranchement pour Albi. Lignes en 2014. La longueur du réseau tarnais était de en 2013. sont desservies par ces lignes. Les trains circulant dans le Tarn sont essentiellement des TER Occitanie. Ils roulent sur une ligne en Y. La branche commune va de Toulouse à Saint Sulpice ; des travaux y ont été menés entre 2011 et 2013 pour doubler partiellement la voie. De là, la branche sud rejoint Lavaur, Vielmur, Castres, Mazamet. La branche nord passe par Rabastens, Lisle-sur-Tarn, Gaillac, Tessonnières, Marssac, Albi et Carmaux ; la ligne se prolonge vers l'Aveyron et Rodez. À Tessonnières se rattache une ligne qui va vers Capdenac. Une liaison grande ligne qui dessert le Tarn nord via le réseau intercités (Ligne Albi-Carmaux-Rodez-Capdenac-Figeac-Paris) est localement appelé le « train de Jaurès » : c'est un descendant du train que prenait le député de Carmaux pour aller siéger à Paris. Matériel roulant. Les anciens autorails X 2800 ont disparu au cours des années 2000. Les couplages X 2100-XR 6000 et rames réversibles régionales tractées l'ont été dans la première moitié des années 2010. Le matériel plus récent n'a pas toujours été à la hauteur des attentes et les automotrices X 72500 ont été revendues à d'autres régions, après moins de vingt ans de service. Les autorails X 73500 et automotrices autorails grande capacité (AGC) et Régiolis constituent le parc opérant sur le Tarn en 2019. Tourisme. Le Chemin de fer touristique du Tarn, disponible seulement le dimanche, est une attraction touristique sur une petite portion de voie de l'ancien réseau de la Compagnie des chemins de fer à voie étroite et tramways à vapeur du Tarn. Il circule entre Saint-Lieux-lès-Lavaur et le Jardin des Martels, sur la commune de Giroussens. La ligne Albi-Laboutarié-Castres, déferrée, a été remplacée par une voie verte destinée aux randonneurs non motorisés. L'ancienne ligne à voie métrique Castres-Lacaune a été déferrée en 1962, et la plateforme partiellement récupérée pour élargir des routes qui la longeaient. Il subsiste aujourd'hui des ponts et arrêts. Trois réseaux de trains miniatures sont ouverts à la visite. Ils sont gérés sous le régime associatif : le rail miniature castrais, le train miniature gaillacois et le petit train de la Portanelle à Gaillac. Aérien. Le seul aéroport commercial tarnais est celui de Castres-Mazamet. Il propose trois vols dans chaque sens vers et en provenance de Paris-Orly du lundi au vendredi et un vol dans chaque sens le dimanche à la date du 4 mars 2015. L'ancien aéroport d'Albi a été fermé au trafic commercial régulier en 1995. En 2003, un audit financé par la chambre de commerce et d'industrie, le conseil général et mairie d'Albi a démontré la nécessité de rallonger la piste de . Ce coût prohibitif a fait envisager la fermeture. Un comité de défense a été monté, mettant en avant la pérennité d'un site centenaire. En 2010, des élus locaux ont rétorqué que le coût de fonctionnement est élevé pour une structure morte avec l'arrêt des vols réguliers. Les idées de valorisation du site sont nombreuses et les du site sont convoités. Fluvial. Depuis l'époque gallo-romaine, le Tarn a relié l'Albigeois à Bordeaux. Soumises aux caprices des eaux du Tarn, les gabarres descendaient vin et céréales de Gaillac vers la Garonne, avec des ports à Lisle-sur-Tarn et Rabastens. Des chaussées et écluses ont été construites a ces emplacements pour ralentir les crues, mais des querelles existaient en période d'étiage entre meuniers et bateleurs sur l'usage de l'eau stockée. Au cours du , des projets de canal ou d'aménagement du lit de la rivière ont permis d'envisager de rallonger la navigation jusqu'à Albi, voire au saut du Tarn. Ces projets couteux tardent à être se mettre en place et l'arrivée du chemin de fer à Albi en 1854 ruine les espoirs des bateliers. En 1926, le Tarn est déclassé des voies navigables françaises et les éléments présents sur le quai Saint-Jacques de Gaillac sont emportés par la crue des 2 et 3 mars 1930. Ce passé révolu laisse des lieux de promenade au bord de l'eau avec les quais de Gaillac, Lisle-sur-Tarn et Rabastens, des restes de chemins de halage et des écluses. Entre Albi et Aiguelèze (base nautique sur le Tarn sur la commune de Rivières) circule une gabarre l'été. Elle permet de découvrir les berges du Tarn depuis la rivière avec sites naturels, pont de Marssac et berges du Tarn à Albi, incluses dans le classement au patrimoine mondial de la cité épiscopale. À Castres, le coche d'eau « Le Miredames » fait découvrir le centre-ville de Castres et la zone verte du parc de Gourjade. Politique. Élus locaux. Conseillers départementaux. Le conseil départemental du Tarn, reposait sur 46 conseillers issus chacun de leur canton. Depuis les élections départementales de 2015, le nombre de cantons a été ramené à 23, chacun élisant un binôme homme-femme pour le conseil départemental. Le président de l'assemblée départementale est Christophe Ramond depuis 2017. Il remplace Thierry Carcenac, élu sénateur. Députés. Les députés du Tarn ont longtemps été au nombre de 4. Le redécoupage opéré pour les élections législatives de 2012 a créé trois circonscriptions. Les députés de la XVe législature sont élus pour la période 2017-2022. Sénateurs. Les sénateurs sénateurs du Tarn sont Thierry Carcenac et Philippe Bonnecarrère pour la période 2014-2021. Découpages administratifs. Intercommunalités. Depuis le , le département du Tarn compte à fiscalité propre dont le siège est dans le département ( d'agglomération et de communes), dont 2 qui sont interdépartementaux. Par ailleurs 15 communes sont groupées dans 2 intercommunalités dont le siège est situé hors département. Autres. Le nombre de cantons du Tarn était de 46 jusqu'en 2014. À cette date, il a été réduit de moitié, chaque canton ayant un binôme homme-femme élu comme conseiller départemental. Depuis 2017, le conseil départemental est présidé par Christophe Ramond. Le département comporte 314 communes en 2019. Ce nombre est en diminution depuis la création de communes nouvelles comme Bellegarde-Marsal, Fontrieu ou Terre-de-Bancalié. Quelques personnages politiques emblématiques. Ces personnages ont été choisis arbitrairement pour avoir eu un rôle hors du département autre que député ou sénateur. Marc David Lasource fut représentant du Tarn durant la Révolution à l'assemblée législative avant de mourir guillotiné en 1794. Jean Jaurès, député de Carmaux, fut un grand orateur socialiste entre la fin du et 1914, ardent combattant pour la paix. À la même époque, Émile Combes, président du conseil et ministre de la République, a laissé dans la mémoire collective la loi de séparation des Églises et de l'État. Augustin Malroux, député-maire de Blaye-les-Mines, a fait partie des 80 parlementaires qui votèrent contre les pleins pouvoirs à Pétain ; il entra dans la Résistance dès 1940 et mourut en déportation en 1945 à Bergen-Belsen. Georges Spénale, né à Carcassonne mais tarnais d'adoption, a été directeur de cabinet de la France d'outremer sous la quatrième République et président du Parlement européen. Jacques Limouzy fut maire de Castres et secrétaire d'État à plusieurs reprises entre 1969 et 1981. Paul Quilès, né en Algérie mais Tarnais d'adoption, a occupé plusieurs ministères sous la présidence de François Mitterrand : ministre de l'Intérieur, ministre des transports, ministre de la Défense, ministre des postes et télécommunications ou ministre du Logement. Il est maire de Cordes-sur-Ciel depuis 1995. Administration. Générale. Préfecture Albi, sous-préfecture Castres. Forces de police et de sécurité. Gendarmerie. Le Tarn rural est pris en compte par la gendarmerie départementale. Le Siège du groupement départemental est situé à Albi. Trois compagnies sont basées à Albi, Gaillac et Castres. Elles comportent chacune un peloton de surveillance et d'intervention de la Gendarmerie dit PSIG chargé de l'appui aux brigades et une brigade de rechercher chargée plus particulièrement des enquêtes. Le département comporte 23 brigades et un escadron de sécutité routière divisé en deux pelotons motorisés. Trois équipes cynophiles sont incluses dans chaque PSIG. Au total, gèrent un territoire qui représente 74 % de la population tarnaise. Police. Quatre commissariats de police gèrent les zones urbaines d'Albi, Castres, Carmaux et Mazamet. Service départemental d'incendie et de secours. Le SDIS est commandé par l'état-major d'Albi. Le territoire est divisé en trois groupements qui prennent en compte les centres d'incendie et de secours, localement appelées casernes des pompiers. Le groupement nord, basé à Albi, chapeaute les centres d'Alban, Albi, Carmaux, Cordes-sur-Ciel, Lacaune, Murat-sur-Vèbre, Réalmont, Saint-Juéry et Valence-d'Albi. Le groupement sud basé à Castres, concerne les centres de Anglès, Brassac, Castres, Dourgne, Labastide-Rouairoux, Labruguière, Lacrouzette, Mazamet, Montredon-Labessonnié, Puylaurens et Sorèze. Le groupement ouest est basé à Gaillac. Il concerne les centres de Cahuzac-sur-Vère, Castelanu-de-Montmiral, Gaillac, Graulhet, Lavauc, Lisle-sur-Tarn, Rabastens, Saint-Paul-Cap-de-Joux, Saint-Sulpice, Salvagnac et Vaour. Le nombre d'interventions annuelles se situe autour de entre 2013 et 2015, réparties en 2015 pour 75,1 % d'aide à la personne, 8,6 % d'accidents de la circulation, 8,4 % d'incendies et 7,9 % autres. Justice. Le Tarn est doté de deux tribunaux de grande instance et deux tribunaux d'instance, à Albi et Castres. Ces deux villes possèdent aussi un conseil de prudhommes et un tribunal de commerce. La justice départementale dépend de la cour d'appel de Toulouse. Éducation. Le département fait partie de l'académie de Toulouse. Il comptait, en 2014, 322 écoles primaires, 281 publiques et privées pour , publics et , généraux et professionnels publics et pour . Les sites d'enseignement supérieur d'Albi et Castres appartiennent au centre universitaire Jean-François-Champollion. Ce pôle d'enseignement supérieur a été créé en 2002 sur les sites d'Albi, Castres, Figeac et Rodez. Le site d'Albi occupe l'ancienne caserne Lapérouse et accueille , proposant générales : sciences-technologie-santé, droit-économie-gestion, arts-lettres-langues et sciences humaines-sociales. Celui de Castres comporte une école d'ingénieurs informatiques et système d'information pour la santé. Santé. Le département du Tarn disposait, en 2006, d'une capacité d'accueil de répartis pour dans les cliniques privées et pour dans les hôpitaux publics. Les services sont répartis sur onze établissements, hôpitaux et cliniques : quatre à Albi, trois à Castres, un à Carmaux, Gaillac, Graulhet et Lavaur. Pour certains examens fins et pathologies lourdes, ce sont les services de santé de Toulouse qui prennent le relai. Toujours en 2006, médecins étaient en activité, soit 19,1 pour mille habitants, dans la moyenne nationale où le ratio est de 20. Pour les infirmiers, le nombre est de , soit un ratio départemental de 21,3 pour mille contre 10,7 en France et avec 220 dentistes et 333 kinésithérapeutes. Les pharmacies étaient au nombre de 147, tenues par 403 pharmaciens à côté de 20 laboratoires. de retraites disposent de lits et du personnel permettant 674 patients hospitalisés à domicile. Les places en centre pour handicapés sont de 998 lits pour adultes et 731 pour enfants. L'aide sociale à l'enfance dispose de . Militaire. Régiments. Le régiment de parachutistes d'infanterie de marine est stationné à Castres depuis 1962. Ses faits d'armes sont nombreux, en particulier lors d'opérations extérieures. Il a perdu huit de ses hommes lors de l'embuscade d'Uzbin en Afghanistan, le . Albi a accueilli quatre régiments successifs, dont le dernier est le régiment parachutiste de commandement et de soutien dissous en 1992. Son casernement est devenu un bâtiment universitaire appartenant à l'université Champollion. Militaires tarnais. Imbert de Salles faisait partie de la garnison qui a défendu le château de Montségur durant le siège de 1243-1244. John Jean-Louis de Ligonier est un Castrais protestant réfugié en Angleterre où il devint Field marshal. Jean-François de Galaup de Lapérouse et Henri Pascal de Rochegude ont été officiers de marine sous Louis XV et Louis XVI. Jean-de-Dieu Soult est le soldat tarnais de la Révolution le plus connu, devenu maréchal d'Empire. Jean Joseph Ange d'Hautpoul, général d'Empire est mort à Eylau, comme les trois frères Delga, morts à Wagram pour deux d'entre eux et le troisième durant la retraite de Russie. Certains de leurs contemporains ont survécu : Jules-Antoine Paulin, finit directeur des fortifications de Paris et Emmanuel de Las Cases a accompagné Napoléon à Sainte-Hélène et recueilli les mémoires de l'empereur dans son ouvrage Le Mémorial de Sainte-Hélène. Les soldats du les plus connus sont Raymond Adolphe Séré de Rivières, concepteur du réseau de fortification dit système Séré de Rivières ou Louis-Casimir Teyssier défenseur de Bitche en 1870-1871. Dans la marine, la famille Jaurès originaire de Castres a donné trois officiers supérieurs, Charles, amiral et son frère Benjamin, contre amiral et leur cousin, Louis Jaurès, vice-amiral, frêre du politicien Jean. Le général Salan a porté l'uniforme entre 1917 et 1959. Il est un des participants au putsch d'Alger. Paul Aussaresses, parachutiste de la libération de la France aux guerres de décolonisation, a défrayé la chronique en 2000, en assumant son recours à la torture durant la guerre d'Algérie. |
Tarn-et-Garonne Le Tarn-et-Garonne (, ; ) est un département français appartenant à la région Occitanie. Il tire son nom du fleuve Garonne et de son affluent le Tarn. Sa préfecture est Montauban, et son unique sous-préfecture est Castelsarrasin. Chef-lieu d'un canton, Moissac est la troisième ville du département par le nombre d'habitants. L'Insee et la Poste lui attribuent le code 82. Histoire. Ce département a été créé pendant le Premier Empire, sur décret impérial de , le , avec des territoires pris aux départements voisins. En effet, sous l'Ancien Régime, la sénéchaussée de Cahors (12 députés) comprenait quatre bailliages secondaires (dont celui de Montauban), mais la généralité de Montauban englobait à la fois le Quercy et le Rouergue. Après la création des départements en 1790, Montauban n'était plus qu'un chef-lieu de district du Lot, et Castelsarrasin un chef-lieu de district de la Haute-Garonne. Cette situation déplaisait fort aux notables montalbanais ; l'Empereur fut donc sollicité par les gouverneurs de cette ville. Il fut alors décidé de créer, autour de celle-ci, le Tarn-et-Garonne, en annexant des territoires des départements voisins. Au la région Midi-Pyrénées, à laquelle appartenait le département, fusionne avec la région Languedoc-Roussillon pour devenir la nouvelle région administrative Occitanie. Géographie. Le département de Tarn-et-Garonne fait partie de la région Occitanie. Il est limitrophe des départements du Lot, de l'Aveyron, du Tarn, de la Haute-Garonne, du Gers et du Lot-et-Garonne. Malgré sa faible superficie (c'est l'un des plus petits départements de France), le Tarn-et-Garonne possède une grande diversité de paysages et de reliefs. La plaine, située entre le Tarn et la Garonne, ainsi que dans la vallée de l'Aveyron (de son embouchure jusqu'à Montricoux) contraste avec les collines de la Lomagne et du Nord du département. L'Est du Tarn-et-Garonne est un plateau calcaire, un causse où l'on pratique surtout l'élevage. Les gorges de l'Aveyron dans la région de Saint-Antonin-Noble-Val attirent de nombreux touristes par ses paysages et les activités proposées (canoë, randonnée, etc.). Le sommet culminant du département est le Pech Maurel, qui s'élève à et se situe sur la commune de Castanet. Climat. La marche des saisons est parfois irrégulière en Tarn-et-Garonne. Les hivers doux et pluvieux connaissent mieux le givre que la neige. Au printemps, les giboulées peuvent être fréquentes et abondantes. Les étés sont chauds et secs, l’automne doux. En novembre, de belles journées ensoleillées contrastent avec le refroidissement de l’air. Économie. Vue d'ensemble. De 2008 à 2019 la population active est en progression de 4,12 %. Celle ci est due aux services, principalement non marchands, alors que l'agriculture,l'industrie, la construction, diminue. Agriculture. Le Tarn-et-Garonne est un département essentiellement agricole et produit 80 % des fruits de Midi-Pyrénées, soit environ en 2012. Le chasselas de Moissac est renommé dans toute la région, ainsi qu'en France ; il a d'ailleurs reçu l'appellation d'origine contrôlée avec une production de par an en 2012. Moissac avec 29 % de sa surface agricole utilisable consacrée à la culture des fruits, se classe au premier rang des plantations fruitières du département, notamment avec la production des cerises Région Moissac, et elle n'usurpe pas son titre de « capitale des fruits ». Les vins de Tarn-et-Garonne. Le Tarn-et-Garonne est riche de six appellations AOC, AOVDQS et vin de pays. Judiciaire. Le procureur de la république siège au tribunal judiciaire de Montauban. Population et société. Démographie. La démographie de Tarn-et-Garonne est caractérisée par une faible densité, une population en croissance modérée depuis les années 1950 et plus marquée depuis les années 2000. La densité de population de Tarn-et-Garonne, en , est de l'ordre des deux-tiers de celle de la France qui est de pour la même année. Tourisme. Les résidences secondaires. Selon le recensement général de la population du , 6,1 % des logements disponibles dans le département étaient des résidences secondaires. Ce tableau indique les principales communes de Tarn-et-Garonne dont les résidences secondaires et occasionnelles dépassent 10 % du total des logements. Sources : Personnalités. "Cette liste comporte pour l'essentiel les noms des personnalités nées ou éventuellement décédées dans le département". Voir aussi. Bibliographie. La revue d'histoire "Arkheia" consacre depuis dix ans des recherches inédites sur l'histoire du Tarn-et-Garonne au . 1808/1908 " centenaire du département de Tarn-et-Garonne" par la société Ingres" Paris. Monsieur Joseph René Saliné, né à Auvillar le 12/11/1872, a participé à l'écriture du livre, il signe "La Vieille Histoire de notre pays". |
Territoire de Belfort Le Territoire de Belfort est un département français créé en 1922 à partir de l'arrondissement de Belfort, seule partie du Haut-Rhin et de l'Alsace restée à la France après la défaite de 1871. Il était à l'origine nommé « Arrondissement subsistant du Haut-Rhin ». En 1919, il ne réintègre pas le Haut-Rhin, et devient officiellement un département français le , le préfet Abel Jean Bertrand Maisonobe n'étant nommé et installé que le . En 2022, le département fête donc son centenaire. En 2022 toujours, il demeure le seul département français dépourvu de cour d'assises. La cour d'assises compétente est celle de Vesoul, dans le département voisin de la Haute-Saône. En 1956, il n'intègre pas la "région de programme d'Alsace", à l'inverse du Bas-Rhin et du Haut-Rhin. Par un décret de 1960, il est rattaché à la "circonscription d'action régionale de Franche-Comté", avant d'être finalement rattaché à la région Franche-Comté lors de sa création en 1982 à la suite des lois sur la décentralisation. Il est donc séparé administrativement du reste de l'Alsace, sa région historique. Il fait désormais partie de la région Bourgogne-Franche-Comté. L'Insee et la Poste lui attribuent le code 90. La densité de population du département est de en , ce qui est nettement supérieur à celle de la région Bourgogne-Franche-Comté (). Le point culminant du département est le ballon d'Alsace avec une altitude de , ce sommet étant commun à quatre départements et deux régions. Les habitants du Territoire de Belfort n'ont pas de gentilé officiel, mais sont nommés par certains Terrifortains et Terrifortaines. Géographie. Localisation. Le Territoire de Belfort fait partie de la région Bourgogne-Franche-Comté.<br> Il est limitrophe des départements du Doubs, de la Haute-Saône, des Vosges et du Haut-Rhin, ainsi que du canton suisse du Jura.<br> Gentilé et désignations usuelles. Une consultation informelle a été organisée par une radio locale (France Bleu) afin d'une part de confirmer le gentilé des habitants de la commune de Belfort : les Belfortains, et d'autre part pour choisir celui des habitants du département (Territoire de Belfort). Un de personnes ont voté le pour « Terrifortain(s) ». Bien que cette consultation n'ait aucune valeur officielle et qu'il n'y ait eu aucun contrôle des personnes participant au vote (il était possible de voter plusieurs fois), ce nom est parfois utilisé, sans être entré dans l'usage courant. En pratique, la population du Territoire utilise en général le mot « Belfortain » d'une manière assez subtile : pour les habitants de Belfort, cela désigne leur double qualité d'habitants de la ville et du département ; pour les résidents des autres communes, cela fait référence à leur appartenance au Territoire, sans qu'il y ait confusion pour eux avec la ville de Belfort. Cette utilisation du mot « Belfortain » est assez courante entre habitants du département. À l'égard de personnes étrangères au département, on précisera habituellement qu'on est un « habitant du Territoire », lorsque la conversation a lieu dans le département ou à proximité ; si elle a lieu plus loin, ou si l'on s'adresse à une personne ne connaissant pas le département, on précisera que l'on est un « habitant du Territoire de Belfort ». Géologie et relief. Le département est implanté dans un seuil situé entre les Vosges et le Jura, appelé trouée de Belfort. Le point culminant du département se situe au ballon d'Alsace à d'altitude, sur la limite avec le département du Haut-Rhin. Voies de communication et transports. Par sa situation géographique, la "Trouée de Belfort" a toujours été un lieu de passage, une sorte de col à basse altitude entre deux bassins fluviaux : celui du Rhin et celui du Rhône. Ces deux fleuves sont d'ailleurs reliés depuis 1832 par le canal du Rhône au Rhin. Après 1871, le projet de canal de la Haute-Saône, bien qu'inachevé dans sa partie haut-saônoise, devait permettre d'amener aux portes de Belfort et de Montbéliard des péniches chargées de marchandises pondéreuses venues de la partie non annexée de la Lorraine. La voie d'eau ne connaît aujourd'hui pratiquement plus d'activité commerciale en raison de conditions de navigation difficiles (nombreuses écluses côté Alsace, navigation fluviale sur le Doubs aménagé côté Franche-Comté). Le département est également desservi par l'autoroute A36, dont une partie importante du parcours est à deux fois trois voies. Un axe routier est en cours de développement, il s'agit de la liaison Neuchâtel-Paris via Delle, Vesoul et Langres. La liaison est complètement autoroutière en Suisse (Transjurane) et faite de tronçons de voies rapides plus ou moins aménagées en France, mais dont le niveau d'équipement progresse. Berceau d'Alstom et du TGV, le Territoire de Belfort jouit d'une desserte ferroviaire particulièrement dense, qui gravite autour de la gare de Belfort-Ville pour le trafic régional et de la gare de Belfort - Montbéliard TGV pour le trafic grande vitesse via la LGV Rhin-Rhône. La gare de Belfort est le terminus de nombreuses lignes de TER, à destination de Besançon, Mulhouse, Vesoul et Paris (via Troyes). Depuis fin 2018 et la réouverture de la ligne de Belfort à Delle, de nombreux services TER relient Belfort à Delle en passant par Belfort-Montbéliard TGV. Il existe également des trains RegioExpress des CFF reliant la gare TGV à Bienne via Delle, Porrentruy et Delémont. Optymo est le réseau de transports en commun desservant le Territoire de Belfort, articulant dans une même offre des lignes d'autobus, des services d'autopartage et de vélos en libre-service. Urbanisme. Résidences secondaires. Selon le recensement général de la population du , le département comptait 1,3 % de résidences secondaires. Ce tableau indique les principales communes du Territoire de Belfort dont les résidences secondaires et occasionnelles dépassent 10 % des logements totaux. Source Insee, chiffres au . Toponymie. Le nom du territoire de Belfort, vient de celui de sa préfecture du même nom. Le nom de la localité est attesté sous les formes "[In castro de] Belfort" (1226), "[Castrum meum] Bellofortem" (1228), "[Mag. Willelmus de] Belloforti [clericus]" (1284), "Biafort" (1303), "[Ad ecclesiam de] Belloforti / [ecclesie] Bellifortis" (1342), "[Sloss / Statt und herrschafft] Beffort" (1492), "Befurt" (1644), "Belfort" (1659)]. Une des premières mentions écrites de la ville date de 1228, dans le Traité de Grandvillars, sous la forme latinisée "Bellumfortum" ou française "Belfort" en 1226. Il s'agit d'un composé fréquent des éléments "Bel-" « beau » et "-fort", « forteresse », qui désigne généralement un « château fort » avec une construction similaire à Beaufort. Histoire. Le Territoire de Belfort est né en 1871 du traité de Francfort qui mettait fin à la guerre de 1870-1871. Il est alors appelé « arrondissement subsistant du Haut-Rhin ». L'Alsace et la Lorraine avaient la particularité d'être deux régions bilingues et leur démantèlement fut organisé selon des critères linguistiques. L'Empire allemand gagnait ainsi par ce traité la plus grande partie de l'Alsace et un quart de la Lorraine. L'extrême sud-ouest du Haut-Rhin, autour de Belfort, fut laissé à la France et ainsi séparé du reste de l’Alsace. La principale raison est que la population des environs de Belfort était majoritairement francophone (tandis que le reste de l'Alsace était majoritairement germanophone, le principal dialecte alsacien faisant partie des langues germaniques). Ce n'était toutefois pas un critère absolu car on trouvait des francophones et des germanophones aussi bien à Belfort que dans le reste de l'Alsace, seule leur proportion différait. Plusieurs villages francophones des environs de Belfort ainsi que les vallées Welches, bien qu'exclusivement francophones, ont été annexés par l'Empire allemand et font aujourd'hui toujours partie du département du Haut-Rhin. L'autre raison de la non-annexion était que les troupes prussiennes n'avaient pu prendre Belfort en raison de la résistance menée par Denfert-Rochereau, ce qui permit au gouvernement de Défense nationale de négocier la conservation de l'arrondissement au sein de la France. Après avoir longtemps conservé un statut spécial dans l'attente d'un retour de l'intégralité de l'Alsace-Lorraine à la France, le Territoire de Belfort devient officiellement le département français le . Le décret du portant harmonisation des circonscriptions administratives le rattache à la région Franche-Comté plutôt qu'à la région Alsace, décision confirmée en 1982 avec les lois sur la décentralisation qui donnent aux régions françaises le statut de collectivités territoriales. Politique. Administration. Le Territoire de Belfort n'a pas de sous-préfecture (comme les départements de Paris et de Mayotte). Politique environnementale. La Maison départementale de l'Environnement, au bord du lac du Malsaucy, propose des expositions et animations gratuites de sensibilisation à l'environnement. Économie. En 2010, la médiane du revenu fiscal des ménages par unité de consommation du département s'élevait à , cachant des disparités relativement importantes de Belfort () à Bermont (). En 2019, la médiane était de . Tourisme. Le département présente une diversité de paysages façonnés par des influences historiques et géologiques, notamment le Ballon d'Alsace, le massif des Vosges et le lac de Malsaucy. La « route des villages fleuris » emprunte le tracé d'une antique voie romaine qui serpentait dans le Pays sous-vosgien. Le sud du Territoire, riche d'étangs et de rivières, offre quelques-uns des plus beaux belvédères de la région. Depuis le plateau de Croix, le panorama s'étend des Monts d'Ajoie en Suisse à ceux du Jura, en passant par la Forêt-Noire, la plaine d'Alsace et les Vosges. Des centaines de kilomètres de sentiers balisés quadrillent le département et permettent d'en découvrir les paysages, la faune et la flore mais aussi l'histoire au moyen de circuits à thème : fortifications, bornes, mines, canaux, châteaux, églises... Le chemin de halage du canal de la Haute-Saône permet ainsi de se rendre d'Essert à Montbéliard à pied, à cheval ou à vélo. Chaque année en automne, la Trans-Territoire attire plusieurs milliers d'amateurs de VTT. Culture et patrimoine. Lieux et monuments principaux. S'agissant du patrimoine artistique et architectural, Belfort est notamment connu pour sa citadelle, son musée d'Art moderne et pour le Lion de Belfort, sculpture monumentale d'Auguste Bartholdi qui commémore la résistance de la ville assiégée par les Prussiens durant la guerre de 1870. Patrimoine culturel. Depuis très longtemps, le conseil départemental (anciennement appelé conseil général) du Territoire de Belfort comme le conseil municipal de la ville de Belfort favorisent l'accès à la culture du plus large public en subventionnant des institutions ou des manifestations dans tous les domaines de l'art, de la culture et des loisirs, et notamment au travers de l'organisation annuelle du festival des Eurockéennes ainsi que du Festival international de musique universitaire (FIMU) de Belfort. Langues régionales. La langue régionale parlée dans le Territoire de Belfort est le franc-comtois, une langue romane appartenant à la famille des langues d'oïl. Gastronomie régionale. Un indicateur des habitudes de consommation locale est la présence de spécialités locales produites de façon industrielle et vendues en supermarché : spécialités franc-comtoises, telles que la cancoillotte, et spécialités alsaciennes, telles que la Fleishnacka. |
Takeshi Kitano , également connu sous le nom de scène de , est un cinéaste, acteur, animateur de télévision, humoriste, artiste peintre, et écrivain, né le dans le quartier d'Umejima dans l'arrondissement d'Adachi à Tokyo. Il a reçu les louanges de la critique, tant dans son pays qu'à l'étranger, pour son travail cinématographique très singulier. En dehors de son activité de réalisateur, il est connu au Japon surtout sous son pseudonyme de Beat Takeshi. Ses premiers films sont des polars violents et mélancoliques ou des comédies dramatiques remarqués par les critiques pour son esprit pince-sans-rire. Cinématographiquement, Takeshi Kitano est friand de plans-séquence où rien ne semble se passer et de scènes immédiatement coupées dès que la fin de l'action est atteinte. Beaucoup de ses films font preuve d'une philosophie sombre, voire nihiliste mais non sans humour ni affection pour ses personnages. Les films de Kitano, qui semblent laisser des impressions fortes voire controversées auprès du public, prennent la forme de comédies sombres, de récits poétiques (comme l’onirique et troublant "Dolls") ou de films de genre dépeignant le quotidien parfois ridicule d’êtres en marge de la société, soulevant des questions d’ordre moral. Takeshi Kitano, dans l’habit de son avatar télévisé Beat Takeshi, est connu en premier lieu du public japonais comme animateur et acteur de télévision et présentateur d’émissions populaires du petit écran. Il a marqué les esprits du public en animant de longues années un programme télévisé populaire, "Oretachi Hyôkin-zoku" (1981-1989) ou le jeu "Takeshi's Castle" (1986-1989). En tant que cinéaste, son plus gros succès commercial et international est, en 2003, son portrait audacieux de "Zatoichi", un personnage culte du Japon, maintes fois utilisé dans des films ou des séries télévisées. Sa propre société de production Office Kitano, fondée en 1988, a lancé le Tokyo Filmex en 2000. Il quitte Office Kitano en pour rejoindre sa nouvelle société, . Biographie. Vie personnelle. Takeshi Kitano est le plus jeune des quatre enfants de Kikujirō et de Saki Kitano. Son père travaillait comme peintre en bâtiment et a peut-être été yakuza, ce qu'a révélé Takeshi, tandis que sa mère avait une éducation et une discipline stricte, et travaillait dans une usine. Il a deux frères, Shigekazu et Masaru et une sœur, Yasuko. Masaru est professeur à l'université Meiji et apparaît régulièrement dans plusieurs émissions télévisées japonaises. Kitano a épousé , ancienne comique "manzai" (mariage en 1980 - divorce en 2019). Ils ont un fils, Atsushi Kitano et une fille, . Shoko est chanteuse et actrice. Elle a fait ses débuts comme chanteuse, produite par le cofondateur de X Japan, Yoshiki Hayashi, et est apparue sous le nom de Shoko Matsuda (Matsuda étant le nom de jeune fille de sa mère) dans le film de son père "Hana-bi" en 1997. En août 1994, un grave accident de moto l'envoie à l'hôpital où il subit une importante opération chirurgicale pour retrouver l'usage d'un côté de son corps paralysé. La sévérité de ses blessures est apparemment due au fait qu'il ne portait pas de casque. Par la suite, Kitano, réalisateur fasciné par la mort violente, a suggéré lors d'une interview que cet accident était une due à la pression de sa carrière montée en flèche. Après son accident de moto, Kitano reprend la peinture. Son style rappelle celui du peintre franco-russe Marc Chagall. Ses peintures ont été exposées en galerie, publiées sous forme de livres et ornent les pochettes de plusieurs des disques contenant la musique de ses films. Ses œuvres sont mises en évidence dans son film le plus acclamé par la critique, "Hana-bi", sorti en 1997. Désormais reconnu internationalement, Kitano s'est vu attribuer le titre de Licencié honoraire en Sciences de l'ingénierie par l'Université de Meiji le , 34 ans après avoir arrêté ses études pour poursuivre sa carrière dans le spectacle. Le comique. En 1970, à sa sortie de l'université Meiji où il a fait des études scientifiques, Takeshi Kitano trouve un travail de garçon d'ascenseur au Furansu-za (littéralement le « cabaret français »), une salle de spectacle populaire du quartier d'Asakusa, à Tokyo, qui fait office de théâtre de sketchs comiques et de strip-tease. Là, il apprend beaucoup, s’initie aux arts de la scène, en l’occurrence comique, auprès du comédien Senzaburō Fukami. Un jour, un comédien tombe malade. Senzaburō Fukami offre sa chance au jeune Takeshi en lui proposant de le remplacer au pied levé. La salle rit aux éclats, applaudit. C’est un succès, la carrière du jeune comique est lancée. En 1972, il fonde le duo The Two Beats (Beat Takeshi et Beat Kiyoshi) avec son compère Nirō Kaneko ; ils créent ensemble des "manzai", sketchs satiriques basés sur une improvisation verbale. Le pseudonyme et le personnage de Beat Takeshi naissent ainsi. En 1976, ils se produisent à la télévision pour la première fois et obtiennent un succès immédiat qui les propulse au niveau national. La raison de leur succès s’explique par les thèmes récurrents maniés avec un humour décapant, nouveau, par Kitano et son camarade de scène, bien plus risqués que les traditionnels "manzai". Ses plaisanteries politiquement incorrectes ciblent tous azimuts. Des plaintes envoyées aux producteurs de la chaîne provoquent la censure de certains des dialogues et plaisanteries les plus osés. Bien que le couple Two Beats constitue l'un des plus grands succès du genre durant les années 1970 et 80, Kitano décide de continuer seul et le duo est dissout. Certains éléments autobiographiques remontant à sa carrière "manzai" se retrouvent dans son film de 1996, "Kids Return". L'acteur et le réalisateur. En 1983, Takeshi Kitano joue dans son premier grand film : Nagisa Ōshima l'engage en effet pour son film "Furyo". Takeshi y tient le rôle du sergent Gengo Hara, dans un camp de prisonniers de guerre en Indonésie durant la Seconde Guerre mondiale. Kitano le considère comme son . Après plusieurs autres apparitions, pour la plupart dans des comédies, il joue en 1989 dans "Violent Cop", où il tient le rôle d'un détective sociopathe qui répond à la violence par la violence. Lorsque le réalisateur initial Kinji Fukasaku tombe malade, Kitano se propose pour diriger le film. Il remanie considérablement le scénario et transforme son personnage en antihéros solitaire et à contre-courant. Le film est un succès au Japon, tant commercial que critique. Il marque le début de la carrière de réalisateur de Kitano. "Jugatsu", son deuxième film en tant que réalisateur et le premier comme scénariste, sort en 1990. Ce long métrage suit un jeune homme dont l'entraîneur de baseball est menacé par un yakuza local et qui décide de se rendre avec un ami sur l'île d'Okinawa pour se procurer des armes et assouvir sa vengeance. Sur le chemin, ils sont aidés par un gangster psychotique joué par Kitano lui-même, qui a sa propre vengeance à assouvir. Avec une maîtrise complète du script et de la réalisation, Kitano utilise ce film pour affirmer son style : une violence choquante, un humour noir étrange et des scènes d'images arrêtées stoïques. Malgré cela, le film est un échec et ne permet pas de couvrir les coûts de production lors de son exploitation initiale. Le troisième film de Kitano, "A Scene at the Sea", sort en 1991. Il n'y a pas de gangsters, mais un éboueur sourd déterminé à apprendre à surfer après avoir découvert pendant son travail une planche de surf cassée. Une jeune femme, également sourde, suit ses progrès et l'aide lorsqu'elle le peut. Le film montre une facette plus romantique et délicate de Kitano ainsi que l'humour pince-sans-rire qui est une de ses marques de fabrique. Les spectateurs étrangers, qui dépasseront en nombre son public national dans les années qui suivront, ainsi que la presse européenne et notamment française, remarquent les films de Kitano après la sortie de "Sonatine", son quatrième film, en 1993. Il y joue un yakuza de Tokyo envoyé par son patron à Okinawa pour aider à mettre fin à une guerre de gangs. Fatigué de sa vie de gangster, ce personnage découvre que la mission entière est un leurre. Les influences des films dirigés par Kitano sont variées : le cinéma américain, le cinéma japonais et le maître du "yakuza eiga" (films sur la pègre japonaise moderne), Kinji Fukasaku, à qui il rend hommage dans "Sonatine". La sortie de "Getting Any?" en 1995 montre un Kitano retournant à ses racines : la comédie. Ce film, qui se présente comme un assemblage de scènes comiques, se concentre autour d'un personnage, Asao, qui essaye de faire l'amour dans une voiture. Une bonne partie du film moque la culture japonaise populaire, comme Ultraman ou Godzilla et même le personnage de Zatoichi que Kitano lui-même reprendra huit ans plus tard. La même année, Kitano apparaît dans le film de science-fiction "Johnny Mnemonic" de Robert Longo. Kitano réalise ensuite "Kids Return" en 1996. Jusqu'alors, les films de Kitano rencontraient beaucoup de succès auprès des cinéphiles et amateurs étrangers de cinéma d'art et d'essai. En 1997, "Hana-bi", qui lui vaut notamment de remporter le prestigieux Lion d'or à la Mostra de Venise, affirme alors son statut international de cinéaste majeur du cinéma moderne japonais. En parallèle, il continue de jouer pour d'autres réalisateurs. Parmi ses rôles les plus significatifs, figure celui du samouraï Hijikata Toshizō, vice-commandant du Shinsen gumi, dans "Tabou" (1999) de Nagisa Ōshima, et celui du professeur Kitano dans "Battle Royale" (2000), une dystopie à grand succès et controversée, situé dans un futur sombre où un groupe d'adolescents est choisi aléatoirement chaque année pour s'entretuer sur une île déserte. En 1999, Kitano marque également les esprits en incarnant Kikujiro dans son propre film "L'Été de Kikujiro" : il y apparaît comme un petit escroc bon à rien qui finit par faire équipe avec un jeune garçon cherchant sa mère. Le film "Aniki, mon frère" (2001), tourné à Los Angeles, montre un Kitano en yakuza de Tokyo chargé de l'installation d'un empire de drogues à Los Angeles avec l'aide d'un gangster local joué par Omar Epps. Malgré beaucoup de battage médiatique autour du premier film en langue anglaise de Kitano, ce film ne rencontre qu'un accueil mitigé, aux États-Unis comme ailleurs. Kitano devient une cible privilégiée par les critiques aux États-Unis. La critique est moins sévère en Europe et en Asie, quoique beaucoup de critiques ne soient désormais plus aussi élogieux qu'ils l'avaient été pour les films précédents de Kitano. Il dirige ensuite "Dolls", en 2002, dans lequel il raconte trois versions différentes de l'amour éternel. Ce film, dans lequel il ne joue pas, est bien accueilli par le public et la critique. L'adaptation de "Zatoichi" en 2003, dans lequel Kitano est acteur et réalisateur, nous montre toute la verve du réalisateur. Ce film, pour lequel il se teint les cheveux en blond, ce qui choque initialement le Japon car les interprètes traditionnels de Zatoichi ont tous les cheveux noirs, fait taire beaucoup de ses détracteurs. "Zatoichi" est une pure invention cinématographique et une réussite évidente confirmant le talent de ce réalisateur atypique. Avec sa vision nouvelle du personnage, ce film devient le plus grand succès de Kitano au box-office japonais, et connaît le succès lors de sa sortie internationale aux Etats-Unis, en Europe et en Asie – le film obtient notamment un succès au box-office sud-coréen. Il remporte de nombreuses récompenses au Japon comme à l'étranger, notamment le Lion d'argent à la Mostra de Venise. Son film "Takeshis sort au Japon en novembre 2005 avec une accroche inhabituelle en anglais : . Il enchaîne en 2007 avec "Glory to the Filmmaker!", puis en 2008 avec "Achille et la Tortue". Ces trois longs métrages forment une trilogie burlesque et autobiographique de Kitano : "Takeshis traite du Kitano acteur, "Glory to the Filmmaker!" du Kitano réalisateur et "Achille et la Tortue" du Kitano peintre. Son long-métrage suivant, "Outrage" (2010), marque ses retrouvailles avec la veine du film de yakuza. Il continue dans ce genre avec deux suites, ' (2012) et ' (2017). Entre-temps, "Ryuzo 7" sort en 2015. Pour les musiques de ses films, Kitano a fait régulièrement appel au compositeur Joe Hisaishi (notamment connu pour son travail pour le Studio Ghibli), qui collabore à ses films de "A Scene at the Sea", jusqu'à "Dolls". Le personnage de jeux vidéo. Takeshi Kitano apparaît dans un jeu vidéo du nom de "Takeshi no chōsenjō" ("Le Défi de Takeshi") en 1986 sur la console Famicom de Nintendo. Le principe est d'accomplir des missions répétitives, inutiles et presque impossibles telles que chanter 3 fois une chanson pratiquement impossible à chanter (la Famicom possédait un micro), résoudre des énigmes sans aucune logique, ou choisir entre plusieurs choix idiots (comme dans le passage de la carte). Sur l'écran titre, on pouvait lire . Trente ans plus tard, Sega et le Ryū ga Gotoku Studio fait de nouveau appel au personnage de Kitano pour le jeu "Yakuza 6", pour lequel il est modélisé afin d'incarner un antagoniste face à Kazuma Kiryu, le protagoniste principal. Beat Takeshi et Takeshi Kitano. La carrière de Takeshi Kitano balance entre ses deux personnages. Il réserve Takeshi Kitano à ses rôles d'homme « sérieux » (comme le réalisateur, mais aussi certains de ses rôles d'acteur, par exemple dans "Furyo" et "Tokyo Eyes") et Beat Takeshi à l'acteur, le comique et aussi l'animateur d'émissions télévisées. C'est d'ailleurs dans ce cadre qu'il a créé le jeu télévisé "Takeshi's Castle", diffusé sur Tokyo Broadcasting System(TBS) de 1986 à 1989, et ultérieurement dans d'autres pays. Inspirations et influences. Son jeu d'acteur est caractérisé par un visage presque inexpressif. Il en a expliqué la raison en déclarant : . "Sonatine, mélodie mortelle" a très largement été inspiré par "Guerre des gangs à Okinawa" réalisé en 1971 par Kinji Fukasaku. Outre la trame sensiblement identique (un chef de gang téméraire déchu et trahi par son chef est banni de la métropole et s'exile sur l'île d'Okinawa en compagnie de ses lieutenants), et la brutalité des scènes de combat au pistolet ou à main nue (Okinawa est le berceau du karaté et du nunchaku), on décèle une ressemblance frappante entre le chef de gang de chacun des deux films (costume impeccable et lunettes noires de rigueur, esprit fier et de la vieille école, volontiers frondeur envers les vieux caïds), de même qu'entre les deux idylles éphémères mais sincères que vit le héros. Ce qui surtout laisse peu de doute quant à l'inspiration de Kitano par Fukasaku, est la chanson en dialecte d'Okinawa, accompagnée au "shamisen" (un instrument de musique traditionnel à cordes) qui se répète tout au long des deux films. La chanson est interprétée en costumes traditionnels, comme dans le film de Fukasaku. Mais dans le film de Kitano, elle y est aussi « parodiée », par Susumu Terajima et son compère d'Okinawa qui se travestissent un soir d'ennui et de boisson sur la plage… La dérision d'une scène dite sérieuse ou tragique est une constante dans l'œuvre de Kitano. Hommage que Kitano rend à Fukasaku car il ne faut pas oublier que la première expérience de Takeshi en tant que réalisateur est due au désistement "in extremis" de Kinji Fukasaku sur "Violent Cop". Animateur de télévision. Mais Takeshi Kitano, animateur de télévision populaire, est d’abord connu au Japon sous le nom de Beat Takeshi, son double au petit écran. Dans les années 1980, Beat Takeshi rencontre un important succès populaire avec le jeu télévisé "Takeshi's Castle". Ce programme de concours physiques s’apparentant à chaque fois à une farce a gagné une popularité culte aux États-Unis (où certaines parties passent dans l'émission "MXC" sur Spike TV, ainsi qu'au Royaume-Uni). En Italie, le programme était connu sous le titre "Mai dire Banzai" avec le personnage de Kitano renommé Mashiro Tamigi. En Espagne, il est également devenu culte sous le nom de "", pour lequel le doublage, humoristique, n'a rien à voir avec les dialogues réels. Takeshi dirige aussi un programme de télévision hebdomadaire appelé "Beat Takeshi's TV Tackle", regroupant un panel de politiciens et de comiques discutant d’événements d'actualité. Dans les années 2000, il anime "Koko ga hen da yo, nihonjin" (« Hé les Japonais, ça c'est bizarre ! »), un talk-show dans lequel un grand panel d'étrangers parlant japonais débattent de questions sur la société japonaise. Depuis 1997, il est le narrateur de "Kisekitaiken! Unbelievable". Autres activités. Takeshi Kitano s'est également essayé à la chanson, il a sorti plusieurs albums dont certains ont rencontré un certain succès commercial au Japon. Il est aussi un artiste peintre actif et reconnu. Certaines de ses œuvres apparaissent dans son film "Hana-bi" primé à Venise. Takeshi Kitano a été accueilli en 2010 dans les murs de la Fondation Cartier pour l’art contemporain à l’occasion de l’exposition « Takeshi Gosse de peintre », exposition montrée deux ans plus tard au Japon, au Tokyo Opera City. Kitano a écrit plus de cinquante livres de poésie, des critiques de films et plusieurs romans, dont quelques-uns ont aussi été adaptés dans des films par d'autres réalisateurs. Il déclare en septembre 2021 son intention de voter pour le Parti communiste aux élections législatives de novembre. Box-office des films réalisés par Takeshi Kitano. Les films de Takeshi Kitano en tant que réalisateur ont rapporté 114,8 millions de dollars de recettes mondiales, dont 2,4 millions sur le territoire américain. En France, les films réalisés par Kitano ayant connu une distribution en salles totalisent près de 1,7 million d'entrées. Voix françaises. et aussi |
Théâtre japonais Le théâtre japonais, qui se forme au cours du mais hérite de plusieurs siècles de danses rituelles et de spectacles de divertissement variés, se caractérise par un répertoire fortement ancré dans la littérature et par une forte tendance à la stylisation et à la recherche d’esthétisme. Trois périodes marquent l’histoire du théâtre japonais. Premièrement, les origines de l’art théâtral sont recherchées depuis l’Antiquité jusqu’au dans les danses rituelles shinto ou bouddhiques, les festivals et divertissements populaires ainsi que les farces et pantomimes, tant autochtones qu’importés d’Asie. La seconde période est celle du théâtre classique, défini par trois genres bien distincts : le nô, drame lyrique raffiné et poétique, le "bunraku" ou "ningyō jōruri", théâtre de marionnettes littéraire, et le kabuki, spectacle dramatique des bourgeois. La troisième période couvre le théâtre moderne, après l’ouverture du Japon sur le monde à l’époque Meiji. Les Japonais rompent avec la période classique d’abord via le "shingeki", le théâtre expérimental à l’occidentale, puis avec la prépondérance de l’avant-garde. Chaque époque a accouché de grands dramaturges qui ont fait l’histoire de l’art théâtral japonais, au rang desquels figurent Zeami, théoricien du nô, Chikamatsu, instigateur d’un véritable art dramatique, Kawatake Mokuami, rénovateur du kabuki après l’ouverture du pays, ou Kaoru Osanai, artisan du développement du théâtre moderne. Chaque forme du théâtre japonais, classique ou moderne, possède des caractéristiques de jeu et de dramaturgie variées, dont les plus typiques sont l’usage récurrent de masques raffinés ou caricaturaux, l’importance de la danse et de la musique d’accompagnement, la gestuelle stylisée des acteurs ainsi que la forte hiérarchisation des rôles dans les troupes de théâtre. De nos jours, l’art du théâtre japonais est mondialement reconnu pour sa qualité, ses trois genres classiques étant tous inscrits au patrimoine culturel immatériel de l'humanité. Histoire. Origines du théâtre japonais. Le théâtre japonais trouve ses origines dans les danses rituelles et la chorégraphie sacrée. L’entrée de ces danses dans le folklore s’effectue par la perte progressive de leur sens religieux au profit de plus d’esthétique et de raffinement, notamment à l’instigation de la cour impériale à partir du , ainsi que leur représentation dans le monde profane pour le divertissement des hommes et non plus seulement des dieux. Ce processus de folklorisation de tout un ensemble hétérogène de danses, farces et pantomimes aboutit à la naissance à partir du d’une forme de théâtre élaboré purement japonais. Les danses rituelles, au début très rudimentaires, ont l’originalité dans les arts vivants japonais d’avoir des origines tant autochtones qu’importées du continent asiatique. Parmi les rites autochtones figurent les "kagura" (« divertissement des dieux ») et les danses agraires des milieux ruraux. De Chine et de Corée viennent diverses formes de spectacles et de chorégraphies, dont le "gigaku", le "bugaku" et les danses bouddhiques. Les danses rituelles autochtones ("kagura", "ta-mai", "dengaku"). Les plus anciennes formes attestées d’art du spectacle au Japon datent du , prenant la forme de transes et rites shamaniques. Les vastes chroniques historiques du "Kojiki" et du "Nihon shoki" mentionnent notamment les danses shinto nommées "Ame no uzume no mikoto" données en l’honneur d’Amaterasu (divinité du soleil), ainsi que les pantomimes profanes d’Umisashi célébrées pour marquer la soumission d’un peuple vaincu à son conquérant. Les "kagura" sont les rites shinto donnés pour le « divertissement des dieux ». Dès le , deux formes principales de "kagura" sont bien identifiées dans la tradition shinto : les danses comme possédées par une divinité et les bouffonneries données pour apaiser une divinité en la faisant rire. Les "kagura" primitifs appartiennent au registre des « danses rituelles magiques » excessives, dont il ne subsiste aujourd’hui que des danses adaptées dans les sanctuaires shinto, les miko-mai, effectuées par de jeunes filles. En effet, entre le , les "kagura" sont harmonisés selon les canons de la musique chinoise puis réglementés par la cour impériale en 1002, prenant finalement la forme de . On les nomme "mi-kagura" : le sens religieux profond des "kagura" primitifs s’effacent au . À l’époque, la cour inspire tous les arts et ces "mi-kagura" se répandent dans le pays pour des représentations parfois en dehors des fêtes religieuses ; les "kagura" à l’extérieur du palais sont appelés "sato-kagura" dont les plus fameux sont fondés sur les traditions des grands sanctuaires shinto. La perte du sens religieux est moins prégnante dans les danses agraires ("ta-mai") au moins jusqu’au . Elles ont conservé plus longtemps leurs caractères primitifs, rituels et locaux. Les deux types principaux de danses agraires sont le "ta-ue" (danse pour repiquage du riz) et l’"ama-goi" (prière pour la pluie), auxquels s’ajoutent d’autres rites comme les danses pour remercier les dieux, pour protéger les récoltes ou pour éloigner les épidémies ; tous ces rituels sont primitivement des danses empreintes de . Le repiquage du riz est traditionnellement dévolu aux jeunes filles qui évoluent au rythme des tambours et des flûtes des hommes, peut-être embryon de danses. Localement, les danses agraires sont encore pratiquées de nos jours par les paysans, mais au cours de l’histoire, elles connaissent tout comme les "kagura" une harmonisation selon les canons de la cour pour devenir des danses de pur folklore par une . Dès le , ces danses des champs sont organisées dans les grands temples des villes et surtout de Kyoto, la capitale impériale ; les citadins les nomment "dengaku". Très populaires lors des fêtes saisonnières shinto, ces rituels à destination magique deviennent peu à peu spectacles, avec des acteurs qui interprétaient le rôle des repiqueuses ou des propriétaires terriens pour plus de réalisme. Ce premier élément dramatique transforme vite le "dengaku" en . Vers 1250, on appelle ces farces "dengaku nô", pour les séparer des danses agraires primitives et provinciales, et en l’espace d’un siècle, les "dengaku nô" sont tenus en dehors des temples, représentations profanes très prisées des citadins et des nobles vers 1350 avant d’être concurrencées puis supplantées par le "sarugaku" puis le nô (appelé à l’origine "sarugaku nô"). Danses importées du continent et rituels bouddhiques ("gigaku", "bugaku", "sangaku"). Si les Japonais ont très vite eu le goût d’adapter et harmoniser les danses primitives autochtones pour en faire des divertissements esthétiques ou des farces populaires, il en va de même pour les divers rituels importés du continent, principalement de Chine et de Corée. Ce sont tous ces éléments peu à peu dénués de leur caractère magique et religieux et intégrés au folklore qui conduisent à la formation d’un théâtre japonais élaboré. Parmi les plus anciens spectacles importés d’Asie figure le "gigaku", apporté de Corée en 612 selon la tradition. Il s’agit en réalité d’un ensemble assez hétérogène de divertissements en vogue en Chine et en Corée, mêlant processions, danses, farces et pantomimes. Au Japon, les spectacles "gigaku" sont d’abord tenus à l’occasion des fêtes bouddhiques, puis intégrés aux cérémonies de la cour. Trait caractéristique du genre, les acteurs portent de grands masques de laque sèche ou de bois peignant avec des expressions caricaturales des personnages étranges et exotiques pour les Japonais d’alors. Toutefois, le "gigaku" disparaît assez rapidement des grands centres, et dès le , cette tradition était marginale, si bien que nous n’en connaissons que peu de choses de nos jours, hormis par les documents anciens comme le "Kyōkunshō" écrit en 1233 par Koma Chikazane. Cet abandon s’explique peut-être par le caractère parfois grossier du "gigaku", par exemple la danse "mara-furi" (« secouer le phallus ») où un danseur mène en laisse un personnage représentant un phallus. Arrivé d’Asie aux , le "bugaku" regroupe toutes les danses asiatiques anciennes conservées par la cour impériale (via l’Office de la musique). Au Japon, le "bugaku" est étroitement lié à la cour et aux temples de la région de Kyoto : il est raffiné et sa musique, nommée "gagaku", est très élaborée. Le "gagaku" a contribué à forger les canons musicaux des aristocrates. Rapidement, il se constitue à la cour un répertoire de musiques et danses religieuses moins archaïques, fortement inspiré par le continent, mais conservant un lien avec les rites traditionnel. Les "mi-kagura" évoqués plus haut, qui sont des "kagura" harmonisés pour gagner en esthétique et en raffinement sur le modèle du "bugaku", peuvent être vus comme des sortes de "bugaku". Très dynamique durant toute l’époque de Heian, l’art du "bugaku" est ensuite préservé par l’ancienne aristocratie et perdure jusqu’à nos jours sous la forme de danses abstraites et esthétiques où la dimension dramatique voir folklorique est devenue ténue. Si les représentations de "bugaku" n’ont été prisées que par l’élite aristocratique et religieuse, il en va tout autrement du "sangaku", introduit de Corée et de Chine aux , mais moins raffiné et d’essence purement populaire. Plus rarement associé aux cérémonies religieuses, il s’agit de . Dès le , le "sangaku" chinois est appelé "sarugaku" (singerie ou musique de singe) au Japon, qui s’enrichit au contact du peuple des saynètes comiques ou de mimiques. Les spectacles hétérogènes de "sarugaku" sont très proches du "dengaku" autochtone au . Fortement populaire, profane et parfois vulgaire, le "sarugaku" et le "sarugaku nô" ont eu comme le dengaku une importance primordiale sur la naissance du théâtre japonais. En effet, Kan’ami et Zeami, les deux fondateurs du nô (le premier véritable genre du théâtre classique japonais), sont tous deux chefs d’une troupe de "sarugaku". En ce sens, le nô peut être décrit comme l’. Pour les Japonais du , la danse et la religion sont si étroitement liées qu’ils ont immédiatement associé ces danses importées du continent ("gigaku", "bugaku", "sangaku") au bouddhisme, introduit au même moment, mais ce lien semble ténu en Asie : ces danses avaient certes une valeur religieuse, mais pas nécessairement bouddhique. Tout au contraire, le bouddhisme n’incorpore pas de rituel dansé ni de représentation sacrée, si bien que le clergé japonais dût inventer toutes sortes de danses rituelles pour satisfaire leurs fidèles : processions inspirées du "gigaku", farces, pantomimes, ou bien, importé de Chine et originaires d’Inde et d’Asie, exorcisme ("zushi" ou "noronji") qui donne très vite des danses d’exorcistes prisées au et incorporées dans les "sarugaku". De danses purement bouddhiques, il n’existe que l’odori-nenbutsu (danses d’invocations) conçu par Ippen, fondateur de l’école Ji shū du bouddhisme de la Terre pure au . Ippen imagine, pour rendre cette pratique plus attractive, un rituel de récitation dansé et chanté un peu extatique, rythmé par les percussions. Peu à peu, ces danses abandonnent comme nombre de danses liturgiques au Japon leur signification religieuse pour devenir des petits drames mimés ou parlés, et finalement entrer dans le domaine du folklore et du profane. Théâtre classique. Théâtre sous les shoguns Ashikaga (nô, "kyōgen"). Les premières formes abouties du théâtre japonais, le nô et le "kyōgen", émergent des différentes danses et pantomimes religieuses peu à peu incorporées au folklore, donc au monde profane, et réalisées par des troupes qui se professionnalisent et font évoluer leur art. Avant le , plusieurs formes de spectacles appelés nô cohabitent, souvent joués aussi bien pour les cérémonies religieuses que profanes par des moines ou des troupes professionnelles, comme le "sarugaku nô", le "dengaku nô", l’"ennen nô", le "shugen nô", etc. La dernière étape avant la formation d’un véritable spectacle dramatique est l’apparition du dialogue. Ce dernier apparaît principalement dans les festivals populaires, les "matsuri", où s’instaurent des échanges parlés entre danseurs. Les troupes de "sarugaku" adaptent notamment des légendes traditionnelles des cérémonies religieuses du Nouvel An en spectacle à plusieurs personnages qui dialoguent ; à l’époque de Kamakura, les troupes de "sarugaku" jouent ces pièces dans les temples du Japon auprès du peuple. Vers 1350, le "dengaku nô" est prisé par les élites pour sa tradition littéraire et poétique, alors que le "sarugaku nô" est perçu comme plus populaire, voir grotesque et vulgaire. À son apogée, les programmes de "dengaku nô" sont très soigneusement élaborés (numéros dramatiques, danses, acrobaties, accompagnement musical) et touchent un public très vaste, depuis les empereurs jusqu’aux badauds des festivals de campagne. Cette situation change lors d’une représentation de "sarugaku nô" à laquelle assiste le shogun Ashikaga Yoshimitsu en 1374. Impressionné par le jeu de l’acteur, il l’invite au palais sous sa protection, malgré les réticences de sa cour. Cet acteur se nomme Kan’ami, et son fils Zeami. Kan’ami a gagné une certaine reconnaissance en ayant fait évoluer sa pratique du "sarugaku" par l’emprunt d’éléments du "dengaku" pour forger ce que l’on nommera plus tard le nô. Le "dengaku nô" mettait au-dessus de tout la recherche d’un esthétisme très raffiné que les Japonais appellent "yūgen", le « charme discret ». Cette recherche du "yūgen" conduit rapidement le genre dans un maniérisme extrême dénué d’originalité. Kan’ami a l’idée de combiner pour ses drames lyriques le "yūgen" avec la mimique dramatique ("monomane") du "sarugaku", plus rude et plus impétueuse, adaptée à la mise en scène de personnages violents comme des guerriers et des démons. Il fait aussi évoluer la musique et le chant, en s’inspirant de la musique populaire et rythmique "kusemai". Ces évolutions, poursuivies et théorisées par son fils Zeami, rompent définitivement avec la tradition en ce qu’elles placent la beauté du spectacle avant les contraintes rituelles et cérémonielles : seul compte désormais l’art théâtral et l’esthétisme, qui ne doivent pas se plier aux exigences du religieux. Cette manière théâtrale a connu un grand succès auprès de la cour shogunale. Kan’ami dirige une des sept confréries ("za") d’acteurs "sarugaku" nommée Yūzaki : il semble que très vite, les six autres confréries ainsi que les deux confréries de "dengaku" qui existaient à son époque ont soit disparu, soit copié son nô. Kan’ami meurt en 1384, et c’est son fils Zeami, élevé à la cour du shogun, qui reprend sa suite au palais et qui a eu une importance déterminante dans l’établissement du nô et plus généralement du théâtre classique japonais. Avec son père, Zeami est le fondateur de l’école d’acteurs nô Kanze (Kanze-ryū). Loin de se contenter du répertoire de son père, il réécrit et arrange à sa manière ces pièces et pioche également dans le répertoire du "dengaku". En effet, il accorde dans son théâtre une importance grandissante puis prépondérante à un principe qu’il nomme "sōō", la « concordance » entre l’auteur et son époque, entre l’auteur et l’acteur, et entre l’acteur et son public. Ainsi, il réécrit non seulement toutes les pièces du répertoire passées à son goût, mais encourage aussi les acteurs à écrire ou improviser, afin de satisfaire un public désormais divers et exigent. Historiquement, Zeami est l’auteur le plus prolifique du nô avec une centaine de pièces, soit près de la moitié du répertoire connu et joué de nos jours, et il a également légué ses "Traités" qui théorisent le nô tel qu’il le pratique. Zeami conserve son prestige à la cour sous les shoguns Ashikaga Yoshimitsu, Ashikaga Yoshimochi et Ashikaga Yoshikazu. Mais, alors qu’il se fait vieux, le shogun Ashikaga Yoshinori renvoie Zeami et son fils et leur interdit l’accès au palais. Parmi les successeurs potentiels de Zeami figurent en effet son fils, Motosama, très doué d’après son père mais qui meurt jeune en 1432, son élève et gendre Komparu Zenchiku et son neveu On’ami. C’est ce dernier, très bon acteur et habile courtisan, qui obtient les faveurs du shogun et le poste de Zeami au palais. Zeami toutefois, après la mort de son fils, choisit pour successeur Komparu Zenchiku, un des maîtres du nô au style complexe et subtil, auteurs de plusieurs pièces et traités techniques. Zenchiku était un acteur moins brillant qu’On’ami, mais un auteur érudit versé dans la poésie traditionnelle et la théologie bouddhique. Ce choix, qui ne privilégie ni les liens du sang ni la préférence du shogun, provoque toutefois une rupture entre les écoles Kanze (dirigée par On’ami) et Komparu. Zeami est exilé en 1334 et meurt en 1444, à Kyoto où il a pu rentrer peu avant la fin de sa vie. Sous la direction de l’école Kanze par On’ami, les représentations de nô restent très prisées : son style très vivant est plus en phase avec le goût de l’époque. Quelques bons auteurs font vivre le nô, toujours très populaire, aux , mais avec moins de talent que les précurseurs. Les nouvelles pièces du répertoire sont plus dramatiques, splendides et compréhensibles, tandis que des troupes amateurs au jeu spontané récoltent quelques succès. Toutefois, le genre finit par disparaître de l’espace public sous l’époque d'Edo, Toyotomi Hideyoshi étant le dernier grand protecteur du genre. Le nô devient l’art officiel des cérémonies des daimyos sous le patronage direct du shogunat Tokugawa et n’est plus guère joué que dans les châteaux et devient plus lent, austère, distingué, soumis au conservatisme. Cette phase de classicisme sans créativité du nô s’inscrit dans l’air du temps, celui du shogunat Tokugawa et ses cérémonies dignes et solennelles séparées des divertissements du peuple, si bien que toute innovation était proscrite. C’est ce nô au rythme très lent qui est connu aujourd’hui, probablement très éloigné des pièces de Zeami. Le "kyōgen", théâtre comique, est un genre qui se développe dès le et dont les représentations sont souvent liées à celles du nô, théâtre lyrique. L’ensemble des deux est ultérieurement appelé le théâtre "nōgaku", car les "kyōgen" s’intercalent traditionnellement entre les pièces de nô. Tout comme le nô, le "kyōgen" dérive du "sarugaku" et en conserve l’aspect populaire, les pitreries et la prépondérance de l’improvisation, bien que les premiers développements du genre soient très mal documentés. Dans la tradition, peut-être même depuis Zeami, une pièce de "kyōgen" est toujours jouée entre deux pièces de nô pour détendre et reposer le spectateur. À la fin du , le shogunat Tokugawa patronne les trois principales écoles de "kyōgen" (Ôkura, Sagi et Izumi). Théâtre de l’époque d’Edo (bunraku, kabuki). Sous l’époque d'Edo, le théâtre nô est donc réservé à la classe dirigeante du shogunat Tokugawa et son cérémonial fermé. Mais une nouvelle classe opulente marque de son empreinte la culture de ce Japon pré-moderne : les "chōnin", les bourgeois riches et citadins, bien qu’au bas de l’échelle sociale, qui habitent dans les grands centres urbains, dont Edo (Tokyo), Kyoto et Osaka. Ces transformations permettent le développement de nouvelles formes d’art, de divertissement et même de dépravation à destination de ces bourgeois. Dans le théâtre, deux principaux genres émergent avec le début de l’époque d’Edo : le théâtre de marionnettes ("ningyō jōruri" ou "bunraku") et le kabuki, qui rencontrent à leur apogée un succès extraordinaire. Le Japon médiéval a une longue tradition de marionnettistes et de conteurs itinérants, parfois marginaux, qui se produisent lors des rituels chamaniques à l’origine, puis les festivals religieux ou profanes. Aux , les spectacles de poupées encore rudimentaires reprennent le répertoire du nô ou les récits populaires des conteurs médiévaux, tandis qu’un nouveau répertoire émerge au rythme plus enlevé accompagné d’un instrument de musique importé au Japon au , le shamisen. Les spectacles issus de ce répertoire nouveau s’appellent le "ningyō jōruri" (que l’on connaît de nos jours sous le nom de "bunraku"), qui s’impose comme le théâtre de marionnettes traditionnel du Japon à la fin du . Le bunraku réunit plusieurs formes de spectacles : les marionnettes bien sûr, la tradition des conteurs médiévaux ("jōruri") et la musique dynamique du shamisen qui accompagne les "jōruri". Les archives subsistantes attribuent le premier spectacle de bunraku à Menuyaki Chōsaburō, un conteur de province, aux environs des années 1580. Au début de l’époque d’Edo, les pièces en vogue ont une trame narrative simple reposant sur l’épique et les légendes ou héros du passés, mais gagnent en profondeur grâce à des dramaturges d’Osaka plus versé dans le nô, dont Harima-no-jō et Uji Kaga-no-jō. C’est à Osaka, villes opulente, que le nouveau bunraku, art élaboré et raffiné, se développe à partir des années 1680 au sein du théâtre Takemoto-za grâce à la collaboration de deux hommes, le conteur Takemoto Gidayū et le dramaturge Chikamatsu Monzaemon, servis par le marionnettiste Hachirobei. Gidayū instaure la structure typique des pièces de marionnettes en cinq actes et développe sa palette de conteur, assurant les voix de tous les personnages tant pour le chant que les dialogues et la poésie. Contrairement aux conteurs médiévaux, son mode de récitation, nommé "Gidayū-bushi" en son honneur, est nettement plus varié et nuancé, et sa renommée surpasse à Osaka tous ses rivaux. Les représentations de Gidayū ont d’autant plus de succès qu’elles sont servies par le génie de Chikamatsu, l’un des plus grands dramaturges du Japon, qui fonde les bases du répertoire du bunraku (largement repris dans le kabuki) et du théâtre dramatique japonais en général. Il retravaille d’abord les pièces traditionnelles en approfondissant le , puis innove avec la mise en scène de situations du quotidien dans ses . Chikamatsu écrit intensivement jusqu’à la fin de sa vie, pour Gidayū jusqu’à sa mort en 1714, puis pour le fils de ce dernier, Masadayū. Le bunraku connaît à la fin du et au début du de nombreuses améliorations qui maintiennent cet art vivant : les pièces deviennent plus longues, les décors gagnent en complexité et en somptuosité et les marionnettes sont plus perfectionnées. L’innovation la plus marquante est à mettre sur le compte de Yoshida Bunzaburō, qui crée dans les années 1730 des marionnettes de grandes tailles maniées par trois marionnettistes. L’âge d’or du bunraku se poursuit après Chikamatsu avec des artistes comme Takeda Izumo II, Miyoshi Shōraku ou Namiri Senryū, puis, en raison des difficultés économiques et de la concurrence du kabuki, le genre décline dans la seconde moitié du , marquée par les fermetures de deux principaux théâtres d’Osaka : Toyotake-za en 1765 et Takemoto-za en 1772. Au , seules deux salles d’importance accueillent régulièrement des spectacles de marionnettes, le Bunraku-za (ouvert en 1872), d’où dérive de nos jours le terme "bunraku", synonyme de "ningyō jōruri", ainsi que le Théâtre national du Japon (ouvert en 1966). Au début de l’époque d’Edo, presque en même temps que le bunraku, apparaît le kabuki. Son inventrice est une danseuse itinérante, Izumo no Okuni, qui a l’idée de former un spectacle inspiré des danses de festivals populaires, notamment les "fūryū", les "nenbutsu odori" (danses bouddhiques), les "yakako odori" (danses de jeunes filles) et les troupes de nô de femmes, sur fond de musique nô, mais à la gestuelle versant dans l’érotisme et recourant au travestissement. Le terme kabuki (« excentrique », « extravagant ») pour désigner ces spectacles en plein air est attesté en 1603 à Kyoto. Okuni rencontre un succès considérable qui lui permet d’ouvrir une salle de théâtre à Edo en 1604 et même de jouer devant la cour shogunale en 1607. Ses premiers émules sont à chercher dans les lupanars, où les danses érotiques d’Okuni sont reprises sur scène dans des situations fortement suggestives, comme la sortie du bain, par des prostituées au son du shamisen qui remplace l’orchestre traditionnel nô. Toutefois, le shogunat interdit bientôt ces spectacles scandaleux. Les mignons, jeunes adolescents pratiquant la même activité que ces dames, remplacent rapidement les prostitués dans les spectacles de kabuki, mais, tout autant prisés par les samouraïs que les bourgeois, le shogunat interdit bien vite cette nouvelle forme de spectacle érotique prélude à la prostitution. Ce n’est qu’après quelques mois d’inactivité que le pouvoir autorise la réouverture des établissements de kabuki sous certaines restrictions, notamment l’obligation d’instaurer un véritable développement narratif dans les représentations. En réalité, la fermeté de la position du shogunat reste ambiguë : ce n’est pas tant la prostitution que le mélange des classes qui froissait le pouvoir en place, or, le kabuki est prisé tant par les bourgeois que par les samouraïs désœuvés. Toujours est-il que l’obligation d’incorporer dans les pièces une action dramatique en 1653 contribue à transformer le kabuki en un véritable genre de théâtre avec l’apparition de dramaturges spécialisés, tandis que les acteurs sont désormais sélectionnés pour leur talent scénique plus que leur beauté, bien qu’étant souvent toujours issus des quartiers de plaisirs et continuant pour certains à se prostituer à l’adolescence. Dans la veine du style de Chikamatsu, qui écrit durant la première partie de sa carrière pour le kabuki, les acteurs comme Sakata Tōjūrō I ou Ayame visent à plus de réalisme dans leur jeu, allant par exemple jusqu’à vivre quotidiennement en travesti pour mieux camper les rôles de femme. Le répertoire du kabuki gagne également en richesse par l’adaptation systématique des pièces du bunraku, notamment les chefs-d’œuvre de Chikamatsu ; l’acteur-dramaturge Danjūrō II apparaît comme l’un des principaux artisans de l’adaptation des pièces de marionnettes. Après une période de déclin d’une cinquantaine d’années en raison de nouveaux interdits de l’État, le kabuki supplante en popularité le théâtre de marionnettes à partir du dernier quart du , après avoir repris une bonne partie de son répertoire et avec l’émergence de nouvelles pièces, et continue à faire recette tout au long de l’époque Meiji jusqu’à nos jours. Au , deux dramaturges permettent au kabuki de s’affranchir du répertoire désormais classique du bunraku : Tsuruya Nanboku avec ses drames fantastiques et surtout Kawatake Mokuami avec ses scènes du petit peuple parfois jugées amorales qui rénove le genre arrivé à ses limites. Caractéristiques des principaux genres. Nô : drame lyrique. Jeu et répertoire. De nos jours, le nô (appelé sous son ancien nom "sarugaku nô" jusqu’à l’époque Meiji) incarne peut-être le style du théâtre japonais le plus traditionnel et le plus surprenant pour l’observateur étranger. Si cet art est actuellement caractérisé par sa lenteur et sa solennité, il n’en allait pas de même à l’époque de ses fondateurs et de ses théoriciens (le principal étant Zeami). En peu de mots, le nô se définit comme un mêlant jeu, chant, danse et musique, ou, plus longuement, comme un . Le nô, fortement stylisé et dont les principes esthétiques ont été formalisés par Zeami, accorde une importance prépondérante au charme et au saisissement des représentations, plutôt qu’à l’action dramatique. Le répertoire actuel du nô se compose de quelque deux cent cinquante pièces, dont l’auteur le plus prolifique est Zeami avec quasiment la moitié du répertoire. Les pièces peuvent être classées selon leur thème et la saison à laquelle elles sont traditionnellement jouées. Souvent dans le nô, les pièces ne sont pas originales mais adaptées d’un auteur plus ancien et dont la forme primitive du texte ne nous est pas parvenue : Zeami a par exemple arrangé l’essentiel du répertoire de son père Kan’ami ainsi que d’autres pièces de "sarugaku" ou de "dengaku" (les ancêtres directs du nô). Dramaturgie et thèmes d’une « journée de nô ». Il existe deux grands groupes de nô : les nô d’apparitions ("mugen nō") et les nô du monde réel ("genzai nō"). Les pièces de ces deux groupes ont une structure récurrente inspirée des rituels religieux, composée de deux actes et d’un interlude. Les nô d’apparitions mettent en scène fantômes, divinités, démons et autres personnages imaginaires : le premier acte est l’apparition du personnage imaginaire sous une forme humaine (vieillard ou parfois jeune femme) qui raconte de façon décousue sa vie passée, ses légendes et ses tourments. L’interlude ("ai") est un résumé comique ou factuel du récit du personnage ou des légendes associées au lieu, généralement fait par un acteur de "kyōgen" ; il permet à l’acteur principal de changer de costume. Le deuxième acte est le point d’orgue où le personnage imaginaire se révèle dans un costume impressionnant sous sa véritable forme et revit son récit du premier acte de façon très désordonnée, sans même conserver de fil chronologique. Dans cet acte, musique, chant et danses se mêlent pour livrer un spectacle qui doit fasciner le spectateur par son surréalisme et sa poésie. Lorsque le personnage est un esprit ou un fantôme, cette partie est le plus souvent onirique. Ces pièces font généralement appel à la littérature et aux légendes traditionnelles. Quant aux nô du monde réel, ils sont tournés vers l’expression plus ou moins implicite des sentiments des personnages humains dans des situations tragiques au moyen du dialogue, du chant et de la danse. L’interlude entre les deux actes n’a plus de fonction réelle si ce n’est marquer une coupure, et le récit en appelle moins à la tradition littéraire et poétique. Traditionnellement, un spectacle de nô se compose de cinq pièces de nô différentes ("gobandate"), avec une pièce de "kyōgen" entre chacune : R. Sieffert nomme un tel programme une . Ce n’est plus nécessairement le cas de nos jours où un nombre variable de nô peut être joué, d’un à cinq. Lors des représentations importantes comme au Nouvel An, le spectacle débute par l’Okina, la danse du vieillard à la charge religieuse forte. Les thèmes des nô sont traditionnellement classés en cinq catégories : nô de dieux ("kami mono"), nô de guerriers ("shura mono"), nô de femmes ("kazura moo"), nô variés ("zutsa mono") et nô de démons ("oni mono"). Lors des journées de nô exceptionnelles, il faut rajouter une sixième représentation qui est l’Okina, la danse du vieillard jouée en tout début de journée. C’est dans l’Okina que le caractère primitif et religieux des anciens "kagura" subsiste. Les pièces de toutes les catégories excepté la quatrième appartiennent majoritairement aux nô d’apparition. Les nô de dieux font appel à une divinité du shinto (les "kami") ou plus rarement du bouddhisme (par exemple les dieux-dragon originaires de Chine) : le plus souvent, le dieu apparaît sous forme humaine au premier acte, puis vient danser au deuxième acte pour bénir le pays et les spectateurs. Les nô de guerriers mettent en scène l’esprit d’un guerrier mort condamné à revenir errer sur terre, qui fait le récit de sa vie passée et de ses batailles ; le texte se réfère souvent aux anciennes chroniques épiques, bien que le propos veuille surtout mettre en lumière un quelconque tourment de l’homme qui le condamne à hanter le monde des vivants. Les nô de femmes introduisent l’esprit d’une femme célèbre au passé douloureux, humaine issue des vieux romans classiques ("Dit du Genji", "Contes d’Ise"...) ou déesse, et sont l’occasion d’une danse douce et gracieuse au deuxième acte, sans réelle action. Enfin, les nô de démons font appel à un personnage surnaturel, démons, créatures peuplant les enfers bouddhiques, ou plus rarement un être surnaturel de bon augure comme les dragons. La danse tout comme la musique et le rythme de ces pièces sont plus dynamiques et le jeu plus violent. La quatrième catégorie (nô variés) correspond peu ou prou à l’ensemble des nô du monde réel. Quelques thèmes principaux dans ces pièces peuvent être identifiés : les "kyōran mono", nô de délire ou de désespoir (généralement à la suite de la disparition d’un être cher comme un enfant ou un amour trahi) ; les nô épiques puisant dans les chroniques historiques (le "Dit des Heike" par exemple) ; les "ninjō", nô de sentiments humains souvent tragiques (enfant maltraité, guerrier déchu, noble exilé...) ; les nô de divertissement, délaissant le récit au profit de la beauté esthétique des danses et des chants ; les nô surnaturels. Ces derniers sont classés dans les nô du monde réel dès lors que l’apparition des créatures imaginaires se fait dans le contexte historique d’une chronique d’événements réels, renvoyant au folklore et aux croyances populaires. La composition du programme d’une journée de nô consiste donc en cinq pièces choisies parmi chacune des cinq catégories décrites ci-dessus, dans l’ordre et en fonction de la saison. Cet agencement, nommé en japonais "jo-ha-kyū" (littéralement : introduction, développement, conclusion) est repris par Zeami de la musique classique et tient compte des dispositions du spectateur tout au long de la journée, qui peut durer plus de huit heures. L’ouverture par un nô de divinité permet de marquer la rupture avec le quotidien via une pièce d’apparition, et dispense les paroles de bon augure pour la journée. Le spectateur doit en ressortir disposé pour les pièces suivantes, et donc le second nô peut être plus complexe, poétique et ancré dans la tradition : les nô de guerriers sont adaptés pour cela. Le troisième nô, qui correspond au pic d’attention du spectateur, est celui de femmes qui a une forte valeur esthétique et traditionnelle. Après cela, l’attention du spectateur décroît et les pièces variées du monde réel, qui demandent moins de réflexion et d’érudition, sont jouées. Enfin, les nô de démons permettent, par leur rythme rapide et puissant, de régénérer le spectateur fatigué et de le remettre dans de bonnes dispositions pour le retour au quotidien. C’est également pourquoi les nô de démons puisent moins dans les légendes et textes anciens que les autres nô d’apparition. Ainsi se termine dans la tradition une journée de nô. Rôles. Dans le nô existe quatre types de rôles différents : les actants ("shitekata"), le médium ("wakikata"), les rôles de "kyōgen" ("kyōgenkata") et les musiciens ("hayashikata"). Une pièce nô a toujours un rôle principal, le "shite" (« celui qui fait »), joué par un homme, qui doit être capable d’interpréter tout type de personnages (vieillard, femme, guerrier, moine...) ainsi que danser et chanter. Dans les nô d’apparition, il s’agit souvent du seul actant de la pièce. Il porte toujours un masque, sauf exceptionnellement pour les rôles de jeunes hommes ou les pièces du monde réel, et revêt les costumes les plus somptueux. Le "shite" subit généralement une transformation ou une métamorphose entre le premier et le second acte, comme un dieu ou esprit qui se révèle sous sa vraie forme. Dans les nô du monde réel, c’est plutôt la situation qui connaît un retournement radical. Le "shite" peut être accompagné d’autres acteurs : les "tsure" qui accompagnent les chants, mais n’interviennent pas, sauf exceptions, dans le déroulement du récit, et les "tomo" qui jouent les personnages annexes, souvent les serviteurs du "shite". Parmi les actants, il faut également compter le "ji", le chœur qui représente toujours un personnage, une voix, un sentiment, et se substitue momentanément à un personnage de la pièce ; par exemple, dans le second acte des nô d’apparition, c’est souvent le chœur qui narre ou commente l’action. Enfin, le ou les "kōken" ne jouent pas de rôle mais, faisant partie intégrante de la pièce, s’assurent de son bon déroulement en faisant apparaître et disparaître les accessoires nécessaires au fil du jeu (éventail, sabre...). Le pendant du "shite" est le "waki" (« celui qui est sur le côté ») qui fait parler et jouer le "shite", qui décrit les lieux et les situations. Assis de côté sur la scène, il sert de médium entre le public et le "shite", surtout dans les nô d’apparition, à la manière du deutéragoniste dans le théâtre grec. Dans les nô oniriques d’esprits ou de fantôme, le troisième acte est le plus souvent un songe du "waki", tandis que dans les nô du monde réel, son rôle est celui d’un personnage de l’action. Comme le "shite", le "waki" est toujours un homme en costume, mais sans masque (sauf pour les rôles de femmes), qui peut incarner tout type de personnages selon le récit : moine, aristocrate, guerrier, gens du peuple. Il peut être accompagné de ses propres "tsure", c’est-à-dire de ses propres compagnons. Le rôle du "waki" est essentiel dans le premier acte : il a pour but de révéler la véritable forme du "shite", de provoquer sa du second acte en dialoguant. Parvenu à cette fin, il s’efface du spectacle et, dans les nô d’apparition, fait souvent mine de dormir tout au long du dernier acte car celui-ci se déroule comme dans un songe du "waki". Dans une pièce de nô, les acteurs de "kyōgen" interviennent lors de l’interlude pour permettre au "shite" de changer de costume et de masque. Personnages populaires, ils interviennent pour narrer les légendes associées à un lieu, un personnage ou une divinité, souvent mais pas nécessairement de façon comique. Ces acteurs incarnent également dans les nô les personnages secondaires de basse exaction, paysans, valets, etc. Scène. La scène, conventionnelle depuis environ 1700, procède du dispositif chinois : un quadrilatère à peu près nu (excepté le "kagami-ita", peinture d’un pin au fond de la scène) ouvert sur trois côtés entre les pilastres de cèdre qui en marquent les angles. Le mur à droite de la scène est appelé "kagami-ita", tableau-miroir. Une petite porte y est ménagée pour permettre l’entrée des aides de scène et du chœur. La scène, surélevée, est toujours surmontée d’un toit, même en intérieur, et entourée au niveau du sol de gravier blanc dans lequel sont plantés de petits pins au pied des piliers. Sous la scène se trouve un système de jarres de céramique amplifiant les sons lors des danses. Les détails de ce système sont l’apanage des familles de constructeurs de scènes de nô. Pour les acteurs, l’accès à la scène se fait par le "hashigakari", passerelle étroite à gauche de la scène, dispositif adapté ensuite au kabuki en "chemin des fleurs" ("hanamichi"). Considéré comme partie intégrante de la scène, ce chemin est fermé côté coulisses par un rideau à cinq couleurs. Le rythme et la vitesse d’ouverture de ce rideau donnent au public des indications sur l’ambiance de la scène. À ce moment l’acteur encore invisible, effectue un "hiraki" vers le public, puis se remet face à la passerelle et commence son entrée. Ainsi, il est déjà en scène avant même d’apparaître au public et le personnage qu’il incarne se lance sur la longue passerelle, le "hashigakari" qui impose des entrées spectaculaires. Le long de cette passerelle sont disposés trois pins à la taille decrescendo ; ceux-ci sont des points de repère utilisés par l’acteur jusqu’à son arrivée sur le plateau principal. Le public est disposé face à la scène "(butai)" ainsi qu’entre le pont et le flanc gauche du "butai". Observé sur 180 degrés, l’acteur doit en conséquence prêter une attention particulière à son placement. Les masques restreignant beaucoup son champ de vision, l’acteur utilise les quatre piliers pour se repérer et le pilier à la jointure de la passerelle et du plateau principal (dit le pilier du "shite") pour se positionner. "Kyōgen" : théâtre comique. Dramaturgie et répertoire. Le "kyōgen" (« paroles folles ») est le théâtre de registre comique fortement lié au nô, puisque les pièces de "kyōgen" sont jouées entre les pièces de nô dans les programmes traditionnels. Ce n’est qu’à l’époque d’Edo au que le genre se stabilise et est codifié (essentiellement par Ōkura Tora-akira), intrinsèquement lié au nô et devient un genre du théâtre classique. Le genre trouve sa source dans le quotidien du peuple et le réalisme, n’hésitant pas à mêler farce ou satire, mais en gommant les aspects grossiers ou choquants du "sarugaku" qui déplairaient aux spectateurs raffinés des journées de nô. Le "kyōgen" invoque une large palette du registre comique, aussi bien par le langage que la gestuelle. Le répertoire actuel du "kyōgen" est similaire en volume à celui du nô : quelque 200 pièces différentes. La plupart sont anonymes, ou plutôt l’auteur original n’a que peu d’importance. En effet, le "kyōgen" laisse au départ un très grande part à l’improvisation et une liberté d’adaptation en fonction des représentations. Chaque troupe peut donc jouer une version différente d’une même pièce, en improvisant sur une version de base elle-même remaniée selon la sensibilité de l’auteur. Ce n’est d’ailleurs qu’à partir du que les "kyōgen", à tout le moins leur trame, sont couchés sur papier. De même, les interludes ("ai") des pièces nô jouées par un acteur de "kyōgen" ne sont jamais rédigés. En ce sens, le genre est souvent comparé à la Commedia dell’arte en Europe. Les archives mentionnent quelques-uns des célèbres auteurs de "kyōgen" de l’époque médiévale, par exemple Gen’e, directeur de l’école Ôkura. Fonction et thèmes. Traditionnellement, quatre "kyōgen" sont joués entre les cinq nô dans un programme d’une « journée de nô », qui dure jusqu’à dix heures. Ils visent à détendre le spectateur après la tension émotionnelle que cherchent à provoquer les pièces de nô, car il serait assurément exténuant d’assister à cinq nô sans pause ni détente. C’est la raison pour laquelle les "kyōgen" sont intimement liés au nô et permettent au spectateur d’apprécier une journée entière de théâtre. Les catégories de pièces de "kyōgen" sont moins formalisées que les pièces de nô, et peuvent être regroupées de différentes manières : selon les personnages, l’origine provinciale, l’importance du dialogue, la complexité de la pièce, l’usage de masques... Les écoles actuelles de "kyōgen" répartissent essentiellement leurs pièces en fonction du type de personnages mis en scène (seigneur, paysan, valet, moine, femme, démons...). De façon générale, les "kyōgen" les plus simples sont des pitreries ou des bouffonneries sans histoire, visant à provoquer un rire populaire. Viennent ensuite les pièces de comique ou de satire populaire, reposant généralement sur des stéréotypes bien établis et des personnages du peuple : les querelles de couples, les rapports entre maîtres et valets, les moqueries de moines bons vivants... Dans leur forme la plus aboutie, ces farces peuvent devenir des comédies simples jouées en plusieurs actes, mais toujours avec une forte connotation satirique et stéréotypée. En marge, quelques "kyōgen" n’hésitent pas à parodier les pièces de nô en en reprenant, de façon grotesque, les costumes et les personnages. Il faut aussi compter les spectacles de chansons, et une dizaine de "kyōgen" qui sont inclassables. Les "kyōgen" ne sont toutefois jamais caustiques ou engagés, les troupes d’acteurs "kyōgen" dépendant des troupes de nô et jouant pour amuser son public, incluant les élites. Rôles. En général, un "kyōgen" inclut deux ou trois personnages. Le "shite" (ou "omo") joue le personnage principal tandis que les "ado", les rôles secondaires, lui donnent le plus souvent la réplique. Les autres personnages sont tous des "koado", c’est-à-dire des rôles subsidiaires. L’acteur de "kyōgen" clame distinctement son texte, à la différence du nô, et ses gestes sont dynamiques. La mimique est expressive et des masques ne sont que rarement portés, sauf pour les parodies de nô. "Ningyō jōruri" ou bunraku : théâtre de marionnettes. Jeux d’acteurs et de marionnettes. Le "ningyō jōruri" ou bunraku est souvent décrit comme le théâtre de marionnettes le plus avancé du monde, notamment car son raffinement, sa poésie et ses sources littéraires le destinent à un public d’adultes et non d’enfants. Le bunraku associe trois formes artistiques. Premièrement, la manipulation des marionnettes ou poupées, qui mesurent environ un mètre à un mètre cinquante, est réalisée par des marionnettistes parfaitement visibles sur la scène, au sein du décor. Deuxièmement, les dialogues, bruits, chants et déclamations poétiques sont assurés par le conteur appelé "tayū". Pour les pièces longues, plusieurs "tayū" se relaient car assurer toutes les voix est éreintant. Enfin, la musique d’accompagnement est jouée au shamisen, et un chœur chante dans certains passages lyriques. Le "tayū" et le joueur de shamisen sont tous deux visibles au bord de la scène, habillés en costume de l’époque d’Edo. La manipulation des marionnettes évolue durant l’histoire du bunraku. Au début, elles sont rudimentaires et tenues à bout de bras au-dessus de la tête grâce à des tiges, les opérateurs restant cachés. Puis ces derniers investissent la scène en manipulant les poupées à niveau de visage ; cette technique permet un meilleur contrôle de la gestuelle et de la tête des marionnettes, parfois au moyen d’automate. Finalement, le système de manipulation à trois marionnettistes (un maître accompagné de deux assistants vêtus et masqués de noir) apparu au cours des années 1730 est le plus évolué et le plus raffiné ; cette technique requiert une coordination parfaite, qui est en pratique réglée sur la respiration du maître, et des poupées de plus grandes tailles qui ravissent le public de l’époque. À l’intérieur des poupées, des mécanismes actionnés par des fils ou des clapets permettent d’actionner les doigts ou des parties du visage. La présence des marionnettistes sur la scène donne une grande profondeur à la gestuelle, car aussi bien les mouvements de la marionnette que ceux des hommes qui les manipulent participent à l’expression théâtrale. La récitation typique du bunraku se nomme "Gidayū-bushi", du nom de son inventeur. Synthétisant la tradition des conteurs, ce style mêle chanson et narration avec beaucoup d’emphase afin de transmettre les sentiments des personnages de l’histoire, masculins ou féminins. Trois techniques de diction doivent être maîtrisées par le conteur : les parties parlées habituelles au théâtre, les parties chantées ou mélodiques, et les parties intermédiaires permettant les transitions dans un registre poétique ; toutefois, les mélodies peuvent elles-mêmes se décliner en différents niveaux. La physionomie même du conteur souligne les sentiments exprimés dans la scène. L’harmonie qui naît de la bonne synchronisation entre la parole, le geste et la musique, contribue au raffinement esthétique du bunraku. Dramaturgie et thèmes. Le répertoire du bunraku est le plus littéraire du théâtre japonais. Il se divise en deux catégories principales : les pièces d’époque ("jidai-mono") à la manière ancienne et les tragédies bourgeoises ("sewa-mono") à la manière nouvelle. Les pièces d’époque, dont l’histoire se déroule avant l’époque d’Edo, héritent essentiellement des histoires classiques, épopées et légendes narrées par les conteurs médiévaux, souvent issues de la littérature et du nô. Le registre épique est très apprécié, mettant en scène les héros de l’histoire japonaise présents par exemple dans le "Heike monogatari", le "Soga monogatari" ou l’histoire des "Quarante-sept rōnin". Avec Chikamatsu, le genre gagne quelque peu en réalisme, mettant l’accent sur les situations théâtrales et les personnages plutôt que l’exactitude historique. La seconde catégorie, le théâtre social, est une innovation de Chikamatsu (sa première pièce du genre, "Suicides d'amour à Sonezaki", est jouée en 1703) : il s’extrait du répertoire classique pour mettre en scène la vie privée et contemporaine des bourgeois, marchands, commerçants ou apprentis. Ces pièces sont de nos jours considérées comme les chefs-d'œuvre du dramaturge. Parmi les thèmes favoris de ce figurent le double suicide tragique de deux amants dont l’amour est rendu impossible par les contraintes sociales, l’adultère, les affaires criminelles, les amours entre jeunes gens de classe différente et autres faits-divers publics... Les successeurs de Chikamatsu écrivent des pièces qui peuvent se classer dans une troisième catégorie intermédiaire, mêlant pièces d’époque et tragédies bourgeoises ("jidai-sewa mono"). Gidayū et Chikamatsu confèrent au bunraku sa structure traditionnelle, en faisant évoluer tant le répertoire que le mode de narration et de chant. Ils s’inspirent du nô pour conférer la forme standard en trois ou cinq actes des pièces de marionnettes, selon le principe du "jo-ha-kyū". Généralement, les pièces d’époque ("jidai-mono") sont jouées en cinq actes et les tragédies bourgeoises ("sewa-mono") en trois actes. Dans la structure à cinq actes, les deux premiers introduisent la situation et les personnages, le troisième, point culminant de la pièce souvent marqué par un événement tragique, permet le développement de l’action, le quatrième repose sur une scène de voyage poétique dansante sans réelle progression du récit, instaurant une atmosphère douce et belle après la tension du troisième acte, enfin, le cinquième acte apporte le dénouement heureux. Dans la structure en trois actes, le rythme s’accélère tout au long de la pièce : le premier acte introduit la pièce, le second permet le développement du récit et le dernier acte est le point d’orgue amenant au dénouement souvent tragique. Bien que ces deux structures soient les plus représentées, plusieurs dramaturges après Chikamatsu s’essayent à des pièces plus longues et complexes, jusqu’à plus de dix actes, souvent émaillées de scènes frappantes mais n’ayant que peu de rapport avec le développement du récit. Chaque acte se découpe lui-même en trois parties nommées "kuchi" (début), "naka" (milieu) et "kiri" (conclusion, le point d’orgue de l’acte), sur le principe du "jo-ha-kyū" dans le nô. Le jeu des marionnettes accompagne la narration, excepté les passages dansés, traditionnellement lors des scènes de voyages poétiques ("michiyuki") inspirées du nô. Ces scènes de danses lyriques et poignantes sont appelées "keigoto". Scène. La scène classique comprend deux espaces de jeux larges mais peu profonds, un en avant et un en arrière légèrement surélevé : le premier espace ("funazoko"), sans décor, sert aux scènes d’extérieur, tandis que le second espace ("yatai", la scène principale) accueille les passages d’intérieur, avec un décor riche, incluant des habitations ouvertes en façade construites aux dimensions des poupées. Devant ces deux espaces se trouve une avant-scène permettant l’ouverture du rideau. Face à la scène, chaque espace possède une partition de bois (nommée "tesuri") cachant le bas des jambes des marionnettistes, et donnant l’illusion que les marionnettes évoluent sur le sol. Le fond de la scène est occupé par une large toile de fond. Enfin, le conteur et le joueur de shamisen occupent une scène annexe ("yuka") située à droite de la scène principale du point de vue des spectateurs. Kabuki : drame des bourgeois. Dramaturgie et jeu. Le kabuki est fortement marqué par la culture bourgeoise (des "chōnin") de l’époque d’Edo, et ce n’est qu’après plusieurs décennies après son apparition que le genre, issu des quartiers de plaisir, prend sa forme définitive, à la fois drame et grand spectacle. Comme le nô ou le bunraku, un programme traditionnel de kabuki comprend plusieurs pièces jouées sur une journée. Les premiers dramaturges n’esquissent que des situations sur lesquelles les acteurs improvisent librement, puis, lorsque le kabuki est devenu mature, les troupes s’attachent les services d’un groupe de dramaturges, dirigé par un maître, qui collabore à l’écriture d’un scénario complet, tenant compte tant des exigences de la censure et des financiers que des acteurs disponibles et des susceptibilités des vedettes de la troupe. Les acteurs en particulier sont fortement spécialisés dans un type de rôle bien déterminé parmi une large palette possible. De nouvelles pièces sont donc écrites chaque année : partant d’une situation (d’un canevas) initiale souvent piochée dans le répertoire classique ("Heike monogatari", "Soga monogatari", "Taiheiki"...), les dramaturges développent un récit en fonction de leur sensibilité ainsi que des conventions et exigences extérieures. Ces auteurs probablement issus de la classe des "chōnin" demeurent souvent inconnus de nos jours, à l’exception des maîtres comme Chikamatsu, Danjūrō, Nanboku ou Mokuami. Si le programme d’une journée de kabuki suit en général les principes du "jo-ha-kyū" de Zeami, les pièces sont en revanche très hétéroclites, intégrant de nombreuses scènes frappantes parfois sans rapport avec l’intrigue et changeant constamment de registres, du comique au tragique, du fait-divers à l’épique, du réalisme au fantastique. En réalité, une pièce de kabuki prend plutôt la forme d’une série d’épisodes indépendants, à la différence du théâtre structuré de Chikamatsu. Le jeu des acteurs de kabuki se caractérise essentiellement par les manières et les poses. Il existe deux principales manières, c’est-à-dire deux façons de jouer : "aragoto" (manière forte) et "wagoto" (manière douce). Le jeu "aragoto" fait appel à des paroles et des gestes exagérés et impétueux, adaptés aux rôles de guerriers ; Ichikawa Danjūrō I est l’inventeur de cette manière qu’il jouait avec un maquillage frappant. Le "wagoto", popularisé par Tōjūrō, privilégie au contraire le réalisme du jeu de l’acteur, notamment dans les tragédies bourgeoises. Il faut aussi ajouter l’art de l’"onnagata", ces personnages féminins joués avec le plus grand réalisme par des acteurs travestis. Un autre aspect typique du kabuki réside dans les poses exagérées ("mie") ou élégantes ("kimari") que prennent les acteurs pour exprimer une émotion intense, qui doit stupéfier l’assistance et marquer un sommet de la représentation. Le dialogue demeure souvent pauvre dans le kabuki, étant cantonné à la description des situations et des sentiments, car le jeu stylisé des acteurs, seul à même de transcrire l’ des confrontations entre personnages, priment résolument. Particularité du kabuki sur les autres genres classiques, le public participe pleinement au spectacle : cris, approbations et applaudissements ponctuent les moments clés et les poses frappantes ("mie"). Le genre reste en effet un spectacle né pour le divertissement des bourgeois. Thèmes. Les pièces de kabuki peuvent se catégoriser de la même façon que celles de bunraku : d’une part, les pièces d’époque ("jidai-mono") traitent des événements et héros du passé (c’est-à-dire avant l’époque d’Edo), d’autre part, les tragédies bourgeoises ("sewa-mono") contemporaines mettent en scène des personnages anonymes de la classe des "chōnin". Cette distinction est donc amenée au kabuki comme au bunraku par Chikamatsu. Dans le kabuki, il convient de rajouter une troisième catégorie, les "shosa-goto", courtes pièces de danse souvent intercalées entre deux représentations dramatiques. Plus spécifiquement, le répertoire peut également se diviser selon l’origine des pièces : adaptées du bunraku, adaptées du nô ou spécifiques au kabuki. Enfin, les pièces écrites à l’époque moderne sont classées à part, relevant du « nouveau kabuki » ("shin kabuki"). Après Chikamatsu, les auteurs n’hésitent pas à intégrer des éléments contemporains de tragédies bourgeoises dans un cadre historique ancien, mêlant "jidai-mono" et "sewa-mono". Scène et machinerie. La scène de kabuki comprend une projection complète qui traverse le parterre du public jusqu’à l’arrière-salle nommée , utilisée pour les entrées et les sorties les plus spectaculaires, ainsi que les poses ("mie") des vedettes. La révélation d’une identité secrète ou la transformation d’un personnage constituant un point crucial d’une grande partie des pièces du répertoire, les moyens de faire apparaître ou disparaître rapidement un acteur se sont multipliés à partir du , sous la forme de dispositifs scéniques variés, comme des trappes ("seri") ou des plateaux permettant de faire pivoter tout ou partie de la scène. Le "mawari butai", la scène circulaire tournante, a été développée au cours de l’ère Kyōhō (1716–1735). Prenant d’abord la forme d’une plate-forme circulaire montée sur roues et placée sur la scène, cette technique a évolué par l’intégration de la plate-forme roulante dans la scène elle-même. Si les lumières sont parfois éteintes lors de la rotation qui permet un changement de décor ("kuraten", rotation dans l’obscurité), elles sont le plus souvent laissées en place, les acteurs jouant une scène de transition pendant la rotation de la plate-forme ("akaten", rotation à la lumière). Comme dans le nô, les assistants de scène nommés "kōken" interviennent durant les pièces pour apporter et faire disparaître les accessoires nécessaires. Le théâtre japonais en France. En 1900, à l’occasion de l’Exposition universelle, Yakko Sada fait sa première apparition en France, et devient une des vedettes des spectacles de Loïe Fuller. Elle présente avec sa troupe "La Geisha et le samouraï", une manière de kabuki adapté au goût occidental, et provoque une révélation entre autres chez André Gide (qui vient voir six fois de suite le spectacle), Isadora Duncan, Adolphe Appia, Gordon Craig, Meyerhold, etc. En 1911, Lugné-Poe met en scène une pièce « japonisante » au théâtre de l’Œuvre, "L’Amour de Kesa" de Robert d’Humières. En 1924, Jacques Copeau tente de monter un authentique nô, "Kantan", mais l’expérience s’arrête aux répétitions et ne se jouera jamais. En 1927, Firmin Gémier fait monter par un Japonais, au théâtre des Champs-Élysées, une pièce de kabuki traduite en français, "Le Masque" ("Shuzenji monogatari"), avec des décors de Fujita et dans laquelle il joue. Ensuite, la perception en France du théâtre japonais vient aussi, et peut-être surtout, des réflexions de Paul Claudel, qui est ambassadeur de France au Japon de 1921 à 1927. Il consigne ses impressions sur le nô en 1929 dans "L’Oiseau noir dans le soleil levant" et donne cette définition : « Le drame est l’avènement de quelque chose ; le nô est l’avènement de quelqu’un ». Puis en 1948, Jean Dasté tente lui aussi l’expérience à la Comédie de Saint-Étienne en montant une pièce du fils de Zeami, "Sumidagawa". Dans les années 1960, trois artistes japonais, ayant tous individuellement suivi une formation traditionnelle, font chacun de leur côté le choix de s’exiler du Japon pour venir faire du théâtre moderne en France : Dans les années 1970, le festival de Nancy dirigé par Jack Lang et le théâtre d'Orsay dirigé par Jean-Louis Barrault deviennent les lieux d’accueil privilégiés de troupes traditionnelles japonaises, et le public français découvre aussi le buto avec Kazuo Ono et Min Tanaka. Depuis, presque chaque année une forme ou l’autre de spectacle japonais se produit en France, et ce dans des lieux prestigieux, comme le théâtre du Châtelet, le théâtre des Champs-Élysées, le théâtre de la Ville, le Festival d'Automne, et bien sûr le Festival d'Avignon. À partir de 1980, avec l’ouverture à Paris du théâtre du Temps, de nombreux centres culturels franco-japonais voient le jour, et le public peut aussi découvrir de jeunes créateurs, séparément des troupes confirmées comme Sankaï Juku. Enfin, en 1997 se crée à Paris la Maison de la Culture du Japon qui accueille toute l’année des artistes japonais. En 2008-2009, le théâtre 2 Gennevilliers présente des pièces en japonais, surtitrées en français, de Hirata Oriza, auteur qui se base sur la pratique du "gendai kogo engeki" (théâtre contemporain en style parlé). En 2012, l’Espace culturel Le Parc de Ribeauvillé présente des pièces en japonais, surtitrées en français, une pièce de "kyōgen" « Le jeune marié dans un bateau » ainsi qu’une pièce de nô « Adachigahara ». |
Tarte au citron La tarte au citron est une tarte sucrée garnie de crème à base de citron. Elle ne comprend aucun fruit. La crème est un mélange d'œufs, de sucre, de jus de citron et de zeste de citron. Également appelée "lemon curd", c'est cette crème qui donne à la tarte son goût. La tarte au citron est souvent complétée par une meringue et devient alors une tarte au citron meringuée. En France. Cette tarte est un classique de la cuisine française, qu'elle soit meringuée ou non. Au , elle est cuisinée aussi bien en famille que par des pâtissiers professionnels. Elle est servie dans les restaurants, et vendue dans les boulangeries, dans les pâtisseries et dans les grandes surfaces. La tarte au citron était servie au roi au début du . Elle était symbole de richesse et de bonté. Aux États-Unis. Appelée lemon pie aux États-Unis, cette tarte est très populaire dans les États du Sud et en Californie. Il existe plusieurs types de "lemon pie", mais trois principales se démarquent : La "key lime pie" utilise du lait concentré alors qu'aucune des autres recettes n'en utilise. Ces tartes peuvent se déguster avec ou sans costarde. |
Tiramisu Le tiramisu (de l'italien "", littéralement « tire-moi vers le haut », « remonte-moi le moral », « redonne-moi des forces ») est une pâtisserie et un dessert traditionnel de la cuisine italienne. Origines. La recette actuelle du tiramisu n'apparaît dans aucun livre de cuisine antérieur aux années 1960, ni dans aucun dictionnaire ou encyclopédie des années 1970 et années 1980. L'origine de ce dessert doit être attribuée à la région Frioul-Vénétie Julienne. L'expert culinaire (1925-1985), dans la revue ' de 1981, attribue la création de la version actuelle de cette pâtisserie au chef pâtissier Roberto Linguanotto (dit Loly, ou Loli), du restaurant ' (« "Le Beccherie" ») de Trévise, vers la fin des années 1960. Le chef créait des desserts inspirés de découvertes culinaires lors de ses séjours à l'étranger (affirmation confortée par les encyclopédies). La légende dit que, en préparant une glace, Roberto Linguanotto aurait laissé tomber du mascarpone dans une jatte contenant un mélange sucre-oeufs. Séduit par ce mélange, il l’aurait ensuite présenté à Alba, l’épouse d’Ado Campeol, qui aurait ensuite perfectionné la recette avec son mari en y ajoutant des biscuits à la cuillère, du café et du cacao. Le , "Le Beccherie", qui était tenu depuis 1939 par la famille Campeol, ferme ses portes par manque de clientèle. Roberto Linguanotto affirme que ce dessert serait un dérivé du ' (). À Tolmezzo, le conseiller municipal Adriano Rainis affirme pour sa part avoir mangé un tel dessert dès 1959 à lAlbergo Roma". Mario Coloso aurait créé ce dessert dès les années 1940, dans son restaurant "" de Pieris. L'appellation de ce dessert n'étant commercialement pas protégée, celle-ci s'est répandue librement dans le monde professionnel culinaire avec les immanquables dévoiements par rapport à la recette originelle au même titre que la pizza. Il existe d'autres légendes concernant les origines du tiramisu. Durant la Renaissance du , les Vénitiennes en auraient consommé avec leurs amants pour ses vertus présumées aphrodisiaques. Il aurait été également consommé par les prostituées vénitiennes et dans les lupanars, pour les mêmes raisons. Aussi, son invention remonterait à la fin du , en Toscane. Lors d'un voyage à Sienne du duc souverain de Toscane Cosme III de Médicis, ce dernier aurait fait du tiramisu son dessert préféré, ramenant la recette à la cour de Florence, d'où il se serait répandu en Vénétie, à Trévise et à Venise. C'est à Trévise que le mascarpone aurait été ajouté à la recette. Il se serait répandu hors d'Italie au , par l’intermédiaire de nombreux auteurs de livres de cuisine italienne, qui popularisent l'ajout à la recette des biscuits appelés boudoirs. En Émilie-Romagne, une version plus légère du du nom de zuppa inglese ("crema della duchessa" ou "zuppa della duchessa"), aurait été réalisée avec de la crème, sans boudoirs, avec des lamelles ou éclats de chocolat à l'intérieur. Ce dessert aurait consisté à l'origine à rajouter un peu de liqueur, et de café devenu froid, à des restes de gâteau durci, pour rendre le gâteau durci plus mou, et recouvrir le tout de crème ou de mascarpone. Il s'agirait de la base d'une recette pour convalescence, composée de jaune d'œuf et d'alcool, qui aurait évolué au fil du temps. Ingrédients. Le tiramisu s'élabore généralement avec les ingrédients suivants : œufs (sans les blancs), sucre, mascarpone, un biscuit à imbiber (génoise, boudoirs (doigts de dames) ou biscuit à la cuillère), café froid, cacao en poudre. Ces ingrédients sont préparés séparément et superposés en couches alternées. Conseil: Ne pas immerger entièrement les biscuits dans le café afin de ne pas trop les imbiber, au risque d'obtenir une consistance spongieuse. De plus, pour avoir un tiramisu qui se tient tout en étant aéré, ne pas mettre de blancs en neige, mais bien blanchir le mélange sucre / jaunes d'oeufs et battre également en incorporant la mascarpone. La recette d'origine ne contient pas de blanc d'oeuf . Variantes culinaires et présentation. La nature même de la recette, notamment grâce aux nombreux ingrédients et la superposition de couches distinctes, permet de nombreuses variantes de ce dessert, les plus simples consistant à varier le liquide dans lequel on immerge les biscuits (l'alcool ou le café) ou la texture (plus ou moins sèche, plus ou moins crémeuse). Il existe des variantes plus complexes se basant sur la température (version glacée) ou sur les ingrédients : tiramisu aux fruits frais ou secs (raisins secs, framboise, mangue, etc), au lait (pour les enfants), avec d'autres types de biscuits (petit beurre, spéculoos). Le tiramisu peut être présenté sous différentes formes. Il peut être servi dans des verrines, en tranches, en dôme, en bûche, en charlotte, etc. |
Tourisme en France Le tourisme en France est un secteur économique important, aussi bien pour les Français qui choisissent d'y passer leurs vacances, que pour les étrangers qui viennent y faire un séjour. Selon des chiffres de l'Organisation mondiale du tourisme, depuis les années 1990, la France est la première destination touristique au monde (89 millions d'arrivées de touristes internationaux en 2017). Cependant, elle se classe quatrième en termes de séjours hôteliers, avec 137 millions de nuits, derrière l'Espagne, l'Italie et le Royaume-Uni, et troisième (derrière les États-Unis et l'Espagne) en termes de recettes du tourisme international. L'attrait touristique de la France s'explique par le grand nombre et la grande variété des points d'intérêt, la diversité des paysages, la richesse du patrimoine gastronomique, historique, culturel et artistique, le climat tempéré et les facilités d'accès et d'infrastructures de transport, mais aussi par l'équipement important et varié du pays en structures d'accueil (hôtellerie, restauration, parcs d'attractions, etc.). Ainsi, chaque département français est un département touristique avec plusieurs points d'intérêt. Une enquête publiée en montre que les touristes internationaux viennent principalement du Royaume-Uni (14,6 %), d'Allemagne (13,7 %), et de Belgique et du Luxembourg (13 %). Viennent ensuite, autour de 7,5 %, l'Italie, la Suisse puis l'Espagne. Le tourisme a des impacts économiques positifs, mais génère des impacts environnementaux importants, dans l'espace (flux de transports, d'énergie, de déchets) et dans le temps (impacts immédiats et différés). Le tourisme représente 7 % du PIB de la France et 2 millions d'emplois directs et indirects. Historique. L'histoire du tourisme en France débute aux environs de 1760 dans le Sud de la France à Hyères, commune devenant une station hivernale de renom auprès des Anglais grâce à son climat méditerranéen relativement doux. Aspects économiques. Le secteur clé du tourisme est une des branches importante du commerce extérieur de la France dans la mesure où il contribue au solde des échanges extérieurs, à un niveau qui est devenu comparable à celui du secteur agro-alimentaire ( en 2006) et même supérieur à celui de l'automobile en 2006. La balance entre les dépenses des touristes étrangers en France et celles des touristes français à l'étranger, dégage un solde positif de 11,4 milliards d'euros. Ce solde est en recul, notamment à cause du cours élevé de l'euro qui renchérit fortement les prix pour les étrangers hors zone euro. La destination France conserve le premier rang mondial en 2011, avec plus de 81 millions d’arrivées de touristes internationaux, et le en termes de recettes (39,2 milliards d’euros). En 2005 le tourisme international a généré de dollars de recettes en France ( mondial derrière les États-Unis, l'Espagne et devant l'Italie), en hausse de 3,4 % par rapport à 2004. Cependant, un touriste sur cinq n'est qu'en transit dans le pays, les excursionnistes étant majoritaires (114 millions de touristes sur 196 millions, chiffres 2007). En 2003, la consommation touristique s'élève à d'euros, soit 6,6 % du PIB. Un tiers de ce chiffre est dû aux touristes étrangers. Le solde de l'activité touristique dans la balance des paiements représente 15 milliards d’euros. C'est le premier pourvoyeur de devises de l'économie française. Les touristes étrangers dépensent 34,5 milliards d'euros en France, tandis que les touristes français dépensent 19,5 milliards d'euros à l'étranger (principalement en Espagne et en Italie). Les touristes étrangers, qui représentent 1/4 du total, proviennent pour l'essentiel des pays voisins, notamment Îles Britanniques (19,4 %), Allemagne (18,6 %), Pays-Bas (16,4 %). Les États-Unis, bien que ne représentant que 3,9 % des entrées sont au premier rang pour les recettes (15,2 %). Les activités caractéristiques du tourisme (hôtellerie avec une nouvelle classification en 2012, cafés-restaurants, camping, agences de voyages, remontées mécaniques, activités thermales...) emploient . Tendance et prospective. 2008. En 2008, la France est au troisième rang mondial en matière de dépenses faites par les touristes derrière l'Espagne et les États-Unis (causes principales : moins de nuitées car la France est un pays de passage, recours relativement plus élevé au camping, achats relativement plus importants dans les marchés et supermarchés), mais c'est le pays qui en accueille le plus ; avec en 2007 un record historique battu : de touristes étrangers ont visité la France (à comparer aux de 1996 et de 1997). Le projet « Destination France 2020 », présenté en voulait encore accroître ce nombre (et les recettes touristiques). Selon Luc Chatel, secrétaire d'État au tourisme du gouvernement Fillon 2 l'OMT s'attend à une hausse de 80 % des flux de touristes de 2008 à 2020 dans le monde. Inversement, dans le pays, il y a une relative stabilité (depuis 25 ans) de la proportion de Français qui se déplacent pour partir en vacances. Luc Chatel vise de touristes étrangers à l'horizon 2015 ; en passant du « 1-3-9 au 1-2-3 » (ce qui signifie conserver le mondial comme destination, gagner le , occupé par l'Espagne, en matière de dépenses faites par les touristes, derrière les E-U, et passer du neuvième au mondial pour la somme moyenne dépensée par touriste). 2012. En 2012, la France a accueilli 83 millions de touristes, leurs dépenses se sont élevées à 35,8 milliards d'euros, ce qui donne un solde de la balance touristique à près de 13 milliards d'euros. Plus de 80 % des touristes restent européens, en premier les Allemands (12,2 millions de touristes en 2012), qui ont ravi la première place aux Britanniques (12,1 millions). L'Île-de-France détient le record de nuitées (68,3 millions de nuitées pour 29 millions de visiteurs) devant la région Provence-Alpes-Côte d'Azur (21,7 millions de nuits). 2013. En 2013, le nombre de touristes étrangers est de 84,7 millions, dont 13 millions d'Allemands et 1,7 million de Chinois (dont le nombre a doublé depuis 2009). La durée moyenne du séjour augmente à 7,1 nuits (6,9 en 2012). La part des hébergements payants se situe à 67 %, en légère baisse, attribuée à l'influence de la crise économique qui pousse les touristes à chercher des hébergements gratuits chez des connaissances ou l'échange d'appartement. 2014. En 2014, la France a accueilli 84,7 millions de touristes étrangers, soit autant qu'en 2013. 2015. En 2015, la France a connu un « record de fréquentation » des touristes internationaux de 85 millions. 2016. En 2016, la France reste la première destination touristique au monde malgré une baisse de la fréquentation estimée de 2,3 à 2,9 % et liée selon le Premier ministre Jean-Marc Ayrault aux attentats en 2015 et 2016, aux intempéries et aux mouvements sociaux. Le nombre de nuitées de touristes étrangers en France est en baisse de 10 % au premier semestre après les différents attentats islamistes sur le territoire. Cette baisse concerne en particulier les touristes à haut pouvoir d'achat venus des États-Unis, d’Asie ou des pays du Golfe et affecte en premier lieu les hôtels haut de gamme et la région parisienne. À cette crainte des attentats s'ajoute la délinquance qui prend pour cible les touristes étrangers contribuant à détériorer l'image de la France à l'étranger. Cette baisse du nombre de touristes étrangers du fait de la délinquance serait de 25 % à Paris en 2016 chez les touristes chinois et atteindrait 46 % chez les touristes japonais. Ces résultats sont confirmés après la saison avec une baisse de fréquentation particulièrement forte en Île-de-France (-12,4 %) qui voit un net recul de la clientèle étrangère (-16,1 %), la seconde région la plus touchée étant Provence-Alpes-Côte d'Azur (-6 % de nuitées) notamment après l'attentat du 14 juillet à Nice. Le manque à gagner en 2016 pour l'hôtellerie est estimé à 900 millions d'euros, l'Île-de-France, étant la région la plus touchée, avec une perte de 870 millions. 2017. En , le gouvernement Édouard Philippe présente sa feuille de route pour la relance du tourisme en France. Son objectif est d'atteindre 100 millions de touristes en 2020. Il prévoit notamment l'accélération des procédures d'obtention de visa et la diminution des files d'attente dans les aéroports. 2018. Au premier semestre 2018, la fréquentation touristique connaît un niveau record en Île-de-France avec d’arrivées hôtelières, soit une augmentation de 4,1 % sur un an, due à un bond de 9,2 % des touristes étrangers. Un rapport parlementaire réalisé en 2018 par les députés Jean-François Portarrieu et Maurice Leroy confirme que la France reste la première destination mondiale pour les touristes étrangers (90 millions de visiteurs accueillis en 2018) mais alerte sur la baisse des recettes pour une économie touristique qui représente 7,3 % du PIB et emploie 1,27 million de salariés (10 % de l’emploi marchand). Les rapporteurs estiment que l’offre touristique française n’est plus complètement adaptée à la croissance mondiale qui est tirée par les clientèles asiatiques. Si la promotion touristique fonctionne bien, la qualité de l'accueil, de l’offre d’hébergement ou de transport, n'est pas toujours au rendez-vous et les rapporteurs soulignent que d'autres destinations, notamment l'Espagne, sont plus offensives et imaginatives pour capter ces nouveaux marchés. Présences touristiques par pays. Statistiques de l'année 2018 2019. La France est classée deuxième du classement sur la compétitivité touristique du Forum économique mondial qui prend en compte les ressources culturelles, les infrastructures terrestres et portuaires, le capital naturel (parcs et richesse de la faune), les activités de tourisme de plein air ainsi que le système de santé. En revanche, elle est classée 51 sur 140 pays pour l'index sur la « sûreté et la sécurité », du fait notamment de sa très mauvaise note (4,3/7) concernant l'indice d'incidence terroriste - qui est la moyenne du nombre de victimes du terrorisme et du nombre d'attaques terroristes - où elle obtient la place sur 140. 2022. En 2022, selon Atout France, les touristes étrangers ont rapporté 58 milliards d'euros au pays, ce qui place la France à la deuxième place en terme de revenus, derrière l'Espagne. Le trafic aérien est quant à lui resté en recul depuis la période précédant la pandémie de Covid-19. Statistiques de fréquentation des sites touristiques en France. Le palmarès suivant rassemble les 30 sites culturels et les 30 sites récréatifs les plus visités en France en 2016. La cathédrale Notre-Dame de Paris n'y est pas comptabilisée. Organisation du Tourisme. Elle se fait depuis plusieurs décennies avec de nombreux organismes, dont l'état (Code du tourisme) consulaires, les collectivités territoriales, sous l'égide d'un secrétaire d'état. De nombreux salons et assises nationales permettent aux acteurs de se rencontrer. Des observatoires fournissent des statistiques aux échelles communales à nationales, utilisés par des sociologues et scientifiques pour partie réunis au sein d'une Fédération Française des Techniciens et Scientifiques du Tourisme. Des efforts de qualification et certification sont faits notamment avec la marque "Qualité Tourisme" pour le tourisme rural, balnéaire, culturel, scientifique, etc. et pour un tourisme plus durable. La "promotion du tourisme et la création d'offices de tourisme" sont depuis 2017 avec la loi NOTRe, des compétences des intercommunalités (communautés de communes, d’agglomération, urbaines, métropoles). Les offices de tourisme dans les communes « stations classées de tourisme » et les sites disposant d’une « marque territoriale protégée » peuvent toutefois conserver des offices de tourisme communaux. |
Toponymie française La toponymie française est l’étude des noms de lieux en France. La toponymie a toujours intéressé les érudits. À l'origine d'interprétations souvent douteuses ou fantaisistes (suivant les règles d'une étymologie populaire), elle n'a acquis son caractère scientifique que dans la seconde moitié du . L'étude de la normalisation des noms de lieux, dans le monde, en langue française fait l'objet de la section normalisation de l'article toponymie. Historique. En France, la question du recueil et de la notation de la toponymie s'est posée dès l'établissement de la carte de Cassini au . Lors de la mise en œuvre de cette carte, les opérateurs avaient dressé des listes de noms de lieux, pour la moitié des 182 feuilles seulement. Une étape importante a été la réalisation de dictionnaires topographiques pour chaque département, projet mis en place dans les années 1870, qui a abouti pour une trentaine de départements. Chaque toponyme y est présenté avec un maximum de détails sur son évolution au fil des siècles, à partir de sa première mention dans les textes les plus anciens, généralement médiévaux. Henri d’Arbois de Jubainville est un des initiateurs des études de toponymie française. En mettant la toponymie au contact de la linguistique historique, il a opéré un premier saut qualitatif. Auguste Longnon est considéré comme le fondateur en France d'une toponymie véritablement méthodique et systématique fondée avant tout sur la géographie historique et à forte orientation historico-philologique. On notera son ouvrage majeur "Noms de lieux de la France", paru en 1920. Albert Dauzat a marqué le tournant décisif en toponymie en l'associant à la linguistique phonologique diachronique. Il a fixé les buts et les méthodes de la discipline et son livre "La Toponymie française" constituera un manuel de référence et livre de chevet pour les chercheurs. La toponymie française d'Albert Dauzat se fonde avant tout sur les désignations successives des noms de lieu par la population dans le cadre d'une évolution phonétique: elle s'appuie sur le principe néogrammairien de la régularité des changements phonétiques, établi après 1870. Ces principes ont cependant été mis en doute dès les premiers travaux dialectologiques sur les atlas linguistiques, certains éléments des langues standards jusqu’alors étudiées, dérogeaient aux règles de changements phonétiques établies. Albert Dauzat, lui-même, ne croit plus qu’un parler populaire représente l’évolution spontanée et régulière du latin vulgaire apporté dans la région 16 ou 18 siècles auparavant. Par la suite, d'autres chercheurs ont développé les travaux d'Albert Dauzat, Charles Rostaing, Ernest Nègre et Marcel Baudot. Aujourd'hui, plusieurs spécialistes continuent d'approfondir les recherches toponymiques (Marie-Thérèse Morlet, Marianne Mulon, Paul Fabre, Stéphane Gendron, Michel Morvan, Michel Roblin, etc.). Classification des toponymes français. Il existe deux façons de classer les toponymes en France. On peut le faire selon les diverses strates linguistiques qui se sont succédé dans le pays, depuis le pré-indo-européen jusqu'au français moderne (une variante de cette classification est de diviser les noms par périodes historiques). Il s'agit alors d'adopter (ou non) un des principaux postulat d'Albert Dauzat qui attribue aux toponymes français des couches linguistiques (celte, latin puis germanique). On peut aussi privilégier un classement selon la nature des lieux : rivières, montagnes, terres cultivées et incultes, lieux d'habitation, lieux de culte, termes liés à l'élevage, à l'industrie ou à l'artisanat, etc. Classement par strates linguistiques ou historiques. Toponymes pré-celtiques. On qualifie par commodité de pré-indo-européens ou encore pré-celtiques des toponymes qui ne trouvent pas d'explication par l'indo-européen ou par l'ancien celtique continental (gaulois). Il existerait plusieurs types de substrats pré-celtiques ou prélatins selon les régions de France, principalement au sud, parfois superposés dans la même région : Ces toponymes anciens sont surtout liés au relief ou à l’hydrologie. Faute de documents, on les regroupe par racines, certaines plus ou moins douteuses, d’autres avérées par le grand nombre des toponymes qui leur correspondent. C’est le cas de la racine "kar / kal", avec le sens de « rocher, sommet rocheux », mais aussi « rivière caillouteuse », à l’origine d’une importante liste de toponymes, dont beaucoup ont été acclimatés en gaulois, par exemple les cours d’eau de la Garonne, ou du Cher. Quelques racines pré-celtiques : On ajoutera que des termes très fréquents en toponymie ("roche", "motte") sont vraisemblablement d’origine pré-celtique. Michel Morvan a retrouvé certaines de ces racines pré-celtiques dans des langues comme les langues dravidiennes de l'Inde, où par exemple "kukk" signifie « tête, extrémité », "kar" « pierre, roche ». Cela dit, il existe des régions de France probablement exemptes de substrat toponymique pré-indo-européen, voire de substrat pré-celtique. Pour certaines d'entre elles, c'est juste si quelques oronymes peuvent dater d'avant les Celtes, mais ils ont été réadaptés par ceux-ci, cela semble être le cas par exemple en Normandie, mais pas seulement et plus généralement dans le Nord de la France. Substrat celtique. Les Gaulois, ou Celtes, étaient sans doute installés dans une partie de la Gaule dès le , puis leur population s’est étendue, en France, jusqu’à la Méditerranée et aux Pyrénées. Si le substrat celtique est assez pauvre dans le français standard au niveau des noms communs (150 mots) et de la syntaxe, il est au contraire très riche en noms propres, c'est-à-dire des toponymes et hydronymes (voir un exemple chez les Allobroges). Certains des appellatifs toponymiques jadis considérés par les spécialistes comme "pré-latins" ou "pré-celtiques" sont identifiés aujourd'hui avec plus de certitude comme celtiques. En effet, le corpus des inscriptions gauloises est plus important aujourd'hui et est mieux analysé, voir RIG ("Recueil des inscriptions gauloises", CNRS). Beaucoup de racines celtiques (ou gauloises, c'est la même chose) sont utilisées dans des noms composés. La liste ci-dessous présente quelques-unes des racines les plus employées : Les toponymes gaulois peuvent aussi être liés à des noms de divinités, par exemple "Lug" (Lyon, Laon) ou "Nemausos" (Nîmes, Nemours). Les ethnonymes gaulois se sont souvent peu à peu substitués aux noms des villes originels, à partir de leur réorganisation en "civitates" (cités) de l'empire romain, à savoir essentiellement de grandes cités contemporaines : (Paris, Metz, Nantes, Rodez, Redon et Rennes, Amiens, Bourges, Troyes…). Voir à ce sujet la liste des peuples gaulois et aquitains. Noms grecs. Les Grecs, en sillonnant la Méditerranée, y ont établi un certain nombre de comptoirs. C'est le cas notamment des Phocéens, probables fondateurs de Marseille, mais le nom même de la ville ("Massalia") n'est sans doute pas grec et son origine demeure obscure. Ce n'est pas le cas pour d'autres villes méridionales, dont l'étymologie grecque est à peu près certaine : Agde ("Agathê" = bonne), Nice ("Nikaia" = victorieuse), Antibes ("Antipolis" = la ville d'en face, face à Nice), ou encore Leucate ("Leukatês", dérivé de "leukos" = blanc). Même origine grecque pour Monaco ("Monoikos", terme évoquant la solitude, interprété différemment selon les auteurs : soit la maison solitaire, soit un site dédié à Héraklès Monoikos). On peut aussi signaler que le suffixe "-polis" (la ville) a été utilisé beaucoup plus tard dans de rares formations, par exemple "Gratianopolis", l'actuelle Grenoble. Celto-latin et roman. Cette catégorie inclut d'une part les toponymes créés à l'époque de la domination romaine et d'autre part tous les noms qui ont été créés plus tard par les diverses langues romanes, en particulier la langue d'oïl, l'occitan ou le francoprovençal, avec leurs nombreux dialectes et variantes régionales, mais aussi le corse et le catalan. On utilise majoritairement (sauf dans le sud-est) des éléments celtiques pour les nouvelles cités fondées à l'époque de la "Pax Romana", même quand elles contiennent une dédicace à un empereur : "Augustodurum" (Bayeux) sur "duro-" pris ici au sens de "forum", "Augustodunum" (Autun) sur "duno-" (voir ci-dessus), "Juliobona" (Lillebonne), sur "bona" "fondation" ou "source" ( Ambenay et Ambonnay pour l'élément "bona" ; voir aussi "Vindobona" (Vienne, Autriche) et "Ratisbona" (Ratisbonne, Allemagne), etc. Ailleurs, principalement dans le sud-est, les créations toponymiques sont purement latines même si les toponymes n'ont pas forcément survécu sous leur forme latine : "Aquae Augustae" (Dax), "Narbo Martius" (Narbonne), "Aquae Sextiae" (Aix-en-Provence), "Forum Martis" (Corseul), etc. On se contentera ici d'évoquer les noms de domaines dits "gallo-romains", à l'origine de tant de noms de villes et de villages. Lorsque les défrichements permettaient la création d'un nouveau domaine rural, puis d'une agglomération, le suffixe gaulois le plus utilisé était "-ialo" ("-euil / -ueil" dans le Nord et "-(j)ouls / -(j)ols" dans le Sud après évolution phonétique). Un nouveau suffixe apparaît alors : "-anum", qui n'est employé que dans certaines régions (Sud de la France principalement), tandis que le suffixe d'origine indigène "-acum" de même sens prédomine nettement, sauf en Provence et en Corse. Suffixe "-anum". Le suffixe latin "-anum" est à l'origine de la plupart des toponymes terminés par "-an" dans le Sud de la France ("-à" en catalan), parfois "-ans" : , Perpignan, Frontignan, , , Chambaran, , Vinça. De tels noms sont formés à partir du probable fondateur du domaine, par exemple Frontinius pour Frontignan ou pour Corneilla. Ils jouaient au départ le rôle d'adjectifs accompagnant des termes tels que "fundus" ou "villa". Dans ce dernier cas le suffixe est au féminin : ex. Marignane « domaine de ». Avertissement préalable : la quasi-totalité des noms en "-an" au nord de la Loire mentionné sur la carte est sans rapport avec le suffixe "-anum". Probablement dérivé de ce suffixe, le suffixe "-anicum", au pluriel "-anicos", qui sous-entend le terme "agros" (= champs), se retrouve dans de nombreux toponymes du sud de la France sous la forme "-argues" : Baillargues, Marsillargues, Olargues, Vauvenargues, ou sous la forme "-ergues" un peu plus au nord : Salvergues, Faussergues, Olliergues... À noter la quasi-absence de ces suffixes associés à un nom de personne dans les régions d'oïl, où le suffixe "-anum" a d'ailleurs évolué en "-ain", comme les substantifs du français en "-anum, -anem" (type "pain, grain, forain", etc.), aussi la plupart des noms en "-an" du Nord de la Loire reportés sur la carte ci-dessus est sans lien avec ce suffixe (ex. : Houdan, de "*Husidinja" ou "Husiduna" ou Persan, jadis "Persinc" ou "Parsenc"). Il n'en existe aucun en Normandie ou en Picardie par exemple. Suffixe "-acum". Le second suffixe, typique de l’aire gallo-romaine, est "-acu(m)", il procède du celtique "-(i)āko-", c’est un suffixe d’adjectif à la base qui se vérifie dans les inscriptions gauloises et latines (ex. : "Anualonacu = au sanctuaire d’Anualo), il note aussi l’origine familiale de quelqu’un et sert à situer des marins (ex. : "nautae Parisiaci, « marins de chez les Parisii »). Il a donc déjà une dimension locale. Puis, son emploi substantivé localisant est vérifié au dans par exemple : "Merc(urio) Dubnocaratiaco" « Au Mercure de l'endroit appelé "Dubnocaratiacum" ». On le constate ici, "Dubnocaratiaco" ne peut être basé que sur un anthroponyme, "Dubnocaratius". Il a donc servi dès cette époque à former des noms de domaine basés sur le nom de leur fondateur. Il se peut qu’il soit utilisé sur des radicaux purement géographiques, dans son emploi originel, par exemple dans . Les plus anciens semblent constitués avec des éléments gaulois : Ambenay et Ambonnay (*"andebonacum" sur le gaulois "ande", préfixe intensif, et "bona" « fondation ») ; Alizay ("alisiaco" 1210, sur gaulois "alisia" « rocher », Alise correspondant celtique du germanique "falisia" « falaise ») ; / Gornac (sur gaulois "gorn" de sens obscur, pêcherie ?) ou / (sur gaulois "bren / brin" « terrain marécageux, fangeux ») ou encore (sur gaulois "(i)sarno" « fer ») et qui constituent des archétypes celtiques primitifs… On le retrouve dans des centaines de noms de communes, sous des formes diverses qui caractérisent des régions ou des zones linguistiques distinctes. Ainsi, "Aurelius" est à la fois à l’origine des communes d’Aurillac et d’Orly et "Maximiacum" conduit aussi bien à Messimy qu’à Meximieux. Ce suffixe est également bien représenté en celtique insulaire sous la forme "-euc / -ec" en breton ( toponymie bretonne), "-og" en gallois et "-ach" en gaélique. Coligny de "*Kolin-iako" peut être sur le thème du breton "Kelennec" (cf. Quelneuc), « lieu planté de houx », cf. gallois "Clynnog", irlandais "Cuilneach". Répartition par zones du suffixe -acum : Noms germaniques. La toponymie française (par exemple Albert Dauzat dans son ouvrage la "Toponymie française") considère le plus souvent que les grandes invasions et leur établissement de populations franques a laissé des traces dans la toponymie avec comme évidence l'Alsace et la Moselle francique aux parlers germaniques jadis majoritaires. On notera cet apport germanique pour le Nord de la France, en partie gagné aux parlers germaniques pendant le Haut Moyen Âge et, plus rarement, pour les régions méridionales, dont la langue d'oc est aussi beaucoup moins germanisée que la langue d'oïl. Les nouveaux domaines créés à la fin du haut Moyen Âge et à l'époque carolingienne sont maintenant formés à partir d'anthroponymes germaniques, le plus souvent avec un appellatif roman. La postposition de l'appellatif (ordre déterminant - déterminé) est aussi un indice de l'influence germanique (par exemple : , plus au sud , occitan ; , plus au sud , occitan "Vilanova"). On continue d'utiliser le suffixe "-(i)acum", mais des nouveaux suffixes "-ing" et son pluriel "-ingen" (variantes primitives : -"inga" / -"ingo", -"ingan" / -"ingon", du germanique commun "*-ingaz" « appartenant à, venant de, descendant de ») vont apparaître dans les sources médiévales. Ils sont employés dans les zones des parlers germaniques (Lorraine francique (thioise), Alsace, Flandres, Boulonnais, Artois) où ils aboutissent généralement à "-ing", plus tardivement ils apparaitront différemment dans les sources dans les régions concernées par le recul de ces mêmes idiomes germaniques, par exemple : "-ange" en Lorraine (, Hagondange) ou "-ingues", "-in(es)" et variantes diverses dans le Nord-Pas-de-Calais (Affringues, Gravelines, Rodelinghem, Echinghen), "-ingue" en Alsace (Kœtzingue, Hésingue). Cependant en Alsace Bossue, le suffixe "-ingen" est resté intact (Diemeringen, Drulingen, Oermingen). Lors de l'avancée du Duché de Bar vers 1200, le nom des villages ayant leur finale en "-ing" ou "-ingen" a été francisé en "-ange".. Dans la partie de la Sarre qui avait été historiquement rattachée au Duché de Lorraine, on rencontre la variante -"angen" (Wallerfangen, Rammelfangen). Ernest Nègre distingue parmi les noms terminés par "-ange", d'après leurs formes anciennes, un type en "-ingen" (datif locatif pluriel) romanisé en "-inga", par exemple dans Bettange ("Betingia" 1093); Bezange ("Besangia" 960); Créhange ("Krichinga" 1121); etc. d'un type en "-ingen" romanisé en "-ingas" (féminin pluriel), ce qui expliquerait la présence d’un -s final dans les formes anciennes, par exemple dans Algrange ("Alkerengis" 875); Azoudange ("Ansoldanges" 1291); Fénétrange ("Filistenges" 1070); etc.. Certaines régions, hormis celles évoquées ci-dessus, recèlent une extrême concentration de ce suffixe dans une zone donnée, cependant il revêt généralement des formes différentes : "-ans", "-ens", "-eins" ou "-ein". En effet, elles remontent plus précisément aux romanisations "-ingōs" > "-e(i)ns, -ans" et "-ingas" / "-inges" > "-ange(s)" (voir supra). C'est le cas en Franche-Comté et au nord de la Bourgogne, où il est généralement noté "-ans" (Oppenans, Vouhenans), parfois "-ens" ou "-eins" (Ain) et aussi -"ange"/-"anges"/-"inges". Ces terminaisons se retrouvent dans le Sud de la France, beaucoup moins fréquemment, à l'est de l'Aquitaine (Lot-et-Garonne), dans le sud de l'ancienne Gascogne (Gers), à l'ouest du Languedoc (Région de Toulouse), où il peut être noté "-eins" (Tonneins), "-ens" (Glatens, Capens), voire "-ans" en Languedoc. Dans tout le Midi, le suffixe germanique a pu se confondre avec certains suffixes indigènes ou latins, par exemple avec le suffixe ligure [?] "-inco" + s ("-inca(s)" a donné "-a- / -enche(s)"). À noter, pour le Sud, la concentration remarquable d'une terminaison "-ein" dans la communauté de communes du Castillonnais en Couserans (Sentein, Uchentein), dont l'étymologie est débattue. Albert Dauzat considère qu'il s'agit du suffixe wisigotique "-ing", tandis qu'Ernest Nègre, reprenant notamment une étude de Pierre Bec, penche pour un pré-celtique régional "-ennu". Par contre, le suffixe germanique "-ing-" est plus rare à l'ouest (Normandie, Haute-Bretagne, Pays de la Loire, Vendée..). Il en existe pourtant quelques rares exemples pouvant aboutir à "-anges" (ex. : Hardanges) ou à "-an" / "-ain". De nombreux appellatifs germaniques liés au relief, à la végétation ou à l’habitat sont également utilisés et presque tous situés au nord de l'Hexagone. Quelques-uns sont données en exemple ci-après. En Alsace et en Moselle francique, ces appellatifs sont vieux haut allemands pour la plupart. Toponymes normands. Les apports toponymiques du en Normandie sont germaniques. Cependant, ces langues (le norrois et le vieil anglais) sont suffisamment différenciées des dialectes germaniques continentaux pour mériter une sous-rubrique spéciale, d'autant que les toponymes créés ne se rencontrent en principe qu'en Normandie (à quelques exceptions près) et sont très caractéristiques. Le norrois est en effet à l'origine de divers appellatifs ("-beuf", "-fleu(r)", "-tot", "-crique-", "-lon(de)", "-dalle", "-bec", etc.) entrant en composition dans de nombreux noms de villes, de villages, de hameaux et de lieux-dits. Toponymes flamands. Les toponymes flamands, élément de l'espace germanique néerlandophone, se rencontrent non seulement dans l'arrondissement de Dunkerque où le dialecte flamand occidental subsiste, mais jusqu'à la limite sud de son ancienne extension qui passait schématiquement par Boulogne et Lille, mais aussi jusqu'à la Canche. La terminaison "-inghem" est fréquente, issue du suffixe germanique "-ing" suivi par l'ancien néerlandais "hēm" « demeure », par exemple dans Ledringhem. "Becque" représente l'ancien néerlandais "bēki" (néerlandais "beek") « ruisseau », par exemple dans Steenbecque, précédé par l'ancien néerlandais "stēn" (néerlandais "steen") « pierre ». Dunkerque est formé de l'ancien néerlandais "dune" « dune » ("duin" en néerlandais standard) d'origine celtique, suivi par l'ancien néerlandais "kirica" devenu "kerke" en moyen néerlandais et signifiant « église » ("kerk" en néerlandais standard). Sangatte procède de l'ancien néerlandais "*sant" (moyen néerlandais "sant", néerlandais "zand"), c'est-à-dire « sable » et "gat" « passage, trou » à moins qu'il ne s'agisse de leurs équivalents saxons "sand" et "gate.". Hazebrouck est formé sur l'ancien néerlandais "*haso" « lièvre » ("haas" en néerlandais standard, pluriel "hazen") et l'ancien néerlandais "*bruoc" « marais » (moyen néerlandais "broec", néerlandais "broek"), que l'on retrouve par exemple dans la racine de Bruxelles) Toponymes saxons. On en trouve quelques-uns en Normandie et en Picardie, mais un idiome proche du saxon a surtout été parlé dans l'ancien comté de Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais) du . On peut attribuer la double suffixation "-ing-hem" (de "-inga-hem") aux Saxons, plutôt qu'aux Francs, étant donné sa présence en Angleterre sous la forme "-ing-ham". Plus certainement saxon est le type en "-ing-thun" (de "-inga-tūn"), que l'on retrouve également en Angleterre sous la forme "-ing-ton", et qui est concentré dans le Boulonnais. Ce particularisme local a été mis en évidence depuis longtemps. En revanche, cette double suffixation est inconnue en Normandie, qui ne compte d'ailleurs que très peu de toponymes avec le simple "-hām" > "-ham" (ou vieux norrois "heimr" > "-ain") ou "-tūn" (ou vieux norrois "-tūn" > "-ton", "-tonne") où il se confond avec l'ancien norois, quant au suffixe "-ing", il y est quasiment inexistant. Toponymes alsaciens et lorrains. En dehors des communes du Val d'Orbey qui appartiennent à l'espace dialectal roman, la toponymie de l'Alsace est majoritairement germanique. La toponymie de la Lorraine l'est partiellement. La francisation des noms de communes sous Louis XIV n'a été que superficielle, selon deux principes : Quelques conventions orthographiques du français ont été substituées à celles de l'allemand : "ou" à la place de "u" ; "u" à la place de "ü" ; "s" ou "'ss" à la place de ẞ, etc. Par exemple : "Straßburg" devenu "Strasbourg". Des adaptations à la prononciation dialectale alsacienne : Le i long [i:] en place de la diphtongue de l'allemand standard "ei" [ai]; le "ou" parfois au lieu de la diphtongue allemande "au" [au]. Ainsi "Mühlhausen" a été renommée en "Muhlhouse", "Mittelweier" est devenu "Mittelwihr". "Neuf-Brisach" construit par Vauban en face de "Breisach", dénommé "Neu Breisach" de 1871 à 1918 etc. Le latin qui a supplanté la langue gauloise à la suite de la conquête romaine a laissé des traces. "Saverne" est issu du latin "taverna" « taverne », il a subi la mutation consonnantique haut allemande (deuxième mutation), d'où "Zabern", francisé en Saverne par la suite. "Munster" est un mot du vocabulaire vieux haut allemand issu (ou emprunté) du latin "monasterium" « monastère » qui produit des noms tels que ", Montiers", etc. en territoire roman. Le nom de l"'Hartmannswillerkopf" dans le massif vosgien s'emploie concurremment avec sa déformation française "Vieil-Armand" introduite lors des combats de la Première Guerre mondiale. Le suffixe "-ange" est la forme donnée (renommage administratif) à la place du suffixe germanique "-ing" (« domaine »), lors de l'avancée du Duché de Bar vers 1200. Le nom des villages ayant leur finale en -ing ou -ingen a été francisé par onomatopée en -ange. Toponymes bretons. Les toponymes brittoniques ne se rencontrent, en principe, qu'en Bretagne, cependant ils s'y superposent à d'autres d'origines gauloises ou gallo-romaines. À noter par exemple les nombreux villages terminés par "i-ac", signe que le contact de la langue bretonne a modifié l'évolution vers "-é" ("-y" ou "-ay") qui ne s'est produite que pour certains villages, notamment à l'Est. Parfois, surtout à l'Ouest, le suffixe brittonique équivalent "-euc / -ec" a remplacé le précédent. Mais on retiendra surtout les noms celtiques formés sur des racines venues d’outre-Manche. Les plus caractéristiques sont les noms en "ker" (variantes : "car", "quer"). Plus de 18 000 noms de lieux bretons sont formés sur cette racine. En vieux breton, "ker" avait le sens d'enceinte fortifiée. Par la suite, il pourra désigner indifféremment une ferme, un hameau ou un village. Quelques exemples : Kergrist, Kermaria, , Kerjouanno. On peut citer aussi le cas de Guérande avec la racine bretonne "gwer", allophone de "Géraundd" (son nom en gallo, qui dispose d’une racine "gér" similaire d’origine celtique désignant aussi une fortification). Dans certains cas, il est difficile de déterminer si une racine est d’origine brittonique ou gauloise, car les deux langues bretonnes ont des substrats à la fois celtes, romans et plus tard germaniques (comme toutes les langues d’oïl, ou plus tard encore du français lui-même lorsqu’il est devenu majoritaire et a fortement influencé la prononciation et modifié fortement les toponymies bretonne et gallo). D’autres termes servent à désigner des agglomérations. Voici les plus courants : Toponymes basques. Le basque étant une langue agglutinante, il n'est pas rare de trouver des toponymes basques assez longs. On peut citer quelques curiosités assez impressionnantes, surtout au niveau des lieux-dits. Ainsi Éric Vial ("Les Noms de villes et de villages", éd. Belin) cite, dans la commune de Béhorléguy, le lieu-dit "Inthasendarragiratzeburukoharria", autrement dit le rocher du 'sentier boueux du bout de la fougeraie'. Le plus souvent cependant, on a affaire à des toponymes constitués de deux termes : Par ex. Mais on trouve aussi simplement "Larre" 'lande', "Mendi" 'montagne', "Bizkai" / "Biscay" 'contrefort'... L'expansion démographique a produit des noms de lieux comme "Iri berri", "domaine neuf". Avec sa variante "Irun berri", il constitue l'un des noms de ville protohistorique les plus répandus si on se place dans une large aire aquitano-ibérique : Auch ("Elimberrum, Eliberris"), Lombez (Gers), Irunberri / Lumbier (Navarre), Lombers (Tarn), Elna / Elne ("Illiberri"), Elvira ("Iliberri"), Granada / Grenade ("Illiberi"; Andalousie)... Sur les contreforts cantabriques, c'est la variante "Huri barri" ("Ullibarri") qui prévaut. Le r doux basque correspond au l latin. Mais rien ne prouve que l'aire de langage proche du basque se soit étendue jusqu'à la région de Grenade, et à celle d'Elne. Donc les toponymes d'origine de Elne et de Grenade, qui d'ailleurs n'ont pas de m derrière le li, ne sont peut-être pas à rapprocher des autres de la liste. Le suffixe proto-basque -"oz(a)", gascon -"os(se) \ -òç(a)" et aragonais -"ués" a constitué de nombreux noms de village dans l'aire vasconne : "Uztarroz" 'domaine du pieu', "Mendoza" 'domaine du mont', "Biscarrués = Biscarrosse" 'domaine du tertre'... Il a également formé des noms de domaine aquitano-romains face aux noms gallo-romains en -acum : "Baliros" « domaine de Valerius. » À noter le toponyme "azpe", pied de falaise (aitz-pe), qui s'est répandu le long des Pyrénées : vallée d'Aspe, Aspet... Le toponyme peut se terminer par l'article défini -a. Mais ce dernier a tendance à disparaître, cédant parfois la place à un -e non étymologique (résidu de déclinaison) : "Ibarre" pour "ibarr"("a") '(la) vallée'. L'étendue française de ces toponymes va de l'Atlantique (au sud d'Arcachon) et s'étend le long des Pyrénées. Toponymes corses. La toponymie de la Corse a pour particularités : Classement selon la nature ou la destination des lieux. Les plans ou la tradition orale ont conservé de très nombreux noms de lieux, lieux-dits, permettant autrefois le repérage des mares, buttes, fossés, talus, étangs, combes, pics, creuses, dolines, grottes, etc. Des anthroponymes leur sont souvent associés (la Mare-Martin..), des appellatifs toponymiques décrivant la nature du sol (les Terres Rouges, les Sablons, le Fond Cailloux...), du paysage (le Roc du, le Gouffre de..) de la flore (les Bruyères...). Ces noms de lieux permettant un répérage sont particulièrement nombreux en Moselle francique et en Alsace. Le toponyme peut évoquer des évènements ou usages anciens (le chemin des pendus, le chêne des justices...). Des zoonymes sont également fréquents (la Mare aux Oies, la Fosse au Loup, la Mare à Goriot). Topographie. Les villages médiévaux se sont souvent bâtis sur des hauteurs. D'où le très grand nombre de toponymes comportant le mot "mont", parfois seul (), le plus souvent en composition avec un adjectif (, , Clermont, ) ou un nom de personne (Montbéliard, ). Attention cependant : dans le Nord, le suffixe "-mont" peut indiquer un confluent (du flamand et allemand "Mund", bouche) comme à Deulemont, confluent de la Deule dans la Lys. Les sommets sont aussi fréquemment désignés par le latin "podium", à l'origine des mots occitans "puy", "pech" ou "pey" (, Puylaurens, Puget, Saint-Romain-le-Puy, Pech-David). S'il y a des sommets, il y a aussi des vallées, et là encore les toponymes sont innombrables : Laval, Valbonne, Vals, , Vaucresson. Quant aux villages, ils peuvent être bâtis entre deux vallées (Entrevaux, ), mais surtout à proximité de cours d'eau ou de sources. Le latin "rivus" a été très productif (, Rioux, Xonrupt), tout comme "fons" (source) et son dérivé "fontana" (fontaine) : Fontanges, , , Fontevraud, Hontanx. Végétation et cultures. Lorsque le relief ou la présence d'un cours d'eau ne sont pas suffisamment pertinents, le plus simple est de nommer un lieu en fonction de sa végétation, forêts ou bois, champs cultivés, prés, landes. Si on prend le seul exemple des lieux boisés, on s'aperçoit que 56 communes françaises ont le mot "forêt" dans leur nom, tandis que celles qui comportent le mot "bois" se comptent par centaines. À quoi on peut ajouter le latin "silva", à l'origine de nombreux toponymes (, Lasseube, Tresserve), ou encore le gaulois "brogilo" (bois clôturé), à l'origine des divers , ou Brille. Les bois sacrés (latin "lucus") ont donné notamment Le Luc, Lucq ou encore Lucmau, Luplanté. On peut aussi nommer les lieux en fonction de l'arbre ou de la plante qui y pousse : Habitation. L'habitat peut être groupé ou dispersé. Dans le premier cas (villes, villages), on a déjà vu l'importance des suffixes latins "-anum" ou latinisés "-acum". Très productif également le mot "court", employé lorsque le mode de composition en "-acum" est tombé en désuétude vers le , du latin "cohort" « cour de ferme »: (Clignancourt, Courdimanche), évoquant au départ un domaine rural et essentiellement composé avec des noms de personnes germaniques. Son emploi est antérieur à "ville" dans les régions « franquisées ». L'autre façon donc, plus tardive (pas avant le ), est de former ces macrotoponymes avec le mot "ville" (qui selon les époques a le sens latin de domaine rural ou celui d'agglomération), le plus souvent à la fin du nom (mode de composition influencé par le germanique) et parfois au début. Le plus fréquemment, il entre en composition avec un nom de personne germanique, ou anglo-scandinave en Normandie, (Villegaudin, Villehardouin) et plus rarement avec un adjectif (, ), un appellatif ou accolé à un nom antérieur préexistant (Tonneville, "Taunacum villa" 702 - 704). S'agissant de villages, de hameaux, de petits groupes de maisons, on a beaucoup utilisé le latin médiéval "villare" : , , . Autre emploi fréquent : celui du mot "vicus" (, , , , ) et de son dérivé "vicinus" ou "vicinium" (, Le Vésinet, Bezing). Puis vient l'habitat dispersé, celui du "mansus" latin et du "mansionile". Le premier donne les nombreux toponymes occitans comportant le mot "mas", par exemple Le Mas-d'Azil. Le second est à l'origine de l'ancien français d'oïl "", qu'on retrouve dans Ménilmontant ou Le Blanc-Mesnil. On n'oubliera pas les fermes, fréquemment représentées par le mot d'origine germanique "borde" et ses dérivés : Bordeaux-Saint-Clair, Bourdeaux, Bourdelles, Lasbordes. Enfin, le latin "casa" est à l'origine de , La Chaise ou encore Chèzeneuve. Métiers, industries. Deux sortes de bâtiments ont laissé d'importantes traces en toponymie : la forge et le moulin, assez proches l'un de l'autre car au Moyen Âge tous deux étaient mus le plus souvent par l'énergie hydraulique. Il est d'ailleurs fort possible que des termes tels que "mouline" ou "moulinet" aient désigné des forges plutôt que des moulins. Le mot latin désignant une forge était "fabrica". On lui doit les toponymes La Faurie, , , ou encore Fabrègues et Faverges de type occitan ou Fervaques et Fervaches de type d'oïl, sans compter les nombreux Forge(s), par exemple Forges-les-Eaux. L'extraction du fer est pour sa part évoquée par les nombreux ou présents un peu partout en France. Les moulins sont bien sûr représentés par des toponymes tels que Moulins, mais aussi par Bécherel ou Becquerel (métaphore évoquant le bruit du moulin, à partir du terme "becquerelle" = bavarde), Choiseul (moulin à augets), Quincampoix ("Quikenpeist" 1226, à savoir « qui qu'en écrase », phrase qui aurait été prononcée par les meuniers). D'autres lieux évoquent des carrières (), des mines (d'argent, l'Argentière), des sablières (Sablonnières), des salines (Salival), des tuileries (Thuillières), des verreries () ou même des savonneries (Savonnières), mais on n'oubliera pas que la France était surtout rurale, avec de nombreux termes liés à l'élevage, aux cultures et à la commercialisation des produits. Fortifications. Parmi les termes évoquant les forteresses médiévales, il convient de retenir d'abord le mot "roche" ou "roque" selon les régions (normanno-picard ou occitan), latin "rocca" sans doute d'origine celtique, qui peut certes désigner un rocher, mais qui dans la plupart des cas a été attribué à des châteaux bâtis sur des éperons rocheux. D'où les nombreux et , ou encore Laroque-des-Albères, La Roche-Guyon et bien d'autres. Autre terme très fécond, "château" (latin "castellum") : , , Castelsarrasin, Castelnaudary, , Radicatel et les diminutifs ou Castelet. On ne confondra pas "castellum" avec "castrum" qui désignait non pas un château, mais une ville ou un village fortifiés. C'est à "castrum" que l'on doit Castres et Castries, mais aussi La Châtre ou . D'autres mots ont évoqué des fortifications, par exemple "mur", qui semblerait lié souvent à des enceintes d'origine romaine : Mûr-de-Bretagne, , , . On n'oubliera pas "plessis", terme désignant au départ un enclos, mais en général attribué à des enclos fortifiés. 26 communes françaises s'appellent Plessis, ainsi que des dizaines de hameaux. Domaine religieux. La christianisation du pays a entraîné celle de ses toponymes. Plusieurs d'entre eux désignent des bâtiments religieux ayant pour origine des noms latins : Routes et chemins. Les routes romaines ont laissé leur empreinte dans le paysage mais aussi souvent dans la toponymie. Quelques exemples : Les embranchements sont surtout représentés par les noms formés sur "quadrivium" (ou "quadruvium"), autrement dit un carrefour : Carrouges, Carouge, Carrouge (parfois réinterprété en "Cat Rouge" « chat rouge » en Normandie), "Cas Rouge" dans le Loiret), , Charols. "Trivium" est à l'origine de , et il y a de fortes chances pour que Cinquétral signifie "cinq routes". Autres éléments liés aux routes, les ponts, représentés par le gaulois "briva" (Brive) ou par le latin "pons", qui l'a souvent remplacé. Ainsi "Briva Isarae" est devenu Pontoise. Peuvent également être rattachés aux routes les relais et les auberges. Le latin "stabulum" (écurie, puis relais, auberge) a donné Les Estables, Étables ou . Quant à "taverna", on lui doit Tavernay, Malataverne, Saverne (Tres Tabernae) ou encore le de l'Isère. L'étude des noms des voies de communications s'appelle l’odonymie. Outre les lieux cités ci-dessus, l'odonymie s'intéresse aussi aux rues. Pendant des siècles, ces dernières ont tiré leur nom du lieu vers lequel elles menaient (rue du Moulin), du métier qu'on y pratiquait (rue des Tanneurs), d'un personnage important qui y habitait (rue Mazarine), d'un bâtiment qui s'y trouvait ou de son enseigne (rue du Plat-d'Étain), etc. Sous la Monarchie de Juillet, on a recommandé aux communes de donner à leurs rues des noms de batailles victorieuses : d'où les nombreuses rues de Wagram ou de Marengo. Par la suite, ce furent les personnages célèbres que l'on conseilla d'utiliser, la France étant remplie d'artères ou de places dédiées à Victor Hugo, à Pasteur, au maréchal Foch ou au général de Gaulle. Plus récemment, la création de nouveaux quartiers ou de lotissements a entraîné des choix discutables, toutes les rues d'un même secteur étant consacrées à un thème unique : arbres, fleurs, oiseaux, sportifs célèbres, etc. Il est évident qu'il n'y a pas la moindre pervenche dans la rue des Pervenches, ni, hélas, le moindre coquelicot dans celle des Coquelicots. Créations modernes et contemporaines. Un certain nombre de communes ont été au fil des siècles débaptisées, généralement pour prendre le nom d'une personnalité. Quelques exemples : Certaines communes de la région parisienne ont été créées au , avec des noms parfois liés à des auberges ou des guinguettes. C'est le cas, pour des raisons diverses, de Malakoff, Le Kremlin ou Robinson. Autre nouveauté de la fin du , la commune de Jullouville, station balnéaire créée en 1881 par Armand Jullou. Deux curiosités du : Au rang des créations contemporaines, il faut placer les départements, qui datent de 1790 et dont les noms, sans grande originalité, renvoient presque tous à la rivière qui les traverse ou à la montagne qui les domine. Exceptions notables, le Calvados (du nom d'un rocher au large de la côte), la Côte-d'Or (du nom de la teinte dorée que prenait le vignoble en automne, nom qui fut par la suite attribué à la côte viticole), le Finistère (< "finis terræ"), le Nord, point cardinal, le Pas-de-Calais, du nom du détroit, et les Yvelines, baptisé d'après l'ancien nom du massif forestier de Rambouillet (Yveline < "Yvette, Evette", littéralement "petite eau", en raison des nombreux étangs). Plus récemment, les régions administratives ont parfois repris les noms d'anciennes provinces, mais on a aussi assisté à la naissance de curieux hybrides, telle la région Provence-Alpes-Côte d'Azur, abrégée en PACA. Parmi les créations proprement toponymiques, il faut citer les villes nouvelles, comme Saint-Quentin-en-Yvelines, Marne-la-Vallée ou Villeneuve-d'Ascq, le nom des étangs artificiels, etc. Les rares mutations se font soit à l'instigation des conseils municipaux, par exemple Châlons-sur-Marne devenu Châlons-en-Champagne, soit à l'occasion de regroupements de communes. Par exemple Cherbourg devenu officiellement Cherbourg-Octeville (puis Cherbourg-en-Cotentin) ou Bruay-la-Buissière, mais plus anciennement Boulogne-Billancourt, Maisons-Alfort, Charleville-Mézières…). Sauvegarde de la toponymie traditionnelle. Au , on tend de plus en plus souvent à valoriser la microtoponymie traditionnelle des lieux où s'ouvrent de nouvelles rues, quartiers ou lotissements, donnant à ces voies les noms des terres ou anciens lieux-dits ― et microtoponymes en général ― traversés par les nouvelles rues : par exemple, les champs ruraux dits "les Prés de la Fougueraie" donnent leur nom à la nouvelle "rue des Prés de la Fougueraie", au sein d'un nouveau lotissement bâti sur cette ancienne petite zone rurale ; d'autres rues de nombreux autres lotissements reçoivent aussi leur nom des parcelles agricoles sur lesquelles elles sont placées : tel est le cas de la "rue du Moulin de Marion", "rue du Champ Renardier", "place des Ruches", "boulevard de la Mare aux Joncs", etc. L'actuelle tendance à voir la (micro)toponymie traditionnelle comme une partie du patrimoine immatériel et comme la vive histoire linguistique de la France a pour conséquence que beaucoup de nouvelles rues et de nouveaux lotissements ne prennent plus de noms consacrés aux fleurs, aux arbres, aux oiseaux ou aux personnages célèbres, mais aux anciens (micro)toponymes des parcelles sur lesquelles on bâtit ces lotissements et où l'on ouvre ces nouvelles rues. Listes de micro-toponymes relevés sur la commune de Toul à partir des plans cadastraux et plans de fortifications Mélioratifs. L'usage de mélioratifs dans la dénomination des toponymes n'est pas une nouveauté, et dès le Moyen Âge les agglomérations nouvelles, peut-être pour attirer vers elles les populations des villages voisins, vantaient le charme ou la sécurité des lieux, voire les avantages qu'on pouvait en tirer. L'adjectif "beau" entre ainsi en composition dans d'innombrables noms de lieux. Le plus banal de tous : , nom de 23 communes françaises. Guère plus original : (seul ou en composition dans 14 communes). Mais comme les nouveaux villages étaient souvent situés sur des hauteurs, c'est qui est largement en tête (55 communes). Depuis ces hauteurs, la vue était imprenable, gage de sécurité et éventuellement de plaisir. D'où les noms tels que Mirabeau, , , ou Belvédère. L'idée de forteresse imprenable apparaît notamment dans des noms tels que ou Belfort. Si le lieu n'est pas qualifié de "beau", il peut être nommé "bon", les deux termes étant souvent équivalents en ancien français : (Sauf Bonneville-Aptot, Eure, qui est un ancien "Burnencvilla"), , Bonrepos. Enfin, il n'est pas rare que des localités dont le nom ancien commençait par "mal-" se soit transformées pour être plus attrayantes. Ainsi, dès le Moyen Âge, Malpas (le mauvais passage) est devenu Bompas (Pyrénées-Orientales). On peut également considérer comme des mélioratifs des termes tels que ou . Souvent créées au , ces localités offraient dans bien des cas à leurs habitants l'exemption des droits seigneuriaux si pesants dans les villages voisins. Graphie des toponymes français. La graphie des toponymes officiels français (ceux des entités administratives : régions, départements, arrondissements, cantons, communes) est fixée par l’édition la plus récente du "Code officiel géographique" publié par l’Insee. Pour le français de France, les principales règles typographiques sont les suivantes : Exceptions : Pays de la Loire, Territoire de Belfort et l’espace est conservée sans trait d'union dans Côte d'Azur (car c'est un surnom géographique) même quand il entre dans la composition du nom de région Provence-Alpes-Côte d'Azur. On ne met pas non plus de trait d'union dans la partie non officielle d'un toponyme (Clermont de l'Oise). La règle est obligatoire pour les communes sur tous les panneaux officiels (encadrés de rouge) à l’entrée des agglomérations, pour les départements et les régions (sauf les exceptions ci-dessus), mais n’est pas toujours appliquée de façon cohérente sur les autres panneaux (lieux-dits, bâtiments administratifs). Cette règle ne s'applique pas aux noms géographiques tels les noms de rivières (la Sèvre Niortaise), d’îles (l’île d’Yeu est une île française située administrativement sur la commune de L’Île-d’Yeu) et de montagnes (le mont Sainte-Odile, le mont Blanc mais le massif du Mont-Blanc). En outre les antonomases (noms propres utilisés comme noms communs ou inversement) constituant des appellations d’origine s’écrivent avec une minuscule, comme dans le cas d'un verre de bordeaux d'une coupe de champagne, d'un havane ou d'un sèvres. La majuscule est toutefois maintenue si le lieu est cité en tant que tel, par exemple dans le cas des vins de Bordeaux, du vignoble de Saint-Émilion ou de la porcelaine de Limoges ; certaines appellations appliquent donc simultanément ces deux règles, comme le camembert de Normandie ou le brie de Meaux. Nota : le "Lexique des règles typographiques en usage à l'Imprimerie nationale" précise dans son chapitre consacré aux toponymes, tel que repris par : Bibliographie. On consultera aussi les divers ouvrages parus dans la collection "Noms de lieux", classés par régions ou départements (éditions Bonneton). |
Texas Le Texas (prononcé : ou ; en anglais : ; en espagnol : "Texas" ou "Tejas" ) est un État du Sud des États-Unis, le deuxième plus vaste du pays () après l'Alaska et deuxième plus peuplé après la Californie. Selon le décompte officiel du Bureau du recensement des États-Unis (2020), le Texas aurait . Sa capitale est Austin alors que Houston est sa plus grande ville et Dallas-Fort Worth son agglomération la plus peuplée. Les Texans sont à près de 80 % des citadins et presque la moitié d'entre eux vivent dans deux agglomérations : Dallas-Fort Worth ou Houston. Quatre aires urbaines du Texas comptent plus de deux millions d'habitants : Houston, Dallas-Fort Worth, San Antonio et Austin. Aussi surnommé « "" » (« l'État de l'étoile solitaire »), le Texas possède des paysages divers organisés selon un gradient est-ouest : ils évoluent des plaines du Sud profond aux déserts du Sud-Ouest américain. Les milieux naturels sont donc d'une grande variété : marais littoraux, forêts subtropicales, prairies, zones semi-arides et arides, montagnes se succédant sur plusieurs centaines de kilomètres d'est en ouest. Situé au nord du fleuve Rio Grande, le Texas a d'abord été une colonie espagnole avant de faire partie du Mexique. Après avoir connu une éphémère république indépendante, il fut rattaché aux États-Unis en 1845. État esclavagiste, le Texas participa aux côtés des États confédérés d'Amérique à la guerre de Sécession puis connut une expansion lors des années de course aux champs pétrolifères. Aujourd'hui, il attire de nombreux immigrants latinos et fait partie des États conservateurs dominés par les républicains. Son économie dynamique repose sur l'élevage, les hydrocarbures, les industries pétrochimiques et de techniques de pointe (aérospatiale, biotechnologies), soutenues par un réseau dense d'universités. Le Texas est le deuxième état le plus riche du pays après la Californie. La culture du Texas reflète des influences et des héritages multiples, amérindiens, afro-américains, européens et hispaniques. L'identité de l'État repose sur un folklore vivant (rodéo, western, country), associé à l'image mythique du cow-boy. Histoire. Époque précolombienne. En l'état actuel de la recherche, la présence humaine sur le territoire texan remonterait à environ . Cependant, une équipe de chercheurs découvre près de paléolithiques autour du site de Debra, pour la plupart vieux de à , indiquant une première implantation antérieure à l"âge de Clovis". Les Paléoindiens qui vivaient à la fin du Pléistocène (vers 9300 – 6000 ) peuvent être rattachés aux cultures Clovis et Folsom : ces nomades chassaient les grands mammifères aujourd'hui disparus tels que les mammouths et les bisons à longues cornes au moyen de flèches et d'atlatls. Ils se fournissaient en silex sur le site d'Alibates Flint au nord du Texas. Le changement climatique qui marqua le début de la période archaïque (vers 6000 – vers 700 ), fut marqué par l'extinction des mammifères géants, par une relative croissance démographique à partir du et par l'apparition des premiers échanges. De nombreux pictogrammes dessinés sur les parois des grottes ou sur des rochers sont visibles dans l'État, notamment à Hueco Tanks et à Seminole Canyon. Certains groupes vivant à l’est du Texas commencèrent à se sédentariser dans les premiers siècles de l'ère chrétienne, à pratiquer l’agriculture et à ériger les premiers tertres funéraires. Cette phase montre l’influence des civilisations qui s’épanouirent dans le bassin du Mississippi comme les Mound Builders. La nation caddo se constitua entre 500 et 800 alors que les populations du Trans-Pecos furent influencées par la culture mogollon. À partir du environ, l'arc et la flèche firent leur apparition dans la région, la fabrication de poteries se développa et les Amérindiens dépendirent de plus en plus du bison pour leur survie. Des objets en obsidienne retrouvés dans les divers sites texans témoignent des échanges avec le Mexique actuel et les montagnes Rocheuses. Avant l'arrivée des Européens, le Texas était occupé par plusieurs peuples amérindiens : Alabamas, Apaches, Aranamas, Atakapas, Caddos, Comanches, Coahuiltecans, Cherokees, Chactas, Coushattas, Hasinais, Jumanos, Karankawas, Kickapous, Kiowas et Wichitas. Exploration européenne (). L’exploration de l’actuel Texas par les Espagnols commença par la voie maritime et répondait alors au besoin de trouver un passage vers l'océan Pacifique. En 1519, Alonso Álvarez de Pineda fut le premier à longer les côtes du golfe du Mexique et à en dessiner le tracé sur une carte. En 1528, le conquistador Álvar Núñez Cabeza de Vaca, survivant de l’expédition de Pánfilo de Narváez, fut le premier Européen à fouler le sol du futur Texas. Il fut suivi par Francisco Vásquez de Coronado qui explora le nord en 1541 à la recherche d’or et de pierres précieuses, recherche qui se révéla infructueuse. L’année suivante, les survivants de l’expédition d’Hernando de Soto arrivèrent par l’est en 1542. D’autres voyages furent menés depuis le Mexique actuel dans les années 1580-années 1590, puis à partir du Nouveau-Mexique au notamment sous l'impulsion des franciscains. En 1684, l'explorateur français René-Robert Cavelier de La Salle quitte la France avec pour mission d'établir une colonie en Louisiane à l'embouchure du Mississippi. En 1685 à la suite d'erreurs de navigation il vogue trop au sud et débarque dans la baie de Matagorda et fit construire le fort Saint-Louis mais ne parvint pas à retrouver l'embouchure du Mississippi qu'il avait descendu quelques années plus tôt. Les Français allèrent jusqu'au Río Grande et sur la rivière Trinity. L'expédition perdit deux navires dans des tempêtes : l'un d'eux, baptisé "La Belle", a été retrouvé et fouillé. La Salle partit chercher du renfort au Canada en 1687 et fut assassiné au cours d'une mutinerie sur les côtes du Texas en mars 1687. La petite colonie de Saint-Louis ne résista pas longtemps aux épidémies et à l’hostilité des Amérindiens. Mais la France continua de revendiquer le Texas jusqu’au traité de Paris en 1763. Avertis de la présence française aux portes de la Nouvelle-Espagne, les Espagnols envoyèrent une dizaine d’expéditions entre 1685 et 1689 afin de trouver l'établissement français. En 1689, Alonso de León retrouva fort Saint-Louis qui avait été abandonné ; il le détruisit au cours d'un deuxième voyage l’année suivante. Le Texas fut intégré à la colonie de Nouvelle-Espagne jusqu’à l’indépendance du Mexique en 1821. À partir de 1716, son nom officiel devient Nouvelles-Philippines ("Nuevas Filipinas") mais il restera moins usité que Texas. L'installation des Espagnols, qui commença réellement au répondait à l'expansion de la colonie française de Louisiane à l'est et au souci de préserver les mines d'argent du Mexique. Elle se manifesta par l'installation de colons, la fondation de forts et de missions. Elle se heurta à l'hostilité des Amérindiens. Premiers établissements. Le plus ancien établissement européen du Texas fut fondé en octobre 1680 par des conquistadors, des frères franciscains et des Amérindiens tiguas : Ysleta dans l'Ouest du Texas actuel, sur le Rio Grande. En 1690 fut fondée la mission franciscaine de San Francisco de los Tejas dans l’Est du Texas à San Pedro Creek dans l'actuel comté de Houston, en territoire nabedache. Mais face à la menace indienne, les religieux durent quitter le site quelques années plus tard. En 1700, un premier poste fut occupé à Juan Bautista, sur le cours inférieur du Río Grande. Un gouverneur fut installé et de nouveaux "presidios" furent construits plus à l'est (fort Taovaya, Los Adaes, San Augustin de Ahumada, San Luis de Amarillas…). En 1716 fut fondée la mission Concepcion. La mission de San Antonio de Valero fut inaugurée en 1718. Elle fut transformée à partir de 1803 en poste militaire qui prit le nom d'Alamo en raison de l'arrivée d'un détachement venu de la région d'El Alamo, dans l'État de Coahuila (Mexique). D'autres établissements religieux suivirent, comme la mission San Juan Capistrano (1731) ou la mission Nuestro Señora del Espíritu Santo de Zúñiga (1732). Sous l’impulsion de José de Escandón, plusieurs villages de colons furent fondés entre 1749 et 1755 dans la Nouvelle-Santander, qui correspondait au sud du Texas et au Tamaulipas mexicain. L'exploration du Texas se poursuivit tout au long du : elle fut le fait des contrebandiers et de coureurs des bois qui nouaient des contacts avec les Amérindiens. L'Américain Zebulon Pike explora une partie du territoire texan en 1806-1807. Relations. Le traité de Paris (1763) qui mit un terme à la guerre de Sept Ans entre les puissances européennes, modifia considérablement la géopolitique de l’Amérique du Nord. La France perdit le Canada et la Louisiane : la rive occidentale du Mississippi fut remise à l'Espagne, tandis que le reste de la Louisiane devint définitivement américain en 1803. La Nouvelle-Espagne n’eut dès lors plus à craindre la présence française. Les Espagnols cherchèrent à relier La Nouvelle-Orléans à Santa Fe à travers le Texas. Les missionnaires, les pionniers et les aventuriers espagnols introduisirent au Texas les premiers chevaux ainsi que des objets en métal et en verre qui transformèrent radicalement le mode de vie des Amérindiens. Le cheval renforça le nomadisme de plusieurs tribus et contribua à modifier leur répartition géographique. C’est aussi à cette époque que de nombreux villages subirent des épidémies ainsi que les attaques des Apaches et des Comanches. Les premiers contacts avec les Européens furent souvent pacifiques comme en témoigne l'étymologie du mot Texas : ce dernier vient en effet du caddo « "tejas" » qui signifie « allié » ou « ami ». Mais très vite, les troupes et les colons espagnols durent affronter les Apaches et les Comanches tout au long du . Après leur indépendance en 1783, les États-Unis s’agrandirent vers l’ouest ; en 1795, la navigation commerciale sur le Mississippi fut ouverte aux Américains. La vente de la Louisiane en 1803 consacra l’accroissement du territoire américain vers l'ouest. L’influence américaine se traduisit également par l’arrivée d’aventuriers comme Philip Nolan (1771-1801), de marchands, de scientifiques comme William Dunbar ou Peter Custis. Le traité d'Adams-Onís de 1819 fixa la frontière entre les territoires américain et espagnol. Mise en valeur. Au , la colonie du Texas souffrait de sous-peuplement : il y avait 500 Tejanos en 1731, à peine en 1760. La métropole encouragea pourtant l'installation de nouveaux colons en leur offrant le titre d'hidalgo ou des avantages financiers. Elle permit à des Anglo-Saxons de s'installer au Texas : ils étaient recrutés par des agents appelés "empresarios", tels que Haden Edwards ou Moses Austin. L'essor économique peina à venir à cause de l'isolement et du monopole du commerce avec l'Espagne : les colons échangeaient des marchandises avec les Français ou les Amérindiens. Les mines étaient exploitées par des esclaves amérindiens. Les Espagnols réalisèrent des travaux d’irrigation le long du Rio Grande. Ils fondèrent des "ranchos" (ranchs) et imposèrent le système des "haciendas" : ces grandes exploitations autarciques possédaient plusieurs bâtiments regroupés autour d’une place. Les missions étaient aussi des centres de production agricole et artisanale qui utilisaient la main d'œuvre amérindienne. La tradition de l'élevage extensif au Texas remonte à la colonisation espagnole. Les bêtes étaient gardées par des "vaqueros", les ancêtres des cow-boy, qui maîtrisaient déjà la technique du "rodeo" pour capturer les bovins sauvages au moyen d'un "lazo" (lasso). L'élevage produisait essentiellement des peaux et du suif. Texas mexicain (1821-1836). En 1821, craignant que la révolution libérale péninsulaire ne s'étende au Mexique, le militaire conservateur Agustín de Iturbide pactise avec le révolutionnaire Vicente Guerrero pour proclamer l'indépendance du Mexique et en offrir le trône à un monarque européen. Devant le refus de Ferdinand VII, il se proclame Empereur de ce nouveau territoire comprenant le Mexique et la Capitainerie générale du Guatemala. Mais les bases de ce nouvel empire sont fragiles et quand Santa Anna se prononce contre Iturbide, celui-ci est contraint de quitter le pouvoir. Une Assemblée constitutionnelle est alors convoquée pour rédiger une nouvelle constitution. Le Mexique devint alors une république fédérale, avec le catholicisme comme religion d’État. Le Texas fut regroupé avec le Coahuila pour des raisons démographiques dans l'État de Coahuila y Texas, avec pour capitale Saltillo. En 1821-1822, Moses Austin puis son fils Stephen Fuller Austin firent venir anglo-saxonnes au Texas, les "Old Three Hundred". La colonie avait pour chef-lieu San Felipe de Austin, lorsque Stephen Austin mit en place une justice et une milice, ancêtre des fameux Texas Rangers. Au total 24 "empresarios" participèrent à l’accroissement démographique de la région, à sa mise en valeur et à sa défense contre les Amérindiens. Beaucoup de ces immigrants anglo-américains possédaient des esclaves. Le gouvernement mexicain se rendit compte que les anglo-américains refusaient de devenir citoyens, cherchaient à vivre séparément et ne respectaient pas les lois relatives à l’esclavage, officiellement aboli en 1829. Le président mexicain Anastasio Bustamante menaça le Texas d’une intervention militaire, prit des mesures pour décourager la colonisation anglo-américaine et finit par interdire l’installation d'Américains au Texas. Afin d’empêcher l’immigration américaine, des forts furent construits le long de la frontière avec les États-Unis. Pourtant, ces mesures n’empêchèrent pas l’afflux d’Américains au Texas : De vers 1830 leur nombre passa à vers 1834 contre seulement Mexicains. Le Texas devint par ailleurs un enjeu géopolitique pour les États-Unis : les spéculateurs américains convoitaient les immenses terres du Texas et le gouvernement voyait dans son annexion un moyen de maintenir l’équilibre entre États esclavagistes et abolitionnistes. En 1827 et 1829, les présidents américains John Quincy Adams et Andrew Jackson tentèrent d'acheter la région au gouvernement mexicain, sans résultat. En 1832, des rebelles texans attaquèrent la garnison d’Anahuac et le 26 juin, ils perdirent la bataille de Velasco. En octobre, 55 délégués du Texas formèrent la convention de 1832 à San Felipe et rédigèrent des pétitions adressées au congrès du Mexique. Ils réclamaient l’abrogation des lois de colonisation et la reconnaissance du Texas comme État à part entière. Une seconde convention se tint l’année suivante en vue d’écrire une constitution pour le Texas. Elle fut apportée au président Antonio López de Santa Anna à Mexico par Austin qui fut arrêté le pour trahison. Le gouvernement mexicain fit des concessions aux Texans : l’article 11 des lois de colonisation fut abrogé, ce qui permit aux immigrants américains de s’installer sur le territoire. Le Texas fut divisé en trois départements : San Antonio-Bexar, Brazos et Nacogdoches. L’anglais fut accepté comme deuxième langue. La capitale de l’État fut transférée de Saltillo à Monclova en mars 1833. Mais lorsque le gouvernement mexicain désira supprimer le système fédéraliste pour instaurer une centralisation administrative, la guerre civile se ralluma. Révolution texane et indépendance. La révolution texane commença en octobre 1835 lors de la bataille de Gonzales qui opposa les troupes anglo-américaines aux troupes mexicaines. L'automne fut marqué par plusieurs escarmouches et affrontements. Le , les représentants des diverses colonies texanes se réunirent à San Felipe et déclarèrent vouloir défendre la Constitution mexicaine de 1824. Ils mirent en place un gouvernement provisoire et élurent un parlement. En 1835-1836, Samuel Houston fut nommé à la tête de l'armée texane pour mener la guerre d'indépendance. Le général mexicain Santa Anna décida de mener une expédition punitive destinée à anéantir la rébellion texane. Du 26 février au 6 mars, il mena le siège de Fort Alamo, une ancienne mission de San Antonio (espagnole) occupée par les rebelles. Les mexicains finirent par venir à bout des insurgés et entrèrent dans le fort. La bataille fit environ du côté des Texans, dont le célèbre Davy Crockett. Les survivants furent capturés et exécutés sur ordre de Santa Anna. La répression s'abattit et l'armée mexicaine se livra à des pillages qui ne firent que souder les colons américains. Les hommes tombés à Fort Alamo devinrent rapidement des héros pour les Texans qui souhaitaient ardemment prendre leur revanche. Pendant ce temps, le 2 mars à Washington-on-the-Brazos, les 59 délégués texans de la Convention de 1836 signèrent une déclaration d'indépendance vis-à-vis du Mexique. L'affrontement final eut lieu le , à la bataille de San Jacinto : Sam Houston conduisit l'armée du Texas (environ ) à la victoire contre une partie de l'armée mexicaine du général Santa Anna qui fut capturé peu après la bataille. Celui-ci dut signer les traités de Velasco le établissant l’indépendance du Texas. Samuel Houston devint le premier président de la république du Texas, qui fut officiellement reconnue par le gouvernement fédéral des États-Unis en mars 1837, mais pas par celui du Mexique. République du Texas (1836-1845). En 1837, Samuel Houston installa la capitale de la république du Texas dans une ville nouvelle qui porta son nom, avant qu'elle ne soit transférée à Austin en 1839. Le Texas eut sa propre ambassade à Londres entre 1836 et 1845. Le jeune État eut du mal à assurer ses frontières et demanda donc son rattachement aux États-Unis. Le Texas devint un État des États-Unis en 1845. La plupart des Texans étaient favorables à l'union de leur République à celle des États-Unis. L'urgence du rattachement au puissant voisin se fit sentir lorsque les troupes mexicaines prirent San Antonio le . Une milice dirigée par Mathew Caldwell délivra finalement la ville. Cependant, les abolitionnistes américains voyaient d'un mauvais œil l'entrée du Texas, un État esclavagiste, dans l'Union. Ces réticences furent levées lorsque James K. Polk devint président des États-Unis en 1844. Le , le Congrès des États-Unis vota l'admission du Texas comme État des États-Unis. Washington ne cacha pas ses intentions de fixer la frontière du Texas sur le Rio Grande (et non sur la rivière Nueces) et d'annexer la Californie mexicaine. D'autre part, les Américains réclamaient au gouvernement mexicain des indemnités en compensation des pertes qui eurent lieu au cours des révolutions mexicaines. Ces facteurs, ajoutés à la perte du Texas par le Mexique, déclenchèrent la guerre américano-mexicaine de 1846-1848. Temps des guerres (1846-1870). Le , les forces du général américain Zachary Taylor se dirigèrent vers le Rio Grande en réaction à la prise de Fort Brown par le Mexicain Mariano Arista ; elles remportèrent la bataille de Palo Alto près de l'actuelle Brownsville. Les Américains finirent par envahir le Mexique et par prendre la capitale le . Le traité de Guadalupe Hidalgo, signé le , cédait les territoires de Haute-Californie et de Santa Fe du Nouveau-Mexique (constituant pour une grande part la "Cession mexicaine"), ainsi que le Texas aux États-Unis. Le Mexique obtenait de dollars de compensation. Ce dernier récupéra ainsi provisoirement les terres de lAlta California et de Santa Fe de Nuevo Mexico que les Texans revendiquaient depuis l'indépendance, à savoir ceux situés sur la rive gauche du Rio Grande et à l'est du (au nord de la source du fleuve). Parmi les cinq mesures que prévoyait le compromis de 1850, l'une définissait les frontières actuelles du Texas et octroyait à cet État une indemnité de dix millions de dollars en compensation des terres cédés aux territoires voisins (Utah, Nouveau-Mexique et de l'ancien Territoire du Missouri). Seul le panhandle de l'Oklahoma resta un territoire en litige jusqu'à la création du Territoire de l'Oklahoma en 1890. Après 1848, le nombre d'immigrants augmenta rapidement en relation avec le développement de la culture du coton. État esclavagiste, le Texas entra dans les États confédérés d'Amérique le . Pendant la guerre de Sécession (1861-1865), le Texas eut un rôle important dans l'approvisionnement en marchandises des États du Sud. Il fournit surtout des cavaliers comme remplaçants pour les confédérés tombés au front. Au milieu de l'année 1863, les nordistes s'emparèrent du Mississippi ce qui eut pour effet de couper le Texas des armées situées à l'est du fleuve. La dernière bataille de la guerre civile eut lieu à Palmito Ranch le . Peu touché par les ravages de la guerre, l'État capitula en 1865 et réintégra l'Union le . Comme dans le reste du Sud des États-Unis, la période de la Reconstruction fut marquée par la ségrégation raciale et les violences contre les Noirs, ainsi que par une profonde crise agricole. Depuis 1870. Après la guerre de Sécession, les grands propriétaires fonciers s'emparèrent graduellement de la plupart des terres au détriment des petits colons. Entre 1880 et 1884, les grands propriétaires, organisés en véritables trusts basés principalement à Boston et à New York, prennent possession de près de d'acres. Ils organisèrent des groupes de voleurs de bétail afin de harceler et ruiner les petits éleveurs ; près de trois millions de têtes de bétail sont volées aux Indiens dans les années 1860. Ils obtinrent par ailleurs la collaboration du Parlement, qu'ils contrôlaient au Texas et au Kansas. Le , le Texas entra dans une période de développement économique avec la découverte du premier puits de pétrole important, le "Spindletop", situé au sud de Beaumont. D'autres gisements furent trouvés par la suite dans l'est et l'ouest de l'État, et sous les eaux du golfe du Mexique. À son apogée, la production moyenne était de trois millions de barils par jour en 1972. L'argent du pétrole servit entre autres choses à financer un fonds public pour développer les universités de l'État. Cependant, la Grande Dépression dans les années 1930 eut des effets négatifs sur l'économie et la société texanes, et fit augmenter le chômage. De nombreux paysans abandonnèrent les régions du "Dust Bowl", les plaines rendues impropres à la culture par l'érosion éolienne et la sécheresse. C'est également à cette époque que les Afro-Américains du Sud des États-Unis partirent travailler dans la "Manufacturing Belt", afin d'échapper à la ségrégation. La part des Noirs dans la population texane passa de 20,4 % en 1900 à 12,4 % en 1960. Après la Seconde Guerre mondiale, le Texas se dota d'un réseau moderne d'universités et de "colleges", notamment sous l'impulsion du gouverneur John Bowden Connally. L'État fédéral leur octroya des fonds pour la recherche sous les présidences de Kennedy et de Johnson. Géographie. Généralités. Le Texas, qui s’étend entre 25°50’ et 36°30’ de latitude nord, et entre 93°31’ et 106°9’ de longitude ouest, offre des paysages variés. L’extrémité septentrionale du Texas se trouve à peu près à la même latitude que la ville de Tunis, alors que le sud est à la même latitude que Louxor en Égypte. La ville la plus à l'ouest est El Paso. Avec , le Texas est le deuxième État le plus vaste des États-Unis derrière l'Alaska, ce qui explique la variété de ses paysages. Il est plus grand que la France métropolitaine. Il s’étend sur environ du nord au sud et sur d’est en ouest. La longueur totale de ses côtes atteint plus de . La plus grande partie du Texas se trouve dans le fuseau horaire des États du centre () ; seule la région la plus occidentale (comtés d’El Paso et d’Hudspeth) appartient au fuseau horaire des montagnes (). L'État possède une frontière commune avec le Mexique. Cette région est une zone d'échanges humains et économiques. Les États américains qui bordent le Texas sont la Louisiane et l'Arkansas à l'est, l'Oklahoma au nord, et le Nouveau-Mexique à l'ouest. Les frontières du Texas ont longtemps été disputées entre les puissances coloniales européennes, le Mexique et les États-Unis. Aujourd’hui, plusieurs cours d’eau marquent les limites de l’État : le Rio Grande au sud, la Rivière rouge au nord et la Sabine à l’est, ce qui n'empêche pas le Texas de construire un mur à sa frontière avec le Mexique. Le Texas est en processus de fabrication de son propre mur à la frontière avec le Mexique. Le Texas appartient à plusieurs ensembles régionaux : à la "Sun Belt" pour son climat et son dynamisme économique ; au Far West par ses paysages et son folklore ; mais aussi au Sud des États-Unis pour son histoire et sa culture. Il s'ouvre sur le golfe du Mexique et sur la Mexamerica à cause de son passé et de ses relations avec le pays voisin. Relief. Le Texas constitue une zone de transition entre les plaines de l'Est des États-Unis et les montagnes de l'Ouest américain. Le relief s'organise en paliers d'orientation longitudinale, les plus hautes altitudes se trouvant à l'ouest : c’est là que se situe le point culminant du Texas, le pic Guadalupe (). Cependant, les plaines, les collines et les plateaux sont les reliefs dominants : l'altitude moyenne de l'État est de . Le Texas peut être divisé en trois grands ensembles naturels : les plaines littorales et orientales, les plateaux du centre, et les montagnes de l’Ouest. Les côtes du golfe du Mexique sont basses et découpées par des baies et des estuaires. Elles sont bordées par plusieurs grandes îles, dont la plus étendue est l'île Padre (). Le Sud du Texas est occupé par une partie de la plaine côtière qui se prolonge jusqu’en Floride. Avec une grande moitié est, il se caractérise par de faibles altitudes (moins de ) et un relief relativement plat ou légèrement vallonné, favorable aux activités humaines. Le centre du Texas est constitué de plateaux et de hautes plaines, bordés par des escarpements (escarpement de Balcones, escarpement du Caprock) ; il représente une zone de transition entre les Grandes Plaines et les plaines côtières. Le plateau d'Edwards offre un relief karstique et se rattache aux Grandes Plaines. Plus au nord se succèdent la Llano Estacado, considérée comme l'une des plus grandes mesas d'Amérique du Nord et le panhandle, formé de hautes plaines et de plateaux disséqués par des gorges. Ici, le canyon de Palo Duro, le deuxième des États-Unis par ses dimensions, après celui du Colorado. Enfin, le Trans-Pecos à l’extrémité ouest désigne un ensemble complexe de chaînes de montagnes, de plateaux et de fossés d’effondrement arides ou semi-arides. Les montagnes Guadalupe sont les plus hautes. Hydrographie. Quelque cours d'eau et 15 systèmes fluviaux représentant une longueur cumulée de irriguent le Texas. La plupart des fleuves ont une orientation nord-ouest/sud-est. Le Rio Grande revêt une importance économique et démographique de premier ordre. Il prend naissance dans les montagnes Rocheuses dans l’État du Colorado et coule sur dont correspondent à la frontière entre les États-Unis et le Mexique. Son débit moyen est de /s. Au Texas, son principal affluent est le Pecos ( au total depuis le Nouveau-Mexique). Avec , le bassin versant du Rio Grande est l’un des plus vastes de l’Ouest américain et déborde sur le Nord du Mexique. Il forme un petit delta sablonneux à son embouchure dans le golfe du Mexique. Le Brazos est le plus grand fleuve du Texas : il mesure ce qui en fait le onzième des États-Unis. Son bassin hydrographique couvre quelque . Le Colorado prend sa source près de Lamesa, traverse la ville d’Austin et parcourt quelque . D’autres fleuves arrosent le Texas : la Sabine (), la Trinity (), la Neches () et le Rio Nueces (), qui se jettent tous dans le golfe du Mexique. L’État est également parcouru par plusieurs affluents du Mississippi : la Red River forme la frontière nord du Texas. Elle mesure de long dont forment la frontière du Texas. La Canadian River se jette dans l’Arkansas, un affluent du Mississippi, et coule dans le panhandle du Texas. Enfin, dans les régions arides du l’Ouest, certains cours d’eau sont temporaires. Le lac Caddo est le plus grand du Texas : il se trouve à l'est et mesure . Plusieurs lacs de barrage sont présents sur le Colorado comme le lac Buchanan () ou le lac Travis (). Au total, on recense plus de 180 lacs artificiels et réservoirs, qui sont principalement situés à l’est. Le réservoir Sam Rayburn est l'un des plus importants : il mesure de long pour une superficie de . Les infiltrations d’eau dans les terrains calcaires du Texas ont engendré la formation de grottes et de cavernes dans plusieurs régions notamment dans le relief karstique du plateau d'Edwards (Inner Space Cavern, Natural Bridge Cavern, Wonder Cave). L'aquifère d'Edwards s'étend sur environ et fournit de l’eau à plus de deux millions de personnes. L’eau réapparaît au pied du plateau sous forme de résurgences qui ont permis l’implantation de nombreuses villes. Il existe par ailleurs une nappe phréatique fossile sur le rebord de la Llano Estacado, exploitée par les agriculteurs. Climat. À cause de sa superficie, le Texas se caractérise par des climats variés dont les précipitations et les températures varient selon la latitude et l'altitude. Les précipitations annuelles sont comprises entre dans le comté de Jasper (Texas) à l'est, et à El Paso à l'ouest. Les températures les plus chaudes connues furent de relevés à Seymour le et à Monahans le . Le record de froid connu () a été mesuré à Tulia le et à Seminole le . Le Sud-Est du Texas se trouve en climat subtropical humide (Cfa dans la classification de Köppen, station de Houston ci-dessous), et possède une végétation proche de celle de la Louisiane voisine. Les précipitations dépassent par an et sont réparties de manière assez régulière sur l'année, avec un maximum en été sur la côte. La température moyenne annuelle est supérieure à . Les étés sont chauds et humides avec des températures qui peuvent dépasser les plusieurs jours d'affilée (souvent lourds avec un indice humidex élevé), les hivers frais. L'amplitude thermique annuelle est donc relativement importante surtout à l'intérieur des terres. Entre mai et septembre, ces régions sont touchées par des tempêtes et des ouragans qui provoquent d'importants dégâts. L'Ouest est davantage aride (voir la station d'El Paso ci-dessous). La chaleur est modérée par l'altitude. L'irrigation est nécessaire à l'agriculture, la végétation est adaptée à la sécheresse. La plus grande partie de l'État appartient à l'ensemble naturel des Grandes Plaines. Le climat du Nord (panhandle du Texas) est continental. La région connaît une forte amplitude thermique. La neige (environ par an) recouvre le sol tout l'hiver. Le blizzard peut paralyser les réseaux de transport en hiver. En janvier et février, les vagues de froid ("coldwave") peuvent faire chuter brutalement les températures. Les tornades sont des phénomènes violents et ponctuels qui concernent cette partie de la « "Tornado Alley" ». Elles naissent de la rencontre de l'air tropical avec l'air plus froid venant du nord. Les averses soudaines et brutales provoquent la crue des fleuves. En été, les vents brûlants provoquent des sécheresses et favorisent l'érosion des sols comme dans le "Dust Bowl" durant les années 1930. Les orages peuvent provoquer des incendies. Fin août 2017, l'ouragan "Harvey" touche de plein fouet une grande partie du Texas et de la Louisiane voisine. D'abord classé niveau quatre (sur cinq) en raison de ses fortes rafales de vent, il est rétrogradé en niveau un (tempête tropicale). Cependant, l'ouragan stagnera pendant plusieurs jours sur l'État américain, causant un niveau de précipitations sans précédent : il y tombera l'équivalent de deux années de précipitations en six jours, soit environ de pluie. Le 28 août 2017, l'état d'urgence est déclaré par le Président Donald Trump en Louisiane. Près de 200 hélicoptères et plus de sont déployés dans les deux États pour venir en aide aux populations. Milieux naturels et environnement. Les principaux milieux naturels du Texas sont les marais et les lagunes sur le littoral, les forêts à l’est et au centre, la prairie au nord, les déserts et les montagnes à l’ouest. Certains secteurs sont préservés par des parcs naturels : le parc national de Big Bend, le parc national des Guadalupe Mountains, le canyon de Palo Duro en sont quelques exemples. La faune et la flore du Texas sont très variées : une centaine d’espèces de mammifères sont originaires du Texas, de même qu’une centaine d’espèces de serpents, dont les plus dangereux sont le crotale et le mocassin d'eau. Quelque d’oiseaux ont été repérées au Texas, soit près des 3/4 des espèces que l’on peut observer aux États-Unis. Les symboles de l’État révèlent également la biodiversité du Texas : moqueur polyglotte (passereau), tatou (mammifère), molosse du Brésil (chauve-souris), monarque, crapaud cornu (lézard), "Buccinum" (coquillage), piment jalapeño, "Opuntia" (cactus), pacanier (arbre). Plusieurs espèces sont protégées par le gouvernement comme le bison, le puma, le pronghorn et le loup rouge. Cependant, l’environnement du Texas est fragilisé par le changement climatique et les activités humaines : la fréquence des tempêtes et des ouragans érodent le littoral, qui est par ailleurs soumis à la pression foncière. La pollution industrielle menace les cours d’eau, les baies et les nappes phréatiques. Houston est la ville la plus polluée du pays. L’irrigation intensive et le surpâturage menacent le Nord et l’Ouest de l’État. Villes, urbanisme et architecture. Les villes du Texas se sont développées après la Seconde Guerre mondiale comme dans d'autres régions de la "Sun Belt". Si le Texas a longtemps été un État rural, plus de 80 % des habitants résident aujourd'hui dans une ville, ce qui en fait l'un des taux d'urbanisation les plus élevés des États-Unis. Les aires métropolitaines de la "Sun Belt" se caractérisent par une forte croissance démographique : entre juillet 2006 et juillet 2007, la population de Dallas-Fort Worth a augmenté de , ce qui représente le record du pays. Houston arrive à la quatrième place ce classement, Austin à la huitième place et San Antonio à la dixième. Le réseau urbain du Texas est dominé par trois métropoles de plus d'un million d'habitants (Houston, Dallas et San Antonio qui forment un triangle urbain), une capitale d'État (Austin) et des centres secondaires comme Fort Worth et El Paso. La dissociation entre lieu de travail et lieu de résidence, conséquence de l'exurbanisation et de l'étalement urbain, pousse les Texans à se déplacer en voiture, ce qui provoque des embouteillages aux heures de pointe. Houston est la ville la plus polluée du pays : une agence de contrôle de la pollution a été créée dès les années 1950. Le canal de Houston reste l'une des voies d'eau les plus polluées du monde, malgré l'installation d'usines de retraitement des eaux dans les années 1980. La faune de la baie de Galveston est menacée par les rejets industriels. La gestion des ordures des grandes villes pose également des problèmes. Houston est la ville des États-Unis qui recycle le moins ses déchets avec seulement 2,6 % des déchets recyclés contre 69 % à San Francisco et 34 % à New York. Abandonnés par les classes moyennes après la Seconde Guerre mondiale, les centres des villes texanes connaissent depuis les années 1990 un certain renouveau. La ville d'Austin a densifié son centre-ville, créé des espaces piétonniers sur le modèle de Vancouver et aménagé des pistes cyclables, notamment autour du lac Lady Bird. La création d'arts district, ces quartiers centraux revitalisés par une politique qui vise à attirer les artistes et les institutions culturelles, porte ses fruits à Houston (Houston Theater District) et à Fort Worth (autour du Bass Performance Hall). À Dallas, le Deep Ellum, un quartier qui subissait autrefois de graves problèmes sociaux et d’insécurité, est en cours de gentrification et de renouvellement urbain. À l'époque coloniale, les Espagnols ont construit un réseau de missions catholiques, dont l'architecture témoigne de leurs fonctions à la fois économiques et religieuses. Le bâtiment le plus célèbre de cette époque est la mission Alamo, qui fut le théâtre du siège de Fort Alamo. L'emprise coloniale se manifesta également par l'édification de forts destinés à défendre une région qui fut âprement convoitée. Les villes hispaniques suivaient un modèle importé de la métropole, selon lequel les principaux bâtiments publics s'organisaient autour d'une place, comme à San Antonio, fondée au début du . L'architecture de plantation caractérise l'est du Texas, une région voisine de la Louisiane. Aujourd'hui, l'architecture civile du Texas est riche de ces différents apports qui s'illustrent dans les maisons d'un étage à la manière des ranchs, et de celles qui comportent deux étages, dans le style géorgien. Avec le rattachement du Texas aux États-Unis en 1845, chaque chef-lieu de comté se dota d'une cour de justice qui fut le plus souvent surmontée d'un dôme. Plusieurs de ces cours ont été classées comme monuments historiques. Le capitole de l'État du Texas (1882-1888) à Austin comporte lui aussi une coupole, pour imiter celui de Washington, D.C. Reconnu National Historic Landmark en 1986, il s'agit du plus grand capitole du pays, derrière celui de Washington, D.C. La croissance économique du Texas dans la deuxième moitié du a permis le développement d'une architecture moderne variée et de qualité. Aussi, de nombreux architectes renommés ont travaillé pour le Texas : Frank Lloyd Wright, Tadao Andō, Louis Kahn, Ieoh Ming Pei, Philip Johnson, Renzo Piano, Steven Holl, Robert A. M. Stern, Richard Meier et César Pelli ont dessiné les plans de musées ou d'édifices publics. Les métropoles texanes possèdent de nombreux gratte-ciel qui forment les skylines caractérisant le centre des villes aux États-Unis. Houston possède 29 gratte-ciel de plus de et Dallas 19. La tour la plus haute est la JPMorgan Chase Tower (Houston) (), construite en 1982 et qui est la des États-Unis. Elle est suivie par la Wells Fargo Plaza (Houston, , 1983) et la Bank of America Plaza (Dallas, , 1985). Ces gratte-ciel témoignent de la puissance économique du Texas. Régions. Le Texas peut être divisé en plusieurs régions géographiques, parmi lesquelles : Parcs nationaux. On compte seize parcs nationaux au Texas : Géologie. Le plus ancien affleurement du Texas est le soulèvement de Llano ("Llano Uplift") situé au centre du Texas Hill Country : ces roches granitiques du Précambrien datent d’environ 1,1 milliard d’années et sont les restes d’une ancienne chaîne de montagne érodée. Le site le plus connu des Texans est l’Enchanted Rock. À la fin du Paléozoïque (- d’années), la collision de l’Amérique du Nord et de l’Amérique du Sud donna naissance à une chaîne de montagnes (orogénie de Ouachita pendant le Pennsylvanien) dont les restes sont encore visibles dans les Marathon Mountains, situées entre les chaînes de l’ouest et le plateau d'Edwards. C’est également pendant cette période que s’est formé l’escarpement de Balcones. Au Permien, il y a environ d’années, les montagnes Ouachita étaient bordées par des mers intérieures à l’ouest au fond desquelles se sont déposés des micro organismes, des minéraux et des sédiments issus de l’érosion. Ces dépôts ont été par la suite recouverts par des couches sédimentaires et se sont lentement transformés en pétrole (bassin permien dans la région de Midland et Odessa). Les roches sédimentaires du Permien sont notamment visibles dans le canyon de Palo Duro au nord du Texas mais aussi dans le parc national des Guadalupe Mountains. L’ouverture du golfe du Mexique au Mésozoïque à partir d’un rift au sud des montagnes Ouachita eut des conséquences sur la géomorphologie du Texas. D’importantes quantités de sel et de calcaire se déposèrent sous l’actuelle plaine côtière au Jurassique, lorsque les premières mers peu profondes se formèrent. L’accumulation de couches sédimentaires au Crétacé est à l’origine du plateau d’Edwards. À partir de la fin du Cénozoïque, le soulèvement général de l’Ouest américain provoqua la formation des montagnes Rocheuses, des chaînes de montagnes et de bassins d’effondrement dans le Trans-Pecos. L’Éocène et l’Oligocène furent marqués par une intense activité volcanique dans cette région. Du milieu du tertiaire au quaternaire, les hautes plaines furent progressivement recouvertes de sédiments arrachés par les cours d’eau aux montagnes Rocheuses situées plus à l’ouest. Le soulèvement des Rocheuses, l’encaissement des cours d’eau et l’érosion engendrèrent également des canyons comme celui de Palo Duro et des escarpements (Caprock, Mascalero). La plupart des vallées se creusèrent à partir du Pléistocène, donnant à la géologie de l’intérieur du Texas son état actuel. C’est également au tertiaire que s’est formée la plaine côtière par accumulation de boues, d’alluvions et de sables. Lorsque la mer se retira au début du Cénozoïque, le littoral actuel de Texas commença à se dessiner et la plaine côtière, composée de couches sédimentaires très épaisses, apparut progressivement. L’évolution géologique du Texas continue et l’actuelle transgression marine provoquée par le réchauffement climatique risque de modifier le tracé du littoral. Le Texas n’a jamais été affecté par des tremblements de terre violents : celui de Valentine le fut l’un des plus importants, mais ne provoqua que des dégâts matériels. Les régions les plus exposées au risque sismique sont le Trans-Pecos et, dans une moindre mesure, le Nord de l’État. Démographie. Les habitants du Texas, historiquement souvent connus sous le nom de "Texians", sont désignés maintenant généralement sous le nom de Texans. Les Amérindiens les appelaient "Tejans", ce qui a été retransformé en Texans. Le territoire actuel du Texas a été peuplé dès la Préhistoire par les Amérindiens. À partir du , des Espagnols puis des Français et des Anglo-Américains ont colonisé la région. Le peuplement européen s’est ensuite diversifié après les révolutions de 1848 : des Allemands se sont installés à Fredericksburg et New Braunfels, des Tchèques dans le comté de Lavaca, des Hollandais à Nederland. À l’époque moderne et dans la première moitié du , des esclaves noirs travaillaient dans les plantations de coton de l’est et représentaient une part importante de la population ( selon le recensement de 1860 ; Afro-Américains en 1890). Dans le recensement officiel de 2020, la population du Texas était de d'habitants, soit 7,8 % de la population américaine. Le Texas est le deuxième État le plus peuplé aux États-Unis depuis les années 1990, derrière la Californie et devant la Floride. Entre 2000 et 2006, la population texane a augmenté de 12,7 %, une croissance deux fois plus rapide que celle du pays. Le Texas fait partie des États de la "Sun Belt" qui attire les Américains en raison du climat et du dynamisme économique. Il est aussi un important foyer d’immigration, notamment de Mexicains en raison d’une frontière commune et de la différence de développement. La densité moyenne du Texas s’élevait en 2006 à . Ce chiffre relativement faible comparé à d’autres États de l’Union, cache d’importantes disparités. Les régions les plus peuplées se trouvent à l’est. Une grande partie des Texans se concentrent dans les métropoles et la population est majoritairement urbaine. Le taux de mortalité du Texas (6,8 pour mille habitants en 2005) est inférieur à la moyenne nationale (8,2 pour mille habitants). Le taux de fécondité (17,1 pour mille habitants en 2004) est nettement supérieur à la moyenne nationale (14 pour mille habitants), une tendance qui se retrouve dans tout le Sud des États-Unis où les militants anti-avortements sont très actifs. Les protestants évangéliques condamnent également l’avortement, même s’il reste légal dans l’État. Les Hispaniques ont un taux de fécondité supérieur au reste de la population du Texas. Enfin, la population du Texas est assez jeune par rapport à celle des États-Unis puisque l’âge moyen est contre pour le pays. sont nés à l'étranger (15,6 % de la population totale), 1,2 million environ sont des étrangers illégaux, qui représentent plus d'un tiers de la population née à l'étranger dans le Texas et 5,4 % de toute la population de l'État. 31,2 % de la population parlent une autre langue que l'anglais à la maison. Le Texas compte la deuxième minorité hispanique des États-Unis dont la présence s’explique par l’histoire et par la proximité du Mexique. En 2000, de Texans soit près d’un tiers de la population se déclaraient hispaniques, dont d’origine mexicaine. Les plus fortes concentrations d’Hispaniques se retrouvent dans les villes de Houston, Dallas, San Antonio et El Paso et dans les comtés du Sud et de l’Ouest, le long du Rio Grande. Ces Hispaniques s’intègrent lentement, certains militent pour imposer le bilinguisme, d'autres parlent anglais ou "spanglish" et beaucoup se tournent vers le protestantisme. Parmi les autres minorités ethniques, les Asiatiques voient leur nombre augmenter depuis les années 1960 : Coréens et Vietnamiens résident dans les grandes villes comme Dallas, Houston ou Austin, mais aussi le long du littoral où ils occupent le secteur de la pêche à la crevette. Plus de 40 % des Afro-Américains de l’État se concentrent dans les aires métropolitaines de Dallas et de Houston. Enfin, environ vivent actuellement sur le territoire texan. Il existe trois réserves : Alabama-Coushatta Reservation (à l'est), Ysleta del Sur Pueblo (à l'ouest) et Kickapoo Reservation dans le comté de Maverick. Statistiques. En 2006, le revenu moyen des foyers texans était de , soit de moins que la moyenne nationale. Le revenu moyen était de , soit de moins que la moyenne des États-Unis. Le taux de personnes vivant sous le seuil de pauvreté était de 16,9 % en 2006, soit de plus que le taux américain. Le Texas est le huitième État des États-Unis pour le nombre de pauvres. 78,6 % des Texans de plus de possèdent au moins leur baccalauréat, contre 84,1 % des Américains : le Texas se place à l’avant-dernière place des États américains. Le Texas a le plus fort taux, aux États-Unis, d'habitants sans couverture maladie (25 %). Le taux de divorce du Texas est sensiblement le même que la moyenne nationale (3,5 pour mille habitants) et a tendance à diminuer depuis les années 1990. Le Texas est l'un des États des États-Unis parmi les plus touchés par les mariages d'enfants. Entre 2000 et 2010, environ ont été mariés au Texas. Violence et criminalité. La violence et la criminalité ont toujours fait partie de l'histoire du Texas, particulièrement des villes : les casinos illégaux des frères Maceo dans le Galveston des années 1950, l'assassinat de Kennedy dans les rues de Dallas en 1963 et le massacre de l'université du Texas à Austin en 1966 en sont quelques exemples. Cependant, en 2006, avec 5,9 meurtres pour (5,6 de moyenne nationale), le Texas n’est pas l’État le plus violent du pays et se classe loin derrière la Louisiane, le Maryland ou le Nevada. Dallas (16,4 pour ) et Houston (16,3 pour ) sont les deux villes les plus touchées par les meurtres au Texas, mais elles arrivent respectivement au et au des villes américaines. En 1996, le Texas était classé au sur 50 pour le taux de mortalité par arme à feu (12,94 %). Religions. La Constitution du Texas reconnaît la séparation des Églises et de l'État, ainsi que la liberté de religion. Le Texas fait partie de la "Bible Belt" (ceinture de la Bible) et représente un bastion du protestantisme évangélique. Il possède le plus fort taux de pratiquants du pays. L’agglomération de Dallas-Fort Worth abrite trois séminaires évangéliques et d’immenses églises. À Houston se trouve la Lakewood Church. En valeur absolue, la confession la plus importante est celle des catholiques (), ce qui traduit l'importance numérique de la communauté hispanique. Elle est suivie par la Convention baptiste du Sud () et l’Église méthodiste unie (1 million). Quelque sont recensés au Texas, pour l'essentiel des Afro-Américains. Selon l'institut de sondage The Gallup Organization, en 2015, 47 % des habitants du Texas se considèrent comme « très religieux » (40 % au niveau national), 31 % comme « modérément religieux » (29 % au niveau national) et 22 % comme « non religieux » (31 % au niveau national). Megachurches. Une megachurch est définie comme une église ayant plus de . Au Texas, il existe environ de ce genre. Le Texas abrite d'ailleurs la plus grande église des États-Unis, l'église de Lakewood. Les megachurches les plus importantes du Texas sont au nombre de 10 : Politique et gouvernement. Organisation des pouvoirs. Gouverneur. Le premier gouverneur du Texas fut James Pinckney Henderson qui fut gouverneur de 1846 à 1847. La Constitution du Texas (1876) organise les institutions et définit les droits des citoyens de l'État. Comme à l'échelon national, les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire sont séparés. Le pouvoir exécutif revient au gouverneur, qui a le droit de veto sur les propositions de loi et dispose des forces de l’ordre. Les autres branches de l’exécutif sont partagées entre un lieutenant-gouverneur, un secrétaire d'État, un contrôleur des comptes publics, un procureur général, un "Land Commissioner", un "Agriculture Commissioner", trois membres de la Texas Railroad Commission, le conseil d'État de l'éducation (). Le gouverneur actuel est Greg Abbott depuis 2015. Législature. Le corps législatif est bicaméral : il se compose d'un sénat (chambre haute) de élus pour quatre ans et d'une chambre des représentants (chambre basse) de élus pour deux ans. Il détient le pouvoir de voter les lois, les taxes et les impôts. Lors de la législature 2011-2013, la chambre basse est contrôlée par 101 républicains face à 49 démocrates et la chambre haute par 19 républicains face à 12 démocrates. Les deux assemblées se réunissent dans le Capitole de l'État du Texas à Austin. Le "Speaker of the House" dirige les débats de la chambre des représentants, alors que le lieutenant-gouverneur s’occupe du Sénat. Le corps législatif se réunit en session ordinaire tous les deux ans, mais le gouverneur peut convoquer des sessions extraordinaires aussi souvent qu’il le souhaite. Le système judiciaire du Texas est l’un des plus complexes des États-Unis à cause de la superposition des juridictions. Le Texas possède deux cours d’appel : la cour suprême du Texas pour les affaires civiles et la cour d’appels criminels du Texas (Texas Court of Criminal Appeals) pour les crimes et les délits. Les plupart des postes sont électifs. Fondée au , la Texas Ranger Division du Texas Department of Public Safety continue d’assurer l’ordre et la sécurité dans l’État. Du fait de son histoire le Texas s'affirme volontiers comme un État particulariste vis-à-vis de Washington. C'est ainsi qu'il a longtemps gardé un système monétaire original et qu'en 2016 encore on parle de rétablir la circulation de pièces d'or et d'argent frappées par l'État texan concurremment au dollar-papier fédéral. De même sa Garde nationale dispose d'un armement, avions et spécialistes de très haut niveau. Vie politique. Le Texas fut d'abord un État dominé par le Parti démocrate entre les années 1870 et les années 1970-80. À cette époque en effet, les démocrates conservateurs soutenaient les Blancs du Sud des États-Unis. Entre l'élection présidentielle de 1848 et la victoire de Richard Nixon en 1972, le Texas a toujours choisi le candidat démocrate sauf à trois reprises : en 1928 (élection du républicain Herbert Hoover), en 1952 et en 1956 (Dwight D. Eisenhower). L'élection de Jimmy Carter en 1976 marque la dernière victoire d'un candidat démocrate dans cet État. Cependant, plusieurs Texans démocrates ont assuré d'importantes fonctions politiques au niveau national : le président Lyndon B. Johnson (1964-1969), le vice-président de Franklin Delano Roosevelt John Nance Garner (1933-1941), le "speaker" de la chambre des représentants des États-Unis Sam Rayburn (années 1940-1961) et le sénateur Ralph Yarborough (1957-1971). Dans les années 1950-1960, l'influence du Parti républicain grandit au Texas : devenu plus conservateur, il attira notamment des démocrates du Sud, appelés Dixiecrat, déçus par l'évolution de leur parti. Depuis les années 1980, le Texas est devenu un bastion du Parti républicain. Dans le cadre de la révolution conservatrice de Ronald Reagan, les candidats républicains ont toujours pu compter sur le Texas. Le président George W. Bush est l'artisan de cette conquête républicaine, effectuée alors qu'il était gouverneur du Texas entre 1994 et 2001. En 2000, le candidat démocrate n'y tint aucun meeting alors que beaucoup de démocrates locaux soutenaient le candidat républicain, le gouverneur du Texas, George W. Bush. Lors de l'élection présidentielle de 2004, ce dernier y a obtenu 61,09 % des voix contre 38,22 % au candidat démocrate John Kerry. Depuis décembre 2000, le gouverneur du Texas est le républicain Rick Perry. Il a succédé en cours de mandat à George W. Bush, alors élu président des États-Unis. Rick Perry est le troisième gouverneur républicain du Texas en un peu plus d'une centaine d'années mais aussi depuis 1979. Tous les autres postes élus de l'exécutif sont détenus par des républicains lors de la session 2005-2006. Au cours de l'élection présidentielle américaine de 2008, les Texans ont majoritairement voté pour le candidat républicain John McCain, qui a recueilli 55 % des voix contre 44 % pour Barack Obama. En 2016 les texans ont majoritairement voté pour Donald Trump (52,2 %) lors de l'élection présidentielle des États-Unis. Mais avec la population hispanique plus nombreuse, les démocrates espèrent refaire basculer le Texas dans leur camp ce qui assure un gain considérable pour les grands électeurs ou les représentants. Les républicains dominent aujourd'hui l'ensemble du Texas : aussi bien les territoires ruraux que les villes moyennes et les banlieues. Les rares bastions démocrates de l'État sont les comtés hispaniques proches de la frontière mexicaine et les grandes villes (Austin, Dallas, El Paso et dans une moindre mesure Houston et San Antonio). Les électeurs texans se préoccupent généralement avant tout des questions sociétales : « Dans cet État conservateur, les sujets comme l’avortement, les armes et les migrants sont décisifs auprès de l’électorat », souligne Rogelio Sáenz, sociologue et démographe à l’université du Texas de San Antonio. Politique environnementale. La Texas Commission on Environmental Quality est l'organisme environnemental de l'État du Texas. Il a pour mission de protéger la santé publique et les ressources naturelles du Texas en accord avec les principes d'économie durable. Ses objectifs sont l'air pur, l'eau propre et la gestion sûre des déchets. L'organisme compte , 16 bureaux régionaux et un budget de de dollars pour 2017. Un État conservateur. Le gouverneur du Texas Greg Abbott, et les deux chambres de la législature du Texas sont toutes à majorité républicaine. Les juges du Texas sont élus lors d'élections partisanes, ceux de la cour suprême et de la cour des appels criminels sont tous républicains. Le , les électeurs du Texas ont massivement approuvé la création d'une loi interdisant le mariage homosexuel (76,25 % des suffrages). Le Texas est le dix-neuvième État de l'Union à adopter une telle loi constitutionnelle. Le Texas est l’un des des États-Unis à pratiquer la peine de mort, c'est même l'État où il y a le plus d'exécutions dans tout le pays. En 2011, le gouverneur a signé une loi qui oblige à une femme souhaitant avorter de visionner préalablement l'échographie. Depuis 2021, l'avortement est interdit au-delà de la sixième semaine de grossesse (un stade où beaucoup de femmes ignorent encore qu’elles sont enceintes). La loi permet également à des citoyens de dénoncer, contre une récompense d'au moins 10 000 dollars, ceux qui aident les femmes à avorter. En 2019, le Texas assouplit plus encore sa législation sur les armes à feu, autorisant celles-ci dans les églises et les cours d'école. Depuis juin 2021 le port d'arme à feu en public et sans permis est autorisé. Courant 2022 les autorités texanes établissent une liste d'entreprises qui selon elles se détournent des énergies fossiles et annoncent des mesures de rétorsion. Le procureur général de l’État, Ken Paxton, annonce en 2022 qu'il allait désormais s’attaquer à la loi « scélérate » autorisant la sodomie et, par là même, les relations sexuelles entre deux personnes du même sexe. Gouvernement local et découpage administratif. Le Texas est découpé en 32 districts électoraux dans lesquels sont élus les députés à la chambre des représentants des États-Unis. Le nombre de représentants étant proportionnel au poids démographique de l’État, le Texas possède la deuxième représentation nationale derrière la Californie. Le territoire texan est par ailleurs découpé en 254 comtés, le plus grand nombre du pays. Les plus vastes se trouvent près de la frontière mexicaine. Le comté de Brewster est le plus étendu, celui de comté de Rockwall est le plus petit. Les comtés fonctionnent comme des divisions administratives et n'ont aucune juridiction souveraine propre. Ils représentent un élément décentralisé de l'autorité et ont pour rôle d'appliquer au niveau local la loi de l'État, contrairement à d'autres États ou les comtés sont souvent autonomes. Les comtés sont chargés de la police locale, des services publics, des bibliothèques, de collecter des statistiques essentielles et de préparer ou procéder aux certificats de naissance, de décès et de mariage. Ils n'ont pas le droit de planifier et de zoner leur territoire. Ils sont administrés par une commission (Commissioners' Court) de cinq membres qui prennent des décisions diverses (taxes, budget, salaires des fonctionnaires du comté, etc.) à la majorité absolue. Les autres fonctionnaires du comté sont le shérif chargé de la police et le clerc du comté. Le découpage électoral est organisé de façon à favoriser le Parti républicain. Représentation fédérale. Le Texas est l’un des 50 États fédérés des États-Unis depuis 1845 ; il est soumis aux mêmes règles que les autres États et doit respecter la Constitution des États-Unis. La politique étrangère, la défense, la politique monétaire sont de la compétence exclusive de Washington, D.C. Le Texas est en revanche souverain pour d’autres domaines tels que l’organisation des services de police, l’éducation, la culture, la religion et les impôts. Au niveau fédéral, lors de la législature 2019-2021, au Congrès des États-Unis le Texas est représenté par les deux sénateurs républicains Ted Cruz et John Cornyn alors que 13 démocrates et 23 républicains représentent l'État à la chambre des représentants. Jumelages. Le Texas est jumelé avec le Queensland, en Australie, depuis le , ainsi qu'avec l'État mexicain du Nuevo León depuis le . Économie. Généralités. Jusqu’au milieu du , l’économie du Texas reposait essentiellement sur l’élevage et le pétrole. L’État a ensuite connu une importante urbanisation et une diversification de ses activités. À la fin de l’année 2006, le produit intérieur brut s’élevait à de dollars, soit le deuxième des États-Unis. Le produit par habitant était de en 2005. Les atouts du Texas sont nombreux, comme sa position géographique centrale, son climat attractif et l’abondance des ressources. Le système texan, fortement capitaliste et conservateur, repose sur une faible fiscalité (absence d’impôt sur le revenu), peu de réglementations, la flexibilité du travail, ou encore l'exploitation intensive des ressources naturelles. Enfin, le marché texan bénéficie de loyers relativement faibles, d’une main d’œuvre abondante, de nombreux consommateurs, d’un réseau dense de transport et d’un enseignement supérieur de qualité. Il existe néanmoins des inégalités économiques importantes entre les régions et entre les groupes sociaux. La croissance économique profite essentiellement aux métropoles de l’État. Le Texas est l'État américain présentant le plus grand nombre de citoyens non couverts par une assurance-maladie. Agriculture. Le Texas est au premier rang national pour le nombre et la taille des exploitations agricoles. L’État occupe la première place aux États-Unis pour la culture et la production de coton. La diversité des climats et la domination des plaines ou des plateaux permettent de cultiver différentes plantes : le blé dans les Grandes Plaines, le coton dans l’Est, les cultures subtropicales sur le littoral (riz, canne à sucre), fruits et légumes dans la vallée du Río Grande, le ranching dans l’Ouest et le panhandle. L’élevage ovin est quant à lui pratiqué sur le Plateau d'Edwards. Le bois est exploité dans les forêts de l’Est. Mines, hydrocarbures et énergies. La production de pondéreux et de matériaux de construction est également un secteur important (ciment, pierre, sel, sable, gravier). Le Texas est à la première place américaine pour le gypse, le magnésium et le soufre. On trouve des dépôts de lignite dans la plaine côtière et du charbon bitumeux dans le Centre-Nord et le Sud-Ouest de l’État. Mais l’État doit en importer d’autres régions américaines comme le Wyoming. Malgré une diversification récente, l’économie du Texas est encore soumise aux aléas des cours du pétrole : la production de pétrole représentait de barils par jour en 2002, 26 % du PNB en 1981 et 10 % en 2000. Le Texas possède environ 1/4 des réserves connues aux États-Unis. Les principales régions productrices sont le littoral du golfe du Mexique (extra-côtier) et le Bassin permien. Avec la hausse des cours, beaucoup de petits puits sont devenus rentables et ont été mis récemment en exploitation. Le pétrole texan (West Texas Intermediate) est considéré comme l’un des meilleurs d’Amérique. Le Texas occupe le premier rang national pour le gaz naturel principalement produit dans le panhandle du Texas et le Nord-Est. Alors que la production de pétrole a tendance à décliner, celle du gaz représente un quart de la production américaine et connaît une augmentation depuis 2002. L’État cherche à diversifier ses sources d’énergie : il est aujourd’hui le premier des États-Unis pour la production d’énergie renouvelable. Le Texas peut compter sur son potentiel éolien, solaire et hydroélectrique. Le Texas est devenu en 2006 le premier État producteur d’énergie éolienne du pays, devant la Californie. À la fin 2007, les éoliennes installées au Texas développaient une puissance totale de . Des projets éoliens sont en cours d’étude : Shell et TXU Corporation prévoient de construire la plus grande ferme éolienne du monde d’une puissance de mégawatts. L’énergie éolienne fournit 3 % de l’énergie consommée par l’État, soit l’équivalent d’un million de foyers. Le centre de contrôle de General Electric à Sweetwater, dans l’Ouest du Texas commande plus de 800 turbines. En 2008, le milliardaire texan T. Boone Pickens, magnat du pétrole, a commandé auprès de General Electric 667 turbines éoliennes pour deux milliards de dollars. La vétusté du réseau électrique texan le rend vulnérable en période de crise climatique, comme lors des vagues de froid de 2011 et de 2021 qui ont entrainé des coupures massives de courant. Les experts ont pointé un important manque d’entretien du réseau et d’investissements pour lui permettre de supporter ce genre de températures. Industries. L'industrie lourde est dominée par la transformation des hydrocarbures : le Texas compte 26 raffineries représentant un quart de la capacité de raffinage du pays. Elles se concentrent dans les zones industrialo-portuaires de la côte. La capacité totale de raffinage de pétrole est de de barils par jour. Les produits raffinés sont ensuite expédiés par conduites dans tout le pays, ou bien exportés par bateau depuis Port Arthur, Texas City, Galveston, Freeport, Port Lavaca ou Corpus Christi. Plusieurs compagnies pétrolières ont leur siège au Texas comme ConocoPhillips, Halliburton et Marathon Oil à Houston, ExxonMobil à Irving, Valero Energy à San Antonio. Depuis quelques années, les usines de fabrication de biocarburants se multiplient, approvisionnées par la riche agriculture de l’État. Dans la deuxième moitié du , les industries de haute technologie se sont développées au Texas qui est devenu l'un des principaux pôles de la "Sun Belt" et des États-Unis. Les industries de pointe et les technopoles se concentrent dans les métropoles : les "Silicon Hills" se trouvent à Austin. Les entreprises travaillent avec l’université d’État. La « Silicon Prairie », appelée également "Telecom corridor", regroupe quelque spécialisées dans les technologies de l'information et de la communication, le long de l'autoroute qui traverse le Nord de l’aire métropolitaine de Dallas-Fort Worth. Plusieurs compagnies de haute technologie ont leur siège social au Texas : Dell (ordinateurs, Round Rock, dans la banlieue d’Austin), Texas Instruments (composants électroniques, semi-conducteurs, Dallas), Perot Systems (services informatiques, Plano), AT&T (services téléphoniques, Dallas) ou encore Electronic Data Systems (technologies de l’information, Plano). Houston est l’un des premiers pôles de biotechnologie et d'aérospatiale américains avec le Centre spatial Lyndon B. Johnson et la NASA. Fort Worth accueille la division aéronautique de Lockheed Martin et le constructeur d’hélicoptères Bell Helicopter Textron. Le complexe militaro-industriel est représenté à la base militaire aérienne de San Antonio. Secteur tertiaire. Le secteur tertiaire est diversifié et s'est développé depuis 1945 : il est représenté par des entreprises d'habillement (Men's Wearhouse à Houston), de restauration (Landry's Restaurant), de la santé (Tenet Healthcare), de la grande distribution (Whole Foods Market à Austin). L’aire métropolitaine de Dallas-Fort Worth abrite le deuxième centre commercial des États-Unis, Highland Park Village et possède la plus forte concentration de centres commerciaux par habitant. Les hôtels Hilton sont nés au Texas : c’est en 1919 que Conrad Hilton senior a acheté son premier établissement à Cisco. Le premier hôtel de la chaîne a été construit à Dallas en 1925 et aujourd’hui, Hilton est présent dans le monde entier. Le tourisme est également un secteur dynamique : la culture hispanique à San Antonio et El Paso, le folklore western à Fort Worth, les stations balnéaires de Galveston, de Corpus Christi et l'île Padre, les centres de conférences de Houston et Dallas attirent de nombreux visiteurs. Le Texas est également un lieu de tournage important, notamment dans la région d'Austin. La série télévisée "Dallas" a été filmée dans le Southfork Ranch, près de Plano. La deuxième et la troisième saison de la série américaine "Prison Break" a été tournée au Texas, car l'État permet d'avoir des paysages à la fois ruraux et urbains. La Commission du film du Texas a été fondée pour faciliter les tournages. Plusieurs studios de Hollywood ont délocalisé leurs divisions de production dans les régions d’Austin et de Dallas. Le groupe de média Clear Channel Communications est basé à San Antonio. Pi Studios et TimeGate Studios se trouvent dans la région de Houston. Enfin, Blockbuster Video et Cinemark Theatres sont présents dans l’agglomération de Dallas-Fort Worth. Les deux centres financiers les plus importants du Texas se trouvent à Dallas et Houston où les sociétés pétrolières sont particulièrement bien représentées. Les bureaux des grandes firmes et des banques se trouvent dans les CBD, mais aussi dans les "edge cities" des banlieues. Dans le domaine de la santé, les deux principaux pôles sont l’University of Texas Health Science Center à Dallas et le Texas Medical Center à Houston, dont la réputation est internationale. L'industrie spatiale. Le Texas a été choisi par la NASA comme le lieu établissement d'un centre de contrôle des vols habités en 1962. Ainsi, le Centre spatial de Houston devient le lieu d'entraînement des astronautes et de commande des vols spatiaux de la NASA. En 2011, le retrait des navettes spatiales après de service laisse en suspens l'avenir du centre. Culture. La culture texane reflète la diversité de la population et l’histoire de l'État. Elle est le fruit du mélange des traditions du Dixie (Sud des États-Unis), du Mexique et de l'Europe. Elle révèle également les différences régionales au sein de ce vaste État de la Sun Belt. Arts du spectacle et cinéma. Le Houston Theater District qui s’étend sur 17 blocs dans le centre de Houston, est le deuxième quartier des spectacles des États-Unis en nombre de places derrière Broadway à New York : il compte ( pour des spectacles d’opéra, de ballets, de musique et de théâtre) et attire plus de deux millions de spectateurs chaque année. La ville possède des institutions culturelles de premier plan comme le , le et le . Le Ballet d'Austin est la quatrième troupe des États-Unis. L'agglomération de Dallas-Fort Worth compte de nombreux théâtres. À Odessa, un bâtiment dont l'architecture s'inspire du théâtre du Globe de Londres voit chaque été la représentation de pièces de William Shakespeare. De nombreux films américains prennent pour cadre le Texas : le siège de Fort Alamo a inspiré de nombreux réalisateurs dont John Wayne ("Alamo", 1960). "L'Étoile du destin" (Vincent Sherman, 1952) évoque le Texas au . L'assassinat de John F. Kennedy à Dallas est le thème de "Flashpoint" (William Tannen, 1984), "JFK" (Oliver Stone, 1991) et "Dans la ligne de mire" (Wolfgang Petersen, 1998). "Duel au soleil", "La Rivière rouge", "La Prisonnière du désert" et "Rio Bravo" marquent l'apogée du genre western dans les années 1940-1950. "La Fièvre du pétrole" (Jack Conway, 1940) et "Géant" (George Stevens, 1956) rappellent que le pétrole a fait la fortune du Texas. D'autres films traitent des questions sociales au Texas : la peine de mort ("La Vie de David Gale" d'Alan Parker, 2003) ou l'immigration hispanique ("Trois enterrements" de Tommy Lee Jones, 2005). "Sugarland Express" (Steven Spielberg, 1974) et "Un monde parfait" (Clint Eastwood, 1993) se basent sur le thème de la cavale à travers le Texas de prisonniers échappés. Dans le registre de l'horreur, "Massacre à la tronçonneuse", dont le titre en anglais est "The Texas Chain Saw Massacre", a été réalisé par Tobe Hooper en 1974. D'autres films évoquent des régions ou des villes du Texas ("No Country for Old Men" de Joel Coen ; "Paris, Texas" de Wim Wenders ; "Mémoires du Texas" de Peter Masterson). Enfin, l'univers du sport au Texas sert de trame à "Friday Night Lights" (Peter Berg, 2004) ou à "Les Chemins du triomphe" (James Gartner, 2006). "Le Secret de Brokeback Mountain" (Ang Lee, 2005) rappelle la vocation agricole de l'État et la tradition du rodéo. Les principaux acteurs nés au Texas sont Cyd Charisse (1921-2008), Larry Hagman (1931-2012), Steve Martin (1945), Tommy Lee Jones (1946), Patrick Swayze (1952), Dennis Quaid (1954), Matthew McConaughey (1969), Renée Zellweger (1969), Ethan Hawke (1970), Eva Longoria (1975), Jensen Ackles (1978), Beyoncé (1981), Jared Padalecki (1982), Chace Crawford (1985), Selena Gomez (1992), Demi Lovato (1992) Arts visuels. Les premières formes d'art du Texas furent celles laissées par les Amérindiens. Il existe des milliers de pétroglyphes (des dessins gravés ou peints sur des parois rocheuses) datant de l'époque précolombienne : de ces dessins sont recensés à Hueco Tanks près d'El Paso. Les Espagnols ont produit des œuvres d'art religieux pour décorer les missions texanes à partir du . L'art pictural s'est enrichi des dessins des aventuriers tels que George Catlin au . Au , Harold Dow Bugbee (1900-1963) réalisa des peintures ayant pour sujet la vie des cow-boys. Il exécuta également de nombreuses peintures murales conservées dans la Panhandle-Plains Historic Society. Charles Franklin Reaugh (1860-1945) s'intéressa à la nature et aux animaux du Texas ; il créa une école d'art à Dallas. L'art moderne fut représenté par Charles Umlauf et par Seymour Fogel (1911-1984) qui peignit des fresques abstraites sur plusieurs bâtiments publics de l'État dans les années 1950-1960. Robert Rauschenberg est l'artiste texan le plus connu du , alors que Cadillac Ranch (1974) est l'œuvre d'art la plus célèbre : cette sculpture monumentale exposée en plein air à Amarillo, sur la route 66 a été conçue par Chip Lord, Hudson Marquez et Doug Michels. Elle consiste en un alignement de dix épaves d'automobiles de marque Cadillac, installées de manière à donner l'impression qu'elles sont plantées dans le sol. Les véhicules sont implantés suivant un alignement est-ouest, et sont supposées former avec le sol le même angle que les faces de la pyramide égyptienne de Khéops. Le Nasher Sculpture Center est un musée consacré à la sculpture contemporaine situé dans le quartier des arts de Downtown à Dallas depuis 2003. Le jardin abrite une installation de la série "Sky Space" de James Turrell. Il complète le jardin de sculpture du musée d'art de Dallas. Enfin, le sculpteur David Adickes a réalisé plusieurs œuvres au Texas, dont une statue monumentale de Samuel Houston (1991, Huntsville) qui mesure . Cuisine et gastronomie. La cuisine texane s’apparente à celle du Sud des États-Unis qui mélange diverses traditions : la "soul food" est une spécialité de la communauté afro-américaine à base de friture accompagnée de riz et de sauce piquante. La cuisine cadienne n’est pratiquée qu’à l’est du Texas. Ainsi on peut dire que la variété gastronomique au Texas passe par le Tex Mex, "la soul food", les ingrédients officiels de l'État et le "chili con carne". La place importante de l’élevage se retrouve dans la tradition du barbecue qui reste fortement attachée à la culture du Texas. Il existe plusieurs types régionaux de barbecue, cuits sur différents bois : celui de l’Est privilégie la viande de porc, accompagnée de sauce tomate. Le barbecue a été modifié par les goûts des immigrants, allemands et tchèques dans le Centre, mexicains dans le Sud, où la tête de bœuf est une spécialité. On trouve enfin le "barbecue cowboy" dans l’Ouest qui utilise de la viande de mouton. Les influences hispaniques se retrouvent dans la cuisine tex-mex. Le chili con carne est une sorte de ragoût épicé à base de bœuf, de piments et de haricots rouges d’origine texane. Le terroir texan est diversifié, ce qui explique la variété des produits utilisés dans la gastronomie : produits de la mer, de l’élevage, mais aussi vigne. Celle-ci fut introduite par les Espagnols au et compte de nombreux cépages. Le Texas est le cinquième producteur de vin des États-Unis. Il est le deuxième État producteur de noix de pécan du pays derrière la Géorgie. En 1906, le gouverneur du Texas, James Stephen Hogg, a fait du pacanier l'arbre symbole du Texas. On trouve la noix de pecan dans les cookies, les glaces, les gâteaux ou les tartes. L’agro-alimentaire est un secteur économique important : le soda Dr Pepper créé en 1885 à Waco par un pharmacien. Pour les breuvages, les boissons les plus typiques au Texas sont le thé glacé, la bière et la margarita glacée. Éducation. Les écoles publiques de l'État sont administrées par l'Agence d'éducation pour le Texas et réglementées par le Texas Education Code. Le territoire est divisé en plus de districts scolaires. À côté du système scolaire public existent des écoles privées de toutes sortes qui ne dépendent pas de l'Agence d'éducation pour le Texas. Enfin, l'enseignement à domicile est relativement développé en raison des faibles restrictions qui lui sont imposées par l’État du Texas. Depuis 1997, chaque lycée, qu'il soit riche ou pauvre, peut envoyer à l'université les 10 % d'élèves les mieux notés et favoriser ainsi la promotion scolaire des plus défavorisés. Il existe 181 "colleges" et universités, ainsi que des dizaines d'institutions de recherche et de développement au Texas. La majorité des universités publiques appartiennent à l’un des six réseaux universitaires de Houston, North Texas, Texas, Texas A&M, État du Texas et Texas Tech. L’université du Texas à Austin est, avec un effectif étudiant de , la plus importante de l’État. Elle est suivie par la Texas A&M University (College Station), l'université de Houston et l’université de North Texas (Denton) qui comptent chacune plus de . L’université du Texas à Austin était la troisième université du pays par le nombre d'étudiants en 2003. Elle détient le record des dépenses dans la recherche et le développement ( de dollars en 2006). Le Texas compte également de nombreuses universités privées : parmi elles, l'université Rice () est l'une des meilleures des États-Unis et l'une des plus riches avec de dollars de dotation. L'université Baylor (plus de étudiants) se distingue par son ancienneté (elle fut fondée en 1845 par la république du Texas) et par la taille de son campus ( au sud du centre-ville de Waco). Les universités texanes participent largement à la vie culturelle de l’État par leurs presses (University of Texas Press, Texas A&M University Press), leurs équipes de sport, leurs musées, leurs associations, etc. Leur renommée attire les étudiants des États voisins et de l’étranger. Enfin, le Texas est réputé pour ses institutions de recherche médicale, parmi les plus performantes au monde avec huit écoles de médecine, trois écoles de dentistes, une d'optométrie et deux Laboratoires P4. Le Texas Medical Center de Houston représente la plus grande concentration mondiale d'institutions de recherche et de santé avec . Il détient le record mondial pour le nombre de transplantations cardiaques. Le Texas est le deuxième État du pays par le nombre d’élèves inscrits dans les écoles, mais n’est classé qu’au rang pour les sommes dépensées par élève. Le Parti républicain et le Tea Party s'opposent fermement à toute velléité d’amélioration du système éducatif public par le ministre de l’éducation. Pour Debbie Riddle, représentant duTexas à la Chambre des représentants du Texas, au sujet de l'idée selon laquelle les États-Unis devrait garantir l’accès de tous à l’école publique : « Cette idée vient de Moscou, de Russie. Elle provient des fournaises de l’enfer. C’est pour nous manipuler qu’on la présente comme une idée généreuse. » Événements culturels. Le dynamisme de la culture texane se manifeste par de nombreux événements et festivals tout au long de l’année. En marge du festival de rodéo de Houston (février-mars) se tiennent des concerts réunissant des dizaines de milliers de spectateurs. La foire de Dallas ("State Fair of Texas") a attiré trois millions de visiteurs en 2002. Elle se tient chaque année de fin septembre à mi-octobre dans le Fair Park depuis 1886 et donne lieu à de multiples manifestations (matchs, exposition de voitures, etc.). Médias. Les principaux journaux sont édités dans les métropoles du Texas. Le "Houston Chronicle" est le plus important avec une diffusion de 500 à : ce quotidien généraliste fondé en 1901 fut racheté par la . L’hebdomadaire "Houston Press" est indépendant et lu par environ . Créé en 1885, "The Dallas Morning News" est le seul quotidien généraliste de Dallas. Il est concurrencé par le "Fort Worth Star-Telegram" sur l’aire urbaine de Dallas-Fort Worth. Les autres grandes villes ont chacune leur quotidien : "San Antonio Express-News, Austin American-Statesman, El Paso Times", etc. Il existe par ailleurs une presse dynamique dans les petites villes, sur les campus universitaires et une presse en langue espagnole ("El Diario de El Paso", par exemple). Musées, bibliothèques et patrimoine. Les grands musées de Houston se concentrent dans le Museum District. Ce dernier a été fondé officiellement en 1997 et a accueilli de visiteurs en 2001. Parmi les nombreuses institutions culturelles, le musée des Beaux-Arts de Houston est le plus grand musée d’art du Sud des États-Unis et attire quelque de visiteurs par an. Le musée des sciences naturelles de Houston est quant à lui fréquenté par environ deux millions de visiteurs par an, et abrite un million d’objets ou de specimens. Il offre des collections variées (minéraux, paléontologie, peuples précolombiens et égyptiens, astronautique, faune africaine et texane) ainsi qu'un cinéma IMAX et un planétarium. Le musée d'Art moderne de Fort Worth, fondé en 1892, est le plus ancien musée du Texas. Dans le centre de Dallas, un "Arts district" comprend notamment le musée d'Art de Dallas et le Nasher Sculpture Center. Le musée d'Art de San Antonio présente des œuvres de l'Antiquité, des arts précolombiens, des arts premiers, de l'art contemporain, asiatique, européen (s) et américain. Le Texas possède environ et monuments historiques, plus de 700 musées d'histoire locale, archéologiques (dont le Alibates Flint Quarries National Monument), 46 National Historic Landmarks et inscrits sur le Registre national des lieux historiques. Les principales bibliothèques de l'État sont situées dans les métropoles : le réseau des bibliothèques de Houston possède plus de de volumes. La bibliothèque Perry-Castañeda est la bibliothèque centrale de l'université du Texas à Austin depuis 1972 : elle abrite quelque huit millions de volumes, ce qui en fait la onzième des États-Unis et la cinquième bibliothèque universitaire du pays. Les campus universitaires abritent des bibliothèques spécialisées. Deux bibliothèques présidentielles, qui font également figure de musées, rassemblent des milliers de documents sur l'exécutif américain : le Lyndon Baines Johnson Library and Museum et la George Bush Presidential Library and Museum. Littérature. Les premiers éléments de littérature au Texas furent écrits en espagnol : il s’agit des récits d’exploration de conquistadors. La colonisation anglo-américaine inspira la littérature texane de la première moitié du : "Texas" de Mary Austin Holley (1833) est le premier ouvrage en langue anglaise qui ne traite que du Texas. D’autres récits évoquent les épisodes de la révolution texane ou de leurs héros, comme Davy Crockett : des années 1830 à la guerre de Sécession, les almanachs mettent en scène ce personnage dans des contes humoristiques et grotesques. David Crockett symbolise le pionnier tout puissant qui vient à bout des animaux sauvages et des Amérindiens. Les auteurs mexicains ont également beaucoup écrit sur la révolution texane comme Juan Nepomuceno Almonte ("Noticia Estadistica Sobre Tejas", 1835) ou encore José Enrique de la Peña. Par la suite, le siège de Fort Alamo donna lieu à de nombreux romans : Augusta Evans Wilson, "Inez: A Tale of the Alamo" (1855), Amelia E. Barr, "Remember Alamo" (1888), William Stoddard, "The Lost Gold of the Montezumas: A Story of the Alamo" (1900), etc. John Crittenden Duval, que J. Frank Dobie a surnommé le Père de la littérature texane, raconta comment il réussit à réchapper du massacre de Goliad dans son "Early Times in Texas". Les récits d’aventures ou de voyage marquent encore la littérature de l’après indépendance avec les ouvrages de George W. Kendall ("Narrative of the Texan Santa Fe Expedition", 1844) ou encore de Frederick Law Olmsted ("A Journey Through Texas", 1857) qui évoque la condition des esclaves dans l’Est du Texas. Après la guerre de Sécession, le poète Sidney Lanier s’installa au Texas et composa un recueil intitulé "Retrospects and Prospects" (1899). Les poèmes du honorent la mémoire des héros du Texas, mais aussi les paysages et la nature de cette région américaine. La figure du cow-boy prit une part importante dans la littérature américaine au , comme en témoignent les œuvres de John Armoy Knox, Charlie Siringo, de O. Henry ou les vers de William Lawrence Chittenden. Plusieurs écrivains européens s’intéressèrent aussi au Texas tels que l’Anglais Frederick Marryat ("The Travels and Adventures of Monsieur Violet", 1843), l’Autrichien Carl Anton Postl ("The Cabin Book", 1844) ou le Français Gustave Aimard ("The Freebooters, a Story of the Texas War", vers 1860). Le début du est marqué par un intérêt croissant pour le folklore texan. "The Log of a Cowboy" (1903) fut écrit par Andy Adams en réponse à l'immense succès du roman d'Owen Wister, "The Virginian". Il s'agit d'un récit imaginaire relatant un voyage de cinq mois à conduire de Brownsville eu Texas au Montana en 1882. Mais il est solidement basé sur la propre expérience d’Adams sur la piste et il est considéré comme le meilleur récit de la vie des cow-boys en littérature. La Texas Folklore Society est fondée en 1909. J. Frank Dobie et Dorothy Scarborough publient des récits de chercheurs d’or, de chasseurs, d’éleveurs, de cow-boys, de planteurs, etc. En 1941, John W. Thomason publie "Lone Star Preacher" qui évoque l’histoire d’un prêcheur dans l’Est du Texas pendant la guerre de Sécession. La littérature texane après 1945 fut marquée par quatre auteurs majeurs : Katherine Anne Porter, William Goyen, William Humphrey et William A. Owens. Katherine Anne Porter est considérée par beaucoup comme l’écrivain le plus important du Texas. Ses œuvres appartiennent à la tradition littéraire du Sud des États-Unis. Elle reçut le prix Pulitzer et le National Book Award en 1966 pour "The Collected Stories". Elle fut nominée trois fois pour le prix Nobel de littérature. Musique. De nombreux musiciens et chanteurs sont nés au Texas et se sont illustrés dans des genres variés : Scott Joplin (1867-1917) pour le ragtime, Selena (1971-1995), pour la musique Tex-Mex, T-Bone Walker (1910-1975) et Stevie Ray Vaughan (1954-1990) pour le blues, Janis Joplin (1943-1970), Roy Orbison (1936-1988), Meat Loaf (1947-) et Buddy Holly (1936-1959) pour le rock, Teddy Wilson (1912-1986) pour le jazz, Vanilla Ice (1967-) pour le rap. Parmi les groupes originaires du Texas, on peut citer Pantera (heavy metal), ZZ Top (blues rock, hard rock), Destiny's Child (RnB) ou encore Blue October (rock alternatif). Le mouvement musical le plus fécond est la country. Celle-ci utilise divers instruments de musique (violon, banjo, dobro, "pedal-steel") et puise ses origines dans des musiques folkloriques celtes des immigrés anglo-saxons. Musique associée aux cow-boys dans les films de western, elle a également subi l'influence des églises baptistes présentes au Texas. Elle se décline en de nombreuses variantes locales telles que le "Lubbock Sound", le mouvement "outlaw" né à Austin, le honky tonk ou la country pop. D'autres courants musicaux se sont développés comme le Texas blues, fondé au début du par des artistes comme Blind Lemon Jefferson (1893-1929) ou Big Mama Thornton (1926-1984), Demi Lovato ou encore Selena Gomez pour la pop rock. Austin est surnommée « la capitale de la musique live du monde » ("The Live Music Capital of the World"). La ville compte plus de 200 salles de concerts, de bars musicaux et de nightclubs, dont beaucoup se concentrent sur la Rue. La ville accueille chaque année un grand nombre de festivals de musique dont le plus connu est "South by Southwest". À Dallas, le quartier de Deep Ellum est un haut-lieu des musiques alternatives ; il s'est développé dans l'entre-deux-guerres comme un centre de jazz et de blues, avant d'accueillir des groupes punks dans les années 1970-1980. La musique classique s'épanouit essentiellement dans les grandes métropoles. Les premiers orchestres symphoniques du Texas sont nés à San Antonio (1904), Dallas (1911) et Houston (1913). L'Orchestre symphonique de Houston donne plus de 200 concerts chaque année à travers le monde entier. L'Orchestre symphonique de Dallas ("Dallas Symphony Orchestra") est également réputé : il se produit dans le Morton H. Meyerson Symphony Center. Le Bass Performance Hall de Fort Worth s’inscrit dans la politique de revitalisation du centre-ville et accueille un orchestre symphonique, un ballet et un opéra. De nombreuses chansons américaines évoquent le Texas : "The Yellow Rose of Texas" est l'une des plus anciennes. Elle a été créée au et était chantée par les troupes confédérées pendant la guerre de Sécession. "The Eyes of Texas" a été composée par John Sinclair en 1903 et est devenue l'hymne de l'université du Texas à Austin : le public l'entonne à chaque match universitaire. D'autres chansons ont pour sujet des villes texanes : "El Paso", "Galveston", "Streets of Laredo", "Is This Way to Amarillo", etc. Transports. La maîtrise du territoire texan par le réseau des transports est rendue difficile par la taille de l’État. En revanche, le relief ne pose pas de problème majeur, sauf dans les montagnes de l’ouest. Le Texas dispose du plus long réseau d’autoroutes et de voies ferrées des États-Unis, ainsi que du plus grand nombre d’aéroports. Les transports, y compris l’aviation, sont administrés par le département des Transports du Texas. Transport routier. Par sa situation entre les États de l'Est et la côte Pacifique, le Texas est un carrefour majeur de voies de communication. Le réseau routier relie les villes entre elles. La première autoroute fut inaugurée en 1948 à partir de Houston ("Interstate 45"). En 2005, le réseau d'autoroutes ("highway") avait une longueur cumulée de . Il y a actuellement 17 routes à péage. Le Trans-Texas Corridor, également connu sous le nom d'« autoroute de l'ALENA », fait partie du supercorridor américain, un projet qui vise à relier les trois pays d'Amérique du Nord par un couloir de transport multimodal entre les villes de Mexico et de Winnipeg au Canada. En 1995, il existait plus de de véhicules motorisés au Texas. L'insuffisance des transports publics, les distances importantes entre les métropoles et la dissociation spatiale entre quartiers d'habitation et lieu de travail expliquent que les Texans utilisent en priorité leur automobile, ce qui aggrave la pollution atmosphérique. Aéroports. Le Texas détient le record du nombre d’aéroports aux États-Unis. L’aéroport international de Dallas-Fort Worth est le plus étendu du Texas, le deuxième du pays et le quatrième du monde. En termes de trafic de passagers, il arrive en quatrième place des États-Unis et en sixième position mondiale. Il dessert 135 destinations aux États-Unis et 40 vers l’étranger. L’aéroport de Dallas-Fort Worth sert de hub principal aux compagnies aériennes d’AMR Corporation American et American Eagle. Une autre société, Southwest Airlines, a son siège social à Dallas. L'aéroport intercontinental George-Bush de Houston est le deuxième aéroport de l’État et sert de hub à la compagnie United Airlines. Il est l’aéroport américain qui offre le plus de dessertes vers le Mexique. Ports. Le littoral du golfe du Mexique accueille plus de mille ports maritimes ainsi que plus de de canaux. L’ensemble des ports texans représente et un transit de de tonnes de marchandises. Ils sont reliés aux autres ports américains de l’Atlantique par le Gulf Intracoastal Waterway, une section de l’Intracoastal Waterway. Jusqu’en 1900, le premier port du Texas était Galveston ; il fut détrôné par le port de Houston après la Première Guerre mondiale. Avec de tonnes de marchandises échangées en 2006, le port de Houston-Galveston est le du monde, et le deuxième des États-Unis. Le canal de Houston, inauguré en 1919, est une artère majeure de transport et une zone industrielle de de long qui relie la métropole à la baie de Galveston. Chemin de fer et métro. La première voie ferrée du Texas fut achevée en 1872 : le "Missouri-Kansas-Texas Railroad" sonna le glas des grandes transhumances du bétail dirigées par les cow-boys. Depuis 1911, le Texas possède le réseau de chemin de fer le plus long des États-Unis. Ce dernier a atteint son apogée en 1932 () ; aujourd’hui, il est d’environ . Il sert surtout au transport des marchandises et des pondéreux. La compagnie Amtrak propose plusieurs liaisons ferroviaires entre les grandes villes du Texas. Dallas et Houston possèdent chacune leur réseau de tram-train. Celui de Dallas comporte deux lignes d’une longueur cumulée de , et a transporté de passagers en 2007. Un train de banlieue relie Fort Worth et Dallas. À Houston, le tram-train est entré en service au début de 2004 avec une ligne de de long entre l’université de Houston, dans le centre-ville, au Reliant Park ; il est appelé à se développer dans les prochaines années. Sport. Le football américain est depuis longtemps le sport le plus populaire dans l’État. De nombreux sportifs de haut niveau sont originaires du Texas ou ont commencé leur carrière dans cet État. Dallas est l’une des rares villes des États-Unis qui possède des équipes professionnelles dans toutes les principales organisations sportives : NBA, NFL, MLB et Ligue nationale de hockey. Le basket-ball est le deuxième sport le plus populaire, Chris Bosh et Grant Hill, par exemple, viennent du Texas. Sports d'équipe professionnels. Beaucoup de Texans se passionnent pour le football américain comme supporters ou comme joueurs. Ils suivent avec attention les championnats universitaire et professionnel. Le Texas possède deux franchises dans la National Football League : les Texans de Houston et les Cowboys de Dallas, qui ont remporté cinq fois le Superbowl. Deux équipes de baseball évoluent dans la Ligue majeure de baseball : les Rangers du Texas pour Dallas et les Astros de Houston. Les Cats de Fort Worth appartiennent à la Ligue mineure de baseball. Le baseball universitaire est également très suivi avec les équipes de l’université Rice, de l’université du Texas, et de l’université Baylor qui jouent dans les "College World Series". Le Texas abrite trois équipes de basket-ball de la NBA : les Rockets de Houston, les Spurs de San Antonio et les Mavericks de Dallas. Chacune des trois équipes a déjà remporté une finale de NBA, les Mavericks (une fois — 2011), les Rockets (deux fois — 1994 et 1995) et les Spurs (cinq fois — 1999, 2003, 2005, 2007 et 2014). En outre, il existe deux équipes féminines de la WNBA : les Comets de Houston et les Stars de San Antonio. Les Comets ont remporté le premier tour du championnat de la WNBA pour les saisons 1997 et 2000. Le hockey sur glace est un sport qui compte dans l’agglomération de Dallas-Fort Worth depuis que l’équipe des North Stars du Minnesota est devenue celle des Stars de Dallas en 1993 (une fois vainqueurs de la Stanley Cup). En 1948, les Skippers de Houston USHL ont remporté la Coupe Louden grâce à leur entraîneur Hector Blake. Les Aeros de Houston ont quant à eux gagné quatre coupes. Les Rampage de San Antonio jouent également dans la LAH, et une troisième équipe, les Stars du Texas, devrait l’intégrer en 2009 ou 2010 à Cedar Park. Le Texas possède au total sept des de la Ligue centrale de hockey. La crosse pratiquée par les Amérindiens avant l’arrivée des Blancs en Amérique, rencontre de plus en plus de succès. Le football (soccer) est pratiqué par les enfants, mais il est moins suivi que le football américain. Il existe pourtant deux équipes qui évoluent dans la Major League Soccer : les Dynamo de Houston et le FC Dallas. Sport universitaire. La plupart des universités texanes ont une tradition sportive. De nombreuses équipes font partie de la Division I, le plus haut championnat de sport universitaire des États-Unis, dans la Big 12 Conference : les Bears de Baylor, les Aggies du Texas, les Longhorns du Texas et les Red Raiders de Texas Tech. Dans le club omnisports universitaire des Bears de Baylor (université Baylor), la plus fameuse équipe est celle d'athlétisme qui fut dirigée par l'entraîneur Clyde Hart pendant . Les médaillés d'or olympiques Michael Johnson, Jeremy Wariner et Darold Williamson sont issus de cette équipe. En plus des quatre équipes de la Big 12 Conference, six autres équipes texanes jouent dans la Bowl Sub-Division : les Horned Frogs de TCU, les Mustangs de SMU, les Cougars de Houston, les Owls de Rice les Miners d'UTEP, et les Mean Green de North Texas. Autres sports. D’origine hispanique, le rodéo est devenu le sport officiel de l’État du Texas. La première compétition mondiale de rodéo eut lieu le à Pecos. L'une des associations de rodéo sur taureau est la Professional Bull Riders (PBR). Le plus grand rodéo d’Amérique se déroule chaque année au Reliant Park de Houston (Houston Livestock Show and Rodeo) entre la fin de février et le début de mars. Il s’accompagne de concerts et de festivités pendant une vingtaine de jours. D’autres villes organisent des événements similaires : State Fair of Texas (Dallas), Fort Worth Livestock Show and Rodeo, Mesquite Championship Rodeo, San Antonio Stock Show & Rodeo par exemple. Le golf, la pêche et les courses automobiles sont les autres sports populaires au Texas. Le Texas Motor Speedway de Fort Worth est un circuit utilisé en NASCAR depuis 1997 et le Grand Prix automobile des États-Unis se dispute depuis 2012 à proximité d'Austin (Texas), sur le circuit des Amériques. Honneur. L'astéroïde porte son nom. |
Émetteur-récepteur Un émetteur-récepteur est un équipement électronique combinant un récepteur et un émetteur qui partagent des circuits communs. Les anglophones disent « "transceiver" », contraction de « "TRANSmitter" » (« émetteur ») et de « "reCEIVER" » (« récepteur »). Ce mot est parfois francisé en « "transcepteur" ». Il est utilisé dans plusieurs contextes. Émetteur-récepteur informatique. Dans les réseaux informatiques du type Ethernet, le "transceiver" (Medium Attachment Unit ou MAU) est intercalé entre le câble qui forme le réseau (paire torsadée, coaxial ou fibre optique) et l'interface physique sur la machine. Il permet donc le rattachement de la station au réseau. Le câble reliant le « "transceiver" » à la machine est appelé « câble de descente », « câble Attachment Unit Interface » (AUI) ou « "drop cable" » en anglais. Émetteur-récepteur radio. En radioélectricité, les émetteurs-récepteurs permettent la communication bidirectionnelle, en "half-" ou "full-"duplex par l'espace hertzien. Les fonctions d'émission et de réception sont similaires à des fonctions séparées, mais partagent des ressources communes : Selon l'application, ils peuvent être portatifs ou fixes. |
Tibet Le Tibet, ou anciennement Thibet, (, ) est une région de plateau située au nord de l'Himalaya en Asie, habitée traditionnellement par les Tibétains et d'autres groupes ethniques (Monbas, Qiang et Lhobas) et comportant également une population importante de Hans et de Huis. Le Tibet est le plateau habité le plus élevé de la planète, avec une altitude moyenne de . Sous l'appellation « Tibet historique », cette aire, revendiquée par le gouvernement tibétain en exil, est composée de trois régions traditionnelles : La superficie du Tibet varie de pour la région autonome du Tibet à pour le « Tibet historique » ou « Grand Tibet ». La capitale historique qui, traditionnellement, concentre l'autorité religieuse et temporelle du Tibet, est Lhassa. Les Tibétains, dont le nombre est de 6 millions en république populaire de Chine, parlent un des trois dialectes du tibétain, une langue de la famille tibéto-birmane, et pratiquent majoritairement le bouddhisme tibétain. Nomenclature. La question « Qu'est-ce que le Tibet ? » appelle bien des réponses. On peut définir ce territoire sous les angles géographique, ethnique et politique (Stephanie Roemer), mais aussi historique, linguistique et culturel. Étymologie. En tibétain, le Tibet se nomme Bod (, pays). Certains érudits pensent qu'on trouve les premières références écrites à « Bod » dans Le Périple de la mer Érythrée gréco-romain () et le Manuel de géographie de Ptolémée ( mentionnant le peuple Bautai, terme lui-même dérivé du sanskrit Bhauṭṭa que l'on retrouve dans la tradition géographique indienne. Pour Léon de Milloué, on lui donna en français, depuis Guillaume de Rubruquis, les noms de . Le nom chinois ancien le plus connu pour Tibet est "Tubo", mais l'on trouve également les termes "Wusiguo" (du tibétain "Ü (dbus)"), "Wusizang" (du tibétain "dbus-gtsang", "Ü-Tsang"), "Tubote" et "Tanggute". L'exonyme chinois actuel pour la région ethniquement tibétaine est "Zangqu" ( o), un dérivé métonymique du terme tibétain Tsang (gTsang) correspondant à la région du Tibet central autour de Shigatse, affublé de la dénomination de région (chinois : ). Le terme "Tibet" or "Thibet" date du , et est un emprunt du terme sémitique Ṭībat ou Tūbātt, dérivé du turcique "Töbäd" (littéralement "Hauteurs"). Tibet géographique et ethnologique. Géographiquement, le Tibet est une région de plateau située au nord de l'Himalaya en Asie. Le plateau tibétain, le plus grand au monde et parfois appelé le « toit du monde », constitue le plateau habité le plus élevé de la planète, avec une altitude moyenne de . Il est bordé de trois gigantesques chaînes de montagnes : les monts Kunlun, la chaîne de l’Himalaya et le Karakoram (ou Karakorum), qui constituent autant de frontières naturelles. Le Tibet ethnique ou ethnologique dépasse les frontières du plateau tibétain et englobe toutes les régions qui furent autrefois habitées uniquement ou majoritairement par des gens d’origine tibétaine, et inclut, outre les territoires tibétains en république populaire de Chine, le Bhoutan, certaines régions orientales, septentrionales, et occidentales du Népal, certaines régions du nord de l'Inde (Ladakh, Zanskar, Lahaul et Spiti Kinnaur, Arunachal Pradesh en partie et Sikkim), ainsi que le Baltistan au Pakistan. Des populations non tibétaines sont installées depuis des siècles dans certaines zones en bordure du Tibet ; comme c'est le cas par exemple de Hans autour de Xining et dans l'est du Kham, de Mongols autour du lac Kokonor et dans le bassin du Qaidam, de Hui, de Tu (ou Mongour), de Qiang, ou de Monba dans le sud de la Région autonome du Tibet et en Arunachal Pradesh. Tibet politique. Selon Melvyn C. Goldstein, l'historiographie tibétaine en Occident a pris l'habitude de distinguer le « Tibet politique », c'est-à-dire l'État resté sous le contrôle du gouvernement tibétain jusqu'en 1951, des autres régions habitées par des Tibétains. Ainsi, le diplomate et historien britannique Hugh Richardson, différenciait le « Tibet politique » , gouverné par le gouvernement tibétain depuis les temps les plus anciens et de manière continue jusqu'en 1951, du « Tibet ethnographique » comprenant également d'autres régions comme le Kham et l'Amdo, sur lesquels le gouvernement tibétain n'a exercé une juridiction que dans certaines régions et à intervalles irréguliers. Anne-Marie Blondeau évoque la distinction faite par Melvyn Goldstein, entre « Tibet Politique » qui équivaudrait à la région autonome du Tibet, et « Tibet ethnographique », qui serait ceux que d'autres appellent « Tibet Historique » : Région autonome du Tibet (Xizang) et autres subdivisions autonomes tibétaines en Chine. La région autonome du Tibet est un ensemble administratif créé en 1965 par la république populaire de Chine, couvrant quelque de kilomètres carrés, et désignée sous le nom de « Tibet » par le gouvernement de la Chine mais aussi, selon Andrew Martin Fischer, par la plupart des médias occidentaux, ainsi que par des encyclopédies et des guides de voyage. En mandarin cette entité administrative, dont la capitale est Lhassa, est appelée Xīzàng Zìzhìqū ou Xīzàng dans sa forme abrégée. Ainsi, lorsque la république populaire de Chine utilise le terme "Tibet", elle fait référence à la région autonome du Tibet (l'une des cinq régions autonomes de la Chine) ; la Chine y inclut la plus grande partie de l'État indien de l'Arunachal Pradesh, dont elle et l'Inde revendiquent la possession. La dénomination de Tibet pour cette région administrative est cependant contestée par des ethnologues, des historiens et des défenseurs de la cause tibétaine, qui jugent son périmètre excessivement restreint par rapport au Tibet géographique et ethnique, ce qu'ils imputent généralement à des motivations géopolitiques du gouvernement chinois. Françoise Robin précise que cette réalité de « couverture géographique du Tibet » est connue des spécialistes mais elle est restée invisible du grand public. Autres subdivisions autonomes. La république populaire de Chine a par ailleurs créé des subdivisions autonomes tibétaines dans les provinces chinoises du Qinghai, du Gansu, du Sichuan et du Yunnan (le Tibet oriental, correspondant approximativement au Kham et à l'Amdo). Ces subdivisions sont au nombre de douze avec dix préfectures et deux comtés. Tibet historique. Divers auteurs utilisent l'expression de « Tibet historique » pour désigner l'ensemble formé par la région autonome du Tibet, le Kham et l’Amdo. Cette expression de « Tibet historique », appliquée à l'ensemble de la région autonome du Tibet et aux préfectures et comtés tibétains, est présente également sur le site de l'association Free Tibet Campaign et sur le site World Tibet News. Pour le dalaï-lama, l'expression « Tibet historique » manque de précision, pouvant s'appliquer à diverses périodes : les , ou l'empire Yuan ou encore la dynastie des Qing. Selon le gouvernement tibétain en exil et la diaspora tibétaine, le Tibet est composé de trois régions : Grand Tibet. L'appellation « Grand Tibet » (en anglais "Greater Tibet"), dont l'acception correspond généralement à celle du Tibet historique ou ethnographique, est aujourd'hui principalement utilisée dans le cadre du débat sur la question de l'autonomie tibétaine et des relations entre la république populaire de Chine et le gouvernement tibétain en exil. Cette appellation est généralement utilisée par le gouvernement et les médias chinois lorsqu'ils se réfèrent au Tibet des trois provinces (Ü-Tsang, Kham, Amdo), et des revendications du gouvernement tibétain en exil. On la rencontre également parfois chez certains tibétologues, personnalités et médias occidentaux. Pour le dalaï-lama, l'appellation « Grand Tibet » est utilisée par le gouvernement chinois, alors que les autorités tibétaines en exil ne l'utilisent pas et se réfèrent aux régions de l'U-Tsang, de l’Amdo et du Kham dans leur revendications d'autonomie pour les régions chinoises à population tibétaine. Géographie. S'étendant d'est en ouest sur une distance d'environ , et du nord au sud sur environ , le plateau du Tibet est situé entre les longitudes 78°24' et 104°47' Est et les latitudes 26°2' et 40°3' Nord au cœur du continent asiatique. C'est un territoire gigantesque d'environ 2,5 millions de km (soit 5 fois la France) avec une altitude moyenne de , qui rassemble les plus hautes montagnes du monde. Le plateau du Tibet est le château d'eau de l'Asie, étant la source de nombreux fleuves : le Yangzi Jiang, le fleuve Jaune, le Mékong, l'Indus, le Brahmapoutre, le Salween, l'Irrawaddy, le Sutlej et deux affluents du Gange (le Ghaghara et le Gandaki). Toponymie. Les noms de lieux romanisés en tibétain et chinois ont été changés depuis la promulgation du système unifié de romanisation par la république populaire de Chine, le pinyin : gZhi-ka-rtse devient ainsi Xigazê (en tibétain) ou Rìkāzé (en chinois). Aussi un même lieu au Tibet peut-il avoir de nombreuses graphies : les noms en caractères chinois, dont la transcription peut être en pinyin ou dans d'autres transcriptions, comme le Wade-Giles (anglo-saxons) ou la transcription EFEO (francophones), et le nom en tibétain, qui peut aussi être transcrit ou translittéré de différentes façons. Une solution souvent retenue est d'utiliser la translittération Wylie de l'orthographe tibétaine, selon l'usage des tibétologues aussi bien occidentaux que chinois, bien que celle-ci rende compte de l'orthographe et non de la prononciation. Climat. Le climat du Tibet est très continental, froid et sec. Paradoxalement, la température moyenne annuelle est supérieure à celle de l'atmosphère à une altitude équivalente (rayonnement de la terre). Cet effet provoque d'importants gradients nord-sud de pression, et participe activement au phénomène de mousson. Les changements de températures sont assez brusques sur le plateau du Tibet : par un temps ensoleillé et chaud, la température peut chuter brusquement de plusieurs dizaines de degrés, si des nuages viennent couvrir le ciel. L'amplitude thermique varie également très fortement entre la nuit et le jour. Géologie. Le plateau tibétain résulte de la collision depuis d'années entre les plaques indienne et eurasienne. Il est de loin le plus haut (plus de ) et le plus vaste plateau au monde (plus de cinq millions de km). Il est bordé par différentes chaînes de montagnes (Tien Shan au NO, Qilian Shan au NE, Himalaya au Sud. Sa taille exceptionnelle résulte directement de la collision de l'Inde et de l'Eurasie, à une vitesse rapide ( avant la collision, actuellement). Les déformations associées à cette collision se retrouvent dans une grande partie de l'Asie, jusqu'en Sibérie. Le très faible relief du plateau, malgré la haute altitude, est lié aux limites rhéologiques de la croûte continentale : la collision provoque son épaississement (60 à d'épaisseur), soit plus du double d'une croûte normale. La croûte continentale contient des isotopes radioactifs du thorium, de l'uranium et du potassium qui produisent de la chaleur. Cette plus forte concentration d'isotopes radioactifs provoque un réchauffement de la croûte : elle devient « molle », et ne permet plus de supporter un épaississement plus important. On observe alors une déformation extensive (failles normales au sein même de la zone en compression) et la propagation de la déformation horizontalement. Les tremblements de terre sont fréquents sur le plateau du Tibet : afin d'en limiter les effets, les maisons sont construites autour de gros piliers faits de troncs d'arbres entiers. Ressources naturelles. Ressources hydrauliques et hydroélectriques. La première ressource naturelle du Tibet est l'eau. Le Tibet est en effet la source de nombreux fleuves : le Yangzi Jiang, le fleuve Jaune, le Mékong, l'Indus, le Brahmapoutre, le Salween, l'Irrawaddy, le Sutlej et deux affluents du Gange : le Ghaghara et le Gandaki. Le potentiel hydraulique et hydroélectrique est donc énorme. 30 % des ressources hydrauliques chinoises se situeraient au Tibet. Les réserves d'eau du Tibet et l'importance considérable de ces fleuves font du Tibet une sorte de « château d'eau de l'Asie ». C'est la raison pour laquelle, selon la journaliste Caroline Dubois, les deux géants asiatiques que sont la Chine et l'Inde convoitent cette ressource précieuse. Ressources minières. Par ailleurs, le Tibet a de nombreuses ressources naturelles notamment en pétrole, en gaz, en bauxite, en étain, en arsenic, en charbon, en jade, en saphir, en quartz, en sel, en chrome, en cuivre, en borax, en uranium, en lithium, en fer, en or, en argent, en plomb, en zinc et en cobalt. Le potentiel du Tibet en ressources minérales est estimé à 78,4 milliards de dollars. Selon le Centre tibétain pour les droits de l'homme et la démocratie, l'ouverture des voies d'accès et l'exploitation des gisements miniers décidées par Pékin ont souvent été réalisées sans considération pour l'environnement et causé une pollution alarmante qui affecte l'hydrographie, l'atmosphère et les sols. Selon le tibétologue Stéphane Gros, , à ce qu'il paraît, . Une enquête du Tibet Information Network, citée par Barry Sautman, indique que nombre des ressources minérales du Tibet sont inexploitables commercialement. La plupart des mines au Tibet sont de petites entreprises « artisanales ». Quasiment aucune mine exploitée par l'État dans les régions tibétaines n'est rentable. Le TIN cite des études constatant que la plupart des usines et mines au Tibet sont déficitaires, et que le gouvernement central compense le manque à gagner au taux de 2,14 yuan pour chaque yuan de perte. Les activités minières dans les zones tibétaines profitent aux responsables locaux, tibétains pour nombre d'entre eux, qui en tirent des revenus, et aux paysans et éleveurs locaux, qui en retirent de quoi payer leurs impôts. L'étude du TIN reconnaît que l'exploitation minière en république populaire de Chine répond traditionnellement à des nécessités de production et non de profit. Pour s'alimenter, l'industrie chinoise trouvera des ressources minérales moins chères à l'étranger qu'au Tibet, si bien que l'extraction minière, tout comme l'exploitation forestière, diminuera probablement. Un seul gisement minier au Tibet semble intéresser des pays étrangers. Protection du milieu naturel. L'équilibre écologique du plateau tibétain est très fragile en raison du climat et de l'altitude qui ralentissent le renouvellement biologique. Selon le gouvernement tibétain en exil, on y trouve une biodiversité importante, comparable à celle de la forêt amazonienne, elle connaissait en 2000 un très rapide déclin. Selon le gouvernement de la région autonome du Tibet, des plans de reboisement et de meilleure gestion des prairies ont été mis en place afin de compenser la croissance de la demande, liée à l'allongement de la durée de vie dans ces régions. Une partie du Tibet est aujourd'hui encore considérée comme une des dernières zones écologiques vierges de notre planète ; il s'agit du nord-ouest du "Chang Tang" ou plateau Tibétain, au sud du désert du Taklamakan dans le Xinjiang. Michel Peissel l'a partiellement exploré avec son équipe. Les régions tibétaines s'étendent de la haute steppe glacée jusqu'aux déserts des hauts plateaux, aux forêts tropicales, et aux prés alpestres. Elles concernent la région autonome du Tibet, les provinces limitrophes du Qinghai, du Sichuan et du Yunnan, et la province non limitrophe du Gansu. Le Tibet est également la source de l'ensemble des grands fleuves d'Asie, comprenant le Gange, le Salween, le fleuve Jaune, le Mékong, le Brahmapoutre, le Yangzi Jiang (ou Yangtzé), le Sutlej et l'Indus ; ils sont alimentés par des précipitations moyennes de dans le nord du pays jusqu’à plus de dans le sud-est, mais avec le réchauffement climatique, ces fleuves tendent à se tarir. En raison d'une pluviométrie très basse en 2009, la production hydroélectrique devrait chuter de 30 %, ce qui a justifié la construction d'une centrale thermique de pour alimenter Lhassa. Pour Nathan Hill, la fonte des glaciers himalayens, bien que grave, ne fera pas courir de risque à l'alimentation en eau de l'Asie car l'apport de la fonte des glaces au débit de la plupart des grands fleuves d'Asie, est marginal en comparaison de celui de la mousson annuelle. Le 5 juin 2012, lors d'une conférence sur l'environnement organisée par le karmapa et le porte-parole du parlement tibétain en exil Pempa Tsering, ce dernier expliqua l’importance de l’écologie du Tibet pour les pays voisins, dont l’Inde, le Bangladesh, la Birmanie et le Laos. En cas de désastre écologique, affirme-t-il, la vague de réfugiés environnementaux éclipserait celle de tous les autres réfugiés. Le poète Jean Dif, qui voyagea dans la région autonome du Tibet en septembre - octobre 2004, déclare dans ses carnets de route que, . Déboisement, avant et après 1951. Les dégâts du déboisement dans la région de Chamdo, capitale du Kham, dans les années 1940, sont notés par l’opérateur radio Robert W. Ford : les collines étaient nues et érodées, il ne restait que quelques bosquets de sapins. Selon Jean-Paul Ribes, fondateur du Comité de soutien au peuple tibétain, des zones forestières autrefois verdoyantes comme le Kongpo au sud-est du Tibet, ont été transformées en un paysage lunaire. En 1949, les forêts recouvraient , soit plus d'un tiers de la superficie de la France. En 1989, la moitié de la surface de la forêt était rasée. Selon une étude du World Watch Institute datant de 1998, la déforestation atteindrait 85 %. En l’an 2000, on a estimé, que 80 à 90 % des forêts qui protégeaient le sol sur les montagnes en amont du bassin du Yangzé Kiang avaient été détruites. Le déboisement cause de graves problèmes d'érosion et de glissements de terrain, et représente l'une des causes de l'augmentation du niveau de la vase et du relargage de sédiment des fleuves tels que le Yangzi Jiang ou le fleuve Jaune, qui représente 10 % du relargage de sédiments dans le monde. Selon certains experts, cités notamment par Tibet Information Network, les effets dépassent maintenant le Tibet et se traduisent par des inondations dévastatrices en Chine continentale, en Inde et au Bangladesh. D'après un rapport publié en 2000 par le ministère de l’information et des relations internationales du gouvernement tibétain en exil, et un rapport du National Center for Atmospheric Research, un institut de recherche américain, et des scientifiques chinois, le gouvernement chinois a reconnu le rôle de cette déforestation massive dans les inondations catastrophiques de 1998, on a recensé entre et , 223 millions de sinistrés et des millions de sans-abris à la suite des crues du Yangzi jiang. Selon Jack D. Ives et Bruno Messerli, cités par Dorothy Klein, le déboisement est une affaire à long terme, il remonte non pas à 1950 mais peut-être à des centaines d'années en arrière, voire un millier d'années. Ils font valoir que les tourbières qui existent et les arbres qui subsistent à haute altitude témoignent du fait qu'il y avait autrefois davantage de forêts au Tibet ; de plus, la société n'aurait pas pu financer la construction d'institutions religieuses aussi nombreuses et aussi grandes si tout le bois avait dû être importé. Reboisement après 1951. Selon le gouvernement régional, depuis plus de 50 ans, plus de de forêts artificielles ont été créés au Tibet. Différents ouvrages tels que les rideaux d’arbres au bord du Changjiang et du Yarlung Zangbo. de champs abandonnés ont été reboisés sur un projet comptant le reboisement de de terres agricoles abandonnées. Lutte contre la désertification. Pour combattre la désertification dans le xian de Nêdong (préfecture de Lhoka, dans le sud de la région autonome), en particulier le long du fleuve Yarlung Zangbo, les habitants, depuis 2005, ont construit une muraille de verdure de hectares, clôturé et mis en défens hectares et installé des réseaux d'irrigation. Au sud de la ville de Shiquanhe, dans le xian de Gar (préfecture de Ngari, dans l'est de la région autonome), acres de terres ces dix dernières années ont été plantées d'arbres et d'herbes pour lutter contre la désertification causée par la coupe de presque toute la végétation arbustive comme bois de chauffage. Réserves naturelles et zones protégées. Le gouvernement chinois a mis en place des réserves naturelles protégées, comme le Parc national de Pota tso afin de préserver faune et flore. Dans la province de Qinghai, la Réserve naturelle des Sources des trois rivières est la plus grande réserve naturelle de Chine. Des équipes de lutte contre le braconnage ont été mises en place, comme la patrouille sauvage de Kekexili qui lutte contre le braconnage de l'antilope du Tibet en voie de disparition, et dont le travail a donné lieu à un film destiné à sensibiliser la population locale. Lutte contre la pollution. Le gouvernement de la région autonome du Tibet interdit les projets industriels très polluants et gourmands en énergie tels que les usines de fabrication de pâte à papier, ainsi que les fonderies, les aciéries et les usines chimiques. Depuis 2011, Lhassa possède une usine de traitement des eaux usées, conçue pour traiter tonnes d'eaux usées par jour. Avant 2011, ces eaux étaient rejetées sans traitement dans les rivières. Pour sa construction, il a fallu tenir compte de l'altitude élevée, de la pression atmosphérique, des températures basses, et de la rareté de l'oxygène à Lhassa. Extraction de l'uranium au Gansu (1980-2002). Selon Raymond Meyers, de l’association Les Amis du Tibet, Luxembourg, en 2002, le ministère d'État de l'industrie nucléaire a fermé la mine d'uranium de Têwo, située dans la préfecture autonome tibétaine de Gannan, dans la province de Gansu, qui avait été ouverte en 1980. Meyers affirme que le matériel radioactif a été incorrectement manipulé, induisant un nombre élevé de cancers et de malformations congénitales chez les populations avoisinantes et que le corps médical tibétain a attribué près de la moitié des décès dans la région à une variété de cancers liés à la radioactivité et à des maladies du système immunitaire. Le bétail a souffert également d’un taux de mortalité exceptionnellement élevé. L’environnement est devenu une terre stérile. Centre de recherches sur les armes nucléaires au Qinghai (1962-1987). Selon Raymond Meyers, près des rives du lac Kokonor (district de Haiyan, préfecture autonome tibétaine de Haibei), dans la province du Qinghai, Deng Xiaoping supervisa la construction d'un centre de recherche d'armes nucléaires au début des années 1960 appelé la Neuvième Académie. C'est là, entre 1958 et 1964, que furent mises au point la première bombe atomique chinoise et, deux ans plus tard, la première bombe à hydrogène chinoise, lesquelles furent testées sur le site de Lop Nor au Xinjiang. Aujourd'hui, cette base est déclassifiée et ouverte au public. Fermée en 1987, elle avait été cédée au gouvernement local en 1993. On peut en visiter certaines parties : laboratoire de recherche, salle des commandes, salle de production d'électricité et salle de transmission télégraphique. Un musée a été établi à la base de Xihai. Des hôtels et des restaurants ont été construits dans le bourg. Gestion des polluants radioactifs et déchets nucléaires (Qinghai et Gansu). Selon International Campaign for Tibet, l'agence de presse chinoise Xinhua rapporte, en 1995, l'existence d'un « dépôt de pour les polluants radioactifs » dans la préfecture autonome tibétaine de Haibei, près des rives du lac Kokonor. En 1993, la Chine entreprit la construction d'un centre de retraitement des déchets nucléaires dans une région aride de la province de Gansu. Ce centre était censé avoir une première capacité de traitement de déchets radioactifs, devant être portée ensuite à . À l’époque, aucune précision n’avait été apportée sur le mode de traitement et d'entreposage des déchets radioactifs. Selon le gouvernement tibétain en exil, il existe plusieurs sites fortement contaminés par la radioactivité sur le plateau du Tibet. Il affirme que les effets des polluants radioactifs déversés dans l’eau du plateau tibétain se feront sentir bien au-delà car dix des plus grands fleuves d’Asie y prennent source. De plus, les vents de haute altitude qui soufflent au Tibet peuvent transporter la radioactivité à de grandes distances. Histoire. Empire tibétain. Première diffusion du bouddhisme. Au , le Tibet unifié est fondé par Songtsen Gampo, qui crée par la guerre un vaste et puissant empire, qui, à son apogée, s'étend sur une bonne partie de l'Asie y compris certaines parties de la Chine. Afin de consolider ses alliances politiques, il prend pour épouses la princesse népalaise Bhrikuti, fille du roi Amsuvarma, et la princesse chinoise Wencheng Gongzhu, nièce de l'empereur Tang Taizong. Les Tibétains attribuent l’introduction du bouddhisme et la fondation du temple de Jokhang à ces deux reines, considérées comme deux incarnations du bodhisattva Tara. Entre 742 et 797 (?), Trisong Detsen, deuxième « roi selon la doctrine bouddhique », fait du bouddhisme la religion d'État, invite des maîtres indiens, dont Padmasambhava, Shantarakshita et Vimalamitra, à qui est attribuée l'introduction du bouddhisme tantrique au Tibet. Il y a traduction de textes bouddhiques du sanskrit en tibétain. L'expansion de l'empire se poursuit. Les Tibétains occupent la capitale chinoise Xi'an (Xi'an) en 763. De 815 à 838, Tri Ralpachen est le troisième « roi selon la doctrine bouddhique ». On assiste à de nombreuses traductions en tibétain de textes bouddhiques sanskrits et chinois. La Chine et le Tibet signent plusieurs traités de paix. Le traité de paix sino-tibétain de 822, gravé sur trois piliers dont l'un est encore visible à Lhassa, place Chinois et Tibétains sur un rang d'égalité et établit les frontières entre les deux pays. De 838 à 842, sous le règne de Langdarma, qui fut assassiné par un moine, on assiste à la fin de la « première diffusion du bouddhisme » et le pays est à nouveau morcelé en petits fiefs. Deuxième diffusion du bouddhisme. De la deuxième moitié du au , on assiste à la deuxième diffusion du bouddhisme au Tibet. Des Tibétains se rendent en Inde auprès de grands maîtres. L'activité de traduction de textes bouddhiques reprend. Plusieurs grands maîtres fondent des écoles, ainsi Marpa le traducteur (1012-1097), dont un disciple, le célèbre Milarépa (1040-1123), est à l'origine de l'ordre des kagyus, et Khön Köntchok Gyalpo (1034-1102), qui fonde en 1073 l'ordre des Sakya. Enfin, Atisha, moine indien, arrive au Tibet en 1042 et fonde l'ordre des kadampas. Ce dernier ordre influera tant les ordres existants qu'il se répandra dans les autres ordres et disparaitra en tant que tel dans les siècles suivants. L'école se référant à la première diffusion du bouddhisme prend le nom de Nyingma (« les Anciens »). Cette diffusion s'étendra aux Mongols qui, s'ils s'imposent d'abord politiquement au Tibet, finiront par adopter le bouddhisme tibétain à partir de la dynastie Yuan. Le Tibet sous la domination des Mongols. Selon Luciano Petech, avant 1240 il n'y avait pas de contact entre le Tibet central et les Mongols. Puis, les Mongols ont alterné des attaques militaires violentes et des négociations afin d'obtenir une influence politique au Tibet par le biais du clergé lamaïste, donnant la préférence aux Sakyapa. Dans les années 1268-1270, le Tibet est organisé comme une région spéciale de l'empire Yuan, dirigée conjointement par l'empereur et les Sakyapa, représentés par un Précepteur impérial ("ti-shih") résidant à Pékin. Ce partenariat fonctionnait à la fois au niveau local et des tribunaux. L'abbé de Saskya, lorsqu'il n'était pas identique au Précepteur impérial, était apparemment limité à un rôle spirituel. Le statut du Tibet était différent de celui d'États subordonnés comme la Corée ou l'Idiqut ouïgour, parce qu'il n'avait pas de dirigeant local résidant au Tibet même. Une opposition clandestine dirigée par les lamas de éclatait à l'occasion, finalement écrasée en 1290. Après cette date, le pays fut pratiquement intégré à l'empire Yuan jusqu'au milieu du . La révolte des Phagmogrupa, héritiers des Brigung, a rompu les liens du Tibet avec la Chine, à l'exception des missions de cérémonie, « et a rétabli l'indépendance du Tibet pendant près de quatre siècles » (nonobstant d'éventuels tributs). De 1270 à 1350, le Tibet se trouve sous le contrôle administratif de la dynastie Yuan à la suite de sa conquête par les chefs mongols Ködan Khan et Möngke Khan et l'unification de ses principautés religieuses et laïques. Fondée par Kubilaï Khan, la dynastie Yuan s'appuie sur la lignée des sakyapa du bouddhisme tibétain pour administrer le Tibet, recevant en échange ses enseignements spirituels. Depuis Pékin, un conseil général ("xuānzhèngyuàn") administre les affaires religieuses et séculières du Tibet sous la houlette du tuteur ou précepteur impérial ("dishi"). Les régions de l'U et du Tsang sont divisées en 13 myriarchies ("trikkor tchousoum"), qui doivent chacune verser un tribut aux Mongols et leur fournir des soldats. À leur tête se trouvent treize myriarques ("tripeun") nommés parmi les familles nobles ou les lignées religieuses. La première mesure administrative prise par les Mongols est un recensement couvrant le Tibet central. La deuxième mesure est l'instauration d'un système de relais de poste permettant la circulation rapide des émissaires impériaux comme des cavaliers porteurs des nouvelles ou des ordres du gouvernement de Pékin. Ces mesures et d'autres concernant les impositions et les milices, sont instaurées en 1268-1269. Les Yuan instaurent également des lois qui prévalent dans l'ensemble des provinces chinoises et l'usage du calendrier. Ils interviennent directement dans les grandes décisions administratives comme la nomination et le renvoi des hauts fonctionnaires. Instauration de la régence sakyapa. Le moine tibétain Drogön Chögyal Phagpa (1235-1280), chef de l'école sakyapa, rejoint la cour mongole de Kubilaï Khan et devient le précepteur spirituel de ce dernier. Kubilaï le nomme régent ("dishi") de la région et lui donne le . 1357 voit la naissance de Tsongkhapa, fondateur de l'ordre des Gelugpa (les « Vertueux »), école dont seront issus les dalaï-lamas. Le Tibet durant la dynastie Ming. En 1368 débute la dynastie chinoise des Ming qui durera jusqu'en 1644. Selon les historiens de la république populaire de Chine, la dynastie Ming patronnait l'activité religieuse du Tibet, mais également agissait en tant que souverain de la région tibétaine. Cependant pour la plupart des historiens hors de la RPC, la relation du Tibet et de la Chine était celle de la suzeraineté, et les titres Ming seulement nominaux, le Tibet restant une région indépendante hors du contrôle Ming, payant simplement un tribut jusqu'au règne de Jiajing (1521-1566), qui mit mis fin aux relations de la Chine avec le Tibet. Instauration d'une théocratie au. Au , les gelugpas font appel à Güshi Khan, chef de la tribu mongole des Qoshots. Celui-ci envahit le Tibet en 1640, tue le roi du Tsang (Karma Tenkyong Wangpo) en 1642 et donne le pouvoir à l'abbé du monastère de Drépung, Lobsang Gyatso, le dalaï-lama, qui instaure, selon Samten G. Karmay, une théocratie marquée par la suprématie absolue du clergé et la subordination des laïcs (ou civils) à ce dernier. De 1643 à 1959, le gouvernement du Tibet, à la tête duquel alternent le dalaï-lama et le régent du Tibet, n'est pas représentatif en raison de sa nature théocratique. Nombre d'orientalistes, de voyageurs et d'auteurs signalent la nature théocratique du régime tibétain. Léon Feer évoque l'« étrange théocratie » du Tibet ; Jacques Bacot emploie l'expression « théocratie tibétaine » ; Amaury de Riencourt parle de « la théocratie du Tibet » ; Abdul Wahid Radhu évoque les bonnes relations qu'entretenaient les musulmans avec les autorités de « la théocratie bouddhiste que le Tibet constituait » ; Stéphane Guillaume voit dans la dalaï-lama « le chef théocratique du gouvernement tibétain » ; Claude B. Levenson voit dans le Potala « un des symboles les plus imposants de la théocratie tibétaine ». D'autres auteurs (les tibétologues Ishihama Yumiko et Alex McKay), utilisent le terme de gouvernement bouddhiste, union des fonctions spirituelle et temporelle, pour décrire le gouvernement développé par le dalaï-lama (1617-1682), qui influencera les Mongols et les Mandchous. En 1950, le Tibet est encore une théocratie bouddhiste, qualifiée par Dawa Norbu d'« isolée, fonctionnelle, peut-être unique en son genre parmi les divers régimes politiques du monde moderne ». Structuration du gouvernement. Selon Roland Barraux, le gouvernement tibétain créé par le dalaï-lama s'est laïcisé et structuré en passant de Drépung au Potala. Selon Fosco Maraini, si le dalaï-lama est le chef de l'État et du gouvernement, les laïcs occupent également de hautes fonctions dans l'administration des affaires publiques. Dans son ouvrage "Tibet secret", il décrit ainsi le gouvernement du Tibet : le dalaï-lama dirigeait tant les affaires religieuses que laïques, à l'aide de deux organes principaux du gouvernement : Le premier ministre religieux, "Chikyap Chempo", et le premier ministre laïc, "Lönchen", faisaient la liaison entre les conseils et le dalaï-lama. L’ensemble des ministres du conseil laïc contrôlait les affaires politiques, judiciaires et fiscales du Tibet. Empire mandchou. Le dalaï-lama, qui rendit visite à l'empereur Qing à Pékin, rétablit la relation de Chö-yon (de chapelain à donateur). Cette relation fut interprétée de façon différente par les empereurs Qing et les Tibétains. La dynastie Qing place l'Amdo sous son autorité en 1724 et incorpore le Kham oriental dans les provinces chinoises limitrophes en 1728. Un commissaire ou amban est envoyé à Lhassa en 1727. En 1750, l'amban et les Han et Mandchous habitant Lhassa sont tués lors d'une émeute. L'année suivante, les troupes envoyées par le gouvernement répriment la rébellion. Les meneurs et certains de leurs partisans sont exécutés et des changements sont apportés à la structure politique. Le dalaï-lama devient le chef du gouvernement ou kashag et l'amban voit son rôle accru dans la gestion des affaires tibétaines. Parallèlement, les Qing font en sorte de contrebalancer le pouvoir de l'aristocratie en mettant à des postes clés des responsables issus du clergé bouddhiste. Selon l'historien italien Luciano Petech, à partir de 1751, le protectorat exercé par la dynastie Qing au Tibet prend sa forme définitive et demeure inchangé jusqu'en 1912, à l'exception de quelques aménagements en 1792 où, aux droits de contrôle et de regard donnés aux ambans, s'ajoute une participation directe au gouvernement tibétain. Selon l'ambassadeur de Chine à Singapour Hong Xiaoyong, de 1727 à 1911, ce sont en tout 57 ambans qui sont en poste au Tibet où ils ont la haute main sur l'administration locale pour le compte de l'autorité centrale. Selon le sociologue chinois Rong Ma, citant le tibétologue américain Melvyn Goldstein, la principale mission échue aux deux "ambans" et à leurs troupes était de s'assurer de la subordination du Tibet au pouvoir impérial, de maintenir le Tibet en paix et de le défendre contre toute invasion étrangère. Il y avait (han, mongols et mandchous) à Lhassa au début du , leur nombre croissant jusqu'à - pendant la guerre contre les Gurkhas en 1791. . Le tibetologue Matthew Kapstein indique que vers le milieu du , les Quing étaient incapables de maintenir une présence militaire au Tibet central. Selon l'explorateur et anthropologue russe Tsybikoff (1904), l'amban mandchou, nommé par la cour impériale de Pékin, supervise l'échelon gouvernemental supérieur, ce qui montre à l'évidence la dépendance vis-à-vis de la Chine du gouvernement du Tibet central dont le chef spirituel et séculier est le dalaï-lama. Le gouvernement du Tibet est entre les mains d'un conseil du nom de "deva-dzung" présidé par le dalaï-lama. Les membres principaux de ce conseil sont quatre "kalon" ou dignitaires, nommés par l'empereur de Chine, et leurs rencontres se tiennent dans un bureau spécial . Selon Michael Harris Goodman, qui cite Perceval Landon, l’"amban", sans pouvoir réel, se contentait d’une observation des formalités. Le dalaï-lama, pour sa part, écrit que les deux dignitaires, appelés ambans, désignés en 1728 par l'empereur pour le représenter à Lhassa, exerçaient une certaine autorité, mais toujours sous le gouvernement du dalaï-lama. Laurent Deshayes considère que la Chine n'eut jamais une véritable autorité sur les Tibétains, au milieu du le Tibet n'était d'ailleurs pas considéré comme intégré à l'empire. L'historien et géographe Louis Grégoire affirme en 1876 dans son livre, « Géographie générale, physique, politique et économique », dans « Chapitre IX, Pays qui dépendent de l'Empire chinois, section 5. Tibet ou Thibet », que : Le Père Huc, dans son ouvrage "Souvenirs d'un voyage dans la Tartarie et le Thibet pendant les années 1844, 1845 et 1846", raconte que le Nomekhan ou Lama-Roi avait interdit par édit au femmes de se montrer en public à moins de se barbouiller la figure de noir, en raison de problèmes de libertinage dans les monastères. Il y raconte également qu'en 1844, trois jeunes dalaï-lamas y étaient morts, le premier étranglé, le second, mort sous un effondrement de toiture et le troisième empoisonné avec toute sa famille et le Grand Lama de Kaldan qui lui était dévoué. La population désignait le Nomekhan comme responsable de ces morts. Ce Nomekhan était Si-Fan, originaire de Yang-Tou-SSe dans la Gansu. En 1791 les Gurkhas népalais envahissent le Tibet méridional, saisissant Shigatse, détruisant, pillant, et défigurant le grand monastère de Tashilhunpo. Le jeune panchen-lama est forcé de fuir à Lhassa à nouveau. L'Empereur Qianlong envoie alors une armée de au Tibet. En 1793, avec l'assistance de troupes tibétaines, ils expulsent les troupes népalaises jusqu'à peu près de Katmandou avant que les Gurkhas n'admettent la défaite et restituent les trésors qu'ils avaient pillés. Le paiement d'un tribut est imposé à ces derniers et ce tribut continua à être payé par le Népal à la Chine jusqu'au renversement de l'empire chinois. En 1841, les Népalais envahissent la région ouest du Tibet. Avec l'aide des Chinois, les Tibétains les repoussent. En 1844, nouvelle tentative d'invasion des Népalais, abandonnée toutefois lorsque les Tibétains consentent à payer aux envahisseurs un tribut annuel équivalent à celui que les Népalais doivent verser à la Chine. Ils reçoivent en outre le droit d'extraterritorialité et celui de maintenir à Lhassa un consul-agent général, protégé par une petite troupe de soldats népalais. Dans la deuxième moitié du et au début du , une situation de concurrence se développe entre la Russie et le Royaume-Uni, ce dernier cherchant à contrôler le Tibet depuis l'Inde, et la Russie cherchant à l'en empêcher pour maintenir son influence en Asie centrale. En 1886-1888, il y a un premier contact entre le Tibet et l'armée britannique qui a conquis le Népal et le Bhoutan et détaché le Sikkim de l'allégeance tibétaine. À partir de cette époque, les trois États himalayens, jusque-là soumis plus ou moins nominalement au Tibet et donc à la Chine, passent dans l'orbite de l'empire des Indes. Règnes du et du dalaï-lama. En 1904, le Gouverneur général des Indes britannique, lors de ce qui mena à une expédition militaire britannique au Tibet, jugea que la Chine ne disposait d'aucun pouvoir ou autorité sur le gouvernement tibétain. L'expédition militaire, conduite par le colonel Francis Younghusband, écrase dans le sang en 1904 la défense tibétaine et les Britanniques s'imposent au Tibet et s'y attribuent des privilèges commerciaux et diplomatiques. À la suite des réactions internationales et du mécontentement de l'opinion publique en Angleterre, le traité est rapidement remis en cause et réaménagé, notamment avec le traité sino-anglais de 1906 ou traité de Pékin (en anglais "Convention between Great Britain and China respecting Tibet") par lequel il n’y aura pas d’occupation anglaise du territoire tibétain, l’indemnité de guerre se réglera en trois fois et les Britanniques réaffirment la suzeraineté de la Chine sur le Tibet. Pékin règle les sommes dues aux Anglais par les Tibétains. En 1908, profitant du départ des troupes britanniques, la Chine reprend le contrôle du Tibet en tant que puissance suzeraine, jusqu'à la révolution de 1911 qui marque l'effondrement de l'Empire Qing et l'installation de la république de Chine. Après avoir obtenu le départ des troupes britanniques moyennant le paiement d'une indemnité, la dynastie Qing, quoique affaiblie, décide de jouer un rôle plus actif dans la conduite des affaires tibétaines. Pour préserver ses intérêts, elle lance un programme d'intégration du Tibet au reste de la Chine aux plans politique, économique et culturel. On prévoit de former une armée de six mille hommes et de séculariser le gouvernement tibétain en créant des commissions gouvernementales non ecclésiastiques. On projette un hôtel des monnaies, des routes et des lignes téléphoniques et la mise en exploitation des ressources locales. À Lhassa, une école s'ouvre en 1907 et un collège militaire en 1908. Un service postal chinois est établi et les premiers timbres sont émis (avec des inscriptions en chinois et en tibétain). En 1909, un journal bilingue, le "Journal indigène du Tibet", est imprimé à Lhassa sur des presses apportées de Chine. Après sa fuite en Inde, le dalaï-lama est déposé par la Chine. Les troupes et les autorités officielles chinoises sont expulsées du Tibet en 1912 par les Tibétains. En 1912, à la suite d'une lettre de Yuan Shikai souhaitant restaurer le rôle du dalaï-lama, celui-ci répond qu'il ne demande aucun titre du gouvernement chinois car il entend exercer son pouvoir spirituel et temporel au Tibet. Cette lettre est considérée comme une déclaration d'indépendance par le gouvernement tibétain en exil. Selon le gouvernement tibétain en exil, le dalaï-lama, à son retour à Lhassa, émit une proclamation réaffirmant l'indépendance du Tibet le 14 février 1913. Alfred P. Rubin, un expert américain en droit international qui a étudié les déclarations d'indépendance du Tibet, estime qu'elles n'étaient aucunement des déclarations politico-juridiques mais simplement l'affirmation par le dalaï-lama que la relation prêtre-protecteur ou chapelain-patron ("mchod-yon") entre les dalaï-lamas et les empereurs chinois s'était éteinte du fait de la fin de l'empire. En 1912, le Tibet et la Mongolie (qui avait adopté le bouddhisme tibétain, était devenue vassale de l'Empire chinois puis indépendante depuis 1911) signent un traité de reconnaissance mutuelle de leur indépendance de la Chine en présence d'Agvan Dorzhiev. Selon Charles Bell, le Kashag et le dalaï-lama n'ont pas reconnu cet accord. Toujours selon Bell, la communauté internationale n'a pas reconnu l'indépendance de la Mongolie, ni celle du Tibet. Selon Barry Sautman (professeur en Chine), le Tibet et la Mongolie en 1913 n'étant pas reconnus comme États par les autres États, le fait pour l'un et l'autre de se reconnaître mutuellement n'a pas plus d'importance que la reconnaissance mutuelle de l'Ossétie du Sud et de l'Abkhazie aujourd'hui. Selon Elliot Sperling, le fait que Tibétains et Mongols aient affirmé dans leur traité de 1913 être sortis de la domination par l'État mandchou, et n'être ainsi plus liés à la Chine, est significatif sur le plan de la terminologie. L’ethnologue Fosco Maraini, qui visita le Tibet à la fin des années 1940, écrit que les Tibétains considèrent le Tibet comme un État indépendant et souverain. Pour l'écrivain Georges-André Morin, historiquement la notion de Tibet indépendant n'a aucun sens : le Tibet fait partie du monde chinois depuis le , voire plus. Selon Barry Sautman, aucun État ne reconnaît le gouvernement tibétain en exil, ni l'assertion que le Tibet était indépendant et la Chine n'a jamais renoncé à sa souveraineté sur ce territoire. Selon Anne-Marie Blondeau, les gouvernements, ne souhaitant pas affronter la république populaire de Chine en raison de la compétition internationale dont ses marchés font l’objet, évitent de prendre parti en évoquant le « statut peu clair » du Tibet et n’abordent pas l’autodétermination des Tibétains, même s’ils évoquent les violations des droits de l’homme au Tibet. Selon Melvyn Goldstein et Cynthia M. Beall, entre 1911 et 1951, le Tibet était une entité politique indépendante "de facto", mais, sans bénéficier de la reconnaissance internationale d'un statut juridique indépendant distinct de la Chine. Pour Elisabeth Martens, l'indépendance du Tibet ne s'appuie sur aucun document officiel et ne fut jamais reconnue par aucun pays au monde, ni par les Nations unies. L'auteur ajoute que l'« indépendance de fait » du Tibet au début du est en réalité une dépendance économique et politique vis-à-vis de l’Angleterre. Dans sa lettre au Secrétaire général de l'ONU datée du 9 septembre 1959, le dalaï-lama donne une série d'arguments démontrant la reconnaissance internationale de la souveraineté du Tibet, notamment le fait que la Mongolie et la Grande-Bretagne ont signé des traités avec le Tibet (le Traité d'amitié et d'alliance entre le Gouvernement de Mongolie et le Tibet et la Convention de Simla), et que des représentants tibétains munis de passeports tibétains sont reçus par l'Inde, la France, l'Italie, le Royaume-Uni et les États-Unis. Dès 1913 le dalaï-lama engage d'importantes réformes administratives et économiques. Il décide en particulier de créer en complément des pièces de monnaie tibétaines, des billets de banque tibétains et des timbres spécifiques au Tibet. On lui doit aussi la création du drapeau du Tibet à partir des différents drapeaux des armées des frontières. Pour autant, drapeau, passeports, timbres et monnaie sont, selon Barry Sautman, des signes superficiels de l'existence d'un État. Ces « prétendus indices de souveraineté », ainsi qu'il les appelle, sont également l'apanage de territoires qui ne sont pas des États. En 1914, à la Conférence de Simla, où la Grande-Bretagne, le Tibet et la Chine sont représentés, les Britanniques proposent que les régions de population tibétaine soient divisées en deux parties : Les deux secteurs seraient considérés comme étant sous la « suzeraineté » de la Chine et non plus sa « souveraineté ». L’accord initial fut invalidé par le rejet, de la part du gouvernement chinois, du paraphe de son délégué sur le texte de l’accord. Selon Frédéric Lenoir et Laurent Deshayes, la population tibétaine conserve un souvenir dramatique des Chinois hans, qu'ils soient nationalistes ou communistes, qui ont jalonné leurs périples de scènes d'horreur, tortures et pillages. Après la guerre sino-japonaise, des représentants du gouvernement tibétain sont envoyés à Nankin (alors capitale de la république de Chine gouvernée par le Kuomintang) avec pour . En 1947, deux délégués du Tibet sont présents à la Conférence des relations asiatiques, le drapeau du Tibet est en face d'eux, à côté des drapeaux des autres pays participants. En 1949, les dirigeants tibétains essaient de faire reconnaître par l'ONU l'indépendance de leur pays : ils ne reçoivent aucun appui, ni de la Grande-Bretagne, ni des États-Unis, ni de l'URSS, ni même de l'Inde, qui elle-même a accédé récemment à l'indépendance. Le , le gouvernement tibétain envoya une lettre au secrétaire d'État américain Dean Acheson et aux gouvernements indien et britannique, leur demandant de soutenir l'adhésion du Tibet à l'ONU. Le gouvernement indien donna comme argument contre cette candidature que l'URSS utiliserait son droit de veto au Conseil de sécurité, et que cette démarche agacerait la Chine inutilement. L'antenne du Foreign Office britannique à New Delhi était du même avis. Acheson souhaitait faire davantage pression sur l'Inde et adressa un câble à Loy W. Henderson, ambassadeur américain en Inde. Quand K. P. S. Menon et Henderson abordèrent la question de l'admission du Tibet à l'ONU, Menon déclara, catégorique, que la requête du Tibet était sans espoir, et qu'un débat à l'ONU agiterait indûment la question tibétaine, risquant de provoquer une réaction immédiate des communistes chinois. Intervention militaire chinoise (1950-1951). En 1950, l'Armée populaire de libération pénètre dans la région tibétaine orientale de Chamdo et rencontre peu de résistance de la part d'une armée tibétaine faible et mal équipée. Accord en 17 points sur la libération pacifique du Tibet. Le , des représentants du Dalaï-lama signent à Pékin l'Accord en 17 points sur la libération pacifique du Tibet, sous la menace d'une poursuite de l'avancée de l'APL. En plus de reconnaître la souveraineté chinoise, les Tibétains sont tenus d'aider l'APL à occuper pacifiquement le Tibet. Ils renoncent à s'occuper des affaires étrangères, de la défense des frontières et du commerce du Tibet et acceptent que l'armée tibétaine soit progressivement incorporée dans l'APL. Ils acceptent également le retour du panchen-lama au Tibet et la création d'une nouvelle entité administrative, le Comité administratif militaire, distinct du gouvernement local tibétain et soumis au gouvernement populaire central. Le texte contient également une déclaration mettant fin officiellement à la monnaie tibétaine. Il reconnaît le droit à l'autonomie régionale et le maintien du système politique et du statut du dalaï-lama, la liberté religieuse et le maintien des revenus du clergé bouddhiste. En 1954, le dalaï-lama, le panchen-lama et le karmapa se rendent à Pékin pour discuter de la question du Tibet avec Mao Zedong. Lors d'une entrevue avec le dalaï-lama, Mao lui donne l'assurance que l'identité tibétaine sera respectée et qu'aucune grande réforme ne sera entreprise au Tibet pendant six ans. Premières révoltes (1956-1959). En 1956, à la suite de la collectivisation des terres qui prive de leurs domaines les monastères afin de rompre l'ancienne domination des propriétaires terriens sur les paysans et de créer des coopératives socialistes, une révolte armée éclate à Litang dans le Kham contre l'administration chinoise, qui s'étend aux autres secteurs du Kham, puis en 1957 et 1958 à l'Amdo, et enfin en 1958 et 1959 à l'Ü-Tsang pour déboucher en 1959 sur l'insurrection de Lhassa : cette révolte armée est sévèrement réprimée par le gouvernement chinois et le nombre de victimes tibétaines, important sujet de désaccord entre la Chine et le gouvernement tibétain en exil, est généralement estimé à plusieurs dizaines de milliers de personnes. Le dalaï-lama fuit alors le Tibet pour se réfugier en Inde, suivi par environ , tandis que Pékin affirme que la révolte a été . À partir de 1959, après avoir réprimé ce qu'il qualifie de , le gouvernement communiste met en place au Tibet une série de réformes, notamment l'abolition du servage et de l'esclavage, dont l'usage politique est l'objet d'une controverse universitaire. Famine (1960-1962). Selon des témoignages de Tibétains, dont certains sont maintenant en exil, et divers auteurs occidentaux, le Tibet, sous son acception d'aire géographique et culturelle tibétaine, a connu une famine entre 1960 et 1962. Selon le gouvernement tibétain en exil, la mortalité correspondante toucha l'ensemble des régions tibétaines (Ü-Tsang, Kham et Amdo). En 1962, dans un rapport connu sous le nom de Pétition en 70 000 caractères et dénommé initialement « Rapport sur les souffrances du Tibet et des régions tibétaines et propositions pour le travail futur du Comité central sous la direction du président ministre Zhou Enlai », le panchen-lama, de retour d'une mission d'enquête dans le Qinghai dénonce la famine qui y sévit à la suite du Grand Bond en avant. Selon Ngabo Ngawang Jigme, un des signataires de l'Accord en 17 points sur la libération pacifique du Tibet, s'il y a eu des morts de la famine dans la province du Qinghai, aucune personne n'est morte de faim dans la région autonome proprement dite. Mais l’historien Tsering Shakya et le propre fils de Ngagpo Ngawang Jigmé affirment que c'est un mensonge. Révolution culturelle (1966-1975). En 1966, éclata la révolution culturelle en Chine. En juin 1966, la session extraordinaire du comité du Parti communiste de la région autonome du Tibet décide d'étendre la révolution culturelle au Tibet. En novembre 1966, les gardes rouges, principalement tibétains, issus de certaines universités de Pékin, arrivent au Tibet. Selon Kunsang Paljor (cité par Dawa Norbu), qui travaillait au "Tibet Daily News" lors de la révolution Culturelle, au moins gardes rouges chinois de 12 institutions scolaires en Chine continentale vinrent à Lhassa, et au début seules 3 écoles tibétaines de Lhassa furent impliquées. Selon Pierre-Antoine Donnet, dès 1966, les gardes rouges détruisirent de façon systématique, méthodique, calculée, planifiée et complète la civilisation tibétaine. Selon l'écrivain chinois Wang Lixiong, les autorités au Tibet ont souvent essayé de refréner les actions radicales, ainsi l'Armée populaire de libération a systématiquement soutenu les factions les plus conservatrices contre les rebelles. Temples et monastères ont moins été endommagés dans les zones et villes non périphériques où les autorités étaient encore en mesure de faire plus ou moins régner l'ordre. Dans sa réponse à Wang Lixiong, l'historien tibétain Tsering Shakya fait remarquer qu'il rejette la faute sur la victime, alors que ce mouvement de masse n'épargna personne au Tibet comme en Chine. Missions d'enquête (1979-1985). En 1979, Deng Xiaoping invita Gyalo Thondup, frère du dalaï-lama, à Pékin et lui indiqua qu'indépendamment de l'indépendance du Tibet, toutes les autres questions pourraient être discutées et tous les problèmes résolus. Il proposa que le dalaï-lama envoie des délégations d'enquête au Tibet afin d'observer les conditions de vie des Tibétains. Les autorités chinoises pensaient que les délégations seraient impressionnées par les progrès réalisés au Tibet et par la solidarité des Tibétains avec la nation chinoise. Tournée d'inspection de Hu Yaobang (1980). En 1980, après une visite d'inspection au Tibet, le secrétaire général du parti communiste chinois Hu Yaobang, « demande une plus grande autonomie et proclame le respect de la liberté de croyance ». Pendant les années 1980, les modérés du parti communiste chinois frayent la voie à une utilisation accrue de la langue tibétaine, à la reconstruction des bâtiments religieux (débouchant dans certaines régions sur un plus grand nombre de temples aujourd'hui qu'avant 1951) et à l'encouragement de la culture tibétaine. Selon Laurent Deshayes et Frédéric Lenoir, l'éviction politique en 1987 puis le décès de Hu Yaobang en 1989 « brisent ce timide élan réformateur ». Troubles de 1987 à 1993. En 1987, 1988 et 1989, Lhassa fut secouée par des manifestations et des émeutes, la loi martiale fut imposée en 1989 et resta en vigueur jusqu'en mai 1990. Selon l'encyclopédie Larousse, . Du 5 au 7 mars 1989, il y eut des émeutes à Lhassa, où des résidents hans et huis furent lapidés, des magasins et restaurants hans du Barkhor incendiés, des bâtiments publics détruits (l'hôtel des impôts, la banque de Chine, quatre poste de police). Le 6 mars, beaucoup d'étrangers virent des Chinois en sang, déclara Chris Helm, un jeune Américain. En 1990, une estimation de plus de 450 personnes tuées par les forces de sécurité fut avancée par Tang Daxian, un journaliste chinois dissident réfugié en Occident, qui affirma aussi que la police de Lhassa avait reçu l'ordre de Pékin de provoquer un incident. Le gouvernement chinois pour sa part fit état d'une douzaine de morts les 5 et 6 mars 1989. Selon le gouvernement tibétain en exil, ces manifestations furent réprimées violemment. Robert Barnett déclare que « la plupart des observateurs indépendants ont témoigné que ces évènements ont commencé pacifiquement ». La violence a fait suite au tabassage des manifestants et aux tirs par armes à feu de la part de la police. Selon Amnesty International, depuis 1987, plus de 214 tentatives de manifestations pour l'indépendance ont été réprimées et les manifestants arrêtés expédiés dans des camps de travail. Tous ont été condamnés à des peines allant de 3 à 20 ans de prison. Selon Barry Sautman et Shiu-hing Lo, les moines et les nonnes bouddhistes ont joué un rôle de premier plan dans les manifestations pro-indépendantistes. D'après He Baogang et Barry Sautman, lors des manifestations de la fin des années 1980 et du début des années 1990, si la police a tué des douzaines de personnes et en a arrêté un millier, les manifestants ont tué plusieurs agents de police, se sont livrés à des lynchages et ont allumé des incendies visant des civils Han. Par la suite, les autorités installèrent des caméras de surveillance à Lhassa pour contrôler les manifestations éventuelles. Troubles de mars 2008. En , des manifestations de moines contre le pouvoir chinois à Lhassa dégénèrent en violentes émeutes dirigées contre les habitants non tibétains et leurs biens. Elles surviennent quelques mois avant les Jeux olympiques d'été de 2008. D'autres manifestations ont également lieu en dehors de la capitale, en particulier dans la région tibétaine de l'Amdo, autour du monastère de Labrang dans la province du Gansu. Selon les autorités de la Région autonome du Tibet, le bilan est de 19 morts, victimes des émeutiers, et d'un millier de commerces et bâtiments publics détruits. Selon le Gouvernement tibétain en exil, au moins 209 Tibétains seraient morts, victimes de la répression. Des manifestations de soutien aux partisans d'un Tibet indépendant ont eu lieu lors des étapes de Londres et de Paris du relais de la flamme olympique 2008. Immolations depuis 2011. Faisant suite à des tensions dans la région de Ngaba, le moine tibétain Tapey s’immole par le feu en 2009, et depuis mars 2011, plusieurs moines, nonnes et laïcs tibétains se sont immolés demandant, selon le gouvernement tibétain en exil et diverses associations militantes occidentales, la liberté au Tibet et le retour du dalaï-lama. La plupart de ces immolations se sont produites dans la province du Sichuan qui comprend environ 1,5 million de Tibétains. Deux préfectures autonomes tibétaines sont principalement concernées : d'une part à Ngaba dans la préfecture autonome tibétaine et qiang de Ngawa, où se trouve le monastère de Kirti, d'autre part dans la préfecture autonome tibétaine de Garzê, deux préfectures situées dans les anciennes provinces tibétaines de l'Amdo et du Kham. Un cas s'est produit à Chamdo, dans la région autonome du Tibet, et un autre cas dans la préfecture autonome tibétaine de Golog dans la province du Qinghai. Selon Tsering Woeser, le monastère de Kirti est menacé de disparition. Le 16 mars, après l'immolation du moine Rigzen Phuntsog, policiers ont encerclé les lieux. Les moines du monastère devaient être soumis à une éducation patriotique. Les moines qui refusent de s'y soumettre disparaissent. Émeutes de Luhuo et de Serta (Sichuan) en 2012. Alors que plusieurs Tibétains se sont immolés au Tibet depuis mars 2011, la police chinoise a ouvert le feu en janvier 2012 lors de manifestations en faveur de l'indépendance dans la préfecture autonome tibétaine de Garzê faisant au moins trois morts. Selon le ministère chinois des Affaires étrangères, le 23 janvier 2012, des dizaines de casseurs, dont quelques moines, prirent d'assaut et détruisirent des magasins et un commissariat de police dans le district de Luhuo de la préfecture autonome tibétaine de Garzê du Sichuan. Le groupe, dont certains étaient armés de couteaux, jeta des pierres sur des policiers et détruisit deux véhicules de police et deux ambulances. Un membre du groupe fut tué et quatre autres blessés dans l'affrontement, cinq policiers furent blessés. Le 24 janvier, des émeutes encore plus violentes secouèrent Serta, un autre comté de la région. Des émeutiers jetèrent des pierres et des cocktails molotov et firent feu, blessant 14 agents de la force publique avant d'être dispersés. Un émeutier fut tué et 13 autres arrêtés. À Serta, comme à Luhuo, dans le but d'intimider les habitants qui observent les traditions Han, des émeutiers s'en prirent aux maisons qui arboraient décorations et lanternes de la fête du Printemps. Isolement du Tibet. Les autorités chinoises limitent l’accès du Tibet aux étrangers. En 2018 le congrès américain décide, en rétorsion, que ceux qui empêchent les Américains de visiter le Tibet ne seront pas autorisés à se rendre aux États-Unis. En 2020, 57 parlementaires européens de 19 pays demandent aux gouvernements européens de mettre en place cette réciprocité . Le 7 juillet 2020 les Etats-Unis décident de limiter les visas des responsables chinois qui interdisent l'accès des étrangers dans les régions tibétaines de la Chine. Celle-ci réfute cette allégation et décide de restreindre les visas aux responsables américains « qui se sont mal comportés en lien avec le Tibet » . Pendant la pandémie de Covid-19 peu d'informations sont diffusées. En mai 2020, le bilan avancé se situe entre et , et deux morts. Composition ethnique et démographie. L'ethnie tibétaine est historiquement la principale composante de la population du Tibet. Selon Melvyn C. Goldstein, le Tibet est resté durant plus d'un millénaire, en dépit des guerres et des conquêtes, des famines et des catastrophes naturelles, la patrie exclusive d'un seul peuple ("For well over a thousand years of recorded history, through wars and conquest, famines and natural disasters, Tibet remained the exclusive home of a people"). Les groupes ethniques monba, lhoba, mongol et hui (Chinois musulmans) y sont également présents. Selon la tradition, les premiers ancêtres du peuple tibétain, représentés par les six bandes rouges du drapeau tibétain, sont les Se, les Mu, les Dong, les Tong, les Dru et les Ra. Chiffre de la population avant 1948. L'explorateur et anthropologue russe Tsybikoff, dans un article publié en 1904, soutient que le chiffre de la population dans le Tibet central n'excède pas le million. Il fait valoir le fait que les vallées étroites entre des montagnes ne sont pas favorables à l'agriculture et ne sauraient faire vivre beaucoup d'habitants. En outre, le grand nombre d’ecclésiastiques ascétiques, célibataires, des deux sexes, les épidémies de variole (en 1900, dix pour cent de la population de Lhassa et des monastères environnants périt de la variole) et diverses maladies mortelles contre lesquelles les Tibétains sont pour ainsi dire démunis, viennent grever la croissance démographique. Un recensement effectué par les Mandchous en 1910 estime à la population du Tibet. Le tibétologue italien Giuseppe Tucci, s’appuyant sur les éléments qu’il a pu rassembler lors de ses voyages au Tibet de 1927 à 1948, estime que la population de l'ensemble du Tibet (comprenant les provinces du Kham et de l’Amdo) se situait entre 2 et . Il ajoute qu’« il y avait certainement davantage d’habitants dans le passé d’après les traces qui subsistaient de cultures intensives et d’ouvrages d’irrigation en des lieux désormais presque entièrement abandonnés ». Évolution démographique depuis le milieu du. Chiffres officiels. La république populaire de Chine ne se considère pas comme une puissance occupante et dément avec force les allégations de submersion démographique. Elle ne reconnaît pas non plus l'existence de ce qu'elle appelle le « Grand Tibet » revendiqué par le gouvernement tibétain en exil. Selon elle, cette idée a été forgée par des impérialistes étrangers dans le cadre d'un complot destiné à diviser la Chine. Elle rapproche cette idée du fait que l'Empire japonais avait créé un Manzhouguo en Mandchourie pendant la Seconde Guerre mondiale et que la Mongolie aurait gagné son indépendance - décrétée cependant en 1913 - grâce au soutien de l'Union soviétique sur laquelle elle s'est alignée par la suite, ce qui constituerait pour la Chine un précédent qui a marqué les esprits. Elle s'appuie sur le fait que les territoires de population tibétaine qui n'appartiennent pas à la région autonome n'étaient pas contrôlés par le gouvernement tibétain en 1959, mais auraient été administrés depuis des siècles par les provinces avoisinantes. Selon la république populaire de Chine, le nombre de Tibétains dans la région autonome était de lors du recensement mené en 2000, pour non-Tibétains, et le nombre de Tibétains dans l'ensemble des entités autonomes tibétaines (légèrement plus petit que le Tibet historique revendiqué par les Tibétains en exil) était de 5 millions, pour 2,3 millions de non-Tibétains. Dans la région autonome elle-même, la plus grande partie des Hans se trouvent à Lhassa. Les autorités chinoises affirment qu'elles respectent la différence culturelle tibétaine (par exemple en assouplissant pour les minorités le contrôle démographique sévère imposé aux Hans). Les politiques de contrôle démographique telles que la politique de l'enfant unique s'appliquent uniquement aux Hans, et non aux minorités comme les Tibétains. Jampa Phuntsok, un Tibétain originaire de Chamdo (Kham) et actuel président de la Région autonome du Tibet, a déclaré que le gouvernement central n'avait aucune politique de migration vers le Tibet en raison des conditions difficiles liées à l'altitude, que les 6 % de Hans dans la RAT constituent un groupe très fluide venu principalement pour les affaires ou le travail, et qu'il n'y a pas de problème d'immigration. En ce qui concerne la population d'ethnie tibétaine proprement dite, le gouvernement chinois affirme que, selon le premier recensement national mené en 1954, il y avait en Chine, dont dans la région autonome, alors que, selon le quatrième recensement mené en 1990, il y avait en Chine, dont dans la région autonome. Selon lui, ces chiffres constituent la preuve que la population tibétaine a doublé depuis 1951, et que les allégations des Tibétains en exil sont mensongères. vivraient en exil (dont en Inde). « Sinisation par peuplement ». Selon une lettre présentée comme venant du Tibet et datant de 1996 par le Centre tibétain pour les droits de l'homme et la démocratie, une ONG basée à Dharamsala, de nombreux Hans, l'ethnie majoritaire de la Chine, viennent s'installer au Tibet, alors qu'en même temps, les Tibétains trouvent difficilement du travail. Le sinologue Jean-Luc Domenach estime que la question tibétaine sera « résolue par la colonisation, puisque les Chinois, d'une façon ou d'une autre, vont inonder le Tibet ». Selon le Livre blanc publié par le gouvernement de la république populaire de Chine, la modernisation et le développement du Tibet expliquent l'arrivée d'ouvriers Han et des spécialistes occidentaux. Depuis l'instauration de l'économie de marché en 1992, selon Xinhua, tout habitant de la république populaire de Chine a le droit de se déplacer librement dans le pays et de travailler à l'endroit de son choix. Selon Robert Marquand, le Tibet étant considéré par les Chinois comme faisant partie de leur pays depuis des milliers d'années, ces derniers estiment avoir le droit de s'y établir. Recensement de 2000. Le tableau ci-dessous donne les chiffres de population, selon le recensement mené dans toute la Chine en 2000, pour toutes les entités autonomes tibétaines ainsi que pour les juridictions de Xining et de Haidong. La présence de ces deux dernières juridictions dans le tableau permet de présenter l'ensemble des chiffres de la province du Qinghai, et correspond également à la vision du gouvernement tibétain en exil qui revendique ces juridictions comme partie intégrante du Tibet historique. Les chiffres présentés ne tiennent pas compte des membres de l'Armée populaire de libération en service actif, ni les travailleurs migrants non enregistrés. Recensement de 2010. D'après les résultats du sixième recensement national (2010), les Tibétains vivant en Chine, principalement dans la région autonome du Tibet, au Qinghai, Sichuan, Gansu et Yunnan, étaient au nombre de . Dans la seule région autonome, la minorité ethnique tibétaine comptait , soit 91 % de la population totale. Elle représentait, toujours en pourcentage de la population totale, 1,8 % pour le Gansu, 24,4 % pour le Qinghai, 21 % pour le Sichuan et 0,3 % pour le Yunnan. résident dans la région autonome du Tibet, soit une hausse de 14,75 % par rapport au recensement de 2000. 90 % d'entre elles sont des Tibétains de naissance. La population tibétaine a connu une croissance démographique annuelle de 1,4 %, soit plus que la moyenne nationale de 0,57 %. Le nombre de résidents par famille a légèrement diminué depuis 2000 : dans les foyers du Tibet, on compte 4,23 membres en moyenne, contre 4,75 personnes en 2000. Migration de Tibétains dans d'autres régions. Selon une enquête réalisée par l'institut des études tibétaines contemporaines sous l'égide du centre de recherche tibétologique de Chine, nombre de Tibétains ont quitté le Tibet pour d'autres régions à la recherche de nouveaux débouchés. Beaucoup d'entre eux se sont installés dans les grandes villes comme Beijing, Shanghaï, Guangzhou et Chengdu. Ce phénomène est largement passé sous silence par les critiques qui accusent le gouvernement chinois de ne rien faire pour empêcher l'ethnie Han de submerger le Tibet. L'enquête s'est focalisée sur le nombre, la répartition, les métiers et les conditions de vie des Tibétains qui sont installés à Chengdu et dans la ville voisine de Dujiangyan, ainsi que dans les comtés de Shuangliu et de Pixian, qui tous deux sont majoritairement Han. Il ressort de l'enquête que Chengdu vient désormais en position pour le nombre de Tibétains après les préfectures tibétaines de Garzê et de Ngaba. Point de vue du gouvernement tibétain en exil. Entre les années 1960 et 1980, de nombreux prisonniers (plus d'un million, selon Harry Wu, le directeur de la Laogai Research Foundation, une fondation américaine financée par la National Endowment for Democracy) ont été envoyés dans des camps de travail (laogai) de la province tibétaine de l'Amdo (Qinghai). Depuis les années 1980, la mise en œuvre de la libéralisation économique et une plus grande mobilité à l'intérieur de la Chine ont entraîné un afflux de Hans au Tibet. Leur nombre réel reste cependant contesté. Le gouvernement tibétain en exil donne le chiffre de 7,5 millions de non-Tibétains dans le Tibet historique, pour 6 millions de Tibétains. Selon lui, c'est la conséquence d'une politique active de submersion démographique du peuple tibétain qui réduit les chances d'indépendance politique du Tibet, en violation de la Convention de Genève de 1949 qui interdit aux puissances occupantes l'installation de colons dans les territoires qu'elles contrôlent. Le gouvernement tibétain en exil conteste les statistiques fournies par le gouvernement chinois au motif qu'elles ne tiennent compte ni des membres de l'Armée populaire de libération en garnison au Tibet, ni de l'importante population flottante de migrants non enregistrés. La ligne ferroviaire Qing-Zang reliant Xining à Lhasa est un sujet majeur de préoccupation, dans la mesure où elle facilite l'afflux de nouveaux migrants. Le gouvernement tibétain en exil cite un article du "Quotidien du Peuple" publié en 1959 pour affirmer que la population tibétaine a diminué de façon significative depuis 1959. Selon cet article, les chiffres du Bureau national de statistiques de la république populaire de Chine montrent que la population de la région autonome du Tibet était alors de . Dans les secteurs tibétains du Kham, on comptait . Au Qinghai et dans les autres secteurs tibétains incorporés au Gansu, on comptait Tibétains. La somme de tous ces chiffres conduisait à une population tibétaine de en 1959. En 2000, le nombre total de Tibétains dans l'ensemble de ces régions était d'environ selon le Bureau national de statistiques. Ces chiffres impliqueraient qu'entre 1959 et 2000 la population tibétaine a décru d'environ un million de personnes, soit un déclin de 15%. Au cours de la même période, la population chinoise a doublé, et la population mondiale a triplé. Cette analyse fournit un argument supplémentaire concernant l'estimation du nombre de morts tibétains durant la période allant de 1959 à 1979. Elle suggère l'existence d'un déficit démographique de la population tibétaine dont les causes et l'évolution temporelle restent à préciser. Ces chiffres étant plus de deux fois supérieurs à ceux de 1953 et 1964 (d'origine chinoise), respectivement 2,77 et 2,50 millions de tibétains, il est possible qu'ils incluent des habitants non tibétains. De son côté, le Kashag évaluait en 1950 la population tibétaine à un peu moins de 3 millions, mais rien n'indique que ce chiffre corresponde à la population totale, et pas uniquement à celle du Tibet central alors menacé par l'avancée chinoise. Il n'en demeure pas moins que les chiffres de source chinoise font apparaître une diminution de la population entre 1953 et 1964, clairement visible sur le graphique présenté au chapitre suivant ; ses causes restent toutefois à déterminer précisément. La question du « génocide tibétain ». Exposé. Selon l'Administration centrale tibétaine, plus d'un million deux cent mille Tibétains seraient morts directement ou indirectement du fait de l'occupation du Tibet par la république populaire de Chine entre 1949 et 1979 Dans le cadre du chapitre intitulé « The 'Genocide' Myth Re-examined » de son étude "Tibetan Population in China: Myths and Facts Re-examined", le démographe Yan Hao (de la Commission du département de planification d'État à l'Institut de recherche économique à Pékin) décortique un tableau dont la source indiquée est le Bureau du Tibet, Droits de l'homme, 1984 (dépendant du gouvernement tibétain en exil) et qui avance le chiffre de tibétains, page 19 «(Table 4 : Distribution of Tibetan deaths directly resulting from China’s invasion, by causes of death and regions (1949–79))». Cité par Patrick French, l’historien du droit Warren W. Smith Jr qui a étudié les déficits de croissance de la population, affirme que les statistiques chinoises « confirment les thèses tibétaines d'un nombre massif de morts et réfutent les dénégations chinoises ». Selon ses estimations plus de « manqueraient » à la population de la région autonome du Tibet. Le nombre de morts tibétains semble aussi élevé dans les régions du Gansu, du Sichuan et du Qinghai, trois régions où les taux de mortalité au début des années 1960 sont élevés et vérifiables. Si cela est exact, on peut estimer qu'environ un demi-million de Tibétains sont directement morts en raison de la politique appliquée au Tibet par la république populaire de Chine Concernant la famine en Chine et dans les régions du Tibet, Patrick French indique qu'il n'existe pas de statistique pour le centre Tibet mais il affirme que . Par contre des statistiques existent pour les trois autres provinces chinoises partiellement tibétaines. Ainsi, si pendant la période 1959-1962 (comparé aux données des années 1956-1958) le taux global de mortalité a augmenté de 115%, celui des 3 provinces a augmenté en moyenne de 233%. Ce chiffre est estimé d'après un calcul de Warren W. Smith Jr, basé sur les recensements du Tibet montrant « manquants » au Tibet, nombre que les Chinois attribuent à la famine qui causa plus de 20 millions de morts en Chine après le Grand Bond en avant. Critiques et réfutations. En 2003 dans son livre Tibet, Tibet, une histoire personnelle d'un pays perdu, l'écrivain et journaliste anglais Patrick French remet en cause le nombre de tibétains. Ayant été autorisé à consulter les données brutes et à vérifier leur traitement, il constata que celles-ci, obtenues à partir du témoignage de réfugiés, ne permettaient pas d'obtenir le chiffre total annoncé. En lieu et place de noms, French ne trouva que « des chiffres insérés de façon apparemment aléatoire dans chaque rubrique et dupliqués de façon systématique, incontrôlée », par exemple, un même affrontement armé, relaté par cinq réfugiés différents, se retrouvait comptabilisé cinq fois. De plus, il s'aperçut que sur les 1,1 million de morts comptabilisés, il n'y avait que , ce qui impliquait la disparition de 1,07 million des 1,25 million de Tibétains du sexe masculin, une impossibilité. Le livre de French a été critiqué par Jamyang Norbu, un écrivain tibétain en exil considéré comme la voix persistante de l'indépendance du Tibet. Le chiffre de 1,2 million de morts est récusé par le démographe chinois Yan Hao qui affirme que les chiffres sont exagérés et que les évaluations données par le gouvernement tibétain en exil reposent en partie sur des sources fabriquées. Toutefois l'analyse présente un oubli. Lorsqu'il tente de dénombrer le nombre de morts lors des combats, Yan Hao indique qu'au « Tibet politique » (la future région autonome) : « la résistance atteignit son apogée en 1959, mais le soulèvement fut surtout confiné à Lhassa et il fut maté par l'armée populaire de Chine en deux jours. La résistance organisée ne s'est poursuivie ailleurs que pendant un autre mois ». Or la guérilla Kampa a perduré pendant de nombreux mois, Yan Hao n'évoque pas celle-ci. La thèse du génocide physique est rejetée également par l'universitaire Barry Sautman, qui met en avant l'absence de données vérifiables : . Économie. L'économie du Tibet est peu développée. Les principales activités sont l'élevage du mouton, de la chèvre et du yack, la culture des céréales (dans les vallées du Sud et du Sud-Est) et l'exploitation du bois (dans le Sud). Le tourisme, bien que très encadré, représente une part importante de l'économie. Développement. Dans le Tibet d'avant 1950, selon le philosophe et écrivain slovène Slavoj Žižek, l'élite dirigeante empêchait tout développement de l'industrie par crainte d'une disruption de la société, à telle enseigne que tout métal devait être importé d'Inde. Au contraire la tibétologue Katia Buffetrille indique que les Tibétains exploitent des mines malgré les préceptes religieux qui freinent cette exploitation. Des mines de fer, de cuivre, de borax, d’acide sulfurique, de sel gemme, de fer, d’or, de plomb, de cinabre sont citées par les explorateurs et missionnaires. Le Tibet est alors réputé pour sa richesse en or celui-ci vient de l’orpaillage et des mines . Selon le journal "Libération", ce qu'il appelle « la présence chinoise au Tibet » n'est pas désintéressée d'un point de vue économique en ce qui concerne : L'industrie a commencé à apparaître à la fin des années 1950 avec l'ouverture de plusieurs usines à Lhassa. Vers 1980, l'économie tournait autour du tourisme et de la transformation des produits agricoles. À la fin du , la croissance industrielle s'est poursuivie de façon graduelle mais le Tibet reste la province la moins prospère de Chine. L’industrie minière en est encore à ses débuts. L’effort a d’abord porté sur la localisation des ressources minérales, notamment le chrome, le cuivre, l’or, le plomb, le zinc, le sel, le charbon, le pétrole. L’exploitation de ces ressources a commencé et se fait dans le cadre de l’économie de marché et au moyen de fonds disponibles sur place ou provenant de l’extérieur de la région. En 2006, la R.A.T. a extrait de borax, de boromagnésites et des centaines de milliers de tonnes de chromites. L’extraction minière ne représente toutefois que 4 % du produit annuel brut du Tibet. Selon "Les Échos", la croissance a largement profité aux Hans venus s'installer au Tibet et Tourisme. Après s'être ouverte aux touristes étrangers en 1979, la Région autonome du Tibet en reçut 300 en 1980, en 1984 et en 1994. En 2004, le chiffre grimpa à de visiteurs, en 2005 à et en 2007 à , dont 90% étaient chinois. En raison des événements de mars 2008 et de leurs séquelles, le chiffre est descendu à quelque . Entre janvier et juillet 2009, plus de 2,7 millions de touristes ont visité la région, soit trois fois plus que durant la même période de 2008, a indiqué le Quotidien du Tibet, pour un revenu de 2,29 milliards de yuans. En 2010, la région a accueilli 6,85 millions de touristes chinois et étrangers, dégageant des revenus de 7,14 milliards de yuan (11 milliards de dollars), soit 14 % de son produit intérieur brut. Alors que plusieurs Tibétains se sont immolés en public, la Chine a décidé de fermer la région autonome aux touristes étrangers en mai 2012. Cependant, les touristes en région autonome étant principalement chinois, la mesure n'aura pas de grandes répercussions sur l'industrie touristique. Pour l'année 2012, à la date du 30 novembre, la région autonome du Tibet avait reçu 10,34 millions de visiteurs venant d'autres régions de Chine ou de l'étranger, contre 8,69 millions en 2011. Près de sont employées dans le secteur touristique régional. Selon Jim Underwood, qui a travaillé dans le secteur de la construction rurale au Tibet, le tourisme dans la région peut être perçu comme une influence positive pour la pérennité de l'architecture traditionnelle dans la mesure où les touristes viennent pour découvrir cette architecture. Les divers corps de métier ne peuvent que profiter de la réhabilitation des bâtiments anciens. Désenclavement. Liaison ferroviaire directe Pékin-Lhassa. Le , le président Hu Jintao inaugure le premier train pour Lhassa à la gare de Golmud, dans la préfecture autonome mongole et tibétaine de Haixi de la province du Qinghai. Cette nouvelle ligne ferroviaire relie désormais le Tibet au reste de la Chine, mettant Pékin à deux jours de train. Grâce à elle, sont franchis pour environ 80 euros. Elle devrait, à ce que dit le gouvernement chinois, favoriser l'intégration économique, le développement économique et touristique de la région autonome du Tibet, mais, d'après les anciens prisonniers tibétains du Gu-Chu-Sum cités par le journaliste Bruno Philip, accélérer la sinisation du Tibet. Pour le gouvernement régional, le chemin de fer va réduire de plus de la moitié le coût d'acheminement des marchandises dans la région. Deux trains de marchandises quotidiens doivent apporter à Lhassa pour 7,5 millions de tonnes de fret chaque année. Le président de la région autonome, Champa Phuntsok, a déclaré que de nouveaux tronçons étaient à l'étude entre Lhassa et les autres villes de la région, y compris aux frontières. La chanteuse tibétaine Han Hong a composé une chanson intitulée « La Voie du ciel » (天路, "tian lu" en chinois mandarin), qui décrit cette ligne de chemin de fer, qu'elle nomme le « Dragon de fer ». Elle rappelle l'ouverture qu'elle va donner au plateau du Tibet, cette région enclavée, sur le reste du monde, et ses bienfaits pour la population (apports de ressources vitales), comme pour le reste du monde (découverte de la culture et de l'accueil tibétains). Cette chanson est également interprétée en tibétain par la chanteuse tibétaine Basang (巴桑, bāsāng) sur un album portant le nom de la chanson. Pour Gregory Clark, ancien responsable au Ministère australien des affaires étrangères et vice-président de l'université internationale Akita, si l'établissement de cette ligne ferroviaire de de long à d'altitude est un péché, faut-il pour autant laisser les Tibétains à jamais confinés dans un isolement rétrograde ? Les exilés tibétains craignent que cette ligne ne favorise une migration en provenance du reste de la Chine (notamment de l'ethnie han majoritaire) et qu'elle n'amène les Tibétains à devenir minoritaires dans leur région. Ils craignent également que le gouvernement chinois n'utilise la ligne pour renforcer sa présence militaire au Tibet, et qu'il n'augmente l'exploitation des ressources naturelles avec tous les risques que cela représente pour l'environnement fragile du Tibet. L’Inde, pays voisin de la Chine, considère cette ligne de chemin de fer avec inquiétude en raison des implications militaires et du renforcement potentiel de l'armée chinoise, déjà importante au Tibet, y compris dans sa capacité à déployer des armes nucléaires tactiques. Lors de l’ouverture de la voie de chemin de fer, le dalaï-lama demandait aux Tibétains d’attendre pour évaluer le bénéfice ou les nuisances qu'elle pourrait apporter. Il accueillait favorablement la voie ferrée « à la condition qu’elle bénéficie à la majorité des Tibétains ». Mais, fin janvier 2007, il affirma que Pékin utilisait la nouvelle liaison ferroviaire pour inonder le Tibet de mendiants, de prostituées et de sans-emploi, mettant en danger la survie de la culture et des traditions tibétaines. Extension Lhassa-Shigatsé. Depuis 2014, la ligne Qinghai-Tibet (Qing-Zang) a pour extension la ligne ferroviaire Lhassa-Shigatsé reliant Lhassa, la capitale de la région autonome, à Shigatsé, la deuxième plus grande ville de la région. Commencée le 26 septembre 2010, elle est entrée officiellement en service le 15 août 2014. Longue de , cette extension traverse cinq comtés. Elle est conçue pour transporter 8,8 millions de tonnes de fret annuellement et permettre aux trains de rouler à la vitesse minimale de . Aéroports. Le premier aéroport à être construit au Tibet fut celui de Damxung en 1956. En 2011, la région autonome compte cinq aéroports civils : Lhassa Gonggar (aéroport national et international desservant la ville de Lhassa) ; Chamdo Bamda (dans la préfecture de Chamdo) ; Nyingchi (dans le sud-est de la région autonome) ; Shigatse (dans le comté de Jangdan, dans la préfecture de Shigatse), et Ngari Gunsa (dans la préfecture de Ngari). Le transporteur "Tibet Airlines", sis à Lhassa, est en train de créer un réseau régional couvrant l'ensemble des aéroports civils de la région autonome. Infrastructure routière. À la date de 2003, de routes avaient été construits. La région possédait cinq nationales, quatorze régionales et six qui s'entrecroisent. En plus des de routes asphaltées, il y avait désormais de voies rurales reliant quelque 683 communes et villages. Le 15 janvier 2009, la Chine avait annoncé la construction de la première autoroute du Tibet, un tronçon de de route dans le sud-ouest de Lhassa. Le projet devait coûter de yuans ( de dollars). Ouverte en juillet 2011, cette autoroute relie Lhassa à l'aéroport de Gonggar dans la préfecture de Shannan. Elle a 4 voies et un éclairage d'origine solaire. Il y a automobiles au Tibet en 2011. Statut du Tibet : état de la question. Selon le droit international. Selon le linguiste et philosophe américain Noam Chomsky (1967), le Tibet a été reconnu internationalement comme étant une région de la Chine. Ce statut a été accepté par l'Inde ainsi que par la Chine communiste et la Chine nationaliste et n'a jamais été remis en question officiellement par les États-Unis. Ainsi que le signale Martine Bulard, journaliste au "Monde diplomatique", responsable de l’Asie, le Tibet n'a jamais été répertorié par les Nations unies comme « pays à décoloniser », que ce soit avant ou après 1971, date de l'entrée de la république populaire de Chine au sein de cette organisation internationale, et aucun pays n'a reconnu à ce jour le gouvernement tibétain en exil. Dans la liste des pays et territoires à décoloniser publiée en 2008 par l'ONU, le Tibet n'est pas mentionné, et la Chine n'est pas citée au nombre des « puissances administrantes ». Selon le Ministère des affaires étrangères du Gouvernement Jean-Pierre Raffarin, en accueillant la république populaire de Chine en son sein en 1971, l'ONU n'a pas contesté la souveraineté de Pékin sur le Tibet, souveraineté qui est admise par tous les États ayant noué des relations diplomatiques avec la république populaire de Chine depuis 1949. Cependant, à ce jour, le peuple tibétain n’a jamais été consulté sur le statut du Tibet. Selon le droit international, à ce qu'affirme la Commission internationale de juristes, il bénéficie d’un droit à l’autodétermination qu’il n’a pas encore exercé. Selon elle, un référendum sur le futur statut de la région contribuera à résoudre le conflit politique au Tibet. Pour Barry Sautman, qui fait état de « la non reconnaissance, par les États et les organisations internationales, aussi bien de l'ancien Tibet que du gouvernement tibétain en exil », il n'existe pas, en droit international, de « droit à l'indépendance », à la sécession, pour une quelconque partie d'un pays. L'ONU a défini en 1960 les limites et les conditions de l'application du droit à l'autodétermination nationale mais ne les jugea pas pertinentes lors de ses appels au respect du droit du peuple tibétain à l'autodétermination. Selon la Chine. Argument historique. La république populaire de Chine souligne que les relations entre la Chine et le Tibet sont anciennes et remontent au : c'est ainsi, par exemple, que la majorité des bâtiments impériaux chinois comportent depuis plusieurs centaines d'années les cinq principales écritures que sont les sinogrammes, le mandchou, le mongol, l'ouïghour et le tibétain, une habitude qui semble dater de la dynastie mandchoue des Qing. En 1260, le Mongol Kubilai Khan s’installe à Pékin, fonde la dynastie Yuan à la façon chinoise et lui-même devient empereur de Chine. À cette époque là, le Tibet est incorporé dans l’empire du Grand Khan, qui s'étend au-delà de la Chine jusqu'à la Mandchourie et au lac Baïkal. La dynastie Ming (1368-1644) hérite de la dynastie Yuan le pouvoir d'administration du Tibet. En 1722, l'empereur Kangxi de la dernière dynastie Qing institue le Yonghegong de Pékin comme temple tibétain. L'empereur Qianlong fait construire un palais tibétain au Palais d'été de Pékin et des monastères tibétains à Chengde, dont en 1771 le Putuo Zongcheng qui est une réduction du Palais du Potala de Lhassa. La dynastie Qing (1644-1911) affirme également sa souveraineté sur le pays, en laissant à Lhassa deux ministres (Amban) et une petite garnison. En 1846, les missionnaires français Évariste Huc et Joseph Gabet sont expulsés du Tibet sur ordre de l'Amban. La chute de la dynastie Qing en 1911 va cependant bouleverser la donne : ainsi, le lien personnel unissant l'empereur mandchou au dalaï-lama étant de facto supprimé, les liens entre les deux pays seraient, selon certains, rompus. En 1913, la république de Chine ne manifeste aucune considération pour la proclamation de l'indépendance du Tibet par le dalaï-lama et ne réagit pas. Elle récuse la Convention de Simla de 1914 qui divise la région peuplée par les Tibétains en un Tibet externe autonome administré par le gouvernement du Tibet et un Tibet interne où seule l'autorité spirituelle du dalaï-lama serait reconnue, les deux étant sous suzeraineté chinoise et l'appartenance du Tibet à la Chine est également reconnue. Dans la relation internationale, le Tibet reste une province chinoise. Argument politique. Le gouvernement chinois affirme être retourné au Tibet en 1949 afin de libérer le pays des « impérialistes étrangers » et son peuple vivant sous la domination d'une oligarchie et d'une théocratie féodales. Par exemple, avant la prise de pouvoir des communistes, le servage était légal et pratiqué au Tibet, et les aristocrates et religieux tibétains possédaient 95 % du territoire. Les autorités chinoises affirment que la liberté religieuse est de nouveau assurée depuis 1983. Les Tibétains, comme les autres ethnies (appelées « nationalités » en Chine) minoritaires, bénéficient d'une discrimination positive Par exemple, les étudiants appartenant à l’ethnie tibétaine ont des bonus pour rentrer à l'université, les travailleurs appartenant à l’ethnie tibétaine sont prioritairement recrutés par les établissements publics par rapport à ceux de l'ethnie Han. Pourtant, Robert Barnett fait remarquer que selon les statistiques officielles, 97 % de la population est tibétaine dans la région autonome, alors que seul un écolier sur trois est tibétain dans l'éducation secondaire et supérieur, ce qui suggère une inégalité dans l'accès à l'éducation des enfants tibétains. Le Tibet est la seule région de la Chine qui bénéficie des soins gratuits et d'une éducation primaire gratuite avec le logement et la nourriture gratuits, cette éducation est bilingue. Pour Robert Barnett, les affirmations selon lesquelles l'éducation est gratuite se sont avérées inexactes. En effet, des droits d'inscription et des frais scolaires de plus en plus élevés ont été instaurés par les gouvernements locaux dans l'ensemble du Tibet, comme en Chine. Arguments économiques et sociaux. Le développement économique du Tibet mené depuis des dizaines d'années par la Chine a permis de désenclaver le pays, notamment grâce à la construction de routes, de voies ferrées et d'aéroports, qui favorisent le développement du tourisme, de l'industrie et du commerce dans la région autonome du Tibet. Le Tibet a bénéficié de la création d'infrastructures modernes et d'une amélioration des services de santé. Selon les chiffres officiels chinois, la population a presque triplé entre 1953 et 2000. Le correspondant du quotidien économique français "Les Échos" note en mars 2008 que . De même, Argument géopolitique. La Chine considère le Tibet comme une région stratégique pour sa sécurité. Certains considèrent cette présence comme défensive, le Tibet étant selon le quotidien français "Libération". D'autres, y voient une position potentiellement plus offensive. Pour le géopolitologue Aymeric Chauprade, . Revendications territoriales de la république de Chine. Taïwan, qui se considère comme l'unique représentant légitime de la Chine selon le Politique d'une seule Chine, revendique la souveraineté "de jure" de l'essentiel des zones tibétaines, réparties entre les divisions administratives suivantes : Gansu, Qinghai, Sichuan, , Xikang, Yunnan. La république de Chine n'exerce toutefois aucun contrôle sur ces régions actuellement administrées par le Bhoutan, la république populaire de Chine, l'Inde et la Birmanie. Selon le gouvernement tibétain en exil et des tibétologues. Le gouvernement tibétain en exil considère la présence chinoise comme une occupation étrangère ayant débuté lors de ce qu'il appelle l'invasion de 1950-1951 par l'armée populaire de libération. Il accuse la politique de la Chine d'avoir été responsable de la mort de , de pratiquer un transfert massif de population Han et de détruire la culture tibétaine, induisant une sinisation culturelle et démographique du Tibet. Depuis 1979, le dalaï-lama ne demande plus l'indépendance, mais une autonomie réelle pour l'ensemble des régions de population tibétaine. Résolutions de l'Assemblée générale des Nations unies. Teneur des résolutions. L'assemblée générale de l'ONU a adopté 3 résolutions condamnant les violations des droits fondamentaux et des libertés du peuple tibétain, les coups portés à sa culture et sa religion, ceci en 1959 (résolution 1353 (XIV)) et en 1960 (résolution 1723 (XVI)). Dans cette résolution, le droit à l'autodétermination du peuple tibétain est mentionné explicitement. Enfin, la dernière résolution en date, celle de 1965 (résolution 2079 (XX)), fait référence aux précédentes dont elle reprend les thèmes mais sans mention explicite à l'autodétermination. La Chine n'est pas désignée explicitement dans ces Résolutions. Selon Jean-Claude Buhrer, écrivain et journaliste, les 3 résolutions de l’Assemblée générale demandaient la reconnaissance du droit à l’autodétermination des Tibétains et le respect de leurs droits fondamentaux. Contexte historique et portée des résolutions. Ces résolutions votées par l'Assemblée générale sont de simples recommandations, elles ne sont pas juridiquement contraignantes. De plus, comme elles ont été adoptées alors que la république populaire de Chine ne faisait pas partie de l'ONU, ce pays n'a pas pu participer aux débats et de ce fait ne reconnaît pas ces résolutions. Depuis 1965, celles-ci n'ont jamais été reconduites, et lors de l'admission de la Chine à l'ONU, en 1971, il n'en a pas été tenu compte. Selon le Ministère des affaires étrangères de la France, en accueillant la république populaire de Chine en son sein en 1971, l'ONU n'a pas contesté la souveraineté de Pékin sur le Tibet, souveraineté qui est admise par tous les États ayant noué des relations diplomatiques avec la république populaire de Chine depuis 1949. Selon Bhaskar Vyas et Rajni Vyas, « après la résolution de l'ONU de 1965 et la confirmation internationale du génocide », on espérait que la Chine, sous l'effet de la honte se conformerait au moins à l'Accord en 17 points sur la libération pacifique du Tibet, dans un esprit réaliste et appliquerait une autonomie authentique. Même si les résolutions de l'ONU ne changèrent rien dans les faits, la Chine prit conscience qu'elle devait s'occuper de cette question. Société. Prostitution. Selon le gouvernement tibétain en exil, la prostitution en tant qu'industrie était pratiquement inexistante avant l'occupation chinoise du Tibet. Selon l'Association des femmes tibétaines en exil, « Dans le passé, au Tibet, il n'y avait pas de bordels ». Le juriste tibétain Lobsang Sangay reconnaît l'existence de la prostitution avant l'arrivée des Chinois, mais il affirme que le phénomène était minime par rapport à son extension actuelle. Selon l'écrivain britannique Christopher Hale, du fait de la pratique de la polyandrie, beaucoup de femmes ne trouvaient pas de mari et gagnaient villages et villes, où elles tombaient dans la prostitution. Leur clientèle : les caravaniers qui traversaient le plateau du Tibet, mais aussi les monastères. Selon Teresa M. Bentor, depuis les années 1980, la prostitution en république populaire de Chine, bien qu'officiellement illégale, se développe à nouveau. Selon le sociologue et historien des religions Frédéric Lenoir, les quartiers commerçants traditionnels de Lhassa, le chef-lieu de la région autonome du Tibet, laissent place aux bars, karaokés, salles de jeux et maisons closes. Ainsi, Lhassa compterait plus de 300 maisons closes en 2008. Ces établissements sont situés dans l'île de Jamalinka ou dans le quartier du Shol, à proximité du Palais du Potala. Pour le juriste Barry Sautman, . Pourtant, ajoute Sautman, . Sautman affirme que . En 2003, le Centre tibétain pour les droits de l'homme et la démocratie, une ONG dont le dalaï-lama est le mentor, avance une estimation de filles tibétaines dans bordels à Lhassa en l'an 2000, et dénonce le manque d'hygiène et de mesures de protection, l'arrivée de prostituées de Chine continentale où le SIDA serait plus répandu, l'absence de programme d'éducation préventive et l'absence de dépistage. Santé. Voirie et hygiène. Selon les écrivains Victor et Victoria Trimondi, jusqu'au milieu du , Lhassa fut une des villes les plus sales au monde, ainsi que le rapportent nombre de voyageurs européens dans leurs mémoires. On jetait les détritus dans la rue, on laissait pourrir les charognes dans les lieux publics mais surtout, comme il n'y avait pas de toilettes dans les maisons, les habitants se soulageaient à l'extérieur. La puanteur était telle que les nobles portaient un mouchoir à leurs narines lorsqu'ils sortaient de chez eux. Selon Évariste Huc, qui se rendit à Lhassa en janvier 1846, les rues principales de la ville étaient . L'écrivain Michael Taylor, qui cite Huc, explique qu'. Toutefois, lors des fêtes du Nouvel An, début mars, « toute la ville est toilettée » et acquiert une réputation de propreté, « ce qui n'est pas son état normal », rapporte l'Autrichien Heinrich Harrer, à la fin des années 1940. Comme il n'y avait pas de toilettes, déclare-t-il, on peut « imaginer l'état de Lhassa lors des fêtes du Nouvel An où il y avait , nomades ainsi que moines ». Robert Barnett indique qu'il existait des toilettes traditionnelles à double évacuation. L'une fonctionnait pendant 6 mois pendant que l'autre était bouchée, ainsi les excréments pouvaient se décomposer. Puis la fosse était vidée et son contenu servait d'engrais dans les champs. Ce dispositif a été utilisé au Tibet pendant des générations. En 1992 un projet de construction d'égout a échoué, alors que l'ancien dispositif avait été démoli. Le moine et intellectuel tibétain Gendün Chöphel avait émis l'idée que l'on construise des toilettes publiques partout et que l'on oblige les familles riches à dépenser la même somme pour construire des toilettes publiques sur leurs domaines que ce qu'ils dépensaient pour leur propre maison. Le gouvernement tibétain chargea Heinrich Harrer et Peter Aufschnaiter de créer un réseau d'égouts. Selon William Montgomery McGovern qui voyagea au Tibet en 1922, les habitants de la vallée de Chumbi, qui sont d'origine tibétaine, et par ailleurs réputés pour leur beauté, étaient connus pour se laver de temps à autre « à la différence des vrais Tibétains, chez qui la saleté [était] une vertu prisée des dieux ». Robert W. Ford (1957), pour sa part, dit des Khampas qu'ils ne prenaient jamais de bain et qu'ils se lavaient rarement le corps. Il note que, pour eux, se soulager en public était aussi naturel que de se moucher le nez, ajoutant que la robe tibétaine avait toutefois l'avantage de tout cacher. Selon le zoologue Ernst Schäfer, qui séjourna au Tibet en 1939 et que cite Christopher Hale : . L'association AMCHI explique qu'au Tibet, l’hygiène n’était pas une préoccupation majeure en raison de la qualité de l’atmosphère et des basses températures, mais aussi des difficultés à trouver de l’eau. Si le manque d’hygiène n’était pas systématiquement un problème au Tibet, il devint plus préoccupant pour les réfugiés tibétains exilés dans le sud de l’Inde confrontés au climat tropical, car ils avaient conservé cette habitude. Assainissement. La première usine de traitement des eaux usées a été construite à Lhassa en 2011. Elle est conçue pour traiter tonnes d'eaux usées par jour. Avant 2011, les eaux usées de la ville étaient rejetées sans traitement dans les rivières. Situation sanitaire. Des documents historiques font état de plusieurs épidémies ayant frappé la ville de Lhassa dans les années 1920-1930 : la variole en 1925, qui fit , la fièvre typhoïde en 1934 puis en 1937, qui tua plus de . Séjournant au Tibet central dans les années 1940, l'Autrichien Heinrich Harrer se prend à rêver de l'amélioration de la situation médicale et sanitaire du pays. Il place la durée moyenne de vie à trente ans seulement chez les Tibétains en raison d'une mortalité infantile élevée. Les maladies vénériennes sont très courantes, nous apprend-il, et soignées trop tard. Selon Harrer, les Tibétains ne prêtent d’ordinaire aucune attention à la maladie chez les adultes. L'opérateur radio britannique, Robert W. Ford, qui séjourna également au Tibet à la même époque, rapporte que les maladies vénériennes (syphilis et gonorrhée) étaient monnaie courante dans tout le Tibet, en particulier dans le Kham. Des adultes, voire des bébés, venaient le consulter dans l'espoir d'un traitement mais il était contraint de les éconduire. Les Khampas ignoraient comment ces maladies se transmettaient, ayant été amenés à croire que toute maladie était causée par des esprits malins. Leur parler de transmission par des microbes était impossible. Les marchands tibétains, pour leur part, allaient se faire soigner en Inde chaque trimestre, lorsqu'ils allaient y acheter des denrées alimentaires. À la fin des années 1940, alors qu'il est à Chamdo, non loin de la frontière chinoise, le même Robert Ford écrit qu'il était devenu un cavalier très prudent car il se trouvait si éloigné de toute assistance médicale qu’une jambe cassée eût signifié la mort ou au moins une infirmité à vie. Dans son étude historique "Lhasa, the Open City: A Journey to Tibet" (1976), l'écrivain Han Suyin, en tant que médecin, rappelle plusieurs préjugés ayant cours dans l'ancien Tibet, comme l'autodafé des mères qui accouchaient de jumeaux, triplés, quadruplés, etc., naissances qui étaient considérées comme étant la punition de graves péchés ainsi qu'un signe de très mauvais augure qu'il fallait éradiquer sur le champ. Également l'obligation faite aux Tibétaines d'accoucher dans l'étable et d'y rester pendant la prétendue période de purification, pratique qui se soldait souvent par l'infection et la mort de la parturiente. À la fin des années 1990, Wangdu, un ancien moine tibétain devenu un militant du VIH/SIDA s’est engagé dans la lutte contre le VIH/SIDA, travaillant avec des institutions australiennes, le AusAID, puis le Burnet Institute, impliquées dans la prévention à Lhassa, notamment auprès des prostituées, et des écoles. Il était chef de projet du Burnet Institute, qui mène depuis 1999 un programme d’éducation sur le VIH/SIDA au Tibet pour les groupes à risque : les prostituées dans les bars et les bordels. Wangdu a été arrêté le à son domicile à Lhassa, par le Bureau de sécurité publique au moment des manifestations à Lhassa, auxquelles il n’a pas pris part. Le 27 octobre 2008, il a été condamné à la prison à vie par la cour populaire intermédiaire de Lhassa. Wangdu ainsi que 6 autres Tibétains, a été accusé d’espionnage et de transfert d’information à l’étranger. Selon le TCHRD, fin février 2012, Wangdu a été hospitalisé à l'hôpital militaire de Lhassa et gardé par trois policiers. Une de ses mains est cassée et son crâne rasé. Ses blessures proviennent vraisemblablement de coups reçus en prison. Médecine traditionnelle. La médecine tibétaine traditionnelle est une des plus anciennes médecines au monde. Elle utilise jusqu'à deux mille types de plantes et cinquante minéraux. Une des personnalités clé dans son développement fut le médecin Yutok Yonten Gonpo (), qui a écrit les "Quatre tantras médicaux", l'ouvrage fondateur de la médecine traditionnelle tibétaine, intégrant différents éléments des médecines de Perse, d'Inde et de Chine. Cet ouvrage fut ensuite modifié et complété par les générations suivantes, et notamment par le descendant de Yutok Yonten Gonpo, Yuthok Sarma Yonten Gonpo, qui y ajouta 18 ouvrages médicaux. Un de ses livres comporte des tableaux dépeignant la remise à l'état initial d'un os cassé ou des images anatomiques d'organes internes. Au , le dalaï-lama et son régent Sangyé Gyatso fondèrent L'ancienne école médicale tibétaine de Chakpori situé sur la colline de Chakpori près de Lhassa. En 1916 le dalaï-lama, fonda l'Institut de médecine et d'astrologie tibétaine (Men-Tsee-Khang) et en nomma directeur Khyenrab Norbu directeur du Collège médical de Chakpori, et du Men-Tsee-Khang. Créé en 1977, l'Institut de médecine tibétaine de Lhassa a un service de consultation externe et un service d'hospitalisation, un centre d'enseignement d'astrologie médicale, un atelier de préparations médicales, un musée abritant des tankas médicales. Médecine magico-religieuse. Selon l'anthropologue et ethnologue russe G. Ts. Tsybikoff (1904), quand les Tibétains sont malades ils préfèrent prendre des grains d'orge bénis par des lamas ou des devins ou faire dire des prières de guérison plutôt que de recourir à la médecine. Les médicaments sont importés d'Inde. Cette médecine savante qu'est la médecine tibétaine traditionnelle a, selon l'anthropologue et tibétologue Fernand Meyer, . La médecine tibétaine bouddhique, sa philosophie, son histoire, sa cosmologie, ses traitements, son éthique et sa tradition psychiatrique a fait l'objet d'une étude menée par Terry Clifford, et dont les résultats sont publiés sous la forme d'un livre. La médecine tibétaine, incorporant des méthodes thérapeutiques « magiques » et rationnelles, était renommé dans toute l'Asie centrale si bien que le Tibet était dénommé le « pays de la médecine ». Cependant, ce système thérapeutique ancien risque de disparaitre, et lutte pour sa survie en exil. Le communisme chinois a supplanté le bouddhisme tibétain, et si les Chinois ont conservé au Tibet contemporain une partie importante de la tradition médicale tibétaine, ils en ont retiré les aspects religieux et spirituels qui font cependant partie intégrante du système médical tibétain, voire en sont la source et le fondement. Médecine occidentale. Alex McKay est l'auteur d'un ouvrage sur l'arrivée et la réception de la biomédecine dans la région indo-tibétaine à la fin du et au début du . Un hôpital britannique a été fondé dans la ville de Gyantsé en 1904. Durant les décennies suivantes, les officiers du service médical indien offrirent des traitements aux Tibétains de Gyantsé. Le docteur Robert Steen forma trois Tibétains à la vaccination antivariolique, et le 31 décembre 1905, étaient vaccinés à Gyantsé et la région environnante. Plus de 20 membres du service médical indien travaillèrent au Tibet entre 1904 et 1950, à l'époque où s'y trouvaient des diplomates de l'Inde britannique, dont l'Écossais James Guthrie qui gagna la bonne volonté des Tibétains et permit l'avancée de la médecine au Tibet. Il fut en poste à Gyantsé entre 1934 et 1936. Après la Seconde Guerre mondiale, il fut medecin à la mission britannique à Lhassa où il resta jusqu'en 1949 avec sa femme, infirmière. Pour Heinrich Harrer, la politique du gouvernement tibétain à l’égard de la médecine est un chapitre sombre de l’histoire du Tibet moderne. Les seuls médecins qualifiés pour une population de trois millions et demi sont les docteurs de la Légation britannique. Il y aurait de vastes débouchés pour des médecins étrangers mais le gouvernement ne leur permettrait jamais d’exercer, soumis qu’il est à la pression des moines, lesquels détiennent la totalité du pouvoir. Ils critiquent même les dignitaires du gouvernement lorsque ceux-ci font venir le médecin anglais. Durant son séjour, il arrivait à Harrer d'être pris de peur panique à l'idée d'avoir une appendicite dans un pays où la chirurgie était inexistante en dehors du percement des bubons et où la stérilisation des instruments de chirurgie était inconnue. Il attribue cette situation à l'opposition des écoles de médecine au changement. Les doctrines enseignées par Bouddha et ses disciples sont la loi suprême et il n’est pas question d’y toucher. Les dentistes et leurs fraise électrique sont également inconnus à Lhassa. En 1958, selon Dorothy Stein, qui cite des sources chinoises, le Tibet n'avait que 174 lits d'hôpital (soit 0,15 lit par millier d'habitants) ; en 1991, ce chiffre avait été porté à (soit 2,3 lits par millier d'habitants). En 1990, le taux de mortalité était ramené à 7 % tandis que l'espérance de vie passait de 35 ans (au début des années 1950) à 65 ans. Une enquête de 1982 portant sur des enfants de 7 à 17 ans montrait qu'en moyenne les garçons avaient gagné plus de de taille et et les filles et par rapport à 1965. Selon une étude effectuée en 1994 et 1995 dans onze comtés de la région autonome du Tibet, la malnutrition y affectait plus de la moitié des enfants âgés de 7 ans ou moins. La cause majeure désignée était la pauvreté. L'étude du Nancy S. Harris publiée en 2001 montre que les enfants souffrant d'un retard de croissance dans la région autonome du Tibet présentent des signes cliniques de malnutrition, ainsi qu'une mortalité et une morbidité élevées. En 1999, le Tsetan Dorji Sadutshang, directeur de l’hôpital Delek à Dharamsala, affirme que les vaccinations sont rares, voire inexistantes, dans les régions rurales du Tibet, une situation qui ne s'améliore que lentement. Médecine chinoise. De nos jours, la bile d'ours de la médecine chinoise et d'autres médicaments issus d'animaux sont produits au Tibet. Mal des hauts plateaux ou mal des montagnes. Le mal aigu des montagnes, également appelé « réaction aux hauts plateaux » () ou « mal des montagnes » (en anglais ""), apparaît lors des premiers jours de montée en altitude, en raison de la période d'adaptation au changement de pression pour le sang, et peut conduire à des nausées, des insomnies, des pertes de l'appétit, des maux de tête et des difficultés à respirer. Ce mal peut également entraîner la mort par œdème pulmonaire et/ou œdème cérébral dans les altitudes extrêmes de l'Himalaya et en raison des moyens de transport, des améliorations des routes et réseaux ferrés permettant des montées plus rapides de nos jours. Espérance de vie. L’espérance de vie des habitants du Tibet est passée de 35,5 ans en 1951 à 71,1 ans en 2019. Religion. La religion, en particulier le bouddhisme tibétain, a fortement influencé le développement historique et culturel du Tibet. Interdite durant la révolution culturelle, la pratique religieuse est à nouveau autorisée, notamment après la tournée d'inspection de Hu Yaobang dans la région autonome du Tibet en 1980. Selon Francesca Yvonne Caroutch, la plupart des grands maîtres du bouddhisme tibétain ont été contraints à l'exil, comme l'a illustré la fuite à la veille de l'an 2000 du Karmapa, Orgyen Trinley Dorje. Le gouvernement finance l'entretien des lieux de cultes ainsi que les logements pour les religieux, qui bénéficient également d’une pension de retraite et de l’assurance-maladie. D'après la journaliste Martine Bulard, « enfants et adultes, jeunes et vieux peuvent prier dans la plus grande tranquillité — même les plus fanatiques. On est loin de l’image largement répandue de la répression quotidienne. Et totalement dans la vision que veulent faire passer les autorités de Pékin : la religion n’est pas l’ennemie du pouvoir central… À certaines conditions, faut-il ajouter. » Il est en effet interdit de militer en faveur de l'indépendance ou de l'autonomie du Tibet. Bön. Le terme bön (prononcer "beun") désigne trois traditions religieuses tibétaines distinctes, selon le tibétologue norvégien Per Kværne : Jusqu'à aujourd'hui le bön a continué à exister comme religion minoritaire. L'un des rites funéraires les plus pratiqués par les böns tibétains est celui de la "sépulture de l'Air", ou "céleste", par lequel le corps du défunt est démembré puis offert aux oiseaux de proie et aux animaux sauvages. Bouddhisme tibétain. Le Tibet est l'écrin traditionnel du bouddhisme tibétain, une forme distincte de Vajrayana, qui est aussi relié au Shingon, la tradition bouddhiste au Japon. Le bouddhisme tibétain est non seulement pratiqué au Tibet, mais aussi en Mongolie, en république de Bouriatie, en république de Touva, en république de Kalmoukie et chez les mandchous. L'un des rites funéraires les plus pratiqués par les bouddhistes tibétains est celui de la "sépulture de l'Air", par lequel le corps du défunt est offert aux vautours. Monastères bouddhistes. Grands monastères et monastères-forteresses. Alors qu'au Bhoutan, les monastères-forteresses ou dzongs réunissaient pouvoir religieux et pouvoir politique, leurs homologues tibétains en revanche avaient surtout un rôle administratif, la fonction religieuse étant dévolue aux grands monastères, forts de plusieurs milliers de moines, tels Séra, Drépung et Ganden autour de Lhassa, et Tashilhunpo à Shigatsé. Le palais du Potala, ancienne résidence d'hiver des dalaï-lamas, est un exemple de tout premier plan des monastères-forteresses du Tibet. Il figure au patrimoine mondial de l'UNESCO. Les monastères tibétains, selon la tibétologue Lydia Aran, entretenaient des armées privées qui étaient déployées en cas de conflit avec le gouvernement ou avec d'autres monastères ou parfois même au sein d'écoles concurrentes à l'intérieur d'un même monastère. Les moines de combat dits "dob-dob" représentaient 15 % des moines des grands monastères gélougpa à l'intérieur et aux alentours de Lhassa. Selon Stéphanie Roemer, les troupes des grands complexes monastiques de Sera, Ganden et Drepung disposaient de fusils et de munitions et faisaient figure de force armée concurrençant et éclipsant l'armée tibétaine. Islam. Dans les villes tibétaines, il existe de petites communautés musulmanes, comme les "Kachee" ("Kache"), dont les origines remontent aux immigrants de trois régions principales : le Cachemire ("Kachee Yul" en tibétain ancien), le Ladakh et les pays turcs d’Asie Centrale. L'influence islamique au Tibet est aussi venue de Perse. Après 1959, un groupe de musulmans tibétains a demandé la nationalité indienne du fait de leurs racines historiques au Cachemire et le gouvernement indien a déclaré citoyens indiens tous les Musulmans tibétains cette année-là. Il existe aussi une communauté musulmane chinoise bien établie ("gya kachee"), dont les origines remontent au peuple Hui, un groupe ethnique de Chine. L'un des rites funéraires les plus pratiqués par les musulmans tibétains est celui de l"'inhumation", par lequel le corps du défunt est enterré. Mun. Le mun est une religion mêlant christianisme et bouddhisme, pratiqué par la minorité des Lepchas. Vicissitudes au cours des siècles. Selon Elisabeth Martens, en 1617, lors de la guerre civile entre bouddhistes karmapa et bouddhistes gelukpa, les moines-soldats karmapa, secondés par l'armée du roi de Ü, mirent Lhassa à feu et à sang et rasèrent le monastère de Drepung. Selon Sanderson Beck, lors de l'incursion d'un corps expéditionnaire britannique en 1903-1904, il fut ordonné aux Britanniques de ne pas piller mais ils se servirent en représentations et peintures dans les monastères qui leur résistèrent. Selon Roland Barraux, des rumeurs de pillages ont mené à des discussions jusqu’au Parlement britannique, mais l’armée britannique n’est pas allée jusqu’à de pareilles extrémités. Aux dires du dalaï-lama, les Britanniques sont restés célèbres dans la mémoire des Tibétains, pour n’avoir pas détruit ou pillé les monastères tibétains, au contraire de l’invasion menée par Zhao Erfeng quelques années plus tard. En 1914, sous le dalaï-lama, le monastère de Tengyeling aurait été privé de financement et transformé une école de médecine et d'astrologie tibétaine (selon Sanderson Beck), ou démoli (selon Heinrich Harrer) pour collusion avec les Chinois et le général Zhao Erfeng. Les traîtres furent bannis et les moines restants furent répartis entre différents monastères. En 1947, lors de la répression gouvernementale contre les partisans de l'ancien régent Reting Rinpoché, le monastère de Séra fut bombardé par les mortiers de l'armée tibétaine et pris d'assaut, ce qui coûta la vie à environ 200 moines. Les bâtiments furent entièrement saccagés et pillés par les soldats envoyés par le gouvernement tibétain : statues fracassées, thangkas arrachées de leur support, livres précieux arrachés de leur reliure et éparpillés au sol, si bien que pendant des semaines des objets précieux réapparurent dans les boutiques de Lhassa. À l'instar du temple de Tengyeling trente ans auparavant, tous les bâtiments furent détruits. Controverse sur le chiffre des destructions (années 1950-1960). Dans leur livre "On the margins of Tibet", Åshild Kolås, Monika P. Thowsen indiquent qu'il y avait, d'après des archives tibétaines, monastères sur le plateau tibétain avant 1958, dont situés en dehors des frontières de la région autonome (soit 1645 pour celle-ci). Ils ajoutent, sur la foi d'archives chinoises, que dans les zones tibétaines faisant partie des provinces du Sichuan, Gansu, Yunnan, et Qinghai, de nombreux bâtiments monastiques furent démolis, d'autres furent simplement abandonnés et laissés sans entretien, d'autres encore furent reconvertis en écoles, entrepôts, voire en habitations. Il n'existe pas de recensement des monastères et lieux saints du Tibet ayant subi des destructions, à ce que fait remarquer l'auteur d'un projet de cartographie du Tibet : « Si on dit que plus de monastères et lieux-saints ont été détruits par les Gardes Rouges [...], personne ne peut en fournir la liste, ni les localiser sur une carte ». Selon le gouvernement tibétain en exil, dans les années 1960 et 1970, plus de monastères furent détruits, et d'autres durant la révolution culturelle par les gardes rouges tibétains. Selon Laurent Deshayes, à partir du Grand Bond en avant (1958), le gouvernement central renforce sa politique dans l'Est tibétain : les communistes transforment les monastères en bâtiments administratifs ou en casernes et plus rarement en hôpitaux. En juin 1959, la Commission internationale de juristes (CIJ), une association dont la formation avait été financée par la CIA en tant qu'instrument de la guerre froide, à l'insu de la plupart de ses membres, . Au début des années 1980, le journaliste américain Fox Butterfield rapporte que des fonctionnaires chinois l’informèrent qu’avant 1959, il y avait 2464 monastères au Tibet, et qu’après la révolution culturelle, il n’en subsistait plus que 10. Ils mentionnèrent notamment que l’un d’entre eux, Ganden, le troisième en importance et qui contenait moines, avait tout simplement disparu. Institut bouddhiste de Serthar et monastère de Yachen Gar (2001). Selon la Campagne internationale pour le Tibet, un organisme œuvrant pour l'indépendance du Tibet, l’"Institut bouddhiste de Serthar" (également appelé "Institut bouddhiste de Larung Gar" ou "Larong Gar"), fondé en 1980 par Khenpo Jigme Phuntsok dans la région de préfecture autonome tibétaine de Garzê, près de la ville de xian de Sêrtar (en chinois "Seda"), dans la province du Sichuan, fut rasé durant l’été 2001. Les quelque furent expulsés et environ détruites sous la supervision d'équipes militaires et policières armées. En raison du traumatisme infligé aux nonnes, certaines d'entre elles se suicidèrent. Selon Pierre-Yves Ginet, en quelques mois, Larung Gar a été détruit à 70 % et les religieux « en excès » expulsés. Restauration du patrimoine architectural religieux. En vingt ans (jusqu'en 2011), le gouvernement central et la région autonome du Tibet ont dépensé de yuans, soit plus de de dollars, pour la conservation et la restauration de plus de temples, monastères et palais. . Pour la journaliste Dorothy Stein, alors qu'il y a des preuves montrant qu'une bonne partie des destructions subies par les institutions religieuses pendant la révolution culturelle est en réalité l'œuvre de gardes rouges d'ethnie tibétaine, on en fait depuis porter le chapeau aux Chinois tandis que se renforce la tendance des Tibétains et de leurs sympathisants pro-nationalistes à voir les choses uniquement en termes d'opposition ethnique. Selon le tibétologue Robert Barnett dès 2008, l’année où ont éclaté des protestations dans la région autonome du Tibet, « l’étau s’est encore resserré ». Les autorités chinoises ont envoyé cadres du Parti communiste dans villages « à des fins de propagande ». Les photos du dalaï-lama ont été interdites. Les membres du Parti se sont installés dans les monastères pour imposer aux moines des séances de rééducation patriotique. Il existe un lien direct entre les interventions des autorités chinoises et les immolations de Tibétains. Katia Buffetrille précise que « Pékin a déjà mis les monastères au pas en y postant des laïcs et en forçant des moines à se défroquer ». Culture. Langues. Les langues incluent le Tibétain (de la famille des langues tibéto-birmanes) et le mandarin (langue officielle de la RP de Chine). Selon le linguiste Nicolas Tournadre, « En moins de cinquante ans, la langue tibétaine est devenue une langue menacée, condamnée à un déclin irréversible, voire à la disparition en deux générations si la politique linguistique actuelle est maintenue. La responsabilité du gouvernement régional et du gouvernement central est, dans ce domaine, évidente ». Pour Tournadre, le tibétain est considéré comme un patois négligeable. Les responsables tibétains n'ont pas même le droit de signer leur nom en tibétain, et doivent le transcrire en idéogrammes chinois. Art tibétain. L'art tibétain est intrinsèquement lié au bouddhisme tibétain : cela explique que les œuvres représentent généralement des divinités bouddhiques sous diverses formes allant de statues en bronze doré et de sanctuaires à des thangkas et des mandalas de sables colorés. Les arts Regong, nés dans ce qui est aujourd'hui la préfecture autonome tibétaine de Huangnan, ont été inscrits en 2009 sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité. La sculpture des statuettes en bronze doré constitue ce qu'on appelle l'art sino-tibétain. Architecture. L'architecture religieuse tibétaine a subi des influences orientales et indiennes, et reflète profondément l'approche bouddhiste. La roue bouddhiste, aux deux dragons, peut être vue sur presque chaque monastère du Tibet. La conception des chörtens tibétains peut varier, depuis des murs arrondis dans le Kham à des formes carrées et des murs à quatre côtés au Ladakh. L'architecture tibétaine est caractérisée par la construction fréquente des maisons et des monastères sur des sites élevés et ensoleillés face au sud, et par la combinaison de divers matériaux : pierre, bois, ciment et terre. Les techniques de construction permettent de pallier la rareté des combustibles utilisés pour le chauffage : toits plats pour préserver la chaleur et fenêtres multiples pour laisser entrer la lumière du soleil. Les murs sont habituellement inclinés de dix degrés vers l'intérieur et soutenus par des gros piliers faits de troncs d'arbres massifs, à titre de précaution contre les tremblements de terre, fréquents dans ce secteur montagneux. Avec ses de hauteur et de largeur, le Palais du Potala est considéré comme l'exemple le plus important d'architecture palatiale tibétaine. Anciennement résidence du dalaï-lama, il comprend plus d’un millier de pièces réparties sur treize étages et abrite les sépultures des dalaï-lamas passés et des statues du Bouddha. Il est divisé en un Palais Blanc extérieur, qui abritait les quartiers administratifs, et des Quartiers Rouges intérieurs, qui abritaient la salle de réunion des Lamas, les chapelles, et une importante bibliothèque contenant les écritures bouddhistes. Musique. La musique tibétaine reflète l'héritage culturel de la région himalayenne, centrée sur le Tibet mais aussi sur les régions où l’on trouve des groupes ethniques Tibétains : en Inde, au Bhoutan, au Népal ainsi qu’à l'étranger. Elle est avant tout religieuse, reflétant l'influence profonde du bouddhisme tibétain sur la culture, quoique de nombreux éléments chamaniques subsistent. La musique tibétaine, sous la forme de chants en tibétain ou en sanscrit, fait partie intégrante de la religion. Ces chants complexes, souvent des récitations de textes sacrés, sont également pratiqués lors de la célébration de divers festivals. Le chant yang, exécuté sans moment de mesure, est accompagné de tambours et à un niveau bas, de syllabes soutenues. Il existe également des styles spécifiques à diverses écoles de bouddhisme tibétain, comme la musique classique populaire des Gelugpa, et la musique romantique des Nyingmapa, Sakyapa et Kagyupa. Une autre forme de musique populaire est le style classique Gar, qui est exécuté pour les rites et les cérémonies. La musique Lu fait appel à un type de chansons qui présentent des vibrations glottales et aigües. Il y a aussi les chants épiques de héros du Tibet, comme l’épopée de Gesar de Ling. Festivités. La culture Tibetaine comporte diverses fêtes organisées en général en l'honneur de Bouddha. Accusation de « génocide culturel ». Exposé de la question. Selon l'architecte André Alexander, la majorité des monuments tibétains furent détruits entre 1959 et les années 1970. Pour les tibétologues Amy Heller et Anne-Marie Blondeau, il faut distinguer entre la politique culturelle officielle, son application et la façon dont elle est perçue au quotidien sur le terrain. Lors de la révolution culturelle, partout en Chine les valeurs culturelles ont été détruites, mais au Tibet ces destructions ont été particulièrement importantes. Or la culture au Tibet était essentiellement liée à la religion, principalement bouddhique, et aux structures sociales. Ainsi de nombreuses manifestations culturelles ont disparu ou ont été dénaturées. Par ailleurs le gouvernement chinois a comme objectif la « laïcisation des Tibétains, ce qui est complètement antinomique avec la culture tibétaine traditionnelle ». C'est pourquoi si les fêtes populaires sont autorisées, c'est « pour en faire de simples manifestations folkloriques ». Elle serait également due à une désacralisation de certains aspects de cette culture qui leur ferait perdre leur signification originelle. Selon le TCHRD, les monastères au Tibet servent souvent davantage un intérêt touristique que spirituel. Selon le linguiste Nicolas Tournadre « En moins de cinquante ans, la langue tibétaine est devenue une langue menacée, condamnée à un déclin irréversible, voire à la disparition en deux générations si la politique linguistique actuelle est maintenue. La responsabilité du gouvernement régional et du gouvernement central est, dans ce domaine, évidente ». En novembre 2011, le dalaï-lama a dénoncé le génocide culturel au Tibet mené par la Chine comme étant à l'origine de la vague d'immolations de Tibétains. En effet, onze moines et nonnes se sont immolés en 2011 dans la région du monastère de Kirti dans la préfecture autonome tibétaine et qiang de Ngawa et dans la préfecture autonome tibétaine de Garzê au Sichuan et au moins sept d'entre eux sont décédés. À ces immolations s'est ajouté un autre geste désespéré en Inde devant l'ambassade de Chine à New Delhi. Critiques et réfutations. Ce discours sur la mort annoncée de la langue tibétaine tranche avec le fait que le Tibet culturel ou ethnographique dispose de trois chaînes télévisées, une pour chacun des trois dialectes tibétains parlés. Lhassa et la région autonome du Tibet possèdent une chaîne de télévision en langue tibétaine qui émet 24 heures sur 24 depuis le octobre 2007. À sa création en 1999, elle n'émettait que 11 h par jour. Il existe une deuxième chaîne en langue tibétaine au Qinghai, en dehors de la région autonome. Enfin, une troisième chaîne de télévision par satellite, destinée aux 2,4 millions de Tibétains parlant le dialecte khampa, a été inaugurée le 28 octobre 2009, à Chengdu, capitale de la province du Sichuan. Elle émet 6 h et demi à 18 h par jour. En 2008, le professeur Robert Barnett, de l'université Columbia aux États-Unis, déclare qu'il faut en finir avec l'idée que les Chinois sont mal intentionnés ou qu'ils essaient de faire disparaître le Tibet. Dans un compte rendu d'ouvrage qu'il écrit pour la revue "New York Review of Books", il évoque la question suivante : . Éducation. Éducation tibétaine traditionnelle. Avant que l'organisation de l'enseignement soit totalement transformée par les Chinois dans les années 1950, mais aussi par les Tibétains en exil en Inde dont l'enseignement attire chaque année un nombre important de jeunes Tibétains vers l'exil, trois modes d'enseignement collectif coexistaient au Tibet : l'enseignement bouddhiste assuré dans les monastères, l'enseignement officiel organisé par le gouvernement tibétain et enfin l'enseignement privé. L'enseignement des métiers manuels s'effectuait le plus souvent par transmission de père en fils, mais également par formation interne au sein des ateliers. Bien que l'on ne dispose pas de statistiques précises sur le nombre d'écoles et le nombre d'élèves au sein des monastères bouddhistes, il est cependant certain que cette forme d'enseignement était largement prépondérante, mais qu'elle ne prenait en charge qu'une partie des enfants tibétains, ceux qui y étaient envoyés par leurs parents pour devenir moines ; le chiffre de moins de 2 % d'enfants scolarisés est avancé par des sources chinoises. Selon le gouvernement tibétain en exil, avant 1959, on comptait , tandis que le nombre de nonnes étaient de , soit au total près de 10 % de l'ensemble des Tibétains. Ces écoles donnaient aux élèves, aux jeunes moines et nonnes bouddhistes, une formation religieuse, philosophique et artistique, et leur enseignaient également la lecture et l'écriture de la langue tibétaine, ainsi que les bases de la médecine tibétaine traditionnelle et du calendrier tibétain. L'enseignement officiel, organisé par le gouvernement tibétain autour de 3 centres principaux, était destiné essentiellement à la formation des futurs cadres du pays, à celle des médecins et des spécialistes du calendrier astronomique. L'école de Tse, située au sommet du Palais du Potala et fondée par le dalaï-lama, formait les cadres du gouvernement du Tibet. Les diplômés de cette école qui désiraient travailler dans la fonction publique devaient suivre un enseignement plus poussé dans une école religieuse. Les fonctionnaires laïcs étaient principalement formés à l'école de Tse. Selon le gouvernement chinois, les futurs cadres étaient pratiquement tous issus de familles nobles, alors que les études médicales étaient ouvertes à tous. Selon des sources chinoises, il existait une seule école de formation des cadres destinée aux laïcs, sise à Lhassa, qui comptait une vingtaine d'élèves, et deux écoles destinées aux religieux, l'une à Lhassa, et l'autre à Xigaze. L'enseignement des futurs cadres laïcs comprenait l'éthique, la grammaire et l'écriture de la langue tibétaine, la composition des documents officiels et les techniques de calcul et de recouvrement des taxes. L'enseignement des futurs cadres religieux comprenait les cérémonies religieuses, les écritures et objets bouddhistes, la grammaire tibétaine, la composition des documents officiels et les mathématiques. L'enseignement destiné aux futurs spécialistes de la médecine et du calendrier astronomique tibétains était délivré par plusieurs écoles, notamment l'Institut Chakpori de médecine tibétaine fondé au par le dalaï-lama et son régent Sangyé Gyatso, qui fut détruit en 1959 par l'armée chinoise, ainsi qu'au "Men-Tsee-Khang" de Lhassa, fondé en 1916 par le dalaï-lama, Thubten Gyatso. Cet établissement sera fermé par les communistes, et les médecins tibétains comme Tenzin Choedrak emprisonnés. Les familles nobles ou aisées avaient fréquemment recours à des précepteurs qui étaient chargés de l'éducation de leurs enfants à domicile. Dans les villes les plus importantes (notamment Lhassa, Shigatse, Zedang et Gyangzê), des écoles privées ont été créées. Celles-ci, au nombre d'une dizaine dans les années 1840, se sont multipliées pour atteindre la centaine sous la république de Chine. La ville de Lhassa comptait au moins une vingtaine d'écoles privées renommées, comme "Dakang" ou "Gyiri". Les Britanniques ont ouvert un dispensaire dans la ville de Gyantsé après la signature des traités consécutifs à leur intervention militaire de 1904. C'est dans cette même ville qu'en 1923, le dalaï-lama a établi la première école anglaise, qui a dû fermer en 1926, selon Jérôme Edou et René Vernadet en raison de l'opposition des monastères. La tentative de généraliser l'enseignement primaire voulue par le dalaï-lama, Thubten Gyatso date de son retour d'exil en Inde, après la chute de la dynastie chinoise Qing en 1911. Il décida d'instituer un enseignement obligatoire de la langue tibétaine pour tous les enfants âgés de 7 à 15 ans, mais se heurta à l'opposition des monastères. Une école anglaise s'ouvrit à Lhassa en 1944, mais cette tentative fut aussi sans lendemain, cependant que quelques Tibétains envoyaient leurs enfants dans les écoles occidentales en Inde. Éducation tibétaine contemporaine. Selon Michael Harris Goodman, les habitants de Lhassa constatèrent que les écoles primaires chinoises nouvellement ouvertes (dans les années 1950) étaient des instruments de propagande communiste anti-tibétaine. Selon Rong Ma, un système éducatif moderne commence à être mis en place, principalement à partir de 1959. Toutefois, il est interrompu à partir de 1966, à cause de la révolution culturelle. Ce n'est qu'en 1976 qu'il est rétabli. Dans le quart de siècle qui suit, la région autonome du Tibet se dote d'un système éducatif complet, allant de l'école primaire à l'université. Depuis 1985, les frais de scolarité ainsi que la nourriture et le logement sont gratuits dans le primaire et le secondaire pour les élèves issus de familles d'éleveurs tibétains. Pour Catriona Bass, en 1999 les progrès des autorités chinoises pour améliorer l'éducation au Tibet depuis 1950 étaient très inférieurs à ceux réalisés dans le reste de la Chine. De même, pour Vegard Iversen en 2002 les rapports sur l'éducation au Tibet contredisent les déclarations des autorités chinoises qui affirment poursuivre des efforts sérieux pour le développement du Tibet. En 2010 et 2012, des lycéens ont manifesté pour la défense de la langue tibétaine dans les préfectures autonomes tibétaines du Golok, du Hainan et du Huangnan. |
Trajectoire d'une comète La trajectoire d'une comète est l'ensemble des positions successives d'une comète, calculées à l'aide de six paramètres. Paramètres des trajectoires dans l'espace. La trajectoire d'une comète peut se définir dans l'espace selon six paramètres permettant de calculer très précisément la trajectoire complète. Deux de ces paramètres (excentricité orbitale et demi-grand axe) définissent la trajectoire dans un plan, trois autres (inclinaison, longitude du nœud ascendant et argument du périhélie) définissent l'orientation du plan dans l'espace et le dernier (instant de passage au périhélie) permet de calculer la position de la comète. Pour les détails, voir orbite. Introduction aux coniques. Une conique est définie par trois paramètres : L'équation polaire générale d'une conique est : formula_1. L'excentricité définit le type de courbe : Un type de conique : les ellipses. (On peut appliquer ce qui est décrit dans ce paragraphe aux cercles.) Les ellipses sont donc des coniques dont l'excentricité e ∈ ]0;1[. On distingue pour une ellipse les paramètres suivants (voir la figure 2) : Soient e l'excentricité, a le demi-grand axe et b le demi-petit axe, on a les égalités suivantes : e = formula_2 a = formula_3 b = formula_4 Application aux comètes. On peut désormais distinguer deux familles de comètes : Nous nous limiterons ici à l'étude des trajectoires elliptiques (voir fig. 3). Il existe pour l'étude des trajectoires de comètes trois lois essentielles : les lois de Kepler. Cette formule ainsi que les formules de l'ellipse permettent de calculer les différents paramètres d'une trajectoire elliptique à partir de très peu d'informations. Chaque point de l'ellipse peut ensuite être déterminé par la formule SM+S'M=2a où S et S' sont les deux foyers de l'ellipse et M le point que l'on cherche à déterminer. Position d'une comète en fonction du temps. Considérons la figure 5. Le cercle de centre C et de rayon a est le cercle principal des ellipses de centre C et de demi-grand axe a. M est un point de l'ellipse considérée et M' le point du cercle principal (cercle dont le centre est le centre de l'ellipse et dont le rayon est égal au demi-grand axe) tel que la droite (MM') soit perpendiculaire au grand axe de l'ellipse et que le segment [MM'] ne coupe pas le grand axe. E est l'angle orienté (CP;CM') (CP et CM' sont des vecteurs) et est appelé anomalie excentrique de M. Soit T la période de la comète, τ l'instant de passage au périhélie et t un instant donné, on a la formule suivante : E - e sin(E) = (2π / T) (t-τ) Cette équation, dite équation de Kepler, permet de déterminer à tout moment l'anomalie excentrique E de la position d'une comète et donc cette position. Vitesse d'une comète. On peut estimer la vitesse d'une comète entre deux points de sa trajectoire grâce à la seconde loi de Kepler. Par exemple, la vitesse de passage à l'aphélie est inférieure à la vitesse de passage au périhélie et la différence est d'autant plus grande que l'ellipse est allongée (c'est-à-dire que l'excentricité est élevée). Cela se démontre aisément : Soient A, B, C et D quatre points de l'ellipse tels que A et B soient très proches du périhélie et C et D de l'aphélie, si l'arc de l'ellipse délimité par A et B et celui délimité par C et D sont égaux, l'aire ainsi définie par le premier arc et le foyer correspondant au Soleil sera beaucoup plus petite que celle définie par le second arc et le même foyer, d'autant plus que l'ellipse sera allongée. Selon la seconde loi de Kepler, la durée mise par la comète pour aller de A à B sera donc beaucoup plus petite que celle mise pour aller de C à D (pour une distance pourtant égale). La vitesse entre A et B sera donc beaucoup plus grande que la vitesse entre C et D. Des formules complexes permettent de calculer très exactement la vitesse ou l'accélération d'une comète en un point de sa trajectoire (ces formules sont bien plus simples dans le cas de trajectoires circulaires mais seules les planètes et certaines comètes ont des trajectoires s'approchant d'un cercle). Toutes ces formules permettant d'étudier les comètes avec une grande précision permettent également d'améliorer notre connaissance du système solaire, par la mesure des variations éventuelles entre le modèle mathématique et les observations expérimentales. Paramètres de quelques comètes. Voici quelques-uns des paramètres de quelques comètes connues. Il s'agit uniquement des paramètres concernant l'étude dans un plan. |
Téra Téra (symbole T) est le préfixe du Système international d'unités qui représente 10, soit mille milliards (un billion en échelle longue). Étymologie. Confirmé en 1960, il provient du grec τέρας, "monstre". Selon les domaines. En informatique, il ne faut pas confondre le tébioctet Tio (en anglais TiB, pour ') et le téraoctet To (en anglais TB, pour '), car le premier représente 2 (= 1024) soit alors que le second représente 10 soit . Dans le domaine des ondes électromagnétiques, on parle de térahertz pour . En astronomie, une année-lumière vaut environ (Tm). |
Tefnout Tefnout (ou Tefnut ou Tefnet ou Tphenis), déesse de la mythologie égyptienne, fait partie de la grande Ennéade d'Héliopolis. Naissance mythologique. Selon la mythologie héliopolitaine, elle naquit, tout comme son frère jumeau — qui sera aussi son parèdre Shou (ou Chou) — du dieu Atoum, le créateur. Tefnout et Shou forment ainsi le premier couple divin. Cette naissance divine est citée dans les Textes des Pyramides, l'un des corpus religieux les plus anciens du monde. À la ligne 465 des textes couvrant les parois du caveau de , il est précisé que Shou et Tefnout sont issus de la semence du dieu Atoum. La scène de la création est explicitement donnée dans ces textes sacrés qui accompagnent le roi dans sa destinée funéraire, lui promettant une renaissance avec les dieux : Plus tard dans la version de la cosmogonie héliopolitaine, la création des dieux jumeaux met en scène le dieu Khépri avec lequel les dieux Atoum et Rê s'identifient. Voici comment la naissance des deux dieux est relatée : Dans une version ultérieure encore, les deux dieux finissent par être issus du simple crachat du dieu soleil. On notera, qu'étymologiquement le nom de la déesse est formé à partir du verbe "tfn" qui signifie littéralement « cracher » ainsi que du verbe "tf tf", signifiant lui « expectorer ». Rôle et culte. Tefnout est la première divinité féminine à venir à l'existence dans l'univers, et avec son époux Shou assure la première procréation sexuée du monde. Ayant le soleil comme coiffure, elle est le symbole de la fournaise solaire, tandis que Shou son frère et époux est celui de l'air, de la lumière et de la vie. Les deux entités sont complémentaires et indispensables au cycle du renouveau de la vie et dans l'esprit des anciens Égyptiens à l'assurance que chaque matin le dieu soleil pouvait renaître. De leur union naquirent les deux autres dieux jumeaux Geb (la terre) et Nout (le ciel). Ils représentent ainsi avec leurs deux enfants les quatre éléments primordiaux. Tefnout, qu'on associait aussi à la pluie, à la rosée et aux nuages, était le symbole de l'eau et de son pouvoir créateur, la source de vie. Elle incarne l'air humide (soit le changement des éléments) en complément de son époux qui lui incarne l'air sec (ou la conservation). Elle était honorée à Oxyrhynque et on la représentait sous la forme d'une femme à tête de lionne avec un disque solaire sur la tête ou d'une lionne. À Léontopolis, Chou et Tefnout sont vénérés sous la forme d'un couple de lions. Représentation et hypostase. La déesse Tefnout est le plus souvent représentée sous la forme d'une déesse anthropozoomorphe, à corps de femme avec une tête de lionne coiffée d'un disque solaire en raison de son origine mythologique. Cette iconographie la rapproche de celle de la déesse Sekhmet avec laquelle elle finit par se confondre dans le mythe de l'œil de Rê. Une lionne était consacrée en tant qu'hypostase vivante à Tefnout au temple de Léontopolis. La ville tire d'ailleurs son nom de la présence de cet animal sacré qui vivait dans le temple en compagnie d'un autre lion lui-même hypostase du dieu Shou. Les deux dieux souvent cités l'un avec l'autre, sont représentés parfois comme deux lions assis adossés l'un à l'autre entre lesquels s'élève le disque solaire. Syncrétisme. En raison de son iconographie léonine et de son rôle de fille de Rê, Tefnout est associée à la personnification de la déesse Lointaine. Elle prend alors l'aspect et les attributs des déesses dangereuses et incarne l'œil de Rê, le cycle du soleil brûlant et dévastateur. Selon le mythe, La Lointaine, fille du dieu soleil, s'enfuit dans le désert de Nubie où elle laisse libre cours à sa férocité. Son époux le dieu Shou et le dieu Thot furent chargés par Rê de la ramener, ce qu'ils firent après l'avoir enivrée de vin. Apaisée, La Lointaine retrouva son aspect bénéfique, l'Inondation, et rentra en Égypte. En tant que fille d'Atoum, Tefnout est également identifiée à la déesse Maât. Au chapitre 80 des Textes des Sarcophages, le dieu annonce ainsi : Hommage. Tefnout est l'une des dont le nom figure sur le socle de l'œuvre contemporaine "The Dinner Party" de Judy Chicago. Elle y est associée à la "Déesse primordiale", première convive de l' de la table. |
Tphenis |
Tell Basta Tell Basta est le nom arabe de la ville antique de Per Bast(et) (en égyptien) que les Grecs nommeront Boubastis. L'actuelle ville de Zagazig se trouve juste au nord-ouest du site de Tell Basta. La ville. Située dans le delta du Nil, à au nord-est du Caire, la capitale actuelle de l'Égypte, elle est connue pour avoir accueilli un sanctuaire de la déesse Bastet (aujourd'hui en ruine). On y a retrouvé une grande quantité de chats momifiés, témoignage du culte voué à cet animal en ce lieu. Elle était la capitale du d'Égypte ("L'enfant royal supérieur"). Son nom, qui vient de l'égyptien antique "Per Bastet" (ou "Per Bast"), signifie « la maison de Bastet ». Bastet ou Sekhmet était représentée sous la forme d'une déesse assise ou debout à tête de lionne. Elle fut assimilée à différentes déesses majeures de l'Égypte, comme Sekhmet ou encore Hathor toutes deux représentant, par ailleurs, deux aspects différents de la même divinité, la fille de Rê. Ainsi elle était étroitement associée à la mythologie solaire et apparaît dans les textes tardifs comme étant ramenée apaisée par le dieu Thot à son père sous la forme d'une chatte (voir le mythe de l'œil de Rê). Les ruines de Bubastis s'étendent sur une surface de près de . Malheureusement, seule une petite partie du kom relevé au est accessible aujourd'hui aux fouilles, le reste des vestiges ayant été engloutis sous les cultures ou recouverts par l'essor continu de la ville de Zagazig. Le site remonte pourtant aux temps prédynastiques. Une nécropole de cette période a été mise au jour au nord du temple de Bastet, non loin de la nécropole de l'Ancien Empire. À cette époque, la cité était le pendant du sanctuaire d'Hathor de Dendérah que l'on désignait également sous le nom de Per-Bast du Sud. La ville semble avoir été particulièrement embellie à la fin de cette période. En effet Téti et , pharaons de la , y fondèrent des temples du Ka, exemples uniques qui nous soient parvenus de l'extension du culte royal en dehors de la région memphite. Bastet apparaissait alors comme l'aspect léonin de la fille de Rê. La ville possédait d'ailleurs un temple d'Atoum, dont on a retrouvé les vestiges au sud du kom actuel, et formait ainsi avec ceux de Bastet et de Mahès le siège d'une triade divine particulièrement honorée tout au long de l'histoire égyptienne. Avec la conquête romaine, puis la fin de l'Antiquité, le site tomba dans l'oubli progressivement et ne reprit vraiment un rôle central qu'à partir du avec la modernisation du pays et la mise en valeur des terres riches du delta dans une économie qui devait alors absorber une croissance démographique rapide qui, par ailleurs, n'a cessé depuis. Cela explique pourquoi les vestiges sont disséminés au milieu de la ville moderne, un peu comme certains quartiers du Caire ou de l'Alexandrie d'aujourd'hui qui, à l'occasion d'un chantier ou d'une restauration, laissent parfois s'échapper des pans entiers de l'histoire de la ville. C'est alors la course contre le temps qui s'engage et le plus souvent seules des fouilles de sauvetage permettent d'étudier un moment cette résurgence archéologique d'un lointain passé sur laquelle la ville moderne ne peut s'arrêter qu'un instant. Lorsque les fouilles débutèrent à la fin du , les ruines de Bubastis présentaient alors l'aspect d'un gigantesque tell qui recouvrait ses vestiges et c'est précisément à l'occasion d'une de ces percées dépendantes du développement agricole de la région que la nécropole des chats sacrés de Bastet fut mise au jour au nord du site. La découverte était alors inédite et l'on retrouva, outre une quantité importante de momies du félin, des bronzes représentant la déesse sous sa forme de chatte qui ornent aujourd'hui les collections d'égyptologie de la plupart des musées. Il s'agit là sans doute d'une de ces « cachettes » aménagées par les prêtres qui régulièrement devaient vider l'enceinte du temple des innombrables ex-voto que les fidèles déposaient auprès de leur déesse. Plusieurs de ces découvertes ont eu lieu depuis sur d'autres sites, la plus célèbre étant celle faite à Karnak dans une cour du temple d'Amon-Rê. Pour Bubastis, les enfouissements de ces « encombrantes » offrandes eurent régulièrement lieu, le temple faisant l'objet d'une dévotion particulière surtout à la fin de l'histoire pharaonique du pays. Les nécropoles. Au sud du cimetière des chats, plusieurs koms indiquent l'emplacement des nécropoles de la ville, qui s'y implantèrent dès la période prédynastique. Des fouilles récentes menées par l'université de Zagazig ont permis d'étudier les niveaux de l'Ancien Empire dégageant plusieurs mastabas dont les dimensions importantes reflètent l'importance de la cité des premiers temps, mais également des sépultures plus humbles, très souvent intactes, livrant un mobilier funéraire pauvre, mais instructif sur les coutumes funéraires d'alors. Les corps étaient inhumés en position contractée la tête orientée à l'ouest et l'on plaçait autour d'eux des offrandes contenues le plus souvent dans de simples récipients en céramique. Cette pratique est d'ailleurs attestée jusqu'à la fin de l'Ancien Empire voire au-delà grâce aux inscriptions découvertes dans ces tombes. Les tombeaux de la haute société bubastite étaient bien sûr beaucoup plus élaborés, prenant l'aspect de mastaba classiques, construits en briques crues, et dont les caveaux étaient souvent voûtés. Ces tombeaux nous ont révélé les noms et les titres de plusieurs dignitaires des , et s, jusqu'ici inconnus, et qui, au vu de leurs monuments funéraires, avaient été distingués par Pharaon pour leur dévotion à Bastet. Ainsi, un directeur des prêtres du temple, Ânkh-haef, contemporain de , se fit aménager des appartements funéraires parementés de calcaire peint et inscrits de prières à Osiris et Anubis, premiers témoins des textes funéraires qui seront plus tard regroupés dans différents corpus que l'on désigne par le terme usuel de « Livre des Morts ». Un peu plus au sud se trouve la nécropole du Nouvel Empire, dont les dimensions démontrent là encore que Bubastis était alors l'une des principales métropoles de la région. En effet au Moyen Empire, la cité et ses temples ont été également privilégiés par les souverains de la . Un complexe palatial, peut-être rituel, est construit toujours dans le voisinage des nécropoles des périodes précédentes, au nord du temple qui lui, fait l'objet d'un programme architectural monumental au vu des vestiges qui y ont été retrouvés, même s'il est difficile d'en restituer l'aspect d'alors, tant le sanctuaire a été remanié aux périodes suivantes ou de s'assurer que ces vestiges proviennent bien de Bubastis, les blocs et colonnes ayant pu être remployés aux époques suivantes depuis d'autres sites délaissés, comme ce fut le cas pour certaines cités majeures du delta (voir plus bas). Le palais du Moyen Empire. Le palais en question que l'on a hésité un temps à identifier comme un temple, est d'un plan assez complexe et d'une vaste envergure pour une ville qui, somme toute, n'était alors pas la résidence royale. Les vestiges mis au jour nous ont conservé son plan partiellement et subsistent sur les premières assises de briques crues qui le composaient. L'ensemble découvert couvre une vaste surface de , ce qui, rappelons-le, n'est qu'une partie du palais initial, le reste se trouvant sous la ville moderne actuelle. Cet imposant complexe se composait principalement d'une avant-cour donnant sur ce qui aurait pu être un pylône ou encore un portail ouvrant sur une cour péristyle d'accueil suivie d'une salle hypostyle comportant au moins six colonnes, et qu'il est séduisant d'imaginer plus vaste et comme étant la salle du trône. De part et d'autre de cet espace public, divers bâtiments enfermés dans une enceinte assez épaisse devaient alors être consacrés aux diverses fonctions palatiales et administratives nécessaires à tout complexe royal. L'un des éléments caractéristiques des palais de l'époque était la séparation nette entre le monde profane et royal, y compris au sein du palais, assurée par des murs isolant les différentes parties les unes des autres. Cela dénote une organisation administrative et fonctionnelle hiérarchisée, et dont l'accès était sans doute sévèrement contrôlé par une unique entrée aménagée dans chaque mur qui ceignait chaque ensemble. La partie la plus isolée et restreinte en termes d'accès étant probablement celle concernant les appartements privés de la famille royale, mais malheureusement cette partie n'a pu être dégagée. Si l'on suit le schéma classique du fonctionnement du palais proposé par Stephen Quirke pour désigner ces différentes parties, pour celles préservées à Bubastis, nous aurions alors affaire, « seulement », aux ruines du palais externe (khenty), une partie de la salle d'audience (ouakhy), ainsi qu'une partie des greniers ou magasins (schena) qui assuraient le ravitaillement de la Grande Maison et pouvaient également stocker les revenus issus du commerce ou encore les tributs versés par les vassaux du Pharaon. Cet ensemble est un exemple rare des complexes palatiaux édifiés au Moyen Empire par les souverains qui devaient donc se déplacer avec la cour dans les villes majeures du pays, manifestant ainsi une énergie et une activité royale qui cadrent bien avec la volonté affichée de réformer l'État à partir de la seconde moitié de la . Une des raisons de cet intérêt et du développement de Bubastis est sans nul doute l'exploitation intensive des mines de la péninsule du Sinaï, ainsi que du légendaire pays de Pount, dont les expéditions maritimes ou terrestres pouvaient parfois comporter plus de . Il fallait donc une administration efficace et proche du terrain des opérations afin d'assurer leur ravitaillement, et Bubastis se trouvait idéalement placée comme base arrière de ces missions essentielles à l'économie du pays. Selon le matériel retrouvé sur le site, ce palais semble remonter en effet au moins à et avoir été en activité jusqu'à la seconde période intermédiaire, dénotant un intérêt croissant de l'administration royale pour cette partie du pays, qui, déjà à l'époque subissait de profonds changements avec l'arrivée régulière puis la sédentarisation de populations venant de Palestine. Il fallut alors probablement sinon bloquer, du moins contrôler davantage ces flux migratoires dans le delta oriental dont on sait qu'ils débutèrent dès le début du Moyen Empire. À cette époque, les régions limitrophes étaient pour le reste sous l'influence de l'Égypte, et ces mouvements de populations ne devaient alors pas représenter un réel danger. Cependant plusieurs fondations royales de la sont attestées dans la région, notamment sur le site de la future capitale des Hyksôs, Avaris. Les derniers souverains de la , peut-être déjà conscients du risque que cette « invasion » progressive représentait et qui pesait déjà sur l'équilibre des forces en présence, ont sans doute cherché à asseoir davantage leur autorité à travers ce complexe palatial, retardant un temps l'échéance et la rupture qui ne sera d'ailleurs consommée que près de deux siècles plus tard, le temps que l'autorité du pouvoir se désagrège progressivement sous la . Bubastis tombera alors sous l'influence de ces « princes des pays étrangers » (Heka-khasout) qui, sous les et s, régneront sur tout ou partie du Double Pays. L'apogée de Bubastis. Au Nouvel Empire, Bubastis revient au-devant de la scène avec le culte de Bastet qui s'exprima au travers du chat qui était alors l'hypostase vivante de la déesse dont la popularité ne cesse de croître à travers tout le pays. On en vint même à inaugurer un nouveau centre cultuel, puis une nouvelle nécropole consacrée au félin à Saqqarah, non loin de l'ancien complexe funéraire de Téti. Cette colline appelée depuis par les égyptologues "colline du Bubastéïon" est devenue une nécropole dans laquelle les grands du royaume de la se font aménager des hypogées qui ont été redécouverts récemment par les archéologues. Bubastis est aussi une des étapes essentielles des rites de la fête-Sed, qui sanctionnent les trente premières années de règne du souverain. Ainsi, sous , elle figure parmi les grandes cités que le roi visitera au cours de son jubilé. À cette occasion, il fera édifier une chapelle pour célébrer l'évènement et installera, insigne honneur, des statues de ses hauts fonctionnaires dans les sanctuaires de la ville, dont notamment deux de son vizir Amenhotep dit Houy représenté en scribe assis en tailleur, et de Khérouef, le "Grand intendant" de son épouse royale Tiyi. Par sa proximité avec Pi-Ramsès à la , Bubastis est particulièrement honorée par qui embellira ou reconstruira le temple de la déesse (voir plus bas). La ville jouit alors d'une grande réputation et ses notables progressent peu à peu dans la hiérarchie ramesside au point d'en contrôler les principaux postes. En effet, il semble au vu du nombre de personnalités issues de Bubastis qui entourent Sethnakht puis , que c'est de Bubastis que soient issus les militaires qui assureront le dernier sursaut du Nouvel Empire avec la . La famille royale serait elle-même probablement native de cette région, comme autrefois celle de serait originaire d'une autre localité bien connue, Avaris. Mais c'est surtout à dater de la Troisième Période intermédiaire que Bubastis devient célèbre, et, comme nombre de sites du delta tels Tanis ou Mendès, profita de l'installation définitive de la royauté en Basse-Égypte. Elle fut en effet le berceau de la fondée par , qui marque l'avènement de pharaons d'origines probablement berbères, entre -945 et -817. Cette dynastie de pharaons que les égyptologues qualifient de « libyens », car issus des peuplades venant de Libye qui s'installèrent dans le delta du Nil à la fin de la période ramesside, portaient le titre de « Grands Chefs des Mâ ». Ils contrôlaient les forces armées qui garantissaient la sécurité du royaume des pharaons de Tanis à la . Lors de l'avènement de , la royauté était affaiblie entre le pouvoir spirituel contrôlé à Thèbes par les prêtres d'Amon et le pouvoir royal basé à Tanis, la « Thèbes du Nord ». Sheshonq reconstitua sous son règne l'unité du royaume. Avec cette nouvelle dynastie, les temples furent restaurés, voire agrandis, comme l'attestent les portiques dits des Bubastides à Karnak, entre le premier et le second pylône du grand temple d'Amon. Les pharaons de la firent alors preuve d'une énergie considérable dans leur programme architectural. Non seulement ils restaurèrent ou firent reconstruire le temple de Bastet, se réappropriant des édifices, ou tout du moins leurs éléments, remontant au Moyen Empire, mais en plus on retrouve leur intervention, le plus souvent de manière magistrale, dans les principaux temples du pays tels Karnak ou Tanis. Bubastis, qui était alors la principale cité des chefferies des Mâ, devint le nouveau centre du pouvoir, bien que la nécropole royale de la ait été retrouvée à Tanis. En effet, outre les caveaux d', de et retrouvés pillés aux côtés des tombeaux de la , un Sheshonq fut réinstallé dans l'antichambre du caveau de , sans doute à la suite d'un premier pillage, et fut retrouvé par la mission de Pierre Montet en 1939, dans son sarcophage en argent massif à tête de faucon. La momie portait un masque d'or massif dépourvu cependant des classiques attributs royaux (barbe postiche et uræus), témoin sans doute de l'anarchie qui débutait alors. La dépouille du roi était toutefois couverte de bijoux prophylactiques d'une grande finesse attestant la maîtrise des arts et de l’orfèvrerie des ateliers royaux de la . Avec la Basse époque, les sanctuaires de Bubastis reçurent les hommages de chaque pharaon étant parvenu à repousser les menaces étrangères, devenant ainsi le siège d'un courant nationaliste puissant en réaction aux menaces des dominations assyriennes, puis perses. Le développement des cultes d'hypostases à cette époque traduit cette réaction du peuple égyptien qui concentra alors sa dévotion sur les manifestations vivantes de leurs dieux pour défendre le pays contre le danger permanent d'une invasion. Bastet devenait alors le chat sacré qui, à la proue de la barque du dieu Rê, repoussait la menace du serpent Apophis, garantissant ainsi le retour du dieu-soleil chaque matin. Pharaon, fils de Rê, en marquant sa dévotion à la déesse, participait au rétablissement du monde chaque jour et garantissait l'intégrité du royaume. Les , bien qu'originaires de Sebennytos, semblent avoir pleinement rempli cette fonction en consacrant un nouveau sanctuaire au cœur même du temple de la déesse. Les temples de Bubastis. Le temple de Bastet. Le sanctuaire principal de la ville était un temple dédié à la déesse Bastet qui était ceint d'une grande enceinte de briques crues et dont Hérodote au - laissa une description saisissante. Phénomène classique dans l'évolution des villes antiques, les générations successives construisaient leur habitat par-dessus celui de leurs ancêtres élevant peu à peu le niveau du sol de la ville. Seul le sanctuaire divin restait ainsi au niveau d'origine l'enfonçant peu à peu au cœur de la ville (un phénomène similaire est encore remarquable à Esna au sud de Louxor). C'est pourquoi l'auteur grec put en faire le tour et une description plongeante, nous laissant de précieuses informations sur le temple et ses environs. Il décrit alors un temple entouré sur trois de ses côtés par une large pièce d'eau que l'on peut restituer comme étant un lac en forme de croissant de lune tel celui du temple de Mout à Karnak et que les Égyptiens nommaient Ishérou. Le temple était orienté est-ouest et offre aujourd'hui les vestiges d'une salle hypostyle aux bases et chapiteaux de colonnes imposants. L'ensemble est réduit aux premières assises et présente un vaste champ chaotique de blocs finement sculptés abandonnés là par les carriers des époques ultérieures. De nombreux chapiteaux dits « hathoriques », parce qu'à l'image de la tête de la déesse, qui ornaient autrefois le grand hall d'entrée du sanctuaire, furent retrouvés et dispersés dans différents musées du monde. L'essentiel des vestiges date de la Basse époque. Mesurant près de de longueur, le temple était constitué d'au moins un grand pylône de cinquante mètres de large, donnant accès à une ou deux cours successives ( ?) ouvrant sur le grand hall aux colonnes hathoriques édifié par Osorkon de la . C'est dans la première cour du temple que l'on a retrouvé deux blocs inscrits aux noms de Khéops et de Khéphren de la , utilisés en remploi dans des fondations. Ces deux témoins attestent ainsi de l'ancienneté du sanctuaire. Ce sont des premières cours également que proviennent les grandes colonnes monolithes de style palmiforme dont les chapiteaux élancés couronnent des fûts lisses qui ont reçu la marque de . Ces colonnes sont probablement des remplois de l'Ancien Empire tant leur style est comparable à celles qui restent encore visibles à Abousir ou à Saqqarah. En effet les rois des et s en firent venir des chargements entiers des carrières de granit d'Assouan afin d'orner leurs sanctuaires et la présence de monuments de ces souverains à Bubastis est attestée. Ces colonnes atteignaient la hauteur déjà respectable pour un sanctuaire de cette importance d'une dizaine de mètres et devaient conférer à ces cours cérémonielles un aspect harmonieux et majestueux. Récemment dans ce que l'on considère comme la première cour, une statue colossale y a été dégagée, fracassée en plusieurs morceaux, au milieu d'autres morceaux des colonnes palmiformes découverts aussi à l'occasion et qu'elle a dû briser dans sa chute. Cette statue mesurant près de dix mètres de hauteur pourrait être attribuée à Isis-Néféret deuxième épouse de , ou encore Meritamon sa fille qu'il épousa également. Cette découverte démontre l'importance du site au Nouvel Empire C'est dans ce qui devrait être la seconde cour que se trouvait le grand hall d'. Sur place se trouvent encore des restes de ces fameux chapiteaux, œuvres que l'on date du Moyen Empire et qui furent réutilisés par Osorkon pour son monument jubilaire. Imposants monolithes sculptés sur leurs faces occidentales et orientales du visage de la déesse encadré par une lourde perruque dont les nattes s'enroulent à la base, ils supportaient chacun une corniche surmontée d'une frise d'uræus tandis que sur chaque côté du visage deux uræus portant la couronne rouge de Basse-Égypte se dressent fièrement. Plusieurs exemplaires en bon état ont rejoint les principales collections égyptologiques du monde (Le Caire, British Museum, Le Louvre, le Musée des Beaux-Arts de Boston, etc.) Ces chapiteaux dont on possède au moins huit exemplaires dispersés entre Bubastis et ces collections supportaient donc le plafond du grand hall qu' édifia en l'honneur de sa fête "Heb Sed", et qu'il est tentant de comparer au grand pronaos du temple d'Hathor à Dendérah, même si presque neuf siècles séparent les deux monuments. À l'instar des chapiteaux, les reliefs de cette salle sont en partie conservés dans les collections égyptologiques (notamment au Louvre et au British Museum) et sont d'une grande qualité. Cependant, en visitant le site il est toujours possible de trouver des blocs encore sur place qui montrent ces longues théories de prêtres et d'enseignes divines qui s'avancent vers le dais royal sous lequel le roi habillé dans le costume si singulier de la fête-Sed reçoit l'hommage de tout le pays en l'honneur de son jubilé, censé sanctionner les trente premières années de son règne (la date la plus tardive connue pour est pourtant l'an 22...). À la suite de cet avant-temple se trouvent les ruines de la grande salle hypostyle. Celle-ci pourrait dater dans son dernier état de la , comme le suggèrent des architraves aux noms de bien qu'il soit prouvé que la plupart de ses éléments notamment ses colonnes remontent au Moyen Empire et pourraient alors provenir du temple que les souverains de cette période faste pour le pays ne manquèrent pas d'édifier à Bubastis. Elle est réduite à des blocs épars redressés et alignés aux emplacements d'origines des colonnes monolithiques de granit. De style papyriforme fermé, elles gisent fracassées sur le sol de la salle, en morceaux encore imposants. Le diamètre des futs dépasse un mètre cinquante tandis que les chapiteaux, eux, dépassaient les trois mètres de hauteur. Chaque colonne devait donc porter les architraves au nom du grand pharaon à près de quinze mètres de hauteur et la salle devait en comporter plus d'une trentaine au vu des vestiges encore sur place (un tiers d'une des colonnes de cette salle, chapiteau compris, est conservé au Musée des Beaux-Arts de Boston). Tout autour des ruines et débris divers portent encore les tableaux illustrés qui devaient orner les murs de la salle ainsi que les plafonds. On y a également découvert de nombreux vestiges de statues et colosses brisés souvent au nom de dont une dyade le représentant au côté d'une déesse lionne qui pourrait être Bastet ou encore Sekhmet. Suivait alors une autre salle hypostyle qui donnait accès à la zone du sanctuaire (arasé aujourd'hui) qui date dans son dernier état de de la . Hérodote nous décrit ce sanctuaire comme un vaste espace à ciel ouvert comprenant sept naoï, le tout étant enfermé d'un haut mur et environné de bosquets d'arbres sacrés. Le temple était entouré d'une enceinte en grès datant de l'époque d', sur un plan comparable au temple d'Horus à Edfou, formant un long couloir ceinturant les différentes parties du temple. À proximité, au nord du temple de Bastet se trouvait un autre temple dans lequel on a vu le temple de Mahès, autre divinité féline, qu'Hérodote a vu, mais dont la description cadre mal avec les vestiges retrouvés. En effet, édifié dans l'enceinte principale et au vu de son emplacement perpendiculaire au temple de la déesse, cet édifice devait plutôt être comme un mammisi et faisait donc partie intégrante du temple de Bastet, tandis que le monument cité par l'historien grec se trouvait selon lui à l'est de celui de la déesse (à savoir que le temple de Basta est plutôt orienté N-O, S-E)... Cette description du temple faite par Hérodote correspondrait alors davantage au temple d'Atoum dégagé au sud-est du temple de Bastet. La ville contenait d'autres sanctuaires et monuments : |
TCP TCP, sigle composé des trois lettres T, C et P, peut faire référence à : |
Thích Nhất Hạnh Thích Nhất Hạnh ("Nhất Hạnh", en vietnamien, "Thích" étant un titre), né Nguyễn Xuân Bảo le à Hué (province de Thừa Thiên-Huế, Protectorat français d'Annam, Indochine française) et mort le , est un moine bouddhiste vietnamien et un militant pour la paix. Il est l'un des maîtres bouddhistes les plus connus en Occident après le dalaï-lama - notamment pour ses messages de paix, ses engagements contre la guerre du Viêt Nam ainsi que sa contribution à populariser le concept de pleine conscience. Enfance. Nhất Hạnh est né sous le nom de Nguyễn Đình Lang le 11 octobre 1926 dans l'ancienne capitale Huế au centre du Vietnam. Il est de la génération Nguyễn Đình. Son père, Nguyễn Đình Phúc, du village de Thành Trung à Thừa Thiên, Huế, était un fonctionnaire de l'administration française. Sa mère, Trần Thị Dĩ, était du district de Gio Linh. Nhất Hạnh était le cinquième de leurs six enfants. Jusqu'à l'âge de cinq ans, il a vécu avec sa grande famille élargie chez sa grand-mère. Études. À 16 ans, Nhất Hạnh entra au monastère du temple Tu Hiếu, où son professeur principal était le maître zen Thanh Quý Chân Thật. Il a étudié en tant que novice pendant trois ans et a reçu une formation dans les traditions vietnamiennes du bouddhisme Mahayana et Theravāda. Nhất Hạnh a fréquenté l'Académie bouddhiste Báo Quốc, où il a été ordonné moine bouddhiste en 1949. Insatisfait de l'Académie Báo Quốc, Nhất Hạnh partit en 1950 et s'installa à la pagode Ấn Quang à Saigon. Il subvenait alors à ses besoins en vendant des livres et de la poésie tout en fréquentant l'Université de Saigon où il étudiait les sciences. En 1960 Nhất Hạnh a accepté une bourse Fulbright pour étudier la religion comparée à l'Université de Princeton. Il a étudié au Princeton Theological Seminary en 1961. Parcours. Actions sociales au Vietnam 1960 – 1966. Après avoir étudié et enseigné dans des universités aux États-Unis pendant deux ans, Nhất Hạnh est retourné au Vietnam en décembre 1963, après l'effondrement du régime Ngô Đình Diệm. Fondation de l'École de la jeunesse pour le service social. Au début des années 1960, Nhất Hạnh a fondé la School of Youth for Social Service (SYSS), un corps neutre de travailleurs de la paix bouddhistes. Ces derniers se sont rendus dans les zones rurales pour créer des écoles, construire des cliniques de santé et aider à reconstruire des villages. Le SYSS se composait de volontaires et travailleurs sociaux qui offraient de l'aide aux villages déchirés par la guerre, reconstruisaient des écoles et établissaient des centres médicaux. Nhất Hạnh est parti pour les États-Unis peu de temps après et n'a pas été autorisé à revenir, laissant sœur Chân Không responsable du SYSS. Fondation de La Boi Press. En 1964, deux des étudiants de Nhất Hạnh ont fondé "La Boi Press" avec une bourse de Ngo Van Hieu. En moins de deux ans, cette presse a publié 12 livres, mais en 1966, les éditeurs ont risqué l'arrestation et la prison pour accusation de communisme. Fondation de l'Université bouddhiste Vạn Hanh.. Nhất Hạnh a fondé l'Université bouddhiste Vạn Hanh. Cette institution privée enseignait les études bouddhistes, la culture vietnamienne et les langues, à Saigon. Fondation de l'ordre de l'Inter-Être. Nhất Hạnh a créé l'Ordre de l'inter-être (vietnamien : Tiếp Hiện), un groupe monastique et laïc, en 1966. Il a dirigé ce groupe, enseignant la pleine conscience. Durant la guerre du Vietnam. Nhat Hanh et ses proches sont accusés de communisme Pour limiter leur influence, Nhất Hạnh et son entourage étaient régulièrement accusés d'être communistes. Sœur Chân Không, qui a par exemple été accusée de communisme, était au cœur de la fondation et de nombreuses activités du SYSS, qui organisait des installations médicales, éducatives et agricoles dans les zones rurales du Vietnam pendant la guerre. Ce type d'accusation fragilisait économiquement les actions sociales. Prises de positions publiques en faveur de la paix et contre la guerre. Nhất Hạnh est allé aux États-Unis en 1966 pour diriger un symposium sur le bouddhisme vietnamien à la Cornell University et poursuivre son travail pour la paix. Il a été invité par le professeur George McTurnan Kahin (Cornell University), consultant en politique étrangère du gouvernement américain, à participer à un forum sur la politique américaine au Vietnam afin de partager un point de vue anti-guerre. Le , Thich Nhat Hanh a publié une proposition en cinq points adressée au gouvernement américain, recommandant que premièrement, les États-Unis fassent une déclaration claire montrant leur désir d'aider le peuple vietnamien à former un gouvernement "réellement sensible aux aspirations vietnamiennes" ; deuxièmement, que les États-Unis et le Sud-Vietnam cessent leurs frappes aériennes dans tout le Vietnam ; troisièmement, que toutes les opérations militaires anticommunistes soient purement défensives ; quatrièmement, que les États-Unis démontrent leur volonté de se retirer dans un délai de quelques mois ; et enfin que les États-Unis offrent de payer pour la reconstruction. Il rédigea plus tard "Vietnam - Le Lotus dans la mer de feu" (1965) et clarifia ses propositions en 1967. La junte militaire sud-vietnamienne répondit en l'accusant de trahison et d'être communiste. En 1964, après la publication de son célèbre poème, "quiconque écoute, sois mon témoin : je ne peux pas accepter cette guerre...", Nhất Hạnh est qualifié par la presse américaine de "poète anti-guerre" et comme "propagandiste pro-communiste". Relations avec Martin Luther King. En 1965, il avait écrit à Martin Luther King Jr. une lettre intitulée "À la recherche de l'ennemi de l'homme". Au cours de son séjour aux États-Unis en 1966, Nhất Hạnh a rencontré King et l'a exhorté à dénoncer publiquement la guerre du Vietnam. En 1967, King prononça le discours "« »" à l'église Riverside de New York, dans lequel il critiquait violemment l'engagement militaire américain au Vietnam. Nomination au prix Nobel de la paix. Plus tard cette année-là, King a nommé Nhất Hạnh pour le prix Nobel de la paix 1967. Dans sa nomination, King a déclaré: "Je ne connais personne de plus digne de ce prix que ce gentil moine du Vietnam. Ses idées pour la paix, si elles étaient appliquées, construiraient un monument à l'œcuménisme, à la fraternité mondiale, à l'humanité ". Toutefois le fait que Martin Luther King Jr. ait révélé publiquement le candidat qu'il avait choisi de nommer, et qu'une demande "ferme" avait été faite au comité du prix, était une violation du protocole Nobel. Le comité n'a pas décerné de prix cette année-là. Actions en France entre 1966 et 1975. Nhất Hạnh s'est réfugié en France en 1966. Il devient alors président de la Délégation bouddhiste vietnamienne pour la paix. En 1969, il a créé l'Église Bouddhique Unifiée (Église Bouddhique Unifiée) en France. En 1975, il fonde le Centre de méditation Sweet Potatoes au sud-est de Paris, en France. Actions de soutien pour aider les boat-people En 1975, les conflits entre l'URSS et la Chine provoquent des conflits armés dans la région du Viêt Nam, du Laos et du Cambodge. Une vague de migration débute devant le régime communiste. Des vagues de réfugiés partent sur des embarcations de fortune. Nhất Hạnh souhaite se rendre sur place mais se voit refuser l'autorisation de se rendre au Vietnam par l'armée nord-vietnammienne qui a pris contrôle du sud. Il coordonne des actions de soutien depuis la France. Fondation du village des pruniers. En 1982, Nhất Hạnh et Chân Không ont établi le monastère du village des pruniers, un monastère en Dordogne, dans le sud de la France. Le village des pruniers est le plus grand monastère bouddhiste d'Europe et d'Amérique, avec plus de 200 moines et plus de visiteurs par an. Fondation de centres de pratique. Selon la Fondation Thích Nhất Hạnh en 2017, l'organisation caritative qui sert de bras de collecte de fonds à la communauté du village des pruniers du bouddhisme engagé, l'ordre monastique établi par Nhất Hạnh comprend plus de 750 moines dans 9 monastères du monde entier. Nhất Hạnh a établi deux monastères au Vietnam, au temple original Từ Hiếu près de Huế et au temple Prajna dans les hauts plateaux du centre. Rédaction d'ouvrages. Nhất Hạnh a publié plus de 130 livres, dont plus de 100 en anglais, qui, en janvier 2019, s'étaient vendus à plus de cinq millions d'exemplaires dans le monde. Ses livres, qui couvrent des sujets tels que des enseignements sur la pleine conscience, la poésie et des essais savants sur la pratique du zen, ont été traduits dans plus de 40 langues en janvier 2022. Activisme ultérieur. En 2014, d'importants dirigeants chrétiens juifs, islamiques (musulmans), hindous, bouddhistes, anglicans, catholiques et orthodoxes se sont réunis pour signer un engagement commun contre l'esclavage moderne ; la déclaration qu'ils ont signée appelait à l'élimination de l'esclavage et de la traite des êtres humains d'ici 2020. Nhất Hạnh était représenté par Chân Không. Retour au Vietnam. En 2005, après de longues négociations, le gouvernement vietnamien a autorisé Nhất Hạnh à revenir au Vietnam pour une visite. Il a également été autorisé à y enseigner, à publier quatre de ses livres en vietnamien et à parcourir le pays avec des membres monastiques et laïcs de son Ordre, y compris un retour à son temple racine, le temple Tu Hieu à Huế. Le voyage n'était pas sans controverse. Thich Vien Dinh, écrivant au nom de l'Église bouddhiste unifiée du Vietnam (EBUV) interdite, a appelé Nhất Hạnh à faire une déclaration contre le piètre bilan du gouvernement vietnamien en matière de liberté religieuse. Vien Dinh craignait que le gouvernement vietnamien n'utilise le voyage comme propagande, suggérant que la liberté religieuse s'y améliore, alors que les abus continuent. Malgré la controverse, Nhất Hạnh est retourné au Vietnam en 2007, tandis que les chefs de l'EBUV interdite, Thích Huyền Quang et Thich Quang Do, restaient assignés à résidence. L'EBUV a qualifié sa visite de trahison, symbolisant sa volonté de travailler avec les oppresseurs de ses coreligionnaires. Võ Văn Ái, un porte-parole de l'EBUV, a déclaré : « Je crois que le voyage de Thích Nhất Hạnh est manipulé par le gouvernement de Hanoï pour cacher sa répression de l'Église bouddhiste unifiée et créer une fausse impression de liberté religieuse au Vietnam. Le site Web du Village des Pruniers énumérait trois objectifs pour son voyage de 2007 au Vietnam : soutenir les nouveaux moines de son Ordre ; organiser et diriger des "Grandes cérémonies de chant" destinées à aider à guérir les blessures restantes de la guerre du Vietnam ; et animer des retraites pour moines et laïcs. Les cérémonies de chants s'appelaient à l'origine "Grand Requiem pour prier de manière égale pour tous afin de dénouer les nœuds de la souffrance injuste", mais les responsables vietnamiens s'y sont opposés, qualifiant d'inacceptable que le gouvernement prie "également". pour les soldats de l'armée sud-vietnamienne ou les soldats américains. Nhất Hạnh a accepté de changer le nom en "Grand Requiem pour prier". Nhat Hanh a suggéré de mettre fin au contrôle gouvernemental de la religion au président Nguyễn Minh Triết. Un officier de la police provinciale a ensuite parlé à un journaliste de cet incident, accusant Nhat Hanh d'avoir enfreint la loi vietnamienne. L'officier a dit : « [Nhat Hanh] devrait se concentrer sur le bouddhisme et se tenir à l'écart de la politique. Lors de la visite de 2005, les disciples de Nhat Hanh ont été invités par l'abbé Duc Nghi, membre de la Sangha bouddhiste officielle du Vietnam, à occuper le monastère de Bat Nha et à y poursuivre leur pratique. Les partisans de Nhat Hanh disent que lors d'une cérémonie sacrée au monastère du village des pruniers en 2006, Nghi a reçu une transmission de Nhat Hanh et a accepté de les laisser occuper Bat Nha. Les partisans de Nhat Hanh ont dépensé 1 million de dollars pour développer le monastère, en construisant une salle de méditation pour 1 800 personnes. On pense maintenant que le soutien gouvernemental initialement accordé aux partisans de Nhat Hanh a été un stratagème pour retirer le Vietnam de la liberté religieuse du Département d'État américain. liste noire , améliorer les chances d' entrée dans l ' Organisation mondiale du commerce et augmenter les investissements étrangers. En 2008, lors d'une interview à la télévision italienne, Nhat Hanh a fait des déclarations concernant le dalaï-lama qui, selon ses partisans, ont bouleversé les responsables chinois, qui à leur tour ont fait pression sur le gouvernement vietnamien. Le président du Comité national des affaires religieuses du Vietnam a envoyé une lettre accusant l'organisation de Nhat Hanh de publier de fausses informations sur le Vietnam sur son site Internet. Il a été écrit que les informations publiées déformaient la politique du Vietnam en matière de religion et pouvaient saper l'unité nationale. Le président a demandé aux partisans de Nhat Hanh de quitter Bat Nha. La lettre indiquait également que l'abbé Duc Nghi voulait qu'ils partent. « Duc Nghi rompt un vœu qu'il nous a fait... Nous avons des bandes vidéo de lui nous invitant à transformer le monastère en un lieu de culte dans la tradition du Village des Pruniers, même après sa mort - vie après vie. Personne ne peut aller à l'encontre de ce souhait », a déclaré frère Phap Kham. En septembre et octobre 2009, une impasse s'est développée, qui a pris fin lorsque les autorités ont coupé le courant, et a été suivie de descentes de police augmentées par des foules rassemblées grâce à des contacts avec des gangs. Les assaillants ont utilisé des bâtons et des marteaux pour entrer par effraction et ont entraîné des centaines de moines et de nonnes. "Des moines âgés ont été traînés comme des animaux hors de leurs chambres, puis laissés assis sous la pluie jusqu'à ce que la police les traîne jusqu'aux taxis où les méchants de la 'société noire' les ont poussés dans des voitures", a déclaré un villageois au téléphone. entrevue. Deux moines âgés se sont fait confisquer leurs cartes d'identité et ont été assignés à résidence sans inculpation dans leur ville natale. Santé. Le , il subit un accident vasculaire cérébral. Il sort après avoir passé plusieurs mois en convalescence à l’hôpital universitaire de l'université Bordeaux-II. Le , il poursuit des soins intensifs au centre médical de l'université de Californie à San Francisco. Il rentre en France le où il passe l'année. Il visite ensuite le village des pruniers de Thaïlande. Le , il décide de retourner définitivement au Viêt Nam à la Pagode Tu Hieu. Il ne peut plus s'exprimer oralement, séquelles de son accident cérébral, mais peut communiquer par gestes et hochements de têtes. Il décède le 22 janvier 2022 au temple Từ Hiếu à Hué au Vietnam, à l'âge de , à la suite de complications de son accident vasculaire cérébral sept ans auparavant. Le dalaï-lama exprimant ses condoléances a déclaré : "Dans son opposition pacifique à la guerre du Vietnam, son soutien à Martin Luther King et surtout son dévouement à partager avec les autres non seulement comment la pleine conscience et la compassion contribuent à la paix intérieure, mais aussi comment les individus cultivant la paix de l'esprit contribuent à une véritable paix mondiale, le Vénérable a vécu une vie vraiment significative. Je suis convaincu que la meilleure façon de lui rendre hommage est de poursuivre son travail pour promouvoir la paix dans le monde." Bibliographie détaillée. Thích Nhất Hạnh a écrit tour à tour en vietnamien, en anglais, et en français. |
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Transmission Control Protocol (littéralement, « protocole de contrôle de transmissions »), abrégé TCP, est un protocole de transport fiable, en mode connecté, documenté dans la de l’IETF. Dans le modèle Internet, aussi appelé modèle TCP/IP, TCP est situé au-dessus de IP. Dans le modèle OSI, il correspond à la couche transport, intermédiaire de la couche réseau et de la couche session. Les applications transmettent des flux de données sur une connexion réseau. TCP découpe le flux d’octets en "segments" dont la taille dépend de la MTU du réseau sous-jacent (couche liaison de données). TCP a été développé en 1973 puis adopté pour Arpanet en 1983, remplaçant NCP (). Fonctionnement. Une session TCP fonctionne en trois phases : L'établissement de la connexion se fait par un handshaking en trois temps. La rupture de connexion, elle, utilise un handshaking en quatre temps. Pendant la phase d'établissement de la connexion, des paramètres comme le numéro de séquence sont initialisés afin d'assurer la transmission fiable (sans perte et dans l'ordre) des données. Structure d'un segment TCP. En bits Signification des champs : Établissement d'une connexion. Même s'il est possible pour deux systèmes d'établir une connexion entre eux simultanément, dans le cas général, un système ouvre une 'socket' (point d'accès à une connexion TCP) et se met en attente passive de demandes de connexion d'un autre système. Ce fonctionnement est communément appelé "ouverture passive", et est utilisé par le côté "serveur" de la connexion. Le côté "client" de la connexion effectue une "ouverture active" en 3 temps : Durant cet échange initial, les numéros de séquence des deux parties sont synchronisés : Transferts de données. Pendant la phase de transferts de données, certains mécanismes clefs permettent d'assurer la robustesse et la fiabilité de TCP. En particulier, les numéros de séquence sont utilisés afin d'ordonner les segments TCP reçus et de détecter les données perdues, les sommes de contrôle permettent la détection d'erreurs, et les acquittements ainsi que les temporisations permettent la détection des segments perdus ou retardés. Numéros de séquence et d'acquittement. Grâce aux numéros de séquence et d'acquittement, les systèmes terminaux peuvent remettre les données reçues dans l'ordre à l'application destinataire. Les numéros de séquence sont utilisés pour décompter les données dans le flux d'octets. On trouve toujours deux de ces nombres dans chaque segment TCP, qui sont le "numéro de séquence" et le "numéro d'acquittement". Le "numéro de séquence" représente le propre numéro de séquence de l'émetteur TCP, tandis que le "numéro d'acquittement" représente le numéro de séquence du destinataire. Afin d'assurer la fiabilité de TCP, le destinataire doit acquitter les segments reçus en indiquant qu'il a reçu toutes les données du flux d'octets jusqu'à un certain numéro de séquence. Le numéro de séquence indique le premier octet des données. Par exemple, dans le cas d'un échange de segments par Telnet : Les numéros de séquence sont des nombres entiers non signés sur 32 bits, qui reviennent à zéro après avoir atteint (2^32)-1. Le choix du numéro de séquence initial est une des clefs de la robustesse et de la sécurité des connexions TCP. Une amélioration de TCP, nommée acquittement sélectif ("" ou SACK), autorise le destinataire TCP à acquitter des blocs de données reçus dans le désordre. Somme de contrôle. Une somme de contrôle sur 16 bits, constituée par le complément à un de la somme complémentée à un de tous les éléments d'un segment TCP (en-tête et données), est calculée par l'émetteur, et incluse dans le segment émis. Le destinataire recalcule la somme de contrôle du segment reçu, et si elle correspond à la somme de contrôle reçue, on considère que le segment a été reçu intact et sans erreur. Temporisation. La perte d'un segment est gérée par TCP en utilisant un mécanisme de temporisation et de retransmission. Après l'envoi d'un segment, TCP va attendre un certain temps la réception du ACK correspondant. Un temps trop court entraîne un grand nombre de retransmissions inutiles et un temps trop long ralentit la réaction en cas de perte d'un segment. Dans les faits, le délai avant retransmission doit être supérieur au RTT moyen d'un segment, c'est-à-dire au temps que prend un segment pour effectuer l'aller-retour entre le client et le serveur. Comme cette valeur peut varier dans le temps, on "prélève" des échantillons à intervalle régulier et on en calcule une moyenne pondérée : RTT moyen = (1-formula_1) * RTT moyen + formula_1 * RTT échantillon Une valeur typique pour formula_1 est 0.125. L'influence des échantillons diminue de manière exponentielle dans le temps. Le délai à utiliser est obtenu à partir de cette estimation du RTT moyen et en y ajoutant une marge de sécurité. Plus la différence entre un échantillon et la moyenne est grande, plus la marge de sécurité à prévoir est importante. Le calcul se fait à partir de la variance pondérée entre l'échantillon et la moyenne : Variance RTT = (1-formula_4) * Variance RTT + formula_4 * |RTT échantillon - RTT moyen| Une valeur typique pour formula_4 est 0.25. Le délai à utiliser est finalement donné par la formule suivante : Délai = RTT moyen + 4 * Variance RTT L'Algorithme de Karn permet de mieux évaluer le délai en présence d"acquittements ambigus". En effet, si un segment envoyé a été perdu, les segments ultérieurs provoqueront des acquittements où figurera le numéro du premier octet manquant, et on ne sait donc plus à quel segment envoyé correspondent ces acquittements. Parfois, quand le délai est trop long, il est avantageux de ne pas attendre avant de retransmettre un segment. Si un hôte reçoit 3 ACKs pour le même segment, alors il considère que tous les segments transmis après le segment acquitté ont été perdus et les retransmet donc immédiatement (""). Contrôle de flux. Chaque partenaire dans une connexion TCP dispose d'un tampon de réception dont la taille n'est pas illimitée. Afin d'éviter qu'un hôte ne surcharge l'autre, TCP prévoit plusieurs mécanismes de contrôle de flux. Ainsi, chaque segment TCP contient la taille disponible dans le tampon de réception de l'hôte qui l'a envoyé. En réponse, l'hôte distant va limiter la taille de la fenêtre d'envoi afin de ne pas le surcharger. D'autres algorithmes comme Nagle ou Clarck facilitent également le contrôle du flux. Contrôle de congestion. La congestion intervient lorsque trop de sources tentent d'envoyer trop de données trop vite pour que le réseau soit capable de les transmettre. Ceci entraîne la perte de nombreux paquets et de longs délais. Les acquittements des données émises, ou l'absence d'acquittements, sont utilisés par les émetteurs pour interpréter de façon implicite l'état du réseau entre les systèmes finaux. À l'aide de temporisations, les émetteurs et destinataires TCP peuvent modifier le comportement du flux de données. C'est ce qu'on appelle généralement le contrôle de congestion. Il existe une multitude d'algorithmes d'évitement de congestion pour TCP. Autres. TCP utilise un certain nombre de mécanismes afin d'obtenir une bonne robustesse et des performances élevées. Ces mécanismes comprennent l'utilisation d'une fenêtre glissante, l'algorithme de démarrage lent ('), l'algorithme d'évitement de congestion ('), les algorithmes de retransmission rapide (') et de récupération rapide ('), etc. Des recherches sont menées actuellement afin d'améliorer TCP pour traiter efficacement les pertes, minimiser les erreurs, gérer la congestion et être rapide dans des environnements très haut débit. Slow Start (démarrage lent). Le démarrage lent TCP (Slow start) est un algorithme qui équilibre la vitesse d'une connexion réseau. Le démarrage lent augmente progressivement la quantité de données transmises jusqu'à ce qu'il trouve la capacité de transport maximale du réseau. Le démarrage lent du TCP est l'une des premières étapes du processus de contrôle de la congestion. Il permet d'équilibrer la quantité de données qu'un émetteur peut transmettre (appelée fenêtre de congestion) et la quantité de données que le récepteur peut accepter (appelée fenêtre de réception). La plus faible des deux valeurs devient la quantité maximale de données que l'expéditeur est autorisé à transmettre avant de recevoir un accusé de réception du récepteur. L'un des moyens les plus courants d'optimiser la vitesse d'une connexion est d'augmenter la vitesse de la liaison (c'est-à-dire d'augmenter la quantité de bande passante). Cependant, toute liaison peut devenir surchargée si un appareil tente d'envoyer trop de données. La sursaturation d'un lien est connue sous le nom de congestion et peut entraîner un ralentissement des communications, voire la perte de données. Fast retransmit (retransmission rapide). La retransmission rapide (Fast retransmit) est une amélioration du TCP qui réduit le temps d'attente d'un expéditeur avant de retransmettre un segment perdu. Un expéditeur TCP utilise normalement un simple timer pour reconnaître les segments perdus. Si un accusé de réception n'est pas reçu pour un segment particulier dans un délai déterminé (fonction du délai estimé aller-retour), l'expéditeur supposera que le segment a été perdu dans le réseau et le retransmettra. L'acquittement en double (Duplicate acknowledgement) est la base du mécanisme de retransmission rapide. Après réception d'un paquet, un accusé de réception est envoyé pour le dernier octet de données reçu dans l'ordre. Pour un paquet en ordre, il s'agit en fait du numéro de séquence du dernier paquet plus la longueur de la charge utile du paquet actuel. Si le paquet suivant dans la séquence est perdu mais qu'un troisième paquet dans la séquence est reçu, le récepteur ne peut accuser réception que du dernier octet de données en ordre, qui a la même valeur que celle de l'accusé de réception du premier paquet. Le deuxième paquet est perdu et le troisième paquet n'est pas en ordre, de sorte que le dernier octet de données en ordre reste le même qu'avant. Il y a donc un double acquittement. L'expéditeur continue à envoyer des paquets, et un quatrième et un cinquième paquet sont reçus par le destinataire. Là encore, le deuxième paquet est absent de la séquence, de sorte que le dernier octet de données en ordre n'a pas changé. Des accusés de réception en double sont envoyés pour ces deux paquets. Lorsqu'un expéditeur reçoit trois accusés de réception en double, il peut être raisonnablement certain que le segment portant les données qui ont suivi le dernier octet de commande spécifié dans l'accusé de réception a été perdu. Un expéditeur avec retransmission rapide retransmettra alors ce paquet immédiatement sans attendre son expiration. À la réception du segment retransmis, le récepteur peut accuser réception du dernier octet de données reçu. Dans l'exemple ci-dessus, cela permettrait d'accuser réception jusqu'à la fin de la charge utile du cinquième paquet. Il n'est pas nécessaire d'accuser réception des paquets intermédiaires, puisque TCP utilise par défaut des accusés de réception cumulatifs. Terminaison d'une connexion. La phase de terminaison d'une connexion utilise un handshaking en quatre temps, chaque extrémité de la connexion effectuant sa terminaison est de manière indépendante. Ainsi, la fin d'une connexion nécessite une paire de segments FIN et ACK pour chaque extrémité. Ports TCP. TCP, comme UDP, utilise le numéro de port pour identifier les applications. À chaque extrémité (client/serveur) de la connexion TCP est associé un numéro de port sur 16 bits (de 0 à 65535) assigné à l'application émettrice ou réceptrice. Ces ports sont classés en trois catégories : Développement de TCP. C'est le ministère américain de la Défense (DoD) qui à l'origine a développé le modèle de référence TCP/IP, car il avait besoin d'un réseau pouvant résister à toutes les situations. TCP est un protocole assez complexe, et en évolution. Même si des améliorations significatives ont été apportées au cours des années, son fonctionnement de base a peu changé depuis le , publié en 1981. Le ("Host Requirements for Internet Hosts"), a clarifié un certain nombre de prérequis pour l'implémentation du protocole TCP. Le ("TCP Congestion Control"), l'un des plus importants de ces dernières années, décrit de nouveaux algorithmes utilisés par TCP pour éviter les congestions. En 2001, le a été écrit afin de présenter un mécanisme de signalisation des congestions ("explicit congestion notification" ou ECN), et s'ajoute à la liste des RFC importants qui complètent la spécification originale. Utilisations de TCP. Au début du , TCP est utilisé approximativement pour 90 % de tout le trafic Internet. Les applications les plus courantes qui utilisent TCP sont HTTP/HTTPS (World Wide Web), SMTP/POP3/IMAP (messagerie) et FTP (transfert de fichiers). Youtube et Netflix utilisent également TCP pour leurs fluxs de streaming. Alternatives à TCP. De nombreuses applications en temps réel n'ont pas besoin, et peuvent même souffrir, des mécanismes complexes de transport fiable de TCP : applications de diffusion multimédia (audio, vidéo, jeux multi-joueurs) en temps réel, échanges de fichiers, etc. Dans ce type d'applications, il est souvent préférable de gérer les pertes, erreurs ou congestions, plutôt que d'essayer de les éviter. Pour ces besoins particuliers, d'autres protocoles de transport ont été créés et déployés. |
Transgénèse La transgenèse, ou transgénèse est le fait d'incorporer un ou plusieurs gènes dans le génome d'un organisme vivant. Ce transgène pourra être exprimé dans l'organisme transformé. Stratégie servant initialement aux chercheurs pour étudier la fonction des gènes, cette approche est également utilisée par les industries pharmaceutique et agro-alimentaire. Elle est entre autres la nouvelle stratégie d’obtention de variétés végétales ou animales résistantes au stress biotique (parasites, insectes) ou abiotique (sécheresse, faible luminosité). Ces nouvelles variétés sont généralement regroupées sous le terme d'organismes génétiquement modifiés (OGM). Les transformations génétiques d'organismes unicellulaires ou de virus sont relativement simples à aborder. Elles font appel à des techniques nettement plus complexes pour les animaux et végétaux. Technique. La transgenèse comporte plusieurs étapes : |
Tarte à la noix de pécan |
Salade caprese La salade caprese (' ou ', salade Capri, en italien) est une spécialité culinaire traditionnelle de la cuisine napolitaine et de la cuisine italienne, originaire de l'île de Capri en Campanie, salade composée et antipasti à base de tomate, mozzarella, basilic, et huile d'olive, aux couleurs nationales de l'Italie (verte, blanche, rouge). Histoire. Plusieurs hypothèses sont émises concernant sa naissance. Elle aurait été inventée à l'hôtel Quisisana, à Capri, dans les années 1920 à la suite du "Manifeste de la cuisine futuriste" de Filippo Tommaso Marinetti. Recette végétarienne, elle s'élevait contre les plats de pâtes dénigrés. On lui prête aussi une origine plus modeste : elle serait née des mains d'un ouvrier de chantier naval très patriote qui aurait associé les trois couleurs des ingrédients en hommage à sa patrie vers 1920. Elle était très appréciée par Farouk (roi d'Égypte), en exil dans un palace de bord de mer de Capri après un coup d'État militaire. Elle aurait été créée en son honneur en 1952 par le chef cuisinier de l'hôtel Gatto Bianco où il séjournait en son honneur, officiellement en 1952. Cette anecdote très relayée par la presse a popularisé le plat hors d'Italie. Caractéristiques. Cette salade composée, qui peut être aussi un antipasti, est préparée à l'instar de la pizza Margherita, avec des tranches de tomates et de mozzarella, "mozzarella di Bufala Campana" DOP au lait de bufflonne ou "fior di latte" de préférence, généralement présentées alternées, et agrémentée de feuilles de basilic fraîches entières, assaisonnée de sel et poivre, et d'un filet d'huile d'olive (vierge extra si possible), en privilégiant les produits du terroir de Campanie. Les tomates doivent être mures mais garder une consistance très ferme. Les variétés "sorrento" et "cuore di bue" (cœur de bœuf), denses et savoureuses, s'y prêtent bien ; leurs dimensions, grandes et irrégulières, s'accordent avec la mozzarella, tout comme les tomates du Vésuve ou de San Marzano . Le "fior di latte" est plutôt utilisé dans sa verssion "treccia" (tresse). La variété napolitaine du basilic, la plus répandue, avec ses larges feuilles au vert intense, est la variété idéale. L'huile d'olive doit être aromatique, puissante et fruitée, comme l'huile d'olive du Cilento. . Cette recette originelle peut être parfois préparée avec, éventuellement, de la burrata ou des tomates séchées, et agrémentée de pesto, de vinaigre balsamique, d'olive noire, de câpre, de feuilles de roquette, ou de laitue romaine, mais la vraie difficulté réside ici dans la simplicité. Servie en "bruschetta", antipasti, hors-d'œuvre, plat d'accompagnement, ou en plat principal. |
Taylorisme Le taylorisme – du nom de son inventeur, l'ingénieur américain Frederick Winslow Taylor (1856-1915) – désigne la forme d'organisation scientifique du travail (OST) définie par lui et ses disciples à partir des années 1880. Dans un monde où la division du travail est déjà la norme, pour obtenir des conditions propres à fournir le rendement maximum dans le cadre d'une organisation, le taylorisme préconise : Taylor systématise sa méthode, qu'il expose dans un livre, intitulé "The Principles of Scientific Management" (1911). Cet ouvrage s'inscrit dans la première modernisation des années 1850. Réaction au contexte d'une industrialisation ressentie comme désordonnée. L'organisation scientifique du travail telle que la conçoit Taylor se comprend assez bien dans le contexte d'essor de l'industrialisation. Taylor estime qu'il est impossible de réaliser une production de masse sans un minimum d'organisation et de discipline. Or, ce qu'il voit à la fin du et au début du siècles dans les ateliers ne va pas dans ce sens : le travail réellement collectif est un mythe tant les comportements individuels, enfermés dans des logiques de métiers fortement corporatistes, ne contribuent, en aucune manière, à la cohérence ni à la collaboration. L'état d'esprit, les réflexes, les comportements dominants demeurent artisanaux et individualistes, alors qu'il s'agit de faire œuvre d'industrie. Taylor rapporte cette anecdote dans son livre "La Direction scientifique des entreprises" : Contenu. Taylor plaide pour une double clarification. Selon son point de vue, le travail d'organisation - pour être complet - doit être clairement déployé et articulé selon deux dimensions complémentaires : Le taylorisme est souvent assimilé — à tort — : Postérité. La compréhension des principes de l'organisation taylorienne du travail reste une base de tous les cours et formations traitant de l'organisation de l'entreprise. On trouvera une ou plusieurs études approfondies du développement de la rationalisation (taylorisme et fordisme) en France dans les années 1919-1939 par Charles de La Poix de Fréminville qui en fut l'instigateur en France. Dans le livre d'Aimée Moutet, "Les Logiques de l'entreprise, la rationalisation dans l'industrie française de l'entre-deux-guerres". Limites et critiques. Les tâches répétitives sont aliénantes et posent parfois aux ouvriers des problèmes de santé au travail ou d'attention (pouvant se traduire par une augmentation du taux de malfaçon). Dès 1913, le taylorisme essuie des critiques, ainsi pour le journal "L'Humanité" d'alors le taylorisme n'est qu'une généralisation du travail aux pièces employé par le patronat pour réduire les salaires. Entre 1911 et 1925, le polytechnicien Émile Belot construit une théorie à l'opposé du taylorisme, mettant en exergue l'importance de la composante « temps ». Cette approche dynamique de la production centrée sur le « principe de continuité » est, d'après François Vatin, . Dès les années 1960, les protestations se font plus vives et l'« absentéisme » augmente. Les ouvriers les plus cultivés, les moins pauvres ou les plus organisés sont lassés d'un métier sans place pour l'initiative et la créativité et se révoltent. Des industriels cherchent des réponses via l'enrichissement du travail ou une "démocratie industrielle". Si l'intention initiale est d'organiser les ateliers et les postes de travail pour une moindre fatigue de l'ouvrier (la juste journée de travail), le résultat final obtenu, constaté sur le terrain, ne comporte pas que des aspects positifs. Post-taylorisme. Il s'agit de remédier aux dysfonctionnements liés au taylorisme et de trouver une réponse à la démotivation des travailleurs. Plusieurs moyens sont suggérés pour promouvoir une meilleure participation des travailleurs à la production : Dépassement du taylorisme. Si l'organisation dite « scientifique » du travail pratiquée par Taylor et ses disciples est considérée encore aujourd'hui comme utile dans certains cas de figure ou certaines activités, elle n'a plus du tout aujourd'hui le monopole de la réflexion en matière d'organisation du travail. Les méthodes venues du Japon en particulier et décrites par Kiyoshi Suzaki dans son ouvrage "Le nouveau défi industriel" ont ouvert des perspectives nouvelles : |
Internationaux de France de tennis Les Internationaux de France, ou tournoi de Roland-Garros, ou plus simplement Roland-Garros par métonymie, est un tournoi de tennis sur terre battue créé en 1925 et qui se tient annuellement depuis 1928 à Paris, dans le stade Roland-Garros. Il succède au Championnat de France de tennis créé en 1891. Organisé par la Fédération française de tennis (FFT), il se déroule lors de la dernière semaine de mai et la première semaine de juin. Il est l'un des quatre tournois du Grand Chelem, le deuxième dans le calendrier après l'Open d'Australie en janvier. Suivent le tournoi de Wimbledon, se déroulant lors de la dernière semaine de juin et la première semaine de juillet, puis l'US Open, commençant à la fin du mois d’août. Les Internationaux de France de tennis sont le plus grand tournoi de la saison de tennis sur terre battue et le dernier tournoi du Grand Chelem se disputant sur cette surface, depuis que l'US Open a abandonné celle-ci en 1978. De nombreux joueurs issus de nombreuses régions du globe où le tennis se joue majoritairement sur terre battue, telles l'Amérique latine ou l'Europe du Sud, voient en Roland-Garros le plus important rendez-vous de l'année. Se jouant sur surface lente et ne figurant pas de jeu décisif dans la dernière manche jusqu'en 2021, le tournoi est parfois considéré comme étant le tournoi de tennis le plus éprouvant physiquement. Le record de victoires en simple, hommes et femmes confondus, appartient à Rafael Nadal qui s'est imposé quatorze fois entre 2005 et 2022. Ce record est aussi celui de tous les tournois du Grand Chelem, depuis que celui-ci existe. En raison de la pandémie de Covid-19 en Europe, l'édition 2020 du tournoi a été reportée au mois de septembre, une première dans l'histoire du tournoi. D'abord repoussée du au , elle s’est finalement tenue du au . Histoire. Championnat de France international de tennis. Premières éditions. La première édition du « championnat de France international de Tennis » se tient à Paris en 1891. Il est organisé par l'Union des sociétés françaises de sports athlétiques sur les courts du Racing Club de France. Les courts sont des terrains en herbe. Les championnats de France de Tennis sont réservés, jusqu'en 1924 inclus, aux joueurs français et étrangers licenciés dans des clubs français. Le tournoi se tient alternativement sur les installations du Racing club de France et du Stade Français jusqu'en 1927. Le premier tournoi se dispute sur une journée, il y a seulement cinq participants (dont le péruvien Carlos de Candamo). Le Britannique H. Briggs, licencié au Stade Français, s'impose dans le tournoi de simple messieurs, seul tournoi disputé. Trois participantes se rencontrent pour gagner le premier tournoi féminin en 1897, Adine Masson l'emporte. En 1902, le tournoi de double mixte est créé, celui de double dames en 1907. En 1912, des championnats du monde sur terre battue sont créés, à l'initiative du fabricant de balle de tennis et mécène Duane Williams pour favoriser les joueurs terriens qui sont défavorisés sur le gazon de Wimbledon. Ce tournoi fait de l'ombre aux championnats de France de tennis car il autorise tous les joueurs licenciés ou non en France à participer. Le tournoi disparait en 1923, en 1924 c'est le tournoi olympique à Paris qui prend sa place. En 1925 le Championnat de France disparait. Les "Internationaux de France de tennis" peuvent commencer. Dans le journal "Le Figaro" du , on peut lire : . Débuts du tournoi masculin. Pour la seconde édition en 1892, Jean Schopfer devient le premier français à remporter le championnat de France. Jean Schopfer est finaliste en 1893, s'inclinant contre Laurent Riboulet. André Vacherot est vainqueur des éditions 1894, 1895 et 1896. De 1897 à 1900, Paul Aymé remporte quatre fois de suite le tournoi. En 1901, pour la première édition du , André Vacherot bat Paul Lebreton qui échoue une troisième fois en finale. Le frère du quadruple lauréat André Vacherot, Michel Vacherot, remporte le tournoi en 1902 contre Max Decugis avant que celui-ci ne remporte à de nombreuses reprises la compétition. En 1903, Max Decugis domine André Vacherot. Les deux même joueurs se retrouvent en finale l'année suivante et le résultat est le même. En 1905 et 1906, Maurice Germot domine la compétition. Decugis triomphe de nouvelles fois en 1907, 1908 et 1909, cette dernière édition se joue à Bordeaux. Le tournoi s'installe définitivement à Paris en 1910. Germot obtient un troisième titre en 1910 après avoir battu François Blanchy en finale. Il atteint une nouvelle fois la finale en 1911 mais André Gobert gagne le match et son premier championnat de France. Max Decugis remporte encore trois fois le tournoi en 1912, 1913 et 1914. Il prive André Gobert, Georges Gault et Jean Samazeuilh des derniers titres de l'avant-guerre. De Masson à Broquedis, les premières lauréates. Adine Masson remporte, en 1897, 1898 et 1899, les trois premières éditions du tournoi de simple dames. Elle remporte la première finale contre P. Girod sur le score 6-3, 6-1. Seule concurrente en lice, elle est championne des deux éditions suivantes sans jouer. En 1900, Hélène Prévost devient la deuxième femme à remporter le tournoi. Girod, finaliste de la première édition, remporte le tournoi en 1901 contre Leroux. Déjà triple lauréate, Adine Masson remporte deux nouvelles fois le tournoi en 1902 et 1903 contre Girod puis Kate Gillou Fenwick. Gillou Fenwick prend sa revanche contre Masson lors de l'édition suivante avant de remporter deux autres fois le titre contre Yvonne de Pfeffel en 1905 puis contre la Britannique Virginia MacVeagh en 1906, première étrangère à atteindre la finale. La Comtesse de Kermel remporte le tournoi 1907, battant Catherine d'Aliney d'Elva en finale. Kate Gillou Fenwick remporte son cinquième et dernier titre en 1908 contre A. Péan. Jeanne Matthey dépasse le record de victoires consécutives d'Adine Masson, qui a remporté le tournoi trois éditions de suite de 1897 à 1899, en remportant le tournoi quatre fois conséctivement entre 1909 et 1912. Double finaliste en 1910 et 1911, Marguerite Broquedis prend une revanche en 1913, battant Jeanne Matthey en finale, mettant fin à la série de victoires de son adversaire. Pour ce qui sera la dernière édition d'avant-guerre, Broquedis confirme sa victoire en battant Suzanne Lenglen, âgée de 14 ans et demi, qui devient la première star internationale du tennis après la Première Guerre mondiale. Période de transition et domination de Lenglen. Le championnat de France amateur international de tennis reprend en 1920. Les vainqueurs des éditions d'avant-guerre sont toujours présents. En finale 1920, André Gobert remporte son second titre contre Max Decugis en cinq sets. En 1921, l'Américain Bill Tilden, numéro un mondial, joue à Paris pour la première fois. Il n'atteint pas la finale qui oppose Jean Samazeuilh au vainqueur de l'édition 1920 André Gobert, Samazeuilh remporte le tournoi. Jean Samazeuilh atteint une nouvelle fois la finale en 1922 mais la perd contre Cochet. En 1923, François Blanchy, trente-sept ans, bat Max Decugis (quarante-et-un ans). Cette finale est la dernière de Max Decugis, la fin d'une période où il domine le tennis français. Le début des années 1920 est marqué par de nouveaux joueurs. En 1924, a lieu la dernière édition des championnats de France. Ce sont les courts du Racing Club de France, à la Croix-Catelan qui accueillent la dernière édition avant la création des Internationaux de France. Deux mousquetaires atteignent la finale, Jean Borotra bat René Lacoste. La disparition des championnats du monde de terre battue lance le débat sur l'ouverture aux joueurs étrangers. Finalement, la décision est prise d'ouvrir le tournoi aux joueurs amateurs étrangers pour l'édition 1925. Le début des années 1920, période de transition chez les messieurs, est dominée par Suzanne Lenglen chez les dames. De 1920 à 1923, Suzanne Lenglen remporte le tournoi quatre fois consécutivement. Elle gagne une première fois le tournoi, après une victoire en finale contre Marguerite Broquedis qui l'a battue en 1914. Durant les trois ans suivantes, elle bat Germaine Golding, sur abandon en 1921, en deux sets en 1922 et 1923. En 1924, Suzanne Lenglen, malade de jaunisse, ne peut participer au tournoi. Julie Vlasto remporte la finale contre Jeanne Vaussard. De retour en 1925, Lenglen remporte le tournoi en 1925 et 1926, avant de passer professionnelle. La création des Internationaux de France. En , le conseil de la F.F.L.T. décide d'ouvrir le tournoi aux joueurs étrangers, à l'exception des Allemands et des joueurs provenant de pays exclus de la Fédération Internationale. La première édition des Internationaux de France s'est tenue sur les terrains du Stade français, dans le parc de Saint-Cloud, en 1925. Après que les Quatre Mousquetaires du tennis français ont remporté la Coupe Davis 1927, il est décidé de construire le stade Roland-Garros pour organiser la revanche. Le Stade français cède un terrain de trois hectares près de la Porte d'Auteuil avec pour seule condition qu'il porte le nom d'un de ses membres. Le nom de Roland Garros est choisi par Emile Lesieur, Président du Stade français et camarade de promotion d'HEC de Roland Garros. Licencié au Stade français, Roland Garros était mort dix ans auparavant pour la France, le peu avant la fin de la Première Guerre mondiale. Il était un aviateur célèbre pour avoir été le premier à réussir la traversée aérienne de la mer Méditerranée, en sept heures et . Le stade est inauguré en 1928, on ne peut parler de « tournoi de Roland-Garros » qu'à partir de 1928. Les Quatre Mousquetaires. Henri Cochet est le premier des quatre Mousquetaires à remporter le tournoi dès 1922, quelques années avant l'impressionnante série de victoires de la France en Coupe Davis. Il bat en finale du tournoi, encore nommé Championnat de France amateur international de tennis, un autre Français, Jean Samazeuilh. En 1924, deux mousquetaires s'affrontent pour remporter ce qui est la dernière finale du Championnat de France amateur international de tennis : Jean Borotra et René Lacoste, le premier l'emporte en cinq sets. En 1925 sont créés les Internationaux de France. Les huit premières éditions sont remportées par un des quatre Mousquetaires. En 1925, à Saint-Cloud, René Lacoste prend sa revanche contre Jean Borotra et il domine la finale 7-5, 6-1, 6-4. Lacoste est largement battu l'année suivante par Henri Cochet qui remporte son second titre. À l'issue d'un match serré, Lacoste bat l'Américain Bill Tilden 6-4, 4-6, 5-7, 6-3, 11-9 lors de la finale 1927. Les tribunes, qui ne peuvent alors contenir plus de , sont pleines. Après quatre heures de jeu, Tilden mène 9-8 et 40/15 au cinquième set. Sur la première balle de match, Lacoste fait un retour gagnant. Sur la deuxième, Tilden croit servir un ace quand l'arbitre de ligne, Henri Cochet, crie « Faute ! ». Tilden, , accuse le coup. Il perd le match sur une double faute deux jeux plus tard. À la suite de cette victoire française à Roland-Garros, les Français enchaînent avec un succès en Coupe Davis contre les Américains aux États-Unis après une ultime victoire de Cochet sur Johnson. En 1928, Cochet bat une nouvelle fois Lacoste. Lors de l'édition suivante, René Lacoste bat Jean Borotra qui échoue de peu de mettre fin à la série de victoires de Lacoste et Cochet. L'édition 1930 est marquée par le retour en finale de William Tilden qu'il perd cette fois-ci contre Cochet qui remporte une quatrième fois le tournoi. En 1931, Jean Borotra remporte son premier titre du Grand Chelem à Roland-Garros contre Christian Boussus. En 1932, Henri Cochet remporte sa cinquième et dernière victoire en amateur contre l'Italien Giorgio De Stefani. En 1933, l'Australien John Crawford devient le premier étranger à remporter les Internationaux de France amateur en battant Henri Cochet. De nouvelles championnes : Wills, Scriven, Sperling et Mathieu. Pour la première édition des Internationaux de France féminin, en 1925 comme pour les messieurs, Suzanne Lenglen continue sa domination sur le tennis mondial. En battant Kathleen McKane en deux sets 6-1, 6-2, elle devient la première lauréate des Internationaux de France. L'édition suivante est peu différente, Lenglen domine la compétition jusqu'à une dernière large victoire 6-1, 6-0 contre Mary Kendall Browne. En 1927, Cornelia Bouman devient la première étrangère à remporter le tournoi depuis sa création en 1897. En finale, elle bat une autre étrangère, Irene Bowder Peacock, sur le score de 6-2, 6-4. La grande joueuse du tournoi dans la fin des années 1920 est sans contestation possible Helen Wills. Elle est la première à avoir réussi la performance de remporter trois fois de suite les Internationaux de France. Sa série commence en 1928 avec une victoire contre Eileen Bennett en finale. L'année suivante, elle se défait de la Française Simonne Mathieu, qui atteint la première de ses huit finales du simple dames du tournoi. En 1930, Helen Wills remporte sa troisième consécration consécutive contre Helen Hull Jacobs. L'édition 1931 lui échappe et met fin à sa série, Cilly Aussem en profite et bat Betty Nuthall en finale. Helen Wills remporte une quatrième et ultime fois le tournoi en 1932 après une victoire contre Simonne Mathieu qui perd sa seconde finale. Mathieu échouera une nouvelle fois en finale l'année suivante contre Margaret Scriven qui remporte le tournoi une seconde fois en 1934. Hilde Krahwinkel Sperling réussit entre 1936 et 1938 à égaler le record de Wills en battant trois fois de suite Simonne Mathieu en finale. Mathieu, qui a alors perdu six finales (1929, 1932, 1933, 1935, 1936 et 1937), atteint une septième fois la finale en 1938 qu'elle remporte contre Nelly Adamson Landry. Cette année-là, elle réalise un triplé historique avec le double dames et le double mixte. Simonne Mathieu vainc une nouvelle fois en 1939 contre Jadwiga Jędrzejowska pour ce qui sera la dernière finale avant une pause imposée par la seconde Guerre mondiale. Entre 1933 et 1939, Simonne Mathieu remporte six fois le tournoi de double dames, échouant une seule fois en 1935. En 1934 et 1935, elle remporte le tournoi avec Elizabeth Ryan, qui a remporté deux autres fois le tournoi de double dames à Roland-Garros. En 1936, 1937 et 1938, elle le remporte avec Billie Yorke. En 1937 et 1938, elle remporte le tournoi en double mixte avec Yvon Petra puis Dragutin Mitić. Lors de sa dernière victoire dans la compétition en 1939, sa partenaire se nomme Jadwiga Jędrzejowska, finaliste du simple battue par sa partenaire de double. La coupe remise aux gagnantes du double dames des Internationaux de France porte aujourd'hui le nom de "Coupe Simonne Mathieu". Avant-guerre. Après la domination des quatre Mousquetaires, Gottfried von Cramm domine sur la terre battue de Roland-Garros. L'Allemand bat John Crawford en 1934 en cinq sets. En finale l'année suivante, il s'incline contre Fred Perry avant de le battre en 1936. L'Allemagne est dominatrice au milieu des années 1940. Après la double victoire de Gottfried von Cramm, Henner Henkel est préféré pour représenter l'Allemagne à von Cramm qui est anti-nazi, et prend la relève en 1937 et remporte contre Henry Austin son premier et seul triomphe aux Internationaux de France. En 1938, Donald Budge devient le premier joueur à réussir le Grand Chelem. Cela passe par une victoire à Paris contre Roderich Menzel, troisième Allemand en finale en trois éditions. La dernière édition d'avant guerre sera une victoire de l'Américain William McNeill sur l'Américain Bobby Riggs. De la Seconde Guerre mondiale au professionnalisme. Tournoi pendant la guerre. Durant la Seconde Guerre mondiale, le stade Roland-Garros est réquisitionné par les autorités et devient un camp de transit pour étrangers jugés indésirables (les prisonniers sont parqués sous le Central ; Arthur Koestler est l'une des qui y passèrent). Dès 1941, les Internationaux de France deviennent le « Tournoi de France » et se déroulent au stade Roland-Garros. Seuls les Français et quelques joueurs francophones jouent ces tournois. Bernard Destremau remporte le tournoi de France en 1941 et 1942 avant d'aller combattre sur le front dans l'Armée française de la Libération. Revenu de la guerre, Yvon Petra lui succède les années suivantes. Chez les femmes, Raymonde Veber-Jones gagne le tournoi de 1944. Oubliés, ces tournois ne sont pas comptabilisés dans l'histoire officielle de la compétition (qui arrête son décompte en 1939 et le reprend en 1946). Après-guerre et victoires américaines. Le tournoi reprend officiellement en 1946. Il n'y a pas une importante participation étrangère pour ces premiers internationaux d’après guerre. Jack Kramer, Dinny Pails et Geoff Brown préparent la finale de la Coupe Davis. Contre toute attente, Marcel Bernard, repêché de la dernière heure, crée la surprise. En finale, il est pourtant rapidement mené deux sets à zéro par Jaroslav Drobný, mais le Français renverse finalement la situation et l'emporte 3-6, 2-6, 6-1, 6-4, 6-3. Déjà vainqueur du double messieurs avec Jean Borotra en 1936, il ne se contente pas du tournoi de simple messieurs, il remporte aussi le double avec son ami et partenaire Yvon Petra. Marcel Bernard a remporté la compétition de double mixte en 1935 et 1936 avec Lolette Payot puis Billie Yorke. Le Hongrois József Asbóth remporte les Internationaux de France de tennis 1947 en battant le Sud Africain Eric Sturgess. Les Américains dominent alors la compétition. Peu présents avant la guerre, les meilleurs américains se déplacent en Europe après la seconde Guerre mondiale. En 1948, l'Américain Frank Parker est sacré vainqueur. Déjà finaliste en 1946, Jaroslav Drobný s'incline une nouvelle fois. Frank Parker remporte l'édition suivante, réalisant un doublé, en battant son compatriote Budge Patty. Finaliste l'année précédente, Budge Patty remporte le tournoi 1950 après une bataille en cinq sets contre Jaroslav Drobný, qui s'incline une troisième fois en finale. Drobný remporte la finale en 1951, mettant fin à sa série de défaites en finale. Il domine Erik Sturgess, déjà finaliste en 1947. Jaroslav Drobný fait le doublé en 1952, en battant l'Australien Frank Sedgman. Ken Rosewall, remporte le tournoi amateur 1953 avant de remporter le tournoi professionnel. Il s'adjuge la victoire contre l'Américain Vic Seixas. En 1954 et 1955, Tony Trabert remporte les Internationaux de France. Il remporte une première fois le tournoi contre l'Américain Arthur Larsen. Il bat Sven Davidson, le premier d'une longue liste de Suédois qui ont atteint la finale, sur le score de 2-6, 6-1, 6-4, 6-2. Sven Davidson perd une nouvelle fois en finale en 1956 contre Lew Hoad. Double finaliste, Sven Davidson est sacré en 1957 en battant Herbert Flam, dernier finaliste Américain des années 1950. La domination australienne n'est pas à son apogée à la fin des années 1950, mais l'Australien Mervyn Rose bat le Chilien Luis Ayala en 1958. Nicola Pietrangeli remporte le tournoi deux fois en 1959 et 1960 contre Ian Vermaak puis Luis Ayala, qui perd sa seconde finale, et atteint la finale une autre fois en 1961 mais s'incline face à l'Espagnol Manuel Santana. Le tournoi féminin reprend lui aussi en 1946. Pour la première édition féminine d'après guerre, deux Américaines atteignent la finale. Margaret Osborne et Pauline Betz s'affrontent. Margaret Osborne s'impose sur le score de 1-6, 8-6, 7-5 et devient la seconde Américaine après Helen Wills à remporter les Internationaux de France de tennis. En 1947, le constat est le même : les Américaines dominent la compétition. Patricia Canning Todd bat Doris Hart. La Française Nelly Adamson Landry remporte la première victoire française dans le tournoi de simple féminin de l'après guerre. Déjà finaliste en 1938, avant la guerre, elle élimine son dernier adversaire Shirley Fry Irvin dix ans plus tard. Nelly Adamson Landry atteint la finale en 1949 et est confronté à la lauréate de la première édition d'après guerre Margaret Osborne. L'Américaine domine la Française en deux sets. Les quatre finales suivantes opposent deux Américaines. Doris Hart atteint la finale quatre fois consécutivement en 1950, 1951, 1952 et 1953. Elle s'impose contre Patricia Canning Todd en 1950, s'incline lors de l'édition suivante contre Shirley Fry Irvin. La finale 1952 est la revanche de la finale de l'année précédente, et Doris Hart l'emporte, privant Shirley Fry Irvin d'un second triomphe consécutif porte d'Auteuil. En 1953, Doris Hart est opposée à Maureen Connolly. Connolly, elle aussi Américaine bat Doris Hart. Elle remporte une seconde fois le tournoi en 1954 après une ultime victoire 6-4, 6-1 contre la Française Ginette Bucaille. En 1955, la Britannique Angela Mortimer met fin à une série de six victoires Américaines. Après avoir perdu le premier set 6-2, elle domine l'Américaine Dorothy Head les deux sets suivants sur un score très serré 7-5, 10-8. Lauréate en 1955, Mortimer remporte tous ses matchs jusqu'à la finale cependant elle ne réussit pas à réitérer sa performance en 1956 et s'incline face à l'Américaine Althea Gibson. Shirley Bloomer Brasher triomphe sur la terre battue parisienne en 1957. Dorothy Head Knode s'incline en finale et échoue une seconde fois en finale après 1955. La Britannique Shirley Bloomer Brasher est une nouvelle fois en finale en 1958 pour défendre son titre mais elle échoue après un match en trois sets contre la Hongroise Zsuzsa Körmöczy. Cette dernière échoue aussi en finale l'année suivante à défendre son titre, Christine Truman la bat. En 1960 et 1961, la Mexicaine Yola Ramírez Ochoa atteint la finale, mais elle échoue les deux fois, d'abord contre l'Américaine Darlene Hard puis contre la Britannique Ann Haydon-Jones. La décennie australienne. Après les victoires des latins Nicola Pietrangeli (1959, 1960) et Manuel Santana (1961) qui succèdent à celle de l'Australien Mervyn Rose, les années 1960 sont outrageusement dominées par les Australiens. L'Australie, déjà à l'honneur en 1956 avec le sacre de Lew Hoad, devient la première nation du tennis. En 1962, Rod Laver réalise un exploit : remporter tous les tournois du Grand Chelem, réaliser le Grand Chelem. Et cet exploit passe par une victoire à Roland-Garros. Il se défait de son compatriote Roy Emerson, alors qu'il est mené deux sets à zéro. Après avoir remporté le troisième set 6-3, il remporte difficilement le quatrième set 9-7, et conclut le match sur le score de 3-6, 2-6, 6-3, 9-7, 6-2. Le finaliste malheureux Emerson fait mieux l'année suivante, en battant le Français Pierre Darmon en finale. La finale de 1964 met un terme à la série australienne. Les précédents vainqueurs Manuel Santana et Nicola Pietrangeli se retrouvent une nouvelle fois en finale, et Santana remporte son second titre. Entre 1965 et 1969, cinq Australiens différents remportent les Internationaux de France, et, quatre des cinq sacres, contre un autre Australien. Cette domination sans partage aux Internationaux de France devient une évidence en 1965, l'Australien Fred Stolle bat l'Australien Tony Roche. Le finaliste 1965, Roche, remporte le tournoi l'année suivante contre le Hongrois István Gulyás en trois sets. Roy Emerson remporte son second titre en 1967 contre Tony Roche, qui perd une seconde fois en finale. Pour cette dernière édition amateur, le vainqueur, Emerson, remporte un bon d'achat de à retirer dans un magasin. En 1968, Ken Rosewall remporte le premier titre ". Vainqueur à de nombreuses reprises lors des tournois professionnels, il montre ainsi qu'il est l'un des meilleurs, si ce n'est le meilleur, joueur de terre battue. Il bat Rod Laver et empoche un chèque de . Laver, vaincu en 1968, montre lui aussi qu'il est un champion en prenant sa revanche contre son rival Rosewall lors de l'édition suivante. Dans le tournoi de simple femmes comme dans celui des hommes, les Australiens dominent. En 1962, l'Australienne Margaret Smith Court remporte une première fois le tournoi contre Lesley Bowrey, elle aussi Australienne, en la battant en trois sets. À son tour, Lesley Bowrey remporte ses premiers Internationaux de France après une dernière victoire contre Ann Haydon-Jones, finaliste 1961. En 1964, Maria Bueno est battue par Margaret Smith Court qui remporte sa seconde victoire à Roland-Garros. En 1965, Lesley Bowrey bat Margaret Smith Court. Bowrey remporte une deuxième et dernière victoire en Grand Chelem à Paris. Ann Haydon Jones bat Nancy Richey en 1966. La Française Françoise Dürr bat Lesley Bowrey, double lauréate, et remporte le dernier tournoi réservé aux amateurs. De nombreux joueurs, officiellement déclarés professionnels, n'ont pu participer au tournoi car, avant le début de l'ère Open, le tournoi est réservé aux amateurs. Parmi les joueurs professionnels non autorisés à disputer le tournoi figurent, dans l'ordre chronologique, Karel Koželuh, Bill Tilden (à partir de 1931), Hans Nüsslein, Henri Cochet (à partir de 1933), Ellsworth Vines (à partir de 1934), Fred Perry (à partir de 1937), Donald Budge (à partir de 1939), Bobby Riggs et Frank Kovacs (à partir de 1942), Jack Kramer (à partir de 1948), Pancho Segura (à partir de 1948), Frank Parker (à partir de 1950), Pancho Gonzales (à partir de 1950), Frank Sedgman (à partir de 1953), Tony Trabert (à partir de 1956), Ken Rosewall (à partir de 1957), Lew Hoad (à partir de 1958), Andrés Gimeno (à partir de 1961), Rod Laver (à partir de 1963) et Fred Stolle (à partir de 1963). Entre les professionnels, est organisé des Internationaux de France de tennis professionnels. De 1930 à 1968, vingt et une éditions se sont déroulées. La première remportée par Karel Koželuh en 1930. Bill Tilden, Henri Cochet, Hans Nüsslein et Donald Budge inscrivent leur nom au palmarès avant la guerre. Après la guerre, Tony Trabert en 1956 et 1959 sera le seul non Australien à remporter le tournoi professionnel. Pendant que les Australiens dominent le tournoi amateur, Ken Rosewall remporte le tournoi de 1958 à 1966, hormis en 1959. Rod Laver, défait par Rosewall en finale lors des éditions 1963, 1964, 1965 et 1966, remporte les deux dernières éditions du tournoi en 1967 et 1968 avant la création de l'ère Open. Ère Open. Les Internationaux deviennent Open. L'ensemble des éditions de 1891 à 1967, toutes gérées par la Fédération française de tennis, furent interdites aux joueurs officiellement professionnels considérés comme des traîtres à l'esprit sportif. Parallèlement ces derniers organisèrent leurs propres internationaux de France professionnels de 1930 à 1968. Après la décision de Wimbledon de devenir ", Roland-Garros en fait de même. C'est le début de l'ère Open. En 1968, la FFT organise les premiers internationaux de France ', c'est-à-dire ouverts aux amateurs et aux professionnels. Ces derniers confirment leur supériorité lors de la première édition en monopolisant les quatre places de demi-finalistes du simple messieurs. Roland-Garros est le premier des quatre tournois du Grand-Chelem à devenir '. Pour la première édition des Internationaux de France ', un total de francs de prix est prévu, alors que le total des recettes de l'année précédente ne dépasse pas , un risque financier mis en valeur par les opposants de l'ère open. L'édition 1968 est marquée par un événement social et politique : mai 68. Les manifestations se multiplient et les nuits de violence se succèdent dans le quartier latin. Le comité d'organisation décide de maintenir le tournoi. Les nouvelles de Paris et le manque de moyens de transport découragent des joueurs étrangers à venir jouer. Il y a 31 abandons au premier tour, et trois autres joueurs préfèrent rentrer chez eux au second tour. La finale a lieu le et oppose Ken Rosewall à Rod Laver. Les deux Australiens s'affrontent sur un court central archicomble. Rosewall emporte la finale en quatre sets, et fait le doublé en remportant le tournoi de double messieurs avec Fred Stolle. Chez les dames, Nancy Richey remporte le tournoi en simple après une victoire en finale contre Ann Haydon-Jones. Finalement, le premier Roland-Garros ' est un succès pour les organisateurs du tournoi. Avec , le tournoi a fait de recettes, trois fois plus que l'année précédente. L'année suivante, Rod Laver remporte son second titre contre Ken Rosewall. En cette année 1969, Rod Laver remporte son second Grand Chelem. En 1970, Jan Kodeš met fin aux victoires Australiennes en remportant la coupe des Mousquetaires après une dernière victoire en finale contre le Yougoslave Željko Franulović. Des joueurs de l'Europe de l'Est vont loin dans les tableaux. En 1971, Jan Kodeš remporte une seconde victoire consécutive contre le Roumain Ilie Năstase. En 1972, Andrés Gimeno bat le Français Patrick Proisy. En 1973, Ilie Nastase remporte le tournoi de Roland-Garros en battant le Yougoslave Nikola Pilic et devient le premier numéro un mondial de l'ATP. La première édition féminine de l'ère Open est remportée par l'Américaine Nancy Richey contre Ann Haydon-Jones. L'Australienne Margaret Smith Court marque l'histoire de Roland-Garros en remportant le tournoi deux nouvelles fois en 1969 et 1970 contre Ann Haydon Jones puis Helga Masthoff. Deux Australiennes atteignent pour la première fois la finale de Roland-Garros en 1971. Evonne Goolagong et Helen Gourlay-Cawley s'affrontent et la première triomphe. L'Américaine Billie Jean King bat Evonne Goolagong en 1972. Le , Margaret Smith Court remporte une dernière fois le tournoi de simple féminin contre l'Américaine Chris Evert. La suprématie suédoise. Philippe Chatrier, alors président de la FFT, bannit du tournoi l'ensemble des joueurs ayant participé aux intervilles (compétition professionnelle américaine) ; le numéro 1 de l'époque, Jimmy Connors ne peut jouer les Internationaux de France et c'est ainsi que débute la suprématie suédoise en 1974 avec Björn Borg qui remporte son premier tournoi du Grand Chelem à Roland-Garros. Alors qu'il a eu 18 ans au début du tournoi, il bat en finale l'Espagnol Manuel Orantes en cinq sets 2-6, 6-7, 6-0, 6-1, 6-1. C'est le début de l'ère suédoise. Il gagne de nouveau l'année suivante après une ultime victoire contre l'Argentin Guillermo Vilas. Il échoue en 1976 contre le futur lauréat du tournoi, l'Italien Adriano Panatta, après avoir battu le Français François Jauffret 10-8 dans le cinquième set de son huitième de finale. C'est la deuxième défaite de Borg à Roland-Garros (déjà battu par Panatta en 1973). Panatta remporte le titre en battant Harold Solomon, tombeur de Raúl Ramírez et Guillermo Vilas. Cette victoire est la dernière et unique victoire masculine italienne à Roland-Garros sous l'ère open. En 1977, Guillermo Vilas profite de l'absence de Borg (interdit de jouer à la suite de sa participation aux Intervilles) et bat l'Américain Brian Gottfried en finale, ne lui laissant que trois jeux. Il s'agit de la plus large victoire à Roland-Garros sous l'ère Open. En 1978, pour marquer le cinquantenaire du stade Roland-Garros, une cérémonie est organisée pour fêter les joueurs qui ont fait l'histoire du tournoi. Pour la troisième fois, Björn Borg remporte la coupe des Mousquetaires qui lui est remise par Henri Cochet. Borg en fait de même en 1979, 1980 sans perdre un set et 1981. Ces quatre titres de rang font de lui une des légendes de Roland-Garros. En 1982, un autre Suédois est sacré sur la terre battue parisienne : Mats Wilander. En demi-finale, alors que l'arbitre lui donne la victoire, il choisit de remettre la balle de match. Il se qualifie ensuite pour la finale, et bat Guillermo Vilas, qui a perdu trois des quatre finales qu'il a disputées en huit années. À l'âge de 17 ans et 9 mois, Wilander domine l'Argentin 1-6, 7-6, 6-0, 6-4 et remporte le premier titre majeur de sa carrière. L'édition suivante, Mats Wilander atteint la finale, confirmant son talent. Yannick Noah, après avoir battu Ivan Lendl en quart de finale, domine le Français Christophe Roger-Vasselin en demi-finale pour accéder à la finale contre Wilander. Celle-ci se déroule le devant . Noah mène et obtient une balle de match que Wilander sauve. Le Suédois sauve une nouvelle balle de match à 6-2 dans un tie-break avant de céder sur un retour de service trop long. Noah devient le premier joueur de couleur à remporter le tournoi. Il est le dernier vainqueur Français du tournoi masculin. Durant le tournoi, Yannick Noah joue un jeu offensif, il est l'un des derniers attaquants vainqueurs de Roland-Garros. Marcel Bernard lui remet la coupe des Mousquetaires. Noah est le dernier joueur à avoir gagné avec une raquette en bois, abandonnée dès l'année suivante. En 1984, le Tchécoslovaque Ivan Lendl, finaliste de l'édition 1981, remporte pour la première fois le tournoi du Grand Chelem sur terre battue en battant l'Américain John McEnroe, bien que ce dernier ait remporté les deux premiers sets. Devant le président de la République, François Mitterrand, Lendl l'emporte finalement 3-6, 2-6, 6-4, 7-5, 7-5 et inflige à McEnroe une des trois défaites de sa saison et le prive d'un des titres du Grand Chelem qui lui manquera toujours. La finale de 1984 est aussi la seule finale sans Suédois des années 1980. En double, les Français Noah et Leconte remportent le tournoi. L'édition 1985 est marquée par le retour du successeur de Borg, Mats Wilander, qui l'emporte face au tenant du titre Ivan Lendl. Jimmy Connors échoue quatre fois de suite en demi-finale entre 1982 et 1985. C'est contre un autre Suédois que Lendl remporte son second Roland-Garros l'année suivante. Mikael Pernfors ne réussit pas à battre le Tchécoslovaque et s'incline en finale. Ivan Lendl réussit la performance de remporter son troisième tournoi du Grand Chelem de Roland-Garros en 1987. En finale, il prend sa revanche contre Mats Wilander et le bat. Tout comme Lendl réussit à le faire en 1987, Mats Wilander remporte ses troisième Internationaux de France en 1988 en battant le dernier finaliste français Henri Leconte. En 1989, Michael Chang remporte son unique titre sur la terre battue parisienne après avoir battu un nouveau Suédois en finale. Après Borg, Wilander et Pernfors, Stefan Edberg est le quatrième et dernier Suédois à atteindre la finale des Internationaux de Roland-Garros en quinze ans. Il s'incline en finale contre Chang qui entre dans l'histoire du tournoi en servant à la cuillère en huitième de finale contre le triple vainqueur Ivan Lendl et en étant le plus jeune vainqueur du tournoi de Roland-Garros à 17 ans et trois mois. Entre la première victoire de Björn Borg en 1974 et la finale de Stefan Edberg en 1989, les Suédois ont remporté neuf des seize tournois disputés. La dernière des trois victoires de Mats Wilander en 1988 reste encore la dernière victoire suédoise aux Internationaux de France de tennis. Domination de Chris Evert. Finaliste pour la première fois en 1973, Chris Evert s'incline contre l'australienne Margaret Smith Court qui remporte là son dernier titre à Roland-Garros. En 1974, Chris Evert remporte son premier titre du grand chelem après une ultime victoire contre Olga Morozova. La première finale entre Chris Evert et Martina Navrátilová se déroula le . Après avoir perdu le premier set, Chris Evert l'emporte 2-6, 6-2, 6-1. Avec la concurrence des intervilles, la plupart des meilleures joueuses du monde ne participent pas au tournoi pendant les trois éditions suivantes. Après la victoire de Sue Barker en 1976, Mima Jaušovec en profite et remporte le tournoi en 1977 contre Florenta Mihai, avec la somme de francs. Finaliste l'année suivante, la joueuse yougoslave s'incline 6-2, 6-2 contre Virginia Ruzici. Chris Evert fait un retour triomphal en 1979 en dominant largement Wendy Turnbull, puis réitère sa performance lors de l'édition suivante contre Virginia Ruzici. En 1981, Evert est battue en demi-finale par la jeune tchèque Hana Mandlíková qui remporte logiquement le tournoi, profitant de l'échec prématuré de l'autre favorite Martina Navrátilová. Cette dernière, finaliste malheureuse en 1975 et absente de 1976 à 1980, remporte enfin ses premiers Internationaux de France en battant Andrea Jaeger en 1982. Evert remporte une nouvelle fois le tournoi en 1983. Le second duel entre Navrátilová et Evert se déroule le . La première emporte le match et le tournoi mais les deux finales suivantes entre les deux joueuses, d'un niveau de jeu exceptionnel, connaissent un sort différent. En 1985, Chris Evert domine sa rivale, alors invaincue depuis sa victoire l'année précédente, et s'inscrit dans l'histoire du tennis avec une septième victoire (record) en 1986. Martina Navrátilová, qui a déjà perdu trois finales contre Chris Evert, en perd une quatrième en 1987 contre l'Allemande Steffi Graf. Cette dernière l'emporte en trois sets serrés et empoche un chèque de . Ère moderne. Tournoi masculin. En 1990, Andrés Gómez devient le premier équatorien à remporter le tournoi en battant Andre Agassi qui échoue une nouvelle fois contre son compatriote Jim Courier en 1991. Courier confirme son succès en 1992 avec un second triomphe. Courier rate le troisième succès consécutivement en 1993 contre Sergi Bruguera qui réalise le doublé l'année suivante. En 1995, Michael Chang atteint une seconde fois la finale sur la terre battue parisienne, après sa victoire en 1989. Il échoue en finale contre l'Autrichien Thomas Muster. En 1996, Ievgueni Kafelnikov devient le premier Russe à remporter les Internationaux de Roland-Garros. L'édition 1997 est celle de la révélation du Brésilien Gustavo Kuerten aux yeux du public parisien. Alors qu'il n'est pas tête de série et classé à l'ATP, « Guga » bat le double vainqueur Sergi Bruguera. En 1998, la finale se dispute entre deux Espagnols : Carlos Moyà et Àlex Corretja, le premier l'emporte 6-3, 7-5, 6-3. En 1999, alors que sa compagne Steffi Graf a remporté le tournoi la veille, Andre Agassi, pourtant mené deux sets à zéro, réussit là où il a échoué en 1990 et 1991 : il remporte la finale du Grand Chelem sur terre battue en retournant une situation mal engagée contre l'Ukrainien Andreï Medvedev et en l'emportant 1-6, 2-6, 6-4, 6-3, 6-4. En 2000 et 2001, Gustavo Kuerten remporte le tournoi. La finale de l'édition 2002 est une nouvelle fois une finale qui oppose deux joueurs espagnols : Albert Costa s'impose contre Juan Carlos Ferrero. Ce dernier n'échoue pas contre Martin Verkerk l'année suivante. Ferrero l'emporte contre le puissant serveur hollandais. En 2004, les Argentins Gastón Gaudio et Guillermo Coria se disputent le match durement, et Gaudio s'impose en cinq sets 0-6, 3-6, 6-4, 6-1, 8-6. L'ère Nadal. En 2005 pour sa première participation à Roland-Garros, l'Espagnol Rafael Nadal remporte le titre, battant en finale l'Argentin Mariano Puerta (6-7, 6-3, 6-1, 7-5). C'est le début de l'ère Nadal. En 2006, 2007 et 2008, Nadal bat en finale le Suisse Roger Federer, alors numéro un mondial, lui infligeant même un sévère 6-1, 6-3, 6-0 en 2008. En 2009, Federer parvient cependant à remporter le seul titre du Grand Chelem qui lui manquait, en s'imposant face au surprenant Suédois Robin Söderling, tombeur de Nadal en huitième de finale. En 2010, Nadal prend sa revanche sur Robin Söderling dans une finale de trois sets. D'ailleurs comme en 2008, il ne perd aucun set durant le tournoi. En 2011 pour la quatrième fois, Nadal bat Federer en finale, cette fois en quatre sets (7-5, 7-6, 5-7, 6-1), et réalise le sextuplé, égalant ainsi le record de Björn Borg qui date de trente ans. En 2012, Nadal gagne pour la septième fois le titre, face à Novak Djokovic en finale (6-4, 6-3, 2-6, 7-5) : le match est interrompu à deux reprises par la pluie et se déroule sur deux jours. Nadal devient ainsi le joueur masculin le plus titré de l'histoire de ce tournoi, dans l'ère Open. En 2013, après avoir battu le numéro un mondial Djokovic en demi-finale, Nadal remporte Roland-Garros pour la huitième fois en battant son compatriote David Ferrer en finale (6-3, 6-2, 6-3). Il devient alors le premier joueur de l'histoire à remporter huit fois le même tournoi du Grand Chelem, dans l'ère Open. En 2014 pour la seconde fois, Rafael Nadal bat en finale son rival Novak Djokovic. Les années 2015 et 2016 voient de nouveaux vainqueurs du trophée. En 2015, le défenseur du titre Nadal perd en quart de finale face au numéro un mondial Djokovic, qui est lui-même battu en finale par Stanislas Wawrinka. En 2016, Nadal déclare forfait à la veille de son match du troisième tour face à Marcel Granollers. L'Espagnol quitte le tournoi parisien en raison de son poignet gauche, trop douloureux pour continuer. Novak Djokovic en profite, et remporte le tournoi en battant en finale l'Écossais Andy Murray. Djokovic, qui a remporté Wimbledon et l'US Open en 2015 et l'Open d'Australie en 2016, réalise donc à cette occasion un Grand Chelem à cheval sur deux saisons. En 2017, Nadal est de retour à Paris, et remporte à nouveau le tournoi face à Wawrinka en finale (6-2, 6-3, 6-1), décrochant ainsi son dixième titre. À cette occasion, le tournoi lui réserve une cérémonie spéciale d'hommage et lui offre une copie personnalisée de la coupe. En 2018, il gagne facilement la finale face à l'Autrichien Dominic Thiem, malgré un problème à la main gauche au dernier set, en 6-4, 6-3, 6-2, et remporte ainsi le titre pour la onzième fois. Il bat en même temps le dernier record qui lui manquait du tournoi : celui du nombre de victoires remportées (86) devant Steffi Graf (84). La finale de l'édition 2019 voit à nouveau Nadal dominer Thiem (6-3, 5-7, 6-1, 6-1), après avoir été le premier tournoi depuis l'Open d'Australie 2012 à faire figurer les quatre premiers joueurs mondiaux en demi-finales. En 2020, à cause de la pandémie de Covid-19 en Europe, les tournois sont annulés de mars à août. Les organisateurs décident de maintenir le tournoi de Roland-Garros en le déplaçant au mois de septembre et en excluant des joueurs contrôlés positifs au coronavirus. Le tournoi étant joué en automne, le nouveau toit au-dessus du court Philippe-Chatrier est déployé à plusieurs reprises pour prolonger les matchs lors d'averses. Rafael Nadal remporte le tournoi pour la fois en battant Novak Djokovic en finale. Il remporte son titre du Grand Chelem et égale le record de Roger Federer. L'année suivante, après avoir éliminé Nadal en demi-finale, Djokovic bat Stefanos Tsitsipas en finale, en cinq sets après avoir perdu les deux premières manches (une première depuis Gastón Gaudio en 2004) pour s'adjuger son 19e titre du Grand Chelem et revenir à une longueur de Nadal et Federer. En avril 2021, la ministre des sports, Roxana Maracineanu, évoque la possibilité de reporter l'édition prévue du 17 mai au 6 juin en raison de la recrudescence des cas de Covid-19 en France ; le tournoi n'est finalement décalé que d'une semaine. Tournoi féminin. Le , l'Allemande Steffi Graf entre dans l'histoire de la compétition en remportant une seconde fois consécutive le tournoi en infligeant une double roue de bicyclette 6-0, 6-0 à Natasha Zvereva. L'année suivante, Graf échoue en finale contre l'Espagnole Arantxa Sánchez. En 1990, Graf, à nouveau en finale, affronte l'Américaine Monica Seles, qui y remporte son premier titre du Grand Chelem, avant de récidiver en 1991 et 1992 en battant respectivement Sánchez et Graf à nouveau. Graf vainc Mary Joe Fernández en finale en 1993 et obtient son troisième titre. En 1994, Mary Pierce devient la première Française de l'ère Open à atteindre la finale, qu'elle perd face à Sánchez. Steffi Graf et Arantxa Sánchez se retrouvent les deux années suivantes en finale, Graf remportant les deux matches en trois manches. En 1997, la Croate Iva Majoli bat la Suissesse Martina Hingis, pourtant favorite, en deux sets 6-4, 6-2. En 1998, dix ans après son premier sacre Porte d'Auteuil, Arantxa Sánchez remporte une troisième fois le tournoi en battant Seles, qui effectue son retour sur le circuit. Le , Steffi Graf remporte le dernier de ses six triomphes à Roland-Garros, douze années après le premier, contre Martina Hingis qui échoue une nouvelle fois en finale alors qu'elle domine le tennis mondial et a remporté les trois autres tournois du Grand Chelem. En 2000, Mary Pierce devient la première Française à remporter le tournoi du simple féminin de l'ère Open, battant Conchita Martinez en finale. En 2001, l'Américaine Jennifer Capriati bat la Belge Kim Clijsters lors de la finale la plus serrée des années 2000. Capriati l'emporte 12-10 dans le troisième set après avoir perdu le premier 1-6. La finale 2002 oppose pour la première fois deux sœurs. Serena Williams et Venus Williams s'affrontent et la première l'emporte 7-5, 6-3. La finale 2003 oppose deux Belges : Justine Henin et Kim Clijsters. Henin remporte une première fois le tournoi. Après une finale américaine en 2002, belge en 2003, la finale 2004 est russe, Anastasia Myskina bat Elena Dementieva. En 2005, 2006 et 2007, Justine Henin remporte le tournoi, respectivement contre Mary Pierce, qui atteint une troisième et dernière fois la finale, Svetlana Kuznetsova puis Ana Ivanović. Justine Henin prend sa retraite avant les Internationaux de France de tennis 2008. Battue l'année précédente, la Serbe Ana Ivanović remporte les Internationaux de France en 2008 après une ultime victoire contre la Russe Dinara Safina en deux sets 6-4, 6-3. En 2009, Safina s'incline une nouvelle fois en finale, cette fois-ci face à sa compatriote Svetlana Kuznetsova, sur le score de 6-4, 6-2. En 2010, Francesca Schiavone devient la première Italienne à remporter le tournoi parisien, s'imposant en finale face à Samantha Stosur (6-4, 7-6). En 2011 Li Na devient la première chinoise à remporter le tournoi de Roland-Garros en s'imposant face à Francesca Schiavone (6-4, 7-6 [0]). En 2012, Maria Sharapova remporte Roland-Garros, le quatrième Grand Chelem de sa carrière, et devient la de l'ère Open à réaliser le Grand Chelem en carrière, après avoir vaincu en finale Sara Errani (6-3, 6-2). En 2013 Serena Williams gagne pour la deuxième fois le tournoi, 11 ans après sa première victoire, en deux sets (6-4 6-4) contre la russe Maria Sharapova, qui s'impose l'année suivante, pour un deuxième sacre, face à Simona Halep, (6-4, 6-7, 6-4), dont c'était la première finale en Grand Chelem. En 2017, Jeļena Ostapenko gagne son premier tournoi du Grand Chelem à seulement 20 ans et 2 jours. En 2018, Simona Halep remporte le premier tournoi de Grand Chelem de sa carrière après deux finales infructueuses dans celui-ci, en battant en 3 sets (3-6, 6-4, 6-1) l'américaine Sloane Stephens. En 2019, Ashleigh Barty s’offre son premier titre du Grand Chelem en battant en finale Markéta Vondroušová (6-1,6-3) et devient la première australienne à inscrire son nom au palmarès du simple dames depuis Margaret Court en 1973. En 2020, Iga Świątek (54e joueuse mondiale, 19 ans) devient la première joueuse polonaise à remporter un tournoi du grand chelem en battant l'américaine Sofia Kenin en finale (6-4, 6-1). En 2021, c'est la tchèque Barbora Krejčíková qui remporte le tournoi face à Anastasia Pavlyuchenkova en finale (6-1, 2-6, 6-4). Dotation. Depuis l'édition 2007, la FFT instaure la parité de rétribution entre joueuses et joueurs. La dotation globale pour 2019 est de soit 8 % de plus qu'en 2018. Organisation. Billetterie. La vente des billets pour le tournoi est réparti de septembre à mai : les entreprises en septembre, les billets "premium" en février, les billets pour les licenciés début mars et le grand public entre fin mars et début mai et sont disponibles en ligne ou avec possibilité de payer ses places aux entrées du stade de Roland-Garros. Le développement des billets électroniques et nominatifs ont permis de limiter le marché noir et les fraudes : la revente des billets est possible par le biais de la bourse aux billets éditée par le tournoi permettant aux spectateurs de revendre leurs billets de façon légale et officielle et ce depuis 2009. Les statistiques montrent que 30 à 40 % des spectateurs sont des licenciés de la FFT. Compétition. Qualifications et invitations. Les qualifications se déroulent sur quatre jours. Pour obtenir leur ticket pour le tableau final, 128 joueurs et 96 joueuses jouent la semaine avant la quinzaine de compétition. Parmi eux, il y en aura seulement douze chez les femmes et seize chez les hommes qui pourront affronter les meilleurs joueurs mondiaux. Les matchs de qualification se jouent en deux sets gagnants. Il faut remporter trois matchs pour obtenir son droit d'accès au tableau final (joueurs notés Q dans le tableau de match sur certains sites de tennis). De plus, en cas d'absence de joueurs inscrits pour le tableau final pour blessure ou maladie, les meilleurs perdants ayant accédé au des qualifications peuvent être repêchés (en anglais, Lucky loser, LL). Les rencontres se déroulent sur les courts annexes ( à 12 et 14 à 17). Lors du dernier tour des qualifications, des matchs se déroulent sur le court . Les qualifications servent de répétition générale pour les ramasseurs de balles, arbitres, cordeurs, agents de sécurité et d'entretien. En 2005, les qualifications ont attiré . Les organisateurs peuvent inviter jusqu'à neuf joueurs ne remplissant pas les critères de qualification (souvent mentionné comme Wild Card). Règlement et spécificités. Roland-Garros est l'un des tournois majeurs de la saison, puisqu'il correspond à la deuxième levée des tournois du « Grand Chelem », les plus prestigieuses des compétitions internationales. Il vient clore la saison sur terre battue pour les meilleurs joueurs mondiaux, avant le début de la saison sur gazon. Considéré comme le tournoi le plus exigeant, notamment au niveau physique, Roland-Garros marque chaque saison l'avènement de l'un des rois de cette surface. Dans la période la plus récente, les vainqueurs ont rarement été des attaquants adeptes du service-volée : John McEnroe ou Pete Sampras, par exemple, n'ont jamais réussi à s'y imposer. Les derniers Français à avoir remporté le tournoi en simple sont Yannick Noah en 1983 et Mary Pierce en 2000. Le tournoi se joue sur terre battue, en trois manches gagnantes pour les messieurs - sauf de 1973 à 1975 où les deux premiers tours du simple messieurs se sont joués en deux sets gagnants - et en deux manches gagnantes pour les dames, comme tous les tournois du Grand Chelem. Cette surface dite lente et l'absence de jeu décisif dans la dernière manche ont conduit à des rencontres fleuves de plusieurs heures, qui peuvent se conclure par des scores très élevés, comme lors du match opposant Fabrice Santoro à Arnaud Clément qui s'est achevé le au bout de 6 heures et 33 minutes de jeu, sur un score de 16-14 dans la cinquième manche. Le super jeu décisif est introduit en 2022, pour plus de cohérence avec les autres tournois du Grand Chelem. Le tournoi de double messieurs se joue en 1968 en 6 tours avec 4 exempts de , matchs en 3 sets gagnants. De 1969 à 1971 il se joue en 7 tours avec 45 exempts de en 1969, 56 en 1970, 52 en 1971, matchs en 3 sets gagnants. De 1972 à 1978 en 6 tours avec uniquement la finale en 3 sets gagnants (7 exempts de en 1972, 21 en 1975 et 17 en 1976, seule année où l'équipe vainqueure n'étaient pas exempte de premier tour). De 1979 à 1989 en 6 tours et matchs en 3 sets gagnants pour la demi-finale et la finale. Depuis 1990 en 6 tours avec des matchs en deux sets gagnants. D'abord de couleur blanche, les balles sont jaunes depuis 1978, essentiellement pour des raisons de visibilité sur les écrans de télévision . Comme pour tous les tournois se déroulant sur terre battue , Roland-Garros se refuse à utiliser le système Hawk-Eye, principalement parce que la balle laisse une trace sur la terre battue, sous forme d'une trainée et d'un point d'impact. L'arbitre doit ainsi lui-même vérifier la trace en descendant de sa chaise. Cependant, il ne le fait pas toujours et dans ce cas, il peut y avoir contestation de la part de l'athlète, comme entre John McEnroe et l'arbitre de chaise le . À partir de 2006, le tournoi commence le dimanche. Appelé « "" », il ouvre la quinzaine de compétition. En 2008, du premier tour ont eu lieu sur les courts Philippe-Chatrier, Suzanne-Lenglen, , , , , et . Les autres courts restant occupés pour l'entraînement des joueurs qui commencent leur tournoi lundi ou mardi. Les rencontres débutent à 11 heures le matin et se poursuivent sans interruption jusqu'à la tombée de la nuit (21h40 environ à cette période de l'année). Elles commencent plus tard à partir des demi-finales. En 2008, les spectateurs ont été remboursés à hauteur de 50 % du prix du billet en cas de moins de deux heures de jeu, et de 100 % en cas de moins d’une heure de jeu à cause des intempéries. Pour la première fois, l'organisation a offert aux spectateurs venus le jour de leur anniversaire aux Internationaux de France un billet pour le Masters de Paris-Bercy. Ramasseurs de balles. Sélectionnés selon des critères précis, les ramasseurs de balles de Roland-Garros doivent apporter la serviette aux joueurs et leur donner des balles qu'ils ont ramassées. Ils ont entre douze et seize ans, mesurent moins d'un mètre soixante-quinze et possèdent une licence. Ce sont les de balles placés sous la responsabilité de David Portier et Arthur Bongrand. Retenus parmi quelque , ces jeunes gens ont été soumis, de novembre à janvier, à des tests de physiques et d'adresse, à travers toute la France. Lutte antidopage. Mariano Puerta, finaliste 2005, est accusé de dopage le par le journal L'Équipe, qui affirme qu'un contrôle positif à l'étiléfrine (stimulant cardiaque) a été réalisé le soir de la finale du tournoi de Roland-Garros. Le , la Fédération internationale de tennis annonce la suspension du joueur de toute compétition pendant 8 ans à compter du , soit la plus lourde sanction jamais prononcée dans l'histoire du tennis. Puerta doit également renoncer à tous ses gains acquis dans les tournois depuis sa défaite à Roland-Garros, soit . Le , sa peine est réduite de 8 ans à 2 ans de suspension par le Tribunal arbitral du sport. Sesil Karatantcheva est contrôlée positive à la nandrolone durant les Internationaux de France de tennis 2005. Alors âgée de quinze ans, elle est condamnée, après appel, à deux ans de suspension. Lors de l'édition 2007, antidopage ont été diligentés . À partir des quarts de finale, une recherche systématique d'EPO à partir de tests sanguins est effectuée. Avant le stade des quarts de finale, des tests urinaires pour la recherche d'EPO sont effectués de façon aléatoire. L'ensemble de ces contrôles est testé et envoyé à un même laboratoire à Montréal. Organisés par la Fédération internationale de tennis depuis 2005, ces tests antidopage ont été exceptionellement effectués en collaboration avec l'Agence française de lutte contre le dopage lors de l'édition 2009, mais les méthodes de cette dernière ayant suscité le mécontentement de certains athlètes, l'expérience ne fut pas renouvelée ’. Autour du tournoi. Depuis 1981, sont aussi décernés pendant le tournoi les prix Citron, Orange, et Bourgeon. En 2008, après vote par SMS et internet du public, Roger Federer reçoit le Prix Orange, avec 33 % des votes, devant Rafael Nadal (28 %) et Gustavo Kuerten (22 %) ; et Fabrice Santoro remporte le prix Citron devant Novak Djokovic. La presse décerne le Prix Bourgeon 2008 à la Française Alizé Cornet. Ilie Năstase est le seul à avoir reçu les prix Citron et Orange la même année, et c'est lors de la première année en 1981. Marcelo Ríos remporte le prix Citron de 1996 à 1999. Roger Federer a reçu les Prix Orange 2005, 2006, 2007 et 2008. Le « Prix spécial du fair-play de la décennie » est décerné à Gustavo Kuerten en 2008. Le trophée des Légendes est un tournoi opposant d'anciennes gloires du tennis. Créé en 1998 à l'initiative de Mansour Bahrami, il se déroule durant la seconde semaine de la quinzaine des Internationaux de France. Deux compétitions sont organisées, l'une pour les joueurs âgés de 35 à 45 ans, l'autre pour ceux de plus de 45 ans. Les rencontres sont jouées en double, au meilleur des deux sets, avec tie-break dans chaque set et « match tie-break » au troisième set, c'est-à-dire que les premiers à 10 points avec deux points d’écart gagnent. Les vainqueurs de l'édition 2008 des 35-45 ans sont Goran Ivanišević et Michael Stich tandis que le double composé de Anders Järryd et John McEnroe remporte le tournoi des plus de 45 ans. Anders Jarryd est le joueur le plus titré du trophée des Légendes avec six titres. Depuis 2010, le pendant féminin du trophée des Légendes a été créé et il se déroule pendant la même période. À la veille de l'ouverture du tournoi, se déroule traditionnellement la journée d'exhibition Benny Berthet, dont les profits sont reversés à diverses associations caritatives. Chaque année, depuis 1977, les Internationaux de France organisent cet évènement caritatif. En 2006, Roger Federer, Rafael Nadal, Marat Safin, Amélie Mauresmo, Gaël Monfils, Richard Gasquet, Andy Murray, ou encore Mats Wilander, Henri Leconte, Cédric Pioline avaient permis de réunir plus de . En 2008, les associations qui ont bénéficié de cette journée sont : Le Comité de Paris de la Ligue contre le Cancer, Sidaction, Vaincre la mucoviscidose, Fête le Mur et Tennis en Liberté. Bertrand Delanoë, maire de Paris, et Christian Bîmes, président de la FFT, ont inauguré le l'opération « Roland-Garros dans la ville » sur le parvis de l’Hôtel-de-Ville. John McEnroe, Cédric Pioline et des joueurs du tournoi ont joué des matchs exhibitions pour le public parisien. Durant cinq jours, un court en terre battue et un court de mini-tennis ont été disponibles pour des enfants des Centres Scolaires Sportifs. Un écran géant a retransmis des matchs durant les derniers jours du tournoi. Stade Roland-Garros. Emplacement et accessibilité. Le stade de Roland-Garros se situe à la porte d'Auteuil, au sud-ouest de Paris, entre l'hippodrome d'Auteuil, le stade Jean-Bouin et le bois de Boulogne. Le stade est accessible par différents moyens : Courts. Pendant les semaines de compétitions, vingt courts du stade Roland-Garros sont utilisés en compétition. La Fédération française de tennis est locataire du terrain sur lequel se déroulent les Internationaux de France. Elle paie à la Mairie de Paris un loyer pour la concession de Roland-Garros qui se termine en 2042. La surface sur laquelle se joue le tournoi, la terre battue, ralentit la balle et produit un rebond très haut, ce qui implique un style de jeu très différent de celui employé sur les surfaces rapides (gazon, Decoturf, Rebound Ace) utilisées par les trois autres tournois du Grand Chelem. Il est également possible de glisser. Cela explique pourquoi certains des plus grands joueurs de l’histoire, tels Jimmy Connors, Boris Becker ou Pete Sampras, qui ont gagné à plusieurs reprises chacun des trois autres tournois, ont toujours échoué à remporter Roland-Garros, ne parvenant ainsi jamais à réaliser le Grand Chelem. "A contrario", après l'édition 2017 cinq des dix derniers vainqueurs sur la terre battue parisienne ne se sont jamais imposés dans aucun autre tournoi du Grand Chelem. Le court central est le court Philippe-Chatrier. Construit en 1927 pour recevoir la revanche en Coupe Davis contre les États-Unis, inauguré en 1928, le court central peut accueillir . Rénové plusieurs fois, il est nommé court Philippe-Chatrier en 2001 en hommage à Philippe Chatrier, ancien président de la fédération internationale de tennis. En 2008, à l’occasion de la destruction et reconstruction de la tribune C, les tribunes A, B, C et D sont renommées respectivement tribunes Jacques Brugnon, Jean Borotra, René Lacoste et Henri Cochet. Le court Suzanne-Lenglen, d’une capacité de , a été construit en 1994. D’abord appelé Court A à sa construction, le court est renommé court Suzanne-Lenglen en 1997 afin d’honorer Suzanne Lenglen. Devant la Tribune Est se dresse un haut-relief de bronze représentant la joueuse. Le court Suzanne-Lenglen présente la particularité d’abriter en sous-sol une fosse d’eau qui permet à la terre de conserver un taux d’humidité optimal. Le troisième principal court est le court qui peut accueillir . Il est construit en 1980 pour réduire l’engouement autour du central. Le palmarès des championnats de Roland-Garros est inscrit en lettres de bronze sur le béton. Les autres courts utilisés pour la compétition sont numérotés de 2 à 18. D'autres courts, en dur, sont disponibles pour l’entraînement des joueurs. Des projets d’extensions commencent à voir le jour pour couvrir une plus grande surface, actuellement de huit hectares pour Roland-Garros contre vingt pour l’US Open. Le projet d'extension comprend notamment la construction d'un nouveau court central avec un toit rétractable d’environ à , ainsi que deux autres courts couverts. Ce projet d'extension est nécessaire, notamment pour faire face à la nouvelle « "" » de Madrid qui est couverte. Le président de la Fédération française de tennis Jean Gachassin, qui a remplacé Christian Bîmes le , a évoqué lors de sa première conférence de presse le projet d'extension de Roland-Garros et de la construction d'un second court central. Mon but est de développer Roland-Garros sur tous les points de vue, et bien sûr cela passe par la construction de ce nouveau Central sur le stade Hébert. Je pense que cela est indispensable. Il y a tellement de concurrence de nos jours. Les grands tournois ont tous créé leur couverture et nous, nous ne l'avons pas. Nous étions au top il y a quelques années, parce que nous étions le meilleur tournoi du Grand Chelem, à tous points de vue, et actuellement nous sommes un petit peu en retard. Nous considérons qu'il faut avoir à tout prix un court couvert. En cas d’aménagements nouveaux, ceux-ci seront à la charge de la Fédération Française de Tennis et exécutés sous le contrôle technique et permanent des services de la ville de Paris. Place des Mousquetaires. La place des Mousquetaires est inaugurée le par Philippe Chatrier, alors président de la fédération française de tennis. Elle est dédiée aux quatre Mousquetaires qui ont fait la gloire du tennis français en dominant le tennis mondial dans les années 1920 : Jacques Brugnon, Jean Borotra, Henri Cochet et René Lacoste. Quatre statues du sculpteur italien Vito Tongiani représentent chacun des quatre joueurs et honorent leurs succès en Coupe Davis entre 1927 et 1933, victoires qui ont permis la construction du Stade Roland-Garros et en ont fait sa renommée mondiale. Au milieu de la place des mousquetaires, un monument rend hommage aux victoires en Coupe Davis : aux six victoires des quatre Mousquetaires s'ajoutent celles de 1991, 1996 et 2001. Le Village. Créé en 1979, le Village est un vaste espace d'exposition et l'espace des relations publiques de Roland-Garros. Pour y rentrer, il est nécessaire d'avoir une invitation ou une accréditation. Ensemble de 19 tentes avec pour chaque espace, un salon de et une terrasse de , il est au centre des regards car il est le lieu des célébrités, des VIP. De nombreux sites VIP ont été créés depuis les années 1980 afin d'accueillir les VIP attendus. Les sociétés peuvent louer un espace de une, entre 300 et hors taxes par personne, à quinze journées, de à euros l'espace hors restauration, pour s'exposer. En 2009, les relations publiques représentent, avec la billetterie qui en découle, 34 millions d'euros des 118 millions d'euros du chiffre d'affaires de Roland-Garros. En 2012, le chiffre d'affaires est passé à 162.2 millions d'euros qui se répartissent en produits dérivés (7.8 millions d'euros), en billetterie (28.6 millions d'euros), en partenariats (33.1 millions d'euros, le « ticket d'entrée » pour être partenaire se montant de 2 à 3 millions), en produits de relations publiques (34.6 millions d'euros), en médias avec principalement les chaînes de télévision (55 millions d'euros), le bénéfice généré étant de l'ordre de 50 millions d'euros. Musée. Le musée du Tennis aussi connu sous les noms de Tenniseum et musée de Roland-Garros, est un musée créé en 2003 par la Fédération française de tennis est le premier musée multimédia du tennis. Inauguré le par Christian Bimes, président de la FFT de 1993 à 2009, il abrite une salle d'exposition permanente, deux salles d'exposition thématiques, un espace multimédia et une médiathèque. Il est ouvert tous les jours sauf le lundi. En 2008, René Lacoste, Arnulf Rainer et l'évolution du stade depuis sa création ont été des thèmes d'exposition. Les affiches des Internationaux de France de 1980 à aujourd'hui y sont exposées. l'affiche de l'édition 2009, la affiche des Internationaux de France, est signée Konrad Klapheck. Les spectateurs de Roland-Garros peuvent entrer gratuitement du au au musée ou visiter le stade en montrant leur billet. Le musée avait un site internet où l'on pouvait voir quelles expositions y étaient présentées. Les grands travaux de Roland-Garros (2015 - 2020). La FFT et la Ville de Paris décidentqu'il faut « moderniser » le stade de Roland-Garros pour deux raisons : Ces travaux sont étalés sur 5 ans afin de garantir la tenue et la qualité du tournoi. Les projets d'agrandissement du stade ont déclenché de nombreuses procédures judiciaires de la part des serres d'Auteuil, de plusieurs habitants du quartier et d'associations de protection de l'environnement. En mars 2016, le tribunal administratif de Paris suspend le projet d'extension du stade car il modifierait l'aspect d'une parcelle du bois de Boulogne classée. De nombreux recours sont engagés, après le Conseil d'État, le Tribunal de grande instance de Paris et le Tribunal administratif de Paris, c’est finalement la Cour Administrative d’Appel de Paris qui donne raison, en mai 2018, à la Fédération française de tennis sur la modernisation de Roland-Garros. Les chantiers peuvent être poursuivis. Les réalisations. 2018 : A l’ouest du triangle historique, au Fonds des princes, à l’emplacement de l’ancien gymnase de la Ville de Paris, l’édition 1998 inaugure le court 18, qui deviendra l’année suivante le court 14. Remplaçant les anciens courts 1 et 2, c’est le 3ème court en termes de taille pouvant recevoir 2200 spectateurs. Dans son sous-sol il abrite des vestiaires et la zone de repos et sanitaires des hôtesses et contrôleurs du tournoi. 2019 : En mars 2019, Anne Hidalgo, maire de Paris, et Bernard Giudicelli, président de la FFT, inaugurent le court Simonne-Mathieu et les nouvelles serres d’Auteuil. Cet ensemble unique offre plus de confort et d’espace aux spectateurs alliant des serres contemporaines, un espace de promenade et un court de tennis. Ce court porte le nom de Simonne Mathieu, résistante et capitaine des Forces françaises libres mais aussi célèbre joueuse de tennis. Deuxième joueuse française la plus titrée après Suzanne Lenglen, elle remporta deux fois le tournoi de Roland-Garros et 11 autres titres du Grand Chelem. 2020 est une année particulière, avec un tournoi qui subit les conséquences de la pandémie mais qui voit aussi se concrétiser un grand projet : le nouveau toit au-dessus du court Philippe-Chatrier, court central du site parisien. Le toit se compose de onze ailes, chacune divisée en sept tronçons de de long et de haut. Chaque aile pèse et s’étend sur d’envergure. Deux années ont été nécessaires à la fabrication des ailes dans des ateliers de la région de Venise. Sur site, il a fallu huit mois pour l’assemblage, la mise en place des panneaux acoustiques, le hissage et le bâchage des onze ailes. Il faut quinze minutes pour fermer ce toit d’une surface d’un hectare Aspects économiques. Bilan carbone. Selon une étude parue dans le "Journal du dimanche" le , le rallye Dakar a émis de . À titre de comparaison, l'étude menée par le cabinet Espere (agréé par l'Ademe), le Grand Prix de F1 de Spa-Francorchamps en Belgique en émet , la Coupe du monde de rugby à XV 2007 est à , la Coupe du monde de football est à , et le tournoi de Roland-Garros à de . Ces chiffres s'expliquent essentiellement par les déplacements des spectateurs. La Fédération française de tennis a d’ailleurs annoncé qu’elle prenait des mesures pour améliorer son bilan carbone. Couverture médiatique. Roland-Garros est diffusé dans les cinq continents par 102 chaînes dans 198 territoires. L'Europe est le continent qui diffuse le plus le tournoi avec de couverture télévisée consacrée aux Internationaux de France 2008, suivent l'Asie-Pacifique, , l'Amérique, , et l'Afrique avec 859 heures. Les directs représentent plus de 66 % de la diffusion totale du tournoi, des de diffusion sont en direct, le reste est partagé entre différé, rediffusion et résumé. En France, le tournoi est d'abord diffusé sur TF1. Les droits de diffusion sont cédés en 1987 à Antenne 2 et FR3 qui deviendra plus tard le groupe France Télévisions ainsi que France 2 et France 3 jusqu'en 2023. Il devient alors un partenaire historique du tournoi, contribuant chaque année à moderniser l’événement. La chaîne diffuse des matchs en direct de 11 heures à 18 heures 40 pendant la quinzaine grâce à la complémentarité de France 2, France 3 et France 4. Des magazines traditionnels comme "Un jour à Roland-Garros", "L’Image du jour", "Retour à Roland-Garros" sont diffusés en fin de soirée durant la quinzaine de compétitions diffusée. En 2006, le court Philippe-Chatrier était couvert par France 3 Lille avec quinze caméras dont deux caméras loupes, une caméra télécommandée sur rail et une sur tête remote, ainsi que quatre caméras ralentis. Le court Suzanne-Lenglen était couvert grâce aux moyens techniques de France 3 Marseille par dix caméras dont une caméra loupe et deux caméras ralentis. Le court était couvert grâce au car-régie de France 3 Rennes par quinze caméras et deux caméras ralentis. Enfin, les courts et 7 étaient couverts respectivement par quatre et cinq caméras, et une caméra ralenti. Le car-régie de France 3 Lyon couvrent les éditions quotidiennes avec onze caméras disposées dans les deux studios d’interviews, sur la terrasse, et dans les cabines commentateurs des courts Philippe-Chatrier et Suzanne-Lenglen. Chaque année, le "Super Signal", programme produit par la Fédération française de tennis pour les télévisions étrangères, est repris dans plus d’une centaine de pays par les diffuseurs partenaires. Au micro, Fred Stolle, Wally Masur, Kerryn Pratt, Mark Woodforde et David Basheer commentent l'épreuve. Tous ces moyens font du tournoi de Roland-Garros l’événement sportif français le plus regardé dans le monde, sur 214 territoires au total, et le seul qui ait une couverture en direct sur un réseau de chaînes télévisées américaines. Les accords entre la FFT et la chaîne NBC ont été prolongés jusqu’en 2010 et ESPN2 a diffusé plus de 100 heures consacrées à Roland-Garros en 2006. L'Union européenne de radio-télévision détient les droits audiovisuels des Internationaux de France sur les territoires européens hors France pour la période 2008-2011. L'UER a été choisie pour le prix d’achat des droits et la garantie d’exposition médiatique en Europe de l’événement. Un contrat de 56 millions d’euros, soit 14 millions d’euros en moyenne par an, a été signé. La garantie de couverture hertzienne de 120 à 490 heures. En , les droits télé pour la diffusion de Roland-Garros sont de nouveau attribués à France Télévisions pour la période 2021-2023. Le groupe français devra toutefois partager certains créneaux puisque les matchs diffusés en soirée et ceux disputés sur le court Simone-Matthieu sont vendus à Amazon. Sponsors. Les organisateurs mettent à disposition des sponsors d'importants supports publicitaires. Les principaux sponsors du tournoi sont la banque BNP, parrain officiel du tournoi depuis 1973, qui est visible sur les bâches de fond de court et les polos des ramasseurs de balles; la marque Perrier dont le logo est sur les chaises des arbitres, celles des joueurs et les glacières, et Peugeot. BNP Paribas est le seul parrain officiel des Internationaux de France de tennis. La banque française débourse vingt millions d'euros par an au tournoi. Sponsor à Roland-Garros dès 1973, les bâches vertes sont depuis aux couleurs de la BNP, tout comme les ramasseurs de balles dont elle participe à la sélection. En , le contrat a été prolongé jusqu'en 2011. Perrier est « Bulle officielle de Roland-Garros ». En 1978, la marque apparait pour la première fois sur les glacières, et les bouteilles Perrier viennent dans le stade. En 1989, Perrier apparait sur la chaise d’arbitre, et depuis 2000, le logo de Perrier est visible sur le parasol des joueurs. Les glaces Häagen-Dazs, les cafés Nespresso et les jus d'orange Tropicana sont aussi présents lors des Internationaux de France, les trois marques sont fournisseurs officiels du tournoi parisien. Peugeot devient l'un des trois principaux partenaires des Internationaux de France de tennis de 1984 à 2021. Cinq années plus tard, il devient « partenaire et transporteur officiel » des Internationaux de France. Pour la première année, Peugeot met à disposition du tournoi cent véhicules avec chauffeurs et organise le transport des joueurs, des VIP et des officiels de Roland-Garros. En 2007, plus de 220 véhicules sont mis à la disposition du tournoi. Adidas est le fournisseur des équipements pour les ramasseurs de balles et personnes encadrant du personnel. Il est un partenaire économique du tournoi, avec qui il est lié pour la vente des produits dérivés de celui-ci. L'équipementier est partenaire du tournoi de Roland-Garros depuis 1973, année lors de laquelle la marque a financé la construction du restaurant des joueurs. Le contrat entre Roland-Garros et Adidas prend fin en 2012. Partenaire de la Fédération française de tennis depuis 1985, IBM, qui est aussi partenaire technologique des trois autres tournois du Grand Chelem, développe et s'occupe du site Internet du tournoi. Depuis 2007, Longines a remplacé Rado en tant que partenaire officiel et chronométreur des Internationaux de France. En 2005, un accord a été signé entre le Lagardère SCA et la Fédération française de tennis. Pour les éditions 2005, 2006, 2007, 2008 et 2009, Lagardère, sponsor principal du tournoi de Roland-Garros, paie 11 millions d'euros au tournoi. Europe 1, filiale du groupe, bénéficie de cet accord qui lui permet d'offrir à ses auditeurs une couverture des Internationaux de France. FedEx, leader mondial du transport express, a un partenariat avec le tournoi depuis 2002 et jusqu'aux Internationaux de France de tennis 2011. Le partenariat prévoit des espaces publicitaires sur les courts principaux et la mise à disposition d’un espace privé. Fed Ex prend en charge le transport des produits dérivés de la griffe Roland-Garros vendus sur le site internet de celle-ci. Alain Afflelou est partenaire officiel du tournoi depuis 2005. Le logo du lunetier est présent dans les tribunes du court central. Lacoste s'associe avec la marque Roland-Garros en 2008. La marque au crocodile propose une ligne en édition « Spécial Roland-Garros » en cette occasion. Adecco est partenaire officiel du tournoi de tennis en fauteuil de Roland-Garros. Algeco monte chaque année un centre de télévision d'une surface de près de et de terrasses afin d’accueillir les journalistes qui couvrent le tournoi. Sagem est partenaire du tournoi depuis 2006. Sagem crée des téléphones portables avec la griffe Roland-Garros à l'occasion du tournoi comme le My501C Roland-Garros Édition en 2007. Sogeres, Orange et Onet sont aussi fournisseurs officiels du tournoi. Jusqu'à 2010 Dunlop était fournisseur de balles de tennis, tout comme Tecnifibre offrait au tournoi ses compétences dans le cordage des raquettes de tennis. Mais depuis 2011 c'est Babolat qui les remplace. Produits dérivés. Griffe Roland-Garros. La griffe Roland-Garros est lancée en 1987. Les valeurs fondamentales de la marque sont : légende, cosmopolite, fair-play, énergie, sensations, french touch, intergénérationnel et modernité. Des sponsors de Roland-Garros proposent des produits en adéquation avec les valeurs de Roland-Garros. En 2003, les produits de la griffe sont présents dans de vente dans près de quarante pays. Distribuée dans un réseau de 60 magasins multimarques en France et en Belgique, la Griffe Roland-Garros a généré, en 2004, un chiffre d'affaires de 9 millions d'euros. Parmi les produits de la collection, on retrouve des produits des marques Carré Blanc, Lacoste, Lancel, Swatch, Alain Afflelou, Dunlop, Peugeot et Sagem. Jeux vidéo. Le premier jeu vidéo associé au tournoi sorti sur console est "Roland-Garros 97" sur PC. Avant les éditions 1998 et 1999, l'éditeur GT Interactive sort les jeux "Roland-Garros 98", "Roland-Garros 99", toujours sur PC. En 1999, "Roland-Garros: French Open" sort sur Game Boy. En 2000, Cryo Interactive édite le jeu "Roland-Garros 2000" sur PC et sur Game Boy. Le , un nouveau jeu associé au tournoi est de nouveau disponible, Cryo sort "Roland-Garros 2001" sur PC et Game Boy. Il sort deux semaines plus tard sur la PS1. En 2002, Carapace développe "Roland-Garros 2002" qui sort sur PC, Game Boy Advance et PS2. Le , Wanadoo édition édite, comme l'année précédente, un jeu développé par Carapace. "Roland-Garros 2003" est le nouvel opus de la série et est disponible sur PC, Game Boy Advance, Xbox. Cependant, le jeu n'est pas une réussite et aucun jeu ne sort en 2004. En 2005, Namco développe "Roland-Garros 2005 powered by Smash Court Tennis" sur PS2, considéré comme une réédition de "Smash Court Tennis 2". En 2012, F4 sort "Roland-Garros: The Virtual Tournament", un jeu accessible sur navigateur web et reprenant en partie le gameplay du tennis de son jeu Empire of Sports. |
Tim Burton Tim Burton est un réalisateur, scénariste et producteur de cinéma américain, né le à Burbank (Californie). Adepte du fantastique et influencé par Edgar Allan Poe, il est largement reconnu comme étant bon conteur et graphiste. Il est révélé au grand public en signant la mise en scène de ' (1988), "Batman" (1989), "Edward aux mains d’argent" (1990) et ' (1992). Par la suite, il entame un cycle plus expérimental, en signant le film biographique "Ed Wood" (1994), la satire "Mars Attacks!" (1996) puis le "remake" "La Planète des singes" (2001), un échec critique. Il opère cependant un retour au sommet avec le succès "Big Fish" (2003). Par la suite, il collabore avec les studios Disney, pour qui il réalise, "Alice au pays des merveilles" (2010), sa plus grande réussite commerciale et un des succès commerciaux majeurs de l'histoire du cinéma, et "Dumbo" (2019). Parallèlement, il réalise plusieurs adaptations dans un style plus gothique : le film d’horreur "Sleepy Hollow" (1999), la comédie musicale "" (2007) puis les contes "Dark Shadows" (2012) et "Miss Peregrine et les Enfants particuliers" (2016). Ses acteurs fétiches sont Michael Keaton, Johnny Depp qu'il dirige à huit reprises, et Helena Bonham Carter, son ex-compagne et mère de ses deux enfants. Depuis 2012, il travaille avec Eva Green, en premier rôle, à plusieurs reprises. Il travaille souvent avec le compositeur Danny Elfman. Tim Burton produit et rédige également le scénario de "L'Étrange Noël de monsieur Jack", réalisé par Henry Selick, puis finance et coréalise "Les Noces funèbres" et enfin coécrit, produit et met en scène "Frankenweenie", trois films d’animation utilisant la technique de l'animation en volume et des marionnettes qui évoluent dans des décors réels. Son cinéma se caractérise par un défilé de monstres et de créatures, ainsi que par un mélange d'humour noir, d'ironie et de macabre. Restant fidèle à son style, le cinéaste explore plusieurs genres qu'il enchevêtre par moments : film d'épouvante, drame intimiste, conte, mélodrame, biographie filmée, film de science-fiction, comédie, film d'époque, comédie musicale ou encore film d'action. Ses histoires mettent en scène des personnages marginaux ou des êtres hors-normes, face à la médiocrité du monde. On y décèle une grande influence du cinéma fantastique, du cinéma expressionniste allemand ainsi que des films de la Hammer Productions, à la fois pastichés et célébrés. Tim Burton fait partie des cinéastes qui parviennent à concilier succès critique et commercial. Il a été décoré de l'insigne de chevalier et d'officier de l'ordre national des Arts et des Lettres par Frédéric Mitterrand en et fut le président du jury du Festival de Cannes. Le MoMA de New York et la Cinémathèque française à Paris ont consacré une grande exposition à son œuvre plastique et cinématographique, respectivement en 2009 et 2012. Tim Burton a également été le sujet de plusieurs biographies illustrées, notamment "Tim Burton" d'Antoine de Baecque (2006) et "Burton par Burton" de Mark Salisbury (2000). Biographie. Jeunesse et études. Aîné des deux fils de Jean et Bill Burton, Timothy Walter Burton passe l'essentiel de son enfance en solitaire, se considérant lui-même comme un introverti. Son père travaille dans un parc de loisirs, et sa mère dans une boutique d'objets en liaison avec les chats. Au soleil de la Californie, dans sa ville natale de Burbank, qu'il définit comme l'antichambre d'Hollywood, il préfère les salles obscures des cinémas où il voit et revoit les films de monstres comme "Godzilla", "Frankenstein" et ses nombreuses suites, les films de Hammer Film Productions, et surtout ceux avec Vincent Price: il s'amuse à terroriser l'enfant de ses voisins en lui faisant croire que les extraterrestres se préparent à envahir la planète. De Burbank aux studios Disney. Il manifeste très tôt un goût pour le cinéma en rendant de petits films, en guise de devoirs, à ses professeurs. Très doué pour le dessin, il gagne un concours organisé pour décorer les camions de la ville. Après le secondaire, c'est naturellement vers l'animation que Burton se tourne en intégrant la , après avoir décroché une bourse d'études en 1976. En 1979, son film d'animation de fin d'année, intitulé "L'attaque du céleri monstrueux", lui permet d'être remarqué, et embauché, par les studios Disney, dont le siège est à Burbank. Il travaille sur les concepts de "Taram et le Chaudron magique". Il dit à ce propos : « Cela peut paraître stupide, mais je suis arrivé à une époque où le studio était en crise. Les dirigeants cherchaient à tout prix du personnel. ». Le studio est divisé entre ceux qui ont connu Walt Disney, et veulent poursuivre dans le sillage qu'il a tracé, et ceux qui veulent actualiser la direction artistique du studio. Il travaille aussi sur "Rox et Rouky" (1979) : « Ce n'est pas un très bon souvenir. Leur vision du dessin n'était pas la mienne. Je me sentais enfermé dans un schéma qui ne cadrait pas avec ce que j'étais. Mais […] grâce à eux j'ai pu travailler en parallèle sur mes premiers courts métrages ». Il écrit aussi un poème qui, dix ans plus tard, sera la base du scénario de "L'Étrange Noël de monsieur Jack". En 1982, Burton reçoit USD pour réaliser, à partir du scénario qu'il a rédigé, "Vincent". Julie Hickson, Exécutif chez Disney, et Tom Wilhite, responsable du Développement Créatif, sont persuadés du potentiel créatif du jeune homme. Cerise sur le gâteau, Vincent Price, son idole, est le narrateur de ce petit dessin animé. Rick Heinrichs, collègue de travail et spécialiste de l'animation, travaille sur le projet. Il participera à presque tous les futurs films de Burton. Il est projeté au festival du film d'animation d'Annecy, en 1983, dont il remporte le prix de la Critique. Il tourne également dans les festivals de Londres, Seattle et Chicago, où il remporte deux prix. Il sort en avant-programme de "Tex", film pour adolescents de Disney, et, dix ans plus tard, en avant-programme de "L'Étrange Noël de monsieur Jack". La noirceur de ce court métrage effraye les dirigeants, qui décident de le retirer au bout de deux semaines de projection, et le mettent au placard. Néanmoins, ils reconnaissent à Burton un certain talent. Aussi, il est choisi pour mettre en scène une version asiatique d"'Hansel et Gretel", le conte des frères Grimm, doté d'un budget de . Ce téléfilm réalisé pour Disney Channel est la première expérience de Tim Burton avec des acteurs, qu'il qualifie d'amateurisme riche en enseignements. En 1984, il met en scène un court métrage un peu plus long, avec des acteurs et des décors réels : "Frankenweenie". D'une durée de trente minutes, le coût s'élève à un million de dollars de l'époque. Il s'inspire de son enfance à Burbank avec les caniches à chevelure immense, lui faisant penser à Mae Clarke dans son rôle d'Elizabeth Frankenstein, et des golfs miniatures avec des moulins à vent. La Commission de Classification des Films d'Amérique recommande un accompagnement parental aux enfants de moins de douze ans, et les décideurs de Disney reviennent sur leur décision d'ajouter "Frankenweenie", en avant-programme de la réédition de "Pinocchio". Il décide de quitter les studios Disney. Premiers longs métrages dans les années 1980. La chance lui sourit en 1985. La firme cinématographique Warner Bros. a passé un contrat avec l'acteur Paul Reubens qui incarne Pee-Wee Herman, sorte d'enfant dans un corps d'adulte, pour réaliser un film dont il est la vedette. Bonnie Lee, une de ses amies à Warner Bros. montre "Frankenweenie" aux responsables du studio, ainsi qu'à Paul Reubens, et Tim Burton parvient à décrocher le poste de réalisateur. Il n'entre plus dans les plans de Disney, et Warner Bros. veut un metteur en scène qui ne pose pas de problème. Avec un faible budget, "" n'est pas l'une des priorités du studio qui concentre son attention sur "Les Goonies", mais qui garde cependant un œil sur ce tournage record : le film est réalisé en moins d'un mois, sans aucun dépassement budgétaire. Tim Burton travaille pour la première fois avec un compositeur de musique : Danny Elfman. Ce dernier revendique Nino Rota, compositeur attitré de Federico Fellini, et Bernard Herrmann, compositeur de prestigieux cinéastes parmi lesquels Orson Welles et Alfred Hitchcock, comme influences majeures. Inconnu du monde du cinéma, Tim Burton le remarque au sein du groupe Oingo Boingo Band: « de tous les groupes que j'allais voir - des groupes punk essentiellement -, c'est ceux qui semblaient composer la musique la plus narrative et la plus cinétique ». C'est le début d'une longue et fructueuse collaboration entre le compositeur et le réalisateur. Succès surprise au box-office, le premier long métrage de Tim Burton divise la critique, mais l'établit comme metteur en scène. Lucide, Burton refuse de réaliser "Big Top Pee-Wee", la suite des aventures de Pee-Wee, afin de ne pas être catalogué. La même année, il est sollicité pour réaliser "The Jar", un épisode de la série "Alfred Hitchcock présente", réactualisation de la série de 1955. Michael McDowell, écrivain spécialisé dans la littérature d'épouvante, est à l'écriture. L'expérience est mauvaise pour Burton car il n'a aucun pouvoir de décision, et n'est pas en phase avec le projet. De 1985 à 1988, Tim Burton ne se voit proposer que des scénarios qu'il qualifie de comédies débiles, et qu'il attribue à l'opinion des scénaristes et producteurs pour "Pee-Wee Big Adventure". En 1988, il est désigné pour réaliser "" avec un budget de treize millions de dollars, dont un affecté aux effets spéciaux. Michael McDowell, rencontré sur le tournage de "The Jar", co-écrit le scénario, et le décrit comme un film optimiste sur la mort. Tim Burton se sent libre avec ce scénario sans structure, ni fin heureuse ou romantique.Avec ce film, qui est, selon ses propres mots, une version parodique de "L'Exorciste", il pose un peu plus les bases de son univers macabre, poétique, carnavalesque et comique. De nombreux gags, ainsi que le maquillage de Beetlejuice, sont créés avec Michael Keaton. Bo Welch est engagé en tant que directeur artistique. Emmené par l'interprétation déjantée de Michael Keaton, le film est un succès commercial, récoltant soixante-treize millions de dollars aux États-Unis seulement. Il reçoit également un Oscar pour le maquillage. La Warner propose à Tim Burton de réaliser "Batman", avec un budget de trente-cinq millions de dollars. La firme a acquis, en 1979, les droits d'adaptation du personnage créé par Bob Kane en 1939 et a mis près de dix ans à développer le projet. Séduit depuis toujours par la face cachée, la double personnalité de Batman, Burton accepte. Il part à Londres, aux où Stanley Kubrick a mis en scène "Full Metal Jacket". Anton Furst, décorateur du film de Kubrick, est engagé pour réaliser Gotham City, avec pour consigne artistique: "si l'Enfer avait jailli des pavés, et continuait à s'étendre". Burton choisit la capitale anglaise, car les studios appropriés à un tournage de cet ampleur y sont tous libres, ce qui n'est pas le cas en Californie. Cela lui permet de s'éloigner un peu de la folie qui entoure ce projet. Malgré tout, il est sans cesse sous pression. Son choix de prendre Jack Nicholson pour incarner le Joker est favorablement accueilli, mais celui de Michael Keaton pour interpréter le justicier masqué est contesté. La Warner est inondée de plus de cinquante-mille lettres de protestations. Le costume en tissu bleu de la série devient noir, avec une fausse musculature. De plus, le cinéaste s'inspire de "The dark knight returns", de Frank Miller, sorti en 1986, pour créer un univers visuel assez noir pour illustrer la part sombre du héros et le thème du double. Les décors se veulent assez proches de l'expressionnisme allemand et du cinéma de Fritz Lang. Il veut effectuer un retour aux sources qui prête à discussion, voire à polémique chez certains fans, à tel point que le "Wall Street Journal" en fait sa Une. Mais le cinéaste, soutenu par ses principaux acteurs, ainsi que par les responsables de la Warner, ne veut rien lâcher. Bob Kane, créateur de Batman, déclare à Tim Burton être surpris par certains de ses choix artistiques, mais dans l'ensemble satisfait. Vincent Price, avec qui il est en contact depuis "Vincent", lui écrit pour lui témoigner son soutien. La polémique commence à baisser lors de la sortie de la bande-annonce dans les salles : de nombreux spectateurs remplissent les salles pour la voir, puis s'en vont sans regarder le film pour lequel ils ont acheté un ticket. Le film rapporte cinq-cent-millions de dollars à l'échelle mondiale, gagne l'Oscar de la meilleure direction artistique, et devient un phénomène de mode à travers les produits dérivés. Burton a désormais les coudées franches, mais le tournage l'a moralement vidé. Il souhaite revenir à un film plus intimiste : ce sera "Edward aux mains d'argent". Première moitié des années 1990 : d"Edward aux mains d'argent" à "Ed Wood". "Edward aux mains d'argent". Burton sollicite le studio 20th Century Fox pour financer son film. Warner Bros. veut impérativement lui faire réaliser la suite des aventures de Batman, et ne manifeste aucun intérêt pour ce scénario narrant le parcours d'un homme avec des mains-ciseaux, naïf et attachant, qui casse sans le vouloir tout ce qu'il touche et qui se confronte à la cruauté des hommes normaux. L'écriture du scénario est confié à Caroline Thompson, une jeune romancière qu'un agent a présenté à Tim Burton, convaincu de la richesse de leur association. Afin de lui garantir la tranquillité lors de l'écriture de son premier scénario, le cinéaste prend en charge tous ses frais, et choisit la Floride pour mettre en scène ce film aux échos largement autobiographiques. C'est également la rencontre entre Burton et l'acteur Johnny Depp, star de la série télévisée "21 Jump Street", qui veut donner un nouvel élan à sa carrière. Tant pour l'un que pour l'autre, l'alchimie est parfaite. Nouvelle rencontre cinématographique entre le fan et l'idole, Vincent Price tient le rôle de l'inventeur d'Edward, son dernier rôle à l'écran. Il donne une interprétation bouleversante, selon les propos de Burton. Stan Winston, spécialiste du maquillage et des effets spéciaux, est chargé de réaliser le costume et les mains-ciseaux d'Edward. Plaidoyer pour la tolérance, porté par les interprétations de Johnny Depp et Winona Ryder, ainsi que par la partition de Danny Elfman, ce quatrième long métrage se conçoit comme une fable noire qui mêle fantastique et merveilleux et confronte l'imaginaire du cinéaste à la représentation d'une banlieue américaine normative et dangereuse. Le film est salué par la grande majorité des critiques. En 1992, il accepte de réaliser le deuxième volet des aventures de Batman. Cette fois-ci, le justicier masqué est confronté à et au Pingouin, joués respectivement par Michelle Pfeiffer et Danny DeVito. Les dirigeants de la Warner, qui ont regretté d'avoir refusé "Edward aux mains d'argent" au vu de son succès, donnent une entière liberté artistique à Burton qui place le tournage à Burbank, sa ville natale. Le cinéaste délaisse alors le personnage de Batman, exploré dans le premier épisode, pour s'intéresser à la personnalité des méchants. Stan Winston est à nouveau sollicité pour réaliser le maquillage du Pingouin. Encore plus noir, macabre et torturé que le premier, ce nouvel opus qui prend des allures de conte gothique et de carnaval inquiétant pose encore une fois problème, car la production reçoit de nouvelles lettres de protestations, non pas des fans mais des parents qui jugent le film trop effrayant pour leurs enfants. Néanmoins, le film triomphe au box-office. En outre, il traduit l'influence du cinéma expressionniste sur Burton, et plus particulièrement Friedrich Wilhelm Murnau et son "Nosferatu". Marque indiscutable de cette parenté, Christopher Walken incarne un homme d'affaires véreux appelé Max Schreck, le nom de l'interprète du vampire dans le film de Murnau. "L'Étrange Noël de monsieur Jack". L'année suivante, un nouveau film de Burton arrive sur les écrans : "L'Étrange Noël de monsieur Jack". Le scénario est inspiré d'un poème écrit par Burton à l'époque où il était chez Disney. Il rappelle le Grinch du Seuss, l'un des poètes favoris du cinéaste. Il s'agit d'un film d'animation image par image, une technique artisanale pour laquelle Burton a une grande passion. La mise en scène débute en juillet 1991, sous la direction d'Henry Selick, mais Burton l'a surveillé très étroitement. Le film est produit par Disney, propriétaire du poème. Le contrat que Burton a signé en intégrant le studio en 1979 comprend une clause spécifiant que toute activité créatrice d'un membre de Disney est la propriété de la « Police de la pensée »: en clair, ne serait-ce que pour réaliser un scénario à partir du poème, il faut négocier avec Disney. Mais le succès de leur ancien employé rend les dirigeants plus accommodants. Un budget de dix-huit-millions de dollars est débloqué, soit le quart du budget habituel d'un film Disney. Pour la troisième fois consécutive, l'action se déroule à l'époque de Noël. Tim Burton donne libre cours à sa passion pour la fête d'Halloween. Danny Elfman compose les mélodies, mais également des chansons qui transforment le poème en une comédie musicale. Burton et Elfman se disputent souvent car, si les chansons s'insèrent très bien dans l'histoire et ne la ralentissent pas, elles nécessitent des aménagements scénaristiques. Cela a pour effet que les deux amis se fâchent ; une brouille qui durera trois ans. Le succès est au rendez-vous, avec cinquante-huit-millions de dollars sur le sol américain. De plus Henry Selick découvre, trois semaines avant la sortie du film, qu’il serait présenté comme une œuvre de Tim Burton seul, alors que le film d’animation a nécessité trois ans de travail . C'est également l'occasion pour Tim Burton de sortir "Vincent", en avant-programme, visible sur grand écran dix ans après sa réalisation. "Ed Wood". En 1994, Burton met en scène "Ed Wood", récit de la vie farfelue d'Edward Davis Wood Junior, réalisateur affublé de façon posthume du titre de « plus mauvais réalisateur de tous les temps ». Il sollicite Johnny Depp pour incarner un nouvel Edward qui, comme le précédent, entretient de nombreuses connexions avec son univers et sa vie. Avec cependant une nuance de taille : Burton est adulé alors que Wood fut dénigré. La relation entre Lugosi et Wood est un miroir de celle entre Price et Burton. Le scénario se concentre sur la période « fastueuse » d'Edward Wood. On le voit mettre en scène, non sans mal, trois films dont le légendaire '. Pour la circonstance, Ed Wood s'entoure de nombreux acteurs passés ou méprisés comme Bela Lugosi, la présentatrice de films d'horreur Vampira et le lutteur Tor Johnson. Tim Burton choisit de tourner son film en noir et blanc car celui-ci est associé aux films d'Edward Wood, et raconte les nombreuses péripéties de toute cette troupe dans leur parcours cinématographique digne d'un film hollywoodien, mais précisément l'inverse du «rêve américain» cher à Hollywood qui préfère les histoires à succès. Tous ces choix expliquent probablement l'échec commercial du film, malgré un important travail. En effet, Burton retourne certaines séquences, à l'identique, des films de Wood avec une précision d'orfèvre. De plus, il offre deux cadeaux à Ed Wood : la rencontre avec Orson Welles (qui n'eut jamais lieu), et une première triomphale pour '. Howard Shore compose la musique en lieu et place d'Elfman. Le film remporte deux Oscars : Martin Landau décroche la statuette du meilleur second rôle pour son interprétation de Bela Lugosi et Rick Baker celle du maquillage, mais le film ne s'inscrit pas au box-office. Sélectionné au Festival de Cannes 1995, Tim Burton repart bredouille, et connaît son premier échec commercial. Deuxième moitié des années 1990 : de ' à '. Son nouveau projet est "". Jonathan Gems, collaborateur de Burton depuis "Batman", également scénariste et auteur de pièces de théâtre, rédige un scénario basé sur le jeu de cartes Topps représentant des martiens et des dinosaures. Burton donne volontairement à son film un aspect ringard, dans le style des films de science-fiction à petit budget des années 1950. Il s'inspire du travail de Ray Harryhausen, concepteur des effets spéciaux sur de nombreux films, parmi lesquels "Les soucoupes volantes attaquent" et "Jason et les Argonautes", dont le cinéaste n'a jamais caché l'influence. Le film est ainsi très éloigné du style gothique, expressionniste ou même coloré ("Pee-Wee Big Adventure", "Beetlejuice") qu'on lui connaît, mais la griffe de Burton se reconnaît néanmoins à son humour. Ce sont des enfants qui sauvent la planète des envahisseurs pendant que le président fait face à des journalistes qui se demandent si les martiens ont un sexe. C'est une version surprenante de "La Guerre des mondes" de H. G. Wells. Malgré une pléiade de stars, le film n'emballe ni la critique, ni le public qui lui préfère "Independence Day", film traitant du même sujet mais sur un ton plus dramatique, et à grands coups d'effets spéciaux. Malgré tout, le film est un succès en France, où la campagne de promotion insiste sur le second degré du film. Néanmoins, ce deuxième échec commercial américain a un point positif : le retour de Danny Elfman à la musique. Burton a expliqué les raisons de cette brouille : « Danny, Henry Selick et moi, nous disputions souvent sur le plateau de "L'Étrange Noël de monsieur Jack", à cause des chansons de Danny. Caroline Thompson et moi devions sans arrêt réaménager le scénario pour les insérer. On s'est tous conduits comme des gamins. Mais de ne pas nous voir pendant un certain temps nous a fait du bien à tous les deux ». Les deux artistes ne se quitteront plus; Burton a retrouvé son pendant musical. En 1997, il fait partie du jury du Festival de Cannes, présidé par Isabelle Adjani. La même année, Tim Burton écrit un petit recueil de poèmes, "La Triste Fin du petit enfant huître et autres histoires" (""), qu'il illustre lui-même. On lui propose de réaliser un nouvel épisode de Superman, avec Nicolas Cage dans le rôle principal, plus axé sur la psyché du personnage. Burton accepte mais après un an de travail, le projet nommé ' est interrompu au printemps 1998. Sa seule consolation est la publication de "La Triste Fin du petit enfant huître et autres histoires", son recueil de dessins et de poèmes. Il se voit également proposer de nombreux projets parmi lesquels une nouvelle adaptation de la nouvelle d'Edgar Allan Poe, "La Chute de la maison Usher", et ', la comédie musicale de Stephen Sondheim. Ce dernier projet va mettre dix ans à aboutir. Il se retrouve pleinement dans le scénario de ' : ambiance sombre et gothique, cadavres décapités en série, humour noir, démon sans tête… Kevin Yagher, responsable des effets spéciaux de la série "Les Contes de la crypte", s'associe avec Andrew Kevin Walker, auteur du scénario de ', pour adapter la nouvelle éponyme de Washington Irving, l'une des rares légendes du folklore américain selon le cinéaste. Le tournage se déroule en Angleterre, et plusieurs collaborateurs de "Batman" sont sollicités. Toujours peu enclin aux effets spéciaux numériques, qui sont limités au strict minimum pour un film de ce genre, Burton concentre toute l'attention de son équipe artistique sur les décors, allant jusqu'à réaliser lui-même certains arbres de la forêt. Appuyé par Johnny Depp, Christina Ricci, Michael Gough, Christopher Lee et Christopher Walken dans le rôle du cavalier sans tête, le cinéaste renoue avec le succès critique et commercial, malgré la classification R (interdit aux moins de non accompagnés d'un adulte) aux États-Unis. Il déclare à ce propos : « en tournant "", j'ai pensé à mes réactions de spectateur enfant : je détestais que l'on me ménage, je voulais être confronté aux images, si dures soient-elles. Je me souviens de mes cris lorsque j'ai vu "Le Masque du démon" de Mario Bava. Crier était pourtant une des manières les plus rassurantes d'avoir peur puisque le film était une fantaisie ». Elfman compose pour l'occasion une musique sombre et torturée, suivant les consignes de Burton: une musique riche et viscérale, illustrant film muet. Sorti en 1999, le film est un grand succès international récompensé par l'Oscar de la meilleure direction artistique. Il est un récapitulatif de l'œuvre de Burton : citrouille, humour noir, ambiance gothique, moulin en feu, légende médiévale démoniaque… Par ce film, Burton paye par ailleurs sa dette à Mario Bava, maître du giallo italien. Nouveau millénaire et nouvelles obsessions. Le s'ouvre de manière ambivalente pour Tim Burton. Le succès de ', cependant très loin de ses premiers films, lui permet de retrouver le ', autrement dit le montage final, perdu après "Ed Wood". Néanmoins, Burton n'est toujours pas en position de force. En 2001, il accepte de réaliser un remake de "La Planète des singes". Pendant le tournage, il se sépare de l'actrice Lisa Marie avec laquelle il s'était fiancé huit ans plus tôt, et rencontre Helena Bonham Carter qui va devenir sa compagne. Le film obtient de bons résultats, atteignant les cent soixante-treize millions de dollars de bénéfices sur le sol américain. Sur le plan familial, il perd son père en 2000, puis sa mère deux ans plus tard. En 2003, le studio Columbia le contacte pour mettre en scène '. Entre-temps, sa compagne lui a donné un fils. L'histoire de ' est celle d'un homme qui va devenir père mais qui va également perdre le sien dans un scénario faisant l'éloge de l'imaginaire face à la platitude du monde réel ; Tim Burton ne peut que se retrouver dans cette histoire dont les événements sont très synchrones avec sa vie. Ewan McGregor tient le premier rôle. Le style du cinéaste change d'orientation, mais sa griffe est visible : sorcière, loup-garou, géant, nains. Il concrétise en 2005 un projet vieux de plus de quinze ans : mettre en scène le chef-d'œuvre de Roald Dahl, "Charlie et la Chocolaterie". Pour la quatrième fois, Johnny Depp est en tête de la distribution. Il campe un Willy Wonka complètement survolté, rappelant le démon Beetlejuice, et dont l'apparence ressemble, à certains égards, au personnage Alex d"'Orange mécanique" de Stanley Kubrick. Ce dernier est cité avec la scène de la barre chocolatée télévisuelle : le film dans lequel la barre est projetée est "2001, l'Odyssée de l'espace". Le cinéaste s'installe, pour la deuxième fois, aux dont il utilise presque tous les plateaux. À titre d'anecdote, cent-vingt-mille litres d'un mélange couleur chocolat sont fournis par Nestlé. Danny Elfman signe la musique et prête sa voix pour le chœur des Oompas-Loompas. Si l'esthétique gothique habituelle fait place à un univers plus coloré, il n'en reste pas moins que la poésie propre à Burton demeure : le plan final avec la maison des Bucket saupoudrée d'une neige de sucre par des sucriers géants. Quatre mois plus tard, "Les Noces funèbres" arrivent sur les écrans. Ce nouveau film d'animation a été tourné en parallèle de "Charlie et la Chocolaterie". Pour la circonstance, Burton s'entoure de ses collaborateurs habituels : Johnny Depp, Helena Bonham Carter, Christopher Lee, Albert Finney et Michael Gough notamment prêtent leurs voix aux marionnettes. Le scénario de Burton est basé sur un conte russe que son ami et collaborateur Joe Ranft lui a raconté, pendant le tournage de "L'Étrange Noël de monsieur Jack". Mais cette fois-ci, pas de dispute entre Elfman et Burton; les deux artistes ont retenu la leçon. Le cinéaste en profite pour égratigner un peu la bourgeoisie, présentée comme terne, cynique et arriviste, et afficher sa préférence pour le monde des morts, nettement plus haut en couleur et animé. Pour l'anecdote, Burton a avoué s'être étonné lui-même, car il a dessiné ses principaux personnages sans penser à Depp, Helena Bonham Carter, Christopher Lee. Le film reçoit un accueil critique favorable et réalise des recettes égales à environ quatre fois son budget. De "Vincent" à "Ed Wood", Tim Burton s'est fait le chantre des marginaux, des solitaires, des prétendus monstres renfermant des trésors de gentillesse. Avec ', il passe à tout un groupe. ' marque un nouveau cycle : celui de la famille. "", "Charlie et la Chocolaterie" et "Les Noces funèbres" poursuivent dans cette voie. L'enfant solitaire, prétendu anormal, a probablement réglé ses comptes et pense maintenant à fonder une famille. Il retrouve la veine gothique et macabre de ' avec ', sorti en sur les écrans français. Il s'agit d'une adaptation de la comédie musicale de Stephen Sondheim, mise en scène en 1979, dans laquelle le barbier est présenté comme une victime de la société. Tim Burton sollicite Johnny Depp pour le rôle du barbier, et son épouse Helena Bonham Carter pour incarner Mrs Lovett, la vendeuse de tourtes à la viande. Alan Rickman, interprète de Severus Rogue dans les films de la saga "Harry Potter", incarne le corrompu juge Turpin dont Sweeney Todd veut se venger. Tim Burton est épaulé par une équipe de techniciens d'expérience : Dariusz Wolski, directeur de la photographie de la trilogie des "Pirates des Caraïbes" ; Dante Ferretti, chef décorateur de nombreux films de Federico Fellini et Martin Scorsese et lauréat de l'Oscar 2004 des meilleurs décors pour "Aviator" ; Colleen Atwood, dessinatrice principale des costumes de "Mémoires d'une geisha" et "Chicago" qui lui ont valu tous deux un Oscar ; et Peter Owen, responsable du maquillage et de la coiffure sur la trilogie "Le Seigneur des anneaux" et oscarisé pour le premier volet. Le film obtient le succès auprès de la critique mais reçoit un accueil mitigé de la part du public. Il vaut par ailleurs à Ferretti un deuxième Oscar pour sa direction artistique. Burton renoue ensuite avec Disney pour réaliser une nouvelle adaptation d"'Alice au pays des merveilles". Dans ce film, qui est en fait la suite du livre de Lewis Carroll, Alice a et est interprétée par Mia Wasikowska. Johnny Depp incarne le Chapelier fou et Helena Bonham Carter la Reine Rouge. Même si le réalisateur est habituellement attaché aux techniques de tournage plus traditionnelles, le film a recours à de nombreux effets numériques, est presque entièrement tourné sur fond vert et est converti en 3D. Sorti aux États-Unis au mois de , le film, malgré des critiques très mitigées, totalise plus de lors de son week-end d'ouverture. Au total, il rapporte plus d'un milliard de dollars dans le monde, et réalise en France. C'est, en 2012, le plus gros succès de Burton et le le plus lucratif de l'histoire. Peu après la sortie du film, le cinéaste préside le jury du Festival de Cannes qui attribue la Palme d'or à "Oncle Boonmee" du Thaïlandais Apichatpong Weerasethakul. En 2012, l'actualité cinématographique de Burton est chargée puisque deux films qu'il a réalisés sortent dans les salles. Tout d'abord, "", qui sort en mai et qui est une adaptation de la série télévisée des années 1960 du même nom. Ce film, qui bénéficie d'un budget important et dans lequel il retrouve une nouvelle fois Johnny Depp, Helena Bonham Carter mais aussi Michelle Pfeiffer, qu'il avait dirigée dans "Batman : le Défi", est accueilli de façon mitigée par le public et par la critique. Au mois d'octobre, c'est au tour du film d'animation "Frankenweenie", remake de son court-métrage de 1984, de sortir au cinéma. "Frankenweenie" ne connaît pas un grand succès commercial mais reçoit généralement de bonnes critiques. La même année, la Cinémathèque française reprend, du au , l'exposition que lui avait consacrée le MoMA trois ans plus tôt et bat ses records de fréquentation avec près de . Cette même année 2012, Tim Burton est chargé de réaliser un nouveau clip pour le groupe The Killers, pour la chanson "". Il s'inspire du film "Les Mains d'Orlac" lors de sa réalisation. Craig Roberts y tient le rôle principal au côté de Winona Ryder Le film suivant de Burton est "", qui sort en 2014. Il raconte les démêlés entre Margaret et Walter Keane concernant l'attribution des portraits d'enfants aux grands yeux qui les ont rendus célèbres. C'est pour le réalisateur un retour au film biographique vingt ans après "Ed Wood". À la fin de 2014, Burton se sépare de l'actrice Helena Bonham Carter après treize ans de vie commune, d'après une information communiquée à l'AFP par un porte-parole de l'actrice, le . Tim Burton commence en le tournage de son nouveau film "Miss Peregrine et les Enfants particuliers", prévu pour fin 2016. On retrouve notamment dans cette adaptation de roman du même nom de Ransom Riggs, Eva Green, Samuel L. Jackson, Judi Dench, Terence Stamp, Rupert Everett et Asa Butterfield, qui tiendra le rôle principal. Le tournage a lieu notamment à la "villa Nottebohm" à Brasschaat, près d'Anvers en Belgique, à Blackpool, dans les Cornouailles et à Sun City, en Floride. En , il commence le tournage d'une adaptation en prises de vues réelles de "Dumbo", qui sort en 2019 pour Walt Disney Pictures. Il retourne à la réalisation trois ans plus tard avec la série télévisée "Mercredi" (2022), une adaptation des bandes dessinées "La Famille Addams" créées par Charles Addams. La même année, il est récompensé pour l'ensemble de son œuvre par le Prix Lumière. Œuvre et style. Réalisations. Tim Burton est un réalisateur amoureux des images, jouant aussi bien avec le Technicolor kitsch des années 1950 qu'avec le noir et blanc du gothique ou de la nostalgie, mais aussi un amoureux des monstres attachants qui peuplent ses délires visuels, comme dans ', ', "Batman", "Edward aux mains d'argent", ', "L'Étrange Noël de monsieur Jack", "Ed Wood", ', ', "La Planète des singes", ', "Charlie et la Chocolaterie", "Les Noces funèbres", ' et '. Dans une interview, il dit : Il est l'un des rares réalisateurs américains à concilier de gros chiffres au box-office avec un univers et un style très personnels et une ambition artistique certaine, par ses histoires enchantées, dans lesquelles il travaille énormément les couleurs (décors et costumes). Il est aussi un des derniers grands réalisateurs à utiliser la méthode artisanale de l'animation comme dans "L'Étrange Noël de Monsieur Jack" - qu'il n'a pas réalisé, contrairement à une croyance commune bien ancrée, mais qu'il a étroitement supervisé - ou dans "Les Noces funèbres". Antoine de Baecque dans "L'histoire-caméra" note que l'œuvre de Burton est régulièrement analysée comme d'inspiration gothique. En 2010, il retrouve le studio Disney et réalise une œuvre de commande : "Alice au pays des merveilles", suite en prise de vue réelle du dessin animé des années 1950. En dépit d'un accueil critique globalement défavorable, le film est un succès public mondial, couronné par deux Oscars en 2011 : meilleurs décors pour Robert Stromberg et Karen O'Hara et meilleurs costumes pour Colleen Atwood. Tim Burton et Edgar Allan Poe. Edgar Allan Poe a fortement influencé Tim Burton. L’attrait que le cinéaste éprouve pour lui provient d’une part de la découverte de l’œuvre du poète maudit lorsque Burton a et, d’autre part, des films que Roger Corman a réalisés d’après l’œuvre de Poe. Il convient de préciser que Vincent Price, son idole, était la vedette principale de ce cycle. Le scénario de "L'Étrange Noël de monsieur Jack" a été rédigé à partir d'un poème qu'il avait lui même écrit, à l'époque où il travaillait chez Disney. Cela renforce un peu plus le parallèle entre Burton et Poe, l'œuvre la plus célèbre de ce dernier étant un poème : "Le Corbeau", dont Tim Burton s'inspire pour son court-métrage "Vincent". De plus, les poèmes de Poe et de Burton servent à chaque fois de base à l’élaboration des scénarios respectifs qui, certes respectent l’esprit des auteurs, mais entraînent l’histoire dans une nouvelle direction. Le poème original de Poe est transformé en un véritable feu d’artifice visuel et burlesque entre Price, Karloff et Lorre dans l'adaptation de Roger Corman, tandis que celui de Burton devient une comédie musicale mélancolique et macabre. Vie privée. Burton a été marié pendant quatre années jusqu'en 1991 avec l'artiste née Allemande Lena Gieseke. Comme évoqué plus haut, il a vécu ensuite avec la modèle et actrice Lisa Marie, qui a joué dans les films qu'il a réalisés durant leur relation de 1992 à 2001, plus particulièrement dans "Sleepy Hollow", "Ed Wood" et "Mars Attacks!" Il a vécu avec l'actrice anglaise Helena Bonham Carter, rencontrée pendant le tournage de "La Planète des singes", relation sur laquelle revient Lisa Marie en 2005. Burton et Bonham Carter ont deux enfants : un fils, William Raymond, ainsi prénommé en hommage au père de chacun d'eux, né en 2003 ; et une fille née en 2007. Bonham Carter a fait dire en décembre 2014 que Burton et elle avaient rompu amiablement plus tôt cette année-là. Il n'est pas sûr qu'ils se soient jamais mariés : Bonham Carter a utilisé le mot « divorce », à la fin de leur union mais certaines sources officieuses avancent qu'ils ne se sont pas mariés. Depuis 2023, Burton serait en couple avec l'actrice et mannequin Monica Bellucci. Marques de fabrique. Tim Burton laisse sur chacune de ses œuvres plusieurs empreintes récurrentes, parmi lesquelles : Collaborateurs récurrents. Tim Burton a travaillé fréquemment (au moins à trois reprises) avec plusieurs acteurs : Johnny Depp, Winona Ryder ,Helena Bonham Carter, Michael Gough, Christopher Lee, Michael Keaton, Lisa Marie, Deep Roy, Danny DeVito, Jeffrey Jones, Martin Landau, Catherine O'Hara, Paul Reubens, Eva Green et Glenn Shadix. De l'autre côté de la caméra, ses collaborateurs les plus réguliers sont le compositeur Danny Elfman, le monteur Chris Lebenzon, la costumière Colleen Atwood et le chef décorateur Rick Heinrichs. Filmographie. Réalisateur. Courts métrages. Les courts métrages que Tim Burton a réalisés dans les années 1970 sont présentés avec leur année de réalisation ; la date de leur première diffusion publique est parfois ultérieure. Caméos. Tim Burton a fait quelques caméos dans certains films : |
Tête inductive La tête inductive est l'un des trois types de têtes de lecture existant sur les disques durs. Pour exécuter les fonctions de lecture et d'écriture, le système à tête inductive n'est constitué que d'un seul électroaimant. Fonctionnement. En mode lecture. Lorsqu'une zone magnétique, grâce à la rotation du disque, passe à proximité de l'électroaimant, il se forme un courant électrique dans le bobinage. Ce courant est détecté et permet de savoir quelles sont les informations enregistrées sur le disque. En mode écriture. La tête d'écriture est dite « inductive », c'est-à-dire qu'elle est capable de générer un champ magnétique. C'est en polarisant négativement ou positivement la surface du disque que la tête est capable d'y inscrire des informations. Ces deux états suffisent car le disque dur ne stocke que des données binaires. Quand l'électroaimant est sous tension, il produit un champ magnétique qui, par induction, crée sur le disque une zone magnétique durable. |
Tête MR La tête MR (pour MagnetoRésistive) est l'un des trois types de têtes de lecture existant sur les disques durs. Description. Ce système de lecture utilise en fait deux têtes de lecture : une pour l'écriture et une pour la lecture, celle de lecture étant basée sur un nouveau principe. Mode lecture. La tête magnétorésistive est réservée à la lecture. En présence d'un champ magnétique, sa résistance électrique se trouve modifiée. Ces changements, détectés, permettent de connaître les informations enregistrées sur le disque. Mode écriture. Une tête inductive est chargée de l'écriture. |
Tête de lecture à technologie GMR La tête GMR (de l'anglais "") signifiant magnétorésistance géante en français, est l’un des trois types de têtes de lecture existant sur les disques durs. Description. Une tête GMR est comparable, dans sa structure, à une tête magnétorésistive. L'écriture continue à être assurée par une tête inductive. La lecture, quant à elle, repose sur le phénomène de Magnétorésistance géante, découvert par deux équipes de physiciens dirigées respectivement par Albert Fert (français) et Peter Grünberg (allemand) qui reçurent conjointement le prix Nobel en 2007. Ce phénomène se résume ainsi : lorsque le spin d'un électron est parallèle à l'orientation du champ magnétique du matériau dans lequel il se déplace, ici le disque dur, une faible résistance électrique est engendrée, par contre lorsque le spin est de direction opposée on observe une forte résistance. La tête GMR mesure alors les changements affectant la résistance électrique en se plaçant au voisinage du champ magnétique et ainsi détermine l'orientation de ce champ. Ce dispositif met en œuvre des matériaux de couches extrêmement minces dont la réponse est beaucoup plus forte que celle obtenue avec le procédé magnétorésistif (d'où le terme "giant"). On peut donc exploiter des traces magnétiques beaucoup plus petites sur le disque et donc stocker plus d’information. Avantage. Le dispositif étant plus sensible, on peut exploiter des traces magnétiques beaucoup plus petites sur le disque. Grâce à la sensibilité de l'effet GMR, on peut détecter des champs plus petits, donc inscrire des bits plus petits, c’est-à-dire augmenter la densité d'information stockée dans le disque. |
Traitement thermique d'un métal Le traitement thermique d'une pièce de métal consiste à lui faire subir des transformations de structure grâce à des cycles prédéterminés de chauffage et de refroidissement afin d'en améliorer les caractéristiques mécaniques : dureté, ductilité, limite d'élasticité Ce procédé est souvent couplé avec l'emploi d'une atmosphère contrôlée lors de la mise en température de la pièce, soit pour éviter son oxydation, soit pour effectuer un apport ou changement moléculaire de surface (traitement de surface). Généralités. Dans les métaux, les atomes sont organisés sous la forme de cristaux : ils forment une structure ordonnée. Des atomes étrangers — impuretés, éléments d'alliage — peuvent s'introduire dans ce réseau, soit en substitution des atomes « de base », soit en insertion, c'est la notion de solution solide. Par ailleurs, il peut y avoir des cristaux de plusieurs types, comme des inclusions par exemple. Les cristaux minoritaires sont appelés « précipités ». Avec l'élévation de la température, les atomes du cristal s'agitent autour de leur position et s'écartent les uns des autres, provoquant la dilatation. Cela a plusieurs conséquences : Ce sont ces mécanismes qui entrent en jeu lors des traitements thermiques. Cas des matériaux ductiles. Un matériau ductile est un matériau pouvant se déformer plastiquement ; ceci est utilisé pour la mise en forme (laminage, tréfilage, forgeage). Cette déformation provoque des défauts d'organisation des atomes dans le cristal, ce qui durcit la matière : ce phénomène est l'écrouissage. Si l'on chauffe de manière modérée le métal, on donne de la mobilité aux atomes, ils se réorganisent et éliminent les défauts d'organisation. On adoucit ainsi la matière. Ce procédé est appelé recuit. Cas des précipités. Les précipités ont pour effet de durcir la matière, ce que l'on nomme le durcissement structural. Lorsque l'on chauffe suffisamment le métal, les précipités se dissolvent, cette phase est appelée « mise en solution ». Si l'on laisse le métal se refroidir lentement, les précipités se reforment. Par contre, si l'on refroidit rapidement — trempe —, alors les atomes n'ont pas le temps de bouger pour reformer les précipités, ils restent en solution. Une fois à température ambiante, les atomes n'ont plus assez de mobilité pour former les précipités. Si l'on chauffe modérément le métal, on redonne de la mobilité aux atomes et l'on forme des précipités. Ce procédé, appelé maturation, est utilisé pour les alliages d'aluminium et pour les aciers à haute limite élastique. Cas des transformations allotropiques. Pour certains métaux, l'organisation des atomes change au-dessus d'une certaine température. Si l'on refroidit rapidement par une trempe, alors les atomes n'ont pas le temps de bouger pour reprendre leur structure à basse température. Cela peut produire des effets divers selon l'alliage. On peut jouer sur la vitesse de refroidissement pour laisser les atomes se réorganiser partiellement. Trempe. La trempe s'effectue après une mise en solution de certains composés : Il s'agit de maintenir le matériau à tremper à une température suffisante et suffisamment longtemps. On plonge ensuite la pièce dans un liquide (bain d'huile, eau, plomb fondu, etc) ou on le refroidit avec un gaz (azote, air, etc.). Cas des aciers. À basse température, l'acier est biphasé à l'état stable : il est composé de cristaux de fer avec du carbone en solution solide (structure ferritique ou α), et de cristaux de carbures de fer . L'acier présente une transformation allotropique : il est cubique centré à basse température (ferrite α), et cubique à faces centrées à haute température (structure austénitique ou γ). La structure austénitique présente des sites d'insertion plus grands. Lorsque l'on chauffe l'acier dans la zone de température austénitique, les carbures se dissolvent (mise en solution). Si la teneur en carbone est suffisante, un refroidissement rapide permet aux atomes de fer de se réorganiser (transformation ) — transformation dite displacive — mais pas aux atomes de carbone de bouger pour reformer des carbures — transformation dite diffusive. On a formation d'une structure sursaturée en carbone qui durcit l'acier. Ce phénomène est favorisé par la présence d'éléments d'alliage en faible teneur (chrome, nickel, molybdène). Selon la vitesse de refroidissement, on forme de la martensite ou de la bainite. Si la vitesse de refroidissement est très rapide — hypertrempe —, on fige la structure γ. On obtient un acier austénitique à température ambiante. C'est le cas de nombreux aciers inoxydables. Cas des alliages d'aluminium. Certains alliages d'aluminium présentent un durcissement par formation de précipités avec des éléments d'alliage : pour les alliages contenant du cuivre, pour les alliages contenant du magnésium et du silicium Ce phénomène est appelé durcissement structural. Avec l'élévation de température, vers , ces précipités se dissolvent, c'est la mise en solution. La trempe empêche la reformation des précipités. À l'inverse des aciers, la trempe a donc pour conséquence un adoucissement de l'alliage. Le revenu "()". Le revenu se pratique après une trempe, pour réduire les contraintes internes créées durant celle-ci. Le revenu doit être fait dans les 4 heures après le traitement thermique. Le revenu permet d'améliorer la résistance mécanique des pièces traitées, de rétablir les valeurs de résilience et de rendre l'acier moins fragile, plus ductile. La dureté diminue également quelque peu (Dissolution de certains composés fragiles tels que les carbures favorisées). La méthode consiste à chauffer la pièce à une température inférieure à celle d'austénitisation, température déterminée en fonction du type de matériau, et de refroidir cette pièce très lentement. Le recuit complet. Le recuit se fait après un traitement mécanique, une opération de soudage, etc. afin de rendre plus homogène le matériau et lui rendre une partie de ses propriétés antérieures. Pour les aciers, on distingue deux types de recuits : Le recuit permet aussi de diminuer la densité de dislocation résultante de la déformation plastique subie par le matériau lors du traitement mécanique. En augmentant la température, on augmente la diffusion des atomes et donc la mobilité des dislocations qui peuvent ainsi se combiner et disparaître. Deux phénomènes peuvent alors se produire : un adoucissement, aussi appelé restauration, qui correspond à une diminution simple de la densité de dislocation ou une recristallisation lorsque la densité de dislocation présente dépasse un seuil critique. La maturation. La maturation est un chauffage modéré. Son but est de donner de la mobilité aux atomes pour leur permettre de former des précipités. On utilise parfois le terme « vieillissement », traduction littérale du terme anglais "ageing". Le but de la maturation est de provoquer un durcissement structural. Il est utilisé sur les aciers à haute limite élastique dits « », et sur certains alliages d'aluminium. Courbes de refroidissement. Pour aider les métallurgistes et concepteurs à la réalisation de pièces destinées à la trempe, il existe des abaques de refroidissement qui permettent de savoir en fonction de la teneur en carbone, du temps et du type de refroidissement (huile, eau...), de connaître les présent lors de la transformation, et une fois la pièce froide, ce qui permet de s'assurer que les caractéristiques obtenues correspondent à celles recherchées. Il existe deux types de courbes de refroidissement : Les technologies de mise en température et de traitement. Les mises en température sont effectuées dans des fours le plus souvent à atmosphère contrôlée ou à bain de sel. Les atmosphères contrôlées permettent soit de protéger le matériau, contre l'oxydation par exemple, soit d'apporter une couche supplémentaire au matériau (par exemple, du carbone ou de l'azote pour l'acier pour améliorer les caractéristiques mécaniques externes). Les systèmes de fabrication d'atmosphère sont appelés générateurs qui peuvent être exothermiques ou endothermiques. Les générateurs exothermiques sont constitués de brûleurs qui appauvrissent en oxygène l'atmosphère du four et évitent ainsi l'oxydation du matériau. Les générateurs endothermiques sont des systèmes qui produisent des atmosphères actives (par exemple du monoxyde de carbone fixant du carbone sur l'acier). Ces atmosphères, actives ou passives, présentent des risques importants (intoxication au monoxyde de carbone, explosion en cas d'utilisation d'hydrogène). Les risques liés à l'utilisation de ces techniques sont considérablement réduits par l'utilisation de fours à basse pression (dits « fours à vide ») qui nécessitent peu de quantités de gaz d'atmosphère. Les fours à bain de sels permettent une autre technique d'apport de molécules actives en surface du matériau, par contact avec un liquide. Par exemple, les bains de cyanure permettent d'apporter des atomes d'azote pour effectuer une nitruration. Les fours à basse pression remplacent avantageusement les bains de sels de ce type en permettant un apport d'azote sous forme gazeuse et en faible quantité, ce qui est beaucoup moins dangereux que l'emploi des composés azotés liquides à base de cyanure. |
Traitement de surface Un traitement de surface (TTS) est une opération mécanique, chimique, électrochimique ou physique qui a pour conséquence de modifier l'aspect ou la fonction de la surface des matériaux afin de l'adapter à des conditions d'utilisation données. Les traitements de surface jouent un rôle éminent dans le domaine de la tribologie (voir traitements anti-usure). Nettoyage des surfaces. Avant tout traitement, le nettoyage des surfaces est une phase essentielle qui a pour objet d'enlever les souillures existant à la surface des pièces et qui comprend deux opérations distinctes : Ces opérations sont toujours suivies d'un rinçage. Traitements optiques. Un traitement antireflet, constitué de plusieurs couches minces de matériaux transparents, est parfois utilisé sur des vitres ou des verres de lunettes. Contexte industriel. Les opérations de traitements de surface sont effectuées de nos jours par des petites et moyennes entreprises sous-traitantes pour le compte de grands groupes industriels dans les domaines de l'automobile, des « produits blancs », de l'aérospatiale, et pour tous secteurs de la transformation des métaux. Là où il y a du travail des métaux, usinage, forgeage, il y a une étape de TTS. Le traitement de surface est d'une façon surprenante un facteur essentiel du développement durable contrairement à l'idée reçue, le TTS accroit la durée de vie des pièces traitées, permet l'économie de matières premières et d'énergie. Ce contexte induit des conditions de travail variées et des salaires de bon niveau. L'exposition des salariés aux substances utilisées est maitrisée par les mesures de protection collective et individuelle dans le respect des réglementations en vigueur, l'accidentologie en TTS est principalement des TMS, liée au travail à l'attache ; selon les statistiques des ministères concernés, le risque chimique vient après, même si les substances utilisées doivent être parfaitement maitrisées. Ces entreprises doivent également respecter la réglementation sur la protection de l'environnement (code de l'environnement) et les nombreux textes qui en sont issus, dont certains spécifiques à cette activité, impliquant de lourds investissements et des contraintes de fonctionnement. Le TTS est le seul secteur d'activité disposant d'une réglementation spécifique, les résultats de cette réglementation sont confortés par les statistiques du Bureau d'analyse des risques et pollutions industriels (BARPI), émises par le ministère de l'Environnement. Elles montrent clairement que le TTS représente environ 2,5 % des accidents, très loin d'autres secteurs dont certains représentent plus de 20 % des accidents écologiques. Il existe en France un syndicat professionnel du traitement de surface : l'Union des industries des technologies des surfaces (UITS). Les ateliers de traitements de surface sont en accord avec la législation du travail au même titre que toutes les entreprises industrielles. Ils utilisent les mêmes procédés qui sont présents dans les ateliers des grands donneurs d'ordre. Le syndicat du TTS a signé avec la CRAM des accords d'amélioration constante qui dépassent la législation du travail. Selon les sources officielles ministérielles, l'accidentologie dans les ateliers de TTS n'est pas liée à l'utilisation des produits chimiques mais principalement à la manipulation des pièces. |
Transport Le transport est le déplacement d'objets, de marchandises, ou d'individus (humains ou animaux) d'un endroit à un autre. Les modes de transport incluent l'aviation, le chemin de fer, le transport routier, le transport maritime, le transport par câble, l'acheminement par pipeline et le transport spatial. Le mode dépend également du type de véhicule ou d'infrastructure utilisé. Les moyens de transport peuvent inclure les véhicules à propulsion humaine, l'automobile, la moto, le scooter, le bus, le métro, le tramway, le train, le camion, la marche à pied, l'ascenseur, l'hélicoptère, le bateau ou l'avion. Définitions. Le déplacé peut être : quelque chose de nombrable, dénombrable ou discret ( des conteneurs) ; quelque chose de continu ( matériau extrudé ou fluide) ; ou un animal, un humain ou un groupe d'individus (morts ou vivants). Lors du parcours, les points départ et d'arrivée peuvent être choisis ou imposés par un prestataire du transport. Pour l'arrivée, le mot () est plus précis et utilisé quasi uniquement dans ce secteur. Un mobile, support ou contenant de transport est le plus souvent nécessaire ; il s'agit généralement d'un véhicule, sauf dans les tuyaux de transport par exemple. Des infrastructures lourdes sont toujours nécessaires (port, gares, routes, canaux, ligne de chemin de fer, circuit, piste, etc.). On peut les séparer en catégories : infrastructures de voies de communication, infrastructures de destination, infrastructures de triage et d'intermodalité. Le pilotage peut être individuel, automatique, centralisé, semi-automatique. Le parcours peut-être figé, captif ou prisonnier d'une voie, ou libre (bateau, avion). Il peut également être uni-séquentiel ou multi-séquentiel (il suppose alors des temps imposés d'attente). L'énergie consommée peut être contenue dans le mobile (autonomie énergétique continue ou partielle), semi-autonome, ou dépendant énergétiquement de l'extérieur (cabines de téléphérique, trains électriques, etc). Les combinaisons sont aussi de mise. L'apport énergétique nécessite un réseau énergétique d'approvisionnement. Dans un même mobile de transport, plusieurs sources d'énergie peuvent être utilisées de manière simultanée (conjointes), séquentielle, alternative, transitoire (accélérations, décélérations). L'énergie cinétique peut faire l'objet de récupérations partielles. L'énergie interne n'est pas toujours utilisable sous forme primaire. Elle nécessite alors un système de conversion d'énergie ( moteur Diesel). L'interface entre voie et mobile est souvent constituée d'une ou de plusieurs roues. Le secteur du transport est une composante économique majeure. Il engloutit à lui seul 32 % de l'énergie totale consommée en France en 2011. Par assimilation, des actions de déplacement et de conduction ont été dénommées « transports », comme le transport d'électricité (qui s'effectue sur des réseaux de câbles électriques), de gaz, de pétrole (au travers de conduites, les pipelines). En ce qui concerne le « transport » d'informations et les télécommunications, il vaut mieux utiliser le mot « transmission ». Les voies de communication font partie des infrastructures et réseaux de transport, comme les ouvrages d'art (ponts, tunnels..) et les bâtiments (gares, parkings…) associés. Elles contribuent au phénomène dit de fragmentation écopaysagère que la Trame verte et bleue cherche à compenser en France. Le transport motorisé est par ailleurs une des sources majeures de pollution ; par exemple, en France, il représente environ 30 % des émissions de gaz à effet de serre. Enjeux. Le transport est un service (public ou privé selon les cas) nécessaire ou utile pour de nombreux actes et activités de la vie courante. Le type de transport et son caractère plus ou moins intermodal ont des conséquences en matière de consommation d'espace et d'énergie, ainsi qu'en matière d'émissions de polluants et de gaz à effet de serre (et donc en matière de santé environnementale). Il est aussi devenu un secteur économique lié à l'industrie du transport qui s'est développée simultanément dans les domaines public et privé depuis la révolution industrielle. Ce développement a contribué au phénomène de mondialisation, ainsi qu'au développement du tourisme de destinations lointaines. Le transport est . Généralités. Les moyens techniques ont permis l'invention de quatre types de transport, s'ajoutant donc à celui assuré par l'humain ou l'animal. Chacun de ces types de transport, incluant transport de personnes et de marchandises, peut être subdivisé en deux sous-types : Histoire. Énergie animale. Un être humain parcourt actuellement en moyenne par an, contre il y a . L'utilisation de l'énergie animale ne s'est pas faite en même temps que sa domestication. On estime que l'homme a commencé à atteler des bovins à des araires ou des véhicules à roues durant le millénaire Ces techniques inventées dans le croissant fertile ou en Ukraine ont par la suite connu un développement mondial. Avant la domestication, le transport des marchandises est géré par les humains. Les termes utilisés dans ce cas sont le "port", le "portage"… L'homme "tire", il "pousse" et il propulse (une brouette, une bicyclette, un pousse-pousse...) dès lors qu'il invente la roue. La roue demeurera toutefois inconnue en Amérique précolombienne, jusqu'à la colonisation. À partir de la domestication, l'animal devient le système de (Bête de somme avec un bât), de propulsion ou de traction, d'une , ou d'un (chars, charrettes, chariots, carrioles, voiturettes, voitures...). Si le véhicule est tiré par un cheval, il s'agit d'un véhicule hippomobile. Historiquement, la propulsion animale a été prédominante pendant des millénaires, et retrouve des utilisations justifiées. Dans un autre registre, les pigeons ont été élevés par des Colombophilie, pour transporter des messages, ou des mammifères marins par l'armée pour récupérer des objets. Dans les pays industrialisés, l'utilisation des animaux de trait a fortement régressé depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale avec le développement de la mécanisation (moteur à combustion interne et électricité), et garde une place marginale dans le tourisme mais, la traction animale garde toute son importance en Afrique subsaharienne où elle se développe. À la fin du , les véhicules à propulsion humaine atteignent des records. Les cours d'eau permettent les échanges avec la force du courant, et l'itinéraire de la rivière. La marine à voile a longtemps assuré une part importante du commerce. Le vent contribue avec les insectes et notamment les abeilles la pollinisation, en transportant le pollen ou à déplacer les planeurs. Transports dans l'antiquité. À l'époque romaine, le transport se faisait soit par voie terrestre, soit par voie navigable. Le transport sur eau pouvait se réaliser par la mer ou sur des fleuves ou rivières navigables. Certaines villes, comme Saragosse (Caesare Augusta) étaient dotées d'un port fluvial. Avant la première guerre punique, la marine romaine est insignifiante. La marine romaine n'est pas d'inspiration grecque, c'est la menace de la flotte carthaginoise équipée de quinquérèmes qui a poussé les romains à copier ceux-ci pour les combattre. La tradition raconte qu'ils y sont parvenus grâce à l'aide des grecs ("socii") installés dans le sud de l'Italie. Rome préféra les trirèmes. En 261 av. J.-C, les Romains réussirent à en construire cent en deux mois. Les "ports antiques" sont les premières installations portuaires apparues avec le développement de la marine. Ils sont attestés chez les Grecs et les Romains, mais aussi chez les Puniques, chez les Minoens, en Égypte antique... À la suite de Richard Lefebvre des Noëttes qui niait toute possibilité pour la marine antique de pouvoir naviguer loin des côtes et d’avoir un tonnage d’une certaine importance, on a longtemps pensé que les premiers ports n’étaient que de simples plages d’échouage, les bateaux étant chaque soir tirés au sec. On sait aujourd’hui qu’il n’en est rien. Très tôt, on cherche à aménager des abris naturels afin d’en augmenter les qualités : protection contre les fureurs du large, bonne exposition par rapport aux vents pour faciliter l’entrée et la sortie des navires. Ces dispositions naturelles sont donc essentielles dans le choix d’un site, tout comme les conditions économiques (proximité d’une grande ville et de voies terrestres et fluviales). Aussi, les Anciens n’hésitent pas à créer des ports artificiels qui, avec l’augmentation des capacités nautiques, répondent aux nécessités économiques. Les ports fluviaux doivent répondre à deux impératifs : abriter les bateaux des dangers naturels de la rivière (crues, embâcles) et offrir de bonnes dispositions pour le transit des marchandises. Le terme centuriation indique un système de morcellement du territoire, typique du procédé de mise en culture que la civilisation romaine appliquait dans les régions sous sa domination. Aux phases de déboisement et de bonification, si nécessaire, succédait un processus de répartition des terrains en grands quadrilatères d’environ de côté, délimité par des voies d’accès le plus souvent parallèles à de grands fossés de drainage. Un des exemples de centuriation romaine les mieux conservés d’Europe est celui de la région de Cesena. Les voies romaines sont les voies du réseau routier créé par les Romains. Souvent en ligne droite, elles permettaient de parcourir plus rapidement qu'avant l’ensemble de l’Empire à partir de l’Urbs, Rome. Elles reliaient entre elles les cités de tous les points de l’Italie puis de l’Empire avec les centres de décision politiques ou économiques. Elles permettaient des déplacements plutôt aisés pour l'époque, que ce soit pour l'usage des troupes en campagne ou les marchands et courriers. Elles permirent l’expansion économique de l’Empire puis sa fin en facilitant les grandes invasions. Le mot carrefour vient du bas latin "quadrifurcus", qui a quatre fourches ou divisions, lui-même venant de "quadri", quatre, et "furca", fourche. Les romains réalisaient déjà des carrefours où les axes étaient perpendiculaires. Par exemple lorsqu'il existait un Decumanus et un Cardo maximus. Des monuments marquaient parfois ces croisements. Le flottage du bois ou la "drave" (au Canada) est l'une des plus anciennes méthodes de transport sur de longues distances. Du Moyen Âge jusqu’à la fin du , en Europe occidentale, le flottage est le mode de transport le plus courant et le moins onéreux pour le bois. Cette technique était également connue des romains. Elle a pu être utilisée sur certains fleuves comme la Garonne. Industrialisation. C'est le résultat de l'invention de la chaudière à vapeur et de la machine à vapeur (Denis Papin), puis de la locomotive, de l'automobile... dès lors que la vapeur est utilisée pour mouvoir un véhicule ; en même temps, différents types de carburants sont inventés ou utilisés, pour améliorer la puissance des moteurs, plus tard pour les rendre moins gourmands : le gaz, l'essence et le pétrole dans le moteur à combustion interne utilisé sur les véhicules automobiles, l'électricité de la pile électrique, la pile nucléaire dans de rares sous-marins, la pile à combustible, pour fournir de l'électricité au travers de turbines ou directement à un bobinage (moteur électrique), enfin déjà ou dans le futur, de l'hydrogène. Fonctions. Le transport de personnes et le transport de marchandises se distinguent. Le transport de personnes, comme le transport de marchandises, peut être effectué pour compte propre, lorsqu'il n'a pas pour objet de transporter autrui dans un but lucratif, ni ses marchandises. Il est dénommé transport pour compte d'autrui, ou , dès lors que ce ne sont plus ses propres biens qui sont transportés. Le transport de personne peut être ou , dans le cas des transports en commun. Toutes ces catégories de transports se combinent entre elles, et contribuent à la description d'un des métiers du transport : par exemple le transport collectif de personnes (autocaristes), ou son transport individuel (taxi) ; le transport de marchandises pour compte d'autrui (transporteur de marchandises) ou le transport de marchandises pour compte propre ()... Les personnes physiques, comme les personnes morales ou les états (au travers de leurs services publics) peuvent exercer ces activités réglementées de transporteurs. Transport de personnes. En France en 2014, selon l'ADEME, 83 % du trafic voyageur se fait en voiture particulière, bien qu'elle soit . a changé ( le poids moyen du véhicule a augmenté de ). On distingue souvent les transports urbains des grands axes interurbains et périurbains. Transports urbains. En Europe, au milieu des années 1990, les transports urbains consommaient environ 30 % de l'énergie totale utilisée dans la plupart des villes ; et 80 % des transports urbains par véhicules à moteur étaient encore effectués en voiture. En France, selon un rapport de l'Insee de 1999 : Transport des marchandises. Animaux. Le a été signée à Paris la Convention européenne sur la protection des animaux en transport international, qui réglemente le transport des animaux. Le , l'Union européenne a effectué une refonte totale des règles en matière de bien-être des animaux pendant leur transport. Dans cette nouvelle réglementation, elle identifie tous les intervenants et leurs responsabilités respectives, elle renforce les mesures de surveillance et prévoit des règles plus strictes pour les longs trajets et les véhicules utilisés. L'union européenne a également mit en place un système appelé TRACES, (TRAde Control and Expert System) qui assure la traçabilité et le contrôle de l'ensemble des produits d'origine animale et des animaux vivants lors de leurs mouvements et importations en Europe. Néanmoins, certaines organisations de protection des animaux, notamment le PMAF, dénoncent les conditions de transports des animaux sur de longues distances, parfois d'un pays à un autre pour des raisons économiques, pour être engraissés ou abattus. Militaire. Toutes les armées (force terrestre, force aérienne, marine, gendarmerie) disposent de différents moyens pour transporter leurs personnels, leurs armes et leurs munitions. Outre leurs moyens propres, le service du train et le génie interviennent dans la logistique (transports, entreposage) pour stocker, transporter et détruire, améliorer ou construire des infrastructures. Sanitaire. Le transport sanitaire est l'opération qui consiste à transporter un malade ou un blessé dont l'état justifie le recours à un transport adapté et assisté. Moyens. Modes de transport. Les modes de transport sont généralement classifiés selon les voies de communication utilisées : transports terrestres (routier et ferroviaire ou guidés), les transports maritime et fluvial, le transport aérien. Le choix d'un mode de transport peut être effectué en fonction de la disponibilité du moyen de transport, de ses qualités (capacité, rapidité, sécurité, conformité au réglementations applicables aux marchandises, au commerce...), et de son coût, par exemple. Pour le transport de marchandises dangereuses ou sensibles, la notion de sûreté est aussi prise en compte. Multimodal. Pour aller d'un point à un autre, il est souvent nécessaire de combiner ces différents modes de transport. Il s'agit alors de transport multimodal, ou intermodal, ou plurimodal, ou combiné. L'expression transport intermodal désigne surtout le transport de marchandise, pour le transport de voyageurs on utilisera la notion plus générale d'intermodalité ou de multimodalité. Cette combinaison de plusieurs modes de transports s'est nettement modifiée grâce à l'arrivée d'internet et des technologies de l'information (TIC) mobiles comme le téléphone portable. En effet, l'enchaînement de plusieurs modes nécessite la connaissance de nombreuses données (horaires, localisations, correspondances) qui peuvent être apportées par les TIC. Il y a alors un décloisonnement possible de toutes les solutions de mobilité : covoiturage, autopartage, transport public, vélos en libre-service. Cette « nouvelle » mobilité est parfois appelée 2.0 ou (après le transport public et la voiture individuelle privée). Certaines marques telles que Tictactrip se positionnent depuis peu dans ce secteur, en prônant l'intermodalité. Réseau de transport. Les réseaux de transport tendent à suivre les réseaux urbains : Transport par canalisation. Des réseaux d'aqueducs pour la collecte et la distribution d'eau potable et d'irrigation existent depuis les temps historiques les plus anciens. Selon le produit transporté, les pipelines portent des noms spécifiques : aqueduc, gazoduc, oléoduc, saumoduc, oxyduc, hydrogène, hydrogénoduc, éthylénoducse Sécurité. La vitesse de circulation, variable, est en soi un facteur de risque qui fait de la sécurité des transports un enjeu important. Les questions de sécurité sont complexes et prennent en compte l'ensemble des éléments constituant un transport : le véhicule, le conducteur, la marchandise, les personnes transportées, les animaux et les infrastructures. Le Transport de matières dangereuses est réglementé, pour des raisons de sécurité. Au-delà, et depuis le 11 septembre, l'ouvrage de référence, réglementant le transport de marchandises dangereuses (A.D.R.) aborde aussi les questions de sûreté, afin de limiter les risques d'attentats perpétrés avec des matières et des produits détournés de leur moyen de transport. Sur tous les véhicules qui transportent des matières dangereuses, figurent sur une plaque orange un code d'identification du danger, appelé parfois code Kemler et un numéro ONU qui indiquent quels types de matières est transportées dans le véhicule. Secteur des transports. Avec les conquêtes et colonisations, et surtout après l'invention des transports motorisés, alors que les transports consomment de plus en plus de ressources, une économie des transports s'est progressivement institutionnalisée en devenant l'une des sciences de gouvernement. Des économistes spécialisés donnent des conseils qui prennent une importance croissante face aux choix et décisions publiques. Dans l'administration centrale et décentralisée (de l'équipement et de l'Industrie notamment), les ingénieurs-économistes conseillent le prince et les collectivités sur les choix modaux, intermodaux et la planification des réseaux d'infrastructures de transports (en France au , autour notamment des corps des mines et du corps des ponts et chaussées et des directions de l'équipement et du ministère de l'Équipement) alors qu'une expertise universitaire et citoyenne associative se développent également. Le secteur des carrières et granulats et celui de la construction (BTP en France) jouant aussi un rôle important, y compris en matière de lobby. En France existe un site "Données et Statistiques" du Ministère du transport, de l'équipement, du tourisme et de la mer fournit des données chiffrées sur les activités du transport de marchandises. En termes d'investissements publics, la route reste surfavorisée ; par exemple, en France, 64 % des investissements faits en 2004 en transports ont concerné la route, contre 15 % pour le rail et 1 % pour la voie d'eau. Énergie. Le secteur des transports forme l'un des plus gros secteurs d'utilisation de l'énergie principalement sous forme de pétrole. En 2015, le secteur des transports (Selon les données de l'Agence internationale de l'énergie, il est constitué par l'aviation domestique, les routes, le rail, les transports par canalisation, la navigation domestique ; les carburants maritimes internationaux et ceux de l'aviation internationale sont déduits de la consommation intérieure d'énergie primaire et ne sont donc pas inclus dans le transport dans le cadre de la consommation finale) consommait mondialement (Mtep) sous forme de pétrole. La consommation était de en 1975. Pour rappel, pour ces mêmes années la consommation globale d'énergie était de et . Pour 2015, les autres types d'énergie, électricité (), gaz naturel (), biocarburants () restent minoritaires. Aux États-Unis, en 2015, le secteur des transports qui comprend selon l'Energy Information Administration tous les véhicules dont le but principal est de transporter des personnes et/ou des biens d'un endroit physique à un autre - inclus les automobiles ; camions ; autobus ; motocyclettes ; trains, métros et autres véhicules ferroviaires ; avions ; et navires, barges et autres véhicules sur l'eau (Les véhicules dont l'objet principal n'est pas le transport - par exemple grues et bulldozers de construction, véhicules agricoles, tracteurs d'entrepôt et chariots élévateurs à fourche - sont classés dans le secteur de leur utilisation principale.) a consommé (ou quads soit ) d'énergie totale. En 1950, cette même consommation était de (quads, soit ). En 2015, la consommation globale aux États-Unis était de (quads, soit ). Environnement. , en produisant du dioxyde de carbone et de nombreux produits nocifs, pour certains responsables de la détérioration de la couche d'ozone et de l'effet de serre. C'est pourquoi, des politiques d'économies d'énergie liées aux transports sont mises en œuvre, parfois avec difficultés, au niveau mondial. Selon l'OCDE les transports génèrent : La quantité de dioxyde de carbone émise pour un même trajet diffère selon le mode de transport. Par exemple, pour un trajet Londres-Édimbourg (), le département britannique des transports a calculé des quantités d'émissions moyennes par modes de transports et par passager suivantes : Pour les villes françaises, selon l'ADEME (France), un kilogramme équivalent pétrole (kep) permet de déplacer une personne : La consommation d’énergie en France par mode de transport en 2017, d'après le Service de la donnée et des études Statistiques (SDES, service du gouvernement français), se répartissait comme suit : Les stratégies d'économies d'énergies sont techniques, elles reposent sur l'utilisation de sources d'énergie alternatives (comme l'électricité, le gaz naturel pour véhicules, le GPL, les bioénergies...) mais nécessitent de mettre au point des systèmes adaptés. Pour l'électricité, il s'agit d'améliorer les capacités de stockage de l'électricité (s’effectuant généralement dans des batteries) par rapport à la densité énergétique, le volume et le poids des batteries pour créer des véhicules viables. Des progrès ont déjà été faits en matière d'autonomie des batteries et aujourd'hui il existe déjà des applications de la technologie électrique au transport, tant au niveau du fret (des camions électriques actuellement commercialisées ont des autonomies et capacités de contenance suffisantes pour être utilisés au transport de marchandises) qu'au niveau du transport de personnes (transport individuel avec des voitures électriques ou transport en commun avec par exemple des bus électriques). Pour les énergies de type gaz naturel ou GPL, la difficulté d'application de cette énergie dans les transports fut la garantie de sécurité par rapport aux risques qu'ils pouvaient comporter, risques aujourd'hui canalisés dans les systèmes de technologie récente. Pour les bioénergies la question se pose plus par rapport à la possibilité de produire à partir de la biomasse suffisamment et de manière renouvelable l'énergie nécessaire au transport. L'économie d'énergie est aussi basée sur des stratégies de réduction de la consommation en énergie des véhicules, et aussi, indirectement, sur la réduction de la vitesse autorisée (voir réglementation routière, en France). D'autres stratégies consistent à réduire le poids de véhicules en utilisant des matériaux plus légers (matériaux composites), comme ceux utilisés dans l'aéronautique. Les stratégies comportementales visent au transfert modal vers le transport actif, non motorisé. La réintroduction de la propulsion humaine en particulier le vélo en ville est développée dans plusieurs pays d'Europe depuis les années 1970, en particulier aux Pays-Bas. La marche à pied, les déplacements en roller ou trottinette, à vélo permettent le transfert d'un temps subi de transport passif, vers un temps choisi d'activité physique bénéfique pour la santé. Divers États et collectivités encouragent aussi le transport intermodal et l'utilisation des transports en commun, soit par l'incitation (campagnes dites de « sensibilisation »), soit par la dissuasion : péages, réduction du stationnement et des zones à faibles émissions (à Paris, par exemple). Des progrès ont été accomplis en matière de carburants (désoufré, agrocarburant), filtres et pots catalytiques, et de nombreux pays ont interdit l'essence plombée, mais ces efforts ne compensent pas les effets de l'augmentation du nombre de véhicules dans le monde. Les transports terrestres motorisés et par voies d'eau sont aussi, par les infrastructures qu'ils requièrent, le premier facteur de fragmentation écologique des paysages, reconnu comme un des premiers facteurs de recul de la biodiversité. La pollution lumineuse et la mortalité animale due aux véhicules induite s'y ajoutent. Les progrès environnementaux sont rendus difficiles par le fait que les décisions relatives aux politiques de transport et aux formes urbaines se manifestent sur un pas de temps très long et sont confrontées à une inertie structurelle (il est rare qu'on supprime une route existante) : qu'il s'agisse d'infrastructures nouvelles à implanter, d'organisation de la vie économique et sociale à faire évoluer, d'impacts environnementaux à maîtriser, on raisonne au moins en décennies et non en années. Le transport est source de , dont 73 % proviennent du transport routier. En France en 2014, selon l'ADEME, les transports sont responsables de 32 % de la consommation d’énergie finale et de 35 % des émissions de . Le transport routier est également source de pollution de l'air Géographie des transports. Une branche de la géographie étudie les transports aussi bien routiers et ferroviaires que maritimes, fluviaux, aériens ou par moyens de télécommunications. Aspects politiques. Aménagement du territoire. Le transport est un composant important de l'aménagement du territoire et de l'urbanisme, notamment par la problématique du désenclavement. Se pose ainsi la question de savoir où diriger les investissements : pour augmenter la capacité des axes saturés ou pour desservir les zones les moins bien reliées au reste du territoire. La première option permet de répondre aux besoins de la population mais au risque d'aggraver les déséquilibres territoriaux. Le deuxième choix peut être vu comme un investissement à plus long terme pour induire une « revitalisation » de ces zones délaissées mais le risque d'échec est important, l'effet d’entraînement des infrastructures ayant rarement été probant lors des précédentes opérations de ce type. Accès au transport. L'accessibilité dans les transports définit la possibilité pour tous d'accéder aux systèmes de transport ; elle renvoie en partie à la question des personnes à mobilité réduite (voir l'article "Accessibilité aux personnes handicapées") et des pays en développement où le modèle routier du pose de graves problèmes dans les conurbations parfois de millions à dizaines de millions d'habitants, en Afrique, Inde, Indonésie et Chine notamment ; si la Chine atteint seulement 50 % du taux de motorisation français (+/- 300 voitures pour ), avant 2050 la chine devrait supporter de voitures en circulation, et il faudrait environ de voitures si le monde entier devait s'aligner sur les Français (à comparer au de véhicules estimées en circulation dans le monde en 2005). Le transport pose des problèmes d'inégalités (subies ou voulues, géographiques, écologiques et sociales) : tous les territoires ne sont pas desservis de la même manière par les réseaux de transport, ni touchés par leurs conséquences négatives (bruits, pollution, accident, emprises, etc). Les réseaux de transports sont dangereux pour les enfants, personnes âgées et handicapés. Le droit au transport questionne aussi le coût du transport pour les personnes à faible revenu. Certains groupes comme le « "collectif sans ticket" » militent pour la gratuité des transports en commun. Plusieurs études (dont de l'Ademe en 2007 en France, dans le cadre du PREDIT) et diverses expériences ont conclu que la gratuité des transports en commun présentait un intérêt social, mais aussi environnemental et sanitaire. Par exemple : Réglementation. Contrat de transport de marchandises. Le contrat de transport de marchandises pour compte d'autrui (ou transport public) est un contrat commercial tel que défini par les articles 1101 et suivants du Code civil. Il est matérialisé par un document dénommé différemment selon le mode de transport. Ce document va faire référence un contrat conclu entre les parties : Donneur d'ordre, transporteur, expéditeur, destinataire, remettant, réceptionnaire et pour l'international on ajoutera, le vendeur, l'acheteur, l'exportateur et l'importateur. Exemple : une entreprise (donneur d'ordre), demande à une société de transport (transporteur) de charger des marchandises chez son fournisseur (expéditeur) pour les livrer sur une base logistique (réceptionnaire) qui fait de l'entreposage pour une grande enseigne commerciale (destinataire). En France, le contenu de ce contrat est libre, toutefois il ne doit pas être léonin (déséquilibré) ainsi que réalisable. De ce contrat vont naître des obligations pour les parties qui sont régies par des textes, décrets ou des conventions. Transport routier. Le transport routier de marchandises notamment, distingue le transport national et les trajets internationaux. Le transport routier, en complément du transport maritime (de plus en plus conteneurisé) est essentiel à l'économie mondialisée, mais est aussi une source majeure d'accidents de la route, de nuisances sonores et de pollution routière, de gaz à effet de serre, d'artificialisation des sols et des paysages ainsi que de fragmentation écopaysagère. National. En France, le contrat de transport est régi par les articles 1782 et suivants du Code civil au livre III, titre VIII, chapitre III : « Du louage d'ouvrage et d'industrie », Section 2 : « Des voituriers par terre et par eau ». Ces articles traitent notamment de la responsabilité qui incombe au transporteur quant aux biens qui lui sont confiés ; les articles 133-1 à 133-9 du Code de commerce. On retrouve, entre autres : la prescription d'un an pour les litiges ainsi que le règlement de la prestation ; les réserves qui doivent être notifiées par lettre recommandée, au plus tard trois jours au lendemain de la livraison ; les deux cas d'exonération de la responsabilité du transporteur, la force majeure, le vice propre de la marchandise (un troisième est le cas de la faute d'un tiers, mais il ne se trouve pas dans ces articles). Figure aussi le droit de « rétention » des marchandises en cas de créance non réglée, même antérieure au transport dont les marchandises font l'objet, aux articles 132-8 et 132-9 du code de commerce, issus de la modification de l' du code de commerce qui est entré en application, par la « Loi Gayssot », alors que Jean-Claude Gayssot était ministre des Transports. En fait, le donneur d'ordre, le commissionnaire (intermédiaire), l'expéditeur et le destinataire sont tous garants du payement du prix du transport. En d'autres termes, si celui qui devait payer ne paye pas, alors le transporteur peut réclamer cette somme aux autres protagonistes. L'article 132-9 dispose quelles sont les rubriques indispensables sur la lettre de voiture ; le contrat types, décret du , à défaut de contrat écrit entre les parties, il s'applique. Presque tout y est décrit : choix du matériel de transport, délais d'acheminement, de chargement et de déchargement, responsabilités, litiges, indemnisation Le document se nomme légalement lettre de voiture car le transporteur, toujours d'après le Code civil, est un voiturier. Dans une législation antérieure, aujourd'hui abrogée, il y avait le récépissé pour les livraisons dans un rayon de . Par confusion, on parle aussi de bon de livraison. Ce dernier existe bien, mais il constitue un accusé de réception des marchandises qui fait partie du contrat entre le vendeur et l'acheteur de celles-ci. International. Le document se nomme légalement lettre de voiture internationale pour les transports internationaux par route. Ces derniers sont régis, pour un certain nombre de pays, par la Convention de Genève aussi dénommée Convention relative au contrat de transport international de marchandises par route, abrégé en C.M.R., d'où le nom d'usage (mais non juridique) de C.M.R. donné à ces lettres de voitures internationales. À défaut de contrat entre les parties, c'est cette convention qui s'applique, à condition que le pays de départ ou celui d'arrivée soit signataire de celle-ci. Si ces deux pays sont signataires, elle s'applique. Presque tout y est décrit comme dans le contrat type français, le choix du matériel de transport, délais d'acheminement, les responsabilités, litiges, indemnisation, etc. Cette convention étant plus ancienne, concernant les délais, on parle de délais raisonnables. Elle a subi une modification majeure concernant la limite d'indemnisation en cas de perte. En effet sur la version initiale, il était écrit à l'article 23 alinéa 3 : . Elle était fondée sur le cours de l'or, depuis 1978 il est écrit : Les sont les droits de tirage spéciaux. Sa dernière modification réside dans le fait qu'elle accepte la dématérialisation des documents, donc de la lettre de voiture. Enfin, elle est aussi régulièrement modifiée parce que de plus en plus de pays en sont signataires. Transport aérien. En transport aérien de marchandises, le document se nomme lettre de transports aérien abrégée par LTA. en anglais soit AWB. Il existe trois conventions. La plus ancienne est la convention de Varsovie, mais il y a aussi la convention de Montréal et la convention IATA, Association du transport aérien international. En transport maritime de marchandises, le document se nomme un connaissement, ou "", en anglais. Le contrat de transport de marchandises est matérialisé par un document qui doit mentionner la date à laquelle il a été établi, le nom et adresse du transporteur (+siret ou ID TVA) et nom et adresse du commissionnaire de transport, le nom et adresse de l'expéditeur (ou du remettant), le nom et adresse du destinataire, la date de prise en charge, ce qui est transporté (nombre de colis, nature des marchandises, poids, volumes, ou mètres linéaires), des mentions concernant la dangerosité, les sommes à encaisser, des instructions particulières de livraison, les incoterms... Type du transport. Selon l'appartenance des moyens de transport (véhicule, conducteur), le type du transport de marchandises est différent. Le transport de marchandises est dénommé : Intervenants extérieurs et intermédiaires. Le transport de marchandises mobilise des intervenants spécialisés, généralement commerçants : Exploitation et exploitants. La gestion d'un outil de transport s'appelle « exploitation ». Lorsque l'exploitant gère le véhicule et l'infrastructure, le transport est dit « intégré ». Par exemple, jusqu'à récemment, le chemin de fer français était géré par la SNCF (Société nationale des chemins de fer français) dans son intégralité (moyens et infrastructure). Pour désendetter l'entreprise publique, l'état a depuis séparé la fonction exploitation, tenue par la S.N.C.F. et la gestion des infrastructures, qui a été confiée au Réseau ferré de France. L'exploitation des moyens de transport n'est donc pas la gestion des l'infrastructure (voies de navigation, voies de circulation, voies aériennes). Elle nécessite souvent des compétences particulières, et conduit à la spécialisation des organisations dont elle est à la charge : ainsi, la RATP (Régie autonome des transports parisiens) exploite le métropolitain ou métro, le R.E.R. (Réseau express régional), le tramway parisien, et les autobus de la capitale et de sa banlieue, alors que les infrastructures sont entretenues par la S.N.C.F., la commune, la communauté de communes, le département, la région ou l'état, et par des sociétés sous-traitantes. |
Shining, l'enfant lumière , l'enfant lumière (titre original : "") est un roman d'horreur écrit par Stephen King et publié en 1977. Cet ouvrage, le troisième qu’il publie, l’établit comme une figure importante du genre fantastique. Le roman a été publié pour la première fois en France sous le titre de "L'Enfant lumière" mais la dénomination "Shining" a par la suite été retenue pour les éditions ultérieures. Stanley Kubrick réalise en 1980 une célèbre adaptation cinématographique de ce roman avec Jack Nicholson dans le rôle principal. Mécontent de cette adaptation, King scénarise une autre adaptation sous forme de mini-série en 1997. Stephen King écrit une suite centrée sur le personnage de Danny Torrance, dont le titre est "Docteur Sleep" et qui est publiée le aux États-Unis et le en France. Résumé. Jack Torrance est un homme instruit mais au tempérament colérique. Il tente de reconstruire sa vie et celle de sa famille après la perte de son emploi d’enseignant due à un élan de violence. Ayant arrêté de boire, il accepte un emploi de gardien dans un grand hôtel isolé dans les montagnes, et fermé en hiver. Il emménage dans l’hôtel Overlook (dans les montagnes du Colorado) avec sa femme Wendy et son fils Danny. Ce dernier possède le « Don » (le "« »" du titre) de médium et est sensible aux forces surnaturelles. Le jour de son arrivée à l'hôtel, Danny fait la connaissance de Dick Hallorann, le cuisinier de l'hôtel, qui possède lui aussi le "" mais à un degré bien moindre que le jeune garçon. Hallorann met en garde Danny contre les dangers de l'hôtel qui serait doté d'une conscience, et possédé par des esprits. Danny, ayant des prémonitions du danger que représente l’endroit pour sa famille, commence à voir des fantômes et des visions terrifiantes du passé de l’hôtel. Il préfère néanmoins se taire, sachant quelle importance revêt ce travail pour son père. Mais l’hôtel commence à posséder Jack, le rendant de plus en plus instable et agressif afin de mieux le manipuler. Peu à peu, et après plusieurs incidents de plus en plus inquiétants, Jack cède au charme vénéneux de l'hôtel et voit son fils et sa femme comme des ennemis dont il faut se débarrasser. En plein cœur de l'hiver et alors que l'hôtel est quasiment inaccessible en raison de la neige qui l'isole, Jack finit par craquer et tente de tuer son fils dont l'hôtel veut s'approprier les pouvoirs. Pendant ce temps, Hallorann a eu conscience du danger que courent Wendy et Danny et fait l'impossible pour rallier l'hôtel à temps malgré les conditions météo. Wendy, qui a vu avec inquiétude la santé mentale de son mari se dégrader, essaie de protéger son fils de Jack et, au cours d'une violente bagarre avec son mari, tous les deux sont gravement blessés. Jack, animé par l'énergie surnaturelle que lui confère l'hôtel, assomme néanmoins Hallorann, qui vient d'arriver et croit enfin tenir son fils à sa merci. Mais Jack (et l') a oublié un détail crucial : la vieille chaudière de l'hôtel qui menace d'exploser si elle n'est pas réglée quotidiennement. Jack se rue alors au sous-sol pour empêcher l'explosion alors que Danny, Wendy et Hallorann se traînent à l'extérieur. Mais il arrive trop tard et la chaudière explose, détruisant l' et tuant Jack. Le roman se termine avec Danny et Wendy dans une station estivale dans le Maine où Hallorann travaille comme cuisinier. Tous trois vivent heureux malgré leur peine et le traumatisme qu'ils ont vécu. Personnages. Jack Torrance : Un homme pour le moins complexe : profondément marqué par son père pendant sa jeunesse, il est intelligent et très attaché à sa famille. Miné par des problèmes financiers à la suite de son renvoi de l'université où il exerçait, Jack compte sur son travail à l' pour surmonter sa crise familiale et ses anciens problèmes d'alcoolisme (voir Al Shockley). Très positif, volontaire et entreprenant au début du roman, Jack se laisse progressivement manipuler par l'hôtel qui excite sa curiosité puis joue ensuite sur ses frustrations, ses craintes et ses peines pour mieux le contrôler. Homme déchiré entre l'amour qu'il a pour sa famille et par son devoir de père de famille, Jack semble conscient de l'influence néfaste de l'hôtel (épisode de la chambre 217) sur lui et sur sa famille mais il se laisse entièrement contrôler pour incarner le monstre des cauchemars de Danny. Piégé par Danny, Jack-Le monstre succombe au moment où l'hôtel s'embrase mais Danny a une dernière fois le temps de revoir son père conscient avant que l'hôtel ne reprenne le contrôle. Wendy Torrance : La femme de Jack Torrance et la mère de Dany. Très amoureuse de son mari et mère aimante, elle est décrite dans le livre comme une femme belle, blonde et sûre d'elle. Wendy choisit de rester avec Jack au moment où leur couple menace d'exploser. Elle croit fortement comme son mari que ce travail à l' l'aidera à sauver leur couple et si le début de leur séjour semble lui donner raison, le comportement étrange de Danny puis de Jack finit par la convaincre qu'il leur faut quitter l'hôtel au plus vite. Le piège du temps s'étant malheureusement refermé sur eux, Wendy n'hésite pas à mettre sa vie en péril afin de sauver Danny et de se protéger elle-même contre Jack devenu fou. Grâce à l'arrivée providentielle de Dick Hallorann au moment où Jack allait finir par la tuer, Wendy a le temps d'évacuer l'hôtel avec Danny et Dick blessé avant que l'hôtel n'explose. Elle garde néanmoins des séquelles physiques et psychologiques de cette confrontation. Daniel Anthony Torrance : Daniel Torrance (ou nommé Danny) est un enfant exceptionnel à beaucoup d'égards. Très en avance pour son âge (5 ans), il possède, comme Dick Hallorann, le don du " mais à un degré incroyablement plus fort (« la puissance d'une bombe atomique contre celle d'un pistolet »). Chez Danny, le don se manifeste par l'apparition de Tony (une projection de lui plus vieux bien qu'il l'ignore) qui lui permet de découvrir ou retrouver certaines choses ou objets. Par ailleurs, il peut aussi voir des choses que les gens normaux ne peuvent pas voir : des visions du passé ou du futur. Danny est conscient de ce don qui « l'aide à aider » ses parents dans les crises et surtout qui lui permet de comprendre beaucoup de situations malgré son jeune âge. Mais à partir du moment où son père décroche le job à l'Overlook, les visions de Danny deviennent effrayantes et la venue de Tony lui provoque des cauchemars. Aimant beaucoup ses parents et particulièrement son père, Danny sait toute l'importance que ce travail a pour lui et pour eux. Il noue dès son arrivée avec le cuisinier Hallorann une relation d'amitié privilégiée (puisqu'ils partagent le même secret) mais aussi extrêmement importante pour la suite du roman puisque cette amitié sera leur « salut » au cours de l'hiver. Cible principale de l'hôtel qui, pour une raison inconnue, cherche à s'emparer de son pouvoir, Danny doit « affronter » ses peurs et les apparitions que l'hôtel lui envoie. Il en réchappe presque indemne à plusieurs reprises, tant et si bien que l'hôtel continue son travail de manipulation sur Jack Torrance plutôt que sur lui. Au cours de l'hiver, Jack devenant de plus en plus violent et incontrôlable, Danny envoie finalement un cri de détresse via le " reçu brutalement par Dick en Floride, à plus de deux mille kilomètres de distance. Réussissant à fuir la folie de son père et les fantômes de l' dans les couloirs de l'hôtel, son pouvoir finit par tellement obséder la conscience de l'hôtel que celui-ci en oublie la chaudière et est finalement détruit dans l'incendie. Si Danny perd son père dans cet épisode tragique, la fin du roman semble indiquer qu'il le surmonte plutôt bien. Il a de plus trouvé en Dick Hallorann un père adoptif avec qui il peut partager son plus précieux secret. Dick Hallorann : Cuisinier de l'hôtel pendant la période estivale, Dick Hallorann est un grand noir qui possède également le don du Shining mais à un degré moindre que celui de Danny. Se liant d'amitié avec celui-ci dès leur première rencontre, Hallorann lui donne de très importants conseils afin que son séjour à l'hôtel se passe le mieux possible. Les Torrance lui font une bonne impression lorsqu'il les sonde grâce au mais ce qu'il sent chez Jack le laisse aussi sceptique. Sachant cela, il conseille à Danny d'utiliser le pour l'appeler à distance s'il se sent en danger. Sa propre expérience à l' ayant été suffisamment traumatisante pour terrifier un adulte, il sait en son for intérieur que cela risque de mal finir, au cours de l'hiver quand l'hôtel sera libre de déployer complètement son pouvoir. Son intervention sauve la vie de Wendy et de Danny et il résiste à son tour à la tentation de l'hôtel de les tuer pendant leur fuite. Quelques mois plus tard, Hallorann fréquente toujours les Torrance et fait en quelque sorte office de « père adoptif » pour Danny. Le personnage de Dick Hallorann fait brièvement sa réapparition dans "Ça". Al Shockley : Riche héritier d'une famille de possédants, Al Shockley était le principal camarade de beuverie de Jack avant qu'un accident ne les incite à arrêter de boire du jour au lendemain. Ne connaissant ni les problèmes financiers de Jack du fait de sa fortune personnelle, ni les problèmes familiaux de celui-ci puisque résolument célibataire, Al Shockley n'en reste pas moins un confident voire un ami pour Jack puisque c'est lui qui, contre l'avis de son conseil de direction, impose le choix de Jack comme gardien d'hiver de l'. Irrité par l'attitude de Jack lorsque celui-ci lui annonce indirectement sa décision d'écrire un livre sur l', Al ne lui en renouvelle pas moins sa confiance. Ullman : Directeur de l'hôtel pendant la période estivale, Ullman est un homme extrêmement consciencieux qui n'hésite pas pour cela à se mettre à dos l'intégralité du personnel. Immédiatement catalogué comme « petit con prétentieux » par Jack dès le premier entretien, Ullman ne cache ni son antipathie ni son mépris pour Jack. Vénérant littéralement « son » hôtel, Ullman a un don certain pour étouffer les affaires susceptibles d'entacher la réputation de l'établissement (ce qui explique sa nomination au poste selon Watson). Dérangé par Jack qui souhaite écrire un ouvrage sur l'hôtel, Ullman n'hésite pas à monter au créneau pour défendre la réputation de l'établissement. Watson : Watson est le gardien de l'hôtel pendant la période estivale. C'est sa famille qui a construit l'hôtel en 1907 mais celui-ci a depuis changé de mains de nombreuses fois. Watson est un « Américain typique » qui n'hésite pas à dire ce qu'il pense, surtout du directeur Ullman qu'il ne porte vraiment pas dans son cœur. Il raconte à Jack une partie des anecdotes sanglantes de l'hôtel pendant leur visite. L'Hôtel : Construit en 1907 par la famille de Watson, l' est un hôtel des Montagnes Rocheuses (Colorado) qui fait la fierté de son directeur. Ayant changé de nombreuses fois de propriétaires (y compris de mauvaises mains), l'hôtel a un passé pour le moins agité et surtout particulièrement sanglant : suicides, meurtres. Certaines personnes exceptionnelles possédant le don dit du ", un don de voyance, peuvent être témoins de ce passé sanglant sous la forme de visions, d'apparitions, de fantômes, ce qui est le cas de Danny Torrance, Dick Hallorann et d'une femme de chambre. L'hôtel semble doué d'une conscience autonome foncièrement malfaisante et attirée pour une raison inconnue par le pouvoir psychique de Danny. Afin de mieux influencer puis contrôler ses victimes, la conscience de l'hôtel semble alterner les phases de séduction, de pression et pour finir de terreur. La conscience de l'hôtel aime à s'incarner en la personne d'Horace Derwent, milliardaire mégalomane et despotique de l'après-guerre qui a été le propriétaire le plus extravagant et le plus médiatique de l'hôtel, afin d'approcher ses victimes quitte pour cela à opérer une sorte de « bond dans le temps » afin que les victimes se croient toujours en 1945. Au cours du roman, l'hôtel a recours à plusieurs reprises à des phases de séduction vis-à-vis de Jack (les bonds dans le temps) ainsi qu'à des pressions (la figure d'Horace Derwent rappelant par son discours paternaliste le père de Jack) et même des apparitions terrifiantes (fantômes, morts-vivants, buis taillés en forme d'animaux). Totalement aveuglée par le pouvoir de Danny et si proche de son but, la conscience de l'hôtel est incapable d'empêcher la chaudière d'exploser malgré l'intervention de Jack, et se consume finalement entièrement avec tous ses fantômes. Alors que Dick Hallorann fait une halte dans la remise avant de s'enfuir définitivement, elle tente une dernière fois de lui faire ramasser le maillet pour tuer Danny et Wendy. Heureusement Hallorann se ressaisit et s'enfuit non sans avoir vu auparavant une énorme main noire s'échapper de l'hôtel et flotter dans les airs avant de se dissiper. Dans la suite de " intitulée "Docteur Sleep", on apprend que l' a complètement brûlé et qu'un camping appartenant à la tribu du « Nœud Vrai » a été aménagé à la place. Quant aux fantômes de l'hôtel, on y apprend également qu'ils ne s'accrochent pas à un lieu mais à une personne. Genèse du roman. Après avoir écrit deux romans dont l'action se situait dans le Maine, Stephen King désirait changer de décor pour son prochain livre et passer un an loin du Maine. Il choisit au hasard sa destination en pointant son doigt sur une carte des États-Unis et ce fut Boulder. En 1974, King s'installa à Boulder avec sa famille. Durant son séjour, la famille King décida de passer des vacances au Stanley Hotel, à Estes Park, dans le comté de Larimer. Mais l'hôtel, inauguré en 1909, devait fermer pour la saison hivernale le lendemain de leur arrivée et les King étaient ses seuls clients. Durant la nuit qu'ils passèrent dans la chambre 217, King fit un rêve dans lequel son fils âgé de trois ans courait en hurlant dans les couloirs de l'hôtel, poursuivi par une lance à incendie. Réveillé par ce cauchemar, King imagina alors les grandes lignes de l'histoire de ". Il écrivit le premier jet du roman en moins de quatre mois. Le titre du roman prend son inspiration dans les paroles " de la chanson "Instant Karma!" de John Lennon (1970). La première édition du roman ne comportait ni prologue, ni épilogue, ceux-ci ayant été ajoutés par King dans les éditions suivantes. Analyse. Le thème principal du roman est la désintégration de la cellule familiale, un thème souvent repris par Stephen King, ses livres foisonnant de parents destructeurs faisant peser une menace sur leur enfant. Ici, la famille Torrance doit combattre , menace renforcée par leur isolement. Jack Torrance lutte pour conserver son équilibre mental pendant que son fils Danny, objet des convoitises de l'hôtel hanté, lutte pour sa propre survie et que sa femme Wendy prend peu à peu conscience de leur situation critique. donne au roman toute son énergie et son côté inexorable. L'hôtel est sans doute le le plus célèbre de toute l'œuvre de King, l'intensité de son imagerie (les animaux taillés dans les haies, l'horloge pleine de sang de la salle de bal, le bar, la suite présidentielle, et bien sûr la chambre 217) dominant le roman. L'ombre semblable à une raie manta qui s'échappe des flammes après sa destruction démontre que . "" est aussi l'un des romans de King qui comporte le plus d'allusions littéraires, allusions à Shirley Jackson, Frank Norris, Ray Bradbury et au "Masque de la mort rouge" entre autres, et est construit comme une pièce de théâtre en cinq actes. Pour Laurent Bourdier, le roman présenterait aussi en filigrane une dénonciation du capitalisme. Jack Torrance a perdu son travail et arrive à peine à subvenir aux besoins de sa famille, ce qui serait . L'hôtel Overlook lui offre alors une promesse de réussite en échange de la corruption de son âme. L'hôtel serait un symbole du capitalisme et pourrait se comparer à une entreprise . Avec , King dénoncerait ainsi . Accueil et distinctions. Le roman est resté une semaine sur la "New York Times Best Seller list", y apparaissant à la huitième place le . C'est le premier roman de Stephen King à être apparu sur cette liste de best-sellers. Il est classé à la troisième place des romans favoris des lecteurs de Stephen King lors d'un sondage organisé par le magazine "Rolling Stone" en 2014. En 1978, "" a été nommé au prix Locus du meilleur roman de fantasy, terminant à la quatrième place. Adaptations. Modalités des adaptations. Stanley Kubrick a repris le roman pour réaliser "Shining" (1980, titre original "The Shining"), dont l'acteur Jack Nicholson occupe le rôle principal. Stephen King a beaucoup aimé le film en tant que spectateur mais l'a détesté en tant qu'adaptation car Kubrick a négligé les thèmes de la désintégration de la famille et de l'alcoolisme traités dans son livre. En 1997, il scénarise et produit "Shining" ("Stephen King's The Shining"), une série pour la télévision réalisée par Mick Garris. Paradoxalement, il a eu besoin pour ce faire de l'autorisation de Kubrick, qui a demandé en échange que King arrête de faire des commentaires publics sur sa version. Le roman a été également adapté, sous le même titre, sous la forme d'un opéra en deux actes composé par Paul Moravec sur un livret de Mark Campbell. Cet opéra a été créé le au Ordway Music Theater de Saint Paul. Le roman est adapté en pièce de théâtre par Ivo van Hove (réalisateur) et Simon Stephens (script) pour être joué en 2020 au théâtre West End de Londres, puis à Broadway. Publications. "Liste non exhaustive." |
Trimūrti Dans l'hindouisme, la Trimūrti (devanagari : त्रिमूर्ति), "trois formes" en sanskrit) est la partie manifestée de la divinité suprême qui se fait triple pour présider aux différents états de l'univers. Les dieux Brahmâ, Vishnou et Shiva (ou Rudra, une forme terrible de Shiva) symbolisent respectivement la création, la préservation et la destruction. Dans le shivaïsme, ils sont perçus comme des émanations de Shiva en tant que divinité suprême non manifestée et donc non représentable. D'après le Veda, la Trimūrti succède à celle formée par Agni, Vâyu et Sûrya, les trois aspects du Feu sacrificiel. Iconographie. La Trimūrti est représentée soit par les dieux Brahmâ, Vishnou et Shiva assis ou debout côte à côte, soit par les têtes de ces trois divinités réunies en un seul corps. On peut aussi leur trouver associé leur parèdre, leur femme, symbolisant l'énergie inconsciente active, le mouvement, tandis qu'eux représentent la conscience passive. Ainsi Lakshmi complète Vishnou (la "prospérité", Lakshmī, est conditionnée par la "préservation"), couple qui se trouve mutuellement complété par celui de la Shakti (soit, Pârvatî-Kâlî-Durgâ) et Shiva (l'énergie inconsciente féminine complétant la conscience masculine), et enfin par celui de Sarasvatî (la "connaissance", Sarasvati, étant nécessaire à la "création") et de Brahmâ. Trimūrti et Trinité. D'après l'indianiste français Alain Daniélou, la Trinité chrétienne ne serait pas sans rapport avec la Trimūrti, les conceptions philosophiques hindoues étant connues du monde grec au début de notre ère. La ville d'Alexandrie accueillait d'ailleurs une communauté indienne, et des témoignages grecs sur le culte vishnouite du existent (dont celui d'Héliodoros, fils de Dion). Selon cette interprétation, "Dieu le père", le procréateur, est à rapprocher de Shiva, le dieu se substituant à son organe de création, le lingam. Vishnou serait alors "Dieu le fils", descendant sur la terre sous forme d'avatar. On trouve d'ailleurs un certain nombre de similitudes ou ressemblances entre Krishna et les autres avatars avec le Christ, comme on en trouve d'ailleurs avec certains héros grecs, Krishna et Achille meurent d'ailleurs de la même façon, une flèche dans le talon. Ces similitudes entre Jésus et Krishna ont fait l'objet d'étude par des auteurs comme Gerald Massey (1828–1907), (1813-1883), un quaker de l'Indiana, et d'autres encore. Cela dit, la comparaison avec la Trinité chrétienne est à la fois imparfaite et contestée car la pensée analogique n'offre aucune garantie intellectuelle et scientifique, de plus les hindouistes ont tendance à privilégier les uns Shiva, les autres Vishnou, explique . En plus, l'hypothèse de l'influence chrétienne peut être contestée du point de vue historique, puisque la réforme qui marque le passage du védisme à l'hindouisme date du ou , même si elle ne s'est imposée largement que plus tard. Pour Wilhelm Schmidt comme pour Max Müller , les influences entre hindouisme et christianisme, si elles ont eu lieu dans une moindre mesure, ne sont survenues que tardivement. |
Télévision numérique terrestre La télévision numérique terrestre (TNT) est une évolution technique en matière de télédiffusion, fondée sur la diffusion de signaux de télévision numérique par un réseau de réémetteurs hertziens terrestres. Par rapport à la télévision analogique terrestre à laquelle elle se substitue, la télévision numérique terrestre permet de réduire l'occupation du spectre électromagnétique tout en multipliant le nombre de chaînes par fréquence, grâce à l'utilisation de modulations et normes adaptées, d'obtenir une meilleure qualité d'image, ainsi que de réduire les coûts d'exploitation pour la diffusion et la retransmission une fois les coûts de mise à niveau amortis. La télévision numérique "terrestre" se distingue de la télédiffusion numérique historiquement déployée par satellite et la télédistribution par réseau câblé pour lesquelles, les normes comme le Digital Video Broadcasting sont adaptées. Selon des pays, l'abandon de la télédiffusion analogique se déroule durant plus de deux décennies. Ainsi, en Europe continentale, la Turquie est le dernier pays à commencer à l'exploiter, durant l'année 2021. En 2022, une quinzaine de pays n'ont toujours pas commencé la transition numérique de leur télédiffusion terrestre nationale ; Bengladesh, Belize, Burundi, Centrafrique, Comores, Dominique, Erythrée, Haïti, Irak, Jamaïque, Liban, Libye, Mauritanie, Nicaragua, République Dominicaine et Trinité-et-Tobago. Contexte historique. Au début des années 1990, après l'échec commercial de quelques norme analogiques européennes comme le D2 Mac, le HD Mac ou le PALplus et dans le cadre d'un consortium nord-américain nommé Grand Alliance réunissant certains grands acteurs de l'électronique, les bases d'une normalisation de la vidéo numérique et de la future télévision numérique sont posées. Les formats vidéo numérique déjà normalisés dans le cadre du MPEG dès 1988 permettent d'envisager de nouveaux système de télédiffusion censés remplacer les normes analogiques exploités depuis les années 1950. Pour des motifs de coûts et de rapidité de mise en oeuvre, la télévision par satellite dès 1994 commence à exploite la télédiffusion numérique, dont le lancement commercial devient effectif un an plus tard. Certains réseaux câblés l'introduisent partiellement à partir de 1997. Pour la télédiffusion terrestre, après des émissions expérimentales entre 1998 et 2001, certains pays commencent à l'exploiter au moins localement pour couvrir certaines grandes agglomérations, à partir de 2002. Plusieurs évolutions de la norme se succèdent entre 2005 et la décennie 2020, entrainant parfois l'obligation de remplacer le téléviseur, comme le passage au MPEG-4, à la haute définition ou au DVB-T2. Principes techniques. Pour la TNT comme pour la télédiffusion analogique, les ondes radio utilisées pour transporter l'image sont modulées et produisent un signal analogique hertzien. Les mêmes bandes de fréquences sont exploitées dans les deux cas. Le type de codage et de modulation sont différents. Pour la télévision analogique, le signal émis ou fréquence porteuse exploite une modulation analogique, variant proportionnellement au contenu du signal vidéocomposite de résolution standard « SD » et de norme 625 lignes pour l'Europe, ou 525 lignes pour l'Amérique du Nord et l'Asie est retransmis conformément à une classification normalisée, symbolisée par une lettre : la Norme de modulation peut comprendre un signal couleur standardisé ainsi que d'autres données ou services associées (audio multicanal ou stéréo analogique ou numérique Nicam, télétexte, Guide de programmes, sous-tires Pour la norme de télévision numérique terreste, non seulement les données vidéo sont numériques mais la modulation est également traitée de manière statistique et corrective grâce à différents dispositifs et algorithmes visant à consolider le signal démodulé ou reçu par le téléviseur ou le terminal de réception, comme le système de correction d'erreurs ou FEC. Ainsi pour la norme DVB-T exploitée en Europe, la modulation est de type COFDM alors qu'on applique le QPSK pour le DVB-S (satellite) ou le QAM pour le DVB-C (télédistribution ou réseau câblé). La correction d'erreur dynamique et les corrections statistiques permettent jusqu'à un certain seuil, de reconstituer les données corrompues ou absentes lors d'une réception médiocre ou certaines perturbations locales électro-magnétiques affectant le signal démodulé. L'avantage de la technologie numérique permet la Compression des fichiers afin de réduire leur taille ou le débit (video datarate), ce qui permet de combiner plusieurs chaînes dans un multiplex ou fréquence. La correction d'erreurs consolide la retransmission numérique. Enfin, d'autres données et une série de services numériques multimédias peuvent êtres associés dans le multiplex ainsi que des données relatives au contrôle d'accès verrouillant éventuellement certaines chaînes cryptées à péage, notamment. La modulation COFDM dite « orthogonal frequency-division multiplexing » signifiant littéralement « Multiplexage à division de fréquence orthogonale », un grand nombre de sous-porteuses sont combinées dans le signal émis. Le principe consiste à combiner ou « multiplexer » les données, sur différentes porteuses, en divisant la bande de fréquence allouée. Par exemple, une bande d'environ se divise en espacées chacune de . Chaque porteuse est dite « orthogonale » parce que l'espacement qui la sépare d'une autre est fixe. Ce paramétrage permet à chaque porteuse de ne pas « empièter » ou déborder de la portion de bande qui lui est alouée, vers les porteuses adjacentes. La norme DVB-T est tout autant sensible aux bruits parasites ou perturbations électromagnétiques que la TV analogique mais moins sensibles aux effets de propagation ou d'obstacles locaux (échos, réflections, brouillages...). L'intérêt principal consistant à répartir les données sur différentes permet d'exploiter de façon optimale la bande de fréquence alouée au multiplex, les sous-porteuses exploitant en moyenne un même niveau de puissance à l'émission. Pour un rendement équivalent à l'analogique, les émetteurs exploitant la télédiffusion numérique peuvent fonctionner avec une de puissance jusqu'à dix fois plus faible que les anciens émetteurs, pour une même couverture et dans des conditions de réception conformes aux recommandations. Dépassé un certain seuil de taux d'erreurs, des macroblocs composant l'image vidéo ne sont plus corrigeables sans perte graphique et si le nombre de perturbations augmente, aucune erreur n'étant corrigible, l'image se fige partiellement ou en totalité. Un phénomène de seuil similaire affecte également l'audio, par une déradation de la qualité (craquements ou son découpé), interruptions puis rupture totale. Pour la télédiffusion analogique, les perturbations ou une installation défectueuse peuvent affecter l'image ou faire apparaître plus ou moins proressivement du bruit ou de la « neige » à l'écran, l'image reste visualisable même fortement dégradée. Avec la TNT, soit l'image reste intègre si la qualité du signal reçu respecte le seuil où toutes les erreurs peuvent être corrigées., soit le signal se dégrade, faisant apparaitre des macroblocs et figer en partie ou en totalité l'image (et le son). Si le signal numérique démodulé est trop faible, aucune image ne peut plus être affichée et l'écran devient noir. Transmission. La télévision numérique est transmise sur ondes radio à travers l'espace terrestre conformément à une norme numérique et une modulation spécifiques, différentes de la télévision analogique. La télévision numérique terrestre utilise les bandes de fréquences allouées à la télévision analogique (bande III en VHF, bandes et en UHF). Selon les pays, les normes adoptées sont DVB-T (notamment en Europe), ISDB (en Amérique du Sud) ou ATSC (en Amérique du Nord). Le volume total de données dévolu à la vidéo, à l'audio et aux services associés pouvant être retransmis est directement affecté par les caractéristiques, le profil, les paramètres et la capacité du canal et la méthode de modulation du multiplex. La méthode de modulation en DVB-T est la COFDM avec soit une modulation d'amplitude en quadrature à 64 ou 16 états. En principe, un canal 64QAM est capable de transmettre un débit supérieur, mais est alors plus sensible aux interférences. Les constellations à 16 et 64 états peuvent être combinées dans un même multiplex, fournissant un risque de dégradation contrôlable pour les flux de programmes les plus volumineux. Cette modulation hiérarchique permet pour chacun des programmes, de qualifier et déterminer les limites d'exploitation à respecter. Le standard ATSC utilise une modulation 8VSB, dont les caractéristiques sont similaires à la modulation en bande latérale utilisée pour la télévision analogique. Cette formule protège significativement de certaines interférences mais contrairement au DVB-T, certaines distorsions peuvent survenir et cette norme ne permet pas d'exploiter une réseau à fréquence unique ou isofréquence pour chaque multplex, par exemple dans toute une région voire tout un pays, possibilité qui n'est pas autorisée aux États-Unis. Les différentes normes de télédiffusion numérique de terre exploitent le flux de transport MPEG ; ils se distinguent principalement, par la façon dont les services connexes comme l'audio multicanal, les sous-titres et guides de programmes... sont encodées. Historiquement, les codecs vidéo exploités sont le H.262/MPEG-2 Part 2 et plus récent et plus performant, le H.264/MPEG-4 AVC. Le format H.264 AVC permet notamment à trois services de télévision haute définition d'être transportés sur un canal DVB-T à 24 Mbit/s. Avec l'introduction de la norme DVB-T2 et de certaines émissions en très haute définition, l'algorithme à codage H.265 HEVC permet d'améliorer encore les performances de compression et d'assurer une retransmission d'images de qualité supérieure, en termes de résolution à l'écran. Avantages et inconvénients. Avantages. La qualité de l'image en réception numérique est significativement meilleure qu'en réception analogique, en raison de l'élimination des interférences ou parasites visibles; le niveau de bruit vidéo et d'autres effets, tels que les images fantômes. Dans des conditions normales, il est théoriquement plus simple d'obtenir une qualité d'image optimale en réception numérique qu'une qualité d'image optimale en analogique. Sous réserve de respecter un seuil minimum, les altérations du signal numérique sont moins perceptibles à l'écran avec un signal démodulé plus faible. La Haute Définition voire l'Ultra Haute Définition peuvent être proposées par certaines chaînes de télévision en fonction des offres nationales, régionales ou locales. L'installation d'antenne existante pour la réception analogiqu (aérien, composants passifs ou actifs et ligne de télédistribution) sont généralement compatibles. Au lieu d'une seule chaîne par fréquence, un seul multiplex numérique peut théoriquement retransmettre sur une seule fréquence, jusqu'à plusieurs dizaines de chaînes, en fonction de leur nature, de leur résolution, de leur codage et du taux de compression appliqué. Cet avantage permet ainsi, la libération de certaines portions du spectre hertzien (dividende numérique) pour d'autres usages comme les télécommunications, y compris mobiles. Une série de services interactifs peuvent être fournis comme l'HbbTV ou « Bouton rouge » avec ou sans voie de retour. La retransmission de la télévision en numérique bénéficie d'un meilleur rendement énergétique que la retransmission analogique, à efficacité ou service identique. Inconvénients. Sans disposer d'un appareil de mesure professionnel, l'orientation de l'antenne de réception dite « râteau » peut s'avérer plus délicate, en raison de l'absence de progressivité à l'écran, d'un signal dégradé, comme cela se produit en mode analogique. L'image affichée est généralement soit d'une qualité optimale, soit totalement indisponible, ne fournissant aucune information sur la direction dans laquelle déplacer l'antenne. Toutefois un indicateur de puissance du signal fourni sur la plupart des téléviseurs ou récepteur syntoniseurs, contribue considérablement à traiter ce problème. Certaines évolution de normes ne sont pas compatibles avec les anciens téléviseurs ou récepteurs. Il est alors nécessaire de les remplacer ou d'y connecter des adaptateurs. La consommation d'électricité peut légèrement augmenter si le téléviseur et un boîtier décodeur restent en veille en dehors de leur utilisation. Pour certaines installation d'antenne collective ou individuelle, des filtes doivent être ajoutés pour limiter ou supprimer le brouillage induit par l'arrivée de site de téléphonie mobile, notamment au dessus de la gamme des fréquences à 700 MHz. Le signal numérique modilé peut souffrir de l'effet « falaise » ; jusqu'à un certain point, l'image peut apparaître constellée de macroblocs puis peut se figer mais en cas de dégradation du signal plus importante, le récepteur ne parvient plus à interpréter et décoder le signal. L'allumage du téléviseur ou du récepteur ainsi que le changement de chaîne ou « zapping » sont significativement plus lents en raison de l'initialisation des processeurs du récepteur et des retards dus au décodage des signaux numériques. Ce même phénomène de délai pour le traitement des signaux numérique peut provoquer un délai très perceptible, entre la visualisation d'événements télévisés en direct (par exemple les événements sportifs) avec une chaine diffusant en analogique ou en suivant les commentaires simultanés diffusé par une station de radio. Certaines chaînes antérieurement reçues correctement au mode analogique peuvent se trouver inaccessibles ou très dégradées en télédiffusion numérique dans certaines zones dites "zones blanches" ou en limite de réception. Les normes TNT évoluent régulièrement, provoquant des coûts récurrents pour remplacer ou adapter les téléviseurs ou les équipements de réception. Les magnétoscopes analogiques ne peuvent pas enregistrer avec leur propre syntoniseur intégré, la télévision numérique. Réception. La télévision numérique est reçue soit par un syntoniseur intégré à un téléviseur récent, soit par un boîtier décodeur numérique (en anglais set-top box) relié à un téléviseur plus ancien. Le récepteur décode le signal reçu par une antenne de télévision standard. Toutefois, en raison de problèmes de planification des fréquences, une antenne adaptée à la réception d'un ensemble de canaux analogique peut ne pas convenir pour un ensemble de canaux numériques. Ceci est assez fréquent au Royaume-Uni. Les antennes d'intérieur (également appelées oreilles de lapin) sont encore plus susceptibles d'être touchées par ces problèmes et peuvent avoir besoin d'être remplacées. Transition de l'analogique vers le numérique. Algérie. La TNT couvre actuellement 77% du territoire algérien, ce qui permet la réception en un seul bouquet des 6 chaines de la télévision nationale publique et 3 radios. Les chaines sont : Programme national (ENTV), Canal Algérie (ENTV 2), Algérie 3 (Thalitha TV), TV Tamazight, TV Coran, TV6 et les radios Chaine 1, Chaine 3 et Radio Oran. Cette numérisation a permis une diffusion sur 865 stations au lieu des anciennes 699 stations analogiques. Allemagne. En Allemagne, la quasi-totalité des émetteurs analogiques a été mise hors service, faisant de la TNT le seul mode de réception de la télévision hertzienne. Le lancement de la TNT a commencé en à Berlin, où l’extinction des émetteurs analogiques a eu lieu en . Depuis 2004, la TNT a démarré successivement dans d’autres régions (d’abord dans les régions urbaines, plus tard dans le reste du pays). En , la numérisation de la diffusion hertzienne s’est achevée avec l’extinction de quelques émetteurs analogiques en Bavière. Le SOA allemand est actuellement complet (état ). L’Allemagne étant un pays de la télévision par câble et de la télévision par satellite, la TNT ne couvre qu’un peu plus de 90 % des foyers, avec des zones d’ombre notamment dans les régions montagneuses et dans le nord-est du pays. Les multiplex des chaînes privées ne couvrent qu’environ 45 % des foyers, uniquement dans les régions de Berlin, Hambourg, Kiel, Lübeck, Brême, Hanovre, Brunswick, Cologne, Düsseldorf, Dortmund, Francfort, Nuremberg et Munich. Au début 2013 le groupe de Media RTL annonçait son retrait progressif de ce mode de diffusion pour des raisons économiques. La modulation des canaux TNT en Allemagne se fait en 16 et 64-QAM – le signal est donc plus robuste qu’en France, où on utilise le 64-QAM. Toutes les chaînes sont en MPEG-2 et émettent en clair. Toutes les chaînes sont en définition standard. En 2009, il n’y a pas de plans pour introduire la TNT HD. La puissance des émetteurs TNT en Allemagne est, en général, supérieure à celle des émetteurs français, ce qui rend la TNT plus facile à capter. Dans beaucoup de régions urbaines, la réception portable, voire mobile, est donc possible. À cause de la modulation différente, un multiplex allemand ne contient que 4 chaînes (contre 6 en France). Ces arbitrages techniques, qui ont été faits en faveur du téléspectateur et non du diffuseur et des chaînes, font que la qualité d'image de la TNT allemande est nettement supérieure à la TNT française, et permet notamment un meilleur taux de couverture et la réception mobile (voitures, trains, piétons, etc). Multiplex régionaux. La TNT allemande pouvait être captée en France, dans presque toute l’Alsace et dans le nord de la Lorraine jusqu'au 28 mars 2017. Passage au DVB-T2. Depuis le , l'Allemagne a entamé sa transition officielle vers la TNT adoptant la norme de compression HEVC. 327 transmetteurs sur 60 localisations ont assuré la transition vers la norme DVB-T2. La TNT allemande comprend désormais environ 20 chaînes en clair (10 chaines nationales publiques, 3 chaines privées et, selon les régions, entre 4 et 7 chaines régionales). 19 chaînes commerciales sont accessibles avec abonnement (Freenet.TV). "Source : www.dslweb.de" Toutes ces chaînes, désormais compressées en HEVC, sont proposées en résolution Full-HD. L'Allemagne doit finaliser cette transition vers le DVB-T2 en 2019. Andorre. L'Andorre est le second pays d'Europe ayant incorporé la télévision numérique terrestre. Elle couvre tout le pays depuis 2007 et a remplacé complètement le signal analogique ; il n'y a plus de possibilité en Andorre de revenir au système antérieur. L'Andorre est aussi l'un des premiers pays à avoir adopté la fibre optique. Liste des chaines diffusées (au 08/10/2020) Australie. L'Australie a suivi le modèle anglais, mais a commencé plus tard ; le territoire à couvrir est important. Belgique. Belgique francophone. La RTBF (Communauté française) a lancé officiellement le son offre de télévision numérique terrestre en test depuis 2005. L’offre TNT de la RTBF se compose de trois programmes de télévision : La Une, Tipik (ex-La Deux), La Trois et précédemment Euronews (arrêté en mars 2023) avec un décrochage pour BRF TV, de 5 chaînes de radio en haute qualité audio : La Première, Vivacité, Musiq3, Classic 21, Tipik (ex-Pure) et BRF1 et du guide électronique des programmes. Une chaine de télévision locale est diffusée sur Bruxelles : BX1 (ex-Télé Bruxelles). Les locales de la communauté française souhaitent également être sur la TNT mais un décret de la Communauté Française leur interdit actuellement d’être diffusées en analogique. Seules les locales de Bruxelles (TéléBruxelles et TVBrussel) ont le droit de diffuser en analogique. n’est plus disponible sur le () de la TNT à Bruxelles, mais elle a été difficile à capter vu ses émissions en faisceau direction N-NO à partir de la région Est de Bruxelles (Tour Reyers). Cette chaîne n’est plus disponible en TNT depuis la fin du mois d' sur le (VRT). BX1 (Télé Bruxelles) est disponible depuis le sur la TNT sur le UHF (source Télé Bruxelles ). Il n’y a donc qu’une chaîne régionale émise par voie analogique () à Bruxelles (état ). En outre, un canal DVB-H (MPEG-4 mobile) a été diffusé sur le en polarisation verticale depuis la tour des finances (début 2008) à titre expérimental, celui-ci est actuellement modulé en DVB-T. Une mire en compression MPEG-2 a été émise pendant quelques jours, mais ce canal ne diffuse plus aucune information (décodable en MPEG-2) (état ). Le avoir la potentialité d’émettre en MPEG-4 DVB-T. Ce canal reste cependant dévolu à la réception mobile (DVB-H) prônée par L’UER ou à la T-DMB dans un avenir proche. Il couvrira la province de Namur dans la mise en application de la seconde couche du plan de numérisation hertzien (source CSA belge). Pour ce nouveau marché, les appels d’offres seront clôturés en date du (source CSA belge). La région bruxelloise est actuellement couverte par un émetteur situé sur la Tour des Finances de la Cité Administrative de l’État (près du Jardin botanique) sur le en polarisation verticale ainsi que par l’émetteur de Wavre sur le en polarisation horizontale Le réseau a ensuite été complété par les émetteurs de Tournai (), d’Anderlues (), de Profondeville () et de Namur (). Tous ces émetteurs sont en SFN et en contre polarisation avec un constant de , sur le (). Depuis , les émetteurs de Léglise, Liège et Marche-en-Famenne () diffusent aussi la TNT mais sur le (). La couverture est de 80 % en Communauté française. Il est à noter que la Belgique francophone a adopté la même robustesse de signal que la Suisse (16QAM) vu son relief géographique. La Flandre, quant à elle, module ses signaux en dans d’autres situations de relief géographique. BeTV (ex-Canal+ Belgique) a émis en numérique sur le à Bruxelles via un émetteur peu puissant (). Les chaînes disponibles en crypté étaient : , Be Ciné, Be Séries. Elle pourrait entrer dans la TNT pour la Wallonie en 2012. Un rapport du CSA belge prônait le lancement commercial de la TNT en Communauté Française le à la suite de la libération des fréquences analogiques de BeTV louées précédemment sous son ancien nom Canal+ Belgique et dont le contrat la liant à la RTBF s’achevait le . Ce contrat avait été renouvelé puisque les émetteurs de la RTBF émettaient toujours en analogique la chaîne en . La diffusion de BeTV en analogique a été stoppée le à minuit. Une interruption de l’émission de ces chaînes via le multiplex (TNT) a été constatée au mois de pendant cinq jours. Elle correspond à la reconduction du contrat de BeTV (ex-Canal+) avec les moyens techniques de la RTBF (émetteurs). Le premier multiplex est actuellement complet en avec émission de quatre chaînes TV, l’EPG et les chaînes radio. Le disparaît officiellement toute diffusion en analogique en Belgique. Belgique néerlandophone. La VRT (Communauté flamande) dispose depuis le d'une nouvelle couverture intégrale en TNT (DVB-T) avec des émetteurs sur les fréquences suivantes, seul l'émetteur de Genk Limburg a été modifié dans sa puissance ou sa directivité (ex canal 41 reçu à Bruxelles avant la fin du mois d') : les autres émetteurs TNT de la VRT ont conservé la même puissance antérieure au (SOA). La situation flamande est donc passée de cinq multiplexes potentiels sur les canaux 22 (Bruxelles, Veltem, Sint Pieters - Leeuw) ; 40 (Egem) ; 41 (Genk) ; 53 (Bruxelles, TV Brussel). Il est à noter que toutes émissions à forte puissance même en faisceau est interdite depuis la tour Reyers ; ce centre de télécommunication terrestre étant réservé aux relais hertziens ; canal 59 Anvers et Schoten (avant le SOA) à deux mux potentiels sur les canaux 22 et 25. Le canal 25 issu de Schoten (Polarisation V) et le canal 22 émis depuis Egem (Polarisation V)sont reçus en flux continu avec une antenne extérieure directrice (type yagi) sans amplificateur radio fréquence dans la région Ouest de Bruxelles. Le bouquet reprend pour le moment les quatre chaînes publiques Één, Één+, Ketnet/Canvas et Ketnet+/Canvas+ ainsi que les radios numériques : Radio 1, Radio 2, Klara, Klara Continuo, MNM (anciennement Donna), MNM Hits (anciennement Donna Hitbits), Studio Brussel, Sporza et Nieuws+ (boucle en continu du journal parlé). Le , la nouvelle chaîne Canvas+ de la VRT est apparue sur la TNT belge. Une quatrième chaîne, nommée , apparait le vendredi sur la TNT belge. L'extinction des émetteurs hertziens analogiques de la VRT a lieu dans la nuit du 2 au à . La réception analogique de la VRT reste possible via le câble mais une nouvelle syntonisation du canal concerné a été nécessaire. Depuis 2006, les deux chaînes de télévision publiques Één et Ketnet/Canvas sont disponibles sur les téléphones portables "via" la norme DVB-H. La VRT n'émet plus en DVB-H (à ). TV Brussel a été disponible sur le canal 53 () de la TNT à Bruxelles mais très difficile à capter, l'émetteur étant très directif Nord-Nord-Ouest à partir de l'est de Bruxelles : Reyers. Cette chaîne n'est plus disponible en TNT depuis la fin du mois d' sur le canal 53 (VRT). Depuis le mois de février, la VRT a commencé ses émissions en HD native (productions émises en (progressif) (prônée par l'UER) via le câble et le satellite, sur la Één. La VRT est actuellement la seule chaîne à émettre une mire chromatique et de linéarité avec des tests audios dynamiques dans le courant de la matinée. La VRT a décidé d'entamer une première phase de privatisation de son parc d'émission à concurrence de 49 % pour Norkring- Telenor (Norvège) 51 % pour la VRT (état ). Cette privatisation pourrait conduire à des parts de 74 % pour Norkring et 26 % pour la VRT, cette minorité des parts est nécessaire et suffisante dans le cas où un blocage « de minorité » serait nécessaire en vue de permettre des émissions Fédérales en Belgique (cf statut des sociétés Belges). La situation des médias hertziens Belges par rapport à la TNT est actuellement très critique et très préoccupante face aux nouveaux potentiels technologiques numériques, et cela engendre une certaine confusion. Actuellement, certains rapports mentionnent un dépassement de l'audience des médias « IPTV » et mobiles eu égard aux moyens de réception fixe pour le mois de . Il est évident que les statistiques en cours ne tiennent pas compte de la durée de la connexion des utilisateurs et du suivi complet d'une émission mais bien du nombre de connexions établies. Il faut aussi mentionner que tous les changements de fréquence d'un émetteur TNT peuvent être réalisés en une heure avec un coût de , d'après le CSA Belge. Cette notion doit être relativisée par rapport aux gains des antennes plus élevés aux basses fréquences UHF. Brésil. La télévision numérique terrestre a été officiellement lancée à São Paulo le , et a été déployée à partir de 2008 sur l'ensemble du territoire brésilien. La TNT brésilienne exploite la norme SBTVD ("Sistema Brasileiro de Televisão Digital" en portugais), basée sur la norme japonaise ISDB-T. Canada. Le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes a imposé 28 marchés à convertir leurs signaux analogiques en signaux numériques pour le . Côte d'ivoire. Après un demi-siècle du monopole public de la RTI, quatre chaînes de télévision privées ont été autorisées à émettre en Côte d'Ivoire. Celles-ci ont été retenues à la suite d'un appel d'offres lancé en par la HACA dans le cadre de la libéralisation de l'espace audiovisuel dans le pays. Ces chaînes, dont le lancement ayant été prévu en même temps que la TNT n'a cessé d'être reporté en raison des nombreux problèmes que rencontrait la mise en place de ce dernier. La TNT est finalement inaugurée le à Abidjan. Liste des chaines diffusées (au 20/12/2020) États-Unis. Chargée de faire appliquer la loi du prévoyant l'arrêt complet des diffusions NTSC analogiques au , la FCC () a instauré un mandat imposant, depuis le , que tout appareil de réception télé produit ou importé aux États-Unis pour la vente soit capable de recevoir les signaux numériques terrestres. Pour le consommateur, elle prévoit également la distribution de bons de réduction de (jusqu'à 2 par foyer) pour l'achat d'un décodeur ATSC à partir de . Au , de télévision sur le territoire américain (environ 98,8 % des stations) ont reçu leur permis de construire ou d'émettre en numérique. Un total de diffusent déjà en format numérique. Le SOA est différé au (d'après l'EBU). Les modes de diffusion terrestre hertzien et satellitaire hertzien y sont inclus vu les espaces géographiques de ce pays. Espagne. En Espagne, la télévision numérique terrestre s'appelle « » (TDT). En 2000 une plate-forme payante de télévision numérique terrestre, Quiero TV, est lancée. N'ayant pas atteint la rentabilité nécessaire, cette plate-forme arrêta ses diffusions le . Le la Télévision numérique fut relancée avec l'émission de chaînes en (émission de la même programmation en analogique et en numérique) et avec l'apparition de nouvelles chaînes purement numériques. La TVE s'est vu attribuer trois canaux numériques en plus de la duplication de ses deux chaînes analogiques, et chacun des quatre opérateurs de télévision hertzienne analogique privée s'est vu attribuer, en plus de la duplication de son signal hertzien numérique, deux autres fréquences. Chaque région décide du nombre et de la distribution publique/privé mais en général les régions ont deux télévisions publiques et deux télévisions privées. Fin 2005, 80 % de la population recevait le signal de la TDT, 90 % était couverte fin 2008 et 95 % (98 % pour la TVE) était couverte au moment de la mise hors service du réseau analogique, le . Italie. L'Italie a commencé la transition vers la télévision numérique terrestre en 2003 en Sardaigne, puis dans le Val d'Aoste. Depuis le , le signal analogique n'est plus émis en Sardaigne. Depuis le , la transition a commencé dans le Piémont et à Rome, avec l'élimination de Rai2 et de Rete4 du système analogique. Depuis le , Rome a achevé la transition en numérique. Le a eu lieu la transition en Campanie et le décembre à Naples et dans sa province, tandis qu'à Salerne et Caserte les émetteurs analogiques de Rai2 e Rete4 ont été éteints. À la fin de 2010 la transition vers le numérique a été achevé pour l'Italie du nord (Piémont, Lombardie, Vénétie, Trentin H.A., Frioul V.J., Émilie-Romagne). Le gouvernement a déjà prévu d'éteindre le réseau analogique dans toute l'Italie en 2012, comme prévu par les recommandations européennes. Plusieurs chaînes de la TNT italienne sont disponibles par satellite avec le bouquet Tivù Sat. Un opérateur privé Europa 7 HD étend son nouveau réseau, et utilise la norme DVB-T2. Luxembourg. Depuis le , le pylône de Dudelange-Ginzeberg diffuse un bouquet de neuf chaînes appartenant à RTL Group qui seront rejointes par plusieurs autres programmes luxembourgeois. Les programmes suivants sont diffusés en numérique terrestre (au ) : RTL9 était diffusée en analogique (canal 21, en langue française) sur l'émetteur de Dudelange jusqu'au . Aucune information précise concernant son passage en numérique ne circulait, BCE ne souhaitant pas se prononcer sur un éventuel calendrier. Toutefois, dans le rapport d'activité 2007 du Gouvernement luxembourgeois paru en , il avait été signalé que ce programme, reçu par un public non négligeable en Lorraine, passera au numérique au plus tard au moment de l'arrêt de l'analogique en Lorraine. Cependant, le , Jean-Luc Bertrand, le responsable des activités pour RTL9 Est en Lorraine a indiqué que la chaîne commencerait le numérique en été 2010. Mais, le , AB annonce l'arrêt des émissions à destination de la Lorraine pour le . Après et environ, Télé-Luxembourg quitte définitivement la Lorraine et RTL9 perdurera en réseau national par câble et satellite. Dès le , après quelques jours de test sur le canal 21 numérisé SD, AIR, L'Autre télé remplaçait le programme régional de RTL9 sur la Lorraine, à la suite du dépôt du projet « Notre télé », jusqu'au , date à laquelle la chaine dépose le bilan. Dès le , les programmes sont arrêtés avec la diffusion d'une image fixe de AIR annonçant la fin de la chaîne, et une image de BCE annonçant que le canal sera prochainement disponible. Depuis ce canal diffuse les programmes de M6 boutique and Co. Multiplex à l'origine : Le SOA luxembourgeois est complet (source UER). Maroc. La télévision numérique terrestre a été lancée en dans les villes de Casablanca, Rabat, Fès, Meknès, Tanger, Oujda et Marrakech ce qui représente 54 % de la population. En juin, c'était au tour des villes d'Agadir, Laâyoune, Figuig, Tétouan et Nador de bénéficier de la TNT, ce qui a porté la couverture à 74 % de la population. Le bouquet gratuit comporte 9 chaînes dont les trois chaînes hertziennes analogique Al Aoula, 2M, Medi 1 TV (disponible en hertzien analogique et sur les satellites Hot Bird 6 et Nilesat 102) ainsi que de nouvelles chaînes créées par la SNRT (Télévision publique marocaine) à l'occasion de l'arrivée de la TNT (une partie des chaînes est déjà disponible depuis quelques mois sur plusieurs satellites dont Eutelsat W6, Hot Bird 6, Nilesat 101 et 102 et Badr 6) : Al Aoula HD (chaîne généraliste HD), Arryadia (sport), Arrabiâ ("la ", chaîne culturelle) et Assadissa ("la ", chaîne religieuse) mais également Aflam TV (Cinéma arabe et international), Tamazight chaîne généraliste Berbère et Laayoune TV (Chaîne destinée notamment au Sahara marocain ; diffuse trois heures de programmes quotidiens) sauf Al Maghribiya ("la marocaine", chaîne destinée aux Marocains résidents à l'étranger). D'autres chaînes pourraient arriver par la suite. D'autres évolutions sont à attendre, notamment la possibilité de regarder la TNT depuis son téléphone mobile (même si les normes DVB-H et T-DMB n'ont pas été citées). Le , le gouvernement annonce l'arrêt de la transmission en signal analogique de la bande UHF et laisse celui de la bande VHF, en faveur du passage au signal numérique dans presque tout le pays. Depuis cette date, seule Al Aoula est disponible. Norvège. Pour la TNT, la Norvège a escamoté la phase MPEG-2 pour se lancer directement en MPEG-4 et coupe progressivement les transmissions hertziennes classiques en mode analogique. À terme, et malgré une géographie au relief très accidenté, le but est de fournir l'accès TNT à environ 95 % des norvégiens. Le reste aura accès aux programmes gratuits via le satellite. Beaucoup de résidences secondaires dans les régions peu peuplées échappent à la couverture des émetteurs TNT. Le SOA norvégien est actuellement complet (état ). Les chaînes de télévision gratuite ne sont pas légion : S'y ajoute la populaire chaîne : RiksTVs et Canal Digital offrent des bouquets payants aux amateurs. Le bouquet des stations de radio gratuites est plus important : NRK P1, NRK P2, NRK P3, NRK Alltid Nyheter, NRK Alltid Klassisk, NRK Sami Radio, NRK Alltid Folkemusikk, NRK Stortinget, NRK Super, NRK Jazz, NRK Gull, NRK Sport et NRK mP3. Pays-Bas. Aux Pays-Bas, la télévision numérique se nomme Digitenne, elle est au format HD depuis le passage à la norme de compression HEVC / H.265. Composée de 5 multiplex, la TNT néerlaidaise est composée d'un total de 32 chaines TV et 28 radios. Seules les 3 chaines nationales publique NPO1 NPO2 NPO3 et 4 radios publiques NPO Radio 1, NPO Radio 2, NPO 3FM, NPO Radio 4, NPO Radio 5, NPO 6 Soul & Jazz, FunX sont gratuites . Les chaines payantes éditée par Digitenne comportent : 26 chaines dans le bouquet de base, ainsi 2 bouquets optionnels (FOX Sport : 2 chaines et Pornhub : chaine érotique). Liste des 32 chaines disponible : Il y a également 28 radios diffusées par Digitenne (NPO1,2,3,4,5,6, Veronica, Skyradio, Radio 538, 100% NL, Qmusic, Classic FM, Radio 10, Arrow Classic Rock, SLAM, BNR Nieuwsradio, FunX, BBC1,2,3,4, Sublim FM, Radio1,2, MNM, Studio Brussel, Klara) Pologne. En Pologne, la télévision numérique était avant tout satellitaire. Même si beaucoup de téléviseurs se signalèrent « » dans les magasins, bien peu intégrèrent un récepteur DVB-T. Les déploiements en Pologne se sont faits avec le codage MPEG-4 AVC. Le premier émetteur numérique a été activé le . Le lancement officiel de la télévision numérique terrestre a eu lieu le ; et la diffusion analogique s'est terminée le . Portugal. Au Portugal, la télévision numérique est implantée depuis le sous le nom de TDT ("Televisão Digital Terrestre"). La TDT comprend 4 grandes chaines nationales (RTP1, RTP2, SIC, TVI), c'est-à-dire les mêmes chaînes qu'en analogique. À partir du , une cinquième chaîne fera son apparition, il s'agit de ARtv, qui est la chaîne parlementaire portugaise, cette chaîne existe depuis 2002. Un canal HD partagé entre les chaînes nationales a été prévu, mais il n'émet aucun programme à l'heure actuelle. Au début des émissions TDT, il était prévu qu'il y ait huit multiplex destinés à la diffusion de la télévision numérique terrestre : un pour les chaînes gratuites et sept autres pour les chaînes payantes. Désormais, à la suite de l'abandon de PT Comunicações, seule entreprise à être habilitée à développer la télévision payante par la TDT, l'utilisation des ressources hertziennes vacantes sont remises en question. On parle de diffuser les chaînes gratuites existantes en HD. Actuellement ce sont officiellement 9 millions de Portugais qui sont couverts par le numérique, soit 90 % de la population portugaise. La télévision numérique terrestre n'est diffusée qu'en norme MPEG-4. Le , deux nouvelles chaînes complètent l'offre TDT avec RTP3, chaîne d'information en continu et RTP Memória, chaîne d'histoire télévisuelle (sorte d'INA). Deux autres chaînes de télévision régionales appartenant au groupe RTP, sont incluses dans la TDT, mais leur transmission n'est effective que sur les archipels des Açores ou Madère : La télévision analogique s'arrêtera en plusieurs phases : RTP1, RTP2, RTP3, RTP Memória, SIC, TVI et ARTV sont actuellement diffusés sur 1 seul multiplex. L'ouverture d'un 2ème multiplex, ou plus, est attendue, ainsi que le déploiement du DVB-T2 pour que de nouvelles chaînes puissent entrer dans l'offre et que les chaînes actuelles commencent à diffuser en HD. En 2020, Altice dit vouloir que de nouvelles chaînes entrent dans la TNT à un moment où les chaînes RTP Açores, RTP Madeira et RTP Internacional devraient entrer dans le réseau national et les 2 chaînes d'information et de sport tant attendues (et oubliées). L'avenir de la TNT est actuellement incertain car Altice, la société qui la gère, ne souhaite pas renouveler un contrat se terminant en 2023, devant donc être cédé à une autre société. Début 2021, l'opérateur public RTP vient d'annoncer le lancement de deux nouvelles chaînes sur la TNT : RTP África a été sélectionnée par ses dirigeants car elle « contribuera à une meilleure inclusion des communautés africaines au Portugal tout en renforçant le lien entre le Portugal et les pays lusophones d'Afrique ». Russie. La télévision numérique terrestre est apparue en été 2009 avec le lancement d'un premier multiplex comprenant : Perviy Kanal, Rossiya-1, Rossiya-2 (maintenant Match-TV), NTV, Pétersbourg TV-5, Rossiya-K, Rossiya-24, Bibigon (devenue "Carousel"). Au printemps 2013, s'est ajouté deux autres chaînes sur ce multiplex : OTR et TV-Center. Le format numérique DVB-T sur DVB-T2 a été remplacé le Lancement du deuxième multiplex le , comprenant : REN TV, TV Center (devenue "Spas" à partir de 2013), STS, Domashniy, Sport (devenue "TV-3" à partir de 2013), NTV Plus Sport Plus (devenue "Pyatnica!" à partir de 2015), Zvezda, Mir, TNT et Muz-TV. En 2014, lancement du troisième et quatrième multiplex en Crimée, après l'annexion de cette région par la Russie. Le est lancé à Moscou et sa région un troisième multiplex diffusant certaines chaînes par satellite (telles que sur 22 canaux 2х2 à 24h et dans les 11 h 59, My planet dans les 12h-18h, et dans les 18h-24h - Nauka 2.0). Le , un calendrier connu pour éteindre la télévision analogique en Russie et le , le ministère du Développement numérique, des Communications et des Communications de masse de la fédération de Russie a approuvé le calendrier pour éteindre la radiodiffusion analogique. - la région pilote est déconnectée, la télévision analogique est déplacée dans la Oblast de Tver À partir du , la désactivation progressive de la télévision analogique commencera 7 régions Et le , 20 régions seront coupées (y compris Moscou et la Oblast de Moscou) Et le désactivera toutes les régions de la Russie (y compris Saint-Pétersbourg et la Oblast de Leningrad, et la République de Crimée et Sébastopol) Et les canaux d'éther non piétinés dans le paquet de deux multiplex, iront à la télévision par câble et par satellite Le premier multiplex: Le deuxième multiplex Royaume-Uni. La TNT est présente au Royaume-Uni depuis 1998 sous le nom de OnDigital et depuis 2001 ITV Digital. Depuis la faillite de ITV Digital, la TNT a été relancée le sous le nom de Freeview. Le bouquet, diffusé en clair, est composé d'une trentaine de chaînes de télévision et d'une vingtaine de radios. En 2012, le service analogique disparaîtra et les émissions de télévision se feront exclusivement en numérique. La couverture actuelle de la diffusion du service numérique est d'environ 98,5 %. Un bouquet payant appelé est également disponible. Il regroupe une douzaine de chaînes supplémentaires. La TNT au Royaume-Uni est également disponible par satellite avec Freesat, qui regroupe plus de 150 chaînes nationales, régionales et internationales. Suède. En Suède, les émissions de la TNT ont débuté en 1999. L'extinction des fréquences analogiques a commencé le et s'est achevée le . La diffusion en clair de chaînes de la TNT est assurée par "Teracom", une société contrôlée par l'État suédois. Cette diffusion concerne notamment un bouquet de chaînes publiques du groupe Sveriges Television (SVT1, SVT2, SVT24, Barnkanalen et Kunskapskanalen). D'autres bouquets diffusés en clair proposent des chaînes privées financées par la publicité. Un bouquet de chaines payantes est également proposé par la société . À noter que les chaînes Finlandaises sont reçues en TNT à Stockholm. Suisse. La Télévision numérique terrestre existe à nouveau en Suisse depuis 2020, à l'initiative de millieux extérieurs à la SSR. La Suisse romande est majoritairement couvertes par un bouquet de 6 à 10 chaînes (état: ) incluant RTS1 et RTS2, les chaînes francophones de la SSR, en HD. La couverture pourrait être complétée en fonction du succès de cette diffusion. Cette diffusion par 3 émetteurs déborde sur les régions françaises proches de la frontière (Dôle, Salève, Chasseral* (*12.2020). La Suisse alémanique est en partie couverte par l'émetteur romand du Chasseral (Plateau alémanique) qui ne diffuse cependant que des chaînes romandes, à l'exception notable de la 1ère chaîne alémanique en SD (SF1), ainsi que par un émetteur HD en Suisse orientale financé par des diffuseurs autrichiens. La diffusion officielle de la TNT, sous le contrôle de la SSR, a existé en Suisse entre 2003 et le , date à laquelle le dernier émetteur SSR a été arrêté. La diffusion était alors limitée à 4 ou 5 chaînes du service public, en SD. L'interruption a eu lieu pour raisons d'économies financières. Des réseaux privés à péage émettant en régions de montagne avaient été arrêtés en 2013 et 2018. Seule la chaîne genevoise Léman Bleu émet sans interruption à Genève depuis le . Cette chaîne fait aussi partie du nouveau multiplex romand démarré en . En résumé, par initiatives privées, la TNT suisse peut être reçue dans la plupart de la Suisse occidentale (Suisse romande et plateau jurassien romand et alémanique) et localement en Suisse orientale. |
Télévision La télévision est un ensemble de techniques destinées à émettre et recevoir des séquences audiovisuelles, appelées programme télévisé : émissions, films et éventuellement de séquences publicitaires. Le contenu de ces programmes peut être exploité selon des procédés analogiques ou numériques, tandis que leur retransmission peut être opérée par ondes radioélectriques de type terrestre ou satellite, par réseau câblé de type coaxial, par réseau filaire de télécommunications xDSL ou Internet ou encore, par réseau à fibre optique. En langue française, l'appareil permettant d'afficher les images et restituer le son d'un programme est nommé « téléviseur » ou, par métonymie, « poste de télévision », « récepteur de télévision », simplement « télévision » ou encore par apocope « télé » ou siglaison : « TV ». La télévision est généralement conforme à un modèle économique, politique et culturel (financement public ou commercial, langues nationales ou régionales, genres et formats, réglementation et autorisation de diffusion...). Des normes et standards de télédiffusion sont fixés et adoptés par chaque pays. Étymologie. Le substantif féminin "télévision" est réputé emprunté à l'anglais ', un substantif composé de ' () et "" (), et attesté en . Histoire. Télévision. La télévision est un moyen de diffuser par un courant électrique (ligne), par une onde (voie hertzienne) ou par internet, de façon séquentielle, les éléments d'une image analysée point par point, ligne après ligne. À l'origine, un mécanisme permet l'exploration d'un ensemble de cellules photoélectriques (mosaïque). Plus tard, le balayage de la mosaïque s'effectue par un mince faisceau d'électrons (analyse cathodique) et la première mosaïque composée d'éléments de sélénium est décrite, en 1877, par George R. Carey (Boston, États-Unis). Inspiré par le Pantélégraphe de Caselli (1856), le principe du balayage apparaît en 1879, dans un projet de « télectroscope » de Constantin Senlecq, notaire dans le Pas-de-Calais : un mécanisme de pantographe explore la face arrière d'un verre dépoli sur lequel est projetée l'image d'un objet. En 1884, l'ingénieur allemand Paul Nipkow dépose un brevet de « télescope électrique » ("elektrisches Teleskop"). Un disque, percé à sa périphérie de trous disposés selon une spirale centripète, analyse en tournant les brillances d'une ligne de l'image transmise par un objectif. Le décalage des trous permet de passer d'une ligne à l'autre. Dans ces divers cas, le caractère réversible de chacun des procédés doit assurer la reproduction de l'image. En 1891, Raphael Eduard Liesegang publie l'ouvrage "Beiträge zum Problem des electrischen Fernsehens" (Contribution sur la question de la télévision électrique). L'ouvrage de R.W. Burns, "Television, an International History of the Formative Years. The Institution of Electric Engineers", ne mentionne pas Liesegang, mais il dit que Rosing (cité ci-dessous) reconnaît sa dette envers lui. En 1907, le russe Boris Rosing dépose un brevet qui propose d'utiliser un tube cathodique, perfectionné en 1898 par Ferdinand Braun, pour reproduire une image analysée par des moyens électromagnétiques. L'année suivante, un Anglais, Campbell-Swinton, propose l'utilisation du tube cathodique aussi bien à l'analyse qu'à la reproduction de l'image. Aucun de ces projets ne mentionne la reproduction du mouvement. Ces projets conduisent Vladimir Zworykin, un Russe émigré aux États-Unis, à déposer en 1923 un brevet de télévision « tout électronique » ("all electronic"), alors qu'en Grande-Bretagne Logie Baird obtient une licence expérimentale en 1926 pour son « Televisor ». Les années 1930 allaient alors être marquées par des tentatives diverses d'émissions en Europe, principalement par la BBC de Grande-Bretagne, ainsi qu'aux États-Unis, mais la bataille entre les différentes licences et techniques utilisées d'une part, et la Seconde Guerre mondiale d'autre part, allaient retarder l'avènement de la télévision comme média populaire. Au sortir de la guerre, les États-Unis sont les premiers à imposer une normalisation technique qui facilite la progression rapide des stations d'émission et un accroissement fulgurant du parc des récepteurs ( en 1947, en 1948, en 1949, 3,9 millions en 1952). « L'année 1949 est [alors] celle de l'explosion. La grille des programmes de l'automne abonde en émissions en tout genre, annonciatrices de ce que nous pouvons voir à l'écran aujourd'hui : fictions comiques et dramatiques, théâtre, films, sport et, bien sûr, variétés et jeux de connaissances générales richement dotés. ». Le , le pape Pie XII fait de Claire d'Assise la sainte patronne de la télévision. Aspects sociétaux. Média de masse dominant. rapporte l’historien Eric Hobsbawm. En France, en 2007 chaque famille possédait en moyenne , selon le cabinet d’audit GfK. Selon une enquête menée au cours de l’année 2006 auprès des Français, la télévision resterait allumée en moyenne six heures par jour. Les études en sciences sociales. Durant les années 1990 en France, le sociologue Pierre Bourdieu a travaillé à comprendre la sociologie des médias, y compris la télévision avec son livre "Sur la télévision". La télévision est un sujet vaste analysé par de nombreux courants et disciplines des sciences sociales. Parmi ce lot, Henrion-Dourcy en répertorie plusieurs : Les études sociales des médias touchent donc par défaut plusieurs disciplines. Plus spécifiquement, les recherches anthropologiques sur la télévision, quant à elles, ont débuté par la publication, dès le début des années 1980, d’articles sur des études de cas de l’impact de la télévision sur certaines communautés. Parmi eux, il y a Granzberg et Steinberg chez les Algonquins, Graburn chez les Inuits, Kent chez les Navajos. Quelques monographies marquantes se sont ajoutées à la liste : Naficy sur les immigrés iraniens de Los Angeles, Gillespie sur les immigrés indiens du nord de l’Angleterre. Le sociologue américain Joseph T. Klapper (1917-1984) s'est consacré à l'étude des effets de la télévision sur le comportement, et sa principale conclusion est qu'elle n'a qu'un effet indirect sur l'opinion. Effet sur le sommeil et la concentration. Dans la culture populaire. Dans "La Grande Lessive (!)" (1968), Jean-Pierre Mocky raconte l'histoire d'un professeur de littérature qui, déplorant les effets de la télévision sur la concentration et le sommeil de ses élèves, décide de saboter la télévision en appliquant un produit chimique sur les antennes de télévision. Effets sur le développement de l'enfant. La télévision serait dangereuse pour le développement des bébés. En France, la direction générale de la santé (DGS) a publié un avis négatif concernant les chaînes de télévision pour enfant, à la suite des travaux du groupe d’experts réunis le . Les associations familiales et les syndicats d’enseignants réunis dans le Collectif inter-associatif enfance et média, rappelant que les chaînes de télévision destinées aux bébés représentent un danger pour leur santé et leur développement intellectuel et émotionnel, ont demandé aux pouvoirs publics l’interdiction des chaînes et . Une enquête américaine publiée en , soutenue par la Fondation Tamaki et le National Institute of Mental Health, a été menée auprès de plus de parents d'enfants âgés de 2 à 24 mois. Selon Frederick Zimmerman, chercheur à l'université de Washington et auteur principal de l'étude : « Si la télévision en quantité appropriée peut être utile à un certain âge pour les enfants et leurs parents, il a été démontré qu'un excès de télévision avant 3 ans est associé à des problèmes du contrôle de l'attention, un comportement agressif et un développement cognitif pauvre. ». En comparant les performances des enfants à des tests cognitifs standardisés en fonction de la date d'introduction de la télévision dans les différentes villes américaines (entre 1940 et le milieu des années 1950), les économistes Matthew Gentzkow et Jesse Shapiro montrent que l'exposition à la télévision avant l'âge d'entrée à l'école n'a pas d'effet négatif sur les performances cognitives des enfants. Au contraire, il semble que l'exposition à la télévision avant l'entrée à l'école augmente légèrement les performances des enfants. L'effet sur les performances d'expression orale, de lecture et de connaissances générales est plus fort pour les enfants issus de famille dans lesquelles l'Anglais n'est pas la langue maternelle. L'Académie américaine de pédiatrie, à la suite d'une méta-analyse de 50 études sur les conséquences de la télévision sur les enfants, émet la recommandation de bannir l'écran de télévision ou de l'ordinateur à tout enfant de moins de deux ans (90 % de ces enfants américains regardent une forme de média numérique 1 à 2 heures par jour), ces médias nuisant à leur attention et diminuant la communication des parents avec leur enfant. Effets sur la santé. La télévision est un facteur contribuant à l'augmentation de l'obésité à la fois par l'inactivité physique qu'elle entraîne pour le spectateur et par l'effet de la publicité pour des produits alimentaires souvent gras et sucrés. Il existe un lien entre une forte exposition aux publicités télévisées et l'obésité des jeunes de 2 à 18 ans. L'exposition à la publicité télévisée portant sur des aliments de haute densité énergétique (notamment sucrés et gras) est associée à une prévalence plus élevée de l'obésité. De manière plus générale, le temps passé devant l'écran est corrélé avec une augmentation du risque de diabète de type II, de survenue de maladies cardio-vasculaires ainsi qu'une augmentation de la mortalité, toute cause confondue. En 2011 un Français (Michel Desmurget, docteur en neurosciences) sort un livre (TV lobotomie ) qui réunit les conclusions d'études parues sur plusieurs années. Abordant de multiples aspect de santé (ex : psychologie, développement intellectuel, répercussions sociales). Pour Christophe Piar, les médias en général, et la télévision en particulier, peuvent parfois avoir un impact sur les résultats des élections, avec ce que les chercheurs appellent des effets d'amorçage, d'association et de cadrage. Ces deux derniers effets ont en particulier contribué à la victoire de Nicolas Sarkozy lors de l'élection présidentielle de 2007. Les candidats ont ainsi tout intérêt à faire jouer à leur profit ces mécanismes, en essayant d'influencer au maximum les journalistes dans leur travail de fabrication de l'information. Effet sur la participation électorale. En comparant la participation électorale par ville en fonction de la date d'introduction de la télévision aux États-Unis, l'économiste Matthew Gentzkow montre que l'introduction de la télévision a un fort effet sur la baisse de la participation électorale. Cet effet s'explique principalement par une baisse de la lecture des journaux et de l'écoute de la radio qui conduisent à une baisse des connaissances politiques. La télévision se veut pourtant plus accessible, voire « démocratique » que certains médias traditionnels, du fait que le contenu informatif ne demande pas de compétence en lecture, selon l'anthropologue Henrion-Dourcy. En Occident, Internet peut partager ces mêmes caractéristiques, mais dans les sociétés non occidentales, il s'agit du premier médium de masse en importance. Mankekar voit justement la télévision comme « un écran sur lequel se projette la culture et un espace d’où l’on peut voir le politique ». Effet sur les résultats de l'élection. Les économistes Stefano Dellavigna et Ethan Kaplan ont comparé l'évolution du vote en faveur des Républicains entre 1996 et 2000 dans les villes pour lesquelles la chaîne de télévision conservatrice Fox News a été ajoutée au réseau câblé et dans les villes qui n'ont pas accès à Fox News. Ils mettent en avant un effet de l'introduction de Fox News sur le vote en faveur des Républicains. Dans les villes où Fox News a été introduite, les Républicains ont gagné entre 0,4 et 0,7 points de pourcentage entre 1996 et 2000. Cette étude montre le pouvoir de persuasion potentiel de la télévision. En comparant les résultats aux élections parlementaires russes de 1999 dans les régions où il existait une chaîne de télévision indépendante du gouvernement et dans les régions où il n'en existait pas, les économistes Ruben Enikolopov, Maria Petrova et Ekaterina Zhuravskaya montrent qu'il existe un effet massif sur le résultat électoral. En présence d'une chaîne de télévision indépendante, le score du parti gouvernemental baisse de près de 9 points de pourcentage. Effet sur le comportement social. En s'appuyant sur des données indonésiennes, l'économiste Benjamin Olken montre que l'introduction de la télévision diminue la participation à des organisations sociales et la confiance en soi. Selon Henrion-Dourcy, la télévision joue sur l'interaction entre les plans microsocial et macrosocial puisque de grandes questions comme sur la construction de l'identité nationale sont discutées dans l'intimité des foyers selon le contenu présenté à la télévision. De nombreux grands sujets sont traités soit pour défendre une idée, en contester une autre ou pour amener un débat social. Une addiction ? La télévision offre une gratification immédiate aux téléspectateurs. Ce serait un plaisir qu’on regrette ensuite. Les enquêtes montrent que le petit écran est l’un des loisirs les plus frustrants pour les téléspectateurs eux-mêmes. La corrélation entre le nombre d’heures passées devant le téléviseur et les indices de satisfaction est négative. Selon Robert Putnam, comme toute consommation compulsive ou addictive, la téléphagie est une activité étonnamment peu valorisante. Les métiers de la télévision. Les télévisions cathodiques et les magnétoscopes pouvaient être réparés. Lors de pannes, les appareils étaient confiés à des réparateurs. Les commerçants qui vendaient des téléviseurs assuraient également leur réparation. Voir aussi. Filmographie. Voir aussi la |
Évolution (biologie) En biologie, l’évolution est la transformation du monde vivant au cours du temps, qui se manifeste par des changements phénotypiques des organismes à travers les générations. Ces changements généralement graduels (mais pouvant être rapides ou lents) peuvent aboutir, à partir d’une seule espèce (dite « espèce-mère »), à la formation de nouvelles variétés périphériques devenant progressivement des « espèces-filles ». Inversement, la fusion de deux lignées par hybridation ou par symbiogenèse entre deux populations d'espèces différentes peuvent produire une troisième espèce nouvelle. L’évolution explique la biodiversité sur Terre. L’histoire des espèces peut ainsi être pensée et représentée sous la forme d’un arbre phylogénétique et d’autres schémas et modèles, qui permettent de comprendre le phénomène de l’évolution. Certains philosophes de l’Antiquité (Lucrèce, 98-54 avant notre ère, en particulier) ont approché le phénomène de l’évolution, mais ce n’est qu’à partir du que des théories proposent des explications scientifiques, c’est-à-dire réfutables ou démontrables. Jean-Baptiste de Lamarck a le premier formulé une théorie scientifique transformiste fondée sur deux principes complémentaires : complexification de l'organisme et diversification adaptative. Puis, à partir de 1859 avec la publication de "L'Origine des espèces" par Charles Darwin, le modèle darwinien de l’évolution s’est progressivement imposé dans la communauté scientifique comme celui expliquant un maximum de faits observables avec un minimum de postulats (principe de parcimonie). Darwin illustre, avec des observations détaillées, la thèse que les espèces vivantes ne sont pas des catégories fixes, mais se diversifient avec le temps, ou disparaissent. Comme cause des changements qui se produisent peu à peu au sein d’une population, il propose l’idée de la sélection naturelle, équivalent naturel et spontané de la sélection artificielle pratiquée par les éleveurs d’animaux domestiques. Les espèces sont profondément conditionnées par leur milieu naturel, aujourd’hui appelé écosystème. Toutefois, Darwin, contrairement à une croyance répandue, même à l'université, ne rejetait pas les mécanismes lamarckiens d'habituation et de transmission des caractères acquis ; il y a seulement ajouté les variations spontanées et la sélection naturelle. Ce n'est qu'un an après la mort de Darwin, en 1883, qu'August Weismann a postulé la séparation des lignées germinale et somatique, ce qui implique l'impossibilité de la transmission des caractères acquis. Il ne restait donc, dans l’œuvre de Darwin plus que le mécanisme variations-sélection comme vraisemblable. Avec la découverte de la génétique par Gregor Mendel, les modèles de l’évolution se sont peu à peu affinés. Ainsi, depuis les années 1930, la théorie synthétique de l'évolution fait l’objet d’un large consensus scientifique. Les recherches actuelles poursuivent l’étude des mécanismes qui permettent d’expliquer les phénomènes évolutifs. Des processus découverts après 1950, comme ceux des gènes architectes, de la coévolution et de l’endosymbiose, permettent de mieux saisir les mécanismes génétiques en action, d’appréhender l’évolution des espèces les unes par rapport aux autres ou de décrire plus précisément les différents rythmes de l’évolution. Les logiques évolutives sont utilisées et étudiées dans des domaines aussi divers que l'agriculture, l'anthropologie, la biologie de la conservation, l'écologie, la médecine, la paléontologie, la philosophie, et la psychologie. Découverte des principes de l'évolution biologique. Les hommes ont cherché l'origine de la diversité du vivant dès la période antique. L'idée d'évolution est déjà présente chez des philosophes grecs et romains (Empédocle, Démocrite, Épicure, Lucrèce). Cependant, Aristote, comme beaucoup d'autres, avait une conception relativement fixiste du vivant (même si cela dépend des textes : la question ne se posant pas chez lui, il n'y apporte pas de réponse claire). Cette vision est restée prédominante dans la pensée occidentale jusqu'au , confortée par la religion chrétienne dans laquelle toutes les espèces sont créées par Dieu au commencement du monde, déjà (début de la Genèse). Les grandes religions monothéistes ont diffusé cette représentation fixiste dans une vaste partie du monde. De plus, ces religions confèrent à l'homme une place à part dans le vivant : il serait créé à part, à l'image de Dieu et moralement supérieur à toutes les autres espèces. Au cours du Moyen Âge, les débats philosophiques en Europe occidentale sont limités par la dominance du dogmatisme chrétien. Les autorités religieuses condamnent fermement toute idée remettant en cause les écrits bibliques. Dans le monde musulman, l'idée d'évolution resurgit par intermittence. Au , Al-Jahiz défend l'idée que non seulement les espèces évoluent au cours du temps, mais propose aussi une première théorie cherchant à expliquer cette évolution. Dans son ouvrage "Le Livre des animaux", il dit notamment : Les facteurs environnementaux poussent les organismes à développer de nouvelles caractéristiques pour assurer leur survie, les transformant ainsi en de nouvelles espèces. Au , le philosophe Nasir ad-Din at-Tusi soutient la sélection des meilleurs et l'adaptation des espèces à leur environnement. Ces écrits se sont heurtés au dogme de la genèse et ont été oubliés pendant des siècles. À la Renaissance, des savants comme Jérôme Cardan, Giordano Bruno et Giulio Cesare Vanini remettent en cause le dogmatisme religieux, posent la question de l'origine de la vie, défendent des théories polygéniques, voire l'idée d'un ancêtre commun aux humains et aux singes. Face à l'Inquisition, certains vont le payer de leur vie. Au début du , la paléontologie et la découverte de fossiles de squelettes ne ressemblant à aucun squelette d'animal vivant ébranlent les idées fixistes et font naître l'idée d'une Histoire de la nature et des espèces. Des savants redécouvrent l'idée d'évolution comme Pierre Louis Moreau de Maupertuis avec son intérêt pour l’hérédité et Georges Louis Leclerc, comte de Buffon, naturaliste passionné qui transforma le Jardin des plantes en un centre de collection et d'étude (qui deviendra le Muséum national d'histoire naturelle). Pour concilier ces découvertes avec les textes bibliques, Georges Cuvier expose sa théorie catastrophiste selon laquelle il y aurait eu une succession de créations divines entrecoupées d'extinctions brutales au cours des temps géologiques. Il admet ainsi que les espèces terrestres n'ont pas toujours été celles observées aujourd'hui, sans pour autant accepter l'évolution des espèces (il y aurait eu plusieurs vagues successives de création), et que les six mille ans estimés jusque-là pour l'âge de la Terre sont insuffisants pour y intégrer ces extinctions successives. La première théorie véritablement scientifique d'une évolution des espèces vivantes est avancée par le naturaliste Jean-Baptiste de Lamarck. Après un long travail de classification des espèces et sur la base d'une théorie physique des êtres vivants, Lamarck développe la théorie transformiste. Il considère que les espèces peuvent se transformer selon deux principes : La publication, en 1809, dans "Philosophie zoologique", de sa théorie transformiste entraîne de virulents débats au sein de l'Académie des sciences car elle entre en contradiction avec les idées en vigueur à l'époque et notamment le fixisme. Contrairement à une idée répandue, Lamarck n'avance aucune théorie de la transmission des caractères acquis (contrairement à ce que fera Darwin en 1868), il se contente de reprendre les idées admises sur ce point depuis Aristote. Malgré les critiques de Cuvier, qui devient son principal opposant, les idées transformistes reçoivent une adhésion croissante à partir de 1825 et rendent les naturalistes plus réceptifs aux théories évolutionnistes. Charles Darwin publie en 1859 son livre "L'Origine des espèces" où il expose une suite d'observations très détaillées et présente le mécanisme de la sélection naturelle pour expliquer ces observations. Cette théorie évoque « la descendance avec modification » des différentes espèces. Les individus sélectionnés transmettent leurs caractères à leur descendance, les espèces s'adaptent en permanence à leur milieu. Il baptise « sélection naturelle », cette sélection des individus les mieux adaptés en opposition à la que pratiquent les agriculteurs, jardiniers et éleveurs ; cette dernière étant le socle expérimental empirique sur lequel Darwin s'appuie pour développer sa théorie. Darwin propose dans son ouvrage de 1868, une « hypothèse de la pangenèse » qui explique la transmission des caractères acquis, mais elle sera par la suite infirmée par diverses études sur l'hérédité. August Weismann, à la fin du , théorise la séparation stricte entre les cellules germinales (germen) et les cellules corporelles (soma), ce qui interdit la transmission des caractères acquis. La redécouverte des lois de Mendel à la fin du bouleverse la compréhension des mécanismes de l'hérédité et donne naissance à la génétique. Elle est à l'origine de nouvelles méthodes dans l'étude de l'évolution, comme la génétique des populations. Dans les années 1940, la théorie synthétique de l'évolution, fondée entre autres par Theodosius Dobzhansky et Ernst Mayr, naît de l'articulation entre la théorie de la sélection naturelle darwinienne et celle de la génétique mendelienne. La découverte de l'ADN et la biologie moléculaire viennent parachever cet édifice scientifique. Depuis, la biologie de l'évolution est intégrée à toutes les et, en parallèle de son développement, contribue aussi bien à retracer l'histoire évolutive du vivant qu'à trouver des remèdes aux maladies les plus complexes telles que le SIDA ou le cancer. Plus récemment, l'étude de l'évolution profite du développement de l'informatique et des progrès de la biologie moléculaire, notamment du séquençage du génome qui permet le développement de la phylogénie par un apport très important de données. Principes généraux. L'évolution est la théorie scientifique qui s'intéresse aux espèces et explique les mécanismes de leur apparition à partir d'espèces existantes ou passées. L'espèce, concept plus que réalité tangible, est le taxon de base de la systématique, bien qu'on puisse aussi parler de sous-espèces. La réalité biologique est qu'une espèce est constituée de populations dont les individus peuvent se reproduire et engendrer une descendance viable et fertile. L'évolution du vivant commence avec l'origine de la vie il y a au moins . Les premières étapes, qui ne sont pas connues précisément, ont conduit à l'apparition des trois grands groupes d'organismes actuels connus, les bactéries, les archées et les eucaryotes. L'histoire des espèces peut ainsi être pensée et représentée sous la forme d'un arbre phylogénétique. L'évolution est constatée : À l'échelle des temps géologiques, et sur le plan du phénotype, l'évolution conduit à des changements morphologiques, anatomiques, physiologiques et comportementaux des espèces. Charles Darwin a imaginé les bases de ce qui est devenu la Théorie de l'Évolution (voir "Darwinisme") notamment en observant les ressemblances et les différences entre les différentes espèces de pinsons des différentes îles de l'archipel des Galapagos au cours de son voyage à bord du . L'histoire évolutive des lémuriformes sur l'île de Madagascar est un exemple frappant illustrant la théorie de l'évolution sur un écosystème précis. À une échelle de temps plus proche de celle que peut observer un humain, l'évolution ne se manifeste généralement qu'au sein des espèces : apparition de populations de bactéries résistantes aux antibiotiques, de populations d'insectes résistantes aux insecticides, etc. Dans certains cas toutefois, elle donne lieu à l'apparition rapide de nouvelles espèces, comme cela a par exemple sans doute été le cas pour la Pyrale du maïs ("Ostrinia nubilalis"), apparue en Europe à la suite de l'introduction post-colombienne de cette culture d'origine méso-américaine vraisemblablement par évolution à partir d'une espèce locale, "Ostrinia scapularis". Une étude de 2022 met en évidence une accélération du processus d'évolution adaptative de certaines espèces au cours des dernières décennies sous l'effet de la dégradation des conditions environnementales. Arguments en faveur de l'évolution. Avant de considérer ces arguments, il faut rappeler qu'au sein de l'expression « théorie de l'évolution », le terme « théorie » signifie « modèle explicatif », et non pas « idée hypothétique ». Il en est de même, par exemple, avec « théorie de la gravitation » : malgré cette formulation, la réalité de la gravité ne fait pas débat. Stratégie de raisonnement. Si on arrive à établir un lien de parenté entre deux espèces différentes, alors cela veut dire qu'une espèce ancestrale s'est transformée en, au moins, une de ces deux espèces. Il y a donc bien eu évolution. Un lien de parenté entre espèces fossiles ou actuelles peut être mis en évidence par le partage d'au moins un caractère homologue, c'est-à-dire provenant d'un ancêtre. Ces indices de parenté sont décelables au niveau de la morphologie, au niveau moléculaire et parfois même, pour des espèces très proches, au niveau du comportement. Utilisation des fossiles. Il est en général impossible d'affirmer qu'une espèce fossile est l'ancêtre d'une espèce actuelle, car il ne sera jamais garanti que l'espèce actuelle ne s'est pas différenciée à partir d'une autre espèce proche, mais qui n'aurait pas été découverte. En effet, la conservation de restes d'espèces éteintes est un événement relativement improbable surtout pour les périodes les plus anciennes. On peut seulement estimer les liens de parenté, avec les autres espèces déjà connues, actuelles ou fossiles. Par exemple le fossile de fleur le plus ancien a été daté de d'années. Cet organe est donc apparu sur Terre, il y a au moins d'années. Mais d'autres espèces proches, avec des fleurs, existaient aussi certainement à cette époque. Personne n'est capable d'affirmer laquelle de ces espèces est l'ancêtre des plantes à fleur actuelles. On ne cherchera que les relations de parenté, les relations d'ancêtre à descendant ne pouvant jamais être reconstituées. L'âge d'une espèce fossile, en revanche, indique l'âge minimum d'apparition des caractères qu'elle possède. Il est alors possible de reconstruire l'histoire de l'évolution, en plaçant sur une échelle des temps l'apparition des différents caractères. Les fossiles nous indiquent que l'ordre d'apparition des innovations évolutives est tout à fait en accord avec l'idée d'une évolution, qui dans un schéma général, part de structures simples vers des structures plus complexes. C'est aussi en accord avec une origine aquatique des êtres vivants, puisque les espèces fossiles les plus anciennes vivaient dans l'eau. Indices comportementaux. Chez certaines espèces de Lacertidés américains du genre "Cnemidophorus", ou lézards à queue en fouet, il n'existe plus que des femelles. Ces espèces pratiquent donc une reproduction asexuée. Cependant des simulacres d'accouplements persistent : pour se reproduire une femelle monte sur une autre dans un comportement similaire à celui des espèces sexuées. Ce comportement d'origine hormonale est à mettre en relation avec une origine récente de ces espèces parthénogénétiques. Exemple d'évolution à échelle de temps humaine : "Podarcis siculus". Introduit en 1971 par l'équipe du professeur Eviatar Nevo sur l'île dalmate de Pod Mrcaru en mer Adriatique, le lézard des ruines ("Podarcis siculus") y a été abandonné à lui-même durant plus de trois décennies, l'accès à l'île ayant été interdit par les autorités yougoslaves, puis par les conflits liés à l'éclatement de ce pays. En 2004, une équipe scientifique dirigée par Duncan Irschick et Anthony Herrel put revenir sur l'île et découvrit que "Podarcis siculus" avait évolué en , soit environ trente générations, de façon très significative. Le lézard a grandi, sa mâchoire est devenue plus puissante, et surtout il a changé de régime alimentaire : d'insectivore il est devenu herbivore, et des valves cæcales sont apparues au niveau des intestins, ce qui lui permet de digérer les herbes... Cette découverte confirme, s'il en était encore besoin, que l'évolution n'est pas une théorie parmi d'autres, mais un phénomène biologique concrètement observable, et pas seulement chez les virus, les bactéries ou les espèces domestiquées. Il faut cependant noter qu'il n'y a eu aucune modification de l'ADN du lézard pendant son séjour sur l’île, ce qui revient à dire que l'information génétique était suffisante pour s'adapter à ses nouvelles conditions de vie. Il faut aussi noter qu'environ 1 % de la population des lézards des ruines possèdent des valves alors que leur régime alimentaire est resté insectivore. C'est un exemple d'évolution, non au sens de l'apparition d'une nouvelle espèce, mais d'une adaptation évidente de notre lézard à son nouvel environnement. Méthodes d'étude de l'évolution. Systématique. Si l'on veut retranscrire les concepts en systématique, il faut considérer la théorie cladistique, selon laquelle les grades évolutifs (qui induisent une vision de l'évolution aujourd'hui obsolète) ne sont plus pris en compte, en faveur des clades. Paléobiologie. La paléobiologie, étude de la vie des temps passés, permet de reconstituer l'histoire des êtres vivants. Cette histoire donne aussi des indices sur les mécanismes évolutifs en jeu dans l'évolution des espèces. La paléontologie s'occupe plus particulièrement des restes fossiles des êtres vivants. La paléogénétique, science récente, s'intéresse au matériel génétique ayant survécu jusqu'à aujourd'hui. Ces deux approches sont limitées par la dégradation du matériel biologique au cours du temps. Ainsi, les informations issues des restes sont d'autant plus rares que l'être vivant concerné est ancien. De plus, certaines conditions sont plus propices que d'autres à la conservation du matériel biologique. Ainsi, les environnements anoxiques ou très froids entravent la dégradation des restes. Les restes vivants sont donc lacunaires et sont bien souvent insuffisants pour retracer l'histoire évolutive du vivant. Analyse comparative des caractères. Tous les êtres vivants actuels étant issus d'un même ancêtre commun, ils partagent des caractéristiques héritées de cet ancêtre. L'analyse des ressemblances entre êtres vivants donne de nombreuses informations sur leurs relations de parenté, et permet de retracer l'histoire évolutive des espèces. La phylogénie est la discipline scientifique qui cherche à retracer les relations entre êtres vivants actuels et fossiles à partir de l'analyse comparative des caractères morphologiques, physiologiques ou moléculaires. L'analyse comparative permet de retracer l'histoire évolutive des différents caractères dans les lignées du vivant. L'évolution des caractères ne suit pas nécessairement celle des espèces, certains caractères (dits convergents) peuvent être apparus plusieurs fois de manière indépendante dans différentes lignées. L'évolution des caractères et des lignées peut être associée à des évènements géologiques ou biologiques marquant l'histoire de la Terre, ce qui permet de proposer des hypothèses sur les mécanismes à l'origine de l'évolution des espèces. La nature des caractères pouvant être analysés est extrêmement diverse, et il peut s'agir aussi bien de caractères morphologiques (taille, forme ou volume de différentes structures), anatomiques (structure, organisation des organes), tissulaires, cellulaires ou moléculaires (séquences protéiques ou nucléiques). Ces différents caractères apportent des informations diverses et souvent complémentaires. Actuellement, les caractères moléculaires (en particulier les séquences d'ADN) sont privilégiés, du fait de leur universalité, de leur fiabilité et du faible coût des technologies associées. Ils ne peuvent cependant pas être utilisés lors de l'étude de fossiles pour lesquels seuls les caractères morphologiques sont en général informatifs. Modélisation. La modélisation en biologie de l'évolution se base sur les mécanismes de l'évolution mis en évidence pour mettre en place des modèles théoriques. Ces modèles peuvent produire des résultats qui dépendent des hypothèses de départ de ce modèle, ces résultats pouvant être comparés à des données réellement observées. On peut ainsi tester la capacité du modèle à refléter la réalité, et, dans une certaine mesure, la validité de la théorie sous-jacente à ce modèle. Les modèles dépendent souvent de paramètres, lesquels ne peuvent pas toujours être déterminés "a priori". La modélisation permet de comparer les résultats du modèle et ceux de la réalité pour de nombreuses valeurs différentes de ces paramètres, et ainsi déterminer quelles sont les combinaisons de paramètres qui permettent au modèle de décrire au mieux la réalité. Ces paramètres correspondent souvent à des paramètres biologiques, et on peut ainsi estimer à partir du modèle certains paramètres biologiques difficiles à mesurer. La justesse de l'estimation de ces paramètres dépend cependant de la validité du modèle, laquelle est parfois difficile à tester. La modélisation permet enfin de prédire certaines évolutions à venir, en utilisant les données actuelles comme données de départ du modèle. Rappelons que le modèle est une simplification de la réalité dans un but opératoire, la prédiction ou l'explication. La théorie synthétique de l'évolution obéit à des lois et serait en partie reproductible mais elle reconnaît le rôle du hasard et de la contingence qui interviennent au niveau du gène (mutations génétiques), du génome (recombinaisons), des populations (flux et dérive génétique). Cette théorie n'est ni prévisible, ni prédictible dans la mesure où elle explique l'évolution de manière probabiliste, c'est-à-dire ni totalement déterministe, ni purement aléatoire, grâce à la sélection naturelle. Évolution expérimentale. L'évolution expérimentale est la branche de la biologie qui étudie l'évolution par de réelles expériences, à l'inverse de l'étude comparative des caractères, qui ne fait que regarder l'état actuel des êtres vivants. Les expériences consistent généralement en l'isolement d'une ou plusieurs espèces dans un milieu biologique contrôlé. On laisse alors ces espèces évoluer pendant un certain temps, en appliquant éventuellement des changements contrôlés de conditions environnementales. On compare enfin certaines caractéristiques des espèces avant et après la période d'évolution. L'évolution expérimentale permet non seulement d'observer l'évolution en cours, mais aussi de vérifier certaines prédictions énoncées dans le cadre de la théorie de l'évolution, et tester l'importance relative de différents mécanismes évolutifs. L'évolution expérimentale ne peut étudier que des caractères évoluant rapidement, et se limite donc à des organismes se reproduisant rapidement, notamment des virus ou des unicellulaires, mais aussi certains organismes à génération plus longue comme la drosophile ou certains rongeurs. Un exemple : l'expérience de Luria et Delbrück. Mécanismes de l'évolution. Les principaux moteurs ou facteurs de l'évolution (appelés aussi forces évolutives ou forces sélectives) sont, au niveau individuel, les mutations ponctuelles et les recombinaisons génétiques soumises au filtre de la sélection naturelle, et au niveau des populations, les flux et la dérive génétique. Évolution des populations. Parce que les individus d'une population possèdent des caractères héritables différents, et que seule une partie de ces individus accède à la reproduction, les caractères les plus adaptés à l'environnement sont préférentiellement conservés par la sélection naturelle. De plus, le hasard de la reproduction sexuée rend partiellement aléatoires les caractères qui seront transmis, par effet de dérive génétique. Ainsi, la proportion des différents caractères d'une population varie d'une génération à l'autre, conduisant à l'évolution des populations. Apparition de nouveaux caractères. L'apparition de nouveaux caractères se produit dans un individu, pas dans l'espèce entière. Un nouveau caractère se répand ensuite (ou pas) sous l'effet de la sélection naturelle ou de la dérive génétique. Un ou plusieurs nouveaux gènes peuvent être acquis : Variabilité des individus au sein des populations. La plupart des individus d'une espèce sont uniques et différents les uns des autres. Ces différences sont observables à toutes les échelles, du point de vue morphologique jusqu'à l'échelle moléculaire. Cette diversité des populations a deux origines principales : les individus sont dissemblables parce qu'ils ne possèdent pas la même information génétique et parce qu'ils ont subi des influences environnementales différentes. La diversité génétique se manifeste par des variations locales de la séquence d'ADN, formant différents variants de la même séquence appelés allèles. Cette variabilité a plusieurs origines. Des allèles peuvent être formés spontanément par mutation de la séquence d'ADN. Par ailleurs, la reproduction sexuée contribue à la diversité génétique des populations de deux manières : d'une part, la recombinaison génétique permet de diversifier les combinaisons d'allèles réunies sur un même chromosome. D'autre part, une partie du génome de chaque parent est sélectionnée aléatoirement pour former un nouvel individu, dont le génome est par conséquent unique. La diversité issue de l'environnement s'acquiert tout au long de l'histoire de l'individu, depuis la formation des gamètes jusqu'à sa mort. L'environnement étant unique à chaque endroit et à chaque moment, il exerce des effets uniques sur chaque individu, et ce à toutes les échelles, de la morphologie jusqu'à la biologie moléculaire. Ainsi, deux individus possédant la même information génétique (c'est par exemple le cas pour les jumeaux monozygotes ou « vrais jumeaux ») sont tout de même différents. Ils peuvent notamment avoir une organisation et une expression différente de l'information génétique. Hérédité. Les êtres vivants sont capables de se reproduire, transmettant ainsi une partie de leurs caractères à leurs descendants. On distingue la reproduction asexuée, ne faisant intervenir qu'un individu, de la reproduction sexuée pendant laquelle deux individus mettent en commun une partie de leur matériel génétique, formant ainsi un individu génétiquement unique. Les caractères génétiques, c'est-à-dire l'ensemble des séquences d'acide nucléique d'un individu, ne sont pas tous transmis de la même manière lors de la reproduction asexuée, qui est une reproduction clonale, l'ensemble des séquences nucléiques est copié et l'information génétique contenue chez les deux descendants est alors identique. En revanche, lors de la reproduction sexuée, il arrive fréquemment qu'une partie seulement du matériel génétique soit transmise. Chez les Métazoaires, les chromosomes sont fréquemment associés par paire, et seul un chromosome de chaque paire et de chaque parent est transmis à l'enfant. De plus, si les parents fournissent tous les deux la moitié du contenu nucléaire, le matériel cytoplasmique est souvent fourni par un seul des deux parents (la mère chez les mammifères). Ainsi, le matériel génétique contenu dans les organites semi-autonomes, tels que les chloroplastes et les mitochondries, n'est transmis que par une partie des individus de l'espèce (les femelles chez les mammifères). Transmission des caractères acquis, une hypothèse non totalement rejetée. La théorie synthétique de l'évolution, paradigme dominant actuel, se fonde sur un déterminisme génétique intégral et écarte donc toute transmission héréditaire de caractères acquis au cours de la vie de l'individu. Néanmoins de plus en plus de travaux scientifiques remettent en cause ce modèle et rétablissent pour partie l'idée d'une transmission héréditaire de caractères acquis que défendait le lamarckisme. Tout d'abord, certains caractères dits épigénétiques concernent la structure et l'organisation des génomes sont transmis par les parents en même temps que les molécules d'acide nucléique elles-mêmes. De plus, la mère fournit l'environnement cytoplasmique de la cellule-œuf du descendant, et transmet ainsi un certain nombre de caractéristiques cellulaires à l'enfant. Des modifications épigénétiques conservées dans la lignée germinale sont désormais décrites chez plusieurs espèces. Chez les plantes il existe une corrélation entre le niveau d'expression d'un gène et sa méthylation. Pareillement, chez les mammifères nous témoignons de la méthylation d'une séquence transposable qui est insérée à proximité d'un gène particulier. Le degré de méthylation d'un transposon pouvant enfin moduler l'expression du gène dans lequel il s'est inséré. L'étude de l'épigénétique, longtemps délaissée, connaît un grand essor depuis la fin du séquençage de nombreux génomes, dont celui de l'homme. Ainsi, une étude de 2009 du MIT affirme mettre en évidence une hérédité de certains caractères acquis chez des rongeurs. Par ailleurs, l’obésité serait non pas uniquement un effet direct touchant les individus atteints eux-mêmes mais également un effet transgénérationnel. Des données chez l'homme et chez l'animal semblent montrer que les effets d'une sous-alimentation subie par des individus pourraient en effet être transmis aux descendants. Dérive génétique. Lors de la reproduction sexuée, la transmission des caractères (notamment des allèles) comporte une grande part de hasard due à la recombinaison homologue, et au brassage génétique. Ainsi, on observe une variation aléatoire des fréquences alléliques d'une génération à l'autre, appelée dérive génétique. La dérive génétique génère donc une composante aléatoire dans l'évolution des populations. Ainsi, deux populations d'une même espèce n'échangeant pas de matériel génétique vont diverger jusqu'à former, si le temps d'isolement génétique est suffisant, deux espèces différentes. La dérive génétique est donc un des moteurs de la spéciation. L'effet de la dérive génétique est particulièrement visible lorsqu'un faible nombre d'individus est à l'origine d'une population beaucoup plus nombreuse. C'est le cas lorsque se forme un goulot d'étranglement c'est-à-dire qu'une population est décimée et se reconstitue, ou lorsque quelques individus d'une population migrent pour aller coloniser un nouvel espace et former une nouvelle population (effet fondateur). Lorsqu'un tel évènement se produit, un allèle même faiblement représenté dans la population de départ peut se retrouver en forte proportion dans la population nouvellement formée sous le simple effet d'un hasard dans le tirage des individus à l'origine de la nouvelle population. Inversement, un allèle fortement représenté peut ne pas être tiré, et disparaît de la nouvelle population. Par ailleurs, la formation d'une nouvelle population à partir d'un faible nombre d'individus a pour effet d'augmenter la consanguinité dans la population et augmente le pourcentage d'homozygotie, ce qui fragilise la population. Sélection naturelle. Dans la très grande majorité des espèces, le nombre de cellules-œufs produit est bien plus grand que le nombre d'individus arrivant à l'âge de la maturité sexuelle et parmi ceux-ci, une partie seulement accède à la reproduction. Ainsi, seule une partie des individus formés se reproduit à la génération suivante. Il existe donc une sélection des individus perpétuant l'espèce, seuls les individus n'étant pas éliminés par les conditions environnementales pouvant se reproduire. Cette sélection a été baptisée sélection naturelle. Comme il existe une variabilité au sein des espèces, les individus possédant des caractères différents, et qu'une partie de ces caractères sont héréditaires, les caractères permettant à l'individu de survivre et de mieux se reproduire seront préférentiellement transmis à la descendance, par rapport aux autres caractères. Ainsi la proportion des caractères au sein des espèces évolue au cours du temps. La sélection naturelle peut prendre des formes très variées. La sélection utilitaire est une élimination des individus les moins capables de survivre et les moins féconds, alors que la sélection sexuelle conserve préférentiellement les individus les plus aptes à rencontrer un partenaire sexuel. Bien que ces sélections soient complémentaires, on observe souvent des conflits, chaque forme de sélection pouvant favoriser l'évolution d'un caractère dans un sens différent. Il est parfois observé une sélection d'individus qui favorisent la survie ou la reproduction d'individus qui leur sont ou non apparentés, comme c'est le cas chez les insectes eusociaux ou lorsqu'un individu se sacrifie pour permettre la survie de son groupe ou de sa descendance. En sociobiologie, ces comportements altruistes s'expliquent notamment par les théories controversées de la sélection de parentèle, de la sélection de groupe et de l'altruisme réciproque. La sélection de parentèle prédit qu'il peut être plus avantageux pour un individu de favoriser beaucoup la reproduction d'un individu apparenté (donc avec lequel il partage des caractères) que de se reproduire un peu ou pas du tout, la sélection de groupe repose sur le même principe mais du point de vue du groupe et pourrait expliquer certains actes chez l'homme comme les guerres ou la xénophobie, l'altruisme réciproque se penche sur les cas d'altruisme entre individus non apparentés et induit une contribution réciproque dont l'aide donnée en retour peut être différée dans le temps. Enfin, la n'est qu'une forme de sélection naturelle exercée par l'humain. Conséquences évolutives. Adaptation des espèces. En conséquence de la sélection naturelle, les espèces conservent préférentiellement les caractères les plus adaptés à leur environnement, et y sont donc de mieux en mieux adaptées. Les pressions de sélection en jeu dans cette adaptation sont nombreuses et concernent tous les aspects de l'environnement, des contraintes physiques jusqu'aux espèces biologiques interagissantes. L'adaptation de plusieurs espèces différentes sous l'effet des mêmes pressions environnementales peut conduire à l'apparition répétée et indépendante du même caractère adaptatif chez ces espèces, par un phénomène de convergence évolutive. Par exemple, chez les mammifères les cétacés et les siréniens ont tous deux développé des nageoires, de manière indépendante. L'évolution de ces nageoires montre une adaptation convergente à la vie aquatique. Cependant, l'effet de la sélection naturelle est réduit par celui de la dérive génétique. Ainsi, un caractère avantageux pourra ne pas être sélectionné à cause de l'inertie donnée par la dérive. De plus, la loi de Dollo (loi sur l'irréversibilité de l'évolution) stipule qu'un caractère perdu ou abandonné au cours de l'évolution ne saurait réapparaître au sein d'une même lignée d'organismes. L’évolution peut également se faire par mutualisme. Des relations interspécifiques s’établissent à bénéfices réciproques. Les plus abouties sont les symbioses. La théorie endosymbiotique est généralement admise aujourd’hui pour expliquer la genèse de la cellule eucaryote. L’endocytose des bactéries pourpres a rendu possible la respiration et la production d’énergie. Plus tard l’endocytose de cyanobactéries a permis la photosynthèse. Ces acquisitions ont représenté des innovations évolutives déterminantes pour l’émergence de nouvelles espèces. La soudaineté de l'apparition des cellules à noyau dans les traces fossiles laisse penser que les nouvelles cellules ont été générées par un processus radicalement différent de la simple mutation ou du transfert de gènes. C'est par symbiose que des procaryotes en auraient pénétré d'autres donnant naissance aux eucaryotes. La symbiose crée sans transition de nouvelles espèces — comme les -— qui n'ont pas évolué progressivement par accumulation de mutations sur une très longue durée. Apparition et disparition des espèces. L'évolution d'une population sous l'effet du hasard et des contraintes environnementales peut aboutir à la disparition de la population et éventuellement de l'espèce à laquelle elle appartient. Inversement, deux populations peuvent s'individualiser au sein d'une même espèce jusqu'à former deux espèces distinctes par un processus nommé spéciation. Sauvetage évolutif. Le sauvetage évolutif est un processus théorique où une population résiste aux pressions environnementales par des changements génétiques avantageux pour échapper à l'extinction. Ces derniers peuvent avoir deux origines : une mutation qui apparaît, ou bien un allèle rare déjà présent dans la population. On distingue le sauvetage démographique et le sauvetage génétique du sauvetage évolutif. Bien que la dispersion soit un aspect clé des trois stratégies de survie de la population, le sauvetage évolutif est le seul qui soit guidé mécaniquement par l'évolution adaptative. Histoire. Jusqu’au l’évolution est comprise d’un point de vue Darwinien et Néo-Darwinien. On pense que seuls les processus écologiques expliquent les variations de populations à court terme. L’évolution n’est réservée qu’aux changements à long terme. Cependant, plusieurs observations ont montré des changements rapides dans les populations, tels que la résistance aux pesticides. Anthony David Bradshaw est le premier à soulever ce problème en 1991. En 1995, Richard Gomulkiewicz et Robert Holt commencent à formaliser le concept par des modèles simples de dynamique évolutive et populationnelle dans la revue "Évolution". Ce concept a évolué depuis et est défini en 2012 par Andrew Gonzalez et ses collaborateurs : « le sauvetage évolutif survient lorsque l'adaptation génétique permet à une population de se rétablir des effets démographiques induits par des changements environnementaux qui, autrement, entraîneraient la disparition de l'espèce ». Cette définition renforce l'idée qu’un brutal changement environnemental éloigne une population de sa niche fondamentale vers un ensemble de conditions dans lesquelles peu d'individus, voire aucun, sont capables de survivre et de se reproduire. Modélisation. Le sauvetage évolutif peut être caractérisé graphiquement par une courbe en U représentant la taille de la population au cours du temps. Ici, on considère un changement environnemental brutal qui abaisse la fitness (valeur sélective) de la population en dessous de 1. La population ne peut donc plus se renouveler, et sa taille décroît de façon géométrique. Généralement, ce déclin mène à une extinction. Pour survivre, la population doit donc rapidement s’adapter. Chez une population en danger, l’adaptation prend une nouvelle dimension, celle de la course contre l’extinction. Cette courbe en U est une combinaison de deux autres courbes : le déclin géométrique des individus qui portent l’allèle sauvage et l’augmentation des individus qui portent l’allèle bénéfique. L’origine du sauvetage évolutif dépend du taux de mutation et de la fréquence d’allèle rare à la génération 0. Elle ne dépend pas de la fitness du nouvel allèle. En effet, les allèles rares sans avantage sélectif dans l’environnement d’origine sont susceptibles d’être perdus rapidement par stochasticité. Un sauvetage par mutation est donc plus probable. Cependant le temps requis pour l’apparition d’une nouvelle mutation bénéfique rend le sauvetage plus lent que si l’allèle existe déjà, et donc plus tardif. Ce faisant, la phase 1 de diminution de la population dure plus longtemps, et la perte de diversité est encore plus importante. Expérimentation. En plaçant une population dans un environnement stressant, on peut avoir une réaction immédiate telle que l’acclimatation (réponse physiologique pour atteindre un état d’équilibre). Sur le long terme, on observe plutôt de l’adaptation (réponse évolutive pour atteindre un état d’équilibre). Dans le cas du sauvetage évolutif, l’adaptation peut se faire sur une échelle de temps très court. L’enjeu des études expérimentales ou des observations sont donc de différencier ces deux paramètres et de les détecter. Sous l'effet du changement environnemental, la persistance de la population dépend de la plasticité phénotypique, de la dispersion ou de l'évolution adaptative. Une expérience de Stewart & al. (2017) se concentre sur l’évolution adaptative et sa limitation par la charge génétique. Ils étudient les effets de l’évolution sur l’adaptation des petites populations lors d’un changement d’environnement grâce au modèle du coléoptère rouge de farine (""). Dans leurs expériences, les avantages de l’évolution sont contrebalancés par des processus génétiques non adaptés notamment la consanguinité et la dérive génétique. En effet, la sélection de traits avantageux réduit la diversité génétique et augmente la proportion d’homozygotes dans la population. Ils ont donc une charge génétique importante, diminuant la fitness des populations. Dans le cas d’un changement environnemental, ce phénomène associé à une petite taille de population réduit la probabilité d’un sauvetage évolutif. Un autre exemple possible de sauvetage évolutif dans la nature est la réponse sélective des serpents noirs (Pseudechis porphyriacus) aux crapauds de canne à sucre (Bufos marinus). Ces crapauds mortellement toxiques ont été introduits en Australie en 1935, et ont rapidement provoqué la disparition de plusieurs espèces endémiques de serpents. Une étude de Ben L. Phillips et Richard Shine a révélé que les serpents noirs exposés aux crapauds avaient une préférence réduite pour ces proies, mais aussi une résistance accrue à leur toxine. Des expériences en laboratoire ont montré que ces changements n’étaient pas dû à l'apprentissage ou à l’immunité acquise après ingestion de la toxine. Ces résultats suggèrent fortement que le comportement et la physiologie du serpent noir ont évolué en réponse à la présence de crapauds, et l'ont fait rapidement : en moins de 23 générations de serpents. Perspectives. Ces études sur le sauvetage évolutif révèlent de nouvelles perspectives en biologie de la conservation. Cependant, elles permettent aussi d’expliquer certains phénomènes dans d’autre domaines d’étude, comme en médecine. En effet, la résistance aux antibiotiques de plusieurs pathogènes correspond à un sauvetage évolutif. On cherche dans ce cas à l’éviter. Enfin, même si les populations naturelles peuvent supporter des variations environnementales intenses, elles échouent généralement à s’adapter au stress anthropique, tel que la pollution ou l’acidification. On observe alors une extinction de ces populations. Controverses sur les mécanismes de l'évolution. L'évolution et ses mécanismes sont encore largement étudiés aujourd'hui, et de nombreux points sur les mécanismes de l'évolution ne sont pas éclaircis. Certaines questions déjà soulevées par Charles Darwin n'ont d'ailleurs toujours pas de réponse certaine. Une des grandes questions de la théorie de l'évolution est l'origine des rangs taxinomiques supérieurs à celui de l'espèce. En outre, la manière dont est apparue la majorité des 33 embranchements animaux, issus de l'explosion cambrienne, pose encore problème. Ainsi, la théorie gradualiste estime que les changements interviennent de manière progressive au cours de l'évolution, alors que la théorie des équilibres ponctués, formulée par Stephen Jay Gould et Niles Eldredge défend qu'il existe des sauts évolutifs majeurs. Selon cette théorie, le mécanisme d'évolution est tantôt accéléré tantôt ralenti, voire pratiquement nul durant de longues périodes. Or au Cambrien, les paléontologues s'accordent à reconnaître des changements écologiques majeurs qui pourraient selon cette théorie être à l'origine de l'apparition d'organismes appartenant aux clades actuels. De plus l'absence de fossile durant presque d'années avant les faunes de Burgess et la rareté des sites fossilifères précambriens suggèrent l'existence de lignées fantômes précédant l'explosion cambrienne. Les formes de vie auxquelles appartiennent les animaux de Burgess n'auraient tout simplement pas été retrouvées à l'état fossile durant de longues périodes. Évolution et complexité. Il a été longtemps admis que l'évolution s'accompagnait d'un accroissement de la complexité des êtres vivants. Cependant, cette idée, largement influencée par l'anthropocentrisme, est fortement débattue aujourd'hui. La complexité n'ayant pas de définition précise à l'heure actuelle, il est difficile de vérifier une éventuelle augmentation de complexité. Par ailleurs, lorsque cette idée est admise, les origines de cette augmentation de complexité sont, elles aussi, source de controverse. En fait, tout cela a déjà été clairement expliqué par Lamarck. Un certain nombre d'auteurs étudient la complexité de façon formelle, tels qu'Edgar Morin et . Ce dernier, dans son livre "The Logic of Chance", consacre un chapitre entier à l'origine de la complexité biologique. Il considère que « l'augmentation de la complexité est […] une tendance évolutive majeure » et que « l'émergence et l'évolution de la complexité aux niveaux du génotype et du phénotype […] (représentent) un problème central, si ce n'est "le" problème central en biologie ». Plus précisément, il se demande pourquoi l'évolution n'en est pas restée au niveau des procaryotes autotrophes les plus simples, et a en fait mené à l'émergence de procaryotes complexes et, surtout, et de façon beaucoup plus frappante, des eucaryotes, avec leur génome gigantesque et régulé de façon très élaborée, de nombreux types cellulaires ; et « même capables de développer des théories mathématiques de l'évolution ». Les critiques de ces auteurs soulignent la supposée proximité de leurs idées avec la notion d’une échelle des êtres, allant du simple au complexe, alors que l’évolution n’a pas de sens et peut aussi aller vers la simplification. Ceux-ci mettent également en avant le fait que le monde vivant est essentiellement microbien, avec des micro-organismes simples ; les poissons, apparus bien avant les mammifères et plus simples qu’eux, constituent plus de la moitié des vertébrés. Évolution et sociétés humaines. Évolution et philosophie. Le matérialisme scientifique est une forme historique et radicale de matérialisme de la seconde moitié du associée au développement des sciences et à la naissance de la biologie moderne. Il défend une vision générale du monde fondée sur l'idée d'évolution et censée reposer sur les connaissances issues des sciences de la nature. Aujourd'hui, on doit au physicien et philosophe Mario Bunge la réintroduction en philosophie de l'expression « matérialisme scientifique » pour désigner sa propre conception matérialiste, qu'il définit par sa proximité avec l'ensemble des sciences. Le matérialisme – qui s'affirme chez lui comme évolutionniste, organiciste, émergentiste, biologique et systémiste – s'est diversifié. Mais c'est bien la conception du matérialisme de Mario Bunge qui est aujourd'hui soutenue par Marc Silberstein, qui déclare que . Marc Silberstein détaille l'unité plurielle du matérialisme en reprenant les apports de Mario Bunge : Un collectif autour de Muriel Gargaud et Guillaume Lecointre réactualise, de manière "co-écriture multi et trans disciplinaire", le concept en soi d"'évolution" ainsi que l'évolution de nombreux concepts transversaux (catégorie, temps, individu, information, etc.), en lien avec l'avancée des sciences, biologiques, neurosciences, écologie, politique, de gestion et à la lumière d'une nouvelle réflexion scientifique sur le concept d'émergence. Évolution et agriculture. L'homme a su très vite utiliser la variabilité des populations à son profit : l'évolution "dirigée par l'homme", ou , à cause de la sélection par les éleveurs et les cultivateurs, se produit depuis des millénaires. Il avait été remarqué depuis longtemps que les animaux d'élevage héritaient, dans une certaine mesure, de caractéristiques de leurs parents et nul n'aurait songé à utiliser ses bêtes les plus malingres pour la reproduction. D'ailleurs, Darwin utilise de nombreuses observations issues de la sélection des plantes et des animaux en agriculture pour étayer ses idées. Ainsi, l'homme peut créer une sélection dite artificielle sur son environnement, volontairement pour des raisons économiques, ou involontairement via la pression de chasse, cueillette ou pêche. Évolution et informatique. L'efficacité du processus de sélection naturelle a inspiré la création d'algorithmes évolutionnistes (comme les algorithmes génétiques) en informatique. Ces algorithmes heuristiques modélisent plusieurs caractéristiques de l'évolution biologique (en particulier les mutations et les recombinaisons) pour trouver une solution satisfaisante à un problème trop complexe pour être abordé par d'autres méthodes. Eugénisme. La pensée évolutionniste s'est notamment propagée au sein de l'anthropologie évolutionniste au . Pour les anthropologues de cette époque, l'espèce humaine ne fait qu'une, et donc, chaque société suit la même évolution, qui commence à l'état de « primitif » pour arriver jusqu'au modèle de la civilisation occidentale. Cette théorie, marquée par un très fort ethnocentrisme, du pour l'essentiel au caractère colonial et impérialiste des nations occidentales, a été très fortement remise en question par la suite. En effet, elle ne correspond pas à la réalité historique observée (les civilisations suivent des « chemins » divergents, ne poursuivent pas les mêmes « objectifs », et la civilisation occidentale, qui devrait pourtant constituer le stade ultime de l'évolution, continue pourtant à vivre de profondes mutations) et est douteuse d'un point de vue éthique (considérant la société occidentale comme l'aboutissement ultime de la civilisation). À l'inverse de ce qui était pratiqué jusqu'au milieu du , les approches modernes de l'anthropologie évolutionniste privilégient une méthodologie précise (confrontant des sources multiples, s'inspirant des outils d'analyse quantitative des sciences sociales, tentant de se départir de l'ethnocentrisme) et s'appuie sur des théories plus élaborées que l'évolutionnisme simpliste des débuts. Théories inspirées non seulement par la biologie de l'évolution moderne mais aussi par la modélisation mathématique et informatique et parfois enrichies par les connaissances contemporaines en psychologie. Psychologie évolutionniste. L'application des principes de l'évolution (notamment de concepts comme les caractères adaptatifs, la pression de sélection, etc.) en psychologie a donné naissance à un courant baptisé psychologie évolutionniste. Même si Darwin avait déjà émis l'idée que la sélection naturelle a pu façonner aussi bien des caractères anatomiques que psychologiques, cette discipline s'est véritablement formalisée au début des années 1990 dans le cadre conceptuel des sciences cognitives. Depuis, la psychologie évolutionniste est au centre d'une intense controverse scientifique qui tient à de multiples raisons : difficulté méthodologique à établir une histoire évolutive des comportements qui ne sont pas des objets matériels, résistance intellectuelle à envisager l'esprit humain comme en partie déterminé par l'évolution, utilisation simpliste et abusive des théories évolutionnistes, médiatisation et déformation auprès du grand public des problématiques scientifiques... Dans le milieu scientifique toutefois, la psychologie évolutionniste fait désormais partie des paradigmes scientifiques valides. Évolution et culture. Le concept d'évolution a profondément influencé la culture populaire, non seulement à travers la fascination exercée par les « mondes perdus » et les faunes préhistoriques mais aussi par la généralisation de la prise de conscience que tout évolue et que l'espèce humaine n'est ni le « sommet » de l'évolution, ni une espèce « supérieure », en encore moins une espèce « prédestinée » à dominer le monde, mais une espèce-relique d'une lignée autrefois buissonnante, beaucoup plus dépendante des autres espèces qu'elles ne le sont d'elle, bref un épiphénomène de l'évolution. Évolution et religions. Les critiques de la théorie de l'évolution se répartissent en : Du fait, entre autres, de ses implications sur l'origine de l'humanité, l'évolution a été, et reste toujours, mal comprise et/ou, parfois, mal admise hors de la communauté scientifique. Dans les sociétés tant occidentales qu'orientales, la théorie de l'évolution se heurte à une vive opposition de la part de certains milieux religieux, notamment pour son incompatibilité avec la Bible et le Coran. Ses opposants se basent sur des analyses pseudo-scientifiques ou religieuses pour contredire l'idée même d'évolution des espèces ou la théorie de la sélection naturelle. La théorie évolutionniste est-elle compatible avec la croyance en Dieu ? En fait, Ernst Mayr dit à ce sujet : « Il me semble évident que Darwin a perdu la foi un an sinon deux, avant de formuler sa théorie de la sélection naturelle (sur laquelle il a sans doute travaillé plus de dix ans). Par conséquent, il n'est pas infondé d'avancer que la biologie et l'adhésion à la théorie de la sélection naturelle risquent de vous éloigner de Dieu ». Le biologiste Richard Dawkins, dans son ouvrage "Pour en finir avec Dieu" (2008), pense que la sélection naturelle est « supérieure » à l'« hypothèse de Dieu » qu'il qualifie d'« improbabilité statistique », et défend l'athéisme. Le biologiste estime que la pensée évolutionniste n'est pas forcément incompatible avec la foi en un Dieu. Pour lui les écrits de la Bible sont des métaphores. L'évolution est encore aujourd'hui rejetée par certains milieux religieux, tenants du créationnisme, surtout protestants et musulmans. La position de l'Église catholique sur ce sujet est plus nuancée, tout en maintenant l'innerance de la Bible. En 1996, le pape Jean-Paul II déclare devant l'Académie pontificale des sciences : « aujourd’hui, près d’un demi-siècle après la parution de l’Encyclique ["Humani generis", 1950], de nouvelles connaissances conduisent à reconnaître dans la théorie de l’évolution plus qu’une hypothèse », en exceptant l'âme humaine. Aspects politiques et judiciaires. Les polémiques ont débordé, depuis les années 1990, le simple cadre du débat public, notamment aux États-Unis. Dans certains États, les tenants du créationnisme ont essayé de rendre obligatoire son enseignement dans les écoles publiques, en tant que « théorie scientifique concurrente » de celle de l'évolution. Cependant ces mesures ont été déclarés anticonstitutionnelles vis-à-vis du premier amendement sur la liberté d'expression, du fait du caractère religieux de cette théorie. Devant ces tentatives, des scientifiques ont ironiquement demandé que soit aussi enseigné le pastafarisme (qui a été inventé à cette occasion). Un nouveau concept est apparu dans la mouvance créationniste, baptisé dessein intelligent (), qui affirme que « certaines caractéristiques de l'Univers et du monde vivant sont mieux expliquées par une cause intelligente, plutôt que par des processus aléatoires tels que la sélection naturelle ». Cette thèse est présentée comme une théorie appuyée par des travaux scientifiques, et ne nie pas l'existence de tout phénomène évolutif. La justice américaine, s'appuyant sur les travaux scientifiques, a cependant jugé (voir Kitzmiller v. Dover Area School) que cette thèse était de nature religieuse et non scientifique, et que les promoteurs de l’"Intelligent Design" n'explicitaient pas cette « cause intelligente » afin de contourner le problème juridique et d'échapper au qualificatif religieux. D'autres groupes utilisent les arguments de l’"Intelligent Design", avec diverses attributions pour la « cause intelligente », par exemple des extraterrestres. |
Trip hop Le trip-hop est un genre musical ayant émergé au début des années 1990, dans la région de Bristol. Dérivé de la -acid house, le terme est utilisé par la presse spécialisée britannique et les médias pour décrire une variante plus expérimentale du breakbeat inspirée de la soul, du funk et du jazz. Le genre est décrit comme un , et comme Le trip-hop mélange divers styles et possède de nombreux points communs avec d'autres genres ; il possède des qualités similaires à celles de la musique ambient et ses breakdowns orientés breakbeat partagent les caractéristiques du hip-hop. Il contient également des éléments de RnB, de dub, de house, et de musique électronique dance. Le trip-hop est de nature très expérimentale. Histoire. Origines. Le trip-hop émerge aux alentours et dans la ville britannique de Bristol à une période durant laquelle la dance, la house et le hip-hop américains commencent à se populariser. Selon le Merriam-Webster's Dictionary, le terme de est inventé en 1989, bien qu'il soit utilisé pour la première fois en juin 1994 ; Andy Pemberton, un critique du magazine ', l'utilise pour décrire l'artiste britannique signé sur Mo Wax Records R.P.M et le single ' de DJ Shadow. L'une des premières influences du genre vient du soundsystem Tackhead de Gary Clail. Clail travaillait auparavant avec l'ancien chanteur de The Pop Group Mark Stewart. Ce dernier fait des expériences musicales dans son groupe Mark Stewart & the Maffia composé des musiciens originaires de New York Skip McDonald, Doug Wimbish, et Keith LeBlanc, autrefois membres d'un groupe de house au label Sugarhill Records. Produite par Adrian Sherwood, la musique mêle hip-hop, rock expérimental et dub menant ainsi à la publication de ce que deviendra le trip-hop. Post-trip-hop. Après le succès initial du trip-hop au milieu des années 1990, une nouvelle génération de musiciens trip-hop émerge. Ces musiciens et groupes notables incluent Bowery Electric, Esthero, Morcheeba, Hooverphonic, Sneaker Pimps, Anomie Belle, Alpha, Jaianto, Mudville, Cibo Matto et Lamb. Ces groupes et musiciens incorporent du trip-hop dans d'autres genres, incluant ambient, soul, IDM, musique industrielle, dubstep, breakbeat, drum and bass, acid jazz et new age. Un article publié en 2002 du journal "" utilise pour la première fois le terme de pour décrire le groupe Second Person. Le trip-hop a également inspiré des musiciens et groupes d'autres genres, comme Gorillaz, Emancipator, Nine Inch Nails, Travis, Queens of the Stone Age, Allflaws, How to Destroy Angels, Beth Orton, The Flaming Lips, Bitter:Sweet, Beck, ou encore Deftones. De nombreux artistes et groupes, comme Janet Jackson, Kylie Minogue, Madonna, Björk, et Radiohead se sont également inspirés du genre. Le trip-hop développe quelques sous-genres musicaux comme l'illbient, un genre dérivé mêlant trip-hop, ambient et hip-hop industriel. Années 2000. Le trip-hop continue à inspirer des artistes notables dans les années 2000. Le groupe de rock Antimatter reprend des éléments de trip-hop dans leurs deux premiers albums. RJD2 commence sa carrière comme DJ, mais fait paraître ensuite dès 2001 des albums au label Def Jux. L'album de Zero 7 ', et en particulier le single ', est très bien accueilli par les auditeurs de la scène underground. En 2006, Gotye lance son premier album ". Les chansons de l'album présentent des caisses down-tempo hip-hop et une basse orientée dub également incluse dans le trip-hop. Les groupes de hip-hop Zion I et les Dub Pistols sont également très inspirés par le trip-hop. Producteurs. La plupart des producteurs ne sont pas explicitement catégorisés trip-hop mais s'en inspirent malgré tout dans les années 2000. Daniel Nakamura, alias Dan the Automator, fait paraître deux albums largement inspirés par le trip-hop. L'album ' (en 2000) est album-concept parlant d'un rappeur, joué par Del Tha Funkee Homosapien, venu du futur. 2001 voit la sortie de ' du groupe Lovage, avec Mike Patton, Prince Paul, Maseo, Damon Albarn, et Afrika Bambaataa. L'album de Fatboy Slim " est un succès commercial. Années 2010. En 2009, Fever Ray sort son premier album mêlant trip-hop et ambient, devient progressivement une icône importante du genre. Son deuxième album, bien moins atmosphérique que le premier, est paru en 2018 et a mené à un concert sold out à L'Olympia. Quelques albums notables du genre incluent ' de Massive Attack et ' de Dutch en 2010. How to Destroy Angels fait paraître son EP homonyme en 2010, et un album ' en 2013. ' de DJ Shadow est commercialisé en 2011. Lana Del Rey fait paraître son second album, "" en 2012, qui contient quelques ballades trip-hop ayant atteint les classements de nombreux pays dont l'Australie, l'Allemagne, la France, et le Royaume-Uni ; et dénombre 3,4 millions d'exemplaires vendus à l'international en 2013 selon l'International Federation of the Phonographic Industry. En 2017, Tricky sort son studio intitulé "ununiform". On découvre également le groupe The Airplane qui sort son premier album éponyme, récompensé comme l'un des meilleurs albums de l'année selon le site trip-hop Nation. Caractéristiques. Ce genre musical a pour base une rythmique hip-hop, sur laquelle viennent se greffer toutes sortes d'influences, notamment jazz, blues, musique électronique, musique de film, soul, rock, et dub. Il s'enrichit ainsi beaucoup et se décompose maintenant en de nombreux sous-genres (acid jazz, downtempo, electro-dub, nu jazz ou electro-libre). L'éclectisme est de mise. Le but artistique de la majorité des groupes se réclamant du trip-hop est de créer une musique « planante », à l'aspect généralement mélancolique et calme (même si des influences plus rapides dans le tempo existent). Ce genre s'inscrit aussi par certains aspects dans la lignée directe de certains groupes post-punk comme Siouxsie and the Banshees et The Cure, ces deux combos ayant été repris par Tricky et Massive Attack. Tricky ouvre son deuxième album ' par une version de "", un morceau pré-trip-hop de Siouxsie and the Banshees. Les journalistes de France Inter citent comme titres précurseurs du genre "Tattoo" de Siouxsie and the Banshees (un morceau proto-trip-hop enregistré en 1983) et "Danube Incident" de Lalo Schifrin. On s'accorde généralement sur le fait que les racines du trip-hop se trouvent dans les groupes évoluant dans la ville britannique de Bristol au début des années 1990, à l'image de Portishead, de Massive Attack et de Tricky. Mais les premières réalisations du genre sont de Smith & Mighty, producteurs du premier single de Massive Attack. L'étymologie du terme trip-hop provient par ailleurs de la contraction de l'expression hip-hop expérimental, une branche plus instrumentale et expérimentale du hip-hop. Ainsi, tout en s'inspirant beaucoup des genres déjà existants, le but du trip-hop est de procurer une émotion transcendante en travaillant un côté innovant et expérimental. Le son est donc souvent riche et composé de nombreuses pistes superposées, mêlant voix, instruments et samples électroniques, à l'image du ' de DJ Shadow, souvent cité comme référence en la matière ou plus récemment du producteur français Wax Tailor avec ' (2005) et "" (2007). Le genre se fait connaître de plus en plus (grâce, par exemple, aux musiques de publicités qui contiennent beaucoup de trip-hop, ou encore aux musiques de films ou de séries télévisées). |
Traductions de la Bible en français Les traductions de la Bible en français ont pu être effectuées à partir du latin ou de l'hébreu pour l'Ancien Testament, et du grec ou du latin pour le Nouveau Testament. Les premières réalisées ne sont pas toujours complètes. |
Thot Thot (en grec ancien , de l'égyptien ancien "Djehouty") est dans la mythologie égyptienne le dieu lunaire de Khemenou (Hermopolis Magna) en Moyenne-Égypte. Il est essentiellement le dieu de l'écriture et le scribe des dieux au savoir illimité. Quand Thot devint dieu de la sagesse, la déesse Seshat fut considérée comme sa compagne et assistante mais parfois aussi comme la fille qu'il aurait eue avec la déesse Nehemetaouay. Seshat devint par la suite la déesse de l'écriture, de l'astronomie/astrologie, de l'architecture et des mathématiques ; à ce titre, elle était à la fois la protectrice des bibliothèques, des scribes, des écoliers, des architectes et la gardienne des archives royales. Représentation. Représenté comme un ibis au plumage blanc et noir ou comme un babouin hamadryas, Thot capte la lumière de la Lune, dont il régit les cycles, à tel point qu'il fut surnommé « le seigneur du temps ». Dans la tombe de (KV34), neuf babouins précédés de douze serpents accueillent le Soleil représenté comme un scarabée sur une barque. Lorsqu'il est représenté sous la forme d'un babouin, il est aussi le Soleil levant (fresque de babouins dans les temples ou sur le socle des statues). Les babouins ont pour habitude de pousser des grands cris d'affirmation territoriale au lever du jour, juste avant le lever du Soleil ; cette habitude leur valut d'être associés à la renaissance solaire car ils acclamaient l'astre à son apparition. Un texte d'Edfou relate sa naissance : Rôle. L'ibis est reconnu pour sa capacité à différencier une eau potable d'une eau non potable. De ce fait, sa transposition divinisée en fait un animal-dieu du savoir. Par extension, il est celui qui détient le savoir, et donc qui le transmet ; il devient naturellement le maître des écrits dans une société où l'écriture hiéroglyphique est restreinte au cercle des initiés, contrairement à l'écriture démotique, plus populaire. Thot prend donc naturellement une forme mixte d'homme à tête d'ibis. Inventeur de l'écriture et du langage, il est la « langue d'Atoum » et le scribe des dieux. Incarnation de l'intelligence et de la parole, il connaît les formules magiques auxquelles les dieux ne peuvent résister. Selon la légende, celui qui était capable de déchiffrer les formules magiques du "Livre de Thot" pouvait espérer surpasser même les dieux. Le respect que Thot inspire lui vient de son savoir illimité. Toutes les sciences sont en sa possession : Il connaît tout et comprend tout. En tant que détenteur de la connaissance, il est chargé de la diffuser. C'est pourquoi il a inventé l'écriture. Les anciens égyptiens pensaient que le savoir et la connaissance leur avaient été transmis par des livres et des écrits que Thot avait volontairement abandonnés dans des temples. Cependant, la conscience aiguë qu'il a de sa supériorité intellectuelle le rend ennuyeux, présomptueux et pompeux. Il aime les discours soignés, les formules alambiquées et affecte les tons empruntés. Souvent il agace les autres divinités qui ne manquent pas de le lui faire remarquer. Ses compétences s'étendent aussi au domaine des mathématiques dans lequel il excelle. C'est lui qui a fixé les limites des nomes et du Double-Pays. Il est l'auteur des plans des sanctuaires des dieux car lui seul sait tracer des plans et orienter les bâtiments. Toutes les sciences sont sous son contrôle et réclament obligatoirement sa protection. Il préside à l'audition des morts au tribunal d'Osiris, et c'est Anubis qui pèse et juge les défunts en comparant le poids de leur cœur ("ib") au poids d'une plume (symbole de Maât et de la justice), afin de décider si le défunt, représenté par son Ka (qui, plus que l'âme, est à la fois le double spirituel et la figuration du mort ainsi identifié par Osiris), doit être condamné (le Ka étant alors dévoré par Ammout, « la Grande dévoreuse » qui attend aux pieds de la balance) ou jugée digne d'accéder aux Champs d'Ialou, sorte de paradis éternel dans lequel règne l'ordre imperturbable. Maât correspondrait plus ou moins à notre conception de Justice, à ceci près qu'elle n'est pas un simple rapport harmonieux relatif au juste et à l'injuste, mais principe d'ordre universel. Un passage du "livre de la vache du ciel" explique que Thot est choisi par Rê comme vizir alors que celui-ci s'apprête à quitter le monde des hommes. Thot est ainsi le greffier divin qui possède les mêmes compétences que le greffier de l'administration pharaonique. Lors de son combat avec Seth, Horus perdit son œil, mais le retrouva par la suite grâce à Thot. Appelé « Oudjat », cet œil représente la victoire de l'ordre (légitime, Horus étant l'héritier du défunt Osiris) sur le chaos (Seth, qui perturbe l'ordre dynastique, et par conséquent l'ordre du monde). Porté sous forme d'amulette, il était censé écarter le "mauvais œil" ; on le place notamment sur la proue des navires, pour échapper aux dangereux hippopotames. Syncrétisme. Importé dans le monde gréco-romain, Thot y sera assimilé à Hermès/Mercure, plus particulièrement sous le nom d'Hermès Trismégiste. Il peut être assimilé, dans l"'Ancien Testament", à Hénoch (. 21-24) car il ne meurt pas : il disparaît avec Dieu ; le "livre d'Hénoch", considéré comme apocryphe, le décrit comme devenu le scribe de Dieu. Thot représente l'intelligence divine et en incarne la parole. C'est le dieu de la Lune, le dieu des guérisseurs, le dieu des scribes et le patron des magiciens. C'est le maître de tous les arts, de la parole car son verbe est créateur, de la science des nombres et des signes. Dans la représentation de la psychostasie, c'est Thot qui note les résultats de la pesée de l'âme du défunt. Plutarque explique comment il se fabriqua sa lyre à partir des nerfs de Typhon : |
Technologie au Mexique Électricité. 96 % de la population est fournie en électricité. (2006) Télécommunications. Téléphonie fixe. En 2006 il y a 19,861 millions de lignes fixe au Mexique. Il y a que deux entreprises : Telmex et Axtel. Depuis 2008 les entreprises de câble (Cablemas, Cablevision, Telecable) ont commencé à donner le service de 3-play: TV, Internet et Téléphonie. Téléphonie mobile. Au Mexique, il y a plusieurs techniques de transmission de téléphonie mobile utilisées qui sont : En 2006, le Mexique comptait 57,016 millions d'utilisateurs de téléphones mobiles pour 104 millions d'habitants, c'est-à-dire qu'environ 55 % de la population disposait d'un téléphone mobile. Les entreprises qui offrent des services de téléphonie mobile sont: Iusacell-Unefon, Telcel, Movistar (filiale de l'entreprise espagnole Telefónica Móviles), Nextel. Depuis début juillet 2003 Iusacell a été racheté par Movil Access société de « pager » appartenant au Grupo Salinas qui détient également la société Unefon, en 2007 les deux sociétés ont été fusionnées. Internet. En 2007 il avait 22 millions d'utilisateurs. Le code du pays est ".mx". Radio. En 2003 il avait 850 AM et 545 FM stations. Télévision. Les principales entreprises de télévision sont Televisa et TV Azteca. Il y a 236 stations plus répétiteurs en 1997. Organismes publics. La Commission fédérale des télécommunications ("Comisión Federal de Telecomunicaciones" ou "COFETEL") est l'organisme public chargé de la réglementation du secteur des télécommunications. |
Texture du sol La texture du sol correspond à la répartition dans ce sol des minéraux et de la matière organique par catégorie de grosseur (en fait, diamètre des particules supposées sphériques) indépendamment de la nature et de la composition de ces minéraux. Classement des particules. Les particules sont classées de la façon suivante, en fonction de leur diamètre : blocs, galets et graviers (diamètre > ) sont classés à part. La granulométrie proprement dite concerne la terre fine. Classification des textures. Cette classification est représentée à l'aide d'un triangle, appelé triangle des textures, dont les trois côtés correspondent respectivement aux pourcentages de sable, de limon et d'argile. Il existe de nombreux triangles de texture. Celui-ci représente la classification adoptée par le département de l'Agriculture américain (USDA). Il est possible de regrouper les textures en quatre classes fondamentales, qui permettent de définir les principales propriétés du sol : Exemple de granulométrie favorable à la culture : 15 à 25 % d'argile, 30 à 35 % de limons, 40 à 50 % de sables. Estimation de la texture d'un sol. La texture du sol peut être estimée par : Influence de la texture sur d'autres qualités physiques du sol. Les sables et les particules de diamètre supérieur favorisent la perméabilité à l'air et à l'eau. Les limons, grâce leur grande surface d'échange spécifique, libèrent des sels minéraux suite à l'altération de ces particules. Les argiles aident à retenir ces minéraux, via le complexe argilo-humique. Les argiles et les limons contribuent à la rétention en eau (la microporosité augmente cette rétention). |
Tell-Bastah |
Table périodique des éléments |
Toulouse Toulouse est une commune française. Capitale au du royaume wisigoth, une des capitales (du au ) du royaume d'Aquitaine, capitale du comté de Toulouse fondé en 852 par Raimond et capitale historique du Languedoc, elle est aujourd'hui le chef-lieu de la région Occitanie, du département de la Haute-Garonne, et le siège de Toulouse Métropole. Elle était également le chef-lieu de l'ancienne région Midi-Pyrénées jusqu'à sa disparition au . Avec au , Toulouse est la quatrième commune la plus peuplée de France après Paris, Marseille et Lyon, ayant gagné en moins de années (1982-2020). Ses habitants sont les Toulousains et Toulousaines. L'aire urbaine de Toulouse regroupe en 2017, ce qui en fait aussi la quatrième du pays. Avec en 2018, l'agglomération est la cinquième, derrière celle de Lille et devant celles de Bordeaux et de Nice. Ville à l'architecture caractéristique des cités du Midi de la France, Toulouse est surnommée la « ville rose » en raison de la couleur du matériau de construction traditionnel local, la brique de terre cuite. Le développement de la culture de la violette de Toulouse au en fait un emblème de la ville et lui vaut le surnom de « cité des violettes ». Elle est aussi, beaucoup plus rarement, surnommée la « cité Mondine » (la "Ciutat Mondina" en occitan), en référence à la dynastie des comtes de la ville, souvent nommés Raymond. Reliant Toulouse à Sète, le canal du Midi est inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco depuis 1996. La basilique Saint-Sernin, plus grand édifice roman d'Europe, y est également inscrite depuis 1998 au titre des chemins de Saint-Jacques de Compostelle. Toulouse est la capitale européenne de l'industrie aéronautique et spatiale avec les sites d'Airbus Commercial Aircraft et de sa maison mère Airbus. Elle compte plus de et selon "L'Express", il s'agissait de la ville la plus dynamique de France en 2009. Le magazine économique "Challenges" renouvelle ce titre en 2012 et 2015. Le sport emblématique de Toulouse est le rugby à XV, son club du Stade toulousain détenant le plus riche palmarès sur le plan national comme sur le plan continental, avec vingt-et-un titres de champion de France et cinq titres de champion d'Europe. Le cassoulet, la saucisse et la violette sont les spécialités emblématiques de la gastronomie toulousaine. Métropole. Très tôt industrieuse grâce aux moulins du Bazacle sur la Garonne, puis berceau de nombreux constructeurs d'aéronefs comme Latécoère, Sud Aviation, de la firme Airbus créée à Blagnac en 1970, Toulouse est une technopole européenne qui regroupe de nombreuses industries de pointe dans le secteur aéronautique, spatial, électronique, informatique, chimie, pharmacie ou de services tel le Météopole. Elle dispose de nombreux centres de recherches comme le laboratoire d'analyse et d'architecture des systèmes, le centre national d'études spatiales, l'Agrobiopole (INRA, ENSAT) et concentre aussi des recherches liées à la médecine humaine et vétérinaire (Oncopole, INSERM, CNRS, CHU de Purpan et de Rangueil). Elle est une importante ville étudiante : l'université, créée au Moyen Âge (en 1229, l'une des plus anciennes de France avec Paris et Montpellier), accueille étudiants. Jean Jaurès a été maître de conférence à la faculté de lettres, Paul Sabatier, prix Nobel de chimie en 1912 a été doyen de la faculté des sciences et Vincent Auriol, président de la République française, titulaire d'un doctorat de la faculté de droit. La ville est dotée d'institutions culturelles comme le théâtre du Capitole célèbre pour sa tradition d'opéras et de "bel canto", doublé de son auditorium atypique la Halle aux Grains. Au grand théâtre Sorano sont venus s’ajouter le grand théâtre de la Cité TNT et de nombreuses autres salles disséminées dans la ville comme le théâtre Garonne. Parmi les équipements récents : le centre des congrès Pierre-Baudis, la médiathèque José-Cabanis, le Zénith, la cité de l'espace, le muséum du jardin des plantes, le casino-théâtre. Géographie. Localisation. Toulouse est située dans le Midi de la France, au nord du département de la Haute-Garonne, sur l'axe de communication entre la mer Méditerranée et l'océan Atlantique. Elle est située sur un coude de la Garonne qui, provenant des Pyrénées, s’oriente au nord-est avant de changer de direction au niveau de Toulouse pour se diriger au nord-ouest vers l’océan Atlantique. Vers le sud par temps clair, la chaîne de montagnes pyrénéenne est visible. C'est sur ce coude de la Garonne, carrefour naturel des voies de communication, que les premiers hommes à l'origine de Toulouse se sont implantés. Elle est à la croisée de grands itinéraires européens, comme les axes majeurs est-ouest E80 Rome-Lisbonne, nord-sud E9 Paris-Barcelone ou . Le tableau suivant présente les grands liens routiers autour de Toulouse. Géographiquement, elle se situe à du pic d'Aneto () point culminant des Pyrénées, source de la Garonne dans le massif de la Maladeta (Espagne), de la mer Méditerranée à Gruissan dans l'Aude à l'est et de l'océan Atlantique à Capbreton dans les Landes à l'ouest. La rive droite de Toulouse se trouve sur une terrasse insubmersible sur laquelle la ville romaine s'est établie. C'est aussi sur cette terrasse que la ville marchande et commerciale de Toulouse s'est formée. De l’autre côté de la Garonne, se trouve la rive gauche avec l'ancien faubourg Saint-Cyprien, longtemps quartier pauvre car construit en dehors des remparts de la ville et en zone inondable : situé en contrebas de quelques mètres par rapport à la rive droite, le quartier Saint-Cyprien a souvent été soumis à de fortes inondations. Ainsi en 1875, le quartier Saint-Cyprien fut submergé par les eaux de la Garonne et plusieurs ponts furent emportés. Cette situation basse explique l'évolution de la courbe du fleuve au fil des siècles du côté de la rive gauche, entre la rivière Touch qui se jette au nord de Purpan et l’actuelle chaussée du Bazacle. Le canal du Midi, œuvre de Pierre-Paul Riquet, qui reprend une courbe artificielle de la Garonne vers la mer Méditerranée, remonte au sud-est la vallée de l’Hers-Mort et traverse la rive droite de la ville. La commune de Toulouse a une superficie de , soit environ de plus que Paris et de plus que Lyon, mais de moins que Marseille. Communes limitrophes. Toulouse est limitrophe de dix sept autres communes. Géologie et relief. Le relief toulousain est marqué par la convergence des vallées d’affluents de la Garonne. L’Ariège au sud est dominée par les coteaux pentus de Vieille-Toulouse, qui dominent la ville sur le promontoire de Pech-David. L’Hers-Mort, qui se jette dans la Garonne au nord de Toulouse, forme une vaste plaine dite de « Lalande ». Elle est séparée à l’est par une ligne formée des collines de Montaudran et de Jolimont. À l'ouest de la ville, à bonne distance du centre-ville (six à sept kilomètres en moyenne), trois terrasses s'étagent pour atteindre les coteaux de Gascogne. Hydrographie. La commune est dans le bassin de la Garonne, au sein du bassin hydrographique Adour-Garonne. Elle est drainée par le canal du Midi, la Garonne, le canal de Saint-Martory, le Touch, l'Hers-Mort, la Marcaissonne, la Saune, la Sausse, le ruisseau de la Saudrune, le ruisseau de Maltemps, un bras de l'Hers, Fossé de Larramet, et par deux petits cours d'eau, constituant un réseau hydrographique de de longueur totale. Le canal du Midi, d'une longueur totale de , est un canal de navigation à bief de partage qui relie Toulouse à la mer Méditerranée depuis le . La Garonne est un fleuve principalement français prenant sa source en Espagne et qui coule sur avant de se jeter dans l’océan Atlantique. Le canal de Saint-Martory, d'une longueur totale de , prend sa source dans la commune de Saint-Martory et s'écoule du sud-ouest vers le nord-est. Il se jette dans la Garonne sur le territoire communal, après avoir traversé . Le Touch, d'une longueur totale de , prend sa source dans la commune de Lilhac et s'écoule du sud-ouest vers le nord-est. Il traverse la commune et se jette dans la Garonne à Blagnac, après avoir traversé . L'Hers-Mort, d'une longueur totale de , prend sa source dans la commune de Laurac (11) et s'écoule du sud-est vers le nord-ouest. Il traverse la commune et se jette dans la Garonne à Grenade, après avoir traversé . La Marcaissonne, d'une longueur totale de , prend sa source dans la commune de Beauville et s'écoule du sud-est vers le nord-ouest. Elle se jette dans l'Hers-Mort sur le territoire communal, après avoir traversé . La Saune, d'une longueur totale de , prend sa source dans la commune de Vaux et s'écoule vers le sud-est. Elle se jette dans l'Hers-Mort sur le territoire communal, après avoir traversé . Climat. Le climat de Toulouse est tempéré-chaud, océanique dit dégradé et à tendance méditerranéenne caractérisé par un été chaud et assez sec, un automne bien ensoleillé, un hiver doux et un printemps humide, marqué par des pluies récurrentes, souvent orageuses et parfois accompagnées de grêle, comme en et 2009. Ce climat peut être considéré comme un climat de transition entre le climat océanique et le climat méditerranéen même si selon les classifications climatiques, l'amalgame de ces deux climats peut placer Toulouse en situation de climat subtropical humide. Au sens de Gaussen, le mois de juillet est assez chaud et sec pour considérer le climat toulousain comme sub-méditerranéen. D'après la classification de Köppen, la température du mois le plus froid est comprise entre et (janvier avec ) et la température du mois le plus chaud est supérieure à (août avec ) donc c'est un climat tempéré. Les précipitations sont assez bien réparties sur l'année, il n'y a pas de saison sèche sauf deux minimums pluviométriques en février et en juillet, mais pas assez marqué pour parler de saison sèche. C'est donc un climat tempéré chaud sans saison sèche. L'été est chaud car la température moyenne du mois le plus chaud est supérieure à (juillet et août avec ). Le climat de Toulouse est donc classé comme "Cfa" dans la classification de Köppen, autrement-dit il s'agit d'un climat subtropical humide, même s'il s'agit en réalité d'un climat méditerranéen avec trop de précipitations en été pour être considéré comme tel. Toulouse connaît en moyenne de fortes chaleurs et de gel par an. La température moyenne annuelle est de . La température la plus chaude jamais enregistrée à Toulouse est le (relevée à Saint Simon, quartier situé au sud de Toulouse, ainsi qu'à l’aéroport de Francazal), et constitue le record français jusqu'en 2003. La température la plus froide est -, enregistrée le . Le jour le plus arrosé eut quant à lui une pluviométrie de le selon les sources de Météo-France. L'année la plus arrosée a été 1993 avec un cumul annuel de précipitations de et la plus sèche 1967 avec un cumul annuel de . L'ensoleillement est supérieur à par an en moyenne. Les vents dominants sont, par ordre d'importance, le vent d'ouest (apportant généralement l'humidité de l'océan Atlantique), le vent d'autan (venant du sud-est) et le vent du nord, nettement moins fréquent et généralement froid et sec (amenant l'air de masses anticycloniques froides placées sur le Nord de l'Europe). Le vent d’autan est aussi appelé « le vent qui rend fou », voire « le vent du diable » en raison de son influence supposée sur les comportements humains et animaux (irritabilité, trouble du rythme cardiaque, accroissement du nombre des accouchements...). Parfois, ce vent peut devenir très puissant comme le , où il renversa le train Toulouse-Revel. Toulouse fut frappée par une tornade le vers . La tornade s'était formée sur l'aéroport de Blagnac avant de continuer en direction de Toulouse pour finir sa course vers le quartier de Casselardit, près de Purpan. Cette tornade, classée F2, avec des vents de , arracha des toits et causa d'autres dommages importants. Le est le jour le plus enneigé avec de neige. Les relevés suivants ont été effectués à l'aéroport de Toulouse-Blagnac. Voies de communication et transports. Voies routières. Toulouse est le centre de plusieurs axes de communications autoroutiers et routiers. Le périphérique de Toulouse, doublé par plusieurs rocades (dont notamment, à l'ouest, la Rocade Arc-en-Ciel, permet de faire le tour du cœur de l'agglomération. C'est à ces rocades que tous les grands axes du réseau routier sont reliés : De plus, l'agglomération est desservie par plusieurs voies rapides et autoroutes secondaires qui complètent le réseau métropolitain : Les déplacements sont parfois difficiles dans l'agglomération, le périphérique étant souvent encombré aux heures de pointe (plus de par jour sur la section Purpan-Empalot en 2011 selon la DRE, soit le seuil de saturation d'une 2 fois 3 voies). Le grand contournement de l'agglomération, a été l'objet d'un débat public sur les traces de la Translauragaise, mais aussi d'une variante nouvelle par l'ouest en continuité de l'A20 E9. Sa construction, à la suite du Grenelle de l'environnement, a été jugée prématurée en juin 2008 par le ministre de l'Écologie, Jean-Louis Borloo. La rocade Arc en Ciel (D980), encore inachevée et pourtant dessinée dès 1965, reste la seule alternative pour doubler le périphérique à l'ouest et au sud-ouest de l'agglomération toulousaine. Une série de boulevards urbains sont aussi attendus pour mailler le réseau des voies rapides urbaines (voie du canal de Saint Martory, boulevard urbain Nord, voie de dégagement Est, etc.) Transports en commun. L'agglomération étant particulièrement étendue et morcelée entre zones d'habitat, zones commerciales et pôles d'emplois bien distincts, la voiture règne comme le mode principal de déplacements (64 % des déplacements). L'ensemble du réseau métro et bus peut transporter jusqu'à certaines journées en semaine (le 10 décembre 2010). Bus. Le réseau urbain Tisséo, compte de bus (Linéo incluses) en 2021. Les lignes du réseau permettent la desserte de l'ensemble du territoire de l'agglomération toulousaine. Il existe, en plus des lignes de bus classiques, les lignes Linéo. Ce sont des lignes de bus à haut niveau de service, au nombre de 7 en 2019 et 11 en 2021. Elles permettent, grâce à un matériel roulant de plus grande capacité et à une fréquence bien plus large, une desserte importante de quartiers toulousains non desservis par le métro ou le tramway. Métro. L'agglomération toulousaine est desservie par un réseau de métro de type VAL, composé de deux lignes (A et B). Une troisième ligne, la ligne C, est en construction. Celles-ci totalisent ( + ) et 38 stations (18 + 20), qui enregistrent des fréquentations moyennes de par jour (ligne A) et par jour (ligne B)<ref name="http://www.tisseo.fr/sites/default/files/DP%20Tiss%C3%A9o%20Bilan-Persp2011%20ok%20BD.pdf">Dossier de presse Tisséo</ref>. Cars. Le réseau liO Arc-en-Ciel permet de desservir de nombreuses communes de Haute-Garonne depuis Toulouse. Rail. Toulouse est actuellement desservie par quatre lignes ferroviaires majeures que sont la ligne de Bordeaux-Saint-Jean à Sète-Ville, la ligne classique des Aubrais - Orléans à Montauban-Ville-Bourbon en provenance de Paris-Austerlitz "via" Limoges-Bénédictins, la ligne de Toulouse à Bayonne (et son prolongement vers Latour-de-Carol et Puigcerda) et la ligne de Saint-Agne à Auch. La gare de Toulouse-Matabiau, gare principale, est située dans le quartier du même nom à proximité du centre-ville. D’autres gares secondaires se situent à Toulouse, desservies uniquement par le TER Occitanie. La ville n’est desservie par aucune ligne à grande vitesse. Cependant la ligne de Bordeaux à Sète est équipée pour la circulation des TGV, et avec la nouvelle LGV Sud Europe Atlantique, Toulouse se situe à quatre heures et quinze minutes de Paris-Montparnasse, 4 heures de Lyon-Part-Dieu. Un projet de desserte de Toulouse à grande vitesse est cependant en marche : la LGV Bordeaux - Toulouse. Il existe une ligne SNCF d'agglomération intégrée au réseau Tisséo, appelée ligne C (Arènes - Saint-Cyprien / Colomiers). La carte Pastel permet d'avoir dans un même support, des titres de transport TER, Tisséo, et du réseau Arc-en-Ciel du conseil départemental. Tramway. Antérieurement, le tramway circula dans Toulouse de 1881 à 1957. Depuis le , le tramway toulousain est de retour avec la ligne T1 (), qui relie Beauzelle ("via" Blagnac) à la station Palais de Justice. Elle dessert l'île du Ramier, Fer à cheval, Avenue de Muret, Croix de Pierre Déodat de séverac, Arènes, le Zénith, le CHU Purpan, le nouveau quartier d'Andromède à Blagnac et Cartoucherie à Toulouse. La construction d'une branche vers l'aéroport, ainsi qu'une prolongation vers le Grand Rond (Jardin des Plantes - Muséum) sont programmées pour 2013, avec un début des travaux en 2011, ce prolongement permettra une nouvelle approche de l'hypercentre historique et un maillage des correspondances avec les deux lignes de métro (A et B). Le parcours est agrémenté à ses ronds-points de créations originales apparaîtront donc cinq œuvres artistiques se répartissant comme suit : "Le mirador" de Stéphane Pencreac'h (avenue de Lombez), "Le locataire" de Gloria Friedmann (La Flambère), "Le chien et le moustique" de Richard Fauguet (Ancely), "La jambe de cheval" de Daniel Coulet (Blagnac), l'ouvrage lumineux le long des du trajet étant, quant à lui, dû à Hervé Audibert. Depuis le , la ligne T1 du tramway s'est vue prolongée jusqu'à la station de métro « Palais de Justice » afin d'être connectée à la ligne B du métro. Le , la ligne T2 est inaugurée. Ayant le même trajet que la ligne T1 jusqu'à la station Ancely, elle bifurque ensuite vers la zone aéroportuaire puis l'aéroport où son terminus est situé devant le hall principal. Les lignes T1 et T2 du tramway de Toulouse transportent quotidiennement environ . Transports aériens. Enfin, le trafic de l'aéroport de Toulouse-Blagnac, classé au quatrième rang des aéroports de province, s'est beaucoup développé au cours des dernières années. Il a atteint plus de 9,6 millions de passagers en 2019. La liaison aérienne entre l'aéroport de Toulouse-Blagnac et celui de Paris-Orly est la plus fréquentée d'Europe, en raison de l'insuffisante rapidité de la desserte ferroviaire avec Paris et de l'importance du trafic pour des voyages professionnels. L'aéroport de Toulouse Francazal est un aéroport civil géré par la société SNC-Lavalin depuis le 3 janvier 2011 puis par l'entreprise d'ingénierie Edeis. À la suite de la reconversion de la base aérienne 101 Toulouse-Francazal, ancienne base de l'Armée de l'Air au sud de l'agglomération, a fermé dans le cadre de réforme de la carte militaire annoncée en juillet 2008, a été confiée à l'agence Devillers, un géant de l'urbanisme français. Il existe également l'aérodrome de Toulouse - Lasbordes et une ancienne plate-forme aérienne, l'aéroport de Toulouse-Montaudran, situés tous les deux au sud-est la ville, le long du périphérique. Urbanisme. Typologie. Toulouse est une commune urbaine, car elle fait partie des communes denses ou de densité intermédiaire, au sens de la grille communale de densité de l'Insee. Elle appartient à l'unité urbaine de Toulouse, une agglomération inter-départementale regroupant et en , dont elle est ville-centre. L'agglomération de Toulouse est la cinquième plus importante de France en termes de population, derrière celles de Paris, Lyon, Marseille-Aix-en-Provence et Lille (partie française). Par ailleurs la commune fait partie de l'aire d'attraction de Toulouse, dont elle est la commune-centre. Cette aire, qui regroupe , est catégorisée dans les aires de ou plus (hors Paris). Occupation des sols. L'occupation des sols de la commune, telle qu'elle ressort de la base de données européenne d’occupation biophysique des sols Corine Land Cover (CLC), est marquée par l'importance des territoires artificialisés (88,4 % en 2018), en augmentation par rapport à 1990 (77,8 %). La répartition détaillée en 2018 est la suivante : zones urbanisées (55,4 %), zones industrielles ou commerciales et réseaux de communication (27,9 %), espaces verts artificialisés, non agricoles (5,1 %), zones agricoles hétérogènes (5 %), eaux continentales (2,3 %), terres arables (1,6 %), forêts (1,6 %), milieux à végétation arbustive et/ou herbacée (0,9 %), cultures permanentes (0,3 %). L'IGN met par ailleurs à disposition un outil en ligne permettant de comparer l’évolution dans le temps de l’occupation des sols de la commune (ou de territoires à des échelles différentes). Plusieurs époques sont accessibles sous forme de cartes ou photos aériennes : la carte de Cassini (), la carte d'état-major (1820-1866) et la période actuelle (1950 à aujourd'hui). Morphologie urbaine. La ville est organisée en zones concentriques correspondant à sa croissance urbaine. Un cœur ancien. On décrivait jadis le centre sous la forme d'un cœur avec ses deux lobes (rive droite) et sa pointe (rive gauche) : Le pont Neuf et surtout la place du Capitole sont le centre de ce « cœur » qui s'inscrit à l'intérieur des boulevards (sur l'emplacement du mur médiéval encore visible cité administrative). La circulation y a été aérée au par des percées haussmanniennes (rue de Metz et rue Alsace-Lorraine). Des faubourgs et quartiers du. Entre les boulevards et le canal du Midi, au-delà des embellissements du (parcs, places, allées, Grand Rond) qui frôlent le centre ancien, une ceinture de faubourgs ou de quartiers s'organise le long des boulevards ou des axes qui quittent la ville (Saint-Michel, Saint-Aubin, Chalets, Minimes...) puis autour des gares (Matabiau surtout mais aussi, au sud-est, Saint-Agne). Des logements sociaux entre les années 1930 et l'après-guerre se sont élevés en bordure de cet espace urbain qui a tenté de s'adapter à l'automobile dans les années 1950-1960 (voies le long du canal...). Les bouleversements urbains du. À la veille de la Révolution, la population toulousaine compte : en 1886, ils sont . Sur cent ans, la population a presque triplé. Avec cette augmentation tout au long du dix-neuvième siècle, les nouveaux habitants se sont principalement logés dans les faubourgs mais cela n’empêcha pas le changement d'apparence du centre-ville. La première moitié de ce siècle va vivre l'héritage des Lumières : il s'agit d'embellir et d'aérer. Au cours de la seconde moitié, les Toulousains se sont inspirés du Paris haussmannien. Toulouse était une ville à l'aspect encore médiéval : déséquilibrée par la clôture de grands couvents, encerclée par d'anciens remparts, traversée de ruelles étroites et sinueuses. Un homme des Lumières, Jacques-Pascal Virebent, a songé aux transformations de la ville. Il avait déjà travaillé dans l'esthétique néo-classique. Malgré des moyens économiques peu favorables, cet homme a travaillé avec l'une de ses seules ressources : son acharnement. L'objectif de son « plan d'alignement » était que le surplus de population provoque peu de changement dans l'apparence de la ville, tout en ménageant de bonnes conditions de vie et de circulation. Sous le second Empire (1852-1870), Toulouse commence à être moins isolée. Elle est connectée aux autres villes par le chemin de fer : la gare de Toulouse-Matabiau fut inaugurée en 1857. Les Toulousains utilisent aussi la Garonne pour le transport de marchandises. Mais un problème demeure : comment pénétrer dans la ville ancienne ? La solution fut d'aérer le tissu urbain pour permettre une meilleure circulation. Toulouse s'inspira du modèle haussmannien. Une des grandes tâches à mener par les ingénieurs de la ville était l'alignement des rues, c'est-à-dire leur élargissement et leur rectification. Déjà au cours du dix-huitième siècle, dans un souci d'harmonie s'était affirmé le principe d'un plan général des alignements. Sous la Révolution cette tâche fut confiée aux autorités locales. C'est seulement au début du dix-neuvième siècle que la municipalité de Toulouse se préoccupa de l'organisation des alignements (un arrêté municipal du 10 juillet 1801 dispose qu'il importe de fixer de manière stable et uniforme la largeur à donner aux rues). Ainsi, la largeur des rues principales fut fixée à , celle des rues secondaires à et celle des rues peu fréquentées à . Le projet fut confié à l'ingénieur Rivet et les travaux débutèrent seulement en 1807. De nombreux projets furent rejetés par le ministère de l'Intérieur. Finalement, les travaux commencèrent véritablement en 1829. La destruction des remparts. Les remparts, condamnés en 1808, furent détruits entre 1829 et 1832 et remplacés par une ceinture de boulevards. Le maire souhaite détruire les vieux remparts. Il doit pour cela demander l'accord du roi, qui tarde à le donner car les remparts protègent la ville de Toulouse contre les armées étrangères. Dès le , un mouvement de destruction des remparts est déjà en cours. Le problème de la propriété des remparts se pose entre la municipalité et le roi. C'est finalement Napoléon qui donnera les remparts à la ville, mais ils ne seront pas détruits tout de suite car la France est en guerre contre les armées étrangères à ce moment-là. La période de paix qui suit la chute de l'empire est propice à la démolition des remparts. Les matériaux de démolition vont être utilisés pour construire d'autres bâtiments. Les percées haussmanniennes de Toulouse. En 1865, alors que l'on termine la place du Capitole, on décide de percer de « grandes artères » sur le modèle des grandes percées effectuées sur Paris par le préfet Haussmann (d'où le nom de percées haussmanniennes). Urbain Maguès est chargé du plan d'alignement et des percées de Toulouse. Il propose alors de construire deux grandes rues perpendiculaires se croisant au centre de la ville. Le Conseil municipal en discute et propose de réduire la largeur initialement prévue de ces axes qui était de (comme à Paris, à Lyon et à Marseille) pour un projet moins ambitieux de dont de trottoir. Ces deux grandes rues furent alors percées entre 1871 et 1874 et furent nommées la rue d’Alsace-Lorraine et la rue de Metz. Sont ensuite percées la rue du Languedoc et la rue Ozenne qui détruiront de nombreux bâtiments et habitations. Le percement de la rue Ozenne de 1907 à 1911 va provoquer la disparition totale ou partielle de sept vieux hôtels particuliers. En 1868, le réfectoire du couvent des Augustins, proche de la percée de la rue d'Alsace-Lorraine est rasé. En 1892, le marché couvert de la place de la Halle-au-Blé (place Esquirol) est démoli, la Halle est alors transférée place Victor-Hugo. Les travaux des percées dureront jusqu'à la Première Guerre mondiale. L’axe longitudinal : rues Alsace-Lorraine et du Languedoc. Après acquisition des terrains, les premières constructions de la rue d'Alsace-Lorraine (place Rouaix au square du Capitole) sont réalisées entre 1871 et 1879. Le conseil municipal décide de prolonger cette voie de la rue Lafayette jusqu'aux boulevards. La ville achète les terrains, procède aux démolitions et rétrocède aux particuliers les parcelles constructibles. Les immeubles sont édifiés de 1878 à 1885 et, comme les constructions du tronçon sud, mesurent tous (ou presque) de hauteur. Les architectes étant pour la plupart parisiens, est utilisée essentiellement de la brique jaune. Un projet de théâtre est proposé mais est vite remplacé par la poste centrale en 1886. Ces deux tronçons sont désignés sous la même appellation : rue Alsace-Lorraine. En 1897 et 1898, le conseil municipal autorise le prolongement de la rue Alsace-Lorraine (de la place Rouaix à la place de Salin). On l’appelle rue du Languedoc en 1904. Le projet ne respecte pas la rectitude des deux percées en raison notamment de la nécessité de conserver l’hôtel de Lasbordes (dit aussi du Vieux-Raisin). Les démolitions s’étalent de 1899 à 1904 et les constructions s’échelonnent sur de 1900 à 1910. Les architectes étant cette fois-ci toulousains (Joseph Galinier ou Étienne), les maisons ont pour la plupart des façades en brique rouge correspondant à la couleur toulousaine traditionnelle. La première moitié du siècle s’inspire des Lumières et des espérances du plan Mondran d’une ville ouverte et régulière. La seconde, s’inspirant du Paris haussmannien, aménage la ville en perçant des avenues rectilignes bordées d’immeubles. Ces percées sont aussi le reflet de l’émergence d’une bourgeoisie, la hiérarchie sociale étant symbolisée par l’étage occupé. La rue Ozenne. Afin d’assainir le quartier Montgaillard, on adopte la réalisation d’une percée allant de la place des Carmes vers le Jardin des plantes. Beaucoup de projets initiaux restent inachevés ou délaissés. Les premières constructions se dressent en 1926. La nouvelle rue reçoit le nom de Théodore Ozenne (bienfaiteur de la ville). Plusieurs petites places regroupant des commerces modernes sont détruites. Désormais, les rues Alsace-Lorraine et de Metz sont les deux grandes artères de la ville. L’axe transversal : Rue de Metz. Dans le même temps que le premier tronçon de la rue Alsace-Lorraine, les premiers travaux de la rue de Metz débutent en 1868 par l’acquisition des terrains. À partir de 1871, des immeubles identiques à ceux de la rue Alsace-Lorraine s’élèvent. Ces premiers travaux s’achèvent en 1879. La délibération du 25 mars 1893 décide de terminer cet axe depuis le musée jusqu’aux boulevards. La plupart des immeubles sont bâtis à partir de 1898 jusqu’en 1910. Pour achever la liaison du pont Neuf à la porte Saint-Étienne, le marché couvert construit sur la place Esquirol est démoli en 1892. Il est remplacé par trois halles : Carmes, Saint-Cyprien et Victor-Hugo. En 1895, le square du musée des Augustins voit le jour. Une banlieue récente. Jusque vers 1950, la commune, vaste autour de l'espace urbanisé compact, reste un espace rural où les noyaux villageois (Pouvourville, Saint-Simon, Saint-Martin-du-Touch, Lardenne...), les domaines de plaisance (Reynerie, Purpan...) et les rectilignes routes nationales sont le point de départ d'une urbanisation pavillonnaire le long des lignes de tramway ou d'implantations universitaires, hospitalières, ou surtout industrielles (cartoucherie, aviation) allant jusqu'aux communes voisines (Colomiers vers l'ouest). Depuis plusieurs décennies, le dynamisme économique et la forte poussée démographique sont à l'origine d'une profonde mutation des infrastructures, des logements et des installations industrielles (forte artificialisation du territoire) avec des urbanisations collectives (Empalot, Jolimont...) et deux projets urbains développés dans les années 1958 à 1970 (Le Mirail et Colomiers). Les années 1980-1990 sont marquées par une croissance du pavillonnaire et d'opérations immobilières qui ont urbanisé un territoire autour du périphérique extérieur. Logement. Toulouse comptait en 1999. Les constructions neuves sont peu présentes puisqu'en 1999, seulement 16,8 % des résidences principales dataient de 1990 ou après. Près de la moitié du parc de logements date d'entre 1949 et 1974. 88,2 % des logements sont des résidences principales, réparties à 17,7 % en maisons individuelles et à 82,3 % en appartements (respectivement 68,2 % et 31,8 % dans la région). En effet, Toulouse compte de nombreux immeubles anciens, dont la majorité sont des résidences principales. Les habitants sont pour 31,4 % propriétaires de leur logement, 64,1 % sont locataires (respectivement 58,9 % et 35,6 % dans la région). Comptant HLM, soit 14,4 % du parc en 1999 (8,5 % pour la région), la ville ne respectait pas les dispositions de l’article 55 de la loi solidarité et renouvellement urbain (SRU) de décembre 2000 fixant à 20 % le taux minimum de logements sociaux pour les communes les plus importantes. En outre, en 1999, 9,4 % des logements étaient vacants, contre seulement 7,5 % dans la région. Depuis, la ville a atteint quasiment les 19 % de logements sociaux, et impose dans tous les nouveaux quartiers un seuil de 30 % de logements sociaux, au lieu de 20. La plupart des habitations possèdent 4 pièces (36 %), ou 3 pièces (24,3 %), puis 2 pièces (21,8 %). Les petits logements restent peu nombreux (studios : 17,8 %). La ville possède par conséquent des logements de taille assez importante. Enfin il faut préciser que ces logements sont bien dotés puisque 96,4 % ont le chauffage central et 53,9 % possèdent un garage, box ou parking (respectivement 80 % et 66,6 % pour la région). Le prix du mètre carré à la location en 2003 hors charge pour l'ensemble des logements est de , soit pour . Pour les logements en relocation, il est de , soit pour et pour les logements datant d’après 1990, il est de , soit pour . Comme beaucoup de grandes villes françaises, Toulouse connaît depuis une quinzaine d'années une importante hausse des loyers. Elle concerne tous les types de logements. La hausse des loyers en 2003 pour les appartements est 2,8 % pour l'ensemble et 6 % pour un appartement reloué en 2002. Pour les maisons, la hausse est de 3,8 % pour l'ensemble et de 6,3 % pour une maison relouée. Les secteurs les plus chers sont le centre de Toulouse et le sud-est mais aussi de nouveaux quartiers comme Borderouge ou Pouvourville. En 2019, quelque 5 000 personnes sans domicile fixe sont recensées à Toulouse. Le problème des sols pollués. Le passé industriel de certaines zones de la ville permet de supposer la présence de polluants dans les sols et les nappes phréatiques. Un cas a particulièrement été mis en avant par les médias, celui d'un terrain de , qui s’étend du au du chemin de Lapujade, où le groupe Vinci envisage de construire des logements, une crèche et d'aménager des espaces verts. Un rapport du bureau d'étude Calligee conclut en 2006 : « Des teneurs au plomb supérieures aux valeurs guides ont été observées sur de nombreux sondages. En règle générale, ces teneurs sont présentes en surface (entre 0 et ) ». Une zone de est particulièrement touchée avec un pic de par kilo. Soit deux fois et demi plus élevé que le « VCI », le seuil d’alerte au-delà duquel les risques pour la santé humaine sont avérés. « Le niveau de pollution est effectivement très préoccupant », réagit André Picot, toxico-chimiste, directeur de recherche honoraire au CNRS et expert français honoraire auprès de l’Union Européenne pour les produits chimiques en milieu de travail. Pour lui, « ce sont les enfants et les femmes enceintes qui sont les plus exposés. Surtout qu’une corrélation entre le taux de plomb et le quotient intellectuel des jeunes enfants est aujourd’hui clairement établie ». « Ces teneurs mettent en garde sur l’utilisation des eaux souterraines », notamment concernant « les puits de l’impasse Fourcaran », enclave d’anciens pavillons ouvriers qui coupe en deux parties le terrain de Vinci. « Sur seize maisons, la moitié possèdent un puits dans leur jardin. Et certains s’en servent évidemment pour arroser leurs fruits et légumes ». . Le cas de La Cartoucherie est typique du problème que posent en France . Projets d'aménagement. De nombreux projets d'aménagement sont inscrits dans l'optique du développement de la ville et de sa diversification économique. L'aéroport de Blagnac est la principale plate-forme de transport permettant d'atteindre Paris ; le projet de ligne à grande vitesse entre Bordeaux et Toulouse, devait permettre de relier plus rapidement les deux villes. Initialement prévu pour l'année 2024, le projet a été déclaré d'utilité publique au printemps 2016 par le ministre des transports Alain Vidalies, mais cette déclaration d'utilité publique a été annulé par le tribunal administratif de Bordeaux le . Le centre-ville de Toulouse, semi piéton, devrait lentement évoluer vers la piétonnisation même si la municipalité ne favorise pas ce type de développement urbain. En revanche, elle réfléchit à de nouveaux aménagements piétons dont l'objectif affiché est de faciliter le passage entre les deux rives de la Garonne. Un projet urbain en cours, financé par la Mairie de Toulouse prévoit la transformation des allées Jean-Jaurès, s'étendant du métro Jean-Jaurès à Marengo en ramblas sur le modèle des ramblas de Barcelone. L'élaboration de cet espace semi-piéton a été confié à l'architecte catalan Joan Busquets. Un projet de grand contournement autoroutier de Toulouse ou de nouvelle voie rapide est aussi à l'étude pour permettre au trafic autoroutier de l'axe Bordeaux — Narbonne d'éviter l'agglomération toulousaine, saturée aux heures de pointe. La solution à court terme choisie, est celle du prolongement de la RD980 au sud jusqu'à l'autouroute A64, et de la Route départementale 902 au nord vers le secteur de Lespinasse - Saint-Jory - Eurocentre. D'autres projets sont évoqués comme le projet de deuxième aéroport, actuellement abandonné, celui de ligne LGV Toulouse-Montpellier-Perpignan ou l'Aerospace Valley avec le pôle Toulouse Aerospace à Montaudran qui devrait regrouper sur des centres de recherche du domaine aérospatial. Ce pôle devrait accueillir deux Tours de 60 et de haut. Un autre projet d'envergure est en cours, déployé sur le quartier Matabiau et la gare de Toulouse et nommé Grand Matabiau, il prévoit un développement important de l'accès aux différents modes de transports publics en particulier à travers une nouvelle Ligne à Grande Vitesse, la création d'une nouvelle ligne de métro et le développement de l’offre de transports en commun, ainsi que la transformation du quartier en "quartier à vivre" selon la municipalité. Grandement controversé le projet est accusé par ses détracteurs de vouloir transformer un quartier populaire en quartier d'affaires destiné aux plus fortunés, il est analysé par certains médias et observateurs comme un phénomène de gentrification urbaine. Un quartier Haute qualité environnementale "(HQE)" est en construction sur le site de l'ancienne Cartoucherie avec de surfaces comprenant des logements, des bureaux, une école régionale de la santé, et des commerces. Le quartier Malepère, au Sud-Est de Toulouse, est aussi en projet avec , bureaux, commerces, avec une superficie à construire d'environ . Risques majeurs. Le territoire de la commune de Toulouse est vulnérable à différents aléas naturels : météorologiques (tempête, orage, neige, grand froid, canicule ou sécheresse), inondations, mouvements de terrains et séisme (sismicité très faible). Il est également exposé à deux risques technologiques, et le risque industriel et la rupture d'un barrage. Un site publié par le BRGM permet d'évaluer simplement et rapidement les risques d'un bien localisé soit par son adresse soit par le numéro de sa parcelle. Risques naturels. La commune fait partie du territoire à risques importants d'inondation (TRI) de Toulouse, regroupant concernées par un risque de débordement de la Garonne, un des qui ont été arrêtés fin 2012 sur le bassin Adour-Garonne. Les événements significatifs passés sont la crue généralisée sur le bassin de la Garonne des 23 et 24 juin 1875 ( à Toulouse), qui a fait et détruit , et la crue des 1er au () à Toulouse, qui a fait 7 victimes. Des cartes des surfaces inondables ont été établies pour trois scénarios : fréquent (crue de temps de retour de à ), moyen (temps de retour de à ) et extrême (temps de retour de l'ordre de , qui met en défaut tout système de protection). La commune a été reconnue en état de catastrophe naturelle au titre des dommages causés par les inondations et coulées de boue survenues en 1983, 1991, 2000, 2003, 2014, 2015, 2018 et 2022. La commune est vulnérable au risque de mouvements de terrains constitué principalement du retrait-gonflement des sols argileux. Cet aléa est susceptible d'engendrer des dommages importants aux bâtiments en cas d’alternance de périodes de sécheresse et de pluie. 99,5 % de la superficie communale est en aléa moyen ou fort (88,8 % au niveau départemental et 48,5 % au niveau national). Sur les dénombrés sur la commune en 2019, sont en en aléa moyen ou fort, soit 99 %, à comparer aux 98 % au niveau départemental et 54 % au niveau national. Une cartographie de l'exposition du territoire national au retrait gonflement des sols argileux est disponible sur le site du BRGM. Par ailleurs, afin de mieux appréhender le risque d’affaissement de terrain, l'inventaire national des cavités souterraines permet de localiser celles situées sur la commune. Risques technologiques. La commune est exposée au risque industriel du fait de la présence sur son territoire d'une entreprise soumise à la directive européenne SEVESO. La commune est en outre située en aval du barrage de Naguilhes sur le Gnoles (affluent de l'Ariège, département de l'Ariège). À ce titre elle est susceptible d’être touchée par l’onde de submersion consécutive à la rupture d'un de ces ouvrages. Toponymie. Le nom "Tolosa" apparaît dans des écrits antiques mais pas antérieurs au (Τολώσσα en grec par Posidonios et Strabon, "" en latin par Cicéron, César, Pline). Il est associé à celui des Volques Tectosages. Le nom de Toulouse est aujourd'hui encore d'origine incertaine. Le nom est difficilement explicable par le celtique. Certains linguistes le considèrent comme ibère. De fait, on retrouve des "Tolosa" dans la péninsule ibérique mais aussi dans le Sud-Est de la France (Jura, Ardèche). Ses habitants et la peuplade des environs étaient appelés Tolosates. Les Tolosates étaient-ils une fraction des Celtes Volques Tectosages venus s'installer au ou une assimilation complexe de populations autochtones ? Mêmes interrogations sur la pertinence de cette hypothèse, la région ayant été plutôt marquée par l'influence des Celtibères qui occupaient le bassin de la Garonne. Certains chercheurs pensent que le nom "Tolosa" pourrait être issu d'un terme "* Tolso" qui signifie « torsadée, tordue », mais l'explication a peu de vraisemblance car l'origine ne remonterait qu'aux Romains. Pour d'autres, dans un grand lyrisme de mythologie antique, Tolosa, jadis la « cité de Minerve » (Palladia Tolosa) selon l’expression de Martial, ferait référence à la Tholos des Grecs, cf. les légendes de l'Or de Delphes à Toulouse. Pour d'autres encore, l'étymologie de la ville serait liée au passage d'un gué, par ailleurs attesté au pied de l'oppidum de Vieille-Toulouse. Enfin, selon une légende en vogue à la Renaissance, la ville rose aurait été fondée par Tholus, petit-fils de Japhet, lui-même deuxième fils de Noé, qui aurait donné son nom à la cité. C'est cette théorie qui se retrouve mise en ouverture du "Ramelet Mondin" du poète toulousain Pèire Godolin. Le nom latin "Tolosa" est également le nom occitan de la ville, présent dans sa devise "Per Tolosa totjorn mai". Il devient "Tholose" en français, avant de se transformer en "Toulouse", probablement sous l'influence de la prononciation occitane (), vers la fin du . Histoire. Préhistoire, protohistoire. Les environs de Toulouse sont occupés dès le Paléolithique inférieur mais ce ne sont que des traces d'occupation humaine du Néolithique qui sont retrouvées sous forme de village comme à Villeneuve-Tolosane. D'autres traces d'occupations par l'homme au et au ont été trouvées comme en témoigne la nécropole du quartier Saint-Roch (vers la rue du Feretra), mise au jour en 2002. Dès la moitié du , bien avant l'installation romaine, le Languedoc occidental est occupé par une confédération de peuples gaulois, les Volques Tectosages, parmi lesquels un peuple, celui des Tolosates, occupe les environs de Toulouse. Au , un oppidum d'une centaine d'hectares est créé à Vieille-Toulouse, à quelques kilomètres au sud de l'actuelle Toulouse. Probable capitale des Volques Tectosages, le site est urbanisé à la mode italique, sur un plan orthogonal. Les Tolosates entretiennent des liens commerciaux avec l'Espagne et l'Italie et le reste de la Gaule par l'échange de vin, de blé et de métaux. De nombreuses amphores ont été retrouvées et prouvent la vigueur de ces échanges. Ville gallo-romaine. D'abord alliés de Rome, les Volques Tectosages se révoltent et sont défaits par les Romains en 107 , et Toulouse ("Tolosa" en latin) devient romaine. La ville protohistorique est alors un important centre administratif et militaire de la province Narbonnaise. Sous Auguste, vers la fin du , une ville nouvelle est établie à l'emplacement du centre historique actuel de Toulouse. Les Gallo-Romains, comme en d'autres grandes villes, édifient des aqueducs ainsi que de nombreux bâtiments maintenant détruits pour un grand nombre d'entre eux : un théâtre, un amphithéâtre de encore visible dans le quartier Purpan-Ancely, des thermes et plusieurs temples. Dès l'an 30, ils entourent la ville d'un grand mur d'enceinte fait de briques dont des pans sont encore debout de nos jours. L'itinéraire de l'Anonyme de Bordeaux passe dans la région et mentionne ce site. En 250, Toulouse est marquée par le supplice de Saturnin de Toulouse qui deviendra saint Sernin. Cet épisode marque l'apparition d'un culte minoritaire dans le Haut-Empire. Le et sont prospères et la ville grandit. La première basilique Saint-Sernin est construite en 403 avec l'essor du christianisme dans la région. La brique est largement utilisée comme matériau de construction. Capitale du royaume Wisigoth. En 413, les Wisigoths envahissent la ville et choisissent Toulouse comme capitale de leur royaume. Les vestiges du palais Wisigoth de Toulouse, qui se situait sous l'actuelle place de Bologne, ont été redécouverts en 1988-1989. Sidoine Apollinaire a relaté en détail les fastes de la cour toulousaine de Théodoric II. Ayant une culture et une religion différentes, les Gallo-Romains et les Wisigoths se côtoient à Toulouse sans se mélanger jusqu'en 508 lorsque Clovis prend la ville, après avoir vaincu les Wisigoths à la bataille de Vouillé (en 507). De la période franque à la Révolution. Les Francs ne restent cependant pas à Toulouse et la ville, maintenant coupée de la Méditerranée, perd de son influence. Elle sert surtout de place-forte face à la Septimanie à l'est et la péninsule ibérique au sud, détenus par les Wisigoths. Elle reprend néanmoins son indépendance pour former en 629 l'éphémère royaume de Toulouse puis devient aux la capitale d'un grand duché dont les frontières vont des Pyrénées à la Loire, et de Rodez à l'Océan. En 721, la ville est assiégée par l'armée arabe, qui est finalement défaite lors de la bataille de Toulouse le , signant la fin de sa progression vers le nord. En 844, une flotte vikings remonte la Garonne et atteint Toulouse. Au Moyen Âge, la ville reste longtemps indépendante. Les comtes de Toulouse étendent leur domaine sur la plus grande partie du Midi de la France. Témoin de la présence des comtes de Toulouse, les restes des fondations du château comtal ont été récemment mis au jour près de la porte sud de la ville médiévale à l'emplacement du palais de justice. Le christianisme s'impose à Toulouse et de nombreuses églises sont construites. En 1096, le pape se rend à Toulouse pour consacrer la basilique Saint-Sernin. La cathédrale Saint-Étienne est édifiée au . En 1152, un conseil commun de la Cité et des Faubourgs est mis en place par le comte. C'est le « capitoulat » formé de douze capitouls qui assurent dans un premier temps un rôle judiciaire. Puis ils acquièrent du pouvoir en rendant des ordonnances, percevant des taxes, levant une milice et assurant l'ordre et la justice dans la ville. En 1190, ils acquièrent une maison commune contre les remparts à proximité de la porte nord, qui deviendra le Capitole, aujourd'hui symbole de la ville. Cette période permet l'instauration de nombreuses libertés municipales. À la suite de la révolte du , le Comte ne conserve plus que le pouvoir de battre la monnaie, et de lever des troupes en cas de menace extérieure. Parallèlement émerge une des premières sociétés par actions de l'histoire, les moulins du Bazacle sur la Garonne. À la même époque, la papauté lance la croisade des albigeois. Malgré la mort du chef des croisés Simon de Montfort et l'abandon de son fils Amaury, les hostilités aboutissent à l'entrée en dépendance du comté de Toulouse à l'égard de la royauté capétienne avec la signature du traité de Paris le . L'université de Toulouse est fondée la même année. En 1271, à la mort de Jeanne fille de Raimond VII, dernière représentante de la maison de Saint-Gilles, le comté est intégré au domaine royal français et devient le Languedoc. C'est précisément pour contrer l'influence de « l'hérésie cathare », particulièrement vive dans la région, que Dominique de Guzmán fonde à Toulouse, en 1215, dans la maison Seilhan, l'Ordre des frères prêcheurs (aussi appelés Dominicains). En 1365, le pape attribue aux dominicains de Toulouse les reliques du philosophe et théologien saint Thomas d'Aquin, dominicain célèbre, vraisemblablement pour dédommager la ville qui fut le berceau de l'ordre de n'avoir pu obtenir celles de saint Dominique lui-même. Ces reliques sont conservées à l'église des Jacobins. Au , la ville prospère grâce au commerce et devient la quatrième ville du royaume de France. Mais, en 1348, la ville est touchée par la peste noire qui reviendra en 1361 puis au . Elle doit aussi assurer l'effort de la guerre de Cent Ans et subir le brigandage. Les faubourgs sont détruits et la ville se replie derrière ses fortifications. Durant la Renaissance, de la fin du , Toulouse connaît une période de grande prospérité, grâce à l'industrie du pastel. C'est l'époque de construction de grands hôtels particuliers comme l'hôtel de Bernuy ou l'hôtel d'Assézat. La ville prospère et s'agrandit malgré le Grand incendie de Toulouse du qui détruit les trois quarts de la cité et ruine plusieurs églises, couvents et autres édifices publics. Le , par ses lettres patentes, le roi ordonne le rétablissement du Parlement et de la Cour des aides à Toulouse, transférés auparavant à Montpellier. Toulouse est la quatrième ville de France à accueillir l'imprimerie, en 1476. En 1560, les protestants et les catholiques s'affrontent dans de sanglants combats. En 1562, des Huguenots furent ainsi massacrés et leurs maisons pillées lors de troubles à la suite d'un édit de la reine autorisant les hérétiques à pratiquer leur culte en dehors des villes. Cela mena à une conjuration contre les catholiques et à de nombreux affrontements, qui se soldèrent par la défaite des Huguenots en mai de cette même année. Au , le catholicisme triomphe. Les églises sont très fréquentées et de nombreux couvents s'installent en ville. Le parti pro catholique s'oppose au pouvoir central, en particulier lors de la révolte du gouverneur du Languedoc exécuté en 1632 place du Capitole. Deux symboles de la ville, le Pont-Neuf et le canal du Midi, sont réalisés respectivement en 1632 et en 1682. Le Capitole est reconstruit, quant à lui, au . En 1762, se déroule l'affaire Calas : le cas d'un protestant injustement condamné provoque une célèbre intervention de Voltaire. Toulouse entre dans la Révolution sans grand heurt. Seuls quelques pillages et quelques attaques de châteaux se produisent, le pouvoir du Parlement est respecté car il fait vivre la ville. Des conflits éclatent lorsque la suppression des provinces et des Parlements et la réforme ecclésiastique sont déclarées en 1790 et 1791. La ville est privée de son rang de capitale régionale et devient le chef-lieu de la Haute-Garonne. Les jacobins parviennent à la maintenir hors de la révolte fédéraliste (ce qui est déterminant pour éviter la jonction entre l'Ouest et le Sud Est). De même, en 1799, les républicains parviennent à faire échouer une révolte populaire dont le motif principal est le refus du service militaire obligatoire et le rejet de la politique répressive du Directoire vis-à-vis des prêtres. Les Hospitaliers et les Templiers. Au début du , les Hospitaliers de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem s'installent à Toulouse. Ils occupent d'abord, jusqu'en 1110, l'église de la Dalbade, qui dépend du prieur de la Daurade, mais ils en sont expulsés. C'est pourquoi ils obtiennent, entre 1116 et 1121, de l'évêque de la ville, Amelius Raymond du Puy, dont un frère, Raymond du Puy, est un futur supérieur de l'ordre, la concession de l'église Saint-Rémi. Cette petite église, qui aurait été fondée par l'évêque Germier, se trouve à l'angle des rues Saint-Rémésy et Saint-Jean. Les hospitaliers accroissent progressivement leurs droits, tels que l'autorisation d'acquérir des biens dans tout le diocèse de Toulouse, le droit donné en 1160 par l'évêque Raimond de Lautrec d'avoir un cimetière pour les membres de leur ordre ou encore la possibilité accordée en 1175 par le comte de Toulouse Raimond V d'avoir un four. Ils reçoivent également le droit de faire construire une tour, connue comme la tour des Archives. Les Hospitaliers entrent cependant en concurrence avec les Templiers, qui ont établi leur maison toulousaine non loin de la leur, dans la rue du Temple (actuel rue de la Fonderie). Mais en 1307, le roi de France Philippe IV le Bel fait arrêter les Templiers dans tout le royaume de France et mettre leurs biens sous séquestre. Après la suppression de leur ordre par le concile de Vienne en 1311, la dévolution des biens de l'ordre du Temple sont accordées aux Hospitaliers l'année suivante. C'est Déodat de Roaix qui est chargé, à Toulouse, de surveiller le transfert des propriétés. La grande richesse de la maison hospitalière toulousaine lui permet de recevoir en 1315 le rang de grand prieuré : elle est placée, au côté du grand prieuré de Saint-Gilles, à la tête de la langue de Provence. Les hospitaliers, devenus propriétaires de la Maison du Temple, y installent en 1408 un hôpital, appelé hôpital du Temple. Le prieur provincial fait aussi construire son logis dans la maison voisine (actuel rue de la Dalbade). Ils agrandissent également l'église (actuel rue de la Dalbade), placée dès lors sous les vocables de Notre-Dame de la Conception et de Sainte-Barbe. Derrière les bâtiments qui donnent sur la rue se trouve également un cimetière, du côté de la Garonnette. Époque contemporaine. Le , la bataille de Toulouse oppose les hispano-britanniques du maréchal Wellington aux Français du maréchal Soult, qui, bien que parvenant à résister, sont contraints de se retirer. La ville rose a donc été le théâtre de la dernière bataille franco-anglaise sur le sol français. La ville se rallie au roi Louis XVIII et à la Restauration après la chute de Napoléon. Les républicains et les légitimistes sont majoritaires à Toulouse et il est difficile aux partisans de Louis-Philippe ou de Napoléon III de lutter contre leur alliance de circonstance. Les Républicains, en particulier Armand Duportal sont très actifs ; en 1848, la République est proclamée par Henri Joly depuis le balcon du Capitole ; en 1871 une Commune échoue. Le , Toulouse connaît sa plus forte crue. Au débit de d’eau par seconde ( en temps normal), la Garonne monte à , inondant la quasi-totalité de la rive gauche, détruisant le pont d’Empalot, le pont Saint-Pierre et le pont Saint-Michel. Seul le Pont Neuf résiste. On dénombre , plus de détruites et . Le , le maréchal Mac Mahon se rend à Toulouse. À la vue du spectacle, il prononce la désormais célèbre phrase « Que d’eau, que d’eau ! ». L'arrivée au pouvoir des radicaux, commerçants et entrepreneurs républicains soutenus par le journal "La Dépêche du Midi" où écrit Jean Jaurès se traduit par de grands travaux urbains avec la construction des grandes rues de type haussmannien comme la rue Alsace-Lorraine et la rue de Metz ; la ville s'agrandit progressivement du fait de l'immigration espagnole et de l'exode rural. En 1856, l’arrivée du chemin de fer s’avère déterminante pour Toulouse. À partir des années 1870, quelques grandes artères sont percées sur le modèle parisien. Elles sont bordées de grands immeubles bourgeois et accueillent les premiers grands magasins. Les grands magasins. "Au Capitole", les galeries Lafayette maison actuelles, "Au printemps", "Au gaspillage" et "Les grands magasins Lapersonne" sont les principales enseignes de Toulouse fin , début . Une concurrence acharnée se joue entre les magasins toulousains et les succursales parisiennes (« Au Capitole » a été ouvert par la société Paris-France des frères Gompel, qui ouvrent des "Dames de France" dans les grandes villes de province. Les Toulousains, MM. Bourgeat, Bessières et Oustalet, s'associent pour agrandir les magasins Lapersonne, qui s'ouvrent sous la nouvelle place Esquirol récemment percée. Dans le premier conflit mondial, un service militaire mobilise tous les hommes aptes au Front ou comme réservistes ; nombreux sont les morts. Ces pertes seront comblées par la venue d'immigrés italiens, espagnols et polonais. Avec la Première Guerre mondiale, Toulouse entre enfin dans l'ère industrielle avec la poudrerie et l'Arsenal qui emploient à eux seuls en 1917 ; c'est aussi en 1917 qu'un industriel venu de Bagnères-de-Bigorre, Latécoère, qui fabriquait jusque-là des wagons de chemin de fer, obtient de l'État un important marché de construction d'avions qui marque les débuts de l'industrie aéronautique à Toulouse, alors que la ville était jusque-là restée à l'écart de la révolution industrielle. Toutefois, dès avant la Grande Guerre, la population ouvrière était nombreuse, voire majoritaire, dans cette ville sans grande industrie (à l'exception des industries d'État, manufacture des tabacs, poudrerie et Arsenal) : les multiples petites entreprises spécialisées dans l'habillement, la chaussure et autres « articles de Paris » (cf travaux de Jean-Marc Olivier) opposaient une foule d'ouvriers (socialistes) des petits indépendants (radicaux) et une population de tradition plus rurale (très catholique). Entre 1906 et 1924, les radicaux laissent progressivement la place à un socialisme municipal que dirigent Albert Bedouce puis Étienne Billières. Sous les mandats d'Étienne Billières (1925-1935) et d'Ellen-Prévot (1935-1940), la ville est transformée par la construction de grands équipements publics, tels l'actuelle Bibliothèque municipale sise rue du Périgord, le parc des Sports, un vaste programme de rénovation ou de création d'écoles, tous marqués par un style Art déco solennel et lumineux. Entre l'été et l'automne 1940, des exilés germanophones réorganisent à Toulouse la direction du Parti communiste d'Allemagne (KPD). À la fin du , 9 % des habitants de Toulouse sont immigrés, soit un peu moins de , représentant 40 % de la population immigrée de Midi-Pyrénées. La population est plutôt présente dans le centre, où ils sont plus de , plutôt qu'en banlieue, où ils ne sont que . Les quartiers Bellefontaine, Reynerie, Bagatelle ont plus du tiers de leur population qui est immigrée, et concentrent 20 % des immigrés de la ville ; La Faourette et Papus ont chacun plus de 20 % de leur population qui est immigrée. La moitié des immigrés de Toulouse sont d'origine africaine. Aéronautique. Pendant plus d'un siècle, des usines aéronautiques ont été créées dans la région toulousaine, marquant définitivement l'économie et l'histoire locale. Ces usines ont été construites d'abord dans la zone de Montaudran (sud), Saint-Éloi (nord-ouest) puis Toulouse-Colomiers-Blagnac, à la frontière de la ville. La ville a été choisie pour devenir l’une des métropoles d’équilibre du pays en accueillant les activités aéronautiques et spatiales lors de la décentralisation. L'Aéropostale. Dans les années 1920, Toulouse est la ville des pionniers de l'aviation, sous l'impulsion de Pierre-Georges Latécoère, qui met en place des liaisons avec Casablanca et Dakar. En 1927, est créée l'Aéropostale, avec des figures comme Antoine de Saint-Exupéry et Jean Mermoz. Pierre-Georges Latécoère était venu dans la ville rose pour créer des wagons de chemin de fer, mais, lorsque la guerre éclate, il est chargé par le gouvernement de développer des avions sur son site industriel de Montaudran. Quand la guerre se termine, il reste passionné par l'aviation et son site initial de fabrication de wagons est désormais une chaîne de montage d’avions de guerre. C'est à ce moment qu'il imagine une ligne aérienne commerciale allant de Toulouse à l'Amérique du Sud. Avec les Lignes aériennes Latécoère, après la Première Guerre mondiale, il ira d'abord jusqu'à Dakar, puis tentera l'aventure en Argentine. Mais face à de nombreuses difficultés, en 1927, Latécoère cède la Ligne à Marcel Bouilloux-Lafont, entrepreneur français au Brésil qui poursuit l'aventure jusqu'à Santiago du Chili sous le nom de l'Aéropostale en continuant d'exploiter le site de Montaudran. Ainsi de 1920 à 1933, plus de se succèdent sur les pistes de Montaudran, notamment Daurat, Jean Mermoz, Antoine de Saint-Exupéry. L'Aéropostale relie bientôt la France à l'Amérique du Sud, après que la première traversée de l'Atlantique Sud a été assurée par Mermoz. Elle développe de nombreuses autres lignes aériennes entre les villes de l'Amérique du Sud, parfois au-dessus de la cordillère des Andes. Les récits d'Antoine de Saint-Exupéry lui assureront aussi une certaine notoriété, tel le roman "Vol de nuit". Les premiers pas de l'aérospatiale seront posés par un ancien mécanicien : Émile Dewoitine qui va concevoir les premiers avions en métal avec pare-brise, et cela dès 1920. Par la suite, l'État va soutenir l'industrie aéronautique toulousaine. Pendant la Seconde Guerre mondiale, la ville est épargnée par les combats, mais la résistance s'y développe fortement. Les troupes d'occupation allemandes l'abandonnent le peu après le débarquement de Provence. Au début des années 1960, de nombreux rapatriés d'Algérie viennent s'installer à Toulouse et s'ajoutent aux nombreux exilés républicains espagnols arrivés après la victoire par la force du dictateur Franco en 1939, après la Guerre d'Espagne. Airbus. Dans l'histoire plus récente, de nouveaux avions parfois révolutionnaires ont été conçus à Toulouse ; comme le Concorde ou l'Airbus A380. Aujourd'hui encore, Airbus reste un acteur clé de l'économie locale, dans les domaines de l'aéronautique (Airbus et ATR) comme spatiaux avec Airbus Defence and Space. En 2013 Airbus Toulouse devient le premier site industriel de France avec . En 2016, Airbus Group va inaugurer son université situé proche des usines d'assemblement de ses avions : une tour de 11 étages surplombera l'ensemble. En 2016, Airbus Group inaugure également dans un nouveau complexe immobilier de son nouveau siège mondial précédemment partagé entre Paris et Munich. Le développement de l'après-guerre. La ville est choisie pour devenir l'une des métropoles d'équilibre du pays en accueillant les activités aéronautiques et spatiales lors de la décentralisation. La ville devient rapidement la préfecture de la région Midi-Pyrénées. Le nombre d'habitants de la commune augmenta très rapidement, de en 1954 à en 1968 puis en 1999 pour atteindre les fin 2012. Cet afflux démographique provoque la mise en place de grandes opérations d'urbanisme comme la construction de nouveaux quartiers : le Mirail, Empalot et Bagatelle. Toulouse est l'une des grandes métropoles françaises les plus actives en Mai 68, avec une population étudiante qui compte de nombreux enfants de réfugiés espagnols. Mai 68 à Toulouse voit une longue grève chez Sud-Aviation et de nombreuses entreprises, et le soutien des campagnes pour ravitailler une ville en désorganisation du fait des transports arrêtés. L'usine AZF. Le , l'usine AZF explose, traumatisant durablement les Toulousains. Cette catastrophe industrielle, la pire que la France ait connu depuis 1945, fait , et détruit de nombreux bâtiments et logements, principalement dans les quartiers populaires du Mirail et d'Empalot. La thèse de l'accident est retenue par les enquêteurs. Le procès de la catastrophe de l'usine AZF s'est tenu en 2009 et s'est soldé par une relaxe générale. Le procès en appel a eu lieu en 2012. La société Grande Paroisse et son directeur, Serge Biechlin, ont été condamnés pour homicide involontaire, et se pourvoient en cassation. Total et son ex-PDG, pour leur part, ont été relaxés, et la thèse de l’accident chimique retenue. Le site de l'usine a depuis été rasé et dépollué. Les terrains à proximité restent pollués à ce jour, pollution issue à la fois de l'activité industrielle contemporaine et historique. La pollution des ballastières de Braqueville jouxtant l'ancien terrain d'AZF est notable (estimée entre 4300, 5800 et de nitrocellulose immergée) et a été mise en cause dans des incendies volontaires et une explosion le d'une usine proche de l'ancien site d'AZF. Le site a été placé sous contrôle militaire après l'explosion d'AZF et la dépollution (estimée à 40 millions d'euros pour de vase contaminée) devrait commencer en 2022. L'Oncopole de Toulouse a été construite à proximité du site d'AZF. Le projet impulsé par la municipalité et l'État a débuté en septembre 2006 et s'est terminé en 2014. Politique et administration. La ville est le chef-lieu de la région Occitanie (Midi-Pyrénées jusqu'en 2016), du département de la Haute-Garonne et de l'arrondissement de Toulouse. Elle est par ailleurs le siège de l'académie de Toulouse et de la province ecclésiastique de Toulouse. Elle est également à la tête de la communauté urbaine de Toulouse Métropole. Tendances politiques et résultats. Politiquement, Toulouse est une ville avec une sensibilité de gauche. La droite républicaine, notamment sous l'impulsion des maires Pierre Baudis, Dominique Baudis, Philippe Douste-Blazy et Jean-Luc Moudenc, a tout de même géré la ville de 1971 à 2008 et de nouveau depuis 2014. Pour les autres élections, la gauche est généralement en tête. Le Front national y est plus faible qu'au niveau national et n'y a plus d'élus municipaux depuis 2001. À l’élection présidentielle de 2002, le premier tour a vu arriver en tête Lionel Jospin avec 20,23 %, suivi de Jacques Chirac avec 17,34 %, puis de Jean-Marie Le Pen avec 14,65 % et enfin Noël Mamère avec 8,75 %, aucun autre candidat ne dépassant le seuil des 7 %. Au second tour, les électeurs ont voté à 86,06 % pour Jacques Chirac contre 13,94 % pour Jean-Marie Le Pen avec un taux d’abstention de 21,88 % (nationalement 82,21 % et 17,79 % ; abstention 20,29 %). Au référendum sur le traité constitutionnel pour l’Europe du , les Toulousains ont voté pour la Constitution européenne, avec 51,31 % de Oui contre 48,69 % de Non avec un taux d’abstention de 33,65 % (France entière : Non à 54,67 % ; Oui à 45,33 %). Ces chiffres sont contraires à ceux du reste du département de la Haute-Garonne (Non à 53,90 % ; Oui à 46,10 %), l'électorat ayant choisi le vote positif étant, selon les analystes politiques, le fait d'un niveau social supérieur à la moyenne des Français. À l’élection présidentielle de 2007, le premier tour a vu se démarquer en tête Ségolène Royal avec 36,15 %, suivie par Nicolas Sarkozy avec 29,75 %, François Bayrou avec 19,21 %, puis Jean-Marie Le Pen avec 6,35 %, et Olivier Besancenot avec 3,64 %, aucun autre candidat ne dépassant le seuil des 2 %. Le second tour a vu arriver en tête Ségolène Royal avec 57,60 % (résultat national : 46,94 %) contre 42,40 % pour Nicolas Sarkozy (national : 53,06 %). L'élection présidentielle de 2012 a confirmé cette tendance : le premier tour a vu se démarquer en tête François Hollande avec 34,44 %, suivi par Nicolas Sarkozy avec 23,12 %, Jean-Luc Mélenchon avec 15,91 %, Marine Le Pen avec 10,34 %, François Bayrou avec 9,04 % et Eva Joly avec 4,32 %, aucun autre candidat ne dépassant le seuil des 2 %. Le second tour a vu arriver en tête François Hollande avec 62,54 % (résultat national : 51,64 %) contre 37,46 % pour Nicolas Sarkozy (national : 48,36 %). Ce tropisme de gauche se confirme lors de l'élection présidentielle de 2017, lors de laquelle arrive en tête Jean-Luc Mélenchon sur la commune (29,17 %), devant Emmanuel Macron (27,26 %). Les candidats de droite obtiennent des scores inférieurs à leur résultat national : 17,67 % pour François Fillon, 9,41 % pour Marine Le Pen, 2,5 % pour Nicolas Dupont-Aignan. Benoît Hamon arrive en quatrième position devant Marine Le Pen avec 10,35 % des voix. Au second tour, Emmanuel Macron arrive en tête avec 17 points de plus que son score national (82,98 % contre 66,10 %), confirmant la faible implantation du Front national dans la ville. Administration municipale. Le conseil municipal est composé de soixante-neuf membres, dont le maire et vingt-six adjoints au maire, dix conseillers municipaux délégués, dix-sept conseillers municipaux délégués chargés de mission et quinze conseillers municipaux. Dix-sept des adjoints du maire ont en charge une des mairies de quartier de la ville de Toulouse, dont l'objectif est de faciliter l'accès aux administrations de la ville. Le maire de Toulouse est Jean-Luc Moudenc depuis le . Il fut déjà maire de 2004 à 2008 et a été élu en juin 2012 député de la troisième circonscription de la Haute-Garonne, siégeant au sein du groupe UMP. Il est aussi le président de la communauté urbaine de Toulouse Métropole. Le conseil municipal se réunit publiquement plus d'une fois par trimestre dans la salle du conseil municipal en l’hôtel de ville. Un conseil municipal des enfants a été mis en place, dont les membres sont élus tous les deux ans au cours du de l’année scolaire, dans les écoles élémentaires qui adhèrent au projet. Il compte de CE2 et CM1, élus le en présence du maire à cette période, Jean-Luc Moudenc : ( issus des écoles publiques et 20 des écoles privées). Cantons. Toulouse est divisée en onze cantons (voir aussi liste des cantons de la Haute-Garonne) : Députés. Depuis le redécoupage des circonscriptions législatives de 2010, Toulouse est divisée en cinq circonscriptions législatives incluant également (hormis la ) des communes voisines. De 2012 à 2017, quatre députés sont membres du Parti socialiste et un député est membre des Républicains. Les élections législatives de 2017 sont toutefois l'occasion d'un renouvellement complet des députés toulousains, avec la victoire de la République en marche et de son allié, le Mouvement démocrate. Les élections de 2022 équilibrent le rapport de force entre la gauche, représentée par la coalition NUPES, et la majorité présidentielle, avec un avantage pour la gauche : Liste des maires. Secteurs municipaux. La commune de Toulouse est divisée en six secteurs municipaux dans lesquels on trouve les mairies de quartiers. <mapframe zoom="11" latitude="43.60128" longitude="1.44058" align="right" width="350" height="350" text="Secteurs de Toulouse.">[ ]</mapframe> SECTEUR 1 : 5,18 km², 70 636 habitants en 2015 SECTEUR 2 : 9,69 km², 69 097 habitants en 2015 SECTEUR 3 : 25,91 km², 88 182 habitants en 2015 SECTEUR 4 : 14,43 km², 76 928 habitants en 2015 SECTEUR 5 : 26,96 km², 101 600 habitants en 2015 SECTEUR 6 : 35,91 km², 65 399 habitants en 2015 Durant le mandat de Jean-Luc Moudenc, la commune a été divisée par la mairie en dix-sept grands quartiers possédant chacun une mairie de quartier et un maire délégué s'occupant de celui-ci. Ce découpage suivait le découpage historique de petits quartiers, d'anciens bourgs ou de villages comme Saint-Martin-du-Touch. Mais, il ne suivait pas le découpage cantonal qui coupe certains quartiers historiques en deux, comme le quartier des Minimes. En , un redécoupage de Toulouse en six secteurs a pour vocation, selon la nouvelle équipe municipale, à servir de support à un nouvel essor de la démocratie locale. Ce ne sont donc pas des arrondissements municipaux, comme à Paris, Lyon ou Marseille. Maires de quartiers.. Toulouse Centre (Secteur 1) Toulouse Rive Gauche (Secteur 2) Toulouse Nord (Secteur 3) Toulouse Est (Secteur 4) Toulouse Sud-Est (Secteur 5) Toulouse Ouest (Secteur 6) Politique de développement durable. La ville a engagé une politique de développement durable en lançant une démarche d'Agenda 21 en 2004. L'agenda 21 local est reconnu par le ministère de l'environnement. Finances locales. La commune de Toulouse faisant partie d'un établissement public de coopération intercommunale à fiscalité propre, Toulouse Métropole, son budget ne reflète qu'imparfaitement la réalité de la fiscalité locale en raison des transferts de dépenses de fonctionnement et d'investissement vers l'EPCI, d'une part, et de la perception par la métropole du produit de la fiscalité professionnelle, d'autre part. Ainsi, de nombreuses ressources fiscales toulousaines sont prélevées au niveau métropolitain, et de nombreuses dépenses sont également effectuées au niveau métropolitain. À titre d'exemple, des équipements culturels et sportifs définis d'intérêt métropolitain, conformément à la délibération du conseil métropolitain du , ont été transférés au budget de la métropole à compter du , comme celui du Théâtre et de l'Orchestre du Capitole, ou encore le Centre de congrès Pierre Baudis. Cette section est consacrée aux finances locales de Toulouse de 2000 à 2014. Pour l'exercice 2014, le compte administratif du budget municipal de Toulouse s'établit à en dépenses et en recettes : Pour Toulouse en 2014, la section de fonctionnement se répartit en de charges ( par habitant) pour de produits ( par habitant), soit un solde de la section de fonctionnement de ( par habitant) : La dotation globale de fonctionnement est quasiment égale à celle versée en 2013. Les taux des taxes ci-dessous sont votés par la municipalité de Toulouse. En 2014, ils n'ont pas varié par rapport à 2013 : Les emplois d'investissement en 2014 comprenaient par ordre d'importance : Les ressources en investissement de Toulouse se répartissent principalement en : L'endettement de Toulouse au peut s'évaluer à partir de trois critères : l'encours de la dette, l'annuité de la dette et sa capacité de désendettement : Jumelages. La ville de Toulouse est jumelée avec les villes suivantes (par ordre chronologique) : Elle a noué des accords de coopération avec : Population et société. Évolutions démographiques. En 2021, Toulouse est la quatrième commune de France avec (population "intra muros"), soit de plus qu'en 2018, et la cinquième agglomération avec (recensement de 2015, délimitation de 2010). Elle constitue aussi la quatrième aire urbaine avec (recensement de 2015, délimitation de 2010) après Paris, Lyon et Marseille. La population de la ville de Toulouse augmente principalement grâce à un solde migratoire largement positif, dû à son positionnement géographique privilégié lui conférant un climat agréable, une situation stratégique entre plusieurs bassins touristiques (Massif central, Pyrénées, mer Méditerranée, côtes atlantiques basque et landaise) et ses terroirs midi-pyrénéens, mais aussi grâce à une image positive sur sa qualité de vie, la variété de ses filières de formation, son positionnement socio-économique sur des industries et ses services à forte valeur ajoutée (aéronautique, espace, biotechnologies, systèmes embarqués, électronique, météorologie). L'agglomération de Toulouse bénéficie d'ailleurs de la croissance démographique la plus dynamique des grandes villes de France, ce qui peut être un atout pour le développement de la ville. On observe cependant un ralentissement de l'augmentation de la population "intra-muros" et de celle de l'agglomération depuis 2006, alors que la couronne périurbaine poursuit sa forte expansion. En 1700, Toulouse compte entre et et se classe à de France par sa population. Depuis le recensement de 1999, la commune de Toulouse gagne, en moyenne, environ par an. Mais si le rythme d'accroissement a été de près de supplémentaires chaque année de 1999 à 2006, il s'est considérablement ralenti entre 2006 et 2011 avec une croissance moyenne d'un peu moins de par an, pour reprendre au rythme de par an de 2011 à 2015. Entre le recensement de mars 1999 et celui de janvier 2008, l'unité urbaine de Toulouse ("l'agglomération toulousaine") a gagné , soit par an par effet de densification et seulement sur l'ensemble de la période dus à l'extension du périmètre de l'agglomération. L'aire urbaine de Toulouse a gagné entre ces deux recensements, soit par an par effet de densification et sur l'ensemble de la période dus à l'extension son périmètre. Toulouse possède une forte attractivité par rapport aux autres métropoles françaises. En plus de la variation naturelle de supplémentaires net par an en 2014, l'aire urbaine de Toulouse possède un solde migratoire de nouveaux arrivants net par an ( pour ), le deuxième des principales agglomérations françaises derrière Bordeaux. 35 % des nouveaux arrivants sont des étudiants, et 15 % arrivent de l'étranger, une plus grande proportion que dans toute autre aire urbaine en France. Parmi les plus de 45 ans, le solde migratoire est en revanche négatif. Les migrations depuis et vers les autres villes du Sud-Ouest sont importantes, en particulier entre Toulouse et Montauban. Cette arrivée massive de population renforce le caractère métropolitain de Toulouse, les nouveaux Toulousains rajeunissent la population et augmentent le niveau de qualification des actifs (souvent des cadres, professions intellectuelles supérieures, techniciens, ingénieurs). Enfin, la réalisation de certains projets à dimension nationale et internationale a contribué à accroître la renommée de la ville : un campus de voué à la cancérologie, l'Oncopole de Toulouse, a progressivement ouvert, de 2009 à 2014, sur l'ancien site AZF. Par ailleurs, Galileo, l'équivalent européen du GPS, a eu son siège social sur les anciennes pistes de Montaudran, au sud-est de la ville. Pyramide des âges. La population de la commune est relativement jeune. En 2018, le taux de personnes d'un âge inférieur à s'élève à 46,8 %, soit au-dessus de la moyenne départementale (38,8 %). À l'inverse, le taux de personnes d'âge supérieur à est de 16,9 % la même année, alors qu'il est de 21,7 % au niveau départemental. En 2018, la commune comptait pour , soit un taux de 51,51 % de femmes, légèrement supérieur au taux départemental (51,27 %). Les pyramides des âges de la commune et du département s'établissent comme suit. Populations. L'extraordinaire croissance de la population de la ville de Toulouse depuis les années 1990 est due à la conjonction d'un solde naturel positif et d'un solde migratoire élevé en raison d'abord de l'arrivée de populations de l'ensemble des régions françaises, y compris d'outre-mer, mais aussi de populations immigrées. Concernant les populations françaises d'outre-mer, il s'agit principalement d'Antillais, secondairement de Réunionnais et de Mahorais, répartis dans l'ensemble de la ville. Toutefois, le quartier Saint-Michel est connu pour être le quartier de la plus importante communauté caribéenne de Toulouse. À l'instar des autres grandes métropoles françaises (Paris, Lyon, Marseille), Toulouse est une ville cosmopolite et aux multiples influences. En 2008, elle compte soit 13,1 % de la population (3,5 % nés en Europe et 9,6 % nés hors d'Europe). 8,6 % des habitants (immigrés ou non) sont des étrangers. L'immigration est un processus ancien. Une part importante est due à l'immigration espagnole de l'entre-deux-guerres, ce qui explique qu'au recensement de 1954 Toulouse comptait et , soit 5,4 % de sa population. Une autre part est due à l'arrivée des populations nord-africaines à partir des années 1950-1960, dans des foyers d'hébergement, des cités d'urgence (Bordelongue), le camp de harki de Ginestous, puis des cités d'habitat social comme le Mirail, important lieu d'hébergement de Pied-noir et de Harkis. Les Pieds-Noirs représentaient en 1970 plus de 2000 familles. À partir des années 1980, les populations immigrées du Maghreb, d'Afrique subsaharienne et d'Asie se sont de plus en plus concentrées dans les quartiers d'habitat social et les immeubles en copropriété de l'ouest de la ville construits dans les années 1960 et 1970. En revanche, les populations d'Europe du Sud se retrouvent plutôt dans les faubourgs. La communauté espagnole : exil républicain, résistance et culture. La proximité géographique de Toulouse avec l'Espagne et les anciennes relations historiques entre le comté de Toulouse et le royaume d'Aragon, ont fait que de tout temps la présence d'une population espagnole à Toulouse a été sensible. En effet elle représente l'une des plus importantes communautés de la ville avec près de . Il suffirait pour s'en apercevoir de fréquenter quelques marchés populaires de Toulouse (Cristal, Saint-Aubin, Saint-Cyprien, Saint-Sernin…) où on ne manquera pas d'entendre parler castillan. Toulouse a d'abord vécu l'immigration de travail des années 1920 et du début des années 1930, avec des installations dans des quartiers à l'époque insalubres ou malfamés comme celui de Saint-Cyprien, puis est la principale destination de l'exil républicain espagnol en 1939, après la Retirada et la guerre d'Espagne. De grandes personnalités républicaines menacées par le dictateur Franco, comme Federica Montseny, première femme ministre en Europe, ou encore la médecin Amparo Poch, dont une rue porte le nom à Toulouse, ont choisi la ville comme terre d'exil. Ainsi, Victòria Pujolar Amat (1921-2017), peintre républicaine espagnole, incarcérée avec sa mère et sa grand-mère au Camp du Récébédou de Portet-sur-Garonne, camp de concentration de familles juives et républicaines espagnoles, s'est réfugiée à Toulouse après son évasion. C'est également depuis Toulouse que Teresa Carbó i Comas rejoint la Résistance durant la Seconde Guerre mondiale contre les nazis, ainsi qu'Elisa Garrido (1909-1990), rescapée de Ravensbrück et de Buchenwald, qui décide de s'installer dans la ville après guerre. Cette dernière fait partie du groupe Ponzán, réseau d'évasion organisé par le résistant Francisco Ponzán Vidal à partir de Toulouse, composé majoritairement d'anarchistes espagnols. Une stèle en mémoire de Francisco Vidal, dans l'allée qui porte son nom, est érigée dans le jardin Compans-Caffarelli. La résistante Conchita Ramos (1925-2019), survivante des camps de la mort, devient une grande personnalité toulousaine à la Libération. Une place publique du quartier de la Reynerie porte son nom. Cependant, les Espagnols proprement dits sont aujourd'hui peu nombreux, au recensement de 2006, soit 6,3 % seulement des étrangers de la commune. La ville a fêté en 2006 le de la république espagnole au cours duquel l'ancien maire de Toulouse, Jean-Luc Moudenc a fait un discours qui permit à de nombreux jeunes et nouveaux toulousains de comprendre l'importance de cet exil, . L'empreinte espagnole est donc forte à Toulouse, faisant d'elle la plus grande ville espagnole de France avec Montpellier. Son relais direct est la Casa de España qui existe depuis 1986 et abrite une association socio-culturelle et socio-éducative, qui regroupe huit associations espagnoles. Toulouse attire aussi plus largement d'autres communautés du monde hispanique (Basques, Andorrans, Catalans, Valenciens, Andalous, Mexicains, Argentins, Cubains...). Ainsi, on retrouve dans la ville rose une atmosphère très « latine », avec de nombreux bars à tapas, des clubs de sardane (avec Déodat de Séverac, Toulouse a toujours été l'une des villes essentielles de la sardane), de flamenco, de salsa, de tango, de merengue, de cha-cha et d'autres danses latines ainsi qu'une ambiance nocturne très festive qui rappelle celles de Barcelone ou Madrid. L'espagnol est la deuxième langue parlée à Toulouse après le français. La ville est également le siège de l'Eurorégion Pyrénées-Méditerranée depuis . Autres populations étrangères ou d'origine étrangère à Toulouse. L'Insee évalue en 2006 à près de le nombre d'étrangers originaires d'Afrique du Nord (, , , soit près de 40 % des étrangers de la ville de Toulouse). Si l'on prend en compte les naturalisations, le nombre des immigrés nord-africains serait de l'ordre de . À cette immigration maghrébine s'ajoute, dans des proportions moindres, une immigration en provenance d'Asie occidentale, libanaise et turque notamment. Le quartier Arnaud-Bernard, dans le centre-ville, auparavant peuplé majoritairement d'immigrés italiens et espagnols, est surnommé « le petit souk », du fait de la présence de nombreuses petites échoppes arabes. Cependant, la gentrification du centre-ville par des catégories socio-professionnelles élevées s'est désormais étendue à ce quartier qui tend donc à perdre de plus en plus son caractère populaire, à l'instar du quartier Saint-Cyprien. Ces communautés d'Afrique du Nord et du Proche-Orient, mais aussi une partie des communautés d'Afrique noire, étant majoritairement de religion musulmane, il existe quatre mosquées à Toulouse : une dans le quartier d'Empalot, une autre dans le quartier des Izards-Trois Cocus et deux dans le quartier du Grand Mirail, à Bellefontaine et à la Reynerie. On trouve également à Toulouse une proportion croissante d'étrangers en provenance d'Afrique noire ( en 2006), des Comores et de Madagascar. Outre une présence sur les divers marchés du centre-ville, ces communautés sont particulièrement établies dans le quartier Saint-Cyprien où l'on trouve des salons de coiffure afros et divers restaurants et épiceries exotiques. La commune de Toulouse héberge environ 3000 italiens, mais la population française d'origine italienne est nombreuse. Il s'agit d'une immigration ancienne, commencée à la fin du , qui s'est prolongée pendant l'entre-deux-guerres et qui perdure depuis par l'expatriation de nombreux intervenants du secteur aéronautique et spatial. De 1995 à fin 2013, le consulat d'Italie de Toulouse, situé en plein centre-ville à l'intersection de la rue de Metz et de la rue d'Alsace-Lorraine, gérait les régions du Sud-Ouest : Midi-Pyrénées, Aquitaine et Poitou-Charentes, soit 20 % du territoire français. Depuis 2014 le Consulat a été fermé et remplacé par une Antenne du Consulat Général d'Italie à Marseille, qui assure désormais la gestion de ces régions. L'antenne consulaire se trouve rue Riquet, dans le quartier Saint-Aubin. Les Britanniques sont arrivés plus récemment, notamment avec l'essor d'Airbus ; ils sont aujourd'hui de plus en plus nombreux à rejoindre Toulouse. Les Allemands, attirés également par l'industrie aéronautique, sont un peu moins nombreux. D'autres communautés diverses sont présentes : Irlandais, Américains, Asiatiques (principalement Vietnamiens), Portugais, latino-américains, dont des Brésiliens avec des clubs de forró, de samba, de bossa nova, de capoeira et d'autres musiques brésiliennes et latines. Budget et fiscalité. Lors du vote du budget primitif principal 2003, la section de fonctionnement présentée se montait à la somme de et la section investissement présentée se montait à (les deux équilibrés en dépenses et recettes). Sous l'impulsion de Dominique Baudis, la mairie a choisi de maintenir une dette quasiment nulle, impliquant son auto-financement, la stabilité fiscale et un investissement par habitant parmi les plus élevés des villes de France. Ce budget tient compte des remboursements des assurances et des investissements dus aux dégâts de l'explosion de l'usine AZF de Toulouse. Les quatre taxes de 2003 furent votées par le conseil municipal de Toulouse pour des taux de : 19,02 % pour la taxe d'habitation, 21,36 % pour la taxe foncière bâti, 82,49 % pour la taxe foncière non bâti, et 18,64 % pour la taxe professionnelle (taux intercommunal). La fiscalité directe locale est supérieure à la moyenne départementale pour les communes de population équivalente. Cette situation s'explique par le fait que Toulouse subit une pression démographique et urbaine importante. Elle attire une grande partie de la population et de l'économie du département. Cet attrait nécessite de la part de la municipalité de gros efforts d'aménagement et d'investissement qui se répercutent sur la fiscalité. Sécurité. Le nombre total de policiers nationaux à Toulouse en 2008 est de 870. Le taux de criminalité de la circonscription de police de Toulouse est de pour (crimes et délits, chiffres 2005) ce qui en fait le plus élevé de la Haute-Garonne, largement supérieur à la moyenne nationale (). Ce taux est aussi largement supérieur au taux de criminalité de la région Midi-Pyrénées (). Le taux de résolution des affaires par les services de police est de 22,8 %, le plus faible du département et de la région et est assez éloigné des moyennes régionale (28,25 %) et nationale (28,76 %). En 2008, le nombre de faits élucidés par policier s'élevait à 14,1, pour une moyenne nationale de 10,6. La police municipale dispose d'un budget annuel de en 2013, avec des effectifs globaux de (dont en tenue). En 2018, la ville compte 330 policiers municipaux. Depuis novembre 2012, 2 ZSP ont été créées au Mirail et aux Izards. La mairie, a également décidé depuis juillet 2007 d'installer une douzaine de caméras réparties dans la ville pour prévenir la délinquance, un nombre porté à 21 depuis octobre 2012. Elles permettent de surveiller 24h/24h et 7j/7j plusieurs quartiers. Deux mois plus tard, Toulouse est officiellement une ville placée sous vidéosurveillance. Au total, 17 caméras sont installées dans tout le territoire toulousain. En octobre 2009, la Ville a créé l’"Office de la Tranquillité", intervenant en cas de nuisances sonores la nuit, a redéployé la police municipale dans des quartiers à risque de délinquance élevé, demande à l'État la création d'une charte et se pose maintenant la question de l'importance de la vidéosurveillance dans la ville, en interrogeant plusieurs professionnels dans ce domaine. En 2020, ce sont plus de 400 caméras qui sont installées à Toulouse. Enseignement. Toulouse dépend de l'académie du même nom (zone C), l’une des plus grandes de France. Mostafa Fourar est le recteur de l'académie de Toulouse depuis juillet 2020. Écoles maternelles et élémentaires. Pour le premier degré d'éducation, Toulouse possède 110 écoles maternelles publiques, 22 écoles maternelles privées, 100 écoles élémentaires publiques et 22 écoles élémentaires privées. Enseignement secondaire. Pour le secondaire, Toulouse dénombre 24 collèges publics et douze collèges privés. La ville possède douze lycées publics dont les plus connus sont le lycée Pierre-de-Fermat, le lycée Saint-Sernin, le lycée Ozenne ou le lycée Déodat-de-Séverac, et treize lycées privés dont l'Ensemble Scolaire Saint-Joseph et Le Caousou. Enseignement supérieur. Au cours de l'année scolaire 2008-2009, l'agglomération de Toulouse comprenait . Cela en fait la troisième agglomération estudiantine de France après Paris et Lyon et la deuxième ville étudiante car le réseau d'établissements est plus centré à Toulouse que dans d'autres métropoles plus multipolaires (Lyon, Lille, Aix-Marseille). Cependant, faute de concertation des établissements situés dans la zone d'influence de Toulouse (Albi, Montauban, Castres), le nombre d'étudiants par "pôle supérieur" est inférieur à celui centré sur Lille (114000). L'université de Toulouse a été fondée en 1229 après l'épisode cathare. Elle a connu un développement important dès sa fondation grâce à la renommée de ses cours de droit. En 1968, elle a été divisée en trois pôles universitaires : l'université Toulouse 1 Capitole (UT1 - Toulouse I), l'université de Toulouse-Le Mirail (UTM - Toulouse II) et l'université Paul-Sabatier (UPS - Toulouse III). Cette dernière est la plus grande université de Toulouse, avec . À ces trois pôles s'ajoutent l'Institut national polytechnique de Toulouse (INPT) qui possède le statut d'université, l'Institut national des sciences appliquées de Toulouse (INSA) et une quinzaine d'autres écoles supérieures. Ces dernières années, l'essentiel des activités d'enseignement et recherche se regroupent autour d'une unique entité, l'université fédérale de Toulouse. La ville de Toulouse compte plusieurs établissements proposant des classes préparatoires aux grandes écoles (CPGE), dont certaines sont particulièrement réputées. Le lycée Pierre-de-Fermat héberge les CPGE scientifiques, économiques ainsi que des sections littéraires. Ailleurs, on trouve les CPGE scientifiques au lycée Bellevue, des CPGE économiques et commerciales au lycée Ozenne et des CPGE littéraires pour les filières modernes (prépa A/L) et en sciences sociales (prépa B/L) au lycée Saint-Sernin. Toulouse possède aussi plusieurs grandes écoles spécialisées dans l'aéronautique comme : D'autres grandes écoles parmi lesquelles : Enfin, d'autres pôles d'enseignement ont émergé à Toulouse, parfois rattachés à l'université, et couvrent de nombreux domaines tels que la recherche en économie avec l'École d'économie de Toulouse (TSE), les métiers de l'entreprise avec l'Toulouse School of Management (IAE Toulouse), l'Institut de la promotion supérieure du travail, l'IFAG (l'institut de formation aux affaires et à la gestion), l'école supérieure de commerce et de management (ESARC) et le Centre de formations commerciales et administratives en alternance (CEFIRE), l'Institut supérieur européen de gestion (ISEG). L'art et la publicité sont représentés par l'institut supérieur des arts de Toulouse (isdaT — anciennement l'École supérieure des beaux-arts et le Centre d'études supérieures de musique et de danse) et l'institut supérieur de communication et publicité (ISCOM). Dans le privé, Toulouse possède l'Institut catholique de Toulouse qui est un établissement d'enseignement supérieur privé comprenant plusieurs facultés (droit, philosophie, théologie, etc.) et écoles supérieures professionnelles ou d'ingénieurs telles que l'école de journalisme de Toulouse (EJT) et l'école d'ingénieurs de Purpan. Depuis 2016 on y trouve également la deuxième école de danse urbaine Juste Debout School dirigée par Anthony Bardeau. Toulouse accueille aussi la seule école de cinéma publique non parisienne, l'École nationale supérieure de l'audiovisuel (ESAV). Toulouse est également fortement dotée en écoles spécialisées dans les nouvelles technologies et l'informatique comme l'école supérieure en informatique appliquée (Exia); l'EPITECH (École pour l'informatique et les nouvelles technologies) et l'IST (Institut supérieur de technologie). Recherche. L'importance de la vie universitaire à Toulouse se manifeste également par la richesse et la diversité des laboratoires de recherche présents sur les campus universitaires et les centres hospitaliers universitaires, avec onze mille chercheurs (biotechnologies, aéronautique, chimie, environnements, etc.). Avec plus de , le Centre spatial de Toulouse est le principal établissement du CNES. Le Centre national de calcul de Météo-France est installé depuis 1982 pour les prévisions météorologiques. Au sein de ce centre sont effectuées les prévisions météorologiques pour la France entière. Il regroupe sur près de soit plus du quart des météorologues du service public. La Météopole regroupe également le Centre national de recherches météorologiques (CNRM) pour la recherche et l'école nationale de la météorologie pour l'enseignement. Manifestations culturelles et festivités. Durant l'année, la ville accueille de nombreux festivals consacrés à la musique, la danse, le cinéma, le théâtre, ou encore la littérature. Le festival attirant le plus de spectateurs est "Rio Loco". Il a pour thème les musiques du monde (le pays mis à l'honneur changeant chaque année) et se déroule chaque mois de juin, en plein centre-ville, dans le parc de la Prairie des filtres bordant la Garonne. Le festival "Piano aux Jacobins" propose chaque automne des concerts de piano dans le cadre patrimonial de l'église des Jacobins. De même, "Toulouse les Orgues" est un festival international de musique d'orgues se déroulant en octobre dans plusieurs églises de la ville. En juin, la musique classique de Jean-Sébastien Bach est à l'honneur dans divers lieux du centre, historiques ou inattendus, avec "Passe ton Bach d'abord". D'autres festivals concernent les musiques actuelles, comme "Les Siestes électroniques", un festival né à Toulouse en 2002 qui s'exporte désormais à Paris et à l'étranger, "Novelum" pour la musique contemporaine, ou encore "Convivencia" dont le concept de scène ambulante voit une péniche arpenter tout au long de l'été le Canal du Midi, de Sète à Toulouse, au rythme des musiques du monde. Enfin la fête toulousaine traditionnelle du "Grand Fénétra", inclut des représentations de danses et musiques folkloriques, et a lieu chaque année la dernière semaine de juin. Depuis 2012 a lieu chaque année en juin le "United Kiz Toulouse Festival", un festival de kizomba, qui est un genre musical et de danse originaire de l'Angola devenu populaire en Europe. Depuis 2008, "Tangopostale" fait danser pendant le mois de juillet, en plein air sur différentes places de la ville, au rythme du tango argentin. Le cinéma hispanophone est à l'honneur avec, au mois de mars, "Cinélatino" (anciennement "Rencontres du cinéma d'Amérique latine") qui se déroule dans plusieurs cinémas de la ville, et en octobre le festival du cinéma ibérique "Cinespaña" à la cinémathèque de Toulouse. Le festival international "Séquence Court-Métrage" met le format court à l'honneur, alors que "Les Rencontres du cinéma italien à Toulouse" se déroulent quant à elles en avril, au cinéma l’"ABC". Enfin, le Fifigrot, festival de cinéma humoristique et décalé promu par l'équipe de Groland, a su conquérir son public chaque année en septembre. D'autres festivals notables ponctuent l'année toulousaine. Le Printemps du Rire est devenu le premier festival d'humour européen, le Printemps de septembre transforme le centre-ville de Toulouse en espace consacré à l'art contemporain, le Forum de l'image se consacre, en avril, à la photographie contemporaine, le Houfastival, le Marathon des mots, en juin, aux rencontres et performances littéraires, le festival Occitània, le festival N7, l'Inox Electronic Festival. Enfin, en mai, le Forom des langues du monde, création de Claude Sicre et du Carrefour culturel Arnaud Bernard ayant fait des émules dans d'autres villes, met à l'honneur les langues de France et du monde entier, ainsi que les cultures qu'elles véhiculent. Plusieurs événements se déroulent sur les communes de la banlieue proche, comme le festival Marionnettissimo, dont le point d'ancrage se situe à Tournefeuille, mais dont plusieurs lieux de représentation sont situés à Toulouse. Depuis 2007, est organisé chaque année le Toulouse Game Show, la plus grande convention de jeux vidéo et Japanim de province, avec en 2012, qui se déroule à Beauzelle, dans le nouveau parc des expositions de Toulouse Métropole. En septembre, la commune de Ramonville-Saint-Agne est envahie par le festival de rue organisé par l'association ARTO. Enfin, l'année est ponctuée par divers événements culturels communs à d'autres villes françaises, comme le "Carnaval de Toulouse" qui existe sous sa forme actuelle depuis 1982, organisé par le Comité d'organisation du carnaval universitaire (COCU), ou les journées européennes du patrimoine. L'été voit se déployer en bord de Garonne "Toulouse Plage", dont les principaux sites sont la prairie des Filtres, les quais de la Daurade et de l'Exil Républicain Espagnol, ainsi que la "Feria Tolosa" depuis 2018, inspirée des ferias traditionnelles du sud-ouest de la France. Santé. Dès le , Toulouse possède de nombreux hospices et maison de Dieu qui, comme tous les établissements médiévaux similaires accueillent les « pauvres, les passants et les pèlerins ». Certains ont voulu y voir un accueil particulier des pèlerins de Saint-Jacques-de-Compostelle mais cette hypothèse n'est pas confirmée par les études historiques. Des découvertes archéologiques ont mis en évidence l'existence de nombreuses tombes dans lesquelles ont été retrouvées des coquilles et des extrémités de bourdon mais rien n'indique s'il s'agit de pèlerins de Compostelle ou, plus vraisemblablement, de pèlerins venus vénérer des reliques (dont un corps de saint Jacques) à Toulouse. En 1505, tous ces établissements sont rattachés à l'hôpital Saint-Jacques qui devient l'Hôtel-Dieu. L'hôpital de La Grave reste indépendant sur la rive gauche de la Garonne pour traiter les pestiférés. Les Hospitaliers de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem y installent un prieuré et fondent dans une de leurs dépendances : le village de Goutz une école de Chirurgie. Au , des médecins comme Dominique Larrey et Jean-Étienne Esquirol pratiquent dans les hôpitaux toulousains. À partir de 1692, jusqu'à la Révolution, sont créées des maisons de charité pour secourir et soigner les pauvres malades. En 1845, le préfet Duchâtel a mis en place le Bureau de Bienfaisance de Toulouse pour assurer les secours à domicile en remplacement des anciennes maisons de charité. Le CHU de Toulouse regroupe plusieurs établissements implantés sur la ville de Toulouse : L'hôtel-Dieu Saint-Jacques accueille aujourd'hui l'essentiel de l'administration de ces hôpitaux, ainsi qu'un service de soins dentaires. L'hôpital Joseph-Ducuing est un hôpital général du centre-ville de Toulouse. Il est de statut privé associatif, sans but lucratif et participe à l'exécution du service public hospitalier depuis 1976. Hors du centre-ville, le Centre hospitalier Gérard-Marchant (ancien asile de Braqueville) fut au un asile d'aliénés modèle, chef-d’œuvre d'esthétisme et de rationalité reconnu où, suivant les principes de l'aliéniste toulousain Jean-Étienne Esquirol, les différentes pathologies mentales étaient séparées dans divers pavillons pour faciliter les soins curatifs. Toulouse possède diverses cliniques comme : Le groupe suédois Capio possède 2 cliniques à Toulouse : Ces deux cliniques fusionnent fin 2018 pour former la clinique de la Croix du Sud située à Quint-Fonsegrives. Un centre de Recherche sur le Cancer, la Cancéropôle a ouvert en 2007 sur l'ancien site d'AZF et vient s'ajouter aux autres centres de recherche contre le Cancer de Toulouse comme l'Institut de Pharmacologie et de Biologie Structurale (IPBS). Sports. Ville sportive. Toulouse a été classée ville la plus sportive de France par le magazine sportif "L'Équipe" en octobre 2007. Toulouse possède 368 installations sportives réparties sur 70 sites et jusqu'à par an d'inscrits dans les clubs de sport de la ville. L'île du Ramier accueille le complexe Nakache (Piscine municipale Alfred Nakache) dès le début du siècle et la construction de nouveaux sites n'a sans cesse évolué. Toulouse accueille plusieurs manifestations sportives comme le cross des violettes, le tournoi international de handball, le tournoi international d’épée Marcel Dutot, la coupe du monde de paintball, le grand prix de tennis de la ville de Toulouse, le championnat du monde de danse sportive et acrobatique, le tour de France féminin, l’open de France de gymnastique, la coupe du monde de handball, le championnat de France de rugby à XV, la coupe du Monde de rugby à XV, le Volant d'OR Open international de badminton, etc. Principaux clubs. Toulouse compte près de 500 équipements sportifs avec 89 terrains et équipements sportifs de proximité, , , sportifs et stades, de tennis, , de sport, de sport, d’athlétisme, de Bicross, , de tennis de table, d’escrime, d’escalade, de tir à l’arc, de tir sportif, de roller/skate, , de voile et 4 clubs d’aviron. Plus de 600 clubs sportifs évoluent à Toulouse ce qui représente près de , affiliés à toutes les fédérations sportives, scolaires et universitaires. Rugby à XV. Le sport emblématique de Toulouse est le rugby à XV avec son équipe phare, le Stade toulousain, qui joue en Top 14. Créé en 1907, il est devenu le club le plus titré d'Europe avec vingt-et-un titres de champion de France, trois coupes de France et cinq coupes d'Europe. Son stade, Ernest-Wallon, peut accueillir . Pour les plus grandes affiches, que ce soit en championnat ou en Coupe d'Europe, le Stade toulousain s'exile régulièrement chez son voisin du TFC au Stadium (). . Le Stade toulousain dispose d'importants moyens, et chapeaute sportives différentes (principalement le rugby et le tennis), mais aussi en arts martiaux, athlétisme, baseball, cyclisme, escrime, football australien, golf, handisport rugby, natation et pelote basque.<br>Il existe d'autre clubs de rugby située dans la ville même de Toulouse ou dans son agglomération. On peut citer : Concernant les féminines, depuis 2014, l'Avenir Fonsorbais Rugby Féminin devient le Stade toulousain rugby féminin (équipe de rugby à XV, évoluant en Top 8). Football. Le Toulouse Football Club (TFC), fondé en 1970, et qui n'a rien à voir avec celui de 1937, évolue en Ligue 1. Il s'était distingué en 2007 en se qualifiant pour le troisième tour préliminaire de la Ligue des Champions. À l'issue de la saison 2008-09 en Ligue 1, le TFC a terminé du championnat et s'est qualifié pour la ligue Europa, c'est-à-dire la nouvelle formule de la Coupe de l'UEFA. La section féminine du TFC, plusieurs fois championne de France dispute le championnat de Division 2 pour la saison 2022-2023. Elle fut créée en 1980 au sein du club masculin de « Toulouse OAC ». La section féminine du TOAC est rattachée au Toulouse Football Club depuis l'été 2001. Le Toulouse Fontaines Club était un club de football français basé à Toulouse fondé en 1932. Le club, qui évoluait en Championnat de France amateurs, et le Toulouse Saint-Jo sont radiés le pour fusionner et créer le Toulouse Métropole Football Club. Handball. Le Fenix Toulouse Handball évolue en première division (Starligue) depuis 1995. Longtemps entraîné par Claude Onesta avant qu'il devienne sélectionneur de l'équipe de France masculine, le club a remporté la Coupe de France 1998 et participera en 2020-2021 à sa quatrième compétition européenne. Le Toulouse Féminin Handball a joué une saison en première division (2009-2010). Rétrogradé administrativement à l'issue de celle-ci, il s'est stabilisé en Nationale 1 (). Rugby à XIII. Le club de rugby à XIII, le Toulouse olympique XIII a réalisé le doublé Championnat-Coupe de France en 2014. Ce club dispose d'une équipe féminine, les Roselionnes, mais le club féminin du Toulouse Ovalie XIII est le meilleur représentant toulousain dans cette catégorie. Basket-ball. Le Toulouse Métropole Basket participe, pour sa deuxième année d’existence, au championnat de Ligue féminine de basket, élite du basket féminin français. Le Toulouse Basket Club évolue en 2018-2019 en Nationale 1 (). Autres sports. D’autres sports sont aussi représentés à Toulouse : et les clubs omnisports : Trois représentants toulousains de sports majeurs se sont qualifiés pour la coupe d'Europe en 2007. Le Stade toulousain et le Toulouse FC dans la plus prestigieuse de leur discipline, les Spacer's dans la seconde. Tour de France. 26 fois ville-étape, dont la première fois en 1903, où elle a vu passer le futur vainqueur de la première édition du tour Maurice Garin. Bilan Cultes. Catholique. Saint Saturnin, premier évêque de Toulouse et aussi connu sous le vocable déformant "saint Sernin", est, pour les catholiques et les orthodoxes, le saint patron de la ville. À Toulouse, se situe le siège de l'archidiocèse du même nom et la cathédrale Saint-Étienne. Toulouse est divisée en plusieurs paroisses, parmi lesquelles : En sus des lieux de culte ordinaires (section "Bâtiments religieux"), des messes selon la forme tridentine du rite romain sont menées en la basilique Saint-Sernin par des prêtres diocésains, en la chapelle Jean le Baptiste par l'Institut du Christ Roi Souverain Prêtre. À Toulouse, se trouve le Grand séminaire diocésain Saint-Cyprien, qui accueille les séminaristes des provinces ecclésiastiques de Toulouse, de Montpellier et des diocèses d'Aire et Dax, de Bayonne, Lescar et Oloron, de Saint-Flour, d'Avignon et de Basse-Terre et Pointe-à-Pitre. Créé en 1684, il est installé, depuis 1908, dans l'ancien monastère de l'ordre cistercien des Feuillants. Toulouse donne également son nom à une province dominicaine dont le centre est le couvent "Saint-Thomas d'Aquin", présent depuis 1958 et situé impasse Lacordaire. L’histoire des dominicains de Toulouse commence en 1215 à la fondation du premier de leurs couvents, par celui qui allait devenir saint Dominique, et où reposent d'ailleurs les reliques du célèbre saint Thomas d'Aquin. La vie catholique de Toulouse fut également rythmée par la compagnie royale des Pénitents bleus. Toulouse bénéficie aussi d'un des cinq instituts catholiques français, versé dans l'enseignement supérieur, dont l'« ancêtre » était la première université de Toulouse (1229-1793). La basilique Saint-Sernin de Toulouse est le plus vaste édifice roman actuellement dans le monde. La Basilique Notre-Dame de la Daurade serait la plus ancienne église mariale au monde. Mormon. Toulouse compte deux paroisses de l'Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours (mormons). Musulman. Des projets de construction d'autres mosquées sont en cours dont la mosquée du Mirail, prévue pour 2016. Judaïsme. Il existe synagogues à Toulouse, dont celle de Palaprat, la grande synagogue "Hekhal David" et la synagogue rue Rembrandt. Bouddhisme. Le centre Détchène Tcheuling propose diverses activités et enseignements en rapport avec le bouddhisme. Antoinisme. De style éclectique, un temple du culte antoiniste est situé au 14 rue de Cherbourg; dédicacé en 1993, il constitue le dernier temple construit par le culte. Économie. Le PIB de l'agglomération toulousaine est d'environ 51 milliards d'euros (2013 statistiques de l'OCDE), ce qui la classe au rang en France au regard de son poids économique, derrière Paris, Lyon et Marseille. La commune de Toulouse se caractérise aussi par son très faible taux d'endettement : un des plus bas en Europe pour une ville de cette taille. L'économie toulousaine est principalement fondée sur les industries de pointe de l'aéronautique et du spatial, dont Airbus est la locomotive et fait travailler directement et indirectement plus de sur l'agglomération et près de dans le grand Sud-Ouest. Depuis plusieurs années, la municipalité tente de diversifier les secteurs d'activité. Toulouse est devenue un grand centre industriel en utilisant les ressources régionales en électricité et en gaz naturel. Emploi. En 1999, le nombre total d'actifs sur la commune de Toulouse était de , se répartissant dans les divers secteurs économiques comme suit : Le taux de chômage était de 9,9 % en 2005, de 9,1 % en décembre 2006 et de . Entreprises, administrations et commerces. De nombreux organismes sont présents à Toulouse en dehors d'Airbus. Sans vouloir recenser tous ceux qui se situent dans la ville rose, on peut citer ceux qui se démarquent par leur localisation, unique, ou par leur spécialisation. Par exemple, on peut trouver le site de Météo-France (à proximité de Basso-Cambo, face au quartier des Pradettes) qui regroupe plusieurs entités : La ville de Toulouse compte en son sein ou dans sa banlieue limitrophe de nombreux sièges sociaux, comme : Les centres de recherches Spot Image, Galileo et Météo-France sont aussi implantés à Toulouse. À côté de cet ensemble, se trouvent aussi la Direction de la technique et de l'innovation (DTI) qui fait partie de la DGAC (Direction générale de l'Aviation civile) et, vers Rangueil, le Centre national d'études spatiales (CNES). Par ailleurs, de nombreuses entreprises sont regroupées dans la zone d'activité de « La Plaine », au sud-est de Toulouse. On y retrouve notamment : D'autres grandes sociétés sont aussi implantées à Toulouse, comme : Le magazine "L'Express" s'accordait à classer Toulouse comme ville la plus dynamique de France 2010, tout comme Challenges en 2012. Quant au magazine américain Newsweek, il classait Toulouse troisième ville la plus dynamique au monde en 2006. Écologie et recyclage. Depuis novembre 2018, des bornes solaires ont été installées pour recharger des téléphones portables. Toulouse a rejoint le mouvement Fab City, suivant l'appel lancé en 2014 par le maire de Barcelone, Xavier Trias, à ce que toutes les villes du monde deviennent autosuffisantes pour 2054. Culture locale et patrimoine. Sociétés savantes. La ville de Toulouse possède plusieurs sociétés savantes. Elle fut la seule ville de province à avoir trois académies royales sous l'Ancien Régime. Lieux et monuments. La ville de Toulouse a reçu le label "Villes et Pays d'art et d'histoire" du ministère de la Culture le . Un label qui avait été demandé en 2015 par la ville rose pour promouvoir le patrimoine . Matériaux de construction : briques et galets. L'architecture de Toulouse est marquée par la brique foraine, dont la couleur chaude rouge orangé lui vaut le surnom de « ville rose » (bien que ce surnom ait à l'origine été motivé par d'autres raisons). Ce matériau a été introduit par les Romains au , comme le montrent les ruines du rempart romain place Saint-Jacques. Après que sa fabrication ait sans doute cessé au haut Moyen Âge, la reprise de la production de la brique foraine est attestée au chantier de Saint-Sernin (deuxième moitié du ). Produit cher, elle fut longtemps réservée aux monuments et aux demeures de prestige qui se démarquaient ainsi d'un habitat courant fait de bois et de torchis. Le grand incendie de 1463 amena les capitouls à édicter des règlements poussant à la généralisation de la construction en brique, ils ne furent cependant que lentement suivis d'effets et à la fin du un tiers des façades de Toulouse étaient encore en bois. À partir de la fin du , la brique fut généralement recouverte d'enduit blanc destiné à lui faire imiter le ton de la pierre, car on en était alors venu à la considérer comme un matériau pauvre. Pierre de Gorsse, dans un article intitulé "Comment nos façades roses devinrent-elles blanches ?" paru dans la revue l'Auta de mai 1942 rapporte l'ordonnance des Capitouls en date du 15 juin 1783, portant ""que toutes les façades extérieures des Maisons de la présente Ville, dans le cas d'être construites ou réparées à l'avenir, seraient peintes ou crépies en blanc" afin "qu'en concourant avec l'établissement des réverbères dont la Ville commence déjà de jouir, il augmente, par la réflexion, la masse de leur lumière"". La brique a été majoritairement utilisée dans la région à cause d'un environnement géologique qui ne fournit aucune pierre de taille à proximité. Le transport des pierres est coûteux. Au contraire, l'argile, qui permet la fabrication des briques, est abondante. Aujourd'hui, la brique est mise en valeur comme un symbole de la ville. Cependant, dans les constructions modernes, elle n'est utilisée que comme parement décoratif. Outre la brique, l'architecture est marquée également par la présence de galets. La brique est très coûteuse, surtout pour les classes populaires. De ce fait, au on achetait un minimum de briques, et on alternait les briques avec des rangées de galets. Ces galets proviennent du lit mineur de la Garonne, et témoignent d'une activité ancestrale aujourd'hui disparue, la pêche de sable. Elle consistait à ramasser des alluvions du lit de la Garonne. Aujourd'hui, ces maisons construites en galets font l'objet d'une spéculation immobilière très importante qui se traduit par des prix de vente exorbitants. Notons enfin que cette architecture de galets n'est pas spécifique à Toulouse, on retrouve des constructions similaires dans toute la vallée de la Garonne autour de Toulouse. Bâtiments et lieux publics remarquables. Les boulevards de ceinture déterminent l'un des plus grands secteurs sauvegardés de France (). Le patrimoine de bâtiments religieux comprend notamment la basilique Saint-Sernin et le couvent des Jacobins (nef à piliers centraux en palmiers). . Des lieux touristiques se sont développés plus récemment, tels la visite des sites d'Airbus (dont les chaînes de montage de l'A380), le Musée d'art moderne et contemporain (les Abattoirs) et la Cité de l'espace. Toulouse regroupe de nombreux bâtiments remarquables. Le plus connu est le Capitole qui abrite l'hôtel de ville, la salle des Illustres (où se trouvent des chefs-d’œuvre d’artistes toulousains du ), un opéra et un orchestre symphonique, ainsi que la place du même nom. À l'arrière du Capitole, le donjon du Capitole est situé dans un parc et regroupe les locaux de l'office du tourisme. La place Wilson située à l'entrée du centre-ville en bas des allées Jean-Jaurès est une place dont les bâtiments en brique sont construits de façon concentrique autour d'un parc arboré. C'est un lieu animé avec ses nombreuses terrasses de bars, de cafés et ses cinémas. La colonne vertébrale du centre-ville se situe autour de l'axe du "cardo" romain, le parcours idéal pour découvrir les lieux remarquables de la Ville Rose, cet axe démarre de la rue du Taur (basilique Saint-Sernin), il passe ensuite par la place du Capitole, la rue Saint-Rome, la rue des Filatiers, et se termine à la place des Carmes. Les rues qui constituent ce parcours sont intégralement piétonnes. Les quais et les berges de la Garonne ont été aménagés au . Les quais Henri-Martin et le quai de Tounis construits en brique pour contenir les inondations permettent de se promener le long du fleuve et de découvrir les anciens ponts de Toulouse. À tort considéré comme le plus vieux pont de Toulouse, le pont-Neuf, d’une longueur de , n'en reste pas moins un chef-d'œuvre et le premier pont à avoir su résister aux nombreuses crues de la Garonne ! Le pont Saint-Pierre est un pont métallique datant de 1987. Un peu plus en aval sur la Garonne se trouve le Bazacle, un gué où les premiers toulousains se sont installés. Il forme aujourd'hui une digue permettant de maintenir un niveau d'eau suffisant à la Garonne durant les mois d'été. Au bord du fleuve, l'hôpital de La Grave et sa chapelle Saint-Joseph de la Grave sont visibles grâce au dôme de la chapelle recouvert de cuivre. Près de la Garonne se trouve aussi le Château d'eau qui renferme une galerie d'expositions photographiques. Le canal du Midi, inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco depuis 1996 et qui court dans la ville sur une dizaine de kilomètres des Ponts-Jumeaux à Ramonville-Saint-Agne, ainsi que le canal de Brienne décidé par les États de Languedoc en 1760 et qui relie la Garonne aux Ponts-Jumeaux en passant par l'écluse Saint-Pierre, sont des lieux remarquables de la ville. La place de la Trinité et la rue des Filatiers sont à découvrir, architectures remarquables des hôtels particuliers, et somptueuses façades d'immeubles. Rue des Filatiers se situe la maison Calas, et au bout de la rue l'église de la Dalbade (Jean Calas, marchand protestant de Toulouse, a été condamné par le Parlement de Toulouse, au supplice de la roue et exécuté le 10 mars 1762, sous l'accusation, sans preuve, d'avoir assassiné un de ses fils réputé converti au catholicisme). Enfin, quelques bâtiments publics sont remarquables comme la gare Matabiau située au bord du canal du Midi, la prison Saint-Michel et le palais Niel qui a été construit sur les anciennes fortifications de Toulouse pour l’installation du maréchal de France Adolphe Niel. Et l'amphithéâtre romain de Purpan-Ancely est l'un des seuls édifices pratiquement intact de l'époque romaine. Monuments historiques. Toulouse possède un important patrimoine inscrit dans la liste des monuments historiques. Bâtiments religieux. Les monuments catholiques sont nombreux à Toulouse et plusieurs sont des bâtiments remarquables. Trois d'entre eux se distinguent cependant par leur intérêt historique et architectural majeur : D'autres églises sont caractéristiques comme : Toulouse possède aussi des monuments protestants comme le temple de la place du Salin et le vieux temple de la rue Pargaminières. Deux monuments orthodoxes existent aussi comme l'église Saint-Saturnin située avenue de Lavaur et l'église Saint-Nicolas située avenue de Grande-Bretagne. Plusieurs synagogues, dont la plus ancienne est la synagogue Palaprat, et un grand centre communautaire de construction récente représentent les monuments juifs de la ville. Enfin, plusieurs mosquées existent sur la commune comme la mosquée Ennour du quartier d'Empalot, avec son minaret, sa coupole, ses trois niveaux sur encore en construction, la mosquée Al-Rahma, la mosquée Al Hoceine, la mosquée Salam et la mosquée Abou Bakr. Hôtels particuliers. Toulouse est la ville française où l'on trouve le plus d'hôtels particuliers datant du . Enrichis par le commerce du pastel lors de la Renaissance et par le rayonnement du Parlement de Toulouse sur un vaste territoire, de nombreux bourgeois et notables locaux ont érigé leurs hôtels particuliers, souvent surmontés d'une tour (symbole de puissance et signe de reconnaissance des personnages importants de la cité). Aux célèbres hôtels Renaissance du pastel tels que l'hôtel d'Assézat et l'hôtel de Bernuy s'ajoutent ceux des parlementaires, dont le nombre est allé croissant du jusqu'à la Révolution. Ainsi, dans le centre-ville, on dénombre plus de deux cents hôtels particuliers ou vestiges d'hôtels particuliers, dont quelques-uns des plus remarquables sont : Plaques de rue. Au , les difficultés d'orientation sont telles dans le centre-ville du fait de la densité du tissu urbain que la municipalité commande, en 1815, à la manufacture de faïence Fouque Arnoux de la place Saint-Sernin la production de plaques de rue rectangulaires à angles tronqués destinées à permettre aux Toulousains et aux visiteurs de se repérer : les plaques jaunes indiquent que les rues sont parallèles à la Garonne, les blanches qu'elles sont perpendiculaires. Les numéros de rue partent de la Garonne. Elles sont remplacées en 1875 par les traditionnelles plaques en fonte émaillée blanc et bleu, complétées en 2002 par les plaques en occitan. Cafés et hôtels. Toulouse possède de nombreux cafés qui étalent leurs terrasses sur les rues semi-piétonnes du centre-ville. Le centre-ville de Toulouse est en pleine mutation, les activités et les nouveaux projets se déplacent vers le quartier des Carmes et Esquirol (piétonnisation des rues, ouverture de grandes enseignes). Plusieurs quartiers sont très fréquentés aux beaux jours, comme la place Wilson, la place Saint-Georges, la place Saint-Pierre et la place Esquirol, rue des Filatiers à côté de la Trinité. La grande période des cafés s'est déroulée de la fin du à la première moitié du . Les plus beaux établissements se trouvaient autour de la place Wilson (anciennement nommée le square Lafayette). En 1900, quatre hommes d'affaires créent la Société anonyme des Grands Cafés et possèdent à l'époque cinq établissements : le Lafayette, le grand café glacier Albrighi, le grand café des Américains, le grand café de la Comédie et le grand café Sion. Le grand café des Américains était remarquable par sa terrasse (la plus grande de France) dont l'orchestre animait tout le café en 1960. Aujourd'hui encore, bien que la spéculation immobilière en ait fait disparaître bon nombre au profit de franchises d'enseignes nationales, quelques cafés sont de véritables monuments comme sur la place du Capitole, le Café Bibent classée monuments historiques en 1978 qui possède une belle décoration 1900 et le café Le Florida, ouvert depuis 1874. Les cafés ont joué un rôle lors de la Seconde Guerre mondiale car des résistants comme Jean Cassou ou le colonel Cahuzac tenaient des réunions sur leurs terrasses. Plus récemment, la place Saint-Pierre est le lieu estudiantin de la ville avec les célèbres "Bar basque" et "Chez Tonton" avec son pastis « ô maître ». Sur la place du Capitole, plusieurs hôtels ont une architecture caractéristique. Le Grand Hôtel de l'Opéra s'élève sur l'emplacement de l'ancien collège Saint-Martial. C'est un hôtel de luxe depuis 1980. À l'angle opposé se trouve l'hôtel du Grand-Balcon qui hébergeait des grands noms comme Jean Mermoz ou Antoine de Saint-Exupéry à l'époque de l'Aéropostale. Patrimoine environnemental. En plus des berges de la Garonne et du canal du Midi, Toulouse bénéficie de nombreux espaces verts représentant un ensemble de en 2005 avec et verts. En 1998, la ville de Toulouse est classée trois fleurs pour la qualité de son fleurissement. C'est en 1754 que Toulouse aménage son premier jardin public, le jardin Royal qui s'étend au-delà des vieilles fortifications médiévales. Cet aménagement est le projet Mondran dont le but était d'ouvrir un espace pour la promenade, l'hygiène et l'ouverture de larges perspectives. Ainsi, cette politique de grands travaux, avec le Grand Rond, les quais et les façades le long de la Garonne, transforment la ville. Plus tard, au , le jardin des plantes est créé à Toulouse. Dans les années 1970, plusieurs projets de jardins de quartier sont aménagés en ville au plus près des habitants. En parallèle, des projets d'urbanisme permettent de créer des parcs comme celui de Compans-Caffarelli, le parc de la Maourine ou celui de la Reynerie. Les parcs et jardins de la ville sont diversifiés allant du jardin japonais du quartier d'affaires de Compans-Caffarelli au parc de la prairie des Filtres au bord rive gauche de la Garonne. D'autres jardins comme le jardin des Plantes, le Grand-Rond et le Jardin Royal sont très anciens. Enfin, en périphérie, le parc de Reynerie offre un havre de paix tandis que quatre zones vertes à vocation sportive entourent la ville depuis 1971, aux quatre points cardinaux en périphérie de la ville : à l'ouest, le parc de la Ramée possède un lac de et un espace vert de . Au sud, les côtes de Pech-David disposent d'un parc de et culminent à au-dessus de la Garonne dominant la ville et la zone industrielle. Au nord, la zone de loisirs de Sesquières dispose de de parcs et un lac de sur lequel le ski nautique est possible et à l'est le parc des Argoulets. Enfin, la reconversion du site du parc des expositions due à son déménagement, devrait permettre la création d'un véritable Central Park toulousain, un nouveau « poumon vert de la ville » selon Pierre Cohen, sur l'île du Ramier, en plein cœur de la ville. Les avenues, les allées et les voies d'eau sont plantées de nombreux arbres. Les espèces dominantes sont le platane (environ ), le peuplier (environ ), le tilleul (environ ), le micocoulier (environ ), le pin parasol (environ ) et le cèdre (environ 700). La commune est plantée d'environ dont sont gérés par la municipalité. En plus des arbres, les services municipaux produisent plus de à massifs chaque année pour le fleurissement de la ville grâce aux serres municipales. Patrimoine culturel. La vie culturelle toulousaine est riche de nombreux apports. Au substrat occitan, académique (jeux floraux, tradition forte des peintres et architectes locaux) et universitaire toujours actif s'est ajouté une situation culturelle particulière: au la situation politique locale a ouvert les lieux de l'élite (opéra, conférences, musées, sport) à l'ensemble des groupes sociaux Toulousains. L'éloignement de Paris et cette culture de mixité ont conduit à la mise en place d'une culture locale (éditeurs, chanteurs...) bien identifiée et relayée par des pratiques amateurs enrichies par diverses vagues d'immigration (espagnole durant la guerre civile, pied-noir dans les années 1960, maghrébine dans les années 1970) mais également de la diversité et de la jeunesse de la population estudiantine: cette revendication d'une tradition de métissage culturel est la marque de la mouvance culturelle alternative locale (dès les années 1980 Claude Sicre, plus récemment les Motivés !). Musées. Les nombreux musées de la ville présentent un patrimoine historique important. Le musée Saint-Raymond situé près de la basilique Saint-Sernin a été créé en 1892. Il est consacré à l'art et à l'archéologie de l'Antiquité. Le musée du Vieux Toulouse est un musée privé exposant des objets ou des documents anciens évoquant le passé de la ville. Le musée Paul-Dupuy présente quant à lui une collection d'objets liés aux arts graphiques et décoratifs allant du Moyen Âge à 1939. Le musée Georges-Labit, situé au milieu d'un jardin exotique, présente une collection d'objets d'arts asiatiques (Inde, Cambodge, Thaïlande, Indonésie, Népal, Chine et Japon) et d'antiquités égyptiennes récoltés par l'aventurier Georges Labit. Le musée des Augustins est le musée des Beaux-Arts de Toulouse créé en 1795. C'est le plus vieux musée de la ville mais aussi de France après le Muséum central de Paris. Il regroupe une collection de peintures de primitifs méridionaux, une collection de peinture italienne et une collection de tableaux de peintres hollandais et flamands. il possède aussi une collection de sculptures. L'Hôtel d'Assézat renferme aussi la fondation Bemberg qui regroupe une collection de livres, de tableaux et de sculptures. Le musée d'art moderne et contemporain des Abattoirs, créé en 2000, occupe les anciens bâtiments de l'abattoir de la ville. Il regroupe des œuvres de la seconde moitié du . Toulouse possède d'autres musées comme le musée des instruments de médecine des hôpitaux de Toulouse, le musée départemental de la Résistance et de la Déportation, le centre Méridional de l’Architecture et de la Ville, le MATOU ou Musée de l'Affiche de Toulouse, seule institution de ce type en France. Le muséum d'histoire naturelle après rénovation a rouvert ses portes en octobre 2007, et présente de riches collections relative aux sciences naturelles ainsi qu'à l'ethnologie. Enfin, il faut signaler le parc consacré à l'espace qu'est la Cité de l'espace et celui consacré à l'aviation qu'est Aeroscopia. Bibliothèques. L'ensemble du réseau des bibliothèques de Toulouse (Lecture Publique) comprend : La médiathèque José-Cabanis a été réalisée en 2003 dans le prolongement des allées Jean Jaurès par l'architecte Jean-Pierre Buffi. Le bâtiment forme une arche moderne aux couleurs de la brique. Elle offre plus de en consultation et en prêt, de nombreux CD et DVD, cinq départements thématiques, un service pour les déficients visuels, un département pour la jeunesse, une salle d'actualités, un espace multimédia, une salle d'expositions, deux auditoriums et multimédias. Son nom a été donné en hommage au critique littéraire José Cabanis. La bibliothèque d'étude et du patrimoine de Toulouse est hébergé dans un bâtiment Art déco construit dans les années 1930 par Jean Montariol dans la rue de Périgord. Elle conserve une collection patrimoniale (livres anciens et manuscrits rares) ainsi qu'un important fonds d'étude et régional. Photographie, art contemporain et galeries d'art. Dès l'invention de la photographie par Nicéphore Niépce, plusieurs toulousains s'approprient cette nouvelle technique. Ainsi en 1875, Charles Fabre créé la Société toulousaine de la photographie. Il publiera aussi des ouvrages importants sur la photographie comme le "Traité encyclopédique de photographie". Enfin, il met en place en 1892 un enseignement supérieur de la photographie. Sous l'impulsion du photographe Jean Dieuzaide et avec le concours du Cercle photographique des XII, la ville de Toulouse ouvre la Galerie du Château d'eau en 1974 dans une ancienne station de pompage en brique construite en 1825. Sous la direction de Jean-Marc Lacabe, elle présente régulièrement les plus grands noms internationaux de la photographie ainsi que le travail de jeunes photographes européens prometteurs. Elle regroupe deux espaces d'exposition, un centre de documentation et une collection permanente, qui fait l'objet d'expositions itinérantes. Très apprécié des Toulousains, le Château d'eau est une institution emblématique dans le paysage des arts plastiques toulousain et fait de Toulouse l'une des villes les plus importantes pour la photographie, aux côtés d'Arles et de Chalon-sur-Saône. Toulouse possédait quelques trop rares galeries privées d'art contemporain proposant une programmation exigeante, mais la galerie Sollertis a fermé ses portes fin 2012, Jacques Girard est mort quelques mois plus tard, en mars 2013, et la galerie Exprmntl à reconverti récemment les 2/3 de sa surface en librairie de déstockage. De même, les Galeries Duplex, GHP et la Galerie Lemniscate n'auront perduré que quelques années. Depuis 2000, le musée des Abattoirs présente une importante collection d'Art contemporain. Depuis 2001, le Printemps de septembre, hérité de l'ancien Printemps de Cahors et passé de festival de photographie contemporaine à festival de création contemporaine investissait chaque automne pour quelques semaines la quasi-totalité des lieux de culture de Toulouse et plus encore, pour le meilleur comme pour le pire. Renommé FIAT (Festival International d'Art Toulouse) en 2013, et déplacé en mai, le festival sera recomposé en biennale à partir de 2016, l'édition 2015 étant annulée puis retrouvera finalement son appellation initiale. Pour un tour d'horizon plus complet des lieux consacrés aux arts plastiques et arts visuels, ajoutons le BBB centre d'art et Lieux-Communs, espace d'art contemporain. Le quartier Saint-Étienne possède aussi de nombreuses boutiques d'antiquaires, de design et de décoration tandis que les salles des ventes d'objets d'art se concentrent entre Saint-Georges et Saint-Aubin. Théâtres et salles de spectacle. Depuis 1736, la ville de Toulouse est forte de son théâtre situé dans les murs mêmes de l'Hôtel de Ville consacré exclusivement à l'art lyrique et au ballet, administré en régie municipale autonome (budget annexe) depuis 1994, le théâtre du Capitole abrite une compagnie de ballet composée de permanents ainsi qu'un chœur mixte composé de titulaires. Toulouse a également été le terreau d'éclosion de compagnies de théâtre de rue comme Royal de luxe et de tout un mouvement d'artistes liés à la scène urbaine. Mais le principal théâtre consacré principalement à l'art dramatique est le théâtre de la Cité TNT qui est un bâtiment important ouvert en 1998 construit par l'architecte Alain Sarfati. Il possède un amphithéâtre de , un petit théâtre de et un studio de . Il accueille jusqu'à par an. Deux autres théâtres ressortent du lot : le théâtre de la Digue et le théâtre Garonne. Le premier présente des pièces régionales tandis que le second est un théâtre situé dans un esprit de recherche et de création originale. Plusieurs scènes comme le théâtre de la cité, le théâtre Daniel-Sorano, le théâtre du Pavé, le Grenier-Théâtre accueillent aussi de nombreuses pièces chaque année. Citons aussi des scènes proches tel Altigone à Saint-Orens-de-Gameville ou Odyssud à Blagnac. L'église Saint-Pierre-des-Cuisines héberge aussi un auditorium de . La vie théâtrale amateur connaît également une activité importante que sert par exemple le théâtre Jules-Julien. D'autres bâtiments publics servent de salle de théâtre comme la Halle aux Grains, le café-théâtre des Minimes, le café-théâtre les 3 T, le casino-théâtre Barrière de Toulouse, le théâtre de la Violette, le théâtre du Grand-Rond et le théâtre du Fil à Plomb. Toulouse possède de nombreuses salles de spectacles plus ou moins grandes. Le Zénith de Toulouse Métropole est la plus grande salle de spectacle de la ville. C'est la cinquième salle couverte de France (), après le palais omnisports de Paris-Bercy (), l'Arena Montpellier (), le Grand Hall de Tours () et le Zénith Strasbourg Europe (). Le Palais des Sports de Toulouse reconstruit après la catastrophe d’AZF est aussi une des grandes salles de Toulouse. D'autres salles permettent d'accueillir du public comme Le Bikini, petite salle mythique de Toulouse, où de nombreux artistes de renom se sont produits. La salle a été soufflée lors de l'explosion d’AZF. Sa reconstruction au bord du canal du Midi est initialement prévue pour 2005, dans une configuration un peu plus grande () ; dans l'attente, la salle des fêtes de Ramonville accueillait la programmation. Sa réouverture a finalement eu lieu en 2007 au parc technologique du Canal de Ramonville Saint-Agne (500 à ). Le havana-café était aussi une petite salle de spectacles et de concerts à Ramonville-Saint-Agne, près de Toulouse, qui a fermé en 2009. On peut aussi citer le Mandala, un club de Jazz proche du musée des abattoirs qui est une petite salle chaleureuse où ont débuté des artistes comme Art Mengo et où jouent des musiciens de renom comme Peter Erskine. La Cave Poésie, fondée en 1968 par René Gouzenne, est depuis un haut lieu du spectacle sous toutes ses formes. Enfin, l'église Saint-Pierre-des-Cuisines a été transformée en auditorium et salle de spectacle. La mairie de Toulouse édite Toulouse Blog sur lequel on retrouve la programmation des salles publiques et privées. Tournages. Toulouse est le lieu de tournage de films tels que : Musique. L'hymne de Toulouse est La Toulousaine du compositeur Louis Deffès. Les opéras et ballets sont proposés par le théâtre du Capitole, qui abrite une compagnie de ballet composée de permanents ainsi qu'un chœur mixte composé de titulaires. L'Orchestre national du Capitole a acquis une réputation internationale dans le domaine de la musique classique, porté dans les premiers rangs de la scène nationale par le chef d'orchestre Michel Plasson, et placé sous la direction actuelle de Tugan Sokhiev. Aux et , de grandes voix comme Pierre de Jélyotte et Victor Capoul se sont formées à Toulouse. D'autres s'y illustrent comme Mady Mesplé, Tony Poncet, Jean-Philippe Lafont ou Pierre Nougaro. Notons aussi la résidence principale de l'orchestre, la Halle aux Grains. Le , les victoires de la musique classique (le plus grand concert annuel de musique classique en France) se sont déroulées à la Halle aux Grains de Toulouse. Durant la cérémonie, il a longuement été fait l'éloge de l'Orchestre national du Capitole, et de . L'Orchestre national du Capitole est par ailleurs l'orchestre français qui a enregistré le plus de concerts durant l'année 2007. Également réputé, l'Orchestre de chambre de Toulouse, fondé par Louis Auriacombe en 1953, est actuellement dirigé par le violoniste Gilles Colliard. Ses multiples initiatives ont considérablement accru le rayonnement de cet ensemble, dont le répertoire varié va de la musique baroque à la musique moderne. Il se produit en divers lieux du Grand Toulouse, notamment à l'auditorium de l'église Saint-Pierre-des-Cuisines, à la chapelle Sainte-Anne, au cinéma Utopia de Tournefeuille, etc. Plusieurs artistes et groupes toulousains se sont fait une réputation internationale dans de nombreux styles musicaux comme Claude Nougaro, Art Mengo, Diabologum, Gold, Images, Jean-Pierre Mader, Pauline Ester, Les Malpolis, Zebda ou encore Cats on Trees. Le rap est aussi représenté par des artistes ou groupes comme Dadoo, Fabulous Trobadors, KDD et plus de de rap toulousain le ska avec Spook and the Guay, les Beautés vulgaires, le rock métal avec Psykup, Sidilarsen, Punish Yourself ou The Dodoz ainsi que la musique électronique avec Mondkopf, Electrosexual et le DJ Laurent Wolf. Dirigé par Jean Dekyndt, le Conservatoire à rayonnement régional de Toulouse compte parmi les grands pôles d'excellence dans le domaine de l'enseignement de la musique en France. Différents établissements dispersés dans la ville enseignent les disciplines instrumentales et vocales, la composition et les disciplines théoriques, les disciplines chorégraphiques, la musique ancienne ainsi qu’une initiation à l’art dramatique. La ville possède un nombre important d’orgues remarquables. Depuis 1996, a lieu tous les ans le festival international "Toulouse Les Orgues" Plusieurs artistes rendent hommage à la ville comme : Peintures. Parmi les peintures conservées à Toulouse, on retrouve : Cinémas. Toulouse est dotée de nombreux cinémas. Plusieurs cinémas indépendants sont accessibles en centre-ville dont le plus ancien labellisé Cinéma d'art et d'essai est l'ABC, situé "rue Saint-Bernard". Cinéma associatif et indépendant ouvert dans les années 1950, il comprend trois salles, une salle de réunion, une salle d'exposition et un centre de documentation. Après dix-huit mois de rénovation et la mobilisation de grands noms du cinéma européen, il a rouvert en . Le réseau Utopia, adhérent d'Europa Cinemas, a un complexe à Tournefeuille. L'Utopia-Toulouse est devenu, depuis son rachat en 2016, l'American Cosmograph, cinéma de trois salles art et essai. La salle unique du Cratère, Grand Rue Saint Michel, également Art et Essai, diffuse à 80 % des reprises après les grandes salles d'Art et Essai du centre-ville. La cinémathèque de Toulouse est un cinéma associatif créé par Raymond Borde dans les années 1950 qui acquiert un statut officiel en 1964. Elle a longtemps été dirigée par Daniel Toscan du Plantier et Pierre Cadars. C'est le deuxième fond cinématographique de France après la cinémathèque de Paris. Elle possède plus de de longs-métrages et courts-métrages, ainsi qu'en ensemble de collections de documents consacrés au cinéma. Elle comprend également une bibliothèque. Toulouse possède aussi l'école supérieure d'Audiovisuel (ESAV) qui se trouve rue du Taur près de la cinémathèque depuis 2002. C'est un centre de recherche qui accueille plusieurs chercheurs et de nombreux étudiants du troisième cycle. Europalaces possède sous l'enseigne Gaumont place Wilson, et un multiplexe avec l'une des six salles de France certifiées IMAX à Labège, au sud de Toulouse. À Blagnac, Mega CGR possède un complexe cinématographique. Un petit cinéma existe également dans le quartier du Mirail, au sein du Centre culturel Alban Minville. Médias. Télévision locale. Toulouse abrite plusieurs chaînes de télévision locales : Les chaînes de la TNT émettent sur Toulouse grâce au site du Pic du Midi. Il y a aussi 2 réémetteurs TNT sur l'agglomération toulousaine : l'un est situé chemin des Côtes de Pech David et émet les multiplexes R1 (dont France 3 Midi-Pyrénées et TV Sud Toulouse), R4, R6 et R7. Ce site est géré par Towercast. L'autre est sur la Tour de Lafilaire, au chemin de Duroux. Il émet les multiplexes R2 et R3 et est géré par TDF. Radios locales. En plus des stations de radio nationales, la ville est couverte par de nombreuses stations locales : Le 30 juin 2012, la radio associative Radio Plus cesse d'émettre à la suite d'un changement d'activité de l'association qui la gérait. Elle diffusait de l'accordéon, de la chanson française des années 50, 60 aux années 2000 et une émission de voyance la semaine, tout ça entre 7 h et 19 h sur le 106.8 FM en partage de fréquence avec Radio Radio. Depuis l'arrêt de Radio Plus, Radio Radio émet sur sa fréquence 24 h/24. Sa deuxième partie s'intitule désormais « Radio Radio + » et émet entre 1 h et 13 h. Quelques radios nationales sont présentes à Toulouse grâce à leurs déclinaisons locales : Jusqu'en 2013, certaines radios (et anciennement des chaînes de télé analogiques) ont été desservies par le site TDF de Bonhoure, au chemin de Sansou. Il a été démantelé à cause de son esthétique et de sa pollution aux ondes électromagnétiques. Le site Towercast du château d'eau de Moscou, chemin de Lafilaire a lui aussi été démantelé. Le site de Pech David est donc le site d'émission toulousain le plus récent. Presse locale. La presse est représentée majoritairement par le quotidien régional de "La Dépêche du Midi", qui y possède son siège social. Ce titre est fortement implanté dans la région toulousaine. Il est étroitement lié à la famille Baylet depuis l'après-guerre. René Mauriès en fut l'un des chroniqueurs les plus connus. Entre 1982 et 1988, les hebdomadaires "Toulouse Matin", "Voix Du Midi Toulouse", "Courrier Sud" et "Journal de Toulouse" sont lancés. Le journal "Le Monde" lance "Tout-Toulouse" en 2000. La ville est aussi le siège du bimensuel agricole et rural Le Trait d'union paysan. Il existe aussi d'autres magazines comme l'hebdomadaire économique, "la Gazette du Midi", créé en 2005, le "Satyricon", un journal satirique et "Toulouse Mag", un magazine généraliste d'information locale, qui appartiennent au groupe la Dépêche. La ville est aussi le siège des éditions Milan créées en 1980 et qui éditent des journaux pour enfants et pour adultes comme "Pyrénées Magazine". Sur internet plusieurs médias traitent l'actualité toulousaine : Toulouseweb.com, Toulouseblog, Toulouse7.com et ToulouseInfos. Banque de programmes radiophoniques. L'A2PRL "(ex-AFP Audio)" est une banque de programmes radiophoniques basée à Toulouse. Elle appartient au groupe toulousain Mediameeting depuis début 2014. Dans les années 1980 et 1990, elle transmettait par satellite un programme musical intitulé « L'Essentiel » agrémenté de flashs d'actualité nationale et de chroniques dans le but d'offrir du contenu à des radios locales. Elle possède une rédaction qui fournit des flashs d'information à de nombreuses radios qui n'ont souvent pas les moyens de se doter elles-mêmes d'une rédaction. Aujourd'hui, avec l'apparition d'entreprises spécialisées dans la piste vocale (voice track) et de logiciels informatisant la programmation radiophonique, le programme musical de l'A2PRL est de moins en moins utilisé. Le 15 novembre 2016, l'Agence ouvre un bureau à Paris. Elle se présente aussi comme la première agence audio en Europe. Pour plus d'informations : Fiche d'A2PRL sur SchooP La langue occitane. Toulouse, deuxième ville de la région culturelle d'Occitanie où celle-ci est la langue vernaculaire. La particularité de la ville est d'être située sur la frontière entre les dialectes languedocien et gascon. La légende veut que le gascon soit parlé sur la rive gauche de la Garonne (quartier Saint-Cyprien) et le languedocien dans le centre de la ville. Le parler languedocien de Toulouse, le « toulousain » ("tolosan" en occitan), parfois appelé la « langue mondine » (de Raymond, référence à la dynastie comtale), est un parler sud-languedocien. La ville a donné d'illustres écrivains et poètes de langue d'oc, dont Pierre Goudouli. En 1323 furent créés les Jeux floraux, plus vieux concours de poésie encore en cours, récompensant chaque année un auteur de langue d'oc d'une violette dorée à l'or fin. À la suite de ce concours, Guilhem Molinier rédige "Las Leys d'amors" (les Lois d'Amour), décrets linguistiques qui recommandent le toulousain comme écriture préférentielle dans les divers pays occitans (sauf la Provence et la Gascogne). Longtemps interdit d'enseignement dans l'Éducation nationale, l'occitan a cessé d'être régulièrement parlé dans la rue vers les années 1920 en dehors de quelques quartiers populaires comme Lalande et Saint-Cyprien où l'on pouvait l'entendre jusque dans les années 1960. Le français pénétra les classes aisées de la ville à la fin du Moyen Âge et le changement de langue (au moins à l'écrit et dans les registres) par l'élite se passa entre 1500 et 1530. Le français parlé à Toulouse a encore (mais de moins en moins) une empreinte occitane, que ce soit dans la prononciation (dit « accent toulousain »), dans la syntaxe ou dans le vocabulaire. C'est ce qui peut justifier, par exemple, qu'en parlant d'un écrivain d'expression strictement française, Pierre Gamarra, on ait dit de lui qu'il était « un écrivain occitan de langue française ». Le , a été inauguré la Maison de l'Occitanie, se situant rue Malcousinat, qui a pour vocation d'être la vitrine de l'occitan à Toulouse. Cet hôtel particulier du , rénové par les pouvoirs publics locaux, accueille plus d'une cinquantaine d’associations ayant toutes un rapport avec la langue d'oc. Depuis octobre 2009, les noms des stations du métro sont traduits en occitan. Gastronomie. Au cœur du Sud-Ouest, Toulouse occupe une place stratégique à la rencontre de la Gascogne et du Languedoc, et proche des Pyrénées. Sa cuisine se nourrit de ces terroirs variés et de leurs produits réputés. Les restaurants de la ville servent avant tout de nombreuses spécialités à base de canard (gras de préférence), volaille emblématique de la région. Le plat le plus connu est sans aucun doute le cassoulet, à base de saucisse de Toulouse, de canard et de haricots blancs (tarbais). Il est l'objet d'une querelle ancestrale entre trois villes (Castelnaudary, Carcassonne et Toulouse) et si la légende place l'origine du cassoulet dans la ville de Castelnaudary durant la guerre de Cent Ans, le plat ne peut être dissocié de la gastronomie toulousaine. L'autre produit emblématique de la ville est le Cachou Lajaunie et sa petite boite jaune, qui a été inventé en 1880 par Léon Lajaunie, pharmacien à Toulouse. Parmi les spécialités de Toulouse et sa région on trouve également le foie gras, la saucisse de Toulouse (qui peut s'accommoder ou se consommer simplement grillée), l'aillade toulousaine (ail, noix et huile d'olive), l'estouffat toulousain (à base de bœuf, légumes, vin), le rôti gascon (magret de canard fourré au foie gras) ou encore le tourin (soupe à l'ail et à l'oignon). Le dessert incontournable de la région est la croustade aux pommes, et sa variante le pastis gascon, pâtisseries aux pommes recouverte d'un feuilletage de pâte beurrée. Le traditionnel fénétra (gâteau au citron, abricot et amandes) est lui typiquement toulousain mais demeure plus confidentiel. Du côté des sucreries on trouve la brique du Capitole (bonbons feuilletés au praliné), la marquise toulousaine (pralines au caramel), le pavé du Capitole (praliné à l'orange ou à la framboise et ganache enrobé de chocolat). La violette est un autre symbole fort lié à la ville de Toulouse. De nombreuses spécialités sucrées y font référence (pétales de violettes cristallisés, bonbons à la liqueur, etc.) mais elle se décline aussi sous forme de thé, de vinaigre ou de moutarde. Il existe une confrérie de la violette à Toulouse, où la production de cette fleur était très importante. La violette est d'autre part l'une des récompenses décernées par l'Académie des jeux floraux de Toulouse. De nombreux restaurateurs ont gagné leurs étoiles à Toulouse dans les années 1970-1980 comme Dominique Toulousy, Pierre Roudgé et Lucien Vanel. Dans les années 2000 de grands chefs comme Michel Sarran, Patrick Donnay ou Yannick Delpech participent au rayonnement de la gastronomie toulousaine et du Sud-Ouest. Toulouse est la capitale du vignoble du Sud-Ouest. Ce dernier, vignoble de France par sa production, est très hétéroclite et regroupe les plus de 40 dénominations présentes sur tout le Grand Sud-Ouest français, à l'exception des vins de Bordeaux. Ces appellations se caractérisent par l'utilisation de nombreux cépages rares et rustiques. Toulouse, sous l'impulsion de riches capitouls, était le point de départ des gabares (type de bateau traditionnel affecté au transport de marchandise) contenant les vins de la région à destination du port de Bordeaux. Les dénominations les plus connues à proximité immédiate de la ville de Toulouse sont le Fronton (dit « vin des toulousains ») produisant uniquement des rouges en cépage principal de négrette, et le Gaillac (« le vignoble aux 7 vins ») proposant aussi bien des rouges, que des blancs, des rosés ou des mousseux. D'autres vins typiques du Sud-Ouest comme le Madiran ou le Cahors se trouvent fréquemment sur les tables toulousaines, ainsi que les vins du Languedoc proche comme le Minervois ou le Corbières. La ville de Toulouse possède et produit son propre vin. Elle est propriétaire d'une vigne, au Domaine de Candie, situé dans l'ouest toulousain, on y élève des vins blancs, rosés et rouges, certains sont vieillis en fûts de chêne. Ce vin est principalement revendiqué et commercialisé en "comté Tolosan" (ou « comté de Toulouse »). L'eau-de-vie de la région est l'incontournable Armagnac, consommé en tant que digestif ou utilisé dans la cuisine locale notamment pour la préparation de pâtisseries (croustade, pastis, etc). Personnalités liées à Toulouse. Toulouse a vu naître un certain nombre de personnalités diverses parmi lesquelles on trouve les musiciens Claude Nougaro, Carlos Gardel, Bigflo et Oli et Jain, Ticky Holgado, l'économiste Bernard Maris, le journaliste Georges de Caunes, Joseph de Villèle, le musicien Dynam-Victor Fumet, la soprano lyrique des Monuments Enchantés Veronica Antonelli, Benoist Apparu, Louis II d'Anjou, duc de Provence, et roi de Naples, Magyd Cherfi, Philippe Druillet, Raymond IV de Toulouse un des chefs de la première croisade, Art Mengo, Laurent Terzieff, Mademoiselle Kat/Fafi/Miss Van, le boxeur Sofiane Oumiha, Patrice Carmouze, Jean Dausset, prix nobel de chimie et de science, Marie-Ange Casalta, Jean-Étienne Esquirol considéré comme le père de l'hôpital psychiatrique français, Sylvain Augier, Guy Novès, les footballeurs Philippe Mexès, Blaise Matuidi, Cheikh M'Bengue, Daniel Congré, Gaël Clichy, Christophe Mandanne ou encore Cédric Fauré, le cycliste Jean-Christophe Péraud, la skieuse Anne-Sophie Barthet, l'actrice Jennifer Lauret, les rugbyman Fabien Pelous, David Skrela ou encore Maxime Médard et Frédéric Michalak, Jean-Pierre Mader, l'animateur Jean-Luc Reichmann, Jean-Luc Roy, Laetitia Barlerin, Jean-Louis Debré, Justine Fraioli, Bernard Mulé, Christine Albanel, Virginie Desarnauts, Églantine Éméyé ou encore Philippe Uchan, Aimeric de Péguilhan (troubadour), la Bienheureuse Jeanne Émilie de Villeneuve, religieuse, fondatrice de la congrégation de N.D. de l'Immaculée Conception, Antoine Crozat, premier gouverneur de Louisiane, et son frère Pierre Crozat, le mathématicien Pierre de Fermat, mathématicien, naquit tout près de Toulouse et y fut membre du Parlement, le juge humaniste Jacques Cujas, Carole Delga (présidente de la région Occitanie), l'ancien maire d'Albi Philippe Bonnecarrère, la maire de Montauban Brigitte Barèges, le maire Jean-Luc Moudenc, Christine de Veyrac ou les résistants Adolphe Coll et Pierre Dumas, Marcus Antonius Primus, général de l'Empire romain, ainsi que l'illustrateur franco-britannique du Edmond Dulac, et les peintres toulousains, Henri Martin, Alexandre Falguière, Antoine Laborde, Antonin Mercié, Cyril Kongo et Michel Bez. Personnages de bande-dessinée. Détail méconnu, "Tintin et Milou" passèrent tout l'été 1940 à Toulouse, à la suite de l'invasion de la Belgique le précédent, comme l'atteste leur première apparition dans "Le Soir Jeunesse", le (couverture "Tintin et Milou sont revenus"). Passant par la gare Matabiau de Toulouse le vendredi , Hergé découvre quant à lui les Pyrénées toutes proches autour de Bagnères-de-Bigorre, lors d'un camp de scouts durant trois semaines (tome 1, page 56). Il revint plus tard dans la « Ville Rose » lors du " Salon de la Bande dessinée de Toulouse", organisé au parc des expositions de la ville en 1973. En , déjà, "Astérix et Obélix" y sont venus, à la recherche de la spécialité locale de la saucisse. Le détective privé Léo Loden enquête à Toulouse, dans "Propergol sur le Capitole", sur un trafic de drogue et sur les problèmes de lancement des fusées Ariane. Coyote, l'auteur de "Litteul Kévin", a longtemps vécu et travaillé à Toulouse. Héraldique, logotype et devise. Le blason ancien du Royaume de France était « d'azur semé de fleurs de lys d'or », le nouveau étant « d'azur à trois fleurs de lys d'or ». Aussi, vu la notoriété du blason de France, il n'est pas nécessaire de rappeler sa composition quand il se trouve en chef d'un blason : on peut simplement dire « au chef de France » (en précisant « ancien », ou non) ou « au chef de France moderne » quand il s'agit d'un chef reprenant le blason de France dans sa version moderne. La devise de la ville est « "" » (« Pour Toulouse, toujours plus »). Compléments. Bibliographie. Par ordre chronologique de publication Notes et références. Notes et cartes. Notes Cartes |
Théories Gaïa Le terme générique théories Gaïa fait référence à un ensemble d'hypothèses et de théories selon lesquelles : Bien que certains soutiennent que des aspects de la théorie Gaïa sont déjà parties intégrantes de nombreuses religions et cultures autochtones, celle-ci a tout d'abord été décrite en tant qu'hypothèse (hypothèse Gaïa) par James Lovelock, chimiste britannique, et Lynn Margulis, microbiologiste américaine en 1974. Un modèle assez simple fréquemment utilisé pour illustrer l'hypothèse originelle est celui de Daisyworld. L'hypothèse originelle repose sur le concept d'homéostasie et soutient que les formes vivantes d'une planète hôte, associées avec leur environnement, se sont comportées et se comportent encore comme un système autorégulateur. Ce système naturel inclut la biomasse, l'atmosphère, la pédosphère et une mince couche de la lithosphère. De multiples formes de ce concept coexistent, bien que controversées, et une partie au moins en est plus ou moins admise par la communauté scientifique. Ces théories se veulent aussi très significatives pour l'écologie politique. Les théories Gaïa sont développées par des courants du . James Lovelock s'est officiellement désolidarisé de la façon dont la "mouvance Gaïa" présente sa théorie, qu'il estime caricaturée par eux. Origines des théories Gaïa. Prédécesseurs de l'hypothèse. Il existe des précédents d'ordre mystique, scientifique et religieux à cette théorie. De nombreuses mythologies religieuses, comme certaines religions des Amériques, voient la Terre comme un "Tout plus grand que la somme de ses parties" (holisme). Si les humains agissent comme espèce clé, pour prévenir les changements climatiques, l'extinction des primates, etc., alors ils peuvent générer une homéostasie avec leur seule cognition. À la suite de Johannes Kepler qui voyait la Terre comme un organisme rond et unique, Vernadsky concevra la notion de biosphère et, en 1924, son ami paléontologue et géologue Teilhard de Chardin forgera, en lien avec lui et le philosophe Edouard Le Roy, le concept de noosphère, que reprendra Vernadsky. Teilhard a par la suite influencé Thomas Berry et de nombreux humanistes catholiques du . Buckminster Fuller est généralement vu comme ayant rendu l'idée respectable dans certains cercles scientifiques au . Pour sa part, Helan Jaworski présente la Terre comme un être vivant doué de conscience dans "Le Géon ou la Terre vivante" (Paris, Librairie Gallimard, 1928). Lewis Thomas (1913-1993), quant à lui, envisage la Terre comme une cellule. Pour Lee Smolin également, les univers féconds pourraient provenir d'implosions de trous noirs. Toutes ces théories sont des « théories Gaïa ». Aucune de ces idées ne peut être considérée comme hypothèse scientifique : par définition, une hypothèse scientifique doit pouvoir être testée (voir par exemple l'épistémologie de Karl Popper ou la réfutabilité) ; les idées citées ci-dessus ne pouvant être vérifiées, elles sont exclues du champ scientifique classique. Ces conjectures peuvent être considérées d'un point de vue social et peut-être de philosophie politique, elles peuvent également avoir des implications d'un point de vue théologique. L'hypothèse Gaïa. La théorie Gaïa a tout d'abord été décrite comme une hypothèse (l'hypothèse Gaïa) par James Lovelock, chimiste britannique, et Lynn Margulis, microbiologiste américaine, en 1979. Elle est ensuite reprise par Margulis, laquelle définit la théorie Gaïa comme une revendication purement scientifique reposant sur la reconnaissance de processus homéostatiques et homéorhétiques s'appliquant à l'ensemble de la biosphère terrestre. L'Hypothèse Gaïa, toutefois, a généré beaucoup plus de discussions que la théorie Gaïa. Pour mieux comprendre les différences entre théorie initiale et Théorie, il est préférable de revenir sur l'hypothèse originelle et sur la simulation Daisyworld. L'hypothèse de fond de Lovelock est que la biomasse modifie les conditions de vie de la planète afin de rendre celle-ci plus hospitalière. L'hypothèse Gaïa relie cette notion d' « hospitalité » à l'homéostasie. La théorie Gaïa de Margulis fait plutôt référence à la notion d'homéorhésie. Un système en homéostasie tend vers un équilibre caractérisé par des paramètres constants, tandis qu'un système homéorhétique se caractérisera par un comportement dynamique de type ondulatoire, oscillant autour d'un état stable sans y converger. Il semble très probable que les plantes soient favorisées par les effets microclimatiques qu'elles peuvent avoir localement. D'autre part, il y a de bonnes raisons de penser que ces effets existent également à plus grande échelle, dans des relations symbiotiques ayant une influence climatique globale. La version de la théorie Gaïa de Margulis modifie l'hypothèse Gaïa originelle (et en fait de facto une version moins controversée) de la façon suivante : la biosphère terrestre évolue entre plusieurs points de stabilité, à l'image de ce qui existe en théorie économique. La Terre ne serait pas un organisme vivant, qui pourrait vivre ou mourir brutalement, mais plutôt une sorte de communauté de confiance, pouvant exister à différents niveaux d'intégration. Coauteur de l'hypothèse Gaïa originelle, Lynn Margulis soutient que la Terre n'est pas homéostatique mais homéorhétique : en d'autres termes, que les composants atmosphérique, hydrosphérique et lithosphérique sont régulés autour de points homéostatiques, mais que ces points changent au cours du temps... Gaïa serait une symbiose vue de l'espace. Apport de Richard Dawkins. Richard Dawkins, tout en soulignant le côté autorégulateur de la planète (la biologie est après tout son métier), met l'accent sur le fait que les auteurs de l'hypothèse Gaïa ont oublié la condition essentielle nécessaire à définir un être vivant et son évolution, qui est "l'opposition permanente à un milieu extérieur - proies et prédateurs -, seule susceptible de le faire évoluer au fil du temps par le mécanisme bien connu de l'évolution naturelle". Cette opposition n'existe pas pour la Terre, qui n'a ni milieu, ni proies, ni prédateurs. Dawkins affirme donc parfaitement abusive l'hypothèse de l'assimiler à un organisme vivant au seul prétexte qu'elle possède une "dynamique" comme en a aussi n'importe quel système inanimé (un incendie de forêt, un ouragan, une avalanche...) et que les autorégulations concernées n'ont pas le moindre rapport avec des manifestations de 'vie'. Voir cependant noosphère. Toutefois, encore dans le champ des hypothèses, il est possible de conceptualiser la stérilité environnant la Terre comme étant l'opposition à la vie qu'elle abrite. Tel que propose la deuxième loi de la thermodynamique, ou loi de l'entropie, la vie joue contre la dégradation de la complexité de la matière en réalisant la néguentropie, en produisant des molécules nouvelles dans un univers qui se simplifie continuellement. Dans ce milieu, la lutte pour le maintien de la vie en se nourrissant de l'entropie paraît donner un sens à ce qui n'a aucun sens, la compétition pour la survie. En poussant la théorie évolutionniste au-delà du jeu manichéen entre proies et prédateurs, c'est plutôt le jeu de coopération contre l'entropie qui peut mieux expliquer l'évolution et l'interdépendance des organismes jusqu'à l'échelle planétaire. À ce sujet, voir Lynn Margulis. Un autre aspect à considérer dans la position de Dawkins est l'interprétation anthropocentrique de l'évolution, c'est-à-dire la projection des rapports sociaux humains sur les relations entre les autres espèces, telles que le propose Edward O. Wilson dans sa théorie sociobiologiste. Cette analogie scientiste fondée par Wilson et clairement partagée par Richard Dawkins, suscite encore la controverse. À ce sujet, Jacques Ruelland fait une analyse critique, complète et précise. Une hypothèse, des théories. Trois degrés d'hypothèses. La théorie Gaïa constitue un ensemble d'hypothèses, allant de l'indéniable au radical : Quelques biologistes voient généralement cette activité comme une propriété émergente de l'écosystème : alors que chaque espèce poursuit son intérêt propre, la combinaison de leurs actions tend à contrebalancer les effets du changement environnemental. Les opposants à ce point de vue évoquent plutôt les conséquences de l'activité des êtres vivants ayant résulté en des modifications drastiques par le passé plutôt qu'à un équilibre stable, telles que la conversion de l'atmosphère terrestre d'un milieu réducteur à un milieu riche en oxygène. Problématique de l'hypothèse « organisme ». Une position plus poussée considère tous les êtres vivants comme parties d'un organisme "unique", qui est nommé par eux Gaïa. De ce point de vue, l'atmosphère, les mers, la croûte terrestre seraient le résultat des interventions dues à Gaïa, à travers la diversité coévolutive des êtres vivants. Une partie importante des scientifiques récuse cette position ; toutefois, le point de vue scientifique ne s'oppose pas - au contraire - à son "examen". La forme la plus extrême de la théorie Gaïa considère la planète Terre dans son ensemble comme un organisme ; de ce point de vue, la biosphère terrestre "manipulerait" de façon « consciente » le climat de façon à rendre les conditions environnementales plus favorables à la vie. Néanmoins la "vie" est une chose, et la "conscience" une autre : où trouver un témoignage de la "conscience" d'une amibe, malgré ses nombreuses autorégulations ? Aucune preuve ne vient confirmer ni infirmer cette hypothèse ; le problème se complique par le fait que quelques non-scientifiques confondent "homéostasie" et "activité requérant un contrôle conscient", ce que l'examen de n'importe quel thermostat suffit pourtant à invalider. Il existe des versions encore plus spéculatives de Gaïa, en particulier celles soutenant que la Terre est effectivement consciente ou partie d'une évolution beaucoup plus vaste. Ces hypothèses sont actuellement considérées comme hors du champ scientifique. De toutes ces hypothèses, Lovelock apparaît se positionner vers le milieu, Margulis étant plus conservatrice. Malheureusement, la plupart des partisans de cette théorie ne précisent pas exactement où ils se situent sur cette échelle, ce qui rend la discussion et la critique de cette théorie difficile. Ceci est partiellement dû à la confusion existante entre observateur conscient (par exemple le scientifique) et le manipulateur actif (par exemple l'activiste). Beaucoup d'efforts de la part des tenants de cette théorie consistent à éclaircir les différences existant entre les différentes hypothèses. Une vue fréquente voit la théorie Gaïa de Margulis comme faisant partie du champ de la biologie, et la différencie de l'Hypothèse originale. Les gaïens en particulier, se voient comme faisant partie de l'homéostasie de la biosphère - que leur rôle soit effectivement indispensable ou non. Domaines potentiels d'application. Gaïa en sciences sociales. Un point de vue social de la théorie Gaïa concerne le rôle des humains comme espèce clé. Si les humains agissent pour prévenir le changement climatique global, etc., alors ils agissent eux-mêmes pour assurer une homéostasie. Gaïa en politique. Les partisans politiques de cette théorie se nomment parfois les gaïens et cherchent à maintenir l'homéostasie de la Terre, lorsqu'ils constatent que celle-ci penche d'un côté de la balance, par exemple pour empêcher les modifications climatiques anthropiques, les extinctions, la destruction des forêts anciennes... Finalement, ils cherchent à coopérer pour « manipuler consciemment le système pour restaurer son équilibre ». Une telle activité « définit » l'homéostasie. Toutefois, pour être efficace, cette activité repose sur la recherche et la compréhension des équilibres homéorhétiques, ne serait-ce que pour trouver les leviers pour intervenir dans un système qui évolue dans une direction défavorable. Certains gaïens semblent développer une nouvelle théorie, fusionnant les conclusions d'ordre biologique et politique. Ils voient cette idéologie comme une protoscience de l'écologie humaine. Ces idées incluent le fait de voir les humains comme une espèce clé, qui peut agir pour empêcher les modifications climatiques, les extinctions de primates, etc. et maintiennent délibérément l'équilibre dans toute la biosphère. Les gaïens affirment qu'il est du devoir moral de l'homme d'agir ainsi - action s'inscrivant dans le cadre du principe de précaution. De telles vues influencent les partis verts, Greenpeace et des ailes plus radicales du mouvement environnemental. Certains voient cette activité comme un mouvement écologique indépendant. Un gaïen ne se demande pas passivement « ce qui se passe » mais plutôt « ce qu'il y a à faire ensuite », par exemple, terraformation, génie climatique ou même à petite échelle le jardinage. Ainsi, des modifications peuvent être délibérément planifiées et conduites, comme en écologie urbaine et en écologie industrielle. L'activisme politique des gaïens ressemble à celui des néo-païens comme les Wiccans et autres religions centrées sur la Terre (""), ceci découle d'une analogue conception métaphysique de la Planète, et du principe de responsabilité personnelle/devoir d'agir, afin d'assurer une bonne homéostasie, qui est perçu aux yeux des néo-païens comme le flux harmonieux d'énergie-matière-spiritualité entre l'individu et la divinité Gaïa, dans un esprit de communion, réciprocité et égalité. Débat sémantique. La question de ce qu'est un organisme et de l'échelle à laquelle il est rationnel de parler d'organisme plutôt que de biosphère, peut donner naissance à un débat sémantique. Nous sommes des écosystèmes dans le sens où notre corps abrite des bactéries ou des parasites, et pour ces derniers, il constitue leur milieu. Selon la conception ordinaire du terme "organisme", nous sommes également des organismes. Or, le premier degré d'hypothèse Gaïa revient plus ou moins à affirmer que la Terre est un écosystème, ce qui est une évidence scientifique. Le point de vue qui promeut un être vivant du statut d'écosystème à celui d'organisme peut-il être appliqué à une planète comme la Terre? L'argument avancé est que ces organismes symbiotiques, incapables de survivre séparément l'un de l'autre, loin de leur climat et de leurs conditions locales, forment un organisme unique et à part entière, selon une conception de l'organisme plus vaste que l'acception traditionnelle. Cette utilisation du terme organisme fait souvent l'objet de débats. Selon cette définition, la théorie avance que la totalité de la biomasse terrestre est un organisme. Malheureusement, beaucoup de partisans des théories Gaïa ont du mal à se positionner sur l'échelle des théories, ce qui rend la discussion et la critique difficiles. Beaucoup d'efforts ont été faits pour éclaircir ce que sont ces différentes hypothèses. La théorie originelle formulée par Lovelock et Margulis est scientifique, en ce sens que des expériences ont pu être menées pour la réfuter ou la confirmer. Le modèle du Daisyworld a été proposé pour la formaliser mathématiquement et les recherches sur les cycles biogéochimiques, notamment sur celui du soufre, tendent à la confirmer. Gaïa et le mythe du futur. Le retour moderne de la Terre-mère pourrait signer l'apparition de nouveaux mythes selon certaines personnes. Par exemple, le mythologue Joseph Campbell pensait que l'hypothèse Gaïa pourrait être un futur mythe, qui parlerait non pas d'une localité ou d'un peuple, mais d'une planète entière, avec tous les êtres vivants qui s'y trouvent. Le nouveau mythe indiquerait comment entrer en rapport avec la nature et le cosmos, et la société concernée par le mythe serait une société planétaire. Le mythe de Gaïa est aussi exploité par Isaac Asimov sur une partie du cycle de Fondation. Il en fait un élément de réflexion centrale face à la robotisation des mondes. Critique du culte de Gaïa. Selon Frédéric Baudin, la protection de l'environnement tend à devenir une nouvelle religion intégriste, inflexible dans sa dogmatique parfois aveugle, avec ses prêtres et ses prêtresses voués au culte de Gaïa et imposant leur diktat écologique sur cette terre et à ses habitants. Cet écologisme tyrannique, enraciné dans l'« utopie verte » visant à « sauver la planète », comme on l'entend souvent, pourrait s'apparenter aux idéologies mortifères, dont on connaît bien les effets. Dans la fiction. Le roman "La Théorie Gaïa" (2008), de Maxime Chattam, évoque longuement la thématique Gaïa, surtout sous l'angle de la violence et de l'agressivité de l'être humain. |
Théorie des graphes La théorie des graphes est la discipline mathématique et informatique qui étudie les "graphes", lesquels sont des modèles abstraits de dessins de réseaux reliant des objets. Ces modèles sont constitués par la donnée de "sommets" (aussi appelés "nœuds" ou "points", en référence aux polyèdres), et d'arêtes (aussi appelées "liens" ou "lignes") entre ces sommets ; ces arêtes sont parfois non-symétriques (les graphes sont alors dits "orientés") et sont appelées des "flèches" ou des "arcs". Les algorithmes élaborés pour résoudre des problèmes concernant les objets de cette théorie ont de nombreuses applications dans tous les domaines liés à la notion de réseau (réseau social, réseau informatique, télécommunications, etc.) et dans bien d'autres domaines (par exemple génétique) tant le concept de graphe, à peu près équivalent à celui de relation binaire (à ne pas confondre donc avec "graphe d'une fonction"), est général. De grands théorèmes difficiles, comme le théorème des quatre couleurs, le théorème des graphes parfaits, ou encore le théorème de Robertson-Seymour, ont contribué à asseoir cette matière auprès des mathématiciens, et les questions qu'elle laisse ouvertes, comme la conjecture de Hadwiger, en font une branche vivace des mathématiques discrètes. Définitions. Il existe plusieurs variantes dans la définition des graphes en théorie des graphes. Les définitions les plus usuelles sont les suivantes. Graphe. Dans un sens restreint mais très répandu du terme, un "graphe" est un couple comprenant Pour lever toute ambiguïté, ce type d'objet peut être appelé précisément un "graphe simple non orienté". Dans l'arête , les sommets "x" et "y" sont appelés les "extrémités" ou les "sommets extrêmes" de l'arête. On dit que l'arête "joint" "x" et "y" et est "incidente" sur "x" et sur "y". Un sommet peut exister dans un graphe sans arête incidente. Les "arêtes multiples" sont deux arêtes ou plus qui joignent les mêmes deux sommets ; elles ne peuvent pas exister dans un graphe simple non orienté. Dans un sens plus général du terme autorisant les arêtes multiples, un "graphe" est un triplet comprenant Pour lever toute ambiguïté, ce type d'objet peut être appelé précisément un "multigraphe non orienté". Une "boucle" est une arête qui joint un sommet à lui-même. Les graphes tels que définis dans les deux définitions précédentes ne peuvent pas avoir de boucles, car une boucle joignant un sommet "x" est l'arête (pour un graphe simple non orienté) ou est incidente sur (pour un multigraphe non orienté) qui n'est pas dans {{"x", "y"} | ("x", "y") ∈ "V"2 ∧ x ≠ y}. Ainsi pour autoriser les boucles les définitions doivent être étendues. Pour les graphes simples non orientés, "E" ⊆ {{"x", "y"} | ("x", "y") ∈ "V"2 ∧ x ≠ y} doit devenir "E" ⊆ {{"x", "y"} | ("x", "y") ∈ "V"2}. Pour les multigraphes non orientés, "ϕ": "E" → {{"x", "y"} | ("x", "y") ∈ "V"2 ∧ x ≠ y} doit devenir "ϕ": "E" → {{"x", "y"} | ("x", "y") ∈ "V"2}. Pour lever toute ambiguïté, ces types d'objets peuvent être appelés précisément un "graphe simple non orienté avec boucles" et un "multigraphe non orienté avec boucles" respectivement. "V" et "E" sont en général supposés finis, et de nombreux résultats cessent d'être vrais (ou ont des énoncés différents) pour des "graphes infinis" parce que certains arguments de preuve ne se transposent pas au cas infini. De plus, "V" est souvent supposé non vide, mais "E" peut être l'ensemble vide. L"'ordre" d'un graphe |"V"| est son nombre de sommets. La "taille" d'un graphe est |"E"|, son nombre d'arêtes. Le "degré" ou la "valence" d'un sommet est le nombre d'arêtes incidentes à ce sommet, où une boucle compte double. Dans un graphe simple non orienté d'ordre "n", le degré maximum d'un sommet est et la taille maximale du graphe est . Les arêtes "E" d'un graphe non orienté "G" induisent une relation binaire symétrique ~ sur "V" appelée la "relation d'adjacence" de "G". Spécifiquement, pour chaque arête , ses sommets extrêmes "x" et "y" sont dits "adjacents" l'un l'autre, ce qui est noté . Graphe orienté. Un "graphe orienté" est un graphe dans lequel les arêtes possèdent une orientation. Dans un sens restreint mais très répandu du terme, un "graphe orienté" est un couple (parfois ) comprenant Pour lever toute ambiguïté, ce type d'objet peut être appelé précisément un "graphe simple orienté". Dans la flèche orientée "de" "x" "vers" "y", "x" est appelé la "queue" de la flèche et "y" la "tête" de la flèche. La flèche est appelée la "flèche inverse" de . Dans un sens plus général du terme autorisant les flèches multiples, un "graphe orienté" est un triplet (parfois ) comprenant Pour lever toute ambiguïté, ce type d'objet peut être appelé précisément un "multigraphe orienté". Les graphes orientés tels que définis dans les deux définitions précédentes ne peuvent pas avoir de boucles, car une boucle joignant un sommet "x" est la flèche (pour un graphe simple orienté) ou est incidente sur (pour un multigraphe orienté) qui n'est pas dans {("x", "y") | ("x", "y") ∈ "V"2 ∧ x ≠ y}. Ainsi pour autoriser les boucles les définitions doivent être étendues. Pour les graphes simples orientés, "A" ⊆ {("x", "y") | ("x", "y") ∈ "V"2 ∧ x ≠ y} doit devenir . Pour les multigraphes orientés, "ϕ": "A" → {("x", "y") | ("x", "y") ∈ "V"2 ∧ x ≠ y} doit devenir "ϕ": "A" → "V"2. Pour lever toute ambiguïté, ces types d'objets peuvent être appelés précisément un "graphe simple orienté avec boucles" et un "multigraphe orienté avec boucles" (ou un carquois) respectivement. Un graphe simple orienté avec boucles est une relation homogène (une relation binaire entre un ensemble et lui-même). Un graphe simple orienté avec boucles est dit "symétrique" si, pour chaque flèche de "A", la flèche inverse correspondante appartient aussi à "A". Topologies. Il existe trois grandes familles de graphes et cinq catégories au total : Origines. Un article du mathématicien suisse Leonhard Euler, présenté à l'Académie de Saint-Pétersbourg en 1735 puis publié en 1741, traitait du problème des sept ponts de Königsberg, ainsi que schématisé ci-dessous. Le problème consistait à trouver une promenade à partir d'un point donné qui fasse revenir à ce point en passant une fois et une seule par chacun des sept ponts de la ville de Königsberg. Un chemin passant par toute arête exactement une fois fut nommé chemin eulérien, ou circuit eulérien s'il finit là où il a commencé. Par extension, un graphe admettant un circuit eulérien est dit "graphe eulérien", ce qui constitue donc le premier cas de propriété d'un graphe. Euler avait formulé qu'un graphe n'est eulérien que si chaque sommet a un nombre pair d'arêtes. L'usage est de s'y référer comme "théorème d'Euler", bien que la preuve n'en ait été apportée que 130 ans plus tard par le mathématicien allemand Carl Hierholzer. Un problème similaire consiste à passer par chaque sommet exactement une fois, et fut d'abord résolu avec le cas particulier d'un cavalier devant visiter chaque case d'un échiquier par le théoricien d'échecs arabe Al-Adli dans son ouvrage "Kitab ash-shatranj" paru vers 840 et perdu depuis. Ce problème du cavalier fut étudié plus en détail au par les mathématiciens français Alexandre-Théophile Vandermonde, Pierre Rémond de Montmort et Abraham de Moivre; le mathématicien britannique Thomas Kirkman étudia le problème plus général du parcours où on ne peut passer par un sommet qu'une fois, mais un tel parcours prit finalement le nom de chemin hamiltonien d'après le mathématicien irlandais William Rowan Hamilton, et bien que ce dernier n'en ait étudié qu'un cas particulier. On accorde donc à Euler l'origine de la théorie des graphes parce qu'il fut le premier à proposer un traitement mathématique de la question, suivi par Vandermonde. → Au milieu du , le mathématicien britannique Arthur Cayley s'intéressa aux arbres, qui sont un type particulier de graphe n'ayant pas de cycle, "i.e." dans lequel il est impossible de revenir à un point de départ sans faire le chemin inverse. En particulier, il étudia le nombre d'arbres à "n" sommets et montra qu'il en existe formula_1. Ceci constitua « une des plus belles formules en combinatoire énumérative », domaine consistant à compter le nombre d'éléments dans un ensemble fini, et ouvrit aussi la voie à l'énumération de graphes ayant certaines propriétés. Ce champ de recherche fut véritablement initié par le mathématicien hongrois George Pólya, qui publia en 1937 le théorème de dénombrement qui porte son nom, et le mathématicien hollandais Nicolaas Govert de Bruijn. Les travaux de Cayley, tout comme ceux de Polya, présentaient des applications à la chimie et le mathématicien anglais James Joseph Sylvester, coauteur de Cayley, introduisit en 1878 le terme de "graphe" basé sur la chimie : Un des problèmes les plus connus de théorie des graphes vient de la "coloration de graphe", où le but est de déterminer combien de couleurs différentes suffisent pour colorer entièrement un graphe de telle façon qu'aucun sommet n'ait la même couleur que ses voisins. En 1852, le mathématicien sud-africain Francis Guthrie énonça le problème des quatre couleurs par une discussion à son frère, qui demandera à son professeur Auguste De Morgan si toute carte peut être coloriée avec quatre couleurs de façon que des pays voisins aient des couleurs différentes. De Morgan envoya d'abord une lettre au mathématicien irlandais William Rowan Hamilton, qui n'était pas intéressé, puis le mathématicien anglais Alfred Kempe publia une preuve erronée dans l’"American Journal of Mathematics", qui venait d'être fondé par Sylvester. L'étude de ce problème entraîna de nombreux développements en théorie des graphes, par Peter Guthrie Tait, Percy John Heawood, Frank Ramsey et Hugo Hadwiger. Les problèmes de "factorisation de graphe" émergèrent ainsi à la fin du en s'intéressant aux sous-graphes couvrants, c'est-à-dire aux graphes contenant tous les sommets mais seulement une partie des arêtes. Un sous-graphe couvrant est appelé un "k"-facteur si chacun de ses sommets a "k" arêtes et les premiers théorèmes furent donnés par Julius Petersen ; par exemple, il montra qu'un graphe peut être séparé en 2-facteurs si et seulement si tous les sommets ont un nombre pair d'arêtes (mais il fallut attendre 50 ans pour que Bäbler traite le cas impair). Les travaux de Ramsey sur la coloration, et en particulier les résultats du mathématicien hongrois Pal Turan, permirent le développement de la théorie des graphes extrémaux s'intéressant aux graphes atteignant le maximum d'une quantité particulière (par exemple le nombre d'arêtes) avec des contraintes données, telles que l'absence de certains sous-graphes. Dans la seconde moitié du , le mathématicien français Claude Berge contribue au développement de la théorie des graphes par ses contributions sur les "graphes parfaits" et l'introduction du terme d’"hypergraphe" (à la suite de la remarque de Jean-Marie Pla l'ayant utilisé dans un séminaire) avec un monographe sur le sujet. Son ouvrage d'introduction à la théorie des graphes proposa également une alternative originale, consistant plus en une promenade personnelle qu'une description complète. Il marquera également la recherche française en ce domaine, par la création conjointe avec Marcel-Paul Schützenberger d'un séminaire hebdomadaire à l'Institut Henri Poincaré, des réunions le lundi à la Maison des Sciences de l'Homme, et la direction de l'équipe Combinatoire de Paris. Flots dans les réseaux. Les Allemands Franz Ernst Neumann et Jacobi, respectivement physicien et mathématicien, fondèrent en 1834 une série de séminaires. Le physicien allemand Gustav Kirchhoff était un des étudiants participant au séminaire entre 1843 et 1846, et il étendit le travail de Georg Ohm pour établir en 1845 les lois de Kirchhoff exprimant la conservation de l'énergie et de la charge dans un circuit électrique. En particulier, sa loi des nœuds stipule que la somme des intensités des courants entrant dans un nœud est égale à celle qui en sort. Un circuit électrique peut se voir comme un graphe, dans lequel les sommets sont les nœuds du circuit, et les arêtes correspondent aux connexions physiques entre ces nœuds. Pour modéliser les courants traversant le circuit, on considère que chaque arête peut être traversée par un "flot". Ceci offre de nombreuses analogies, par exemple à l'écoulement d'un liquide comme l'eau à travers un réseau de canaux, ou la circulation dans un réseau routier. Comme stipulé par la loi des nœuds, le flot à un sommet est conservé, ou identique à l'entrée comme à la sortie ; par exemple, l'eau qui entre dans un canal ne disparaît pas et le canal n'en fabrique pas, donc il y a autant d'eau en sortie qu'en entrée. De plus, une arête a une limite de capacité, tout comme un canal peut transporter une certaine quantité maximale d'eau. Si l'on ajoute que le flot démarre à un certain sommet (la "source") et qu'il se termine à un autre (le "puits"), on obtient alors les principes fondamentaux de l'étude des flots dans un graphe. Si on considère que la source est un champ pétrolifère et que le puits est la raffinerie où on l'écoule, alors on souhaite régler les vannes de façon à avoir le meilleur débit possible de la source vers le puits. En d'autres termes, on cherche à avoir une utilisation aussi efficace que possible de la capacité de chacune des arêtes, ce qui est le problème de flot maximum. Supposons que l'on « coupe » le graphe en deux parties, telles que la source est dans l'une et le puits est dans l'autre. Chaque flot doit passer entre les deux parties, et est donc limité par la capacité maximale qu'une partie peut envoyer à l'autre. Trouver la coupe avec la plus petite capacité indique donc l'endroit où le réseau est le plus limité, ce qui revient à établir le flot maximal qui peut le traverser. Ce théorème est appelé flot-max/coupe-min et fut établi en 1956. L’étude des flots réseaux se généralise de plusieurs façons. La recherche d'un maximum, ici dans le cas du flot, est un problème d'optimisation, qui est la branche des mathématiques consistant à optimiser ("i.e." trouver un minimum ou maximum) une fonction sous certaines contraintes. Un flot réseau est soumis à trois contraintes : la limite de capacité sur chaque arête, la création d'un flot non nul entre la source et le puits ("i.e." la source crée un flot), et l'égalité du flot en entrée/sortie pour tout sommet autre que la source et les puits ("i.e." ils ne consomment ni ne génèrent une partie du flot). Ces contraintes étant linéaires, le problème d'un flot réseau fait partie de l'optimisation linéaire. Il est également possible de rajouter d'autres variables au problème pour prendre en compte davantage de situations : on peut ainsi avoir plusieurs sources et puits, une sur chaque arête, un coût lorsqu'on utilise une arête, ou une passant par une arête. Introduction de probabilités. Jusqu'au milieu du , l'algorithme construisant un graphe n'avait rien d'aléatoire : tant que les paramètres fournis à l'algorithme ne changeaient pas, alors le graphe qu'il construisait était toujours le même. Une certaine dose d'aléatoire fut alors introduite, et les algorithmes devinrent ainsi probabilistes. Le mathématicien d'origine russe Anatol Rapoport eut d'abord cette idée en 1957 mais elle fut proposée indépendamment deux ans après, de façon plus formelle, par les mathématiciens hongrois Paul Erdős et Alfréd Rényi. Ceux-ci se demandèrent à quoi ressemble un graphe « typique » avec "n" sommets et "m" arêtes. Ils souhaitaient ainsi savoir quelles propriétés pouvaient être trouvées avec "n" sommets, et "m" arêtes créées au hasard. Une quantité fixe "m" n'étant pas pratique pour répondre à cette question, il fut décidé que chaque arête existerait avec une probabilité "p". Ceci fut le début de la "théorie des graphes aléatoires", où l'on considère un nombre de sommets "n" assez grand, et l'on s'intéresse à la probabilité "p" suffisante pour que le graphe ait une certaine propriété. Erdős et Rényi découvrirent que le graphe n'évoluait pas de façon linéaire mais qu'il y avait au contraire une probabilité critique "p" après laquelle il changeait de façon radicale. Ce comportement est bien connu en physique : si l'on observe un verre d'eau que l'on met dans un congélateur, il ne se change pas progressivement en glace mais plutôt brutalement lorsque la température passe en dessous de . L'eau avait deux phases (liquide et glace) et passe de l'une à l'autre par un phénomène nommé "transition de phase", la transition étant rapide autour d'un "point critique" qui est dans ce cas la température de . Pour nombre de propriétés observées, les graphes aléatoires fonctionnent de la même manière : il existe une probabilité critique formula_2 en dessous de laquelle ils se trouvent dans une phase sous-critique, et au-dessus de laquelle ils passent en phase sur-critique. Dans le cas d'un graphe aléatoire, la probabilité que l'on observe la propriété nous intéressant est faible en phase sous-critique mais devient très forte ("i. e." quasi-certitude) en phase sur-critique ; le tracé de la probabilité d'avoir la propriété en fonction de "p" a donc une allure bien particulière, simplifiée dans le schéma à droite. Au-delà du vocabulaire commun des phases, la théorie des graphes aléatoires se retrouve en physique statistique sous la forme de la théorie de la percolation. Cette dernière visait à l'origine à étudier l'écoulement d'un fluide à travers un matériau poreux. Par exemple, si l'on immerge une pierre ponce dans un seau rempli d'eau, on s'intéresse à la façon dont l'eau va s'écouler dans la pierre. Pour modéliser ce problème, on se concentre sur les paramètres importants : l'âge ou la couleur de la pierre n'importe pas, tandis que les ouvertures ou 'canaux' dans lesquels peut circuler l'eau sont primordiaux. L'abstraction la plus simple est de voir une pierre comme une grille, où chaque canal existe avec une probabilité "p". On retrouve ainsi le modèle du graphe aléatoire, mais avec une contrainte "spatiale" : une arête ne peut exister entre deux sommets que s'ils sont voisins dans la grille. Cependant, cette contrainte peut être levée pour établir une équivalence entre la théorie des graphes et celle de la percolation. Tout d'abord, un graphe de "n" sommets peut être représenté par une grille avec "n" dimensions ; puisqu'on s'intéresse au cas où "n" est assez grand, c'est-à-dire formula_3, ceci établit une équivalence avec la percolation en dimension infinie. De plus, il existe une dimension critique formula_4 telle que le résultat ne dépend plus de la dimension dès que celle-ci atteint formula_4 ; on pense que cette dimension critique est 6, mais elle n'a pu être prouvée que pour 19. De nombreux modèles ont été proposés depuis le début des années 2000 pour retrouver des phénomènes observés dans des graphes tels que celui représentant les connexions entre des acteurs de Hollywood (obtenu par IMDb) ou des parties du Web. En 1999, Albert-László Barabási et Réka Albert expliquèrent qu'un de ces phénomènes « est une conséquence de deux mécanismes : le réseau grandit continuellement avec l'ajout de nouveaux sommets, et les nouveaux sommets s'attachent avec certaines préférences à d'autres qui sont déjà bien en place ». Une certaine confusion s'installa autour de leur modèle : s'il permet effectivement d'obtenir le phénomène souhaité, il n'est pas le seul modèle arrivant à ce résultat et on ne peut donc pas conclure en voyant le phénomène qu'il résulte d'un processus d'attachement préférentiel. Les phénomènes de "petit monde" et de "liberté d'échelle", pour lesquels de très nombreux modèles ont été proposés, peuvent être réalisés simplement par des graphes aléatoires : la technique de Michael Molloy et Bruce Reed permet d'obtenir l'effet de libre d'échelle, tandis que celle de Li, Leonard et Loguinov conduit au petit-monde. Représentations et invariants. Étiquetage et morphismes. Formellement un graphe est "étiqueté" : chaque sommet ou arête appartient à un ensemble, donc porte une "étiquette". Typiquement, les graphes sont étiquetés par des nombres entiers, mais une étiquette peut en fait appartenir à n'importe quel ensemble : ensemble de couleurs, ensemble de mots, ensemble des réels. Les exemples ci-contre montrent des graphes étiquetés par des entiers et par des lettres. L'étiquetage d'un graphe peut être conçu de façon à donner des informations utiles pour des problèmes comme le routage : partant d'un sommet formula_6, on veut arriver à un sommet formula_7, c'est-à-dire que l'on souhaite acheminer une information de formula_6 à formula_7. Selon la façon dont les sommets sont étiquetés, les étiquettes que portent formula_6 et formula_7 peuvent nous permettre de trouver facilement un chemin. Par exemple, dans le où la distance maximale entre deux sommets est formula_12, imaginons que l'on soit à un sommet étiqueté formula_13 et que l'on souhaite aller à formula_14 : il suffit de décaler l'étiquette en introduisant la destination, ce qui donne le cheminformula_15Ce chemin se lit de la façon suivante : si on se trouve au sommet étiqueté formula_13 alors on va vers le voisin portant l'étiquette formula_17, et ainsi de suite. On se retrouve cependant face à un problème : si on regarde plus haut l'illustration de la liste des arbres à 2, 3 et 4 sommets, beaucoup d'entre eux ont exactement la même "structure" mais un étiquetage différent (donné ici par des couleurs). Pour étudier uniquement la structure, il faut donc un outil permettant d'ignorer l'étiquetage, c'est-à-dire de donner une équivalence structurelle. Pour cela, on introduit la notion de morphisme. Un "morphisme de graphes", ou "homomorphisme de graphes", est une application entre deux graphes qui respecte la structure des graphes. Autrement dit l'image du graphe formula_18 dans formula_19 doit respecter les relations d'adjacences présentes dans formula_18. Plus précisément, si formula_18 et formula_19 sont deux graphes, une application formula_23 est un morphisme de graphes si formula_24 où formula_25 transforme les sommets de G en ceux de H, et formula_26 les arêtes de G en celles de H en respectant la contrainte suivante : s'il existe une arête formula_27 entre deux sommets de formula_18 alors il doit y avoir une arête formula_29 entre les deux sommets correspondants de formula_19. On dit de l'homomorphisme formula_31 qu'il est une injection (respectivement surjection) si ses deux fonctions formula_32 et formula_33 sont injectives (respectivement surjectives); si elles sont à la fois injectives et surjectives, c'est-à-dire bijectives, alors formula_31 est un "isomorphisme de graphes". Si deux graphes sont isomorphes, alors ils ont la même structure : peu importe la façon dont ils sont dessinés ou étiquetés, il est possible de déplacer les sommets ou de changer les étiquettes pour que l'un soit la copie conforme de l'autre, ainsi qu'illustré ci-dessous. On désigne alors par graphe "non étiqueté" la classe d'équivalence d'un graphe pour la relation d'isomorphisme. Deux graphes isomorphes seront alors considérés comme égaux si on les considère en tant que graphes non étiquetés. Le mot graphe peut désigner, selon les contextes, un graphe étiqueté ou non étiqueté. Quand on parle du graphe du web, les étiquettes sont des URL et ont un sens. Le mot est utilisé pour désigner un graphe étiqueté. À l'opposé le graphe de Petersen est toujours considéré à isomorphisme près, donc non étiqueté, seules ses propriétés structurelles étant intéressantes. Graphes et algèbre linéaire. Tout graphe formula_35 peut être représenté par une matrice. Les relations entre arêtes et sommets, appelées les relations d'incidence, sont toutes représentées par la matrice d'incidence du graphe. Les relations d'adjacences (si deux sommets sont reliés par une arête ils sont adjacents) sont représentés par sa matrice d'adjacence. Elle est définie par formula_36 De nombreuses informations d'un graphe peuvent être représentées par une matrice. Par exemple, la matrice des degrés formula_12 est une matrice diagonale où les éléments formula_38 correspondent au nombre de connexions du sommet formula_39, c'est-à-dire à son degré. En utilisant cette matrice et la précédente, on peut également définir la matrice laplacienne formula_40 ; on obtient sa forme normalisée formula_41 par formula_42, où formula_43 dénote la matrice identité, ou on peut aussi l'obtenir directement par chacun de ses éléments : formula_44 Ces représentations dépendent de la façon dont les sommets du graphe sont étiquetés. Imaginons que l'on garde la même structure que dans l'exemple ci-dessus et que l'on inverse les étiquettes "1" et "6" : on inverse alors les colonnes "1" et "6" de la matrice d'adjacence. Il existe en revanche des quantités qui ne dépendent pas de la façon dont on étiquette les sommets, tels que le degré minimal/maximal/moyen du graphe. Ces quantités sont des "invariants" du graphe : elles ne changent pas selon la numérotation. Tandis qu'une matrice d'adjacence ou laplacienne varie, son "spectre", c'est-à-dire l'ensemble de ses valeurs propres formula_45, est un invariant. L'étude du rapport entre les spectres et les propriétés d'un graphe est le sujet de la théorie spectrale des graphes ; parmi les rapports intéressants, le spectre donne des renseignements sur le nombre chromatique, le nombre de composantes connexes et les cycles du graphe. Décompositions arborescentes et en branches. Les graphes permettant de représenter de nombreuses situations, il existe de nombreux algorithmes ("i.e." programmes) les utilisant. La complexité d'un algorithme consiste essentiellement à savoir, pour un problème donné, combien de temps est nécessaire pour le résoudre et quel est l'espace machine que cela va utiliser. Certaines représentations de graphes permettent d'obtenir de meilleures performances, c'est-à-dire que le problème est résolu plus rapidement ou en occupant moins d'espace. Dans certains cas, un problème NP-complet (classe la plus ardue) sur une représentation d'un graphe peut être résolu en temps polynomial (classe simple) avec une autre représentation; l'idée n'est pas qu'il suffit de regarder le graphe différemment pour résoudre le problème plus vite, mais que l'on « paye » pour le transformer et que l'on « économise » alors pour résoudre le problème. Une telle transformation est la "décomposition arborescente" proposée par les mathématiciens Robertson et Seymour dans leur série "Graph Minors". Intuitivement, une décomposition arborescente représente le graphe d'origine formula_18 par un arbre, où chaque sommet correspond à un sous-ensemble des sommets de G, avec quelques contraintes. Formellement, pour un graphe donné formula_47, sa décomposition arborescente est formula_48 où formula_49 est un arbre et formula_31 une fonction associant à chaque sommet formula_51 un ensemble de sommets formula_52. Trois contraintes doivent être satisfaites : La "largeur arborescente" formula_61 d'une décomposition formula_62 d'un graphe formula_18 est formula_64, c'est-à-dire la taille du plus grand ensemble représenté par un sommet moins 1 ; on peut la voir comme l'abstraction maximale : pour un sommet de l'arbre, jusqu'à combien de sommets du graphe représente-t-on ? Construire la décomposition arborescente d'un graphe quelconque avec la plus petite largeur arborescente est un problème NP-dur. Cependant, cela peut être fait rapidement pour certains graphes, ou approximée pour d'autres tels les graphes planaires ("i. e." pouvant être dessinés sans croiser deux arêtes). Robertson et Seymour développèrent également le concept de "décomposition en branches". Pour la comprendre, il faut introduire davantage de vocabulaire sur un arbre. Dans les graphes, un arbre est dessiné "à l'envers" : on démarre de la racine en haut, et on descend jusqu'à atteindre les feuilles en bas ; tout sommet n'étant pas une feuille est appelé un 'nœud interne'. La décomposition en branches résulte en un arbre dans lequel tout nœud interne a exactement trois voisins (comme sur l'exemple ci-contre), et où chaque feuille représente une arête du graphe d'origine. La profondeur minimale de la décomposition d'un graphe formula_18 est notée formula_66, et on a la relation formula_67. De même que pour la décomposition arborescente, il est NP-dur de construire une décomposition en branches avec formula_66 minimal pour un graphe quelconque ; dans ce cas, cette construction est réalisable pour un graphe planaire. Ces représentations sont utilisées sur des problèmes NP-complets par des techniques de programmation dynamique, qui prennent généralement un temps exponentiel en formula_66 ou formula_61. Un tel problème est par exemple l'ensemble dominant : on veut savoir s'il y a un sous-ensemble formula_12 de sommets de taille au plus formula_72 tel qu'un sommet n'étant pas dans formula_12 y soit relié par une arête. Si le graphe est planaire, cette technique permet de résoudre le problème en temps formula_74. Aspect algorithmique. Structures de données. La façon dont le graphe est représenté en tant qu'objet mathématique a été exposée dans la section précédente. Dans l'aspect algorithmique de la théorie des graphes, on cherche à concevoir un processus efficace pour traiter un problème faisant intervenir un graphe. Les principaux critères d'efficacités d'un processus sont le temps nécessaire avant d'obtenir la réponse, et l'espace que le processus consomme dans son travail. La façon dont on représente le graphe influence la performance en temps et en espace : par exemple, si l'on veut connaître l'existence d'une arête entre deux sommets, la matrice d'adjacence permettra d'obtenir un résultat immédiatement, ce que l'on appelle en formula_75. En revanche, une opération de base telle que trouver le voisin d'un sommet est en formula_76 sur une matrice d'adjacence : dans le pire des cas, il faudra scanner la totalité de la colonne pour s'apercevoir qu'il n'y a pas de voisin. Une autre structure de données est la liste d'adjacence, consistant en un tableau dont l'entrée formula_39 donne la liste des voisins du sommet formula_39 : sur une telle structure, trouver un voisin se fait en formula_75 tandis que l'existence d'une arête est en formula_76. Ainsi, au niveau du temps, le choix de la structure dépend des opérations de base que l'on souhaite optimiser. De même, l'espace qu'une structure consomme dépend du type de graphe considéré : un raccourci abusif consiste à dire qu'une liste d'adjacences consomme moins d'espace qu'une matrice car celle-ci sera creuse, mais cela prend par exemple plus d'espace pour stocker un graphe aléatoire avec les listes qu'avec une matrice ; dans le cas général, une matrice utilise un espace formula_81 et les listes utilisent formula_82 donc "si" le graphe est dense alors formula_83 peut être suffisamment grand pour qu'une matrice consomme moins d'espace, et "si" le graphe est peu dense alors les listes consommeront moins d'espace. Des modifications simples d'une structure de données peuvent permettre d'avoir un gain appréciable : par exemple, dans une représentation "partiellement complémentée" d'une liste, un bit spécial indique si la liste est celle des voisins présents "ou" manquants ; cette technique permet d'avoir des algorithmes linéaires sur le complément d'un graphe. Tandis que ces structures sont locales, il existe aussi des structures de données "distribuées". Le principe de ces structures est de concevoir un "schéma d'étiquetage" tel que, pour deux sommets formula_84 et formula_85, on puisse répondre à une question comme « quelle est la distance entre formula_84 et formula_85 » "uniquement" en utilisant les étiquettes de ces nœuds ; une telle utilisation des étiquettes a été vue en section « Étiquetage et morphismes » avec le graphe de Kautz où l'on peut déduire le chemin entre deux sommets uniquement grâce à leur étiquette, et la longueur de ce chemin nous donne la distance. Un étiquetage est "efficace" s'il permet de répondre à une question donnée uniquement en utilisant deux étiquettes, tout en minimisant le nombre maximum de bits d'une étiquette. Outre la distance, une question type peut être de tester l'adjacence, c'est-à-dire de savoir si deux sommets sont voisins ; notons que cela se ramène également au cas particulier d'une distance 1. Le premier exemple d'étiquetage efficace pour tester l'adjacence fut proposé dans le cas des arbres, et chaque étiquette est constituée de deux parties de formula_88 bits : la première partie identifie le sommet, et un nombre allant jusqu'à formula_89 nécessite formula_88 bits pour être codé, tandis que la seconde partie identifie le parent de ce sommet ; pour tester l'adjacence, on utilise le fait que deux sommets sont voisins dans un arbre si et seulement si l'un est le parent de l'autre. Sous-graphes utiles : séparateurs, spanners et arbres de Steiner. L'efficacité d'un schéma d'étiquetage est lié à la taille des séparateurs du graphe. Si un graphe a des séparateurs de taille formula_91, alors on peut par exemple concevoir des étiquettes de formula_92 bits pour la distance ; ceci permet directement d'en déduire l'étiquetage pour des graphes dont on connaît la taille des séparateurs, tels un graphe planaire où le séparateur est de taille formula_93. Enfin, il ne faut pas considérer que la taille de l'étiquetage mais également le temps nécessaire, étant donnés deux étiquettes, pour effectuer le "décodage" répondant à la question ("i.e." quelle est la distance ? sont-ils voisins ?). Réduction de données. De nombreux problèmes sur les graphes sont NP-complets, c'est-à-dire durs à résoudre. Cependant, cette dureté est inégale : "certaines" parties du problème peuvent être particulièrement dures, et en constituent ainsi le cœur, tandis que d'autres sont assez faciles à gérer. Ainsi, avant d'exécuter un algorithme sur un problème qui peut être dur, il est préférable de passer du temps à réduire ce problème pour ne plus avoir à considérer que son cœur. |
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Tsunami Un tsunami (en japonais , « vague du port ») est une série d'ondes de très grande période se propageant à travers un milieu aquatique (océan, mer ou lac), issues du brusque mouvement d'un grand volume d'eau, provoqué généralement par un séisme, un glissement de terrain sous-marin ou une explosion volcanique, et pouvant se transformer, en atteignant les côtes, en vagues destructrices déferlantes de très grande hauteur. En eau profonde, les vagues du tsunami ont une période (temps séparant chaque crête) se comptant en dizaines de minutes, et peuvent voyager à plus de , tout en ne dépassant pas quelques décimètres de hauteur. Mais à l'approche des côtes, leur période et leur vitesse diminuent, tandis que leur amplitude augmente, leur hauteur pouvant dépasser . Elles peuvent alors submerger le rivage, inondant les terrains bas, pénétrant profondément dans les terres, en emportant tout sur leur passage, dans une succession de flux et de reflux. Les tsunamis font partie des catastrophes les plus destructrices de l'histoire. Sur les quatre derniers millénaires, ils totalisent plus de , à travers au moins répertoriés. Le tsunami de 2004 dans l'océan Indien est la catastrophe la plus meurtrière des années, avec plus de . En français, le terme de était précédemment couramment employé pour désigner les tsunamis. C'est toutefois un terme imprécis, car il regroupe sous la même appellation les tsunamis et d'autres phénomènes de submersion marine. Les scientifiques ont donc officialisé en 1963 le terme « tsunami », sujet de cet article. Étymologie. Tsunami. Le terme est un mot japonais composé de , « port », « gué », et de , « vague(s) » ; il signifie littéralement « vague portuaire » ou « vague de port ». Elle serait nommée ainsi par les pêcheurs qui, n'ayant rien perçu d'anormal au large, retrouvaient leur ville portuaire ravagée. Le mot intraduisible a été employé en anglais pour la première fois en 1896, au mois de décembre par la géographe américaine Eliza Ruhamah Scidmore qui, à la suite d'un voyage au Japon, décrit dans "National Geographic Society" le qui se produit le 15 juin 1896. Il est francisé depuis 1914 par les géographes et journalistes, il prend donc un "s" au pluriel (des tsunamis). L'emploi véritablement popularisé de ce premier terme scientifique ou à usage restreint date du séisme du 26 décembre 2004 dans l'océan Indien. À noter que la vague d'Hokusai (présentée ici) ne représente en aucun cas un tsunami, comme il est coutume de l'utiliser en illustration de ces derniers, mais bien une vague scélérate. Raz-de-marée. Dans le composé "raz-de-marée", le terme "raz" (ou "ras") désigne un courant rapide. C'est un mot d'origine norroise "rás" qui aurait été importé lors de l'établissement de populations anglo-scandinaves en Normandie. Il est attesté en français pour la première fois chez Jean Froissart, à la fin du au sens de « courant marin violent, qui se fait sentir dans un passage étroit ». Cependant, son attestation dans la toponymie normande est plus ancienne, ainsi le Raz de Barfleur est il mentionné sous la forme "Ras de Catte" en 1120 et "Cataras" en 1149. Le mot anglais "race" « course » partage la même étymologie et avait autrefois également le sens du mot français. Il a servi à qualifier différents endroits, outre celui cité plus haut, comme le Raz Blanchard, le Gros-du-Raz, le Raz-de-Bannes ou le Raz de la Percée en Normandie, ainsi que la pointe du Raz en Bretagne (breton "Beg-ar-Raz") ou le raz de Sein, où le terme normand a été adopté probablement par les marins. L'utilisation du terme marée, un phénomène provoqué par l'attraction de la lune et du soleil, est trompeur car le « raz-de-marée » est provoqué par des événements d'origine terrestre uniquement. L'association avec les marées est en fait une référence à son apparence, comme une hausse extrêmement rapide du niveau de la mer, plutôt que comme une vague séismique géante. Il peut donc être parfois confondu avec une onde de tempête ou surcote. Cette dernière est cependant due à l'effet des vents associés à la dépression d'une tempête. Par exemple, le passage d'un cyclone tropical élève le niveau de l'eau d'un à plusieurs mètres et provoque des inondations similaires au raz-de marée comme avec l'ouragan Katrina à La Nouvelle-Orléans. Certaines baies ou certains ports ayant une configuration particulière peuvent aussi réagir au passage d'une onde créée par une « marche barométrique » : cette onde, ou météotsunami ("rissaga" en catalan) entraîne des phénomènes de résonance dans certains ports, qui vont alors se vider et/ou se remplir rapidement du fait de l'oscillation de résonance, phénomène assez fréquent en mer Méditerranée (Baléares, mer Adriatique) et qui peut entraîner des dégâts. Alors que le terme tsunami est popularisé dans la littérature scientifique à la suite du et du séisme de 1960 au Chili, les scientifiques des années 1950-1960 ne se contentent plus de décrire ce phénomène mais recherchent leurs causes. La communauté scientifique s'accorde alors pour désigner les débordements de mer par tsunami lorsque la cause est géologique (séisme, éruption volcanique, instabilités gravitaires, glissements de terrain), raz-de-marée lorsque l'origine est météorologique (tempêtes, accidents atmosphériques majeurs). Cependant les médias entretiennent la confusion entre ces deux termes et font l'association fausse des raz-de-marée avec les marées (le terme raz-de-marée étant passé par ailleurs dans la langue courante en 1915), mêlant même la cause et l'effet dans le terme météotsunami. Ces confusions et imprécisions poussent les scientifiques à abandonner le terme de raz-de-marée et officialiser le terme tsunami lors d'une conférence internationale en 1963. Description. Génération. Un tsunami est créé lorsqu'une grande masse d'eau est déplacée. Cela peut être le cas lors d'un séisme important, d'une magnitude de 6,3 (valeur « seuil » d'après les catalogues de tsunamis disponibles : NOA, catalogue de Novossibirsk) ou plus, lorsque le niveau du plancher océanique le long d'une faille s'abaisse ou s'élève brutalement (voir Fig. 1), lors d'un glissement de terrain côtier ou sous-marin, lors d'un impact par un astéroïde ou une comète ou encore lors d'un retournement d'iceberg. Un fort séisme ne produit pas nécessairement un tsunami : tout dépend de la manière (vitesse, surface, etc.) avec laquelle la topographie sous-marine (bathymétrie) évolue aux alentours de la faille et transmet la déformation à la colonne d'eau au-dessus. Propagation. Les mouvements de l'eau provoquent un mouvement de grande longueur d'onde (généralement quelques centaines de kilomètres) et de grande période (quelques minutes dans le cas d'un glissement de terrain à quelques dizaines de minutes dans le cas d'un séisme). Certains tsunamis sont capables de se propager sur des distances de plusieurs milliers de kilomètres et d'atteindre l'ensemble des côtes d'un océan en moins d'une journée. Ces tsunamis de grande étendue sont généralement d'origine tectonique, car les glissements de terrain et les explosions volcaniques produisent généralement des ondes de plus courte longueur d'onde qui se dissipent rapidement : on parlera de dispersion des ondes. Effets. Ce n'est pas principalement la hauteur du tsunami qui fait sa force destructrice, mais la durée de l'élévation du niveau de l'eau et la quantité d'eau déplacée à son passage : si des vagues de plusieurs mètres de hauteur, voire d'une dizaine de mètres, sont légion sur les côtes de l'océan Pacifique, elles ne transportent pas assez d'énergie pour pénétrer profondément à l'intérieur des terres. On peut voir le phénomène sous un autre angle : une vague classique, d'une période d'au plus une minute, n'élève pas le niveau de l'eau suffisamment longtemps pour qu'elle pénètre profondément, tandis que le niveau des eaux s'élève au-dessus de son niveau normal pendant 5 à 30 minutes lors du passage d'un tsunami. La force destructrice provient de l'énergie considérable qu'il véhicule : contrairement à la houle ou aux vagues classiques qui sont des phénomènes de surface et de faible longueur, le tsunami touche l'océan sur toute sa profondeur et sur une longueur d'onde bien plus importante. L'énergie dépendant de la vitesse et de la masse, celle-ci est considérable, même pour une faible élévation de surface au large près de l'épicentre. C'est cette énergie qui est révélée par l'élévation de la vague à l'approche des côtes. D'où son impact sur le littoral. Pertes humaines. Les victimes emportées par un tsunami peuvent recevoir divers chocs par les objets charriés (morceaux d'habitations détruites, bateaux, voitures, arbres) ou être projetées violemment contre des objets terrestres (mobilier urbain, arbres) : ces coups peuvent être mortels ou provoquer une perte de conscience et de facultés, pertes menant à la noyade. Certaines victimes peuvent aussi être piégées sous les décombres d'habitations. Enfin, le reflux du tsunami est capable d'emmener des personnes au large, où elles dérivent et, sans secours, meurent de noyade, d'épuisement ou de soif. Dans les jours et les semaines suivant l'événement, le bilan peut s'alourdir, en particulier dans les pays pauvres. Mais de temps à autre des victimes survivent et restent des jours, des semaines voire des mois sous les décombres. L'après-tsunami peut être plus mortel que la vague elle-même. Les maladies liées à la putréfaction de cadavres, à la contamination de l'eau potable et à la péremption des aliments sont susceptibles de faire leur apparition. La faim peut survenir en cas de destruction des récoltes et des stocks alimentaires. Dégâts. Les tsunamis sont susceptibles de détruire habitations, infrastructures et flore en raison : De plus, dans les régions plates, la stagnation d'eaux maritimes saumâtres peut porter un coup fatal à la faune et à la flore côtières, ainsi qu'aux récoltes. Sur les côtes sableuses ou marécageuses, le profil du rivage peut être modifié par la vague et une partie des terres, immergées. Les récifs coralliens peuvent également être disloqués et mis à mal par le tsunami lui-même et par la turbidité de l'eau qui peut s'ensuivre les semaines suivantes, ainsi que par les polluants (engrais, pesticides…) que l'eau a pu ramener. Étude et prévention. Échelles de classification. Pour mesurer les effets ou la magnitude des tsunamis, différentes échelles, analogues à l'échelle de Richter pour les séismes, sont utilisées. L'échelle Sieberg-Ambraseys. L'échelle Sieberg-Ambraseys, utilisée par le BRGM, classe les tsunamis par degrés : L'échelle d'Imamura. L'échelle d'Imamura permet d'attribuer une magnitude aux tsunamis. Introduite par Akitsune Imamura en 1942 et développée par Iida en 1956, elle est l'une des plus simples. La magnitude est calculée à partir de la hauteur maximum de la vague au niveau de la côte, selon la formule : où formula_2 désigne la magnitude et formula_3 est la hauteur maximale de la vague exprimée en mètres (formula_4 est le logarithme de base 2). Par exemple, le tsunami de 2004 dans l'océan Indien fut de magnitude 4 à Sumatra et de magnitude 2 en Thaïlande. Système d'alerte. La présence d'un système d'alerte de tsunami permettant d'alerter la population quelques heures avant la survenue d'un tsunami, la sensibilisation des populations côtières aux risques et aux gestes de survie, et la sécurisation de l'habitat permettent de sauver la plupart des vies humaines. Au Japon, habitué à ce genre de catastrophes, les habitants ont pris des précautions systématiques. Ils ont mis en place un système doté d'ordinateurs très performants, système qui peut détecter la formation d'un tsunami, en déduire la hauteur des vagues ainsi que la vitesse de leur propagation et le moment où les vagues atteindront les côtes grâce à l'épicentre et à la magnitude du séisme. Ils transmettent aussi ces données aux pays du Pacifique, même à leurs concurrents, contrairement à la surveillance de l'océan Indien. Il suffit généralement de s'éloigner de quelques centaines de mètres à quelques kilomètres des côtes ou d'atteindre un promontoire de quelques mètres à quelques dizaines de mètres de hauteur pour être épargné. La mise à l'abri ne prend donc que quelques minutes à un quart d'heure, aussi un système d'alerte au tsunami permet-il d'éviter la plupart des pertes humaines. Un système de bouées adaptées à la réception des mouvements (capteurs de pression disposés sur les fonds océaniques) peut être installé le long des côtes et ainsi prévenir du danger. Un dispositif de surveillance et d'alerte, utilisant une maille de sondes subocéaniques et traquant les séismes potentiellement déclencheurs de tsunamis, permet d'alerter les populations et les plagistes de l'arrivée d'un tsunami dans les pays donnant sur l'océan Pacifique : le Centre d'alerte des tsunamis dans le Pacifique, basé sur la plage d'Ewa à Hawaï, non loin d'Honolulu. Sécurisation de l'habitat. À Hawaï, où le phénomène est fréquent, les règlements d'urbanisme imposent que les constructions proches du rivage soient bâties sur pilotis. À Malé, la capitale des Maldives, une rangée de tétrapodes en béton dépassant de le niveau de la mer est prévue pour diminuer l'impact des tsunamis. Sensibilisation. La sensibilisation au phénomène et à ses dangers est également un facteur déterminant pour sauver des vies humaines, car toutes les côtes ne possèdent pas de système d'alarme - les côtes des Océans Atlantique et Indien en sont notamment dépourvues. De plus, certains tsunamis ne peuvent être détectés à temps (tsunamis locaux). Deux indices annonçant la survenue possible d'un tsunami sont à reconnaître et impliquent qu'il faut se rendre en lieu sûr : Si l'on est surpris par le tsunami, grimper sur le toit d'une habitation ou la cime d'un arbre solide, tenter de s'accrocher à un objet flottant que le tsunami charrie sont des solutions de dernier recours. En aucun cas, il n'est sûr de revenir auprès des côtes dans les heures suivant le tsunami car celui-ci peut être composé de plusieurs vagues espacées de quelques dizaines de minutes à plusieurs heures. "Sources : voir Bibliographie thématique : prévention". Les barrières naturelles. Un rapport publié par le PNUE suggère que le tsunami du 26 décembre 2004 a causé moins de dégâts dans les zones où des barrières naturelles, telles que les mangroves, les récifs coralliens ou la végétation côtière, étaient présentes. Une étude japonaise sur ce tsunami au Sri Lanka, établit à l’aide d’une modélisation sur image satellite, les paramètres de résistance côtière en fonction de différentes classes d’arbres. Recherche publique concernant le risque de tsunami. En France Métropolitaine, le programme MAREMOTI financièrement soutenu par l'ANR dans le cadre de RiskNat 2008 et ayant débuté le 24 mars 2009. Il associe plusieurs disciplines : la marégraphie, l'observation historique et de traces de paléo-tsunamis d'événements anciens (aux Baléares et sur la côte Nord-Est Atlantique notamment), la modélisation (notamment pour la création d'outils d'alerte) et des études de vulnérabilité. Le CEA coordonne les dix partenaires (CEA/DASE, SHOM, université de La Rochelle, Noveltis, GEOLAB - Université Blaise Pascal, LGP - Université Paris 1, Géosciences Consultants, GESTER - Université Montpellier, Centro de Geofisica da Universidade de Lisboa (Portugal), Laboratoire de Géologie - ENS). En outre-mer, le programme de recherche PREPARTOI s'intéresse à l'évaluation et la réduction du risque de tsunami à La Réunion et à Mayotte. Également pluridisciplinaire, ce projet se veut intégré et systémique, tout comme le programme MAREMOTI, apportant des solutions opérationnelles aux services de l'État. Le CENALT, le centre d'alerte aux tsunamis pour l'Atlantique Nord-Est et la Méditerranée occidentale est opérationnel depuis juillet 2012 à Bruyères-le-Châtel. Tsunamis terrestres. Glissements de terrain et éruptions volcaniques peuvent déclencher des tsunamis dans des lacs et des fleuves. Le lac Léman a connu un tsunami en 563, le tsunami du Tauredunum, avec une vague atteignant 13 mètres. Des tsunamis ont affecté d'autres lacs alpins, notamment le lac de Côme aux , le lac de Lucerne en 1601 et le lac du Bourget en 1822. Mégatsunamis. On définit comme mégatsunami un tsunami dont la hauteur au niveau des côtes dépasse cent mètres. Un mégatsunami, s'il se propage librement dans l'océan, est capable de provoquer des dégâts majeurs à l'échelle de continents entiers. Les séismes étant incapables "a priori" d'engendrer de telles vagues, seuls des événements cataclysmiques, tels un impact météoritique de grande ampleur ou l'effondrement d'une montagne dans la mer, en sont la cause possible. Aucun mégatsunami non local n'a été rapporté dans l'histoire de l'humanité. Notamment, l'explosion du Krakatoa en 1883 et l'effondrement de Santorin dans l'Antiquité n'en ont pas produit. Les causes possibles d'un mégatsunami sont des phénomènes "rares", espacés d'échelles de temps géologiques — au bas mot plusieurs dizaines de milliers d'années, si ce n'est des millions d'années. Certains scientifiques estiment cependant qu'un mégatsunami aurait récemment été provoqué par l'effondrement du Piton de la Fournaise sur lui-même, à La Réunion : l'événement remonterait à environ. Les glissements de terrain produisent des tsunamis de courte période qui ne peuvent se propager sur plusieurs milliers de kilomètres sans dissiper leur énergie. Par exemple, lors des glissements de terrain à Hawaï en 1868 sur le Mauna Loa et en 1975 sur le Kīlauea, des tsunamis locaux importants furent créés, sans que les côtes américaines ou asiatiques distantes fussent inquiétées. Le risque de mégatsunami reste cependant médiatisé et surévalué. Des modèles controversés prédisent en effet deux sources possibles de mégatsunami dans les prochains millénaires : sont envisagés un effondrement le long des flancs de la Cumbre Vieja aux Canaries (mettant la côte est du continent américain en danger) et un autre au Kīlauea à Hawaï (menaçant la côte ouest de l'Amérique et celles de l'Asie). Des études plus récentes remettent en cause le risque d'effondrement sur les flancs de ces volcans, d'une part, et le caractère non local des tsunamis engendrés, d'autre part. Histoire. Événements préhistoriques. Dans la mythologie grecque, à l'occasion de son témoignage sur la vengeance des dieux contre le roi de Troie Laomédon (~) et le sacrifice d'Hésione, le poète romain Ovide identifie le monstre marin divin Céto à une inondation. D'autres auteurs, comme Valérius Flaccus, y joignent un bruit de tremblement de terre. L'un dans l'autre suggérant un tsunami. Des tsunamis surviennent quasiment chaque année dans le monde. Les plus violents peuvent changer le cours de l'histoire. Par exemple, des archéologues ont avancé qu'un raz de marée en mer Méditerranée a ravagé la côte nord de la Crète, il y a un peu plus de ; ce désastre aurait marqué le début de la décadence de la civilisation minoenne, l'une des plus raffinées de l'Antiquité. À l'échelle des temps géologiques, des tsunamis d'une ampleur exceptionnelle peuvent accompagner des événements majeurs tout aussi exceptionnels. C'est par exemple le cas de l'impact de Chicxulub il y a environ d'années. En 2018, une simulation numérique de ses effets sur l'océan mondial a permis de quantifier la hauteur de la vague : jusqu'à dans le golfe du Mexique, plusieurs mètres dans les secteurs les plus éloignés. La vitesse de l'eau au fond de l'océan (plus de ) doit aussi avoir eu pour effet de remobiliser une épaisseur considérable de sédiments. Premiers événements relatés. L'historien grec Thucydide fut le premier à établir un lien entre tremblements de terre et tsunamis, au . Il avait noté que le premier indice d'un raz de marée est souvent le soudain retrait des eaux d'un port, tandis que la mer s'éloigne de la côte. Le Stromboli est à l'origine d'un tsunami vu par Pétrarque, c'est l'un des trois qui se sont produits au Moyen Âge en Méditerranée. Une étude de l'Université de Pise et de l'Ingv situe les épisodes dans la période 1343-1456. Pétrarque a été témoin oculaire du tsunami qu'il définit "" (« une étrange tempête »), si violent qu'il aurait détruit les ports de Naples et d'Amalfi. Événements récents. Au , dix tsunamis par an furent enregistrés, dont un et demi par an a provoqué des dégâts ou des pertes humaines. Sur cette période d'un siècle, sept provoquèrent plus d'un millier de morts, soit moins d'un tous les dix ans. 80 % des tsunamis enregistrés le sont dans l'océan Pacifique ; parmi les huit tsunamis ayant causé plus d'un millier de victimes depuis 1900, seul le tsunami du 26 décembre 2004 n'a pas eu lieu dans l'océan Pacifique. "Sources : voir Bibliographie thématique : statistiques sur les tsunamis". Caractéristiques physiques. Propagation en haute mer. En pleine mer, le tsunami se comporte comme la houle : c'est une onde à propagation elliptique, c'est-à-dire que les particules d'eau sont animées d'un mouvement elliptique à son passage. Il n'y a (presque) pas de déplacement global de l'eau, une particule retrouve sa position initiale après le passage du tsunami. La figure 2 illustre le déplacement des particules d'eau au passage de la vague. Mais, contrairement à la houle, le tsunami provoque une oscillation de l'eau aussi bien en surface (un objet flottant est animé d'un mouvement elliptique à son passage, cf. point rouge du haut sur la Fig. 2) qu'en profondeur (l'eau est animée d'une oscillation horizontale dans le sens de la propagation de l'onde, voir le point rouge du bas sur la Fig. 2). Ce fait est lié à la grande longueur d'onde du tsunami, typiquement quelques centaines de kilomètres, qui est très supérieure à la profondeur de l'océan - une dizaine de kilomètres tout au plus. Il en résulte que la quantité d'eau mise en mouvement est bien supérieure à ce que la houle produit ; aussi le tsunami transporte-t-il beaucoup plus d'énergie que la houle. Les vagues ordinaires de l'océan sont de simples rides formées à sa surface par le vent. Mais un tsunami déplace une colonne d'eau tout entière, depuis le plancher océanique jusqu'à la surface. La perturbation initiale se propage dans des directions opposées à partir de la faille, dans de longs fronts de houle parfois séparés les uns des autres par . Ceux-ci se remarquent à peine au large, en eaux profondes. Ils n'atteignent des hauteurs redoutables qu'en eaux peu profondes, quand ils se cumulent à l'approche d'une côte. Caractéristiques fondamentales. Un tsunami possède deux paramètres fondamentaux : Ces paramètres sont sensiblement constants au cours de la propagation du tsunami, dont la perte d'énergie par friction est faible du fait de sa grande longueur d'onde. Les tsunamis d'origine tectonique ont des périodes longues, généralement entre une dizaine de minutes et plus d'une heure. Les tsunamis créés par des glissements de terrain ou l'effondrement d'un volcan ont souvent des périodes plus courtes, de quelques minutes à un quart d'heure. Les autres propriétés du tsunami comme la hauteur de la vague, la longueur d'onde (distance entre les crêtes) ou la vitesse de propagation sont des quantités variables qui dépendent de la bathymétrie et/ou des paramètres fondamentaux formula_5 et formula_6. Longueur d'onde. La plupart des tsunamis ont une longueur d'onde supérieure à la centaine de kilomètres, bien supérieure à la profondeur des océans qui ne dépasse guère , de sorte que leur propagation est celle d'une vague en milieu « peu profond ». La longueur d'onde formula_9 dépend alors de la période formula_6 et de la profondeur de l'eau formula_11 selon la relation : où formula_13 est la gravité, ce qui donne numériquement La période spatiale ou longueur d'onde est le plus souvent comprise entre (période de 10 min et profondeur de ), typique des tsunamis locaux non tectoniques, et (période de 60 min et profondeur de ), typique des tsunamis d'origine tectonique. Vitesse de propagation ou célérité. Pour les tsunamis de période suffisamment longue, typiquement une dizaine de minutes, soit la plupart des tsunamis d'origine tectonique, la vitesse formula_15 de déplacement d'un tsunami est fonction de la seule profondeur d'eau formula_11 : Cette formule peut être utilisée pour obtenir une application numérique : ce qui signifie que la vitesse est de pour une profondeur de et de pour une profondeur d'un kilomètre. La figure 4. illustre la variabilité de la vitesse d'un tsunami, en particulier le ralentissement de la vague en milieu peu profond, notamment à l'approche des côtes. De la variabilité de cette vitesse de propagation, il résulte une réfraction de la vague dans les zones peu profondes. Ainsi, le tsunami a rarement l'allure d'une onde circulaire centrée sur le point d'origine, comme le montre la Fig. 5. Toutefois, l'heure d'arrivée d'un tsunami sur les différentes côtes est prévisible puisque la bathymétrie des océans est bien connue. Cela permet d'organiser au mieux l'évacuation lorsqu'un système de surveillance et d'alerte est en place. Il est ainsi possible de calculer et de retracer les temps de parcours de différents tsunamis historiques à travers un océan comme le fait le National Geophysical Data Center. Amplitude. Pour des tsunamis de longue période, qui présentent peu de dissipation d'énergie même sur de grandes distances, l'amplitude formula_19 du tsunami est donnée par la relation : Pour les tsunamis de faible période (souvent ceux d'origine non sismique), la décroissance avec la distance peut être beaucoup plus rapide. Déferlement sur les côtes. Mouvement horizontal de l'eau. Lorsque le tsunami s'approche des côtes sa période et sa vitesse diminuent, son amplitude augmente. Lorsque l'amplitude du tsunami devient non négligeable par rapport à la profondeur de l'eau, une partie de la vitesse d'oscillation de l'eau se transforme en un mouvement horizontal global, appelé courant de Stokes. Sur les côtes, c'est davantage ce mouvement horizontal et rapide (typiquement plusieurs dizaines de km/h) qui est la cause des dégâts que l'élévation du niveau de l'eau. À l'approche des côtes, le courant de Stokes d'un tsunami a pour vitesse théorique soit Complexité des effets en zones côtières. Cependant, contrairement à la propagation en haute mer, les effets d'un tsunami sur les côtes sont difficiles à prévoir, car de nombreux phénomènes peuvent avoir lieu. Contre une falaise, par exemple, le tsunami peut être fortement réfléchi ; à son passage on observe une onde stationnaire dans laquelle l'eau a essentiellement un mouvement vertical. En Europe. Les derniers tsunamis vraiment importants de la période historique ont concerné la mer Méditerranée et datent de l'Antiquité : le premier récit historique d'un tsunami est fait par Hérodote dans son "Enquête" lors de la prise de la ville de Potidée par le général perse Artabaze en -479 lors des guerres médiques. Ils peuvent aussi naître dans la mer du nord située au-dessus de ce qui a été la jonction de trois plaques tectoniques continentales dans la première période de l'ère paléozoïque (des mouvements et failles résiduels peuvent encore provoquer des tremblements de terre et les tsunamis de petite taille). Quelques petits tsunamis semblent avoir eu lieu durant les vingt derniers siècles dans le pas de Calais, notamment lors du tremblement de terre de 1580. En France. Dans les trois siècles précédents, la France métropolitaine n'a connu que quelques petits tsunamis (au principalement) : La France d'outre-mer est bien plus exposé à l'aléa tsunami que la France Métropolitaine. Ses territoires et départements sont souvent situés dans des bassins océaniques plus propices au déclenchement de tsunami par des séismes de forte magnitude, notamment dans les zones de subduction. De nombreux catalogues de ces tsunamis existent dans la littérature scientifique pour la Polynésie française, la Guadeloupe, la Martinique ou encore la Nouvelle-Calédonie. À noter l'événement meurtrier du 28 mars 1875, tuant 25 personnes sur l'île de Lifou en Nouvelle-Calédonie. |
Tínos Tínos (en ) est une île du nord des Cyclades grecques, dans la mer Égée méridionale. Elle se situe entre Andros et Mykonos. Son port principal et sa capitale, Tinos, est dominé par l'imposant rocher de l'Exombourgo (). Ses habitants sont appelés les "Tiniotes". Tinos est peu fréquentée par les touristes étrangers, faute de monuments antiques connus et de belles plages. Ses côtes sont principalement rocheuses mais elle compte cependant quelques plages de sable fin. Par ailleurs, son exposition aux vents du nord, principalement le "meltem" en été, ne joue pas en sa faveur ; cette caractéristique a même fait d'elle, dans la mythologie antique, la demeure d'Éole. Pour les Grecs orthodoxes, Tinos est un très important lieu de pèlerinage marial , qui attire une foule importante le 25 mars (fête de l'Annonciation) et surtout le 15 août (fête de la Dormition). Elle abrite également une communauté catholique importante, héritage de son histoire. Géographie. L'île est divisée en trois grandes régions : Depuis les élections d'octobre 2010, les 3 municipalités attachées à ces 3 régions, ne font plus qu'une seule, avec un seul maire qui officie dans le port de Tinos. La plupart des chrétiens orthodoxes de l’ile dépendent de la métropole de Syros, Tinos, Andros, Kéa, Milo et Myconos et les catholiques de l'archidiocèse de Naxos et Tinos. Généralités. L'eau est abondante sur Tinos, contrairement aux autres Cyclades, mais le vent contrarie l'activité agricole, sauf dans les vallées protégées, comme celles de Livadia, Agapi ou Potamia (autour d'un « fleuve » comme son nom l'indique) et sur la plaine de Komi. Ces régions de maraîchage ont fourni Athènes en produits frais jusqu'aux années 1950. L'île exporte aussi encore son marbre (utilisé au palais de Buckingham et au Louvre) et du talc. Tinos fait pourtant partie des îles des Cyclades qui ne sont pas autosuffisantes en eau. Elle reçoit de l'eau tous les ans (et surtout l'été à cause de la saison touristique) depuis le port du Laurion en Attique, pour un coût moyen de le mètre cube. Géomorphologie. Tinos a la forme d'une « poire » tournée vers le nord-ouest. Elle est longue de , son littoral fait et le tour de l'île s'effectue en 38 milles marins. Sa base, au sud-est vers Mykonos, fait . Elle est séparée de cette île par un détroit de . Un bras de mer de moins d'un mille marin la sépare d'Andros. Le plus haut sommet de l'île est le Tsiknia (). L'île est formée de roches métamorphiques plissées et érodées. Ses côtes sud-ouest et est sont rectilignes et escarpées, sauf au niveau de Tinos-ville. La côte nord-est a les baies les plus profondes : Panormos, Kolymbithra et Livada. L'île peut-être décomposée en trois ensembles géologiques : Climat. La neige et le gel sont rares sur Tinos. Les régions les plus hautes (plateaux de Falatados-Sténi-Messi et d'Ysternia-Panormos) et Xombourgo sont en revanche régulièrement touchées par le brouillard. La principale caractéristique de l'île est le vent qui souffle du nord. Le meltem a pour effet de rafraîchir les chaudes journées d'été. Administration. La réforme "Kallikratis" de 2010 a vu la fusion des 3 anciennes municipalités de l'île : les dèmes de Tinos et Exombourgo, et la communauté de Panormos. L'île forme donc actuellement un dème avec pour chef-lieu la localité de Tinos-ville et pour « capitale historique » la localité de Panormos. Elle forme également un district régional de la périphérie d'Égée-Méridionale. Mythologie. Tinos aurait été, selon la mythologie, l'île d'Éole, le dieu du vent. Cette légende est justifiée par la puissance avec laquelle souffle le vent, et surtout le meltem, sur l'île. Une autre légende fait référence aux serpents - encore présents - vipères et couleuvres - qui mangent des petits rongeurs. Appelée "Ophioussa" en raison des nombreux serpents qu'on y trouvait, elle changea de nom lorsque Poséidon envoya des cigognes nettoyer l'île. Histoire. Antiquité. L'île aurait été appelée à cette époque "Idroussa" en raison de l'abondance de ses sources. Athénée fait référence à une source miraculeuse ne se mélangeant pas au vin. Pline l'Ancien écrit à propos de l'île : « À pas d'Andros et à de Délos est Ténos, avec sa ville ; elle s'étend dans une longueur de pas ; d'après Aristote, elle fut appelée Hydroussa à cause de l'abondance de ses eaux ; d'après d'autres, Ophioussa. ». Époques archaïque et classique. Les premiers habitants de l'île sont peu connus : les hypothèses phrygienne, phénicienne, carienne, pélasge ou lélège sont avancées. Les Ioniens auraient colonisé Tinos vers 1000 avant notre ère. Les traces d'occupation les plus anciennes sont mycéniennes : on a retrouvé deux tombeaux mycéniens ou géométriques dans la région de Kyra-Xéni. Une cinquantaine d'habitats de l'époque géométrique ont été recensés, dont celui au sommet de Xombourgo qui était une véritable ville fortfiée. Au , elle était dominée par Érétrie, cité de l'île d'Eubée. La domination athénienne se fit sentir à partir de Pisistrate à qui on a autrefois attribué un des principaux aqueducs de l'île vers 549-542 avant l'ère commune; depuis la découverte que la cité de la période archaïque se situait à l'Exombourgo et non en bord de mer, cet aqueduc est maintenant daté de la fin du , comme le reste de la ville basse. En 480 avant l'ère commune, les Perses de Xerxès s'en emparèrent et obligèrent l'île à fournir des navires contre la Grèce. Un de ces navires déserta juste avant Salamine et informa les Grecs des intentions perses. Pour cette raison, Tinos eut le droit d'avoir son nom sur le trépied de Delphes, dont la partie restante, la colonne serpentine, subsiste toujours à Constantinople. Époque hellénistique. D’après Démosthène et Diodore de Sicile, le tyran thessalien Alexandre de Phères mena des opérations de pirateries dans les Cyclades vers 362-360 avant l’ère commune. Ses navires se seraient emparés de quelques-unes des îles, dont Tinos, et auraient emporté un grand nombre d’esclaves. Ce fut peu de temps après cette expédition pirate que la ville haute ("polis") sur le Xombourgo aurait été abandonnée et que la ville basse ("asty"), à l'emplacement actuel de Tinos-ville, aurait été créée. Vers 315 avant l'ère commune, Antigonos Monophtalmos organisa les Cyclades dans une Ligue des Nésiotes, un État fédéral au service des Antigonides, sur lequel Démétrios Poliorcète se serait appuyé pour ses campagnes navales. Les Ptolémées établirent un protectorat sur cette ligue vers - 295. Mais, vaincus à Andros vers le milieu du , ils perdirent leur influence dans les îles. Après Cynocéphales, les îles passèrent aux Rhodiens puis aux Romains. Les Rhodiens réorganisèrent la Ligue des Nésiotes, dont le centre politique était probablement Tinos, choisie vraisemblablement grâce à la renommée et aux privilèges diplomatiques de son sanctuaire consacré à Poséidon et Amphitrite (l'île de Délos et sanctuaire d'Apollon étant à cette époque une cité neutre). Dans son ouvrage sur Tinos, Roland Étienne évoque une société tiniote dominée par une « aristocratie » agrarienne et patriarchale marquée par une forte endogamie. Ces quelques familles avaient beaucoup d'enfants et tiraient une partie de leurs ressources d'une exploitation financière de la terre (ventes, emprunts, etc.), que R. Étienne qualifie d'« affairisme rural ». Ce « marché de l'immobilier » était dynamique à cause du nombre d'héritiers et du partage du patrimoine au moment des héritages. Il n'y avait pas d'autre solution que l'achat et la vente de terres pour se constituer un patrimoine cohérent. Une partie de ces ressources financières pouvait être aussi investie dans les activités commerciales. Époques moderne et contemporaine. La période « franque ». En 1204, la croisade s'empara de Constantinople, et les vainqueurs se partagèrent l'Empire byzantin. Alors que la souveraineté nominale sur la plupart des Cyclades avait échu aux Croisés, Tinos avait été théoriquement attribuée à l'empereur latin de Constantinople, qui ne put cependant en prendre directement possession. Un accord entre ce dernier et Venise fut conclu, autorisant des citoyens vénitiens agissant à titre privé à conquérir les îles, dont ils feraient hommage à l'Empereur. Cette nouvelle suscita des vocations. De nombreux aventuriers armèrent des flottes à leurs frais, dont Marco Sanudo, neveu du doge Enrico Dandolo. En 1207, il contrôlait les Cyclades avec ses compagnons et parents. Les frères Andrea et Geremia Ghisi devinrent maîtres de Tinos, Mykonos et des Sporades et vassaux de l'empereur latin de Constantinople ; ils ne dépendaient pas du duché. Les Latins imposèrent le système féodal occidental sur les îles qu'ils dominaient. La coutume de la principauté de Morée, les "Assises de Romanie", devint rapidement la base de la législation dans les îles. Le système féodal fut appliqué même pour les plus petites propriétés, ce qui eut pour effet de créer une importante « élite locale ». Les « nobles francs » reproduisirent la vie seigneuriale qu'ils avaient laissée derrière eux : ils se construisirent des « châteaux » où ils entretinrent une cour. Aux liens de vassalité s'ajoutèrent ceux du mariage. Les fiefs circulèrent et se fragmentèrent au fil des dots et des héritages. Cependant, ce système féodal « franc » (comme on appelait tout ce qui venait d'Occident à l'époque) se surimposa au système administratif byzantin, conservé par les nouveaux seigneurs : les taxes et corvées féodales étaient appliquées aux divisions administratives byzantines et l'exploitation des fiefs continuait selon les techniques byzantines. Il en était de même pour la religion : si la hiérarchie catholique dominait, la hiérarchie orthodoxe subsistait et parfois, lorsque le curé catholique n'était pas disponible, la messe était célébrée par le prêtre orthodoxe. Les deux cultures se mêlèrent étroitement. En 1292, Roger de Lauria ravagea Tinos (ainsi qu'Andros, Mykonos et Kythnos), peut-être une conséquence de la guerre qui faisait rage entre Venise et Gênes. En 1390, les anciens fiefs des Ghisi (Tinos et Mykonos) passèrent sous la domination directe de la République de Venise qui conserva l'île jusqu’à la conquête ottomane de 1715, dernier territoire grec à être conquis. Cette longue domination vénitienne explique la forte communauté catholique de l'île. Époque contemporaine. En 1822, une nonne du couvent Kekrovounio fit un rêve lui indiquant où était cachée une icône miraculeuse de la Vierge à l'Enfant, peinte, selon la légende, par l'Évangéliste Luc lui-même. On attribua rapidement à cette icône des vertus curatives et des milliers de malades vinrent en pèlerinage dans l’île pour s’y faire guérir. En 1915, lorsque le roi Constantin de Grèce fut atteint d’une pleurésie aggravée d’une pneumonie, le gouvernement envoya un navire à Tinos pour y chercher l’image sainte et la placer dans la chambre du souverain. Alors que Constantin avait déjà reçu les derniers sacrements, son état s’améliora progressivement après qu’il eût embrassé l’icône. En guise d’ex voto, la reine Sophie de Grèce fit alors don d’un saphir pour enrichir l’icône. L'attaque italienne contre la Grèce avait été précédée du torpillage du croiseur Elli, un navire symbolique pour la Grèce, en baie de Tinos, le . L'attaque allemande d'avril 1941 entraîna la défaite totale et l'occupation de la Grèce dès la fin de ce mois. Cependant, les Cyclades furent occupées tardivement et plus par les troupes italiennes que par les troupes allemandes. Les premières troupes d'occupation firent leur apparition le : Tinos fut occupée par des Italiens. Cela permit aux îles de servir d'étape aux personnalités politiques allant se réfugier en Égypte pour continuer la lutte. Georges Papandréou et Constantin Karamanlís s'arrêtèrent ainsi sur l'île avant de rejoindre Alexandrie. À la suite de la reddition italienne, l'OKW donna l'ordre le aux commandants des unités du secteur de la Méditerranée de neutraliser, par la force si nécessaire, les unités italiennes. Le , Hitler ordonna d'occuper toutes les îles de l'Égée contrôlées par les Italiens. Comme le reste du pays, les Cyclades eurent à souffrir de la famine organisée par l'occupant allemand. Ainsi, sur Tinos, on considère que 327 personnes dans la ville de Tinos et autour de 900 dans la région de Panormos moururent de faim lors du conflit. Au recensement de 2011, l'île compte habitants. |
Tanzanie La Tanzanie, en forme longue la République-unie de Tanzanie (en swahili : et ; en anglais : et ), est un pays d'Afrique de l'Est situé en bordure de l'océan Indien, dans la partie tropicale de l'hémisphère sud. Elle est entouré au nord par le Kenya et l'Ouganda, à l'ouest par le Rwanda, le Burundi et la république démocratique du Congo, au sud-ouest par la Zambie et le Malawi et au sud par le Mozambique. Le pays couvre et compte d'habitants en 2018, essentiellement bantous. Sa capitale est Dodoma, située dans l'intérieur des terres, mais le principal pôle économique est l'ancienne capitale Dar es Salam, située sur la côte. Les langues officielles sont le swahili et l'anglais mais l'arabe est aussi parlé notamment dans les îles de Zanzibar et Pemba. La Tanzanie actuelle est née de l'union du Tanganyika et de Zanzibar le , peu de temps après leur indépendance respective vis-à-vis du Royaume-Uni. Elle est membre du Commonwealth depuis fin 1961 et des Nations unies depuis le . En 1977, le Chama cha Mapinduzi (CCM) est fondé comme parti unique. Bien que le multipartisme soit instauré en 1992, le CCM reste le parti dominant. Étymologie. Le mot Tanzania est un mot-valise créé à partir de « Tanganyika » et de « Zanzibar » suivie du suffixe « -ia », classique pour les noms de pays anglais. Histoire. La Tanzanie a été longuement colonisée par le sultanat d'Oman qui s'y fournissait en esclaves. Indépendance et création de la Tanzanie. En 1953, Julius Nyerere, un enseignant né en 1922, passé par l'université de Makerere en Ouganda puis Édimbourg au début des années 1950 pour terminer ses études, prend à la tête de la TAA (Tanganyika African Association), qu’il transforme rapidement en un véritable parti politique – l'Union nationale africaine du Tanganyika (TANU) – qui prône l’indépendance. Celle-ci est accordée par le Royaume-Uni le , sans aucune violence. Julius Nyerere est un court temps Premier ministre, puis à la suite des élections de , devient le premier président de la république du Tanganyika. L’indépendance de Zanzibar et Pemba est obtenue le . Le nouvel État commence par être contrôlé par les partis initiés par les Britanniques (une coalition du ZNP et de petits partis de Pemba). Mais, à peine un mois plus tard, en , les tensions communautaires qui couvent depuis des années se libèrent et le parti ASP (Parti Afro-Shirazi), étant écarté depuis longtemps du pouvoir alors qu’il est majoritaire dans les urnes, déclenche une révolution. Celle-ci fait de nombreuses victimes dans les rangs des communautés arabes et indiennes. On estime à environ le nombre de personnes qui furent massacrées dans la nuit du 11 au à Zanzibar. À la suite de ce renversement, Sheikh Abeid Karume, chef de l’ASP, devient président de la république de Zanzibar. Le , le Tanganyika et Zanzibar fusionnent pour former la république unie de Tanzanie. Nyerere devient le président de l’État nouvellement créé, tandis qu'Abeid Karume, restant président de Zanzibar, devient le vice-président de la Tanzanie. Dans les faits, même si l’union est bien célébrée avec le reste du pays, Zanzibar a conservé jusqu'à aujourd’hui une large autonomie. En pratique, c’est le gouvernement central tanzanien qui s’occupe des domaines « nationaux » de la politique à Zanzibar : défense, intérieur, affaires étrangères, tandis que le gouvernement local zanzibarite traite des sujets comme l’éducation ou l’économie. Le régime de Nyerere : 1964-1985. Soucieux d’accélérer l’émancipation des Africains par rapport au monde occidental, inspiré des expériences communistes en Chine, Nyerere s’engage résolument dans une politique socialiste. En , lors de la déclaration d'Arusha, il définit les principes et doctrines qu’il souhaite voir suivre par le pays. Selon l’idéal de Nyerere, le socialisme africain doit conduire à la création d’une société égalitaire, juste, solidaire, qui trouve dans ses propres ressources les moyens de son autosuffisance. L’éducation est la priorité numéro un. Il faut dire qu’il y a urgence dans ce domaine : la Tanzanie ne produit à cette époque que 120 diplômés par an. Les premières mesures concrètes d’application de cette politique ne tardent pas à arriver. Les principales industries et sociétés de services sont nationalisées, les impôts augmentés pour une plus grande répartition des richesses et les discriminations raciales abolies. C’est sur le plan de l’agriculture, principal secteur économique du pays, que les changements sont les plus forts. Appelées Ujamaas, c’est-à-dire cofraternités, des communautés villageoises sont organisées sur des principes collectivistes. Des incitations financières encouragent la formation de coopératives. En , Bibi Titi Mohammed et l'ex-ministre Michael Kamaliza sont arrêtés avec quatre officiers de l'armée. Ils sont accusés d'avoir fomenté un coup d'État. À Zanzibar, l’Afro-Shirazi Party mène une politique autoritaire, à tendance ouvertement révolutionnaire. Les propriétés arabes et indiennes sont nationalisées. Quelques désaccords apparaissent même entre Nyerere et Karume, ce dernier voulant se rapprocher davantage du monde communiste que le président tanzanien qui cherche, lui, à ménager au maximum les relations avec les Occidentaux. En 1972, Karume est assassiné par des opposants au régime. Des obsèques nationales lui sont rendues, en présence de Julius Nyerere. En politique extérieure, la Tanzanie donne son appui à la guérilla lumumbiste au Congo et l'OUA établit son siège à Dar es Salaam et plusieurs mouvements révolutionnaires ont une représentation dans le pays (l'ANC, la ZANU, la SWAPO, le MPLA et le FRELIMO). Parallèlement, les relations se détériorent avec les pays occidentaux ; en 1965 la Tanzanie rompt ses relations avec le Royaume-Uni et expulse hors du pays les troupes britanniques en réaction au soutien de Londres à un régime ségrégationniste en Rhodésie, tandis que l’Allemagne de l'Ouest rompt ses propres relations avec la Tanzanie à la suite de l'ouverture dans le pays d'une ambassade de l’Allemagne de l'Est. Les aides économiques qui étaient accordées par certains pays occidentaux sont coupées. D'autre part, les forces coloniales portugaises bombardent le sud du pays pour couper les voies d’approvisionnement du FRELIMO mozambicain, soutenu par le gouvernement de Julius Nyerere. Pendant ces années, la Tanzanie reçoit l’aide de la Chine, bien qu'étant elle-même en voie de développement. C’est avec un soutien chinois que la ligne de chemin de fer TAZARA de Dar-es-Salaam à la Zambie est construite en 1975. C’est aussi sur le modèle des communes chinoises que sont créés 800 villages collectifs, regroupant des populations d’origines ethniques et tribales différentes, et déplacées de force en camion. On estime qu’en quatre ans, de 1973 à 1976, de personnes sont ainsi déplacées. Cette politique, si elle permet un certain brassage entre les différentes ethnies qui composent la population tanzanienne, casse brutalement les repères humains et communautaires des individus. Ces politiques dirigistes et utopiques apportent de moins en moins les résultats escomptés. Le premier choc pétrolier de 1973 assombrit fortement les perspectives économiques du pays. Les productions manufacturière et agricole régressent, la planification de l’économie par l’administration est inefficace. Sur le plan politique, les partis TANU de Nyerere et l’ASP se rapprochent et fusionnent en 1977 pour former le Chama cha Mapinduzi (CCM), c’est-à-dire le parti de la Révolution. Malgré les difficultés économiques, le pays est en paix et reçoit de nombreux réfugiés venus des pays voisins en guerre ou fuyant le régime d'Idi Amin Dada en Ouganda. Nyerere refuse que la politique d'africanisation de l’administration ne favorise que les seuls Tanzaniens et autorise l'accès aux emplois publics aux étrangers. Beaucoup obtiennent également la nationalité tanzanienne, y compris des réfugiés blancs. Les relations de la Tanzanie avec ses voisins africains, en particulier ceux du nord, Ouganda et Kenya, se détériorent au fil des années. Les intentions étaient pourtant bonnes puisque ces trois pays ont formé en 1967 l"East Africain Community" (Communauté d'Afrique de l'Est) dans le but de constituer à terme un marché économique commun. Les premières coopérations visent notamment à uniformiser la politique des changes et de contrôle des devises. Mais le Kenya, proche des pays occidentaux, s’éloigne de plus en plus de la Tanzanie soutenue par les communistes chinois, et la frontière entre ces deux pays est même fermée de 1977 à 1983. En Ouganda, le dirigeant Idi Amin Dada, qui nourrit des ambitions d’expansions territoriales, reproche à son voisin tanzanien d’héberger des opposants à son régime. L’Ouganda attaque la Tanzanie à la fin de l’année 1978, et envahit les environs du lac Victoria. Les Tanzaniens, avec l’aide du matériel militaire chinois, parviennent, au bout de plusieurs mois d’efforts et au prix de lourdes pertes humaines, à reprendre les territoires perdus et occupent même l’Ouganda pendant presque deux ans, renversant le régime d'Idi Amin Dada. La guerre a coûté cher, environ de dollars, et au début des années 1980, sans réelle industrie, avec un secteur agricole improductif, la Tanzanie est l’un des pays les plus pauvres de la planète. Nyerere commence à modifier progressivement sa politique dirigiste menée depuis le milieu des années 1960. Avec l’intervention de plus en plus grande de la Banque mondiale et du FMI, les incitations financières à la production collectiviste sont en partie réorientées vers un investissement pour les grandes fermes de l’État et pour les infrastructures routières. En 1984, la possibilité d’une propriété privée des moyens de production apparaît et la société est, très progressivement, libéralisée. Depuis 1985. En 1985, Nyerere, le" mwalimu" (l’instituteur), choisit de se retirer de la politique, après avoir conservé le pouvoir pendant . C’est Ali Hassan Mwinyi, alors président depuis 1980 de l’archipel de Zanzibar, qui prend sa succession. Malgré l'échec de sa politique de développement économique, Nyerere conserva jusqu’à sa mort en 1999 l’estime de beaucoup de Tanzaniens et d’une partie de la communauté internationale. On lui reconnaît en effet le mérite d’avoir posé les bases d’un État démocratique pluriethnique. Ali Hassan Mwinyi accélère l’ouverture et la libéralisation progressive du pays. En 1992, il autorise le multipartisme. En 1995, les premières élections multipartites ont lieu, même si elles sont entachées de sérieux doutes sur leur régularité. Elles voient la victoire de Benjamin William Mkapa, un des disciples de Nyerere, qui est réélu en 2000. Mkapa doit faire face à de nombreuses difficultés qui grèvent le décollage tant espéré du pays : crise économique, épidémie du SIDA ou encore afflux de réfugiés qui fuient les guerres du Burundi. À Zanzibar, des velléités indépendantistes émergent parfois, mais jusqu’à présent, l’Union tanzanienne est préservée. En 1998, des attentats visent les ambassades américaines de Dar es-Salaam et de Nairobi au Kenya : on compte plus de et . Après les élections de , Jakaya Kikwete devient le nouveau président de la République, le quatrième depuis la création de la Tanzanie. Il effectue les deux mandats que lui permettent la constitution. Le parti au pouvoir, le Chama cha Mapinduzi, choisit ensuite John Magufuli comme candidat à la succession pour les présidentielles de 2015. John Magufuli l'emporte et devient ainsi le cinquième président de la république de Tanzanie. Celui-ci acquiert une popularité, notamment grâce à sa lutte contre le gaspillage de l'argent public et contre la corruption, mais fait preuve également de dérives autoritaires, contre ses opposants, contre les libertés individuelles, contre la presse, etc.. Il est réélu pour un second mandat en . Il meurt en fonction en mars 2021 et sa vice-présidente Samia Suluhu lui succède. Géographie. La Tanzanie est un pays de l'hémisphère sud situé en Afrique de l'Est. Ses frontières naturelles sont formées par l'océan Indien à l'est, le Kilimandjaro et le lac Victoria au nord, la rivière Kagera au nord-ouest, le lac Tanganyika à l'ouest, le Malawi au sud-ouest et le fleuve Ruvuma au sud. Il a des frontières terrestres avec le Kenya et l'Ouganda au nord, le Rwanda et le Burundi au nord-ouest, la république démocratique du Congo à l'ouest, la Zambie et le Malawi au sud-ouest et le Mozambique au sud. Le pays est traversé par la vallée du Grand Rift qui parcourt la partie occidentale du pays du nord au sud et dans laquelle se logent quelques-uns des grands lacs africains : lac Malawi, lac Rukwa, lac Tanganyika, lac Victoria, lac Eyasi, lac Manyara, lac Natron, etc. Le centre du pays est constitué d'un plateau drainé par des rivières et des fleuves qui se jettent dans l'océan Indien. La façade maritime du pays est formée d'une plaine côtière qui fait face à l'archipel de Zanzibar formé de trois principales îles : Unguja, Pemba et Mafia. La Tanzanie comporte plusieurs volcans dont un seul, l'Ol Doinyo Lengaï, est encore actif et un autre constitue le point culminant du continent africain, le Kilimandjaro, avec d'altitude. On y trouve de nombreux parcs naturels tels que l'énorme terrain du Serengeti, le Tarangire, le Lac Manyara ou le magnifique cratère du N'Gorongoro, où on peut avoir la chance d'apercevoir lions, éléphants, rhinocéros, guépards, léopards, hyènes, chacals, girafes, hippopotames, crocodiles Ces aires protégées sont cependant victimes du braconnage, qui vise essentiellement les éléphants. Depuis 2016, les autorités ont intensifié leurs efforts en matière de protection des espèces menacées. Les populations d’éléphants et de rhinocéros sont depuis en augmentation. Organisation politique et administrative. La Tanzanie est une république fédérale multipartite présidentielle née le de la fusion du Tanganyika et de Zanzibar qui avaient accédé à l'indépendance respectivement le et le après les colonisations allemande puis britannique. Le nom de "Tanzanie" est formé du "Tan" de Tanganyika et du "zan" de Zanzibar. La constitution actuelle, adoptée le , a été révisée en . Le président de la République, qui est aussi le Chef de l'État, est élu au suffrage universel direct pour un mandat de cinq ans. Celui-ci nomme le Premier ministre, qui représente le gouvernement devant le Parlement, et les ministres parmi les membres du Parlement ou parmi dix personnes non élues. L'Assemblée nationale, le parlement monocaméral, compte , adopte les lois s'appliquant à la totalité de la République ou uniquement aux 21 régions continentales (île de Mafia comprise), les cinq régions formant le Gouvernement révolutionnaire de Zanzibar pouvant adopter certaines lois spécifiques car disposant de son propre Parlement. Les parlementaires sont élus au suffrage universel direct pour un mandat de cinq ans. Le pouvoir judiciaire est sensiblement plus compliqué car disposant de cinq niveaux combinant les institutions tribales, islamiques et de la Common law : tribunaux de première instance, tribunaux de districts, Cour Magistrale, Haute Cour et enfin Cour d’Appel. La récente création de la Tanzanie par l'union de deux pays tend constamment à le déstabiliser mais la démocratie est préservée grâce à l'héritage de son premier Président, le charismatique Julius Nyerere, qui est resté trente ans au pouvoir sans installer de régime autoritaire ou dictatorial. Cette stabilité a permis par exemple l'installation du Tribunal pénal international pour le Rwanda à Arusha, chargé de juger les criminels de guerre lors du génocide rwandais de 1994. Subdivisions. La Tanzanie est divisée en 26 régions (21 dites "continentales" et 5 dites "insulaires" formant le Gouvernement révolutionnaire de Zanzibar), elles-mêmes divisées en 127 districts aussi appelés "wilaya". Forces armées. Fondées en 1964, les forces de défense tanzaniennes ont un total de actifs sous ses drapeaux. Leur budget est de de dollars, soit 0,2 % du PNB en 2005. Économie de la Tanzanie. L'économie de la Tanzanie est, à bien des égards, typique d'un pays en développement. Essentiellement axée sur l'agriculture et l'industrie minière, elle dispose d'une base industrielle quasi inexistante et peu compétitive. En 2009, l'agriculture représentait ainsi plus de 25 % du PNB, plus de 30 % des exportations et 70 % des emplois. Le tourisme y constitue une source appréciable et croissante de devises. En 2022, la Tanzanie est classée en pour l'indice mondial de l'innovation. Mais le pays est également très différent de la plupart des pays africains, avec une présence marchande arabe et perse sur ses côtes, commerce datant des premiers siècles de l'ère commune, et une ville, Zanzibar, qui pendant plusieurs centaines d'années domina l'économie de toute la région. Plaque tournante du commerce d'or, d'ivoire et d'esclaves, à l'interface des mondes africain, arabe et indien, son arrière-pays s'étend jusqu'à l'Afrique des Grands Lacs, à près de de distance. L'arrivée des Européens dans le sillage de Vasco de Gama au ne remet pas tout de suite cette domination en question, ceux-ci offrant même de nouveaux marchés pour une denrée locale appréciée, le clou de girofle. Le pays est au palmarès des huit premiers producteurs de coton d'Afrique de l'est, du sud et du nord au milieu des années 2010. C'est surtout le cinquième au palmarès des producteurs africains de thé au début de la décennie 2010, où le Kenya occupe la première place. L'installation progressive des empires coloniaux allemand puis britannique relègue cependant la région hors des grands axes de développement. L'accession à l'indépendance, au début des années 1960, voit la jeune république unie du Tanganyka et de Zanzibar (son nom d'origine) se tourner vers un « socialisme africain » d'inspiration maoïste qui se révèle rapidement être un échec : plutôt que de décoller et se moderniser, l'économie du pays s'effondre. La remise en question qui s'ensuit, à partir du milieu des années 1980, conduit progressivement le pays à revenir sur la scène économique régionale. La libéralisation franche opérée dans les premières années du , couplée à des efforts de gouvernance, permet l'arrivée massive d'investisseurs étrangers dans tous les secteurs de l'économie. Pour la première fois de sa jeune histoire, ce pays chroniquement sous-développé semble toucher les premiers dividendes de ses efforts. Le potentiel touristique de la Tanzanie, avec son littoral composé de superbes plages sur l'océan Indien, la région nord qui comprend le Kilimandjaro, le cratère de Ngorongoro et les plus grandes réserves animales d'Afrique, la présence de la plupart des grands lacs du continent et sa stabilité politique, est également très important et continue à se développer. Infrastructures. Transports. Les transports tanzaniens s'effectuent principalement par la route, avec un complément par le rail. Le réseau routier est cependant mauvais, et peu nombreuses encore sont les voies goudronnées : la saison des pluies rend nombre de pistes impraticables pendant des jours, voire des semaines, et le seul lien entre la côte et le lac Tanganyika durant cette période est ferroviaire. Le transport aérien est hors de portée pour l'immense majorité de la population. Il sert essentiellement le tourisme pour ce qui est des connexions internationales, et s'appuie sur un plus grand nombre de pistes de terre pour le trafic régional. Routes. La plupart des routes tanzaniennes revêtues se situent dans l'Est et le Sud-Ouest du pays. Dans le reste du pays, des pistes (parfois en gravier) constituent l'essentiel d'un réseau où l'on peut occasionnellement trouver des sections goudronnées mais isolées. L' (autoroute sur le réseau des routes transafricaines) pénètre en Tanzanie depuis le Kenya par la localité frontalière de Tunduma et traverse Arusha, Dodoma, Iringa et Mbeya avant de poursuivre vers la Zambie. Une importante section entre le Parc national de Tarangire et Iringa n'est pas goudronnée, et peut devenir difficile en cas de pluies abondantes. Il s'agit d'un des axes de développement majeur des transports routiers dans le proche avenir, au risque sinon d'étrangler ou freiner l'importante croissance des dernières années. Rail. Avec km de voies ferrées réparties sur quatre corridors principaux, la Tanzanie est, comparativement à certains autres pays africains, bien desservie. Conséquence indirecte d'un climat qui peut être cruel avec les routes, c'est le rail qui a longtemps été privilégié pour relier la côte à l'intérieur du pays. Seul le sud-est du pays ne dispose pas de réseau ferré, et les liaisons internationales se limitent à la Zambie, l'Ouganda et le Kenya. Plusieurs projets d'extension vers les autres voisins sont à l'étude. Le pays dispose de deux compagnies indépendantes, la Tanzania Railways Corporation (TRC) et la Tazara. Cette dernière exploite de voies entre Dar es Salam et Kapiri Mposhi, en Zambie. Les deux réseaux ne sont pas connectés pour cause de différence d'écartement des rails, mais un centre de transbordement est en fonctionnement près de Morogoro, permettant ainsi à un même conteneur de voyager jusqu'en Ouganda ou au Kenya depuis l'Afrique du Sud. Cette section était un élément important du projet britannique de chemin de fer Le Cap – Le Caire. Pour pallier une gestion chaotique et plombée par le manque chronique de moyens, les deux compagnies ferroviaires sont en cours de privatisation. Transports aérien et maritime. Le pays dispose de plusieurs ports sur sa côte orientale et sur les Grands Lacs, mais ces deux régions ne sont pas connectées, le transport fluvial étant inexistant dans le centre. La Tanzanie dispose d'une tradition maritime bien établie, Zanzibar ayant été pendant des siècles le port le plus important de toute la côte africaine de l'océan Indien; son arrière-pays s'étendait jusqu'au bassin du Congo. Les marchands swahilis utilisaient des dhows pour commercer le long des côtes, tradition encore bien vivante de nos jours. Les lignes de ferries sur les Grands Lacs sont gérées par les compagnies ferroviaires nationales des États riverains, le Lac Victoria profitant du trafic le plus dense. L'activité sur le Lac Tanganyika a décliné du fait de la guerre au république démocratique du Congo voisin, mais un solide trafic commercial reste entre les villes de Kigoma, Bujumbura (Burundi) et Mpulungu (Zambie), notamment grâce au MV Liemba, ancien navire de guerre allemand bâti en 1913, coulé en 1916 et renfloué (et en activité) depuis 1927. La compagnie nationale aérienne, Air Tanzania, relie les principales villes du pays, et de petits opérateurs privés commencent à s'intéresser à certaines de ces lignes intérieures. Les trois aéroports internationaux sont à Dar es Salam, Kilimandjaro (Arusha) et Zanzibar. Énergie. La Tanzanie est dotée d'une large variété de sources d'énergie : biomasse, gaz naturel, hydroélectricité, charbon, énergie solaire ou éolienne. Dans les faits, la plupart de ces ressources ne sont pas exploitées, moins de 10 % de la population a accès à l'électricité et, dans les zones rurales, 20 % du temps de travail est consacré quotidiennement à la collecte de bois, qui représente près de 92 % de l'énergie produite. Le reste se répartit entre produits pétroliers (< 7 %) et hydroélectricité (< 2 %). La compagnie nationale d'électricité, la "Tanzania Electric Supply Company" (TANESCO), est responsable de 98 % de l'électricité produite dans le pays, essentiellement par le biais de barrages, notamment ceux de Kihansi et Kidatu, qui à eux deux fournissent près de 40 % du total. Ceux-ci sont malheureusement touchés par la sécheresse récurrente depuis quelques années, poussant le gouvernement à investir plus lourdement dans des sources alternatives alors que seuls 400 des MW d'énergie hydroélectrique théoriquement disponibles sont construits : avec 11 à 13 % de progression annuelle, les besoins en électricité sont réels et croissants. L'énergie thermique, gérée pour l'essentiel par deux société privée (IPTL et Songas), se base sur du pétrole lourd d'importation et, depuis peu, l'exploitation du gaz issu du gisement de Songo Songo directement connecté à une centrale à turbine à gaz de Dar es Salaam, ville qui consomme près de la moitié de la production nationale d'électricité à elle seule. Mais les capacités se développent : la station d'Ubungo, à Dar es Salaam, consomme près de de m de gaz de Songo Songo, et il est prévu que la demande pour celui-ci grimpe jusqu'à de m vers 2010, notamment grâce à l'installation de nouvelles centrales ou la reconversion de centrales au fioul, comme à Mtwara. De nombreuses villes sont encore dépendantes de générateurs au diesel vieillissants : en 2004, 18 capitales de districts attendaient encore leur raccordement. Une faible quantité d'énergie est importée de la Zambie et de l'Ouganda voisins pour les villes frontalières. Le pétrole, malgré divers projets d'exploration en cours, est presque entièrement importé : la dernière raffinerie du pays, aux installations obsolètes, a fermé en 2000. L'effort se porte sur le raccordement rapide des zones qui ne le sont pas, de manière à ralentir la déforestation. Dans cette optique de protection, les énergies solaire et éolienne ne sont pas exploitées, et le charbon n'est pas utilisé à la pleine mesure de son potentiel non plus, notamment dans l'industrie. Télécommunications. Le pays s'est doté en 2003 d'une nouvelle politique nationale concernant les télécommunications principalement axée sur le développement de ses infrastructures et de la formation de la population dans ce domaine. Visant à coordonner des politiques jusqu'ici erratiques, elle montre combien le pays a parcouru un long chemin depuis la promulgation de l'ordonnance d'interdiction des équipements électroniques et télévisions, en 1974 (). Promulguée par le premier président du pays, Julius Nyerere, celle-ci reflétait sa vision selon laquelle la présence de la télévision accroitrait le fossé entre riches et pauvres. La première chaîne privée fut finalement lancée en 1994, sept années avant la première émission du service public. Les mesures de libéralisation des ondes (radio et télé) de 2001 ne s'appliquent d'ailleurs pas à Zanzibar, qui ne possède pas de médias privés (ceux du continent restant cependant accessibles). Le manque de professionnels disposant de la formation adaptée fait cependant sentir ses effets, et le gouvernement essaie d'investir plus particulièrement dans ce secteur éducatif (notamment via la création du "Mosi Institute of Technology", calqué - modestement - sur le MIT américain). Les progrès enregistrés depuis le début des années 2000 s'expliquent entre autres par la conjonction de deux facteurs: Le paysage des télécoms tanzaniens reste quoi qu'il en soit excessivement déséquilibré, avec l'essentiel des infrastructures et investissements toujours concentrés dans la capitale économique. Le manque de moyens est criant, de même que le manque de personnel qualifié : certaines écoles, afin de familiariser leurs étudiants avec le matériel informatique en dépit de la pénurie, donnent leurs cours sur des ordinateurs en bois ou carton. Quand bien même la loi prévoit la mise en place d'une politique d'accès universel pour le monde rural (80 % de la population), celle-ci est laissée faute de moyens aux bons soins du secteur privé, souvent concentré sur les zones urbaines plus denses. Téléphonie fixe et mobile. La télédensité du pays est faible, avec moins de 15 lignes mobiles pour en 2006, mais reste en progression constante, notamment à Dar-es-Salaam. Le réseau est désormais dans sa grande majorité numérique et la pénétration dans les zones urbaines s'accélère. En 2005, la partie continentale du pays a modifié son système d'attribution de licences pour copier celui appliqué avec succès par la Malaisie à la fin des années 1990 : d'un système (droit d'opérer un réseau de télécoms OU de radiodiffusion et de fournir des services sur celui-ci), on est passé à une approche horizontale (la licence permet de posséder un réseau de télécommunications ET de radiodiffusion, mais une licence distincte est attribuée pour fournir les contenus et services sur ledit réseau). Cette réforme, la première de ce type sur le continent africain, a permis aux investisseurs de se concentrer sur leur métier de base (infrastructures ou services) et sur un maximum de secteurs simultanément. Cette réforme a permis l'augmentation des investissements directs étrangers, et devrait favoriser à terme l'arrivée rapide de services téléphoniques par le biais de la télévision câblée, de la télévision par téléphone, et de l'internet sur tous les médias existants : la Tanzanie est le premier pays africain à s'être adapté au phénomène de convergence des technologies. La "Tanzania Telecommunications Company" (TTCL) est le seul fournisseur d'accès fixe sur le continent, son "alter ego" Zantel, une compagnie privée opérant depuis Zanzibar, visant à prendre pied dans le reste du pays à court terme. La TTCL était en situation de monopole jusqu'à sa privatisation partielle en 2001 : cinq opérateurs mobiles se partagent désormais les licences pour l'ensemble du pays. Conséquence de cette concurrence accrue, les prix des services ont diminué de plus de la moitié en cinq ans. Comme dans la plupart des pays en développement, l'absence d'infrastructures dans un pays à la densité de population faible favorise grandement le développement de la téléphonie mobile : 97 % de la population peut en théorie avoir accès à un réseau mobile. Aujourd'hui, les opérateurs sont nombreux et la concurrence a permis une démocratisation des offres. Des cartes prépayées sont vendues dans la rue et permettent un accès à de l'internet mobile sur un réseau de bonne qualité, au moins dans les villes. Les tarifs, résultat de la concurrence de la multitude des offres, sont relativement accessible aux tanzaniens. En 2017, 74% de la population possède une ligne de téléphonie mobile. La compagnie de chemins de fer a également déposé une demande de licence pour opérer le long de la ligne Dar es Salaam - Mwanza. Le pays a également été sélectionné pour la mise en route d'un projet-pilote de télécentre à Sengerema (près de Mwanza). Ce projet, mené en coopération avec l'UIT et l'UNESCO (et peut-être la FAO et d'autres acteurs potentiellement intéressés), vise à développer un centre multi-services capable de coordonner les activités commerciales, agricoles et gouvernementales. Internet. Le marché est dominé par trois fournisseurs d'accès qui obtinrent leur licence lors du premier appel d'offres en 1996 : les conditions d'obtention se résument à de frais, plus 5 % de redevance sur tous les services à valeur ajoutée. Les trois opérateurs dépendent de capitaux internationaux, avec participation locale dans le cas de Datel (coopération entre Nexus International, entité appartenant à France Télécom, et TTCL). L'université de Dar es Salaam dispose également d'une licence, mais celle-ci (gratuite) est limitée à la communauté universitaire et elle ne peut en faire commerce avec le grand public. Les fournisseurs d'accès devant passer par les bandes satellitaires pour accéder à l'international, la mise en place d'Eassy (pour ""), un câble sous-marin de en chantier de fin 2008 à mi 2011, relie la côte est-africaine au reste du monde, et devrait permettre de faire baisser les coûts de connexion. Les cybercafés sont désormais omniprésents dans les villes du pays, mais les efforts du gouvernement pour développer l'accès de la population à internet ont eu, au moins dans les premiers temps, un impact particulièrement limité : l'utilisation voire la connaissance des réseaux reste marginale limitée essentiellement aux zones à forte concentration urbaine. Démographie. La Tanzanie est peuplée de en . Le taux d'alphabétisation est de 69,4 % pour les personnes de plus de . Sur le continent, 99 % de la population est d'origine africaine (dont 95 % de bantous répartis en plus de 130 ethnies), le 1 % restant étant représenté par des Asiatiques (), Européens () et Arabes (). À Zanzibar, la population est constituée d'un mélange plus hétérogène d'Africains et d'Arabes. Il y aurait aussi des métis, descendants d'unions entre Africains et Européens, lors de la colonisation allemande entre 1885 et 1919, et lors du mandat britannique entre 1921 et 1962, dont le nombre est inconnu. La Tanzanie accueille sur son territoire plus de réfugiés provenant principalement du Burundi et de la république démocratique du Congo. Santé. Le taux de fécondité est estimé à par femme tandis que le taux de mortalité infantile est de 66,93 pour mille. L'espérance de vie est de en 2011, environ de moins que l'espérance de vie moyenne dans le monde. L'âge moyen total est de ; il est de pour les femmes et de pour les hommes. La croissance démographique annuelle est de 2,5 %. On relève la présence de plusieurs maladies infectieuses : Enseignement. À l'époque coloniale. L'arrivée de l’enseignement en Tanzanie remonte à l'introduction de l'islam à partir du avec l'introduction des écoles coraniques dans les régions côtières. À partir des années 1860-1870, la colonisation a entraîné l'apparition de la scolarisation sur un modèle occidental, l'Allemagne étant la puissance colonisatrice. L’enseignement avant 1914 est essentiellement le fait des missionnaires de plusieurs nationalités (allemands, français, britanniques...) qui interviennent en Tanzanie. Il y avait en 1914 mille écoles missionnaires enseignant à un total de élèves, ce qui représentait 95% de la population scolaire, les 5% restant étant à l'actif des écoles ouvertes par l'administration coloniale elle-même. Pendant la période coloniale britannique, à partir de 1919, la politique d'éducation gouvernementale est plus affirmée, notamment en direction des filles. Toutefois, le système éducatif est basé sur le différentialisme. Cette façon d'enseigner a profondément marqué le modèle éducatif tanzanien. Peu avant l'Indépendance, le système scolaire est en effet caractérisé par une forte ségrégation des Européens, des Asiatiques (principalement venus d'Inde) et des Africains, au détriment de ces derniers. Quoi qu'il en soit, les deux puissances colonisatrices n'ont jamais considéré l’enseignement en Tanzanie comme un souci majeur, un point important de leur politique coloniale. Cela a eu une importante conséquence à l’issue de l'indépendance, avec un système éducatif très peu rodé et fragile. Avec l'indépendance. Avec l'arrivée de l'indépendance, et Julius Nyerere au pouvoir, le problème de la discrimination raciale au sein de l’enseignement devient une priorité absolue pour le premier président tanzanien. C'est une volonté de changement radical qui apparait, avec la politique éducative pour l'autosuffisance mise en place à la fin des années 1960. Avec Nyerere au pouvoir, l’enseignement prend une nouvelle forme. Sa vision de l’enseignement crée des désaccords, certains y voyant quelque chose de novateur, d'autres la continuité d'un enseignement pour colonie. Cet enseignement s’appelle en anglais "", abrégé en ESR. Il est considéré par les dirigeants (à l’instar de nombreux pays africains) comme un moteur du développement mais aussi, et surtout, comme un moyen de construire un certain type de société. Cependant, l’éducation nationale n’a pas permis de constituer le type de société escompté, ceci partiellement en raison de la crise économique des années 1980. Cette crise provoque l’intervention du FMI dans le pays, à la demande du président A.H. Mwinyi, FMI qui examine la structure des institutions éducatives et qui remanie le système moyennant certains plans d'ajustement structurel. Le ministère de l'Éducation nationale voit son budget restreint, ce qui limite encore le champ et la liberté d'action des politiques tanzaniennes en matière d'éducation. L'alphabétisation recense en Tanzanie tout individu de plus de capable de lire et écrire le swahili, l'anglais ou encore l'arabe. Le taux d’alphabétisation est de 69,4 % pour la population en 2011, soit 77,5 % pour les hommes et 62,2 % pour les femmes. La Tanzanie est au mondial en matière d'alphabétisation. Les dépenses pour l'éducation étaient de 6,8 % du PIB en 2008. La scolarité apparaît privilégier les hommes. Culture. La Tanzanie est largement influencée par la culture swahilie de Zanzibar. D'une manière plus générale, l'ensemble du pays conserve les traces de la présence arabe, qui s'est diffusée le long des routes des caravanes entre la côte et les actuels pays des grands lacs dès la fin du . Cette influence se repère dans différents aspects culturels, comme l'architecture, les vêtements, et surtout la religion (un tiers environ de la population est de confession musulmane, les deux autres étant chrétien et animiste). Depuis l'introduction du libéralisme économique au milieu des années 1980 et de la démocratisation de la vie politique dans les années 1990, les grandes villes sont également soumises à une occidentalisation relative, très visible dans les choix vestimentaires et les goûts musicaux. Les deux langues officielles sont le kiswahili ou swahili (appelé Kiunguja à Zanzibar) et l'anglais mais il existe d'autres langues véhiculaires comme l'arabe ou le gujarati, cette dernière parlée par des communautés originaires du sous-continent indien. Le pays compte plus de ethniques, chacun ayant conservé sa langue. On note toutefois que l'influence du kiswahili a contribué à un affaiblissement du poids des langues locales. Ce fait est surtout notable en milieu urbain, où l'on assiste à la naissance de la première génération de Tanzaniens ne maitrisant qu'une des langues de leur pays, le kiswahili. . De nombreuses femmes sont mères au foyer. Beaucoup contribuent toutefois aux revenus du ménage par des travaux informels, comme vendeuses de repas dans la rue (mama ntilie en kiswahili). Religion. Les chiffres disponibles sont les suivants : Au sein du christianisme, le Pew Reserch Center estime la part du catholicisme à 54 % et celle du protestantisme à 46 %. La présence importante de luthériens dans la communauté protestante est un héritage de la . Les catholiques sont aussi en grande partie issus des missions catholiques allemandes (dont bavaroises) pendant la colonisation allemande du pays. L'Église évangélique luthérienne en Tanzanie regroupe de fidèles, soit 13 % de la population. Suivent les pentecôtistes et les anglicans, chacun crédités de près de de membres, soit environ 10 % de la population chaque, le reste étant réparti entre diverses petites églises. Le fort développement des Églises pentecôtistes est un fait récent. L'islam tanzanien est essentiellement sunnite (environ 53 %), secondairement chiite (26 %) et ahmadiyya (20 %). La répartition des musulmans sur le territoire est inégale : la population de Zanzibar est à 98 % ou 99 % musulmane. Les musulmans du groupe ahmadiyya progressent beaucoup depuis 1950. Selon des propos de l’Église catholique tanzanienne rapportés par le Vatican, les catholiques de Zanzibar seraient persécutés par un groupe de musulmans, sur fond de tensions indépendantistes. Codes. La Tanzanie a pour codes : |
Tunisie , en forme longue est un État d'Afrique du Nord bordé au nord et à l'est par la mer Méditerranée ( de côtes), à l'ouest par l'Algérie avec de frontière commune et au sud-est par la Libye avec de frontière. Souverain depuis 1956, sa capitale Tunis est située dans le Nord-Est du pays, au fond du golfe du même nom. Plus de 30 % de la superficie du territoire est occupée par le désert du Sahara, le reste étant constitué de régions montagneuses et de plaines fertiles. Le territoire de l'actuelle Tunisie est le foyer de la culture capsienne, une culture mésolithique qui a duré de 10 000 à 6 000 avant notre ère et à qui la ville de Gafsa a donné son nom. Il est aussi le berceau de la civilisation carthaginoise qui atteint son apogée au , avant de faire partie du royaume berbère de la Numidie unifiée, puis de devenir une province importante de l'Afrique romaine et de passer pendant quelques décennies sous domination vandale. Dirigé par une succession de dynasties musulmanes au sein de l'Ifriqiya () puis devenu régence ottomane, il passe sous protectorat français le avec la signature du traité du Bardo. À l'indépendance, le , la Tunisie devient d'abord une monarchie constitutionnelle ayant pour souverain Lamine Bey, dix-neuvième et dernier bey régnant de la dynastie des Husseinites. Mais, le , la république est proclamée et le leader nationaliste Habib Bourguiba devient le premier président de la République tunisienne. Il modernise le pays qu'il dirige pendant trente ans, marqués à la fin par le clientélisme et la montée de l'islamisme. En 1987, il est déposé par le Premier ministre Zine el-Abidine Ben Ali, qui poursuit les principaux objectifs du tout en libéralisant l'économie mais exerce une présidence autoritaire et policière, caractérisée par l'importance de la corruption. Ben Ali est chassé le par une révolution populaire et se réfugie en Arabie saoudite, à Djeddah sous le coup, avec son épouse Leïla Ben Ali, d'un mandat d'arrêt international. Intégrée aux principales instances de la communauté internationale telles que l'ONU ou la Cour pénale internationale, la Tunisie fait également partie de l'Union du Maghreb arabe, de la Ligue arabe, de la Grande zone arabe de libre-échange, du Marché commun de l'Afrique orientale et australe, de l'Organisation de la coopération islamique, de l'Union pour la Méditerranée, de l'Union africaine, de l'Organisation internationale de la francophonie, du Groupe des 77, de la Communauté des États sahélo-sahariens et du mouvement des non-alignés. La Tunisie a également conclu un accord d'association avec l'Union européenne et obtenu le statut d'allié majeur non-membre de l'OTAN. Durant la période 2020-2021, le pays est un membre non permanent du Conseil de sécurité des Nations unies. Toponymie. Le nom actuel de la , qui vient du français, est dérivé du nom de la capitale, Tunis, suivi du suffixe latin -ie. Le dérivé latin est par la suite adopté dans plusieurs autres langues européennes, à quelques modifications près, pour différencier le pays de la ville de Tunis. Toutefois, dans certaines langues, il n'y a pas eu une telle modification, comme en russe ('), en espagnol (') et en arabe ( ou ""). Dans ces cas, seul le contexte permet de déterminer si l'on parle de la ville ou du pays. Avant cela, le territoire de la Tunisie est appelé Ifriqiya ou encore Africa dans l'Antiquité, ce qui donne par la suite son nom à l'Afrique. Géographie. La Tunisie, le plus petit des États du Maghreb, se situe au nord du continent africain. Il est séparé de l'Europe par une distance de au niveau du canal de Sicile. Disposant d'une superficie de , le pays est limité à l'ouest par l'Algérie avec de frontière commune, au sud - sud-est par la Libye avec de frontière et au nord et à l'est par la mer Méditerranée avec de côtes ( si l'on prend en compte les linéaires des îles, îlots, archipels et les linéaires artificiels). Le désert du Sahara occupe une superficie comprise entre 33 % et 40 % du territoire selon qu'on le définisse d'après son aridité ou selon des caractéristiques paysagères. La superficie des terres à vocation agricole est estimée à dix millions d'hectares, réparties en cinq millions de terres labourables, quatre millions de parcours naturels et un million de forêts et garrigues. Topographie. La Tunisie possède un relief contrasté avec une partie septentrionale et occidentale montagneuse, la dorsale tunisienne, située dans l'extension du massif montagneux de l'Atlas ; elle est coupée par la plaine de la Medjerda, le seul cours d'eau du pays qui soit alimenté de façon continue. Le point culminant du territoire est le djebel Chambi culminant à . À l'est, une plaine s'étend entre Hammamet et Ben Gardane, via le Sahel tunisien et la Djeffara. La partie méridionale du pays, principalement désertique, est divisée entre une succession de chotts (Chott el-Gharsa, Chott el-Jérid et Chott el-Fejaj), des plateaux rocheux et les dunes du Grand Erg oriental. Le littoral parsemé de tombolos et de lagunes s'étend sur dont 575 de plages sablonneuses. Quelques îles dont les Kerkennah et Djerba parsèment le littoral. Climat. Le climat de la Tunisie se divise en sept zones bioclimatiques, la grande différence entre le Nord et le reste du pays étant due à la chaîne de la dorsale tunisienne qui sépare les zones soumises au climat méditerranéen (classification de Köppen "Csa") de celles soumises au climat désertique chaud (classification de Köppen "BWh") typique du Sahara, le plus grand désert chaud du globe. Entre les deux, on y trouve le climat semi-aride chaud (classification de Köppen "BSh") avec des caractéristiques communes aux deux principaux régimes climatiques du pays. En raison de sa situation géographique, le climat tunisien est influencé par divers types de vents : la côte nord est exposée aux vents marins doux et humides soufflant depuis le sud de la France, ce qui provoque une baisse significative des températures et une hausse des précipitations, et le sud du pays aux vents continentaux chauds et secs, tels le sirocco soufflant sur les grandes étendues désertiques et les plaines, provoquant alors une brutale hausse des températures et un net assèchement de l'atmosphère. Le pays bénéficie également d'un taux d'ensoleillement important dépassant par an et qui atteint des sommets dans le Sud désertique, aux abords des frontières algérienne et libyenne. Les températures varient en fonction de la latitude, de l'altitude et de la proximité ou de l'éloignement de la mer Méditerranée. S'il peut faire quelques degrés au-dessous de dans les montagnes de Kroumirie en hiver, la température maximale grimpe souvent aux environs de dans les régions désertiques en été. La pluviométrie annuelle moyenne varie également selon les régions : d'environ au nord à environ au centre et jusqu'à moins de à l'extrême sud. Environnement. La flore varie beaucoup en fonction des régions : celle des régions côtières est semblable à celle de l'Europe méridionale et comprend prairies, garrigue, maquis et forêts de chênes-lièges. Plus au sud, la végétation est de type steppique avec une dominance de l'alfa. Dans les régions arides de l'extrême sud, les oasis sont plantées de palmiers-dattiers. Quinze aires naturelles ont été érigées en parcs nationaux. Le parc national de l'Ichkeul, qui s'étend sur , est inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l'Unesco. Il existe également seize réserves naturelles qui ont pour but d'être un habitat pour des espèces ayant une valeur écologique, économique et en tant qu'écosystèmes vulnérables. Selon une étude du programme méditerranéen du WWF, la région côtière du Nord-Ouest figure parmi les treize sites de la Méditerranée qui se distinguent par leur richesse naturelle, leur biodiversité et leurs espèces végétales et animales uniques. Dans ce contexte, la Tunisie est le pays méditerranéen le plus touché par le réchauffement climatique, lequel favorise les pénuries d'eau et l'érosion des côtes. Depuis plusieurs années, l'agriculture est exposée à des sécheresses récurrentes qui participent à l'exode rural. En outre, , souligne la chercheuse Samia Mouheli. Ainsi, selon la FAO, le pays est passé de cinq kilos d'engrais chimiques utilisés à l'hectare au début des années 1960 à près de au milieu des années 1990. Les pollutions industrielles, favorisées par un manque de régulation étatique, constituent également un frein au développement durable dans le pays. La Tunisie est dans une situation de stress hydrique selon les critères de l'ONU (moins de d'eau par habitant et par an). La Medjerda, le grand fleuve tunisien, est menacé par la pollution ; sa qualité n'a cessé de baisser et, selon l'étude du ministère de l'Environnement réalisée en 2018, finissent chaque année dans le fleuve. Géographie humaine. L'espace tunisien apparaît inégalement peuplé et développé sur le plan socioéconomique selon un gradient intérieur-littoral (ouest-est) : les treize gouvernorats côtiers totalisent ainsi 65,3 % de la population totale avec une forte densité de population ( par km contre 65,6 pour l'ensemble du pays). La Tunisie est urbanisée à 65,6 % en 2007 et connaît un taux d'urbanisation annuelle de 3,6 %. Le réseau urbain se situe sur la bande littorale orientale, entre les régions de Bizerte et Gabès en passant par Tunis, le cap Bon, le Sahel et Sfax (centre-est du pays), qui dispose des plus grandes infrastructures économiques et concentre plus de 80 % de la population urbaine. Au terme du recensement de 2014, les principales municipalités sont : Géographie administrative. La Tunisie est divisée en 24 gouvernorats qui portent le nom de leurs chefs-lieux : À leur tête se trouvent des gouverneurs, nommés par le président de la République, qui sont les de l'autorité de l'État. Trois institutions les aident à accomplir leurs missions : le Conseil local de développement, le Conseil rural et le Comité de quartier. Aux côtés des gouverneurs se trouvent les Conseils régionaux qui sont chargés d'examiner . Ils donnent ainsi leur avis sur les programmes et projets que l'État envisage de réaliser dans leur gouvernorat respectif, arrêtent le budget des gouvernorats et les impôts perçus au profit de la collectivité publique et établissent des relations de coopération avec des instances étrangères de niveau régional (après approbation du ministre de l'Intérieur). Les gouvernorats sont subdivisés en administratives : les délégations. Depuis un décret du 26 mai 2016, l'entièreté du territoire est également subdivisé en 350 municipalités. La plus petite division administrative est le secteur ou imada, dont le nombre se monte à . Histoire. Au travers des siècles, le territoire de l'actuelle Tunisie a successivement été sous influence carthaginoise, numide, romaine, byzantine, vandale, omeyyade, aghlabide, fatimide, normande de Sicile, almohade, hafside, ottomane et française. Ces circonstances, ainsi que la position de la Tunisie à l'intersection entre le Bassin méditerranéen, l'Europe et l'Afrique, ont influencé la diversité culturelle du pays. Préhistoire et protohistoire. Les premières traces de présence humaine en Tunisie datent du Paléolithique. C'est à vingt kilomètres à l'est de Gafsa, dans l'oasis d'El Guettar, que se rassemble une petite population nomade de chasseurs-cueilleurs moustériens. Michel Gruet, l'archéologue qui découvre le site, relève qu'ils consomment des dattes dont il retrouve le pollen aux alentours de la source aujourd'hui asséchée. À une culture ibéromaurusienne, répartie sur le littoral et relativement minime en Tunisie, succède la période du Capsien, nom créé par Jacques de Morgan et issu du latin "Capsa", qui a lui-même donné le nom de l'actuelle Gafsa. Morgan définit le Capsien comme étant une culture allant du Paléolithique supérieur au Néolithique, couvrant ainsi une période qui s'étend du . D'un point de vue ethnologique et archéologique, le Capsien prend une importance plus grande puisque des ossements et des traces d'activité humaine remontant à plus de sont découverts dans la région. Outre la fabrication d'outils en pierre et en silex, les Capsiens produisaient, à partir d'ossements, divers outils dont des aiguilles pour coudre des vêtements à partir de peaux d'animaux. Au Néolithique (4500 à 2500 av. J.-C. environ), arrivé tardivement dans cette région, la présence humaine est conditionnée par la formation du désert saharien, qui acquiert son climat actuel. De même, c'est à cette époque que le peuplement de la Tunisie s'enrichit par l'apport des Berbères, issus semble-t-il de la migration vers le nord de populations libyques (ancien terme grec désignant les populations africaines en général). Le Néolithique voit également le contact s'établir entre les Phéniciens de Tyr, les futurs Carthaginois qui fondent la civilisation punique, et les peuples autochtones de l'actuelle Tunisie, dont les Berbères sont désormais devenus la composante essentielle. On observe le passage de la Préhistoire à l'Histoire principalement dans l'apport des populations phéniciennes, même si le mode de vie néolithique continue un temps à exister aux côtés de celui des nouveaux arrivants. Cet apport est nuancé, notamment à Carthage (centre de la civilisation punique en Occident), par la coexistence de différentes populations minoritaires mais dynamiques comme les Berbères, les Grecs, les Italiens ou les Ibères d'Espagne. Les nombreux mariages mixtes contribuent à l'établissement de la civilisation punique. De la Carthage punique à la Carthage romaine. L'entrée de la Tunisie dans l'histoire se fait par l'expansion d'une cité issue d'une colonisation proche-orientale. La Tunisie accueille progressivement une série de comptoirs phéniciens comme bien d'autres régions méditerranéennes. Le premier comptoir selon la tradition est celui d'Utique, qui date de 1101 av. J.-C.. En 814 av. J.-C., des colons phéniciens venus de Tyr fondent la ville de Carthage. D'après la légende, c'est la reine Élyssa (Didon pour les Romains), sœur du roi de Tyr Pygmalion, qui est à l'origine de la cité. Ouverte sur la mer, Carthage est également ouverte structurellement sur l'extérieur. Un siècle et demi après la fondation de la ville, les Carthaginois ou Puniques étendent leur emprise sur le bassin occidental de la mer Méditerranée. Cette présence prend diverses formes, y compris celle de la colonisation, mais reste d'abord commerciale (comptoirs de commerce, signature de traités). La mutation vers un empire plus terrestre se heurte aux Grecs de Sicile puis à la puissance montante de Rome et de ses alliés massaliotes, campaniens ou italiotes. Le cœur carthaginois qu'est la Tunisie, à la veille des guerres puniques, possède une capacité de production agricole supérieure à celle de Rome et de ses alliés réunis, et son exploitation fait l'admiration des Romains. La lutte entre Rome et Carthage prend de l'ampleur avec l'essor des deux cités : ce sont les trois guerres puniques, qui faillirent voir la prise de Rome mais se conclurent par la destruction de Carthage, en 146 av. J.-C., après un siège de trois ans. À l'issue de la Troisième Guerre punique, Rome s'installe sur les décombres de la ville. La fin des guerres puniques marque l'établissement de la province romaine d'Afrique dont Utique devient la première capitale, même si le site de Carthage s'impose à nouveau par ses avantages et redevient capitale en 14. En 44 av. J.-C., Jules César décide d'y fonder une colonie romaine, la "Colonia Julia Carthago", mais il faudra attendre quelques décennies pour qu'Auguste lance les travaux de la cité. La région connaît alors une période de prospérité où l'Afrique devient pour Rome un fournisseur essentiel de productions agricoles, comme le blé et l'huile d'olive, grâce aux plantations d'oliviers chères aux Carthaginois. La province se couvre d'un réseau dense de cités romanisées dont les vestiges encore visibles à l'heure actuelle demeurent impressionnants : il suffit de mentionner les sites de Dougga (antique "Thugga"), Sbeïtla ("Sufetula"), Bulla Regia, El Jem ("Thysdrus") ou Thuburbo Majus. Partie intégrante de la République puis de l'Empire avec la Numidie, la Tunisie devient pendant six siècles le siège d'une civilisation romano-africaine d'une exceptionnelle richesse, fidèle à sa vocation de . La Tunisie est alors le creuset de l'art de la mosaïque, qui s'y distingue par son originalité et ses innovations. Concurrents des dieux romains, des dieux indigènes apparaissent sur des frises d'époque impériale, et le culte de certaines divinités, Saturne et Caelestis, s'inscrit dans la continuité du culte voué par les Puniques à Ba'al Hammon et à Tanit, sa parèdre. Le voit aussi l'installation précoce de communautés juives et, dans le sillage de celles-ci, des premières communautés chrétiennes. L'apogée du ne va toutefois pas sans heurts, la province connaissant quelques crises au : elle est frappée par la répression de la révolte de Gordien en 238 ; elle subit de même les affrontements entre usurpateurs au début du . La province est l'une des moins touchées par les difficultés que connaît l'Empire romain entre 235 et le début du . Avec la Tétrarchie, la province recouvre une prospérité que révèlent les vestiges archéologiques, provenant tant de constructions publiques que d'habitations privées. Cette époque est aussi le premier siècle du christianisme officiel, devenu religion licite en 313 et religion personnelle de l'empereur Constantin. Christianisation. Dans un espace ouvert sur l'extérieur comme l'est alors la province d'Afrique, le christianisme se développe de façon précoce grâce aux colons, commerçants et soldats, et la région devient l'un des foyers essentiels de la diffusion de la nouvelle foi, même si les affrontements religieux y sont violents avec les païens. Dès le , la province applique aussi les sanctions impériales, les premiers martyrs étant attestés dès le : ceux qui refusent de se rallier au culte officiel peuvent être torturés, relégués sur des îles, décapités, livrés aux bêtes féroces, brûlés voire crucifiés. À la fin du , la nouvelle religion progresse dans la province car, malgré une situation difficile, la nouvelle foi s'implante plus vite qu'en Europe, notamment en raison du rôle social joué par l'Église d'Afrique qui apparaît dans la seconde moitié du , aidé en cela par une très forte densité urbaine. De plus, une fois l'Édit de Thessalonique publié par l'empereur Théodose en 381, la christianisation devient automatique, puisque aucun autre culte n'est permis dans l'Empire. Ainsi, au cours du et sous l'action dynamique d'Augustin d'Hippone et l'impulsion de quelques évêques, les grands propriétaires terriens et l'aristocratie citadine se rallient au christianisme, où ils voient leur intérêt, l'Église intégrant alors les diverses couches sociales. Rapidement, la province d'Afrique est considérée comme un phare du christianisme latin occidental. Cette expansion rencontre toutefois des obstacles, en particulier lors du schisme donatiste qui est condamné de façon définitive au concile de Carthage. Ce dernier accuse les schismatiques d'avoir coupé les liens entre l'Église africaine et les Églises orientales originelles. En dépit de cette lutte religieuse, la conjoncture économique, sociale et culturelle est relativement favorable au moment du triomphe du christianisme, comme en témoignent les nombreux vestiges, notamment de basiliques à Carthage et de nombreuses églises aménagées dans d'anciens temples païens (comme à Sbeïtla) ou même certaines églises rurales découvertes récemment. Le , après s'être rendus maîtres d'Hippone, les Vandales et les Alains de Genséric entrent dans Carthage, où ils installent leur royaume pour près d'un siècle. Les Vandales sont adeptes de l'arianisme, déclarée hérésie au concile de Nicée, ce qui ne facilite pas les relations entre eux et les notables locaux majoritairement chalcédoniens. Or les Vandales exigent de la population une totale allégeance à leur pouvoir et à leur foi. En conséquence, ceux qui tentent de s'opposer aux Vandales ou à l'arianisme sont persécutés : de nombreux hommes d'Église sont martyrisés, emprisonnés ou exilés dans des camps au sud de Gafsa. Dans le domaine économique, les Vandales appliquent à l'Église la politique de confiscation dont doivent pâtir les grands propriétaires. Cependant, la culture latine reste largement préservée et le christianisme prospère tant qu'il ne s'oppose pas au souverain en place. Dans ce contexte, le territoire, enserré par des principautés berbères, est attaqué par les tribus de nomades chameliers : la défaite, en décembre 533 à la bataille de Tricaméron, confirme l'anéantissement de la puissance militaire vandale. Carthage est prise facilement par les Byzantins dirigés par le général Bélisaire, envoyé par Justinien, le roi vandale Gélimer se rendant en 534. Malgré la résistance des Berbères, les Byzantins rétablissent l'esclavage et instituent de lourds impôts. Par ailleurs, l'administration romaine est restaurée. L'Église d'Afrique est mise au pas et Justinien fait alors de Carthage le siège de son diocèse d'Afrique. À la fin du , la région est placée sous l'autorité d'un exarque cumulant les pouvoirs civil et militaire, et disposant d'une large autonomie vis-à-vis de l'empereur. Prétendant imposer le christianisme d'État, les Byzantins pourchassent le paganisme, le judaïsme et les hérésies chrétiennes. Pourtant, à la suite de la crise monothéliste, les empereurs byzantins, opposés à l'Église locale, se détournent de la cité. Or, avec une Afrique byzantine entraînée dans le marasme, un état d'esprit insurrectionnel secoue des confédérations de tribus sédentarisées et constituées en principautés. Ces tribus berbères sont d'autant plus hostiles à l'Empire byzantin qu'elles ont conscience de leur propre force. Avant même sa prise par les Arabes en 698, la capitale et, dans une certaine mesure, la province d'Afrique se sont vidées de leurs habitants byzantins. Dès le début du , l'archéologie témoigne en effet d'un repli, ceci étant particulièrement évident à Carthage. Ifriqiya dans le Moyen Âge arabo-musulman. La première expédition arabe sur la Tunisie est lancée en 650, à l'époque du calife Othmân ibn Affân. Commandée par Abd Allâh ibn Saad, l'armée arabe écrase l'armée byzantine du patrice Grégoire près de Sbeïtla. En 666, une deuxième offensive menée par Mu'awiya ibn Hudayj à l'époque du calife omeyyade Muʿawiya se termine par la prise de plusieurs villes dont Sousse et Bizerte. L'île de Djerba est prise en 667. La troisième expédition, menée en 670 par Oqba Ibn Nafi al-Fihri, est décisive : ce dernier fonde la ville de Kairouan au cours de la même année et cette ville devient la base des expéditions contre le Nord et l'Ouest du Maghreb. L'invasion complète manque d'échouer avec la mort d'Ibn Nafi en 683, à la suite d'une embuscade tendue par le chef berbère Koceïla au sud de l'Aurès. Après la mort d'Ibn Nafi, les Arabes évacuent Kairouan, où s'installe Koceila qui devient le maître de l'Ifriqiya : les Byzantins ne sont plus, selon les historiens arabes, que ses simples auxiliaires. Envoyé en 693 avec une puissante armée arabe, le général ghassanide Hassan Ibn Numan réussit à vaincre l'exarque et à prendre Carthage en 695. Seuls résistent certains Berbères dirigés par la Kahena. Les Byzantins, profitant de leur supériorité navale, débarquent une armée qui s'empare de Carthage en 696 pendant que la Kahena remporte une bataille contre les Arabes en 697. Ces derniers, au prix d'un nouvel effort, finissent cependant par reprendre définitivement Carthage en 698 et par vaincre et tuer la Kahena. Contrairement aux Phéniciens, les Arabes ne se contentent pas d'occuper la côte et entreprennent de conquérir l'intérieur du pays. Après avoir résisté, les Berbères se convertissent à la religion de leurs vainqueurs, principalement à travers leur recrutement dans les rangs de l'armée victorieuse. Des centres de formation religieuse s'organisent alors, comme à Kairouan, au sein des nouveaux ribats. On ne saurait toutefois estimer l'ampleur de ce mouvement d'adhésion à l'islam. D'ailleurs, refusant l'assimilation, nombreux sont ceux qui rejettent la religion dominante et adhèrent au kharidjisme, courant religieux musulman né en Orient et proclamant notamment l'égalité de tous les musulmans sans distinction de race ni de classe. La région reste une province omeyyade jusqu'en 750, quand la lutte entre Omeyyades et Abbassides voit ces derniers l'emporter. De 767 à 776, les kharidjites berbères sous le commandement d'Abou Qurra s'emparent de tout le territoire, mais ils se retirent finalement dans le royaume de Tlemcen, après avoir tué Omar ibn Hafs, surnommé Hezarmerd, dirigeant de la Tunisie à cette époque. En 800, le calife abbasside Hâroun ar-Rachîd délègue son pouvoir en Ifriqiya à l'émir Ibrahim ibn al-Aghlab et lui donne le droit de transmettre ses fonctions par voie héréditaire. Al-Aghlab établit la dynastie des Aghlabides, qui règne durant un siècle sur le Maghreb central et oriental. Le territoire bénéficie d'une indépendance formelle tout en reconnaissant la souveraineté abbasside. La Tunisie devient un foyer culturel important avec le rayonnement de Kairouan et de sa Grande Mosquée, un centre intellectuel de haute renommée. À la fin du règne de Ziadet Allah (817-838), Tunis devient la capitale de l'émirat jusqu'en 909. Appuyée par les tribus Kutama qui forment une armée fanatisée, l'action du prosélyte ismaélien Abu Abd Allah ach-Chi'i entraîne la disparition de l'émirat en une quinzaine d'années (893-909). En décembre 909, Ubayd Allah al-Mahdi se proclame calife et fonde la dynastie des Fatimides, qui déclare usurpateurs les califes omeyyades et abbassides ralliés au sunnisme. L'État fatimide s'impose progressivement sur toute l'Afrique du Nord en contrôlant les routes caravanières et le commerce avec l'Afrique subsaharienne. En 945, Abu Yazid, de la grande tribu des Ifrenides, organise sans succès une grande révolte berbère pour chasser les Fatimides. Le troisième calife, Ismâ`îl al-Mansûr, transfère alors la capitale à Kairouan et s'empare de la Sicile en 948. Lorsque la dynastie fatimide déplace sa base vers l'est en 972, trois ans après la conquête finale de la région, et sans abandonner pour autant sa suzeraineté sur l'Ifriqiya, le calife Al-Muʿizz li-Dīn Allāh confie à Bologhine ibn Ziri — fondateur de la dynastie des Zirides — le soin de gouverner la province en son nom. Les Zirides prennent peu à peu leur indépendance vis-à-vis du calife fatimide, ce qui culmine lors de la rupture avec ce suzerain devenu lointain et inaugure l'ère de l'émancipation berbère. L'envoi depuis l'Égypte de tribus arabes nomades sur l'Ifriqiya marque la réplique des Fatimides à cette trahison. Les Hilaliens suivis des Banu Sulaym — dont le nombre total est estimé à et — se mettent en route après que de véritables titres de propriété leur ont été distribués au nom du calife fatimide. Kairouan résiste pendant cinq ans avant d'être occupée et pillée. Le souverain se réfugie alors à Mahdia en 1057 tandis que les nomades continuent de se répandre en direction de l'Algérie, la vallée de la Medjerda restant la seule route fréquentée par les marchands. Ayant échoué dans sa tentative pour s'établir dans la Sicile reprise par les Normands, la dynastie ziride s'efforce sans succès pendant de récupérer une partie de son territoire pour organiser des expéditions de piraterie et s'enrichir grâce au commerce maritime. À partir du premier tiers du , la Tunisie est régulièrement attaquée par les Normands de Sicile et du Sud de l'Italie, basés dans le royaume normano-sicilien, qui finissent par conquérir l'ensemble du littoral tunisien et y fonde le Royaume d'Afrique. Celui-ci est une extension de la frontière siculo-normande dans l'ancienne province romaine d'Afrique (alors appelée "Ifriqiya"), qui correspond aujourd'hui à la Tunisie ainsi qu'à une partie de l'Algérie et de la Libye. Les sources primaires ayant trait au royaume sont en arabe alors que les sources latines (chrétiennes) sont plus rares. Selon Hubert Houben, étant donné qu' n'a jamais été officiellement ajouté aux titres royaux des rois de Sicile . L' est plutôt une constellation de villes gouvernées par les Normands sur la côte ifriqiyenne. La conquête sicilienne de l'Ifriqiya commence sous le règne de en 1146-1148. Le règne sicilien consiste en des garnisons militaires dans les principales villes, des exactions sur les populations musulmanes, la protection des chrétiens et le monnayage de pièces de monnaie. L'aristocratie locale est largement gardée en place et des princes musulmans se chargent des affaires civiles sous surveillance normande. Les relations économiques entre la Sicile et l'Ifriqiya, qui étaient déjà fortes avant la conquête, sont renforcées, tandis que les échanges entre l'Ifriqiya et le Nord de l'Italie sont étendus. Sous le règne de , le Royaume d'Afrique tombe aux mains des Almohades (1158-1160). Son héritage le plus durable est le réalignement des puissances méditerranéennes provoqué par sa disparition et la paix siculo-almohade finalisée en 1180. L'ensemble du territoire de l'Ifriqiya finit par être occupé par l'armée du sultan almohade Abd al-Mumin lors de son expédition depuis le nord du Maroc en 1159. L'économie devient florissante et des relations commerciales s'établissent avec les principales villes du pourtour méditerranéen (Pise, Gênes, Marseille, Venise et certaines villes d'Espagne). L'essor touche également le domaine culturel avec les œuvres du grand historien et père de la sociologie Ibn Khaldoun ; le siècle almohade est considéré comme l' du Maghreb. De grandes villes se développent et les plus belles mosquées sont érigées à cette époque. Les Almohades confient la Tunisie à Abû Muhammad `Abd al-Wâhid ben Abî Hafs mais son fils Abû Zakariyâ Yahyâ se sépare d'eux en 1228 et fonde la nouvelle dynastie berbère des Hafsides. Elle acquiert son indépendance dès 1236 et dirige la Tunisie jusqu'en 1574, ce qui en fait la première dynastie tunisienne par sa durée. Elle établit la capitale du pays à Tunis, et la ville se développe grâce au commerce avec les Vénitiens, les Génois, les Aragonais et les Siciliens. Tunisie ottomane. Les Hafsides de Tunis s'essoufflent et perdent peu à peu, après la bataille de Kairouan en 1348, le contrôle de leurs territoires au profit des Mérinides d'Abu Inan Faris, alors que, frappée de plein fouet par la peste de 1384, l'Ifriqiya continue de subir une désertification démographique amorcée par les invasions hilaliennes. C'est alors que commencent à arriver les Maures musulmans et juifs andalous fuyant la déchéance du royaume de Grenade en 1492 et occasionnant des problèmes d'assimilation. En une dizaine d'années, les souverains espagnols Ferdinand d'Aragon et Isabelle de Castille prennent les cités de Mers el-Kébir, Oran, Bougie, Tripoli et l'îlot situé en face d'Alger. Pour s'en libérer, les autorités de la cité sollicitent l'aide de deux corsaires renommés, d'origine grecque : les frères Arudj et Khayr ad-Din Barberousse. La Tunisie offrant un environnement favorable, les frères Barberousse s'y illustrent : Arudj reçoit en effet du souverain hafside aux abois l'autorisation d'utiliser le port de La Goulette puis l'île de Djerba comme base. Après la mort d'Arudj, son frère Khayr ad-Din se place dans la vassalité du sultan d'Istanbul. Nommé grand amiral de l'Empire ottoman, il s'empare de Tunis en 1534 mais doit se retirer après la prise de la ville par l'armada que Charles Quint mène en 1535. En 1560, Dragut parvient à Djerba et, en 1574, Tunis est reprise par les Ottomans, qui font de la Tunisie une province de leur empire en 1575. Pourtant, malgré leurs victoires, les Ottomans ne s'implantent guère en Tunisie. Au cours du , leur rôle ne cesse de décroître au profit des dirigeants locaux qui s'émancipent progressivement de la tutelle du sultan d'Istanbul alors que seuls sont en poste à Tunis. Au bout de quelques années d'administration turque, plus précisément en 1590, ces janissaires s'insurgent, plaçant à la tête de l'État un dey et, sous ses ordres, un bey chargé du contrôle du territoire et de la collecte des impôts. Ce dernier ne tarde pas à devenir le personnage essentiel de la régence aux côtés du pacha, qui reste confiné dans le rôle honorifique de représentant du sultan ottoman, au point qu'une dynastie beylicale finit par être fondée par Mourad Bey en 1613. Le , Hussein Bey fonde la dynastie des Husseinites. Le , Ali Metzan prend les armes contre son père, le vieux dey qu'il oblige à lui confier la direction de l'État. Des troubles éclatent dans la population et des scènes de pillages et de violences du quartier juif de Tunis ont lieu. Quoique toujours officiellement province de l'Empire ottoman, la Tunisie acquiert une grande autonomie au , notamment avec Ahmed Bey, régnant de 1837 à 1855, qui enclenche un processus de modernisation. Sous la pression franco-anglaise consécutive à l'affaire Sfez de 1857, des réformes ottomanes des Tanzimat interviennent sous la plume de Mohammed Bey qui promulgue le Pacte fondamental ("Ahd El Aman") ou Pacte de sécurité le , document qui s'inscrit dans l'héritage des idéaux de la Révolution française de 1789. À cette époque, le pays vit de profondes réformes, comme l'abolition de l'esclavage et faisant suite au Pacte fondamental, l'adoption en 1861 d'une véritable Constitution, remise en 1860 par Sadok Bey à l'empereur Napoléon III, et manque même de devenir une république indépendante. Ces bouleversements s'inscrivent dans un contexte économique instable, et les musulmans s'en prennent physiquement à leurs voisins juifs accusés de profiter des réformes, à leurs biens et aux synagogues, jusqu'en 1869 où plusieurs sont tués. Influence architecturale. Il est difficile de mesurer l'importance des influences turques qui demeurent en Tunisie. Quelques monuments affichent leur filiation ottomane à l'instar de la mosquée Sidi Mahrez à Tunis, édifiée entre 1692 et 1697. Dans un autre domaine, l'art des tapis, qui existait pour certains avant l'arrivée des Ottomans, voit les productions de Kairouan présenter au des motifs purement anatoliens. Malgré ces influences perceptibles dans l'aspect des objets manufacturés, l'empreinte de l'Italie voisine se fait de plus en plus manifeste au cours du , tant dans l'architecture que dans la décoration, marquant ainsi une ouverture du pays à l'Europe. Protectorat français et lutte nationaliste. Le pays connaît toutefois peu à peu de graves difficultés financières, en raison de la politique ruineuse des beys, de la hausse des impôts et d'interférences étrangères dans l'économie. Tous ces facteurs contraignent le gouvernement à déclarer la banqueroute en 1869 et à créer une commission financière internationale anglo-franco-italienne. La régence apparaît vite comme un enjeu stratégique de première importance de par la situation géographique du pays, à la charnière des bassins occidental et oriental de la Méditerranée. La Tunisie fait donc l'objet des convoitises rivales de la France et de l'Italie. Les consuls français et italien tentent de profiter des difficultés financières du bey, la France comptant sur la neutralité de l'Angleterre (peu désireuse de voir l'Italie prendre le contrôle de la route du canal de Suez) et bénéficiant des calculs de Bismarck, qui souhaite la détourner de la question de l'Alsace-Lorraine. Les combats entre tribus algériennes et tribus khroumirs en territoire algérien fournissent un prétexte à Jules Ferry pour souligner la nécessité de s'emparer de la Tunisie. En avril 1881, les troupes françaises y pénètrent sans résistance majeure et parviennent aux abords de Tunis en trois semaines, sans combattre. Le , le protectorat est officialisé lorsque Sadok Bey, menacé d'être destitué et remplacé par son frère Taïeb Bey, signe le traité du Bardo au palais de Ksar Saïd. Ceci n'empêche pas les troupes françaises de faire face, quelques mois plus tard, à des révoltes rapidement étouffées dans les régions de Kairouan et Sfax. Le régime du protectorat est renforcé par les conventions de La Marsa du qui accordent à la France le droit d'intervenir dans les affaires internes de la Tunisie. La France représente dès lors la Tunisie sur la scène internationale, et ne tarde pas à abuser de ses droits et prérogatives de protecteur pour exploiter le pays comme une colonie, en contraignant le bey à abandonner la quasi-totalité de ses pouvoirs au résident général. Néanmoins, des progrès économiques ont lieu, notamment via les banques et les compagnies, ainsi que le développement de nombreuses infrastructures (routes, ports, chemins de fer, barrages, écoles). La colonisation permet l'expansion des cultures de céréales et de la production d'huile d'olive ainsi que l'exploitation des mines de phosphates par la Compagnie des phosphates et des chemins de fer de Gafsa, ainsi que de fer par la Société du Djebel Djerissa, première entreprise tunisienne et quinzième française. Un important port militaire est aménagé à Bizerte. De plus, les Français établissent un système bilingue arabe et français qui permet à l'élite tunisienne de se former dans les deux langues. La lutte contre l'occupation française commence dès le début du avec le mouvement réformiste et intellectuel des Jeunes Tunisiens fondé en 1907 par Béchir Sfar, Ali Bach Hamba et Abdeljelil Zaouche. Ce courant nationaliste se manifeste par l'affaire du Djellaz en 1911 et le boycott des tramways tunisois en 1912. De 1914 à 1921, le pays vit en état d'urgence et la presse anticolonialiste est interdite. Malgré tout, le mouvement national ne cesse pas d'exister. Dès la fin de la Première Guerre mondiale, une nouvelle génération organisée autour d'Abdelaziz Thâalbi prépare la naissance du parti du Destour. Entré en conflit avec le régime du protectorat, le parti expose, dès la proclamation officielle de sa création le , un programme en huit points. Après avoir fustigé le régime du protectorat dans des journaux comme "La Voix du Tunisien" et "L'Étendard tunisien", l'avocat Habib Bourguiba fonde en 1932, avec Tahar Sfar, Mahmoud El Materi et Bahri Guiga, le journal "L'Action tunisienne", qui, outre l'indépendance, prône la laïcité. Cette position originale conduit le , lors du congrès de Ksar Hellal, à la scission du parti en deux branches, l'une islamisante qui conserve le nom "Destour", et l'autre moderniste et laïque, le Néo-Destour, une formation politique moderne, structurée sur les modèles des partis socialistes et communistes européens, et déterminée à conquérir le pouvoir pour transformer la société. Après l'échec des négociations engagées par le gouvernement Blum, des incidents sanglants éclatent en 1937 et les émeutes d'avril 1938 sont sévèrement réprimées. Cette répression conduit à la clandestinité du Néo-Destour, qui incite les nouveaux dirigeants à ne pas exclure l'éventualité d'une lutte plus active. En 1942, le régime de Vichy livre Bourguiba à l'Italie, à la demande de Benito Mussolini, qui espère l'utiliser pour affaiblir la Résistance française en Afrique du Nord. Cependant Bourguiba ne désire pas cautionner les régimes fascistes et lance le un appel pour le soutien aux troupes alliées. Pendant ce temps, la Tunisie est le théâtre d'importantes opérations militaires connues sous le nom de campagne de Tunisie Après plusieurs mois de combats et une contre-offensive blindée allemande dans la région de Kasserine et Sidi Bouzid au début de l'année 1943, les troupes du Troisième Reich sont contraintes de capituler le dans le cap Bon, quatre jours après l'arrivée des forces alliées à Tunis. Après la Seconde Guerre mondiale, les dirigeants nationalistes inscrivent la résistance armée dans la stratégie de libération nationale. Des pourparlers sont menés après la guerre avec le gouvernement français, si bien que Robert Schuman évoque en 1950 la possibilité de l'indépendance de la Tunisie en plusieurs étapes. Mais le gouvernement français met fin aux négociations avec le gouvernement tunisien par la affirmant le . Bourguiba demande à Chenik de porter le différend franco-tunisien devant l'ONU afin d'internationaliser le problème. La requête est signée le et, le , Salah Ben Youssef et Hamadi Badra quittent Tunis pour Paris, où ils comptent enregistrer la plainte. Cependant, le 17 janvier, le gouvernement français déclare qu'elle ne peut être examinée par le Conseil de sécurité puisque . Avec l'arrivée du nouveau résident général, Jean de Hauteclocque, le , et l'arrestation, le , de dont Bourguiba, débutent la révolte armée, la répression militaire française et un durcissement des positions de chaque camp. Le , devant le refus catégorique de Lamine Bey de congédier le gouvernement qui avait porté cette plainte à l'ONU, de Hauteclocque fait arrêter Chenik, El Materi, Mohamed Salah Mzali et Mohamed Ben Salem, placés en résidence forcée à Kébili dans le Sud du pays pendant que Bourguiba est transféré à Remada ; c'est le coup de force du 26 mars. Le 5 décembre a lieu l'assassinat du syndicaliste Farhat Hached par l'organisation colonialiste extrémiste de la Main rouge, qui déclenche grèves et manifestations, puis leur répression et des émeutes, grèves, tentatives de sabotage et jets de bombes artisanales. Le développement de la répression, accompagnée de l'apparition du contre-terrorisme, incite les nationalistes à prendre plus spécifiquement pour cibles les colons, les fermes, les entreprises françaises et les structures gouvernementales. C'est pourquoi les années 1953 et 1954 sont marquées par la multiplication des attaques contre le système colonial. En réponse, près de français sont mobilisés pour arrêter les guérillas des groupes tunisiens dans les campagnes. Cette situation difficile est apaisée par la reconnaissance de l'autonomie interne de la Tunisie, concédée par Pierre Mendès France dans son discours de Carthage le . C'est finalement le que les conventions franco-tunisiennes sont signées entre le Premier ministre tunisien Tahar Ben Ammar et son homologue français Edgar Faure. En dépit de l'opposition de Salah Ben Youssef, qui sera exclu du parti, les conventions sont approuvées par le congrès du Néo-Destour tenu à Sfax le de la même année. Après de nouvelles négociations, la France finit par reconnaître le , tout en conservant la base militaire de Bizerte. Tunisie indépendante. Le , l'Assemblée constituante est élue : le Néo-Destour en remporte tous les sièges et Bourguiba est porté à sa tête le 8 avril de la même année. Le , il devient le Premier ministre de Lamine Bey. Le Code du statut personnel, à tendance progressiste, est proclamé le 13 août. Finalement, le , la monarchie est abolie ; la Tunisie devient une république dont Bourguiba est élu président le . Le , en pleine guerre d'Algérie, des avions de l'armée française franchissent la frontière algéro-tunisienne et bombardent le village tunisien de Sakiet Sidi Youssef. En 1961, dans un contexte d'achèvement prévisible de la guerre, la Tunisie revendique la rétrocession de la base de Bizerte. La crise qui suit fait près d'un millier de morts, essentiellement tunisiens, et, devant la crainte d'une flambée de violence contre leur communauté, pousse à quitter le pays en 1962. Politiquement, la France finit, le , par rétrocéder la base à l'État tunisien. Avec l'assassinat de Salah Ben Youssef, principal opposant de Bourguiba depuis 1955, à Francfort et l'interdiction du Parti communiste (PCT) le , la République tunisienne devient un régime de parti unique dirigé par le Néo-Destour. En mars 1963, Ahmed Ben Salah entame une politique d'étatisation pratiquement totale de l'économie. Lors de la guerre des Six Jours, en juin 1967, des milliers de manifestants détruisent les magasins juifs et incendient la Grande synagogue de Tunis et ses livres sacrés, ce qui pousse près de tunisiens à quitter le pays. Des émeutes contre la collectivisation des terres dans le Sahel tunisien le poussent au limogeage de Ben Salah le 8 septembre avec la fin de l'expérience socialiste. Le taux de croissance annuel du PIB passe cependant de 3,6 % pour les années 1950 à 5,7 % pour les années 1960, et la croissance par tête à 2,9 % contre 1,2 % pour les années 1950. Avec une économie affaiblie par cet épisode et un panarabisme défendu par Mouammar Kadhafi, un projet politique qui unifierait la Tunisie et la République arabe libyenne sous le nom de République arabe islamique est lancé en 1974 mais échoue très rapidement en raison des tensions tant nationales qu'internationales. Après la condamnation à une lourde peine de prison de Ben Salah, rendu responsable de l'échec de la politique des coopératives, viennent l'épuration de l'aile libérale du PSD animée par Ahmed Mestiri puis la proclamation de Bourguiba comme président à vie en 1975. C'est dans ces conditions, marquées par un léger desserrement de l'étau du PSD sous le gouvernement d'Hédi Nouira, que l'Union générale tunisienne du travail (UGTT) gagne en autonomie tandis que naît en 1976 la Ligue tunisienne des droits de l'homme, première organisation nationale des droits de l'homme en Afrique et dans le monde arabe. Le coup de force du contre l'UGTT en puis l'attaque contre la ville minière de Gafsa, en janvier 1980, ne suffisent pas à museler la société civile émergente. Dès le début des années 1980, le pays traverse une crise politique et sociale où se conjuguent le développement du clientélisme et de la corruption, la paralysie de l'État devant la dégradation de la santé de Bourguiba, les luttes de succession et le durcissement du régime. En 1981, la restauration partielle du pluralisme politique, avec la levée de l'interdiction frappant le Parti communiste, suscite des espoirs qui seront déçus par la falsification des résultats aux élections législatives de novembre. Par la suite, la répression sanglante des de décembre 1983, la nouvelle déstabilisation de l'UGTT et l'arrestation de son dirigeant Habib Achour contribuent à accélérer la chute du président vieillissant. La situation favorise la montée de l'islamisme et le long règne de Bourguiba s'achève dans une lutte contre cette mouvance politique, lutte menée par Zine el-Abidine Ben Ali, nommé ministre de l'Intérieur puis Premier ministre en octobre 1987. Durant ces années 1980, plusieurs incidents visent la communauté juive ou ses synagogues comme durant le Yom Kippour 1982 dans plusieurs villes du pays, en octobre 1983 à Zarzis, en 1985 à la Ghriba, qui font prendre des mesures au gouvernement pour assurer sa protection. Le , Ben Ali dépose le président pour sénilité, un coup d'État médical accueilli favorablement par une large fraction du monde politique. Élu le avec 99,27 % des voix, le nouveau président réussit à relancer l'économie alors que, sur le plan de la sécurité, le régime s'enorgueillit d'avoir épargné au pays les convulsions islamistes qui ensanglantent l'Algérie voisine, grâce à la neutralisation du parti Ennahdha au prix de l'arrestation de dizaines de milliers de militants et de multiples procès au début des années 1990. Les opposants laïcs signent quant à eux le Pacte national en 1988, plate-forme destinée à la démocratisation du régime. Pourtant, l'opposition et de nombreuses ONG de défense des droits de l'homme accusent peu à peu le régime d'attenter aux libertés publiques en étendant la répression au-delà du mouvement islamiste. En 1994, le président Ben Ali est réélu avec 99,91 % des voix. L'année suivante, un accord de libre-échange est signé avec l'Union européenne. Les élections du , bien qu'elles soient les premières présidentielles à être pluralistes avec trois candidats, voient le président Ben Ali réélu avec un score comparable aux scrutins précédents. La réforme de la Constitution approuvée par le référendum du accroît encore les pouvoirs du président, repousse l'âge limite des candidats, supprime la limite des trois mandats réintroduite en 1988 et permet au président de briguer de nouveaux mandats au-delà de l'échéance de 2004 tout en bénéficiant d'une immunité judiciaire à vie. Le , un attentat au camion piégé vise à nouveau la synagogue de la Ghriba et provoque la mort de dont quatorze touristes allemands. Durant le premier semestre 2008, de graves troubles secouent la région minière de Gafsa durement frappée par le chômage et la pauvreté. Le , le président Ben Ali est réélu pour un cinquième mandat consécutif avec 89,62 % des voix, passant pour la première fois sous la barre des 90 %. La campagne est marquée par une visibilité accrue de son épouse Leïla. L'un des gendres du couple, Mohamed Sakhr El Materi, est élu député à cette occasion. Tunisie post-révolution. Le , un climat insurrectionnel éclate à la suite de l'immolation d'un jeune vendeur de fruits et légumes ambulant, Mohamed Bouazizi, dans la région de Sidi Bouzid ; celle-ci devient le théâtre d'émeutes et d'affrontements meurtriers entre habitants et forces de l'ordre. C'est le début du mouvement que l'on va appeler Printemps arabe. Ces événements, qui s'étendent ensuite à d'autres régions du pays, s'inscrivent dans un contexte où le taux de chômage des jeunes diplômés est particulièrement élevé alors que le poids démographique relatif des jeunes générations d'actifs atteint son maximum historique. Les causes sont également politiques : le président Ben Ali et sa famille, notamment celle de sa seconde épouse Leïla, les Trabelsi, qualifiés selon les observateurs de , sont directement mis en cause dans des affaires de corruption, de détournement ou de vol, fléaux qui ont particulièrement pris de l'ampleur sous sa présidence. Le , Ben Ali annonce la prise de mesures extraordinaires lors d'une intervention télévisée : la promesse d'une pleine liberté de la presse et d'expression politique ainsi que son refus de se représenter aux élections prévues en 2014. Cependant, cette allocution ne contribue pas à calmer la colère de la population, contraignant le président à céder finalement le pouvoir à son Premier ministre Mohamed Ghannouchi le lendemain et à quitter le pays le soir même. Conformément à la Constitution de 1959, le président de la Chambre des députés, Fouad Mebazaa, est finalement proclamé président par intérim par le Conseil constitutionnel le 15 janvier. Il est chargé d'organiser des élections présidentielles dans les soixante jours. Le 17 janvier, un de incluant des opposants au régime déchu (dont trois chefs de l'opposition légale) est constitué. Le jour même, la libération de tous les prisonniers d'opinion, la levée de l'interdiction d'activité de la Ligue tunisienne des droits de l'homme, ainsi que la légalisation de tous les partis politiques et associations qui le demanderaient, est annoncée. Cependant, la présence de membres du Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD) à des postes clés provoque de nouveau, en moins de , la colère de la population et la démission de plusieurs ministres d'opposition, fragilisant d'autant plus ce gouvernement. Le départ ou la radiation du RCD de plusieurs personnalités éminentes n'ont aucun effet sur la suspicion que l'opinion publique entretient à l'égard de l'ancien parti présidentiel, dont plusieurs manifestants réclament la dissolution. Cependant, le 20 janvier, les ministres encore affiliés à cette formation annoncent l'avoir quitté eux aussi. Face à la pression de la rue exigeant leur départ, un remaniement ministériel a lieu le 27 janvier, écartant définitivement (hormis Mohamed Ghannouchi) les anciens membres du RCD de toutes responsabilités gouvernementales. Le , le ministre de l'Intérieur Farhat Rajhi gèle les activités du RCD en attendant sa dissolution juridique, tandis que le Parlement confère au président par intérim des pouvoirs supplémentaires, comme celui de dissoudre le Parlement. Ghannouchi est cependant contraint de démissionner à son tour le 27 février à la suite de plusieurs jours de manifestations marquées par des violences ; il est remplacé le jour même par l'ancien ministre de Bourguiba, Béji Caïd Essebsi. L'état d'urgence, en vigueur à partir de janvier 2011, est maintenu. Le , de violentes émeutes éclatent à Tunis à la suite de la diffusion du film "L'Innocence des musulmans". Alors que les forces de l'ordre restent passives, certains groupes salafistes prennent d'assaut l'ambassade des États-Unis et l'incendient, détruisant plusieurs véhicules et bâtiments. Mis sous pression par les États-Unis, le gouvernement décide de réagir et envoie l'armée et la garde présidentielle pour repousser les manifestants. Les affrontements font deux morts et plusieurs blessés. Dans les mois qui suivent, l'armée et la garde nationale prennent la relève pour combattre les groupuscules salafistes et djihadistes qui sont actifs sur le territoire. L'état d'urgence est prolongé de trois mois en novembre 2012, pour n'être finalement levé qu'en mars 2014. Après les élections législatives du 26 octobre 2014, qui voit le parti Nidaa Tounes arriver en tête, l'Assemblée des représentants du peuple remplace l'Assemblée constituante. Le premier tour de l'élection présidentielle a lieu le 23 novembre et voit s'affronter 27 candidats dont deux, en la personne de Béji Caïd Essebsi (Nidaa Tounes) avec 39,46 % des voix et Moncef Marzouki avec 33,43 % des voix, sont qualifiés pour le second tour organisé le 21 décembre et qui permet à Caïd Essebsi de remporter le scrutin avec 55,68 % des voix contre 44,32 % des voix pour Marzouki et de devenir ainsi le premier président issu d'une élection démocratique et transparente. Le quartet du dialogue national, association de quatre organisations s'étant donné pour but d'organiser des négociations entre les partis politiques pour assurer la transition vers un régime démocratique permanent, obtient le prix Nobel de la paix 2015. Ce prix est le premier Nobel attribué à un ressortissant ou organisation de la Tunisie après son indépendance. Ban Ki-moon, secrétaire général des Nations unies, exprime sa joie et félicite le quartet tout en affirmant que ce prix est dédié à tous les Tunisiens qui ont commencé le Printemps arabe. François Hollande, président de la République française, affirme dans un communiqué que le prix prouve le succès de la transition démocratique en Tunisie, que ce pays est sur la bonne voie et qu'il est le seul parmi les pays du Printemps arabe à réussir son évolution transitoire vers la démocratie. En 2017 et 2018, le pays est touché par des vagues de contestation de la jeunesse tunisienne qui manifeste dans plusieurs villes du pays. En effet, à partir du début du mois, à Tunis, Gabès, Thala, Jilma, Kasserine, Sidi Bouzid, ou encore Gafsa, des Tunisiens expriment leur ras le bol face à la cherté de la vie, l'inflation (6,4 % en 2017) et un chômage omniprésent (15 % de la population active et 30 % des jeunes diplômés de l'enseignement supérieur). Cette vague de contestation contre une politique d'austérité économique serait organisée par le Front populaire. Les heurts avec les policiers et forces de l'ordre font une victime et plusieurs blessés, et des centaines de manifestants sont arrêtés. L'Observatoire social tunisien recense de protestation en 2015, plus de en 2017 et pour les quatre premiers mois de 2018. Depuis 2011, les gouvernements successifs ont fait appel au Fonds monétaire international (FMI) pour tenter de redresser la situation économique du pays. Un prêt de de dollars est accordé en juin 2013, puis un second de de dollars en 2016. Le FMI n'accorde toutefois ces prêts qu'en contrepartie d'un plan de réformes libérales, telles que l'augmentation de certains impôts, la réduction de la masse salariale dans la fonction publique, la réduction des subventions sur les prix des carburants, ou encore de la modification du système de retraite. En avril 2016, le gouvernement accepte le principe de l'indépendance de la banque centrale, donnant la priorité au contrôle de l'inflation sur le soutien au développement économique. Depuis le printemps 2017, elle laisse filer le dinar, dont la valeur face à l'euro baisse de près de moitié. Face au poids de la dette, l'État doit consacrer plus de 20 % de son budget à rembourser ses créanciers, ce qui neutralise ses capacités d'investissement. Le président Béji Caïd Essebsi meurt le , à . Fin 2019, un double scrutin, législatif le 6 octobre, et présidentiel, avec un premier tour en septembre et le second tour le 13 octobre, se déroule sans heurts, montrant une certaine maturité de la démocratie électorale en Tunisie. Les élections législatives aboutissent cependant à une assemblée fragmentée entre diverses formations. L'élection présidentielle propulse à la tête de l'État un nouveau venu dans le monde politique, un juriste et universitaire spécialiste du droit constitutionnel, âgé de , Kaïs Saïed, élu avec une confortable avance face, au second tour, à l'homme d'affaires Nabil Karoui. Kaïs Saïed propose durant sa campagne une vision associant un certain conservatisme moral et religieux, un souverainisme, et un mode de fonctionnement démocratique à rebours de l'organisation centralisée bourguibienne. Le , invoquant l' de la Constitution, il limoge le gouvernement Mechichi avec effet immédiat, annonce la suspension de l'assemblée, la formation d'un nouveau gouvernement et sa décision de gouverner par décrets et de présider le parquet, provoquant ainsi une crise politique. Le , il confirme par décret le prolongement des décisions ainsi que la dissolution de l'Instance provisoire chargée du contrôle de la constitutionnalité des projets de loi, et s'octroie le droit de gouverner par décret, récupérant "de facto" le pouvoir législatif. Le , il annonce la tenue d'un référendum constitutionnel qui se solde par la large approbation d'une nouvelle Constitution mettant notamment en place un régime présidentiel, malgré un taux de participation d'un peu plus de 30 % des inscrits. Politique. Politique intérieure. Une Assemblée constituante rédige une Constitution proclamée le , trois ans après l'indépendance. Elle subit plusieurs amendements dont celui du pour limiter le nombre de mandats présidentiels à trois et celui du à la suite du référendum constitutionnel tenu le de la même année, permettant notamment la suppression de la limite du nombre de mandats présidentiels, l'allongement de l'âge limite pour déposer une candidature à la présidence, l'instauration d'une immunité judiciaire pour le président durant et après l'exercice de ses fonctions et l'instauration d'un Parlement bicaméral. Le manque de transparence politique, la faible liberté d'expression et la censure, notamment de la presse et de nombreux sites web, ont longtemps fait qu'une situation politique précise de la Tunisie a été difficile à déterminer. De nombreuses ONG internationales ont toutefois pointé du doigt les atteintes aux droits de l'homme, notamment en ce qui concerne les atteintes à la liberté d'expression, les prisonniers politiques et d'opinion, l'instrumentalisation de la justice par le pouvoir exécutif, la torture et la situation dans les prisons, ainsi que le harcèlement de toute dissidence politique. De leur côté, les autorités de l'époque ont fait valoir que leurs efforts en matière de droits de l'homme ont été officiellement reconnus par des instances internationales comme le Conseil des droits de l'homme des Nations unies dont les membres ont souligné, avec quelques réserves pour certains, les progrès accomplis par le pays en la matière. La Tunisie ne connaît que deux présidents de la République en cinq décennies : Bourguiba du au puis Zine el-Abidine Ben Ali du au . Au niveau des partis, le Néo-Destour puis le Parti socialiste destourien et le Rassemblement constitutionnel démocratique dominent la vie politique après l'indépendance, dont une vingtaine d'années en tant que seul parti politique légal, avec plus de deux millions d'adhérents revendiqués. La révolution du et la chute du régime Ben Ali changent la donne. Le Rassemblement constitutionnel démocratique est dissous et la scène politique compte rapidement une centaine de partis politiques. Fouad Mebazaa assure à titre intérimaire la présidence de la République du 15 janvier au , avant d'être remplacé par Moncef Marzouki à partir du . Mohamed Ghannouchi, ayant assuré l'intérim du pouvoir durant après la fuite de Ben Ali, est placé à la tête du gouvernement de transition avant d'être remplacé par Béji Caïd Essebsi. La Chambre des députés et la Chambre des conseillers sont dissoutes et leurs pouvoirs assumés de fait par la Haute instance pour la réalisation des objectifs de la révolution puis, à la suite de l'élection du 23 octobre 2011, premier scrutin pluraliste et transparent organisé par l'Instance supérieure indépendante pour les élections au détriment du ministère de l'Intérieur, par l'Assemblée constituante. La Constitution est suspendue et remplacée par le décret-loi du 23 mars 2011 puis la loi constituante du 16 décembre 2011. Hamadi Jebali forme alors un gouvernement de coalition dominé par Ennahdha, reconduit par Ali Larayedh à partir du . En 2014, une nouvelle Constitution est votée par l'Assemblée constituante qui établit un régime semi-présidentiel où le président de la République conserve des pouvoirs en matière de politique étrangère, de défense et de sécurité intérieure. Il est élu tous les cinq ans au suffrage universel et ne peut prétendre qu'à deux mandats présidentiels. Responsable de l'action gouvernementale, le chef du gouvernement est le candidat du parti ou de la coalition qui obtient la majorité de siège à l'Assemblée des représentants du peuple. Il est nommé par le président de la République et définit la politique générale de l'État. Le pouvoir législatif, monocaméral, est exercé par l'assemblée composée de . Mehdi Jomaa forme un gouvernement de technocrates le après l'adoption de la nouvelle Constitution. Après les élections législatives du 26 octobre 2014, qui voit Nidaa Tounes arrivé en tête, l'élection présidentielle, organisée en deux tours, voit Béji Caïd Essebsi, leader de Nidaa Tounes, être élu avec 55,68 % des voix contre 44,32 % des voix pour Marzouki. Habib Essid forme dans la foulée un nouveau gouvernement, remplacé à l'été 2016 par celui de Youssef Chahed. Transparency International place en 2018 la Tunisie au sur pris en compte dans son classement selon l'indice de perception de la corruption. Le , Najla Bouden est nommée chef du gouvernement ; c'est la première fois de l'histoire du pays qu'une femme est nommée à ce poste. Politique extérieure. Le premier président, Habib Bourguiba, choisit le non-alignement durant la guerre froide tout en ayant des relations étroites avec l'Europe et les États-Unis. Son successeur, Zine el-Abidine Ben Ali, maintient la tradition tunisienne de bonnes relations avec l'Occident tout en jouant un rôle actif dans les instances régionales arabes et africaines : le pays accueille, en mai 2004, la ordinaire du sommet de la Ligue arabe (dont la Tunisie est membre depuis 1958) au cours de laquelle est adoptée la Charte arabe des droits de l'homme et envoie régulièrement de l'aide humanitaire aux Palestiniens et aux États en crise. Le pays est également un membre fondateur de l'OUA, dont elle assure la présidence en 1994-1995, avant de participer à la fondation de l'Union africaine en juillet 2002. La Tunisie a également soutenu le développement de l'Union du Maghreb arabe qui inclut l'Algérie, le Maroc, la Mauritanie et la Libye. Toutefois, ses progrès restent limités en raison de tensions entre l'Algérie et le Maroc à propos du Sahara occidental. En février 2001, la Tunisie adhère à la Communauté des États sahélo-sahariens et accueille le siège de la Banque africaine de développement en 2003. Le pays est depuis longtemps une voix modératrice sur la question du Proche-Orient : Bourguiba est ainsi le premier dirigeant arabe à appeler à la reconnaissance d'Israël par les pays arabes dans un discours prononcé à Jéricho le . Le pays abrite le quartier général de la Ligue arabe de 1979 à 1990 ainsi que celui de l'OLP de 1982 à 1993, jusqu'à ce que son comité exécutif s'installe dans les Territoires occupés, bien que son département politique reste à Tunis. Le pays joue également un rôle modérateur dans les négociations de paix au Proche-Orient : la Tunisie est le premier pays arabe à recevoir une délégation israélienne en 1993, dans le cadre du processus de paix, et maintient une représentation en Israël jusqu'au début de la seconde intifada en 2000. Coincée entre l'Algérie et la Libye, la Tunisie a toujours cherché à maintenir de bonnes relations avec ses voisins malgré des tensions occasionnelles. La Tunisie et l'Algérie ont résolu un long litige frontalier en 1993 et ont coopéré dans la construction du gazoduc transméditerranéen menant vers l'Italie. La Tunisie a par ailleurs récemment signé un accord avec l'Algérie pour démarquer la frontière maritime entre les deux pays. Vis-à-vis de son autre voisin, les relations sont plus difficiles à partir de l'annulation par la Tunisie d'un accord visant à la formation d'une union tuniso-libyenne en 1974. Les relations diplomatiques sont rompues entre 1976 et 1977 puis se détériorent à nouveau en 1980 lorsque des rebelles appuyés par la Libye tentent de prendre la ville de Gafsa. En 1982, la Cour internationale de justice tranche le différend relatif à la partition du plateau continental frontalier (riche en pétrole) en faveur de la Libye. L'expulsion par la Libye de nombreux travailleurs tunisiens en 1985 et les menaces militaires américaines conduisent la Tunisie à restreindre leurs relations qui sont à nouveau normalisées dès 1987. Tout en soutenant les sanctions de l'ONU imposées à la Libye, à la suite de bombardements aériens américains, la Tunisie prend soin de maintenir de bonnes relations avec son voisin. Elle soutient ainsi la levée de ces sanctions en 2003, la Libye redevenant ainsi l'un de ses partenaires commerciaux majeurs. Néanmoins, les deux pays ont encore un contentieux maritime sur leur frontière commune. La Tunisie revendique également sa dimension méditerranéenne. Elle participe ainsi au Forum méditerranéen, dont elle organise l'édition 2005, et devient le premier pays du bassin méditerranéen à signer, le , un accord d'association avec l'Union européenne dans le but de renforcer son ancrage à l'Europe. Avec son plus proche voisin européen, Malte, la Tunisie discute actuellement de l'exploitation pétrolière du plateau continental qui se trouve entre les deux pays. L'action politique de la Tunisie dépasse pourtant les frontières régionales. Lors d'un discours prononcé devant l'Assemblée générale des Nations unies en 1999, le président Ben Ali appelle à la création d'un Fonds mondial de solidarité (en s'inspirant du Fonds de solidarité nationale) visant à contribuer à la lutte contre la pauvreté dans les zones les plus déshéritées dans le monde. L'Assemblée générale adopte à l'unanimité, le , une résolution portant création de ce fonds et instaurant les modalités pratiques requises pour sa mise en place. Défense. La défense extérieure de la Tunisie est exercée par l'armée. Fondée le , elle compte un personnel régulier de dont dans l'Armée de terre. Elle participe surtout à des activités civiles de développement et de lutte contre les catastrophes naturelles et à des opérations militaires de maintien de la paix sous couvert des Nations unies. Justice. Le droit tunisien reste largement inspiré par le droit français, tant dans son contenu que dans ses grandes divisions (public et privé) et ses structures. La Constitution garantit les principes fondamentaux suivants : Sous les régimes de Habib Bourguiba et Zine el-Abidine Ben Ali, la justice tunisienne demeure influencée par le pouvoir exécutif. Ainsi, en tant que chef du Conseil supérieur de la magistrature, le président nomme par décret les magistrats, les révoque ou les transfère sur proposition dudit conseil. Certains principes fondamentaux du droit, comme le principe de la présomption d'innocence ( de la Constitution de 1959) et la non-rétroactivité de la loi ( de la Constitution de 1959), sont garantis, tout comme l'inviolabilité de domicile, la liberté de mouvement et les libertés d'opinion, d'expression, de publication, de réunion et d'association, mais ces droits peuvent être toutefois limités par des dispositions légales ou la sécurité d'État (). Le système juridictionnel est alors précisé par la loi portant sur l'organisation judiciaire de 1967, les règles de compétence (attribution, compétence territoriale et compétence d'exception) étant établies dans d'autres textes dont le Code de procédure pénale du . Le système judiciaire est composé de trois grands ensembles : Les tribunaux militaires sont compétents en matière de crimes militaires. Quant au Conseil supérieur de la magistrature, il se compose pour deux tiers de magistrats en majorité élus et qui élisent un président parmi leurs membres. Une Cour constitutionnelle contrôle sur demande la constitutionnalité des lois, des traités internationaux et du règlement intérieur de l'Assemblée des représentants du peuple. En février 2011, le nombre de condamnés à mort est de 130 dont quatre femmes. La dernière exécution d'une sentence de peine de mort remonte à octobre 1991. Le , le parlement adopte une loi rétablissant la peine de mort contre des actes terroristes. Économie. En 2010, le produit intérieur brut (PIB) de la Tunisie atteint de dinars ( de dollars) soit une hausse de 7 % par rapport à 2009. En 1960, celui-ci ne se montait qu'à de dollars, passant à en 1970, en 1980, en 1990 et en 1999. Quant à la population active, elle atteint de personnes en 2010 mais la population active occupée totalise de personnes, dont près de 30 % de femmes, ce qui représente tout de même plus du double du niveau de 1980. D'après un rapport de la Banque mondiale paru en 2014, une grande partie des réglementations adoptées par le gouvernement sous la présidence de Zine el-Abidine Ben Ali visait à favoriser un cercle d'entrepreneurs proche du pouvoir. Après la chute de son régime, une commission d'enquête est mise en place et dresse une liste de , dont Ben Ali, ses apparentés et ses gendres, ayant bénéficié de cette corruption institutionnalisée. Les biens saisis comprennent quelque , et yachts, d'actions et d'obligations, en banques et environ . Les experts de la commission évaluent à de dollars la valeur de l'ensemble, soit plus d'un quart du PIB de la Tunisie en 2011. Après la révolution de 2011 qui renverse Ben Ali, le maintien de politiques d'austérité (gel du recrutement dans la fonction publique, baisse des subventions) et de réformes structurelles libérales (privatisations, indépendance de la banque centrale, ouverture du marché…), bien que modérées, réduisent le pouvoir de régulation sociale de l'État, favorisant l'augmentation des inégalités. Ainsi, les 10 % de Tunisiens les plus riches détiennent 40 % du revenu national. Le système fiscal est particulièrement pointé du doigt : souvent décrit comme très inégalitaire, il taxe surtout les bas revenus, l'évasion fiscale étant très importante. Les attentats islamistes qui ont touché le tourisme, qui représentait près de 7 % du PIB national, durant les années 2010, ont porté un coup à l'économie tunisienne. Avec une croissance économique quasi nulle, le pays est proche de la récession et connaît un spectaculaire envol de sa dette qui atteint 60 % du PIB en 2017 et 90 % en 2021. La plupart des prêts auprès des institutions financières internationales servent à rembourser la dette (plus de 80 % d'entre eux entre 2011 et 2016). En 2022, la Tunisie est classée en pour l'indice mondial de l'innovation. Historique. À la proclamation de l'indépendance en 1956, le pays ne dispose pas des atouts de ses voisins maghrébins : terres agricoles moins productives, infrastructure portuaire moins développée, marché intérieur étriqué, épargne faible et écornée par l'émigration des populations d'origine européenne et relations avec les milieux d'affaires français réduits, chômage élevé et équipement industriel embryonnaire. La priorité établie par le nouveau président Habib Bourguiba est alors de libérer l'économie nationale du contrôle français qui avait favorisé l'agriculture et l'extraction minérale, mais avait, en grande partie, négligé l'industrie, la Tunisie étant alors le pays le moins industrialisé du Maghreb. Dans ce contexte, l'importance croissante de l'Union générale tunisienne du travail (UGTT) dans les choix économiques par l'action de son secrétaire général, Ahmed Ben Salah, mène le pays vers l'adoption de mesures collectivistes dans l'économie. L'expérience coopérative dure jusqu'en septembre 1969 lorsque Bourguiba suspend Ben Salah de ses fonctions à la suite de la parution d'un rapport confidentiel de la Banque mondiale sur le déficit des entreprises publiques et aux pressions de l'aile pragmatique du parti. Avec l'arrivée d'Hédi Nouira, pragmatique gouverneur de la Banque centrale hostile au collectivisme, au ministère de l'Économie puis au Premier ministère, la Tunisie se réoriente vers l'économie de marché et la propriété privée. Durant la décennie des années 1970, la Tunisie connaît une expansion du secteur privé et un développement rapide de l'emploi manufacturier. Cette timide ouverture permet la création de nouveaux emplois et, par conséquent, le développement d'une meilleure mobilité sociale de la jeunesse nouvellement instruite et la croissance d'une classe moyenne. En 1986, la Tunisie connaît toutefois sa première année de croissance négative depuis son indépendance. Les agitations sociales augmentent de façon dramatique pendant cette période et l'UGTT, qui critique ouvertement la politique économique adoptée par le gouvernement, organise des grèves et des manifestations contre l'augmentation du chômage et la politique salariale. Le gouvernement se met alors d'accord avec le Fonds monétaire international sur la mise en place d'un programme de reprise économique sur . L'objectif principal du plan est d'accroître l'efficacité et de promouvoir les mécanismes du marché. En même temps, il est conçu pour surmonter les conséquences sociales et politiques de ses mesures. Les dépenses publiques sont concentrées aux secteurs de la santé, de l'éducation, du logement et des services. Le gouvernement ne lance cependant pas de véritables programmes avant 1987. La privatisation se traduit dans un premier temps par la vente de petites et moyennes entreprises avec un bon historique bancaire à des acheteurs tunisiens présélectionnés. Depuis le lancement du nouveau programme de privatisation en 1987, le gouvernement a totalement ou partiellement privatisé , dont de grands établissements publics tel Tunisie Télécom, pour une recette globale de de dinars. De plus, la non préparation de plusieurs secteurs à l'ouverture a conduit au maintien d'un niveau de chômage élevé et variant selon les sources de 13 % à 20 %. Pourtant, le chômage ne touche pas que les populations les plus vulnérables : le taux de chômage des diplômés de l'enseignement supérieur est ainsi en augmentation depuis plusieurs années. Alors qu'il était de 4 % en 1997 et de 0,7 % en 1984, il atteint 20 % contre une moyenne nationale de 14 %, voire près de 60 % dans certaines filières selon une enquête de la Banque mondiale. En 1959, le pays prend ses premiers contacts avec la Communauté économique européenne. En juillet 1966, le président Bourguiba effectue une tournée en Europe et aboutit au lancement de négociations qui conduisent à la signature d'un premier accord commercial le à Tunis. À partir des années 1970, positionnée sur des secteurs où sa compétitivité s'est érodée, tels que le textile, la Tunisie se lance dans le moins-disant social pour maintenir ses positions, en pratiquant un régime d'incitations fiscales dont des investisseurs ont su tirer profit en accroissant la précarité de leurs salariés. Le tourisme entame également une course au rabais, au détriment de la qualité. Sous la présidence de Zine el-Abidine Ben Ali, les banques publiques ont pour consigne de ne pas exiger le remboursement de leurs créances afin de maintenir à flot ce secteur et de préserver les intérêts des clans proches du pouvoir, propriétaires des hôtels. La libéralisation de l'économie est engagée dans les années 1980. souvent en faveur des réseaux proches du gouvernement : , souligne le Réseau euro-méditerranéen des droits de l'homme en 2011. Un accord d'association est finalement signé avec l'Union européenne le et entre en vigueur le pour engendrer dès 1996 le démantèlement progressif des barrières douanières jusqu'au . Agriculture. Depuis l'indépendance de la Tunisie, l'agriculture a enregistré des taux de croissance importants et a permis au pays d'atteindre un niveau de sécurité alimentaire suffisant. En dépit du développement des autres secteurs de l'économie nationale, l'agriculture conserve une importance sociale et économique : elle assure environ 12,3 % du PIB et emploie 16,3 % de la main-d'œuvre en 2006. Les principales productions agricoles sont les céréales (blé et orge), les olives ( et exportateur mondial d'huile d'olive en 2007-2008), les dattes, les agrumes et les produits de la mer. Si la gestion de l'agriculture appartient encore à des établissements publics, tels l'Office des céréales ou l'Office national de l'huile, le secteur agricole est de plus en plus pris en charge par des groupes privés souvent présents dans l'industrie agroalimentaire tel le groupe Poulina, le premier groupe privé du pays. Industrie. En matière industrielle, la Tunisie est le premier exportateur d'Afrique en valeur absolue : elle est ainsi passée devant l'Afrique du Sud en 1999. Les secteurs du textile et de l'agroalimentaire représentent 50 % de la production et 60 % de l'emploi de l'industrie manufacturière. Mais, après avoir cru à un rythme annuel de 2,1 % (entre 2000 et 2005), l'industrie tunisienne fait aujourd'hui face à la concurrence étrangère. Toutefois, les exportations de produits mécaniques et électriques se sont multipliées par cinq entre 1995 et 2005. Quatrième fournisseur de l'Union européenne en produits textiles, elle était jusqu'en 2002 le premier fournisseur de la France avant d'être surclassée par la Chine en 2003. Services. Dans le secteur des services, le développement du tourisme remonte aux années 1960 grâce à l'action conjuguée de l'État et de groupes privés. Le secteur touristique représente 6,5 % du PIB et fournit dont directs, soit 11,5 % de la population active occupée avec une forte part d'emploi saisonnier. Outre le tourisme balnéaire majoritaire, le tourisme saharien (Douz et Tozeur attirant chaque année plus de durant toute l'année) est en fort développement. Plus récemment, le tourisme vert, la thalassothérapie et le tourisme médical sont apparus et croissent très rapidement. Dès le début du millénaire, le WWF exhorte les professionnels du tourisme réunis à Berlin à développer dans les pays de la Méditerranée un tourisme durable, en estimant qu'au cours des vingt prochaines années, un groupe de pays méditerranéens comme le Maroc, la Tunisie, la Grèce, la Turquie et la Croatie subiraient une montée du tourisme étranger, totalisant environ 350 millions de visiteurs par an. Il appelle alors l'industrie du tourisme à adopter et encourager des pratiques plus responsables afin de renverser la vapeur en défendant des programmes de développement écologiques. Le secteur du commerce et de la distribution, qui emploie plus de et participe à 10,7 % du PIB national, se divise en deux catégories. Ainsi, le secteur se caractérise encore par la prédominance du commerce traditionnel avec 88 % (2006) du chiffre d'affaires, l'essentiel des transactions commerciales étant réalisé par de petits commerçants. La distribution moderne, qui compte pour 12 % du chiffre d'affaires global et regroupe des enseignes nationales et internationales, n'est apparue que lorsque le marché s'est libéralisé en 1999. Infrastructures. En matière de transport, la Tunisie compte aujourd'hui sept ports de commerce (Radès, Sfax, Bizerte, Gabès, Sousse, Zarzis et La Goulette) tandis qu'un port en eaux profondes va être réalisé à Enfida. Placés sous la gestion de l'Office de la marine marchande et des ports, ils assurent à eux seuls 96 % du commerce extérieur tunisien. Avec ses et ses enregistrés en 2004, le port de La Goulette est l'une des destinations les plus appréciées dans l'ouest du bassin méditerranéen. La Compagnie tunisienne de navigation, société publique, est le principal armateur du pays et assure des lignes régulières reliant les deux rives de la mer Méditerranée (vers Marseille, Gênes, Livourne et Barcelone). Le pays compte également 32 aéroports dont huit aéroports internationaux (Tunis-Carthage, Monastir-Habib Bourguiba, Djerba-Zarzis, Enfidha-Hammamet, Tozeur-Nefta, Sfax-Thyna, Tabarka-Aïn Draham et Gafsa-Ksar). En 2005, 39,2 % du trafic s'effectue par l'aéroport international de Tunis-Carthage. Le transport ferroviaire assure plus du tiers des déplacements nationaux à travers un réseau national de de voies ferrées. Le réseau est exploité par la Société nationale des chemins de fer tunisiens (SNCFT) ainsi que par la Société des transports de Tunis spécialisée dans le transport urbain dans la région de Tunis. Le réseau routier s'étend pour sa part sur dont de routes goudronnées ainsi que de trois autoroutes reliant Tunis à Sfax au sud, Bizerte au nord et Oued Zarga à l'ouest. Le secteur du transport routier domine les transports terrestres de voyageurs et de marchandises. Il est néanmoins contrôlé par les sociétés étrangères à cause du petit nombre d'entreprises tunisiennes. Les infrastructures de télécommunications sont largement développées : le réseau téléphonique compte environ sept millions d'abonnés en 2006 dont six millions d'abonnés mobiles et environ 12,5 % de la population a accès à Internet en février 2007. L'opérateur public, Tunisie Télécom, a longtemps été le seul fournisseur de la téléphonie fixe alors que trois opérateurs se partagent à ce jour le marché de la téléphonie mobile : Tunisie Télécom, Ooredoo et Orange Tunisie. L'Agence tunisienne d'Internet gère le réseau Web au plan national qui compte douze fournisseurs d'accès (sept publics et cinq privés). Par ailleurs, 281 "publinets" (accès publics à Internet) sont répartis sur l'ensemble du territoire. Énergie. Les ressources naturelles de la Tunisie sont modestes si on les compare à celles de ses voisines : l'Algérie et la Libye. Le secteur de l'industrie est le premier consommateur d'énergie, avec une part de 36 % de la consommation globale, suivi par le secteur du transport avec 30 % de la consommation totale. Le phosphate est extrait par la Compagnie des phosphates de Gafsa dans plusieurs gisements situés dans le centre du pays et en particulier dans la région de Gafsa. 15 % du phosphate produit sont vendus à l'état brut et 85 % sont transformés par le Groupe chimique tunisien. En 1999, la Tunisie était le cinquième producteur mondial de phosphate avec 5,5 % du total mondial. Selon les estimations, la Tunisie possède des réserves prouvées de pétrole brut estimées à de barils en janvier 2015. La majorité est située dans le golfe de Gabès et le bassin de Ghadamès dans le sud du pays. Le pays produit près de de pétrole brut par jour en 2015, dont la majorité provient de seulement six concessions (Adam, Ashtart, Didon, El Borma, Miskar et Oued Zar) ne parvient pas à couvrir la demande locale, qui se monte à par jour en 2013. Le secteur est dominé par une société publique, l'Entreprise tunisienne d'activités pétrolières dont la mission est de gérer les activités d'exploration et de production de pétrole mais aussi de gaz naturel pour le compte du gouvernement. Face aux limites de sa production pétrolière, le pays se tourne de plus en plus vers le gaz naturel pour couvrir sa demande en énergie. Le pays dispose de réserves prouvées de de pieds cubes en 2014 dont deux-tiers sont offshore. En 2013, le pays produit de pieds cubes tout en consommant de pieds cubes durant la même année. 60 % de la production provient des gisements exploités par British Gas, le plus important investisseur énergétique en Tunisie, à Miskar et Hasdrubal. Les entreprises tunisiennes constituent 19 % du marché de l'exploration et de la production du pays. L'ETAP gère les réserves nationales et agit en tant que partenaire principal dans presque toutes les activités d'exploration et de production car elle détient 51 % de toutes les concessions. Mais ce sont les entreprises américaines qui dominent avec 38 % du marché, suivi par les entreprises européennes avec 19 %, canadiennes avec 12 % et asiatiques avec 10 %. La grande majorité de l'électricité du pays, gérée par la Société tunisienne de l'électricité et du gaz, est produite à base d'énergies fossiles (95,9 % de la capacité totale), le résidu étant produit à partir d'énergie hydroélectrique et éolienne. Le pays dispose en 2012 d'une capacité totale de de kWh alors que la consommation atteint de kWh. Dans le même temps, le gouvernement cherche à développer les énergies renouvelables. Démographie. La démographie de la Tunisie se caractérise par l'uniformité de la population en matière de composantes culturelles ou religieuses. Ainsi, sur un fond phénicien et après avoir assimilé à travers son histoire les Romains, les Vandales, les Berbères, les Turcs et les Européens, ce sont les Arabes qui marquent le plus l'identité tunisienne : 93,8 % des Tunisiens sont Arabes pour 1,4 % Berbères. Beaucoup de musulmans et de juifs arrivent d'Andalousie à la fin du . Les premiers Arabes orientaux, venus à partir du avec les conquêtes musulmanes, contribuent à l'islamisation de la majeure partie de l'Ifriqiya. À cette occasion se créent quelques villes nouvelles dont Kairouan et Mahdia. C'est à partir du , avec l'arrivée des tribus hilaliennes chassées d'Égypte, que l'arabisation linguistique et culturelle devient déterminante. Certains groupes, descendants des Berbères, ont cependant su conserver leur langue et leurs coutumes, souvent en raison de leur enclavement géographique. En effet, de nos jours, ils habitent souvent les régions de montagnes (Matmata, Tataouine, Gafsa ou Sbeïtla). Toutefois, les berbérophones, qui représentent un important pourcentage au Maroc et en Algérie, restent peu nombreux en Tunisie. On considère que la quasi-totalité des Tunisiens est de confession musulmane sunnite, principalement de rite malikite, bien qu'il n'existe aucun recensement couvrant l'intégralité du territoire. De la forte population juive qui a existé durant deux mille ans, il n'en reste plus qu'une infime partie, vivant principalement dans la région de Tunis et à Djerba, car la majorité des Juifs tunisiens ont émigré vers Israël ou la France. Il existe également une petite population chrétienne. Les quelques tribus nomades, minoritaires, sont pour la plupart intégrées et sédentarisées. La Tunisie a dépassé le cap des dix millions d'habitants en 2005, ce qui correspond à un triplement de sa population depuis 1956 () et à un doublement depuis le début des années 1970. Néanmoins, la croissance démographique ralentit, le pays accélérant sa transition démographique dans les années 1990. Ainsi la Tunisie possède la population la plus âgée d'Afrique. En 2012, l'indice de fécondité est estimé à par femme. La Tunisie est aussi un pays qui connaît un taux important d'émigration : le nombre de Tunisiens résidant à l'étranger est évalué en 2012 à , dont 84,5 % résident en Europe. Culture. La culture de la Tunisie se diversifie par un héritage de quelque d'histoire et une position géographique en plein bassin méditerranéen, berceau des civilisations les plus prestigieuses et des principales religions monothéistes. La Tunisie a en effet été un carrefour de civilisations et sa culture reflète les traces des cultures punique, arabe, turque, africaine, européenne et musulmane ainsi que l'influence des dynasties successives qui ont régné sur le pays. Religion. L'islam est la religion principale et officielle de la Tunisie. La grande majorité des musulmans tunisiens sont sunnites de rite malikite, le reste étant hanafite ou ibadites. Les Tunisiens conservent paradoxalement quelques croyances comme le mauvais œil. Par ailleurs, le soufisme tient une grande place dans le pays qui est parsemé de constructions blanches que sont les zaouïas. Ce sont les tombeaux de saints qui sont censés posséder un privilège dans l'au-delà qui leur permet d'être un lien entre l'homme et Dieu. De nos jours, certains Tunisiens continuent à les fréquenter et à leur demander des faveurs. Les fêtes religieuses musulmanes (Aïd al-Adha, Aïd el-Fitr, Mouled) sont considérées comme des jours fériés mais le vendredi n'est pas chômé comme en Algérie. Le christianisme et le judaïsme sont devenus très minoritaires en Tunisie mais le pays se caractérise par sa tolérance et son ouverture aux autres cultures qui ont fait son identité, notamment sur l'île de Djerba. La synagogue de la Ghriba est l'une des plus anciennes synagogues au monde et la plus ancienne utilisée sans interruption. Beaucoup de Juifs d'origine tunisienne la considèrent comme un lieu de pèlerinage. Chaque année, des célébrations sont organisées à raison de son ancienneté et la légende selon laquelle elle aurait été construite en utilisant des pierres du temple de Salomon. La Constitution de 1959 prévoit ainsi l'exercice libre de la foi tant qu'elle ne porte pas atteinte à l'ordre public. Les gouvernements des présidents Bourguiba et Ben Ali respectent généralement ce droit mais ne permettent pas l'établissement de partis politiques basés sur la religion, interdisent le prosélytisme non-musulman, la polygamie et limitent le port du hidjab, notamment dans les administrations et les écoles publiques. Les minorités religieuses connaissent néanmoins deux discriminations : le président de la République tunisienne ne peut être d'une autre confession que celle musulmane (article 40 de la Constitution) et le prosélytisme non-musulman est interdit car il est considéré comme une atteinte à l'ordre public. La Constitution de 2014 exige de l'État qu'il garantisse la liberté de croyance et de conscience et le libre exercice du culte, protège le sacré, garantisse la neutralité des lieux de culte, diffuse les valeurs de modération et de tolérance, proscrive l'accusation d'apostasie et s'oppose à l'incitation à la haine et à la violence. Langues. La Tunisie est l'État du Maghreb le plus homogène sur le plan linguistique car la quasi-totalité de la population parle l'arabe tunisien, ou darija, et comprend l'arabe littéral, qui est la langue officielle du pays, ainsi que le français. La darija tunisienne est considérée comme un dialecte dérivé de l'arabe classique — ou plus exactement un ensemble de dialectes — pour lesquels il n'existe aucun organisme officiel de normalisation et qui est surtout parlé dans le cadre d'un dialogue quotidien au sein de la famille. Selon des études linguistiques, il serait proche du maltais, qui n'est toutefois pas considéré comme un dialecte arabe pour des raisons sociolinguistiques. Le berbère est parlé par une minorité berbérophone, surtout dans le Sud du pays. Durant le protectorat français de Tunisie, le français s'impose à travers les institutions nationales, particulièrement l'éducation, qui deviennent un fort vecteur de diffusion. À partir de l'indépendance, le pays s'arabise peu à peu, même si l'administration, la justice et l'enseignement restent longtemps bilingues, alors que la connaissance des langues européennes est renforcée par l'exposition de la Tunisie à ce continent par l'intermédiaire de la télévision et du tourisme. Le pays est membre de l'Organisation internationale de la francophonie depuis 1970. De plus, les gouvernorats de Béja, Gafsa, Médenine, Monastir, Sfax, Sousse et Tunis sont membres de l'Association internationale des régions francophones. Les années 1990 marquent un tournant avec l'arabisation des cours de sciences jusqu'à la fin du collège, avec toutes les difficultés occasionnées par ce type de processus, afin de faciliter l'accès aux études supérieures et ce dans un contexte de réhabilitation du référent arabo-islamique dans l'espace public. En octobre 1999, les établissements commerciaux se voient contraints d'accorder deux fois plus de place aux caractères arabes qu'aux caractères latins. Dans le même temps, l'administration se voit contrainte de communiquer exclusivement en arabe mais seuls les ministères de la Défense et de la Justice et le Parlement sont totalement arabisés. Dans ce contexte, l'usage du français semble régresser malgré le nombre accru de diplômés du système d'enseignement, ce qui conduit au fait qu'une bonne pratique du français demeure un marqueur social important. Puisqu'elle reste largement pratiquée dans les milieux d'affaires, l'univers médical et le monde culturel, on peut même considérer qu'elle s'est embourgeoisée. D'après les dernières estimations fournies par le gouvernement tunisien à l'Organisation internationale de la francophonie, le nombre de personnes ayant une certaine maîtrise du français est chiffré à de personnes, soit 63,6 % de la population. Médias. Le paysage audiovisuel tunisien se compose de deux chaînes de télévision publiques (Télévision tunisienne 1 et Télévision tunisienne 2) ainsi que de chaînes de télévision privées nées du processus d'ouverture au secteur privé initié en 2003 et dont le nombre est renforcé après la révolution de 2011 : Zitouna TV, Al Mutawasit TV, Al Janoubiya TV, Al Qalam TV, Hannibal TV, El Hiwar El Tounsi, Nessma, Tunisna TV, Attessia TV ou encore TWT. Il existe également de nombreuses stations de radio publiques, qu'elles soient nationales (Radio Tunis, Radio Tunisie Culture, Radio Jeunes et RTCI) ou régionales (Radio Gafsa, Radio Le Kef, Radio Monastir, Radio Sfax et Radio Tataouine), de même que privées (Radio 6, Cap FM, Chaambi FM, Express FM, IFM, Jawhara FM, Radio Kalima, Radio Al Karama, Kif FM, Mosaïque FM, Oasis FM, Oxygène FM, Sabra FM, Shems FM, Sawt Al Manajem, Ulysse FM). La presse écrite connaît, sous les régimes autoritaires des présidents Habib Bourguiba puis Zine el-Abidine Ben Ali, des périodes de libéralisation puis de censure. La révolution constitue un tournant, avec l'autorisation donnée à près de 200 nouveaux journaux et revues de paraître. Les partis politiques ont le droit de publier leurs propres journaux mais ceux des partis d'opposition n'ont longtemps eu qu'un tirage très limité. Éducation. L'éducation préscolaire non obligatoire, qui s'adresse aux enfants de trois à six ans, est dispensée dans les jardins d'enfants. L'enseignement de base est obligatoire et gratuit, de six à seize ans, et se répartit sur deux cycles : le premier cycle, d'une durée de six ans, est dispensé à l'école primaire alors que le deuxième cycle, d'une durée de trois ans, se déroule au collège. Ce parcours est sanctionné par le diplôme de fin d'études de l'enseignement de base permettant aux diplômés d'accéder à l'enseignement secondaire (toujours gratuit) dispensé au lycée durant quatre ans à partir de la réforme de 1995. Il comprend un tronc commun d'une année (trois jusqu'en 1991) au terme duquel les élèves sont orientés vers un deuxième cycle de trois ans comprenant sept filières (lettres, mathématiques, sciences expérimentales, sciences techniques, sciences de l'informatique, économie-gestion et sport) et sanctionné par le baccalauréat permettant l'accès à l'enseignement supérieur. Celui-ci compte notamment rattachés aux treize universités — dont cinq à Tunis, une à Sousse, une à Sfax, une à Kairouan, une à Gabès, une à Gafsa, une à Monastir et une à Jendouba — mais aussi 24 instituts supérieurs des études technologiques (ISET). La formation professionnelle est assurée par un ensemble d'opérateurs publics parmi lesquels figure l'Agence tunisienne de la formation professionnelle qui assure une tutelle pédagogique de l'ensemble des opérateurs publics et privés. Les diplômes délivrés après une formation initiale sont de trois niveaux : le certificat d'aptitude professionnelle (CAP) qui sanctionne un cycle de formation d'une durée minimale d'une année après l'enseignement de base, le brevet de technicien professionnel (BTP) qui sanctionne un cycle de formation d'une durée minimale d'une année après la fin du premier cycle de l'enseignement secondaire ou après l'obtention du CAP et le brevet de technicien supérieur qui sanctionne un cycle de formation d'une durée minimale de deux années après le baccalauréat ou après l'obtention du BTP. Alors que 21 % du budget national est consacré en 2008 à l'éducation nationale, le nombre d'élèves inscrits dans les niveaux primaire et secondaire se monte à en 2008 contre en 2000 et en 1987 ; sont inscrits dans le même temps dans l'enseignement supérieur, soit 27 % de la classe d'âge concernée. En 2005, le taux d'alphabétisation est de 76,2 % et le taux de scolarisation des enfants de , égal pour les garçons et les filles, est de 66 %. En 2015, le ministère de l'Éducation décide d'intégrer une solution numérique pour les élèves qui a pour but de perfectionner la qualité de l'apprentissage. Santé. En 2013, les dépenses de santé représentent 7,1 % du PIB du pays. En 2010, on compte pour . L'espérance de vie à la naissance est de en 2015, soit respectivement pour les hommes et pour les femmes. La mortalité infantile est de pour en 2015. En 2020, en raison de la pandémie de Covid-19, l'inquiétude s'étend au corps médical. En 2021, la Tunisie franchit le seuil des , le deuxième en Afrique avec un taux de mortalité élevé. Arts. Les productions du cinéma tunisien restent rares et confidentielles même si certaines rencontrent un certain succès hors de Tunisie. Parmi les plus connues, on peut citer "Un été à La Goulette" (1996) et "Halfaouine, l'enfant des terrasses" (1990) de Férid Boughedir. Ce dernier, sans doute le plus grand succès du cinéma tunisien, met en scène un enfant dans le Tunis des années 1960. Nouri Bouzid porte quant à lui sur la réalité tunisienne un regard sans complaisance. Dans "L'Homme de cendres" (1986), il traite de la pédophilie, de la prostitution et des relations entre les communautés musulmane et juive. Dans "Bezness" (1991), c'est le tourisme sexuel qui se trouve dans sa ligne de mire. Dans "Les Ambassadeurs" (1975), Naceur Ktari met en scène des émigrés maghrébins en France qui y sont confrontés au racisme. "Les Silences du palais" (1994) de Moufida Tlatli a quant à lui été primé par plusieurs jurys internationaux. Premier film arabe réalisé par une femme, on y découvre la vie dans une maison aristocratique de Tunis à travers les yeux d'une jeune fille. En 2007, le paysage cinématographique tunisien voit la sortie de plusieurs films recevant un certain succès auprès du public tels que "Making of" de Bouzid ou "VHS Kahloucha" de Nejib Belkadhi. La musique tunisienne est, quant à elle, relativement diversifiée. Principalement influencée par les cultures arabo-andalouse, arabe et occidentale, elle est le résultat d'un métissage culturel. Son courant musical classique et le plus réputé est le malouf. Toutefois, les chants traditionnels continuent de rencontrer un certain succès. Côté instruments, les régions urbaines et rurales se différencient quelque peu. En milieu urbain, ce sont les instruments à cordes (rebec, oud et qanûn) et les percussions (darbouka) qui dominent alors que, en milieu rural, le chant bédouin, en plus des percussions, est accompagné d'instruments à vent comme le mezoued et la gasba. Parmi les grands chanteurs et chanteuses tunisiens, on peut citer Saliha, Khemaïs Tarnane, Ali Riahi, Hédi Jouini, Latifa Arfaoui, Mohamed Jamoussi, Cheikh El Afrit, Lotfi Bouchnak ou encore Dhekra Mohamed. Chez les musiciens, on peut également citer Salah El Mahdi, Ridha Kalaï, Ali Sriti, Anouar Brahem, Jasser Haj Youssef ou encore Youssef Slama. Dans le même temps, une majorité de la population est attirée par des musiques d'origine arabe (égyptienne, libanaise ou encore syrienne). La musique occidentale actuelle remporte également un succès important avec l'émergence de nombreux groupes et de festivals de rock, de hip-hop, de reggae et de jazz. Le théâtre tunisien s'est surtout développé entre la fin du et le début du durant le protectorat français. Fondé à cette époque, le Théâtre municipal de Tunis a accueilli en plus d'un siècle d'existence de grands noms de la scène tunisienne et internationale. Le , Habib Bourguiba consacre son discours au théâtre qu'il considère comme . Toutefois, le théâtre tunisien n'a jamais connu un réel développement. En 1970, sous l'impulsion de l'acteur Aly Ben Ayed, "Caligula" d'Albert Camus est traduit en arabe et les œuvres "Mourad III" ou "Le Temps du Bouraq" de Habib Boularès maintiennent le ton de la violence sanglante. Même si, de plus en plus, les spectacles dits de boulevard sont restreints au profit d'un genre de spectacle plus sophistiqué, Moncef Souissi et Ezzedine Madani ont créé un théâtre d'expression populaire et moqueur en tunisien. Le courant dit du Nouveau Théâtre de Tunis a également repris le fil de la dérision. Nommé en 1988 à la tête du Théâtre national tunisien (TNT), Mohamed Driss lui offre une nouvelle salle, "Quatrième art", en 1996 et l'ouvre aux spectacles de ballet, de cirque et de chant. Quant à El Teatro, le premier théâtre privé de Tunisie, il offre des représentations théâtrales, des spectacles de danse, des concerts de jazz, des galas de musique arabe, des expositions d'art et des récitals de poésie. La naissance d'une peinture tunisienne contemporaine est fortement liée à l'École de Tunis mise en place par un groupe d'artistes de Tunisie unis par la volonté d'incorporer des thèmes proprement tunisiens et rejetant l'influence orientaliste de la peinture coloniale. Après la peinture expressionniste d'Amara Debbache, Jellal Ben Abdallah et Aly Ben Salem se font reconnaître, l'un pour ses miniatures de style byzantin, l'autre pour son rattachement à l'impressionnisme. La vie quotidienne devient par ailleurs l'inspiration de Zoubeir Turki et d'Abdelaziz Gorgi. L'abstraction saisit également l'imagination des peintres comme Edgard Naccache, Nello Lévy et Hédi Turki. Après l'indépendance en 1956, le mouvement pictural tunisien entre dans une dynamique d'édification nationale, des artistes se mettant au service de l'État. Des artistes ont ainsi pu accéder à une reconnaissance internationale tels que Hatem El Mekki, peintre abstrait, dont la facture rappelle celle d'Alberto Giacometti. La jeune peinture emboîte davantage le pas à ce qui se passe ailleurs dans le monde : Sadok Gmech puise son inspiration dans le patrimoine national alors que Moncef Ben Amor se tourne vers le fantastique. Dans un autre registre, Youssef Rekik réutilise la technique de la peinture sur verre et Nja Mahdaoui retrouve la calligraphie dans sa dimension mystique. Enfin, la littérature tunisienne existe sous deux formes : en langue arabe et en langue française. La littérature arabophone remonte au avec l'arrivée de la civilisation arabe dans la région. Elle est plus importante en volume comme en valeur que la littérature en langue française qui suit l'implantation du protectorat en 1881. Malgré la longue histoire de la littérature tunisienne, la production nationale reste pourtant maigre : la bibliographie nationale a recensé non scolaires publiés en 2002 dont en arabe. Parmi les grands auteurs tunisiens, on peut citer Abou el Kacem Chebbi, Moncef Ghachem et Mahmoud Messadi. Traditions. La Tunisie est réputée pour ses nombreux produits artisanaux dont les diverses régions du pays font leur spécificité. La poterie tunisienne est principalement issue de Guellala, ville se situant dans le sud de l'île de Djerba, dont les habitants sont à majorité berbères et dont la profession principale est le travail de l'argile. D'autres centres potiers sur le littoral tunisien existent, notamment à Tunis, Nabeul, Moknine Mais si la poterie poreuse s'identifie à Guellala, celle émaillée (jaune, verte ou brune) est la marque de fabrique de Nabeul. La ferronnerie remonte pour sa part à l'époque andalouse lorsque l'on décorait les portes cloutées, ornement devenu caractéristique du fer forgé tunisien. Bleues par tradition, destinées à embellir les maisons et à préserver l'intimité des habitants, ces grilles rappellent les moucharabiehs de la tradition arabo-andalouse, panneaux de bois sculpté qui permettaient aux femmes de regarder dans la rue sans être vues. La ville de Kairouan constitue quant à elle le centre national de production de tapis. La Tunisie possède enfin une riche tradition de mosaïques remontant à la période antique. Le costume traditionnel est la tenue par excellence des mariages et autres cérémonies. Au niveau national, c'est la jebba qui s'est imposée comme habit traditionnel. Les babouches masculines sont en général de la couleur naturelle du cuir, celles des femmes étant dans leur majorité brodées de fils de soie, de coton, d'or et d'argent avec des motifs floraux ou des croissants. Dans des régions du Nord et du Sud, les femmes portent traditionnellement la melia ou le houli. Importé par les Andalous au , le jasmin ("Jasminum grandiflorum") est devenu la fleur emblématique de la Tunisie. Dès la tombée de la nuit, les vendeurs confectionnent de petits bouquets et les vendent aux passants dans la rue ou aux automobilistes arrêtés aux carrefours. Par ailleurs, le jasmin fait l'objet d'un langage spécifique. Ainsi, un homme qui en porte à l'oreille gauche indique qu'il est célibataire. De plus, offrir du jasmin blanc est une preuve d'amour alors qu'offrir du jasmin d'hiver, sans odeur, est signe d'insolence. Festivals. Des centaines de festivals internationaux, nationaux, régionaux ou locaux ponctuent l'agenda annuel. Les festivals de musique et de théâtre dominent largement la scène culturelle nationale. Durant l'été ont lieu annuellement le Festival international de Carthage (juillet), le Festival international des arts plastiques de Mahrès (fin juillet-début août) et le Festival international d'Hammamet. Ce sont durant les mois d'octobre-novembre qu'ont par la suite lieu les Journées cinématographiques de Carthage alternées tous les ans aux Journées théâtrales de Carthage. Enfin, l'année est terminée par le Festival international du Sahara qui met à l'honneur la tradition culturelle du désert tunisien. D'autres festivals mettent également à l'honneur la musique tunisienne traditionnelle, comme le Festival de la musique traditionnelle, ou encore le jazz tunisien, comme Jazz à Carthage et le Tabarka Jazz Festival. Dans la ville de Sousse, le carnaval d'Aoussou est un événement festif et culturel annuel qui se déroule chaque 24 juillet. C'est un défilé composé de chars symboliques, de fanfares et de troupes folkloriques de Tunisie et d'ailleurs qui a lieu près de la plage de Boujaafar, à la veille du début d'Aoussou, terme désignant la canicule du mois d'août selon le calendrier berbère. "Oumouk tangou" est une ancienne tradition tunisienne d'invocation de la pluie qui semble héritée de la tradition punique, et relève de l'ancien culte de la déesse punique Tanit (Tinit, Tannou ou Tangou). Gastronomie. La cuisine tunisienne est un héritage des diverses populations qui s'y sont succédé et mélangées en Tunisie. Elle se distingue par l'utilisation importante d'épices et d'herbes aromatiques, notamment le piment, le safran, le gingembre, le cumin, la coriandre, le poivre, le curcuma ou le carvi. Les plats se basent essentiellement sur les produits locaux : poissons, viandes de mouton et bœuf, blé dur et tendre ou encore une palette très large de fruits et légumes. La base de l'alimentation est la semoule, d'où le couscous, et les pâtes. Ces dernières sont sans doute le plat le plus consommé, la Tunisie se plaçant au troisième rang mondial après l'Italie et le Venezuela avec par habitant et par an, en particulier les spaghettis et macaronis servis généralement avec de la sauce tomate plus ou moins pimentée et épicée, accompagnée de viande qui selon l'envie et les régions est de l'agneau, du bœuf, du poisson, du lapin voire du poulet, même si le plat traditionnel reste le couscous. Le pain, notamment le traditionnel pain "tabouna" (constitué essentiellement de semoule de blé et non de farine) est également un aliment apprécié de beaucoup de Tunisiens. Le fricassé est une sorte de sandwich constitué d'une pâte cuite dans l'huile, remplie de miettes de thon, d'harissa avec parfois des olives, des câpres et des rondelles d'œufs durs ; il est vendu dans beaucoup d'échoppes de restauration rapide, tout comme le fameux casse-croûte tunisien contenant les mêmes ingrédients. Un autre plat fort apprécié est la brik à l'œuf, traditionnellement avec des garnitures à base de thon, pomme de terre, persil, œuf et fromage. Le "borghol" est une soupe à base de blé concassé et de petites fèves séchées, parfumé de cumin, d'ail, d'harissa et d'huile d'olive. La "ojja", la "chakchouka" et les divers ragoûts se mangent traditionnellement en y trempant son pain. La cuisine tunisienne se différencie quelque peu de ses voisines nord-africaines. Le tajine tunisien, contrairement à la version marocaine, consiste en une sorte de quiche à base d'œuf, viande (ou poulet), pomme de terre et persil. Le couscous, lui, se caractérise par une combinaison entre les légumes (pommes de terre, tomate, carotte, courge, pois chiche, fève, chou, navet et piment), la viande (surtout celle d'agneau) ou le poisson et la semoule de blé dur. La "mloukhiya", contrairement à la version égyptienne, nécessite une préparation et une très longue cuisson ; on l'accompagne plutôt de viandes rouges (comme le bœuf ou l'agneau) aux viandes blanches (comme le lapin) et on la prépare à l'occasion du nouvel an musulman. Le Mouled est, quant à lui, l'occasion de préparer une crème pâtissière à base de pignons de pin, l'assidat zgougou. La pâtisserie tunisienne est diversifiée : parmi les pâtisseries traditionnelles, qualifiées de dans les pays occidentaux, les plus connues sont le "makroud" de Kairouan, la "zlabia" au miel et les gâteaux à base d'amandes, de fruits secs, de pignons de pin et de pistaches, dont notamment le baklawa servi lors des fêtes et des mariages. Sport. Le sport en Tunisie est marqué par la domination du football, tant sur le plan de la couverture médiatique que du succès populaire avec contre pour le taekwondo, second sport le plus pratiqué dans le pays. Toutefois, des sports comme le volley-ball ou le handball figurent également parmi les sports les plus représentés même si des sports moins connus sont plus pratiqués par les Tunisiens, notamment les arts martiaux (taekwondo, judo et karaté), l'athlétisme voire le tennis. D'autres grands sports comme le cyclisme sont en revanche moins représentés, faute d'infrastructures, d'équipements et d'intérêt médiatique suffisants. L'Espérance sportive de Tunis est le club de football le plus titré du championnat national, avec à son actif, et le plus titré de la coupe de Tunisie avec quinze titres à son actif ; c'est le premier club à participer à une compétition continentale en 1971 : la coupe des clubs champions africains. Le Club athlétique bizertin devient en 1988 le premier club tunisien à avoir remporté un trophée continental : la coupe d'Afrique des vainqueurs de coupe. Le Club africain est le premier club tunisien à avoir remporté la coupe d'Afrique des clubs champions en 1992. L'Étoile sportive du Sahel est le premier club tunisien à remporter la Ligue des champions de la CAF dans sa nouvelle édition le . Le Club sportif sfaxien a aussi remporté des manifestations continentales et régionales ; il est le premier club à remporter deux fois de suite la coupe de la CAF en 2007 et 2008. Le derby de la capitale entre le Club africain et l'Espérance sportive de Tunis reste l'événement footballistique phare de l'année en rassemblant à deux reprises par saison plus de et donnant lieu à un show ("dakhla" en tunisien) de la part des supporters des deux équipes. Il existe d'autres classiques entre les quatre grandes équipes, l'Espérance sportive de Tunis, l'Étoile sportive du Sahel, le Club sportif sfaxien et le Club africain. L'année sportive tunisienne est rythmée par les grandes compétitions que sont les championnats (football, handball, volley-ball et basket-ball) et les coupes (football, handball, volley-ball et basket-ball) des sports les plus populaires. En cyclisme, discipline moins suivie, sont organisés les championnats de Tunisie de cyclisme et, de façon irrégulière, le Tour de Tunisie. Mais le pays organise également des compétitions internationales. Ainsi, la première édition de la Coupe du monde de football des moins de 20 ans s'y tient en 1977 tout comme les phases finales des coupes d'Afrique des nations de football en 1965, 1994 et 2004, dernière édition remportée par la sélection nationale. Plus récemment, le championnat du monde masculin de handball 2005 s'est également tenu en Tunisie. Le championnat d'Afrique des nations masculin de handball 2020 se déroulera en Tunisie. En mai 2007, le pays compte sportifs dont les principaux sont actifs dans le football (250) et le taekwondo (206). Viennent ensuite le karaté et ses dérivés (166), le handisport (140), le handball (85), l'athlétisme (80), le judo (66), le kung fu (60), le kick-boxing (59), le basket-ball (48), la pétanque (47), le tennis de table (45), le volley-ball (40), la boxe (37), la natation (31) et le tennis (30). Parmi les sportifs les plus connus, Mohammed Gammoudi s'illustre en athlétisme, ce qui lui permet de remporter quatre médailles aux Jeux olympiques, ce qui en fait le sportif tunisien le plus médaillé de l'histoire du pays. La Tunisie a également vu émerger des champions dans des sports individuels tels que Anis Lounifi (champion du monde de judo), Oussama Mellouli (champion du monde et olympique de natation) ou encore Ons Jabeur qui parvient à se classer deuxième joueuse mondiale par la WTA. En ce qui concerne les sports collectifs, les équipes nationales ont remporté une coupe d'Afrique des nations de football, dix championnats d'Afrique masculin de handball, dix championnats d'Afrique masculin de volley-ball et trois championnats d'Afrique masculins de basket-ball. Codes. La Tunisie a pour codes : |
Tricosane Le tricosane est un hydrocarbure linéaire de la famille des alcanes (paraffine) de formule brute C23H48 . Il a une légère odeur de cire. |
Théorie de la musique occidentale La théorie de la musique occidentale est une branche de la musicologie qui a pour objet la description du fonctionnement de la musique occidentale, ainsi que du système de notation qui lui est associé. Elle étudie en particulier la musique tonale et le système tonal, qui correspond à une période allant de la fin de la Renaissance au début du , mais elle envisage aussi les origines au Moyen Âge, ainsi que les développements qui accompagnent la dissolution de la tonalité au et au : à ce titre, elle traite par exemple de musique sérielle, de jazz, de musiques populaires Caractéristiques. Rythme. Comparé à d'autres systèmes musicaux, le système rythmique de la musique occidentale peut paraître singulièrement pauvre : durées proportionnelles des sons et des silences, égalité des temps, des parties de temps et des mesures Ce principe de proportionnalité rythmique a été rendu nécessaire, dès le Moyen Âge, par la polyphonie : il était indispensable que les voix puissent se coordonner rythmiquement entre elles. Dans d'autres musiques, cette nécessité est moindre : dans l'hétérophonie en particulier, où les voix peuvent être légèrement décalées, la proportion exacte des rythmes n'est pas nécessaire. Mélodie. Le système mélodique n'a cessé d'aller vers une simplification toujours plus prononcée : au , l'échelle chromatique au tempérament égal, composée de 12 demi-tons égaux et de 12 degrés, a fini par se généraliser et supplanter les échelles et gammes héritées des modes médiévaux, et au-delà, du système musical de la Grèce antique. Harmonie. Le système harmonique constitue l'une des principales particularités de la musique occidentale. Le mot « harmonie » ici, doit être entendu au sens large, incluant aussi bien le contrepoint — système exclusivement employé du au — que l'harmonie classique — système qui lui a progressivement succédé à partir du . Ce système harmonique régit la "simultanéité délibérée" des sons, et met en œuvre les notions de consonance et de dissonance. Contrepoint aussi bien qu'harmonie tonale exigent une "planification" : s'il est toujours possible d'improviser "rythmiquement" ou "mélodiquement", en revanche, aussitôt qu'émerge une "pensée harmonique", on ne peut éviter de recourir à la partition. Par ailleurs, ce système harmonique n'est viable qu'au prix de la simplification des systèmes rythmique et mélodique. Notation. Le "solfège" est le système de notation né des exigences de la polyphonie médiévale aux alentours du . Il affirme la notion de « musique composée » par opposition à la « musique improvisée ». Le plus souvent, la musique occidentale met en jeu un compositeur, une partition et un interprète. Les moments d'improvisation sont rigoureusement délimités et règlementés par la tradition — cadences, préludes, récitatifs. |
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